Référence
MORNET Daniel, Les Origines intellectuelles de la Révolution française (1715-1787) [1933], Lyon, La Manufacture, 1989.
Référence courte
Mornet 1989
Type de référence
Texte
Daniel MORNET LES ORIGINES INTELLECTUELLES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 1715 - 1787 Un document produit en version numérique par Pierre Palpant, collaborateur bénévole, Courriel : ppalpant@uqac.ca Dans le cadre de la bibliothèque : "Les classiques des sciences sociales" Site web : http://classiques.uqac.ca/ Une bibliothèque développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi Site web : http://bibliotheque.uqac.ca/
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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Un document produit en version numérique par Pierre Palpant, collaborateur bénévole,
Courriel : ppalpant@uqac.ca
à partir de :
LES ORIGINES INTELLECTUELLES
DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1715-1787)
par Daniel MORNET (1878 - 1954)
Editions La Manufacture, Lyon, 1989, 632 pages.
1e édition : Librairie Armand Colin, Paris, 1933.
Polices de caractères utilisée : Verdana 12 et 10 points.
Mise en page sur papier format LETTRE (US letter), 8.5 x 11’’
[note : un clic sur en tête de volume et des chapitres et en fin d’ouvrage, permet de rejoindre la table des matières]
Édition complétée le 1er décembre 2006 à Chicoutimi, Québec.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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T A B L E D E S M A T I È R E S
Références — Bibliographie
Introduction
Les premiers conflits (1715-1747)
L’état des esprits vers 1715
L’idéal catholique et absolutiste — Les résistances de l’instinct — Les résistances de l’intelligence — Le malaise politique — La diffusion des idées nouvelles.
Après 1715 : les maîtres de l’esprit nouveau
Les maîtres cachés — Voltaire — Montesquieu — Le marquis d’Argens
La diffusion des idées nouvelles parmi les gens de lettres
Déisme et matérialisme — La lutte contre le fanatisme : la tolérance — La morale laïque — Les idées politiques et sociales
La diffusion générale
La lutte contre l’autorité — Les progrès de l’irréligion — Enquêtes indirectes : les journaux, les collèges — Quelques hommes : Mathieu Marais, l’avocat Barbier, le marquis d’Argenson
La lutte décisive (1748-1770 environ)
Les chefs. — 1. La guerre ouverte
Montesquieu, l’Esprit des lois — Les Moeurs de François-Vincent Toussaint (1748) — l’Encyclopédie — Helvétius — Voltaire — Diderot — Jean-Jacques Rousseau
Les chefs. — 2. La guerre cachée
Les pamphlets clandestins de Voltaire — L’oeuvre de d’Holbach et de ses collaborateurs
La diffusion parmi les écrivains
Les attaques contre le christianisme. Le déisme et le matérialisme — La morale naturelle et humanitaire. La tolérance — La politique — Les fictions : romans et théâtre — Les groupements : les salons ; l’Académie française — Conclusion
La diffusion générale. 1. Paris
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La bataille entre les écrivains et l’autorité — La vente des ouvrages — Les progrès de l’irréligion — Diffusion du mécontentement politique
La diffusion générale. 2. La province
Les académies provinciales — Témoignages divers
Enquêtes indirectes : les journaux. L’enseignement
Les journaux — L’enseignement
Quelques exemples.
Un avocat de petite ville. Un écrivain. Deux amants. Une jeune fille. Un collégien.
L’exploitation de la victoire (1771 environ - 1787)
Les résistances de la tradition religieuse et politique
Résistances de la tradition religieuse — Résistances de la tradition politique
Les gens de lettres
Les patriarches de la philosophie — Les nouveaux champions — A travers les écrivains plus obscurs — La littérature d’imagination : contes, romans, théâtre — La morale sociale et patriotique
La diffusion générale. 1. Paris
La bataille des écrivains contre l’autorité — Diffusion de l’irréligion dans la noblesse et le clergé — La diffusion dans les classes moyennes — Les cafés, les sociétés littéraires, les cours publics, etc.
La diffusion générale. 2. La province
Les ombres du tableau — La noblesse et le clergé — La diffusion dans les classes moyennes — Les académies provinciales, les sociétés littéraires, les cours publics, les bibliothèques
Les enquêtes indirectes. L’enseignement
Les programmes d’études — L’esprit des élèves et des maîtres
Enquêtes indirectes. Les journaux
Les journaux de Paris ou imprimés à l’étranger — Les journaux provinciaux
La franc-maçonnerie
La révolution américaine
Quelques exemples
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Un abbé de Cour. Un gentilhomme campagnard. Deux petites bourgeoises parisiennes. Un jeune bourgeois de province. La jeunesse de quelques révolutionnaires
La diffusion des idées philosophiques dans les milieux populaires
Quelques remarques sur les causes politiques
Les préoccupations intellectuelles dans les cahiers de doléances de 1789
Conclusion
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INTRODUCTION
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p.23 Je me suis proposé, dans cet ouvrage, d’écrire l’histoire des origines intellectuelles de la Révolution et non pas celle des idées révolutionnaires. Ces idées, liberté, égalité, fraternité, contrat social, etc., existent sans doute, plus ou moins confusément, depuis qu’il y a des hommes vivant en société et qui pensent. Dans tous les cas elles ont été ébauchées, précisées, commentées dès l’antiquité grecque. Pour en faire l’histoire il faut surtout les suivre, à travers les siècles, dans les grandes oeuvres, chez les grands esprits ; car ce sont ces grandes oeuvres qui, tant que les idées n’ont pas été réalisées, leur donnent leur forme durable, les transmettent et les trans-forment. Le sujet que J’ai choisi est tout autre et demandait une méthode différente.
Il y a, quand on voit les choses en gros, trois sortes de révolutions : révolutions de la misère et de la faim, soulèvement confus d’hommes las de souffrir cruellement et que poussent des besoins et des fureurs aveugles, elles aboutissent à l’anarchie ou à des répressions sanglantes ; révolutions où une minorité intelligente et audacieuse s’empare du pouvoir, puis entraîne ou domine des masses jusque-là indifférentes ou inertes ; révolutions enfin où sinon la majorité, du moins une très large minorité, plus ou moins éclairée, conçoit les défauts d’un régime politique, les réformes profondes qu’elle désire, puis entraîne peu à peu l’opinion publique et accède au p.24 pouvoir plus ou moins légalement ; les masses suivent parce qu’elle sont, au
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moins vaguement, préparées à comprendre et à préférer les idées au nom desquelles se fait la révolution. Il n’est pas dou-teux que, dans son ensemble, la Révolution française est de cette troisième sorte. Ses causes essentielles ont été, comme toujours, des causes politiques ; on a voulu changer parce qu’on était ou se croyait matériellement misérable. Mais on ne s’est peut-être décidé, et certainement l’on n’a décidé les moyens et les buts du changement, que parce que l’on y avait réfléchi. Ces réflexions n’ont pas été le fait de quelques audacieux ; c’est une très nombreuse élite qui, à travers toute la France, s’est appliquée à discuter la cause des maux et la nature des remèdes. On peut le croire, du moins, à première vue. Notre étude se propose justement de rechercher quel a été exac-tement ce rôle de l’intelligence dans la préparation de la Révolu-tion. Quelles ont été les idées des grands écrivains ; quelles ont été celles des écrivains de second, de troisième ou de dixième ordre, puisque ceux qui sont pour nous le dixième ordre ont été parfois, pour les contemporains, du premier ? Comment les uns et les autres ont-ils agi sur l’opinion publique générale, sur ceux qui n’étaient pas des gens de lettres, des gens de métier ? Comment, dans quelle mesure la diffusion s’est-elle faite au fur et à mesure que l’on s’enfonce plus profondément des classes très cultivées vers les bourgeois, les petits bourgeois, le peuple ; au fur et à mesure qu’on s’éloigne de Paris vers les provinces les plus lointaines ? En un mot, comment d’innombrables Français ont-ils réfléchi à la nécessité de réformes profondes et à la nature de ces réformes ?
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Cette étude de diffusion imposait une méthode complexe et encombrante. Il fallait sans cesse tenir compte de la chronologie ; la portée d’une même idée n’est pas la même en 1720, en 1760, en 1780 ; et cependant il était impossible de découper le siècle en tranches trop nombreuses. Je m’en suis tenu à trois périodes que je crois justifiées : 1715-1747 ; c’est de 1748 à 1750 que paraissent Les Moeurs de Toussaint, l’Esprit des lois, les premiers volumes de l’Histoire naturelle de Buffon, la Lettre sur les aveugles, le Prospectus et le Discours préliminaire de l’Encyclopédie (premier volume 1751), le premier Discours de Rousseau, etc. Il y a vraiment là une coupure. p.25 Elle est beaucoup moins nette pour notre seconde période (1748-1770) ; mais il en fallait une ; et c’est vers cette date de 1770 que s’achève l’oeuvre d’expression des idées et que commence leur diffusion générale. Notre enquête le montrera. (C’est, par exemple, entre 1764 et 1770-1772 que paraissent les plus violents ouvrages polémiques de Voltaire et d’Holbach.)
Il fallait multiplier les documents. La grande erreur de trop d’histoires analogues, ou le grand hasard qu’elles courent est de dire « tout le monde », « partout », etc., alors qu’il faudrait connaître tout le monde et qu’on dispose tout juste d’une demi-douzaine de témoignages. Je ne me fais pas d’illusions sur l’étendue de mon enquête. Elle est fort incomplète. Pour ne prendre qu’un exemple, J’ai dépouillé les journaux provinciaux du XVIIIe siècle qui se trouvent dans les bibliothèques parisiennes ; J’ai été chercher ceux qui se trouvent dans cinq villes de province ; il m’aurait fallu continuer mes recherches au moins dans huit ou dix autres villes. En bonne méthode, J’aurais
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dû aller passer plusieurs années dans une vingtaine de villes pour y poursuivre des recherches semblables à celles que MM. Bouchard et Grosclaude ont entreprises sur mes conseils et menées à bien. Mais du moins mon livre est le résultat de dix années de recherches directes et assidues sur ce sujet, de trente années d’études sur le XVIIIe siècle. L’expérience m’a appris qu’on risquait les pires erreurs en généralisant trop vite ; mais que, lorsqu’on dispose d’un nombre suffisant de faits, les enquêtes plus nombreuses et plus approfondies ne font que grossir les dossiers sans en modifier les proportions ; au lieu de cinquante faits ou textes pour une opinion, de vingt faits ou textes pour l’opinion contraire, on en a trente pour celle-ci et soixante-quinze pour celle-là. Au pis aller, je souhaite que mon livre soit le point de départ d’enquêtes provinciales qui le pré-ciseront, le nuanceront ou le contrediront.
J’ai fait effort pour être rigoureusement impartial. Assurément c’est la prétention de tous les historiens, même de ceux qui sont le plus évidemment de parti pris. Mais cette impartialité m’était facile. J’ai trop vécu parmi les Français de l’ancien régime pour ne pas être convaincu qu’ils souffraient de très graves abus et que leurs revendications étaient justes, humaines. D’autre part, je n’ai aucune p.26 sympathie pour la Terreur et la guillotine. Surtout mon opinion, ou mon embarras importent peu. Mon étude aboutit à cette conclusion que ce sont, pour une part, les idées qui ont déterminé la Révolution française. Si l’on aime cette Révolution, on exaltera les grandeurs de l’intelligence qui l’a préparée. Si on la déteste, on dénoncera les erreurs et les
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méfaits de cette intelligence. Mon livre peut servir toutes les polémiques. C’est dire qu’il n’en sert aucune.
J’ai étudié les origines purement intellectuelles. C’est pour cela que je me suis arrêté à l’année 1787. Jusqu’en 1787 tout se passe en discussions ; les idées n’agissent pas directement ou elles n’agissent que sur des points de détail. Mais dès 1788 c’est l’action qui commence, et dès qu’elle commence c’est elle qui domine. L’histoire des idées ne peut plus être faite qu’en fonction de l’histoire politique. Je n’ai pas voulu aborder cette histoire. A plus forte raison ne suis-je pas entré dans l’histoire de la Révolution. Dès qu’on y pénètre on se trouve en présence non seulement de l’action, mais des chefs. Ce sont souvent les idées et les volontés de ces chefs qui importent plus que l’action diffuse des idées impersonnelles. Il faut faire non seulement l’histoire des idées révolutionnaires mais encore celle des idées des révolutionnaires.
Mon livre reprend une partie des études de Taine, de Tocqueville, etc. Ce n’est pas de l’outrecuidance. Les sujets qu’ils ont traités étaient si vastes qu’il était impossible à une intelligence humaine de les étudier avec une précision suffisante en 1850 ou 1875. Mais, depuis plus de cinquante ou de soixante-quinze ans, d’innombrables études de détail ont été publiées qui m’ont permis des recherches d’ensemble dans toutes sortes de cas où les recherches directes auraient été impossibles. Je tiens à dire tout ce que je leur dois ; notamment à tous ces modestes travaux perdus dans les mémoires des sociétés savantes des
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départements, ainsi qu’à la bibliographie de M. de Lasteyrie et de ses collaborateurs qui permet de les découvrir 1.
N.B. — J’ai dû résoudre le problème des notes. Mon texte risquait d’être submergé sous les appels de notes et les notes. Pour ne pas p.27 l’encombrer J’ai adopté la méthode que voici : je n’ai pas justifié par des notes les chapitres ou passages généraux qui résument mes travaux ou ceux des autres sur Voltaire, Rousseau, etc. Ce sont des synthèses dont il est impossible de donner les preuves par des textes ou renvois aux textes. Je n’ai pas donné de notes renvoyant à telle ou telle page d’ouvrages connus de tous les historiens ou historiens de la littérature, dont la solidité est indiscutable et que J’indique, en tête des chapitres ou parties de chapitre, comme ouvrages de référence générale. J’ai réduit ma bibliographie aux ouvrages auxquels mes notes renvoient effectivement. J’ai rejeté toutes les notes à la fin de l’ouvrage. Elle les suivent page par page et il sera facile de s’y retrouver.
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1 Il faut y joindre les précieuses Bibliographies de l’Histoire de France de MM. Brière, Caron et de leurs collaborateurs.
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PREMIÈRE PARTIE
LES PREMIERS CONFLITS
(1715-1747)
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CHAPITRE PREMIER
L’ÉTAT DES ESPRITS VERS 1715 1
I. — L’idéal catholique et absolutiste
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p.31 On peut définir aisément l’idéal social, au moins théorique, du « grand siècle ». L’homme a été créé par Dieu pour obéir à Dieu. La volonté de Dieu lui est transmise par des intermédiaires qu’il ne doit pas discuter, auxquels il n’a pas le droit de résister. Tout en haut le pape, directement inspiré par Dieu, chef absolu des évêques qui font connaître aux prêtres ses volontés. Les fidèles n’ont qu’à recevoir des prêtres les règles étroites et impérieuses de leur vie. Le pape, les évêques, les prêtres pourraient être des chefs politiques comme des chefs spirituels. Mais, en fait, il a plu à Dieu de répartir les pouvoirs. Les chefs politiques sont les rois, « oints de Dieu » et qui tiennent de Dieu une puissance absolue dont ils n’ont de compte à rendre qu’à Dieu. Ils sont les maîtres des corps et des biens de leurs sujets ; ils peuvent les dépouiller, les emprisonner, les mettre à mort ; leurs sujets n’ont pas plus le droit de résister p.32 et de les accuser qu’ils n’ont le droit d’accuser Dieu qui leur envoie la
1 Ouvrages de référence générale : G. Lanson, Origines et premières manifestations de l’esprit philosophique dans la littérature française, (1539) ; G. Ascoli, La Grande-Bretagne dans l’opinion française du XVIIe siècle, (1494) ; F. Lachèvre, Les Successeurs de Cyrano de Bergerac, (1535) ; du même auteur, Les Derniers Libertins, (1536) ; E. Carcassonne, Montesquieu et le problème de la constitution française au XVIIIe siècle, (1512). Dans les notes, les numéros correspondent aux numéros de la bibliographie qui termine l’ouvrage.
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peste, les tremblements de terre, la sécheresse, la famine. « O rois, s’écrie Bossuet, vous êtes des dieux. » Et c’est bien comme une sorte de dieu que les courtisans adorent à Versailles le « grand roi » et que tous ceux qui écrivent chantent ses louanges. Il n’y a plus dans la langue assez d’épithètes, dans la rhétorique assez d’images et de comparaisons, dans la mythologie assez de prodiges pour célébrer ses grandeurs et l’humilité de ses adorateurs. Dans la chapelle de Versailles, Louis XIV est tourné vers l’autel, vers son Dieu ; les grands seigneurs sont tournés vers Louis XIV, vers leur dieu. Un moraliste alors célèbre, Jacques Esprit, a donné une expression très nette de cette obéissance mystique 1. Il peut arriver qu’il plaise à un roi de vendre ses sujets comme le maître d’un domaine vend ses moutons. Le roi de France peut vendre une de ses provinces au roi d’Espagne ou au roi d’Angleterre. Que devront non pas faire — puisqu’ils n’ont aucune liberté d’agir — mais penser les Français qui deviendront tout d’un coup Espagnols ou Anglais ? Ils devraient penser qu’ils n’ont rien à dire et même rien à penser. Le roi de France a usé de son droit ; ils n’ont que le droit d’obéir.
On voit quelles sont les conséquences de la doctrine. La société fondée sur l’obéissance sera défendue contre tout désordre. Elle sera soumise aux disciplines qui font la grandeur et comme la sécurité éternelle du château de Versailles et de son parc. Choisis, taillés, édifiés, plantés, émondés par la pensée et la volonté d’un architecte et d’un jardinier, les pierres, les
1 Dans son livre De la fausseté des vertus humaines, (ch. 26) qui a eu une dizaine d’éditions.
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poutres, les arbres, les fleurs s’ordonneront selon des lois précises et souveraines. Commandés, punis, récompensés par les décisions souveraines du prêtre et du roi, les hommes serviront des desseins qui sont les meilleurs puisqu’ils sont divins. Autorité, hiérarchie, discipline, obéissance seront les fon-dements de l’ordre social et de l’ordre moral. Ajoutons-y le renoncement qui en est à la fois la conséquence et l’explication. Cette doctrine pourrait être une doctrine d’esclavage ; les sujets pourraient obéir au despote par la crainte, comme le troupeau au fouet qui le conduit. Mais, en réalité, ils obéissent à Dieu et aux lois que Dieu p.33 a prescrites. Qu’importent la souffrance, l’humiliation, l’injustice puisque, dans la vie éternelle, Dieu élèvera ceux que les puissances humaines auront abaissés et abaissera ceux qu’elles auront élevés ? La terre est et doit être une « vallée de larmes » ; la vie doit être une expiation. Toute joie, tout plaisir même, hormis les joies de la piété, sont inutiles, ou dangereux, ou coupables ; les plus innocents nous font glisser presque irrésistiblement vers de mortels périls. La vie idéale, la vie selon le coeur de Dieu, est celle dont rêve Pascal. « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre » ; ajoutons, avec Pascal, dans une chambre nue où ils ne pourront rien faire que prier, en se défendant même les « divertissements » les plus purs. Pascal se reprochera d’aimer sa nièce parce qu’aimer les créatures c’est se distraire de l’amour de Dieu. Rancé attaquera Mabillon et les Bénédictins parce qu’ils s’adonnent aux joies austères de l’érudition ; il demandera qu’on oblige des
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moines à ne rien faire qu’à travailler de leurs mains pour se nourrir et à prier Dieu.
L’homme ne doit donc avoir qu’une pensée : gagner la vie éternelle et il la gagnera d’autant mieux qu’il sera plus humble, plus soumis, plus résigné. Par contre, il aura le droit de songer avant tout, et même uniquement, à son propre salut. On peut songer aux autres dans l’ordre temporel ; dans celui des choses spirituelles on a le droit de ne songer qu’à soi. Dans la vie religieuse et, puisque la vie religieuse doit être toute la vie, dans son existence tout entière il n’y a pour ainsi dire pas de liens sociaux. Sans doute on prie pour les âmes du purgatoire ; des missionnaires meurent pour convertir des païens ; il y a toutes sortes d’oeuvres charitables. Même des ordres religieux ont pour règle de ne prier que pour le salut des autres. Mais tout cela c’est de la « charité » ; et charité veut dire amour de Dieu et non pas amour du prochain. Tout ce qu’on en fait est pour plaire à Dieu et pour que Dieu nous sauve avant de sauver le prochain ; ne pas prier pour soi n’est qu’un raffinement d’humi-lité, un suprême mérite. On n’a pas tort de remarquer ce qu’il y a de singulier et même d’hérétique dans ce que dit au pauvre le don Juan de Molière : « Je te le donne pour l’amour de l’humanité. » p.34 De même qu’il n’y a pas des Français, mais des sujets du roi, de même il n’y a pas d’humanité, il y a Dieu et les fidèles de Dieu.
Assurément cette doctrine est plus ou moins théorique. En fait, Louis XIV n’a pas vendu de province au roi d’Espagne et s’il avait voulu le faire il n’est pas sûr qu’il l’aurait pu ; en fait, il ne s’est jamais emparé sans jugement et sans raisons, au moins
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apparentes, des biens ou de la vie de ses sujets. En fait, les exigences de l’ascétisme ont été toujours combattues. Si les jansénistes ont été si violemment attaqués, ce n’est pas seulement parce que la lettre de leur doctrine était tenue pour hérétique ; c’est aussi, et peut-être surtout, parce que l’idéal des Pascal, des Arnault, des Nicole imposait aux hommes un effort qui ne pouvait que les briser et les décourager. Mabillon eut raison contre Rancé. Mais, malgré tout, la doctrine était bien celle qui paraissait légitime. Il n’y avait pas d’Inquisition ni d’autodafés comme en Espagne, mais il y avait une autorité vigi-lante et implacable qui punissait des plus durs châtiments tous ceux qui faisaient mine de résister à l’autorité politique ou religieuse, ou de les discuter. On pendait, ou l’on enfermait pour la vie, les écrivains impies ou peu respectueux ; on perçait au fer rouge la langue des blasphémateurs ; sur le simple soupçon de mal parler du roi et de son gouvernement on pouvait perdre la vie et pour le moins la liberté. Et la révocation de l’Édit de Nantes fut tenue, par les esprits les plus généreux, pour légitime et bienfaisante.
II. — Les résistances de l’instinct
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Il est dur pourtant d’obéir, de souffrir, de renoncer, dès que l’on n’est plus payé par les joies de l’amour divin, dès que l’on n’est pas un esprit mystique ; et c’est tout à fait impossible dès que l’on n’est pas convaincu que la loi de souffrance et d’expiation est une loi divine. Pourquoi le plaisir, la joie ne seraient-ils pas permis et même bienfaisants ? On consent qu’il
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est fâcheux de s’enivrer, fâcheux de donner des fêtes avec de l’argent volé, fâcheux de prendre son plaisir avec une demoiselle qu’on abandonne avec un enfant. Mais pourquoi le bon vin, les bals, l’amour seraient-ils en eux-mêmes des péchés ? Dieu nous a donné le désir du bonheur. Pourquoi ne p.35 nous en aurait-il pas donné en même temps le droit ? C’est ce droit que vont contribuer à revendiquer dans leur vie, dans leur conversation, dans les allusions et le sens caché de ce qu’ils écrivent, dans quelques pièces clandestines, un certain nombre des contemporains de Bossuet et de Racine, et d’autres plus nombreux dans les dernières années du règne de Louis XIV.
Ces épicuriens ont été d’abord des épicuriens dans le sens déformé du mot. Ils ont prétendu vivre agréablement et affirmer, sans se soucier de trop longues dissertations, qu’ils ne faisaient aucun mal. C’est ce que disent et ce que riment, par exemple, le séduisant La Fare et l’aimable Chaulieu. La Fare compose une Ode à la volupté, un poème sur les béatitudes qui sont les Béatitudes de ce monde, de ce très bas monde, une Ode sur la vieillesse d’un philosophe voluptueux :
Loin de moi tous ces fanatiques,
Rebelles à tes sentiments,
Dont les humeurs mélancoliques
Résistent à tes mouvements [de la volupté] ;
Qui loin d’accepter avec joie
Le bien que le Ciel leur envoie
Comme un remède à leurs malheurs,
Estiment que ce soit sagesse
Que se livrer à la tristesse
Et se plaire dans les douleurs.
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Loin de moi ces timides âmes
Qui, se chargeant d’indignes fers,
Pensent que d’éternelles flammes
Les doivent punir aux Enfers,
D’avoir sans crainte et sans envie
Joui des plaisirs de la vie
Comme de la clarté des cieux,
Et traitent de libertinage
Le digne et légitime usage
Des plus nobles présents des dieux !
Ceux-là ne sont guère des philosophes. Sans doute ils donnent brièvement des raisons ; ils vont chercher dans Lucrèce ou Montaigne quelques arguments. Mais ils aiment mieux boire, aimer, causer, p.36 rimer que discuter. D’autres sont plus méthodiques et proposent vraiment une philosophie de la volupté, c’est-à-dire, au sens du XVIIe siècle, du plaisir délicat. Ils demandent à leur intelligence de justifier leur sentiment ou, si l’on veut, leur instinct. Le plus pénétrant, le plus spirituel et le plus connu de ces épicuriens est Saint-Evremond. Saint-Evremond n’aime pas les philosophes ergoteurs qui se perdent dans les chicanes métaphysiques et les querelles de mots pour embrouiller les problèmes les plus simples. Il déteste les stoïciens qui n’ont fait servir leur intelligence qu’à égarer leur volonté et condamner les hommes à d’absurdes austérités. Il s’est fié à la nature, qui est bonne, et au bon sens qui est son interprète : « Pour la haine des méchantes actions elle doit durer autant que le monde ; mais trouvez bon que les délicats nomment plaisir ce que les gens rudes et grossiers ont nommé vice, et ne composez pas votre vertu de vieux sentiments qu’un
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naturel sauvage avait inspirés aux premiers hommes... [La raison] s’est adoucie pour introduire l’honnêteté dans le commerce des hommes ; elle est devenue délicate et curieuse dans la recherche des plaisirs pour rendre la vie aussi agréable qu’on avait tâché de la rendre sûre et honnête. » Le programme de sa vie et de son oeuvre pourrait être celui de l’opuscule attribué à M. de la Valterie, qui est peut-être de lui, Saint-Evremond, et qu’on a joint à ses oeuvres : « Que l’homme doit s’appliquer à la recherche de sa félicité, puisqu’il est en son pouvoir d’augmenter ses plaisirs et de diminuer ses misères. » Assurément la recherche doit être raisonnable ; elle n’est la sagesse que si elle est faite avec sagesse. Il y faut constamment de la tempérance. Il y faut du choix. Il y faut cette simplicité d’âme qui fuit les complications et se défie des curiosités malsaines des sens et du coeur comme de celles de la pensée. Il y faut de la force de caractère, de la sérénité pour ne pas se lais-ser accabler par les misères inévitables. Il y faut même quelque générosité ; Saint-Evremond n’est pas un « humanitaire », sa bonté d’âme ne dépasse pas le cercle étroit des « honnêtes gens » et même de ceux qui le touchent de près ; mais enfin il veut que l’on prenne son plaisir dans le plaisir des autres. Et de tout cela, il veut faire non pas seulement un art pratique de bien vivre, mais encore une morale, une morale laïque, indépendante des morales religieuses p.37 et même qui leur reste indifférente. Il organise, contre la morale de l’obéissance et du renoncement, la morale de l’indépendance et du bonheur.
III. — Les résistances de l’intelligence
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Saint-Evremond se défend d’être un raisonneur. Il a la terreur du pédantisme. Ce qu’il écrit et ce que ses amis répandent ce sont des lettres, des badinages en vers ou en prose, des opuscules qui sont moins des dissertations méthodiques que des réflexions nonchalantes. Mais d’autres se chargèrent d’opposer la raison raisonnante aux raisonneurs de l’obéissance passive et de la morale ascétique. Le cartésianisme triomphe. Longtemps, il a été combattu par tous ceux qui préféraient les arguments d’autorité à ceux de l’évidence rationnelle et la scolastique au Discours de la méthode. Vers 1680, l’abbé Cailly est encore chassé de l’université de Caen pour son enseignement cartésien et l’abbé Pourchot, à Paris, vers 1695, aura encore des difficultés pour avoir emprunté ses arguments à Descartes plutôt qu’à la tradition de l’École. Mais déjà les universités commencent à être discréditées. Hors d’elles, ou bien l’on dépasse Descartes en suivant Locke, ou bien l’on est tout Descartes. Il n’y a pas que Philaminte, Armande et Bélise pour s’engouer des tourbillons ou des esprits animaux. Ce sont toutes les femmes du bel air qui veulent être philosophes, c’est-à-dire comprendre Descartes et raisonner comme lui. Les savants, physiciens ou chimistes, s’évertuent à construire des systèmes où les secrets de la matière se démontrent par des raisonnements géométriques, en déduisant d’évidences rationnelles la série des conséquences. Si bien que, de succès en succès, la méthode cartésienne s’attaqua aux sujets que La Bruyère déclarait interdits à un homme né chrétien et français, c’est-à-dire aux problèmes religieux et même politiques. Bayle, Fontenelle et les écrivains anglais furent les guides.
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« La raison, dit Bayle, est le tribunal suprême et qui juge en dernier ressort et sans appel de tout ce qui nous est proposé. » C’est d’abord la raison bon sens, la raison cartésienne qui décide sur des principes d’évidence et non sur la tradition et l’autorité. Il est très vrai, p.38 par exemple, qu’une opinion très ancienne et très générale voit dans l’apparition des comètes le présage de grandes catastrophes. Mais jamais cette opinion n’a pu donner des raisons qui fussent des raisons ; et quand on l’examine, on s’aperçoit qu’elle n’est qu’un absurde préjugé. Il y a bien d’autres préjugés du même genre, dont certains masquent les erreurs les plus graves. C’est un préjugé de croire, aussi bien, qu’il n’y a pas de vertu sans religion ; en réalité, quand on raisonne de sang-froid, on doit conclure même que « l’athéisme ne conduit pas nécessairement à la corruption des moeurs ». En second lieu, la raison de Bayle est une raison érudite. Il ignore tout des sciences expérimentales ; il ne sait rien de Newton. Mais il a la curiosité des textes et la passion de l’examen critique des textes. Il convient qu’on doit croire aux faits, mais à condition qu’il y ait pour attester ces faits des textes, des textes authentiques, clairs, et qui ne se contredisent pas. Or, toute une partie de son grand Dictionnaire est consacrée à la critique des textes et à la démonstration que ces textes sont faux, sans valeur ou contradictoires. Très souvent, il ne s’attaque qu’à des traditions sans portée et qui n’intéressent que les érudits. Mais souvent aussi ce sont des légendes pieuses qui croulent et c’est toute la croyance religieuse qui est menacée ; car les transitions sont insensibles entre les crédulités les plus naïves et les
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traditions qui semblent les plus solides. Bayle dresse ainsi l’une contre l’autre la critique historique et la foi.
Il écrivait pour les gens graves ; Fontenelle va conquérir les gens du monde. Il est, lui aussi, cartésien. A la tradition, à la croyance il oppose, comme Bayle, le bon sens critique. Toute l’antiquité a cru aux oracles ; les gens les plus graves, des philosophes illustres ont été convaincus qu’ils prédisaient l’avenir. Mais c’est parce que ces gens ne savaient pas se servir de leur raison ; s’ils avaient su comment on prouve la vérité, ils se seraient aperçus qu’on ne croyait aux oracles que parce qu’on ne voulait pas les discuter. Leur autorité n’était fondée que sur la crédulité populaire, les préjugés des sages et les malices des prêtres. Pourtant le consentement universel les appuyait. N’y a-t-il pas d’autres cas où ce même consentement se trompe ? N’y a-t-il pas d’autres prodiges qui répugnent plus p.39 encore à la raison et qu’on justifie en répétant seulement qu’on y a toujours cru ? N’y a-t-il pas dans la Bible des prophéties et des miracles qui ne sont ni plus croyables ni plus vrais que les oracles de Delphes ou de Cumes ? Bien entendu Fontenelle ne le dit pas ; mais il fait tout pour qu’on y pense. A ces absurdités, à ces crédulités, il oppose la clarté, la solidité, la certitude des sciences méthodiques. A l’idéal de soumission et de mysticisme, il oppose l’idéal de curiosité critique qui anime les géomètres, les astronomes, les physiciens. Il donne comme but à sa vie et à la vie non pas de croire, non pas même de savoir, mais de comprendre et de prouver.
L’influence anglaise est venue compléter celle de Descartes, de Bayle et de Fontenelle. Elle est sensible déjà dans la seconde
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moitié du XVIIe siècle. Chapelain, Gassendi, Pascal, Costar, Guy Patin et d’autres admirent Bacon et la science anglaise. Dans les vingt dernières années du siècle, les Nouvelles de la République des lettres, la Bibliothèque universelle, l’Histoire des ouvrages des savants accordent aux livres anglais une place importante. Mais c’est Locke surtout qui apprend à penser « à l’anglaise », c’est-à-dire en ne s’en fiant qu’à soi-même et non point à son catéchisme ou à son curé. Locke est chrétien, très sincèrement, mais il n’est pas catholique et sa démonstration du christianisme prétend être « raisonnable ». Il renonce au jargon et aux subtilités des démonstrations métaphysiques. Il veut que tout le monde le comprenne et non pas que tout le monde le croie. La raison de chacun est le seul juge ; et c’est un juge audacieux ; elle oblige par exemple à convenir qu’il est possible à Dieu de créer une matière pensante et qu’il y a peut-être une matière pensante. Ce chrétien apporte aux déistes non pas tous les arguments, mais toutes les façons de raisonner qui leur permet-tront de n’être plus chrétiens.
IV. — Le malaise politique
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Si vives et si nombreuses que fussent ces résistances à ce que l’on pourrait appeler le despotisme religieux, elle ne sont pas nées du sentiment des maux soufferts ; il n’y avait pas vraiment en France de malaise moral général. Il y avait au contraire un profond malaise p.40 politique. La doctrine et la pratique de l’absolutisme monarchique pouvaient s’imposer aisément aussi longtemps que le pays était à peu près heureux ; et c’est parce
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qu’il avait été sauvé des maux de l’anarchie que le pays les avait acceptées. Mais dans les vingt dernières années du règne de Louis XIV, il n’en sentait plus guère que le poids cruel : abus criants de la justice, insolence des privilégiés, humiliation des guerres malheureuses, provinces dévastées par les armées et surtout fardeau des impôts mal répartis, brutalement perçus. Le froid, la faim tourmentaient, jusqu’aux portes de Versailles, des hordes de misérables. Il fallait bien convenir que si le roi de France était, comme le dit Massillon, « le maître de la vie et de la fortune de ses sujets », c’était un maître maladroit ou mal conseillé et qu’il y avait quelque chose à changer sinon dans ses droits tout au moins dans leur exercice.
Quelques-uns, comme Boisguilbert ou Vauban, s’en tinrent à des vues pratiques. Ils ne cherchent pas quelle est la meilleure forme possible de gouvernement. Ils acceptent le principe de l’autorité absolue. Ils se demandent seulement comment elle pourra s’exercer sans ruiner la France ; ils veulent remédier aux abus de la justice, réformer profondément le système financier, assurer la prospérité du commerce et de l’industrie. On lisait aussi des ouvrages qui s’en tinrent à des discussions théoriques. Grotius avait écrit Le Droit de la guerre et de la paix (traduit en 1687), Pufendorff, Le Droit de la nature et des gens (traduit en 1706), Locke, Du Gouvernement civil (traduit en 1691). Grotius et Pufendorff sont des raisonneurs cartésiens. Ils partent de définitions et de principes dont ils s’efforcent d’établir l’évidence rationnelle : définition de la loi, de l’autorité de la loi, etc., pour en déduire les conséquences nécessaires, établir ce que sont, rationnellement, les droits de la guerre et de la paix, de la
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nature et des gens. Ils se confient aux « lumières de la droite raison » ; ils croient à une science abstraite et pour ainsi dire géométrique de la morale politique. Cette morale est trop générale pour intéresser directement ceux qui souffrent du gouvernement de Louis XIV. Mais elle habitue à mettre la raison au-dessus de la tradition, à opposer le libre examen à l’autorité. Locke et le protestant Jurieu, dans ses polémiques, sont moins scolastiques. Mais eux aussi p.41 veulent fonder la politique sur la raison et la justice, non sur l’obéissance à des dogmes ou des droits divins. Et la raison conduit Jurieu et Locke à cette conclusion que si les monarques sont les maîtres, c’est seulement par le consentement des peuples qui leur ont, à des conditions déterminées, délégué le droit de commander.
Jurieu et surtout Locke se meuvent dans les généralités. Mais il y eut en France des réformateurs qui furent à la fois des raisonneurs et des réalisateurs, qui écrivirent pour la France et pour venir en aide tout de suite à la France. Ce sont Fénelon, Saint-Simon et Le Laboureur, Boulainvilliers. Aucun d’eux n’est républicain ; aucun d’eux ne songe même à mettre en doute le principe de l’autorité absolue du roi. Mais ils cherchent les moyens de conseiller le roi et de défendre le pays contre les dangers du despotisme. Fénelon demande au roi de respecter des « lois fondamentales » et des « coutumes constantes » qui ont force de loi ». A côté du roi, il veut organiser des contrôles qui sauvegarderont ces lois fondamentales ; il propose la réforme des justices seigneuriales, le consentement des impôts par la nation, etc. Le Laboureur et Saint-Simon qui, sans doute, l’a inspiré, opposent à l’autorité d’un seul les droits des « con-
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seillers nés » du monarque, des pairs de France. L’autorité ne peut être en aucune façon déléguée ni à des parlements ni à des États généraux ; mais elle doit être partagée entre le roi et les grands seigneurs. Boulainvilliers sait moins nettement ce qu’il veut. Il est aristocrate, comme Saint-Simon. Le roi et les pairs ont tous les droits ; ils sont la race conquérante, maîtresse des biens de la race vaincue. Mais, dans la pratique, il déteste le despotisme ; il veut que le peuple aime ses maîtres ; il veut que ces maîtres gouvernent pour son bonheur.
Grotius, Pufendorff, Locke, Fénelon, Le Laboureur, Boulainvilliers ont des desseins, des méthodes et des conclusions fort diverses. Mais ils se ressemblent sur un point : ils discutent le problème politique. Ils accoutument ceux qui les lisent à réfléchir et, s’ils sont mécontents, à refuser d’obéir, sinon dans leurs actes du moins dans leurs pensées.
V. — La diffusion des idées nouvelles
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p.42 C’est le problème capital. Ce qui importe pour comprendre les transformations sociales, ce n’est pas seulement le talent et la vigueur des idées de quelques auteurs. Un violent tremblement de terre, même s’il ruine une capitale, est moins grave que la lente évolution d’un climat qui fera d’un pays fertile un désert. Il faut tenir compte le plus souvent du nombre des auteurs, et surtout de la pénétration de la littérature dans la vie, des transformations générales des esprits.
Or, dans le domaine politique, la transformation n’existe pas et la pénétration est médiocre. Les Mémoires de Saint-Simon
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sont inconnus. Les oeuvres de Le Laboureur et de Boulainvilliers ne sont pas publiées. Sans doute elles circulent en manuscrits ; un correspondant de Montesquieu les achète et marque que « beaucoup de gens les possèdent ». Mais « beaucoup de gens » cela ne peut signifier que quelques douzaines. Les écrits politiques de Fénelon sont également inédits et, semble-t-il, encore moins connus. Par contre, on peut acheter librement Locke, Grotius, Pufendorff et l’on ne se fait pas faute de les lire. Il y a, au moins, six éditions de Grotius, huit de Pufendorff, sept du Gouvernement civil de Locke. Mais Grotius et Pufendorff sont de pesants érudits et de monotones raisonneurs. Ils s’en tiennent à des généralités plus faites pour séduire les philo-sophes spéculatifs que pour émouvoir l’opinion publique. Vauban, Boisguilbert et surtout La Bruyère sont infiniment plus vivants. On lit La Bruyère avidement et d’année en année les éditions des Caractères se multiplient. Mais il semble qu’on se soit beaucoup plus intéressé aux maximes et aux portraits, à l’art de l’écrivain qu’à ses rancunes amères contre l’insolence des grands seigneurs et l’avidité des financiers. La Bruyère d’ailleurs n’est pas un révolté ; il s’attaque aux hommes et à l’application des principes, non aux principes eux-mêmes. Vauban et Boisguilbert ont des idées plus hardies sur les finances. Ils demandent notamment que tous les Français payent l’impôt et non plus les seuls roturiers. Mais c’est dans l’intérêt du roi et ni l’un ni l’autre n’ont l’idée de discuter son autorité. p.43 Les conclusions ne changent guère si l’on groupe autour de ces oeuvres les ouvrages de second plan. On lit Hobbes, l’Utopie de Thomas Morus et surtout un certain nombre d’utopies
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romanesques : La Terre australe connue de Gabriel de Foigny (1676), l’Histoire des Sévarambes de Denis Veiras (1677), l’Histoire de Calejava ou de l’île des hommes raisonnables de Claude Gilbert (1700), l’Idée d’un règne heureux ou relation du voyage du prince de Montberand dans l’île de Naudely de Lesconvel (1703), les Voyages et aventures de Jacques Massé de Tyssot de Patot (1710). La plupart de ces romans ont eu une certaine notoriété. La Terre australe atteint cinq éditions en 1732, l’Histoire des Sévarambes cinq éditions en 1734, les Voyages de Jacques Massé deux éditions en 1710 et d’Argenson déclare, vers 1750, qu’ils sont encore à la mode. Or, tous ces États imaginaires sont gouvernés par les politiques les plus audacieuses. Elles devancent les doctrines les plus hardies de Rousseau ou de Morelly. La propriété y est inconnue ; tout est à tous : « Les Australiens ne savent ce que veut dire le tien et le mien ; tout est commun entre eux avec une sincérité si entière que l’homme et la femme n’en peuvent avoir une plus parfaite parmi les Européens. » Dans l’île de Naudely, il n’y a qu’une noblesse de mérite et la propriété est limitée. Mais c’est justement l’excès même de ces rêves communistes qui les réduit, en 1700, à n’être qu’un jeu de l’esprit ; ils ne peuvent pas plus influer sur la politique pratique que le pessimisme de Hobbes ou l’optimisme de Leibnitz.
Si bien qu’on chercherait en vain dans l’opinion publique ces thèmes de discussion ou de polémique qui cristallisent peu à peu, invinciblement, les pensées, puis s’imposent un jour à la vie. La doctrine des « lois fondamentales » n’est guère que chez Fénelon et chez quelques parlementaires qui ne commenceront à
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la défendre qu’après 1715. L’idée du « pacte social », du monarque mandataire de ses sujets est chez Locke, chez Jurieu et chez quelques polémistes protestants ; mais ce sont des opinions presque isolées. Seule une opinion très générale se dégage de presque tous ces livres et commence à s’imposer à la pensée publique : c’est que la politique n’est pas un domaine réservé où l’on n’a qu’à croire et obéir ; on peut, on doit même discuter du gouvernement des États ; là comme ailleurs p.44 c’est la raison qui est la maîtresse souveraine ; si elle ne peut pas imposer, elle peut critiquer et proposer.
Dans le domaine des idées religieuses l’évolution est au contraire plus marquée. Tout d’abord les oeuvres sont beaucoup plus connues. Les oeuvres de Saint-Evremond ont une cinquantaine d’éditions jusqu’en 1705 (il est vrai que les opuscules les plus hardis n’y figurent pas). De 1745 à 1753, il y a une vingtaine d’éditions plus ou moins complètes. Les oeuvres de Fontenelle ont dix ou douze éditions de 1686 à 1724. Les Pensées sur la comète de Bayle ont sept éditions jusqu’en 1749 ; les lourds in-folio de son Dictionnaire se rencontrent dans une bonne moitié des bibliothèques (deux cent quatre-vingt-huit exemplaires dans les catalogues de cinq cents bibliothèques). Autour de ces grands ouvrages, on peut grouper beaucoup d’oeuvres qui, plus ou moins clairement, travaillent dans le même sens : d’innombrables discussions de raisonneurs protes-tants, Leclerc dans ses Bibliothèques (1686-1727), Basnage de Beauval dans son Histoire des ouvrages des savants (1697-1709), Saint-Hyacinthe et ses collaborateurs dans le Journal littéraire, le Discours sur la liberté de penser de Collins
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(traduction 1714), ce qu’on sait des traités sceptiques de Toland. Spinoza commence à être autre chose qu’un nom ; on le lit et on le discute. On édite six fois Lucrèce de 1650 à 1708 et la traduction de Coutures a trois éditions de 1685 à 1708. Les voyages imaginaires dont nous avons parlé plus haut ne sont pas moins hardis dans leurs doctrines religieuses que dans leurs doctrines politiques. Il faut y joindre les Nouveaux voyages de M. le baron de la Hontan (1703) et les Dialogues de M. le baron de la Hontan et d’un sauvage de l’Amérique (1704), l’Espion du grand seigneur de Marana (1684 et 1696 — au moins seize éditions jusqu’en 1756), les Entretiens sur divers sujets d’histoire, de littérature, de religion et de critique de La Croze (1711), la Lettre d’Hippocrate à Damagète (de Boulainvilliers ? 1700), etc.
De toutes ces oeuvres, commencent à se dégager nettement quelques grandes idées qui vont devenir comme le patrimoine commun des adversaires du christianisme dogmatique et intolérant. C’est d’abord qu’il existe une « religion naturelle » révélée par leur conscience à tous les hommes capables de réfléchir et qui n’a pas besoin, p.45 pour être prouvée et pour s’imposer, de miracles, de textes obscurs, de théologiens, d’universités, de prisons et de bourreaux. C’est cette religion qui est à la base des religions révélées ou même qui peut se passer d’elles. Ainsi s’organise le « déisme » qui reste croyant chez Locke et sans doute chez Bayle, qui trahit ou affirme l’incrédulité chez Saint-Evremond, Fontenelle, Denis Veiras, Tyssot de Patot, Claude Gilbert, Gueudeville, Marana, Boulainvilliers. Les Sévarambes, dit Denis Veiras, « se moquent de tout ce que la foi
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nous enseigne si elle n’est pas soutenue par la raison » ; c’est le sentiment de Gueudeville lorsqu’il attaque les miracles et l’autorité du pape ; de Marana, quand il s’insurge contre la croyance à l’enfer et au « ciel étroit » ou contre les chicanes des théologiens, de Boulainvilliers, quand il fait le procès des « traditions imaginaires et des rites ridicules ». De même qu’il existe une religion naturelle, il doit y avoir une morale naturelle. On peut dire que, pour un catholique contemporain de Bossuet, la morale n’existe pas ; car elle se confond avec la religion ; la connaissance et la pratique du bien et du mal moral ne sont que la connaissance et la pratique des vertus et des péchés religieux, déterminés par le dogme et éclairés par le confesseur. Sans religion il n’y a plus de morale ; et c’est si vrai que, pour beaucoup, il n’y a pas de païens vertueux, Socrate est damné. Mais La Mothe Le Vayer, Bayle et quelques autres croient à la morale laïque de Socrate et refusent de le damner. Bayle démontre qu’il est possible à des athées d’être vertueux. Peu à peu, les défenseurs d’une morale indépendante et moins rigoureuse que la morale chrétienne se multiplient. A Bayle, La Mothe Le Vayer, Saint-Evremond, Fontenelle, il faudrait joindre bien entendu les libertins épicuriens de l’école de La Fare ou Chaulieu, les Dialogues entre MM. Patru et d’Ablancourt sur les plaisirs, de Baudot de Juilly ou l’abbé Genest (1701), des opuscules de Rémond le Grec et Rémond de Saint-Mard (Dialogue de la volupté. Nouveaux dialogues des dieux ou réflexions sur les passions et notamment le dialogue XX qui se moque des vertus d’effort et de renoncement), etc. Enfin, puisque l’essentiel des religions et des morales est cette religion
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naturelle et cette morale naturelle communes à toutes les nations civilisées, il s’en suit que p.46 le fanatisme, l’intolérance sont non seulement cruels, mais absurdes et inefficaces. On est assez loin, très souvent, vers 1715, de l’état d’esprit qui approuva sans réserves l’Édit de Nantes. Chez beaucoup l’idée de tolérance n’est qu’un vague malaise devant la persécution, la conscience obscure que le droit d’imposer une religion par la force n’est pas raisonnable. Mais les théologiens protestants, dont beaucoup sont lus en France, défendent ouvertement la tolérance. Fontenelle laisse partout entendre que les consciences doivent être libres. Denis Veiras s’en tient à une sorte de moyen terme. Chez les Sévarambes « il n’y a qu’un culte extérieur qui soit permis bien que tous ceux qui ont des sentiments particuliers aient pleine liberté de conscience et qu’il ne leur soit pas même défendu de disputer contre les autres ». Les autres déistes vont plus loin et défendent, directement ou indirectement, la liberté du culte comme celle de la pensée.
Tout cela fait beaucoup d’oeuvres et beaucoup de noms. Il faudrait même en ajouter pas mal d’autres, ceux qui sont « philosophes sans le savoir », c’est-à-dire qui, restant fidèles strictement à la lettre des vieilles croyances, se sont laissé séduire par un certain esprit de curiosité et glissent vers des concessions à l’esprit nouveau. M. Lanson a bien montré, par exemple, comment l’esprit cartésien ou même l’esprit de critique historique, le goût des croyances « raisonnées », les démonstrations laïques de la morale avaient gagné bien des milieux. Mais il ne faut pas non plus que l’énumération des noms et des titres fasse illusion. Ils ne sont pas grand-chose dans la
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masse énorme des publications ; ils sont peu de chose, soit par leur nombre soit par la précision de leurs idées, quand on les compare à tout ce que nous trouverons, après 1715. Surtout ces idées nouvelles sont restées presque toujours des idées de gens de lettres ; elles n’ont pénétré dans la vie qu’à une faible profondeur.
C’est évident pour les idées politiques. Ce l’est presque autant pour les idées religieuses. Assurément, il y a des milieux libertins, des groupements de joyeux viveurs qui pèchent allègrement en affirmant qu’ils ne croient pas au péché. Dans les salons de Mme Deshoulières, de Mme de la Sablière, de la comtesse de la Suze, surtout p.47 dans celui de Ninon de Lanclos, dans ceux d’Anet, du Temple, de Sceaux, les incrédules étalent leur incrédulité. On se pique de bien boire et de beaucoup aimer en se gaussant de ceux qui n’osent pas suivre « la bonne nature ». D’autre part, ce sont des salons brillants où il est du « bel air » d’être reçu même quand on craint la damnation. Les plus honnêtes femmes, dont Mme de Sévigné, sont fières d’être vues chez Ninon. A Anet, au Temple, à Sceaux, on rencontre tous ceux qui ont de l’esprit et qu’il est flatteur d’avoir pour amis : Chapelle, Chaulieu, La Fare, Campistron, le marquis de Dangeau, Catinat, Hamilton, La Motte, Fontenelle, l’abbé Genest. Hors de ces salons, dans les premiers cafés, s’assemblent déjà, discrètement, ceux qui plus tard étaleront leur incrédulité : La Motte, Terrasson, Fréret, Mirabaud, Dumarsais, Boindin. Enfin, il ne faut pas oublier que si l’autorité politique avait étouffé toutes les résistances, l’autorité religieuse n’avait pas dompté les caractères. Dans la moyenne et petite noblesse comme dans la
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grande, dans la bourgeoisie, les passions restaient souvent violentes et les instincts féroces. On cédait aux tentations avec emportement. Pour ne citer que cet exemple, la romanesque Mme d’Aulnoy n’employait pas tout son temps à rêver les gracieuses féeries de L’Oiseau bleu ; elle machinait une ténébreuse et féroce intrigue pour faire arrêter, et si possible pendre, son mari, sous prétexte d’un complot contre le roi. Le goût du péché devait aisément donner celui des doctrines qui diminuent le nombre des péchés.
Pourtant, quelque complaisance que l’on mette à saisir toutes les traces de l’incrédulité grandissante 1, il est impossible de les suivre au-delà d’une élite assez restreinte. Sans doute il y a des témoignages en apparence plus graves : « On ne voit presque plus maintenant, écrit la princesse palatine en 1699, un seul jeune homme qui ne veuille être athée » ; « la foi est éteinte » ; et Mme de Maintenon affirmait, dès 1681, que « dans la province il n’y a plus de dévotion ». p.48 Mais la princesse palatine veut dire évidemment : « un seul jeune homme parmi ceux que je connais, parmi les grands seigneurs petits maîtres ». De pareilles plaintes se sont fait entendre, à toutes les époques, dans la bouche de ceux qui supposent le pire par chagrin de ne pas trouver le mieux. Mme de Choisy déclarait, en 1655, que pour les courtisans et les mondains les croyances religieuses sont des « fariboles ». Le P. Mersenne pensait, en 1653, qu’il y
1 Ajoutons ce document : M.F. Lachèvre a montré qu’on lit encore Théophile et certaines de ses pièces libertines dans la seconde moitié du XVII siècle : sept éditions de ses oeuvres de 1666 à 1700 et vingt pièces dans les recueils collectifs. On trouve des pièces libertines de des Barreaux dans les recueils collectifs manuscrits et dans celui de 1667 imprimé à l’étranger. (Une seconde révision des oeuvres du poète Théophile de Viau, Paris, 1911.)
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avait à Paris cinquante mille athées ; tandis qu’à la même date le P. Garasse affirmait qu’il n’y en avait que cinq, dont trois Italiens. Vers 1715, il y en a certainement bien plus de cinq, mais si l’on y joint les déistes, on ne dépasserait pas quelques centaines ou quelques milliers. Tous les ferments sont là, si l’on veut, mais leur action est encore locale et superficielle.
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CHAPITRE II
APRES 1715 : LES MAÎTRES DE L’ESPRIT NOUVEAU
I. — Les maîtres cachés 1
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p.49 Ce sont ceux qui, après La Fare ou Chaulieu ou Hamilton, avec Bayle, Fontenelle ou Saint-Evremond ont contribué à former Voltaire et sans doute Montesquieu ou d’Argens. Maîtres cachés, connus seulement d’un assez petit nombre, mais qui, par la vigueur ou du moins par l’audace de leur pensée, ont aidé fortement à rendre les « douteurs » « négateurs » et les adversaires discrets adversaires insolents. Certaines de leurs oeuvres avaient été imprimées, clandestinement, avant 1747 : la Réfutation des erreurs de Benoît de Spinosa, La Vie et l’esprit de Benoît de Spinosa (publiés en 1731 et 1719) ; Le Ciel ouvert à tous les hommes de Pierre Cuppée (publié en 1732) ; l’Examen de la religion de la Serre (?) (publié en 1745), l’Analyse de la religion chrétienne de Dumarsais (publié en 1743 dans les Nouvelles libertés de penser). Éditions d’ailleurs très peu répandues et qui avaient été précédées et resteront accompagnées de copies manuscrites. D’autres oeuvres sont inédites et ne circulent qu’en copies : Le Militaire philosophe (composé vers 1710), la Lettre de Thrasibule à Leucippe de
1 Ouvrages de référence générale : G. Lanson, Questions diverses sur l’histoire de l’esprit philosophique avant 1750 (1540) ; Elsie Johnston, Le Marquis d’Argens (1532) ; A. Morize, L’Apologie du luxe au XVIIIe siècle. « Le Mondain » et ses sources (1556).
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Fréret (composée vers 1725), p.50 l’Examen critique des apologistes de la religion chrétienne de Burigny (composé vers 1730), le Testament du curé Meslier (mort vers 1729), les Lettres à Eugénie (vers 1720 ?) et quelques autres moins impor-tants. Les copies sont d’ailleurs nombreuses et répandues à travers toute la France, comme l’a montré M. Lanson qui a révélé l’importance de cette philosophie cachée et l’a étudiée avec précision. Naigeon a vu plus de vingt copies de la Lettre de Thrasibule et Voltaire plus de cent du Testament de Meslier. M. Ira o Wade a pu retrouver sept copies complètes du Testament de Meslier et dix abrégés. Ces philosophes ne s’occupent pas de politique, exception faite pour Meslier qui se révolte contre tous les despotismes avec une violence farouche (« Je souhaiterais que tous les tyrans fussent pendus avec des boyaux de prêtres ») et qui rêve d’une sorte de communisme libertaire. Mais tous sont plus ou moins déistes et certains sont athées : « On y trouve, dit M. Lanson, déjà constitué et prêt à l’usage, tout l’arsenal des arguments critiques, historiques et philosophiques contre la religion et la spiritualité ou l’immortalité de l’âme. » Arguments de raison et de pratique dans Le Militaire philosophe qui croit à la liberté et à l’immortalité, mais attaque avec vigueur le pape, les moines, la fourberie des prêtres ; chez Pierre Cuppée qui est un modéré, mais qui s’élève contre les religions ascétiques et contre l’Enfer ; arguments de raison, de justice et de révolte chez Meslier qui dénonce dans les religions une fourberie criminelle et se réfugie dans l’espoir du néant ; arguments de raison, de pratique, de critique historique et d’exégèse chez Dumarsais, Fréret, Levesque de Burigny, la
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Serre, les Lettres à Eugénie qui dénoncent les absurdités, les contradictions, les grossièretés de la Bible, l’invraisemblance des miracles, l’obscurité ou les non-sens des prophéties, les sottises et les dangers d’une morale inutile ou funeste, le galimatias des théologiens et les complots qui ont associé la fourberie des prêtres et l’avidité des tyrans pour exploiter la crédulité des hommes et les réduire en esclavage. Presque tous ces ouvrages seront édités ou réédités après 1760 par les soins de Voltaire, Diderot, Naigeon, d’Holbach et parfois confondus avec leurs oeuvres. Ils n’avaient pas tort de les associer à leur entreprise philosophique ; ils parlaient comme eux exactement ; il ne manquait à leur déisme ou leur p.51 athéisme que quelques arguments de physique ou de politique pour se confondre avec le leur.
II. — Voltaire
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Mais tous ces raisonneurs travaillent dans l’ombre ; les ouvrages imprimés ne circulaient qu’en petit nombre et les copies manuscrites ne pouvaient pas dépasser, pour chacun d’eux, quelques centaines. Ils n’ont pu vraiment agir que par l’intermédiaire d’écrivains connus qui ont dressé leur philosophie en pleine lumière. Le plus célèbre, de beaucoup, dès 1730 et plus encore en 1747, c’est Voltaire. Assurément il n’est pas encore « le roi Voltaire » et ses mésaventures, lorsqu’il essaie de mener la vie de cour, suffisent à lui démontrer qu’un bel esprit, même lorsqu’il est célèbre, n’est encore dans le grand monde qu’un assez petit personnage. Mais il est un grand homme tout
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de même pour l’opinion publique, le rival de Corneille et Racine et sinon celui d’Homère ou de Virgile, du moins celui du Tasse ou de Milton, le seul Français qui ait écrit un poème épique de génie. En outre, bien qu’on sache qu’il n’est pas un défenseur de l’autel et qu’il ne craint pas les impertinences, on peut lire un bon nombre de ses oeuvres sans s’en douter ou du moins sans être heurté ; si bien que les gens d’Église eux-mêmes cèdent au plaisir de le lire et que les gens pieux le tiennent pour un maître de l’esprit et du bien dire. Quel est donc ce Voltaire avant le départ pour la Prusse, ou plutôt quelle idée pouvaient s’en faire les lecteurs moyens qui ne cherchaient pas les allusions perfides, les intentions cachées ou qui n’étaient pas capables de les comprendre ?
Grand poète dramatique et épique, poète badin spirituel, historien scrupuleux et alerte (dans l’Histoire de Charles XII) ; toutes vertus qui ne risquaient pas d’ébranler l’ordre établi et qui répandaient la gloire de Voltaire jusque dans les collèges. Mais il était par surcroît, et incontestablement, un philosophe. C’est-à-dire qu’il se défiait des préjugés, des idées reçues et qu’en toutes choses il ne se fiait qu’à l’autorité de la raison. Même dans ses oeuvres proprement littéraires, tragédies, La Henriade, Charles XII, etc., son goût était un goût de raison. A plus forte raison prenait-il cette raison pour guide p.52 dans les sujets philosophiques. Et la raison philosophique le menait à une religion fort différente de celle de Bossuet, Fénelon ou même Marivaux. Pour tous ceux qui savaient lire, il était, dès les Lettres philosophiques et plus nettement dans les Discours en vers sur l’homme, un déiste avéré. Déisme prudent à ce point
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qu’il ne dit rien dans ses Lettres anglaises des déistes anglais ; mais il apparaît bien que pour lui toutes les religions se valent, dès qu’elles ont un fond de morale naturelle, et que toutes les croyances et ferveurs mystiques ne sont que des aberrations ; il ne perd pas une occasion d’insinuer que les miracles ne sont que des prestiges de l’imagination habilement exploités. Dans tous les cas, à dix reprises et très clairement, il dit leur fait aux théologiens occupés à déraisonner, aux moines fainéants, aux prêtres rudes pour les autres et indulgents pour eux-mêmes, à tous ceux qui nous demandent de croire en fermant les yeux et condamnent l’esprit à un humiliant esclavage. A tous ceux-là, il oppose orgueilleusement les grandeurs de ceux qui ne veulent que raisonner, observer, expérimenter, les Bacon, les Locke, les Newton. Et s’il reste discret dans l’examen des principes religieux, il étale avec vigueur les conséquences de son déisme.
C’est d’abord et surtout la tolérance. La Henriade est l’épopée du roi tolérant, grand surtout parce qu’il a été tolérant et qu’il a racheté le crime affreux de la Saint-Barthélemy. Si les Lettres philosophiques étudient longuement les diverses sectes anglaises, c’est parce que, à vingt reprises, l’étude met en lumière les bienfaits de la tolérance. Tout est prétexte dans les Discours sur l’homme à ramener cet éloge de la tolérance. Mahomet s’intitule aussi Le Fanatisme et les dévots n’avaient évidemment pas tort de croire que Voltaire voulait rendre odieux le fanatisme chrétien comme celui de Mahomet. C’est ensuite une sorte de substitution constante du point de vue humain au point de vue divin. Croire, pour les chrétiens, ce n’était pas seulement obéir aux ordres de Dieu : c’était s’en remettre à lui ;
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c’était abandonner à sa Providence le soin de gouverner les choses de ce monde et les nôtres ; c’était le remercier quand elles vont bien et le remercier quand elles vont mal ; c’était en un p.53 mot se résigner et se désintéresser des choses de la terre pour celles du ciel. Mais Voltaire veut qu’on s’occupe d’abord des choses de la terre parce qu’il est convaincu qu’elles dépendent de nous et non du ciel. Il commence à réagir vivement contre un providentialisme qui s’étale chez Fénelon, auquel le théologien Abbadie, le poète Pope donnent une forme raisonnée, Leibnitz et Wolff, une forme philosophique et qui aboutit aux puérilités des Nieuwentyt et des Pluche, affirmant que les marées sont faites pour que les vaisseaux entrent dans les ports et les variétés du vert dans la nature pour reposer l’oeil. Voltaire, aux heures de sa jeunesse brillante, a cru et dit que tout allait au mieux dans le monde pour l’homme intelligent qui savait profiter de la vie. Mais il s’est guéri de cet optimisme facile et les Discours en vers sur l’homme, les premiers contes sont écrits pour enseigner que la vie est souvent dure, qu’être philosophe c’est savoir se résigner et lutter ; qu’au surplus c’est sur lui que l’homme doit compter et non sur la prière et l’abandon à Dieu.
Il faut donc se donner des règles d’action, se faire une morale et une morale humaine puisqu’on ne peut compter ni sur les dogmes obscurs, arbitraires, absurdes, ni sur les spéculations métaphysiques inextricables et ployables à tous sens. Cette morale laïque de Voltaire est d’abord sommaire et fâcheusement égoïste ; elle n’est qu’une réaction brutale contre la morale ascétique de Pascal, des « pédants à rabat » et des « tristes docteurs ». Le Mondain, qui fit un petit scandale, est écrit pour
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démontrer que la vie est bonne et que le progrès n’est pas un vain mot, parce qu’au lieu de manger des glands, de marcher sur ses pieds et de coucher sur la dure, Voltaire a un carrosse, un lit moelleux, du vin de Champagne et des Laïs parfumées. Mais Le Mondain n’est guère qu’un accès de verve et un joyeux paradoxe. Les Discours en vers sur l’homme sont, en partie, comme Le Mondain, le procès de l’austérité stoïcienne, janséniste ou tout bonnement chrétienne. Ils affirment que si l’homme cherche le plaisir, s’il a le désir du bonheur c’est parce que la recherche du plaisir et du bonheur est légitime et morale en soi ; Dieu « m’a dit : sois heureux ! Il m’en a dit assez ». Mais il y faut du choix, de la raison, de la modération. Il y faut aussi de la générosité, le souci p.54 du bonheur des autres. Il n’y a pas de bonheur possible pour personne si les hommes s’entredéchirent, se persécutent, se pillent ou même s’ils ne songent qu’à leur propre bonheur. Le sommaire donné par les éditeurs au septième Discours est, très justement, que « la vertu consiste à faire du bien à ses semblables et non pas dans de vaines pratiques de mortifications ».
Tout cela ne fait pas une doctrine originale — nous l’avons montré —, ni une doctrine profonde, ni une doctrine toujours logiquement très solide, parce que Voltaire la brouille à l’occasion par des discussions sur l’âme et sur la liberté où il s’égare, parce qu’il ne sait pas lui-même très bien ce qu’il pense. Mais c’est tout de même une doctrine limpide pour le commun des lecteurs et une doctrine séduisante parce qu’elle fait sans cesse appel au bon sens, au goût de la mesure et de la prudence qui est dans l’esprit français et parce qu’elle donne au bon sens
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le piment de l’ironie et de l’esprit. Avant même 1750, Voltaire suggère une conception voltairienne de la vie : un vague spiritualisme, un scepticisme ironique à l’égard des spéculations inquiètes, un égoïsme réfléchi et mesuré, tempéré par le goût de l’action pratique et le plaisir d’être serviable.
Ses idées politiques sont beaucoup plus indécises et même, à vrai dire, il ne s’occupe guère de politique. La Henriade fait l’éloge du roi bienfaisant comme du roi tolérant. Elle critique, en passant, quelques abus, la vénalité des charges, la lourdeur et l’injustice des impôts. Mais les éloges et les critiques n’avaient rien d’audacieux : elles n’avaient rien d’irrespectueux pour un roi jeune en qui les Français mettaient justement leurs espérances. Les lettres politiques des Lettres philosophiques sont plus importantes. Voltaire étudie le mécanisme du gouvernement anglais et du contrôle des pouvoirs ; il fait l’éloge d’un système financier qui répartit équitablement les charges et permet au paysan de vivre souvent dans une large aisance ; il admire surtout un ordre social qui fixe les rangs non d’après des privilèges de naissance, mais d’après les services rendus à l’État et donne à un savant, à un poète, à un commerçant le même prestige qu’à un grand seigneur. Mais on voit clairement que Voltaire n’a aucun désir de proposer à la France de prendre modèle sur la Constitution anglaise. Au surplus, après les Lettres anglaises, il ne parlera p.55 plus de Constitution ; les « grandes vues » politiques lui seront indifférentes. La seule idée qui lui tienne au coeur est celle de la « dignité des gens de lettres » ; elle n’était pas encore de celles qui pouvaient passionner
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l’opinion moyenne. Il faudra attendre L’Esprit des lois pour que le goût des discussions politiques se vulgarise.
III. — Montesquieu
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Avant 1748, Montesquieu n’est l’auteur que des Lettres Persanes et des Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. Les Considérations n’importent pas à notre sujet. Si neuves qu’elles fussent et si riches de réflexions sociales et politiques pour un lecteur moderne, elles n’étaient pour un lecteur de 1734 qu’une spéculation d’érudit. L’éducation des collèges et la rhétorique avaient habitué à disserter sur les vertus républicaines de Rome ou de Sparte et sur le despotisme des Tibère ou des Néron, sans jamais songer à la France de Louis XIV ou de Louis XV. Mais les Lettres Persanes eurent un succès considérable et qui fut dû, en partie, aux audaces de Montesquieu. C’est d’abord l’oeuvre d’un « raisonneur philosophe » ; entendons que Montesquieu se moque de ces vérités qui ne sont vraies et même sacrées que parce qu’elles sont des traditions et des dogmes : chaque fois que Rica ou Usbeck s’attendrissent sur l’excellence de leurs coutumes et de leur religion, c’est pour nous faire admirer des sottises. Seules sont vraies les choses que la raison démontre clairement être vraies. Même, la seule chose qui importe à Montesquieu, dans l’histoire des hommes, c’est l’exercice de l’intelligence. Les Lettres Persanes sont l’oeuvre d’un « intellectuel » qui s’intéresse surtout à comprendre et qui donnerait toutes les traditions pour une vue ingénieuse de
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l’esprit. Ces vues de l’esprit sont fort impertinentes. Montesquieu se défend prudemment d’être un incrédule : ce sont des Persans qui parlent et des païens ne peuvent, ne doivent dire que des sottises sur notre sainte religion. Mais personne ne s’y trompa. C’était bien Montesquieu qui s’exprimait par leur bouche, se moquait de l’autorité du pape, des miracles, de l’importance donnée aux rites et insinuait qu’au fond toutes les religions se ressemblent. Critiques rapides ou même à demi masquées. Mais d’autres étaient plus précises p.56 et, par leur accent, témoignaient qu’elles étaient la pensée même de Montesquieu. C’étaient celles qui commençaient à avoir pour elles l’opinion publique et que Voltaire, lui aussi, va défendre le plus fortement : le dédain ou même la haine de ces théologiens qui ont fait de la religion, de la philosophie ou même de la morale et de toute pensée un dédale inextricable d’obscures chicanes et dont les entêtements opposent, dans des luttes forcenées, les jansénistes, les quiétistes et leurs adversaires ; la haine du fanatisme surtout et l’éloge de cette tolérance qui va bientôt s’imposer à toutes les têtes « bien pensantes ».
En politique, les Lettres ne sont pas moins audacieuses. Bien entendu ce sont également les audaces qu’on pouvait risquer en 1721 : satire, sans grande portée, de l’intrigue, des laquais devenus grands seigneurs, des spéculateurs, etc. ; surtout la morale de Montesquieu au lieu d’être, comme celle de La Bruyère, une morale chrétienne du sacrifice et de la résignation, devient très clairement une morale laïque et même une morale sociale. Il ne s’agit même plus de vertus et de vices ; est vertu ce qui fait le bonheur des sociétés et vice ce qui les ruine. Les
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Troglodytes ont tort de renoncer à leurs vertus et de se donner aux vices, parce que les vices anéantissent les Troglodytes. Plus clairement encore si l’on veut raisonner du divorce, du mariage des prêtres, de la « peuplade », il faut renoncer à parler de Dieu, de bien ou de mal moral ; il faut parler d’utilité, de bienfaisance ou de malfaisance. C’est ce même esprit réaliste, brutalement contraire à l’esprit d’obéissance et de tradition, que Montesquieu apporte dans l’examen rapide de quelques problèmes politiques, l’origine des sociétés, le droit des gens, les trois formes de gouvernement, le rôle du luxe dans les États, etc. C’est lui qui fait essentiellement la nouveauté et la portée morale et politique des Lettres tout autant que quelques critiques rapides, en apparence plus audacieuses, contre le despotisme de Louis XIV, l’instabilité des monnaies, les courtisans sangsues, etc.
IV. — Le marquis d’Argens
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Le marquis d’Argens fait aujourd’hui bien petite figure à côté de Voltaire et de Montesquieu. Mais nous aurons souvent à montrer p.57 que le rôle historique des écrivains ne se mesure pas nécessairement à leur talent et aux jugements de la postérité. Or, l’oeuvre du marquis comprend plus de trente volumes (sans tenir compte de ses romans romanesques). Les Lettres juives ont eu au moins dix éditions ; les Lettres cabalistiques, sept ; la Philosophie du bon sens, treize ; les Lettres chinoises, huit ; sans compter une édition générale des OEuvres en vingt-quatre volumes (1768). Il est donc juste de faire à cette oeuvre une place à part, modeste, à côté de celle de Voltaire et de
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Montesquieu. D’Argens confirme d’ailleurs parfaitement les idées de Voltaire et celles qui commencent à devenir des opinions moyennes, ou, si l’on veut, il les reflète. Il est philosophe et sa philosophie est celle qui fait le titre de l’un de ses ouvrages : Philosophie du bon sens. Entendons qu’il est parfaitement scep-tique à l’égard des hautes spéculations de la métaphysique et à plus forte raison de la théologie. Avec des syllogismes ou même avec de la logique ou de la « géométrie » on prouve tout, c’est-à-dire qu’on prouve également des doctrines contradictoires et qu’on ne prouve rien. La sagesse doit être celle du bon sens qui s’en tient à des vérités modestes, imposées par quelques évidences, c’est-à-dire par quelques consentements universels, par le spectacle de la vie humaine et par le souci d’être heureux. Ces vérités n’ont rien à voir avec les dogmes et les rites d’une religion révélée à laquelle d’Argens se contente de tirer prudemment son chapeau ; ce sont seulement l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme (d’Argens déteste Lucrèce et les athées presque aussi vivement que les inquisiteurs et les moines). C’est ensuite la nécessité d’être utile, d’employer sa vie à autre chose que de vaines et paresseuses prières ; d’Argens a horreur des moines qui vivent dans une pieuse fainéantise (il ne lui faut pas moins de quatre pages et demie dans l’index méthodique de ses Lettres juives pour énumérer ses griefs). Surtout le fanatisme et l’intolérance sont abominables. Il a honte de ces « pays peuplés de vils esclaves qui tremblent au nom d’un misérable moine » et où l’on « donne le nom de religion à l’esclavage le plus honteux et, si J’ose dire, le plus infâme ».
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D’Argens ne s’occupe pas de politique. De réflexions dispersées et vagues, il n’est guère possible de dégager des idées précises. Quand p.58 il écrit son Législateur moderne où le chevalier de Meillecourt organise une société modèle, dans l’île inconnue où un naufrage l’a jeté, il est question de tolérance, de déisme, de bienfaisance, de menues adresses sociales bien plutôt que d’une critique audacieuse des systèmes de gouvernement. Il est d’ailleurs partisan d’un despotisme éclairé plutôt que de la démocratie qu’il déteste et des parlements dont il se défie.
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CHAPITRE III
LA DIFFUSION DES IDÉES NOUVELLES PARMI LES GENS DE LETTRES
I. — Déisme et matérialisme
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p.59 Les idées nouvelles étaient des idées de « beaux esprits », c’est-à-dire de gens qui faisaient métier de cultiver leur esprit et de coucher leurs idées par écrit. Il est donc naturel qu’elles se soient d’abord diffusées parmi les gens de lettres. Tous ces écrivains de second, troisième ou dixième ordre ne sont pas toujours nécessairement des disciples ; ils ont souvent des idées originales ou des façons originales d’exprimer des idées connues. Mais nous ne nous proposons pas de les faire connaître en eux-mêmes et de les juger. Il s’agit seulement de poursuivre une histoire de l’opinion ; et pour l’opinion ils ont été non pas les chefs de la philosophie, mais les soldats.
Beaucoup ont d’abord combattu pour le déisme et la religion naturelle. C’est souvent sans le savoir ou sans bien se rendre compte des conséquences de leurs dissertations. Il y a des déistes chrétiens ; ce sont surtout les théologiens et raisonneurs protestants, fort lus en France, l’Ébauche de la religion naturelle de Wollaston (traduction 1726) et surtout le Traité de l’existence et des attributs de Dieu, des devoirs de la religion naturelle et de la vérité de la religion chrétienne (traduction 1727) de Clarke. Les oeuvres de Pope sont célèbres ; notamment les Essais sur
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l’homme, dont il y eut six traductions, chacune plusieurs fois rééditée. Voltaire en adapte une partie p.60 dans ses Discours sur l’homme. Or, Pope expose une conception de la vie et de la destinée qui n’est pas contraire aux religions révélées, mais qui peut fort bien se passer d’elles. Tous ces écrivains espèrent consolider la religion chrétienne en montrant qu’elle est d’accord avec une religion de la nature et de la raison. Mais d’autres en concluent, plus ou moins ouvertement, qu’il faut se contenter de la dernière et que toute révélation est superflue. Le déisme reste prudent dans la Certitude des connaissances humaines ou examen philosophique des diverses prérogatives de la raison et de la foi (1741) de Boureau-Deslandes. Il fait des politesses aux théologiens et s’excuse des libertés grandes ; mais c’est à la raison seule qu’il donne sa confiance. L’accent est un peu plus hardi dans La Religion des Mahométans de Reland (traduction 1721) et surtout dans l’Histoire de la philosophie païenne de Levesque de Burigny (1724) et la Vie de Mahomed de Boulainvilliers (l730). Il y apparaît clairement que les philosophes païens ont enseigné tout ce qu’il y a de bon dans les livres chrétiens ; et que Mahomet était au moins aussi sage que d’autres qui le méprisent. Il a « conçu le dessein et le système d’une religion dépouillée de toutes controverses et qui, ne proposant aucun mystère qui puisse forcer la raison, réduit l’imagination des hommes à se contenter d’un culte simple et invariable malgré les emportements et le zèle aveugle qui les tire si souvent hors d’eux-mêmes ». Boulainvilliers masque d’ailleurs son déisme derrière des protestations d’orthodoxie. De Beausobre écrit Le Pyrrhonisme raisonnable, mais raisonnable
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veut dire si prudent et si modéré que le déisme y apparaît à peine. Le marquis de Lassay dans son Recueil de différentes choses s’explique beaucoup plus clairement et son scepticisme épicurien est tout voisin de la religion voltairienne. Le titre seul de l’ouvrage de Mme du Châtelet, Doutes sur les religions révélées 1, témoigne qu’elle ne cache pas son incrédulité ; elle y assemble les preuves rationnelles, historiques et d’exégèse pour substituer au christianisme une vague religion naturelle. Mais l’ouvrage du marquis tiré à un petit nombre en 1727 n’a été vraiment connu que par p.61 la réédition de 1756 et les Doutes de Mme du Châtelet n’ont été publiés qu’en 1792.
Peu de matérialistes. Le matérialisme est impliqué dans les Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant de Boureau-Deslandes 1. Les grands hommes y sont quelquefois des contemporains comme la duchesse de Mazarin, l’abbé Bourdelot, Ninon de Lanclos, etc. ; il apparaît bien que leur philosophie était de jouir de la vie sans se soucier de la mort parce qu’il n’y a rien après elle. Mais si Deslandes étale allégrement leur « indévotion », il ne va pas jusqu’à faire profession ouverte d’athéisme. Il y a sans aucun doute bon nombre d’athées déclarés parmi les gens de lettres ; c’est même, dans certains milieux, une opinion élégante et qui pose son homme : Moncrif, Fréret, Mirabaud, Boulainvilliers, Dumarsais, Boindin, l’abbé Terrasson se divertissent dans certains salons, par exemple celui du comte de Plélo, à nier la liberté et l’existence de Dieu. Dans leurs conversations du café
1 Les Doutes, copiés dans le manuscrit de Troyes à la suite de l’Examen de la Genèse de Mme du Châtelet, ne sont pas d’elle (R.P.).
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Procope, ils se gaussent des mouches de la police en appelant l’âme Margot, la liberté Jeanneton et Dieu Monsieur de l’Etre. Mais ce sont des conversations, non des livres, et leur influence reste limitée.
II. — La lutte contre le fanatisme : la tolérance
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Par contre, on attaque ouvertement et violemment le fanatisme et l’on enseigne la nécessité de la tolérance civile. C’est, bien entendu, l’un des thèmes et le plus clair des ouvrages déistes dont nous venons de parler. Les plus hardis, comme les Nouvelles libertés de penser, dénoncent avec une colère vengeresse, la « rage » des persécuteurs et la « folie barbare » des prêtres qui croient plaire à Dieu en brûlant des hommes. Mais on retrouverait, avec plus de mesure dans l’expression, les mêmes indignations dans des ouvrages pondérés, écrits pour ne pas faire scandale et que l’autorité d’ailleurs n’a pas pourchassés. Dans la préface que Silhouette met à sa traduction de Pope, la défense de la tolérance ne sort guère des généralités un peu vagues ; mais Barbeyrac, le traducteur et annotateur p.62 célèbre de Grotius et de Pufendorff, met moins de discrétion dans son Traité de la morale des Pères (1728). Il lui faut plus de vingt pages pour réfuter une erreur qui lui fait « honte pour la nature humaine ». Des contes et romans continuent, avec un accent plus amer, une volonté de bataille beaucoup plus marquée, la tradition des Denis Veiras, Tyssot de Patot et Gabriel de Foigny. On traduit les Voyages de Nicolas Klimius du
1 L’ouvrage eut du succès : au moins six éditions de 1714 à 1775.
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Danois Holberg (1741) ; le chapitre VI sur la religion des Potuans est une apologie de la tolérance. Les Mémoires de Gaudence de Lucques (traduction 1746) se défendent chaleureusement contre le reproche d’impiété ; Gaudence met même toute son éloquence à convertir au catholicisme la femme qu’il épouse dans le pays chimérique de « Mezzoranie ». Mais toute une partie du roman est l’exposé de la religion des Mezzoraniens qui « ne sont pas gens à faire mourir personne pour ne pas penser comme eux » ; et les raisons auxquelles les inquisiteurs le font souscrire pour reconnaître qu’on doit persécuter les hérétiques sont assez mauvaises pour être des ironies. Le conte de Tanzaï et Néadarmé de Crébillon (1734) est plus précisément une moquerie des querelles jésuites-jansénistes. Le grand sacrificateur est sommé de lécher une écumoire pour être nommé patriarche, et un décret prescrit qu’aucun sacrificateur ne pourra être reçu à l’avenir, sans avoir léché, lui aussi, ladite écumoire. Mais, à travers ces allégories, ce sont tous les acharnements des chicanes théologiques qui sont bafoués.
Il existe enfin une petite brochure romanesque, restée jusqu’ici inconnue, qui résume fort bien, dans sa haine et sa brutalité, ce que pensaient certains esprits du droit du glaive en matière de religion. Les Contes du chevalier de la Marmotte (1745) sont d’un auteur que je n’ai pas pu découvrir, mais qui avait toute l’âpreté d’un Jean Meslier et toute la vigueur batailleuse d’un d’Holbach. Le chevalier parvient jusqu’à un palais « dont les murailles étaient faites d’ossements ; le ciment avec lequel on les avait unis était composé avec du sang. Un
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géant monstrueux gardait la porte de ce château ; il avait à la main deux poignards ; sur l’un on lisait ces mots tracés p.63 en caractère de feu : l’intolérance et sur l’autre : la propagation 1 ». Ce monstre est « le plus cruel que l’Enfer ait produit ». Dans l’une des salles du palais, « il y avait un dais sous lequel était placée une femme 1 qui voulait avoir l’air majestueux, mais qui avait celui d’une vieille courtisane malgré le soin qu’on avait pris de couvrir son visage de blanc et de rouge pour tâcher de l’embellir ; les rides du front et celles des joues paraissaient beaucoup ; elle n’osait presque ouvrir la bouche parce qu’elle n’avait plus de dents et elle articulait fort mal en parlant ; ses favoris étaient assis auprès d’elle et avaient chacun devant eux une table sur laquelle ils composaient des philtres et des poisons ; il y avait une inscription autour de chaque table ; J’en lus plusieurs ; voici celles dont je me rappelle le souvenir : la Sorbonne, l’Université de Salamanque, l’Université de Wit-tenberg, l’Université de Tubinge, l’Université de Leyde... Je m’aperçus que l’ordre des tables était divisé en quatre carrés séparés les uns des autres. Il y avait un pilier élevé au milieu de chaque carré ; sur le premier était la statue de l’évêque de Rome, sur le second celle de Calvin, sur le troisième celle de Luther, sur le quatrième celle de Jansénius. Lorsque ceux qui composaient les poisons en avaient rempli leurs pots, il les présentaient humblement à l’image auquel [sic] appartenait le carré où était leur table ». Ailleurs un pauvre singe raisonnable du pays de Singimanie est victime, parmi les hommes d’Europe, de cruelles mésaventures : « Un jour qu’il était dans les rues
1 C’est-à-dire les oeuvres de la Propagation de la foi.
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occupé à voir passer une procession, comme la châsse d’une sainte était vis-à-vis de lui, il se mit à se gratter sous la cuisse, chose très ordinaire chez les singes ; elle fut cependant interprétée d’une manière sinistre par les prêtres ; on arrêta le pauvre singe ; il fut mis à l’inquisition. Son procès étant instruit, on le condamna à être brûlé pour avoir témérairement osé se gratter sous la cuisse et montrer le derrière devant la châsse de la bienheureuse Marie d’Agreda. Lorsqu’on lui prononça son arrêt et qu’on le conduisait au supplice, il comprit alors que le pire de tous les maux c’est la superstition. » Par contre, chez les « singiens » point de prêtres, ni p.64 de moines nourris à ne rien faire sinon à persécuter les hommes et à troubler l’État. On adore l’Être suprême, on le prie, mais les préceptes de la religion sont contenus « dans un écrit de trois feuilles, et tout y est si clair que jamais personne ne s’est avisé de vouloir l’embrouiller par des explications... nous ferions brûler un singe qui voudrait chercher à obscurcir la vérité par des commentaires inutiles ; notre loi nous dit que nous devons aimer les singes nos concitoyens et ne pas leur faire ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fît ; c’en est assez... ».
III. — La morale laïque
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Pour être déiste et à plus forte raison matérialiste, il fallait choisir, au moins dans son coeur, entre le Dieu précis des chrétiens et l’Être suprême. Au contraire, on pouvait nuancer ou même transformer les conceptions au moins pratiques de la
1 C’est-à-dire la théologie.
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morale sans renoncer le moins du monde à sa foi chrétienne. Le goût d’une morale plus large et même d’une morale vraiment laïque se répand donc parmi les gens de lettres plus que le déisme ou l’athéisme. Laissons de côté ce qu’on peut appeler la « morale du sentiment », celle qui fait appel pour diriger la vie intérieure moins à la volonté réfléchie qu’à l’ardeur, à l’enthousiasme du coeur, à l’élan des passions généreuses. C’est en partie la morale de Vauvenargues ; mais cela peut être une morale parfaitement chrétienne — comme chez Vauvenargues — pour peu qu’on écoute son coeur pour croire à sa religion. Ce qui importe à notre sujet, c’est cette morale laïque qui cherche son principe non dans le renoncement et l’ascétisme, mais dans la recherche des plaisirs délicats, dans une organisation sage et généreuse du bonheur personnel. Elle est celle, nécessairement, de tous nos déistes. Elle s’exprime plus méthodiquement dans un certain nombre d’ouvrages, dans les Lettres écrites de la campagne de Thémiseul de Saint-Hyacinthe (1721), dans la publication dont il est l’éditeur, Recueil de divers écrits sur l’amour et l’amitié, la politesse, la volupté, les sentiments agréables, l’esprit et le coeur 1 (1736), p.65 dans la préface de Silhouette à l’Essai sur l’homme de Pope (1736) comme d’ailleurs dans cet Essai, surtout dans les Dialogues de J.-F. Bernard (1730), les Réflexions du marquis de Lassay (première édition à petit nombre, 1727). Dialogue 27 de J.-F. Bernard, La religion et la volupté : « Fasse la divinité que le nombre des méchants diminue et que la religion et la volupté, la sagesse et
1 Notamment dans la Conversation sur la volupté et Agathon, dialogue sur la volupté (par Rémond le Grec) : le recueil contient une Théorie des sentiments agréables, ébauche du livre de Levesque de Pouilly.
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la raison soient désormais inséparables. » Réflexions de Lassay, faites « par un homme né dans un royaume chrétien, qui raisonne suivant les lumières de la raison, indépendamment de la religion, à laquelle tous les raisonnements doivent être soumis » : « Soumettons-nous aux choses qui nous font le plus de peine, sans murmure ; jouissons de même des biens qui sont sur la terre, pourvu que ce soit sans faire de tort à personne. On ne nous a point tendu de piège, et le goût qu’on nous a donné pour eux nous assure que la jouissance nous est permise. Préférons à tout la justice et la vérité. Soyons charitables, humains, miséricordieux ; ne faisons aux autres que ce que nous voudrions qu’ils nous fissent, et prions, aimons, bénissons en tout temps ; ayons recours en toutes occasions à ce qui est au-dessus de nous, que nous ne saurions connaître et qu’un sentiment inexplicable qui est au fond de notre coeur nous dit que nous devons adorer ; et reposons-nous de notre sort sur celui qui nous a fait venir ici sans que nous l’ayons demandé. »
Ce qui est plus important, c’est que des croyants sincères cherchent cet accord de la religion et des plaisirs légitimes et tente de démontrer qu’on peut gagner le bonheur du ciel en essayant d’être humainement heureux. C’est l’idéal que poursuit Marivaux dans son Indigent philosophe ou dans son Cabinet du philosophe. Mais la sincérité des convictions de Marivaux n’est pas très certaine et comme Marivaux était pauvre, il a fait l’éloge de joies si simples qu’elles sont à peu près du renoncement. C’est aussi l’idéal de certains théologiens protestants, par exemple de Wollaston dans son Ébauche de la religion naturelle (1726) ou du jésuite philosophe le P. Buffier. Mais la félicité
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conseillée par Wollaston comme par le P. Buffier est encore bien abstraite et scolastique et les joies vantées par Voltaire dans Le Mondain n’y ont aucune part. Même remarque pour la morale de l’abbé Jacques Philippe de Varennes dans ses Hommes (1734). Il y définit le « bonheur du philosophe modéré » qui p.66 pourrait être celui d’un incrédule, mais les plaisirs des sens en sont expressément exclus. Par contre, ils ont leur place dans la Théorie des sentiments agréables de Levesque de Pouilly (1747) et dans le Traité du vrai mérite de l’homme de Lemaître de Claville (1734), deux livres qui ont été, le dernier surtout, une sorte de bréviaire des honnêtes gens qui voulaient mettre d’accord leur catéchisme et leur raison (Levesque de Pouilly a au moins six éditions de 1747 à 1774 et Lemaître de Claville, dix-huit, de 1734 à 1761). Lemaître de Claville notamment fait à plusieurs reprises le procès des « rigoristes », des « stoïques » de tous les « sectateurs d’une sagesse sombre et mélancolique ». Il ose « allier la sagesse avec les plaisirs ». Il écrit tout un chapitre (I, 4) sur « l’utilité, le choix et l’usage des plaisirs ». Et son choix n’exclut ni le commerce des femmes, pourvu que ce ne soit qu’un commerce d’amitié et de « délicatesse », ni même le théâtre que l’Église continue pourtant à condamner avec une obstination dont nous aurons à reparler plus loin.
Toutes ces morales gardent cependant un des caractères de la morale traditionnelle : c’est que, malgré des conseils assez rapides sur la générosité et la charité, elles restent des morales individualistes. Il s’agit toujours pour l’homme de faire son salut, de s’assurer la vie la plus sage pour la terre et pour le ciel.
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Générosité et charité ne sont encore que des « mérites » parmi d’autres mérites, fleurs de la sagesse et de la morale et non racines profondes. La morale humanitaire et altruiste dont on s’engouera si ardemment après 1760 n’est encore qu’un instinct assez vague. Elle s’ébauche, nous l’avons dit, chez Voltaire, dans les rêveries de l’abbé de Saint-Pierre à qui Voltaire emprunte le mot nouveau de bienfaisance, dans le Sethos de l’abbé Terrasson, dans la fiction des Troglodytes des Lettres persanes, etc. Elle trouve des fondements économiques et réalistes dans la polémique sur la valeur sociale du luxe dont nous allons parler. Mais elle est loin encore d’être organisée et de s’imposer impérieusement à l’opinion moyenne.
IV. — Les idées politiques et sociales
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De même les gens de lettres s’occupent encore assez peu de politique pure. Mais ils vont vers la politique par le chemin des p.67 discussions économiques. Les fièvres, les espérances et les désastres du système de Law ont clairement fait comprendre qu’à côté des problèmes de gouvernement, les problèmes de la richesse et de ses échanges, du commerce, du crédit pouvaient décider de la ruine ou de la grandeur des États, qu’ils fussent monarchiques, aristocratiques ou républicains. La fièvre des discussions « économiques » ne commencera qu’après 1750 ; mais à côté des brochures et polémiques auxquelles donne lieu le système de Law, on échange inlassablement des arguments sur les bienfaits ou les méfaits du luxe. Le luxe avait été sévèrement condamné depuis qu’il y avait des moralistes. On y
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avait vu la ruine des moeurs et la corruption des empires. Les moralistes chrétiens, La Bruyère, Fénelon, etc., s’accordaient sur ce point avec les professeurs de rhétorique qui s’attendrissaient sur l’austère frugalité des Spartiates, des Cincinnatus et des Catons et même avec les romanciers utopistes qui fondaient le bonheur des Sévarambes, des « Australiens » et des « Mezzora-niens » sur l’égalité des fortunes, donc sur le renoncement à la fortune. Montesquieu lui-même avait expliqué par l’afflux des richesses et la cupidité les désastres de l’empire romain ou des Troglodytes. Mais certains s’avisèrent que le mépris des richesses était sans doute une vertu chrétienne et non pas une vertu raisonnable. Est-il bien sûr que les États les plus riches soient les plus corrompus ? Et n’est-il pas évident, en bonne politique, que les plus riches ont un bon moyen d’être les plus puissants ? Saint-Evremond refuse de se laisser éblouir par le brouet noir des Spartiates et la charrue de Cincinnatus. Ce sont des gens qui faisaient de nécessité vertu et qui méprisaient ce qu’ils n’avaient pas su acquérir. Les boutades de Saint-Evremond devinrent une démonstration humoristique dans la célèbre Fable des abeilles de Mandeville (1706, traduction 1740), dont Voltaire s’inspire dans son Mondain, et dans l’Essai politique sur le commerce de Melon (1734). Assurément le luxe peut être une corruption et ce n’est pas une vie recommandable que celle d’un ivrogne ou d’un débauché. Mais on peut aimer le luxe sans vider des bouteilles et courir les femmes. Et le luxe c’est de la dépense, c’est la « circulation des richesses », c’est du travail pour les ouvriers et, de proche en proche, des gains pour toute la nation ; c’est du p.68 commerce, de l’industrie, c’est-à-dire la
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vie des États. Si bien qu’en y réfléchissant, le goût du luxe, vice privé, serait un bien social, c’est-à-dire une sorte de vertu. Montesquieu lui-même, malgré la décadence des Romains et des Troglodytes, se laisse par instants convaincre des bienfaits du luxe et dans les Lettres persanes et, plus tard, dans l’Esprit des lois.
Luxe ou frugalité, c’est une discussion qui ne menace pas les gouvernements et qui, d’ailleurs, ne peut guère être qu’académique. De temps à autre, les gens de lettres se sont aventurés à parler de problèmes sociaux plus hardis. Dans leurs conversations d’abord et notamment dans celles de cette assemblée du Luxembourg, fondée en 1692, à laquelle succéda, vers 1720, le club de l’Entresol, plus célèbre ; l’abbé Alary, le marquis d’Argenson, l’abbé de Saint-Pierre, etc., s’y entretiennent de « nouvelles publiques », de « conjectures politiques », lisent ou écoutent des mémoires sur le droit public, l’histoire des traités, l’histoire des États généraux, l’histoire des finances françaises. Fleury interdit les réunions en 1731. Il y a d’ailleurs d’autres « assemblées » ou « académies » politiques, chez l’abbé de Dangeau (1691-1723), le duc de Noailles (1707-1714), la comtesse de Verne (1728), le président de Nassigny (1732), Mme Doublet (1730). Les livres sont plus circonspects. Pourtant, Lemaître de Claville proteste contre la torture. L’auteur des Songes du chevalier de la Marmotte réclame délibérément le divorce. Les « singiens » l’acceptent et s’en trouvent fort bien : « Séparer, me disait quelquefois mon ami, un singe et une guenuche qui ne s’aiment point, c’est rendre quatre personnes satisfaites. Le singe épouse une autre guenuche qui lui
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convient : voilà un couple heureux. La guenuche prend pour époux un singe qui s’accorde avec elle : voilà encore deux personnes contentes. » II est l’ennemi de la guerre et des soldats, avec les accents mêmes de Voltaire dans Candide. Le métier consiste principalement « à faire adroitement et lestement une pirouette sur un talon, en tenant sur l’épaule une longue sarbacane à tirer des pois. Dès que mon compagnon de voyage se fut enrôlé dans sa nouvelle profession, on lui serra étroitement les jambes avec deux morceaux de toile blanche ; on lui raccourcit son habit de plus d’un tiers ; on rétrécit si fort ses culottes qu’il avait p.69 peine à se baisser ; et on commença à l’exercer. On le faisait pirouetter à droite et à gauche, et quand sa pirouette était ou trop lente ou trop précipitée, on lui pinçait le derrière si fort que la douleur l’obligeait à faire une grimace qui faisait rire tous ses camarades. » Il ne semble pas qu’il y ait eu beaucoup de lecteurs pour réfléchir aux sagesses et aux sottises des singiens. Mais l’Histoire du prince Titi, de Thémiseul de Saint-Hyacinthe (1735) a eu au moins trois éditions. Ce sont surtout des balivernes romanesques, galantes et libertines à la mode du temps. Il y a pourtant des pages directes, claires et déjà vengeresses, sur la misère des campagnes et la férocité des collecteurs d’impôts. Le prince Titi ne rencontre que des paysans « harassés, noirs et secs », des enfants « presque nus » ; « point de lits ; partout où il entrait ce n’était que de la paille entre quatre planches, souvent sur la terre même, et quelques pots de terre pour tous ustensiles ». Quand ces affamés ne peuvent pas payer des impôts écrasants, on les traite comme des criminels : « Les alguazils les avaient liés ensemble et les
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faisaient marcher rudement entre leurs chevaux. Les femmes de ces malheureux, une grande fille et un petit garçon les suivaient en faisant des cris perçants et en arrosant le chemin de leurs larmes. »
A ces critiques qui sont plutôt sociales que politiques, on ne pourrait joindre qu’un petit nombre de discussions ou d’ironies de caractère nettement politique. Le pays de Singimanie est un État républicain. Le Klimius d’Holberg combat les privilèges de la noblesse et se déclare partisan de l’égalité. Mais ce sont des utopies romanesques qui n’ont pas pour l’opinion publique beaucoup plus d’intérêt pratique que l’histoire de la république spartiate. On ne peut pas accorder beaucoup plus d’importance aux spéculations très générales sur les principes du droit et de l’autorité : les Recherches nouvelles de l’origine et des fondements du droit de la nature de Strube de Piermont (1740), l’Essai sur les principes du droit et de la morale de Richer d’Aube (1743), la traduction par Barbeyrac du Traité philosophique des lois naturelles de Cumberland (1744) ou les réflexions du P. Buffier, dans son Cours de sciences, sur l’égalité de nature. Le traité Du gouvernement civil de Locke (traduction 1724) est en p.70 somme une apologie de la constitution anglaise et même des révolutions d’Angleterre ; il est donc pénétré d’esprit « républicain », mais dilué dans les abstractions et contredit par un chapitre IX où Locke admet que le pouvoir législatif a pu être dévolu par le contrat primitif à un seul ou à ses héritiers. Les Principes du droit naturel de Burlamaqui (traduction 1747) auront une grande influence, mais juridique et sociale plutôt que politique et ils paraissent à la limite de notre période. Les Lettres
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sur le Parlement d’Angleterre, de F. Duval, dans ses Lettres curieuses sur divers sujets (1725), restent flottantes et passèrent inaperçues. Plus significatives sont les discussions qui continuent celles des Le Laboureur, Boulainvilliers ou Fénelon sur les origines et les principes de la Constitution française 1. Les parlementaires qui ont gardé sous le règne de Louis XIV un silence prudent, commencent à dire tout haut que l’autorité et le contrôle des parlements sont un droit historique et la sauvegarde de la nation. Ils n’osent pas encore l’imprimer et leurs revendica-tions s’expriment seulement dans des manuscrits qui circulent sous le manteau. Seule la publication remaniée, en 1732, d’un pamphlet du temps de la Fronde, le Judicium Francorum, fit scandale. Le Parlement dut le désavouer et le condamner. Les érudits jouèrent leur rôle dans ces polémiques sur les fondements de la Constitution française et sur les limites de l’absolutisme. L’Histoire critique de l’établissement de la monarchie française par l’abbé Dubos (1734) est un ouvrage important et par son intelligence et par son succès. Dubos prétend réfuter par l’histoire les prétentions des pairs et des parlementaires et il ne laisse subsister, à côté de l’autorité du roi, que certaines libertés municipales de la bourgeoisie. Comme Dubos, Legendre de Saint-Aubin dans son Traité de l’opinion (1733) et Mably dans son Parallèle des Romains et des Français (1740) tempèrent le principe de la monarchie absolue par le conseil d’obéir à des « lois fondamentales », à des coutumes de liberté consacrées sinon par le droit, du moins par une longue tradition.
1 Ouvrage de référence générale : Carcassonne, op. cit., (1512).
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Ces livres et ces manuscrits (auxquels il faudrait ajouter les manuscrits de d’Aguesseau et de d’Argenson qui sont encore inconnus p.71 en 1747) témoignent qu’on s’est passionné dans certains milieux pour des problèmes vraiment politiques. Mais toutes les conclusions consolident beaucoup plus qu’elles ne les ébranlent les principes traditionnels de la monarchie absolue. Les querelles sont des querelles de parti ; il s’agit simplement de savoir quels seront ceux qui, à l’ombre du tout-puissant pouvoir royal, recevront l’aumône de quelques privilèges : pairs de France, parlementaires, bourgeoisie ? D’ailleurs ces gros ouvrages et ces discussions un peu pédantes ne touchent qu’un milieu fort restreint. Un certain nombre restent inédits. Comme le dit fort bien M. Carcassonne, « la forme et le fond de ces ouvrages semblent exclure la popularité : la forme, souvent sèche et obscure, le fond trop aristocratique ». Le public « ne percevrait guère qu’une rumeur sourde s’il n’y avait eu deux traits d’audace : la publication de l’Histoire de Boulainvilliers et celle du Judicium Francorum. Mais le pamphlet est jeté au feu ; l’oeuvre historique n’est éditée qu’une fois dans la première moitié du siècle. »
Au total, la gent littéraire a profondément évolué, vers 1747, dans ses croyances religieuses. On compte, vers 1760, ceux qui sont certainement ou sans doute des incrédules endurcis ; et la plupart de ces mécréants se convertissent en vieillissant et font pénitence humblement. On compte, vers 1740, ceux qui sont des croyants sincères et même ceux qui ne sont pas toujours prêts, au moins dans leurs conversations, à se gausser des moines, des prêtres et même des dogmes. Quand Gresset se
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convertira, en 1759, c’est-à-dire annoncera publiquement qu’il passe d’une foi tiède à une dévotion scrupuleuse, on lui répondra par des éclats de rire. Je parle, bien entendu, des écrivains qui ont quelque réputation, car il y a toujours beaucoup de braves gens pour défendre par traités, dissertations, romans ou poèmes les vérités de l’Eglise chrétienne et de sa morale 1.
Mais il ne faut pas oublier que ces écrivains, sceptiques ou hostiles, n’expriment leur scepticisme qu’avec une prudence discrète et qu’ils ne trahissent presque jamais leur hostilité. C’est par nécessité sans doute et pour ne pas faire connaissance avec les prisons, voire les p.72 galères de l’autorité. Mais les droits de l’autorité ne seront pas moindres dans la seconde moitié du siècle et pourtant nous rencontrerons par centaines les livres, brochures, articles que nous avons pu citer jusqu’ici presque un par un. Le public moyen qui n’était pas mêlé à la vie des gens de lettres et des salons, qui n’épiait pas les allusions, qui n’était pas toujours prêt à « saisir les conséquences des choses » et qui ne voulait pas risquer gros en achetant, très cher ou assez cher, un manuscrit ou un livre défendu, ne pouvait guère soupçonner la profondeur et l’étendue de l’incrédulité des beaux esprits. Seule une tendance nouvelle s’étale, ou se glisse dans un grand nombre d’ouvrages parce qu’elle n’est pas de celles dont l’autorité puisse condamner les expressions mesurées : c’est celle qui rend aux hommes une sorte de droit au bonheur, qui réhabilite la joie de vivre et qui, pour se garder des reproches d’égoïsme et de frivolité, organise une morale laïque.
1 Voir sur ce point notre 3e partie, chap. 1.
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La place des discussions sociales est très petite dans les oeuvres de la littérature ; celle des discussions proprement politiques encore moindre. Exception faite pour quelques ironies discrètes et assez dispersées de Voltaire ou Montesquieu, pour quelques textes peu connus ou inconnus, rien n’annonce au lecteur moyen que les gens de lettres soient las ou même mal satisfaits du gouvernement établi.
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CHAPITRE IV
LA DIFFUSION GÉNÉRALE. 1. PARIS 1
I. — La lutte contre l’autorité
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p.73 Malgré tout, notre démonstration reste incomplète. Nous avons montré que certaines des oeuvres les plus audacieuses avaient eu un succès considérable pour le temps, notamment, les Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant de Boureau-Deslandes, les Lettres persanes, les Lettres philosophiques et les Discours en vers de Voltaire, certaines oeuvres de d’Argens. Mais rien ne prouve que tous les lecteurs ont saisi la portée de toutes les allusions. Rien ne prouve même, inversement, que l’opinion moyenne n’a pas devancé ou dépassé l’opinion des gens de lettres. C’est une grave erreur en histoire littéraire et en histoire tout court que de déterminer l’opinion générale par celle des gens qui font métier d’écrire ; il faut prouver la concordance de ces opinions et non pas la supposer.
Notons d’abord que l’autorité disposait d’armes redoutables contre tous ceux qui, non seulement dans leurs écrits, mais même dans leurs conversations, s’avisaient de n’être pas d’accord avec elle. Composer, imprimer, vendre ou même
1 Ouvrages de référence générale : G. Lanson, op. cit., (1539 et 1540) ; A. Moriz, op. cit., (1556) ; Carcassonne, op. cit., (1512) ; J.P. Belin, Le Commerce des livres prohibés à Paris, (1505) ; A. Sicard, Les Etudes classiques avant la Révolution, (616).
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détenir un livre non autorisé, p.74 c’était être passible de la peine de mort et, pour le moins, des galères. L’imprimerie est soigneusement surveillée. En 1739, un arrêt de la cour supprime toutes les imprimeries dans quarante-trois villes du royaume. Les actes d’impiété sont férocement punis. En 1717, à Bayeux, par exemple, un homme a le poing coupé et est brûlé vif « pour plusieurs profanations et sacrilèges » dans l’église d’Engles-queville ; un nommé de Vauxcelles est condamné aux galères à perpétuité « pour avoir parlé de la religion avec impiété ». Si bien que Jamerey Duval pouvait affirmer, vers la même date, que « la crainte de la Bastille est parvenue à dompter la pétulance française jusques à leur faire respecter toutes les opérations du gouvernement comme autant de mystères impénétrables ». Seulement le gouvernement n’use pas toujours des armes qu’il possède ou bien il en use avec une extrême indulgence. Tout se borne, le plus souvent, à une condamnation du livre et à un petit bûcher sur les marches du palais où l’on brûle d’ailleurs à l’ordinaire des vieux papiers au lieu du livre condamné. Les auteurs échappent presque toujours et les impri-meurs ou libraires s’en tirent avec d’assez vagues pénalités. Trois ou quatre mois de Bastille, après quoi on les relâchait. Prault, pour avoir vendu le début de l’Essai sur l’histoire de Louis XIV de Voltaire, a trois mois de fermeture et cinq cents livres d’amende. Il semble bien d’ailleurs que la surveillance soit un peu molle, intermittente, que les imprimeurs clandestins et les colporteurs soient plus habiles que la police ou même que la police soit parfois complice. Barbier constate, en 1734, que « les écrits anonymes sont plus à la mode que jamais et la licence
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sera difficile à réprimer ». En effet, les archives de la police montrent que les manuscrits irréligieux et les ouvrages prohibés circulent assez aisément, qu’il s’agisse du Testament de Meslier, de la Vie et esprit de Spinosa ou de la Vie de Mahomet. Sans doute les prix sont souvent très élevés. Les Pensées du curé Meslier valent huit ou dix louis d’or (deux mille à trois mille francs de notre monnaie). Mais les Lettres philosophiques, d’abord hors de prix, tombent ensuite à six livres. Un certain nombre de documents nous montrent que cette contrebande pénètre dans tous les milieux. En 1732, on vend à Fontainebleau même, pendant le voyage du roi, le Moyen de parvenir et « nombre de livres, p.75 livrets et libelles sans nom d’auteur ». D’après la police « il n’y avait pas un officier du Parlement » qui n’eût chez lui quelque manuscrit impie. En 1747, on arrête un précepteur et un maître de quartier du collège de la Marche pour avoir détenu et tenté de faire imprimer une histoire suivie de l’Inquisition et un système de raison sur la religion.
II. — Les progrès de l’irréligion
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La diffusion de la pensée est donc considérablement gênée ; mais elle n’est pas, même avant 1750, réellement entravée. Et les progrès de l’irréligion sont certainement considérables dans un certain monde, dans celui qui fréquente les salons où il rencontre les gens de lettres, dans celui des gens riches avides de plaisirs. Ils sont aidés d’ailleurs par la corruption grandissante des moeurs. Elles n’ont assurément jamais été très sévères dans ces mêmes milieux et l’austérité apparente cachait souvent les
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vices les plus brutaux. Mais la brusque réaction qui suivit la mort de Louis XIV, les bouleversements de fortunes qui furent la conséquence des opérations de Law installèrent dans la haute société de la cour et de Paris une sorte de gloriole de vice et une mode de cynisme. C’est le temps des « petits-maîtres » pour qui c’est une déchéance que de croire à autre chose qu’à leur plaisir ; celui des « mariages à la mode » où il est convenu que Madame et Monsieur n’ont jamais la même chambre, ni souvent le même appartement ou la même maison et changent à leur guise d’amant ou de maîtresse ; celui où l’on rosse ses créan-ciers et ne les paye point ; celui où l’on se ruine en habits brodés, en fêtes et en « petites maisons » ; celui où les courtisanes insolentes étalent leurs bijoux et leurs carrosses au Cours-la-Reine ou à la promenade de Longchamps. C’est enfin le temps où se multiplient les romans galants, les romans obscènes et les poésies qui ne le sont pas moins, depuis La Pucelle de Voltaire et les oeuvres « badines » de Grécourt ou de Piron jusqu’aux romans de Crébillon le fils. Tous ceux qui mènent cette vie-là et qui font leurs délices de ces oeuvres ne sont plus de ceux qui font leur examen de conscience et qui croient aux péchés de la chair. Les dogmes et la morale p.76 même du christianisme leur sont évidemment devenus étrangers. Il est facile en effet de suivre les progrès de l’incrédulité. « Je ne crois pas qu’il y ait à Paris, écrit la princesse Palatine en 1722, tant parmi les ecclésiastiques que parmi les gens du monde, cent personnes qui aient la véritable foi et même qui croient en Notre-Seigneur. » La Palatine exagère sans doute, ou du moins elle ne peut dire vrai qu’en parlant des ecclésiastiques grands
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seigneurs. Mais plusieurs témoignages la confirment. « Un nombre de beaux esprits et de gens du monde, écrit le P. Castel à Montesquieu, en 1734, aimeront assez à voir traiter de haut en bas ce qu’ils appellent la prêtraille monastique et fronder même un peu l’ordre ecclésiastique, pape et évêques. C’est tout à fait le goût d’aujourd’hui. » Il ajoute d’ailleurs, ce qui confirme notre précédent chapitre : « Il est pourtant vrai que les personnes d’un certain ordre ne se permettent ces insultes et ces hauteurs que dans les conversations, et que tout ce qui en transpire dans le public ne vient que de la part de quelques petits auteurs ténébreux et anonymes. » D’autres ne sont pas moins affirmatifs. Le jésuite Croisset se plaint, en 1721, qu’on ne veuille plus observer le carême et en 1730 que seul « le nom de miracle excite la risée dans les gens du monde ». Le commissaire Dubuisson entre en possession, en 1737, de quatre manuscrits impies. « Paris et notre siècle sont féconds en ces penseurs libres ; ils forment des sociétés que la liberté dans laquelle on les laisse vivre leur donne lieu d’accroître tous les jours. Ce que nous avons de plus brillant dans la jeunesse par l’esprit et les sciences les compose et vous ne sauriez croire combien ce germe pullule. »
Sous ces généralités il est facile de mettre toutes sortes de grands noms. Le libraire Le Coulteux vend trois exemplaires de son Spinosa au comte de Toulouse, à l’évêque de Blois et à M. de Caraman. Piron fait assaut de plaisanteries impies avec le duc de Maine, M. de Malezieux et J.-B. Rousseau et ils se mettent à dix pour faire gras un vendredi. Les lettres de Bolingbroke, de Mme de Villette, des Caumartin laissent à chaque instant
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transparaître ou étalent le scepticisme ironique des gens du monde. Un peu plus tard des morts impies feront scandale. Mme de Prie meurt sans sacrements et fort p.77 insolemment. Elle veut jeter le curé par les fenêtres. Mgr de Vintimille, archevêque, répond à son confesseur : « M. l’abbé, en voilà assez ; ce qui est le plus certain c’est que je meurs votre serviteur et votre ami. » D’ailleurs, il y a nombre de sociétés où les gens mal pensants ont tout loisir d’échanger leurs raisons et leurs ironies. Mme de Lambert malgré toute sa philosophie est encore fort pieuse et toute pénétrée de morale traditionnelle ; mais Mme de Tencin, dont personne n’ignore la vie scandaleuse, mais Mme du Deffand, qui ne croit à rien pas même au plaisir, mais Mme Doublet, friande de tous les potins, mais le comte de Plélo, groupent autour d’eux tout ce qu’il y a d’esprits forts. Dans les cafés mêmes, malgré les espions de police qui fourmillent, les conversations deviennent de plus en plus audacieuses. On n’a même plus besoin de recourir à Jeanneton et à Monsieur de l’Être. « Il y a à Paris, disent les archives de la police, de prétendus beaux esprits qui parlent dans les cafés et ailleurs de la religion comme d’une chimère. Entre autres M. Boindin s’est signalé plus d’une fois dans le café de Conti. » En 1725, Boindin et Duclos discutent au café Procope ; Boindin soutient que l’ordre de l’Univers peut s’accorder aussi bien avec le poly-théisme qu’avec un seul Être suprême. « L’assemblée, dit Duclos, était nombreuse et attentive. »
Mais c’était tout de même une assemblée d’habitués de cafés, gens de lettres, oisifs et bohèmes. Ce n’était pas encore la masse, ni même une part des honnêtes bourgeois. Si les
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preuves abondent des progrès rapides de l’irréligion dans les milieux aristocratiques et mondains, on cherche à peu près vainement les témoignages marquant qu’elle a pénétré ou même touché les classes moyennes. Le curé Guillaume, l’abbé Couet sont des « mécréants », mais ce sont des familiers du comte de Plélo et non de petites gens. Un abbé de Bonnaire, oratorien, meurt en 1752 « déiste solennel et notoire », mais c’est peu ou prou un homme de lettres. De même cet abbé Garnier et cet abbé Letort, chez qui la police saisit des manuscrits impies, sont maître de quartier et précepteur au collège de la Marche, c’est-à-dire des « intellectuels ». Vers 1730 le P. Tournemine, au collège Louis-le-Grand, veut convertir les incrédules : « sa chambre était p.78 pleine d’esprits forts, de déistes et de matérialistes ; il n’en convertissait guère » ; mais c’étaient apparemment d’anciens élèves ou leurs amis et non des bourgeois du quartier. On pourrait rassembler quelques cas isolés : un chanoine de Sainte-Geneviève, Le Cour-bayer, doit s’exiler vers 1728 parce qu’il interprète à sa façon les textes et les dogmes chrétiens ; un sieur de La Grange, prisonnier à la Bastille, meurt, en 1722, en refusant les sacrements : cas d’ailleurs si rare que, pour éviter le scandale, on l’enterre suivant les usages ordinaires. En 1723, on souille un autel de Notre-Dame, bravade de quelques hors-la-loi. Il est impossible de généraliser ces exemples. D’ailleurs, lorsque vingt ou trente ans plus tard, les défenseurs de l’Église regretteront le « bon vieux temps » de la piété confiante, ce sera un temps qu’ils ont connu, celui de 1730 ou de 1740.
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Il est probable que les idées moins hardies de tolérance et de morale du bonheur exercent déjà une certaine influence sans pénétrer pourtant très profondément. Il faut s’en tenir à des probabilités puisqu’il est très difficile de découvrir des preuves directes. Le succès d’un livre comme celui de Lemaître de Claville, bourgeois écrivant pour des bourgeois, est évidemment significatif. De même il est très certain que l’esprit mystique s’affaiblit beaucoup. Les livres de dévotion sont toujours très nombreux, mais il y en a fort peu, entre 1720 et 1750, qui soient réellement mystiques ; M. Chérel n’en signale pas une demi-douzaine. La dévotion au « Sacré coeur » de la vénérable Marie Alacoque a été l’objet d’innombrables plaisanteries de la part, non seulement de Voltaire, mais encore de gens qui n’étaient pas des incrédules. De l’histoire de la tolérance pratique il n’y a rien à tirer. M. Dedieu a montré très précisément que la conduite à l’égard des protestants ne s’explique pas seulement par des raisons religieuses, mais encore par des raisons de politique intérieure ou de politique étrangère, qu’elle varie d’ailleurs brutalement et de façon constamment contradictoire selon les années et selon les provinces. L’édit de 1724 est féroce : « Un prédicant calviniste, dit Voltaire, qui vient prêcher secrètement ses ouailles dans certaines provinces est puni de mort s’il est découvert, et ceux qui lui ont donné à souper et à coucher sont envoyés aux galères perpétuelles. » Mais il arrive souvent que l’édit n’est pas appliqué et que l’on p.79 use d’un libéralisme relatif, sans que l’on puisse le plus souvent savoir si c’est par esprit de tolérance ou par prudence politique.
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Du progrès des idées nouvelles en politique rien à dire. Si ce progrès est à peine sensible parmi les gens de lettres, rien ne semble le rendre même probable dans les classes moyennes. On a bien souvent rappelé que lorsque Louis XV fut très gravement malade à Metz, en 1744, toute la France frémit d’angoisse et les prêtres ne suffirent plus à dire les messes payées pour sa guérison ; partout les réjouissance les plus coûteuses et d’ailleurs les plus sincères célébrèrent son rétablissement. Marais se plaint, vers 1730, que la police soit devenue bien difficile et qu’on joue des princes du sang aux marionnettes. Mais ces irrévérences semblent isolées et il faudrait savoir ce qu’étaient ces farces de marionnettes. Assurément on a durement souffert du désordre des finances, des impôts, des soubresauts de la politique, mais si l’on se plaint, ce n’est encore que des hommes ou des circonstances, non des principes. Dans les copies abrégées du Testament de Meslier, la partie politique est non pas abrégée, mais supprimée.
L’histoire de la province confirme, dans la mesure où on peut la saisir, celle de la vie parisienne. Il semble bien qu’il y ait eu, un peu partout, des progrès certains de l’incrédulité dans les milieux cultivés. Chez Mme de Warens, convertisseuse officielle chez qui fréquentent les Jésuites, il y a le dictionnaire de Bayle, Saint-Evremond, La Henriade. « Rien de tout ce qu’écrivait Voltaire, dit Rousseau, ne nous échappait » ; et l’on sait que Mme de Warens, n’ayant pas de religion, se faisait à elle-même une morale fort libérale. Chez les Dijonnais lettrés on rencontre, avec un puissant esprit de tradition, un esprit critique fort aiguisé qui glisse, sous les apparences pieuses, toutes sortes de
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scepticismes. Bayle est très lu, et d’ailleurs discuté ; La Monnoye ne croit ni aux saints, ni aux reliques, ni même, semble-t-il, à des choses plus essentielles. Bouhier, qui n’est pas lui-même toujours très respectueux, parle à l’abbé Leblanc, en 1738, d’un repas de philosophes où, sur l’article de la religion, « il eût été bon de se boucher les oreilles ». A Nancy, le libraire Henry est condamné, en 1739, à vingt-cinq francs d’amende p.80 pour avoir affiché à la porte de sa boutique, outre deux livres jansénistes, La Religieuse en chemise. Levesque de Pouilly vit à Reims, dans son hôtel de la rue de Vesle, non sans fracas. Il y construit une salle de spectacle où l’on joue Zaïre ; il y reçoit assez longuement Voltaire et Mme du Châtelet. A Bordeaux les livres prohibés arrivent journellement, par bateaux. On y saisit en 1740 les OEuvres de Voltaire, en 1742 les Lettres chinoises de d’Argens. Sans doute tout ne s’arrête pas à Bordeaux ; c’est par les ports que se faisait, pour toute la France, une bonne partie de la contrebande des livres ; mais il en demeurait bien quelques-uns. On rencontre même, parfois, quelques faits plus significatifs que des lectures. Dutens, vers 1747, voyage avec un chevalier de Saint-Louis qui avait beaucoup vécu avec des philosophes ; « il n’avait acquis que le ton dédaigneux et l’intolérance de ses amis » et il emplissait la diligence de ses discussions impies. A Clamecy, en 1733, « on fait des danses les fêtes et dimanches ; on y fréquente les cabarets pendant l’office divin ; on travaille les jours défendus... Il y a nombre de personnes qui n’ont pas satisfait à leur devoir pascal, les uns par négligence, les autres par libertinage et plusieurs par entraînement » ; l’évêque doit prendre, en 1738, une décision
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interdisant à nouveau tout travail les dimanches et fêtes. Quatre « légistes », c’est-à-dire étudiants en droit, brisent une vierge de pierre à la porte dijonnaise de la Miséricorde et prennent la fuite. A Poitiers, en 1740, on vole, casse et outrage l’image de la vierge de la Tranchée. Il ne faut pas oublier enfin que les manuscrits déistes ou athées que nous avons étudiés sont assez nombreux en province et que M. Lanson en a signalé des exemplaires et souvent plusieurs à Douai, Rouen, Fécamp, Châlons-sur-Marne, etc.
Toutefois il ne faudrait pas exagérer l’importance de ces témoignages. Même quand ils sont nombreux, il faut les juger par comparaison et penser que nous en rencontrerons beaucoup plus après 1750. Le plus souvent les faits que nous avons rappelés sont signalés par les mémorialistes justement à cause de leur caractère d’exception, de scandale. Après 1750, ce seront, au contraire, des faits parmi d’autres faits. Surtout il ne faut pas oublier que les moeurs provinciales étaient restées le plus souvent très simples et même austères. p.81 C’est la dépravation des moeurs de la haute société parisienne qui explique en partie les progrès de l’incrédulité ; c’est la stabilité des moeurs et de l’esprit traditionnel qui s’opposaient encore, en province, à ces progrès. Sans doute le système de Law a ébranlé, même dans certaines provinces, les fortunes et les conditions de la vie. L’avocat vierzonnais Béchereau se plaint de la vie chère et note qu’il faut payer, à cause du Système, les ouvriers des vignes seize sous au lieu de dix. Mais toutes ces perturbations restent superficielles. Après 1750 nous verrons de toutes parts les esprits sévères signaler la passion du jeu, des
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bals et des fêtes coûteuses, l’organisation des théâtres de société, la création des cafés, le goût du luxe et du plaisir. Mais vers 1740, point de théâtres sinon quelque troupe ambulante qui joue où elle peut, point de cafés. Les plaisirs sont quelques réunions le soir, où l’on boit du vin doux, casse les noix et parfois regarde danser la jeunesse, les confréries pieuses, dont chacun fait partie, les sermons et les processions. Même dans la bourgeoisie aisée on ignore le salon, souvent la salle à manger qui se confond avec la cuisine. Parfois, comme en Bresse, il n’y a qu’une seule pièce qui sert de cuisine, de salle à manger et (avec des alcôves, ruelles et rideaux) de chambre à coucher. A plus forte raison, les inquiétudes, les mécontentements politiques et surtout l’esprit de discussion sur les conditions du gouvernement n’ont-ils pas pénétré dans de pareils milieux. Aucun symptôme ne décèle la curiosité critique et l’espoir des changements profonds. La vieille France bourgeoise continue à croire aux droits de Dieu et du roi, à espérer leurs bienfaits, à se résigner aux erreurs et aux abus dont il arrive d’ailleurs que la bourgeoisie profite, par les maîtrises, les jurandes, les exemptions d’impôts et la fréquente hérédité des charges municipales.
III. — Enquêtes indirectes : les journaux, les collèges
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Il est d’ailleurs fort difficile de pénétrer dans la pensée de gens qui n’ont laissé à peu près aucune trace de leurs opinions ou même de leur vie. Il faut se fier surtout à la comparaison, comme nous l’avons dit, et se reporter dès maintenant à
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l’histoire des périodes p.82 1748-1770 et 1771-1787 ; au lieu d’un petit nombre de documents, nous en trouverons des centaines. Il faut enfin tenter des enquêtes indirectes. On peut être renseigné, par exemple, sur ce que pensent des sociétés ou des groupes sociaux par les journaux qu’ils lisent, ou par l’instruction qu’ils reçoivent ; ce que pensent et enseignent des professeurs a chance de pénétrer profondément dans les habitudes des générations qu’ils forment.
Or, c’est justement à partir de 1720 et surtout 1735 que le journalisme commence à se transformer. Jusque-là il n’y a, d’un côté, que la Gazette, simple feuille officielle, et le prudent et superficiel Mercure « immédiatement, dit La Bruyère, au-dessous de rien » ; d’un autre côté, des journaux qui ne sont écrits que pour des érudits et ne peuvent intéresser qu’eux : Journal des Savants, journaux de Bayle, de Basnage de Beauval, etc. Leurs rédacteurs n’ont aucun souci de se mettre à la portée des gens du monde ou des bourgeois curieux. Ils entassent confusément le compte rendu des ouvrages les plus disparates et dont la plupart sont d’austères recherches ou des chicanes érudites. Si J’ouvre, au hasard, un tome du journal qui ne craint pas cependant de s’intituler Lettres sérieuses et badines sur les ouvrages des savants (1733, t. VIII), J’y trouve le compte rendu des Origines de la maison de Hanovre — Histoire du Danemark de Pontanus — Traité sur les vers de mer — Histoire de Pologne — Continuation de l’histoire d’Espagne de Mariana — Divers traités du docteur Swift — Entretiens de littérature sacrée de Labrune — Description de la Chine de du Halde — Spectacle de la nature — Nouvelle histoire des papes — Histoire des rois de
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Pologne, etc. Sommaire, pris également au hasard, de la Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants de l’Europe (janvier-mars 1737) : Histoire ecclésiastique de Fleury — Observations sur la comédie — Jurisprudence — Géographie physique de Woodward — Lettres de Leibnitz — Mémoires de l’Académie des Inscriptions — Histoire ancienne — Histoire des anciens traités — La Sagesse de Moise — Vie de Sers. S. Rufus — Opuscules de Heineccius — Logique de Crousaz, etc. On trouverait le même esprit dans tous les journaux, exception faite pour le Mercure, avant les journaux de Desfontaines. Assurément ils évoluent et parfois profondément. L’esprit cartésien, puis l’esprit p.83 expérimental, l’esprit de critique historique et même d’exégèse rationnelle les pénètrent, plus ou moins profondément. Ils font de moins en moins de place aux oeuvres de compilation érudite, de scolastique, de théologie. Mais cette évolution ne peut avoir d’influence que sur les érudits, sur les gens de lettres, et non sur le grand public qui ne les lit pas.
Desfontaines, au contraire, va créer un journalisme nouveau. Déjà le Mercure de France avait évolué, c’est-à-dire qu’il avait essayé non pas de s’alléger, puisqu’il était vide, mais de devenir moins frivole. Les Nouvelles littéraires, c’est-à-dire le compte rendu plus ou moins détaillé d’un certain nombre d’ouvrages récents, commencent en juin-juillet 1721. A côté des anecdotes et curiosités, poésies fugitives, nouvelles et romans, énigmes et chansons, on rencontre, en proportion sensiblement moindre, mais déjà assez grande, des articles sur la grammaire, l’histoire, l’archéologie, les sciences, la géographie, etc., des comptes
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rendus d’ouvrages sur les finances, la morale, les métiers et machines, l’économie sociale, les beaux-arts, le commerce, l’histoire et la géographie, la médecine, les sciences, etc. C’est pourtant Desfontaines qui a tenté de mettre les journaux à la portée de « tous les honnêtes gens » et de conduire l’érudition à l’« école du goût » et même de l’agrément. Prenons le Journal de Trévoux : nous verrons que les comptes rendus des ouvrages de théologie et d’histoire y tiennent près de la moitié du journal et occupent cinq ou six fois plus de place que les ouvrages de belles-lettres. Prenons, au contraire, au hasard, les tomes I-IV, 1736, des Observations sur les écrits modernes de Desfontaines : nous verrons que les belles-lettres, le théâtre, les romans et contes tiennent les deux tiers de la place et que la théologie, l’apologétique, la piété, les sciences ne sont représentées que par quelques numéros. Si nous faisons le même calcul pour les tomes I-IV, de l’année 1745, des Jugements sur quelques ouvrages nouveaux, la disproportion sera à certains égards encore plus forte : une cinquantaine d’articles, par exemple, sur les belles-lettres, contre deux sur des ouvrages de piété et un sur un ouvrage d’apologétique.
Seulement cette évolution n’a pu que préparer les journaux à la fois philosophiques et mondains, parce que les directeurs du Mercure p.84 et Desfontaines n’avaient aucun goût pour la philosophie et surtout pour la philosophie nouvelle. Pour plus de commodité, Desfontaines ne parle à peu près jamais ni de politique ni de philosophie, si ce n’est pour faire à Voltaire les critiques qui déchaînèrent les fureurs et les batailles que l’on sait. D’une façon générale, des statistiques comparatives
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montrent combien est encore restreinte la place des articles qui pourraient mettre sur le chemin des idées nouvelles. En 1722 et 1723, il y a dans le Mercure de France : a) un seul article (sur les Lettres persanes) touchant à des questions de politique, d’économie sociale, de législation, b) quatre articles touchant aux sciences, c) trois ayant un intérêt philosophique (à propos d’oeuvres de Bayle), contre : d) environ cent cinquante poèmes, articles sur le théâtre, éloges, discours et une cinquantaine sur l’histoire. En 1750 et 1751, les proportions deviennent a) onze, b) vingt-six (vogue des sciences expérimentales), c) un, d) cent ; en 1780 et 1781 : a) quarante et un, b) trente-neuf, c) sept et d) quatre-vingts. Pour le Joumal des Savants, en 1720 et 1721 : a) trente-deux articles sur la théologie et la religion, b) six sur la philosophie, c) sept sur les sciences, d) aucun sur la politique. En 1750 et 1751, les chiffres deviennent : a) cent quarante, b) zéro, c) soixante-dix, d) quinze. Et en 1780 et 1781 : a) trente-sept, b) cent trente-cinq sur la philosophie et les sciences, d) vingt-cinq sur la politique 1. Les journaux n’ont donc pu, de 1715 à 1747, avoir qu’une influence très indirecte sur les transformations de la pensée moyenne, en nourrissant un certain esprit de curiosité.
L’étude de l’instruction dans les collèges confirme ces conclusions. De toute évidence, l’instruction traditionnelle
1 Bien entendu, les statistiques ne peuvent être qu’approximatives, le classement de pas mal d’articles ou comptes rendus étant incertain. Mais les chiffres et leurs écarts restent assez considérables pour que ces statistiques aient leur valeur. L’étude du contenu des articles confirme d’ailleurs les chiffres. Aucune audace philosophique ou politique dans le Journal des Savants ou le Mercure. Notons enfin qu’il faut considérer seulement les écarts de chiffres, l’étendue du Mercure notamment ayant varié.
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pouvait développer bien des qualités, sauf cet esprit de curiosité. On n’y enseignait rien que du latin et de la rhétorique latine, et, dans les années facultatives de philosophie, de la philosophie scolastique. Même jusqu’à la p.85 fin du XVIIe siècle, on apprenait à lire dans des livres latins auxquels les enfants ne comprenaient rien. Assurément beaucoup de pédagogues tentent de réagir contre cette tradition : ceux de Port-Royal d’abord, puis le P. Lamy et l’abbé Fleury à la fin du XVIIe siècle, Rollin dans le premier tiers du XVIIIe siècle. Le P. Lamy, oratorien, proteste contre la physique scolastique et demande pour les élèves de philosophie : de la physique expérimentale, de l’histoire naturelle, de la chimie, de la morale adaptée à la vie ; il se plaint qu’au collège on lui ait mis la tête dans un sac et l’ait fait marcher à coups de fouet ; il veut qu’on apprenne à observer et à réfléchir librement. Fleury méprise le vain bavardage de la rhétorique et de la scolastique ; il ne reste à peu près rien, dit-il, pour la pratique de la vie, de l’instruction des collèges sinon quelques vagues notions et quelques formules qui ne sont que des mots. Le latin, pour lui, n’est qu’une langue et non une culture. Il demande une place pour le français, l’histoire et la géographie. Rollin reste étroitement fidèle à toutes sortes de traditions : il explique le cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge par les règles de la rhétorique. Diderot lui reprochera de n’avoir d’autre but que « de faire des prêtres ou des moines, des poètes ou des orateurs ». Mais il était pourtant assez audacieux pour susciter de vives critiques du recteur Gibert. Il veut qu’on enseigne méthodiquement le français ; il réclame pour l’histoire (d’ailleurs afin d’enseigner la morale) une
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place beaucoup plus large. Il recommande l’étude de Fléchier, Bossuet, Fontenelle, Boileau, Nicole, Esther et Athalie. Locke a exercé une influence plus étendue 1. Son traité De l’éducation des enfants, traduit dès 1695, est au moins à la huitième édition en 1746. Il fait le procès de l’étude exclusive du latin, de la rhétorique, de la scolastique : « Un enfant bien né ne doit pas être élevé aux ergoteries de l’École. » Il veut substituer à l’étude des mots celle des réalités : géométrie, histoire, morale, droit civil, législation. Il veut qu’à chaque pas et dès l’enfance, on fasse appel non à la mémoire passive de l’enfant, mais à son raisonnement. Si l’on y joint les préoccupations de l’éducation physique, de l’éducation manuelle, de l’éducation agréable c’est, p.86 malgré ses limites (Locke n’a en vue que l’éducation d’un gentilhomme), une pédagogie toute moderne.
On pourrait joindre à ces grands noms ceux d’un certain nombre d’éducateurs plus ou moins audacieux, l’abbé de Saint-Pierre, Crousaz, etc. Et il est certain que le nombre et le succès de ces oeuvres oblige à croire qu’elles ont eu de l’influence. Mais c’est une influence qui n’entraîne encore à peu près aucuns résultats pratiques. Les écoles de Port-Royal n’ont formé qu’un petit nombre d’élèves et disparaissent avec Port-Royal. Dans les collèges de l’Oratoire, on enseigne l’histoire en français, la méthode latine en français ; vers 1740, on commence à y faire quelques discours français, à donner un peu plus de place à l’histoire. Mais c’est à peu près tout. Chez les Jésuites, dans les collèges de l’Université rien n’a pour ainsi dire changé. Les
1 Une thèse en voie d’achèvement de M. Linscott tend à prouver d’ailleurs qu’on a tendance à exagérer cette influence.
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manuels de rhétorique sont encore souvent en latin ; les cahiers de philosophie, même lorsqu’un peu de cartésianisme s’y glisse, sont toujours aussi arides et aussi barbares ; toutes les audaces se bornent à joindre la version latine au thème, à faire un peu plus d’histoire ou de géométrie sans jamais donner d’ailleurs à ces études la sanction d’un prix ; à jouer quelque tragédie ou pastorale en français à côté des pièces latines. Les collèges, malgré tous les raisonnements des pédagogues, restent fermés à l’esprit nouveau. Sans doute il arrive que celui-ci s’y glisse, ici ou là. Si le P. Tournemine tient à Louis-le-Grand des réunions pour convertir les incrédules, c’est qu’il craint qu’il y en ait. Nous avons cité également le cas du maître de quartier et du précepteur du collège de la Marche. Leguai de Prémontval, dès sa philosophie (à quinze ans !), perd tout à fait la foi. En province, Marmontel, alors répétiteur au collège de Toulouse, et d’ailleurs fort pieux, ne craint pas d’envoyer une ode à Voltaire, en 1740, et d’entrer en correspondance avec lui. Faits plus graves, les élèves du collège du Mans, dont un grand nombre se destinent à la prêtrise, sont blâmés en 1730 pour négliger les sacrements ; tous ont communié à Pâques, mais quelques-uns seulement à Noël et à la Pentecôte. Les plaintes se précisent en 1734 ; ils présentent même des billets de confession suspects : « Schedulas confessionis ab extraneis sacerdotibus obtentas raro et quasi inviti exhibere contenti ad sacram synaxim minime accedunt. » Mais la p.87 jeunesse des collèges était depuis toujours fort turbulente. Et tous ces faits sont, nous le verrons, beaucoup plus rares que dans les années précédant la
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Révolution : il semble que ce soient des accidents ; quarante ans plus tard ils tendront à devenir la règle.
IV. — Quelques hommes : Mathieu Marais, l’avocat Barbier, le marquis d’Argenson
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C’est seulement après cette enquête générale qu’on peut juger équitablement les témoignages des mémoires-journaux de Marais, Barbier, d’Argenson. On a abusé de ce qu’ils ont écrit pour deux raisons. Il se trouve, et c’est un simple hasard, que les plus abondants et les plus pittoresques des mémoires sur le XVIIIe siècle ont été écrits par des hommes qui ont vécu à la fin du XVIIe siècle ou surtout dans la première moitié du siècle. C’est donc eux que l’on interroge, par commodité et par plaisir. Mais il est tout à fait arbitraire de se servir d’eux pour juger le XVIIIe siècle tout entier et surtout la deuxième moitié du siècle. En deuxième lieu, ce ne sont pas trois témoignages, même concordants, qui permettent de connaître l’opinion moyenne ; on peut même dire que c’est justement parce que Marais, Barbier, d’Argenson ont rédigé des journaux copieux qu’il faudrait se défier d’eux ; car ce besoin de coucher par écrit leurs inquiétudes et leurs rancunes témoigne qu’ils sont plutôt des individus d’exception. D’une manière générale, on ne peut voir dans une oeuvre ou dans un individu l’image de sa génération que si l’on connaît d’abord cette génération ; et c’est la méthode que nous nous efforcerons de suivre.
Marais (né en 1665, avocat en 1688) est un savant homme et un homme fort pieux. Il ne semble même pas avoir fréquenté les salons et les milieux nettement libertins. Il est lié surtout avec
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les beaux esprits avides d’apprendre plutôt que de discuter, les d’Olivet, les Basnage, les Valincourt, les Fraguier, les Brossette, le président Bouhier. Il n’aime ni Voltaire, qu’il traite de vilain Zoïle et de serpent, ni Montesquieu dont il dédaigne les Lettres persanes. Il déclare que la théologie du chant VII de La Henriade est brillante, mais affreuse. Et il croit fort bien qu’un miracle s’est produit sur le passage d’une p.88 procession. Pourtant, tout comme ses amis Brossette ou Bouhier, il est, sans s’en douter, infecté de l’esprit nouveau. Il se croit respectueux et il s’est laissé prendre aux charmes des curiosités qui vont tuer les anciens respects. Il veut tout lire, d’abord, même les livres qu’il juge redoutables ; il veut même les garder dans sa bibliothèque. Il faut avoir la Vie de Mahomet de Boulainvilliers, « avec une note de détestation ». Surtout il est féru de Bayle : « Je suis Bayliste » ; il veut lui bâtir un temple ; il entre en guerre contre tous ceux qui le critiquent, Crouzas ou Muralt. Parce qu’il aime l’esprit d’analyse et d’examen il a, malgré tout, toutes sortes d’indulgences pour les sceptiques intelligents, pour Saint-Evremond, Ninon de Lanclos. Et il est incapable de comprendre le mysticisme. C’est lui qui a parlé avec la plus joyeuse irrévérence de la fondatrice de la dévotion au Sacré-Coeur, Marguerite-Marie Alacoque : « Quelles folies ! et la crédulité la plus déterminée peut-elle en parler autrement ! » Alacoque, selon lui, devient un nom de carnaval ; les polissons au lieu de « la Chienlit » crient « Alacoque » ; on vend des rubans à la coque ; on ne dit plus des oeufs à la coque, mais des veufs à la Soissons, etc.
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Barbier (né en 1689, mort en 1771) est tout aussi pieux et plus crédule que Marais. Il croit qu’une paralytique a été guérie à la procession de la grande Fête-Dieu ; il croit qu’on a trouvé dans les papiers du P. Jourdan la prédiction des maux de 1726, que Dieu envoie des songes pour décider d’une vocation monastique. Il n’est pas beaucoup plus hardi en politique, ni même plus curieux de politique que Marais. Comme il écrit après 1715, qu’il a vu le Système, les perturbations des finances, les intrigues de la régence, les résistances des parlements, il craint pour son argent, pour sa tranquillité, pour la paix bourgeoise. Il s’inquiète des « pilleries de tous les gens de cour » ; il voudrait que les impôts pèsent moins lourdement sur le peuple, mais surtout parce qu’un peuple trop misérable pourrait se révolter. Et rien ne l’épouvante davantage que l’idée d’une révolte ou même d’une résistance batailleuse, de quelque côté qu’elle vienne, gallicanisme, parlements, populace. Mais ce bourgeois respectueux et timoré a perdu certains respects et sur des points qui sont d’importance. Sa morale a des côtés fort laïques ; il pense sur p.89 les Lais comme le Mondain, de Voltaire. Le roi a des maîtresses ; mais « qui n’en a pas » ? Et lui tout le premier. Sur la philosophie il passe son temps à croire et à dire que c’est une sirène redoutable et à ouvrir les oreilles toutes grandes pour mieux entendre. Le livre des Moeurs de Toussaint est « très dangereux et n’est recevable dans aucun pays ». Il paraît une pièce manuscrite intitulée Sermon des cinquante qui est un « sermon épouvantable ». Mais Barbier trouve moyen de se procurer Les Moeurs, bien qu’elles soient « très rares et très chères » et de les analyser pendant huit pages ; il veut avoir Le
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Sermon des cinquante et il l’analyse. On va arrêter la délivrance du deuxième volume de l’Encyclopédie : mais Barbier « prend les devants ». Si bien que, sans être le plus souvent l’ami de Voltaire, il est l’ennemi de ses ennemis, tient les livres de Montesquieu pour des chefs-d’oeuvre bien qu’ils aient été condamnés « comme opposés à la croyance catholique », juge l’abbé de Prades un « garçon de beaucoup de mérite et d’éducation » et Morellet un « homme supérieur ». Il en arrive à se défier de « la gent ecclésiastique » et même des miracles. La procession du jubilé se fait sous la pluie : « Les prêtres et le peuple qui y assistent sont mouillés jusqu’aux os ; ce qui est divertissant à voir promener dans les rues » ; et les convulsion-naires, les prétendus miracles du tombeau du diacre Pâris prouvent sans doute « l’incertitude des miracles reçus par l’Église qui se sont établis dans ces temps reculés avec aussi peu de fondement que ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux. »
Le marquis d’Argenson est, sur bien des points, beaucoup plus hardi que Marais et Barbier. C’est un fort honnête homme, un peu bohème, comme tant de grands seigneurs de sa génération, mais généreux, « brûlant d’amour pour le bonheur de ses concitoyens » et fort loyal. Seulement il se fait une morale tout à fait laïque, à sa façon, beaucoup plus hardie même que celle d’un Toussaint, d’un Voltaire ou, parfois, d’un Diderot. Il a horreur du mariage, sans doute parce que le sien, qu’on lui imposa, ne fut pas heureux ; il voudrait qu’il fût défendu « par de bonnes lois » ; il tient les filles entretenues pour respectables ; il voudrait que les enfants trouvés fussent « enfants de l’État ». En matière de philosophie religieuse il
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n’aime pas les philosophes, gens de peu ou gens de rien à qui leur bassesse p.90 devrait interdire de mal parler des puissances. Il se moque de Diderot qui sort de Vincennes « tout affairé, hébété et en lui-même ». Mais sa conception de la vie est celle des philosophes et de Diderot : « Quel sot préjugé que celui de combattre des plaisirs [c’est-à-dire des maîtresses] qui ne font tort à personne. » « Nous ne sommes ici-bas que pour nous rendre heureux, et nos compatriotes avec nous, autant qu’il est en nous. » C’est-à-dire morale du plaisir et morale humanitaire. En matière de dogmes il prétend être croyant. Il parle de « notre sainte religion si belle, si chère aux honnêtes gens ». Il est l’adversaire de la liberté d’écrire et même de penser. Mais il est violemment hostile « aux tristes dévots », « aux prêtres tyranniques », aux théologiens chicaneurs et obscurs ; il déteste le bigotisme et l’hypocrisie. Si l’académie de Bordeaux prend pour sujet de concours « que la vraie philosophie est incompatible avec l’irréligion » il juge la pensée fausse et mal digérée. Et il écrit pour lui une « Anatomie de l’âme » où il oscille d’un « matérialisme sans entêtement » au déisme.
En matière sociale et politique les idées de d’Argenson sont à la fois hardies, brutales et timorées. C’est un aristocrate démocrate. Il souffre profondément des misères du peuple. Ses mémoires sont à chaque instant un répertoire des famines, consomptions et révoltes d’un peuple misérable et accablé. Il veut qu’on trouve le remède à ces iniquités. Ce remède n’est pas dans la prétendue Constitution anglaise ; d’Argenson croit les libertés politiques malfaisantes ; le peuple est incapable de se gouverner. Il n’est pas non plus dans le maintien du
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gouvernement actuel qui n’est qu’une « anarchie dépensière ». Mais il faut restaurer l’autorité monarchique, lui donner pour la conseiller, au lieu « d’une satrapie de roture qui a tout mis en ruine », le soutien de la véritable noblesse régénérée. L’oeuvre de cette monarchie aristocratique devra être démocratique. On sévira contre les financiers sangsues ; on réformera des impôts injustes ; on luttera contre l’inégalité des richesses, même en réformant les lois successorales et en limitant le droit de propriété ; on assurera la liberté civile et économique. D’Argenson tend vers une sorte de socialisme imposé et surveillé par une aristocratie qui n’en prendrait que ce qu’elle voudrait.
p.91 En somme, Marais et Barbier ne peuvent être l’image que de la haute bourgeoisie ou de la partie la plus cultivée de la bourgeoisie moyenne. Marais semble la devancer jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Barbier en est le représentant assez fidèle jusque vers 1750 ; après quoi, il retarde. D’Argenson ne ressemble qu’à lui-même. L’état moyen des esprits vers 1747 peut se résumer ainsi : en matière religieuse la plupart des gens de lettres qui comptent sont déistes ou athées ; ils n’expriment d’ailleurs leur opinion que dans des écrits très clandestins ou avec une extrême prudence ; dans son ensemble la bourgeoisie reste très pieuse. Pourtant des conceptions nouvelles gagnent nettement du terrain : celle d’une morale plus libre, d’une sorte de droit au bonheur racheté par le devoir de la bienfaisance ; celle de la liberté de pensée, de la tolérance. En matière politique, les discussions ne sortent guère de certains milieux assez étroits où il ne s’agit d’ailleurs que d’une sorte d’aménagement de l’absolutisme monarchique. Les gens de
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lettres s’intéressent peu aux controverses politiques et l’opinion moyenne ne s’y intéresse pas du tout.
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DEUXIÈME PARTIE
LA LUTTE DÉCISIVE
(1748-1770 environ)
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CHAPITRE PREMIER
LES CHEFS. 1. LA GUERRE OUVERTE
I. — Montesquieu : L’Esprit des lois 1
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p.95 Quand L’Esprit des lois parut, en 1748, son succès fut considérable, mais ce ne fut pas un succès de scandale. Officiellement, l’entrée du livre, imprimé à l’étranger, était interdite, mais l’interdiction fut bientôt levée. Les dévots s’inquiétèrent ; la Sorbonne pensa à publier une censure ; mais elle réfléchit et changea d’avis. L’autorité royale et la Sorbonne n’avaient pas tort. Montesquieu, après les impertinences des Lettres persanes, s’était convaincu qu’il ne fallait pas toucher à la religion catholique et dans l’ordre politique il ne désirait ni une révolution ni même une transformation profonde. Sans doute L’Esprit des lois est tout à fait favorable au gouvernement répu-blicain et à la vertu qui en est le principe ; mais les lecteurs ne pouvaient trouver dans les chapitres de Montesquieu que des idées assez rebattues auxquelles les régents de collèges eux-mêmes les avaient habitués. Ce sont des dissertations théoriques et non des réflexions sur les réalités politiques du temps. Montesquieu ne jette aucun regard sur les gouvernements contemporains plus ou moins démocratiques : Genève, la Hollande. Les exemples ce sont la Sparte, l’Athènes, la Rome de Platon, d’Aristote, de Cicéron, de Tite-Live, p.96 celle des discours de collège. On y retrouve même, clairement, le
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souvenir des polémiques tout abstraites, dont nous avons parlé, sur la sage vertu des Spartiates et des Fabricius ou sur leur pauvreté disgracieuse et forcée. Son étude même de l’aristocratie, malgré des exemples empruntés aux cités italiennes, est toute pleine elle aussi de souvenirs livresques et d’érudition antique. Par contre, l’éloge de la Constitution anglaise repose sur les réalités les plus directes : ce sont les voisins de la France qui, au moment même où Montesquieu écrit, soumettent l’autorité du roi à celle d’un Parlement dont l’une des Chambres est élue. Mais il ne s’est pas trouvé un seul des lecteurs de Montesquieu pour écrire, ni même pour dire en se cachant : « Imitons l’Angleterre, nommons un Parlement français. » C’est que tout le monde n’admire pas l’Angleterre et que beaucoup sont convaincus que les choses n’y vont pas mieux qu’en France. C’est surtout que tout le monde — et Montesquieu tout le premier — est persuadé que ce qui convient aux Anglais ne pourrait donner en France que des résultats détestables. L’idée d’établir en France un gouvernement même vaguement démocratique est si loin de tous les esprits — et de celui de Montesquieu — que le chapitre n’est pour tous ceux qui le jugent qu’une vue de l’esprit.
Ce que Montesquieu désire, c’est ce qui ne pouvait surprendre personne en 1748. Montesquieu a la haine violente du despotisme, de tous les abus de la force, de l’Inquisition et de l’intolérance religieuse, de l’esclavage. Mais il est monarchiste, parlementaire et aristocrate ; il n’aspire qu’à une royauté prudemment tempérée par des « corps intermédiaires » et des
1 Ouvrage de référence générale : Carcassonne, op. cit., (1512).
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« lois fondamentales ». Lois d’ailleurs non écrites ; corps dont l’autorité peut toujours, en fait, être dédaignée. Mais Montesquieu compte sur la puissance, plus souple, de la coutume et des moeurs. Il compte aussi sur l’esprit d’honneur, qui pénètre le monarque comme l’aristocratie, et dont les lois fondamentales ne sont, dans une certaine mesure, que l’expression. Ainsi la monarchie pourra toujours en droit devenir un despotisme ; mais en fait elle sera toujours invinciblement ramenée vers un gouvernement contrôlé et modéré.
Il ne faut donc pas exagérer l’importance « philosophique » de L’Esprit des lois que beaucoup de philosophes d’ailleurs critiquèrent. p.97 M.G. Bonno a bien montré que l’éloge de l’Angleterre avait exercé une influence intellectuelle réelle et assez longue. Malgré des voix discordantes et des années de défaveur, on est généralement d’accord avec Montesquieu pour admirer l’équilibre des pouvoirs jusque vers 1775. Mais ceux qui admirent ne sont pas plus que Montesquieu des révolutionnaires. Ils ne veulent pas imposer ni opposer. Ils ne cherchent que des conseils et ne les suggèrent qu’avec prudence. C’est ailleurs qu’il faut chercher l’influence de Montesquieu. Elle tient à deux raisons. Montesquieu mettait en pleine lumière, sous une forme vigoureuse et avec plus d’intelligence, de libéralisme, des points de vue qui n’avaient intéressé jusque-là que des milieux assez fermés. En second lieu, et surtout, Montesquieu allait donner une expression puissante et hardie à la curiosité politique et sociale. Jusqu’à lui on avait discuté abondamment de principes politiques et nous avons dit, par exemple, le succès des livres de Grotius, de Pufendorff et de leur traducteur et annotateur Bar-
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beyrac. Mais c’étaient des discussions d’école et dont « la philosophie » ne pouvaient intéresser que des philosophes. Il s’agissait de retrouver, dans la raison éternelle et la nature commune à tous les hommes, quelques principes très généraux, dont l’évidence rationnelle puisse entraîner l’assentiment universel ; puis d’en déduire, par voie de raisonnement cartésien, toute une série de conséquences. Inutile de dire qu’on ne construisait ainsi que des systèmes abstraits et des politiques de cabinet. Montesquieu s’est laissé aller largement à ces raisonnements cartésiens dans sa théorie des trois gouvernements et il n’a jamais su, d’autre part, distinguer nettement l’idée de loi géométrique, mathématique qui n’a qu’une nécessité logique, et celle de loi expérimentale qui n’a qu’une nécessité de fait. Mais toute une partie de son oeuvre n’envisage que ces nécessités de fait. Pour lui les lois ne sont pas justes ou injustes, bonnes ou mauvaises en elles-mêmes ; elles sont bonnes lorsqu’elles réussissent, mauvaises lorsqu’elles échouent. Et si l’on fait le tour des sociétés, non pas seulement de celles qui nous environnent, mais de toutes celles du vaste monde, on verra que le succès des lois n’a rien à voir avec nos idées de justice et de morale ; celles qui p.98 peuvent nous sembler les plus déraisonnables ou les plus coupables peuvent fort bien faire le bonheur de ceux qui les ont établies et acceptées. Il faut en effet tenir le plus grand compte du climat, du terrain, de l’esprit général ou des moeurs et traditions. Comme il y a les plus profondes différences entre ces terrains, climats et moeurs, il y a des conditions très diverses, parfois contradictoires et, en apparence, absurdes, de la prospérité
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sociale. Mais c’est nous qui sommes absurdes en voulant tout juger à la mesure de nos idées et de nos besoins.
On voit aisément les conséquences de ces enquêtes et des conclusions sociales et politiques de Montesquieu. La vie politique française reposait sur une foi mystique : la conviction que la monarchie absolue était une volonté de Dieu, le roi, le délégué de Dieu. Les théories politiques des Grotius et des Pufendorff faisaient, pour la plupart, appel à une autre sorte de mysticisme, celui de Descartes ; elles supposaient que les idées de raison et de justice étaient partout les mêmes et qu’on pouvait construire, dans l’abstrait, la cité parfaite, capable de faire le bonheur de tous les hommes. Il y avait bien des discussions et des théories qui faisaient appel à une sorte de réalisme historique : celles qui s’appuyaient, pour justifier et préciser les droits des privilégiés ou pour les contester, sur l’histoire de la race victorieuse et de la race vaincue. Mais ces discussions de Dubos et des autres étaient étroites et hasardeuses. L’enquête de Montesquieu au contraire était si vaste, à certains égards si précise et si scrupuleuse, ses conclusions générales si claires et si solides, qu’elles devaient s’imposer à l’opinion. Dès lors tous les anciens respects étaient menacés. Montesquieu ne désirait pas les ébranler ; mais son oeuvre allait agir sans lui. Il n’était plus permis de dire et de se dire : « Obéissons, acceptons, sans discuter. » On pouvait, on devait se demander si la constitution politique et les lois faisaient bien le bonheur des Français ou, du moins, leur plus grand bonheur possible. Si l’on en doutait, on pouvait en conclure à bon droit qu’elles étaient mauvaises, injustes, nonobstant tous
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les sacres et toutes les majestés, et même tous les principes, et qu’il y avait lieu de les changer.
II. — Les Moeurs de François-Vincent Toussaint (1748)
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p.99 On n’a pas l’habitude de ranger F.-V. Toussaint parmi les philosophes du premier rang, ni même parmi ceux du second. Et ce dédain est parfaitement justifié si l’on s’en tient à l’originalité de l’auteur et à son talent d’écrivain. Mais nous n’étudions ici que l’influence des oeuvres dans le développement des idées nouvelles. Or, celle des Moeurs a été considérable. Il y a au moins quatorze éditions de l’oeuvre, c’est-à-dire beaucoup plus que des oeuvres proprement philosophiques de Diderot, à peu près autant que de l’Esprit d’Helvétius, etc. Toussaint a été, somme toute, le premier écrivain que les sévérités du gouvernement aient obligé à s’exiler, puisque Voltaire est parti en Angleterre pour une querelle personnelle. Son livre piqua vivement la curiosité. « Il est, dit Barbier, très rare et très cher », à cause de la condamnation, mais il passe rapidement « en plus de cinquante mains ».
Condamnation, scandale, succès sont dus à ce que, le premier, Toussaint donnait une forme précise à cette morale du bonheur laïque et humanitaire qu’on ne trouvait chez les autres que timidement, par allusions ou par fragments. Le principe de laïcité est nettement affirmé. La religion n’entre dans l’exposé « qu’en tant qu’elle concourt à donner des moeurs ; or, comme la religion naturelle suffit pour cet effet, je ne vais pas plus avant... Je veux qu’un mahométan puisse me lire aussi bien
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qu’un chrétien. » Même les allusions ironiques et sceptiques à l’égard des religions dogmatiques ne manquent pas. Toussaint refuse de faire le moindre crédit à l’autorité et à la foi. Il ne croit qu’à la raison. « Qu’est-ce que la vertu ? C’est la fidélité constante à remplir les obligations que la raison nous dicte. » Or, ce qu’elle nous dicte c’est ce qu’avaient déjà dit ou insinué Saint-Evremond, Mandeville, Voltaire, etc. L’homme cherche son bonheur ; il ne peut être heureux que par la satisfaction de ses passions ; « non seulement les passions ne sont point mauvaises en elles-mêmes, mais elles sont bonnes, utiles et nécessaires ». Les dévots prétendent qu’« on doit se mépriser soi-même, se haïr d’une haine irréconciliable » ; mais ce sont des sottises de dévots. La vérité est qu’il faut se proposer d’être heureux, — mais qu’on ne l’est qu’à p.100 deux conditions : la modération, la tempérance et l’humanité. Il n’y a pas de bonheur égoïste possible ; on ne peut être heureux qu’en pensant aux autres, en étant humain : « Aimer les hommes et les traiter avec bonté, en considération seulement de leur simple qualité d’hommes [et non pour l’amour de Dieu], voilà l’humanité. »
III. — L’Encyclopédie 1
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Le premier volume de l’Encyclopédie parut en 1751. Le dictionnaire fut achevé en 1772. La publication fut, sinon la cause essentielle, du moins la marque la plus éclatante du triomphe des philosophes. Tous les contemporains, amis ou adversaires, en conviennent. Mais cette importance de
1 Ouvrage de référence générale : Hubert (1530).
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l’Encyclopédie surprendrait fort un lecteur non initié. C’est un dictionnaire plus vaste de beaucoup que tous ceux qui l’avaient précédé. Pourtant il n’était pas le premier. On a publié à Paris, en 1758, une Table alphabétique des Dictionnaires avec une table des ouvrages publiés sous le titre de Bibliothèques, et elle comprend deux tomes. Dès 1694, Thomas Corneille avait publié le Dictionnaire des arts et des sciences en deux volumes in-folio. Il y avait de gros dictionnaires de commerce, économiques, de droit et de pratique, de sciences, etc., dont certains, comme celui de Savary Desbrulons, avaient eu le plus vif succès. Assurément les collaborateurs de l’Encyclopédie étaient des « philosophes » dont on savait qu’ils n’avaient aucun respect pour les philosophies anciennes : Diderot et d’Alembert, les éditeurs ; Voltaire, Montesquieu, Helvétius, d’Holbach, J.-J. Rousseau, Duclos, Buffon, Dumarsais, collaborateurs. Mais il suffit de lire les articles dont ils étaient les auteurs avoués pour n’y trouver qu’une science tout à fait inoffensive ; les sujets mêmes qu’ils s’étaient réservés (exception faite pour quelques articles de Diderot) étaient de ceux qui ne permettaient même pas des allusions impertinentes. Si l’on parcourt les articles qui exposent les sujets de politique ou de religion et, au hasard, dix ou cent articles, on n’y trouve rien que de neutre, de prudent ou même de respectueux.
p.101 Mais l’intention même de l’Encyclopédie était nouvelle profondément. C’était un dictionnaire, comme le disait le titre, raisonné et le prospectus comme la préface expliquaient clairement l’intention du mot. Pour un Français du siècle précédent, la raison humaine ou l’intelligence tout entière
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n’étaient rien. Elles ne pouvaient avoir qu’une utilité pratique pour la vie de cette terre ; mais qu’était la vie de cette terre sinon un « passage » où il fallait ne songer qu’à la vie éternelle. Peu importait par conséquent qu’il y eût, d’une génération à l’autre, plus ou moins d’intelligence ; le seul point qui comptait était qu’il y eût plus de foi et de morale chrétiennes ; et l’on convenait même très volontiers qu’il y avait eu chez les anciens plus d’intelligence, qu’il n’y avait donc pas eu de progrès à travers les siècles. La querelle des Anciens et des Modernes marque un premier retour au point de vue humain, la croyance à l’importance et à la réalité du progrès. Le dessein de l’Encyclopédie proclame très haut que le destin de l’humanité est non pas de se tourner vers le ciel, mais de progresser, sur cette terre et pour cette terre, grâce à l’intelligence et à la raison. A un idéal mystique elle oppose un idéal réaliste. Elle fait plus : elle démontre la réalité et l’efficacité de cet idéal. Elle est le bilan des progrès accomplis et, par lui, la promesse des progrès futurs.
Bien entendu, ni Diderot, ni d’Alembert n’ont pu dire les choses aussi clairement : ils ne pouvaient pas faire directement le procès de la foi et du renoncement terrestre. Mais ils ont fait avec une ironie presque insolente des procès qui supposaient celui-là. Ils ont repris, d’ailleurs après vingt autres, la critique de la philosophie scolastique, de ses arguties puériles, de ses verbiages prétentieux, de ses raisonnements qui détruisent toute raison et font douter du bon sens humain. Ils se sont élevés, en vingt occasions, contre l’esprit qui prétend imposer la vérité par des arguments d’autorité : « Deux obstacles principaux ont
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retardé longtemps les progrès de la philosophie, l’autorité et l’esprit de système. » A ces philosophies caduques, ils opposent, avec l’ardeur de la victoire, la vraie philosophie, l’esprit d’examen, l’esprit d’observation et d’expérience, « celle de Perrault, La Motte, Terrasson, Boindin, Fontenelle » et de ceux qui leur ont succédé. Cette philosophie « s’avance à pas de géant, et p.102 la lumière l’accompagne et la suit » ; « elle soumet à son empire tous les objets de son ressort, son ton est le ton dominant et on commence à secouer le joug de l’autorité et de l’exemple. »
Il n’était pas besoin d’en dire davantage ; et l’Encyclopédie n’avait qu’à exalter et démontrer son idéal, sans se soucier de celui des dévots. Mais on est en pleine bataille ; les philosophes ont des adversaires acharnés ; et ils n’ont pas résisté au plaisir de rendre les coups au lieu d’avoir l’air de les ignorer. Bien entendu ils ne peuvent faire qu’une guerre de ruses et d’embuscades. L’Encyclopédie s’imprime en France et elle sera la fortune ou la ruine de ses éditeurs ; même en l’imprimant à l’étranger, comment faire entrer, clandestinement, ses énormes in-folio ? Il faut donc s’assurer la bienveillance de l’autorité. Les articles seront revisés par des censeurs qui sont des théologiens orthodoxes. Ce sont des théologiens orthodoxes qui rédigeront tout ce qui peut toucher directement à la foi. Diderot multipliera les protestations de respect et même d’humble soumission. Mais on s’arrangera habilement pour que le lecteur devine l’ironie derrière le respect et pour faire la guerre en criant qu’on veut la paix. Les encyclopédistes ont d’ailleurs avoué leur tactique. D’Alembert a parlé de « cette sorte de demi-attaques, cette
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espèce de guerre sourde » qui est la plus sage quand on habite « les vastes contrées où l’erreur domine » ; Naigeon ou Condorcet ont rappelé les « articles détournés » où l’on « foule aux pieds les préjugés religieux » ; ils ont montré comment des « erreurs respectées » étaient trahies « par la faiblesse de leurs preuves ou ébranlées par le seul voisinage des vérités qui en sapent les fondements ». Et c’est l’Encyclopédie elle-même qui livrait presque ouvertement son secret : « Toutes les fois qu’un préjugé national mériterait du respect, il faudrait, à son article, l’exposer respectueusement et avec tout son cortège de vraisemblance et de séduction ; mais renverser l’édifice de fange, dissiper un vain amas de poussière en renvoyant aux articles où des principes solides servent de base aux vérités opposées. »
Toutes ces méthodes, et quelques autres, ont été largement employées. Peu d’audaces ouvertes (bien qu’il y en ait, par exemple, dans l’article Propagation de l’Évangile) ; mais des sortes de candeurs et de naïvetés. L’article Canon, l’article Bible, l’article p.103 Carême protestent abondamment de la pureté de leurs intentions et de leur pleine soumission aux décisions de l’Église. Mais c’est après avoir exposé, avec une apparente bonne foi, tous les problèmes que pose l’étude de la Bible, celle des livres canoniques, la justification du carême ; et cela de telle façon que la seule solution raisonnable semble bien être que Bible, livres canoniques, carêmes, dogmes sont des oeuvres humaines et non pas divines. Et puis il y a les symboles transparents, les parenthèses, les insinuations, les ironies et cela dans cent articles ; par exemple : « Le vrai chrétien doit se
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réjouir de la mort de son enfant, car la mort assure à l’enfant qui vient de naître une félicité éternelle... Que notre religion est à la fois terrible et consolante ! » Il y a enfin les embuscades avouées par Diderot ; les discussions contre la superstition et le fanatisme, la critique rationnelle de la foi seront postées au coin d’articles tels qu’Aius Locutius, Agnus scytichus, Aigle, Amentès, Bramines, Junon, etc.
Il va de soi que si l’Encyclopédie combat les dogmes chrétiens, elle se débarrasse de la morale chrétienne et lui substitue cette morale laïque qui avait fait, avant elle, tant de progrès. Là encore elle enseigne avec prudence ; elle n’étale pas la morale du Mondain de Voltaire qui n’est d’ailleurs plus celle de Voltaire et qui n’a jamais été celle de d’Alembert et de Diderot. Elle ne dit pas ouvertement que les cilices, les jeûnes, les macérations sont des niaiseries ; elle fait même l’éloge des vertus austères et, quand elle publie l’article Bonheur, elle ne le conçoit pas autrement qu’un Lemaître de Claville ou un Vauvenargues ; le bonheur est toujours à l’ombre sévère de la vertu. Mais elle affirme pourtant que la vertu n’est pas nécessai-rement ascétique et que la morale ne se confond pas avec les dogmes obscurs : « Un homme qui prétendrait tellement subtiliser la vertu qu’il ne lui laissât aucun sentiment de joie et de plaisir ne ferait assurément que rebuter notre coeur. » « Il ne faut pas confondre l’immoralité et l’irréligion. La morale peut être sans la religion et la religion peut être, même souvent, avec l’immoralité. » La base de cette morale laïque sera celle sur laquelle on commence à s’entendre : l’utilité ; non pas l’utilité égoïste d’un seul, mais l’utilité du plus grand nombre.
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L’Encyclopédie enseigne la bienfaisance et p.104 l’humanité. Ses collaborateurs ont été réunis « par l’intérêt général du genre humain ». Le philosophe est « un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile » ; et l’amour de la société lui est « essen-tiel ». Bien entendu l’un des articles fondamentaux de cette morale est la tolérance. Sur ce point, parce qu’elle se sent soutenue par l’opinion publique, l’Encyclopédie parle net, dans des articles directs (articles Tolérance, Persécuter, etc.).
En matière politique l’Encyclopédie semble lancer quelques formules hardies. L’article Liberté déclare que « la ruine de la liberté renverse avec elle toute police, confond le vice et la vertu... » ; l’article Représentants semble louer les avantages d’une constitution. Mais il ne s’agit guère que des thèmes oratoires traditionnels sur les méfaits du despotisme. L’Encyclopédie ne dépasse pas les vues d’un Boulainvilliers, d’un Fénelon, d’un Montesquieu. Si « un petit État doit être républicain... le législateur donnera le gouvernement d’un seul aux États d’une certaine étendue » ; l’égalité absolue est une « chimère » qui ne peut être conçue que dans une république « idéale ». Assurément le monarque ne tient pas de Dieu une autorité sans contrôle ; il n’est que le mandataire de la nation ; il a reçu de ses « sujets mêmes l’autorité qu’il a sur eux ; et cette autorité est bornée par les lois de la nature et de l’État ». Mais c’est tout de même un pouvoir « illimité », auquel il semble seulement interdit « d’opprimer le peuple, de fouler aux pieds la raison et l’équité ». C’est-à-dire qu’entre la monarchie absolue et le despotisme, il n’y a guère que de vagues « lois fondamentales » analogues à celles dont le monde parlait et que
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l’Encyclopédie fonde sur la raison et l’équité plutôt que sur des précédents historiques. En fait l’idéal de l’Encyclopédie serait celui du despote éclairé : « Heureux un État lorsque son roi sera philosophe ou qu’un philosophe sera son roi ! »
Même timidité, et qui va jusqu’aux contradictions, lorsqu’on passe des principes aux problèmes pratiques. L’Encyclopédie n’attaque pas les privilèges ; il serait seulement « fort à souhaiter que les besoins de l’État, la nécessité des affaires ou des vues particulières n’eussent pas, autant qu’il est arrivé, multiplié les privilèges » ; il faudrait récompenser les nobles par des honneurs, non par des privilèges. L’article Population et l’article Impôt s’élèvent avec une certaine force p.105 contre l’iniquité de certains impôts, surtout de ceux qui frappent le nécessaire ; mais nulle part il n’y a de protestation nette contre la gabelle, par exemple, ou contre les exemptions d’impôt. Critique très vive contre les jurandes et maîtrises, qui avaient de nombreux adversaires ; mais on juge seulement que les corvées sont dures, que la milice a des inconvénients, qu’il ne faudrait pas abuser du droit de chasse. En réalité la philosophie encyclopédiste de Diderot ou d’Alembert a des conclusions très nettes sur les droits généraux de la raison et sur les problèmes religieux ; elle suspend son jugement dans les problèmes politiques pratiques ; et les collaborateurs suivent un peu au hasard ou leurs préférences personnelles, ou le vent d’opinion qui souffle au moment où l’article est écrit.
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IV. — Helvétius 1
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Un seul ouvrage d’Helvétius compte vraiment. C’est son livre De l’esprit. Quand, en 1772, L’Homme parut, après la mort de son auteur, les idées en étaient déjà vieillies. Mais, en 1758, l’Esprit a eu un retentissement considérable. Retentissement dû peut-être aux circonstances plus qu’à la valeur même et à l’attrait de l’ouvrage. Car Helvétius n’est ni un philosophe profond ni un écrivain vivant ou même animé. Mais son livre avait paru avec approbation des censeurs et privilège du roi en un assez somptueux in-quarto. Un journal mal pensant, mais toléré, le Journal encyclopédique, en avait fait un long et vif éloge. Un journal bien pensant, les Affiches de province, n’avait pas été moins favorable. Or, on s’aperçut que c’était un livre matérialiste, destructeur de toute religion et même de toute morale. Le scandale, dont nous rappellerons l’histoire, fut retentissant et De l’esprit fut désormais, pour les adversaires des philosophes, l’un des témoignages les plus évidents de leurs aberrations et de leur malfaisance.
Quelle était donc cette doctrine criminelle ? En apparence elle était assez inoffensive. Helvétius affirmait, comme bien d’autres avant lui, l’influence profonde du milieu sur l’esprit des êtres humains.
p.106 A la naissance, tous les esprits sont une table rase c’est-à-dire que tous les esprits se ressemblent. Les différences si profondes qui marquent les esprits, quand on se promène non
1 Ouvrage de référence générale : A. Kleim (1533 bis).
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seulement à travers un pays, mais à travers l’univers, viennent uniquement de l’éducation, soit l’éducation directe, soit l’éducation indirecte donnée par le milieu, les moeurs. On peut donc, par une éducation bien comprise, former les esprits que l’on veut, et il dépend des éducateurs de préparer des sociétés paisibles et heureuses. Cet enthousiasme pour les vertus de l’éducation n’avait rien qui puisse surprendre une génération déjà toute férue de pédagogie. Mais derrière ces thèses anodines s’en cachaient de beaucoup plus graves que Diderot résume justement ainsi : « Apercevoir, raisonner, juger, c’est sentir. — L’intérêt général est à la mesure de l’estime des talents et l’essence de la vertu. — C’est l’éducation et non l’organisation qui fait la différence des hommes. — Le dernier but des passions sont les biens physiques. » C’est-à-dire qu’il n’y a dans l’homme qu’un principe, la matière sensible ; ce sont les impressions reçues par cette matière, les sensations qui donnent naissance à ces apparences que nous appelons la pensée, l’âme, lesquelles n’existent pas et disparaissent avec le corps ; — la matière de tous les hommes est partout la même, c’est la différence des sensations reçues, de l’éducation qui fait la différence des hommes ; — comme la matière ne peut être sensible qu’au plaisir et à la douleur, on ne peut conduire les hommes qu’en agissant sur leur appétit du plaisir et leur crainte de la douleur. Helvétius le dira plus clairement dans ce qu’il n’osa pas publier : « La douleur et le plaisir sont les seuls ressorts de l’univers moral, et le sentiment de l’amour de soi est la seule base sur laquelle on puisse jeter les fondements d’une morale utile. »
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Ajoutons (ce que Diderot ne dit pas) que ces thèses auraient pu conduire Helvétius à un matérialisme brutal et sceptique. Mais ce n’est pas seulement par prudence qu’Helvétius cache les thèses ; c’est parce qu’il s’intéresse moins à elles qu’à leurs conséquences. Il veut s’appuyer sur ce qu’il croit la vérité pour en déduire une science sûre et féconde de la politique. Il croit que, si on l’écoute, on trouvera le moyen de tirer l’humanité du chaos de misères où elles s’obstine désespérément. On pourra agir sur elle, pour son bonheur, aussi p.107 sûrement qu’on agit sur la matière, disons si l’on veut, sur un troupeau.
Les autres philosophes, d’ailleurs, si séduits qu’ils fussent à leurs heures par la logique du matérialisme, reculèrent devant ce qu’il y avait de simpliste dans les théories d’Helvétius. Non seulement J.-J. Rousseau, mais Voltaire et Diderot entreprirent de les réfuter. Elles furent, dans leurs principes, sans influence. Mais elles contribuèrent fortement à confirmer certaines idées de Diderot, de Voltaire, de d’Holbach et de beaucoup d’autres : comme Helvétius ils sont convaincus que des politiques intelligents, « philosophes », pourraient, par l’éducation et en agissant sur les moeurs,. former l’humanité qu’ils voudraient et décider de son bonheur.
V. — Voltaire
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a. L’écrivain. — Voltaire avant 1748 est surtout, pour l’opinion publique, un grand poète dramatique et le seul grand poète épique que possède la France ; c’est aussi un « philosophe » et un philosophe hardi dans ses opinions. Mais il n’est philosophe
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que par occasions et l’on peut, à la rigueur, ignorer ou lui pardonner une philosophie qui ne s’étale pas. De 1748 environ à 1770 environ, le philosophe passera au contraire au premier plan.
Il devient d’abord un historien philosophe. Ce n’est pas très sensible pour nous dans Le Siècle de Louis XIV. L’oeuvre est d’une conception toute nouvelle par le scrupule et la précision de sa documentation ; mais ce sont des scrupules historiques et non de la philosophie. Les desseins ont d’ailleurs assez profondément changé pendant les vingt-cinq années de préparation et de remaniement. En fin de compte Voltaire a voulu écrire non, comme ses prédécesseurs, une histoire dynastique et panégyrique, ou une histoire moralisante et oratoire, mais l’histoire d’une nation ; il a voulu montrer comment la France tout entière a été gouvernée, a pensé, a vécu. En fait, l’histoire de Louis XIV, de ses guerres, de sa politique tient encore et de beaucoup la plus large place et la nation a la portion congrue. Les intentions de Voltaire étaient plus sensibles pour ses contemporains qui pouvaient faire la comparaison avec le P. Daniel p.108 ou l’abbé Vély ; ils pouvaient surtout voir plus clair dans les attaques de l’auteur contre la superstition et le fanatisme. Le chapitre final, si singulier pour nous, sur les cérémonies chinoises, prenait sa place dans une polémique qui avait duré près de cent ans, qui avait été furieuse, qui durait encore et qui avait, pour Voltaire, le double avantage d’étaler des querelles intestines de moines et de missionnaires et de plaider en faveur de la religion naturelle. Mais cette
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philosophie humaine et tolérante du Siècle de Louis XIV prend beaucoup plus de force et de clarté dans l’Essai sur les moeurs.
L’ouvrage est loin cependant de ressembler à ce que son titre semblerait promettre à un lecteur moderne : Essai sur les moeurs et l’esprit des nations ; nous nous attendrions à ce que, sans cesse appuyé sur les faits, mais se dégageant d’eux pour les expliquer, un pareil essai s’efforçât de nous faire comprendre comment les moeurs se forment, évoluent, agissent et réagissent. En réalité, dans plus des neuf dixièmes de l’ouvrage, nous ne rencontrons qu’un exposé assez sec de faits dont l’interprétation historique n’est ni donnée, ni suggérée. Mais pour les contemporains de Voltaire, cet exposé et les réflexions qui, de temps à autre, l’éclairaient étaient une grande nouveauté. C’était tout de même un voyage non à travers des dynasties, des victoires ou défaites de rois, mais à travers des nations ; c’était même, de temps à autre, sinon une explication des moeurs, à la façon de Montesquieu, du moins un tableau des moeurs, sans pittoresque, sans profondeur, mais large, varié, neuf. Voltaire d’ailleurs ne croit guère aux explications ; il croit, le plus souvent, que les hommes sont des bêtes méchantes et capricieuses, conduites par le hasard ; il n’est pas fait pour comprendre et expliquer les époques qu’il étudie (il s’arrête à Louis XIII) parce que, pour lui, expliquer c’est trouver des motifs raisonnables ; or, il est incapable d’apercevoir les grandes forces et, par elles, les grandes explications mystiques, soit de race ou de nation, soit surtout de religion ; ce qui l’intéresse, par exemple, dans la religion musulmane, c’est ce qu’elle a de « raisonnable » ; il ne dira guère sur les croisades, sur Jeanne
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d’Arc que des sottises. Seulement ces ignorances, ces courtes vues étaient celles de tous ses contemporains ; l’étroitesse d’esprit de Voltaire s’adaptait parfaitement à la leur. Et ils étaient faits pour p.109 comprendre sans effort les quelques vues positives et précises que l’oeuvre dégage inlassablement de ce tableau des moeurs et de l’esprit des nations. Pour Voltaire l’un des plus grands fléaux de l’histoire humaine c’est le fanatisme religieux, les fureurs sanglantes de toutes ces guerres où l’on s’est égorgé pour des mots, qu’il s’agisse de Byzance, des iconoclastes, de Savonarole, des albigeois, de l’Inquisition, de la conquête de l’Amérique, etc. L’humanité a été surtout victime d’une alliance sournoise ou avouée et toujours implacable des tyrans-rois et des tyrans-prêtres. Cette haine de l’intolérance est avouée. Voltaire en dissimule une autre, qui est celle du christia-nisme. On n’attaquait pas, en 1756, les dogmes et l’autorité catholiques comme les iconoclastes et l’Inquisition. Mais la dissimulation est pourtant transparente. A chaque instant les respects de Voltaire pour la Bible, l’humilité avec laquelle il accepte ses férocités, ses impudeurs, ses contradictions, les miracles, les piétés, les processions, la confession, etc., ne sont que des ironies évidentes. A chaque instant il fait l’éloge de religions orientales pour suggérer au lecteur le plus aveugle qu’il n’y a rien de bon dans le christianisme qui ne soit dans ces religions. L’Essai est une apologie de la tolérance et du déisme.
Voilà pour les maux du passé. Quels sont les remèdes et les espérances pour l’avenir ? Voltaire, nous l’avons dit, n’est pas optimiste. L’histoire des hommes est celle de cruautés, tyrannies et absurdités si constantes et si universelles qu’il faut peut-être
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renoncer à voir jamais les hommes sages et heureux. Mais ce n’est pas impossible. Et il n’y a qu’un seul moyen. Le tort des hommes a été d’accepter et de croire les pires absurdités — en France même et à l’époque de Voltaire les absurdités des scolastiques et des théologiens. Leur salut sera d’écouter les conseils des sages, de ceux qui leur proposeront des lois raisonnables : « Il n’y a que trois manières de subjuguer les hommes ; celle de les policer en leur proposant des lois ; celles d’employer la religion pour appuyer ces lois ; celle enfin d’égorger une partie d’une nation pour gouverner l’autre ; je n’en connais pas une quatrième. » L’humanité a fait l’expérience des deux dernières méthodes ; elle a été désastreuse. Il reste à tenter la première, celle d’un État « policé », c’est-à-dire gouverné par des lois raisonnables.
p.110 Remarquons que ces lois sont proposées et non imposées, sinon ce serait le despotisme que Voltaire redoute. Mais il ne s’agit pas du tout d’inviter le peuple à faire lui-même ses lois. L’Essai n’a aucune tendance démocratique ; le peuple, pour Voltaire, n’a été et ne saurait être, s’il n’est pas bien conduit, qu’un troupeau tour à tour furieux ou timide et lâche. On ne peut envisager le gouvernement républicain que dans un petit pays, vivant dans des conditions spéciales, comme la Suisse. Ces idées politiques, à peine indiquées dans l’Essai, se précisent dans les oeuvres philosophiques.
Ces ouvrages philosophiques de Voltaire prennent vite un caractère particulier. Il écrit encore deux poèmes assez vastes, conformes à la tradition littéraire : sur La loi naturelle et sur Le désastre de Lisbonne, c’est-à-dire une apologie de la religion
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naturelle et une réfutation de la doctrine providentialiste sur le meilleur des mondes possibles. Mais, au cours de la bataille, il devient plus hardi, parce qu’il s’échauffe, parce qu’il se sent soutenu par l’opinion publique, parce qu’il a trouvé l’asile de Ferney. Il se défie, d’ailleurs, de plus en plus des « systémateurs » et des livres méthodiques qui croient découvrir la vérité parce qu’ils ont raisonné en forme. On ne peut guère saisir que des lueurs de vérité et le sage se contente d’allumer ces petits flambeaux. La philosophie de Voltaire sera donc faite de courtes réflexions, nées au hasard des événements, des lec-tures, des curiosités de sa vie ; par goût ou par prudence, elles se promèneront à travers toutes sortes de sujets qui n’auront rien de proprement philosophique, critique littéraire, érudition, beaux-arts, anecdotes. Ce sont le Dictionnaire philosophique portatif, les Questions sur l’Encyclopédie, l’Opinion par alphabet, tous les ouvrages que les éditeurs de Kehl refondirent sous le titre de Dictionnaire philosophique.
Si variées que fussent les matières, la pensée de Voltaire y obéissait toujours au principe qu’affirme le sous-titre du Portatif : « la raison par l’alphabet ». Voltaire prétendait y démontrer que l’on se trompe dès qu’on abandonne la froide raison pour défendre les préjugés de son esprit, de son coeur, de ses instincts. C’est en péchant contre la raison que s’égarent et nous égarent les métaphysiciens, les théologiens. C’est parce qu’il est déraisonnable que le fanatisme est p.111 odieux et que Voltaire le combat avec une haine violente et renouvelée. C’est parce qu’elle est raisonnable qu’il faut défendre la liberté de penser. Et c’est parce qu’il est déraisonnable qu’il faut refuser de
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croire au christianisme ; à chaque occasion l’« alphabet » mène Voltaire, surtout dans le Portatif, à reprendre, à embellir, à compléter, tous les arguments sur les absurdités, les contradictions, les immoralités de la Bible et des livres saints. Assurément, il faut bien se garder de tomber de la superstition dans l’athéisme. Au fond de lui-même Voltaire, à l’ordinaire, est sans doute athée ; il lui paraît qu’on ne peut croire à la liberté et à l’immortalité sans se heurter à des difficultés insurmontables. Mais cet athéisme n’est pas une des certitudes qui s’imposent, et il faut écrire comme si l’on était déiste : « Songez surtout qu’un philosophe doit annoncer un Dieu s’il veut être utile à la société humaine » ; « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer » ; et avec Dieu l’existence de la liberté, des vertus et des vices, de l’immortalité et des récompenses de l’autre vie.
Grâce à quoi on guérira sans doute quelques maux et l’on fera quelque bien. Le Dictionnaire philosophique dans ses principes n’est pas beaucoup plus optimiste que l’Essai sur les moeurs. L’homme a toujours été méchant et bête et il l’est encore, par la même raison « que les lapins ont toujours eu du poil et les alouettes des plumes » ; « le nombre de ceux qui pensent est excessivement petit ». Pourtant le sage se défie des principes et des théories même pessimistes. Au lieu de chercher la vérité universelle, le bien ou le mal universels et les remèdes universels, il s’attache d’abord à des réalités plus modestes. Il y a des maux locaux et momentanés auxquels on peut trouver des remèdes certains ; il y a, dans la vie pratique, du bien à faire dont on ne peut savoir s’il diminuera, dans l’absolu, la somme du mal universel. Mais c’est à ce bien-là qu’il faut se tenir ; c’est à
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cet optimisme relatif qu’il faut croire. Et c’est pourquoi le Diction-naire philosophique s’occupera de plus en plus, dans les éditions successives, d’idées sociales et politiques. Non pas des principes de la politique ; car si Voltaire a horreur du despotisme il ne déteste pas moins l’idée d’être gouverné par la « populace » ou par la « canaille » ; et quant à enseigner le moyen d’établir une monarchie qui soit absolue tout en étant libérale Voltaire reconnaît, au moins par son silence, que le problème est au-dessus de ses forces. p.112 Mais à prendre les choses comme elles sont, on peut, sans rien bouleverser, dénoncer et combattre toutes sortes d’abus et reconnaître même que la « populace » souffre injustement. Voltaire a vu ces « spectres à demi nus qui écorchaient avec des boeufs, aussi décharnés qu’eux, un sol encore plus amaigri ». On les sauvera, on leur rendra la joie d’être hommes en apprenant, en leur apprenant à bien cultiver, à prévoir, à bien acheter et bien vendre ; en organisant le commerce et l’industrie ; en corrigeant les abus sociaux, la complexité et la vénalité de la justice, l’absurde férocité des peines qui pendent une servante pour avoir volé quelques serviettes, l’imbécillité et la cruauté de la procédure, notamment de la question, en supprimant tout ce qui reste du servage et de la mainmorte, en répartissant plus équitablement les impôts, en organisant l’assistance publique, etc. Ni dans le Dictionnaire philosophique, ni dans les autres oeuvres plus ou moins contemporaines on ne trouvera les éléments d’un traité de philosophie politique ou sociale. Mais c’est le répertoire le plus net, le plus vif, et, somme toute, l’un des plus judicieux des abus qui ont perdu l’ancien régime.
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C’est en même temps le plus vivant et le plus spirituel. Nous n’avons pas à analyser les secrets de l’art et de l’esprit voltairiens ; mais c’est à eux qu’il faut songer si l’on veut comprendre la portée et l’influence des oeuvres. Voltaire a voulu plaire pour convaincre. Et c’est pour cela qu’il ne s’est pas contenté de poèmes, de traités et de « questions » ; il a écrit par surcroît des contes philosophiques, plus efficaces sans doute que les traités et poèmes. Il n’a pas créé le genre parfaitement réalisé par Swift, sans parler de Rabelais ; il n’en a même pas créé la manière ; car il y a déjà de l’humour et de l’esprit voltairiens chez Saint-Evremond, Fontenelle, Saint-Hyacinthe, etc. ; mais il les a portés à leur perfection. Dans Zadig (1747) ou Micromégas (1752) la philosophie n’est encore le plus souvent qu’une morale ou une méditation sur la destinée de l’homme sans rapport aux affaires présentes ; quelques ironies allégoriques sur les stupides querelles théologiques, sur les vices et fourberies des « mages », sur l’arrogance imbécile des docteurs de Sorbonne, sur l’esprit de fanatisme n’apportaient que des revendications banales et c’était en passant. Candide a plus de portée. Le thème général, même si p.113 l’on conclut comme Voltaire, n’avait rien qui pût menacer directement les puissances ; on pouvait croire à sa religion même en convenant que tout va mal dans ce bas monde. Mais déjà le dégoût méprisant du fanatisme religieux, de l’esprit d’intrigue et de cor-ruption, des guerres de magnificence s’exprimait avec plus d’insistance et d’âpreté. L’Homme aux quarante écus n’était un conte que d’apparence. Voltaire s’y efforçait de voir clair dans les systèmes complexes des « économistes », mais il ne réussissait
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guère qu’à s’y embrouiller. Par contre, L’Ingénu était pleinement, avec esprit, parfois avec violence, un conte social et politique. C’était la satire de toute la machine administrative de l’ancien régime, des abus, des crimes d’un ordre social où l’on pouvait embastiller sans jugement un honnête homme dont le seul crime était d’avoir sur Dieu ses idées à lui ; où rien ne s’obtenait que par la brigue ; où l’innocence et la vertu, la franchise et la droiture étaient traitées comme des préjugés ou des vices ; sans compter, chemin faisant, les ironies coutumières sur la religion et ses ministres. Candide tendait à prouver qu’il y avait quelque chose de mal fait dans l’oeuvre de Dieu et L’Ingénu que bien des choses étaient pourries dans celle des gouvernants du XVIIIe siècle.
b. Voltaire défenseur de l’innocence opprimée. — Ce que l’on peut appeler l’action directe de Voltaire fut d’ailleurs aussi efficace que son oeuvre d’écrivain. Nous n’avons pas à rappeler dans le détail les affaires retentissantes dont il fut l’agent le plus actif : réhabilitation du protestant Calas roué pour le crime d’avoir tué son fils qui voulait se convertir au catholicisme, — réhabilitation de la famille Sirven condamnée par contumace pour avoir noyé leur fille convertie au catholicisme, — défense du chevalier de la Barre, décapité pour avoir commis divers sacrilèges, — affaires Martin, — Mont-bailli, etc. Disons seulement que, malgré des tentatives pour démontrer qu’il s’est trompé, Voltaire défendait incontestablement la justice. Accordons, si l’on veut, à ceux qui veulent défendre les juges de Calas qu’il y avait pour la culpabilité de Calas quelques présomp-tions et que, souvent, il n’en fallait pas davantage pour que des
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juges du XVIIIe siècle condamnassent, même quand leur fanatisme n’était pas en jeu. Mais tous ceux qui ont voulu réfuter Voltaire n’ont jamais fait une étude attentive des dossiers. M. Elie Galland qui l’avait faite p.114 concluait sans réserves contre les juges. Ce qu’on connaît des faits donne en faveur de Calas les présomptions les plus fortes. Et l’on a prouvé récemment que le capitoul qui fut le juge le plus influent était un fripon et un débauché. Pour les Sirven aucun doute n’est possible ; l’étude attentive de M. Galland montre, sans réplique, qu’ils ont été condamnés par des gens aveuglés. Et si la condamnation de la Barre était légale, elle n’en était pas moins monstrueuse. Réhabiliter ces innocents, faire sentir cette monstruosité c’était mettre au grand jour l’une des iniquités les plus criantes de l’ancien régime, l’iniquité judiciaire. Or, c’est Voltaire qui a presque tout fait. Sans lui les affaires Calas et Sirven, tout au moins, se seraient enfoncées dans l’ombre, parmi tant d’autres. C’est lui qui dépensa sans compter son temps, son adresse, son intelligence et au besoin son argent pour intéresser l’opinion publique, s’assurer des appuis puissants, triompher des résistances et des colères cachées. Pour l’opinion publique tout entière, avec Calas et Sirven ce fut Voltaire qui triompha, et, avec Voltaire, la philosophie.
