Titre
DELIBERATION de l'Académie Royale de la Danse, du 10. Août 1732. pour le maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
Titre d'après la table
Déliberation sur la Coregraphie, &c.
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
2000
Page de début dans la numérisation
127
Page de fin
2002
Page de fin dans la numérisation
129
Incipit
La perfection que l'on doit chercher dans la pratique des beaux Arts, doit aussi engager
Texte
DELIBERATION de l Académie Royale de Danse , du 10. Août 1731. pour le
maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
L
A perfection que l'on doit chercher dans la
pratique des beaux Arts , doit aussi engager ne souffrir aucune sorte d'abus ou de relachement dans cette pratique. C'est dans cet esprit que M. Hardouin , habile Maître à Danser de
Paris résident dans la Ville de Caen , s'étant
apperçû qu'un de ses Confreres avoit détruit dans
un Ouvrage de sa façon , la Choregraphie ancienne , en y substituant d'autres caracteres , ce
qui ruine entierement l'art de la Danse dans tous
les Pays où cet usage s'est introduit , il s'est rendu à Paris , et s'est donné tous les soins possibles pour soutenir la perfection de son Art , et
pour prouver son zele à tous ses Confreres qui
pensent comme lui sur ce sujet. Sur quoi l'Aca
démie Royale de Danse a fait un Réglement en
connoissance de cause après une meure déliberation , en vertu duquel on ne distribuera rien à
l'avenir concernant la Danse , qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode , et à la Coregraphicde M. Feuillet. La Déliberation est écrite en ces
germes :
Aujourd'hui 10. Août 1732. P'Académie de
Danse s'est assemblée à la réquisition duficur Hardouin , Maitre à Danser de Paris , demeurant à
Caën en Normandie , deputé de la part de tous les
Maîtres à Danser , tant du Royaume que des au
ges Pays, comme étant très-experimenté dans l'Art
de
SEPTEMBRE. 1737. 2001
de la Choregraphie , comme aussi étant le seul qui
reste des Eleves de M. Feuillet , Maitre à Danser
de Paris , et Auteur de la Danse écrite , pour representer à l'Academie.
Que M. Rameau, seul Privilegié du Roi pour
vendre et débiter les danses écrites , a entierement
détruit la Choregraphie ancienne , en y substituant
des Caracteres ausquels il est impossible de rien connoitre , ce qui fait un tort considerable à tous les
Maitres éloignez de Paris , et à tous les amateurs
de la danse; qu'il demandoit à entrer en lice en
notre présence avec le sieur Rameau , pour lui démontrer l'absurdité et la fausseté de son nouveau
système , ne voulant pour preuve que le Livre même
des Principes dudit fieur Rameau ; à quoi ledit sieur
Hardouin a entierement satisfait. Il a prouvé en
pleine Académie que l'ancienne Choregraphie étoit
si conforme à la Musique , que c'est pour ainsi dire,
la Musique même , que toutes ses dérivations étoient
sensibles , que safaçon de tourner étoit tout-à -fait
géometrique, qu'on y remarquoit le vraisemblable à
chaque pas , qu'elle étoitfacile , claire et expressive ,
que tous les Etrangers la sçavent et la suivent >
et que d'ailleurs le Dictionnaire de M. Feuillet est traduit en toutes les Langues.
Surquoi , Nous soussignez , Membres de ladite
Académie de danse , après avoir entendu les raisons
depart & d'autre , nous nous sommes trouvez indispensablement obligez d'accorder audit sieur Hardouin et à tous les intereffez dans sa réquisition , le
rétablissement de l'ancienne Choregraphie ; nous
avons même allegué les raisons qui nous ont déterminez enfaveur dudit sieur Hardouin , aufquelles
Ledit fieur Rameau a volontairement acquiescé, conwenant lui-même de la justesse des reflexions que
dit sieur Hardouin faites sur ses Ouvrages. Et
le.
4.20
2002 MERCURE DE FRANCE
en conséquence de tout ce que dessus , ledit sieur
Rameau nous apromis et est demeuré d'accord qu'à
l'avenir il ne vendra ni distribuera rien concernant
la danse qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode.
En foi de quoi nous avons delivré audit fieur
Hardouin la présente Expedition , afin de le mettre en état de certifier à tous les Maîtres à danser et
autres, au nom desquels il a parlé , que l'Académie
a bien voulu avoir égard à leurs remontrances , comme nous ayant paru très -justes et intereffantes.
Nous permettons de plus audit sieur Hardouin
d'éxaminer à l'avenir les Ouvrages dudit sieur Rameau, et de nous adresser ses plaintes en cas qu'il y
trouve quelque chose de non conforme à notre intention et aux promesses dudit sieur Rameau Fait à
Paris , dans notre Académie , et enregistré le 14.
Août 1732. Signé , Balon , Blondy , Lestang
Germain, Malter pere , Javillier , Dangeville ,
Laval, Desmoulins , Malter l'ainé , Syndic , Mal- ter cadet , Desmoulins , et Marcel.
