Titre d'après la table
Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
2842
Page de début dans la numérisation
553
Page de fin
2850
Page de fin dans la numérisation
561
Incipit
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République
Texte
MEMOIRES pour servir à PHistoire
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres , &c. Tome XVIII. de 411.
pages , sans les Tables. A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science ,
M. DCC. XXXII.
,
Les Memoires qui font la matiere de
ce XVIIIe Volume , contiennent la Vie
et le Catalogue des Ouvrages de trentecinq Auteurs , entre lesquels nous avons
choisi l'article d'Antoine Godeau , pour
suivre notre coûtume , et pour ne point
exceder, les bornes prescrites dans notre
Journal.
Antoine Godeau nâquit à Dreux , Ville
du Diocèse de Chartres , où son pere
étoit Elû , et d'une des meilleures familles du Lieu , vers l'an 1605.
Il s'adonna de bonne heure à la Poësie
Françoise , et se fit connoître avantageusement de ce côté-là. Il étoit un peu pa11. Vol.
.rent
DECEMBRE. 1732: 2843
rent de M. Conrart , et logeoit chez lui
lorsqu'il venoit à Paris. Les Poësies qu'il
y apportoit de Dreux , donnerent lieu à
M. Conrart d'assembler dans sa Maison
quelques Gens de Lettres , pour en entendre la lecture , et ces Assemblées furent
proprement l'origine de l'établissement
de l'Académie Françoise , dans laquelle
M. Godeau eut entrée des premiers.
Ses vûës tendirent d'abord vers le mariage , et il rechercha la fille du Lieutenant General de Dreux ; mais se voyant
rejetté , parce qu'il étoit petit et laid , il
quitta sa Patrie et vint s'établir à Paris.
M. Conrart l'ayant fait connoître à
M. Chapelain ; celui- cy le produisit à
l'Hôtel de Rambouillet , qui étoit alors
le Tribunal où il falloit faire preuve d'esprit et de mérite pour être admis au
rang des Illustres ; il y fut goûté , et c'étoit de lui que Mademoiselle de Ramboüillet ( Julie d'Angennes ) disoit dans
une de ses Lettres à Voiture : Il y
y a ici
un homme plus petit que vous d'une coudée.
et je vous jure , mille fois plus galint. Sa
taille et l'affection que cette Demoiselle
lui témoignoit , lui firent alors donner
le nom de Nain de Julie.
On voit par-là que si M.Godeau n'avoit
du côté du corps rien qui méritât de l'atII. Vol. tention
2814 MERCURE DE FRANCE
tention , les qualitez de son esprit et son
mérite suppléoient à ce deffaut. Quelque
temps après qu'il se fûr fixé à Paris , it
embrassa l'Etat Ecclesiastique ; et l'esprie
de pieté qui lui avoit inspiré ce dessein ,
lui inspira aussi celui de ne plus exercer
le talent et l'inclination qu'il avoit pour
la Poësie , que sur des sujets chrétiens.
Il fit en 1636. une Paraphrase du Cantique : Benedicite omnia opera Domini Domin , qui étant bien versifiée et écrite
d'un stile noble et riche , lui attira un
applaudissement general. Elle plut si fort
au Cardinal de Richelieu , à qui il l'avoit
présentée , qu'après l'avoir luë et reluë
en sa présence , il lui dit : Vous me donnez le Benedicite , et moije vous donne
Grasse. Jeu de mots , que l'occasion fit
naître ; car l'Evêché de Grasse vaquoit
alors , et le Cardinal qui connoissoit d'ail
leurs son mérite et sçavoit le bruit que
faisoient ses Prédications , fut par-là déterminé à le placer sur le champ.
Il fut nommé à cet Evêché l'an 1536.
et fut sacré à S. Magloire au mois de Décembre de la même année , par Eleonor
d'Estampes , Evêque de Chartres , et depuis Archevêque de Reims , assisté d'Etienne Pouget , Evêque de Dardanie et *
* Ce nom est defiguré , il faut dire Etienne de Puget.
DECEMBRE. 1732. 2845
depuis de Marseille , et de Bertrand Des
pruotz , Evêque de S. Papoul.
