Titre
LE CHESNE ET L'ORMEAU. FABLE.
Titre d'après la table
Le Chesne et l'Ormeau, Fable,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
277
Page de début dans la numérisation
310
Page de fin
279
Page de fin dans la numérisation
312
Incipit
Certain Chêne orgueilleux, qui se disoit cousin
Texte
LE CHESNE ET L'ORMEAU .
C
FABL E.
Ertain Chêne orgueilleux , qui se disoit
cousin
Des nobles Chênes de Dodône ,
Prit le ton imposant d'un Sultan sur son Trône,
Pour tancer en ces mots un Ormeau son voisin
Misérable avorton , Arbre ignoble et débile ,
Voi combien je te suis utile ;
Je te mets à couvert des vents et des frimats ,
De l'orage et de la tempête ;
Tu fais pourtant si peu de cas ,
De mon attention à conserver ta tête ,
Qu'à regret tu me rends l'hommage qui m'est
dû ;
Toi , qui par ton exemple et ton zélê assidu ,
Devrois me procurer Phommage
م
De tous les Arbres du Village ;
Mais parle , vil Ormean ; sans moi , que seroistu
?
Quelque chose moins qu'un fêtu.
L'Ormeau reprit en son langage ;
Votre protection me fait beaucoup d'honneur
Mais il est pourtant vrai , Seigneur ,
Que j'aurois loin de vous profité davantaged
Dv Vous
278 MERCURE DE FRANCE
Vous m'offusquez par votre ombrage ;
Presque de tous côtez j'en suis envelopé ,
Vos rameaux quelquefois jusqu'au vif m'ong
frappé ,
Et m'ont causé plus de dommage ,
Que n'auroient fait les vents , la tempête et l'e
rage ;
Mais que veut dire ce courroux ,
Contre mon peu de complaisance ? "
Vous voulez des honneurs ? Quoi ! vous les avez
tous ;
Le Soleil ne luit que pour vous ;
Ay-je jamais frondé votre prééminence ?
Je vous entends , Seigneur. Un Esclave , entre
nous ,
Conviendroit à votre Excellence ,
Mais moi , j'aime ma liberté.
S'il plaisoit à la Providence ,
.
Bien- tôt quelque autre part je serais transplanté
Et je vous le dis net , tandis qu'aucun n'écoute
Cet Entretien ,
Votre voisinage , sans doute,
M'a fait plus de mal que de bien.
Je sçais, hélas ! ce qu'il m'en coute !
Ainsi par-là l'Ormeau . S'il eut été flateur
Il eut beni sa servitude ,
Vous devinez , ami Lecteur ,
Qu'il fut taxé d'ingratitude ;
>
L'orL'orgueil
n'est pas content d'un pareil Orateur.
Quiconque se parant du nom de Protecteur ;
N'est en effet qu'un fâcheux Maître ,
Sera facile à reconnoître
Aux traits du Chêne altier marquez dans ce
tableau ;
Quiconque est un ingrat , n'auroit jamais da
naître ;
Mais être ingrat comme l'Ormeau ,
Lecteur , tout de bon , est - ce l'être ?
F. M. F.
C
FABL E.
Ertain Chêne orgueilleux , qui se disoit
cousin
Des nobles Chênes de Dodône ,
Prit le ton imposant d'un Sultan sur son Trône,
Pour tancer en ces mots un Ormeau son voisin
Misérable avorton , Arbre ignoble et débile ,
Voi combien je te suis utile ;
Je te mets à couvert des vents et des frimats ,
De l'orage et de la tempête ;
Tu fais pourtant si peu de cas ,
De mon attention à conserver ta tête ,
Qu'à regret tu me rends l'hommage qui m'est
dû ;
Toi , qui par ton exemple et ton zélê assidu ,
Devrois me procurer Phommage
م
De tous les Arbres du Village ;
Mais parle , vil Ormean ; sans moi , que seroistu
?
Quelque chose moins qu'un fêtu.
L'Ormeau reprit en son langage ;
Votre protection me fait beaucoup d'honneur
Mais il est pourtant vrai , Seigneur ,
Que j'aurois loin de vous profité davantaged
Dv Vous
278 MERCURE DE FRANCE
Vous m'offusquez par votre ombrage ;
Presque de tous côtez j'en suis envelopé ,
Vos rameaux quelquefois jusqu'au vif m'ong
frappé ,
Et m'ont causé plus de dommage ,
Que n'auroient fait les vents , la tempête et l'e
rage ;
Mais que veut dire ce courroux ,
Contre mon peu de complaisance ? "
Vous voulez des honneurs ? Quoi ! vous les avez
tous ;
Le Soleil ne luit que pour vous ;
Ay-je jamais frondé votre prééminence ?
Je vous entends , Seigneur. Un Esclave , entre
nous ,
Conviendroit à votre Excellence ,
Mais moi , j'aime ma liberté.
S'il plaisoit à la Providence ,
.
Bien- tôt quelque autre part je serais transplanté
Et je vous le dis net , tandis qu'aucun n'écoute
Cet Entretien ,
Votre voisinage , sans doute,
M'a fait plus de mal que de bien.
Je sçais, hélas ! ce qu'il m'en coute !
Ainsi par-là l'Ormeau . S'il eut été flateur
Il eut beni sa servitude ,
Vous devinez , ami Lecteur ,
Qu'il fut taxé d'ingratitude ;
>
L'orL'orgueil
n'est pas content d'un pareil Orateur.
Quiconque se parant du nom de Protecteur ;
N'est en effet qu'un fâcheux Maître ,
Sera facile à reconnoître
Aux traits du Chêne altier marquez dans ce
tableau ;
Quiconque est un ingrat , n'auroit jamais da
naître ;
Mais être ingrat comme l'Ormeau ,
Lecteur , tout de bon , est - ce l'être ?
F. M. F.
Signature
F. M. F.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
La fable 'Le Chêne et l'Ormeau' oppose un Chêne orgueilleux à un Ormeau voisin. Le Chêne se vante de protéger l'Ormeau des vents, du froid, de l'orage et des tempêtes, mais reproche à l'Ormeau de ne pas lui rendre hommage. L'Ormeau rétorque qu'il souffre de l'ombre et des branches du Chêne, qui lui causent plus de dommages que les intempéries. Il affirme préférer être transplanté ailleurs plutôt que de subir le voisinage du Chêne. Le Chêne, offensé, accuse l'Ormeau d'ingratitude. La fable conclut en soulignant que l'orgueil du Chêne le rend insupportable et que l'ingratitude de l'Ormeau est relative, car il subit des préjudices réels.