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1712, 02
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Zugua
DOM
.
BIBLIOTHÈQUE
10
" Las Feriaince
SJ
=
CHANTILLY
BIB .
DOM.
LAVAL.
S.
J.
MERCURE.
Par le Sieur du F ...
FEVRIER 1712,
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal , au bout du Pont S. Michel
du côté du Palais.
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis ,
fur le Quay des Auguftins.
GILLES LAMESLE, à l'entrée de la ruë
du Foin , du côté de la ruë
Saint Jacques.
Avec Approbation, & Privilege duRoi,

MERCURE
DE FEVRIER.
MORT DE MONSEIGNEUR
le Dauphin & de Madame
la Dauphine.
Ls ne font plus ;
le Dauphin
n'a
pû furvivre à fon
Epouſe ; il n'a pû fupporter
fa perte , coma
ij
MORT
ment pourrons - nous
fupporter la noftre. Toute
la France eft muette
& confternée fi fa douleur
ne va pas juſqu'au
defefpoir. Quelle ref
fource de confolation
faut- il qu'elle ait trouvée
dans fon Roy? Cette image
de fes vertus nous eſt
donc enlevée ; que d'affictions
depuis un tems.
Nous nous fommes atti
ré des coups fi terribles :
mais le Ciel a épuisé fur
de Monfeigneur , &c.
nous toute la cólere. Quy
fans doute , fa main s'eft
laffée à force de nous
chaſtier ; elle va ſe repofer
pour long- temps.
Madame la Dauphine
Marie Adelaide de Savoye,
mourut à Verfailles le 12 .
de ce mois en fa vingtfixiéme
année.
Monseigneur le Dauphin
, Louis de France ,
mourut à Marly le 18. en
la trentiéme année de fon
âge , eftant né le 6. Aouft
1682 .
a iij
MORTA A
MEMOIRES
fur ces deux morts.
Le Vendredy 12. Février
1712. Marie- Adelaïde da
Savoye , Epoufe de Monfeigneur
Louis , Dauphin
de France , mourut aprés
avoir receu fes Sacrements
le jour précedent avec une
parfaite refignation aux volontez
de Dieu & de grands
fentiments de pieté. Sitoft
qu'elle fut décédée ce mefme
jour 12. Février à huit
heures & demie du foir , le
Roy fe retira à Marly où
de Mon(Eignearly fetc
f'on tranfporta Monfeis
gneur le Dauphin malade
le Samedy 13. Février à
fept heures du matin. La
mort d'une Epoufe qui luy
eftoit fi chere rendit la ma
ladie mortelle ; il expira le
Jeudy 18. du mefme mois.
Parlons d'abord de ce
qui fe paffa au premier de
ces deux funeftes évenements.
Ce ne furent que
cris & que larmes dans
tout le Chasteau de Verfailles
. On peigna la Prin
ceffe , on la coëffa en linger
uni avec des rubans noirs
MORTA
& blancs , & en cet eftat
elle fut exposée au public
tout le Samedy fuivant.
Le Samedy 13. au ſoir
fort tard , elle fut enfevelie
& mife dans fon cercuel
par Madame la Ducheffe
du Lude , & Madame la
Marquile de Mailly , cellelà
tenant la tefte , celle- cy
les pieds
.
Elle refta tout le Dimanche
fur fon lit dans fon
cercueil fans aucun appareil
que fix cierges , parce
qu'on préparoit dans la
chambre d'auprés fon lit
de Monfeigneur , & c.
de parade où elle fut mife
le Lundy 15. & exposée au
public.
1
Le Jeudy 18. Monfei
gneur le Dauphin n'ayant
fait paroiftre d'autre in
quietude pendant toute la
nuit précedente que celle
de parvenir au moment au
quelil pourroit entendre la
Meffe & recevoir le Saint
Sacrement, fon inquietude
ceffa quand il eut fatisfait à
ces deux devoirs , il mou
rut ( aprés avoir recom
mandéfon ame à Dieu , &
l'avoir ptié de conſerver
MORTAS
long temps la perfonne fa
crée du Roy , pour l'intel
reft de les peuples , ) à huit
heures & demie du matin .
Le Roy fe retira dans le
penultiéme Pavillon de
Marly à gauche , & dés que
Monfeigneur le Dauphin
pur eftre enseveli , on l'ap.
porta à Versailles , & on le
mit dans le mefme lit de
parade avec Madame la
Dauphine. Les deux grilles
de Versailles eftoient ten
dues de noir fans écuffons .
Toutes les arcades du ve
fabule , le grand efcalier ,
de Monfeigneur , &c.
la premiere Salle des Gar
des & tout l'appartement
de Madame la Dauphine
eftoient tendus jufqu'au
plafond : deux bandes d'E
cuffons regnoient depuis
les dehors de la Cour juf
ques à la Chambre où le
Prince & la Princeffe ef
toient expoſez.h mung
Un concours infini de
peuple , vint pendant tout
le temps que les corps du
Prince & de la Princeffe
furent expoſez , & paffoit
au travers du Salon , par
la Galerie , jufques à une
MORT
barriere qu'on avoit faite
pour ne donner paffago
que par l'autre Salle des
Gardes , & cela dura juf
qu'au Mardy à midy , qua
tre Pores de la Miffion
quatre Peres Feuillants , &
quatre Peres Recollets ,
avoient veillé jour & nuit
autour du lit de parade ,
& fur les cinq heures du
foir du Mardy 23. Mon
feigneur le Duc d'Orleans
qui avoit efté Mercredyi
17.. donner l'eau benifte au
Corps de Madame la Dauphine
, deyant conduire la
pompe
de Monfeigneur , &c.
"
pompe funebre , vint en
donner avant la levée des
corps du Prince & de la
Princeffe . Meffeigneurs
les
Evefques ayant auffi donné
de l'eau benite fur les corps
du Prince & de la Princeffe
, Monfeigneur l'Evef
que de Senlis, accompagné
de Meffeigneurs les Evel
ques de Montauban , de
Tournay , & d'Autun , des
Aumofniers du Curé de
la Paroiffe de Versailles en
furplis & en étole , ayant
entonné Exultabunt , plufieurs
Peres de la Miffion ,
Février
1712 . A
MORTb
commencerent
à chanter
le Miferere
. Monseigneur
le Duc d'Orleans
, Monfieur
le Marquis de Dangeau
, Chevalier
d'Honneur
, Monfieur
le Maréchal
de Teffé , premier
Ecuyer
, les Dames
d'Honneur
, & les Dames
du
Palais
qui estoient
dans
la Chambre
où la Princeffe
s'avancerent
eftoit morte ,
dans celle du lit de parade :
fçavoir , Madame la Ducheffe
du Lude , & Madame
la Comteffe de Mailly ,
Dames d'Honneur , les Dade
Monfeigneur , &c.
mes du Palais , Meldames
Ja Marquifel de Dangeau ,
de Roucy de Nogaret,d'O,
de Mongon , de Levy , d'Eftrées
, ayant à leur tefte
Madame la Grande Ducheffe
, Madame la Prin
ceffe de Conty , Madame
la Ducheffe de Vendofme ,
& Mademoiſelle de la Roche-
fur-Yon . Toutes cés
Dames fuivoient les corps
du Prince & de la Princeffé,
portez par dix Gardes
-dusCorps à chaque cercueil
, & deux à chaque
quaiffe , où eftoient ren-
A ij
MORT
fermées les entrailles ; lorf
qu'ils furent fur l'escalier ,
la Mufique entonna un De
profundis en faux bourdon ,
qui dura à peu prés le
temps que les deux cercueils
& les deux quaiffes
furent pofez dans le Char
funebre , les Gardes Françoifes
& Suiffes eftoient
fous les armes alors on
commença à défiler en cet
ordre. Premierement
:
Cent Pauvres habillez
d'une cape grife & claire ,
pliffée , qui leur deſcendoit
jufqu'aux pieds , avec un
de Monfeigneur , &c.
cocluchon & une ceintures
ayant chacun un flambeau
ala main . Une Compagnie
des Gardes du Corps ; cent
Vingt Moufquetaires , foixante
de chaque Compa
gnie , fuivis de celles des
Gendarmes & Chevaux-
Legers , aprés lefquels fuivoient
les Caroffes de deuil,
de Meffieurs les Officiers ,
de Monfeigneur le Duc
d'Orleans , ceux de Monfeigneur
le Dauphin , & de
Madame la Dauphine , fuivis
de leurs Valets de pied ;
tous ces Caroffes eftoient à
huit chevaux . A iij.
MORTAM
Premier Caroffe de Madame
la Dauphine .
S. A. S. Madame la Du
cheffe Pa
Madame la Ducheſſe du
Lude , Dame d'Honneur.
Madame la Ducheffe d'Harcour.
Madame la Ducheffe de
Duras.
Madame la Marquife de
Rouffy, Dame du Palais.
Madame la Marquise de
Mailly , Dame du Palais.
Madame la
Marquife de
Laigle , Dame d'Honneur de
Madame la
Ducheſſe.
de Monfeigneur , &c.
Second Caroffe.me
S. A. S. Madame la Ducheffe
de Vendofme.
Madame la Ducheffe d'E
firées.od
Madame la Princeffe de
Chimay.
Madame de Nogaret.
Madame de
Moufereaut.
Madame la Marquife de
Braffac, Dame d'Honneur de
Madame de Vendofme.
Troifiéme Caroffe.
S. A. S. Mademoiſelle de
Conti.
Madame la Duchesse de
Sully
N
A iiij
MORT
Madame la Duchesse de
la Ferté.
Madame la
Marquise de
Nangy.
Madame la
Marquife de
la Vrilliere
Madame la Marquife da
Liftenay.
Quatriéme Carolfe.
S.AS. Mademoiſelle de la
Roche fur Yon.
Madame la Comtesse d'Egmont.
Madame la Princesse de
Talmont.
Madame de Clermont
Madame la Marquise de
Polignac.
de Monfeigneur , &c.
Madame la
Marquife de
la Vrilliere.
Madame la
Marquife de
Chambouard.
Cinquiéme Caroffe.
Madame la Grand - Duchefse
feule dans le fond avec
Madame la Comteffe de Mail
ly.
Et enfuite fuivirent les Pages
de Monfeigneur le
Dauphin & de Madame la
Dauphine. Le Garoffe en
fuite de Monſeigneur le
Duc d'Orleans , où il eftoit
feul dans le fond avec
Monfienr le Marquis de
MORT
la Fare fon premier Capitaine
des Gardes , & Mon.
fieur le Comte d'Estampes
fecond Capitaine des Gardes
. Dans les autres Caroffes
de fa fuite , eftoient
Meffieurs d'Armentieres ,
de Simiane , de Marivat .
Tous ces équipages & corteges
furent fuivis des Pa
du Roy avec les livrées
du Roy fans deüil , ayant
tous un flambeau à la main,
auffi bien que Meffieurs les
Moufquetaires , Gendarál
Chevaux Legers
ges
mes
qui tous avoient leur ha
de Monseigneur, &c.
bit d'ordonnance, à la tefte
de ce défilé , les caroffes
dans lefquels eftoient Mr
l'Evefque de Senlis , premier
Aumofnier de Mada
me la Dauphine , Mr l'Evefque
de Tournay , Mr.
l'Evefque de faint Omer ,
Mr. l'Evefque de Montau
ban, & Mr l'Evefque d'Au
tun , au milieu Mr le Curé
de Verfailles en Eftole d'un
cofté , le Pere de la Ruë de
le Pere Martineau, celuy
là Confeffeur de Madame
la Dauphine , celui - cy de
Monfeigneur le Dauphing
MORT
de l'autre cofté: enfuite parurent
les quatre Heraults
d'armes avec le Roy d'ar
mes à leur tefte. Le Char
eftoit accompagné de qua
tre Aumofniers en rochet ,
manteau & bonnet carré ,
tous quatre à cheval , te
nants chacun un des quatre
coins du poële , ce Char
eftoit attelé de huit cheyaux
caparaçonnez. Les
Recollets de Verſailles accompagnerent
le convoy
juſqu'à l'avenuë . Il entra
dans Paris à deux heures &
demie aprés minuit , toute
de Monfeigneur , & c.
la rue faint Honoré , où les
Feuillants , les Capucins ,
les Quinze - vingts , faint
Honoré , firent leurs Prieres
avec chacun leur Clergé
, ayant leurs Croix &
leurs chandeliers , fe prefenterent
au paffage pour
chanter un De profundis.
Sitoft qu'on apperceut de
faint Denys les premiers
flambeaux , l'on fonna un
bourdon durant un quart
d'heure pour fignal à toutes
les Eglifes de faint Denys
, Collegiales , Paroil
fest & Communautez
MORTASÍ
,
d'hommes pour ſe préparer
à aller au devant avec
les Religieux de faint De
nys. Tout le Clergé des
autres Eglifes s'eftant rendu
dans celle de l'Abbaye ,
on fonna une ſeconde fois
un bourdon feul , pour fe
préparer à partir . On avoit
commence à dire des baffes
Meffes dés quatre heures
du matin , dans les Chapelles
du Chevet , Chever
c'eft la partie haute de l'Eglife
de faint Denys , derriere
le choeur , & le lieu
où feront expoſez pendant
de Monseigneur , & c.
quarante jours les corps du
Prince & de la Princeffe ,
tout le cortege paroiffoir
s'approcher le Clergé de
faint Denys , ayant les Religieux
à leur tefte , en formerent
un confiderable ,
& allerent au devant du
convoy juſques à la porte
de Paris , qui cftoit tendue
avec deux rangées d'Ecuffons
, auffi bien que la
premiere porte d'entrée
fur le parvis. Le Convoy
ayant joint , ils entonnerent
le Libera Tout défila
fur la place où eftoient pluSM
ORTA A
Leurs Compagnies des
Gardes Françoiles & Suif
fes ,fous les armes , les pauvres
entrerent dans l'Eglife
avec leurs flambeaux.
Monfieur de Dreux ; &
Monfieur Defgranges , fi
rent difpofer les fieges &
les carreaux dans le Choeur.
pour les Dames.
Monseigneur le Duc
d'Orleans , Monfieur le
Marquis de Dangeau , &
Monfieur le Maréchal de
Teffé , s'allerent placer d'abord
au Choeur ; enfin le
Clergé & les Religieux
eftant
de Monfeigneur , & c.
eftant entrés, le Char eftant
arrivé devant la porte de
l'Eglife , Mr. l'Evefque de
Senlis emchape & en mitre
, le Prieur de Saint Denis
en chape , accompagné de
deux Religieux en Dalmatiques
, attendirent que les
deux cercueils fuffent apportés
fur deux tables l'un
auprés de l'autre , placés
au milieu , fous la plateforme
à l'entrée pour com
mencer leurs Harangues.
Ces deux harangues finies
, Madame la grande
Ducheffe eftant revenue
Février
1712.
B
MaO RUTA sh
du Choeur au lieu où elles
fe firent pour reprefenter
auprés de Madame la Dauphine
, on avoit mis fur les
cercueils de plomb enfermez
dans un cercueil de
bois de chefne , & couvert
d'un velours croisé d'une
moire d'argent , à travers
lequel paffoient trois an
neaux de chaque cofté ,
un poëlle noir avec une
Croix herminée , tout le
poëfle bordé d'hermine de
la hauteur de dix pouces ,
& par deffus ce poëlle une
autre de drap d'or avec les
de Monfeigneur, c.
Ecuffons brodez de Mon
feigneur le Dauphin , auf
quels eftoient jointes les
Armes de Madamela Dau
phine fans brifures , n'y
ayant que celles de Savoye
qui font de gueules à und
Croix d'argent, ainfi qu'el
les paroiffoient alternativement
dans les Ecus de
velours , chargez d'Ecuffons
qui regnoient autour
du Choeur jufqu'à l'Autel ,
celles de Monfeigneur le
Dauphin feuls , alternati
A
vement jointes à celles de
Madame la Dauphine. En
Bij
MAORT ..
07
fuite on avança ' dans le
Choeur, les Gardes du corps
eurent ordre du Maiftre
des ceremonies , de prendre
le corps de Madame la
Dauphine le premier, pour
le porter fur une eftrade de
trois degrez qui eftoit dans
le Choeur, & celuy de Monfeigneur
le Dauphin , lef
quels eftant placez fur deux
tables , le poëfle de drap
d'or feulement eſtendu
deffus , cinq douzaines de
cierges autour , furmonté
d'un dais en l'air . le Mifer
rere achevé , on chanta le
.
de Monfeigneur ,&C.
Subvenite , Kyrie eleifon , Pa
ter nofter , pendant quoy
Mr l'Evefque de Senlis jetta
l'eau benifte autour , en
cenfa , & le Pere Prieur enfuite,
& Mr de Senlis ayant
fini l'Abfolution , ce qui
conduifit jufqu'à fept heu
res trois quarts ; on s'alla
repofer une demi - heure
aprés laquelle Mr de Senlis
vint commencer la
grand Meffe qui dura juſ
ques à neuf heures trois
1quarts .
MORTV
Les coeurs de Monfeigneur.
le Dauphin , & de
Madame la Dauphine , fu
rent portez au Val de Gras
ce le Vendredy au foir. Ils
yarriverent à minuit.de
En attendant un détail
de cette ceremonie voicy
le
Difcours
que fit Mada+
me l'Abbeffe du Val de
Grace en les recevant.rol
Difcours de Madame l' Abbesse
adu Val de Grace. p
C'eft Monfeigneur
dans les fentiments d'une
de Monfeigneur, &c.
vive douleur , avec un profond
refpect , & une parfaite
reconnoiffance , que
nous recevons les Coeurs
de Monfeigneur le Dau
phin & de Madame la Dau.
phine , que le Roy nous
fait l'honneur de nous confier.
Ce grand Prince , &
cette grande Princeſſe faifoient
le bonheur de la
Cour , & l'efperance des
Peuples par leurs auguftes
qualitez, & s'eftoient attiré
l'eftime de noftre grand
Monarque par leurs héroïques
vertus , puifque le
MORT
Ciel n'a point exaucé nos
prieres en leur rendant une
fanté fi précieuſe à la France
, & qu'il les a voulu pri
ver d'une couronne tempo
relle , nous allons, Monfei
gneur, redoubler nos voeux
pour leur en obtenir une
éternelle,
GALANT . 25
M. le Dauphin étoit
le vingt - uniéme Dauphin
de la Maiſons dea
France, depuis la ceffion
du Dauphiné par Humbert
dernier Dauphin de
Viennois , en 1349. lequel
Humbert fe voyant
veuf& fans enfans , difpoſa
de ſes Etats en fayeur
des fils aînez & prefomptifs
heritiers de la
Couronne de France ,
à la charge & condition
qu'ils en porteroient le
Fév. 1712.
C
26 MERCURE
nom & les armes ; & le
premier qui a porté cette
qualité a été Charles
de France , fils du Roy
Jean , qui lui fucceda à
la couronne en 1364 .
fous le nom de Charles
V. De ces vingt & un
Dauphins il y en a eu
neuf qui ont été Rois ,
les douze autres étant
morts fans être parvenus
à la couronne. Ceux
qui ont été Rois ont été
Charles cinq , Charles
GALANT. 27
EJ
fix , Charles fept , Louis
onze , Charles huit ,
Henry fecond , François
fecond , Louis treize , &
Louis quatorze. Il y a
eu neuf Dauphins ma
riez étant Dauphins , &
dix Dauphines , parce
que Louis onze a été
marié deux fois étant
Dauphin. Sa premiere
femme, Marguerite d'Ecoffe
, mourut Dauphne
; & fa feconde , Charlotte
de Savoye , devint
Cij
28 MERCURE
Reine. De ces dix Dauphines
il n'y en a eu que
cinq de Reines : Içavoir
, Jeanne de Bourbon
, femme du Roy
Charles cinq 3 Marie
d'Anjou , femme du Roy
Charles fepts Charlotte
de Savoye , feconde
femme du Roy Louis
onze ; Catherine de Medicis
, femme du Roy
Henry fecond ; & Marie
Stuart , femme du
Roy François ſecond ,
GALANT. 29
Cette trifte morto de
M. le Dauphin fait que
M. le Duc de Bretagne
devient le vingt - deu
xiéme Dauphin . Il eft
trés fingulier de voir
qu'en dix mois dix mois & quatre
jours nous voyons
trois Dauphins : fçavoir,
Louis cinq , Dauphin
de Viennois , mort le 14.
Avril 1711 pere de Louis
fix , auffi Dauphin de
Viennois , qui vient de
mourir , connu ci - de-
C iij
30 MERCURE
vant fous le titre de Duc
de Bourgogne , & auffi
pere de M. le Duc des
Bretagne , à prefent
Dauphin au lieu de M.
fon pere . Les dix Dauphines
qu'il y a eu font ,
une de la Maifon de
Bourbon , une de Bourgogne
, deux de Bavière,
une d'Anjou , deux
de Stuart , une de Medicis
, & deux de Savoye ,
la derniere défquelles
eft celle qui vient de
GALANT.I/ 31
mourir , Marie - Adelayde
de Savoye , fille
de Victor- Amé , fecond
du nom , Duc de Savoye
, & de Dame Anne
d'Orleans , fille de Philippe
de France , Duc
d'Orleans , Frere unique
du Roy , & d'Hen-
Fiette - Anne d'Angleterre
, fa premiere femme.
Cette Dame meurt
à vingt - fix ans , deux
mois & cinq jours étant
née le 6. Octobre 1685.
C iiij
32 MERCURE
& aprés quatorze ans ,
deux mois & cinq jours
de mariage , la celebration
s'étant faite à Ver
failles le 6. Octobre
1697. Elle a eu trois en
fans : fçavoir , deux Ducs
de Bretagne , & un Duc
d'Anjou . Le premier eft
mort âgé de neuf mois
& dix- neuf jours , le 13 .
Avril 1705. le fecond à
preſent vivant , eft M.
le Dauphin , & le troifiéme
, qui eft M. le Duc
GALANT 33
d'Anjou , vit auffi.
Cette Dame étoit d'u
ne des plus anciennes -
Maiſons fouveraines de
l'Europe , puifque la
Maifon de Savoye eft
fortie de celle de Saxe ,
& elle a commencé à
regner en Savoye il y a
fept fiecles en vingttrois
generatios & trente-
quatre Princes , qui
fe font fuccedez les uns
aux autres avec tant de
bonheur , que lorfque