-Aussi-tôt après son Sacre , il se retira
dans son Diocèse , pour s'appliquer tout
entier aux fonctions de l'Episcopat. Il y
annonça avec zele la parole de Dieu , y
tint plusieurs Synodes , composa quantité
d'Instructions Pastorales pour son Clergé
et y rétablit la discipline Ecclesiastique.
Il réunit à l'Evêché de Grasse , par
droit de Patronage , l'Eglise d'Antibes ,
qui depuis que le Siege Episcopal en
avoit été transferé à Grasse , n'avoit été
d'aucun Diocèse , et par ce moyen il
fit revivre la discipline Ecclesiastique ,
dont il ne restoit presque plus aucun
vestige.
y
Il obtint du Pape Innocent X. des Bul.
les d'union de l'Evêché de Vence , avec
celui de Grasse , comme son Predecesseur
Guillaume le Blanc en avoit obtenu de
Clement VIII. Cette union n'étoit pas
contraire aux Canons , et paroissoit bien
fondée , parce que ces deux Evêchez ensemble n'étoient que de dix mille livres
de revenu ; qu'ils n'avoient aussi ensemblee que trente Paroisses , et que les Villes de Vence et de Grasse n'étoient éloignées l'une de l'autre que de trois licües.
Cependant voyant que le Peuple et le
II Vol. Clergé
2046 MERCURE DE FRANCE
Clergé de Vence , s'opposoient à cette
union , il aima mieux ceder son droit
que de n'être pas agréable à quelquesuns de ces Diocesains , et d'avoir à poursuivre un Procès , et se contenta de l'E
glise de Vence.
Il assista aux Assemblées generales du
Clergé , tenues en 1645. et 1656. Dans
la premiere il composa et récita , par ordre du Clergé , l'Eloge de Petrus Aurelius,
qui avoit soutenu vivement les droits des
Evêques contre quelques Réguliers. Dans
la seconde , il fut un des Prélats qui témoignerent le plus de zele et d'indignation contre les Propositions de Morale
relâchée, qui avoient été dénoncez à cette
Assemblée , et ce fut par son avis qu'elle
fit imprimer les Instructions de S. Charles Borromée , dont il avoit inseré une
partie dans ses Statuts Synodaux.
Il passa le reste de sa vie dans son Diocèse ,continuellement occupé, soit à faire
ses visites , soit à prêcher , soit à lire ou à
composer , soit à vacquer aux affaires Ecclesiastiques ou temporelles de son Diocèse.
J'ai trouvé dans un Livre peu connu ,
intitulé : Le Confiteor de l'infidele Voyageur , parfeu George Martin , Renegat ;
Extrait de ses Voyages. Lyon , 1680. in 8.
II. Vol. à
DECEMBRE. 1732 2847
à la page 244. qu'en passant à Vence ,
il vit M. Godeau , qui en étoit Evêque ,
et que Dieu l'avoit éprouvé par la perte
de la vûë , qu'il enduroit avec beaucoup
de tranquillité d'esprit ; particularité dont
je n'ai vû faire mention en aucun autre
endroit.
Il eut une attaque d'apoplexie le 17
Avril 1672. qui étoit le jour de Pâques , et il en mourut à Vence le 21 du
même mois , âgé de 67 ans.
Les occupations de son Ministere ne
l'ont pas empêché de composer un grand
nombre d'Ouvrages considerables , tant
en Prose qu'en Vers. Aussi avoit- il une
facilité et une fécondité prodigieuse. Il
disoit ordinairement que le Paradis d'un
Auteur est de composer , que son Purgatoire est de relire et de retoucher ses
compositions ; mais que son Enfer est
de corriger les Epreuves de l'Imprimeur.
