Titre
L'ESPERANCE. ODE.
Titre d'après la table
Pieces Fugitives. L'Esperance, Ode,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
199
Page de début dans la numérisation
228
Page de fin
204
Page de fin dans la numérisation
233
Incipit
Accours divine Polhimnie ;
Texte
L'ESPERANCE.
O D E.
Ccours divine Polhimnie ;
Je sens de lyriques transports ;
Viens inspirer à mon génie ,
L'Art qui charma le Dieu des Morts
Par une peinture fidelle ,
Inconnue au Pinceau d'Apelle ,
Je prétens prouver aujourd'hui` ;
A ij Que
200 MERCURE DE FRANCE
Que l'homme dans son éxistence ,
N'a d'autre but que l'Esperance ,
D'autre guide , ni d'autre appui.
En vain dans le sein des richesses ,
Un Mortel est enseveli ;
Bien-tôt de ces enchanteresses ,
Son coeur cesse d'être ébloüi ;
C'est le plus haut rang qu'il espere.
Mais en vain par cette chimere ,
Il croit son espoir abattų .
Semblable à la Tonne perfide ,
En se remplissant il se vuide ,
Et meurt sans le bien attendu.
Jeunes Guerriers , qui de Bellone ,
Suivez par tout les Etendarts ;
C'est l'Esperance qui vous donne
L'ardeur de courir aux hazards.
La Paix pour vous n'a point de charmes ,
C'est dans le plus fort des allarines ,
Que voys goûtez quelques douceurs ,
Dans l'attente que votre gloire ,
Bien -tôt au Temple de Mémoire ,
Trouvera des admirateurs.
Quand
FEVRIE R. 1733. 201
Quand de la Boëte de Pandore ,
Pour punir nos divers deffauts ,
Jadis les Dieux firent éclore ,
Nos Tyrans sous le nom de maux.
Ils y laisserent par clémence ,
Ou pour marquer leur Providence ,
L'espoir , ressource des Mortels ,
Faveur à jamais nécessaire ,
Pour soulager notre misere ,
Et pour l'honneur de leurs Autels.
來
Jamais le remors de nos crimes ,
N'eût mis le coûteau dans nos mains ,
Pour leur immoler des Victimes ,
Au gré de leurs pieux desseins ;
Lhomme dans sa funeste course ,
Ne trouvant aucune ressource >
Que dans les bras du désespoir ,
Eût maudit leur pouvoir suprême,
Et la rage en ce mal extrême ,
Leur auroit ravi l'Encensoir.
Esperance , ô Fille divine !
Tu calmes seule nos Esprits ;
C'est toi qui soutiens la Machine ,
Dont nos yeux sont toujours surpris.
Le Pauvre au sein de l'indigence ,
A iij
Par
202 MERCURE DE FRANCE
Par toi se croit dans l'opulence ,
Oubliant son funeste état ;
Et le Roy qui perd sa Couronne
Par les disgraces de Bellonne ,
Sans la porter, en voit l'éclat.
M
A l'envi tout te rend hommage ,
Tout aime à vivre sous ta loi ;
Tu sçais ranimer le courage ,
Dans un péril digne d'effroi ,
Le Nocher sans mâts , sans boussole
Tourmenté des Sujets d'Eole ,
Croit encore entrevoir le Port ;
Ainsi malgré le sort contraire ,
Tout nous paroît imaginaire ,
Même l'image de la mort.
Dans cette douce confiance ,
Notre coeur rempli de projets ,
Dans un éloignement immense ,
Voit la fin de tous ses souhaits ;
Entouré d'une nuit obscure ,
Le Sçavant croit de la Nature ,
Développer l'Art merveilleux ,
Et l'Esprit sublime se flatte ,
D'approfondir la triple Hécate ,
Secret réservé pour les Dieux.
Elle
FEVRIER. 203 1733.
Elle fit toujours les grands hommes ,
Par le crime ou par la vertu ;
Même dans le siecle où nous sommes ,
Tout son pouvoir nous est connu.