34 MERCURE
quelqu'un eft mort fanst
enfans , la couronne
n'eft jamais paffé à un
degré plus éloigné, que
du frere ou du petit ne
veu au grand oncle.bang
Le premier qui a com
mencé à regner en Savoye
a été Berold , en
l'an 1000. Il étoit iffu de
Vvitichind le Grand
Duc de Saxe , & de lui
eft defcenduë toute la
Maiſon.de Savoye
, qui
a donné de grands hom
GALANT. 35
mes. Amé ſept fut élû
Pape au Concile de Bâle
contre le Pape Eugene
3
quatre en 1439. fous le
nom de Felix cinq. Eu
gene quatre étant mort ,
& Nicolas
cinq ayant
été élu , Felix fe demit
du Pontificat
, à la priere
du Roy de France , pour
donner la paix à l'Egli
fe , fe contentant de la
qualité de Doyen du
Sacré College , qu'il
garda juſques à fa mort,
36 MERCURE
arrivée en 1451.
Ils portent la qualité,
de Rois de Cypre , par
la donation qui leur a
été faite par Charlotte ,
Reine de Cypre , fille &
heritiere de Jean fecond
du nom , Roy de Cypre .
Cette Reine fut mariée
deux fois la premiete ,
à Jean Prince de Portugal
; 2 , à Louis de Savoye
, Comte de Geneve
, frere d'Amedée
neuviéme
du nom , Duc de
:
GALANT. 37
Savoye , defquels elle
n'eut point de pofterité.
LeRoy Jean , fon pere ,
étant mort fans enfans
mâles
legitimes , le
Royaume lui échut :
mais il lui fut difputé
par Jacques de Cypre ,
fon frere naturel , qui
s'empara du Royaume ,
avec l'affiftance du Soudan
d'Egypte , & de
Marc Cornaro , Gentilhomme
Venitien , quí
lui fit épouſer ſa fille ,
38 MERCURE
& qui fut adoptée par
la Seigneurie de Veniſe,
qui lui conftitua une
grande dot. Jacques étant
mort à trente- trois
ans , laiffa fa femme enceinte
, & la declara fon
heritiere en cas qu'elle
furvêquit au fruit qu'-
elle portoit . Elle accoucha
d'un fils , qui mourut
deux ans aprés : ainſi
elle demeura Reine de
Cypre , avec la protection
de la Republique
GALANT . 39
de Venife , à laquelle
elle
abandonna le gouvernement
de l'Etat , lui
faifant don de la couron ,
ne , fe retirant à Venife,
où elle paffa le reſte
1.
de les
jours .
Tout ceci ſe paffa au
préjudice de la Reine
Charlotte , qui fut contrainte
de fe retirer à
Rome où elle mourat
penfionaire du Pape , &
voyant qu'elle ne pouvoit
rentrer dans fes
40 MERCURE
2
Etats , elle fit don de
fon Royaume en préfence
du Pape & des
Cardinaux à Amedée
neuvième , Duc de Savoye,
fon beau- frere , &
à fes fucceffeurs . Sous le
pontificat du Pape Clement
7. lorſqu'il couronna
l'Empereur Charles
cinq à Boulogne , cette
donation fut examinée
en preſence duPape
& de l'Empereur , qui
adjugerent ce Royaume
aux
GALANT 40
aux Ducs de Savoye
mais Selim Empereur
des Turcs termina le
differend du Duc de Savoye
& des Venitiens
s'étant emparé de ce
Royaume en 1571 .
Leurs alliances font
trés- confiderables , tant
par les femmes qu'ils
ont données , en ayant
eu trois de la Maiſon de
France , trois de celle
d'Orleans , quatre de
Bourbon , trois de Bour-
Fév. 1712.
D
42 MERCURE
gogne , une de Berry's
& quantité d'autres de
Mailons trés - illuftres.
Ils ont donné une
femme à Louis le Gros
Roy de France , unc
à Rodolphe
Duc de
Souabe, Empereur
; une
à Alfonfe premier , Roy
de Portugal , une à Andronic
Paleologue
Empereur
de Conftantinople
, une à Louis d'Airjou
Roy de Naples &
de Sicile , une à Federic
GALANT . 43
d'Arragon Roy de Naples
; une Reine de Por
tugal de nos jours , femme
de Pierre Roy de
Portugal ; une au Roy
Louis onze , Roi de
a France ; une à Charles
d'Orleans, Comte d'Angoulême
, qui a été
Louiſe de Savoie , mere
du Roi de France François
premier. Ce ne fe
roit jamais fait , s'il faloit
particularifer toutes
leurs alliances ; ce
Dij
44 MERCURE
qui ne fe pourroit faite
qu'en faifant la Genea,
logie de cette Maiſon .
Pour la fucceffion des
Dauphins de la Maiſon
de France , on les peut
voir dans la Carte que
Monfieur Chevillard ,
Genealogifte du Roi &
Hiftoriographe de France
, en a donnée au public
en
1700.
GALANT 45
MORT S.
Meffire Louis de la
Vergne Montenart de
Treffan , Abbé de Bonneval
, & Evêque du
Mans , y mourut le 27,
Janvier , âgé de quatrevingt
- deux ans. Il fut
fait Maître de la Chapelle
& de l'Oratoire de
feu Monfieur , cut l'Abbaie
de Quarrente & de
46 MERCURE
a
faint Lidiguer. Le Roi
le nomma à l'Evêché de
Vabre , & lui donna
le Prieuré de Caffan.
Monfieur le fit fon premier
Aumônier , & lui
donna l'Abbaie de Bonneval.
Il fut transferé
de l'Evêché de Vabre à
celui du Mans , dont il
a rempli le fiege durant
quarante ans & quatre
mois . Il étoit de l'ancienne
Maifon de la
Vergne de Treffent ,
GALANT. 47
établie depuis cinq cent
ans dans la Province de
Languedoc. Son frere
aîné étoit Jeremie de la
Vergne , Marquis de
Treffan , Maréchal de
Camp des Armées du
Roi, qui a laiffé de Dame
Marguerite de Beon
plufieurs enfans , done
Faîné eft François de la
Vergne , Marquis de
Treffen , ci-devant premier
Guidon des Gendarmes
de la Garde du
48 MERCURE
Roi, quia épouté Dame
Louife- Magdelaine de
Brulard. Le fecond
Louis de la Vergne de
Treflan , premier Aumônier
de Son Alteffe
Royale Monfeigneur le
Duc d'Orleans , Comte
de Lion , Abbé de Lepor
Il reste encore un frere
& une foeur vivans de
M. l'Evêque du Mans :
à fçavoir , Alfonſe de la
Vergne de Treffan
Comte de Lion , Maî
tre
GALANT. 49
:
tre du Choeur de faint
Jean & Dame Elifabeth
de la Vergne de
Treffan, épouse de Meffire
Charles Comte de
la Motte Houdancourt ,
Lieutenant general des
armées du Roi , Gouverneur
de Bergue faint
Vinoc .
François d'Aligre ,
Abbé de S. Jacques , eft
mort le 21. Janvier.
M. l'Abbé de S. Jacques
étoit fils & petit-
Fev .
1712.
E
fo MERCURE
fils des Chanceliers de
France d'Aligre.
Il étoit frere de M.
d'Aligre , pere du Pre
fident à Mortier d'aujourd'hui
, frere auffi de
Madame de Vertamont,
mere du premier Prefident
du Grand Confeil,
& depuis remariée au
Maréchal d'Eftrade ; il·
étoit frere auffi de Madame
la Ducheffe de
Luines , troifiéme femme
de M. le Duc de
GALANT . 51
4
Luines & de Madame
de Manneville , depuis
remariée à Monfieur le
Marquis de Verderonne
, il étoit frere de M.
l'Abbé de faint Riquier,
il étoit Abbé de faint
Jacques de Provinsi
cette Abbaye eft de l'ordre
de fainte Genevieve,
il étoit retiré quand fon
pere fut élevé à la dignité
de Garde des fceaux
en 1674. il refta auprés
de lui jufqu'à la mort,
E ij
52 MERCURE
qui arriva en 79. & fon
pere expiré il retourna
dans fa folitude , où il
eft mort en odeur de
fainteté, il n'avoit jamais
voulu accepter que fept
mil livres de rente , defquelles
il donnoit cinq
aux pauvres , ne vivant
que de legumes cuites à
l'eau & au fel , il eſt mort
âgé de 90. ans , il étoit le
feul en France qui eût
encore un benefice de la
nomination
de Louis
GALANT , si
XIII .
enforte qu'on peut
dire à prefent que Louis
XIV. a nommé
de fon
regne
à tous les benefices
de fon
Royaume.
Dame
Nicolle
de Bellois
, époufe
de Meffire
Jacques
- Antoine
de
Hennin
- Lietard
, Marquis
de S. Phal , ci-devant
Meſtre
de Camp .
de Cavalerie
, & Sous-
Lieutenant
des Genf
darmes
Bourguignons ,
mourut le 24. Février
E iij
54 MERCURE
1712. en fa 27. année ,
laiffant pofterité
.
La maifon du Bellois
eft une des plus confiderables
de Picardie , les
Marquis de Francier
font les aînez de cette
maifon. La mere de cette
Dame étoit de la maifon
de la Fite , foeur du
Marquis de Pelport , &
aîné de cette maifon ,
Maréchal de Camp des
Armées du Roy.
Damoifelle Louife.
GALANT .
55
Armande Hurault de
Vibraye , mourut fans
alliance le 26. Janvier ,
en ſa 20. année .
Monfieur le Marquis
de Vibraye , Lieutenant
general des Armées du
Roy, & commandant
à
faint Malo & dans la
Bretagne
eft pere de cette
Damoifelle
. Le Chancelier
de Chiverni étoit
de la maifon de Hurault,
Madame la Marquiſe de
Vibraye s'appelle Julie
E iiij
56 MERCURE
de Caftellan , d'Adhei
mart de Monteil de Grignan
, fille de Monfieur
le Comte de Grignant ,
Chevalier des Ordres
du Roy , & Lieutenant
General, Commandant
en Provence , & d'Anne
Dangene de Rambouil
let , foeur de Madame la
Ducheffe de Montau
fier.
Dame Renée Françoife
de Canone , épouſe de
M. Claude- Alexandre
GALANT $ 7
Seguier , Chevalier , &
auparavant veuve de M.
Jacques du Boulet , Chevalier
, Seigneur de Terameny
, Capitaine du
Vol pour les champs de
l'équipage du Roy, mou
rut le 27.Janvier.att.com
Laifaifon de Seguier
originaire de Gafcogné
eft une des plus ancienes
de la Robe , elle a donné
un Chancelier , & plufours
Prefidens aux
Mortiers au Parlement
38 MERCURE
de Paris, l'un defquels fit
decider fous le regne du
feu Roy , que les Prefidens
à Mortiers auParlement
de Paris auroient
le pas & la préfeance
fur les premiers Prefidens
de tous lès Parlemens
du Royaume .
M.Philippe de Baſſan ,
Chevalier Seigneur de
Richecrou , mourut le
27. Janvier.
M. Jean Armand Fumée
, Seigneur des RoGALANT
. 39

ches, S. Quentin , Abbé
de Conques , Figeac &
S. Genous, mourut le 30 .
Janvier , âgé de 82 ans.
La mere de cet Abbé
étoit de l'ancienne maifon
de Bonoeuil en Poitou
, elle époufa en ſecondes
nôces le Marquis
de Cruffol , frere d'un
Duc d'Ufez . La maiſon
de Fumée originaire de
Tours tire fon origine
d'Adam Fumée , Seigneur
des Roches , Gar60
MERCURE
de des Sceaux de France
fous les Rois Louis XI.
& Charles VIII.
M. Charles- Nicolas
Comte d'Hautefort
Maréchal des Camps &
Armées du Roy, Lieutenant
de la feconde compagniedes
Moufquetaires
de fa Majefté , mourut
le 2. Février 1712.
laiffant pofterité de Dame
N. de Creil.
La mere de ce Comte
étoit de l'illuftre maiſon
GALANT 61
de Bayeul. La maifon
d'Hautefort eſt une des
plus confidérables duPe
rigort ,elle a donné beaucoup
de Generaux d'Armées
& des Chevaliers
de l'Ordre ; les deux premiers
Ecuyers de la feuë
Reine étoient les Chefs
de cette maifon , le Marquis
de S. Chamant ,
Enfeigne des Gardes du
Corps du Roy , eft frere
de feu Monfiur le Com
te d'Hautefort .
62 MERCURE
Dame Geneviève de
Saleux,veuve de M. Augustin
de Louvencourt ,
Maître des Comptes ,
mourut le 3. Fevrier.
Dame Marie Magdelaine
de Vaux , veuve
de M. François de Damas
,Chevalier, Marquis
d'Antezi , Meftre de camp
d'un Regiment de Cavalerie
entretenu pour
le fervice de S. M. mourut
le 3. Fevrier.
Le Marquis d'Antezy,
GALANT. 63
Maréchal de Camp des
Armées du Roy , Commandant
à Huningue ,
qui a épouſé la ſoeur du
Marquis deMonperoux,
Lieutenant general des
Armées du Roy , Meftre
de Camp general de la
Cavalerie de France ,
étoit frere du mari de
cette Dame. La maifon
de Damas eft une des
plus grandes & des plus
anciennes du Royaume,
les Ducs de Pontevaux
64 MERCURE
& les Marquis de
Thyange étoient les
Chefs de cette illuftre
maifon , Mefdames les
Ducheffes de Nevers &
de Seforce , qui font en
vie , font de la Branche
de Thyange.
tr
Dame Elizabeth Charlotte
Jaime , épouse de
M.Eftienne de l'Eftang ,
Chevalier Seigneur de
la Valette , Chevalier
de l'Ordre militaire de
S. Louis, Commandant
pour
ܢ
GALANT. 65
pour le Roy fur la
Meuſe
, mourut
le 4 .
Fevrier.
M.Louis de Pardaillan,
Marquis de Gondrin ,
Ménin de
Monfeigneur
le Dauphin , Brigadier/
des armées du Roy &
Colonel du Regiment
de Gondrin , mourut à l
Verfailles le s . Fevrier ,
âgé de 23. ans.
Cet article merite bien
qu'on enparle plus amplement
le mois prochain.
Fev.1712.
F
66 MERCURE
4
Dame Marie d'Aidie ,
veuve de M. Jean François
, Comte de Lambertie
, mourut le 9. Fevrier.
La maifon de Lambertie
eſt une des plus
anciennes & des plus
confiderables de la Lorraine.
M. Jofeph de Miane
Ponponne , Chevalier de
l'Ordre militaire de S.
Louis , Gouverneur de
Fécamp , Major du
GALANT . 67
Regiment de Lionnois ,
mourut le 15. Février .
M. le Prefident de
Meſmes fut inſtallé premier
Prefident le 15. Février.
Lamaifon de Meſmes
tire fon origine du Château
& terre de Meſmes,
dans le Dioceſe de Bazas.
Elle tire fon origine
d'Ecoffe , & s'établit
en Guienne fous
le Regne de Philippe
Augufte, on voit en 1279.
Fij
68 MERCURE
un Henry de Mefmes:
qui rend hommage de
fa Terre à la Vicomteffe
de Marfan , cette maifon
a été dans l'épée durant
quatre fiecles . Jean Jacques
de Mefmes , premierdu
nom , qui époufa
Nicole Hannequin , eft
le premier qui foit entré
dans la Robe , où elle a
poffedé les plus grandes
& les plus éminentes
charges , cette maiſon a
donné plufieurs PleniGALANT.
69
potentiaires & Ambaffadeurs
, & Officiers de
l'Ordre , qui ont tous
brillé par leur merite
& leur grande capacité,
& qui ont toûjours fervi
de protecteurs aux
gens de lettres , elle eft
alliée aux maiſons les
plus confiderables du
Royaume , comme celle
de Montluc , Clermont,
d'Amboife , Lufignan ,
S. Gelais , Rochoire &
autres. Le perede Mon70
MERCURE
fieur le premier Prefident
étoit Jacques de
Mefmes , troifiéme du
nom Prefident aux
Mortiers , & Prevôt &
Maître des Ceremonies
de l'Ordre .
M. le Peletier deVilleneuve
, Confeiller au
Parlement, qui avoit eu
l'agrément de la Charge
de Prefident de M. de
Mefmes,y fut reçu le 17 .
Février.
M. * de Gourgues
GALANT. 8
d'Aunay , Maître des
Requêtes , a époufé Damoiſelle
N. Aubourg
,
fille de M. Aubourg
,
Marquis de Boury, Gatde
des Rolles.
Ea maifon de Gourgue
eft une des plus anciennes
duParlement de
Bourdeaux , à qui elle a
donné un Prefident ; il
y a eu un Dominique de
Gourgue , qui pour ſe
vanger des mauvais traitemens
qu'il avoit reçûs
72 MERCURE
des Efpagnols , ayant
été pris prifonnier de
guerre dans les guerres
d'Italie , arma un vaiffeau
à fes dépens & fut
dans la Florite au détroit
de fainte Heleine , reprit
un fort nommé Carleforte
, du nom de Charles
IX . qui regnoit alors,
& qui avoit été bâti par
Jean Ribaud , qui luy
avoit donné le nom de
ce Prince , qui en avoit 3
été chaffe par les Eſpa
gnols ,
GALANT. 73
gnols , il ravagea tout
le Pays , & les chaffa de
tout ce Royaume.
N. Thiercelin Marquis
de Broffe épouſa le
8. Fevrier N. Rouillé ,
fille de M. Louis Roflin
Rouillé Maître des
Requêtes .
La maiſon de Thiercelin
eft une ancienne
& illuftre maiſon , quel
ques-uns disent qu'elle
tire fon origine des anciens
Comtes de Thou
&
Fév. 1712 .
G
74 MERCURE
louzejelle a toûjours tenu
rang confiderable &
a toûjours été alliée aux
plusgrandes maifons du
Royaume. La grande
mere du Marquis de
Broffe étoit de la maiſon
de Montmorancy , Madame
la Marquife de
Broffe , mere du jeune
époux , étoit du nom de
Thiercelin comme fon
mari , & étoit heritiere
de la branche des Marquis
de Saveufe , établie
GALANT. 75
dans le Diocefe de Chardscobinoo
tres.
OȘI DO
Sur la Mort de M. le Dau .
bphin , & de Madame
wole la
Dauphine.hove
Vel coup vient d'accabler
la France !
3 Le Ciel qui nousflatoit de
l'espoir le plus doux ,
D'un double trait de fon
courroux
Nous a ravi notre effe-
Suders
rance.
Gij
76 MERCURE
Louis ! Adelaide ! ab
mortelles douleurs !
Helas que nous perdons
de vertus & de
charmes ,
Que nous allons verfer
de pleurs
.
Grand Dieu ! vous qui
caufez, nos larmes ,
Lorfquefenfible à nosfou
baits ,
Vous vouliez vous montrer
notre Dieu tutelaire
,
Nous ne meritions pas de
firares bienfaits:
GALANT. 77
Mais par quels horribles
forfaits
Meritons- nous tant de
colere ?
Mais quoy le coup af
freux qui nous
confondus
Va-t- il mettre le comble
à nôtre ingratitude ?
Ce même Ciel enfin qui
nous tient abattus ,
Nous conferve au milien
d'une épreuvefi rude
La fource de tant de vertus.
Gij
78 MERCURE
Non il n'est point d'ame
? affez noire
Pour oublier ainsi le plus
grand des bienfaits.
Qu'il puiffe auffi longtemps
regnerfur fes
fujets ,
Qu'il doit regner dans
leur memoire.
Vous peuples , jouiſſez
en paix
Et de fes jours , & de
fa gloire:
Mais ne vous confolez
jamais.
GALANT. 79
ce de Garde du
La place
Cabinet des Médailles
du Roy , vacante par la
mort de M. Oudinet
arrivée à Verfailles le 12 .
Avril , a été remplie par
M. Simon penfionnaire
de l'Academie des Inf
criptions , & à l'égard de
la penfion de M. Oudinet
elle a été donnée à M.
Moreau de MautourAuditeur
des Comptes, affocié
de cette Academie ,
Sa Majesté l'ayant hoa
Giiij
80 MERCURE
noré de fon choix & de
fa nomination , enfuite
d'une élection à laquelle
avoit prefidé M. l'Evef
que deStrafbourg, & où
fuivant le reglement de
l'Academie , on avoit
élu & preſenté trois fujets
à choisir.
MARIAGE.
Le 21. Janvier 1712.
Loüis Dupleffis Chaftil-
Jon , Colonel de Provence
, & Brigadier des Armées
du Roy , a épousé
GALANT. 8r
Anne Neyret de la Ra
voye , fille de feu M. de
la Ravoye , Grand Audiancier
de France , &
Treforier general de la
marine , & de Varice de
Vallieres.
Le Marquis Dupleffis
Chaftillon eft fils de feu
Jacques Dupleffis Chaftillon
, Marquis dudit
lieu, & de Nonant, & de
Jeanne Marie de Fradet
de S. Aouft , fille de feu
Jean de Fradet de Saint
82 MERCURE
Aouft , Maréchal des
Camps & Armées dus
Roy , & Lieutenant géneral
de l'artillerie de
France , & de Jeanne Marie
de S. Gelais de Luftgnan
, & foeur d'Armand
Antoine de Fradet de S.
Août ,Brigadier & Lieutenant
general pour le
Roy dans la Province de
Berry .
La maison Dupleffis
Chatillon eft une des
plus anciennes maiſons
GALANT 83
1
de la province duMaine,
comme il paroît premierement
par un vieux titre
de mil trente- quatre ,
qui fait métion d'un GrimoultDupleffis
Chaftillon
, Siégneur dudit lieu.
Et par un autre titre
de l'année 127 4. il paroît
une tranfaction faite entre
les Seigneurs de
Mayenne,& le Seigneur
Dupleffis Chaſtillon ; &
depuis ce temps , la filiation
s'eft continuée avec
84 MERCURE
de grandes alliances ,
comme de Beaumont le
Vicomte , d'Avaugour
,
de Villevignes , du Bellay
, d'O , de la Flotte, &
plufieurs autres.
J'ai vu entre plufieurs
manufcrits anciens des
lettres écrites par le Roy
Charles IX. & Henry
III.à un Dupleffis Chaftillon
, en voici une de
Charles IX . en lui envoyant
l'Ordre de Saint
Michel , qui en ce tems
GALANT . 85
la tenoit lieu de l'Ordre
du S. Efprit , inſtitué
depuis par Henry III .
Monfieur Dupleffis Chaf
tillon , pour vos vaillances &
merites , vous avez éte choiſi
élúpar l'affemblée des Che
valiers , Freres & Compa
gnons de l'Ordre Monfieur
S. Michel, pour être aßocié
à ladite Compagnie , pour la
quelle élection vous notifier ,
vous prefenter de ma part
Le Collier dudit Ordre, fivous
L'avezagréable, j'envoyeprefentement
memoire & pan .
86 MERCURE
voir à mon Coufin le Duc de
Montpencier , vous priant
vous rendre devers lui
pour
cet effet , & être content d'accepter
l'honneur aque la Com
pagnie vous defire faire , qui
fera pour augmenter de plus
en plus l'affection & bonne
volontéque je vous porte , &
vons donner occafion de perfeverer
en la dévotion que
vous avezde mefaire fervice,
K
ainfi que vous fera plus à plain
entendre de ma part mondit
Confin , anquel je vous prie
d'ajouter fur ce autant de foy
que vous feriez à moy.mi
meme
GALANT.
87
priant Dieu , Monfieur Du
pleffis Chaftillon , vous avoir
enfa garde. Ecrit à S. Germain
en Laye le 21 Février 1 5.74.
Signé , Charles , & plus bas,
Pinart.
En voici une autre
écrite de la main d'Hen-
L
ry III. que j'ai mife ici
parce qu'elle contient un
fait
hiftorique
.
Monfieur Dupleffs Cha
fillon , il n'eft pas commej'ef
time que vous n'ayez bien
feu à cette heure , comme mon
38 MERCURE
frere le Duc d'Alençon , que
j'ai toujours aimé d'une affe-
&ion plus que fraternelle
s'eftfeparé d'auprés de moy par
la follicitation , & mauvais
confeil de ceux qui font éleveZ
enarmes contre nôtre autorité.
s'étant retiré à Dreux , où il
fait contenance d'affembler
quelques troupes , de quoy vous
pouvezpenfer combien je por
te de regret , tant pour l'amour
fingulier dontje lui fuis conjoint
, que pour connoître bien
ne pouvoir advenir d'un fi
nouvel accident que tout accroiffement
de maulx fur mon
peuple,
GALANTƒ 89
peuple , qui avoit plus de be
fouin de veoir arrêter le cours
de ceux defquels il n'étoit ja
que trop affligé, felon quejuf
ques à hui ,jepenſe avoir au
tant mis de peine qué de travail
que pouvoit faire un bon
Prince amateur du repos &
A
union de tous fes fujets , &
pourceque en un tel nouveau
mal, & pour m'aider ày pourvoir
remedier , ainfi que
j'en ai une bonne volonté, j'ai
befouin de l'affiftance de ma
nobleſſe , & de ceux dontjeme
fuis promis toute loyauté
fidelité , du nombre defquels ,
Fév.
1712.
H
90 MERCURE
je vous tiens & eſtime, Fax
pensé vous écrire ce mot de
lettre , pour vous dire que
vous fufles jamais touché du
defir de vous voir en occaque
fr
fion , à laquelle vous me puiffiez
faire paroître vôtre
droitte affection au bien de
mon fervice , vous devez
penfer qu'elle fe prefente aujourd'hui
, au moyen
je vous écris , Monfieur Dus
pleffis Chatillon , que incontinent
la prefente recenë, vous
de
quos
regardiez à vous mettre en
ordre , pour me venir trouver
avec bonne compagnie de vos
PH
GALANTY OF
que vous poure
pourez
amis 6 au meilleur équipage
d'armes & chevaux &
auplûtôt que
afin de me faire à ce befoin
fervice queje me fuis toûjours
promis de vôtre loyauté &
le
fidelité, à quoy fatisfaisant ,
outre que ce fera acte digne
&
d'un gentil- homme d'honneur
tel que vous vous eftes tous
jours fait connoître , vous
vous pouvez aſſurer que je
vous en fauray perpetuellement
bon gré, & que je le
reconnoîteray envers vousfe
Ton que les occafions s'en pouront
offrir, prians Dieu , M.
#
Hij
92 MERCURE
&
Dupleffis Chatillon , qu'il
vous ait enfa fainte garde
fcellé à Paris le 22 jour de
Septembre 1575 Signé, Henry,
&plus bas , Signé, Brullart.
On donnera le mois
prochain des détails fur
les morts de M. de Catinat
, M. de Magnac ,
M. de Signelay , & au
tres.
GALANT . 93
TRADUCTION
nouvelle, & explication
-de l'Office de la Vierge.
Ette traduction eſt
également propre
aux perfonnes éclai
rées , & intelligible
à
ceux qui ont plus de
pieté que de penetration
; & c'est ce qui
étoit difficile dans plufieurs
endroits tirez du
94 MERCURE
Cantique
des Cantiques.
Ce Livre fe vend à
Paris , chez Louis Guerin
, rue faint Jacques ,
& l'image faint Thomas
d'Aquin , vis - à-vis
la rue des Mathurins.
2%
GALANT AF
Depuis que l'illuftre
M. Duverney , ficelebre
par fa profonde connoiffance
de l'Anatomie
nous a donné fon Traité
de l'oreille, plufieurs ha
biles Anatomiftes
, Medecins
& Phyficiens de
France ,
d'Allemagne ,
d'Italie & de Hollande ,
ont produit d'excellens
ouvrages fur le même
fujet , fans avoir cependant
entierement épuiſé
cette matiere , ni même
96 MERCURE
s'être bien accordéz fur
fes parties , & fur leur
ufage. C'est ce qui a
porté M. Parent à joindre
ce qu'il a vû de ſes
yeux , & ce qu'il a tiréde
fes reflexions aux découvertes
de ces fçayants
, en faveur du public
; coment il a fait le
mois précedent, à l'égard
de la circulation du fang
des animaux , & de leur
refpiration , & par le
même motif..
GALANT 97
LES MERVEILLES
de l'oreille tirées de l'anatomie
comparée , & des proprietez
du bruit desfons.
JE ne m'arrefteray pas à
parler icy de l'oreille exterieure
, dont la ftructure &
l'uſage paroiffent aux yeux
de tout le monde. Car on
voit affez que ce n'est qu'une
efpece de cornet mis à
l'entrée de l'oreille interieure
pour raffembler le
bruit & les fons , pour les
fortifier & les introduire
dedans ; ce qui fe confirme
Février
1712 .
I
98 MERCURE
en ce que les animaux qui
en font privez , ou à qui on
-les a coupées , entendent
moins clair que les autres ;
& que ceux au contraire
qui les ont plus grandes ,
entendent le mieux; ou que
ceux encore qui ont le plus
befoin d'entendre , ont les
plus grandes oreilles. A
l'égard de la figure appla
tie & repliée des oreilles
deshommes , on voit encore
que la Nature ne les
a ainfi difposées , qu'afin
qu'elles parûffent moins
au dehors , & qu'ils en fulGALANT.
29
fent moins embarraſſez , &
elle les a oftées aux oiſeaux,
& principalement aux poif
fons, parce qu'elles les empefcheroient
de voler & de
nager ; ce qui leur appor
teroit plus de dommage
que d'utilité. Au reste la
direction dont la peau interne
des oreilles eft frappée
par le bruit & les fons ,
fait appercevoir le cofté
d'où ils viennent , à caufe
des ramifications du nerf
dur auditif , & du fecond
vertebral qui s'y répandent.
Et c'est pour cela
I ij.
100 MERCURE
que cette partie eft fi fine ,
& fi fenfible dans les oifeaux
qui ont l'ouye fort
fubtile , & mefme fi grande
dans les oifeaux nocturnes
,
comme les Chouettes
& les
Hiboux. La difference
de
temps ou de force dont une
oreille eft frappée pluftoft,
ou plus fort que l'autre ,
contribue
encore beaucoup
à faire appercevoir
de
quel cofté vient le bruit. A
l'égard des poiffons , & des
Tortues , & autres animaux
aquatiques
qui ont l'entrée
de l'oreille fermée d'une
GALANT. 101 ΙΟΙ
membrane , la premiere
caufe de diftinction n'a.
point lieu chez eux .
2. Quant à l'oreille inte
rieure je fuppofe qu'on regarde
de front celle d'un
homme , comme par exemple
, la droite , lorfqu'il
eft dans fa fituation naturelle
, & je remarque d'abord
une espece de canal
fait en entonnoir un peu
tortueux , qui va en s'étreciffant
& en baiffant un peu
du derriere vers le devant
de la tefte , fe terminer entre
la bafe du crane & l'ex-
I iij
102 MERCURE
tremité inferieure de l'os
des tempes à une portion
du crane appellée la Roche
, laquelle contient le
refte de l'oreille que nous
appellons interieure, & qui
eft composée de quatre
chambres ou cavitez , de .
plufieurs challis , & d'autres
parties dont on va faire
le détail . Le fond de cett
entonnoir aboutit fous une
direction un peu inclinée à
une espece de chaffis que
j'appelle exterieur ou
grand chaffis , parce qu'il
eft tranfparent , & qu'on
GALANT 1931
1
peut y arriver immediatement
de dehors. On l'ap
pelle la membrane du tambour
, du nom de la premiere
chambre interieure
qu'il ferme, qui a efté nommée
le tambour
, comme,
on va le dire. Ce chaflis
eſt enchaffé
dans une portion
d'anneau offeux qui
repreſente environ les
d'un cercle entier , lequel
eft collé fortement à l'entrée
du trou du crane qui
communique
du dehors à
F'oreille interieure
, de telle
forte qu'il a fes deux cor-
I iiij
104 MERCURE
:
nes tournées en haut , &
en cet endroit où cet anneau
eft defectueux , le
grand chailis eft collé immediatement
à l'os de la
refte .
C
3. Cette premiere chambre
interieure
qui eft fermée
par le grand chaffis
reſſemble
affez à la quaiffe
d'un tambour
veu par le
devant , auffi l'appelle- t-on
encore fouvent la quaiffe ;
elle a cependant
une efpece
de cul de fac ou facaveugle
appellé finus fupe .
rieur , qui s'étenden
monGALANT
105
tant du haut de la quaife
vers le derriere de la tefte ,
fur la main gauche , &
dont la longueur excede
mefme un peu toute celle
de cette chambre ; & tant
la quaiffe que fon cul de
fac font tapiffez d'une
membrane fort liffe , quoyque
dans l'homme , le finge
, le boeuf, &c. ces parties
foient remplies d'un
nombre innombrable d'éminences
& de foffettes ,
pareilles à celles que l'on
voit dans l'interieur de l'o
reille exterieure des chiens,
106 MERCURE
des chats & autres animaux
ce qui ne fert pas
peu à multiplier & conferver
les ébranlemens de l'air
contenu dans cette chambre
& dans fon cul de fac ;
comme on le dira cy- aprés ,
& comme chacun peut le
remarquer par le retentiffement
qui le produit lorfqu'on
jette une pierre dans
le puits d'une carriere .
4. On trouve vers le
haut de la quaiffe , & fur
la droite une espece de canal
appellé Aqueduc .
Quoy qu'il ne ferve qu'à
GALANT . 107
conduire de l'air , fçavoir
de l'oreille dans la bouche ,
quand il eft trop dilaté
dans l'oreille par la chaleur
du fang ; & au contraire à
i en faire entrer de la bouche
dans l'oreille quand celuy
de l'oreille eft trop condensé
le froid extepar
rieur , le tout pour empef
cher le grand chaffis d'ef
tre offensé par le reffort de
Fair interieur ou extérieur .

