Titre
LA SCIENCE, ODE.
Titre d'après la table
La Science, Ode,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
[1415]
Page de début dans la numérisation
230
Page de fin
1421
Page de fin dans la numérisation
236
Incipit
Fuyez, Esclaves volontaires,
Texte
LA
SCIENCE ,
O D E.
Uyez , Esclaves volontaires ,
D'un aveuglement séducteur.
Craignez que mes traits salutaires ,
Ne percent un masque imposteur,
Loin ces hommes dont l'arrogance ,
Pour prix d'une vaine Science ,
Semble demander des Autels :
Je hais ces lumieres steriles ,
II, Vol A ij Qui
1416 MERCURE
DE FRANCE
Qui sans les rendre plus habiles ,
Les ont rendus plus criminels.
諾T
Celui qui des Mysteres sombres ,
Connoît toute la profondeur
Se cache sous d'épaisses ombres ,
Et nous dérobe sa grandeur.
Ainsi , privez de sa lumiere ,
Toûjours une vapeur grossiere ,
Obscurcit nos foibles esprits :
Heureux ! si limitant leur vûë ,
Le Ciel eût borné l'étenduë ,
De l'orgueil dont ils sont épris !
Mais , helas ! suivant avec joye ,
D'agréables impressions ,
Les hommes se livrent en proye ,
A de douces illusions.
Un foible rayon vient -il luire ? }
Si leur esprit cherche à s'instruire,
Leur vanité le croit instruit ;
Et ces insensez qu'on adore ,
Abusant d'une belle Aurore ,
Restent dans une affreuse nuit,
Ainsi par des routes chéries ,
11. Vol. L'orgueil
JUIN. 173. 1417
L'orgueil nous promene à son gré.
De ses subtiles flatteries ,
L'esprit est bien- tôt enyvré.
Dans le piege d'un vain systême ,
Que le coeur se tend à lui -même ,
L'homme aveuglé cherche à perir ;
Et jusqu'au sein de l'ignorance ,
S'enorgueillit d'une science ,
Qu'il ne peut pas même acquerir.
que
Telle est la misere orgueilleuse ,
D'un Philosophe * ambitieux ,
Dont la lumiere tenebreuse ,
Croit avoir penetré les Cieux .
Plus hardi les Zoroastres ,
Il veut de la Terre et des Astres
Regler les sublimes ressorts ;
Mais le Ciel qui l'avoit fait naître ,
Le créa bien moins pour connoître ,.
Que pour jouir de ses trésors.
A des Estres imaginaires ,
Livrant sa coupable raison ,
Des plus ridicules chimeres ,
Un autre ** avale le poison..
Le Phisicien.
** Le Métaphisicizen.
II. Vol. A iij Dans
1418 MERCURE DE FRANCE
14
Dans sa sublime extravagance ,
Il seche pour sonder l'essence ,
D'un objet qu'il ne connoît pas ;
La verité fuit sa poursuite ;
Mais l'orgueil qui marche à sa suite
A pour lui, les mêmes appas..
23
Et vous (a ) qui des siecles antiques ;
Confondez les Evenemens ;
Vous , dont les pompeuses Chroniques
Obscurcissent l'ordre des tems ;、
Parlez , quel est votre avantage ?
N'est- ce pas d'errer d'âge en âge ,
Pour en débrouiller le cahos ?
'Aussi le fruit de votre étude
N'est qu'une triste incertitude ,
Qui vient traverser vos travaux.
Mais que sert l'audace sévere ,
De mes transports injurieux ,
Tandis que notre esprit révere ,
Ceux qui nous ont fermé les yeux ?
Si des traits douteux de l'Histoire , (b)
Ils ont alteré la memoire ,
(a) Les Chronologistes .
(b) Les Sçavans qui travaillent à l'Histoires
t
11. Vol Nous
JUIN. 1419 1731 .
Nous sommes leurs adorateurs
Et leur redoutable imposture ,
D'une incertaine conjecture ,
Nous fait adopter les erreurs.
NE
Ainsi trompé par l'apparence ,
L'homme est éclairé sans rien voir;
> Et sa fastueuse ignorance
Se produit sous un faux sçavoir.
Paré d'une science vaine ,
Jadis un Sçavant de Priène , (a )
N'en conserva que les dehors ;
Et , des débris de sa Patrie ,
Il n'emporta que sa folie ,
Le plus cher de tous ses trésors.
