Titre
EXTRAIT du Registre secret du Parlement de Navarre.
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
2293
Page de début dans la numérisation
430
Page de fin
2296
Page de fin dans la numérisation
433
Incipit
Le 2. Septembre 1732. les Chambres ont été assemblées par ordre de M. Casaus, Président
Texte
EXTRAIT du Registre fecret du
Parlement de Navarre.
Le 2. Septembre 1732. les Chambres ont
été assemblées par ordre de M. de Casaus, Président , qui a dit que M. de Courbons lui a fait
presenter sa Requête pour être reçû en la place de Premier Président survivancier ; laquelle lue
avec les Conclusions du Procureur General , la
Cour a ordonné que M. de Courbons sera reçû
en la forme qu'on observe aux receptions de Mes- sieurs les Premiers Présidens .
Et la Cour ayant ordonné au Sieur de Perpi-1
gna Greffier, en Chef, d'aller en l'Hôtel de M.
de Courbons , pour l'avertir de sa part qu'elle étoit assemblée et qu'elle l'attendoit , M. de.
Courbons s'est rendu au Palais. Mrs les Gens du
Roy , précedez par le premier Huissier , ont été
l'accueillir au bas de l'escalier par ordre, de la
Cour , et étant remontez avec M. de Courbons ,
ils sont entrez dans la Grand - Chambre. M. de
Courbons, en coupant le Bureau, s'est allé asseoir
au banc des Conseillers , au- dessus de Mrs les Chevaliers d'honneur ; et à l'instant M. de Ca
I iij saus
22294 MERCURE DE FRANCE
saus, Président,ayant prononcé l'Arrêt de recep
sion à M. de Courbons , il s'est levé et a prêté
le Seriment ordinaire ; s'étant relevé M. de Casaus l'a pris par la main droite , et l'a fait sieger
en la place de Premier Président ; après quoi M...
de Courbons a dit :
MESSIEURS ,
Ce jour seroit peu inserressant pour moi , s'il de
voit seborner à une ceremonie d'usage : plus jaloux des droits quej'ai sur vos cœurs , des bonneurs que
attachez à la Place que le Roy m'a destinée , je në
dois penser aujourd'hui qu'à vous rappeller les sensimens que j'ai déja temoignés à tous les dignes
Magistrats de cette auguste Compagnie , et à vous
assurer que lafidelité en sera toujours le partage.
Fondé sur de pareils titres , j'ose meflater de vo- tre bienveillance et de votre attachement ; vous ne
sçauriez me les refuser , sans donner atteinte à cette
exacte justice que vous êtes en possession de rendre
depuis si longtems.
Mais leprincipe de cet attachement quifait tous
mes desirs , vous devez le prendre dans l'union qui
doit regner parmi vous vous en connoissez l'importance et la necessité ; la division entraîne la
décadence des Puissances les mieux établies ; elle
diminue les droits d'une Compagnie , elle en affoiblit l'éclat et la dignité ; saforce et sa splendeur
dépendent moins de ses attributs , que des engage- mens reciproques que doivent contracter les cœurs
de ceux qui la composent : ce merveilleux accord
des uns aux autres lui donne des liens , qui en
P'unissant , affermissent son authorité , et lui attirent la veneration des Peuples.
Cette union que le devoir fait naître , que la
wertu dirige , que la justice entretient, est indépendante
OCTOBRE. 1732. 2295
pendante des Evenemens , bien differente de celle
qui dans l'occasion où elle doit se montrer , dispa
roit comme ces lueurs qui n'ont que l'apparence.
C'est cette union qui est le partage des grands
Magistrats , et la seule digne de vous. Pourrionsnous en cimenter d'autres , nous quiformons un
Corps , où nous avons les mêmes intérêts à défendre,
les mêmesfonctions à remplir , le même caractère à
soutenir ?
