Titre
ENIGME. A Mademoiselle D.....
Titre d'après la table
ENIGMES.
Titre simplifié de l'article récurrent
Fait partie d'une livraison
Page de début
66
Page de début dans la numérisation
763
Page de fin
69
Page de fin dans la numérisation
766
Incipit
Dieu favori de tout ce qui respire,
Texte
ENIGM E.
A Mademoiselle D.....
DIEU IEU favori de tout ce qui reſpire ,
Objet aimé de tous les fens ,
J'attire tout par nes charmes puiffans ;
Rien n'eft fouftrait à mon empire.
Eglé , que fuis-je donc , avec tant de pouvoir ?
C Une lueur enchantereffe ,
Qui naît , meur & renaît fans ceffe ,
Une ombre, un feu follet , qu'on ne peut concevoir,
DECEMBRE. 1761 67
Qu'en cherchant trop , on ne fait qu'entrevoir.
Je fuis cependant très - fenfible...
Tel qui croit, me, tenir , ne mefent qu'échapper ;
Mais en m'analyfant , on me rend invifible,
Je fuis perdu pour qui me veut développer.
Chac un me trouve où fon âme le porte ;
L'Ambitieux dans la grandeur ,
f
Le Conquérant dans une attaque forte ,
Et le Tyran dans fa fureur.
Un Grand , que fon orgueil encenfe,
Me voit dans fa nombreuſe Cour ;
Un volage dans l'inconftance ,
Un coeur froid dans l'indifférence ,
Un coeur fenfible dans l'amour.
L'Avare avec fon or m'enferme en fa caffette ;
Le Joueur , au piquet me trouve avec les as ;
Le petit Peuple à la Guinguette ;
Et le Faquin dans les petits appas.
Un gros Doyen à rouge trogne ,
Savourant mille mets , avec art apprêtés ,
Dans des flots de vins de bourgogne
Me fable à coups précipités.
Un Poëte en fon trou , rimaillant avec peine
Des vers pillés & mal coufus ,
Tout plein de moi , fe croit nouveau Phébus ,
Roi du facré Vallon , Maitre de l'Hipócrène .
Une Coquette , éprouvant au miroir
Ses grimaces les plus jolies ,
Me rencontre en croyant y voir
68 MERCURE DE FRANCE.
Un minois à caufer un million de folies.
L'Amant aimé m'apperçoit en tous lieux 3
La Nature pour lui me reproduit fans ceffe ;
Une fleur , un ruiffeau , me peignent à fes yeux :
Tel eft l'effet de la tendreffe !
Qui prétend me hair n'eft pas de bonne foi.
Ecoutez un Atrabilaire ,
Avec fon air pédant déclamer contre moi :
A l'entendre , je fuis une erreur du vulgaire ;
Mais en dépit de la morale auftère ,
C'eft pour m'avoir à fa façon ,
Qu'il va dans un coin de la Terre
Faire contre les miens déclamer ſa Raiſon.
Dans la coupe noire & bifarre
De la fière caufticité ,
Tout en me décriant , à longs traits le Barbare
Me puiſe avec tranquillité.
11 en eft cependant que le deftin avare
Condamne à vivre loin de moi ;
J'évite ces Mortels ; & je ne fçais pourquoi,
Je fuis pour eux toujours très-rare,
Les Grands connoiffent peu mes traits ;
Chez eux le fafte m'épouvante ,
Et je bâille dans les Palais :
Un village , un hameau , une plaine riante ,
Ont toujours pour moi plus d'attraits.
1
Mais furtout , cher Eglé, je me plais fur vos traces..
Jevais , reviens , voltige autour de vous.
DECEMBRE. 1761 . bg
Paré de vos attraits , embelli par vos graces ,
On me fent mieux , on me trouve plus doux,
Divine Eglé , quelle feroit ma gloire ,
Si la pudeur qui veille auprès de vous ,
Ne me difputoit la victoire!
J'ofe par fois me montrer dans vos yeux;
J'y brille... mais qu'ailleursje brillerois bien mieux
Si Licidas , qui vous adore ,
Sur vos lévres un jour pouvoit me faire éclore¿
M'y fixer , y mourir ! .. ...
Vous rougiffez ! ...Dois- je paler encore ?
Non , Eglé , c'eft affez ; rougir , c'eft me fentir.
leplayit
M. D. G.
A Mademoiselle D.....
DIEU IEU favori de tout ce qui reſpire ,
Objet aimé de tous les fens ,
J'attire tout par nes charmes puiffans ;
Rien n'eft fouftrait à mon empire.
Eglé , que fuis-je donc , avec tant de pouvoir ?
C Une lueur enchantereffe ,
Qui naît , meur & renaît fans ceffe ,
Une ombre, un feu follet , qu'on ne peut concevoir,
DECEMBRE. 1761 67
Qu'en cherchant trop , on ne fait qu'entrevoir.
