→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Titre

L'ENFER, ODE.

Titre d'après la table

L'Enfer, Ode,

Fait partie d'une section
Page de début
[2331]
Page de début dans la numérisation
12
Page de fin
2335
Page de fin dans la numérisation
16
Incipit

Ou suis-je ? Quel abîme s'ouvre !

Texte
L'ENFER ,
O D E.
U fuis-je ? Quel abîme s'ouvre !
Tout m'aveugle , tout m'éblouit ,
Le Soleil fuit , le Ciel fe couvre ,
Et l'Univers s'évanouit !
Quelle lumiere tenebreufe ,
Répand dans une nuit affreufe,
Des feux incertains & tremblans ?
A ij Ah !
2332 MERCURE DE FRANCE
Ah ! je fuis dans le précipice ;
Quelle Puiffance affez propice ,
Conduira mes pas chancelans ?
Je vois le centre de la Terre ,
Mais tout redouble mon effroy :
J'entends l'impatient Tonnerre ,
:
Qui gronde horriblement fous moi :
Quel bruit ! quelle ardeur dans ce Goufre!
Un feu de bitume & de fouffre ,
Seconde les efforts du fer :
Les cris , les grincemens , la rage ,
Jufqu'à moi fe font un paffage ;
Ah , Crel ! que vois-je ? c'eſt l'Enfer.
*
C'eft dans ces Cavernes brulantes ,
Grand Dieu , que ton bras tout-puiflant,
Par des chaînes toujours ardentes ,
Retient le Pécheur frémiſſant.

C'est là qu'une Ame criminelle ,
Brule d'une flamme éternelle
Et qui ne la confume pas :
Là , l'Adultere & le Parjure ;
Contre la gêne & la torture,
Appellent en vain le Trépas.
Quelle main invifible arrête ›
NOVEMBRE. 1730. 2333
Ces Monts & ces Rocs fufpendus ?
Ah Lque n'écrafent-ils la tête ,
De ces coupables confondus ?
Hélas ! les foupirs & les larmes ,
N'ont plus ces invincibles charmes ,
Qui defarmoient un Dieu vengeur :
Pour punir une race ingrate ,
Son pouvoir en ces lieux n'éclate ,
Que par fon extrême rigueur.
Objets de courroux & de haîne
Pour vous , il n'eft plus de pardon :
De vos crimes portez lá peine ,
Dans un éternel abandon .
Loin des bons que vous pouviez fuivre ;
Eprouvez , indignes de vivre ,
Mille morts fans pouvoir mourir.
Votre malheur eft votre ouvrage ,
Vous recevez votre partage ,
Jamais vivre & toûjours fouffrir.
*
Qu'entends-je ? Quelle voix horrible ,
Dans l'amertume de ces pleurs ,
Vient m'apprendre un mal plus terrible ;
Que les plus cuifantes douleurs ?
Quoy donc ! la flamme petillante,
Le fer ardent , l'huille bouillante ,
A iij
Ne
2334 MERCURE DE FRANCE
Ne font ici qu'un vain effort ,
Eh! quel fupplice les furmonte
Seroit - ce la fatale honte ,
Ou l'impitoyable remord
Ovous , qui vivant de chimeres
Doutez de ce qu'on ne peut voir :
Ecoutez les plaintès ameres ,
Qu'éxale un affreux deſeſpoir :
Ah , Juftice ! Ah , Loi fouveraine ,
Redouble en augmentant la peine
De nos maux l'active lenteur ;
Mais que le fort qui nous accable ,
Nous laiffe l'espoir fecourable ,
De voir un jour le Créateur.
Non , traîtres , votre ame égarée ,
Dans un Dédale de projets ,
Pour jamais fera féparée ,
Du Dieu , qu'ont armé vos forfaits,
Trop indignes de voir fa face ,
Oppofez votre vaine audace ,
Au plus terrible des malheurs ,
Mais cet invincible courage ,
N'eft plus qu'une impuiſſante rage ;
Et je n'apperçois que des pleurs.
Ainfi
NOVEMBRE. 1730. 233 5
'Ainfi gémiffent fans refſource ,
Dans les abîmes foûterrains ,
Ces hommes vains , qui dans leur courſe ,
Par le crime ont fouillé leurs mains :
Ainfi l'Avare au coeur perfide ,
Le Sacrilege parricide ,
Trouvent le prix de leur noirceur ;
Pendant qu'à leurs maux infenfible ,
Le Jufte , d'un féjour paiſible ,
Goute l'éternelle douceur.
Grand Dieu , dont la fage indulgence ,
Souffre encor mon iniquité :
J'adore & je crains ta vengeance ,
Mais j'efpere dans ta bonté.
Souvent prêt à nous mettre en poudre ;
Ton bras qui va lancer la foudre ,
Releve un coeur triſte , abbatu ;
Et toûjours ta fainte Juſtice ,
Qui dans l'Enfer punit le vice ,
Dans le Ciel place la vertu.
In malitia eorum diſperdet eos . Pl. 933
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Mots clefs
Résumé
Le texte décrit une vision de l'Enfer, marquée par la terreur et le désespoir. Le narrateur découvre un abîme effrayant où tout semble s'évanouir, illuminé par une lumière ténébreuse et des feux incertains. Il entend des cris et des grincements de rage. L'Enfer est un lieu de souffrances éternelles, où les pécheurs sont retenus par des chaînes ardentes et brûlent d'une flamme éternelle sans jamais être consumés. Les criminels, tels que les adultères et les parjures, appellent en vain la mort pour échapper à leurs tourments. Les supplices y sont intenses et variés, mais la pire souffrance est la honte et le remord. Les âmes damnées sont privées de tout espoir de voir le Créateur. Le texte oppose les pécheurs, qui souffrent éternellement, aux justes, qui goûtent une éternelle douceur dans un séjour paisible. Le narrateur, conscient de ses propres fautes, implore la miséricorde divine, craignant la vengeance tout en espérant la bonté de Dieu. Il reconnaît que la justice divine punit le vice en Enfer et récompense la vertu au Ciel.
Soumis par kipfmullerl le