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Référence

MOUREAU François, « Du Mercure galant au Mercure de France : structure et évolution éditoriales (1672-1724) », in Alexis Lévrier, Adeline Wrona (dir.), Matière et esprit du journal du Mercure galant à Twitter, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2013, p. 25-47.

Référence courte
Moureau 2013
Type de référence
Texte
DU MERCURE GALANTAU MERCURE DE FRANCE:
STRUCTURE ET ÉVOLUTION ÉDITORIALES (1672-1724)
François Moureau
Dans les premières années du règne personnel de Louis XIV, T'organisation
de la presse française était d'une simplicité toute monarchique. Louis le Juste
et son principal ministre, le cardinal-duc de Richelieu, cumulant déjà des
charges diverses dont celle de Grand Maître de la Navigation et Général des
Galères, avaient décidé de se faire eux-mêmes les parrains de la seule feuille
autorisée, la Gazette (DP1, n' 492), qu'ils firent créer en 1631 par un homme
de paille ambitieuwx, le médecin Théophraste Renaudot (DP2, n' 677), à qui ils
accordèrent un privilège exorbitant et le monopole de l'information. Le roi er
son ministre? ne dédaignèrent pas de contribuerà la rédaction de la Gazette, qui
fut aussitot reconnue comme la voix de la France officielle (fig. 1)3. Puis vint
la Fronde et la multiplication de feuilles plus ou moins assass ines à l'égard « du
Mazarin »4;à son retour au Louvre des hauts de Saint-Germain-en-Laye, le jeune
monarque se convainquit que « ses peuples » auraient désormais à jouir d'une
exacte information alambiquée par les services compétents, dont le personnel
diplomatique pour les nouvelles de l'étranger et l'administration ministérielle
pour les nouvelles françaises et de la Cour qui terminaient traditionnellement
les livraisons de la Gazette. On commença, par ailleurs, à contrôler l'entrée du
1 Dans le corps du texte, nous citons souvent les deux « dictionnaires de la presse » dirigés
par Jean Sgard; ils y apparaissent sous la forme (DPi): Dictionnaire des journaux, 1600
1789, Paris/Oxford, Universitas/Voltaire Foundation, 1991, 2 vol., et (DP2) : Dictionnaire des
journalistes, 1600-1789, Oxford, Voltaire Foundation, 1999, 2 vol. La référence est suivie du
numéro de la notice concernée. Par ailleurs, le Mercure galant et ses diverses déclinaisons
Nouveau Mercure galant, Nouveau Mercure) jusqu'en 1724 Sont abrégés en MG, suivi de la
date et de la pagination.
2 Voir Gilles Feyel, « Richelieu et la Gazette: aux origines de la presse de propagande », dans
Roland Mousnier (dir), Richelieu et la culture, Paris, Editions du CNRS, 1987, p. 103-123.
3 Sur la Gazette et ses avatars auxxVi et xvi" siècles, voir la somme de Gilles Feyel, L'Annonce
et la nouvelle. La presse d'information en France sous l'Ancien Régime (1630-1788), 0xford,
Voltaire Foundation, 2o00.
4 Hubert Carrier, La Presse de la Fronde (1648-1653), Genève, Droz, 1989-1991, 2 Vol.
25
26
royaume pour les gazettes étrangères de langue française qui avaient tendance à
se muliplier et qui auraient pu perturber l'unanimisme national5.
N
OVVELLES
Ordinaires dupremier
Janvicr 163
DeDantricl 29 de Nevembre 2652.
ES Molcorites ont cnfin alficgé la vilu
dc Smolenski furles Polonnois,avec fo
xante mil hommes de pied, & fix mille
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prilornicrs lo Coloncds Forgrlch & Corpas, lc Prince de
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De Leipfele T4. Deienbre, 163
Les Imperimnx grdar cncor lc chaltezu de ccte vill
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soulinsavent i coaps dc cano, Salcsom reul.preniCTemct
cvn dalay poer envoyer versie Valltein &icendrc cn cas quit
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Ctoyet vartz, Ce qui sendicy la gacre bicn dprcde par &
datrcllyadis cencvillerois millefzatafhns Sucdois, dex
millechevax damofmc parti:lerdtec, paric carmp dcvant
Zikan, qi les Ducs de Vime &deLunebourg, &leColoncl
Fig. 1. Gazette, n° 1, 1" janvier 1633. p. 1. Cliché DR
5 Voir Henri Duranton, Claude Labrosse et Pierre Rétat (dir.), Les Gazettes européennes de langue
française (rvit xvif siècles), Saint-Etienne, Publications de !'université de Saint-Étienne, 1993
et Hans Bots (dir.), La Diffusion et la lecture des journaux de langue française sous l'Ancien
Régime, Amsterdam/Maarsen, APA-Holland University Press, 1988.
à
langue
l'Ancien
Mais pour «le plus grand roi du monde », qui virevoltait dans les ballets de
Benserade, qui protégeait histrions et baladins à son service tels Molière et
Lully- qui faisait des marais de Versailles un jardin enchanté et du palais celui
de toutes les merveilles, cette Gazette politique, au demeurant à l'aspect assez
sévère, ne suffisait pas. On développait le Jardin du Roi, futur Muséum, on
créait l'Académie des sciences (1666), après la Française imaginée par Richelieu
(1635) et l'Académie de peinture et de sculprure (1648) , deux institutions
qui avaient pour tàche de dire le bon goût. Viendrait aussi la Petite Académie
(1663), future Académie des inscriptions et belles-lettres, chargée de produire
ces éloquentes devises françaises dont on décorait portes de ville et arcs de
triomphe. La culture au sens large était devenue un enjeu politique dans la
montée en puissance européenne de la France. Colbert fut chargé de le mettre
en musique.
Lentourage du ministre, dont le sens des affaires n'était pas moins aigu que le
sens politique, avait inventé un concept économique qui combinait l'étatisme
à la libre entreprise, les acteurs étant, d'ailleurs, souvent les mêmes dans ces
deux emplois. L'idée était de définir des secteurs économiques d'avenir ou
de type régalien dont la gestion et le développement seraient confiés à des
compagnies à monopole où l'on retrouverait, par un hasard qui n'en était pas
tour à fait un, la fine fleur de ces gens à projets, mélant la haute noblesse àla
bourgeoisie marchande et financière qui en acquérait les actions7. C'est ainsi
que furent créées une manufacture des « Grandes Glaces», si nécessaires à
Versailles, la future compagnie de Saint-Gobain (1664), où l'on retrouvera
l'un des directeurs du Mercure galant, et diverses autres compagnies du même
type pour le commerce de la Chine ou des Indes (1665), traite des esclaves
comprise. Ce que l'on appela « l'exclusif»9 désignait le privilège délégué par
I'Etat à des particuliers, un droit qui pouvait êre supprimé par simple oukase
royal. On appliqua à la presse le principe de « l'exclusif».
Le système académique mis en place préfigurait la répartition de l'offre en
périodiques décidée par le pouvoir royal. La Gazette occupait une place centrale
comme véhicule de la vérité d'Etat. Les autres secteurs prenaient maintenant une
importance politique majeure: on les considérait comme les signes tangibles
6 Reed Benhamou, Regulating the Académie: art, rules and power in ancien régime France, SVEC
2009:8.
7 En 1627 déja, Richelieu avait créé la Compagnie de la Nouvelle-France dite des Cent-Associés
pour la mise en valeur de la colonie.
Voir l'article « Compagnies de commerce » de Philippe Haudrère dans Lucien Bély (dir.),
ictionnaire de l'Ancien Régime. Royaume de France xvt-xvif siecle, Paris, PUF, 1996, P. 305
307.
