→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Titre d'après la table

Discours lûs à l'Académie Françoise, &c.

Fait partie d'une section
Page de début
1379
Page de début dans la numérisation
568
Page de fin
1388
Page de fin dans la numérisation
577
Incipit

M. l'Abbé Terrasson ayant été lû par l'Académie

Texte
M. l'Abbé Terrasson ayant été élû par
l'Académie Françoise , à la place du feu
Comte de Morville , y prit séance le Jeudi 29. May , et prononça un Discours ,
auquel M. l'Archevêque de Sens répondit au nom de l'Académie. Ils parlerent
tous deux , sans doute , avec éloquence ;
cela est également aisé à croire et à dire;
mais ce qui est très - difficile , c'est
d'extraire de ces Discours ce qui peut en
II. Vol.
Fij donner
180 MERCURE DE FRANCE
donner une juste idée , sans que les Lecteurs et les Auteurs y perdent.
L'Abbé Terrasson , loue d'abord d'une
maniere assez neuve, et sans pousser la modestie tropioin sur le choix desa personne,
'Académie Françoise, celle des Sciences et
des Belles Lettres, et le Cardinal de Richedieu. C'est , sans doute , une des plus grandes preuves de son intelligence , dit-il ,d'avoir conçu qu'il feroit sortir tous les genres
de Literature du soin qu'il prendroit d'abord
de la Langue. Il a senti que cet objet general
qu'on croyoit borné à la superficie des choses,
Jes embrassoit toutes. L'Académie des Sciences , fondée la premiere , r'auroit peut- être
donné lieu , ni à celle qui cultive l'érudition
litteraire , ni à la vôtre. Mais la vôtre s'ézant remplie dès ses commencemens d'excellens hommes de tout ordre, a fait comprendre
qu'il pouvoit seformer diverses Compagnies
d'habiles gens , qui sçachant toutes qu'elles
toient instituées sur votre modele , non- seulement porteroient au plus haut point leur
valent propre, mais s'efforceroient encore de
préter aux matieres les plus épineuses , cette
clarté et cette élegance dont vous leur avez
donné Pexemple.
On auroit en tort de craindre que la po
Litesse du style , à laquelle vos prédecesseurs
s'appliquoient avestant de soin , ne fit pré
ferer JI, Vol.
JUIN. 1732. #381*
ferer l'agrément à la solidité du Discours.
L'Experience a fait voir que le choix des
paroles amenoit celui des pensées , que l'éloquence ne plaisoit principalement que par
les choses , et que le pouvoir bien approfondi
des mots mis en leur place , n'étoit le plus
souvent que le pouvoir des idées et des rai.
sons mises dans leur ordre , &c.
Nous sentons que la difficulté d'abreger
augmente à mesure que nous avançons ,
par le danger presque inévitable de ne pas
alterer un Discours ou plutôt un précisdéja réduit avec beaucoup d'art , aux plus
justes bornes de l'éloquence ; en décom
posant , pour ainsi-dire , un morceau si
bien ordonné , tâchons de conserver lestraits heureux ,les expressions fines et déficates , et les pensées solides et brillantes,
L'Abbé Terrasson termine l'Eloge de
Louis XIV. par les instructions que ce
grand Prince donna à son Petit- Fils , et
poursuit ainsi. Mais quel sera l'Instituteur
du Roy Enfant , capable de faire germer le
fruit renfermé dans cette importante Leçon ?
où le Ministre capable de la suivre sous ses
yeux , lorsqu'elle sera devenue l'inclination
et la volonté propre du Roy , plus avancé
en âge ? Nous sommes trop heureux , Messieurs , que ces deux fonctions se soient suivies dans un seul homme ; et vous êtes , josé
II. Vol. Fiij Le
1382 MERCURE DE FRANCE
le dire, trop glorieux que cet homme unique soit un de vous , &c.
Les travauxguerriers ont un grand éclat,
et quand ils ne seroient pas toujours suivis
du succès , l'entreprise seule accroît sagloire...
L'entretien d'une longue Paix , bien plus
difficile que les conquêtes et les conventions
les plus avantageuses , n'a aucun terme où
le Ministre recueille la gloire de ses efforts ,
parce qu'ils ne finissent jamais , leur durée
mêne les prive de ces acclamations et de ces
triomphes , dont on fixe le jour ; et qu'une
sage politique autorise pour animer les hommes ordinaires. Disons encore que l'abondance procurée aux Citoyens n'est un objet
quepourceuxqui veulent le voir , et qu'ainsi
l'héroïsme de l'administration consiste à entreteniret à faire croître le bonheur des Peuples
au milieu de leur insensibilité , et sur tout
àpréparer la continuation de ce bonheurpar
un partage de sa propre autorité , d'autant
plus genereux , que l'on choisit un plus digne Associé.
