Titre
ULISSE ET CIRCÉ. FABLE.
Titre d'après la table
Ulisse et Circé, Fable,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
1276
Page de début dans la numérisation
247
Page de fin
1278
Page de fin dans la numérisation
249
Incipit
L'un de l'autre charmez dans leur Isle enchantée,
Texte
ULISSE ET CIRCE'.
FABLE.
L'un de l'autre charmez dans leur Isle en- chantée ,
La Fille du Soleil et son Amant un jour ,
De leur félicité rendoient grace à l'Amour ;
Par deux Oiseaux leur vûë est arrêtée ,
Ulisse les observe ( objets interessants ! )
Un trouble se répand dans leur ame attendrie à
Il regarde Circé ; la même rêverie ,
Tenoit enchantez tous ses sens.
Hé quoi dit- il, leur flâme ainsi favorisée ;
N'excite point encor d'inutiles désirs !
Ils n'éprouvent jamais dans de si doux plaisirs ,
La triste oeconomie aux Mortels imposée !
Il est vrai , les Moineaux s'aiment bien tendres
ment ,
Reprit la jeune Enchanteresse ;
Ne peut-on s'élever jusques à leur tendresse ?
Mon Art ne fut jamais employé vainement :
Que tardons- nous ? l'Amour sera d'intelligence ;
II. Vol. Oui
N. 1733 1277
Oui , c'est toi , Dieu charmant , qui nous ouvres
les yeux ,
Nous n'allons acquerir ces dons délicieux ,
Que pour mieux sentir ta puissance.
A ces mots ces Amans par l'espoir animez ,
En Moineaux tout- à - coup se trouvent trans
formez.
Des Aquilons alors l'influence bannie ,
Cédoit aux doux Zéphirs , la Terre rajeunie ;
Bien-tôt il n'est Palmiers , Mirthes , Cedres , Ro
seaux ,
Où cent fois ces heureux Oiseaux ,
Ne se soient assurez de leur métamorphose .
Quel exemple combien de Spectacles char
mans
Aux Nymphes de Circé chaque jour il expose
Elles comptent tous les momens
De ce changement admirable ;
Jamais l'Art des Enchantemens ,
Ne leur parut si respectable :
Mais ce Printemps si cher passa rapidement ,
Er dans ces mêmes lieux témoins de leur yvresse
On les voit, ces Oiseaux , séparez sans tristesse ,
Ou rejoints sans empressement.
Tous deux se retraçant leur commmune avan¬
ture ,
En formant les Moineaux , disoient- ils, la Nature
De leur bonheur s'occupoit foiblement ,
Il n'est qu'un seul plaisir , un seul nous rend
sensibles;
1278 MERCURE DE FRANCE
Le Printemps nous l'inspire , ô destins inflêxibles
!
Il s'envole avec le Printemps ,
Et dans cette absence fatale ,
Nous n'avons point un coeur pour remplir l'ing
tervale ,
Par ces troubles secrets , par ces ravissemens ,
Qui font le bonheur des Amans.
Quel don nous échappoit avec la forme hu →
maine ?
Reprenons , reprenons ce coeur ,
Source des biens parfaits , favorable Enchanteur,
Qui mêle un certain charme à sa plus triste peine,
Qui ménageant notre espoir , nos désirs ,
Au comble du bonheur par degrés nous amene ,
Et ces degrez sont autant de plaisirs.
Le Héros et l'Enchanteresse ,
Reprennent à l'instant leur forme et leur tendresse
,
Détrompez des faux biens qu'ils avoient éprouvez
,
Pour transmettre aux Amans un si puissant
exemple ,
Au véritable Amour ils élevent un Temple ,
"
Et sur l'Autel ces mots furent gravez ,
Au destin des Moineaux ne portez point envie ,
Mortels , un coeur sensible est le suprême bien ,
Aimez , vous le pouvez, tout le temps de la vie ;
Aimez bien tendrement , tout le reste n'est rien.
FABLE.
L'un de l'autre charmez dans leur Isle en- chantée ,
La Fille du Soleil et son Amant un jour ,
De leur félicité rendoient grace à l'Amour ;
Par deux Oiseaux leur vûë est arrêtée ,
Ulisse les observe ( objets interessants ! )
Un trouble se répand dans leur ame attendrie à
Il regarde Circé ; la même rêverie ,
Tenoit enchantez tous ses sens.