9 u Exclusif», article de Jean Tarrade dans le Dictionnaire de l'Ancien Régime, ibid., p. 526-527.
27
28
du progrès lié aux nouveaux domaines d'intervention de la monarchie et au
totalitarisme étatique perfectionné de Richelieu à Colbert. Le génie d'un Lully
ou d'un Molière était mis au bénéfice d'un système politique qui l'avait soutenu
voire créé. Cest pourquoi aussi bien la science que la culture au sens large étaient
du domaine régalien. Le Journal des savants bénéficia d'abord de la sollicirude du
pouvoir. Cétait un essai relativement aisé à controler, même si sa « matière » était
parfois sujette à débats qui dépasaient le politique et ses honorables censeurs.
Confié à Denis de Sallo, le Journal des savants (DP1, n' 71o)" fut créé en 1665
un an avant la fondation par Colbert de lT'Académie des sciences. Un privilège
pour vingt ans fut accordé, le 8 aoûr, à ce parlementaire chargé de missions
diplomatiques officieuses (DP2, n° 736) (fig. 2). De fait, comme pour ses
successeurs, le privilégié était un simple prête-nom pour le Chancelier, qui en
tant que dispensateur légal du privilège ne pouvait en étre le titulaire "! Le Journal
des savants couvrait, au-delà des sciences telles que nous les concevons, une bonne
partie de ce qui allait devenir la « matière» du Mercure galant. La première livraison
Fig. 2. Armes de Denis de Sallo sur le Journal de mon voyage,
manuscrit autographe. Cliché DR
10 Notice de Jean-Pierre Vittu, à compléter par sa monographie: Le « Journal des savants » et
la République des lettres, 1665-1714, Lille, Atelier de reproduction des thèses, 2000, 4 vOl.
11 le privilège du Journal des savants n'appartient à aucun auteur, c'est à M. le Chancelier
seul qu'il appartient, et s'il est ordinairement expédié sous le nom de quelque homme de
Lettres connu, c'est uniquement parce que M. le Chancelier ne peut pas se le donner a lul
même» (André de Claustre, Table générale des matières contenues dans le a Journal des
savants », Paris, Antoine Briasson, 1764, L. X, Prospectus, p. I).
au
Lully
soutenu
étaient
du
était
censeurs.
1665
privilège
missions
ses
en
Journal
bonne
livraison
et
Chancelier
de
lul
des
datée du s janvier 1665 parlait de traiter de « ce qui se passe de nouveau dans
la République des Lettres», cette Europe des savants dont les correspondances
érudites circulaient au-delà des frontières politiques et religieuses. Dès l'année
suivante, l'abbé Jean Gallois (DP1, n° 327) (fig. 3) succéda à Sallo, son patron
et protecteur, avec un privilège pour douze ans et ce ne fut qu'en 1701, dans le
cadre de la réforme de l'Académie des sciences, que le très puissant abbé Jean-Paul
Bignon, neveu du chancelier de Pontchartrain (DPI, n° 74), créa un bureau de
rédaction qui organisait et contrôlait le contenu du périodique.
LE IO VRNAL
DES S CAVANS.
Du Lundy so. Mars, M. DC. LXXL
Par le S GaLLOYS P.
10ANNIs BAPT. DV HAMEL DB COR POrumafettionibus
cium manifeftis tum occslezs Libri
duo. In 12. Parifis apud Mich, le Petit Stepb.
Micballet.
E Livre ct divifé en deux parties: Dans la
premiere 'Autcur traitte des Qualitez qui
tombentdous les fens, comme la chaleur, le fon,
l'odeur, & la lumiere: Dans la feconde il parle
de la fachlté des medicamens, de la vertu de lai
man,& des autres Qualitez occultes, au rang def
quelles il met la pelanteur, dont la caufe clt aulli
cachée, que les ctters en lont connus. Cette matiere
cft une des plus bclles de la Phyfique, &
neantmoins celt unc des plus negligées, les Philolophes
vulgaires s'étant contentez de faire fur
ce fujet quclques fpeculations metaphyliques,
ansle mettre en peine fi clles étoient contormes
à l'experience, foit qu'ils ayent été rebuttez d'en
faire l'eflay par l'afliduité & par la dëpenle que les
Cxperiences demandent, ou qu ils ayent cltimé
D
1671.
Fig.3. Le Journal des Sçavans, « par le S' Galloys P. », 3o mars 1671, P. 13. Cliché DR
Si la République des Lettres, les savants en -us et autres érudits, eurent
rapidement la priorité dans le Journal des savants, ce n'était que la part la moins
intéressante d'un public auquel la presse devait maintenant distiller quelques
vérités plus mondaines. Il y avait à Paris et surtout en province un lectorat qui
29
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n'avait de la Cour et de la Ville que les nouvelles un peu sèches de la Gazette.
Le roi et son principal ministre secondé par Charles Perrault étaient conscients
que l'information devait couvrir des secteurs, comme la littérature, les arts
et la culture en général, à mettre au bénéfice de la monarchie française enfin
rénovée. Pour cela, il fallait un homme sùr et d'expérience. Jean Donneau de
Visé (DP1 n244) fut choisi : issu d'unc famille de commensaux royaux, ayant
la réputation de changer d'opinion selon les circonstances et ses intérèts bien
compris, adversaire puis ami de Pierre Corneille et de Molière, chantre du
nouveau parti « moderne», qui voyait déjà dans le siècle de Louis XIV un âge
d'or chrétien très supérieur aux siècles paiens de Périclès et d'Auguste, homme
d'argent et thuriféraire sans retenue du pouvoir en place, c'était un composé
miraculeux en une seule personne
Par grace et privilège du Roi, donné à Saint-Germain-en-Laye, 15 février
1672, et accordé pour dix ans au « Sieur DAM » (fig. 4), De Visé se vit
confier la charge d'un troisième périodique, le Mercure galant (DP2, n' 919),
dont l'intitulé rappelait de loin le Mercure français (DP2, n* 937), qui, sous
Louis XIII, avait proposé par des volumes annucls les fastes de la monarchie
nationale. Le projet initial de De Visé s'en rapprocha en présentant, dans sa
première livraison de mai 1672, outre « plusieurs histoires véritables », tout
ce qui sest passé depuis le 1" janvier 1672 jusques au départ du Roi », Il ajouta
pour marquer le respect de l'exclusif que son Mercure « n'a rien qui ressemble
au Journal des savants» (MG, 1" janvier 1672, Le Libraire au lecteur ) et
qu'il ne publierait que s des choses que les gazettes ne vous apprendraient pas
(MG, 1" janvier 1672, p. 43). Par prudence, l'édition était confiée, « pour le
présent volume seulement , à deux libraires parisiens qui brillaicnt dans les
publications littéraires et mondaines, Claude Barbin et Théodore Girard
Par exemple, lannée précédente, Barbin avait publié, entre autres, les originales
de la Bérénice de Racine, de la Zaide de Mme de La Fayette, de la troisième
partie des Contes et nouvelles en vers et des Fables nouvelles de La Fontaine : un
catalogue de premier ordre ou l'on trouvait aussi Les Anours du soleil, tragédie
en machines de De Visé lui-méme jouée avec une rare magnificence et un rien
dallusions au monarque dans la salle du Marais"% ! Les débuts du journal furent
12 Sur sa carière littéraire, voir l'ouvrage encore tout à fait sür de Piere Mélèse, Un homme
de lettres au temps du Grand Rol, Donneau de Visé, fondateur du a Mercure galant », Parls,
E Droz, 1936, plutot que la monographie largement hagiographique de Monique Vincent,
Donneau de Visé et le a Mercure galant », Paris, Aux Amateurs de Livres, 1987, 2 Vo,
13 Jean-Dominique Mellot et Elisabeth Queval, Répertoire d'imprimeurs/libralres (vers 1500-
vers 1810), Paris, Bibliothèque nationale de France, 2004, n° 235.