Illustres Morts , superbes Mânes ,
Sortez d'un Tombeau plein d'horreur ;
Dépouillez ces titres prophanes ,
Que vous consacra notre erreur .
Où sont ces Couronnes sacrées ,2
Que sur vos têtes reverées ,.
(a) Bias , qui voyant sa Ville au pillage , ne
voulut rien sauver de ses richesses , disant
qu'il portoit tout son bien , c'est-à-dire , toute
SA Science avec lui.
II. Vol..
A. iiij.
La
1420 MERCURE DE FRANCE
Mit jadis un Peuple insensé ? ...
La fausse gloire est disparuë ,
Et la vanité confonduë ,
Lui dit qu'il s'étoit abusé.
Non , que d'un frivole Sophisme
Empruntant le subtil secours ,
Sur un dangereux Pyrrhonisms ,
Je veuille appuyer mes discours.
Je sçais que les forces humaines ,
De quelques veritez certaines ,
Ont sçû nous frayer les chemins ;
Mais des routes si favorables ,
Nous ont rendus plus miserables ,
En ne nous rendant que plus vains.
M
Laisson la superbe arrogance ,
D'un Pédant rempli de fierté ;
Tâchons d'acquerir sa Science ,
Mais non pas sa fatuité.
Alors , d'un sçavoir légitime ,
Une humilité magnanime ,
Sera le plus ferme soutien ;
Et nous suivrons l'humble sagesse ,
11. Vel.
De
JUIN. 1731 .
14: 1
De ce vrai Sçavant de la Grece , *
Qui sçavoit qu'il ne sçavoit rien.
* Socrate disoit que tout ce qu'il "sçavoir"
'étoit qu'il ne sçavoit rien .
Par René-Vincent des F ****
SCIENCE ,
O D E.
Uyez , Esclaves volontaires ,
D'un aveuglement séducteur.
Craignez que mes traits salutaires ,
Ne percent un masque imposteur,
Loin ces hommes dont l'arrogance ,
Pour prix d'une vaine Science ,
Semble demander des Autels :
Je hais ces lumieres steriles ,
II, Vol A ij Qui
1416 MERCURE
DE FRANCE
Qui sans les rendre plus habiles ,
Les ont rendus plus criminels.
諾T
Celui qui des Mysteres sombres ,
Connoît toute la profondeur
Se cache sous d'épaisses ombres ,
Et nous dérobe sa grandeur.
Ainsi , privez de sa lumiere ,
Toûjours une vapeur grossiere ,
Obscurcit nos foibles esprits :
Heureux ! si limitant leur vûë ,
Le Ciel eût borné l'étenduë ,
De l'orgueil dont ils sont épris !
Mais , helas ! suivant avec joye ,
D'agréables impressions ,
Les hommes se livrent en proye ,
A de douces illusions.
Un foible rayon vient -il luire ? }
Si leur esprit cherche à s'instruire,
Leur vanité le croit instruit ;
Et ces insensez qu'on adore ,
Abusant d'une belle Aurore ,
Restent dans une affreuse nuit,
Ainsi par des routes chéries ,
11. Vol. L'orgueil
JUIN. 173. 1417
L'orgueil nous promene à son gré.
De ses subtiles flatteries ,
L'esprit est bien- tôt enyvré.
Dans le piege d'un vain systême ,
Que le coeur se tend à lui -même ,
L'homme aveuglé cherche à perir ;
Et jusqu'au sein de l'ignorance ,
S'enorgueillit d'une science ,
Qu'il ne peut pas même acquerir.
que
Telle est la misere orgueilleuse ,
D'un Philosophe * ambitieux ,
Dont la lumiere tenebreuse ,
Croit avoir penetré les Cieux .
Plus hardi les Zoroastres ,
Il veut de la Terre et des Astres
Regler les sublimes ressorts ;
Mais le Ciel qui l'avoit fait naître ,
Le créa bien moins pour connoître ,.
Que pour jouir de ses trésors.
A des Estres imaginaires ,
Livrant sa coupable raison ,
Des plus ridicules chimeres ,
Un autre ** avale le poison..
Le Phisicien.
