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Titre d'après la table

La Verité fabuliste,

Fait partie d'une section
Page de début
1174
Page de début dans la numérisation
355
Page de fin
1179
Page de fin dans la numérisation
360
Incipit

LA VERITÉ FABULISTE, Comédie en un Acte, mêlée de Fables,

Texte
LA VERITE FABULISTE , Comédie en
un Acte , mêlée de Fables , représentée
sur le Théatre Italien le 2. Decembre dernier, de la composition de M. de Launai. \
Cette Piece a été reçûë favorablement du
Public. La Dlle Silvia , qui par le naturel
et la finesse de son jeu , s'attire toûjours
des nouveaux applaudissemens , et qui
récite les differentes Fables qui sont liées
à la Piece , a fait beaucoup de plaisir. On
trouve à la fin de la Comédie , un Recueil
de so. Fables fort ingenieuses , du même
'Auteur. Cet Ouvrage nouvellement imprimé , se vend chez Josse , rue S.Facques , à la Fleur de Lys d'or , 1732. Voisi
une des Fables de la Piece.
1. Vol LA
JUI N. 1732. 1175
La Corme et la jeune Fille.
Une Corme brillante et fraîche ,
D'une jeune fillette avoit charmé les yeux';
Mais ce fruit qui sembloit un fruit délicieux ,
Au goût parut dur et revêche.
Quoi, lui dit la fillette ! un si beau coloris ,
Cache une amertume effroyable ;
Et pour te trouver agréable,
Il faut que par le temps tes appas soient Alétris?
Que ton injustice est extrême !
Lui répondit la Corme, eh! n'es- tu pas de même, -
Par l'effet seul de ton humeur ?
Te voila jeune , fraîche , belle ,
Ton Amant est tendre et fidelle ,
Et loin d'avoir cette douceur ,
Qu'annonce de tes traits la grace naturelle ,
Ti n'as qu'amertume et qu'aigreur :
Crois moi , n'attend pas que les rides
Amortissent ton âpreté , ◊
Les injures du temps ne sont que trop rapides
C'est un cruel moyen de perdre sa fierté.
Nous donnerons ici trois Fables du
Recueil , pour mettre le Lecteur en état
de juger du merite de cet Ouvrage.-
Le Roy de Théatre et l'Ecolier.
Un Ecolier avoit dans un Spectacle ,
I. Vol Goûte
1175 MERCURE DE FRANCE.
Goûté pardessus tout un Acteur renommé,
Qui se croyoit lui-même un prodige , un miracle,
S'estimant beaucoup plus qu'il n'étoit estimé.
Notre jeune homme en étoit si charmé ,
Qu'il donnoit à l'Acteur le mérite et la gloire ,
Des. Vers , des sentimens récitez de mémoire ,
En un mot , il croyoit l'Histrion un Heros ;
C'étoit assurément bien croire ;
Voila comme toûjours nous donnons dans le faux.
Notre Ecolier opiniâtre ,
Dans son erreur , dans ses desirs ,
Epargne quelque temps sur ses menus plaisirs ,
De quoi traiter un jour l'Acteur qu'il idolâtre ;
Il l'invite à dîner , le Monarque,s'y rend ;
Mais qu'il fut trouvé different !
Soft qu'il raisonne ou qu'il folâtre ;
Ce Roy n'avoit plus rien ni de fin , ni de grand
Il n'étoit plus sur son Théatre.
L'Ecolier en rougit... Combien est-il d'objets ,
Qu'il ne faut jamais voir de près !
On riroit bien souvent du plus grand Personage,
S'il découvroit ses propres traits ;
Le Masque heureusement est pris pour le visage.
Le Maître Paulmier et son Eleve..
Un Maître de Paume , en son Art -
Instruisoit unjeune Novice,
I. Vol. Très-
JUIN. 17320 1177
Très-agile à cet exercice ,
Mais trop ardent ; et le Vieillard ,
Lui répetoit toujours : pour devenir habile ,
Possedez-vous , soyez tranquille ;
Jouer trop vivement , c'est jouer au hazard ,
La balle d'elle-même au Joueur vient se rendre,
Pour la juger , il faut l'attendre ;
Qui veut la prévenir , la perd le plus souvent.
Conseils que l'Ecolier ne pouvoit pas com
prendre ,
Quand la balle voloit , il couroit au-devant ;
Aussi manquoit-il de la prendre.
Esprits impatiens , voilà votre portrait ,
Dans un projet , dans une affaire , '
Hâtez-vous , tout devient contraire ;
Attendez , tout vient à souhait
Les Prétendus Connoisseurs.
Certain Curieux de Tableaux ,