14 1bid., n°2
15 Gervais E. Reed, Cloude Barbin libraire de Paris sous le règne de Louis XIV, Genève/Paris,
Droz, 1974,. P. 96.
Gazette.
conscients
arts
enfin
de
ayant
bien
du
âge
homme
composé
février
vit
919),
sous
monarchie
sa
tout
ajouta
ressemble
et
pas
le
les
originales
troisième
un
tragédie
rien
furent
homme
Parls,
Vincent,
1500-
Paris,
pourtant incertains: annoncé comme trimestriel (MG, 1" janvier 1672, « Le
Libraire au lecteur »), le Mercure galant témoignait de quelque souvenir de la
large périodicité annuelle du Mercure français, qui permetrait de transformer
l'actualité en histoire. Plus tard, De Visé s'autoprocama « historiographe de
France» (MG, février 1699, p. 186). En attendant, de mai 1 672 à la fin de
1673, le journaliste chercha sa voie et publia sans réelle périodicité six volumes
du Mercure. Puis il renonça devant l'échec de l'entreprise. On ignore ce que l'on
en pensa à la Cour, qui dut regretter de lui avoir confié la réputation littéraire
et mondaine de la France de Louis le Grand.
Extrait da Privilege du Roy.
DAr Grace & Privilege du
L Roy Donné à S. Ger
main en Laye le 15.Fcv.1672
Signé.Par le Roy en fon Confeil
ViLLET. Ilest permis au
Sicur DAMde faireimprimer,
vendre & debiter par tel Imnprimeur
& Libraire qu'il voudra
choifir, un Livre intitule
LE MERcuRE GALANT, en
un ou plufieurs,Volumes,pen
dant lc temps de dix ans entiers
, à compter du jour que
chaque Volume fera achevé
dimprimer pour la premiere
fois. Et defenfes font faites
de contrcfaire lefdit Volumes,
à peinc de fix mille livres
d'amende aini que plus
Fig.4.«Extrait du Privilège » du Nouveau Mercure galant, 15 février 1672. Cliché DR
31
32
Mais Donneau de Visé connaissait l'art de se rétablir dans les circonstances
les plus délicates. Quatre ans plus tard, sous le privilège de 1672, parut, le
I avril 1677, un Nouveau Mercure galant mensuel chez le libraire parisien
Claude Blageart6. Le 31 décembre de la même année, De Visé bénéficia d'un
renouvellement de privilège" qu'il partagea avec son libraire, lequel en céda une
partie, selon son habitude, à son confrère lyonnais Thomas Amaulry" pour une
réédition officielle en province (fig. 5)9 et ce, afin de limiter autant que faire se
pouvait les contrefaçons qui n'allaient pas manquer de se multiplier en cas de
succès d'un périodique qui, dès ses premières livraisons, « na pas été seulement
imprimé dans la plus grande partie des Provinces en France, mais aussi dans
les pays étrangers» (MG, mai 1677), comme le notait avec une satisfaction
crispée le journaliste. Il suggérait par là que le premier Mercure avait été rué
par les contrefacteurs 0, malgré la menace inopérante d'une condamnation
à 6 o0o livres d'amende portée au privilège royal. Dans sa nouvelle version,
De Visé recentra son périodique sur les nouvelles mondaines et la littérature
comme l'indique le sous-titre du premier numéro qui ne scandait plus
l'information en fonction de lemploi du temps du monarque, mais se limitait
à a tout ce qui sest passé de curieux depuis le premier de janvier, jusques au
dernier mars 1677. La quéte de la « curiosité », activité éminemment sociale",
était « l'excdusif» que se réservait le nouvel avatar du Mercure.
Pour organiser sa feuille, De Visé sérait inspiré d'une recette qui avait eu
naguère quelque succès dans les premiers balbutiements de la presse parisienne,
les lettres en vers (DP1, n° 557, 815, 817, 966, etc.)3, Ces minces brochures
16 J-D. Mellot et E. Queval, Répertoire d'imprimeursAibraires, op., cit., n° 546.
17 Privilège encore renouvelé pour dix ans le 18 juillet 1683.
18 J.-D. Mellot et E. Queval, Répertoire d'imprimeursflibraires, op. cit., n°56. Amaulry, originaire
de Paris, partageait souvent des privilèges avec les libraires de la Capitale.
19 Contrairement à ce que dit DP2, n° 244, t. I, p. 323, I'Edition Amaulry débuta dès 1677 et non
en 1680 (ex. dans la collection de l'auteur)
20 Sur la contrefaçon du livre, cancer récurrent aux xif et viul" siècles, voir notre recuel,
Les Presses grises. La contrefaçon du livre avt xir siècle), Paris, Aux Amateurs de Livres, 1988,
et notre article a Contrefaçon » dans Pascal Fouché et ali (dir), Dictionnaire encyclopédique
du livre, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, t. I(A-D), 2002, p. 633-635. Pour une vision
plus générale du phénomêne, on consultera notre contribution: u La contrefaçon du livre
une histoire pour aujourd'hui », Revue française de géoéconomie, n° 10, été 1999, p. 119-125.
21 « CURIEUX, se dit encore de la chose rare qui a été ramassée ou remarquée par l'homme
curieux ». «CURIOSITÉ, se dit aussi de la chose même quiest rare, secrête, curieuse » (Antoine
Furetière, Dictionnaire universel, La Haye/Rotterdam, Arnout/Reinier Leers, 1690, s.v.),
22 Les études sur la forme matéielle de la presse d'Ancien Régime sont assez rares. On peut
citer les Cahiers de textologie, n °3, « Textologie du journal », dir, Pierre Rétat, 1990,
23 A ces lettres, on ajoutera la réédition moderne de James de Rothschild, Les Continuateurs de
Loret: Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny
Laurent et autres, Paris, D. Morgant et C, Fatout, 1881-1899, 3 vol,
circonstances
le
parisien
d'un
une
une
se
de
seulement
dans
satisfaction
rué
condamnation
version,
littérature
plus
limitait
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sociale",
eu
parisienne,
brochures
originaire
non
recuel,
1988,
encyclopédique
vision
livre
125.
l'homme
Antoine
peut
de
Subligny
LE NOUVEAUJ
MERCURE
GALA N T.
CONTENANT TOUT CE
qui s'est pafle de curieux depuis
le premier de Janvier, julquces
au dernier Mars 1677
TO ME PREMIE R.
ALT0 N,.
Chez THOMAS AMAULRY,
Libraire, ruë Merciere, à la Viêoire.
M. DC. LXXVII.
AVEC PRIPILEGE DO ROT
Fig. 5. Le Nouveau Mercure galant, Lyon, Thomas Amaulry, janvier-mars 1677,
page de titre. Cliché DR
périodiques, généralement hebdomadaires et d'une ou deux feuilles in-4, se
présentaient comme une lettre à une Dame réele ou fictive à qui le journaliste
s'adressait pour lui narrer les menus événements de la Ville et de la Cour:
ces longs poèmes en vers « burlesques » (dix pieds) constituaient à peine u
journal (prudence à l'égard du monopole) et ressemblaient aux épitres dont Paul
Scarron par exemple, abreuvait alors les ruelles précieuses de la Capitale. De la
Gazette du temps à Mlle de Longueville (DP1, n° 557) de Jean Loret en 1652
(DP2, n° 528) aux Lettres en vers à Madame (DP1, n° 815) de Charles Robinet
de Saint-Jean (DP2, n° 695), qui cessèrent l'année même où débuta le Mercure,
la formule avait fait ses preuves, quoique le public commençât à s'en lasser.