. On voit encore en
face & au fond de la quaiffe
deux autres feneftres fer-
Ax
mées chacune d'un chaffis
108 MERCURE
particulier , de mefme nature
que le premier , dont
Pinferieure qui tire un peu
fur la droite eft ronde, d'ou
elle a tiré fon nom , de mef
me que ſon chaffis . La fuperieure
qui eft plus vers la
gauche & au deffus de la
ronde , eft de figure ovale ,
d'où elle a aufli pris fon
nom. Elle eft couchée en
travers & en defcendant,
un peu de droite à gauche ,
& fermée d'un troifiéme
chaffis de mefme figure &
de mefme nom qu'elle.
6. Cette derniere fenef
GALANT. 109
tre communique dans une
feconde cavité ou chambre
appellée la Voute qui
eft fituée directement derriere
la quaiffe du cofté du
cerveau . La Voute a tire
fon nom de fa figure arondie
par
le haut , elle eft un
peu plus petite que la quaif
fe , unie & tapiffée de mefme
qu'elle . On la nomme
encore le Veſtibule , parce
qu'elleeft fituée entre deux
autres cavitéz , dont l'une
qui eft à droite , fe nomme
la Coquille , ou le limaçon ;
& l'autre qui eft à gauche ,
110 MERCURE
·
a efté nommée le labyrinthe
avec lesquelles elle
communique par des por
tes toutes ouvertes , eftant
à peu prés au meſme niveau
que la quaiffe & que
ces deux dernieres cavitez.
A l'égard de la feneftre
ronde , elle fait la communication
de la quaiffe avec
la coquille , dont on donnera
la defcription incontinent
, de mefme que du
labyrinthe , & fon chaffis
n'eft qu'une continuation
de la membrane de la
quaiffe , de mefme que le
haffis ovale .
GALANT. IH
17. Quant aux autres parties
qui fe trouvent dans
la premiere chambre , outre
le cul de fac , l'aqueduc,
le grand chaffis , le rond ,
& l'ovale , dont on vient de
parler , on voit fur le mi
lieu du grand chaffis , &
comme en face un premier
offelet , dont la figure a
quelque rapport à celle
d'un marteau , cu pluſtoft
d'un gond, & qu'on a nom
méle marteau ; mais qui a
encore beaucoup plus de
rapport à la jambe d'un
homme, qu'on auroit cou112
MERCURE
ce
pée fous le genoüil , & qui
feroit collée contre
chaffis , dans un ſens renversé
, ou de haut en bas ;
en forte que le talon fuft
appliqué contre fon bord
fuperieur , & le
gras de la
jambe fur le chaffis , le bout
de la jambe finiffant au milien
de cette membrane ;
ainfi ce marteau où cette
jambe eft veuë comme par
derriere , & un peu panchée
fur la gauche , par
l'oeil qu'on fuppofe tousjours
fitué au devant de
l'oreille. Le bout de cet
offelet
GALANT 113
offelet qu'on peut
regarder
comme
le bout du
pied , eft arrondi , & contient
deux
éminences
&
une petite cavité ; il eft
tourné vers le dedans de
la quaiffe , & va s'implan- ,
ter fur la tefte d'un fecond
offelet appellé
l'enclume
par rapport
au premier
. La
figure de ce fecond
os ,
reffemble
affez à celle d'u-.
ne groffe dent à deux fourchons
, qui les auroit un
peu écartez l'un de l'autre ,
& inégaux
en longueur.
La tefte de cette enclume
Février
1712.
K
114 MERCURE
ou dent , a auffi une émi
nence ronde , qui fe loge
dans la cavité de celle du
marteau , & deux cavitez
pour loger reciproquement
les éminences rondes
du bout du marteau
afin que ces deux os tiennent
plus fortement attachez
& articulez l'un à l'autre
par leurs ligamens , &
par la membrane commune
qui les enveloppe. La
plus petite des deux jambes
de la dent va s'appuyer
dans un angle du bas & du
devant de la quaiffe du coGALANT
. 15.
ſté gauche , où elle eft attachée
mobilement dans
une petite cavité par un
ligament particulier au
delfous du cul de fac. La
plus grande jambe qui eft
un peu contournée par le
bout , va s'articuler avec
un troifiéme offelet nommé
l'eftrier, fait comme un
triangle ifofcele , dont la
pointe ou fommet eft joint
avec le bout de cette jambe
par un quatriéme os
beaucoup plus petit que les
trois premiers , & de la figure
d'une lentille, ou pluf
K ij
116 MERCURE
toft d'une menifque qui
leur fert comme de rotule
ou de genoüil. La baſe de
ce triangle qui eft un peu
plus groffe que les deux coftez
, eft collée au chaffis
ovale, ou troifiéme chaffis,
en telle forte que ce chaffis.
la deborde tant foit peu
tout autour. L'enclume
la lentille , & l'eftrier font
articules entr'eux par des
ligamens particuliers
, à
l'entrée du cul de fac , &
chacun recouverts de la
membrane de la quaiffe ,
qui eft fi fine , & fi adhe
1
GALANT . 117
rente aux os , que dans les
fujers un peu défeichez, elle
fuit prefque la veuë . Cela
n'empefche pas qu'elle ne
paroiffe avec le microfcope
parfemée d'une infinité
de vaiffeaux fanguins &
nerveux , comme tous les
autres perioftes , pour fervir
à la nourriture de ces
os ; elle fert encore à les
couvrir contre les injures
de l'air , à fortifier les jambes
de l'eftrier , dont elle
couvre manifeftement l'ai-.
re & enfin à recevoir &
faire fentir les impreffions
.
du bruit.
ཕྱི
IS MERCURE
le
8. Les trois offelets ,
marteau l'enclume , & l'ef
trier font remuez par trois
muſcles , dont le plus grand
qui part du fond , & du haut
de le quaiffe un peu à droite
, la traverſe de derriere
en devant , & vient s'attacher
au milieu de la jambe
du marteau , de forte qu'en
tirant cette jambe , il l'a
meine avec le grand chaſſis
un peu en dedans , ce qui
le tend , & le rend mefme
un peu concave du cofté
de dehors , à peu près commeun
entonnoir à poudre
GALANT. 11)
fort évasé . On l'appelle
le muſcle long ; on pourroit
le nommer encore le
grand adducteur du chaf
fis exterieur . Un fecond
muſcle
beaucoup plus
court , qui vient de dehors
la quaiffe , du cofté droit ,
la perce dans fa partie fuperieure
, va s'attacher proche
du talon du marteau
à une petite éminence qui
eft en cet endroit , laquelle
il tire & ferre contre la paroy
exterieure de la quaiffe
en l'appuyant fur une pareille
éminence de cette
120 MERCURE
partie , par ce moyen il retire
le marteau , & tout le
chaffis en mefme temps
vers le dehors de la quaiffe,
& mefme l'enclume avec
l'eftrier , à caufe de la liai-,
fon de l'enclume avec l'ef
trier & le marteau ; au moyen
de quoy il reftablic
toutes ces parties dans leur
eftat naturel lorfqu'elles
en ont efté oftées . Ainfion
peut le regarder comme le
moderateur des deux autres
muſcles. Le troifiéme
& dernier muſcle eft attaché
à le tefte ou pointe de
l'eftrier ,
GALANT . 121
pel'eftrier
, & part d'une
tite cavité de la quaiffe fituée
fur la gauche de l'ef
trier , mais fort proche &
un peu derriere ; en forte
que toute fon action eſt de
retirer l'eftrier vers le fond
de la quaiffe , & de l'enfoncer
par ce moyen dans
le trou ovale , en le renverfant
tant foit peu du cofté
gauche , ce qui tend fa
membrane par deux raifons
à la fois. Mais en mefme
temps ce mufcle de
l'eftrier tire l'enclume & le
marteau vers le fond de la
Février 1712 .
L
122 MERCURE
quaiffe , ce qui bande auſſi
le grand chaffis . Ainfi ces
chaffis peut eftre tendu
deux mufcles independamment
l'un de l'autre . Mais
par:
quand le muſcle long agit,
quoyque l'eftrier foit poufsé
un peu par fa pointe ,
fçavoir par le bout de la
longue branche de la dent .
Cependant le chaffis ovale
n'eft pas confiderablement
tendu pour cela , comme
quand tous deux agiſſent
de concert , à caufe de l'articulation
de l'enclume
avec le marteau & l'étrier.
GALANT. 123
19. Outre ces trois mufcles
, l'enclume & le marteau
font encore comme
fufpendus par un ligament
ou muſcle fourchu , attaché
par fon tronc à la partie
gauche & fuperieure de
la quaiffe au deffus de ces
deux os ; & par fes deux
branches à la tefte du marteau
, & à celle de l'enclu
me, il fert à tenir ces deux
os en fituation & unis entre
eux , & fuppléé à la delicateffe
de leurs ligamens
communs...
10. Enfin il y a un filet
Lij
124 MERCURE
de nerf de la cinquième
paire fort fenfible qui entrant
de dehors dans la
quaiffe avec le muſcle moderateur
, paffe par derriere
le milieu du grand chaf
fis fur lequel il eft couché
en croifant la jambe du
marteau , & de là continue
fon chemin vers le cofté
gauche & inferieur de la
quaiffe, pour s'aller joindre
au nerf dur auditif. Il fert
à fouftenir le grand chaſſis
contre l'effort du bruit , &
à en appercevoir les im
preffions & les varietéz .
GALANT . 125
Les branches du tronc de
ce mefme nerf fe refpandent
dans les muſcles du
marteau & de l'eftrier , &
dans la membrane de la
quaiffe , ce qu'on doit bien
remarquer. oral set th
II. Le chaffis rond n'a
aucun muſcle qui le tende ;
auffi n'en a - t- il pas befoin,
comme on le verra cyaprés
. La coquille qu'il ferme
du cofté de la quaiffe,
eft un double canal offeux
contourné en limaçon
creusé dans la fubftance
melme de la roche , dont la
Liij
126 MERCURE
baſe ou gros bout regarde
le cerveau , & dont la
pointe eft tournée vers la
quaiffe , ou vers l'oeil du
fpectateur. Ce canal devient
double par le moyen
d'une lame offeufe tresgrefle,
qui le divife en deux
parties dans toute fa longueur
, l'une fuperieure &
F'autre inferieure , en formant
comme le bas d'une
vis , autour du noyau de ce
limaçon . On voit quelques
limaçons dans les cabinets
des curieux , dont
la coquille a de meſme un
GALANT. 127
double canal tout femblable.
Ce canal eft chanfrené
interieurement d'une
reneure ou fente qui regne
tout le long du bord exterieur
de cette lame avec
laquelle elle eft jointe par
unemembrane tres-deliée,
femblable aux précedentés
, laquelle tapiffe tout ce
double canal en dedans.
Cette membrane eft au
refte tellement adherente
à l'arefte de cette lame ou
pas de vis & au canal
qu'une partie de ce double
canal n'a point de com-
Liiij
128 MERCURE
munication avec l'autre ,
fi ce n'est au plus par la
pointe du limaçon ; mais
un des deux canaux du limaçon
aboutit au chaffis
ou trou rond , & l'autre va
fe rendre à la voute par
une ouverture contigue à
ce trou rond. Il y a un ra
meau de la partie molle du
nerf auditif ou feptiéme
paire , qui paffant par la
bafe du limaçon fe répand
dans fa membrane en une
infinité de petits rameaux,
par autant de petits trous
qui ne font gueres vifibles.
GALANT. 129
qu'avec un bó microſcope .
12. Le labyrinthe contient
trois canaux offeux ,
à peuprès femicirculaires,
qui s'implantent fur le co
fté gauche de la voute dans
laquelle ils s'ouvrent par
cinq embouchures feule
ment , & non pas par fix ,
parce qu'il y en a une qui
eft commune à deux canaux.
Les fommets de ces
canaux ou arcades regardent
le derriere de la tefte ,
& leurs embouchûres lei
devant ; de forte qu'ils fe
prefentent à l'oeil du fpec130
MERCURE
tateur dans une fituation
prefque tout - à - fait couchée
& renversée vers la
gauche. Ils font tapiſſez
en dedans d'une membrane
ou periofte auffi tresfin
, comme tous les autres
os de l'oreille , dans
lequel periofte fe diftribuent
cinq branches du
mefme nerf auditif , par
des cinq embouchûres
des
trois canaux , fçavoir une
dans la membrane de chaque
canal où elle ſe ramifie
& fe perd en une infinité
de branches
, avec auGALANT
. 131
tant de branches d'arreres
& de veines .
13. Voila en verité bien
des merveilles renfermées
dans un bien petit efpace ,
trois chambres , un veftibule
, un cul de fac , un
aqueduc , quatre chaffis, 4
offelets , 3. muſcles , un ligament
ou muſcle fourchu
un nerf, un double canal
fpiral avec fa lame & fon
nerf, trois canaux femicirculaires
, avec cinq branches
de nerfs : le tout recouvert
d'une membrane
où ſe perdent une infinité
132 MERCURE
de rameaux d'arteres , de
veines , & de nerfs , fans
compter les anfractuofitez
de la premiere chambre ,
& de fon cul de fac ; ni toute
la ftructure de l'oreille
exterieure , & de fon entonnoir
; c'eſt à dire que la
3
Nature employe au moins
trente parties confiderables
pour la perfection
de
l'oüye , elle qui n'en employe
qu'environ le tiers ,
pour celle de la veuë ; ce
qui fuffit pour faire juger
de quelle importance eſt
l'oüye à l'homme , &
que
GALANT .
133
ée fens ne cede en rien à
celuy de la veuë s'il ne la
furpaffe pas . Il ne refte
plus
maintenant que de
faire voir que la Nature
n'a rien fait d'inutile dans
la
conftruction de l'oreille ,
& que nous n'avons pas décrit
une partie qui n'ait fon
ufage particulier.
14. Mais avant que d'expliquer
tous ces uſages , il
eft bon de
remarquer que
les unes font abfolument
neceffaires pour entendre ,
& que d'autres font faites
feulement pour entendre
134 MERCURE
.
mieux. De plus que les unes
font faites pour entendre,
les bruits , ou fi l'on aime
mieux les fons , dont la durée
eft fi courte qu'il ne
refte aucune idée de leur
degré ou ton ; d'autres font
données pour ouir & dif
tinguer les voix , dont la
durée n'eft pas tout -à-fait
fi courte que le bruit , &
dont il eft neceffaire de
reconnoiftre les degrez ou
tons qui en marquent les
differentes paffions & affections.
Enfin il y a d'autres
parties que la Nature
GALANT. 135
a faites pour entendre &
diftinguer les fons avec
toutes leurs varietez , inmodifications
flexions , gradations , &
quelconques
, & les pouvoir retenir
& mefme repeter. Er
pour diftinguer toutes ces
parties , il faut confiderer,
qu'un feul chaffis à l'entrée
de l'oreille avec une
cavité ou chambre derrie
re , fuffit abfolument pour
entendre le bruit , puiſque
la plupart des poiffons
n'ont que cela , quoy qu'on
trouve dans quelques -un
136 MERCURE
les trois canaux du labyrinthe
, ou feulement deux .
Ou fil'on veut l'entonnoir
avec fon chaffis au fond ,
& une cavité derriere , font
fuffifans , comme dans la
Taupe qui entend fi clair ,
& dans plufieurs oifeaux
& reptiles qui n'en ont pas
davantage. Ce chaſſis meſme
peut eftre cartilagineux,
du moins en fon centre
, comme dans la Tortuë,
dans laquelle il eft convexe
en dehors & concave
en dedans pour recevoir le
bout de la queuë du marteau
,
CALANT . 137
i .
teau , lequel eft fait en cone
, dont
la bafe
eft collée
immediatement
au chaffis
ovale
; car
dans
tous
les
ovipares
ce feul
offelet
ou
ftylet
fait
l'office
des
quatre
dont
nous
avons
parlé.
De plus
les anfractuofitez
des
parois
de la
premiere
chambre
, ou de la quaiffe
ne font
pas non
plus
abfolument
neceffaires
; puifque
cette
cavité
eſt ſi´unie
dans
les
chiens
, les chats
,
les
brebis
, les
lions , & c.
La coquille
mefme
ou le limaçon
ne fe
trouve
pas
Février 1712.
M
138 MERCURE
dans les oifeaux , & dans
plufieurs autres animaux ,
qui font cependant fort
clairoyants , comme dans
les tortuës
& c. ce qui
prouve affez qu'elle n'eft
pas abfolument neceffaire
pour ouir le bruit , ni mefme
les fons , dont les oifeaux
font fi fufceptibles
.
Mais il faut remarquer
auffi qu'il fe trouve en recompenfe
dans les oiſeaux,
& dans les Tortuës , &c.
c'eft- à- dire , dans les ovipares
, en la place de la coquille
, un fac offeux tapifGALANT
. 139
sé d'une membrane tresfine
, lequel s'ouvre com
me la coquille dans la Voute.
Souvent auffi il ne fe
trouve que deux canaux
femicirculaires au labyrin
the , au lieu de trois ; &
dans les Tortuës il ne s'en
trouve aucun , ainfi ils ne
font pas abfolument neceffaires
pour entendre le
bruit.
2.
15. Cecy eſtant eſtablyje
confidere que pour appercevoir
le bruit dont la du
rée eft fi courte , ( à moins
qu'il ne fuft rejetté plu-
Mij
140 MERCURE
fieurs fois , ) il fuffit que les
chaffis exterieur foit frapé
par l'air fans qu'il foit
neceffaire que fa tenfion
ny
foit à l'uniffon des fremiffements
du bruit ,
mefme dans aucune confonance
prochaine , comme
il eft neceffaire pour
le fon . Car les premieres
impreffions du bruit choquant
ce chaffis , l'ébranlent
avec les efprits qu'il
contient , ou plufſtoft ceux
qui font contenus dans le
filet de nerf qui eft appliqué
derriere ; & par là fe
GALANT 141
communiquent
à l'air interieur
, lequel eftant mis en
reffort , frappe à fon tour
tout ce qu'il rencontre
dans la premiere chambre ;
de forte que s'il eft necef
faire pour la conſervation
de l'animal d'une tresprompte
fenfation , elle fe
fait alors non feulement
fur le chaffis meſme & fur
fon nerf , dont l'ébranlement
dure autant que celuy
du bruit ; mais encore
fur la membrane
qui tapiffe
toute la quaiffe & fon
fac aveugle ; & particulie142
MERCURE
rement fur la partie de cette
membrane qui couvre
l'aire de l'eftrier ou le nerf
dur auditif, envoye un rameau
, laquelle eſt ſuſceptible
des mefmes ébranlemens
que le grand chaffis
& fon nerf; les muſcles de
la quaiffe n'ayant pas le
loifir de tendre le premier
chaffis , pour le mettre en
confonance prochaine avec
le bruit. Quand la premiere
impreffion de cet air
interieur fur les parois de
la quaiffe , fur l'aire de
l'eftrier , & fur le chaffis
GALANT . 943
rond eft passé , le cul de
fac fait fentir alors fes reflexions
au dedans de la 葡
quaiffe , & par là prolonge
la durée du bruit interieur
, ce qui l'imprime
plus avant dans l'imagination.
A l'égard des animaux
que l'entonnoir
qui n'ont
de l'oreille avec le premier
chaffis au fond , comme la
Taupe , ou mefme un feul
chaffis à l'entrée de l'oreille
fans entonnoir , comme
la plupart des poiffons ,
( les Tortues ont auffi ce
144 MERCURE
premier chaffis à l'entrée
de l'oreille , outre celuy qui
eft à l'entrée de la quaiffe )
il est évident que le bruit
exterieur fait d'abord fon
impreffion fur ce chaffis
mefme , non pas en luy
communiquant des tremblements
qui durent confiderablement
, n'eftant tiré
par aucun muſcle qui
le mette en confonance
parfaite avec ce bruit ; mais
par quelques chocs & rechocs
qui font un ébranlement
dans les filers de
nerf répandus dans toute
la
GALANT. 145