C'est enfin avec cette union que nous devons tous
concourir à soutenir dans son équilibre la balance
de la Justice , et n'admettre d'autre poids pour
faire pancher que les interêts du Prince , le bien des
Peuples , et l'amour de la verité.
A ces traits vous connoissez déja que je serai
bren plus touché du rang que vous m'accordérez
dans une solide amitié , que de celui où je me
trouve aujourd'hui : vous me devez l'un comme
une dette que mes sentimens m'ont acquise ; l'autre
est une grace dont chacun de vous seroit bien plus
digne. Fusse le Ciel que je sois éloigné de ce dernier honneur ; que le Pere consacre encore longtems ses travaux dans ce Templs de la Justice
et que le nombre de ses lauriers puisse accroître le
nombre de ses années , tandis que le fils n'aura
jamais d'autre ambition que celle de présider sur vos cœurs.
M. de Casaus , Président , a répondu à M. de
Courbons , que le Parlement avoit pris toute la
part possible à la grace que Sa Majesté lui avoit
accordée ; que la singularité du bienfait dur
Prince en sa faveur , étoit une preuve de celle
de son mérite ; que la Compagnie en connoissolt
tout le prix , de même que les avantages de l'union qui doit regner dans un Corps , et surtout
entre le Chefet les Membres , et qu'elle aurit
I iiij toûjours
2295 MERCURE DE FRANCE
toûjours une atention particuliere à l'entretenir
sans alteration.
Ce fait , M. de Courbons s'est levé , et les
Chambres se sont séparées .
Parlement de Navarre.
Le 2. Septembre 1732. les Chambres ont
été assemblées par ordre de M. de Casaus, Président , qui a dit que M. de Courbons lui a fait
presenter sa Requête pour être reçû en la place de Premier Président survivancier ; laquelle lue
avec les Conclusions du Procureur General , la
Cour a ordonné que M. de Courbons sera reçû
en la forme qu'on observe aux receptions de Mes- sieurs les Premiers Présidens .
Et la Cour ayant ordonné au Sieur de Perpi-1
gna Greffier, en Chef, d'aller en l'Hôtel de M.
de Courbons , pour l'avertir de sa part qu'elle étoit assemblée et qu'elle l'attendoit , M. de.
Courbons s'est rendu au Palais. Mrs les Gens du
Roy , précedez par le premier Huissier , ont été
l'accueillir au bas de l'escalier par ordre, de la
Cour , et étant remontez avec M. de Courbons ,
ils sont entrez dans la Grand - Chambre. M. de
Courbons, en coupant le Bureau, s'est allé asseoir
au banc des Conseillers , au- dessus de Mrs les Chevaliers d'honneur ; et à l'instant M. de Ca
I iij saus
22294 MERCURE DE FRANCE
saus, Président,ayant prononcé l'Arrêt de recep
sion à M. de Courbons , il s'est levé et a prêté
le Seriment ordinaire ; s'étant relevé M. de Casaus l'a pris par la main droite , et l'a fait sieger
en la place de Premier Président ; après quoi M...
de Courbons a dit :
MESSIEURS ,
Ce jour seroit peu inserressant pour moi , s'il de
voit seborner à une ceremonie d'usage : plus jaloux des droits quej'ai sur vos cœurs , des bonneurs que
attachez à la Place que le Roy m'a destinée , je në
dois penser aujourd'hui qu'à vous rappeller les sensimens que j'ai déja temoignés à tous les dignes
Magistrats de cette auguste Compagnie , et à vous
assurer que lafidelité en sera toujours le partage.
Fondé sur de pareils titres , j'ose meflater de vo- tre bienveillance et de votre attachement ; vous ne
sçauriez me les refuser , sans donner atteinte à cette
exacte justice que vous êtes en possession de rendre
depuis si longtems.