Le parallele qu'on va lire peut trouver ici heureusement sa place , d'autant plus que M. Har douin en est l'Auteur.
maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
L
A perfection que l'on doit chercher dans la
pratique des beaux Arts , doit aussi engager ne souffrir aucune sorte d'abus ou de relachement dans cette pratique. C'est dans cet esprit que M. Hardouin , habile Maître à Danser de
Paris résident dans la Ville de Caen , s'étant
apperçû qu'un de ses Confreres avoit détruit dans
un Ouvrage de sa façon , la Choregraphie ancienne , en y substituant d'autres caracteres , ce
qui ruine entierement l'art de la Danse dans tous
les Pays où cet usage s'est introduit , il s'est rendu à Paris , et s'est donné tous les soins possibles pour soutenir la perfection de son Art , et
pour prouver son zele à tous ses Confreres qui
pensent comme lui sur ce sujet. Sur quoi l'Aca
démie Royale de Danse a fait un Réglement en
connoissance de cause après une meure déliberation , en vertu duquel on ne distribuera rien à
l'avenir concernant la Danse , qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode , et à la Coregraphicde M. Feuillet. La Déliberation est écrite en ces
germes :
Aujourd'hui 10. Août 1732. P'Académie de
Danse s'est assemblée à la réquisition duficur Hardouin , Maitre à Danser de Paris , demeurant à
Caën en Normandie , deputé de la part de tous les
Maîtres à Danser , tant du Royaume que des au
ges Pays, comme étant très-experimenté dans l'Art
de
SEPTEMBRE. 1737. 2001
de la Choregraphie , comme aussi étant le seul qui
reste des Eleves de M. Feuillet , Maitre à Danser
de Paris , et Auteur de la Danse écrite , pour representer à l'Academie.
Que M. Rameau, seul Privilegié du Roi pour
vendre et débiter les danses écrites , a entierement
détruit la Choregraphie ancienne , en y substituant
des Caracteres ausquels il est impossible de rien connoitre , ce qui fait un tort considerable à tous les
Maitres éloignez de Paris , et à tous les amateurs
de la danse; qu'il demandoit à entrer en lice en
notre présence avec le sieur Rameau , pour lui démontrer l'absurdité et la fausseté de son nouveau
système , ne voulant pour preuve que le Livre même
des Principes dudit fieur Rameau ; à quoi ledit sieur
Hardouin a entierement satisfait. Il a prouvé en
pleine Académie que l'ancienne Choregraphie étoit
si conforme à la Musique , que c'est pour ainsi dire,
la Musique même , que toutes ses dérivations étoient
sensibles , que safaçon de tourner étoit tout-à -fait
géometrique, qu'on y remarquoit le vraisemblable à
chaque pas , qu'elle étoitfacile , claire et expressive ,
que tous les Etrangers la sçavent et la suivent >
et que d'ailleurs le Dictionnaire de M. Feuillet est traduit en toutes les Langues.
Surquoi , Nous soussignez , Membres de ladite
Académie de danse , après avoir entendu les raisons
depart & d'autre , nous nous sommes trouvez indispensablement obligez d'accorder audit sieur Hardouin et à tous les intereffez dans sa réquisition , le
rétablissement de l'ancienne Choregraphie ; nous
avons même allegué les raisons qui nous ont déterminez enfaveur dudit sieur Hardouin , aufquelles
Ledit fieur Rameau a volontairement acquiescé, conwenant lui-même de la justesse des reflexions que
dit sieur Hardouin faites sur ses Ouvrages. Et
le.
4.20
2002 MERCURE DE FRANCE
en conséquence de tout ce que dessus , ledit sieur
Rameau nous apromis et est demeuré d'accord qu'à
l'avenir il ne vendra ni distribuera rien concernant
la danse qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode.
En foi de quoi nous avons delivré audit fieur
Hardouin la présente Expedition , afin de le mettre en état de certifier à tous les Maîtres à danser et
autres, au nom desquels il a parlé , que l'Académie
a bien voulu avoir égard à leurs remontrances , comme nous ayant paru très -justes et intereffantes.
Nous permettons de plus audit sieur Hardouin
d'éxaminer à l'avenir les Ouvrages dudit sieur Rameau, et de nous adresser ses plaintes en cas qu'il y
trouve quelque chose de non conforme à notre intention et aux promesses dudit sieur Rameau Fait à
Paris , dans notre Académie , et enregistré le 14.
Août 1732. Signé , Balon , Blondy , Lestang
Germain, Malter pere , Javillier , Dangeville ,
Laval, Desmoulins , Malter l'ainé , Syndic , Mal- ter cadet , Desmoulins , et Marcel.
Le parallele qu'on va lire peut trouver ici heureusement sa place , d'autant plus que M. Har douin en est l'Auteur.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
En août 1731, l'Académie Royale de Danse a examiné la question du maintien de l'ancienne chorégraphie. M. Hardouin, maître à danser de Paris résidant à Caen, a signalé qu'un confrère avait modifié les caractères de la chorégraphie traditionnelle, compromettant ainsi l'art de la danse. Hardouin s'est déplacé à Paris pour défendre la méthode traditionnelle et a obtenu le soutien de l'Académie. Cette dernière a alors édicté un règlement imposant que toute future publication sur la danse doit respecter l'ancienne méthode et la chorégraphie de M. Feuillet. En septembre 1737, Hardouin a accusé M. Rameau, privilégié du Roi pour vendre des danses écrites, d'avoir détruit la chorégraphie ancienne. Lors d'une confrontation à l'Académie, Hardouin a démontré la supériorité de l'ancienne chorégraphie, soulignant qu'elle est conforme à la musique, géométrique, et suivie par les étrangers. Rameau a finalement accepté de se conformer à l'ancienne méthode. L'Académie a délivré un document à Hardouin pour certifier que ses remontrances étaient justes et pour permettre l'examen futur des ouvrages de Rameau.