** Le Métaphisicizen.
II. Vol. A iij Dans
1418 MERCURE DE FRANCE
14
Dans sa sublime extravagance ,
Il seche pour sonder l'essence ,
D'un objet qu'il ne connoît pas ;
La verité fuit sa poursuite ;
Mais l'orgueil qui marche à sa suite
A pour lui, les mêmes appas..
23
Et vous (a ) qui des siecles antiques ;
Confondez les Evenemens ;
Vous , dont les pompeuses Chroniques
Obscurcissent l'ordre des tems ;、
Parlez , quel est votre avantage ?
N'est- ce pas d'errer d'âge en âge ,
Pour en débrouiller le cahos ?
'Aussi le fruit de votre étude
N'est qu'une triste incertitude ,
Qui vient traverser vos travaux.
Mais que sert l'audace sévere ,
De mes transports injurieux ,
Tandis que notre esprit révere ,
Ceux qui nous ont fermé les yeux ?
Si des traits douteux de l'Histoire , (b)
Ils ont alteré la memoire ,
(a) Les Chronologistes .
(b) Les Sçavans qui travaillent à l'Histoires
t
11. Vol Nous
JUIN. 1419 1731 .
Nous sommes leurs adorateurs
Et leur redoutable imposture ,
D'une incertaine conjecture ,
Nous fait adopter les erreurs.
NE
Ainsi trompé par l'apparence ,
L'homme est éclairé sans rien voir;
> Et sa fastueuse ignorance
Se produit sous un faux sçavoir.
Paré d'une science vaine ,
Jadis un Sçavant de Priène , (a )
N'en conserva que les dehors ;
Et , des débris de sa Patrie ,
Il n'emporta que sa folie ,
Le plus cher de tous ses trésors.
Illustres Morts , superbes Mânes ,
Sortez d'un Tombeau plein d'horreur ;
Dépouillez ces titres prophanes ,
Que vous consacra notre erreur .
Où sont ces Couronnes sacrées ,2
Que sur vos têtes reverées ,.
(a) Bias , qui voyant sa Ville au pillage , ne
voulut rien sauver de ses richesses , disant
qu'il portoit tout son bien , c'est-à-dire , toute
SA Science avec lui.
II. Vol..
A. iiij.
La
1420 MERCURE DE FRANCE
Mit jadis un Peuple insensé ? ...
La fausse gloire est disparuë ,
Et la vanité confonduë ,
Lui dit qu'il s'étoit abusé.
Non , que d'un frivole Sophisme
Empruntant le subtil secours ,
Sur un dangereux Pyrrhonisms ,
Je veuille appuyer mes discours.
Je sçais que les forces humaines ,
De quelques veritez certaines ,
Ont sçû nous frayer les chemins ;
Mais des routes si favorables ,
Nous ont rendus plus miserables ,
En ne nous rendant que plus vains.
M
Laisson la superbe arrogance ,
D'un Pédant rempli de fierté ;
Tâchons d'acquerir sa Science ,
Mais non pas sa fatuité.
Alors , d'un sçavoir légitime ,
Une humilité magnanime ,
Sera le plus ferme soutien ;
Et nous suivrons l'humble sagesse ,
11. Vel.
De
JUIN. 1731 .
14: 1
De ce vrai Sçavant de la Grece , *
Qui sçavoit qu'il ne sçavoit rien.
* Socrate disoit que tout ce qu'il "sçavoir"
'étoit qu'il ne sçavoit rien .
Par René-Vincent des F ****
Signature
Par René-Vincent des F ****.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
Le poème critique la science et l'orgueil humain, mettant en garde contre les dangers de la vanité et de l'arrogance intellectuelle. L'auteur dénonce ceux qui, sous couvert de science, cherchent à dominer et à être vénérés. Il souligne que la véritable connaissance est souvent cachée et que les hommes, aveuglés par leur orgueil, se laissent tromper par des illusions et des chimères. Le texte critique également les philosophes, les physiciens et les métaphysiciens, qui, dans leur quête de savoir, finissent par se perdre. Les chronologistes et les historiens sont également visés, leurs travaux étant souvent marqués par des erreurs et des incertitudes. Le poème se conclut par un appel à l'humilité, en prenant l'exemple de Socrate, qui reconnaissait l'étendue de son ignorance. L'auteur invite à acquérir la science sans fatuité, afin de cultiver une humilité magnanime.