Mais leprincipe de cet attachement quifait tous
mes desirs , vous devez le prendre dans l'union qui
doit regner parmi vous vous en connoissez l'importance et la necessité ; la division entraîne la
décadence des Puissances les mieux établies ; elle
diminue les droits d'une Compagnie , elle en affoiblit l'éclat et la dignité ; saforce et sa splendeur
dépendent moins de ses attributs , que des engage- mens reciproques que doivent contracter les cœurs
de ceux qui la composent : ce merveilleux accord
des uns aux autres lui donne des liens , qui en
P'unissant , affermissent son authorité , et lui attirent la veneration des Peuples.
Cette union que le devoir fait naître , que la
wertu dirige , que la justice entretient, est indépendante
OCTOBRE. 1732. 2295
pendante des Evenemens , bien differente de celle
qui dans l'occasion où elle doit se montrer , dispa
roit comme ces lueurs qui n'ont que l'apparence.
C'est cette union qui est le partage des grands
Magistrats , et la seule digne de vous. Pourrionsnous en cimenter d'autres , nous quiformons un
Corps , où nous avons les mêmes intérêts à défendre,
les mêmesfonctions à remplir , le même caractère à
soutenir ?
C'est enfin avec cette union que nous devons tous
concourir à soutenir dans son équilibre la balance
de la Justice , et n'admettre d'autre poids pour
faire pancher que les interêts du Prince , le bien des
Peuples , et l'amour de la verité.
A ces traits vous connoissez déja que je serai
bren plus touché du rang que vous m'accordérez
dans une solide amitié , que de celui où je me
trouve aujourd'hui : vous me devez l'un comme
une dette que mes sentimens m'ont acquise ; l'autre
est une grace dont chacun de vous seroit bien plus
digne. Fusse le Ciel que je sois éloigné de ce dernier honneur ; que le Pere consacre encore longtems ses travaux dans ce Templs de la Justice
et que le nombre de ses lauriers puisse accroître le
nombre de ses années , tandis que le fils n'aura
jamais d'autre ambition que celle de présider sur vos cœurs.
M. de Casaus , Président , a répondu à M. de
Courbons , que le Parlement avoit pris toute la
part possible à la grace que Sa Majesté lui avoit
accordée ; que la singularité du bienfait dur
Prince en sa faveur , étoit une preuve de celle
de son mérite ; que la Compagnie en connoissolt
tout le prix , de même que les avantages de l'union qui doit regner dans un Corps , et surtout
entre le Chefet les Membres , et qu'elle aurit
I iiij toûjours
2295 MERCURE DE FRANCE
toûjours une atention particuliere à l'entretenir
sans alteration.
Ce fait , M. de Courbons s'est levé , et les
Chambres se sont séparées .
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le 2 septembre 1732, les Chambres du Parlement de Navarre se sont réunies sur ordre de M. de Casaus, Président. M. de Courbons a présenté une requête pour être reçu en tant que Premier Président survivancier. Après la lecture de la requête et des conclusions du Procureur Général, la Cour a ordonné la réception de M. de Courbons selon les formes habituelles. M. de Courbons s'est rendu au Palais, où il a été accueilli par les Gens du Roy et a pris place dans la Grand-Chambre. M. de Casaus a prononcé l'arrêt de réception, et M. de Courbons a prêté serment avant de s'asseoir à la place de Premier Président. Dans son discours, M. de Courbons a exprimé son désir de rappeler les sentiments de fidélité et de bienveillance qu'il porte envers les magistrats. Il a souligné l'importance de l'union et de l'harmonie au sein du Parlement, nécessaires pour maintenir la justice et la dignité de la Compagnie. Il a également insisté sur la nécessité de défendre les intérêts communs et de soutenir la balance de la justice. M. de Casaus a répondu en affirmant que le Parlement avait pleinement apprécié la grâce accordée par le Roi à M. de Courbons et en soulignant l'importance de l'union entre le Chef et les Membres. Après ces échanges, M. de Courbons s'est levé et les Chambres se sont séparées.