M. Boileau Despreaux n'a pas jugé trop
favorablement de sa Poësie , voici com
me il en parle dans sa Lettre neuviéme à
M. de Maucrois. » Je suis persuadé
>> aussi- bien que vous , que M. Godeau est
>>un Poëte fort estimable. Il me semble
pourtant qu'on peut dire de lui ce que
» Longin dit d'Hyperide , qu'il est touII. Vol. »jours
2848 MERCURE DE FRANCE
»jours à jeun , et qu'il n'a rien qui remuë
>> ni qui échauffe ; en un mot , qu'il n'a
"point cette force du stile , et cette vivacité d'expression , qu'on cherche dans
»les Ouvrages , et qui les font durer. Je
»ne sçai point s'il passera à la Posterité;
» mais il faudra pour cela qu'il réssuscite;
puisqu'on peut dire qu'il est déja mort ,
»n'étant presque plus maintenant lû de
» personne.
>>
M. de Maucroix , dans sa Réponse à
cette Lettre de Despreaux , s'exprime ain
si sur son sujet. Je tombe d'accord que
>> M. Godeau écrivoit avec beaucoup de
» facilité , disons avec trop de facilité. Il
faisoit deux ou trois Vers , comme dit
»Horace , Stans pede in uno. Ce n'est pas
ainsi que se font les bons Vers. Je m'en
rapporte volontiers à votre propre ex-
» périence. Néanmoins parmi les Vers
négligez de M. Godeau , il y en a de
»beaux qui lui échappent. Dès notre
>> jeunesse nous nous sommes apperçus
» qu'il ne varie pas assez. La plupart de
» ses Ouvrages sont comme des Logogryphes ; car il commence toujours par
»'exprimer les circonstances d'une chose,
» et puis il y joint le mor ; on ne voit
»point d'autre figure dans son Benedicité,
20
II. Vol » dans
DECEMBRE. 1732. 2849
dans son Laudate , et dans ses Canti-
» ques.
Le P. Vavasseur , Jesuite , a porté un
jugement encore plus désavantageux de
la Poësie de M. Godeau , dans l'Ouvrage
qu'il a publié contre lui , sous le nom de
Candidus Hesychius , et sous ce titre : An,
tonius Godellus Episcopus Grassensis , an
Elogii Aureliani scriptor idoneus , idemque utrum Poëta ? Constantia ( ou plutôt )
Paris , 1650. in 8. Mais cet Auteur y outre les choses , et fait voir par ce qu'il dit
contre la personne même de M. Godeau
que la passion avoit la principale part à
sa Critique.
Nous n'ajouterons point ici le Catalogue des Ouvrages de M. Godeau fort bien
raisonné et composé de LIX. Articles ,
parce que ce détail nous meneroit trop
Join..
Voici les noms des autres Sçavans dont
la Vie et les Ouvrages sont rapportez dans
ce XVIII. Tome des Mémoires,
Jean Jacques Boissard. Jean Alphonse.
Borelli, Jean Broekhuisen. Guillaume Burton. Isaac Casaubon. Meric Casaubon.
Pierre de Caseneuve. Gautier Charlton.
Louis Cousin. Janus Dousa. Janus Dousa
le fils. George Dousa. Jean de la Fontaine,
Claude François Fraguier. Leonard FuchII. Vol. sius.
2850 MERCURE DE FRANCE
sius. Jean-Baptiste Gelli. Edouart Herbert.
Maurice Hilaret. François- Michel Janicon. Fean de Labadie. Christian Longomontan. Jerôme Maggi. Henri Meibonius.
RobertMaurison. Augustin Niphus. Severin
Pineau. Bilibald Pirckheimer. Michel Poccianti, Samuel de Pufendorf. Jean Racine.
Richard Staniburst. Louis Transillo. André
Valladier. Jacques Ware.
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres , &c. Tome XVIII. de 411.
pages , sans les Tables. A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science ,
M. DCC. XXXII.
,
Les Memoires qui font la matiere de
ce XVIIIe Volume , contiennent la Vie
et le Catalogue des Ouvrages de trentecinq Auteurs , entre lesquels nous avons
choisi l'article d'Antoine Godeau , pour
suivre notre coûtume , et pour ne point
exceder, les bornes prescrites dans notre
Journal.
Antoine Godeau nâquit à Dreux , Ville
du Diocèse de Chartres , où son pere
étoit Elû , et d'une des meilleures familles du Lieu , vers l'an 1605.
