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Titre

LETTRE des Pensionnaires du College de Louis le Grand, au jeune Marquis de Crussot, à Versailles, sur la Fête qui se fit dans ce College, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou.

Titre d'après la table

Lettre des Pensionnaires des Jesuites au sujet de la Naissance du Duc d'Anjou,

Page de début
2307
Page de début dans la numérisation
422
Page de fin
2310
Page de fin dans la numérisation
425
Incipit

Crussol, notre aimable Confrere,

Texte
Nous avons crû que le Public verroit
avec plaifir la Piece fuivante , dont la
naïveté ingenieufe a été fort goutée à la
Cour. Elle a été faite par le Pere de la
Sante , l'un des Profeffeurs de Rhétorique,
du College de Louis le Grand , au nom
des jeunes Seigneurs Penfionnaires dans)
ce College.
LETTRE des Penfionnaires du College.
de Louis le Grand , aujeune Marquis de
Cruffol , à Versailles , fur la Fête qui ſe
fit dans ce College , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou.
CRuffol , noti notre aimable Confrere
Sois en Cour notre Député ;
Comme la Reine cinq fois mere
Te voit d'un oeil plein de bonté ,
I ij
Va
2308 MERCURE DE FRANCE
Va lui demander audiance ,
Sur cette Lettre de Créance ;
Et puis fans autre compliment ,
Racontes-lui naïvement ,
La fubite métamorphofe ,
D'Apollon en Artificier :
Car tel fut ici le Métier ,
Qu'il fit le jour de ſainte Roſe , * )
Jour qui vit un nouveau Fleuron ,
Naître à la Couronne de France.
Et paroître un beau Rejetton ,
De nos Lys feconde efperance.
Le foir de ce jour fortuné
Notre Parnaffe illuminé ,
Offrit un fi charmant ſpectacle ,
Qu'il tenoit prefque du Miracle.
Auffi ce Prince , dans fon temps ,
En doit-il faire d'éclatans ,
Dont nous trouvons l'heureux préſage ,
Dans fon Nom , dans fon Apanage.
D'abord la Fête commença ,
Par le fon guerrier des Trompettes ,
Bont mainte Fanfare annonça ,
(
Un Feu de trois heures complettes.
Pendant que cent bouches de fer ,
Vomiffoient des flammes tonnantes ,
Mille Serpens joüoient en l'air ,
Letrentiémejour d'Août 1730 ,
ATCE
OCTOBRE . 1730. 2309
Avec mille Etoiles volantes.
Enfin les feux hauts , les feux bas ,
Faifoient enſemble un tel fracas ,
Qu'on eût dit que le Mont Parnaffe ,
Du Mont Etna prenoit la place ,
Et que par un nouveau deſtin ,
Apollon devenoit Vulcain.
Pour nous qui fûmes de la Fête ;
Tant que tout ce grand feu dura
Nous difions : quand à notre tête ,
Un jour ce Bourbon marchera ,
Encouragez par fa prefence ,
Et fuivant à l'envi ſes pas ,
Oh ! quel feu ne ferons- nous pas
Sur les ennemis de la France !
Un Aftrologue , cependant ,
Mais Aftrologue veritable ,
Qui jamais ne débita Fable ,
A tout Paris ſe fait garant ,
Qu'étant né dans le mois d'Augufte ,
Prince doux , pacifique & juſte ,
Notre Duc aimera la Paix ,
Qu'aime Louis pour les Sujets.
Mais il y joint pour Horoſcope ,
Que fi quelque Prince en Europe ,
S'avife de reveiller Mars ,
I1 peut compter, fans rien furfaire ,
Que dans les Fils & dans le Pere ,
I iij I1
2310 MERCURE DE FRANCE
Il trouvera de vrais Céfars.
Pour gages fûrs, de leur victoire ,
L'Aftrologue , qu'on en peut croire ,
Sur des preuves dignes de foi ,
Donne , outre leurs vertus guerrieres ,
Les voeux ardens & les prieres ,
De l'Augufte Epouſe du Roi.
Nous en faifons auffi pour
Et comptons que Sa Majefté ,
Obtiendra par fa pieté ,
elle ,
Plus que nous par tout notre zele.
Que n'obtient pas du Roi des Rois ,
Un grand coeur foumis à fes -loix ?
Pour toi , qui de fi près contemples ,
De la Reine les grands exemples ,
Ami , tâche de profiter.
De ce qu'on en peut imiter
Et fuppléant à la diſtance ,
Qui nous dérobe fa prefence ,
'Affure- la très- humblement
De notre parfait dévoûment.
Pour cette fin , par ces Prefentes ,
Qui te ferviront de Patentes ,
Nous te nommons Ambaffadeur ,
Et nous fommes tous de grand coeur
Cher Cruffol , tes amis finceres ,
Tes Serviteurs & tes Confreres ,
Ce premier Septembre , à Paris ,
Au College du Grand Louis.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte est une lettre des pensionnaires du Collège de Louis le Grand adressée au jeune Marquis de Cruffol. Elle est écrite à l'occasion de la fête célébrant la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, le 23 août 1730. Les pensionnaires demandent à Cruffol de représenter leurs intérêts à la cour et de raconter à la Reine la métamorphose d'Apollon en artificier, symbolisant les feux d'artifice tirés lors de la fête. La célébration a inclus des fanfares de trompettes et des feux d'artifice spectaculaires. Un astrologue prédit que le Duc d'Anjou aimera la paix mais sera prêt à défendre la France si nécessaire. Les pensionnaires expriment leurs vœux pour la victoire et la paix, et nomment Cruffol ambassadeur auprès de la Reine. La lettre se termine par des marques de dévouement et d'amitié.
Soumis par kipfmullerl le