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Titre

DE VIENNE en Austriche.

Titre d'après la table

Avanture galante.

Fait partie d'une livraison
Page de début
169
Page de début dans la numérisation
174
Page de fin
181
Page de fin dans la numérisation
186
Incipit

La fille d'un bourgeois de cette Ville, âgée de 

Texte
DE VIENNE
en Auftriche.
MONSIE
re
CONSIEUR ,
Pardonnez à un Allemand qui fçait à peine
le François , de vous efcriune avanture , & de
prétendre qu'on la mette
fous la preffe : c'est un ma
riage qui fe fit l'année
paffee , & quejene crains
plus de rendre public à
Juin 1712.
P
170 MERCURE
Paris comme ill'aefte icy,
parce que le mary a efte
tué en Flandre & la
femme eft morte defa feconde couche. Si l'un ou
l'autre eftoit encore en vie
je me garderois bien de
vous envoyer cette avanture.
La fille d'un bourgeois
de cette Ville , âgée de dixfept à dix-huitans , n'ayant
plus ny père ny mere
retira chez une vieille tante qui cut pour fon éduca-
,
fe
GALANT. 171
tion tous les foins & toute
l'attention poffible. Cette
bonne femme eut le malheur d'avoir pour locataire un avanturier des bords
de la Garonne , Peintre en
chambre , & Chevalier en
ville, & Gafcon de profeffion , crut trouver un party confiderable dans la recherche de cette fille , &
pour gagner l'efprit de ſa
tante qui n'avoit point
d'autre heritiere qu'elle ,
exagera l'excellence & l'u
tilité de fon art en luy
perfuadant que fon travail
,
Pij
172 MERCURE
joint aux talents de fa niece leur procureroient un
eſtabliſſement confiderable ; les complaiſances du
Peintre pour la vieille , fi
rent de fi grands progrez
fur elle , qu'elle difpola fa
niece au mariage , en faveur duquel elle donnoit
tout fon bien , en ſe refer
vant feulement l'ufufruit
fa vie durant. Pendantcet
intervale le Gafcon vit
fouvent fa belle , & le re
gardantdeflors commefon
époux , elle n'eut pas la
force de refifter à fes em-
GALANT. 173
preffemens Le galant fa
tisfait du cofté de l'amour
ne l'eftoit pas du cofté de
l'intereft ; la referve de l'ufufruit ne luy plaifoit pas.
Il employatouteforte d'artifices pour qu'on ſe relafchaft fur cet article ; cependant la Tante tint ferme ,
& dit qu'elle ne vouloit
rien innover aux claufes du
Contrat. Le perfide qui
fçavoit mieux diffimuler
qu'époufer , ne laiffa pas.
que deprendreparole pour
la celebration qui devoit fe
faire le 20. Aouft 1711. A
P iij
174 MERCURE
jour nommé il va à l'Eglife,
& faifant l'empreffé pour
chercher le Preftre , il dif
parut fans qu'on ait ſceu
depuis ce temps- là ce qu'il
eft devenu. Chacun fe regarde , murmure , &toutes
reflexions faites, les Parens
s'en retournerent fort con
fternez. Marianne avoit
plus d'une raifon pour eſtre
plus affligée que les autres.
Une raifon ne parut à fa
famille que quelques mois
aprés. Elle voulut prevénir
cet éclat en perfuadant à
la bonne femme de con-
GALANT.'s
fentir qu'elle alla cacher
au fond d'un Cloiftre l'affront qu'elle avoit receu à
l'Eglife . Sa Tante la mena
au Convent dés le lende
main. Elle y fut receuë
parune femmehabillée en
Tourriere , & elle fut fe cacher réellement dans une
maiſon feculiere où elle
trouva une femme habile
& charitable qui luy faifoit
efperer de luy rendre la
beauté de fa taille deux
mois aprés, qui la mena dás
un Parloir , où aprés avoir
attendu quelque temps , la
Piiij
176 MERCURE
A
meſme Touriere luy vint
dire que la Mere Prieure
eftoit malade , la bonne
tante qui fe trouvoit fort
incommodée ce jour-là ,
s'en retourna avec précipitation chez elle , & laiffa
fa niece dans le Parloir ;
elle en fortit un peu aprés
avec la Touriere qui la me
