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Titre

QUATORZIÈME LETTRE sur le Systeme du Bureau Typographique et sur le choix d'un Précepteur, pour la premiere éducation d'un Enfant.

Titre d'après la table

Bureau Typographique, 14e Lettre,

Fait partie d'une section
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Incipit

VOICI, Monsieur, une objection que l'on ne m'auroit

Texte
QUATORZIEME LETTRE
sur le Systeme du Bureau Typographique
et sur le choix d'un Précepteur, pour la
premiere éducation d'un Enfant.
Oici , Monsieur , une objection que l'on ne
m'auroit peut- être pas faite , si l'on avoit
pris la peine de lire attentivement les dernieres
Lettres sur le Systême du Bureau Typographi
que , et si l'on avoit un peu parcouru la Brochure qui se vend chez Pierre Witte , ruë S. Jacques,
à l'Ange Gardien , intitulée : Réponse de M. Perquis , Maitre de Philosophie , d'Humanitez et de
Typographie, à la Lettre d'un Professeur anonime
de l'Université de Paris , inserée dans le Mercure
du mois de Février 1731.
Si ce Sisteme , m'a- t'on dit , étoit aussi utile que vous le publiez depuis près de deux ans , lès
Parens et les Maîtres se feroient un plaisir et mê- me un devoir de le suivre pour la premiere institution des enfans de trois à sept et à huit ans ,
cependant les Maîtres sont effrayez à la vûë de cette Machine , et l'on dit que du grand nombre de personnes qui ont lû vos Lettres , qui ont en--
tendu parler de ce Sisteme , ou qui ont vu des Bureaux et même l'exercice de cette Méthode , il
y en a peu qui ayent mis leurs enfans aux Clas- IT. Vol
JUIN. 1732. 1295
ses du Bureau Typographique , il faut donc conclure , a-t'on poursuivi , que ce nouveau Sistême
n'est point aussi utile que vous le prétendez , ni
au-dessus de la Méthode vulgaire.
Voilà , Monsieur , ce que nos Critiques appellent une Démonstration , car ce mot est devenu aujourd'hui si commun , qu'on l'employe
hardiment pour les matieres les plus probléma- tiques ; vous trouvez des Ecrivains de parti ,
acharnez les uns contre les autres qui se flattent
d'avoir procedé à la maniere des Géometres dans
toutes leurs disputes , et l'on peut dire qu'en supposant la verité de leurs principes contestez, bien
des Auteurs , comme Spinosa , ont effectivement suivi la Méthode des Géometres. Venons au fait.-
pour
être
être
Pour répondre à cette prétendue Démonstration , je dis , 1 °. que les Maîtres vulgaires s'opposeront toujours à toutes les Méthodes qui feront:
connoître au Public leur ignorance ou leur pré--
vention , et que leur opposition aveugle et témeraire augmentera toujours le mépris dû à leurs
vaines déclamations. 2°. Qu'un sistème peut
fort utile et meilleur qu'un autre , sans obtenir
néanmoins la préference , parce qu'il ne suffit pas
qu'une chose soit bonne en elle- même recherchée , il faut encore que l'on soit persuadé
de cette bonté , et ce deffaut de persuasion qui
vient d'une infinité de causes , ne diminuë en rien
la bonté réelle de cette même chose. Un exemple
sensible rendra ce raisonnement plus clair. Que
diroit-on à un Chinois qui feroit cette difficulté ,
si une telle Loi , une telle Coutume , et une telle.
Religion , étoient les meilleures du monde , les
Souverains et les Peuples de la Terre se feroient
un plaisir et même un devoir de les pratiquer dèsqu'on leur en parleroit , cependant ils ne le font
II. Vol pase;
1296 MERCURE DE FRANCE
pas ; donc cette Loi , cette Coûtume et cette Religion , ne sont point les meilleures du monde. Le
Lecteur sensé et judicieux , n'a pas besoin qu'on
lui fasse voir la fausseté et le sophisme dans un
pareil raisonnement.
3. Je dis qu'aucun Journal n'a encore parlé
du Bureau Typographique , parce que les Lettres.
insérées dans les Mercures , n'ont encore été ni
affichées , ni mises en vente chez des Libraires.