Il s'adonna de bonne heure à la Poësie
Françoise , et se fit connoître avantageusement de ce côté-là. Il étoit un peu pa11. Vol.
.rent
DECEMBRE. 1732: 2843
rent de M. Conrart , et logeoit chez lui
lorsqu'il venoit à Paris. Les Poësies qu'il
y apportoit de Dreux , donnerent lieu à
M. Conrart d'assembler dans sa Maison
quelques Gens de Lettres , pour en entendre la lecture , et ces Assemblées furent
proprement l'origine de l'établissement
de l'Académie Françoise , dans laquelle
M. Godeau eut entrée des premiers.
Ses vûës tendirent d'abord vers le mariage , et il rechercha la fille du Lieutenant General de Dreux ; mais se voyant
rejetté , parce qu'il étoit petit et laid , il
quitta sa Patrie et vint s'établir à Paris.
M. Conrart l'ayant fait connoître à
M. Chapelain ; celui- cy le produisit à
l'Hôtel de Rambouillet , qui étoit alors
le Tribunal où il falloit faire preuve d'esprit et de mérite pour être admis au
rang des Illustres ; il y fut goûté , et c'étoit de lui que Mademoiselle de Ramboüillet ( Julie d'Angennes ) disoit dans
une de ses Lettres à Voiture : Il y
y a ici
un homme plus petit que vous d'une coudée.
et je vous jure , mille fois plus galint. Sa
taille et l'affection que cette Demoiselle
lui témoignoit , lui firent alors donner
le nom de Nain de Julie.
On voit par-là que si M.Godeau n'avoit
du côté du corps rien qui méritât de l'atII. Vol. tention
2814 MERCURE DE FRANCE
tention , les qualitez de son esprit et son
mérite suppléoient à ce deffaut. Quelque
temps après qu'il se fûr fixé à Paris , it
embrassa l'Etat Ecclesiastique ; et l'esprie
de pieté qui lui avoit inspiré ce dessein ,
lui inspira aussi celui de ne plus exercer
le talent et l'inclination qu'il avoit pour
la Poësie , que sur des sujets chrétiens.
Il fit en 1636. une Paraphrase du Cantique : Benedicite omnia opera Domini Domin , qui étant bien versifiée et écrite
d'un stile noble et riche , lui attira un
applaudissement general. Elle plut si fort
au Cardinal de Richelieu , à qui il l'avoit
présentée , qu'après l'avoir luë et reluë
en sa présence , il lui dit : Vous me donnez le Benedicite , et moije vous donne
Grasse. Jeu de mots , que l'occasion fit
naître ; car l'Evêché de Grasse vaquoit
alors , et le Cardinal qui connoissoit d'ail
leurs son mérite et sçavoit le bruit que
faisoient ses Prédications , fut par-là déterminé à le placer sur le champ.
Il fut nommé à cet Evêché l'an 1536.
et fut sacré à S. Magloire au mois de Décembre de la même année , par Eleonor
d'Estampes , Evêque de Chartres , et depuis Archevêque de Reims , assisté d'Etienne Pouget , Evêque de Dardanie et *
* Ce nom est defiguré , il faut dire Etienne de Puget.
DECEMBRE. 1732. 2845
depuis de Marseille , et de Bertrand Des
pruotz , Evêque de S. Papoul.
-Aussi-tôt après son Sacre , il se retira
dans son Diocèse , pour s'appliquer tout
entier aux fonctions de l'Episcopat. Il y
annonça avec zele la parole de Dieu , y
tint plusieurs Synodes , composa quantité
d'Instructions Pastorales pour son Clergé
et y rétablit la discipline Ecclesiastique.
Il réunit à l'Evêché de Grasse , par
droit de Patronage , l'Eglise d'Antibes ,
qui depuis que le Siege Episcopal en
avoit été transferé à Grasse , n'avoit été
d'aucun Diocèse , et par ce moyen il
fit revivre la discipline Ecclesiastique ,
dont il ne restoit presque plus aucun
vestige.
y
Il obtint du Pape Innocent X. des Bul.
les d'union de l'Evêché de Vence , avec
celui de Grasse , comme son Predecesseur
Guillaume le Blanc en avoit obtenu de
Clement VIII. Cette union n'étoit pas
contraire aux Canons , et paroissoit bien
fondée , parce que ces deux Evêchez ensemble n'étoient que de dix mille livres
de revenu ; qu'ils n'avoient aussi ensemblee que trente Paroisses , et que les Villes de Vence et de Grasse n'étoient éloignées l'une de l'autre que de trois licües.
