Titre
ELOGE de M. l'Abbé de Longueruë.
Titre d'après la table
Eloge de l'Abbé de Longueruë,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
279
Page de début dans la numérisation
312
Page de fin
283
Page de fin dans la numérisation
316
Incipit
Louis du Four de Longueruë nâquit à Charleville en 1652. de Pierre du
Texte
ELOGE de M. l'Abbé de Longuernë.
Ouis du Four de Longueruë nâquit
La Charleville en 1692. de Pierre du
n'a-
Four , Se gneur de Longuerue et de Goisel
, Gentilhomme de Normandie , Lieutenant
pour le Roy au Gouvernement de
Charleville et de Montolimpe , et de Dame
Barbe le Blanc de Clois. Son
pere
voit rien épargné pour son éducation , il
lui donna Richelet pour Précepteur ; et
Perrot d'Ablancourt , si connu dans le
monde litteraire , lequel étoit son parent ;
voulut aussi contribuer à l'instruction
d'un Enfant qui étoit un prodige à l'âge de
quatre ans. La réputation de cet Enfant
Dvj étoit
204
étoit si grande , que le feu Roy passant à
Charleville demanda à le voir , et le jeune
Longuerue présenté à S. M. augmenta
encore par ses réponses aux diverses questions
qui lui furent faites , la grande idée
qu'on avoit déja de lui.
Son ardeur pour l'étude dès l'âge de
quinze ans , étoit si grande qu'à peine se
donnoit- il le temps de manger et de dormir.
Il ne connois oit d'autre recréation
que le changement de travail ; aussi fit - il
des progrès si surprenans , qu'il se trouva
bien- tôt en état d'être consulté par
tous les Sçavans , et en tout genre de Littérature
.
•
Il étudia à fond les Langues , tant
les mortes que les vivantes , et il n'y
en a eu aucune qu'il n'ait sçu parfaitement.
Avec ce secours il avoit penetré
dans l'Histoire de tous les Peuples , et de
tous les siecles . Il étoit si heureusement
servi par sa Memoire , que rarement il se
méprenoit d'une date , il ne confondoit
presque jamais un fait avec un autre.
L'Histoire étoit la partie de la Litterature
à laquelle il s'étoit le plus particulierement
appliqué , mais il n'avoit pas négligé
pour cela la Theologie , la Philosophie
ancienne et moderne , la Geographie,
la Chronologie , les Antiquitez et les Bel-
Lettres. Cette
FEVRIER. 1734. 281
Cette vaste étenduë de connoissance ne
l'énorgueillissoit point. Il étoit extrêmement
communicatif , et son sçavoir étoit
sans ostentation . Il est vrai qu'il n'aimoit
point à être contredit , et que son amour
pour la verité ne le rendoit pas toûjours
maître de ses expressions dans la chaleur
de la dispute ; mais quand on étoit accoutumé
à lui , sa franchise n'avoit plus rien
de rebutant , et on ne lui sçavoit aucun
mauvais gré de ses vivacitez.
Il a composé une infinité d'ouvrages qui
n'ont point été imprimez . Il avoit extrêmement
aidé le R. P. Pagi dans sa Critique
des Annales de Baronius Il a com-
Folé un grand nombre de Dissertations
tant sur l'Histoire Ecclesiastique que suz
celles de France , d'Espagne , des Arabes
& c.
Le seul Ouvrage qu'il a donné sous son
nom est la Description Historique et
Geographique de la France ancienne et
moderne , en deux Parties , imprimée à
Paris chez Jacques- Henry Praflard en
1719. Ce Livre , qui dans sa premiere
destination n'avoit été fait que pour l'instruction
d'un de ses amis , n'avoit pas acquis,
quand il fut rendu public , le dégré
de perfection que la réputation de son
Auteur sembloit exiger, L'Abbé de Longuerue
282 MERCURE DE FRANCE
gueruë n'avoit pû résister aux pressantes
sollicitations de gens plus occupez de leur
propre interêt , que de ce qui pouvoit
contribuer ou nuire à la réputation de ce
sçavant Homme. La complaisance qu'il
cût de livrer trop tôt son Ouvrage , lui a
causé des chagrins qu'il a ressentis jusqu'à
la fin de sa vie .
Le Journal des Sçavans du mois de Jan-
» vier 1733 m'apprend page 61. » Que M.
» Schoepflin a publié à Strasbourg chez
» Doulssecker , pere ; une édition in - 4°..
» ds Annales des Arsacides dont M.
» l'Abbé de Longueruë est , ( dit le Jour-
» nal ) l'Auteur , Annales Arsacidarum
» Auctore Ludovico du Four de Longueruë ,
"
Abbate S. Joann . de Jardo , & c. 1732 .