na chez elle pour achever
à loifir & en fecret , ce que
l'amour avoit commencé
de mefme. Le lendemain
on fut fort inquiet de la
niece dans le Convent où
l'on l'attendoit tousjours ,
GALANT. 177
ה & chez la tante qui l'avoit
laiffée au Convent ; mais
cette Tourriere eftoit une
fage - femme déguisée qui
avoitfait connoiffance depuis quelques jours avecla
Tourriere à qui elle vouloit fucceder,luy difoit- elle,
parce que laTourriere vouloit fortir de ce Convent
pour aller dans un autre.
On ne put donc avoir aucunes nouvelles ny de cette
fauſſe Tourriere , ny de la
niece , ce qui donna un
tel chagrin à la tante desja tres- malade , qu'elle en
178 MERCURE
mourut de chagrin quelque temps aprés,juftement
dans le temps que fa niece
ignorant la maladie de ſa
tante , achevoit fon terme
fatal.
La Sage-femme porte
l'enfant à l'Eglife dans le
milieu de la nuit pour tenir
plus fecret ce petit fruit
d'iniquité.
Quel fut l'eftonnement
du Preftre & de la Sagefemme , quand ils virent
entrer à deux heures aprés
midy dix ou douze jeunes
gens éclairez par des flam-
GALANT. 179
beaux , tous bouteilles ou
verres à la main , & quelques uns à demiyvres , qui
s'emparerent de la nourriffe & de l'enfant , & les
menoit en triomphe par
toute la Ville , en chantant
toutes les Chanſons qui
pouvoient convenir à la
naiffance dérobée d'un tel
enfant ? Le bruit que cela
fit réveilla toute la Ville &
par confequent le Magiftrat qui voulut faire mettre la troupe en priſon ſans
unplus yvre qui le prit par.
la main , & comme il n'a-
180 MERCURE
1
voit pas main forte avec
luy la clique Bachique
l'emmena droit à la maiſon
cù eftoit l'accouchée qui
penfa mourir defrayeur de
la galanterie que luy faifoit fon Amant : car c'eftoit
luy mefme qui ayant eſté
averti à table que la Tante
de fa Maiftreffe eftoit morte , & en mesme temps que
fon petit fucceffeur eftoit à
l'Eglife , avoit fait une reflexion d'yvrogne en penfant que les autres avoient
executé, commevous avez
veu , en ſon eſprit qu'en
GALANT. 181
t faifant entrer le Magiftrat
jufques dans la chambre
de l'accouchée : l'yvrogne
luy dit ; voilà ma femme
qu'avez-vous à dire ? c'eſt
tout ce que put tirer le Magiftrat qui d'ailleurs galant
homme les pria civilement
de fe retirer chacun chez
eux , & l'accouchée revenuë de cette aubade , époufale lendemain fonAmant,
qui voulut bien dès ce jour
recueillir avec elle la fucceffion que la Tante n'a-
*
voit pas voulu leur donner
defon vivant
Genre
Collectivité
Faux
Lieu
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
En 1711, à Vienne, une jeune fille orpheline de dix-sept à dix-huit ans vit chez sa tante, qui l'élève avec soin. Un aventurier, peintre et gascon, loue une chambre chez elles et cherche à épouser la jeune fille pour hériter de sa fortune. Il séduit la tante en vantant ses talents et ceux de sa nièce, obtenant ainsi son consentement au mariage. Cependant, le jour de la cérémonie, l'aventurier disparaît mystérieusement. Quelques mois plus tard, la jeune fille, nommée Marianne, est envoyée dans un couvent pour cacher sa grossesse. Elle est trompée par une fausse tourière et accouche en secret. L'enfant est déposé à l'église, mais est ensuite enlevé par un groupe de jeunes gens ivres. Le père de l'enfant, également ivre, intervient et révèle au magistrat que Marianne est sa maîtresse. Après avoir constaté la situation, le magistrat les laisse partir. La tante de Marianne meurt de chagrin peu après. Finalement, l'amant de Marianne décide de l'épouser et de recueillir la succession de la tante.
Provient d'un lieu
Soumis par delpedroa le