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Titre

EPITAPHE Du Frere Hilarion, Capucin au Convent du Croisic, en Bretagne. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, à son Oncle, M. de P** A** Conseiller du Roy, Pere spirituel des Capucins du Croisic.

Titre d'après la table

Epitaphe du Frere Hilarion, &c.

Fait partie d'une section
Page de début
434
Page de début dans la numérisation
31
Page de fin
437
Page de fin dans la numérisation
36
Incipit

Cy gist le Frere Hilarion ;

Texte
EPITAPHE
Du Frere Hilarion , Capucin au Convent
du Croisic , en Bretagne. Par Me de
Malcrais de la Vigne , à son Oncle,
M. de P. ** A ** Conseiller du Roy,
Pere spirituel des Capucins du Croisico
Cy gist le Frere Hilarion §
C'étoit un digne Personnage.
Nul autre avec tant d'avantage,
N'honora sa Profession.
Encloîtré dès son plus jeune âge ,
Ce fut dans l'Ordre Capucin ,
Qu'il mit ses talens en usage.
Sans impudence il fut badin;
Sans être Cafard il fut sages
Mérite assurément divin ;
Chez le Capuchonné Lignage.
Il ne fit jamais du Latin ,
Le long er dur apprentissage ;
Mais à l'aide de maint lopin,
Qu'il
MARS. 1732. 435

Qu'il goboit par fois au passage,
Et qu'il citoit sans jargonnage
On l'eût prit pour un Calepin.
Pour peu qu'il eût sçû davantage,
Du Convent on l'eût fait Gardien ;
Et certes plus homme de bien ,
Ne méritoit ce haut étage.
Il attiroit par beau langage,
Froment , Orge , Avoine au Moulin.
Et la Cloche au premier dreliu ,
Lui disoit si c'étoit du pain ,
Qu'on apportoit, ou du Fromage ;
Fût-il à manger son Potage ,
A la porte il voloit soudain.
Et Froc à bas , d'un front serain ,
Recevoit le friand message ;
Puis demandoit d'un air humain ,
Comment fait- on dans le ménage?
Le monde au Logis est-il sain ?
Votre Procès va- t'il son train ?
Que dit-on dans le voisinage ?
O le beau temps ! point de nuage ,
Le Soleil se leve matin.
L'Almanach Nantois ,
pour certain ,
Promet , s'il ne vient point d'Orage ,
Un Eté fertile en tout grain ,
Une Automne abondante en vin.
Le Printemps l'est en Pâturage.
B D'ailleurs
1
426 MERCURE DE FRANCE
D'ailleurs le Proverbe ou l'Adage ,
Dit que gras Avril et chaud May
Amenent le Bled au balay ;
Mais , mon Dieu , qu'à notre dommage
S'est changé le temps ancien
Le Peuple est devenu Payen ,
Et de la Ville et du Village
Il ne nous vient presque plus rien
Ni provision , ni chauffage.
Aujourd'hui nous mourrions de faim ,
Si votre bienfaisante main,
N'avoit apporté son suffrage.
Puis adieu , bon jour , grandmerci,
Le Donneur retournoit ainsi ,
Très-satisfait de son voyage..
Il étoit Portier , Cuisinier ,
Sommelier , Quêteur , Jardinier ,
Tous les Arts furent son partage ,
Sa mort m'a causé des regrets ,
Je l'aimois pour son caractere ,
Et de mes intimes secrets ,
Il fut souvent dépositaire.
Combien de notre Hilarion ,
A tous ceux de sa Nation ,
Sa perte a dû paroître amere !
Quoique cet excellent garçon ,
Dans l'Ordre n'ait été qu'un Frere ,
Il pouvoit être, avec raison ,
Des
Des
SAIS
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MARS. 17328 437
Des autres appellé le Pere.
Cher Oncle , Pere et Défenseur
Des Capucins de cette Ville ,
Toi, qui d'une aumône fertile ,
Fais sur eux pleuvoir la douceur ,
Examine si dans mon stile ,
J'ai sçu faire un Portrait naif,
Du Frere aimable , à qui la vie ,
Par le sort fut trop tôt ravie ;
J'ai laissé le genre plaintif ,
"Et suivi le récreatif,
Pour bannir ma mélancolie.
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
L'épitaphe rend hommage au Frère Hilarion, un capucin du couvent du Croisic en Bretagne. Rédigée par Me de Malcrais de la Vigne pour son oncle, M. de P. ** A **, conseiller du roi et père spirituel des capucins, elle loue les qualités et les actions du Frère Hilarion. Entré dans l'ordre capucin dès son jeune âge, il se distinguait par son caractère badin et sage. Bien qu'il n'ait pas reçu de formation en latin, il maîtrisait suffisamment la langue pour être apprécié. Polyvalent, il remplissait divers rôles au couvent, tels que portier, cuisinier, sommelier, quêteur et jardinier. Il était également connu pour son accueil chaleureux et ses conversations engageantes avec les visiteurs, qui apportaient souvent des provisions au couvent. Sa mort a été perçue comme une grande perte pour la communauté. L'auteur exprime ses regrets et souligne l'importance du Frère Hilarion, malgré son statut de frère et non de père dans l'ordre. L'épitaphe se conclut par une réflexion sur la générosité de l'oncle envers les capucins et sur le choix de l'auteur de présenter un portrait réjouissant plutôt que plaintif du défunt.
Est adressé ou dédié à une personne
Est rédigé par une personne
Remarque

Republié dans [Paul Desforges-Maillard], Poësies de Mademoiselle de Malcrais de La Vigne, Paris, veuve Pissot, Chaubert, Clousier, Neuilly, Ribou, 1735, p. 172-175 ; dans Paul Desforges-Maillard, Poësies diverses de M. Desforges-Maillard [...], Amsterdam, Rey, 1750, 2nde partie, p. 255-258 ; dans Paul Desforges-Maillard, Oeuvres en vers et en prose de M. Desforges-Maillard [...], Amsterdam, Jean Schreuder, Pierre Mortier le jeune, 1759, t. 1, p. 334-337; et dans Poésies diverses de Desforges-Maillard [...], Honoré Bonhomme (éd.), Paris, A. Quantin, 1880, p. 166-169.

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