Caton de ses moeurs épurées ,
Chez les Romains tant réverées ,
Attendoit un nom glorieux ;
Et Brutus , cet insigne Traître,
Comptoit en immolant son Maître ,
D'être admiré de ses Neveux . dura
Sous les Loix du Dieu de Cythere
C'est elle qui range nos coeurs ;
Sans elle il ne sçauroit nous plaire ,
Malgré ses attraits enchanteurs ;
Son Carquois , ses traits et ses chaînes ,
Ne seroient que des Armes vaines ,
Pour combattre et vaincre nos sens ;
Nous lui résisterions sans cesse ,
Si pour prix de notre tendresse ,
Nous n'esperions ses doux présents.
.Ne vous aveuglez point , Monarques ,
C'est elle qui peuple vos Cours ;
Quel zele ! et par combien de marques ,
On le signale tous les jours !
Vous vivriez en Solitaires ,
A.iiij De
204 MERCURE DE FRANCE
De vos grandeurs imaginaires ,
Seuls épris et contemplateurs ;
Si marchant toujours sur vos traces ,
Elle ne promettoit les graces ,
Dont vous êtes dispensateurs. "
Est-ce à toi , Nymphe du Permesse,
A qui ma Lyre doit ses sons ?
Non , la Déïté qui me presse ,
Inspire mieux ses Nourrissons ;
Elle fut l'Auteur des merveilles ,
Qui charment encor nos oreilles ,
Malgré la cruauté des temps ;
L'ayant pour but dans cet Ouvrage ,
Je compte déja sur l'hommage ,
Du Pinde et de ses Habitans.
O D E.
Ccours divine Polhimnie ;
Je sens de lyriques transports ;
Viens inspirer à mon génie ,
L'Art qui charma le Dieu des Morts
Par une peinture fidelle ,
Inconnue au Pinceau d'Apelle ,
Je prétens prouver aujourd'hui` ;
A ij Que
200 MERCURE DE FRANCE
Que l'homme dans son éxistence ,
N'a d'autre but que l'Esperance ,
D'autre guide , ni d'autre appui.
En vain dans le sein des richesses ,
Un Mortel est enseveli ;
Bien-tôt de ces enchanteresses ,
Son coeur cesse d'être ébloüi ;
C'est le plus haut rang qu'il espere.
Mais en vain par cette chimere ,
Il croit son espoir abattų .
Semblable à la Tonne perfide ,
En se remplissant il se vuide ,
Et meurt sans le bien attendu.
Jeunes Guerriers , qui de Bellone ,
Suivez par tout les Etendarts ;
C'est l'Esperance qui vous donne
L'ardeur de courir aux hazards.
La Paix pour vous n'a point de charmes ,
C'est dans le plus fort des allarines ,
Que voys goûtez quelques douceurs ,
Dans l'attente que votre gloire ,
Bien -tôt au Temple de Mémoire ,
Trouvera des admirateurs.
Quand
FEVRIE R. 1733. 201
Quand de la Boëte de Pandore ,
Pour punir nos divers deffauts ,
Jadis les Dieux firent éclore ,
Nos Tyrans sous le nom de maux.
Ils y laisserent par clémence ,
Ou pour marquer leur Providence ,
L'espoir , ressource des Mortels ,
Faveur à jamais nécessaire ,
Pour soulager notre misere ,
Et pour l'honneur de leurs Autels.
來
Jamais le remors de nos crimes ,
N'eût mis le coûteau dans nos mains ,
Pour leur immoler des Victimes ,
Au gré de leurs pieux desseins ;
Lhomme dans sa funeste course ,
Ne trouvant aucune ressource >
Que dans les bras du désespoir ,
Eût maudit leur pouvoir suprême,
Et la rage en ce mal extrême ,
Leur auroit ravi l'Encensoir.
Esperance , ô Fille divine !
Tu calmes seule nos Esprits ;
C'est toi qui soutiens la Machine ,
Dont nos yeux sont toujours surpris.