Je fuis cependant très - fenfible...
Tel qui croit, me, tenir , ne mefent qu'échapper ;
Mais en m'analyfant , on me rend invifible,
Je fuis perdu pour qui me veut développer.
Chac un me trouve où fon âme le porte ;
L'Ambitieux dans la grandeur ,
f
Le Conquérant dans une attaque forte ,
Et le Tyran dans fa fureur.
Un Grand , que fon orgueil encenfe,
Me voit dans fa nombreuſe Cour ;
Un volage dans l'inconftance ,
Un coeur froid dans l'indifférence ,
Un coeur fenfible dans l'amour.
L'Avare avec fon or m'enferme en fa caffette ;
Le Joueur , au piquet me trouve avec les as ;
Le petit Peuple à la Guinguette ;
Et le Faquin dans les petits appas.
Un gros Doyen à rouge trogne ,
Savourant mille mets , avec art apprêtés ,
Dans des flots de vins de bourgogne
Me fable à coups précipités.
Un Poëte en fon trou , rimaillant avec peine
Des vers pillés & mal coufus ,
Tout plein de moi , fe croit nouveau Phébus ,
Roi du facré Vallon , Maitre de l'Hipócrène .
Une Coquette , éprouvant au miroir
Ses grimaces les plus jolies ,
Me rencontre en croyant y voir
68 MERCURE DE FRANCE.
Un minois à caufer un million de folies.
L'Amant aimé m'apperçoit en tous lieux 3
La Nature pour lui me reproduit fans ceffe ;
Une fleur , un ruiffeau , me peignent à fes yeux :
Tel eft l'effet de la tendreffe !
Qui prétend me hair n'eft pas de bonne foi.
Ecoutez un Atrabilaire ,
Avec fon air pédant déclamer contre moi :
A l'entendre , je fuis une erreur du vulgaire ;
Mais en dépit de la morale auftère ,
C'eft pour m'avoir à fa façon ,
Qu'il va dans un coin de la Terre
Faire contre les miens déclamer ſa Raiſon.
Dans la coupe noire & bifarre
De la fière caufticité ,
Tout en me décriant , à longs traits le Barbare
Me puiſe avec tranquillité.
11 en eft cependant que le deftin avare
Condamne à vivre loin de moi ;
J'évite ces Mortels ; & je ne fçais pourquoi,
Je fuis pour eux toujours très-rare,
Les Grands connoiffent peu mes traits ;
Chez eux le fafte m'épouvante ,
Et je bâille dans les Palais :
Un village , un hameau , une plaine riante ,
Ont toujours pour moi plus d'attraits.
1
Mais furtout , cher Eglé, je me plais fur vos traces..
Jevais , reviens , voltige autour de vous.
DECEMBRE. 1761 . bg
Paré de vos attraits , embelli par vos graces ,
On me fent mieux , on me trouve plus doux,
Divine Eglé , quelle feroit ma gloire ,
Si la pudeur qui veille auprès de vous ,
Ne me difputoit la victoire!
J'ofe par fois me montrer dans vos yeux;
J'y brille... mais qu'ailleursje brillerois bien mieux
Si Licidas , qui vous adore ,
Sur vos lévres un jour pouvoit me faire éclore¿
M'y fixer , y mourir ! .. ...
Vous rougiffez ! ...Dois- je paler encore ?
Non , Eglé , c'eft affez ; rougir , c'eft me fentir.
leplayit
M. D. G.
Signature
M. D. G.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Mots clefs
Résumé
Le texte est une lettre poétique adressée à Mademoiselle D., surnommée Églé, signée 'Enigme E.'. L'auteur se décrit comme une force omniprésente et intangible, comparable à une lueur enchantée ou un feu follet. Il est perçu différemment selon les individus : l'ambitieux le voit dans la grandeur, le conquérant dans l'attaque, le tyran dans la fureur, etc. L'auteur affirme que ceux qui cherchent à le comprendre finissent par le perdre, car il est trouvé par chacun selon ses aspirations et ses passions. Il critique ceux qui le dénigrent tout en profitant de ses bienfaits, comme l'atrabilaire qui le condamne mais le recherche à sa manière. L'auteur préfère les lieux simples et naturels aux palais des grands. Il exprime son attachement particulier à Églé, se plaisant à suivre ses traces et à se parer de ses attraits. Il souhaite se manifester dans ses yeux et sur ses lèvres, mais respecte la pudeur qui l'en empêche.
Identifiant de l'énigme
2115
Date de la livraison
1761-12-01
Numéro de la livraison
0
Titre standardisé
Énigme à Mademoiselle D.....
Premier genre
Énigme
Incipit standardisé
Dieu favori de tout ce qui respire
Date de l'énigme
0000-00-00
Réponse
Plaisir
Réponse standardisée
Plaisir
Lien vers la copie numérique
Intégration de la copie numérique
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Fait partie d'un dossier