Je dis que peu de gens lisent les Journaux, la plûpart même des Lecteurs passent les matieres ou
Ies Pieces qu'ils n'entendent point, et qu'ils trouvent toûjours trop longues , de même que celles
où ils ne prennent aucune part. Ceux qui ont lu les Lettres sur le sistème du Bureau , ou qui em
ont entendu parler , ne sont pas tous dans le cas
d'avoir de petits enfans , et quand ce peu de Lecteurs auroit excité la curiosité des autres , ce premier empressement est bien - tôt ralenti par le torrent des embarras du siecle , ou par le flux et
reflux de mille affaires domestiques, Tel Pere
avoit voulu d'abord donner un Bureau à ses enfans , qui ensuite en a été détourné par la mere.
trop œconome ou trop allarmée en fait d'éducation ; tels parens ont proposé l'experience du Bureau, qui en ont été détournez par les Précep
teurs ; c'est ainsi que beaucoup de gens, d'ailleurs
pleins de mérite et bien intentionnez , se laissent
quelquefois mener en aveugles.
4°. Je dis que de tous ceux qui ont vu le Bu
reau , il n'y a personne qui , du moins exterieument et en apparence , n'en ait reconnu l'utilités.
je ne dois pas même en excepter notre Critique.
M. G. quelque mal qu'il ait crû avoir interêt d'en
dire ailleurs. Le Bureau peut se vanter d'avoir à la Cour , à la Ville et dans les Provinces , un grand
II.. Vol. nombre.
JUIN 1732. 1297
nombre d'illustres Partisans dont le témoignage
autentique fera toujours mépriser les mauvaises critiques , malgré le mérite de leurs Auteurs, -
5. Je dis que quand il n'y auroit encore qu'u ne trentaine d'enfans de l'un ou de l'autre sexe
exercez par le sistème du Bureau , ce seroit toûjours beaucoup qu'en si peu de temps , malgré le préjugé vulgaire , malgré les affiches et les vaines.
promesses de plusieurs Charlatans en menuë Litterature , qui dégoutent et indisposent le Public
malgré les Critiques anonimes et celle de M. G.
malgré les calomnies et les faux rapports des
Maîtres et des Précepteurs prévenus ou passion
nez contre le sistème Typographique , ce seroit,
dis-je , toûjours beaucoup d'avoir autant d'enfans connus , exercez et montrez selon cette nouvelle
maniere d'enseigner les premiers élemens des
Lettres..
6º.Je dis que le préjugé , l'ignorance , la paresse,
L'indifference , l'interêt , l'envie et la mauvaisefoi ,
peuvent arrêter pour quelque temps les progrès du
Bureau Typographique ; et afin que mes Critiques
ne blâment point l'emploi de pareils termes , je.
leur déclare que par le mot préjugé , j'entens le ju- les Maîtres por- gement vague et indéterminé que tent par tradition et sans examen en faveur de la
Méthode vulgaire contre toutes les nouvelles
Méthodes ; les trois quarts des Maîtres , pour le
moins , sont dans ce préjugé et presque tous les
parens. Par le mot ignorance , j'entens la privation des connoissances grammaticales necessaires
pour l'intelligence de la doctrine typographique
ou des sons de la Langue Françoise et de la vraye dénomination des Lettres , pour la prompte et fa
cile sillabisation ; nos Critiques et bien d'autres
sont dans cette ignorance. Par le mot paresse ,
II.. Vel j'entens
1298 MERCURE DE FRANCE
j'entens l'aversion et l'éloignement qu'un Maître
fait souvent paroître quand il s'agit de travailler
avec un enfant; cela regarde le plus grand nombre des Précepteurs. Par indifference , j'entens le
caractere de certains Maîtres mercenaires , plus -
occupez , de pane lucrando , que de puero instiuendo. Par interêt , j'entens le motif de certains
Auteurs qui craignent mal à propos que le systême du Bureau ne nuise à la vente de leurs perites Brochures. Par envie, j'entens les sentimens
jaloux de ceux qui ne voudroient jouir que de
leur propre gloire , et même aux dépens de ce lle
des autres. Par mauvaisefoy, j'entens le caractere et le sentiment de ceux qui persuadez de la
bonté et de l'utilité du systême , cachent ce sentiment et agissent contre la vérité connue, poussez par diverses passions, qu'ils n'oseroient avoüer
devant les hommes, et qu'ils ont la malice d'entretenir devant Dieu. Tous ces injustes motifs de
critique , peuvent se rencontrer dans la même
personne ; on pourroit même les désigner , à lamauvais foy près , dont Dieu seul est le juge.
