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Titre

Contre le babillard.

Titre d'après la table

Contre le Babllard.

Titre simplifié de l'article récurrent
Fait partie d'une livraison
Page de début
9
Page de début dans la numérisation
12
Page de fin
14
Page de fin dans la numérisation
17
Incipit

Le babillard n'ennuie & ne pese pas moins à la

Texte
Contre le babillard.
: Le babillard n'ennuie
& ne peſe pas moins à la
compagnie que le filentieux. S'il n'a point d'ef
prit c'eft une fonnette de
plombinfupportable aux
oreilles. Il met de l'eau .
chaude dans du vin de
Champagne , & empoi
10 MERCURE
fonne tout un repas.
Comme un crocheteur
n'eft qu'un dos , un parleur fans efprit , n'eft qu
une memoire , fi le babillard a de l'efprit , il ennuie à force d'affluence :
Il change toute une table
en auditoire de fermon.
Quel deluge de paroles
fort de fa bouche , ce ne
font que pluyes à ſeaux ,
qui n'arrofent point , de
forte qu'on diroit qu'il
en eft hydropique. Ne
GALANT.
croyez pas , parce qu'il
dogmatiſe & parle tousjours , qu'il en fçache
plus qu'un autre. Le vafe le plus vuide eft celuy
qui rend le plus de fon ;
& on peut luy attribuer
ce que Demofthene difoit à un de fes femblables : fi tu fçavois beaucoup tu parlerois moins.
Attaquez le par un raifonnement en forme , il
ne fçait plus où il en eft
les periodes font en de-
.A
MERCURE
route , & les fuperficies
dont il eft composé dif
paroiffent. Ne croyez pas
qu'il ait plus de morale
& de vertu qu'un autre ,
parce qu'il en debite par
tirades fans reprendre ha
leine . C'eſt pluſtoſt maladie que fanté , & pour
ainfi dire, un flux de morale qui fait craindrepour
les parties nobles , &
pour les principes. Il a
une forte d'éloquence il
eft vray , & fçait mettre
GALANT.
les
en phraſes allongées , &
en periodes graves ,
chofes les plus commu
nes qu'il vient d'entendre dire par un autre en
quatre paroles ; mais
qu'est- ce qu'une éloquence qui ennuie fon auditeur fans l'inftruire , &
qui fait mefme penſer
mal de fon Orateur ; car
l'homme qui a un bon
fond d'ame , & qui eft
vrai , parle naturellement
& fans fard. Ses fenti-
84 MERCURE
mens échapent bruſque
ment à fon cœur & à fon
efprit. La verité ſe prefente fans déguiſement ;
& la reprefente telle , &
telle elle luy fuffit. C'eſt
le faux qui a befoin de
paroles & d'ornement.
On foupçonne tousjours
ces beaux & grands parleurs de ne point ſentir
ce qu'ils difent , & tout
au moins de ne le point
mettre en uſage
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Le texte critique le comportement du babillard, une personne qui parle excessivement, et le compare au filentieux, tous deux perçus comme ennuyeux en société. Le babillard, s'il manque d'esprit, est insupportable comme une sonnette de plomb. S'il a de l'esprit, il ennuie par son abondance de paroles, transformant une table en auditoire de sermon. Ses paroles sont comparées à des pluies abondantes qui n'arrosent pas. Le texte met en garde contre l'idée que le babillard sait plus que les autres simplement parce qu'il parle beaucoup, le comparant à un vase vide qui résonne le plus fort. Lorsqu'on l'attaque par un raisonnement, il perd le fil de ses pensées. Son éloquence, bien que forte, est vide de contenu instructif et suscite des soupçons sur sa sincérité. Les vrais sentiments échappent naturellement au cœur et à l'esprit, sans besoin de fard ou d'ornement. Les beaux parleurs sont souvent soupçonnés de ne pas ressentir ce qu'ils disent.
Soumis par delpedroa le