la
membrane qui
tapiffe
la cavité qui eft
derriere
ce chaffis. Il faut dire la
mefme
chofe de la
membrane
de
l'eftrier , pour les
animaux où elle fe
trouve ,
laquelle n'eft non plus tendue
par
aucun muſcle .
Mais un
fentiment confus
du fon ou bruit
fuffit pour
avertir
l'animal ,
lorfqu'il
ne s'agit
point
de diftinguer
le ton , ny les degrez
des fons , & d'y
refpondre.
Le
chaffis
rond eft auffi
frappé
& ébranlé
de mef
me que la
membrane
de
N
Février
1712.
146 MERCURE
Feſtrier ; mais comme il
n'eft point en conſonance
avec le bruit exterieur , fes
ébranlemens font bien toft
paffez , & ne fe communiquent
que foiblement
à
l'air contenu dans le canal
du limaçon qu'il couvre ,
& à la membrane qui tapiffe
ce canal , ou pluftoft
aux efprits contenus dans
les filets de nerf qui s'y
diftribuent , & voilà tout
ce qui regarde les bruits
prompts , foibles ou violens
, où il ne s'agit point
d'appercevoir les degrez
GALANT.
147
du fon , ou des
autres modifications,
mais
feulement
de
prendre
fon parti dans
le
moment. A l'égard des
differentes
efpeces de
bruits , il eft
évident qu'el
les ne
confiftent que dans
les
differentes
rithmiques
des
vibrations de l'air ; ces
tremblements
n'eftant pas
fufceptibles
d'autres
varietez
que de
differentes
for
ces &
promptitudes , comme
on le
remarque
affez
dans la
rithmique du tambour
, &
comme je
l'expli
que au long dans la melodie.
Nij
148 MERCURE
16. Pour ce qui eft des
bruits où il eft utile de
diftinguer les gradations ,
comme dans la parole, particulierement
dans celle
qui procede par inflexions,
comme chez les Normands
, Auvergnats , Gafcons
, Dauphinois , Chinois
, &c. dans laquelle cependant
les fons ne doi
vent pas durer , de crainte
qu'ils ne fe confondent , le
grand chaffis eft alors tendu
par le grand adducteur ,
pour eftre mis en quelque
confonance prochaine aGALANT
. 149
vec la voix qui parle , & en
mefme temps avec le chaffis
rond , pendant les inflexions
les plus fenfibles
de la voix , comme dans
toutes les patetiques . Par
ce moyen le chaffis exterieur
reçoit plus aisément,
& conferve plus longtemps
les ébranlements du
fon de la voix , & les tranf
met à tout l'air de la quaiffe
, lequel air fe fait fentir
encore fur la membrane de
l'eftrier qu'il ébranle , auſſi
bien que fur le chaffis rond
qu'il ébranle encore
Niij
150 MERCURE
mieux ; & celui cy à fon
tour ébranle fenfiblement
& affez long - temps l'air
du canal qu'il ferme , pour
donner à fa membrane le
fentiment de la parole , &
de fes inflexions differentes.
Et c'eſt le nerf quieft
derriere le grand chaffis
qui par l'émotion des efprits
qu'il contient , & par
la communication qu'il a
avec le mufcle long , fait
gonfler ce muſcle , & le
met en contraction , mais
foiblement à caufe du peu
de durée des fons de la
voix , & du peu de confoGALANTY
IS!
nance qu'ils ont entr'eux ,
ce qui oblige ce muſcle d'e
ftre dans un changement
d'action continuel . A l'égard
de l'eftrier , quoy qu'il
Toit alors pouflé en quel
que forte en arriere par fa
pointe , par la jambe de
l'enclume , comme on l'a
desja dit , il ne tend cependant
que tres- foiblement
le chaffis ovale ; à caufe de
l'articulation de l'enclume
avec le marteau & l'ef
trier, (car c'eſt le feul uſage
de ces articulations ; ) autrement
les ébranlements
2
Niiij
152 MERCURE
de la voix fe feroient fentir
aux nerfs muficaux du
labyrinthe , & produiroient
des fons dans le cerveau
ou une espece de chant ,
court à la verité , mais non
pas un bruit tel que la
voix. Ainfi les paroles feroient
confufes comme les
fons des cordes d'une harpe
non affourdies , & non
pas diftinctes comme elles
le doivent. On peut adjoufter
, fi l'on veut, que les
ébranlements de l'air de la
coquille caufez par la voix.
font fortifiez par le retreGALANT
. 193
ciffement de fon canal vers
le fommet du limaçon . Au
refte ces ébranlements doivent
tousjours eftre trescourts
, à caufe que le chaf
fis rond n'eft prefque ja
mais en confonance par
faite avec l'air exterieur,
C'est pour cela qu'il n'en
refte prefque pas de trace
au cerveau , & qu'il eft fi
difficile d'imiter & de rendre
les gradations de la parole
, & s'il en refte quelque
idée foible , ce ne peut
eftre que par un leger ébranlement
d'air qui peut
154 MERCURE
paffer de la coquille dans
le labyrinthe.
De là l'on peut juger que
les animaux qui font pri
vez de la coquille , comme
la plupart des oifeaux , les
Tortues , les Taupes , les
poiffons , &c . n'entendent
la parole que comme un
fimple bruit , c'eft-à- dire ,
confusément ; c'est pour
cela que ces animaux ne
reçoivent aucun nom , &
n'obeïffent pas à la parole
de l'homme; quoyque d'ail,
leurs la plufpart de ces animaux,
principalement les
GALANT iss
Tortues &
lesTaupes ayent
le fens de l'oreille tres fin ;
comme ceux qui prennent
des Taupes , ou qui vont
varrer les Tortues lors qu
elles pondent leurs oeufs
fur le fable de la mer , s'en
apperçoivent
affez. Mais
tous ces animaux ont derriere
le chaffis interieur de
l'oreille des cavitez ou facs
aveugles tapiffez de membranes
extremement fines,
ou la partie molle du nerf
auditif envoye des branches
; & la grandeur de ces
parties recompenfe
ce qui
leur manque d'ailleurs.
*56 MERCURE
A l'égard des autres anímaux
qui ont la coquille ,
comme les chiens , les chevaux
, les finges , les élephans
, &c. on trouve en
eux une espece de docilité
qui fait connoiftre qu'ils
diſtinguent les voix : car ils
entendent les noms qu'on
leur donne , & les commandements
qu'on leur
fait ; ils diftinguent les paf
fions de la voix , la joye , l'a
colere , la triſteffe , la flatterie
, &c. & y refpondent
par des fignes fenfibles ;
ce que ne font pas les auGALANT.
157
tres animaux qui en font
privez , les oifeaux ne laiffent
pas d'ouir la voix lorfqu'on
leur parle fur un cer-
1
tain ton qui eft celuy de
leurs chaffis ; mais pour les
faire bien entendre il faut
donner outre cela une certaine
tenue ou durée à la
voix à peu près come fi l'on
chantoit, & repeter mefme
les mots plufieurs fois afin
que leur grand adducteur
ait le temps de bander
leurs chaffis . C'est pour
cela que les oifeaux n'ont
commerce entre eux que
158 MERCURE
par leurs chants,au lieu que
les quadrupedes & autres
animaux terreftres, comme
les chiens , les chats , les
brebis , les chevres , les
boeufs , les cigales , les grillons
, les cloportes , les
couleuvres fonnantes , & c .
ont une espece de commerce
entre eux à l'aide de
leurs voix , ou de quelque
inftrument qui fait en eux
le mefme office que la fimple
voix. On pourroit pen.
fer de quelques hommes
qui n'entendent & n'apprennent
que ce qu'on leur
GALANT . 159
chante , & qui ne refpondent
qu'en chantant , la
mefme chofe que des oifeaux
, fçavoir qu'ils font
peut -eftre privez tout - à -
fait de la coquille , ou du
moins que fon chaffis eft
extremement tendu , ou
extremement relafché. Mr
Caffegrain le frere de celuy
qui nous a donné des proportions
de la Trompette
Vocale , & qui eftoit fort de
mes amis , eftoit de cette
efpece , il eftoit un des plus
habiles Mouleurs du Roy ,
& je luy ay parlé il y a bien
160 MERCURE
36 =
vingt cinq ans ; peuteftre
n'y en a - t- il pas dix
qu'il eft mort , ainfi on en
pourroit encore fçavoir
des nouvelles chez les Scul
pteurs du Roy. Mais ne
pourroit -on point penfer
au contraire que ceux qui
font infenfibles à l'harmo
nie , comme un de mes parents
d'llliers , dont j'ay
parlé ailleurs , & qui eſt
vivant , & pluſieurs autres
de mes amis , ou font privez
du labyrinte , ou du
moins du grand adducteur,
& peut-eftre auffi de l'adducteur
GALANT. 161
ducteur de l'étrier . Quant
aux fourds qui entendent
tous clair au milieu du
grand bruit , on peut penfer
que le nerf qui eft der
riere le grand chaffis de
leur oreille eft relaſché , ou
ce chaffis luy meſme , ou
tous les deux enſemble , ce
qui les rend peu fufceptibles
des ébranlements du
bruit, Mais les bruits violents
, les fecouffes des carolfes
, &c . ébranlants les
efprits ou de l'oreille exte
rieure , ou mefme du cerveau
, il s'en fait un reflus
·
Février 1712 . O
162 MERCURE
dans les muſcles de l'oreille
interieure qui les mer en
contraction. Ce relafchement
du grand chaffis
vient fouvent d'avoir fouffert
une percuffion trop
violente , comme il eft arrivé
à quelques perfonnes
par le bruit d'un canon
dont ils eftoient trop près.
17. Enfin à l'égard des
fons , comme ils ont une
durée fenfible , lorfqu'ils
viennent frizer le chaffis
exterieur & en mefme
temps le nerf qui eft couché
derriere , ils mettent
GALANT: 163
les efprits qui y font contenus
en action , laquelle fe
communique enfuite aux
mufcles adducteurs de la
quaiffe , qui tirent le marteau
& l'étrier , & ces mufcles
entrat en contraction
tendent le grand chaffis ,
& le chaffis ovale , pour
les mettre en confonance
parfaite avec le fon exterieur
, fçavoir avec celuy
de la principale note du
mode , qui eft ordinairement
la quinte fur la fi.
nale , & c'eft à cela principalement
que les prélu
Ò ij
164 MERCURE

?
des font utiles . Alors toutes
les autres notes du mode ,
principalement la finale
la mediante , & l'octave ,
avec leurs repliques peuvent
s'exprimer beaucoup
plus aisément fur ces deux
chaffis , c'eft à dire qu'ils
deviennent par ce moyen
plus fufceptibles de la ritmique
dans laquelle confiftent
les confonances &
les accords des fons de ce
mode , & mefme de toutes
fes notes accidentelles
tant diatoniques , que cromatiques
; quoyque les
GALANT . 165
rapports de leurs vibrations
avec les bafes du mode
foient plus éloignés. Et
cette tenfion de ces deux
chaffis ne fe change que
quand on change la dominante
du premier mode en
celle d'un autre , ou que
quand on infifte trop longtemps
fur le cromatique. Si
l'on veut avoir quelqu'idée
fenfible de cette ritmique
dans laquelle confifte toute
l'effence des intervalles
muficaux , c'eft à dire des
confonances & des diffonances
, il ne faut que pro
166 MERCURE
portionner les longueurs
des balanciers de deux ou
trois ou quatre Pendules ,
de telle ſorte qu'un faiſant
par exemple deux vibrations
, un autre qui commence
en mefme tems en
faffe 3. alors on entendra la
ritmique de la quinte, c'eftà
dire la quinte . Si dans le
tems que le premier en fait
par exemple 4. le fecond
en fait cinq , le troifiéme
fix , & le quatriéme huit
tous quatre commençant
en meſme temps , on entendrala
rithmique de l'ac
GALANT . 167
cord , ( ut mi fol ut ) c'est- àdire
, en un mot on aura
une fenfation nette de cet
accord & non confuſe ,
comme elle l'eft pour les
oreilles non muficales . Et
ainfi de tous les autres accords
, ce qu'on trouvera
plus amplement traité
dans noftre Melodie.
Les ébranlements que
le grand chaffis & fon marteau
ont receus , font communiquez
immediatement
à l'enclume , & à l'eftrier
qui les communiquent à
leur tour au chaffis ovale,
168 MERCURE
& celui cy les fait paffer
à l'air de la voute ou veftibule
avec toutes leurs va
rietez , lequel les communique
fur les cinq ou fix
differents filets du nerfmufical
répandus dans les canaux
femicirculaires . On
peut mefme penfer qu'il y
a dans ces differents filets
des efprits plus ou moins
agitez , ou que ces filets
mefmes font tellement
en grof proprtionnez
feur , longueur & tenfion ,
que comme ils font en l'air,
ils font par confequent fuf
ceptibles
GALANT. 169
ceptibles , l'un des ébranlements
de la finale , un
autre de ceux de la mediante
, un troifiéme de
ceux de la dominante , un
autre de ceux de l'octave ,
& un cinquième enfin de
ceux de la dixiéme ou pluftoft
( ce qui peut revenir
au mefme ) comme un fon
eft prefque tousjours accompagné
de fes multipliés
, fçavoir l'octave , la
douzième , la double octave
, la dix-feptieme , & la
dix- neuviéme
( quoyqu'ils
ne foient pas tousjours ai
Février
1712 .
P
170 MERCURE
sés à appercevoir , particu
lierement dans les fons fort
aigus ) on peut penser que
ces differens fons s'impriment
fur ces filets , un fur,
chacun & comme ces
filets ne font au plus que
fix en nombre , on voit
que l'intervalle
de ſept
un n'y peut avoir lieu , ny,
par confequent
toutes les
autres relations ( 2,7,2,3 , ( Z Z z
2 ,,, ) & c . qui en font dérivées
; au lieu que tous les
intervales
,,,, & c .
font renfermés dans les
précedens. Et comme la
8
-
GALANT. 171
parole eft fouvent jointe
avec la voix , on peut penfer
qu'alors elle fe fait fentir
dans le canal du limaçon
qui répond à la voute
pluftoft que dans le labyrinthe
, à caufe de la lame
fpirale de ce canal , qui eft
fufceptible d'une plus grande
quantité de varietés de
bruit que les nerfs du labyrinthe
, par fa figure triangulaire
& par fa longueur.
Ileft évident que la mefme
chofe doit fe paffer
dans tous les animaux qui
ont le labyrinthe. C'eft
Pij
172 MERCURE
pour cela qu'on trouve des
chiens , & mefme des chevaux
qui font extremement
fufceptibles de la muſique ,
comme un bichon que j'ay
eu autrefois , & deux autres
chiens qui font encore
chez deux des premiers
muficiens de Paris de ma
connoiffance. On fçait que
les Roffignols l'aiment
éperduement. Les Elephants
, les cameleons , les
araignées nommées Tarentules
, & c . en font auffi
tres fufceptibles. Et comment
penfer que tant d'aGALANT.
173
nimaux paffent une bonne
partie de leur vie à chan
ter , comme les oifeaux , les
grenouilles , les cigales , les
graiffets , &c . fans qu'ils y
prennent quelque plaifir ?
18. A l'égard de la correfpondance
qu'il y a entre
l'oreille & la glotte , ou
le larinx , qui fait qu'on répete
dans le moment les
fons qu'on a entendus avec
toutes leurs varietez , il eft
évident qu'elle ne peut
confifter que dans la cor
refpondance qu'il y a entre
les racines du nerf auditif
Piij
174 MERCURE
ou de la feptiéme paire
& celles du nerf chanteur
qui eft la cinquiéme , laquelle
fe répand dans l'o
reille , auffi bien que dans
-le larinx , car ces racines
communiquant entre elles
dans la bafe du cerveau , les
motions des efprits contenus
dans le nerf auditif,
y
paffent aisément dans celuy
de la glotte , outre que
celles de l'oreille interne
paffent auffi immediate
ment par les rameaux que
cette cinquième paire envoye
à ces deux parties ,
GALANT 475
c'eft enfin par là qu'on peut
expliquer pourquoy les
fourds de naiffance font
privez de l'ufage de la pa
role, & plufieurs autres que
ftions de cette nature.
L E TTR E
d'un Capitaine de Vaiffeau
qui a eflé prefent à l'expedition
de Rio Janeiro.
Le 12.
e 12. Septembre
à la «
faveur d'une bruine fort
épaiffe nous parufmes
furles
dix heures du matin «
proche l'entrée de Rio
Janeiro , ayant reconnu “
Piiij.
176 MERCURE
la Terre deux jours aupa 03
3
→ ravant , dès que le temps
1029
03/
09
30
commença s'éclaircir à ´s
Mr Du Gué fit le fignal
pour entrer tous en li-
" gne fuivant l'ordre qu'il
- en avoit donné , fçavoir
» le Magnanime
, le Lys ,
le Brillant , l'Achille
, le
Glorieux , le Mars , le Fidele
, l'Argonaute
, l'A-
→ mazone , la Bellone , l'Aigle
, l'Aftrée , le Chance-
» lier , la Glorieufe , la Con-
- corde & les deux Traverfiers
, nous entraẩmes tous
avec un vent de Sud Eft
*
GALANT 177
beau & frais en forçant le
grand fort de fainte Croix
qui eft le premier en en- «
trant & d'autres forts
dont il nous fallut effuyer
le feu nous allafmes moüil
ler , nonobftant leur feu ,
proche la ville hors la por--
tée du canon , nous y avons
trouvé quatre Vaiffeaux
de guerre Portugais
de 64, 62. 60. à 58. canons
, dont la moitié de «
leur artillerie eftoit de «
fonte. Mr du Gué , avec «
le Confeil de guerre , re
folut qu'il falloit fe rendre
178 MERCURE
" maiftres de l'Ifle aux Che
vres, & que c'eftoit le feul
endroit où on pourroit
eftablir fes batteries . Mr
du Gué ordonna qu'on fe
tint preft à debarquer
avec une partie des trou
pes à la petite pointe du
* jour. Mr de Gouyon ,
comme eftant le plus ancien
, commanda la defcente
& fat avec toutes
les chalouppes & canots
armez , dans lefquels il y
avoit cinq cens hommes ,
#& s'en rendit maiftre. Les
Portugais s'y eftoient des
GALANT. 179
ja eftablis,& avoient com- *
mencé à faire des batteries
, dont ils avoient desja
fix pieces de canon de «
fer qu'ils enclouérent
quand ils furent obligez
d'abandonner.Aprés
cet
te expedition faite , Mr
Gouyon fe rembarqua , &
en laiffa le commande- &
ment au Marquis de faint •
Simon Lieutenant de
Vaiffeau , avec trois cens •
foldats , & il a donné des
marques de ſa valeur , &
a tousjours tres bien fait .
Le 13. dudit mois deux de «
180 MERCURE
03
ces Vaiffeaux Portugais
fe bruflerent , le Cheva-
» lier de Veaurealle cut ordre
d'aller avec fa Chaloupe
à bord d'un autre
qui en vouloit faire au,
tant , il s'en rendit maif,
etre , mais il ne put point
le haller au large , parce
qu'un Fort faifoit conti,
" nuellement feu deffus ne
voyant aucun espoir de
le fauver , parce qu'il ef
toit crible de coups de
& qu'il faifoit
• canon
beaucoup d'eau , tout ce
qu'il put faire ce fut de
GALANT. 181
ce
се
Téchouer proche de la
pointe de l'Ifle aux Ché
vres , il ne s'y eft trouvé -
que feize piecesde canon «
de fonte de vingt quatre ,
qu'on tranſporta la nuit
à terres quant à l'autre
Vaiffeau il fe brufla deux
jours aprés , on ne put
point l'aller prendre où
i eftoit proche une batterie
de quatre pieces de
canon de quarante huit ,
Mr Du Gué ordonna
tous nos mortiers fuffent
mis à terre en batterie à «e
l'ffle aux Chevres. Leque
C
се
сс
182 MERCURE
22
» Chevalier de la Ruffinie
➡re qui commandoit l'artillerie
, y fut tué la nuit
13. au 14. De Beauve
fut à la faveur de la nuit
23
33
» du
avec huit Chalouppes &
cinq canots armez , enle
→ ver cinq à fix Baſtiments
qui eftoient moüillez proche
de terre , qui pouvoient
empeſcher noftre
defcente generale
, ils
avoient du dix - huit fur
deux de ces navires, dont
» un eftoit de 44. & l'autre
» de trente - fix, tous eftoient
chargez de beau fucre
57
GALANT. 183
CC
blanc de Brefil , on eftime
ces carguaifons , ain- «
fi que ces Vaiffeaux plus
de cent mille écus. Le14.
nous filmes noftre defcen- «
te generale au nombre.
de trois mille hommes , «
toutes nos troupes furent
à terre à midy , & nous «
marchaſmes dans la plus .
grande ardeur du Soleil ,
& fufmes à une grande «
lieue pour pouvoir nous «
rendre maiftres d'une ri «,
viere qui fournit la legarde
d'eau , mais nous ne «
pufmes paffer , parce que
се
CR
184 MERCURE
»
→ cet endroit eft ifolé &
qu'il y avoit un bras de
riviere qui le rendoit inacceffible
, nous fufmes
obligez de nous en retourner
proche le debar-
» quement où nous cam-
→pafmes par brigades , nous
» y reftames huit jours fans
faire grand mouvement.
Le 19. Mr du Gué envoya
» un Tambour au Gouver-
» neur de la Ville avec une
»
35
"
Lettre pour luy deman-
» der juftice des mauvais
» traitements & des cruau-
» tez qu'on avoit fait à tous
les
GALANT. 185
les prifonniers de Mr le
Clerc, & de fon affaffinat, "
& qu'il le fommoit de fe «
rendre , il fit refponfe
qu'il avoit des forces fuperieures
de beaucoup
aux noftres pour fe def
fendre , & qu'à l'égard de
l'affaffinat de Mr duClerc Ce
«
il n'y avoit eu aucune
part , & qu'il avoit fait «
les perquifitions neceffi
res pour en fçavoir les «
complices.
Quand Mr du Gué eut «
receu cette Lettre il envo «
ya un canot à l'ifle des «
Q Février. 1712.
186 MERCURE
Chevres avec ordre de
» commencer à tirer , alors
→ on ouvrit toutes nos batteries
; fur les fix heures
» du foir , l'on tira de tren
>> te pieces de trente fix , &
le lendemain de dix au .
tres de vingt quatre & de
» dix- huit. Le 22. les Jefui-
» tes envoyerent Mr de la
Salle Volontaire de Mr
du Clerc à Mr du Gué
pour l'avertir que le Gou-
25
verneur avec toute la
garuifon & les habitants
» avoient pris la fuite pen-
» dant la nuit , & qu'ils
GALANT. 187
fe
ce
avoient abandonné la -
Ville de Rio Janeiro &
tous les Forts ; qu'ils euffent
à s'y rendre pour en «
prendre poffeffion . On «
s'affura des portes les plus
importantes. La Brigade
de MrGouyon fut aux Be- .
nedictins , & l'on prit le
Fort & tout ce qui en dépend.
Nous n'avons perdu
en cette occafion que
vingt hommes. Par les «
avis de plufieurs priſon
niers de Mr du Clerc , «
qui fe fauvoient de la Ville
, nous avons appris que
co
Qij
188 MERCURE
*
30
53
les Ennemis avoient plus
de dix mille hommes por
tant les armes , y compre
" nant des Negres libres
qui font auffi agueris que
des Soldats . Sitoft que
nous fufmes à la Ville on
diftribua noftre petite armée
en cinq Brigades
pour occuper les poftes
les plus avantageux auffi-
> bien que les dehors où
l'on fe campa . Mr du Gué
fe logea à la maifon de
l'Evefque. I nous vint
360. Soldats de Mr du
Clerc qui fortirent de
30
"
39
53
227
GALANT. 189
се
ec
RE
prifon que l'on incorpora
dans nos Troupes . Le 23.
tous les Forts fe rendirent
par capitulation , & on y "
envoya des garnifons .
Mr du Gué voyant que
le Gouverneur ne vouloit
point compoſer pour fa
Ville luy écrivit pour luy
reprefenter que tout fon «
pays eftoit en noftre puif
fance, preft d'eftre ruiné , «
& qu'ilcherchoit évidem «
ment fa perte ; que fon
Roy le puniroit toft ou
tard de n'avoir pas ména
gé fes interefts ; il l'avere
LC
the
190 MERCURE
* tiffoit d'envoyer chercher
fes bleffez & les
malades pour leur éviter
d'eftre embrafez dans les
* ruines de fa Ville qu'il
alloit bruler & miner les
Forts pour les faire fauter,
Il fit réponſe qu'il vouloit
» confulter fes Generaux ,
& demanda deux jours.
Le 28. voyant qu'il ne
répondoit point on fit
» marcher toute l'Armée
» vers les fix heures du matin.
On ne laiffa que trespeu
de monde pour gar-
20
» der les Forts que nous
GALANT . 191
occupions . Nous fulmes a
droit à l'ennemy qui eftoit «
campé à deux lieuës de la
Ville. On les furprit fi à «
propos que fi on les avoit
attaqués on les auroit dé- ➡
faits entierement
; nos
deux Armées eftoient en «
veuë à la portée du canon
: mais le Gouverneur
demanda
à capituler. Le «
premier Article fut que
l'on nous donneroit
en
poudre d'or 1600000 , li- «
vres poids de France en
trois payements
payements
afin -
qu'on confervaft la Ville , «
19
MERCURE
33
و د
$
33
les
Couvents des Jefuites ,
& des
Benedictins , fous
condition qu'on leur donneroit
des
oftages pour
feureté. Nous leur laiffames
le Chevalier de la
Grange Enfeigne de Vaif
feau , qui a efté autrefois
au Port Louis . Ils nous
» envoyerent
leur Préfi
» dent , & un Mestre de
Camp de Cavalerie que
→ nous amenames à la Ville.
» Ils nous
accorderent cent
quaiffes de fucre blanc
53
de neuf cens livres chacune
s'obligerent de
nous
CALANT. 193
cc
+
«
nous fournir gratis 200. «
boeufs fous condition
qu'on leur rendroit tous «
les Forts , & tout ce qui
en dépend , l'artillerie
avec fix coups par canon ; «
que la Ville ne feroit «
point brulée , & qu'ils s'o- «
bligeoient de nous ache- «
ter toutes les poudres qui
cftoient en grande quanrité
& toutes les mar- «
chandifes pour peu qu'on
leur en fit bonne compofition
. Il ne s'eft donné «
que deux efcarmouches
où nous avons tué aux «
R
Février
1712 .
ec
ec
сс
EC
194 MERCURE
59
33
52