7°. Je dis que l'ortographe passagere dont on
a fait l'essai et dont on a rendu compte dans la
neuvième Lettre sur le sistême du Bureau , je dis
que cette ortographe passagere d'épfant et des
sons ou de l'oreille , peut avoir éloigné bien des
gens , du systême Typographique , ce que n'auroit peut- être pas fait l'ortographe permanente
d'homme , des yeux et de l'usage. Quoiqu'on cut
facilement prévu que cela pourroit arriver ainsi ,
on a été cependant obligé de suivre son Plan
pour mettre le Lecteur bien intentionné , au fait
des sons de la Langue , et en état de mieux juger
du systême ; et cela au hazard de déplaire aux
Lecteurs prévenus qu'on pourroit un peu comII. Vol. parer
JUIN. 1299 1732.
parer à celui qui aima mieux perdre la valeur d'une Lettre de Change , que d'en faire usage ,
malgré l'ortographe singuliere de cette Lettre ,
ou au malade qui refusa tout soulagement , faute
de parfaite guérison.
9
8. J'ajouterai que la saison de l'hyver , propre à faire Recruë de Soldats, ne l'est guere pour
celle des enfans du Bureau. Le froid en fait differer l'exercice , le Printems en paroît la premiere
saison ; outre cela les objets frivoles qu'on donne ordinairement pour étrennes aux petits enfans
dans le commencement de l'année , les occupent
si fort , qu'il seroit pour lors assez inutile de leur
donner un Bureau. Les parens , les amis , les domestiques, tous à l'envi , présentent à l'enfant
bien des niaiseries, plus nuisibles que profitables.
Une Classe de Bureau pour étrennes amuseroit et
instruiroit l'enfant ; mais les parens en general
aiment mieux se prêter au torrent du préjugé
vulgaire,et ausystême ou au jeu des Marionettes,
dont ils font souvent eux-mêmes leur amusement.
9. Oserois- je dire que le prix d'un Bureau
arrête bien des gens riches , dans l'esprit desquels l'argent tient souvent la place de fils aîné
et quelquefois celle de fils unique , même à la
vue d'une nombreuse famille. Dix Pistoles pour
la suite des quatre Classes du Bureau peuvent pa-- roître une somme non seulement à de riches
Bourgeois , mais encore à certaines personnes qui
ne dépensent guere moins de cent francs par jour
pour leur table et pour leur écurie. C'est aux
parens à s'examiner là- dessus devant Dieu et devant les hommes.
,
10°. Il faut convenir que la disette des Maîtres qui veuillent s'asservir au systême du Buseau , en arrétera toûjours les progrès ; mais
II. Vol.
c'est
1300 MERCURE DE FRANCE
c'est faute d'entendre leur véritable interêt qu'ils
refusent d'apprendre et de pratiquer cette métho
de. Elle les feroit rechercher et préferer aux
Maîtres vulgaires ; enfin elle assureroit aux Maîtres externes un nombre de meilleures Maisons
et donneroit aux Précepteurs le choix des meilleurs Elèves. Je dois ajouter icy qu'un mois de
Leçons tipographiques , mettra facilement une
Gouvernante , un Domestique en état de montrer les premieres Classes du Bureau , en atten- dant que l'on donne à l'enfant un Précepteur, ou
bien un Maître -externe.
Q
11 Pour derniere réponse, je donnerai à mon
tour un argument qu'on pourra opposer à celui
de nos critiques. Le voici : Si les Professeurs , les
Régens , les Préfets , ni les Maîtres ne peuvent
pas détruire les preuves qui font voir les avan
tages du Bureau typographique sur la Méthode
vulgaire ; il faut conclure en faveur du Bureau.
Or est-il que ces MM) n'ont pu jusqu'icy prouver l'infériorité du Bureau , ni la supériorité de
la Méthode vulgaire ; donc en faveur de la verité , et pour le bien de la cause des enfans , on
peut, par provision et hardiment predire que les Maîtres ne viendront jamais à bout de prouver l'excellence de leur Méthode vulgaire, contre
celle du Bureau. On doit donc aussi conclure en
faveur du Bureau , contre les mauvaises critiques, C'est au Public à décider , en attendant le
jugement des Commissaires que l'Université de
Paris, et les Académies pourroient nommer dans
la suite , pour l'examen de ce systême.