VI. — Diderot
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Si Diderot n’avait pas été le directeur de l’Encyclopédie et l’auteur du Père de famille et du Fils naturel, il aurait pu disparaître de ce chapitre et ne prendre place que parmi les
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auteurs de second plan. Pour nous il est assurément le plus grand des philosophes du XVIIIe siècle avec Condillac. Il est le seul qui ait su donner au déisme et surtout au matérialisme une forme vigoureuse et neuve ; il est le fondateur du matérialisme expérimental ; il a su pressentir, grâce à sa culture et à sa curiosité scientifiques, les doctrines qui prétendent prouver par l’étude des maladies et des troubles de la pensée humaine, par celle des mécanismes de la vie végétale et animale, l’identité des phénomènes physiques et chimiques, biologiques, spirituels ; il a deviné la doctrine de l’évolution et en a même donné la formule précise. Mais il ne semble pas qu’aucun des lecteurs du XVIIIe siècle ait compris l’importance des Pensées sur l’interprétation de la nature (dont le sens se précise d’ailleurs pour nous par des oeuvres alors inédites) ; et ces lecteurs, s’ils ont existé, ne pou-vaient être que quelques-uns. D’autre part les arguments négatifs, p.115 les critiques religieuses de Voltaire, de d’Holbach et de vingt autres pouvaient avoir de la précision et de la vigueur ; mais leurs arguments positifs, la construction de leur déisme ou de leur matérialisme, de leur religion naturelle restaient singulièrement simplistes. Il y a une autre puissance dans les ébauches de Diderot, si fragmentaires, si peu méthodiques qu’elles soient. Dix réflexions du Rêve de d’Alembert ou de l’Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** en disent plus que tout le déisme de Voltaire. Seulement la pensée de Diderot est assez enveloppée dans les oeuvres qu’il a publiées ; ce qu’il a écrit de plus frappant et de plus original est resté caché dans ses manuscrits jusqu’après la Révolution. Et nous n’avons à
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tenir compte dans cette étude que du Diderot connu des lecteurs du XVIIIe siècle.
Pour quelques-uns de ces lecteurs, pour une élite, car les Pensées sur l’interprétation de la nature n’ont eu que deux éditions séparées, Diderot est l’un de ceux qui ont compris l’importance des sciences expérimentales, qui en ont étudié les méthodes et qui tentent hardiment d’en prévoir les résultats ; ils comprennent, à travers les formules assez prudentes, que Diderot ramène à la matière toutes les formes de la pensée et de la vie. Pour des lecteurs plus nombreux (la Lettre sur les aveugles n’a eu que trois éditions séparées, mais les Pensées philosophiques en ont eu six), Diderot est l’un de ceux qui combattent la « superstition » et le « fanatisme » et qui se fient pour trouver la vérité à la seule raison : « Égaré dans une forêt immense pendant la nuit, je n’ai qu’une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit : "Mon ami souffle ta bougie pour mieux trouver ton chemin." Cet inconnu est un théologien. » « Si ma raison vient d’en haut, c’est la voix du ciel qui me parle par elle, il faut que je l’écoute. » Ce qu’elle lui dit est assurément décousu, et tantôt clair, tantôt enveloppé. Mais le lecteur capable de s’intéresser aux Pensées n’a pas de peine à deviner qu’elles nient les révélations, qu’elles se gaussent de l’autorité et que, rien ne restant devant elles que ce qui est prouvé, rien ne reste du christianisme, ni peut-être du déisme.
Les lecteurs des Pensées n’ont été tout de même qu’une minorité. Pour beaucoup d’autres, Diderot est seulement le directeur de p.116 l’Encyclopédie et l’un des chefs des philosophes. On sait, par les poursuites dirigées contre l’Encyclopédie, par les
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attaques des adversaires de la philosophie que c’est un incrédule dangereux, mais un homme fort actif, fort intelligent, qui brille dans les salons et les cafés, qu’admirent et qu’invitent, tout comme Voltaire, le « Salomon de Potsdam » et la « Sémiramis du Nord ». On n’ignore pas qu’il défend les idées nouvelles et les plus impertinentes ; seulement on ne le sait guère que par ouï-dire. Exception faite cependant pour l’une d’entre elles, fort importante, mais la moins brutale.
Diderot a été en effet l’un des professeurs les plus éloquents et les plus écoutés de la morale laïque et humanitaire. On sait que cette morale était parfaitement contradictoire avec son système puisqu’il n’y avait pas pour lui de liberté, pas de vice ni de vertu, mais des causes fatales suivies d’effets inévitables. Il a vécu et écrit pourtant sans s’inquiéter de la contradiction ; il s’est partagé entre l’austère enthousiasme du raisonneur pour les froides certitudes des sciences matérialistes et l’enthousiasme fiévreux et même les « transports » et les « convulsions » que lui inspiraient les belles âmes et la vertu. Tandis que son scepticisme matérialiste restait en grande partie enfoui dans ses papiers, son lyrisme moralisateur se répandait abondamment dans son Éloge de Richardson, dans son Père de famille et son Fils naturel, dans les commentaires de ses drames, les Entretiens sur le fils naturel, De la poésie dramatique, dans son Essai sur les règnes de Claude et de Néron : « Je pratique trop peu la vertu, me dit Dorval ; mais personne n’en a une plus haute idée que moi. Je vois la vérité et la vertu comme deux grandes statues élevées sur la surface de la terre et immobiles au milieu du ravage et des ruines de tout
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ce qui les environne. Ces grandes figures sont quelquefois couvertes de nuages. Alors les hommes se meuvent dans les ténèbres. Ce sont les temps de l’ignorance et du crime, du fana-tisme et des conquêtes. » Diderot s’efforcera donc de dissiper ces nuages et de faire briller le soleil de la vertu. Cette vertu ne saurait être celle du fanatisme, c’est-à-dire des chrétiens austères ; c’est la morale laïque du bonheur bien compris et de la bienfaisance. Seul un méchant esprit de religion nous a fait croire à une « vilaine nature p.117 corrompue » ; la nature est bonne, ou, du moins, elle n’est pas mauvaise. Il n’y a qu’à suivre ses instincts ; on a eu tort de prendre le mot d’amour-propre « en mauvaise part » ; « il n’y a pas longtemps qu’un petit nombre d’hommes » commence à réagir et à nous prouver que nous avons le droit de chercher notre propre bonheur. Seu-lement il se trouve que nous ne pouvons pas être heureux si nous vivons égoïstement ; d’abord parce que, dans une société égoïste, les égoïsmes s’opposent et se persécutent ; ensuite parce que nous avons des instincts d’affection et de générosité qui demandent à être satisfaits. Il faut donc être humains et bienfaisants. Et la démonstration en est faite dans l’Eloge de Richardson dont les romans nous enseignent à être vertueux « indépendamment de toute considération ultérieure à cette vie », dans la destinée des héros du Père de famille et du Fils naturel qui n’ont pas besoin de songer à leur catéchisme, au ciel ou à l’enfer pour avoir soif de dévouement et de sacrifice. L’oeuvre connue de Diderot suggérait constamment une négation de la religion et même de toute religion ; et, en même temps, elle s’efforçait de créer une véritable religion de la vertu.
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Dans l’ordre politique l’influence de Diderot est nulle. Il a avoué lui-même que les problèmes d’économie et de politique lui « embrouillaient » la tête. Il ne s’y débrouille, en 1767, qu’en lisant Le Mercier de la Rivière qui est un physiocrate, c’est-à-dire un monarchiste conservateur.
VII. — Jean-Jacques Rousseau
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L’oeuvre de Rousseau a eu une influence assez nette sur certains hommes et, par eux, sur certains événements de la Révolution. Il est plus malaisé de comprendre exactement le rôle qu’elle a pu jouer dans les origines mêmes de cette Révolution.
Elle était, dans ses principes mêmes, en contradiction avec les principes des autres philosophes. Pour Voltaire, d’Alembert, d’Holbach, Diderot même et tous les encyclopédistes, le but de la vie était sur cette terre ; il était de rendre les hommes plus heureux ; et ce progrès du bonheur ne pouvait être obtenu que par les progrès de l’intelligence ; le progrès intellectuel est la grande espérance humaine et p.118 la raison de notre effort. Pour Rousseau, il est fort possible que le progrès matériel ait été réalisé par le progrès intellectuel ; mais c’est la condamnation et non pas l’éloge de l’intelligence. Car tous les progrès matériels de la civilisation, aussi loin que l’on remonte, dès les origines mêmes de cette civilisation, ont été des commencements et des accroissements de misère. L’homme n’a été heureux qu’à l’état de nature, c’est-à-dire, lorsque, vivant en groupes très peu nom-breux, liés par l’instinct de famille, indépendants, nomades, il ne songeait qu’à se laisser vivre avec simplicité, sans cupidité, sans
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haine, sans inquiétude, content de boire, manger, dormir et d’aimer les siens. Toutes les réflexions, tous les livres, toute la philosophie ont été des perversions et d’autant plus graves que cela était plus savant et plus profond.
Il n’y a, en apparence, aucune conciliation possible entre cette doctrine et celle des philosophes ; si l’une a agi sur les origines de la Révolution, l’autre n’a pu avoir aucune action, et inversement. Seulement, en fait, il faut tenir compte non seulement des principes de ces deux doctrines opposées, mais encore des conséquences que Rousseau et les philosophes en dégagent, et ces conséquences tendent à se rejoindre sur des points importants.
Rousseau a déclaré, en effet, et clairement, que sa théorie n’était qu’une théorie. Dans la pratique on ne peut pas détruire la civilisation et revenir à la barbarie. On ne peut qu’orienter la civilisation dans un certain sens ; et ce sens, cet idéal est clairement exposé dans l’Emile et dans La Nouvelle Héloïse surtout. M. et Mme de Wolmar sont heureux (l’amour de Julie pour Saint-Preux mis à part) parce qu’ils ont renoncé à certaines perversions des mondains civilisés, le luxe d’apparence, les ambitions inquiètes, un intellectualisme sceptique et tourmenté. Mais ils n’ont pas distribué leurs biens, ni même renoncé à leurs privilèges de maîtres et seigneurs. Ils se sont contentés de rechercher le vrai bonheur qui est dans la tendresse et l’affection mutuelles, dans la recherche des biens qui sont vraiment des biens, c’est-à-dire qui ne font pas payer des joies rapides par les maux plus graves de la satiété, de la maladie, de l’envie. Surtout ils ont compris qu’on était d’autant plus heureux qu’on dis-
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persait, pour ainsi dire, davantage son bonheur. Ils vivent non pas p.119 seulement pour eux, pour leurs enfants, pour leurs amis, mais encore, avec des minuties et des scrupules presque singuliers, pour leurs domestiques et pour leurs voisins. Leur bonheur est non pas l’isolement égoïste du groupe à l’état de nature, mais un bonheur social et humanitaire.
D’autre part, les encyclopédistes ne sont pas du tout férus d’intellectualisme. Ils n’ont sans doute confiance que dans la raison et dans les progrès de la raison ; ils s’en servent pour combattre les disciplines religieuses auxquelles les hommes ont jusque-là fait confiance ; ils demandent à cette raison d’établir les disciplines chargées de remplacer celles qu’ils veulent détruire. Mais ces disciplines nouvelles ne font guère plus de place à l’intelligence pure que celles de Rousseau. Raisonner hardiment, ne prendre pour guide que son intelligence, c’est l’affaire de quelques-uns, d’une élite capable de renoncer sans danger à tout ce qui retient le commun des hommes par l’habitude et par la crainte. Le rôle de cette élite sera de substi-tuer à des morales tyranniques et inefficaces, qui n’ont su discipliner les hommes qu’en les rendant misérables, une morale à la fois agréable à suivre et capable de s’imposer. Pour l’imposer on fera certainement appel à une certaine intelligence des hommes ; on leur fera comprendre, ce qui, d’après les philosophes, est fort clair, que le bonheur de chacun dépend du bonheur de tous. Mais on comptera surtout sur ce qui n’est pas l’intelligence : les moeurs acquises, les habitudes formées par une éducation bien comprise et les instincts de bienfaisance, d’humanité qui existent normalement chez tous et qui sont
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seulement étouffés par une vie sociale où l’intrigue, les injustices tiennent une trop grande place. Sur les formes exactes que doit prendre cette vie sociale régénérée les philosophes diffèrent entre eux et parfois se contredisent eux-mêmes ; les uns font plus de place à la richesse, au luxe, à la circulation de l’argent, aux inégalités nécessaires ; d’autres font surtout confiance à la simplicité et recherchent plus d’égalité. Mais dans leurs tendances générales ils sont à peu près d’accord avec Rousseau : le bonheur social dépend des moeurs et les moeurs dépendent de l’éducation morale et du coeur plutôt que de la culture intellectuelle proprement dite. p.120 Il y avait pourtant une différence profonde entre la morale de Rousseau et celle des encyclopédistes. S’ils se sont préoccupés de déterminer les principes de leur morale, ils ne se sont jamais souciés des moyens qui la feraient passer rapidement dans la pratique ; ils s’en remettaient à un gouvernement « philosophe » capable de les comprendre et de suivre leurs conseils. En attendant, le gouvernement avait partie liée avec ceux qui enseignaient la vieille morale religieuse et rien ne faisait prévoir quand il changerait d’avis. D’autre part, ils ne connaissaient guère qu’un moyen de convaincre : raisonner. Or le raisonnement était évidemment sans force pour modifier vite et profondément les puissances instinctives qui font les moeurs et la morale. Rousseau au contraire voulait agir, passionnément ; il comptait sur lui-même et non pas sur des gouvernements imaginaires et lointains. Et il avait compris, par l’instinct de son génie, comment on peut convaincre quand il s’agit d’entraîner les hommes vers un idéal. Il raisonnait certes, à l’occasion, en toute
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sincérité ; il était bien persuadé qu’il avait pour lui la raison raisonnable et qu’il était capable de réfuter par une logique exacte la logique sophistique soit des fanatiques de l’Église soit des fanatiques philosophes. Mais il aimait sa morale, sa conception de la vie, de toutes les forces de son être, d’un être ardent et passionné. Il voulait qu’on l’aimât comme lui avec le même élan, avec le même don de soi. Comme tous les passionnés qui veulent qu’on partage leur passion il s’est donc adressé au coeur, à la sensibilité de ses lecteurs ; il les émut, il les fit pleurer et ils le crurent. Ils ne se demandaient pas si Mme de Wolmar, si Saint-Preux raisonnaient juste ; ils s’enthousiasmaient avec eux ; ils brûlaient de les imiter, simplement parce qu’ils étaient touchés dans leur coeur. En un mot pour convertir à la morale nouvelle, Rousseau avait exalté les forces qui mieux que toutes les autres peuvent transformer le monde moral, c’est-à-dire les forces mystiques.
J’ai montré par ailleurs 1 et on a montré la profondeur et l’étendue de l’influence de Rousseau à cet égard. Il n’a certes rien créé absolument. Toutes sortes de choses témoignent qu’on était las de la p.121 raison pure ou plutôt des prétentions de cette raison à supprimer tout ce qui n’était pas elle. Rousseau n’agit pas seul et, sur certains points, le mouvement se développa de lui-même, avec la collaboration d’écrivains de troisième ou de dixième ordre. Mais l’oeuvre de Rousseau a pourtant donné la secousse décisive. C’est surtout grâce à lui qu’à la veille de la Révolution on était convaincu que les hommes n’étaient pas méchants par nature, mais seulement corrompus et misérables
1 Édition de La Nouvelle Héloïse, (1563 bis).
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— qu’ils avaient en eux des forces de pitié, de générosité, d’amour capables de s’opposer aux forces d’égoïsme et de cruauté, et que le jour où une réforme politique et sociale profonde supprimerait les misères et les causes de corruption rien ne serait plus facile que de fonder sur ces forces bienfaisantes une morale laïque ou du moins dégagée des religions dogmatiques, une « fraternité ».
Je n’ai pas parlé du Contrat social ; et il n’y a guère lieu d’en parler. L’oeuvre a exercé une influence certaine pendant la Révolution. Elle a séduit par son dogmatisme et la brutalité de ses formules. Mais il est impossible d’en discerner l’influence sur les origines mêmes de la Révolution. On accorde aujourd’hui à l’ouvrage beaucoup plus d’importance que Rousseau lui-même. Pour Rousseau ce n’était qu’un fragment d’un grand traité des Institutions politiques et non pas du tout l’évangile de sa doctrine. C’était une pure spéculation théorique destinée à fixer un idéal abstrait qu’il savait parfaitement irréalisable. Il aurait écrit ensuite les chapitres de politique pratique, aussi différents du Contrat que La Nouvelle Héloïse l’est du Discours sur l’inégalité. C’est bien ainsi que l’ont compris les contemporains. Si l’on compare avec le nombre des éditions et les commentaires de La Henriade, de La Nouvelle Héloïse, de Candide, de l’Histoire des deux Indes de Raynal, etc., on peut dire que le Contrat est passé à peu près inaperçu. « Le Contrat social, dira plus tard Sénac de Meilhan, profond et abstrait, était peu lu et entendu de bien peu de gens. » Rien ne démontre assurément qu’il a été mal compris, mais il est certain qu’on en a peu parlé, que personne n’a songé à y chercher une sorte de manuel de la
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démocratie despotique, du « jacobinisme » et qu’on ne réunirait pas dix témoignages de lecteurs qui, avant 1789, aient reçu de l’oeuvre une impression forte.
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CHAPITRE II
LES CHEFS. 2. LA GUERRE CACHÉE
I. — Les pamphlets clandestins de Voltaire
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p.123 Personne n’ignorait, vers 1770, que Voltaire était l’auteur du Siècle de Louis XIV, du poème sur La Loi naturelle et de celui sur Le Désastre de Lisbonne, de l’Essai sur les moeurs, de Candide ou même du Dictionnaire philosophique et des Questions sur l’Encyclopédie, soit parce que Voltaire les avait avoués, soit parce qu’ils paraissaient dans des collections d’OEuvres sans que Voltaire protestât, soit parce que personne ne pouvait douter qu’il en fût l’auteur. Mais ces oeuvres avouées gardaient nécessairement une certaine prudence. Voltaire avait beau avoir à Ferney, comme il le disait, un pied en France et un pied à l’abri de la police française, il craignait les ennuis et voulait vieillir en paix. La bataille qu’il voulait livrer a donc été, en grande partie, une bataille cachée. Dès qu’on fait mine de le soupçonner il jette les hauts cris, prend la terre et les dieux à témoin de son innocence et se donne plus de mal pour démentir qu’il n’en prit le plus souvent à écrire. On le croit, ou on feint de le croire. Mais la méthode était bonne et il est tel de ces pamphlets dont on n’est pas sûr qu’il soit de Voltaire. A l’abri de cet anonymat il multiplie les attaques ; il y a plus de deux cents de ces petits ouvrages, opuscules, feuilles volantes. Et il y pousse beaucoup plus à fond. L’ironie voltairienne se fait âpre,
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brutale, insolente. L’influence fut p.124 immense. L’Église, les âmes pieuses s’indignent. Les indifférents, des amis même de Voltaire ne goûtent pas toujours cette polémique effrontée et qui ne recule ni devant l’injustice ni devant la grossièreté. Mais Voltaire a pour lui, sans qu’ils l’avouent, tous ceux que réjouissent les échanges de coups, quand ils sont à l’abri de la bataille et que la bataille est pittoresque. Seul ou presque (malgré l’appui du trop lourd d’Holbach) contre cent, contre mille, Voltaire mène le combat, avec une telle agilité, un jeu d’escrime si éblouissant qu’on se laisse aller à applaudir l’escrimeur même quand on souhaite la victoire de ses adversaires.
Les moins bons de ces pamphlets sont assurément ceux où il tâche d’écraser ses ennemis. Ce qu’il écrit contre J.-J. Rousseau, contre Fréron et les autres n’est souvent que platement méchant et lourdement injurieux. Contre Buffon, qui ne lui a pourtant rien fait que gêner sa gloire, il ne sait écrire que des puérilités ou des inepties. Il ne devient spirituel que lorsque sa vanité n’est plus en cause, lorsque ceux qu’il attaque sont moins ses ennemis personnels que ceux de tous les philosophes. Il n’y a rien de plus alerte que les Quand, La Vanité, tout ce qui fit du grave magistrat qu’était Lefranc de Pompignan un corbeau honteux et confus. Il n’y a rien de plus savoureux que la Relation de la maladie, de la confession, de la mort et de l’apparition du jésuite Berthier avec la relation du voyage du frère Garassise et ce qui s’ensuit.
L’attaque la plus acharnée fut dirigée, on le sait, non contre des hommes, mais contre le christianisme, contre « l’infâme ».
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Nous n’avons bien entendu ni à approuver, ni à réfuter les arguments de Voltaire. Rappelons seulement que, dans le domaine de l’histoire et de l’exégèse, ses adversaires catholiques ont incontestablement prouvé qu’au moins sur certains points, il était mal informé ou n’avait pas pris la peine de s’informer. Constatons que Voltaire se complaît à des grossièretés qui n’ajoutent rien à l’intérêt de ses arguments. Mais reconnaissons aussi, puisque c’est là notre seul sujet, l’habileté et l’efficacité de ces discussions qui en cent, en vingt, en dix pages ou même en moins font le procès de la Bible, de l’Évangile, de l’histoire de l’Église. Contradictions, absurdités, puérilités, grossièretés, férocités, Voltaire choisit, découpe, met en lumière avec p.125 une verve, un sens de la polémique, bien supérieurs à la dialectique des Fréret ou des d’Holbach. Rires « grinçants » si l’on veut, et ce n’est pas à nous de conclure ; mais rires qui percent les murailles tandis que les raisons des autres risquent d’endormir. D’ailleurs le ton de Voltaire s’élève et le sarcasme prend de la dignité lorsqu’il attaque non plus la foi, mais l’intolérance, lorsqu’il défend la liberté de pensée.
Dans un certain nombre de ces opuscules Voltaire oublie la Bible et le christianisme pour bavarder de philosophie générale ; ou bien il discute quelques problèmes sociaux et politiques. Bavardages agiles et pittoresques. Mais la philosophie n’en est guère qu’une continuelle inquiétude d’esprit. Voltaire saisit les vices des systèmes sans jamais réussir à construire une certitude. Il aboutit toujours au « que sais-je ? », qu’il corrige seulement par l’éloge de ceux qui persistent à vouloir savoir. En politique, même confusion. Il hait le despotisme, mais bien qu’il
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écrive les Idées républicaines, il n’a rien d’un républicain. Il ne parle clairement et il n’agit sur l’opinion que lorsqu’il combat un abus certain et précis, l’excommunication des comédiens, la servitude, les abus de justice, etc. Tout le reste n’est qu’un jeu d’esprit dont l’influence reste fort douteuse.
Mais, dans une bonne partie des pamphlets, le jeu est vraiment éblouissant ; et c’est surtout par là que Voltaire a été roi, le roi de l’opinion. Rien n’est plus divers, plus inattendu que cette polémique ; sans cesse la recette des « petits pâtés » se renouvelle. « Instructions », « lettres », « relations », « sermons », « homélies », « diatribes », « dialogues », « conversations », « questions », etc., les titres seuls valent un long traité : Lettre de M. Clocpitre à M. Eratou sur la question : si les Juifs ont mangé de la chair humaine et comment ils l’apprêtaient. — La canonisation de saint Cucufin, frère d’Ascoli, par le pape Clément XIII et son apparition au sieur Aveline, bourgeois de Troyes. — Instruction du gardien des capucins de Raguse à P. Pediculoso partant pour la Terre sainte. Quant à la verve de cette comédie des idées il nous suffira de citer ce début de la seconde Anecdote sur Bélisaire : « Frère Triboulet, de l’ordre du frère Montepulciano, de frère Jacques Clément, de frère Ridicous, etc., etc., et de plus docteur de Sorbonne, chargé de rédiger la censure de p.126 la fille aînée du roi, appelée le concile perpétuel des Gaules, contre Bélisaire, s’en retournait à son couvent tout pensif. Il rencontra dans la rue des Maçons la petite Fanchon dont il est le directeur, fille du cabaretier qui a l’honneur de fournir du vin pour le prima mensis de messieurs les maîtres.
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« Le père de Fanchon est un peu théologien, comme le sont tous les cabaretiers du quartier de la Sorbonne. Fanchon est jolie et frère Triboulet entra pour... boire un coup.
« Quand Triboulet eut bien bu, il se mit à feuilleter les livres d’un habitué de paroisse, frère du cabaretier, homme curieux qui possède une assez belle bibliothèque...
« Il compilait, compilait, compilait, quoique ce ne soit plus la mode de compiler ; et Fanchon lui donnait de temps en temps de petits soufflets sur ses grosses joues ; et frère Triboulet écrivait, et Fanchon chantait, lorsqu’ils entendirent dans la rue la voix du docteur Tamponnet... »
II. — L’oeuvre de d’Holbach et de ses collaborateurs
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Il ne faut sans doute pas en exagérer l’importance. Malgré les mille moyens dont disposait, comme nous le verrons, la contrebande des livres, malgré la complicité des grands seigneurs et des gens en place, la circulation d’oeuvres aussi violentes que celles de d’Holbach restait difficile et les risques étaient fort grands pour les lecteurs qui n’étaient pas des personnages. D’ailleurs les ouvrages les plus lus ne dépassent pas dix à douze éditions pour Le Christianisme dévoilé ou Le Système de la nature. Mais c’est tout de même un chiffre important pour le XVIIIe siècle et il faut ajouter que d’Holbach a multiplié ses attaques et ses livres. Si chacun d’eux ne pouvait pas espérer se vendre comme Candide, il a circulé au total quelque quatre-vingt-dix éditions d’ouvrages composés, adaptés, traduits par d’Holbach.
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Une étude de d’Holbach demanderait d’ailleurs toutes sortes de recherches sur ses emprunts, ses sources, ses collaborateurs. Qu’est-ce qui est de lui ? Qu’est-ce qui est de Diderot ou de Naigeon ? Que prend-il à ses prédécesseurs ou même que copie-t-il ? Comment p.127 traite-t-il ces déistes ou matérialistes anglais dont il multiplie les traductions ? C’est une enquête difficile et que je n’ai pas faite parce qu’elle n’importe guère à mon sujet. Les lecteurs du XVIIIe siècle ne s’inquiétaient pas de savoir qui avait écrit exactement ces ouvrages ; ils les lisaient tels quels et en subissaient l’influence ; et c’est cette influence seule qui importe ici.
Elle s’est exercée d’abord, violemment et obstinément, contre l’« infâme », contre la religion chrétienne. D’Holbach a repris, complété, répété en vingt façons différentes les arguments des déistes ou matérialistes français ou anglais, de Boulainvilliers à Fréret, de Collins à Toland. La Bible est un tissu d’absurdités, de grossièretés, d’immoralités. Elle ne peut être un livre inspiré de Dieu ni dans ses faits qui ne sont le plus souvent que des légendes puériles, ni dans son esprit qui est un esprit de férocité et de barbarie. Miracles, prophéties où l’on prétend discerner l’esprit divin ne sont que des contes de nourrice ou un galimatias prétentieux et vide. D’ailleurs il suffit de lire avec attention ces prétendus livres saints pour y discerner les contradictions, les incohérences, les truquages, tout ce qui trahit l’oeuvre d’hommes bornés et maladroits. L’histoire même et les livres du christianisme ne valent pas mieux que l’histoire biblique. Qu’il s’agisse des saints, des Pères de l’Église, on ne rencontre que des niais et des fous ou des fourbes, tous fanatiques et funestes
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au genre humain. C’est grâce à eux que le monde a perdu la raison et la paix. Le fanatisme a « embrasé tout l’univers ». « Le dévot fanatique, intolérant, inhumain, fait plus de mal à ses semblables par ses actions que l’incrédule le plus décidé n’en peut faire par des opinions ou par des écrits. » Poussé par la colère, d’Holbach ne recule pas devant l’injure et la polémique brutale : « Un bon chrétien [...] ne peut être qu’un misanthrope inutile s’il manque d’énergie et n’est qu’un fanatique turbulent s’il a l’âme échauffée. » Le christianisme est un « tissu d’absurdités, de fables décousues, de dogmes insensés, de cérémonies puériles, de notions empruntées des Chaldéens, des Égyptiens, des Phéniciens, des Grecs et des Romains ». C’est un « produit informe de presque toutes les anciennes superstitions enfantées par le fanatisme oriental ».
p.128 La vérité est que toutes les religions sont fausses, aussi bien les vagues croyances déistes que les dogmes les plus impérieux. D’Holbach est résolument matérialiste. Il n’étale pas toujours ce matérialisme, pour des raisons politiques et sociales. Mais Le Système de la nature, surtout Le Vrai Sens du système de la nature, Le Bon Sens ou idées naturelles opposées aux idées surnaturelles en donnent les démonstrations les plus explicites et les formules les plus brutales. Il n’y a dans le monde que la matière ; douée de la faculté de sentir ; les sensations éprouvées par la matière créent ce que nous appelons la pensée, l’âme ; quand la vie matérielle du corps disparaît, l’âme disparaît avec lui. Il n’y a d’ailleurs pas plus de liberté dans le monde de la pensée que dans le monde des corps puisque la pensée n’est qu’un aspect de la matière. Toutes les religions qui nous parlent
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de Dieu et de l’immortalité sont donc mensongères, inutiles et même malfaisantes.
La seule conclusion logique serait qu’il faut abandonner le monde humain au jeu fatal des effets et des causes et qu’il est à la fois absurde et inutile de prétendre enseigner une morale. Mais d’Holbach, comme son ami Diderot, s’est délibérément et constamment contredit. Il a été passionné de morale et il l’a enseignée avec plus d’ardeur que le matérialisme. C’est qu’il prétend garder son matérialisme pour quelques-uns. Peu sont capables de le comprendre ; et même peu auront la curiosité de s’en informer : « L’incrédule répand en secret des opinions faites pour un très petit nombre de citoyens ou de savants incapables de troubler le repos de l’État. » Pour le repos de l’État, il faut faire comme s’il y avait une âme libre et immortelle, des vices et des vertus ; il faut enseigner une morale et même faire de cette morale une sorte de religion.
Religion d’État, mais qui sera justement l’opposé de celles que les États ont jusque-là protégées. Elle ne sera pas imposée, mais suggérée par une éducation soigneusement conduite, par des moeurs paternellement dirigées. Les lois impératives auront si évidemment pour but le bonheur de la nation que nul ne sera tenté d’y voir une contrainte. Avec plus de rigueur dans les principes et une minutie beaucoup plus grande dans l’organisation pratique, c’est cette morale du bonheur dont nous avons étudié l’origine et les développements. p.129 La nature humaine est bonne, dans son fond ; il n’y a aucune corruption dans ses instincts primitifs ; ils tendent au plaisir ; il n’y a pas à les combattre ; il n’y a qu’à les diriger : « O vous, dit la nature,
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qui, d’après l’impulsion que je vous donne, tendez vers le bonheur dans chaque instant de votre durée, ne résistez point à ma loi souveraine. Travaillez à votre félicité, jouissez sans crainte, soyez heureux. » Seulement la même nature n’a pas voulu qu’on pût être heureux n’importe comment. C’est elle-même qui a soumis le bonheur et le plaisir à certaines conditions ; et ce sont ces conditions qui sont la vertu, la vertu véritable et non pas les fantômes des religions révélées. Elle a fait en sorte « que le crime se punisse lui-même et que la vertu ne soit jamais privée de récompense ». C’est-à-dire que la nature punit les excès, châtie par la maladie et la mort les ivrognes et les débauchés. En outre, elle a mis en nous des ins-tincts de bienfaisance et d’humanité, une certaine peine de voir souffrir, le remords de faire souffrir, la joie d’aimer et de se dévouer ; elle nous a d’ailleurs donné cette raison-bon sens qui nous permet de comprendre aisément que le plus grand bonheur de chacun dépend du plus grand bonheur de tous. La morale d’État n’a qu’à s’appuyer sur ces instincts naturels de l’homme pour être claire, forte, bienfaisante. Ce sera l’Éthocratie, le gouvernement par les moeurs, le plus aisé de tous puisqu’il ne commandera aux hommes que ce qu’ils auront plaisir à faire. D’Holbach en a donné un exposé méthodique, fort simpliste sans doute dans ses illusions, mais souvent généreux et judicieux. Le chapitre sur « Les Lois morales relatives aux mariages et à la vie domestique et privée », par exemple, est le procès courageux de la morale du beau monde, de l’indulgence souriante pour l’adultère, des mariages par contrainte et trop précoces, la justification du divorce.
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La politique d’Holbach est beaucoup plus précise que celle de Voltaire, de l’Encyclopédie, de Diderot, et beaucoup plus soucieuse de réalisations pratiques que celle de Diderot. Dans ses principes elle peut paraître révolutionnaire ou tout au moins impérieuse et hardie. D’Holbach n’admet pas d’autre justification de l’autorité qu’un pacte explicite ou tacite entre la nation et le souverain. Ce pacte reste toujours subordonné à son exécution : « La société est toujours p.130 maîtresse de la souveraineté — le souverain ne peut refuser d’écouter la nation. » Même cette nation peut faire entendre constamment sa voix : « Le pouvoir du monarque reste toujours subordonné à celui des représentants du peuple et ces représentants dépendent sans cesse de la volonté de leurs constituants. » Si le souverain, au lieu de protéger la liberté et de gouverner selon le droit et la raison, prétend exercer un pouvoir despotique et se laisse corrompre par « les préjugés religieux et politiques », d’Holbach va jusqu’à reconnaître le droit à la révolution : « Quand même la vérité ferait dans l’esprit des peuples un progrès assez rapide pour produire des factions et même des révolutions... les troubles passagers sont plus avantageux qu’une langueur éternelle sous une tyrannie continuée... Que le concitoyen n’obéisse qu’à la loi » ; à tel point que le prudent Naigeon se croit obligé d’atténuer et de rappeler, dans une note, que lorsque les peuples seront éclairés ils auront à leur disposition des moyens « plus doux » et plus efficaces que les révolutions.
Mais tout cela ce sont des phrases qui s’échauffent dans l’ardeur de la polémique et qui sont dirigées plutôt contre le despotisme religieux que contre le despotisme politique. Dans la
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réalité, d’Holbach est d’esprit conservateur et ne dépasse guère Montesquieu dont il a subi l’influence. Il prouve que « nulle forme de gouvernement n’est parfaite » et que « le même gouvernement ne convient pas à tous les peuples » ; en particulier la démocratie ne peut exister que dans de petits pays et dans certaines conditions ; peuple n’est pas synonyme de populace, — et il y a en France, actuellement, une populace plutôt qu’un peuple. L’égalité de nature est une chimère philosophique et elle ne peut pas plus être établie dans une société civilisée que dans les sociétés primitives. La propriété est nécessaire et si l’on doit essayer de combattre le luxe on doit reconnaître les bienfaits de la richesse. Quant aux révolutions, tout un paragraphe de la Politique naturelle s’emploie à les condamner. En réalité d’Holbach s’en tient à une monarchie vaguement constitutionnelle, sans se hasarder à préciser la forme et le jeu de cette constitution. Il s’en tient au rêve d’un « roi citoyen » tel que pourrait être le Louis XVI qu’il loue dans la dédicace de son Éthocratie : « Monarque p.131 juste, humain, bienfaisant... père de son peuple... protecteur du pauvre. »
Dans le détail les revendications de d’Holbach sont moins vagues ; elles s’accordent avec celles d’un bon nombre de ses contemporains et par là elles ont eu de l’influence. D’Holbach réclame avec vigueur la liberté de pensée, la liberté d’écrire, la liberté de la presse. Il condamne non moins violemment toutes les formes de la violence, telles que l’esclavage, la guerre, l’esprit de conquête. Il veut qu’on rende au commerce, à l’industrie une grande liberté. Il va même jusqu’à faire avec vigueur le procès des privilèges et à proposer qu’on abolisse la
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distinction entre les nobles et les roturiers. Hardiesse isolée d’ailleurs. D’Holbach reste un libéral autoritaire qui se contenterait de libertés de principe, de la pleine liberté pour les « philosophes » et, pour le reste, d’une volonté gouvernant le peuple pour son bien.
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CHAPITRE III
LA DIFFUSION PARMI LES ÉCRIVAINS
I. — Les attaques contre le christianisme.
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p.133 Avant 1748, les attaques contre les dogmes et la morale du christianisme ne sont le plus souvent que des allusions ; on s’en tient, quand on veut parler ouvertement, à la critique du « fanatisme », à l’éloge de la tolérance ; et lorsqu’on fait l’éloge de la « loi naturelle » ou de la « religion naturelle » c’est ou pour défendre le christianisme ou en feignant de lui garder un profond respect. La critique hardie de la révélation ne se rencontre que dans quelques rares ouvrages ou dans les manuscrits clandestins. Vers 1750, et de plus en plus à mesure qu’on avance dans le siècle, tout change. Une âpre bataille se livre, dont nous rappellerons plus loin les épisodes essentiels, autour de l’Histoire naturelle de Buffon, des Moeurs de Toussaint, de l’Encyclopédie, de l’Esprit d’Helvétius, de certaines oeuvres de Voltaire. Dans le combat, les esprits s’échauffent ; les adversaires de la « religion dominante » se sentent de plus en plus soutenus par l’opinion publique, protégés par elle contre de trop graves châtiments ; ils s’enhardissent et se multiplient. C’est par dizaines que l’on pourrait énumérer les écrits impies et non plus obscurs, mais largement répandus ; non plus mesurés et polis, mais injurieux ou féroces. OEuvres des chefs, dont nous avons parlé, et p.134 oeuvres de vingt disciples ou chefs de bande.
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C’est l’époque où, par les soins de d’Holbach, Diderot, Naigeon, les manuscrits sont imprimés, les ouvrages à demi oubliés sont réimprimés. Aux Levesque de Burigny, Fréret, Dumarsais, Mirabaud (ou aux oeuvres qu’on leur attribue) viennent se joindre les Ch. Borde, les Méhégan, les Guéroult de Pival, les Dulaurens, et quelques anonymes, les matérialistes Morelly, La Mettrie, Maubert de Gouvest, etc. Ce ne sont plus contre la « maison du Seigneur » des attaques par ruse et dispersées, c’est une ruée en masse.
D’ailleurs, la tactique n’a guère changé et les armes sont restées les mêmes. On oppose aux livres révélés des arguments de critique et d’histoire qui s’efforcent de démontrer les contradictions, erreurs, interpolations et les contresens des orthodoxes. C’est le moment où de Marsy, continué par Robinet, publie une Analyse raisonnée de Bayle où la « raison » s’applique à dégager et rassembler tout ce qui dans Bayle peut faire douter des Écritures et des croyances chrétiennes. « Les ouvrages de Bayle, Monsieur, dit l’Année littéraire en 1758, sont l’arsenal général où la licence va chercher des armes pour attaquer la religion. » On n’insiste guère d’ailleurs sur l’exégèse érudite ou, du moins, on ne tente pas de la pousser plus avant, car ceux qu’on veut convaincre, ce ne sont plus seulement des théologiens, des savants, voire, comme le disait Fréret, quelques amis « interioris admissionis » ; c’est tout le monde. Et l’on y réussira bien plutôt en faisant appel au « bon sens » et à l’imagination. On se proposera donc de montrer le caractère d’absurdité, ou de puérilité, ou de grossièreté, ou d’immoralité, ou de barbarie des récits soi-disant sacrés. On imitera les
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« petits pâtés » de Ferney, avec moins d’esprit et plus de brutalité. Et l’on prétendra écraser le christianisme sous un mépris triomphant. On peut mesurer par exemple la distance qui sépare le Zoroastre de l’abbé de Méhégan (1751) du Caté-chumène (1768) qui est de Voltaire ou de Ch. Borde ou de La Moïsade qui n’est sans doute pas de Diderot : « Un crime léger, dit Méhégan, une frivole désobéissance, commise il y avait cent siècles par les auteurs de notre origine, avait irrité Bramane contre leurs malheureux descendants ; il les avait condamnés tous à des flammes éternelles ; une innocente postérité, des enfants mêmes p.135 expiaient par des peines affreuses, interminables un crime qu’ils ignoraient, etc. » Le Catéchumène et La Moïsade ne s’embarrassent plus d’allégories : « Je frémissais de tant d’absurdités et d’horreurs [...] Toutes ces inepties furent inventées par des fanatiques et protégées par des fripons. Les uns et les autres trouvèrent leur compte à tromper les hommes ; les énergumènes nourrissaient leur orgueil en faisant des prosélytes ; les gens adroits mirent l’argent des uns et des autres dans leurs poches. » « Meurs, Moïse, meurs tyran destructeur ! Que le Ciel t’écrase de ses foudres vengeurs [...] monstre abominable dont l’haleine empestée a soufflé sur toute la surface de la terre les semences empoisonnées du plus horrible et du plus détestable fanatisme dont elle est encore malheureusement infectée ; que ta mémoire abominable reste en horreur dans tous les siècles et chez tous les hommes et périssent ceux qui la révèrent ! »
Une seule démonstration était sinon neuve tout au moins précisée au point de paraître neuve. L’un des arguments des
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adversaires du christianisme était que toute religion était née d’une complicité des tyrans et des prêtres pour exploiter la crédulité des hommes ; les prêtres leur font croire que la tyrannie est divine et les tyrans exterminent les ennemis des prêtres. Boulanger donna à l’argument une forme historique en écrivant son Antiquité dévoilée et ses Recherches sur l’origine du despotisme oriental. Une immense catastrophe, le Déluge, a frappé autrefois de terreur le genre humain. Il s’est senti mystérieusement et implacablement menacé par des forces mauvaises et irrésistibles. Son esprit malade aurait pu, peu à peu, se guérir, au cours des générations. Mais prêtres rusés et tyrans avides se sont entendus pour nourrir cette terreur et en profiter en créant les dieux cruels, le péché, les enfers, les majestés et les lèse-majestés. « Nos pères nous ont appris à trembler d’une catastrophe arrivée depuis des millions d’années et nos institutions religieuses et politiques se sentent encore des impressions que la terreur a faites alors sur le genre humain. »
Aux religions révélées on continue à opposer la religion naturelle, c’est-à-dire un vague déisme. Chez les plus modérés ou les plus prudents le déisme n’est qu’insinué. On se contente de démontrer que toute vérité demande l’assentiment formel de la raison et que la p.136 raison ne peut acquiescer qu’à des vérités « naturelles » très générales. Ainsi dans l’Histoire d’Ema [de l’âme] de Bissy, dans la Philosophie applicable à tous les objets de l’esprit et de la raison de Terrasson, dans les Dissertations de Beausobre, dans les thèses insinuées par l’abbé de Prades dans sa soutenance fameuse, etc. D’autres, plus hardiment, dressent la religion naturelle contre la religion révélée. Ou bien, sans faire
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directement le procès du christianisme, ils le passent si bien sous silence et mettent tant de soin à organiser leur religion de la nature qu’ils suggèrent invinciblement le dédain de l’un et l’amour de l’autre. Ainsi de Robinet dans son livre pédant et bavard, mais assez lu, De la nature (quatre éditions) et Guillard de Beaurieu dans son Élève de la nature non moins pédant et bavard et plus naïf encore, mais tout aussi lu (sept éditions). Beaurieu fait une longue apologie du « théisme » et prétend « fonder sur la base de la nature l’édifice de notre félicité ». Du déisme on pousse plus souvent et beaucoup plus hardiment vers le matérialisme. Non pas que ces matérialistes soient très nombreux ni même pour la plupart extrêmement lus. Les Lettres iroquoises de Maubert de Gouvest usent d’ironies si grosses qu’on ne sait si elles sont sérieuses. Le pseudo Fréret déguise comme J.-F. Bernard. Le Traité des trois imposteurs, La République des philosophes ou histoire des Ajaciens sont plus insolents, mais on ne les lit guère. Par contre, les oeuvres de Morelly et celles de La Mettrie atteignent de huit à dix éditions ; ce qui est un vif succès. Par la brutalité audacieuse de la doctrine et des titres mêmes (L’Homme machine et L’homme plante de La Mettrie) ils font scandale ; on les connaît, même sans les avoir lus, ne fût-ce que par l’acharnement que leurs adversaires mettent à les combattre. La Mettrie notamment devient comme le symbole des perversions de l’esprit. Il a donné en effet les formules les plus nettes d’une philosophie qui prétend tout réduire à la matière et aux méthodes des sciences de la matière : « L’homme organisé comme les autres animaux, pour quelques degrés d’intelligence de plus, soumis aux mêmes
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lois, n’en doit pas moins subir le même sort... Tout ce qui n’est pas puisé dans le sein même de la nature, tout ce qui n’est pas phénomènes, causes, effets, science des choses en un mot ne regarde en rien la philosophie. » p.137 Comme les autres matérialistes d’ailleurs il défend sa doctrine contre le reproche d’immoralité. De quel droit lui opposer la morale chrétienne qui n’a su jusqu’ici que faire le malheur des hommes ! « Le christianisme n’a pas rendu les hommes plus honnêtes gens. » En fait, au contraire, la vertu, « qui peut prendre dans l’athée les racines les plus profondes », a été cultivée par la plupart des philosophes athées. Sans doute il n’en serait pas de même pour la masse ignorante et grossière, aussi longtemps qu’elle restera ignorante et grossière ; mais « le peuple ne vit point avec les philosophes ; il ne lit point de livres philosophiques » ; « les matérialistes ont beau prouver que l’homme n’est qu’une machine, le peuple n’en croira jamais rien ». Conduire le peuple c’est affaire de politique et la philosophie « n’a jamais empiété sur les droits de la politique ».
Une des preuves les plus significatives de la diffusion des idées de « loi naturelle » et de « religion naturelle » est qu’elles se répandent de plus en plus dans des oeuvres sincèrement religieuses. De la théologie protestante, elles commencent à s’infiltrer non pas parmi les théologiens catholiques, mais parmi ceux qui écrivent à l’usage des gens du monde. En 1757, par exemple, l’Académie française met au concours cette question : « En quoi consiste l’esprit philosophique ? » Le discours couronné est celui du P. Griffet. Il proclame, et sincèrement sans doute, son respect pour la religion ; mais l’esprit philosophique
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qu’il définit et qu’il loue n’est pas du tout l’esprit de soumission ; il s’élève contre les « adorateurs stupides de l’antiquité » ; il célèbre la « liberté et hardiesse de penser, cette noble indé-pendance des idées vulgaires ». Même chez les défenseurs avérés du christianisme, chez ceux qu’on pourrait appeler les professionnels de l’apologétique, on peut saisir cette liberté et hardiesse ; par exemple, L. Castilhon dans son deuxième Recueil philosophique, où il continue à attaquer les « philosophes modernes », les « sophomanes », ébauche, lui aussi, sa cité utopique, sa « découverte heureuse d’une source abondante... d’une race nouvelle d’hommes, qui n’ont besoin pour être heureux que de la religion et de la morale naturelles ». De plus en plus nombreux sont ceux qui essaient de « concilier », qui ne veulent point, sincèrement ou non, renoncer p.138 aux vieilles croyances, mais qui tentent de penser à la fois en chrétiens et en philosophes : l’abbé Trublet, que l’on pouvait accuser d’être athée et qui, probablement, n’allait même pas jusqu’au déisme ; l’abbé Coyer, fort attaché aux philosophes, mais qui se garde de donner des armes aux philosophes. C’est d’ailleurs surtout dans les traités de morale que ce « philosophisme » pénètre pro-fondément.
II. — La morale naturelle et humanitaire. La tolérance
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L’effort pour organiser une morale efficace en dehors de tout dogme et même de toute morale religieuse s’intensifie en effet. On continue à lui chercher, comme par le passé, des justifications théoriques, à s’en servir comme d’une arme de
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polémique contre les morales du renoncement et de l’expiation. Comme Toussaint, Diderot, d’Holbach, etc., les Duclos, les Maupertuis, les Borde, les Saint-Lambert, à plus forte raison les Morelly et les La Mettrie ne cessent pas de répéter que le plaisir, la recherche du bonheur, l’obéissance aux passions sont un droit et la base même de la morale :
Jouir c’est l’honorer [Dieu] ; jouissons, il l’ordonne !
Mais il semble que de plus en plus on veuille élever cette morale nouvelle au-dessus de la polémique, l’arracher aux mots de plaisir et de volupté trop pénétrés d’un sens égoïste et que seuls des philosophes peuvent comprendre en philosophes. On se désintéresse de la discussion des principes pour insister longuement sur l’application et la réalisation. Cette morale sera laïque. Turgot lui-même le demande en formant le projet d’un traité de morale primaire : « Je voudrais, dans le plan total de l’ouvrage, faire entrer la connaissance de la religion, mais je ne voudrais pas fonder uniquement la morale sur la révélation comme on fait ordinairement ni que les hommes ne connussent les règles de la probité que comme des mystères, sur la parole de leur curé. » D’autres vont plus loin que Turgot et suppriment tout appel à la révélation et à la parole du curé ; ainsi l’abbé de Mably ; ainsi l’abbé Coyer qui développe le projet d’une morale laïque et sociale, d’une véritable « éthocratie » ; p.139 ainsi Guillard de Beaurieu dans son Élève de la nature. Raisonnable, naturelle, cette morale se justifiera parce qu’elle sera tout entière organisée pour le bien social. Même les moralistes s’abstiendront assez souvent de parler de nature et de raison, ou ils n’en parleront qu’en passant. Ils se contenteront de dire :
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« La morale est la science du bonheur social ; voici les conditions et les applications de cette science. » On commencera donc à écrire des traités simplement pratiques, comme les moralistes chrétiens avaient écrit des oeuvres morales sans discuter les principes de la morale chrétienne. Ainsi ce Dictionnaire social et patriotique ou Précis raisonné des connaissances relatives à l’économie morale, civile et politique (1770) ; ainsi les oeuvres de Faiguet de Villeneuve (L’Ami des pauvres, 1766), ainsi les traités composés par des gens qui étaient pieux, mais qui écri-vaient sur la morale à peu près comme si la religion n’avait rien à y voir : le P. Collet (Traité des devoirs des gens du monde, 1763), Lacroix (Traité de morale, 1767, dont la section deux de la première partie est consacrée à la bienfaisance).
Surtout l’accent de cette morale commence à n’être plus le même. Jusque-là les philosophes avaient démontré la morale sociale et déduit la bienfaisance ; l’« humanité » était la conclusion d’arguments. Vers 1760 on se propose moins de prouver que d’émouvoir ; il semble que désormais la preuve soit inutile et qu’il importe surtout de créer l’enthousiasme qui agit. Même les purs « philosophes », les raisonneurs s’échauffent quand ils parlent de la joie d’être utile. « Il n’est pas de spectacle plus ravissant pour l’homme de bien que de voir des heureux », dit l’Essai sur les préjugés et d’Holbach témoigne les mêmes ravissements dans le Système de la nature ou l’Étho-cratie ; Morelly oublie son athéisme pour parler au nom de Dieu : « Hommes soyez bienfaisants, Dieu le veut, Dieu l’ordonne ! » Dulaurens prend un ton de prophète : « O religion sainte ! charité bienfaisante ! c’est à toi de rapprocher les coeurs
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et les esprits que les divisions des prêtres ont éloignés trop longtemps. » La poésie même, dans Les Saisons de Saint-Lambert ou La Voix du peuple de Nougaret, met la bienfaisance et l’humanité en chants lyriques, ou qui veulent l’être : p.140
Ah ! si pour la vertu brûlant d’un noble zèle
Ils [les auteurs] voulaient se couvrir d’une gloire immortelle
L’amour du bien public dicterait leurs écrits
Et de l’humanité l’on entendrait les cris.
On commence même à entendre très nettement une voix nouvelle. Pendant longtemps il n’a été question dans cette morale humanitaire que de l’humanité. Mais cette humanité est bien vaste et, si l’on veut enseigner la bienfaisance avec quelque chance de succès, il convient peut-être d’en chercher des applications pas trop lointaines. C’est pourquoi l’on commence à enseigner la morale du « citoyen » et la morale particulière du « citoyen français ». C’est surtout après 1770 que cette morale patriotique prendra tout son développement. Mais elle s’ébauche déjà, après 1760, surtout dans les théories de l’éducation et le théâtre patriotique que nous retrouverons plus loin.
Il va sans dire que le premier article et le plus important de cette morale laïque c’est la liberté de pensée, la tolérance. Dès 1750 la bataille est engagée violemment en faveur de la tolérance et, dès l’affaire Calas, vers 1764, elle est manifestement gagnée. Sans parler de tout ce qu’écrivent çà et là les philosophes, Montesquieu, Toussaint, d’Argens, l’Encyclopédie, Voltaire, etc., Méhégan publie son Zoroastre en grande partie pour combattre « l’intolérance, cette furie
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destructrice des États ». Puis l’Accord parfait de la nature et de la raison (1753), l’abbé Yvon, Rippert de Montclar (1754), J.-F. Bernard (1759) 1, de Vattel, l’abbé Tailhé composent des traités plus ou moins violents pour dénoncer ses méfaits ou ses crimes. En 1762 Morellet publie son Manuel des Inquisiteurs, le « tableau affreux » des excès de l’Inquisition ; en 1763 paraît le Traité sur la tolérance de Voltaire. Il faudrait ajouter à ces ouvrages toutes sortes de témoignages, le Petit écrit sur une matière intéressante de Morellet, la Lettre sur les lois pénales en matière de religion de Dulaurens, le chapitre sur la tolérance qui fut la raison des poursuites contre le Bélisaire de Marmontel, Les 37 Vérités opposées aux 37 impiétés de Bélisaire par un bachelier ubiquiste de Turgot, toute la polémique autour de p.141 Bélisaire, des affaires Calas et Sirven, etc., etc. Quant l’abbé de Caveirac publia, en 1762, sous le titre de L’Accord de la religion et de l’humanité sur l’intolérance, une sorte de justification de la Saint-Barthélemy ce fut, même chez les modérés, une véritable clameur. Depuis quelque temps déjà la cause de la tolérance était gagnée devant l’opinion éclairée : « Ce n’est que depuis peu de temps et encore à peine, écrit Morellet en 1762, qu’il est permis de rire et de s’indigner » des persécutions religieuses. On peut supprimer à peine, en réalité, dès 1760.
III. — La politique
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a. — Les discussions de principe
1 Si l’Éloge de l’Enfer est bien de lui.
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Par contre, il est permis, depuis assez longtemps, d’écrire sur la politique, si l’on écrit de certaines façons. Il y a d’abord la façon cartésienne, celle qui continue Grotius et Pufendorff et poursuit dans l’abstrait l’analyse des principes rationnels et de leurs conséquences logiques en planant au-dessus des réalités. C’est celle des célèbres Principes du droit naturel et Principes du droit politique de Burlamaqui (1747 et 1751). Le Journal des Savants en résumait très nettement la méthode : « Le droit naturel est celui que la raison prescrit à tous les hommes pour les conduire au véritable et au seul but qu’ils doivent se proposer, c’est-à-dire au bonheur le plus solide. Or, chaque homme est doué par le Créateur d’un entendement destiné à être éclairé par les lumières de la raison » ; c’est en se servant de ces lumières que Burlamaqui exposera « les raisons a priori tirées de la nature même de la chose » et, de déduction en déduction, ira du chapitre I (Définition de l’homme — Différentes actions de l’homme — Principales facultés de l’âme — L’entendement — Principe : l’entendement est naturellement droit), au chapitre VIII : De la loi en général. Même méthode dans les Principes du droit de la nature et des gens, extraits de Wolff par Formey (1758) et dans des traités plus obscurs, tels que l’Essai sur l’histoire du droit naturel de Hubner (1757).
Quelque séduction qu’offre encore cette géométrie politique elle a souffert évidemment des attaques qui se multiplient, à partir de 1740, p.142 contre l’esprit de système. En partie par défiance des raisonnements abstraits, en partie par l’influence de Montesquieu on commence à accorder plus d’importance aux faits qu’aux lumières de la raison, à la réalité historique qu’à la
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logique. On essaie donc, soit dans les discussions où l’on critique l’Esprit des lois, soit dans les traités originaux de déterminer non pas ce que doit être un gouvernement en soi, mais comment s’est organisé historiquement le gouvernement français, quelles sont les raisons de fait qui le légitiment ou qui invitent à le modifier. M. E. Carcassonne 1 a très nettement et très fortement étudié toute cette littérature, qui est abondante, et qui, sans avoir à beaucoup près autant de lecteurs que les grands ouvrages ou les brochures des philosophes, atteint assez souvent deux ou trois éditions. Il y a ceux qui dissertent sur les origines de l’autorité royale et des fiefs ou privilèges de la noblesse, sur le droit de conquête des envahisseurs germaniques ou sur les conventions, traités, garanties accordés au peuple conquis ou allié ; le président Hénault, Mignot de Bussy, le vicomte d’Alès de Corbet, Linguet, Hoüard, du Buat, l’abbé de Gourcy, Gautier de Sibert, etc., etc. Il y a ceux qui, dépassant la question des origines et des justifications, cherchent à dégager les conséquences. Puisqu’il existe une noblesse française et qu’elle est et doit être un corps essentiel de l’État, comment pourra-t-elle jouer dans l’État le rôle le plus utile ? Doit-elle être uniquement une élite militaire occupée en temps de paix à entourer le roi ? Doit-elle au contraire se mêler à l’activité économique de la nation ? Un gentilhomme peut déjà être verrier ou armateur. Pourquoi ne pourrait-il pas aussi bien être maître de forges ou commerçant ? C’est la controverse sur la noblesse commerçante suscitée par la brochure de l’abbé Coyer et que poursuivent une vingtaine de dissertations. Si on continue
1 1512.
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à interdire à la noblesse ces occupations roturières, doit-elle être surtout une noblesse de parade ; quelle part doit-elle prendre effectivement dans les conseils ; où doit-elle vivre ? Ne doit-elle pas vivre d’abord sur ses terres et non pas seulement pour gouverner, mais encore pour diriger la culture ? Ce sont les problèmes que veulent résoudre le p.143 célèbre Ami des hommes de Mirabeau, du Buat-Nançay et quelques autres. Enfin, à côté de la noblesse, il y a un autre corps privilégié qui a joué un rôle historique dans la monarchie française, celui des parlements. Quels sont ses droits ? N’ont-ils pas été méconnus et ne faut-il pas les restituer ? N’y a-t-il pas lieu d’en faire plus fortement « le dépôt des lois » ? C’est ce que se demandent, par exemple, Le Paige ou le président de Lavie.
Tout cela n’a pu d’ailleurs exercer qu’une influence assez restreinte ou du moins indirecte. Les discussions abstraites sur le droit naturel ruinaient évidemment la théorie du droit divin et de l’absolutisme telle que la concevaient Bossuet, ou Massillon, ou Bourdaloue. Leur conclusion explicite est que les hommes ont des droits, des dignités qui s’opposent à l’idée d’un gouvernement despotique. Mais c’était la confirmation de ce que tout le monde pensait vers 1750. A travers toutes leurs théories ces dissertations ne se demandaient pas où commençait dans la pratique et surtout dans la pratique française le gouvernement despotique. Et l’on pouvait toujours soutenir que, dans un pays comme la France, la monarchie telle qu’elle avait été réalisée était le meilleur moyen de sauvegarder, dans la plus grande mesure possible, le droit naturel. Les traités historiques ou qui se croient historiques auraient pu avoir plus d’importance. Il
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aurait suffi qu’ils demandassent à l’histoire la condamnation du présent et d’audacieux projets d’avenir. En fait ils n’y ont guère cherché que la justification des privilèges acquis, privilèges de la noblesse, privilèges des parlements ; c’est à peine si, vers 1770, les remontrances des parlements commencent à masquer leur égoïsme derrière les « droits de la nation ». C’est si vrai que l’autorité politique, malgré quelques incertitudes, commence à se montrer nettement favorable à Montesquieu et que des arrêts du Conseil de 1759, 1763, 1764 (puis 1784) organisent et développent une bibliothèque de législation, administration, histoire et droit public ; ce qui veut dire qu’au lieu de compter simplement sur l’affirmation de l’autorité on demandera à l’histoire de « maintenir et conserver les principes essentiels de la monarchie ». Il y a pourtant dans tous ces livres et ces arrêts une affirmation nouvelle : c’est que le gouvernement le plus autoritaire doit tenir compte de « lois fondamentales » et qu’il p.144 est nécessaire de le conseiller, même de le contrôler par des corps ou pouvoirs « intermédiaires ». On peut dire que, vers 1760, une évolution générale s’est achevée dans la pensée de la plupart de ceux qui écrivent, si modérés et respectueux qu’ils soient. A la doctrine du pouvoir absolu et de l’obéissance résignée s’est substituée celle d’un pouvoir raisonnable, soucieux de ne pas transgresser les droits les plus généraux de la personne humaine. Cette politique à la fois respectueuse et libérale s’exprime, par exemple, dans le Manuel des souverains de l’abbé Barrai (1754, au moins trois éditions) et dans le Traité de morale de Lacroix, tous les deux catholiques et monarchistes. « Le despotisme tyrannique des souverains, dit Barrai, est un
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attentat sur les droits de la fraternité humaine » (comme d’ailleurs « le despotisme de la multitude ») ; et Lacroix enseigne dans sa « Morale du citoyen » que le souverain n’est « ni au-dessus des lois fondamentales de l’État, ni au-dessus de la justice ». C’était à peu près également la conclusion des Essais, de Hume, traduits par le Journal étranger, en 1760 et 1761, et qui enseignent un juste milieu entre le despotisme et le gouvernement populaire.
Surtout, à côté des discussions méthodiques et mesurées, commencent à paraître des sortes de traités-pamphlets où le pouvoir politique est jugé, sinon dans ses formes essentielles du moins dans certaines de ses pratiques, avec la même insolence qu’on réservait jusque-là au pouvoir religieux. De Vattel, en 1758, va jusqu’à dire que la nation peut réformer le gouvernement et changer la constitution ; mais c’est encore une discussion fort abstraite et Vattel conseille à la nation d’être « très circonspecte ». Denesle médite sur les « ressources de la sagesse contre la perversité et la tyrannie des gouver-nements » ; mais c’est une méditation sceptique réservée au sage qui se retire sous sa tente. Plus caractéristiques sont l’Éloge de la roture de Jaubert (1766) et certains ouvrages de J.-L. Castilhon (surtout le Diogène moderne) et de l’abbé Coyer. Avec des politesses à l’égard de la noblesse et du clergé, Jaubert se propose de « rétablir le tiers-état dans le rang qui lui convient, faire revivre des droits que l’ambition, l’ingratitude ou l’ignorance avaient éteints, mais que la nature a rendus imprescriptibles ; dire que ce corps est le plus ancien, le plus considérable, le plus nécessaire, le plus utile et qu’il p.145 mérite toutes sortes
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d’égards ». Castilhon, en démontrant d’ailleurs que le gouvernement républicain ne convient pas aux Français, conclut, à l’occasion, « que les roturiers étant visiblement les fils de la nature et les nobles, les enfants de l’orgueil, la roture est infiniment plus ancienne et, par cela même, plus respectable que la noblesse ». Coyer dans certaines de ses Bagatelles et dans sa Dissertation sur la nature du peuple ne se montrera pas moins sévère contre les grands seigneurs insolents et incapables, convaincus que le peuple ne fait pas partie de l’humanité, pas moins pitoyable pour « les forçats de l’humanité qui ont l’honneur de labourer leurs domaines ». Ainsi commence à se justifier le mot de Duclos que « grand seigneur est un mot dont la réalité n’est plus que dans l’histoire ».
On peut se demander si des discussions politiques en apparence beaucoup plus audacieuses avaient en réalité la même portée. Le Code de la nature de Morelly (1755) auquel on peut joindre sa Basiliade (1753) ne se contente pas de rechercher les premiers principes du droit naturel. Il en tire des conséquences expressément contraires non seulement à la monarchie tempérée, mais encore aux démocraties réalisées par l’histoire. Il est résolument communiste : « Lois fondamentales et sacrées qui couperaient racine aux vices et à tous les maux d’une société : I. Rien dans la société n’appartiendra sin-gulièrement ni en propriété à personne que les choses dont il fera un usage actuel soit pour ses besoins, ses plaisirs ou son travail journalier. » Ce code, dit Raynal « fait du bruit ». Mais en réalité il n’a pas dépassé trois éditions. Ni Morelly ni les autres abstracteurs qui ont échafaudé au XVIIIe siècle des systèmes
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plus ou moins socialistes ou communistes n’ont été vraiment pris au sérieux ni par le gouvernement, ni par l’opinion ; ou du moins on n’y a vu que des spéculations de jeu analogues aux cités des Australiens, des Sévarambes, du Télèphe de Pechméja, etc. M. A. Lichtenberger en a fait la démonstration élégante et solide 1.
b. La critique directe des abus
Cette critique est, à certains égards, plus intéressante parce qu’elle touche à des maux actuels et en propose les remèdes immédiats. p.146 Mais sa portée peut être beaucoup moindre, car elle ne prépare pas nécessairement un esprit révolutionnaire, même indirectement. On pouvait corriger bien des abus de l’ancien régime sans toucher à rien d’essentiel dans l’organisation politique : par exemple l’injustice et la brutalité de la législation et de la procédure criminelles, la complexité et les contradictions de la législation civile, la tyrannie des jurandes et maîtrises, même certains privilèges féodaux comme la mainmorte et le servage ; on ne pouvait toucher à l’assiette de l’impôt sans toucher en même temps à l’un des privilèges essen-tiels de la noblesse, mais on pouvait dénoncer l’injustice et la férocité de son recouvrement, les rapines et le luxe scandaleux des traitants ; on pouvait même critiquer la multiplicité et la vénalité des charges, etc. On a poursuivi infatigablement le procès de ces abus sociaux, à la suite de Montesquieu, de Voltaire, de l’Encyclopédie, etc., dans un grand nombre de traités et dissertations dont la plupart sont fort respectueux de l’ordre établi et ne se donnent même pas pour « philosophes ».
1 1543.
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Souvent d’ailleurs ces critiques positives et directes sont plus ou moins noyées dans des systèmes généraux. C’est le cas pour un certain nombre des ouvrages que nous avons étudiés et pour les traités tels que L’Homme en société de Goyon de la Plombanie (1763) ou l’Ami du prince de Sapt (1769). Il y a plus de précision dans l’Économie politique de Faiguet de Villeneuve (1673) ou les Recherches sur les moyens de supprimer les impôts, de Béardé de l’Abbaye (1770) ; mais là encore l’esprit réaliste est subordonné à de vastes systèmes doctrinaux dont l’ampleur même en faisait un simple jeu de l’esprit. On peut en dire autant des physiocrates. Leur oeuvre a été en un certain sens considérable par le nombre et l’intelligence des adeptes, par l’enthousiasme qui les anime et par l’abondance des discussions et polémiques qu’ils ont suscitées 1. Elle a exercé une influence technique importante puisqu’ils ont été les vrais fondateurs de l’économie politique. Enfin ils ont joué un rôle politique indéniable par la sorte de hasard qui a mis au pouvoir l’un de ceux qui leur faisaient confiance, Turgot. Ils avaient sur l’agriculture, le commerce, les finances des vues pratiques assez précises dont certaines ont été ainsi mises à l’épreuve p.147 des faits. Mais en même temps leur système était si bien un système qu’on pouvait justement l’appeler le Système et que nous aurions pu tout aussi bien les placer dans notre § III. Ils étaient convaincus qu’ils avaient pour eux la Raison éternelle et une logique quasi divine. Ils affirmaient que leurs déductions avaient la même certitude que la géométrie d’Euclide. D’autre part, les réformes qu’ils réclament (avances d’argent aux agriculteurs,
1 Voir l’ouvrage de M. Weulersse (1575).
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réforme des vaines pâtures, du droit de chasse, des corvées, des milices, de la dîme, de certains droits féodaux, des douanes intérieures, etc.) exigeaient bien un certain remaniement du régime, mais qui n’avait rien de révolutionnaire. D’autant plus qu’il était subordonné à l’ensemble du système qui condamnait tout esprit démocratique. L’État, selon eux, ne pouvait être qu’un « despotisme légal » mettant aux mains d’un monarque absolu un pouvoir à peine limité dans certains cas par un droit de veto des magistrats. Les physiocrates se sont beaucoup remués, et ils ont quelque peu remué, mais sur place, pour ainsi dire, et sans faire avancer vers l’esprit révolutionnaire.
Il y a un peu plus de cet esprit chez ceux qui ne remettent pas la réforme des abus aux mains d’un despote légal : dans les Observations sur les lois criminelles d’un Boucher d’Argis ; dans le Discours en faveur des paysans du Nord de Marmontel ou la Dissertation de Béardé de l’Abbaye qui plaident en faveur de la propriété paysanne ; dans les Lettres à Philopenès où Séguier de Saint-Brisson défend avec ardeur la cause des pauvres ; dans les Lettres iroquoises où Maubert de Gouvet attaque le luxe, la vénalité des charges ; dans la Législation du divorce de Cerfvol ; mais c’est un peu sans qu’ils le veuillent et simplement parce qu’à force d’entendre dénoncer les abus qui existent sous un régime on est tenté d’en rendre responsable le régime lui-même. Le ton est un peu plus âpre chez un Graslin (Essai analytique sur la richesse et sur l’impôt, 1767). Et il le devient enfin tout à fait chez certains, bien qu’ils n’aient pas la moindre intention révolutionnaire. C’est le cas du P. Collet qui s’élève avec véhémence contre certains abus et notamment ceux du droit de
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chasse : « On demande quelquefois pourquoi à la fin des siècles il y aura un jugement général : c’est afin que tant d’horreurs soient publiées à la vue des nations. » Ou celui de notre abbé p.148 Coyer dont maintes brochures, qui eurent souvent le plus vif succès, s’acharnent contre la vénalité des charges, le droit de chasse, les iniquités de la justice, les impôts qui accablent le peuple, l’insolente oisiveté des grands qui ne vivent qu’aux dépens du peuple, l’absurdité des jurandes et maîtrises. Au total d’ailleurs l’accent de colère et de violence est encore assez rare ; par timidité sans doute, et surtout par prudence. On use encore de l’allusion et de l’ironie ; et c’est pour cela que les critiques les plus insolentes prennent le masque des fictions.
IV. — Les fictions : romans et théâtre
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Ces fictions attaquent d’abord la religion. Elles reprennent un certain nombre des arguments ressassés dans les dissertations et pamphlets ; non pas les arguments d’exégèse, de critique historique trop sévères pour ce qui doit n’être qu’une distraction, mais les ironies ou les malédictions contre l’inutilité et la malfaisance des prêtres, de la théologie, de l’esprit de fanatisme. La mode des voyages imaginaires dans les pays où règnent des religions « naturelles » et bienfaisantes est passée ; on ne peut guère signaler que la Relation du monde de Mercure du chevalier de Béthune. On veut des attaques plus directes. Les moins hardies sont celles qui bafouent les moines et les chicanes stupides et féroces des théologiens, celles de Palissot dans Zélinga, du conte d’Azoïla, de Tiphaigne dans l’Empire des
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Zaziris, de Luchet dans La Reine de Benni, etc. : « Il y avait dans le royaume de Benni cinquante mille prêtres, ce qui fait, eu égard au nombre des habitants, un prêtre pour cent cinquante personnes ; le clergé avait à peu près le tiers du revenu de l’État... Trémina dit :... Réformons les prêtres. » Critiques banales, pour la plupart. Elles deviennent plus insolentes et prennent souvent le ton de la parodie la plus grossière dans les romans licencieux, dont le nombre s’accroît et qui apportent au lecteur avec le ragoût des obscénités élégantes ou fangeuses le sel de l’impiété triomphante ; ainsi dans la Thérèse philosophique de d’Argens, dans Margot la Ravaudeuse de Fougeret de Montbron ou dans l’Imirce ou la fille de la nature de Dulaurens où l’on démontre qu’il n’y a pas p.149 besoin pour vivre d’autres règles que celles des instincts, y compris ceux qui font coucher ensemble les garçons et les filles. Le fanatisme surtout, l’intolérance qui prétend asservir les âmes par la crainte des supplices sont combattus avec une ironie amère ou une violence déchaînée. Une demi-douzaine de contes, sans parler de Candide et des contes de Voltaire, tiennent à maudire l’Inquisition et tout ce qui lui ressemble, depuis la Zélinga de Palissot (1749) qui sera pourtant l’adversaire acharné des philosophes, jusqu’au Bélisaire de Marmontel, en passant par Chevrier et les anonymes Lieb-Rose ou Azoïla. Azoïla, par exemple, développe sur le ton pathétique les ironies où Voltaire expose l’art de fesser et brûler dévotement ceux qui pourraient ne pas penser comme vous.
Ni dans le fond d’ailleurs, ni dans la forme ces contes et romans ne dépassent les pamphlets ou traités de d’Holbach et de quelques autres. C’est surtout lorsqu’il s’agit de critiques
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sociales et politiques qu’ils parlent avec plus de décision et de violence. Assurément, beaucoup de ces critiques sont faites en passant ou avec une certaine discrétion : critique de la justice, des douanes intérieures, de la vénalité des charges, des financiers, de l’esclavage. Mais il arrive assez souvent qu’on insiste, et sur des points qui sont de conséquence. Telles les critiques de la noblesse dans le Paris de Chevrier, l’Imirce de Dulaurens et les Songes d’un ermite de L.-S. Mercier. Tels surtout le Chinki de l’abbé Coyer, « histoire cochinchinoise qui peut servir à d’autres pays » (1765), ou certains passages des Lettres d’Affi à Zurac de J.-V. Delacroix (1767). « Ceux qu’on avait déclarés Nobles d’origine, dit Coyer, et surtout les grands mandarins allèrent s’imaginer que leur sang était plus pur, plus analogue aux grandes vertus que celui des autres hommes. Ils le disaient, ils l’imprimaient, ils le faisaient chanter sur le théâtre. Quelques philosophes (car il y en a partout où il y a de la raison) contestèrent cette nouveauté. On les appela des insolents qui méritaient d’être châtiés. » Les résultats de l’équitable organisation politique et sociale de la « Cochinchine » sont que les filles de Chinki deviennent, par misère, courtisanes, et finissent en prison, que l’une donne à sa soeur une robe de sa maîtresse et est pendue et que l’honnête et laborieux Chinki et sa femme meurent de désespoir. Pour mettre un peu p.150 d’ordre, de justice et de foi dans son misérable royaume, le roi supprime non seulement les jurandes et maîtrises que Coyer a surtout voulu condamner, mais l’intolérance, certains privilèges seigneuriaux, les impôts sur la terre ou les denrées. Au ton sarcastique de Coyer font écho le ton sensible et les larmes de
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J.-V. Delacroix et ce sont tour à tour l’accent de Voltaire et celui de Rousseau qui dénoncent les iniquités sociales : « J’ai vu ces infortunés qui arrachent à la sueur de leur front, du sein de la terre, le pain qui nourrit tous les hommes, en manquer eux-mêmes et tomber de faiblesse. Je me suis écrié, le coeur oppressé de douleur : de quel nom vous appellerai-je, ô vous qui êtes assez durs pour voir d’un oeil indifférent ceux de qui vous tenez le soutien de vos jours périr de misère pendant que vous nagez dans l’abondance ? Je me suis informé de la cause d’un abus si horrible, et J’ai appris, en frémissant, qu’il y avait eu des hommes assez vils, assez méprisables, pour soutenir que l’intérêt de l’État et de l’humanité exigeait que l’on tînt le culti-vateur dans la misère. »
Le théâtre a été, par nécessité, beaucoup plus réservé, avant 1770. Car si l’on peut imprimer à l’étranger ou clandestinement un roman et le faire circuler, on ne peut pas jouer une pièce de théâtre sans l’assentiment de l’autorité. Pas de pièces politiques ni même à tendances sociales. Car on peut bien dire qu’une ou deux douzaines de tragédies dénoncent les crimes de tyrans et maudissent le despotisme ou font l’éloge des vertus républicaines, depuis l’OEdipe ou le Brutus de Voltaire jusqu’au Guillaume Tell de Lemierre, en passant par le Childéric de Morand, Blanche et Guiscard de Saurin ou l’Orphanis de Blin de Sainmore. Et il arrivera un temps où les spectateurs prétendront saisir et applaudiront dans ces pièces des allusions républicaines. Mais il est certain que ni les auteurs ni surtout les spectateurs ne pensaient à mal et ne faisaient aucune application aux affaires du temps. Autant dire qu’on combattait la monarchie et qu’on
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appelait la révolution dans les innombrables discours où les rhétoriciens des collèges maudissaient les tyrans et louaient la vertu républicaine des Brutus et des Catons. Si bien que l’auto-rité laissa jouer sans scrupule toutes ces histoires de despotes et de vengeurs des opprimés tandis qu’elle interdisait La Partie de chasse p.151 d’Henri IV de Collé, simplement parce qu’on pouvait opposer un monarque absolu, mais humain, au monarque qu’était Louis XV. Il n’y a pas plus d’intentions politiques dans les nombreuses comédies qui mettent à la scène la vanité, l’égoïsme, les préjugés des nobles, pas plus qu’il n’y en a dans les sermons de Bossuet, les comédies de Molière, les Caractères de La Bruyère. Il ne s’agit que de peindre les ridicules et les vices, non d’en chercher le remède dans un bouleversement social.
Par contre il y a, dans un assez grand nombre de tragédies ou de drames, des polémiques dirigées évidemment contre des « préjugés » religieux. Par allusions, presque toujours, et sous couleur de peindre des pays ou un passé lointains. Mais les auteurs voulaient qu’on comprît les allusions et les spectateurs ne pouvaient pas s’y méprendre. On peut en excepter le Mahomet de Voltaire où Voltaire prit assez de précautions pour que le pape acceptât la dédicace et que l’autorité fût désarmée, et même son Alzire où l’on ne sait au dénouement s’il faut haïr le fanatisme chrétien ou admirer les vertus chrétiennes. Mais bientôt on n’a plus l’embarras du choix et les pièces sont manifestement écrites pour donner l’horreur du fanatisme. Allusions voilées à cause du décor classique dans Les Héraclides, La Mort d’Hercule, le Numitor de Marmontel, etc., plus précises
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dans l’Iphigénie en Tauride, de Guimond de la Touche, l’Hypermnestre et La Veuve du Malabar de Lemierre et surtout dans Azor ou les Péruviens de du Rosoi, dont le discours préliminaire avoue les intentions, dans l’Élisabeth de France de Lefèvre, dans Blanche et Guiscard de Saurin et dans Lothaire et Valrade de Gudin de la Brenellerie :
Raimond
Ainsi l’humanité sur vous n’a point de droits ?
Arsène
Je n’écoute que Dieu, je n’entends que sa voix.
Enfin trois drames ont joint à la critique générale de la superstition un plaidoyer violent contre les voeux monastiques forcés. L’indignation n’était pas nouvelle ; on la trouve déjà chez Bourdaloue, chez La Bruyère et dix autres. Mais ils ne dénonçaient qu’un abus des hommes. Au contraire, dans l’Euphémie de Baculard d’Arnaud p.152 et surtout dans Mélanie ou la Religieuse de La Harpe et Ericie ou la Vestale de Dubois-Fontanelle, c’est, malgré des précautions ou des politesses, la religion tout entière qui tend à être mise en cause. D’ailleurs les représentations de Mélanie et celle d’Ericie (comme celles de Lothaire et Valrade) furent interdites. Mais l’interdiction ne fit que les rendre célèbres. « C’est une fureur pour entendre la lecture de Mélanie, dit Bachaumont ; on s’arrache cet auteur. » Et l’opinion publique fut bientôt la plus forte ; on finit par jouer Ericie en province et abondamment 1.
1 Voir p. 338.
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V. — Les groupements : les salons ; l’Académie française 1
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Les salons se sont peu à peu transformés comme la littérature. Avant 1750, il y a des salons philosophiques en ce sens que des philosophes y viennent et en sont l’ornement et que les maîtresses de maison y sont, exception faite pour Mme Geoffrin, tout aussi sceptiques que les philosophes en matière de religion. Fontenelle règne dans le salon de Mme de Tencin, et Fontenelle, d’Alembert, Montesquieu, Duclos, Buffon, Grimm, Galiani, etc., chez Mme Geoffrin ou Mme du Deffand. Mme de Tencin ne croit à rien qu’à ses plaisirs, à son ambition ou aux plaisirs de l’esprit et Mme du Deffand ne croit même plus au plaisir ou à l’ambition. Mais elles tiennent à leur tranquillité et elles détestent les chamailleries. On ne parle pas du tout chez elles des sujets dont la police, qui surveille leurs portes, pourrait saisir l’écho ; ou on n’en parle qu’à mots couverts ou dans les coins. On commence à être beaucoup plus hardi dans les salons d’Helvétius ou d’Holbach, puis dans ceux, plus obscurs, de Mme de la Briche ou de Mme d’Epinay. Chez d’Holbach, Galiani improvise un jour pour Dieu, le lendemain contre Dieu. Diderot nous a laissé le tableau pittoresque des conversations débridées où tous les vieux respects sont joyeusement bafoués : « Un souverain prudent isolera sa demeure de celle des dieux. Si ces deux édifices sont trop voisins, p.153 le trône sera gêné par l’autel, l’autel par le trône ; et il arrivera quelque jour que, portés l’un contre l’autre avec violence, ils s’ébranleront tous les deux. — Il ne serait pas difficile à un prince politique de soulever
1 Ouvrage de référence générale : L. Brunei, Les Philosophes et l’Académie
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le haut clergé contre la cour de Rome, ensuite le bas clergé contre le haut, puis d’avilir le corps entier. — Les voilà-t-il pas [s’exclame Mme d’Aine, belle-mère du baron] qui rêvent com-ment on pourrait traîner la sainte Église de Dieu dans la boue ! Voulez-vous vous taire, vilains athées que vous êtes ! — Mais à propos, le petit croque-Dieu [curé] de Sussy ne vient-il pas souper ? — Pardi, mon gendre, s’il vient, ménagez un peu ses oreilles ; comment voulez-vous qu’il dise la messe, quand il a ri de vos ordures ? — Qu’il ne la dise pas ! » Propos qui ne se tiennent sans doute que dans l’intimité, comme ceux sur la matière vivante, sur l’histoire et les inepties des religions. On devait être plus réservé quand les salons étaient grands ouverts. On l’était aussi chez Mlle de Lespinasse, qui n’était pas athée, chez Mme Necker qui était pieuse. Mais peu importaient les conversations ouvertes. Chez Helvétius et d’Holbach athées, chez Mlle de Lespinasse déiste, chez Mme Necker chrétienne on se retrouvait entre amis, entre philosophes, entre initiés. Galiani, Morellet, Garat, Suard, Diderot, d’Alembert, Raynal, Marmontel, Duclos, Boulanger, Saint-Lambert, Roux et Darcet, Rouelle, La Condamine, etc., se rencontraient, se promenaient, causaient, les uns « athéistes », les autres « théistes », mais tous disposés à faire triompher la bonne cause, celle de la philosophie et à écraser sinon « l’infâme », tout au moins le fanatisme.
En même temps ces salons prenaient une importance sociale beaucoup plus grande. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, ils n’avaient guère été que des milieux mondains et littéraires ; on y discutait des choses de l’esprit et du goût, non de celles de
française au XVIIIe siècle, (1509).
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la vie sociale et de la politique. On est beaucoup plus hardi vers 1760 chez d’Holbach ou chez Helvétius, puis chez Mme Necker. Enfin on ne fait pas que s’y réunir ; on y forme un parti ; on s’y entend pour agir et pour conquérir. La plus glorieuse de ces conquêtes fut celle de l’Académie française, que M. Brunel a judicieusement étudiée. Dans la première moitié du siècle, l’Académie est un corps p.154 respectueux et prudent, malgré la présence de Fontenelle, Montesquieu, Duclos, etc. ; et la prudence va même jusqu’à la somnolence. Puis, sous l’influence de Duclos et de d’Alembert, l’Académie se réveille. On y lit des mémoires imprégnés, plus ou moins, d’esprit philosophique. Mais la philosophie y reste académique et tempérée. Un hasard, le discours de réception de Lefranc de Pompignan, en 1760, souleva la tempête qui devait conduire le vaisseau des philosophes vers des destinées triomphantes. Lefranc avait cru devoir dénoncer la « liberté cynique » et la « philosophie altière qui sape également le trône et l’autel », c’est-à-dire les oeuvres de certains de ses confrères. On sait que Voltaire, puis Morellet, puis d’autres relevèrent le défi et prouvèrent à l’infortuné Pompignan qu’un cynisme spirituel était plus efficace qu’une dévotion compassée et d’ailleurs vaniteuse. Les Quand, les Pourquoi, la satire du Pauvre diable mirent les rieurs, c’est-à-dire presque toute l’opinion, du côté des philosophes. Et l’Académie sut exploiter sa victoire. En dix ans, de 1760 à 1770, sur quatorze élections, neuf font entrer des philosophes à l’Académie. Pratiquement ils y sont la majorité. Et ils le font bien voir. Au lieu de proposer comme sujet du prix d’éloquence d’insipides lieux communs moralisants, on donne des éloges,
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ceux, par exemple, de Sully et de Descartes. Et les discours de Thomas que l’on couronne, qui donnent à Thomas une éclatante célébrité et le font entrer à l’Académie, ne sont pour la forme qu’une piètre rhétorique. Mais ils développent en pleine Académie les thèmes philosophiques les plus hardis, l’éloge véhément de la liberté de pensée, la critique violente des gabelles, des corvées, des fermes générales, des « oppresseurs barbares » d’un peuple misérable et terrifié. Bientôt en proposant les éloges de Molière (1769) et de Fénelon (1771), on prévenait les concurrents qu’ils n’auraient pas besoin de soumettre leur manuscrit à la censure d’un théologien. L’Académie continuait à faire célébrer le 25 août une messe en l’honneur de saint Louis et à écouter l’éloge du saint roi. Mais en 1767, l’abbé Bassinet, en 1769, l’abbé Le Cousturier substituaient à l’éloge du saint celui du roi laïque, en suggérant même que le saint avait gâté le roi et qu’il y avait lieu dans tous les cas de ne louer ni l’Inquisition ni le « pieux délire » des croisades.
VI. — Conclusion
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p.155 Il y a donc dans le monde littéraire, des grands philosophes aux tout petits, des graves érudits aux conteurs folâtres ou larmoyants, des salons à l’Académie, une évolution profonde entre 1748 et 1770 environ. L’Année littéraire le reconnaissait en le déplorant : « Le plus mince écrivain veut passer pour philosophe ; c’est la maladie ou, pour mieux dire, la folie du jour. » On pourrait confirmer l’Année littéraire par
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Duclos rappelant la « fermentation universelle de la raison » et par vingt autres. On pourrait compter les titres des traités, brochures, contes, poèmes mêmes qui s’ornent dans leur titre ou sous-titre de l’étiquette « philosophique » ; il y en aurait plus d’une centaine. On pourrait compter surtout le nombre de ces oeuvres qui agitent ouvertement les problèmes religieux, sociaux ou politiques ; il y en aurait dix contre une ou deux pendant la période 1715-1748. La quantité des oeuvres a changé ; et leur qualité même est toute différente. Mais l’évolution a varié selon les sujets.
Dans le domaine des idées religieuses, on peut dire que, dès cette date, la victoire est décisive. Elle n’est même plus contestée s’il s’agit des droits de la tolérance et de la morale laïque et humanitaire. Le fanatisme, la persécution religieuse sont dénoncés avec des sarcasmes ou des sanglots indignés comme de monstrueux attentats contre le genre humain. On ne prend plus même la peine de justifier une morale dédaigneuse des dogmes et construite non pour le salut dans l’autre monde, mais pour le bonheur dans celui-ci ; on la tient pour acquise, pour évidente et l’on se borne à en étudier les applications. Ouvertement on combat même sinon certains dogmes, du moins certains articles fondamentaux de la police catholique, l’indis-solubilité du mariage, les voeux monastiques, certains privilèges et les moeurs du clergé. Contre les dogmes et la foi on ne peut rien dire, en principe, qui ne soit passible de la corde ou des galères. Mais en fait on dit tout, avec la plus joyeuse ou la plus fiévreuse insolence. « Il pleut des bombes, écrit Diderot, dans la maison du Seigneur. » Au lieu de quelques minces volumes, de
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quelques chapitres ou paragraphes dont il faut traduire les intentions, de coûteuses copies manuscrites, ce sont des douzaines de pamphlets ou p.156 traités en forme ; au total, des centaines d’éditions. Tout cela, nous aurons à le dire, n’a pas converti tout le monde à l’incrédulité ; il s’en faut de beaucoup. Mais chacun sait que cela existe ; chacun connaît, au moins par ouï-dire, les crimes impunis des ennemis de l’Église ; et chacun, ou à peu près, peut, s’il le désire, s’en faire complice.
Dans le domaine des idées politiques les choses vont autrement. De très nombreuses discussions et beaucoup de discussions systématiques. Mais il n’y en a point qui soient, même sournoisement, révolutionnaires. De tous ces systèmes les uns ne sont que des abstractions très générales dont on peut tirer toutes sortes d’adaptations pratiques, y compris le despotisme légal des physiocrates ou le despote philosophe qui aurait fait l’affaire de Voltaire, Diderot, d’Holbach, etc. ; les autres ne sont que des ratiocinations historiques destinées à consolider le pouvoir de privilégiés ; quelques-uns enfin, qui vont jusqu’au communisme intégral, ne peuvent apparaître que comme des utopies inoffensives. Par contre, toutes sortes de dissertations et réflexions sur des abus précis, actuels dont on propose la réforme immédiate. La plupart de ces critiques ne visent que des injustices ou des erreurs sociales qu’on peut corriger sans toucher aux principes du gouvernement. Quelques-unes cependant se font plus hardies, qu’il s’agisse des privilèges des grands ou de ces misères du peuple qu’on ne peut soulager qu’en touchant aux privilèges. Surtout le ton change : ironique ou pathétique, il se fait plus âpre, plus ardent. Ce n’est plus le
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conseil qu’on suggère ; ce n’est plus même la raison qui conclut ; c’est le ressentiment, de temps en temps la colère qui parlent et parfois la révolte qui gronde. On ira plus loin, et beaucoup plus souvent, de 1770 à la Révolution ; mais déjà l’incendie couve et même crépite. Il nous reste seulement à savoir, et c’est d’ailleurs le point capital, quels étaient le nombre et l’étendue des foyers.
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CHAPITRE IV
LA DIFFUSION GÉNÉRALE : 1. PARIS
I. — La bataille entre les écrivains et l’autorité 1
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p.157 On sait, et nous l’avons montré dans notre première partie, que la liberté d’écrire n’existait pas et que, pour répandre leurs opinions, les philosophes s’exposaient aux plus graves dangers en entraînant avec eux les imprimeurs, libraires, colporteurs. En droit la situation ne change pas, entre 1748 et 1770 ; même elle s’aggrave. L’édit d’avril 1757, renouvelant de précédents édits, prononce la peine de mort contre les auteurs ou imprimeurs de livres non autorisés ; celui de mars 1764 défend de faire paraître quoi que ce soit concernant l’administration des finances ; en 1767, arrêt du Parlement pour interdire d’écrire sur les questions religieuses. Pour assurer la répression l’autorité dispose d’une police nombreuse, « mouches » ou espions dispersés dans les rues, les foires, les bals, guinguettes et cafés, commis autorisés, sans compter les dénonciateurs largement payés. D’année en année leur nombre s’accroît. En 1769, par exemple, on crée de nouveaux inspecteurs de la librairie à Toulouse, Montpellier, Nîmes. L’activité de toute cette police est considérable ; p.158 il y avait à
1 Ouvrages de référence générale : J.-P. Belin, Le Commerce des livres prohibés, op. cit., (1505). Du même auteur, Le Mouvement philosophique de 1748 à 1789, (1504). Nous ne donnons dans nos notes que les références des faits non signalés par ces deux études.
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Paris et en province des centaines de visites, saisies et condamnations. Pour rendre la surveillance plus sûre le nombre des imprimeurs était strictement limité et l’on tendait sans cesse à le diminuer. L’imprimerie de Vendôme, par exemple, avait été supprimée en 1739 ; elle s’était réinstallée ; mais elle est à nouveau supprimée par l’arrêt du Conseil qui limite à huit le nombre des imprimeurs pour la généralité d’Orléans. En 1768, il ne peut y avoir à Agen, Condom, Périgueux, qu’un imprimeur-libraire et un imprimeur, etc.
Les condamnations effectives d’auteurs connus sont assez nombreuses : l’auteur des Moeurs, Toussaint, doit s’exiler ; l’abbé de Méhégan, l’auteur de Zoroastre, est mis à la Bastille ; Diderot reste cent jours au château de Vincennes pour sa Lettre sur les aveugles ; l’abbé de Prades n’échappe à la prison que par la fuite et l’exil ; puis ce sont La Beaumelle, Morellet, Marmontel, Darigrand (pour son Antifinancier), Durosoy (pour ses Jours d’Ariste et son Nouvel Ami des hommes) qui vont passer quelques semaines ou quelques mois à la Bastille ou à Vincennes. On s’est indigné de ces embastillades ou l’on en a souri. On a dit que les écrivains n’étaient pas jetés sur la paille humide des cachots, mais traités avec bienveillance et même avec libéralité. Il est certain que la Bastille était, de droit, une prison dorée pour les prisonniers qui tenaient dans l’État un certain rang ; elle pouvait être fort douce pour les écrivains qui n’étaient rien, mais rien ne les assurait qu’elle ne serait pas fort sévère. Ils n’y furent jamais enfermés plus de quelques mois ; mais ils pouvaient y rester des années ou toute leur vie. On pouvait même aussi bien les envoyer pourrir jusqu’à leur mort
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dans les cages du Mont-Saint-Michel réservées en fait à des folliculaires convaincus ou soupçonnés d’en vouloir au roi lui-même. Et si l’on fut indulgent pour les gens de lettres, on ne le fut pas toujours pour ceux qui leur étaient indispensables, les imprimeurs, libraires, colporteurs. Un très grand nombre de condamnations sont bénignes, quelques mois de fermeture, quelques centaines de livres d’amende ou même moins. Mais parfois l’autorité et les juges ont des accès de zèle et, pour l’exemple, accablent les coupables. En 1757, huit imprimeurs-relieurs sont condamnés au carcan et bannis pour trois ans ; La Martelière est p.159 condamné, par contumace, à neuf ans de galères, et l’abbé de Capmartin, effectivement, à neuf ans de la même peine. En 1768, un garçon apothicaire qui avait acheté Le Christianisme dévoilé est condamné à neuf ans de galères, le colporteur qui l’avait vendu à cinq ans et sa femme à la prison perpétuelle.
La liste des ouvrages condamnés et brûlés sur le grand escalier du Palais est fort longue. On a raconté bien souvent les principales « affaires ». Les premiers volumes de l’Histoire naturelle de Buffon scandalisent la Sorbonne, parce qu’ils semblent contredire la Genèse. Buffon, qui n’a pas la réputation d’un « philosophe » et que l’opinion soutient, ne corrige pas son oeuvre qui continue à se vendre librement, mais il publie une déclaration où il reconnaît qu’il respecte les livres saints et la Sorbonne et que la Sorbonne a toujours raison. On découvre dans la thèse de l’abbé de Prades des propositions hérétiques ou même matérialistes. On sait que de Prades est l’ami de Diderot qui a sans doute collaboré à la thèse ; l’abbé doit s’enfuir.
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L’Encyclopédie est supprimée (1752) et l’impression n’en peut continuer qu’avec une autorisation tacite. En 1758, Helvétius publie avec privilège, par une inadvertance du censeur, son livre matérialiste De l’Esprit. Grandes colères. Helvétius doit publier une première, puis une deuxième, puis une troisième rétractation de plus en plus humbles, et le privilège de l’Encyclopédie est supprimé. En 1760, l’abbé Morellet passe deux mois à la Bastille pour son pamphlet La Vision de Palissot. En 1767, trente-sept propositions du Bélisaire de Marmontel sont censurées et Marmontel quitte quelque temps la France par prudence. Le nombre des livres condamnés est considérable. Il est vrai que le plus grand nombre sont des ouvrages de polémique jésuite-janséniste ou de chicanes théologiques ; mais presque tous les ouvrages philosophiques de quelque importance ont l’honneur de leur petit « brûlement ». Rocquain en a donné une liste que l’on pourrait allonger avec les dossier manuscrits des collections Anisson et Joly de Fleury. Rappelons simplement qu’au terme de notre période le Parlement, par arrêt du 18 août 1770, fait brûler La Contagion sacrée, L’Examen critique des apologistes de la religion chrétienne, Le Christianisme dévoilé, Le Système de la nature de d’Holbach ou publiés par lui, le Discours p.160 sur les miracles de Jésus-Christ de Woolston, les OEuvres théologiques mais raisonnables [ ?].
Il est certain que ces pénalités, cette police, ces condamnations ont mis des obstacles considérables à la diffusion des idées nouvelles. Les écrivains pouvaient fort bien les braver, par amour de leurs idées et pour l’honneur, en comptant d’ailleurs sur une indulgence cent fois prouvée. Mais les
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imprimeurs, libraires, colporteurs n’avaient pas les mêmes raisons de risquer la ruine, l’exil ou même les galères. Ils ne pouvaient être tentés que par l’appât de gains considérables, et la conséquence de ces gains était que les livres interdits se vendaient fort cher. En 1748, la condamnation des Moeurs rend le livre « très cher et très rare ». En 1752, les exemplaires du Siècle de Louis XIV sont payés jusqu’à quinze livres ; l’Émile se vendra deux louis ; le Mémoire pour Abraham Chaumeix jusqu’à six. L’Ingénu de Voltaire, qui valait trois livres, monte à un louis après sa suppression. Zoroastre, Le Christianisme dévoilé, Le Militaire philosophe, Le Système de la nature se paient de dix-huit sous à cent livres. Il faut parfois payer deux louis pour emprunter la Lettre de Thrasybule à Leucippe. Un roman de J. Bardou, l’Histoire de Laurent Marcel, nous renseigne, en 1779, sur les prix des colporteurs : « L’Imposture sacerdotale, répondit le colporteur, est de dix écus ; nous n’avons pas huit personnes à Paris qui l’aient actuellement... La Superstition démasquée vous coûtera vingt francs. » Si l’on multiplie par quinze, comme il convient, et pour le moins, ce sont des prix qui vont, en général, de deux cent vingt-cinq francs à dix-huit cents francs de notre monnaie (six cents francs pour l’Émile). Bien entendu il arrive même que les ouvrages soient introuvables. « Il n’y a pas moyen de l’envoyer, écrit Mlle de Lespinasse du Bonheur d’Helvétius, il n’y en a guère même de se le procurer ici ; peu de gens l’ont vu » ; et La Beaumelle demande à Maupertuis de lui faire copier Le Sermon des cinquante de Voltaire pour le lui envoyer à Montpellier.
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Et pourtant tous les ouvrages interdits se vendent, plus ou moins, souvent beaucoup plus que tous les ouvrages autorisés ; le chiffre des éditions va nous en donner la démonstration éclatante. C’est que l’attaque est encore plus active que la défense. Les imprimeries p.161 clandestines sont nombreuses à Paris et en province. Les presses de Londres, Amsterdam, Genève, etc., gémissent sans arrêt pour imprimer Voltaire, Rousseau, d’Holbach, Morelly et cent autres. Pour introduire les ouvrages en France il y a cent moyens, les colporteurs, les employés complices de la poste et des diligences, les bateaux du Havre, de Boulogne, de Bordeaux, les voitures des particuliers et notamment celles des grands seigneurs qu’on ne fouille pas. Il est non seulement profitable pour beaucoup, mais il est élégant d’aider la contrebande. L’autorité elle-même, lorsqu’elle a le désir d’agir, se sent épiée, raillée, mal soutenue ou désavouée. Souvent même, et en haut lieu, elle n’a aucun désir d’agir. Elle est plus ou moins complice des philosophes. Les grands seigneurs sont les premiers à se divertir et à acheminer les ballots. Quand on imprime l’Homme machine de La Mettrie c’est un seigneur « qui est l’âme de cette affaire ». En 1749, on cache douze ballots de Thérèse philosophe chez le prédicateur du roi au château de Versailles. Quand l’abbé de Prades doit s’enfuir après sa thèse, c’est d’Argenson qui lui donne asile, sur ses terres et chez son curé. En province même l’indulgence est grande et les libraires, dès 1765, y vendent presque ouvertement les livres prohibés. C’est le cas pour Bordeaux où l’on pourra acheter en 1774, à la Bourse, les oeuvres les plus impies de d’Argens, Voltaire, d’Holbach. A Besançon, l’intendant
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de Lacoré ferme les yeux sur le passage des ballots de librairie. A Lyon, il y a quatre libraires suspects ; Bruyset, l’un d’eux, imprime L’Esprit d’Helvétius, fait tout pour aider les encyclopédistes et est, pourtant, protégé par Malesherbes. Le libraire Réquillat, destitué en 1767, n’en continue pas moins son commerce. Un colporteur juif vend en cachette aux élèves du collège de Chaumont les contes de Voltaire, Zélis au bain, La Pucelle, Les Bijoux indiscrets ; on le surprend mais il est seulement expulsé. L’exemple de la bienveillance vient de haut. Si l’on est fort sévère pour accorder les autorisations et privilèges officiels, l’usage se répand, surtout par la volonté de Malesherbes, d’accorder des permissions tacites, qui ne défendent les libraires ni contre les contrefaçons ni même, en droit, contre les poursuites mais qui leur donnent pratiquement la sécurité. Permission tacite pour la Lettre sur les aveugles, permission tacite pour La Nouvelle p.162 Héloïse, permission tacite même pour le Chinki de l’abbé Coyer dont nous avons montré les audaces. On sait qu’en sous-main Malesherbes s’arrangea pour défendre les philosophes contre sa police, qu’après la révocation du privilège de l’Encyclopédie il cacha chez lui les manuscrits et documents de toute nature, qu’il fit son possible pour La Nouvelle Héloïse et L’Émile, etc. Le résultat fut que, vers 1770, les lois, arrêts, édits, inspections et visites n’étaient plus guère que des épouvantails dérisoires et des formalités superficielles. Voltaire, bien qu’il sue de peur à la moindre alerte, se sent en quelques années tout pénétré d’audace et d’insolence. Les éditions successives du Dictionnaire philosophique, de 1764 à 1770, passent de la guerre « sourde », de l’ironie cachée, aux
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impiétés sarcastiques et brutales. Pour la première édition, pourtant prudente, il se répand en désaveux innombrables et suppliants ; pour la dernière les désaveux ne sont plus guère que des formules désinvoltes. A Fontainebleau même, Lefèvre, libraire du château, vend Les Moeurs, La Pucelle, l’Antiquité dévoilée, Émile, Bélisaire, De la nature. Les poursuites et condamnations ne semblent guère avoir d’autre résultat que de fouetter la curiosité publique et d’assurer le succès des oeuvres. Barbier raisonnait fort juste lorsqu’il concluait qu’il valait mieux « étouffer l’affaire » et que les condamnations ne réussissaient qu’à « faire vendre bien cher ». Si bien que Morellet loin de redouter la Bastille l’appelait de ses voeux : « Ces six mois de Bastille seraient une excellente recommandation et feraient infailliblement ma fortune. » Il obtient ses mois de Bastille et ses espérances « n’ont pas été trompées ».
II. — La vente des ouvrages
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C’est la preuve essentielle de leur diffusion. Il n’est pas toujours possible de la donner avec une précision rigoureuse. Ces enquêtes bibliographiques sont longues et malaisées. Il ne suffit pas de relever les éditions authentiques des ouvrages ; il faut discerner et énumérer les contrefaçons d’autant plus nombreuses que les auteurs n’avaient aucun moyen légal, pour les livres non autorisés, de les poursuivre. Le chiffre des contrefaçons plus ou moins déguisées p.163 grossit considérablement le nombre des éditions plus ou moins authentiques. La bibliographie de Bengesco signale vingt-neuf
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éditions de Candide (y compris celles des OEuvres) ; M. Morize en a trouvé en réalité quarante-trois (avant 1789). Il y a une trentaine d’éditions de La Nouvelle Héloïse qu’on peut dire authentiques ; il y en a plus de soixante-dix avec les contrefaçons (avant 1800). D’autre part nous sommes très rarement renseignés sur le tirage de ces éditions ; il peut fort bien varier de cinq cents exemplaires à quatre mille (ce qui est le cas pour La Nouvelle Héloïse). Malgré ces difficultés et ces ignorances, on a fait et J’ai fait moi-même assez d’enquêtes pour qu’on puisse se rendre suffisamment compte de la vente des principaux ouvrages en 1748 et 1770.
De Voltaire, il y a au moins onze éditions du début à 1747, dix de 1748 à 1770, cinq de 1771 à 1789 ; mais il faut remarquer que ces éditions grossissent avec le temps considérablement et qu’il y a une grande différence d’importance entre les soixante-dix volumes in-8° de l’édition de Kehl et les quelque trente volumes in-12 des premières éditions. Pour les oeuvres prises isolément, nous possédons une bibliographie complète pour Zadig (vingt-sept éditions) et pour Candide (quarante-trois). Pour le reste nous n’avons que des enquêtes incomplètes dont le résultat doit être grossi d’un quart ou d’un tiers pour le moins : trente-cinq éditions des Lettres philosophiques, quatorze de l’Essai sur les moeurs, douze du Dictionnaire philosophique (sans tenir compte des OEuvres complètes). Pour les pamphlets, « facéties », « rogatons » et « petits pâtés » qui sont les oeuvres les plus audacieuses et qui furent sans doute les plus efficaces, la bibliographie de Bengesco donne des chiffres, également incomplets, qui varient de sept ou
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huit (Traité sur la tolérance, Le Dîner du comte de Boulainvilliers, l’Examen important de milord Bolingbroke) à quatre ou cinq (Les Questions de Zapata, la Profession de foi d’un théiste, les Colimaçons du R.P. L’Escarbotier, Dieu et les hommes, La Bible enfin expliquée), à trois, deux ou un pour les autres (éditions séparées ou dans les recueils). Les ouvrages plus modérés (Poèmes sur le désastre de Lisbonne — sur la loi naturelle) atteignent onze éditions. De Rousseau, il y a environ dix-huit éditions générales (ou p.164 contrefaçons) de 1764 à 1789 ; plus de soixante-dix éditions La Nouvelle Héloise (y compris celles des oeuvres complètes) ; pour l’Emile M. P.-M. Masson a étudié vingt-trois éditions jusqu’en 1800, mais il ne s’est attaché qu’aux plus importantes et il est certain qu’on en trouverait au moins une quarantaine.
L’Encyclopédie avait déjà, en 1754, trois mille souscripteurs et le libraire Le Breton y gagna plus d’un million. Elle fut deux fois rééditée en France, et il y eut deux contrefaçons imprimées en Italie et en Suisse. Bachaumont déclarait qu’elle était devenue « la base de toutes les bibliothèques » et le Journal de Paris qu’on en avait vendu en Europe trente mille exemplaires, chiffre considérable étant donné la masse et le prix de l’ouvrage 1. L’Esprit d’Helvétius a au moins onze éditions, plus quatre éditions dans les OEuvres. L’oeuvre philosophique de Diderot est moins répandue : trois éditions de la Lettre sur les aveugles, deux des Pensées sur l’interprétation de la nature, sept des Pensées philosophiques.
1 Qui est de 840 livres (une douzaine de mille francs) pour la deuxième édition.
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Les ouvrages qui attaquent directement et avec violence la religion chrétienne ont des succès assez divers. Certains sont assez lus. Sans compter les publications séparées ou dans les recueils, les oeuvres publiées collectivement sous le nom de Fréret ont sept éditions ; les oeuvres de d’Holbach ou publiées par lui ont un total de quelque soixante-quinze éditions, dont huit pour Le Christianisme dévoilé et dix pour Le Système de la nature. Les Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant de Deslandes en atteignent cinq. L’Antiquité dévoilée et les Recherches sur le despotisme oriental de Boulanger en ont cinq et quatre (six et cinq si l’on y joint les OEuvres). La Vraie Religion de La Serre en a cinq. Par contre, je n’ai trouvé que deux à trois éditions des Recherches sur les miracles de Levesque de Burigny, du Code de la nature de Morelly, du Militaire philosophe, et une seule des Lettres à Sophie. Le Recueil nécessaire a six éditions ; le Recueil philosophique une seule.
Les ouvrages nettement déistes, mais qui n’attaquent pas directement le christianisme et font une large place à l’Être suprême, à la conscience et à la vertu ont un assez vif succès étant donnés leur p.165 ampleur et le coût de leur achat : l’Élève de la nature de Guillard de Beaurieu a au moins cinq éditions et la Philosophie de la nature de Delisle de Sales en a cinq. Les Moeurs de Toussaint en ont onze.
Rappelons enfin qu’on continue à rééditer les ouvrages sceptiques et déistes parus dans la période précédente. Les OEuvres de Fontenelle, par exemple, sont rééditées quatre fois au moins de 1742-1758 à 1767, les Lettres juives de d’Argens
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cinq fois, de 1754 à 1777, sa Philosophie du bon sens sept fois, de 1748 à 1769.
Les ouvrages qui traitent des problèmes sociaux et politiques ont, en eux-mêmes et dans leur ensemble, moins de lecteurs : au moins quatre éditions des Bagatelles morales de Coyer, deux de son Chinki, trois de l’Antifinancier de Darigrand, trois de Lothaire et Valrade de Gudin de la Brenellerie ; une demi-douzaine de traités ou dissertations atteignent trois éditions ; une autre demi-douzaine, deux ; un grand nombre ne semblent en avoir eu qu’une. La bibliographie confirme nos précédentes conclusions : curiosité très nette pour ces problèmes, mais moins vive, moins passionnée que pour la morale et la religion de la nature, les bienfaits de la tolérance et la discussion des dogmes chrétiens.
Au total c’est une masse imposante de volumes philosophiques nécessairement dispersés à travers la France ; plus imposante encore si on la juge par comparaison. Cinquante éditions en trente ou quarante ans, ce n’est pas grand’chose si on compare aux centaines de nos grands tirages modernes ; à plus forte raison dix ou cinq. Mais il faut comparer avec d’autres grandes oeuvres du siècle qui n’étaient pas philosophiques. La Henriade, si l’on veut, l’est déjà ; mais elle ne passait pas pour telle ; c’était un ouvrage scolaire dont on expliquait des fragments et qu’on donnait en prix dans les collèges ; or, elle n’a, chez Bengesco, que quarante-quatre éditions. L’ouvrage le plus lu, et de beaucoup, au XVIIIe siècle, en dehors des oeuvres des philosophes, est certainement le Télémaque de Fénelon. M. Chérel n’en a guère trouvé que soixante-treize éditions de 1699
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à 1789, pas plus en quatre-vingt-dix ans que n’en a eu La Nou-velle Héloïse en quarante. Les ouvrages d’apologétique et de polémique en faveur de la religion ont été extrêmement nombreux, nous en reparlerons. Mais M. A. Monod n’en a pas trouvé une trentaine p.166 (sur quelque 350) qui ait atteint ou dépassé trois éditions au XVIIIe siècle, et aucun n’a dépassé cinq, six ou sept éditions. Il n’y aurait pas besoin d’autres preuves pour attester la diffusion des idées philosophiques. Mais nous en possédons beaucoup d’autres qui vont animer l’aridité des statistiques.
III. — Les progrès de l’irréligion
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Il est difficile de dire avec certitude s’il y a progrès dans les milieux de la noblesse et de la bourgeoisie très riche. L’incrédulité y est déjà si profonde, vers 1750, qu’il est malaisé de constater une aggravation vers 1770. On peut dire seulement que les témoignages généraux se font de plus en plus nombreux et qu’on peut mettre sous ces témoignages un plus grand nombre de noms. Il suffit de parcourir les mémoires et correspondances, signés de noms aristocratiques, qui touchent à notre période pour voir se multiplier les réflexions sur l’impiété ou l’indifférence générales. En 1755, par exemple, le duc de Croy dîne chez la marquise de Pompadour ; c’est un vendredi ; il fait maigre ; mais il est le seul et on se moque de lui ; il y a là Mme de Mirepoix, le prince de Soubise, Mme de Pompadour, M. de Chaulnes, le baron et la baronne de Montmorency, M. de Sourches, Mme d’Estrades, M. de Poyanne, M. de Croissy, Mme
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de Châteaurenaud, Mme de Maulde, Mme de Rochechouart. Il s’agit bien non pas de fanfaronnades libertines, mais d’impiétés profondes, confirmées souvent à l’article de la mort. La duchesse de Mazarin, au moment de mourir, « rebute sur les sacrements ». M. d’Ussé meurt sans vouloir les recevoir. Quand la mère de Mlle Dillon est à l’agonie « personne ne parle de sacrements », et l’on est dans la maison d’un archevêque « où toutes les règles de la religion étaient journellement violées ».
Ce qui est aussi grave, et peut-être plus, c’est qu’il ne s’agit même plus d’une incrédulité tapageuse, d’un goût de bataille où demeure une sorte de respect pour la force de ce que l’on combat. C’est une sorte d’indifférence et comme un état de sécurité et de repos. Mme Louise, en 1770, prend le voile aux Carmélites : « Cette aventure, dit Mme du Deffand, n’a pas fait une grande sensation ; on p.167 hausse les épaules, on plaint la faiblesse d’esprit et l’on passe. » Mme de Flahaut « vit dans l’amour de Dieu et l’oubli de l’Eglise ». Florian devient dévot à sa première communion ; mais jusque-là il n’avait pas fait à la religion plus d’attention qu’on ne lui en donnait autour de lui. D’autre part, même chez ceux qui restent croyants ou s’imaginent l’être, la religion tend souvent à se confondre avec la « religion naturelle », avec un déisme humanitaire. L’influence de J.-J. Rousseau est profonde. On se désintéresse des dogmes et même des rites pour ne plus s’attacher qu’aux élans du coeur, à la « voix de la conscience » et à celle de la bienfaisance. « Certains prédicateurs, dit Bachaumont, oublient le signe de la croix, suppriment toute prière, prêchent à la grecque. » C’est, de son propre aveu, le cas de l’abbé Millot. Je prêchais, dit-il,
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« comme pour des chrétiens éclairés et raisonnables ». Et il est facile de voir, d’après ses mémoires, que ce christianisme raisonnable de l’abbé est plus près du déisme que de l’orthodoxie. Il entre au noviciat des Jésuites ; mais il est dégoûté par « des lectures propres à remplir la tête d’idées fausses, toutes sortes de petits exercices de couvent, les uns abjects, les autres pénibles ». La théologie, dit-il, est si absurde et si féroce qu’« un théologien honnête homme est dans le cas d’un homme brave qui, n’ayant pour se défendre qu’une épée empoisonnée ne pourrait s’en servir qu’avec honte et serait presque obligé de se laisser battre ». C’est pour cela que tant de croyants sincères, tant de prêtres mêmes fidèles à leur religion sont les bons amis des philosophes. L’abbé Bergier, par exemple, qui les réfute, est lié avec Diderot et d’Holbach et on ne songe pas à lui reprocher cette liaison.
Il est plus difficile de nommer les incrédules de la moyenne ou petite bourgeoisie parce que personne ne s’est généralement soucié de transmettre leurs noms à la postérité. Nous savons par hasard, grâce à Brissot, que M. Nolleau, procureur à Paris, chez qui il entre comme clerc, était sans religion. Mais les témoignages généraux abondent prouvant que si l’incrédulité est loin d’être générale, elle gagne du terrain chaque jour. D’après d’Argenson, en 1759, le déisme « anglais » n’aurait gagné « qu’une centaine de philosophes » ; mais il avoue que la haine contre les prêtres « va au dernier excès » ; et il avait dit, en 1751, que « la religion révélée est secouée de toutes p.168 parts ». Bien d’autres, Denesle, Diderot, Génard, le duc de Croy, le Journal encyclopédique, l’Année littéraire, c’est-à-dire des
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philosophes et des « anti-philosophes » pensent, comme lui, qu’elle est fortement ébranlée. « L’incrédulité ou tout au moins le pyrrhonisme sont devenus des modes. — Le nombre des déistes augmente chaque jour. — L’esprit de philosophie naturelle et de matérialisme tolérant gagnait de plus en plus. — Il n’y a maintenant presque pas de souper honnête qui ne finisse par un petit refrain sur le chapitre du matérialisme. » Car on va, hardiment, jusqu’à l’athéisme. Diderot et d’Holbach affirment à l’abbé Bergier qu’il n’y a pas à Paris cinquante personnes capables d’entendre le Système de la nature. Mais c’est sans doute pour amadouer l’abbé ; et ils se trompent puisqu’on en tire sept éditions. Les jeunes gens donnent « à plein collier » dans le matérialisme. Une « dévote » en philosophie dit de Voltaire : « Il est bigot ; c’est un déiste. » Des faits confirment ces jugements : un écuyer, Prinstel, est mis à la Bastille, en 1758, pour « les propos les plus infâmes contre la religion ». Collé affirme que ce n’est plus « un fort grand cas » que de faire gras en carême, même en province ; d’Argenson constate, en 1756, que jamais on n’avait vu tant de masques, en carnaval, contrefaisant les habits ecclésiastiques, évêques, abbés, moines, religieuses ; ou bien que le nombre des communiants a considérablement diminué, en 1753, à Saint-Côme ou à Saint-Sulpice. En 1766, on mande à Voltaire qu’il n’y a point de fidèles le jour de la Sainte-Geneviève.
Il n’est pas douteux que, dès cette période, l’incrédulité, presque affichée dans une partie du haut clergé, commence à s’infiltrer dans une partie du moyen ou du bas clergé, notamment chez les abbés qui, on le sait, peuvent n’être pas à
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proprement parler des prêtres. D’Argenson relate, en 1749, qu’on en a arrêté « deux nouveaux », accusés « d’écrits publics, de vers contre le roi, de brochures contre Dieu et les moeurs [...] on prétend par là arrêter les mauvais discours des cafés et des promenades et tous les libelles indécents qui courent Paris ». L’abbé de Moncrif, doyen de la cathédrale d’Autun, est noté par la police pour ses débauches. Le précepteur du prince de Ligne, fourni par les Jésuites de Louis-le-Grand, laisse traîner Les amours du P. de la Chaise, Thérèse philosophe et Le Prince p.169 Appius (manuscrit dont il est l’auteur) ; l’abbé, précepteur de Dulaure, lui enseigne l’irréligion ; et dans les cafés ou les salons court l’impromptu de l’abbé Legendre :
Les dieux firent, dit-on, les hommes ;
L’homme, dit l’autre, a fait les dieux.
Tant qu’on ne trouvera pas mieux
Restons-en là, comme nous sommes.
Il est difficile ou même impossible de suivre dans les moeurs générales la diffusion pratique de certaines idées dont nous avons montré le développement dans les oeuvres littéraires. Morale laïque et non plus morale dogmatique, morale large faisant une place à la joie de vivre et non plus morale ascétique nous entraîneraient, hors de notre sujet, dans une trop vaste enquête sur la vie privée. Notons seulement que les mémoires, correspondances, témoignages de toutes sortes, signalent, dès cette période, une transformation générale de la vie : multiplication des salons provinciaux, des dîners d’apparat, des fêtes ; progrès des goûts de confort et de luxe, coquetterie ruineuse des femmes ; engouement pour le théâtre, passion du
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jeu. Nous marquerons d’autre part, dans l’étude de notre der-nière période, le développement positif et généreux de cette morale, la bienfaisance 1. Quant à la tolérance pratique elle fait un peu partout des progrès. Ceux mêmes qui n’aiment pas les protestants le reconnaissent. « Il est quelquefois dangereux dans les grands États, écrit Barbier (1751), de trop gêner la liberté de conscience. » « Le tolérantisme gagnait », dit le duc de Croy, à propos de l’affaire Calas. Le pouvoir royal hésite. Les évêques le poussent à la répression ; il redoute les protestants non pas seulement parce qu’ils sont hérétiques, mais parce qu’il les croit « républicains » et tout prêts à se révolter en faisant appel à l’Angleterre et aux puissances protestantes ; d’autre part il constate que, dès qu’on laisse faire, l’audace des réformés s’accroît. Si bien que l’histoire des protestants continue à être une histoire confuse où alternent, tantôt ici, tantôt là des pério-des d’apaisement et des périodes de révolte, des tolérances et des p.170 répressions sanglantes. Les années 1750-1753 sont emplies par des troubles graves et des violences odieuses. Les années 1758-1763 sont également pleines de drames féroces. Pourtant, peu à peu, l’opinion générale commence à être plus puissante que l’intransigeance du clergé catholique et la frayeur des ministres. « Quant à revenir à la rigueur des lois, dit l’abbé Dedieu, Saint-Florentin ne tarda pas à reconnaître qu’il n’y fallait pas songer. Ses directives ne trouvaient plus des fonctionnaires résignés et dociles. Un vent d’indiscipline soufflait sur les bureaux de l’administration, qui faisait craquer l’édifice entier. » Les affaires Calas et Sirven avaient soulevé l’indignation. Des
1 Voir p. 303.
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intendants, des gouverneurs à Grenoble, Bordeaux, Poitiers, Montauban, en Languedoc, etc. adjurent le ministre de permettre l’apaisement. Le parlement de Toulouse lui-même fait si bien amende honorable que, dès 1766, ses excès de tolérance inquiètent l’autorité royale. Vers 1770, l’idée de tolérance commence nettement à imposer la pratique de la tolérance.
IV. — Diffusion du mécontentement politique
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Cette diffusion est incontestable. Mais il est le plus souvent impossible d’en discerner les causes précises : rancunes de la misère, de la souffrance ou influence des philosophes ou combinaison de ces motifs. Il est certain que les causes politiques sont souvent les seules ou les plus fortes et que les idées des philosophes n’interviennent guère ou n’interviennent qu’indirectement. C’est le cas par exemple des fermentations ou révoltes pour enlèvements d’enfants, qui se succèdent depuis le XVIIe siècle, et sur lesquelles nous reviendrons. C’est le cas certain ou probable pour tous ces propos, rumeurs, clameurs, attroupements que signalent Barbier, d’Argenson et qu’ils ont raison sans doute d’attribuer à la lourdeur des impôts, aux dépenses effrénées du roi ou de la Pompadour, à la cherté du pain. C’est pour cela sans doute que « tout le monde est pour les Mandrins ». Nous reviendrons sur l’importance de ces causes purement politiques 1. Mais il est très vraisemblable, sinon certain, que dans p.171 beaucoup de cas on a protesté contre les abus parce qu’on avait appris à réfléchir sur les abus, parce que
1 Voir notre troisième partie, chap. XI.
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la lecture de tant de discussions politiques et sociales avait enseigné qu’on n’a pas seulement le devoir d’obéir mais aussi le droit de discuter. C’est ainsi qu’on gémit de voir pendre, pour un menu vol domestique, une jeune fille de vingt-deux ans ; on s’irrite que le crime d’un duc de Fronsac, qui enlève et viole une jeune fille innocente, reste impuni. Des faits, des témoignages démontrent la ruine des anciens respects mystiques pour les grands et même pour le roi : « indécences » des mousquetaires au convoi de Mme Henriette ; six mille messes à Notre-Dame pour la guérison de Louis XV en 1744, six cents seulement en 1757 ; propos « indécents » lors de l’érection de la statue de Louis XV en 1763, etc.
Dans certains cas, il est même évident que le mécontentement politique est un mécontentement d’intellectuels qui connaissent les philosophes. Ce sont, au moins pour la plupart, des intellectuels ou qui croient l’être que les discoureurs de cafés ou de promenades. « Chaque nuit, nous dit d’Argenson, se font de continuelles captures de beaux-esprits, d’abbés savants, de professeurs de l’Université, soupçonnés de répandre de mauvaises nouvelles au café et aux promenades, de fronder contre les ministres. » D’Argenson exagère sans doute leur nombre, mais, en dehors même des gens de lettres, nous en connaissons quelques-uns : Mairobert, le nouvelliste, qui tient des « propos violents » contre la cour ; l’abbé Mesquet au café Dubuisson ; Copineau, secrétaire du duc de Fronsac ; l’écuyer Prinstel, arrêté pour les propos « les plus affreux » non seulement contre la religion mais encore « contre le roi, le dauphin et la famille royale ». En 1753, selon d’Argenson, on
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cherche des allusions contre la cour dans Cinna, Les Hommes de Sainte-Foix et il faut renoncer à jouer Don Sanche à cause des deux vers :
Lorsque le déshonneur souille l’obéissance,
Les rois peuvent douter de leur toute-puissance.
Nous avons même deux exemples plus précis du mécontentement politique de deux sujets de Louis XV : l’un violent et tragique, celui de Moriceau de la Motte, huissier aux requêtes, condamné à mort pour propos séditieux et placards, trouvés chez lui, qui faisaient p.172 appel à la révolte et au meurtre ; (il semble d’ailleurs avoir été un isolé) — l’autre sage et mesuré, celui des mémoires de Jamerey-Duval, homme sincèrement pieux, mais qui est tout plein de Voltaire et s’épanche en violentes diatribes contre le mépris des Français pour les hommes de lettres et les savants, la barbarie de la jus-tice, l’intolérance et même le despotisme politique.
Ce malaise politique est si net ou, si l’on veut, la mode philosophique de discuter est déjà si puissante qu’ils gagnent jusqu’aux classes privilégiées. Sans doute c’est un simple libéralisme, le désir de se dégager des « préjugés », mais il n’en est pas moins significatif. C’est le libéralisme des Choiseul et de leurs amis : Mme de Choiseul « n’est pas pour le pouvoir absolu » ; celui de Mme de Mesmes qui s’élève contre le despotisme, « car il est certain qu’une nation éclairée n’en supporte le joug qu’en attendant le moment où elle pourra s’en délivrer... L’injustice à la fin produit l’indépendance » ; celui du duc de Nivernais qui demande à l’abbé Millot de reviser le Cours d’études de Condillac, en supprimant tout ce qui pourrait
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sembler animosité ou même indifférence à l’égard de la religion mais en respectant l’esprit dans lequel il a été composé, « c’est-à-dire l’éloignement des principes du despotisme et des allures de l’éducation vulgaire » ; celui même du prince de Robecq, qui est pieux et dont on sait que la femme fut l’ennemie déclarée des philosophes, mais qui possède trois exemplaires de l’Encyclopédie et lit Buffon, Voltaire, Rousseau. Ou bien c’est une sorte de scepticisme élégant qui pousse les grands seigneurs à se moquer des privilèges dont ils tirent profit. Les femmes, dit Mme du Hausset, quand elles sont sur le déclin, ont remplacé la dévotion par la « philosophie ». Le « préjugé de la naissance », écrit Duclos, est « donné pour tel par ceux qui sont le plus fatigants sur la leur ». Boufflers, en 1768, passe de Marseille en Corse, car il a « toujours eu la fantaisie des révolutions ». Et le P. Berthier lui-même, écrivant pour le dauphin, reconnaît que si l’homme ne s’était pas révolté contre Dieu il aurait pu y avoir une société « n’ayant d’autre fondement, d’autre règle que les lois de la nature » et qui aurait été fort heureuse.
De cette étude de l’inquiétude politique il faut tirer deux conclusions. La première est que, si certaine qu’elle soit, elle est p.173 beaucoup moins profonde, beaucoup moins générale que l’inquiétude religieuse ; ou si l’on veut il n’y a même plus, chez beaucoup, d’inquiétude ; on s’est installé tranquillement dans l’incrédulité ; et l’on sait très bien ce que l’on met à la place des « superstitions » : le plaisir, le scepticisme ou la morale humanitaire. En politique au contraire on sent que les choses vont mal ; mais, à part un certain nombre d’abus limités, on sait fort mal comment on pourrait y porter remède. On n’a pas du
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tout l’idée d’une révolution violente, ni même d’une transformation pacifique mais profonde qui serait une sorte de révolution. Assurément les textes ne manquent pas où quelques-uns annoncent une révolution certaine, probable, possible. Il y en a dix chez d’Argenson, dès 1731, et à travers tous ses mémoires : « La révolution est certaine dans cet État-ci, il s’écroule par les fondements — s’il en résultait la nécessité d’assembler les États généraux du royaume [...] ces États-là ne s’assembleraient pas en vain [...] Quod Deus avertat. » Il y en a plus d’une demi-douzaine chez Barbier qui annonce à maintes reprises une « révolution très générale dans l’État ». Il y en a chez de Lille et même chez Voltaire. Il y en a enfin de moins connues et fort précises chez Mopinot, en 1757 et 1758. « On ne voit en perspective qu’un bouleversement général. » « De l’abattement on tombe dans le désespoir et du désespoir dans la fureur. » « Depuis six mois on a essayé en différentes manières de porter le peuple à la fureur. » « Loin de craindre les révolutions on les désire, les uns hautement, les autres dans le fond du coeur. » Mais ce sont là des opinions en réalités isolées. Il y a toujours eu des gens pour déclarer que la guerre éclaterait demain et pour prédire à bref délai la révolte, l’anarchie et le pillage : « Les enfants, dit Rousseau, crient la nuit quand ils ont peur. » Barbier, d’Argenson, Mopinot font de leurs craintes des réalités. Mopinot ne dit-il pas que Mme de Pompadour fait vendre des terres et un hôtel par crainte d’une révolution et pour passer à l’étranger. Et cela est si vrai que ces tremblements et hantises révolutionnaires, loin d’augmenter, diminueront plutôt au fur et à mesure que la situation s’aggravera et qu’on
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s’approchera de la Révolution. Pendant notre période il y a surtout des discuteurs, des « douteurs », des esprits p.174 forts en politique comme en religion. Mais, pour la plupart, ils n’ont que des doctrines ou purement abstraites ou fort timides ; ou surtout ils n’ont point de doctrine. On parle, on s’agite ; on n’a pas encore ou l’instinct ou l’idée de se concerter pour une attaque vigoureuse. L’édifice politique commence à se lézarder. C’est seulement après 1770 qu’il menacera ruine.
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CHAPITRE V
LA DIFFUSION GÉNÉRALE. 2. LA PROVINCE
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p.175 Les idées religieuses et les discussions politiques commencent à se répandre à travers toute la France. C’est un point fort important. Dans la première moitié du XVIIIe siècle il y a des traces d’une pareille diffusion, mais elles sont rares ; il semble, et on le dit, que si l’esprit philosophique brille à Paris il n’a pas encore réussi à dissiper les ténèbres provinciales. Dans la deuxième moitié au contraire, et dès la période de 1748-1770, on le voit pousser des rayons éclatants dans les plus lointaines régions.
I. — Les académies provinciales
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Bien entendu leur intention n’a pas été plus philosophique que celle de l’Académie française. Il existe déjà au moins six de ces académies à la fin du XVIIe siècle et elles ne pensent évidemment pas à mettre en péril le trône ni l’autel. Mais le philosophisme s’y est peu à peu glissé et c’est par elles, pour une part, qu’il a pénétré dans la province. Leur rôle a été considérable. Elles sont très nombreuses et se multiplient d’année en année. Il n’est pas aisé d’en donner une statistique rigoureuse, à des dates déterminées, car leurs origines et leur histoire sont souvent fort incertaines. Par exemple, il y a à Orléans une société fondée en 1725 et qui semble durer p.176
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jusqu’en 1775 mais qui n’a laissé aucune trace de ses travaux ; l’académie fondée en 1741 disparaît en 1753 ; on réorganise une nouvelle académie en 1781. L’académie d’Arras existe, si l’on veut, depuis 1737, mais ce n’est guère qu’une société de lecture ; elle n’est érigée en académie qu’en 1773. L’académie des sciences de Toulouse est bien fondée en 1729, mais ses lettres patentes ne sont données qu’en 1746. La Société d’émulation de l’Ain vit deux années (1756-1757) puis elle est reconstituée en 1783. L’académie d’Auxerre est dissoute en 1772. De là bien des divergences dans les listes établies dès le XVIIIe siècle même, par exemple par Delandine et par La France littéraire. Mais ces divergences importent assez peu car elles n’empêchent pas de constater que ces académies se multiplient d’année en année et sont très nombreuses dès 1770. Il y en a une vingtaine avant 1748. Vingt ans plus tard il y en a une quarantaine 1. Elles ne ressemblent pas du tout aux sociétés provinciales actuelles, plus ou moins obscures et qui recrutent péniblement leurs membres. C’est un honneur très recherché que d’en faire partie. Il y a d’âpres compétitions pour les élections. Des auteurs qui ont de la réputation font suivre leur nom, sur leurs ouvrages, de la mention « des académies de... ». Les prix très nombreux qu’elles décernent au concours sont fort courus et fort glorieux. On sait que Rousseau devient célèbre, du jour au lendemain, après avoir obtenu le prix de l’académie de Dijon. Surtout, et c’est à la fois l’une des raisons et la preuve du rayonnement de ces académies, les journaux donnent à leurs
1 En tenant compte bien entendu non seulement des académies officielles, ayant lettres patentes, mais des sociétés littéraires, sociétés d’émulation.
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séances et à leurs concours la plus large publicité, non seulement (après 1770) les journaux de province, mais les jour-naux même de Paris. Ils annoncent les séances et souvent ils en donnent d’amples comptes rendus. On en trouve par exemple dans presque toutes les livraisons du Mercure à partir de 1750 ; et il y a, dans le même Mercure, une rubrique spéciale « Académies » à partir de 1759. Les Annonces, affiches et avis divers (dites Affiches de province) ne sont pas moins complaisantes.
p.177 Leur activité est considérable. L’académie de Besançon reçoit parfois une centaine de mémoires par an. Le Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen de Gosseaume énumère quelque cent quatre-vingts mémoires de 1744 à 1750, quelque quatre cents de 1751 à 1770, quelque quatre cent trente de 1771 à 1780, quelque quatre cents de 1781 à 1789. Le Journal de Lyon, en 1785, donne un tableau de tous les prix proposés par l’académie de Lyon depuis sa fondation (1758) ; il y en a cent soixante-trois.
Évidemment, il ne suffit pas de discourir, écrire et couronner pour faire preuve d’esprit philosophique. En fait, beaucoup de ces académies ignoreront pendant longtemps la philosophie ou même la combattront. Elles sont fondées par la noblesse provinciale, la magistrature, le clergé, par des privilégiés ; elles s’efforcent d’obtenir les lettres patentes du gouvernement. Elles devraient donc en principe être des centres de résistance des idées traditionnelles. Et ce respect ou même cet amour de la
J’exclus, par contre, de cette statistique et de mon étude les sociétés techniques d’agriculture, de peinture, de sciences pures.
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tradition sont souvent évidents. Il est parfois inscrit dans les constitutions mêmes. Pour l’académie de Montauban, l’énoncé des sujets de concours stipule le plus souvent que les manuscrits doivent être contresignés de deux docteurs en théologie (comme ceux envoyés à l’Académie française) et terminés par une courte prière à Jésus-Christ. La devise de la Société académique de Cherbourg (1755) est « Religion et honneur ». A l’académie de Caen on doit prononcer tous les ans l’éloge de Louis XIV. Le titre de l’Académie de l’Immaculée-Conception de Rouen fait com-prendre que la moitié des sujets traités soient des sujets de piété. L’énoncé même des sujets des concours ou des mémoires lus par les académiciens témoigne aussi clairement de leur piété ou de leur hostilité à la philosophie. C’est le cas, bien entendu, pour l’académie de Montauban. En 1744, le sujet du concours d’éloquence est « la vanité des sciences sans la religion » ; en 1750, l’abbé de Monville prononce un discours pour montrer « que tous les écrivains qui abusent de leur talent en attaquant la religion, les moeurs et le gouvernement usurpent et profanent le titre d’hommes de lettres » ; en 1752, concours sur le thème « la vraie philosophie est incompatible avec l’irréligion » ; en 1759, vers sur « la prétendue p.178 philosophie du siècle présent ». A l’académie de Rouen, en 1767, Ode sur les avantages du gouvernement monarchique et héréditaire. A celle de Metz, en 1768, discours où M. Dumont distingue la vraie philosophie et la fausse qui touche aux « objets sacrés » ou inspire un « esprit de révolte ». A l’académie d’Angers, en 1773, M. de la Sorinière lit une « Lettre à un prétendu philosophe », etc. Le P. Valois publie, en 1753, et réédite en 1766 une
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Dissertation sur la Religion dans les Académies littéraires. Il conclut qu’elle est respectée et servie.
Surtout, presque tous ces travaux dans la première moitié du siècle, puis un grand nombre, puis un certain nombre sont des travaux proprement « académiques » ; c’est-à-dire qu’ils ne sont que des exercices oratoires, de la rhétorique en prose ou en vers. Il ne s’agit que de faire preuve de goût et d’ingéniosité dans le maniement des lieux communs. Tressan se plaint, en 1756, que la société de Nancy ne soit occupée qu’à « tourner des phrases ». Marmontel, passant à Angers, se moquera de « la fleur des beaux esprits de l’Académie angevine » qui ne sont que des esprits vides et prétentieux. Le titre même de leurs mémoires, discours, poèmes prouve qu’un grand nombre d’académiciens ressemblaient à ceux de Nancy ou d’Angers. Il y a beaucoup de « belles-lettres », c’est-à-dire de creuse littérature dans les travaux de l’académie de Dijon, malgré le discours couronné de Rousseau, et il n’y a guère que cela avant 1770 ; ceux de l’académie d’Arras ou de l’académie de Soissons ne valent pas mieux, entendons du moins qu’on y chercherait aussi vainement, vers les mêmes dates, des idées neuves.
Pourtant l’histoire des académies, malgré ces survivances plus ou moins générales du passé, témoigne d’une transformation profonde, éclatante. Les belles-lettres mêmes et le goût y sont parfois fort différents du goût de Boileau ou même de Voltaire. A l’académie de Rouen, par exemple, dès 1748, la poésie anglaise tient une assez large place. Surtout la plupart de ces académies deviennent, après 1750, non plus des académies littéraires, mais des académies scientifiques, sciences pures ou
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sciences pratiques ; les discours, réflexions, poèmes, etc., reculent devant les mémoires de physique, de chimie, d’histoire naturelle, d’agriculture ou de commerce p.179 et il arrive même, après 1760, que ceux-ci écrasent ceux-là. A l’académie de Metz il n’y a pas la centième partie des mémoires qui portent sur la rhétorique, la poétique, la littérature et fort peu traitent de morale générale. A Rouen, le triomphe des sciences est moins grand, mais le nombre des mémoires scientifiques est presque double de celui des mémoires de belles-lettres. A l’académie d’Angers, avant 1747, rien que des discours, odes, fables, élégies, traductions en vers. En 1747 et les années suivantes, on voit apparaître des discours ou mémoires sur l’électricité, l’histoire naturelle, la respiration, la loi naturelle, etc. A celle de Caen les sciences se glissent à partir de 1750. De 1759 à 1771 tous les sujets de prix (sauf un éloge de Huet) portent sur l’histoire, l’économie rurale, le commerce, la jurisprudence. Il en est de même, dans des proportions diverses, pour toutes les académies. Enfin, de plus en plus, les sciences pratiques prennent une place prépondérante. Non seulement il se fonde de très nombreuses sociétés d’agriculture, mais l’économie rurale, la technique des métiers, l’organisation du commerce et de l’industrie deviennent l’une des préoccupations essentielles et même l’occupation essentielle de la plupart des académies. Qu’il s’agisse des blés, des vins, des huiles, des eaux minérales, des bois, du sucre, des maladies des plantes ou du bétail, des engrais, des moulins, des tuileries, des forges, etc., chaque académie de chaque province s’efforce de discerner les
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problèmes pratiques qui intéressent la prospérité de la province et met les questions au concours.
Sciences théoriques ou sciences pratiques, ce n’était pas à proprement parler de la philosophie ; et il est bien certain que bon nombre d’académiciens ne pensaient pas être philosophes lorsqu’ils les étudiaient. Mais c’était tout de même l’esprit d’observation et d’expérimentation qui tendait à dominer, l’esprit de Bacon, de Locke, de l’Encyclopédie. Étudier les préjugés, la routine de l’agriculture ou du commerce et chercher leurs remèdes, c’était s’habituer à se défier de toutes les routines et de tous les abus. Le passage était inévitable de l’esprit philosophique inconscient à la philosophie consciente et même combative. Et l’histoire des académies prouve qu’on a très souvent franchi le pas et parfois hardiment. L’académie de Metz p.180 et la société des Philathènes de Metz suivent et discutent publiquement presque tous les grands problèmes et les grandes oeuvres de la philosophie du temps : de 1759 à 1770, par exemple, l’esprit philosophique, l’utilité de diffuser l’instruction, les tendances de l’esprit humain au XVIIIe siècle, le livre De l’Esprit, celui De la nature, le Contrat social, Burlamaqui, le discours préliminaire de l’Encyclopédie, les Éléments de philosophie et l’Essai sur la morale de d’Alembert, Locke, etc. Les autres académies ont été moins hardies, mais les problèmes philosophiques y apparaissent de temps à autre. On discute ou l’on parle de la loi naturelle à Dijon en 1742, de la philosophie anglaise à Lyon en 1760, de l’esprit philosophique à Nancy en 1754, de l’influence de la philosophie au XVIIIe siècle à Besançon en 1770, du fanatisme à Caen en 1770. Sans doute exposer et
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discuter ne veut pas dire approuver et l’on pense bien que de Tschoudi à Metz n’est pas d’accord avec L’Esprit ou le Contrat. Mais c’était du moins faire connaître et c’était souvent approuver sinon les « erreurs » ou les excès, au moins les « vérités utiles ». A Nancy, par exemple, l’abbé Montignot en s’élevant contre Lucrèce, Spinoza et Bayle ne condamne pas moins vivement l’esprit scolastique. A Lyon, l’abbé Millot ou à Caen l’abbé Le Moigne sont beaucoup plus hardis ; ils dénoncent les « excès du fanatisme », Bacon chargé de fers, Galilée persécuté, Ramus accablé de maux, la défense d’« analyser les ressorts du gouvernement ». Ils louent les Bacon, les Newton, les Locke qui ont « dissipé les extravagances et les ténèbres du péripatétisme, confondu la vanité de l’esprit de système ». Il arrive même qu’on livre de véritables batailles philosophiques. A Nancy, le P. de Menoux, en 1752, parle « sur la philosophie d’une façon insultante et qui a irrité beaucoup de monde », en répondant à des discours de M. de Tressan et de M. de Lucé. Tressan et Lucé protestent vivement auprès de Stanislas ; et la querelle fut difficilement apaisée. Le parti « philosophe » devient assez puissant pour obtenir l’exclusion de Palissot après la comédie des Philosophes. A Lyon, en 1754, le P. Tolomas, jésuite, qui est de l’académie, prononce une harangue adversus Encyclopaedistas. D’Alembert écrit pour demander son expulsion ; l’académie refuse ; mais un certain nombre de p.181 membres menacent de donner leur démission, ou démissionnent. Tolomas est en somme désavoué et doit s’excuser assez piteusement.
En même temps que les problèmes généraux de la philosophie, on commence à aborder ces problèmes sociaux qui
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mettent sur la pente des problèmes politiques ou qui sont déjà des problèmes politiques. A Béziers, Marseille, Besançon, Caen, La Rochelle, Dijon, Rouen, etc., on disserte ou concourt sur les causes et les remèdes de la dépopulation, sur les lois somptuaires, sur la nécessité et les moyens de supprimer les peines capitales et sur les causes de la criminalité, sur les encouragements à donner aux laboureurs, sur la composition d’un « traité élémentaire de morale à l’usage des collèges où les devoirs de l’homme envers la société et les principes de l’hon-neur et de la vertu soient développés », sur le luxe, le traité de La Théorie des lois, les qualités morales et sociales du négociant, sur l’origine et les droits de la souveraineté. De tels sujets sont beaucoup moins nombreux que ceux concernant les sciences pures ou l’économie rurale ; les discussions sont presque toujours si sages, si peu tournées vers la critique précise du gouvernement que le contrôleur général invite l’académie de Rouen, en 1765, « à lui adresser directement les avis, notices et extraits de tout ce qui se passera dans la province relativement aux trois objets de finance, de commerce et d’agriculture » et d’avoir avec lui une correspondance « survie et régulière ». Il y a pourtant dans ces curiosités respectueuses tout ce qui mène à des curiosités indiscrètes et quelques-unes, même avant 1770, sont déjà hardies. Le prix de l’académie d’Amiens pour 1757 a pour sujet : « Quels sont les obstacles qu’apportent au travail et aux progrès de l’industrie les communautés ou corps de métier ? » ; celui de Lyon, pour 1769, la liberté du commerce des grains ; celui des Jeux floraux pour 1766, les avantages qu’il y a pour un État à être éclairé sur les objets de sa politique. A
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Caen, en 1763, de La Rue discourt « sur le rapport de nos lois avec la nature de notre gouvernement ».
Enfin, les académies provinciales tendent à avoir la même influence que les académies parisiennes, elles rapprochent les classes sociales. Des grands seigneurs, qui d’ailleurs ne donnent généralement que leur patronage, des intendants, de hauts magistrats s’y rencontrent p.182 avec de modestes fonctionnaires, de simples bourgeois, d’humbles régents de collège. Bien entendu ce n’est pas sans maints froissements et sans que les plus humbles ne gardent respectueusement leurs distances ; car jusqu’à la fin du siècle, comme nous le verrons, la hiérarchie sociale est, en province, jalousement respectée et les plus humbles préséances sont férocement revendiquées. Il arrive que les roturiers en sont pour leur courte honte. L’académie de Dijon se recrute d’abord chez les gens modestes et elle exclut la noblesse et les hauts magistrats ; seulement elle périclite et elle est absorbée par l’aristocratique société Ruffey. Mais à Montauban on s’efforce d’établir l’égalité ; on supprime les places d’académiciens honoraires réservées aux grands personnages ; on y lit une ode sur l’égalité académique ; à Metz, à Besançon et ailleurs, quand nous avons des listes des membres nous trouvons, avec des nobles, des baillis, des abbés, des moines, des apothicaires, des médecins, des commissaires de police, des professeurs, des avocats, d’humbles érudits sans charge et sans titre.
Somme toute, si la transformation de ces académies n’est pas encore ce qu’elle sera aux approches de la Révolution, elle est déjà profonde. Elles n’ont été, dans la première moitié du siècle,
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que des assemblées d’humanistes curieux d’érudition sans critique et de « beaux esprits » amateurs d’éloquence et de poésie. Dans la seconde moitié, elles deviennent bien plutôt et parfois exclusivement des sociétés scientifiques et économiques. Elles se dégagent des lieux communs ; elles ne s’efforcent même plus d’être d’obscures et gauches contrefaçons de l’Académie française, de petites chapelles du Temple du goût. Leur désir d’agir, d’être utiles les porte à devenir des centres provinciaux où l’on étudie non seulement l’histoire de la province, mais tout ce qui intéresse son activité agricole, commerciale, urbaine. En se débarrassant ainsi des traditions de la rhétorique et de la poétique, elles se rapprochent, même sans le vouloir, de l’esprit nouveau, de l’esprit philosophique. Souvent elles prennent conscience de cette philosophie et elles la proclament, soit qu’elles s’élèvent contre les préjugés religieux, soit qu’elles luttent pour la liberté de penser et la tolérance contre le « fanatisme ». Elles ne s’occupent guère de politique pure, et quand elles le font elles p.183 demeurent dans de vagues abstractions ; mais elles sont assez souvent curieuses de problèmes sociaux et parfois assez hardiment. Sans doute ces hardiesses restent prudentes ; et nous allons voir qu’en dehors d’elles on est allé beaucoup plus loin ; elles savaient qu’un simple arrêté pouvait mettre fin à leur existence officielle ou offi-cieuse. Mais c’est justement aussi parce qu’elles avaient cette existence officielle, parce qu’elles étaient une des gloires de leur ville, parce qu’elles étaient aristocratiques et bourgeoises que leur évolution est significative.
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II. — Témoignages divers
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a. Progrès de l’irréligion. — Il y a très certainement, dès la deuxième moitié du siècle, une profonde transformation des moeurs provinciales. J’ai rappelé plus haut l’extrême simplicité qu’elles avaient gardée ; on commence à s’en lasser après la mort de Louis XIV et à s’en débarrasser vers 1750 ou 1760 ; beaucoup de mémoires, correspondances et documents divers le constatent. A Reims, par exemple, vers 1740, on ne s’occupe de rien sinon de piété, de potins, de quelques goûters, promenades et parties de « quadrille » ; vers 1750, déjà on veut des bals, des dîners, des toilettes, du théâtre. Au Vigan, petite ville de douze à quinze cents âmes, il y a, en 1757, des salles de spectacles chez les particuliers. Mêmes transformations à Châlons, « grands dîners, grands soupers, on joue toute la nuit », etc. Surtout la curiosité intellectuelle naît avec celle du plaisir. La multiplication des académies en est une preuve. La diffusion des journaux parisiens, dont nous reparlerons, en est une autre. Et il y en a beaucoup d’autres. On a la curiosité des idées nouvelles ; on lit les philosophes ; on veut les connaître même si on ne les approuve pas. « Les provinces s’éclairent » concède Voltaire ; elles sont « garnies de l’ouvrage de Fréret (Examen critique) ». Les recueils de « nouvelles » manuscrites, rédigés pour quelques gens d’importance de la Normandie et publiés par Hippeau, en sont le témoignage le plus copieux. Il y a une cinquantaine d’informations sur l’Émile et sa condamnation, sur la condamnation du Dictionnaire philosophique et des Lettres de la montagne, sur les
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Observations p.184 sur l’histoire de France de Mably, sur Bélisaire, L’Ingénu, L’Homme aux quarante écus, l’Histoire de Raynal, puis, après 1770, Le Mariage de Figaro, L’Antifinancier, L’Ami des lois, Le Cathéchisme du citoyen, sur la vie et la mort de Rousseau et de Voltaire, « illustre vieillard », etc. Les autres provinces ne semblent pas moins curieuses que la Normandie. « Vous seriez étonné, écrit Servan à d’Alembert, en 1767, des progrès de la philosophie dans ces régions barbares », c’est-à-dire à Grenoble. A Dijon, il y a, en 1768, soixante exemplaires de l’Encyclopédie, « chose inouïe pour une ville de province » et étant donné son prix. Ceux qui ne l’ont pas en recopient des articles. Le président de Brosses est, bien entendu, curieux de toutes les nouveautés, surtout de celles qui font scandale. Il ne les approuve pas toutes. Le livre des Moeurs a « cruellement passé les bornes de ce qu’il est toléré d’écrire ». Mais il les a et il les aime qu’il s’agisse des Moeurs, de la Lettre sur les aveugles, « très joli petit ouvrage », ou de L’Esprit qui l’irrite, mais moins que Desfontaines ou Palissot. Il n’est pas le seul dans sa bonne ville. Le 1e, juillet 1748 il n’y a que deux exemplaires des Moeurs, aussi chers qu’à Paris. Mais « dans peu nous en aurons à foison ». Son ami de Gémeaux, pieux d’ailleurs, a dans sa bibliothèque la Lettre sur les aveugles, Zadig, l’Encyclopédie, et il supplie de Brosses de lui procurer la première édition du Dictionnaire philosophique. A Noyon, la thèse de l’abbé de Prades « fait autant de bruit qu’à Troyes ». A Laval, on lit l’Encyclopédie et les gazettes ; à Nantes, les commerçants se mettent au courant de la littérature et des nouvelles. D’une
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façon générale le Dictionnaire philosophique est plus commun en province qu’à Paris.
Nous connaissons même par leurs noms et par quelque chose de leur vie un certain nombre de ces lecteurs des ouvrages philosophiques. Ils sont de petite noblesse comme M. de Conzié, l’ami du jeune J.-J. Rousseau, qui possède dans sa bibliothèque cinquante-sept volumes de Voltaire, de Diderot et de leurs disciples et soixante et un volumes du Journal encyclopédique ; ou Mme de Tartas à Mézin, par Nérac, chez qui l’on discute les philosophes et, par exemple, le Dictionnaire philosophique ; ou Mme de Lipaux à Angers « grande admiratrice de Jean-Jacques » ; ou Laurent de Franquières, à Grenoble, qui va visiter Voltaire à Ferney ; ou M. de La Lorie, p.185 près d’Angers, chez qui l’on lit la Gazette, le Mercure et l’Encyclopédie. Il y a même de bien plus modestes personnages que nous font connaître les livres de raison : Sicaire Bonneau, en Périgord, abonné aux gazettes et au Journal encyclopédique avec l’avocat Coeuilhe ; Gilbert de Raymond, d’Agen, qui achète beaucoup de livres, est abonné à deux ou trois « gazettes » et reçoit, volume par volume, l’Encyclopédie ; Deladouesse, propriétaire en Vendée, qui achète l’Histoire naturelle de Buffon. Ce sont d’ailleurs des gens ou qui gardent les apparences de la piété, comme Conzié, membre de la congrégation de N.-D. de l’Assomption, ou tout à fait pieux comme Mme de Lipaux, M. de La Lorie, Sicaire Bonneau, G. de Raymond. Mais leurs lectures n’en sont que plus significatives.
Beaucoup d’autres vont plus loin et leur philosophie menace leur religion. Certains s’en tiennent peut-être à ce qu’on pourrait
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appeler de l’« anticléricalisme », la haine de moines ou de prêtres qu’on accuse de paresse, de cupidité, de grossièreté ou la haine du fanatisme, haines qui peuvent se concilier avec le respect de la religion. A Bar-sur-Aube, en 1752, le curé refuse la communion à un laquais, sous prétexte qu’il appartient à une maison pleine d’hérésie. La dame du laquais insiste et le curé, avec sa patène, fend la lèvre du laquais. Scandale et le curé est fort bien condamné à l’amende honorable, à trois ans de bannissement et à deux mille livres d’amende. Le père du comte de Montgaillard, qui est voltairien, lui prêche cette sagesse : « Méfie-toi du devant d’une femme, du derrière d’une mule et de tous les côtés d’un prêtre. » A Lyon, en 1768, on joue avec grand succès la pièce de Dubois-Fontanelle contre les voeux monastiques, Ericie ou la Vestale (il est vrai que, devant l’indignation des dévots, le prévôt des marchands interdit les représentations). A Toulouse, après l’affaire Calas, on assiste à une évolution rapide et profonde de l’opinion. D’une façon générale, comme nous l’avons montré plus haut, c’est l’opinion qui soutient certains intendants et gouverneurs de province libéraux dans leur bienveillance à l’égard des protestants. On ne songe pas à leur rendre la liberté d’un culte public ; mais on souhaite que la loi reconnaisse leurs mariages et que l’autorité ferme les yeux sur les réunions et l’enseignement de leur culte.
p.186 On tombe même, délibérément, dans l’irréligion. Les plaintes des évêques, curés et gens pieux se répètent un peu partout. A Langres, Mgr de Montmorin et Mgr de la Luzerne tonnent, dans leurs mandements, contre le philosophisme ; à Lyon, « la catholicité est dégénérée en un déisme presque
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universel » ; à Châlons, « il n’y a presque plus de religion » ; à Rouen, la religion a « incomparablement moins dépéri qu’en d’autres endroits » mais ce n’est plus, peut-être, qu’une religion « d’habitude ». Bref « le crédule provincial commence à recevoir les incrédules comme des divinités subalternes ». Il est probable que toutes ces plaintes exagèrent ; on pousse le mal à l’extrême pour obliger à trouver des remèdes. C’est le cas pour l’avocat Séguin de Lyon qui prédit la fin du monde. Mais le mal existe ; il est confirmé par des témoignages plus directs. Diderot a rencontré à Langres « quelques hommes bien décidés et bien nets sur le grand préjugé » et ce qui lui a fait un plaisir singulier « c’est qu’ils tiennent un rang parmi les honnêtes gens ». La vente des livres irréligieux est prospère, un peu partout. A Caen, « il y a de petites imprimeries portatives avec le secours desquelles on peut imprimer des livres très répréhensibles » ; on se plaint des colporteurs vendant des livres qui « attaquent si essentiellement les moeurs et la religion ». A la foire de Beaucaire, on confisque deux cent trois ouvrages « contraires à la religion et aux bonnes moeurs ». A Nîmes, il se débite « une foule de livres pernicieux pour les moeurs dans lesquels la religion et l’État ne sont point respectés ». A Toulouse, à Montpellier, les colporteurs « vendent toutes sortes de livres, principalement de petites brochures contre la religion et contre les moeurs... Le bas prix auquel on les donne engage la jeunesse à les acheter avidement ». Les jeunes gens n’ont pas même besoin de colporteurs ; ils trouvent dans leurs familles de quoi se convertir à l’incrédulité. Guillard, ami de Brissot, à Chartres, est élevé sans religion. C’est le père de Dumouriez qui le guérit du
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désir de se faire moine en lui faisant lire les Lettres provinciales, l’Analyse de Bayle, Voltaire, etc. Jullian prend en cachette dans la bibliothèque paternelle Voltaire, Rousseau, Helvétius, d’Holbach qui le jettent non dans l’athéisme, mais dans le déisme. A Auxerre, Restif de la Bretonne, apprenti imprimeur, ébauche, en 1753, un poème De la p.187 nature des choses dont la philosophie n’est guère qu’un galimatias, mais tout plein de Lucrèce et de Spinoza. Pour la concevoir, il n’a eu, nous dit-il, besoin que de lui-même et de ses lectures. Mais il est confirmé et encouragé par son ami Loiseau, autre apprenti, et par le moine Gaudet, philosophe cynique et libertin fieffé.
Il y a même un certain nombre de faits témoignant qu’on passe de l’irréligion de pensée à l’irréligion de pratique. A Dijon, quelques sacrilèges, tels que des statues d’églises brisées, mais il y a toujours eu de ces sacrilèges ; ils semblent seulement plus nombreux. On insulte dans la rue des frères de la doctrine chrétienne. A Nantes, scandales à la messe de minuit, en 1767. A Châlons, en 1765, beaucoup d’irréligion dans les fêtes du carnaval ; on mange gras tout le mercredi. A Gray, l’indifférence est grandissante pour les processions ; les conseillers s’abstiennent, les passants ont une « tenue indécente » ; le conseil de ville doit prendre des mesures. Même indifférence croissante pour les fêtes religieuses de Caen, pour les pèleri-nages de Buglose, dans les Landes. A Montpellier, en 1755, dispute dans la rue entre un bourgeois et un prêtre brutal ; la foule prend parti pour le bourgeois. C’est une petite émeute.
L’incrédulité pénètre, comme à Paris, dans les classes privilégiées. Il semble d’ailleurs que ce soit moins profondément.
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La noblesse provinciale est moins tentée de suivre les modes et de donner dans un scepticisme élégant. Ses moeurs sont restées plus sérieuses ; elle n’affiche pas l’adultère et le luxe insolent. Elle s’appauvrit sans cesse, mais c’est par la force des choses, par l’oisiveté légale, non par de folles prodigalités ; elle sait d’ailleurs qu’elle n’a pas à compter sur le roi pour payer les dettes. Pourtant cette noblesse moins corrompue lit et garde de ses lectures des doutes ou des indifférences philosophiques. Le marquis d’Argence de Dirac, ami de Voltaire, lit Le Sermon des cinquante dans son château, près d’Angoulême, pendant la messe de minuit. Le marquis de Maugiron meurt en impie chez son parent l’évêque de Valence. Le père de Mme de Chastenay n’exprime de Montaigne, Montesquieu, Rousseau que les « sucs salutaires », mais c’en était assez pour devenir « libéral » et le chef d’une noblesse bourguignonne qui l’était comme lui. Le père de p.188 l’« inconnue » qui a rédigé les mémoires d’une inconnue est catholique, sa mère protestante, mais ils sont « comme le plus grand nombre alors non pas impies mais incrédules et indifférents ». De même il y a probablement beaucoup moins d’abbés, de prêtres galants, sceptiques, et surtout notoirement impies qu’à Paris. Mais il y en a qui sont, eux aussi, « libéraux ». A Toulouse, l’abbé Audra est l’ami de Voltaire avec qui il entretient une abondante correspondance ; il publie un abrégé, expurgé d’ailleurs, de l’Essai sur les moeurs. Il est professeur d’histoire à l’université et « presque tout le Parlement » court à ses leçons. Il est vrai qu’il est violemment persécuté par les dévots qui forcent la main de l’évêque ; il meurt, dit-on, de chagrin. Dom J. Colomb se procure la Relation de la maladie de
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P. Berthier. L’aumônier de la prison où est enfermé Suard, à l’île Sainte-Marguerite, lui prête, pour se distraire, la Bible, mais aussi le dictionnaire de Bayle. En Périgord, deux listes de souscripteurs à l’Encyclopédie contiennent les noms de vingt-quatre curés sur quarante souscripteurs. Un séminariste de Cahors, Marmiesse, a la curiosité, vers 1767, de connaître le contenu d’une nouvelle malle de livres apportée de Bordeaux par son frère. Il y trouve l’Émile, Le Contrat social. Gaudet, d’Arras, cordelier et ami de Restif de la Bretonne, est athée. Ces témoignages sont, dans leur ensemble, beaucoup moins significatifs que ceux des années 1771-1787 ; mais ils sont la preuve suffisante que la philosophie sceptique et déiste a pénétré jusque dans l’Église.
b. Préoccupations politiques. — On commence à discuter de politique comme on discute de religion. On lit les écrits politiques des philosophes. J.-B. d’Arcoux de la Serre, dans le Tarn, lit Le Contrat social qui le séduit, sauf en ce qui concerne la religion civile. Le P. Célerier des Bénédictins de Marmoutier est curieux des « ouvrages sur les gouvernements tels que celui de Montesquieu, de M. Réal de Forcalquier ». Dans la bibliothèque de l’intendant Dupré de Saint-Maur, à Bordeaux, on trouve l’Esprit des lois, Le Contrat social, l’Encyclopédie ; dans la bibliothèque de Salmon, avocat, et dans celle de Pourat de la Madeleine, à Laval, il y a, dès 1752 et 1756, le dictionnaire de Bayle, l’Histoire de Mahomet, l’Esprit des lois. J.-J. Rousseau reçoit un vin d’honneur de la municipalité quand il passe à p.189 Amiens en 1767. On voit ainsi se former, même avant 1770, une noblesse et un clergé libéraux en politique comme ils le sont en
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religion. On y peut ranger le père de Mme de Chastenay dont nous avons parlé, le groupe de Mme de Tartas à Mézin, celui dont fait partie, à Lyon, Mlle de la Roullière : « On dit que nous passons à la cour pour être républicains » ; celui de certains curés de Bordeaux qui se disent « patriotes et citoyens ». On discerne les mêmes tendances chez certains bourgeois. « Aujourd’hui, dit d’Argenson, chacun lit sa Gazette de Paris, même dans les provinces. On raisonne, à tort et à travers, sur la politique, mais on s’en occupe. » A Dijon, Beguillet est croyant et monarchiste, mais il désire des réformes importantes, dont l’égalité des impôts. P. Bordier, gros fermier puis marchand, à Lancé, en Vendômois, s’intéresse aux événements politiques, prend de longues notes dans La Gazette (1753-1758), s’irrite contre les privilégiés, bénit l’arrêt du Conseil qui va « leur faire payer de la taille ». En 1765, de Gardanne commence ainsi son livre de raison : « Un père doit à ses enfants, un citoyen à sa patrie, le compte de sa vie. » A Grenoble, le duc de Tonnerre, gouverneur, a fait réserver une loge pour un protégé. La famille de Barnave l’occupe. Le directeur du théâtre la fait expulser. Toute la bourgeoisie sort alors avec elle et ils trouvent leur maison pleine d’amis. Tous ces témoignages sont d’ailleurs moins nombreux et moins significatifs que ceux marquant les progrès de l’esprit d’examen, de tolérance, d’incrédulité. Ils s’accordent avec nos précédentes conclusions. La bataille décisive contre la tyrannie religieuse est livrée avant 1770 et gagnée. Au contraire on dispute ardemment de politique ; on réclame des réformes, mais on ne songe pas encore, le plus souvent, à attaquer les principes essentiels du gouvernement.
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Toutes les idées qui le menaceront ont été exprimées ; elles se sont répandues ; mais on y cherche des moyens de discussion, non de révolte.
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CHAPITRE VI
ENQUÊTES INDIRECTES : LES JOURNAUX. L’ENSEIGNEMENT
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p.191 Ni les journaux, ni l’enseignement ne peuvent nous donner, comme nous l’avons déjà dit, une image fidèle du mouvement des idées. Les journaux, même imprimés à l’étranger, ne peuvent pas circuler en France sans une autorisation au moins tacite. Pour ceux qu’on imprime en France le directeur ou, comme on disait alors « l’auteur » et les imprimeurs du journal ne peuvent guère échapper aux sévérités du gouvernement s’ils s’aventurent à lui déplaire. Ils sont donc tenus à une grande prudence. Cette prudence est plus nécessaire encore dans l’enseignement où tout régent peut être renvoyé d’un jour à l’autre. Mais ce sont justement ces nécessités de prudence, comme l’esprit naturellement conservateur et traditionaliste de l’enseignement, qui rendent plus significatives toutes les transformations qu’on peut saisir dans cette presse très surveillée et dans l’enseignement des collèges. En outre, même si ces transformations ne sont pas très profondes, elles prennent une grande importance par leur diffusion. Journaux et enseignement sont les deux plus puissants moyens de répandre les idées nouvelles.
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I. — Les journaux 1
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Notons d’abord leur multiplication. Au début du XVIIIe siècle, il n’existe que l’officielle Gazette de France, le Mercure, qui est encore p.192 le Mercure galant, le Journal des Savants et les journaux érudits imprimés en Hollande. De 1715 à 1748, si l’on ne tient compte que des journaux ayant vécu au moins cinq ans, apparaissent le pieux Journal de Trévoux, les jansénistes Nouvelles ecclésiastiques, les Affiches de Paris qui ne sont encore qu’un journal d’annonces et un certain nombre de feuilles imprimées en Hollande (notamment la Bibliothèque anglaise et ses suites, les Bibliothèque et Nouvelle Bibliothèque germanique) qui n’intéressent guère que les cercles restreints d’érudits. Le Pour et Contre de l’abbé Prévost est une suite d’essais, non un journal. Les seuls journaux nouveaux qui aient quelque chose de commun avec notre presse moderne sont les journaux de Desfontaines. Mais de 1748 à 1770 se fondent et se répandent les journaux de Fréron, les Affiches de province où les choses de l’esprit vont tenir une assez large place, le Journal encyclopédique, l’Avant-Coureur, le Conservateur, le Journal étranger, le Journal des dames et des journaux plus techniques, Le Journal chrétien, le Journal économique, les Ephémérides du citoyen, le Journal d’éducation, le Journal des théâtres, le Journal de physique. En 1765, un état dressé pour le ministère de la maison du roi énumérait dix-neuf journaux.
1 Ouvrage de référence générale : E. Hatin, Bibliographie historique et critique de la presse périodique française, Paris, Didot, 1866.
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La diffusion des plus importants d’entre eux (Mercure, Année littéraire, Journal encyclopédique) semble avoir été assez grande pour le temps. En 1748, le Mercure est en dépôt dans vingt-six villes de France ; dans quarante-six et quatre de l’étranger en 1756 ; dans cinquante-cinq et neuf de l’étranger en 1764. Mais cette diffusion est beaucoup plus limitée que celle de notre presse moderne. Le Mercure ne semble jamais avoir dépassé de beaucoup le chiffre de deux mille abonnés ou acheteurs au numéro 1, le Journal étranger celui de mille cinq cents. C’est que ces journaux coûtaient fort cher pour le temps. Les prix variaient de neuf livres douze sols (en 1768) pour le Journal ecclésiastique, à douze livres pour l’Avant-Coureur, seize pour le Journal des Savants, vingt-quatre pour le Mercure, le Journal encyclopédique, l’Année littéraire ; à quoi il fallait ajouter le prix des ports pour la province qui était de neuf à dix livres. C’est-à-dire qu’un abonné de province payait quelque trente-trois livres p.193 pour chacun de ces trois journaux, c’est-à-dire quelque cinq cents francs de notre monnaie. Il est donc certain qu’on devait se prêter beaucoup les livraisons avant de les lire, comme il arrivera après 1770, dans les sociétés de lecture. « Ce n’est plus le temps, dit le Journal encyclopédique, en 1758, où les journaux n’étaient fait que pour les savants... Aujourd’hui tout le monde lit et veut lire de tout. » Tout le monde c’est, sans doute, quelques dizaines de milliers de lecteurs tout au plus. Mais c’est beaucoup au XVIIIe siècle.
1 En 1763 : 1436 abonnés et l’on envoie 154 exemplaires à Bordeaux, Rennes, Nantes, Toulouse, Amiens.
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Cette presse fut d’ailleurs, le plus souvent, ou prudente ou sournoise. Les directeurs du Mercure qui y gagnaient de confortables salaires se voyaient fréquemment cassés aux gages, sous prétexte qu’ils donnaient dans une philosophie condamnable. Plus tard, Suard devra payer six cents livres d’amende pour avoir laissé passer dans le Journal de Paris un récit de la mort de Barthe qui le faisait mourir en philosophe, sans confession, ou plutôt le laissait entendre. Il ne faut donc pas s’étonner que les feuilles qui n’étaient pas hostiles aux philosophes, comme le Mercure, ou celles qui les défendaient, comme le Journal encyclopédique, aient constamment renié dans une page ce qu’elles insinuaient dans une autre. C’était probablement sans malice de la part du Mercure de France dont les directeurs et rédacteurs, de 1748 à la Révolution, Raynal, de Boissy, Marmontel, La Place, La Harpe, Garat, Saint-Ange, etc., n’avaient pas sur les vertus et les dangers de la philosophie les mêmes idées. Le journal s’adressait d’ailleurs, par tradition, à un public pondéré, respectueux de l’autorité et les rédacteurs ne l’étaient pas moins de la prospérité d’un journal qui les payait bien. La plus grande partie du journal est donc occupée par des oeuvres ou des comptes rendus qui n’intéressent ni le trône ni l’autel. A partir de 1748 cependant, personne ne peut plus ignorer qu’il y a bataille entre les « nouveaux philosophes » et ceux qui défendent la foi chrétienne. Le Mercure doit faire sa place à la polémique. Il rend donc compte des principaux ouvrages qui combattent l’incrédulité, ceux de Lefranc de Pompignan, de Hayer et Soret, de l’abbé François, etc., etc. Il leur fait son compliment, avec discrétion ou enthousiasme, selon
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l’humeur du rédacteur et le vent qui souffle. Il ira même jusqu’à dénoncer Locke comme « le père du matérialisme p.194 moderne ». Parfois même, bien que ce soit assez rare, il combattra lui-même contre les impies, en insérant, par exemple, une Ode aux philosophes sur leur impuissance à découvrir la vérité ou une Ode contre l’abus de la philosophie en matière de religion. Même attitude des Affiches de province, entreprise privée, journal officieux d’annonces qui se tient généralement à l’écart de la bataille, mais la commente de temps à autre en louant les ouvrages de polémique pieuse, en mettant en garde contre la dangereuse « magie de couleurs » de l’Émile, en protestant que « l’incrédulité déclarée, ouverte, affichée sous le nom imposant de philosophie est la plus dangereuse de toutes ». Le Journal des Savants continue à faire la plus large place à tous les ouvrages de théologie et d’apologétique orthodoxe et à les soutenir dans leur lutte contre le déisme et l’athéisme. D’autres journaux s’en tirent en suivant un chemin qui les tient loin du combat, en ne parlant ni de religion, ni de politique ; c’est le cas de l’Observateur littéraire de l’abbé de la Porte, ou du Journal étranger d’Arnaud et Suard.
Mais le cas du Journal encyclopédique est plus significatif. Le titre même était une déclaration de guerre ; le mot encyclopédique, inoffensif par lui-même, signifiait clairement, en 1756 : « Nous défendons les idées de l’Encyclopédie » et l’Encyclopédie allait être dénoncée et condamnée. La rédaction du journal ne pouvait d’ailleurs laisser aucun doute sur l’esprit qui l’animait. Lui aussi est obligé, pour éviter des poursuites trop sévères, de donner des gages à ceux-là même qu’il veut
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combattre. Il rendra compte, avec politesse ou même avec onction, des apologies de la religion et des réfutations de la « philosophie », de La Religion naturelle et la Religion révélée, de La Religion vengée, des Lettres sur le déisme, de La Force de la vérité pour convaincre les athées et les déistes, du Discours sur les préjugés contre la religion, etc. Il parlera même des ouvrages des philosophes avec une extrême réserve ou même en feignant l’inquiétude ou l’indignation. Il approuvera la condamnation des Moeurs de Toussaint, du De la nature de Robinet. Il gémira sur les infamies des Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant de Deslandes ou d’un Éloge de l’enfer. Il donnera un compte rendu très favorable d’une édition des oeuvres de Palissot, y compris p.195 la comédie satirique des Philosophes. Il affectera de tenir Candide pour un badinage sans portée, en regrettant que l’auteur n’ait pas parlé « avec plus de respect de tout ce qui regarde la religion de ses ministres ». En un mot il pratique, de gré ou de force, la politi-que de la chauve-souris de La Fontaine : « Je suis oiseau, voyez mes ailes », celles de ma piété ; « je suis souris, vivent les rats ! » si les rats sont philosophes.
Ce sont d’ailleurs les rats qui ont la plus belle part ; la propagande philosophique d’un journal qui, à travers maintes bagarres et persécutions, vécut les années les plus importantes de la bataille philosophique reste considérable. Malgré les apparences il a constamment défendu les encyclopédistes dans leur lutte pour la liberté de penser et même soutenu, dans leur bataille contre « l’infâme », Voltaire, d’Alembert, Mably, Diderot, l’Encyclopédie. Il donne sur l’Esprit d’Helvétius quatre articles
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d’analyse favorables et cela même après les deux premières rétractations d’Helvétius ; (il est vrai qu’on n’avait pas encore officiellement condamné l’ouvrage). Il se dresse le plus souvent contre les adversaires de la philosophie, contre les Petites Lettres sur de grands philosophes, les Nouveaux Mémoires pour servir à l’histoire des Cacouacs, les Réflexions sur le système des nouveaux philosophes, Les Philosophes de Palissot, L’Accord de la religion et de l’humanité sur l’intolérance, etc. Surtout le Jour-nal encyclopédique ne s’en est pas tenu à ces polémiques contre le « fanatisme ». Il s’est efforcé sans cesse de s’élever au-dessus des « divertissements » ou « pièces fugitives » du Mercure et des chicanes hargneuses. « Tandis que les esprits, écrit-il, sont emportés d’un mouvement général vers l’histoire naturelle, l’anatomie, la chimie, la physique expérimentale, la métaphysique, la morale, le droit naturel, la politique, le commerce, etc., conviendrait-il à un journaliste de déceler dans ses extraits une profonde ignorance de toutes ces matières ! Il faut qu’il aspire à s’élever avec son siècle. On peut, pour égayer l’esprit, lui présenter de temps en temps quelques-unes de ces productions frivoles qu’une imagination légère enfante dans les accès d’un heureux délire... » ; mais cela ne peut pas être « l’essentiel d’un journal ». L’essentiel ce seront l’histoire naturelle, l’anatomie, etc., qui n’intéressent pas directement notre sujet et la morale, p.196 le droit naturel, le commerce, la politique. Le journal donnera donc de très nombreux « extraits » c’est-à-dire des extraits proprement dits, des analyses et jugements sur les ouvrages français, anglais, allemands, etc., qui discutent ces graves sujets, l’Origine des lois, des arts et des
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sciences (prétexte à entonner un hymne en l’honneur de la raison), les Recherches et considérations sur les finances de France, les Observations sur la noblesse et sur le Tiers état, La Noblesse commerçante de Coyer et la polémique qu’elle suscite, Les Intérêts de la France mal entendus, les ouvrages sur l’Angleterre et son organisation politique, etc. Il est vrai que la plupart de ces ouvrages n’ont aucune intention révolutionnaire et se contentent de présenter respectueusement à l’autorité les réformes et remèdes qui ne la mettent pas en cause. Il est vrai surtout que le Journal encyclopédique ne cherche jamais à mettre en lumière les idées les plus audacieuses et ne va pas chercher les intentions cachées. Il n’a pas de système, ni même de doctrine politique et sociale, pas plus qu’aucun journal avant 1770 ; à plus forte raison n’a-t-il pas de doctrine subversive ni même indiscrète. Il se contente d’apprendre à ses lecteurs qu’il est bon et même nécessaire de réfléchir sur la morale, le droit, la vie sociale, la politique. C’était beaucoup et c’était l’essentiel.
Il est significatif qu’un pareil journal ait pu vivre si longtemps, somme toute prospérer et, tout en s’imprimant à l’étranger, circuler en France librement. Il ne l’est pas moins que des journaux paraissant avec approbation et privilège et que personne, sinon quelques dévôts, n’a songé à accuser d’impiété aient fait à la philosophie une large place. C’est depuis 1717 que le Mercure galant est devenu Mercure, Mercure français, Mercure de France. Mais, vers 1750, il devient un Mercure philosophe ou tout au moins fort complaisant pour les philosophes. Il en parle d’abord fort souvent et pour les louer, soit avec mesure, soit avec enthousiasme. Diderot est un grand homme, un écrivain
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célèbre ; il « a des vues, de l’esprit, de la métaphysique et du style ». « Le célèbre et malheureux Jean-Jacques Rousseau » n’est pas moins bien traité ; ses oeuvres sont analysées longuement, discutées, réfutées s’il se trouve, mais louées abondamment et, le plus souvent, intelligemment. Même attitude p.197 à l’égard de philosophes moins compromettants, Condillac, d’Alembert, Buffon. Des ouvrages moins célèbres, fort suspects d’hérésie et qu’on aurait pu passer sous silence, ont parfois leur place et leurs compliments. Il y a un vif éloge de Bacon ; l’Analyse raisonnée de Bayle est « l’ouvrage le plus savant, le plus agréable et, sans contredit, le plus célèbre de notre siècle ». Argillan ou le fanatisme des croisades est un juste témoignage « des meurtres, des excès commis par des chrétiens au nom de ce même Dieu que nous adorons ». L’entreprise de l’Encyclopédie est soutenue, défendue avec un zèle qui ne se dément jamais, depuis les débuts où le dictionnaire était d’accord avec l’autorité jusqu’au moment des premières attaques et à travers les deux crises qui faillirent ruiner l’entreprise. C’est, en 1757, une « entreprise qui fait honneur à la nation » ; en 1758, le Mercure insère un « mémoire des libraires associés à l’Encyclopédie » et plus tard de nouveaux avis. Il vit d’ailleurs en fort bons termes avec le Journal encyclopédique et se charge, au moins à certains moments, de sa vente.
Voltaire surtout est comme l’hôte choyé et l’honneur de la maison. On le loue sans doute avec des précautions. On se tait sur la partie théologique du poème de La Religion naturelle « qui n’est pas de notre ressort ». Il y a dans Zadig plusieurs principes « qui ne seront pas approuvés généralement, mais... », mais
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c’est un chef-d’oeuvre. Et l’on loue, sans réserves théologiques, des oeuvres dont l’audace philosophique est grande, l’Essai sur les moeurs, Le Siècle de Louis XIV, Les Guèbres, etc. Surtout le Mercure ne se fatigue jamais d’insérer des extraits des oeuvres de Voltaire, des lettres ou épîtres, des vers à la gloire de M. de Voltaire et, quand il se peut, les réponses de Voltaire ; épîtres, stances, odes de gens connus, mais aussi de ceux qui ne le sont pas et même de la lointaine province, de MM. Dalais, de Valogne, de Mlles ***, de la Rochelle, etc. Témoignages qui sont de la bien médiocre littérature, mais qui sont la preuve irrécusable d’une influence profonde et lointaine.
Il y a même dans le Mercure, bien que ce soit beaucoup plus rare, des articles originaux tout pénétrés de l’esprit philosophique ; par exemple une Epître à M. de Montesquieu, une ode ou des vers sur p.198 sa mort, une ode sur Les Progrès de la philosophie par M. Beauregard, chanoine, régent de Chancellade et professeur dans l’abbaye de Sablonceaux :
A l’exemple de la physique,
La morale, la politique,
L’auguste et tendre humanité
Parent son sceptre et sa couronne...
C’est dans le Mercure que paraît d’abord la Lettre à un grand de l’abbé Coyer (reprise dans ses Bagatelles morales), si dure sur l’arrogance, la paresse des grands et le préjugé de la naissance. Dans le domaine de la morale, de la politique, et même des questions sociales, le Mercure est d’ailleurs beaucoup plus circonspect ou plutôt beaucoup plus silencieux. Il se contente de « l’auguste et tendre humanité ». S’il fait quelque
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place à ceux qui s’occupent de finances et de gouvernement c’est presque toujours lorsqu’ils s’en tiennent à des conclusions tout à fait orthodoxes, par exemple le Discours sur la nature et les fondements du pouvoir politique, les Observations sur la noblesse et le tiers état, la Théorie des lois civiles, les ouvrages de M. de Réal, etc. Signalons pourtant une analyse très favorable de ce Chinki, de Coyer, dont nous avons parlé et qui combat si âprement non seulement les jurandes et maîtrises, mais toutes sortes d’arbitraires et de privilèges.
Plus curieuse encore est l’attitude de ces Annonces, affiches et avis divers, qui se fondent en 1752 et qui prospèrent jusqu’à la Révolution. C’est une sorte de feuille officielle, puisqu’elle est rédigée dans les bureaux de la Gazette de France, et son importance est d’autant plus grande qu’on la désignait sous le nom d’Affiches de province, pour la distinguer des Affiches de Paris, qu’elle se vendait effectivement en province et que c’est sur son modèle que furent créés les journaux provinciaux dont nous aurons à parler. Or les annonces, affiches et avis divers n’y sont pas seuls. On y parle sciences, beaux-arts, théâtre, littérature, économie rurale et commerciale, etc., et fort souvent en « philosophe ». Les maîtres de la philosophie y sont loués, Voltaire d’abord, surtout au moment de l’affaire Calas dont les Affiches parlent tour à tour avec colère ou enthousiasme, cette « malheureuse affaire Calas dont a frémi tout le royaume » et dont p.199 il est honteux de voir renaître les horreurs dans l’affaire Sirven. Diderot est « le célèbre écrivain qui préside à l’Encyclopédie » ; ses Pensées sur l’interprétation de la nature sont admirées pour leurs « idées ingénieuses et nouvelles ».
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L’attitude à l’égard de l’Esprit d’Helvétius est encore plus frappante. Le journal en fait à deux reprises les plus grands éloges. C’est « un des plus curieux monuments de cet esprit philosophique qui a fait tant de progrès parmi nous » ; c’est un « excellent traité de métaphysique expérimentale ». Jusque-là le journal est couvert par l’approbation obtenue, on le sait, par surprise. La surprise est découverte ; le scandale éclate. Les Affiches publient bien la rétractation d’Helvétius, mais sans commentaire, sans se rétracter elles-mêmes ; et elles feront encore l’éloge de l’oeuvre en 1759. Elles ne traitent pas moins bien Jean-Jacques Rousseau. Même quand éclate l’affaire de l’Émile elles prennent d’abord parti contre ses adversaires : « Cet ouvrage plein de chaleur, d’agrément, de nerf, qui nous présente éloquemment les pensées d’un génie ferme, hardi, profond, cet attrayant ouvrage est proscrit ; l’arrêt qui l’a condamné nous impose un silence absolu sur cet article... Nous laissons aux forts d’Israël l’examen de cette censure. » Sans doute on avertit le journal que le silence ne suffisait pas et des critiques plus sévères suivirent la Lettre à Christophe de Beaumont.
Bien d’autres comptes rendus donnent des éloges à des oeuvres toutes philosophiques et parfois même à celles que l’autorité condamne : à l’Analyse de la philosophie de Bacon, de Deleyre, au Chinki de l’abbé Coyer, à l’Elève de la nature de Guillard de Beaurieu. La Philosophie de la nature de Delisle de Sales, condamnée, mérite avec des éloges des critiques ; mais ce sont des critiques littéraires et non de doctrine. Éloges, malgré quelques réserves, de l’Argillan ou le fanatisme des
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croisades, de l’Ericie ou la Vestale : « Des ordres supérieurs et des raisons qu’on devine bien en ont empêché la représentation » ; mais la pièce mériterait d’être jouée. Dans l’ordre politique ou social les Affiches sont comme le Mercure, beaucoup plus circonspectes. Mais elles louent, avec le Chinki de Coyer, des Mémoires pour les curés à portion congrue « qui exci-tent le cri de la misère et de la raison », des Idées d’un citoyen sur les besoins, les droits et les devoirs des vrais pauvres, des Lettres p.200 d’un citoyen à un magistrat sur les vingtièmes et autres impôts en conseillant, pour conclure, de « désirer beaucoup, espérer peu, ne demander rien ». Enfin elles ont une hardiesse plus grave que celle de louer les philosophes : elles parlent avec froideur ou dédain de leurs pieux adversaires. Le P. Fidèle de Pau a publié un Philosophe dithyrambique, satire des philosophes : « Voici donc un nouveau champion qui, sous ses propres livrées, à front découvert, vient rompre une lance contre les ennemis de la religion : c’est le nom qu’il lui plaît de donner aux M..., aux V..., aux H..., aux D..., aux R..., à l’auteur des Moeurs » ; et le compte rendu se termine par la remarque que l’ouvrage est « muni des éloges et des approbations des deux théologiens de l’ordre, c’est-à-dire aussi capucins » ; on se doute que les éloges donnés chemin faisant n’ont pas un accent très sincère. Les comptes rendus du Catéchisme à l’usage des Cacouacs, de l’Oracle des nouveaux philosophes sont aussi réticents (« si on juge par ce livre... l’auteur prétend », etc.). Quant au Cri de la vérité contre la séduction du siècle ce sont « onze volumes sur des matières qui, toutes intéressantes
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qu’elles soient, n’ont rien moins sans doute que le piquant de la nouveauté ».
D’autres journaux, par conviction ou prudence, se laissent beaucoup moins pénétrer par la « séduction du siècle » ; tels la Gazette littéraire d’Arnaud et Suard malgré deux douzaines d’articles de Voltaire ; tels le Journal des Savants : « La lumière, écrit-il en 1758, se répand de plus en plus sur toutes les parties de l’administration ; les ténèbres mystérieuses dont une politique défiante affecta si longtemps de les couvrir se dissipent entièrement. » Mais le Journal des Savants ne s’ouvre guère à ces lumières que lorsqu’on y voit briller la tradition. Il louera d’abord les tomes I à III de l’Encyclopédie ; puis quand l’autorité commencera à sévir il s’en tiendra à de simples annonces. Il fera de nombreuses allusions aux déistes anglais, mais ce ne seront que des allusions ; il signalera dix ouvrages sur la légitimité des mariages des protestants, mais sans prendre parti.
Fréron, dans son Année littéraire, est, on le sait, de ceux qui prennent parti ; et l’on sait, aussi bien, qu’il prend parti contre les philosophes. Des querelles retentissantes l’ont opposé violemment à d’Alembert, Diderot et surtout Voltaire. Il n’est pas difficile de se p.201 convaincre en lisant l’Année littéraire qu’il n’était ni l’imbécile ni le malhonnête homme que les philosophes ont dénoncé. Mais on y découvre aussi que même lui, le champion le plus redouté des philosophes, est fort souvent gagné à l’esprit de la philosophie. Il loue d’abord et fort bien ceux dont la philosophie reste prudente ou muette sur les questions épineuses, Montesquieu, Burlamaqui, certains ouvrages de Mably. Il fait une assez large place à toutes sortes
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d’ouvrages de politique, d’administration, de finances, res-pectueux, orthodoxes, monarchistes mais qui répandent malgré tout le goût des discussions politiques et sociales et font glisser aisément du respect à la critique, la Gazette d’agriculture, du commerce et des finances, la Science du gouvernement de Réal, Le Vrai Philosophe ou l’usage de la philosophie relativement à la société civile, à la vérité et à la vertu, L’Homme éclairé par ses besoins, L’Education civile (de Garnier), les Principes de tout gouvernement, etc. Même pour ceux qui ne l’aiment pas, l’accablent d’injures et appellent sur lui les vengeances de l’autorité, il se montre le plus souvent mesuré et parfois aimable. Il n’approuve guère les attaques personnelles de la comédie des Philosophes ; il annonce en fort bons termes une édition in-4° des oeuvres de Voltaire. Sur la Philosophie de la nature de Delisle de Sales, il fait d’expresses réserves mais il en parle longuement et avec une sorte de sympathie. Et il est tout à fait sympathique à des oeuvres audacieuses, non seulement au Chinki de l’abbé Coyer dont les audaces ne sont que sociales, mais aux Lettres cabalistiques et aux Lettres chinoises du marquis d’Argens, aux Songes philosophiques de L.-S. Mercier. Il ne combat délibérément que les oeuvres où l’impiété est évidente et batailleuse. Même il est tout autre chose qu’un dévot. Presque autant que Toussaint, d’Argens, Rousseau ou même Voltaire, il est l’ennemi déclaré de l’intolérance, du fanatisme. En rendant compte de La Voix du patriote catholique opposée à celle des faux patriotes tolérants, il refuse de prendre parti, mais il approuve la Liberté de conscience resserrée dans des bornes légitimes qui sont celles de la tolérance civile. Il loue Argillan ou
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le fanatisme des croisades parce que la pièce s’est proposée de « peindre les affreux excès du fanatisme de religion ». C’est p.202 lui qui donne à Dubois-Fontanelle l’idée d’écrire sa pièce d’Ericie ou la Vestale ; il est donc pour Ericie contre l’autorité qui l’interdit.
Quelles que soient d’ailleurs les intentions des articles, qu’ils attaquent, épargnent ou louent la philosophie, il y a dans ceux de ces journaux qui durent depuis de longues années une évolution plus significative encore. Le pieux Journal de Trévoux n’évolue pas. Mais si l’on classe les articles du Mercure ou du Journal des Savants selon leur caractère, on constate que : dans les deux années 1722-1723, le Mercure n’a qu’un article sur les matières de politique, économie sociale, législation (article sur les Lettres persanes) et quatre sur les sciences. Dans les deux années 1750-1755, il en a onze sur la politique, etc., et vingt-six sur les sciences. En 1720-1721, le Journal des Savants n’a aucun article intéressant la politique ; il en a quinze en 1750-1755 ; pour la philosophie et les sciences expérimentales la proportion passe de treize à soixante et onze.