Cependant voyant que le Peuple et le
II Vol. Clergé
2046 MERCURE DE FRANCE
Clergé de Vence , s'opposoient à cette
union , il aima mieux ceder son droit
que de n'être pas agréable à quelquesuns de ces Diocesains , et d'avoir à poursuivre un Procès , et se contenta de l'E
glise de Vence.
Il assista aux Assemblées generales du
Clergé , tenues en 1645. et 1656. Dans
la premiere il composa et récita , par ordre du Clergé , l'Eloge de Petrus Aurelius,
qui avoit soutenu vivement les droits des
Evêques contre quelques Réguliers. Dans
la seconde , il fut un des Prélats qui témoignerent le plus de zele et d'indignation contre les Propositions de Morale
relâchée, qui avoient été dénoncez à cette
Assemblée , et ce fut par son avis qu'elle
fit imprimer les Instructions de S. Charles Borromée , dont il avoit inseré une
partie dans ses Statuts Synodaux.
Il passa le reste de sa vie dans son Diocèse ,continuellement occupé, soit à faire
ses visites , soit à prêcher , soit à lire ou à
composer , soit à vacquer aux affaires Ecclesiastiques ou temporelles de son Diocèse.
J'ai trouvé dans un Livre peu connu ,
intitulé : Le Confiteor de l'infidele Voyageur , parfeu George Martin , Renegat ;
Extrait de ses Voyages. Lyon , 1680. in 8.
II. Vol. à
DECEMBRE. 1732 2847
à la page 244. qu'en passant à Vence ,
il vit M. Godeau , qui en étoit Evêque ,
et que Dieu l'avoit éprouvé par la perte
de la vûë , qu'il enduroit avec beaucoup
de tranquillité d'esprit ; particularité dont
je n'ai vû faire mention en aucun autre
endroit.
Il eut une attaque d'apoplexie le 17
Avril 1672. qui étoit le jour de Pâques , et il en mourut à Vence le 21 du
même mois , âgé de 67 ans.
Les occupations de son Ministere ne
l'ont pas empêché de composer un grand
nombre d'Ouvrages considerables , tant
en Prose qu'en Vers. Aussi avoit- il une
facilité et une fécondité prodigieuse. Il
disoit ordinairement que le Paradis d'un
Auteur est de composer , que son Purgatoire est de relire et de retoucher ses
compositions ; mais que son Enfer est
de corriger les Epreuves de l'Imprimeur.
M. Boileau Despreaux n'a pas jugé trop
favorablement de sa Poësie , voici com
me il en parle dans sa Lettre neuviéme à
M. de Maucrois. » Je suis persuadé
>> aussi- bien que vous , que M. Godeau est
>>un Poëte fort estimable. Il me semble
pourtant qu'on peut dire de lui ce que
» Longin dit d'Hyperide , qu'il est touII. Vol. »jours
2848 MERCURE DE FRANCE
»jours à jeun , et qu'il n'a rien qui remuë
>> ni qui échauffe ; en un mot , qu'il n'a
"point cette force du stile , et cette vivacité d'expression , qu'on cherche dans
»les Ouvrages , et qui les font durer. Je
»ne sçai point s'il passera à la Posterité;
» mais il faudra pour cela qu'il réssuscite;
puisqu'on peut dire qu'il est déja mort ,
»n'étant presque plus maintenant lû de
» personne.