Je conclus, après toutes ces réfléxions, que les
parens bien intentionnez et curieux de trouver un
bon Précepteur pour leurs petits enfans , ne sauroient mieux faire que de l'éprouver , par le
1. Vel. moyen
JUIN. 1732. 1301
moïen du Bureau tipographyque ; ce sera la
vraie Pierre de touche , en fait de Pédagogie , er l'on peut assurer , sans témérité, que tout Maître
qui refusera aux parens de suivre la Méthode du
Bureau , pour un enfant de trois à sept et à huit
ans , donnera contre lui des préjugez suffisans
pour le refuser lui- même ; et l'on voit par là
que l'épreuve du Maître par celle du Bureau, sera
toujours d'une grande utilité et d'un grand secours pour les parens capables ou incapables de
faire par eux-mêmes choix d'un bon Maître,
>
Les Précepteurs qui refuseront de suivre le systême du Bureau , aux parens qui le leur propos seront , seront obligez de dire pourquoi ? Or ces
Précepteurs , ou ils connoissent le Bureau , ou ils
ne le connoissent pas ; s'ils ne le connoissent
point , et que sans examen ils refusent d'en
faire usage , ils se rendront suspects de préjugé ,
ou d'ignorance , ou de paresse , ou d'indifference; qualitez suffisantes pour refuser ces Précepteurs , dans la plupart desquels on trouvera ordinairement un esprit vain , superficiel , aigre,
indocile , impatient ; un esprit mercenaire , qui
fuit la peine , qui craint le travail , et sur tout
qui redoute l'examen.
Si les Précepteurs au contraire , en refusant absolument de suivre la Méthode du Bureau tipographyque , disent que c'est par connoissance
de cause ; il est juste de les entendre et de répondie à leurs difficultez; ce sera là un des plus surs moyens pour juger de leur maniere de penser , de
parler , et de raisonner. Qualitez rares mais essentielles pour la bonne et la noble éducation.
Cette opposition , d'ailleurs soutenuë de bonne
foy et avec quelque apparence de fondement, ne
peut que faire honneur à l'adversaire , qui se dé11. Vol. clarera
302 MERCURE DE FRANCE
4
clarera contre le systême du Bureau , sans - renoncer à un plus grand examen de cette Methode , ni au dessein de la suivre ; supposé qu'elle se
trouvât la meilleure, L'Auteur , au reste offre
d'intervenir avec plaisir , dans le differend , lorsque les parens témoigneront le désirer , pour le bien de leurs enfans et de la cause publique.

Mais si le Maîrre, simple latiniste, plein de luimême, se trouve un esprit faux , incapable de
justesse dans le raisonnement , un esprit sans méthode , enfin un esprit qui ne voye que par les
yeux du préjugé vulgaire , et qui sans vouloir raisonner, soûtienne obstinément que le systême
du Bureau est frivole ; il sera aisé de s'appercevoir qu'un tel caractere n'est pas le meilleur que
l'on puisse désirer pour élever un enfant , et c'est
un grand avantage que de pouvoir s'en assurer
dès le premier jour , sans s'exposer si souvent
à essayer de nouveaux Précepteurs ; car ce frequent changement de Maître , est ordinairement
un obstacle à l'avancement de l'enfant , et le Bureau préviendra quelquefois cetinconvenient.
Les parens qui aiment à se déterminer par rai.
son plutôt que par coutume, remarqueront bientôt dans le monde que les partisans du Bureau
sont ordinairementou personnes d'ordre ou gens
d'esprit Philosophique , aimant le bien public ;
et qu'au contraire ceux qui se déclarent contre le
Bureau ne sont que de simples latinistes , tres- indifferens sur le bien et le mieux , et la plupart incapables d'analiser les idées et de suivre.
avec honneur , le moindre raisonnement. Or si
la chose est , comme j'ose le dire, et comme chacun peut s'en convaincre lui-même , avec les critiques qu'il trouvera dans son chemin ; n'est-ce
pas un grand avantage pour les dignes parens es
D
JUIN. 1732.
1303
pour le public d'avoir un moyen si simple et si
propre à développer l'intérieur des Maîtres les plus dissimulez , qui se présenteront pour la pre- miere institution de l'enfance.
