Titre
ODE. Par M. N...... L. C. D. B.
Titre d'après la table
Ode,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
2755
Page de début dans la numérisation
448
Page de fin
2759
Page de fin dans la numérisation
452
Incipit
Quelle sainte fureur s'empare
Texte
Ó D E.
Par M. N...... L. C. D. B.
Uelle sainte fureur s'empare
De ma taison et de mes sens !
Sur le Lut du divin Pindare ,
Vais je former quelques accents ,
A mes yeux tout change de face ,
Ce terrible Dieu de la Thrace ,
N'occupera plus mes esprits ;
Ce sera le vainqueur de l'Inde ,
11.Vol. Qui A ij
2756 MERCURE DE FRANCE
Qui forcera le Dieu du Pinde ,
A s'énoncer dans mes Ecrits.
M
Parmi ces Campagnes riantes ,
Chantons le plus charmant des Dieux ,
Bannissez , joyeuses Bacchantes ,
La triste raison de ces lieux ;
A cette farouche ennemic ,
Des plus beaux jours de notre vie
Ne remettons jamais le sort ;
Enchantez -nous par vos prestiges ,
Et que dans nos fougueux vertiges ,
La joye éclate avec transport.
C Vents , échappez de votre chaîne ,
Déracinez les plus hauts Pins ;
Et renversez de votre haleine 2
Tours , Maisons , Forêts et Jardins ,
L'éclair brille , la Foudre gronde ,
Non , jamais la machine ronde ,
Ne sembla mieux être à sa fin ;
Qu'importe
quand je suis à table ,
Je ne vois rien d'épouvantable
,
Si ce n'est de manquer de vin.
Cresus , par d'utiles souplesses ,
Grossis chaque jour tes trésors ;
II. Vole-
Et
DECEMBRE 1733. 2757
Et pour augmenter tes richesses
Ne bois , ne mange , ni ne dors ;
Dans tes désirs insatiable ,
Parcours sur Mer les Bancs de Sable ,
Et les Ecueils les plus fameux ,
Et suivant toujours ta manie ,
Au dernier instant de ta vie ,
Travaille encor pour être heureux.
Foibles Mortels , pour vous conduire
Vers la gloire et les honneurs vains ,
Employez , pour vous mieux détruire ,
Le feu de cent bouches d'airains ;
Que par un préjugé barbare ,
Cette cruelle vous prépare
Un Triomphe toujours nouveau ;
Je le jure icy par mon Verre ;
Si je déclare un jour la guerre ,
Ce ne sera qu'aux Buveurs d'eaux .
Vous pensez que l'on vous révere ,
Petits Philosophies bourrus ,
Parce que du simple vulgaire ,
Vous êtes admirez , courus ;
Pour un Phantôme de
Sacrifiant la politesse ,
sagesse ,
II. Vol.
Et
A i
2758 MERCURE DE FRANCE
19
Et tous les plaisirs au sçavoir ,
Dans vos humeurs insupportables ,
Vous ne futes jamais capables ,
D'en faire , ' ni d'en recevoir.
Vos maximes sont détestables ,
Vils Avares , vains Conquerants ;
Vos Systêmes sont pitoyables ,
Esprits manquez , quarts de Sçavants &
Notre unique Philosophie ,
N'est que de vivre sans envie ,
Sans soucis , sans maux , sans chagrin ¿
Au sein des plaisirs Epicure
Mieux que vous , connut la nature ,
Et se fit un heureux destin .
L'Auteur de l'Ode précédente venoit
de la lire à ses amis avec qui il étoit à
- Table , lorsqu'on vint l'inviter d'aller
voir M *** , qui étoit arrivée ; ses amis
voulurent le retenir , mais il répondit à
leur empressement par ce Rondeau :
Le Dieu du Vin dans ce séjour
Venoit de rétablir sa Cour ;
Tous les Bergers dans leur Ivresse ,
Avoient oublié la tendresse ,
Et le nom même de l'Amour.
II. Vol. déja
DECEMBR E. 1733. 2719
Déja les Echos d'alentour
Ne retentissoient nuit et jour ,
Que des cris qui chantoient sans cesse »
Le Dieu du Vin.
Cupidon triomphe à son tour , ?
L'aimable Iris est de retour :
Entre ces Dieux le combat cesse ,
Lorsqu'à la servir tout s'empresse ,
On quitte pour grossir sa Cour ,
Le Dieu du Vin.
Par M. N...... L. C. D. B.
Uelle sainte fureur s'empare
De ma taison et de mes sens !
Sur le Lut du divin Pindare ,
Vais je former quelques accents ,
A mes yeux tout change de face ,
Ce terrible Dieu de la Thrace ,
N'occupera plus mes esprits ;
Ce sera le vainqueur de l'Inde ,
11.Vol. Qui A ij
2756 MERCURE DE FRANCE
Qui forcera le Dieu du Pinde ,
A s'énoncer dans mes Ecrits.