33
34
De Visé, qui se présentait comme « l'auteur du Mereure », unique journaliste
en charge de la feuille, mit en scène ce long monologue à une provinciale où
il pouvait insérer des comptes rendus littéraires et dramatiques au milieu de
pièces fugitives en vers et en prose, le tout pimenté, dans la matière de gazette
très politiquement correcte, par une révérence un peu insistante aux mérites
CXEraordinaires dun monarque qui rendait possible ces beautés répandues à
foison sur la Cour et sur la Ville. «On sétait assemblé pour une partie de jeu
chez une aimable duchesse >; ainsi débutait le premier numéro du Nouveau
Mercure galant de 1677, qui continuait sur la même page par les a merveilleuses
qualirés qui le rendent [le Roi naturellement] le plus grand des Hommes ». I1
n'en fallait pas moins. Le numéro d'avril souvrait, lui, par une dédicace à la
comtesse de Brégy 4, sur le ton badin qui convenait: « Je prends la liberté de
vous offirir un Livre dont j'ose croire que la lectrure vous plaira; et je puis me le
persuader sans trop de présomption, puisqu'elle vous renouvellera, ce que vous
cntendez publier partout à la gloire de Son Altesse Royale», Monsicur, frère
du Roi: on ne pouvait plus galamment faire sa cour à une personne si intime
du prince. Les trois volumes suivants furent dédiés au duc de Saint-Aignan5,
à la marquise de Thianges2 et au duc de Montausier27: ces deux éminents
courtisans étaient comme la comtesse des représentants un peu surannés de la
Vieille Cour et la troisième la saeur de la maitresse royale en titre. Conscient
quc «lavenir était ailleurs, le Nouueau Mercure dédia, dès l'année suivante,
le Mercure au Grand Dauphin25 dont les armes ornèrent dès lors la page de
titre où l'on trouvait maintenant la liste des six libraires du Palais chargés de
sa diffusion29, Politiquement protégé et commercialement assuré, le journal
24 Charlotte Saumaise de Chazan, comtesse de Brégy (1619-1693), étaít alors une précieuse un
peu démonétisée, qui avait contribué à la mode des portraits avec la Grande Mademoiselle
et fréquentait la Cour des Orléans, Gaston puis Monsieur, Elle avait publié, entre autres
brochures, un curieux petit ouvrage satirique assez peu féministe, La Sphère de la lune
composée de la tête de la femme, Paris, Antoine de Sommaville, 1652 (rééd.: Lyon, Clément
Petit, 1656).
25 François-Honorat de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan (1607-1687), militaire et homme de
lettres, connu pour sa participation aux ballets de Cour avec Benserade,
26 Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, marquise de Thianges (1634-1693), familière du
Roi et de Monsieur, mais surtout sæur de Françoise Athénaís, marquise de Montespan..
27 Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier (1610-1690), ancien gouverneur du Grand
Dauphin et époux de Julie d'Angennes, la dédicataire de la célèbre Guirlande de Jule, I1
passait pour 'un des modèles d'Alceste
28 Dédicataire du périodique à compter de janvier 1678. De Visé l'annonce à la fin de l'annee
precedente (MG, décembre 1677, « Avis au lecteur », n.p.): « .)ce grand prince veut blen
souffrir qu'il paraisse toujours à l'avenir sous son nom ».
29 Guillaume de Luyne, Charles Sercy, Etienne Loyson, Jean Guignard, Théodore Girard
et Charles Osmont 0.-D. Mellot et E. Queval, Répertoire d'imprimeurs/libraires, 0p. Cil
n 3310, 4519, 3292, 2379, 2217 et 3822).
journaliste

de
gazette
mérites
répandues à
jeu
Nouveau
merveilleuses
I1
la
de
le
vous
frère
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Aignan5,
éminents
la
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de
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journal
un
Mademoiselle
autres
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de
du
Grand
I1
l'annee
blen
Girard
Cil
de De Visé pouvait envisager avec confiance son propre « avenir ». Comme la
notion d'ouvrage périodique n'existait pas dans le « code de la librairie », on
lui attribua la législation du « livre », nom sous lequel le Mercure se présentait
d'ailleurs: le privilège et l'approbation mensuelle par l'un des censeurs du
Chancelier furent son lot commun3°
La Gazette était proposée au format in-4° pour fournir à partir de 1642 huit
pages d'une unique feuille d'impression, suivies des 4 pages des Nouveles
ordinaires, ce qui évitait tout brochage et donc accélérait la publication ; les
lettres en vers reprirent le procédé dans un dessein identique, qui était de servir
au plus vite une actualité rapidement obsolère. Pareillement, le Journal des
savants hebdomadaire publiait sous ce format, réservant une version in-12 à
une diffusion ultérieure. Le Mercure galant était, quantà lui, mensuel. Nourrie
de « correspondances » soigneusement entretenues avec ses lecteurs3, la matière
du périodique, entre pièces fugitives, nouvelles diverses et comptes rendus
variés, formait une copie très copieuse qui pouvait à elle seule composer un
petit volume. Pour le grossir et en faire un « livre », selon la définition même
de son a auteur», De Visé imagina, sans doute lui-même- car ce n était pas
T'intérêt des imprimeurs de le faire composer dans un corps typographique
très inhabituel pour cette imposition in-12 qui était aussi celle des nouveautés
littéraires3, En effet, une page in-12 comportait pour les ceuvres de littérature
publiées chez Claude Barbin, par exemple, entre dix-huit et vingt-trois lignes
de texte, alors que le Mercure n'en comptait que dix-sept et partois quinze. La
réédition lyonnaise de Thomas Amaulry renonça à ce procédé dispendieux en
revenant à vingt-huit lignes par page in-12 dans un corps plus petit, ce qui
réduisait d'autant la consommation de papier, Les contrefacteurs agirent de
même: une contrefaçon de 1677 « à la sphère », sans doute hollandaise34,
30 Claude-Marin Saugrain, Code de la librairie et imprimerie de Paris, Paris, Aux dépens de la
Communauté, 1744, Titre XV: « Des privilèges et continuations d'iceux pour l'mpression
des livres », art. Cl, p. 358-359.
31 Jean-Pierre Vittu, « Qu'est-ce qu'un article au Journal des savants de 1665 à 1714 », Revue
rançaise d'histoire du livre, n° 112-113, 3' et 4' trimestres 2001, p. 129-148.
32 De Visé les sollicite dès sa première livraison : a l'auteur ne commence qu'à établir des
correspondances et former des habitudes d'où il puisse tirer des secours considérables afin
qu'il n'arrive rien dans le monde dont il ne parle dans ses lettres » (MG, janvier 1672, « Le
Libraire au lecteur », n.p.). Dans le dernier numéro du Nouveau Mercure galant de 1677 (MG,
décembre 1677, « Avis au lecteur », n.p.), il signale, avec satisfaction, avoir regu, depuis le
début de l'année, « plus de quatre cents lettres qui m'ont été écrites sur le plaisir que sa
lecture m'a causé ».