32
Ennemis plus de 150 .
hommes ; nous n'en avons
perdu que quatre ou cinq,
Nonobftant la capitulation
faite on ne laiffoit
point de fe tenir fur fes
gardes. Nous recevions
fouvent des avis qu'on
devoit nous furprendre..
Quand on nous eut fait
le premier payement
→ nous ne primes plus tant:
de précaution . Comme
les Portugais mouroient
de faim , on leur permet-
» toit d'entrer dans la Ville
» pour y prendre des fari-
37
32
22.
50
GALANT. 195
EC
nes de magniottes qu'ils -
avoient dans leur maifon
ayant avec eux des fauve - c
gardes qui les ramenoient
dehors ; nous recevions «
d'eux tous les jours des
rafraifchiffements
qui
.co :
nous eftoient d'un tres. «
4
OC
ce
grand' fecours . Le bruit
commun porte qu'on a «
trouvé dans les monta- Le
gnes un trefor d'environ
deux millions cinq cent «
mille livres en lingots
d'or , poudre , & vaiſſelle
d'argent , & trois mille .
quaiffes de fucre blanc «
>
cc
Rij
196 MERCURE
و د
qui font de neuf cens li.:
vres chacune , eftimées
trois cens mille écus
» trente pieces de canon de
fonte de vingt - quatre
eftimées deux cens dix
mille livres ; l'on a vendu
plufieurs Navires pour
53
SP
و د
50
38
"
22
7» cent foixante mille livres;
l'on a vendu les poudres
» cent vingt mille livres , &
des marchandifes vendues
dans tous les vaiffeaux
au profit de l'arme-
» ment vingt mille livres ;
le tout enfemble compre-
5
57
و د
- nant ce qu'on a receu
GALANT. 197
(C
f5 ས
CC
pour la capitulation , on
compte que nous avons «
cu de Rio Janeiro huit
millions. Tous nos Soldats
ont donné beaucoup
de marques de leur va- «
leur eſtant remplis tous "
de bonne volonté ; la «
ce
"
ce plufpart ont fait de gros
butins & ceux qui n'ont *
pas profité dans cette oc- «
cafion , c'eft qu'ils fe font
trop attachés à boire.
(c
3
R iij
198 MERCURE
AUTRE EXTRAIT
de plufieurs Lettres particulieres
joint à l'Extrait de
la Relation imprimée à Paris
fur ce qui s'eft paffé dans
l'expedition de Rio faneiro.
LE 9. du mois de Juin
4711. le Sieur du Guay-
Trouin mit à la voile des
rades de la Rochelle avec
fon Efcadre , & les deux
Vaiffeaux
, le Chancelier
:
& le Glorieux , dans le def
fein d'aller tenter la conquefte
de Rio Janeiro
GALANT . 199
Place importante à la coſte
du Brefil , où le fieur Du
Clerc , & huit cens Soldats
de la Marine avoient efté
tuez ou pris l'année précedente.
Le 2 Juillet, il moüilla
à l'Ile de Saint Vincent ,
où la Fregate l'Aigle vint le
joindre , & n'y trouvant
point de rafraifchiffements
il remir à la voile le 6. avec
le feul avantage d'avoir mis
les troupes à terre , pour
leur faire connoiftre le
rang & l'ordre qu'elles de
voient obferver en cas de
defcente . Le 11. du mois
R iiij
200 MERCURE)
d'Aouſt il paffa la Ligne
Le 19. il eut connoillance
de l'Ile de l'Afcenfion , &
2
le
27. fe
trouvant
à la
hauteur
de
la
Baye
de
tous
les
Saints
, il affembla
le . Confeil

il fut
réfolu
qu'on
fe
rendroit
à
droiture
au
Rio
Janeiro
, Le
1.
de
Septembre
on
trouva
fond
, fans
:
avoir
cependant
connoif
.
fance
de
terre
. Il
fit
fes
remarques

deffus
, &
fur
la
hauteur
qu'on
avoit
ob
!
fervée
, aprés
quoy
profi
tant
d'un
vent
frais
qui
s'é
leva
à l'entrée
de
la
nuit
, il
GALANIM 267-
fit forcer de voiles à toute
l'Efcadre, malgré la brume
& le mauvais temps , & il
fe trouva à la pointe du jour
Jprécisément
à l'embouchu
re du Rio Janeiro .
llordonna au Chevalier
de Courferac , qui en con
noiffoit l'entrée , de fe met
tre à la tefte de l'Eſcadre, &
aux Chevaliers de Gouyon
& de Beauve de marcher
immediatement aprés , &
ilTuivic, eftant alors en fi
tuation desvoir ce qui fe
paffoit à la tefte & à la
queue. Il fut en mefme tems

1
102 MERCURE
fignal aux Sieurs de la Jail.
le , de la Moinerie Miniac ,
& à tous les Capitaines de
l'Efcadre de marcher les
uns aprés les autres , fuis
vant le rang & la force de
leur Vaiffeau , ce qu'ils executerent
ponctuellement ' ,
ainsi que les Maiftres des
deux Traverfiers qui effuye
rent le feu de toutes les Bat
teries fans changer de rou.
te .
Le Chevalier de Courſe.
rac , s'eft acquis une gloire
particuliere dans cette ac
tion , par la bonne mancu
'
GALANT . 1203
1
vre qu'il a faite & la fierté
avec laquelle il a montré le
chemin . Ce fut dans cet
ordre qu'on força l'entrée
de ce Port , défendu par
une prodigieufe quantité
d'artillerie
, & par quatre
Vaiffeaux de Guerre de cinquante
-fix à foixante - dix
canons
, commandez
par

Gafpar da Cofta , General
de la Flote , que le Roy de
Portugal avoit envoyée exprés
avec des Troupes pour
la défenfe de cetté Place.
Ces quatre Vaiffeaux ju
geant par la manoeuvre
204 MERCURE
qu'on les alloit aborder ,
couperent leurs cables , &
allerent s'échouer fous les
Batteries de la Ville. On
avoit eu jufqu'alors environ
trois cens hommes
hors de combat. Il eft neceffaire
pour l'intelligence
de cette Relation d'ajouter
icy un eftat de la Ville &
de la Baye de Rio Janeiro ,
de fes Fortereffes & de la
fituation de fon entrée. La
Baye de Rio Janeiro eft
fermée par un goulet beaucoup
plus eftroit que celuy
de Breft ; elle eft défendue
GALANT . 205"
du cofté droit par le Fort
de Sainte Croix , garni de
quarante quatre pieces de
canon de tout calibre , de-
| puis quarante huit livres
de bale jufqu'à huit , d'une
autre Batterie de fix pieces.
qui eft au dehors de ceFort,
& du cofté gauche par le
Fort de Saint Jean , & par
deux autres Batteries garnies
de quarante huit pieces
de gros canon qui croifent
l'entrée , au milieu de
laquelle fe trouve une Ifle
ou gros Rocher qui peut
avoir quatre- vingt ou cent
206 MERCURE
braffes de longueur. Au
dedans de l'entrée du cofté
droit , on trouve une Bat
terie nommée Noftre - Dame
de bon voyage , qui eft
fur une montagne inacceffible
, où il y a dix pieces de
canon de dix - huit à vingtquatre,
qui fe croiſent avec
le Fort de l'Ifle de Villega
gnon qui eft à la gauche ,
& où il y a vingt pieces du
mefme calibre qui battent
l'entrée de la Baye . Audelà
de ce dernier Fort , &
de celuy de Saint Jean , il y
a un Fort nommé Saint
GALANT 207
Theodofe , de feize pieces
de canon , qui bat la plage
qui eft du cofté de la Carioque
, au milieu de la
quelle les Portugais ont encore
bafti une espece de
Demi - lune . Quand on a
paffé toutes ces Batteries
& tous ces Forts , on voit
I'lfle des Chevres qui n'eft
qu'à la portée du fufil de la
Ville du cofté des Benedictins
, où il y a un petit Fort
de quatre baftions avec
huit pieces de canon , &
fur un plateau qui eft au bas
de l'Ifle , une Batterie de
08 MERCURE
quatre pieces qui bat le
cofté de la Mer & fe croife
avec le Fort de la Miferi
corde . Ily a encore des Batteries
de l'autre cofté de la
Rade
& il n'y a pas un
feul endroit pour faire def
cente , où les Portugais
n'euffent remué la terre
fait des abbatis d'arbres &
mis du canon en batterie .
A l'égard de la Baye , on ne
peut gueres en trouver de
plus belle , de plus grande ,
ny de plus commode : le
moüillage y eft parfaitement
bon , le Vent & la
Mer
GALANT 209
Mer n'y entrent prefque
jamais , & il y a au fond
une Riviere qui s'eltend
quatorze lieues en terre
du cofté du Nord - Eft .
La Ville eft baſtie le long
de la Baye , au milieu de
trois montages fort éle
vées , qui font occupées ,
l'une qui eft à une des extremitez
, par les Jefuites ,
l'autre par les Benedictins ,
& la troifiéme , nommée la
Conception , par l'Evef
que ces trois montagnes
commandent entierement
la Ville & la Campagne
Février 1712. S
110 MERCURE
& font garnies de Forts &
de Batteries . Au deffus de
celle qu'occupent les Jefuites
, eft un Fort nommé
Saint Sebaftien , reveftu de
murailles & entouré d'un
bon foffé , garni de quatorze
pieces de cánon & de
beaucoup de pierriers . Sur
la gauche de ce Forty du
coftéde la plaine à my cofte
eft un Fort nomméSaint
Yague , où il y a douze
pieces de canon : un autre
nommé Sainte Aloufie , de
huic pieces ; une Batterié
de douze , & le Fort de la
GALANT 211
Mifericordes qui eft baſti
fur un Rocher qui avance
dans la Mer, où il y a douze
pieces de canon qui battent
du cofté de la Ville &
de celuy de la Mer. La
montagne des Benedictins
eft fortifiée d'un retranchement
garni de plufieurs
pieces de canon , qui bat
tent du cofté de l'ifle des
Chevres du cofté de la
montagne de la Concep
tion & de la plaine. La
montagne de la Conception
eft retranchée du coftéde
la campagne par un
Sij
212 MERGURE
foffé , une haye vive derriere
, & des pieces de cas
non de diftance en diſtan.
ce , qui en occupent tout le
front. La Ville eft fortifiée
par des Redans & des Batteries
de diftance en diftance
, dont les feux fe crois
fent : du cofté de la plaine
elle eft défendue par un
Camp retranché & un bon
foffe plein d'eau , au de
dans duquel il y a deux
places d'armes à pouvoir
contenir quinze cens hom
mes en bataille , plufieurs
pieces de canon & des
GALANT 21
maifons crenelées de tou
tes parts ; c'eftoit le lieu où
les Ennemis avoient une
partie de leurs Troupes ,
qui montoient à douze ou
treize mille hommës
, par
my lefquels plufieurs a
voient fervi en Eſpagne
à
la bataille d'Almanza
, &
un tres - grand nombre de
Negres . Le Sicur du Guay
Troüin , furpris de trouver
la Place en fi bon eftat , apprit
qu'un Paquebot venu
d'Angleterre
à Lisbonne ,
avoit donné avis que fon
Efcadre étoit deftinée pour
#14 MERCURE
le Rio Janeiro: & comme
il ne fe trouva point dans
ce temps- là de Baftiment
armé pour y en porter la
nouvelle , le Roy de Portugal
y avoit envoyé ce
mefme paquebot qui ¡y ef
toit arrivé quinze jours auparavant.
Cet , avis avoit
donné lieu au Gouverneur
de faire travailler avec tant
de diligence à des retran
chements , & à eftablir des
Batteries dans tous les endroits
où il jugeoit qu'il
pouvoit estre attaqué.
La journée le paffa à for.
GALANT. 25
cer l'entrée , & le fieur du
Guay- Troüin fit avancer
la Galiote & les Traver
fiers , & détacha le 3 à la
pointe du jour le Chevalier
de Gouyon avec cinq cents
foldats d'élite , pour s'em
parer de l'ifle des Chevres
Il l'executa dans le mo
ment , & en chaffa les ennemis
fi brufquement
, qu
ils eurent à peine le temps
d'enclouer leur canon. Ils
coulerent à fond en fe reti
rant deux de leurs plus gros
Vaiffeaux marchands entre
les batteries des Bene
21 MERCURE
dictins & l'Ile des Chevres
, & ils firent fauter
deux de leurs Vaiffeaux de
guerre échouez fous le
Fort de la Mifericorde
mais voulant en faire autant
d'un troifiéme échoué
à la pointe de l'Ile des
Chevres , le Chevalier de
Gouyon y envoya deux
Chaloupes commandées
par les fieurs de Vaureal &
de Saint Oſmanes , qui
malgré le feu du canon de
la Place , s'en rendirent
maiftres & y arborerent le
Pavillon du Roy ; mais ils
nc
GALANT . 217
ne purent le mettre à flot ,
parce qu'il ſe trouva plein
d'eau par les
coups de canon
dont il eftoit percé. Le
Chevalier de Gouyon envoya
auffi toft rendre compte
de la fituation avantageufe
de l'Ile des Chevres :
le fieur du Guay Trouin
alla vifiter ce pofte ; & l'ayant
trouvé tel qu'il le luy
avoit marqué , ordonna
aux fieurs de la Ruffiniere
& Effiot Officiers d'artillerie
, & au fieur Keguelin
Capitaine de Brulot d'y eftablir
des batteries de mor-
Février
1712 . Τ
218 MERCURE'
tiers & de canon . Le fieur
de Saint Simon Lieutenant
de Vaiffeau , fut chargé de
faire fouftenir les travailleurs
avec un Corps de
troupes : les uns & les autres
remplirent leur devoir
avec toute la fermeté poffible
, eftant expoſez au feu
continuel du canon & de
la moufqueterie. Cependant
la plupart des Vaiffeaux
de l'Efcadre manquoient
d'eau , & il eſtoir
abfolument neceffaire de
s'affeurer de l'aiguade
, &
de faire defcente pour couGALANT.
212
per , s'il eftoit poffible , la
retraite aux ennemis , &
les empefcher d'emporter
leurs richeffes dans les
montagnes. Il ordonna
pour cet effet au Chevalier
de Bauve de prendre le
commandement des Fregates
l'Amazone , l'Aigle ,
Aftrée & la Concorde ,
dans lesquelles on fit embarquer
une partie des
troupes , le chargeant de
s'emparer pendant , la nuit
de quatre Vaiffeaux marchands
qui mouilloient
près de l'endroit où on
+
Tij
220 MERCURE GUR
prétendoit faire deſcente ,
& d'y establir un entrepoft
pour les troupes , ce
qu'il executa avec beaucoup
d'ordre & de condui
te. Ainfi ce debarquement
fe fit le lendemain avec
d'autant plus de feureté
qu'on en avoit ofté la connoiffance
aux ennemis par
$
d'autres mouvements qui
attirerent toute leur attention
.
Le 14. Septembre,toutes
les troupes eftant debarquées
au nombre de deux
mille cent cinquante folGALANT
. 221
dats & de fix cents matelots
armez , le fieur du
Guay - Trouin envoya les
fieurs Gouyon & de Courferac
, s'emparer de deux
hauteurs , d'où l'on décou
vroit tout ce qui fe paffoit
dans la Ville. Le Sicur
d'Auberville Capitaine de
Grenadiers de la Brigade
de ce premier , chaffa quel
ques Troupes Portugailes
d'un bois où ils eftoient en
embufcade , aprés quoy les
Troupes camperent dans
cette difpofition .
L'aile droite comman-
Tiij
222 MERCURE
ན ༥༠
par le
dée par le Chevalier de
Gouyon , occupa la hauteur
qui regardoit la Place :
l'aile gauche commandée
par le Chevalier de Cour
lerac, celle qui eftoit à l'op
pofite ; & le corps de Ba
taille , commandé
Chevalier de Beauve , fut
placé au milieu , auffi bien
que le Quartier general ,
afin d'eftre à portée de fe
foutenir les uns les autres ,
& d'eftre maiftre du bord
de la Mer , où les Chalou
pes faifoient de l'eau & apportoient
continuellement
GALANT . 223
les munitions de guerre &
de bouche dont on avoit
befoin. Le Sieur de Ricoüart
, Inspecteur general,
à la fuite de l'Efcadre , refta
dans la Rade pour avoir
foin de les envoyer & de
faire fournir les materiaux
neceffaires à l'eftabliffe. ?
ment des Batteriesfur l'Ile
des Chevres.
Le 15. le sieur du Guay
Troüin fit marcher toutes
les troupes dans la plaine :
des détachements s'avan
cerent jufqu'à la portée du
fufil de la Place , & tuerent
Tiiij
224 MERCURE
des beftiaux , & pillerent
des maifons , fans aucune
oppofition . Les Portugais
efperoient que les troupes
Françoiles s'engageroient
dans les retranchements.
où ils efperoient les envelopper
, mais voyant qu'ils
• ne branloient pas , le Sieur
du Guay Troüin fit retirer
les Troupes , aprés avoir
bien reconnu le terrain qui
fe trouva impraticable , de
forte qu'il parut impoffible ,
mefme avec dix mille hommes
, de pouvoir couper la
retraite aux ennemis , ny
GALANT. 225
leur empefcher de fauver
leurs richeffes.d
ne
Il en fut convaincu , lors
qu'ayant remarquéun party
des ennemis au pied d'u
montagne , il voulut le
faire couper par le Batail
lon du Lys & celuy du Maj
gnanime , qu'il avoit fait
couler à droit & à gauche,
Mais s'en eftant appro
chez avec bien de la peine ,
ils trouverent un marais &
des halliers impenetrables
qui les arrefterent , & les
obligerent à s'en revenir.
Le 16. un de fes déta226
MERCURE
chements s'eftant avancé ,
les ennemis firent jouer un
fourneau avec tant de précipitation
, qu'il ne fit au
cun effet. Ce mefme jour il
chargea les Sieurs de Beau.
ve & de la Calandre d'eftablir
une Batterie de dix pieces
de canon fur une Prefqu'Ifle
qui prenoit les Batteries
des Benedictins à re
vers , & ils y firent travailsy
ler fi diligemment , que
dans trente- fix heures elle
fut en eftat de tirer.
Le 17. les Ennemis bru
lerent de grands magazins
GALANT. 227
remplis de fucre , d'agrez
& de munitionsfur le bord
de la Mer. Ils firent auffi
fauter en l'air le dernier de
leurs quatre Vaiffeaux de
guerre échoüez fous les
Benedictins , & ils brule
rent deux autres Baftiments
appartenants
au Roy de
Portugal , qui touchoient à
terre .
Le 18. les Ennemis firent
fortir de leurs retranchements
douze cens hommes
de leurs meilleures
Troupes, pour enlever un
pofte avancé que le Sieur
228 MERCURE
de Lifta gardoit avec cinquante
Soldats , mais il fe
défendit fi bien qu'il donna
le temps au Chevalier de
Gouyon d'y envoyer le
Sieur de Bourville , Ayde-
Major de fa Brigade , avec
les Compagnies des Sieurs.
Drouallen & d'Auberville
qui chafferent lesEnnemis,
aprés en avoir tué ou bleffé
plus de cent cinquante . Le
Sieur de Pontlo- Coetlogon;
Ayde de Camp du Cheva ,
lier de Gouyon y fut bleffé,
avec environ vingt cinq
Soldats . Ce mefme jour
GALANT
229
P
la Batterie des Sieurs de
Beauve & de la Calandre ,
commença à tirer fur les
retranchements & les Batteries
des Benedictins .
Le 19. le Sieur de la Rufiniere
ayant donné avis
qu'il avoit cinq mortiers &
dix-huit pieces de gros canon
en batterie fur l'ifle des
Chevres , le Sieur du Guay-
Troüin fit fommer le Gouverneur
de ſe rendre , &
fur fa réponſe pleine de
fierté , il refolut de l'attaquer
vivement. Il alla pour
cet effet avec le Chevalier
40 MERCURE
de Beauve le long de la
cofte , depuis le Camp juf
ques à l'Ile des Chevres ,
reconnoiftre les endroits
par où on pourroit plus aisément
forcer les ennemis.
On remarqua cinq Vaiffeaux
Marchands à demi
portée du fufil des Benedi-
"
etins , qui pouvoient fervir
d'entrepoft à une partie des
Troupes qui feroient deftinées
à attaquer ce pofte : il
ordonna pour cela que l'on
fit avancer le Vaiffeau le
Mars entre ces deux Batteries
, & de le placer à porGALANT
. 235
tée de les fouftenir en cas
de befoin.
Le 20. il envoya ordre
au Vaiffeau le Brillant de
s'approcher du Mars , &
il fit faire de toutes les Batteries
& des Vaiffeaux un
feu continuel , & donnant
en mefme temps les ordres
neceffaires pour attaquer
le lendemain .
La nuit du 20. au 21. il
envoya une partie des troupes
dans les Vaiffeaux
moüillez prés des Benedictins
: les Ennemis s'en ef
tant apperçus firent fur les
12 MERCURE
Chaloupes
un grand feu de
moufqueterie
qui fut bientoft
ralenti par le canon des
Batteries
, & par celuy du
Vaiffeau
le Mars , ce qui
jetta une grande
confternation
dans la Place .
Le 21. à la pointe du jour ,
le fieur du Guay - Trouin
s'embarqua
avec le refte
des troupes pour aller commencer
l'attaque
, ordonnant
au Chevalier
de Gou
yon de filer le long de la
Cofte avec la Brigade , afin
d'attaquer
les ennemis
par
differens
endroits
.
Sur
GALANT 233
Sur ces entrefaites le
fieur de la Salle qui avoit
efté fait priſonnier avec le
fieur du Clerc à qui il avoit
fervi d'Ayde de Camp ,
s'eftant échapé des ennemis
, vint fe rendre , &
donna avis que les ennemis
abandonnoient la place
avec une terreur eltonnante
qu'en fe retirant ils
avoient mis le feu à un des
plus riches Magafins de la
Ville , & qu'ils avoient miné
le Fort des Jefuites , &
celuy des Benedictins
: le
fieur du Guay - Trouin en-
Février
1712 .
V
234 MERCURE
tra enfuite dans la place
avec le Chevalier de Courferac
, & huit Compagnies
de Grenadiers, pour fe rendre
maiftres des Forts de
Saint Sebaftien , de S. Yague
, & de la Mifericorde ,,
laiffant aux fieurs de Gou
yon & de Beauve le commandement
du refte des
troupes , avec deffenfe fur
peine de la vie aux foldatss
de s'écarter , & de quitter
leurs rangs
.
En entrant dans la Ville
, on trouva ce qui reftoit
de priſonniers de la défaite
GALANT 2.35
du fieur du Clerc, qui ayant
brisé les portes de leur pri
fon , s'eftoient desja répandus
pour enfoncer & piller
les Maifons qu'ils connoiffoient
les plus riches , ce
qui excita l'avidité des foldats
, & les porta d'abord à
fe debander , mais la pun ition
qui fut faite fur le
champ de quelques uns ,
arrefta les autres ; & les prifonniers
furent conduits
fur la hauteur des Benedic
tins. Enfuite il fe rendit
maiftre des Forts & de tous
les poftes , aprés avoir fait
Vije
236 MERCURE
éventer les mines , & il en
laiffa le commandement.
au Sieur de Courferac, avec
ordre de faire avancer fa
Brigade pour en prendre
poffeffion.
Enfuite pour empefcher
le pillage qui paroiffoir
inévitable , il fit mettre des
Corps de garde , pofer des
fentinelles en divers endroits
, & il ordonna des
patrouilles , pour marcher
jour & nuit , avec défenfe
fur peine de la vie aux Matelots
& Soldats d'entrer
dans la Ville fous quelque
GALANT. 237
prétexte que ce foit .
Nonobftant toutes ces
précautions , l'avidité du
gain & l'efpoir du pillage
l'emporterent fur la crainte
des chaftiments , les
Corps de garde meſme &
les patrouilles commencerent
à augmenter le defor
dre pendant la nuit : enforte
que le lendemain matin
les trois quarts
des portes
des maifons & des maga
fins fe trouverent enfonçées
, les vins répandus , les
marchandiſes
& les meubles
eſparts au milieu des
3 MERCURE
ruës : & enfin tout fe trouva
dans un defordre & une
confuſion eſtonnante. Il
ordonna que l'on paffaft
par les armes ceux qui fe
trouveroient dans le cas du
Ban ; mais les chaſtiments
*
réiterez n'ayant pas efté
capables d'arrefter cette
fureur , il n'y eut d'autre
party à prendre que d'employer
pendant le jour la
meilleure partie des Troupes
à ramaffer ce qu'on
put d'effets ou de marchan
difes dans des Magafins
qu'il fit eftablir , & où le
GALANT 2391
Sieur de Ricoüart eut foin
de mettre des gens de con
fiance & des Ecrivains de
Roy.
Le 23. il envoya fommer
le Gouverneur du Fort de
Sainte Croix qui ſe rendit
par Capitulation : le Sieur
de Beauville , Ayde Major
General, en prit poffeffion ,.
auffi-bien que des Forts de
Villegagnon, de SaintJean ,
& des Batteries de l'entrée.
Le Sieur du Guay- Troüin
apprit cependant par differents
Negres qui fe ren
dirent , que le Gouverneur
240 MERGURE
de la Place , & le General
de la Flote ayant ramaffé
les debris de leurs Troupes
à une lieuë & demie , attendoient
un puiffant fecours
commandépar Don Antonio
d'Albuquerque , General
des Mines , fort eftimé.
Ainfi pour s'affurer contre
les entrepriſes des Ennemis
, il eftablit le Chevalier
de Gouyon avec la Brigade
dans les retranchements
qui regardoient la plaine
& le Chevalier de Beauve
avec le Corps de Bataille
fur la hauteur de la Conception
,
GALANT 241
ception , où le Quartier general
fut placé pour eftre à
portée de fecourir ceux qui
en auroient befoin. A l'é
gard de la Brigade du Chevalier
de Courferac , elle
eftoit déja deſtinée à gar-
´der les Forts & la hauteur
des Jefuites .
Les Ennemis avoient
emporté leur or , bruflé
leurs meilleurs Vaiffeaux &
leurs Magafins les plus riches,&
tout le refte demeuroit
en proye à la fureur du
pillage , qu'aucun chaſtiment
ne pouvoit arrefter :
Février.
1712. X
242 MERCURE
d'ailleurs il eftoit impoffi
ble de conferver cette Colonie
, par le peu de vivres
qui reſtoient dans la Place ,
& par l'impoffibilité de penetrer
dans le pays. Ainfi
le Sieur du Guay - Troüin
envoya dire au Gouverneur
que s'il tardoit plus longtemps
à racheter la Ville
par une bonne contribu
tion , il alloit la mettre en
cendres : & afin de luy ren
dre cette menace plus fenfible,
il détacha deux Compagnies
de Grenadiers ,
commandez par les fieurs
GALANT 243 .
de Brignon & de Cheridan ,
pour aller bruler toutes les
maiſons de la campagne.lls
rencontreret un gro Corps
des Ennemis , mais eftant
foutenus par une Compagnie
deCaporaux , ils enfon
cerent les ennemis , en tuerent
plufieurs , & mirent
le refte en fuite . Leur
Commandant , homme de
reputation , demeura fur la
place. Les fieurs de Brignon
, de Cheridan , & le
fieur de Kret- Kavel garde
Marine , fe diftinguerent
dans cette action : le fieur
x ij
344 MERGURE
de Brignon , entre autres ,
perça le premier la bayon
nette au bout du fofil , à la
tefte de fa Compagnie ,
dont eftoient Officiers les
fieurs du Bodon & de Mortone
gardes de la Marine
Comme cette affaire pou
voit devenir ferieuſe , je fis
avancer le Chevalier de
Beauve avec fix cents hommes
, qui penetra encore
plus avant , brufla la maifon
qui fervoir de retraite
au Commandant de cette
troupe & fe retira enfuite.
.e
245
GALANT
&
Le
Gouverneur envoya
un Mestre de Camp , & le
Préfident
de la Chambre
pour traiter , & ils reprefenterent
au fieur du Guay-
Trouin , que le peuple les
ayant abandonnez
tranfporté
tout leur or dans
les montagnes
, il leur eftoit
impoffible
de trouver plus
de fix cents mille crufades:
pour la contribution
: ils
demanderent
mefme un
affez long temps pour faire
revenir l'or
appartenant
au Roy de Portugal , qu'on
avoit tranfporté
bien avant
X iij
146 MERCURE
dans les terres . Le fieur du
Guay Troüin rejetta cette
propofition , & congedial
les députez après leur avoir
fait voir qu'il faifoit miner
les endroits que le feu ne
pourroit deftruire : cependant
il ſe paſſa encore fix
jours fans qu'on entendifti
parler du Gouverneur : on
apprit mefme que Don An
tonio d'Albuquerque devoit
arriver inceffamment,
Comme il n'y avoit point
de temps à perdre , le fieur
du Guay- Trouin fit mettre
le lendemain
à la pointe
GALANT 247
du jour toutes les troupes
en marche , & malgré las
difficulté des chemins il
arriva de bonne heure en
preſence des ennemis , &
fi près d'eux , que l'avantgarde
commandée
par le
Chevalier de Gouyon ſe
trouva à demi portée du
fufil de la premiere hauteur
qu'ils
occupoient , &
fur laquelle une partie de
leurs troupes parut en bataille.
Le Gouverneur
furpris
envoya auffi toft deux
Officiers pour reprefenter
qu'il avoit offert tout l'or
248 MERCURE
dont il pouvoit difpofer
pour le rachat de la Ville :
qu'il luy eftoit abfolument
impoffible d'en trouver da
vantage : que tout ce qu'il
pouvoit faire eftoit d'y.
joindre dix mille crufades
de fa propre bourſe , cent
caiffes de fucre , & tous les
boeufs neceffaires pour la
fubfiftance des troupes , &
qu'aprés cela le fieur du
Guay Trouin eftoit le maiftre
de le combattre , & de
deftruire la Colonie. On
tint confeil , & il fut refolu
d'accepter cette propofi
GALANT 249
tion pluſtoft que de tout
perdre ; & fit donner des
oftages , avec promeffe de
payer le tout dans quinze
jours , be my
Le lendemain 11. Octobre
Don Antonio d'Albuquer
que arriva avec trois mille
hommes de troupes , moitié
cavalerie & moitié infanterie
, & plus de fix mil
le Negres bien armez . Ce
pendant on travailloit tou
jours à tranfporter dans les
Vaiffeaux de l'Efcadre le
fucre qui s'eftoit trouvé , &
à remplir les Magafins des
2go MERCURE
autres marchandiſes que
l'on pouvoit ramaffer.adua
Le 4.Octobre les ennemis
ayant achevé leur dernier
payement , on fit embar
quer les troupes: on garda
feulement les Forts de l'ifle
de Villegagnon , de l'ifle
des Chevres , & ceux de
l'entrée.
Le 13. aprés avoir fait
mettre le feu aux Vaiffeaux
échoüez fous l'lfle
des Chevres , & aux autres
Baſtimens que l'on n'avoit
point trouvéà vendre, l'EC
cadre mit à la voile avec
GALANT. 251
de ll'eau & des vivres , pour environ
trois mois , embarquant
un Officier , quatre gardes de
Marine , & trois cents cinquante
foldats qui reftoient de
la défaite du fieur du Clerc :
tous les autres Officiers avoient
efté envoyez à la Baye de tous
les Saints. Le fieur du Guay.
Trouin prétendoit aller les délivrer
, & tirer mefme de cette
Colonie une nouvelle contribution
mais ayant employé
quarante jours , à caufe des
vents contraires , pour arriver
à la hauteur de cette Baye , &
ayant à peine affez d'eau &
de vivres pour arriver en
France , il continua fa route .
11 fut mefme obligé de laiffer
la prife commandée par le fieur
:
52 MERCURE
de la Ruffiniere , trop peſante :
la Fregate l'Aigle ayant ordre
de l'escorter jufqu'en France .
L'Efcadre palla enfin la Ligne
le 25. Octobre. Les vents
eftant devenus plus favorables,
on arriva le 19. Janvier à la
hauteur des Ifles des Açores ,
où on effuya une grande tempefte
, qui difperfa une partie
de la Flote.
Enfin aprés avoir mis plu
fieurs fois à travers pour attendre
les Vaiffeaux , nous continuames
noftre route vers
Breft , où l'Eſcadre arriva le
6. Février 1712.
GALANT 253
L'HORLOGE DE SABLE
figure du Monde.
Poëme
Asfemblage confus d'une
arene mobile ,
Que l'art fçut enfermer
dans ce vafe fragile ,
Image de ma vie , horloge
dont le cours
Regle tous mes devoirs en
mefurant mes jours ;
Puifqu'à te celebrer ma
Mufe eft deſtinée ,
Fais couler pour mes vers
une heure fortunée ;
Février 1712.
Y
3
254 MERCURE
Et vous pour qui le monde.
a de fi doux appas
,
Qui mefme haïffez ceux
qui ne l'aiment pas ;
Mortels , venez icy , je veux
dans cet
Ouvrage ,
Du
monde , tel qu'il eſt ,
vous tracer une image.
Qu'eft
le monde
en effet ?
c'eft un verre qui luit ,
Qu'un
foufle peut détruire
,
& qu'un foufle a produit.
Que
renferme
le monde
a
une vaine
pouffiere
Que remue
à fon gré le
poids de la matiere
, ⠀
Qui tourne
, va , revient
,
GALANT . 255
plus vifte que les flots ,
Et par fon mouvement ne
tend qu'à fon repos.
Que font tous les mortels ?
autant de grains de fable ™
Qu'anime cependant une
ame raifonnable :
Mais qui du fable feul oc-
*** cupez ardemment
Font leur unique employ
de fon accroiffement .
On l'échange , on le vend ,
on l'achete , on l'amaffe ,
Et monceaux fur monceaux
l'avarice l'entaffe.
Le marchand qui ne craint
ny les vents ny les eaux