Dans une Galerie en avoit un grand nombre ;
La placez dans un jour mi trop clair , ni trop sombre ,
Ils étoient honorez du nom d'Originaux,
Car chez les Amateurs c'est chose principale
Sur tout quand il s'y joint un air de vetusté.
Je respecte l'Antiquité ,
Je n'aime point qu'on la ravale ; «
A Vol. Fvj Mais
1178 MERCURE DE FRANCE
Mais est- elle toujours égale è
Non, sans quelque défaut il n'est point de beautés
Homere quelquefois.sommeille . ,
Et ce n'est pas une merveille
Que dans un Art en tout pareil ,
Appelles quelquefois s'abandonne au sommeil.". 1
Mais revenons à notre affaire.
Notre homme dans un Inventaire
Unjour avoit crû remarquer , ».
Un Tableau d'un beau caractere ::
Jugez s'il voulut le manquer.
Il faut d'abord vous expliquer ,
Ce que c'étoit que la merveille.
On n'y connoissoit rien , tout étoit si confus
Qu'on n'y voyoit que du noir , et rien plus ,
Pas seulement un bout d'oreille ;
Mais du noir , vraiment c'est le bean ;
A quelque prix qu'il soit , il me faut ce Tabka
Combien vaut- il ? sur son extase,
Le prix doubla, sa docte emphase 9.
Lui fit acheter cher ce bizare morceau :
Pour rendre sa gloire complette ,
Il fait chez lui convier ses amis ,...
Non pour demander leur avis ,
Mais pour faire applaudir à sa nouvelle emplette
A l'aspect du Tableau, voilà mes gens ravis ;
Quelle touche, dit l'un ! quelle expression. vive !
Quelle imitation ! quelle grace naïve !
1. Kola- Ah
JUIN. 1732 117
Ah ! dit l'autre , quel coloris !
Voyez-vous ce torrent , avec quelle furie ,
It rompt, il fait rouler ces morceaux de Rocher;.
Ces arbres qu'il vient d'arracher ,
Et qu'il pousse dans la prairie ?
Ou donc , dit le premier , où portez- vous les s
yeux ?
Ce torrent , ce sont les cheveux ,
D'une Danaé qui repose ,
Quand Jupiter... Voici bien autre chose ;
Une Danaé ! quoi cela ?
Vous me la donnez belle ! "
Oui, cest Danaé , je le soutiens , c'est elle ,
Et ces arbres couchez que vous croyez voir là ,
Sont ses jambes, voyez quelle chair naturelle ,
Jamais le Titien n'en fit comme en voila.
Allez , ignorans, dit le Maître , -
Vous ne voyez ici paroître ,
Ni Danaé , ni jambes , ni . Torrent ,
C'est d'Ulisse et d'Ajax le fameux different 3 .
Voila ce que cela doit être.
Hê bien , on juge tous lès jours,
Avec cette assurance , avec cette justesse ;
Je gémis souvent des discours ,
Que j'entens faire en toute espece 3
Ignorance et prévention ,
Font en tout la décision.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
La pièce 'La Vérité Fabuliste', une comédie en un acte mêlée de fables, a été représentée sur le Théâtre Italien le 2 décembre de l'année précédente. Composée par M. de Launai, elle a été bien accueillie par le public. La demoiselle Silvia, connue pour son jeu naturel et fin, a interprété les différentes fables liées à la pièce, suscitant beaucoup de plaisir. À la fin de la comédie, un recueil de seize fables ingénieuses du même auteur a été proposé. Cet ouvrage, nouvellement imprimé, est disponible chez Josse, rue Saint-Faustin, à la Fleur de Lys d'or, en 1732. La pièce inclut plusieurs fables, dont 'La Corne et la jeune Fille'. Cette fable met en scène une jeune fille déçue par l'amertume d'une corne qu'elle trouvait appétissante en apparence. La corne lui répond que, comme elle, les personnes peuvent sembler agréables mais cacher une amertume intérieure. D'autres fables du recueil sont également mentionnées. 'Le Roy de Théâtre et l'Écolier' raconte l'histoire d'un écolier admirant un acteur célèbre mais déçu lors d'une rencontre en privé. 'Le Maître Paulmier et son Élève' illustre l'importance de la patience dans l'apprentissage. Enfin, 'Les Prétendus Connoisseurs' critique les amateurs d'art qui valorisent les œuvres anciennes sans les comprendre réellement.
Soumis par delpedroa le