Titre
LE TRIOMPHE de la raison. ODE.
Titre d'après la table
Le Triomphe de la Raison, Ode,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
2175
Page de début dans la numérisation
292
Page de fin
2178
Page de fin dans la numérisation
295
Incipit
Enfin vous êtes revenuë,
Texte
LE TRIOMPHE
de la raison .
OD E.
Enfin vous êtes revenue ,
Douce raison , fille des cieux ;
Pour une ame trop prêvenue ,
Vous êtes un présent des Dieux
Enfin j'abandonne Climene ;
Honteux d'avoir pour l'inhumaine ,
Méprisé long-temps, votre voix ,
Je hais mon ancien esclavage ,
Et pour jamais devenu sage ,
Je viens me ranger sous vos Loix. É
T
Heu2176
MERCURE DE FRANCE
Heureux qui toujours vous adore
Malgré le feu des jeunes ans !
Heureux qui vous retrouve encore
Après de longs égaremens !
La Paix , cette aimable immortelle ,
Est votre compagne éternelle.
Vous nous comblez de mille dons ;
Mais , infortunez que nous sommes
Nous cessons d'être vraiment hommes ,
Du moment que nous vous perdons.
來
Quelquefois , Neptume docile ,
Tient ses Ondes dans le repos ;
La nature paroît tranquille ;
Le Zéphir joue avec les Flots 3
Déja la voile se déploïe ,
Déja poussant des cris de joïe ,
Le Naucher s'éloigne du bord ;
Mais bien-tôt l'affreuse tempête ,.
Lui montre la mort toute prête ,
Et lui fait regretter le Port.
M
Par de semblables artifices ,
L'amour trahit les jeunes coeurs 5
Il conduit dans des Précipices ,
Par des chemins semez de Acurs ;
Nous
OCTOBRE . 1733 .
2177
Nous suivons une douce pente ;
D'abord il flatte notre attente ,
Par l'espoir d'un bien qui nous fuit;
Notre ame sans effort s'engage
Et ne chérit rien davantage ,
Que le charme qui la séduit.
龍
>
Grands Dieux ! qu'un coeur tendre et sincere ,
Ressent de troubles en un jour ,
Lorsque par un objet sévere ,
Il voit mépriser son amour !
Envain par des ruisseaux de larmes,
Par des soupirs , par des allarmes ,
Nous exprimons nos déplaisirs
L'ingrate , parmi ses caprices ,
S'applaudit de ses injustices ,
Et se moque de nos soupirs.
Enfin notre dépit éclate ;
Impatiens de nous venger ,
Non contens de quitter l'ingratte ,
Nous osons encor l'outrager ;
Le désespoir seul nous possede ,
L'amour qui pour un temps lui céde ,
Paroît expirer dans nos coeurs ,
Tandis que caché dans notre ame ,
Cer
2178 MERCURE DE FRANCE
Certain du pouvoir de sa flamme
Il rit de nos vaines fureurs.
2
Bien-tôt cet amant si rebelle ,•
Quittant un impuissant courroux ;
Revient , en Esclave fidelle ,
Reprendre ses fers à genoux ;
Superbe alors de sa victoire ,
L'Ingrate , du haut de sa gloire ,
Exerce des droits rigoureux ;
Et l'infortuné qui l'adore ,
Par ses respects lui donne encore
Le droit de mépriser ses feux.
Une Divinité puissante ,
M'affranchit de ces maux divers ;
C'est vous , ô Raison bien - faisante !
Qui brisez aujourd'hui mes fers ;
Au fond de mon ame éperduë ,
Votre voix enfin descenduë ,
Parle et m'instruit du haut des Cieux ;`
A cetre voix l'Amour docile ,
Fuit , ainsi que l'Ombre mobile ,
Qui s'évanouit à nos yeux.
de la raison .
OD E.