Le nouvel Académicien passe ensuite
à l'hommage dû à la memoire de M. le
Comte de Morville ; il en parle ainsi :
Né avec des inclinations vertueuses , il ent
de bonne heure cette bienseance , cette décence
qui sauve à laJeunesse ces dérangemens d'esprit et de mœurs , que le Public pardonne
II. Vol. encore
JUIN. 1732. 1383
encore plus volontiers à l'âge , lorsqu'il les
voit , que l'homme fait ne se les pardonne
à lui-même , lorsqu'il s'en ressouvient. Il
n'avoit parû jeune que par des amusemens
ingenieux et par ces graces de l'esprit qui
l'ont suivi jusques dans l'exercice des talens
superieurs et des grands emplois. Entré dans
Les fonctions publiques par cette partie de la
Magistrature qui demande une comparaison
continuelle des Loix primitives et generales
avec les circonstances présentes et particulieres , une équité severe dans le principe, et
une indulgence dans l'application ; une place
enfin plus propre que toutes les autres à faire
sentir que les interêts des Princes et des Sujets ne sont que la même chose ...
Sur son Ambassade et ses négociations,
POrateur ajoûte : Mais quel effort de génie
y réussira mieux que cet esprit d'insinuation , tiré plutôt de la douceur du caractere ,
que d'une adresse étudiée. M. de Morville
fut ami des Hollandois , et leur fit aimer les
François en sa personne. Cefut aussi ce qui
engagea le Prince Regent , Grand- Maître
lui- même en l'art de gagner les coeurs , à lui
confier à son retour cette partie du Ministere , qui est en quelque sorte une naviga-nego.
tion continue .... Plein degoût pour toutes
les belles choses , il passoit agréablement des
objets qui occupent les Académies des Gens 11. worpent Vol.
Fij de
1384 MERCURE DE FRANCE
de Lettres , aux objets que cultivent les Académies qui tirent leur nom des Beaux Arts.
M. l'Archevêque de Sens répondit en
ces termes :
MONSIEUR ,
Il est glorieux , sans doute , d'être adopté
parmi nous par un concours rapide de tous
les suffrages. Mais c'est une autre sorte de
gloire qui n'est pas moins douce , d'avoir das
Rivaux et de l'emporter sur eux , la difficulté et l'incertitude rendent le succès plus
interessant ; et si un Concurrent d'un mérite connu a balancé les voix , la préference a quelque chose de bien flateur. C'est
ce qui vous est arrivé , Monsieur ; un Concurrent aimé de plusieurs , et estimé de tous:
par des Ouvrages connus , &c...... Le
Discours éloquent que vous venez de prononcer honore notre choix en même temps
qu'il justifie votre ambition.
L'éloquent Prélat parle ensuite des Ouvrages du nouvel Académicien , qui lui
ont frayé depuis long temps la route vers
l'Académie : Grande érudition , dit-il , stile
élegant , goût délicat , et surtout une justesse
de raison et de Philosophie , superieure au
goût , au stile et à l'érudition , &c....
Viennent ensuite les Eloges dûs à la Dissertation sur Homere et à l'Histoire de
11. Vol. Sethos
JUIN. 1752. 1385
Sethos. Celle- cy en mérite particulierement ,
dit l'Orateur , par le dessein que vous vous
y êtes proposé , non d'amuser,
non , mais d'instruire le Lecteur et deformer ses moeurs. Dans
ce siecle , livré peut être plus qu'aucun aux
bagatelles indécentes , aux liberte amüsantes , aux Satyres qui n'épargnent ni les hommes ni les Dieux , on est heureux de trouver encore quelques Ecrivains aussi sages
qu'ingénieux , qui veüillent bien s'étudier à
déguiser adroitement , sous ce frivole qu'on recherche et dont on ne s'amuse que trop; des
Leçons utiles de probité, de Religion , de mo- destie et de desinteressement.
Sur l'amitié et l'estime que l'Abbé Terrasson a mérité de ses Confreres dans l'A--
cadémie des Sciences , l'Archevêque de
Sens ajoûte L'Académie Françoise ne fait
pas moins de cas de la vertu et de la probité;
elle compte ces qualitez au nombre de celles
qu'elle cherche dans ceux dont ellefait choix.
Ciceron mettoit la probité au nombre des
qualitez de l'Orateur , il la plaçoit même la
premiere. L Académie Françoise adopte saz
maxime en imitant son éloquence , elle - méprise les talens quelques brillans qu'ils soient
si ce lustre leur manque ; et malgré les mur
mures du vulgaire , ces Ecrivains dont la
plume impie , médisante ou impure , attiroit
de frivoles applaudissemens, sont parmi nous
méconnus ou détestez. FY C'est
1386 MERCURE DE FRANCE
>
C'est par les vertus , si je l'ose dire , de societé et de commerce , que vous nous devez
dédommager de la perte que nous avonsfaite
de M. le C. de M. dont vous prenez la place. C'est par cet endroit seul que l'Académie a besoin d'être consolée , d'être dédomagée ; car pour la réputation et la gloire que
ses vertus lui ont acquise parmi nous , elle
subsistera toute entiere , et la mort n'ôte rien
ni à lui , ni à nous. C'est le privilege des
Societez comme la nôtre de s'enrichir chaque
jour de leurs propres pertes , et de conserver
à jamais la gloire dont chacun de ses Membres l'enrichit en y entrant.