» On ajoute que cette Edition est préfera-
» ble à celle du même Ouvrage qui a été
imprimé à Paris il y a long -temps , en
» ce que M. Schoepflin l'a donné sur
» un Exemplaire corrigé et augmenté par
l'Illustre Aureur , qui a bien voulu le
» lui communiquer et en permettre l'im-
» pression. C'est tout ce que je puis dire
ici de cet Ouvrage , que je ne connoîs
point d'ailleurs.
>
Mais l'amour de la verité , et la reconnoissance
m'engagent à profiter de cette
occasion , pour déclarer qu'un autre Ou.
vrage
FEVREK 1734. 203
vrage rempli de Recherches historiques , et
d'une solide érudition , dont j'ai enrichi
ma dixiéme et onzième Lettre du Voyage
de Normandie , inserées dans le Mercure
de France des mois d'Avril et May
derniers , que cet Ouvrage , dis je , est
tout entier du sçavant Abbé de Longueruë.
Il joüissoit pour tout bien de deux Abbayes
, sçavoir Sept Fontaines , Diocèse
de Kheims depuis 1674. et le Jard ,-Diocèse
de Sens , depuis 1684. cependant
avec un revenu mediocre , il avoit sçû
former une Bibliotheque très - bien choisie,
qui seroit fâcheux de voir disperser,
L'Abbé de Longuerue mourut à Paris
le 22. Novembre 1733. laissant un Frere
qui est Mestre de Camp de Cavalerie , et
Chevalier de Saint Louis . Il avoit eu un
autre Frere qui fut tué à la Bataille de
Ramilliez le 23. May 1796. et qui étoit
Lieutenant des Gardes du Corps , Maréchal
de Camp , et Chevalier de Saint
Loüis.
Ouis du Four de Longueruë nâquit
La Charleville en 1692. de Pierre du
n'a-
Four , Se gneur de Longuerue et de Goisel
, Gentilhomme de Normandie , Lieutenant
pour le Roy au Gouvernement de
Charleville et de Montolimpe , et de Dame
Barbe le Blanc de Clois. Son
pere
voit rien épargné pour son éducation , il
lui donna Richelet pour Précepteur ; et
Perrot d'Ablancourt , si connu dans le
monde litteraire , lequel étoit son parent ;
voulut aussi contribuer à l'instruction
d'un Enfant qui étoit un prodige à l'âge de
quatre ans. La réputation de cet Enfant
Dvj étoit
204
étoit si grande , que le feu Roy passant à
Charleville demanda à le voir , et le jeune
Longuerue présenté à S. M. augmenta
encore par ses réponses aux diverses questions
qui lui furent faites , la grande idée
qu'on avoit déja de lui.
Son ardeur pour l'étude dès l'âge de
quinze ans , étoit si grande qu'à peine se
donnoit- il le temps de manger et de dormir.
Il ne connois oit d'autre recréation
que le changement de travail ; aussi fit - il
des progrès si surprenans , qu'il se trouva
bien- tôt en état d'être consulté par
tous les Sçavans , et en tout genre de Littérature
.
•
Il étudia à fond les Langues , tant
les mortes que les vivantes , et il n'y
en a eu aucune qu'il n'ait sçu parfaitement.
Avec ce secours il avoit penetré
dans l'Histoire de tous les Peuples , et de
tous les siecles . Il étoit si heureusement
servi par sa Memoire , que rarement il se
méprenoit d'une date , il ne confondoit
presque jamais un fait avec un autre.
L'Histoire étoit la partie de la Litterature
à laquelle il s'étoit le plus particulierement
appliqué , mais il n'avoit pas négligé
pour cela la Theologie , la Philosophie
ancienne et moderne , la Geographie,
la Chronologie , les Antiquitez et les Bel-
Lettres. Cette
FEVRIER. 1734. 281
Cette vaste étenduë de connoissance ne
l'énorgueillissoit point. Il étoit extrêmement
communicatif , et son sçavoir étoit
sans ostentation . Il est vrai qu'il n'aimoit
point à être contredit , et que son amour
pour la verité ne le rendoit pas toûjours
maître de ses expressions dans la chaleur
de la dispute ; mais quand on étoit accoutumé
à lui , sa franchise n'avoit plus rien
de rebutant , et on ne lui sçavoit aucun
mauvais gré de ses vivacitez.
Il a composé une infinité d'ouvrages qui
n'ont point été imprimez . Il avoit extrêmement
aidé le R. P. Pagi dans sa Critique
des Annales de Baronius Il a com-
Folé un grand nombre de Dissertations
tant sur l'Histoire Ecclesiastique que suz
celles de France , d'Espagne , des Arabes
& c.