Il ne faut pas, assurément, exagérer cette évolution. Ni le Mercure, ni le Journal des Savants, ni les Affiches de province, ni à plus forte raison les autres journaux, exception faite pour le Journal encyclopédique, ne pouvaient donner à leurs lecteurs l’impression qu’ils étaient « philosophes ». Si nombreux et caractéristiques que soient les articles dont nous avons parlé, ils sont tout de même dispersés parmi les pièces, poèmes, comptes rendus qui n’ont rien de philosophique. Dans le Mercure, par exemple, en 1750-1751, plus de soixante poèmes, plus de vingt
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pièces ou comptes rendus sur le théâtre, plus de trente sur une morale inoffensive, plus de cinquante sur l’histoire, etc. Dans le Journal des Savants, pour les mêmes années, plus de cent trente comptes rendus d’ouvrages sur la théologie et la religion. Dans les Affiches de province, pendant les années 1752-1756, pour dix-sept articles ou comptes rendus touchant à la politique, quarante-deux intéressent la philosophie générale et la morale, quatre vingt-treize la théologie et la piété, cent vingt-cinq la physique et l’histoire naturelle, deux cent neuf les belles-lettres. Dans le Journal encyclopédique même, c’est le programme du dictionnaire que l’on suit plutôt que celui de sa philosophie plus ou moins cachée ; c’est-à-dire qu’on laisse au Mercure les contes, nouvelles et pièces fugitives pour passer en revue tout ce qui touche p.203 à toutes les connaissances humaines, à toutes les recherches de l’intelligence ; et les ouvrages analysés ne soulèvent aucune polémique religieuse ou politique. Il ne faut pas s’en étonner. Ces journaux voulaient être lus par tout le monde et non pas seulement par les « savants » ; même le Journal des Savants analysait les romans, les poèmes, les « facéties » et les « oeuvres plaisantes » comme les traités de théologie. Aujourd’hui même quelle est la revue publiée pour le grand public qui pourrait s’en tenir à des articles de politique, d’économie politique, de philosophie et de morale ? L’esprit philosophique n’emplit pas nos journaux du XVIIIe siècle. On ne peut même pas dire, sauf peut-être pour le Journal encyclo-pédique, qu’on l’y glisse. Il s’y glisse. Mais sa « marche invisible et sûre » n’est pas un témoignage moins important.
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II. — L’enseignement 1
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Nous n’avons pas à entreprendre l’histoire complète de l’enseignement qui serait fort longue. On en a donné d’ailleurs d’assez bonnes études générales et de bonnes ou très bonnes études partielles. Sur bien des points elle n’intéresse qu’indirectement notre sujet. Pourtant c’est un esprit nouveau de l’enseignement qui a créé un terrain favorable au développement des idées révolutionnaires ; parfois, même avant notre date de 1771, c’est lui qui les a semées.
a. Les théoriciens. — Ce sont eux qu’on connaît le mieux, bien que ce ne soit pas eux qu’il importe surtout de connaître. Même avant 1748, nous l’avons dit, des pédagogues font, parfois âprement, le procès de l’enseignement traditionnel ; certains sont célèbres, comme Locke, ou connus, comme Crousaz. De 1748 à 1762, date où paraît l’Émile de Rousseau, le goût ou même la mode des systèmes pédagogiques sont toujours très vifs. Il paraît une bonne douzaine de traités et dissertations. Le succès éclatant et le génie de l’Emile font de cette mode un engouement. D’autant plus qu’un p.204 événement brusque oblige à faire appel aux pédagogues. En 1762 l’ordre des Jésuites est supprimé ; or, ils possédaient cent treize collèges. Ce sont cent treize collèges sans professeurs et cent treize collèges qu’on peut réorganiser, qu’on doit même, crie-t-on, réorganiser. Un édit du 2 février 1763 prescrit donc de créer pour tous les
1 Ouvrages de référence générale : A. Sicard, op. cit. (615, 616) ; F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900, tome VII : La Propagation du français en France jusqu’à la fin du XVIIIe siècle (1510) ; D. Mornet, Les Sciences de la nature en France au XVIIIesiècle (1557).
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collèges n’appartenant ni aux universités ni aux congrégations un bureau composé de l’évêque, du premier officier de justice du lieu, du ministère public, de deux officiers municipaux, de deux notables, du principal ; à eux d’aviser. Pour les aider dans leur tâche les conseillers se multiplièrent par douzaines. Ils avaient souvent du talent ; et ils parlaient avec une singulière énergie. Ce qu’ils réclament, comme Locke et Rousseau, même lorsqu’ils diffèrent sur les buts lointains et les moyens, c’est une instruction et une éducation réalistes. Jusqu’à eux les collèges n’ont pas eu d’autre ambition que de donner à leurs élèves des qualités générales de goût ; ils leur apprennent à choisir, ordonner, exprimer avec clarté, élégance, éloquence des idées générales applicables à tous les temps et tous les pays. Ils les font vivre dans un monde qui n’est même pas romain, qui est un monde de convention. Mais ce n’est pas dans ce monde-là que doivent vivre les élèves qui sortent des collèges. Ils ont appris à forger des discours de généraux, de sénateurs, de moralistes romains ou grecs. Mais ils ne seront pour la plupart ni généraux, ni sénateurs, ni moralistes, ni rien d’équivalent. Même s’ils sont officiers, présidents de parlement ou avocats, ils auront à s’occuper des armées de Louis XV, des procès devant la justice de Louis XV et non pas des légions romaines ou des déprédations de Verrès. Il faut donc que l’éducation des collèges, au lieu de les isoler du monde, s’ouvre toute grande sur les choses du monde ; il faut qu’elle montre la vie dans toute sa réalité : « Qu’apprend-on en sixième, dit l’abbé Coyer ? du latin. En cinquième ? du latin. En troisième ? du latin. En quatrième ? du latin. En seconde ? du latin. Nulle connaissance de la nature,
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des arts, des sciences utiles. Point de choses mais des mots ; et encore quels mots ? Pas même la langue nationale ; rien de ce qui convient le plus à l’homme. Et on appelle ce long et précieux espace de temps le cours des humanités. Voilà des humanités bien sauvages... Employer dix à douze ans à mal parler, p.205 à mal composer en latin, à expliquer des auteurs qui se refusent à la portée de l’âge, à tailler des figures de rhétorique pour les faire entrer, de gré ou de force, dans des amplifications qui n’amplifient que du verbiage, à des principes de philosophie qui apprennent à maltraiter le bon sens ! » Au lieu de ce verbiage, il faudrait, par exemple, que la seconde classe, dès quatorze ou quinze ans, soit divisée en cinq « institutions » préparant pour la robe, l’épée, l’église, la négociation ; les savants Guyton de Morveau, Caradeuc de La Chalotais ne sont pas moins énergiques : « D’où vient qu’au sortir des Écoles il est rare de trouver un jeune homme qui sache narrer un fait, dicter une lettre ou délibérer sur une opinion. C’est qu’il n’a appris qu’à faire des harangues ! » « Toujours du latin et des thèmes !... Presque toute notre philosophie et notre éducation ne roulent que sur des mots ; ce sont les choses mêmes qu’il importe de connaître... Des faits, des faits dont les yeux disposent à sept ans comme à trente ! »
Trois ou quatre douzaines de pédagogues, de La Condamine, Duclos, l’Encyclopédie, Condillac, Helvétius, jusqu’à de modestes régents et aux concurrents des jeux floraux tiennent à peu de chose près le même langage. Ils s’insurgent contre la tyrannie du latin et de la rhétorique ; ils demandent l’étude des sciences, du français, de l’histoire. La querelle est si vive qu’elle sort des
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traités de pédagogie et des dissertations graves pour retentir jusque dans les contes et romans : « Zamaël est le collège le plus considérable de Goa ; c’est là où des Bramines modestes apprennent à leurs élèves le grec et le chaldéen qu’ils ne doivent jamais parler, ou l’histoire de l’empire des Cambrésiens qu’il est inutile qu’ils connaissent. » « Oui, Zurac, longtemps des moines, esclaves des préjugés les plus honteux, asservis à de vils usages auxquels l’honneur ne peut se plier et qui rétrécissent l’esprit... ont été chargés de donner des législateurs fermes et intègres à l’État... Un moine toujours tremblant peut-il trouver dans son coeur la fermeté du guerrier, le zèle patriotique du magistrat, la bonté, la candeur du citoyen honnête, la tendresse d’un père, la fidélité d’un époux attaché par les liens les plus doux à son aimable compagne... Je soutiens que si, au lieu de ces collèges où l’on apprend seulement une langue belle à la vérité, enrichie d’ouvrages p.206 dignes de passer à la postérité la plus reculée, mais inutiles à la plupart de ceux qui la parlent, on eût formé des écoles de dessin, de mathématiques, de mécanique, de physique et de jurisprudence, où le général de toute la nation fût admis, on en verrait sortir une foule de jeunes gens capables de rendre mille services à l’État. »
Les réclamations et les projets de réforme des pédagogues sont si nombreux et si nets qu’ils témoignent d’une orientation nouvelle des esprits. Mais ce ne sont pas surtout les théories qui comptent : c’est la pratique. Peu importeraient Locke, Rousseau, La Chalotais et tous les autres si on ne les avait pas écoutés, ou du moins ils n’importeraient que pour l’avenir. Ce qu’il faut savoir c’est si l’enseignement s’est réellement transformé.
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b. La pratique. — La transformation n’a été, il faut le dire, ni rapide, ni générale. Il est même fort difficile de la suivre exactement. Seuls les Jésuites avaient une méthode uniforme. Même dans les collèges de l’Université ou dans ceux des ordres monastiques, oratoriens, doctrinaires, etc., il n’y avait pas de règle ou de programme strict. A plus forte raison dans ceux qu’organisèrent les municipalités après 1762. Si bien qu’un certain esprit moderne pouvait pénétrer dans certains collèges tandis que d’autres lui restaient obstinément fermés. Nous avons des témoignages assez nombreux de cette fidélité aux seules humanités latines. Au collège de Valenciennes, en 1767, à partir de la troisième, on ne parle que latin ; on enseigne, en seconde, un peu d’histoire et de géographie, un peu de mathématiques ainsi que dans d’autres classes, et c’est tout. En 1764, chez les Oratoriens du Mans, il n’y a que des prix de latin et de mémoire. Chez ceux de Toulon, en 1762, prix de latin et de mémoire. Au collège de Béziers, en 1763, un peu d’histoire, de géographie, de grammaire française jusqu’en troisième ; mais en seconde rien que du latin avec un peu d’arithmétique, et en première rien que du latin. Le collège de Rennes enseigne, après 1761, de l’histoire, de la géographie, de l’histoire des institutions, de l’histoire littéraire, de la poésie française. Mais les douze autres collèges de la province continuent à suivre paresseusement les traditions du passé. Même fidélité à la seule rhétorique latine à Nogent-le-Rotrou vers 1769 (il n’y a pas, dans la bibliothèque, un seul ouvrage de sciences, de p.207 géographie, d’histoire, pas un seul auteur français), à Vernon, en 1767, à Magnac-Laval, en 1768, etc. A Louis-le-Grand même, ce n’est qu’en 1763 qu’on
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enseigne en français et non plus en latin. Enfin un dernier témoignage, et le plus important, est fourni par les palmarès des distributions de prix qu’on trouve abondamment et dans les histoires des collèges et dans les Affiches des provinces. Jusqu’à la Révolution, il n’y a pas d’autres prix que des prix de latin, de français, de mémoire et de sagesse. Or, chacun sait, par souvenirs personnels, que les élèves ont quelque dédain pour toutes les études qui ne sont pas sanctionnées par un prix — ou un examen.
Par contre, d’autres collèges ont évolué. Le français conquiert une place modeste puis honorable à côté du latin. Ces conquêtes se marquent dès la première moitié du XVIIIe siècle où l’enseignement se donne, souvent, en français et non en latin, où l’on prononce, dans les solennités, des discours en français, où l’on va chercher ses exemples, même quand on enseigne en latin, dans les auteurs français, où l’on joue des pièces et prononce des plaidoyers en français, etc. Ce sont les Oratoriens surtout qui, dès cette époque, vont de l’avant. Mais c’est surtout après 1750 que le latin recule de plus en plus, en gardant d’ailleurs presque toujours la place la plus importante. Au collège de Troyes, où les Oratoriens montrèrent d’ailleurs le plus d’initiative, non seulement le discours et l’amplification en français sont cultivés comme le discours et l’amplification en latin, mais il n’y a plus de thèses de logique ou de physique en latin à partir de 1757 ; le poème latin du carnaval disparaît en 1767 ; le discours de distribution des prix est en français en 1759 ; et en 1783 le même discours démontrera la supériorité du français sur le latin. Plus ou moins hardiment, bien d’autres
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collèges suivent la même voie. On explique d’abord ou on utilise pour les cahiers de rhétorique tout un programme d’auteurs français. Pour l’Université, en 1768, La Fontaine, Boileau, Bossuet, Esther et Athalie, Bourdaloue, Fléchier, Fénelon, Mascaron et aussi J.-B. Rousseau, Louis Racine, Vertot, Saint-Réal, Pellisson et les Éloges de Fontenelle et la Grandeur et décadence des Romains. A Valenciennes (1767), La Fontaine, Boileau, J.-B. Rousseau, Bossuet, Fléchier, Bourdaloue, Massillon. A Castres (1764), Boileau, Esther et Athalie, Bossuet, Pellisson, les p.208 Moeurs des Israélites de l’abbé Fleury. A Troyes (vers 1760), La Fontaine, Boileau, Massillon, Bossuet, J.-B. Rousseau.
La rhétorique française fait de plus en plus concurrence à la rhétorique latine. Dans un assez grand nombre de collèges et, sans doute, dans pas mal d’autres dont nous n’avons pas les palmarès, il y a un prix d’amplification française, au moins en rhétorique. Un Règlement de l’Université « applicable à tous les collèges ne dépendant pas d’elle » (mais que les collèges dirigés par des communautés n’étaient pas tenus de connaître et que les autres ne considéraient guère comme impératif) prescrit, en 1765, de donner l’enseignement de l’amplification française, et un prix, en rhétorique. C’est ce qui se passe, par exemple, au collège du Plessis, à Rouen, à Orléans, à Vernon. Au collège de Vitry, on est plus hardi, et en 1762 il y a des prix de français en quatrième, troisième, seconde, rhétorique. Enfin les prix du concours général comportent, au moins dès 1787, un prix d’amplification française. Les « exercices publics » qui remplacent partout, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les
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pièces de théâtre et ballets mis à la mode par les jésuites continuent parfois à se faire en latin (par exemple à Bayonne ou Magnac-Laval), mais ils ont lieu de plus en plus et bientôt, semble-t-il, partout en français. A Vitry-le-François, latin encore en 1753, français vers 1770 (sauf pour les exercices de philosophie). A Riom, on n’y parle plus qu’en français. Enfin, malgré bien des résistances ou des retours, il arrive, même avant 1770, que le discours de distribution des prix soit en français.
Il y aurait lieu d’étudier les progrès de l’enseignement de l’histoire, de la géographie, parfois des langues étrangères (l’étude des sciences physiques, chimiques et naturelles étant réservée aux deux années de philosophie dont nous allons parler). Ils sont assez sensibles dans un certain nombre de collèges ; mais ce sont toujours des études de second plan puisqu’elles ne sont jamais sanctionnées par un prix, sauf dans quelques écoles et collèges de caractère tout à fait moderne. Ces hardiesses apparaissent seulement dans quelques écoles privées mal connues et qui avaient sans doute plus d’ambition que de succès, surtout dans le collège de Sorèze et dans les écoles militaires qui connurent, vers 1770, un succès éclatant. p.209 Ferlus, directeur de Sorèze, dénonce la « misérable routine » de l’Université, à la grande colère d’ailleurs des régents de cette université ; il veut remplacer « l’étude des mots » par l’étude des réalités, de tout ce qui prépare à la vie. On enseignera donc, avec un système d’options, le français et la littérature française, l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le portugais, l’histoire, la cosmographie, la géographie, la statistique, la physique
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expérimentale, l’histoire naturelle, la navigation, le dessin, l’architecture, etc. Un M.C. du T. s’émerveillait de ces trois cent soixante élèves à qui l’on apprenait à « chanter, danser, dessiner, écrire, monter à cheval, nager, faire l’exercice, jouer du hautbois, du violon, de la clarinette, du basson, de la basse, donner du cor, faire des armes... le latin, l’anglais, l’allemand, l’italien et même le français, les mathématiques, l’histoire ». Dans les écoles militaires on supprime l’enseignement du latin ; et Vaublanc, dans ses mémoires, nous a laissé de l’événement un tableau qui est au moins symbolique s’il n’est pas, peut-être, rigoureusement historique : « Lorsque le latin fut chassé de l’école militaire [de La Flèche], un professeur nommé Valard, qui avait composé un rudiment très estimé, réunit sur une charrette ses vieux livres, ses cahiers, tout ce qu’il possédait. Il s’assit sur ce monceau en désordre ; il partit au moment où les élèves étaient en récréation. Ils s’assemblèrent autour de la charrette. Il leur criait : "Vous êtes perdus ! Vous allez croupir dans l’ignorance ! Vous ne serez bons à rien. On chasse de l’école Virgile, Horace et Cicéron ; je les emporte avec moi ; l’antiquité vous abandonne. Oui, pleurez, infortunés ; vous êtes perdus !" »
Il n’est pas douteux que la mode, du moins une certaine mode, s’engoua de ces perditions. Rigollet de Juvigny y voit — déjà — une des causes de « la décadence des lettres et des moeurs ». « La noblesse, la bourgeoisie, la stupide opulence ont été séduites par le charlatanisme de ces nouvelles institutions où tout est enseigné, hors ce qu’il faut savoir, où toutes les sciences sont affichées, étalées sur la porte, mais où l’ignorance professe dans l’intérieur... les parents disent naturellement : A quoi sert
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le latin et le grec ! Nous ne voulons point faire des savants de nos enfants ! » Sans doute ils n’en voulaient pas faire non plus des révolutionnaires. On pouvait p.210 combattre le latin en restant un homme respectueux de toutes les lois. Indirectement cependant cette évolution tendait à préparer l’esprit révolutionnaire. Étudier les « réalités » et non les mots, orienter l’instruction vers le « présent » et non vers le passé, c’était préparer l’élève à juger, discuter, condamner cette réalité. Le collège n’était plus une sorte de monde fermé où rien ne pénétrait de la vie extérieure ; il commençait à s’ouvrir à toutes les curiosités, à toutes les discussions et bientôt à toutes les batailles.
Il s’ouvrit même parfois à la philosophie elle-même. Elle pénètre peu à peu, par des chemins détournés, dans les deux années de philosophie. Sans doute ces deux années ne faisaient pas partie du cycle régulier des études. Elles étaient surtout destinées à ceux qui se préparaient à l’état ecclésiastique ou aux carrières judiciaires ; une moitié au moins des élèves quittaient le collège à la fin de la rhétorique et, parfois, beaucoup plus. Mais l’influence de ces deux années ne s’exerçait pas moins et, souvent, sur les meilleurs. Pendant longtemps la seule influence fut celle de l’étonnement, de l’ennui, puis de la révolte. La philosophie était toute scolastique. C’était la scolastique qui décidait non seulement des problèmes métaphysiques et psychologiques, mais encore de ceux de la physique et de toutes les sciences. Peu à peu, au début du XVIIIe siècle, Descartes prend sa place à côté d’Aristote. Pourtant ce cartésianisme n’intéresse que le fond de la doctrine. L’exposé, latin, de tous les
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cahiers, de tous les manuels, reste dans la première moitié du siècle, un peu moins barbare dans son langage, mais aussi aride, aussi lourdement technique dans la succession de ses propositio, distinguo majorem ou minorem, nego majorem ou minorem, objicio, instabo, etc. Tout cela fait bientôt un contraste singulier avec la vie intellectuelle dont les élèves-étudiants prennent conscience et même avec la vie tout court ; et les protestations se multiplient. On sait qu’elles n’étaient pas nouvelles et elles abondent, dès le XVIIe siècle, chez Boileau, Molière, le P. Lamy, Fleury, etc. Vers 1750, elles deviennent une plainte universelle et l’on dénonce les sottises de l’École avec une violence brutale ou une ironie joyeuse. Deslandes, Saverien, d’Argens, Crousaz, l’abbé Terrasson, l’Encyclopédie, p.211 Diderot, d’Alembert, Voltaire, Holberg, Helvétius et d’autres s’esclaffent ou s’indignent. C’est à qui collectionnera les plus joyeux exemples de thèses ou de raisonnements scolastiques : « Est-il en la puissance de Dieu d’être un oignon ou une citrouille ? — Savoir si l’être est univoque à l’égard de la substance et de l’accident. — Si la relation du père à son fils se termine à ce fils considéré absolument ou à ce fils considéré relativement. — Si le nombre des vices est parallèle ou double de celui des vertus. — Si la fin meut selon son être réel ou selon son être intentionnel. — Dieu peut avoir créé le monde et le monde être éternel : en voici la preuve : il n’est point de temps dans Dieu ; en lui l’effet suit toujours la volonté. Supposons que Dieu eût voulu que le monde eût été de tout temps, le monde aurait donc pu l’être. — Le baromètre doit hausser pour annoncer la pluie. En effet, l’air est plus chargé de vapeurs, donc plus pesant ; dont le baromètre
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hausse. » Les pédagogues de l’éducation nouvelle ne sont pas plus indulgents que les philosophes. Eux aussi, Caradeuc de La Chalotais, Guyton de Morveau, l’abbé Coyer, Condillac, etc., s’élèvent contre les « ergoteries », l’habitude de « disputer et de chicaner » et ajoutent quelques fleurs au bouquet des stupidités scolastiques : « Si l’universel se fait par l’opération de l’esprit, — si la béatitude formelle consiste dans un acte de l’entendement ou de la volonté, — si de deux propositions contradictoires qui ont pour objet le futur contingent, la vraie peut devenir fausse et la fausse peut devenir vraie. »
Il n’est pas douteux que les élèves de cette philosophie scolastique écoutaient sans chercher à comprendre et parfois se révoltaient contre le temps qu’ils perdaient. Lemeur, procureur syndic de Rennes, affirme que lui et ses camarades auraient été « gâtés entièrement » s’ils n’avaient eu le bonheur de n’y rien entendre. Au collège d’Angers, Larevellière-Lépeaux tient la logique pour un « amas de subtilités ridicules et de formules barbares », la morale pour une « théologie pitoyable » ; et la métaphysique « ne valait guère mieux ». Larevellière devait être un des chefs de la Révolution ; mais, au même collège, François-Yves Besnard, qui ne devait jamais être qu’un bourgeois, n’était pas plus indulgent. Un peu plus tard, au collège pourtant plus moderne de Juilly, Arnault ne voyait dans la p.212 logique et les catégories qu’un art de déraisonner. Les ecclésiastiques eux-mêmes, nourris de théologie et d’abstractions, commencent à s’étonner et à protester. L’abbé Millot, vers 1745, ne voit dans la scolastique qu’un « grimoire » et lit quelque livre en cachette au collège de Besançon « pendant que le bon père s’époumonait
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avec ses arguments ». L’abbé Baston, chez les Jésuites de Rouen, vers 1760, reste stupide devant « l’idée toujours conforme à son objet, le futur contingent, le concours simultané et quelques conclusions subsidiaires contre le jansénisme ».
Il va sans dire que les méthodes vieilles de plusieurs siècles, puissamment soutenues par les desseins de la théologie et de la piété et qui avaient profondément façonné les habitudes d’esprit des maîtres résistèrent vigoureusement. Brissot se plaindra que l’enseignement de la philosophie au collège de Chartres ne soit fait que de sottises scolastiques. Il en est de même au collège Saint-Vaast de Douai. Au collège d’Angoulême (où il n’y a d’ailleurs que quinze élèves), on ignore Bacon et même Descartes. Au collège d’Arras la règle est nette : « Nul attachement à d’autres opinions que celles que l’Église autorise. Adhérer simplement aux dogmes et aux vérités catholiques, sans entrer dans les systèmes, voilà la marche du vrai philosophe. » Certains mêmes continuent à combattre Newton, tel Duval, professeur de philosophie de Talleyrand au collège d’Harcourt, vers 1770. L’un des sujets du concours d’agrégation en 1766 est « Contra explicationem newtonianam luminis ». On continue d’ailleurs à rééditer, jusqu’en 1757, la célèbre Philosophia ad usum scholae accommodata de Dagoumer (dont la première édition est de 1701), et qui ne s’est accommodée, chemin faisant, ni à Newton, ni à Descartes, ni à rien. « Il serait sans doute à souhaiter, remarquent ironiquement les Affiches de province, en 1757, qu’on bannît de la philosophie des écoles toutes les subtilités introduites par la dialectique des Grecs... Quoi qu’il en soit, voici l’ouvrage d’un vieux athlète de l’École
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qui, après s’être longtemps couvert dans l’arène et de poussière et de sueur, nous a laissé ce monument de ses travaux philosophiques. »
Il restait bien d’autres athlètes de l’École, plus ou moins vieux, dont il serait difficile de prétendre qu’ils avaient respiré, même de loin, p.213 l’air de l’Encyclopédie. Pourtant, chez la plupart, il y a, insensiblement, quelque chose de changé. Les plus entêtés dans la tradition ne peuvent plus guère ignorer qu’il se pose des problèmes ignorés d’Aristote ou de Dagoumer et qu’on ne peut passer sous silence Descartes ni même Newton. La célèbre Philosophie de Tulle (édition de 1770) n’emploie que la méthode scolastique et démontrera gravement que la cause est avant l’effet, que « sublata causa, tollitur effectus ». Mais elle admet le système de Newton et par un compromis pittoresque le démontre par syllogisme : « Probo. — Objicies. — Respondeo. — Nego anteriorem. — Instas. — Respondeo. — Nego anteriorem, etc. » Les Philosophies de Tingry, de Lemonnier sont entièrement scolastiques et Lemonnier rejette même le système de Newton ; mais il tente de le réfuter non seulement par la logi-que, mais au nom de l’expérience et du calcul. Le petit abrégé de Caron, vénérable ancêtre de nos manuels de baccalauréat, puisqu’il s’intitule « compendium institutionum philosophiae in quo de rhetorica et philosophia tractatur ad usum candidatorum baccalaureatus artiumque magisterii » admet comme également probables les systèmes de Descartes et de Newton. Les Institutions de Le Ridant réfutent Locke, comme on s’y attend, mais elles en parlent, et c’est le sensualisme qui entre dans l’enseignement.
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Tout cela n’est pas grand-chose, ou ce n’est qu’un imperceptible ébranlement dans le lourd édifice de la tradition scolastique. Mais il y en eut pour le ressentir et s’en inquiéter. Ce prudent Le Ridant s’était hasardé à dire que « methodus cartesiana optima est, et ad recte philosophandum necessaria » ; son manuel fut condamné par le conseil d’État ; les cahiers d’un professeur du Mans qui s’en inspirait furent censurés par l’évêque. Censures et condamnations veillaient donc encore jalousement. Et ce fut d’abord par une porte mal gardée que l’esprit nouveau pénétra dans les deux années de la philosophie, par la porte des sciences. La philosophie scolastique prétendait enseigner les sciences, l’astronomie, la physique et même la chimie et de l’histoire naturelle ; c’est-à-dire qu’elle enseignait, par syllogismes, des systèmes où l’on établissait les propriétés et la nature de la matière en niant la majeure ou la mineure. On aura une idée pittoresque de cette conception des sciences par l’exemple p.214 que voici, qui est de 1656, qui n’a plus depuis longtemps d’équivalent dans les sciences médicales vers 1756, mais qui pourrait prendre parfaitement sa place dans bien des manuels scolaires à cette dernière date. A Nantes, éclate un différend entre les maîtres-jurés chirurgiens et le compagnon Huet aspirant à la maîtrise. Le compagnon obtient un arrêt de la cour obligeant les maîtres à lui faire subir un examen. Il le passe donc, et le voici, en partie : « Demande : Combien de choses doivent concourir à la guérison des maladies chirurgicales ? — Réponse : Deux choses, la première que c’est par la nature, la seconde par l’art et l’opération. La réponse n’est pas valable, car, selon Hippocrate, il en faut quatre : le malade,
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le chirurgien, les assistants et les choses externes. — Demande : En combien de manières les maladies sujettes à la chirurgie se guérissent-elles ? — Réponse : Les maladies sujettes à la chirurgie se guérissent ou par médicament ou par opération. La réponse n’est pas satisfaisante, car les maladies se guérissent de quatre manières, la première par expérience, sans rechercher ni connaître la cause ; la deuxième par analogisme, recherchant la cause et ne la connaissant pas mais se servant de similitudes ; la troisième par raison, recherchant et connaissant la cause ; la quatrième par indication, connaissant la cause sans la rechercher... » On demande également au candidat la différence entre période, paroxysme, exacerbation et crise et il se montre tout aussi incapable de raisonner dans les formes. On comprenait encore, dans la première moitié du XVIIIe siècle, l’enseignement des sciences comme les maîtres chirurgiens de Nantes comprenaient celui de la chirurgie. J’ai fait, par ailleurs, l’histoire des survivances de ces systèmes scolastiques et théologiques 1. J’ai montré également comment ils se discréditent dès la première moitié du XVIIIe siècle et comment l’astronomie, la physique, l’histoire naturelle expérimentales des Newton, des Réaumur, des Trembley conquièrent très vite et profondément non seulement l’opinion des savants mais celle du grand public. Dans l’enseignement même, les méthodes expérimentales, grâce au Spectacle de la nature de l’abbé Pluche, grâce à l’abbé Nollet, commencent à pénétrer. De p.215 1748 à 1770, dans la bataille scolaire entre les systèmes scolastiques et la physique expérimentale, c’est de plus en plus
1 Dans mes Sciences de la nature en France au XVIIIe siècle (1557).
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l’esprit d’expérimentation qui triomphe. On peut d’ailleurs compléter ce que J’en ai dit. Non seulement tous les théoriciens de l’enseignement réaliste, La Chalotais, Guyton de Morveau, Coyer, Condillac et dix autres font une large place à la réalité des « machines » et des expériences, mais on les écoute. On achète les machines ; on crée des chaires de physique expérimentale ; on invite le public aux démonstrations. Chaire de physique expérimentale pour l’abbé Nollet, dès 1753, au collège de Navarre, puis pour Brisson ; chaires à Pont-à-Mousson vers 1760 ; au collège du Mont à Caen, en 1762 ; en 1765, au collège de Draguignan ; en 1785 seulement à Amiens, mais Reynard enseignait en fait cette physique depuis vingt ans. A Pau, beaucoup de physique expérimentale. A Orléans, un mémoire des professeurs de philosophie recommande l’étude de la physique de Pascal, Mariotte, Gassendi, Newton, Huyghens, etc., etc. Un cours manuscrit de physique, conservé à la Sorbonne, prouve qu’on vend des cahiers de cours en blanc auxquels sont joints des feuillets portant imprimées les figures de démonstrations expérimentales. Enfin, il arrive qu’aux traditionnels « exercices publics » de rhétorique, de latin, d’histoire, etc., on joigne le ragoût des expériences. Vers 1755, Leprince d’Ardenay soutient, au collège du Mans, quatre thèses de philosophie. Après la thèse principale, il y a des expériences publiques de physique.
Enfin dans ces deux années de philosophie on enseigne la morale. Ce ne sont, dans les manuels traditionnels, que des exercices scolastiques. Mais en renonçant à la scolastique faut-il renoncer à la morale ? Ce n’est pas l’avis des pédagogues
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adversaires de cette scolastique. Il faudra renouveler cette morale et l’étendre. Et l’on voit apparaître chez La Chalotais, Coyer, Guyton de Morveau, etc., cette doctrine de la morale naturelle qui était celle des philosophes et qu’on avait si vigoureusement poursuivie dans Les Moeurs de Toussaint. La morale est « la plus importante de toutes les sciences » ; mais « on fait trop dépendre les moeurs de la Révélation » ; il faut montrer qu’elles sont « de tout pays et de toute religion » ; et il faut p.216 mettre en lumière les vertus laïques du citoyen et du patriote. Doctrine audacieuse mais qu’on commence à mettre en pratique, même avant 1770. A Louis-le-Grand, on abrège la métaphysique, on développe la morale et l’on en profite pour étudier « le droit naturel, le droit public, le droit des gens ». Au collège d’Anjou, on enseigne à F.-Y. Besnard la morale « d’après les seules lumières de la raison ». En 1768, lors de la fête de sainte Ursule, patronne de la Sorbonne, un bachelier, au lieu du panégyrique de la sainte, prononcera l’éloge des coeurs sensibles. (Quelques années plus tard, un licencié dissertera sur les administrations provinciales.)
Rien de tout cela n’est encore décisif. Les sciences expérimentales développent l’esprit critique, mais les savants, dès cette époque et depuis lors, ont toujours trouvé des accommodements qu’ils ont jugé excellents entre leur science et leur religion. On pouvait opposer la morale naturelle à la morale religieuse, mais on pouvait aussi bien soutenir celle-ci par celle-là. C’est seulement dans les quinze ou vingt années précédant la Révolution que nous verrons les idées nouvelles pénétrer plus largement dans l’enseignement, se glorifier d’être nouvelles et
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livrer bataille au passé. Mais nous trouverons d’autres preuves si nous joignons aux théoriciens, aux programmes d’enseignement, le témoignage de certains faits et de certains hommes. On n’ignore pas les philosophes, même quand on est jésuite. Ceux du collège de Clermont ont dans leur bibliothèque l’Histoire naturelle de Buffon et l’Encyclopédie qu’on a soin d’ailleurs de retirer du catalogue. Ceux de Lyon ont Bayle et l’Encyclopédie qu’ils ont d’ailleurs « enchaînés » ; mais on les désenchaîne à l’annonce d’une visite de Maupertuis. Un exercice littéraire du collège de Vitry-le-François a pour point de départ un jugement de d’Alembert. Il est vrai que c’est un jugement littéraire de cet « habile littérateur ». Quand Loménie de Brienne soutient ses thèses en Sorbonne, en 1755, trois semaines avant l’abbé de Prades, il y défend nettement les idées de Locke sur l’esprit table rase. Buret proteste violemment, mais la Faculté ne bouge pas. Il y a mieux. Nous connaissons suffisamment quelques-uns des professeurs pour nous rendre compte que, même avec des programmes antiques ou prudents, l’esprit nouveau devait se faire jour dans leur enseignement. C’est p.217 à l’hôtel de ville de Reims que l’abbé Jurain, directeur de l’école de mathématiques, prononce, en 1753, un discours inaugural où il fait violemment le procès de la scolastique et l’éloge des Descartes, des Newton, des Locke : « La forme barbare des scolastiques, résume le Mercure, subsiste encore et n’a pu être dissipée par cette politesse qui caractérise l’âge où nous vivons, ni même par les Descartes, les Malebranche, les Newton, les Locke qui nous ont laissé une méthode bien plus facile pour parvenir à la découverte de la vérité. » En lui répondant, par la bouche de l’abbé Varlet,
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l’université convient que les Descartes, les Newton, les Malebranche, les Locke, les Crousaz sont des « sources » qui apportent « les germes de la fécondité ». Nous avons parlé de cet abbé Audra qui, à Toulouse, publie à l’usage des collèges une édition expurgée de l’Essai sur les moeurs en en gardant « les principes de raison et d’humanité ». C’est un professeur de philosophie au collège de l’Esquille, à Toulouse, que ce P. Navarre qui publie, en 1763, un Discours sur le plan d’études le plus avantageux, couronné par les Jeux floraux aussi audacieux que ceux de La Chalotais, Coyer, etc., et où l’on lit, par exemple, que la philosophie doit avoir pour base « non le frêle appui des opinions arbitraires ou de vains systèmes, mais l’expérience, l’observation et l’évidence ». Raynal, dont l’Histoire des deux Indes devait faire scandale, est d’abord professeur à Pézenas, Clermont, Toulouse. Il y a d’autres affaires que celles de l’abbé de Prades, moins graves, mais qui mettent en cause des régents. A Lyon, en 1757, le professeur de philosophie du séminaire de Saint-Irénée « a eu la témérité de soutenir [avec Locke qui disait « peut-être »] que la matière pensait. Proposition impie qu’il a été obligé de désavouer en chaire et de s’en rétracter ». A Orléans, en 1765, plainte des vicaires généraux contre le sieur Genty, professeur de logique, à propos de certaines propositions « qui peuvent soupçonner ledit professeur de tenir à des systèmes nouveaux et dangereux en matière de religion ». Genty d’ailleurs ne s’en porte pas plus mal et sera reçu, en 1776, à la société d’agriculture.
Il nous est naturellement difficile de savoir ce que pensaient les élèves. Il n’est pas douteux qu’ils ne devaient guère aimer la
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scolastique et que les plus intelligents devaient préférer tout ce qui se p.218 glissait de moderne dans l’enseignement. Mais il est fort probable que la plupart d’entre eux, même s’ils goûtaient les idées neuves, n’avaient pas le sentiment qu’elles fussent coupables. Après 1770, nous verrons se multiplier les preuves d’une impiété ou tout au moins d’une indifférence grandissantes et d’une curiosité hardie. Avant cette date les témoignages sont beaucoup plus rares. A Louis-le-Grand la piété est vive. Au collège du Mans, il n’y a que trois ou quatre « libertins », et encore semblent-ils l’être dans leurs moeurs plutôt que dans leur philosophie. Il y a pourtant, dès 1750, beaucoup d’impies au collège de Troyes. Ailleurs on court, plus ou moins, après le fruit défendu, c’est-à-dire après les oeuvres des philosophes. A Clermont, Marmontel et trois amis lisent beaucoup, mais seulement quelques écrivains « du siècle présent », car ils sont abonnés chez un « vieux libraire » qui en a peu. A Louis-le-Grand, malgré la piété, on confisque Rabelais, du Voltaire, La Nouvelle Héloïse. Enfin n’oublions pas que, dans la Maison de Sorbonne, Morellet, Turgot, l’abbé Bon, Loménie de Brienne dévorent Locke, Bayle, Voltaire, Buffon, Spinoza et sont, dès 1750, les partisans déclarés de la tolérance. C’est entre 1760 et 1770 qu’achèvent leur éducation un certain nombre de ceux qui seront plus tard des révolutionnaires et nous savons, pour certains d’entre eux, qu’ils avaient pris, dès le collège, le goût de penser librement. Sieyès est obligé par les siens d’entrer au séminaire. Mais il a perdu la foi et ses maîtres notent qu’« il est à craindre que les lectures particulières ne lui donnent du goût pour les nouveaux principes philosophiques ». Grégoire est, dit-
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il, dans ses jeunes ans « dévoré de doutes par la lecture des ouvrages prétendus philosophiques » et se passionne pour la lecture « des ouvrages en faveur de la liberté ». Condorcet a pour maître au collège de Navarre un abbé de Kérondon qui sera, comme lui, un révolutionnaire de la première heure. En entrant en philosophie, le futur conventionnel Fleury se heurte au « bonhomme Aristote... entouré de ses idées innées, de catégories et de syllogismes. Je cherchais la raison ; je vis qu’ils n’étaient pas cousins. Après six mois je laissai là le vieux radoteur bombiner avec sa chimère dans les espaces imaginaires. » Le style barbare des notaires, procureurs p.219 chez qui il gagne sa vie, et leur sottise ne lui conviennent pas davantage et il se console avec Voltaire, Rousseau, La Fontaine qu’il cache sous son chevet. Quant à Brissot, le récit de ses années au collège de Chartres n’est qu’une longue plainte : « En pensant à ces sept années consécutives consacrées à me perfectionner uniquement dans l’art de faire des thèmes, des versions et de mauvais vers latins, combien je regrette de n’être pas tombé dans les mains de quelque homme instruit... Toutes mes pensées étaient des réminiscences. Aussi mes amplifications n’étaient-elles qu’une marqueterie de différents auteurs... Je rougissais de moi-même intérieurement. » Quand il aborde la logique, bien qu’il s’efforce d’y briller et y réussisse, il n’a que dédain pour ce « jargon » et ce « fatras ». Jusque-là sa foi chrétienne avait résisté, une foi vive et naïve qui lui fait attribuer ses succès à la protection de la Vierge. Mais son ami Guillard, grand lecteur et lecteur de Diderot et de Rousseau, la Profession
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de foi du vicaire savoyard lui font « tomber le bandeau des yeux ».
Ainsi se préparait déjà, même dans les collèges routiniers, la génération révolutionnaire. Mais ce ne sont encore que curiosités dispersées, inquiétude obscure, fermentation sourde. C’est seulement quinze ou vingt ans plus tard, vers 1780, que l’antique esprit des collèges est sérieusement menacé et que des maîtres, des élèves de plus en plus nombreux et hardis écoutent avidement les rumeurs du dehors, les appels victorieux de la « philosophie ».
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CHAPITRE VII
QUELQUES EXEMPLES
Un avocat de petite ville. Un écrivain. Deux amants.
Une jeune fille. Un collégien.
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p.221 Nous allons voir se refléter ces tendances générales de l’opinion, avec les nuances et les diversités de la vie, dans quelques existences que nous connaissons mieux.
A vrai dire nous ne sommes pas très renseignés sur la vie de l’avocat Béchereau 1. Il ne nous reste de lui qu’un petit livret, soigneusement rédigé, en 1750, de Mémoires inédits sur Vierzon et sur lui-même. Les petits bourgeois de province n’ont pas légué à la postérité d’abondants détails sur leur destinée. Mais ces mémoires suffisent pour nous donner une idée de la vie intellectuelle d’une toute petite cité vers 1750. Béchereau habite Vierzon qui n’a pas alors plus de quatre à cinq mille âmes 1. Mais ce n’est pas un bourg perdu. La petite ville est située sur la grand-route de Paris à Toulouse, au sortir de la triste et malsaine Sologne. C’est l’étape nécessaire après Orléans. Les nouvelles de Paris arrivent en droiture. Il y a un collège. Les Mémoires nous laissent voir que Béchereau y a appris ce qui était, vers 1730, le programme unique de presque tous les collèges : du latin. Mais quand on sort du collège et même quand on le dirige, on a d’autres goûts que le latin. M. Chabrolle, principal du collège, enseigne à Béchereau les règles de la versification p.222 française, lui révèle les délices du bel esprit, les
1 Ouvrage de référence générale : Béchereau, Mémoires (21 bis).
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charmes des épigrammes, des impromptus, des bouts-rimés. Entre une classe, un office, une procession, une plaidoirie, des petits bourgeois se livrent ainsi aux douceurs de l’art et de l’esprit. Béchereau échange des vers avec son ami Duteil, avec M. Maignac, curé de Gy, M. Asse, curé de Limeux, Mlle de Saint-Firmin. Assurément sa poésie n’a rien de philosophique. Ce sont des épigrammes sur les avantages de l’écriture, sur un bouquet de giroflées donné à M. Carré, curé de Vierzon, des rondeaux, bouts-rimés ou des tentatives plus ambitieuses, une Ode au procureur général, une Réponse à un poème satirique, etc. Béchereau est fort pieux et ses meilleurs amis intellectuels semblent être des curés. Il n’a pas été touché par le déisme et il ne semble même pas se douter que la foi puisse courir quelque péril. Il n’a rien de commun avec l’avocat parisien Barbier. Et en cela il est sans doute l’image de presque tous les petits bourgeois de province, vers le milieu du siècle. Mais il témoigne, en même temps, que ces petits bourgeois ne restent plus enfermés dans leurs affaires, leurs vendanges, leurs confréries, leur paroissien et leur Vie des saints. Béchereau est curieux d’érudition, comme le président de Brosses, comme esprit, comme toutes les générations de la bourgeoisie cultivée depuis un siècle ; il insère dans ses Mémoires un chapitre « sur la religion, la police et les moeurs des anciens Gaulois avant et du temps que Jules César était en Gaule ». Il est au courant de bien des choses. Il relit Despréaux, ses Satires, son Traité du sublime, les Odes de J.-B. Rousseau, l’« élégie de Racine » ( ?). Bien mieux, il connaît Voltaire et semble s’intéresser très
1 Béchereau dit sept cents feux.
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vivement à ses faits et gestes. Il a lu sa Henriade, qu’on vantait d’ailleurs dans les collèges. Il compose une « Épigramme sur l’exil de Monsieur de Voltaire pour avoir déplu à monseigneur en l’année 1748 » ; et s’il n’est pas exact que Voltaire ait été exilé en 1748, l’épigramme témoigne qu’on veut savoir ce qu’il devient :
Quoi Voltaire en exil, quoi ce Voltaire
Gagé pour plaire au roi peut au dauphin déplaire !
Va-t-il, comme on le dit, encenser d’autres dieux ?
Il n’en est point de bienfaisants comme eux :
C’est qu’Apollon le veut envoyer vers Horace
Apprendre à mieux garder chez Auguste sa place.
p.223 En politique même il est très certain que Béchereau est profondément respectueux des principes et qu’il n’a aucun désir de jouer les fortes têtes. Mais il est bien forcé de s’apercevoir que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes et que la vie est dure. Ses mémoires sont notamment un curieux témoignage des répercussions du système de Law à deux cents kilomètres de Paris. C’est la « vie chère » et de durs problèmes d’existence pour les petits propriétaires et petits rentiers : il faut payer les ouvriers, pour les vignes, seize sous par jour et non plus dix sous ! Les impôts sont pesants et Béchereau est non pas de ceux qui protestent — il n’y en a sans doute pas — mais de ceux qui se plaignent. Il rédige des Placets en vers au prince de Conti pour qu’il obtienne la réduction des tailles qui se montent à plus de huit mille livres.
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Marmontel nous est aussi connu que Béchereau nous l’est peu 1. Il nous a copieusement renseigné sur lui-même dans ses Mémoires. Nous ne sommes pas toujours forcé de les croire. M. Tourneux a prouvé qu’ils ont été plus ou moins remaniés par les éditeurs de cette publication posthume. D’autre part, quand Marmontel les a rédigés il avait passé soixante-dix ans ; il était le vieux mari d’une femme plus jeune que lui de trente-quatre ans ; il écrivait pour ses enfants, pour leur donner des leçons de toutes les vertus, même s’il ne les avait pas pratiquées ; et les conseils d’une sagesse qu’il ne concevait pas à soixante-dix ans comme à quarante. Ce sont les mémoires non pas du philosophe mais du philosophe repentant, devenu sermonneur et doucereux. Mais les oeuvres sont là et les documents pour corriger ou interpréter les mémoires et nous donner de la vie de Marmontel une image fort précise.
Elle est d’abord un exemple très curieux de ce que pouvait être l’existence de ceux qui prétendaient partir de presque rien pour arriver à tout par le métier d’homme de lettres. Marmontel est un « fils du peuple ». Son père était tailleur dans la petite ville de Bort en Limousin. On n’était pas riche en Limousin. Et le père de Marmontel avait p.224 à faire vivre « un essaim d’enfants », sa femme, trois soeurs de sa mère, la soeur de sa femme. On vivait donc surtout d’ordre, d’économie, de frugalité, des légumes, des fruits, du miel de l’enclos, des grains, de l’huile, des châtaignes d’une petite métairie ; on tissait le chanvre qu’on avait cultivé et la laine de la bergerie. Il n’était
1 Ouvrage de référence générale. Marmontel : Mémoires (186) et ses OEuvres (1303).
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pas commode, dans tout cela, de trouver l’argent pour aller au collège. Marmontel y alla pourtant, à Mauriac. Mais l’instruction y était à bon compte ; on se logeait en ville pour vingt-cinq sous par mois, y compris les soins du ménage et le feu. On se nourrissait avec ce que les parents envoyaient pour la semaine, un pain de seigle, un fromage, un morceau de lard, deux ou trois livres de boeuf, une douzaine de pommes. Si bien que Marmontel ne coûtait pas aux siens plus de quatre à cinq louis par an. Mais le petit collège de Mauriac ne pouvait pas mener loin. Le père aurait voulu s’en tenir là et faire de son fils un commerçant. Le fils avait des ambitions qui commençaient par le collège de Clermont. Il y alla donc, mais sans argent. Comme il était un brillant sujet, les pères jésuites songèrent qu’il pourrait être un des leurs et le chargèrent de « répétitions d’études » ; douze écoliers à quatre francs par mois, cela faisait quarante-huit livres, c’est-à-dire la fortune. Marmontel ne se fit point jésuite. Il continua son ascension scolaire jusqu’au collège de Toulouse où il vint comme boursier : le logement et deux cents livres par an, qui suffisaient. Après quoi, nanti de tous les triomphes scolaires et de cinquante écus, il partit pour Paris. Le prix d’une traduction de La Boucle de cheveux enlevée, deux cent quatre-vingts livres, et les cinquante écus, lui permirent de vivre (logement : neuf francs par mois, repas : dix-huit sous par jour) jusqu’au premier prix académique. Après quoi il vécut comme les gens de lettres adroits et sages, prix académiques, pensions, cadeaux, profits du Mercure, droits d’auteur, hospitalité des mécènes ; il économisa même et s’enrichit.
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Pendant ces années au collège il ne songeait pas le moins du monde à devenir philosophe. Il était pieux, trouvait fort bonne la confession mensuelle et brillait dans la philosophie de l’École. Mais il n’ignorait pas que pour réussir il fallait des appuis et des amis. Les plus puissants, les seuls puissants c’étaient les philosophes et les p.225 amis riches des philosophes. Dès le collège de Toulouse, il avait fait la cour à Voltaire qui aimait fort les compliments des jeunes gens. Il continua et bientôt, peu d’années après son arrivée à Paris, il était tout à fait lancé dans ce que Saint-Preux appelle « le torrent », le torrent du monde et de la philosophie. Il est très lié avec Helvétius, Rousseau, Diderot, d’Alembert et les autres. Il converse au café Procope ; il est un des habitués des salons d’Helvétius et d’Holbach ; il se promène aux Tuileries avec d’Alembert, Raynal, Helvétius. Et le pieux collégien devient sans aucun doute un incrédule et un déiste. Si l’on en croit Mme Suard il dut réapprendre, pour être parrain, son Pater et son Credo, et ne sut dire de quelle paroisse il était. Il est possible que Mme Suard exagère ou même qu’elle invente. Mais elle n’a pas inventé ce que Marmontel avoue dans ses Mémoires, ce que trop de contemporains précisent, ni certaines oeuvres de sa quarantaine. Il vécut pour des amours ardentes et sensuelles, pour tous les plaisirs que la religion tenait pour des damnations. Ses dévotions étaient celles qu’il a fâcheusement commentées dans la Neuvaine de Cythère, c’est dire qu’il en était à la religion de Voltaire ou d’Helvétius.
Seulement cette indifférence religieuse était ou plus prudente ou beaucoup moins combative. Il ne lui déplaisait pas de ménager à la fois les philosophes et les dévots. Conversation et
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vie de philosophe, mais oeuvres inoffensives. Il loue même abondamment dans le Mercure des oeuvres fort pieuses et dirigées contre la philosophie, pourvu qu’elles ne disent pas de mal, personnellement, des philosophes. Si bien qu’en vieillissant et en revenant sans doute sincèrement à la foi de sa jeunesse, il n’aura rien à renier ; en écrivant à la louange du christianisme, les Leçons d’un père à ses enfants sur la métaphysique, il n’aura pas à s’excuser de ses hardiesses ou irrévérences passées. Sans doute certains dévots avaient dénoncé et condamné ses romans» philosophiques », Bélisaire et Les Incas. Un chapitre de Bélisaire et tout le roman des Incas sont écrits pour dénoncer violemment le « fanatisme » et l’intolérance et pour enseigner le Dieu bon contre le Dieu « vengeur » et le Dieu « jaloux ». Point d’enfer, du moins pour ceux qui sont de bonne volonté ; point de « droit du glaive » contre les hérétiques. Les princes n’ont pas p.226 le droit d’aider l’Église dans sa tâche, en lui prêtant leur force et leurs châtiments. « On n’éclaire pas les esprits avec la flamme des bûchers. » Les prêtres qui les allument sont « des loups dévorants ». Cet éloge de la tolérance, surtout la violence dans ce procès du fanatisme parurent à l’Église officielle fort impertinents. L’archevêque et les docteurs de Sorbonne en délibérèrent longuement. On convoqua Marmontel. Marmontel tint bon, fermement, sur tous les points. Et Bélisaire fut censuré dans les formes. Mais la censure ne fit qu’accabler la Sorbonne de ridicule. Avant elle, dit Marmontel, on avait vendu neuf mille exemplaires du roman ; on en vendit quarante mille dès qu’elle eut paru. Turgot fit paraître les Trente-Sept Vérités opposées aux trente-sept impiétés de Bélisaire où, prenant le contre-pied
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des propositions condamnées par la Sorbonne et partant de l’axiome logique que si de deux propositions contradictoires l’une est fausse l’autre est nécessairement vraie, il obligeait la Sorbonne à conclure qu’« il faut bien se garder de sauver tout le monde ; il est fort bon qu’il y ait beaucoup de réprouvés » ; que « lorsque des hommes jaloux, superbes, mélancoliques le représentent [Dieu] colère et violent comme eux et qu’ils lui attribuent leurs vices, ils font fort bien ; et l’on a grand tort de ne voir en lui que ce qu’on doit imiter : c’est une erreur scandaleuse et criminelle ». Il y eut avant 1789 au moins cinq éditions isolées de Bélisaire. C’est-à-dire que, dès 1767, combattre l’intolérance, exiger la tolérance civile n’était plus de la hardiesse, ni même de la « philosophie ». C’était tenir le langage de l’équité, du bon sens et, comme Marmontel le prétendra dans ses Mémoires, défendre les véritables intérêts de la piété.
En matière politique, Marmontel est encore beaucoup plus prudent que dans les sujets religieux. Et cette fois c’est en toute sincérité. Il aura horreur de toutes les violences de la Révolution ; et son indignation est si vive que les éditeurs des Mémoires l’atténueront. Il ne discute jamais des principes du gouvernement et s’en tient vaguement à l’idée de Montesquieu qu’un bon gouvernement est celui qui — comme la monarchie française — est logique avec lui-même. Bien que fils d’un très humble roturier, il n’a jamais fait le rêve de l’égalité politique. En écrivant sur Les Grands il fera l’éloge de l’organisation de l’aristocratie dans la monarchie française. Les progrès p.227 qu’il réclame ne peuvent être qu’une lente et sage évolution et non
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un bouleversement. Pourtant cet homme prudent n’est ni aveugle, ni résigné. S’il évite les controverses et les systèmes, il se servira souvent de l’artifice de ses Contes moraux pour prêcher des vertus sociales et non pas seulement des vertus de catéchisme ; il rêvera d’une noblesse rurale et patriarcale, d’un gouvernement qui prendrait en pitié la misère du peuple, qui consentirait à des impôts équitables dont tous les puissants prendraient leur part. En se souvenant de lui-même, des siens, de son pays il tentera de démontrer, dans un Discours en faveur des paysans du Nord (1757), qu’il faut attacher le paysan à la terre en l’aidant à la posséder et lui faire oublier son obscurité en l’aidant à s’élever. « Que du soc de la charrue jusqu’au faîte des honneurs l’abîme soit comblé » : c’est-à-dire qu’il n’y ait plus de privilèges de caste ; que le fils du laboureur puisse s’enrichir dans le commerce ; que le fils du commerçant puisse entrer dans les armes et prétendre à tous les grades. Marmontel n’aime rien tant que la paix, l’ordre et la sécurité ; il a le goût profond des sagesses bourgeoises et tous les respects bourgeois. Après s’être frotté aux philosophes et s’être cru leur allié il les a laissé côtoyer les abîmes et tenter les cimes, pour cheminer quant à lui, dans des routes de tout repos. Pourtant, sans qu’il s’en rende toujours compte, ces routes ne sont plus, vers 1770, ce qu’elles étaient cinquante ans plus tôt. On y respire un air d’indépendance et de liberté. On veut bien y marcher en sujet soumis, mais non plus en esclave aveugle, courbé sous la « superstition » et résigné à tous les abus.
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Mopinot de la Chapotte est d’extraction beaucoup moins humble que Marmontel 1 ; mais c’est tout de même un roturier, sans grande fortune ; bien qu’il se soit longuement et courageusement battu, bien qu’il fût intelligent et qu’il ne fût pas sans appuis il prendra sa retraite comme lieutenant-colonel. Et personne ne se souviendrait plus de lui si l’on n’avait pas conservé et publié la correspondance amoureuse p.228 qu’il échangea, la quarantaine venue, avec Mme de ***. De cette dame nous ne savons rien, sinon qu’elle avait un certain âge, que « n’étant plus jolie » elle était « encore belle » (ce que d’ailleurs pouvait écrire, en 1757, une femme de trente ans), qu’elle était intelligente, instruite et assez appliquée à ses lectures pour en faire des extraits. Tous les deux s’aimaient et, même avant La Nouvelle Héloïse, comme des « âmes sensibles » ; Mme de *** surtout qui semble plus tendre, plus vibrante, plus tourmentée ; et la partie la plus émouvante de cette correspondance est sans doute celle des effusions : « Je verrais périr amis et ennemis sans la moindre émotion pourvu que ce que J’aime fût conservé... Pourquoi ne puis-je, vous serrant dans mes bras, vous faire sentir avec quelle vivacité mon coeur se porte vers vous comme à son unique point, que je vous aime, que je vous adore, cher plaisir de ma vie ? » Seulement, à la différence de Julie et de Saint-Preux, il n’y a pas dans ces coeurs sensibles la moindre trace d’esprit mystique. Ils ont pour la religion une indifférence ironique et pour les dévots un mépris avoué : « On fait aujourd’hui une mission dans le faubourg Saint-Antoine qui y attire tout Paris ; les enfants habillés en
1 Ouvrage de référence générale : Lettres de Mopinot et de Mme de ***
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religieux et religieuses doivent se promener en procession ; je tâcherai de découvrir les secrets motifs de cette parade ; c’est sans doute un moyen inauguré par les Jésuites pour se rendre maîtres des esprits... Les missionnaires, selon leur coutume, ont fait beaucoup de conversions et ont si bien instruit les jeunes filles que ceux qui les épouseront n’auront plus rien à leur apprendre. »
Ils ne s’arrêtent pas même à l’indifférence. A la religion et à sa morale ils opposent évidemment la « philosophie » et une philosophie toute voisine de celle de Voltaire, de d’Argens ou même de Diderot. Mopinot se dit « militaire philosophe ». C’est la philosophie qui doit escorter et soutenir leurs amours : « Suivant notre coutume la philosophie remplira les intervalles afin d’éviter ce vide qui anéantit les amants... » Le plaisir sera « d’autant plus vif que l’amour et la philosophie lui serviront d’aiguillon ». C’est même la philosophie qui justifiera la liaison. Elle n’est pas d’accord avec la loi chrétienne, mais elle est d’accord avec celle de la nature qui vaut mieux. La philosophie de Mopinot est « dressée sur les idées de la nature et p.229 de l’honnête homme ». Quant à Mme de *** elle démontre avec sérénité et en toute sécurité de conscience qu’étant libre, elle a le droit d’aimer sans rendre de comptes à personne. Lui et elle ont même appris des philosophes que le physique de l’amour n’a pas à se préoccuper des vaines conventions de la pudeur. Ils ont appris de Diderot ou de Crébillon l’art d’exprimer par des paraphrases discrètes les choses les plus crues ; mais ils les disent et si l’on veut traduire on se trouve, à l’occasion, en
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présence d’aveux bien déconcertants. Disons, si l’on veut, que ces amours philosophiques où se mêlent la raison, la sensibilité et la sensualité eurent le même destin que des aventures moins complexes : froissements, jalousies, disputes et séparation, vers 1765.
Les affaires de sentiment n’ont d’ailleurs jamais fait oublier à Mopinot les affaires de son métier et de la guerre et à Mme de *** les affaires politiques. Il est probable que ces dernières intéressaient aussi vivement Mopinot, sinon sa maîtresse ne lui en aurait pas écrit si souvent et si longuement. Elle a la curiosité de toutes les intrigues compliquées qui se nouent et se dénouent sans cesse à la cour et où se jouent, dans une inextricable confusion, les destinées des jansénistes, des Jésuites, des ministères, des chefs de l’armée, de la paix et de la guerre. Elle est assurément monarchiste et ne souhaite rien tant que la stabilité d’un régime où il est probable qu’elle trouve son compte. Elle narre l’affaire de ce Moriceau de la Motte arrêté pour propos subversifs et pendu ; et elle est fort contente que le peuple ait approuvé son supplice. Mais elle ne ferme pas les yeux sur les abus du régime, sur la misère cruelle du peuple, sur les menaces de révolte. Elle note à chaque instant le prix du pain, la détresse des affamés, les rumeurs mauvaises, les placards furieux. Comme d’Argenson, et plus que lui peut-être, elle ne cesse d’évoquer les pires destins, les bouleversements, la révolution : « La misère est au dernier période... Tout le monde s’attend à une révolution prochaine... On entend dire : "Si cela continue on sera bien forcé d’y mettre ordre...". Ces propos se tiennent hautement. » Elle est même de ceux qui ne se
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contentent pas de gémir ou défendre aveuglément le passé. Elle a certainement ses idées sur les réformes nécessaires et sur des réformes profondes. Des lettres d’amour ne sont p.230 pas des traités de politique et nous y chercherions vainement un exposé systématique. Mais elles nous apprennent qu’elle a lu, avec La Nouvelle Héloïse et l’Émile, le Contrat social. Elle l’admire parce qu’il lui a appris combien « jusqu’à présent nos jugements ont porté à faux sur les droits respectifs des souverains et des sujets ». Elle est donc bien loin de croire à la monarchie absolue ; elle accorde aux sujets des droits ; et comme ils n’en avaient pas elle est bien forcée de penser qu’ils peuvent les réclamer.
Rien n’indique qu’elle ait jamais fréquenté, sinon en passant, les milieux proprement philosophiques. Elle ne se croyait pas disciple des philosophes. Elle « n’approuve pas Rousseau en tout ». Ni elle, ni Mopinot n’avaient aucun désir d’entrer en guerre ouverte ou cachée avec l’autorité civile ou religieuse. Ce sont bien pourtant, dès 1757, et comme ils le disent, des « amants philosophes », entièrement détachés de la tradition religieuse et qui ont perdu le respect aveugle ou craintif de la tradition politique.
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Geneviève de Malboissière, née en 1746, appartient à une famille fort riche 1. Famille de financiers, son père ayant été caissier des sous-fermes des aides et des domaines pour Amiens, Soissons et Tours. Mais la famille a quitté la province et
1 Ouvrage de référence générale : G. de Malboissière, Lettres à Adelaïde Meliand (1761-1766), publié par A. de Luppé (351).
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mène la vie mondaine dans l’hôtel de la rue de Paradis, ou dans les châteaux des siens ou des amis. On ne fréquente pas directement la haute noblesse, mais on est souvent en contact avec elle dans les milieux mondains et notamment chez La Poupelinière. Geneviève est occupée de tout autre chose que de toilettes et de bals. C’est une fille savante auprès de qui Philaminte, Armande ou Bélise n’auraient été que des igno-rantes. Elle parle et écrit parfaitement l’italien, passablement l’anglais, quelque peu l’espagnol ; elle parle allemand, lit couramment le latin et même le grec. Elle a des maîtres de mathématiques et le célèbre Valmont de Bomare lui enseigne la physique et l’histoire p.231 naturelle. Ses lectures sont aussi variées que nombreuses, Voltaire, Rousseau, Levesque de Pouilly, Platon, Montesquieu, Buffon, l’Arioste, le Tasse, Robertson, Cleveland, Hume, etc. Elle a la passion du théâtre et compose, commence, ou projette quelque seize tragédies, comédies, comédies héroïques, etc. Tout cela avant vingt ans, puisqu’elle meurt en 1766. Elle brille d’ailleurs dans les salons ; on admire cette science juvénile et quand elle meurt, la Correspondance de Grimm rappelle ses grâces et ses talents. Mais elle n’est, à la différence des savantes de Molière, ni pédante ni vaine. Elle travaille et elle écrit par une sorte de pente naturelle, pour le plaisir d’apprendre et sans jamais sembler croire qu’elle est une exception. C’est qu’elle ne se fait pas de la vie la même image que Philaminte ou Armande. Elle ne vit pas seulement pour cultiver son esprit ; elle vit pour aimer ses amies qu’elle adore et pour trouver, s’il se peut, comme elle dit, « un mari qui vivrait avec elle plus en amant qu’en époux ».
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Elle est romanesque, sinon déjà romantique. Elle aime se promener et rêver seule dans la campagne, le matin, au chant du rossignol. Elle se moque, avec une ironie féroce, des mariages selon les traditions, des mariages arrangés par les familles : « Un homme que tu ne connais pas, une tête folle qui venait assez souvent ici autrefois et que nous n’avons pas vu depuis deux ans, est venu hier faire une visite à ma mère par la petite lucarne de la loge de l’Opéra et lui a dit qu’il voulait lui parler en secret. Elle s’est approchée de sa tête et il lui a demandé à l’oreille : "Voulez-vous marier votre fille !" — "Non, lui a répondu ma mère..." N’est-il pas plaisant, mon coeur, que l’on parle aussi légèrement d’un événement qui doit décider du bonheur ou du malheur de la vie ? Il semblerait que maman eût un tableau ou quelque meuble inutile à vendre et qu’on lui demandât si elle voulait s’en défaire parce qu’on avait trouvé un acquéreur. La plate chose que nos jeunes français en général ! »
C’est donc elle qui se chargera de chercher une exception, un fiancé qu’elle aime et qui l’aime, un mari-amant. Elle n’y réussit point tout d’abord. Elle aime ou elle croit aimer son cousin Randon de Lucenay. C’est un aimable garçon, mais qui est, comme elle le dit, nonchalant, fou, volage, capable tout au plus de se laisser aimer, qui p.232 est endetté et peut-être compromis dans de douteuses affaires. Elle réussit à l’oublier et s’éprit de Jean-Louis Dutartre, qui avait son âge, honnête, sérieux et tendre. Mais il mourut subitement, six mois avant elle, et Geneviève souffrit sincèrement et cruellement : « Mon coeur, ayez pitié de moi, écrivez-moi avec liberté, vous le pouvez. Hélas, ma mère, ma bonne maman sont aussi touchées que moi.
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Qui aurait pu le connaître et ne le pas aimer ? Mon coeur, le monde n’était pas digne de lui ; il était trop parfait pour lui. Je dis : il était, quoiqu’il existe encore, mais il n’y a plus que la machine. Je n’espère plus rien, à moins que par un miracle... mais quand un miracle est le seul espoir qui nous reste... My dear, t’is done, the unhappy lives no more. »
Si curieuse d’apprendre et de lire, engagée dans les milieux que fréquentaient les philosophes et toute pénétrée de leur esprit, Geneviève s’est laissée gagner par l’esprit philosophique. « Ame sensible », lectrice de Rousseau, dont elle connaissait au moins l’Émile, elle pouvait, du moins, se laisser entraîner jusqu’à la religion du Vicaire savoyard, jusqu’à un déisme respectueux en apparence des dogmes traditionnels. Elle a pour ami ce Loiseau de Mauléon qui fut un des disciples les plus fervents de Rousseau, que Rousseau aima pour sa générosité et ses élans. Or, elle va, au moins par instants, plus loin que Rousseau, jusqu’au matérialisme de d’Holbach ou de Diderot. Elle n’est pas une discuteuse ; elle ne s’occupe pas dans ses lettres de théologie ni même de philosophie, du moins dans ses lettres à son amie. Extérieurement elle reste fidèle à toutes les pratiques ; elle va à la messe et se confesse. Mais elle a l’hor-reur du fanatisme et de l’intolérance ; elle est toute joyeuse, et le crie à la nouvelle de la réhabilitation des Calas. Et il suffit d’une petite phrase pour nous révéler que rien ne restait chez cette enfant de dix-huit ans, honnête et tendre, de la foi qu’elle continuait à pratiquer. Celui qu’elle aime vient de mourir : « Au moins, s’il est vrai que notre âme ne périsse pas avec nous, s’il est possible que la mort ne nous prive pas de toute sensibilité,
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ce Daphnis [Dutartre qui avait joué le rôle de Daphnis] doit goûter le bonheur le plus pur. » Ce n’est pas la révolte de la souffrance, le défi de la colère, c’est bien p.233 l’état de doute. Geneviève est allée aussi loin, dans le chemin de l’incrédulité, que Voltaire et même que Diderot.
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Duveyrier, né en 1753, est d’extraction modeste 1. Son père était un simple garde du corps et s’était marié pauvrement. Comme il était adroit et ambitieux et qu’il eut de la chance, il se haussa jusqu’aux grades de lieutenant d’invalides, capitaine, lieutenant-colonel. Il fut chevalier de Saint-Louis. Avec le succès il prit des idées de grandeur : « L’acte baptistaire de mon frère aîné était d’une roture, d’une bourgeoisie à faire mal au coeur : mon père le fit raturer, corriger, inscrire en marge les nobles qualifications dont il décorait mon berceau, et le bon curé de Saint-Sauveur trouva tout cela convenable. » Duveyrier n’en eut pas moins une enfance fort simple au petit fort de Saint-Vincent, dans les Alpes, entouré de paysans qui se croyaient aisés lorsqu’ils pouvaient « nourrir un cochon, quelques poules et trois ou quatre paires de pigeons ». Puis il fut préparé à de plus hautes destinées dans la pension de M. Prozelle à Versailles. On y payait cent écus par an et l’on y apprenait à lire, à écrire, le latin, les quatre règles et rien de plus. Mais Duveyrier était intelligent ; il aimait lire et il dévorait les livres de la petite bibliothèque et sans doute quelques autres. A douze ans, il avait lu Télémaque, Robinson Crusoé, le Discours sur l’histoire
1 Ouvrage de référence générale : H. Duveyrier, Anecdotes historiques, publié par M. Tourneux (95).
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universelle de Bossuet, Gil Blas, le Petit Carême de Massillon, Don Quichotte, « tous les bons théâtres » et surtout le Siège de Calais qu’il préférait. Tout cela n’était pas suspect de philosophisme. Mais la philosophie lui vint par une autre voie, et dès sa première communion.
Les prêtres qui les préparaient s’avisèrent de faire argumenter ces enfants « les uns contre les autres sur les points les plus mystérieux de la croyance, sur les articles de foi, sur les attributs de Dieu, sur son unité, sur les trois personnes qui ne font qu’une ; sur l’Immaculée Conception, sur l’Incarnation du Verbe, sur ses deux natures divine et humaine ; sur le double miracle de l’Eucharistie, etc. Et p.234 observez que dans ces controverses se mêlaient toujours des instructions plus étranges encore que les arguments : instructions matérielles sur la pratique même de l’auguste sacrement auquel nous étions admis... » Bien entendu les prêtres soufflaient les réponses. Et puis l’amour-propre fut en jeu : « Pension contre pension, école contre école, classe contre classe, pensionnaires contre externes, quartier contre quartier, rue contre rue ; la salle des conférences devint une arène dans laquelle les maîtres eux-mêmes descendirent représentés par leurs disciples... On chercha, on quêta des arguments partout ; on les puisa dans les livres des sectaires et des philosophes... » Si bien que « le pauvre prêtre souffleur des réponses, ne soufflait plus que cette phrase ou toute autre analogue : "La raison humaine ne fournit pas de réponse à cet argument ; c’est un mystère que la foi adopte sans l’expliquer. Il faut adorer et croire !" — Et qui croire ? — Dieu qui parle par la bouche de ses ministres. — Et
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qui sont les ministres de Dieu ? — Les prêtres. » Bien mieux, on opposa filles et garçons, les garçons hardis et brutaux, les filles interloquées et larmoyantes. Et l’entreprise prit fin par un scandale. Les maîtresses emmenèrent dignement les filles ; et les garçons, restés maîtres du champ de bataille, abusèrent de leur victoire : « On sauta par dessus les bancs, on battit la savate, on prêcha dans la chaire, on confessa dans le confessionnal... on joua à la cligne-musette, aux quatre coins, au cheval fondu. »
Mais le jeune Duveyrier y avait pris d’autres goûts que ceux de la cligne-musette. Il avait appris à se poser des questions. « Le suprême honneur pour moi ne fut plus dans les arguments, mais dans les réponses. Je résolus d’y atteindre ; je voulus expliquer ce que tous me disaient inexplicable. Je m’élançai dans l’abîme... Croire ce que je n’entendais pas me paraissait impossible ; affirmer que je croyais sans entendre me semblait un mensonge honteux et ridicule ; l’obligation qu’on m’imposait était un mystère plus impénétrable que tous les autres. » Quand il fut bien empêtré dans ses réflexions, il alla chercher des lumières auprès de son confesseur, un certain abbé Bal, maniaque et brutal. Le résultat fut que l’abbé Bal sortit du con-fessionnal en criant devant quatre cents personnes : « Allez, petit Lucifer ! petit Satan ! petit démon ! Vous avez déjà un pied dans p.235 l’enfer. Vous ne ferez pas votre première communion ; allez, sortez de la maison de Dieu ; les diables vous attendent à la porte. » Duveyrier fit tout de même sa première communion. Mais les diables de la philosophie ne le lâchèrent pas et l’enfoncèrent dans le déisme : « Quel enfant asiatique du même
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âge et de la même éducation serait disposé à croire la religion de Mahomet ou les métamorphoses de Vishnou, ou les pantalonnades de Sammonocodom, si ces merveilles lui étaient enseignées par des prêtres dont les uns prêcheraient avec le maintien et l’air de n’y pas croire eux-mêmes, et dont les autres n’emploieraient pour toucher ou pour convaincre que les argu-ments du commandement absolu ou de l’obéissance esclave ? »
Les encyclopédistes n’étaient directement pour rien dans les premiers progrès de cette incrédulité. Mais la mère de Duveyrier y était, peut-être sans s’en douter, pour quelque chose. Duveyrier était, lui aussi, une âme sensible : « O mon excellente mère ! Mon coeur se gonfle et mes yeux se remplissent de larmes ! C’est l’hommage que je rends tous les jours à ta sainte mémoire. » Quand il quitta cette mère pour sa première pension il garda comme trésor les deux peignes et la brosse qu’elle lui avait remis. « Je les portais partout et lorsque je pouvais m’échapper et me cacher dans un coin de la maison ou du jardin, J’étais heureux de pleurer sur ces petits meubles qui exhalaient le toucher de ma mère. » Or, elle lui avait enseigné une sorte de religion à la Jean-Jacques : « Elle me conduisait à l’église pour prier Dieu ; nous nous mettions à genoux ensemble, le matin et le soir, à chaque événement heureux ou malheureux pour la famille, pour le village, pour le royaume et même pour les régions éloignées... Le Dieu de ma mère n’est pas le Dieu des colères, des vengeances et des tourments éternels ; c’est le Dieu de toute puissance, de toute bonté et d’infinie miséricorde » ; il se fait entendre « par la voix de la conscience, organe
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incompréhensible du bien et du mal, et preuve incontestable de son existence ».
Duveyrier ne nous a pas laissé, dans son « Préambule », l’histoire de ses premières méditations sociales et politiques. Mais nous savons d’une part qu’il accueillit la Révolution avec ferveur et y joua son rôle, d’autre part qu’il fut violemment antijacobin. Il ne veut pas que l’histoire confonde « les efforts généreux et sages de 1789 avec p.236 les attentats et les chaos de 1793 ». C’est-à-dire qu’il fut, et cette fois sans doute après les avoir lus, le disciple des Mably, des Raynal, des Condorcet.
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Tous ces exemples ont été pris, en un certain sens, au hasard ; selon le hasard qui nous a laissé les notes, souvenirs, mémoires de ceux-ci et non pas de ceux-là. Ils ne se ressemblent pas ; ils ont la diversité qui est celle de la vie. Pourtant, exception faite pour Béchereau chez qui l’on ne saisit que des influences latentes, ils ont des traits communs. Tous sont avides de savoir, de s’instruire ; tous veulent non seulement connaître mais comprendre ; tous se refusent à dis-tinguer entre ce que l’on a le droit de discuter et ce que l’on accepte aveuglément ; ils donnent à l’intelligence tous les droits, partout ; et cet esprit critique les conduit au déisme ou même sur les chemins du matérialisme. Aucun d’ailleurs ne porte dans son incrédulité un esprit de fanatisme ou même de prosélytisme ; ils n’en veulent qu’à l’intolérance ; ils acceptent ou même respectent une religion qui, sans s’écarter des dogmes et pratiques traditionnels, s’attacherait à prêcher surtout l’amour optimiste de la Providence et la bonté. En matière politique, ils
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sont encore muets ou fort discrets. Ils ont ou l’on devine qu’ils ont le sentiment des abus, des iniquités, de la misère. Ils peuvent souhaiter des réformes, des redressements. Ils ne les réclament pas. A plus forte raison ne songent-ils à une révolution que pour la craindre. Et c’est là l’image à peu près exacte de l’opinion entre 1750 et 1770.
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TROISIÈME PARTIE
L’EXPLOITATION DE LA VICTOIRE
(1771 environ - 1787)
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CHAPITRE PREMIER
LES RÉSISTANCES
DE LA TRADITION RELIGIEUSE ET POLITIQUE
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p.239 Nous avons étudié jusqu’ici le développement de l’esprit nouveau comme s’il n’avait pas rencontré d’autres résistances que les sévérités hésitantes ou indulgentes de l’autorité. Il va sans dire qu’il n’en est rien. La philosophie se heurtait à d’autres obstacles que ceux des censures officielles, de la Bastille ou de Vincennes. Elle n’a pas suivi son cours comme celui d’un fleuve paisible, mince ruisseau, plus ou moins vite grossi d’infiltrations, de ruisseaux voisins, d’affluents, à peine arrêté de temps à autre par des barrages disjoints ou aisés à tourner. Dans la réalité, elle progresse à travers un pays passivement hostile, qui lui oppose les résistances autrement redoutables de traditions puissantes et tenaces. Elle doit lutter, comme un fleuve des pays tourmentés, contre les masses immobiles et en apparence inébranlables d’un terrain dressé contre lui. C’est cette résistance jamais vaincue qui fait comprendre tout l’avenir. Il y a eu assurément la Révolution, les prêtres guillotinés, les abbayes dévastées, les églises vouées au culte de la déesse Raison. Mais il y a eu aussi le Concordat, la Restauration, le second Empire et cette bourgeoisie aisée ou riche qui a continué à emplir les églises, à rester fidèle à la foi de ses pères. Que l’esprit philosophique n’ait conquis qu’une partie de l’opinion, c’est une évidence qui n’aurait pas besoin de démonstration et qui permet, dans tous les cas, de l’abréger. Mais il n’est pas inutile de marquer l’importance de
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ces p.240 résistances en montrant qu’elles se prolongent avec vigueur, malgré les triomphes de la philosophie, dans les années qui précèdent la Révolution.
I. — Résistances de la tradition religieuse 1
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a. La polémique contre les philosophes. — Elle a été violente, acharnée, patiente. L’Église et ceux qui voulaient la défendre n’ont pas regardé les progrès de la philosophie avec dédain ou avec résignation. Ils ont rendu coup pour coup, avec usure. L’étude de M. Albert Monod énumère quelque neuf cents ouvrages publiés, de 1715 à 1789, pour la défense du christianisme. Ils s’accroissent en nombre à mesure que la bataille devient plus ardente, plus dangereuse ; il en paraît, par exemple, quelque quatre-vingt-dix dans la seule année 1770. Les contre-attaques se multiplient lorsque la philosophie tente une offensive plus hardie. Qu’il s’agisse des Moeurs de Toussaint, des Pensées philosophiques de Diderot, de L’Esprit d’Helvétius, de l’Émile de Rousseau, etc., cinq, dix réfutations se succèdent sans compter celles qu’on rencontre dans les ouvrages plus généraux. Pour un journal qui est philosophe ou favorable aux philosophes, il y en a au moins trois qui leur sont nettement hostiles.
Ces défenseurs de l’Église n’ont pas seulement de la piété ou de la bonne volonté. Ils ont du talent ou, ce qui pour nous revient au même, on leur croit du talent. Il y a Fréron, l’auteur
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de L’Année littéraire, qui est vraiment un journaliste intelligent et le plus souvent mesuré et judicieux ; Fréron que les philosophes détestent et persécutent, contre qui ils réussissent même à dresser parfois l’autorité, justement parce qu’il est intelligent et parce qu’il réussit ; il gagne avec son journal au moins vingt mille livres, c’est-à-dire de quoi rouler carrosse et tenir table ouverte. Il y a Palissot, homme assez équivoque ou assez incertain, qui finira, vers 1778, par se réconcilier avec la philosophie, mais dont la comédie des Philosophes (1760) est une attaque directe, violente contre Diderot, Helvétius, p.241 Rousseau, et qui eut un grand succès. Plus tard il y aura Mme de Genlis qui écrira La Religion considérée comme l’unique base du bonheur et de la véritable philosophie (1787), Necker qui publiera De l’importance des opinions religieuses (1788). D’autres hommes de lettres connus, sans entrer directement dans la bataille, ne cachent pas leur animosité contre les philosophes, Collé par exemple ; certains mêmes, bien qu’ils ne croient pas, ne veulent pas qu’on attaque la foi ; c’est le cas du président Hénault qui proteste contre les livres impies de Voltaire : « C’est fait de tous les devoirs de la société, de l’harmonie de l’Univers » ; ou de Colardeau : « J’imagine qu’il vaut mieux respecter des préjugés utiles, supposé que tout ne soit ici-bas que convention humaine, ce que je suis bien loin de penser. »
Assurément Palissot, Fréron, Mme de Genlis, Collé ou Necker ce n’est pas grand-chose au regard de Voltaire, Diderot ou
1 Ouvrages de référence générale : A. Monod, De Pascal à Chateaubriand. Les Défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802 (1555) ; Pierre-Maurice
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Rousseau. L’avocat Moreau, l’abbé Feller, l’abbé Gérard ou l’abbé Barruel sont bien moins encore ; on peut même croire qu’ils n’avaient aucun talent. Mais ils ont publié des oeuvres qui ont eu un succès très vif et très durable. A côté des Lettres philosophiques, du poème Sur la religion naturelle, du Christianisme dévoilé, de la Profession de foi du vicaire savoyard, il y a eu, grâce à eux, des sortes de manuels de la contre-philosophie, des ouvrages connus, de lecture aisée, d’apparence vigoureuse et plaisante qui pouvaient donner l’illusion de réduire à néant les impiétés des philosophes. Si tous les croyants ou les indécis n’ont pas pris la peine de les lire, tout le monde savait qu’ils étaient là ; ils ont même survécu longtemps, tout comme les livres des philosophes, aux fièvres passagères des polémiques. C’étaient surtout le Mémoire pour servir à l’histoire des Cacouacs, de l’avocat Moreau (1757, au moins trois éditions jusqu’en 1789) ; les oeuvres de l’abbé Bergier, le Déisme réfuté par lui-même (1765, sept éditions) ; la Certitude des preuves du christianisme (1767, cinq éditions) ; l’Apologie de la religion chrétienne (1769, quatre éditions) ; de l’abbé Mayeul Chaudon, le Dictionnaire antiphilosophique (1767, sept éditions) ; de l’abbé Guénée, les Lettres de quelques juifs portugais (1769, cinq éditions) ; de dom N. Jamin, les Pensées théologiques (1769, cinq éditions) ; le Catéchisme philosophique du jésuite p.242 Feller (1773, au moins trois éditions jusqu’en 1789, nombreuses éditions au XIXe siècle jusqu’en 1825) ; le Comte de Valmont ou les égarements de la raison, de l’abbé Gérard (1774, au moins six éditions jusqu’en 1784) ; les
Masson, La Religion de J.-J. Rousseau (1551).
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Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques de l’abbé Barruel (1781, au moins cinq éditions successivement augmentées jusqu’en 1788, trois éditions jusqu’en 1830), etc., etc.
Non seulement ces défenseurs de l’Église sont nombreux et certains sont célèbres, mais ils savent dire ce qu’il faut pour combattre à armes égales. Longtemps la bataille entre la foi et la libre pensée a été une bataille théologique et rationaliste. On opposait des arguments à des arguments, des textes à des textes ; on chicanait interminablement pour démontrer que les arguments n’étaient pas en forme ou que les textes étaient mal interprétés. A ces polémiques de théologiens et d’érudits le commun des lecteurs, malgré sa bonne volonté, ne comprenait rien ou pas grand-chose. La force des philosophes était qu’ils parlaient faits, bon sens, raison commune et non pas raison raisonnante et scolastique ; puis raison pratique et raison ironique ; puis sentiment et raisons du coeur. Ils voulurent mettre de leur côté les rieurs, puis les âmes sensibles. A discuter sur la substance et sur l’accident, sur la majeure et sur la mineure, la polémique catholique était assurément vaincue d’avance. Elle le comprit assez vite et renonça, dans ses meilleurs ouvrages ou du moins dans ceux qui furent le plus lus, à disserter sur la grâce efficace et le pouvoir prochain, sur saint Paul et sur saint Thomas. Elle renonça même bientôt à la violence. On savait qu’elle avait pour elle la loi, la Sorbonne, le Parlement, la prison, et même les galères et la potence. Mais c’était justement une raison pour qu’on prît le parti de ceux qui n’avaient pour eux que leur plume et leur courage. Jusque vers
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1760, la polémique catholique cède encore à la tentation d’abuser du droit à l’injure et d’appeler sur ses adversaires les foudres de l’autorité. Soret, par exemple, écrit dans son Essai sur les moeurs (1756) : « On prend les voleurs, on rompt les assassins, d’où vient n’écartèle-t-on pas l’auteur d’un livre impie ? » Le pacifique Bastide, dans ses Choses comme on doit les voir (1756), dénonce les idoles philosophiques comme « criminelles » et le non p.243 moins pacifique Mercure de France insère un Avis utile pour aviser que les prétendus philosophes sont « lâches, méchants » et « lancent leur poison par derrière ». Mais on renonce vite à ces colères qui risquent de ne plus trouver d’écho. C’est ailleurs que l’on essaie de trouver des armes et là même où les philosophes les prenaient.
On fait d’abord appel, comme Rousseau, aux certitudes du « coeur » et au « sentiment ». La Profession de foi du vicaire savoyard avait déchaîné des fureurs. Les fureurs s’apaisèrent. On oublia tout ce qui dans la religion de Rousseau s’opposait à certains dogmes pour ne se souvenir que de ses élans vers Dieu, de son spiritualisme ardent et pathétique. Contre l’indifférence sceptique et les négations matérialistes, il restaurait vraiment une religion dont les aspirations pouvaient se confondre avec les aspirations chrétiennes. Très vite il eut des disciples qui n’étaient plus exactement chrétiens et d’autres qui prétendaient le rester. A ces âmes fatiguées des chicanes dogmatiques, avides d’aimer et de croire, on en vint très vite à parler le langage qui pouvait les toucher. On leur montra les beautés de la religion, ses consolations, ses extases ; on allégua les preuves du coeur. M. Albert Monod et M. Pierre-Maurice Masson ont fait excellemment
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l’histoire de cette apologétique « sensible ». Dès 1764, le P. Fidèle publiait un Chrétien par le sentiment. Son titre pourrait être le sous-titre d’un bon nombre des oeuvres apologétiques, d’un grand nombre de sermons. Et celui de l’abbé Lamourette, Les Délices de la religion, pourrait leur servir de titre courant. Le Comte de Valmont ou les égarements de la raison de l’abbé Gérard est tout plein notamment de l’esprit de Rousseau et c’est le coeur qui remet dans le bon chemin cette raison égarée.
Mais il n’y avait pas que des âmes sensibles et des disciples conscients ou inconscients de Rousseau. Le persiflage était resté fort à la mode ; Candide avait autant de lecteurs que La Nouvelle Héloïse. Ce qui faisait la force des raisons de Voltaire c’était, autant que leur logique, l’esprit qui les animait. Frère Pédiculoso et le révérend père Lescarbotier avaient tort, avant même qu’on les entendît, dès que l’on avait ri de leur nom. L’arme de l’ironie a été celle dont bon nombre de philosophes, Voltaire, Morellet, Bordes, Diderot lui-même ou Turgot se sont servis le plus volontiers. Il faut se souvenir que p.243 leurs adversaires ont constamment tenté de la retourner contre eux. Le mot de cacouac, pour désigner les philosophes, a fait une sorte de fortune. On publie, après le Mémoire pour servir à l’histoire des Cacouacs, le Catéchisme et décisions de cas de conscience à l’usage des Cacouacs, un Discours du patriarche des Cacouacs pour la réception d’un nouveau disciple. Et si l’esprit y est médiocre, ce sont bien des pamphlets dans la tradition de Thémiseul de Saint-Hyacinthe, de Swift, de Voltaire : « Les Cacouacs ne sont point des sauvages ; ils ont beaucoup d’esprit, de la politesse, des connaissances, des arts ; ils
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possèdent même dans un degré supérieur celui des enchantements. Leur origine, si on les en croit, remonte jusqu’aux Titans qui voulurent escalader le Ciel. Mais, comme les enfants en savent toujours plus que leurs pères, les Cacouacs soutiennent aujourd’hui que leurs ancêtres étaient des visionnaires et qu’ils firent la plus haute folie, non de vouloir combattre contre les dieux, mais de supposer qu’ils existaient. » Le Catéchisme philosophique de Feller est fort grave, mais les Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques de l’abbé Barruel ont la prétention de badiner. Ce sont des lettres de la baronne, du chevalier, d’un provincial et qui prodiguent les ironies, les sarcasmes et les parodies : « La genèse moderne ou bien l’histoire véritable, physique, chronologique de toutes les montagnes, de tous les volcans, de toutes les vallées, des plaines et des mers extraite des registres du contrôle général de la nature et de l’art de vérifier les dates et les ères des êtres ; le tout exactement vérifié sur les lieux... Chapitre troisième. Nais-sance des huîtres... 1. Les siècles sans années et sans mois continuaient à s’écouler. 2. L’océan n’était encore que de l’eau douce ; la moitié des coquilles antiques bâtissait des montagnes de marbre dans un jour continuel, du côté du soleil. 3. Et l’autre moitié bâtissait en dessous dans une nuit obscure... »
Si l’on voulait instruire en plaisant il était plus sûr encore de faire comme Voltaire, de glisser l’instruction dans le divertissement, d’écrire des contes antiphilosophiques, comme il en écrivait de philosophiques. On n’y a pas manqué et ceux-là furent aussi nombreux que ceux-ci. Sur huit imitations avouées de Candide, il y en a quatre qui sont hostiles à la philosophie.
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Thorel de Campigneulles écrit p.245 Cléon ou le petit maître esprit-fort pour se moquer avec nous des esprits forts : « Du 10. L’abbé de *** est venu me voir ; il a turlupiné le marquis de *** notre ami. Il prétend qu’il est en retraite et qu’il a peur de l’enfer. Il n’y a pas d’enfer m’a-t-il dit. Si c’est un dieu qui nous a créés, il ne nous rendra pas éternellement malheureux ; si nous sommes produits, comme les plantes, par un jeu de la nature, nous rentrerons dans le néant comme elles, après la dissolution des parties organiques qui constituent notre être... Du 13. J’ai trouvé chez la vieille baronne deux hommes mal vêtus qu’aux yeux hagards, à l’accueil sombre, à la mine étique, J’ai reconnu sans peine pour philosophes. Nous avons besoin d’un peu de philosophie nous autres qui nous décorons du glorieux titre d’êtres pensants. » L’Empire des Zaziris sur les humains ou la Zazirocratie de Tiphaigne (1761) est un empire d’où sont bannis le matérialisme et l’« hétérodoxie » : « Le premier jour où l’ouvrage de L’Esprit parut (car je m’en souviens) fut tout à coup agité par des éclairs et par des vents ; c’étaient les esprits élémentaires qui riaient à toute force d’apprendre que notre âme ne consiste plus que dans la configuration de nos mains et que la vertu la plus pure n’avait point d’autre mobile qu’un sordide intérêt. » Bien que Dubois-Fontanelle ait été persécuté pour la philosophie de son Ericie, il a écrit ses Aventures philosophiques pour se moquer de la philosophie, des systèmes de Montesquieu, de Rousseau et de Diderot. Aux contes qui s’en moquent avec le sourire ou le sarcasme, il faudrait joindre ceux qui les condamnent avec gravité ou en versant sur eux les pleurs de la vertu révoltée.
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b. Ceux qui n’étaient pas des hommes de lettres : noblesse et clergé. — Ces gens d’églises, ces moralistes, ces conteurs se sentaient en effet soutenus par une opinion très forte ; et non pas seulement par une opinion générale et diffuse, mais par l’opinion des puissants. Les grands seigneurs, voire les grands de l’Église ouvertement philosophes ou qui l’étaient sans le dire, furent nombreux. Mais il est loin d’être sûr qu’ils étaient les plus nombreux. Les mémoires, correspondances, documents de toutes sortes nous ont laissé de préférence le souvenir de ceux qui étaient les plus hardis, les plus singuliers parce qu’on remarque un original et qu’on oublie p.245 ceux qui sont moyens. Mais les gens moyens existent ; et même ils ne sont moyens que parce qu’ils sont les plus nombreux. La haute noblesse profondément atteinte par le goût du luxe et du plaisir, par les besoins d’argent, a le plus souvent affiché ou pratiqué le scepticisme. Mais, même parmi elle, que de gens fidèles à la foi de leurs pères ! Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les mémoires du duc de Croy, du prince de Montbarey, du marquis de Saint-Chamans, les lettres de la marquise de Créqui, etc. Le duc de Croy garde toutes les traditions catholiques et monarchiques. Le prince de Montbarey est l’ennemi de Voltaire, de Rousseau et de toute la « secte » ; il dénonce le « venin » de leur morale. Mme de Montbarey qui était pieuse devient dévote et va jusqu’à renoncer aux spectacles. Le duc de Penthièvre communie tous les huit jours. Le marquis de Castellane pratique une dévotion rigide. On connaît la piété du roi Stanislas malgré ses bienveillances pour les philosophes. Le comte de la Ferronays a une jeunesse mystique, il achète un petit cilice. La
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marquise de Créqui a « une âme naturellement chrétienne ». Et l’on pourrait énumérer les d’Aguesseau, les Marsan, les d’Aiguillon, de Roquefort, de Montyon, etc. La noblesse provinciale, à plus forte raison, montre souvent une dévotion minutieuse. C’est celle des châtelains que nous peignent les mémoires de Talleyrand, du comte de Montgaillard, du comte de Montlosier, etc. Dans le Quercy, Besombes de Saint-Géniez écrit Les Sentiments d’une âme pénitente revenue des erreurs de la philosophie moderne. Dans le Lauraguais, Montgaillard doit subir les « catéchismes » de tous ceux qui l’entourent.
Le haut clergé bataille sans pitié et sans répit contre tout ce qui menace la foi. Ses sévérités, sans doute, ne sont pas toujours très sincères. On était évêque, trop souvent, ou abbé à gros bénéfice simplement parce que c’était une carrière lucrative pour des gens bien nés. Mais, dans son ensemble, ce haut clergé apporte dans la lutte trop d’énergie et d’obstination pour ne pas être convaincu. Sans cesse les assemblées du clergé exigent contre les mauvais livres les mesures les plus sévères et cela non pour la forme mais impérieusement ; il leur faut, pour consentir à donner l’argent, le « don gratuit », des garanties et des actes. En 1785 encore, on réclame p.247 l’emprisonnement à vie à la troisième condamnation. En 1770, les évêques réunis à Paris publient un Avertissement sur les dangers de l’incrédulité envoyé dans tous les diocèses. L’évêque de Toul le fait lire dans les églises trois dimanches consécutifs. Aux saluts du Jubilé, on ajoute des prières « en amende honorable des injures faites à la religion dans les écrits impies et scandaleux qui se répandent contre les principes de la foi et des moeurs ». A la vente de la
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bibliothèque d’un chanoine de Cambrai, l’archevêque achète l’Histoire des deux Indes de Raynal : petit scandale, mais l’archevêque n’a acheté que pour faire brûler aussitôt l’ouvrage impie. Les philosophes, les salons, les cafés et toutes sortes de gens pouvaient bien rire des censures de la Sorbonne. Si la Sorbonne recommençait c’est qu’elle était soutenue non seulement par ses convictions mais par toutes les facultés du royaume. Quand elle condamne l’Éloge du chancelier de l’Hôpital de l’abbé Rémy, l’Histoire des deux Indes de Raynal, les Principes de morale de Mably elle reçoit et conserve dans ses archives d’innombrables lettres de félicitations des évêques et des facultés de théologie (il y a jusqu’à soixante-dix-sept pièces).
c. La bourgeoisie et le peuple. — Il y a eu beaucoup de bourgeois philosophes ou philosophes sans le savoir ; nous le verrons. Mais nous savons aussi bien que beaucoup d’entre eux ont détesté les philosophes ou les ont ignorés, ou les ont lus sans que leur foi fût le moins du monde ébranlée. Les journaux de Narbonne, commissaire de police de Versailles, de Hardy, libraire à Paris, de J.-N. Moreau, historiographe de France, nous en apportent successivement d’abondants témoignages. La bourgeoisie provinciale est, bien entendu, encore plus fermée aux progrès de l’impiété. Pieuses, étroitement pieuses les familles de Joubert et de Carnot. Chez les parents du comte Mollien, si on n’est pas dévot, on est pieux, fidèle aux « opinions reçues ». J.-F. Nicolas, libraire à Nancy, dans la première moitié du siècle, note avec la plus grande piété les jubilés, processions, événements religieux. J.-M. Monnier, vers 1780, se « confirme
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dans cette respectable religion de ses pères ». Gauthier, de Brécy, dit leur fait, vers la même date, aux « philosophes p.248 impies » et aux « doctrines novatrices ». Nous possédons, en abondance, des témoignages encore plus directs, ceux de ces livres de raison, livres-journaux, simples notes sans prétentions littéraires dont les rédacteurs n’ont jamais pensé que la postérité les lirait. On les a retrouvés dans toutes les provinces et neuf fois sur dix, pour le moins, ils témoignent de la plus vive et de la plus tranquille piété. Maints détails parfois nous prouvent que leurs auteurs ne sont pas des ignorants, qu’ils ont des curiosités d’intelligence. F.-J. Le Clerc achète un Montaigne à la vente du vicaire de Molliens. J.-C. Mercier, de Mamirolle, s’intéresse à l’histoire de son temps et de sa ville. L. Boutry, d’Alençon, lit Lemaître de Claville et La Bruyère ; mais leurs curiosités n’ont jamais troublé leur très vive piété. Tamisier, ancien quincaillier, à Marseille, achète lui aussi des livres, vers 1775, mais ce ne sont que des livres pieux dont Le Comte Valmont de l’abbé Gérard. Son testament prescrit que ses funérailles devront être suivies par six confréries pieuses et par l’OEuvre de la propaga-tion de la foi dont il fait partie. Il faudrait joindre à leur témoignage celui de douzaines de livres de raison, livres-journaux, mémoriaux. Peu importent les dates auxquelles ils ont été rédigés, les provinces où les auteurs habitaient. De 1715 à la Révolution, de la Flandre au Limousin, de la Touraine à la Provence, ils notent avec respect les cérémonies pieuses, les sacrements, les examens de conscience, les dévotions de toutes sortes.
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Nous sommes beaucoup plus mal renseignés sur le peuple parce que les petites gens ne tenaient même pas de livres de raison et d’ailleurs, souvent, ne savaient même pas écrire. Mais les témoignages indirects suffisent à nous prouver que, malgré les exceptions, dont nous parlerons, la très grande majorité des gens du peuple continue à pratiquer sa religion. A la veille de la Révolution, c’est encore par le nombre des communions pascales qu’on dénombre les habitants d’une paroisse. Dans la paroisse de Ruillé-le-Gravelais (Mayenne), le curé se plaint ; c’est parce que, en 1776, il y a encore trois ou quatre personnes qui ne se sont pas présentées au jubilé. Vers 1762, à Doué, en Anjou, tout le monde assiste à peu près régulièrement aux vêpres ; pour trois mille cinq cents habitants il y a p.249 d’ailleurs vingt-six prêtres. A Valence, vers 1760, à Vasseny en Soissonnais vers la fin de l’ancien régime, la piété est également très vive. A Autun, tout au moins vers le milieu du siècle, il n’y a aucune trace de « philosophisme » ; on va régulièrement à la messe, aux vêpres, aux processions. Dans la Vie de mon père Restif de la Bretonne nous a laissé un tableau sans doute fidèle de la vie chez un paysan aisé ; la religion, les lectures pieuses y tiennent une large place. D’ailleurs presque tous les livres-journaux et mémoriaux, toutes sortes de documents nous montrent quelle place tenaient dans la vie provinciale les confréries, processions, jubilés, missions de toutes sortes. Même vers 1780, les confréries « fourmillent » en Languedoc et en Provence ; le quincaillier de Marseille dont nous avons parlé plus haut fait partie de six confréries. Même aux jubilés de 1774 ou 1779, l’affluence et la ferveur sont extrêmes. Pour ne donner que cet
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exemple, à Abbeville, en 1776, a lieu une mission de cinq semaines. Pour remplacer la croix mutilée en 1765 [prétexte de la condamnation de La Barre], un Christ est porté sur un bran-card par trente-six hommes du peuple, la plupart vêtus de noir, ayant une serviette blanche mise en forme d’écharpe sur l’épaule, les cheveux épars, les jambes et les pieds nus, avec une couronne d’épines sur la tête. Ils marchent escortés de soldats et de bourgeois sous les armes, précédés de tambours et de trompettes. Un des valets de l’évêque d’Amiens brûle les oeuvres de Rousseau, de Voltaire et de Raynal. Tous ces témoignages directs confirment abondamment les témoignages généraux de Rutlidge, d’un anonyme anglais, de Norvins constatant, vers la fin de l’ancien régime, que, malgré quelque affectation de scepticisme la foi est encore solide, qu’elle est intacte dans le peuple et que si l’incrédulité s’est répandue dans Paris, elle disparaît à mesure qu’on s’en éloigne.
Un exemple caractéristique de cette religion scrupuleuse est donnée par la querelle du théâtre 1. On sait que la doctrine de l’Église condamnait rigoureusement tous les spectacles et excommuniait les comédiens. Depuis Bossuet et l’affaire du P. Caffaro la polémique p.250 entre les adversaires et les partisans du théâtre s’était âprement poursuivie. M. Bourquin et Mlle Moffat l’ont étudiée en détail et ont passé en revue plus de deux cents traités, articles, chapitres, discussions de toutes sortes où s’affrontent les censeurs austères et les défenseurs du théâtre. On pourrait croire qu’il s’agit surtout d’une querelle théorique,
1 Ouvrage de référence générale : Mlle M. Moffat, La Controverse sur la moralité du théâtre après la lettre à d’Alembert de J-J. Rousseau (1553).
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d’un thème cher aux gens de lettres, aux théologiens et aux rigoristes parce qu’il prêtait à de belles et passionnantes controverses. De fait plus l’Église s’entête, plus les moeurs la débordent. Le goût du théâtre devient une passion, une frénésie qui gagnent irrésistiblement les plus lointaines provinces. Des théâtres fixes se construisent, s’organisent, des troupes permanentes s’installent dans une bonne vingtaine de villes qui ne connaissaient jusque-là que les salles de fortune et les troupes de passage. Il est de mode, en province comme à Paris, de jouer chez soi la comédie. Pourtant il ne faudrait pas croire que l’Église prêchât dans le désert. Il reste des âmes assez dociles pour tenir le théâtre pour un péché grave et le métier de comédien pour un crime. On peut même préciser sur ce point la très bonne étude de Mlle Moffat. Mlle Moffat rappelle que Fran-çois de Neufchâteau, poète de talent et avocat, fut rayé de l’ordre, en 1771, parce qu’il avait épousé la très sage nièce de l’illustre comédien Fréville et sa jeune femme en mourut de chagrin ; que lorsque Dazincourt voulut se faire acteur toute sa famille consternée le supplia de ne pas se déshonorer. Mais il y a d’autres témoignages. En 1744, il est vrai, et à Nantes, le corps d’un comédien, mort sans confession, est jeté dans les fossés. Chabanon, dans sa jeunesse, vers 1750, croit qu’assister aux spectacles est un crime. Plus tard, de 1760 à la Révolution, le curé de Pithiviers maudit Colardeau son neveu parce qu’il a fait recevoir une pièce à la Comédie française ; Mme Cavaignac refuse de lire Corneille, Racine, Molière ; la tante de Tilly considère Corneille et Racine comme des empoisonneurs d’âmes ; Mme Milscent tient l’assistance à la comédie pour un
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« gros péché ». Quand Leprince, d’Ardenay, fait son voyage de noces à Paris, les parents font promettre de n’aller ni à la Comédie, ni à l’Opéra. Ils y vont tout de même, mais avec remords. En 1769, la mère du sieur Velaine, désolée de le voir comédien, devient folle et se jette par la fenêtre. A Lyon, en 1782, le P. Hyacinthe attire p.251 beaucoup de monde par ses prédications contre le théâtre. Même des gens qui se disent philosophes condamnent sévèrement le théâtre, tels Beaurieu et Roucher.
Enfin, on voit survivre jusqu’à la fin du siècle les formes les plus naïves ou les plus grossières de la religion. En 1752, à Paris, on colporte à travers les rues les puérils miracles d’une statue de la Vierge. En 1756, en Vendômois, on exorcise les chenilles. Seguin, avocat au parlement de Lyon, raconte qu’un sieur Bourdel s’est vendu au diable et a profané trois hosties ; elles se sont changées en trois enfants ensanglantés, et Bourdel, englouti dans la terre jusqu’à la ceinture, y brûle de tous les feux de l’enfer. « On vient de toutes parts pour le voir. » Ce châtiment se passe en 1736 ; mais les mémoires de Seguin vont jusqu’en 1770 et ne changent pas de ton. Il y a toujours des possédés (le prince de Ligne en a vu une à Morghem près de Gand) et des convulsionnaires, tous les ans, à la Sainte-Chapelle, le jeudi saint, au moins jusqu’en 1780. En 1784, à Paris, on emploie, pour se guérir, des papiers portant le nom du bienheureux Labre. La mission d’Abbeville, en 1776, dont nous avons parlé, échauffe tellement les têtes que, quinze jours après qu’elle eut pris fin, le peuple s’assemble chaque soir en procession, sans clergé, escorté de bourgeois en armes et
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parcourt la ville en chantant le Parce Domine ; il faut que l’autorité fasse défense de continuer. On pourrait multiplier les exemples, dévotions puériles et bruyantes, pèlerinages innombrables, reliques et statues qu’on promène pour toutes les calamités, qu’on trempe dans l’eau pour arrêter les inondations, etc. Il est bien vrai que la religion est menacée de toutes parts par la philosophie, qu’elle a perdu maints postes avancés et même des positions importantes, qu’on peut prévoir pour elle des reculs graves et des désastres au moins momentanés ; mais c’est encore elle qui occupe la plus grande partie du champ de bataille et qui groupe autour d’elle les troupes les plus nombreu-ses.
II. — Résistances de la tradition politique
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a. Les écrivains. — Nous verrons qu’il n’y en a pas, avant 1788, une douzaine qui soient vraiment républicains et révolutionnaires ; et p.252 ils sont fort obscurs. Il y en a beaucoup, par contre, qui demandent ou suggèrent des réformes profondes. Mais il y en a beaucoup plus qui ne veulent rien changer d’essentiel, louent le passé et le présent et ne proposent en fait de réformes que celles qui ne doivent gêner personne, s’il est possible. De 1770 à 1787, pour nous en tenir à cette période, il paraît des centaines d’ouvrages ou d’articles qui traitent directement ou indirectement des problèmes du gouvernement. Mais pour un qui montre un peu d’indépendance, il y en a bien trois qui protestent en toute sincérité de leur respect et de leur désir d’être avant tout de bons serviteurs du maître. Quand on
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parcourt des Leçons de morale, de politique et de droit public, puisées dans l’histoire de notre monarchie... publiées à Versailles en 1773, on ne s’étonne pas de les voir étroitement fidèles à l’esprit de cette monarchie puisque l’ouvrage est « rédigé par les ordres et d’après les vues de feu Mgr le Dauphin ». Mais un bon nombre de traités et dissertations politiques auraient pu recevoir des approbations aussi officielles. Lisons dans le Dictionnaire social et patriotique de Lefèvre de Beauvray (1770) l’article Démocratie : il la condamne parce qu’elle touche de plus près à l’anarchie que la monarchie au despotisme ; l’article Liberté : Lefèvre y blâme « cet esprit d’indépendance et de liberté qui mène à la subversion de tout ordre social » : l’article Grande-Bretagne : il déclare que sa liberté prétendue « s’il est vrai qu’elle existe » a été achetée par trop de maux et de crimes ; l’article Monarchie : il est l’apologie de la monarchie française. Les Éléments de la politique ou Recherche des vrais principes de l’économie sociale de Dubuat-Nançay (1773) sont si bien conservateurs qu’une suite en paraîtra sous le titre de Maximes du gouvernement monarchique. Gin donne Les Vrais Principes du gouvernement français (1777, troisième édition, 1787). Il y défend « les lois fondamentales de la monarchie pure », réfute la théorie de la « liberté politique ou de constitution » de Montesquieu, celle de l’équilibre des pouvoirs et refuse de donner des limites à la puissance du monarque ; « le gouvernement français présente le modèle de la monarchie la plus parfaite ». On pourrait énumérer interminablement les oeuvres aussi entêtées dans la défense du passé ou qui s’en tiennent à des projets de réformes purement administratives.
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p.253 Bien mieux, un bon nombre d’ouvrages qui se donnent pour philosophiques ne se proposent guère que d’opposer la saine philosophie à la mauvaise, c’est-à-dire l’esprit de tradition à l’esprit de réforme : ainsi Le Vrai Philosophe ou l’usage de la philosophie relativement à la société civile de l’abbé Boncerf (1761), L’Homme éclairé par ses besoins de Blanchet (1764), le Code de la raison de l’abbé de Ponçol (1778), la Philosophie sociale de l’abbé Durosoy (1783), la Législation philosophique, politique et morale de Picq (1787), etc.
A côté de ces gens à systèmes, à systèmes qui consolident la tradition, il y a ceux qui, sans prendre la peine de disserter, pensent comme eux et le disent ouvertement. Ce sont non seulement les ennemis des philosophes, Fréron, Palissot, Collé, etc., mais ceux même qui les fréquentent et ne dédaignent pas de les recevoir. Mme du Deffand finit par s’irriter violemment contre « nos seigneurs et maîtres les Encyclopédistes » ; elle tient Turgot pour « un sot animal » ; c’est elle qui rime pour qu’on la chante devant le roi de Suède une chanson sur les philosophes :
On appelle aujourd’hui l’excessive licence
Liberté ;
On prétend établir, à force d’insolence,
L’Égalité ;
Sans concourir au bien prôner la bienfaisance
Se nomme humanité.
La duchesse de Choiseul pense sur ces points comme sa vieille amie : « L’emploi de l’esprit aux dépens de l’ordre public est une des plus grandes scélératesses, parce que de sa nature
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elle est ou la plus impunissable ou la plus impunie. » Les faiseurs de contes philosophiques ont prêché, à l’occasion, la prudence politique comme le respect de la religion. La traduction du Voyage de Nicolas Klimius du Danois Holberg (1753) raille les faiseurs de projets politiques et les exile hors d’un état sage et heureux. Les Aventures philosophiques de Dubois-Fontanelle se moquent de leurs utopies. L’Optique ou le Chinois à Memphis de Guérineau de Saint-Peravi (1763) ne croit pas aux ministres réformateurs : « Il ôta, ainsi qu’il l’avait promis, les anciens abus, et en créa de nouveaux qui rendirent le mal plus grand qu’il n’était... il n’avait pas vu que la politique p.254 sait tirer parti de ces abus et se les rendre nécessaires. » Quand le Naru, fils de Chinki de du Wicquet d’Ordre (1775) devient bailli, il profite de ses loisirs pour lire, réfléchir et disputer avec son curé qui, « soutenant que les aumônes qu’on lui faisait étaient de droit divin, disputait beaucoup et ne raisonnait guère ». Mais « plus il se livrait à ces lectures plus il négligeait sa femme qui s’en plaignait vivement, plus il s’écartait de la route du bonheur ».
b. La vie. — Là, d’ailleurs, comme dans beaucoup de cas, les faiseurs de livres n’auraient qu’une importance relative ou discutable s’ils n’avaient pas été soutenus par la vie. Or, malgré l’affaire Calas et celle de Sirven, malgré Turgot et Malesherbes, malgré des réformes ou tentatives de réformes, la vie continue comme par le passé et reflète le plus souvent les mêmes habitudes, les mêmes préjugés. Le roi continue à agir et parler comme s’il était le représentant de Dieu. Avant la mort de Louis XV le cardinal de La Roche-Aimon transmet à la cour son acte de contrition, mais il n’est pas un acte d’humanité : « Quoique le roi
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ne doive compte de sa conduite qu’à Dieu seul, il est fâché d’avoir causé du scandale à ses sujets. » Les vieilles doctrines absolutistes sont défendues publiquement. En 1771, l’abbé Dubault, curé d’Epiais, proclame dans un sermon que le roi est maître des biens, des personnes, de la vie de ses sujets. A la cour, les grands seigneurs peuvent bien s’engouer de Voltaire et se moquer de la superstition c’est-à-dire de la religion. Leur grande affaire c’est toujours de faire leur cour, c’est-à-dire d’intriguer. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les mémoires de l’honnête et sérieux duc de Croy. S’il veut la croix de Saint-Louis et une promotion il recommence à être « courtisan assidu et dans les formes ». Alors commence une interminable énumération de visites, démarches, présentations, soupers, chez le roi, le premier écuyer, le comte d’Argenson, la marquise de Pompadour, le maréchal de Saxe, l’archevêque, les Pâris, La Poupelinière. Il faut assister aux levers, aux chasses, intriguer pour assister à un souper aux petits cabinets, pousser ceux qui peuvent vous pousser, payer cinq mille livres un habit pour le mariage du dauphin, conquérir un voyage dans le carrosse du roi, le bougeoir à son coucher. Après quoi, pas de promotion. Il faut recommencer, et échouer encore.
p.255 A Paris comme en province il n’est pas douteux, nous le montrerons, que le prestige de la noblesse diminue. Mais les nobles, grands et petits, n’en continuent pas moins, tant qu’ils ne sont pas tombés dans une obscure misère, à afficher les mêmes prétentions et la même arrogance. Les officiers nobles surtout sont toujours prêts à tirer l’épée contre le bourgeois désarmé, dans la rue ou au théâtre, dès que ce bourgeois n’est
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plus résigné à se laisser bousculer et bafouer 1. Dans les collèges, même après l’expulsion des Jésuites, il arrive encore que les nobles et les roturiers soient traités fort différemment. C’est d’ailleurs (et cela n’a guère cessé depuis lors) la bourgeoisie qui donne l’exemple de toutes les vanités de caste et qui est furieusement entêtée de préséances. Toutes les cérémonies sont réglées par un protocole méticuleux et il n’y a pas de ville, petite ou grande, où n’éclatent à chaque instant les querelles, procès, scandales parce que ceux-ci veulent passer avant ceux-là. Par exemple, en 1779, les procureurs de la sénéchaussée de Montbrison prétendent avoir le pas sur les notaires dans les assemblées et cérémonies publiques ; les notaires protestent et la cause va jusqu’au Parlement de Paris. Au Mans, la salle de distribution des prix est fermée au conseil municipal qui prétend à des honneurs qu’on ne veut pas lui donner ; le conseil fait enfoncer les portes.
Enfin, de très nombreux documents témoignent d’une telle stabilité des moeurs bourgeoises que, malgré toutes les transformations, il reste nécessairement un fond de simplicité, de tradition, de respect du passé. C’est assurément une partie de la bourgeoisie qui voudra les États généraux, qui exigera une réforme de l’État, mais non pas un bouleversement parce qu’elle est profondément hostile à tout ce qui change la vie et les coutumes des ancêtres. Nous en avons déjà donné des exemples. On pourrait les multiplier. Ainsi le livre-journal de J. Joubert, de Saint-Yrieix, avocat au parlement, riche ou du moins très aisé (1771-1785) ; sa femme fait acheter et tuer le cochon ;
1 Voir plus bas des exemples, pp. 490-491.
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il fait tisser son linge ; il paie son pain en blé et les ouvriers, en partie, en nature. Les Mémoires de F.-Y. Besnard nous ont laissé le tableau très précis de la vie bourgeoise d’une petite p.256 ville, Doué en Anjou, vers 1770-1780. On prend et quitte les vête-ments d’été et d’hiver à des époques déterminées. Les vêtements de noces et de fêtes se transmettent de parents à enfants. Les femmes de notaires, chirurgiens, marchands ne se permettent les rubans de couleurs vives ni à la coiffure (fontanges) ni au bas des robes (falbalas) ; et souvent, à quarante ou cinquante ans, elles ne portent plus que du brun. Toutes les familles bourgeoises mangent dans la cuisine, au dîner la soupe et le bouilli, au souper le rôti et la salade. Pas d’argenterie ; la vaisselle est de terre vernissée. Fonvielle nous donne une image toute semblable de la vie de petites villes du Midi, Grasse, Saint-Antonin, vers 1780. On y a, pour s’y distraire, quelques bals, et le jeu malheureusement, mais surtout les promenades et les veillées où l’on trie le marc de raisin. Ajoutons d’ailleurs à ces joies modestes et casanières quelques repas priés où l’on fait ripaille et surtout les cérémonies publiques. Joyeuses ou tristes ou simplement solennelles, peu importe. Elles sont dans la petite ville un événement et tiennent dans les livres de raison une place considérable : processions pieuses ou municipales, enterrements, entrées d’évêques, de gouverneurs, de grands personnages, ou plus modestement défilés de confréries.
Ces vieilles moeurs tendent d’ailleurs très certainement à se transformer dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il y a eu, nous l’avons dit, une polémique violente sur les bienfaits ou les
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méfaits du luxe, dans la première moitié ; mais ce n’étaient guère que des spéculations de gens de lettres ; ou du moins c’était dans la vie parisienne que le problème se posait réellement. A partir de 1750 ou 1760 au contraire, même en province, on veut d’autres plaisirs que les visites à madame la baillive ou madame l’élue et le triage du marc de raisin. Mon père, dit Grosley, travaillait en hiver dans sa cuisine ; « deux feux dans une maison bourgeoise étaient alors un luxe inconnu » ; personne ne jouait ; les seuls plaisirs étaient des goûters, en été dans les jardins, en hiver dans les cabarets. Mais « depuis trente ou quarante ans », c’est-à-dire, depuis 1730 ; vers 1760, il y a une « révolution » dans les moeurs publiques. Vers la même date, à Autun, les mères de familles filent encore la laine, même dans la bourgeoisie ; on fait tous les ans une pièce d’étoffe pour habiller p.257 le père, la mère et les enfants. Puis brusquement, en 1763, à propos de la tenue des états de Bourgogne, c’est une « rage de luxe ». A Thouars, vers 1765, on est fort ignorant ; mais il y a des concerts ; bal une fois par semaine chez la mère d’Henriette de Monbielle. A Lyon, dès 1749, on fonde des « sociétés d’agrément », celle des Colins et des Catherines, puis celle du Zodiaque, d’ailleurs fort innocentes. A Châlon-sur-Marne, ce qui est plus grave, sévit la fureur du jeu.
Goût du plaisir, goût du luxe, cela signifie sans doute besoin d’argent, avidité, inquiétude, malaises ; tout ce qu’il faut pour trouver plus lourds les impôts ou même pour s’en prendre à la politique des maux qu’on a contribué à se créer. Mais la transformation n’est sans doute pas générale ; elle n’est pas toujours profonde. Dans tous les cas, il y a un pas à franchir du
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malaise à la plainte, et ce pas il est certain que la bourgeoisie a hésité très souvent à le faire. Dans la centaine de livres de raison qui ont été publiés ou convenablement analysés, il n’y en a pas trois qui offrent un réel intérêt politique, sinon par hasard, même dans la période de 1770-1787. Il semble que ceux qui les ont rédigés ignorent tout de la politique. Assurément ils pouvaient y penser et n’en pas parler, parce qu’ils réservaient ces livrets pour les naissances, premières communions, achats et ventes, etc., etc. Beaucoup pourtant notent les travaux, constructions, cérémonies, exécutions, les affaires du culte, le chiffre des impôts, des procès, ou même des pillages, des émeutes ; rien sur les mouvements d’opinion, sur les répercussions de la politique, sur les questions qu’un homme mal informé pouvait se poser. Assez souvent même nous avons la preuve que l’auteur du livre-journal tenait un rang, qu’il était intelligent, qu’il avait des curiosités ; mais ces curiosités ne vont pas à la politique et surtout pas à la politique philosophique. « Aujourd’hui, 5 janvier 1755, écrit Seguin, avocat au parlement de Lyon, J’ai appris que ledit cardinal [de Tencin] avait eu à faire avec sa soeur jacobine et qu’il en a eu un fils, appelé le sieur d’Ardinberg » ; c’est tout ce qu’il semble savoir des encyclo-pédistes. Leprince, d’Ardenay, est actif, cultivé, avide de s’instruire ; il s’occupe de belles-lettres, d’histoire, de sciences ; il fait partie, en 1778, de la Société littéraire et patriotique du Mans. Ses Mémoires p.258 sont copieux ; mais il n’y a pas un mot sur Montesquieu, Buffon, Voltaire, Rousseau ; et pas un mot de politique. La maison J.-F. Cavillier de Boulogne, ami de Brissot, est le rendez-vous des beaux-esprits de la ville. Mais son journal
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note le temps, les récoltes, les cérémonies religieuses, les faits-divers, rien de ce que nous voudrions savoir sur ce qu’il pensait, lui ou ses compatriotes, sur les ministres, les impôts, les réformes. Parfois une note apparaît, mais elle marque l’ignorance ou l’indifférence et non la passion ni même l’attention ; et cela même à l’époque de la Révolution. F.-J. Gilbert, charentais, est un homme en place ; il a fait le voyage de Paris. Mais il se contente d’écrire en 1788 « le M. de Brienne est culbuté ; M. Nekre [sic] est en place » ; et c’est tout ce qu’il dira de la politique. La Révolution n’inspire à Lattron que cette réflexion : « Dans cette année [1789] on fit dans la France le renouvellement de l’État ; ce fut un grand troublement dans la France. »
Quand ces mémoriaux et livres-journaux se départent, parfois, de leur silence, c’est presque toujours pour protester de leur respect, de leur fidélité, de leur amour pour le roi. Le journal de Bocquet n’a pas assez de fureurs pour maudire « le monstre infernal » Damiens. Mellier d’Abbeville est tout aussi consterné par l’attentat contre « notre bon roi » ; il gémit sur l’expulsion des Jésuites ; il approuve, mollement il est vrai, l’exécution de La Barre : « Laissons le jugement de son heure à celui qui est le Tout-Puissant » ; mais il étale son affliction de la mort de Louis XV : « Pas un de ses sujets qui ne regrette sa perte. » Ph. Lamarre, secrétaire de dom Goujet, bénédictin de l’abbaye de Fontenay, est moins aveuglé ; il a le sentiment très vif des abus ; mais ce n’est pas le roi qu’il accuse : « O bon roi [Louis XVI, il est vrai] ! Si vous voyiez toutes les injustices par lesquelles on écrase votre peuple ! »
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Ainsi se justifient les témoignages généraux des contemporains qui se portent garants de l’esprit monarchique des Français : « A ces Français, écrivent, en 1749, les Vénitiens Giovanelli, il suffit qu’on leur laisse la voix pour crier Vive le Roi ! » A la veille de la Révolution, L.-S. Mercier et le voyageur anglais Moore semblent croire qu’ils n’ont guère changé : « Paris a toujours été de la plus grande indifférence sur sa position politique... Les Parisiens semblent avoir deviné p.259 par instinct qu’un faible degré de liberté de plus ne valait pas la peine d’être acheté par une continuité de réflexions et d’efforts. » Moore note la douceur de la bourgeoisie et du peuple, peu tentés de protester contre l’oppression des grands « considérés dans ce royaume comme au-dessus des lois ». Dans les cahiers du Tiers, les protestations de dévouement et de fidélité à l’égard du roi sont constantes.
C’est tout cela qu’il ne faudra pas oublier lorsque nous suivrons les progrès rapides de l’indifférence religieuse et de l’inquiétude politique, même dans la bourgeoisie, même dans les provinces. Ce sont ces progrès qui expliquent sinon la Révolution, du moins son point de départ, les États généraux et leur esprit. Mais si la plupart des sujets de Louis XVI se sont trouvés, tout d’abord, à peu près du même avis, ils ont sans doute assez vite cessé de l’être. Tous ceux dont nous venons d’évoquer les opinions se sont inquiétés, puis repris. Et ce sont eux, avec d’autres, qui font comprendre l’Empire, la Restauration ou la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe.
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CHAPITRE II
Les gens de lettres
I. — Les patriarches de la philosophie
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p.261 Après 1770, le rôle direct des grands chefs de la philosophie est terminé. Toutes leurs oeuvres essentielles sont connues ou enfouies dans leurs tiroirs ; les Confessions de Rousseau, quand on commencera à les publier, n’auront pas d’influence philosophique. L’Encyclopédie s’achève. Les dernières oeuvres de d’Holbach ou d’Helvétius n’ajoutent rien d’essentiel à celles que l’on connaît déjà. Mais leur rôle indirect commence ; le temps détermine la valeur de leur oeuvre et précise leur influence. Eux-mêmes se dégagent plus nettement de la foule ; leur nom, leur personne s’imposent à l’opinion et deviennent une sorte de symbole respecté de la philosophie.
Voltaire devient le roi Voltaire. Il doit cette sorte de royauté spirituelle à sa vie comme à ses écrits. Jusqu’à sa vieillesse à Ferney on discutait souvent ou on méprisait l’homme, même quand on admirait l’écrivain. Mais la vie du puissant seigneur de Ferney fait taire, presque toujours, même les plus malveillants. Il est puissamment riche et on le sait : près de deux cent mille livres de rente, c’est-à-dire quelque trois millions de notre monnaie. Et l’on sait aussi qu’il fait de cette fortune comme de son intelligence un emploi généreux. Il est le défenseur de Calas, des Sirven, de La Barre et de quelques autres. Il est le
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protecteur et le bienfaiteur de tous ceux qui p.262 vivent sur ses terres, qu’il y attire, qu’il s’efforce d’enrichir, et de tout le pays qui l’entoure. Il est, pour l’opinion publique, celui qui fait passer la philosophie de la spéculation à la pratique, le défenseur des faibles, le réformateur des abus. Ferney devient une sorte de pèlerinage à la mode où se rencontrent et se succèdent les grands de cette terre, les gens de lettres, des bourgeois, une jeunesse enthousiaste : le maréchal de Richelieu, l’Électeur palatin, le duc de Würtemberg, le duc de Villars, d’Alembert, Turgot, Morellet, Boufflers, Mme Suard, Chabanon, les Anglais Sherlock et Moore, etc., et des visiteurs obscurs qui sollicitent l’honneur d’entrer et de l’apercevoir. On pourrait douter de l’étendue et de la puissance de ce prestige si son retour à Paris, en 1778, et les cent documents qui nous le content n’en donnaient pas la preuve éclatante. Pendant le trajet, à Bourg, à Dijon la foule se presse pour le voir ; à Paris les commis de l’octroi se confondent en politesses. C’est à qui tentera de franchir les portes de l’hôtel du marquis de Villette où il est des-cendu. Sa réception à l’Académie, la représentation d’Irène à la Comédie française sont des apothéoses. Le roi Voltaire devient le dieu Voltaire. Et non pas seulement pour les gens du monde ou la bourgeoisie cultivée, mais pour tout le monde. Quand il sort, la foule suit son carrosse ; on peut en croire sur ce point non seulement son secrétaire Wagnière, ou Grimm, qui sont ses amis, mais encore le prince de Ségur, les Mémoires de Bachaumont qui ne sont pas aveuglés par l’amour des philosophes ou Mme du Deffand qui ne les aime pas : « Il est suivi dans les rues par le peuple qui l’appelle l’homme aux
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Calas... Ce n’est pas de la considération qu’il inspire aujourd’hui ; c’est un culte qu’on croit lui devoir. » L’autorité laisse faire ; l’Église tente de le convertir in extremis et de lui refuser une sépulture. Efforts vains. Voltaire mort entre avec éclat dans la gloire et dans une gloire philosophique.
La gloire de Rousseau fut tout d’abord assez différente de celle de Voltaire. Quand il revint à Paris, en 1770, il sembla d’abord vouloir mener la vie d’un homme à la mode. Il fréquenta les cafés, les soupers, les salons ; sans doute est-il poussé par le désir d’entrer en lutte avec les ennemis que son imagination continue à lui forger ; il fait plusieurs lectures, fragmentaires, des Confessions. Mais aucune p.263 victoire ne pouvait être remportée contre ses propres chimères ; on ne se bat pas contre des nuées. L’autorité d’ailleurs, poussée par ceux que Jean-Jacques attaque dans les Confessions, s’inquiète. Quelque temps il tente, dans sa folie, d’obtenir, de Dieu et de la postérité, la justice que ses contemporains lui refusent. Il écrit les Dialogues ; il veut les déposer sur le maître-autel de Notre-Dame. Puis il s’avoue vaincu ; il renonce. Aidé sans doute sournoisement par Thérèse, il entre dans une vie volontairement petite et obscure ; on l’oublie. Il reçoit toujours quelques visites de curieux, de disciples jeunes et entêtés ; mais il vit vraiment dans la retraite d’un petit bourgeois, sans autre ami véritable que Bernardin de Saint-Pierre. En 1778, il accepte l’hospitalité que lui offre le marquis de Girardin dans son parc d’Ermenonville ; il y meurt au bout de deux mois.
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Mais si l’on oubliait l’homme on n’avait pas oublié ses oeuvres 1. De 1770 à 1778, par exemple, il y a une dizaine d’éditions (ou contrefaçons) de La Nouvelle Héloïse, six éditions (ou contre-façons) des oeuvres complètes. On le lit au moins autant que Voltaire. Et sa mort le hausse, en un certain sens, au-dessus de Voltaire. Voltaire est mort dans son lit, dans une maison de Paris, comme tout le monde, assiégé, un peu ridiculement, par de braves ecclésiastiques brûlant du saint zèle de le convertir et qui se vantent d’y avoir réussi. Rousseau meurt brusquement, dans une sorte de solitude, dont la simplicité semble une grandeur. Il est enterré, comme un poète, comme un prophète, dans ce parc d’Ermenonville qui semble aux contemporains l’asile du rêve et de la félicité ; dans l’île des peu-pliers, il dort, bercé par le bruit du vent dans les feuilles ; autour de l’île et de l’étang encadré de bosquets profonds ce sont la ruine « presque méconnaissable » du temple de l’amour, l’autel de la rêverie, le temple « inachevé » de la philosophie, la maison rustique du « Petit Clarens », les solitudes du « Désert » et la cabane où s’arrêtait Jean-Jacques ; tout ce dont on peut sourire aujourd’hui, mais qui semblait aux contemporains les « délices du sentiment », le « trésor p.264 des âmes sensibles » et même « la voix de l’âme et de la vérité ». C’est à qui, dès lors, viendra se griser de souvenirs, d’extases, d’enthousiasme et de « philosophie ». En 1780 « déjà la moitié de la France s’est transportée à Ermenonville pour y visiter la petite île qui lui est consacrée ; les amis de ses moeurs et de sa doctrine
1 Sur l’influence de Rousseau voir P.M. Masson (1551) ; Martin-Decaen (418) ; P.-P. Plan (1562) ; Monglond (429) ; Mornet (1563 ter) et Mornet, Le Romantisme en France au XVIIIe siècle.
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renouvellent même chaque année ce petit voyage philosophique ». Pour comble de gloire, la même année « la reine et tous les princes et princesses de la cour s’y sont eux-mêmes transportés » et cette illustre famille reste plus d’une heure dans l’île des peupliers. Quand Gabriel Brizard fait lui aussi son « pèlerinage », en 1783, il n’y a pas un jour où on ne voie arriver sept ou huit pèlerins pour porter au tombeau leurs hommages ; au point qu’on est obligé de restreindre les autorisations. Mais de « courageux anglais » « se sont élancés dans les flots pour toucher la terre sacrée ». Le magister du village, Nicolas Harlet, a pu faire toute une collection des vers d’enthousiasme et d’amour piqués sur le tronc des arbres ; un inconnu vient se tuer sur la rive du lac pour mourir auprès de Jean-Jacques. La publication de la première partie des Confessions et celle des Rêveries, en 1782, par la curiosité, l’admiration, le scandale qu’elles suscitent entretiennent autour du nom de Rousseau le bruit de la gloire et les rumeurs de la mode. Bref, si M. P.-P. Plan a glané une quarantaine de pages concernant Rousseau dans les journaux du temps, de 1770 à 1777, il en a réuni plus de cent cinquante de 1778 à 1789.
Admirateurs et disciples lui demandaient évidemment une autre philosophie que celle de Voltaire. Celle de Voltaire était la raison raisonnante et critique, un scepticisme ironique tempéré par le goût de l’activité utile et même bienfaisante ; elle ne prétendait pas révéler les secrets du monde ; elle s’en tenait à combattre ceux qui prétendaient les détenir et les exploiter à leur profit ; elle se contentait de courtes vues applicables, sans tarder, à la vie de ce bas-monde. Les disciples de Rousseau au
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contraire lui demandaient l’enthousiasme, de vastes espoirs, une sorte de religion à la fois divine et humaine. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire le récit que nous a laissé de son voyage le pèlerin Gabriel Brizard : « Parmi les hommages que je fus chargé de porter au pied de ton urne sainte, ô Rousseau, je n’oublierai pas ce que m’a dit l’aimable Fanny : "Oh p.265 mon ami ! tu vas embrasser la cendre de ce grand homme. Hélas ! il est mort dans la persuasion qu’il avait tant d’ennemis ! Dis-lui bien qu’il s’est trompé, que tout le monde l’aime, que la plus tendre moitié de l’univers idolâtre sa personne et ses écrits." » Sur les sabots qu’a portés Rousseau, Brizard écrit : « G. Brizard a honoré son nom en le consacrant sur la simple chaussure de l’homme qui ne marche que dans les sentiers de la vertu. » « Mercredi matin. Deuxième journée. L’île de Jean-Jacques me tourmente ; le sommeil fuit de ma paupière. Je suis agité comme la prêtresse d’Apollon à l’approche du Dieu... Quatrième journée... Je fais toucher sur le tombeau mes tablettes et mes crayons ; je les promène sur toutes les faces, comme si une froide pierre pouvait communiquer quelque chaleur à mes faibles écrits... » Il n’est pas très sûr que toute cette exaltation soit sincère et Brizard, qui est homme de lettres, écrit peut-être dans le style à la mode et pour plaire. Pourtant il n’a pas publié son pèlerinage et des douzaines de disciples de Jean-Jacques ont témoigné des mêmes ferveurs. Elles n’ont, si l’on veut, rien de révolutionnaire. Les « sentiers de la vertu », les ivresses du sentiment, le style « qui brûle le papier » ne décident pas, par eux-mêmes, entre les chrétiens, les déistes ou les athées, entre les partisans de la monarchie absolue et ceux d’une constitution.
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Ils tendaient même, vers 1780, à inspirer le dédain des chicanes critiques et des discussions abstraites, de la théologie, de l’érudition, de l’économie politique et même de toute politique raisonneuse. La vérité était dans l’élan du coeur. Et l’on ne voit pas qu’entre 1770 et 1787 le Contrat social et les écrits de discussion politique de Jean-Jacques (les Considérations sur le gouvernement de Pologne et les Lettres à M. Buttafoco sur la législation de la Corse, qui ne s’accordent guère avec le Contrat) aient pris, dans l’opinion publique, une réelle importance. Ce sont des oeuvres où l’on ne retrouve pas Rousseau, le Rousseau qu’on aime, le Rousseau qui émeut ; et l’on semble, généralement, les ignorer.
Pourtant cette influence de Rousseau a contribué tout de même à préparer, sans qu’on s’en doutât, une sorte d’esprit révolutionnaire. D’abord parce qu’elle a nourri l’esprit d’exaltation et d’enthousiasme ; on ne fait pas une Révolution sans courir des risques ; on p.266 les accepte parce que la souffrance, la colère aveuglent, mais aussi, comme ce fut le cas pour la Révolution, parce qu’on est grisé d’espérance et même de l’esprit de sacrifice. En même temps Rousseau enseignait, ardemment, l’optimisme humanitaire. Sombre, tourmenté ou résigné pour lui-même, il était plein d’une naïve confiance dans la conscience et la bonté des hommes. Il lui semblait très simple d’être heureux, quand on n’avait pas comme lui la mauvaise chance d’être poursuivi par une coterie holbachique. Il a inspiré cette confiance à tous ceux qui allaient tenter de rendre, à la France et au monde, un bonheur perdu et si facile à retrouver. Enfin, et peut-être surtout, Rousseau devenait, à la fois par ses
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oeuvres et par sa vie, une sorte de symbole. Voltaire était justement le roi Voltaire et le grand seigneur de Ferney ; il était puissamment riche. S’il était le défenseur et le bienfaiteur des humbles, il était bien au-dessus d’eux et il n’avait aucun désir de s’abaisser à leur niveau. Mais Rousseau était le créateur d’un Saint-Preux roturier, d’une Julie née dans une famille noble, mais qui n’avait que haine ou indifférence pour tous les privilèges du rang et de la fortune. Il avait toujours vécu petitement ; il logeait dans un appartement de tout petit bourgeois ; il menait, ou à peu près, la vie d’un homme du peuple ; à Ermenonville, celle d’un paysan aisé. La première partie des Confessions allait révéler ou rappeler à d’innombrables lecteurs qu’il était fils d’un horloger, qu’il avait été commis, graveur, laquais, qu’il ne s’était à peu près jamais soucié de la fortune, qu’il avait presque toujours dédaigné ou ignoré les puissants et les riches. A tous ceux qui étaient de petites gens, des lecteurs besogneux, d’obscurs ambitieux, il apparaissait donc comme un des leurs, comme le symbole du génie et de la vertu plus grands, à eux seuls, que le rang et l’argent. Par son seul exemple il proclamait, avec la fraternité, l’égalité.
Auprès de la gloire de Voltaire ou de Rousseau celle de Diderot est sans doute assez pâle. Exception faite pour ses drames, qui n’ont rien de philosophique, aucun de ses ouvrages n’a connu de grands succès. Après 1770 il mène d’ailleurs une vie plus retirée. Il ne publie guère que l’Essai sur les règnes de Claude et de Néron qui ne passa pas inaperçu (il y en eut deux éditions), mais qui n’est pas un p.267 chef-d’oeuvre et qui ne
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passionna pas l’opinion. Diderot même n’est pas mondain. Il est l’hôte assidu du baron d’Holbach, mais on ne le rencontre guère dans les autres salons philosophiques. Il mène une vie un peu insouciante et bohème, fort aimé de ses amis, mais sans jamais faire le moindre effort pour se pousser et soigner sa réputation. On publie deux éditions de ses oeuvres (en 1772 et 1773) ; il n’y est pour rien puisqu’il y laisse insérer des ouvrages de Morelly, Morellet, Coyer, etc. Pourtant nul n’ignore qu’il est le véritable auteur de l’Encyclopédie et l’Encyclopédie est une oeuvre illustre. Quand elle fut achevée, en 1772, on en imprima à l’étranger ou à Paris six contrefaçons ; on en commence, en 1782, une refonte qui est une oeuvre presque entièrement nouvelle et encore plus vaste, l’Encyclopédie méthodique. On sait, car les gazettes s’en occupent, que la grande Catherine a acheté à Diderot, et fort cher, sa bibliothèque ; qu’il a été pendant plusieurs mois, lui fils d’un coutelier, l’hôte et l’ami de cette impératrice. Si bien qu’il est tout de même « le célèbre M. Diderot ». Et cette célébrité a un sens. Elle témoigne de la gloire de l’Encyclopédie dont la philosophie est sage et prudente ; mais elle prouve aussi la diffusion, au moins relative, des doctrines hardies du matérialisme. Parmi ceux qui les ont enseignées Morelly est obscur, le baron d’Holbach n’est pas connu comme écrivain ; il n’y a pas vingt personnes pour se douter qu’il est l’auteur du Système de la nature. C’est au contraire sous le nom de Diderot que paraissent, dans les éditions des OEuvres, et les Pensées philosophiques et la prière matérialiste qui les termine et le Code de la nature de Morelly. Un demi-siècle plus tôt de pareilles oeuvres auraient été vouées, par presque tout le
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monde, au mépris et à l’horreur des lecteurs ; vingt ans plus tôt elles auraient donné à Diderot mille tracas, comme il arriva d’ailleurs pour les Pensées. En 1772 ou 1773, à plus forte raison dans les années qui suivent, elles ne l’empêchent pas d’être le « célèbre M. Diderot » ; il est probable même qu’elles y contribuent.
II. — Les nouveaux champions
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Quelle que soit la gloire des ancêtres elle ne rejette pas dans l’ombre tous ceux qui tentent de suivre leurs traces. S’ils n’ont pas de génie, p.268 si même, bien souvent, ils n’ont pas de talent, ils ont l’avantage d’être plus jeunes, d’être nouveaux et, par leur médiocrité même, de s’adapter plus exactement au goût des générations nouvelles. Les Mably, les Delisle de Sales, les Raynal et même les L.-S. Mercier ont fait autour de la philosophie beaucoup de bruit et parfois même de fracas.
Mably n’est pas un jeune (il est né trois ans avant Rousseau) ; jusqu’en 1760 il n’est pas un inconnu ; il a été secrétaire du cardinal de Tencin et il a publié un certain nombre d’ouvrages qui ne passèrent pas inaperçus. Mais c’est après 1760 et surtout après 1770 qu’il fait paraître ses oeuvres essentielles et celles qui fondent vraiment sa réputation (les Entretiens de Phocion sur le rapport de la morale avec la politique, 1763 ; les Observations sur l’histoire de France, 1765 ; les Doutes proposés aux philosophes économistes, 1768 ; De la législation ou Principes des lois, 1776 ; De la manière d’écrire l’histoire, 1783 ; Principes de morale et Observations sur le
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gouvernement et les États-Unis d’Amérique, 1784, etc.). A travers sa longue carrière, depuis son premier ouvrage, en 1740, les idées de Mably ont évolué et parfois se sont contredites. Mais il est du moins resté fidèle à un idéal, à celui des républiques antiques ou plutôt à certains moments de certaines républiques antiques. Pour qu’une société soit heureuse, il faut qu’elle soit juste ; pour qu’elle soit juste, il faut qu’elle soit vertueuse, d’une vertu attentive et même rigide ; il faut que tous les plaisirs et même tous les intérêts de l’individu soient sacrifiés à l’intérêt général et que la seule joie du citoyen soit la grandeur et la paix de l’État. L’idéal c’est Sparte, le « prodige » que fut pendant « six cents ans » la république de Lycurgue, ou du moins, si l’on ne peut aller jusque-là, l’Athènes de Solon, la Rome de Caton l’Ancien. Toujours, pour savoir quelles sont les meilleures lois, Mably est tenté de se retourner vers « Platon, Aristote, Xéno-phon, Thucydide, Cicéron, Tacite, Plutarque, etc. » Son rêve est un rêve de cité antique, sobre, dure, égalitaire.
Il sait pourtant que ce n’est qu’un rêve. Il lui en coûte d’y renoncer. Il est convaincu, comme Rousseau, que la propriété individuelle engendre inévitablement l’excessive richesse des uns et la détresse p.269 cruelle des autres. « L’inégalité des fortunes et des conditions décompose pour ainsi dire l’homme et altère les sentiments naturels de son coeur. » Et il ne peut pas s’empêcher de tourner les yeux vers les peuples chez qui les biens sont communs, en Floride, sur les bords de l’Ohio ou du Mississipi, chez les Quakers Dunkars ou Dumplers. A tout le moins, il envie les peuples pauvres et qui veulent le rester, qui tiennent la simplicité pour une des forces essentielles de l’État, la
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Géorgie américaine, la Suisse, la Suède. C’est par ces vertus de simplicité et d’égalité qu’on peut défendre le bien essentiel des citoyens, la liberté. La liberté est un droit de nature, le plus sacré et le plus fécond : « L’égalité doit produire tous les biens parce qu’elle unit les hommes, leur élève l’âme et les prépare à des sentiments mutuels de bienveillance et d’amitié. » Mably déteste tout ce qui est despotisme, autorité sans consentement et sans contrôle ; il est l’adversaire du « despotisme légal » des physiocrates, l’adversaire même et violemment de cette constitution anglaise qui n’est qu’une apparence de liberté puisqu’elle donne au roi, à la puissance exécutive des droits que la puissance législative ne peut ni discuter ni surveiller et qui la condamnent d’avance, en cas de conflit, à être vaincue. Mably souhaite donc un État où la puissance exécutive soit toujours subordonnée à la puissance législative, où celle-ci soit entre les mains de représentants librement élus par des citoyens égaux en droits et, dans la mesure du possible, égaux dans leurs biens. Pour défendre cette liberté sacrée, les hommes peuvent recourir à tous les moyens, même à la révolte : « Regarder toujours la guerre civile comme une injustice... c’est la doctrine la plus contraire aux bonnes moeurs et au bien public... Choisissez entre une révolution et l’esclavage. »
C’est bien là tout le programme de ceux qui, à partir de 1789, choisirent la révolution par peur de l’esclavage. Et pourtant, jusqu’en 1789, jamais Mably n’a fait figure de révolutionnaire. Tandis qu’on emprisonnait l’inoffensif Delisle de Sales, qu’on menaçait le bavard et creux Raynal de toutes les foudres de l’État, non seulement Mably continuait à écrire paisiblement,
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mais ses ouvrages étaient presque tous publiés librement et même avec approbation de la censure et p.270 privilège du roi 1. Il recevait une pension de deux mille huit cents livres. C’est que les doctrines de Mably, audacieuses dans leurs principes, étaient tempérées dans leur développement par toutes sortes de réserves et de prudences. Mably n’est pas « philosophe » ; il se sépare des Voltaire, des Diderot, des d’Holbach sur un point essentiel : il respecte la religion ; non pas qu’il la défende ou fasse profession d’y croire ; il tient les cultes et les dogmes pour indifférents en eux-mêmes ; ses Principes de morale heurtent parfois directement le catholicisme ; mais il veut un culte et des dogmes et il est convaincu que, pour la France, la meilleure religion est celle qui est « reçue » ; il blâme les philosophes de ruiner un principe nécessaire d’ordre et de vertu. Or, l’autorité poursuivait les adversaires de la religion avec beaucoup plus d’acharnement que les raisonneurs politiques, aussi longtemps que ceux-ci s’en tenaient à des raisonnements généraux. En outre, Mably veut un État libre et un État vertueux ; mais il est profondément convaincu que dans les sociétés modernes et dans la société française le peuple est parfaitement incapable de liberté et de vertu. Livré à lui-même, il ne peut que sombrer dans l’anarchie et la brutalité des passions déchaînées. C’est « un ramas d’hommes sots, stupides, ridicules et furieux ». « Pure démocratie, gouvernement excellent avec de bonnes moeurs, mais détestable avec les nôtres... » Aujourd’hui il faut regarder la propriété « comme le fondement de l’ordre, de la paix et de la sûreté publique ». Le législateur devra prendre
1 La censure de ses Principes de morale (1784) fut fort bénigne, grâce
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toutes sortes de « précautions » pour « préparer les citoyens d’un État corrompu à se rapprocher des vues de la nature ». C’est-à-dire que si Mably conçoit des réformes d’un caractère révolutionnaire, il les rejette dans un avenir indéterminé ; et ses vues ne vont pas plus loin que des États généraux, des élections à suffrage restreint, des représentants attentivement surveillés pour ne pas tomber dans la démagogie, une sorte de monarchie de Juillet, philosophique et bourgeoise. C’est pour toutes ces raisons que l’oeuvre de Mably a paru relativement sage et mesurée. Ses oeuvres les plus lues avant la Révolution sont d’ailleurs les plus inoffensives. Le traité le plus hardi sur Les Droits et p.271 les devoirs du citoyen ne paraît, après sa mort, qu’en 1789. Malgré la solide réputation qu’il avait, c’est la Révolution qui le découvre, en oubliant les sagesses pratiques pour exalter l’audace des principes. Les premières éditions collectives des OEuvres sont de 1789, 1792, 1793, etc.
C’est au contraire avant la Révolution que Delisle de Sales conquit sa plus grande réputation. Sa Philosophie de la nature ou traité de morale pour le genre humain, tiré de la philosophie eut cinq ou six éditions de 1770 à 1789, éditions luxueuses ornées de très belles gravures et qui témoignent d’un très vif succès. Gros ouvrage, qui a de trois à sept volumes, mais ouvrage creux et qui ne pouvait préparer que la religion révolutionnaire et non la Révolution même. Comme le titre l’indique, Delisle de Sales prétend réformer les moeurs et non pas, tout au moins directement, les institutions politiques. Son ennemi ce n’est pas le despotisme ni, à plus forte raison, la monarchie raisonnable,
d’ailleurs à la soumission de Mably, et le livre continua à se vendre librement.
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mais « la superstition » et le « fanatisme ». Il fait copieusement et violemment le procès des prêtres avides, violents et fourbes, celui des crédulités et des terreurs qu’ils exploitent, prophéties, miracles, enfer. A ce culte corrompu et menteur il prétend substituer un culte « national », « raisonnable », « épuré ». Pour l’épurer on fondera sur la philosophie et sur la nature un théisme humanitaire tout gonflé d’optimisme et de sensibilité. « J’apprends aux riches que leur intérêt n’est pas d’écraser la terre. Je prouve à l’indigent que l’opulence consiste à rétrécir le cercle de ses besoins. Je triple les chaînes heureuses qui lient le père à ses fils et l’épouse à l’époux. » Il apprend ou prétend apprendre bien d’autres choses, mais qui se ramènent toutes à la joie de porter les chaînes heureuses de l’amour, de la tendresse, de la bonté, de la bienfaisance. Pour que la France et l’humanité soient heureuses, il suffira de remplacer le catéchisme par un catéchisme humanitaire où des prêtres, qui ne seront que des philosophes citoyens, enseigneront les délices d’une raison onctueuse, les sagesses d’une bienfaisance bénisseuse. Lesdites sagesses avaient d’abord passé plus ou moins inaperçues. Mais, en 1775, on s’avisa de condamner l’ouvrage, et puis de conduire l’auteur en prison. « La voix du fanatisme, dit Métra, convoqua une assemblée des ministres de sa p.272 fureur », c’est-à-dire les juges du Châtelet. Condamné au bannissement et à la confiscation de ses biens, Delisle fit du même coup figure de martyr. On l’installa dans l’appartement du concierge du Châtelet qu’on meubla luxueusement ; les visites et les cadeaux arrivaient tout le jour. Le Parlement intimidé cassa le jugement et ne condamna Delisle de Sales qu’à être
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admonesté. C’était lui décerner un brevet de grand homme. Il était bien convaincu qu’il l’était. Sur le piédestal de sa propre statue il avait, dit Chateaubriand, inscrit de sa main : « Dieu, l’homme, la nature ; il a tout expliqué. » Les contemporains n’étaient pas très éloignés de le croire comme lui.
Comme la Philosophie de la nature, l’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes de l’abbé Raynal (1772) est avant tout une histoire des crimes du fanatisme et de la superstition, une apologie de la tolérance et de l’« humanité » 1. L’histoire des établissements et du commerce de ces Européens est le tableau sinistre de leurs sottises et de leurs férocités et plus particulièrement des sottises et des férocités des prêtres catholiques. Le catholicisme n’est qu’une imposture habile où les tyrans et les dévots ont exploité la crédulité des hommes, inventé des miracles, des prophéties, des dogmes pour massacrer, piller, asservir. Il n’y a qu’une religion qui soit vraie, c’est celle que révèlent la nature et le coeur et qui n’est qu’une science du bonheur humain fondée sur la solidarité et la bienfaisance. Cette religion n’est ni austère, ni tyrannique ; elle fait du plaisir, de la joie un droit et même un devoir ; elle enseigne seulement et au besoin elle peut contraindre à respecter, à ménager la joie des autres comme la sienne propre. C’est aux gouvernements intelligents et justes à couper les griffes des religions dogmatiques et fanatiques, à répandre « un même code moral de religion dont il ne serait pas permis de
1 Ouvrage de référence générale : A. Feugère, Un Précurseur de la Révolution, l’abbé Raynal (1524).
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s’écarter et à livrer le reste à des discussions indifférentes au repos du monde ». Toutes ces diatribes étaient d’ailleurs fort banales ; on y retrouve les idées de Voltaire, de Delisle de Sales, avec une violence plus agressive, une rhétorique plus ronflante et p.273 les idées mêmes de Diderot, pour la raison très simple qu’il a collaboré effectivement et abondamment à la troisième édition qui fut la plus retentissante. Mais on trouve par surcroît dans l’Histoire des Indes des idées ou plutôt des proclamations politiques dont le ton est assurément plus hardi.
C’est d’abord la condamnation véhémente du despotisme, avec ce ton de fureur et de révolte qu’on ne trouve ni chez Montesquieu, ni chez d’Holbach, ni chez Mably : « Peuples lâches ! peuples stupides ! puisque la continuité de l’oppression ne vous rend aucune énergie, puisque vous vous en tenez à d’inutiles gémissements lorsque vous pourriez rugir ; puisque vous êtes par millions et que vous souffrez qu’une douzaine d’enfants armés de petits bâtons vous mènent à leur gré, obéissez. Marchez, sans nous importuner de vos plaintes et sachez du moins être malheureux si vous ne savez pas être libres. » Le despotisme « éclairé » ou « légal » ne vaut pas mieux et il mène inévitablement au despotisme tout court. Il n’y a qu’un gouvernement juste et qui puisse être heureux, c’est celui qui rend au peuple tous ses droits qui sont tous les droits. Plus d’autorité arbitraire, plus de privilèges. Le peuple est le seul souverain ; à lui seul de consentir l’impôt, à lui seul d’établir les lois ou même d’établir et de supprimer les cultes. Vainement les tyrans et les prêtres s’unissent pour étouffer cet « esprit républicain ». « La liberté naîtra du sein de l’oppression. Elle est
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dans tous les coeurs : elle passera, par les écrits publics, dans les âmes éclairées ; et, par la tyrannie, dans l’âme du peuple. » Tous les hommes sentiront enfin, « et le jour du réveil n’est pas loin, ils sentiront que la liberté est le premier don du ciel, comme le premier germe de la vertu ».
C’est là un programme plus nettement révolutionnaire que celui de Mably. C’était même, si l’on veut, un programme jacobin. Pourtant Raynal, après avoir salué avec enthousiasme les États généraux, la nuit du 4 août, protesta violemment, dans une Adresse lue à l’Assemblée le 31 mai 1791, contre ceux qui attaquent « les principes conservateurs des propriétés », contre un peuple qui chante « ses crimes comme ses conquêtes », contre les persécutions dont les prêtres sont accablés, contre « l’anarchie » révolutionnaire. Il ne se reconnaît plus dans ses disciples. C’est qu’il y a dans l’Histoire p.274 des Indes, à travers toutes les déclamations et malgré les fureurs oratoires, un grand esprit de prudence et de sagesse bourgeoise. Raynal se grise de grandes phrases et brandit fougueusement des doctrines ; mais il s’en tient à des généralités commodes : haine des tyrans, liberté sacrée, peuple souverain. Et il les fait suivre d’une condition. Il faut que la liberté soit réglée et le peuple sage. Il ne s’inquiète pas de savoir comment on peut assagir celui-ci et régler celle-là ; mais on sent aisément qu’il a une aussi vive horreur de la démagogie que du despotisme, des « factions » populaires que des « suppôts de la tyrannie ». Il loue à peu près sans réserves la constitution anglaise. Lui aussi, plutôt que d’une Révolution, rêve d’un remaniement bourgeois de l’État. Il faut
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noter d’ailleurs que les diatribes les plus audacieuses n’apparaissent que dans l’édition de 1780.
Son influence n’en a pas moins été considérable et c’est assurément cette Histoire des Indes qui a contribué le plus efficacement à répandre non pas la haine du fanatisme religieux, sur laquelle presque tout le monde s’accordait, mais la haine des « tyrans » et l’amour de la « liberté sacrée ». Il y eut, avant 1789, au moins une quarantaine d’éditions de l’Histoire 1. En 1782, L.-S. Mercier, qui avait d’ailleurs l’habitude de voir grand, déclare que pendant son séjour à Neuchâtel on en tirait huit éditions à la fois. Raynal, qui est riche, administre d’ailleurs fort habilement sa gloire. A Lyon, à Lausanne, à Berlin, il fonde des prix de littérature, d’économie commerciale, de vertu. Quand son Histoire est solennellement condamnée, en 1781, et lui-même décrété de prise de corps, il parcourt la Belgique et l’Allemagne en triomphateur. Et s’il ne se risque pas à rentrer à Paris, c’est fort paisiblement et fort glorieusement qu’il s’installe, dès 1784, à Toulon puis à Marseille.
Il n’y a pas grand-chose à dire sur Turgot écrivain. Son oeuvre écrite ne compterait guère s’il n’avait pas été intendant et contrôleur général, s’il n’avait pas traduit ses idées en actes et en édits, s’il ne leur avait pas donné par là un retentissement qui fut immense, mais qui relève de l’histoire non de l’histoire littéraire. Cette oeuvre écrite est abondante, mais elle est dispersée en un très grand nombre p.275 d’opuscules qui n’auraient guère attiré l’attention si leur doctrine n’avait pas été en partie appliquée ; beaucoup de ces opuscules sont d’ailleurs
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des études techniques qui s’adressaient aux administrateurs plus qu’au grand public. Turgot défend vigoureusement la tolérance religieuse contre la Sorbonne même et le Parlement. Il est libéral ; il veut la liberté du commerce, du travail ; il veut atténuer l’inégalité des impôts. Tout cela aurait été fort banal et fort discret s’il n’y avait pas eu la suppression de la corvée dans la généralité de Limoges, la liberté du commerce des grains, la suppression des jurandes et maîtrises, des corvées, etc. Il y a moins à dire encore sur Condorcet. Entendons que l’oeuvre philosophique de Condorcet, avant 1788, est tout à fait anodine. En dehors de ses ouvrages scientifiques et de ses éloges académiques, il n’a publié que quelques opuscules où il défend la tolérance religieuse, la liberté de la presse, combat les monopoleurs, les corvées, les abus de justice, défend la liberté du commerce des grains, tout cela sans violence et sans éclat. Il est philosophe et philosophe athée, mais avec une grande discrétion. Son rôle, son influence ne commencent guère qu’avec les assemblées provinciales, en 1788.
La Révolution marque, au contraire, le déclin littéraire de Louis-Sébastien Mercier 2. Bien qu’il ait été député à la Convention, membre du Conseil des Cinq-Cents, professeur à l’Ecole centrale, membre de l’Institut et qu’il ne soit mort qu’en 1814, il cesse à peu près d’écrire après 1789 et il n’écrit rien qui vaille. Mais avant 1789 c’est un écrivain infatigable qui publie une centaine de volumes et un écrivain célèbre ou du moins fort à la mode. Ses drames connaissent des succès éclatants. Son
1 Sans compter une douzaine d’ouvrages qui sont des extraits.
2 Ouvrage de référence générale : L. Béclard (1503).
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Tableau de Paris (1781), son An 2240 (1770) sont plusieurs fois réédités avec des augmentations et font une sorte de scandale. Mercier y tonne, en effet, contre le fanatisme et le despotisme et pour lui toute monarchie est d’essence despotique : « Les États monarchiques... vont se perdre dans le despotisme comme les fleuves vont se perdre dans la mer et le despotisme bientôt croule sur lui-même... Voulez-vous connaître quels sont les principes généraux qui règnent habituellement dans le conseil d’un p.276 mauvais monarque ? Voici à peu près le résultat de ce qui s’y dit ou plutôt de ce qui s’y fait : "Il faut multiplier les impôts de toutes sortes parce que le prince ne saurait jamais être assez riche, attendu qu’il est obligé d’entretenir des armées et les officiers de sa maison qui doit être absolument très magnifique. Si le peuple surchargé élève des plaintes, le peuple aura tort et il faudra le réprimer. On ne saurait être injuste envers lui, parce que dans le fond il ne possède rien que sous la bonne volonté du prince qui peut lui redemander en temps et lieu ce qu’il a eu la bonté de lui laisser surtout lorsqu’il en a besoin pour l’intérêt ou la splendeur de sa couronne." » Les nobles sont « méchants... cruels... oppresseurs » et n’ont con-servé que des « préjugés barbares ». A ce peuple esclave et pressuré il reste une ressource, celle de la révolte : « A certains états il est une époque qui devient nécessaire ; époque terrible, sanglante mais le signal de la liberté. C’est de la guerre civile dont je parle. C’est là que s’élèvent tous les grands hommes, les uns attaquant, les autres défendant la liberté. La guerre civile déploie les talents les plus cachés. Des hommes extraordinaires s’élèvent et paraissent dignes de commander à des hommes.
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C’est un remède affreux. Mais après la stupeur de l’État, après l’engourdissement des âmes, il devient nécessaire. »
C’est bien là l’appel à la Révolution, le plus clair peut-être de tous ceux qu’on peut rencontrer avant 1788. Pourtant Mercier a été un révolutionnaire fort modéré ; il s’est effrayé et indigné, quand il a vu ce qu’était le « remède affreux » préparé par la Convention. C’est que les déclamations sur le despotisme, l’esclavage et la révolte ne sont, pour lui, que des griseries oratoires. Elles sont précédées, accompagnées, suivies des réflexions sévères sur les dangers de la république ; elles ne visent qu’un despotisme dont rien ne suggère qu’il soit celui de Louis XV et Louis XVI. Les chapitres les plus hardis (sur Louis XIV, la noblesse, etc.) n’apparaissent d’ailleurs que dans l’édition de 1786 de l’An 2240. Mercier déteste en fait la démocratie tout autant que le despotisme. « L’expérience nous a appris que les constitutions populaires sont entachées de trop de passions et de trop de vices pour concentrer chez elles la liberté... La démo-cratie est le pire gouvernement. » A plus forte raison les démocraties p.277 communistes : « L’assurance des propriétés actuelles, voilà la base fondamentale sans quoi tout est chancelant » ; l’auteur du Code de la nature n’est qu’un imbécile malfaisant. En fait il faut donc s’en tenir à la monarchie tempérée et plus simplement encore à la monarchie telle qu’elle existe en France : « Nous avons conservé la monarchie mais limitée par des lois fixes ; nous avons retenu le monarque parce que c’est une pièce nécessaire dans un gouvernement bien ordonné, surtout quand la population est nombreuse. » C’est pour cela que l’appel à la guerre civile nécessaire se termine
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quelques pages plus loin par l’éloge du « roi philosophe » et de la révolution pacifique : « La révolution s’est opérée sans efforts », par la sagesse d’un « roi philosophe, digne du trône puisqu’il le dédaignait ». Lorsqu’il sort des rêveries de l’An 2240 pour entrer dans les réalités du Tableau de Paris, Mercier s’en tiendra donc à des réclamations contre le droit de chasse, les entraves à la liberté d’écrire, les excès des privilèges, etc., qui sont alors les réclamations de tout le monde. Il le fait avec politesse. Son chapitre sur le Gouvernement (ch. DCXLVII, 1788) s’en tient aux vues de Montesquieu ; c’est l’acceptation de la monarchie absolue en droit, tempérée en fait par la tradition et les moeurs. Il n’est violent que sur l’inégalité des fortunes, mais c’étaient les moeurs qui étaient responsables tout autant que la monarchie ; c’était la plainte d’un moraliste et non celle d’un réformateur politique. L’oeuvre de L.-S. Mercier était celle d’une « âme sensible » et d’un rhéteur épris de thèmes pathétiques non pas celle d’un perturbateur ni même d’un raisonneur convaincu.
III. — A travers les écrivains plus obscurs
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a. Les attaques contre la religion. — Elles sont d’une extrême violence et très nombreuses contre le « fanatisme ». On sent que la victoire est définitivement gagnée et qu’il ne reste plus qu’à la célébrer. Il suffit d’ouvrir presque au hasard un traité, une discussion qui touche à la morale et ne soit pas écrit par un des défenseurs de la religion pour y voir maudit ou méprisé l’esprit d’intolérance ou de persécution. Ce ne sont pas
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seulement des déistes ou des p.278 athées avoués, d’Holbach, J.-L. Carra, Deleyre, Ferrières, etc., etc., ce sont des gens modérés et qui croient l’être. Tout leur est prétexte pour gémir sur les erreurs et les férocités du passé, pour célébrer les bienfaits de l’esprit de tolérance. Gaillard, dans son compliment à Louis XVI comme directeur de l’Académie, déclare que « les deux plus funestes ennemis de la religion (après l’impiété qui l’outrage) sont l’intolérance qui la ferait haïr et la superstition qui la ferait mépriser » (1775). On dénonce le fanatisme des croisades ou celui de saint Louis. L’abbé Vertot, dans son Panégyrique de saint Louis, « unit la philosophie et la religion ». Si l’Académie propose comme sujet de concours l’éloge de Michel de l’Hospital, Guibert renonce à présenter son discours pour pouvoir prendre « un ton plus mâle et plus hardi » ; et cette mâle hardiesse est dirigée contre l’Inquisition et les guerres de religion. L’abbé Rémy concourt et remporte le prix ; il n’est pourtant pas moins violent : « L’Inquisition ! à ce mot la plume tombe, le coeur se glace, l’imagination ne voit plus que des cachots et des bûchers, des délateurs et des victimes, un tribunal de sang et des forfaits imaginaires... C’est parmi ces horreurs qu’on voit éclore une idée politique qui pacifia l’Europe et qui eût préservé la France du plus grand des forfaits : la distinction entre la tolérance religieuse et la tolérance civile. » Le discours est de 1777. A cette date le pouvoir lui-même penche à adopter « l’idée politique » de Michel de l’Hospital ; la distinction entre la tolérance religieuse et la tolérance civile va passer dans la pratique. Le cardinal de Boisgelin, pourtant très pieux, déclare qu’« une religion réprimée est la nature qu’on opprime ».
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Linguet condamne violemment le fanatisme. L’abbé J. Dedieu a fait avec précision l’histoire de cette conquête effective de l’esprit philosophique. Politique de renoncements d’abord (1774-1783) ; on laisse écrire, on laisse faire. Les brochures se multiplient. Puis (1783-1789), on se fait de plus en plus à l’idée d’accepter ouvertement et d’autoriser. Malesherbes aidé de Rulhières, de Rabaut Saint-Etienne, de l’avocat Target, rédige des Mémoires sur le mariage des protestants. Le baron de Breteuil, Lafayette, bien d’autres agissent. La majorité du Parlement est peu p.279 à peu gagnée. L’Édit de tolérance du 29 novembre 1787 est enregistré le 10 janvier 1788, tout cela malgré de violentes résistances du clergé.
C’était une victoire de l’esprit « civil », c’est-à-dire de l’esprit laïque et rationaliste. Ce rationalisme, ce désir, ce besoin d’écarter les préoccupations religieuses de tout ce qui n’est pas directement, strictement question de religion, apparaît ou s’étale dans toutes sortes d’ouvrages, même dans ceux qui sont écrits par des prêtres respectueux. « J’ai cru, dit l’abbé de Ponçol, dans son Code de la raison, devoir insister et revenir encore sur l’éloge de la Raison, attendu que c’est le fondement de toute la morale et que son excellence une fois démontrée et bien reconnue, il sera difficile à chacun de se former d’après elle un sage plan de conduite, conforme à son âge et à son état. » Quand l’abbé étudie « la religion et le culte » c’est sans parler une seule fois du christianisme en particulier. C’est évidemment sur ce même fondement de la raison que s’appuient l’abbé d’Espagnac, dans ses Réflexions sur l’abbé Suger et son siècle qui « scandalisent les dévots », l’abbé Yvon dans cette Histoire
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de la religion où il a voulu accorder « la philosophie avec le christianisme », Mailli « professeur d’histoire au lycée de Dijon » dans un Esprit des croisades qui est un réquisitoire contre l’esprit des croisades, Robinet dans ce Dictionnaire universel qui s’ouvre par un discours préliminaire où les bienfaits de la philosophie sont exaltés, et cent autres. Bien entendu beaucoup vont plus loin. Ils ne se contentent pas d’ignorer la religion : ils l’attaquent. Les uns s’en tiennent à un déisme prudent, avec des politesses à l’égard du culte ; c’est le cas de Pastoret, de Ferrières, de Ch. Levesque, etc., etc. D’autres au contraire sont des adversaires déclarés ; ils continuent l’oeuvre de Voltaire, de d’Holbach et des autres ; ils démontrent que le christianisme n’est qu’une invention humaine, absurde et malfaisante. C’est le cas de ces OEuvres de M. Fréret où l’on réunit sous son nom quatre ou cinq ouvrages violemment antichrétiens et qui ont au moins cinq éditions de 1775 à 1777, celui des Lettres à Sophie qui sont peut-être de d’Holbach, du Compère Mathieu de Dulaurens où l’on trouve, avec toutes sortes de balivernes, de violentes attaques contre la religion, d’une bonne douzaine de dissertations ou pamphlets qui sont p.280 de Boulanger, de Levesque de Burigny ou d’inconnus. Les attaques contre le despotisme de l’Église sont plus fréquentes encore. Ainsi dans l’Histoire des voyages des papes de Millon (1782) : « Le voile de l’erreur est déchiré. Puissent les souverains des nations, à l’exemple de Joseph II, opposer à l’illusion et à l’enthousiasme la raison et la vérité, briser les fers de la tyrannie sacrée ! », dans le Coup d’oeil philosophique sur le règne de saint Louis de Manuel (1786) : « C’est le tableau d’un règne sous lequel se sont réunis
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les crimes, les folies et tous les malheurs du monde », ou dans les Voeux d’un Gallophile d’A. Cloots qui se terminent par Voltaire triomphant ou les prêtres déçus. Drame.
En même temps l’athéisme commence à « marcher à visage découvert ». Helvétius, Diderot à ses heures étaient athées, mais leur matérialisme se dégageait des principes de leurs oeuvres ; ils ne l’exposaient pas systématiquement. Seuls ou à peu près d’Holbach (dans un seul ouvrage), Morelly et La Mettrie s’étaient proposés une démonstration ouverte. Après 1770, on trouverait cette démonstration dans les Dialogues sur l’âme par les interlocuteurs en ce temps-là, dans le Système de la raison de J.-L. Carra, dans l’Alambic des lois de Rouillé d’Orfeuil et surtout dans certaines oeuvres de Sylvain Maréchal qui fut à la fois « le berger Sylvain » parce qu’il écrivait des Bergeries et le « Lucrèce moderne » comme il l’affirmait modestement :
De son Dieu, de ses chefs, oui le peuple a le choix
Et peut se rétracter si son choix n’est pas sage ;
Il peut, quand il lui plaît, défaire son ouvrage.
Il peut même supprimer Dieu, et c’est le souhait fervent du Lucrèce moderne. Bref, on traite Voltaire de « bigot » parce qu’il n’est pas athée.
Rien de nouveau d’ailleurs dans toutes ces oeuvres irréligieuses, ni dans leurs arguments, ni même dans leur ton : Voltaire, d’Holbach et quelques autres avaient dit tout ce qu’on pouvait dire, avant 1770, avec toute la vigueur, toute la brutalité et tout l’esprit qu’on pouvait mettre dans la polémique. Elles ne semblent même pas sensiblement plus nombreuses, du moins si l’on ne tient compte que des ouvrages nouveaux. Le plus simple
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n’est-il pas de relire et p.281 rééditer Voltaire, d’Holbach, Fréret, Levesque de Burigny et d’autres ? L’étude des auteurs irréligieux est désormais moins importante pour nous que l’étude de la diffusion générale de leurs idées.
b. Les réformateurs politiques. — Ils sont maintenant légion : « Ils ont tellement défriché et retourné le champ de la politique, dit Bachaumont, en 1776, qu’il ne reste plus guère rien de nouveau à dire en ce genre. » En 1788, Mercier constate qu’on publie des brochures politiques « par centaines » ; c’est exagéré peut-être pour la seule année 1788 ; mais si l’on tient compte de ceux qui défendent les traditions, de ceux qui s’en tiennent à de courtes brochures, à de brefs pamphlets, de ceux qui mêlent la politique au roman, au conte, voire à la poésie c’est bien par centaines qu’on pourrait énumérer les oeuvres publiés entre 1770 et 1787. La bibliographie de Stourm étudie plus de trente ouvrages ou brochures techniques sur les finances, les impôts, le commerce, etc., publiés de 1776 à 1786, vingt et un pour la seule année 1787, etc.
Beaucoup de ces politiques sont d’ailleurs des raisonneurs fort sages qui s’évertuent pour ne changer que des détails ; ils allèguent l’histoire, la raison, la prudence pour demander que l’on continue le passé ou ne risque que des aventures sans danger. C’est le cas de certains gentilshommes : du comte de Brancas de Lauraguais qui commence par disserter philosophiquement « du Contrat social et du pacte social », mais pour conclure que ce pacte est celui de Charlemagne et que les rois de France l’ont toujours observé ; ou celui du comte de Lubersac dont les Vues politiques se bornent à demander qu’on
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cesse de suivre les usages trop anciens. C’est aussi l’attitude de gens d’église, de Bonafous abbé de Fontenay, assez hardi pour recueillir L’Esprit des livres défendus et s’inspirer de la Lettre sur les aveugles, mais fort hostile à la démocratie et même à la constitution anglaise ; ou celle de l’abbé Sauri dont la Morale du citoyen n’étudie la liberté politique — les impôts — la composition des lois que pour défendre la monarchie héréditaire et une sorte de despotisme légal. Le romantique Lezay-Marnesia est très convaincu que « les écrivains philosophes forment l’opinion publique, par l’opinion règnent sur le monde » et « forcent les gouvernements à se rendre enfin aux demandes de la raison » ; mais ces demandes ne visent p.282 que les nobles et le haut clergé oisifs et trop riches, et respectent tous les principes de la religion et de l’État. D’autres semblent plus audacieux dans leurs spéculations ; ils allèguent plus hautement les droits de la nature, le pacte social et les lois fondamentales. Mais quand il faut descendre de ces hauteurs philosophiques pour en venir à des réformes pratiques, ils se gardent soigneusement de toucher aux « assises de l’État » et se bornent à des sermons ou à des suggestions timides. Ainsi Dubuat-Nançay qui convient de l’« égalité primitive » et de l’étroitesse d’esprit des politiques asservis à la « pratique journalière » mais pour justifier presque aussitôt « l’inégalité acquise » et mettre en garde contre « le raisonneur téméraire » — ou bien Féroux qui prodigue son éloquence humanitaire pour peindre un tableau sinistre de la misère des campagnes et proposer la division des grandes propriétés, mais proclame aussi la sainteté de la religion et celle de la monarchie — ou bien Rouillé d’Orfeuil dont
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l’Alambic des lois distille la haine de la tyrannie, mais aussi la méfiance à l’égard de la république qui n’est qu’une « chimère » et le respect de la monarchie qui, « bien combinée, est le meilleur genre de gouvernement ». Même haine du despotisme dans l’Homme pensant de Ch. Levesque, qui pense d’après Descartes, Bacon et Locke mais condamne la république comme la tyrannie et tient l’égalité pour « une vaine chimère ». Barnave conclut que la multitude est toujours mineure et Condorcet qu’elle est sotte et féroce.
Chez d’autres, au contraire, le ton s’élève déjà ; les principes sont plus précis et plus fermes et l’on ose en tirer des conséquences moins respectueuses ; mais il ne s’agit toujours que d’aménagements de la monarchie et de conseils, non d’exigences. L’Ami des lois de Martin de Marivaux s’irrite contre les prétentions de l’édit de 1770 : « Nous ne tenons notre couronne que de Dieu ; le droit de faire des lois nous appartient à nous seul, sans indépendance et sans partage », car la nation partage ce droit avec le roi. Ces discussions se renouvellent au moment du sacre de Louis XVI. Morizot démontre que la puissance absolue est subordonnée à un « pacte social », mais pour en déduire que « la disposition des trônes et la succession qui y appelle » sont une suite de ce pacte social, et pour aboutir à des p.283 conclusions tout à fait modérées puisqu’il s’en remet à la conscience du roi. Le Roi voyageur de Perreau est bien un roi philosophe, fort épris de liberté de conscience, de liberté de pensée, de justice sociale mais c’est un roi qui garde tout son pouvoir de roi. Le Calendrier de Philadelphie ou constitution de Sancho Pança et du bonhomme Richard en Pensylvanie de
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Barbeu du Bourg est fort dur pour les fanatiques, les théologiens, les moines et même pour la cour, « l’ennemie née du royaume », mais il respecte les principes mêmes de la royauté absolue.
Même respect des principes, mais beaucoup moins sincère et tel qu’on peut le prendre pour une simple prudence ou même une vague politesse dans d’autres ouvrages ; en même temps le ton se fait plus âpre, la critique plus directe ; on ne déplore plus, on dénonce ; on ne souhaite plus, on exige, ou presque ; et ce qu’on continue à appeler monarchie a déjà les caractères d’une république. La Constitution de l’Angleterre de Delolme (1771) est violente contre les principes « d’obéissance passive, de droit divin, de pouvoir indestructible ». L’abbé Mey tire ses Maximes du droit public français (1775) « des capitulaires, des ordonnances du royaume et des autres monuments de l’histoire de France » ; s’appuyant sur ce long passé monarchique, il ne peut vouloir de mal au principe monarchique, mais il ne reste plus guère qu’un principe. « Chapitre I : Les rois sont pour les peuples et non les peuples pour les rois. Chapitre II : Le gouvernement despotique est contraire au droit naturel, au droit divin, à la fin du gouvernement. Chapitre III : Premier attribut de la liberté française, propriété des biens... Dans tout royaume policé, les impôts ne doivent jamais être établis que du consentement de la nation ». Au tome II dissertation sur le droit de convoquer les États généraux. Les rois sont dans l’obligation de les convoquer ou même ils peuvent se convoquer eux-mêmes. M. de Guibert a beau être comte, maréchal de camp, mondain brillant : il ne peut se tenir de dénoncer tant d’abus de
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la monarchie qu’il ne reste plus guère de ressource que dans le gouvernement des peuples par eux-mêmes. L’épigraphe de son Éloge de l’Hospital (qui ne circule que sous le manteau) est : « Ce n’est point aux esclaves à louer les grands hommes » ; mais l’heure du réveil approche pour p.284 ces esclaves : « Tôt ou tard une nation qui s’est éclairée et qu’on opprime rentre dans ses droits. » Les parlements pouvaient l’y aider ; ils n’avaient qu’à réclamer les États généraux : « Le gouvernement qui ne se serait vraisemblablement point arrêté était du moins obligé de démasquer ses vues, il s’avouait despotique, le bandeau tombait des yeux de la nation. » Les parlements ne l’ont pas voulu. Il reste un espoir, un souverain assez philosophe pour renoncer à la souveraineté : « Il changera lui-même la forme du gouvernement. Il appellera autour du trône ses peuples devenus ses enfants. Il leur dira : « Je veux vous rendre heureux après moi. Je vous remets des droits trop étendus dont je n’ai point abusé et dont je ne veux pas que mes successeurs abusent. » Il leur abandonnera donc la puissance législative. Guibert ne nous dit pas ce qui se passera si l’on ne trouve pas ce roi philosophe mais il le laisse deviner. Il y a moins de rhétorique, mais des exigences aussi hardies dans les Recherches sur l’origine de l’esclavage religieux et politique du peuple en France de F.-R.-J. de Pommereul (1783), dans le Catéchisme du citoyen de Saige (1788), dans les Voeux d’un Gallophile d’Anacharsis Cloots (1786) (bien qu’il parle de « Joseph le sage » et défende « les droits sacrés de la propriété ») 1.
1 On peut joindre, bien entendu, un certain nombre de pamphlets violents fabriqués en Angleterre par exemple, les Fastes de Louis XV ou le Procès des
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Enfin dans quelques ouvrages, mais dans quelques-uns seulement avant 1788, c’est au gouvernement démocratique que l’on fait plus ou moins clairement appel. Deleyre dans son Tableau de l’Europe (1774) entonne un hymne à la philosophie : « Après tant de bienfaits elle devrait tenir lieu de la divinité sur la terre » ; il estime que « tout écrivain de génie [philosophe bien entendu] est magistrat né de sa patrie ». Philosophie et philosophes doivent dresser les peuples contre « les souverains absolus. Ils ont craint que l’esprit républicain n’arrivât jusqu’à leurs sujets, dont tous les jours ils appesantissent les fers. Aussi s’aperçoit-on d’une conspiration secrète entre toutes les monarchies pour détruire et saper insensiblement les États p.285 libres. Mais la liberté naîtra du sein de l’oppression. Elle est dans tous les coeurs ; elle passera par les écrits publics dans les âmes éclairées ; et par la tyrannie dans l’âme du peuple. Tous les hommes sentiront enfin, et le jour du réveil n’est pas loin, ils sentiront que la liberté est le premier don du ciel comme le premier germe de la vertu. » D’ailleurs Deleyre ne laisse pas de tempérer son enthousiasme républicain ; il reconnaît que la démocratie « penche à l’anarchie » et que, dans la pratique, le gouvernement français n’a jamais été vraiment despotique. Il y a plus de brutalité chez J.-L. Carra ou Sylvain Maréchal. Le Système de la raison ou le prophète philosophe de Carra (1782) est une déclaration de guerre « aux prétendus maîtres de la terre. Fléaux du genre humain, illustres tyrans de vos semblables, hommes qui n’en avez que le titre, rois, princes,
trois rois de Bouffonidor, etc. Mais ces pamphlets sont le plus souvent dirigés contre le roi, la cour de France, leur politique plutôt que contre le régime même. Voir d’autre part le chapitre IV de cette troisième partie.
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monarques, empereurs, chefs souverains... je vous assigne au tribunal de la raison... Allez, mon livre, allez, et de la même flamme dont le bourreau vous réduira en cendres, éclairez ces ingrats et ces malheureux humains pour qui seuls J’ai fait voeu de vivre et de penser ; et si je dois expirer sous la stupide vengeance des tyrans, vous m’aurez au moins rapporté la consolation sublime d’avoir osé le premier faire mon devoir en face de tout l’univers. » L’exposé ne dément pas ces prémices. Carra réclame un « concours général » c’est-à-dire des États généraux, proclame qu’il n’y a rien de si absurde que la manie d’être noble et inscrit dans son contrat social le droit à la révolte. Dans Dieu et les prêtres, fragment d’un poème philosophique de Maréchal (1781), ou dans son Livre échappé au déluge (1784), il y a « des choses très fortes contre l’autorité », par exemple que les hommes peuvent « se passer même de bons rois. Et que les Rois ne feront jamais assez de bien aux hommes leurs semblables pour leur faire oublier qu’ils étaient tous égaux ».
Si l’on entrait dans le détail des réformes politiques proposées, on y trouverait la même gradation, de la prudence timide ou réfléchie à la hardiesse mesurée et quelquefois, mais rarement, à l’insolence. C’est le cas, par exemple, des critiques adressées aux privilèges de la noblesse. Les uns, comme Tifaut de la Noue (1775), prétendent ne pas reculer devant les « nouveautés qui étonnent » mais se bornent à proposer, avec toutes sortes de précautions oratoires, un impôt p.286 pour la noblesse. D’autres comme Boncerf, dans ces Inconvénients des droits féodaux (1776) qui firent grand bruit, sont beaucoup plus fermes et précis, mais ne défendent qu’une réforme limitée qui
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ne s’attaque pas au principe même de la noblesse privilégiée. Il se borne à demander une loi « qui dissipera les derniers vestiges de la barbarie féodale, ces droits nés de l’oubli et de la violation des lois, de l’usurpation de l’autorité et du pervertissement de tous les principes » ; et c’est sur le roi même qu’il compte pour la promulguer. D’autres vont plus loin. Perreau demande qu’on retire à la noblesse le privilège d’occuper les charges et emplois importants ; il faut les mettre au concours et donner à la noblesse le droit de travailler. Le Code de la raison humaine ou exposition succincte de ce que la raison dicte à tous les hommes (1776) demande l’égalité devant l’impôt. Une réédition de 1780 des Devoirs du marquis de Mirabeau corrige par une longue note de sept pages les idées du marquis sur la noblesse et démontre les inconvénients des privilèges de la noblesse héréditaire. Parfois enfin on attaque violemment le principe même de la noblesse. Pour Manuel, par exemple, la féodalité a fait des Français des esclaves semblables aux nègres de Cayenne. En écrivant Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre ne se pose pas en réformateur, ni même en raisonneur ; il ne veut emprunter que les voix pacifiques de la « nature » et du « sentiment ». Mais parmi les préjugés qui font le malheur des hommes, l’histoire de Mme de La Tour est bien la condamnation formelle du préjugé nobiliaire. Nous retrouverons cette condamnation en étudiant les ouvrages d’imagination.
c. Les réformes sociales. — II faut, en principe, moins de hardiesse pour les proposer ; la plupart d’entre elles pouvaient en effet être réalisées sans toucher à rien d’essentiel dans l’organisation politique. On pouvait, nous l’avons dit, réformer la
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législation criminelle, l’administration de la justice, la vénalité des charges, une partie du code civil, l’organisation des milices, ou même, dans une certaine limite, le système des impôts, etc., sans ébranler les assises de la monarchie absolue. Sans doute, tout s’enchaîne et la pente est rapide qui mène de ces problèmes à des problèmes proprement politiques. L’autorité ne l’ignorait pas et, à plusieurs reprises, elle interdit d’écrire p.287 sur toutes les matières d’administration et de finances. Mais, dans la pratique, elle se montra beaucoup plus tolérante et les écrits sur les abus purement sociaux sont encore plus nombreux que les ouvrages politiques. Les académies proposent comme sujets de concours certains de ces problèmes sociaux, ceux de la mendicité, de la législation criminelle, etc. 1
Les attaques les plus violentes et les plus efficaces furent dirigées contre la législation criminelle. Dix affaires retentissantes, celles de Calas, des Sirven et de bien d’autres avaient soulevé l’opinion publique non seulement contre le fanatisme mais contre la procédure, la torture, la rigueur féroce des châtiments. En 1780, l’académie de Châlons-sur-Marne met au concours l’étude de la réforme de cette justice criminelle. C’est Brissot qui remporte le prix et dans son discours, comme dans ses Recherches sur le droit de la propriété et sur le vol considéré dans la nature et dans la société, dans la Bibliothèque philosophique du législateur dont il dirige la publication, il n’est pas tendre ni pour les lois ni pour la justice féroce : il va jusqu’à dire (d’ailleurs après Beccaria) que pour un affamé le vol est « une action vertueuse, commandée par la nature même ». De
1 Voir troisième partie, chapitre IV.
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Pastoret, Prost de Royer frappent à grands coups sur « le gothique édifice » de ces lois. Dès 1784, Dupaty fonde une société pour traduire les ouvrages de législation, puis proteste contre la peine de mort appliquée au vol domestique et publie, en 1788, deux ouvrages pour une réforme totale de la législation criminelle. En 1787 les critiques deviennent de furieuses colères. Ainsi celles de Marat, dans son Plan de législation criminelle, ou de Cerutti qui met pour épigraphe à sa Réforme du code criminel « Monstrum horrendum, informe, ingens cui lumen ademptum ». D’autres, plus polis, ne sont pas plus tendres.
L’énumération des ouvrages relatifs à la réforme des impôts et de l’administration des finances serait fort longue ; on la trouvera dans l’ouvrage de Stourm 1. Un certain nombre d’entre eux ne sont que de vastes et vagues systèmes utopiques qui font appel à la bonté p.288 du roi, à l’humanité des riches, à la sagesse des pauvres. Beaucoup n’ont qu’un caractère administratif. Il s’agit soit de demander aux mêmes le même argent mais avec plus d’adresse et de politesse, soit de trouver le moyen de faire faire bonne chère au gouvernement et à la cour avec peu d’argent, soit de réformer les abus de la perception en réduisant les profits vrais ou faux des financiers. Si l’on recueille ici et là les plus hardies des mesures proposées, on peut dresser une liste de caractère révolutionnaire : impôts massifs sur les riches, maximum fixé aux fortunes, ateliers publics, minimum de salaires, etc. Mais, dans la réalité, ou bien ces propositions sont dispersées et noyées dans un ensemble anodin, ou bien elles apparaissent dans ces vastes systèmes
1 Bibliographie, 1573.
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utopiques dont on ne pouvait tirer aucune conséquence pratique. Pourtant, quand on approche de la Révolution, c’est bien parfois, à travers la critique des finances et des impôts, toute l’armature de l’ancien régime qu’on veut ébranler. L’Encyclopédie méthodique dans sa partie Finances (1784) ou sa partie Économie politique (1788) montre la sagesse d’une vaste entreprise qui a besoin des indulgences de l’autorité. Elle ne croit même pas possible la suppression des gabelles. Mais elle est fort dure pour les gouvernements qui ne craignent pas de « sacrifier les fruits de plusieurs années au besoin du moment et étouffent ainsi les générations futures sous le joug qui accable les générations présentes » ; elle affirme que le système des fermes « foule le peuple ». Le chevalier d’Arcq dans ses Essais (1786) témoigne d’un esprit conservateur ; il se voue à la défense de la religion et des moeurs ; pourtant c’est de l’« horreur » qu’il éprouve pour la lourdeur des impôts et les violences des traitants. Deleyre, bien entendu, n’a pas les scrupules du chevalier d’Arcq. Il veut un impôt unique sur la terre, qui ne fera nulle distinction entre les biens de roture et les biens sei-gneuriaux, car « ce serait le comble de la bassesse et de la folie » ; les taxes seront ordonnées, réglées et administrées par les représentants de la nation : « Gens de cour... que gagnez-vous à élever l’édifice du despotisme sur les ruines de toute espèce de liberté, de vertu, de sentiment, de propriété ? Songez qu’il vous écrasera tous. »
On pourrait étudier dans le détail les idées des réformateurs sur toutes sortes de points particuliers : la condition des bâtards, le p.289 divorce, les jurandes et maîtrises, les corvées, les milices.
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L’étude conduirait aux mêmes conclusions. Les projets de réforme, soit dans des discussions particulières, soit au cours d’ouvrages plus généraux se multiplient d’année en année ; et ils deviennent très hardis vers 1780. Par exemple N.-J. Bouilly soutient à Orléans une thèse de droit où il réclame pour les bâtards une partie de l’héritage paternel. La thèse est approuvée par le recteur. Grand scandale. L’évêque et l’officialité protestent véhémentement. Mais Bouilly, soutenu par le procureur du roi et par six cents camarades, est reçu bachelier à l’unanimité. L’Encyclopédie méthodique (1783) n’admet pas le divorce ; mais il est significatif qu’elle le discute longuement. Et Petion de Villeneuve ose envoyer à l’académie de Châlons, qui se garde d’ailleurs de le récompenser, un Essai sur le mariage (1785) où il réclame le mariage des prêtres et le divorce.
IV. — La littérature d’imagination : contes, romans, théâtre
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Les contes et romans « philosophiques » sont fort abondants. Le prodigieux succès des contes de Voltaire les a mis à la mode. Ils offrent de précieux avantages. Par eux on peut à la fois instruire et plaire, se faire la réputation d’un homme d’esprit en même temps que celle d’un raisonneur ; par surcroît on se met plus aisément à l’abri des foudres de l’autorité ; on a la ressource des symboles et allégories ; on se transporte en Chine, en Perse, dans une île inconnue, chez des peuples imaginaires et l’on atteste qu’il faut avoir l’esprit bien mal fait pour appliquer aux prêtres catholiques ce qu’on dit des bramines et aux ministres de Louis XV ce qu’on raconte des mandarins.
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En matière de « fanatisme » et de liberté de pensée les contes et romans renchérissent sur Voltaire. Là comme ailleurs on sent que la cause est brillamment gagnée et qu’on peut remplacer les arguments par des sarcasmes et des malédictions ; l’allusion et l’ironie même cèdent le pas à des condamnations directes et brutales. « Supposé, dit le fanatique Xalem de On ne s’y attendait pas, supposé que notre état contînt quinze millions d’habitants et que la moitié s’avisât de soutenir ou même de prétendre que c’est le pouce de p.290 la main gauche qu’il faut lever en priant au lieu de celui de la main droite, aussitôt nous les enverrions chercher asile ailleurs. » « Hélas ! mon ami, lui répond le sage roi Redi-Ferca, les faibles humains ne trouvent-ils pas assez de motifs de discorde et de haine dans la discussion de leurs intérêts sans en chercher de nouveaux dans leurs sentiments. Jaloux de mon culte, je n’userai jamais de rigueur contre ceux que le hasard ou la persuasion en éloigne ; je réserve la sévérité pour les révoltés ou les scélérats. » Redi-Ferca est encore un pacifique qui parle avec sérénité. Le Roman philosophique le prend sur un autre ton. « Sir James » y fait un tableau horrifié de la nation qui obéit à un souverain despotique et « aux ordres plus despotiques encore d’un théologien dont ils entretiennent le luxe et qui les livre en détail aux flammes dévorantes parce que quelquefois ils s’avisent de penser tout haut, d’être honnêtes et de secourir la vierge innocente et malheureuse qui refuse de consentir à satis-faire les désirs effrénés de gens qui ont fait voeu de n’en point avoir ». Le Faustin ou le siècle philosophique de Doray de Longrais ne s’aveugle pas sur les philosophes du siècle ; il leur
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décoche des railleries. Il est pourtant, comme le dit Doray lui-même, une « petite esquisse de la superstition à l’agonie : convulsions qui l’agitent dans les bras du fanatisme, de la mômerie, du despotisme, de l’intolérance ; dernières fureurs avec lesquelles elle vomit les fèces de son affreux venin avant que de céder la victoire à la raison et à l’humanité ».