Le Pauvre au sein de l'indigence ,
A iij
Par
202 MERCURE DE FRANCE
Par toi se croit dans l'opulence ,
Oubliant son funeste état ;
Et le Roy qui perd sa Couronne
Par les disgraces de Bellonne ,
Sans la porter, en voit l'éclat.
M
A l'envi tout te rend hommage ,
Tout aime à vivre sous ta loi ;
Tu sçais ranimer le courage ,
Dans un péril digne d'effroi ,
Le Nocher sans mâts , sans boussole
Tourmenté des Sujets d'Eole ,
Croit encore entrevoir le Port ;
Ainsi malgré le sort contraire ,
Tout nous paroît imaginaire ,
Même l'image de la mort.
Dans cette douce confiance ,
Notre coeur rempli de projets ,
Dans un éloignement immense ,
Voit la fin de tous ses souhaits ;
Entouré d'une nuit obscure ,
Le Sçavant croit de la Nature ,
Développer l'Art merveilleux ,
Et l'Esprit sublime se flatte ,
D'approfondir la triple Hécate ,
Secret réservé pour les Dieux.
Elle
FEVRIER. 203 1733.
Elle fit toujours les grands hommes ,
Par le crime ou par la vertu ;
Même dans le siecle où nous sommes ,
Tout son pouvoir nous est connu.
Caton de ses moeurs épurées ,
Chez les Romains tant réverées ,
Attendoit un nom glorieux ;
Et Brutus , cet insigne Traître,
Comptoit en immolant son Maître ,
D'être admiré de ses Neveux . dura
Sous les Loix du Dieu de Cythere
C'est elle qui range nos coeurs ;
Sans elle il ne sçauroit nous plaire ,
Malgré ses attraits enchanteurs ;
Son Carquois , ses traits et ses chaînes ,
Ne seroient que des Armes vaines ,
Pour combattre et vaincre nos sens ;
Nous lui résisterions sans cesse ,
Si pour prix de notre tendresse ,
Nous n'esperions ses doux présents.
.Ne vous aveuglez point , Monarques ,
C'est elle qui peuple vos Cours ;
Quel zele ! et par combien de marques ,
On le signale tous les jours !
Vous vivriez en Solitaires ,
A.iiij De
204 MERCURE DE FRANCE
De vos grandeurs imaginaires ,
Seuls épris et contemplateurs ;
Si marchant toujours sur vos traces ,
Elle ne promettoit les graces ,
Dont vous êtes dispensateurs. "
Est-ce à toi , Nymphe du Permesse,
A qui ma Lyre doit ses sons ?
Non , la Déïté qui me presse ,
Inspire mieux ses Nourrissons ;
Elle fut l'Auteur des merveilles ,
Qui charment encor nos oreilles ,
Malgré la cruauté des temps ;
L'ayant pour but dans cet Ouvrage ,
Je compte déja sur l'hommage ,
Du Pinde et de ses Habitans.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
Le poème 'L'Espérance' met en lumière le rôle crucial de l'espérance dans la vie humaine. Inspirée par la muse Polymnie, l'auteur présente l'espérance comme le seul but, guide et soutien de l'homme. Même en période d'abondance, l'homme continue de chercher davantage, car l'espérance se renouvelle constamment. Les jeunes guerriers, par exemple, sont motivés par l'espérance à rechercher la gloire. L'espérance est comparée à ce qui reste dans la boîte de Pandore après que tous les maux en soient sortis, offrant une ressource essentielle pour atténuer la misère humaine. Sans espérance, l'homme sombrerait dans le désespoir et maudirait les dieux. Elle permet au pauvre de se sentir riche et au roi déchu de revoir l'éclat de sa couronne. L'espérance redonne courage face aux dangers et permet aux hommes de poursuivre leurs projets. Elle a façonné les grands hommes, qu'ils aient agi par crime ou par vertu. Dans le domaine de l'amour, l'espérance rend les attraits enchanteurs efficaces. Les monarques doivent leur cour à l'espérance, qui promet des grâces imaginaires. L'auteur conclut en dédiant son œuvre à l'espérance, espérant recevoir l'hommage du Parnasse et de ses habitants.