33 Sur les pratiques de l'imposition typographique in-12, voir Roger Laufer, Introduction à la
textologie. Vérification, établissement, édition des textes, Paris, Larousse, 1972, p. 111-15
34 Reclame à chaque page et numérotation des cahlers en chiffres arabes.
35
36
asuivant la copie imprimée à Paris » (fig. 6)35, est imprimée au format in-12,
soit vingt-quatre pages de vingt-cinq lignes par cahier. On connait assez mal
LE NOUVEAU
MERCURE
GALA N T,
CONTENANT TOUT
ce qui seft paflé de curieux,
depuis le premier de Janvier
juiques au dernier
Mars 677.
Suivant la Copie imprimée APARIS,
Chez THEODORI GIRAB D
Au Palais, dans la Grande Salle,
à 'Eavic. 1677
Fig. 6. Le Nouveau Mercure galant, « suivant la copie imprimée à Paris,
chez Théodore Girard », 1677, page de titre. Cliché DR
35 Livraisons mensuelles de mars 1677 à décembre 1679. Pour l'année 1677 (dix livraisons),
elles sont à l'adresse: « Suivant la Copie imprimée à Paris, chez Théodore Girard ». L'année
1678, qui sort des mêmes presses et qui est illustrée de diverses planches anonymes, dont
de la musique, porte 'adresse; a Suívant la Copie imprimée à Paris, Au Palais, I'An 1678 » ;
la sphère armillaire est remplacée par un cul de lampe triangulaire ganvier) ou par une
corbeille de fruits (coll. de l'auteur: 8 vol. en reliure hollandaise de velin ivoire rigide a
rabats)
12,
mal
livraisons),
L'année
dont
» ;
une
a
les contretfaçons de ces premiers Mercure3, mais on peut supposer que les
contraintes financières liées à la nécessité de commercialiser des exemplaires
à prix réduit conduisirent les imprimeurs à suivre cette politique éditoriale.
L'exemplaire parisien mensuel était fourni, selon un avis du premier numéro de
mars 1677, pour « vingt sols reli en veau et quinze reli en parchemin », mais
pour seulement « dix sols en blanc » (broché). Aucun système d'abonnement
n'était, semble-t-il, prévu à lorigine: De Visé commença à l'évoquer l'année
suivante pour fidéliser le chaland quand il prit à nouveau conscience de la
multiplication des contrefaçons (MG, février 1678, « Au Lecteur », n.p.). Le
prix de la livraison en blane était largement inférieur à celui des nouveautés
parisiennes in-12 que proposaient les libraires de la place, ce prix oscillant autour
de 20 ou 30 sols (une livre ou une livre et demie). Si le libraire lyonnais Amaulry
s'était aligné sur les prix parisiens: 20 er 15 sols (MG, Lyon, mars 1677, « Avis au
lecteur ) (fig. 7), ce qui ne le distinguait pas commercialement des privilégiés
de la Capitale, c'est que le tirage certainement moins élevé renchérissait le
coúr à l'exemplaire, imprimé néanmoins avec des caractères usés sur du papier
médiocre. Quant au contrefacteur hollandais, il supprima de son «Au Lecteur»
toute information sur le tarif de ses livraisons qui éraient joliment imprimées
avec des caractères neufs sur du beau papier et ornées de gravures d'excellente
qualité. En 1694, une nouvelle contrefaçon, qui eut la vie dure jusqu'en 1710,
fut publiée presque officicllement à Toulouse par le libraire Jean II Boude7, qui
réimprimait légalement la Gazete dans cette capitale proviniale, D'apparence
trè's médiocre, tant par l'impression que par la gravure, la livraison fut vendue
huit sols la première année et passa ensuite à dix. Mais, à la méme époque, le
prix du Mercure galant parisien publié par Michel Brunee9 était fixé à « trente
sols relié en veau et vingt en parchemin » (MG, janvier 1689)*0 ; il passa en
36 Outre celle que nous venons de signaler, il existe, au moins, pour les dêbuts du Mercure,
une contrefaçon italienne, une contrefaçon bordelalse chez G. de la Court, 1. Mongiron
Millanges et S. Boc (uin 1677) (BM Toulouse, Fa D 1282) et une contrefaçon avignonnaise
qul a été signalée par René Moulinas, L'Imprimerie, la librairie et la presse au xvif siècle,
Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1974, p. 417
37 Ex. à la BM Toulouse. Marie-Thérèse Blanc-Rouquette, La Presse et l'information à Toulouse
des origines à 1789, Toulouse, Association des publications de la faculte des Lettres et
Sciences humaines, 1967, p. 115-126. Jean II Boude mourut en 1696; Elisabeth Hénault,
sa mère, lul succéda comme veuve de libraire, de même que son demi-frère, Claude-Gilles
Lecamus 0.-D. Mellot et E. Queval, Répertoire d'imprimeurs/libraires, op. cit., n° 683, 684,
3145).
38 Gilles Feyel, La « Gazette» en province à travers ses réimpressions, 1631-1752, Amsterdam
Maarsen, APA-Holland University Press, 1982, Pp. 378-390
39 J..D. Mellot et E. Queval, Répertoire d'imprimeurs/libraires, op. cit., n° 854. Sa boutique du
Palais était à l'enseigne: « Au Mercure galant ».
40 Le prix était passéen janvier 1679 à 30 et à 25 sols pour le même type de reliure.
37
38
AV LECTEVR.
N donnera un Tome
da Mercure Galant,
le premier jour de chaque Mois
Jans aucun Tetardemsnt. On
le vendra vingt fols relié
en Veau, e quinze relie en
Parchemin.
le n'alare pas que le Sonnet
qui a paru Jous le nom
Monitur Pelilon oi
de luyi
Fig-7. «Avis au Lecteur », dans Le Nouveau Mercure galant, Lyon, Thomas Amaulry,
janvier-mars 1677, Cliché DR
1703 à 38 et à 35 sols, sous le prétexte d'une augmentation de la pagination
des livraisons. On ignore le contenu de l'accord de coopération entre Boude et
de Visé, mais le Mercure toulousain, qui joignait à la copie parisienne l'actualité
de sa région, était, sans doute, le fruit d'un bail du méme type que celui que
Boude avait signé avec la Gazette. On estime, en 1697, les revenus annuels de
de Visé à I5 000 livres, dont une grande partie provenait de pensions royales
qui étaientà la fois le signe de son allégeance au pouvoir et l'épée de Damoclès
menaçant le journaliste déviant. Depuis la fin de 1681, Jean Donneau de
Visé, « garde-meuble de la Maison du Roi, Princes étrangers et Ambassadeurs
pagination
et
l'actualité
que
de
royales
Damoclès
de
Ambassadeurs
extraordinaires » , avait associ, par acte sous seing privé, Thomas Corneille,
simple écuyer, mais cadet du Grand Corneille, au privilège et àla rédaction d'un
périodique dont la charge mensuelle était évidemment pesante pour un homme
secondé d'un seul « commis », même si des « particuliers », qu'il sollicitait
régulièrement à Paris et surtout en province, lui envoyaient des pièces fugitives
en vers et en prose. Dans leur acte d' association, il était indiqué que les deux
coprivilégiés partageraient à égalité « tous le profit qui pourra revenir (.] des
présents qui pourront nous être faits en argent, meubles, bijoux et pensions ,
ce qui suggérait qu'être publié dans le Mercure n' était pas toujours gratuir! Pour
contenir les coúts, le document fixait un maximum « de I14 et 15 feuilles, et de
jamais plus de 16» par livraison (soit 336, 360 ou 384 pages in-12), comportant
aussi« 2 planches et 2 chansons» gravées.