Y ij
#56 MERCURE
Confiant fa fortune à de
frefles vaiffeaux ,
Court aux extremitez de la
plaine liquide.
Vendre un fable brillant
pourun fable folide .
L'Artifan que le fort ou
l'orgueil des humains
Oblige à fe nourrir du travail
de fes mains ,
Ne fait pendant le cours
d'une vie inutile
Que polir , que finir une
arene mobile.
Le fage examinant la nature
des corps ,
Leurs caufes , leurs effets ,
GALANT. 257
leurs mutuels rapports ,
Cherchant un vuide en eux
qu'il peut voir en
luy mefme ,
Croit
embraffer le vray ,
dans une erreur qu'il
aime .
Il ne s'apperçoit pas, feduit
par fon orgueil ,
Qu'en voulant l'éviter , il
tombe dans l'écueil ,
Et que fon efprit faux remplyde
vains phantofmes
N'amaffe qu'un trefor de
pouffiere & d'atomes ;
Et vous esclaves , efclavesnez
de vos propres
Y iij
258 MERCURE
fouhaits ,
Vous, Grands, qui baſtiſſez
de fuperbes palais ,
Que vous fert d'élever un
chafteau periffable
Plus haut que vos voisins .
C'eft mettre un peu
de fable
Qui devenant un jour la
victime des ans
Marquera par fa chute un
efpace de temps .
Que faites-vous enfin vous,
maiftres de la terre ;
Vous portez en tous lieux
les fureurs de la guerre ,
Vous inondez nos champs
GALANT 259
de bataillons épars ,
Vous livrez des affauts ,
vous forcez des remparts.
D'un trop foible voifin
vous pillez la frontiere ,
Pour luy ravir un peu de
fable & de pouffiere
Qui gliffant de vos mains
avec rapidité
Fera du moins connoiftre
la poſterité
Avides de fçavoir vos fuccez
, vostraverſes ,
Du temps qui fuit toujours
les époques diverſes.
Mais rangeons - nous aux
« loix de l'exacte raiſon,
* MERCURE
Et tafchons d'illuftrer noftre
comparaifon .
Ce fable à chaque inſtant
prend de nouvelles
places ,
Et le monde en un jour
change de mille faces.
Ces grains font agitez de
mouvements divers ,
Tels font auffi les corps de
ce vafte Univers.
Sans liaiſon entr'eux , non
plus que cette arene
Chacun fuit au hazard le
penchant qui l'entraifne ,
Et ce qui d'un peu d'air
dans ce vafe eft l'effet ,
GALANT . 261
Le vent de la fortune en ce
monde le fait .
Les uns font élevez fur les
débris des autres ,
Les biens de nos voisins fe
groffiffent des noſtres.
Dans la foule obfcurcis , les
Princes détronez ,
Contraints à refpecter des
fujets couronnez ,
Sont de triftes jouets du
fort toujours volage .
De fes renversemens noftre
Horloge eft l'image.
On la tourne , & bientoft
le fable fe confond..
Le plus bas monte en haut
262 MERCURE
le plus haut coule au fond ,
Et comme on voit ces grains
agitez dans leur verre
Peu libre dans l'enclos du vafé
qui les ferre ,
Vers leur centre commun faire
un commun effort ,
Et par la voye eftroite atteindre
l'autre bord ,
Telle on voit des humains la
cohorte mortelle o
Dans le partage obſcur de la
nuit éternelle
De fes jours malheureux éteindre
le flambeau ,
Se pouffer , s'enfoncer dans
l'horreur du tombeau
Nous y voyons tomber , d'unet
chute
commune ,
Le pauvre & ſon eſpoir , le
riche & fa fortune
GALANT. 261
Les jeunes , les vieillards , les
fujets & les Rois ,
Faits du mefme limon , fubir
les mefmes loix.
que dis - je , ce fable a fur
nous l'avantage ;
Mais
J
Au globe , dont il fort , il retrouve
un paffage ,
Et lorfque nous quittons la lumiere
du jour ,
Nous la quittons , helas ! fans
eſpoir de retour.
Aprés tant de leçons que fournit
noftre Horloge ,
Luy peut - on juftement refufer
un éloge.
A toute la nature elle donne
des loix .
Pourveu qu'il ait des yeux , le
fourd entend ſa voix.
Au Prince , au Magiftrat , à
464 MERCURE
l'Orateur , au Sage ,
fans parler , entendre
fon langage ;
Elle fait ,
:
En fufpend les Arrefts , les difcours
, les travaux ; {
Annonce à l'Artifan l'heure de
fon repos
.
Enfin reglant du temps la durée
& l'efpace ,
Elle nous dit qu'il fuit , & qu'
avec luy tout paffe , £
Et moy qui tient toujours fur
luy les yeux ouverts ,
Je vois qu'il faut finir mon élo .
ge & ces vers.
1
GALANT.
49-
NOUVELLES .
De
Rome le 16.
Janvier.
Monfieur le
Cardinal de
la
Tremoille ,
ayant communiqué
de la part du Roy
à
Monfieur le
Cardinal Otthoboni
, les
inftructions
fur la
protection des Affaires
de
France , qu'il a
acceptées
, cette
Eminence a fait
élever les
Armes de Sa Majefté
fur la Porte de fon Palais
à la Place
Navone .
Fanvier
1712.
fo MERCURE
Le Procés qu'il y avoit
entre l'Eglife Royale de S.
Louis de la Nation Françoile
& le College Germanique
à l'occafion des nouveaux
Baftimens , a efté jugél en
faveur de l'Eglife de Saint
Loüis .
M' le Cardinal Albani ,
fit fon entrée le 10. Tous
les Cardinaux , les Princes ,
& les autros Perfonnés les
plus diftinguées envoyerent
des Gentilshommes avec dos
Caroffes à fix Chevaux au
devant de luy pour le
Complimenter , & la Reine
1
GALANT. 51
Doüairiere de Pologne y en
envoya trois hors de la Porte
del Popolo. Ce nouveau Cardinal
, aprés eftre defcendu
au Palais , y demeura long.
temps en particulier
avec le
Pape , & il fut enfuice aos
compagné à fon apparte
ment par la pluparts de
ceux qui avoient efté au del
vant delay. Il reçut pendant
les trois jouts fuivans olek
Compliments
de tous les
Miniftres
Etrangers, de tous
les Prelats & de toute la
Nobleffe. Le 14. aprés avoir
reçû de Chapeau
dans un
S
Eij
MERCURE
Confiftoire que le Pape tine
pour luy donner , il alla faire
fa priere à l'Eglife de Saint
Pierre , enfuite dequoy il
commença à faire fes vifites.
Il alla d'abord chez le Cardinal
Acciaioli Sous - Doyen
du Sacré College , & enfuite
chez la Reine Douairiere de
Pologne,
L'Affaire de l'Evefque de
Leccé , devient de plus en
plus ferieufe : Les Officiers
de l'Archiduc, non contents
de la violence qu'ils ont faite
à la Perfonne de ce Prelat
ont fait emprisonner fon
GALANT . 53
Chancelier , tous les autres
Officiers de l'Eveſché , &
même leurs parents quoy
qu'ils n'ayent aucune part
à cette affaire. On avoit envoyé
de Naples à Leccé des
Chapelains pour faire ouvrir
les Chapelles Royales
parce qu'eftant exemptes de
la Jurifdiction ordinaire , ils
pourroient y célebrer l'Offi
ce Divin qui étoit interrompu
; mais aprés avoir fait ou
vrir ces Chapelles , & avoir
tout difpofé pour y dire la
Melle , ils furent tres furpris
d'aprendre qu'on avoit affi-
E iij
14 MERCURE
ché par toute la Ville , des
Monitoires qui declaroient
excommuniez , en vertu de
la Bulle in Cena Domini,
tous ceux qui y affifteroient.
Le Confeil de la Juriſdiction
Royale s'étant affemblé fur
ce fujer , on délibera fi on
chafferoit
du Royaume
,
tous les Chanoines de la
Cathedrale
; comme on attribue
toutes ces violences
au Comte Borromée , lors
que l'on reçut la Lettre qu'
lécrivoit au Pape , aux Fêtes
de Noël pour les luy fous
haiter bonnes , aprés avoir

4
GALANT . 56
déliberé dans une Congregation
de l'Immunité fi elle
feroit ouverte , on conclud
que non, & qu'elle luy feroic
renvoyée fans l'ouvrir .