Cette victoire de la raison et de l’humanité sur le fanatisme venimeux est célébrée plus ou moins longuement dans un certain nombre de contes et romans ; mais leur nombre ne se multiplie pas et, très souvent, c’est en passant. Il semble qu’on n’ait plus à s’acharner sur un ennemi depuis longtemps vaincu et pratiquement désarmé. De plus dignes objets attendent les sages de ces contes ; ce sont les discussions politiques et sociales. Elles se multiplient et deviennent de plus en plus hardies, tout comme les discussions directes des traités et dissertations. Souvent d’ailleurs, et même le plus souvent, on ne pense pas à bouleverser l’État ; on est monarchiste, sincèrement, et l’on s’en tient à dénoncer ces abus qu’un monarque pourrait corriger sans renoncer aux principes de son autorité. C’est le cas de L.-S. Mercier dans ses Songes philosophiques p.291 où il rêve de réformer les abus administratifs, les bureaux, les commis, les douanes intérieures, le droit de chasse, les corvées, les entraves à la liberté de pensée, sans compter le fanatisme, mais où il ne maudit la tyrannie que pour faire l’éloge d’une monarchie raisonnable. Le Naru fils de Chinki de du Wicquet d’Ordre (1776) est un pamphlet qui dénonce avec violence les méfaits ou plutôt les crimes des impôts, de la gabelle, du fisc, des corvées, des
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jurisprudences dont le résultat est de jeter dans la ruine et le désespoir un homme intelligent et de bonne volonté. Mais c’est « l’Empereur nouvellement monté sur le trône de ses aïeux » qui porte remède à tous ces maux et non pas une volonté populaire ni même un « corps intermédiaire ». Le conte On ne s’y attendait pas proteste contre les complications monstrueuses de la justice, même contre l’insolence de la noblesse, aussi bien que contre le fanatisme et les mariages indissolubles ; mais c’est un roi sage qui en fait le procès contre le Français Xalem qui tente de les justifier. Grivel reprend, de 1783 à 1787, la tradition des utopies politiques et sociales. Comme Denys Vairasse, Gabriel de Foigny, Tissot de Patot, l’abbé Prévost, Holberg et les autres, il nous propose dans son Ile inconnue les sagesses d’un gouvernement capable de donner aux hommes la plus pure félicité. Ces sagesses sont innombrables et méticuleuses ; elles enseignent aux mères à allaiter leurs enfants et à ne pas les emmailloter, aux maîtres les bienfaits de l’éducation physique. Elles s’attaquent beaucoup plus hardiment à toutes sortes d’abus graves de l’ancien régime, aux guerres de magnificence, à la torture, à la disproportion des délits et des peines, même à la peine de mort, à la vénalité des charges, à la censure, à l’injustice des impôts. Mais ce sont malgré tout des sagesses bourgeoises et prudentes. Même dans cette île inconnue où l’on n’est pas lié par la tradition, on prendra toutes les précautions pour que la monarchie ne dégénère pas en despotisme, mais on laissera au roi beaucoup plus d’autorité que dans la constitution anglaise qui n’est en réalité qu’une oligarchie.
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On trouve les mêmes tempéraments dans le Voyage de la raison en Europe de Caraccioli, le Mirzim de J.-A. Perreau, etc. Il y a au contraire un accent de révolte et parfois presque farouche dans les p.292 Mille et Une Folies de Nougaret (1771) ; récits sarcastiques ou pathétiques : un homme est condamné pour impuissance au Parlement et au Châtelet pour avoir engrossé la fille de son hôtesse ; un valet de financier devient financier et achète le palais de son premier patron ; des parents barbares contraignent leur fille à entrer dans un couvent ou la séparent de celui qu’elle aime pour la marier à un riche vieillard ; les amants et les amantes ainsi séparés meurent ou deviennent fous. Le père avare de Jacqueline refuse de la marier à celui qu’elle aime ; elle se sauve, entre en service chez un maître avare qui pendant trois ans ne lui paie pas ses gages ; pour sauver son amant elle en dérobe le montant ; elle est jugée, condamnée, pendue. Les folies de Nougaret sont donc des folies cruelles ; mais elles maudissent des abus sociaux et ne poussent pas à des révoltes politiques. Tout au plus tournent-elles en dérision l’insolence des grands qui se croient « les enfants chéris du Créateur » et tiennent le peuple pour de « vils esclaves ». Le Roman philosophique ou traité de morale moderne (1773) est beaucoup plus « républicain ». Il est tout aussi féroce pour l’intolérance, la dureté, la cupidité du clergé. Il l’est beaucoup plus pour le pouvoir arbitraire et les privilèges militaires. « L’État a trois ordres de citoyens, répondit sir James : les théologiens se sont arrogé le premier rang ; le second appartient aux nobles, et le peuple a le dernier. On devrait retourner l’ordre : la noblesse garderait le sien, et les ecclésiastiques, devenus les derniers,
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seraient à leur place. » C’était mettre le peuple au premier rang et demander une révolution.
Beaucoup de poètes se piquent, comme les romanciers, d’être philosophes. Saint-Lambert dans Les Saisons se fait le défenseur du pauvre et du laboureur, blâme le luxe et le fanatisme. Roucher dans Les Mois proteste contre le fanatisme, le despotisme, l’injustice de certains impôts, justifie le divorce, la liberté du commerce des grains ; il est assez hardi pour que la censure impose des coupures et que le poème paraisse avec des blancs. Mais ni l’un ni l’autre, ni Léonard, ni Lemierre dans ses Fastes, ni Lebrun dans La Nature, ni Chénier dans son Hermès ou l’Amérique ne sont révolutionnaires, ni même « républicains ». On s’acharne surtout contre le fanatisme catholique. On peut feindre de s’y tromper dans La Veuve p.293 du Malabar de Lemierre (1770) bien que, dit Bachaumont, à la reprise de 1780, on soit « ému d’indignation et tantôt agité d’un rire de satisfaction, en voyant les prêtres démasqués, honnis, bafoués ». C’est beaucoup plus difficile ou c’est tout à fait impossible pour l’Honnête Criminel (protestant persécuté) de Fenouillot de Falbaire (1768), pour Les Druides de Leblanc de Guillet (1772) ou son Manco-Capac (1782). Dans Les Druides les prêtres sont de « farouches imposteurs, des ministres sanglants, des artisans éternels de désordre et de haine » ; la religion stupide et féroce est celle de Hésus. Il va sans dire que la représentation fit scandale ; mais l’autorité n’intervint qu’à la treizième représentation (et interdit l’impression). La Destruction de la Ligue de L.-S. Mercier est beaucoup moins insolente ; elle se contente de nous proposer un bon roi et une religion « épu-
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rée ». La satire politique, avant Le Mariage de Figaro, s’en tient au contraire à des éloges anodins de l’égalité sociale, à de vagues déclamations contre la tyrannie, à des portraits de despotes cruels qui traînaient d’ailleurs, sans intentions politiques, dans cent tragédies depuis plus d’un siècle. Parfois les allusions se précisent et les pièces prennent l’allure d’une leçon faite aux rois ; mais c’est une leçon où l’on s’en remet en somme à la bonne volonté du roi. Telles la comédie d’Albert Ier de Leblanc de Guillet (1772), satire des traitants, qui fut interdite, ou le drame de Jean Hennuyer de L.-S. Mercier (au moins trois éditions de 1772 à 1775) qui comprend « quelques dissertations vives sur la résistance qu’on doit opposer aux ordres du souverain quand ils répugnent au bon sens, à l’humanité, à la nature, à la religion ; pour faire sentir l’absurdité d’une obéissance aveugle et passive comme les despotes l’exigent » ; en 1772, l’ouvrage est « rare et proscrit » ; mais il suffisait au roi de France de ne pas se conduire en despote aveugle pour n’avoir rien à craindre de pareilles dissertations.
Le Mariage de Figaro avait une autre portée 1. On l’a dit cent fois et avec juste raison ; et l’on a fait avec précision son histoire. Ce n’est pas que la politique y tienne, matériellement, une grande place : quelques boutades et un monologue dont la plus grande partie p.294 s’en tient à réclamer la liberté de la presse, c’est-à-dire, à cette date, une banalité. Le sujet n’est qu’un « imbroglio » qui ne met en cause que la vertu des femmes et non pas le destin des États ; Jean Hennuyer ou même Les Druides avaient bien d’autres prétentions. Mais la
1 Ouvrage de référence générale : F. Gaiffe, Le Mariage de Figaro (1527).
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force de Beaumarchais était justement de ne pas disserter ; il se contentait de faire vivre ses personnages et c’était leur vie même qui était la plus audacieuse critique de l’ancien régime. Déjà dans Le Barbier de Séville, c’est Figaro qui avait pour lui l’intelligence, l’esprit, l’adresse et qui faisait sentir aux spectateurs qu’en bonne justice il aurait dû être le maître et non le valet. Pourtant, le comte Almaviva y avait pour lui la jeunesse, de l’allant, et quelque souplesse d’esprit. Dans Le Mariage, il n’est plus que le grand seigneur qui s’est donné la peine de naître et qui ne veut pas se donner celle d’être honnête et reconnaissant. Le « génie » de Figaro s’est élevé tandis que celui de son maître s’effaçait. Et c’est ainsi l’homme de rien, l’aventurier qui mène les événements et qui mérite de les mener. Il le dit, avec un mépris éclatant pour ceux que l’état social le condamne à servir. Et c’est beaucoup qu’il le dise. Mais ce qui importait plus encore c’est qu’on était forcé de le croire parce qu’on était forcé ou tenté de l’aimer.
On sait que malgré tout l’autorité regimba et que la représentation fut d’abord interdite. On sait aussi que c’est justement par l’appui de ces privilégiés dont il faisait le procès que Beaumarchais triompha. Lectures de sa pièce chez la princesse de Lamballe, chez le grand duc et la grande duchesse de Russie, chez la maréchale de Richelieu, la duchesse de Villeroy, etc. La représentation est autorisée, puis brusquement interdite le soir de la première. La Comédie joue pourtant la pièce à Gennevilliers chez le comte de Vaudreuil. L’autorisation définitive est enfin donnée et le rideau se lève le 27 avril 1784. Les journaux, les chroniqueurs, les mémoires, les cor-
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respondances nous ont gardé le souvenir du vertige de curiosité qui précipita la cour et la ville à la représentation ; les plus grands seigneurs, les plus grandes dames imploraient des billets et consentaient à toutes les bassesses pour obtenir un coin, même au parterre. Les portes sont enfoncées ; on raconte que des femmes ont été étouffées. Bref la recette est de 5 698 livres 19 sols, chiffre énorme p.295 pour le temps. De semaine en semaine le succès s’accroît. Les maladresses de l’autorité le servent. Par ordre du roi et pour une insolence, Beaumarchais est arrêté. Il faut le relâcher cinq jours après. C’était Figaro qui triomphait, c’est-à-dire la roture ; elle triomphait par la complicité même de ceux qu’il bafouait, des gentilshommes qui l’applaudissaient. Les contemporains mêmes en sont demeurés stupéfaits : « Il faut, écrit La Harpe, que le gouvernement n’ait plus d’autre principe que celui de Mazarin : "Laissons-les dire pourvu qu’ils nous laissent faire". »
Il ne faudrait pas d’ailleurs exagérer la portée ni du Mariage, ni des romans ou contes de toutes sortes. Ils confirment ce que nous a appris l’étude des traités et dissertations en forme. Contre le « fanatisme » et même contre le dogme religieux, à peu près toute licence. La victoire est gagnée avant même 1770 et par là même la bataille tend plutôt à se ralentir. On n’ajoute rien à ce qu’avaient dit Voltaire, d’Holbach et les autres, sinon, parfois, plus d’insolence et de brutalité. Par contre, c’est bien vers 1770 qu’en politique, la victoire penche décidément vers les « philosophes », vers ceux qui demandent des réformes, et, en premier lieu, le droit de les demander. Le nombre des contes, romans, pièces de théâtre assaisonnés ou farcis d’allusions ou de
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discussions politiques augmente jusqu’au moment où ils foisonnent. Les réclamations se font plus nombreuses, plus directes, parfois plus impératives. Mais le plus souvent on n’y sent aucun désir de révolution ; on espère dans la raison, la sagesse du roi ; tout au plus le prie-t-on avec une certaine fermeté de consentir, pour l’avenir où un roi sage ne serait plus là, à certaines garanties. On a la haine du despotisme ; mais peu de gens croient qu’un bouleversement soit nécessaire pour l’éviter à la France. Les appels à la force, à la volonté du peuple ne sont encore que l’exception ; encore les devine-t-on dans le ton et les allusions plutôt qu’on ne les lit dans les mots. La Révolution couve ; les faits le prouveront ; mais avant l’échec de l’Assemblée des notables (mai 1787) et même jusqu’en 1788, personne ou à peu près ne pouvait s’en douter.
Les « philosophes » qui ont été les témoins de cette révolution ont presque tous refusé de s’y reconnaître. Quelques-uns, comme p.296 Sylvain Maréchal, furent certainement d’accord avec eux-mêmes. Dulaure, Deleyre votent pour la mort de Louis XVI, sans sursis ; mais il n’est pas sûr que ce ne fut pas pour hurler avec les loups ; Dusaulx ne vote que la détention et le sursis. Et Marmontel, Morellet, Chénier, Raynal, Roucher, L.-S. Mercier, Beaumarchais vont très vite, nous l’avons dit, de l’enthousiasme ou de l’acceptation au dégoût. Beaumarchais est exilé, Brissot, Chénier, Roucher sont guillotinés. Tous auraient ou à peu près souscrit à la condamnation de Marmontel : « Complot barbare, impie et sacrilège. »
V. — La morale sociale et patriotique
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Il faut tenir compte enfin d’un courant d’opinion très puissant et que la littérature a sans doute presque entièrement créé. En apparence il n’a rien à voir avec l’esprit révolutionnaire. Nous avons dit que les philosophes en essayant de ruiner l’esprit religieux avaient en même temps essayé d’organiser une morale laïque, indépendante de tous les dogmes et fondée sur la conscience universelle. Ils en avaient très clairement développé les principes : droit au bonheur, mais nécessité de rechercher le plus grand bonheur du plus grand nombre et, par conséquent, nécessité d’une entente, d’une morale sociale ; en même temps pour beaucoup, et bientôt, après 1760, pour presque tous, bonté naturelle de l’homme, instincts généreux du coeur qui nous font mettre une partie de notre bonheur dans la tendresse, le dévouement, l’« humanité », dans le bonheur des autres. Pendant un certain temps la philosophie s’en tint à raisonner sur les principes généraux. Mais, vers 1770, ces principes sont pour ainsi dire acquis ; et l’on va travailler à en dégager les consé-quences, à organiser l’enseignement de cette morale humanitaire. Assurément, on pouvait raisonner minutieusement sur la bienfaisance ou le patriotisme sans avoir le moindre désir de prêcher la révolte ou même le mécontentement. Mais il se trouve que la Révolution, au moins à ses débuts, a été une révolution profondément optimiste. En bouleversant l’ordre établi, elle a cru qu’il serait extrêmement facile d’établir un ordre nouveau. Et elle l’a cru parce qu’elle était convaincue que, délivrée des abus et des misères d’un régime p.297 politique tyrannique et corrupteur, l’humanité entendrait clairement en
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elle les voix qui lui prêcheraient la « fraternité », qu’il serait très facile de lui faire pratiquer les vertus sociales et même de faire avec ces vertus des joies. En enseignant la morale sociale et patriotique, les philosophes ont donc développé une des forces dont la poussée a fait éclater la Révolution.
Ce serait une très longue étude que d’étudier le détail de ce mouvement. Nous ne pouvons qu’en indiquer les caractères généraux. Croyance à la bonté naturelle de l’homme, tant qu’il n’est pas corrompu par les vices nés de sociétés mal organisées, tableaux attendris de la vie des « bons sauvages », de leurs vertus malgré quelques barbaries ou quelques grossièretés, de leur bonheur malgré quelques turbulences et quelques préjugés ; le plus souvent comparaison entre leur simplicité, leur franchise, leur santé, leur gaîté et les corruptions, les hypocrisies, les inquiétudes des civilisés. Chez les missionnaires ou les conteurs de l’école de Rousseau, éloge de leur candeur, de tout ce qui les rapproche des « premiers chrétiens » ou des âges « pastoraux » ; chez les encyclopédistes ou leurs disciples, éloge de la « bonne nature » qu’ils suivent et qui les rend heu-reux parce qu’ils ignorent les fausses vertus de contrainte et d’ascétisme inventées par le fanatisme religieux. Quelles que soient d’ailleurs les conclusions et les polémiques, l’illusion est presque universelle. Elle ne repose pas sur des rêveries de philosophes ou des utopies de romanciers ; elle s’appuie sur les récits des voyageurs et notamment les récits des missionnaires. Parfois, on rencontre quelques doutes, quelques scepticismes, quelques négations ; on insinue ou on affirme que les sauvages sont féroces et misérables. Mais ces objections se perdent dans
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la masse des récits, romans, contes où le sauvage est bon et heureux, meilleur du moins et plus heureux que le civilisé. L’excellent ouvrage de M. Chinard 1 cite une centaine d’ouvrages parus de 1715 à 1789 où se peint ce « rêve exotique ». On pourrait allonger la liste. On pourrait la doubler si l’on y joint les exposés, les traités, les romans, contes, poèmes où le sauvage heureux et bon apparaît en passant.
p.298 Pourtant personne ne croit que l’on puisse revenir au bonheur des Taïtiens ou des Hurons, ni même qu’il suffise de supprimer les vices pour que les vertus refleurissent d’elles-mêmes. Il faut adapter la morale naturelle à notre état de civilisation, il faut organiser une morale sociale et l’enseigner.
On la met donc en traités méthodiques. Il y en a une douzaine sans compter les ouvrages qui en dissertent plus ou moins longuement. La plupart sont d’ailleurs fort respectueux de la religion, prétendent la servir ou même y conduire pour couronner leur oeuvre. Mais tous, tous ceux qui nous intéressent (et leur titre même l’indique) croient qu’ils pourraient se passer d’elle. L’Éducation civile de Garnier (1765), Les Devoirs du marquis de Mirabeau (1769), le Code de l’humanité de Barbeu-Dubourg (1768), le Dictionnaire social et patriotique de Lefèvre de Beauvray (1769), le Dictionnaire de morale philosophique du P. Romain Joly (1771) sont pieux et monarchistes. Mais ils font une large place à une éducation, à une morale puisées non dans le dogme mais dans la conscience naturelle et dans les néces-sités de la vie sociale. C’est ainsi que le marquis de Mirabeau étudie successivement cinq classes de devoirs, ceux de l’homme,
1 1517.
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du citoyen, du propriétaire, d’un notable dans la société, d’un prince, pour ne traiter que dans une sixième partie des devoirs de l’homme envers son auteur. Le ton est plus clairement laïque et social dans La Morale du citoyen du monde ou la morale de la raison de l’abbé Sauri (1776), qui commence, pieusement, par une démonstration sincère du christianisme, mais pour ne plus raisonner ensuite qu’en philosophe social et en citoyen, avec des articles sur l’agriculture, la population, les manufactures, le commerce, la marine ; ou dans l’Esprit du citoyen de J.-F. Dumas (1783). D’autres abbés ont les mêmes desseins et le même esprit, l’abbé Duval Pirrau dans son Catéchisme de l’homme social ; l’abbé de Ponçol dans son Code de la raison ou principes de la morale pour servir à l’instruction publique. Le P. Corbin dont le Traité d’éducation civile, morale et religieuse (1787) ne donne que trente-cinq pages à la religion, mais étudie les « droits réciproques du gouvernement et du peuple », com-bat le despotisme et l’aristocratie, loue la monarchie modérée et la république, s’élève contre les abus de justice, etc. Le dessein est p.299 tout à fait laïque dans un Catéchisme de morale, spécialement à l’usage de la jeunesse, contenant les devoirs de l’homme et du citoyen, de quelque religion et de quelque nation qu’il soit (1783) ; dans les Entretiens de Phocion et les Principes de morale de Mably et dans la Morale naturelle de Necker (ou Meister). Il faudrait joindre à ces traités, tout ce qu’il y a de morale laïque et d’enseignement social dans les oeuvres de la plupart des pédagogues après 1770, Comparet, Formey, de Bury, etc. L’Académie française décide de donner à cette morale sociale une sanction académique, en proposant comme sujet de
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concours en 1781 un « Traité élémentaire de morale sur les devoirs de l’homme et du citoyen ».
Des problèmes particuliers ne sont pas étudiés avec moins de zèle. La mendicité, nous le verrons, est un des plus graves fléaux de la société. On écrit par centaines les traités et dissertations sur les moyens de guérir le mal. La question est mise au concours par l’académie de Châlons, en 1777 ; il y a plus de cent concurrents. D’honnêtes et prolixes citoyens vouent leur vie à prêcher aux hommes les moyens d’être heureux en pratiquant les vertus de bienfaisance et de bonté. « Tant de gens, dit le marquis de Chastellux, ont écrit l’histoire des hommes ; ne lira-t-on pas avec quelque plaisir celle de l’humanité ? » Il en traitera donc dans son livre De la félicité publique (1772). Mêmes desseins généreux dans les oeuvres de Faiguet de Villeneuve, de Goyon de la Plombanie, Montyon, etc. On ne peut leur reprocher que d’être fort graves et sans doute d’ennuyer. Mais il y a pour enseigner les vertus sociales des moyens plus agréables, ce sont les oeuvres d’imagination, les poèmes, contes, romans, comédies, drames, opéras-comiques, etc. Sur ce point c’est la moitié de ces oeuvres d’imagination qu’il faudrait passer en revue, des centaines d’oeuvres, depuis les poèmes « descriptifs » et « sensibles » de Saint-Lambert, Roucher, Chénier, en passant par les « Contes moraux » (dont il y a une douzaine de recueils si l’on s’en tient à ceux qui se disent « moraux » dans leurs titres, une cinquantaine si l’on y joint ceux qui le sont sans l’annoncer ainsi) ; en ajoutant une bonne moitié des opéras-comiques et des drames, un bon nom-bre des comédies. Parmi tous ces écrivains humanitaires
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émergent les noms de Marmontel avec ses Contes moraux, de Baculard p.300 d’Arnaud avec ses Délassements de l’homme sensible et ses Épreuves du sentiment, de L.-S. Mercier avec ses drames, de Sedaine avec ses opéras-comiques et son Philosophe sans le savoir. Mais beaucoup d’autres ont connu de brillants succès et conquis à la morale humanitaire des disciples frémissants. On joue à Lyon, par exemple, en 1761, L’Humanité ou le tableau de l’indigence de Randon de Boisset : « Quelle tendre émotion cette pièce répand dans l’âme, dit le Journal de Lyon ! Quelles douces larmes elle arrache... Quel tissu, quel vaste champ de réflexions neuves et sublimes... C’est une troupe de suppôts de justice pour la première fois rendus sensibles jusqu’aux larmes, etc., etc. »
De très nombreux témoignages attestent la large diffusion de cette morale dans les consciences. « La bienfaisance a caractérisé notre siècle », dit l’Encyclopédie méthodique à l’article Bienfaisance. « La bienfaisance est devenue une douce habitude » remarque des Essarts dans son Dictionnaire de la police. « La bienfaisante philosophie, conclut de Boismont, ironiquement d’ailleurs, a mis en action une grande vérité. Et quelle est-elle ? La voici : c’est que le bonheur public est la véritable, la seule religion d’un État ! » C’est mieux encore qu’une religion, c’est une mode. Les discours royaux, sur la fin du règne de Louis XV et sous Louis XVI, allèguent non plus l’autorité et la piété mais la sensibilité et la bienfaisance. C’est même une mode dont se moquent ceux qui n’aiment pas la philosophie ou dont le métier est de railler. « La bienfaisance, écrit l’Avis sincère, est devenue un mot à la mode. Il n’y a pas
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longtemps que dans Chlub, lieu d’assemblée à Paris destinée à soulager l’humanité, quelqu’un qui proposait une bonne oeuvre à établir laissa, par une vieille habitude, échapper le mot de charité. Un clubiste s’éleva contre ce terme et, sous prétexte qu’il humiliait ceux à qui l’on faisait du bien, soutint que, désormais, il ne fallait nommer que la bienfaisance. » « L’honnêteté, la droiture, l’intégrité, écrit de Boismont, tous ces mots si vieux qui inquiètent et désolent la nature, sont heureusement remplacés par ceux de bienfaisance et d’huma-nité. » Ils sont même, si l’on en croit Métra, remplacés par des coiffures et des almanachs : « Nous sommes si universellement (nos p.301 roués disent si indécrottablement) moraux, grâce aux leçons de philosophie, que tout est plein d’essais moraux, sans compter les contes moraux ; que les grands danseurs du roi, qui ne dansent guère pour lui, vont donner des pantomimes morales, que le sieur Léonard, perruquier, annonce que ses profondes méditations sur son art lui ont fait découvrir une manière d’arranger les racines des cheveux des dames qui donne l’effet le plus moral à la physionomie, que le sieur Monger vient de dédier à leurs altesses sérénissimes Mlle d’Orléans et Mlle de Chartres ses hochets moraux, imprimés chez Lambert, et que l’intarissable Desnos vend l’Almanach moral... »
Nous serions un peu tentés aujourd’hui de penser qu’il y a des manifestations morales aussi ridicules que les coiffures et les almanachs et dont Métra n’a rien dit. Raynal, Bernardin de Saint-Pierre et d’autres ont expliqué qu’on pouvait donner aux hommes le goût de la vertu en la célébrant dans des fêtes, jardins, promenades tout remplis de ses exemples et
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monuments. Seuls quelques particuliers ont ébauché dans leurs parcs l’« Elysée » de Bernardin orné des « monuments de la reconnaissance humaine », d’inscriptions « à l’amour du genre humain » ou décidant que « le plus petit acte de vertu vaut mieux que l’exercice des plus grands talents ». Mais il y eut bien une centaine de grands seigneurs, magistrats, écrivains, journalistes pour fonder, célébrer, remettre en honneur des fêtes de rosières, fêtes de la vertu, prix de vertu. Depuis la découverte de la rosière de Salency, en 1766, on crée bien deux douzaines de rosières et tout autant de « fêtes céréales » et fêtes de la vertu. A Canon, par exemple, on couronne « la bonne fille, la bonne mère, le bon vieillard, le bon chef de famille ». Et les journaux, les poètes n’ont pas assez de larmes pour pleurer de joie et d’attendrissement :
Qu’on ne me parle plus de ces fameux Romains
Qui, parés d’une pompe, et cruelle et frivole,
Triomphateurs sanglants montaient au Capitole :
La triste Humanité se voilait devant eux,
Et fuyait, en pleurant, des crimes trop heureux.
Ici de la vertu c’est la pompe paisible.
Cette vertu n’était d’ailleurs pas seulement celle du « citoyen du monde » ; elle devient très vite, après 1770, celle du « citoyen » tout p.302 court, c’est-à-dire du citoyen français. Il serait nécessaire également d’étudier dans le détail la naissance du sentiment patriotique. Au XVIIe siècle, nous l’avons dit, il y avait, avec la religion, la religion du roi. Vers 1760, on commence à perdre la religion de la royauté et il ne reste à peu près plus rien à la place. On s’amuse presque des défaites des
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généraux du roi. « Il faudrait, écrit Mopinot, en 1758, imposer silence aux « Prussiens », c’est-à-dire aux admirateurs de Frédéric II. Duclos se propose d’expliquer la disparition du patriotisme. Puis, on commence à comprendre que le roi n’est pas la France et qu’on peut mépriser l’un en aimant l’autre et en se dévouant pour elle. Dès 1763, un mémoire des facultés de droit de Rennes déclarait que « l’esprit de patriotisme doit présider à l’instruction de la jeunesse ». On trouverait des scrupules analogues dans la plupart des théoriciens de la pédagogie dont nous avons parlé. Puis les témoignages de ce sentiment patriotique se multiplient. Dans sa Dissertation sur le vieux mot de patrie, Coyer reconnaissait encore (en 1755) qu’on disait le royaume, l’État, la France et jamais la patrie ; et il plaidait, en style sensible, pour le vieux mot. M. Vallier publie dans le Mercure, en 1759, un poème, Le Citoyen. Colardeau écrit un poème sur Le Patriotisme. Entre 1760 et 1780 la cause est gagnée. L’Académie met au concours et l’on écrit, en dehors d’elle, l’éloge des grands hommes citoyens et patriotes, Michel de L’Hospital, Bayard, Colbert. Le prodigieux succès du Siège de Calais de du Belloy met à la mode les tragédies et drames patriotiques. Il y a au moins, après 1770, six pièces sur Bayard et une trentaine de pièces qui se proposent avant tout de célébrer des vertus patriotiques. On baptise un navire Le Citoyen. On projette de faire offrir par des citoyennes françaises une « escadre des citoyennes ». A Lyon, on lit à l’académie, de 1750 à 1770, des discours sur l’esprit social, l’esprit de sociabilité, le patriotisme. Des discours officiels prennent pour thème l’amour du bien public, la patrie, le véritable citoyen.
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Enfin, M. Metal imagine, fait dessiner par Cochin et dédie « aux vrais patriotes » « la Philopatrie, personnage iconologique représentant l’amour de la patrie ».
Pour se convaincre de l’extraordinaire diffusion de cette morale sociale et patriotique, il suffit de feuilleter les journaux, tous les journaux, p.303 ceux de province et ceux de Paris. Tous recueillent les « traits d’humanité » ou de « bienfaisance », annoncent et décrivent avec complaisance les projets, les sociétés, les fondations. Presque tous leur font même une large place. Il y en a pour s’en plaindre : « Maintenant, dit un Bordelais, en 1788, on parle morale et charité sans même en pratiquer les devoirs. L’esprit philanthropique a produit de si heureuses révolutions, qu’on annonce dans les papiers publics ses moindres actes de bienfaisance et d’équité. » Mais ce scepticisme est exceptionnel. Les papiers publics, le Mercure de France, les Affiches de province, le Journal de Paris, etc., ouvrent toutes grandes leurs colonnes. Les journaux provinciaux, Affiches, ou Journaux de Bourges, Reims, Lyon, Normandie, Dauphiné, etc., les imitent. Les sceptiques, Bachaumont et Métra eux-mêmes, recueillent des exemples de générosité et de sacrifice. On ne se contente pas de les raconter : on les chante, transporté d’enthousiasme ou même d’un saint délire. « A mesure que l’esprit philosophique se répand dans les sociétés, disent les Affiches du Dauphiné, il semble échauffer les âmes en faveur de l’humanité... Bienfaisance est le mot de ralliement de tous les bons citoyens ; tous les coeurs sont échauffés pour le patriotisme, et l’on sent plus que jamais ce que l’on doit à la mère commune. » « O bienfaisante sensibilité, pleure le Journal
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de Paris, c’est bien à ta délicieuse impression qu’on reconnaît que l’homme est l’image d’un Dieu ! et malheur au coeur qui ne sait pas te chérir comme le plus pur rayon de la divinité. »
Si le style est devenu ridicule, les intentions étaient d’ailleurs sincères. On ne s’est pas contenté d’écrire, on a agi. Il serait long d’énumérer toutes les tentatives de bienfaisance dans les vingt dernières années de l’ancien régime. Il suffit de parcourir les journaux pour en rencontrer un bon nombre. Par exemple, le Journal de Paris nous apprend en 1783 que la société La Candeur cherche et récompense les actes de patriotisme et de bienfaisance. Elle a donné une fête superbe en l’honneur de la femme Menthe, qui, ayant dix-huit enfants, en a adopté un, et est grosse d’un dix-neuvième. Il y eut cent quarante assistants, un discours, une couronne, une bourse, une layette pour la mère et les larmes de tous les assistants. En 1784, Valentin Haüy entretient les lecteurs de son éducation des p.304 jeunes aveugles, Beaumarchais de ses secours aux mères nourrices. En 1786 on nous apprend que la Société philanthropique a assisté plus de huit cent quatorze vieillards, aveugles-nés, femmes en couches, etc. ; en 1787 qu’elle destine des secours à douze familles d’ouvriers ayant au moins dix enfants, etc. Le Journal de Lyon, en 1785, fait connaître les projets de l’Institut de bienfaisance de Lyon qui veut fonder vingt-huit bureaux dans les vingt-huit quar-tiers et avait déjà réuni, en quelques semaines, 12 242 livres. Il faudrait de très longues recherches pour connaître exactement les réalisations effectives et non pas seulement les manifestations oratoires et lyriques de cet esprit de bienfaisance et de solidarité. M.C. Bloch a fort bien étudié certains de ses
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aspects dans son ouvrage sur L’Assistance et l’État en France à la veille de la Révolution 1. Il y aurait d’autres enquêtes à faire qui débordent le cadre de notre ouvrage. Rappelons qu’on peut trouver de copieuses énumérations, dès 1778, dans deux gros volumes de plus de six cents pages sur La Bienfaisance française. A Paris, on fonde, en 1776, une société libre d’émulation qui a pour but surtout les encouragements aux arts et métiers. Elle entre en relations avec des intendants de province. Elle végète et est remplacée par la Maison puis Société philanthropique dont font partie des gens fort riches et qui a plus de six cents membres en 1787. La même année, Boucher d’Argis fonde une société pour assister les accusés pauvres et indemniser ceux qu’on acquitte. De grands efforts sont faits pour les hôpitaux. « La fureur, dit Bachaumont, en 1783, est aujourd’hui de mettre tout en hôpital. » En 1787, une souscription à Paris donne deux millions deux cent mille livres, quelque trente millions de notre monnaie. En province, il y a des sociétés d’émulation, sociétés philanthropiques, sociétés de bienfaisance à Strasbourg, Versailles, Orléans, Reims, Aigueperse, Saint-Quentin, Senlis, Bourg et sans doute ailleurs. Un peu partout on fonde des cours professionnels, meunerie, dessin industriel, accouchements, etc. Un peu partout des intendants, des grands seigneurs, les Brienne, les La Rochefou-cauld, les Montmorency, les La Tour du Pin, le prince de Croy, le p.305 marquis d’Hervilly, la duchesse de Choiseul-Gouffier, le comte de Pontgibaud, etc., font preuve d’une générosité attentive et intelligente. Parfois même c’est une sorte
1 740.
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d’ascétisme et de vertu. Pour la naissance du dauphin, des municipalités décident de remplacer des « fêtes frivoles et dispendieuses » par de « bonnes actions », par des secours aux pauvres. Vingt-cinq ans plus tôt, l’abbé Coyer avait justement peint les Français sous le symbole des Frivolites. Ces Frivolites se sont épris des vertus les plus graves. Ce n’est pas pour cela sans doute qu’ils ont fait une révolution ; mais des Frivolites ne sont jamais des révolutionnaires.
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CHAPITRE III
LA DIFFUSION GÉNÉRALE. 1. PARIS
I. — La bataille des écrivains contre l’autorité 1
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p.307 En apparence elle reste aussi difficile. L’autorité semble aussi tyrannique et aussi attentive. Elle dresse même des barrières nouvelles devant les chemins détournés que les livres défendus empruntent. Aucun des anciens édits, même les plus féroces, n’a été abrogé ni atténué. Et l’on en prend de nouveaux. En 1774, arrêt qui oblige les imprimeurs à obtenir une approbation avant l’impression et une autre après l’impression. En 1781, défense de vendre sans autorisation les livres des personnes décédées. En 1783, arrêt pour que les ballots de livres soient visités non par les polices de province, mais à Paris. En 1785, arrêt pour prévenir l’annonce par les papiers publics des ouvrages prohibés et non permis. En 1787, arrêt pour permettre la surveillance de la vente des livres dans les lieux privilégiés, maisons royales, princières, etc., où jusque-là la police n’avait pas le droit de pénétrer. Les corps d’État, Parlement, Sorbonne, clergé ne mettent pas moins d’ardeur à dénoncer les attaques contre le trône et l’autel. Par exemple, l’édition de Kehl des oeuvres de Voltaire est âprement combattue. Avant qu’un arrêt du Conseil ne la supprime, l’archevêque de Vienne, l’évêque de Strasbourg, p.308 l’évêque
1 Ouvrage de référence générale : J.-P. Belin, op. cit., (1504, 1505).
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d’Amiens lancent leurs foudres : c’est un péché que de souscrire. La liste des livres condamnés par la Sorbonne ou le Parlement serait fort longue, cinq à six douzaines au moins de 1775 à 1789 ; et l’on y trouve avec les ouvrages les plus violents, comme ceux d’Holbach ou les pamphlets contre Louis XV, des livres modérés ou discrets comme le Voyage de Figaro en Espagne du marquis de Langle ou Le Monarque accompli de Lanjuinais. Les mesures contre les personnes beaucoup plus efficaces que le brûlement de quelques volumes sur les marches d’un escalier, ne semblent pas se ralentir. Nous avons vu qu’on poursuit Delisle de Sales, Raynal, L.-S. Mercier. Brissot, emprisonné, n’est libéré que par la protection du duc de Chartres. Vitel, libraire suisse, qui avait imprimé et mis en vente le Tableau de Paris de Mercier, passe six semaines à la Bastille. Sylvain Maréchal, soupçonné d’être l’auteur de livres impies, est destitué de sa place de sous-bibliothécaire au collège Mazarin, etc. L’activité de la police reste énergique et avisée. Elle intervient ou essaie d’intervenir à l’étranger par les ambassadeurs. Elle obtient la permission de fouiller jusque dans les appartements de la famille royale.
Tout cela gêne sans aucun doute la diffusion des livres prohibés. Bachaumont, Métra avouent qu’on a souvent du mal à se les procurer et qu’ils coûtent cher. La Vie privée de Louis XV se vend quatre louis. Mais Métra reconnaît aussi que « pas un amateur ne s’en passera pour cela ». Et bien souvent aussi l’offre est abondante et les prix baissent. L’Alambic des lois ne coûte, par exemple, que trente-six livres. C’est que la police, l’autorité ont contre elles, de plus en plus, toutes sortes de
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complaisances et complicités, soutenues par l’opinion tout entière. Des plus grands aux plus petits, on donne d’une main ce qu’on retire de l’autre. Ce sont Vergennes et Maurepas qui promettent à Panckoucke de fermer les yeux sur l’introduction de la troisième édition de l’Histoire des Indes de Raynal. Ce sont les censeurs eux-mêmes de Chécieux, Saineville qui prodiguent les éloges aux oeuvres de Duclos, de Condillac, de Mably, à l’Encyclopédie méthodique qu’ils s’affligent de ne pouvoir approuver. « Tout le monde se moque des censures des Sorbonnistes et des parlementaires. » Le nom de censeur est « devenu une injure », p.309 bien que, presque toujours, il ne s’agisse, comme le disaient Vergennes et Maurepas à Panckoucke, que d’« une petite comédie à jouer ». La censure de Bélisaire, l’arrestation de Delisle de Sales, la condamnation de Raynal, tournent tout de suite, comme nous l’avons vu, à la comédie. A Versailles même, dans le « lieu privilégié » qu’est le château, cette comédie devient une farce. Malgré les saisies, les perquisitions de la Prévôté, même chez Blaizot, libraire de la Cour, on vend les livres prohibés sous les galeries du château, à l’entrée du Grand Commun, aux Écuries, dans les maisons occupées par les serviteurs de la reine. On les vend « sous les yeux de leurs Majestés » ; avec la complicité même des grands, du prince de Lambesc, par exemple, qui s’oppose bruyamment aux recherches de la police. Les saisies, de brefs emprisonnements parfois ne sont que des alertes et le commerce, qui est à peine clandestin, reprend de plus belle. La police, sans cesse tiraillée entre des ordres sévères et des prières de fermer les yeux, n’agit plus qu’avec incohérence, se
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discrédite et se démoralise. Brissot nous a laissé le récit détaillé de l’une de ces facéties policières. Il a écrit Le Pot pourri où il malmène d’ailleurs non le roi ou Dieu ou « les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc », mais, ce qui était bien plus grave, divers auteurs et une dame qui faisait profession de bel esprit et régalait des écrivains influents. On obtient donc contre l’insolent une lettre de cachet. L’exempt de police, chargé de l’exécuter, se présente chez Brissot, accompagné de son libraire. « Je viendrai, lui dit-il, vous arrêter demain. Partez donc aujourd’hui, mais laissez chez vous une ou deux feuilles du manuscrit de votre brochure. Je les saisirai pour faire la preuve de mon zèle. » La femme de cet exempt, inspecteur de la librairie, vendait d’une part les livres que son mari saisissait d’autre part. De même, nous dit Brissot, c’est avec la complicité du gouvernement qu’on introduit en France les livres imprimés à Neuchâtel.
Il y a donc, à travers la France, une circulation de plus en plus active de ces livres que l’autorité condamne, que la police pourchasse, mais que ni l’autorité, ni la police ne tiennent le plus souvent à faire disparaître. Les ballots, les paquets continuent à pénétrer dans la capitale par mille moyens. Il en arrive dans les carrosses du contrôleur p.310 général ou du comte d’Artois (d’ailleurs à leur insu). Le libraire suisse Fauche-Borel fait tranquillement à Paris, en 1780, un voyage d’affaires et place un nombre assez considérable des oeuvres imprimées chez son père, dont les oeuvres de Raynal. Maints témoignages s’accordent à constater cette diffusion des oeuvres les plus audacieuses. « Voyez Le Système de la nature, de Delisle de
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Sales... Les arrêts, les mandements, le feu des bûchers n’ont pu en arrêter les coupables éditions ; il s’est multiplié comme le polype sous le couteau qui le mutile. » Rutlidge ou des étrangers tels qu’Andrews en sont les témoins : « The curiosity of the French is such that notwithstanding the severity with which the press is controlled, lucubrations on all kinds of subjects are secretely printed and vended, in spite of the vigilance with which they are watched. » Le nombre des éditions est là, d’ailleurs, pour témoigner de la vente. Quarante éditions ou contrefaçons, avons-nous dit, de l’Histoire des Indes de Raynal, cinq de la Philosophie de la nature de Delisle de Sales ; les autres oeuvres audacieuses ont moins de retentissement ; mais, malgré les difficultés de la vente, il y en a beaucoup qu’on réédite. Il y a au moins trois éditions des Entretiens de Phocion de Mably, autant de ses Observations sur l’histoire de France, quatre de celles Sur les États-Unis, etc. Six éditions au moins du Procès des trois rois ; trois des Fastes de Louis XV (par Bouffonidor), de l’Essai de tactique (Guibert), des Vrais Principes du gouvernement français (Gin), du Réformateur (de Clicquot de Bervache) ; deux de l’Éloge de l’Hospital (Guibert), de l’Extrait du droit public (de Brancas), des Considérations (J.-L. Castilhon), de l’Essai analytique (Graslin), de la Certitude des preuves du Mahométisme (Cloots), des Lettres sur la liberté et de l’Essai sur les erreurs (Brissot), etc.
II. — Diffusion de l’irréligion dans la noblesse et le clergé
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Cette diffusion est considérable dans la haute noblesse. Les témoignages généraux abondent. « L’athéisme, dit Lamothe-Langon, était universellement répandu dans ce que l’on appelait la haute société ; p.311 croire en Dieu devenait un ridicule dont on avait soin de se garder. » Les mémoires de Ségur, ceux de Vaubanc, ceux de la marquise de la Tour du Pin, confirment Lamothe-Langon. Chez Mme d’Hénin, la princesse de Poix, la duchesse de Biron, la princesse de Bouillon, dans les milieux d’officiers, on est, sinon athée, du moins déiste. La plupart des salons sont « philosophes » et des philosophes en sont le plus bel ornement. Non seulement chez ceux ou celles qui font profession de philosophie, chez d’Holbach, Mme Helvétius, Mme Necker, Fanny de Beauharnais (où l’on voit Mably, Mercier, Cloots, Boissy d’Anglas), mais chez les grands seigneurs. Chez la duchesse d’Enville, on rencontre Turgot, Adam Smith, Arthur Young, Diderot, Condorcet ; chez le comte de Castellane, d’Alembert, Condorcet, Raynal. Dans les salons de la duchesse de Choiseul, de la maréchale de Luxembourg, de la duchesse de Grammont, de Mme de Montesson, de la comtesse de Tessé, de la comtesse de Ségur (sa mère), Ségur rencontre ou entend discuter Rousseau, Helvétius, Duclos, Voltaire, Diderot, Marmon-tel, Raynal, Mably. L’hôtel de La Rochefoucauld est le rendez-vous des grands seigneurs plus ou moins sceptiques et libéraux, Choiseul, Rohan, Maurepas, Beauvau, Castries, Chauvelin, Chabot qui s’y mêlent aux Turgot, d’Alembert, Barthélemy, Condorcet, Caraccioli, Guibert. Il faudrait en énumérer bien d’autres : salons de la duchesse d’Aiguillon « très entichée de la philosophie moderne, c’est-à-dire de matérialisme et
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d’athéisme », de Mme de Beauvau, du duc de Lévis, de Mme de Vernage, du comte de Choiseul-Gouffier, du vicomte de Noailles, du duc de Nivernais, du prince de Conti, etc. Chez les gens de naissance moins illustre, mais qui sont riches et qui brillent, le ton n’est pas moins hardi : salons de Dufort de Cheverny, de M. de Nicolay, de Mme de Chastelain, chez qui hantent glorieusement Turgot, Gaillard, Rulhière, d’Alembert, Marmontel, Condorcet, Mably, etc. Rien d’étonnant par conséquent, à ce que les meilleurs clients des colporteurs de livres prohibés aient été très souvent la noblesse et le clergé. Ceux qui achètent l’Oracle des anciens fidèles, la Théologie portative, l’Évangile de la raison, l’Antiquité dévoilée, les Mélanges de Voltaire, ce sont le comte de Guébriant, le comte de Rozen, le maréchal de Duras, le duc d’Orléans, p.312 le marquis de Paulmy, le duc d’Aumont, le prince de Condé, le duc de Charost, le comte de La Mark, et puis des marquis, des comtes, accompagnés des gens de robe ou de finance, d’abbés, de bibliothécaires de collège ou de couvent et de docteurs en Sorbonne.
Tous ces grands seigneurs philosophes n’allaient pas jusqu’à l’athéisme et jusqu’au scandale. Beaucoup se contentaient d’un scepticisme aimable. Certains n’abandonnaient la religion de leurs pères que pour embrasser avec sincérité les devoirs de la « morale du coeur » et de la « religion naturelle » ; c’était le cas, par exemple, de la charmante comtesse d’Egmont. Il arrive pourtant que les plus hauts placés affichent leur mépris pour la « superstition ». Le pieux marquis de Saint-Chamans dîne, en 1774, chez le comte d’Artois, un jour maigre. Il n’y avait que du gras ; et il en est réduit à manger du pain et des raves. La mort
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du prince de Conti fait un bruit affreux. Il est à la mort ; l’archevêque de Paris vient le voir ; le prince lui offre des politesses, mais refuse les sacrements ; l’archevêque revient deux fois et deux fois le suisse lui refuse la porte « en présence d’un peuple immense ». « Les gens du métier, ajoutent Les Nouvelles du jour, reprochent à Mgr de Beaumont de n’avoir pas sauvé ce scandale en mettant un peu d’astuce, en entrant dans la cour et se tenant en quelque endroit, pour en imposer aux spectateurs. »
Il est vraisemblable que l’incrédulité était beaucoup moins répandue dans le haut clergé. Faut-il, comme l’abbé Sicard 1, tenter un exact dénombrement et dire que sur cent trente-cinq évêques, il n’y avait que sept impies et trois ou quatre déistes ? C’est oublier que les évêques comptés parmi les pieux ne laissaient pas nécessairement voir ce qu’ils pensaient. C’est pourtant vrai, sans doute, en gros. Mais il est vrai aussi que certains de ceux qui n’étaient ni impies, ni déistes, se croyaient pourtant obligés de se donner des airs philosophiques et de reléguer parmi les « préjugés » l’austérité et le fanatisme, voire la théologie ou même le dogme. « Les mandements, dit de Boismont, les lettres doctrinales, du moins le plus grand nombre de celles qu’on daigne lire et citer, celles qu’ont proclamées toutes les bouches de la renommée, passées à la filière p.313 de Hobbes et de Grotius, sont chargées d’une vapeur philosophique qui décèle un goût, timide encore et circonspect, mais bien décidé pour toutes les nouveautés à la mode. » Bachaumont parle comme le pamphlétaire Boismont. Certains prélats, écrit-il,
1 N° 615.
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trouvent « leur ambition mal appuyée sur un fantôme religieux qui s’éclipse de jour en jour ». Surtout, ils sont confirmés par des faits. N’est-ce pas le très pieux et très zélé cardinal de Boisgelin qui prie la comtesse de Grammont de ne lire le mandement qu’il lui envoie qu’à partir de la page 18, car « le reste est trop dévot » ? Les prédicateurs font assaut non pas de piété ou de science théologique, mais de morale naturelle, de raison et de philosophie. L’abbé Beauvais, le carme Elisée, l’abbé Torné, l’abbé Fauchet, l’abbé Boulogne, Maury sont parmi les plus réputés de ces philosophes en soutane (Beauvais, Torné, Fauchet, Maury seront d’ailleurs députés aux États, à la Législative, à la Convention). Il arrive même que leur philosophie fasse quelque scandale. L’abbé Maury emplit ses sermons, même devant le roi, de développements politiques et sociaux ; il y apporte assez de mesure pour qu’on ne s’en formalise pas trop. Mais le panégyrique de saint Louis par l’abbé d’Espagnac, en 1779, puis un autre sermon où il fait le parallèle de la royauté et du despotisme scandalisent les dévots ; on lui ôte ses lettres de grand vicaire. En 1786, l’archevêque s’oppose à l’impression du panégyrique de saint Louis par l’abbé Gros de Besplas que les âmes pieuses jugent impie. Quand on va des évêques et des prédicateurs en renom au moyen et petit clergé de Paris, il est encore plus difficile de porter un jugement général. Cochin déclare, en 1782, que la plupart des Sorbonnistes sont athées ; mais Cochin est un mécréant qui déteste la Sorbonne et les prêtres. Il y a pourtant dans son scepticisme une certaine part de vérité. A la table des officiers du duc de Penthièvre, l’aumônier, l’abbé Viet, prend sa part des conversations
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licencieuses. L’abbé Legrand fait à Mme Roland une confession « qui ne ressemble pas mal à celle du Vicaire savoyard » ; et c’est lui qui lui apporte La Nouvelle Héloïse. L’abbé Aubray, pré-cepteur de Norvins, confie à son élève qu’il ne croit plus et renonce à la prêtrise et à l’Université. Parmi les clients des colporteurs dont on connaît les noms ou la profession, il y a, nous l’avons dit, six p.314 abbés et quatre docteurs de Sorbonne. D’ailleurs, nous trouverons, à travers la province, des exemples plus nombreux de prêtres ou séminaristes incrédules ou libertins ; il est peu probable que la foi et les moeurs étaient plus solides à Paris.
Le « libéralisme » allait de pair avec l’incrédulité. On pouvait même être « philosophe » en politique sans l’être en matière de religion. Les plus grands seigneurs et même la plupart des grands seigneurs se piquaient de détester le « despotisme » comme le « fanatisme ». Les témoignages généraux abondent et les mémoires de Ségur, Moré, Bezenval, Montbarrey, Clermont-Gallerande, Bouillé, Pontécoulant, Choudieu, de Mme de Chastenay, de la vicomtesse de Noailles, etc., s’accordent : « Voltaire entraînait nos esprits ; Rousseau touchait nos coeurs ; nous sentions un secret plaisir à les voir attaquer un vieil échafaudage qui nous semblait gothique et ridicule... Nous applaudissions les scènes républicaines de nos théâtres, les discours philosophiques de nos académies, les ouvrages hardis de nos littérateurs... Nous préférions un mot d’éloge de d’Alembert, de Diderot, à la faveur la plus signalée d’un prince. » « Dans les boudoirs et jusque dans l’antichambre du roi, on tenait les propos les plus séditieux. » « Il était de bon air de
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professer les principes les plus libéraux, d’affecter de l’indépendance, de fronder les actes du gouvernement, de se montrer même disposé à leur résister, enfin de se déclarer le partisan et le protecteur du peuple dont on proclamait et provoquait l’émancipation. » « La jeune noblesse, la première envahie par la contagion de l’esprit philosophique, se montrait disposée à faire bon marché du préjugé de la naissance et de ses autres privilèges » ; d’Angleterre elle rapportait « un goût enthousiaste pour les formes du gouvernement représentatif et pour les libertés de la tribune ». « L’horreur des abus, le mépris des distinctions héréditaires, tous ces sentiments dont les classes inférieures se sont emparées dans leur intérêt, ont dû leur premier éclat à l’enthousiasme des grands, et les élèves de Rousseau et de Voltaire les plus actifs étaient plus encore les courtisans que les gens de lettres. » Si l’on en croit Mme de Chastenay, les idées libérales avaient pénétré dans les couvents mêmes. « Nous étions tous élevés dans l’idée de l’égalité des hommes, du mépris des vaines distinctions, de l’obligation p.315 de s’en rendre digne... Ces idées inculquées chez nous plus souvent peut-être qu’ailleurs, n’étaient cependant étrangères à aucune éducation de cette époque ; les précepteurs des jeunes gens en étaient presque tous imbus ; les religieuses dans les couvents en nourrissaient les jeunes personnes, et Coblentz a été encombré par des gens qui ne voulaient plus que leurs notaires leur donnassent la qualité de très hauts et de très puissants seigneurs. »
Nous connaissons un bon nombre de ces seigneurs qui voulaient ne devoir leur hauteur et leur puissance qu’à leur
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mérite et aux services qu’ils rendaient. Beaucoup sans doute n’avaient aucun désir de pousser très loin la pratique de leur libéralisme. Ségur, Bouillé et d’autres reconnaissent qu’on pensait s’en tirer avec des phrases généreuses, des réformes qu’on se gardait bien de préciser et auxquelles on demandait de ne gêner personne. La comtesse de Boufflers déclare que le pouvoir absolu « corrompt les qualités morales d’une nation ». Mme de Poix, née Beauvau, « comme toutes les personnes d’esprit à cette époque, dévora toutes les oeuvres nouvelles, produits brillants et dangereux de cette fièvre philosophique qui précéda le délire révolutionnaire ». Le grand-père de Mme de Villeneuve-Arifat va voir Voltaire avec sa femme ; Mme de Frénilly, « fascinée », « veut que son fils puisse dire aux fils de ses fils : J’ai vu Voltaire » ! L’abbé Raynal est le commensal de la famille de Norvins. C’est le fils, le marquis de Paulmy, qui publie les oeuvres politiques du marquis d’Argenson. Le comte d’Oms de Margaret, enseigne aux gardes françaises, « lit beaucoup l’abbé de Mably ». Mais la comtesse de Boufflers est aussi peu peuple ou même bourgeoise que possible ; Mme de Poix tempère assez vite son engouement ; le grand-père n’était pas un homme « à suivre le torrent » ; Mme de Frénilly reste fort pieuse, etc., etc. On était curieux, on avait des libertés de langage, on ne croyait pas que tout cela tirât à conséquence. La reine Marie-Antoinette elle-même prenait quelque plaisir à se laisser entraîner par le torrent. Elle avait dans sa bibliothèque La Philosophie du bon sens, de d’Argens, Bélisaire, L’Elève de la nature, Les Nonnes galantes de d’Argens, Raynal. Cela ne prouve pas sans doute qu’elle les ait lus ; il faut même souhaiter
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qu’elle n’ait pas lu Les Nonnes galantes. Mais il est très certain que l’abbé p.316 de Bermont lui lit les Bagatelles morales de Coyer, qui ne sont tendres ni pour les abus du régime ni pour le préjudice nobiliaire, et qu’elle fait à Ermenonville et au tombeau de Rousseau un voyage dont les philosophes font grand bruit. D’autres, d’ailleurs, sans jamais être des républicains, sont plus hardis et aspirent à des réformes profondes. Ségur passe le meilleur de son temps chez Malesherbes, d’Alembert, Raynal, dans les salons les plus libéraux. Montlosier ne se nourrit que de Voltaire, Rousseau, Diderot, Bayle, du Système de la nature. Il se fait une société de prêtres beaux-esprits, « dont quelques-uns étaient déistes, d’autres franchement athées ». La Fayette constate qu’on arrivera « sans grandes convulsions, à une représentation indépendante et, par conséquent, à une diminution de l’autorité royale ». Stanislas de Girardin gémit sur « cet abus de l’autorité, ces vexations de toutes espèces » qui finiront pas jeter « la masse des opprimés » dans une révolution anarchique et sanglante. La comtesse d’Egmont est « opposée par principe, par caractère et par état aux maximes de la nouvelle philosophie qui soutient l’égalité » ; elle respecte les droits de la naissance. Mais elle ne respecte assurément rien des abus du régime. « L’honneur me dit : Soyez soumise à votre roi, mais ne soyez pas esclave. » Elle veut une « monarchie limitée par les lois » et non pas « l’absurde barbarie d’en agir avec le peuple comme s’il ne faisait pas partie de l’humanité ». « Si le Parlement est nul, il nous faut les États généraux ; et s’il n’existe pas de lois en France, quels sont les droits que le roi peut réclamer ? Il ne nous reste plus alors que ceux du droit naturel
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et de l’usage. Or, le premier ne créa jamais de despote et le second n’en souffrit jamais en France. »
Libéraux prudents ou libéraux hardis se retrouvent dans ces salons où nous avons vu les incrédules promener leur scepticisme. On y parle même désormais de réformes politiques et sociales beaucoup plus que de tolérance, de déisme et d’athéisme. Non pas que ces discussions religieuses soient à proprement parler passées de mode ; mais pour les uns, ces problèmes religieux sont devenus des banalités, pour les autres, ils demeurent des problèmes réservés sur lesquels il est de bon ton de se taire ; les salons philosophiques, surtout ceux des grands seigneurs, tendent donc à devenir des salons p.317 politiques où l’on parle de la noblesse commerçante, des droits féodaux ou des « insurgents » beaucoup plus que de la morale naturelle ou des contradictions de la Bible. Les plus courus de ces salons politiques sont ceux de La Rochefoucauld, de la duchesse d’Enville, de Mme de Beauvau, du comte de Castellane et, chez les gens de moindre importance, de Fanny de Beauharnais, de Mme Doublet. D’Alembert tient « trois fois par semaine des assemblées sous le nom de conversations ; et tout ce qu’il y a de plus illustre s’y rend. Il n’est pas rare de voir vingt-cinq à trente carrosses à sa porte ». Le déjeuner de l’abbé Raynal réunit, toutes les semaines, « tout ce qu’il y a de plus illustre à Paris entre les ambassadeurs et seigneurs voya-geants ». Là, et ailleurs, on ne prônait pas seulement l’égalité, on la mettait en pratique, du moins à l’égard des roturiers qui « savaient penser ». Arthur Young remarquait que « la communication entre les grands et les gens de lettres, qui doit
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exister sur un pied d’égalité ou ne pas exister du tout, est à Paris très respectable ». De fait les gens de lettres ne sont pas seulement reçus ; ils sont sollicités et honorés. Les grands seigneurs se montrent leurs « courtisans ». On est heureux d’avoir Rousseau pour lire ses Confessions, Beaumarchais pour lire son Mariage de Figaro. « Delille dînait chez Mme de Polignac avec la reine... Chamfort prenait le bras de M. de Vaudreuil. »
Il est certain que le clergé s’intéressait beaucoup moins ou beaucoup moins ouvertement aux problèmes politiques. Il avait partie liée avec les défenseurs de la monarchie la plus absolue. Mais il est certain aussi que, sans parler des abbés qui couraient les salons politiques, bien des prêtres, évêques, curés, moines, régents de collège accueillaient avec sympathie les idées libérales. Un certain nombre se firent élire aux États, à l’Assemblée, à la Convention et pour y défendre des idées hardies. Nous en retrouverons quand nous étudierons la vie des collèges. Ce sont des prêtres qui écrivent pas mal des oeuvres plus ou moins hardies que nous avons étudiées. On peut glaner, ça et là, d’autres renseignements. Le cardinal de Boisgelin, qui écrit un commentaire de Montesquieu, goûte fort la constitution républicaine tempérée par le fédéralisme. L’abbé Soulaire est un hôte assidu des salons libéraux. Chez le curé d’Orangis, p.318 quarante ecclésiastiques déclarent qu’ils ont vu jouer Le Mariage de Figaro.
La plupart d’entre eux n’étaient pas, malgré leur curiosité ou leur sympathie, plus révolutionnaires que Beaumarchais. Eux aussi, comme les gens de noblesse, voulaient bien guérir les maux du régime à condition de ne pas toucher à ceux dont ils
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profitaient, c’est-à-dire de ne toucher à rien. « Ce n’étaient, dit Ségur, que des combats de plume et de paroles qui ne nous paraissaient pouvoir faire aucun dommage à la supériorité d’existence dont nous jouissions et qu’une possession de plusieurs siècles nous faisait croire inébranlable. » Malheureusement le bruit de la bataille était écouté avidement par ceux qui étaient ou se croyaient victimes de cette supériorité d’existence et c’est eux qu’il faut étudier, à Paris, d’abord, puis en province.
III. — La diffusion dans les classes moyennes
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La diffusion de l’irréligion est certainement considérable. Les témoignages sont trop nombreux et trop formels pour n’être que l’illusion de pessimistes. Les pamphlétaires, les mémorialistes, les gens pieux qui s’en affligent, les incrédules qui s’en amusent, tous s’accordent : « La religion, dit un pamphlet de 1781, resserrée pour ainsi dire dans l’enceinte de ses temples, n’a conservé aucune relation avec les moeurs ; elle est devenue une grimace purement locale. » Ce n’était plus, dit le prince de Montbarey « qu’une affaire d’habitude ». L’irréligion, dit Duveyrier, « envahit tous les esprits éclairés ». Un obscur romancier se lamente : « De toutes parts on n’entend que des invectives et des cris de fureur contre les ministres de l’Église ; on les cite au tribunal de la raison et l’on exige qu’ils prouvent la religion comme on démontre une vérité mathématique ! » L’hon-nête Ducis en est, lui aussi, accablé : « La religion est tellement détruite dans cette capitale que rien n’est pur dans les moeurs,
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et rien n’est fier dans les opinions. » Mais Cochin n’y voit qu’une raison de se divertir. Envoyez-moi, écrit-il à Desfriches, votre morceau sur les peines de l’enfer ; il est très plaisant et « on peut le dire devant tout le monde, excepté peut-être devant des prêtres ; mais on ne p.319 vit guère avec ces gens-là » ; les femmes font semblant de se formaliser d’une gaudriole ; mais « dans le commun des sociétés » on vous passe « un doute théologique qu’en effet tout le monde sent en soi-même ».
Des exemples précis peuvent appuyer ces constatations générales, même dans les milieux où les documents nous conduisent beaucoup plus rarement. On commente les morts impies de La Morlière, de La Condamine, de dragons qui se suicident par un dégoût athée de la vie. Le gendre de Diderot, M. de Vandeul, est irréligieux comme son beau-père. Carnot est « théiste ». Un M. Fréville est « presque professeur public d’athéisme » dans un café de la rue de Richelieu ; il soutient que la vertu est un « être de raison » et la définit « ce qui est constamment utile à l’espèce humaine ». C. du T. appelle le temps qui « aura purgé le monde de soldats, de gens de justice, de prêtres et de courtisans ». Thiébault déjeune, un vendredi saint, chez son ami Salafon avec quelques personnes. On y mange du jambon car « le Vendredi saint était le jour de l’année où le jambon était le meilleur ». Quand Moreau de Jonnès regarde défiler une procession de moines ramenant les prisonniers rachetés aux barbaresques, on dit autour de lui que c’est une jonglerie, que les prisonniers sont des figurants et que la comédie rapporte aux moines trente mille francs. Il y a enfin quelques faits généraux. Une ordonnance de police de 1782
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renouvelle l’interdiction de travailler le dimanche, en constatant les progrès de l’impiété : les boutiques, les cabarets restent ouverts à l’heure des offices. Le nombre des ordinations dimi-nue ; dans tel diocèse, il meurt deux cent cinquante-trois prêtres et l’on n’en ordonne que cent.
Il ne faudrait pas d’ailleurs exagérer la valeur de ces preuves. Les tièdes sans doute et même les incrédules deviennent de plus en plus nombreux parmi la bourgeoisie moyenne de Paris. Mais pour évaluer exactement leur nombre, il faudrait des enquêtes nombreuses, rigoureuses et probablement impossibles. Bachaumont constate, par exemple, la diminution du nombre des professions religieuses en 1783. Mais, en 1785, il doit avouer qu’elles ont beaucoup augmenté en 1784. A défaut de renseignements sur le nombre des communiants dans les paroisses, on peut conclure seulement qu’on voit p.320 au moins apparaître, vers 1780, cette bourgeoisie voltairienne qui résistera à la Restauration, à la Congrégation et préparera la révolution de 1830.
Elle ne pensait sans doute pas préparer celle de 1789, du moins avant 1787. Elle se laisse gagner par les idées libérales, la haine du despotisme et de certains abus. Elle appuie avec véhémence la résistance du Parlement parce qu’elle se fait illusion sur le grand coeur des parlementaires et ne se rend pas compte qu’ils défendent leurs privilèges, non ses libertés. Les témoins les plus divers s’accordent à constater ces impatiences et ces revendications : « Ni la personne du roi, dit Mme de Boufflers, ni son trône, ni sa famille n’inspirent plus la moindre considération, et cette façon de penser est devenue une espèce
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d’air à la mode dont on fait parade. » « Les idées d’égalité et de république, écrit de Véri (vers 1775), fermentent sourdement dans les têtes. » Dans les compagnies, constate Rutlidge, on est témoin de plaintes continuelles, on envie (naïvement) la cons-titution anglaise, et si l’on se tait dans les cafés et les lieux publics, c’est seulement par crainte des espions de police. Il arrive pourtant qu’on les brave. Un jeune homme demande au café, en 1787, la monnaie d’un louis en chantant le refrain connu : « Changez-moi cette tête » ; on l’arrête. Hors des lieux publics les propos se font plus hardis. En 1783, le Parlement condamne M. de Chabriant à six milles livres de dommages intérêts : Cochin exulte, car il faut rabattre le caquet à la noblesse. C. du T. s’emporte contre des « rois inappliqués, des princes sans conduite, des grands sans honneur, des ministres sans probité ». L’abbé Bouisset répond à la duchesse d’Harcourt qu’entre le duc et lui il n’y a qu’une lettre de différence : le duc est fils d’un maréchal de France et lui est fils d’un maréchal [ferrant] en France. On a donc perdu plus ou moins, dans la meilleure partie du tiers-état, le respect et la résignation. Mais on n’a probablement pas perdu la prudence et le sens de ses intérêts. On n’était rien, on veut être quelque chose. On souffre, on demande des remèdes. Mais on n’appelle pas des bouleversements qui risquent de vous casser les reins. Servan, dans son Apologie (1784), s’élève avec violence contre « les infamies barbares, les injustices horribles » dont le peuple est victime ; mais il s’adresse à « notre p.321 Roi » et il espère lui faire connaître « deux choses seulement ; combien nous lui sommes fidèles et combien nous souffrons ». On garde une
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certaine foi monarchiste. Camille Desmoulins pensait qu’en 1788 on aurait eu de la peine à trouver « dix républicains à Paris ». Il y en avait assurément plus de dix parmi les philosophes de métier, parmi les gens de lettres ; il ne devait pas y en avoir bien des douzaines parmi ceux qui n’étaient que les lecteurs des gens de lettres.
Il est probable d’ailleurs que, dans beaucoup de cas, la diffusion des idées nouvelles s’est faite insensiblement par la curiosité. Il ne s’agit pas de conversions, de complicités avec les philosophes. Mais ils sont à la mode ; on veut les connaître, les lire. Au besoin on ferme les yeux sur leurs impiétés, leurs irrévérences, leurs violences, ou l’on se promet de ne pas se laisser égarer. Mais on pense qu’on n’a pas le droit de les ignorer et l’on s’abandonne, sans arrière-pensée, à ce que l’on croit juste, sage, touchant. Tous les contemporains, Mercier, Sénac de Meilhan, Talleyrand, un voyageur anglais, etc., sont d’accord pour reconnaître la puissance de cet engouement qui attirait vers Voltaire, Rousseau, Raynal et d’autres. Ils confirment ce que nous ont montré tant de faits et la diffusion même de leurs oeuvres. Nous connaissons pas mal de ces curieux qui restent ou qui croient rester fidèles à leurs traditions, mais que la philoso-phie fascine. Le séminaire de Saint-Sulpice lui-même se laisse gagner. Rien n’y trahit les idées nouvelles jusqu’à la sortie de l’abbé Baston, (vers 1765). Mais par la suite on lit, sous la direction des maîtres « les sublimes rêveries de Buffon sur la formation de la terre, l’insidieuse confession du Vicaire savoyard, les fausses pensées philosophiques de Diderot, et beaucoup d’autres productions du même genre », bien entendu pour les
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réfuter. Des évêques (qu’il faut compter parmi les parisiens, plutôt que parmi les provinciaux) sont tout à la fois pieux et philosophes : l’archevêque de Bordeaux, Mgr de Cicé, « parle de la religion comme Fénelon et de la liberté comme Necker » ; M. de Belloy, évêque de Marseille, puis archevêque de Paris, lit l’Histoire philosophique de Raynal. Il n’est pas jusqu’à l’abbé Riballier, censeur royal, et l’une des bêtes noires des philosophes qui ne semble craindre la réputation de bigot. Prié de donner l’approbation à une Vie du bienheureux Laurent de Brindes, général des p.322 Capucins, authentiquement béatifié, il l’accorde, mais en regrettant qu’elle soit « remplie d’un grand nombre de capucinades ». Joubert est profondément pieux ; il ne cessera jamais de l’être. Mais si, vers 1812, il tient Diderot pour un fou, il le lit trente ans plus tôt avec enthousiasme, se réjouit de le connaître, lui demande des sujets d’études ; il se lie avec Restif, Guillard de Beaurieu, Mercier, Grimod de La Reynière. Bergasse, qui défendra la monarchie traditionnelle, fréquente le salon de Mme Helvétius, admire Voltaire, fait une visite à Rousseau. Mme de Castellane garde quelque dévotion, fait maigre au dîner du vendredi et elle reste tout à fait fidèle à la foi monarchiste ; elle admire pourtant d’Alembert, Condorcet, Raynal, Diderot qui sont les hôtes de son salon. Nous avons la correspondance de deux braves bourgeois parisiens qui deviendront des révolutionnaires enthousiastes, Toussaint Mareux et François Sallior. On n’y trouve rien que des projets et soucis commerciaux et industriels. Il fallait pourtant bien qu’ils eussent pris, plus ou moins confusé-ment, le goût des idées nouvelles puisqu’ils les ont embrassées avec ferveur dès qu’on a voulu les réaliser. Beaucoup sans doute
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étaient comme eux, révolutionnaires sans s’en douter, ou du moins révolutionnaires pacifiques, révolutionnaires de la liberté, de l’égalité, de la fraternité sans la mort.
IV. — Les cafés, les sociétés littéraires, les cours publics, etc.
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L’esprit révolutionnaire ne se forme pas assurément dans le silence et la solitude ; on peut y écrire des oeuvres révolutionnaires ; mais elles resteront de pures et inoffensives spéculations tant que leurs idées n’auront pas fermenté dans la chaleur des conversations, discussions et batailles des mots. Il faut à ces idées pour qu’elles deviennent des « idées forces » un public. Or, les occasions de publicité se multiplient singulièrement, à Paris, dans les années qui précèdent la Révolution. Ce sont les cafés d’abord qui commencent à pulluler. Il y en avait, dès la Régence, et déjà fort différents des cabarets p.323 du XVIIe siècle. Nous avons vu des athées ou des déistes discourir plus ou moins ouvertement au café Procope ou au café Gradot. Il ne semble pas que ces cafés philosophiques se soient beaucoup multipliés vers le milieu du siècle. Il y en a toujours, Procope, la Régence, etc. ; Mopinot se plaint que les « prussiens » ou partisans du roi de Prusse remplissent les cafés et autres lieux publics et qu’on ne leur impose pas silence. Vers la fin du siècle, au lieu de trois cent quatre-vingts cafés en 1723, il y en aurait mille huit cents en 1788, selon les rapports de police. Mercier n’en compte que six à sept cents, sans doute parce que la distinction est malaisée à établir entre le café et l’ancien cabaret. Nul doute que dans les plus importants d’entre
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eux, et dans certains qui n’étaient pas à la mode, on bavarde copieusement ; et non pas des sonnets de Job et d’Uranie ou de la tragédie en prose, mais du trône et de l’autel. Chez Procope, à la Régence, au Caveau du Palais-Royal, il y a, avec des joueurs d’échecs et des chansonniers, ceux qui jouent à la politique et chansonnent les autorités ; c’est même un nouveau thème pour la satire et la comédie :
Dans un obscur café, trois ou quatre mazettes
Ainsi que ce docteur grands lecteurs de gazettes
Lui prêtent leur avis pour gouverner l’État...
et Mlle C*** D*** rime Le Café littéraire [et politique] ou la folie du jour, Comédie prologue sans préface.
Les clubs ont, à la date à laquelle nous nous arrêtons (1787), beaucoup moins d’importance. On sait quel rôle ils ont commencé à jouer en 1788 et 1789 et quelle place ils ont prise dans le développement de la révolution. Ils sont nombreux et fort à la mode avant 1788. En 1785, il y a le Salon des arcades, le club des chevaliers de Saint-Louis, le club olympique (qui réunit cent dames de qualité, dont trois princesses du sang et quatre hommes de la cour et de la ville), le Premier club, le club maçonnique, le club politique (rue Saint-Nicaise), le club de Boston ou des Américains, le club des étrangers, le club ou société des colons. « Ce ne sont, dit Bachaumont, que Musées, que Clubs de tous côtés. » Mais ils sont tous très récents, le plus ancien ne semblant pas antérieur à 1782. Un Avis sincère de 1786 doit encore expliquer le mot « chlub, lieu d’assemblée à p.324 Paris », en indiquant que ces assemblées sont nouvelles. Surtout, avant les années d’agitation, 1788 et 1789, on s’y
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occupe fort peu de politique vraie. Elle tient sa place à l’occasion, puisqu’il y a un club politique et que Lefebvre de Beauvray se défend et défend les Parisiens de passer les trois quarts de leur vie « aux clubbes ou sanédrins politiques », en tenant d’ailleurs pour clubs les cafés, tavernes à bière, portiques et arcades, salles ou galeries du Palais, les Boulevards, le Luxembourg et les Tuileries. Mais le club philosophique de Villar et Brissot, en 1783, reste un projet. En 1782, le club politique lui-même a reçu l’approbation du ministère « à condition qu’il n’y serait question ni du gouvernement, ni de la religion et qu’on n’y admettrait pas de femmes ». On pouvait ne pas respecter la condition. Mais là et ailleurs on avait encore bien autre chose à faire, qui était d’abord de s’amuser. Ils étaient loin, dira Guimar, « de ce qu’est aujourd’hui notre Société populaire. Ce n’était encore que des assemblées de jeu ou de pure et stérile conversation. » Ce ne sont pas, écrit Métra, « des associations politiques où l’amour du pays devient un titre d’introduction : non, Monsieur, si vous n’êtes pas duc, marquis, chevalier, baron, prélat ou gros béné-ficier, en vain aspireriez-vous à être admis dans l’auguste tripot ». Un catéchisme satirique explique, en 1783, ce que sont ces clubs « nouvellement établis à Paris à l’imitation de ceux de l’Angleterre ». « Qu’est-ce pour nous qu’un club ? — Réponse : Verbum » ; et l’interrogatoire aboutit à cette conclusion qu’ils ne peuvent être que des tripots, augustes ou non. De fait, en 1785, on leur fit défense de donner à jouer et la défense souleva de violentes protestations. Quand on y cherchait autre chose que du plaisir, on y goûtait la satisfaction d’être utile. « Il n’y a pas longtemps, dit l’Avis sincère, que dans chlub, lieu d’assemblée à
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Paris, destinée à soulager l’humanité, quelqu’un, qui proposait une bonne oeuvre à établir, laissa échapper le mot de charité. Un clubiste s’éleva contre ce terme et, sous prétexte qu’il humiliait ceux à qui l’on faisait du bien, soutint que, désormais, il ne fallait nommer que la bienfaisance. » Du jeu ou de la bienfaisance, on finit par passer assurément à l’agitation sociale et politique. La Société gallo-américaine est fondée par Brissot, Clavière, Bergasse, etc., en 1787. La même année on décide p.325 de fermer les clubs comme repaires de mécontents, de frondeurs. Mais ce ne sont pas les clubs qui ont préparé ce goût de la fronde révolutionnaire ; ils n’ont été qu’une occasion, à la veille de la Révolution, pour faire éclater ce qu’on avait appris ailleurs.
Il faudrait accorder plus d’importance aux sociétés littéraires qui se fondent à la même époque. En province elles joueront, comme nous le verrons, un rôle considérable. A Paris, elles tiennent moins de place, mais elles ont certainement contribué à répandre la curiosité philosophique, l’esprit critique, le goût de toutes les discussions. Leur succès s’explique par le fait que ce que nous appelons l’enseignement supérieur n’existe pas. Nous aurons à le montrer en parlant de la province. Malgré de très timides tentatives pour introduire dans les universités l’enseignement des lettres et des sciences, on n’y étudie guère, en fait, que la théologie, le droit, la médecine. Et presque partout ces enseignements sont en pleine décadence ; les uni-versités sont méprisées. L’université de Paris ne vaut pas mieux que les autres et, pour tous les gens cultivés, quand ils n’ont pas besoin d’un diplôme, elle est comme si elle n’était pas. On s’avisa donc d’offrir au grand public un enseignement qui lui
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manquait. Pahin de La Blancherie fonde une Correspondance des sciences et des arts, soutenue par quarante grands seigneurs et destinée à mettre en relations écrites les savants et curieux de tous pays, à servir de bureau d’information, de centre de recherches. Il obtient même la franchise de port pour les lettres qui lui sont adressées. Mais ce n’est guère qu’une sorte de société technique, dont les liens sont trop lâches malgré les réunions que tient Pahin à l’ancien collège de Bayeux, en 1778. Son existence fut houleuse. Elle eut jusqu’à quarante mille livres de souscriptions ; mais il y eut des dissentiments, une interdiction, puis la misère, des interruptions et la disparition. En 1780, Court de Gébelin, l’abbé Rozier, La Dixmerie, Fontanes, etc., fondent une Société apollonienne dont la première séance a lieu le 23 novembre. Cette société devient Le Musée en 1781. Pilâtre de Rozier organise, la même année, sous la protection de Monsieur et Madame, une société rivale sous le nom de Musée de Paris. Les deux musées connurent des fortunes diverses : engouements, puis lassitudes, rivalités qui les opposent, discordes intérieures, p.326 difficulté pécuniaires, puis retours de la mode, etc. Court de Gébelin se ruine. Les uns se moquent, d’autres sont enthousiastes. Grande célébrité, dit Bachaumont, en 1783 ; il faut des suisses à la porte. « Les musées expirent de toutes parts, écrit au contraire Mme Roland en 1784 ; on ne conçoit pas comment Pilâtre se soutient ; il n’a personne à ses cours ; les gens de marque se retirent. » Pourtant, en décembre de la même année, ouverture solennelle dans les nouveaux bâtiments du Palais Royal, avec une brillante illumination en verres de couleur. Après la mort de Court de Gébelin, puis celle
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de Pilâtre de Rozier, Le Musée devient Le Lycée en 1785. Ce lycée est « la vogue de Paris ». La séance d’ouverture attire « un concours extraordinaire ». Les petites maîtresses se font faire des robes de Lycée. Et cela malgré le prix élevé (quatre louis par an).
Assurément ce ne sont pas des sociétés d’enseignement révolutionnaires, ni même républicaines. On ne s’y propose pas d’y répandre l’incrédulité ou d’y raisonner surtout sur la politique. Ce sont des sortes d’universités libres où l’on enseigne la physique, la chimie, l’anatomie, la botanique, l’astronomie, la littérature, l’histoire, les langues. Sociétés de conférences plus ou moins mondaines, plus ou moins techniques où l’on veut « servir la science », l’« humanité » et non pas, ouvertement du moins, la philosophie, les principaux souscripteurs étant d’ailleurs des grands seigneurs ou de riches financiers. Dans les séances dont nous avons le récit, on lit des discours, des vers, des réflexions sur la perspective, on fait des expériences d’électricité, on présente un roi nègre, du pays d’Ouaire, âgé de vingt ans, etc. Mais, tout de même, les fondateurs de la Société apollonienne et du Musée de Court de Gébelin, les principaux animateurs des deux Musées, les professeurs du Lycée, ce sont avec Court de Gébelin, Cailhava, La Dixmerie, Marmontel, Garat, Condorcet, La Harpe, c’est-à-dire des philosophes ou qui le sont à cette date ; des philosophes modérés, ennemis du bouleversement, mais qui ont défendu la liberté de penser et d’écrire, qui ont combattu les fanatismes. Anacharsis Cloots prononce au Musée de Paris, en 1781, un discours contre le fanatisme qu’il publiera avec l’épigraphe : Delenda est Roma. En
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enseignant les sciences expérimentales, on enseigne nécessairement un certain esprit d’examen, le dédain pour p.327 une Sorbonne, des théologiens qui ont combattu Buffon, l’inoculation ; en enseignant l’histoire et, par exemple, « l’histoire des révolutions de l’Amérique », c’est plus ou moins une histoire à la façon de Voltaire dont on donne le goût. Ce premier enseignement supérieur est animé d’un esprit laïque, et même d’un esprit critique qui lui vaut l’hostilité du clergé. Il ne peut pas être traditionaliste. Et c’est cette indépendance qui fait son succès.
Il faudrait joindre à ces clubs, à ces musées et lycées plus célèbres, pas mal de clubs privés, d’entreprises moins retentissantes et même tous les cours publics qui se multiplient à Paris. « Il se forme de toutes parts, écrit Bachaumont en 1782, des sociétés, des musées, en sorte que Paris va bientôt se diviser, comme Londres, en coteries à l’infini. » Morellet appelle clubs les réunions qui se tiennent chez Adrien Dufort, celles qu’il donne chez lui où se rencontrent Roederer, Garat, Trudaine le jeune, Lacretelle. Il existe une académie du Pont Saint-Michel, dont font partie Dulaure et Pidansat de Mairobert ; une société libre d’émulation, très célèbre, qui s’occupe surtout des sciences appliquées et de bienfaisance, mais dans un esprit très laïque, avec le très vif désir de réformes sociales ; un Musée littéraire de l’abbé Cordier de Saint-Firmin, ouvert en 1782. Il y a des cours publics, dont un bon nombre sont gratuits, par douzaines. « La plupart des sciences et des arts, écrit le Journal de Paris, en 1780, ont des cours publics où chacun peut venir puiser des ins-tructions relatives à son goût ou au genre auquel il se destine. »
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De fait, les seules annonces du Journal de Paris, ou celles du Mercure, justifient l’affirmation. Cours de sciences, histoire naturelle, chimie, physique expérimentale, de mathématiques, d’optique, de cosmographie, de mécanique, de minéralogie, de physiologie ; cours de langues étrangères, anglais, italien, dont une société philologique, rue Neuve-des-Petits-Champs, où l’on enseigne l’anglais, l’italien, l’allemand, l’espagnol, le français ; cours d’élocution française, d’action oratoire, de jurisprudence et usages du commerce, de géographie, d’histoire, de topographie, de belles-lettres et philosophie françaises, d’architecture, de commerce, d’éloquence, de versification française. Pour la seule année 1784, le Journal de Paris annonce p.328 treize de ces cours, sans compter ceux de médecine et d’accouchement. On peut apprendre gratuitement l’anglais, la géométrie et le calcul analytique, la jurisprudence du commerce, l’éloquence, la minéralogie, la géographie, le commerce, le français, l’architecture, la mécanique, etc. Beaucoup de ces cours sont donnés par des gens célèbres ou notoires : Rouland, Charles, Fourcroy, d’Arcet, Brongniart, Sigaud de La Fond, Daubenton, Valmont de Bomare pour les sciences, Robert pour la géographie, Rutlidge pour l’anglais. Ceux qui préfèrent lire plutôt qu’écouter ont à leur disposition les bibliothèques publiques qui sont de plus en plus nombreuses. La Bibliothèque du roi, ouverte au public en 1735, n’est ouverte en réalité, jusqu’à la fin du siècle, que deux fois par semaine, pendant deux heures ou deux heures et demie ; et les commis ne sont pas toujours fort empressés. Du moins les lecteurs y sont, pour le temps, fort nombreux. Rouaud y voit, le 12 juillet 1782, « plus de quatre
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cents personnes occupées à faire des recherches, des extraits, à comparer les sources et les autorités ». Arthur Young n’en comptera, le 13 juin 1789, que soixante ou soixante-dix ; mais on a, à cette date, autre chose en tête que de comparer les sources et les autorités. A défaut de la Bibliothèque du roi, on a d’ailleurs la bibliothèque Sainte-Geneviève, ouverte au public en 1759 ; deux fois par semaine, en 1767, mais tous les jours en 1784 ; la Bibliothèque de la ville où « le public a un accès facile » ; et pas mal d’autres ouvertes en moyenne deux fois par semaine, soit à tout venant, soit sur présentation. Il y en a, en 1784, une douzaine. En même temps se fondent des cabinets de lecture. Le premier « salon de lecture » aurait été ouvert en 1762, à trois sous par séance. C’est peut-être celui que Dufour, libraire au pont Notre-Dame, veut organiser et où l’on lira et empruntera, moyennant dix-huit livres par an, les livres nouveaux, journaux et gazettes. Après 1770, ces entreprises deviennent plus nombreuses. Magazin littéraire de Quillau en 1777 où les abonnés liront le Mercure, le Journal des savants, le Journal des dames, le Journal encyclopédique, etc., etc. ; cabinet académique de lecture de Grangé, à trois sous par séance, en 1778. Cabinet politique et géographique, en 1778, ouvert tous les jours de huit heures à neuf heures du soir, à quatre sous par séance, où l’on trouve p.329 l’Année littéraire, le Journal encyclopédique, etc. Le Tableau de Paris de Mercier consacre un chapitre aux cabinets littéraires et loueurs de livres.
Il est certain que la plupart de ces cours étaient par leur sujet même fort inoffensifs. Il est certain que bon nombre des lecteurs des bibliothèques, des cabinets ou salons de lecture n’y
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apportaient aucune curiosité philosophique. Mais, tout de même, Junker, de l’académie de Göttingen, faisait, dès 1776, un cours de science politique où il enseignait la constitution physique, politique, le droit public des États de l’Europe. Au Magazin littéraire et au Cabinet « politique », on trouve le Journal encyclopédique. Et l’on pourrait se passer de ces preuves. Il est certain, même si nous ne les avions pas, que le développement de la curiosité intellectuelle, si général, si profond, dont l’étude de la province nous fournira des témoignages encore plus éclatants, devait favoriser la curiosité philosophique. Il se peut que, sur dix auditeurs ou lecteurs, il n’y en ait eu qu’un seul disposé à chercher dans ces cours ou ces lectures Voltaire, Rousseau, Mably, Raynal, etc., ou leur esprit. Mais s’il y avait non plus dix auditeurs ou lecteurs, mais cent, mais mille, cela faisait non plus un, mais dix, mais cent élèves de la philosophie.
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CHAPITRE IV
LA DIFFUSION GÉNÉRALE. 2. LA PROVINCE
I. — Les ombres du tableau
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p.331 Nous aurons à tracer un assez brillant tableau de l’intelligence des provinciaux aux approches de la Révolution ou du moins des curiosités de leur intelligence. Mais là encore, il ne faut pas prendre des témoignages, si nombreux qu’ils soient, pour l’image exacte de toute la vie. La province a eu, de plus en plus, le goût très vif des « lumières ». Mais elles avaient à percer une obscurité souvent si épaisse qu’il reste bien des places ténébreuses. « Entrez dans une petite ville de province, écrit Voltaire, vers 1770, rarement vous y trouverez un ou deux libraires. Il en est qui en sont entièrement privées. Les juges, les chanoines, l’évêque, le subdélégué, l’élu, le receveur du grenier à sel, le citoyen aisé, personne n’a de livres, personne n’a l’esprit cultivé ; on n’est pas plus avancé qu’au XIIe siècle. » Les juge-ments plus tardifs confirment celui de Voltaire. Quand la « Raison » de La Dixmerie voyage à travers l’Europe elle passe, en France, « par des villes où l’on ne lit que les gazettes et les étrennes mignonnes ». Le comte de Montlosier ne trouve chez ces provinciaux qu’une gazette fort sèche et un coche à moitié vide qui arrivent de Paris ou partent tous les huit jours. Il y a sans doute quelque injustice dans ces condamnations générales. Mais elles sont confirmées par des témoignages plus précis.
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p.332 Avant 1770 ils n’ont rien de surprenant. La crasse de l’ignorance, comme la crasse tout court sont restées très longtemps des privilèges de la gentilhommerie. Voici, en 1739, l’orthographe d’un sieur du Valès, gentilhomme gascon, dans son testament : « Je charge mon éritié ou éritière de fere par du vin de sete vine quome de toutes les autres manbres de Gesus-Qrist qui sont les vieux povres que jeme. » Il est vrai que Mme d’Epinay ou d’autres ne se piquaient pas d’orthographe. Mais on ne savait pas plus le reste que l’orthographe. Dans les maisons de Lyon où fréquente Dutillieu, vers 1738, on ne s’intéresse à rien qu’au jeu, à la bonne chère, à un libertinage grossier. Dans la province où vit d’Argenson, en 1751, « on devient sauvage de plus en plus ». A Bourges (en 1753), les bourgeois sont « de l’ignorance la plus crasse, seul appui de l’espèce de léthargie où sont plongés les esprits de la plupart des habitants du Berry ». A Limoges (1757), on n’est pas sans esprit « mais on y est tout à fait sans étude ». A Alais (1763) et dans les Cévennes, les savants, livres, manuscrits, cabinets d’histoire naturelle sont fort rares ; pour toute ressource le libraire de Nîmes vient quelquefois à Alais et vend des livres à la foire du 24 août. Des années passent, mais il arrive souvent que la situation ne change pas. Il y a bien des choses qu’Arthur Young admirera dans les provinces françaises, mais ce ne sera pas la culture intellectuelle. Pour lui, la Révolution est fille de l’ignorance et non du savoir. Depuis Strasbourg jusqu’à Besançon pas un journal. A Besançon, pas de cabinet littéraire. A Moulins, pas de journal dans le meilleur café de la ville. A Bedarieux les marchands sont d’une ignorance incroyable. Quelle différence avec les « lumières
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si universellement répandues en Angleterre ». « Quel trait de retard, d’ignorance, d’apathie et de misère chez une nation... Quel abrutissement, quelle pauvreté, quel manque de communication ! » Mme Roland atteste moins hautement les dieux, mais elle n’est pas plus indulgente. Les Amiénois sont des Palus-Méotides qui vivent dans leur « bourbe ». A Villefranche-sur-Rhône « on n’est point du tout sot... mais on y est un peu, c’est-à-dire très court en fait de connaissances ». Des témoins moins notoires nous promèneraient à travers la bourbe et la léthargie p.333 de Guéret, de Poitiers, de Nevers, de l’Auvergne. « Partout l’ignorance est extrême ; et à peine paraissons-nous sortir du Xe siècle. » « Si tu exceptes quelques individus instruits qu’on rencontre de loin en loin dans certaines classes, partout tu ne verras que gens à qui une conversation intéressante et qui suppose quelques-unes des connaissances de l’esprit est chose absolument étrangère. C’est presque un privilège que de trouver une petite bibliothèque. »
II. — La noblesse et le clergé
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Pourtant si Arthur Young, Mme Roland et les autres avaient regardé partout, avec des yeux sans prévention, ils auraient trouvé ce qu’ils cherchaient, des journaux, des sociétés littéraires, des bibliothèques, des conversations philosophiques. Ces provinciaux ont été si peu enlisés dans leurs marais qu’ils ont lu les philosophes et qu’ils les ont crus. Même dans la noblesse ou le clergé on est déiste ou athée et l’on est libéral. Mme de la Tour du Pin est élevée dans la maison d’un
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archevêque « où toutes les règles de la religion étaient jour-nellement violées ». L’évêque de Lescar est « en matière de religion assez dégagé et accommodant ». Ces dignitaires n’étaient pas souvent, si l’on veut, des provinciaux. Mais les plus humbles pasteurs des âmes ne sont plus, parfois, que des mécréants. Le curé de Valmunster, dom Collignon, est simplement déiste et humanitaire ; la religion est pour le peuple ; et la bonne vie pour lui, car il prend deux maîtresses. L’abbé de Prades, de Castelsarrazin, déclare que « la foi doit être soumise à la raison et la raison aux sens ». L’Histoire philosophique de Raynal est dans la bibliothèque d’un chanoine de Cambrai ; et c’est un moine prémontré qui publie l’Esprit du même Raynal. Il y a à Chartres toute une société d’esprits forts dont l’ornement est dom Mulet, prieur d’un couvent de Bénédic-tins. Il est déiste, se pique au jeu jusqu’à débiter un sermon où le nom du Christ n’est pas même prononcé ; et il se vante auprès de Brissot d’avoir fait « digérer ce discours à un peuple de cagots ». Le précepteur des enfants du baron de Fontette, l’abbé Bouisset, à Bayeux, est lié avec d’Alembert, d’Holbach, Diderot ; il se fait présenter à Voltaire et composera, sous la Révolution, une invocation p.334 à l’Être suprême. En Lorraine, si l’on en croit les âmes pieuses, l’impiété éclate de toutes parts, même parmi les prêtres. Montlosier, à Clermont-Ferrand, se fait, en 1775, une société de prêtres beaux-esprits, quelques-uns déistes, d’autres franchement athées. Tel prieur de l’abbaye de Beaupré est « franc-maçon, joueur et fréquente des gens qui parlent assez mal de la religion ». Le philosophisme envahit les séminaires : un diacre lit l’Esprit pendant une procession et à
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l’église ; les séminaristes de Saint-Dié sont presque tous déistes et épicuriens ; un séminariste de Toul a tout Jean-Jacques Rousseau dans sa malle.
Il y eut assurément des gens de noblesse et des prêtres très curieux de politique, ennemis du « fanatisme » et du « despotisme », même dans les provinces et les fonds de province. On en découvre ça et là des témoignages. Le père de Chateaubriand, l’oncle de Lamennais sont des admirateurs de Raynal, moins peut-être, d’ailleurs, pour la guerre qu’il fait aux tyrans que pour celle qu’il fait aux prêtres. Les officiers, si l’on en croit Vaublanc, ne sont pas moins engoués de l’Histoire philosophique. La bibliothèque de la famille de Thuret s’emplit des ouvrages des encyclopédistes ; dans celle du château de Fléchères, en 1780, on trouve Les Incas, La Nouvelle Héloïse, l’Émile, le Discours sur l’inégalité, le Dictionnaire philosophique, l’Esprit d’Helvétius, Imirce ou la Fille de la nature de Dulaurens, etc. A Poitiers, le chevalier de Tryon fait le désespoir de sa mère ; il a « la tête fêlée de philosophie, de chevalerie, de romans, de littérature, de politique, de philanthropie ». A Marseille, Mme de Gontaut-Biron est « émue jusqu’à l’exaltation par... le mot de liberté qui lui représentait le bonheur pour tous, la faisait tressaillir, l’enivrait, l’attendrissait tour à tour ». Sans aucun doute ces têtes fêlées et ces exaltés sont en minorité. En Normandie, par exemple, la plupart des nobles restent violemment attachés à leurs privilèges ; mais il y a tout de même des gentilshommes libéraux, le comte de Vendoeuvre, le marquis de Balleroy, le comte d’Osseville. Les mariages inégaux seraient, d’après les lettres de cachet, fort nombreux à Caen.
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Les intendants surtout ont puissamment contribué à défendre les libertés provinciales, à résister aux exigences abusives du fisc et du pouvoir central, au nom de principes de justice, de liberté, p.335 d’humanité qui étaient des principes philosophiques 1. Descendants de bourgeois, possesseurs de charges devenues héréditaires, riches, ils sont les intermédiaires naturels, puissants, écoutés, entre le peuple, la bourgeoisie moyenne et les grands privilégiés. Très instruits fort souvent, ou même hommes de lettres, auteurs, ils ont aimé les « lumières » ; ils ont voulu les répandre. Ils ne se sont pas contentés d’être des admirateurs humains et généreux ; ils l’ont été au nom d’une doctrine dont ils n’ont fait mystère ni dans leurs salons ni dans leurs écrits. Ce sont des intendants que Sénac de Meilhan, Auget de Montyon, Dupré de Saint-Maur, Pelletier de Morfontaine, etc. Sans cesse leur correspondance, leurs discours et heureusement leurs actes témoignent du souci d’une administration qu’ils veulent non pas philosophique, mais éclairée et chacun sait, alors, que les deux mots sont synonymes. Peu à peu même une sorte d’esprit philosophique involontaire se glisse dans l’éloquence et le style de toutes sortes d’administrations. Vers 1780 et surtout, bien entendu, vers 1785-1787, on parlera, au sein même du Conseil d’État, du pacte social, des droits naturels, du droit des peuples, de ministres citoyens, etc. A plus forte raison la phraséologie philosophique, raison, nature, humanité, citoyen, patriote emplit-elle les lettres ministérielles, les rapports, les ordonnances et les édits mêmes du roi. « L’administration, dit l’intendant Chaumont de la Galaizière, à
1 Ouvrage de référence générale : P. Ardascheff, Les Intendants de province
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l’ouverture de l’assemblée provinciale d’Alsace en 1787, l’administration a cédé depuis longtemps à l’impulsion de ce mouvement général que le progrès des connaissances a imprimé à la nation. Les ressorts du gouvernement qui ne jouaient autrefois que dans les ténèbres sont aujourd’hui développés et exposés aux yeux des peuples. » Le discours est de 1787, il serait invraisemblable dix ans ou même cinq ans plus tôt ; mais il exprime tout de même des intentions que les intendants avaient conçues « depuis longtemps » ; ils ont aidé « à l’impulsion du mouvement général » philosophique.
III. — La diffusion dans les classes moyennes
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Il semble que les classes moyennes aient été assez peu touchées par l’incrédulité religieuse avant 1770. Nous n’en avons trouvé que p.336 des témoignages assez rares. Mais ils se multiplient après cette date et se précisent. Ce sont d’abord les plaintes générales qui deviennent plus nombreuses et plus amères. A Lyon, plaintes du cardinal de Tencin, du P. Baillot, en 1752, 1776, 1778. En Lorraine, Mgr Drouaz « voyait les moeurs se pervertir, l’impiété prévaloir, la foi diminuer sensiblement, le relâchement s’introduire dans les ordres religieux ». A Perpignan, le père de Jaume s’écrie en mourant : « La religion se perd » ; et le fils est d’accord avec le père. A Lille, « le matérialisme, le déisme et l’athéisme percent jusque dans ce pays-ci, jadis le siège de la bigoterie et de la superstition ». A Annonay, l’abbé Batandier se souvient avec tristesse de la
sous Louis XVI (1693).
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funeste atteinte de la « fausse philosophie... Le Dictionnaire encyclopédique, les ouvrages de Voltaire, de Raynal, d’Helvétius, de J.-J. Rousseau y avaient pénétré comme ailleurs et y circulaient dans toutes les mains ; ils faisaient encore le fond de toutes les bibliothèques... Les sacrements furent moins fréquentés ; les offices publics devenaient déserts ». Des cas précis justifient ces doléances. Les uns sont seulement ceux de raisonneurs qui se défient de la superstition et du fanatisme en restant sans doute des croyants. Le jeune Ibarrart prouve à sa dévote de tante qu’il n’y a ni sorciers ni maléfices et que tout s’explique « par les moyens physiques ». M. R, et d’autres qui l’entourent, fondent sur Louis XVI de grandes espérances ; la seule chose qu’ils redoutent « c’est le règne des prêtres... Les prêtres n’ont d’autre rôle à jouer que sur les bancs de la Sor-bonne, où ils peuvent tant que bon leur semble se regarder comme des vice-Dieu » ; en un mot « leur règne n’est plus de ce monde ». Mais d’autres sont des incrédules décidés et qui, à l’occasion, ne reculent même pas devant le scandale. A Amiens, Mlle Cannet, l’amie de Mme Roland, a une crise de doute qui va jusqu’à l’athéisme, et dont elle ne se tire que par la « religion du sentiment ». En Lorraine, on ne tient même pas à s’en tirer. « Les mauvais livres sont très répandus... à Bar-le-Duc et ailleurs. Les perquisitions chez les libraires sont sans résultat. Un faïencier de Saint-Clément fait imprimer La Pucelle. M. de Jobard à Guerpont ne va jamais à la messe. La châtelaine de Sommerville est une bégueule philosophe. Un chevalier de Saint-Louis, à Roville, est déiste, matérialiste bien p.337 connu, et M. de Fontanges va manger chez lui pendant la confirmation. Chaque
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petite ville a son parti de jeunes philosophes ardents à l’impiété. A Vézelise, ils obligent les prêtres du doyenné à transporter leur synode à Sion pour ne pas être épilogués. » A Toul, on accuse François de Neufchâteau d’avoir établi « une société de déistes, une académie de pourceaux, sous le nom de société de Thé-lème » ; il s’en défend véhémentement dans une lettre à l’Année littéraire ; mais il reste qu’on pouvait croire possible cette acadé-mie de pourceaux. Dans le pays d’Ibarrart, à Dax, « en dehors du collège, on se croirait avec des huguenots, car on ne connaît pas le maigre, même dans les plus grandes maisons ». A Chartres, ce dom Mulet, déiste, dont nous avons parlé, est entouré d’autres esprits forts. De Nogent-le-Rotrou, Mme Buttet, son amie, demande à Linguet le Système de la nature qu’elle approuve sans réserves. A Pontivy, l’avocat Guépin et le négociant Brélivet refusent de tapisser leurs maisons au passage de la procession de la Fête-Dieu ; il leur en coûte dix livres d’amende.
Le mépris ou l’indifférence du dimanche se répandent ; du moins l’appât du gain est plus fort que le respect religieux et la crainte de la police. Les ordonnances se multiplient. A Caen, une sentence de police interdit à deux fermiers et à tous autres de travailler les jours de fête et les dimanches et notamment pendant le service divin. « Ce manquement n’est malheureusement que trop fréquent. » A Saint-André-de-Fontenay, un cabaretier, « homme sans religion », donne à boire pendant le service divin. Une autre fois, à Caen également, le procureur du roi doit interdire de faire négoce et de tenir boutiques ouvertes le dimanche. Ordonnances analogues,
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condamnations à Moulins, à Rambervilliers. Il y a pis : à Ainay-le-Château, scandale par une troupe de jeunes gens qui non seulement « ne faisaient que causer pendant tout le temps des offices divins, mais y commettaient même des irrévérences ». A Saint-André-de-Fontenay, pendant la messe, on joue aux quilles et on se livre « à des danses baladoires et scandaleuses ».
Il est plus difficile de suivre directement la diffusion des idées sociales et politiques libérales dans la classe moyenne, car elle nous a laissé peu de témoignages personnels de ses lectures et de ses impatiences. p.338 A Largentière, en 1787, un consul demande, au nom du droit naturel, que le peuple ait autant de conseillers que la noblesse et la bourgeoisie au conseil municipal. De tels faits sont rares. Mais les témoignages indirects abondent. « Dans la plupart des provinces », nous dit de Véri (vers 1775), se manifestent avec les progrès des idées nouvelles des « germes républicaines ». Il y a des salons « littéraires » qui, souvent, se piquent de philosophie et de libéralisme. A Caen, salons de Mme de Vauquelin de Vrigny, de Mme de Saint-Julien, du marquis de Manneville ; à Mayenne, salon de Mme de Clinchamps ; à Agen, quatre salons « artistiques et littéraires ». On peut suivre aussi bien la vente des livres interdits, dont nous avons parlé, l’activité des académies et sociétés littéraires, l’enseignement des collèges, les journaux provinciaux dont nous parlerons. Notons aussi le succès de certaines pièces que la province ose jouer avant Paris ou qu’elle accueille avec autant d’enthousiasme que Paris. La fureur du théâtre de société tourne les têtes dans la province, à Tours, à Clermont, Dijon, Autun, Guise, Poitiers, Saint-Dizier, Avignon, Nîmes, Orange et ailleurs
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assurément. A Quintin, en Bretagne, l’avocat Fleury monte, en trois ans, soixante-trois pièces. On donne des pièces qui flétrissent le fanatisme. Tandis que l’Ericie de Dubois-Fontanelle est sévèrement interdite à Paris, on la joue à Toulouse dès 1769. « Cette fois, écrit La Beaumelle, le fanatisme n’a pu l’emporter sur la raison. Les moines sont au désespoir. Je sais bon gré aux Toulousains d’avoir été les premiers à applaudir cette pièce. » L’Année littéraire avoue, en 1770, qu’on représente Ericie « dans quelques provinces et toutes les fois qu’on la donne elle attire un concours nombreux de spectateurs ». On la joue à Bordeaux, en 1772, à Orléans, en 1775, à Reims, en 1786. L’Olympie de Voltaire est représentée à Dijon, en 1772, à Bordeaux, en 1775, à Rouen, en 1785. Son Mahomet est donné plusieurs fois à Bordeaux, en 1775 et années suivantes, et à Rouen, en 1787 ; ses Lois de Minos se jouent quatre fois à Bordeaux, en 1773-1774. La Veuve du Malabar paraît à Chartres, en 1784, et dix-neuf fois à Bordeaux, de 1780 à 1787. On joue Les Druides, en 1786, à Orléans, et quatre fois à Bordeaux, en 1784, etc., etc. ; on joue aussi bien des pièces où l’on p.339 cherche des allusions politiques et celles où elles s’étalent. L’innocente Partie de chasse d’Henri IV de Collé est interdite à Paris, à plusieurs reprises, parce que les Parisiens comparent la royauté paternelle d’Henri IV à celle de Louis XV ou même de Louis XVI qu’ils jugent despotique. A Rouen, l’autorisation est refusée en 1767 ; mais on donne la pièce à Nantes en 1775, à Lyon en 1783, même au collège de Niort en 1786. On la jouera sept fois à Bordeaux en 1788-1789. En 1787, les jurats tentent vainement d’empêcher la représentation du Guillaume Tell de Lemierre,
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dont les spectateurs font une revendication du peuple contre les tyrans.
Surtout Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro trouvent en province des succès retentissants. Le Barbier de Séville qu’on joue à Dijon, en 1774 et 1779, à Cambrai en 1777, quelque quatre-vingts fois à Bordeaux de 1775 à 1787, dans un salon à Avignon, en 1779, se contente d’égratigner avec discrétion quelques préjugés sociaux ou religieux. On sait que Le Mariage de Figaro les bafoue avec insolence. Or, la province admire Le Mariage. A Lyon, il est « attendu avec impatience », et on le joue les 5, 6, 9 et 13 juillet 1785. A Douai, en 1786, les comédiens l’annoncent, mais n’osent pas le représenter. Par contre, il est joué à Quimper en 1784, à Orléans en 1785, à Bourg en 1786, à Rouen en 1785 et 1786, à Dijon en 1785, à Nancy, où il est accueilli avec une « fureur merveilleuse », cinq fois à Bordeaux en 1788. A Lille, on le donne en 1785 et la censure se borne à faire sauter un passage dans le compte rendu de la Feuille des Flandres.
Il faut joindre à tous ces documents les témoignages qui signalent les progrès de l’esprit philosophique, pour s’en réjouir ou s’en plaindre, sans nous dire s’il s’agit d’une philosophie irréligieuse, sociale ou politique. Mercier prétend démontrer l’influence de Paris sur la province ; Delandine est convaincu qu’on est aussi cultivé ici que là. Ils s’en félicitent. La Feuille hebdomadaire pour la province d’Auvergne s’en afflige au contraire, en 1780 ; elle se plaint que « l’exemple de Paris avec lequel les provinces ont malheureusement aujourd’hui trop de communication répande une émulation funeste » ; on est devenu
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« raisonneur ». Les Lyonnais sont poussés par le « besoin d’apprendre ». La ville d’Alais était, vers 1750 ou 1760, p.340 fort ignorante ; mais vers 1770, elle commence à se transformer : « On s’est avisé d’avoir des livres, de se donner un semblant de bibliothèque, un vernis de littérature. » Il n’est pas douteux que ce vernis est souvent philosophique et qu’il y a dans les bibliothèques les livres les plus audacieux. Nous avons montré que la police doit surveiller le commerce des livres prohibés aussi soigneusement en province qu’à Paris. A Nîmes, « se vendent une foule de livres pernicieux dans lesquels la religion et l’État ne sont point respectés ». On y saisit, de 1772 à 1776, Le Cousin de Mahomet, La Pucelle, Les Bijoux indiscrets, Jean Hennuyer, etc. ; à Bordeaux, La Gazette de Cythère ou Histoire secrète de la comtesse du Barry ; à Rennes, en 1777, Les Inconvénients des droits féodaux ; à Agen, on trouve chez le libraire Bosc quarante-six ouvrages non autorisés parmi lesquels La Noblesse oisive, les Lettres persanes, Zadig ; une autre fois, on saisit L’Ombre de Louis XV au tribunal de Minos. A Brest, on vend Le Système de la nature, L’Antiquité dévoilée, L’Homme avec ses facultés ou le livre de l’Esprit mis à la portée de tous les lecteurs. A Lyon, les livres défendus sont fournis par le libraire Giroud. Pratiquement, les oeuvres de Voltaire, de Rousseau, l’Encyclopédie se vendent librement. Les annonces des journaux provinciaux nous en donneront la preuve. Il y en a d’autres. Nous avons vu que l’archevêque de Vienne, les évêques de Strasbourg et d’Amiens doivent défendre de souscrire à l’édition de Kehl de Voltaire. Mais, à Amiens, le corps de ville proteste énergiquement contre le mandement de l’évêque. On trouve
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Voltaire et Rousseau chez les bourgeois de Montauban et chez ceux de Pontivy. Un projet de réédition de l’Encyclopédie, par le libraire Pellet de Genève, trouve cinq cents souscripteurs à Lyon. Les documents de police prouvent que les acheteurs des livres prohibés, en province, sont souvent des notaires, des avocats, des fonctionnaires. En fait, dans la bibliothèque de C.-A. Regnault, agent de change à Lyon, mort en 1780, on trouve quarante-quatre volumes de dévotion, mais aussi quarante volumes de Voltaire, treize de Rousseau, l’Encyclopédie, Raynal. Chez un curé breton, en 1786, il y a l’Encyclopédie, les oeuvres de Voltaire et de Buffon ; l’abbé Déméré, curé de Meung, a l’Encyclopédie ; Nicolas Motin, à Nevers, en 1783, a quatre mille volumes p.341 dont l’Encyclopédie, l’Esprit des lois, plusieurs collections des oeuvres de Voltaire. L’abbé Lapauze, curé de Bonzac-en-Galgan (près de Bordeaux), très pauvre, achète pourtant cinq cent quarante volumes, dont l’Encyclopédie. A Alençon, vers 1780, Desgenettes emploie ses six semaines de vacances à lire, jour et nuit, ce qu’il peut « rassembler d’ouvrages philosophiques ».
IV. — Les académies provinciales, les sociétés littéraires, les cours publics, les bibliothèques
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Malgré leur nombre, tous ces témoignages pourraient être des témoignages dispersés ; un texte, dix textes, cent textes même risquent toujours de nous faire prendre non pas des exceptions pour la règle, mais de petites minorités pour des sortes de majorités. Même en 1780, la France est complexe et il est malaisé d’établir avec précision les tendances ou dominantes
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ou puissantes de l’esprit provincial. Heureusement tous nos documents sont confirmés par l’histoire des académies provinciales, des sociétés littéraires qu’on peut appeler libres, des cours publics, des bibliothèques publiques. Leur multiplication soudaine et rapide, leur esprit montrent, avec certitude, la diffusion générale d’une très vive curiosité intellectuelle, le besoin de s’informer, de discuter et, par voie de conséquence inévitable, même en l’absence de preuves directes, la connaissance donc l’influence des livres nouveaux, des livres à la mode, c’est-à-dire des oeuvres philosophiques. Ce sont les classes moyennes dont l’histoire s’éclaire ainsi. La noblesse, le clergé font partie, souvent, des académies provinciales et parfois des sociétés littéraires. Rien ne les empêche de suivre les cours publics. Mais il est facile de voir que les classes moyennes jouent un rôle important dans les académies, qu’elles dominent et le plus souvent sont seules dans les sociétés et qu’elles forment nécessairement presque tout le public des cours et surtout des bibliothèques.
Il se fonde peu d’académies nouvelles après 1770. Il en existe dans presque toutes les villes importantes avant cette date, et peut-être les trouve-t-on un peu démodées et timorées. Une société d’agriculture, sciences et arts est fondée à Agen en 1776 (qui ne sera p.342 d’ailleurs autorisée qu’en 1788) ; une académie des sciences, arts et belles-lettres à Orléans en 1781 ; une société académique à Bayeux, en 1784 (dont font partie Vicq d’Azyr, Jussieu, Buffon). Ces académies nouvelles et les anciennes plus encore font toujours une assez large place aux belles-lettres qui ne sont pas philosophiques. On continue à y lire
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des poésies fugitives, des idylles, des odes, des discours sur de vagues moralités. Ce sont toujours, à certains égards, des académies de beaux-esprits, des sociétés d’éloquence. Quelques-uns disent même, sans ménagement, des académies de bavards. Perreau, Brissot, Montbarrey s’affligent de leur multiplication qui multiplie les « bavardages » et les « écrivailleurs ». Mais c’est déjà un signe des temps que l’on proteste ; et tout le monde n’est pas de leur avis. Dupont de Jumeaux se félicite, à Bordeaux, que les académies se substituent aux universités « qui sont vieilles et qui ont tous les défauts et les vices de l’âge ». Latapie qui assiste à une séance de la société académique d’Agen en est fort satisfait : « Tout cela annonce une fermentation de connaissances, et c’est beaucoup pour une ville où l’on savait à peine lire il y a quarante ans. »
Les faits ne leur donnent pas tort. Les académies continuent à s’occuper très activement des problèmes scientifiques et surtout des problèmes de sciences pratiques : économie rurale et domestique, hygiène, commerce, industrie sont constamment les sujets des mémoires, discussions, concours. Rien n’a changé de ce que nous avons étudié dans la période de 1748-1770 ; et il suffit d’y renvoyer. Mais la curiosité et l’audace philosophiques se précisent singulièrement. Une étude sur L’Esprit des lois à l’académie d’Arras, en 1786, un Eloge de Montesquieu mis au concours par l’académie de Bordeaux, en 1782, pouvaient ne pas tirer à conséquence. Mais l’académie de La Rochelle propose, en 1780, un Eloge de J.-J. Rousseau que le ministère se croit obligé d’interdire. C’était sans doute parce que l’académie était
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philosophe, parce qu’on y avait lu, en 1776, un discours démontrant « que rien ne contribue plus au bonheur que l’étude de la philosophie », et en 1780 une Ode sur la philosophie. L’académie se rattrape en couronnant, en 1786, une ode sur la mort de J.-J. Rousseau qui paraît, dit l’Année littéraire, « inspirée par le fanatisme plus que par le génie ». Autre éloge de Rousseau p.343 à l’académie d’Amiens, en 1778 ; la même année à l’académie d’Agen :
O Jean-Jacques ! ô grand homme ! ombre chère et sacrée !
Et la même académie publie, en 1787, un Précis historique sur les États généraux. Aux Jeux floraux de Toulouse, l’éloge de Rousseau est donné comme sujet de prix ; des prêtres concourent, escamotent les réserves de doctrine et exaltent en périodes lyriques l’oeuvre du grand homme. Raynal fonde deux prix littéraires à l’académie de Lyon qui lui fait, le 29 août 1780, une réception triomphale : « L’affluence était si considérable qu’on fut obligé, au moment même d’ouvrir la séance, de la transporter dans la grande salle de l’Hôtel de ville. » L’académie de Rouen est beaucoup plus circonspecte et s’en tient à des sujets inoffensifs. Elle donne cependant, comme sujet de prix en 1783 : « Quels sont les moyens de porter l’Encyclopédie au plus haut degré de perfection. » Quant à l’académie de Nancy, elle est, si l’on en croit l’abbé Ferlet, la complice avouée des philo-sophes ; n’a-t-il pas envoyé le discours qu’on a jugé le meilleur ; mais on l’a « exclu du concours, sous prétexte qu’il attaquait avec trop de vivacité quelques encyclopédistes ». Montbarrey avait donc quelques raisons d’affirmer que « les productions des académies détruisent à la fois les moeurs et la religion ».
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Les raisons se précisent si l’on envisage, dans le détail, leur attitude vis-à-vis des problèmes religieux, politiques et sociaux. Assurément beaucoup d’académies restent fort respectueuses ou tout au moins prudentes. Celle de Montauban donne, en 1777, comme sujet de prix : « Le zèle de Louis XVI pour la religion et les bonnes moeurs. » Celle de Besançon demande d’« établir la liaison intime de la religion et de l’ordre social ». Aucune académie ne se risque à discuter de la religion dans l’esprit de Voltaire ou même de Rousseau ou de Delisle de Sales. Elles y auraient d’ailleurs gagné d’être immédiatement dissoutes. Mais il y en a au moins une pour proposer un éloge de Bayle, c’est-à-dire de l’esprit critique et sceptique : ce sont les Jeux floraux, en 1772. Le duc de la Vrillière lui écrit pour l’inviter à choisir un autre sujet. Elle s’incline. Mais elle se venge en faisant lire une biographie de Bayle ; et l’interdiction fait p.344 une manière de scandale dont Grimm, Voltaire et même les prudentes Affiches de province se sont fait l’écho : « L’éloge, impriment lesdites Affiches, pourrait se trouver fait en disant : Qu’il a formé l’esprit de ce siècle et toute la philosophie de nos jours. Des raisons que l’on devine aisément lui ont fait abandonner cet éloge ; elle propose celui de saint Exupère, évêque de Toulouse. » On devine que ce n’était pas le seul respect qui faisait passer l’académie de Bayle à saint Exupère.
Même réserve, sincère peut-être, mais dans tous les cas nécessaire, à l’égard des questions proprement politiques. Le sujet des Jeux floraux, en 1784, est : « La grandeur et l’importance de la révolution qui vient de s’opérer dans l’Amérique septentrionale », mais c’est un thème que l’autorité
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n’a jamais voulu interdire. A Besançon, on demande « si le patriotisme est égal dans les monarchies à celui des républiques » ; mais c’est un sujet que Montesquieu avait traité sans être républicain. Babeuf propose à l’académie d’Arras un sujet de concours sur l’état d’un peuple vivant dans une organisation communiste ; mais l’académie fait la sourde oreille. Les académiciens de Lyon défendent à plusieurs reprises la cause de l’instruction du peuple, « l’esprit social » et « citoyen » ; ils écoutent, en 1787, un Essai sur l’état de nature par l’abbé Jacquet ; qui n’est d’ailleurs qu’une reprise « sensible » et moralisante des Discours de Rousseau. A l’aca-démie d’Agen, Hébard lira une dissertation sur « l’influence de la philosophie sur la Révolution » ; mais c’est en mai 1789. Par contre, les académies se rattrapent en se plongeant dans l’examen de toutes sortes de problèmes sociaux qui ne sont pas exactement politiques, mais d’où l’on peut glisser si aisément à la politique qu’il arrive à l’autorité d’intervenir. L’académie de Châlons est parmi les plus hardies et ses récompenses sont parmi les plus enviées. De 1776 à 1783, elle demande : « Quel est le meilleur plan d’éducation pour le peuple ? — Quels sont les remèdes à la mendicité ? — Quels sont les moyens les moins onéreux à l’État et au peuple de conserver et d’entretenir les grands chemins ? — Quelles pourraient être en France les lois pénales les moins sévères ? — Quelles sont les réparations à donner aux accusés reconnus innocents ? — Un plan p.345 d’éducation pour les collèges. — Un plan d’éducation pour les femmes. — Un plan d’éducation pour les collèges. » L’académie prend, à l’occasion, des précautions. En demandant quel serait le
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meilleur plan d’éducation pour le peuple, elle précise que « tout système qui porterait atteinte au respect dû à la religion et au gouvernement serait rejeté ». Mais ses préférences vont, parfois, aux concurrents les plus hardis. Brissot est couronné deux fois. Le ministère s’alarme, défend l’impression des mémoires, transige d’abord puis impose une interdiction définitive d’imprimer, en 1784. A Orléans, la Société royale d’agriculture ne s’en tient pas à la culture des terres ou à l’élevage du bétail. Elle discute constamment de graves problèmes économiques : l’ouvrage de Condillac sur « le commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre » ; un mémoire de Letrosne sur « l’intérêt social par rapport à la valeur, à la circulation, à l’industrie et au commerce intérieur et extérieur » ; la procédure criminelle ; la mendicité ; le roman économique Mizrim du marquis de Mirabeau ; l’Administration des finances de Necker ; les corvées. La Société royale de Metz renie ouvertement, en 1787, par la plume de Roederer, le vieil idéal littéraire et académique : « Elle aspire plus à l’utilité qu’à l’éclat, aux progrès de la sagesse publique et de la raison générale qu’à la gloire des lettres ; elle propose des objets d’utilité publique à éclaircir plutôt que des vérités éclair-cies à embellir, à animer. » En fait, c’est bien le programme qu’elle suit depuis un certain nombre d’années. De 1775 à 1785, par exemple, mémoires sur la liberté du commerce des grains, sur les corvées, sur la législation, sur l’abolition des peines infamantes, sur les réparations dues aux accusés reconnus innocents. Robespierre et Lacretelle sont lauréats du concours proposant de discuter l’infamie attachée aux parents d’un
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criminel. La société suit avec tant de hardiesse les idées nouvelles qu’en 1788 elle discutera de la convocation prochaine aux États généraux, et, en 1789, de la députation aux États. A l’académie de Rouen, de 1781 à 1788, mémoires sur la nature des peines, sur la procédure criminelle, sur la noblesse commerçante, sur l’abolition du droit coutumier. A Agen, Bordeaux, Angers, Arras, Dijon, les hardiesses semblent moindres ou nous p.346 sommes moins bien renseignés. Mais nous trouvons pourtant une discussion sur les sociétés « connues sous le nom de politiques », d’autres sur les bâtards ou la jurisprudence criminelle (par Robespierre), sur la peine de mort, sur l’esclavage, sur les corvées, les enfants trouvés, les fermes de grande ou de petite étendue, etc.
Il n’est donc pas douteux que l’évolution de ces académies s’est continuée et précipitée. De littéraires et académiques elles sont devenues « économiques » et scientifiques et même timidement philosophiques. Puis, à partir de 1770, elles suivent, avec plus ou moins de prudence, « le torrent » ; elles osent témoigner, même contre l’autorité, d’une certaine indépendance de pensée ; elles ont des curiosités qui menacent de changements graves l’état social traditionnel. Toutefois, elles suivent le courant, elles ne le devancent pas, elles le grossissent peu. Elles restent, dans leur ensemble, des milieux fermés, assez étroits. Elles comptent peu de membres et la plupart sont de gros ou petits privilégiés. Malgré la publicité des séances publiques, des concours, des mémoires imprimés, elles n’intéressent guère qu’une élite de noblesse provinciale, de gens de robe, de gros bourgeois et de gens en mal de littérature et de
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gloire académique. C’est pour cela que, de 1770 à 1787, elles sont débordées. Toutes sortes de gens qu’elles dédaignent ou qu’elles ignorent voudraient lire, raisonner, discuter. Or, on a bien peu d’espoir ou pas du tout, le plus souvent, d’être un des quarante, ou des cinquante, ou des soixante. Et l’on croit cependant avoir son mot à dire ou son renseignement à prendre sur des problèmes que l’autorité n’est plus capable d’enfouir dans l’ombre. C’est pourquoi l’on voit se fonder tant de sociétés et chambres littéraires ou de lecture dont l’histoire est encore beaucoup plus significative que celle des académies.
Leur naissance s’explique d’ailleurs, en partie, comme la prospérité des académies, par l’irrémédiable et profonde décadence des universités de province 1. L’enseignement de ces universités aurait pu devenir, plus ou moins, ce qu’il a été au XIXe siècle, l’initiation de la jeunesse cultivée et même d’une partie du grand public aux p.347 formes les plus hautes et les plus neuves des recherches de l’esprit. Mais les universités du XVIIIe siècle se sont enfoncées dans une routine où elles ont perdu toute intelligence. Elles n’ont plus été que des machines à distribuer ou à vendre des diplômes nécessaires. Elles ont été méprisées. Elles sont avant tout d’ailleurs des universités de théologie, de droit, de médecine. Les facultés de théologie sont violemment intolérantes et c’était, si l’on veut, leur droit ; mais ce droit, qui poursuivait la Théorie de la terre de Buffon ou le Bélisaire de Marmontel, fut tenu presque universellement pour une sottise. Dans les facultés de droit ou de médecine, on se
1 Ouvrage de référence générale : L. Liard, L’Enseignement supérieur en France (574).
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tient obstinément aux traditions scolastiques les plus usées ; ces vieilleries sont enseignées par des professeurs qui se déchirent dans d’obscures et féroces querelles. Souvent même ils ont perdu toute conscience. La vente des diplômes, donnés, moyennant finance, après une vague comédie d’examen, n’était pas nouvelle. Perrault et ses amis n’avaient eu, à la fin du XVIIe siècle, qu’à payer pour avoir le leur. Mais il semble bien que le mal se soit répandu, aggravé. Sous Louis XV, la faculté de médecine de Montpellier a la réputation de recevoir tous les candidats. La Mettrie va chercher ses grades de médecin à Reims parce qu’on les obtient en quelques mois et pour quelques centaines de livres. A la faculté d’Angers il suffit de payer douze francs l’une les réponses aux questions posées aux candidats en droit. A Reims, quand Brissot, Danton, Roland veulent obtenir leurs diplômes de droit, ils n’ont qu’à tirer leur bourse. La faculté des arts de Bourges fait un trafic « énorme » de lettres de maîtrise ès arts. Elle en vend jusqu’à Caen, à Mantes où le principal du collège a payé le sien vingt-deux livres dix-huit sols. Les cahiers de doléances de 1789 se feront l’écho de ces abus. Aussi, de discrédit en discrédit, les universités sont tombées peu à peu dans la plus obscure indigence. Ici, il n’y a pas la cinquantième partie des étudiants qui suivent les cours ; là, la faculté de théologie n’a ni écoles, ni salles ; là, la bibliothèque des professeurs de la faculté de droit ne contient que le Corpus juris civilis ; ailleurs, les professeurs bâclent ou suppriment leurs cours publics et les remplacent par des cours privés, payants.
p.348 Pour faire oublier cette décadence des facultés traditionnelles, les facultés des arts, qui correspondaient à nos
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facultés des lettres et des sciences, auraient pu s’ouvrir aux progrès de la physique, de la chimie, de l’histoire naturelle, de l’histoire, de l’érudition. Il y a bien quelques tentatives. A Caen, il y a des chaires d’histoire, géographie, chronologie, physique expérimentale ; à Douai, d’hébreu, grec, histoire, mathématiques ; à Montpellier de physique expérimentale et de chimie ; à Nancy, d’histoire et géographie, mathématiques, physique ; à Nantes, de physique ; à Perpignan, de philosophie, de physique expérimentale et mathématiques. Strasbourg a un véritable enseignement supérieur : philosophie, droit naturel, histoire, grec, hébreu, logique et métaphysique, mathématiques, physique expérimentale. Mais c’est peu pour les vingt-deux universités. Et il est possible, ou même probable, que les enseignements donnés dans ces cours ont été souvent ou médiocres ou mauvais. A Perpignan, par exemple, la faculté des arts est tout à fait négligée après 1762 ; on supprime à peu près la morale, la métaphysique et la physique expérimentale bien que, dans un accès de zèle, on eût acheté pour près de cinq mille livres de machines. Nous sommes fort bien renseignés sur l’esprit de ces facultés des arts par les sujets donnés aux concours d’agrégation, organisés de 1766 à 1791 pour améliorer le recrutement des maîtres : discours latin, vers latins, explications latine et grecque ; pas d’épreuve de français ; en philosophie, c’est à peine si (sauf à Strasbourg) on semble connaître parfois Mariotte, Pascal, Gassendi, Newton, Huyghens.
On alla donc chercher ailleurs, c’est-à-dire dans les sociétés littéraires ou de lecture, dans les cours privés, dans les bibliothèques publiques, ce qu’on ne pouvait pas trouver à
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l’université. Académies, sociétés académiques, sociétés littéraires, chambres de société, chambres de lecture tendent souvent d’ailleurs à se rapprocher. Il y a toutes sortes d’intermédiaires entre l’académie, société officielle ayant reçu ses lettres patentes, et la chambre de lecture, simple cabinet de lecture payant, ouvert par un libraire : la société académique, qui n’est qu’officieusement autorisée, singe l’Académie, la société littéraire singe la société académique ; des chambres de lecture sont à la fois société littéraire et cabinet de lecture. Nos classifications p.349 sont donc parfois arbitraires ; vraies à une date, elles le sont moins à une autre. Mais elles restent utiles et exactes dans leur ensemble.
L’idée de sociétés littéraires qui groupent des gens cultivés désireux de se retrouver, de causer et usant librement de ce droit de conversation sans prendre avis de l’autorité, ne date pas de 1770. Un certain nombre des académies provinciales ont d’abord été des sociétés littéraires. C’est le cas pour la société littéraire de Châlons, fondée en 1753 ; pour celle d’Arras, fondée en 1736, date à laquelle elle n’était qu’une société de lecture ; pour celle de Clermont-Ferrand, fondée en 1747, etc. En 1753, on organise à Besançon une société littéraire militaire. Mais il y eut aussi de plus modestes tentatives où nulle ambition académique n’apparaît. Telles cette société littéraire des « virtuoses » d’Alais, en 1735, dont la virtuosité s’exerce sur la littérature et sur les sciences ; la société littéraire des Bons Amis, fondée à Reims en 1749 ; la société littéraire du Tripot, fondée à Milhaud en 1751, où l’on se réunit pour lire les journaux et les « meilleurs ouvrages du temps » ; la société
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littéraire de Laval qui se réunit en 1755 pour donner « le goût des nouvelles, de l’histoire et des belles-lettres ». Mais la plupart de ces sociétés sont prématurées et leur existence est obscure et éphémère. Les virtuoses d’Alais disparaissent ; les Bons Amis de Reims ne vécurent pas plus d’un an, etc. Les temps n’étaient pas encore venus. Mais après 1760 et surtout après 1770, c’est comme une fièvre de sociétés 1 : 1759 : Société des philathènes de Metz. — 1763 : Société littéraire allemande à Strasbourg ; Société du jardin Berset à Laval (succédant à une première société qui semble n’avoir été qu’un cercle pour passer le temps). — 1765 : cercle littéraire de Mayenne, appelé aussi cercle des capucins ou cercle du Calvaire ou la Société. — 1767 : société de philosophie et des belles-lettres fondée par les étudiants et professeurs de Strasbourg. — 1770 : chambre de société à Bayeux (qui deviendra la Société académique) où l’on vient pour causer, lire, s’amuser aux jeux de société. — 1773 : société académique de Cherbourg (fondée en 1755, mais dont l’existence était restée obscure) ; société littéraire de Grenoble (qui n’aura ses lettres patentes p.350 qu’en 1780). — 1774 : société littéraire à Carentan. — 1774 : société patriotique de Bretagne (ébauchée en 1769). — 1775 : société de lecture à Mulhouse (qui deviendra société patriotique en 1780) ; société littéraire d’Agen ; société académique de Villefranche. — 1776 : société littéraire de Roye. — 1778 : société littéraire de Lyon. — 1779 : société des Parisiens à Clermont-Ferrand ; société politique et littéraire de Saint-Antonin. — 1780 : société littéraire de Périgueux qui compte une cinquantaine de membres et se
1 Quelques-unes de ces dates sont approximatives.
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propose de fonder une bibliothèque publique. — 1780 : deux chambres littéraires à Saint-Brieuc ; une au Havre ; une à Rennes ; une à Moulins qui s’appelle le Logopanthée ; une société littéraire à Grenoble (qui n’aura son privilège qu’en 1788) ; une autre à Boulogne-sur-Mer. — 1782 : société littéraire à Castres. — 1783 : société littéraire d’émulation à Bourg. — 1784 : société littéraire à Valence ; une autre à Mortain ; société des Philalèthes à Lille, fondée « à l’imitation du Musée de Paris ». — 1786 : société L’Amitié littéraire à Dun-kerque. — 1787 : société encyclopédique de Toulouse. — 1788 : société patriotique à Dijon ; le Musée, société littéraire et patriotique à Villefranche-de-Lauraguais. Il s’est fondé également des sociétés au Havre, à Bergerac, Aurillac, Rodez, etc. Les Affiches de Dijon ne se trompaient donc pas lorsqu’elles disaient en 1787 : « On voit dans presque toutes les villes du royaume des sociétés de cette nature qui se sont formées à l’instar des clubs, licés [sic], salon des arts, société olympique et surtout société philanthropique qui sont à Paris d’une ressource si agréable pour la classe choisie des citoyens de tous les états. »
Nous sommes peu ou pas renseignés, assez souvent, sur l’activité de ces sociétés. Quand nous le sommes, nous apprenons parfois qu’elle n’a rien de philosophique. Les sujets des mémoires et lectures de la société des Philalèthes de Lille, malgré ses origines maçonniques, sont ou purement scientifiques et économiques, ou tout à fait incolores. La société littéraire de Roye est fondée par douze personnes qui sont de la même famille ou qui sont des amis. On se réunit à dîner une fois par
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semaine (d’où le nom de société des dînants) ; on lit de la prose et des vers ; on fonde des prix littéraires, on crée les Affiches, annonces et avis divers de la ville de Roye ; p.351 on joue des pièces de théâtre ; mais on s’en tient, semble-t-il, aux « belles-lettres » sans aller jusqu’à la « philosophie ». Les statuts de la société littéraire de Valence stipulent que « les questions théolo-giques et les discussions de jurisprudence ne sont point admises, non plus que les petites pièces de poésie ». La société de Saint-Antonin se dit « politique et littéraire », mais cette politique devait être fort prudente si l’on en juge par une pièce de vers qui commente les statuts :
Entre nous jamais de débats,
Sur les affaires de l’État.
......................
Gardons entre le molinisme
Et le scrupuleux jansénisme
Une exacte neutralité.
On a souvent commenté les desseins de la Société patriotique bretonne pour y chercher l’esprit plus ou moins inconscient de la Révolution. Mais ce n’était guère qu’une comédie de titres sonores et de formules pompeuses dont il n’est pas sûr que tous les membres étaient dupes. L’honnête recteur de Sazeau devenait, dans la chapelle du château de Keralier, premier pontife du Temple de la Patrie ; les moines du couvent de Bernon étaient chantres et aumôniers ordinaires du Temple. Les membres de la société, du moins les membres d’honneur, étaient répartis dans la tribu des vertus (vertus héroïques, vertus publiques, vertus privées) et la tribu des talents (talents
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sublimes, talents utiles, talents agréables). Toutes ces vertus et tous ces talents pouvaient, même en vénérant le Temple de la Patrie, servir Dieu et le roi aussi bien que le peuple et la révolution. Aussi la devise était-elle : « Pour Dieu, pour le Roi et pour la Patrie. »
Pourtant beaucoup de nos sociétés littéraires ont été des occasions de raisonner sur toutes sortes de problèmes où l’on était bien forcé soit de suivre les philosophes, soit au moins de les discuter. Il arrive même que ces sociétés ne font pas mystère de leurs intentions. A la société littéraire d’Agen les statuts prévoient qu’il n’y aura pas de préséances, pas de rang — qu’on achètera des journaux et gazettes — on se propose d’offrir aux principaux citoyens « les p.352 moyens de s’instruire, d’orner leur esprit et de raisonner pertinemment des affaires de l’Europe par la lecture des meilleurs journaux politiques et littéraires ». On finit même par appeler cette société « la Politique ». « Son seul défaut, c’est qu’elle est devenue tant soit peu pétaudière et qu’il faut y essuyer des raisonnements et des conjectures politiques des plus ridicules. » Or, dès la fondation, elle compte plus de cent membres, avocats, négociants, conseillers, chanoines, curés, écuyers, notaires, etc. Elle est autorisée par l’intendant. A un moment donné, tout le monde peut entrer et lire, même sans payer la cotisation de six livres par an. La société littéraire de Castres est fondée « pour y goûter les plaisirs d’une conversation aussi agréable que décente », mais aussi « pour lire les divers périodiques, politiques ou littéraires, pour s’y entretenir des nouveautés et y apprendre les principaux événements de l’Europe ». On ajoute qu’« il est défendu
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d’insulter le gouvernement et Dieu » ; mais discuter n’est pas insulter. De fait les gros bourgeois, fonctionnaires, magistrats, industriels, négociants qui composent la société reçoivent une douzaine de journaux où il n’y a pas l’Année littéraire et où il y a le Journal encyclopédique. A la Société du jardin Berset, à Laval, on va jouer aux cartes ou aux boules, mais aussi « s’entretenir des belles-lettres, des nouvelles publiques, lire les gazettes, les journaux, les mercures et cultiver l’esprit par des conversations sérieuses et agréables » ; on achète les Gazettes de France et de Hollande, le Journal de Verdun, le Mercure, le Journal encyclopédique. En 1786, il y a plus de quatre-vingts sociétaires.
Pour d’autres sociétés les intentions ne sont pas aussi nettement exprimées. Mais leur activité ou les propos des contemporains prouvent clairement qu’on y raisonnait sur les affaires du gouvernement et sur celles de Dieu. A la société de Mulhouse, on reçoit le Journal encyclopédique ; on achète l’Encyclopédie, Buffon ; Meister lit un mémoire sur le fanatisme religieux ; à la Société encyclopédique de Toulouse, six comités pour les six jours de la semaine ; celui du mercredi est un comité civique et économique. Au cercle littéraire du Havre, on reçoit les gazettes, des publications philosophiques ; on y élabore des plans de réformes, des projets et mémoires que le corps de ville et les commerçants adressent à Louis XVI et p.353 à Turgot. A Saint-Brieuc, il y a deux chambres littéraires, l’une pour la noblesse, les chanoines, les gros commerçants, l’autre pour la bourgeoisie ; et dans celle-ci on parle politique, réforme des abus, égalité devant l’impôt. A la chambre littéraire de Rennes, en 1780, les associés sont invités à « communiquer à la
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société, au moins dans les assemblées ordinaires, leurs idées et réflexions relatives aux différents objets du bien public ». Nous sommes fort bien renseignés sur les travaux de la société littéraire de Lyon et sur ceux de la Société des philathènes à Metz. Évidemment les « belles-lettres » prennent à Lyon une place importante, et même les belles-lettres qui nous ramènent au temps du Sonnet à la princesse Uranie : stances sur le don de ses cheveux à trois dames, bouquet à Henriette, remerciements à une dame qui avait envoyé à l’auteur un pot d’opiat pour ses gencives, contes, chansons, etc. ; mais on s’y occupe aussi beaucoup d’histoire, de sciences ; on y aborde l’économie politique. Béraud y attaque en 1778 le fanatisme « dégouttant de sang » ; L.-S. Mercier y lit un discours qui devait paraître en tête de cet An 2240 que la censure interdira : « Jusqu’à quel point l’esprit philosophique peut-il influer sur la législation ? » La société de Lyon n’en reste pas moins plus littéraire que philosophique. Mais il n’en est pas de même de la Société des philathènes de Metz. Fondée en 1759, elle se tient tout de suite au courant des oeuvres les plus audacieuses des encyclopédistes. De 1763 à 1771, on trouve parmi ses travaux : Examen du livre de l’Esprit. — Jugement sur le livre intitulé : De la Nature [de Robinet]. — Analyse du Contrat social. — Remarques sur l’article Gouvernement du Dictionnaire encyclopédique. — Définition de la liberté. — Sur le Discours préliminaire de l’Encyclopédie. — Réflexions sur l’esprit philosophique. — Questions philosophiques. — Entretiens entre Voltaire et J.-J. Rousseau. — Analyse des Eléments de philosophie de d’Alembert. — Distinction entre le droit naturel, le droit public et le droit des
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gens. — Ode sur l’établissement des chaires de mathématiques et de philosophie à Nancy. — Sur l’origine de la seigneurie féodale universelle. — Essai sur le traité de la puissance de Locke. — Du système de Boulainvilliers. Sans doute nous ne connaissons pas les conclusions de ces examens et jugements. Il est certain qu’ils ne p.354 devaient pas approuver ni Helvétius ni même Robinet. Mais ils prouvent qu’on les lisait, qu’on prenait la peine de les discuter. On n’était pas d’accord avec tous les philosophes mais on goûtait la philosophie et une philosophie faite de curiosités nouvelles.
Il faut joindre à ces sociétés littéraires les chambres de société, chambres de lecture qui sont d’ailleurs de type différent, dont les unes ne sont guère que des cercles ouverts, plus ou moins, à quiconque paye la cotisation, dont les autres évoluent vers la société littéraire plus ou moins fermée. Elles sont nombreuses, surtout après 1770 et, plus encore, à la veille de la Révolution : 1759 : première chambre de lecture à Nantes, puis une deuxième vers la même date. Elles ont pour objet « la lecture des nouvelles et autres ouvrages périodiques ». On négocie avec le libraire Marie au sujet de son appartement « où se lisent actuellement les nouvelles » ; l’une est située rue Basse-du-Château et l’autre rue [actuelle] J.-J. Rousseau. La première est fondée par cent vingt-cinq des « principaux négociants ». En 1793, il y aura à Nantes six chambres de lecture possédant plus de trois mille volumes. — 1760 : association à Bourg « pour faire venir tous les journaux quelconques ». — 1762 : cabinet de lecture chez le libraire Réguillat où l’on trouve le Journal encyclopédique. — Vers 1765,
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à Coutances, salon « le Trictrac » où on lit les papiers publics. — 1768 : chambre de lecture de Boulogne-sur-Mer, où on lit « gazettes et papiers français, anglais et hollandais, différents journaux, mercures et autres ouvrages périodiques » ; société de lecture à Colmar (plus une « tabagie littéraire »). — 1770 : chambre de société à Bayeux, « pour trouver un honnête délassement... dans la lecture des nouvelles littéraires et politiques ». — 1775 : ouverture d’un cabinet littéraire à Niort, chez Pierre Elies, imprimeur ; chambre littéraire des arts et des sciences à Rennes (où il y aura aussi une chambre littéraire de la noblesse). 1781 : cabinet de lecture ; cercle de lecture chez M. Delglat à Lyon, où l’on reçoit le Journal encyclopédique ; chez le sieur Labalte, libraire à Chartres, où on lit les Gazettes ; vers 1781, il y a également des chambres de lecture à Quimper et Saint-Malo. — 1782 : fondation d’un cabinet littéraire, à Pau, par le libraire Despax. — 1783 : chambre de lecture à Saint-Gilles--sur-Vic, petite paroisse du Bas-Poitou ; dix-huit fondateurs, nobles, p.355 prêtres, officiers, bourgeois (et un sous-officier) qui s’interdisent ce qui serait « contraire à la décence, aux moeurs, à la religion », mais payent dix-huit livres (quelque deux cent cinquante francs de notre monnaie) pour s’abonner à une demi-douzaine de journaux et écoutent des discours qui sont exactement dans le ton de la philosophie à la mode : « O sensibilité délicieuse ! attrait chéri de l’union ! sentiment doux qui unit les époux, les familles, les concitoyens... puisses-tu faire de nous autant de philosophes sensibles... La philosophie, débarrassée des sophismes métaphysiques et vains, n’est plus enfin que ce qu’elle dut toujours être : la sensibilité réglée par la
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raison... » — 1785 : chambre littéraire en la maison du sieur Hubert, à Bourges ; douze livres d’entrée et vingt-quatre livres par an. A cette date il y a des chambres analogues à Morlaix, Troyes, Auxerre. Au Mans, société du jardin de la rue Saint-Vincent qui comprend des hommes « de différents états » ; un louis d’entrée, un louis par an ; on y joue au billard et jeux de société ; on y lit les nouvelles et papiers publics. — 1786 : fondation à Nice d’un casino où l’on peut lire les papiers publics. — 1787 : les règlements généraux de la société de Moulins organisent des salles de lecture avec les journaux, des salles de conversation, etc. Enfin, sans qu’on puisse préciser de date, nous savons qu’il y a une chambre littéraire à Machecoul ; à Clermont « une salle à lecture » chez M. Beauvert, libraire, avec plusieurs journaux et périodiques ; un cabinet de lecture chez Laurent Fournier, à Auxerre ; à Metz, un cabinet littéraire où tout le monde est admis « pour lire ou causer, moyennant quatre sous par jour » ; au Havre, cinquante particuliers « sans nom parmi les gens de lettres » ont loué une chambre pour des jeux, des repas, la franc-maçonnerie et la lecture des papiers publics. Le baron de Breteuil et le comte de Saint-Priest interdisent l’établissement de deux chambres de lecture à Saint-Brieuc et d’une à Saint-Pol-de-Léon.
Ces chambres de lecture, comme les particuliers, trouvent des commodités dans les « bureaux de correspondance » qui relient Paris et la province. En 1766, divers bureaux indépendants se réunissent en un « Bureau royal de correspondance générale », compagnie Michel-Jouve, dont le bureau central est place des Victoires, p.356 qui s’occupe de
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procès, affaires d’argent, affaires commerciales, etc., et aussi d’achats et envois de livres. En 1773, Luneau de Boisgermain organise un « abonnement littéraire servant pour la province à l’expédition par la poste de tous les livres brochés et autres nou-veautés littéraires... au prix auquel chaque article sera vendu publiquement chez les différents libraires de Paris ». En 1789, il y a à Boulogne-sur-Mer un bureau de l’abonnement littéraire. Et en 1785, M. Georgelin publie des « Vues patriotiques sur l’établissement en Bretagne et dans toute la France d’une académie encyclopédique et populaire... » où il prévoit des bureaux de correspondance dans chaque ville et même dans chaque paroisse.
Les clubs et les cafés ont sans doute joué un rôle dans la préparation de l’esprit révolutionnaire, mais ils ont eu encore beaucoup moins d’importance qu’à Paris. C’est vers 1770 que les premiers cafés s’ouvrent dans les villes moyennes ou petites (le premier est établi à Clamecy en 1769 ; il y en a deux à Angers vers 1770, un seul à Reims vers 1789) ; mais nous n’avons aucune raison de croire qu’ils étaient le rendez-vous de philosophes ou de discoureurs politiques. On donne à certaines réunions le nom de clubs, après 1780. « Ce petit Club, puisque ce mot est de mode », disent les Affiches du Poitou, en 1786. Il y a à Dole, disent les Affiches de Dijon, en 1787, « plusieurs salons ou clubs, qui procurent une société intéressante ». La société mesmérienne de Bergerac est transformée (1787) en « société, chambre, club ou cercle tel qu’il plaira de le nommer ». Il y a aussi des « clubs de nouvellistes » à Bordeaux. Mais ce n’était assurément qu’un mot qui n’avait pas en lui-
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même plus de portée que celui de chambre, ou même de société, de salon ou de cercle. Et rien ne semble y annoncer, sinon le hasard du nom, les clubs révolutionnaires.
On en peut dire tout autant de l’ensemble de ces académies, sociétés littéraires, chambres de lecture. On a tenté d’y retrouver les origines directes des sociétés et clubs qui ont pris peu à peu la direction de la Révolution. Ce seraient les mêmes raisonneurs qui auraient d’abord raisonné philosophiquement et discrètement dans ces groupements autorisés ou tolérés, puis plus hardiment en 1788-1789, puis avec décision et brutalité dans les Sociétés des amis p.357 de la Constitution, clubs patriotiques et groupements de toutes sortes en 1789. Avant toute enquête, il est certain qu’il doit y avoir une part de vérité. Qui s’assemble pour lire, raisonner, discuter est plus préparé à raisonner sur les États généraux, puis sur la Constitution, puis sur la République que le petit bourgeois silencieux occupé avant tout des affaires de sa famille et de son commerce. Et, poussés par les événements, les raisonneurs hardis doivent prendre peu à peu le pas sur les raisonneurs timorés. Nous avons montré d’autre part que, dans la plupart de ces sociétés, on ne craignait pas les idées neuves. Pourtant une enquête étendue limite singulièrement cette part de vérité. Il se fonde, en 1790, une société littéraire des Amis de la Constitution à Cherbourg, une autre sous le même titre à Coutances, un club littéraire et patriotique à Limoges. Mais rien ne prouve qu’il s’agisse d’un simple changement de nom d’une société qui n’était auparavant que littéraire et dont nous ne saurions rien. Rien ne prouve même que « littéraire et patriotique » signifie déjà « liberté,
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égalité, fraternité ou la mort ». Il y a sans doute des faits plus significatifs. La plupart des membres de la société mesmérienne de Bergerac (1786), qui devient société littéraire en 1787, entrent dans la société des Amis de la Constitution. Les sociétés des Amis de la Constitution de Castres, Montauban, Moulins, Saint-Antonin sont des transformations directes des sociétés littéraires et comprennent à peu près les mêmes membres. En Bretagne surtout, il y a certainement une liaison assez étroite entre l’activité des sociétés littéraires, à partir de 1788, et les premières manifestations hardies de l’esprit révolutionnaire. Mais, même à Rennes, il faut faire une large place à l’esprit d’indépendance, puis de résistance et de rébellion des associations d’étudiants en droit qui deviennent en 1789 association des « jeunes citoyens et étudiants en droit », ou sim-plement des « jeunes gens ». C’est tout autre chose que les sociétés littéraires recrutées surtout parmi les gens d’âge mûr. Surtout une demi-douzaine d’exemples sont peu de choses parmi la cinquantaine de sociétés littéraires ou chambres de lecture que nous avons signalées. En réalité, il en est de ces chambres et sociétés comme des académies ou sociétés académiques et comme des loges maçonniques que nous étudierons. La plupart — jusqu’à preuve du p.358 contraire — disparaissent ou entrent en sommeil après 1789. Presque tous ces groupements ont certainement préparé la Révolution, mais sans le vouloir, sans s’en douter, en suivant simplement les chemins où la pensée française s’était engagée. Ils ont été organisés, fréquentés par des hommes qui, au lieu de se contenter de vivre et d’accepter, ont voulu lire, comprendre,
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discuter. Dans la France de cette époque, c’était inévitablement prendre une conscience plus claire des misères et des abus, désirer des réformes ; puis désirer, préparer, précipiter cette assemblée de réformes, les États généraux, qui allait déclencher la Révolution.
Parallèlement à ces sociétés se développent les bibliothèques publiques et les cours publics qui témoignent du même désir de s’instruire et de réfléchir. En province comme à Paris, il existe des bibliothèques ouvertes au public dans la première moitié du XVIIIe siècle. F. d’Aligre en fonde une à Provins dès 1681. Une bibliothèque de quatre mille cinq cents volumes léguée par F. Ronssin est ouverte au public à Meaux en 1714 ; soixante ans plus tard, elle comprenait treize mille volumes. La bibliothèque du chapitre de Saint-Pierre est ouverte au public, à Lille, en 1726. Un legs de J. Ponteau permet de mettre une bibliothèque à la disposition des paroissiens de la Trinité, à Laval, en 1727. A Caen, la bibliothèque de l’université est ouverte au public, le mardi et le vendredi, en 1731. La même année, il y avait une bibliothèque publique, sans doute rudimentaire, à Lyon. En 1740, la bibliothèque de l’académie de Bordeaux est ouverte au public, trois fois par semaine. De 1750 à 1760, on trouve la bibliothèque du collège des Godrans, à Dijon, ouverte quatre fois par semaine ; la bibliothèque des Oratoriens à Nantes, ouverte en 1753 et qui, en 1779, demandera deux douzaines de chaises pour les « amateurs qui se présentent » ; la bibliothèque fondée par Stanislas à Nancy. En 1763, le bureau d’administration du collège de Lyon délibère au sujet de l’établissement d’une biblio-thèque publique au collège Notre-Dame ; on l’ouvre en 1767
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ainsi que celle du collège de la Trinité ; la bibliothèque léguée par Adamoli à l’académie des sciences sera rendue publique en 1777. Mais c’est surtout après 1770 que le nombre de ces bibliothèques se multiplie : 1771 : fondation d’une bibliothèque municipale à Niort par p.359 le curé Bion. — 1773 : acte d’établissement de la bibliothèque publique de Langres. On demande à Diderot son portrait et ses ouvrages ; on sollicite Marivetz, Pahin de La Blancherie, l’abbé Duvoisin, Philpin de Piepape d’envoyer leurs oeuvres. Puis M. Voinchet de Versailles donne un exemplaire de l’Encyclopédie, qu’on fait relier et pour lequel on achète une armoire. En 1781, don du buste de Diderot par Houdon qu’on inaugure avec banquet et discours. En 1773 également, le conseil de ville de Reims propose une souscription pour acheter la bibliothèque de M. de La Salle et en faire une bibliothèque publique. A Grenoble, achat de la bibliothèque de l’évêque (trente-trois mille volumes) qu’on ouvre au public quatre fois par semaine, de huit heures trente à midi et de quatorze heures trente à dix-huit heures. En 1785, le duc d’Orléans et Monsieur donneront à la bibliothèque chacun six mille volumes. Vers la même année, l’académie des sciences de Bordeaux ouvre sa bibliothèque au public. Nicolas Beaujon lui léguera ses livres en 1786. — 1776 : le legs d’un conseiller au parlement de Toulouse permet aux Cordeliers d’ouvrir leur bibliothèque ; on va en ouvrir une autre à l’archevêché. A la même date la bibliothèque de Carpentras est publique, tous les jours, sauf le jeudi, matin et soir. — 1779 : ouverture au public de la bibliothèque du collège de Pamiers. — 1780 : on donne à la bibliothèque publique de Grenoble ses lettres patentes ; elle aura
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jusqu’à trois mille six cent quarante livres de revenu (quelque cinquante mille francs de notre monnaie). Une société se fonde à Périgueux pour organiser une bibliothèque publique ; et la tenta-tive réussit. — 1782 : l’académie de Rouen ouvre sa bibliothèque au public. — 1783 : ouverture d’une bibliothèque pour les étudiants en droit de Poitiers ; les Affiches du Poitou insèrent un Discours sur les avantages des bibliothèques publiques. — 1784 : l’académie de La Rochelle ouvre sa bibliothèque ; des amateurs fondent à Valence une bibliothèque publique. — Avant la Révolution, il y a à Vesoul, à Troyes, une bibliothèque publique. A Verdun, dans la bibliothèque des Prémontrés « se rassemblent habituellement des savants pleins de mérite » ; on y trouve « presque tous les ouvrages prohibés par le despotisme ou mis à l’Index par la cour de Rome » ; p.360 c’est à Verdun que La Gorse lit Boulanger, Helvétius, Mably, Fréret, peut-être dans cette bibliothèque qu’il fréquentait. Enfin La France littéraire de 1784 énumère des bibliothèques publiques à Abbeville, Besançon, Mortain, trois à Orléans, deux à Rouen, à Saint-Orner, Saint-Quentin, Sens, deux à Strasbourg, à Valognes.
Il se fonde également de nombreux cours publics. Presque toujours ce sont des cours de science où la « philosophie » n’a pas à intervenir directement. Nous en avons signalé un grand nombre dans notre étude sur Les Sciences de la nature en France au XVIIIe siècle. Il y en a d’autres. Vers 1760-1770, cours de chimie et de botanique à Angers, de physique à Dijon que Bertrand fait avec un grand succès ; de physique expérimentale à Verdun (1768-1774) ; de philosophie et mathématiques à Orléans ; écoles gratuites de chirurgie et
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mathématiques à Rennes. De 1770 à la Révolution, école gra-tuite de mathématiques et de dessin à Reims (1772) ; cours d’électricité à Angers (1773), de physique expérimentale à Rodez (1775), de physique à Caen (1776), de chimie (1777) et de physique expérimentale (1778) à Grenoble, d’anatomie et de chimie (ce dernier public et gratuit) à Metz (1779), de mathématiques à Châlons-sur-Marne (1780), de chimie à Amiens (1780), de chimie à Reims par Pilâtre de Rozier (1780), de physique et histoire naturelle à Bourg (1786), de chimie, de physique expérimentale à Lille, Verdun, etc. Les sociétés d’émulation, fondées à Reims vers 1760 et au moins projetées à Bordeaux (1776), sont encore des sociétés de sciences pratiques et « humanitaires ». Mais l’esprit philosophique nouveau joue un rôle plus important dans les sortes de petites universités libres qu’organisent certaines académies et dans les musées et lycées organisés sur le modèle des Musées et du Lycée de Paris. L’académie de Dijon, à partir de 1773, crée des cours de chimie, médecine, botanique, astronomie, anatomie ; en 1788, les États leur accordent une subvention de trois mille livres. En 1782, l’académie d’Orléans donne des cours de physiologie, minéralogie, électricité. Le musée de Bordeaux, fondé en 1783, a cent cinquante-cinq membres en 1787 ; on y trouve un salon de lecture avec les journaux et gazettes ; on y donne des cours de mathématiques, astronomie, p.361 géométrie, optique, physique, chimie, anatomie, géographie, littérature, grec, latin, allemand, anglais, etc. Son esprit est très certainement aussi hardi ou plus hardi que celui du Musée de Paris. Il prend, en 1787, la devise Liberté, Egalité. Le lycée ou salon des arts de Lyon est ouvert,
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en 1786, avec l’appui du Journal de Lyon. Le prix de souscription va de quarante-huit à cent vingt livres par famille, selon le nombre de ses membres (six cents à mille huit cents francs de notre monnaie). Il y a des concerts, des expositions, un cabinet de lecture ouvert de neuf heures à vingt et une heures, où l’on trouve seize journaux (dont le Journal encyclopédique), des cours de langue française, médecine, anglais, italien, physique expérimentale. Au musée de Toulouse, fondé en 1788, on fait de la musique, on lit des discours et dissertations.
La conclusion la plus simple et la plus claire de toutes ces énumérations nous sera donnée par Doray de Longrais dans son roman Faustin ou le siècle philosophe : « Nous avons des écoles de province, des journaux et des magazines (dont nous allons parler), des bibliothèques et des recueils, des gazettes politiques, littéraires, économiques, de médecine, de théâtre, des almanachs et des portefeuilles, des encyclopédies et des dictionnaires de sciences, des lexiques et des annales, des instituts de philanthropie et de prédication, des écoles d’arts et de métiers, des écoles d’humanités, des écoles de droit, des collèges suivant l’ordonnance, des muséums, des lycées, des journaux et des romans pour le peuple, des livres élémentaires et pédagogiques, des sociétés économiques, patriotiques, littéraires, typographiques, des cabinets de lecture, des biblio-thèques de lecture, des clubs, des caveaux, des tabagies politiques et littéraires, etc. » Doray de Longrais s’en afflige. Il trouve que c’est bien du temps et du papier perdus à penser dangereusement et sottement. Il ne songe pas du reste à y chercher les brandons qui peuvent allumer une révolution.
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Comme la plupart de ses contemporains, il pense seulement que les affaires de chacun et celles de l’État n’en iront pas mieux. Et il est certain que la plupart de ces fondations et institutions ne sont pas turbulentes, au moins jusqu’en 1787, et que peu le deviendront vraiment par la suite. Mais tout de même p.362 Doray de Longrais a raison : rien que par leur nombre, par l’accrois-sement rapide de leur nombre en une quinzaine d’années, elles sont un signe des temps. De plus en plus les Français de la province veulent s’instruire, savoir. Il était inévitable que tôt ou tard, plus ou moins hardiment, ils voulussent s’instruire des raisons pour lesquelles les affaires marchaient mal et tendissent l’oreille à ceux qui prétendaient les leur donner. C’est en ce sens que, des plus respectueuses aux plus audacieuses, toutes ces créations préparent l’esprit révolutionnaire. Nous en trouverons de nouvelles preuves en étudiant l’enseignement et les journaux.
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CHAPITRE V
ENQUÊTES INDIRECTES : L’ENSEIGNEMENT 1
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p.363 Pour comprendre l’influence de l’enseignement sur la diffusion des idées nouvelles, il faut d’abord débrouiller quelques problèmes. Taine et d’autres ont dit que les collèges de l’ancien régime avaient préparé la Révolution simplement parce qu’ils existaient et qu’ils étaient de plus en plus prospères. Comme on n’y enseignait que la rhétorique, on ne pouvait, en en sortant, que vivre de ses rentes, entrer à l’armée ou dans les ordres, faire sa médecine ou son droit. Les seuls moyens d’existence auxquels les collèges préparaient les jeunes gens sans fortune étaient les charges publiques, les métiers de médecin ou d’homme de loi. Mais les charges publiques s’achetaient ou étaient devenues pratiquement héréditaires. Si bien qu’on vit se multiplier les médecins sans clients et les avocats sans cause. Intelligents, cultivés ou, ce qui est pis, persuadés qu’ils l’étaient, ils devaient s’en prendre à l’ordre social de leurs misères et appeler de tous leurs voeux une Révolution qui leur permettrait d’exercer leurs talents. Or, il y avait plus de soixante-douze mille élèves dans les collèges en 1789 ; c’était, inévitablement, un immense « prolétariat intellectuel » prêt, au nom des idées, à toutes les aventures. Il y avait peut-être soixante-douze mille élèves bien que nous n’ayons trouvé nulle part la justification de ce chiffre avancé, sans preuves, p.364 par Villemain en 1843. Il y
1 Ouvrage de référence générale : A. Sicard, op. cit., (615 et 616).
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avait sûrement un « prolétariat intellectuel » ; il n’est pas douteux que les avocats et hommes de loi étaient beaucoup trop nombreux et que, souvent, malgré leur rapacité, ils arrivaient tout juste à gagner l’intérêt de la somme qu’ils avaient donnée pour leur charge. Mais là n’est pas la question. Peu importe qu’il y ait eu soixante-douze mille collégiens en 1789, s’il y en avait cent mille ou même soixante-douze mille cent ans plus tôt. Ce qui importe c’est non pas le chiffre, mais l’augmentation du chiffre ; ce n’est pas le prolétariat, mais son accroissement et son accroissement par la faute des collèges. Or, il n’existe aucune statistique comparative générale et il n’y a, croyons-nous, aucun moyen de l’établir. Mais tous les documents précis que nous possédons prouvent que, vers la fin du XVIIIe siècle, le nombre des élèves des collèges avait tendance à diminuer.
Pour quelques-uns, les chiffres sont stationnaires ou en progression. Stationnaires à Louis-le-Grand, à Pontoise (55 en 1763, 48 en 1783), au collège de Clermont, à Montbéliard, à Chinon (150 en 1772, 150 en 1790), à Neufchâteau ; progression aux collèges de Rennes (3 000 vers 1700 et 4 000 vers 1761), de Châlons (126 en 1771, 215 en 1784), de Belley (85 en 1772, 176 en 1789), de Sorèze (220 en 1767, 400 en 1789). Mais les collèges en décadence sont beaucoup plus nombreux : Chinon (150 en 1766, 108 en 1783) ; Le Mans (409 en 1760, 295 en 1781) ; Angoulême (450 en 1720, 250 en 1761, 61 en 1783, 30 en 1789) ; La Flèche (2 099 élèves en 1626, 550 en 1761, 486 en 1787) ; Riom (qui passe de 800 à 300) ; Troyes (400 vers 1680, 250 vers 1780) ; Amiens (1400 à 1 500 vers 1629, de 350 à 450 vers 1780) ; à Reims, collège des
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Bons-Enfants (487 en 1709, 345 en 1783) ; à Bourges (800 à 900 élèves vers 1762, 155 en 1786) ; à Rouen (1000 vers 1764, 800 en 1789) ; collège de Léon (400 vers 1730, 235 en 1762) ; Saint-Sever (300 en 1590, 40 en 1789) ; Dax (50 de 1701 à 1760, puis moins de 40). La décadence n’est pas moins certaine et profonde dans d’autres collèges, bien que nous n’ayons pas de chiffres aussi précis, à Pau où le collège devient « désert » ; à Saint-Clément-de-Nantes qui, de 1 100 à 1200 élèves, en 1669, tombe dans un « délabrement » et « délaissement » complets vers 1786 ; au collège de Bellac, suspendu par « dépérissement » de 1779 p.365 à 1784 ; à Grenoble où l’on ne trouve, vers 1780, que 73 élèves, où « l’on compte aujourd’hui à peine autant d’écoliers... qu’il y en avait autrefois dans une seule classe » ; au collège de Guyenne à Bordeaux, où le nombre des élèves diminue sans cesse parce qu’on estime que « le système suranné des études classiques commençait à ne plus répondre aux besoins de la société moderne » ; à Poitiers, où l’on se plaint, en 1782, au corps de ville, de la décadence du collège. Et les plaintes sont les mêmes à Châtellerault, Sedan, Charleville, Compiègne, Autun, Verdun, Guéret, Abbeville, Montpellier, Péronne, Pamiers, Tulle. Bref la détresse des collèges est si universelle et si grande qu’un arrêté du Parlement interdit, en 1784, aux maîtres de pension d’instruire leurs pensionnaires chez eux, même s’ils sont maîtres ès arts, et leur prescrit de les envoyer au collège. Et les cahiers du clergé de Paris, en 1789, se déclarent convaincus de la ruine des collèges de province « autrefois si florissants... on récuse dix, vingt témoins, on ne récuse pas la France entière » !
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Pour un certain nombre de ces collèges le dépérissement alla jusqu’à la mort. C’est au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle qu’il y eut, jusque dans les plus humbles bourgs, une sorte de vertige scolaire. Tout ce qui prétendait au nom de ville, c’est-à-dire tout ce qui réunissait un millier d’habitants, eut l’ambition d’avoir son collège. Souvent l’ambition se borna à en donner le titre à l’école du lieu et l’on voyait des collèges qui n’avaient que deux ou trois maîtres ou même un seul. Mais, si humbles qu’ils fussent, ils coûtaient encore trop cher et, souvent, il fallut les supprimer. A Pontivy, le collège disparaît en 1714 ; on le remplace par une école où il y a trois régents en 1724, deux en 1740, un seul en 1780. A Ploërmel, le collège, fondé en 1690, résiste jusque vers 1775 ; mais on se contente ensuite d’un maître qui enseigne l’écriture, l’arithmétique et le latin. Un édit de 1763, sur les collèges ne dépendant pas des universités, constate la multiplicité de ces collèges, « l’obscurité et l’indigence de revenus de grand nombre d’entre eux » et prescrit de les réunir à des collèges plus florissants ou de les supprimer. C’est ainsi que l’on supprime ou réunit les collèges du Cloutier (à Caen, dès 1731), d’Armentières, Montreuil-Bellay, Fougeray, Loroux-Bottereau, Vallet (tous les trois dans le comté nantais), d’Ensisheim (près Colmar), p.366 Saint-Nicolas-de-Guisont, de Thiers (rétabli vers 1785), d’Aire, Béthune, Hesdin, etc.
Le plus souvent les plaintes expliquent la décadence matérielle des collèges par leur décadence morale. C’est la médiocrité des maîtres et la maladresse des programmes qui auraient été cause du discrédit. Les récriminations sont si amères et si générales qu’on ordonna des enquêtes et que
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certains cahiers de 1789 s’en font l’écho. Elles sont certainement en partie fondées. Le renvoi des Jésuites en 1762 et la suppression de plus de cent collèges organisés par eux avaient créé dans beaucoup de villes de graves difficultés. Il fallait trouver de l’argent et il fallait trouver des maîtres ; on s’en tint, bien souvent, à ce qu’on trouvait, c’est-à-dire au médiocre. A l’esprit de discipline des Jésuites, se substituèrent souvent les rivalités et les chicanes les plus mesquines et les plus féroces. L’âme des petites villes, vaniteuse et tracassière, pénétra dans les collèges. Au collège d’Auxerre, par exemple, une bataille frénétique s’engage entre les « Latins » ou « Jésuites » et les « Grecs » ou « Jansénistes » ; en 1773, le bailliage condamne les Grecs aux galères pour « propos criminels aux élèves contre la personne sacrée du roi, discours séditieux contre l’autorité royale et l’honneur des ministres et magistrats » ; ils n’eurent que le temps de s’enfuir, pour faire appel et obtenir l’annulation du jugement. Toutefois, il ne faut pas attacher à ces plaintes une importance excessive. Quelle que soit l’organisation de l’enseignement, on peut réunir, à toutes les époques, les juge-ments les plus pessimistes dénonçant la perversion totale des esprits et la ruine imminente de la pensée et des moeurs. En fait, nous verrons qu’il y a eu, dans l’enseignement, un effort très net de renouvellement. Malgré sa décadence relative, il a conservé certainement une action profonde.
Il garde d’abord tout son prestige, sinon pour ce qu’il est, du moins pour ce qu’il devrait être. Pour la bourgeoisie du XVIIIe siècle, les succès scolaires sont des victoires qui couvrent de gloire l’élève, sa famille et même la cité qui l’a vu naître. La
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solennité de la distribution des prix, dans nos lycées et collèges, n’est plus qu’un pâle reflet des cérémonies d’antan, exercices publics, ou remise des prix. A Autun, en 1788, il y a trois évêques. A Eu, le duc de Penthièvre p.367 et les comtes d’Eu sont souvent présents. Au collège de Magnac-Laval c’est le maréchal duc de Laval qui préside et fait subir les examens publics. La pose de la première pierre du collège de Brioude, en 1750, met sur pied toute la ville. Les boutiques sont fermées ; on bat la générale ; on défonce deux poinçons de vin ; on dresse deux amphithéâtres ornés de feuillages et de fleurs ; les deux compagnies des milices bourgeoises viennent prendre les consuls et la députation des habitants ; la fête dure toute la journée. Les succès scolaires de Marmontel sont admirés, commentés par les religieuses, le curé de sa petite ville de Bort. J. Glais, de La Tri-nité, en Bretagne, est « regardé, dit-il, comme un prodige par les habitants de ma petite ville qui venaient, à mon arrivée chez moi, à chaque vacances, contempler les marques de distinction dont J’étais décoré ». A Gimont, Avallon, les consuls, le corps de ville offrent un banquet en l’honneur des lauréats. Les conseillers du bailliage d’Orléans donnent deux médailles d’or pour les prix de physique et de logique. A Chartres, la municipalité offre un prix ; et le maire, les échevins, deux portiers et la musique vont chercher au collège le lauréat. D’ailleurs, presque tous les journaux provinciaux font une large place aux palmarès, programmes et comptes rendus d’exercices publics.
D’autre part, il n’est pas douteux que presque tous les collèges s’ouvraient largement aux écoliers pauvres. Les frais d’études étaient très variables, selon les pays ; ils augmentent
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sensiblement vers 1730 et de plus en plus à mesure que les années passent. Mais on pouvait se tirer d’affaire à bon compte ; et le récit que fait Marmontel de ses années de collège est confirmé par bien des documents. Surtout, dans beaucoup de collèges, l’externat était gratuit. C’était le cas pour les collèges parisiens (depuis 1719), pour un grand nombre de collèges de Jésuites, pour des collèges de ville après le départ des Jésuites, à Poitiers, Moulins, Colmar, Chinon, Amiens, Nevers, Bourges, etc. ; à Baugé, le collège est payant pour les riches, gratuit pour les pauvres. Dans les collèges payants et pour les internats, les bourses étaient nombreuses. Sur cinq mille élèves de l’université de Paris, deux mille étaient externes gratuits et plus de mille internes boursiers. Aux collèges de Remiremont, Epinal et Saint-Dié, il y avait, en 1777, soixante-treize bourses. Mgr de La Marche fait voter six mille livres pour des bourses dans les collèges de la province 1.
Il n’y a donc pas plus d’élèves dans les collèges, pas plus de jeunes gens jetés dans la vie avec des couronnes scolaires incapables de leur faire gagner leur vie. Mais on attache un grand prix aux couronnes scolaires ; les plus humbles peuvent les briguer. Que fallait-il donc apprendre pour les conquérir ? Et ne rencontrait-on pas dans ces études la philosophie du XVIIIe siècle ?
I. — Les programmes d’études
1 Villemain, dans le rapport cité plus haut, déclare que sur 72 747 élèves, 33 422 ne payaient pas que et 7 199 avaient une bourse partielle. D’après Rutlidge (1776) un tiers des élèves des collèges étaient boursiers (452 bis, p. 92).
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Ils ont subi certainement des transformations assez profondes et qui font triompher définitivement les réformes qui s’ébauchent dès la première moitié du XVIIIe siècle et se précisent entre 1750 et 1770. Le latin cesse de régner en maître tyrannique ; on fait au français non pas la plus grande part, mais une part, dans un très grand nombre de collèges. M. Brunot en a donné des preuves abondantes et précises 1. Malgré les résistances de quelques pédagogues qui redoutent les ravages de cet esprit, on croit à la nécessité d’adapter l’enseignement à l’esprit nouveau. La grande enquête, instituée par le Parlement après le renvoi des Jésuites, en recueille le témoignage. On ne se contente pas d’attaquer le privilège du latin, on passe de la théorie à la pratique. Il est probable que, dans presque tous les grands collèges et dans une moitié des petits, il y avait un ensei-gnement du français sanctionné par un prix, en seconde et en rhétorique ou en rhétorique. On explique des auteurs français. Des libraires commencent à vendre comme « livres classiques » les Satires et l’Art poétique de Boileau, J.-B. Rousseau, La Fontaine, etc. Des p.369 mémorialistes, Jacques Lablée, Jullian se souviennent de leurs études de français.
En même temps que le français, la physique, la chimie, l’histoire naturelle, l’histoire, la géographie, les langues étrangères entrent dans l’enseignement. J’en ai donné ailleurs
1 op. cit. (1510), t. VII, 90 et suiv. Notons que l’enquête citée de l’an IX (p. 106) n’est pas rigoureusement exacte. Il y a des prix de français dans des collèges pour lesquels aucune mention n’est faite d’un enseignement du français et dans des collèges non cités.
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des preuves pour l’étude des sciences 1 ; on pourrait les compléter. L’abbé Bérardier achète à ses frais des instruments de physique pour le collège de Quimper ; il les estime, en 1778, 4 500 livres. Pour couvrir les frais du cabinet de physique de Riom, on augmente d’un tiers ou plus la somme que les écoliers doivent payer à leur entrée. Au collège des Godrans, à Dijon, on achète pour 1200 livres d’instruments en 1783, 1 400 livres en 1784, 1 269 livres en 1788. A Bourges, Sigaud de La Fond fait acheter une machine de Magdebourg, une balance hydrostatique, une machine électrique (qui coule 827 livres), etc. Les syndics de la ville accordent 500 livres par an au cabinet de physique du collège de Belley. A Bourg, on transforme la chapelle en salle de physique (1786). Si l’on multiplie par quinze ces dépenses, on voit qu’elles sont fort supérieures aux crédits dont aient jamais disposé la plupart de nos lycées de province. On enseigne avec moins de zèle, mais on enseigne tout de même, dans beaucoup de collèges, ce qu’on commence à appeler des « connaissances modernes » et qu’on oppose aux vieilleries des latiniseurs. M. Brunot l’a montré également. Les programmes, les exercices publics témoignent qu’un peu partout on s’intéresse non seulement aux mathématiques, enseignées depuis assez longtemps, à une histoire et une géographie qui pouvaient se réduire à une chronologie et à une nomenclature, mais aux langues vivantes, à l’histoire locale, au commerce, à une certaine philosophie de l’histoire, à la « critique littéraire », à l’arpentage, à l’agriculture, etc. On va même jusqu’à supprimer le latin de l’enseignement. C’est le cas du collège illustre de
1 Dans mon ouvrage sur Les Sciences de la nature (1557) auquel je renvoie
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Sorèze où l’on peut apprendre la flûte et la fortification sans jamais faire un mot de latin ; cette tentative d’enseignement moderne souleva des protestations véhémentes, mais elle n’est pas la seule. Le plan d’éducation du collège d’Ancenis (vers 1778), annonce qu’on p.370 recevra des élèves qui veulent devenir « militaires, ingénieurs, hommes du monde, littérateurs » et qu’on ne leur apprendra pas de latin. A plus forte raison convenait-il de supprimer le latin dans les écoles militaires, nouvellement fondées, et dont le succès était considérable puisqu’elles avaient près de trois mille élèves ; on ne lui laissa donc qu’une portion congrue ou même on le chassa tout à fait, à la grande indignation de quelques maîtres, mais à la grande satisfaction des élèves 1.
Ajoutons à ces témoignages, à tous ceux que donne M. Brunot, ceux que nous apportent même d’obscurs et minuscules collèges. L’exercice public du collège de Rebais (Ardennes), en 1782, comporte religion, langue française, langue latine, histoire, blason, géographie, allemand, anglais, mathématiques, géométrie, algèbre, mécanique, navigation, fortification, dessin, escrime, musique, danse. Le principal du collège de Villeneuve-le-Roi (Yonne) annonce, en 1781, que « la langue nationale marchera toujours à côté de la langue latine » et qu’on enseignera latin, français, géographie, histoire, mathématiques. En 1783, le collège de Chabeuil, en Dauphiné, donne des cours de latin, français, géographie, histoire, arithmétique, algèbre, géométrie. Les notes de Desaix au collège d’Effiat, en 1781,
pour toutes sortes de documents que je ne reprends pas.
1 Voir supra, p. 209.
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portent sur lecture et écriture, langues latine et française, géographie et histoire, mathématiques, dessin, langue allemande, religion.
Les collèges des universités ou les collèges municipaux étaient liés par de fortes traditions, par les scrupules des maîtres ou de certains parents. Mais au XVIIIe siècle, malgré des édits et décrets restrictifs, enseignait qui voulait. Les maîtres de pension, soit qu’ils s’en tinssent à loger, nourrir et donner des répétitions, soit qu’ils se chargeassent de tout l’enseignement, étaient extrêmement nombreux. Or, ils n’étaient pas des apôtres. Ils voulaient avant tout gagner leur vie le plus largement possible. Ils étaient donc poussés à proposer non pas les programmes qu’ils jugeaient les meilleurs, mais ceux qui avaient le plus de chances de plaire, ceux qui pouvaient séduire les parents. Nous connaissons un certain nombre de ces programmes, on pourrait dire de prospectus, car ils commencent à faire appel p.371 à la publicité des journaux. Beaucoup sont « modernes », s’en van-tent, en laissant entendre que les enfants échapperont chez eux à la routine barbare des collèges ! M. Brunot a cité, outre des maîtres de pension qui enseignent le français et le latin, les pensions de MM. de Longpré et Sautreau à Paris, Félix, à Bordeaux, d’un maître d’Abbeville, du sieur Besnard à Angers qui donnent bien une sorte d’enseignement « encyclopédique » où le latin n’est plus qu’un enseignement parmi les autres. On pourrait allonger la liste. Verdier à Paris, soutenu par d’Alembert, Diderot, Court de Gébelin, met en pratique les méthodes de Locke et de Condillac et son entreprise est prospère, au moins pendant un certain temps. A la pension de M. Duchange à Laon,
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les exercices de 1773 portent sur l’arithmétique, l’algèbre, la géométrie, la sphère, la géographie, l’histoire naturelle ; point de latin. Le prospectus d’une maison d’éducation à la Saussaye, près d’Elbeuf, en 1788, offre latin, allemand, anglais, italien, géographie, astronomie, botanique, histoire, histoire naturelle, philosophie, mathématiques, physique. Gresset, maître de pension à Paris, qui fait de la réclame jusqu’à Bourges, enseigne, en 1785, les langues latine, française, italienne, la géographie, l’histoire, la mythologie, la littérature, les mathématiques, l’histoire naturelle. En 1780, les Affiches de Reims donnent le prospectus d’un collège projeté par Mlle de Saint-Paul où l’on enseignera grammaire, orthographe, élocution française, arithmétique, géométrie, géographie, mythologie, chronologie, histoire universelle, logique, rhétorique, physique, histoire naturelle, grec, latin, italien, espagnol. Les mêmes affiches donnent en 1784 le prospectus d’une « éducation distinguée, tant pour les jeunes gens qu’on destine au latin que pour ceux qui ne veulent pas l’apprendre ». En 1788, un collège privé d’Abbeville, qui rivalise avec le collège municipal, annonce latin, français, italien, histoire, poésie française, géographie, mathématiques, physique, dessin, danse, armes, blason, musique.
Il n’est donc pas douteux qu’un certain esprit moderne souffle sur l’enseignement ; on veut former des cerveaux qui ne ressemblent pas à ceux qu’on façonnait cent ans plus tôt. Ce goût d’éducation moderne favorisait en principe la diffusion de l’esprit philosophique. p.372 Les programmes de certains de ces collèges ou pensions ressemblent, dans une certaine mesure, à
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celui de l’Encyclopédie. Mais, là encore, il faut connaître exactement ce qu’il y a sous les apparences. Pour l’étude entreprise par M. Brunot, les apparences correspondent nécessairement à des réalités. Si l’on enseigne le français et en français dans les collèges, si l’on donne des prix de français, c’est une diffusion certaine du français dans les pays de langue gasconne, provençale, etc. Si l’on enseigne la physique expérimentale, cela suppose une diffusion du langage technique de cette physique. Mais si des programmes nouveaux rendent possible la diffusion de curiosités et d’idées « philosophiques » auxquelles la vieille rhétorique latine était nécessairement fermée, il ne s’en suit pas ni qu’on ait réalisé ce qui devenait possible, ni même qu’on l’ait désiré.
Il y a eu, en effet, de très fortes résistances à toutes les nouveautés de l’enseignement. Dans la théorie pédagogique, les « modernes » l’emportent assurément sur les « anciens » ; ils sont plus nombreux, plus actifs, plus intelligents. Mais les anciens luttent avec une énergie farouche. Les Gosse, les Proyart publient de lourds traités où ils démontrent méthodiquement les bienfaits des vieilles disciplines et les malfaisances des curiosités à la mode. Surtout, ils ont derrière eux, pour les appuyer, la masse de ceux qui n’écrivent pas mais n’en pensent pas moins et tiennent à ne pas changer. Ils ont l’autorité du clergé qui discerne, derrière la pédagogie nouvelle, l’esprit nouveau ; et derrière l’esprit nouveau la philosophie détestée. Comme il faut, le plus souvent, beaucoup moins d’efforts pour continuer que pour transformer, il n’est donc pas étonnant que dans un grand nombre de collèges les
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changements aient été tout à fait superficiels ou nuls. Si beaucoup de collèges font une place assez large à l’enseignement des sciences expérimentales, il ne faut pas oublier que cet enseignement ne se donnait que dans les deux années de philosophie, que ces deux années ne faisaient pas partie du cycle régulier des études, achevé à la rhétorique. Dans les grands ou moyens collèges, une moitié au plus des élèves faisait ces deux années ; dans les petits l’enseignement était souvent supprimé faute d’élèves. Que de collèges d’ailleurs où l’on s’en tenait à la physique systématique, c’est-à-dire au bavardage scolastique des « cahiers » p.373 ou des manuels traditionnels. Pas de sciences expérimentales ni à Eu (en 1779), ni à Dreux ; fort peu à Troyes (où l’on ne dépense pas, en moyenne, plus de cinquante livres par an pour l’achat des appareils) ; rien à Rouen, en 1780, puisqu’on y fait le projet d’un cours, etc. L’enseignement du français est beaucoup plus prospère ; il est effectif et efficace, car il est sanctionné par un prix d’amplification française soit en seconde et rhétorique, soit en rhétorique seulement. Mais là encore, que de collèges enlisés paresseusement dans les plus anciennes routines ! Même si l’on croit que dans un certain nombre des collèges touchés par l’enquête de l’an IX (étudiée par M. Brunot), il pouvait y avoir un enseignement du français sans que l’enquête en ait parlé (comme c’est certainement le cas, nous l’avons dit, pour quelques-uns d’entre eux), il n’en reste pas moins probable que l’enseignement du français n’existait pas dans une moitié des petits collèges. Rien à Mayenne, rien à Tourcoing, Orange, Bayonne (au moins vers 1775), Doué (en Anjou) ; presque rien
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à Verdun, dans les collèges du Doubs, même au collège de Guyenne à Bordeaux, au collège d’Harcourt à Paris. Lorsqu’on discerne un effort pour s’arracher à la routine, il est souvent singulièrement tardif et timide. A Amiens, on interdit encore, en 1777, la soutenance d’une thèse en français ; l’enseignement en français de la physique n’est autorisé qu’en 1783. A Quimper, jusqu’en 1785, les exercices publics ne concernent que le latin et un peu d’histoire et de géographie. Au collège d’Abbeville, en 1779, le discours de distribution des prix est en français, mais les exercices publics connus ne portent que sur les auteurs latins et la rhétorique. Chez les Oratoriens du Mans tous les discours sont en latin. Mêmes timidités à Bourges, Châtellerault, Orléans, etc. Au collège d’Eu, en 1779, on établit des cours de géographie, histoire, mythologie, langue française, mais en dehors des cours réguliers, en les appelant académies et les faisant payer à part. Au collège de Plessis, en 1785, de Norvins et ses camarades lisent encore Bossuet et Fénelon « en fraude ».
Surtout, il existe un témoignage irrécusable du peu d’importance qu’on attachait à ce qui n’était pas ou le vieil enseignement latin, ou le seul enseignement nouveau qui ait vraiment conquis sa place, p.374 le français : ce sont les palmarès des distributions de prix. Nous en possédons un fort grand nombre soit dans les journaux, soit dans les histoires des collèges qui les ont exhumés. Or, ces palmarès s’arrêtent à la rhétorique, la philosophie étant, comme nous l’avons dit, en dehors du cycle des études. On y trouve le plus souvent un prix de français en rhétorique, parfois un prix de français en seconde,
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exceptionnellement un prix de narration française en troisième. Il y a, au Concours général, un prix d’amplification française. Mais jamais un prix d’histoire, de géographie, de langues vivantes... ; les seuls prix sont ceux de latin, de français, de mémoire, de sagesse, d’excellence, quelquefois de grec. La seule exception que nous connaissions est celle du palmarès de Juilly, en 1786 ; il comporte, de la quatrième à la rhétorique, des prix de géographie, d’histoire, de mathématiques (il en était sans doute de même à Sorèze et dans les écoles militaires).
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si toute cette fermentation de réformes peut sembler superficielle et si l’on a beaucoup de mal à trouver quelques traces directes d’une influence philosophique. Il y en a pourtant. Des exercices publics témoignent que l’histoire devient autre chose qu’une chronologie ou le prétexte à sermons moraux. On y discerne une réelle curiosité des moeurs, le goût de réfléchir sur la vie des nations et sur les gouvernements. En 1772, un exercice du collège d’Arras se propose d’établir « que l’étude de l’histoire de France surtout peut seule fixer dans l’esprit de l’avocat les véritables principes de notre gouvernement ». Des exercices du collège de la Trinité à Lyon, de 1776 à 1783, portent sur la géographie, les moeurs des Français, l’histoire naturelle, la rivalité de la France et de l’Angleterre. Sous Louis XVI un exercice du collège de Lisieux porte sur les « nouvelles du temps ». En 1788, les exercices de Bourges traitent de questions politiques et d’économie politique, de Buffon, des événements de la dernière guerre et même... de l’allaitement maternel et du maillot ; à Arras (1774), on expose « les fruits de l’éducation chrétienne et sociale » ; à Troyes
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(1778), « la meilleure forme de gouvernement ». Nous avons même parfois la trace d’enseignements suivis. Au collège de Pau, vers 1776, les Bénédictins exposent, en rhétorique, « ce que tout citoyen, tant soit p.375 peu éclairé, doit savoir des lois civiles ». Au collège de Montbéliard, on étudie, il est vrai, en philosophie, le droit naturel, Pufendorff et Burlamaqui. A Sorèze, à Pontlevoy, on enseigne les institutions et organisations de la France ; à La Flèche, les principes du droit naturel, politique et civil et le P. Corbin, directeur, est l’auteur d’un traité d’éducation civile, morale et religieuse. A Bourges (il est vrai que c’est en 1788), le régent de seconde étudie le droit des sociétés civiles sur les sociétés religieuses, et Lakanal, en rhétorique, les diverses formes des gouvernements.
Ce sont, malgré tout, des indices bien dispersés. Il n’est pas possible d’en tirer des conclusions générales et de croire à des interventions directes et manifestes de l’esprit philosophique. Ni les collèges, ni les pensions privées n’ont contribué consciemment, par leur enseignement, à préparer l’esprit de la Révolution. Mais si leurs programmes, leurs desseins n’ont pas eu d’influence précise, ces collèges ont joué cependant un rôle involontaire et considérable. Les programmes ne sont pas tout. C’est l’esprit des maîtres et celui des élèves qui, très souvent, leur donne leur sens et leur portée. On pouvait fort bien, vers 1780, enseigner l’histoire, le français et même les principes du droit politique dans l’esprit le plus étroit et animer l’étude de Cicéron et des vers latins d’un souffle révolutionnaire. C’est ce qui est certainement arrivé. Tout ce bouillonnement de réformes pédagogiques n’a rien créé de profond (le français même rétro-
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gradera) ; il n’a pas été une cause ; mais il est un symptôme, l’un des symptômes d’une transformation des esprits que d’autres témoignages confirment abondamment.
II. — L’esprit des élèves et des maîtres
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Ils sont certainement touchés par l’irréligion. Chez les élèves, ce n’est, parfois, qu’une sorte de curiosité pour des philosophes dont personne ne pouvait ignorer qu’ils étaient les ennemis de la religion. Desgenettes, au collège du Plessis, vers 1780, lisait les Mélanges de littérature de d’Alembert et la Préface de l’Encyclopédie qu’on lui confisque (d’ailleurs sans le punir). Souvent aussi, et c’est déjà p.376 plus grave, l’irréligion n’est qu’un état d’indifférence, une fermentation de jeunesse, mais si générale et si brutale qu’elle devient un signe des temps. A Juilly, la confession n’est plus, selon Arnault, qu’une « occasion de polissonner... une récréation ». En 1772, le principal du collège de Felletin se plaint de ce que ses élèves ne s’acquittent que « bien imparfaitement du devoir de religion » et que quelques-uns, peut-être, manquent la messe. C’est beaucoup plus grave au collège du Plessis ; en vingt-deux mois, du Veyrier ne se confesse ni ne communie une seule fois. A Caen, en 1778, les écoliers « n’ont plus ni piété ni religion. Au lieu d’assister à la messe, ils vont courir les rues, insultent les passants. » Souvent cette impiété est non plus instinctive, mais raisonnée et proprement philosophique. A Juilly, Malouet prétend appliquer la raison aux choses de la religion comme à toutes les autres ; et c’est pour cela qu’il devient déiste et s’en tient, sans souci des
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dogmes, « à la morale de Fénelon, de Massillon qui est celle de Socrate et de Cicéron ». Au collège de Rennes, du Bois de Bosjouan lit les philosophes, malgré les conseils de son précepteur, et il manque y perdre la foi. Au collège de Grenoble, J.-B. Pollin et ses camarades lisent Montaigne, Montesquieu, Voltaire (et sa Pucelle), l’Esprit d’Helvétius, Mably que d’ailleurs on n’aime pas, le Tableau de Paris et L’An 2440, de Mercier.