De Visé augmenta la rentabilité de sa petite entreprise par des
a Extraordinaires » (DP1, n' 927) annoncés dès la livraison de janvier 16784,
Le procédé avait éré inauguré par la Gazette, qui pouvait ainsi développer une
nouvelle particulièrement importante ou que l'on voulait faire croire telle. Les
Extraordinaires » trimestriels du Mercure galant, imprimés dans un corps
plus petit et plus économique, formèrent des volumes supplémentaires de
250 à 400 pages environ au prix du périodique lui-mme après que De Visé
eut tenté de les vendre à un écu (60 sols ou 3 livres) (MG, août 1678, Préface,
n.p.)! Mais il imagina de les diffuser, indépendamment du périodique,
comme des nouveautés éditoriales mises sur le marché par les libraires du
Palais associés à la distribution du Mercure. Ces « Extraordinaires », composés
pour l'essentiel d'une matière envoyée par les abonnés, cessèrent en ocrobre
1685, car, depuis cinq ans, De Visé avait trouvé une autre source de revenus
avec les « Suppléments » (DP1, n° 926). Les ambassadeurs siamois étaient-
1s reçus avec pompe, par exemple, à Versailles en septembre 1686? Ce fut
T'occasion d'un « Supplément» en 4 volumes (MG, septembre 1686-janvier
1687, 375, 356, 337 et 326 p. :« Voyage des ambassadeurs de Siam en France »)
41 l semble avoir hérité cet office de son grand-père maternel et parrain, Jean Gaboury (DP2,
n° 244,t. 1, P. 321).
42 Acte sous seing privé du 15 décembre 1681 reproduit, avec quelques erreurs de transcription,
par P. Mélèse, Un homme de lettres au temps du Grand Rol, Donneau de Visé, fondateur du
r Mercure galant », op. cit., p.163-166. Monique Vincent (Donneau de Visé et le « Mercure
galant, op. cit, t. I1, P. 14-19) a donné une photographie de l'acte authentiñé, le 18 janvier
1682 par-devant Clément, notaire au Châtelet de Paris.
43 De Visé révisait volontiers cette copie: a Pour les histoires envoyées par les particuliers,
on croit devoir avertir une fois pour toutes que si on y retouche, c'est seulement pour les
mettre dans le style serré du Mercure qui doit être le même partout » (MG, décembre 1677.
u Avis au lecteur », n.p.),
44 Je donneral tous les trois mois un Extraordinaire galant du Nouveau Mercure » (MG, janvier
1678).
39
40
commercialiséséparément ensuite, comme le fut La Fête de Chantilly contenant
tout ce qui sest passé pendant le séjour que Monseigneur le Dauphin y afait avec
une description exacte du chåteau et des fontaines (MG, septembre 1688, 312
p.), qui, outre la cour que faisait le journaliste aux puissants, pouvait servir
de guide au visiteur de la résidence du nouveau prince de Condé. De 1697à
1703, De Visé resservit en dix volumes in-folio une compilation des articles
du Mercure sous le titre de Mémoires pour servirà lhistoire de Louis le Grand,
après avoir tenté de I688 à 1692 d'en donner une première version avec ses
Affaires du temps.
Ce n'est pas ici le lieu d'analyser le contenu du Mercure galant, rapidement
devenu avec Thomas Corneille et Fontenelle le porte-parole du mouvement
moderne, dont la théorie se faisait dans l'entourage même de Colbert par
Charles Perrault, qui donna plus tard au Mercure la primeur de deux de ses
contes5. Réputé« immédiatement au-dessous de rien », selon la formule célèbre
de La Bruyère, ami des Anciens, le « H G**»(Hermès galant)6 passait,
dans un aimable désordre, d'une nécrologie à un compte rendu dramatique,
des exploits guerriers du « plus grand roi du monde» à une énigme ou a
une charade, d'une chanson 7 à une « historiette» à la modes5, Outre les six
livraisons datées de 1672 à fin 1673, le Mercure galant de De Visé comporte
400 volumes mensuels de 1677 à 1710, plus s6 volumes de « SupplémentS» et
32 volumes d'« Extraordinaires, soit 488 « livres » selon la terminologie propre
à son « auteur»49, Il est évident que la lassitude d'un journaliste vieillissant et
devenu aveugle, dont les flatteries à l'égard du pouvoir dans les dernières années
calamiteuses du règne contrastaient manifestement avec la réalité, imprégna les
livraisons du Mercure au tournant du siècle. La presse hollandaise, plus libre,
attirait le public des lecteurs français, et les petits journaux « à huit sols » traitant
de littérature et d'histoire sur un ton plus personnel° lui faisaient concurrence
45 « Les Souhaits ridicules » (MG, novembre 1693), « La Belle au bois dormant» (MG, février
1696). Voir notre article a La presse dans l'histoire littéraire du "siècle de Louis XIV" », dans
Luc Fraisse (dir.), L'Histoire littéralre, ses méthodes et ses résultats. Mélanges offerts a
Madeleine Bertaud, Genève, Droz, 2001, P. 199-207.
46 Jean de la Bruyère, Les Caractères (1688), éd. Robert Garapon, Paris, Garnier,
coll. « Classiques Garnier », 1962, « Des ouvrages de l'esprit » 46, p. 83.
47 On consultera l'inventaire en ligne de Nathalie Berton pour la période 1678-1700 : <http://
philidor.cmbv.fr/catalogue/intro-mercure airS
48 Anthologie des nouvelles du « Mercure galant » (1672-1710), éd. Monique Vincent, Parls,
STFM, 1996.
49 Monique Vincent, Donneau de Visé et le a Mercure galant », op, cit., t. I, p. 192. Elle fournit
par ailleurs la table des matières des livraisons de 1672-1674, de 1677 (t. 1, Il et X) et de mai
1710, plus une liste des Extraordinaires (t. I1, p, 22-58),
50 Petites feuilles qui naquirent et moururent dans les dernières années du règne de Louls XIV,
profitant d'une certaine myopie de la censure sur les privilèges de presse concernant ces
contenant
avec
312
servir
1697à
articles
Grand,
ses
rapidement
mouvement
par
ses
célèbre
passait,
dramatique,
a
six
comporte
et
propre
et
années
les
libre,
traitant
concurrence
février
dans
a
Garnier,
http://
Parls,
fournit
mai
XIV,
ces
à Paris même. Thomas Corneille mourut en décembre 17091; De Visé lui
survécut quelques mois dans son logement des Galeries du Louvre où il décéda,
le 8 juillet 1710.
Le roi qui avait quelques affaires pressantes à déméler dans le Nord de la
France avec le prince Eugène n'en prit pas moins la peine, après quelque
hésitation, de lui trouver un successeur, qui ne fit pas de politique er qui
néanmoins fùt connu à la Cour, sans être inconnu à la Ville et dans les cercles
modernes dela Capitale S, Le choix se porta sur Charles Dufresny (1657-1724)
(DP2, n. p. 265), auteur dramatique, mais surtout petit officier à Versailles,
lié à la Compagnie des Grandes Glaces, dont il passait pour avoir réinventé la
technique vénitienne de fabrication, et jardinier plein d'imagination à qui l'on
attribue la réforme des parterres bien peignés en buissons touffus et potagers
librement disposés à la manière de ce qui sera le jardin à l'anglaises3. Sollicité dès
le 10 juillers4, deux jours après le décès de De Visé, le privilège de continuation
du Mercureà « Charles Du Fresny, sieur de Rivière, notre valet de chambre
ordinaire» 5, fut accordé pour trois ans le 31 août selon ce qui est reproduir dans
les volumes, le 28 août selon les archives de la Librairie56, ce qui témoigne peutêtre
de la dificulté d'assurer une succession bien contrôlée; il lui fut renouvelé
le 21 décembre 171357, Nous nous permettrons de résumer rapidement ce que
nous avons publié sur le Mercure galantde Dufresny 5# et sur ses avatars jusqu'en
1724 (DP1, p. 921-923). Dufresny prit la sage décision de ne pas parler de
politique et de se priver du plaisir équivoque de rendre compte des ouvrages
de ses confrères auteurs dramatiques. Il fut moderne avec détermination, mais
aussi avec fantaisie et humour, considérant que la rugosité antique si étrangère
au goût esthétique de ses contemporains était pourtant le signe d'une violence
ovnis typographiques. Outre DP1, voir notre synthèse a journaux moraux et journalistes au
début du xi" siècle: Marivaux et le libertinage rocaille », dans Etudes sur les «Journaux» de
Marivaux, dir. Nicholas Cronk et François Moureau, Oxford, Voltaire Foundation, coll. Vifn,
2001, P. 36-38.