>>
M. de Maucroix , dans sa Réponse à
cette Lettre de Despreaux , s'exprime ain
si sur son sujet. Je tombe d'accord que
>> M. Godeau écrivoit avec beaucoup de
» facilité , disons avec trop de facilité. Il
faisoit deux ou trois Vers , comme dit
»Horace , Stans pede in uno. Ce n'est pas
ainsi que se font les bons Vers. Je m'en
rapporte volontiers à votre propre ex-
» périence. Néanmoins parmi les Vers
négligez de M. Godeau , il y en a de
»beaux qui lui échappent. Dès notre
>> jeunesse nous nous sommes apperçus
» qu'il ne varie pas assez. La plupart de
» ses Ouvrages sont comme des Logogryphes ; car il commence toujours par
»'exprimer les circonstances d'une chose,
» et puis il y joint le mor ; on ne voit
»point d'autre figure dans son Benedicité,
20
II. Vol » dans
DECEMBRE. 1732. 2849
dans son Laudate , et dans ses Canti-
» ques.
Le P. Vavasseur , Jesuite , a porté un
jugement encore plus désavantageux de
la Poësie de M. Godeau , dans l'Ouvrage
qu'il a publié contre lui , sous le nom de
Candidus Hesychius , et sous ce titre : An,
tonius Godellus Episcopus Grassensis , an
Elogii Aureliani scriptor idoneus , idemque utrum Poëta ? Constantia ( ou plutôt )
Paris , 1650. in 8. Mais cet Auteur y outre les choses , et fait voir par ce qu'il dit
contre la personne même de M. Godeau
que la passion avoit la principale part à
sa Critique.
Nous n'ajouterons point ici le Catalogue des Ouvrages de M. Godeau fort bien
raisonné et composé de LIX. Articles ,
parce que ce détail nous meneroit trop
Join..
Voici les noms des autres Sçavans dont
la Vie et les Ouvrages sont rapportez dans
ce XVIII. Tome des Mémoires,
Jean Jacques Boissard. Jean Alphonse.
Borelli, Jean Broekhuisen. Guillaume Burton. Isaac Casaubon. Meric Casaubon.
Pierre de Caseneuve. Gautier Charlton.
Louis Cousin. Janus Dousa. Janus Dousa
le fils. George Dousa. Jean de la Fontaine,
Claude François Fraguier. Leonard FuchII. Vol. sius.
2850 MERCURE DE FRANCE
sius. Jean-Baptiste Gelli. Edouart Herbert.
Maurice Hilaret. François- Michel Janicon. Fean de Labadie. Christian Longomontan. Jerôme Maggi. Henri Meibonius.
RobertMaurison. Augustin Niphus. Severin
Pineau. Bilibald Pirckheimer. Michel Poccianti, Samuel de Pufendorf. Jean Racine.
Richard Staniburst. Louis Transillo. André
Valladier. Jacques Ware.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Le texte présente les mémoires sur des hommes illustres dans la République des Lettres, en particulier le XVIIIe volume, qui retrace la vie et les œuvres de trente-cinq auteurs. L'article choisi est celui d'Antoine Godeau, né vers 1605 à Dreux, dans le diocèse de Chartres. Godeau s'est distingué par ses talents en poésie française et a été introduit dans les cercles littéraires par M. Conrart, contribuant ainsi à la fondation de l'Académie Française. Rejeté pour un mariage en raison de son apparence, Godeau s'est établi à Paris où il a été présenté à l'Hôtel de Rambouillet. Malgré sa petite taille, il a gagné l'estime de Mademoiselle de Rambouillet. Il a ensuite embrassé la vie ecclésiastique et s'est consacré à la poésie chrétienne. En 1636, il a écrit une paraphrase du Cantique 'Benedicite omnia opera Domini Dominus', qui a été bien accueillie par le Cardinal de Richelieu, lui valant l'évêché de Grasse. Godeau a exercé ses fonctions épiscopales avec zèle, rétablissant la discipline ecclésiastique et unifiant les diocèses de Grasse et d'Antibes. Il a également participé aux assemblées du clergé et a composé de nombreux ouvrages en prose et en vers. Sa poésie a été critiquée par des contemporains comme Boileau et M. de Maucroix, qui ont jugé son style trop facile et manquant de force. Godeau est décédé le 21 avril 1672 à Vence, à l'âge de 67 ans, après avoir souffert d'une attaque d'apoplexie. Le texte mentionne également d'autres savants dont les vies et œuvres sont rapportées dans ce volume.