Souvent même l’impiété est affichée et arrogante. Chassaignon est interne chez les Jésuites : « Un soupçon de cagoterie, ce crime de lèse-fraternité, m’allait perdre dans l’esprit de mes camarades. Il me fallut donc jouer auprès d’eux un rôle entièrement opposé à mes sentiments ; je prêtai une oreille complaisante à leurs facéties ordurières et à leurs sarcasmes irréligieux ; et quelquefois même, pour échauffer leur enthousiasme en ma faveur, mariant la petite gaieté d’Arouet à l’atroce audace de Vanini, je riais des mômeries d’une religion (gravée dans mon coeur en traits de flamme) bonne pour des femmelettes, des paralytiques ou des moines » ; dans ce collège il n’y aurait eu que « trois imbéciles » qui croyaient en Dieu. Au Concours général de 1784, on propose l’Éloge de Rollin. Vives rumeurs dans la salle. Le sujet « ne signifiait rien. A la bonne heure un Voltaire, un Rousseau, un Raynal, etc., etc. L’Assemblée est devenue p.377 très tumultueuse ; elle a dégénéré en révolte, et il a fallu lever la séance. » Dans les écoles militaires surtout, tout au moins dans certaines d’entre elles, c’était à qui ferait parade de scepticisme et d’insolence. A La Flèche, dit Vaublanc, « nous devenions raisonneurs et dogmatiseurs. Ainsi, d’ignorants latinistes que nous étions, nous
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voilà devenus philosophes imberbes. Nous raisonnions sur la nature de l’homme, sur nos devoirs envers la société et envers nos parents. J’ai entendu là-dessus des raisonnements que je ne pourrais redire. » En 1774, l’abbé Faucher se flatte de mettre ces impies à la raison : « Les élèves ne s’entretenaient plus que de cette courageuse résolution et se préparaient au combat. Dès le premier sermon, les uns dormaient, ronflaient ; les autres criaient : "Young ! Young !" parce qu’ils croyaient reconnaître des imitations de ce sombre auteur anglais... deux cents jeunes gens se moquant ouvertement d’un prédicateur, c’était un vrai scandale ! » A La Fère, s’il n’y eut pas scandale, l’état d’esprit n’était pas fort différent. De Romain, en 1780, à quatorze ans, y fait ses Pâques, mais non sans redouter les plaisanteries de ses camarades. Beaucoup d’entre eux, « si bons enfants du reste », n’avaient pas l’air plus occupés de Dieu et de la religion « que s’ils n’en avaient jamais entendu parler ». C’est « qu’ils avaient déjà lu beaucoup de livres qui les détournaient de la pratiquer ». Les jeunes gens instruits par des précepteurs n’étaient pas eux-mêmes à l’abri de la contagion. Le précepteur du fils de Montbarrey est « indifférent sur les principes de la religion et sur ses pratiques ». Jullian est élevé par l’abbé Gérard, le pieux auteur du Comte de Valmont ou les égarements de la raison. Mais l’abbé Gérard ne lui inspire aucune crainte de s’égarer. Il trouve la clef de la bibliothèque de son père, directeur des domaines, y découvre « les oeuvres de Voltaire, de Rousseau, d’Helvétius, de Diderot, le fameux Système de la nature du baron d’Holbach et une foule d’autres ouvrages qui traitaient des mêmes matières » ; il les dévore, de douze à quatorze ans, et
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les arguments ou sermons du bon abbé ne l’empêchent pas de devenir déiste.
Il n’est donc pas douteux que l’esprit de scepticisme et de discussion, s’il n’a que bien peu pénétré dans les matières d’enseignement, s’est infiltré par mille fissures dans l’esprit des élèves. Il est p.378 tout aussi certain qu’on pouvait trouver chez beaucoup d’élèves un terrain favorable au mécontentement social ou politique. Sans doute ce n’est pas l’esprit philosophique du XVIIIe siècle qui a poussé les « fils du peuple » dans les collèges ; ils n’y étaient certainement pas plus nombreux qu’au XVIIe. Mais ils s’y trouvaient, et en fort grand nombre. « Il n’y a jamais eu tant d’étudiants, écrit La Chalotais, dans un royaume où tout le monde se plaint de la dépopulation ; le peuple même veut étudier ; des laboureurs, des artisans envoient leurs enfants dans les collèges des petites villes. » Guyton de Morveau confirme : « C’est un usage de presque tous les artisans des villes d’envoyer leurs enfants au collège » (il ajoute d’ailleurs « seulement pour passer quelques années et dans le dessein de les retirer après un certain temps »). Ces affirmations générales sont appuyées par des documents précis. En 1767, au collège de Neufchâteau, sur trente-cinq élèves de seconde et de rhétorique, il y a dix-neuf fils de marchands, commerçants, laboureurs, artisans. En Alsace, « le laboureur le moins aisé fait élever ses enfants dans les collèges » ; le cabaretier de Sicrentz est l’oncle du substitut du procureur de Colmar ; des paysans sont neveux, nièces, cousins des présidents et juges de ce tribunal. A Draguignan, il y a de nombreux exemples de fils ou descendants de paysans et ouvriers qui deviennent magistrats,
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fonctionnaires, financiers et même entrent dans la noblesse. Au collège du Mans, dès 1668, sur neuf cents élèves, il y a 8 de fils d’artisans. A Sorèze, en 1772, il y a cent quatre-vingt-quatorze nobles et soixante-dix-sept bourgeois ; et, en 1789, deux tiers de bourgeois. A Louis-le-Grand même, après 1763, il y a une grande proportion de fils d’avocats, procureurs, architectes, épiciers, merciers, limonadiers, menuisiers, maçons, etc. ; souvent les parents sont incapables de signer. L’égalité s’est établie d’ailleurs entre les boursiers et les autres ; ils ne sont plus pauperes, ne portent plus de costume spécial.
Nous connaissons même personnellement un certain nombre de ces écoliers ou étudiants fils de petites gens. Mahérault qui publiera, en 1791, le premier volume d’une Histoire de la Révolution française, est le fils d’un boulanger du Mans ; il commence ses études au collège de la ville, les continue à Louis-le-Grand où il obtient p.379 des accessits au Concours général. Marmontel a conté, sans modestie, mais avec une verve aimable, les triomphes d’économie qui lui permirent de remporter tant de triomphes scolaires aux collèges de Mauriac, de Clermont, puis de Toulouse. J. Géreux, fils d’un paysan de la Hodinière, près Avranches, s’élève moins haut que Marmontel puisqu’il n’arrive qu’à être curé, mais il commence comme lui, au collège d’Avranches, où il paye de trente à cinquante sous par mois au préfet et au régent, logé en ville et nourri en grande partie par les provisions que lui envoie son père. Le père de Beaumarchais sort d’un petit bourg ; il est pourtant instruit ; il écrit bien ; il lit Grandisson. Andrieux et Colin d’Harleville, vers 1780, vont étudier à Paris, et trouvent à vivre moyennant dix-
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huit sous pour le dîner et le souper. Romme, pour étudier la chimie, arrive à Paris, en 1774, avec deux cents livres en poche. Dupont de Nemours, qui s’est brouillé il est vrai avec son père, vend, pour vivre et pour apprendre, tous ses livres (ne conservant que l’Esprit des lois, les Commentaires de César et quatre ouvrages de Rousseau), etc.
Nous ne pouvons connaître que ceux qui ont réussi. Mais il est bien certain que beaucoup de ceux qui quittaient la ferme ou la boutique pour aller étudier, et refusaient d’y revenir, tombaient, en sortant du collège, dans une misère plus ou moins profonde. Rien ne prouve, répétons-le, que ces « déracinés », ces ambitieux déçus étaient sensiblement plus nombreux en 1789 qu’en 1750. Mais ils existaient assurément. Marmontel affirme que « c’était dans cette classe que se formait depuis longtemps cet esprit novateur, contentieux, hardi qui acquérait tous les jours plus de force et plus d’influence ». Mallet du Pan, vers 1785, se plaint que Paris soit rempli « de jeunes gens qui prennent quelque facilité pour du talent, de clercs, commis, avocats, militaires, qui se font auteurs, meurent de faim, mendient même et font des brochures ». Mallet du Pan n’aime pas l’esprit révolutionnaire. Marmontel a appris à le détester. Mais ils ne sont pas seuls de leur avis. Le péril est si réel qu’on réagit parfois. En 1785, la municipalité de Saint-Brieuc décide de refuser des bourses aux enfants des artisans et laboureurs et de les réserver aux enfants des officiers municipaux pauvres. Nous avons même quelques exemples précis de cette roture cultivée et besogneuse. p.380 Dès 1755, Goujet déclarait que, pour une place de bibliothécaire à la bibliothèque du roi, à celle de Saint-
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Victor, à celle du collège Mazarin, il y a cinquante candidats. Les lettres conservées par J.-J. Rousseau lui sont parfois écrites par des fils d’artisans, de laboureurs, Lecointe, La Chapelle, La Neuville qui ont voulu tenter la fortune littéraire à Paris et qui n’y ont trouvé que la misère ou une vie obscure. A Vannes, Glais ne trouve en sortant du collège qu’une place chez un procureur, à six livres par mois ; en donnant des leçons tout le jour, il arrive à gagner soixante livres, qui lui suffisent, il est vrai, pour vivre, lui, sa femme et ses enfants. A Paris, Prieur de la Marne, en plusieurs années, ne gagne pas, comme avocat, mille sept cents francs ; Dulaure mène une vie de bohème affamé. Il est vrai que sa misère tenait peut-être, pour une part, à ses défauts, comme celle de Baculard d’Arnaud et de quelques autres. Dans les environs de Pont-à-Mousson, il y a dix avocats à Bruyères, autant à Darney, Charmes, Lamarche, etc.
Nous n’ajouterons pas : les futurs députés révolutionnaires ont été formés par ces collèges. Il fallait bien qu’ils y fussent pour s’instruire, exception faite pour le petit nombre des députés du Tiers qui n’avaient pas été au collège. La plupart sans doute ne pensaient même pas à une révolution et beaucoup ne s’y occupaient pas de politique. En bonne méthode, il aurait été plus juste de les joindre aux autres, à tous ces petits roturiers intelligents, avides, pauvres et raisonneurs dont nous avons parlé. On peut cependant les grouper, comme l’avenir les groupera. Robespierre, Camille Desmoulins, brillants élèves du collège Louis-le-Grand ; Danton, très bon élève du collège de Troyes ; Buzot lisant avec délices, au collège d’Evreux, Plutarque et Rousseau ; Barbaroux, boursier au collège de l’Oratoire de
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Marseille, étudiant à Paris où il compte, pour vivre, faire durer trois mois cinq ou six louis ; Lombard de Langres au collège de Chaumont où il a pour professeurs le P. Dupont et Manuel, futurs députés ; Carnot qui pendant ses études à l’École militaire devient un pieux déiste et fait le projet d’une visite à Rousseau (qui le reçoit aigrement) ; Saint-Just élève des Oratoriens de Soissons ; Billaud-Varenne que le collège ennuie ; et tant d’autres, Brissot, Couthon, Le Bas, Collot d’Herbois, Pétion, etc. Souvent p.381 même la vie les rapproche sur les mêmes bancs ou sur des bancs voisins : Robespierre, Louvet, Suleau à Louis-le-Grand ; Danton, Bailly, Ludot, Bonnemain, Garnier de l’Aube au collège de Troyes ; Danton, Prieur de la Marne, Condorcet, Couthon, Brissot, Thuriot, Dubois de Crancé, Saint-Just, Pétion, L.-S. Mercier à la faculté de droit de Reims. A Chartres, trois des camarades de Brissot seront révolutionnaires actifs.
Il est impossible de savoir dans quelle mesure les hardiesses de pensée des élèves sont le reflet de la pensée des professeurs. Il est fort probable que le plus souvent ils ne les consultaient pas pour lire Le Système de la nature ou se moquer des sermons de l’abbé Faucher. La curiosité, la discussion, le scepticisme venaient de partout et non pas seulement des bergers chargés de conduire le troupeau. Mais il est pourtant certain que beaucoup de maîtres pensaient comme les élèves, ne faisaient rien pour les retenir et même parfois les conduisaient délibérément sur les terres de la philosophie. L’intransigeance, dans bien des cas, n’est plus de mode ; il faut « penser avec son siècle ». C’est ainsi qu’on trouve, dans la bibliothèque des doctrinaires du collège de Bourges, Condillac, les Mélanges de
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littérature de d’Alembert, l’Abrégé de Locke, le Journal encyclopédique ; en 1782, le collège de Valenciennes s’abonne à une « nouvelle édition de l’Encyclopédie » (sans doute l’Encyclopédie méthodique). En 1771, les professeurs du collège d’Amiens demandent, inutilement il est vrai, qu’on leur achète une Encyclopédie. En 1774, on saisit seize volumes de l’Encyclopédie, édition de Livourne, expédiés au préfet du collège des pères de la doctrine chrétienne à Carcassonne. Quand Delisles de Sales, ancien oratorien, condamné par le Parlement pour sa Philosophie de la nature, passe à Troyes, les professeurs oratoriens du collège lui offrent un festin de bienvenue. Au collège de Foix, à Toulouse, on supprime, en 1781, les quatre bourses réservées à des prêtres pour les donner à des laïques. En 1787, un exercice public (d’ailleurs pieux) du collège de Montbéliard prend pour titre : « Utilité de la raison, avantages de l’esprit philosophique. » Les oratoriens de Troyes discutent (en latin il est vrai) des sujets tels que : « Quelle influence la philosophie a-t-elle exercée sur le siècle présent ? — Quelle est la puissance et la limite p.382 de l’opinion publique ? » Il arrive même qu’on affiche des curiosités politiques. Au collège de Baugé « le principal est même soigneux de recueillir ce qui se trouve d’intéressant dans les papiers publics ; et, soit aux repas, soit à la récréation, il en entretient ceux de ses pensionnaires qui sont d’âge ou en état d’y prendre part ».
Nous connaissons un certain nombre de ces professeurs dont la philosophie n’était souvent qu’une certaine liberté d’esprit, un certain goût des nouveautés, mais qui parfois suivaient aussi jusqu’au bout Rousseau, Delisle de Sales ou même pis. Vers
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1780, au collège du Plessis, Desgenettes raconte que le professeur de philosophie, de Fénieux, « dictait parfois des pages de J.-J. Rousseau qui nous faisaient rechercher avec avidité la lecture de ses ouvrages ». « Le bon recteur Le Roy, du cardinal Lemoine, celui qui aurait voulu que l’on enseignât le grec aux nourrices, avait avoué, dans un discours solennel pour la distribution des prix, que le citoyen de Genève n’était pas dépourvu d’une certaine éloquence : etiam non vulgari eloquen-tia spectabilis. » Au collège des arts de Rouen, en 1774, de Gadbled, professeur de philosophie, enseigne que « la morale tout entière roule sur ces deux principes : qu’il faut introduire dans la société la plus grande somme de bonheur, qu’il faut se rendre heureux, mais d’un bonheur durable et solide qui ne soit jamais exclusif du bonheur des autres » ; morale si manifestement encyclopédique que des plaintes sont formulées contre le professeur. Arnault a pour professeurs au collège de Juilly, vers 1780, le P. Brunard, qui enseigne l’histoire « aussi philosophiquement que le lui permettait sa robe ; il avait surtout horreur du fanatisme et parlait de la Saint-Barthélemy comme en parle Voltaire » ; et le P. Petit, qui faisait « à la fois un cours de politique et de littérature, Washington et La Fayette ». Lan-juinais, auteur de ce Monarque accompli démontrant qu’« un monarque philosophe... est le présent le plus précieux que le ciel puisse faire aux hommes », est principal du collège de Moudon.
Un grand nombre de ces maîtres devaient d’ailleurs jouer pendant la Révolution, comme Lanjuinais, un rôle politique plus ou moins important. François de Neufchâteau est professeur de rhétorique au collège de Saint-Claude à Toul ; il en est renvoyé,
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bien que l’opinion publique lui soit favorable, pour philosophisme. Laromiguière p.383 est professeur de philosophie au collège de l’Esquille à Toulouse ; il y enseigne la doctrine de Condillac et inquiète le Parlement en proposant, dans une séance de fin d’année, cette thèse « que l’impôt fixé sans l’aveu public est une atteinte au droit de propriété ». Le P. Billaud, qui sera Billaud-Varennes, est professeur d’Arnault à Juilly et semble d’ailleurs, à cette date, plus préoccupé de gloire littéraire que de réputation politique. Par contre, le P. Fouché, professeur à Nantes, Juilly, Arras, Vendôme, s’occupait plus de politique que d’enseignement. Lebon a une excellente réputation de professeur au collège de Beaune. Bien d’autres sont passés des chaires d’enseignement aux bancs des assemblées révolutionnaires, Daunou, Manuel, Pechméja, Bailly, Jacob Dupont, Lakanal, Thirion, etc. Il y aura à la Convention au moins deux douzaines de députés professeurs.
Les directeurs de pensions libres sont eux-mêmes gagnés par l’esprit philosophique. L’évêque de Nantes en fait des plaintes amères pour ceux de son diocèse. A Toulouse, le sieur Sérane, « professeur de belles-lettres et instituteur académique en faveur de la jeune noblesse », publie une Théorie de J.-J. Rousseau. L’institution mi-civile, mi-militaire de Gorsas, à Versailles, est fermée, et lui-même est interné à Bicêtre à cause de ses « principes de liberté ».
Il y a enfin un témoignage moins évident, mais beaucoup plus significatif d’une évolution profonde des esprits. C’est celui de certains manuels scolaires. Ceux qui étaient en usage dans les classes normales, jusqu’à la rhétorique, n’ont guère pu subir,
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directement, l’influence de la philosophie. Ni les grammaires, ni les textes d’explication, ni les rhétoriques ne pouvaient faire place aux idées nouvelles en matière de religion ou de politique. L’histoire, nous l’avons dit, ne tenait dans l’enseignement qu’une place très petite ; on l’apprenait, le plus souvent, dans des cahiers dictés par le professeur ou dans des livres inoffensifs. Il arrive pourtant qu’on mette entre les mains des élèves des exposés d’histoire bien plus hardis et que Voltaire ou d’Alembert auraient pu approuver. Nous avons parlé de l’aventure de l’abbé Audra qui publie à Toulouse, en 1770, le premier volume d’un abrégé (expurgé) de l’Essai sur les moeurs de Voltaire, à l’usage des collèges. Mais le volume fut condamné p.384 et l’abbé renonça à son entreprise. Quelques années plus tard, il y en eut une autre, analogue, qui fut couronnée de succès. L’honnête et pieux abbé Batteux dirigea et mit sur pied un vaste Cours d’études à l’usage des élèves de l’École royale militaire, en quarante-huit volumes, publiés de 1776 à 1777. Les Principes de morale et de métaphysique (rédigés par Bergier et Bouchaud) sont tout à fait orthodoxes (bien que Bouchaud qui rédige la morale ne fasse point d’appel au dogme, donne sa place à « l’humanité » et interdise au souverain « de forcer les consciences »). Le cours d’histoire l’est aussi, apparemment, puisqu’il ne fut pas condamné et que le scrupuleux abbé Batteux le trouva bon. Mais c’est une orthodoxie où la philosophie a fait son oeuvre. Les Affiches de province s’en sont fort bien aperçues et en ont été toutes scandalisées. Le cours « blâme les cruautés de Charlemagne envers les Saxons, la fureur des Croisades, le zèle indiscret de saint Bernard et de saint Louis. L’orgueil des
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Pontifes, la corruption des prêtres et des moines n’échappe pas à ses censures qui reviennent sans cesse avec une affectation marquée. Partout il voit l’ignorance, la superstition, le fanatisme. » Et les Affiches s’emportent contre « ces tableaux odieux qu’un homme sage devrait laisser dans l’oubli ou ne présenter qu’avec beaucoup de circonspection ». Remarquons d’ailleurs que le journal ne discute pas la vérité de ces tableaux ; il ne conteste que leur opportunité. Remarquons surtout que le saint zèle des Affiches ne fut pas approuvé par la censure ou qu’elles craignirent de le voir désapprouvé. Le texte que nous en avons cité est celui d’un exemplaire d’épreuves que possède la Bibliothèque nationale. Le texte définitif est considérablement abrégé et adouci : « Nous croyons qu’on devrait laisser dans l’oubli ces sortes de tableaux, etc. »
Toutefois, les textes de ce genre sont dispersés ou nous n’en avons trouvé que des exemples peu nombreux. L’étude des manuels en usage dans les classes de philosophie est plus significative. Malgré l’usage persistant des cahiers dictés par le professeur, ils sont en assez grand nombre dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle pour permettre des conclusions générales (nous en avons étudié une quinzaine). Une moitié d’entre eux restent fidèles aux traditions du passé même les plus lointaines ; ou leurs nouveautés n’ont rien qui décèle p.385 une influence philosophique : plus ou moins de cartésianisme, plus ou moins d’indépendance à l’égard du vocabulaire et des procédés d’exposition scolastiques. La philosophie de Dagoumer, ancien recteur de l’Université, publiée en 1701, est rééditée au moins jusqu’en 1757 ; et c’est celle d’un « vieil athlète de l’École » qui
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ne sacrifie rien aux nouveautés. Des cahiers manuscrits de philosophie, datant de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, comportent bien des gravures représentant Descartes, Gassendi, Magnan, etc. ; mais ce sont apparemment des ornements dont le libraire qui vendait les cahiers était seul responsable, car Descartes même y tient fort peu de place et il y est réfuté. Les manuels de Mazeas, de Vallat sont moins timorés. Ils admettent explicitement ou implicitement la méthode et des idées cartésiennes, mais ils sont encore tout bardés de scolastique et tout hérissés contre les philosophies à la mode. Mazeas croit plus simple de les ignorer, de ne pas dépasser, d’ailleurs pour les réfuter, Descartes, Gassendi, Leibnitz et de s’en tenir aux vieilles architectures de la raison scolastique : « De essentia et existentia, unde resultat entitas... de genere et differentia unde resultat species. » Vallat (1782) ne cache pas qu’il existe une philosophie de Locke, de Bayle, de La Mettrie, d’Helvétius, de Voltaire. Mais c’est pour en dénoncer impitoyablement les erreurs ou les malfaisances.
On pense bien qu’aucun de nos manuels de philosophie n’a montré d’indulgence pour les idées d’Helvétius, de La Mettrie, ou même pour celles de Bayle. Il y en a cependant qui commencent à prendre des libertés. L’évêque du Mans, nous dit Nepveu de la Manouillère, chanoine, voudrait bien faire interdire par la Sorbonne une certaine « philosophie d’Auxerre ». Il s’agit des Institutiones philosophicae du P. Le Ridant, parues en 1761, et qui finirent par être supprimées par le Conseil d’État en 1774 ; ce qui ne les empêcha pas d’être rééditées en 1778. Le manuel est pourtant d’apparence fort respectueuse, c’est-à-dire fort
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barbare ; il n’est coupable sans doute que de libertés théologiques que nous n’avons pas discernées. Le P. Le Roi, oratorien, est cassé par l’évêque du Mans pour avoir enseigné une philosophie dangereuse ; il est soutenu par son ordre, mais l’évêque l’est par la faculté de théologie. Il s’agit de l’un de ces oratoriens séduits par les raisonnements de Locke. Certaines p.386 séductions de Locke s’étaient exercées même sur des régents qui n’étaient pas oratoriens : « Ideae innatae Cartesii, dit l’abbé Hauchecorne en 1784, nullo modo probantur argumento et nunc ab omnibus derelictae jacent. Opinio Lockii suas habet difficultates et non ab omnibus propugnatur ». C’était la position prudente et mesurée, mais tout de même nouvelle de la « philosophie de Tulle », c’est-à-dire des Institutiones philosophicae ad usum seminariorum de Carnier et Gigot (Tulle, 1781) : « Incertum est utrum sint, an non, ideae quaedam innatae, ad sensum Cartesianorum » ; Dieu peut imprimer d’un seul coup des idées ; mais il n’en reste pas moins que beaucoup d’idées, comme le pense Locke, viennent des sens.
Il y a même quelques manuels plus audacieux et des professeurs qui ne redoutent pas les censures. Guyard, professeur au collège Mazarin, et Lange, professeur au collège du cardinal Lemoine, sont des partisans avérés de Locke. Les Nouvelles ecclésiastiques s’en inquiètent en déclarant que « la philosophie de l’Université de Paris est fort corrompue ». Le manuel de l’abbé Seguy est évidemment un manuel orthodoxe. C’est celui qu’imposent les évêques de Troyes et du Mans pour lutter contre les doctrines dangereuses des professeurs oratoriens. Mais combien ses sagesses sont différentes de celles
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d’un Dagoumer. « Ce n’est pas une satisfaction médiocre, disait déjà le Mercure en parlant, en 1759, de sa Métaphysique, de voir l’auteur raisonner avec autant de politesse que de sagacité vis-à-vis de Leibnitz, de Locke, de Malebranche, de Wolf et des auteurs de l’Encyclopédie, s’éclairer de leurs vues, mettre à profit leurs découvertes. » Le même Mercure lors de la publication du cours complet, en 1771, renouvellera ses éloges. Ils peuvent nous paraître un peu complaisants. La méthode est encore de forme scolastique : « Dices... Nego majorem... Assentio. » Les lumières qu’il doit aux encyclopédistes sont bien pâles ou même invisibles. Mais tout de même il connaît réellement Rousseau, Locke, Helvétius, Hobbes, Montesquieu. En les citant très souvent, en les discutant, en les réfutant, il les fait connaître, il en donne la curiosité. Et il lui arrive de les louer, parfois même de les approuver. Il appelle l’Essai de Locke opus famosum ; il n’approuve qu’en partie les idées innées de Descartes et admet, dans une certaine mesure, le sensualisme de Locke. p.387 Beguin, professeur de philosophie au collège Louis-le-Grand, se donne pour un homme réfléchi et prudent. Il refuse de suivre aveuglément la mode. Il gardera, dans son exposé, la forme et la méthode scolastiques qu’il juge les meilleures. Mais il en rejette en même temps le « jargon » et, du même coup, presque tout l’esprit. Il expose que, dans les collèges de l’université de Paris, Aristote a introduit Descartes, Descartes : Newton, Malebranche : Locke. Il fait l’éloge de Bacon, de Newton, de Locke. Toute sa physique s’élève violem-ment contre la physique scolastique et systématique et s’appuie, comme sa chimie, sur la science expérimentale de Nollet, Romé
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de Lisle, Rouelle, etc. L’abbé Migeot, professeur à Reims, est encore plus hardi. Les Affiches de province le louent d’avoir substitué une méthode plus utile à la « méthode obscure et barbare » de la scolastique. Le préfacier de l’édition déclare qu’il a su « élaguer ce que les anciennes philosophies avaient de barbare, d’obscur, d’inutile et de rebutant ». De fait la logique seule garde une certaine allure scolastique. La morale et la métaphysique sont en dialogues et la métaphysique est réduite à la démonstration de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme. La doctrine est surtout cartésienne, mais Locke est discuté et, dans une certaine mesure, approuvé.
Assurément ni Beguin, ni Migeot n’ont d’indulgence pour la « secte encyclopédique » ; ils défendent en toute bonne foi, et de leur mieux, tout ce qu’elle attaque. Si l’on s’en tient à la lettre de leurs manuels et à celle des autres, c’est bien peu de choses que des sévérités pour le jargon scolastique, des compliments à Locke, de timides adhésions à quelques-unes de ses idées. Mais ce peu de choses est malgré tout un grand signe. Ces manuels sont des livres officiels ou officieux ; ils sont écrits par des régents de collège pour enseigner ce que les collèges défendaient âprement. Or, même dans cette forteresse de l’esprit de tradition, le passé est incapable de se maintenir ; un certain esprit critique, un certain goût de l’observation expé-rimentale se glissent. On ne compose bien entendu ni avec Helvétius, ni avec Voltaire, mais on compose avec Locke, c’est-à-dire avec celui que Voltaire a donné comme son maître. p.388 Il est donc certain qu’il n’y a guère dans la pratique de l’enseignement qu’une transformation évidente et profonde qui
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est l’enseignement en français et l’enseignement du français. Et, par elle-même, cette transformation ne favorise pas directement l’esprit philosophique. Mais il est non moins certain que ce qui ne venait pas du dedans est venu du dehors. Les élèves et les maîtres n’ont pas puisé dans ce qu’on leur enseignait ni dans ce qu’ils étaient chargés d’enseigner des pensers nouveaux. Mais ils venaient au collège pleins de curiosité pour cet esprit nouveau. Ils en subissaient inconsciemment l’influence et se laissaient façonner par lui. Souvent même ils s’en pénétraient ; ils le suivaient hardiment dans ses plus scandaleuses audaces. Vers 1780, ce n’est plus seulement dans les salons sceptiques des grands de ce monde, dans les bibliothèques de gens curieux mais discrets, dans les conversations bourgeoises des chambres de lecture qu’on découvre les incrédulités voltairiennes et les impatiences d’où sortira la Révolution ; c’est dans les lectures, les propos et même les attitudes des collégiens ; c’est, parfois, dans la pensée de leurs maîtres et, timidement ou inconsciemment, dans l’esprit de leur enseignement.
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CHAPITRE VI
ENQUÊTES INDIRECTES. LES JOURNAUX
I. — Les journaux de Paris ou imprimés à l’étranger 1
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p.389 Ils ne sont pas beaucoup plus nombreux après 1770 que dans la période 1748-1770. D’un côté des journaux durables apparaissent, le Journal des sciences et des arts de l’abbé Aubert, le Journal de Monsieur, les Nouvelles de la République des lettres et des arts, le Journal de politique et de littérature et surtout le premier journal quotidien, le Journal de Paris (1777). Mais le journal de l’abbé Aubert ne fait que prendre la place du fameux Journal de Trévoux, qui disparaît. L’Avant-coureur disparaît également en 1773. Il n’y a guère qu’une sorte de journaux qui se multiplie : ce sont les journaux d’information politique tels que le Journal de Bouillon et le Journal de Genève ; mais ce sont surtout des feuilles d’informations et parfois de polémique bien plutôt que des feuilles de discussion philo-sophique ; on s’y occupe des événements et de leurs dessous, non des principes. En 1774, commence à paraître la Correspondance littéraire secrète dite de Métra et, en 1777, les Mémoires secrets dits de Bachaumont ; recueils de « nouvelles » dont les rédacteurs se défendent d’être affiliés à la secte encyclopédique et font à l’occasion profession de respect et de piété ; mais on y collectionne avidement tout ce qui porte
1 Ouvrage de référence générale : E. Hatin, op. cit., (1579).
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atteinte au respect et peut scandaliser la p.390 piété. Seulement ce sont des volumes périodiques plutôt que des journaux ; ils ne pouvaient circuler que difficilement. Ils sont les témoignages de l’esprit du temps beaucoup plus qu’ils n’ont contribué à le créer. Le prix de tous ces journaux reste à peu près le même. Le Mercure a passé de vingt-quatre livres à trente-deux livres, mais il a augmenté en étendue de plus de moitié. L’Année littéraire est aussi à trente-deux livres. Parmi les journaux nouveaux, le Journal polytype des sciences et des arts et le Journal de lecture sont des journaux chers (trente-six livres pour Paris et quarante livres) ; le Journal de Bouillon et celui de Genève sont à meilleur compte (dix-huit livres et vingt et une livres). Si l’on multiplie tous ces prix par quinze, on voit que les journaux coûtent cher ou très cher et l’on comprend mieux les services rendus par les chambres de lecture.
L’évolution générale est assez difficile à déterminer. Certains d’entre eux s’intéressent évidemment de plus en plus aux questions du jour, aux discussions qui mettent aux prises les philosophes et leurs adversaires. Tandis qu’on ne trouve guère dans le Mercure des deux années 1750-1751 qu’une dizaine d’articles ou comptes rendus importants sur des sujets de politique, économie, législation, il y en a une quarantaine pour les deux années 1780-1781 (les sujets de sciences restant à peu près stationnaires). Dans le Journal des Savants, les comptes rendus d’ouvrages de théologie diminuent dans des proportions considérables : environ cent quarante pour les années 1750-1751 et environ quarante pour les années 1780-1781 ; par contre, les comptes rendus d’ouvrages touchant à la politique et
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l’économie politique ont tendance à augmenter, passant de quinze à vingt-cinq. Mais les journaux hostiles à l’esprit philosophique ne se laissent pas entraîner par le courant ; ils ont même l’adresse de ne pas parler, fût-ce pour les approuver ou les combattre, des livres qui pourraient donner des curiosités dangereuses. Dans les Affiches de province de 1753-1754, on trouve le compte rendu d’une dizaine d’ouvrages touchant à la philosophie, d’une soixantaine touchant aux sciences, de quatre ou cinq touchant à la politique, aux finances. Dans l’année 1784 (équivalant comme étendue aux deux années 1753-1754), il n’y a plus guère que cinq comptes rendus d’ouvrages de philosophie, vingt-cinq de ceux de science, aucun de politique p.391 et finances. Par contre les comptes rendus de théologie et de piété sont presque aussi nombreux ; et ceux des ouvrages de belles-lettres ont presque triplé. L’Année littéraire donne en 1754 (six volumes) environ sept articles de philosophie, trois de politique, quatorze de sciences ; en 1775 les chiffres sont à peu près sept, trois, deux ; et en 1788 (huit volumes) de trois, sept, neuf. L’esprit du journal ne change pas.
L’étude du contenu même des articles confirme, mais en le nuançant parfois assez profondément, le sens de ces statistiques généra-les. L’Année littéraire, les Affiches de province sont en guerre ouverte avec la philosophie encyclopédique et Fréron le fils est aussi sévère que Fréron le père. Voltaire est le « vieux orang-outang de Ferney », les Incas de Marmontel, l’Essai de Diderot Sur les règnes de Claude et de Néron, les Principes de morale de Mably (par la plume de Geoffroy) sont jugés fort sévèrement ; le Livre échappé au déluge de Sylvain Maréchal et
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Le Mariage de Figaro sont encore plus maltraités. Par contre, les ouvrages respectueux, pieux et ceux qui font le procès de la philosophie sont loués comme il convient. Les Affiches de province mènent la bataille avec moins d’éclat puisque les discussions d’ouvrages ne sont que la moindre partie de leur programme, mais avec plus de violence encore. Elles ne s’élèvent pas seulement contre l’impiété déclarée mais contre tout ce qui risque d’affaiblir les anciennes rigueurs ; elles n’admettent même pas qu’on défende la tolérance ou qu’on se laisse séduire par les effusions de Jean-Jacques Rousseau. Elles méprisent le Bélisaire de Marmontel. Elles s’indignent que le Dictionnaire universel des sciences morale, économique, politique et diplomatique « prône la tolérance... pallie les erreurs de l’impiété et de l’hérésie ». Rousseau est l’« ennemi implacable » de la religion. L’auteur des pseudo-lettres de Ganganelli, Caraccioli, a eu « l’audace de faire parler un pape comme un des derniers goujats de la huaille philosophique ». Les critiques sont même parfois si brutales que la censure intervient. Nous en avons donné un exemple. Il y en a d’autres. Le journal avait inséré un article violent contre le discours de d’Alembert en réponse à l’abbé Millot ; l’article dut être supprimé.
p.392 Le Journal des Savants est infiniment plus discret. Il se contente, à l’ordinaire, de passer sous silence les oeuvres suspectes ou coupables et de prodiguer ses éloges aux Bergier, aux Castillon, aux Gérard, à tous ceux qui entrent en lice pour jeter bas la philosophie. Le Mercure, le Journal de Paris trahissent quelque embarras. Ils ont parmi leurs rédacteurs des philosophes, des amis de philosophes. D’autre part ceux qui les
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dirigent et les rédigent n’aiment bien souvent ni le matérialisme, ni même le déisme ; ils sont par surcroît prudents et obligés de songer à l’autorité qui peut supprimer d’un trait de plume et le journal et leur gagne-pain. Ils se tirent d’affaire en évitant les sujets brûlants, en disant des politesses à de nombreux ouvrages pieux ou même à ceux qui combattent l’incrédulité philosophique, ou même en admonestant les philosophes trop hardis. Même, à partir de 1770, Panckoucke, qui est homme d’affaires avant d’être philosophe, multiplie dans le Mercure les annonces et comptes rendus de livres pieux.
Pourtant, ils ont beau prodiguer ces témoignages, un je ne sais quel charme les emporte vers la philosophie. Ils peuvent bien désapprouver les doctrines ; il leur est impossible de ne pas admirer les hommes. Il faut, pour obéir à l’opinion publique, parler d’eux une fois, dix fois, cent fois. Jusqu’à sa mort, lors de son voyage à Paris, même après sa mort, Voltaire continue à tenir plus de place dans le Mercure que cinq ou six douzaines de défenseurs de la religion : vers de lui ou adressés à lui, lettres de lui ou adressées à lui, épîtres, dissertations, etc. C’est un « génie heureux et extraordinaire », un « vieillard illustre ». Quand il est mort, il semble grandir encore. En dix-huit mois, de mars 1779 à août 1780, le Mercure publie au moins six pièces de vers, impromptu, dithyrambe sur la mort de M. de Voltaire, à son ombre, contre ses détracteurs, à ses mânes, et six comptes rendus d’éloges de Voltaire en prose ou en vers. J.-J. Rousseau, Diderot sont moins bien traités, mais on parle d’eux avec une admiration émue. Quand Helvétius meurt le même Mercure publie des vers pour mettre au bas de son portrait : « Ses écrits,
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ses bienfaits attestent son génie » et donne, par la plume de La Harpe, un compte rendu très favorable de son poème sur le Bonheur. A la mort de d’Alembert, Cubières de Palmezeaux et A.-J.-M. de Salins p.393 envoient des vers désolés et lyriques. Jour par jour, pour ainsi dire, le Journal de Paris tient ses lecteurs au courant de ce que fait Voltaire quand il est revenu à Paris. Du 14 février 1778 au 8 mars, par exemple, dans quinze numéros, le journal publie des vers adressés à Voltaire, des anecdotes, récits, nouvelles de santé, etc. En 1779, comptes rendus de cinq éloges de Voltaire ; en 1780, trois pages sur quatre d’un numéro du journal sont consacrées à l’Éloge de Voltaire par La Harpe, etc. La gloire de J.-J. Rousseau n’est pas moins pieusement célébrée : compte rendu de la Relation de Le Begue de Presle, lettre de Rousseau, autre lettre, vers faits à l’Ermitage de Montmorency, vers pour le tombeau, lettre enthousiaste d’un abonné qui a souscrit à une estampe allégorique du tombeau de J.-J. Rousseau, vers faits à Ermenonville sur le tombeau de J.-J. Rousseau, vers pour être mis au bas du portrait de J.-J. Rousseau, épitaphe de J.-J. Rousseau, aux détracteurs de J.-J. Rousseau, etc. A la mort de Diderot le même Journal de Paris fait de très courtes réserves sur les opinions « hardies » des premiers ouvrages de Diderot ; mais il passe tout de suite à un long éloge.
L’Année littéraire elle-même, malgré les colères et la fièvre de la polémique, subit parfois l’ascendant philosophique. Elle donne un compte rendu très favorable du poème de Florian, Voltaire et le serf du Mont Jura ; des vers enthousiastes « faits à Ermenonville en visitant avec Mme de la G*** le tombeau de J.-
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J. Rousseau » ; un compte rendu aigre-doux mais élogieux de la Législation de Mably, un autre, très favorable, de l’Éloge de Mably par l’abbé Brizard.
Il arrive même que les journaux reflètent non seulement la gloire des philosophes encyclopédiques mais encore certaines de leurs doctrines. Ce n’est pas qu’ils soient audacieux et bravent la persécution. C’est simplement le signe que ces idées sont devenues banales et qu’on ne court plus le moindre risque en les défendant. Tout le monde s’accorde, à part quelques fanatiques, à réclamer la liberté de conscience et la tolérance. C’est pourquoi le Mercure fera longuement l’éloge de l’Histoire civile et naturelle du royaume de Siam, de l’Éloge de Fénelon de La Harpe, bien que la Sorbonne les ait condamnés pour avoir montré la nécessité de la tolérance. Il donnera p.394 des comptes rendus très favorables des Incas, de ces Lettres intéressantes du pape Clément XIV forgées par Caraccioli qui faisaient pousser aux Affiches de province de si véhémentes clameurs et qui lui plairont justement parce qu’elles sont tolérantes et se moquent de la vie cénobitique et de la scolastique. A leur reprise, en 1784, les Druides de Le Blanc obtiendront un compte rendu très favorable ; et M. Delorme, chevalier de Saint-Louis, gentilhomme ordinaire de sa majesté, y publiera, dès 1774, une ode sur Le Fanatisme qui versifie des imprécations contre l’Inquisition, Philippe II, la Saint-Barthélemy, etc., etc.
Les idées politiques et sociales de ces journaux sont évidemment beaucoup moins nettes. Il ne faut pas s’en étonner. Le problème de la tolérance était clair ; et la majorité de l’opinion avait pris son parti. Dans le domaine politique et social,
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l’opinion savait surtout qu’il y avait des problèmes graves, urgents ; elle était décidée à s’en occuper, malgré l’autorité ; mais les solutions étaient innombrables et incertaines ; les journaux ne sont pas mieux fixés que l’opinion. Dans l’ensemble, ils se dérobent plutôt, nous l’avons dit ; les articles et comptes rendus d’ouvrages touchant la politique et les questions sociales n’y tiennent pas la place qu’ils devraient avoir. Mais il faut bien, malgré tout, suivre le courant. Le Mercure, le Journal des Savants, le Journal de Paris, L’Année littéraire donnent donc des comptes rendus de ces ouvrages de philosophie, de théorie politique qui font appel à la raison, à la loi naturelle ou à l’histoire pour aboutir à des conclusions orthodoxes, défendre la monarchie traditionnelle ou s’en tenir à des projets de réforme si prudents qu’ils ne pouvaient inquiéter personne. Il arrive pourtant que l’opinion les entraîne. Si l’on n’est pas d’accord en politique pure ou si l’on est obligé de cacher ce que l’on pense, l’accord commence à se faire sur certaines réformes sociales ; on peut les défendre sans y risquer son privilège. C’est pourquoi le Mercure pourra parler en bons termes des Réflexions sur les avantages de la liberté d’écrire et d’imprimer sur les matières de l’administration, du Naru fils de Chinki de du Wicquet d’Ordre, de la traduction du discours de Beccaria sur le commerce par Bigot de Sainte-Croix, etc. Il se risquera même parfois à des professions de foi plus hardies. On peut, vers 1780, p.395 condamner le « despotisme » aussi impunément que le « fanatisme ». Garat déclare, en 1784, à propos de La Monarchie française de Chabrit, qu’il se taira « sur ces ouvrages de servitude et de mensonge où l’on trace la morale des rois en
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falsifiant l’histoire des nations ; où, pour apprendre aux princes à être justes, on leur prouve sans cesse qu’ils sont absolus ». Le Journal de Paris rend compte du Publicole français, des Réflexions philosophiques sur la civilisation ; « il publie de très humbles et très respectueuses remontrances d’un ignorant de la campagne à MM. les beaux-esprits de Paris sur divers points d’histoire, de philosophie, de politique, etc. » qui remuent beaucoup d’idées pour s’en tenir en définitive à des idées assez prudentes. Mais il publiera aussi une Ode sur la liberté, une annonce détaillée de la deuxième édition du Mariage de Figaro, un long compte rendu de De la Vérité par Brissot, dont il remarque « l’âcreté » sans la condamner. Le Journal des Savants et L’Année littéraire ont naturellement beaucoup moins d’indulgence pour ces discussions politiques et sociales. Mais les comptes rendus du Journal des Savants groupés sous la rubrique Juridici et Politici deviennent pourtant moins secs, moins techniques ; les idées y tiennent plus de place et il arrive que ces idées soient moins timides. Il parlera, par exemple, de l’Ecclésiastique citoyen, qui condamne le casuel, propose de distribuer aux pauvres une partie de la dîme, etc. L’Année litté-raire elle-même bataille pour le trône moins âprement que pour l’autel ; elle semble moins bien disposée pour le despotisme que pour le fanatisme. Elle loue les Réflexions sur les avantages de la liberté d’écrire et d’imprimer sur les matières d’administrations, les Vues sur la justice criminelle de Le Trosne qui condamnent fortement la torture, le poème de M. de Langeac sur La Servitude abolie, les Lettres d’un cultivateur américain qui sont
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des lettres républicaines. Elle imprime une Ode sur l’établissement de la Société patriotique en Bretagne, etc.
Il ne faut pas oublier d’ailleurs que, dans tous ces journaux, de pareils articles sont dispersés dans la masse des articles bien plus nombreux qui parlent des poèmes, romans, théâtre, de l’histoire, des sciences, de l’économie domestique et rurale, etc. De 1750 à 1770, certains journaux comme le Journal encyclopédique devancent plutôt p.396 l’opinion moyenne ; d’autres, comme le Mercure, la reflètent assez exactement. Mais, de plus en plus, les journaux semblent devenir des entreprises commerciales. Il faut plaire au plus grand nombre, fuir ce qui peut inquiéter ou déplaire. Les grands journaux ne nous apportent donc plus qu’un seul témoignage : celui des idées philosophiques qui sont entrées dans la conscience moyenne, des débats sans audace et sans péril ; mais c’est là justement le témoignage le plus important.
II. — Les journaux provinciaux
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Le fait essentiel est l’apparition de ces journaux et leur multiplication rapide après 1770. Voici ceux dont nous avons pu établir l’existence 1 :
1748 : Affiches de Lyon. Elle s’adjoignent ou du moins elles ont pour complément, en 1784, un Journal de Lyon ou annonces et variétés littéraires concernant la ville de Lyon et les provinces voisines (paraissant tous les quinze jours). — 1759 : Affiches de Toulouse qui changeront ou se renouvelleront en 1775, 1777,
1 Pour simplifier, nous appellerons Affiches les journaux portant comme titre Affiches, annonces et avis divers, ou Annonces, affiches et avis divers, etc.
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1785. En 1787, commencera à paraître un Journal de Languedoc (paraissant deux fois par mois). — 1762 : Affiches, puis Journal de Normandie en 1765. La même année, 1762, il existe des Affiches à Nantes et Bordeaux. — 1764 : Affiches de l’Orléanais qui deviennent en 1785 le Journal de l’Orléanais. — 1765 : Affiches d’Austrasie, de Metz et de Lorraine. — 1766 : Affiches de Franche-Comté. — 1770 : Affiches de Picardie, Artois, Soissonnais et Pays-Bas français. Affiches de La Rochelle. — 1772 : Affiches de Reims et généralité de Champagne qui deviennent en 1781 le Journal de Champagne. A la même date il existe des Affiches à Tours et Aix. — 1773 : Affiches d’Angers. A la même date il existe des Affiches d’Amiens, de Marseille, du Mans. — 1774 : Affiches du Dauphiné. Affiches du Poitou. Affiches de l’Yonne. — 1776 : Affiches de Dijon. — 1777 : Affiches de Roye. Affiches de Bourgogne. — 1779 : Affiches de l’Auvergne. — 1780 : Journal breton (à Nantes). Affiches de Bourges. Affiches de Limoges. p.397 A la même date il existe des Affiches de Bretagne, de Sens, de Meaux, de Montpellier. — 1781 : Affiches de Provence qui deviennent, en 1781, le Journal de Provence avec trois feuilles distinctes par semaine (Commerce et marine. — Sciences et arts. — Littérature), ou qui sont complétées par ce journal. Affiches du pays chartrain. Affiches de la province de Flandre. A la même date il existe des Affiches du Roussillon. — 1782 : Affiches pour la généralité de Moulins. Affiches de Troyes. — 1784 : Journal de Guyenne. — 1785 : il existe un Journal littéraire à Nancy, qui est porté de vingt-quatre numéros par an à trente-deux. — 1786 : Affiches
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de Saintes. Nouveau Journal de la ville de Nîmes. Affiches de la Basse Normandie. Affiches de Senlis.
Toutes les Affiches proprement dites se ressemblent : quatre pages in-4° (parfois six, parfois avec des suppléments) qui paraissent une fois par semaine et dont le prix est de six livres par an pour la ville même où elles sont éditées. Elles se rapprochent beaucoup plus de nos Petites Affiches que du Mercure ou du Journal de Paris. Elles sortent en effet des Affiches imprimées à Paris dites Affiches de province et des bureaux d’adresses. « L’utilité des bureaux d’avis et d’adresses, disent les Affiches de Normandie, établis tant à Paris que dans plusieurs grandes villes du royaume, et le grand succès des feuilles qui en sortent toutes les semaines sous le nom d’Annon-ces et Affiches... nous ont fait naître l’idée... » C’est-à-dire que ce sont des feuilles de renseignements pratiques, légaux, commerciaux : hypothèques, mises en ventes, arrêts de justice et de finance, annonces de marchands ou de particuliers, prix des denrées, qui tiennent toujours la moitié ou les deux tiers, les trois quarts de la feuille. Puis des anecdotes, des faits divers. Assez souvent d’assez longs articles de science pratique : médecine, économie rurale, industrie, etc. Puis, pour terminer, quelques « contes », des annonces de spectacles et de livres, quelques brefs comptes rendus de livres, des poésies généralement « fugitives » et, selon la mode, des charades, énigmes, logogriphes. Dans quelques-unes de ces affiches et surtout dans les journaux, la partie proprement littéraire ou scientifique tient une place plus grande. Ainsi dans les Affiches de Toulouse, au moins à partir de 1782, dans le Journal littéraire
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de Nancy, le Journal de p.398 Nîmes. Le Journal de Lyon a peu d’annonces et se consacre aux anecdotes, aux belles-lettres, à la morale, aux sciences. Le Journal de Languedoc annonce dans son prospectus qu’il exclura les annonces et avis divers pour se consacrer « aux arts et aux lettres ».
Mais qu’il s’agisse de commerce, d’arts ou de lettres, il ne s’agit presque jamais, du moins volontairement, de philosophie. Plus encore qu’à Paris les rédacteurs sont tenus à une extrême prudence ; et ils n’ont sans doute, le plus souvent, aucun désir d’être imprudents. Ils ont certainement du mal à vivre, le désir de plaire à tout le monde et, par conséquence, celui de ne rien dire qui touche à la polémique. Ils ne combattent d’ailleurs pas plus la philosophie qu’ils ne la défendent. Par hasard, on peut rencontrer dans les Affiches de Reims un article contre les faux philosophes, dans les Affiches de Bourges l’extrait d’un sermon qui vitupère contre la philosophie ; dans le Joumal de Lyon un article ému sur Etienne Dolet, un extrait de Raynal. Mais ce sont des hasards. Les Affiches et même les journaux veulent renseigner et distraire, non combattre. Ils se tiennent à l’écart de toutes les questions brûlantes 1.
Mais leur étude n’en est que plus significative. Comme celle de l’enseignement et des journaux parisiens, et mieux encore, elle peut montrer comment des idées, qui auraient été scandaleuses ou hardies cinquante ou même vingt ans plus tôt, sont devenues banales et d’apparence inoffensive ; comment, sans le vouloir sans doute ou, du moins, sans qu’on puisse leur en vouloir, ils ont servi, si peu que ce fût, au progrès dans les
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provinces d’un certain esprit philosophique. Ils ont, par exemple, fortement contribué à la diffusion de cette morale « sensible » et « humanitaire » dont nous avons montré l’importance. Tous, plus ou moins, font place, après 1770, aux « traits d’humanité » et de bienfaisance, contés dans le style pathétique et bénisseur qui est alors la règle. Tous, plus ou moins, accueillent avec ferveur les avis concernant les sociétés de bienfaisance ; par exemple, dans le Journal de Lyon, en 1787, « l’état de recettes et de dépenses de l’institut de bienfaisance pour les mères nourrices », ou une « souscription de trois cents lits de plus à p.399 l’Hôtel-Dieu de Lyon, afin que tous les malades de cet hôpital soient couchés seuls ». Parfois même apparaît la morale du « citoyen ». Lettres sur l’éducation « nationale » dans les Affiches de Picardie (1775). « Chanson d’un citoyen » ; « lettre d’un citoyen à son ami » ; « description d’une fête patriotique » dans les Affiches de Chartres (1782 et 1783). Tous nos journaux auraient pu publier le Symbole de l’homme et le Symbole du citoyen qu’on trouve dans les Affiches du Dauphiné (1776) : « Je crois en Dieu, père de la nature, auteur de l’ordre, juge de mes actions, rémunérateur de la vertu... La bienfaisance rend mon existence plus douce ; l’amour et l’amitié la doublent... Je sens qu’il serait heureux d’être homme, même par intérêt, et je bénis Dieu de l’être par principe. — La nature m’a créé libre, et la société me crée dépendant... Les lois exigent ma soumission et la Patrie mérite mon amour ; je leur dois mes bras, mes lumières, mon sang, et je leur suis comptable de l’épée, du soc ou du sceptre qu’elles mettent entre mes mains... La fin du
1 A tel point que le Journal de l’Orléanais ne parlera pas du 14 juillet 1789.
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Citoyen est le triomphe de la vertu qui retourne à l’Être Suprême. »
Nous avons vu d’ailleurs que l’humanité et le civisme pouvaient être exaltés et enseignés par les écrivains et les pédagogues les plus orthodoxes. Mais nos journaux vont plus loin. Ils sont, à l’occasion les admirateurs des philosophes qui ne pouvaient pas passer pour être orthodoxes. Rousseau surtout semble avoir conquis les rédacteurs. Certains prennent des précautions : « Ce n’est pas le cas de faire le procès au Citoyen de Genève sur les erreurs qu’on lui a reprochées. Ici, comme dans tout le reste de la pièce, je parle en poète et non en théologien. » (Affiches de Normandie) ; mais le poète déborde d’amour :
O Rousseau ! ta fière éloquence
Rappelle l’homme à sa grandeur
Qu’ai-je dit ? O douleur !... Rousseau mourut proscrit
Et Rousseau fut l’auteur d’Émile et de Julie !
Les Affiches de Chartres donnent un Parallèle de Voltaire et de Rousseau, hostile ; mais une lettre, datée du château d’E... en Beauce proteste vivement et oppose les éloges aux critiques. Et puis de : « sentiments de reconnaissance d’une mère adressée à l’ombre de p.400 Rousseau de Genève » ; des « traits de J.-J. Rousseau » ; une « épitaphe de J.-J. Rousseau » ; le parallèle de J.-J. Rousseau et de M. le comte de Buffon, par Héraut de Séchelles ; un extrait de la relation de Le Bègue de Presles sur la mort de Rousseau ; deux reproductions de la relation lyrique d’un voyage à Ermenonville par le chevalier de Cubières ; des extraits de La Nouvelle Héloïse, des Confessions,
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des Rêveries ; des lettres. Les Affiches de Lyon discutent Rousseau, mais elles en parlent assez souvent et, en somme, avec admiration.
Quand il s’agit de Voltaire, on semble être plus circonspect. Dans les Affiches d’Orléans, à vingt reprises, des lettres, des vers de Voltaire ou à Voltaire. Grande place et grands éloges dans les Affiches de Lyon. Dans les Affiches de Reims, à dix reprises, citations ou éloges, ainsi qu’un article sur les services rendus au pays de Gex ; une analyse élogieuse du Voltaire de Flint des Oliviers. Ailleurs, peu de choses, dans les Affiches de Bourges, celles du Dauphiné qui mettent son nom en charade :
Mon tout n’existe plus, mais n’a point cessé d’être.
Par nos derniers neveux il sera révéré. [Voltaire]
Ajoutons, ici et là, une notice sur Condillac, un éloge de l’abbé de Mably (par Sabatier de Castres, auteur pieux), une notice sur le même Mably.
Je n’oublie pas que tout cela est dispersé dans plusieurs milliers de numéros et que les lecteurs, s’ils n’avaient connu les philosophes que par leurs Affiches, auraient eu le temps de les oublier. Mais c’est tout de même le signe certain que les foudres de l’autorité ne sont, même en province, que de vains simulacres et qu’on peut parler de Rousseau, de Voltaire, les vanter sans plus de risque et de scandale qu’en parlant des « mères nourrices » ou des « concerts spirituels ». C’est si vrai que les Affiches du Dauphiné, entre des annonces, extraits, éloges de Voltaire ou Rousseau, publient paisiblement un « mandement de l’archevêque de Vienne Lefranc de Pompignan, portant défense
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de lire dans son diocèse Rousseau et Raynal ». De telles défenses ne sont plus que des mots.
De temps à autre, annonces des livres des philosophes. Ce n’était pas sans importance. L’autorité surveillait. Un arrêt du Conseil du p.401 16 avril 1785 fait défense aux directeurs ou rédacteurs de journaux d’annoncer aucun ouvrage avant qu’il ait été annoncé par le Journal des Savants ou le Journal de Paris. L’arrêt est envoyé en province. Quoi qu’il en soit, on trouve des annonces de rééditions de l’Encyclopédie, de l’Encyclopédie méthodique (assez nombreuses), des oeuvres de Rousseau, de Voltaire, du Code de l’humanité et même du Livre échappé au déluge de Sylvain Maréchal que les Affiches du Dauphiné ont dû annoncer sans soupçonner son matérialisme.
Il arrive même qu’Affiches et journaux soient plus hardis. Par exception : les hardiesses ne contredisent pas ce que J’ai dit plus haut de l’aspect général de cette presse ; elle veut être, comme Sosie, amie de tout le monde. Mais on les rencontre ; et elles ont leur intérêt. Des compliments chaleureux à la philosophie : « Ode contre les préjugés » (Affiches de Reims) ;
Nous avons la raison pour guide ;
Elle nous parle ; obéissons !
« Grâce à la philosophie, disent les Affiches du Poitou, les esprits désabusés rougissent de la longue ignorance dans laquelle ils ont croupi. » Plus hardiment le Journal du Languedoc (il est vrai en 1786) fait appel au prestige de la philosophie pour attirer les abonnés : « Cet esprit de philosophie, déclare le prospectus, qui lui [à notre siècle] imprime un caractère si
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sublime, est en partie le fruit de la propagation presque instantanée des lumières en tout genre qui s’opère d’un bout du monde à l’autre par la voie des journaux. » Dans les questions religieuses, discrétion absolue ou silence. Nos journaux se gardent de tout ce qui pourrait sembler de l’incrédulité. Il y a bien, dans les Affiches de Chartres, Lucrèce ou le partisan d’Epicure, « couplets philosophiques ». Mais ce partisan d’Epicure raille Descartes, Newton, Fontenelle, Bayle, Locke « ce savant maître » pour leur préférer le bon vin et la vie gaie, c’est-à-dire l’Epicure des bons vivants. Les « feuilles de Flandres » auraient inséré, nous dit Bachaumont (1784), une lettre à M. Desessarts tout imprégnée de la doctrine matérialiste d’un La Mettrie ou d’un Helvétius ; mais le journal est brûlé par ordre du parlement de Douai. Par contre, il semble qu’on ait toute liberté, au moins dans certaines p.402 provinces, pour exalter la tolérance et maudire le fanatisme. Les Affiches d’Orléans annoncent avec transports la réhabilitation des Calas, insèrent l’héroïde de Blin de Sainmore « Jean Calas à sa femme et à ses enfants », annoncent l’estampe de Carmontelle, exècrent le capitoul David, s’indignent de l’affaire Sirven. Les Affiches de Bordeaux commentent longuement la réhabilitation des Calas « qui doit être à jamais consacrée dans nos fastes », vantent l’estampe de Carmontelle. Les Affiches du Dauphiné insèrent une « Ode sur l’état civil accordé aux protestants par Louis XVI. »
Parfois des curiosités sociales, sans conséquences lorsqu’elles commentent des oeuvres extrêmement prudentes, des problèmes qui ne touchent pas à l’ordre politique ou lorsqu’elles se contentent d’applaudir le gouvernement. Ainsi le compte
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rendu de La Richesse de l’État (Affiches de Normandie), celui des Moyens d’adoucir les lois pénales (Affiches de Toulouse), de l’Essai sur l’impôt (Affiches de Picardie), du Discours sur le préjugé qui note d’infamie les parents des suppliciés, l’insertion ou l’analyse (Affiches de Reims et de Toulouse) du Discours en vers sur la servitude abolie dans les domaines du roi. Exceptionnellement des interventions plus significatives. Les Affiches des Flandres et celles de Toulouse annoncent que les corporations vont être supprimées et approuvent la mesure. M. de Scévole, dans les Affiches de Bourges, plaide en prose et en vers pour les paysans :
Quels sont ces animaux répandus dans la plaine
Qui, courbés, presque nus sous un soleil brûlant,
Ont à fouiller la terre un courage étonnant
...................................
Triste inégalité que tu me parais dure !
Sur la politique proprement dite, presque rien. « Cette matière, disent les Affiches de Toulouse, est pour les feuilles de province ce qu’était l’Arche du Seigneur pour les Philistins ; elles ne pourraient y toucher sans le plus grand danger. » En 1788, des Affiches, celles du Dauphiné surtout, tiendront leurs lecteurs au courant d’événements qui sont pour ainsi dire officiels. Il y aura des réflexions assez vives, par exemple sur le seigneur du village « qui nous prouve par ses vieux parchemins qu’il est né tout exprès pour jouir de nos travaux » p.403 (Journal de Normandie). Mais auparavant on ne trouverait que quelques comptes rendus anodins d’ouvrages assez anodins sur les finan-ces ; des éloges du Compte rendu de Necker ; et des
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témoignages, à joindre à ceux que nous avons donnés, de l’enthousiasme pour la cause des Américains : annonces, analyses des ouvrages de Saint-Jean de Crèvecoeur, d’Hilliard d’Auberteuil ; deux odes aux Américains (Affiches de Bourges) ; « chant d’allégresse » de Feutry, lu chez Franklin (Affiches d’Orléans), etc.
Tous ces journaux n’ont d’ailleurs eu sans doute qu’une diffusion assez restreinte. On les lit. La ville d’Auriol s’abonne, par exemple, aux Affiches d’Aix et à celles de Provence. Ils ont presque tous réussi à vivre d’une façon continue jusqu’à la Révolution, ce qui n’est pas le cas pour tant de journaux fondés à Paris. Mais il est facile de voir par les appels de presque tous les éditeurs qu’ils ont un certain mal à vivre. En 1776, les Affiches de Reims (fondées en 1772) n’ont que deux cent cinquante souscripteurs. Il est peu probable que les autres affiches aient été vraiment prospères. Mais si timide et si modeste qu’elle soit, cette presse existe ; elle se multiplie ; elle dure ; elle donne nécessairement de la curiosité, le désir même d’avoir mieux ; et elle témoigne, de temps à autre, que des idées venues des philosophes sont entrées dans la pensée commune, qu’elles ont cessé d’être suspectes.
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CHAPITRE VII
LA FRANC-MAÇONNERIE
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p.405 Il importe d’abord de poser le problème avec netteté. La maçonnerie peut avoir préparé la Révolution de façons bien différentes qui se ramèneront à celles que voici :
1° C’est l’ensemble, ou la majorité, ou une part importante des francs-maçons qui, au moins à partir d’une certaine date, a voulu consciemment et préparé sinon une Révolution (dont personne n’a l’idée avant 1788), du moins un changement politique profond.
2° Dans son ensemble, dans son immense majorité la franc-maçonnerie n’a conçu aucun dessein de ce genre. Mais certains chefs maçons ou certains groupements restreints en ont formé, dans le secret ; et ils ont essayé de se rendre maîtres des loges, pratiquement, pour les manoeuvrer à leur gré, le moment venu. En examinant cette hypothèse, il faudra savoir d’abord si ce complot a été formé, ensuite s’il a eu au moins un commencement d’exécution, s’il a eu des résultats.
3° Il n’y a eu aucune préparation consciente d’un changement politique profond, mais une préparation inconsciente par la formation consciente, méthodique d’un état d’esprit tout à fait favorable à ce changement.
4° La franc-maçonnerie n’a eu aucune influence, directe ou indirecte, sur la Révolution française.
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p.406 Remarquons enfin qu’en examinant la première hypothèse, il faut tenir le plus grand compte des dates. Lorsque la Révolution commence à se réaliser, dès que l’agitation d’où sortira la Révolution devient générale et agissante, dès 1788, le problème devient plus complexe et les faits prennent une tout autre signification. En 1788, il est hors de doute que la maçonnerie est la seule association qui s’étende sur toute la France, dont les membres de ville à ville, de province à province, puissent avoir entre eux des relations qui ne soient pas exceptionnelles. Elle représente des cadres tout préparés pour une action concertée, même si personne n’a songé jusque-là qu’on pouvait les utiliser. A partir de 1788, chacun sait qu’on va tenter quelque chose et qu’il est utile, puis nécessaire, de s’entendre sur ce quelque chose. Il suffit à ce moment qu’un certain nombre de francs-maçons y songent pour qu’ils réussissent ici et là soit à émouvoir, soit même à entraîner leurs loges. Cette activité maçonnique à la veille, et à plus forte raison au début de la Révolution, ne permet pas du tout de raisonner sur son état d’esprit en 1780 ou même en 1786. Je laisserai donc de côté ce problème, qui est du ressort des historiens de la Révolution. Pour ne rien brouiller par ces situations complexes, J’étudierai seulement le rôle de la maçonnerie avant l’agitation et les événements décisifs, avant 1788.
*
Je résume d’abord, brièvement, l’histoire extérieure de la maçonnerie française, celle qu’on pourrait appeler scolastique ou théologique. Mises à part d’assez obscures origines, elle est fort bien connue, et c’est d’ailleurs la moins intéressante. Les
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premières loges en France ont été formées par des Anglais réfugiés à Saint-Germain avec Charles Stuart. On commence à en parler et elles commencent à s’affilier des Français vers 1730, plus nettement vers 1736. Les premières polémiques et les premières aventures ont été fort bien étudiées par P. d’Estrée, d’après de nombreux documents qu’on peut d’ailleurs compléter. Il y a d’abord cinq ou six loges. L’opinion publique tantôt plaisante, tantôt s’inquiète. Les « nouvelles à la main » abondent en anecdotes et révélations : « On ne parle ici que de nouveaux progrès que fait tous les jours l’ordre des Frimaçons ; p.407 tous les grands et les petits s’en font recevoir ; c’est une fureur. » Ce qui pique surtout la curiosité publique, c’est le secret « jalousement gardé ». On conte que le petite Carton de l’Opéra vient d’être la Dalila d’un Samson frimaçon ; elle lui a arraché, dans les transports de l’amour, ce secret mystérieux. L’autorité religieuse est hostile. Le pape condamne la franc-maçonnerie en 1738. L’autorité politique est incertaine. Elle cherche surtout à s’informer. L’avocat Barbier note, en 1737, que leurs réunions sont « très dangereuses » et se félicite que Fleury ait interdit leurs assemblées. Le marquis d’Argenson nous apprend qu’en 1740 « M. de Mailly, mari de la maîtresse du roi, a eu ordre de sortir de Paris pour avoir tenu chez lui loge et souper de francs-maçons, malgré les ordres réitérés du roi ». En 1744 le procureur du roi à Orléans est sévère ; il craint fort « que cette association ne soit un jour préjudiciable à la religion ». En 1745 Marville note le 20 décembre, en 1746 le 20 juin, des descentes de police dans une loge de francs-maçons, à l’hôtel de Soissons. On trouve quarante-deux francs-maçons en décembre, qu’on se
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contente d’admonester ; deux cents en janvier où la seule victime est le traiteur qui devait fournir le repas et qui est puni de trois mille francs d’amende. En 1752, le procureur du roi à Châtellerault écrit au procureur général qu’il est à la tête de la loge de la ville et que c’est la preuve évidente que rien ne s’y dit contre l’État, la religion et les bonnes moeurs.
On voit que la surveillance est nonchalante et les punitions fort indulgentes. Dès cette époque les francs-maçons comptent parmi eux des gens puissants. En 1740, le grand-maître est le duc d’Antin. Vers 1750, on ne surveille plus rien et les francs-maçons peuvent croître et prospérer à leur guise. Mais tranquilles du côté du pouvoir ils vont avoir à lutter contre des difficultés intérieures, contre les rivalités d’égoïsme et d’intérêt. Des schismes commencent. De nombreuses factions se créent. Le parti d’un nommé Lacorne, gens « d’un état civil peu honorable » et ignorant « l’art du gouvernement des loges » tente de supplanter peu à peu les chefs de l’ancienne Grande-Loge. On les expulse en 1765. Les expulsés publient des libelles, créent des loges rivales, essaient d’attirer à eux les anciennes. La bataille continue âprement. En 1772 les « frères bannis » p.408 créent le Grand-Orient de France, rival de la Grande-Loge. Lutte entre ces deux Grandeurs. Enfin, la Grande-Loge triomphe en 1773-1774 en fondant, sous la présidence du duc de Chartres, le seul et unique Grand-Orient de France qui condamne et fait disparaître de Grand-Orient dissident. Mais ce Grand-Orient doit lutter contre des dissidences de doctrine. A côté du rite « anglais » il y avait depuis longtemps des francs-maçons qui suivaient le rite « écossais » ; l’un et l’autre tentaient de
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prévaloir. La Grande-Loge et le Grand-Orient, de rite anglais, préférèrent négocier et tolérer plutôt que de condamner et combattre. Le Grand-Orient autorisa les loges du rite écossais dont l’esprit et l’influence se confondront avec l’esprit et l’influence des loges orthodoxes, malgré quelques polémiques plus acerbes et quelques batailles assez vives, à Lyon, par exemple, qui fut comme la capitale du rite écossais. Je dirai plus loin quelques mots des maçonneries dissidentes, telles que celle des Martinistes et celle des Philalèthes. Leur influence a été à peu près nulle. Il n’est pas douteux, et M. G. Martin a raison d’y insister, que, malgré ces discordes ou divergences, le Grand-Orient se fortifiait dans la lutte et qu’à la veille de la Révolution, il représentait vraiment non pas une poussière de groupements mais une forte association reconnaissant, en doctrine et en fait, toute une hiérarchie d’autorités ou au moins de directions, depuis les petites loges locales rattachées à quelque loge du chef-lieu de la province, ces loges relevant à leur tour du Grand-Orient.
Que représentait exactement cette association ? Quelle était sa force numérique ? On est bien renseigné sur le nombre des loges. Amiable, historien maçon de la franc-maçonnerie, donne le chiffre de cent quatre-vingt-dix-huit loges en 1776. C’est d’accord avec un Tableau alphabétique des loges constituées ou reconstituées par le Grand-Orient de France qui est aux archives de la Bastille. En 1789, le chiffre aurait été de six cent vingt-neuf, plus cinquante-neuf qui n’avaient qu’une existence théorique ; chiffre qui s’accorde avec celui auquel aboutit Deschamps et celui d’un Précis historique de l’ordre de la Franc-
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maçonnerie depuis son introduction en France, par J. C. B. Il est beaucoup plus malaisé de connaître le nombre exact p.409 des maçons. Une circulaire de la loge La Candeur, alléguée par Deschamps, aurait évalué le nombre des maçons français à un million. Ce n’est qu’une candide vantardise. Les loges n’étaient pas ouvertes à tout venant ; on en défendait jalousement l’entrée. Il ne semble pas que le nombre des frères ait jamais atteint cent et il était, très souvent, inférieur à cinquante. Le total n’a certainement pas dépassé le chiffre accepté par M. G. Martin : trente mille. (M. A. Cochin compte sept cent quatre-vingt-dix membres à Rennes, Nantes, Saint-Brieuc, Morlaix. M. E. Lesueur, sept cents francs-maçons en Artois.)
Ce chiffre est d’ailleurs confirmé par toutes sortes d’études précises qui ne nous donnent pas des statistiques générales mais montrent, sur pièces d’archives, le développement de la maçonnerie dans un grand nombre de grandes et petites villes. Il existe sept loges à Montpellier en 1783 ; neuf à Rouen vers 1780 ; douze à Toulouse en 1789 (dont neuf fondées depuis 1772) ; dix sont fondées à Lyon de 1753 à 1762 (dont trois loges de femmes) ; trois à Besançon (réunies en 1785) ; dix à Bordeaux ; sept ou huit à Grenoble, etc., etc. On peut relever l’existence certaine de loges dans de très petites villes, à Blaye, Tonneins, Pauillac, Fleurance, Lectoure, Saint-Clar-de-Lomagne, Carrouges, Libourne, Blanzac, Saint-Flour, Thouars ; en Bas-Dauphiné, à Nyons, Villeneuve-lès-Avignon, Villeneuve-de-Berg, Pont-Saint-Esprit, La Voulte, Joyeuse, etc.
Quelle opinion s’est-on faite de ces six cents loges et de ces vingt ou trente mille frères ? La question a son importance. Si
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les contemporains ou si, du moins, un certain nombre de contemporains les ont loués ou accusés de desseins dangereux pour l’ordre établi, on pourra croire que ces contemporains nous ont signalé la fumée d’un feu qui couvait réellement. S’ils n’en ont rien dit, c’est qu’il n’y avait aucun commencement d’incendie ou qu’il était profondément caché.
Quelques vagues hostilités officielles persistent. Mais ce sont des hostilités de principe, qui ne s’appuient sur rien de précis, qui sont tout à fait dispersées et même combattues victorieusement et ridiculisées par l’opinion. La Sorbonne condamne la franc-maçonnerie p.410 en 1763 ; condamnation obscure à une époque où déjà plus personne ne se soucie des foudres sorbonniques. En 1766 un nommé Labady est emprisonné et exilé à Blois pour assemblée de francs-maçons. Mais c’était un faux frère groupant des maçons dissidents, et il est probable que les purs y ont mis la main. En 1767, Mgr de Saint-Luc, évêque de Quimper, prononce un sermon contre la maçonnerie. Mais il est traduit devant le présidial de Quimper, « les principaux francs-maçons étant des personnages importants ». Les magistrats du présidial en sont d’ailleurs blâmés et suspendus — par ordre, car l’opinion est pour eux, même l’opinion des confrères évêques ; et M. de Congie, archevêque de Tours, se moque de cet évêque qui croit que « franc-maçonnerie et impiété sont une même chose ». A Besançon, en 1779, le curé de Sainte-Madeleine refuse le don de la loge La Sincérité (huit cent quatre-vingt-trois livres de blé), parce que la maçonnerie n’est pas reconnue par l’Église. Mais le maire ne fait aucune difficulté de recevoir officiellement le
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cadeau pour les pauvres. A Lunéville, le curé refuse de dire la messe traditionnelle que payent les maçons, le jour de la Saint-Jean. Il est approuvé par son évêque. Mais les juges condamnent l’évêque et le curé. En 1778, la loge des Neuf-Soeurs à Paris célèbre une pompe funèbre en l’honneur de Voltaire. L’autorité lui fait interdire par le Grand-Orient le local qu’elle occupe, à cause des griefs et plaintes parvenues « aux ministres de la religion et au magistrat ». La loge est même supprimée. Mais c’est une histoire de rivalités et jalousies personnelles. L’ordre de suppression vient de « l’Orient de la cour », et après de multiples débats, la loge subsiste.
Tous ces incidents ne sont rien. Quant aux accusations des polémistes elles sont, avant la Révolution, moins que rien. Les adversaires du « philosophisme », de la secte encyclopédique ne manquent pourtant pas, nous l’avons vu. Mais nulle part, on ne semble même soupçonner un péril maçonnique. L’Année littéraire, en 1779, attaque violemment l’Éloge de Voltaire par La Dixmerie et le poème Voltaire de Flins des Oliviers lus à la loge des Neuf-Soeurs ; mais elle attaque les oeuvres, non la loge et les maçons. Toute la polémique antimaçonnique du XIXe siècle a ses sources dans le livre de l’abbé Barruel : Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme p.411 (1797 et années suivantes). Or, cet abbé Barruel ne faisait pas, en 1797, ses premières armes. Il avait publié, de 1781 à 1788, des Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques qui s’efforcent de ridiculiser toutes les oeuvres philosophiques avec la verve dont Pascal poursuivit les Jésuites. Toutes sortes de doctrines, d’oeuvres, d’hommes sont fort malmenés au cours de ces cinq
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volumes. Il n’y est jamais question des francs-maçons. On y parle bien longuement de « loges », mais ce sont celles où l’abbé, dans son indulgence, enferme ceux qui sont atteints du délire philosophique.
Les récriminations ne commencent qu’avec la Révolution, au moment où, s’il n’y a pas d’action révolutionnaire évidente de la maçonnerie, il y a du moins des francs-maçons notoires qui sem-blent des révolutionnaires aux défenseurs têtus ou prudents du passé. C’est alors que se forme la légende d’un complot maçonnique qui aurait, de longue main, prévu et préparé la Révolution, depuis la convocation des États généraux jusqu’à la mort de Louis XVI. M. Le Forestier a étudié avec une extrême précision les origines et l’épanouissement progressif de la légende ; c’est un des plus curieux chapitres de la transposition des faits par des imaginations que chauffent la colère et la rancune. Les affirmations, révélations, dénonciations viennent de Suisse, d’Allemagne, d’Angleterre. Les maçons français se seraient associés à la secte allemande révolutionnaire des Illuminés, par l’intermédiaire de Cagliostro, de Mirabeau et de l’Allemand Bode. Girtaner affirme gravement qu’il y avait, dès 1768, un club français de la Propagande qui comptait cinquante mille affiliés (alors qu’il n’y avait pas en tout cinquante mille maçons). Kniggs, Zimmermann, Robison, dix autres, embellissent et dramatisent.
En France, dans le flot sans cesse grossi des brochures et pamphlets polémiques, il y en a qui attaquent ouvertement et directement la maçonnerie. Une pièce inédite de la loge La Vertu triomphante, donnée par M. G. Martin, et qui date apparemment
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de 1790, se moque de « ces êtres superstitieux qui pensent assez généralement que les seules maximes de la maçonnerie ont préparé, produit et dirigé notre fameuse révolution admirée par l’univers étonné ». Nous retrouvons ces êtres superstitieux dans Le Voile levé pour les curieux ou le Secret p.412 de la Révolution révélé à l’aide de la franc-maçonnerie (1792). Le pamphlet affirme, d’ailleurs sans en donner aucune preuve, que les francs-maçons sont les auteurs de l’Assemblée nationale. En 1792, le P. Lefranc publie Le Secret des révolutions révélé à l’aide de la Franc-maçonnerie. — La conjuration contre la Religion catholique et les souverains. Brochures qui confondent constamment les « philosophes jacobins » et les « maçons » et qui formulent déjà exactement les accusations qui seront inlassablement reprises de génération en génération : « C’était dans les loges de la franc-maçonnerie, c’était dans ces sociétés secrètes et nocturnes que la philosophie se remettait de ses défaites, qu’elle regagnait dans les ténèbres le crédit qu’elle avait perdu au grand jour... Tout ce que nous avons vu exécuter par les clubs avait été préparé de longue main dans les loges maçonniques. » Même opinion chez l’abbé Guillon de Montléon (Mémoires, 1824) : « La secte des francs-maçons acquérait une puissance qui, loin de contrarier celle des protestants, servait à généraliser ses vues, à propager son crédit. Une multitude de loges dispersées dans Lyon et aboutissant à une loge centrale, lesquelles étaient les types et les berceaux des différents clubs et du club central... préparèrent les élections et fournirent les candidats. » Les affirmations étaient un peu hâtives et parfois un peu naïves. Tous ceux qui n’étaient pas disposés à croire Lefranc
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et Guillon sur parole savaient ou pouvaient savoir que les réunions des francs-maçons n’étaient pas « nocturnes » et qu’il n’y avait pas à Lyon une « multitude » de loges. Mais l’abbé Barruel dressait contre la maçonnerie une machine de guerre beaucoup plus redoutable. Les Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme étaient une oeuvre méthodique et adroite. Rien n’y était prouvé. « J’ai vu, disait simplement Barruel, je sais... » Mais il avait vu des choses si précises ; il savait des secrets si machiavéliques que l’ouvrage, machiné comme un mélodrame, avec un savant enchevêtrement de conspirations et d’« oeuvres de ténèbres » eut un retentissement considérable, et qu’il devint comme le répertoire des adversaires de la maçonnerie et de la Révolution.
Je ne suivrai pas la liste interminable des pamphlets, diatribes, oeuvres graves ou de grave apparence qui depuis plus de cent vingt p.413 ans ont repris le procès, de dom Deschamps à Pouget de Saint-André, en passant par Louis Blanc. Polémistes et historiens se divisent toujours en deux camps. Les uns (Louis Madelin, Pouget de Saint-André, A. Cochin, G. Martin) croient à l’influence ou directe et décisive, ou indirecte, mais pourtant profonde des francs-maçons. D’autres (d’Alméras dans son Cagliostro, Vermale dans sa Franc-maçonnerie savoisienne, Le Forestier dans ses Illuminés de Bavière, A. Britsch dans sa Jeunesse de Philippe Egalité, A. Mathiez dans un article sur Chaumette franc-maçon et ses comptes rendus, H. Sée dans un article de La Grande Revue) restent convaincus que cette influence a été nulle ou insignifiante. Mais ni les uns ni les autres n’ont fait le tour des documents, soit par crainte des trop longs
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voyages, soit parce qu’ils n’ont abordé le sujet qu’en passant ou de biais. Notre étude a justement pour but de les départager.
Il est très certain tout d’abord que ni la noblesse n’a vu dans la franc-maçonnerie une entreprise démocratique, ni le clergé une menace d’irréligion. Les preuves de l’engouement de la noblesse sont éclatantes et bien connues. En 1773, c’est le duc de Chartres, le futur Philippe Egalité qui devient le grand maître. Et c’est à qui s’empressera de suivre son exemple. Il est probable que Louis XVI a été franc-maçon. Dans les loges féminines d’adoption, les plus grandes dames rivalisent d’ardeur maçonnique avec leurs époux ou leurs amants. La princesse de Lamballe est grande maîtresse de la mère loge écossaise d’adoption et les dignitaires sont Mmes de Soyecourt, de Tolo-zan, de Montalembert, de Boyle, de Bouillé, de Broc, de Las Cases, etc. Nous avons de très nombreuses listes de loges de province. Elles ne comprennent pas toute la noblesse, ni même toujours (comme à Villeneuve-de-Berg, en 1776) « la meilleure noblesse », mais du moins beaucoup de nobles et, assez souvent, des meilleurs. En Artois, il y dans les loges 14,2 % de nobles. En Savoie, une partie de la maçonnerie se réunit dans des « loges blanches » ; il y en a une à Chambéry, dont Joseph de Maistre est le « grand orateur » ; il y a pour « frères » de nombreux gentilshommes qui ne sont pas plus que lui ni des révolutionnaires, ni des incrédules. Cette p.414 franc-maçonnerie aristocratique, qui s’abrite à l’ombre du trône, est d’ailleurs presque officielle. Quand le duc de Chartres, grand maître, et la duchesse font un voyage d’apparat dans le midi de la France, ils ne sont pas seulement reçus et escortés par les gouverneurs,
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évêques et corps de ville. Les F* M* leur offrent réceptions et banquets à Agen, Toulouse, Poitiers, Angoulême, Montauban, Montpellier.
On sait aussi que les prêtres furent dans les loges nombreux et assidus. Mais on peut en préciser les preuves. Selon Amiable il y avait, en 1789, vingt-sept prêtres vénérables de loges (et trente-huit nobles). Je n’ai pas pu vérifier le chiffre ; mais dans toutes les listes de dignitaires publiées par les études sur les loges provinciales, les noms des ecclésiastiques sont abondants. Les réguliers sont les plus nombreux (et M. Martin a eu raison d’insister sur ce point, car certaines congrégations, comme celle des Oratoriens, ont eu des idées beaucoup plus hardies que celles du clergé séculier) ; des loges sont fondées à l’intérieur même des couvents, par exemple en 1785 à Clairvaux ; mais les prêtres séculiers et même ceux de la paroisse ne manquent pas. A la loge Le Tendre Accueil de Glenfeuil, à l’Orient d’Angers, en 1773, il n’y a que des prêtres. A la loge de Sens, en 1777, vingt ecclésiastiques sur cinquante membres ; cinq prêtres à la loge d’Annonay ; sept ecclésiastiques sur quarante membres à la Vraie lumière de Poitiers. L’abbé J.-P. Lapauze, très estimé de son archevêque, est, en 1778, vénérable de la Loge anglaise de Bordeaux ; il présidera en 1782 la Loge générale. Des supérieurs de couvent (par exemple celui de l’abbaye de Beaupré, en Lorraine, du couvent des Minimes de Vitteaux, en Côte-d’Or, du couvent des Frères mineurs à Troyes) sont francs-maçons. Parmi les vingt-cinq ou trente prêtres de loges de Toulouse, il y a deux professeurs du collège royal et deux professeurs de théologie. Les archives de la Bastille nous ont conservé un « tableau des
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députés réunis à la Grande-Loge nationale de 1773 » ; il y a une cinquantaine de nobles et quatre abbés. Les prêtres francs-maçons dissimulent si peu leur affiliation qu’ils s’en parent comme d’un titre. L’abbé Brun a pu relever nombre de signatures accompagnées du symbolique.
Quand nous avons le tableau complet de ces loges, elles nous apparaissent comme des assemblées très distinguées où se congratulent p.415 et banquettent les gros et moyens bonnets de la cité, seigneurs, curés, abbés, magistrats, négociants. A Saint-Flour, en 1781, la loge Sully comprend dix nobles, deux chanoines de la cathédrale, quatre fonctionnaires, trois avocats, deux magistrats, deux chirurgiens, un négociant ; puis on recevra trois nobles, un bourgeois, un magistrat, un fonctionnaire, deux négociants, un imprimeur. La loge de L’Heu-reuse rencontre est fondée à Brest en 1745. Vers 1788, en font partie l’intendant général de la marine, le prince de Rohan, le maire de Brest, dom Courtois, bénédictin, le F. Bontout, carme, l’abbé La Goublaye, Clément de Ris, etc., etc. La bibliothèque d’Auxerre conserve un registre des délibérations de la loge de la ville, de 1783 à 1788. On y trouve « les plus honorables bourgeois », des chanoines, curés, moines, professeurs. « Toute l’élite intellectuelle » fait partie de la loge de Saint-Jean-des-Arts à Auch en 1779, nobles, bourgeois, prêtres. M. E. Lesueur a trouvé la même élite aristocratique et bourgeoise dans les loges d’Artois. La loge de Saint-Gaudens est établie dès 1748 par messire de Montégut. On y trouve, dès ses débuts, « la noblesse la plus distinguée », deux jacobins, trois chanoines, un curé. On fait dire une messe aux Jacobins le mercredi des Cendres, une
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autre à la Saint-Jean. On distribue des aumônes. Surtout on donne un grand banquet et bal dans la salle même de l’Évêché. C’est un succès, puis une fureur. Si bien qu’en 1749 le sénéchal, et sans doute Mme la sénéchale ne sont pas contents. Ils se plaignent qu’on débauche la noblesse ; entendons qu’elle se presse aux fêtes des maçons et déserte celles de la sénéchaussée. L’autorité interdit donc non pas la maçonnerie mais ses fêtes et réjouissances, que les maçons, ingénieux, remplacent par des représentations.
On voit que le sénéchal ne songeait pas du tout à les poursuivre pour philosophisme et impiété. Il ne redoutait qu’une concurrence dans les ris et les jeux. Ce n’était pas du tout qu’il fût la dupe d’une société sournoise, adroite à cacher des desseins audacieux. Il faudrait supposer que la plupart des gouverneurs, évêques ou curés, tous fort bien disposés, s’y sont trompés comme lui. Les maçons, en toute sincérité de coeur, entretenaient presque toujours des rapports excellents, bons ou courtois avec les autorités ecclésiastiques. p.416 A Toulouse, on retarde l’heure des séances « pour faciliter à nos frères l’exercice de la religion ». Non contents de faire célébrer, comme presque toutes les loges, une messe le jour de la Saint-Jean, les francs-maçons bordelais fondent, en 1775, une messe écossaise. En 1787 et 1788 la Loge française, écossaise, a un aumônier. Il existe d’ailleurs à Bordeaux une loge Saint-Esprit et une loge des disciples de Saint-Vincent-de-Paul. En 1777, la loge des Neuf-Soeurs, pourtant suspecte, fait chanter une messe et un Te Deum solennels aux Cordeliers pour la convalescence du duc de Chartres. En 1775, il y a à Pau une grande fête maçonnique en
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l’honneur du rappel du Parlement. La loge fait célébrer à dix heures, à l’église des Cordeliers, une messe solennelle précédée d’une sonnerie des cloches non moins solennelle ; elle se rend en corps à l’église. Après quoi, dans la fête proprement maçonnique, tout inspire « l’amour du Prince et de la patrie » et celui du « Grand Géomètre » et de l’« Ineffable Architecte ». Franclieu nous raconte dans ses Mémoires qu’il reçut (vers 1750) la visite d’un gentilhomme franc-maçon qui lui prêcha les mérites de l’ordre et lui démontra qu’on y respectait le roi et la religion. On y respectait même des préjugés. Les loges étaient assurément tolérantes et acceptèrent très souvent des protestants. Mais, en 1774, le Grand-Orient se refusait à affilier les comédiens qui n’avaient d’autre tort que d’être excommuniés par l’Église. A cette date l’opinion publique était pourtant contre l’Église, en faveur des comédiens. Treize ans plus tard, en 1787, la loge Saint-Jean-de-Jérusalem, à Nancy, persistait dans les errements du Grand-Orient et prononçait encore l’exclusion des comédiens, en alléguant, d’ailleurs, qu’ils étaient « vils aux yeux mêmes des profanes ». Ce sont, avec les magistrats, les maçons artésiens qui plaident pour qu’on n’expulse pas les Jésuites en 1762. Et la loge L’Amitié, de Boulogne-sur-Mer, exclut solennellement un athée qui s’entête dans son athéisme. M. Mathiez a retrouvé un discours de Chaumette, comme vénérable d’une loge de Nevers ou Moulins, non daté, mais antérieur à la Révolution. Rien n’y fait, dit-il, pressentir le futur apôtre du culte de la Raison. C’est un « prône onctueux » tout farci d’une « métaphysique nuageuse et burlesque » et qui témoigne d’une
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sévérité p.417 solennelle pour le matérialisme et l’athéisme, d’un profond respect des livres saints.
Respectueuse de la religion, la maçonnerie l’est, à plus forte raison, des principes monarchiques et des autorités constituées. Si l’on pouvait, vers 1770 et, à plus forte raison, vers 1780, montrer quelque irrévérence à l’égard des vérités révélées, il aurait été plus dangereux de s’organiser pour discuter de politique et pour demander ou suggérer des réformes. D’ailleurs, à supposer que les encyclopédistes aient été les maîtres des francs-maçons, ils n’auraient pu leur enseigner que ce qu’ils pensaient ; et ils ne pensaient pas du tout que le salut de la France fût dans une révolution républicaine. Comme eux et même beaucoup plus qu’eux, les maçons sont donc des sujets obéissants, respectueux et même zélés. Ils le disent d’abord. L’Étoile flamboyante, en 1764, déclare que « soigneuse d’éloigner tout ce qui peut y porter atteinte [à l’union], la Maçonnerie n’a rien oublié : nos conversations ont des bornes prescrites ; tout objet de contestation est proscrit, controverse politique... ». Et ils font évidemment comme ils le disent. Les loges de Toulouse entretiennent de bons rapports avec le pouvoir royal. Les maçons de Marseille se font installer, en 1765, un temple aussi somptueux qu’émouvant, orné de peintures allégoriques. Les allégories sont précisées par des inscriptions qui énumèrent la liste attendrissante des vertus du maçon : « Prudentia, fortitudo, venia, patientia, humilitas, etc. » (il y en a douze). Mais l’inscription centrale est Deo, regi patriae, fidelitas. Mêmes sentiments de fidélité et de prudence politique dans toutes les loges dont nous avons une histoire détaillée, à
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Lectoure, Annonay, Coutras, dans toute la Gascogne, dans les loges de l’Artois, etc.
Que faisait-on donc dans ces loges, puisqu’on n’y complotait pas, puisqu’on n’y méditait aucun dessein ni politique, ni même philosophique ? Nous sommes fort bien renseignés par les nombreuses études d’archives provinciales et de « planches à tracer », entendons d’ordres du jour et procès-verbaux. On vint d’abord dans les loges pour s’y distraire. Les distractions étaient rares ou nulles dans les petites et même dans les grandes villes au XVIIIe siècle. Pas de troupes de théâtre, sinon dans les grandes villes et souvent intermittentes. p.418 Pas d’association, ni même de société sinon quelque académie, ou société d’agriculture, ou société de lecture qui ne recevaient pas tout le monde. Les sociétés de lecture même ne se multiplient pas avant 1775-1780. La maçonnerie avait l’attrait du mystère. Elle avait tout un rituel singulier et mélodramatique. On y était dépositaire de secrets d’autant plus pathétiques qu’on n’y comprenait rien. On voulut donc être du secret. « Tout le monde en est ou veut en être... » nous dit, en 1737, le commissaire Dubuisson. Et il nous explique qu’on court au mystère, à des mystères inquiétants car « tous croient que l’ordre des Freemasons est originaire de Sodome ». Jusqu’au bout ces mystères tiendront une place considérable dans l’activité des maçons. Il y aura des querelles interminables, des schismes, à propos des décors, gestes et formules. Mais tout ce rituel est quasi public. Deux ou trois douzaines d’opuscules et ouvrages en offrent des tableaux méticuleux, avec figures, à la curiosité des profanes. Les profanes n’y comprennent rien. Les maçons non
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plus d’ailleurs. Tout l’appareil maçonnique, vocabulaire, costumes, cérémonies n’est plus guère qu’une mascarade pittoresque. On se querelle, à l’inauguration du temple d’Auxerre, pour savoir si le cri d’allégresse doit être « Houzé », selon le rite écossais de la loge, ou « Vivat », cri des autres loges. Le Grand-Orient consulté déclare que Vivat seul est orthodoxe. Mais c’est une orthodoxie qui ne tracasse guère la plupart des maçons. Quand la révolution approche, l’opinion est d’accord avec le bon secrétaire Ph. Lamare qui s’occupe à lire une brochure : L’Ordre des Francs-maçons trahi et le secret des Mopses révélé. Ce secret n’est plus que de « prétendus mystères ».
Mais les séances maçonniques offrent des divertissements plus sérieux et plus savoureux. On y goûte le plaisir d’agréables réunions où l’on cause, plaisante et se goberge. Les loges maçonniques sont tout bonnement et le plus souvent des cercles. Au XVIIIe siècle, dit très justement E. Lesueur, un homme distingué fréquente son atelier comme, de nos jours, il se rend à son cercle. « Que voulez-vous que je vous dise, écrit de Brosses en 1744, de la comédie, de la musique et des francs-maçons. Tout cela se réunit en un. Les francs-maçons font de la musique rarement et négligemment. Ils jouent p.419 la comédie dans leur hôtel. » Fonvielle est initié franc-maçon à Carcassonne, en 1785 ; il y a dans la loge des professeurs de collège. On ne s’y occupe jamais de politique. C’est une espèce de « lycée » où l’on lit surtout des odes et épîtres maçonniques. Gauthier (de Brécy) est zélé franc-maçon, et même « grand visiteur ». Il va se promener, pour son plaisir, à la foire de Beaucaire avec M. de
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La Borde. Les plaisirs de la foire deviennent un peu ternes. On en imagine un plus piquant. On décide de tenir et d’ouvrir une loge. Beaucoup de curieux de la foire veulent y être reçus apprentis ; on reçoit notamment M. de Lucy de Villemorien. Puis, comme il n’y a pas de vrai plaisir sans les dames, on ouvre une loge de femmes, une « loge d’adoption » ; on y reçoit Mlle Renouard et deux dames. Ce fut, dit Gauthier, un « agréable passe-temps de société ». Et il conclut : « Pendant vingt ans que J’ai fréquenté les loges des francs-maçons, je n’ai jamais entendu un mot d’opposition, même de froideur sur les droits et intérêts du roi... Dans toutes les loges, on ne laissait jamais échapper aucune occasion de faire l’éloge du roi. » C’est exactement l’opinion de L.-S. Mercier en 1783. L.-V. Arnault nous a conté également ses souvenirs de maçonnerie à Versailles. On y forme des loges « pour se distraire » ; et la loge à l’Orient de la cour ne s’occupe que de philanthropie et de séances académiques. La loge de Coutras, par la plume de Viellefont, curé de Coutras, et Richon, prieur de Saint-Martin, lance même un prospectus pour fonder un cercle où seront admis ceux qui ne sont pas maçons. Les étudiants eux-mêmes ouvrent des loges comme ils forment aujourd’hui des cercles ou associations. Nous avons les registres de la loge d’étudiants de Montpellier en 1783. « Chaque membre, dit le règlement, prêtera son obligation [sic] et donnera sa parole d’honneur, le jour de son installation ou agrégation, de ne jamais parler, directement ou indirectement, contre l’État, les lois, les religions [sic 1] et les bonnes moeurs... Qu’un maçon ne se livre jamais,
1 On est à Montpellier, cité calviniste, et le pluriel prouve que la loge acceptait
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dans l’atelier ou ailleurs [c’est nous qui soulignons] à des disputes sur les religions ou sur la politique. » On ne s’exercera dans la loge qu’à p.420 la paix, l’amitié, la bonne union, à l’entr’aide mutuelle, loin des jeux de hasard et des « femmes de mauvaises moeurs ». On se reposera d’une vertu un peu morose par des banquets. Les banquets ont joué dans la vie maçonnique du XVIIIe siècle un rôle considérable. On y prenait le plaisir fort profane de bien manger et de boire d’autant ; mais on y conservait l’illusion de spiritualiser ces joies grossières en communiant avec les traditions maçonniques. « Quand on veut boire, nous dit E. Lesueur en faisant l’histoire du cérémonial des loges d’Artois, on dit : "Donnez de la poudre." Chacun se lève et le vénérable crie : "Chargez !" On met alors de la poudre dans les canons ; le maître ordonne : "Mettez la main sur vos armes !" et l’on boit en portant le verre à la bouche en trois temps, sur la mamelle gauche, puis sur la droite, et ensuite en avant, en répétant trois fois : "Vivat !" » Le Mercure de France publie, en 1774, un Hymne pour une fête maçonne célébrée à Clermont-Ferrand par la loge de Saint-Michel de la paix :
De l’odieuse imposture
Bravons l’impuissante voix ;
Elèves de la Nature,
Buvons-y par trois fois trois ;
Offrons un semblable hommage
Aux Ris, aux Jeux, aux Plaisirs.
Et dans leur fuite volage
Hâtons-nous de les saisir.
catholiques et protestants.
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D’ailleurs, on s’épargne le remords de ces plaisirs égoïstes par des quêtes et offrandes « réservées à des actes de bienfaisance ». Il y a même des loges où l’on se fait scrupule de jouir dans le secret de ces biens tranquilles. A la loge d’Annonay, où l’on se livre à aucun autre effort intellectuel qu’à de vagues phraséologies maçonniques, on convie les habitants du lieu, ceux qui sont de bonne compagnie, aux fêtes et banquets. Il y a enfin une autre littérature maçonnique que celle des rituels, discussions de rituels et circulaires administratives. « Rien de grave, disait-on sous l’Ancien Régime, ne peut inquiéter l’autorité. En France, tout finit par des chansons ! » C’est un peu l’histoire de la maçonnerie. On y chante à tout propos et l’on a même publié une Lire maçonne (1784 et 1787) avec des p.421 chansons notées. Si bien qu’on est tenté de conclure comme l’Avis sincère : les maçons ne sont que « des bons vivants ».
Tout de même il y aurait quelque ridicule à étaler tant d’allégories, de devises, de compas, d’épées et de formules cabalistiques pour se contenter de faire sonner la lyre maçonne et d’enrichir quelque traiteur. La maçonnerie, dès ses origines, avait des intentions plus hautes. Il y en avait d’obscures ou d’incertaines auxquelles, très vite, personne ne comprit plus rien et qui ne subsistèrent que dans le résidu de rites machinaux et de vocables abstrus. D’autres étaient claires, auxquelles on se tint. La maçonnerie tenait école de morale et de vertu. Depuis le discours du duc d’Antin en 1740 (qui serait, en réalité, d’après M. Lesueur, de Ramsay), jusqu’aux homélies de Chaumette et de ses confrères à la veille de la Révolution, il n’y a pas de discours ou de circulaire où l’on n’insiste sur les devoirs du maçon,
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toujours fidèle à la plus noble et la plus prudente morale. Tantôt le sermon est en prose solennelle : « Que venons-nous faire en Loge ? proclame le discours du vénérable de la loge La Sincérité à Besançon, en 1777. Élever des temples à la vertu et creuser des cachots pour les vices ! » Tantôt on rime le sermon en vers aimables. Le Journal de Lyon publie, en 1787, des Stances adressées aux francs-maçons :
Temple de la maçonnerie,
séjour du calme et de la paix,
Asile où n’entrèrent jamais
la haine et sa noire furie
..........................
Pour son roi, le verre à la main,
Il fait des voeux ardents, sincères
..........................
Il hait la fatale industrie
Qui sert un guerrier destructeur ;
Mais, s’il faut venger sa patrie,
bientôt il vole au champ d’honneur.
Toutefois ces vertus, si elles restent monarchiques et patriotiques ne sont plus tout à fait semblables à celles qu’enseignaient un Bossuet, ou même un La Bruyère. Depuis 1750 environ, le XVIIIe siècle a p.422 créé une vertu nouvelle ; de la vieille charité faite pour l’amour de Dieu il a fait la bienfaisance et « l’humanité ». Toutes les loges pratiquent avec ardeur cette humanité ou, du moins, elles en font un grand étalage. « Tendons une main généreuse à l’humanité souffrante, dit une circulaire du Grand-Orient du 24 avril 1776 (archives de la Bastille), volons au-devant des infortunés, ne permettons pas
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que l’on gémisse auprès de nous ; voilà le véritable éclat que les maçons doivent ambitionner... Puisqu’il faut être connus, soyons-le comme des maçons doivent l’être, par des actes multipliés de bienfaisance. » Je n’ai vu nulle part que ces actes aient été vraiment multipliés, ni qu’ils aient coûté beaucoup d’efforts ni d’argent. On s’y dévouait à peu près comme dans nos modernes sociétés de bienfaisance. Mais, tout de même, on ne se contentait pas toujours de sermons. Les loges de Paris marient des filles, libèrent des prisonniers pour dettes, donnent des bourses dans les collèges. En 1774, le F. Leroy peut annoncer à l’assemblée générale de la Saint-Jean d’hiver que tous les prisonniers détenus pour n’avoir pas payé les mois de nourrice de leurs enfants avaient été libérés. Un peu partout dans les loges de province on imite les loges de Paris. Cotisa-tions, collectes qui servent à de judicieuses bienfaisances ; on marie des filles, on met des jeunes gens en apprentissage, on paie des dettes. A Guéret, la loge Les Préjugés vaincus résume ces oeuvres de bienfaisance en constatant que « les coeurs sensibles qu’affecte particulièrement la sensible humanité éprouvent une si douce satisfaction en faisant des heureux ».
Bref, le programme des occupations des loges se résume assez fidèlement dans celui des séances maçonniques de Troyes. On dédie les travaux A la gloire du grand architecte de l’Univers. Puis, dépouillement de la correspondance. — Communications. — Réception des frères étrangers. — Admission, s’il y a lieu, de nouveaux maçons. — Bienfaisances (qui sont nombreuses ; secours à des veuves, aux victimes des incendies, etc.). — Quête pour les pauvres. — Banquet. — A la Saint-Jean d’été, et
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à la Saint-Jean d’hiver, messe solennelle, banquet, chants. — Services funèbres pour les morts des dignitaires.
Il y eut, sans aucun doute, des loges dont l’histoire fut moins paisible et qui furent autre chose qu’un sage comité de bourgeois et de p.423 hobereaux cherchant du prestige et des distractions. Le mysticisme de la maçonnerie fut, à l’occasion, pris très au sérieux. Ou plutôt (car ce mysticisme s’était usé), on lui substitua des mystiques qui n’étaient pas plus claires mais qui avaient le pouvoir de troubler les imaginations. Tantôt ce fut une sorte de mystique catholique, comme dans les loges blanches de Savoie ; tantôt l’esprit des Illuminés de Bavière, sans pénétrer profondément, agit pourtant sur quelques groupes de maçons qui cherchèrent à renouveler les vieilles formules et à faire de la maçonnerie une sorte de religion chaleureuse et agissante. Rien ne prouve que Cagliostro ait été pris au sérieux par les maçons et qu’il ait eu sur eux une réelle influence. Mais Martinez de Pasqually arrive à Paris en 1768 et exerce très vite son action sur certaines loges (notamment à Lyon). Vers 1773, on importe d’Allemagne un nouveau rite, la stricte observance templière. Pour lutter contre la concurrence de cette observance, des maçons de la loge Les Amis réunis organisent le groupe des Philalèthes, dont le but est, nettement, l’étude mystique et l’occultisme. Un illuminé, dom Pernety, après avoir, en Allemagne, conquis des âmes crédules, s’installe à Avignon en 1784 et y fonde une sorte de secte qui adore la Sainte Parole, cherche la pierre philosophale, etc., etc. La secte est très prospère, vers 1789, et elle est en relations étroites avec les loges. La théosophie de Swedenborg s’insinue également dans la
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maçonnerie. Il y a au moins deux loges swedenborgiennes à Paris en 1787 ; il y en a plusieurs à Toulouse. Il y eut des loges martinistes, inspirées par Saint-Martin, des loges mesmériennes ou harmonistes. Un essai de coordination de tous les occultismes fut même tenté par les Philalèthes, dans les convents de 1785 et 1787, sans succès d’ailleurs.
L’histoire de ces courants mystiques, souvent très sincères, est assez difficile à débrouiller, car toutes leurs doctrines sont prodigieusement confuses, et leurs effusions le sont plus encore. Mais elle importe peu, du moins pour notre sujet. Ce mysticisme n’est ni révolutionnaire, ni même « philosophique ». Il n’est ni une création, ni une importation véritable de Pasqually, Saint-Martin, Pernety, Swedenborg. Ce ne sont que des ramifications et des floraisons plus p.424 abondantes de la vieille crédulité superstitieuse qui avait fait les sorcières, une déformation de ces courants mystiques qui avaient parcouru si puissamment le catholicisme au XVIIe siècle et qui tendent à se perdre au XVIIIe. M. Constantin Bila nous a fait cette histoire de la magie au XVIIIe siècle (La Croyance à la magie au XVIIIe siècle, en France). Elle est abondante et pittoresque et on pourrait encore la compléter. Le M. d’Astarac de La Rôtisserie de la Reine Pédauque n’est pas, même vers 1750, un maniaque exceptionnel. Il n’est pas plus fou qu’un bon nombre de ses contemporains. Dupont de Nemours nous raconte qu’à treize ans et demi, il fut pris en amitié par une Mme d’Urfé, qui se croyait en commerce avec les sylphides, ondins et salamandres. Le jeune Dupont fut jugé digne d’être initié. On fit une conjuration au cours de laquelle il crut voir Uriel dans un verre d’eau. Par la suite il ne vit plus rien
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du tout ; ce qui le fit renier par Mme d’Urfé. Toutes les mystiques maçonniques ou qu’abritent la maçonnerie ne sont donc que les symptômes d’un malaise moral ou, si l’on veut, d’une tendance qui est générale au XVIIIe siècle et qui n’a rien à voir avec la Révolution.
*
Je crois que ces conclusions négatives sont vraies pour l’ensemble de la maçonnerie française au XVIIIe siècle. La plupart des maçons ne sont ni des révolutionnaires, ni même des réformateurs et des philosophes, ni même des mécontents. Pourtant, il serait absurde de faire des loges des associations analogues soit aux académies, sociétés littéraires et sociétés d’agriculture, soit aux groupements de martinistes ou de mesmériens. Sans que la plupart des maçons s’en rendissent nettement compte, sans que leurs idées fussent clairement différentes des idées de ceux qui n’étaient pas maçons, ils étaient vaguement préparés à mieux comprendre certaines des idées qui soutiendront la Révolution ou du moins à ne pas trop s’en étonner. Dans leur immense majorité, ils n’étaient pas révolutionnaires de coeur, mais ils l’étaient obscurément de bouche en s’habituant à des formules sous lesquelles la Révolution allait mettre des réalités. C’est l’histoire de cette subconscience du maçonnisme qu’il me reste à préciser.
p.425 On a dit, dès le XVIIIe siècle, que la maçonnerie était « philosophe », qu’elle était inspirée et même conduite par la philosophie encyclopédique. Dès 1740, le duc d’Antin (ou le chevalier de Ramsay) conviait les frères maçons à collaborer « à un vaste ouvrage auquel nulle académie ne peut suffire... Par là,
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on réunira les lumières de toutes les nations dans un seul ouvrage, qui sera comme une bibliothèque universelle de ce qu’il y a de beau, de grand, de lumineux, de solide et d’utile dans toutes les sciences et dans tous les arts nobles... ». C’est assurément le programme de l’Encyclopédie. Mais ce document reste unique, au moins jusqu’ici. Rien ne prouve que la maçonnerie ait pris une part effective à la publication du fameux dictionnaire. Sur les cent cinquante-neuf collaborateurs de Diderot, M.E. Lesueur n’a trouvé qu’une dizaine de francs-maçons. On prouvera peut-être que quelques philosophes notoires, et particulièrement Diderot, ont subi plus qu’on ne l’a dit l’influence de conversations maçonniques. Je doute qu’on puisse prouver qu’ils ont à leur tour tenu une grande place dans les lectures et les curiosités de la plupart des maçons français. Des francs-maçons ont eu certainement des intentions et même une culture très philosophique. « J’ai cru devoir vous rappeler, dit le maçon Béquillet (Discours sur l’origine, les progrès et les Révolutions de la F.-M., 1784), l’alliance qui a subsisté de tous les temps entre la philosophie et la maçonnerie et vous convaincre que l’une dérive de l’autre [...] Qu’est-ce donc qu’un F.-M.., si ce n’est un philosophe pratique qui, sous des emblèmes religieux adoptés de tous les temps par la sagesse et même par la haute philosophie (J’ose le dire dans une assemblée de philosophes), construit, sur des plans tracés par la nature et la raison, l’édifice moral de ses connaissances ? » Et Béquillet défend la maçonnerie contre l’accusation de ne s’occuper que de signes et de mots, montre qu’elle est philosophe, et propose de
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concourir à l’érection d’un monument en l’honneur de Descartes, fondateur de la philosophie en Europe.
Il est bien évident que Béquillet n’a pas été le seul maçon féru de philosophie raisonnante et non mystique. Diderot, Helvétius étaient francs-maçons. Voltaire l’était, d’assez bonne heure, semble-t-il. Dans tous les cas, l’une des cérémonies solennelles qui marquèrent son p.426 retour à Paris, en 1778, fut sa réception comme membre de la loge des Neuf-Soeurs. Spectacle pompeux et « touchant ». Il entre appuyé sur Franklin et sur Court de Gébelin. Outre les maçons de la loge, plus de deux cent cinquante visiteurs avaient été admis. On lui ceint le tablier d’Helvétius. Le poète Roucher, philosophe lui aussi et maçon, entonne un « chant de triomphe » en son honneur. Voltaire retrouvait, dans cette loge des Neuf-Soeurs, La Lande, le romancier philosophe La Dixmerie, etc. On pourrait allonger cette liste des philosophes maçons. On retrouverait quelques formules nettement philosophiques dans quelques loges provinciales. La loge de Guéret (en 1787 il est vrai) s’intitule Les Préjugés vaincus. On pourrait même discerner parfois autre chose que des formules, c’est-à-dire une certaine doctrine raisonnée : « Les penchants vicieux de la nature, dit un discours de 1764, cette phrase n’est pas supportable, les bons philosophes ne peuvent la protéger... Tout homme naît pour le bien, supposer le contraire c’est accréditer un blasphème. » La loge La Candeur, de Paris, propose comme sujet de prix à tous les maçons : « Quelle est la manière la plus économique, la plus saine et la plus utile à la société d’élever les enfants trouvés, depuis leur naissance jusqu’à l’âge de sept ans ? » A Toulouse, il
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se fonde (d’ailleurs en 1787 seulement) une loge qui prend le titre de L’Encyclopédique et qui cherche à suivre l’esprit encyclopédique autrement que par son titre. On y crée des comités d’agriculture — de philanthropie — de civisme — de sciences — de philosophie, etc. On fait des expériences et des inventions.
Mais tous ces documents sont très dispersés et prouvent que si la philosophie des philosophes a pénétré dans quelques loges d’élite, chez quelques maçons déjà philosophes avant d’être maçons, elle n’a pas remué la pensée de la plupart des frères. Surtout, il n’est pas possible de croire que cette philosophie trouvait dans le milieu maçonnique un terrain particulièrement favorable. Les statuts de la Société des philalèthes de Lille, en 1783, exigent que les candidats soient maçons ; mais la condition est supprimée en 1787. En faisant l’histoire intellectuelle des académies et sociétés littéraires dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, nous avons vu que, sans être plus révolutionnaires ni réformatrices que les maçons, elles ont p.427 été, dans leur ensemble, beaucoup plus philosophes, qu’on y a beaucoup plus essayé de penser, et beaucoup plus hardiment. Cette curiosité intellectuelle, rationnelle et critique, est un phénomène général dans toute la France du XVIIIe siècle ; et les maçons ne sont pas du tout ceux qui l’ont le plus vivement éprouvée. L’esprit nouveau de la maçonnerie est ailleurs.
C’est non pas dans l’esprit d’égalité, mais dans un certain esprit d’égalité. Il avait été l’un des grands principes sur lesquels s’était fondée à son origine la maçonnerie. Cette maçonnerie était plus ou moins internationale et « fraternelle ». Le duc
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d’Antin, grand maître, célèbre, dès 1740, cette union de tous les maçons : « Le monde entier n’est qu’une grande république... L’intérêt de confraternité devient celui du genre humain. » Le thème est repris inlassablement par les discours des loges et les opuscules écrits par des francs-maçons à travers tout le XVIIIe siècle. Le vénérable de la loge de Saint-Jeandu-Secret, de Montpellier, affirme, en 1751, que la naissance est un effet du hasard, qu’il n’y a pas entre les maçons de distinctions « autres que celles que nous tâchons de mériter par la supériorité de nos talents ou par l’éminence de nos vertus ». Même démonstration dans un discours de 1777 à La Parfaite Egalité de Besançon. Les certificats de franc-maçon délivrés par la loge de Coutras, en 1788, se terminent par la formule : « Dans la douce confiance qu’ils répandront dans toutes les villes qu’ils parcourront l’esprit de liberté, de concorde et d’amitié fraternelle qui fait l’essence de notre ordre. » Un des discours de la loge de Bergerac est un hymne à l’Égalité : « Égalité, fille du ciel, don précieux de la nature. » Longtemps l’organisation réelle des loges avait été en contradiction avec cette douce confiance ; les loges avaient fini par être gouvernées à peu près despotiquement par leur grand maître. Les querelles et discordes, qui agitent la maçonnerie de 1761 à 1774, sont une lutte entre l’esprit d’autorité et l’esprit de collaboration égalitaire. C’est évidemment l’égalité qui triomphe. Amiable a insisté sur ce fait que l’organisation devient « républicaine », fondée sur l’élection par toutes les loges de représentants qui font les règlements. « Nul n’obéit qu’à la loi qu’il s’est imposée lui-même. » L’égalité et la liberté, dit-il, sont invoquées avec insistance dans la première circulaire du p.428
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Grand-Orient en 1775, dans les circulaires de 1776, 1777, etc. Il a trouvé les mêmes invocations dans une circulaire de la Grande-Loge nationale de France à toutes les loges du royaume, en 1773 (archives de la Bastille). L’assemblée de tous les députés « s’est principalement proposé d’établir l’égalité, en appelant les Provinces à l’exercice de leur droit de concours à l’administration ».
Donc égalité juridique, électorale de tous les maçons de France, qu’ils fussent grands seigneurs ou négociants. Mais c’était là une égalité momentanée, semblable à celle qui fait du gueux l’égal du milliardaire le jour d’une élection. Dans quelle mesure cette égalité a-t-elle pénétré profondément les esprits, s’est-elle traduite dans la vie journalière ? Dans quelle mesure le duc de Chartres a-t-il été convaincu qu’il n’y avait entre lui et l’épicier franc-maçon de Saint-Flour qu’une différence sociale conventionnelle, due au hasard ou à la simple nécessité pratique d’avoir des dirigeants et des dirigés ? Je crois que cette mesure a été extrêmement faible, si on laisse de côté les « frères servants » qui existent dans presque toutes les loges, qui sont des employés appointés, qui sont concierge, menuisier, serrurier et sont considérés comme des salariés bien plutôt que comme des frères. Dans un certain nombre de ces loges pénètrent assurément la bourgeoisie moyenne et des commerçants. Dans la loge Saint-Jean-de-Jérusalem à Nancy, il y a un pâtissier, un vitrier, un menuisier, un plombier, etc. A la loge Saint-Jean-des-Arts d’Auch, un tapissier, un entrepreneur, un professeur d’architecture sont vénérables. La loge Saint-Jean de Caen, en 1785, a seize membres, dont un caissier, un employé de bureau,
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un secrétaire, quatre négociants, etc. A la loge de La Paix à Montélimar, on ne trouve que des maçons de classe moyenne, ni nobles, ni artisans ; à Lyon, la loge du Parfait Silence est composée (il est vrai dans un état de 1791) de petits bourgeois. Il semble que les loges vraiment roturières qui tentèrent de s’organiser (M. G. Martin en cite deux ou trois dans son étude sur Les Associations ouvrières au XVIIIe siècle) aient eu beaucoup de mal à se faire reconnaître et à vivre. Il se fonde bien à Saint-Flour, en 1787, à côté de la loge aristocratique, créée en 1781, une loge populaire. Mais c’est en réalité une loge de moyenne et petite bourgeoisie ; et nous sommes en 1787. Même remarque pour la p.429 loge L’Encyclopédique de Toulouse, où les artisans, menuisiers, maçons, tourneurs étaient, dit M. Gros, en majorité. Mais il s’agit de riches maîtres de ces corporations, et la loge ne date que de 1787. C’est, de même, en 1787 seulement qu’une loge fut fondée par des sergents des gardes-françaises.
L’esprit d’égalité des maçons a été, en effet, fort respectueux de certaines inégalités ; et l’on y a compris la fraternité comme la loi contemporaine la comprenait, avec des droits d’aînesse impérieux. On consent que les hommes soient frères, mais seulement lorsqu’ils ont le même tailleur. A Montélimar, le vénérable de la loge de La Paix en 1787, se plaint que le pays soit « infecté de maçons indignes de ce nom par la bassesse de leur état civil ». Ces maçons indignes comprennent, en réalité, un industriel, un négociant, quatre « artistes », un avocat, un ecclésiastique, un aubergiste, un bourgeois. Ils tentent de se faire reconnaître, mais on refuse leur requête à cause de
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« l’improportion et l’irrégularité des membres ». A Poitiers, il existe une loge aristocratique, La Vraie Lumière, où l’on paye quarante-huit livres d’entrée (sept ou huit cents francs de notre monnaie). Il se fonde une loge irrégulière, La Parfaite Union. Plaintes de La Vraie Lumière qui accuse La Parfaite Union de se recruter « dans les classes les plus abjectes ». Le Grand-Orient la reconnut pourtant, mais parce qu’elle était prise, en réalité, dans la moyenne et petite bourgeoisie. C’est en 1787 seulement que se fonde, à Poitiers, une loge vraiment populaire, Les Amis réunis. A Nancy, la loge de La Vertu se voit refuser ses constitutions parce que ses membres sont de trop petite bourgeoisie (chapelier, perruquier, traiteur, tapissier, boulanger, etc.). Luttes sournoises et têtues à Arras entre la loge L’Amitié, aristocratique, et la loge La Constance, formée de petits bourgeois. C’est La Constance qui a le dessous et qui se voit persécutée et désertée. A Annonay, en 1777, il y a deux loges où se réunissent les gentilshommes, deux ou trois manufacturiers, presque tous les magistrats, cinq ecclésiastiques. Un beau jour, le gouvernement supprime les jurandes et communautés d’ouvriers. Ceux-ci n’ont plus d’associations. Entrons, disent-ils, dans la fraternelle maçonnerie. Mais les deux loges et celle de Tournon protestent auprès du Grand-Orient avec une vigueur épouvantée. Le p.430 Grand-Orient rejette les demandes des ouvriers en 1777 et 1779. Si l’on veut d’ailleurs connaître l’esprit des dirigeants de la maçonnerie, il suffit de lire les treize discours, prononcés de 1764 à 1766, réunis dans le tome II de L’Étoile flamboyante. « Tout autre, à ma place, mon frère, commettrait peut-être une
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imprudence en insistant si fortement sur cette égalité qui nous honore et nous distingue... N’appréhendez jamais que, hors du cercle des loges, un maçon quelconque cherche à s’en prévaloir » ; cela pour la réception d’un « homme de naissance ». Et voici pour la réception d’un « homme du commun » : « Nous déférons à l’égalité sans gêne et sans regret, mais sans nous avilir ; soyez-en flatté, mon frère, mais sans en concevoir aucun orgueil ; plus des hommes supérieurs oublieront la distance, plus il convient de vous en souvenir... N. B. Sans humilier le candidat, il n’est pas hors d’oeuvre de lui faire sentir que la familiarité engendre le mépris. »
En un mot, nous supprimons les distances ; mais quand l’homme supérieur fait un pas en avant vers lui, que l’homme inférieur fasse un pas en arrière. Convenons cependant que les notions d’homme supérieur et d’homme inférieur se sont assez profondément modifiées. La naissance n’est plus tout vers 1770 et surtout vers 1789. Il ne suffit plus de « s’être donné la peine de naître », si l’on n’a trouvé dans son berceau qu’un titre, sans argent et sans esprit. Dans la société du XVIIIe siècle on n’ignore plus que bien des rapprochements se sont faits entre les gens titrés, les bourgeois riches et les gens de lettres ; rapprochements plus sensibles encore dans bien des coins de province où les hobereaux ruinés en viennent parfois à se confondre avec les paysans. Hobereaux, magistrats, fonction-naires, professions libérales se rencontrent dans les loges comme ils se rencontrent dans la vie. M E. Lesueur en a apporté, pour l’Artois, des preuves abondantes et précises. Si l’égalité maçonnique prépare une révolution, ce sera seulement celle
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qu’on accuse de n’avoir supprimé les privilèges aristocratiques que pour les remplacer par les privilèges bourgeois.
J’en dirai tout autant de l’esprit de tolérance religieuse des loges. Nous avons vu que la loge d’étudiants de Montpellier admettait les p.431 étudiants protestants. Les loges de Bordeaux accueillaient ouvertement les protestants depuis 1740 environ. En 1740, ces loges étaient quelque peu en avance sur leur temps, bien que cette idée de tolérance ait fait à Bordeaux des progrès plus rapides. Mais nous avons montré qu’à partir de 1760 cette idée de tolérance religieuse sort des plaidoyers des philosophes pour gagner l’opinion publique tout entière et qu’en 1789, presque tous les Français demandent pour les protestants la liberté du culte et les droits civiques. Le tolérantisme maçonnique est le reflet non pas du tolérantisme philosophique mais du tolérantisme général de l’opinion.
Je cherche vainement dans tout cela une volonté ou même une tendance révolutionnaire, — même une volonté ou tendance nettement réformatrice, — même une volonté ou tendance clairement philosophique, J’entends plus philosophique que ne l’étaient les discussions et dissertations des académies ou sociétés littéraires. Je n’ai trouvé qu’un document vraiment révolutionnaire, mais qui date de 1788. Il y a une loge à Joyeuse. On trouve dans son dossier le questionnaire suivant : « Que pensez-vous des affaires du temps qui troublent le royaume ? — Si le Roi votre maître vous commandait de prendre les armes contre votre province ou tout autre de la France, que feriez-vous ? — Que pensez-vous de MM. de Brienne, de Lamoi-gnon, et par suite nécessaire de celui et celle qui les autorisent ?
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— Votre façon de penser sans varier et sans équivoque ? — M. le commandant est prié de mettre la réponse en bas. » Et M. le commandant écrit sans ambages : « Réponse à la première question. Cet une calamité que toute la framaçonnerie en général devrait y apporter remède. — 2e question. Je donray ma démission. — 3e question. Que ces seigneurs-là fussent pendus. Et que celui et celle qui les autorisent, l’une aux enfants trouvés, et que l’autre cherchât un meilleur conseil. » Certes, les réponses de M. le commandant prouvent autre chose que la tendre fraternité et la douce confiance maçonniques. Et ses jugements annoncent très précisément ceux qui enverront « celui et celle qui les autorisent » à l’échafaud. Mais le témoi-gnage est unique. Il prouve qu’en 1788 il y avait des esprits fort montés contre la cour et même la reine. Mais ils ne l’étaient pas par le maçonnisme, pas plus que les placards insultants que la police p.432 devait arracher à chaque instant, et dès cette date, aussi bien à Paris qu’en province. Il y a eu un maçon prêt à la Révolution en 1788 et sans doute bien d’autres ; comme il y en a eu assurément qui étaient voleurs et banqueroutiers sans que la maçonnerie fût animée de l’esprit de vol et de banqueroute.
Je n’ai voulu faire état que des documents authentiques et publiés, de ceux dont on a au moins la référence. C’est pour cela que ma conclusion s’oppose fortement à une conclusion importante de M. G. Martin. M. Martin a raison d’insister sur l’organisation centralisée de la maçonnerie, sur ces relations permanentes qui unissent le Grand-Orient aux loges principales et celles-ci à des sortes de filiales. (La Parfaite Union de Rennes correspond avec quarante-deux loges et quatre loges militaires.)
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Puissant moyen de diffusion d’idées, de gouvernement de l’opinion à une époque où rien d’analogue n’existait en France. Et je penche à croire, moins que M. A. Cochin, mais un peu comme lui et comme M. Martin, que des francs-maçons, aux approches de la Révolution et à ses débuts, ont dû penser à se servir de ce moyen, s’en sont servis et en ont tiré parti d’une façon plus ou moins effective. Mais de la certitude de cette organisation, M. Martin passe à des hypothèses qui, pour séduisantes qu’elles soient, ne sont que des hypothèses. Double mouvement, dit-il en somme, centripète et centrifuge. Les loges ne sont pas des académies férues de littérature abstraite. Elles réunissent des hommes habitués aux affaires. On y discute les problèmes du jour. « Toutes les nouveautés sociales ou politiques paraissent avoir retenu l’attention des loges, et fait l’objet de rapports... » Tous ces rapports, d’étage en étage, parviennent au Grand-Orient, qui les examine, les filtre, en tire ce qu’ils ont de meilleur et s’en sert pour rédiger une circulaire définitive qui redescend vers les loges pour apporter une unité de doctrine. La maçonnerie aurait été ainsi un véritable « milieu d’études » philosophiques, sociales, politiques. Malheureusement, je cherche en vain, dans l’étude de M. Martin, les documents qui fassent de ce milieu d’études organisées autre chose qu’une rêverie. Des documents cités, l’un est postérieur à 1789 et par conséquent hors de cause pour notre sujet. L’autre montre qu’en 1788 l’Encyclopédique de Toulouse discute le problème de p.433 la double représentation ; mais J’ai dit que 1788 devait être hors de cause également ; et si l’Encyclopédique en parle, c’est comme tout le monde en France à cette date. Reste le fait que,
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de 1780 à 1785, la même Encyclopédique disserte sur la justice égale pour les diverses religions. Problème également banal, mais en discussion partout puisque c’est en 1787 qu’après de longues polémiques l’Edit de tolérance est enfin publié. Même si l’on retient ces deux faits, ils prouvent qu’une loge en France a mis en discussion deux questions d’actualité, dont le monde s’entretenait. Et cette preuve est tout à fait insuffisante pour justifier les généralisations de M. Martin.
Même observation pour les circulaires du Grand-Orient. Elles sont nombreuses. Nous en possédons un certain nombre. Je n’en ai pas vu une seule qui contînt autre chose que de vagues sermons et qui traitât d’autre chose que de questions et de problèmes d’ordre strictement maçonnique.
Même observation enfin pour l’étude que fait M. Martin de la propagande, faite par les maçons hors des loges, d’idées philosophiques et sociales. Les quelques documents cités sont des affirmations sans preuves de Sallier et Bouillé, quelques brochures prises dans la masse de celles qui parurent en 1788 et 1789, une feuille d’un club de Rennes, en 1788, un opuscule de Volney qui est de 1793 et qui est d’ailleurs philosophique et non maçonnique. Aucun texte précis, aucune pièce d’archive n’indiquent qu’avant 1788, avant la date où tout le monde parle et même écrit de politique, les loges aient songé ni systématiquement, ni même par des initiatives locales à une propagande d’idées philosophiques et sociales. Aucun document ne nous montre, comme le suppose M. Martin, les hobereaux et les « honorables hommes » diffusant des idées de maçonnisme libéral dans les milieux populaires ; des curés maçons ensei-
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gnant à leurs frères plus timides cette philosophie sociale dans les réunions et agapes chez le curé-doyen, les desservants de campagne proposant comme plans de réformes sociales celui d’ouvrages d’origine maçonnique. M. Kerbiriou, dans une étude sur J.-F de La Marche, a bien cité le cas de ce recteur de Plouénan répondant à une enquête de son évêque, Mgr de La Marche, sur les causes p.434 et remèdes de la mendicité, que le meilleur remède est « celui du Spectacle de la nature, tome VI, entretien 7, Suppression de la mendicité ». Seulement l’ouvrage n’est pas de ceux, comme le croit M. G. Martin, « dont l’origine maçonnique n’est pas douteuse ». Il s’agit non point du Système de la nature de d’Holbach, de la Philosophie de la nature de Delisle de Sales ou de l’Elève de la nature de Guillard de Beaurieu, mais bien du très orthodoxe et très pieux Spectacle de la nature de l’abbé Pluche (1732-1739).
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J’ai dit que je ne prétendais pas résoudre la question de l’action prérévolutionnaire des loges dans les préparatifs de la Révolution, en 1788 et 1789 où tout le monde la prépare. Le problème est, je crois, indépendant de celui dont J’ai voulu donner la solution. Il est infiniment plus complexe et les documents publiés sont tout à fait insuffisants pour établir des conclusions générales. Montrons du moins comment il se pose.
Augustin Cochin a fouillé avec une extrême diligence les archives bretonnes. Il avait le plus vif désir d’établir que les « sociétés » et notamment les loges étaient responsables de l’agitation révolutionnaire en Bretagne, pendant les années 1788 et 1789. Or, il n’a rien prouvé, exactement rien, en ce qui
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concerne la maçonnerie. Assurément, il a démontré le rôle très actif de diverses associations dans la préparation et le déroulement des événements. Ces associations il les appelle les « sociétés » ou la « Machine ». Il ne connaît à peu près rien à l’histoire de ces sociétés avant 1788. Il les connaît bien à partir de cette date. Mais ces sociétés, cette Machine ne sont pas des loges. Poussé par le mysticisme de sa démonstration, il englobe sous ce vocable maléfique les chambres de lecture et chambres littéraires, l’association des étudiants en droit de Rennes, la Société patriotique de Bretagne, les loges, comme en étudiant la campagne électorale de 1789 en Bourgogne, il appellera société un simple comité de médecins, hommes de loi, etc. Il a certes démontré le rôle des associations dans les événements ; ce qui est presque enfoncer une porte ouverte. Qui dit vote, dit propagande, association de p.435 propagande, etc. Mais il n’a montré nulle part que ces diverses associations aient subi l’influence des loges. Sans doute, le 23 juillet 1789, un frère de la loge de La Parfaite Union de Rennes déclare à ses « frères » : « C’est de nos temples et de ceux élevés à la saine philosophie que sont parties les premières étincelles du feu sacré, etc., etc. » Mais l’excellent frère, après la prise de la Bastille, joue peut-être la mouche du coche. Il fait le glorieux ; rien ne prouve, du moins, qu’il ne l’ait pas fait. Dès lors, peu importe que M. A. Cochin ait montré, par un travail minutieux et méritoire, que sur trente-deux membres des corps de ville de Rennes, vingt-six sont membres des « sociétés ». Cela éclaire le rôle de ces sociétés et non pas celui de la maçonnerie.
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Je pourrais suivre, comme celle de M. A. Cochin, les études qui ont été données sur ce rôle de la maçonnerie dans la préparation immédiate des États généraux. Je me heurterais partout à la même difficulté : insuffisance des preuves. Et quand on tient des enquêtes localisées et précises, divergences de ces preuves. Pour la Bretagne M. Cochin ne prouve qu’une chose : c’est que l’action proprement maçonnique se perd dans l’action générale des sociétés (et je crois à l’action d’abord diffuse, puis plus précise de ces sociétés à travers toute la France). A Saint-Flour, il y a des preuves très nettes du rôle des maçons dans les négociations, discussions, rédactions. A Montreuil-sur-Mer, le rôle est déjà moins clair, puisque sur les dix commissaires rédacteurs du tiers, deux seulement sont francs-maçons. M. Lesueur a bien montré qu’en Artois, parmi les rédacteurs de cahiers inspirés du même esprit, tantôt on rencontre, tantôt on ne rencontre pas des francs-maçons. Dans le Nivernais, à La Charité, sur dix députés du tiers au bailliage, il y a quatre maçons ; mais à Nevers, il n’y en a que quatre sur seize ; par contre, sur quatre députés du tiers aux États, il y a trois maçons. A Poitiers, M. Roux doit avouer que le rôle des maçons fut très divergent et obscur, et les deux ou trois preuves qu’il allègue de leur influence révolutionnaire me semblent subtiles et discutables. Dans le Bas-Dauphiné, une étude de L.P.R. (la plus précise avec celles de MM. A. Cochin et E. Lesueur) montre d’abord quelle est la difficulté des statistiques de députés françs-maçons, et aboutit à des conclusions encore plus p.436 négatives. A Montélimar, par exemple, du 2 décembre 1788 au 6 septembre 1789, la loge de La Paix ne se réunit pas.
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Bref, le problème n’est pas résolu. Le fût-il en faveur de l’action de la maçonnerie, il ne pourrait pas détruire notre démonstration préliminaire. S’il y a eu, en 1788-1789, action concertée et organisée, c’est par improvisation, sous la pression des événements et non par suite d’un complot longuement ourdi, ni même d’une préparation consciente et méthodique ou à demi consciente et méthodique.
Par contre, il n’y a plus d’obscurité véritable dans la légende créée par Robison, l’abbé Barruel et cent autres depuis eux. Aucun document digne de foi ne prouve qu’une maçonnerie aveugle ait été l’instrument inconscient de chefs occultes, l’exécutrice d’un complot ourdi par une minorité sournoise et redoutable. Sans doute il y a eu des intentions. La maçonnerie n’était pas seulement une vaste association. Elle était la seule association laïque. Il est naturel que des esprits entreprenants aient songé à s’en servir pour des fins qui étaient d’ailleurs contradictoires. Nous savons par Joseph de Maistre lui-même que lui et ses amis rêvaient de créer dans la maçonnerie un état-major secret, qui aurait servi à faire des maçons une sorte d’armée pontificale au service d’une théocratie universelle. Mais le rêve est resté un rêve. Mirabeau rédigeait, dès 1776, un « Mémoire concernant une association intime à établir dans l’ordre des F.. M :. pour le ramener à ses vrais principes et le faire tendre au bien de l’humanité ». Nous avons ce mémoire. Il n’est pas douteux que si ces vrais principes étaient passés dans la pratique, ils auraient fait de la maçonnerie une puissante machine politique. Le premier but de l’association sera « l’introduction de la raison, du bon sens, de la saine philosophie
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dans l’éducation de tous les ordres des hommes ». Grâce à quoi on s’attaquera à la réforme des abus, milices, servage, corvées, lettres de cachet, maîtrises, impôts, intolérance, le « despotisme et ses conséquences ». Puis on passera à la « correction du système présent des gouvernements et des législations ». Sans doute cette correction devra être « insensible » et non « subite » ; trop d’audace serait « contraire aux statuts de l’ordre ». C’est pourtant le programme de la Révolution. Mais c’est un programme qui est resté inédit ; aucun texte ne prouve qu’il ait intéressé p.437 d’autres maçons que Mirabeau. Mirabeau est bien allé en Allemagne. Il y a vu des Illuminés. Ces Illuminés avaient des ambitions politiques. Ils n’auraient pas été fâchés de placer la vaste maçonnerie française sous leur influence. Seulement des documents irrécusables prouvent qu’à aucun moment ils n’ont eu les moindres chances de succès. S’ils ont pu séduire plus ou moins quelques futurs révolutionnaires, s’il y a eu des tentatives de groupements à demi mystiques, à demi politiques, ils sont restés embryonnaires et sans influence. Le vrai chef de l’immense majorité des maçons, le Grand-Orient, est resté dédaigneusement à l’écart de ces obscures combinaisons et de ces parlotes confuses. Les démonstrations de Le Forestier et de G. Martin sont inattaquables. L’histoire du complot secret poussant dans l’ombre une masse ignorante et docile n’est que l’histoire d’une légende.
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CHAPITRE VIII
LA RÉVOLUTION AMÉRICAINE 1
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p.439 Cette révolution est avant tout un fait politique qui a déterminé en France d’autres faits politiques, des délibérations et décisions ministérielles, une alliance, une déclaration de guerre. L’influence de la révolution américaine relève donc, en partie, d’une histoire des origines politiques de la Révolution française. Mais elle intéresse aussi l’histoire des origines intellectuelles. Car c’est surtout l’opinion qui a déterminé les faits politiques et c’est grâce à l’opinion que leur répercussion a été profonde : opinion des gens cultivés dont le choix a été suggéré et dirigé en grande partie par la littérature.
C’est d’abord l’opinion littéraire qui crée le préjugé favorable aux colons de l’Amérique du Nord. Cette Amérique est le pays du « bon sauvage N, heureux et libre, plus heureux et plus libre, dans tous les cas, que les soi-disant civilisés. On sait que ce n’est pas J.-J. Rousseau qui crée la légende. Ce sont les missionnaires, les voyageurs qui la fondent, la répandent, lui donnent l’appui de leurs témoignages précis. Elle rencontre des contradicteurs, Voltaire parfois, quand il veut faire pièce à Rousseau, Galiani, Duclos, Diderot quand p.440 il n’est pas dans ses jours de candeur et d’enthousiasme. Mais ces critiques se
1 Ouvrages de référence générale : B. Faÿ, L’Esprit révolutionnaire en France et aux États-Unis à la fin du XVIIIe siècle (1522) ; le même, Benjamin Franklin (1523). Presque tout notre chapitre emprunte les faits sur lesquels il s’appuie à ces excellents ouvrages.
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perdent dans la masse des poèmes, romans, drames, traités, dissertations qui célèbrent le bonheur de l’homme de la nature et qui le découvrent dans les forêts et les prairies du Nouveau Monde. On allègue, à l’occasion, les Caraïbes ou les O’Taïtiens ; mais ce sont, le plus souvent, les Hurons, les Iroquois ou les Algonquins : courageux, patients, justes, dévoués, égaux et libres ; un peu féroces sans doute, sur le sentier de la guerre ; mais sans malice, et bien moins menacés par quelques batailles ou même quelques massacres que les civilisés par les financiers, la milice, les guerres de magnificence, l’ambition et la cupidité.
Sans doute ce ne sont pas eux qui vont entrer en lutte contre l’Angleterre pour sauvegarder leur indépendance. Même les colons n’ont pu s’établir sur les rives de l’Hudson et du Mississipi qu’en en chassant les bons sauvages. Mais on ne songe pas à cette conséquence ; l’Amérique est grande ; il y a place dans ses forêts et ses savanes pour le bonheur des sauvages et pour le bonheur des Européens qui ont su justement trouver la meilleure conciliation entre la vie naturelle et la vie civilisée. Aucun de ceux qui ont fait l’éloge du bon sauvage n’a prétendu que les Européens devaient renoncer à construire des maisons et à cultiver les champs. Ils ont dit, et Rousseau tout le premier, qu’on ne refait pas en sens inverse le chemin du progrès. Mais ils ont tous cru qu’on pouvait s’organiser dans ce progrès pour y vivre sans souffrir. On peut réaliser un état social qui nous mette à l’abri des plus graves fléaux, à l’abri du luxe égoïste et corrupteur, de la débauche avide, de l’ambition inquiète, de la satiété. Il suffit de revenir à une sorte de société patriarcale, vouée surtout à la vie rustique, à la pratique des vertus
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familiales, aux joies saines et généreuses du « coeur », de la « bienfaisance », de « l’humanité ». Toute la littérature s’emplit, nous l’avons dit, du rêve ardent de cette vie idyllique, poèmes, romans, contes, églogues ou même pièces de théâtre. Toute la littérature, quand elle essaie de sortir de ses rêves, cherche des exemples qui les justifient. On croit les trouver en France, dans quelques villages, dans quelques communautés patriarcales, en Suisse chez les Montagnons ou les Valaisans, chez les colons du Cap, etc., mais surtout chez les colons p.441 anglais d’Amérique. On sait ou l’on croit savoir qu’ils y sont partis non pour conquérir et s’enrichir mais pour vivre selon leur idéal. Et l’on sait ou croit savoir que c’est cet idéal de vertus domestiques, de travail, de frugalité, de bienfaisance. Ces colons ne sont pas les prêtres et les gentilshommes oisifs et avides qui ont désolé « les deux Indes » ; ce sont des cultivateurs dont la vie s’écoule à travailler la terre, à prier Dieu, à bien élever leurs enfants, à s’entr’aider ; dans des maisons de bois, loin des théâtres, des tripots, des académies, des carrosses dorés et des marchands de frivolités. En même temps, ils pratiquent ou l’on croit qu’ils pratiquent les vertus d’hospitalité, de désintéressement, de tolérance. C’est ainsi que se les représentent à peu près tous les romans, récits de voyages, articles de journaux qui parlent d’eux avant les premiers conflits avec l’Angleterre, pendant la guerre et après elle. C’est ainsi qu’en parle l’Histoire illustre de Raynal. Le livre de Saint-Jean de Crèvecoeur, Lettres d’un cultivateur américain (1784), dont le retentissement fut grand, ne fera que préciser par un témoignage direct et irrécusable cette image d’une vie juste et heureuse. Saint-Jean de Crèvecoeur avait réellement
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vécu là-bas, dans l’ouest, sur les terres défrichées et cultivées par lui. Il y avait été fort heureux, avant que la guerre l’en chassât et il disait naïvement les secrets de son bonheur et de celui des quakers qui vivaient comme lui : travailler durement, mais sainement et gaiement, dans le décor d’une nature éclatante et féconde, dans une demi-solitude qui défend contre les jalousies et les cupidités, avec le réconfort d’amitiés, d’affections solides, généreuses, avec un idéal religieux où Dieu créateur et providence apparaît sans cesse dans ses oeuvres, ses bienfaits, ses épreuves et ses consolations. Tout cela, qui était la réalité, aurait pu être rêvé par un philosophe humanitaire ; et, de loin, le Dieu même des quakers, loin des rites, des théologiens et de la Sorbonne, ne s’accordait pas mal avec celui des déistes.
Ces sympathies philosophiques pour les Américains, sauvages ou colons, n’auraient été d’ailleurs qu’un thème littéraire parmi bien d’autres si la politique ne s’en était pas mêlée. Ce furent les faits politiques, les querelles entre l’Angleterre et sa colonie, la résistance, puis la révolte ; ce fut aussi la volonté et la pression des hommes p.442 politiques, notamment de Vergennes. M. Faÿ a très bien fait l’histoire de cette politique. L’opinion est aussi hostile d’abord à la guerre qu’elle est favorable aux Américains ; car la guerre est encore plus contraire à la philosophie humanitaire que le luxe et les financiers. Ni Turgot d’ailleurs, ni Louis XVI ne désirent un conflit. Ils le croient ruineux et incertain dans ses résultats ; ils voudraient s’en tenir à un appui moral et à une campagne d’opinion. Mais Vergennes sait agir avec adresse et énergie. Il envoie des agents secrets en Amérique ; il
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dicte leur ligne de conduite à tous les journaux que le pouvoir surveillait ou subventionnait. Le Mercure, par exemple, ou la Gazette de France ne tarissent pas d’éloges sur les « insurgents ». Acceptées, soutenues par Vergennes, des initiatives privées suppléent aux hésitations du pouvoir. Beaumarchais monte, pour fournir des armes aux insurgents, une entreprise qui l’enthousiasme et le ruine. La Fayette, gendre de Louis de Noailles, duc d’Ayen, chef d’une des plus puissantes familles de France, s’embarque à la tête d’un groupe d’officiers, avec la complicité tacite du gouvernement et la complicité avouée, chaleureuse de l’opinion.
En même temps, tous ceux qui se piquaient de philosophie trouvaient dans les événements et dans les hommes les plus philosophiques occasions d’admirer et de soutenir la cause américaine. Le rôle de Franklin fut immense ; grâce à son intelligence, à son caractère, à sa diplomatie ; mais aussi grâce à la merveilleuse rencontre qui faisait de lui le héros que rêvait, qu’attendait l’opinion. Car, pour l’opinion, il n’y avait pas en France de philosophe qui remplît exactement son attente. Façonnée par les doctrines en partie contradictoires des Voltaire, des Rousseau, des Delisle de Sales et des Raynal, elle attendait un homme capable de réaliser la sagesse et le bonheur laïques par les vertus associées de la raison et de la sensibilité. Or, on savait Voltaire parfaitement raisonnable ; on le savait généreux ; mais on n’ignorait pas qu’il n’était pas parfaitement sage et qu’il prenait l’univers à témoin de ses querelles, de ses misères et de ses malheurs. On tenait généralement Rousseau pour parfai-tement bon et parfaitement généreux ; on l’aimait comme le
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maître qui avait rendu aux hommes les délices de la vie du coeur, qui leur avait appris le secret d’être heureux en aimant ; mais on savait p.443 bien qu’il n’était pas parfaitement raisonnable, qu’il se disait persécuté et misérable, qu’il menait une vie inquiète et singulière. D’Helvétius, de d’Holbach, de Diderot même on ne savait pas grand-chose. Les deux premiers étaient de grands personnages un peu lointains, le dernier un petit bourgeois agité et fiévreux. Mais Franklin apparaissait vraiment comme le philosophe. Il était sage ; il parlait cons-tamment raison, bon sens, expérience ; il ne se perdait pas dans les nuages de la spéculation ; il enseignait la vie par l’expérience de la vie. Il était simple, populaire, rustique ; il venait d’un pays où l’on n’avait pas besoin pour être heureux de danseurs d’opéra et de lambris dorés ; il se vêtait, il vivait sans faste, en se contentant des commodités judicieuses de la vie. Il était « sensible » ; il avait un idéal, une religion ; non pas une religion fanatique, dogmatique, mais une religion du « coeur », la croyance en Dieu, à la dignité de la vie morale. Il était généreux ; il avait tout laissé pour venir, à travers mille périls et difficultés, défendre la plus noble et la plus difficile des causes, celle d’un petit peuple qui veut fonder sa liberté. Enfin il était heureux, c’est-à-dire que sa philosophie semblait lui avoir donné le secret d’être au-dessus de la destinée. Il semblait vraiment mépriser les faux biens de la richesse, de l’ambition, de l’opinion. Il était calme, patient, serein dans l’adversité, mesuré dans le succès. Il n’est pas douteux qu’il y avait dans tout cela beaucoup de sincérité et un peu d’attitude. Mais l’opinion crut à la parfaite
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sincérité. Elle accueillit Franklin avec sympathie, puis avec amour, avec dévotion.
M. Faÿ a fort bien fait également l’histoire de cet accueil. Après un premier voyage à Paris, en 1767, Franklin sait garder d’excellentes et utiles amitiés. Lors de son nouveau voyage, en 1776, il est accueilli avec enthousiasme par les journaux de Paris et de la province, par les poètes, par les nouvellistes, par les « politiques ». C’est à qui offrira ses projets, son concours, sa vénération à ce « respectable et beau vieillard ». Il est l’ornement, la gloire des plus illustres salons. Chez les La Rochefoucauld, les Noailles, chez la princesse de Tingry, dans les salons philosophes de Mme du Deffand et surtout de Mme Hel-vétius, sa mise austère, sa parole calme, sa sagesse souriante, sa confiance apparaissent comme le symbole d’une vie noble, d’un p.444 destin généreux et sublime. Quand il amène son petit-fils à Voltaire mourant pour que Voltaire le bénisse, quand Voltaire prononce sur la tête de l’enfant les mots « Dieu, liberté », il semble que ce soit le meilleur de la pensée, de l’âme française qui vienne se confondre avec l’âme américaine. De 1777 à 1784, Franklin est véritablement l’homme le plus à la mode de tout Paris ; et la mode s’attache d’autant plus à lui qu’il semble davantage être au-dessus d’elle. Il vit dans sa modeste maison de Passy, loin des vaines pompes de la cour et du tumulte de la ville ; mais il est assidu dans quelques salons philosophes, notamment chez Mme Helvétius qu’il songea à épouser ; on le voit à l’Académie des sciences dont il fait partie, à la loge des Neuf-Soeurs qui l’a élu par acclamation ; il est partout où sa présence est utile, discret, tenace, affable,
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souriant. Tous ceux qui ne hantent ni les salons, ni les loges, ni les académies le connaissent par cette Science du bonhomme Richard qui avait été traduite dès 1773 dans l’édition des OEuvres complètes, qui fut publiée à part en 1777 et qui eut un très vif succès. On sait quelle était cette science : une science de la vie, une morale fondée non pas sur des enthousiasmes mystiques, des renoncements austères, mais sur le bon sens, la sagesse pratique, et cette charité bien entendue qui met dans le dévouement le moyen de faire son propre bonheur. Mais c’était justement la morale à laquelle les philosophes avaient formé l’opinion. La Science du bonhomme Richard eut au moins huit éditions en trois ans.
On trouve dans le livre de M. Faÿ les témoignages les plus précis et les plus nombreux de cette popularité de Franklin. Le fils d’un mercier lui écrit pour lui demander des conseils ; les curés le citent en chaire. Un paysan de Provence, nommé Gargaz, maître d’école, lui envoie, dans un style enthousiaste et rustique, une interminable déclaration ; puis il se met en route, à pied, et vient se jeter à ses pieds pour lui demander de lui faire rendre sa place dont une injustice l’avait privé, et de donner la paix au monde en faisant signer à tous les princes son projet de fraternité maçonnique. Les grands rivalisent de prévenances et d’admiration avec les humbles. Le pieux et prudent duc de Croÿ lui mène son petit-fils pour qu’il puisse con-templer « un homme dont la gloire à comparer est au-dessus de ce p.445 qu’on peut dire comme créateur, libérateur de son pays, fondateur de ses lois et de ses sciences ». Le roi lui prête une de ses litières pour qu’il puisse, sans fatigue, aller s’embarquer.
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La déclaration d’indépendance américaine compléta l’oeuvre de Franklin. Franklin poursuivait des buts pratiques ; il n’était malgré tout qu’un homme. La déclaration apportait au contraire à la cause américaine la majesté des principes, le prestige d’un idéal. Peu importe pour nous de savoir d’où Jefferson en a tiré la doctrine, de ses méditations intérieures, de la conscience commune de ses compatriotes, de ses lectures. Nous n’avons pas besoin de déterminer ce qu’il doit à Locke, ce qu’il doit à Rousseau, à l’Angleterre ou aux philosophes français. Il suffit de constater que des lecteurs français ne pouvaient pas ne pas y reconnaître, d’où qu’elles vinssent, les idées de leurs philosophes, l’idéal politique et social qui était l’âme cachée ou avouée de leurs systèmes : « Lorsque, dans le cours des événements humains, il devient nécessaire pour un peuple de rompre les liens politiques qui l’unissaient à un autre, et de prendre parmi les puissances de la terre la place séparée et égale, à laquelle les lois de la Nature et du Dieu de la Nature lui donnent droit, le respect dû à l’opinion de l’humanité l’oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation. Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont investis par leur Créateur de certains droits inaliénables : parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur... ». Lois ou droits de la nature, Dieu de la nature ou des honnêtes gens et non pas des dogmes et des théologiens, vérités évidentes par elles-mêmes, c’est-à-dire par la raison commune à tous les hommes, droits inaliénables des hommes à la liberté et au bonheur ; par voie de conséquence, mépris des droits qui n’ont
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pour eux que le temps et la force, de tout ce qui est despotisme et fanatisme, de toutes les morales de la résignation et du renoncement, c’était ce qu’avaient insinué, suggéré, puis proclamé dans cent ouvrages Voltaire, Rousseau, Diderot, Helvétius, Raynal et cent autres. Seulement presque tous nos philosophes s’étaient contentés de spéculations abstraites. Quand ils étaient passés de la p.446 théorie à des réalisations pratiques, ils avaient dit et même cru sincèrement, pour la plupart, que la raison ne pouvait pas prévaloir contre les raisons pratiques, que des Français devaient se contenter de petites libertés, liberté de conscience et libertés civiles. La déclaration américaine avait une autre portée : elle légitimait une révolte, elle fondait une société ; elle témoignait qu’on pouvait faire appel pour gouverner un peuple à la nature et à la raison, non à la grâce de Dieu et aux privilèges issus de la force et consacrés par la tradition. Elle apportait dans l’ordre politique ce que les affaires Calas, Sirven, etc., avaient apporté dans l’ordre social : des réalisations.
Elle aurait donc dû dresser contre elle le gouvernement français et toute sa police. L’autorité absolue du roi de France n’aurait pas dû souffrir qu’on applaudît la révolte de sujets contre leur souverain légitime, même si elle était raisonnée, surtout si elle était raisonnée. Et le gouvernement ne se faisait guère d’illusion sur la portée de la déclaration. Il n’en autorisa pas la publication. Les journaux prudents s’abstiennent de la donner. Mais elle circule sous le manteau. C’est le duc de La Rochefoucauld d’Enville lui-même qui la traduit, à la prière de Franklin ; trois éditions, publiées en 1778 et 1783, se vendent
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non pas ouvertement, mais avec une autorisation tacite. Des journaux officiels ou officieux en célèbrent la grandeur, la commentent ou même l’impriment. La Gazette de France peint l’enthousiasme des troupes qui en écoutent la lecture, les cérémonies qui commémorent le 4 juillet 1776, « l’enthousiasme que peut inspirer la fête de la liberté à des âmes républicaines ». Le Courrier de l’Europe, subventionné par le ministère français, donne le texte complet dès 1777.
Toute une littérature naît et bientôt foisonne pour célébrer l’Amérique, les vertus américaines et, parmi ces vertus, les vertus civiques et politiques. M. Faÿ en a dressé le tableau : une centaine d’ouvrages parus de 1776 à 1778, auxquels il faudrait ajouter tous les articles de journaux, tous les commentaires et les admirations épars dans les oeuvres qui ne sont pas directement consacrées aux États-Unis. On y retrouve des noms illustres, Beaumarchais, Raynal, Mably, Mirabeau, Condorcet, Brissot et d’autres qui durent au sujet p.447 qu’ils traitaient une sorte de célébrité : Hilliard d’Auberteuil, l’abbé Robin, Saint-Jean de Crèvecoeur, Chastellux. Il en est de détestables. Les Essais historiques et politiques sur la Révolution de l’Amérique septentrionale de Hilliard d’Auberteuil ne sont qu’une compilation sans critique et sans goût ; mais ils furent magnifiquement imprimés et ils plurent. Les Voyages de M. le marquis de Chastellux dans l’Amérique septentrionale, dans les années 1780, 1781, 1782 avaient le mérite de la sincérité et du goût. Brissot en fit un Examen critique fort acerbe ; et la polémique, qui fut retentissante, donna à l’oeuvre une sorte de célébrité. Nous avons dit quels furent l’intérêt et le succès des Lettres d’un
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cultivateur américain de Saint-Jean de Crèvecoeur. Les Observations sur le gouvernement et les lois des États-Unis d’Amérique de Mably furent, au contraire, et malgré une réédition, assez froidement accueillies. Mably raisonnait, discutait, critiquait, au lieu d’admirer ; on l’accusa de froideur et de parti pris.
Au témoignage des livres s’ajoutent toutes sortes d’autres témoignages littéraires. La loge des gens de lettres philosophes, la loge des Neuf-Soeurs, donne, en 1780, une fête en l’honneur de Franklin. En 1782, le Musée de Paris offre, en l’honneur des États-Unis, une fête où Hilliard d’Auberteuil lit des extraits de son livre. Les académies partagent l’enthousiasme universel. Raynal fonde à l’académie de Lyon, pour 1783, un prix dont le sujet était : « La découverte de l’Amérique a-t-elle été utile ou nuisible au genre humain ? » Condorcet, Chastellux, Genty concoururent ; ils s’accordent à déclarer que la révolution des États-Unis compense les horreurs répandues par le fanatisme et l’esclavage. C’est l’abbé Genty, pourtant censeur royal, qui conclut : « L’indépendance des Anglo-Américains est l’événement le plus propre à accélérer la révolution qui doit ramener le bonheur sur la terre. C’est au sein de cette République naissante que sont déposés les vrais trésors qui enrichiront le monde. » On pense bien que Condorcet est encore plus hardi que le censeur royal et trouve dans la révolution américaine l’exemple qui doit inspirer le respect des droits de l’homme et préparer sur le globe le triomphe des vrais principes. Tous, bien entendu, ont soin de parler du monde et du globe, non de la France. Mais la France faisait p.448 tout de même partie
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du monde ; et les hardiesses, voilées, étaient assez fortes pour que l’académie renonçât à décerner le prix. En 1784, les Jeux floraux de Toulouse vont encore plus loin que Raynal et l’académie de Lyon. Les concurrents doivent étudier la grandeur et l’importance de la révolution américaine ; il nous reste deux des mémoires reçus par l’académie et tous deux admirent la révolution, l’un au nom de la raison, l’autre au nom de la nature.
On pense bien qu’en justifiant les Américains, la raison et la nature condamnaient implicitement tout ce qui, dans le gouvernement français, était si différent de la liberté et de la tolérance américaines. Quelques-uns de ces gens de lettres l’avouent à demi-mot. Hilliard d’Auberteuil prit soin de rappeler que les Français étaient liés par leur passé, et que, si des Anglais pouvaient agir au nom de leurs chartes, rien ne pouvait prévaloir en France contre les droits de la royauté. Mais la plupart ne s’attardèrent pas à des distinctions ; ils s’abstinrent évidemment de dire : « Imitez les Américains », mais ils démontrèrent que les Américains étaient admirables, c’est-à-dire parfaitement dignes d’être imités. M. Faÿ a donné de cet enthousiasme américain des témoignages nombreux et pittoresques ; on les rencontre dans toutes les classes de la société. Dans un sermon prononcé à Toulouse, en 1784, l’abbé Racine entonne un hymne à cet enthousiasme de la liberté qui a donné la victoire aux Américains. Un gentilhomme de Normandie, Jean de Marsillac, se convertit à la religion des quakers et fait pour sa nouvelle religion une propagande zélée. Chez M. de Lescure, on fait comme chez les puritains de la Nouvelle-Angleterre, chez les fermiers célébrés par Saint-Jean de Crèvecoeur : à une heure
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donnée, on arrête le jeu et les conversations pour lire un fragment de la Bible. Des journaux tels que le Journal de Paris, le Journal de Lyon entretenaient à l’égard de ces vertus américaines une sorte de culte.
On pourrait ajouter d’autres preuves à celles, d’ailleurs largement suffisantes, qu’apporte M. Faÿ. Mais leur nombre même est le plus sûr témoignage de l’étendue et de la profondeur de l’influence américaine. Ceux mêmes qui la déplorent reconnaissent sa force, son rôle essentiel. Morellet est convaincu que le peuple français « jouit de la plus belle constitution connue sur la terre » ; mais ce même p.449 peuple a une faiblesse dangereuse : « il veut toaster à la liberté des Américains, à la liberté de conscience, à la liberté du commerce ». Ségur, Talleyrand, Frénilly, Marmontel, le comte de Saint-Priest se souviennent de l’enthousiasme qui entraînait toute la jeune noblesse, de ces « étourneaux de tout âge, engoués des principes de Penn et de Franklin ». L’abbé de Véri obtient de Franklin que Greuze fasse son portrait. Il pense de la constitution américaine qu’aucune autre au monde n’est fondée sur « une base aussi juste, aussi simple et aussi solide ». Le comte Mollien constate le même engouement dans le monde de la magistrature : « Je ne vois pas un magistrat qui ne soit plus occupé des affaires d’Amérique que du procès dont je dois l’entretenir ; pas un militaire qui ne discute la constitution des États-Unis. » La vicomtesse de Fars-Fausselandry nous apporte le témoignage des femmes de son monde : « La cause des Américains semblait la nôtre ; nous étions fiers de leurs victoires ; nous pleurions sur leurs revers ; on s’arrachait les
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bulletins, on les lisait dans toutes les maisons, et nul de nous ne s’avisait de réfléchir sur le danger de l’exemple que le nouveau monde donnait à l’ancien. » Les rumeurs, la curiosité, la passion pénètrent dans les collèges. Au collège du Plessis, de Norvins et ses camarades sont « républicains », pour La Fayette et les Américains. Au collège de Juilly, le P. Petit, dit Arnault, « nous entretenait autant de la guerre d’Amérique et des exploits de Washington et de La Fayette que des odes d’Horace et des oraisons de Cicéron ». Les nouvelles à la main manuscrites, faites, comme on le sait, pour donner leur pâture aux plus vives curiosités publiques, font une très large place à tous les événements d’Amérique. En province, la ville de Clermont ordonne, en 1783, des réjouissances publiques pour célébrer l’indépendance des États-Unis. L’honnête Lamare, secrétaire du bénédictin dom Goujet, si peu curieux de politique, et qui semble ne rien savoir hors des choses de son diocèse, note cependant dans son Mémorial la victoire des colonies anglaises, c’est-à-dire la victoire américaine. Aux états de Bretagne, où il assiste, en 1785, le « héros » La Fayette soulève l’enthousiasme. Nous avons vu que des journaux provinciaux exaltent les victoires et la liberté des Américains 1.
p.450 On sait quelles ont été les conséquences politiques, les conséquences de fait de cette communion spirituelle de l’opinion française et des volontés américaines. On les suit dans toutes les histoires de la guerre d’Indépendance et dans le livre de M. Faÿ. Après l’appui moral et le départ de La Fayette, l’alliance des deux peuples, le courage et l’abnégation des volontaires ; après le
1 Voir supra p. 403.
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traité de paix, les liens, s’ils sont moins étroits, subsistent cependant. Quand la Révolution éclate, en 1789, ceux qui agissent le plus puissamment sur elle sont tout pénétrés des leçons de l’expérience américaine. M. Faÿ l’a fort bien montré. La Déclaration des droits de l’homme, la nuit du 4 août doivent certainement quelque chose à la pensée de Washington, de Franklin, de Jefferson, aux textes où s’exprimait ce qu’on pourrait appeler la philosophie de la révolution américaine. Assurément, Brissot et les autres ne la trouvaient si belle que parce qu’ils s’y retrouvaient. Ils ne lui empruntaient rien que la philosophie de leurs maîtres français n’ait pu suffire à leur apprendre. Mais, encore une fois, l’Amérique avait mis dans la balance du destin non seulement des idées mais encore des faits, non seulement des spéculations mais des réalités. C’était créer sinon les idées du moins une confiance décisive dans les idées.
J’ai pu négliger dans cette étude l’influence de la constitution politique anglaise. M. G. Bonno a fort bien montré (La Constitution britannique devant l’opinion française de Montesquieu à Bonaparte, Paris, Champion, 1932) que l’opinion française a été, à son sujet, divisée et variable selon que l’Angleterre est ou n’est pas en guerre avec nous. Cette opinion est d’ailleurs celle de théoriciens qui y voient un sujet de discussions abstraites, non de suggestions révolutionnaires. Et c’est justement à l’époque de la guerre d’Amérique que notre opinion devient résolument hostile à l’organisation anglaise. C’est alors seule l’Amérique qui compte.
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CHAPITRE IX
QUELQUES EXEMPLES
Un abbé de Cour
Un gentilhomme campagnard.
Deux petites bourgeoises parisiennes
Un jeune bourgeois de province 1
La jeunesse de quelques révolutionnaires
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p.451 Quelques exemples plus détaillés confirmeront les résultats de l’enquête générale. Ils montreront que l’esprit philosophique s’est répandu à la fois plus largement et plus profondément après 1770. Dans tous les milieux, quand on raisonne sur la politique et sur la religion, on fait preuve, dès qu’on cesse d’accepter et de croire, de plus d’indépendance et de plus de hardiesse.
Par sa naissance, par sa vie, par ses amitiés, l’abbé de Véri, de la famille des marquis de Véri, appartient à la haute aristocratie et au monde de la Cour. Ami intime de Maurepas, de Malesherbes, de Turgot, il est mêlé à toutes les intrigues politiques. S’il n’occupe par lui-même aucun emploi important, on sait que par ses amitiés, son intelligence, son expérience, il peut jouer un rôle. D’autre part, ce n’est ni l’un des « étourneaux » de la jeune cour, ni l’un de ces vieillards aveugles et têtus qui ne voient rien que leurs préjugés. Il n’est pas à la remorque de ses ambitions et de ses passions. Assuré de larges revenus, dédaignant les intrigues nécessaires à ceux
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qui veulent obtenir des emplois, peu soucieux peut-être d’en affronter les fatigues et les inquiétudes, il a vécu dans l’indépendance. Enfin c’est p.452 un excellent esprit qui, dans ses jugements ou dans sa conduite, n’est ni hasardeux, ni timoré. Il voit juste, le plus souvent, dans la mesure où c’était possible. Or, cet aristocrate désintéressé et pondéré est, en matière de politique, tout pénétré d’esprit philosophique. Il va plus loin que Voltaire, presque aussi loin que Mably ou Condorcet.
Tout d’abord c’est un observateur attentif de toutes les manifestations de l’esprit nouveau. Dans aucun des Mémoires du temps, J’entends dans ceux qui furent rédigés avant la Révolution, on ne trouve des réflexions aussi nettes, aussi brutales sur les transformations de l’opinion. Les jugements de l’abbé de Véri pourraient servir de conclusion à toutes les enquêtes de ce livre. « Les réflexions philosophiques sur l’égalité des hommes, sur la liberté naturelle de chaque individu, sur les abus de la monarchie et sur l’absurdité de la vénération religieuse pour une classe de famille, l’exemple des colonies anglaises d’Amérique, les livres dans les mains de tout le monde et les lumières répandues qui donnent lieu de tout peser à la balance du droit naturel ont fait naître sur la religion monar-chique, ainsi que sur les religions révélées, des idées très éloignées de celles que J’ai vu dominer dans ma jeunesse... Les expressions triviales de ma jeunesse : servir le roi, servir la patrie, planter des choux, végéter dans son village n’ont plus dans la bouche des Français les impressions de gloire ou de
1 Ouvrages de référence générale : abbé de Véri, Journal (275) ; Montlosier, Mémoires (209) ; J.-P. Brissot, Mémoires (46) ; le même, Correspondance, (315) ; Mme Roland, Lettres (366) ; Lucile Duplessis, Journal, (89).
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mépris qu’elles portaient anciennement. A peine ose-t-on dire : servir le roi ; on y a substitué le mot : servir l’État. Ce dernier mot a été, du temps de Louis XIV, un blasphème. Nous avons vu, dans les vingt premières années de Louis XV, un reste de ce esprit lorsqu’un ministre se récria dans une académie contre le mot : servir la nation. "Il n’y a point de nation en France, dit-il, il n’y a qu’un roi." Aujourd’hui personne presque n’oserait dire dans les cercles de Paris : "Je sers le roi... "je sers l’État, J’ai servi l’État, voilà l’expression la plus usitée. » L’esprit critique a gagné toutes les classes de la nation, le soldat qui « raisonne et n’obéit plus en machine » ; l’« étage mitoyen » qui ne croit plus à l’origine divine de la royauté et qui ne regarde le souverain que « comme l’homme d’affaires de la nation », le peuple dont l’amour p.453 pour la maison royale est « prodigieusement diminué ». Et les critiques s’étalent au grand jour. L’abbé de Véri se rappelle le temps « où l’on se défiait presque de son frère et de son ami ». Mais ces temps sont révolus ; et le maréchal de Richelieu a pu dire des règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI : « Sous le premier on n’osait pas parler, sous le second on parlait tout bas, et maintenant on parle tout haut. » Tous ces jugements sont confirmés par toutes sortes de faits que l’abbé recueille avec application : l’indifférence à la naissance du duc de Berry, l’accueil glacé fait à la reine quand elle paraît à l’Opéra, les discussions sur les corvées à l’assemblée provinciale du Berry, jetée dans la discorde par « un mot... celui de privilège », etc. Si bien que Véri en arrive non pas, comme une dame de la cour, à se demander si Louis XVI « y sera encore dans deux ans » ! mais à penser qu’on a eu raison de parier « qu’il n’y
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aurait plus de royauté en France et en Angleterre dans un demi-siècle ».
La perspicacité de l’abbé s’explique : il découvre ce qu’il est content de trouver. Il n’aime pas le régime dont il est le spectateur. Il déteste le règne de Louis XIV, ses injustices, ses oppressions ; les persécutions contre les protestants lui « font horreur » ; et il est choqué par les éloges de Voltaire dans son Siècle de Louis XIV. Il est révolté par l’adulation et la morgue royales, par les lettres de cachet, le brigandage des « alentours » du roi. A tous ces abus, il oppose les leçons de ceux qui sont vraiment ses maîtres, des philosophes. Il a pour Voltaire, pour Zadig, Memnon, Candide, la plus vive admiration ; s’il ne craignait pas de manquer à la politesse, il affirmerait « que Voltaire illustrerait plus la nation française à lui seul que ne ferait l’élixir de tout ce qui existe maintenant à Versailles ». Rousseau le transporte, car « il allume l’amour de la vérité et de l’humanité dont sa plume paraît embrasée ». Et Véri se laisse gagner par tous les rêves encyclopédiques. Il croit que l’espèce humaine s’est beaucoup améliorée, matériellement et moralement, au cours du XVIIIe siècle ; il pense qu’on arrivera à fonder la paix universelle. Comme il a l’esprit positif et de l’expérience il sait bien que tel ouvrage politique n’est qu’une rêverie : « Mais à force de rêver humanité le sentiment se glisse dans l’âme insensiblement. N’est-ce pas ainsi que, dans les siècles antérieurs, la destruction se répandait p.454 sur la surface de la terre parce qu’on ne rêvait que faits de guerre dès le berceau. »
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Si bien que l’abbé de Véri devient explicitement non pas démagogue ni même démocrate, mais républicain. Il voudrait l’égalité entre tous les propriétaires « dans lesquels au fond l’autorité devrait être tout entière sans s’embarrasser s’ils sont prêtres, militaires, bourgeois ou laboureurs ». S’il était moins ami de son repos il préférerait « l’état républicain qui a cependant ses inconvénients » ; mais il ne se dérangera pas « pour en produire la révolution » ; il craint de se trouver « dans le passage ». Il avait raison, car il s’y trouva, fut jeté en prison et ne fut sauvé que par le 9 Thermidor. Son philosophisme et son républicanisme ne résistèrent pas à l’expérience. Il prit en haine la Révolution et les grands seigneurs qui pactisèrent avec les Jacobins. Il affirma comme Marmontel, Morellet, Beaumarchais, Mercier qu’il n’avait pas voulu cela. Mais il avait rêvé du moins, désiré le règne de la sagesse philosophique, c’est-à-dire l’avènement d’un monde nouveau.
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Le comte de Montlosier est tout l’opposé de l’abbé de Véri. Autant celui-ci est d’humeur paisible, de jugement froid et de vie réglée, autant celui-là est sans cesse emporté par les tourbillons d’une humeur inquiète et d’une sensibilité frémissante. L’âge fera de lui un professeur, un fonctionnaire, un défenseur obstiné de tous les principes d’autorité. Il voudra qu’on surveille la liberté de la presse, qu’on fonde l’État sur les privilèges de classe. Il démontrera infatigablement qu’il faut marcher « bien armé et avec du gros canon, s’il est possible, contre tout ce qui s’appelle aujourd’hui accroissement des lumières, progrès de la civilisation, esprit du siècle : masques nouveaux sous lesquels reparaissent nos anciens droits de l’homme avec leur séquelle de
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liberté, égalité, fraternité ou la mort » ! Mais quelle jeunesse et quelle maturité vouées à toutes les aventures de l’esprit, à tous les revirements de la destinée ! Au collège ce sont les enthousiasmes mystiques, le rêve d’ascétisme, l’âpre joie de porter des bracelets de fer garnis de pointes qui s’enfoncent dans les chairs. Puis ce sont les troubles obscurs des sens, l’inquiétude p.455 du coeur, la pente insensible qui mène des amours mystiques aux amours charnelles. Un beau jour, c’est le « crime » avec la complicité d’une femme douée d’une sensibilité « facile à exalter » ; ce sont les remords torturants et les rechutes plus délicieuses que les remords ne sont cruels. En même temps, c’est la passion d’apprendre ; vers dix-huit ans il étudie Burlamaqui, Grotius, Pufendorff, la chimie, l’anatomie, la chirurgie ; dans cette ardeur dévorante de savoir il se lève à trois heures du matin ; il veut tout comprendre, tout expliquer. Dès le petit séminaire, il n’était pas content des preuves de Dieu ou du christianisme qu’apportait le professeur de philosophie. Il en cherchera donc d’autres pour mieux discuter avec un frère qui est jésuite, un autre qui est théologien. Il lira Voltaire, Rousseau, Diderot.
Mais, tout en lisant, il glissera de la foi de son enfance au déisme et à l’athéisme décidé. Il apprendra « presque par coeur » l’Examen impartial (sans doute l’Examen important de milord Bolingbroke de Voltaire), le Système de la nature. Il se fera « une société de prêtres beaux-esprits, dont quelques-uns étaient déistes, d’autres franchement athées ». Bientôt il ira aussi loin dans le philosophisme qu’il était allé dans la ferveur mystique : « De cette manière je devins ce qu’on appelait alors
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philosophe. Je regardai l’indépendance comme le premier droit de la nature, l’égalité comme le droit naturel des sociétés. Toute obéissance me parut une servitude, toute action sur la liberté une tyrannie. La féodalité fut à mes yeux un brigandage, la chevalerie une extravagance, la naissance un préjugé. J’achevai de repousser tout à fait les preuves de la religion et celles de l’existence de Dieu. Les prêtres zélés me devinrent odieux ; les moines me parurent risibles, les cérémonies religieuses un amusement pour des servantes ou pour des enfants. Enfin la nature me parut la seule divinité du monde. » Cette philosophie lui donne peut-être des satisfactions ; elle ne lui assure pas le repos. Ennuyé de sa province il tente quelque temps la fortune à Paris et n’y trouve que des déceptions. Il retourne dans son Auvergne, mais c’est pour y voir mourir son amie et se plonger dans une vie romantique de mélancolie, de solitude et de contemplation. Le voilà convaincu que le bonheur est dans une vie à la Jean-Jacques. Il p.456 avait une voisine qui n’était ni jeune, ni riche, mais qui possédait une humeur égale et un petit bien dans un site qui ravissait Montlosier. Il l’épousa, sans amour, pour le plaisir de vivre dans un beau pays. Désormais il passe son temps à s’occuper, mal, de ses terres, à quelques fugues qu’il se reproche amèrement, à des promenades solitaires toutes remplies de contemplations et d’effusions romantiques : « J’y passais la journée entière... Etendu sur une belle pelouse verte, je parcourais à mon aise, de mes regards, l’horizon immense qui se découvrait devant moi. Ici je voyais la pointe des tours du château, ancienne demeure de mon amie : un peu plus loin, le clocher qui domine sa triste nouvelle demeure, c’est-
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à-dire son tombeau. Alors des larmes coulaient dans mes yeux, et, comme le dit saint Augustin, J’éprouvais du bien de ces larmes. » Mais ces effusions du coeur ne lui avaient pas fait perdre le goût de la lecture. Il lisait, du moins, il le prétend, Platon, Aristote, Sénèque, Tertullien, Philon, Jamblique, Porphyre, Psellius, Plotin... Ce n’étaient plus des encyclopédistes. Il s’était détourné d’eux. Le « panorama de l’Univers », les voix cachées des montagnes, les ravissements de la contemplation l’avaient ramené au déisme de Rousseau. En même temps, il avait cessé de croire que la féodalité était un brigandage, la naissance un préjugé et qu’il fallait rendre aux hommes l’égalité à laquelle ils avaient droit. Député de la noblesse aux États généraux et à l’Assemblée constituante, il se fit le défenseur des droits de la noblesse et de l’autorité monarchique ; il fut un des premiers émigrés. Le philosophisme n’avait été chez lui qu’une crise, mais violente et longue.
La philosophie a été, au contraire, la véritable raison de vivre, et même de mourir, de J.-P. Brissot. « Phédor, dit-il (Phédor c’est lui), était plutôt fait pour être philosophe que politique. » Rien, en apparence, ne le préparait à être ni l’un ni l’autre. Son père était « maître traiteur et cuisinier » à Chartres ; il connaissait fort bien son métier et gagnait beaucoup d’argent puisqu’il laissera une fortune de cent cinquante à deux cents mille livres, c’est-à-dire plus de deux millions de notre monnaie ; mais il prisait peu les sciences qui n’étaient p.457 pas culinaires, et, s’il n’avait tenu qu’à lui, ses fils se seraient bornés à ce que leur apprenait l’école primaire. Mme Brissot avait plus d’ambition et de respect pour les savants. Elle envoya Jacques-Pierre au
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collège. Ce n’était d’ailleurs pas pour en faire un philosophe à la mode du jour. Elle était fort pieuse, si pieuse que son fils accusera les dévôts de lui avoir tourné la tête et que, devenue folle, elle vivra dans la terreur des diables et de l’enfer ; un des frères de Brissot deviendra prêtre ; une de ses soeurs pratique la piété la plus étroite, et Brissot se désole de la désespérer par son incrédulité. Mais des forces invincibles le poussent du milieu étroit de sa famille et de son monde dans le vaste milieu des livres où il perdra la foi.
Il est en effet tourmenté par une ardeur fiévreuse de lecture et de travail. Dès neuf ans, s’il faut l’en croire, il est en cinquième ; dès neuf ans, son maître l’abbé Comusle lui ouvre sa bibliothèque ; il lit Rollin, Vertot, l’abbé Fleury, l’abbé Pluche ; il travaille une partie de la nuit. Toute sa vie il restera, à travers mille difficultés d’existence, un travailleur infatigable et ses publications seront aussi abondantes que variées. Il aurait pu, d’ailleurs, porter dans ces études de collège l’esprit de discipline et cultiver, comme Marmontel à Mauriac ou à Clermont, les vers latins, l’amplification latine et la philosophie de l’Ecole. Mais il semble que les temps aient changé. Ce fils d’un cuisinier sans curiosité et d’une dévote s’irrite de tout ce qu’il y a de stérile dans les études qu’on lui impose. Il se rend compte qu’il apprend à bavarder, à imiter, jamais à réfléchir ; qu’il exerce sa mémoire et, si l’on veut, son goût, jamais sa raison : « Avec la barbare méthode qu’on me força de suivre, je ne fus pendant ces sept années qu’un mannequin auquel on soufflait les pensées et les paroles. Je me traînais servilement sur les auteurs latins ; pos-sédant parfaitement toutes leurs phrases, je les plaquais dans
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mes thèmes, et je passais pour un habile homme, lorsque je n’étais qu’une machine à plagiats... En rhétorique, je commençais à sentir mon impuissance et le mauvais effet de la méthode que J’avais survie. Là, il fallait composer, il fallait avoir des idées, et je n’en trouvais aucune... Je rougissais de moi-même intérieurement, je m’épuisais pour créer et je ne pouvais y parvenir. Il ne fallait que m’abandonner à moi-même, que me forcer de fermer tous mes livres et p.458 de consulter mon esprit. Mais mon professeur ne possédait pas cet heureux secret... L’abbé Leboucq ne savait que coudre des phrases, et ces phrases composées de mots pompeux, d’épithètes ronflantes, ne présentaient que des idées communes et cent fois rebattues. » Encore, dans cette année de rhétorique, la gêne de Brissot restait confuse ; il pressentait que ses chefs-d’oeuvre scolaires n’étaient qu’un néant élégant, sans bien comprendre ce qu’ils auraient dû être. Mais son cours de logique lui dessilla les yeux. Il reconnaît les qualités que pouvait avoir cette logique scolastique ; elle est malgré tout une méthode, donc un apprentissage du raisonnement. Malheureusement, telle qu’elle est enseignée, la logique des collèges « tend à faire des disputeurs plutôt que des gens raisonnables ». Brissot mit tout de même son amour propre à briller dans la dispute. Mais, à part lui, il apprit à raisonner et, de raison en raison, il se trouva philosophe impie au lieu de docteur scolastique.
Il y aurait mis sans doute un assez long temps et il aurait eu bien des scrupules — il faisait sa logique à quinze ans — s’il avait dû raisonner tout seul. Mais on est au temps où, même à quinze ans et dans un collège, il n’est pas difficile de trouver des guides
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qui vous conduisent dans les chemins de l’incrédulité raisonnée. Déjà le professeur de logique, Thierry, accueillait avec sympathie les « idées hardies » de son élève. Et il avait les conseils d’un ami, Guillard. « Nourri par son père dans la lecture des meilleurs poètes, de Corneille, de Voltaire, de Racine, élevé de bonne heure au-dessus des préjugés religieux par les ouvrages de Diderot et de Rousseau, Guillard portait dans ses amplifications et dans ses vers les idées hardies qui l’élevaient autant au-dessus de nous que Voltaire pouvait l’être au-dessus d’un professeur de rhétorique. » Bientôt Brissot apprend « le secret de Guillard », lit les livres qui l’ont formé ; et la révolution intérieure, obscurément préparée, est soudaine et totale. Il portait jusque-là dans sa piété une ardeur exaltée, attribuant par exemple tous ses succès scolaires à sa dévotion pour la Vierge. Mais la Profession de foi du vicaire savoyard ruina cette foi candide. Ebranlé par les arguments de Rousseau, il « dévore » tous les livres pour ou contre le christianisme. Malgré des craintes, des p.459 scrupules qui pendant plusieurs années reviennent parfois le hanter, « le procès fut bientôt décidé » contre le christianisme. Il ne reste plus à Brissot qu’à en résoudre un autre en faisant son choix entre le matérialisme et le déisme : « J’errais de système en système. Je me couchais matérialiste et je me réveillais déiste ; le lendemain je donnais la pomme au pyrrhonisme. Quand J’avais la fierté de l’esprit fort, l’athéisme me plaisait davantage. Plus je m’éloignais des prêtres, plus je me croyais près de la vérité. Lorsque la voix intérieure se faisait entendre, lorsque je l’écoutais, alors J’étais convaincu de l’existence de l’Etre suprême, je lui adressais des prières avec
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ferveur. » Rousseau enfin vint l’aider à décider : « J’ai pris le parti de croire à un Dieu et de régler ma conduite en conséquence. »
Dès le collège d’ailleurs les raisonnements du jeune Brissot s’étaient attaqués aux problèmes de la politique comme à ceux de la dévotion ; et il leur avait donné des solutions encore plus hardies. Il avait bien garde, sans doute, de les étaler, mais il en nourrissait fiévreusement son imagination : « J’ai détesté les rois de bien bonne heure ; dès ma plus tendre jeunesse je me délectais dans l’histoire de Cromwell ; je pensais que J’avais le même âge que le Roi [c’est-à-dire le dauphin], et dans mes rêves d’enfant je ne voyais pas pourquoi il était sur le trône, tandis que J’étais né fils d’un traiteur. Je prévoyais avec quelque complaisance que je pourrais le voir tomber du trône et que je pourrais y contribuer. » Il se bornait d’ailleurs, dans ces spéculations, à donner au souverain détrôné une « rude leçon » et à le chasser du territoire, sans songer le moins du monde à lui couper la tête. La première oeuvre qu’il composa, avant de se lancer à Paris dans la vie littéraire, fut une brochure sur le vol et sur la propriété. Ce n’était, dira-t-il dans ses mémoires, qu’une « amplification d’écolier », un « tour de force » pour soutenir un « paradoxe » qu’il avait « avancé dans une société ». Il est probable en effet qu’il ne s’était piqué que de « raisonner » sans songer un seul instant qu’on pût tirer de ses raisonnements des conséquences pratiques. Mais il s’appliquait tout de même à démontrer ce que Rousseau avait exposé dans son Discours sur l’inégalité, c’est-à-dire que, en principe, la propriété est une espèce de vol et que, dans l’état de nature (et de bonheur), tout
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est à tous. Plus tard, les ennemis de Brissot p.460 alléguèrent qu’il prêchait la confiscation des biens — et l’anthropophagie et déterrèrent sa brochure. C’était, dit-il, « donner de la célébrité à une opinion ignorée d’un jeune homme de vingt ans et qui depuis avait suffisamment prouvé son respect pour la propriété et son amour de l’humanité ». Il aurait d’ailleurs pu ajouter que le thème était déjà dans Beccaria.
Le procédé n’était peut-être pas fort honnête, mais ce qui nous intéresse c’est justement les opinions que pouvait se forger, même par divertissement, le fils d’un maître cuisinier, à vingt ans, dans la petite ville de Chartres. Il devait d’ailleurs à la philosophie de son temps d’autres goûts que ceux de la spéculation abstraite. Tous les vents de toutes les philosophies à la mode soufflent à Chartres. Brissot lit Rousseau, Raynal et Delisle de Sales avec encore plus d’ardeur qu’Helvétius ou d’Holbach. C’est-à-dire que sa philosophie est celle de la « sensibilité » et de l’« humanité ». Il ne veut pas seulement rendre les hommes sages ; il veut les rendre heureux. Et il croit, comme toute sa génération, que le secret du bonheur est aisé : il est dans les goûts simples, dans la vie familiale et dans la bienfaisance. « Je ne demande que deux enfants au ciel, une petite campagne où je coule des jours délicieux avec mon amie. » Il croit à l’amour, à l’amitié, à la générosité, à la bonté des hommes avec une « facilité », une « naïveté » dont il sent parfois l’imprudence mais dont il ne peut se guérir. L’argent, le peu d’argent qu’il a, lui coule des doigts et il continue à vivre comme si l’argent ne comptait pas. Que sont, en effet, les plaisirs du luxe et de l’ambition auprès des joies d’une « âme
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sensible » ? « J’aime la terreur que m’inspire une forêt obscure et ces caveaux lugubres où l’on ne rencontre que des ossements et des tombeaux. J’aime le sifflement des vents qui annonce l’orage, ces arbres agités, ce tonnerre qui éclate ou gronde et ces torrents de pluie qui roulent à grands flots. Mon coeur frémit, ému, froissé, déchiré ; mais c’est une émotion qui lui paraît douce, car il ne peut s’en arracher. Il y a pour moi dans cet instant un charme horrible... » Brissot est donc à la fois voltairien et romantique ; il lui faut, en même temps que des raisons neuves, des émotions inconnues. Il est, dès sa jeunesse, l’image complète de toutes les aspirations d’une génération.
p.461 Nous n’avons pas à le suivre dans le détail d’une destinée qui le mène du collège à la Révolution. Rappelons seulement qu’aucune carrière ne lui plaît, si ce n’est celle d’écrivain et de journaliste. Dès 1774, un procureur de Paris se laisse séduire par les qualités qu’il croit découvrir — chose singulière pour un procureur — dans la préface du Discours sur la propriété et sur le vol. Il engage Brissot comme premier clerc (aux appointements de quatre cents livres par an !). Voici notre Chartrain lancé dans la vie de Paris, vite dégoûté de la procédure et livré aux joies et misères de la littérature. Il fait, comme il le dit, le dur métier de « livrier ». Deux prix donnés par l’académie de Châlons-sur-Marne pour des sujets de concours hardis (sur « La réforme des lois pénales en France » et sur « Les indem-nités à accorder aux accusés reconnus innocents ») lui donnent une petite célébrité. Il a étudié, entre temps, l’anglais, l’italien, la chimie, l’anatomie et bien d’autres choses. Il est lié avec Delisle de Sales, Lacretelle. Il est prêt à disserter et il disserte
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sur tout. Il est journaliste, polémiste, écrivain à gages ; il est berné, volé, plus souvent accablé de dettes qu’assuré du lendemain. Mais rien ne le décourage. Il est né pour écrire et raisonner, et pour la politique le jour où elle semblera s’ouvrir aux raisonneurs.
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Lucile Laridon-Duplessis, qui épousera Camille Desmoulins, n’est certes pas une raisonneuse. A dix-huit ans, en 1788, elle ne semble souvent, dans les brèves notations de son journal, qu’une enfant. Elle mène à l’ordinaire la vie un peu désoeuvrée et puérile d’une petite bourgeoise. Elle va cueillir des framboises, elle élève des vers à soie, examine des colimaçons, file la quenouille, ce qui l’ennuie, se promène dans le jardin ou le long des chemins avec sa mère. Mais on devine cependant qu’elle est fort instruite. Son père n’est que le fils d’un maréchal ferrant, venu de sa province à Paris. Il est devenu premier commis au Contrôle général des finances. Il y a gagné certainement une petite fortune, car il possède, à Bourg-la-Reine, un bien de roture agréable, de vingt et un arpents, où l’on va passer les dimanches et les mois d’été. Mais il a voulu que sa fille fût instruite ; il lui a promis, quand elle est fort jeune, de lui p.462 donner « tout ce qu’elle voudra » si elle apprend Zaïre, et l’enfant en sait déjà la moitié ; que le père tienne donc sa promesse et emmène ses filles à la campagne pour voir les petits cochons. Plus tard Lucile apprend l’italien, le piano, lit l’Hymne au Soleil de l’abbé de Reyrac, l’Age d’or de Sylvain Maréchal, Grandisson, joue du piano, compose des contes et des romances. Il n’est pas douteux que sa vie et ses lectures lui ont appris à sentir plutôt qu’à penser ; elle est toute pénétrée de
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rêverie, d’inquiétude et de mélancolie romantiques. Tourments éternels sans doute des jeunes filles oisives et romanesques qui attendent et redoutent l’amour. Mais Lucile ne se contente pas de subir obscurément ces troubles ; elle les appelle, s’y complaît, les entoure de littérature, les confie à un journal. Elle se couche sur le gazon, pour rêver ; elle trouve la pluie, sous les arbres, délicieuse ; elle médite dans son bosquet ; elle joue du piano la nuit, sans lumières. Et puis elle songe à l’amour, au mariage, à leurs promesses, à leurs menaces ; tant que les hommes vous désirent on est des « êtres célestes » ; quand ils vous possè-dent, ils sont ingrats, infidèles. Ne vaut-il pas mieux n’aimer que sa mère ou Olimpe, son amie ? Pourtant Camille Desmoulins, un petit avocat sans argent, l’aime avec ténacité. « Comment faut-il faire pour être heureuse ? » Et le bonheur n’est-il pas une chimère ? A certains jours on est las de tout. « Je ne désire rien, je ne désire que de n’avoir jamais existé... Que je suis lasse de vivre, et je crains de mourir. »
Il n’est pas difficile de deviner ce qui a nourri dans l’âme de Lucile ce romantisme. Puisqu’elle lisait des romans, elle en lisait assurément qui étaient écrits pour des âmes sensibles. Puisqu’elle se promenait elle rencontrait des « jardins à l’anglaise » dessinés pour le « recueillement » et la « rêverie ». Mais elle n’est pas seulement une rêveuse et une romantique ; elle est une sceptique. Il y a des choses graves et même les choses les plus graves auxquelles elle ne croit plus. Elle ne croit plus à la religion chrétienne. Qui lui a enseigné l’incrédulité ? On ne sait. Elle va à la messe le dimanche avec sa mère. On conserve donc, chez elle, au moins les apparences. Mais son
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Dieu n’est plus que le Dieu de Rousseau et non celui du Credo ou du Pater. Elle est obligée de lui composer sa prière : « Etre p.463 des êtres... es-tu un esprit ? qu’est-ce qu’un esprit ?... es-tu une flamme ?... mon Dieu, je ne me connais pas. Quel ressort me fait agir ? Est-ce une partie de toi ?... Oh non ! Je serais parfaite... Tous les jours je demande qui tu es... Tout le monde me le dit... et personne ne le sait. » Dans tous les cas ce ne sont pas aux explications chrétiennes qu’elle croira : « En allant à la campagne nous avons rencontré une procession ; que je les trouve ridicules ces prêtres avec leurs psaumes à chanter [ ?] ; ils font quelquefois crever un malade de peur ; qu’elle est basse notre religion ! » Il semble même que, pour Lucile, la politique royaliste ne vaille pas mieux que la religion. Dans le peu d’allusions qui y touchent, on voit qu’elle croit à tout ce qu’on dit de la reine, de « madame déficit » ; elle la déteste ; elle est contente qu’elle soit inquiète et qu’elle pleure ; on la devine tout acquise à ceux qui veulent renouveler la nation. Camille Des-moulins la trouvera toute prête à le suivre.