Hé quoi dit- il, leur flâme ainsi favorisée ;
N'excite point encor d'inutiles désirs !
Ils n'éprouvent jamais dans de si doux plaisirs ,
La triste oeconomie aux Mortels imposée !
Il est vrai , les Moineaux s'aiment bien tendres
ment ,
Reprit la jeune Enchanteresse ;
Ne peut-on s'élever jusques à leur tendresse ?
Mon Art ne fut jamais employé vainement :
Que tardons- nous ? l'Amour sera d'intelligence ;
II. Vol. Oui
N. 1733 1277
Oui , c'est toi , Dieu charmant , qui nous ouvres
les yeux ,
Nous n'allons acquerir ces dons délicieux ,
Que pour mieux sentir ta puissance.
A ces mots ces Amans par l'espoir animez ,
En Moineaux tout- à - coup se trouvent trans
formez.
Des Aquilons alors l'influence bannie ,
Cédoit aux doux Zéphirs , la Terre rajeunie ;
Bien-tôt il n'est Palmiers , Mirthes , Cedres , Ro
seaux ,
Où cent fois ces heureux Oiseaux ,
Ne se soient assurez de leur métamorphose .
Quel exemple combien de Spectacles char
mans
Aux Nymphes de Circé chaque jour il expose
Elles comptent tous les momens
De ce changement admirable ;
Jamais l'Art des Enchantemens ,
Ne leur parut si respectable :
Mais ce Printemps si cher passa rapidement ,
Er dans ces mêmes lieux témoins de leur yvresse
On les voit, ces Oiseaux , séparez sans tristesse ,
Ou rejoints sans empressement.
Tous deux se retraçant leur commmune avan¬
ture ,
En formant les Moineaux , disoient- ils, la Nature
De leur bonheur s'occupoit foiblement ,
Il n'est qu'un seul plaisir , un seul nous rend
sensibles;
1278 MERCURE DE FRANCE
Le Printemps nous l'inspire , ô destins inflêxibles
!
Il s'envole avec le Printemps ,
Et dans cette absence fatale ,
Nous n'avons point un coeur pour remplir l'ing
tervale ,
Par ces troubles secrets , par ces ravissemens ,
Qui font le bonheur des Amans.
Quel don nous échappoit avec la forme hu →
maine ?
Reprenons , reprenons ce coeur ,
Source des biens parfaits , favorable Enchanteur,
Qui mêle un certain charme à sa plus triste peine,
Qui ménageant notre espoir , nos désirs ,
Au comble du bonheur par degrés nous amene ,
Et ces degrez sont autant de plaisirs.
Le Héros et l'Enchanteresse ,
Reprennent à l'instant leur forme et leur tendresse
,
Détrompez des faux biens qu'ils avoient éprouvez
,
Pour transmettre aux Amans un si puissant
exemple ,
Au véritable Amour ils élevent un Temple ,
"
Et sur l'Autel ces mots furent gravez ,
Au destin des Moineaux ne portez point envie ,
Mortels , un coeur sensible est le suprême bien ,
Aimez , vous le pouvez, tout le temps de la vie ;
Aimez bien tendrement , tout le reste n'est rien.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
Le texte 'Ulysse et Circé' relate l'observation d'oiseaux s'aimant par Ulysse et Circé. Ulysse souhaite partager une telle félicité sans les contraintes humaines. Circé, enchanteresse, transforme les amants en moineaux pour qu'ils vivent pleinement leur amour. Ces oiseaux, symbolisant l'amour parfait, profitent de leur métamorphose dans un environnement idyllique. Leur bonheur est éphémère, car avec la fin du printemps, ils se retrouvent séparés sans tristesse ou réunis sans empressement. Ulysse et Circé réalisent alors que leur bonheur était incomplet sans les émotions humaines. Ils reprennent leur forme humaine et érigent un temple à l'amour véritable, gravant sur l'autel un message exhortant les mortels à aimer tendrement, car un cœur sensible est le suprême bien.