Extrait d'une Lettre de
Vienne du 20. Janvier.
8. Le Confeil Aulique ayane
reçu ordre de l'Archiduc de reprendrefes
Scances , qui avoient
·étéinterrompues depuis la mort
de l'Empereur Jofeph , en for
l'ouverture le 14 cependant
L'Imperatrice Régente a remis
toutes les Affaires importantes
E iiij
36 MERGURE
jufqu'à l'arrivée de l'Archiduc,
excepté celles qui ne peuvent
fouffrir aucun retardement :
plufieurs Seigneurs & Officiers
qui reviennent de Francfort
affurent que le départ de ce
Prince avoit étéfixé au onze
may,qu'il eftoit incertain quand
il pourroit arriver, les chemins
étant devenus impraticables en
plufieurs endroits, par la grande
quantité de neges qui eftoit
tombée, Quoy que cette Cour
paroiffe toujours fort opposée à
la Paixe que les Anglois les
Hollandois font convenus de
Traiter fur lepied des PrelimsGALANT.
37
naires arreſtez enen Angleterre ,
on aẞure néanmoins qu'elle envoyera
des Plenipotentiaires
au Congrez : c'eft dont onfera
bien-soft éclairci ; quoy qu'il
enfoit, les nouvelles que l'on
reçoit d'Hongrie qu'un grand
nombre de Mécontents ont de
nouveau pris les armes en differents
endroits , donnent d'autant
plus d'inquietude que les
grands preparatifs que les
Turcs font fur les Frontieres
de ce Royaume , font apprehen.
der qu'enfin la Porte ne foit
déterminée
à favorifer les
Confederez.
18 MERCURE
Les Lettres de Conftantinople
du 2. Decembre , plufieurs
autres pofterieures , confirment
que Mehemet-Bacha , Grand
Vifir fut depofe & arresté le
20. Novembre à Andrinople ,
& qu'on a auffi arreſté er mis
au Chafteau des fept Tours ,
Ofman Aga fon Lieutenant i
que fouf Bacha , Aga , on
General des Janiffaires , a efté
fait Grand Vifir , & que
Kaimacan de Conftantinople a
efté fait Aga des Faniffaires,
le nouveau Grand
t
que
le
Vifir fit fon entrée publique à
Conftantinople , le premier
GALANT T
Décembre , accompagné des
principaux Officiers de l'Armée
; que le Kan des Tartares
qui y arriva le lendemain , eft
l'un des principaux Autheurs
de la difgrace du Vifir déposés
que le Mufti ayant este con
fulté à fonfujet , avoit réponda
le Sultan étoit obligé
confcience de le depofer , parce
qu'il étoit tres - important pour
le bien de l'Etat de punir un
homme qui aprés s'eftre laißé
corrompre par desprefens , avoir
ofé faire de fon chef, une paixo
honteufe au lieu qu'il auroit
pú fe rendre maiſtre de la per
que
60 MERCURE
fonne du Czar, & de toute
fon Armée , & procurer par ce
moyen un avantage tres - conftderable
à l'Empire Orthoman.
Ces mefmes Lettres ajoûtent
que depuis que le Gouverneur
Afaph avoit refufé de remettre
cette Place au Bacha qui
s'étoit avancé avec buit mil
Turcspourenprendre poffeffion,
les Oftages Mofcovites qui
avoient efté conduits à Conftantinople
, avoient eſté emprifon
nez au Chasteau desfept Tours
où l'Ambaffadeur du Czar
étoit detenus que depuis ce
temps là on travailloit avec
GALANT. 61
la
toute la diligence poffible aux
preparatifs pour recommencer
guerre , & que les Valaques
&lleess Moldaves ayant reçu
ordre de la Porte de fournir
toutes fortes de provifions au
Roy de Suede , ce Prince faifois
faire de grands Magafins
Bender.
De Hambourg le 29.Janvier.
Le Roy de Dannemarck
partit le 20. du Village de
Mekelbourg prés de Wif
mar , & alla camper le même
jour avec fon Infanterie à
G2 MERCURE
Gadebusch , la Cavallerie
le joignit le 21. Le 22. fon
Armée marcha fur trois.
Colonnes.; l'une comman
dée par le General Rantzau ,
prit la roure du Duché de
Lawembourg. Le 23. de
General envoya ici un Officier
pour demander le pa
fage par les quatre Baillages
dé cerre Ville , & qu'on
fournit des fourages à fes
troupes, ce qui luy fut accordé.
Une autre Colonne
qui paffa par le Territoire de
Lubek y fit de grands défor
dres parce que les habitanį
pal
GALANT. 63.
de cette Ville là avoient
favorisé plufieurs Officiers
Suedois qui s'étoient jettez
dans Wilmar durant le
blocus. La troifiéme Colon!
ne marcha entre ces deux
autres par le plus court
chemin , & les trois Colon2
nes devoient fe rejoindre à
la Bruyere de Grande öû
toutes les Troupes devoient
fe féparer pour entrer en
quartier d'hyver . Le Roy
de Dannemarck arriva le
24. à Segebourg , d'où il
devoit fe rendre à Coldenen
aprés avoir paſſe à
64 MERCURE
Renfbourg. Ce Prince ,
pour empefcher la defertion
de fes troupes , avoit toûjours
fair marcher des Détachemens
fur les aîles de
fon Armée , qui eft en fort
mauvais état , la plufpart
des foldats étant malades
des grandes fatigues qu'ils
ont effuyées , & la plufpart
des chevaux des Cavaliers
étant morts. Sa Majeſté
Danoife a laiffé à Roftok
une Garnifon de deux mil
cinq cens hommes , & deux
Regimens à Gripfwaldavec
un Regiment Saxon. Ce
GALANT. 65
Prince avoit fait rompre
tous les Ponts fur le Ribuits
depuis Damgarten jufqu'à
Tribzée ; mais les Suedois
ont déja rétably celuy de
Damgartin.
A l'égard des Troupes
Saxones , elles ont repris la
route de leur Pays , excepté
quelques Regiments que le
Roy Auguſte a laiffez à
Gripfwallt , à Anclam & en
d'autres petites villes aux environs
de Stralfund pour incomoder
la Garnifon de cette
Place Ce Prince arrivera
à Dreſde le 15. accompagné
Fevries 1712.
aa
6 MERCURE
de fes Miniftres , du General
Flemming & de plufieurs
autres Officiers. Il a convoqué
une Diette des Etats du
Pays qui doit fe tenir le 15.
Février , à laquelle il doit
demander des lubſides pour
remonter les Troupes , pour
recrues pour les Magaſins ,
& pour les autres dépénfes
neceffaires. Il en a auffi
convoqué une generalle en
Pologne pour le 5. Avril ,
& on affure qu'il doit afſiſter
en perfonne à l'une & à
l'autre.
Les Lettres de Thorn
GALANT. 67
portent que la Princeffe
épouſe du Prince de Mol
covie , y étoit arrivée avec
une fuite de plus de deux
cens Allemans; que l'Officier
qui étoit allé par ordre du
Czar à Smolensko
pour en
ramener l'Artillerie
que les
Mofcovires
avoient enlevée
de l'Arſenal de Vilna , n'apû
l'obtenir
parce que le
nom de celuy à qui on la
devoituremettre
n'étoit
point marqué dans les
ordres , que les Troupe's
Moscovites loin d'eftre
forties de Pologne , y exi
Fij
68 MERCURE
geoient par force les vivres,
& fourages , & autres choſes
dont elles avoient befoin ,
& mêmes qu'elles vouloient
obliger les Polonois de
transporter en Pofnavie des
provifions pour les Troupes.
du Czar qui font en Pome-
Fanie ; que ces violences
avoient obligé plufieurs Palatinats
à aller fe plaindre
au Primat du Royaume, qui
avoit écrit au Prince de
Mofcovie pour le prier de
faire ceffer ces contravenventions
aux Traitez con
clus avec le Czar fon peres
GALANT. 69
Ces Lettres ajoûtent que la
Dicte du Palatinat de Cra
covie s'étant aſſemblée pour
empêcher les Mofcovites de
forcer les habitans des lieux
qu'ils occupent , on y loge
roit avec eux une partie des
Troupes de la Couronne ;
& que le Palatin de Mofcovie
qui s'étoit preparé à aller
à Conftantinople avec le
caractere d'Ambaffadeur du
Roy Auguſte & de la Ré
publique , étoit retourné
dans fes Terres , la réponſe
qu'il attendoit du Grand
Seigneur , ne luy ayant pas
70 MERCURE
cite favorable à l'égard du
Roy Augufte, cette réponſe
ne parle en aucune
maniere de ce Prince ; mais
feulement de la Républiquè
de Pologne , avec laquelle
le Sultan étoit toûjours
dans la refolution d'entretenir
la Paix , 36 ,
Le 28. l'Orateur de la
Chambre des Communes
lut un Meffage que M' de
Saint Jean ,Secretaire d'Etat
avoit reçû de la Reine &
qui porte que S. M. n'eftant
point affez rétablie de fon
indifpofition cauſée par
GALANT •
71
Y
un retour de Goute pour
venir au Parlement , & ne
voulant cependant pas que
Jes Affaires publiques fouf
friffent aucun retardement ,
elle avoit jugé à propos de
luy communiquer en fubl-
ر ا
tance par écrit , ce qu'elle
avoit eu deffein de luy apprendre
de bouche ; Sçavoir
que Sa Majefté après avoir
déclaré à fon Parlement que
le temps & le lieu fixé pour
l'Affemblée des Plenipotentiaires
de tous les Confede
rez étoit marqué , afin de
traiter une Paix generale
2 MERCURE
avec ceux des Ennemis , &
luy avoir fait connoistre en
même temps le foin qu'elle
avoit refolu de prendre les
interefts de tous fes Alliez ,
ainfi que l'étroite union
dans laquelle elle fe propo
foit d'eftre toûjours avec
cux pour obtenir une bonne
Paix & pour la maintenir
lors qu'elle feroit concluë ;
elle pouvoit luy dire prefen
tement que fes Plenipotentiaires
étoit arrivez à Útfe
cht , & qu'ils avoient commencé
fuivant leurs inftructions
,à chercher les moyens
les
GALANT. 289
les plus convenables pour
procurer une jufte fatisfac
tion à tous fes Alliez , fuivant
leurs Traitez , & particulierement
à l'égard de
PEfpagne & des Indes Oc-

cidentales ; que le Parlement
pouvoit attendre que Sa
Majefté luy feroit communiquer
les conditions de la
Paix , avant qu'elle fuft con
clue ; ce qui feroit connoiftre
le peu de fondement
qu'avoient les bruits qu'on
traitoit une Paix particuliere
que des perfonnes mal intentionnées
avoient répan-
Février 1712.
Bb
290 MERCURE
dus pour faire réüflir leurs
mauvais deffems ; que les
Miniftres étoient chargez
despropofer qu'on fixaft
unjour pour finir , de même
qu'il y en avoit eu un marqué
pour l'ouverture des
Conferences
, mais que cependant
on travailleroit
avec toute la diligence poffible
aux préparatifs pour
entrer de bonne heure en
Campagne ; qu'à cet effet S.
M. ne doutoit point que
les Communes qui avoient
déja donné tant de preuves
de leur zele n'expediaffent
GALANT. 291
promptement
l'affaire des
fubfides
: & qu'enfin
, Sa
Majefté érant informée de la
licence exceffive qu'on prenoit
de publier des Libelles
faux, fcandaleux, & capables
d'attirer des reproches à
tout Gouvernement reglé
le mal femblant prévaloir
fur les Loix, ellerecommendoit
de travailler à y remédier.
L'Orateur ayant fini la Leccure
de ce Meffage , les Communes
réfolurent d'une voix
unanime qu'on drefferair
une Adreffe pour remercier
Bb ij
292 MERGURE
la Reine de fa bonté , de fa
prudence , de fa douceur , &
de fa confiance : des Com
miffaires furent nommez
pour la dreffer ; & voicy ce
qu'elle contenoit en fubftence.
Que Sa Majefté ayant
temoigné une fi grande tendreffe
, & eu tant d'attention
pour le bien de fon Peuple ,
& un défintereffement fi
genereux pour le foutien
& l'avantage de fes Alliez
pendant la Guerre qu'il n'y
avoit pas lieu de douter qu '
elle n'euft les mêmes égards
dans la Negociation de la
[ CG]
GALANT. 293
Paix ; que les Députez eftoient
obligez de la remercier
de la promeffe remplie de
bonté qu'Elle avoit bien
voulu leur faire , de leur en
communiquer les conditions
avant qu'elle fuft conclue
; que Sa Majeſté détruifoit
par là les faux bruits qui
avoient efté répandus avec
autant d'affectation que de
malignité , lefquels ne pouvoient
avoir d'autres Auteurs
que quelques factieux
incendiaires , qui pour couvrir
leurs mauvaiſes difpofitions
contre le Gouverne
B b iij

194 MERCURE
J
ment prefent , & les déffeins
qu'ils n'avoient özé avoücr
publiquement , cherchoient
à faire nature de la défiance
& de la jaloufic dans l'efprit
de fes Sujets pour les détourner
de leur devoir ; que
la Chambre travailleroit a
vec application à expedier
L'affaire des fubfides , & aux
moyens d'arrêter la licence
inconfiderée des Libelles
faux & fcandaleux, & qui é !
roient non - feulement inju
rieux au Gouvernement de
Sa Majefté , mais remplis des
plus horibles blafphêmes
ontre Dieu & la Religion .
a
GALANT 225
Les Seigneurs remercierent
aufli la Reine d'un parcil
Meffage qu'Elle leur avoit
auffi envoyé , & leur Adreſſe
finit par des affurances qu'ils
donnent à Sa Majesté qu'ils
fe repofent entierement fur
fa grande prudence pour ce
qui regarde les conditions
de la Paix .
Dela Haye le 1. Janvier.
Nonobftent les Protefta
tions que l'Archiduc avoit
faites de ne point confentir
aux Negociations de la Paix
Bb iiij
296 MRECURE
fur le pied des Preliminaires ,
il a enfin refolu d'y envoyer
des Ambaffadeurs;le Comte
Sizindorfarriva icy le 11. du
mois dernier avec le caractere
de Premier Plenipotentiaire
de ce Prince au Congrez
d'Utrecht, le Comte de Me
ternich arriva le lendemain
avec le même titre de
la part de l'Electeur de Brandebourg.
Le vingt- deux tous
les Plenipotentiaires qui étoient
arrivez à Utrecht allerent
vifiter la Maifon de
Ville où les Conferences
doivent fe tenir , & ils regle
GALANT. 197
rentique d'un colté de la Sal
le où on les tiendroit , on
marqueroit une Chambre
où Meffieurs
les Plenipotentiaires
de France & ceux
de leurs Alliez délibereroient
en particulier
, & que
Fon en marqueroit une dé
l'autre côté de la même Salle,
pour Meffieurs les Plenipo .
tentiaires des Allicz. Il fut
auffi refolu que Meffieurs les
Plenipotentiaires de France
entreroient par la Porte qui
eft du côté de la rue; ceux des
Alliez , par celle qui eft du
côté du Canal ; mais il a été
$
2
198 MERCURE
refolu depuis que les uns &
les autres entreroient du
colté du Canal,Sçavoir Mcf
fieurs les Plenipotentiaires
des Alliez par l'ancienne
porte, & M les Plenipoten
tiaires de France , par une
Porte neuve que l'on a faire
exprés à cofté de Fautre . i
IS
Les premieres Scéances!
qu'on a tenuës, n'ont été que
pour faire un Reglement
pour retrancher toutes les
Ceremonies , pour prevenir?
toutes fortes de differens.
& pour regler la conduite
de leurs Domeftiques. La
GALANT: 299
premiere Conference ſe tine
le 29. du mois dernier à dix
heutes & demie du matin ,
& M" les Plenipotentiaires
prirent place à meſure qu'ils
arriverent. Ml'Evefque de
Bristol l'ouvrit , & commença
par dire qu'ils étoient
tous Affemblez pour travaillier
à une Paix generale ?
que luy & les Plenipoten
tiaires des Alliez avoient des
intentions finceres & les
pouvoirs néceffaires pour la
conclure , & qu'il efperoit
que les Plenipotentiaires de
France feroient dans les mê
f
300 MERCURE

mes difpofitions ; & M le
Maréchal de Huxelles
pondit que luy & fes Colle
gues avoient le même deffein
qu'ils étoient auffi revestus
de pouvoirs fuffifans, & que
c'eftoit l'intention du Roy
leur Maiftre : enfuite Meffieurs
les Plenipotentiaires
convinrent qu'ils s'affembles
roient le Mercredy & Samedy
de chaque femaine ; puis
ils fe féparerent fans eftre
entrez en matiere.
De Madrid le 25. Janvier.
Le Roy alla le 18. à la
Chaffe du Sanglier à une
GALANT. 301
terre de Mr le Marquis de
Mejorada. Mr de Vendôme
aprés avoir diftribué les ..
Troupes en quartier d'hyver
, & avoir donné fes
ordres pour diffiper quelques
partis de volontaires
qui troubloient la feureté
des chemins , eft arrivé ici
aujourd'huy. Il a eu une
conference affez longue avec
leurs Majeftez , enfuite de
quoy il est allé à l'Hoftel
de Mr le Duc de Medina
où il doit loger durant fon
fejour. Il doit travailler à
faire en forte que toutes les
302 MERCURE
2
Troupes folent preftes à
rentrer de bonne heure en
campagne , & qu'elle ne
manquent point de vivres.
Le Roy a donné le Com
mandement en Chef à Me
le Marquis de Valdeñas , en
l'absence de ce Prince , &
la plupart des Officiers
Generaux doivent demeurer
fur, la Frontiere. On a ap
porté ici l'argent du Perou
arrivé en Galice pour le
compte du Roy , fur le
Vaiffeau François le Griffon.
Depuis le commencement
de cette année le Trefor
GALANT. 303
Royal reçoit les droits d'entrées
qui appartenoient
au
Roy, & qui étoient em
ployez à payer des penſions
qui ont efté fufpendues .
Ön mande de Sarragoffe
que par le moyen d'une
Taxe modique fur chaque
famille dans tout le
Royaume d'Arragon , lés
habitans de tous les lieux
où les foldats pafferont , ne
leur fourniront
plus que le
lit & le chauffage; & qu'un
parti de volontaires , avoit
tué un Sergent Major &
quelques Soldats du cofté
304 MERCURE
de Carbas. Les Lettres de
Portugal portent que les
Troupes Angloifes qui ont
leurs quartiers aux environs
de Lisbonne , y commettent
de grands defordres faute
de fubfiftance ; mais qu'elles
n'attendoient que leurs derniers
ordres pour repaffer en
Angleterre , &
que le 8. de
ce mois le Roy avoit tenu
un grand Confeil , enfuite
duquel il avoit fait partir un
Exprés fur le Paquebot
d'Angleterre avecdenouvelles
inftructions pour les Anbaffadeurs
aux Conferences
GALANT. 305
d'Utrecht. On écrit de
Cadiz que l'on commence à
y fentir les fruits de la Paix ,
puifque deux Navires Anglois
qui avoient chargé à
Oftende , fon entrez dans le
Port avec deux Baftimens
Biſcayens qui avoient chargé
en Angleterre.
NOUVELLES
d'Espagne du premier
Fevrier 1712.
On travaille fortement aux
recruës & "aux nouvelles levées
pour la Campagne pro-
Février 1712. CC
306 MERCURE
chaine , pour laquelle on
tient des Confeils de Guerre
en preſence du Roy . Le
25. du mois dernier le Due
de Vendofme arriva à Madrid
, il alla d'abord faluer
leurs Majeftez avec left
quelles ils eurent une longue
Conference. On a déja
acheté pour cent mille efcus
de grains & cent mille
écus de chevaux , Le Conſeil
de Caluille a fufpendu pour
un an , le payement des
revenus , des droits , & des
domaines alienez. Quatre
cent chevaux de la garnifon
GALANT 307
de Badajoz , ont fait une
courfe en Portugal , & en
ont amené quatre mille
piéces de beftail , avec deux
cent chevaux ou mulets.
Le Duc de Vendofme en
quittants Cerveranylalaiffér
quatre Bataillons & le Regiment
de Dragons del Valit
lejo, & le Comte d'Herfel
pouranyb commander , del
bonnes garnifons dans !
Agramunt , Balaguer &
Belpuch , voici comment le
refte des Troupes étoit en
quartier d'hyvers Vesi
La Cavaleries Françoife
Ccij
308 MERCURE
logée à Huefca & dans les
Villes voifines. Met 300
L'Infanterie Espagnole
dans la Conca de Trems &
dans la Viguerie de Lerida.
La Brigade des Irlandois
à Tetüel au deça de l'Ebro
Le Regiment des Afturiés
à Daroca .
Dix Regimens de Cava-.
leric Espagnole dans le
Royaume.de Valence.cted
L'Infanterie Françoife a
Alcaniz , à Cafpé & àn
Tortofc.
Les Volontaires & les
Miquelets ayant voulu enGALANT
309
trer en Navarre , les peuples
ont pris les armes , les ont
battus & mis en fuite , &
en csonttitués un grand
nombre.
NOUVELLES
cap d'Angleterre.
PiLes douze Pairs furent
introduits le 13. Janvier
dans l'Affemblée des Seigneurs
, & ils y prirent leurs
places , aprés la lecture de
leurs Patentes. Le Comte
d'Oxford grand . Treſorier
310 MERCURE
delivra un Meffage de la
Reine contenant qu'elle fouhaitoit
que la Chambre s'ajournaft
jufqu'au 215. ainſi
que les Communes . Le Duc
de Sommerfet , le Comte de
Sunderland , le Comte de
Nottingham & plufieurs
autres furent
pour la negative
; cependant l'affirmative
l'emporta de foixante -trois
voix , contre quarante- neuf,
& la Chambre s'ajburnab
jufqu'au 25. Les Seigneurs
Ecoffois ont remontré à la
Reine que l'affaire du Duc
d'Hamilton eftoit conftaire
GALANT 11
*
à l'Acte d'Union des deux
Royaumes. Sa Majefté répondit
qu'elle eſtoir fâchée
qu'on leur eut donné ce
fujet de plainte , & qu'elle
feroit en forte de leur faire
avoit fatisfaction . On a
donné au Duc de Beaufort
la Charge de Capitaine des
Gentils - hommes Penfion
naires , que le Duc de Saint
Albans , fils naturel du Roy
Charles 11. occupoir , le
Duc d'Ormont Colonel du
du premier Regiment des
Garde à pied a été nommé
Commandant de toutes les
312 MERGURE
Troupes de la grande
Bretagne.
Le Comte Rivers a efté
fait Grand Mailtre de l'Ar
tillerie & Colonel du Regi-
⚫ment des Gardes à cheval.
Le Duc de Northumberland
Capitaine de la feconde
Compagnie à cheval . Le
fieur Hill Brigadier a été
nommé Lieutenant de la
Tour à la place du General
Cadogan , plufieurs Capitaines
de Vaiffeau de Guerre
ont efté reformez. On croit
qu'il y aura encore dans
peu d'autres changemens.
Les
GALANT 313
Les dix -fept Articles de
Paix ,
propofe par
les Plenipotentiaires
de
France.
I. Le Roy à la fignature
de la Paix , reconnoiftta la
Reine de la Grande Bretagne
en cette qualité , comme
auffi la fucceffion à la Cou
ronne,telle qu'elle eft établie
& de la maniere qu'il plaira
à Sa Majesté Britanique.
II. Sa Majefté fera rafer
toutes les fortifications
de Dunkerque , immedia-
Février 1712. Dd
814 MERCURE
.
tement aprés la conclufion
de la Paix , moyennant
un
équivalent à fa fatisfaction,
III. L'Ifle de Saint Chrif
tophle , la Baye & le Déroit
de Hudfon feront cedez
en leur entier à la
Grande Bretagne , & l'Aca .
demie avec leFort du Port-
Royal , feront rendus en
leur entier , à Sa Majefte .
IV. A l'égard de l'lfle de
Terreneuve , le Roy offe
encore de la ceder , fe refervant
feulement le Fort
de Plaifance , & le droit de
pefcher les moruës & de
GALANT. 315
les faire fecher comme avant
la
guerre.
V. On conviendra d'un.
Traité de commerce avant
ou aprés la Paix , au choix
de l'Angleterre , dont on
rendra les conditions auffi
égales entre les deux Nations
qu'il fera poffible .
VI. Le Roy , à la fignature
de la Paix , confentira
que les Païs - Bas Elpagnols
cedez par le Roy
d'Espagne à l'Electeur de
Baviere, fervent de barriere
aux Provinces Unies , &
pour l'augmenter, il y ajou
Ddij
36 MERCURE
£
tera Furnes & ſon Bailliage
la Knoque, Ipres & la Charellenie
, Menin avec fa
Verge ; & en efchange , Sa
Majefté demande pour former
une barriere de la
France, Aire, Saint Venant,
Bethune, Douay, Bouchain,
& leurs dependances .
VII. Si les Eftats Geneentretenir
raux veulent
garnifon dans les places
fortes de la barriere for ,
mée de cette manière , des
terres cedées à Son Altelle
Electorale de Baviere ,
& de ce que la France Y 2
GALANT. 317
ajouté du fien , Sa Majesté
confent qu'ils y mettent autant
de troupes qu'il leur
plaira , & mefme qu'elles
foient entretenues aux dépens
du Pais .
VIII. Moyennant cette
ceffion & accord , le Roy
de fon cofté demande pour
l'équivalent de la demolition
de Dunkerque , les
Villes & Citadelles de Lille
& de Tournay avec leurs
dependances.
IX. La barriere eſtant
ainfi reglée entre la France
& les Eftats Generaux, le
D diij
318 MERCURE
Roy pour augmenter le
commerce de leurs fujets
accordera ce qui a etté
Alipulé par le Traité de
Rifwik & le Tarif avantageux
de 1664 , à la referve
ddiee fix fortes de marchandifes
dont on conviendra ,
& qui demeureront chargées
des mefmes droits
qu'elles payent actuelle-
"ment : comme auffi l'exemption
des cinquante fols par
tonneau fur les Vaiffeaux
venant des Provinces Unics
& des Pais eftrangers en
France.
GALANT. 319
X. A l'égard du commerce
en Espagne & aux Indes
Occidentales, le Roy s'engagera,
non feulement envers
les Eftats Generaux ,
mais auffi envers la Grande
Bretagne & tous les autres
Princes , en vertu du plein
pouvoir qu'il a pour ce fujet
, que ce commerce fe
ponctuellement & de fera
་ ན
la mefme maniere qu'on
a fait fous le regne, & jufqu'à
la mort de Charles II.
& il promer que les François
fe foumetront comme
les autres Nations aux an-
Dd inj
320 MERCURE
ciennes Loix & Reglements
faits par les Rois predeceffeurs
de Sa Majesté Catholique
, par rapport au commerce
& à la navigation des
Indes Espagnoles.
XI. Sa Majesté confent
outre cela que tous les Potentats
de l'Europe, entrent
dans la garantie de ces promeffes,
& promet que le Roy
fon petit fils, pour le bien de
la Paix , renoncera à toutes
pretentions fur le Royaume
de Naples & la Sardaigne ,
comme auffi fur le Duché
de Milan , & elle confentira
auffi que cette partie qui
GALANT. 321
a efté cedée au Duc de
Savoye , refte à fon Alteffe
Royale bien entendu que
moyennant cette ceffion, la
Maifon d'Auftriche renoncera
pareillement à toutes
pretentions fur les autres
parties de la Monarchie Efpagnole
, & en retirera fes
troupes immediatement aprés
la Paix.
XII . Les frontieres fur
le Haut Rhin , feront rétablies
de part & d'autre
fur le mefme pied qu'elles
eftoient avant la prefente
guerre .
322 MERCURE
XIII. Moyennant toutes
ces conditions , le Roy
demande que les Electeurs
de Cologne & de Baviere
foient reftablis dans
la pleine poffeffion de leurs
Eftats , dignitez ,
prerogatives
, biens , meubles & immeubles
, dont ils ont joui
avant la prefente guerre, &
Sa Majesté reconnoiftra en
Allemagne & en Pruffe ,
tous les Titres qu'elle n'a
pas encore reconnus .
XIV. Le Roy rendra au
Duc de Savoye tout ce qu'il
luy a pris pendant cette guer
GALANT . 323
re, & fon Altefle Royale en
fera de mefme à l'égard de
la France; de maniere que les
frontieres de part & d'autre
feront les mefmes qu'avant
la Declaration de la guerre.
XV. Ce qui concerne
le Portugal , fera reſtabli &
demeurera fur le mefme
pied qu'avant la guerre, cant
par rapport à la France qu'à
l'Eſpagnes quant aux Domaines
en Amerique , s'il y
a quelque chofe à regler ,
on tafchera de le faire à l'amiable.
XVI. Le Roy con$
24 MERCURE
fentira volontiers & de
bonne foy, que de concert
avec les Allicz , on prenne
les mefures les plus convenables,
pour empefcher que
les Couronnes de France &
d'Efpagne foient jamais reunies
fur une mefme tefte ;
c'eft à dire que le mefme
Prince foit Roy des deux
Royaumes.
XVII . Tous les les Trai
tez, fçavoir celuy de Munf
rer & les fuivans , demeureront
en pleine vigueur , excepté
les articles aufquels le
prefent Traité pourroit aGALANT.
325
voir derogé ou fait quelque
changement.
Il y eut des difputes fur
ces propofitions
de la part de
quelques Plenipotentiaires
,
qui en prirent des copies &
les envoyerent
àleurs Maîtres
par des couriers exprés.
Cependant
on affure
que le 13 il fut refolu dans
l'affemblée
des Alliez , que
les Mars ils donneroient
leur réponſe aux Plenipotentiaires
de France,
326 MERCURE
D'UTRECHT,
A Son Excellence
MY LORD
EVESQUE DE BRISTOL.
Traduction nouvelle.
Honneur des Gampagnes
liquides,
Enfant de quelque Bois
•fatre ,
Brillant Spectacle aux
Nereides ,
Beau Vaiffeau, qu'à l'en
vi l'or & l'art ontparé;
GALANT. 327
Que ta charge fied bien à
ta magnificence
!
De l'Europe
en fufpens
tu conduis
le Deftin ,
Du monde gemiẞant
tu
portes dans tonfein
La derniere efperance
3
Tu feras à jamais fefté
par nos neveux ,
Le Peuple ira danfant te
rendrefes hommages
,
Nos filles Jur tes pants
inventant millejeux,
De guirlandes defleurs ,
orneront tes cordages.
326 MERCURE
Dieux des Mers qui
veillez fur cette nation,
(Si vous daignez encore
proteger cet Empire)
Conduifez avec Join ce
precieux Navire,
L'aimable Paix le monte,
affe noftre Albion ,
Dufang de cent Heros,
qu'en vain la terre admire,
Acheta pour autruy de
fertiles Etats ;
Je vous attefte affreux
combats.
GALANT. 327
Et vous Palmes enfanglantées
Qu'à regret , par lesfiens,
Londres vit remportées.
L'Univers defolé demande
le reposs
Le Dieu Mars eft luymême
afſouvi de carmonage,
Pallas arenvoyé la cruelle
Attropos
Une Majefté douce écla
te enfon vifage
D'ANNE , elle emprunte
l'air! ofortunéprefage,
Février
1712. Ee
328 MERCURE
L'olive eft dans fa main,
au lieu dejavelots.
PRELAT , dont la vertu
respectée & cherie
Eft le plus ferme appuy
des Etats
chancelans ,
Pour la gloire de ta Patrie
On te voit oublier ton repos
& tes ans,
Ton aspect venerable »
aux caprices de l'onde
Doit impofer un Frein,
Et les Dieux que tufers,
pour le bonheur du monde
GALANT. 329
T'ont foumis le Deftin.
Des Peuples s'arme en
vain la funefte manie ,
Les bancs en vain cache
fous les flotsfurieux
Ofent tromper tesyeux ;
L'Ennemi de la Paix , le
vent de Germanie
En vain renverfe tout de
fonfoufle odieuxe
Sinous avons pour nous ,
nos Dieux & ton Genie
Neptune vient déja te
foumettre lesflots
De fon trident luy- méme
Ecij
330 MERCURE
ilfouleve ta poupe
Ses agiles Tritonsfervent
tes Matelots ,
Tu pars augré de l'onde ,
& leurjoyeufe troupe
Fait d'un long chant de
Paix retentir les échos.
Infenfez que l'erreur , &
la difcorde anime.
( De qui pour vous fauver
il faut rompre les
voeux )
Quatre Luftres entiers
vousfûtes fa victime ,
Et je vois dans vos coeurs
renouvellerfesfeux;
GALANT 3 3º
Arreſtez , d'un autre oeil
les Dieux on vû laterre,
Fatigue de punir ils quit.
tent le Tonnerre ;
Craigne de réveiller leur
courroux dangereux
;
Les ventsfont enchaînez
dans leurs grottes profondes
,
Voyez les flots domptez :
& des vents , & des
ondes ,
ن و ب
Apprenez à calmer vos
confeils trop mutins ,
Et ceffez de lutter contre
Anne& lesDeftins.
$2222255 :52S2S52
TABL E.
Mort de Monfeigneur la
Dauphin , & de Madame
la Dauphine.
Memoiresfur ces deux Morts,
45
97
Morts ,
Les merveilles
de l'oreille
tirées
de l'Anatomie
comparée
, &
des proprietez
du bruit
&
des fons ,
Lettre
d'un
Capitaine
de Vaiffeau
, qui a estéprefent
à l'Expedition
de Rio -faneiro
, 175
Autre
Extrait
de plufieurs
Lettres
particulieres
, fur
l'Expedition
de Rio -Janeiro
,
198
L'Horloge du Sable,