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La vie intérieure de Manon Phlipon qui deviendra Mme Roland ressemble beaucoup à celle de Lucile Duplessis qui deviendra Mme Camille Desmoulins. Mêmes inquiétudes et mêmes tourments obscurs ; même habitude de s’y complaire et d’en goûter à la fois les mélancolies et les élans ; mêmes croyances ou plutôt mêmes incroyances ; même effort pour trouver sa raison de vivre. Il y a seulement la distance qui sépare une âme un peu puérile, que seuls l’amour et le destin hausseront au-dessus d’elle-même, d’une âme vigoureuse qui se place bien au-
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dessus du niveau commun. Nous connaissons d’ailleurs infiniment mieux Manon Phlipon, par les centaines de lettres et les Mémoires qu’elle nous a laissés. Comme Lucile Duplessis elle est d’abord toute ardeur et toute sensibilité. Elle vit pourtant dans un milieu paisible et prosaïque de petite bourgeoisie. Elle est la fille d’un graveur resté veuf et dont les sept autres enfants sont morts, à leur naissance ou en nourrice. Elle n’a passé au couvent qu’une seule année, et le dessein d’y rester religieuse n’a pas duré. Mais elle n’a besoin que d’elle-même, dans la modeste maison du quai de l’Horloge, pour se construire le monde intérieur le plus divers, le plus vivant, le plus vibrant. « Mon coeur se déchire p.464 à force de tendresse... Alexandre souhaitait d’autres mondes pour les conquérir ; J’en souhaiterais d’autres pour les aimer. » Tantôt exaltée, tantôt anxieuse, elle passe des « noires vapeurs » à la « douce rosée de mélancolie ». Mais elle n’est pas seulement une âme sensible ; peut-être même n’est-elle pas surtout une âme sensible et aspire-t-elle aux extases du coeur plus qu’elle n’est capable de les éprouver ? Son premier amour pour Pahin de la Blancherie n’est guère qu’un amour de tête. Elle est surtout la proie d’une imagination dont les « fièvres » sans repos la dévorent. Elle le sait bien elle-même puisqu’elle est sans cesse tirée entre la raison et le rêve et qu’elle est aussi capable de se juger que de s’égarer : « J’ai, par dessus tout cela, une imagination vorace... Je ne puis encore me flatter comme toi de tenir les rênes de cette fougueuse imagination. » Mais du moins il faut à cette voracité « des aliments forts et substantiels » ; et c’est d’une main ferme et obstinée et non point molle et résignée qu’elle tente de dompter
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le « coursier ». Manon Phlipon est exaltée ; elle n’est en réalité ni romantique ni même romanesque. Jamais elle n’est l’esclave d’elle-même ; toujours elle veut savoir ce qu’elle est et se contraindre à suivre la raison et la vérité : « Je veux que ma conduite soit le triomphe du vrai et la sincérité avec moi-même sera le but immuable de mes efforts et de mes démarches. »
Imagination et raison, élans vers l’inconnu et application à se bien connaître lui ont donné, très jeune, un furieux appétit de lecture qui devait faire d’elle la proie des livres. Il n’y a pour ainsi dire pas une des voix du XVIIIe siècle qu’elle n’ait écoutée pour lui demander son chemin. Elle ne lit d’abord, car elle est fort pieuse, que des auteurs pieux ou sages : Plutarque, Rollin, Crevier, Saint-Réal, Vertot, Mézeray. Mais elle n’est point surveillée ; ou même c’est son confesseur qui la met dans les chemins dangereux et lui apporte La Nouvelle Héloïse. Elle va donc d’abord, vers dix-huit ans, de Thomas à Pope, de Montesquieu à Maupertuis, de Young à l’Espion turc ou à Burlamaqui. Puis elle rencontre « un ouvrage d’un matérialiste » et l’Émile peut-être, qu’elle cite ; et bientôt, de dix-huit à vingt ans, elle s’enfonce dans la philosophie la plus hardie, tout Voltaire, tout Rousseau qu’elle adore, le marquis d’Argens, Helvétius, Boulanger, p.465 Raynal, Bayle, le Système de la nature de d’Holbach, le Code de la nature de Morelly.
Sa foi religieuse céda devant ces assauts. Elle était d’abord profondément croyante. C’était en Dieu et dans les pratiques de la piété qu’elle cherchait la raison de sa destinée et l’apaisement de ses fièvres. A dix-sept ans, en 1771, elle écrivait encore, pour Sophie Cannet ou plutôt pour elle, une très longue justification
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de la religion où il n’est pas difficile d’entendre Pascal, Bossuet, Fénelon et quelques autres. Plaidoyer trop long même, car on ne se démontre pas avec tant d’application ce dont on est solidement convaincu. Dès 1774, en effet, au plus tard, elle traverse une première crise de doute ; puis elle guérit ou se croit guérie. Mais elle est en réalité à demi vaincue : pour garder sa foi elle a dû renoncer à la raisonner et se réfugier dans les certitudes du sentiment et les preuves du coeur : « J’admire comme Dieu m’attache à sa religion par le sentiment, tandis que l’esprit seul me la ferait rejeter ; je raisonne et je doute, mais je sens et je me soumets. » Seulement la raison de Mme Roland n’est pas de celles qui se taisent longtemps devant la voix du sentiment. Elle parle toujours : « Je suis dévote, parce que c’est mon coeur qui agit : toutes les fois qu’il a l’empire, la religion triomphe ; mais quand il est bien tranquille et que mon esprit prend son vol, il se balance dans les airs, veut croire et doute encore. » Bientôt cet esprit ne doute même plus ; il est sûr que le christianisme n’est qu’un mensonge. Manon Phlipon ne rompt pas ; elle évitera tout scandale. Plus tard, en province, elle agira comme il convient « à une mère de famille qui doit édifier tout le monde ». Mais ce n’est plus qu’une déférence. Rousseau et Raynal ont fait leur oeuvre. Elle tient le christianisme pour la religion la plus respectable et sa morale pour admirable. Mais elle n’accepte ni ses dogmes, ni son histoire ; elle a de l’horreur pour son fanatisme, du dédain pour ses miracles et ses rites, de la répugnance pour ses rudesses. Elle est exactement disciple du Vicaire savoyard, et aussi dure d’ailleurs que le Vicaire pour le rationalisme athée.
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C’est la grande crise de la vie intérieure de Manon Phlipon, plus grave que tous les débats de sentiment où elle s’évertuera avant p.466 et après son mariage avec Roland. Elle s’est infiniment moins intéressée, avant 1787, aux problèmes de la politique. Elle a appris de ses maîtres les philosophes à détester le despotisme et certains abus de l’ancien régime ; elle souhaite la liberté de conscience et la liberté de penser, etc. ; mais elle est peu curieuse des problèmes du gouvernement ; elle pense assurément que c’est plutôt l’affaire des hommes. A vingt ans, elle s’intéresse aux batailles des parlements ; elle lit La Constitution d’Angleterre de Delolme ; elle est de tempérament « républicain » ; mais la république de ses rêves n’est, elle le sait, qu’une chimère : « Si, avant de paraître au monde, on m’eût donné le choix du gouvernement, je me serais déterminée par caractère pour une république ; il est vrai que je l’aurais voulue constituée comme il n’y en a plus actuellement en Europe » ; c’est-à-dire qu’elle aimerait vivre dans une république « vertueuse » et « citoyenne » à la façon de Mably. Mais elle sait que cela n’est pas fait pour la France ; elle se résigne à une monarchie modérée et paternelle qu’elle veut « respecter et chérir par devoir et réflexion ». Plus tard, vers trente ans, au déclin de la monarchie, elle aura moins de respect et d’affection et ne craindra pas de traiter certains Français d’« esclaves ». Mais elle continuera à rester fort étrangère à la politique jusqu’au jour où les événements l’y jetteront.
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Nous ne sommes pas aussi abondamment renseignés sur la jeunesse des plus illustres révolutionnaires. Mais nous pouvons
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connaître cependant, pour la plupart, le milieu où ils ont été élevés et, souvent, les influences qui les ont formés. Ils appartiennent à la petite ou moyenne bourgeoisie ; ils ont été instruits dans les collèges et il faudrait les joindre à toute cette jeunesse à la fois incroyante, sceptique et confiante dans l’intelligence, la raison et le génie des hommes pour assurer un avenir d’équité et de bonheur. Danton est élève de ce collège de Troyes où les Oratoriens, plus encore que dans les autres collèges, montrent tant de hardiesse philosophique ou du moins tant d’indépendance d’esprit. Sans fortune, réduit au maigre salaire de clerc de procureur à Paris, il lit avidement l’Encyclo-pédie, Rousseau, Diderot ; il est de ceux dont la tête fermente, dans p.467 l’impatience d’agir. Camille Desmoulins, élève brillant de Louis-le-Grand, est un petit avocat, pauvre et obscur, d’autant plus impatient de fixer la fortune qu’il aime, est aimé et ne peut se marier que s’il gagne de quoi vivre. Dès le collège, il est très certainement de ceux qui ont lu les philosophes et qui ont appris, en les lisant, à dédaigner les traditions du passé. Il ne méprise ni les succès scolaires, ni, en apparence, les maîtres dont ces succès dépendent. Il fait imprimer en 1784, chez « les marchands de nouveautés », une Epître à MM. les administrateurs du collège Louis-le-Grand, qui demeure fort respectueuse. Mais les marchands de nouveautés ont remplacé par des points deux vers rétablis à la plume dans un exemplaire de la Bibliothèque de la ville de Paris et qui sont à peu près tout le programme de la philosophie :
Qu’il est beau, qu’il est grand de n’adopter pour maître
Ni Platon, ni son siècle [et de n’avoir que soi
Pour son législateur, son seul juge, son roi].
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De Robespierre jeune nous ne savons pas exactement ce qu’il pensait. Peut-être, sans la Révolution, n’aurait-il été qu’un homme de lettres assez obscur, parmi cent autres et moins hardi que bien d’autres. Mais c’est un très brillant élève du collège Louis-le-Grand. C’est lui qui harangue Louis XVI au retour de son sacre, au nom de ses camarades ; il remporte au Concours général un premier accessit d’amplification française. Plus tard, comme Marmontel, Thomas, Brissot et tant d’autres, il tente la fortune littéraire par le chemin qu’avaient illustré Rousseau, Marmontel, Thomas. Il rend visite à Rousseau. Il brigue des couronnes académiques. Buzot, au collège, a le coeur rempli de son histoire grecque et romaine ; il lit Plutarque avec délices, c’est-à-dire qu’il se nourrit du spectacle de vertus « civiques » et « républicaines » ; il lit aussi Rousseau et se fait une âme sensible et humanitaire. Vergniaud passe plusieurs années au séminaire, celui de Saint-Sulpice, sans doute ; nous ne savons pas s’il y eut une âme de séminariste. Mais dans sa bibliothèque d’avocat, à Bordeaux, on trouve la Philosophie de la nature de Delisle de Sales et le Catéchisme du curé Meslier. Lombard de Langres est élevé au collège de Chaumont par les pères de la doctrine chrétienne. Il est probable qu’ils ne firent point de lui un chrétien très p.468 zélé, car il y eut pour maîtres Manuel et ce P. Dupont qui fut député à la Convention et qui, nous dit Lombard, ne croyait point en Dieu. Carnot garde d’abord une foi sincère ; mais dès l’École militaire il va faire une visite à Rousseau qui, d’ailleurs, le reçoit aigrement ; de pieux, il devient déiste après avoir étudié, par curiosité personnelle, la philosophie pendant dix-huit mois. Barère est la proie d’une âme inquiète. Il cultive la
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mélancolie et déjà le mal du siècle. Il fait « avec dévotion des pèlerinages au tombeau de J.-J. Rousseau ». Il s’entretient avec de pauvres vagabonds et ses yeux sont « baignés de larmes ». Le jour de son mariage une tristesse profonde et sans cause lui « serre le coeur ». Billaud-Varenne a tour à tour des crises de perversité et de mysticisme. Il se met à l’école de Rousseau. Son précepteur lui montre la misère profonde et injuste des campagnes. Avant la Révolution, c’est-à-dire avant vingt-huit ans, Barnave a lu Voltaire, Rousseau, Diderot, le Système de la nature, Helvétius, Raynal. A vingt-deux ans, il prononce, à l’ouverture du parlement de Grenoble, un discours sur « la nécessité de la division des pouvoirs ». Goujon, dans sa jeunesse, s’enthousiasme pour le Contrat social et Raynal ; Roederer, tandis qu’il étudie à Strasbourg, lit Helvétius, le Contrat, Montesquieu, Delisle de Sales ; Dulaure, à la grande indignation de ses parents, cache dans sa malle les livres des philosophes.
De la jeunesse de beaucoup d’autres nous ne savons pas grand-chose. Nous connaissons pourtant les succès scolaires de Couthon, Lebas, Collot d’Herbois, Gensonnet, Pétion, Saint-Just. Certains, probablement, n’ont pas eu, au collège ou dans leur jeunesse, d’autre ambition que d’étudier et de faire leur chemin ; rien n’y trahit des inquiétudes religieuses ou des projets politiques. Barbaroux, par exemple, boursier au collège de l’Oratoire à Marseille, y remporte des succès ; il tente la fortune à Paris où il prépare l’Ecole des Mines et vit de misère ; cinq ou six louis doivent lui durer trois mois. Puis il rentre à Marseille en
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1789. Rien ne montre dans ses lettres la moindre inquiétude de conscience, la moindre curiosité politique.
Nous avons dit 1 que certains de ces futurs révolutionnaires se sont trouvés plus ou moins groupés, mais peu importe. Ils seraient devenus p.469 aisément, dans d’autres collèges ou d’autres universités, ce qu’ils furent. Nous avons montré que ce n’est pas seulement ici ou là que l’esprit des collèges et de la jeunesse se transforme. C’est, plus ou moins, dans presque toute la France. Ceux qui allaient devenir les chefs de la Révolution n’étaient pas des isolés, des révoltés menés secrètement par des idées et des passions singulières ; ils pensaient sinon comme tout le monde, du moins comme beaucoup.
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1 Voir supra, pp. 380-381.
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CHAPITRE X
LA DIFFUSION DES IDÉES PHILOSOPHIQUES DANS LES MILIEUX POPULAIRES
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p.471 Il semble à peu près impossible de la bien connaître. Pour étudier les quelques dizaines de milliers de personnes qui composaient l’élite intellectuelle de la nation, nous disposons de très nombreux documents ; pour juger les quelques centaines de mille qui représentaient la moyenne bourgeoisie, les documents sont moins nombreux mais encore suffisants, d’autant plus que bon nombre d’entre eux sont directs et irrécusables. Pour connaître les dix-huit à vingt millions de Français qui étaient le peuple nous n’avons qu’un petit nombre de documents ; et la plupart d’entre eux sont les impressions les opinions de gens qui n’étaient pas du peuple, qui ont jugé peut-être sur des apparences, généralisé des expériences tout à fait limitées. Il se trouve, heureusement, que l’enquête n’est pas indispensable. Il est certain que, dans leur immense majorité, les gens du peuple ont pu accepter, suivre puis précipiter la Révolution mais qu’ils n’en ont conçu ni la doctrine, ni même l’idée ; et que ceux d’entre eux qui ont eu cette idée y sont venus pour des raisons politiques, pour échapper à des misères et non parce qu’ils avaient médité les doctrines des philosophes. Le petit nombre de ceux qui pouvaient lire et réfléchir n’a pu fournir qu’un appoint à l’action de l’élite et de la bourgeoisie.
On pourrait de même écarter la question de l’instruction primaire qui a fait couler tant d’encre et suscité tant d’études
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dont beaucoup p.472 sont d’ailleurs très précises et très précieuses. Mais elles intéressent surtout une polémique : est-ce la Révolution qui a la première voulu instruire, élever le peuple, et la monarchie l’a-t-elle laissé croupir dans l’ignorance et l’obscurantisme ? Au contraire, la Révolution n’a-t-elle fait que continuer une oeuvre déjà prospère avant elle ; l’instruction primaire était-elle très développée avant 1789 ? Beau sujet de discussions et diatribes politiques. Mais la solution est à peu près sans importance pour notre sujet. Qu’apprenait-on en effet dans ces petites écoles ? Si l’on en excepte quelques petites villes et bourgs où le régent était capable d’enseigner le latin pour prépa-rer quelques rares élèves à entrer au collège le plus voisin, on ne donnait que les connaissances « usageables » les plus élémentaires : lire, écrire, les quatre règles ; on apprenait à lire dans quelque vie des saints ; nulle part, à aucun moment, il n’était question de donner la moindre curiosité intellectuelle, le moindre goût de la réflexion. En quoi le fait de savoir lire, écrire et calculer pouvait-il conduire ces enfants du peuple à réfléchir sur leur condition et à concevoir une politique qui la transformerait ? Savoir lire signifie aujourd’hui, pour un paysan ou un ouvrier, lire le journal, les affiches électorales, les tracts de son parti. Mais il est bien certain que très peu de gens du peuple pouvaient lire ces journaux provinciaux dont nous avons parlé ; et pour y trouver des curiosités audacieuses, y prendre des leçons de philosophie, il fallait être éclairé par d’autres lectures. Savoir combien de Français savaient lire importe à l’histoire de la Révolution, non à celle des origines de la Révolu-tion. Disons pourtant comment le problème se résout.
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Il est certain d’abord que les philosophes et ceux qui se défendaient de l’être ont été fort divisés sur la question de l’instruction du peuple. Les physiocrates l’ont demandée avec énergie ; ils ont conçu l’enseignement gratuit, obligatoire et laïque. « Je suis bien convaincu, écrit Turgot, dès 1761, que les hommes ne peuvent devenir plus heureux qu’en devenant plus raisonnables et, malheureusement, la plus grande partie des hommes sont abandonnés à l’ignorance la plus profonde et plongés dans une stupidité qui les rend malheureux et redoutables, par la facilité qu’on trouve d’un côté à les opprimer et de l’autre à les séduire. » Turgot prévoit l’enseignement p.473 d’une morale sociale et même politique parfaitement laïque. D’Holbach, Helvétius ne défendent pas avec moins de fermeté les droits du peuple à être instruit. Brissot pense comme eux : « Osez l’instruire ! » Même à Reims les Affiches publient deux articles « sur la nécessité d’instruire le peuple en général » et sur ses lectures : « Le monde ne s’éclaire pas avec quelques rayons de lumière ; elle tombe par torrents sur tous les points » ; et le journal réclame pour le peuple de bons livres et même de bons écrits périodiques. A la Société royale de Metz, de Tschoudi prononce, en août 1768, un discours sur l’utilité et la diffusion de l’instruction, et l’abbé Gervaud, à l’académie de La Rochelle, lit, en 1770, un mémoire pour démontrer la nécessité d’instruire le peuple. A Lyon, de 1772 à 1780, Campigneulles, Perrache, Lacroix, le P. Gourdin se prononcent ardemment pour l’instruction populaire.
Mais, chez beaucoup d’autres, que de réserves, et surtout quelle volonté de ne donner au peuple qu’une instruction limitée
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et pratique ! Diderot examine méthodiquement les inconvénients et les avantages de la diffusion de l’instruction primaire, en s’appuyant fort judicieusement sur l’expérience de l’Allemagne. Il conclut que les avantages l’emportent de beaucoup ; mais c’est parce qu’il s’en tient aux avantages pratiques d’une instruction toute pratique destinée à former des hommes plus utiles et non pas plus réfléchis. Sur ce point, comme sur tant d’autres, les textes de Voltaire sont contradictoires ; il semble bien qu’il ait été de plus en plus persuadé que le plus grand nombre ne doit savoir « que cultiver, parce qu’on n’a besoin que d’une plume pour deux ou trois cents bras ». « Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. » On pourrait répondre qu’il crée des écoles à Ferney ; mais c’est dans le même dessein que Diderot. Rousseau veut sortir le peuple de l’ignorance ; mais lui aussi se propose seulement de lui permettre de mieux vivre et non pas de réfléchir. Ce n’est pas simplement par boutade qu’il a dit : « L’homme qui médite est un animal dépravé » ; lui-même n’a trouvé, dit-il, le bonheur qu’en cessant de réfléchir. Mercier regrette vivement la « double doctrine » qui réserve la culture à une élite initiée et la refuse aux « esprits esclaves » ; mais il est loin de p.474 croire qu’on doive permettre aux enfants du peuple la même instruction qu’à ceux des bourgeois. « N’est-il pas ridicule et déplorable de voir des boutiquiers, des artisans, des domestiques même vouloir élever leurs enfants comme les premiers citoyens, se repaître d’une profession imaginaire pour leurs descendants et répéter imbécilement d’après le régent de sixième : « Oh ! le latin conduit à tout ! » Même timidité — ou même sagesse, chez certains de ceux qui semblent écrire pour
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défendre l’instruction du peuple. J.-A. Perreau publie une Instruction du peuple dont le programme est beau : « Je me suis dit alors : non, le peuple n’est pas méchant, ni stupide, c’est l’ignorance seule qui le déprime... » ; mais il proteste violem-ment contre les laboureurs riches qui envoient leurs enfants « au collège des villes et se hâtent d’en faire des messieurs ». Son roman de Mizrim développe l’instruction primaire, mais la réduit à lecture, écriture, calcul, religion, hygiène, conseils juridiques pratiques ; il interdit les collèges aux enfants sans fortune. Et de fait, son Instruction se réduit à la morale — aux affaires — à la santé. Le président Rolland réclame de petites écoles, mais proteste contre le développement des collèges. Lezay-Marnesia disserte sur Le Bonheur dans les campagnes ; il démontre que l’instruction en est un élément essentiel, mais seulement pour ses avantages pratiques. C’est à cela que se tiennent le comte de Thélis dans son Plan d’éducation nationale en faveur des pauvres enfants (plan qu’il mit en pratique sur ses terres) ou Philipon de la Madeleine dans ses Vues patriotiques sur l’éducation du peuple où il condamne « toutes ces connaissances qui ne font qu’exciter en lui les désirs inquiets, le dégoût de son état ». En 1746, l’abbé Terrisse avait démontré l’utilité pour les gens de la campagne de savoir lire et écrire, sans plus. Trente à quarante ans plus tard, on y ajoute des connaissances d’économie rurale, d’hygiène, de morale sociale parfois ou de droit usuel ; mais il ne s’agit toujours que de mieux vivre, non d’apprendre à penser.
D’ailleurs, un bon nombre de pédagogues ne font pas ou ne font guère de distinction. Ils craignent qu’on instruise le peuple ;
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ils redoutent le dépeuplement des campagnes, l’afflux d’élèves sans fortune vers les villes où ils ne pourront trouver que la misère ; et l’on devine même derrière leurs raisons la crainte secrète d’instruire p.475 ceux qui n’ont besoin que d’obéir et de travailler. L’abbé Fleury déclarait, à la fin du XVIIe siècle, que « les pauvres n’ont besoin ni de savoir lire ni de savoir écrire ». L’abbé Pluche, un demi-siècle plus tard, n’avait pas changé d’avis : « Quelle place tient cet homme [le laboureur] dans l’ordre de la Providence ? Il est destiné au plus nécessaire de tous les travaux, à la culture de la terre. Il a donc tout ce qu’il lui faut de lumières puisqu’il en a assez pour son état. » Les années passent mais les idées ne changent pas. L’intendant de Bourgogne regarde « comme un abus la facilité qu’on donne à Avallon de faire apprendre à lire et à écrire aux enfants les plus pauvres ». Quand il s’agit, après le renvoi des Jésuites, de découvrir le meilleur plan d’éducation « nationale », les théoriciens les plus écoutés font toutes réserves sur la diffusion de l’instruction dans le peuple. « Il est peu de curés, dit l’abbé Coyer, peu de seigneurs de paroisses qui ne s’applaudissent s’ils sont parvenus à soudoyer un magister ; et si ce magister peut s’élever jusqu’à donner les principes du latin, c’est un triomphe ! » Pour La Chalotais, « le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s’étendent pas plus loin que ses occupations » ; il y a donc « trop d’écrivains, trop d’académies, trop de collèges » ; et trop de petites écoles : « Les Frères de la doctrine chrétienne... sont survenus pour achever de tout perdre. » Guyton de Morveau conclut que « la société n’a pas besoin d’agriculteurs ; il lui faut encore des
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soldats, des commerçants, des artisans ; et il est incontestable que ce n’est qu’après que toutes les classes de citoyens nécessaires sont remplies que celle des lettrés peut se grossir sans porter préjudice à l’État ». Autour de ces pédagogues réputés, la plupart de ceux qu’anime, plus ou moins obscurément, le zèle de l’éducation, n’offrent au peuple qu’une instruction rudimentaire ; ils ne veulent pas qu’il dépasse les petites écoles, c’est-à-dire la lecture, l’écriture et les quatre règles. Reboul proteste contre le fait que trop d’enfants du peuple se livrent à l’étude sans y avoir aucune disposition. Mauduit, dans un discours de rentrée du collège d’Harcourt qui fit quelque bruit, en 1773, fait les mêmes réserves ; tout comme de Cerfvol ou Goyon de la Plombanie. Même opinion dans les rapports sur les collèges que présentent Rolland, l’abbé Terray, Roussel de la Tour. D’Etigny, intendant p.476 de la province d’Auch, va même plus loin ; il fait supprimer les allocations aux régents, pour qu’ils s’en aillent et que les enfants ne soient pas tentés de quitter la terre pour les écoles.
Ces témoignages sont fort intéressants, pour deux raisons indirectes : parce que les pédagogues se plaignent que les enfants du peuple entrent dans les collèges et témoignent ainsi qu’ils y sont ; nous aurons à retenir ces preuves — parce que leurs plaintes et leurs craintes nous montrent une fois de plus combien l’esprit philosophique était encore loin, bien souvent, de l’esprit démocratique des révolutionnaires. Mais, en eux-mêmes, ils n’importent guère. Ce qui compte, ce sont moins les philosophies et les discussions des raisonneurs que la réalité de l’enseignement primaire. Les écoles étaient-elles rares ou
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nombreuses ; étaient-elles fréquentées et efficaces ou rares, peu fréquentées, inutiles ? Sur ce point, des enquêtes très minutieuses ont été faites. Si l’on essaie de rassembler leurs résultats très dispersés, on peut répondre à nos questions tantôt oui, tantôt non. Selon les lieux, les écoles sont nombreuses ou rares, l’instruction élémentaire répandue ou à près nulle. Par exemple, dans l’Aude, 403 écoles sur 446 communes ; dans le diocèse de Langres, écoles dans cinq paroisses sur six ; écoles dans presque toutes les paroisses du comté nantais, de même que dans le district de Cherbourg ; dans le diocèse d’Autun, 295 écoles pour 383 paroisses ; dans les quatre départements de Meurthe, Meuse, Moselle, Vosges, 1 993 écoles (de garçons) sur 2 052 communes (et quarante régences de latinité, trente-deux collèges, neuf séminaires, une université). Mêmes proportions très favorables dans les diocèses, départements, arrondissements, etc., de Lyon, Châlons-sur-Marne, Reims, Sens, Coutances, Toul, l’Aube, les Vosges, l’Ain, l’Auvergne, etc. A Saint-Valery, il y a neuf écoles de garçons (et trois de filles) ; cinq et un pensionnat à Reims ; à Draguignan, de 1735 à 1765, le nombre d’écoles passe de un à quatre. Par contre, les statistiques sont ailleurs beaucoup moins favorables. Dans le diocèse de Léon, s’il y a dix écoles à Brest, il n’y en a que dix-huit dans les cinquante paroisses rurales ; dans le Maine-et-Loire, il n’y a des écoles que dans moins de la moitié des communes. Peu d’écoles dans les Hautes-Alpes ; dans le pays de Gex, écoles presque p.477 nulles. Partout d’ailleurs l’instruction des filles est relativement ou tout à fait négligée.
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Mêmes inégalités si l’on cherche à connaître l’instruction des gens du peuple. Le seul témoignage qu’on en ait, mais qui est précis, est la proportion des signatures et des croix dans tous les actes privés ou publics. Très bonne proportion dans la vaste enquête faite par M. Maggiolo, pour quatre départements de l’Est. Pour quatre vingt-six mille mariages, il y a 88 de signatures d’hommes et 66 de signatures de femmes. A Romainville la proportion des illettrés qui était de 43 en 1701-1720 (pour les hommes), tombe à 16 en 1741, 20 en 1761. Mêmes statistiques favorables, sur des exemples d’ailleurs restreints, à Nogent, Baugé, etc., etc. Par contre, cette proportion d’illettrés est ailleurs considérable. Dans la Creuse, elle atteint 90 ou même 95. A Agen, dans la Charente, la Vendée, les Deux-Sèvres, etc., elle est de 75 à 80. Sans qu’on ait des statistiques aussi précises, elle est très forte en Auvergne, forte dans le Maine-et-Loire. Dans la Haute-Vienne, le nombre des hommes sachant signer ne dépasse pas 8,2 en 1751 et 11,8 en 1789.
On voit comment on a pu tirer de l’étude des écoles et des signatures des conclusions contradictoires. Si l’on fait une moyenne pour toute la France, on doit conclure que les écoles sont assez nombreuses et que l’instruction est assez répandue dans la plus grande partie du pays, médiocre ou mauvaise dans les régions montagneuses et pauvres. Mais, encore une fois, il ne nous importe pas de savoir combien de gens du peuple savaient lire mais s’ils étaient capables de lire autre chose que leur paroissien et s’ils lisaient. Combien pensaient à autre chose qu’à leur pain quotidien, aux impôts, aux corvées ? Combien
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pouvaient raisonner sur leurs misères et appeler des temps meilleurs non pas avec une obscure violence mais en écoutant et répétant des raisons ? Nous n’en savons à peu près rien. Donnons du moins les témoignages et les preuves pour ce qu’ils valent.
Il y a d’abord les affirmations des contemporains. Mais il arrive qu’elles sont manifestement intéressées ; quand elles sont sincères, rien ne nous dit quelles expériences elles résument ; elles peuvent fort bien généraliser hâtivement des faits isolés ou des apparences. p.478 « Les Savoyards, dit le P. Sennemaud, en 1756, commencent à parler dans le grand et les décrotteurs parlent d’humanité » ; mais le P. Sennemaud est un polémiste qui veut mal de mort aux philosophes. L’abbé Barruel, dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, a dévoilé tout un prodigieux complot qui aurait réussi à nourrir même le peuple des campagnes de tous les poisons philosophiques. Les colporteurs auraient reçu gratuitement des ballots entiers de Voltaire, Diderot et autres philosophes. Ils les auraient vendus dix sous le volume, c’est-à-dire beaucoup mieux que des livres de prière. C’est d’Alembert qui mène le jeu et fait partout nommer des maîtres d’école imbus de philosophisme. Malheureusement — ou heureusement — on sait que l’abbé Barruel n’a écrit qu’un sombre et tortueux mélodrame. Bouillé s’est souvenu, dans ses mémoires, que dans toutes les classes et même les campagnes de certaines provinces, l’esprit de turbulence et d’irréligion gagnait ; mais Bouillé est marquis et il écrit après coup, tout comme Dutens lorsqu’il affirme que la manie de faire l’esprit fort « avait gagné insensiblement toutes
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les classes du peuple... le clerc de procureur, le garçon de boutique ». Un rapport de l’archevêque d’Arles à l’assemblée du clergé de 1782 affirme qu’on fait circuler « au sein des cam-pagnes » les oeuvres de Rousseau et de Voltaire vendues à vil prix ; mais il est probable que l’archevêque d’Arles n’en avait pas des preuves très précises. Même difficulté pour le témoignage de Bachaumont affirmant, en 1763, que tout le public a entre les mains Le Contrat social, L’Ami des lois, La Politique naturelle et que « le peuple même s’en occupe » ; car Bachaumont collectionne les on-dit beaucoup plus que les documents. D’autres contemporains méritent plus de confiance. « Sous Louis XIV, dit l’abbé Coyer, il était assez ordinaire que le fils du laboureur cultivât la terre, que celui de l’artisan ne connût que ses mains ; aujourd’hui, ils disputent de religion, figurent au barreau ou prononcent aux spectacles ; nos terres et nos manufactures en souffrent un peu, qu’importe ! L’esprit a gagné l’État. Il a fallu donner une académie à chaque province ; bientôt chaque bourgade aura la sienne. » Mercier, Restif de La Bre-tonne témoignent que le goût des lectures sérieuses se répand de plus en plus. « On lit dans presque toutes les classes. Tant mieux ! p.479 Il faut lire encore davantage. » Pour Restif, c’est d’ailleurs tant pis : « Depuis quelque temps, les ouvriers de la capitale sont devenus intraitables parce qu’ils ont lu, dans nos livres, une vérité trop forte pour eux : que l’ouvrier est un homme précieux. » Les étrangers, l’Allemand Storch, l’Anglais J. Andrews sont d’accord avec les Français : « On lit en voiture, en promenade, au théâtre, dans les entr’actes, au café, au bain, dans les boutiques, sur les portes des maisons le dimanche ; les
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laquais lisent derrière les voitures, les cochers sur leurs sièges, les soldats au poste, les commissionnaires dans les stations. » « Men of this plaintive, querulous disposition are numerous in France, from a variety of causes. The most usual one is the too great multitude of such as literary education ; which necessarily elevates the spirit of man, and often lifts it above the level of his fortune. »
Ces témoignages sont assez nombreux et assez concordants pour qu’on leur accorde une certaine confiance. Surtout ils sont confirmés par des documents plus précis. C’est d’abord le recrutement des collèges. Nous avons dit que l’externat y était presque toujours gratuit et que les bourses d’internat y étaient fort nombreuses ; elles allaient évidemment aux enfants de petites gens. Les constatations et les plaintes des pédagogues dont nous avons parlé confirment et précisent. Mercier, J.-A. Perreau, Coyer, Reboul, Mauduit, Goyon de La Plombanie, etc., nous disent expressément que ce sont des boutiquiers, des artisans, des domestiques même, des laboureurs, des villageois, des enfants du peuple qu’on envoie au collège, même s’ils sont « ineptes et indociles ». J.-J. Gautier, curé de La Lande-de-Goult (près d’Alençon), nous montre, dans son Essai sur les moeurs champêtres (1787), comment le désir de l’éducation s’emparait quelquefois tout d’un coup des bonnes gens de la campagne. Des faits enfin, si peu nombreux qu’ils soient, viennent confirmer ces généralités. On répète avec insistance que si des paysans prétendent, ici, empêcher un parent du duc de Mortemart de chasser, là, saccagent le château d’un seigneur de Vibraye pour avoir fait emprisonner l’un des leurs, c’est parce qu’ils ont lu Les
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Inconvénients des droits féodaux de Boncerf. A la foire Saint-Germain, en 1784, les figures de cire ne représentent plus seulement le roi, la reine et le p.480 dauphin, mais Voltaire, Rousseau et le Dr Franklin. Le Journal de Verdun est affiché le dimanche à la porte de la mairie de Velaines-en-Barrois. En 1784, les habitants de Villers-Sire-Nicole, en Flandre, présentent requête pour être déchargés des droits de mainmorte : ils ne reposent, disent-ils, que sur des titres faux et tyranniques ; ce sont des vestiges de l’ancien esclavage, des simulacres forgés par les créatures des seigneurs. A Agen, il y a deux sociétés de lecture, l’une pour les procureurs et les petits bourgeois, l’autre pour « les gros bonnets du bas-peuple ». Dans les cahiers primaires de 1789 qui ne sont certainement pas la copie de quelque cahier modèle rédigé par un bourgeois aisé et instruit, il est certes très rare de trouver la trace directe d’une réflexion inspirée par la philosophie ; les petites gens rédigent leurs voeux et non pas les raisons de leurs voeux. Je ne pense pas qu’on trouve jamais ces raisons dans les cahiers des paysans écrits par des paysans ; mais on en trouve parfois dans ceux des artisans. Le cahier du Tiers de Bar-sur-Seine explique, pour réclamer la liberté de la presse, que « la philosophie, les lettres, les sciences et tous les arts prennent de nouveaux accroissements et qu’ils peuvent parvenir à la perfection qui rend les peuples heureux et les empires florissants... » ; c’est le style peut-être de quelque avocat ou procureur. Mais ce sont les fabricants de couvertures de Montpellier qui demandent que l’on dresse à Paris, en face de la statue de Henri IV, celle de Louis XVI : « Celle de Louis, au lieu de nations enchaînées, sera entourée de Français qui auront
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à leurs pieds mille fers brisés et épars. » Ce sont les vitriers de Saint-Maixent qui demandent que le Tiers du Poitou élève à ses frais une statue équestre à Louis XVI avec, au pied, celle de l’abbé Raynal « un genou en terre, lui présentant son Histoire philosophique... avec cette inscription : Au père du peuple ». Les maîtres cordonniers de Gray, eux aussi, ont lu Raynal : « De plus, comme le dit Raynal, l’artisan est obligé de paraître, quoi qu’il lui en coûte, pour conserver sa renommée. »
Surtout nous connaissons très bien, ou suffisamment, l’histoire d’un certain nombre de ces enfants du peuple qui ont tenté, en s’instruisant, de sortir du peuple et qui ont appris, dans les collèges et les livres, à penser plus ou moins en philosophes. C’est Marmontel, p.481 fils d’un tout petit tailleur de la toute petite ville de Bort, qui n’a pour vivre en faisant ses études que les pains de seigle, les fromages, le lard, le boeuf, les pommes et les quatre à cinq louis par an que lui envoient les siens. C’est Restif, fils d’un vigneron-agriculteur fort à son aise (il laissera soixante à soixante-dix mille livres, un million de notre monnaie), mais qui naît tout de même au petit domaine de La Bretonne, dans le village de Sacy, et dont le père avait quatorze enfants. Ses frères, le curé du village de Courgis et l’abbé Thomas Restif lui enseignent le latin. Mais son père n’entend faire de Nicolas Restif ni un prêtre ni un gratte-papier ; il le fait entrer dans une imprimerie d’Auxerre comme apprenti typographe ; là, il lit avec avidité ; il se lie avec un cordelier athée. Une histoire d’amour l’oblige à quitter la ville et à se réfugier à Paris ; il entre à l’Imprimerie royale au Louvre, passe d’imprimerie en imprimerie, s’engoue de théâtre, revient à Auxerre, retourne à Paris ; et
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enfin décide brusquement de quitter le métier d’ouvrier imprimeur pour se faire homme de lettres. Il y vit de misère, mais s’entête, imprime au besoin lui-même ses romans et finit par conquérir une sorte de célébrité. C’est, bien entendu, J.-J. Rousseau lui-même ; ce sont Diderot, Brissot (fils d’ailleurs d’artisans riches), Beaumarchais (fils d’un horloger qui l’était plus encore). Thomas est l’un des dix-sept enfants d’une famille de modestes commerçants de Clermont-Ferrand ; trois de ces enfants, dont l’écrivain, poussent assez loin leurs études pour entrer dans la carrière de l’enseignement.
Tous ceux-là ont franchi « l’étape » et conquis la gloire ou la notoriété. D’autres, au contraire, sont restés à peu près au rang où la naissance les avait mis et nous ne les connaissons que par hasard. Mais leur exemple est encore plus significatif. Hoche, à dix-sept ans, n’était que palefrenier aux écuries de la reine ; et nous ne saurions rien de lui sans le hasard des guerres de la Révolution ; mais cet humble palefrenier lisait avec ardeur ; nous le savons par le style rudimentaire d’une lettre de son oncle Merlière : « Il y a rester [chez lui] deux ans, auquels nous avons toujours remarqué qu’il lisait jour et nuit dès gran otteur comme Voltaire, J.J. Rousseaux et autre. » E.-J. Pourchet, paysan du village d’Aubonne (Doubs), nous a laissé un livre de raison où, parmi des notes sur les événements locaux, p.482 les récoltes, les recettes et dépenses, il copie des passages sur l’histoire de sa province et discute sur l’origine de la propriété privée et communale. Teyssiné, curé à portion congrue de Solomiac, dans le diocèse de Lombez, a dépensé six mille livres pour sa bibliothèque ; il deviendra d’ailleurs un fervent révolutionnaire.
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Franklin, pendant son séjour à Paris, reçoit bien des lettres de toutes petites gens, qui savent donc qu’il est là et ce qu’il représente. Et nous avons vu qu’un pauvre maître d’école de Provence, Gargaz, fait à pied le chemin de Paris pour venir se jeter à ses pieds. Dutens a connu un cordonnier, enrichi il est vrai, qui est philosophe ; c’est une « manie à la mode ».
Nous savons enfin qu’un certain nombre des députés de la Convention n’étaient pas des avocats, des procureurs, des bourgeois, mais des artisans, des ouvriers, des paysans et qu’un plus grand nombre étaient fils d’artisans, d’ouvriers, de paysans. Sans doute certains de ces artisans ou paysans pouvaient être fort aisés ; nous ne sommes pas toujours bien renseignés ; mais nous savons assez souvent qu’ils étaient ouvriers et pauvres ou fils d’ouvriers et de pauvres. Si l’on joint ceux dont l’état exact de fortune n’est pas bien connu et ceux qui n’avaient pas de fortune, on en trouvera bien une quarantaine dans le Dictionnaire biographique de Kuscinski.
Que pensaient exactement ces petites gens, ces fils de petites gens sur tous les problèmes religieux, sociaux, politiques, discutés par les philosophes ? Qu’avaient-ils gagné ou perdu dans leurs études et leurs lectures ? Nous ne pouvons, le plus souvent, que le supposer pour tous ceux qui n’ont rien écrit, c’est-à-dire pour presque tous. Comment, par exemple, et dans quelle mesure l’irréligion a-t-elle gagné des masses populaires et paysannes ? Nous n’en savons rien. En 1752, un certain Bosquet de Colommiers, nouvelliste, constate qu’il y a eu, à Saint-Sulpice, soixante-six mille communiants au lieu de cent trente à cent cinquante mille, mais c’est, nous dit-il, pour raison de
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jansénisme et en forme de protestation contre les billets de confession. Il faudrait des statistiques sur le nombre des communiants comme il y en a sur le nombre des paysans qui savent signer, et nous n’en avons pas. Le seul document précis est une histoire de police, sans doute authentique, qui fit quelque bruit, mais p.483 qui resta assez secrète pour que l’abbé Mulot et Lenoir qui nous la rapportent ne s’accordent pas sur les détails. Il y a à la Salpêtrière, en 1782, deux ou trois femmes qui vivaient avec des hommes « sans d’autre frein que l’amour » ; leurs enfants n’ont pas de religion. Ce sont, dit Lenoir, les membres d’une secte déiste du quartier Quincampoix ; elles sont, dit Mulot, les prosélytes « d’un système athéistique que l’on prétend qui se répand assez... le langage de ces femmes est qu’il n’y a point de Dieu ; que l’amour de la vertu seule suffit de faire de bons citoyens ; que l’homme ne doit pas avoir d’autre but, et que si on les tourmente pour suivre cette manière de penser, c’est une gloire pour elles ; il est beau de souffrir pour la vertu ». Si ces propos sont authentiques, il est bien certain que Diderot ou Helvétius ou quelque philosophe ont indirectement passé par là. Mais rien ne nous renseigne sur l’importance de la secte ; rien ne nous dit combien de gens, sans faire de secte et risquer la Salpêtrière, pensaient comme ces martyres du philosophisme. Une douzaine de curés du bailliage de Reims signalent, en 1789, que les paysans n’ont pas de religion, et deux qu’ils sont un peu « répu-blicains » ; mais l’étaient-ils, en 1787 ? Et cela veut dire simplement, peut-être, qu’ils n’obéissent pas toujours à leur curé. L’histoire des débuts de la Révolution prouve
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manifestement qu’il existait, au moins dans le bas peuple et chez les paysans, une masse flottante qui, même si elle pratiquait encore extérieurement la religion, ne lui était plus attachée par aucune force intérieure solide et qu’elle devait se détacher au premier ébranlement. Mais on ne peut guère faire sur elle que des hypothèses.
Au total, les documents et les vraisemblances suffisent pour établir qu’il y avait, au-delà de la bourgeoisie, des infiltrations de l’esprit philosophique dans les milieux populaires ; elles existent, plus ou moins, dans toute la France. On ne saurait déterminer exactement leur importance. Mais, répétons-le, cette connaissance n’est pas essentielle. Ce n’est pas le peuple qui a déclenché la Révolution ni même qui, au début, a pesé sur elle. Il n’a fait que suivre, d’ailleurs, avec enthousiasme. Et pour expliquer cet enthousiasme, il n’est pas douteux qu’il faut avant tout songer aux causes politiques. Ce sont elles, bien qu’elle soient en dehors de notre sujet, dont il faut dire un mot.
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CHAPITRE XI
QUELQUES REMARQUES
SUR LES CAUSES POLITIQUES
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p.485 Il est impossible de séparer toujours nettement les causes purement politiques de la Révolution et les causes intellectuelles. Théoriquement la distinction est nette. Nous appelons causes politiques pures les situations ou les événements assez intolérables pour inspirer le désir de changer ou de résister, sans autre réflexion que le sentiment de la souffrance et la recherche des causes et des remèdes immédiats ; nous appelons oeuvres politiques pures celles qui s’en tiennent à exposer ces situations et ces événements, ces causes et ces remèdes sans jamais chercher à généraliser, à s’appuyer sur des principes et des doctrines. Inversement, les causes intellectuelles pures seront celles qui s’en tiendront à l’étude de ces principes et doctrines, sans s’inquiéter, au moins en apparence, des réalités politiques du temps présent. Mais il est évident que les deux sortes de causes tendent constamment à se rapprocher : le politique pur cherchera à fortifier ses réclamations en faisant appel à la justice et à la raison philosophiques ; le philosophe construira sa doctrine pour résoudre les problèmes que la vie réelle, que la politique actuelle lui auront posés ; s’il n’en parle pas, par prudence, c’est d’eux qu’il partira en réalité.
En fait, toute la philosophie du XVIIIe siècle est mêlée de politique ; et notre étude a fait effort pour suivre, dans la
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mesure du possible, ces rapports étroits des discussions théoriques et de la vie française. p.486 De même, un certain nombre d’oeuvres surtout politiques prétendent s’appuyer sur de la raison philosophique. Lorsque Necker fait paraître l’édit qui réforme les maisons du roi et de la reine, il le fait précéder d’un préambule. C’est, dit Métra, « un chef-d’oeuvre de bienfaisance et d’honnêteté qui ravit et enchante tous les coeurs et tous les esprits. On est dans l’extase et dans l’enthousiasme. » L’édit, qu’il fait signer par Louis XVI, pour abolir la mainmorte dans les domaines de la couronne, déclare dans son préambule qu’il s’ins-pire de l’« amour de l’humanité » et qu’il supprime les « vestiges d’une féodalité rigoureuse ». Bienfaisance, amour de l’humanité, suppression de la féodalité, c’est le langage de la philosophie. Mais il existe pourtant un nombre considérable d’écrits et de libelles qui ne sont inspirés que par un but étroitement politique. Il s’agit de renverser Turgot ou Necker, de faire supprimer le vingtième, de rétablir les jurandes et maîtrises ; peu importent les idées, on se préoccupe seulement d’agir. Même quand il ne s’agit pas surtout de polémique et de cabale, lorsqu’on parle finances, commerce des grains, etc., c’est très souvent pour exposer des moyens pratiques de résoudre des problèmes pratiques, sans aucune prétention à raisonner en philosophe. De tous ces ouvrages nous n’avions pas plus à nous occuper que des événements proprement politiques. Mais il importe de ne pas oublier que la philosophie et la politique, la spéculation et l’action ont constamment réagi l’une sur l’autre même dans les cas où nous ne les voyons pas se mêler ouvertement.
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La philosophie a permis à ceux qui voulaient se mêler de politique d’en discourir. Sans doute à toutes les époques de l’ancien régime, même aux temps où la censure était la plus sévère et la plus efficace, des pamphlets ont circulé ; mais ils étaient plus ou moins rares et leur diffusion était plus ou moins malaisée. Au contraire, après 1770 et surtout après 1780, la liberté d’écrire réclamée par les philosophes est, en fait, presque complète. D’abord parce qu’elle est imposée par un irrésistible mouvement d’opinion ; et puis parce que ce sont souvent les plus grands seigneurs qui, dans les libelles qu’ils soudoient, prétendent parler au nom de la philosophie. Un flot d’écrits se déverse à travers la digue rompue ; mais ce sont les philosophes qui l’ont brisée. D’autre part les événements purement p.487 politiques et tous les libelles qu’ils suscitent ont servi puissamment la cause des idées nouvelles, même lorsque ces idées n’étaient pas en cause. Lorsque l’autorité interdisait d’écrire sur les matières de finances et d’administration, elle le défendait dans tous les cas, même si c’était pour appuyer les idées de l’autorité. Elle savait ce qu’elle faisait ; car discuter, c’est donner le goût de la discussion ; exposer ou proposer des réformes, même voulues par le gouvernement, c’est admettre que le gouvernement a le devoir de les faire connaître avant de les réaliser ; c’est encourager l’esprit d’examen. C’est pour cela que les centaines de libelles publiés sans aucune intention philosophique ou les traités les plus anodins ont été l’une des causes qui ont agi le plus puissamment sur l’opinion ; ils ont étalé devant elle les problèmes politiques et lui ont donné le goût d’y réfléchir.
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Or, les querelles politiques, les occasions de libelles et les libelles ont été très nombreux, très violents à partir de 1750. Guerre de plus en plus brutale, et qui s’exaspère par la querelle des billets de confession, entre les jansénistes et leurs adversaires. Impôt du vingtième que Machault prétend imposer aux ordres privilégiés et qui donne naissance à une quarantaine de brochures. Guerre du pouvoir royal et des parlements où la royauté, tour à tour victorieuse et vaincue, finit par se résigner au triomphe des parlements. Condamnation des Jésuites en 1761. Réformes de Turgot, guerre des farines, abolition de la corvée, des jurandes et maîtrises. Question des curés à portion congrue. Réformes de Necker ; première assemblée provinciale du Berry, etc., etc. Il n’est pour ainsi dire pas d’année où l’opinion ne soit invitée sinon à dire son mot, tout au moins à le penser sur quelque grave problème de politique intérieure ou extérieure. Sans répit on répète à d’innombrables lecteurs : les choses vont mal, il faut les changer ; sans répit l’esprit politique de changement vient pousser les esprits sur la même pente que l’esprit philosophique de renouvellement. Quelques exemples, sommairement rappelés, peuvent préciser cette convergence.
Dans cette redoutable question des finances qui entraînera la ruine de la monarchie, la bibliographie de Stourm énumère, en outre des graves ouvrages de Dupin, Forbonnais, Mirabeau, Le Trosne, Condillac, Bellepierre de Neuvéglise, Naveau, Darigrand, etc., etc., p.488 environ soixante-dix brochures de 1759 à la Révolution. Les ennemis de Necker ont pu, en 1781, former, en y joignant deux écrits de Necker lui-même, trois volumes des « ouvrages pour ou contre [en réalité contre] M. Necker ». Sur
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l’assemblée des notables il paraît, en 1787, quatorze livres ou brochures, et quinze sur la publication des procès-verbaux. Très souvent le retentissement de toute cette prose est considérable. Le Compte rendu de Necker déchaîne une véritable fièvre. « Jusqu’aux harengères, dit Mallet du Pan, achètent l’ouvrage de Necker. » On en vendit quelque cent mille exemplaires, chiffre inouï pour l’époque. Les almanachs eux-mêmes, au début de 1787, se mêlent de réformer les finances. Les Étrennes nationales, le Trésor des almanachs, l’Almanach de Liége insinuent que sur un milliard de revenus royaux, trois cents millions seulement vont à des dépenses connues... et avouables. On poursuit et supprime les almanachs, mais vingt mille exemplaires des Étrennes nationales sont en circulation et on les paye jusqu’à six livres. La bataille parlementaire fut encore plus violente et ses retentissements plus profonds ; car les abus financiers touchaient chacun dans sa vie personnelle et n’atteignaient pas directement la vie collective ; mais il y avait des parlements dans toute la France ; leurs manifestations, leurs exils, suppressions, rappels répercutaient bruyamment, de province en province, les luttes du parlement de Paris et s’entouraient de la plus grande publicité. On sait ce que fut en réalité cette opposition des parlementaires : profondément égoïste, inspirée par le seul souci de défendre tous les privilèges dont ils bénéficiaient de près ou de loin. Ils luttent contre tout ce qui tend à réformer sagement l’impôt, à faire disparaître les droits féodaux les plus injustes ; ils sont les ennemis de tous les ministres réformateurs. Des esprits clairvoyants l’ont parfois compris dès le XVIIIe siècle. Voltaire, d’Alembert, Helvétius,
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Marmontel, Diderot n’aiment pas les parlements. « J’aurais de la peine, dit l’abbé de Véri, à dire le but raisonnable et précis que ces corps pouvaient avoir. Ils furent animés sur des riens qui n’importaient point à l’État. Ils vendirent à la cour leur silence pour tout ce qui concernait les impôts, les droits des peuples et le bonheur des citoyens ; ils surent p.489 cependant emprunter le nom du bien public dans toutes les résistances qu’ils firent sur les privilèges des corps, sur les juridictions personnelles et sur des haines particulières contre les commandants de province. » Rien de plus juste. Mais contre l’arbitraire du pouvoir royal ils étaient les seuls qui pouvaient résister, et ils résistaient ; on leur donnait raison par avance. Ils faisaient, en outre, grand usage des formules philosophiques et humanitaires ; ils dénonçaient le despotisme, alléguaient les lois fondamentales, la liberté, la raison et l’humanité. Assez souvent, quand le cas ne tirait pas pour eux à conséquence, ils prenaient quelque décision inspirée par la philosophie. Ils réhabilitaient Calas et Sirven, cassaient les voeux forcés d’un moine, ordonnaient à un curé de marier des négociants suspects de protestantisme, etc. On les prit pour des héros et des « pères de la patrie ».
Partout, ou presque, les esprits s’échauffent et manifestent ouvertement leur indignation ou leur joie. Ducis déteste les parlementaires qu’il traite de « républicains » ; mais il est effrayé de voir « jusqu’où vont les déclamations et les raisonnements ». Hardy est convaincu qu’on a répondu dans les cinq grands collèges de l’Université un projet d’assassiner le chancelier Maupeou. « M. le chancelier, écrit la baronne de Mesmes, depuis six mois a fait apprendre l’histoire de France à
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des gens qui seraient peut-être morts sans l’avoir sue. » De fait, les luttes parlementaires ont des échos jusque dans de modestes livres-journaux où l’on ne trouve guère que des événements de famille, des comptes, des histoires de quartier, des révoltes. Mellier d’Abbeville, un journal d’un bourgeois de Caen sont « anti-Maupeou » ; ils notent des épigrammes féroces, les mascarades de Bayeux et Caen qui tournent en dérision le Conseil supérieur. J.-C. Mercier, cultivateur franc-comtois, s’intéresse vivement à l’exil du parlement de Besançon, et le déplore. Un anonyme grenoblois se réjouit, par exception, du renvoi de son parlement, en 1771 ; un autre, rémois, juge le renvoi une « mauvaise besogne ». Même, dans les villes où il n’y a pas de parlement, des parlementaires exilés apportent une curiosité, du mouvement, la tentation de penser comme eux et de fronder le pouvoir. Les habitants de Bourges, un peu léthargiques, mettent cinq mois à s’apercevoir de p.490 leur présence ; mais ensuite viennent les visites, la sympathie, des fêtes, la complicité. A Châlons-sur-Marne, « dans l’opinion générale et par les études de ces messieurs s’établit l’opinion que la nation est au-dessus des rois ». Tout cela est appuyé, fouetté par un déluge de livres et de libelles. Bachaumont en compte, à lui seul, plus de soixante contre le système Maupeou. Quand l’autorité les poursuit, la curiosité s’acharne et les prix montent. Souvent le ton est d’une extrême violence. L’Ami des lois déclare (1770) que « la France est en proie au plus cruel despotisme ». En 1771, le Manifeste aux Normands, le Propos indiscret parlent plus brutalement que les libelles des débuts de la Révolution : « Le but du bouleversement actuel est d’imposer
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à discrétion les peuples, c’est de rendre le roi copropriétaire des biens des Français, c’est de lui attribuer la part du lion... il n’y a de règle que l’appétit d’un seul » ; le monarque semble dire aux parlementaires : « Je ne veux pas que vous pensiez... Je ne veux pas que vous soyez hommes, encore moins citoyens, mais parfaitement esclaves. »
En dehors de ces deux grands combats où la monarchie use interminablement ses forces, toutes sortes d’escarmouches et de scandales font courir, dans les vingt années précédant la Révolution, les langues et les plumes. Scandales judiciaires dont les affaires Calas, Sirven, Montbailli pour les condamnations d’innocents, l’affaire Goézman pour la vénalité des juges ne sont que les plus retentissants ; il y en a une douzaine d’autres qui donnent largement cours à des « mémoires » pleins d’éloquence et de philosophie : affaire des trois « roués » de Chaumont, qui n’étaient peut-être pas tous innocents mais que Dupaty, Condorcet, etc., font acquitter à grand fracas en 1787 ; affaire de la fille Salmon, condamnée pour parricide, réhabilitée en 1786 et qu’on présente à la cour, etc. Le seul avocat Cauchois se fait une réputation pour avoir fait acquitter ou réhabiliter sept innocents tombés dans les griffes de la justice. Scandales financiers et scandales de cour dont la faillite du prince de Guéménée et l’Affaire du collier ne furent que les plus célèbres. Menus scandales criminels que l’opinion recueille et commente pour s’indigner de l’insolence et de l’impunité des grands : officiers qui insultent et blessent des bourgeois, renversent un prêtre ; un gentilhomme p.491 qui vole impunément un bijoutier. Faits plus graves : le duc de Recquigny tue un menuisier qui
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vient lui demander de l’argent ; « On veut assoupir cette affaire » ; le duc de *** met le feu à une maison, enlève une jeune fille, la viole, et n’est pas puni ; un Choiseul tue un « fiacre » ; le marquis de Sade taillade à coups de canif le corps d’une jeune fille et on le laisse s’enfuir ; le président d’Entre-casteaux assassine sa femme et on le laisse aussi s’échapper. Enfin, en province même, des querelles heurtent, particulièrement au théâtre, la violence insolente des officiers gentilshommes et la dignité des bourgeois qui ne se laissent pas faire. Il y en a plusieurs exemples qui firent du bruit. Le plus sanglant et le plus sévèrement commenté fut celui du théâtre de Beauvais ; les officiers tuèrent ou blessèrent grièvement plusieurs spectateurs du parterre ; ils ne furent pas indi-viduellement punis ; on s’indigna donc de « l’événement affreux de Beauvais » ; il parut une ode véhémente sur le « massacre de Beauvais » ; et Chénier « gémit en silence » sur l’impunité de « crimes aussi odieux ».
Il y a lieu de joindre à toutes ces polémiques, qui visent des circonstances plus ou moins précises, tous les libelles et pamphlets si nombreux qui attaquent, parfois avec une grossière violence, la personne même du roi, de la reine ou les principes et la conduite du gouvernement. On sait qu’il y en a, à Londres, en Hollande et ailleurs, de vraies manufactures que les gouvernements étrangers tolèrent pour des vues politiques et dont les auteurs ne sont guère que des maîtres chanteurs ; la police a tout un service chargé de la poursuite et des négociations ; et l’on connaît les aventures romanesques de Beaumarchais occupé à faire taire quelques libellistes. Ces
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« gazettes », ces « espions », ces libelles ne sont donc pas des témoignages fidèles de l’opinion ni même d’une opinion. Mais tout de même La Gazette noire, Le Gazetier cuirassé, L’Espion des boulevards, L’Espion anglais, L’Espion dévalisé, L’Espion français à Londres, L’Observateur anglais, moins insolents que les Gazetiers, piquent la curiosité et influent sur l’opinion. Surtout il y a bien d’autres libelles plus sincères et plus révélateurs. Il y en a même toujours eu, à travers tout le siècle. « Les auteurs libellatiques, comme disait Bayle, écrit Marais en 1732, sont étrangement déchaînés. » p.492 En 1748, c’est l’affaire de l’abbé Sigorgne, professeur notoire de philosophie au collège du Plessis, mis à la Bastille pour des vers contre Louis XV.
Lâche dissipateur des biens de ses sujets,
...................................
Et c’est pour t’abhorrer qu’il reste des Français.
Il n’en était pas l’auteur, mais il les savait par coeur et les récitait. A vingt reprises, de 1749 à 1757, d’Argenson signale, dans ses Mémoires, des libelles, chansons, vers, estampes, contre la Pompadour et le roi ; ils sont « affreux » ou « horribles ». L’un commence par « Réveillez-vous, mânes de Ravaillac » ; on accuse plusieurs pédants de l’Université ; même le sieur Cogorne ou Begorne s’est coupé la gorge (on voit que d’Argenson n’est pas très exactement renseigné). On jette quantité de billets dans les troncs des églises, pendant le jubilé de 1751, pour demander la révolution et la conversion du roi. Des vers « régicides » sont placardés, jetés dans diverses églises. On perquisitionne, en 1758, chez un imprimeur des libel-les. En 1768, il y a, dit l’abbé Mulot, plus de cent personnes à la
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Bastille pour des libelles. Après 1770 l’importance et le nombre de libelles s’accroît ; ils grossissent jusqu’à devenir des volumes et, parfois, prennent le ton philosophique. « L’homme qui a fait le plus de mal, dit en 1773, une Adresse présentée au clergé Velche, est celui qui a dit aux princes et persuadé aux autres que les rois ne tiennent leur puissance que de Dieu ». Puis ce sont l’Oraison funèbre de Louis le Blâtier, la Vie privée de Louis XV, les Fastes de Louis XV, L’Ombre de Louis XV devant Minos, la Bibliothèque de la cour, et celle des dames de la cour, etc., etc. On fait circuler, vers 1781, l’enseigne des Cinq tout faite par Dulaure :
Le roi : Je mange tout ;
Le noble : Je pille tout ;
Le soldat : Je défends tout ;
Le prêtre : J’absous tout ;
L’homme en blouse : Je paie tout.
Ou bien, en avril 1787, trois versions de la « fameuse fable » du fermier qui demande aux dindons « de noble origine » et au « gros peuple oison » à quelle sauce ils veulent être mangés puisqu’il a déjà p.493 mangé toute la volaille menue. Même en province des libelles circulent. Ainsi au marché au blé de Troyes, en octobre 1774 : « Que la misère n’écrase personne ; ou il vaut mieux vivre sans la loi que sans pain. Tous du même accord. »
Moins redoutables le plus souvent étaient ces nouvelles à la main que M. Funck-Brentano a étudiées. C’étaient des recueils de curiosités et de potins beaucoup plus que des entreprises philosophiques ou politiques ; mais les nouvelles curieuses étaient parfois, et de plus en plus à mesure que le siècle s’avance, des nouvelles impertinentes. Les Correspondances de
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Métra, de Bachaumont et les autres en sont le témoignage bien connu : on y proteste contre les libelles, pamphlets, chansons, mais on les suit à la piste et au besoin on les imprime in extenso. Aussi, une ordonnance de 1745 avait-elle interdit les nouvelles à la main sous peine de fouet et de bannissement. Mais c’étaient les grands seigneurs et les gens en place qui étaient souvent les clients les plus fidèles ; et bien qu’on empri-sonnât de temps à autre quelque pauvre diable, le commerce resta fort prospère. Signalons que la province a elle aussi ses nouvelles à la main. On en trouve en Normandie, à Bordeaux, Libourne, Laval, etc.
Plus insaisissables encore étaient ces chansons qui firent, comme on sait, fureur au XVIIIe siècle et dont on a publié d’abondants recueils. Beaucoup de ces chansons n’ont aucune portée politique ou philosophique et même beaucoup témoignent du plus vif respect et du plus tendre attachement pour le roi et pour la monarchie ; mais il y en a qui sont « patriotes » plus que monarchiques et qui célèbrent, par exemple, les insurgents d’Amérique ; et il y en a beaucoup qui sont « exécrables » ou « abominables », c’est-à-dire violemment injurieuses contre le roi, la reine ou la cour.
Enfin, il y avait tout ce qui n’a pas laissé de trace écrite, les conversations, les rumeurs, les on-dit, tout ce que colportaient, tout ce dont discutaient les « nouvellistes » qui « fourmillent » à Paris vers 1780, tout ce qu’on chuchotait dans les cafés, tout ce dont on se régalait dans les salons. La police surveille avec un zèle fort indiscret les cafés et les promenades et les punitions sont sévères. En 1744, on p.494 arrête « aux promenades »
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quantité de gens « qui disaient de mauvaises nouvelles et parlaient mal du roi ». En 1758, l’affaire Moriceau de La Motte fit, nous l’avons dit, grand bruit. Monceau, pour avoir tenu quelques propos de vague conspirateur dans un café, fut bel et bien pendu. Mais on n’empêche pas les gens de causer et quand les mots méchants sont des mots d’esprit, ils font le tour du Palais-Royal, des salons et s’en vont même jusqu’en province où, par exemple, les nouvelles à la main de Normandie les recueillent.
*
Il y avait un domaine où les faits suffisaient sans les idées et où, d’ailleurs, elles ne sont, comme nous l’avons vu, que très rarement intervenues : c’est celui du mécontentement populaire. Quand le peuple avait faim ou mourait de froid, il n’avait pas besoin des philosophes pour maudire un état social qui le condamnait à la plus cruelle détresse. Cette histoire des souffrances populaires n’est pas non plus de notre sujet ; mais elle en est le complément nécessaire. Il est certain que les classes les plus pauvres de la population n’ont pas déclenché la Révolution et qu’elles ne pouvaient pas la déclencher. Mais il est non moins certain qu’elles l’ont accueillie avec joie, qu’elles l’ont soutenue et qu’elles lui ont fourni, presque partout, ses forces décisives. Elles n’ont pas déclaré la guerre, ni donné les chefs, mais elles ont été l’armée sans laquelle la Révolution n’aurait pas pu être ou n’aurait pas été ce qu’elle fut. Nous n’avons pas à faire leur histoire ; mais on a déjà réuni pour la faire tant de faits et nous en avons nous-mêmes rencontré tant d’autres (sans faire d’ailleurs d’enquête méthodique) que nous pouvons,
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avant de conclure cette étude, mesurer brièvement quelle force de révolte instinctive pouvait frémir dans cette masse populaire.
La raison de ces frémissements c’était la misère. On a beaucoup discuté sur cette misère du peuple à la fin de l’ancien régime et les conclusions sont fort contradictoires, malgré ou, si l’on veut, à cause même de la précision des enquêtes. Rien n’est plus complexe que cette France d’ancien régime ; nous en avons rencontré des preuves fréquentes et notamment en étudiant l’instruction primaire. p.495 Une enquête faite sur une province peut donc aboutir à des résultats exacts et contredits par une enquête faite sur une autre province et non moins exacte. L’opposition peut même être profonde entre deux parties d’une même province. Surtout, et il ne semble pas qu’on ait marqué comme il convenait cette difficulté, pour un même pays, pour une même localité, les résultats et surtout les impressions des voyageurs, des témoins pourront varier du tout au tout non seulement d’une période à l’autre, d’une année à l’autre, mais même d’un mois à l’autre. Rien n’est plus instable alors que la vie, car si les salaires bas ou très bas sont extrêmement stables, le prix de la vie, pour le peuple, varie prodigieusement. La base de sa nourriture, c’est le pain, car il ne mange à peu près pas de viande et il n’aime pas les « herbes », c’est-à-dire les légumes. Or, le prix du pain subit, incessamment, les variations les plus violentes. En Bretagne, de 1761 à 1789, le prix oscille, dans la même ville de Nantes, entre un sou cinq deniers la livre et cinq sous ; à Merfy, près de Reims, il va, entre 1765 et 1770, de six à vingt livres ; à Reims, en 1787-1789, de douze à vingt-huit deniers ; dans la Mayenne, en 1764, le blé est à six livres trois ;
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et à quatorze livre : dix en 1784 ; le livre de raison des Daurée d’Agen note des prix qui varient du simple au quintuple ; à Villars (Provence), en 1756, le prix va de onze deniers à trente-deux. En Gascogne, de 1778 à 1779, les prix sont de dix-huit, vingt et un, dix et six livres seize sols. A Saint-Orner, de 1755 à 1783, les prix de la razière de blé commun sont en livres (et en négligeant les sols) de six, douze, treize, huit, vingt, neuf, treize livres. Une autre difficulté dont on ne tient pas assez compte, est qu’il faut sans cesse rapporter les salaires au prix moyen de la vie, extrêmement variable selon les localités. A Saint-Brieuc, en 1750, par exemple, un ouvrier gagne quinze sous ; mais la livre de viande vaut trois sous ; c’est dire que l’ouvrier de 1750 gagne, relativement, autant que l’ouvrier d’aujourd’hui.
Malgré toutes ces causes d’erreur, voici, semble-t-il, les conclusions les plus vraisemblables. La noblesse est, en fait, en pleine décadence ; la noblesse de cour s’est minée en folles prodigalités et ne vit plus guère que d’expédients et des pensions et dons royaux ; la noblesse provinciale est de plus en plus pauvre, de moins en p.496 moins respectée et tombe parfois dans les situations les plus viles. La bourgeoisie qui vit de ses charges, de ses propriétés, du commerce local, est stationnaire. La bourgeoisie qui s’occupe de finances, du grand commerce et des premières industries a notablement progressé. Pour les paysans la situation est beaucoup plus obscure 1. La noblesse et le clergé ne possèdent qu’une partie des terres qui va de 20 à 50 % ; même en ajoutant la part des propriétés bourgeoises, il
1 Voir les ouvrages de Loutchisky (1543 bis) et 1496, 1511, 1534, 1545, 1546, 1567, 1570, 738, 762, 773, 774, 776, 778, 782, 783, 807, 818, 825, 859, 860, 866, 875, etc.
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reste que beaucoup de paysans sont propriétaires et il n’est pas douteux que l’étendue de la propriété paysanne s’est accrue, en beaucoup de pays, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Mais les paysans sont-ils plus heureux ou moins malheureux (c’est-à-dire : ont-ils plus de raisons de n’être pas malheureux) ? Les avis diffèrent. Les uns (comme M. Marion) penchent pour l’affirmative ; et pas mal de faits peuvent leur donner raison. Véri, en 1774, fait un grand voyage, de Paris à Paris, par la Provence, Bordeaux, Nantes. Dans les trois quarts des provinces qu’il a parcourues, il a trouvé nombre de villages qu’il n’avait pas vus depuis quinze ans rebâtis à neuf par moitié : « J’y trouvai les maisons de paysans aisés plus commodes que les anciennes des bourgeois... La France n’a jamais été si riche, si peuplée et si industrieuse qu’elle l’est à présent (1776). »
Pour d’autres historiens soit de l’histoire générale, soit de l’histoire locale, la conclusion reste incertaine. Les paysans possèdent plus, mais ils souffrent ainsi davantage des droits féodaux. Ici, les moyens et petits propriétaires sont heureux et les fermiers misérables. Là, on est moins malheureux, mais ce n’est que par comparaison et la misère est encore profonde. Pour d’autres enfin (par exemple Kovalevsky, H. Sée, G. Laurent) les souffrances sont restées profondes et générales. Et trop de documents malheureusement les confirment. C’est l’impression de Rutlidge et d’Arthur Young. Ce sont les plaintes de tant de livres-journaux, qui constatent moins d’ailleurs un état permanent que les crises de famine ; mais ces crises sont constantes et épuisantes. Il est très vrai, comme le remarque p.497 M. Marion, que manger des herbes peut signifier manger des
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légumes ; mais manger de l’herbe et chercher des herbes ne signifie pas se nourrir de raves et de choux ; et c’est ce qui arrive. A Ruillé-le-Gravelais (Maine), en 1785, par exemple, il y a « une misère persévérante jusqu’à perpétuité et une misère si affreuse qu’elle est intolérable... Sur près de mille personnes, en comptant tous les enfants, il y a plus d’un cent de personnes qui n’ont point de chemise ou qui n’ont en qu’une ; il y en a au moins un autre cent qui n’en ont pas plus de deux ». D’autre part, sur le sort des ouvriers proprement dits tout le monde s’accorde : il est très mauvais, malgré des exceptions ; travail dur, salaires très bas.
Si bien que tous les contemporains constatent un mal qui, celui-là, est général, irrécusable et qui suffit pour démontrer que la Révolution a trouvé, dans une vaste misère, d’innombrables révoltés prêts à l’accueillir et à la précipiter : partout les mendiants et les indigents pullulent, harcèlent les passants et les pouvoirs publics. D’après l’abbé Beaudeau, en 1765, sur dix-huit millions de Français, il y a trois millions de pauvres. En Bretagne, en 1774, un quart des habitants seraient dans le besoin. Au hasard des témoignages contemporains voici huit mille pauvres à Amiens, en 1777, sur quarante mille habitants ; dans une paroisse de Vitré, deux cents familles sur deux cent cinquante ont besoin d’être secourues ; à Aurillac, il y a deux mille pauvres ; à Mur-de-Barrez, sur 1 086 habitants, 401 pauvres et 94 mendiants ; à Pontivy, 250 familles indigentes sur 850 et 141 seulement sont à l’aise, etc., etc. De là, toute cette littérature qui se multiplie après 1760 et qui se propose, dans cent doctes
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traités, brochures, discours, dissertations académiques, articles de journaux, de résoudre ce tragique problème de la mendicité.
*
Il en est d’ailleurs de ce problème comme de celui de l’instruction primaire. Sa solution précise n’est pas indispensable pour comprendre les origines de la Révolution. Peu importe que les gens du peuple aient appris plus ou moins à lire puisqu’ils n’avaient pratiquement rien à lire et ne pouvaient avoir encore aucun goût à lire. Peu p.498 importe que ces gens du peuple aient été plus ou moins malheureux ; cela ne peut intéresser que ceux qui veulent décider s’ils ont eu raison de se révolter et pas une ligne de notre étude n’aborde cette question. Nous voulons seulement expliquer pourquoi ils se sont révoltés. Dès lors, ce qu’il faut savoir, c’est si, à tort ou à raison, ils se sont sentis plus misérables ; si ce sentiment plus grand de leur misère leur a donné un désir plus vif de protester. Pour protester ils n’avaient guère que deux moyens, les placards clandestins et injurieux, l’attroupement, la fermentation, l’émeute. Nous n’avons pas la prétention d’épuiser, en quelques pages, ce vaste sujet des émeutes populaires au XVIIIe siècle ; il est d’ailleurs tout à fait en dehors de notre dessein. Mais nous avons glané assez de faits pour qu’une conclusion générale soit possible.
Tout d’abord les Français du XVIIIe siècle sont, comme ceux du XVIIe siècle, gens fort turbulents, beaucoup plus turbulents que ceux du XXe siècle démocratique. On a un peu trop tendance à représenter cet ancien régime comme un temps de respect et de discipline. Il n’y aurait pour se convaincre du contraire qu’à dresser la liste des bagarres et révoltes de collège ; elle serait
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interminable. Entre eux les collégiens se battent constamment, même à coups de canifs. Tous ceux qui nous ont laissé un récit un peu détaillé de leur vie de collégiens nous ont narré des combats tragi-comiques entre élèves et régents : Marmontel à Mauriac, Vaublanc à La Flèche, Arnault à Juilly, etc. ; les filles savent, comme les garçons, brandir l’étendard de la révolte ; plus habilement même, car on prend généralement les révoltés par la famine, et les fillettes du couvent de l’Abbaye-au-Bois ont l’adresse de se barricader dans la cuisine et l’office. Hors du collège, les externes et ceux qui prennent pension en ville scandalisent trop souvent les bourgeois par des querelles, tumultes, joyeusetés et débauches ; des scandales chez les cafetiers et « billardiers », des rixes entre eux ou avec des soldats et notamment au théâtre. Il arrivera même, aux approches de la Révolution, que les étudiants et collégiens s’organisent pour susciter ou soutenir toutes sortes de démonstrations politiques. Moreau de Jonnès nous a laissé le récit de ces journées où les étudiants de droit de Rennes appellent les collégiens à la rescousse pour brûler p.499 les effigies de Lamoignon et de Brienne pendant que « les cris frénétiques du peuple fendaient les nues » ; ou bien pour escorter de huées, jusqu’à sa caserne, le « régiment détesté de Rohan Soubise ».
On pense bien que les gens du peuple exaspérés par la misère et par la faim n’étaient pas plus sages que ces fils de bourgeois. Aussi la liste des émeutes que nous avons pu dresser est-elle fort longue. Révoltes d’abord pour le pain, de beaucoup les plus nombreuses. A Paris ou Versailles plus surveillés et peut-être mieux ravitaillés, elles semblent moins fréquentes
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qu’en province. Sédition assez violente en 1725, contée par d’Argenson, Marais, Narbonne, Barbier ; autre en 1740 à Versailles et Paris ; autres à Paris, en 1750, 1757, 1775 (guerre des farines) et 1778. Mais, en province, de 1715 à 1785 nous en avons rencontré une centaine auxquelles il faut ajouter tous les troubles de la guerre des farines en 1775 (à Senlis, par exemple, Château-Thierry, Vernon, Melun, Montdidier, Roye, en Thiérache, à Meaux, Dijon, Troyes, Caen, etc., etc.). Il y en eut sans aucun doute bien d’autres qui n’ont pas laissé de traces ou qui nous ont échappé. Voici pourtant cette liste, fort imparfaite, que nous groupons selon les trois périodes entre lesquelles notre livre se distribue :
1715-1747. — En 1724, rixes à Barfleur ; un paysan est tué. — 1725 : « Émotion populaire effroyable » à Caen qui dure deux jours et qui n’a pas de sanctions ; autres à Rouen, Rennes, Le Havre, Pont-l’Evêque, Falaise, Bayeux, Vire, Condé-sur-Noireau, Valenciennes, La Combe, Strasbourg. — 1728 : émeutes à Saint-Etienne, qui se renouvelleront en 1735 et 1747. — 1737 : émeutes en Bretagne, et autres en 1742, 1747, 1748. — 1738 : à Saint-Lô. — 1739 : soulèvements à Ruffec, Caen, Chinon, Angoulême où l’affaire est « terrible ». — 1740 : émeutes dans les marchés des environs de Paris et surtout à Beaumont ; à Lille. — 1741 : à Romorantin ; à Troyes. — 1742 : à Machecoul. — 1743 : à Port-Launay. — 1747 : à Toulouse « considérable », où les troupes de répression commettent de graves excès et deux émeutiers sont pendus ; à Dinan.
1748-1770. — 1748 : sédition à Nantes. — 1752 : émeutes en Normandie et notamment à Rouen où la révolte est
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« horrible » ; à Arles, où elle est « terrible » et où le consul, impuissant, doit céder ; on p.500 pend d’ailleurs un mutin et six en effigie ; autres à Rennes, en Languedoc, à Bordeaux, en Auvergne, en Dauphiné, à Fontainebleau. — 1753-1755 : dans les cantons de Tréguier et Lannion. — 1757 : à Fougères. — 1764 : à Cherbourg, violente, et dans plusieurs petites villes. — 1765-1766 : à Nantes, Pontivy et sur plusieurs points. — 1767 : à Troyes. — 1768 : à Rouen, Carentan, Saint-Lô, Granville, Coutances où elle dure huit jours ; à Saint-Brieuc ; dans la généralité de Tours « de tous côtés » ; à Châlons. — 1770 : à Reims « affreuse... on voit non des figures humaines mais des monstres que la rage et le désespoir semblaient sortir de l’enfer comme on les voyait traîner dans les rues ; c’était affreux de voir ces malheureux écumant par les côtés de la bouche comme des enragés et des désespérés » ; à Vitry-le-François ; à Troyes ou Simonnot est assiégé toutes les nuits et où le chapitre en corps est insulté dans les processions.
1771-1787. — 1771 : à Nancy où des maisons sont pillées et où le calme ne revient qu’après une souscription des riches ; à Rambervilliers ; à Dormans. — 1772 : à Vire ; à Metz où l’on brûle l’effigie de Calonne, alors intendant. — 1773 : à Créon (Gironde) ; à Aix-en-Provence, Limoges ; à Montauban et çà et là dans le Midi ; à Montpellier, Toulouse ; à Bordeaux où quatre mille paysans marchent sur la ville et où les troubles durent du 10 mai au 12 juin. — 1774 : dans la Touraine, où il y a huit mille séditieux et où huit ou dix gendarmes sont tués, quatre émeutiers pendus. — 1775 : à Fismes. — 1777 : à Grenoble, à Toulouse, où il y a soixante-cinq tués et blessés. — 1781 : à
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Montereau. — 1782 : à Poitiers. — 1783 : dans le Vivarais et le Gévaudan. — 1784 : à Caen, Cherbourg, Saint-Lô, Carentan. — 1785 : dans trois paroisses du Poitou ; à Niort, à Morlaix, Guingand, Saint-Brieuc. — 1786 : à Ville-en-Tardenois, à Lyon, La Rochelle. — 1787 : à Saint-Etienne, à Nîmes.
Ces révoltes de la faim sont les plus nombreuses, mais elles sont loin d’être les seules ; il y en a contre de nouveaux impôts, contre la milice, contre les règlements, des exécutions. Par exemple :
1715-1747. — 1720 : émeutes à Paris pour les enlèvements d’enfants qu’on accusait la police de transporter aux colonies. — 1721 : un cocher est fouetté publiquement par ordre de sa maîtresse pour avoir p.501 pris une barre de fer de trente sous ; la populace envahit la maison et brûle deux carrosses. Un laquais est condamné au carcan et aux galères pour avoir mal parlé de Mme d’Erlach ; six mille émeutiers sont difficilement dispersés ; c’est la troisième bagarre de ce genre ; et il y en aura une quatrième lorsqu’on pend un cuisinier de M. de Guerchois. — 1735 : émeute à Bourg contre les impôts. — 1738 : à Sommières (Hérault) contre un employé des fermes. — 1740 : à Clermont-Ferrand pour les impôts. — 1743 : à Tours contre le tirage au sort pour la milice ; à Paris, pour le même motif. — 1744 : quinze mille ouvriers se soulèvent à Lyon contre des ordonnances ; deux mutins sont pendus.
1748-1770. — 1749-1750 : émeutes contre les procédés de d’Argenson qui fait enlever de petites gens pour les envoyer dans les colonies, et peut-être des enfants ; en mai, la sédition est considérable ; trois mutins sont pendus. Dans le Béarn, six à
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sept mille Béarnais s’assemblent pour résister aux commis des fermes. — 1752 : émeute à Vincennes pour la milice ; à Rouen contre une ordonnance sur le commerce du coton. — 1755 : à Auriol (Provence), contre un impôt sur les fruits. — 1756 : à Paris, contre des droits de marché. — 1757 : au Palais-Royal, à propos de l’arrestation d’un chevalier de Saint-Louis ; dix-sept tués ou blessés ; « on est si tranquille que tout paraît un commencement de révolte ». Autre commencement à propos d’une querelle entre boulangers et boulangers forains. — 1766 : à Dijon, pour le tirage au sort de la milice. — 1767 : à Agen, pour le même motif. — 1768 : à Lyon, contre des médecins qu’on accuse d’enlever des enfants pour les disséquer.
1771-1787. — 1771 : bataille du peuple contre des garde-chasses voulant arrêter un homme dans la plaine des Sablons. « Il est capable, crie-t-on, d’aller aux galères pour un lièvre » ; les garde-chasses ont peine à s’esquiver. Émeutes à Pamiers et à Foix contre de nouveaux impôts. — 1775 : à Nantes, contre le tirage de la milice. — 1777 : en Bretagne, contre une décision de justice ; au Merlerault (près d’Alençon), contre les péages. — 1780 : à Paris, de crocheteurs contre une ordonnance ; à Gontaud, à propos d’un transfert de cimetière. — 1783 : à propos d’une querelle de théâtre, à Bordeaux, p.502 trois mille jeunes gens tiennent tête à la garde bourgeoise. — 1786 : révolte d’ouvriers à Lyon ; il y a quatre morts, vingt blessés, trois pendus.
Les placards injurieux et affiches clandestines sont un autre témoignage de l’impatience populaire. Ils sont nombreux à Paris, à travers tout le XVIIIe siècle. « On dit » qu’on a collé un placard
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à la poste du château de Choisy, en 1742, « Si hardi qu’on ne l’ose répéter ». En 1743, à propos du tirage au sort de la milice, on en colle au coin des rues qui menacent de mettre le feu aux quatre coins de la ville ; et Barbier pense que tout le faubourg Saint-Antoine est animé d’un esprit de mutinerie. De 1748 à 1770 : placard à la chambre des comptes en 1752. D’Argenson croit qu’il y a huit cents personnes déterminées à incendier Paris. — 1753 : placards, « vive le Parlement ! meurent le roi et les évêques. » — 1754 : quatre vers injurieux sont jetés sur le piédestal de la statue de Louis XV. — 1757 : placards à la porte des religieux théatins, puis à l’église de la Charité, très vifs contre le roi et la marquise de Pompadour. « On dit » qu’on a trouvé à la porte du Luxembourg des affiches si affreuses contre le roi que ceux qui les ont lues n’ont pas osé les retenir ; « cela annoncerait, dit Barbier, un complot détestable de révolte ». — 1758 : placards infâmes à la porte des théâtres ; « les placards les plus infâmes, dit M. de Mopinot, se renouvellent chaque nuit aux portes des églises, aux lieux où l’on rend la justice, au Louvre, au Palais-Royal. On évoque l’ombre de Damiens : le meilleur des rois est qualifié de titres odieux ; on reproche aux Français leur lâcheté. » Nouveaux placards à la porte du Luxembourg et ailleurs : « On dit que, dans ce dernier, il y avait que trois cent mille hommes étaient prêts à prendre les armes avec un chef, si on ne fait payer cinquante millions au clergé de France et de grosses sommes aux fermiers généraux. » — 1768 et 1769 : Hardy signale une dizaine de placards dans les rues de Paris et sur les hôtels des ministres ; et d’autres en 1770. — De 1771 à 1787 : placards, en 1771, à la statue de Louis XV :
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« Arrêt de la cour des monnaies qui ordonne qu’un louis mal frappé soit refrappé » ; ou bien :
Payer royalement, c’est faire banqueroute ;
Vivre royalement, c’est être putassier.
p.503 ou bien encore : « Pain à deux sols, chancelier pendu ou révolte à Paris. » La même année et en 1772, placards contre l’exil des parlements et contre le parlement Maupeou. — 1782 : placards contre la reine. — 1786 : placards « infâmes » à Versailles. En 1787 et 1788 les placards vont, bien entendu, se multiplier. Même en province, on colle des placards, par exemple en 1762 à Boulogne-sur-Mer contre la cherté des grains ; en 1764 à Grenoble : « O France ! O Peuple esclave et servile ! En méprisant les lois, on t’arrache les biens pour t’en former des chaînes. Les souffriras-tu, peuple malheureux ? ». En 1787, des vers impies sont collés sur un mur de cabaret à Noyers près de Caen.
Les grèves d’ouvriers ont moins d’importance que les émeutes de la faim. Malgré le développement des industries et des centres d’industrie, ces centres sont encore relativement rares à la fin du XVIIIe siècle ; les mouvements grévistes sont donc moins nombreux et leurs répercussions plus limitées. Ils ont contribué pourtant à troubler la France et à entretenir cette armée des violents où la Révolution puisera ses forces brutales. On en trouve d’ailleurs à travers tout le siècle. En 1724, grève des compagnons bonnetiers ; des papetiers en Dauphiné. En 1727, grève des drapiers d’Amiens. A Sedan, grèves de drapiers en 1712, 1713, 1729. A Lyon, grève violente des soyeux en 1744. Puis grève à Gap en 1746. Autres grèves, ici et là, en
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1752, 1778, grèves de toiliers à Caen, de drapiers à Darnetal, de chapeliers à Paris. A partir de 1780, mouvements de grèves dans le présidial de Laon, dans l’Aube, à Marseille, à Bordeaux, à Paris ; grève tumultueuse des soyeux à Lyon, en 1786 ; trois grévistes sont pendus.
Émeutes, grèves, placards sont des manifestations tangibles de la violence du mécontentement populaire. Il faudrait y joindre d’autres témoignages moins certains, mais qui comptent par leur nombre et leur concordance ; ce sont les rumeurs, les on-dit qui s’effraient de l’attitude et des propos des petites gens. Sur le passage du roi, en 1740, nous dit d’Argenson, on crie « misère ! du pain ! du pain ! » ; le ministre Fleury est entouré « de deux cents femmes menaçantes ». La police secrète informe qu’on répète : « B... de Louis XV, tu seras pendu ou détrôné ! » En 1749, « on sème dans p.504 le peuple de Paris des bruits contraires à l’amour et au respect dus au roi ». Quand le pain devient cher on accuse les ministres, le roi ; en 1757, « la patience commune a fait place aux murmures les plus vifs ». Le bas peuple reste indifférent à l’attentat de Damiens ; et quand on rend publiques les réponses où il déclare qu’il a été « déter-miné par les malheurs du peuple », le peuple est d’accord avec lui : « si cela continue, on sera bien forcé d’y mettre ordre. » En 1772, quand on inaugure au Colisée le buste de Louis XV, il y a « beaucoup de sifflets ». A partir de 1780, ces témoignages de l’hostilité ou de l’indifférence populaires vont, on le sait, en se multipliant, notamment à l’égard de la reine. En province, on trouve des traces du même état d’esprit. En 1742, un brave homme de Vatan, en Berry, note dans son livre-journal que les
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impôts sont exorbitants. Les paysans témoignent de moins en moins de respect pour les nobles ; ils vont parfois jusqu’à la violence et aux coups. M. H. Carré en a réuni une douzaine d’exemples significatifs.
La signification de tous ces faits est fort claire. Si l’on ne tient pas compte des années 1787 et 1788, les émeutes, grèves, murmures augmentent après 1770 ; mais la progression n’est pas très sensible. Les tumultes populaires sont déjà fréquents à une époque où l’impatience raisonnée et philosophique n’a même pas atteint la moyenne bourgeoisie. L’extrême misère a entretenu une sorte de désespoir plus ou moins latent qui pousse constamment, ici ou là, à des actes désespérés. Il est possible, il est même probable que s’ils sont un peu plus nombreux vers 1770-1786 c’est par une influence lointaine de l’esprit philosophique ; le moyen ou le petit bourgeois prétendent raisonner des choses de la religion ou de l’État ; le chanoine discute avec le marguillier, le commissaire avec le régent ; quelque laquais, quelque ouvrier, quelque fermier écoute, retient des mots, des formules et surtout l’idée que des gens instruits et aisés ne sont pas contents ; il soupçonne ou il affirme qu’il y a des raisons et des droits pour qu’on le sorte de sa misère. Mais les raisonnements n’ont sans doute tenu qu’une place très secondaire dans les impatiences et les espérances populaires. Elles sont nées de la vie pratique, de la réalité des souffrances. Ce sont des p.505 causes surtout sociales et politiques qui ont assuré aux idées révolutionnaires l’appui d’un peuple qui n’avait pas cessé de faire l’expérience de la révolte et qui n’attendait qu’une défaillance du pouvoir pour s’y jeter violemment.
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Ce sont d’ailleurs ces mouvements populaires qui ont inquiété l’opinion et non les audaces de la philosophie. Nous avons montré qu’à part quelques rares exceptions les philosophes n’avaient ni désiré ni même pressenti une révolution. On était si loin d’y songer que malgré tant d’émeutes, de libelles, de couplets féroces beaucoup de ceux qui essaient d’entrevoir l’avenir persistent à croire qu’il continuera le passé : « Notre gouvernement, écrit Morellet en 1772, n’a jamais été plus ferme et la nation jamais plus soumise... Je ne sais pourtant pas si de cette frivolité il ne sortira pas peut-être un jour quelque mouvement violent, mais ce temps me parait bien éloigné. » Mercier est encore beaucoup plus affirmatif en 1783 : « Une émeute qui dégénérerait en sédition est devenue moralement impossible. » Ni Malouet, ni Ségur, ni Lablée ne prévoient rien de grave : « Peu de personnes entrevoyaient les vrais dangers dont la chose publique était menacée. » L’Anglais Moore est aussi optimiste : « Si l’un de leurs rois venait à se conduire d’une manière assez imprudente et assez arbitraire pour occasionner un soulèvement et que les révoltés devinssent les plus forts, J’ai peine à croire qu’ils pensassent à changer la forme de leur gouvernement... J’imagine qu’ils se borneraient uniquement à placer un autre prince de la maison de Bourbon sur le trône en le laissant jouir des mêmes prérogatives que son prédécesseur. »
Il y avait pourtant des gens plus perspicaces. Mais ce ne sont ni Le Code de la nature, ni Le Contrat social, ni Le Système de la nature qui leur ont fait redouter des secousses violentes ; ce sont les troubles de la rue. Même dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Mme d’Epinay fait exception : « Chaque pas, écrit-
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elle à Galiani, en 1771, aggrave le mal. On écrit, on répondra. Tout est de mode pour le caractère français ; tout le monde voudra approfondir la constitution de l’État ; les têtes s’échaufferont. On met en question des thèses auxquelles on n’aurait jamais osé penser : or, voilà un mal irréprochable... les lumières qu’acquièrent les peuples doivent, un p.506 peu plus tôt, un peu plus tard, opérer des révolutions. » Mais Mme d’Epinay est la seule à prévoir que les lumières allumeront les incendies. Pour les autres les prodromes de l’incendie général ce sont les cris des émeutiers. Quand d’Argenson, Barbier, Hardy s’émeuvent, c’est parce qu’ils les ont entendus ou qu’ils en ont entendu parler. Mercier lui-même finit par perdre quelque chose de sa confiance : « De nos jours, le petit peuple est sorti de la subordination à un point que je puis prédire qu’avant un an on verra les plus mauvais effets de tout cet oubli de la discipline. » (Écrit en 1788.) Dès 1757 ou 1761 c’est parce qu’on lui rapporte les propos ou menaces de la rue, parce qu’elle est témoin de la misère et des violences que Mme de ***, l’amie de Mopinot, s’attend, comme « tout le monde », à une « révolution prochaine ». En 1780, il y a, à Amiens, un « grand nombre d’esprits turbulents... disposés à secouer toute espèce de joug ». Et vers 1781, Girardin prédisait, si on l’en croit, non la révolution des philosophes, mais la révolution de la faim : « Cet abus de l’autorité, ces vexations de toutes espèces réuniront enfin la masse des opprimés plus forts que ceux qui les oppriment ; ils se vengeront sur tout le monde sans distinguer l’innocent du coupable... Des flots de sang couleront et le royaume sera plongé dans les horreurs de l’anarchie... La faim, la seule faim
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opérera cette grande révolution. » De bons bourgeois comme Lefebvre de Beauvray, de Paris, ou Mellier, d’Abbeville, ne sont pas plus rassurés. La révolution s’approche : « Si Dieu ne met la main à nos malheurs et ne fait un miracle éclatant, il y a tout lieu de croire que nous touchons à la fin du monde. » Mais, pour l’un comme pour l’autre, ce sont les malheurs du temps, les misères et les injustices qui annoncent la fin du monde, et non pas les impiétés et les insolences de la philosophie.
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CHAPITRE XII
LES PRÉOCCUPATIONS INTELLECTUELLES
DANS LES CAHIERS DE DOLÉANCES DE 1789
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p.507 L’étude de ces cahiers déborde le cadre de notre ouvrage. Elle ne peut même pas s’y adapter exactement. Il est certain qu’ils n’auraient pas été rédigés tel qu’ils le furent sans la violente agitation politique de 1787 et 1788 et qu’on ne peut pas les prendre comme le témoignage exact de l’état des esprits vers la fin de 1786. Ce sont pourtant des documents essentiels et nous avons cherché ce qu’ils nous apprennent non pas sur les doléances pratiques, sur les désirs et exigences directs de ceux qui les rédigent, mais sur la place que tiennent dans leurs préoccupations soit les choses de l’intelligence, soit celles qui supposent un effort de l’intelligence, une influence de la pensée philosophique du siècle. On sera libre de faire les réserves ou adaptations qu’impose la date de 1789.
Rappelons tout d’abord que ce sont des documents valables. Taine et d’autres leur ont refusé toute signification véritable. Ils auraient été tous copiés sur des cahiers types répandus dans les campagnes et rédigés par quelques avocats ou gens de loi travaillés d’ambitions politiques. Un examen, même rapide, d’un nombre suffisant de cahiers aurait permis, même vers 1875, de contredire l’affirmation. Depuis, la publication véritablement critique d’un grand nombre de ces cahiers l’a définitivement ruinée. Il a existé pas mal de cahiers types ; nous en
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possédons ; même quand nous ne les avons pas, la comparaison des textes démontre assez souvent qu’il y a eu copie. p.508 Mais c’est la minorité des cahiers qui est passivement copiée ; la plus grande partie ou interprètent très librement les modèles, ou les ignorent, ou ne s’en servent pas, ou n’en ont pas 1. Les cahiers nous font donc connaître non pas seulement l’état d’esprit de quelques bourgeois nourris plus ou moins confusément de lectures mal comprises, mais celui des gens qui les ont rédigés ; ils sont une des lumières les plus sûres qui nous permettent de voir clair dans les débuts de la Révolution.
A vrai dire, les « idées » y tiennent peu de place et, à plus forte raison, les idées philosophiques. Il ne s’agit pas de discuter, mais de demander ; il faut des demandes précises et, comme il faut être bref, on n’a pas le temps de les justifier. Les cahiers sont une énumération des doléances et non pas leur justification. On rencontre pourtant, de temps à autre, même dans ceux qui ne sont pas la copie des cahiers types, des raisonnements et même un style qui démontrent manifestement la lecture de démonstrations raisonnées. Le cahier du village d’Azondange (Lorraine) a des motifs éloquents pour protester contre les lettres de cachet : « Nous n’avons jamais vu de lettre de cachet ; mais par des comptes fidèles qu’on nous en a ren-dus, nous trouvons qu’elles ont beaucoup de rapport au fatal cordon que le grand sultan envoie dans ses États ; c’est pourquoi, il nous semble qu’on doit abolir les lettres de cachet dans cette monarchie. » Il est bien surprenant que les villageois
1 Par exemple, le cahier d’Arnaud-Guilhem (près de Saint-Gaudens) est bien la reproduction d’un cahier type, mais le rédacteur biffe un article qui
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d’Azondange soient aussi informés des méthodes de gouvernement du Grand Turc ; et en fait il n’y a là que la rhétorique d’un cahier type : la même phrase se retrouve exactement dans le cahier du village de Xirxange. Mais le cahier de Maizières expose ses raisons qui, elles, ne sont pas copiées : « Aucun de nous ne connaît les lettres de cachet que par ouï-dire ; mais s’il est vrai que par leur moyen, on peut priver un citoyen de sa liberté et le faire mourir dans les fers sans aucune forme de procès, il nous semble qu’on doit les bannir d’un état monarchique. »
p.509 Ces dissertations sur les lettres de cachet sont, bien entendu, exceptionnelles. Mais certains sujets tiennent au coeur de certains rédacteurs de cahiers ; et ils veulent donner brièvement leurs raisons. L’instruction publique est l’un de ces sujets. Là encore, on retrouve des cahiers types : « Pourvoir à la restauration des moeurs, dit le cahier de Pouchat (près Libourne), à une éducation plus avantageuse, à des études mieux dirigées, plus complètes et généralement à tout ce qui peut le plus contribuer au progrès des sciences et des arts et exciter à cet égard l’émulation du génie » ; le cahier de Sainte-Foy, paroisse voisine, emprunte à une source commune et reproduit à peu près la même phrase. Mais d’autres cahiers ne puisent leur inspiration que dans la pensée de celui qui les rédige. Cahiers des villes ou de bailliages et sénéchaussées, comme ceux du tiers de Mirecourt, de la sénéchaussée de Digne, du bailliage de Vouvant, de la noblesse du bailliage de Saint-Mihiel : « Que le petit nombre qui ont reçu du ciel des talents et
demande la liberté de la presse et qui ne lui plaît pas.
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des dispositions supérieures puissent être distingués, aidés, et admis au concours. » « L’ignorance rend le peuple stupide et fait des esclaves. » On perd son temps à étudier la logique et la métaphysique ; il faut leur substituer « la physique, l’histoire naturelle, la chimie, l’histoire, la géographie, les beaux-arts, les langues vivantes ». Mais aussi cahiers de bourgs et de villages, à Bertrambois et La Forêt (Lorraine), à Saint-Auband’Oze (Hautes-Alpes), à Cosne, à Vihiers (Vendée), à Pourcieux (Provence). C’est des écoles de campagne « que les plus grands génies ont tiré les premiers principes de leur science ; c’est enfin de ces écoles que tant de personnes doivent leur salut et leur fortune ». « N’est-il pas honteux pour une nation aussi éclairée que la nôtre que la partie la plus nécessaire de l’État et la plus respectable par le secours qu’elle y fournit soit la plus méprisée, qu’elle serve pour ainsi dire de scabeau [sic] aux grands qu’elle nourrit à ses dépens » ; et ne faut-il pas, en conséquence, commencer par l’instruire ? « Aucun citoyen, sans doute, ne disconviendra de l’utilité et de la nécessité de l’instruction ; aucun n’osera ravaler le prix des connaissances et des belles-lettres, car sans les belles-lettres, sans les connaissances sublimes de la philosophie, la nation serait-elle parvenue au bonheur dont elle jouit d’être consultée par son maître ? » p.510 Faute d’instruction, « on désire avoir des citoyens et on n’a que des hommes ». « Il faut former des hommes et des citoyens au lieu de les élever pour n’être que des grammairiens et des sophistes. »
La liberté de la presse suscite, elle aussi, des raisonneurs ; et cela même, parfois, dans la noblesse et le clergé. « La liberté de publier ses opinions, dit la noblesse du Quercy, faisant partie de
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la liberté individuelle, puisque l’homme ne peut être libre quand sa pensée est esclave, elle demande que la liberté de la presse soit accordée indéfiniment, sauf les réserves qui pourraient être faites par les États généraux. » « Tout ce qui peut étendre et faciliter le progrès des lumières, expose le clergé de Villefranche-de-Rouergue, devant être l’objet particulier de la sollicitude d’un corps dont le principal titre à l’estime publique est l’instruction », ledit clergé demande lui aussi la liberté indéfinie de la presse, à condition d’ailleurs que libraires et auteurs répondent de tout ce qui serait contraire à diverses choses et en premier lieu « à la religion dominante ». Mais le Tiers de Beauvais, celui de Senlis, celui de Saint-Aignan-sur-Roé (près Angers) demandent eux aussi la liberté de la presse avec des considérants. C’est « le moyen le plus propre à répandre la lumière et à éclairer le peuple sur ses vrais intérêts », celui « de perfectionner la morale, la législation et toutes les connaissances humaines ». Çà et là, des réformes plus proprement politiques sont également demandées, avec des explications motivées qui sont parfois d’une singulière hardiesse. « Qu’il sera statué, dit le cahier des communes de Castillon (Gironde), sur l’état civil des non-catholiques, sans acception de secte et de telle manière qu’enfants d’une mère commune, ils n’en supportent pas les charges sans en partager les bienfaits. » « Dans un siècle, disent les officiers municipaux du Havre, où la saine philosophie a fait autant de progrès,... il doit régner une parfaite égalité. » « Les paysans sont des hommes comme les autres, déclare le cahier de Bailleul-sur-Berthoult (Artois), et veulent avoir les mêmes droits. » Le Tiers de Seuzey (Marne) fait en deux longues pages
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le procès de la noblesse et du clergé : « Tous ceux qui refusent de subvenir aux États sont des rebelles et doivent être regardés, comme des membres inutiles... Si la noblesse et le clergé engloutissent tout p.511 ce qu’il y a de meilleur au monde, comme l’argent qui est le meilleur et le principal objet, car ils l’ont ramassé et caché depuis qu’on bat monnaie, quelle [sic] autre usage en font-ils ; oserait le dire ? [sic]. »
Je n’exagère pas la signification de ces textes. Ils ne sont assurément pas sortis tout armés d’éloquence de la tête des ouvriers et des paysans, mais de celle de quelque notaire, avocat ou régent chargé de donner un style aux doléances des gens du lieu. Il arrive même que le bel-esprit se trahisse ingénument. Ainsi dans un cahier, d’ailleurs non officiel, « des voeux et doléances de tous les gens de bien du bailliage d’Aval » (près de Poligny) :
Quiconque pense aura le droit d’écrire ;
Sur cet objet entière liberté ;
Quiconque écrit aura droit de tout dire
Et de juger un C...ne effronté ;
ou bien le cahier de Neuville-sur-Orne (Lorraine) rédigé par un homme de loi qui a lu Rousseau et Raynal, ou celui de Sénéchas (près de Nîmes) dont l’auteur est J. Dumazer, premier consul, nourri de Télémaque et de Montesquieu et qui réclame un costume différent et obligatoire pour les sept classes sociales. Pourtant, plus de moitié des textes que nous avons cités sont tirés des cahiers de très modestes paroisses. Ils confirment, pour le moins, ce que nous avons dit de l’extrême diffusion des lectures philosophiques dans la petite bourgeoisie provinciale. Il
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y a des consuls, avocats, notaires ou régents qui ont lu Raynal, Rousseau, Montesquieu, ou d’autres à Sénéchal, Neuville-sur-Orne, Sezey, Saint-Aignan-sur-Roé, etc., etc. S’ils n’en ont pas eu l’idée, les petites gens ont approuvé du moins les termes de leurs cahiers ; les « têtes » de la paroisse n’en ont pas été surpris. Enfin, et surtout, à côté des cahiers préoccupés de litté-rature philosophique, il y en a un bien plus grand nombre qui réclament, sans phrases, certaines réformes qui se rattachent aux revendications philosophiques ; et la simple demande a plus de chance d’être sincère ou de refléter une opinion générale.
C’est le cas pour ce qui touche à l’instruction primaire ou secondaire. Mais, là encore, il faut faire une réserve dont l’oubli fausse les études sur la place tenue par ces questions dans les cahiers. On p.512 a aligné des centaines de textes où des cahiers réclament des collèges, des écoles, la réforme des collèges, la gratuité, etc. Et la longueur de l’énumération fait certainement impression. Mais il existe des milliers de cahiers publiés et ce qui importe tout autant que le nombre c’est la proportion du nombre. Or, cette proportion révèle qu’en réalité l’immense majorité des cahiers, surtout des cahiers primaires, se désintéresse complètement des écoles, du sort des régents. Peu leur importe que les enfants sachent lire, écrire et compter ; ce n’est pas cela qui allégera les impôts ou supprimera la milice. Parfois, il semble qu’un assez grand nombre de paroisses aient eu des soucis intellectuels. En Maine-et-Loire, trente et un cahiers sur quelque cent cinquante ont des réflexions sur les écoles, et vingt-cinq demandent une école dans chaque paroisse. Mais cette proportion tombe beaucoup plus bas partout ailleurs.
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Voici quelques proportions, approximatives, des cahiers primaires où il est question d’instruction : Draguignan, cinq sur soixante ; Caux, un sur quatre-vingt-quinze ; Creuse, zéro ; Montfort-l’Amaury, un sur cinquante ; Etampes, Landes, un sur soixante-dix ; Angers, quinze sur cent quatre-vingts ; Arques, huit sur deux cents ; Blois, six sur cent quatre-vingts ; Sens, deux sur cent dix ; Cahors, trois sur cent dix. Et l’on trouverait des chiffres aussi faibles pour les paroisses d’Honfleur, du Vermandois, de Troyes, de la Creuse, du Cotentin, du Limousin et de la Marche, d’Autun, de Quimper et de Concarneau, etc. Il arrive même que des cahiers se joignent aux philosophes et pédagogues qui redoutent les effets de l’instruction du peuple, même lorsque ce sont des cahiers du Tiers. « Diminuer, dit le cahier du Tiers de Paris, cette quantité d’écoles gratuites de dessin et autres, de bourses dans les collèges, ce qui dépeuple journellement les campagnes et les ateliers, bien plus utiles à la société que cette foule de barbouilleurs, d’abbés, de clercs, de commis sans place, d’écrivassiers qui, n’ayant pour tout bien que leur plume et leur pinceau, traînent partout leur indigence et leur ignorance orgueilleuse. » Pour le cahier de Courpiac (près de Libourne) les écoles sont « les fléaux terribles qui arrachent les bras à la terre ». Et pour celui de Guitres (même sénéchaussée), elles métamorphosent la dernière classe des p.513 sujets « en mercantileurs, en agioteurs et en gens de plume. L’ignorance, dans ce bas ordre, est non seulement utile, mais même nécessaire ».
Mais cette réserve faite, il est juste de reconnaître que les questions d’enseignement tiennent une certaine place dans les
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cahiers. Pour l’enseignement primaire la noblesse même intervient parfois. La noblesse du bailliage de Bar-sur-Seine demande qu’on répande « les premiers éléments de l’éducation publique dans les campagnes et les couvents » ; celle de Clermont-en-Beauvaisis réclame de bonnes écoles, obligatoires, dans les campagnes. Demandes d’écoles dans toutes paroisses par la noblesse du bailliage de Blois, celle de Paris intra muros. Le clergé a, assez souvent, le même zèle. L’étude de M. Bourrilly énumère une vingtaine de cahiers de clergé des villes, bailliages, sénéchaussées, qui souhaitent des petites écoles dans toutes les paroisses ; cela d’ailleurs pour des raisons pieuses et non philosophiques : « La lecture, dit le clergé du bailliage d’Autun, peut seule préparer les succès de l’instruction des pasteurs. » On pourrait ajouter un certain nombre de cahiers du clergé à la liste de M. Bourrilly. Les cahiers du Tiers des villes et des bailliages formulent, à l’occasion, les mêmes voeux, ainsi ceux de Saint-Flour, de Saint-Malo, de Versailles, de Paris hors murs et dans les murs, d’Etampes, de la Haute-Auvergne, d’Exmes, de Senlis, Auxerre, Dourdan, d’Orléans. Celui du Tiers de Beaugency se contente d’une école par dix paroisses ; ceux de Dunkerque ville, Verdun, Montreuil se bornent à souhaiter des écoles plus nombreuses.
Mais les cahiers les plus intéressants sont les cahiers primaires des petites paroisses. Certains se contentent de réclamer les écoles qu’ils n’ont pas ou signalent que leurs écoles sont insuffisantes. Ainsi ceux de Vincennes, Vaucresson, de Monthou-sur-Cher et Couddes (près Blois), d’Aunac, Blanzac, Montalembert, Aubeville, Sainte-Marie-de-Cressan, Jurignac,
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Saint-Martin-du-Clocher (Angoumois), de Carvin, Gouzeaucourt, Avrincourt (Pas-de-Calais), de La Romagne, Villeneuve-en-Mauges, Saint-Macaire-des-Bois, Saint-Christophe-du-Bois, Vauchrétien (Anjou) ; et de même des cahiers de Bigorre, du bailliage d’Auxerre, de celui d’Amont, du Beaujolais, de Metz, etc. p.514 Demandes qui n’ont peut-être, ou sans doute, que des raisons pratiques : il est utile de savoir lire et écrire. Mais un certain nombre de ces cahiers de paroisse, qui sont d’ailleurs la toute petite minorité quand on songe au très grand nombre de cahiers publiés, souhaitent des écoles dans toutes les paroisses. Et c’est là un souci qui suppose des raisons sinon philosophiques, du moins intellectuel-les. Ainsi les cahiers d’Habondange (Metz), Fayence (Draguignan), Connerré, Crannes-en-Champagne (Maine), Ouville-l’Abbaye (Caux), Cambronne (Beauvaisis), Belleville, Stains, Rosny (Paris), Vihiers (Vendée) et neuf autres paroisses de Vendée et d’Anjou, Trégomar (Rennes), Blancménil et quatre paroisses du pays d’Arques, Précy, Saint-Michel-de-Volangis et Nohant-en-Goût (Bourges), Donnemain-Saint-Mamès et trois autres paroisses (Blois), Saligny et Sergines (Sens), Treigny-en-Puisaye, Vermonton, Tracy-sur-Yonne, etc. Ce res-pect de l’instruction et cette confiance sont sans aucun doute le fait de quelques-uns seulement ou même d’un seul ; ainsi le cahier de Cambronne est rédigé par un procureur. Rien ne permet de conclure que les petites gens, au nom desquels on parlait, avaient le moindre souci de tirer le peuple de l’obscurantisme ; mais on peut en conclure du moins qu’il y avait dans tous ces bourgs ou villages obscurs au moins un homme qui faisait confiance aux « lumières ».
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Les voeux relatifs à la création de collèges ou d’enseignements techniques sont moins nombreux. Ce qui s’explique puisqu’on tendait plutôt, comme nous l’avons vu, à supprimer des collèges trop nombreux. Pourtant Guingamp, Beaujeu, Saint-Didier-sur-Beaujeu, Saint-Lager (Beaujolais), la noblesse de Dôle, demandent des collèges. Châteaubriant, la prévôté du Beauvaisis, la paroisse d’Evron (Maine), le Tiers du bailliage de Bourbon-Lancy, les officiers des eaux et forêts, avocats et le Tiers de Noyon, Libourne, le Tiers de Nantes souhaitent qu’il y ait des collèges « dans toutes les petites villes », « un peu considérables », « dans toutes les villes bailliagères », « dans toutes les villes de première classe », « dans toutes les villes à présidial » et des universités, « dans les villes capitales de chaque province ». Le Tiers non corporé de Bergues demande un enseignement de la philosophie dans chaque ville de la province ; celui de Riom « qu’il soit établi dans toutes les villes des maîtres de dessin, de géométrie p.515 pratique et de mathématiques pour les enfants du peuple ». Des bourses ou la gratuité dans les collèges sont demandées par la noblesse de Château-Thierry, des cahiers du Tiers et du clergé d’une douzaine de bailliages, de sénéchaussées, de villes.
Enfin, et ceci est encore plus significatif, certains cahiers ne se contentent pas de demander des écoles ou des collèges ; ils ne désirent pas seulement l’instruction, ils veulent la meilleure ; et ils constatent que les méthodes du passé ne sont pas bonnes. Ils souhaitent des réformes, c’est-à-dire que, plus ou moins consciemment, ils sont pénétrés d’esprit nouveau. Sur ce point comme sur les autres, il faut s’en tenir à des conclusions
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prudentes. L’ouvrage de M. Bourrilly a réuni quatre cent dix-sept cahiers qui demandent la réforme de l’instruction publique et se plaignent de la décadence des études. Mais la majorité de ces cahiers émanent du clergé qui demande avant tout le retour aux bonnes moeurs, à la religion et des privilèges d’enseignement pour le clergé. C’est-à-dire qu’ils se proposent non de réformer le passé mais d’y revenir. D’autre part il faut tenir compte des cahiers types ; trois de ces cahiers distribués à Angers ont suggéré ou dicté les passages relatifs à la réforme de l’enseignement. Pourtant, ces réserves faites, il n’est pas douteux qu’il circule à travers la France un courant d’opinion qui fait confiance à une instruction bien comprise, mieux comprise pour contribuer au bonheur de tous. On le trouve d’abord, comme il est naturel, dans les cahiers du Tiers des bailliages, sénéchaussées, villes, corps constitués des villes. Le cahier de la ville de Metz demande la réforme des universités et des collèges « objet important pour la religion, les moeurs, l’instruction et la propagation de l’esprit public et du patriotisme ». Les merciers-drapiers d’Orléans précisent, plus hardiment : « Captiver des enfants sept ans (et deux ans de philosophie en outre) à l’étude du latin, sans les instruire même de leur religion, ni leur apprendre l’arithmétique, la géographie, etc., ce n’est pas former des hommes utiles. » Plus brièvement, des réformes sont demandées par les avocats et la faculté de droit d’Angers, la sénéchaussée de Rennes, la ville de Cosne, celles de Baudéan, Saint-Yrieix, Rochefort-sur-Mer, Clermont-Ferrand, Riom, le Tiers du Vivarais, celui de l’Agenois, le Tiers et le bailliage du Havre, etc. On p.516 voit même le thème se glisser dans des cahiers de
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paroisse ; et là encore, même s’il émane seulement d’un rédacteur plus ou moins lettré, il témoigne de la diffusion : cahiers de Civray et de Melle (bailliage de Civray) ; de Bréau (Nîmes) ; de Condé, Vertus, Aigny, Vaudemange, La Veuve, Champigneul, Juvigny (Marne) ; Callas, Lorgues, La Motte, Roquebrune (Draguignan) ; de Ponchat (Libourne) ; de Frayssinet-le-Gélat, Saint-Cernin, Saint-Martin-de-Vers (Cahors) ; douze cahiers de l’Orléanais, etc.
Il est fort rare que l’objet des réformes soit précisé, sauf sur un point, celui de cette éducation que les uns appellent « nationale », d’autres « patriotique », d’autres « du citoyen » ou à laquelle certains ne donnent pas de nom mais qu’ils décrivent comme l’étude des institutions, de l’administration de l’État, de la « constitution » et même d’un catéchisme de morale sociale. Sur ce point les trois ordres semblent, quand ils s’en occupent, d’accord. Ainsi la noblesse du Calarsis, celles du bailliage de Blois, d’Etain, de Nîmes, Orléans, Saintes, Lyon, Arras, Sens, Nancy, Guyenne, Angoumois, Evreux, Bar-sur-Seine, Auxerre, Touraine, Dourdan, Riom, Ecouen, Castres, Metz, Paris. « Enseigner dans les écoles, dit la noblesse du bailliage de Saint-Mihiel, un catéchisme patriotique qui expose d’une manière simple et élémentaire les obligations que renferme le titre de citoyen et les droits qui dérivent nécessairement de ces obligations quand elles ont été bien remplies. » L’éducation nationale est demandée par le clergé de Paris hors murs, ceux de Villefranche-de-Rouergue, Orléans, Saint-Mihiel, Rodez, Saumur, Toul, Colmar, Dijon, etc. Mêmes demandes dans les cahiers du Tiers de Mantes, maîtres, cons-
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tructeurs et Tiers de la sénéchaussée de Marseille, Tiers de la sénéchaussée et présidial de Limoges, de Maine-et-Loire, de Senlis, Lyon, Calais et Ardres, Melun et Moret, Bar-le-Duc, Forcalquier, Vienne, Bruyères-en-Lorraine, La Rochelle, Riom, Clermont-Ferrand, Saint-Flour, Maine-et-Loire, Paris hors les murs et certaines paroisses dans les murs, etc. Même quelques cahiers de paroisses se préoccupent de donner à l’instruction ce caractère national. Ainsi ceux de Lezoux, Saint-Bonnet (Auvergne), de Callas (Draguignan) ; Saint-Jean-de-Gardounenque, de Saint-Dionizy (Nîmes) ; Saint-Martin-de-Mézières, Saint-Laurent-de-Rennes (Rennes) ; Saint-Aignan-sur-Roé (Angers). p.517 Ainsi se trouvent confirmés cette naissance et ce développement du sentiment national dont nous avons ébauché l’histoire.
Le sentiment des libertés nécessaires de la pensée et de la presse n’est pas moins répandu. Ce qui ne veut pas dire qu’il soit général ou qu’il se trahisse généralement dans les cahiers. Il faut tenir le même compte des proportions. Deux cahiers de paroisses de Picardie la demandent, mais il y a quatre-vingt-seize cahiers. Le Tiers d’Etampes la souhaite, mais les cent cahiers de paroisses n’en parlent pas. Quelques cahiers de l’Alençonnais en parlent, mais il y a une centaine de cahiers. Rien dans les cahiers de Bernay. Demandes dans une douzaine de cahiers du pays de Troyes sur quatre cents ; dans cinq cahiers du pays de Bigorre sur plus de deux cents ; dans onze du pays de Rennes sur quelque trois cent cinquante ; dans seize du pays de Nîmes sur quelque quatre cents. Parfois, mais rarement, la proportion est plus forte : treize cahiers sur quelque
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soixante dans le pays de Draguignan ; d’après Guibert, la proportion s’élèverait au tiers dans les cahiers du Limousin. Il faut tenir compte, en outre, des réserves qui sont formulées dans les demandes. Certaines sont modestes : on spécifie seulement qu’il faut accorder la liberté de la presse « sauf les réserves décidées par les États généraux » ; ou bien « avec les restrictions qu’exigent la bienséance et les bonnes moeurs ». D’autres sont déjà plus graves puisqu’elles concernent « l’ordre général » ou la religion. Certaines enfin tendent à retirer d’une main ce qu’elles accordent de l’autre, puisqu’elles demandent qu’on punisse tout ce qui porterait atteinte à la religion ou à l’État. Nous n’entrerons pas, pour ne pas rendre l’exposé inex-tricable, dans le détail de ces réserves. Disons seulement qu’elles n’ont une réelle importance que dans une petite minorité des cahiers et que nous ne tiendrons jamais compte de ces cahiers-là. Signalons enfin que le souci de protéger la religion apparaît dans tous les cahiers de cette minorité, que celui de la « personne du roi » ne se montre que dans certains, et que celui de « l’ordre général » ou de « l’État » est tout à fait exceptionnel. Il est certain que les cahiers entendent ne mettre aucune barrière au droit de discussion politique.
Les cahiers du clergé sont muets sur la liberté de la presse ou la combattent ; un tout petit nombre l’acceptent avec des réserves qui p.518 l’étouffent ; ce qui suffirait à prouver qu’en cherchant à multiplier les écoles, le clergé ne songeait nullement à développer l’esprit de discussion ni même de réflexion. Par contre, certains cahiers de la noblesse plaident sans réserves pour cette liberté. La noblesse du bailliage de Caen se donne
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pour une noblesse « citoyenne » et la liberté de la presse lui semble indispensable aux citoyens. Même demande dans les cahiers de la noblesse du Bourbonnais, de l’Artois, du Boulonnais, du Calaisis, de l’Agénois, de la Haute et de la Basse-Marche, du Bas-Limousin, des villes de Sens, Lille, Marseille, Angoulême, Châlons-sur-Marne, Sézanne, Nîmes, Troyes, Clermont-en-Beauvaisis, Chaumont, Vitry-le-François, Paris hors les murs, etc., et par treize départements nobles sur vingt dans Paris. La demande est encore plus fréquente dans les cahiers du Tiers. La liberté légitime de la presse est, dit le cahier du bailliage de Château-Salins, « l’unique moyen de propager les connaissances et les lumières, de publier les actes de vertu, de courage et d’héroïsme, comme aussi de dénoncer les abus et les malversations ». « Personne n’ignore, dit le cahier de Lezoux (Auvergne) ce que nous devons à la presse. Tout le monde pressent ce que nous devons en attendre. » Le Tiers d’Epernon demande la liberté « illimitée » ; celui d’Angers la liberté « entière et indéfinie ». Le plus souvent la demande est sans commentaire ou ne s’accompagne que des réserves banales. Tiers de Châlons-sur-Marne, Nîmes, Lisieux, Autun, Montcenis, Montauban, Montreuil-sur-Mer, Aire, Arras, Béthune, Saint-Omer, Saint-Pol, Caen, Le Havre, Graville, Campan, Marseille, Alençon, Villefranche-de-Rouergue, Etampes, Castillon (Gironde), Verdun, Versailles, Nîmes, Rennes, Dax, Saint-Sever, Bayonne, Clermont-Ferrand, Riom, Bourges, Quimper, Redon, Saint-Malo, Lamballe, Beaucaire, Uzès, Bailleul, Cognac, Saint-Yrieix, Nevers, un certain nombre de cahiers de paroisses de Paris et le cahier général du Tiers, etc. Il faut y joindre certains
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cahiers de corporations ou corps constitués, de cahiers de bailliages, sénéchaussées, provinces : Sisteron, Autun, Semur, Bourbon-Lancy, Dijon, Caen, Limoges, Angers, Bourges, Rennes, Vivarais, Auvergne, etc. Même quelques cahiers primaires de petites paroisses s’intéressent à cette liberté. Autour de Blois, Cloyes, Saint-Lubin-des-Prés, Salbris ; autour de Nîmes, Auduze, p.519 Barjac et dix-sept paroisses ; autour de Rennes, Saint-Malo ou Lamballe une demi-douzaine de paroisses ; autour d’Angers les cahiers de Villevêque et de Saint-Aignan-sur-Roé (qui donne quatorze lignes de considérants) ; autour de Campan ceux de quatre ou cinq paroisses ; trois ou quatre paroisses en Nivernais ; tout autant dans les Landes ; Vincennes et Passy près de Paris ; une douzaine de paroisses dans le pays de Draguignan ; trois du bailliage de Versailles ; une de celui de Meudon ; trois de celui de Libourne, etc., etc.
Mêmes réserves sur la signification de ces énumérations. Les trois paroisses du bailliage de Versailles se trouvent dans un total de vingt paroisses ; la douzaine de Draguignan dans un total de cinquante-neuf ; mais à celle de Bigorre, Rennes, Nîmes s’opposent des totaux de quelque deux cent quarante, trois cent cinquante, quatre cents. D’autre part des cahiers types interviennent ; par exemple les cahiers de Dompierre, Saint-Germain-sur-l’Aubois, Marseilles-les-Aubigny, en Nivernais copient la liberté de la presse comme le reste ; elle est demandée par trois modèles qui circulent dans le pays d’Angers.
L’ouvrage de M. l’abbé Dedieu a étudié la question de la tolérance religieuse, c’est-à-dire en fait de la tolérance à l’égard des protestants. Les conclusions sont fort justes. Si l’on ne tient
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pas compte des cahiers rédigés dans des milieux où les protestants dominent, il est certain que l’opinion publique est favorable à l’égalité civile des protestants, mais qu’elle répugne à tout ce qui pourrait donner à leur culte une publicité éclatante, une sorte d’égalité avec le culte catholique. Mais ajoutons à ces conclusions que l’immense majorité des cahiers se tire d’affaire en ne faisant aucune allusion à la tolérance religieuse. Il en est question beaucoup moins souvent que de la liberté de la presse ou de l’instruction. Pourtant, les quelques exemples de cahiers de paroisses rédigés dans des pays non protestants, cités par M. Dedieu, auxquels on pourrait joindre quelques autres (Villiers-le-Bel, Herbeville, Treil, Clichy-la-Garenne, Epernon, Tiers de Saint-Louis-la-Culture et de Saint-Eustache à Paris) témoignent que l’idée de tolérance a pu s’infiltrer un peu partout.
Toute cette étude nous conduit à une même conclusion. Nous aurions pu allonger ces listes des cahiers qui s’intéressent à l’ins-truction, à la liberté de la presse, à la tolérance. Mais ce qui importe p.520 est non pas leur nombre, mais leur nombre relatif. Si des préoccupations d’origine intellectuelle apparaissent assez fréquemment dans les cahiers du Tiers des villes, dans les cahiers collectifs du Tiers des sénéchaussées, bailliages, etc., elles sont exceptionnelles, par comparaison, dans les cahiers primaires. Quand elles apparaissent, il est certain, parfois, qu’elles sont le fait d’un rédacteur qui n’est pas du peuple ; lorsque la preuve manque, il est très probable que, le plus souvent, c’est encore un lettré qui tient la plume. Au total, la masse des cahiers primaires aspire à des réformes sociales et politiques pour des raisons sociales et politiques et non pas
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philosophiques ; elle exprime des souffrances et des besoins et non pas des réflexions. Pourtant le moins qu’on puisse dire c’est qu’un peu partout et dans les plus humbles campagnes, il y a, près des gens du peuple, des hommes capables de préoccupations intellectuelles, qui ont subi plus ou moins l’influence de la philosophie, à qui le peuple fait confiance ou qui sont prêts à parler en son nom.
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CONCLUSION
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p.523 Nos conclusions se dégageront plus clairement si nous les opposons à celles de l’Ancien Régime de Taine.
Pour Taine, il y a assurément un progrès, une évolution de l’esprit public entre 1715 et 1789. L’esprit révolutionnaire s’ébauche d’abord, puis se précise ; il n’est réellement formé qu’à une date mal déterminée, mais qui semble être 1760, 1770. Cet esprit est à la fois mondain et, si l’on peut dire, scolaire. Il emprunte au Contrat social, à Mably, au Système de la nature ou à la Politique naturelle, à une ou deux douzaines de spéculations abstraites des formules : l’homme est esclave et pourtant il a droit à la liberté. — Les hommes, étant tous égaux par nature, ont droit aux mêmes droits ; il faut réaliser l’égalité. — Les hommes sont naturellement bons et généreux ; s’ils n’étaient pas corrompus par une société mal organisée, ils pourraient vivre heureux comme des frères. Sans doute, dans le présent de la France ou dans son passé, il n’y a rien qui ressemble à cette liberté, à cette égalité, à cette fraternité. On voit même très mal comment on pourrait adapter la tradition politique française à cet idéal de liberté-égalité-fraternité. Mais cela importe peu. Il n’y a qu’à ne pas se soucier le moins du monde d’une tradition qui n’est qu’une succession de hasards, de violences et d’injustices. Abolissons tout, pour tout reconstruire. Nous reconstruirons très bien, car nous ferons appel à ce qui ne saurait nous tromper ni tromper p.524 personne, à notre raison. Elle nous apprend, quand on sait bien s’en servir, à retrouver les principes éternels et
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permanents qui doivent fonder une société heureuse, libre, égale et fraternelle et à en déduire logiquement, c’est-à-dire infailliblement, les conséquences qui nous donneront tous les détails de cette organisation sociale. C’est là d’abord et surtout le rêve de gens du monde, d’une minorité de gens formés par les collèges et qui s’enferment dans un milieu artificiel où l’on n’aime rien tant que ratiociner à perte de vue, avec le seul souci de ne pas faire de faute de logique ; puis la bourgeoisie suit. Ainsi s’est formé, avant la Révolution, l’esprit révolutionnaire le plus redoutable parce qu’il est le plus faux : la croyance qu’on peut détruire et reconstruire une société comme on détruit et reconstruit un système d’idées dans une thèse de Sorbonne ou une discussion de salon : « Jamais de faits ; rien que des abstractions, des enfilades de sentences sur la nature, la raison, le peuple, les tyrans, la liberté, sortes de ballons gonflés et entrechoqués inutilement dans les espaces. »
Pour soutenir cette démonstration, quelques douzaines de textes, empruntés à quelques dizaines d’ouvrages ; tout autant de faits empruntés à des mémoires, correspondances, etc. Il serait facile de faire constamment la critique de ces textes, de ces faits, des allégations qu’ils appuient. Comment admettre avec Taine que Mably érige l’athéisme en dogme obligatoire, que c’est la raison géométrique qui fait le Vicaire savoyard et Les Epoques de la nature, que la langue classique puriste est celle du XVIIIe siècle, que presque tous les ouvrages sortent d’un salon, etc., etc. Mais peu importe. Même si tous les ouvrages allégués étaient bien compris, si tous les faits étaient exacts, la démonstration de Taine — et, plus ou moins, celles de toutes les
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études sur les origines intellectuelles de la Révolution seraient sans valeur. Comment prétendre en effet reconstituer l’opinion de millions ou, pour le moins, de centaines de milliers de Français à l’aide d’un si petit nombre de témoignages ? Com-ment prétendre que d’Argenson a vu juste, en 1753, en disant « que la haine contre les prêtres va au dernier excès » ; alors que tout prouve que ce serait fort exagéré en 1787 et que c’est tout à fait faux en 1753 ? Comment tirer argument d’un texte où Brissot, dans p.525 son Essai sur la propriété et sur le vol, semble dire que la propriété c’est le vol, alors qu’il dit tout autre chose (c’est-à-dire, qu’en pure logique la nature donne à l’homme le droit de prendre ce qui l’empêche de mourir de faim), alors que l’Essai est passé tout à fait inaperçu, alors que Brissot a désavoué lui-même ce paradoxe de jeunesse, alors que tous les ouvrages, peu nombreux, à tendance communiste, sont restés à peu près inconnus ?
Je n’ai pas, bien entendu, à discuter le principe général de Taine, à savoir que ce n’est pas la raison qui peut mener le monde. Je n’ai pas cherché à savoir s’il était bon ou mauvais que les choses se fussent passées comme elles se sont passées. J’ai voulu dire seulement comment elles se sont passées. Or, elles se sont passées tout autrement.
Tout d’abord, on ne peut pas raisonner sur les origines de la Révolution, en ayant sans cesse présent à l’esprit le développement de la Révolution. En réalité, sans bien s’en rendre compte, Taine a supposé ce que devaient penser les Français, en 1787-1789, d’après ce que pensèrent, peut-être, plus tard un Robespierre et un Saint-Just. Il aurait pu aussi bien
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écrire cette partie de son Ancien Régime en déduisant l’opinion française, à cette date, des opinions des Jacobins ; les textes et les faits antérieurs allégués par lui sont pour ainsi dire surajoutés. Le siège était fait ; et dans la masse des textes et des faits, on en peut toujours trouver pour tout justifier. Mais il faut bien répéter que les directions prises par la Révolution ne sont pas nécessairement celles auxquelles on pensait quand on a voulu, en 1788-1789, réformer la France. Un Lénine ou un Trotsky ont voulu une certaine révolution ; ils l’ont préparée, puis accomplie, puis dirigée. Rien de pareil en France. Les origines de la Révolution sont une histoire ; l’histoire de la Révolution en est une autre. Cela dit, voici comment les choses apparaissent.
L’esprit qui préparera, puis demandera une réforme profonde de l’État est d’abord un esprit hostile à la religion. Jusque vers 1750, ceux qui attaquent le principe même de la religion, la foi, sont assez nombreux, mais leurs ouvrages, le plus souvent manuscrits, n’ont qu’une diffusion limitée. Par contre, dès le milieu du siècle, c’est p.526 la politique même de l’Église qui est violemment condamnée : l’intolérance est ouvertement détestée ; on dénie à l’Église le droit d’imposer ses croyances par la force ; on dénonce comme des « crimes » du « fanatisme » tout ce qui, dans le présent ou dans le passé, a châtié les corps sous prétexte de sauver les âmes. Vers 1770, on peut dire que l’opinion est, sur ce point, désormais unanime. L’Église ne renonce pas, en doctrine, au droit du glaive, mais la liberté de croyance et même de culte apparaît à tous comme imprescriptible. A travers tous ces débats, l’autorité politique ne
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cesse pas d’avoir partie liée avec l’autorité religieuse. Aux exigences du clergé elle n’oppose jamais, avant l’édit de tolérance, ni des principes, ni même des actes ; elle se contente, par crainte de l’opinion, de ne pas agir, de ne pas appliquer ses décrets. Ainsi la bataille contre le fanatisme est nécessairement une bataille contre l’autorité politique, contre l’État. C’est l’État qui reste fanatique ; c’est contre lui qu’on s’irrite ; c’est lui, peu ou prou, que la défaite du fanatisme ébranle.
En même temps, d’une marche beaucoup moins rapide, l’incrédulité proprement dite a fait des progrès. De 1750 à 1770, la philosophie de l’incrédulité a dit à peu près tout ce qu’elle pouvait dire. Elle a traduit devant le « tribunal de la raison » les dogmes de l’Église, ses livres sacrés, son histoire, ses rites. Elle a prétendu en démontrer la fausseté, l’absurdité, la férocité. Elle les a livrés aux sarcasmes et à la colère. Malgré l’autorité maladroite, passive ou complice, elle a imprimé tout ce qui était manuscrit ; elle a fait circuler tout ce qu’elle imprimait non pas librement, ni même commodément, mais à peu près sans risques et largement. Tous ces livres n’ont pas « déchristianisé » la France. Mais il est certain qu’ils ont répandu l’incrédulité ou du moins l’indifférence dans la plus grande partie de l’aristocratie, que cette indifférence a pénétré largement le clergé, qu’elle a fait des progrès rapides dans la bourgeoisie moyenne, chez les jeunes gens, dans les collèges. Une bonne partie de la nation est sinon impie, sinon hostile à la religion, du moins assez détachée de l’Église, de ses prêtres pour ne plus être disposée à les suivre. Ces progrès de l’incrédulité continuent de 1770 à 1787 ; mais tout l’essentiel est dit et la secousse décisive est donnée
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dès 1770. Dans la dernière période c’est la politique surtout qui occupe les esprits. p.527 On n’y songe guère avant 1748. Tout ce qu’on dit et tout ce qu’on écrit est alors, sauf exceptions, discussions d’école. Et quand on cherche à des maux, à des abus précis des remèdes directs et pratiques, c’est sans penser un seul instant à changer les principes du gouvernement. Il s’agit de nettoyer la maison, de la meubler plus commodément, non de la reconstruire. De 1748 à 1770, les discussions sont beaucoup plus nombreuses, beaucoup moins abstraites, beaucoup plus hardies. Mais toutes celles qui peuvent sembler révolutionnaires ne sont guère que des utopies, des jeux de l’esprit dont la diffusion est médiocre et dont l’influence, même quand elles sont sincères, est à peu près nulle. Par contre, si l’on ne cherche pas de réformes politiques profondes, on propose déjà des réformes sociales importantes ; dans la justice, dans l’administration, dans l’assistance publique, on critique âprement la tradition ; on veut assez souvent non pas seulement adapter, mais bouleverser. Et l’on s’engage hardiment dans ce chemin des réformes financières où l’on se heurte nécessairement à l’un des principes essentiels de l’État, celui des ordres privilégiés, dispensés d’impôts.
Après 1770, des ouvrages paraissent où l’ordre même de l’État est mis en cause, parfois brutalement. Mais ces ouvrages sont peu nombreux. Leur nombre diminue encore lorsqu’au lieu d’en isoler quelques phrases, quelques formules, on les examine dans leur ensemble ; très souvent, les formules révolutionnaires n’y sont que des conceptions théoriques, données comme théoriques, et corrigées précisément, explicitement lorsque
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l’auteur expose ses vues pratiques. Non seulement presque personne ne songe à une révolution de l’État, mais presque personne ne croit que cette révolution soit prochaine, ni même possible. On peut énumérer, et nous avons énuméré des prédictions de la révolution ; mais ces prédictions sont en réalité noyées dans la masse des opinions où l’idée d’une révolution apparaît comme impossible ou n’apparaît pas.
Par contre, à partir de cette date de 1770, on constate une large diffusion des inquiétudes ou du moins des préoccupations sociales et politiques. Non seulement dans les milieux des gens de lettres ou dans ceux de l’aristocratie qui n’y voient guère qu’un jeu de l’esprit, mais dans ceux de la bourgeoisie moyenne et petite, dans p.528 la jeunesse, dans les collèges. Longtemps les choses de l’État n’ont regardé que l’État. Et l’État a tout fait pour les entourer d’un mystère redoutable et châtier les profanateurs. Mais les sept sceaux ont été brisés et, vers 1780, n’importe qui peut entrer dans le sanctuaire. Si l’on ne songe guère à chasser les dieux et leurs prêtres, qui veut peut se mêler de leur donner des conseils. On consent toujours à obéir ; mais on commence à penser qu’on doit poser des conditions.
Quelle que soit d’ailleurs la diffusion de l’incrédulité et de l’inquiétude politique, elle nous apparaît moins importante qu’une évolution plus générale et plus certaine de l’opinion. La France tout entière se met à penser. A d’autres époques, au XVIe siècle, par exemple, on peut aligner d’assez longues listes d’ouvrages tout pénétrés d’incrédulité ou d’audaces politiques. Mais ils ne peuvent intéresser qu’une élite assez restreinte. Dans son ensemble, la France se contente de lutter péniblement pour
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sa vie. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, au contraire, c’est la France moderne qui s’organise, c’est-à-dire un peuple qui ne veut plus se contenter de vivre mais qui veut apprendre et réfléchir. Partout les témoignages les plus certains de cette transformation se multiplient. Non seulement les témoignages indirects, le nombre croissant des ouvrages de discussion et leur succès, les exemples et les faits donnés par les mémoires, les correspondances, etc. ; mais aussi toutes sortes de témoignages directs : transformation de l’enseignement, académies provinciales, sociétés littéraires, chambres de lecture, bibliothèques, journaux provinciaux. La qualité de ces curiosités importe d’ailleurs autant que leur quantité. Il semble, à suivre la thèse de Taine, qu’on n’ait lu que Le Contrat social, Le Code de la nature, Le Système de la nature, deux ou trois douzaines de traités et dissertations où l’on bâtit, dans l’abstrait, une cité philosophique et utopique. Il n’en est rien. Les curiosités viennent de mille sources, se répandent par mille canaux. Que resterait-il des programmes, des mémoires, des discussions de toutes ces académies et chambres de lecture, de toute l’activité intellectuelle de ceux dont nous connaissons la vie, si on ne gardait que ce qui vient de Rousseau, de Voltaire, de Mably et des autres ? Peu de choses pour beaucoup, presque rien pour la p.529 plupart. Ce qui les intéresse c’est, sans doute, très souvent la « philosophie », mais la philosophie telle qu’ils la concevaient et non telle que Taine l’a déformée, c’est-à-dire l’amour de la science, le désir d’apprendre et de réfléchir, de réfléchir non pas seulement sur les droits de la nature et sur le « contrat », mais sur toutes les sciences, sur toute la nature, sur toute la vie. On
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voulait apprendre la géographie, les langues étrangères, la physique, la chimie, l’histoire naturelle et non pas seulement le déisme et le républicanisme. Le plus souvent on réclamait non pas des « systèmes » — presque tout le siècle, à partir de 1750, est dressé contre les systèmes — non pas des lois de l’esprit, mais des réalités, des lois expérimentales, des connaissances « pratiques » et « usageables ». Il n’y a plus qu’une physique, une chimie, une histoire naturelle qui comptent, ce sont la physique, la chimie, l’histoire naturelle d’observation et d’expé-rimentation. Dans les sciences économiques il y a bien « le système », celui des physiocrates. Mais quelle place tient-il dans toutes ces académies et sociétés ? A peu près aucune. Ce qu’on y discute en réalité ce sont les maux dont on souffre dans tel pays, à tel moment ; ce sont les réformes immédiatement applicables dans telle province ; ce sont les maladies du bétail ou des cultures, les moyens de cultiver, les meilleurs moulins, etc. Dans les sciences sociales ce sont bien aussi des problèmes réels qu’on se pose et dont on cherche les solutions réalistes : pourquoi la justice, telle justice, en France marche-t-elle mal ; pourquoi y a-t-il, ici ou là, tant de pauvres et comment en diminuer le nombre ; pourquoi l’enseignement des collèges est-il ou semble-t-il médiocre ; faut-il encourager les enfants des pauvres à s’y instruire, etc., etc. ?
D’ailleurs, ces curiosités réalistes et pratiques étaient aussi dangereuses pour l’ordre établi que les spéculations dont Taine s’épouvante. Tant qu’on est Platon ou disciple de Platon, qu’on rédige ou qu’on lit, dans les nuages, Les Lois ou La République, on ne fait pas courir grand danger à la république réelle. Il y a
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un tel abîme entre cette réalité et la chimère ! L’autorité le sait ou le devine fort bien ; car l’on ne voit pas qu’elle ait sérieusement poursuivi Le Contrat social, ni qu’elle ait confondu la Politique naturelle de d’Holbach avec son Système de la nature. Mais quand on prend l’habitude de « l’observation » et de « l’expérimentation » ; quand on p.530 demande aux sciences de réaliser sans cesse leurs explications, quand au lieu de systèmes sur l’agriculture on veut savoir ce qui pousse et ce que cela coûte, on prend en même temps l’habitude de croire que la politique ne doit pas être différente de la physique, de la chimie ou de la culture du blé, qu’il n’y faut point de mystères, de secrets ou de raisons d’État, qu’on a le droit d’observer, de discuter et de réclamer des réformes réelles et pratiques, tout comme s’il s’agissait de l’analyse de l’air ou de la culture du mûrier. Si l’Ancien Régime n’avait eu contre lui que les assembleurs de nuages, il ne se serait sans doute écroulé — s’il s’était écroulé — ni aussi vite, ni de la même façon.
Cet éveil si vaste, si actif, si ardent de l’intelligence n’a pas été limité à Paris ou à quelques grandes villes. Il a été celui de toute la France, entendons de toute la France moyenne puisque nous n’avons pas de moyens de pénétrer vraiment dans la France ouvrière et paysanne où l’on avait d’ailleurs trop de mal à vivre pour s’occuper de philosophie ou même de lire. La France intelligente ou curieuse d’intelligence ne ressemble plus à ce que disait d’Argenson de la France tout entière : une araignée, grosse tête et longs bras maigres ! A la veille de la Révolution, il y a partout des « têtes pensantes » ou qui, du moins, désirent penser. Et c’est une des raisons pour lesquelles la Révolution n’a
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pas été le coup de force d’une capitale traînant après elle un pays apeuré ou passif, mais l’aspiration d’un pays tout entier.
On aura la même impression si l’on songe au rôle des grands écrivains. Assurément il a été considérable. Voltaire et Rousseau dominent, plus ou moins, toute l’histoire de la pensée du siècle. Les éditions de leurs oeuvres se multiplient. Jusque dans ces humbles Affiches de toutes les provinces, c’est à eux que l’on pense, c’est eux que l’on cite. Voltaire est « roi », Rousseau est « le maître ». Pourtant, toute notre étude a montré qu’ils n’ont pas été, sur la plupart des points qui nous intéressent, de véritables « découvreurs ». En matière de religion tous les arguments des sceptiques ont été publiés ou écrits avant Voltaire ; les réfutations les plus méthodiques ou les plus violentes du christianisme ne sont pas de lui. En matière politique ni Voltaire, ni Montesquieu, ni Rousseau, ni Diderot ne sont des révolutionnaires ni même le plus souvent des réformateurs p.531 hardis. Toutes les thèses audacieuses ou brutales sont soutenues par des écrivains de troisième ou de dixième ordre. L’opinion d’ailleurs distingue souvent très mal entre les gens de génie, de talent et les simples bavards. Raynal ou Delisle de Sales sont peut-être aussi célèbres et, dans tous les cas, sont plus lus que Diderot. Quels que soient les problèmes discutés par les grands écrivains, nous avons vu avant eux, autour d’eux, après eux, tout un foisonnement d’oeuvres qui ont les mêmes curiosités, le même esprit critique, proposent les mêmes solutions ou des solutions plus subversives. L’influence de Rousseau, qui n’est d’ailleurs pas directement révolutionnaire (puisqu’on a prêté peu d’attention
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au Contrat), est assurément soudaine, puissante, créatrice. Mais son optimisme même, cette confiance naïve dans la bonne volonté des hommes lorsqu’ils ne sont pas victimes d’une société mauvaise, n’est pas imposé par lui. Il est l’illusion de tous les voyageurs, moralistes, romanciers qui s’attendrissent, avant lui comme après lui, et sans penser à lui, sur les bons sauvages. C’est une spéculation vaine de se demander ce qu’il serait advenu de la France et de la Révolution si Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau n’avaient rien écrit. Mais il semble bien que les mouvements de l’opinion, moins intenses seulement, moins enthousiastes, moins rapides, n’auraient pas été très différents. Les grands philosophes ne révèlent pas des pays inconnus ; ils tracent seulement, pour les parcourir, au lieu de mille sentiers où se divise et s’égare le flot des voyageurs, de grandes routes attirantes, commodes, qui font le voyage plus direct et plus sûr.
Je n’ai pas à juger ce voyage. Bon ou mauvais, peu importe pour le sujet que J’ai voulu traiter. J’ai voulu connaître le rôle de l’intelligence dans les origines de la Révolution et non pas instruire un procès. L’enquête semble bien concluante. Assurément, s’il n’y avait eu que l’intelligence pour menacer effectivement l’Ancien Régime, l’Ancien Régime n’aurait couru aucun risque. Il fallait à cette intelligence, pour agir, un point d’appui, la misère du peuple, le malaise politique. Mais ces causes politiques n’auraient sans doute pas suffi pour déterminer, du moins aussi rapidement, la Révolution. C’est l’intelligence qui a dégagé, organisé les conséquences, voulu peu à peu les États généraux. Et des États généraux, sans d’ailleurs que l’intelligence s’en soit doutée, allait sortir la Révolution.
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REFERENCES
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Les chiffres entre parenthèses renvoient aux numéros de notre bibliographie.
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRES I et II
44 : Dictionnaire de Bayle, dans Mornet (1558 bis). —Éditions de Saint-Évremond : renseignements fournis par M. Ternois qui prépare une thèse sur cet auteur.
47 : Mme d’Aulnoye dans Roche-Mazon (433 bis). — Sur l’irréli-gion au XVIIe siècle, voir F. Belin (1053 bis) et l’ouvrage de Perrens, Les Libertins en France au XVIIe siècle, Paris, 1896.
50 : Ira o Wade (1315 bis).
CHAPITRE III
60 : Boulainvilliers (1131), p. 226.
68 : Sur les assemblées politiques (1508 bis).
CHAPITRE IV
74 : Arrêt de 1739 dans Delisle de S. (1192), p. 103. Impiétés punies, dans Journal d’un bourgeois (291), p. 150. Jamerey (137), f° 196 du manuscrit.
74 : Prault dans Dubuisson (326), p. 605. Barbier (11), t. II, p. 530. Prix des Lettres philosophiques dans Barthélemy (469), mai 1734, p. 8. Vente de livres impies dans Narbonne (218), p. 279. Pour les autres faits voir Lanson (1540).
76 : La Palatine dans Aubertin (1495), p. 62. Le P. Castel dans Nisard (372), p. 48.
76 : Croisset dans Monod (1555), pp. 214, 215. Dubuisson (326), année 1737. Le Coulteux dans Archives de la Bastille (1391), XIII, 474. Sur Piron voir ses OEuvres inédites publiées par H. Bonhomme, Paris, 1859 (Correspondance avec Mlle de Bar). Mme de Prie dans Collé (64 bis), I, 315. Mgr de Vintimille,
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ibid., p. 88. Sur les cafés, Boindin, Duclos, voir Archives (1391), XIV, 221 ; Collé (65), p. 84 ; Duclos (82), p. 60.
77 : De Bonnaire dans Grosley (339), p. 391. Garnier, etc., dans Archives (1391), XV, 342. Tournemine dans Bernis (26), I, 18. La Grange dans Archives (1391), XIII, 280. Autel de Notre-Dame dans Barbier (II), I, 225.
78 : Chérel (1515) ; Dedieu (1518). Voltaire dans Commentaire sur le livre des délits et des peines. Marais (184), IV, 477. Meslier dans (1315 bis). Mme de Warens dans Masson (1551), I, 85.
79 : Pour Dijon voir Bouchard (742), pp. 339, 479, 481. Pour Nancy, Nicolas (221), pp. 129, 339. Pour Reims, Bazin (736), p. 408. Pour Bordeaux, Brives-Cazes (747), pp. 51 et sq. Dutens (93), I, 15. Clamecy, Courot (761), p. 83. Dijon (774 bis), 1747. Poitiers dans Charmeteau (55), p. 393.
81 : Béchereau (21 bis). Vie en Bresse dans Jarrin (802).
82 : Sur les journaux voir Hatin (1529).
85 : Sur les pédagogues du XVIIe siècle, outre leurs oeuvres voir Lallemand (568), pp. 267 et sq. Même ouvrage pour la pratique de l’enseignement chez les Oratoriens.
86 : Pour les Jésuites, Dupont-Ferrier (530). Leguai de P. (164), p. 248. Marmontel, Mémoires (186), t. I. Collège du Mans dans Péries (590), pp. 94 et sq.
87 : Pour Marais, Barbier, d’Argenson, voir leurs mémoires ; et pour d’Argenson l’étude de Briggs (1508 bis).
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE I
95 : Sur Montesquieu et la constitution anglaise : G. Bonno (1507 bis). — 102 : Pour l’Encyclopédie voir les articles Philosophie, Autorité, Bramines, Encyclopédie, l’avertissement du t. III. Sur la méthode d’attaques détournées, d’Alembert (1083 bis), p. 8 ; note de Naigeon à l’article Mosaïque (1204), XVI, 135-136 ; Condorcet, Vie de Voltaire ; Diderot (1204), XV, 287 ; Millot (198), p. 164.
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102 : Sur les textes audacieux, articles Intolérance, Obéissance, Persécution, avertissement du t. VIII, Propagation de l’Évangile, Bible, Canon, Carême, Casuistes, Célibat des prêtres, Damnation. Prêtres, Macération, Société, Abstinence, Achor, Adorer, Aius Locutius, Caucase, Chaos, Liberté de conscience, Cordeliers, Aigle, Agnus Scyticus, Ame, Antediluvienne (Philosophie), Amenthès, Bramines, Junon, Mânes, Huer, Capuchon, Fordicidies, etc.
117 : Politique de Diderot (325 bis), I, 285.
121 : Sénac de M. (1374), p. 124. Voir aussi Annales de la Société J.-J. Rousseau, 1933.
CHAPITRE II
129 : Note de Naigeon dans l’Essai sur les préjugés (1255), p. 53.
CHAPITRE III
134 : Année littéraire, 1758, II, p. 3. Méhégan (1468), p. 37.
137 : Prix de l’Académie dans Journal encyclopédique, 15 janvier 1758, pp. 92 et sq.
138 : Le vers est de Saint-Lambert dans Les Saisons, chant II. Turgot dans Millot (198), p. 173. Coyer dans ses OEuvres (1180), t. I (Essai sur la prédication. Lettre au Dr Maty).
139 : Essai sur les préjugés (1255). Morelly (1332), p. 167. Dulaurens (1211). Nougaret (1337), pp. 8 et sq.
140 : Sur l’abbé Yvon, Rippert, etc., voir Monod (1555) ; J.-F. Bernard (1116) ; de Vattel (1388) ; abbé Tailhé : Questions sur la tolérance, 1758. —
141 : Journal des Savants, 1748, p. 168.
143 : Sur les arrêts du conseil, voir Pellisson (1559 bis), p. 41. De Vattel (1388) ; Denesle (1200 bis), II, 125 et sq.
144 : Jaubert (1268), pp. 9, 37 et passim ; Castilhon (1156), t. III, ch. 13 et (1158), lettre 52 ; Coyer (1179), Plaisirs pour le peuple et (1180), t. I, Dissertation sur la nature du peuple.
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147 : Le P. Collet (1170), Ire partie, § 5 ; Coyer dans Les Bagatelles (1179), La Magie démontrée, Lettre à un grand, etc., dans ses OEuvres, t. I, et son Chinki (1440).
149 : Azoïla (1482), p. 154 ; Tiphaigne (1481), p. 66 ; Luchet (1465), pp. 27, 54, 98. Chevrier dans Paris (1439), ch. 4 ; Lieb-Rose (1485), partie II, ch. 11 ; Azoila (1482), ch. 9 ; Sur la noblesse dans Chevrier (1439), ch. 5 ; Dulaurens (1445) ; Mercier (1469). Songe 7 : Le Blason ; Coyer (1440), ch. 5 et passim ; Delacroix (1441), p. 101.
152 : Bachaumont, 21 et 24 février 1770.
152 : Sur le salon de d’Holbach voir Garat (115), I, 209 ; Diderot, lettres à Mlle Volland, 30 octobre 1759 ; Morellet (213), I, 128, etc.
155 : Année littéraire, 1754, t. I, 1.
155 : Diderot, Lettre à Mlle Volland, 22 novembre 1768.
CHAPITRE IV
157 : Inspecteurs de la librairie dans Collection Anisson (1577), n° 22 127, 22 124, 22 126, etc. Pour Vendôme, Agen, Condom, etc., voir Rochambeau (856 bis) ; Andrieu (730), p. 15 ; Brives-Cazes (747), p. 109.
158 : Méhégan dans Anisson (1517), n° 22 156, p. 104 ; Darigrand, Durosoy dans Bachaumont (463), 6 janvier 1764, 4 août 1769. Sur les affaires Capmartin, du garçon apothicaire, voir Barbier (11), VI, 577 ; Diderot (1204), XIX, 283 et J.-P. Belin.
159 : Rocquain (1563 bis). Pour le prix des livres prohibés, outre J.-P. Belin voir Roustan (1564), p. 307 ; Asselin (313), p. 377 ; Barbier (11), VIII, 45 ; Bergier (314), pp. 225, 226 ; Bachaumont (463), 13 septembre 1767 ; P.-M. Masson (1551 bis), p. 565 ; Histoire de Laurent Marcel (1483 bis), t. II, p. 151 ; Mlle de Lespinasse (345), p. 92 ; Le Sueur (346), p. 241.
161 : Sur l’Homme-machine, Thérèse philosophe, voir archives de la Bastille (1391), XII, 297, 302. De Prades dans d’Argenson (6), VII, 47, 56, 97.
161 : Bordeaux dans Brives-Cazes (747), pp. 121 et sq. ; de Lacoré dans Lurion (830), p. 31 ; Lyon dans Grosclaude (793 bis) ; collège de Chaumont dans Lombard (173), I, 21. Sur les
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permissions tacites, Hémery (1240), n° 22 156, p. 54 ; Bachaumont (463), 22 août 1768 et J.-P. Belin. Lefèvre dans Archives de la Bastille (1391), XII, 475.
162 : Barbier (11), VII, 79 ; V, 153 ; Morellet (213), I, 95.
162 : Pour la vente des ouvrages voir les bibliographies de Voltaire par Bengesco, des Lettres philosophiques par Lanson (en 1909) ; de Zadig dans l’édition Ascoli (en 1929) ; de Candide dans l’édition Morize (en 1913). Pour Rousseau voir mon édition de La Nouvelle Héloïse (1563 ter) ; et celle de l’Émile, par P.-M. Masson (1551 bis).
164 : Pour l’Encyclopédie, voir Journal de Paris, 24 août 1874 ; Affiches d’Orléans, 13 octobre 1769, 30 avril 1779 ; Helvétius dans Keim (1533 bis) ; d’Argens dans Johnston (1532). Pour les autres ouvrages philosophiques voir ma Bibliographie (1558 ter), et le catalogue de la Bibliothèque nationale. — 166 : Chérel (1515) et Monod (1555).
166 : De Croy (67), I, 283 ; Duchesse de Mazarin dans Kageneck (342), p. 277 et de Lisle (348), p. 18.
166 : D’Ussé dans Lespinasse (345), p. 99 ; Dillon dans la Tour du Pin (152), p. 27 ; Mme du Deffand (332), II, 108 ; Mme de Flahaut (416 bis), p. 57 ; Florian (106), p. 91 ; Bachaumont (463), II, 51 ; Millot (198), pp. 80, 97, 164 ; Bergier (314), 231, 258.
167 : Brissot (46), I, 75 ; d’Argenson (6), VIII, 35 ; VII, 51. Témoignages généraux de l’incrédulité dans Denesle (1199), Avant-propos ; Diderot (1204), II, 436 ; Gérard (1229), I, 113 ; de Croy (67) ; Journal encyclopédique, ler avril 1759 ; Année littéraire, 1770, V, pp. 1-6 ; Bergier (314), p. 231 ; le matérialisme dans Denesle (1199), Avant-propos : lettre de Walpole à Gray, du 19 novembre 1765 ; Collé (64 bis), II, 61 ; d’Argenson (6), IX, 216 ; VIII, 35 ; Voltaire, lettre du 22 janvier 1766.
168 et 177 : sur le clergé : d’Argenson (6), VI, 10, 11 ; Archives de la Bastille (1391), XVI, 258 ; prince de Ligne (171), p. 14 ; Boudet (385), p. 16 ; Collé (64 bis), II, 57. Sur la tolérance : Barbier (11), V, 2 ; de Croy (67), II, 192 et l’ouvrage de J. Dedieu (1518).
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170 : Sur l’irritation contre certains abus politiques : d’Argenson (6), VIII, 387 ; VI, 205, 212, Barbier (11), VII, 283 ; V, 165 ; VIII, 65 et passim ; Hardy (132), I, 367 ; 87.
171 : Sur les propos hardis : d’Argenson (6), VI, p. 10 et VIII, p. 79 ; Archives de la Bastille (1391), XII, 312 ; XVI, 430 ; XVII, 125. Sur Monceau voir Herlaut (1529 bis) ; Jamerey-Duval (137).
172 : Sur le libéralisme des privilégiés : du Deffand (331), II, 257 ; Gazier (406), p. 900 ; Millot (199), p. 227 ; Looten (414), p. 392 ; du Hausset (86), p. 22 ; Duclos (1210), I, 22 ; du Deffand (331), I, 152 ; Berthier (487), p. 455.
173 : Prédictions de la Révolution : d’Argenson (6), IV, 83 ; VI, 320, 464 ; VII, 118, etc. ; Barbier (11), IV, 390, 406, 471 ; V, 3, 227, etc. ; de Lille (332), II, 168 ; lettre de Voltaire à Chauvelin du 2 avril 1762 ; de Mopinot (357), juillet, septembre 1757 ; juin, juillet, septembre 1758 ; juillet 1761.
CHAPITRE V
175 : Académie d’Orléans dans Dupuis (947) ; d’Arras dans Van Drival (970) ; de Toulouse dans les Mémoires de l’Académie, 1896, p. 515 ; de Toulouse dans Jarrin (958), p. 70 ; d’Auxerre dans Chaillou (935), p. 190. Delandine (941), France littéraire (975 et 976).
177 : Activité des académies : Besançon (965) ; Journal de Lyon, 1785, p. 163.
177 : Respect de la tradition : Montauban (949), pp. 54, 59 et sq. et Affiches de Province, 1765, p. 175 ; Cherbourg dans Mercure, septembre 1773, p. 141 ; Caen (950) ; Rouen dans Mercure, novembre 1767, p. 107 ; Metz dans Mercure, mai 1768, p. 136 ; Angers (968). Tressan (346), p. 345.
178 : Marmontel (186), II, 264. Activité scientifique : Metz (980) ; Rouen (953) ; Angers (968) ; Caen (950).
179, 180 : Curiosités philosophiques : Metz (980 et 979) ; Mercure, janvier 1760, p. 114 ; avril 1755, p. 97 ; novembre 1770, p. 148 ; 15 avril 1771 ; p. 168 ; Querelles de l’Académie de Nancy, dans Pfister (845 bis), III, 768 et (948), p. 16 ; celles de Lyon dans Grosclaude (793 bis).
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180, 181 : Curiosités sociales : Mercure, juin 1766, p. 150 ; 15 janvier 1772, p. 150 ; 15 avril 1771, p. 167 ; novembre 1766, p. 135 ; Dassy (940) ; Bibliothèque philosophique (1392), IV ; Delandine (941) ; Tougard (373), II, 101 ; Notices (978). Sur les curiosités plus hardies : Mercure, novembre 1757, p. 152 ; Delandine (941) ; Affiches de Normandie (891), 7 oct. 1763.
181 : Sur la fusion des classes : Dijon (742), p. 565 ; Montauban (949), pp. 48, 274 ; Metz (979) ; Besançon (780 bis), I, 167.
183 : Moeurs provinciales : Reims (736), p. 410 ; le Vigan (346), p. 232 ; Châlons (733), p. 375 ; Voltaire : lettres des 22 et 26 juin 1766.
184 : Curiosités philosophiques : Hippeau (465), t. IV ; d’Alembert (311), p. 42 ; Dijon (316), pp. 308, 185, 186, etc. et (742), p. 591 ; Noyon (339), pp. 39, 255 ; Laval (854), p. 255 ; Nantes (1457), Voyage de la raison, ch. LXIII. Jacquart (1531 bis), p. 131.
184, 185 : Lecteurs d’ouvrages philosophiques : Conzié (745 bis) ; Mme de Tartas (369) ; Mme de Lipaux (168), p. 15 ; de Franquières (787) ; de la Lorie (29), I, 250 ; Bonneau (303) ; de Raymond (310), p. 60 ; Deladouesse (73) ; Bar-sur-Aube (464), p. 399 ; Montgaillard (208), p. 10 ; Éricie à Lyon (463), 11 juin 1768 et (874), p. 43. Sur la tolérance J. Dedieu (1518), (842), p. 484, (741), III, ch. 4.
186 : Sur les incrédules : Langres (1549), pp. 81 et sq. ; Lyon (251), p. 61 ; Châlons (847), pp. 478, 483 ; Rouen (18), I, 2 et (733), p. 372 ; Diderot (1204), XIX, 372. Ventes de livres : Caen (909), C,2885, 2886, 2888 ; Beaucaire (916), C,2812, 2804 ; Toulouse (916), C,2815 ; Guillard (46), I, 36 ; Dumouriez (88) ; Jullian (140), p. 13 ; Retif (239), V, 5.
186, 187 : Pratique de l’irréligion : Dijon (742), p. 550 ; Nantes (835), p. 215 ; Châlons (847), p. 483 ; Gray (788), p. 467 ; Caen dans Vanel, Recueil de Journaux caennais, année 1762 ; Buglose dans Bulletin de la Société de Borda, Dax, 1923, p. 87 ; Montpellier (6), IX, 3. Incrédulité des privilégiés : d’Argence, de Maugiron : lettres de Voltaire des 18 janvier 1763 et 1er avril 1767. Mme de Chastenay (56), I, 17 ; Mémoires d’une inconnue (298 bis) ; l’abbé Audra dans Correspondance de Voltaire, lettres des 5 et 15 janvier 1768, 4 septembre 1769 au 21 décembre 1770 ; Note au chapitre 62 de l’Essai sur les moeurs de Voltaire,
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édition de Kehl ; Colomb (322), p. 225 ; Suard (404), p. 2 ; Marmiesse (863), p. 102 ; Gaudet (398), p. 74.
188, 189 : Discussions politiques : d’Arcoux (419) ; Marmoutiers (322), p. 239 ; Dupré (1493), p. 178 ; Laval (851), p. 251 ; Rousseau à Amiens (265), p. 10. Groupe de Mezin (1531 bis), p. 120 ; de Lyon (787), p. 40 ; de Bordeaux (206), p. 627. Beguillet (742), p. 751 ; Bordier (38) ; de Gardanne (308), I, 178 ; Barnave (1096), I, p. VI.
CHAPITRE VI
192 : Dépôts du Mercure, en tête des années indiquées. Abonnés du Mercure, en tête de décembre 1763 ; Journal étranger (404), p. 106. Prix des journaux dans Mercure, 1er juillet 1768, in fine ; catalogue de Lacombe dans août 1767, in fine ; prix confirmés par nombreuses annonces des journaux des provinces. Journal Encyclopédique, 15 novembre 1758, p. 140.
193 : Suard (181), I, 132. Conservatisme des journaux : Mercure ; juillet 1752, p. 120 ; 1er avril 1759, p. 86 ; 1er janvier 1763 ; 1er avril 1767, p. 73 ; 1er décembre 1754 (Locke) ; août 1760 et mai 1762 (les Odes). Affiches de province : 1765, p. 97 ; 1766, p. 97 ; 1770, p. 145.
194 : Journal Encyclopédique : 1er août 1756 ; janvier 1757 ; 1er février 1759 ; 15 mars 1759 ; 1er avril 1759 ; 15 juillet 1759, etc. ; 15 novembre 1759 (Les Moeurs) ; 15 juin au 15 août 1762 (Robinet) ; 15 juin 1757 (Deslandes) ; 15 janvier 1761 (Éloge de l’Enfer) ; 15 mai 1763 (Palissot) ; 15 mars 1759 (Candide).
195 : Hardiesses du Journal Encyclopédique : 15 septembre au 1er novembre 1758 (L’Esprit) ; 15 décembre 1757 (Petites Lettres) ; 1er février 1758 (Nouveaux mémoires) ; 1er octobre 1761 (Réflexions) ; 15 août 1762 (L’Accord). Ses principes : 1er novembre 1757, p. 15 ; 15 juin 1758 (L’Origine) ; 1er novembre 1758 (Recherches) ; 15 novembre 1758 (Observations) ; mars à août 1756 (Noblesse commerçante) ; 1er septembre 1757 (Les Intérêts). Hardiesse du Mercure : sur Diderot, janvier 1755, p. 125 ; juillet 1763 ; avril 1751, p. 128 ; Rousseau, février 1767, p. 111 ; février 1755, p. 109 ; novembre et décembre 1758 ; janvier 1759, etc. ; Condillac, etc., janvier 1755, p. 124 ; septembre 1766, p. 48, etc. ; Bacon, décembre 1759 (voir (1544), p. 185) ; Bayle, janvier 1755, p. 117. Argillan, juillet 1769, p. 47. Le Mercure et l’Encyclopédie, 15 décembre 1750, p.
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108 ; avril, juin, juillet 1751 ; 15 décembre 1753, p. 107 ; décembre 1757, p. 145 ; avril 1758, p. 97, etc. Journal Encyclopédique, en tête du Mercure de février 1759.
197 : Le Mercure et Voltaire : 15 janvier 1757, p. 105 ; 1er novembre 1748, p. 139 ; 15 janvier 1757, p. 124 ; mars 1769, p. 94 ; septembre 1769, p. 80, etc. Lettres, vers, etc., à Voltaire : 15 décembre 1748, p. 40 ; septembre, 15 décembre 1752 ; février 1750, p. 204 ; août 1755 ; 15 octobre 1760 ; juin 1761 ; février 1767 ; 15 juillet 1770, etc. Le Mercure philosophe : 1er août 1753 ; avril, novembre 1755 (Montesquieu) ; septembre 1761 (Beauregard) ; juillet 1751 (Coyer) ; septembre 1758 (Observations) ; août 1761 (Discours) ; février 1767 (Théorie) ; novembre, 15 décembre 1760 (de Réal) ; 15 octobre 1768 (Chinki).
198, 199 : Affiches de Province : 1765, p. 46 ; 1767, p. 46 (affaire Calas) ; 1757, p. 38 ; 1754, p. 13 (Diderot) ; 1758, pp. 121, 125, 151 ; 1759, p. 38 (Helvétius) ; 1758, p. 186 ; 1762, p. 121 (Rousseau) ; 1755, p. 186 ; 1768, p. 162 ; 1764, p. 3 ; 1770, p. 141 ; 1769, p. 132 ; 1768, pp. 48, 84 (Deleyre, etc.) ; 1765, pp. 167, 129 ; 1768, p. 131 ; 1765, p. 146 ; 1759, p. 37 ; 1765, p. 18 (Mémoire pour les curés, etc.).
200 : Journal des Savants : septembre 1758, p. 611 ; 1754, pp. 84, 551, 765, etc. ; 1756, p. 699.
200, 201 : Année littéraire : 1760, IV, p. 241 (Palisse) ; 1768, VII (Voltaire), 1770, III (Delisle de Sales) ; 1768, VI (Chinki) ; 1755, VII, 1756, II (d’Argens) ; 1768, IV (Mercier) ; 1756, VI (La Voix du patriote) ; 1756, VII, p. 313 (La Liberté de conscience) ; 1769, IV (Argillan) ; 1770, I (Éricie).
203, 204 : Enseignement : Coyer (510 bis), pp. 189, 105 ; Guyton (553), p. 209 ; Caradeuc (501), pp. 51, 84. Romans : (1485 bis) ; (1441), pp. 58, 64. —
206, 207 : pratique de l’enseignement : Valenciennes (485), p. 41 ; le Mans (540), p. 12 ; Toulon (494), p. 30 ; Béziers (618), p. 40 ; Rennes (503), p. 23 ; Nogent (499), p. 40 ; Vernon (891), 25 décembre ; Magnac (307 bis) ; Louis le Grand (530), p. 453.
207 : Progrès de l’enseignement : Troyes (505), auteurs français : (609), p. 103 et (530), p. 467 : Valenciennes (485), p. 44 ; Castres (598), p. 280 ; Troyes (505), p. 230.
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678
208 : Prix de français (624), p. 80 ; (95) ; Revue de l’enseignement secondaire et supérieur, t. IV, p. 287 et (891), 18 août 1769, 9 septembre 1763 ; (558), p. 85 ; Concours général : (95), p. 87 ; (41), I, 12. Exercices publics : Bayonne (521), p. 377 ; Magnac-Laval (307 bis), p. 204 ; Vitry (805), pp. 274, 285 ; Riom (511), p. 71.
208, 209 : Collèges d’esprit moderne : Sorèze (616), (564), (443), p. 35 ; écoles militaires (273), p. 3. Rigollet (1356 bis).
210 : Enseignement de la philosophie. Contre la scolastique, exemples dans Savérien, Histoire des philosophes modernes, I, 1 ; Diderot (1204), XV, 526 ; d’Argens (1091), I, 136 : Guyton (553), p. 233 ; Coyer (510 bis), p. 166.
211 : Protestations des élèves : Lemeur (611), p. 245 ; Larevellière (151), I, 18 ; Besnard (29), I, 105 ; Arnault (7), I, 51 ; Millot (198), p. 77 ; Baston (18), I, 29.
212 : Résistances de la scolastique : Chartres (46), I, 40 ; Douai (502), p. 31 ; Angoulême (488), p. 123 ; Arras (815), II, 662 ; Duval (260), I, 82 ; agrégation (561), p. 365 ; Affiches, 1757, p. 165.
212, 213 : Manuels de philosophie : voir les titres à la Bibliographie, n° 633 bis et sq. Sur la condamnation de Le Ridant : archives nationales, M. 71, n° 40-43, 196. Procès de Nantes (578), p. 281.
214, 215 : Chaires de physique : (561), p. 275 ; (615), p. 355 ; (579) ; Vanel, Recueil de journaux caennais ; Bulletin de la société d’études... de Draguignan, 1898-1899, p. 498 ; (572), p. 471 ; (517), p. 199 ; (574), I, 63 ; le cours ms. de la Sorbonne est celui de Roussel. Leprince (167).
215 : Morale laïque : Louis le Grand (530), I, 463 ; Besnard (29), I, 108 ; fête de Sainte Ursule (561), p. 371.
216, 217 : Curiosités philosophiques : Collège de Clermont (catalogue des livres de la bibliothèque... du collège de Clermont, Paris, Saugrain, Leclerc, 1764. Bibliothèque de la Sorbonne U, 28 in-8°) ; Lyon (346), p. 271 ; Vitry (805), p. 282 ; Loménie (534 bis), VI, 194 ; Jurain, Mercure, 1er décembre 1753, p. 149 et (506), p. 564 ; Navarre (584) ; séminaire de Lyon (251), p. 59 ; Genty, archives du Loiret, D, 337.
218, 219 : Sur les élèves : Louis le Grand (530), I, 483 ; Le Mans (167) ; Troyes (505), p. 190 ; Clermont (186), I, 62 ;
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Louis le Grand (530), I, 496 ; la Maison de la Sorbonne (213) ; Siéyès (430), p. 18 ; Grégoire (126), I, 327, II, 2 ; Fleury (105), p. 245 ; Brissot (46), I, 35 et sq.
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE I
241 : Collé dans son journal (64 bis) et sa Correspondance (321), passim ; Hénault (330), I, 335 ; Colardeau (320), 1899, p. 413. Sur les éditions des ouvrages antiphilosophiques, Monod (1555) et catalogue de la Bibliothèque Nationale.
243 : Mercure, 1er octobre 1757.
244 : Thorel (1480), p. 143. Tiphaigne (1481), p. 42.
246 : Duc de Penthièvre (148), p. 9 ; de Castellane (383), p. 1 ; La Ferronays (144 bis) ; Mme de Créqui (324), p. 10.
246 : Besombes (318), p. 107 ; Montgaillard (208), p. 16. Évêque de Toul (795), IV, 299 ; archevêque de Cambrai (463), 12 janvier 1779. Condamnations de la Sorbonne : Archives nationales, M, 75, n° 7-124.
247 : Bourgeoisie et peuple : Joubert (384) ; Carnot (51) ; Mollien (202) ; Nicolas (221) ; Monnier (206) ; Gauthier (116), p. 33 ; Le Clerc (160), p. 195 ; Mercier (191) ; Boutry (745), pp. 86-91 ; Tamisier (261), p. 21.
248 : Le peuple : paroisse de Ruillé (156), p. 126 ; Doué (29), I, 15, 45 ; Valence (257), p. 103 ; Vasseny (734), p. 111 ; Autun (66), p. 414 ; Languedoc et Provence (116), p. 160. Sur les jubilés (1555), pp. 356, 460 ; Barbier (11), V, 39 ; l’Observateur anglais (472), III, lettre 25 ; (828), p. 426 ; Rutlidge (452 bis), 1776, p. 234 ; anonyme anglais (1501 bis), p. 221 ; Norvins (223), I, 207.
249 et 250 : Théâtre : Nantes (769), p. 38 ; Chabanon (54), p. 12 ; Colardeau (320), 1899, p. 393 ; Mme Cavaignac, Tilly, Milscent, Leprince, voir nos Morceaux choisis de J.-J. Rousseau, Paris, Didier, pp. 35-36 ; Velaine (463). Supp. 28 avril 1769 ; le P. Hyacinthe (874), p. 60 ; Beaurieu (458), 1er juillet 1759, p. 97 ; Roucher (1360 bis), ch. 9, notes.
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251 : Naïvetés : Paris (464), p. 403 ; Vendômois (38), p. 221 ; Seguin (251), p. 32 ; prince de Ligne (347), I, 122 ; Con-vulsionnaires (467), 15 avril 1780. —
252 Résistances politiques : Mme du Deffand (331),11, 180 et (332), II, 227 ; Duchesse de Choiseul (331), I, 55. Romans. L’Optique (1454), p. 52 ; Nara (1447), p. 62.
254 : La vie : mort de Louis XV (463), 8 mai 1774 ; Dubault (463), additions, 18 juillet 1771.
255 : Sur les collèges : (223), I, 10 et (29) ; Montbrison dans Affiches de Normandie (891), 23 avril 1779 ; Le Mans (568), p. 233.
255 à 257 : Les moeurs : Grosley (128), p. 46 ; Autun (66), p. 427 ; Thouars (203), p. 16 ; Lyon (94), p. 33. Livres de raison : Seguin (251), p. 80 ; voir les titres de raison cités dans la Bibliographie.
258 : Témoignages généraux : Giovanelli (1538), II, 411 ; Mercier (1310), ch. 25 ; Moore (450), I, 27.
CHAPITRE II
262 : Voltaire : Lettre de Mme du Deffand à Walpole, 8 mars 1778.
267 : « Le célèbre M. Diderot », dans Métra (467), 28 décembre 1784.
269 : Pour les tolérances accordées à Mably : La Harpe (1270), II, 51 ; Métra (467), 1er décembre 1784 ; 29 avril 1785 ; Belin (1504), p. 333.
270 : Éditions collectives de Mably, voir Quérard et Lyon, Delamollière, 1792 (Bibliothèque personnelle). Éditions de Delisle de Sales, voir (1558 ter).
272 : Condamnation de Delisle de Sales (1504), p. 303.
275 à 277 : Opinions de L.-S. Mercier : révolutionnaires : (1471), ch. 38, ch. 76 ; t. II, p. 105 ; modérées : (1471), ch. 26, 76 ; ibid., t. II, p. 104 ; (1313), I, 337 ; (1310), ch. 502 ; (1311), ch. 71 ; t. II, p. 109 ; Tableau (1310), ch. 4, 7, 15, 55, 60. Voir aussi (1543), p. 201.
278, 279 : Écrivains plus obscurs : Gaillard : lettre de Mme du Deffand à Walpole, 9 juillet 1775 ; Vertot (467), 3 septembre
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1783 ; Éloge de l’Hospital (1237), (1356), pp. 20, 22, 45. Cardinal de Boisgelin (410 bis), p. 302 ; Linguet (1293), pp. 70, 222 sur les brochures, voir Métra (467), 15 janvier 1783, 29 avril 1785.
279, 280 : de Ponçol (1349), p. 10 et ch. 5 ; d’Espagnac (463), 10 avril 1780 ; Yvon (463), 4 octobre 1780 ; Mailli, L’Esprit des croisades, Paris, Moutard, 1780 ; Robinet (1360) ; Pastoret (1341) ; Ferrières (1222) ; Levesque (1285).
280, 281 : Sur les oeuvres antireligieuses, voir ma Bibliographie (1558 ter) ; Millon (1317), p. 133. Manuel (1299), p. 1. Maréchal (1301), p. 36 ; Voltaire « bigot » (467), 11 juin 1783.
281 : Réformes politiques : Bachaumont, 24 novembre 1776 ; Mercier (1310), ch. 834 ; Stourm (1573). Sur les titres complets et dates des oeuvres voir notre Bibliographie à la division.
281 : Lezay-Marnesia (1289), p. 11.
282 : Levesque (1284), IIe partie, ch. 33-35 ; Barnave (1096), III, 270 ; Condorcet (1499), p. 25 ; Martin de M. (1305) ; Morizot (1333), ch. 1.
283 Outre l’Éloge de l’Hospital de Guibert, voir son Essai de tactique (1236), p. XXIV.
284 : Deleyre (1187), pp. 316, 82, III, 23, 45, 63 ; Carra (1154), pp. 5, 18, 220 ; Maréchal (1302), psaume 18 et (1301) ; et Bachaumont, 25 janvier 1786.
285 : Tifaut (1380), p. XVI ; Boncerf (1122), p. 64 ; Perreau (1343) ; Code de la raison dans Métra, 30 novembre 1776 ; Marquis de Mirabeau (1323), p. 127 ; Manuel (1299).
286 : Réformes sociales : Brissot notamment (1392), t. VI, p. 320 ; Prost dans son Dictionnaire de jurisprudence (1784) ; Pastoret (1340), p. 7 ; sur Dupaty, Métra, 5 novembre 1784. Autres réformateurs du code : Landreau du Maine au Picq, Petion de Villeneuve, etc.
288 : Sur les finances voir Lichtenberger (1543) ; Encyclopédie méthodique, voir notamment partie Finances, Discours préliminaire ; partie Économie politique, article Impôt ; d’Arcq (1088), Préface I, ch. 6, 7, 12 ; II, ch. 2, 3 ; Deleyre (1187), pp. 262 et sq.
288 : Bouilly (42), I, 70 ; Encyclopédie, partie Jurisprudence, à Divorce.
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289 à 292 : Littérature d’imagination : On ne s’y attendait pas (1487), II, 15, 18, 118 ; Roman philosophique (1489), p. 92 ; Doray (1442), pp. 11, 14, etc. Nougaret (1473), I, 34, 121 ; II, 190, 329 ; III, 203, 264 ; IV, 196, etc. Roman philosophique (1489), pp. 79, 96, 100, 104, 112, etc.
293 : Théâtre : Lemierre dans Bachaumont, 30 juin 1780 ; sur les Druides (323), p. 839, Bachaumont, 22 mars, 19 avril, 18 mai 1772 ; sur Jean Hennuyers, Bachaumont, 12 novembre 1772.
295 : Rôle des philosophes sous la Révolution, voir Lichtenberger (1543), Kuscinski (407), Feugère (1524), Morellet (213) ; Marmontel (186), III, 181 ; M. Baldensperger a trouvé à la bibliothèque d’Amsterdam une lettre inédite de Mercier où il renie la Révolution.
296, 297 : Morale sociale : Prix de l’Académie : Bachaumont, 25 août 1784 ; Concours de Châlons (740), p. XXXVI, 212 ; Chastellux (1164). Introduction ; Journal de Lyon (793), p. 170.
300, 301 : Diffusion : des Essarts à l’article Hôpital ; Boismont (1119), I, 6. Discours royaux (740), p. 146. Avis sincère (719), p. 30 ; Boismont (1119), p. 3 ; Métra, 19 décembre 1781. Sur les rosières et fêtes de la vertu (1556 bis), p. 116 ; les vers sont de Roucher dans Les Mois.
301 à 303 : L’étude de la naissance du sentiment patriotique est ébauchée dans Brenner (1508) ; Duclos (1210), I, 186 ; Facultés de Rennes (661), p. 117 ; Vallier dans Mercure, avril 1759. Sur les pièces : (1508) ; Lyon dans (793 bis) ; Le navire Le Citoyen (445), p. 39. L’escadre citoyenne (758), II, 416. Sur la Philopatrie, Journal des Savants, 1782, p. 344 et Journal de Paris, 14 février 1782. Opinion d’un Bordelais (826), p. 10 ; Affi-ches du Dauphiné, 1774, p. 107 ; 1775, p. 95.
303 : Journal de Paris, 29 mars 1779 ; 2 mars 1783 ; 30 septembre 1784 ; 15 août 1784 ; 19 mai 1786 ; 3 septembre 1787 ; Journal de Lyon, 1785, pp. 11, 39, 89. Sur La bienfaisance française, Métra, 25 mai 1778. Société d’émulation (941), p. 168 ; Bachaumont, 15 mai 1777, 4 juillet 1783 ; Archives du Calvados C, 2502 ; Bloch (740), p. 353.
304 : Boucher d’Argis (1126). Hôpitaux : Bachaumont, 28 avril 1783, 27 juin 1787. Sociétés provinciales (1565), p. 163 (896), 6 juillet 1768 ; Y. Bezard dans Revue de l’histoire de Versailles, 1921, p. 260 (424), p. 158 ; Bachaumont, 20 mai 1786, 4 mai
Les origines intellectuelles de la Révolution française
683
1787 ; archives de Bourg CG, 244. Grands seigneurs et intendants : (740), p. 351 ; (1493), p. 212 ; (807) ; (210), p. 24 ; H. Bonhomme (Le Duc de Penthièvre, Paris, 1869) ; (223), I, 129 ; Bachaumont, 26 novembre 1781.
CHAPITRE III
307 : Sur la législation : Bachaumont, Additions 5 avril 1774 ; 14 juillet 1781, 15 mai 1785 ; Archives de l’Hérault, C, 2804 et J.-P. Belin. Édition de Voltaire : Bachaumont, 9 mai 1781. Livres condamnés : Belin, Rocquain (1563 bis) ; Monin (1554) ; collection Anisson (1577) ; Bachaumont passim.
308 : Vitel (100), I, 24 ; Sylvain Maréchal, Bachaumont, 9 juillet 1785. Vie privée, Métra, 7 mars 1781, 14 janvier 1781 ; l’Alambic, Bachaumont, 11 avril 1780 ; Raynal (1524), p. 277. Contre les censeurs, Métra, 14 octobre 1775 et (99), I, 58. Sur la vente à Versailles (876).
309 : Brissot (46), I, p. 104 et (315), p. XXI. Fauche-Borel (100), I, 14 ; Delisle de Sales (1192), p. 107 ; Andrews (441), p. 75 ; Rutlidge (452 bis), p. 280.
310 : Sur le nombre des éditions voir (1558 ter) ; Feugère ; catalogue de la Bibliothèque nationale.
310, 311 : Sur l’irréligion des officiers (1501), II, 220. Sur les salons : (260), I, 45 ; (252), I, 56 ; (383), p. 1 ; (349), 11 et sq. ; (431 bis), p. 36 ; (2), I, 167 ; (389) ; (115) ; (84), I, 7 ; (280), p. 36 ; (112), I, 4 ; (397), p. 10 ; (21) ; (252) ; Bachaumont, 16 juin 1772 ; (84), etc. Acheteurs de livres prohibés : (1505), p. 102.
312 : Comtesse d’Egmont (388), p. 110 ; Saint-Chamans (248), p. 71 ; prince de Conti, Bachaumont, 6 et 10 août 1776 et (332), III, 243.
312, 313 : Le clergé : (615) ; (1119), p. 19 ; Bachaumont, 26 janvier 1784 ; de Boisgelin (410 bis), p. 190 : prédicateurs (1555), p. 461 ; Bachaumont, 10 avril 1780, 30 avril 1781, 4 septembre 1786 ; Métra, 30 août 1775.
313 : Cochin (325), 18 mai 1782 ; prêtres incrédules : (148), p. 3 ; (366), nouvelle série, I, 346 et (245), II, 185 ; (223), I, 35 ; (1505), p. 103.
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313 à 316 : Noblesse libérale : les citations viennent de (252), I, 39 ; (28) ; (41), I, 92 ; (232), I, 59 ; (222), p. 22 ; (56), I, 29. Exemples : (1514), p. 233 ; (222), p. 24 ; (280), p. 29 ; (112), début ; (223), I, 22 ; marquis de Paulmy, Métra, 17 juin 1785 ; Marie-Antoinette (1537) ; exemplaire de Raynal, Bibliothèque nationale Rés. 2623 ; (354), p. 74 ; Bachaumont, 14 juin 1780 ; Ségur (252), I, 100 ; Montlosier (209), p. 37 ; La Fayette (413), II, 243 ; Girardin (122), I, 61 ; d’Egmont (388), p. 110.
316, 317 : Salons libéraux : (1514), p. 222 ; (380), p. 19 ; Bachaumont, 11 novembre 1780, 30 mai 1781 et les mémoires cités plus haut, pp. 273 à 275. Gens de lettres : Young, I, 229 ; (260), I, 60 et (1559 bis).
317 : Prêtres libéraux : (410 bis), p. 303 ; (422), ch. 2 ; curé d’Orangis (1514), p. 236 ; Ségur (252), I, 39.
318 : Classes moyennes : Pamphlet (1414), I, 3 ; Montbarey (207), III, 153 ; Duveyrier (95), p. 50 ; Histoire de Laurent Marcel (1483 bis), II, 153 ; Ducis (328), 9 avril 1771 ; Cochin (325), p. 78.
319 : Exemples : Bachaumont, 4 mars 1785, 6 mars 1774, 28 juin 1783, additions 4 août 1774 ; de Vandeul (578 bis), p. 23 ; Carnot dans ses Mémoires, Paris, Baudouin, 1824, p. 200 ; Fréville (217), p. 94 ; C. du T. (443), p. 42 ; Thiébault (263), I, 185 ; Moreau de J. (212), p. 363. Ordonnances : (1554), p. 403 ; ordinations (1555), p. 463 ; Bachaumont, 22 août 1784 et 19 novembre 1785.
320 : Bourgeoisie libérale : Mme de Boufflers (341), p. 267 ; de Véri (275), I, 298 ; Rutlidge (452 bis), 1776, p. 22. Anecdote dans (1399), 1er août 1787. C. du T. (443), p. 8, Bouisset (845), p. 94 ; Servan (1376), p. 243.
321, 322 : Desmoulins (391), p. 21. Prestige des philosophes : (1310), t. IX : la Nouvelle Athènes (1501 bis), p. 223 ; (260), I, 110 ; (1493), p. 150 ; Baston (18) ; de Cicé (208), p. 17 ; de Belloy (182), I, 205 ; abbé Riballier, lettre inédite de 1784, analysée dans un catalogue de la librairie H. Safroy, 15, rue Guénégaud, Paris, 1926. Joubert (384) ; Bergasse (1112) ; Mme de Castellane (389) ; bourgeois parisiens (408 bis).
322 : Les Cafés : Mopinot (357), juillet, p. 186 ; nombre des cafés : (1525 bis), ch. 13 ; (1310), I, ch. 71 : des cafés.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
685
324 : Couplet dans Métra, 26 octobre 1778 ; Mlle C.D. dans Journal de Paris, 13 juillet 1785.