A40. ans , M. de Morville avoit déja
épuisé tous les degrez de lafortune et tous ses
revers………. Orateur , Magistrat , Ambassadeur , Secretaire d'Etat , Ministre de la
Marine, Ministre des Affaires Etrangeres
enfin simple particulier 5 toujours égal dans
ces divers états , et toujours aimé.
>
On peutjuger de M. le C. de M. par les
négociations plus importantes et plus difficiles , dont il fut charge au bout de deux ans
en qualité de Plénipotentiaire au Congrès de
Cambray. Là , se conduisoit cette négocia
tion singuliere , qui sera un Problême pour
les siécles à venir: négociation qui sans paroître rien décider , opéroit dans toute l'Europe une paix plus durable que celle qui est
II. Vol. fixée
JUIN. 1732 1337
3
fixée par des Traitez, et qui prolongée pendant plusieurs années , suspenduë ensuite
transferée à Soissons , separée enfin comme
hazard , se trouve en apparence sans '
conclusion , et cependane sans rupture.
par
Ministre secret sans être rusé , caressant
sans s'avilir , franc et sincere sans imprudence , grave sans être fier : c'est trop pen
dire qu'il gagna l'estime de tant d'hommes
choisis de toutes les Nations , elle alloitjusqu'à la confiance et à l'amitié : et tous se sont
fait un plaisir de lui en conserver les marques , lorsque la Fortune toujours legere dans
ses caresses, s'offensa de ce qu'il sembloit vouloir la fixerpar l'égalité de son humeur et de
son caractere.
Elle lui préparoit une chûte aussi rapide
que son élevation , lorsqu'il sçût la prevenir
par une retraite genereuse , honoré de l'estime
et des graces de son Maître. Il n'avoit pas
couru après lafortune , elle étoit venuë comme d'elle-même s'effrir à lui , il lui ôta leplai- .
sir de consommer sur lui sa legereté ; il renonça de lui-même à son Empires et il montra:
par son choix qu'on peut être heureux sans
ses caresses , content sans ses trésors, et grand
sans ses bienfaits , & c.
Les Dignitez l'élevent au- dessus de nous ,
dit l'Orateur , en parlant du Cardinal de
Fleury , mais sa modestie len raproche, elle
II. Vola F vj lui
1388 MERCURE DE FRANCE
lui fait oublier tout ce que son rang a de
grandeu , et le plus puissant des Sujets est
aujourd'hui le plus simple , le plus modeste ,
le plus affable.
Et en parlant de notre Auguste Monarque: Heureux son peuple, si malgré le penchant qui le porte à murmurer toujours , à
critiquer et à se plaindre , il sçait connoître le
bonheur qu'il a d'obéir à un Roiffable dans
sa Cour, pacifique dans ses desseins , religieux dans ses devoirs , chaste dans ses plaisirs , moderé dans tous ses desirs.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le 29 mai, l'Abbé Terrasson a été élu à l'Académie Française pour succéder au Comte de Morville. Lors de sa prise de fonction, Terrasson a prononcé un discours, auquel l'Archevêque de Sens a répondu au nom de l'Académie. Terrasson a loué l'Académie Française, ainsi que les Académies des Sciences et des Belles-Lettres, et a souligné l'importance de la langue dans la littérature. Il a également rendu hommage au Cardinal de Richelieu et a mentionné que l'Académie Française, grâce à ses membres éminents, a servi de modèle à d'autres institutions. Dans son discours, Terrasson a terminé par un éloge de Louis XIV, mentionnant les instructions données par le roi à son petit-fils. Il a ensuite rendu hommage à la mémoire du Comte de Morville, le décrivant comme un homme vertueux et distingué, ayant excellé dans divers rôles publics, notamment en tant que magistrat, ambassadeur et ministre. Morville était apprécié pour son esprit d'insinuation et sa capacité à gagner les cœurs. L'Archevêque de Sens a répondu en félicitant Terrasson pour son élection et en soulignant la difficulté et l'honneur de surpasser des concurrents de mérite. Il a également loué les œuvres de Terrasson, notamment son érudition, son style élégant et sa justesse de raison. L'Archevêque a mentionné la Dissertation sur Homère et l'Histoire de Sethos, saluant l'ambition de Terrasson d'instruire et de former les mœurs des lecteurs. L'Archevêque a souligné l'importance de la vertu et de la probité au sein de l'Académie Française, imitant Cicéron en plaçant la probité au premier rang des qualités de l'orateur. Il a conclu en soulignant que l'Académie se console de la perte de Morville grâce aux vertus de ses nouveaux membres.
Soumis par delpedroa le