253
TABLE.
Nouvelles ,
Mariage ,
265
80
Les dix-fept Articles de Paix,
propofées par les Plenipotentiaires
de France ,
Traduction Nouvelle ,
313
326
Difcours de Madame l'Abbeffe
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éponses au Traité des Etudes Monaftiques de
Dom Jean Mabillon , in 4° , 6 liv.
e Texte de la Regle de S. Benoît, trad.in 12.11.
a Regle de faint Benoit , traduite & expliquée
felon fon veritable efprit , in 4 ° , 2 vol . 12 1 .
La même in 12. 2 vol . s liv.
eflexions morales fur les quatres Evangiles ,
in 12.4 vol. 7 liv. 4f.
eglemens generaux de l'Abbaye de la Trappe,
in 12. 2 vol .

3 liv. 12 f.
elation de la mort de Dom Abraham Beu1
8
gnier , in 12. brochure ,
Relation de quelques circonftances de la mor
de M. l'Abbé de la Trappe , in 12. brochu **
re ,
81
Traité abregé des Obligations des Chrétiens
in 12.
I liv . 16
Du R. P. Dom LE NAIN, Sous - Prieur de l'Abbay
de la Trappe.
Homelies fur le Prophete Jeremie , in 8 ° ,
vol. 7 liv. 12
Hiftoire de l'Ordre de Cîteaux ou Vies de
Saints de cer Ordre , in 12. 9 vol . 16 liv . 4
>
De Noffeigneurs du Clergé de France.
Procés verbal de l'Affembléé de 1690. fol . 6 1
De l'Affemblée de 1693. & 1695. fol. 10 I
De l'Affemblée de 1701. & 1702. fol . 6. 1
Relation des Affemblées de MM . les Prelat S
pour la condamnation du Livre de M. l'Ar
chevêque de Cambray , in 4 ° , 4 liv
Recueil concernant l'établiffement de deux Se
minaires dans le Dioceſe de Reims ,in 4 ° 6 I
Du R. P. DUBOIS , de l'Oratoire.
Hiftoria Ecclefia Parifienfis , fol . 2 vol . 30 liv
Le Tome fecond feparement ,
.. 7.1 Is liv
Du R. P. AMELOTTE
, de l'Oratoire
.
Le Nouveau te , avedes Nament traduit fur la Vülga,
& des Cartes de la Terre
Sainte , in 4 , 2 vol .
Le même in 18 .
12 liv
I liv
Du R. P. HARDOUIN de la Compagni
de Fefus.

Antirrheticus de nummis antiquis Coloniarum
Municipiorum ad Joannem Vaillant , in 4 ″ , z I.
Sancti Joannis Chryfoftomi Epiftola ad Cafarium
Monachum , Gr. & Lat. cum Joannis Harduini
Notis , & Dißertatione de Sacramento Altaris ,
in 4º ,
De differens Auteurs .
liv.
Compendium Inftitutionum Juftiniani , feu compen
diofa earum tractatio , in 1z .
1 liv.
Creur affectif de faint François de Sales , tiré
de ce qu'il y a de plus touchant dans fes
Ecrits , pour la confolation des ames devotes
, par M. Gambard , in 12. I liv . 12 f.
Diurnale Ciftercienfe , ad ufum Fulienfium , rubronigrum
, in 24. maroquin , 3 1.
Difcours de faint Bernard , compofez à la priere
de fa foeur la Religieufe , où font contenus
tous les principaux points du Chriftianifme ,
nouvelle traduction , in 16 . 1 liv. 10 f.
Exercice Journalier , à l'ufage des Religieufes
de la Congregation de N. D. in 16.
Maniere de bien entendre la Meffe de Paroiffe,
par Meffire François de Harlay , Archevêque
de Rouen , imprimée par l'ordre de feu
M. l'Archevêque de Paris , in 12. VS1 liv.
Ordonnances du Roy pour le fait de la Guerre,
in 12. is vol.
liv .
>
45 liv.
Les
volumes
fe vendent
feparément
, 3 I.
Reglement
pour
le Regiment
des
Gardes
, in
12.Y
liv.
Prieres Chrétiennes recueillies par ordre de
feu M. l'Archevêque de Paris , en Latin & en
François avec une Inftruction pour la Confeffion
& Communion , & une Conduite pour
bien gagner le Jubilé , in 12. troifiéme édition
, I liv .
Tradition de l'Eglife fur le Silence Chrétien &
Monaftique , contre l'intemperance de la lan
gue , & les paroles inutiles en general , & e
particulier contre la trop grande frequentation
des Parloirs des Religieufes , par M
Hermant , in 12 . I liv. 16
in 12 ,
Traité du Cancer , & des moyens de le guerir
par M. Alliot , in 12 .
tliv.10 C
Traité des Ecoles Epifcopales , par feu M. Joly
Chantre & Chanoine de l'Eglife de Paris
2 li
Vie de la Mere Eugenie de Fontaine , Religieuf
de la Vifitation,morte en 1694. in 12. 1 l. 10 1
De l'ufage de celebrer le Service Divin, en lan
gue non vulgaire , par le R. P. Caponnel
Chanoine Regulier , in 12 . liv.s
Imitation de Jefus- Chrift en vers , avec figu
res, par M. de Corneille , Bruxelles . in 8 °, 4 1
Hiftoire du Concile de Trente , par Frapaolo
in 4° ,
8 liv
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel , fo I
2 vol. 18 liv
36 liv Les mêmes , în 4* , 6 vol.
L'art de Tourner ou de faire en perfection
toutes fortes d'ouvrages au Tour : ouvrag
tres- curieux & tres - neceffaire à ceux qui s
xercent au Tour , fol . Latin & Fr. is liv
Traduction nouvelle des Odes d'Anacreon, pa.
M. de la Foffe , feconde édition , augment
de deux Odes , l'une de Pindare , & l'autre
d'Horace , in 12 .
Nouvelle Grammaire Eſpagnole ,
ger ' , in 12.
Nouvelle Traduction de Juſtin ,
marques , in 12. 2 vol.
2 liv. 10 f
par M. Per-
2 liv. f f
avec des Re .
3 liv. 10 f
s liv
liv.7.10 C
2 liv
Conquête du Mexique , in 12. 2 vol.
Conquête du Perou , in 12. 2 vol. 4
Voyage d'Alep à Jerufalem , in 12.
in 12 .
Parfaite Grammair
Françoile du
Pere Chifflet , in 12 , avec un abregé d'Ortographe
,
1 liv . 10 f.
De la Connoiffance de Dieu , par M. Ferrand ,
2 liv. 10 f.
Novum Teftamentum Gracum , inn 18. I liv. 16 f.
L'Efprit de l'Ecriture Sainte,in 12. 2 vol.3 10 f."
Le Comte de Cardone , in 12 . 1 liv . 16 f.
Les Avantures Galantes du Chevalier de Themicourt
,, par Madame D... in 12. 1 l . 16 f.
Furteriana , ou les bons mots de M. Furetiere ,
in 12 .
Avantures galantes de France & d'Eſpagne
in 12 .
2. liv.
2 liv .
2 liv.
Traduction nouvelle de Miguelles Cervantes ,
in 12 .
6 liv . Biblia facra , in 4º ,
Amuſemens ferieux & comiques , par M. du
Freny , in 12.
I liv. 10 f.
Grammaire Allemande , de Perger , in 12.1 1.
Effais de litterature pour la connoiffance des
bons Livres ; & fupplément des Effais , in 12 .
4 vol . 8 liv.
liv. 1,0 f.
Le Jeu de l'Hombre , augmenté des Decifions
Nouvelles , in 12 .
Les Campagnes du Roy de Suede
vol.
I

in 12. 3
6 liv
2 liv .
La Vie de M. de Moliere , in 12 .
Traité du Recitatif dans la Compofition , dans
la Declamation , la Lecture & l'Action publique
, in 12 .
1 liv. 10 f
Hiftoire de la Virginie , contenant celle de fon
établiffement & de fon gouvernement jufqu'à
prefent , les productions naturelles du
Païs , la Religion , les Loix & les Coûtumes
des Indiens naturels , par un Auteur natif &
habitant de ce Païs- là , in 12. enrichie de fi-
C
gures
1
12.
Ecole parfaite des Officiers de Bouche , qui e
feigne les devoirs du Maître d'Hôtel &
Sommelier , la maniere de faire les Con
tures feches & liquides , les Liqueurs , I
Eaux , les Parfums , la Cuifine , à découp
les viandes , & à faire la pâtifferie ; huitié
édition , corrigée & augmentée des pâtes , d
Liqueurs nouvelles , & des nouveaux R
goûts qu'on fert aujourd'hui : Avec des m
deles pour dreffer les Services de Table ,
2 liv . s
Abregé de la Sainte Bible , en forme de Que
tions & Réponſes familieres , tirées de dif
ferens Auteurs ; divifé en deux parties , l'a
cien & le nouveau Teftament, par le R. I
Guerard , de la Congregation de ſaint Mau
feconde édition , in 12 . 2 lī
Les Delices de l'Italie , contenant une defcri
ption exacte du Païs , des principales Villes
de toutes les Antiquiteż , & de toutes les Ra
retez qui s'y trouvent ; ouvrage enrichi d'u
tres-grand nombre de figures en taille douce
in 12. 4 vol .
Traité des Jardinagės , par M. de la Quintinie
in 4 2 vol.
Le Prince Grec , in 12 .
12 liv
12 liv
2 liv
Hiftoire de D. Quixotte , in 12. 5 vol. 12 1. 10 1
S
Les Fables de la Fontaine , in 12.5 vol. 10 liv
La Princeffe de Cleves , in 12. 2 liv. 10 f
L'Arithmetique de Legendre , in 12. 2 liv. 1o f
La Vie de Cromvvel , de Gregorio Leti , in 12
2 vol.
Les Ocuvres de S. Evremond , in 12.5 vol . 10 1
s liv
Juvenal , de la traduction du P. Tarteron , i
12 .
Zayde , in 12. 2 vol,
2 liv . 10 1
4. liy
B
tyle du Confeil , par M. Gauret , in 4 , 5 liv .
tode de la Marine , in 4 ° , 3 liv.
Traité hiftorique des Monnoyes de France , par
M. le Blanc . in 4 . 9 liv .
3 liv
8 f.
Dialogues entre le Diable Boiteux & le Diable
Borgne , par M. le Noble , in 12 .
Traité de la Parole , in 12. brochure,
Lucien d'Ablancourt , nouvelle édition , augmentée
de Notes , in 12. 3 vol. 6 liv.
Numifmata area Imperatorum Auguftorum & C&-
farum in Coloniis , Municipiis & vrbibus Jure
Latio donatis , ex omni modulo percußa , autore
Joanne Foy-Vaillant , in fol. 2 vol. 36 liv.
Hiftoire reduite à fes principes , dediée à
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , în 12 .
2 vol. 3 liv. 10 f.
Contes des Fées , ou les Chevaliers Errans , &
le Genie Familier, par M. D... in 12. l. 15 f
D. Guzman d'Alfarache , in 12. 3 vol. 7 l . 10 f.
Traduction en vers François des Epigrammes
d'Ovven , in 12. 1 liv . 10 f.
Les Amours de Pfiché , in 12.
La Mufe Moufquetaire , in 12 .
Virgile , de Martignac , in 12 , 3 vol .
2 liv.
2 liv .
6 liv.
Lucrece , de la nature des chofes , avec des remarques
fur les endroits les plus difficiles ,
traduction nouvelle , in 12. 2 vol . 4 1. 10 f.
L'Ambiguë d'Auteuil , ou varietez hiftoriques ,
compofées du Joueur , du Nouvelifte , du Financier
, du Critique , de l'Inconnu , du Sincere
,du Subtif , de l'Hypocrite , & de plufieurs
autres perſonnages de differens carac
teres , in 12 . 1 liv. s.f.
Les Avantures d'Appollonius de Tyr , livre rempli
d'évenemens , & écrit dans le même ftyle
que Telemaque , par M. le B... in 12 .
2 liv.
Prince Eraftus , fils de l'Empereur Diocle
tiam , in IZ .
, par
2 .
5.
3 :
Pe
Abregé de Geographie , & de tout ce qu'il
a de plus remarquable dans chacune des qu
tre grandes parties de la Terre , particuliere
ment dans l'Europe & dans le Royaume d
France : le tout mis en ordre pour pouvo
être appris & retenu facilement par coeur
avec les routes des Poftes de France & d'E
pagne , dedié à S. A. S. Monfeigneur le Prin
de Dombes M. Poncein , in 12. 1 liv. s
Hiftoire fecrete de Bourgogne , in 12. 2 vol .
des
Vafconiana , ou Recueil des bons mots ,
fées les plus plaifantes , & des rencontres
plus vives des Gafcons ,feconde édition , au
2 liv . mentée , in iz .
Les Metamorphofes
d'Ovide , traduites par
Durier , derniere édition , in 12. 3 vol . 6 11
Les mêmes en Rondeaux , avec figures ,
Bencerade, imprimées à Bruxelles , in 8 °, 4
Les Metamorphofes
, ou l'Afne d'or d'Apulés
Philofophe Platonicien , avec le Demon
Socrate , traduction en François , avec
Remarques , in 12. 2 vol.
5.
Les Fables d'Efope Phrygien , avec celles
Philielphe , traduction nouvelle , enrichie
Difcours moraux & hiftoriques , & de
trains à la fin de chaque difcours , avec
gures. On a ajouté à cette nouvelle trad
tion les Contes d'Efope , les Fables diver
d'Abrias & d'Avienus , in 12. 2 vol . 4 1. 10 Les Memoires de la Vie du Comte D... avant
retraite , contenant diverſes avantures
peuvent fervir d'inftruction à ceux qui on
vivre dans le grand monde ; redigez par M
S. Evremont , in 12. 2 vol . 4 liv . 1
Les Memoire de Meffire Roger Rabutin , Con
de Buffy , in 12. 3 vol.
7 liv .
Bij
lem , Ses Lettres , nouv . édit . in 12. 4 vol . 8 I.
es Oeuvres d'Homere , traduites en François
par M. D... enrichies de figures en tailledouce
, diviſées en 4 vol . in 12 . ro 1 .
Quinte-Curce , de la traduct . de M. de Vaugelas,
avec le Latin à côté , 2 vol . in.12. 4 I. 10 f.
euvres d'Horace en Latin & en François , avec
des Remarques critiques & hiftoriques , de M.
Dacier , troifiéme édition , revûë , corrigée
& augmentée confiderablement par l'Auteur ,
in 12. 10 vol . 20 liv
liftoire de France, P. Marcelle , in 12. 4 vol.8 1.
exicon Buxtorfi , in 8 ", liv . 10 f.
Sem Lexicon Paforis Greco- Lat. in 8 , 4 1. 10 f.
orpus Juris Canonici , à Petro Pithocó , cum ap
pendiceJuris Canonici , continens Librumfeptimum
Decretalium, & Fo. Pauli Lancelotti inftitutiones
Juris Canonici , in fol . 2 vol. 20 liv.
es Oeuvres de Maître Guy Coquille , Sieur de
Romaney , 17 03. 2 vol .
13 liv.
ecueil
de bons
mots
des Anciens
& des
Mo- dernes , in 12 .
orneille , in 12.10 vol .
THEATRE DE MESSIEURS
2 liv .
20 liv.
acine , 2 vol . 6 liv.
ampiftron , nouv. éd . augmentée d'une Trage
die & d'une Comedie , & ornée de figures , 4 l .
e la Foffe , avec fes Poëfies , 2 vol . S liv.
egrand ,
rébillon ,
radon ,
2 liv . 10 f.
3 liv. 10 f.
3 liv.
2 liv . 10 f.
e la
Grange ,
Moliere , 8 vol. nouvelle
édition , augmentée
de fa Vie , avec de nouvelles
Remarques
, 15. 1.
ancourt , 7 vol. nouvelle
édition , augmentée
de plufieurs
Picces qui n'avoient
point été
imprimées
dans les éditions
precedentes,avec
figures & Mufique ,
Regnard , 2 vol.
Poiffon , 2 vol.
De Hauteroche ,
14liv
liv.
3 liv.
2 liv.10 F
Palaprat , 2. éd. augmentée de plufieurs Comedies
qui n'ont pas encore efté imprimées , &
d'un Recueil de Pieces en Vers, 2 vol. 4 1. 10 f.
Baron ,
De Riviere ,
De la Thuillerie ,
Boindin ',
De Champ- mêlé ,
De Montfcury , 2 vol.
Bourfault , 2 vol.
De Mademoiſelle Barbier ,
Quinaur ,
Theatre François , 6 vol.
Idomenée ,
Aftrée ,
3 liv
liv. 10
2 liv
2. liv
2 li
's liv
sliv
2 liv. 10 f
2 liv. 10 f
Is liv
Electre ,
Rhadamifthe & Zenobic ,
Cyrus ,
Les Tyndarydes
Saül ,
Herode >
Polydore ,
La Mort d'Ulyffe
Mustapha ,
Agrippa , ou le faux Tiberinus
Le Curieux Impertinent ,
Les Agioteurs ,
L'Amour Charlatan ,
Le Naufrage ,
Danać ,
Turcaret ,
Crifpin Rival ,
1
Le Jaloux défabuſe ,
Tragedies
}
Comedies,
Les Airs notez des Comedies Françoises , par
'M. Gillier , in 4º, 7 liv.
Cantates & Arietes de M. le B. fol. 7 liv. 10 f.
Le quatrième Livre des Motets de M. Campra
,
Le Mercure Galant
Et broché ,
liv.
11. 10 f.
I l . 5 f.
Recueil de Pieces en Vers , adreffées à S. A.S.
Monfeigneur le Duc de Vendôme , & plufieurs
Effais de Poëfies diverfes , par Monfieur de
Palaprat , 1. vol. in 12. 1 1. 10 f.
Et toutes les autres Pieces de Theatre , tanţ
Anciennes que nouvelles .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque

Le statut de cet exemplaire n'est pas clair. Le volume rassemble des caractéristiques qu'on ne retrouve pas dans les exemplaires officiels (page de titre, caractères, titre courant), mais il ne semble pas pour autant former une contrefaçon. On y découvre en effet le catalogue des livres de Pierre Ribou, un des libraires attitrés du Mercure galant. Cette livraison annonce la mort du dauphin, nouvelle de la plus haute importance qui a dû stimuler les ventes. Peut-être que le premier tirage a été épuisé et que la livraison a été réimprimée dans un autre atelier, éventuellement à l'initiative de Pierre Ribou, pour couvrir la demande.

Soumis par lechott le