324, 325 : Les clubs : Métra, 17 février 1785, 28 décembre 1784 ; Bachaumont, 25 mars 1785 ; (213), I, 337 ; (1497) ; Bachaumont, 9 août 1785 ; Avis sincère (719), p. 30 ; Lefebvre de B. (161), p. 12 ; club de Brissot (315), p. 74 ; club politique, Bachaumont, 4 avril 1782 ; Guimar (796), p. 531 ; Métra, 23 juillet, 3 décembre 1783 ; Bachaumont, 28 août 1787 ; société gallo-américaine (315), pp. 106, 111.
325, 326 : Sociétés littéraires : Pahin de la Blancherie, Mercure, juin 1781, p. 233 ; Bachaumont, 19 juin 1778, 7 février 1779, 1er juillet 1781, 3 janvier, 10 mars, 22 avril, 28 octobre 1782, 18 décembre 1784, 5 février, 17 avril 1786. Sur les Musées : (515) ; Bachaumont, 17 novembre, 1er décembre 1780, 2 décembre 1781, 7 décembre 1782, 5 février, 27 juillet, 7 et 9 août 1783, 1er janvier, 7 décembre, 31 décembre 1784, 5 août, 18, 24 décembre 1785, 5 octobre 1786, etc. ; Journal de Paris, 30 novembre 1783, 1er décembre 1784, etc. ; (1559 bis), p. 210 ; Métra, 13 juin 1778, 19 mars, 22 octobre 1783, etc. ; (366), I, 313 ; (217), pp. 62, 87 ; (434), p. 166. Sur le Lycée (515) : Bachaumont, 24, 28 avril 1784, 4 janvier, 27 février 1786, etc. ; Journal de Paris, 7, 13, 20 février, 24 novembre 1786, 27 octobre, Zef décembre 1787 ; (1312), 18e entretien, Cloots (1169), p. 77.
326, 327 : Bachaumont, 30 avril 1782 ; académie du Pont Saint-Michel (385), p. 32 ; sur la Société d’émulation, voir notamment l’Espion anglais, t. VI ; Cordier de Saint-Firmin, Bachaumont, 17 novembre 1782. Cours : Journal de Paris, passim.
328, 329 : Bibliothèques publiques : Bibliothèque nationale (453), I, 323 ; (538), II, 202 ; (1310), n° 194 ; (449), p. 117 ; (452), p. 292 ; Bibliothèque Sainte-Geneviève (538), I, 82 ; (449), p. 97 et (441), p. 216 ; sur d’autres bibliothèques (441), p. 217 ; (449), p. 117 ; France littéraire (976), 1784 ; Journal de Paris, 21 janvier 1780 ; archives municipales de Paris, 0 609, n° 387.
329 : Cabinets de lecture : Bachaumont, 30 décembre 1762 ; collection Anisson, 1577, 22 085, n° 52, 56, 56 bis, 68, 69, 71 ; (621), p. 83. Junker dans Mercure, décembre 1777, p. 184.
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CHAPITRE IV
331, 332 : Province arriérée : Voltaire, Dictionnaire philosophique, article Goût ; la Dixmerie (1269 bis), ch. 32 ; Montlosier (209) ; Valès (269) ; Dutillieu (94) d’Argenson (6), 17 juin 1751 ; Bourges (867), p. 273 ; A. Young (454), 31 août 1787, 4 juillet, 27 juillet, 7 août 1789 ; Mme Roland (366), I, 144, 517 ; Guéret (873) ; Poitiers (737), p. 159 ; Nevers (413), p. 53 ; Limousin, archives historiques du Limousin, t. IV, 1892, p.379 ; Auvergne (447), III, 337.
333 : Noblesse et clergé : Mme de la Tour du Pin (152), I, 3 ; évêque de Lescar (300), p. 209 curé de Valmunster (426), I, 7 ; de Prades (863), p. 102 ; chanoine de Cambrai, Bachaumont, 12 janvier 1779 ; l’Esprit de Raynal (671 bis), p. 344 ; Chartres (46), pp. 57-62 ; abbé Bouisset (845), p. 93 ; Lorraine (833), pp. 89, 90, 358 ; Montlosier (209), I, 36.
334 : Libéralisme : Raynal (1524), p. 420 ; Vaublanc (273), p. 82 ; Thuret, Bulletin de l’Académie des Sciences... de Clermont-Ferrand, janvier 1924 ; Fléchères (843) ; Tryon (112), I, 118 ; Gontaut-Biron (149), p. 62 Normandie (764), p. 111.
324 à 338 : Classes moyennes ; Lyon (793 bis) ; Mgr Douaz (883), p. 89 ; Perpignan (138), p. LX1 ; Lille, Bachaumont, 8 octobre 1784 ; Annonay (697), p. 73 ; Ibarrart (312), p. 432 ; M. R... (376), p. 10 : Mlle Cannet (366), Nouvelle série, I, 459 ; Lorraine (833), p. 352 ; François de N., Année littéraire, 1774, t. I ; Ibarrart (312), p. 422 ; Chartres (46), I, 59, 62 ; Mme Nuttet (393), p. 307 ; Pontivy (819), p. 66.
338 : Mépris du Dimanche : Caen (147), p. 77 ; Moulins (78), p. 668 ; Rambervilliers (785), p. 195 ; Ainay-le-Château (809), II, 523 ; Saint-André (147), p. 178.
337 : Libéralisme : Largentière (834), p. 133 ; de Véri (275), I, 26. Sur les salons provinciaux : Caen (870), p. 380 ; Mayenne (790), p. 378 ; Agen (157), p. 5.
338, 339 : Théâtre : sur les théâtres de société : Tours (42), I, 49 ; Clermont (209), I, 43 ; Dijon (195), pp. 120, 182, 187 ; Autun (66), p. 409 ; Guise, ibid. ; Poitiers (757), pp. 182, 203 ; Saint-Dizier, Avignon, etc. (116), passim ; Quintin (105), p. 249. Éricie (1528), p. 367 Année littéraire, 1770, I, p. 35 ; Affiches d’Orléans, 27 octobre 1775 ; Affiches de Reims, 4 décembre 1786. Olympie, (791), p. 110 ; (743), pp. 107, 127 ; Veuve du Malabar, Affiches de Chartres, 21 janvier 1784 ; Les Druides,
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Affiches d’Orléans, 27 janvier 1786 ; Partie de chasse (743), I, 21 ; (769), p. 49 ; Journal de Lyon, 1784, p. 13 ; (757), p. 214 ; Bordeaux, Courteault dans Revue historique de Bordeaux, juillet-octobre 1923 ; Barbier de Séville (780), p. 210 ; (791), p. 113 ; (116), p. 106 ; Mariage de Figaro : Lyon, Journal de Lyon, 1785, p. 233 ; (827), p. 162 ; (1064), p. 41 ; Affiches d’Orléans, juillet et septembre 1785 ; Archives de Bourg, DD, 32 ; (743), I, 107, 122 ; (791), p. 126 ; (833), p. 352 ; Lille (816), I, 355 ; pour Bordeaux (881 bis).
339, 340 : Témoignages généraux : Mercier (1310), ch. 354, Delandine (942), p. 23 ; Auvergne (385), p. 15 ; Lyon (793) : « Lettre à M. Mercier ou tableau de Lyon » ; Alais (387), p. 82. Vente de livres : Nîmes, Archives de l’Hérault C. 2804, 2813 ; Bordeaux (730), p. 16 ; Agen, ibid. Rennes, Archives d’Ille-et-Vilaine, C. 1468 ; Brest (807), p. 178 ; Lyon (787), p. 68 ; Amiens (751), II, 396 et (527), p. 578 ; Montauban dans Lévy-Schneider, Jean bon Saint-André ; Pontivy (819), p. 58 ; l’Encyclopédie à Lyon, Affiches du Dauphiné, 1776, p. 126. Acheteurs de livres prohibés (1505), p. 104. Regnault (869), p. 143. Bibliothèques suivantes : (1510), t. VII, pp. 46-47 ; Lapauze (669), p. 53 ; Desgenettes (77), p. 48.
341 : Académies : Agen (977), p. 3 ; Orléans, Mémoires de la société d’agriculture... d’Orléans, 1900, p. 1 ; Bayeux, Bulletin de la Société historique... de l’Orne, janvier-avril 1923, p. 123 et (845), p. 60. Contre leurs bavardages : (1343), ch. 22 ; (1147), p. 163 ; (207) III, 164 ; Dupont de J. (934), p. 12 ; Latapie (446), p. 349.
342 : Curiosités philosophiques : Arras (957), p. 64 ; Bordeaux (952), p. 374 ; La Rochelle (765), II, 177 ; (978), p. 27 et Année littéraire, 1786, t. V ; Amiens, Mercure, 5 octobre 1778, p. 55 ; Agen (938), p. 20 ; Jeux floraux en 1778 ; Raynal (945 bis), I, 142 et (1524), p. 273 ; Rouen (941) ; Ferlet (1220 bis), p. I, Montbarey (207), III, 164.
343 : Problèmes religieux : Montauban, Affiches de province, 1777 ; Besançon (941), p. 209 : Toulouse sur Bayle : Affiches de province, 1772, p. 131 ; Correspondance de Grimm (464 bis), X, 7 ; Voltaire, Dictionnaire philosophique, article Bayle ; archives de l’Hérault, C. 2813.
344 à 346 : Problèmes politiques : Jeux floraux, Affiches de province, 1783, p. 111. Besançon (932) en tête ; Babeuf (1543),
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p. 442 ; Lyon dans Grosclaude (793 bis) et Affiches du Dauphiné, 11 mai 1787 ; Agen (977), p. 15 ; Châlons (963), pp. 224 et sq. ; (941) ; Affiches de province, 1779, p. 200 ; Orléans, Archives du Loiret, D 710-713 ; Metz (434), p. 183 et (980) ; Rouen (953) ; Agen (977) ; Bordeaux (952), p. 85 ; Angers (932) en tête ; Arras (957), p. 64 ; Dijon, Mercure, février 1773, p. 155.
347, 348 : Universités. Sur les querelles des universitaires (1506) ; Vénalité : Perrault, Mémoires ; Montpellier (578), p. 265 ; La Mettrie (1506), p. 12 ; Angers (29), I, 122 ; Reims (315), p. XX ; Bourges (498), p. 26. Dans les Cahiers voir (985), (986), (982) ; clergé du bailliage d’Autun ; Tiers de Vienne, Saint-Sauveur-le-Vicomte, Belley, etc. Décadences : (622) et Liard (574). Sur la suite, voir Liard.
349 : Sociétés littéraires : Châlons (975), p. 45 et Archives de Châlons BB 33 ; Arras (815), II, 648 ; Clermont (933), p. 206 ; Besançon (975), p. 28 ; Alais (387) ; Reims (840), p. 137 ; Milhaud (976), I, 105 ; Laval (854), p. 259.
349, 350 : Fondation de ces sociétés : Metz (979) ; Strasbourg (967), pp. 55, 56 ; Mayenne (790), p. 576 ; Bayeux (928), p. 122 ; Cherbourg, Affiches de Normandie, 28 mai 1773 et Affiches de province, 1774, p. 16 ; Carentan (976), 1784, p. 61 ; Villefranche, Affiches de province, 1775 ; Lyon (973) ; Clermont, Feuille hebdomadaire pour la province d’Auvergne, 21 octobre 1779 ; Saint-Antonin (933), p. 205 ; Périgueux (945), p. 597 et Archives de Périgueux, BB 34 ; Moulins (696), p. 122 ; Grenoble (787), p. 70 et Archives de Grenoble, GG 243 ; Boulogne, Bulletin de la société académique de Boulogne-sur-Mer, 1882, p. 270 ; Bourg (754), p. 85 ; Valence (787), p. 70 ; Mortain (976), 1784 ; Lille (713), I, 372 et (981) ; Dunkerque (407), article Fockedey ; Dijon (933), p. 205 ; Villefranche, Affiches de Toulouse, 14 mai 1788 ; Le Havre (741), III, 447 ; Bergerac, etc. (933) : Affiches de Dijon, 7 août 1787.
350 : Leur activité : Lille (981) ; Roye (758), II, 508 ; Valence, Archives de la Drôme, D. 72 ; Saint-Antonin (944). Société patriotique bretonne (959) ; Agen (955) et (446), p. 349.
352 : Castres (946) ; Laval (966) ; Mulhouse (967) ; Toulouse, Affiches de Toulouse, 23 janvier 1788 ; Le Havre (741), III, 447 ; Saint-Brieuc, Mémoires de la société d’émulation des Côtes-du-Nord, 1922, p. 102 ; Rennes (936), I, 32.
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353 : Lyon (754), (973) et (793 bis) ; Metz (979).
354 à 355 : Chambres de lecture : Nantes (796), p. 518, Archi-ves de Nantes, GG 669 et (962) ; Bourg (206), p. 261 ; Lyon dans (793 bis) ; Coutances (74), II, 48 ; Boulogne (466), p. 92 ; Colmar (798), II, 155 ; Bayeux. Bulletin de la Société historique... de l’Orne, janvier-avril 1923 et (961), p. 219 ; Niort (943), p. 65 ; Rennes (971), p. 193 ; Chartres (886), 19 décembre 1781 ; Lyon (793 bis) ; Quimper et Saint-Malo (936), I, 20 ; Pau (1510), VII, 47 ; Saint-Gilles (931) ; Bourges (883), 30 mars 1785 ; Morlaix, Troyes, Auxerre, ibid. Le Mans (219), II, 130 ; Nice, dans Nice historique, janvier, février 1924, p. 25 ; Moulins (933), p. 205 ; Machecoul (962), p. 363 ; Clermont (454) 12 août 1789 ; Auxerre (853), p. 188 ; Metz (454), 14 juillet 1789 : Le Havre (929), p. 7 ; Saint-Brieuc, Saint-Pol, Archives de l’Ille-de-Vilaine, C 1318.
356 : Bureaux de correspondance : (962), p. 360 ; Affiches de Normandie, 13 mars 1767 ; (1566) Luneau de B. (1577), n° 22 123 (47 et 48) ; 22 085 (n° 71) ; Archives de Boulogne, 1681 ; Georgelin (962), p. 359.
356 : Clubs et cafés : Clamecy (761), p. 99 ; Angers (29), I, 134 ; Reims (1019), p. XXIX ; Affiches du Poitou, 1786, p. 102 Dole, Affiches de Dijon, 7 août 1787 ; Bergerac (685) ; Bordeaux (822), p. 249 et (826), p. 30.
357 : Évolution de ces sociétés : Cherbourg, Coutances, Limo-ges (933), p. 212 ; Bergerac (685), Castres, etc. (933) ; Bretagne (962), (937) et (933) étudiants en droit (862), p. 52.
358, 359 : Bibliothèques : Provins (1510), VII, 43 ; Meaux (569) ; Lille (871), p. 72 ; Laval (854), p. 248 ; Caen, Archives du Calvados, D.501 ; Lyon (837), II, 837 ; Bordeaux (806), p. 577 ; Dijon, Archives de la Côte-d’Or, D.20 ; Nantes, Archives de Nantes GG 668 ; Nancy (948), p. 1 et (845 bis), p. 761 ; Lyon, Archives du Rhône, D.264, 265, 450 ; Lyon (837), II, 837 ; Niort (943), p. 65 ; Langres, Archives, BB 1309, 1234, 1235, 1156 ; Reims, Affiches de Reims, 5 avril 1773 ; Grenoble (951), p. LXXVII et Affiches du Dauphiné, 6 mai 1774, 2 mars 1787 ; Bordeaux (952), p. 377 et (451), f° 118 ; Toulouse (451), f° 115 ; Carpentras (451), f° 49 ; Pamiers (484), p. 50 ; Grenoble, Archives, GG 242 ; Périgueux (1510), VII, 43 ; Rouen (953), I, 35 ; Poitiers : Affiches du Poitou, 20 mars 1783 ; La Rochelle
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(978), p. 25 ; Valence, Archives de la Drôme, D.72 ; Troyes (496), p. 85 ; Vesoul (992), I, 18 ; Verdun (145), I, 101.
360, 361 : Cours publics : Angers (151), I, 54 ; Dijon, Archives de la Côte-d’Or D 21 ; Verdun (595), p. 68 ; Orléans, Affiches d’Orléans, 14 août 1767 ; Rennes, Archives d’Ille-et-Vilaine, C.2531. Écoles : Reims, Affiches de Reims, 28 septembre 1772 ; Angers, Mémoires de la Société nationale d’agriculture... d’Angers, 1902-1903 ; Rodez (576), p. 127 ; Caen (597), p. 23 ; Grenoble, Affiches du Dauphiné, 1777, p. 134 ; 10 juin 1778, p. 22 ; Metz (980) ; Châlons, Archives, GG 154 ; Amiens, Archives AA 28 ; Reims, Affiches, 17 avril 1780 ; Bourg, Archives de l’Ain, D.11 ; Verdun (595), p. 68. Sociétés d’émulation : Reims (956), p. 185 ; Bordeaux (934), p. 9. Musées et Lycées : Dijon (964), p. 18 et Archives de la Côte-d’Or, D. 139, C. 3690 ; Orléans (954), p. 191 ; Bordeaux (806), p. 577, (934) et (822), p. 304 ; Lyon, Journal de Lyon, 1786, p. 56 ; 1787, p. 42 ; Toulouse, Affiches de Toulouse, 30 avril 1788 ; Doray de L. (1442), p. 11.
CHAPITRE V
363 à 365 : Villemain (627). Nombre des élèves : Louis le Grand (530), I, 77 ; Pontoise, Archives de Seine-et-Oise, D. 83 (1783) ; Clermont (650), p. 414 ; Montbéliard (547), p. 94 ; Chinon (623), p. 101 ; Neufchâteau (593). En progression : Rennes (1531 bis), p. 20 ; Châlons, Archives de la Marne, D. 49 ; Belley (608), p. 130 ; Sorèze (616), p. 485. En régression : Chinon (623), pp. 93, 101 ; Le Mans (540), p. 9 ; Angoulême (488), p. 126 et Bourrilly (983), p. 142 ; La Flèche (486), p. 123 ; Riom (511), p. 147 ; Troyes (496) ; Amiens (527), pp. 529, 630 ; Reims (506), pp. 471, 617 ; Bourges (498), pp. 17, 40 ; Rouen (606), p. 73 ; Léon (592), p. 84 ; Saint-Sever (629) ; Moulins (491), p. 287 ; Pau (516), p. 181 ; Nantes (578), p. 182 ; Bellac, Archives de la Haute-Vienne, GG 30 ; Grenoble, Archives de Grenoble, GG 237 ; Bordeaux (543), pp. 489, 511, 513 ; Poitiers (838), p. 106 ; Châtellerault (983), p. 137 ; Sedan (847), III, 442 ; Charleville, Archives de la ville, GG 91 ; Compiègne (314), p. 264 ; Autun (610), p. 1 ; Verdun (595), p. 76 ; Guéret, F. Villard, Le collège de Guéret, 1906, p. 43 ; Abbeville (828), II, 522, Montpellier (545), p. 58 ; Péronne (626), p. 38 ; Pamiers (484), pp. 34, 50 ; Tulle (1035), p. 100 ; arrêt du Parlement (605), 1903, p. 47 ; cahiers (986), p. 10.
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365 : Suppression de collèges. Exemples de collèges infimes (486), (602), (738), (481) ; Pontivy (819), p. 277 ; Ploërmel (736 bis), p. 178 ; Cloutier, Archives du Calvados, D 504 ; Armentières, archives de la ville, GG 95 ; Montreuil-Bellay, G. Charier, Montreuil-Bellay à travers les âges, Saumur, Charier, 1913, p. 168 ; comté nantais (578) ; Ensisheim, Bulletin de la société belfortaine d’émulation, 1872-1873, p. 75 ; Saint-Nicolas, A. Allier, Histoire de Morlaix, Auch, 1878, p. 43 ; Thiers (560), p. 270 ; Aire, etc. (556), p. 102.
365 : Plaintes sur la décadence : Auxerre (602), p. 185 ; voir aussi (498), p. 51.
366 : Prestige de l’enseignement : Autun (610), p. 25 ; Eu (497), p. 286 ; Magnac-Laval (587), p. 203 ; Brioude (560), p. 300 ; Glais (123), p. 4 ; Gimont (525), p. 278 ; Avallon (602), p. 223 Orléans, Affiches d’Orléans, 5 septembre 1777 ; Chartres, Affiches de Chartres, 27 mars 1782.
367, 368 : Boursiers : (530), I, 309, (737), p. 95 ; (493), p. 366, Archives de Moulins, D. 10 ; (798), II, 90 ; (623), p. 111, (527), p. 695, (616), p. 366, (522), p. 297, (807), p. 222.
368, 369 : Programmes d’enseignement : Bérardier (535), p. 93 ; Riom (628), p. 150 ; Dijon, archives de la Côte-d’Or, D. 20, 21 ; Bourges (498), p. 41 ; Belley (608), p. 139 ; Bourg, archives, GG 244, D. 11 ; etc. On trouvera des exemples analogues dans la plupart des histoires de collèges. De même pour les exercices publics : Ancenis (578), p. 131. Petits collè-ges : Rebais (Ardennes), Archives, D,7 ; Villeneuve-le-Roi (602), p. 249 ; Chabeuil (565) ; Desaix (417).
370 : Maîtres de pension : Verdier, J. Philippe dans Revue pédagogique, 1910, p. 327 : Duchange, Affiches de Picardie, 18 septembre 1773 ; La Saussaye, Journal de Normandie, 20 avril 1788 ; Gresset, Affiches de Bourges, 23 février 1785 ; affiches de Reims, 17 janvier 1780, 27 décembre 1784 ; Abbeville (599), p. 334.
372 à 374 : Résistances : Gosse (549) ; Proyart (1510), VII, 122 ; Eu (497), p. 62 ; Dreux (1557), p. 91 ; Troyes (505). Enseignement du français : Mayenne (790) ; Tourcoing (570), p. 31 ; Orange (630), p. 69 ; Bayonne (521), p. 380 ; Doué (29), I, 51 ; Verdun (595), p. 72 ; Doubs, Revue de l’enseignement secondaire, t. V, p. 167 ; Bordeaux (543), p. 522 ; collège d’Harcourt (223), I, 24 ; Amiens (572), p. 468 ; Quimper (535),
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p. 89 ; Abbeville (599), p. 313 ; Le Mans, Revue de l’enseignement secondaire, t. IV, p. 59 ; Bourges, Affiches de Bourges, 17 septembre 1783 ; Châtellerault (588), p. 38 ; Orléans (624), p. 105 ; Eu (497) ; Norvins (223), I, 24. Pour les prix voir les différentes histoires de collèges, les affiches des provinces, etc., et le Journal de Paris. Pour le Concours général, le Journal de Paris.
374, 375 : Traces de curiosités philosophiques : Arras (556) ; Lisieux, Revue de l’enseignement secondaire, 1889, p. 223 ; Bourges (746), p. 92 ; Arras (556), p. 104 ; Troyes (505), p. 121 ; Pau (516), p. 199 ; Montbéliard (517), p. 121 ; Sorèze, etc. (616), pp. 444, 467 ; Bourges (498), p. 57.
375 à 378 : L’esprit des élèves et des maîtres. Irréligion : Desgenettes (77), p. 26 ; Arnault (7), I, 42 ; Felletin, Documents historiques... concernant la Marche et le Limousin publié par A. Leroux, E. Molinier, A. Thomas, 1883, p. 277 ; du Veyrier (95) ; Caen (597), p. 69 ; Malouet (182), I, 69 ; du Bois de Bosjouan (524), p. 252 ; Pollin (231), II, 214 ; Chassaignon (55 bis) III, 84 ; Concours général, Bachaumont, 24 juillet 1784 ; abbé Faucher (273), 10, 27, 52 ; de Romain (242), I, 54.
377, 378 : Les roturiers pauvres au collège : La Chalotais (563 bis) ; Guyton (553), p. 49 et (616), p. 531 ; Neufchâteau (593) ; Alsace (798), II, 84 ; Draguignan (836 bis) ; Le Mans (486), p. 142 ; Sorèze (616), p. 487 ; Louis le Grand (530), I, 365, 448, 374 ; Mahérault, Revue historique... du Maine, 1921, p. 135 ; Gireux (119), p. 7 ; Beaumarchais (413), p. 25 ; Colin d’Harleville et Andrieux : Préface par Andrieux de l’édition des OEuvres de C. d’Harleville, 1821 ; Romme (437) ; Dupont de Nemours (90), p. 131.
379 : Marmontel (186), III, 157 ; Mallet du Plan (181), I, 130 ; Saint-Brieuc (811), p. 173 ; Goujet (337), 1901, p. 489 ; lettres à J.-J. Rousseau (1563 ter), Introduction (lettres à la Bibliothèque de Neuchâtel) ; Glais (123) ; Dulaure (385), p. 21 ; Prieur (236) ; Voir Sicard (616), p. 520.
380 : Sur l’éducation des futurs députés révolutionnaires voir les biographies de notre section III, leurs Mémoires (section I) et Kuscinski (407).
381 : Opinions des professeurs : Bourges (498), p. 56 ; Valenciennes (485), p. 53 ; Amiens (572), p. 462 ; Carcassonne, Archives de l’Hérault, C. 2813 ; Troyes (505), p. 120 ; Toulouse
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(775), IV, 633 ; Montbéliard (547), p. 137 ; Troyes (505), p. 120 ; Baugé (528), p. 22.
382 à 384 : Desgenettes (77), p. 6 ; de Gadbled (597), p. 82 ; Juilly (7), I, 60, 51 ; Lanjuinais (1272) ; François de Neufchâteau (833), p. 360 ; Laromiguière (384), p. 33 ; Billaud-Varennes et Fouché (7), I, 58, 56 et (110), p. 46. L’évêque de Nantes (578), p. 180 ; Sérane, Affiches de Toulouse, 4 janvier 1775 ; Gorsas (407).
383 : Manuels scolaires : Cours de Batteux, Affiches de province, 1778, p. 126.
384 : Sur les cahiers manuscrits (562), p. 408.
385 : Nepveu de la Manouillère (219), p. 179 et (1577), 22101, n° 153 ; le P. Le Roi, Bachaumont, additions, 7 février 1774 ; Guyard et Lange (616), p. 276.
387 : Seguy, Mercure, 1er juillet 1759, p. 125 ; 15 juillet 1771, p. 120 ; Migeot, Affiches de province, 1784, p. 661.
CHAPITRE VI
389, 390 : On trouvera les prix du Mercure et des différents journaux dans les annonces du Mercure et des diverses affiches des provinces, passim.
390, 391 : Contenu des articles : Année littéraire, 1773, I, 17 ; 1776, VIII ; 1779, I ; 1783, VIII ; 1784, VIII, IV. Affiches de province, 1778, p. 167 ; 1777, p. 190 ; 1780, p. 195 ; 1778, p. 106 ; article sur d’Alembert, 4 février 1778.
392 : Mercure, pièces sur la mort de Voltaire et sur Voltaire, 15 avril 1778, 15 mars, 15 avril, 15 juin, août, septembre, octobre 1779, mai, août 1780 ; J.-J. Rousseau, octobre 1778 ; Diderot, 15 et 25 décembre 1778, pp. 136, 275 ; Helvetius, décembre 1772, p. 75 et mars 1772, p. 198 ; d’Alembert, décembre 1783. Journal de Paris, 1778, passim ; 1779, 10 octobre ; 15 avril 1780 ; J.-J. Rousseau, 3 mars 1779, 4 avril, 1er mai, 10 et 11 juin, 20 septembre, 11 octobre, 5 novembre, 16 décembre 1779, 27 juin 1780 ; Diderot, 24 août 1784.
393 : Année littéraire : Florian, 1782, VII ; Rousseau, 1784, VI ; Mably, 1776, IV, 1787, VIII.
393 à 396 : Doctrines philosophiques : Mercure, 1er octobre 1771, pp. 91, 123, mars 1777, p. 127, mars 1776, p. 82, avril
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1777, p. 65, 2 octobre 1784, février 1774. Politique : Mercure, février 1775, p. 137, décembre 1777, juin 1775, p. 96, 6 mars 1784, p. 27, etc. ; Journal de Paris, 7 mai 1777, 30 septembre 1778, 27 octobre 1783, 12 septembre 1782, 14 mai 1785, 9 juin 1783. Journal des Savants, mars 1786. Année littéraire, 1775, I ; 1779, II ; 1781, VI ; 1785, II ; 1784, VI.
396, 397 : Apparition des journaux (nous ne donnons pas les témoignages pour ceux dont nous avons vu les premiers numéros et qu’on trouvera dans notre Bibliographie) : Lyon (793) et (793 bis), (754), p. 61 et Journal des Savants, mars 1786. Année littéraire, 1775, I ; 1779, II ; 1781, VI ; 1785, II ; 1784, VI.
396, 397 : Apparition des journaux (nous ne donnons pas les témoignages pour ceux dont nous avons vu les premiers numéros et qu’on trouvera dans notre Bibliographie) : Lyon (793) et (793 bis), (754), p. 61 et Journal de l’Orléanais, 19 septembre 1788 ; Toulouse (899), et Journal de Lyon, 1787, p. 16 ; Nantes et Bordeaux, affiches de Normandie, prospectus de 1762 ; Australie, Metz et Lorraine (833), p. XVIII ; Franche-Comté (830), p. 29 ; Picardie (751), II, 375 ; La Rochelle (765), II, 176 ; Tours et Aix, affiches d’Orléans, 27 novembre 1772 ; Angers (879) ; Amiens, affiches de Reims, 16 août 1773 ; Marseille et Le Mans, affiches d’Orléans, 9 décembre 1774 ; Dauphiné (888), p. 2 ; Poitou (384) ; Yonne (853), p. 51 ; Dijon (875), 1904, p. 200 ; Roye (758), II, 512 ; Auvergne (385), p. 15 ; Journal breton, affiches de Reims, 31 juillet 1780 ; Limoges, Bretagne, Sens, Meaux, Montpellier, dans Bachaumont, 7 août 1780 ; Provence, dans Bachaumont, 25 avril 1781, affiches du Dauphiné, 4 mai 1787 et affiches de Chartres, 12 mars 1783 ; Flandre (871), p. 72 ; Roussillon, affiches d’Orléans, 21 décembre 1781 ; Moulins (882) ; Troyes (900), p. 236 ; Guyenne, dans Bachaumont, 2 décembre 1784 ; Nancy, affiches de Bourges, 23 février 1785 ; Saintes, dans Bachaumont, 4 décembre 1785 ; Nîmes, affiches du Dauphiné, 13 janvier 1786 et Journal de Lyon, 1787, p. 14 ; Basse Normandie, dans Bachaumont, 10 janvier 1786 ; Senlis (898).
397 : affiches de Normandie : Prospectus, 1762.
398 : Indifférence philosophique : affiches de Reims, 26 septembre 1774 ; affiches de Bourges, 20 août 1783 ; affiches de Lyon dans (793 bis).
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398 : Morale humanitaire : Journal de Lyon 1787 ; affiches de Chartres, 29 mai 1782, 1er janvier 1783 ; affiches du Dauphiné, juin 1776, p. 23.
399 et 400 : Éloges des philosophes ; Rousseau : affiches de Normandie, 3 septembre 1788 ; affiches de Chartres, supplément IX, 1783 ; affiches de Reims, 20 décembre 1779 ; affiches du Dauphiné, 9 novembre 1787 ; affiches d’Orléans, 23 juin 1780 ; affiches du Dauphiné, 3 mars 1788, 9 avril 1779 ; Journal de l’Orléanais, 3 novembre 1786 et affiches de Reims, 20 novembre 1786 ; affiches du Dauphiné, mai 1776, p. 78 et 16 octobre 1778 ; affiches d’Orléans, 5 juillet 1782 ; affiches de Toulouse, 3 et 10 juillet 1782 ; Journal de Normandie, 26 juillet 1788 ; affiches d’Orléans, 25 décembre 1767 ; affiches de Lyon (793 bis), ainsi que pour Voltaire ; Voltaire : affiches d’Orléans, 20, 27 avril, 11 mai 1764, 8 février, 22, 29 novembre 1765, etc. ; affiches de Reims, 16 novembre 1772, 9 août 1773, 10, 24 janvier 1774, etc., 6 mai 1776, 20 septembre 1779 ; affiches de Bourges, 6 août 1783 ; affiches du Dauphiné, 10 novembre 1786 ; Condillac : affiches du Dauphiné, 13 octobre 1780 ; Mably, ibid., 13 mai 1785 ; Journal de Lyon, 1785, p. 152.
400, 401 : Annonces de livres ; arrêt de 1785, archives de l’Hérault, C. 2804 ; Code de l’humanité, affiches de Reims, 30 novembre 1779 ; S. Maréchal, affiches du Dauphiné, 31 décembre 1784. Hardiesses philosophiques : affiches de Reims, 3 septembre 1781 ; affiches du Poitou, 16 novembre 1786 ; Journal de Languedoc dans Journal de Paris, 20 novembre 1786. Sur la religion : affiches de Chartres, 26 mars 1783 ; affiches des Flandres, dans Bachaumont, 8 octobre 1784. Tolérance : affiches d’Orléans, 22 mars, 6 mai, 13, 20 septembre 1765, 3 avril 1767 ; affiches de Bordeaux, 28 mars, 22 août 1765 ; affiches du Dauphiné, 7 mars 1788.
402, 403 : Curiosités sociales ; affiches de Normandie, 29 juillet 1763 ; affiches de Toulouse, 7 août 1782 ; affiches de Picardie, 9 décembre 1775 ; affiches d’Orléans, 8 septembre 1769 ; affiches de Reims, 30 septembre 1782 ; affiches de Toulouse, 30 octobre 1782 ; affiches de Flandres dans affiches de Toulouse, 24 décembre 1783 ; affiches de Bourges, 8 décembre 1784. Politique : affiches de Toulouse (899), 1911, p. 163 ; Journal de Normandie, 15 novembre 1788 ; Finances : affiches de Normandie, 14 octobre 1763 ; affiches de Reims, 15 janvier 1776, 14 mai 1787, 11 décembre 1780 ; Necker : affiches de
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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Reims, 12 mars 1781 ; affiches du Dauphiné, 9 mars 1781. Sur les Américains : Journal de l’Orléanais, 25 mai 1787 ; affiches de Chartres, 10 avril 1782 ; affiches d’Orléans, 11 décembre 1778, 9 juillet 1779 ; affiches de Reims, 3 mai 1779 ; affiches de Bourges, 15 février 1783. Diffusion : ville d’Auriol, archives BB 19 et CC 388 ; affiches de Reims, 30 septembre 1772.
CHAPITRE VII
406, 407 : D’Estrées (676) ; Nouvelles à la main : (469), pp. 135, 147 ; Barbier (11), mars 1737, III, 80 ; Argenson (6), III, 58 ; Marville (353), I, 206 ; 11, 91 ; Gérin (677), p. 552.
407, 408 : Sur les querelles intérieures, voir les ouvrages d’Amiable, Bord, Thory (713), Deschamps, G. Martin, Bricaud (668), Lesueur (691), etc.
408, 409 : Nombre des loges : Amiable (651), p. 36 ; Tableau alphabétique..., Archives de la Bastille, n° 10247 ; G. Martin (695), p. 28. Nombre des maçons : Deschamps (674), II, 91 ; Martin (695), p. 101 ; A. Cochin (671) ; Lesueur (691). Nombre des loges dans certaines villes : Montpellier (678), p. 127 ; Rouen : E. Lebègue, Thouret, Paris, 1910, p. 29 ; Toulouse (679) ; Lyon, A. Steyert, Nouvelle histoire de Lyon, Lyon, 1899, t. III, p. 403 ; Besançon (723) ; Bordeaux (669), p. 82 ; Grenoble (872), III, 294. Petites villes : Blaye, Tonneins, Pauillac (669), p. 82 ; Fleurance (687), Lectoure, Saint-Clar (704) ; Carrouge (715), p. 14 ; Libourne, Blanzac, Revue libournaise, 1900, p. 111 ; Saint-Flour (673) ; Thouars (800), p. 334 ; Bas-Dauphiné (684).
409 : Les francs-maçons et l’opinion : Condamnations (713), I, 82, 90 ; Mgr de Saint-Luc (735), I, 323 et (695), p. 111 ; Besançon (723), p. 65 ; Lunéville (713), I, 96 ; Loge des Neuf-Soeurs (655).
410 : Polémiques : Année littéraire, 1779, I, p. 178 et VII, p. 107. Le Forestier (688).
411 : G. Martin (691), p. 52 ; Le Voile levé (729) ; le P. Lefranc, etc. (691), p. 5 et (720) ; Guillon (130).
413, 414 : Clergé et noblesse : Noblesse de province ; Villeneuve-de-Berg (697), p. 44 ; Artois (691), p. 262 ; Savoie (395), I, p. 215 ; duc et duchesse de Chartres (713), I, 121. Clergé : Amiable (651), p. 36 ; Lesueur (691), p. 154 ; Clairvaux
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(694), p. 3 ; Sens (698), p. 185 ; Annonay (706), p. 4 ; Poitiers (707), p. 138 ; abbé Lapauze (669) ; abbayes (833), p. 90 ; (799), p. 422 ; (712) ; (679) ; Archives de la Bastille, n° 10247 ; Brun (669).
414, 415 : Tableaux des loges : Saint-Flour (673) ; Brest, L. Delourmel, Histoire anecdotique de Brest, Paris, Champion, 1923, p. 181 ; Auxerre (722) ; Lesueur (691) ; Saint-Gaudens (699).
416 : Orthodoxie religieuse : Toulouse (679), p. 241 ; Bordeaux (669), p. 87 ; Les Neuf-Soeurs (466), p. 99 ; Pau, Bulletin de la société des sciences... de Pau, 1923, p. 29 ; Frandieu (111), p. 236 ; loge Saint-Jean-de-Nancy (695), p. 38 ; Maçonnerie artesienne (691), pp. 91, 160 ; Chaumette (696).
417 : Orthodoxie politique : l’Étoile flamboyante... (714), II, 128 ; Toulouse (679), p. 242 ; Marseille (710) ; autres loges (704), (706), Revue libournaise, 1900, p. 111, (687), (691), etc.
418 à 421 : Occupations maçonniques : Dubuisson (326), 1737, p. 35 ; Temple d’Auxerre (698), p. 188 ; Lamarre (147), p. 234. Lesueur (691), p. 265 ; de Brosses (316), p. 113 ; Fonvielle (108), II, 31 ; Gauthier de Brecy (116), p. 115 ; Mercier (1310) n° DLXXXIV (Francs-maçons) ; Arnault (7), I, p. 143 ; Coutras : Revue libournaise, 1900, p. 90 ; Montpellier (678). Lesueur (691), p. 228 ; Mercure, oct., 1774, p. 37 ; Annonay (706), p. 7 ; Lyre maçonne (716) ; Avis sincère (719).
421, 422 : Prédication morale : Besançon (723), p. 46 ; Journal de Lyon, 1787, p. 81. Archives de la Bastille, n° 10247 ; loges de Paris (713), I, p. 128 et passim, et Bibliothèque de la ville de Paris, 104711 ; Guéret (873), 1905, p. 170 ; Troyes (712).
423, 424 : Sur les maçons mystiques (688), (728), (668), (679), (717), etc. ; Dupont de Nemours (90), p. 97.
425, 426 : Philosophisme de la maçonnerie : duc d’Antin (695), p. 79 et (651) ; Voltaire et la loge des Neuf-Soeurs (654) ; Guéret (873), 1905, p. 170 ; discours de 1764 (714), II, 74 ; la Candeur (713), I, 135 ; Toulouse (679).
426, 427 : Philalèthes de Lille, Archives de la guerre, n° 3768 ; Montpellier (679), p. 246 ; Besançon (652), p. 20 ; Coutras : Revue libournaise, 1900, p. 108 ; Bergerac (598), p. 91. Amiable (561), p. 28.
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427, 428 : Égalité de fait : Nancy (661), p. 101 ; Auch (667), p. 30 ; Caen (708), p. 401 ; Lyon (793 bis) ; Montélimar (684) ; Saint-Flour (673) ; Toulouse (679) ; Gardes françaises (683).
429, 430 : Esprit d’inégalité : Montélimar (684), 1912, p. 235 ; 1913, p. 688 ; Poitiers (707), p. 138 ; Nancy (661), I, 232 ; Arras (691), p. 135 ; Annonay (706), p. 5 ; l’Étoile flamboyante (714), II, 31, 57, 61.
431 : Esprit révolutionnaire (697), p. 63 ; la Parfaite union de Rennes (692).
435 : Action prérévolutionnaire des loges : Montreuil (670) ; Nivernais (658) ; Roux (707), L.P.R. (684).
437 : Tentatives d’organisation politique : Voir Le Forestier (688), G. Martin (695), etc.
CHAPITRE VIII
446 : Aux ouvrages étudiés par M. Fay, ajouter A. Cloots (1169).
448 : Influence de la Révolution américaine : Morellet (358), pp. 30, 51 ; Ségur (252), I, 76, 102 ; Talleyrand (260), I, 69, 120 ; Frénilly (112), I, 42. Marmontel (186), III, 158 ; Saint-Priest (250), I, 196 ; de Véri (275), I, 21, 404 ; Mollien (202), I, 61 ; Fars-Fausselandry (99), I, 154 ; Norvins (223), I, 15 ; Arnault (7), I, 51. Ville de Clermont (864), I, 110 ; Lamare (147), p. 45 ; États de Bretagne (835), p. 315. Pour les Nouvelles à la main, voir notamment Bibliothèque de l’Arsenal, manuscrit n° 7083.
CHAPITRE IX
466 à 469 : Sur l’éducation des révolutionnaires : (382) ; Danton (415) ; C. Des-moulins (391) ; Robespierre (402) ; Buzot (403) ; Vergniaud (412) ; Lombard de Langres (173) ; Carnot (51) ; Barère (409), (143), p. 9 et (13) ; Billaud-Varenne (31) ; Barnave (1096) et (386). Goujon (401) ; Roederer (434), p. 61 ; Dulaure (385), p. 18. Barbaroux (431). Leurs rencontres dans les Universités : (382), (410), et articles de Kuscinsky (407).
Les origines intellectuelles de la Révolution française
699
CHAPITRE X
472 : Opinions sur l’instruction du peuple : Turgot (198), p. 169, d’Holbach (1259), 4e discours, § 20 ; Brissot (1150), article VI ; Affiches de Reims, 13 mai 1776 ; Metz (980) ; La Rochelle (978).
473 : Lyon (793 bis) ; Diderot (1204), III, 417 ; L.-S. Mercier (1310), ch. 579 ; Voltaire : lettre du 1er avril 1766. Perreau (1344), p. 22 et ch. 8.
474 : Rolland (561), p. 380 ; Lezay-Marnesia (1289), ch. 13 ; comte de Thélis : Plan d’éducation nationale en faveur des pauvres enfants, Paris, Clouzier, 1779 ; Philipon (591) ; Terrisse (953), I, 181. Fleury (510), I, 377 ; abbé Pluche, Spectacle de la nature, éd. de 1764, I, p. 525 ; intendant de Bourgogne, Archives d’Avallon, GG 53 ; Coyer (510 bis), pp. 258, 334.
475 : La Chalotais (501), p. 31 ; Guyton (553) ; Reboul (603) ; Mauduit (492), p. 413 et Année littéraire, 1773, t. VIII ; de Cerfvol (506 bis), art. 16 et 17 ; Goyon (1232), III, ch. 14 ; Rolland, etc. dans (534) ; d’Etigny (562), p. 54. Voir en outre Sicard (616).
476 : Nombre des écoles primaires : Aube (875), 1904 ; Lan-gres, ibid. ; Auxerre (601) ; comté nantais (578) ; Cherbourg, Congrès des sociétés savantes, (577), p. 82 ; Lyon (490), p. 29 : Châlons-sur-Marne, Sens, Coutances, etc. dans Ed. de la Chapelle, l’Instruction primaire dans le Bas-Poitou avant 1789, Mémoires de la société littéraire... de la Vendée, 1882-1884 ; Reims (847), III, 450 ; Auvergne (560), p. 541 ; Saint-Valéry dans A. Huguet, Histoire d’une ville picarde, Saint-Valéry, Paris, Champion, 1909, II, 654 ; (847), III, 450 ; Draguignan (850), p. 31 ; diocèse de Léon (807), p. 224 ; Maine-et-Loire (1040), p. 76 ; Hautes-Alpes (585) ; Gex (983), n° 305. Témoins sachant signer : Maggiolo (577) ; Romainville dans G. Husson, Histoire de Romainville, Paris, Plon, 1905 ; Nogent, dans A. Dufournet, Nogent-sur-Marne, Nogent, Sentis, 1914, p. 57 ; Baugé (528), p. 27 ; Creuse (480), p. 362 ; Agen, Charente, Vendée, etc. (982) ; Haute-Vienne (552), p. 41.
477 à 479 : État de l’opinion dans le peuple : Sennemaud (1555), p. 399 ; Barruel (659), ch. 16 ; Bouillé (41), p. 54 ; le rapport de l’archevêque d’Arles (807), p. 178 ; Coyer (1179), p. 16 ; Mercier (1310), n° 756 « Livres » ; Retif (240), p. 130 ; Storch (1504), p. 370 ; Andrews (442), p. 254. J.-J. Gautier
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(991), p. 846 ; duc de Mortemart dans Métra, 6 avril 1775 ; seigneur de Vibraye, ibid., 13 mars 1776 ; foire Saint-Germain (444), p. 6 ; Journal de Verdun (833), p. 286 ; Villers-sire-Nicole (836), p. 223 ; Agen (446), p. 349.
480 : Les Cahiers : Bar-sur-Seine (1005) ; Montpellier (1050), p. 646 ; Saint-Maixent (1524), p. 412 ; Gray (992), I, 59.
480 à 482 : Fils de petites gens : Marmontel (186) ; Retif (398) ; Thomas, dans E. Micard, A.L. Thomas, Paris, Champion, 1923 ; Hoche (492), p. 15 ; Pourchet (234) ; Teyssiné (396) ; Franklin (1523) ; Gargaz, ibid. ; Dutens (93), II, 87 ; Bosquet de C. (464), p. 396 ; la Salpêtrière (217), p. 119 et (1560), III, 96 ; opinions de curés de Reims (1019), p. CCLXXXVII.
CHAPITRE XI
486 : Édit de Necker, Métra, 26 juillet 1779.
487 : Bibliographie de Stourm (1573) ; sur le Compte rendu de Necker (1568), II, 363 ; Mallet du Pan (181), I, 141 ; Bachaumont, 18 janvier, 10 mai 1785 ; sur les almanachs, Bachaumont, 6 janvier 1787 et (1399), 3 janvier 1787.
488, 489 : Les Parlements : de Véri (275), I, 64 ; Bachaumont, 20 décembre 1769, Nouvelles à la main (470), f° 43, 48 ; Ducis (328), 9 avril 1771 ; Hardy (132), I, 263 ; Mme de Mesmes (388), p. 112. Opinion des petites gens : Mellier (189), p. 215 ; Mercier (191), p. 249 ; Grenoble (289), p. 543 ; Reims (288), p. 261 ; Bourges (867) ; Châlons (6), VIII, 153 ; Bachaumont, Suppléments 15 juin 1771 ; sur l’Ami des lois, Métra, 13 juillet 1775 ; sur le Manifeste aux Normands (741),111, 456.
490 : Affaires et scandales divers : affaire des trois roués (1571) ; la fille Salmon (858), p. 27 ; Métra, 21 avril 1780, 5 juin 1782, 7 mai 1783 ; duc de Pecquigny (332),1, 443 (11 juin 1768) ; duc de ***, Métra, 18 août 1774 ; Choiseul, Bachaumont, 22 février 1784 ; d’Entrecasteaux, Métra, 22 novembre 1784 ; affaire du théâtre de Beauvais, Bachaumont, 2, 7, 9, 17 avril, 13 mai 1786 ; Mercure, 8 avril 1786 ; Chénier (1165), p. 160.
491, 492 : Pamphlets : Marais (184), 1732, IV, 340 ; Sigorgne (1520), II, 192 ; Barbier (11), IV, 377 ; d’Argenson (6), V, 372, 402, 411 ; VI, 15, 404 ; VII, 16, 20, 50, 51, 56, 78, etc. ; perquisitions (1391), XVII, 21 ; Mulot (217), pp. 68-92 ; Adresse
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présentée... dans Métra, 18 août 1776. Sur les libelles cf. Bachaumont, Métra, l’Observateur anglais, etc., passim ; Dulaure (385), p. 33 ; fable du fermier, Bachaumont, 27 avril 1787 ; marché de Troyes (255), p. 43 ; Nouvelles à la main en province (747), p. 149, (966), p. 14, (899), p. 171, (465).
493 : Chansons (1397) ; Bachaumont, 21, 29 février, 6 mars 1776, 19 avril 1782, etc. ; les conversations : (1310), n° 116 ; arrestations (6), IV, 99 ; affaire Moriceau (357), pp. 401, 407 et (1529 bis).
494 : La misère ; le prix du pain ; Bretagne (825), p. 134 ; Merfy (259) ; Reims (1019), p. LXII ; Mayenne (790), p. 557 ; Les Daurée (68) ; Villars (868), p. 26 ; Gascogne (873), p. 133 ; Saint-Omer, H. de Laplane, dans Bulletin de la Société des antiquaires de la Morinie, 1867.
496, 497 : Conditions des paysans : Marion (1545 et 1546) ; de Véri (275), I, 167, 346. Conclusions mitigées : Le Lay (818), J. de la Monneraye, Le Régime féodal et les classes rurales dans le Maine au XVIIIe siècle, Paris, 1922 ; Besnard (29), I, 34 ; Loutchisky (1543 bis). Conclusions défavorables : Kovalewsky (1534), II, app. 1 ; Sée (1567) ; Laurent (1019). Introduction ; Rutlidge (452 bis), p. 22 ; Young (454), 21 septembre 1788, 2 juillet 1789, etc. ; Ruillé (156). Ajouter bien des témoignages : d’Argenson, passim ; Crommelin (66), p. 325 ; Besnard (29),1, 32, 297 ; Latapie (446), pp. 342, 367 ; Charmeteau (55), pp. 391, 394 ; Deladouesse (73), p. 15 ; Théron (866) ; Durengues (778) ; Granet, Histoire de Bellac, Limoges, 1890, p. 210 ; Mathieu (833), p. 338, etc.
497 : Sur le sort des ouvriers : Bonnassieux (1507), Funck-Brentano (1526), Kovalewsky (1534), G. Martin (1550), Riffaterre (1563), Sée (1567), Bloch (740). Sur le paupérisme : Bloch (740), p. 5 ; Bretagne (782) ; Amiens, Bachaumont, 24 mars 1782 ; Vitré (786), p. 10 ; Mur de Barrez (849),11, 230 ; Pontivy (819), p. 268. Ajouter G. Martin (1550), p. 185 ; Voisin (283), etc.
498, 499 : Sur les bagarres et révoltes de collèges : d’Argenson (6), I, 18 ; VII, 415 ; Vaublanc (273), p. 11 ; Marmontel (186), I, 30 ; Arnault (7) ; Bouillé (41), I, 12 ; l’Abbaye-au-Bois dans L. Perey, La Comtesse Hélène Potocka, Paris, Champion, 1888 ; Lallemand (568), p. 233 ; Favier (533), p. 48 ; Jullian (140), p. 50 ; Schimberg (612), p. 306 ; Bouchard (491), p. 121 ; Dreyfus
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(522). Indiscipline au dehors : Bruneau (498), p. 18 ; Jaloustre (560), p. 409 ; Fonvielle (108), I, 59 ; Picard (592), p. 62 ; Clouzot (757), p. 175 ; Moreau de Jonnès (212), p. 451.
499 : Émeutes. Paris : outre les mémoires cités, Mopinot (357), 15 septembre 1757 ; Collé (64 bis), I, 170, 214 ; Métra, 20 juin 1778. Sur la guerre des farines en province : Bachaumont, 1775, passim ; (760), p. 59 ; (848), p. 202, E. Rousse, (856), p. 297 ; (823), p. 410 ; (758), II, 411 ; (783), p. 68 ; (768), p. 188 ; (195), p. 270 ; (756), ch. 1 ; (147), p. 26. Émeutes, 1715-1747 : Barfleur (814), p. 322 ; Caen (291), p. 298 ; autres, Rouen... Strasbourg, ibid. et Barbier (11), 1725, I, 399 ; Saint-Étienne (865), pp. 196, 201, 210 ; Bretagne (825) ; Saint-Lô (777), IV, 421, 463 ; Ruffec... Angoulême (6), II, 159, 213 ; environs de Paris (6), III, 131, 168 ; Lille (6),111, 61 ; Romorantin (6), III, 403 ; Machecoul (825), p. 328 ; Port-Lannay (860) ; Toulouse (6), V, 124, (772), II, 347 ; Dinan (825), p. 328.
500, 501 : 1748-1770 : Nantes (825), p. 328 ; Normandie (464), p. 390 ; (35), p. 15, et (190), p. 441 ; Arles (868), p. 28 et (6), VII, 81 ; Rennes... Fontainebleau (6), VII, 83-333 ; Tréguier et Lannion (825), p. 328 ; Fougères, ibid. ; Cherbourg (777), IV, 527 ; Nantes-Pontivy (825), p. 328 et (819), p. 267 ; Troyes (744), IV, 534 et (255), p. 27 ; Rouen (132), I, 89 ; Saint-Brieuc, ibid., p. 98 ; Tours (774), p. 339 ; Châlons (1019), p. CCLXXXVI ; Reims (465), juillet 1770, (288), p. 256 ; Troyes (257), p. 171.
500, 501 : 1771-1787 : Nancy (846) ; Rambervillers (785), p. 108 ; Dormans (1019), p. CCLXXXVI ; Vire (777), IV, 510 ; Metz, Métra, 8 nov. 1783 ; Créon (752) ; Aix, Limoges (132),1, 399 ; Montauban (87), I, 7 ; Montpellier, Toulouse, H. Carré dans l’Histoire de France, pub. sous la direction d’E. Lavisse ; Bordeaux, Archives historiques du département de la Gironde, 1879, p. 382 ; Tours (349), p. 555 et (789), II, 204 ; Fismes (1019), p. CCLXXXVI ; Grenoble (470), 28 octobre 1777 ; Grenoble, Métra, 13 nov. 1777 et (1399) 30 octobre 1777 et 24 juin 1778 ; Toulouse (773), 1920, p. 133 ; Montereau (1492), p. 481 ; Poitiers (465), p. 199 ; Vivarais et Gévaudan (772), II, 660 ; Caen (147), p. 133 et Caen, p. 133 et Caen... Carentan (777), IV, 604 ; Poitou (1492), pp. 484, 489 ; Morlaix... Saint-Brieuc (825), p. 328 ; Ville-en-Tardenois (1019), p. CCLXXXIX ; Lyon... Nîmes (1492), p. 488 et (1550), p. 185.
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501, 502 : émeutes pour causes diverses, 1715-1747 : Paris (1529 ter) ; (11), I, 120, 171, 420 ; Bourg (748), p. 324 ; Sommières, Archives de l’Hérault, C. 1269 ; Clermont (864), I, 108 ; Tours (353), I, 157 ; Paris (11), VIII, 230 ; Lyon (837), p. 818.
502 : 1748-1770 : (11), IV, 401, 423 et sq. (6), VI, 202, dossiers Joly de Fleury, n° 1101-1102 et (1529 ter) ; Béarn (6), VI, 165 ; Vincennes (464), p. 389 ; Rouen (11), V, 212 ; Auriol, Archives d’Auriol, CC 76 ; Paris (6), IX, 288 ; Palais-Royal (357), juillet, pp. 159-160 ; Dijon (195), p. 192 ; Agen (180), 1899 ; p. 52 ; Lyon, (837), p. 825.
502 : 1771-1787 : Plaine des Sablons (132), I, 264 ; Pamiers et Foix (810), II, 390 ; Nantes (835), p. 248 ; Bretagne, Métra, 6 déc. 1777 ; Le Merlerault (991), p. 245 ; Paris (1399), 12 janv. 1780 ; Gontaud dans J. Andrieu, Histoire de l’Agenais, Paris, Agen, 1893, p. 236 ; Bordeaux, Bachaumont, 9 juin 1783 ; Lyon (366), I, 625 et Bachaumont, 9 sept. 1786.
501, 502 : Placards, Paris : 1742 (11), VIII, 195 ; 1743 ibid., III, 427 ; 1752 (6), VII, 353 ; 1758, ibid., VIII, 35 ; 1754, ibid., VIII, 280 ; 1757 (297) 1899, I, 420 et (11), VI, 442 ; 1758, (357), juin, 13, 18 sept. 1758 et (11), VII, 90, 92, 94 ; 1768-1769 (132), I, 109 et sq. 1771-1787, Bachaumont, Suppléments, 3 avril, 3 juin 1771 ; (132), I, 260, 236, 241 ; Bachaumont, Suppléments, 25 janv. 1772 ; 1782 (217), p. 73 ; 1786, Bachaumont, 13 oct. 1786. Province : Boulogne, Archives, n° 1569 ; Grenoble (465), p. 7 ; Noyers (147), p. 198.
503 : Sur les grèves, voir M. Rouff (1563) et (1507), (1526), puis (808), (759), p. 324, (806, p. 622, Bachaumont 1er mars 1786 ; J. Fournier, Répertoire des travaux de la société de statistique de Marseille, 1900-1901, p. 223 ; Annales des Alpes, Recueil des archives de Hautes-Alpes, 1899, pp. 106-108.
504, 505 : Manifestations populaires : 1740 : (6), III, 171, 172 ; (471), p. 260 ; 1749 : (6), VI, 71 ; (11), V, 115, 121 ; 1757, (357), pp. 771, 776, 791 ; 1772, Bachaumont, Sup-pléments, 26 sept. 1772. Province : Vatan (298), p. 296 ; H. Carré (1514), pp. 317 et sq.
504 à 506 : Prévisions de la Révolution : Morellet (358), 5 nov. 1772, 22 janv. 1773 ; Mercier (1310), ch. 460 (Emeutes) ; Malouet (182), I, 215 ; Ségur (252), I, 21 ; Labiée (142) ; Moore (450), I, 32-36 ; Mme d’Epinay (336), I, 375 ; Mercier
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(1310), n° CCCCLX (Emeutes) ; Mme de *** (357), 31 mai 1757 ; Amiens (751), II, 397 ; de Girardin (122), I, 61 ; Lefebvre de B. (161), p. 370 ; Mellier (189), pp. 215, 228. A partir de 1787-1788, devant les troubles de toutes sortes, ces craintes, bien entendu, se multiplient.
CHAPITRE XII
Nous ne donnons pas la pagination pour les cahiers publiés dans les ouvrages qui les classent par ordre alphabétique des paroisses.
507 à 509 : Valeur des cahiers : Arnaud-Guilhem (1073), p. 201 ; Azondange, Xirxange et Maizières (1046), p. 489 ; Pouchat et Sainte-Foy (1033) ; Mirecourt (577) ; Digne (983), p. 113 ; Vouvant, ibid., p. 135 ; Bertranbois et La Forêt (1046), p. 115 ; Saint-Auban (585), p. 64 ; Cosne (1801), p. 361 ; Vihiers (1075), t. I, ch. 2 ; Pourcieux (983), p. 136.
510 à 512 : Liberté de la presse : Quercy (1063), p. 89 ; Villefranche-de-Rouergue (1079) ; Beauvais et Senlis (1007), pp. 139, 438 ; Saint-Aignan (995). Réformes diverses : Castillon (1033), p. 361 ; Le Havre (1028) ; Bailleul (1061), I, 184 ; Seuzey (1043), p. 322 ; Aval (1062), p. 98 ; Neuville-sur-Orne (1037) ; Sénéchas (1053). Demandes relatives à l’instruction primaire. Proportion des demandes, voir l’indication des publications correspondantes dans notre bibliographie.
512 : Hostiles à l’instruction primaire : Tiers de Paris (983), p. 156 ; Courpiac (1033).
512, 513 : noblesse : Bar-sur-Seine (1005), III, 466 ; Clermont-en-Beauvaisis (1007), p. 245 ; Blois (1010) ; Paris (1007). Clergé : Autun (983), n° 309.
513 : Tiers : Saint-Flour (1001) ; Saint-Malo (1066) ; Versailles (1018), p. 241 ; Paris (983) et (1060) ; Etampes (1025), I, 315 ; Haute-Auvergne... Dourdan (983) ; Orléans (1059) ; Beaugency (ibid.) ; Dunkerque et Montreuil (1061), p. LXXV ; Verdun (1076). Petites paroisses : Vincennes (1060) ; Vaucresson (ibid.) ; Mouthon-sur-Cher, Couddes (1010) ; Aunac... Saint-Martin-du-Clocher (996) ; Carvin... Avrincourt (1061), p. LXXXIX-XCI ; La Romagne... Vauchrétien (995) ; Bigorre (1099) ; Auxerre (1003) ; Amont (992) ; Beaujolais (1006) ; Metz (1046). Habondange (1046) ; Fayence (1024) ;
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Connerré, Crane (1039) ; Ouville (1057), p. 107 : Cambronne (1007), p. 553 ; Belleville... Rosny (1060) ; Vihiers (995) ; Trégomar (1066) ; Blancménil (998) ; Précy... Nohant (1012). Donnemain (1010) ; Saligny, Sergines (1070) ; Treigny... Tracy (983).
513, 514 : enseignement secondaire et supérieur : Guingamp (1066) ; Beaujeu... Saint-Lager (1066), p. 489 ; Dole (1023), p. 198 ; Châteaubriant (1066) ; Beauvaisis (1007), p. 282 ; Evron (1039) ; Bourbon-Lancy (983) ; Noyon (1058) ; Libourne (1033) ; Mantes (983) ; Bergues (1026) ; Riom (1001) ; pour les bourses : (983) et (1011) (paroisse de Monteines) et (1073), (Toulouse), p. 81.
515, 516 : réforme des études. Cahiers types d’Angers (995), p. CLXXXVIII, CCXVI, CCXLIII ; Metz (1045), p. 201 ; Orléans (1059), II, 146 ; Angers (995) ; Rennes (1066) ; Cosne (1081) ; Baudéan (1017) ; Saint-Yrieix (1027) ; Rochefort (1069) ; Clermont-Ferrand ; Vivarais (1080), p. 40 ; Agenais (987), p. 342 ; Le Havre (1029), p. 126, 206. Cahiers de paroisses : Civray, Melle (1021) ; Bréau (1053), I, 162, II, 85 ; Condé... Juvigny (1042) ; Callas... Roquebrune (1024) ; Ponchat (1033) ; Frayssinet... Saint-Martin (1016) ; Orléanais (1059).
516, 517 : Education civique et nationale : Calaisis (1061), p. LXXI ; Blois (1010), II, 430 ; Etain... Paris (983) et (1059) ; Castres (1018) ; Saint-Mihiel (983), n° 320 ; Paris hors murs (1060) ; Villefranche (1079) ; Orléans (1059) ; Saint-Mihiel (577), p. 78 ; Rodez, Saumur (1082), I, 84 et sq. ; Toul... Dijon, etc. (983). Tiers de Mantes (983) ; Marseille (1044) ; Limoges (1034) ; Maine-et-Loire (1040) ; Senlis (1007), p. 462 ; Lyon... Bruyères (983) ; La Rochelle, Riom (1082), pp. 261 et sq. ; Clermont, Saint-Flour (1002) ; Maine-et-Loire (1040) ; Paris (1060) ; Paroisses de : Lezoux, Saint-Bonnet (1001), pp. 34-35 ; Callas (1024) ; Saint-Jean, Saint-Dionisy (1053) ; Saint-Martin... Saint-Laurent (1066) ; Saint-Aignan (995).
518 : liberté de la presse. Limousin d’après Guibert (1035), p. 86. Noblesse : Caen : (1015), p. 244 ; Bourbonnais (1011) ; Artois... Calaisis (1061), pp. LXIXLXXI ; Agenois (987), p. 304 ; Marche (1035), p. 68 ; Limousin (ibid.) ; Sens (1070) ; Lille (871), I, 20 ; Marseille (1044) ; Angoulême (996) ; Châlons-sur-Mame, Sézanne (1019), I, 844, III, 477 ; Nîmes (1053), p. 580 ; Troyes (1005) ; Clermont (1007), p. 246 ; Chaumont... Paris (1082), II, 65 ; Paris (1060) ; t. III.
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518 : Cahiers du Tiers : Château-Salins (1038) ; Lezoux (1001), p. 33 ; Epernon (1049) ; Angers (995) ; Châlons-sur-Marne (1019), I, 858 ; Nîmes (1053) ; Lisieux (1036), pp. 224-229 ; Autun et Montcenis (1000) ; Montauban (1048) ; Montreuil... Saint Pol (1061), Caen (1015) ; Le Havre, Graville (1029) ; Campan (1017), p. 36 ; Marseille (1044) ; Alençon (991) ; Villefranche (1079) ; Etampes (1025), I, 299, II, 17 ; Castillon (1033) ; Verdun (1076) ; Versailles (1078) ; Nîmes... Riom (1082), III, 65 ; Bourges (1012) ; Quimper... Lamballe (1066) ; Beaucaire, Uzès (1053) ; Cognac (996) ; Saint-Yrieix (1027) ; paroisses de Paris (1060), t. III.
518, 519 : Corporations, bailliages, etc., Sisteron (1071) ; Autun, Semur, Bourbon-Lancy (1000) ; Dijon (755), p. 265 ; Caen (1015) ; Limoges (1034) ; Angers (995) ; Bourges (1012) ; Rennes (1066) ; Vivarais (1080), p. 43 ; Auvergne (1002), p. 341. Cahiers de paroisses : Blois (1010) ; Nîmes (1053) ; Rennes (1066) ; Angers (995) ; Campan (1009) ; Nivernais (1055) ; Landes (1031) ; Vincennes, Passy (1060), t. IV ; Draguignan (1024) ; Versailles (1078) ; Meudon (1078) ; Libourne (1033) ; Cahiers types : Dompierre... Marseilles-lès-Aubigny (1055) ; pays d’Angers (995).
519 : Tolérance : Villiers-le-Bel, etc. (1060), t. IV.
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BIBLIOGRAPHIE 1
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Cette bibliographie ne comprend que les ouvrages auxquels nous avons emprunté des références. Exception est faite pour le § 1 : mémoires, livres-journaux, livres de raison. Il n’existe pas pour le XVIIIe siècle de bibliographie de ces documents importants et nous avons cru rendre service en donnant la liste de tous ceux que nous avons pu retrouver.
I. — Mémoires, livres de raison, livres journaux
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(Nous comprenons dans cette liste, avec les mémoires authentiques, ceux qui sont en partie au moins authentiques, rédigés sur pièces authentiques, etc. Nous n’avons exclu que ceux dont on a prouvé, à notre connaissance, qu’ils étaient entièrement apocryphes.)
1. ADRY (le P.) — Journal, [Exil du Parlement à Troyes], 1787. Nouvelle revue rétrospective, 1902-1903.
2. ALLONVILLE (d’) — Mémoires secrets, Paris, Werdet, 1838-1841.
3. ANDIGNÉ (Gal d’) — Mémoires, publié par Ed. Biré, Paris, Plon, 1900.
4. ANSPACH (Margrave d’) — Mémoires, Paris, Bertrand, 1826.
5. ARGENS (Marquis d’) — Mémoires, Londres, Compagnie, 1735.
6. ARGENSON (Marquis d’) — Journal et Mémoires, publié par J.-B. Rathery, Paris, Renouard, 1859.
7. ARNAULT (A.-V.) — Souvenirs d’un Sexagénaire, Paris, Garnier, s.d.
1 Dans cette liste bibliographique numérotée, on remarquera que quelques numéros manquent. L’ouvrage une fois achevé, des suppressions ont rendu inutiles certaines références et par là même l’indication des ouvrages correspondants. Vice et versa, les bis et les ter indiquent des ouvrages ajoutés à la bibliographie primitive.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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9. AUGEARD (J.-M.) — Mémoires secrets, Paris, Plon, 1866.
10. AZAMBOURG (Etienne) — Livre-Journal (1710-1738). Mémoire de la société des Antiquaires du Centre, 1901 (daté de 1902).
11. BARBIER (Avocat) — Journal, Paris, Charpentier, 1857.
12. BARDENET, cordelier — Cahier (1773-1775), Académie des sciences, etc. de Besançon, Procès-verbaux et mémoires, 1905.
13. BARÈRE (B.) — Mémoires, Paris, Labitte, 1842.
14. BARRAS — Mémoires, Paris, Hachette, 1895.
15. BARTHÉLEMY — Mémoires, (1768-1819), Paris, Plon, 1914.
16. BARTHÉLEMY (François) — Mémorial, (1706-1770). Revue historique, etc. du Vivarais, 1919 et 1920.
17. BARTHELON (J.-A.), curé de Vars — Livres de raison, (1737-1742). Annales des Alpes, 1904.
18. BASTON (Abbé) — Mémoires, Paris, Picard, 1897.
19. BAUDEAU (Abbé) — Chronique secrète de Paris (1774). Revue rétrospective, 1e série, t. 3, 1834.
20. BAWR (Mme de) — Mes Souvenirs, Paris, Passard, 1853.
21. BEAUVAU (Maréchal de) — Souvenirs, Paris, Techener, 1872.
21 bis. BÉCHEREAU, avocat du roi à Vierzon — Mémoires, (inédits, en la possession de M. Deschaumes, à Bourges).
22. BELCHAMPS (Chevalier de) — Extraits des Mémoires. Mémoire de l’Académie nationale de Metz, 1848-1849.
23. BELLEISSUE-LYMON (de la) — Journal (1694-1765). Mémoire de la Société archéologique des Côtes-du-Nord, 2e série, t. II, 1885-1886.
24. BENOIST DE LOSTENDE (G.) — Livre de raison. Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1909.
25. BERNARDAU (P.) — Tablettes, Paris, 1919.
26. BERNIS (Cardinal de) — Mémoires et lettres, Paris, Plon, 1858.
27. BERTHAUD — Journal professionnel d’un maître de pension de Paris au XVIIIe siècle [1774-1783], Pont-L’Evêque, Delahais, 1868.
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28. BESENVAL (Baron de) — Mémoires, Paris, Baudouin, 1821.
29. BESNARD (F.-Y.) — Souvenirs d’un nonagénaire, Paris, Champion, 1880.
30. BEUGNOT (Conte) — Mémoires, Paris, Dentu, 1866.
31. BILLAUD-VARENNES — Mémoires, La Révolution française, janvier-juin 1888.
32. BILLET (Mme) (se prétendant Stéphanie-Louise de Bourbon-Conti) — Mémoires historiques écrits par elle-même, Paris, l’auteur, an VI.
33. BLAVIER (J.-B.) — Notes (1740-1749), travaux de l’Académie nationale de Reims, 1900-1901, t. II.
34. BOCERET (E. de) — Journal d’un bourgeois guérandais au XVIIIe siècle, Le Fureteur Breton, février-avril 1922.
35. BOCQUET (Denis), curé de Vaurouy — Journal (1696-1767), Rouen, Cagniard, 1868. (Extrait de la Revue de Normandie.)
36. BOISROUVRAY (Jacquelot de) — Journal inédit d’un député de l’ordre de la noblesse aux États de Bretagne (1717-1724). Archives de Bretagne, 1905.
37. BONSFILS (Isaïe) — Extraits des Mémoires (1700-1740). Mémoire de la Société académique du Nivernais, 1898.
38. BORDIER (P.) (de Lancé), fermier — Journal (1748-1768). Bulletin de la Société archéologique... du Vendômois, 1900-1901.
39. BOUFFLERS (Chevalier de) — Journal (Second voyage au Sénégal, 1786-1787), dans Correspondance inédite de la comtesse de Sabran et du chevalier de Boufflers, publié par E. de Magnieu et H. Prat.
40. BOUHIER (Président J.) — Souvenirs. Extraits d’un manuscrit autographe et inédit contenant des détails curieux sur divers personnages des XVIIe et XVIIIe siècles, se vend chez tous les libraires bibliophiles, s.l.n.d.
41. BOUILLÉ (Marquis de) — Mémoires, Paris, Baudouin, 1821.
41 bis. BOUILLÉ (Marquis de) [fils du précédent] — Souvenirs et fragments, Paris, Picard, 1906.
42. BOUILLY (J.-N.) — Mes Récapitulations, Paris, Janet, s.d., 1836.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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43. BOURGEOIS DE BOYNES (P : E.) — Journal (étude et extraits). Questions historiques, 1905.
44. BOURRUT (Pierre) — Papier de raison (1692-1725). Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1902-1903.
45. BRANCAS (Duchesse de) — Mémoires, Paris, Jouaust, 1890.
46. BRISSOT (J.-P.) — Mémoires, Paris, Picard, s.d.
47. BROGLIE (Prince de) — Journal de voyage [aux États-Unis]. Mélanges, publié par la Société des bibliophiles français, Paris, Ed. Rahir, 1903.
48. BUVAT (J.) — Journal de la Régence, 1715-1723, Paris, 1865.
49. CAMPAGNE-JAUME (Joseph) — Livre de raison (1755-1840). Ruscino, Revue de la Société d’archéologie et d’histoire du Roussillon, 1920.
50. CAMPAN (Mme) — Mémoires, Paris, Baudouin, 1822.
51. CARNOT — Mémoires sur Carnot par son fils, Paris, Charavay, etc., 1893.
52. CAVILLIER (J.-F.) — Journal. Manuscrit de la Société académique de Boulogne-sur-Mer, 1864-1872.
53. CAYLUS (Comte de) — Souvenirs, Paris, Hubert, 1805.
54. CHABANON (de) — Tableau de quelques circonstances de ma vie, Paris, Forget, 1795.
55. CHARMETEAU (Pierre) — Extraits du Journal (1731-1767). Archives historiques du Poitou, 1885.
55 bis. CHASSAIGNON (J.-M.) — Cataractes de l’imagination, déluge de la scribomanie, etc., par Epiménide inspiré dans l’antre de Trophonius..., 1779.
56. CHASTENAY (Mme de) — Mémoires, Paris, Plon, 1896.
57. CHATEAUFORT (François de) — Mémoires. Manuscrit de la Société d’archéologie lorraine, 1894 et 1900.
58. CHEVALIER (H.) [chirurgien-apothicaire] — Livre de raison (extraits). Manuscrit de la Société agricole et scientifique de la Haute-Loire, 1883-1885.
59. CHOISEUL (Duc de) — Mémoires, Paris, Plon, 1904.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
711
60. CHOUDARD-DESFORGES — Le Poète ou Mémoires d’un homme de lettres, Paris, Babeuf, 1819.
61. CHOUDIEU — Mémoires et notes, Paris, Plon, 1897.
62. CLAIRON (Mlle) — Mémoires de Mlle Clairon, de Le Kain, de Prévale, de Dazincourt, de Molé, de Garrick, de Goldoni, Paris, Didot, 1857.
63. CLERMONT-GALLERANDE (M.-G. de) — Mémoires, Paris, Dentu, 1826.
64. COCHIN (Ch.-N.) — Mémoires inédits sur le comte de Caylus, Bouchardon, les Slodiz, Paris, Baur, 1880.
64 bis. COLLÉ (Ch.) — Journal et Mémoires, Paris, Didot, 1868.
65. COLLÉ (Ch.) — Journal historique inédit pour les années 1671 et 1762, Paris, Mercure de France, 1911.
66. CROMMELIN (I.-M.) — La Société d’Autun au milieu du XVIIIe siècle, d’après les Mémoires de I.-M. Crommelin. Manuscrit de la Société éduenne, 1877. Un autre fragment publié dans : le baron J. Pichon. Guise au XVIIIe siècle d’après les Mémoires de I-M. Crommelin, Vervins, 1873.
67. CROY (Duc de) — Journal inédit, Paris, Flammarion, 1906. (Publication incomplète, le manuscrit est à la bibliothèque de l’Arsenal, X 281 c.)
68. DAURÉE — Le Livre de raison des Daurée d’Agen, Agen, Lamy, 1880.
69. DAVID — Mémoires et documents divers. (Inédits Bibliothèque nationale. Nouvelles acquisitions 6604-6610.)
70. DAZINCOURT (voir CLAIRON).
71. DEBRESME, DES GAGNIERS (Marc) —Joumal (1764-1784). Bulletin et mémoire de la Société archéologique et historique de la Charente, 1923.
72. DEFAYE (F.) — Livre de raison. Bulletin de la Société académique de l’arrondissement de Boulogne-sur-Mer, 1908-1909.
73. DELADOUESSE (J.-E.-L.) — Papiers et correspondance, Niort, L. Clouzot, 1904.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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74. DELAHANTE (A.) — Une famille de finance au XVIIe siècle. Mémoires, correspondances et papiers de famille, Paris, Hetzel, 1881.
75. DENARD (Léonard), chanoine de l’Artige — Extraits du Livre-Journal, Société des archives historiques du Limousin, Ire série, archives anciennes, t. VI, 1895.
76. FAMILLE DESAINT, DE SAINT-TRICAT — Livre de comptes (1712-1730). Mémoire de la Société académique de Boulogne-sur-Mer, 1906.
77. GENETTES (R. des) — Souvenirs, Paris, Didot, 1835.
78. DESPRÉAUX (J.-E.) — Souvenirs, Issoudun, Gaignault, 1894.
79. DOPPET (Général) — Mémoires, Paris, Baudoin frères, 1824.
80. DUBOIS DE HOVES (échevin de Douai) — Journal (résumé). Souvenirs de la Flandre wallonne. Recherches historiques et choix de documents relatifs à Douai et à la province, Douai, Dechresté, Paris, Claudin, t. II, (1863) et t. III (1865).
81. DUCLOS (Ch.-P.) — Mémoires secrets. Nouvelle collection des mémoires, publié par Michaut et Poujoulat, Paris, t. X, 1839.
82. DUCLOS (Ch.-P.) — Mémoires sur sa vie, écrits par lui-même. OEuvres complètes, Paris, Colnet et Fain, t. X, 1806.
83. DUCLOS (Ch.-P.) — Mémoires sur la vie de Duclos. (Bibliothèque nationale. Manuscrits. Nouvelles acquisitions, 6449.)
84. DUFORT (J.-N.), comte de Cheverny — Mémoires, Paris, Plon, 1886.
86. HAUSSET (Mme du) — Mémoires, Paris, Baudouin frères, 1824.
87. DUMAS (Conte Mathieu) — Souvenirs de 1770 à 1836, Paris, Gosselin, 1839.
88. DUMOURIEZ — La Vie et les mémoires du général Dumouriez, Paris, Baudouin, 1822.
89. DUPLESSIS (Lucile) (Lucile Desmoulins) — Journal (1788-1789). Bibliothèque de la Ville de Paris, F.G., ms 87.
90. DUPONT DE NEMOURS — L’Enfance et la jeunesse de Dupont de Nemours racontées par lui-même, Paris, Plon-Nourrit, 1906.
91. DURAND (J.-Q.) — Livre de raison, Rethel, Beauvarlet, 1898.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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92. DUSAULX — Mémoires sur la vie de J. Dusaulx par sa veuve, Paris, Didot, 1801.
93. DUTENS — Mémoires, Paris, Bossange, Masson et Bessou, 1806.
94. DUTILLIEU (J.-Ch.) — Livre de raison, Lyon, Mougin-Rusand, 1886.
95. DUVEYRIER (Honoré) — Anecdotes historiques, Paris, Picard, 1907.
96. ÉPINAY (Mme d’) — Mémoires, publiés pour la première fois d’après le manuscrit authentique (incomplets). Souvenirs et mémoires, t. I (1898) et suiv.
97. ÉPINAY (Mme d’) — Mémoires, Paris, Charpentier, s.d.
98. ETERHAZY (Conte Valentin) — Mémoires, Paris, Plon, 1905.
99. FARS-FAUSSELANDRY (Vicomtesse de) — Mémoires, Paris, Ledoyen, 1830.
100. FAUCHE-BOREL — Mémoires, Paris, Moutardier, 1829.
101. FAVART (Ch.) — Mémoires et correspondances, Paris, Collin, 1808.
102. FAYDIT DE TERSSAC (P.-P.) — Mémoires, Foix, Gadrat, 1901.
103. FERRAND (Comte) — Mémoires, Paris, Picard, 1897.
105. FLEURY (Honoré) — Mémoires. Revue de Bretagne et de Vendée, 1888.
106. FLORIAN — Mémoires d’un jeune Espagnol, Paris, Bossard, 1923.
107. FONTAINEMARIE (de) — Livre de raison de la famille de Fontainemarie. Revue de l’Agenais, XVI, 1889.
108. FONVIELLE (de) — Mémoires historiques, Paris, Ponthieu, Boucher, 1824.
109. FORMEY — Souvenirs d’un citoyen, Berlin, La Garde, 1789.
110. FOUCHER (Pierre) — Souvenirs, Paris, Plon, 1930.
111. FRANCLIEU (Marquis de) — Mémoires, Paris, Champion, Auch, Cocharaux, 1896.
112. FRÉNILLY (Baron de) — Souvenirs, Paris, Pion-Nourrit, 1908.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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113. FROTTÉ DE LA RIMBLIÈRE (S. de) — Un gentilhomme cultivateur au XVIIIe siècle. Son livre de comptes, Alençon, Imprimerie alençonnaise, 1908. (Extraits.)
114. J. L. G... (marchand bonnetier à Marseille) — Mémoires ou livre de raison d’un bourgeois de Marseille (1674-1726), Montpellier, Société pour l’étude des langues romanes, 1881.
114 bis. GALARD (Mme de) —Le Livre de raison de Mme de Galard, publié par H. Lemoine (1768-1792). Revue de l’histoire de Versailles, janvier-mars 1931.
115. GARAI (D.-J.) —Mémoires historiques sur le XVIIIe siècle, Paris, Belin, 1821.
116. GAUTHIER DE BRÉCY — Mémoires, Paris, Giraudet, 1834.
117. GENUS (Mme de) — Mémoires, Paris, Didot, 1878.
118. GEORGEL (abbé) — Mémoires, Paris, Eymery, Delaunay, 1817.
119. GÉREUX (Jean) (paysan) — Livre de raison. Revue de l’Avranchin. Bulletin trimestriel de la Société d’archéologie, etc., d’Avranches et de Mortain, t. XV, 1909.
120. GHAISNE DE CLASSÉ (P.-H.) — Livre Joumal (1708-1732). Revue historique et archéologique du Maine, 1883.
121. GILBERT (François) et GILBERT (François-Jean) — Livre-Joumal (1740-1762 ; 1769-1826). Bulletin et mémoire de la Société historique et archéologique de la Charente, 1901.
122. GIRARDIN (St. de) — Mémoires, Paris, Moutardier, 1829.
123. GLAS (J.) — Autobiographie d’un ancien procureur du présidial de Vannes, publié par G. de Closmadeuc. Extrait du bulletin de la société polymathique du Morbihan, 1890.
124. GLEICHEN (Baron de) — Souvenirs, Paris, Techener, 1868.
125. GRAS (Henri de) — Livre de raison (Extraits ordonnés et commentés). Répertoire des travaux de la Société de statistique de Marseille, 1904.
126. GRÉGOIRE (Abbé) — Mémoires, Paris, Dupont, Legrand et Descauriet, 1837.
127. GRÉTRY — Mémoires ou Essais sur la musique, Bruxelles, Wahlen, 1829.
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128. GROSLEY — Vie de M. Grosley écrite en partie par lui-même, Londres, Paris, Barrois, 1787.
129. GUILBERT (G.) — Journal des choses mémorables arrivées à Caen. Annuaire des cinq départements de la Normandie, 1890.
130. GUILLON DE MONTLÉON (Abbé) — Mémoires pour servir à l’histoire de la ville de Lyon pendant la Révolution, Paris, Baudouin, 1824.
131. HANIN (Fr.) — Journal d’un bourgeois de Fécamp au XVIIIe siècle, Fécamp, L. Durand, 1887.
132. HARDY (S.-P.) — Mes loisirs, Paris, Picard, 1912.
133. HÉNAULT (Président) — Mémoires, Paris, Hachette, 1911.
134. HÉNAULT (Président) — L’Exil du Parlement à Pontoise (1720). Journal inédit. Souvenirs et Mémoires, 1899.
135. HÉZECQUES (Félix, Comte de France d’) — Souvenirs, Paris, Perrin, 1895.
136. HIBON DE LA FRESNOYE (Famille) — Livre de raison (1552-1778), Boulogne-sur-Mer, Hamain, 1910.
137. JAMEREY-DUVAL (Valentin) — Mémoires, Tours, Arrault, 1929. (Le manuscrit est à la bibliothèque de l’Arsenal, n° 4647. C’est lui que nous avons consulté.)
138. JAUME — Mémoires, Perpignan, Latrobe, 1894.
139. JOUBERT (Jacques) — Livre-Journal (1771-1785). Bulletin et mémoire de la Société archéologique et historique de la Charente, 1902-1903.
141. J[ULLIAN] (de) — Souvenirs de ma vie, Paris, Bossange et Masson, 1815.
140. KROHM (Capitaine de vaisseau) — Souvenirs (1766-1823). Nouvelle revue rétrospective, 1899.
142. LABLÉE (Jacques) — Mémoires d’un homme de lettres, Paris, l’auteur, 1824.
143. LACRETELLE (Ch. de) — Dix années d’épreuves pendant la Révolution, Paris, Allouard, 1842.
144. LAFAYETTE — Esquisse des Mémoires..., tracée par lui-même, dans Mémoires de tous, t. IV, Paris, Levavasseur, 1835.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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144. FERRONAYS (Comte de la) — Souvenirs tirés des papiers, Paris, Plon, 1900.
145. GORSE (de la) — Souvenirs, Paris, Dentu, 1805.
146. LA JONCHÈRE — Un financier à la Bastille sous Louis XV. Journal de la Jonchère. Mémoire de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, 1898.
147. LAMARE (Ph.) [ou plutôt de J. Lemarchand] — Journal d’un bourgeois de Caen, Caen, Jouan, 1905.
148. LAMBERT (Abbé) — Mémoires de famille, Paris, Picard, 1894.
149. LAMETH (Th. de) — Mémoires, Paris, Fontemoing, 1913.
150. LANGERON (de) — Mémoires. [Inédits Bibliothèque nationale. Manuscrits, Nouvelles acquisitions françaises 360-386.]
151. LAREVELLIÈRE-LÉPEAUX — Mémoires, Paris, Plon, s.d.
152. LA TOUR DU PIN (Marquis de) — Journal d’une femme de cinquante ans, Paris, Chapelot, 1913.
153. LA TOURNELLE (de) — Mémoires. [Inédits. Bibliothèque de la Ville de Paris, ms n° 29603.]
154. LATTRON (F.) (Vigneron) — Journal (1756-1810). Bulletin de la Société archéologique, etc., du Vendômois, 1875.
155. LATUDE — Le Despotisme dévoilé ou mémoires de H. Masers de Latude..., Paris, Didot, 1866.
156. LAUNAY — Les Observations de M. Launay, curé de Ruillé-le-Gravelais (1771-1790). Bulletin de la commission historique et archéologique de la Mayenne, 1900.
157. LAUZUN (Duc de) — Mémoires, Paris, Didot, 1862.
158. LAVALETTE (Comte) — Mémoires et souvenirs, Paris, Fournier, 1831.
159. LE BERTON — Notes (sur Saintes en 1778). Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, 1880.
160. LE CLERC (J. J.) — Journal (1708-1728) analysé par A. de Calonne. Bulletin de la société des Antiquaires de Picardie, 1910.
161. LEFEBVRE DE BEAUVRAY — Journal d’un bourgeois de Popincourt, Correspondance historique et archéologique, 1902.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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162. LE GENDRE (Abbé) — Mémoires (1655-1729), Paris, Charpentier, 1863.
163. LEGRIX (Abbé) — Journal. Recueil des actes de la commission des arts et monuments de la Charente-Inférieure, t. II, 1867.
164. LEGUAI DE PRÉMONTVAL — Mémoires, La Haye, 1749. [Introuvables en France. Cf. M. Pellisson. Les Mémoires d’un professeur au XVIIIe siècle, Revue pédagogique, 1904, p. 232].
165. LEKAIN — Voir Clairon.
166. LENOIR (Lieutenant de police) — [Mémoires ou souvenirs historiques, publiés avec arrangements dans Peuchet : Mémoires tirés des archives de la Bastille., Paris, Levavasseur, 1838, t. 3.
166 bis. LE PELLETIER (L.-A.) — Mémoires, Paris, Hachette, 1896.
167. LEPRINCE (d’Ardenay) — Mémoires, Le Mans, Leguicheux-Gallienne, 1880.
168. LETONDAL (Mme) — Mémoires [Extraits], Anjou historique, 1904.
169. LE VALLOIS —Notes (1744-1779). Mémoire de la Société historique et archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin, IV, 1883.
170. LIENHARDT (Mlle) — Souvenirs de Russie. Revue des Études historiques, 1903.
171. LIGNE (Prince de) — Fragments de l’Histoire de ma vie, Paris, Plon, 1928.
172. LINGUET — Mémoires sur la Bastille (et de Dusaulx sur le 14 juillet), Paris, Baudouin, 1821.
173. LOMBARD DE LANGRES — Mémoires anecdotiques, Paris, Ladvocat, 1823.
174. LOMÉNIE (Vicomtesse de) — Fragment des mémoires inédits (1785-1794). Manuscrits de la Société académique du département de l’Aube, 1882.
176. LOUIS XVI — Journal. Souvenirs et mémoires, 1900 (en supplément).
177. LUCHET (Chevalier de) — Journal militaire. Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1889.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
718
178. LUYNES (Duc de) — Mémoires, Paris, Firmin-Didot, 1860.
179. MAHE LA BOURDONNAIS (G.-F.) — Mémoires historiques, Paris, Pélicier et Chalet, 1827.
180. MALEBAYSSE — Journal agenais. Revue de l’Agenais, années 1893 et suiv.
181. MALLET DU PAN — Mémoires et correspondance, Paris, Amyot, Cherbuliez, 1851.
182. MALOUET — Mémoires, Paris, Plon, 1874.
183. MANNUCH (J.-C. von) — Ein deutscher Mater und Hofmann. Lebenserinnerungen, Berlin, Mittler, 1910.
184. MARAIS (Mathieu) — Journal et Mémoires, Paris, Didot, 1864.
185. MARCOL (F.-P. et P.-J.) — Journalier. Manuscrit de la Société d’archéologie lorraine, 1909.
186. MARMONTEL — Mémoires, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1891.
187. MAUREPAS (Comte de) — Mémoires, Paris, Buisson, 1792.
188. MAUTORT (Chev. de) — Mémoires, Paris, Pion, 1895.
189. MELLIER (G.) [d’Abbeville] — Livre de raison. Bulletin de la Société d’émulation d’Abbeville, 1900-1902.
190. MENIN — Le Pot-Pourry (1740-1765). (Extraits commentés par P. d’Estrée.) Souvenirs et Mémoires, 1900.
191. MERCIER (J.-C.) — Livre de raison [résumé et extrait]. Annales franc-comtoises, 1900.
192. MERLIN DE THIONVILLE — (Souvenirs d’enfance et de jeunesse publiés dans R. Merlin, Merlin de Thionville, Paris, Alcan, 1927.)
193. MESSEY (Comtesse M.-A. de) — Mémoires. Bulletin de la Société philomathique vosgienne, 1888-1889.
194. MEYNARD (de) [de Tulle] — Livre de raison. Bulletin de la Société des lettres, etc., de la Corrèze, 1892.
195. MICAULT (J.-B.) — Journal d’un professeur à l’université de Dijon [et Mercure (anonyme) dijonnais]. Manuscrit de l’Académie des sciences, etc., de Dijon, 1885-1886.
196. MICHELOT-MOULIN — Mémoires, Paris, Picard, 1893.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
719
197. MIGIEU DE MONTANGE (de) — Paris, Plon-Nourrit, s.d.
198. MILLOT (Abbé) — Mémoires politiques et militaires. Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l’histoire de France, publié par Michaud et Poujoulat, Paris, t. X, 1839.
199. MILLOT (Abbé) — Examen de ma vie (1726-1785). Nouvelle revue rétrospective, 1898.
200. MIRABEAU — Mémoires biographiques, etc. [rédigés par Lucas-Montigny, d’après les lettres en sa possession], Paris, Auffray, Guyot, 1834.
201. MOLÉ — (Voir CLAIRON).
202. MOLLIEN (Comte) — Mémoires, Paris, Guillaumin, 1898.
203. MONBIELLE D’HUS (Henriette de) — Souvenirs, Saint-Brieuc, Prud’Homme, 1910.
204. MONDRAN (de), chanoine de Notre-Dame de Paris — Mémoires [inédits, Bibliothèque de la Ville de Paris, ms n° 29260].
205. MONNIER (Abbé) — Journal d’un curé de campagne. Annales de Bretagne, t. V, 1890.
206. MONNIER (J.-M.) — Mémoires [Extraits, sous le titre de : L’ancienne bourgeoisie de Bresse]. Annales de la Société d’émulation... de l’Ain, 1875.
207. MONTBAREY (Prince de) — Mémoires, Paris, Eymery, etc., 1826.
208. MONTGAILLARD (Comte de) — Souvenirs, Paris, 011endorf, 1895.
209. MONTLOSIER (Comte de) — Mémoires, Paris, Dufey, 1830.
210. MORÉ (Comte de) — Mémoires, Paris, Picard, 1898.
211. MOREAU (J.-N.) — Mes Souvenirs, Paris, Plon, 1898.
212. MOREAU DE JONNÈS — Mémoires, La Révolution française, 1890.
213. MORELLET — Mémoires, Paris, Ladvocat, 1821.
214. MORRIS (Gouverneur) — Mémorial, Paris, Renouard, 1842.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
720
215. MORY D’ELVANGE — Généalogie et Journal de famille. Manuscrit de la Société d’archéologie lorraine, 1881.
217. MULOT (Abbé) — Journal intime. Manuscrit de la société de l’histoire de Paris et de Ile-de-France, Paris, 1902.
218. NARBONNE (P.) — Journal, Paris, Durand et Pédone, Lauriel, etc., 1866.
219. NEPVEU DE LA MANOUILLÈRE — Mémoires, Le Mans, Pellechat, 1877.
220. NEUILLY (Comte de) — Dix années d’émigration. Souvenirs et correspondance, Paris, Douniol, 1865.
221. NICOLAS (J.-F.) (libraire) — Journal de ce qui s’est passé à Nancy, etc. Manuscrit de la Société d’archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, t. XLIX, 1899.
222. NOAILLES (Vicomtesse de) — Vie de la princesse de Poix, née Beauvau, Paris, Lahure, 1855.
223. NORVINS (J. de) — Mémorial, Paris, Plon-Nourrit, 1896.
224. OBERKIRCH (Baronne d’) — Mémoires, Paris, Charpentier et Fasquelle, s.d.
225. OGÉ (R.-F.) — Livre de raison. Bulletin de la commission historique et archéologique de la Mayenne, 1892.
226. PAGÈS (J.) — Le Livre de raison d’un curé congressiste. Revue d’histoire et d’archéologie du Roussillon, 1902.
227. PANNELIER D’ARSONVAL, baronne Lambert (A.) — Souvenirs, s.l. [Versailles], 1902.
228. PASQUIER (Chancelier) — Mémoires, Paris, Plon-Nourrit, 1893.
229. PERRY (Jean) — Journal (1757-1793). Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, Saintes, Paris, 1876 et 1880.
230. PINET — Memorandum pour mes enfants, [étude par H. Labroue, Révolution française, 1906, 11].
231. POLLIN (J.-B.) — De l’enfance, des études de collège, des premières amours de J.-B. Pollin [dans : le Hameau de l’Agnelas suivi de diverses idylles, Paris, Lavillette, 1901, t. I1].
232. PONTÉCOULANT (Comte de) — Souvenirs, Paris, Michel Lévy, 1861.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
721
233. POUGENS (Ch. de) — Mémoires, Paris, Fournier, 1834.
234. POURCHET (E.-S.) — Livre de raison (1747-1801). Manuscrit de la Société d’émulation du Doubs, 1903-1904.
235. PRÉVILLE — voir CLAIRON.
236. PRIEUR DE LA MARNE — Notes et souvenirs inédits, Paris, Berger-Levrault, 1912.
237. PUISAYE (Comte J. de) — Mémoires, Londres, Harding et Dulau, 1803.
238. QUISARD (F.) — Livre de raison. Congrès des sociétés savantes savoisiennes de 1901.
239. RETIF DE LA BRETONNE — Monsieur Nicolas ou le coeur humain dévoilé, Paris, Isidore Liseux, 1883.
240. RETIF DE LA BRETONNE — Mes Inscriptions. Journal intime, Paris, Plon, 1889.
242. ROMAIN (de) — Souvenirs d’un officier royaliste, Paris, Egron, 1824.
243. ROQUETTE (Abbé de) — Mémoires. Manuscrit de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, t. VIII.
244. ROGUE (M.-P.-Ch.) — Souvenirs et journal d’un bourgeois d’Evreux, Evreux, Hérissey, 1850.
245. ROLAND (Mme) — Mémoires, Paris, Plon, 1905.
246. ROUSSEAU (J.-J.) — Les Confessions.
247. SABRAN (Comtesse de) — Journal... pendant le premier voyage du chevalier de Boufflers au Sénégal [1785-1786] et pendant le second voyage [1786-1787] (dans : Correspondance inédite de la comtesse de Sabran et du chevalier de Boufflers, Paris, Plon, 1875).
248. SAINT-CHAMANS (Marquis de) — Mémoires, Tulle, Crauffon, 1899.
249. SAINT-DENIS (Jean de) — Journal. Manuscrit de la Société historique et archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin, IV, 1883.
250. SAINT-PRIEST (Comte de) — Mémoires, Paris, Calmann-Lévy, 1929.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
722
251. SEGUIN, avocat — Cahiers (1710-1770), Lyon, Bernoux, Cumin et Masson, 1901.
252. SÉGUR (Comte de) — Mémoires, Paris, Eymery, 1826.
253. SEGURET (de) — Mémoires, notice et extraits (dans l’Université catholique, Lyon, Vitte, 1897).
254. SEMALLÉ (Comte de) — Souvenirs, Paris, Picard, 1898.
255. SÉMILLARD (M.) [de Troyes] — Journal (1762-1776). Revue de Champagne et de Brie, t. 22, 23 et 24, 1886-1888.
256. SERGENT-MARCEAU — Reminiscences of a regicide, edited from the original manuscript, Londres, Chapman et Hall, 1889.
257. SIMONNOT (N. Z.) — Mes Souvenirs, Troyes, Bertrand-Hu, 1878.
258. STAAL-DELAUNAY (Mme de) — Mémoires. Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l’histoire de France, Paris, t. X, 1839.
259. TAILLET (Famille), de Merfy (Champagne) — Livre Journal (1709-1843). (Extraits dans R. Champagne, septembre-octobre 1912 et mai-juin 1913).
260. TALLEYRAND — Mémoires, Paris, Calmann-Lévy, 1891.
261. TEISSIER (O.) — La Maison d’un bourgeois au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1886. [F.-A. Tamisier, 1711-1781, d’après son livre de raison et ses papiers.]
262. TERCIER (Général) — Mémoires, Paris, Plon-Nourrit, 1891.
263. THIÉBAULT (Général Baron) — Mémoires, Paris, Plon, 1896.
264. TILLY (Comte de) — Mémoires, Paris, Le Normant, 1828.
265. TIRON (Abbé) — Souvenirs d’un vieux Picard, Amiens, Lenoel-Herouard, 1864.
266. TOUSSAINT (F.-V.) — Anecdotes curieuses de la cour de France sous le règne de Louis XV, Paris, Plon, 1908.
267. TREMET (chanoine) — Journal de Troyes (1770-1790). Annuaire administratif... du département de l’Aube, publié par la Société académique de l’Aube pour 1856. [C’est non le texte, mais un résumé du journal.]
Les origines intellectuelles de la Révolution française
723
268. TRESSAN (Comte de) — Souvenirs, Versailles, Lebon, 1897.
269. VALÈS (G. de) et VALÈS (A. de) — Livre de raison (1690-1771). Bulletin de la société archéologique du Midi de la France, 1906-1907.
270. VALFONS (Marquis de) — Souvenirs, Paris, Émile-Paul, s.d.
271. VALLON (Mme) — Mémoires, Paris, Émile-Paul, 1913.
272. VARENNE (J.) ( ?) — Mémoires du chevalier de Ravanne, page de son altesse le duc régent et mousquetaire, Liège, s.n., 1740.
273. VAUBLANC (Comte de) — Mémoires. Bibliothèque des mémoires relatifs à l’histoire de France pendant le XVIIIe siècle, Paris, Didot, t. XIII, 1857.
274. VEILLAND (L.) — Registre, manuscrit de la Société des sciences naturelles et d’archéologie de la Creuse, 2e série, t. V, 1897.
275. VÉRI (Abbé de) — Journal, Paris, J. Tallandier, 1928-1930.
276. VERNET (Joseph) — Journal (dans : Léon Lagrange, Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècle, Paris, Didier, 1864).
277. VIGÉE LE BRUN (Mme) — Souvenirs, Paris, Fasquelle, s.d.
278. VIGOUROUS (Famille) — Livre de raison. Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn, 1908.
279. VILLEBRESME (Chevalier de) — Souvenirs, Paris, Berger-Levrault, 1897.
280. VILLENEUVE-ARIFAT (Marquise de) — Souvenirs d’enfance et de jeunesse, Paris, Émile-Paul, 1902.
281. VILLIERS (P.) — Souvenirs d’un déporté, Paris, l’auteur, 1802.
282. VITROLLES (Baron de) — Souvenirs, Paris, Émile-Paul, 1924.
283. VOISIN (M.) — Livre contenant ce qui est arrivé de plus remarquable dans la ville de Tours, etc. Bulletin de la Société archéologique de Touraine, X, 1895.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
724
284. VOLTAIRE — Mémoires pour servir à la vie de M. de Voltaire écrits par lui-même, Paris, Conard, 1914.
285. WEBER — Mémoires concernant Marie-Antoinette. Bibliothèque des Mémoires relatifs à l’histoire de France..., Paris, Didot, t. VII, 1860.
286. WILLE (J.-G.) — Mémoires et journal, Paris, Renouard, 1857.
287. YVON (Jean) — Livre de raison (1704-1759). Bulletin de la Société dunoise (Châteaudun), t. XII, 1909-1912.
288. Journal anonyme du XVIIIe siècle (1709-1803). Travaux de l’Académie nationale de Reims, t. 110, 1900-1901, t. 2.
289. Extraits d’un journal sur les événements du Dauphiné (1728-1775). Bibliothèque de l’Académie delphinale, 1850.
290. Journal d’un bourgeois de Moulins dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, publié par F. Claudon, Moulins, Durond, 1898.
291. Journal d’un bourgeois de Caen, publié par G. Mancel, Caen, Woinez,..., 1848.
292. Journal d’un bourgeois de Chartres [inédit, bibliothèque municipale de Chartres, ms 1090].
293. Journal de la cour et de Paris, depuis le 28 novembre 1732 jusqu’au 30 novembre 1733. Revue rétrospective, 2e série, t. V, 1836.
294. Livre de raison de la famille. Don du lieutenant-colonel de B. T. (Utilisés par F. Mireur, Le Tiers état à Draguignan, 1911.)
295. Livre de raison d’un bourgeois de Granville au XVIIIe siècle, mémoire de la Société d’archéologie... des arrondissements d’Avranches et de Mortain, 1896-1897.
296. Mémoires d’un soldat de l’ancien régime [inédit, bibliothèque de l’Arsenal, 3825].
297. Mémoires de La Lune (1756-1765), publié par le vicomte de Grouchy. Nouvelle revue rétrospective, 1898 et 1899.
298. Mémoires inédits sur l’histoire civile et religieuse de Vatan (Berry). Compte rendu des travaux de la Société du Berry à Paris, 1866.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
725
298 bis. Mémoires d’une inconnue, publiés sur le manuscrit original, par Mme Cavaignac, Paris, 1894.
299. Mémoires sur les dernières années du XVIIIe siècle, documents d’histoire, mars, 1912.
300. La Société béarnaise au XVIIIe siècle, historiettes tirées des mémoires inédits d’un gentilhomme béarnais, publié par la Société des bibliophiles du Béarn, Pau, Ribaut, 1876.
301. Souvenirs d’un étudiant de l’Université de Strasbourg, publié par E. Longin. (Extraits). Revue catholique d’Alsace, 1921.
Etudes sur les livres de raison (contenant des extraits).
302. BOUTILLIER (Abbé) — Les Livres de famille dans le Nivernais. Bulletin de la Société nivernaise, 3e série, t. I, tirage à part, Nevers, 1881.
303. DUJARRIC-DESCOMBES (A.) — La Vie privée en Périgord au XVIIIe siècle d’après les livres de raison. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1924.
304. DUMAS DE RAULY (Ch.) — Les Livres de raisons de la région, recueil de l’Académie des sciences, etc., du Tarn-et-Garonne, 1894.
306. GUIBERT (L.) (avec le concours d’A. Leroux, etc.) — Livres de raison, limousins et marchois, Limoges, Ducourtieux, Paris, Picard, 1888.
307. GUIBERT (L.) — Nouveau recueil de registres domestiques limousins et marchois, Limoges, Ducourtieux, Paris, Picard, 1895.
307 bis. LEROUX (A.) — Nouveau recueil de registres domestiques limousins et marchois, Limoges, Paris, 1895 et 1903.
308. RIBBE (Ch.) — Les Familles et la société en France avant la Révolution, Paris, Albanel, 1874.
309. TAMIZEY DE LARROQUE (Ph.) — Essai de bibliographie des livres de raison. Revue de l’Agenais, 1889.
310. THOUN (G.) — De quelques livres de raison des anciennes familles agenaises. Revue de l’Agenais, 1880.
II. Correspondances
Les origines intellectuelles de la Révolution française
726
@
311. ALEMBERT (d’) —Correspondance inédite avec Cramer, Lesage, etc., Rome, 1886.
312. ARJUZON (C. d’) — Un étudiant à Paris au XVIIIe siècle. Lettres inédites. Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1902.
313. ASSEUN (Gilles) — Notice sur la correspondance inédite de G. Asselin, docteur en Sorbonne, avec l’aumônier du roi Stanislas. Mémoire de l’Académie nationale des sciences, etc., de Caen, 1883.
314. BERGIER (Abbé) — Lettres inédites. Mémoire de l’Académie des sciences,... de Besançon, année 1890.
315. BRISSOT (J.-P.) — Correspondance et papiers, publié par Cl. Perroud, Paris, Picard, 1912.
316. BROSSES (de) — Lettres à Ch. C. Loppin de Gemeaux, Paris, Firmin-Didot, 1929.
317. CHABROL (R.P.F.) — Lettres inédites, Société des archives historiques du Limousin, 1e série, archives anciennes, t. XII, 1912.
318. COCHIN — Lettres inédites. Précis analytique des travaux de l’Académie impériale des sciences, etc., de Rouen, 1868-1869.
319. COLARDEAU — Lettres inédites. Bulletin de la Société archéologique de l’Orléanais, t. I, 1848-1849.
320. COLARDEAU — Correspondance avec son oncle. Souvenirs et Mémoires, 1899 et 1900.
321. COLLÉ (Ch.) — Correspondance inédite, Paris, Pion, 1864.
322. COLOMB (Dom Jean) — Lettres à dom Etienne Housseau. Revue historique et archéologique du Maine, 1877.
323. CONDORCET — Lettres d’un philosophe et d’une femme sensible. Condorcet et Mme Suard, publié par R. Doumic. Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1911 et suiv.
324. CRÉQUI (Marquise de) — Lettres inédites à Senac de Meilhan, Paris, Potier, 1856.
325. DESFRISCHES — Lettres adressées au dessinateur orléanais Desfriches (dans P. Ratouis de Limay : un amateur
Les origines intellectuelles de la Révolution française
727
orléanais au XVIIIe siècle. A.T. Desfriches, Paris, Champion, 1907).
325 bis. DIDEROT — Correspondance inédite, publié par A. Babelon, Paris, Gallimard, 1932.
326. DUBUISSON — Lettres du commissaire Dubuisson au Marquis de Caumont, Paris, Arnould, s.d.
327. CHATELET (Mme du) — Lettres, Paris, Charpentier, s.d.
328. DUCIS (J.-F.) — Correspondance inédite avec le Prince de Wurtemberg, L’Amateur d’autographes, 1900-1901.
329. DUCIS — Lettres inédites. Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1902.
330. DEFFAND (Mme du) — Correspondance complète avec ses amis, le président Hénault, etc., Paris, Plon, 1865.
331. DEFFAND (Mme du) — Correspondance complète avec la duchesse de Choiseul, l’abbé Barthélemy et M. Craufurt, Paris, Calmann-Lévy, 1877.
332. DEFFAND (Mme du) — Lettres à Horace Walpole, publié par Mrs Paget Toynbee, Londres, Methuen, 1912.
333. DUPIN (Mme) — Le Portefeuille de Mme Dupin. Publié par G. de Villeneuve-Guibert, Paris, Calmann-Lévy, s.d. [Lettres à Mme Dupin de Voltaire, Montesquieu, etc.].
335. FLORIAN — Lettres à Mme de la Briche. Mélanges, publié par la Société des bibliophiles français, 1903.
336. GALIANI — Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, 1881.
337. GOUJET (Abbé) — Les Correspondants de Chaudon-Goujet. Revue de Gascogne, 1901.
338. GRAFFIGNY (Mme de) — Lettres, Paris, Charpentier, 1879.
339. GROSLEY — Lettres inédites de Grosley, collection de documents inédits relatifs à la ville de Troyes..., publié par la Société académique de l’Aube, t. I, Troyes, Dufey-Robert, 1878.
340. GROSLEY — Lettres inédites. Manuscrit de la Société académique d’agriculture, etc., du département de l’Aube, 1906.
341. GUSTAVE III — Lettres de Gustave III à la Comtesse de Boufflers et de la comtesse au roi. Actes de l’Académie nationale des sciences... de Bordeaux, 1898.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
728
342. KAGENECK (de) — Lettres de M. de Kageneck... au baron Alstrômer..., Paris, Charpentier, 1884.
343. LE COUVREUR (Adrienne) — Lettres, Paris, Plon-Nourrit, 1892.
344. LESPINASSE (Mlle de) — Lettres, Paris, Charpentier, s.d.
345. LESPINASSE (Mlle de) — Lettres inédites à Condorcet, à d’Alembert, etc., Paris, Dentu, 1887.
346. LE SUEUR (Abbé A.) — Maupertuis et ses correspondants. [Lettres inédites de Frédéric II, prince Henri de Prusse, la Beaumelle, etc], Paris, Picard, 1897.
347. LIGNE (Prince de) — Lettres et billets inédits, 1e série, Bruxelles, Lamertin, 1919.
348. LISLE (Chevalier de) — Lettres intimes au prince de Ligne, Paris, Champion, 1924.
349. LISLE (Chevalier de) — Lettres familières. Revue de Paris, 1er décembre 1907, Mercure de France, septembre-octobre 1907.
350. LORDAT (de) — Lettres de M. J. de Lordat à son oncle, Paris, Plon, 1908.
351. MALBOISSIÈRE (Geneviève de) — Lettres à Adélaïde Méliand (1761-1766), Paris, Champion, 1924.
352. MARAIS (Mathieu) — Correspondance inédite avec le président Bouhier [à la suite du Journal, publié par de Lescure].
353. MARVILLE (de) — Lettres au ministre Maurepas, Paris, Champion, 1896.
354. MERCY-ARGENTEAU (Comte de) — Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le Comte de Mercy-Argenteau, Paris, Didot, 1874.
355. MIRABEAU (Marquis de) — Lettres inédites, Digne, Chaspoul et Barbaroux, 1899.
356. MONTESQUIEU — Correspondance, Paris, Champion, 1914.
357. MOPINOT (A.-R. de) et Mme de — Sous Louis le bien aimé [leur correspondance]. Revue de Paris, 15 juin 1905 et suiv.
358. MORELLET — Lettres à lord Shelburne, Paris, Plon, 1898.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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359. NIQUET (Président et présidente de) — Lettres (1772-1778). Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1907.
360. NIVELLE DE LA CHAUSSÉE — Lettres à M. Sablier (1720-1735). Revue rétrospective, 3e série, t. I, 1838.
361. OMS DE MARGARET (Comte) — Lettres à son père (1772-1783). Manuscrit de la Société agricole, etc., des Pyrénées-Orientales, 1910.
362. ORLÉANS (Madame, duchesse d’) — Correspondance, extraite de ses lettres originales, Paris, Bouillon, 1890.
363. PIRON — Lettre à sa mère (2 avril 1737). Revue rétrospective, 1re série, t. II, p. 485.
364. PIRON — Lettres à diverses personnes. Mélanges, publié par la Société des bibliophiles français, Paris, Didot, 1826.
365. PIRON — OEuvres posthumes, Paris, Dentu, 1888. [Correspondance avec Mlle de Bar et divers.]
366. ROLAND (Mme) — Lettres, publié par Cl. Perroud (1780-1787), Paris, Imprimerie nationale, 1900. Nouvelle série (1767-1780) publié par le même ; ibidem, 1915.
367. STANISLAS — Lettres inédites à Marie Leczinska, Paris, Berger-Levrault, 1905.
368. TRÉMOILLE (Louis de la) — Mon grand-père à la cour de Louis XV et à celle de Louis XVI, nouvelles à la main, Paris, Champion, 1904. [Lettres en partie personnelles.]
369. TRUBLET — Les Correspondants de Chaudon : l’abbé Trublet. [Lettres.]
370. SWIETEN (Baron van) — Une correspondance littéraire inédite. Revue d’histoire littéraire, 1920.
371. MATTER — Lettres et pièces rares ou inédites, Paris, Amyot, 1846. [Lettres de d’Aguesseau, Fontenelle, Buffon, etc.]
372. NISARD (P.P. Ch.) — Mémoires et correspondances historiques et littéraires inédits, Paris, Lévy, 1858. (Presque exclusivement correspondances tirées des papiers de Suard.)
373. TOUGARD (A.) — Documents concernant l’histoire littéraire au XVIIIe siècle, conservés aux archives de l’Académie de Rouen [lettres], publié par A. Tougard, Rouen, Lestringant ; Paris, Picard, 1912.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
730
375. Lettres autographes de la collection de Troussures, Paris, Champion, 1912. (Lettres de Dubos et à Dubos.)
376. Lettres de M. R à M. M, concernant ce qui s’est passé d’intéressant à la cour depuis la maladie et la mort de Louis XV presque jusqu’au rétablissement du parlement de Paris. Mélanges, publié par la Société des bibliophiles français, Paris, Didot, 1826.
III. — Etudes biographiques
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377. ADVIELLE (V.) — Histoire de Gracchus Babeuf et du Babouvisme, Paris, l’auteur, 1884.
378. ALMÉRAS (H. d’) — Cagliostro, Paris, Société française, 1904.
379. ARBELET (P.) — La Jeunesse de Prieur de la Côte-d’Or. Revue du XVIIIe siècle, 1918.
380. ARNAUD (R.) — Le Fils de Fréron (1754-1802), Paris, Perrin, 1909.
381. AULARD (A.) — L’Enfance et la jeunesse de Danton. Etudes et leçons sur la Révolution française, 4e série, Paris, Alcan, 1904.
382. AULARD (A.) — L’Education scolaire des hommes de la Révolution. Etudes et leçons sur la Révolution française, 4e série, Paris, Alcan, 1904.
383. BEAULAINCOURT-MARLES (Comtesse de) — Boniface-Louis-André de Castellane, Paris, Plon, 1901.
384. BEAUNIER (A.) — La Jeunesse de Joubert, Paris, Perrin, 1918.
385. BOUDET (Marcellin) — Les Conventionnels d’Auvergne. Dulaure, Paris, Aubry ; Clermont-Ferrand, Thibaud, 1874.
386. BRADBY (E.-D.) — The Life of Barnave, Oxford, Clarendon Press, 1915.
387. BROVES (Abbé de) — Biographie de l’abbé de Sauvages. Mémoires et comptes rendus de la Société scientifique et littéraire d’Alais, 1897.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
731
388. BUFFENOIR (Maximilien) — Sur les pas de la comtesse d’Egmont, Soissons, Société archéologique, 1930.
389. CASTELLANE (Marquis de) — Gentilshommes démocrates, Paris, Plon, s.d. (1890).
390. CHARRIER (J.) — Claude Fauchet, Paris, Champion, 1909.
391. CLARETIE (J.) — Camille Desmoulins. Lucile Desmoulins, Paris, Plon, 1875.
392. COUARD (E.) — L’Enfance et la première jeunesse de Lazare Hoche, Versailles, Aubert, 1894.
393. CRUPPI (J.) — Un avocat journaliste au XVIIIe siècle, Linguet, Paris, Hachette, 1895.
394. DARD (Emile) — Hérault de Séchelles, Paris, Perrin, 1907.
395. DESCOTES (F.) — Joseph de Maistre avant la Révolution, Paris, Picard, 1893.
396. DUBORD (R.) — Un curé gascon de la fin de l’ancien régime... Revue de Gascogne, bulletin mensuel de la Société historique de Gascogne, 1881.
397. FERDINAND-DREYFUS — Un philanthrope d’autrefois : La Rochefoucauld-Liancourt, Paris, Plon, 1903.
398. FUNCK-BRENTANO (F.) — Retif de la Bretonne, Paris, Albin-Michel, 1928.
399. DUBREUIL (L.) — La Palinodie de Marmontel. Annales révolutionnaires, 1922.
400. GAZIER (Cécile) — Une marquise libérale sous Louis XV : Mme de Mesmes et Gustave de Suède, Correspondant, 25 janvier 1927.
401. GUYOT (R.) et THÉNARD (F.) — Le Conventionnel Goujon. Sa jeunesse et ses débuts. Revue historique, 1905.
402. HAMEL (E.) — Histoire de Robespierre, Paris, Librairie internationale, 1865.
403. HÉRISSAY (J.) — Un Girondin : François Buzot, Paris, Perrin, 1907.
404. HIENTER (A.-C.) — J-B.-A. Suard. Un introducteur de la littérature anglaise en France, Paris, Champion, 1925.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
732
405. ISTRIA (S.) — La Vie de Philibert Buchot, Révolution française, avril 1913.
406. IUNG (Th.) — Dubois-Crancé, Paris, Charpentier, 1884.
407. KUSCINSKI — Dictionnaire des Conventionnels, Paris, Rieder, 1916.
408. LASTEYRIE (Mme de) — Vie de Mme de La Fayette, Paris, Techener, 1868.
408 bis. LAUNAY (L. de) — Une famille de la bourgeoisie parisienne pendant la Révolution, Paris, Perrin, 1921.
409. LAUNAY (R.) — Barère de Vieuzac, Paris, Tallandier, 1929.
410. LAURENT (G.) — Les Hommes de la Révolution à la faculté de droit de Reims. Annales historiques de la Révolution française, juillet-août 1929.
410 bis. LAVAQUERY (E.) — Le Cardinal de Boisgelin, Angers, Gaultier et Theben, 1920.
411. LÉVY-SCHNEIDER — L’Abbé Morellet et la Révolution française, La Révolution française, 1909.
412. LINTILHAC (E.) — Vergniaud, Paris, Hachette, 1920.
426. LOMÉNIE (L. de) — Beaumarchais et son temps, Paris, Michel Lévy, 1858.
427. LOOTEN (C.) — Histoire d’Anne-Louise-Alexandre de Montmorency, prince de Robecq, Lille, Giard, 1913.
428. MADELIN (L.) — Danton, Paris, Hachette, 1914.
429. MAGGIOLO — La Vie et les oeuvres de l’abbé Grégoire, mémoire de l’Académie Stanislas à Nancy, 1883 et suiv.
416 bis. MARICOURT (Baron de) — Mme de Souza et sa famille, Paris, Émile-Paul, 1907.
430. MARTHA-BEKER (F.), comte de Mons — Études historiques sur le général Desaix, Clermont-Ferrand, de Pérol, 1852.
431. MARTIN-DECAEN (A.) — Le Marquis René de Girardin, Paris, Perrin, 1912.
432. MARTY (E.) — La Famille d’Aroux de la Serre. Revue du Tarn, 1900.
433. MAUGRAS (G.) — Dernières années du roi Stanislas, Paris, Plon-Nourrit, 1906.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
733
434. MAUTOUCHET (P.) — Le Conventionnel Philippeaux, Paris, 1900.
435. MAZON (A.) — Histoire de Soulavie, Paris, Fischbacher, 1893.
436. MÈGE (F.) — Le Conventionnel Bancal des Issarts. Manuscrit de l’Académie des sciences, etc., de Clermont-Ferrand, 1886.
424. MÈGE (F.) — Notes biographiques sur les députés de la Basse-Auvergne [Révolution]. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., de Clermont-Ferrand, 1870.
425. MERLET — Notice sur L.N. Barbereau. Ses lettres, procès-verbaux de la Société archéologique d’Eure-et-Loir, 1886.
426. MERLIN (R.) — Merlin de Thionville, Paris, Alcan, 1927.
427. MICHON (G.) — Essai sur l’histoire du parti feuillant. Adrien Duport, Paris, Payot, 1924.
428. MISERMONT (L) — Le Conventionnel Lebon avant son entrée dans la vie publique. Revue des études historiques, 1903.
429. MONGLOND (A.) — Vies préromantiques, Paris, Les Belles-lettres, 1925.
430. NETON (A.) — Siéyès (1748-1836), Paris, Perrin, 1900.
431. PERROUD (Cl.) — Enfance, première jeunesse et débuts politiques de Barbaroux, La Révolution française, 1918.
431. REINACH-FOUSSEMAGNE (Comtesse de) — La Marquise de Lige de Volude, P. Perrin, 1908.
432. RIBBE (Ch. de) — Les Familles et la société en France avant la Révolution, Paris, Albanel, 1874.
433. ROBIQUET (P.) — Théveneau de Morande, Paris, Quantin, 1882.
433. ROCHE-MAZON (Jeanne) — En marge de l’Oiseau bleu, Paris, Artisan du livre, 1930.
434. ROEDERER (A.-M.) — La Famille Roederer de 1676 à 1790, Paris, Didot, 1849.
435. SÉGUR (P. de) — La dernière des Condé, Paris, Calmann-Lévy, 1899.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
734
437. VISSAC (Marc de) — Romme le Montagnard, Clermont-Ferrand, Dilhan-Vivès, 1883.
437 bis. WALTER (G.) — Marat avant 1789. Revue des Deux Mondes, ler février 1933.
438. WILSON (Mlle Aileen) — Fontanes. Essai biographique et littéraire, Paris de Boccard, 1928.
439. L.B. — Le Conventionnel Borel et sa famille. Annales des Alpes, 1904.
440. (Anonyme) — Un Défenseur des principes traditionnels sous la Révolution, Nicolas Bergasse, Paris, Perrin, 1910.
IV. — Récits de voyages
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441. ANDREWS (John) — Lithers to a young gentleman on his setting out for France, Londres, Walter, 1784.
442. ANDREWS (John) — A Comparative view of the French and English nations..., Londres, Longman et Robinson, 1785.
443. C... du T... — Quelques lettres sur un voyage en France fait en 1788, publié par L. Galle, Lyon, Mougin-Rusand, 1895.
444. GRADOCK (Mme) — Journal de Mme Gradock, voyage en France (1783-1786), Paris, Perrin, 1896.
445. GUIBERT — Voyages de Guibert dans diverses parties de la France..., Paris, d’Hautel, 1806.
446. LATAPIE (François de Paule) — Journal de tournée en 1778. Archives historiques du département de la Gironde, t. 38, 1903.
447. LEGRAND D’AUSSY — Voyage fait en 1787 et 1788 dans la ci-devant Haute et Basse-Auvergne, Paris, an III.
448. LUPPÉ (A. de) — Un voyage en France au XVIIIe siècle. Correspondant, 10 avril 1923.
449. MNISZECH (Comte M.) — Un gentilhomme polonais à Paris en 1767. Notes de voyage du comte M. Mniszech. Revue rétrospective, 1887.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
735
450. MOORE — Lettres d’un voyageur anglais sur la France, la Suisse et l’Allemagne, Genève, Bardin, 1781.
451. OBERLIN (J.-J.) — Journal des remarques faites dans un voyage par la France en 1776, Bibliothèque nationale. Manuscrits. Nouvelles acquisitions 10040.
452. ROUAUD (de) — Voyage de Paris en 1782. Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou, 1900.
452 bis. RUTLIDGE — Essai sur le caractère et les moeurs des Anglais comparées à celles des Français, Londres, 1776.
453. VOLKMANN (J.-J.) — Neuesle Riesen durch Frankreich, Leipzig, G. Fritsch, 1787.
454. YOUNG (Arthur) — Voyages en France pendant les années 1787, 1788, 1789, P. Guillaumin, 1860 (nouvelle édition publiée par H. Sée, en 1930).
455. Voyage d’un Anglais à Paris en 1788. Revue rétrospective, 1889.
V. — Journaux du XVIIIe siècle.
(voir la bibliographie de Hatin)
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456. Année littéraire.
457. Annonces, affiches et avis divers [dits affiches de province].
458. Journal encyclopédique.
459. Journal de Paris.
460. Journal des Savants.
461. Mercure de France.
VI. — Nouvelles à la main
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462. ALBERTAS (d’) — Journal de nouvelles (1770-1783). [Inédit. Bibliothèque nationale. Nouvelles acquisitions, 4386-4392.]
Les origines intellectuelles de la Révolution française
736
463. BACHAUMONT — Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la République des lettres en France, Londres, Adamson, 1780 et suiv.
464. BOSQUET DE COLOMIERS — Nouvelles à la main (avril-novembre 1752). Souvenirs et Mémoires, 1901.
464 bis. GRIMM, DIDEROT, etc. — Correspondance littéraire, philosophique et critique, publié par M. Tourneux, Paris, 1877-1882.
465. HIPPEAU (C.) — Le Gouvernement de la Normandie au XVIIe et au XVIIIe siècle, 2e partie, t. I [t. IV]. [Nouvelles à la main envoyées de Paris, etc., adressées au gouverneur de la province.]
466. LE BRETON — Notes sur un journal manuscrit et inédit de nouvelles à la main de l’année 1777 (par Le Breton), recueil des travaux de la Société libre d’agriculture, etc., de l’Eure, année 1880-1881.
467. MÉTRA — Correspondance secrète, politique et littéraire... dite de Métra, Londres, Adamson, 1787.
468. Nouvelles à la main de la fin du XVIIIe siècle, publié par le vicomte de Grouchy. Carnet historique et littéraire, 1898.
469. Nouvelles de la cour et de la ville (1734-1738), publié par E. de Barthélemy, P. Trouveyre, 1879.
470. Nouvelles à la main. [Inédites, bibliothèque de l’Arsenal, ms n° 7083.]
471. Extraits des gazetiers de la police secrète. Archives de la Bastille. Revue rétrospective, 1887.
472. L’Observateur anglais ou correspondance secrète entre milord All’eye et milord All’ear, Londres, Adamson, 1777.
473. Journal de police sous Louis XV (1742-1743). Revue rétrospective, 1834 [et à la suite du Journal de Barbier, t. VIII].
VII. — Histoire de l’enseignement
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474. ALLAIN (Abbé) — L’Instruction primaire en France avant la Révolution, Paris, Société bibliographique, 1881.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
737
475. ALLAIN (E.) — Contribution à l’histoire de l’Instruction primaire dans la Gironde, Bordeaux, Feret, Paris, Picard, 1895.
476. ALLANIC (J.) — Histoire du collège de Vannes. Annales de Bretagne, tome XVIII, 1902.
477. ANTHIAUME (A.) — Le Collège du Havre, Le Havre, 1905.
478. ARRONDEAU — Le Collège de Sougé. Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, 1868.
479. AUBERTIN (Ch.) — Recherches historiques sur les anciennes écoles et le collège de Beaune, Beaune, Batault, 1882.
480. AUTORDE (F.) — L’Instruction primaire avant la Révolution [dans la Creuse]. Mémoires de la Société des sciences naturelles et d’archéologie de la Creuse, 1888.
481. BABEAU (A.) — L’Instruction primaire dans les campagnes avant 1789, Troyes, Dufour-Bouquot, 1875.
482. BABEAU (A.) — Les Établissements d’instruction à Paris en 1789. Correspondant, juin 1889.
483. BARRET (P.) — Les Études classiques au collège royal des Jésuites d’Alençon au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société historique et archéologique de l’Orne, 1894.
484. BARRIÈRE-FLAVY — Histoire du collège de Pamiers. Bulletin périodique de la Société ariégeoise des sciences, lettre et arts, 1909-1911.
485. BEBIN (J.) — Documents pour servir à l’histoire du collège de Valenciennes, Valenciennes, Prignet, 1867.
486. BELLÉE (A.) — Recherches sur l’instruction publique dans le département de la Sarthe, Le Mans, Monnoyer, 1875.
487. BERTHIER (le P : G.) — Traités inédits pour l’éducation de Louis XVI, documents d’histoire, recueil trimestriel publié par E. Griselle, année 1911.
488. BOISSONNADE (P.) et BERNARD (J.) — Histoire du collège et du lycée d’Angoulême, Angoulême, Coquemard, Trilland, 1895.
489. BONHOURE (G.) — Histoire du collège de Vendôme. Bulletin de la Société architecturale, etc., du Vendômois, 1905, et suiv.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
738
490. BONNEL (A.) — De l’enseignement à Lyon avant la Révolution, Lyon, Pétrat, 1899.
491. BOUCHARD (E.) — Le Collège de Moulins, congrès scientifique de France, 1872 (Moulins).
492. BOULOGNE (P.) — Le Collège de Semur. Revue internationale de l’enseignement, 1900.
493. BOUQUET (H.-L.) — L’Ancien Collège d’Harcourt et le lycée Saint-Louis, Paris, 1891.
494. BOURRILLY (L) — Historique du collège de Toulon. Bulletin de l’académie du Var, 1901.
495. BOUTEILLER (J.-A.) — L’Oratoire et le collège de Niort (1617-1861). Versailles, Aubert, 1865.
496. BOUTIOT (Th.) — Histoire de l’Instruction publique et populaire à Troyes, Troyes-Paris, 1865.
497. BRÉARD (Ch.) — Histoire du collège d’Eu, Eu, Hocquelin, 1879.
498. BRUNEAU (M.) — L’Enseignement secondaire et supérieur des lettres et des sciences à Bourges. Mémoire de la Société historique du Cher, 1889-1890.
499. BRUYANT (P.) — Un collège à travers les âges, Nogent-le-Rotrou, 1906.
500. BUCHE (J.) — Histoire du studium collège et Lycée de Bourg-en-Bresse, Bourg, 1898.
501. CARADEUX DE LA CHALOTAIS — Essai d’éducation nationale, s.l., 1763.
502. CARDEVACQUE (de) — Le Collège de Saint-Vaast à Douai, Douai, Crépin, 1882.
503. CARLEZ (C.) — Une réforme scolaire au XVIIIe siècle. Mémoire de l’Académie nationale des sciences, etc., de Caen, 1892.
504. CARRÉ (G.) — Les Pensionnaires de collège chez les Oratoriens de Troyes au XVIIIe siècle, travaux de l’Académie nationale de Reims, 1885.
505. CARRÉ (G.) — L’Enseignement secondaire à Troyes, Paris, Hachette, 1888.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
739
506. CAULY (E.) — Histoire du collège des Bons-Enfants de l’Université de Reims, Reims, Michaud, 1885.
506 bis. CERFVOL (de) — Le Radoteur ou Nouveaux Mélanges, etc., Paris, Bastien, 1777 [Articles XVI et XVII : De l’éducation].
507. CHARMASSE (A. de) — État de l’instruction primaire dans l’ancien diocèse d’Autun pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, congrès scientifique de France, 1876 (Autun).
508. CLÉMENT-SIMON — Histoire du collège de Tulle, Paris, Champion, 1892.
509. CLERC (A.) — Les Collèges de la Trinité et de N.-D. de Bon-Secours (à Lyon), Lyon, Pitrat, 1889.
510. COMPAYRÉ (G.) — Histoire critique des doctrines de l’éducation en France depuis le XVIe siècle, Paris, Hachette, 1885.
510 bis. COYER (Abbé) — Plan d’éducation publique, Paris, Duchesne, 1770.
511. CRÉGUT (Abbé G.-R.) — Histoire du collège de Riom. Revue d’Auvergne, 1902, 1903, 1904.
512. DANIEL (Abbé) — Notice historique sur le collège de Coutances, Caen, Hardel, 1848.
513. DECAP, DE LA MARTINIÈRE, BIDEAU — L’Instruction primaire en France aux XVIIIe et XIXe siècles, publications du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, Rieder, 1914.
514. DEGERT (A.) — L’Ancien Collège de Dax. Bulletin de la Société de Borda (Dax), 1903.
515. DEJOB — Naissance de l’enseignement supérieur libre à la veille de la Révolution (dans : L’Instruction publique en France et en Italie au XIXe siècle, Paris, Colin, s.d.).
516. DELFOUR (J.) — Histoire du Lycée de Pau, Pau, Garet, 1890.
517. DELFOUR (J.) — Les Jésuites à Poitiers (1604-1762), Paris, Hachette, 1902.
518. DENAIS (J.) — Recherches historiques sur le collège du Puy-en-Velay, Paris, Dumoulin, 1876.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
740
519. DERVILLÉ (B.-A.) — L’instruction publique à Compiègne en 1789, Compiègne, Mennecier, 1896.
520. DOUAIS (C.) — L’Enseignement dans le Haut-Languedoc avant 1789. Revue des Pyrénées, 1889 et 1890.
521. DREVON (J.-M.) — Histoire d’un collège municipal (Bayonne) aux XVIe, XVIIe, et XVIIIe siècles, Agen, Leathéric, 1889.
522. DREYFUS (A.) — Monographie du collège d’Epinal. Annales de la Société d’émulation du département des Vosges, 1901.
523. DUBOIS DE LA VILLERABEL — Le Vieux Collège de Saint-Brieuc. Revue de Bretagne et de Vendée, 1881.
524. Du BOIS DE LA VILLERABEL — Un Etudiant d’autrefois. Bulletin archéologique de l’association bretonne, 1897.
525. DUBORD (R.) — L’Instruction publique à Gimont avant 1789. Revue de Gascogne, 1877.
526. DUBORD (R.) — Le Collège de Saint-Nicolas de Gimont, Auch, 1878.
527. DUBOURGUIER (Abbé) — Grandes écoles et gens d’église au diocèse d’Amiens sous l’ancien régime, Amiens, Yvert et Tellier, Paris, Picard, 1904.
528. DU CHÊNE (A.) — Un petit collège avant et pendant la Révolution. Baugé, Angers, Germain, 1880.
529. DUMINY (Ed.) — Le Collège de Nevers. Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts, 1908.
530. DUPONT-FERRIER (G.) — Du collège de Clermont au lycée Louis-le-Grand, Paris, de Boccard, 1921-1922.
531. DURIEUX (A.) — Le Collège de Cambrai, Cambrai, Renaut, 1882.
532. DUVAL (L.) — Les Collèges de Céaucé et de Domfront. Bulletin de la Société historique et archéologique de l’Orne, 1883.
533. FAVIER (J.) — Notice sur l’école royale militaire de Pont-Mousson, Nancy, Crépin-Leblond, 1896.
534. FAYET — Questions d’enseignement, Le Contemporain, août 1879.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
741
534. FÉRET (Abbé) — La Faculté de théologie de Paris, Paris, Picard, 1909.
535. FIERVILLE — Histoire du collège de Quimper, Paris, Hachette, 1864.
536. FONTANILLE — L’Instruction primaire avant 1789 dans l’arrondissement de Nyons (Drôme). Bulletin de la Société d’archéologie et de statistique de la Drôme, 1883.
537. FOURNIER (A.) — L’Instruction publique à Rambervillers au XVIIIe siècle, mémoire de la Société d’archéologie lorraine, 1881.
538. FRANKUN (A.) — Les Anciennes Bibliothèques de Paris, Paris, Imprimerie impériale, 1870.
539. FRANKLIN (A.) — La Vie privée d’autrefois. Ecoles et collèges, Paris, Plon-Nourrit, 1891.
540. FRINGNET — Le Collège des oratoriens au Mans. Revue de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, 1885 et 1886.
541. GARDÈRE — Le Collège de Condom sous les Oratoriens. Revue de Gascogne, 1886, 1888, 1889.
543. GAULLIEUR (E.) — Histoire du collège de Guyenne, Paris, Sandoz et Fischbacher, 1874.
544. GAUTIER (A.) — Le Collège de Rouen, Paris, P. Dupont, 1876.
545. GERMAIN (A.) — La Faculté des arts et l’ancien collège de Montpellier, Montpellier, Boehm, 1882.
546. GODARD (Ch.) — Histoire de l’ancien collège de Gray, Gray, Roux, 1887.
547. GODARD (Ch.) — Essai sur le gymnase de Montbéliard, Montbéliard, Barbier, 1893.
548. GODARD (Ch.) — Notes sur le collège de Treignac. Bulletin de la Société du musée départemental d’ethnographie et d’art populaire du Bas-Limousin, 1901.
549. GOSSE — Exposition raisonnée des principes de l’Université relativement à l’éducation, Paris, Buisson, 1788.
550. GOURDON (H.) — Les Physiocrates et l’éducation nationale. Revue pédagogique, 1901.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
742
551. GROSSE-DUPERON — Le Collège de Mayenne, Mayenne, Poirier, 1910.
552. GUIBERT (L.) — L’Instruction primaire en Limousin sous l’ancien régime, Limoges, Ducourtieux, 1888.
553. GUYTON DE MORVEAU — Mémoires sur l’éducation publique, s.l., 1764.
554. HACHETTE (A.) — Le Cahier d’un rhétoricien de 1778. Revue pédagogique, 1911.
555. HAMEL (Ch.) — Histoire de l’abbaye et du collège de Juilly, Paris, Douniol, 1868.
556. HAUTECLOCQUE (G. de) — L’Enseignement secondaire dans le Pas-de-Calais avant 1789. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., d’Arras, 1883.
557. HAUTECLOCQUE (G. de) — Les Représentations dramatiques et les exercices littéraires dans les collèges de l’Artois avant 1789, Abbeville, 1888.
558. JACQUIER (E.) — Le Collège de Vitry-le-François, Vitry, 1897.
559. JADART (H.) — Les Ecoles de Reims et de son arrondissement en 1774. Revue de Champagne et de Brie, 1887.
560. JALOUSTRE (E.) — Les Anciennes Ecoles de l’Auvergne. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., de Clermont-Ferrand, 1881.
561. JOURDAIN (Ch.) — Histoire de l’Université de Paris au XVIIe et au XVIIIe siècles, Paris, Didot, Hachette, 1888.
562. JOYAU (E.) — L’Enseignement de la philosophie dans les collèges au XVIIIe siècle. Revue d’Auvergne, 1907.
563. KREMP (G.) — Essai sur l’histoire du collège Jean-Bart de Dunkerque, Dunkerque, Néerman, 1904.
564. LACOINTA (J.) — Le Plan d’études des Bénédictins de Sorèze. Correspondant, décembre 1880.
565. LACROIX (A.) — Le Collège de Chabeuil (Dauphiné), 1892.
566. LAFFORGUE (E.) — L’Instruction primaire en Bigorre, Tarbes, 1924.
567. LAHARGOU (P.) — Le Collège de Dax, Paris, Poussielgue, 1909.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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568. LALLEMAND (P.) — Histoire de l’éducation dans l’ancien Oratoire de France, Paris, Thorin, s.d.
569. LEBERT (F.) — La Bibliothèque de la ville de Meaux. Bulletin de la Société historique et littéraire de la Brie, 1900-1903.
570. LEBLANC (H.-J.) — Histoire du collège de Tourcoing, Tourcoing, Malhon, 1870.
571. LEGRAND (P.) — Programme pour l’examen des élèves du collège Saint-Louis d’Angoulême, 1759. Bulletin de la Société historique et archéologique de la Charente, 1905-1906.
572. LENEL (S.) — Histoire du collège d’Amiens. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., d’Amiens, 1903.
573. LE VERDIER (P.) — Exercices du collège de Beaumont-en-Auge (1770-1773). Bulletin de la Société de l’histoire de Normandie, 1895.
574. LIARD (L.) — L’Enseignement supérieur en France (1789-1889), Paris, Colin, 1888.
575. LOCKE —De l’éducation des enfants, traduit de l’anglais par Coste, 6e édition, Lausanne, Bousquet, 1746.
576. LUNET (B.) — Histoire du Collège de Rodez, Rodez, de Broca, 1881.
577. MAGGIOLO (L.) — Les Ecoles avant et après 1789 dans la Meurthe, la Meuse, la Moselle et les Vosges, Nancy, Berger-Levrault, s.d.
578. MAITRE (L) — L’Instruction publique dans les villes et campagnes du comté nantais avant 1789, Nantes, Mellinet, 1882.
578. MARCEL (Chanoine) — Le Frère de Diderot, Paris, Champion, 1913.
579. MARTIN (Eug.) — L’Université de Pont-à-Mousson, Paris, Berger-Levrault, 1891.
580. MASSIF (M.) — Le Collège de Tournon en Vivarais, Paris, Picard, 1890.
581. MASSOUGNES (de) — Les Jésuites à Angoulême. Leur expulsion et ses conséquences, Angoulême, 1880.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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582. MUTEAU (Ch.) — Les Écoles et collèges en province... jusqu’en 1789, Paris, Chevalier-Marescq, 1882.
583. NADAL (Abbé) — Histoire de l’Université de Valence, Valence, Aurel, 1861.
584. NAVARRE (le P. J.) — Discours qui a remporté le prix... sur ces paroles :« Quel serait en France le plan d’études le plus avantageux », 1763.
585. NICOLLET (F : N.) — État de l’enseignement primaire dans le département des Hautes-Alpes en 1789. Bulletin de la Société des études des Hautes-Alpes, 1894.
586. NICOLLET — Le Collège communal de Gap avant la Révolution. Congrès des sociétés savantes. Section des sciences économiques et sociales, 1895.
587. NORMAND (J.-H.) — Histoire du collège de Magnac-Laval, Limoges, Barbou, s.d.
588. PAGÉ (C.) —Monographie du collège de Châtellerault, Châtellerault, Rivière, 1902.
589. PÉQUIGNAT — Notice sur l’ancien collège de Dreux, Dreux, Lemenestrel, 1890.
590. PÉRIES (G.) — L’Ancien Collège du Mans à Paris. Revue historique et archéologique du Mans, t. XXXI, 1892.
591. PHILIPON DE LA MADELAINE — Vues patriotiques sur l’éducation du peuple, Lyon, Bruyset-Ponhus, 1783.
592. PICARD (Y.) — Le Collège de Léon, Morlaix, 1895.
593. PIERFITTE (Abbé) — Deux notes sur l’instruction secondaire avant 1789 dans les Vosges. Bulletin de la Société philomatique vosgienne, 1898-1899.
594. PILLET — Essai historique sur le collège communal de Bayeux. Congrès des sociétés savantes. Section des sciences économiques et sociales, 1895.
595. PIONNIER (Ed.) — Le Collège de Verdun après le départ des Jésuites, Verdun, Fuschard, 1905.
596. PLION (A.) — Histoire du collège de Compiègne, Compiègne, Dumont, 1891.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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597. PONTHAS (C.) — La Faculté des arts de l’université de Caen. Mémoire de l’Académie nationale des sciences, etc., de Caen, 1909.
598. Poux (A.) — Histoire du collège de Castres, Paris, Fischbacher ; Toulouse, Privat, 1902.
599. PRAROND (E.) — Les Grandes Écoles et le collège d’Abbeville, Paris, Picard, 1888.
600. PROOST (D. Raphaël) — L’Enseignement philosophique des bénédictins de Saint-Vaast à Douai à la fin du XVIIIe siècle. Revue bénédictine, 1900.
601. QUANTIN (Max) — Histoire de l’enseignement secondaire et supérieur dans les pays qui ont formé le département de l’Yonne. Annuaire de l’Yonne, 1871.
602. QUANTIN — Histoire de l’Instruction primaire avant 1790 dans les pays qui forment le département de l’Yonne. Annuaire de l’Yonne, 1875.
603. REBOUL — Essai sur les moeurs du temps, Londres-Paris, Vincent, 1768.
604. REBUT — Histoire du lycée du Mans. Congrès des sociétés savantes. Section des sciences économiques et sociales, 1895.
605. RÉGIS-CRÉGUT — Histoire du collège de Riom. Revue d’Auvergne, 1902-1904.
606. ROBILLARD DE BEAUREPAIRE (de) — Recherches sur l’Instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789, Evreux, Huet, 1872.
607. ROCHEMONTEIX (C. de) — Un collège de Jésuites aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le collège Henri IV de la Flèche, Le Mans, 1889.
608. ROCHET (Abbé) — Histoire du collège séminaire de Belley, Lyon, Vitte, 1898.
609. ROLLAND (Président) — Recueil de plusieurs ouvrages de M. le Président Rolland, Paris, Simon et Nyon, 1783.
610. Roux (E.) — Le Collège d’Autun sous les Oratoriens (1786-1792). Mémoires de la Société éduenne, 1877, tome VI.
611. SALOMON (H.) — La Réforme de l’enseignement secondaire en Bretagne après l’expulsion des Jésuites. Revue internationale de l’enseignement, 1887.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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612. SCHIMBERG (A.) — L’Éducation morale dans les collèges de la compagnie de Jésus en France sous l’ancien régime, Paris, Champion, 1913.
613. SCHMIT (S.-A.) — Un programme des cours de l’ancienne Université de Nancy. Journal de la Société d’archéologie lorraine et du musée historique lorrain, 1878.
614. SEVAILLE (Th.) — Le Collège de Vitré avant la Révolution. Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou, 1895.
615. SICARD (A.) — L’Education morale et physique avant la Révolution, Paris, Poussielgue, 1884.
616. SICARD (A.) — Les Études classiques avant la Révolution, Paris, Perrin, 1887.
617. SILVY (A.) — Les Collèges en France avant la Révolution, Paris, Société d’économie sociale, 1885.
618. SOUCAILLE (A.) — Notice historique sur le collège de Béziers. Bulletin de la Société archéologique, etc., de Béziers, 1869.
619. TALÉE — L’Enseignement secondaire à Laon. Bulletin de la Société académique de Laon, t. 23, 1877-1878.
620. THÉLIS (Comte de) — Plan d’éducation nationale en faveur des pauvres enfants de la campagne, 1779.
621. TIROL (M.) — Les Cabinets de lecture en France. Revue des bibliothèques, 1926.
622. TORREILLES (Abbé Ph.) — L’Université de Perpignan avant et pendant la Révolution. Mémoire de la Société agricole, etc., des Pyrénées-Orientales, 1892.
623. TOURLET (F.-H.) — Histoire du collège de Chinon, Paris, Champion, 1904.
624. TRANCHAN (L.-H.) — Le Collège et le lycée d’Orléans, Orléans, Herlinson, Michau, 1893.
625. UZUREAU (Abbé) — Anciens collèges de la province d’Anjou. Les exercices publics et les distributions de prix à la fin du XVIIIe siècle, Anjou historique, 1900-1901.
626. VALLOIS (G.) — Notice historique sur le collège de Péronne, Péronne, Quentin, 1864.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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627. VILLEMAIN — Rapport au roi sur l’instruction secondaire, s.c., 1843.
628. VISSAC (M. de) — Le Journal de l’oratoire de Riom, Riom, Girerd, 1885.
629. XAMBEU — Histoire du collège de Saint-Sever, Dax, Justère, 1884.
630. YRONDELLE (A.) — Histoire du collège d’Orange, Paris, Champion, 1912.
631. Affaire d’un professeur de logique du Mans (Archives nationales., M. 71, n° 40-43 et 196).
632. Papiers concernant la Bibliothèque du Roi (Archives nationales, OI 609 n° 387).
633. Séance du Musée de Paris du 5 février 1784, Athènes-Paris, Valleyre, 1784 (Bibliothèque de la Ville de Paris, 17265 n° 17).
VIII. — Manuels pour l’enseignement de la philosophie
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633. BEGUIN — De la philosophie, Paris, Barbou, 1773.
634. CAMIER et GIGOT — Institutiones philosophicae ad usum seminariorum, Tulli, Leucorum, Carez, 1781.
635. CARON (D.) — Compendium institutionum philosophiae, Paris, Tilliard, 1770.
636. COCHET (J.) — La métaphysique, qui contient l’ontologie, la théologie naturelle et la pneumatologie, Paris, Desaint et Saillant, Hérissant, 1753.
637. DAGOUMER — Philosophia ad usum scholae accommodata, Lyon, Duplain, 1575, 1e éd., 1702.
638. HAUCHECORNE — Abrégé latin de philosophie avec une introduction et des notes françaises, Paris, l’auteur, 1784.
639. LE MONNIER (P.) — Cursus philosophicus ad scholarum usum accommodatus, Paris, Genneau, Rollin, 1750.
640. LE RIDANT (P.) — Institutiones philosophicæ in novam methodum digestæ, Antissiodori [Auxerre], Fournier et Parisiis, Villette, Veuve Robinet, 1761.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
748
641. MARTINET — Logica, Poitiers, Paris, Barbou, 1771.
642. MAZEAS (J.-M.) — Institutiones philosophicæ, Paris, Berton, 1777.
643. MIGEOT (A.) — Philosophiæ elementa, Reims, Raucourt, et Paris, Leclerc, 1784.
644. MOREAU (D.) — Tertia philosophiæ pars seu Pneumatologia, 1739 [inédit, bibliothèque de la Sorbonne, ms 1051].
645. ROUSSEL — Physica (generalis et particularis), 1762 [inédit, bibliothèque de la Sorbonne, ms 1080].
646. SEGUY (A.) — Philosophia ad usum scholarum accommodata, Paris, Savoye, Desventes de la Doué, Brocas, Barbou, 1771.
647. TINGRY — Metaphysica et Moralis, 1741 [inédit, bibliothèque de la Sorbonne, ms 1458].
648. VALUT (J.) — Institutiones philosophicæ, Lyon, Perette, 1807 (1- édition 1782).
649. Institutiones philosophicæ ad usum seminarii Tullensis, Tulli Leucorum, Carez, Neocastri, Monnoyer, 1770.
650. Institutiones philosophicæ ad usum seminariomm, Toul, 1781.
IX. — Histoire de la franc-maçonnerie
@
651. AMIABLE (L.) et COLFAVRU (J.-C.) — La Franc-maçonnerie en France depuis 1725, Paris, Grand-Orient de France, 1890.
652. AMIABLE (L.) — La Franc-maçonnerie et la magistrature en France à la veille de la Révolution, Aix, Remondet-Aubin, 1894.
653. AMIABLE (L.) — Les Bourbons francs-maçons, Révolution française, 1895.
654. AMIABLE (L.) — Voltaire et « les neuf soeurs », La Révolution française, 1896.
655. AMIABLE (L.) — Louis XVI et les 9 soeurs, La Révolution française, 1896.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
749
656. AMIABLE (L.) — Les origines maçonniques du Musée de Paris et du Lycée, La Révolution française, 1896.
657. AMIABLE (L.) — Une loge maçonnique d’avant 1789, La R :. L :. les neuf soeurs, Paris, Alcan, 1897.
658. AUCLAIR et DEFORSGES — La Franc-maçonnerie nivernaise au XVIIIe siècle, Comité des travaux historiques et scientifiques. Section d’histoire moderne et documents, notices, inventaires et documents, fasc. 8.
659. BARRUEL (Abbé) — Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, Hambourg, Fauche, 1803.
660. BÉQUILLET — Discours sur l’origine, les progrès et les révolutions de la F :. M :. philosophique, Philadelphie, 1784.
661. BERNARDIN (Ch.) — Notes pour servir à l’histoire de la Franc-maçonnerie à Nancy jusqu’en 1805, Nancy, Imprimerie nancéienne, 1910.
662. BERTIN (G.) — Madame de Lamballe d’après des documents inédits, Paris. Revue rétrospective, 1888.
663. BEYERLÉ — Essai sur la Franc-maçonnerie, Latomopolis, Xiste Andron, 1784.
664. BORD (G.) — La conspiration maçonnique de 1789. Correspondant, mai 1906.
665. BOURGIN (G.) — La Loge de Saint Alphonse :. de 1780 à 1790, La Révolution française, janvier-juin 1911.
666. BOURNAND (F.) — Histoire de la franc-maçonnerie, Paris, Daragon, 1905.
667. BREGAIL — La Franc-maçonnerie auscitaine. Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1910.
668. BRICAUD (J.) — La Franc-maçonnerie lyonnaise au XVIIIe siècle. Revue d’histoire de Lyon, 1905.
669. BRUN (Abbé) — L’abbé J.-P. Lapauze, Bordeaux, Féret, 1903.
670. CHARPENTIER (E.) — La Loge maçonnique de Montreuil-sur-Mer (1761-1809), La Révolution française, juillet-septembre 1894.
671. COCHIN (A.) — Les Sociétés de pensée et la Révolution en Bretagne (1788-1789), Paris, Champion, 1925.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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672. COUTURE (L.) — Les Origines de la franc-maçonnerie à Auch. Revue de Gascogne, 1878.
673. DELMAS (J.) — Les Loges maçonniques de Saint-Flour au XVIIIe siècle. Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 1897.
674. DESCHAMPS (N.) — Les Sociétés secrètes et la société ou philosophie de l’histoire contemporaine, Avignon, Seguin, Paris, Oudin, 1881.
675. DU BOURG (Dom) — Le Chanoine du Bourg et la franc-maçonnerie. Revue des questions historiques, 1906, t. 2.
676. ESTRÉE (P. d’) — Les Premières luttes de la franc-maçonnerie (1737-1747). La Revue, 1902, 1er trimestre.
677. GÉRIN (Ch.) — Les Franc-maçons et la magistrature française au XVIIIe siècle. Revue des Questions historiques, octobre-décembre 1875.
678. GERMAIN (A.) — Une Loge maçonnique d’étudiants à Montpellier. Académie des sciences et lettres de Montpellier. Mémoire de la section des lettres, 1880.
679. GROS (J.) — Les Loges maçonniques de Toulouse, La Révolution française, 1901.
680. GUILLEMAIN DE SAINT-VICTOR (L.) — Recueil précieux de la maçonnerie adonniramite, Philadelphie, Philarethe, 1786.
681. HAMON (A.) — La Franc-maçonnerie en Bretagne... aux XVIIIe et XIXe siècles, L’Acacia, juin-juillet 1911.
682. HELLO (H.) — L’Action maçonnique au XVIIIe siècle, Paris, Bloud, 1905.
683. KARMIN (O.) — Une Loge de gardes françaises à la veille de la Révolution. Revue historique de la Révolution française et de l’Empire, 1913.
684. L.-P.-R. — Essai sur quelques loges du Bas Dauphiné à la veille de la Révolution. Revue historique de la Révolution française et de l’Empire, 1912 et 1913.
685. LABROUE (H.) — Les Origines maçonniques du club jacobin de Bergerac, L’Accacia, 1913.
686. LABROUE (H.) — Les Origines mesmériennes du club jacobin de Bergerac, Révolution française, avril 1913.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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687. LAGLEIZE (Abbé) — La Franc-maçonnerie au XVIIIe siècle à Fleurance. Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1909.
688. LE FORESTIER (R.) — Les Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande, Paris, 1914.
689. LEMAITRE (E.) — La Franc-maçonnerie à Pau au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société des sciences, etc., de Pau, 1922.
690. LESUEUR (E.) — Une réception de la loge de La Fidélité d’Hesdin le 24 février 1784. Annales révolutionnaires, 1913.
691. LESUEUR (Emile) — La Franc-maçonnerie artésienne au XVIIIe siècle, Paris, Leroux, 1914.
692. MAITRE (L.) — Une loge maçonnique au XVIIIe siècle en Bretagne, L’Humanité nouvelle, septembre 1903.
693. MAITRE (L.) — La Franc-maçonnerie à Rennes au XVIIIe siècle, L’Acacia, 1913.
694. MARTIN (E.) — La Franc-maçonnerie à Bar-sur-Aube, Troyes, Imprimerie de Troyes, 1925.
695. MARTIN (Gaston) — La Franc-maçonnerie française et la préparation de la Révolution, Paris, Presses Universitaires, 1926.
696. MATHIEZ (A.) — Chaumette franc-maçon, La Révolution française, 1902.
697. FRANCIUS (Dr) (pseudonyme de A. Mazon) — Quelques notes historiques sur la franc-maçonnerie dans l’Ardèche, Privas, 1896.
698. MOISET (Ch.) — La Franc-maçonnerie à Auxerre au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 1902, 1re partie.
699. MOREL (J.-P.-M.) — La Franc-maçonnerie et le théâtre français à Saint-Gaudens de 1748 à 1754. Revue de Comminges (Saint-Gaudens), 1887.
700. PALANQUE (Ch.) — La Franc-maçonnerie auscitaine au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1907.
701. PELUSSON (J.) — Les Loges maçonniques de l’Angoumois, de la Saintonge et de l’Aunis. Bulletin de la Société des archives historiques. Revue de la Saintonge et de l’Aunis, 1894.
702. PÉREAU (Abbé) — L’Ordre des francs-maçons trahi et leur secret révélé, Amsterdam, 1742.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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703. POUGET DE SAINT-ANDRÉ — Les Auteurs cachés de la Révolution française, Paris, Perrin, 1923.
704. PRÉEL — La Franc-maçonnerie à Lectoure à la fin du XVIIIe siècle. Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1909.
705. PROYART (Abbé) — Louis XVI détrôné avant d’être roi ou Tableau des causes nécessitantes de la Révolution française, Hambourg, 1800.
706. ROSTAING (L.) — Les Anciennes Loges maçonniques d’Annonay et les clubs (1766-1815), supplément à la Revue historique, etc., du Vivarais, 15 avril 1902.
707. ROUX (de) — Une loge maçonnique de province à la fin de l’ancien régime. Correspondant, 10 octobre 1911.
708. SAUVAGE (R.-N.) — La Loge maçonnique la Constante Fabert à Caen en 1785. Mémoire de l’Académie nationale, etc., de Caen, 1918-1920.
709. SÉE (H.) — La Franc-maçonnerie et les origines de la Révolution française, Grande Revue, avril 1927.
710. SEGOND-CRESP — Le Temple de la vénérable mère loge écossaise de France à l’Orient de Marseille, 1765. Répertoire des travaux de la Société de statistique de Marseille, 1871.
711. SOANEN (H.) — L’« Obligation » d’un vénérable de loge au XVIIIe siècle. Annales d’histoire de la Révolution française, 1928.
712. SOCARD (E.) — La Franc-maçonnerie à Troyes (1751-1820). Mémoire de la Société académique, etc., du département de l’Aube, 1877.
713. THORY — Acta Latomorain, Paris, Dufart, 1865.
714. TSCHUDY (Th.) — L’Étoile flamboyante ou la Société des francs-maçons..., Francfort-Paris, Boudet, 1766.
715. VERMALE (F.) — La Franc-maçonnerie savoisienne à l’époque révolutionnaire, Paris, Leroux, 1912.
716. VIGNOLES (de) et Bols (du) — La Lire maçonne ou Recueil de chansons franc-maçonnes, La Haye, Van Laak, 1787.
717. VISSAC (M. de) — Dom Pernety et les illuminés d’Avignon. Mémoire de l’Académie de Vaucluse, 1906.
718. L’Acacia, revue mensuelle d’études maçonniques, Paris, 1902-1914.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
753
719. Avis sincère aux soi-disant francs-maçons, en vers libres, avec des notes curieuses, s.l., 1786 (bibliothèque de la Ville de Paris, 6985).
720. Conjuration contre la religion catholique et les souverains.., Paris, Crapart, 1792 (bibliothèque de la Ville de Paris, 4384).
721. Documents divers sur la franc-maçonnerie. Archives de la Bastille (bibliothèque de l’Arsenal, n° 10247).
722. Extraits du registre des délibérations des francs-maçons d’Auxerre. Bulletin de la Société des sciences historiques de l’Yonne, 1892.
723. Historique de la franc-maçonnerie à l’Orient de Besançon, Paris, Lebon, 1859.
724. Les Idées de Mirabeau sur la franc-maçonnerie, La Révolution française, 1882.
725. La Loge de Saint-Louis à l’Orient du régiment d’infanterie du roi en l’an maçonnique 5784. Carnet de la Sabretache, 1898, p. 145.
726. L. A. — Les Loges maçonniques de la Saintonge et de l’Aunis. Bulletin de la Société des archives historiques. Revue de la Saintonge et de l’Aunis, XV, 1895.
727. Mémoires pour la loge des Neuf-Soeurs, (Archives nationales, A.D. XVII, 26).
728. Les plus secrets mystères des hauts grades de la maçonnerie dévoilés, réimpression par R. Le Forestier, Paris, 1914.
729. Le Voile levé pour les curieux ou le secret de la révolution révélé à l’aide de la franc-maçonnerie, Paris, Lepetit et Guillemard, 1792.
XI. — Histoire de la vie provinciale
@
730. ANDRIEU (J.) — Une Saisie de livres à Agen en 1775. Revue de l’Agenais, 1884.
731. BABEAU (A.) — La Ville sous l’ancien régime, Paris, Didier, 1880.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
754
732. BARBAT (K.) — Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne, Châlons, 1855.
733. BARTHÉLEMY (Ed. de) — Une ville de province au XVIIIe siècle [Châlons]. Revue de Champagne, t. 12, (1881).
734. BATON (Abbé) — Un village du Soissonnais à la fin du dernier siècle. Vattency. Bulletin de la Société académique de Laon, 1879-1880.
735. BAUDRY (J.) — Etude historique et biographique sur la Bretagne à la veille de la Révolution, Paris, Champion, s.d.
736. BAZIN (H.) — Une vieille cité de France, Reims, Michaud, 1900.
736. BELLEVUE (de) — Ploërmel, Paris, Champion, 1915.
737. BELLIN DE LA LIBORLIÈRE — Vieux souvenirs du Poitiers d’avant 1789, Poitiers, s.n., 1846.
738. BERNIER (P.-D.) — Essai sur le tiers-état rural ou les paysans de Basse-Normandie au XVIIIe siècle, Paris et Lyon, Delhomme et Briguet, 1892.
739. BEZARD (Yvonne) — Une famille bourguignonne au XVIIIe siècle, Paris, Albin-Michel, 1930.
740. BLOCH (C.) — L’Assistance et l’État en France à la veille de la Révolution, Paris, Picard, 1908.
741. BORÉLY (A.-E.) — Histoire de la ville du Havre, Le Havre, Le Pelletier, 1880-1881.
742. BOUCHARD (M.) — De l’Humanisme à l’Encyclopédie. Essai sur l’évolution des esprits dans la bourgeoisie bourguignonne sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, Paris, Hachette, 1929.
743. BOUTEILLER (J.-E.) — Histoire complète et méthodique des théâtres de Rouen, Rouen, Giroux et Renaux, t. I, 1860.
744. BOUTIOT (T.) — Histoire de la ville de Troyes, Troyes, Dufey-Robert, Paris, Aubry, 1874.
745. BOUTRY (L.) — Un bourgeois d’Alençon en 1750, Le Pays Normand, année 1900.
745 bis. BOUVIER (Ch.) — La Bibliothèque des Charmettes, Chambéry, Gentil, 1914.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
755
746. BOYER (H.) — L’Ancien Théâtre à Bourges. Mémoire de la Société historique du Cher, 1892.
747. BIVES-CAZES (E.) — De la police des livres en Guyenne (1713-1785), Bordeaux, Gounouilhou, 1883.
748. BROSSARD (J.) — Scènes du temps passé. Annales de la Société d’émulation de l’Ain, 1775.
749. BROSSARD DE RUVILLE — Histoire de la ville des Andelis, Les Andelis, Delcroix, 1864.
750. BUISARD (A.) — Le Jansénisme en Touraine d’après le journal d’un curé de Tours (1713-1749). Bulletin trimestriel de la Société touraine, XIV, 1903-1904.
751. CALONNE (A. de) — Histoire de la ville d’Amiens, Amiens, Piteux, Paris, Picard, 1900.
752. CARAMAN (P.) — Une émeute populaire à Créon. Archives historiques de la Gironde, 1910.
753. CARNEL (D.) — Les Sociétés de rhétorique chez les Flamands de France, Paris, Aubry, 1860.
754. CHARVET (E.-L.-G.) — La Société littéraire de Lyon au XVIIIe siècle, Lyon, Mougin-Rusand, 1879.
755. CHARY (P.) — Histoire de Lantenay, Dijon, Jobard, 1922.
756. CHAUDRON (E.) — L’Assistance publique à Troyes à la fin de l’ancien régime, Paris, Vie universitaire, 1923.
757. CLOUZOT (H.) — L’Ancien Théâtre en Poitou, Niort, Clouzot, 1901.
758. COET (E.) — Histoire de la ville de Troyes, Paris, Champion, 1880.
759. COET (E.) et LEFÈVRE (Ch.) — Histoire de la ville de Marle et des environs, Compiègne, Mennecier, 1897.
760. COMBAZ (P.) — Senlis à travers les siècles, Senlis, Dufresne, 1893.
761. COUROT (Edme) — Annales de Clamecy, Auxerre, typographie de l’Indépendant Auxerrois, 1901.
762. COUSIN (M.) — L’Esprit public dans le bailliage d’Amont à la fin de l’ancien régime, Dijon, Bernigaud et Privet, 1922.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
756
763. CUCUEL (G.) — La Vie de société dans le Dauphiné au XVIIIe siècle. Revue du XVIIIe siècle, 1918.
764. DANSIN — Notice sur les libertés provinciales et l’esprit public en Normandie en 1788, mémoires lus à la Sorbonne dans les séances extraordinaires du comité impérial des travaux historiques et des sociétés savantes. Histoire, philologie et sciences morales, 1865, Paris, 1866.
765. DELAYANT (L.) — Histoire des Rochelais, La Rochelle, Siret, 1870.
766. DELISLE (L.) — Le Théâtre au collège de Valognes, Saint-Lô, Le Tual, 1896.
767. DESCHAMPS LA RIVIÈRE (R.) — Le Théâtre du Mans au XVIIIe siècle, Mamers, Fleury et Dangin, 1900.
768. DESSAINT (E.) — Coulommiers, Coulommiers, Brodard, 1900.
769. DESTRANGES (E.) — Le Théâtre à Nantes, Paris, Fischbacher, 1893.
770. DEVIC (Dom Cl.) et VAISSETTE (Dom J.) — Histoire générale du Languedoc, t. 13, Toulouse, Privas, 1876.
771. DHETEL (Ph.) — Annales historiques de la ville de Saint-Jean-de-Losne, Paris, Champion, 1910.
771 bis. DIANCOURT (V.) — Deux originaux rémois, travaux de l’académie de Reims, 1883-1884.
772. DUBÉDAT — Histoire du Parlement de Toulouse, Paris, Rouspan, 1885.
773. DUFOUR (J.) — La Vie rurale en Gascogne au XVIIIe siècle. Revue de Gascogne, 1914 et 1920.
774. DUMAS (F.) — La Généralité de Tours au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1894.
774 bis. DUMAY (G.) — Le Mercure dijonnais ou Journal des événements qui se sont passés de 1742 à 1789, Dijon, Darantière, 1887.
775. DU MÈDE (A.) — Histoire des institutions... de la ville de Toulouse, Toulouse, Chapelle, 1846.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
757
776. DUPONT (E.) — La Condition des paysans dans la sénéchaussée de Rennes à la veille de la Révolution, Paris, Champion, 1901.
777. DUPONT (G.) — Histoire du Cotentin et de ses îles, Caen, Le Blanc-Hardel, 1885.
778. DURENGUES (A.) — La Misère dans l’Agenais en 1774. Revue de l’Agenais, 1895.
780. DURIEUX (A.) — Le Théâtre à Cambrai avant et depuis 1789, Cambrai, Renaut, 1883.
780 bis. ESTIGNARD (A.) — Le Parlement de Franche-Comté (1674-1790), Paris, Picard, Besançon, Jacquin, 1892.
781. FAURE (H.) — Histoire de Moulins, Moulins, Crépin-Leblond, 1900.
782. FAVÉ (A.) — Misère et miséreux au pays de Léon en 1774. Bulletin de l’Association bretonne, 46e congrès de 1905, 1906.
783. FLEURY — Famines, misères et séditions de la Thiérache en 1789, La Thiérache. Bulletin de la Société archéologique de Vervins, 1874, t. 2.
784. FOURNIER (Dr A.) — Émeute de femmes à Rambervillers (1771). Bulletin de la Société philomathique vosgienne, 1878-1879.
785. FOURNIER (A.) — Rambervillers au XVIIIe siècle. Annales de la Société d’émulation du département des Vosges, 1882.
786. FRAIN (Ed.) — Mémoire généalogique où il est fait mention de plusieurs familles établies à Vitré, Vitré, Guays, 1884.
787. GALLIER (A. de) — La Vie de province au XVIIIe siècle, Paris, Rouquette, 1877.
788. GATIN et BESSON — Histoire de la ville de Gray, Paris, Firmin-Didot, 1892.
789. GIRAUDET (E.) — Histoire de la ville de Tours, Tours, s.n. 1873.
790. GROSSE-DUPERON (A.) — Ville et pays de Mayenne, Mayenne, Portier, 1908.
791. GOUVENAIN (L. de) — Le Théâtre à Dijon, Dijon, E. Jobard, 1888.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
758
792. GRASILIER (L.) — Le Féminisme en 1790. Nouvelle revue rétrospective, 10 juillet 1899.
793. GROSCLAUDE (P.) — Le Théâtre à Lyon de 1740 à 1789. Revue de l’université de Lyon, juin 1930.
793 bis. GROSCLAUDE (P.) — La Vie intellectuelle à Lyon dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, 1933. (Nous avons lu cet ouvrage en manuscrit avant de mettre notre livre sous presse.)
794. GUIBERT (M.-Cl.) — Mémoires pour servir à l’histoire de Dieppe, Dieppe, Renaux, etc., 1878.
795. GUILLAUME (Abbé) — Histoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy, Nancy, Thomas et Pierron, 1867.
796. GUIMAR (M.) — Annales nantaises ou abrégé chronologique de l’histoire de Nantes, Nantes, an III, l’auteur.
797. HÉCART (G.-A.-J.) — Recherches historiques sur le théâtre de Valenciennes, Paris, Hécart, 1816.
798. HOFFMANN (Ch.) — L’Alsace au XVIIIe siècle, Colmar, Huffel, 1906.
799. HUTINEL (F.) et MATHEY (J.-B.) — Vitteaux (Côte-d’Or), Paris, Champion, 1912.
800. IMBERT (Hugues) — Histoire de Thouars, Niort, Clouzot, 1875.
801. JANIN (E.) — Histoire de Montluçon, Paris, Lechevalier, Montluçon, Maugenest, 1904.
802. JARRIN — La Bresse au XVIIIe siècle. Jérôme Lalande. Fondation d’une société littéraire à Bourg. Annales de la Société d’émulation de l’Ain, 1869.
803. JOLY (A.) — Une conspiration de la noblesse normande au XVIIIe siècle, Caen, Le Gost, Clérisse, 1865.
804. JOLY (A.) — Les Lettres de cachet dans la généralité de Caen au XVIIIe siècle, (Bibliothèque nationale, Lk7 11039).
805. JOVY (E.) — Spicilège de Vitry, Vitry-le-François, Tavernar, 1899.
806. JULLIAN (C.) — Histoire de Bordeaux, Bordeaux, Féret, 1895.
807. KERBIRIOU (L.) — Jean-François de La Marche, évêque, comte de Léon, Paris, Picard, 1924.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
759
808. KESSLER (L.) — Les Grèves à Sedan en 1712, 1713 et 1729. Revue d’Ardenne et d’Argonne, 1902.
809. LAGUÉRENNE (H. de) — Ainay-le-Château en Bourbonnais, Paris, Champion ; Moulins, Grégoire, 1912.
810. LAHONDÈS (M.-J. de) — Annales de Pamiers, Toulouse, Privat ; Pamiers, Galy, 1882-1884.
811. LAMARE (J.) — Histoire de la ville de Saint-Brieuc, Saint-Brieuc, 1884.
812. LATOUCHE (R.) — La Vie en Bas-Quercy du XIVe au XVIIIe siècles, Toulouse, Privat, 1923.
813. LEBRUN (E.) — Essai historique sur la ville de Brignoles, Marseille, Imprimerie marseillaise, 1897.
814. LECACHEUX (P.) — Une émotion populaire à Barfleur en 1724. Bulletin de la Société de l’histoire de Normandie, 1900-1904.
815. LECESNE (E.) — Histoire d’Arras, Arras, Rohard-Courtin, 1880.
816. LEFEBVRE (L.) — Histoire du théâtre de Lille, Lille, Lefebvre-Ducrocq, 1907.
817. LEGROS (A.) — Les Dépenses d’un bourgeois de Valenciennes à la veille de la Révolution. Revue du Nord, 1922.
818. LE LAY (F.) — Le Paysan sous la seigneurie de Coetanfao au XVIIIe siècle, Vannes, La Folye, 1911.
819. LE LAY (F.) — Histoire de la ville et communauté de Pontivy au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 1911.
820. LÉPINOIS (de) — Histoire de Chartres, Chartres, 1858.
821. LEROUX (Alf.) — Nouveaux choix de documents historiques sur le Limousin, Limoges, Plainemaison, 1895.
822. LEROUX (A.) — Etude critique sur le XVIIIe siècle à Bordeaux, Bordeaux, Féret, 1921.
823. LEROY (Gabriel) — Histoire de Melun, Melun, Drosne, 1887.
824. LESCURAS (P.) — La Vie chère en 1769 et 1770. Bulletin et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, 1922.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
760
825. LETACONNOUX (J.) — Les Subsistances et le commerce des grains en Bretagne au XVIIIe siècle, Rennes, Oberthur, 1909.
826. LHÉRITIER (M.) — Les Débuts de la Révolution à Bordeaux d’après les tablettes manuscrites de M. Bernardau, Paris, Alcan, 1919.
827. LHOTTE (G.) — Le Théâtre à Douai avant la Révolution, Douai, Crépin, 1881.
828. LOUANDRE (F.-C.) — Histoire d’Abbeville et du comté de Ponthieu, Paris, Joubert, Labitte, 1845.
829. LOUIS (E.) — Le Bas Poitou en 1788. Annuaire départemental de la Société d’émulation de la Vendée, 1877 et 1878.
830. LURION (R. de) — M. de Lacoré, intendant de Franche-Comté. Bulletin de l’Académie des sciences, etc., de Besançon, 1897.
831. MARTIN (Ernest) — Histoire de la ville de Lodève, Montpellier, Serre et Roumégous, 1900.
832. MATHIEU (L.) — Un village barrois sous l’ancien régime. Velaines, Bar-le-Duc, 1899.
833. MATHIEU (Cardinal) — L’Ancien Régime en Lorraine et Barrois d’après des documents inédits, Paris, Champion, 1907.
834. MAZON (A.) — Histoire d’une petite ville au XVIIIe siècle. Largentière. Revue historique, etc., du Vivarais, 1902.
835. MELLINET (C.) — La Commune et la milice de Nantes, Nantes, T : V. Mellinet, s.d.
836. MISSON (R.) — La Vie dans le Nord de la France au XVIIIe siècle, Paris, Lechevallier, 1898.
836. MIREUR (F.) — Le Tiers-état à Draguignan, Draguignan, 1911.
837 bis. MONFALCON (J.-B.) — Histoire de la ville de Lyon, Lyon, Perrin, 1851, 1923.
838. MONTENON (J. de) — Un corps de ville provincial à la veille de la Révolution. Délibérations du corps de ville de Poitiers, Poitiers, Société française d’impression, 1923.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
761
839. OLIVIER (C.) — Châtel-sur-Moselle avant la Révolution, Epinal, Fricotel, 1898.
840. PARIS (Louis) — Le Théâtre à Reims, Reims, Michaud, 1885.
841. PARISOT (R.) — Histoire de Lorraine, Paris, Picard, 1922.
842. PÉRIER (J.) — La Bourgogne rochelaise du XVIIIe siècle. Annales de l’Ecole libre des sciences politiques, 1895.
843. PERROUD (Cl.) — Une bibliothèque d’autrefois, [Château de Fléchère-sur-la-Saône, 1780]. Annales de la Société d’émulation de l’Ain, 1871.
844. PEYRON (E.) — Histoire de Vieil-Brioude, Le Puy, Prades-Freydier, 1900.
845. PEZET — Bayeux à la fin du XVIIIe siècle. Mémoire de la Société d’agriculture, etc., de Bayeux, t. V, 1859.
845 bis. PFISTER (Ch.) — Histoire de Nancy, Paris, Berger-Levrault, 1902-1909.
846. PFISTER (Ch.) — Le Magasin de blé de Nancy et la « révolte » de 1775. Bulletin mensuel de la Société d’archéologie lorraine, 1906.
847. POINSIGNON (M.) — Histoire générale de la Champagne et de la Brie, Châlons, Martin, 1898.
848. POQUET (A.-E.) — Histoire de Château-Thierry, Château-Thierry, Laurent, 1839.
849. POULHÈS (B.) — L’Ancien Raulhac depuis ses origines jusqu’à la Révolution, 2e partie, Aurillac, 1907.
850. POUPÉ (E.) et MIREUR (F.) — Petite Histoire de Draguignan, Draguignan, Latil, 1911.
851. QUESVERS (P.) — Une tournée en Gâtinais (octobre 1773). Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais, 1902.
852. RETIF DE LA BRETONNE — Vie de mon père, Paris, Brossard, 1924.
853. RIBIÈRE (H.) — Essai sur l’histoire de l’imprimerie dans le département de l’Yonne. Bulletin de la Société historique de l’Yonne, 1858.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
762
854. RICHARD (J.-M.) — La Vie privée dans une province de l’Ouest. Laval aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Champion, 1922.
855. RITTER (F.) — La Police de l’imprimerie et de la librairie à Strasbourg. Revue des bibliothèques, 1922.
856. ROUSSE (E.) — La Roche-Guyon, Paris, Hachette, 1892.
856 bis. ROCHAMBEAU (A. de) — Les Imprimeurs vendômois. Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, 1879.
857. SAINT-LÉGER (A. de) — La Flandre maritime et Dunkerque sous la domination française, Paris, Tallandier, 1900.
858. SARRAZIN — Le Barreau de Rouen, hier et aujourd’hui, Rouen, Brière, 1899.
859. SÉE (H.) — La Propriété foncière et les paysans en France au XVIIIe siècle d’après les travaux de J. Loutchisky. Revue d’histoire moderne, 1901-1902.
860. SÉE (H.) — Les Classes rurales en Bretagne du XVIe siècle à la Révolution, Paris, Giard et Brière, 1906.
861. SÉE (H.) — Le Rôle de la bourgeoisie bretonne à la veille de la Révolution. Annales de Bretagne, t. XXXIV, 1920.
862. SICOTIÈRE (L. de la) — L’Association des étudiants en droit de Rennes avant 1790, Nantes, Forest et Trimaud, 1883.
863. SOL (E.) — La Révolution en Quercy, Paris, Picard, s.d. [1926].
864. TARDIEU (A.) — Histoire de la ville de Clermont-Ferrand, Moulins, 1872.
865. TESTENOIRE-LAFAYETTE (C.-P.) — Histoire de Saint-Etienne, Saint-Etienne, Thomas, 1902.
866. THÉRON DE MONTAUGÉ — Notice sur la condition des paysans dans le pays toulousain au XVIIIe siècle. Mémoire de l’Académie impériale des sciences..., Toulouse, 1866.
867. UBICINI — Bourges en 1753 et 1754, d’après le Journal d’un parlementaire exilé à Bourges, compte rendu des travaux de la Société du Berry à Paris, 1864.
868. VALRAN (G.) — Misère et charité en Provence au XVIIIe siècle, Paris, Arthur Rousseau, 1899.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
763
869. VANEL (J.-B.) — La Bibliothèque d’un agent de change lyonnais au XVIIIe siècle. Bulletin historique du diocèse de Lyon, 1904.
870. VANEL (G.) — Une grande ville aux XVIIe et XVIIIe siècles. La vie privée à Caen, Caen, Jouan, 1912.
871. VAN HENDE (Ed.) — État de la ville et de la châtellenie de Lille en 1789, Lille, Daniel, 1890.
872. VERNET (Abbé) — Histoire populaire et anecdotique de Grenoble, Grenoble, Gratier, 1902.
873. VILLARD (F.) — Notes sur Guéret au XVIIIe siècle. Mémoire de la Société des sciences... de la Creuse, années 1901, 1903, 1905.
874. VINGTRINIER (E.) — Le Théâtre à Lyon au XVIIIe siècle, Lyon, Meton, 1879.
875. VOILLERY (Abbé) — Fin de l’ancien régime en Bourgogne ou Tableau de la Bourgogne en 1789. Mémoire de la Société d’archéologie de Beaune, 1904-1905.
876. EVRARD (F.) — Les Moeurs à Versailles sous Louis XVI. Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1928.
876 bis. État des pièces jouées dans la troupe de messieurs les actionnaires de Bordeaux [1772-1798], (bibliothèque de Bordeaux, ms n° 1015).
XIa. — Journaux provinciaux
(Classement par ordre alphabétique des localités)
@
877. Affiches, annonces et avis divers du Journal général de France.
878. UZUREAU (F.) — A travers les affiches d’Angers, Anjou historique, 1902-1903.
879. VERGER (F.-J.) — Les Affiches d’Angers, de 1733 à 1794. Bulletin de la Société industrielle d’Angers, 1843.
880. Prospectus des Affiches d’Angers, Anjou historique, 1900-1901.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
764
881. Recueil des annonces, affiches et avis divers pour la ville de Bordeaux.
882. ALARY (L.-J.) — Histoire politique et littéraire de la presse dans le Bourbonnais. Bulletin de la Société d’émulation du département de l’Allier, 1864.
883. Affiches, annonces et avis divers de la ville de Bourges et généralités du Berry, (bibliothèque de Bourges, By 20080).
884. Affiches, Annonces et avis divers de Bourgogne, Bresse, Bugey et pays de Gex.
885. LAVALLEY (G.) — Bibliographie des journaux normands qui se trouvent à la bibliothèque municipale de Caen, Caen, Jouan, 1910.
886. Annonces, affiches et avis divers du pays chartrain, (bibliothèque de Chartres, n° 9213).
887. Affiches, annonces et avis divers du Dauphiné.
888. ROUSSEL (Henry) — La Presse à Grenoble, Grenoble, Graner, 1900.
889. Feuille hebdomadaire de la généralité de Limoges.
890. Journal de Lyon ou Annonces et variétés littéraires pour servir de supplément aux Petites Affiches de Lyon.
891. Annonces, affiches et avis divers de la haute et basse Normandie.
892. MILCENT — Journal de Normandie ou Mémoires périodiques pour servir à l’histoire ecclésiastique, civile, etc.
893. Affiches, annonces et avis divers de la ville d’Orléans, (bibliothèque d’Orléans).
894. Annonces, affiches et avis divers de Picardie, Artois, Soissonnais et Pays-Bas français.
895. Affiches, annonces et avis divers du Poitou.
896. Affiches, annonces et avis divers de Reims et généralité de Champagne, bibliothèque de la ville de Reims.
897. SÉE (H.) — Note sur la presse provinciale, à la fin de l’ancien régime : les Affiches de Rennes (1784-1790). Annales historiques de la Révolution française, 1927.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
765
897. MARICOURT (R. de) — Le Journalisme à Senlis à la fin du XVIIIe siècle. Comité archéologique de Senlis. Comptes rendus et mémoires, 1862-63.
899. MONTGAILLARD (Desazars de) — Les Débuts du journal à Toulouse. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., de Toulouse, 1910-1911.
900. SOCCARD (T.) — Le Journalisme à Troyes. Revue de Champagne et de Brie, 1876.
XIb. — Inventaires sommaires des archives provinciales
(Classement par ordre alphabétique des localités)
@
902. Archives de l’Ain, D. 11.
903. Archives de la ville d’Amiens, AA. 28.
904. Archives de la ville d’Armentières, GG. 95.
905. Archives de la ville d’Auriol (Provence), BB. 19, CC. 76, 388.
906. Archives d’Avallon, GG. 53.
907. Archives de la ville de Boulogne, n° 1681, 1569.
908. Archives de la ville de Bourg, DD. 11, 32, GG. 244.
909. Archives du Calvados, D. 501, 504, C. 2885, 2886, 2888, 2502.
910. Archives de la ville de Châlons-sur-Marne, BB. 33, GG. 154.
911. Archives de la ville de Charleville, GG. 91, 92.
912. Archives de la Côte-d’Or, C. 3690, D. 139, 20, 21.
913. Archives de la Drôme, D. 72, 15.
914. Archives de la ville de Grenoble, GG. 237, 242, 243.
915. Archives de la Haute-Vienne, GG. 30.
916. Archives de l’Hérault, C. 2813, 2815, D. 232, C., 1269, 2804, 2808, 2812.
917. Archives d’Ille-et-Vilaine, C. 1318, 1468, 2531.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
766
918. Archives de la ville de Langres, BB. 1234, 1235, 1309, 1156, 1235.
919. Archives de la Loire-Inférieure, D. 28.
920. Archives du Loiret, D. 710 et 711, 712 et 713, D. 337.
921. Archives de la ville de Lyon, D. 265 et 450.
922. Archives de la Marne, D. 49.
923. Archives de la ville de Moulins, D. 10.
924. Archives de la ville de Nantes, GG. 668, 669.
925. Archives de la ville de Périgueux, BB. 34.
926. Archives de la ville de Rebais (Ardennes), D. 7.
927. Archives de Seine-et-Oise, D. 83.
XIc. — Histoire des académies et des sociétés savantes
@
928. ANQUETIL — Les Sociétés savantes de Bayeux, Société historique et archéologique de l’Orne, 1923.
929. BARREY (Ph.) — Notice sur la société havraise d’études diverses, Le Havre, Micaux, 1903.
930. BESANÇON (A.) — L’Académie royale de Villefranche-en-Beaujolais. Bulletin de la Société des sciences et arts du Beaujolais, 1905 et 1906.
931. BOURLOTON (E.) — La Chambre de lecture de Saint-Gilles-sur-Vic. Revue du Bas-Poitou, 1904.
932. BRUN (J.-A.) — Le Triomphe du nouveau monde ; réponses académiques formant un nouveau système de confédération fondé sur les besoins actuels des nations chrétiennes commerçantes et adapté à leurs diverses formes de gouvernement, Paris, l’auteur, Veuve Gérissant, 1785.
933. CARDENAL (de) — Les Origines des Sociétés populaires, La Révolution française, 1924.
934. CÉLESTE (R.) — La Société philomathique de Bordeaux, de 1783 à 1808. Revue philomathique de Bordeaux, 1898.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
767
935. CHAILLOU DES BARRES — Sur les sociétés savantes d’Auxerre. Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 1851.
936. COCHIN (A.) — Les Sociétés de pensée et la démocratie, Paris, Plon-Nourrit, 1921.
937. COCHIN (A.) — Les Sociétés de pensée et la Révolution en Bretagne, 1788-1789, Paris, Champion, 1925.
938. COURTEAULT (P.) — Une académie provinciale. La Société d’agriculture, sciences et arts d’Agen. Revue philomathique de Bordeaux et du Sud-Ouest, 1901.
939. COURTEAULT (P.) — Le Rôle et l’oeuvre de l’Académie de Bordeaux (dans : Pour l’histoire de Bordeaux et du Sud-Ouest, 1914).
940. DASSY (UT.) — L’Académie de Marseille, ses origines, etc., Marseille, Barlatier-Feissat, 1877.
941. DELANDINE — Couronnes académiques, ou Recueil des prix proposés par les sociétés savantes, etc., Paris, Cuchet, 1787.
942. DELANDINE — De la conservation et de l’utilité politique des sociétés littéraires dans les départements, Paris, s.n., 1791.
943. DESANRE (L.) et FRAPPIER (P.) — L’Athénée de Niort. Son histoire et ses travaux, mémoire de la Société de statistique, etc., du département des Deux-Sèvres, 1889.
944. DONAT (J.) — Une société politique et littéraire à Saint-Antonin au XVIIIe siècle. Bulletin archéologique, etc., de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, 1910.
945. DUJARRIC-DESCOMBES (A.) — La Société littéraire de Périgueux en 1780. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1883.
946. DUMAS (J.-B.) — Histoire de l’Académie de Lyon, Lyon, Giberton, 1839.
946 bis. DUPÉRON (P.) — Etude sur la société populaire de Castres d’après les procès-verbaux de ses séances. Revue historique, etc., du département du Tarn, 1897.
947. DUPUIS — Recherches sur les sociétés littéraires et scientifiques à Orléans. Mémoire de la Société d’agriculture, etc. d’Orléans, 1855.
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948. FAVIER (J.) et PFISTER (Ch.) — Table alphabétique des publications de l’Académie de Stanislas, Nancy, Berger-Levrault, 1902.
949. FORESTIÉ (Em.) — La Société littéraire et l’ancienne académie de Montauban (1730-1791), recueil de l’Académie des sciences, etc., de Tarn-et-Garonne, 1885 à 1887.
950. FORMIGNY DE LA LONDE (de) — Documents inédits pour servir à l’histoire de l’ancienne Académie royale des belles-lettres de Caen, Caen, Hardel, 1854.
951. GAUTIER — Notice historique sur l’Académie delphinale. Bulletin de l’Académie delphinale, 1875.
952. GÈRES (J. de) — Table historique et méthodique des travaux et publications de l’Académie de Bordeaux, Bordeaux, 1877.
953. GOSSEAUME (D.-M.) — Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Rouen, Periaux, 1814.
954. GUERRIER — Histoire de la société d’agriculture, sciences, belles-lettres et arts d’Orléans. Mémoire de la Société, 1900.
955. HABASQUE (F.) — Un cercle à Agen au XVIIIe siècle, Agen, Veuve Lamy, 1891. (Revue de l’Agennais 1891.)
956. HARCOURT (Comte d’) — Les Sociétés provinciales de Brie et de Champagne au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société d’archéologie, etc., de Seine-et-Marne, 1867.
957. HAUTECLOQUE (G. de) — Inventaire des archives de l’Académie d’Arras. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., d’Arras, 1897.
958. JARRIN — La Société d’émulation de l’Ain 1756-1875. Annales de la Société d’émulation de l’Ain, 1875.
959. KERVILER (R.) — La Société patriotique de Bretagne (dans : Armorique, et Bretagne. Recueil d’études, etc., Paris, 1893, t. II).
960. LAUZUN (Ph.) — Histoire de la Société académique d’Agen. Recueil des travaux de la Société d’agriculture, etc., d’Agen, 1900.
961. LUTHEREAU — Notice historique sur les sociétés scientifiques et littéraires qui ont été fondées à Bayeux dans les
Les origines intellectuelles de la Révolution française
769
XV1IIe et XI » siècles. Manuscrit de la Société d’agriculture, etc., de Bayeux, 1842.
962. MARTIN (G.) — Les Chambres littéraires de Nantes et la préparation de la Révolution. Annales de Bretagne, 1926.
963. MENU (H.) — La Société littéraire et l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Châlons-sur-Marne. Mémoire de la Société d’agriculture, etc., du département de la Marne, 1868.
964. MILSAND (Ph.) — Notes et documents pour servir à l’histoire de l’Académie des sciences, etc., de Dijon. Mémoire de l’académie, 1870.
965. PINGAUD (L.) — Documents pour servir à l’histoire de l’Académie de Besançon (1752-1789), Académie des sciences, etc., de Besançon, procès-verbaux et mémoires, 1892.
966. RICHARD (J.-M.) — La Société du jardin Berset à Laval, Laval, Goupil, 1910.
967. STOEBER (A.) — Notice sur la société pour la propagation du bon goût et des belles-lettres à Mulhouse. Bulletin du Musée historique de Mulhouse, 1882.