Enfin vous êtes revenue ,
Douce raison , fille des cieux ;
Pour une ame trop prêvenue ,
Vous êtes un présent des Dieux
Enfin j'abandonne Climene ;
Honteux d'avoir pour l'inhumaine ,
Méprisé long-temps, votre voix ,
Je hais mon ancien esclavage ,
Et pour jamais devenu sage ,
Je viens me ranger sous vos Loix. É
T
Heu2176
MERCURE DE FRANCE
Heureux qui toujours vous adore
Malgré le feu des jeunes ans !
Heureux qui vous retrouve encore
Après de longs égaremens !
La Paix , cette aimable immortelle ,
Est votre compagne éternelle.
Vous nous comblez de mille dons ;
Mais , infortunez que nous sommes
Nous cessons d'être vraiment hommes ,
Du moment que nous vous perdons.
來
Quelquefois , Neptume docile ,
Tient ses Ondes dans le repos ;
La nature paroît tranquille ;
Le Zéphir joue avec les Flots 3
Déja la voile se déploïe ,
Déja poussant des cris de joïe ,
Le Naucher s'éloigne du bord ;
Mais bien-tôt l'affreuse tempête ,.
Lui montre la mort toute prête ,
Et lui fait regretter le Port.
M
Par de semblables artifices ,
L'amour trahit les jeunes coeurs 5
Il conduit dans des Précipices ,
Par des chemins semez de Acurs ;
Nous
OCTOBRE . 1733 .
2177
Nous suivons une douce pente ;
D'abord il flatte notre attente ,
Par l'espoir d'un bien qui nous fuit;
Notre ame sans effort s'engage
Et ne chérit rien davantage ,
Que le charme qui la séduit.
龍
>
Grands Dieux ! qu'un coeur tendre et sincere ,
Ressent de troubles en un jour ,
Lorsque par un objet sévere ,
Il voit mépriser son amour !
Envain par des ruisseaux de larmes,
Par des soupirs , par des allarmes ,
Nous exprimons nos déplaisirs
L'ingrate , parmi ses caprices ,
S'applaudit de ses injustices ,
Et se moque de nos soupirs.
Enfin notre dépit éclate ;
Impatiens de nous venger ,
Non contens de quitter l'ingratte ,
Nous osons encor l'outrager ;
Le désespoir seul nous possede ,
L'amour qui pour un temps lui céde ,
Paroît expirer dans nos coeurs ,
Tandis que caché dans notre ame ,
Cer
2178 MERCURE DE FRANCE
Certain du pouvoir de sa flamme
Il rit de nos vaines fureurs.
2
Bien-tôt cet amant si rebelle ,•
Quittant un impuissant courroux ;
Revient , en Esclave fidelle ,
Reprendre ses fers à genoux ;
Superbe alors de sa victoire ,
L'Ingrate , du haut de sa gloire ,
Exerce des droits rigoureux ;
Et l'infortuné qui l'adore ,
Par ses respects lui donne encore
Le droit de mépriser ses feux.
Une Divinité puissante ,
M'affranchit de ces maux divers ;
C'est vous , ô Raison bien - faisante !
Qui brisez aujourd'hui mes fers ;
Au fond de mon ame éperduë ,
Votre voix enfin descenduë ,
Parle et m'instruit du haut des Cieux ;`
A cetre voix l'Amour docile ,
Fuit , ainsi que l'Ombre mobile ,
Qui s'évanouit à nos yeux.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
Le poème 'Le Triomphe de la raison', publié dans le Mercure de France en octobre 1733, exprime la joie du narrateur de retrouver la raison, vue comme un don divin, après une période d'égarement. Il renonce à son ancien esclavage et se soumet aux lois de la raison. Le texte compare la raison à la paix, qui offre de nombreux bienfaits mais que les hommes perdent souvent. Il met également en garde contre les dangers de l'amour, qui trahit les jeunes cœurs en les conduisant à leur perte. Le narrateur décrit les tourments d'un cœur sincère méprisé et la lutte intérieure entre l'amour et le désespoir. Finalement, la raison triomphe, brisant les chaînes de l'amour et instruisant le narrateur.