Le seul Ouvrage qu'il a donné sous son
nom est la Description Historique et
Geographique de la France ancienne et
moderne , en deux Parties , imprimée à
Paris chez Jacques- Henry Praflard en
1719. Ce Livre , qui dans sa premiere
destination n'avoit été fait que pour l'instruction
d'un de ses amis , n'avoit pas acquis,
quand il fut rendu public , le dégré
de perfection que la réputation de son
Auteur sembloit exiger, L'Abbé de Longuerue
282 MERCURE DE FRANCE
gueruë n'avoit pû résister aux pressantes
sollicitations de gens plus occupez de leur
propre interêt , que de ce qui pouvoit
contribuer ou nuire à la réputation de ce
sçavant Homme. La complaisance qu'il
cût de livrer trop tôt son Ouvrage , lui a
causé des chagrins qu'il a ressentis jusqu'à
la fin de sa vie .
Le Journal des Sçavans du mois de Jan-
» vier 1733 m'apprend page 61. » Que M.
» Schoepflin a publié à Strasbourg chez
» Doulssecker , pere ; une édition in - 4°..
» ds Annales des Arsacides dont M.
» l'Abbé de Longueruë est , ( dit le Jour-
» nal ) l'Auteur , Annales Arsacidarum
» Auctore Ludovico du Four de Longueruë ,
"
Abbate S. Joann . de Jardo , & c. 1732 .
» On ajoute que cette Edition est préfera-
» ble à celle du même Ouvrage qui a été
imprimé à Paris il y a long -temps , en
» ce que M. Schoepflin l'a donné sur
» un Exemplaire corrigé et augmenté par
l'Illustre Aureur , qui a bien voulu le
» lui communiquer et en permettre l'im-
» pression. C'est tout ce que je puis dire
ici de cet Ouvrage , que je ne connoîs
point d'ailleurs.
>
Mais l'amour de la verité , et la reconnoissance
m'engagent à profiter de cette
occasion , pour déclarer qu'un autre Ou.
vrage
FEVREK 1734. 203
vrage rempli de Recherches historiques , et
d'une solide érudition , dont j'ai enrichi
ma dixiéme et onzième Lettre du Voyage
de Normandie , inserées dans le Mercure
de France des mois d'Avril et May
derniers , que cet Ouvrage , dis je , est
tout entier du sçavant Abbé de Longueruë.
Il joüissoit pour tout bien de deux Abbayes
, sçavoir Sept Fontaines , Diocèse
de Kheims depuis 1674. et le Jard ,-Diocèse
de Sens , depuis 1684. cependant
avec un revenu mediocre , il avoit sçû
former une Bibliotheque très - bien choisie,
qui seroit fâcheux de voir disperser,
L'Abbé de Longuerue mourut à Paris
le 22. Novembre 1733. laissant un Frere
qui est Mestre de Camp de Cavalerie , et
Chevalier de Saint Louis . Il avoit eu un
autre Frere qui fut tué à la Bataille de
Ramilliez le 23. May 1796. et qui étoit
Lieutenant des Gardes du Corps , Maréchal
de Camp , et Chevalier de Saint
Loüis.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
L'abbé de Longuerue, né en 1692 à Charleville, était le fils de Pierre du Four, seigneur de Longuerue et de Goisel, et de Dame Barbe le Blanc de Clois. Son éducation fut soutenue par son père et son parent Perrot d'Ablancourt, et le roi remarqua son prodige à l'âge de quatre ans. À quinze ans, Longuerue démontra une passion exceptionnelle pour l'étude, maîtrisant rapidement diverses disciplines littéraires telles que les langues mortes et vivantes, l'histoire, la théologie, la philosophie, la géographie, la chronologie, les antiquités et les belles-lettres. Sa mémoire était remarquable, lui permettant de ne presque jamais se tromper sur les dates ou les faits historiques. Longuerue était connu pour partager ses connaissances sans ostentation, bien qu'il puisse être franc et vif dans les disputes. Il composa de nombreux ouvrages non imprimés et aida le père Pagi dans sa critique des Annales de Baronius. Son unique ouvrage publié est la 'Description Historique et Géographique de la France ancienne et moderne' (1719), publié malgré ses réticences. Il possédait deux abbayes et avait constitué une bibliothèque bien choisie. Longuerue mourut à Paris le 22 novembre 1733. Il laissait un frère, maître de camp de cavalerie et chevalier de Saint-Louis, et un autre frère mort à la bataille de Ramillies en 1706.