51 De Visé rédigea un éloge funèbre de son ami et collaborateur (MG, fêvrier 1710, P. 270-299).
52 Le lieutenant général de police, Marc-René, marquis d'Argenson et l'abbé Bignon
Contribuèrent à ce choix,
53 Voir notre thèse, Un singulier Moderne : Dufresny auteur dramatique et essayiste 7
1724), Lile/Paris, Atelier de reproduction des thèses/Honoré Champion, 1979. 2 vol. et
sa version réduite, Dufresny auteur dramatique (1657 1724), Paris, Klincksieck, 1979. Une
biographle complète et originale s'y trouve.
54 BnF, ms, fr. 21941, f. 127
55 Titre de complaisance, Dufresny avait été seulement garçon de la Chambre, puis huissier du
Chambellan, En 1710, il avait la charge assez theorique de dessinateur des Jardins du Roi.
56 BnF,ms., fr, 21941, f. 131.
57 BnF ms., fr. 21942, f. 198
58 Le « Mercure galant» de Dufresny (1710-1714) ou le Journalisme à la mode, Oxford, Voltaire
Foundation, coll, « SVEC », n° 206, 1982 et DP1, n° 920.
MERCURE 301 E TRG URE
GALA NT. C.ALA N .
Par le SicHr Du F**
Mois
de Mars
1711.
Le prix eft 3o. fols relié en vcau, &&
25.fols, br ochz
A PARIS,
Chez DANEL JoLLET, au Livre
Royal, au bour du Pont S. Michel
du côré du Palais.
PiERRI RIDou, à l'Image S. Louis,
fur le Quay des Augultins, A PARIS,
GLLIS LAMESL, à l'entrée de la ruë M. DCCXI. du Foin, du coré de la ruë
Saint Jacques. Avrc Privilege da Rey.
Fig. 8. Mercure galant, mars 1711, page de titre. Fig-9.Avis au lecteur du Mercure galant, mars 1711.
Cliché DR Cliché DR
primitive qui ne lui déplaisait pas9, Reprenant au pied levé dès l'été 1710 le
Mercure de De Visé, Dufresny se limita d'abord à mettre sur la page de titre un
bois gravé assez médiocre représentant Mercure et l'amour (fig. 8) et à signaler
au verso de cette dernière qu'il en était l'auteur- Par le Sieur Du F** (fig. 9)
Rendue publique le 3 septembre et approuvée comme il se devait par le très
obscur Capon, censeur du Chancelier, la livraison de juin-juillet-aoút 1710 fut la
première des quarante-quatre dont Dufresny se chargea jusqu' en avril 1714. II en
maintint le prix de 30 sols relié en veau er de 25 broché, de méme que le format
etle nombre de lignes (18) à la page. En revanche, il restructura complètement le
périodique en renonçant à la fiction de la lettre-conversation, tout en continuant
59 François Moureau, a Un parallèle d'Homère et de Rabelais au début du xviit siècle ou le brut
et le poli », dans La Littérature et ses avatars. Discrédits, déformations et réhabilitations5
dans l'histoire de la littérature, dir, Yvonne Bellenger, Paris, Aux Amateurs de Livres, 1991,
P.151-163.
URE
F**
vcau, &&
Livre
Michel
Louis,
Augultins, la ruë ruë
mars 1711.
le
un
signaler
9)
très
la
en
format
le
continuant
brut
réhabilitations5
1991,
AMUSEMENS
SERIE UX
ET
COMI QUES.
Dufry
Lion
A PARIS,
Chez CLAUDE BARDIN, au Palais,
fur le econd Perron de la
Sainte. Chapelle.
M. DC. XCIX.
Auc Privilege du KJ.
Fig. 10.[Charles Dufresny), Amusemens sérieuxet
comiques, Paris, Claude Barbin, 1699. Cliché DR
à se dire a l'auteur du Mercure » et à intervenir par des réflexions plaisantes
inconnues de De Visé dans le corps même du journal, ce qu'il appelait son « style
. naturel et négligé» (MG, juin-juillet-août 1710, p. 3-4). De mars à décembre
1711,il entreprit de diviser le périodique en sections cohérentes qui remplaçaient
le fourre-tout que De Visé aait pratiqué jusqu'à son dernier numéros, Ces quatre
sections à pagination séparée portaient les titres de « Littérature », « Nouvelles »,
Pièces fugicives» et « Amusements », ce dernier intirulé rappelant le petit roman
parisien à la siamoise que Dufresny avait publié avec succès cn 1699 chez Claude
Barbin (g. 1o), Cette division entre comptes rendus, nouvelles politiques et
60 Un a listing » complet fournissant la table des matières du Mercure de Dufresny (710-1714)
se trouve dans notre Un singulier Moderne, op. cit., t. I, p. V-LII,
61 Monique Vincent fournit la table des matières du numéro de mai 1710 (Donneau de Visé et
le a Mercure galant », op. cit., t. II, p. 54-55). Par exemple, le mariage de Mlle d'Enghien était
Suivi de l'annonce du décès d'une centenaire et de nouvelles du parlemen..
62 Amusements sérieux et comiques, Paris, Claude Barbin, 1699.
CATAL OGU E
De teutes Jortes de Graines, tant pota
geTs que legumes Jalades , graine
de fomples de toutes fperes » grainesde
fieurs eignens de jicurs, qui Jont à
pryent chec le Sieur LE FEVRE,
Marcbard Grainicr,1 eurifle, demeurat
fur le Quay de la Megillerit
à CEnfeigne du Cog de la Bemne Feg Parit.
Houx-fleurs du Levant.
Choux-feurs de Cypre,
Cooux-fieurs d'lralie.
Choux de Siame pommez.
Choux de Milan frifez & pommez.
Choux Pancaliers, lilez & pommez.
Gros Choux pommez d'Allace.
Choux pommez de Genes.
Choux pommez d'Aubervilliers.
Cboux rouges de Flandre pommez.
Choux rouges de Frize pommcz.
Choux de Veronne mulquez&
pommez,
AU COQ DE LA BONNE FOY. Choux de Savoye frifez & pommez.
E FEVRE, Maitre Marchand Grainier Choux-Raves d'Italie.