Je ne prétens pas , au reste , conclure qu'un
Maître qui offre de se soumettre au systême du
Bureau devienne par-là et sur le champ un bon
Précepteur ; mais je veux seulement dire qu'entre deux hommes de Lettres , à peu près d'égale réputation , en fait de Pédagogie, on doit toujours préferer l'esprit doux , docile , bien intentionné,
méthodique, qui se prétera volontiers et sans répugnance à l'exercice du Bureau, et qui en hom- me d'honneur et de bien , par ses discours et par
sa complaisance litteraire,prouvera qu'il ne craint
pas le travail , et qu'il est capable d'affection et d'attachement pour l'enfant dont on veut bien
d'abord lui confier la premiere éducation,
5
On pourra aussi trouver des Maîtres d'ailleurs
tres-capables , qui pleins d'eux- mêmes et de la Méthode vulgaire , diront qu'il est possible que
le Bureau soit bon et utile , mais que leur répu- tation étant faite , ils n'ont pas besoin d'entrer
dans le détail de ce systême, et qu'ils s'en tiennent à leur maniere d'enseigner , sans vouloir
être remis à l'A , Bé, Cé Tipographyque. Or ne
peut-on pas encore dire , sans témérité , que ces Maîtres , quelque habiles qu'ils soient dans le
Grec et dans le Latin ; que ces Maîtres , dis-je ,
en craignant la peine et le travail , donnent parlà contr'eux, des préjugez suffisans pour leur refuser la préférence sur les autres Maîtres ? Car
c'est déja un grand préjugé contre un Précep- teur que de vouloir d'abord canoniser son indifference, sa paresse , et son peu de goût litteraire ,
en refusant de lire une Méthode qui fait quelque
11. Vol. bruit
1304 MERCURE DE FRANCE
bruit dans le monde , et qui , selon l'expression
d'un grand homme, annonce une révolution dans l'éducation des enfans.
Enfin il y a des Maîtres bien intentionnez , qui
feroient volontiers usage du Bureau s'ils en comprenoient le systême , mais ils s'en font d'abord une épouvantail et tâchent adroitement de
détourner les parens qui en voudroient faire l'expérience.
Je n'ai rien à dire contre la prudence de ces
Maîtres , si ce n'est qu'ils apprendroient facilement le systême , dès que sans prévention , et à
l'exemple des autres , ils en voudroient faire l'essai ; les enfans donneront aux Maîtres le temps
necessaire pour cette étude ; comme les Ecoliers
de certains Colleges , donnent aux Regens des
Basses classes, le temps de se rendre capables des
plus hautes. Le Maître apprendra le sistème Ty ,
pographique en le mostrant à l'enfant , après
avoir un peu raisonné et conferé avec quelque
Maître de Typographie , et après avoir vú travailler quelque Enfant sur la Table de son Bureau. Ce sera toujours un grand préjugé contre
un Précepteur s'il trouve pénible et difficile un
petit exercice d'enfant. Un Maître qui craint ce
petit travail , fait voir sans y prendre garde, qu'il
est occupé à chercher du pain , plutôt qu'à le
gagner.
On trouvera au surplus facilement de bons
Maîtres quand les parens connoîtront le prix de l'éducation , qu'ils ne regarderont pas un Precep
teur comme un simple domestique , indigne de manger à leur table , à propos de quoi il n'est
pas mal de rapporter ici ce que le Maréchal
de Villeroy dit autrefois à l'occasion d'un Prési- dent à Mortier, dont le fils ne mangeoit pomt
II. Vol. avec
JUIN 1732. 1305
avec son Précepteur : Je ne voudrois point , dit le
Maréchal , donner à mon fils un homme que je ne
croirois pas digne de manger à matable. Il est visible qu'un Maître , Précepteur , ou Gouverneur
qui ne mangera pas avec son Eleve , ei sera
bientôt méprisé. Enfin les parens trouveront un
bon Précepteur quand ils seront dans le dessein
de le dédommager du sacrifice qu'il aura fait de
sa liberté , de son tems , et de la meilleure partie de ses années.
D'où vient qu'on est si libéral à l'égard d'un
Cuisinier, envers un Maître de Musique et d'Ins- trument, à l'égard d'un Maître à Danser , même
avec un dresseur de Chiens , et qu'on leur donne
volontiers pour un seul mois la somme qu'on
marchande quelquefois pour six mois de simple
pédagogic
Doit- on être surpris après cela si les bons Précepteurs sont rares, et si l'on voit manquer tant
d'éducations. Je l'ai dit bien des fois , c'est souvent la faute des parens , des domestiques et des
Maîtres , plutôt que celle des enfans. Et c'est sur
cette matiere qu'on pourroit donner bien des gemissemens. Trop de gens pensent sur cet article commeM. G. Ce Regent suppose que le moindre
secours du plus petit Maître d'Ecole d'un Maître
d'unmédiocre sçavoir et d'une médiocre exaatitude;
que ce moindre secours suffit pour montrer
lire aux petits enfans.