M
Parmi ces Campagnes riantes ,
Chantons le plus charmant des Dieux ,
Bannissez , joyeuses Bacchantes ,
La triste raison de ces lieux ;
A cette farouche ennemic ,
Des plus beaux jours de notre vie
Ne remettons jamais le sort ;
Enchantez -nous par vos prestiges ,
Et que dans nos fougueux vertiges ,
La joye éclate avec transport.
C Vents , échappez de votre chaîne ,
Déracinez les plus hauts Pins ;
Et renversez de votre haleine 2
Tours , Maisons , Forêts et Jardins ,
L'éclair brille , la Foudre gronde ,
Non , jamais la machine ronde ,
Ne sembla mieux être à sa fin ;
Qu'importe
quand je suis à table ,
Je ne vois rien d'épouvantable
,
Si ce n'est de manquer de vin.
Cresus , par d'utiles souplesses ,
Grossis chaque jour tes trésors ;
II. Vole-
Et
DECEMBRE 1733. 2757
Et pour augmenter tes richesses
Ne bois , ne mange , ni ne dors ;
Dans tes désirs insatiable ,
Parcours sur Mer les Bancs de Sable ,
Et les Ecueils les plus fameux ,
Et suivant toujours ta manie ,
Au dernier instant de ta vie ,
Travaille encor pour être heureux.
Foibles Mortels , pour vous conduire
Vers la gloire et les honneurs vains ,
Employez , pour vous mieux détruire ,
Le feu de cent bouches d'airains ;
Que par un préjugé barbare ,
Cette cruelle vous prépare
Un Triomphe toujours nouveau ;
Je le jure icy par mon Verre ;
Si je déclare un jour la guerre ,
Ce ne sera qu'aux Buveurs d'eaux .
Vous pensez que l'on vous révere ,
Petits Philosophies bourrus ,
Parce que du simple vulgaire ,
Vous êtes admirez , courus ;
Pour un Phantôme de
Sacrifiant la politesse ,
sagesse ,
II. Vol.
Et
A i
2758 MERCURE DE FRANCE
19
Et tous les plaisirs au sçavoir ,
Dans vos humeurs insupportables ,
Vous ne futes jamais capables ,
D'en faire , ' ni d'en recevoir.
Vos maximes sont détestables ,
Vils Avares , vains Conquerants ;
Vos Systêmes sont pitoyables ,
Esprits manquez , quarts de Sçavants &
Notre unique Philosophie ,
N'est que de vivre sans envie ,
Sans soucis , sans maux , sans chagrin ¿
Au sein des plaisirs Epicure
Mieux que vous , connut la nature ,
Et se fit un heureux destin .
L'Auteur de l'Ode précédente venoit
de la lire à ses amis avec qui il étoit à
- Table , lorsqu'on vint l'inviter d'aller
voir M *** , qui étoit arrivée ; ses amis
voulurent le retenir , mais il répondit à
leur empressement par ce Rondeau :
Le Dieu du Vin dans ce séjour
Venoit de rétablir sa Cour ;
Tous les Bergers dans leur Ivresse ,
Avoient oublié la tendresse ,
Et le nom même de l'Amour.
II. Vol. déja
DECEMBR E. 1733. 2719
Déja les Echos d'alentour
Ne retentissoient nuit et jour ,
Que des cris qui chantoient sans cesse »
Le Dieu du Vin.
Cupidon triomphe à son tour , ?
L'aimable Iris est de retour :
Entre ces Dieux le combat cesse ,
Lorsqu'à la servir tout s'empresse ,
On quitte pour grossir sa Cour ,
Le Dieu du Vin.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Le poème 'Ó D E.' est écrit par M. N...... L. C. D. B. et publié dans le Mercure de France en décembre 1733. L'auteur est saisi d'une sainte fureur et s'inspire du divin Pindare. Il célèbre le dieu du vin, invitant les Bacchantes à rejeter la raison et à s'abandonner à la joie et aux vertiges. Le texte décrit des scènes de déchaînement naturel, avec des vents déracinant des pins et renversant des structures, symbolisant l'intensité des émotions. L'auteur critique ceux qui accumulent des richesses sans en profiter et les philosophes qui sacrifient les plaisirs au savoir. Il affirme que la véritable philosophie est de vivre sans envie, sans soucis et sans chagrin, au sein des plaisirs, comme l'a enseigné Épicure. Le poème se conclut par un rondeau où l'auteur décrit le triomphe du dieu du vin et le retour de Cupidon, symbolisant la prééminence des plaisirs et de l'amour.