Sar le milieu du uay fe la Meg lerie, vend Cheux de Beauvais à large côte.
de soutes fortes de Graincsà Jardin Choux blonds à large cóte. A
Fig.1. Catalogue de toutes sortes de graines [-Jqui sont à présent chez le sieur LE FEVRE,
Marchand Grainier, Fleuriste », Paris, Jean Lamesle, l1730]. Cliché DR
mondaines, pièces originales en vers et en prose er jeux variés (énigmes, charades)
fut à l'origine de l'organisation du Mercure pour de nombreuses années,
Le Mercure galant de Dufresny fut reçu « avidement» et« charma [..] la Cour
et la Ville» selon des contemporains a5sez,las des compilations de De Visé, mais
Dufresny, qui était un personnage peu fait au labeur régulier du journalisme, se
reposa, au bout de trois ans, sur un « associ » qui organisait le gros de la copie
(MG, décembre 1713, p. 3-4), puis sur Hardouin Le Fevre de Fontenay (DP2,
n 491), marchand-grainier, fleuriste et grand voyageur sinon homme de lettres
ig 1, à qui son confrère en jardínage confia ensuite la rédaction du Mercure
tout en sen réservant le privilège. Contesté, le privilège de 1713 pour quatre ans
fut révoqué en novembre 1716; le 19 janvier 1717, un nouveau privilège pour
le « Mercure français et galant» fut accordé à François Buchet (DP2, n° 128).
A son décès, le privilège fut partagé pour douze ans, le 3 juillet 1721, entre
63 Jean-Frédéric Bernard dans I'Histoire critique des journaux de Denis-François Camusat
(Amsterdam, J-F, Bernard, 1734, t. I, p, 217).
tant pota
graine
grainesde
Jont à
FEVRE,
eurifle, demeurat
Megillerit
Bemne Feg pommez.
pommez.
d'Allace.
d'Aubervilliers.
pommez.
pommcz.
mulquez&
pommez.
côte.
FEVRE,
charades)
Cour
mais
journalisme, se
copie
DP2,
lettres
Mercure
ans
pour
128).
entre
Camusat
MERCURE
GALA NT.
PAR MR. DU FRESNNY
DE LA RIVIERE.
Mois de uin, Fuillet, oAoit
Sur la Copie de Paris.
AVEC DES ADDITIONS.
ALA HA YE,
chez T. JoHNSO N.
M. DCC X
Fig. 12. Mercure galant, La Haye, Thomas Johnson,
juin-août 1710. Cliché DR
Charles Dufresny, Louis Fuzelier (DP2, n° 321) et Antoine de la Roque (DP2,
n 459). Ce dernier devint seul privilégi en 172464
On ne doutera pas que, malgré la menace assez théorique portée au privilège
de six mille livres d'amende, les contrefaçons fleurirent65 : outre l'inévitable
toulousaine chez les libraires Jacques Loyau ou Jean Guillemette S7 et une
lyonnaise, un libraire de La Haye, Thomas Johnson, en publia de 171o à juin
1713 une contrefaçon « sur la copie de Paris. Avec des Additions »66 (DPI,
n 939) (fig. 12), une version « à la sphère n nettement mieux imprimée sur
beau papier que son original parisien assez négligé distribué par les libraires
64 Brevet de composition du 17 0octobre 1724 et privilège du g novembre avec dédommagement
à Fuzeller. Dufresny était mort au cours de l'annee.
65 Nous donnons le détail des localisations dans Le « Mercure galant » de Dufresny, op. cit.,
p. 149-150
66 J-D. Mellot et E. Queval, Répertoire d'imprimeurs/libraires, op. cit., n°3287. Ancien
Compagnon de la Veuve Boude et éditeur de la réimpression toulousaine de la Gazette.
67 Ibid., n° 2393.
68 Ces additions passent pour être d'Anne du Noyer ou de Justus Van Effen, journalistes hollandais
blen connus à l'époque (DP2, n° 274.793) et publiés gênralement par Thomas Johnson.
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Daniel Jollet, Pierre Ribou et Gilles Lamesle 9 ! Une autre concurrence vint
de la principauté de Dombes, réputée terre étrangère, où le duc du Maine
protégeait des presses auxquelles participaient activement des jésuites parisiens.
Le Nouveau Mercure (de Trévoux) (DPI, n° 986) rédigé par Augustin Nadal
(DP2, n° 6o1) et Jean-Aymar Piganiol de la Force (DP2, n° 641) vécut de
janvier à juin 1711, après un premier essai sous De Visé en 1708-1709 et se
présenta assez cyniquement comme un « plagiat »7 du Mercure parisien.
De mai 1714 à décembre 1723, le Mercure subit de nouveaux changements,
dans le titre d'abord : devenu Nouveau Mercure galant (DP1, n' 921) jusqu'en
octobre 1716, il prit le nom de Nouveau Mercure (DP1, n' 922) jusqu'en mai
1721 ct de Mercure (DP1, n'9z23) jusqu'à la fin de 1723. Le Mercure de France,
dkdit au Roi (DP1, n'924), ultime avatar de ce qui allait devenir le périodique
français de référence du siècle nouveau, fur confié à Antoine de la Roque,
héros mutilé de la guerre de Succession d'Espagne et amateur d'art", qui lui
donna une forme presque définitive où la section des pièces fugitives» offerte
par les amateurs ouvrair chaque livraison en hommage à son public et à ses
abonnés. Entretemps, durant les premières années assez libérales de la Régence,
le privilege de Dufresny contesté avait été paragé comme nous lavons dit. De
nouveaux rédacteurs prirent en main le périodique, dont François Buchet, qui
fut le premier à restructurer logiquement l'ordre des livraisons. Avec ses frères, il
publiait en parallèle des nouvelles à la main", dont il tirait 4 ooo livres par an74,
On maintint le prix au numéro, face à la concurrence hollandaise, et l'on tenta
de nouvelles rubriques : publicité ct petires annonces du Bureau d'Adresses,
en particulier. Les sections furent distinguées par des titres, Marivaux (DP2,
n 549) y débuta dans le journalisme avec ses« Letures sur les habitants de Paris»
et diverses pièces en prose (MG, aoúr 1717-avril 1720). En 1721, le journal
était distribué dans une cinquantaine de villes françaises et étrangères (DPI,
tI,p.852).
Lhistoire du Mercure de De Visé à La Roque est celle de la naissance ct de
la mise au point de la première revue littéraire française quí survécut sous des
69 1-D. Mellot et E. Queval, Répertoire d'imprimeurs/libraires, op. cit., n° 2770 - pour son
père-,4217 et 2971.
70 Janvier 1711, Préface, p. 1.
71 François Moureau, «De Watteau à Chardin Antoine de la Roque, journaliste et
collectionneur», dans Peintures et dessins en France et en Italie, xvif-xvut slècles. Mélanges
en hommage à Plerre Rosenberg, Paris, Réunion des Musées nationaux, 2001, P. 349 355
72 Dont des correspondants anonymes issus des milieux du pouvoir, telle Madame, mère du
Régent pour I'Allemagne. Voir une liste dans la notice Fuzelier (DP2, t. , p. 42).
73 François Moureau, Répertoire des nouvelles à la main. Dictionnaire de la presse manuscrite
clandestine. xv-xvit siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 1999, p. XXV, n. 108.
74 Bnf, ms., nafr 231, f. 56: note de Fuzelier,
vint
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Mélanges
355
du
manuscrite
formes diverses jusqu'au xx siècle?5. Produit du système de «l'exclusif» et par là
même assuré de durer à condition de respecter les règles du bon usage politique,
le Mercure, toujours lié au pouvoir-on inventa même les pensions aux écrivains
sur les revenus du Mercure70-, se fraya néanmoins un chemin entre le licite et
le supportable dont les meilleurs journalistes, de Dufresny à Marmontel (DP2,
n° s5o), surent faire leur profit. Ce fut la condition implicite de sa survie sous
le régime du « code de la Librairie»7.
Concerne une personne
Soumis par lechott le