Titre
LA VERITABLE CAUSE de la perte du parfait Amour. A la même Dame.
Titre d'après la table
La veritable cause de la perte du parfait Amour,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
2193
Page de début dans la numérisation
306
Page de fin
2195
Page de fin dans la numérisation
308
Incipit
Oui, de G... il est vrai, dans Arles autrefois,
Texte
LA VERITABLE CAUSE
de la
perte du parfait Amour.
A la même Dame.
Oui , de G... il eft vrai , dans Arles autre
fois ,
Du plus parfait Amour on refpectoit les loix ;
La fidelité , la conſtance
Faifoient des tendres feux adorer la puiffance ;
Satisfaits de leur flamme auffi- tôt que deux
coeurs
2
Avoient de Cupidon fenti les traits vainqueurs ,
D-y Unis
2194 MERCURE DE FRANCE
Unis jufqu'au tombeau par les plus douces chat
nes ,
Ils goutoient fes plaifirs fans reffentir ſes peines
Qu'ils font changés ces heureux tems !
On n'y voit aujourd'hui que des Amans volages
Dont l'Amour veut en vain par des feux plus
conftans ,
Vers leur premier objet ramener les hommages
Mais pour rentrer dans tous fes droits ,
Vainement dans vos yeux il aiguife ſes armes ;
C'eſt vous qui détruiſez ſes loix :
Cefont vos graces & vos charmes
Dont les traits font plus forts que ceux de for
carquois ,
Qui caufent ce defordre au feín de fon Empire ,
Et par qui la conftance en tous les coeurs expire?
Helas ! depuis que dans ces lieux
De votre efprit & de vos yeux
On voit briller les attraits invincibles ,
Des plus rares Beautés les traits font impuiffans
Pour retenir les coeurs de leurs Amans ,
Et pour les rendre aux vôtres infenfibles.
Sans rappeller ici tous ceux que l'on a vûs ,
Immolant leur premiere flamme ,
Venir à vos pieds abbatus ,
Vous offrir à jamais tous les voeux de leur ame ;
San: chercher ceux qui brûlent en fecret ,
Des fideles Amans n'euffai-je pas moi - même
Eté lemo dele parfait ;
Mais
OCTOBRE , 1730. 2195
Mais comment échaper à ce pouvoir fuprêine
Qui m'a fait éprouver la force de vos coups
Mais ce n'eft pas ici qu'ils portent tous':
Et des lieux de votre naiffance *
Et des lieux où vous paroiffez
Egalement vous banniffez
Tous les devoirs de la conftance ,
Les Etrangers & nos Concitoyens
Sont forcez comme moi d'en rompre les liens.
Par M. de Morand.
de la
perte du parfait Amour.
A la même Dame.
Oui , de G... il eft vrai , dans Arles autre
fois ,
Du plus parfait Amour on refpectoit les loix ;
La fidelité , la conſtance
Faifoient des tendres feux adorer la puiffance ;
Satisfaits de leur flamme auffi- tôt que deux
coeurs
2
Avoient de Cupidon fenti les traits vainqueurs ,
D-y Unis
2194 MERCURE DE FRANCE
Unis jufqu'au tombeau par les plus douces chat
nes ,
Ils goutoient fes plaifirs fans reffentir ſes peines
Qu'ils font changés ces heureux tems !
On n'y voit aujourd'hui que des Amans volages
Dont l'Amour veut en vain par des feux plus
conftans ,
Vers leur premier objet ramener les hommages
Mais pour rentrer dans tous fes droits ,
Vainement dans vos yeux il aiguife ſes armes ;
C'eſt vous qui détruiſez ſes loix :
Cefont vos graces & vos charmes
Dont les traits font plus forts que ceux de for
carquois ,
Qui caufent ce defordre au feín de fon Empire ,
Et par qui la conftance en tous les coeurs expire?
Helas ! depuis que dans ces lieux
De votre efprit & de vos yeux
On voit briller les attraits invincibles ,
Des plus rares Beautés les traits font impuiffans
Pour retenir les coeurs de leurs Amans ,
Et pour les rendre aux vôtres infenfibles.
Sans rappeller ici tous ceux que l'on a vûs ,
Immolant leur premiere flamme ,
Venir à vos pieds abbatus ,
Vous offrir à jamais tous les voeux de leur ame ;
San: chercher ceux qui brûlent en fecret ,
Des fideles Amans n'euffai-je pas moi - même
Eté lemo dele parfait ;
Mais
OCTOBRE , 1730. 2195
Mais comment échaper à ce pouvoir fuprêine
Qui m'a fait éprouver la force de vos coups
Mais ce n'eft pas ici qu'ils portent tous':
Et des lieux de votre naiffance *
Et des lieux où vous paroiffez
Egalement vous banniffez
Tous les devoirs de la conftance ,
Les Etrangers & nos Concitoyens
Sont forcez comme moi d'en rompre les liens.
Par M. de Morand.
Signature
Par M. de Morand.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte 'La véritable cause de la perte du parfait Amour' explore la transformation des mœurs amoureuses à Arles. Autrefois, la fidélité et la constance étaient les fondements de l'amour, les couples restant unis jusqu'à la mort. Aujourd'hui, les amants sont infidèles et l'amour ne parvient plus à les fidéliser. Cette évolution est attribuée aux charmes et aux grâces d'une dame, dont les attraits surpassent ceux des autres beautés, rendant les cœurs insensibles à toute autre flamme. Le narrateur, M. de Morand, reconnaît avoir lui-même succombé à ce pouvoir, tout comme d'autres amants qui ont abandonné leurs premières amours pour se soumettre à cette dame. Ce phénomène affecte aussi bien les étrangers que les concitoyens, tous contraints de rompre les liens de la constance.