Titre
IMITATION DE LA MESME FABLE.
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
1138
Page de début dans la numérisation
319
Page de fin
1140
Page de fin dans la numérisation
321
Incipit
Ecole de mauvais plaisants,
Texte
ΙΜΙΤΑΤΙΟΝ
DE LA MESME FABLE.
EColede mauvais plaisants ,
Suppôts du Dieu de la Calotte,
Vous dont la coupable marotte ,
Enfante ces Ecrits sanglants ,
Où la vertu , l'honneur , et l'innocence
D'un public insolent deviennent le jouet ,
De votre cynique licence
Sentez- vous l'énorme forfaît ?
Des sottises d'autruy l'on est en droit de rire ,
Me direz-vous d'accord ; mais riez en tout bas ,
I. Vol. Me
JUIN. 1732. 1139
Et n'allez point avec fracas
Dans une infamante Satyre
Annoncer à tout l'Univers
Des fragiles mortels les plus obscurs travers ,
Travestir en noirceurs de legeres foiblesses,
Sous de grotesques traits déguiser les vertus ,
Eriger le zele en abus
Et les ménagements en perfides souplesses.
O vous ! qui vous plaisez à ces jeux inhu
mains,
Apprenez que souvent votre noire manie
Surpasse en ses excès des cruels assassing
L'impitoyable barbarie.
S'ils abregent nos jours, vous ravissez l'hon
neur ;
›
L'honneur , ce bien plus cher que n'est encor la vie ;
Venez dans une simple & juste allegorie
De vos mordants Ecrits reconnoître l'horreur,
Certains Enfans , troupe volage,
Troupe fuyant les importuns soucis ,
Un jour au bord d'un marécage
Vinrent égayer leurs esprits,
La malice , qui dès cet âge ,
Est des humains l'ordinaire appanage ,
fades
D'un plaisir innocent ne connoît point le prix ,
Se divertir sans nuire est un plaisir trop
Ainsi nos jeunes Gars , après mainte gambade ,
I. Vel. Maints
140 MERCURE DE FRANCE
114
Maints sauts , maints tours , maints
ricochets
Poussez sur la face des ondes ,
Voyant sortir de leurs grottes pros
fondes
Quelques habitans du Marais ,
Quittent tout pour courir sur ce peuple aquatique,
Et contre luy lancer mille & mille Cailloux,
Tant qu'eussiez crû voit un Ost en
courroux
Combattre l'ennemi de la chose publique.
Tel est le jeu qui plaît à nos rustauts ;
Sous leurs coups redoublez mainte grenouille expire
Et les grimauts à chaque coup de rireg
L'une d'elles enfin blessée au fond des eaux
Prête à mourir ainsi s'exprime.
Enfans , qui n'écoutez qu'un folâtre transport ,
Songez que ces ébats dont je fuis la victime ,
S'ils sont unjeupour vous , pour moy sont une mort.
DE LA MESME FABLE.
EColede mauvais plaisants ,
Suppôts du Dieu de la Calotte,
Vous dont la coupable marotte ,
Enfante ces Ecrits sanglants ,
Où la vertu , l'honneur , et l'innocence
D'un public insolent deviennent le jouet ,
De votre cynique licence
Sentez- vous l'énorme forfaît ?
Des sottises d'autruy l'on est en droit de rire ,
Me direz-vous d'accord ; mais riez en tout bas ,
I. Vol. Me
JUIN. 1732. 1139
Et n'allez point avec fracas
Dans une infamante Satyre
Annoncer à tout l'Univers
Des fragiles mortels les plus obscurs travers ,
Travestir en noirceurs de legeres foiblesses,
Sous de grotesques traits déguiser les vertus ,
Eriger le zele en abus
Et les ménagements en perfides souplesses.
O vous ! qui vous plaisez à ces jeux inhu
mains,
Apprenez que souvent votre noire manie
Surpasse en ses excès des cruels assassing
L'impitoyable barbarie.
S'ils abregent nos jours, vous ravissez l'hon
neur ;
›
L'honneur , ce bien plus cher que n'est encor la vie ;
Venez dans une simple & juste allegorie
De vos mordants Ecrits reconnoître l'horreur,
Certains Enfans , troupe volage,
Troupe fuyant les importuns soucis ,
Un jour au bord d'un marécage
Vinrent égayer leurs esprits,
La malice , qui dès cet âge ,
Est des humains l'ordinaire appanage ,
fades
D'un plaisir innocent ne connoît point le prix ,
Se divertir sans nuire est un plaisir trop
Ainsi nos jeunes Gars , après mainte gambade ,
I. Vel. Maints
140 MERCURE DE FRANCE
114
Maints sauts , maints tours , maints
ricochets
Poussez sur la face des ondes ,
Voyant sortir de leurs grottes pros
fondes
Quelques habitans du Marais ,
Quittent tout pour courir sur ce peuple aquatique,
Et contre luy lancer mille & mille Cailloux,
Tant qu'eussiez crû voit un Ost en
courroux
Combattre l'ennemi de la chose publique.
Tel est le jeu qui plaît à nos rustauts ;
Sous leurs coups redoublez mainte grenouille expire
Et les grimauts à chaque coup de rireg
L'une d'elles enfin blessée au fond des eaux
Prête à mourir ainsi s'exprime.
Enfans , qui n'écoutez qu'un folâtre transport ,
Songez que ces ébats dont je fuis la victime ,
S'ils sont unjeupour vous , pour moy sont une mort.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Le texte critique les écrivains satiriques, les qualifiant de 'mauvais plaisants' et de 'suppôts du Dieu de la Calotte'. Ces auteurs sont accusés de produire des écrits sanglants où la vertu, l'honneur et l'innocence sont moqués. Le narrateur condamne leur licence cynique, estimant que, bien que l'on puisse rire des sottises des autres, il est inacceptable de le faire de manière fracassante et infamante. Il dénonce la transformation des faiblesses en noirceurs et des vertus en traits grotesques, ainsi que l'érection du zèle en abus. Le texte compare ces écrivains à des enfants malicieux lançant des cailloux sur des grenouilles, causant leur mort. Une grenouille blessée exprime sa douleur, soulignant que ce qui est un jeu pour les enfants est une mort pour elle. Cette allégorie vise à montrer l'horreur des écrits mordants de ces auteurs, qui ravissent l'honneur des individus, un bien plus précieux que la vie elle-même.
Constitue la suite d'un autre texte