כי Voici ce qu'on lit là- dessus , dans la Réponse,
du M. Perquis à un critique anonime. Jem'é3 tonne, M. que citant quelquefoisQuintilien quand
→ vous croyez qu'il vous estfavorable , vous n'ayez
» pas remarqué qu'il condamne ceux qui ne pren- nent d'abord que de petits Maîtres pour don-
"ner,disent-ils, les principes des sciences , au lieu
II.Vel C » de
1396 MERCURE DE FRANCE
3
9
??
de choisir les plus habiles , et d'imiter Philippe,
qui ne voulut pas permettre qu'un autre qu'Aristote montrat à lire à Alexandre , parce qu'il
étoit persuadé que la perfection dépendoit deces
» commencemens.Ne faut- il pas parler et raison-
» ner avec un petit enfant ? Or, pour me servir
de l'expression de M. le Févre , si le Maitre est
≫ unâne , que voulez-vous qu'un âne fasse , sinon
» un âne comme lui.S.Jérôme a fair la même remarque ,il pensoit autrement que vous , et le
moindre Lecteur s'appercevra que Philippe ,
Quintilien et S. Jérôme se seroient accommo
dez du Bureau Typographique , plutôt que de
so, voire A, Bé , Cé Vulgaire , et de votre Maitre
d'un médiocre sçavoir et d'une médiocre exactitude , ou enfin du moindre secours du plus petit- Maître d'Ecole.
"
33
Je repeterai encore ici que si on ne goute point
la Méthode du Bureau Typographique , je m'en
étonne , et que si on la goute , je m'en étonne de
même.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
La quatorzième lettre aborde le système du Bureau Typographique et le choix d'un précepteur pour l'éducation des jeunes enfants. L'auteur répond à une objection selon laquelle, si ce système était aussi utile que prétendu, plus de parents et de maîtres l'adopteraient. Il explique que les maîtres s'opposent souvent aux nouvelles méthodes par ignorance ou prévention. La bonté d'un système ne dépend pas seulement de sa qualité intrinsèque, mais aussi de la persuasion des gens quant à cette bonté. L'auteur mentionne que peu de journaux ont parlé du Bureau Typographique, car les lettres insérées dans les Mercures n'ont pas été largement diffusées. De plus, beaucoup de lecteurs ne lisent pas les journaux ou passent les sujets qu'ils ne comprennent pas. Ceux qui ont vu le Bureau en ont reconnu l'utilité, y compris les critiques. Cependant, des facteurs comme le préjugé, l'ignorance, la paresse, l'indifférence, l'intérêt, l'envie et la mauvaise foi peuvent freiner les progrès du système. L'auteur ajoute que l'orthographe passagère utilisée dans les lettres pourrait avoir éloigné certains lecteurs. Il note également que la saison hivernale n'est pas propice à l'enseignement avec le Bureau Typographique, et que le prix de ce dernier peut dissuader certains parents. La disette de maîtres formés à ce système en freine également l'adoption. Le texte distingue deux types de précepteurs : ceux qui refusent la méthode par connaissance de cause et ceux qui la rejettent par orgueil ou paresse. Les premiers méritent d'être entendus et peuvent contribuer à un débat constructif. Les seconds sont décrits comme des latinistes simples, incapables de raisonnement juste et méthodique, et leur caractère est jugé inapproprié pour l'éducation des enfants. Les parents sont encouragés à observer les partisans du Bureau, souvent des personnes d'ordre ou des philosophes, et à éviter ceux qui s'y opposent par indifférence ou incapacité. Il est souligné l'importance de choisir des précepteurs dociles, méthodiques et bien intentionnés, capables de s'adapter à la méthode du Bureau. Les maîtres réticents à adopter la méthode sont invités à l'étudier pour le bien des enfants. Le texte critique la sous-estimation des précepteurs par les parents, comparée à la générosité accordée à d'autres professionnels comme les cuisiniers ou les maîtres de danse. Enfin, il rappelle l'importance de choisir des précepteurs compétents dès le début de l'éducation, citant des autorités comme Quintilien, Philippe et Jérôme, qui prônaient l'excellence dès les premiers apprentissages.
Soumis par delpedroa le