968. UZUREAU (F.) — L’Ancienne Académie d’Angers. Mémoire de la Société nationale d’agriculture, etc., d’Angers, 1901.
969. VALAIS (Le P.) — Recueil de dissertations littéraires, Nantes, Veuve Marie, 1766.
970. VAN DRIVAL (E.) — Histoire de l’Académie d’Arras, Arras, Courtin, 1872.
971. VILLERS (L. de) — Les Sociétés littéraires et scientifiques en Bretagne au XVIIIe siècle. Bulletin et mémoire de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, 1910.
972. VIRES (Dr J.) — La Société littéraire de Narbonne et P.-J. Barthez. Bulletin de la commission archéologique de Narbonne, 1904.
973. Le Centenaire de la Société littéraire de Lyon (1778-1878), Lyon, Mougin-Rusand, 1880.
974. Extraits du registre des assemblées de la Société d’agriculture de Limoges (1759-1785). Archives historiques du Limousin, t. III.
975. La France littéraire, Paris, Duchesne, 1758.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
770
976. La France littéraire contenant : I. Les Académies, etc. II. Les Auteurs vivants, etc., Paris, Duchesne, 1769 ; supplément, ibid., 1778 ; supplément, ibid., 1784.
977. Liste des ouvrages lus dans les séances de la Société, depuis 1784 jusqu’en l’an XII. Recueil des travaux de la Société d’agriculture, etc., d’Agen, t. I, 1804.
978. Notices historiques sur les Sociétés des lettres, sciences et arts de La Rochelle, La Rochelle, Siret, 1873.
979. Table générale des travaux de la Société des philathènes de 1761 à 1773 (Metz). Mémoire de l’Académie de Metz, 1874-1875.
980. Table générale des travaux de la Société royale des sciences et des arts de Metz, de 1757 à 1793. Mémoire de l’Académie de Metz, 1873-1874.
981. Dossiers de la Société des Philalèthes de Lille. Archives du ministère de la guerre, n° 3768.
XII. — Les cahiers de 1789
(Classement, à partir du n° 990, par ordre alphabétique des localités)
@
982. ALLAIN (E.) — La Question d’enseignement en 1789 d’après les cahiers, Paris, Renouard, 1886.
983. BOURRILLY (L) — Les Cahiers de l’Instruction publique en 1789, Paris, Delagrave, s.d.
984. BRETTE (A.) — Recueil de documents relatifs à la convocation des États généraux de 1789, Paris, Imprimerie nationale, 1894 et suiv.
985. BRETTE (A.) — Les Cahiers de 1789 et les Archives parlementaires, La Révolution française, 1904.
986. CHAMPION (Edme) — L’Instruction publique en France d’après les cahiers de 1789. Revue internationale de l’enseignement, 1884.
987. MONDENARD (A. de) — Nos Cahiers de 1789. Cahiers de l’Agénois, Villeneuve-sur-Lot, E. Chabrée, 1889.
988. PICARD (Roger) — Les Cahiers de 1789 et les classes ouvrières, Paris, 1910.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
771
989. SAGNAC (Ph.) — Les Cahiers de 1789 et leur valeur. Revue d’histoire moderne et contemporaine, 19064907.
990. DUVAL (L) — Les Cahiers de doléances des paroisses du bailliage d’Alençon en 1789, La Révolution française, 1887.
991. Cahiers de doléances des villes, bourgs et paroisses du bailliage d’Alençon, publié par Louis Duval, Alençon, 1887.
991 bis. Cahiers de doléances des corps et corporations de la ville d’Alençon, publié par R. Jouanne, Alençon, Imprimerie alençonnaise, 1929.
992. Cahiers de doléances du bailliage d’Amont, publié par M. Godard et L. Abensour, Besançon, Dodivers, 1918.
994. UZUREAU (F.) — Les élections et le cahier du Tiers-État de la ville d’Angers, Angers, Grassin, 1912.
995. Cahiers de doléances des corporations de la ville d’Angers et des paroisses de la sénéchaussée particulière d’Angers, publié par A. Le Moy, Angers, Burdin, 1915.
996. Cahiers de doléances de la sénéchaussée d’Angoulême et du siège royal de Cognac, publié par P. Boissonnade, Paris, Imprimerie nationale, 1907.
997. Cahier de la ville d’Antrain. Annales de Bretagne, 1905-1906.
998. Cahiers de doléances du bailliage d’Arques, publié par E. Le Parquier, Lille, Robbe, 1922.
999. MONTARLOT (P.) — Le Bailliage d’Autun en 1789 d’après les cahiers des trois ordres. Mémoire de la Société éduenne, 1892.
1000. Cahiers des paroisses et communautés du bailliage d’Autun, publié par A. de Charmasse, Autun, Déjussieu, 1895.
1001. MÈGE (F.) — Les Cahiers des paroisses d’Auvergne en 1789, Clermont-Ferrand, Bellet, 1899.
1002. MÈGE (F.) — Les Cahiers des bailliages et sénéchaussées d’Auvergne en 1789. Revue d’Auvergne, 1903.
1003. DEMAY (C.) — Cahiers des paroisses du bailliage d’Auxerre. Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 1884 et 1885. 1004. Cahiers des curés et des communautés ecclésiastiques du bailliage
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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d’Auxerre, publié par Ch. Porée, Auxerre, Imprimerie l’Universelle, 1927.
1005. Cahiers de doléances du bailliage de Troyes et du bailliage de Bar-sur-Seine, publié par J.-J. Vernier, Troyes, Nouel, 1911.
1006. FAYARD (J.) — Les Cahiers des paysans du Beaujolais aux États généraux. Revue d’histoire de Lyon, 1904.
1007. DESJARDINS (G.) — Le Beauvaisis, le Valois, le Vain-français, le Noyonnais en 1789, Beauvais, 1869.
1008. Cahiers du Tiers-État de la ville de Bernay, publié par E. Veuclin, Bernay, Veuclin, 1879.
1009. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Bigorre, publié par G. Balencie, Tarbes, Lesbordes, 1926.
1010. Cahiers de doléances du bailliage de Blois et du bailliage secondaire de Romorantin, publié par E. Lesueur et A. Cauchie, Blois, E. Rivière, 1907.
1011. Cahiers de doléances du clergé, de la noblesse, du tiers-état de la province du Bourbonnais. Bulletin de la Société d’émulation du département de l’Allier, 1853.
1012. Cahiers de doléances du bailliage de Bourges et des bailliages secondaires de Vierzon et d’Henrichemont, publié par A. Gandilhon, Bourges, Tardy-Pigelet, 1910.
1013. SÉE (H.) — Les Cahiers de paroisses de la Bretagne en 1789, La Révolution française, 1904.
1014. Le Cahier d’observations et doléances du tiers-état de la ville de Caen en 1789, publié par F. Mourlot, Paris, Société de l’histoire de la Révolution française, 1912.
1015. MOURLOT (F.) — Les Cahiers des trois ordres dans les bailliages de Caen et de Coutances (Ch. XI de La fin de l’ancien régime et les débuts de la Révolution dans la généralité de Caen, Paris, Société de l’histoire de la Révolution française, 1913).
1016. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Cahors, publié par V. Fourastié, Cahors, Coueslant, 1908.
1017. Les Doléances de Campan et de Baudéan en 1789, publié par J. Gros. Bulletin de la Société Ramond, (Bagnères-de-Bigorre), 1907.
1018. Les Cahiers [généraux] dans la sénéchaussée de Castres, publié par le marquis de la Jonquière, Paris, Michel Lévy, 1867.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
773
1019. Cahiers de doléances pour les États généraux de 1789 : 1. Bailliage de Châlons-sur-Marne, etc., publié par G. Laurent, Epernay, H. Villers, 1906-1911.
1020. Cahiers de plaintes, doléances, etc., de la paroisse de Serley (bailliage de Châlons-sur-Saône), La Bresse louhannaise. Bulletin de la Société d’agriculture de Louhans, 1910.
1021. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Civray, publié par Boissonnade et L. Cathelineau, Niort, Imprimerie Saint-Denis, 1925.
1022. Cahiers de doléances du bailliage de Cotentin, publié par E. Bridrey, Paris, Imprimerie nationale, 1912-1914.
1023. Les Cahiers généraux des trois ordres au bailliage principal de Dôle, etc., publié par l’abbé Fromont. Mémoire de la Société d’émulation du Jura, 1906.
1024. Cahiers des doléances des communautés de la sénéchaussée de Draguignan, publié par F. Mireur, Draguignan, Olivier et Rouvier, 1889.
1025. LEGRAND (M.) et MARQUIS (S.) — Le Bailliage d’Etampes aux États-généraux, Etampes, Brière, 1898.
1026. Les Cahiers de la Flandre maritime en 1789, publié par A. de Saint-Léger et Ph. Saignac, Paris, Picard, 1906-1910.
1027. Cahiers de doléances... de la Haute-Vienne, publié par A. Fray-Fournier, Limoges, Chatras, 1893.
1028. FLOUR DE SAINT-GELAIS — L’Esprit public et les élections au Havre de 1787 à 1790. Recueil des publications de la Société havraise d’études diverses, 1889.
1029. Cahiers de doléances des baillages du Havre, publié par E. Le Parquier, Epinal, Imprimerie Lorraine, 1929.
1030. Cahiers de doléances du bailliage de Honfleur, publié par A. Blossier, Caen, Adeline, 1913.
1031. Cahiers de doléances des paroisses de la sénéchaussée de Tartas en 1789 (Landes), publié par M. de Chanton. Bulletin trimestriel de la Société de Borda, 1905 et 1906.
1032. Cahiers des doléances du Tiers-état. Villes, villages et bourgs du diocèse de Lavaur, publié par Ch. Pradel. Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn, 1888-1889.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
774
1033. MARION (M.) — Cahiers de doléances... des paroisses des sénéchaussées de Libourne et de Bazas. Archives historiques du département de la Gironde, 1900 à 1903.
1034. Doléances des corporations et corps constitués de Limoges (dans : Nouveaux documents historiques sur la Marche et le Limousin, publié par A. Leroux, Limoges, Gely, 1887).
1035. GUIBERT (L.) — Les Cahiers du Limousin et de la Marche en 1789, Limoges, Ducourtieux, 1889.
1036. QUÉRU (R.) — Le Cahier de doléances du Tiers État (de Lisieux) en 1789 (dans : Etudes lexoviennes, Paris, Champion, Caen, Jouen, 1915).
1037. Les Cahiers de Tremont et Neuville-sur-Ome (Lorraine), publié par E. Bécourt. Mémoire de la Société des lettres, etc., de Bar-le-Duc, 1885.
1038. Cahiers lorrains de 1789, publié par l’abbé P. Lesprand, Jahrbuch der Gesellschafft für lothringische Geschichte und Altertumskunde, 1904.
1039. Cahiers de plaintes et doléances des paroisses de la province du Maine, publié par A. Bellée et V. Duchemin, Le Mans, Paris, Champion, 1881.
1040. SPAL (J.) — Les Cahiers de doléances de l’Instruction primaire en Maine-et-Loire en 1789. Bulletin de la Société des sciences, etc., de Cholet, 1893.
1041. Cahiers de la Marche et assemblée du département de Guéret, publié par L. Duval, Paris, Dumoulin, 1873.
1042. Cahiers de doléances du département de la Marne, publié par G. Laurent, t. IV, Bailliage de Reims, Reims, Matot-Braine, 1930.
1043. Les Cahiers de Baudrémont, de Thonelle, de Seuzey et d’Eric, Saint-Dizier en 1789 (Marne), publié par H. Labourasse. Mémoire de la Société des lettres, etc., de Bar-le-Duc, 1901.
1044. Cahier de doléances de la sénéchaussée de Marseille, publié par J. Fournier, Marseille, Imprimerie nouvelle, 1908.
1045. Election du député direct et cahier du tiers-état de la ville de Metz en 1789, publié par l’abbé Lesprand, Jahrbuch der Gesellschafft fur lothringische Geschichte und Altertumskunde, 1903.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
775
1046. Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy, t. I. Bailliage de Vic, publié par Ch. Etienne, Nancy, Berger-Levrault, 1907.
1047. Cahiers de doléances du bailliage de Mirecourt, publié par E. Martin, Epinal, Imprimerie lorraine, 1928.
1048. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Montauban et du pays et jugerie de Rivière-Verdun, publié par V. Malrieu, Montauban, Barrier, 1925.
1049. Les Cahiers et les députés... du bailliage royal de Montfort-l’Amaury, publié par E. Couard et F. Lorin. Mémoire de la Société archéologique de Rambouillet, 1902.
1050. Cahiers des doléances des habitants de Montpellier (dans : de la Pijardière, Histoire de la ville de Montpellier, Montpellier, Coulet, 1882, t. IV).
1051. Cahiers de doléances des paroisses du bailliage de Neuchâtel-en-Bray, Rouen, Gagniard, 1908.
1052. Les Cahiers de la sénéchaussée de Nîmes en 1789. Etude par Bligny-Bondurand. Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques. Section des sciences économiques et sociales, 1907.
1053. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Nîmes, publié par E. Bligny-Bondurand, Nîmes, Chastanier, 1909.
1054. Cahiers de doléances des sénéchaussées de Niort et de Saint-Maixent, publié par L. Cathelineau, Niort, Clouzot, 1912.
1055. Cahiers de doléances en 1789 (Nivernais). Bulletin de la Société nivernaise des lettres, etc., 1896.
1056. LABOT (A.) — Convocation des États généraux et législation électorale de 1789. Cahiers, etc., du Nivernais et Donziais, Nevers-Paris, A. Lacroix, 1866.
1057. Cahiers de doléances des paroisses du bailliage de Cany (Normandie), publié par C. Romain, Rouen, 1909.
1058. Cahiers de doléances de la ville de Noyon. Comité archéologique et historique de Noyon. Comptes rendus et mémoires, 1898 et 1899.
1059. Cahiers de doléances du bailliage d’Orléans, publié par C. Bloch, Orléans, Imprimerie orléanaise, 1907.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
776
1060. CHASSIN (Ch.-L.) — Les Élections et les cahiers de Paris en 1789, Paris, Jouaust, Noblet, Quantin, 1888.
1061. Cahiers de doléances de 1789 dans le département du Pas-de-Calais, publié par H. Loriquet, Arras, Répessé-Crépel, 1891.
1062. Cahiers de doléances du clergé et des « gens de bien, du bailliage d’Aval (Poligny), publié par R. Prost. Bulletin de la Société d’agriculture, etc., de Poligny, 1879.
1063. Assemblées des sénéchaussées du Quercy pour l’élection des députés aux États Généraux de 1789. Procès-verbaux, cahiers, publié par L. Combarieu, Cahors, Girma, 1889.
1064. Cahiers de doléances des sénéchaussées de Quimper et de Concameau, publié par J. Savina et D. Bernard, Rennes, Oberthur, 1927.
1065. Cahiers des doléances d’Yoncq-les-Mouzon. Bailliage de Reims. Revue d’Ardenne et d’Argonne, 1900.
1066. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Rennes, publié par H. Sée et A. Lesort, Rennes, Oberthur, 1909-1912.
1067. Cahiers des doléances et remontrances des corporations de la ville de Rochefort-sur-Mer, publié par Lemonnier. Bulletin de la Société des archives historiques. Revue de la Saintonge et de l’Aunis, 1903.
1068. Cahiers de doléances des communautés de Rochefort-sur-Mer en 1789, publié par Ph. Rondeau. Société des archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, 1888.
1069. Cahier de doléances de Rochefort-sur-Mer. Bulletin de la Société de géographie de Rochefort-sur-Mer, 1909.
1070. Cahiers de doléances du bailliage de Sens, publié par Ch. Porée, Auxerre, Imprimerie coopérative ouvrière, 1908.
1071. Cahier des instructions, pouvoirs et doléances des communautés du ressort de la sénéchaussée de Sisteron (résumé par Ed. de Laplane dans : Essai sur l’histoire municipale de la ville de Sisteron, Paris, Paulin, 1840).
1072. Documents pour servir à l’histoire de la Révolution française dans le département de la Somme, t. I : États généraux de 1789. Elections. Rédaction des Cahiers, Amiens, Jeunet, 1888.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
777
1073. Cahiers paroissiaux des sénéchaussées de Toulouse et de Comminges en 1789, publié par F. Pasquier et Fr. Galabert, Toulouse, Privat, 1928.
1074. Cahier des doléances... du Monastier Saint-Chaffre en Velay. Bulletin de la Société d’agriculture, etc., du Puy, 1901.
1075. PORT (C.) — La Vendée angevine, t. I, ch. 2, Les Cahiers, Paris, Hachette, 1888.
1076. Les Cahiers de doléances de Verdun en 1789, publié par d’Arbois de Jubainville. Mémoire de la Société des lettres, etc., de Bar-le-Duc, 1908.
1077. Voeux relatifs à l’Instruction publique dans le cahier de doléances du bailliage du Vermandois, par Combier. Bulletin de la Société académique de Laon, t. 27, 1884-1887.
1078. Bailliages de Versailles et de Meudon. Les Cahiers des paroisses, publié par M. Thénard, Versailles, Aubert, 1889.
1079. MAISONADE (N.) —Les Elections de 1789 (contient les cahiers de la noblesse, du clergé, du Tiers de Villefranche-de-Rouergue). Mémoire de la Société des lettres, etc., de l’Aveyron, 1906-1911.
1080. VASCHALDE (H.) — Le Vivarais aux États généraux de 1789, Paris, Lechevalier, 1889.
1081. Cahiers de doléances des villes de Cosne, Varzy et de la paroisse de Lignorelle (Yonne), publié par C. Demay. Bulletin de la Société des sciences historiques de l’Yonne, 1886.
1082. Résumé général ou extrait des cahiers de pouvoirs... remis par les divers bailliages... à leurs députés à l’assemblée des États généraux ouverts à Versailles le 4 mai 1789, Paris, rue des Marais, n° 20, 1789.
XIII. — Ouvrages philosophiques et divers publiés au XVIIIe siècle
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Nous avons publié une bibliographie méthodique des ouvrages marqués d’un * dans la Revue d’histoire littéraire de la France, avril-juin 1933. Pour d’Holbach un supplément de treize éditions a été publié par M. J. Sough, même revue, avril-juin 1936.
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L’édition signalée n’est pas toujours nécessairement la première, mais celle à laquelle renvoient nos notes.
1083. ABAUZIT — Discours historiques sur l’apocalypse par feu M. Abauzit, Londres, s.n., 1770.
1083 bis. ALEMBERT (d’) — OEuvres et correspondance inédites, publié par Ch. Henry, Paris, Perrin, 1887.
1084. ALBON (Comte de) — Discours politiques... sur quelques gouvernements de l’Europe, Neuchâtel, s.d., 1779.
1085. ANNET (trad. par d’Holbach) — David ou l’histoire de l’homme selon le coeur de Dieu, Londres, 1768.
1086. ANNET (trad. par d’Holbach) — Examen critique de la vie et des ouvrages de saint Paul, Londres, 1770.
1087. ANDRÉ (Abbé J.) — Le Tartare à Paris, Paris, Maradan, 1788.
1088. ARCQ (Chevalier d’) — Essais sur l’administration, s.l., 1786.
1089. ARGENS (d’) — La Philosophie du bon sens, Londres, Compagnie, 1737.
1090. ARGENS (d’) — Défense du paganisme par l’empereur Julien, Berlin, Voss., 1764.
1091. ARGENS (d’) — Lettres juives, La Haye, Paupie, 1764.
1092. ARGENS (d’) — Histoire de l’esprit humain, Berlin, Hande et Spener, 1765.
1093. ARGENS (d’) — Lettres cabalistiques, La Haye, Paupie, 1769.
1094. BARBEU DU BOURG (J.) — Calendrier de Philadelphie ou Constitutions de Sancho-Pança et du bonhomme Richard en Pensylvanie, Philadelphie et Paris, Esprit, 1778.
1095. BARBEYRAC (J.) — Traité de la morale des Pères de l’Eglise, Amsterdam, Uytwerf, 1737.
1096. BARNAVE — OEuvres, publié par Mme Saint-Germain, Paris, Challamet, 1843.
1097. BARRAL (Abbé P.) — Manuel des Souverains, s.l., 1754, in-12.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
779
1098. BARRUEL (Abbé) — Les Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques, Paris, Mequignon, 1823.
1099. BASSET DE LA MARELLE — La Différence du patriotisme national chez les Français et les Anglais, Lyon, Delaroche, 1762.
1100. BASTIDE (de) — Les Choses comme on doit les voir, Londres-Paris, Duchesne, 1757.
1101. BAUDEAU (Abbé) — Idées d’un citoyen sur les droits et les devoirs des vrais pauvres, Amsterdam, Paris, 1765.
1102. BAYLE — Extrait du dictionnaire historique et critique de Bayle, Berlin, 1767.
1103. BÉARDÉ DE L’ABBAYE — Dissertation qui a remporté le prix sur la question proposée en 1766 par la société d’économie et d’agriculture de St-Pétersbourg, s.l., 1768. [Est-il avantageux à un État que le paysan possède en propre du terrain...]
1104. BÉARDÉ DE L’ABBAYE — Recherches sur les moyens de supprimer les impôts, Amsterdam, Rey, 1770.
1105. BAUDEAU (Abbé) et MIRABEAU (Marquis de) — Ephémérides du citoyen, Paris, Delalain, 1765 et suiv.
1106. BEAUSOBRE (de) — Le Pyrrhonisme raisonnable, Berlin, de Bourdeaux, 1745.
1107. BEAUSOBRE (de) — Dissertations philosophiques, Paris, Durand, Pissot, 1753.
1109. BEAUSOBRE (de) — Introduction générale à l’étude de la politique, des finances et du commerce, Amsterdam, Schneider, 1765.
1110. BELLEPIERRE DE NEUVÉGLISE — La Pratique de l’impôt ou vues d’un patriote, Avignon, 1762.
1111. BÉRENGER (L.-P.) — Le Peuple instruit par ses propres vertus. Cours complet d’instruction et d’anecdotes, Paris, Nyon, 1787.
1112. BERGASSE (N.) — Observations sur le préjugé de la noblesse héréditaire, Londres, s.n., 1789.
1113. BERNARD (J.-F.) — Histoire des cérémonies et des superstitions qui se sont introduites dans l’Église, Amsterdam, J.F. Bernard, 1717.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
780
1114. BERNARD (J.-F.) — Dialogues critiques et philosophiques par M. l’abbé de Charte-Livry, Amsterdam, J.-F. Bernard, 1730.
1115. BERNARD (J.-F.) et MIRABEAU (J.-B. de) — Le Monde, son origine et son antiquité [par J.-F. Bernard]. De l’âme et de son immortalité [par J.-B. de Mirabaud], Londres, s.n., 1778.
1116. BERNARD (J.-F.) ( ?) — Éloge de l’enfer, ouvrage critique, historique et moral, La Haye, Gosse, 1759.
1117. BISSY (de) — (publié par Moit), Histoire d’Ema, s.l., 1752.
1118. BLOUNT (Ch.) — Vie d’Apollonius de Tyane par Philostrate avec les commentaires donnés en anglais par Ch. Blount, Berlin, Decker, 1774.
1119. BOISMONT (de) ( ?) — Lettres secrètes sur l’état actuel de la religion et du clergé de France, s.l., 1781-1784.
1120. BOLINGBROKE — Pensées de milord Bolingbroke sur différents sujets, Amsterdam, Paris, Prault, 1771.
1121. BONAFOUS (L.A. de), abbé de Fontenay — Esprit des livres défendus ou anthologies philosophiques, Amsterdam-Paris, Nyon, Laporte, 1777.
1122. BONCERF — Les Inconvénients des droits féodaux, Londres-Paris, Valade, 1776.
1123. BORDE (Ch.) — Tableau philosophique du genre humain, Londres, s.n., 1770.
1124. BORDE (ou Voltaire) — Le cathécumène [sic] traduit du chinois, Amsterdam, s.n., 1768.
1125. BOUCHER D’ARGIS — Observations sur les lois criminelles de France, Bruxelles, Flon, 1781.
1126. BOUCHER D’ARGIS — De la bienfaisance dans l’ordre judiciaire. Discours, etc., Londres-Paris, Le Boucher, 1788.
1127. BOUFFOUNIDOR (de) — Le Procès des trois rois, Londres, Carenaught, 1780.
1128. BOUFFOUNIDOR (de) — Les Fastes de Louis XV, de ses ministres, etc., Villefranche, chez la veuve Liberté, 1782.
1129. BOULAINVILLIERS( ?) — Lettre d’Hypocrate à Damagette, traduction, Cologne, Jacques Le Sage, 1700.
1130. BOULAINVILLIERS — La Vie et l’esprit de M. Benoît de Spinosa, s.l., 1719.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
781
1131. BOULAINVILLIERS — La Vie de Mahomed, Londres, s.n., Amsterdam, Humbert, 1730.
1132. BOULAINVILLIERS ( ?) — Doutes sur la religion, suivis de l’analyse du traité théologi-politique de Spinosa, Londres, 1767.
1133. *BOULANGER — Recherches sur l’origine du despotisme oriental, 1762.
1134. *BOULANGER — L’Antiquité dévoilée, Amsterdam, 1766.
1135. *BOULANGER — OEuvres complètes, Amsterdam, 1775.
1136. *BOULANGER — Dissertation sur Elle et Enoch. Dix-huitième siècle.
1137. *BOUREAU-DESLANDES — Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant, Rochefort, Le Noir, 1755.
1138. *BOUREAU-DESLANDES — De la certitude des connaissances humaines, Londres, 1741.
1139. BOUREAU-DESLANDES (A.-F.) — Pigmalion ou la statue animée, Londres, Harding, 1741.
1140. BOUREAU-DESLANDES — Histoire critique de la philosophie, Amsterdam, Changuion, 1756.
1141. BRANCAS (de), comte de Lauraguais — Tableau de la Constitution française, s.l., 1771.
1142. BRANCAS (de), comte de Lauraguais — Extraits du droit public de la France, En France, 1771.
1143. BRISSOT — Le Pot-pourri, étrennes aux gens de lettres, Londres, s.n., 1777.
1144. BRISSOT — Testament politique de l’Angleterre, s.l., 1680 [sic].
1145. BRISSOT — Les Moyens d’adoucir la rigueur des lois pénales en France... Discours..., Châlons, Seneuze, 1781.
1146. BRISSOT — Recherches philosophiques sur le droit de propriété et sur le vol considéré dans l’état de nature.
1147. BRISSOT — De la Vérité ou méditations sur les moyens de parvenir à la vérité..., Neuchâtel-Paris, Desanges, etc., 1782.
1148. BRISSOT ( ?) — Lettres philosophiques sur saint Paul, Neuchâtel, s.n., 1783.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
782
1149. BRISSOT — Le Philadelphien à Genève..., Dublin, s.n., 1783.
1150. BRISSOT — Correspondance universelle sur ce qui intéresse le bonheur de l’homme et de la société, Neuchâtel, Imprimerie typographique, 1783.
1151. BRISSOT — Lettres sur la liberté politique..., Liège, 1783-89.
1152. BUFFIER (Le P.) — Cours de sciences, Paris, 1732.
1152 bis. CARACCIOLI (Voir 1269 bis).
1153. CARRA (J.-L) — Esprit de la morale et de la philosophie, La Haye, s.n., 1777.
1154. CARRA (J.-L.) — Système de la raison ou le prophète philosophe, Londres, Kearby, 1782.
1155. CASTILHON (J.-L) — Essai sur les erreurs et les superstitions, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1765.
1156. CASTILHON (J.-L.) — Considérations sur les causes physiques et morales de la diversité de génie des moeurs et du gouvernement des nations, Bouillon-Paris, Lacombe, 1769.
1157. CASTILHON (J.-L.) — Histoire générale des dogmes et opinions philosophiques... tirée du Dictionnaire Encyclopédique, Londres, s.n., 1769.
1158. CASTILHON (J.-L.) — Le Diogène moderne, ou le désapprobateur, Bouillon, Société typographique, 1770.
1159. CERFVOL (de) — Législation du divorce, 2e édition, Londres, 1770.
1160. CÉRUTTI (J.-A.-J.) — Recueil de quelques pièces de littérature en prose et en vers, Glasgow, s.n., 1784.
1161. CÉRUTTI (J.-A.-J.) — La Réforme du code criminel, Londres-Toulouse, 1787.
1162. CHAMFORT — OEuvres, publié par P.-R. Auguis, Paris, Chaumerot, 1824.
1163. CHASSAIGNON (de Lyon) — Cataractes de l’imagination, déluge de la scribomanie, etc., De l’antre de Trophonius, 1779.
1164. CHASTELLUX (F.-J.) — De la Félicité publique, Amsterdam, Rey, 1772.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
783
1165. CHÉNIER (A.) — OEuvres inédites, publié par A. Lefranc, Paris, Champion, 1914.
1166. CHUBB — Nouveaux essais sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal, Amsterdam, Changuyon, 1732.
1167. CLIQUOT DE BLERVACHE ( ?) — Le Réformateur, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1756.
1168. CLOOTS (A.) — La Certitude des preuves du Mahométisme..., Londres, s.n., 1780, (suivi de : Lettres d’un jeune philosophe à un jeune théologien...).
1169. CLOOTS (A.) — Voeux d’un Gallophile, nouvelle édition refondue, Amsterdam, s.n., 1786.
1170. COLLET (Le P.) — Traité des devoirs des gens du monde, Paris, Debua, Hérissant, etc., 1763.
1171. COLLINS — Discours sur la liberté de penser, Londres, s.n., 1714.
1172. COLLINS — Paradoxes métaphysiques sur le principe des actions humaines, Eleutheropolis, s.n., 1756.
1173. *COLLINS (trad. par d’Holbach) — Examen des prophéties qui servent de fondement à la religion chrétienne, Londres, 1768.
1174. *COLLINS (trad. par d’Holbach) — L’Esprit du judaïsme, Londres, 1770.
1175. COLLOT D’HERBOIS — Il y a bonne justice ou Le Paysan magistrat, drame en 5 actes, Marseille, Sube et Laporte, 1778.
1176. CONDORCET — OEuvres, publié par A. Condorcet, O’Connor et M.-F. Arago, Paris, Didot, 1847.
1177. CORBIN (Le P.) — Traité d’éducation civile, morale et religieuse de l’homme à l’usage des élèves du collège royal de la Flèche, Angers-Paris, 1787.
1178. COSTARD (J.-P.) etc. — Dictionnaire universel historique et critique des moeurs, etc., Paris, Costard, 1772.
1179. COYER (Abbé) — Bagatelles morales, Londres, Paris, Duchesne, 1755.
1180. COYER (Abbé) — OEuvres complètes, Paris, Duchesne, 1782.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
784
1182. *CRELLIUS (trad. par d’Holbach) ( ?) — De la tolérance dans la religion, Londres, 1769.
1183. CUPPÉ (Pierre) — Le Ciel ouvert à tous les hommes, ouvrage théologique, 1768.
1184. DAGUES DE CLAIRFONTAINE — Bienfaisance française, ou Mémoires pour servir à l’histoire de ce siècle, Paris, Bastien, 1778.
1185. DARIGRAND — L’Antifinancier, Amsterdam, s.n., 1763.
1187. *DAVISSON (trad. par d’Holbach) — De la monstruosité pontificale, Londres, 1775.
1187 bis. DELEYRE — Tableau de l’Europe, t. VII de l’Histoire philosophique et politique... de Raynal, La Haye, Gosse fils, 1774.
1188. *DELISLE DE SALES — La Bardinade, 1765.
1189. *DELISLE DE SALES — De la philosophie de la nature, Amsterdam, 1770.
1190. DELISLE DE SALES — Essai philosophique sur le corps humain, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1773.
1192. DELISLE DE SALES — Paradoxes par un citoyen, Amsterdam, s.n., 1772, (contient : Défense de la philosophie de la nature. — Essai sur la liberté de la presse).
1193. DELISLE DE SALES — Lettre de l’inquisiteur de Goa à Maître Dedelay d’Achères inquisiteur du Châtelet de Paris, pour la sentence qui condamne au feu la Philosophie de la Nature, Goa, 1776.
1194. DELISLE DE SALES — Histoire nouvelle de tous les peuples du monde, t. I, Paris, s.n., 1779.
1195. DELISLE DE SALES — Théâtre d’un poète de Sybaris, traduit (soi-disant) pour la première fois du grec, Sybaris et Paris, s.n., 1788.
1196. DELISLE DE SALES — Analyse du catalogue de la bibliothèque de M. de Sales, Paris, s.d.
1197. DELOLME — Constitution de l’Angleterre ou état du gouvernement anglais, Amsterdam, 1771.
1198. DENESLE — L’Aristippe moderne, Paris, Dupuis, Grangé, 1737.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
785
1199. DENESLE — Examen du matérialisme, Paris, Vincent, 1754.
1200. *DIDEROT — Pensées philosophiques, La Haye, 1746.
1201. *DIDEROT — Lettre sur les aveugles, Londres, 1749.
1203. *DIDEROT — Pensées sur l’interprétation de la nature, 1754.
1204. DIDEROT — OEuvres, publié par Assezat et Tourneux, Paris, Garnier, 1875-1877.
1205. DES MAIZEAUX — Recueil de diverses pièces sur la philosophie, etc., Amsterdam, du Sauzet, 1720.
1206. DUBOIS DE LAUNAY — Coup d’oeil sur le gouvernement anglais, s.l., 1786.
1207. DUBUAT-NANÇAY — Eléments de la politique, Londres, s.n., 1773.
1208. DUBUAT-NANÇAY — Les Maximes du gouvernement monarchique, Londres, s.n., 1778.
1209. CHATELET (Mme du) — Doutes sur les religions révélées..., ouvrage posthume, Paris, s.n., 1792.
1210. DUCLOS — OEuvres, Paris, Desessarts, 1802.
1211. DULAURENS — L’Antipapisme révélé ou les Rêves de l’antipapiste, Genève, Lapret, 1767.
1213. DULAURENS — Le Portefeuille d’un philosophe, Cologne, Marteau, 1770.
1214. *DUMARAIS ( ?) — Analyse de la religion chrétienne, s.l.n.d.
1215. DUMAS (J.-F.) — L’Esprit du citoyen, Neufchâtel, 1783.
1216. DUVAL (François) — Lettres curieuses sur divers sujets, Paris, Pépie, 1725.
1217. DUVERNET (Th.-J.) — L’Intolérance religieuse par Guillaume le Disputeur, s.l., 1782.
1218. ESPAGNAC (Abbé d’) — Réflexions sur l’abbé Suger et son siècle, Londres, 1780.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
786
1219. ESTÈVE (P.) — Origine de l’univers expliquée par un principe de la matière, Berlin, s.n., 1748.
1220. FAIGUET DE VILLENEUVE — L’Économie politique, Londres, Paris, Moreau, etc., 1763.
1220 bis. FERLET (Abbé) — De l’abus de la philosophie par rapport à la littérature, Nancy, Lescure, Paris, Barbou, 1773.
1221. FÉROUSE — Vues d’un solitaire patriote, La Haye, Paris, Clousier, 1784.
1222. FERRIÈRES (C.-E. de) — Le Théisme ou introduction générale à l’étude de la religion, Londres-Paris, Poinsot, 1785.
1223. FORGE (Chevalier de) — L’Ami de l’État ou Réflexions politiques..., Lyon, Delaroche, 1761.
1224. *FRÉRET — Lettre de Thrasibule à Leucippe, Londres, s.d.
1225. *FRÉRET — OEuvres complètes, Londres, 1775.
1226. *FRÉRET — Examen critique du Nouveau Testament, Londres, 1777.
1227. *FRÉRET ( ?) — La Moisade et examen critique du Nouveau Testament, Londres, 1787.
1228. GOUTIER (Abbé J.-J.) — Réfutation du Celse moderne ou objections contre le christianisme, Lunéville, Goebel et Messuy, 1752.
1229. GÉNARD — L’École de l’homme, Londres, s.n., 1752.
1230. GIN — Les vrais principes du gouvernement français, Paris, Royez, 1787.
1231. GORDON (Th.) — L’Intolérance convaincue de crime et de folie (à la suite de Crellius. De la tolérance, Londres, s.n., 1769).
1232. GOYON DE LA PLOMBANIE — L’Homme en société, Amsterdam, Rey, 1763.
1233. GRASLIN — Essai analytique sur la richesse et sur l’impôt, Londres, 1767.
1234. GUÉNARD (A.) — Discours sur cette question : En quoi consiste l’esprit philosophique ? Paris, 1775.
1235. GUÉROULT DE PIVAL ( ?) — Doutes sur la religion suivies [sic] de l’analyse du traité théologi-politique de Spinosa par le Comte de Boulainvilliers, Londres, s.n., 1767.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
787
1236. GUIBERT — Essai général de tactique précédé d’un discours sur l’état actuel de la Politique et de la science militaire en Europe, Londres, Libraires associés, 1772.
1237. GUIBERT — Éloge historique de Michel de l’Hospital, s.l., 1777.
1238. GUILLARD DE BEAURIEU (G.) — L’Elève de la nature, Amsterdam-Lille, Henry, 1771.
1239. HELVÉTIUS — De l’Esprit, Amsterdam et Leipsick, Arkstée et Merkus, 1758.
1240. HÉMERY (d’) — Journal de la librairie [1750-1769]. (Inédit. Bibliothèque nationale. Collection Anisson-Duperron, 22156.)
1241. HENNEBERT (J.-B.) — Du Plaisir ou du moyen de se rendre heureux, Lille, J.-B. Henry, 1764.
1242. HÉRAULT DE SÉCHELLES — OEuvres littéraires, publié par Emile Dard, Paris, Perrin, 1907.
1243. *HOLBACH (d’) ( ?) — Examen critique des apologistes de la religion chrétienne, 1766. [cf. Gallica, page d’Holbach]
1244. *HOLBACH (d’) — Le Christianisme dévoilé, 1767.
1245. *HOLBACH (d’) — De l’imposture sacerdotale, Londres, 1767.
1246. *HOLBACH (d’) — Théologie portative, Londres, 1768.
1247. *HOLBACH (d’) — La Contagion sacrée, 1768.
1248. *HOLBACH (d’) — Lettres à Eugénie, Londres, 1768.
1249. *HOLBACH (d’) — Réflexions impartiales sur l’Evangile, Londres, 1769.
1250. L’Enfer détruit (trad. par d’Holbach), Londres, 1769.
1251. *HOLBACH (d’) — Opinion des anciens sur les Juifs, Londres, 1769.
1252. *HOLBACH (d’) — De la cruauté religieuse, 1769.
1253. *HOLBACH (d’) ( ?) — Tableau des saints, Londres, 1770.
1254. *HOLBACH (d’) — Système de la nature, Londres, 1770.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
788
1255. *HOLBACH (d’) — Essai sur les préjugés, Londres, 1770.
1255 bis. *HOLBACH (d’) (adapté de Collins) — Israël vengé, Londres, 1770.
1256. *HOLBACH (d’) — Le bon sens ou idées naturelles opposées aux idées surnaturelles, 1772.
1257. *HOLBACH (d’) — Recherches sur les miracles, Londres, 1773.
1258. *HOLBACH (d’) — Système social, Londres, 1773.
1259. *HOLBACH (d’) — La Politique naturelle, Londres, 1773.
1260. *HOLBACH (d’) — Le Vrai sens du système de la nature, Londres, 1774.
1261. *HOLBACH (d’) — La Morale universelle, Amsterdam, 1776.
1262. *HOLBACH (d’) — Éthocratie ou le gouvernement fondé sur la morale, Amsterdam, 1776.
1263. *HOLBACH (d’) — De l’état naturel des peuples, Paris, 1786.
1264. *HOLBACH (d’) — Histoire critique de Jésus-Christ, s.l.n.d.
1265. HOLLAND (G. Z.) — Réflexions philosophiques sur le système de la nature, Neuchâtel, Société typographique, 1773.
1266. HUME (D.) — OEuvres philosophiques, Londres, s.n., 1788.
1267. HUPAY DE FUVÉA — Maison de réunion pour la communauté philosophe dans la terre de l’auteur de ce projet, etc., Euphrate, etc., 1779.
1268. JAUBERT (J.) — Éloge de la roture dédié aux roturiers, Londres, Paris, Dessain, 1766.
1269. LACROIX (P.-F.) — Traité de morale, ou devoirs de l’homme envers Dieu, envers la Société et envers lui-même, Paris, Desaint ; Carcassonne, Heirisson, 1767.
1269 bis. CARACCIOLI (L.-A.) — Voyage de la raison en Europe, Paris, 1772.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
789
1270. LA HARPE — Correspondance littéraire, Paris, Miqueret, 1804.
1271. LANDREAU DU MAINE AU PICQ — Législation philosophique, politique et morale, Paris, l’auteur et Debure, 1787.
1272. LANJUINAIS (de) — Le Monarque accompli, Lausanne, Hinbach, 1774.
1273. LA SERRE — Examen de la religion, Londres, 1761.
1274. LA SERRE — La Vraie religion démontrée par l’Ecriture sainte, Londres, 1767.
1275. LASSAY (Marquis de) — Lettres amoureuses et pensées diverses, publié par M. Lange, Paris, Sansot, 1912.
1276. LAURAGUAIS (Comte de) — Extrait du droit public de la France, 1771. 1277. LAYMAN (trad. par d’Holbach) — Les Prêtres démasqués, Londres, 1768.
1278. LE COURBAYER (P.-F.) — Déclaration de mes derniers sentiments sur les différents dogmes de la religion, Londres, Elmsly, etc., 1787.
1279. LEFÈVRE DE BEAUVRAY — Dictionnaire social et patriotique, Amsterdam, s.n., 1770.
1280. LEGUAY DE PRÉMONTVAL — Lettres contre le dogme de l’Eucharistie, 1735.
1281. LEGUAY DE PRÉMONTVAL — Le Diogène de d’Alembert ou Pensées libres sur l’homme, Berlin, Schneider, 1755.
1282. LE TROSNE (G.) — Les Effets de l’impôt indirect, s.l., 1770.
1283. LE TROSNE — De l’administration provinciale et de la réforme de l’impôt, Bâle, Paris, 1788.
1284. LEVESQUE (Ch.) — L’Homme pensant, Amsterdam, Rey, 1779.
1285. LEVESQUE (Ch.) — L’Homme moral ou les principes des devoirs, P. de Bure, 1784.
1286. LEVESQUE DE BURIGNY — Histoire de la philosophie païenne, La Haye, Gosse et de Hondt, 1724.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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1287. LEVESQUE DE BURIGNY ( ?) — Examen critique des apologistes de la religion chrétienne, par M. Fréret, etc., s.l., 1766.
1288. LEVESQUE DE BURIGNY — Recherches sur les miracles, Londres.
1289. LEZAY-MARNESIA (Cl. F. de) — Le Bonheur dans les campagnes, Neuchâtel-Paris, Royez, 1788.
1290. LINGUET — Théorie des lois civiles, Londres, 1767.
1291. LINGUET — Essai philosophique sur le monarchisme, Paris, 1775.
1292. LINGUET — Annales politiques, civiles et littéraires du XVIII, siècle, Londres, 1777-1792.
1293. LINGUET — Mélanges de politique et de littérature extraits des Annales de M. Linguet, Bouillon, s.n., 1778.
1294. LOUIS (Dom) — Le Ciel ouvert à tout l’univers, par J. J., s.l., 1782.
1295. LUBERSAC (Comte de) — Vues politiques et patriotiques sur l’administration des finances de la France, Paris, Imprimerie de Monsieur, 1787.
1296. MABLY — OEuvres, Lyon, Delamollière, 1792.
1297. MAILLET (de) — Telliamed ou Entretiens d’un philosophe indien, Paris, Debure, 1755.
1298. MANDEVILLE — Pensées libres sur la religion, La Haye, Vaillant et Prévost, 1722.
1299. MANUEL — Coup d’oeil philosophique sur le règne de Saint Louis à Damiette, s.n., 1786.
1300. MARANA — L’Espion dans les cours des princes chrétiens, Amsterdam, s.n., 1756.
1301. MARÉCHAL (Sylvain) — Dieu et les prêtres, fragments d’un poème philosophique, Paris, Patris, l’an I de la raison.
1302. MARÉCHAL (S.) — Livre échappé au déluge, Paris, chez S. Maréchal, 1784.
1303. MARMONTEL — OEuvres complètes, Paris, Verdière, 1819.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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1304. MARSY (Abbé de) — Analyse raisonnée de Bayle, Londres, s.n., 1755.
1305. MARTIN DE MARIVAUX — L’Ami des lois, s.l.n.d. (1771).
1306. MAUBERT DE GOUVEST — Lettres iroquoises. Irocopolis chez les vénérables, 1752.
1307. MAUPERTUIS — OEuvres, Lyon, Bruyset, 1756.
1308. MEISTER (J.-H.) — De l’origine des principes religieux, s.l., 1768.
1309. MEISTER (J.-H.) — De la morale naturelle suivie du bonheur des sots, par M. Necker, Paris, s.n., 1788.
1310. MERCIER (L.-S.) — Tableau de Paris, Amsterdam, s.n., 1782-1788.
1311. MERCIER (L.-S.) — Mon Bonnet de nuit, Neuchâtel, 1784.
1312. MERCIER (L.-S.) — Les Entretiens du Palais-Royal de Paris, Paris, Buisson, 1786.
1313. MERCIER (L.-S.) — Notions claires sur les gouvernements, Amsterdam, Paris, 1787.
1314. MESLIER (J.) — Testament de Jean Meslier, nouvelle édition, s.l.n.d. (Genève, 1762).
1315. MESLIER (J.) — Le Testament de J. Meslier, curé d’Etrépigny, etc., publié par Ch. Rudolf, Amsterdam, 1864.
1315. Ira o Wade, les manuscrits du Testament du curé Meslier (thèse manuscrite qui m’a été communiquée).
1316. MEY (abbé), Maximes du droit public français, Amsterdam, M.M. Rey, 1775.
1317. MILLON — Histoire des voyages des papes.... Vienne, libraires associés, 1782.
1318. MIRABAUD (J.-B. de) — De l’âme et de son immortalité (voir J.J. F. Bernard, Le Monde, etc., n° 1115).
1319. MIRABAUD (J.-B. de) — Réflexions impartiales sur l’Évangile, Londres, s.n., 1769.
1320. MIRABAUD (J.-B. de) — Opinions des anciens sur les juifs, Londres, 1769.
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1321. MIRABEAU (Comte de) — Essai sur le despotisme, Londres, 1775.
1322. MIRABEAU (Comte de) — OEuvres, Paris, Lecointe et Pougin, Didier, 1835.
1323. MIRABEAU (Marquis de) — Les Devoirs, Milan, au monastère impérial de Saint-Ambroise, 1780.
1324. MONTYON — Recherches et considérations sur la population de la France, Paris, Moutard, 1778.
1325. MOREAU (J.-N.) — Mémoire pour servir à l’histoire des Cacouacs, Paris, Société catholique, 1828.
1326. MORELLET — Petits écrits sur une matière intéressante, Toulouse, L’Agneau, 1756.
1327. MORELLET — Le Manuel des inquisiteurs, Lisbonne, 1762.
1328. MORELLET — Réflexions sur les avantages de la liberté d’écrire et d’imprimer sur les matières de l’administration, London-Paris, Estienne, 1775.
1329. MORELLET — Mélanges de littérature et de philosophie du XVIIIe siècle, Paris, Veuve Lepetit, 1818.
1330. MORELLET — Apologie de la philosophie contre ceux qui l’accusent des maux de la Révolution [1796] (dans : Mélanges de littérature et de philosophie, Paris, Veuve Lepetit, 1818, t. IV).
1331. *MORELLY — Naufrage des îles flottantes ou Basiliade du célèbre Pilpaï, 1753.
1332. *MORELLY — Code de la nature, 1755. [cf. ce beau site et sa notice]
1333. MORIZOT — Le Sacre royal ou les droits de la nation française, Amsterdam, 1776.
1334. NAVEAU (J.-B.) — Le Financier citoyen, s.l., 1757.
1335. NECKER — De l’administration des finances de la France, Paris, 1784.
1336. NECKER — De l’importance des opinions religieuses, Londres, 1788.
1337. NOUGARET — La Voix du peuple, poème, Amsterdam, s.n., 1769.
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1339. PARA DU PHANJAS — Eléments de métaphysique sacrée et profane, Besançon, Chaboy,etc.
1340. PASTORET (E.-C.-J. de) — Discours en vers sur l’union qui doit régner entre la magistrature, la philosophie et les lettres, Paris, Jombert, 1783.
1341. PASTORET (de) — Zoroastre, Confucius et Mahomet comparés..., Paris, Buisson, 1788.
1342. PELISSERY (de) — Maximes générales d’un bon gouvernement, 1777.
1343. PERREAU (J.-A.) — Le Roi voyageur ou examen des abus de 1 administration de la Lydie, Londres, Cadel, 1784.
1344. PERREAU (J.-A.) — Instruction du peuple..., Paris, Moutard, 1786.
1345. PETION DE VILLENEUVE (J.) — Les Lois civiles de la justice en France ramenées à un ordre simple et uniforme, Londres, 1783.
1346. PETION DE VILLENEUVE — Essai sur le mariage, Genève, s.n., 1785.
1347. PLUQUET (Abbé) — Traité philosophique et politique sur le luxe, Paris, Barrois, 1786.
1348. POMMEREUL (F.-R.-J. de) — Recherches sur l’origine de l’esclavage religieux et politique du peuple en France, Londres, 1781, Genève, 1783.
1349. PONÇOL (Abbé de) — Code de la raison, ou principes de morale pour servir à l’instruction publique, Paris, Colas, 1778.
1350. PRADES (Abbé de), abbé Yvon, Diderot — Apologie de M l’abbé de Prades, Amsterdam, Berlin, 1752.
1351. RADICATI (A., Comte de Passeran) — Recueil de pièces curieuses sur les matières les plus intéressantes, Rotterdam, Th. Johnson, 1736.
1352. RAYNAL — Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, Genève, Pellet, 1780.
1353. RÉAL DE CURBAN (de) — La Science du gouvernement, Aix-la-Chapelle, s.n.n.d.
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1354. REGNAUD (Procureur du Parlement de Paris) — Histoire des événements arrivés en France... concernant les parlements... (Inédit. Bibliothèque nationale. Manuscrits fonds français 13733-13735).
1355. RELAND — La Religion des Mahométans, La Haye, Vaillant, 1721.
1356. REMY (Abbé) — Éloge de Michel de l’Hôpital, Paris, Dumonville, 1777.
1356 bis. RIGOLLET DE JUVIGNY — De la décadence des lettres et des moeurs, P. Mérigot, 1787.
1357. ROBERTSON (John-M.) — A short history of Freethought ancient and modern, Londres, Wals, 1915.
1358. ROBINET (J.-B.) — De la nature, Amsterdam, Van Harrevelt, 1766.
1359. ROBINET (J.-B.) — Analyse raisonnée de Bayle, Londres, s.n., 1773.
1360. ROBINET (J.-B.) — Dictionnaire universel des sciences morale, économique et diplomatique, Londres, Libraires associés, 1777.
1360 bis. ROUCHER — Les Mois, P. Quillau, 1779.
1361. ROUILLÉ D’ORFEUIL — L’Ami des Français, Constantinople, s.n., 177.
1362. ROUILLÉ D’ORFEUIL — L’Alambic moral. Au Maroc, 1773.
1363. SAIGE — Catéchisme du citoyen, en France, 1788.
1364. THEMISEUL DE SAINT-HYACINTHE — Lettres écrites de la campagne, La Haye, Alex de Rogissart, 1721.
1365. THEMISEUL DE SAINT-HYACINTHE — Mémoires concernant la théologie et la morale, Amsterdam, Aytwerf, 1732.
1366. THEMISEUL DE SAINT-HYACINTHE — Recherches philosophiques sur la nécessité de s’assurer par soi-même de la vérité.., Londres, Nourse, 1743.
1367. THEMISEUL DE SAINT-HYACINTHE ( ?) — Pensées secrètes et observations critiques attribuées à feu M. de Saint-Hyacinthe, Londres, s.n., 1769.
1368. DESAPT (ou de Sapt) — L’Ami du prince et de la patrie, ou le bon citoyen, Paris, Costard, 1769.
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1369. SAURI (Abbé) — La Morale du citoyen du monde ou la morale de la raison, Paris, Froullé, 1777.
1370. SEGUIER DE SAINT-BRISSON — Lettre à Philopènes ou Réflexions sur le régime des pauvres, 1764.
1371. SEGUIER DE SAINT-BRISSON — Traité des droits du génie, Carolsroahe, Macklott, 1769.
1372. SÉGUR (L.-Ph.) — Tableau historique et politique de l’Europe, Paris, Buisson, 1801.
1373. SÉNAC DE MEILHAN — Considérations sur l’esprit et les moeurs, Londres, Paris, s.n., 1787.
1374. SÉNAC DE MEILHAN — Du gouvernement, des moeurs et des conditions en France avant la Révolution, Hambourg, Hoffmann, 1795.
1375. SERVAN (M.) — Discours sur les progrès des connaissances humaines en général, de la morale et de la législation en particulier, 1781.
1376. SERVAN (M.) — Apologie de la Bastille, Philadelphie, s.n., 1784. [cf. Gallica, oeuvres]
1377. SHAFTESBURY — Les OEuvres de mylord comte de Shaftesbury.... Genève, 1769.
1378. SILHOUETTE (de) — Lettre préliminaire en tête de la traduction du Traité mathématique sur le bonheur (1e édition 1741), (réimprimée à la suite de Boulanger, dissertation sur Elie et Enoch, XVIIIe siècle).
1379. SORET (J.) — Essai sur les moeurs, Bruxelles, 1756.
1380. TIFAUT DE LA NOUE — Réflexions philosophiques sur l’impôt, Londres-Paris, Barrois et Didot, 1775.
1381. TOLAND (trad. par d’Holbach) — Lettres philosophiques sur l’origine des préjugés, Londres, 1768.
1382. TOLAND (J.) — Le Nazaréen ou le christianisme des juifs, etc., Londres, 1777.
1383. * TOUSSAINT (F.-V.) — Les Moeurs, Amsterdam, 1748.
1384. TOUSSAINT (F.-V.) — Eclaircissement sur les moeurs, par l’auteur des moeurs, Amsterdam, Rey, 1762.
1385. TOUSSAINT (F.-V.) — Anecdotes curieuses de la cour de France, publié par P. Fould, Paris, Plon-Nourrit, 1905.
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1386. TRENCHARD et GORDON (Th.) — L’Esprit du clergé (arrangé par d’Holbach), Londres, s.n., 1767.
1387. TURGOT — OEuvres, publié par G. Schelle, Paris, Alcan, 1913 et suiv.
1388. VATTEL (de) — Le Droit des gens ou Principes de la loi naturelle, Londres, s.n., 1758.
1389. *WOOLSTON (trad. par d’Holbach) — Discours sur les miracles de Jésus-Christ, XVIIIe siècle.
1390. De l’analyse des sensations. Seconde partie où l’on donne cette analyse sur l’Expérience. (Inédit. Bibliothèque nationale. Manuscrit. Fonds français, 9112.)
1391. Archives de la Bastille, Documents inédits recueillis et publiés par F. Ravaisson, Paris, Pedone-Lauriel, t. XII-XVII, 1881 et sq.
1392. Bibliothèque philosophique du législateur, du politique, etc., publié par Brissot de Warville, Berlin-Paris, Desauges, 1782.
1393. Catéchisme de morale, spécialement à l’usage de la jeunesse, contenant les devoirs de l’homme et du citoyen, de quelque religion et de quelque nation qu’il soit, Bruxelles et Paris, Lambert et Baudouin, 1783.
1394. Catéchumène (Le), s.l.n.d. (sans page de titre). (Relié à la suite du t. II du recueil nécessaire, Bibliothèque nationale, Z. Beuchot, 1002.)
1395. Censure de la Sorbonne contre le livre de l’abbé Rémy : Eloge du chancelier de l’Hôpital, l’Histoire des deux Indes de Raynal. Lettres de félicitations des évêques et facultés de théologie. (Archives nationales, M. 75, n° 7-85 et 86-123.)
1396. Censure de la Sorbonne contre les Principes de morale de Mably, 1784. Lettres de félicitations des facultés de théologie de Valence, Nantes, Bourges, Angers, Strasbourg. (Archives nationales, M. 75, n° 124.)
1397. Chansonnier historique du XVI/le siècle, publié par E. Raunié, Paris, Quantin, 1879.
1398. Collection de divers éloges publiés à l’occasion du prix proposé par l’Académie française, en 1771, pour le meilleur éloge du chancelier de l’Hospital, Paris, s.n., 1778.
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1399. Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la cour et la ville, de 1777 à 1792, publié par de Lescure, Paris, Plon, 1866.
1400. Dialogues sur l’âme par les interlocuteurs en ce temps-là, s.l., 1771.
1401. Un disciple de Socrate aux Athéniens. Héroïde à Athènes, Olymp. XCV, an. I [1760].
1402. Discours sur le patriotisme français lu à l’Académie... de Lyon, le 21 janvier 1762, Lyon, Périsse, 1762.
1403. Dissertations mêlées sur divers sujets importants et curieux (publié par J.-F. Bernard), Amsterdam, J.-F. Bernard, 1740.
1404. L’Ecclésiastique citoyen..., Londres, 1785.
1405. Encyclopédie méthodique, Paris, Panckoucke. (Volumes utilisés : Jurisprudence : 1783 ; Finances : 1784 ; Économie politique : 1788 ; Histoire : 1788)..
1406. Epître aux calomniateurs de la philosophie, (citée dans Bachaumont, 22 mai 1776).
1407. L’Espion anglais ou correspondance secrète de milord All’eye et milord All’ear, Londres, Adamson.
1409. *La Fausseté des miracles des deux Testaments, s.l.n.d.
1410. Histoire générale des dogmes et opinions philosophiques..., tirée du Dictionnaire encyclopédique..., Londres, s.n., 1769.
1411. *Lettres à Sophie, Londres, XVIIIe siècle.
1412. Lettre à un duc et pair, brochure, 1774 (contre la malfaisance des prêtres).
1413. Lettres flamandes ou histoire des variations et contradictions de la prétendue religion naturelle, Lille, Danel, 1752.
1414. Lettres secrètes sur l’état actuel de la religion et du clergé en France, s.l.n.d. (1781) (Bibliothèque nationale, Ld, 3028-3029).
1416. *Le Militaire philosophe, Londres, 1768.
1417. *Nouvelles libertés de penser, Amsterdam, 1743.
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1418. De l’opinion et des Moeurs ou de l’influence des Lettres sur les Moeurs, Londres-Paris, Moureau, Nyon, 1777.
1418 bis. L’Oracle des anciens fidèles pour servir de suite et d’éclaircissement à la Sainte-Bible, Berne, 1760.
1419. Pièces philosophiques, contenant : La Parité de la vie et de la mort. — Dialogues sur l’âme. — J. Brunus redivivus ou Traité des erreurs populaires (voir Bachaumont, n° 363, 2 février 1773).
1420. Le Pot au noir et le pot au blanc ou la vérité dévoilée, la fourberie démasquée et la religion papiste renversée, Rome, 1787 (bibliothèque de la ville de Douai, Théologie, n° 3164).
1421. Le Préjugé vaincu ou Lettres de Mme la Comtesse de ** etc., Paris, Royez, 1787.
1422. Le Publicole français ou Mémoires sur les moyens d’augmenter la richesse du prince par l’aisance du peuple, Paris, Motin, 1776.
1423. Recueil de divers écrits sur l’amour et l’amitié, etc., Bruxelles, François Foppens, 1736.
1424. * Recueil nécessaire, Leipsick, 1765.
1425. Recueil philosophique et littéraire de la Société typographique de Bouillon, Bouillon et Paris, Lacombe, 1760 et suiv.
1426. * Recueil philosophique, Londres, 1770.
1427. Le Spinosisme modifié ou le monde Dieu, 1764 (voir Bachaumont, n° 463, 23 octobre 1764).
1428. Tablettes morales et historiques, Amsterdam-Paris, Rozet, 1762.
1429. Traité des trois imposteurs, s.l., 1775.
1430. La Vérité ou les Mystères du christianisme approfondis radicalement et reconnus physiquement vrais (voir Bachaumont, n° 463, 26 mars 1773).
XIIIa. — Ouvrages publiés au XVIIIe siècle
Romans, contes, oeuvres dramatiques, etc.
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1432. ARGENS (d’) — Le Législateur moderne ou les mémoires du chevalier de Meillecourt, Amsterdam, Changuion, 1739.
1433. BARDOU (J.) — Histoire de Laurent Marcel, Lille, Le Houcq, 1779.
1434. BÉTHUNE (Chevalier de) — Relation du monde de Mercure, Genève, Barillot, 1750.
1435. BRANCASVILLENEUVE (Abbé de) — Histoire ou police du royaume de Gala, Paris, 1754.
1436. CARACCIOLI (L.-A. de) — Voyage de la raison en Europe, Paris, Saillant, 1771.
1437. CARRA — Odazir ou le jeune Syrien, roman philosophique, La Haye, 1772.
1438. CERFVOL (de) — Le Radoteur, Amsterdam, Paris, 1776.
1439. CHEVRIER — Paris, histoire véridique, etc., La Haye, s.n., 1767.
1440. COYER (Abbé) — Chinki. Histoire cochinchinoise, Londres, 1765.
1441. DELACROIX (J.-V.) — Lettres d’Affi à Zurac, La Haye-Paris, Durand, 1767.
1442. DORAY DE LONGRAIS — Faustin ou le siècle philosophique, Amsterdam, s.n., 1784.
1443. DUBOIS-FONTANELLE — Ericie ou la Vestale, Londres, 1768.
1444. DUBOIS-FONTANELLE — Aventures philosophiques, publié par D. Mornet. Revue du XVIIIe siècle, 1914.
1445. DULAURENS — Imirce ou la fille de la nature, Berlin, 1765.
1446. DULAURENS — Le Compère Mathieu ou les bigarrures de l’esprit humain, Londres, Compagnie, 1777.
1447. WICQUET D’ORDRE (du) — Naru, fils de Chinki, Londres, 1776.
1448. FARMIAN DE ROSOI — Azor ou les Péruviens, Genève-Paris, Lesclapart, 1770.
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1449. FOUGERET DE MONTBRON — Margot la Ravaudeuse, Hambourg, 1750.
1450. FOUGERET DE MONTBRON — La Capitale des Gaules ou la nouvelle Babilonne, La Haye, 1759.
1451. GODARD D’AUCOUR — Le Berceau de la France, Paris, 1744.
1452. GRIVEL (G.) — L’île inconnue ou Mémoires du chevalier de Castine, contenant l’histoire de la formation et de la civilisation de la société, 1783-1787.
1453. GUDIN DE LA BRENELLERIE — Lothaire, roi de Lorraine, tragédie, Genève, 1767. (2e édition sous le titre : De Lothaire et Valrade ou le royaume mis en interdit, tragédie brûlée à Rome par les moines inquisiteurs de cette ville, le 28 septembre 1768.)
1454. GUÉRINEAU DE SAINT-PÉRAVI — L’Optique ou le Chinois à Memphis, Londres, Rey, 1763.
1455. GUEUDEVILLE — Dialogue de M. le baron de la Hontan, Amsterdam, 1704.
1456. HULBERG — Voyage de Nicolas Klimius dans le monde souterrain, Copenhague et Leipsick, 1753.
1457. LA DIXMERIE — Contes philosophiques, Paris, Duchesne, 1765.
1458. LA HARPE — Mélanie, drame en 3 actes et en vers, Amsterdam, van Harrevelt, 1770.
1459. LE BLANC DE GUILLET — Albert 1er ou Adeline, comédie héroïque en 3 actes, Paris, Le Jay, 1775.
1460. LE BLANC DE GUILLET — Les Druides, tragédie, Saint-Pétersbourg, 1783.
1461. LE BRET — La Nouvelle lune ou histoire de Pocquillon, Amsterdam et Lille, Henrg, 1768.
1462. LEMIERRE — La Veuve du Malabar ou l’empire des coutumes, tragédie, Paris, Veuve Duchesne, 1770.
1463. LESCONVEL (P. de) — Idée d’un règne doux et heureux ou relation du voyage du prince de Montberand dans l’île de Naudely, Cazères, 1703.
1464. LONGUE (L.-P. de) — Les Princesses malabares ou le célibat philosophique, Andrinople, Thomas Franco, 1734.
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1465. LUCHET — La Reine de Benni, Amsterdam-Paris, Grangé, 1767.
1466. MARMONTEL —Bélisaire, Paris, 1766.
1467. MARMONTEL — Les Incas, Paris, Lacombe, 1777.
1468. MÉHÉGAN (Abbé de) — Zoroastre, histoire traduite du chaldéen, Berlin, à l’enseigne du roi philosophe, 1751.
1469. MERCIER (L.-S.) — Songes d’un ermite, 1770.
1470. MERCIER (L.-S.) — Théâtre complet, Amsterdam, Vlam, etc., 1784.
1471. MERCIER (L.-S.) — L’an deux mille quatre cent quarante s’il en fut jamais, nouvelle édition, s.l., 1786.
1472. MERCIER (L.-S.) — Songes et visions philosophiques (dans : Collection des Voyages imaginaires, Amsterdam-Paris, t. 32, 1788).
1473. NOUGARET — Les mille et une folies, Amsterdam-Paris, Duchesse, 1771.
1474. PALISSOT — Zelinga, histoire chinoise, Marseille, 1749.
1475. PALISSOT — L’Homme dangereux, comédie en trois actes et en vers, Amsterdam, s.n., 1770.
1476. PECHMÉJA — Télèphe, Londres-Paris, Pissot, 1784.
1477. PERREAU (J.-A.) — Mizrim, ou le Sage à la Cour, Neuchâtel, Société typographique, 1782.
1478. SABATIER DE CASTRES — La Ratomanie, Amsterdam, 1767.
1479. THÉMISEUL DE SAINT-HYACINTHE — Histoire du Prince Titi (dans : le Cabinet des fées, t. 27 et 28, Amsterdam, 1786, 1e édition, 1735).
1480. THOREL DE CAMPIGNEULLES — Anecdotes morales sur la fatuité, Anvers-Paris, Coustelier, 1760.
1481. TIPHAIGNE — L’Empire des Zaziris sur les humains, Pékin, 1761.
1482. Azoila. Histoire qui n’est pas morale, Amsterdam, Arkstée et Merkus ; Paris, De Hansy, 1768.
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1483. Conte politique, (inédit bibliothèque de l’Arsenal, B.L., 15979).
1483 bis. Histoire de Laurent Marcel, 1779 (bibliothèque de l’Arsenal, B.L., 15979).
1484. Histoire naturelle, civile et politique des Galligènes, Amsterdam, 1765.
1485. Lieb-Rose ou l’épreuve de la vertu, Bouillon, Société typographique ; P. Delalain, 1770.
1485 bis. Ma-Gakou, histoire japonaise, Goa, par exprès commandement de l’empereur, 1752.
1486. Le Nagzag ou les Mémoires de Christophe Rustaud, dit l’Africain, Amsterdam-Paris, Costard, 1771.
1487. On ne s’y attendait pas, Londres-Paris, Prault, 1773.
1488. La République des philosophes ou l’Histoire des Ajoiens, Genève, 1768.
1489. Le Roman philosophique ou traité de morale moderne, Londres, 1773.
1490. Les Songes du chevalier de la Marmotte, Au palais de Morphée, 1745 (bibliothèque de l’Arsenal).
XIV. — Ouvrages divers (publiés depuis 1800)
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1192. AFANASSIEV (G.) — Le Commerce des céréales en France au XVIIIe siècle, Paris, Picard, 1894.
1493. ARDASCHEFF (P.) — Les Intendants de province sous Louis XVI, Paris, Alcan, 1909.
1494. ASCOLI (G.) — La Grande-Bretagne devant l’opinion française au XVIIIe siècle, t. II, Paris, Gamber, 1930.
1495. AUBERTIN — L’Esprit public au XVIIIe siècle, Paris, Didier, 1873.
1496. AULARD (A.) — La Féodalité sous Louis XVI (dans : Etudes et leçons sur la Révolution française, 7e série, Paris, Alcan, 1913).
1497. AULARD — Le Club des Jacobins sous la monarchie, La Révolution française, 1892.
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1498. AULARD (A.) — L’Idée républicaine et démocratique avant 1789, La Révolution française, 1898.
1499. AULARD (A.) — Histoire politique de la Révolution française, Paris, A. Colin, 1901.
1500. BABEAU (A.) — Les Bourgeois d’autrefois, Paris, Firmin-Didot, 1886.
1501. BABEAU (A.) — La Vie militaire sous l’ancien régime, II. Les Officiers, Paris, Didot, 1890.
1501 bis. BABEAU (A.) — Les Artisans et les domestiques d’autrefois, Paris, Firmin-Didot, 1886.
1502. BATIFFOL (L.) — Les Idées de la Révolution sous Louis XIV. Revue de Paris, 15 février 1928.
1503. BECLARD (L.) — Louis-Sébastien Mercier, Paris, Champion, 1903.
1503 bis. BELIN (F.) — La Société française au XVIIe siècle d’après les sermons de Bourdaloue, Paris, Hachette, 1875.
1504. BELIN (J.-P.) — Le Mouvement philosophique de 1748 à 1789, Paris, Belin, 1913.
1505. BELiN (J.-P.) —Le Commerce des livres prohibés à Paris de 1750 à 1789, Paris, Belin, 1913.
1506. BOISSIER (Dr R.) —La Mettrie, médecin, pamphlétaire et philosophe, Paris, Les Belles-Lettres, 1931.
1507. BONNASSIEUX (P.) — La Question des grèves sous l’ancien régime. La grève de Lyon en 1744, Paris, Berger-Levrault, 1882.
1507 bis. BONNE (G.) — La Constitution britannique devant l’opinion française de Montesquieu à Bonaparte, Paris, Champion, 1913.
1508. BRENNER (Cl.-D.) — L’Histoire nationale dans la tragédie française du XVIIIe siècle, University of California Press, Berkeley, 1929.
1508 bis. BRIGGS (E.-R.) — The Political Académies of France in the early 18th century, with special reference to the club de l’Entresol and to its founder, the abbé Pierre Joseph Alary, [Thèse de l’Université de Cambridge, encore manuscrite à la date de ce livre (important)].
Les origines intellectuelles de la Révolution française
804
1509. BRUNEL (L.) — Les Philosophes et l’Académie française au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1884.
1510. BRUNOT (F.) — Histoire de la langue française des origines à 1900, t. VI et VII, Paris, A. Colin, 1926 et 1930.
1511. CAHEN (L.) — Le Pacte de famine et les spéculations sur les blés. Revue historique, 1926.
1512. CARCASSONNE (E.) — Montesquieu et le problème de la constitution française au XIXe siècle, Presses Universitaires, s.d.
1513. CARRÉ (H.) — La fin des parlements (1788-1790), Paris, Hachette, 1912.
1514. CARRÉ (H.) — La Noblesse de France et l’opinion publique au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 1920.
1515. CHÉREL (A.) — Fénelon au XVIIIe siècle en France, Paris, Hachette, 1917.
1516. DAMIRON (Ph.) — Mémoires pour servir à l’histoire de la philosophie au XVIIIe siècle, Paris, de Ladrange.
1517. CHINARD (G.) — L’Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècles, Paris, Hachette, 1913.
1518. DEDIEU (J.) — Histoire politique des protestants français (1715-1794), Paris, Lecoffre, 1925.
1519. DELAFARGE (D.) — L’Affaire de l’abbé Morellet en 1760, Hachette, 1912.
1520. DELORT (J.) — Histoire de la détention des philosophes et des gens de lettres à la Bastille et à Vincennes, Paris, Didot, 1829.
1521. DU BLED (V.) — La Société française du XVIe au XXe siècles, Paris, Perrin, t. V, VI et VII.
1522. FAY (B.) — L’Esprit révolutionnaire en France et aux États-Unis à la fin du XVIIIe siècle, Paris, Champion, 1924.
1523. FAY (B.) — Benjamin Franklin, Paris, Calmann-Lévy, 1931.
1524. FEUGÈRE (A.) — Un précurseur de la Révolution. L’Abbé Raynal, Angoulême, Imprimerie ouvrière, 1922.
1525. FONTAINE (L.) — Le Théâtre et la philosophie au XVIIIe siècle, Versailles, Cerf, 1879.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
805
1525 bis. FUNCK-BRENTANO et ESTRÉE (d’) — Les Nouvellistes, Paris, Hachette, 1905.
1526. FUNCK-BRENTANO (F.) — La Question ouvrière sous l’ancien régime d’après les dossiers des prisonniers par lettres de cachet. Revue rétrospective, 1892.
1526 bis. GAIFFE (F.) — Le Drame en France au XVIIIe siècle, Paris, Colin, 1910.
1527. GAIFFE (F.) — Le Mariage de Figaro, Paris, Malfère, 1928.
1528. GALLAND (Elie) — L’Affaire Sirven, Mazamet, chez l’auteur, s.d.
1529. HATIN (E.) — Bibliographie historique et critique de la presse périodique française, Paris, Didot, 1866.
1529 bis. HERLAUT (Commandant) — Un révolutionnaire en 1758. Annales historiques de la Révolution française, 1924.
1529 ter. HERLAUT (Commandant) — Les Enlèvements d’enfants à Paris en 1720 et 1750. Revue historique, 1922.
1530. HUBERT (R.) — Les Sciences sociales dans l’Encyclopédie, Paris, Alcan, 1923.
1531. HUNTER (A.-C.)—J.-B.-A. Suard, Paris, Champion, 1925.
1531 bis. JACQUART — L’Abbé Trublet, Paris, Picard, 1926.
1532. JOHNSTON (Elsie) — Le Marquis d’Argens, Paris, Champion, 1928.
1533. KARMIN (Otto) — Essai d’une bibliographie de Sylvain Maréchal. Revue historique de la Révolution française, 1911.
1533 bis. KEIM (A.) — Helvétius, Paris, Alcan, 1907.
1534. KOVALEWSKI (M.) — La France économique et sociale à la veille de la Révolution, Paris, Giard et Brière, 1911.
1535. LACHÈVRE (F.) — Les Successeurs de Cyrano de Bergerac, Paris, Champion, 1922.
1536. LACHÈVRE (F.) — Les Derniers Libertins, Paris, Champion, 1924.
1537. LACROIX (P.) — La Bibliothèque de la reine Marie-Antoinette au Petit Trianon, Paris, Gay, 1863.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
806
1538. LAIGNE (L. de) — L’Europe et spécialement la France au XVIIIe siècle d’après les lettres de voyage des deux frères Giovanelli. Revue d’histoire diplomatique, 1911, t. II.
1539. LANSON (G.) — Origines et premières manifestations de l’esprit philosophique dans la littérature française. Revue des Cours et Conférences 1908-1910.
1540. LANSON (G.) — Questions diverses sur l’histoire de l’esprit philosophique en France avant 1750. Revue d’histoire littéraire de la France, janvier-juin 1912.
1541. LECLERCQ (Dom H.) — Histoire de la Régence pendant la minorité de Louis XV, Paris, Champion, 1921.
1542. LENEL (S.) — Un homme de lettres au XVIIIe siècle. Marmontel, Paris, Hachette, 1902.
1543. LICHTENBERGER (A.) — Le Socialisme au XVIIIe siècle, Paris, Alcan, 1895.
1543 bis. LOUTCHISKY — La Propriété paysanne en France... à la veille de la Révolution, Paris, Champion, 1912.
1544. LOVERING (Stella) — L’Activité intellectuelle de l’Angleterre d’après l’ancien Mercure de France, Paris, de Boccard, 1930.
1545. MARION (M.) — Les Impôts directs sous l’ancien régime, Paris, Cornély, 1910.
1546. MARION (M.) — Histoire financière de la France depuis 1715, Paris, Rousseau, t. I, 1914.
1547. MADELIN (L.) — Le Premier son de cloche de la Révolution (1743-1754). Revue des Deux Mondes, 1924.
1548. MARCAGGI (V.) — Les Origines de la déclaration des droits de l’homme de 1789, Paris, Rousseau, 1904.
1549. MARCEL (Chanoine) — La Mort de Diderot d’après des documents inédits, Paris, Champion, 1925.
1550. MARTIN (G.) — Les Associations ouvrières au XVIIIe siècle, Paris, Rousseau, 1900.
1551. MASSON (P.-M.) — La Religion de J.-J. Rousseau, Paris, Hachette, 1916.
1551 bis. MASSON (P.-M.) — La Profession de foi du vicaire savoyard, Edition critique, Fribourg, 1916.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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1552. MELIA (J.) — Inédits et belles pages de l’abbé de Choisy, Paris, Emile-Paul, 1922.
1553. MOFFAT (Margaret M.) — La Controverse sur la moralité du théâtre après la lettre à d’Alembert de J.-J. Rousseau, Paris, de Boccard, 1930.
1554. MONIN (H.) — L’état de Paris en 1789, Paris, Jouaust, Noblet, 1889.
1555. MONOD (A.) — De Pascal à Chateaubriand. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802, Paris, Alcan, 1916.
1556. MORIZE (A.) — L’Apologie du luxe au XVIIIe siècle. « Le Mondain » et ses sources, Paris, Didier, 1909.
1556 bis. MORNET (D.) — Le Sentiment de la nature en France de J.-J. Rousseau à B. de Saint-Pierre, Paris, Hachette, 1907.
1557. MORNET (D.) — Les Sciences de la nature en France au XVIIIe siècle, Paris, A. Colin, 1911.
1558. MORNET (D.) — Les Imitations du Candide de Voltaire au XVIIIe siècle (dans Mélanges offerts à M.G. Lanson, Paris, Hachette, 1922).
1558 bis. MORNET (D.) — Les Enseignements des bibliothèques privées au XVIIe siècle. Revue d’histoire littéraire de la France, juillet-septembre 1910.
1558 ter. MORNET — Bibliographie d’un certain nombre d’ouvrages philosophiques du XVIIIe siècle. Revue d’histoire littéraire de la France, 1933.
1559. MUSART (Ch.) — La Réglementation du commerce des grains en France au XVIIIe siècle, Paris, Champion.
1559 bis. PELLISSON (M.) — Les Hommes de lettres au XVIIIe siècle, Paris, Colin, 1911.
1560. PEUCHET (L.) — Mémoires tirés des archives de la Police, P. Levavasseur, 1838.
1561. PITON (C.) — Paris sous Louis XV. Rapports des inspecteurs de police au roi, annotés par Paris, Mercure de France, 1906-1910.
1562. PLAN (P.-P.) — J.-J. Rousseau raconté par les gazettes de son temps, Paris, Mercure de France, 1912.
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808
1563. RIFFATERRE (G.) — Le Sentiment du Tiers-État sur les corporations en 1789, La Révolution française, 1929.
1563 bis. ROCQUAIN — L’Esprit révolutionnaire avant la Révolution, Paris, Plon, 1878.
1563 ter. ROUSSEAU (J.-J.) — La Nouvelle Héloïse, édition publiée par D. Mornet (Collection des grands écrivains de la France), Paris, Hachette, 1925.
1564. ROUSTAN (Mario) — Les Philosophes et la société française au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1911.
1565. SAGNAC (Ph.) — Les Origines de la Révolution. La décomposition de l’ancien régime. Revue d’histoire moderne, 1910.
1566. SÉE (H.) — La Création d’un bureau de Correspondance générale en 1766. Revue d’histoire moderne, 1927.
1567. SÉE (H.) — Esquisse d’une histoire économique et sociale de la France, Paris, Alcan, 1929.
1568. SÉGUR (Marquis de) — Au couchant de la monarchie. I. Louis XVI et Turgot. II. Louis XVI et Necker, Paris, Calmann-Lévy.
1569. SEIGNOBOS (Ch.) — La Réforme économique au XVIIIe siècle, II. En France. Revue des Cours et Conférences, 1897-1898.
1570. SEIGNOBOS (Ch.) — Les Antécédents de la Révolution française. Revue des Cours et conférences.
1571. SELIGMANN (E.) — L’Affaire des trois roués. Revue de Paris, 15 mars 1901.
1572. SIMAR (Th.) — Etude critique sur la formation de la doctrine des races au XVIIIe siècle et son expression au XIXe siècle. Mémoire de l’Académie royale de Belgique, 1922.
1573. STOURM (R.) — Bibliographie historique des finances de la France au XVIIIe siècle, Paris, Guillaumin, 189?.
1573 bis. TORREY (N.-L.) — Voltaire and the english deists, New Haven, Yale University Press, 1930.
1574. WADE (Ira O.) — The « Philosophe » in the french drama of the eighteenth century, Princeton et Paris, Presses Universitaires, 1926.
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1575. WEULERSSE (G.) — Le mouvement physiocratique en France (1756-1770), Paris, Alcan, 1910.
1576. Anecdotes inédites de la fin du XVIIIe siècle pour servir de suite aux anecdotes françaises, Paris, Monory, 1801.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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Un document produit en version numérique par Pierre Palpant, collaborateur bénévole,
Courriel : ppalpant@uqac.ca
à partir de :
LES ORIGINES INTELLECTUELLES
DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1715-1787)
par Daniel MORNET (1878 - 1954)
Editions La Manufacture, Lyon, 1989, 632 pages.
1e édition : Librairie Armand Colin, Paris, 1933.
Polices de caractères utilisée : Verdana 12 et 10 points.
Mise en page sur papier format LETTRE (US letter), 8.5 x 11’’
[note : un clic sur en tête de volume et des chapitres et en fin d’ouvrage, permet de rejoindre la table des matières]
Édition complétée le 1er décembre 2006 à Chicoutimi, Québec.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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T A B L E D E S M A T I È R E S
Références — Bibliographie
Introduction
Les premiers conflits (1715-1747)
L’état des esprits vers 1715
L’idéal catholique et absolutiste — Les résistances de l’instinct — Les résistances de l’intelligence — Le malaise politique — La diffusion des idées nouvelles.
Après 1715 : les maîtres de l’esprit nouveau
Les maîtres cachés — Voltaire — Montesquieu — Le marquis d’Argens
La diffusion des idées nouvelles parmi les gens de lettres
Déisme et matérialisme — La lutte contre le fanatisme : la tolérance — La morale laïque — Les idées politiques et sociales
La diffusion générale
La lutte contre l’autorité — Les progrès de l’irréligion — Enquêtes indirectes : les journaux, les collèges — Quelques hommes : Mathieu Marais, l’avocat Barbier, le marquis d’Argenson
La lutte décisive (1748-1770 environ)
Les chefs. — 1. La guerre ouverte
Montesquieu, l’Esprit des lois — Les Moeurs de François-Vincent Toussaint (1748) — l’Encyclopédie — Helvétius — Voltaire — Diderot — Jean-Jacques Rousseau
Les chefs. — 2. La guerre cachée
Les pamphlets clandestins de Voltaire — L’oeuvre de d’Holbach et de ses collaborateurs
La diffusion parmi les écrivains
Les attaques contre le christianisme. Le déisme et le matérialisme — La morale naturelle et humanitaire. La tolérance — La politique — Les fictions : romans et théâtre — Les groupements : les salons ; l’Académie française — Conclusion
La diffusion générale. 1. Paris
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La bataille entre les écrivains et l’autorité — La vente des ouvrages — Les progrès de l’irréligion — Diffusion du mécontentement politique
La diffusion générale. 2. La province
Les académies provinciales — Témoignages divers
Enquêtes indirectes : les journaux. L’enseignement
Les journaux — L’enseignement
Quelques exemples.
Un avocat de petite ville. Un écrivain. Deux amants. Une jeune fille. Un collégien.
L’exploitation de la victoire (1771 environ - 1787)
Les résistances de la tradition religieuse et politique
Résistances de la tradition religieuse — Résistances de la tradition politique
Les gens de lettres
Les patriarches de la philosophie — Les nouveaux champions — A travers les écrivains plus obscurs — La littérature d’imagination : contes, romans, théâtre — La morale sociale et patriotique
La diffusion générale. 1. Paris
La bataille des écrivains contre l’autorité — Diffusion de l’irréligion dans la noblesse et le clergé — La diffusion dans les classes moyennes — Les cafés, les sociétés littéraires, les cours publics, etc.
La diffusion générale. 2. La province
Les ombres du tableau — La noblesse et le clergé — La diffusion dans les classes moyennes — Les académies provinciales, les sociétés littéraires, les cours publics, les bibliothèques
Les enquêtes indirectes. L’enseignement
Les programmes d’études — L’esprit des élèves et des maîtres
Enquêtes indirectes. Les journaux
Les journaux de Paris ou imprimés à l’étranger — Les journaux provinciaux
La franc-maçonnerie
La révolution américaine
Quelques exemples
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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Un abbé de Cour. Un gentilhomme campagnard. Deux petites bourgeoises parisiennes. Un jeune bourgeois de province. La jeunesse de quelques révolutionnaires
La diffusion des idées philosophiques dans les milieux populaires
Quelques remarques sur les causes politiques
Les préoccupations intellectuelles dans les cahiers de doléances de 1789
Conclusion
@
Les origines intellectuelles de la Révolution française
6
INTRODUCTION
@
p.23 Je me suis proposé, dans cet ouvrage, d’écrire l’histoire des origines intellectuelles de la Révolution et non pas celle des idées révolutionnaires. Ces idées, liberté, égalité, fraternité, contrat social, etc., existent sans doute, plus ou moins confusément, depuis qu’il y a des hommes vivant en société et qui pensent. Dans tous les cas elles ont été ébauchées, précisées, commentées dès l’antiquité grecque. Pour en faire l’histoire il faut surtout les suivre, à travers les siècles, dans les grandes oeuvres, chez les grands esprits ; car ce sont ces grandes oeuvres qui, tant que les idées n’ont pas été réalisées, leur donnent leur forme durable, les transmettent et les trans-forment. Le sujet que J’ai choisi est tout autre et demandait une méthode différente.
Il y a, quand on voit les choses en gros, trois sortes de révolutions : révolutions de la misère et de la faim, soulèvement confus d’hommes las de souffrir cruellement et que poussent des besoins et des fureurs aveugles, elles aboutissent à l’anarchie ou à des répressions sanglantes ; révolutions où une minorité intelligente et audacieuse s’empare du pouvoir, puis entraîne ou domine des masses jusque-là indifférentes ou inertes ; révolutions enfin où sinon la majorité, du moins une très large minorité, plus ou moins éclairée, conçoit les défauts d’un régime politique, les réformes profondes qu’elle désire, puis entraîne peu à peu l’opinion publique et accède au p.24 pouvoir plus ou moins légalement ; les masses suivent parce qu’elle sont, au
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moins vaguement, préparées à comprendre et à préférer les idées au nom desquelles se fait la révolution. Il n’est pas dou-teux que, dans son ensemble, la Révolution française est de cette troisième sorte. Ses causes essentielles ont été, comme toujours, des causes politiques ; on a voulu changer parce qu’on était ou se croyait matériellement misérable. Mais on ne s’est peut-être décidé, et certainement l’on n’a décidé les moyens et les buts du changement, que parce que l’on y avait réfléchi. Ces réflexions n’ont pas été le fait de quelques audacieux ; c’est une très nombreuse élite qui, à travers toute la France, s’est appliquée à discuter la cause des maux et la nature des remèdes. On peut le croire, du moins, à première vue. Notre étude se propose justement de rechercher quel a été exac-tement ce rôle de l’intelligence dans la préparation de la Révolu-tion. Quelles ont été les idées des grands écrivains ; quelles ont été celles des écrivains de second, de troisième ou de dixième ordre, puisque ceux qui sont pour nous le dixième ordre ont été parfois, pour les contemporains, du premier ? Comment les uns et les autres ont-ils agi sur l’opinion publique générale, sur ceux qui n’étaient pas des gens de lettres, des gens de métier ? Comment, dans quelle mesure la diffusion s’est-elle faite au fur et à mesure que l’on s’enfonce plus profondément des classes très cultivées vers les bourgeois, les petits bourgeois, le peuple ; au fur et à mesure qu’on s’éloigne de Paris vers les provinces les plus lointaines ? En un mot, comment d’innombrables Français ont-ils réfléchi à la nécessité de réformes profondes et à la nature de ces réformes ?
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Cette étude de diffusion imposait une méthode complexe et encombrante. Il fallait sans cesse tenir compte de la chronologie ; la portée d’une même idée n’est pas la même en 1720, en 1760, en 1780 ; et cependant il était impossible de découper le siècle en tranches trop nombreuses. Je m’en suis tenu à trois périodes que je crois justifiées : 1715-1747 ; c’est de 1748 à 1750 que paraissent Les Moeurs de Toussaint, l’Esprit des lois, les premiers volumes de l’Histoire naturelle de Buffon, la Lettre sur les aveugles, le Prospectus et le Discours préliminaire de l’Encyclopédie (premier volume 1751), le premier Discours de Rousseau, etc. Il y a vraiment là une coupure. p.25 Elle est beaucoup moins nette pour notre seconde période (1748-1770) ; mais il en fallait une ; et c’est vers cette date de 1770 que s’achève l’oeuvre d’expression des idées et que commence leur diffusion générale. Notre enquête le montrera. (C’est, par exemple, entre 1764 et 1770-1772 que paraissent les plus violents ouvrages polémiques de Voltaire et d’Holbach.)
Il fallait multiplier les documents. La grande erreur de trop d’histoires analogues, ou le grand hasard qu’elles courent est de dire « tout le monde », « partout », etc., alors qu’il faudrait connaître tout le monde et qu’on dispose tout juste d’une demi-douzaine de témoignages. Je ne me fais pas d’illusions sur l’étendue de mon enquête. Elle est fort incomplète. Pour ne prendre qu’un exemple, J’ai dépouillé les journaux provinciaux du XVIIIe siècle qui se trouvent dans les bibliothèques parisiennes ; J’ai été chercher ceux qui se trouvent dans cinq villes de province ; il m’aurait fallu continuer mes recherches au moins dans huit ou dix autres villes. En bonne méthode, J’aurais
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dû aller passer plusieurs années dans une vingtaine de villes pour y poursuivre des recherches semblables à celles que MM. Bouchard et Grosclaude ont entreprises sur mes conseils et menées à bien. Mais du moins mon livre est le résultat de dix années de recherches directes et assidues sur ce sujet, de trente années d’études sur le XVIIIe siècle. L’expérience m’a appris qu’on risquait les pires erreurs en généralisant trop vite ; mais que, lorsqu’on dispose d’un nombre suffisant de faits, les enquêtes plus nombreuses et plus approfondies ne font que grossir les dossiers sans en modifier les proportions ; au lieu de cinquante faits ou textes pour une opinion, de vingt faits ou textes pour l’opinion contraire, on en a trente pour celle-ci et soixante-quinze pour celle-là. Au pis aller, je souhaite que mon livre soit le point de départ d’enquêtes provinciales qui le pré-ciseront, le nuanceront ou le contrediront.
J’ai fait effort pour être rigoureusement impartial. Assurément c’est la prétention de tous les historiens, même de ceux qui sont le plus évidemment de parti pris. Mais cette impartialité m’était facile. J’ai trop vécu parmi les Français de l’ancien régime pour ne pas être convaincu qu’ils souffraient de très graves abus et que leurs revendications étaient justes, humaines. D’autre part, je n’ai aucune p.26 sympathie pour la Terreur et la guillotine. Surtout mon opinion, ou mon embarras importent peu. Mon étude aboutit à cette conclusion que ce sont, pour une part, les idées qui ont déterminé la Révolution française. Si l’on aime cette Révolution, on exaltera les grandeurs de l’intelligence qui l’a préparée. Si on la déteste, on dénoncera les erreurs et les
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méfaits de cette intelligence. Mon livre peut servir toutes les polémiques. C’est dire qu’il n’en sert aucune.
J’ai étudié les origines purement intellectuelles. C’est pour cela que je me suis arrêté à l’année 1787. Jusqu’en 1787 tout se passe en discussions ; les idées n’agissent pas directement ou elles n’agissent que sur des points de détail. Mais dès 1788 c’est l’action qui commence, et dès qu’elle commence c’est elle qui domine. L’histoire des idées ne peut plus être faite qu’en fonction de l’histoire politique. Je n’ai pas voulu aborder cette histoire. A plus forte raison ne suis-je pas entré dans l’histoire de la Révolution. Dès qu’on y pénètre on se trouve en présence non seulement de l’action, mais des chefs. Ce sont souvent les idées et les volontés de ces chefs qui importent plus que l’action diffuse des idées impersonnelles. Il faut faire non seulement l’histoire des idées révolutionnaires mais encore celle des idées des révolutionnaires.
Mon livre reprend une partie des études de Taine, de Tocqueville, etc. Ce n’est pas de l’outrecuidance. Les sujets qu’ils ont traités étaient si vastes qu’il était impossible à une intelligence humaine de les étudier avec une précision suffisante en 1850 ou 1875. Mais, depuis plus de cinquante ou de soixante-quinze ans, d’innombrables études de détail ont été publiées qui m’ont permis des recherches d’ensemble dans toutes sortes de cas où les recherches directes auraient été impossibles. Je tiens à dire tout ce que je leur dois ; notamment à tous ces modestes travaux perdus dans les mémoires des sociétés savantes des
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11
départements, ainsi qu’à la bibliographie de M. de Lasteyrie et de ses collaborateurs qui permet de les découvrir 1.
N.B. — J’ai dû résoudre le problème des notes. Mon texte risquait d’être submergé sous les appels de notes et les notes. Pour ne pas p.27 l’encombrer J’ai adopté la méthode que voici : je n’ai pas justifié par des notes les chapitres ou passages généraux qui résument mes travaux ou ceux des autres sur Voltaire, Rousseau, etc. Ce sont des synthèses dont il est impossible de donner les preuves par des textes ou renvois aux textes. Je n’ai pas donné de notes renvoyant à telle ou telle page d’ouvrages connus de tous les historiens ou historiens de la littérature, dont la solidité est indiscutable et que J’indique, en tête des chapitres ou parties de chapitre, comme ouvrages de référence générale. J’ai réduit ma bibliographie aux ouvrages auxquels mes notes renvoient effectivement. J’ai rejeté toutes les notes à la fin de l’ouvrage. Elle les suivent page par page et il sera facile de s’y retrouver.
@
1 Il faut y joindre les précieuses Bibliographies de l’Histoire de France de MM. Brière, Caron et de leurs collaborateurs.
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PREMIÈRE PARTIE
LES PREMIERS CONFLITS
(1715-1747)
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CHAPITRE PREMIER
L’ÉTAT DES ESPRITS VERS 1715 1
I. — L’idéal catholique et absolutiste
@
p.31 On peut définir aisément l’idéal social, au moins théorique, du « grand siècle ». L’homme a été créé par Dieu pour obéir à Dieu. La volonté de Dieu lui est transmise par des intermédiaires qu’il ne doit pas discuter, auxquels il n’a pas le droit de résister. Tout en haut le pape, directement inspiré par Dieu, chef absolu des évêques qui font connaître aux prêtres ses volontés. Les fidèles n’ont qu’à recevoir des prêtres les règles étroites et impérieuses de leur vie. Le pape, les évêques, les prêtres pourraient être des chefs politiques comme des chefs spirituels. Mais, en fait, il a plu à Dieu de répartir les pouvoirs. Les chefs politiques sont les rois, « oints de Dieu » et qui tiennent de Dieu une puissance absolue dont ils n’ont de compte à rendre qu’à Dieu. Ils sont les maîtres des corps et des biens de leurs sujets ; ils peuvent les dépouiller, les emprisonner, les mettre à mort ; leurs sujets n’ont pas plus le droit de résister p.32 et de les accuser qu’ils n’ont le droit d’accuser Dieu qui leur envoie la
1 Ouvrages de référence générale : G. Lanson, Origines et premières manifestations de l’esprit philosophique dans la littérature française, (1539) ; G. Ascoli, La Grande-Bretagne dans l’opinion française du XVIIe siècle, (1494) ; F. Lachèvre, Les Successeurs de Cyrano de Bergerac, (1535) ; du même auteur, Les Derniers Libertins, (1536) ; E. Carcassonne, Montesquieu et le problème de la constitution française au XVIIIe siècle, (1512). Dans les notes, les numéros correspondent aux numéros de la bibliographie qui termine l’ouvrage.
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peste, les tremblements de terre, la sécheresse, la famine. « O rois, s’écrie Bossuet, vous êtes des dieux. » Et c’est bien comme une sorte de dieu que les courtisans adorent à Versailles le « grand roi » et que tous ceux qui écrivent chantent ses louanges. Il n’y a plus dans la langue assez d’épithètes, dans la rhétorique assez d’images et de comparaisons, dans la mythologie assez de prodiges pour célébrer ses grandeurs et l’humilité de ses adorateurs. Dans la chapelle de Versailles, Louis XIV est tourné vers l’autel, vers son Dieu ; les grands seigneurs sont tournés vers Louis XIV, vers leur dieu. Un moraliste alors célèbre, Jacques Esprit, a donné une expression très nette de cette obéissance mystique 1. Il peut arriver qu’il plaise à un roi de vendre ses sujets comme le maître d’un domaine vend ses moutons. Le roi de France peut vendre une de ses provinces au roi d’Espagne ou au roi d’Angleterre. Que devront non pas faire — puisqu’ils n’ont aucune liberté d’agir — mais penser les Français qui deviendront tout d’un coup Espagnols ou Anglais ? Ils devraient penser qu’ils n’ont rien à dire et même rien à penser. Le roi de France a usé de son droit ; ils n’ont que le droit d’obéir.
On voit quelles sont les conséquences de la doctrine. La société fondée sur l’obéissance sera défendue contre tout désordre. Elle sera soumise aux disciplines qui font la grandeur et comme la sécurité éternelle du château de Versailles et de son parc. Choisis, taillés, édifiés, plantés, émondés par la pensée et la volonté d’un architecte et d’un jardinier, les pierres, les
1 Dans son livre De la fausseté des vertus humaines, (ch. 26) qui a eu une dizaine d’éditions.
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poutres, les arbres, les fleurs s’ordonneront selon des lois précises et souveraines. Commandés, punis, récompensés par les décisions souveraines du prêtre et du roi, les hommes serviront des desseins qui sont les meilleurs puisqu’ils sont divins. Autorité, hiérarchie, discipline, obéissance seront les fon-dements de l’ordre social et de l’ordre moral. Ajoutons-y le renoncement qui en est à la fois la conséquence et l’explication. Cette doctrine pourrait être une doctrine d’esclavage ; les sujets pourraient obéir au despote par la crainte, comme le troupeau au fouet qui le conduit. Mais, en réalité, ils obéissent à Dieu et aux lois que Dieu p.33 a prescrites. Qu’importent la souffrance, l’humiliation, l’injustice puisque, dans la vie éternelle, Dieu élèvera ceux que les puissances humaines auront abaissés et abaissera ceux qu’elles auront élevés ? La terre est et doit être une « vallée de larmes » ; la vie doit être une expiation. Toute joie, tout plaisir même, hormis les joies de la piété, sont inutiles, ou dangereux, ou coupables ; les plus innocents nous font glisser presque irrésistiblement vers de mortels périls. La vie idéale, la vie selon le coeur de Dieu, est celle dont rêve Pascal. « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre » ; ajoutons, avec Pascal, dans une chambre nue où ils ne pourront rien faire que prier, en se défendant même les « divertissements » les plus purs. Pascal se reprochera d’aimer sa nièce parce qu’aimer les créatures c’est se distraire de l’amour de Dieu. Rancé attaquera Mabillon et les Bénédictins parce qu’ils s’adonnent aux joies austères de l’érudition ; il demandera qu’on oblige des
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moines à ne rien faire qu’à travailler de leurs mains pour se nourrir et à prier Dieu.
L’homme ne doit donc avoir qu’une pensée : gagner la vie éternelle et il la gagnera d’autant mieux qu’il sera plus humble, plus soumis, plus résigné. Par contre, il aura le droit de songer avant tout, et même uniquement, à son propre salut. On peut songer aux autres dans l’ordre temporel ; dans celui des choses spirituelles on a le droit de ne songer qu’à soi. Dans la vie religieuse et, puisque la vie religieuse doit être toute la vie, dans son existence tout entière il n’y a pour ainsi dire pas de liens sociaux. Sans doute on prie pour les âmes du purgatoire ; des missionnaires meurent pour convertir des païens ; il y a toutes sortes d’oeuvres charitables. Même des ordres religieux ont pour règle de ne prier que pour le salut des autres. Mais tout cela c’est de la « charité » ; et charité veut dire amour de Dieu et non pas amour du prochain. Tout ce qu’on en fait est pour plaire à Dieu et pour que Dieu nous sauve avant de sauver le prochain ; ne pas prier pour soi n’est qu’un raffinement d’humi-lité, un suprême mérite. On n’a pas tort de remarquer ce qu’il y a de singulier et même d’hérétique dans ce que dit au pauvre le don Juan de Molière : « Je te le donne pour l’amour de l’humanité. » p.34 De même qu’il n’y a pas des Français, mais des sujets du roi, de même il n’y a pas d’humanité, il y a Dieu et les fidèles de Dieu.
Assurément cette doctrine est plus ou moins théorique. En fait, Louis XIV n’a pas vendu de province au roi d’Espagne et s’il avait voulu le faire il n’est pas sûr qu’il l’aurait pu ; en fait, il ne s’est jamais emparé sans jugement et sans raisons, au moins
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apparentes, des biens ou de la vie de ses sujets. En fait, les exigences de l’ascétisme ont été toujours combattues. Si les jansénistes ont été si violemment attaqués, ce n’est pas seulement parce que la lettre de leur doctrine était tenue pour hérétique ; c’est aussi, et peut-être surtout, parce que l’idéal des Pascal, des Arnault, des Nicole imposait aux hommes un effort qui ne pouvait que les briser et les décourager. Mabillon eut raison contre Rancé. Mais, malgré tout, la doctrine était bien celle qui paraissait légitime. Il n’y avait pas d’Inquisition ni d’autodafés comme en Espagne, mais il y avait une autorité vigi-lante et implacable qui punissait des plus durs châtiments tous ceux qui faisaient mine de résister à l’autorité politique ou religieuse, ou de les discuter. On pendait, ou l’on enfermait pour la vie, les écrivains impies ou peu respectueux ; on perçait au fer rouge la langue des blasphémateurs ; sur le simple soupçon de mal parler du roi et de son gouvernement on pouvait perdre la vie et pour le moins la liberté. Et la révocation de l’Édit de Nantes fut tenue, par les esprits les plus généreux, pour légitime et bienfaisante.
II. — Les résistances de l’instinct
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Il est dur pourtant d’obéir, de souffrir, de renoncer, dès que l’on n’est plus payé par les joies de l’amour divin, dès que l’on n’est pas un esprit mystique ; et c’est tout à fait impossible dès que l’on n’est pas convaincu que la loi de souffrance et d’expiation est une loi divine. Pourquoi le plaisir, la joie ne seraient-ils pas permis et même bienfaisants ? On consent qu’il
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est fâcheux de s’enivrer, fâcheux de donner des fêtes avec de l’argent volé, fâcheux de prendre son plaisir avec une demoiselle qu’on abandonne avec un enfant. Mais pourquoi le bon vin, les bals, l’amour seraient-ils en eux-mêmes des péchés ? Dieu nous a donné le désir du bonheur. Pourquoi ne p.35 nous en aurait-il pas donné en même temps le droit ? C’est ce droit que vont contribuer à revendiquer dans leur vie, dans leur conversation, dans les allusions et le sens caché de ce qu’ils écrivent, dans quelques pièces clandestines, un certain nombre des contemporains de Bossuet et de Racine, et d’autres plus nombreux dans les dernières années du règne de Louis XIV.
Ces épicuriens ont été d’abord des épicuriens dans le sens déformé du mot. Ils ont prétendu vivre agréablement et affirmer, sans se soucier de trop longues dissertations, qu’ils ne faisaient aucun mal. C’est ce que disent et ce que riment, par exemple, le séduisant La Fare et l’aimable Chaulieu. La Fare compose une Ode à la volupté, un poème sur les béatitudes qui sont les Béatitudes de ce monde, de ce très bas monde, une Ode sur la vieillesse d’un philosophe voluptueux :
Loin de moi tous ces fanatiques,
Rebelles à tes sentiments,
Dont les humeurs mélancoliques
Résistent à tes mouvements [de la volupté] ;
Qui loin d’accepter avec joie
Le bien que le Ciel leur envoie
Comme un remède à leurs malheurs,
Estiment que ce soit sagesse
Que se livrer à la tristesse
Et se plaire dans les douleurs.
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Loin de moi ces timides âmes
Qui, se chargeant d’indignes fers,
Pensent que d’éternelles flammes
Les doivent punir aux Enfers,
D’avoir sans crainte et sans envie
Joui des plaisirs de la vie
Comme de la clarté des cieux,
Et traitent de libertinage
Le digne et légitime usage
Des plus nobles présents des dieux !
Ceux-là ne sont guère des philosophes. Sans doute ils donnent brièvement des raisons ; ils vont chercher dans Lucrèce ou Montaigne quelques arguments. Mais ils aiment mieux boire, aimer, causer, p.36 rimer que discuter. D’autres sont plus méthodiques et proposent vraiment une philosophie de la volupté, c’est-à-dire, au sens du XVIIe siècle, du plaisir délicat. Ils demandent à leur intelligence de justifier leur sentiment ou, si l’on veut, leur instinct. Le plus pénétrant, le plus spirituel et le plus connu de ces épicuriens est Saint-Evremond. Saint-Evremond n’aime pas les philosophes ergoteurs qui se perdent dans les chicanes métaphysiques et les querelles de mots pour embrouiller les problèmes les plus simples. Il déteste les stoïciens qui n’ont fait servir leur intelligence qu’à égarer leur volonté et condamner les hommes à d’absurdes austérités. Il s’est fié à la nature, qui est bonne, et au bon sens qui est son interprète : « Pour la haine des méchantes actions elle doit durer autant que le monde ; mais trouvez bon que les délicats nomment plaisir ce que les gens rudes et grossiers ont nommé vice, et ne composez pas votre vertu de vieux sentiments qu’un
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naturel sauvage avait inspirés aux premiers hommes... [La raison] s’est adoucie pour introduire l’honnêteté dans le commerce des hommes ; elle est devenue délicate et curieuse dans la recherche des plaisirs pour rendre la vie aussi agréable qu’on avait tâché de la rendre sûre et honnête. » Le programme de sa vie et de son oeuvre pourrait être celui de l’opuscule attribué à M. de la Valterie, qui est peut-être de lui, Saint-Evremond, et qu’on a joint à ses oeuvres : « Que l’homme doit s’appliquer à la recherche de sa félicité, puisqu’il est en son pouvoir d’augmenter ses plaisirs et de diminuer ses misères. » Assurément la recherche doit être raisonnable ; elle n’est la sagesse que si elle est faite avec sagesse. Il y faut constamment de la tempérance. Il y faut du choix. Il y faut cette simplicité d’âme qui fuit les complications et se défie des curiosités malsaines des sens et du coeur comme de celles de la pensée. Il y faut de la force de caractère, de la sérénité pour ne pas se lais-ser accabler par les misères inévitables. Il y faut même quelque générosité ; Saint-Evremond n’est pas un « humanitaire », sa bonté d’âme ne dépasse pas le cercle étroit des « honnêtes gens » et même de ceux qui le touchent de près ; mais enfin il veut que l’on prenne son plaisir dans le plaisir des autres. Et de tout cela, il veut faire non pas seulement un art pratique de bien vivre, mais encore une morale, une morale laïque, indépendante des morales religieuses p.37 et même qui leur reste indifférente. Il organise, contre la morale de l’obéissance et du renoncement, la morale de l’indépendance et du bonheur.
III. — Les résistances de l’intelligence
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Saint-Evremond se défend d’être un raisonneur. Il a la terreur du pédantisme. Ce qu’il écrit et ce que ses amis répandent ce sont des lettres, des badinages en vers ou en prose, des opuscules qui sont moins des dissertations méthodiques que des réflexions nonchalantes. Mais d’autres se chargèrent d’opposer la raison raisonnante aux raisonneurs de l’obéissance passive et de la morale ascétique. Le cartésianisme triomphe. Longtemps, il a été combattu par tous ceux qui préféraient les arguments d’autorité à ceux de l’évidence rationnelle et la scolastique au Discours de la méthode. Vers 1680, l’abbé Cailly est encore chassé de l’université de Caen pour son enseignement cartésien et l’abbé Pourchot, à Paris, vers 1695, aura encore des difficultés pour avoir emprunté ses arguments à Descartes plutôt qu’à la tradition de l’École. Mais déjà les universités commencent à être discréditées. Hors d’elles, ou bien l’on dépasse Descartes en suivant Locke, ou bien l’on est tout Descartes. Il n’y a pas que Philaminte, Armande et Bélise pour s’engouer des tourbillons ou des esprits animaux. Ce sont toutes les femmes du bel air qui veulent être philosophes, c’est-à-dire comprendre Descartes et raisonner comme lui. Les savants, physiciens ou chimistes, s’évertuent à construire des systèmes où les secrets de la matière se démontrent par des raisonnements géométriques, en déduisant d’évidences rationnelles la série des conséquences. Si bien que, de succès en succès, la méthode cartésienne s’attaqua aux sujets que La Bruyère déclarait interdits à un homme né chrétien et français, c’est-à-dire aux problèmes religieux et même politiques. Bayle, Fontenelle et les écrivains anglais furent les guides.
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« La raison, dit Bayle, est le tribunal suprême et qui juge en dernier ressort et sans appel de tout ce qui nous est proposé. » C’est d’abord la raison bon sens, la raison cartésienne qui décide sur des principes d’évidence et non sur la tradition et l’autorité. Il est très vrai, p.38 par exemple, qu’une opinion très ancienne et très générale voit dans l’apparition des comètes le présage de grandes catastrophes. Mais jamais cette opinion n’a pu donner des raisons qui fussent des raisons ; et quand on l’examine, on s’aperçoit qu’elle n’est qu’un absurde préjugé. Il y a bien d’autres préjugés du même genre, dont certains masquent les erreurs les plus graves. C’est un préjugé de croire, aussi bien, qu’il n’y a pas de vertu sans religion ; en réalité, quand on raisonne de sang-froid, on doit conclure même que « l’athéisme ne conduit pas nécessairement à la corruption des moeurs ». En second lieu, la raison de Bayle est une raison érudite. Il ignore tout des sciences expérimentales ; il ne sait rien de Newton. Mais il a la curiosité des textes et la passion de l’examen critique des textes. Il convient qu’on doit croire aux faits, mais à condition qu’il y ait pour attester ces faits des textes, des textes authentiques, clairs, et qui ne se contredisent pas. Or, toute une partie de son grand Dictionnaire est consacrée à la critique des textes et à la démonstration que ces textes sont faux, sans valeur ou contradictoires. Très souvent, il ne s’attaque qu’à des traditions sans portée et qui n’intéressent que les érudits. Mais souvent aussi ce sont des légendes pieuses qui croulent et c’est toute la croyance religieuse qui est menacée ; car les transitions sont insensibles entre les crédulités les plus naïves et les
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traditions qui semblent les plus solides. Bayle dresse ainsi l’une contre l’autre la critique historique et la foi.
Il écrivait pour les gens graves ; Fontenelle va conquérir les gens du monde. Il est, lui aussi, cartésien. A la tradition, à la croyance il oppose, comme Bayle, le bon sens critique. Toute l’antiquité a cru aux oracles ; les gens les plus graves, des philosophes illustres ont été convaincus qu’ils prédisaient l’avenir. Mais c’est parce que ces gens ne savaient pas se servir de leur raison ; s’ils avaient su comment on prouve la vérité, ils se seraient aperçus qu’on ne croyait aux oracles que parce qu’on ne voulait pas les discuter. Leur autorité n’était fondée que sur la crédulité populaire, les préjugés des sages et les malices des prêtres. Pourtant le consentement universel les appuyait. N’y a-t-il pas d’autres cas où ce même consentement se trompe ? N’y a-t-il pas d’autres prodiges qui répugnent plus p.39 encore à la raison et qu’on justifie en répétant seulement qu’on y a toujours cru ? N’y a-t-il pas dans la Bible des prophéties et des miracles qui ne sont ni plus croyables ni plus vrais que les oracles de Delphes ou de Cumes ? Bien entendu Fontenelle ne le dit pas ; mais il fait tout pour qu’on y pense. A ces absurdités, à ces crédulités, il oppose la clarté, la solidité, la certitude des sciences méthodiques. A l’idéal de soumission et de mysticisme, il oppose l’idéal de curiosité critique qui anime les géomètres, les astronomes, les physiciens. Il donne comme but à sa vie et à la vie non pas de croire, non pas même de savoir, mais de comprendre et de prouver.
L’influence anglaise est venue compléter celle de Descartes, de Bayle et de Fontenelle. Elle est sensible déjà dans la seconde
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moitié du XVIIe siècle. Chapelain, Gassendi, Pascal, Costar, Guy Patin et d’autres admirent Bacon et la science anglaise. Dans les vingt dernières années du siècle, les Nouvelles de la République des lettres, la Bibliothèque universelle, l’Histoire des ouvrages des savants accordent aux livres anglais une place importante. Mais c’est Locke surtout qui apprend à penser « à l’anglaise », c’est-à-dire en ne s’en fiant qu’à soi-même et non point à son catéchisme ou à son curé. Locke est chrétien, très sincèrement, mais il n’est pas catholique et sa démonstration du christianisme prétend être « raisonnable ». Il renonce au jargon et aux subtilités des démonstrations métaphysiques. Il veut que tout le monde le comprenne et non pas que tout le monde le croie. La raison de chacun est le seul juge ; et c’est un juge audacieux ; elle oblige par exemple à convenir qu’il est possible à Dieu de créer une matière pensante et qu’il y a peut-être une matière pensante. Ce chrétien apporte aux déistes non pas tous les arguments, mais toutes les façons de raisonner qui leur permet-tront de n’être plus chrétiens.
IV. — Le malaise politique
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Si vives et si nombreuses que fussent ces résistances à ce que l’on pourrait appeler le despotisme religieux, elle ne sont pas nées du sentiment des maux soufferts ; il n’y avait pas vraiment en France de malaise moral général. Il y avait au contraire un profond malaise p.40 politique. La doctrine et la pratique de l’absolutisme monarchique pouvaient s’imposer aisément aussi longtemps que le pays était à peu près heureux ; et c’est parce
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qu’il avait été sauvé des maux de l’anarchie que le pays les avait acceptées. Mais dans les vingt dernières années du règne de Louis XIV, il n’en sentait plus guère que le poids cruel : abus criants de la justice, insolence des privilégiés, humiliation des guerres malheureuses, provinces dévastées par les armées et surtout fardeau des impôts mal répartis, brutalement perçus. Le froid, la faim tourmentaient, jusqu’aux portes de Versailles, des hordes de misérables. Il fallait bien convenir que si le roi de France était, comme le dit Massillon, « le maître de la vie et de la fortune de ses sujets », c’était un maître maladroit ou mal conseillé et qu’il y avait quelque chose à changer sinon dans ses droits tout au moins dans leur exercice.
Quelques-uns, comme Boisguilbert ou Vauban, s’en tinrent à des vues pratiques. Ils ne cherchent pas quelle est la meilleure forme possible de gouvernement. Ils acceptent le principe de l’autorité absolue. Ils se demandent seulement comment elle pourra s’exercer sans ruiner la France ; ils veulent remédier aux abus de la justice, réformer profondément le système financier, assurer la prospérité du commerce et de l’industrie. On lisait aussi des ouvrages qui s’en tinrent à des discussions théoriques. Grotius avait écrit Le Droit de la guerre et de la paix (traduit en 1687), Pufendorff, Le Droit de la nature et des gens (traduit en 1706), Locke, Du Gouvernement civil (traduit en 1691). Grotius et Pufendorff sont des raisonneurs cartésiens. Ils partent de définitions et de principes dont ils s’efforcent d’établir l’évidence rationnelle : définition de la loi, de l’autorité de la loi, etc., pour en déduire les conséquences nécessaires, établir ce que sont, rationnellement, les droits de la guerre et de la paix, de la
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nature et des gens. Ils se confient aux « lumières de la droite raison » ; ils croient à une science abstraite et pour ainsi dire géométrique de la morale politique. Cette morale est trop générale pour intéresser directement ceux qui souffrent du gouvernement de Louis XIV. Mais elle habitue à mettre la raison au-dessus de la tradition, à opposer le libre examen à l’autorité. Locke et le protestant Jurieu, dans ses polémiques, sont moins scolastiques. Mais eux aussi p.41 veulent fonder la politique sur la raison et la justice, non sur l’obéissance à des dogmes ou des droits divins. Et la raison conduit Jurieu et Locke à cette conclusion que si les monarques sont les maîtres, c’est seulement par le consentement des peuples qui leur ont, à des conditions déterminées, délégué le droit de commander.
Jurieu et surtout Locke se meuvent dans les généralités. Mais il y eut en France des réformateurs qui furent à la fois des raisonneurs et des réalisateurs, qui écrivirent pour la France et pour venir en aide tout de suite à la France. Ce sont Fénelon, Saint-Simon et Le Laboureur, Boulainvilliers. Aucun d’eux n’est républicain ; aucun d’eux ne songe même à mettre en doute le principe de l’autorité absolue du roi. Mais ils cherchent les moyens de conseiller le roi et de défendre le pays contre les dangers du despotisme. Fénelon demande au roi de respecter des « lois fondamentales » et des « coutumes constantes » qui ont force de loi ». A côté du roi, il veut organiser des contrôles qui sauvegarderont ces lois fondamentales ; il propose la réforme des justices seigneuriales, le consentement des impôts par la nation, etc. Le Laboureur et Saint-Simon qui, sans doute, l’a inspiré, opposent à l’autorité d’un seul les droits des « con-
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seillers nés » du monarque, des pairs de France. L’autorité ne peut être en aucune façon déléguée ni à des parlements ni à des États généraux ; mais elle doit être partagée entre le roi et les grands seigneurs. Boulainvilliers sait moins nettement ce qu’il veut. Il est aristocrate, comme Saint-Simon. Le roi et les pairs ont tous les droits ; ils sont la race conquérante, maîtresse des biens de la race vaincue. Mais, dans la pratique, il déteste le despotisme ; il veut que le peuple aime ses maîtres ; il veut que ces maîtres gouvernent pour son bonheur.
Grotius, Pufendorff, Locke, Fénelon, Le Laboureur, Boulainvilliers ont des desseins, des méthodes et des conclusions fort diverses. Mais ils se ressemblent sur un point : ils discutent le problème politique. Ils accoutument ceux qui les lisent à réfléchir et, s’ils sont mécontents, à refuser d’obéir, sinon dans leurs actes du moins dans leurs pensées.
V. — La diffusion des idées nouvelles
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p.42 C’est le problème capital. Ce qui importe pour comprendre les transformations sociales, ce n’est pas seulement le talent et la vigueur des idées de quelques auteurs. Un violent tremblement de terre, même s’il ruine une capitale, est moins grave que la lente évolution d’un climat qui fera d’un pays fertile un désert. Il faut tenir compte le plus souvent du nombre des auteurs, et surtout de la pénétration de la littérature dans la vie, des transformations générales des esprits.
Or, dans le domaine politique, la transformation n’existe pas et la pénétration est médiocre. Les Mémoires de Saint-Simon
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sont inconnus. Les oeuvres de Le Laboureur et de Boulainvilliers ne sont pas publiées. Sans doute elles circulent en manuscrits ; un correspondant de Montesquieu les achète et marque que « beaucoup de gens les possèdent ». Mais « beaucoup de gens » cela ne peut signifier que quelques douzaines. Les écrits politiques de Fénelon sont également inédits et, semble-t-il, encore moins connus. Par contre, on peut acheter librement Locke, Grotius, Pufendorff et l’on ne se fait pas faute de les lire. Il y a, au moins, six éditions de Grotius, huit de Pufendorff, sept du Gouvernement civil de Locke. Mais Grotius et Pufendorff sont de pesants érudits et de monotones raisonneurs. Ils s’en tiennent à des généralités plus faites pour séduire les philo-sophes spéculatifs que pour émouvoir l’opinion publique. Vauban, Boisguilbert et surtout La Bruyère sont infiniment plus vivants. On lit La Bruyère avidement et d’année en année les éditions des Caractères se multiplient. Mais il semble qu’on se soit beaucoup plus intéressé aux maximes et aux portraits, à l’art de l’écrivain qu’à ses rancunes amères contre l’insolence des grands seigneurs et l’avidité des financiers. La Bruyère d’ailleurs n’est pas un révolté ; il s’attaque aux hommes et à l’application des principes, non aux principes eux-mêmes. Vauban et Boisguilbert ont des idées plus hardies sur les finances. Ils demandent notamment que tous les Français payent l’impôt et non plus les seuls roturiers. Mais c’est dans l’intérêt du roi et ni l’un ni l’autre n’ont l’idée de discuter son autorité. p.43 Les conclusions ne changent guère si l’on groupe autour de ces oeuvres les ouvrages de second plan. On lit Hobbes, l’Utopie de Thomas Morus et surtout un certain nombre d’utopies
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romanesques : La Terre australe connue de Gabriel de Foigny (1676), l’Histoire des Sévarambes de Denis Veiras (1677), l’Histoire de Calejava ou de l’île des hommes raisonnables de Claude Gilbert (1700), l’Idée d’un règne heureux ou relation du voyage du prince de Montberand dans l’île de Naudely de Lesconvel (1703), les Voyages et aventures de Jacques Massé de Tyssot de Patot (1710). La plupart de ces romans ont eu une certaine notoriété. La Terre australe atteint cinq éditions en 1732, l’Histoire des Sévarambes cinq éditions en 1734, les Voyages de Jacques Massé deux éditions en 1710 et d’Argenson déclare, vers 1750, qu’ils sont encore à la mode. Or, tous ces États imaginaires sont gouvernés par les politiques les plus audacieuses. Elles devancent les doctrines les plus hardies de Rousseau ou de Morelly. La propriété y est inconnue ; tout est à tous : « Les Australiens ne savent ce que veut dire le tien et le mien ; tout est commun entre eux avec une sincérité si entière que l’homme et la femme n’en peuvent avoir une plus parfaite parmi les Européens. » Dans l’île de Naudely, il n’y a qu’une noblesse de mérite et la propriété est limitée. Mais c’est justement l’excès même de ces rêves communistes qui les réduit, en 1700, à n’être qu’un jeu de l’esprit ; ils ne peuvent pas plus influer sur la politique pratique que le pessimisme de Hobbes ou l’optimisme de Leibnitz.
Si bien qu’on chercherait en vain dans l’opinion publique ces thèmes de discussion ou de polémique qui cristallisent peu à peu, invinciblement, les pensées, puis s’imposent un jour à la vie. La doctrine des « lois fondamentales » n’est guère que chez Fénelon et chez quelques parlementaires qui ne commenceront à
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la défendre qu’après 1715. L’idée du « pacte social », du monarque mandataire de ses sujets est chez Locke, chez Jurieu et chez quelques polémistes protestants ; mais ce sont des opinions presque isolées. Seule une opinion très générale se dégage de presque tous ces livres et commence à s’imposer à la pensée publique : c’est que la politique n’est pas un domaine réservé où l’on n’a qu’à croire et obéir ; on peut, on doit même discuter du gouvernement des États ; là comme ailleurs p.44 c’est la raison qui est la maîtresse souveraine ; si elle ne peut pas imposer, elle peut critiquer et proposer.
Dans le domaine des idées religieuses l’évolution est au contraire plus marquée. Tout d’abord les oeuvres sont beaucoup plus connues. Les oeuvres de Saint-Evremond ont une cinquantaine d’éditions jusqu’en 1705 (il est vrai que les opuscules les plus hardis n’y figurent pas). De 1745 à 1753, il y a une vingtaine d’éditions plus ou moins complètes. Les oeuvres de Fontenelle ont dix ou douze éditions de 1686 à 1724. Les Pensées sur la comète de Bayle ont sept éditions jusqu’en 1749 ; les lourds in-folio de son Dictionnaire se rencontrent dans une bonne moitié des bibliothèques (deux cent quatre-vingt-huit exemplaires dans les catalogues de cinq cents bibliothèques). Autour de ces grands ouvrages, on peut grouper beaucoup d’oeuvres qui, plus ou moins clairement, travaillent dans le même sens : d’innombrables discussions de raisonneurs protes-tants, Leclerc dans ses Bibliothèques (1686-1727), Basnage de Beauval dans son Histoire des ouvrages des savants (1697-1709), Saint-Hyacinthe et ses collaborateurs dans le Journal littéraire, le Discours sur la liberté de penser de Collins
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(traduction 1714), ce qu’on sait des traités sceptiques de Toland. Spinoza commence à être autre chose qu’un nom ; on le lit et on le discute. On édite six fois Lucrèce de 1650 à 1708 et la traduction de Coutures a trois éditions de 1685 à 1708. Les voyages imaginaires dont nous avons parlé plus haut ne sont pas moins hardis dans leurs doctrines religieuses que dans leurs doctrines politiques. Il faut y joindre les Nouveaux voyages de M. le baron de la Hontan (1703) et les Dialogues de M. le baron de la Hontan et d’un sauvage de l’Amérique (1704), l’Espion du grand seigneur de Marana (1684 et 1696 — au moins seize éditions jusqu’en 1756), les Entretiens sur divers sujets d’histoire, de littérature, de religion et de critique de La Croze (1711), la Lettre d’Hippocrate à Damagète (de Boulainvilliers ? 1700), etc.
De toutes ces oeuvres, commencent à se dégager nettement quelques grandes idées qui vont devenir comme le patrimoine commun des adversaires du christianisme dogmatique et intolérant. C’est d’abord qu’il existe une « religion naturelle » révélée par leur conscience à tous les hommes capables de réfléchir et qui n’a pas besoin, p.45 pour être prouvée et pour s’imposer, de miracles, de textes obscurs, de théologiens, d’universités, de prisons et de bourreaux. C’est cette religion qui est à la base des religions révélées ou même qui peut se passer d’elles. Ainsi s’organise le « déisme » qui reste croyant chez Locke et sans doute chez Bayle, qui trahit ou affirme l’incrédulité chez Saint-Evremond, Fontenelle, Denis Veiras, Tyssot de Patot, Claude Gilbert, Gueudeville, Marana, Boulainvilliers. Les Sévarambes, dit Denis Veiras, « se moquent de tout ce que la foi
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nous enseigne si elle n’est pas soutenue par la raison » ; c’est le sentiment de Gueudeville lorsqu’il attaque les miracles et l’autorité du pape ; de Marana, quand il s’insurge contre la croyance à l’enfer et au « ciel étroit » ou contre les chicanes des théologiens, de Boulainvilliers, quand il fait le procès des « traditions imaginaires et des rites ridicules ». De même qu’il existe une religion naturelle, il doit y avoir une morale naturelle. On peut dire que, pour un catholique contemporain de Bossuet, la morale n’existe pas ; car elle se confond avec la religion ; la connaissance et la pratique du bien et du mal moral ne sont que la connaissance et la pratique des vertus et des péchés religieux, déterminés par le dogme et éclairés par le confesseur. Sans religion il n’y a plus de morale ; et c’est si vrai que, pour beaucoup, il n’y a pas de païens vertueux, Socrate est damné. Mais La Mothe Le Vayer, Bayle et quelques autres croient à la morale laïque de Socrate et refusent de le damner. Bayle démontre qu’il est possible à des athées d’être vertueux. Peu à peu, les défenseurs d’une morale indépendante et moins rigoureuse que la morale chrétienne se multiplient. A Bayle, La Mothe Le Vayer, Saint-Evremond, Fontenelle, il faudrait joindre bien entendu les libertins épicuriens de l’école de La Fare ou Chaulieu, les Dialogues entre MM. Patru et d’Ablancourt sur les plaisirs, de Baudot de Juilly ou l’abbé Genest (1701), des opuscules de Rémond le Grec et Rémond de Saint-Mard (Dialogue de la volupté. Nouveaux dialogues des dieux ou réflexions sur les passions et notamment le dialogue XX qui se moque des vertus d’effort et de renoncement), etc. Enfin, puisque l’essentiel des religions et des morales est cette religion
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naturelle et cette morale naturelle communes à toutes les nations civilisées, il s’en suit que p.46 le fanatisme, l’intolérance sont non seulement cruels, mais absurdes et inefficaces. On est assez loin, très souvent, vers 1715, de l’état d’esprit qui approuva sans réserves l’Édit de Nantes. Chez beaucoup l’idée de tolérance n’est qu’un vague malaise devant la persécution, la conscience obscure que le droit d’imposer une religion par la force n’est pas raisonnable. Mais les théologiens protestants, dont beaucoup sont lus en France, défendent ouvertement la tolérance. Fontenelle laisse partout entendre que les consciences doivent être libres. Denis Veiras s’en tient à une sorte de moyen terme. Chez les Sévarambes « il n’y a qu’un culte extérieur qui soit permis bien que tous ceux qui ont des sentiments particuliers aient pleine liberté de conscience et qu’il ne leur soit pas même défendu de disputer contre les autres ». Les autres déistes vont plus loin et défendent, directement ou indirectement, la liberté du culte comme celle de la pensée.
Tout cela fait beaucoup d’oeuvres et beaucoup de noms. Il faudrait même en ajouter pas mal d’autres, ceux qui sont « philosophes sans le savoir », c’est-à-dire qui, restant fidèles strictement à la lettre des vieilles croyances, se sont laissé séduire par un certain esprit de curiosité et glissent vers des concessions à l’esprit nouveau. M. Lanson a bien montré, par exemple, comment l’esprit cartésien ou même l’esprit de critique historique, le goût des croyances « raisonnées », les démonstrations laïques de la morale avaient gagné bien des milieux. Mais il ne faut pas non plus que l’énumération des noms et des titres fasse illusion. Ils ne sont pas grand-chose dans la
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masse énorme des publications ; ils sont peu de chose, soit par leur nombre soit par la précision de leurs idées, quand on les compare à tout ce que nous trouverons, après 1715. Surtout ces idées nouvelles sont restées presque toujours des idées de gens de lettres ; elles n’ont pénétré dans la vie qu’à une faible profondeur.
C’est évident pour les idées politiques. Ce l’est presque autant pour les idées religieuses. Assurément, il y a des milieux libertins, des groupements de joyeux viveurs qui pèchent allègrement en affirmant qu’ils ne croient pas au péché. Dans les salons de Mme Deshoulières, de Mme de la Sablière, de la comtesse de la Suze, surtout p.47 dans celui de Ninon de Lanclos, dans ceux d’Anet, du Temple, de Sceaux, les incrédules étalent leur incrédulité. On se pique de bien boire et de beaucoup aimer en se gaussant de ceux qui n’osent pas suivre « la bonne nature ». D’autre part, ce sont des salons brillants où il est du « bel air » d’être reçu même quand on craint la damnation. Les plus honnêtes femmes, dont Mme de Sévigné, sont fières d’être vues chez Ninon. A Anet, au Temple, à Sceaux, on rencontre tous ceux qui ont de l’esprit et qu’il est flatteur d’avoir pour amis : Chapelle, Chaulieu, La Fare, Campistron, le marquis de Dangeau, Catinat, Hamilton, La Motte, Fontenelle, l’abbé Genest. Hors de ces salons, dans les premiers cafés, s’assemblent déjà, discrètement, ceux qui plus tard étaleront leur incrédulité : La Motte, Terrasson, Fréret, Mirabaud, Dumarsais, Boindin. Enfin, il ne faut pas oublier que si l’autorité politique avait étouffé toutes les résistances, l’autorité religieuse n’avait pas dompté les caractères. Dans la moyenne et petite noblesse comme dans la
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grande, dans la bourgeoisie, les passions restaient souvent violentes et les instincts féroces. On cédait aux tentations avec emportement. Pour ne citer que cet exemple, la romanesque Mme d’Aulnoy n’employait pas tout son temps à rêver les gracieuses féeries de L’Oiseau bleu ; elle machinait une ténébreuse et féroce intrigue pour faire arrêter, et si possible pendre, son mari, sous prétexte d’un complot contre le roi. Le goût du péché devait aisément donner celui des doctrines qui diminuent le nombre des péchés.
Pourtant, quelque complaisance que l’on mette à saisir toutes les traces de l’incrédulité grandissante 1, il est impossible de les suivre au-delà d’une élite assez restreinte. Sans doute il y a des témoignages en apparence plus graves : « On ne voit presque plus maintenant, écrit la princesse palatine en 1699, un seul jeune homme qui ne veuille être athée » ; « la foi est éteinte » ; et Mme de Maintenon affirmait, dès 1681, que « dans la province il n’y a plus de dévotion ». p.48 Mais la princesse palatine veut dire évidemment : « un seul jeune homme parmi ceux que je connais, parmi les grands seigneurs petits maîtres ». De pareilles plaintes se sont fait entendre, à toutes les époques, dans la bouche de ceux qui supposent le pire par chagrin de ne pas trouver le mieux. Mme de Choisy déclarait, en 1655, que pour les courtisans et les mondains les croyances religieuses sont des « fariboles ». Le P. Mersenne pensait, en 1653, qu’il y
1 Ajoutons ce document : M.F. Lachèvre a montré qu’on lit encore Théophile et certaines de ses pièces libertines dans la seconde moitié du XVII siècle : sept éditions de ses oeuvres de 1666 à 1700 et vingt pièces dans les recueils collectifs. On trouve des pièces libertines de des Barreaux dans les recueils collectifs manuscrits et dans celui de 1667 imprimé à l’étranger. (Une seconde révision des oeuvres du poète Théophile de Viau, Paris, 1911.)
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avait à Paris cinquante mille athées ; tandis qu’à la même date le P. Garasse affirmait qu’il n’y en avait que cinq, dont trois Italiens. Vers 1715, il y en a certainement bien plus de cinq, mais si l’on y joint les déistes, on ne dépasserait pas quelques centaines ou quelques milliers. Tous les ferments sont là, si l’on veut, mais leur action est encore locale et superficielle.
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CHAPITRE II
APRES 1715 : LES MAÎTRES DE L’ESPRIT NOUVEAU
I. — Les maîtres cachés 1
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p.49 Ce sont ceux qui, après La Fare ou Chaulieu ou Hamilton, avec Bayle, Fontenelle ou Saint-Evremond ont contribué à former Voltaire et sans doute Montesquieu ou d’Argens. Maîtres cachés, connus seulement d’un assez petit nombre, mais qui, par la vigueur ou du moins par l’audace de leur pensée, ont aidé fortement à rendre les « douteurs » « négateurs » et les adversaires discrets adversaires insolents. Certaines de leurs oeuvres avaient été imprimées, clandestinement, avant 1747 : la Réfutation des erreurs de Benoît de Spinosa, La Vie et l’esprit de Benoît de Spinosa (publiés en 1731 et 1719) ; Le Ciel ouvert à tous les hommes de Pierre Cuppée (publié en 1732) ; l’Examen de la religion de la Serre (?) (publié en 1745), l’Analyse de la religion chrétienne de Dumarsais (publié en 1743 dans les Nouvelles libertés de penser). Éditions d’ailleurs très peu répandues et qui avaient été précédées et resteront accompagnées de copies manuscrites. D’autres oeuvres sont inédites et ne circulent qu’en copies : Le Militaire philosophe (composé vers 1710), la Lettre de Thrasibule à Leucippe de
1 Ouvrages de référence générale : G. Lanson, Questions diverses sur l’histoire de l’esprit philosophique avant 1750 (1540) ; Elsie Johnston, Le Marquis d’Argens (1532) ; A. Morize, L’Apologie du luxe au XVIIIe siècle. « Le Mondain » et ses sources (1556).
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Fréret (composée vers 1725), p.50 l’Examen critique des apologistes de la religion chrétienne de Burigny (composé vers 1730), le Testament du curé Meslier (mort vers 1729), les Lettres à Eugénie (vers 1720 ?) et quelques autres moins impor-tants. Les copies sont d’ailleurs nombreuses et répandues à travers toute la France, comme l’a montré M. Lanson qui a révélé l’importance de cette philosophie cachée et l’a étudiée avec précision. Naigeon a vu plus de vingt copies de la Lettre de Thrasibule et Voltaire plus de cent du Testament de Meslier. M. Ira o Wade a pu retrouver sept copies complètes du Testament de Meslier et dix abrégés. Ces philosophes ne s’occupent pas de politique, exception faite pour Meslier qui se révolte contre tous les despotismes avec une violence farouche (« Je souhaiterais que tous les tyrans fussent pendus avec des boyaux de prêtres ») et qui rêve d’une sorte de communisme libertaire. Mais tous sont plus ou moins déistes et certains sont athées : « On y trouve, dit M. Lanson, déjà constitué et prêt à l’usage, tout l’arsenal des arguments critiques, historiques et philosophiques contre la religion et la spiritualité ou l’immortalité de l’âme. » Arguments de raison et de pratique dans Le Militaire philosophe qui croit à la liberté et à l’immortalité, mais attaque avec vigueur le pape, les moines, la fourberie des prêtres ; chez Pierre Cuppée qui est un modéré, mais qui s’élève contre les religions ascétiques et contre l’Enfer ; arguments de raison, de justice et de révolte chez Meslier qui dénonce dans les religions une fourberie criminelle et se réfugie dans l’espoir du néant ; arguments de raison, de pratique, de critique historique et d’exégèse chez Dumarsais, Fréret, Levesque de Burigny, la
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Serre, les Lettres à Eugénie qui dénoncent les absurdités, les contradictions, les grossièretés de la Bible, l’invraisemblance des miracles, l’obscurité ou les non-sens des prophéties, les sottises et les dangers d’une morale inutile ou funeste, le galimatias des théologiens et les complots qui ont associé la fourberie des prêtres et l’avidité des tyrans pour exploiter la crédulité des hommes et les réduire en esclavage. Presque tous ces ouvrages seront édités ou réédités après 1760 par les soins de Voltaire, Diderot, Naigeon, d’Holbach et parfois confondus avec leurs oeuvres. Ils n’avaient pas tort de les associer à leur entreprise philosophique ; ils parlaient comme eux exactement ; il ne manquait à leur déisme ou leur p.51 athéisme que quelques arguments de physique ou de politique pour se confondre avec le leur.
II. — Voltaire
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Mais tous ces raisonneurs travaillent dans l’ombre ; les ouvrages imprimés ne circulaient qu’en petit nombre et les copies manuscrites ne pouvaient pas dépasser, pour chacun d’eux, quelques centaines. Ils n’ont pu vraiment agir que par l’intermédiaire d’écrivains connus qui ont dressé leur philosophie en pleine lumière. Le plus célèbre, de beaucoup, dès 1730 et plus encore en 1747, c’est Voltaire. Assurément il n’est pas encore « le roi Voltaire » et ses mésaventures, lorsqu’il essaie de mener la vie de cour, suffisent à lui démontrer qu’un bel esprit, même lorsqu’il est célèbre, n’est encore dans le grand monde qu’un assez petit personnage. Mais il est un grand homme tout
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de même pour l’opinion publique, le rival de Corneille et Racine et sinon celui d’Homère ou de Virgile, du moins celui du Tasse ou de Milton, le seul Français qui ait écrit un poème épique de génie. En outre, bien qu’on sache qu’il n’est pas un défenseur de l’autel et qu’il ne craint pas les impertinences, on peut lire un bon nombre de ses oeuvres sans s’en douter ou du moins sans être heurté ; si bien que les gens d’Église eux-mêmes cèdent au plaisir de le lire et que les gens pieux le tiennent pour un maître de l’esprit et du bien dire. Quel est donc ce Voltaire avant le départ pour la Prusse, ou plutôt quelle idée pouvaient s’en faire les lecteurs moyens qui ne cherchaient pas les allusions perfides, les intentions cachées ou qui n’étaient pas capables de les comprendre ?
Grand poète dramatique et épique, poète badin spirituel, historien scrupuleux et alerte (dans l’Histoire de Charles XII) ; toutes vertus qui ne risquaient pas d’ébranler l’ordre établi et qui répandaient la gloire de Voltaire jusque dans les collèges. Mais il était par surcroît, et incontestablement, un philosophe. C’est-à-dire qu’il se défiait des préjugés, des idées reçues et qu’en toutes choses il ne se fiait qu’à l’autorité de la raison. Même dans ses oeuvres proprement littéraires, tragédies, La Henriade, Charles XII, etc., son goût était un goût de raison. A plus forte raison prenait-il cette raison pour guide p.52 dans les sujets philosophiques. Et la raison philosophique le menait à une religion fort différente de celle de Bossuet, Fénelon ou même Marivaux. Pour tous ceux qui savaient lire, il était, dès les Lettres philosophiques et plus nettement dans les Discours en vers sur l’homme, un déiste avéré. Déisme prudent à ce point
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qu’il ne dit rien dans ses Lettres anglaises des déistes anglais ; mais il apparaît bien que pour lui toutes les religions se valent, dès qu’elles ont un fond de morale naturelle, et que toutes les croyances et ferveurs mystiques ne sont que des aberrations ; il ne perd pas une occasion d’insinuer que les miracles ne sont que des prestiges de l’imagination habilement exploités. Dans tous les cas, à dix reprises et très clairement, il dit leur fait aux théologiens occupés à déraisonner, aux moines fainéants, aux prêtres rudes pour les autres et indulgents pour eux-mêmes, à tous ceux qui nous demandent de croire en fermant les yeux et condamnent l’esprit à un humiliant esclavage. A tous ceux-là, il oppose orgueilleusement les grandeurs de ceux qui ne veulent que raisonner, observer, expérimenter, les Bacon, les Locke, les Newton. Et s’il reste discret dans l’examen des principes religieux, il étale avec vigueur les conséquences de son déisme.
C’est d’abord et surtout la tolérance. La Henriade est l’épopée du roi tolérant, grand surtout parce qu’il a été tolérant et qu’il a racheté le crime affreux de la Saint-Barthélemy. Si les Lettres philosophiques étudient longuement les diverses sectes anglaises, c’est parce que, à vingt reprises, l’étude met en lumière les bienfaits de la tolérance. Tout est prétexte dans les Discours sur l’homme à ramener cet éloge de la tolérance. Mahomet s’intitule aussi Le Fanatisme et les dévots n’avaient évidemment pas tort de croire que Voltaire voulait rendre odieux le fanatisme chrétien comme celui de Mahomet. C’est ensuite une sorte de substitution constante du point de vue humain au point de vue divin. Croire, pour les chrétiens, ce n’était pas seulement obéir aux ordres de Dieu : c’était s’en remettre à lui ;
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c’était abandonner à sa Providence le soin de gouverner les choses de ce monde et les nôtres ; c’était le remercier quand elles vont bien et le remercier quand elles vont mal ; c’était en un p.53 mot se résigner et se désintéresser des choses de la terre pour celles du ciel. Mais Voltaire veut qu’on s’occupe d’abord des choses de la terre parce qu’il est convaincu qu’elles dépendent de nous et non du ciel. Il commence à réagir vivement contre un providentialisme qui s’étale chez Fénelon, auquel le théologien Abbadie, le poète Pope donnent une forme raisonnée, Leibnitz et Wolff, une forme philosophique et qui aboutit aux puérilités des Nieuwentyt et des Pluche, affirmant que les marées sont faites pour que les vaisseaux entrent dans les ports et les variétés du vert dans la nature pour reposer l’oeil. Voltaire, aux heures de sa jeunesse brillante, a cru et dit que tout allait au mieux dans le monde pour l’homme intelligent qui savait profiter de la vie. Mais il s’est guéri de cet optimisme facile et les Discours en vers sur l’homme, les premiers contes sont écrits pour enseigner que la vie est souvent dure, qu’être philosophe c’est savoir se résigner et lutter ; qu’au surplus c’est sur lui que l’homme doit compter et non sur la prière et l’abandon à Dieu.
Il faut donc se donner des règles d’action, se faire une morale et une morale humaine puisqu’on ne peut compter ni sur les dogmes obscurs, arbitraires, absurdes, ni sur les spéculations métaphysiques inextricables et ployables à tous sens. Cette morale laïque de Voltaire est d’abord sommaire et fâcheusement égoïste ; elle n’est qu’une réaction brutale contre la morale ascétique de Pascal, des « pédants à rabat » et des « tristes docteurs ». Le Mondain, qui fit un petit scandale, est écrit pour
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démontrer que la vie est bonne et que le progrès n’est pas un vain mot, parce qu’au lieu de manger des glands, de marcher sur ses pieds et de coucher sur la dure, Voltaire a un carrosse, un lit moelleux, du vin de Champagne et des Laïs parfumées. Mais Le Mondain n’est guère qu’un accès de verve et un joyeux paradoxe. Les Discours en vers sur l’homme sont, en partie, comme Le Mondain, le procès de l’austérité stoïcienne, janséniste ou tout bonnement chrétienne. Ils affirment que si l’homme cherche le plaisir, s’il a le désir du bonheur c’est parce que la recherche du plaisir et du bonheur est légitime et morale en soi ; Dieu « m’a dit : sois heureux ! Il m’en a dit assez ». Mais il y faut du choix, de la raison, de la modération. Il y faut aussi de la générosité, le souci p.54 du bonheur des autres. Il n’y a pas de bonheur possible pour personne si les hommes s’entredéchirent, se persécutent, se pillent ou même s’ils ne songent qu’à leur propre bonheur. Le sommaire donné par les éditeurs au septième Discours est, très justement, que « la vertu consiste à faire du bien à ses semblables et non pas dans de vaines pratiques de mortifications ».
Tout cela ne fait pas une doctrine originale — nous l’avons montré —, ni une doctrine profonde, ni une doctrine toujours logiquement très solide, parce que Voltaire la brouille à l’occasion par des discussions sur l’âme et sur la liberté où il s’égare, parce qu’il ne sait pas lui-même très bien ce qu’il pense. Mais c’est tout de même une doctrine limpide pour le commun des lecteurs et une doctrine séduisante parce qu’elle fait sans cesse appel au bon sens, au goût de la mesure et de la prudence qui est dans l’esprit français et parce qu’elle donne au bon sens
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le piment de l’ironie et de l’esprit. Avant même 1750, Voltaire suggère une conception voltairienne de la vie : un vague spiritualisme, un scepticisme ironique à l’égard des spéculations inquiètes, un égoïsme réfléchi et mesuré, tempéré par le goût de l’action pratique et le plaisir d’être serviable.
Ses idées politiques sont beaucoup plus indécises et même, à vrai dire, il ne s’occupe guère de politique. La Henriade fait l’éloge du roi bienfaisant comme du roi tolérant. Elle critique, en passant, quelques abus, la vénalité des charges, la lourdeur et l’injustice des impôts. Mais les éloges et les critiques n’avaient rien d’audacieux : elles n’avaient rien d’irrespectueux pour un roi jeune en qui les Français mettaient justement leurs espérances. Les lettres politiques des Lettres philosophiques sont plus importantes. Voltaire étudie le mécanisme du gouvernement anglais et du contrôle des pouvoirs ; il fait l’éloge d’un système financier qui répartit équitablement les charges et permet au paysan de vivre souvent dans une large aisance ; il admire surtout un ordre social qui fixe les rangs non d’après des privilèges de naissance, mais d’après les services rendus à l’État et donne à un savant, à un poète, à un commerçant le même prestige qu’à un grand seigneur. Mais on voit clairement que Voltaire n’a aucun désir de proposer à la France de prendre modèle sur la Constitution anglaise. Au surplus, après les Lettres anglaises, il ne parlera p.55 plus de Constitution ; les « grandes vues » politiques lui seront indifférentes. La seule idée qui lui tienne au coeur est celle de la « dignité des gens de lettres » ; elle n’était pas encore de celles qui pouvaient passionner
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l’opinion moyenne. Il faudra attendre L’Esprit des lois pour que le goût des discussions politiques se vulgarise.
III. — Montesquieu
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Avant 1748, Montesquieu n’est l’auteur que des Lettres Persanes et des Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. Les Considérations n’importent pas à notre sujet. Si neuves qu’elles fussent et si riches de réflexions sociales et politiques pour un lecteur moderne, elles n’étaient pour un lecteur de 1734 qu’une spéculation d’érudit. L’éducation des collèges et la rhétorique avaient habitué à disserter sur les vertus républicaines de Rome ou de Sparte et sur le despotisme des Tibère ou des Néron, sans jamais songer à la France de Louis XIV ou de Louis XV. Mais les Lettres Persanes eurent un succès considérable et qui fut dû, en partie, aux audaces de Montesquieu. C’est d’abord l’oeuvre d’un « raisonneur philosophe » ; entendons que Montesquieu se moque de ces vérités qui ne sont vraies et même sacrées que parce qu’elles sont des traditions et des dogmes : chaque fois que Rica ou Usbeck s’attendrissent sur l’excellence de leurs coutumes et de leur religion, c’est pour nous faire admirer des sottises. Seules sont vraies les choses que la raison démontre clairement être vraies. Même, la seule chose qui importe à Montesquieu, dans l’histoire des hommes, c’est l’exercice de l’intelligence. Les Lettres Persanes sont l’oeuvre d’un « intellectuel » qui s’intéresse surtout à comprendre et qui donnerait toutes les traditions pour une vue ingénieuse de
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l’esprit. Ces vues de l’esprit sont fort impertinentes. Montesquieu se défend prudemment d’être un incrédule : ce sont des Persans qui parlent et des païens ne peuvent, ne doivent dire que des sottises sur notre sainte religion. Mais personne ne s’y trompa. C’était bien Montesquieu qui s’exprimait par leur bouche, se moquait de l’autorité du pape, des miracles, de l’importance donnée aux rites et insinuait qu’au fond toutes les religions se ressemblent. Critiques rapides ou même à demi masquées. Mais d’autres étaient plus précises p.56 et, par leur accent, témoignaient qu’elles étaient la pensée même de Montesquieu. C’étaient celles qui commençaient à avoir pour elles l’opinion publique et que Voltaire, lui aussi, va défendre le plus fortement : le dédain ou même la haine de ces théologiens qui ont fait de la religion, de la philosophie ou même de la morale et de toute pensée un dédale inextricable d’obscures chicanes et dont les entêtements opposent, dans des luttes forcenées, les jansénistes, les quiétistes et leurs adversaires ; la haine du fanatisme surtout et l’éloge de cette tolérance qui va bientôt s’imposer à toutes les têtes « bien pensantes ».
En politique, les Lettres ne sont pas moins audacieuses. Bien entendu ce sont également les audaces qu’on pouvait risquer en 1721 : satire, sans grande portée, de l’intrigue, des laquais devenus grands seigneurs, des spéculateurs, etc. ; surtout la morale de Montesquieu au lieu d’être, comme celle de La Bruyère, une morale chrétienne du sacrifice et de la résignation, devient très clairement une morale laïque et même une morale sociale. Il ne s’agit même plus de vertus et de vices ; est vertu ce qui fait le bonheur des sociétés et vice ce qui les ruine. Les
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Troglodytes ont tort de renoncer à leurs vertus et de se donner aux vices, parce que les vices anéantissent les Troglodytes. Plus clairement encore si l’on veut raisonner du divorce, du mariage des prêtres, de la « peuplade », il faut renoncer à parler de Dieu, de bien ou de mal moral ; il faut parler d’utilité, de bienfaisance ou de malfaisance. C’est ce même esprit réaliste, brutalement contraire à l’esprit d’obéissance et de tradition, que Montesquieu apporte dans l’examen rapide de quelques problèmes politiques, l’origine des sociétés, le droit des gens, les trois formes de gouvernement, le rôle du luxe dans les États, etc. C’est lui qui fait essentiellement la nouveauté et la portée morale et politique des Lettres tout autant que quelques critiques rapides, en apparence plus audacieuses, contre le despotisme de Louis XIV, l’instabilité des monnaies, les courtisans sangsues, etc.
IV. — Le marquis d’Argens
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Le marquis d’Argens fait aujourd’hui bien petite figure à côté de Voltaire et de Montesquieu. Mais nous aurons souvent à montrer p.57 que le rôle historique des écrivains ne se mesure pas nécessairement à leur talent et aux jugements de la postérité. Or, l’oeuvre du marquis comprend plus de trente volumes (sans tenir compte de ses romans romanesques). Les Lettres juives ont eu au moins dix éditions ; les Lettres cabalistiques, sept ; la Philosophie du bon sens, treize ; les Lettres chinoises, huit ; sans compter une édition générale des OEuvres en vingt-quatre volumes (1768). Il est donc juste de faire à cette oeuvre une place à part, modeste, à côté de celle de Voltaire et de
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Montesquieu. D’Argens confirme d’ailleurs parfaitement les idées de Voltaire et celles qui commencent à devenir des opinions moyennes, ou, si l’on veut, il les reflète. Il est philosophe et sa philosophie est celle qui fait le titre de l’un de ses ouvrages : Philosophie du bon sens. Entendons qu’il est parfaitement scep-tique à l’égard des hautes spéculations de la métaphysique et à plus forte raison de la théologie. Avec des syllogismes ou même avec de la logique ou de la « géométrie » on prouve tout, c’est-à-dire qu’on prouve également des doctrines contradictoires et qu’on ne prouve rien. La sagesse doit être celle du bon sens qui s’en tient à des vérités modestes, imposées par quelques évidences, c’est-à-dire par quelques consentements universels, par le spectacle de la vie humaine et par le souci d’être heureux. Ces vérités n’ont rien à voir avec les dogmes et les rites d’une religion révélée à laquelle d’Argens se contente de tirer prudemment son chapeau ; ce sont seulement l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme (d’Argens déteste Lucrèce et les athées presque aussi vivement que les inquisiteurs et les moines). C’est ensuite la nécessité d’être utile, d’employer sa vie à autre chose que de vaines et paresseuses prières ; d’Argens a horreur des moines qui vivent dans une pieuse fainéantise (il ne lui faut pas moins de quatre pages et demie dans l’index méthodique de ses Lettres juives pour énumérer ses griefs). Surtout le fanatisme et l’intolérance sont abominables. Il a honte de ces « pays peuplés de vils esclaves qui tremblent au nom d’un misérable moine » et où l’on « donne le nom de religion à l’esclavage le plus honteux et, si J’ose dire, le plus infâme ».
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D’Argens ne s’occupe pas de politique. De réflexions dispersées et vagues, il n’est guère possible de dégager des idées précises. Quand p.58 il écrit son Législateur moderne où le chevalier de Meillecourt organise une société modèle, dans l’île inconnue où un naufrage l’a jeté, il est question de tolérance, de déisme, de bienfaisance, de menues adresses sociales bien plutôt que d’une critique audacieuse des systèmes de gouvernement. Il est d’ailleurs partisan d’un despotisme éclairé plutôt que de la démocratie qu’il déteste et des parlements dont il se défie.
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CHAPITRE III
LA DIFFUSION DES IDÉES NOUVELLES PARMI LES GENS DE LETTRES
I. — Déisme et matérialisme
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p.59 Les idées nouvelles étaient des idées de « beaux esprits », c’est-à-dire de gens qui faisaient métier de cultiver leur esprit et de coucher leurs idées par écrit. Il est donc naturel qu’elles se soient d’abord diffusées parmi les gens de lettres. Tous ces écrivains de second, troisième ou dixième ordre ne sont pas toujours nécessairement des disciples ; ils ont souvent des idées originales ou des façons originales d’exprimer des idées connues. Mais nous ne nous proposons pas de les faire connaître en eux-mêmes et de les juger. Il s’agit seulement de poursuivre une histoire de l’opinion ; et pour l’opinion ils ont été non pas les chefs de la philosophie, mais les soldats.
Beaucoup ont d’abord combattu pour le déisme et la religion naturelle. C’est souvent sans le savoir ou sans bien se rendre compte des conséquences de leurs dissertations. Il y a des déistes chrétiens ; ce sont surtout les théologiens et raisonneurs protestants, fort lus en France, l’Ébauche de la religion naturelle de Wollaston (traduction 1726) et surtout le Traité de l’existence et des attributs de Dieu, des devoirs de la religion naturelle et de la vérité de la religion chrétienne (traduction 1727) de Clarke. Les oeuvres de Pope sont célèbres ; notamment les Essais sur
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l’homme, dont il y eut six traductions, chacune plusieurs fois rééditée. Voltaire en adapte une partie p.60 dans ses Discours sur l’homme. Or, Pope expose une conception de la vie et de la destinée qui n’est pas contraire aux religions révélées, mais qui peut fort bien se passer d’elles. Tous ces écrivains espèrent consolider la religion chrétienne en montrant qu’elle est d’accord avec une religion de la nature et de la raison. Mais d’autres en concluent, plus ou moins ouvertement, qu’il faut se contenter de la dernière et que toute révélation est superflue. Le déisme reste prudent dans la Certitude des connaissances humaines ou examen philosophique des diverses prérogatives de la raison et de la foi (1741) de Boureau-Deslandes. Il fait des politesses aux théologiens et s’excuse des libertés grandes ; mais c’est à la raison seule qu’il donne sa confiance. L’accent est un peu plus hardi dans La Religion des Mahométans de Reland (traduction 1721) et surtout dans l’Histoire de la philosophie païenne de Levesque de Burigny (1724) et la Vie de Mahomed de Boulainvilliers (l730). Il y apparaît clairement que les philosophes païens ont enseigné tout ce qu’il y a de bon dans les livres chrétiens ; et que Mahomet était au moins aussi sage que d’autres qui le méprisent. Il a « conçu le dessein et le système d’une religion dépouillée de toutes controverses et qui, ne proposant aucun mystère qui puisse forcer la raison, réduit l’imagination des hommes à se contenter d’un culte simple et invariable malgré les emportements et le zèle aveugle qui les tire si souvent hors d’eux-mêmes ». Boulainvilliers masque d’ailleurs son déisme derrière des protestations d’orthodoxie. De Beausobre écrit Le Pyrrhonisme raisonnable, mais raisonnable
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veut dire si prudent et si modéré que le déisme y apparaît à peine. Le marquis de Lassay dans son Recueil de différentes choses s’explique beaucoup plus clairement et son scepticisme épicurien est tout voisin de la religion voltairienne. Le titre seul de l’ouvrage de Mme du Châtelet, Doutes sur les religions révélées 1, témoigne qu’elle ne cache pas son incrédulité ; elle y assemble les preuves rationnelles, historiques et d’exégèse pour substituer au christianisme une vague religion naturelle. Mais l’ouvrage du marquis tiré à un petit nombre en 1727 n’a été vraiment connu que par p.61 la réédition de 1756 et les Doutes de Mme du Châtelet n’ont été publiés qu’en 1792.
Peu de matérialistes. Le matérialisme est impliqué dans les Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant de Boureau-Deslandes 1. Les grands hommes y sont quelquefois des contemporains comme la duchesse de Mazarin, l’abbé Bourdelot, Ninon de Lanclos, etc. ; il apparaît bien que leur philosophie était de jouir de la vie sans se soucier de la mort parce qu’il n’y a rien après elle. Mais si Deslandes étale allégrement leur « indévotion », il ne va pas jusqu’à faire profession ouverte d’athéisme. Il y a sans aucun doute bon nombre d’athées déclarés parmi les gens de lettres ; c’est même, dans certains milieux, une opinion élégante et qui pose son homme : Moncrif, Fréret, Mirabaud, Boulainvilliers, Dumarsais, Boindin, l’abbé Terrasson se divertissent dans certains salons, par exemple celui du comte de Plélo, à nier la liberté et l’existence de Dieu. Dans leurs conversations du café
1 Les Doutes, copiés dans le manuscrit de Troyes à la suite de l’Examen de la Genèse de Mme du Châtelet, ne sont pas d’elle (R.P.).
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Procope, ils se gaussent des mouches de la police en appelant l’âme Margot, la liberté Jeanneton et Dieu Monsieur de l’Etre. Mais ce sont des conversations, non des livres, et leur influence reste limitée.
II. — La lutte contre le fanatisme : la tolérance
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Par contre, on attaque ouvertement et violemment le fanatisme et l’on enseigne la nécessité de la tolérance civile. C’est, bien entendu, l’un des thèmes et le plus clair des ouvrages déistes dont nous venons de parler. Les plus hardis, comme les Nouvelles libertés de penser, dénoncent avec une colère vengeresse, la « rage » des persécuteurs et la « folie barbare » des prêtres qui croient plaire à Dieu en brûlant des hommes. Mais on retrouverait, avec plus de mesure dans l’expression, les mêmes indignations dans des ouvrages pondérés, écrits pour ne pas faire scandale et que l’autorité d’ailleurs n’a pas pourchassés. Dans la préface que Silhouette met à sa traduction de Pope, la défense de la tolérance ne sort guère des généralités un peu vagues ; mais Barbeyrac, le traducteur et annotateur p.62 célèbre de Grotius et de Pufendorff, met moins de discrétion dans son Traité de la morale des Pères (1728). Il lui faut plus de vingt pages pour réfuter une erreur qui lui fait « honte pour la nature humaine ». Des contes et romans continuent, avec un accent plus amer, une volonté de bataille beaucoup plus marquée, la tradition des Denis Veiras, Tyssot de Patot et Gabriel de Foigny. On traduit les Voyages de Nicolas Klimius du
1 L’ouvrage eut du succès : au moins six éditions de 1714 à 1775.
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Danois Holberg (1741) ; le chapitre VI sur la religion des Potuans est une apologie de la tolérance. Les Mémoires de Gaudence de Lucques (traduction 1746) se défendent chaleureusement contre le reproche d’impiété ; Gaudence met même toute son éloquence à convertir au catholicisme la femme qu’il épouse dans le pays chimérique de « Mezzoranie ». Mais toute une partie du roman est l’exposé de la religion des Mezzoraniens qui « ne sont pas gens à faire mourir personne pour ne pas penser comme eux » ; et les raisons auxquelles les inquisiteurs le font souscrire pour reconnaître qu’on doit persécuter les hérétiques sont assez mauvaises pour être des ironies. Le conte de Tanzaï et Néadarmé de Crébillon (1734) est plus précisément une moquerie des querelles jésuites-jansénistes. Le grand sacrificateur est sommé de lécher une écumoire pour être nommé patriarche, et un décret prescrit qu’aucun sacrificateur ne pourra être reçu à l’avenir, sans avoir léché, lui aussi, ladite écumoire. Mais, à travers ces allégories, ce sont tous les acharnements des chicanes théologiques qui sont bafoués.
Il existe enfin une petite brochure romanesque, restée jusqu’ici inconnue, qui résume fort bien, dans sa haine et sa brutalité, ce que pensaient certains esprits du droit du glaive en matière de religion. Les Contes du chevalier de la Marmotte (1745) sont d’un auteur que je n’ai pas pu découvrir, mais qui avait toute l’âpreté d’un Jean Meslier et toute la vigueur batailleuse d’un d’Holbach. Le chevalier parvient jusqu’à un palais « dont les murailles étaient faites d’ossements ; le ciment avec lequel on les avait unis était composé avec du sang. Un
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géant monstrueux gardait la porte de ce château ; il avait à la main deux poignards ; sur l’un on lisait ces mots tracés p.63 en caractère de feu : l’intolérance et sur l’autre : la propagation 1 ». Ce monstre est « le plus cruel que l’Enfer ait produit ». Dans l’une des salles du palais, « il y avait un dais sous lequel était placée une femme 1 qui voulait avoir l’air majestueux, mais qui avait celui d’une vieille courtisane malgré le soin qu’on avait pris de couvrir son visage de blanc et de rouge pour tâcher de l’embellir ; les rides du front et celles des joues paraissaient beaucoup ; elle n’osait presque ouvrir la bouche parce qu’elle n’avait plus de dents et elle articulait fort mal en parlant ; ses favoris étaient assis auprès d’elle et avaient chacun devant eux une table sur laquelle ils composaient des philtres et des poisons ; il y avait une inscription autour de chaque table ; J’en lus plusieurs ; voici celles dont je me rappelle le souvenir : la Sorbonne, l’Université de Salamanque, l’Université de Wit-tenberg, l’Université de Tubinge, l’Université de Leyde... Je m’aperçus que l’ordre des tables était divisé en quatre carrés séparés les uns des autres. Il y avait un pilier élevé au milieu de chaque carré ; sur le premier était la statue de l’évêque de Rome, sur le second celle de Calvin, sur le troisième celle de Luther, sur le quatrième celle de Jansénius. Lorsque ceux qui composaient les poisons en avaient rempli leurs pots, il les présentaient humblement à l’image auquel [sic] appartenait le carré où était leur table ». Ailleurs un pauvre singe raisonnable du pays de Singimanie est victime, parmi les hommes d’Europe, de cruelles mésaventures : « Un jour qu’il était dans les rues
1 C’est-à-dire les oeuvres de la Propagation de la foi.
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occupé à voir passer une procession, comme la châsse d’une sainte était vis-à-vis de lui, il se mit à se gratter sous la cuisse, chose très ordinaire chez les singes ; elle fut cependant interprétée d’une manière sinistre par les prêtres ; on arrêta le pauvre singe ; il fut mis à l’inquisition. Son procès étant instruit, on le condamna à être brûlé pour avoir témérairement osé se gratter sous la cuisse et montrer le derrière devant la châsse de la bienheureuse Marie d’Agreda. Lorsqu’on lui prononça son arrêt et qu’on le conduisait au supplice, il comprit alors que le pire de tous les maux c’est la superstition. » Par contre, chez les « singiens » point de prêtres, ni p.64 de moines nourris à ne rien faire sinon à persécuter les hommes et à troubler l’État. On adore l’Être suprême, on le prie, mais les préceptes de la religion sont contenus « dans un écrit de trois feuilles, et tout y est si clair que jamais personne ne s’est avisé de vouloir l’embrouiller par des explications... nous ferions brûler un singe qui voudrait chercher à obscurcir la vérité par des commentaires inutiles ; notre loi nous dit que nous devons aimer les singes nos concitoyens et ne pas leur faire ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fît ; c’en est assez... ».
III. — La morale laïque
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Pour être déiste et à plus forte raison matérialiste, il fallait choisir, au moins dans son coeur, entre le Dieu précis des chrétiens et l’Être suprême. Au contraire, on pouvait nuancer ou même transformer les conceptions au moins pratiques de la
1 C’est-à-dire la théologie.
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morale sans renoncer le moins du monde à sa foi chrétienne. Le goût d’une morale plus large et même d’une morale vraiment laïque se répand donc parmi les gens de lettres plus que le déisme ou l’athéisme. Laissons de côté ce qu’on peut appeler la « morale du sentiment », celle qui fait appel pour diriger la vie intérieure moins à la volonté réfléchie qu’à l’ardeur, à l’enthousiasme du coeur, à l’élan des passions généreuses. C’est en partie la morale de Vauvenargues ; mais cela peut être une morale parfaitement chrétienne — comme chez Vauvenargues — pour peu qu’on écoute son coeur pour croire à sa religion. Ce qui importe à notre sujet, c’est cette morale laïque qui cherche son principe non dans le renoncement et l’ascétisme, mais dans la recherche des plaisirs délicats, dans une organisation sage et généreuse du bonheur personnel. Elle est celle, nécessairement, de tous nos déistes. Elle s’exprime plus méthodiquement dans un certain nombre d’ouvrages, dans les Lettres écrites de la campagne de Thémiseul de Saint-Hyacinthe (1721), dans la publication dont il est l’éditeur, Recueil de divers écrits sur l’amour et l’amitié, la politesse, la volupté, les sentiments agréables, l’esprit et le coeur 1 (1736), p.65 dans la préface de Silhouette à l’Essai sur l’homme de Pope (1736) comme d’ailleurs dans cet Essai, surtout dans les Dialogues de J.-F. Bernard (1730), les Réflexions du marquis de Lassay (première édition à petit nombre, 1727). Dialogue 27 de J.-F. Bernard, La religion et la volupté : « Fasse la divinité que le nombre des méchants diminue et que la religion et la volupté, la sagesse et
1 Notamment dans la Conversation sur la volupté et Agathon, dialogue sur la volupté (par Rémond le Grec) : le recueil contient une Théorie des sentiments agréables, ébauche du livre de Levesque de Pouilly.
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la raison soient désormais inséparables. » Réflexions de Lassay, faites « par un homme né dans un royaume chrétien, qui raisonne suivant les lumières de la raison, indépendamment de la religion, à laquelle tous les raisonnements doivent être soumis » : « Soumettons-nous aux choses qui nous font le plus de peine, sans murmure ; jouissons de même des biens qui sont sur la terre, pourvu que ce soit sans faire de tort à personne. On ne nous a point tendu de piège, et le goût qu’on nous a donné pour eux nous assure que la jouissance nous est permise. Préférons à tout la justice et la vérité. Soyons charitables, humains, miséricordieux ; ne faisons aux autres que ce que nous voudrions qu’ils nous fissent, et prions, aimons, bénissons en tout temps ; ayons recours en toutes occasions à ce qui est au-dessus de nous, que nous ne saurions connaître et qu’un sentiment inexplicable qui est au fond de notre coeur nous dit que nous devons adorer ; et reposons-nous de notre sort sur celui qui nous a fait venir ici sans que nous l’ayons demandé. »
Ce qui est plus important, c’est que des croyants sincères cherchent cet accord de la religion et des plaisirs légitimes et tente de démontrer qu’on peut gagner le bonheur du ciel en essayant d’être humainement heureux. C’est l’idéal que poursuit Marivaux dans son Indigent philosophe ou dans son Cabinet du philosophe. Mais la sincérité des convictions de Marivaux n’est pas très certaine et comme Marivaux était pauvre, il a fait l’éloge de joies si simples qu’elles sont à peu près du renoncement. C’est aussi l’idéal de certains théologiens protestants, par exemple de Wollaston dans son Ébauche de la religion naturelle (1726) ou du jésuite philosophe le P. Buffier. Mais la félicité
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conseillée par Wollaston comme par le P. Buffier est encore bien abstraite et scolastique et les joies vantées par Voltaire dans Le Mondain n’y ont aucune part. Même remarque pour la morale de l’abbé Jacques Philippe de Varennes dans ses Hommes (1734). Il y définit le « bonheur du philosophe modéré » qui p.66 pourrait être celui d’un incrédule, mais les plaisirs des sens en sont expressément exclus. Par contre, ils ont leur place dans la Théorie des sentiments agréables de Levesque de Pouilly (1747) et dans le Traité du vrai mérite de l’homme de Lemaître de Claville (1734), deux livres qui ont été, le dernier surtout, une sorte de bréviaire des honnêtes gens qui voulaient mettre d’accord leur catéchisme et leur raison (Levesque de Pouilly a au moins six éditions de 1747 à 1774 et Lemaître de Claville, dix-huit, de 1734 à 1761). Lemaître de Claville notamment fait à plusieurs reprises le procès des « rigoristes », des « stoïques » de tous les « sectateurs d’une sagesse sombre et mélancolique ». Il ose « allier la sagesse avec les plaisirs ». Il écrit tout un chapitre (I, 4) sur « l’utilité, le choix et l’usage des plaisirs ». Et son choix n’exclut ni le commerce des femmes, pourvu que ce ne soit qu’un commerce d’amitié et de « délicatesse », ni même le théâtre que l’Église continue pourtant à condamner avec une obstination dont nous aurons à reparler plus loin.
Toutes ces morales gardent cependant un des caractères de la morale traditionnelle : c’est que, malgré des conseils assez rapides sur la générosité et la charité, elles restent des morales individualistes. Il s’agit toujours pour l’homme de faire son salut, de s’assurer la vie la plus sage pour la terre et pour le ciel.
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Générosité et charité ne sont encore que des « mérites » parmi d’autres mérites, fleurs de la sagesse et de la morale et non racines profondes. La morale humanitaire et altruiste dont on s’engouera si ardemment après 1760 n’est encore qu’un instinct assez vague. Elle s’ébauche, nous l’avons dit, chez Voltaire, dans les rêveries de l’abbé de Saint-Pierre à qui Voltaire emprunte le mot nouveau de bienfaisance, dans le Sethos de l’abbé Terrasson, dans la fiction des Troglodytes des Lettres persanes, etc. Elle trouve des fondements économiques et réalistes dans la polémique sur la valeur sociale du luxe dont nous allons parler. Mais elle est loin encore d’être organisée et de s’imposer impérieusement à l’opinion moyenne.
IV. — Les idées politiques et sociales
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De même les gens de lettres s’occupent encore assez peu de politique pure. Mais ils vont vers la politique par le chemin des p.67 discussions économiques. Les fièvres, les espérances et les désastres du système de Law ont clairement fait comprendre qu’à côté des problèmes de gouvernement, les problèmes de la richesse et de ses échanges, du commerce, du crédit pouvaient décider de la ruine ou de la grandeur des États, qu’ils fussent monarchiques, aristocratiques ou républicains. La fièvre des discussions « économiques » ne commencera qu’après 1750 ; mais à côté des brochures et polémiques auxquelles donne lieu le système de Law, on échange inlassablement des arguments sur les bienfaits ou les méfaits du luxe. Le luxe avait été sévèrement condamné depuis qu’il y avait des moralistes. On y
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avait vu la ruine des moeurs et la corruption des empires. Les moralistes chrétiens, La Bruyère, Fénelon, etc., s’accordaient sur ce point avec les professeurs de rhétorique qui s’attendrissaient sur l’austère frugalité des Spartiates, des Cincinnatus et des Catons et même avec les romanciers utopistes qui fondaient le bonheur des Sévarambes, des « Australiens » et des « Mezzora-niens » sur l’égalité des fortunes, donc sur le renoncement à la fortune. Montesquieu lui-même avait expliqué par l’afflux des richesses et la cupidité les désastres de l’empire romain ou des Troglodytes. Mais certains s’avisèrent que le mépris des richesses était sans doute une vertu chrétienne et non pas une vertu raisonnable. Est-il bien sûr que les États les plus riches soient les plus corrompus ? Et n’est-il pas évident, en bonne politique, que les plus riches ont un bon moyen d’être les plus puissants ? Saint-Evremond refuse de se laisser éblouir par le brouet noir des Spartiates et la charrue de Cincinnatus. Ce sont des gens qui faisaient de nécessité vertu et qui méprisaient ce qu’ils n’avaient pas su acquérir. Les boutades de Saint-Evremond devinrent une démonstration humoristique dans la célèbre Fable des abeilles de Mandeville (1706, traduction 1740), dont Voltaire s’inspire dans son Mondain, et dans l’Essai politique sur le commerce de Melon (1734). Assurément le luxe peut être une corruption et ce n’est pas une vie recommandable que celle d’un ivrogne ou d’un débauché. Mais on peut aimer le luxe sans vider des bouteilles et courir les femmes. Et le luxe c’est de la dépense, c’est la « circulation des richesses », c’est du travail pour les ouvriers et, de proche en proche, des gains pour toute la nation ; c’est du p.68 commerce, de l’industrie, c’est-à-dire la
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vie des États. Si bien qu’en y réfléchissant, le goût du luxe, vice privé, serait un bien social, c’est-à-dire une sorte de vertu. Montesquieu lui-même, malgré la décadence des Romains et des Troglodytes, se laisse par instants convaincre des bienfaits du luxe et dans les Lettres persanes et, plus tard, dans l’Esprit des lois.
Luxe ou frugalité, c’est une discussion qui ne menace pas les gouvernements et qui, d’ailleurs, ne peut guère être qu’académique. De temps à autre, les gens de lettres se sont aventurés à parler de problèmes sociaux plus hardis. Dans leurs conversations d’abord et notamment dans celles de cette assemblée du Luxembourg, fondée en 1692, à laquelle succéda, vers 1720, le club de l’Entresol, plus célèbre ; l’abbé Alary, le marquis d’Argenson, l’abbé de Saint-Pierre, etc., s’y entretiennent de « nouvelles publiques », de « conjectures politiques », lisent ou écoutent des mémoires sur le droit public, l’histoire des traités, l’histoire des États généraux, l’histoire des finances françaises. Fleury interdit les réunions en 1731. Il y a d’ailleurs d’autres « assemblées » ou « académies » politiques, chez l’abbé de Dangeau (1691-1723), le duc de Noailles (1707-1714), la comtesse de Verne (1728), le président de Nassigny (1732), Mme Doublet (1730). Les livres sont plus circonspects. Pourtant, Lemaître de Claville proteste contre la torture. L’auteur des Songes du chevalier de la Marmotte réclame délibérément le divorce. Les « singiens » l’acceptent et s’en trouvent fort bien : « Séparer, me disait quelquefois mon ami, un singe et une guenuche qui ne s’aiment point, c’est rendre quatre personnes satisfaites. Le singe épouse une autre guenuche qui lui
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convient : voilà un couple heureux. La guenuche prend pour époux un singe qui s’accorde avec elle : voilà encore deux personnes contentes. » II est l’ennemi de la guerre et des soldats, avec les accents mêmes de Voltaire dans Candide. Le métier consiste principalement « à faire adroitement et lestement une pirouette sur un talon, en tenant sur l’épaule une longue sarbacane à tirer des pois. Dès que mon compagnon de voyage se fut enrôlé dans sa nouvelle profession, on lui serra étroitement les jambes avec deux morceaux de toile blanche ; on lui raccourcit son habit de plus d’un tiers ; on rétrécit si fort ses culottes qu’il avait p.69 peine à se baisser ; et on commença à l’exercer. On le faisait pirouetter à droite et à gauche, et quand sa pirouette était ou trop lente ou trop précipitée, on lui pinçait le derrière si fort que la douleur l’obligeait à faire une grimace qui faisait rire tous ses camarades. » Il ne semble pas qu’il y ait eu beaucoup de lecteurs pour réfléchir aux sagesses et aux sottises des singiens. Mais l’Histoire du prince Titi, de Thémiseul de Saint-Hyacinthe (1735) a eu au moins trois éditions. Ce sont surtout des balivernes romanesques, galantes et libertines à la mode du temps. Il y a pourtant des pages directes, claires et déjà vengeresses, sur la misère des campagnes et la férocité des collecteurs d’impôts. Le prince Titi ne rencontre que des paysans « harassés, noirs et secs », des enfants « presque nus » ; « point de lits ; partout où il entrait ce n’était que de la paille entre quatre planches, souvent sur la terre même, et quelques pots de terre pour tous ustensiles ». Quand ces affamés ne peuvent pas payer des impôts écrasants, on les traite comme des criminels : « Les alguazils les avaient liés ensemble et les
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faisaient marcher rudement entre leurs chevaux. Les femmes de ces malheureux, une grande fille et un petit garçon les suivaient en faisant des cris perçants et en arrosant le chemin de leurs larmes. »
A ces critiques qui sont plutôt sociales que politiques, on ne pourrait joindre qu’un petit nombre de discussions ou d’ironies de caractère nettement politique. Le pays de Singimanie est un État républicain. Le Klimius d’Holberg combat les privilèges de la noblesse et se déclare partisan de l’égalité. Mais ce sont des utopies romanesques qui n’ont pas pour l’opinion publique beaucoup plus d’intérêt pratique que l’histoire de la république spartiate. On ne peut pas accorder beaucoup plus d’importance aux spéculations très générales sur les principes du droit et de l’autorité : les Recherches nouvelles de l’origine et des fondements du droit de la nature de Strube de Piermont (1740), l’Essai sur les principes du droit et de la morale de Richer d’Aube (1743), la traduction par Barbeyrac du Traité philosophique des lois naturelles de Cumberland (1744) ou les réflexions du P. Buffier, dans son Cours de sciences, sur l’égalité de nature. Le traité Du gouvernement civil de Locke (traduction 1724) est en p.70 somme une apologie de la constitution anglaise et même des révolutions d’Angleterre ; il est donc pénétré d’esprit « républicain », mais dilué dans les abstractions et contredit par un chapitre IX où Locke admet que le pouvoir législatif a pu être dévolu par le contrat primitif à un seul ou à ses héritiers. Les Principes du droit naturel de Burlamaqui (traduction 1747) auront une grande influence, mais juridique et sociale plutôt que politique et ils paraissent à la limite de notre période. Les Lettres
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sur le Parlement d’Angleterre, de F. Duval, dans ses Lettres curieuses sur divers sujets (1725), restent flottantes et passèrent inaperçues. Plus significatives sont les discussions qui continuent celles des Le Laboureur, Boulainvilliers ou Fénelon sur les origines et les principes de la Constitution française 1. Les parlementaires qui ont gardé sous le règne de Louis XIV un silence prudent, commencent à dire tout haut que l’autorité et le contrôle des parlements sont un droit historique et la sauvegarde de la nation. Ils n’osent pas encore l’imprimer et leurs revendica-tions s’expriment seulement dans des manuscrits qui circulent sous le manteau. Seule la publication remaniée, en 1732, d’un pamphlet du temps de la Fronde, le Judicium Francorum, fit scandale. Le Parlement dut le désavouer et le condamner. Les érudits jouèrent leur rôle dans ces polémiques sur les fondements de la Constitution française et sur les limites de l’absolutisme. L’Histoire critique de l’établissement de la monarchie française par l’abbé Dubos (1734) est un ouvrage important et par son intelligence et par son succès. Dubos prétend réfuter par l’histoire les prétentions des pairs et des parlementaires et il ne laisse subsister, à côté de l’autorité du roi, que certaines libertés municipales de la bourgeoisie. Comme Dubos, Legendre de Saint-Aubin dans son Traité de l’opinion (1733) et Mably dans son Parallèle des Romains et des Français (1740) tempèrent le principe de la monarchie absolue par le conseil d’obéir à des « lois fondamentales », à des coutumes de liberté consacrées sinon par le droit, du moins par une longue tradition.
1 Ouvrage de référence générale : Carcassonne, op. cit., (1512).
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Ces livres et ces manuscrits (auxquels il faudrait ajouter les manuscrits de d’Aguesseau et de d’Argenson qui sont encore inconnus p.71 en 1747) témoignent qu’on s’est passionné dans certains milieux pour des problèmes vraiment politiques. Mais toutes les conclusions consolident beaucoup plus qu’elles ne les ébranlent les principes traditionnels de la monarchie absolue. Les querelles sont des querelles de parti ; il s’agit simplement de savoir quels seront ceux qui, à l’ombre du tout-puissant pouvoir royal, recevront l’aumône de quelques privilèges : pairs de France, parlementaires, bourgeoisie ? D’ailleurs ces gros ouvrages et ces discussions un peu pédantes ne touchent qu’un milieu fort restreint. Un certain nombre restent inédits. Comme le dit fort bien M. Carcassonne, « la forme et le fond de ces ouvrages semblent exclure la popularité : la forme, souvent sèche et obscure, le fond trop aristocratique ». Le public « ne percevrait guère qu’une rumeur sourde s’il n’y avait eu deux traits d’audace : la publication de l’Histoire de Boulainvilliers et celle du Judicium Francorum. Mais le pamphlet est jeté au feu ; l’oeuvre historique n’est éditée qu’une fois dans la première moitié du siècle. »
Au total, la gent littéraire a profondément évolué, vers 1747, dans ses croyances religieuses. On compte, vers 1760, ceux qui sont certainement ou sans doute des incrédules endurcis ; et la plupart de ces mécréants se convertissent en vieillissant et font pénitence humblement. On compte, vers 1740, ceux qui sont des croyants sincères et même ceux qui ne sont pas toujours prêts, au moins dans leurs conversations, à se gausser des moines, des prêtres et même des dogmes. Quand Gresset se
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convertira, en 1759, c’est-à-dire annoncera publiquement qu’il passe d’une foi tiède à une dévotion scrupuleuse, on lui répondra par des éclats de rire. Je parle, bien entendu, des écrivains qui ont quelque réputation, car il y a toujours beaucoup de braves gens pour défendre par traités, dissertations, romans ou poèmes les vérités de l’Eglise chrétienne et de sa morale 1.
Mais il ne faut pas oublier que ces écrivains, sceptiques ou hostiles, n’expriment leur scepticisme qu’avec une prudence discrète et qu’ils ne trahissent presque jamais leur hostilité. C’est par nécessité sans doute et pour ne pas faire connaissance avec les prisons, voire les p.72 galères de l’autorité. Mais les droits de l’autorité ne seront pas moindres dans la seconde moitié du siècle et pourtant nous rencontrerons par centaines les livres, brochures, articles que nous avons pu citer jusqu’ici presque un par un. Le public moyen qui n’était pas mêlé à la vie des gens de lettres et des salons, qui n’épiait pas les allusions, qui n’était pas toujours prêt à « saisir les conséquences des choses » et qui ne voulait pas risquer gros en achetant, très cher ou assez cher, un manuscrit ou un livre défendu, ne pouvait guère soupçonner la profondeur et l’étendue de l’incrédulité des beaux esprits. Seule une tendance nouvelle s’étale, ou se glisse dans un grand nombre d’ouvrages parce qu’elle n’est pas de celles dont l’autorité puisse condamner les expressions mesurées : c’est celle qui rend aux hommes une sorte de droit au bonheur, qui réhabilite la joie de vivre et qui, pour se garder des reproches d’égoïsme et de frivolité, organise une morale laïque.
1 Voir sur ce point notre 3e partie, chap. 1.
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La place des discussions sociales est très petite dans les oeuvres de la littérature ; celle des discussions proprement politiques encore moindre. Exception faite pour quelques ironies discrètes et assez dispersées de Voltaire ou Montesquieu, pour quelques textes peu connus ou inconnus, rien n’annonce au lecteur moyen que les gens de lettres soient las ou même mal satisfaits du gouvernement établi.
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CHAPITRE IV
LA DIFFUSION GÉNÉRALE. 1. PARIS 1
I. — La lutte contre l’autorité
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p.73 Malgré tout, notre démonstration reste incomplète. Nous avons montré que certaines des oeuvres les plus audacieuses avaient eu un succès considérable pour le temps, notamment, les Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant de Boureau-Deslandes, les Lettres persanes, les Lettres philosophiques et les Discours en vers de Voltaire, certaines oeuvres de d’Argens. Mais rien ne prouve que tous les lecteurs ont saisi la portée de toutes les allusions. Rien ne prouve même, inversement, que l’opinion moyenne n’a pas devancé ou dépassé l’opinion des gens de lettres. C’est une grave erreur en histoire littéraire et en histoire tout court que de déterminer l’opinion générale par celle des gens qui font métier d’écrire ; il faut prouver la concordance de ces opinions et non pas la supposer.
Notons d’abord que l’autorité disposait d’armes redoutables contre tous ceux qui, non seulement dans leurs écrits, mais même dans leurs conversations, s’avisaient de n’être pas d’accord avec elle. Composer, imprimer, vendre ou même
1 Ouvrages de référence générale : G. Lanson, op. cit., (1539 et 1540) ; A. Moriz, op. cit., (1556) ; Carcassonne, op. cit., (1512) ; J.P. Belin, Le Commerce des livres prohibés à Paris, (1505) ; A. Sicard, Les Etudes classiques avant la Révolution, (616).
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détenir un livre non autorisé, p.74 c’était être passible de la peine de mort et, pour le moins, des galères. L’imprimerie est soigneusement surveillée. En 1739, un arrêt de la cour supprime toutes les imprimeries dans quarante-trois villes du royaume. Les actes d’impiété sont férocement punis. En 1717, à Bayeux, par exemple, un homme a le poing coupé et est brûlé vif « pour plusieurs profanations et sacrilèges » dans l’église d’Engles-queville ; un nommé de Vauxcelles est condamné aux galères à perpétuité « pour avoir parlé de la religion avec impiété ». Si bien que Jamerey Duval pouvait affirmer, vers la même date, que « la crainte de la Bastille est parvenue à dompter la pétulance française jusques à leur faire respecter toutes les opérations du gouvernement comme autant de mystères impénétrables ». Seulement le gouvernement n’use pas toujours des armes qu’il possède ou bien il en use avec une extrême indulgence. Tout se borne, le plus souvent, à une condamnation du livre et à un petit bûcher sur les marches du palais où l’on brûle d’ailleurs à l’ordinaire des vieux papiers au lieu du livre condamné. Les auteurs échappent presque toujours et les impri-meurs ou libraires s’en tirent avec d’assez vagues pénalités. Trois ou quatre mois de Bastille, après quoi on les relâchait. Prault, pour avoir vendu le début de l’Essai sur l’histoire de Louis XIV de Voltaire, a trois mois de fermeture et cinq cents livres d’amende. Il semble bien d’ailleurs que la surveillance soit un peu molle, intermittente, que les imprimeurs clandestins et les colporteurs soient plus habiles que la police ou même que la police soit parfois complice. Barbier constate, en 1734, que « les écrits anonymes sont plus à la mode que jamais et la licence
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sera difficile à réprimer ». En effet, les archives de la police montrent que les manuscrits irréligieux et les ouvrages prohibés circulent assez aisément, qu’il s’agisse du Testament de Meslier, de la Vie et esprit de Spinosa ou de la Vie de Mahomet. Sans doute les prix sont souvent très élevés. Les Pensées du curé Meslier valent huit ou dix louis d’or (deux mille à trois mille francs de notre monnaie). Mais les Lettres philosophiques, d’abord hors de prix, tombent ensuite à six livres. Un certain nombre de documents nous montrent que cette contrebande pénètre dans tous les milieux. En 1732, on vend à Fontainebleau même, pendant le voyage du roi, le Moyen de parvenir et « nombre de livres, p.75 livrets et libelles sans nom d’auteur ». D’après la police « il n’y avait pas un officier du Parlement » qui n’eût chez lui quelque manuscrit impie. En 1747, on arrête un précepteur et un maître de quartier du collège de la Marche pour avoir détenu et tenté de faire imprimer une histoire suivie de l’Inquisition et un système de raison sur la religion.
II. — Les progrès de l’irréligion
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La diffusion de la pensée est donc considérablement gênée ; mais elle n’est pas, même avant 1750, réellement entravée. Et les progrès de l’irréligion sont certainement considérables dans un certain monde, dans celui qui fréquente les salons où il rencontre les gens de lettres, dans celui des gens riches avides de plaisirs. Ils sont aidés d’ailleurs par la corruption grandissante des moeurs. Elles n’ont assurément jamais été très sévères dans ces mêmes milieux et l’austérité apparente cachait souvent les
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vices les plus brutaux. Mais la brusque réaction qui suivit la mort de Louis XIV, les bouleversements de fortunes qui furent la conséquence des opérations de Law installèrent dans la haute société de la cour et de Paris une sorte de gloriole de vice et une mode de cynisme. C’est le temps des « petits-maîtres » pour qui c’est une déchéance que de croire à autre chose qu’à leur plaisir ; celui des « mariages à la mode » où il est convenu que Madame et Monsieur n’ont jamais la même chambre, ni souvent le même appartement ou la même maison et changent à leur guise d’amant ou de maîtresse ; celui où l’on rosse ses créan-ciers et ne les paye point ; celui où l’on se ruine en habits brodés, en fêtes et en « petites maisons » ; celui où les courtisanes insolentes étalent leurs bijoux et leurs carrosses au Cours-la-Reine ou à la promenade de Longchamps. C’est enfin le temps où se multiplient les romans galants, les romans obscènes et les poésies qui ne le sont pas moins, depuis La Pucelle de Voltaire et les oeuvres « badines » de Grécourt ou de Piron jusqu’aux romans de Crébillon le fils. Tous ceux qui mènent cette vie-là et qui font leurs délices de ces oeuvres ne sont plus de ceux qui font leur examen de conscience et qui croient aux péchés de la chair. Les dogmes et la morale p.76 même du christianisme leur sont évidemment devenus étrangers. Il est facile en effet de suivre les progrès de l’incrédulité. « Je ne crois pas qu’il y ait à Paris, écrit la princesse Palatine en 1722, tant parmi les ecclésiastiques que parmi les gens du monde, cent personnes qui aient la véritable foi et même qui croient en Notre-Seigneur. » La Palatine exagère sans doute, ou du moins elle ne peut dire vrai qu’en parlant des ecclésiastiques grands
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seigneurs. Mais plusieurs témoignages la confirment. « Un nombre de beaux esprits et de gens du monde, écrit le P. Castel à Montesquieu, en 1734, aimeront assez à voir traiter de haut en bas ce qu’ils appellent la prêtraille monastique et fronder même un peu l’ordre ecclésiastique, pape et évêques. C’est tout à fait le goût d’aujourd’hui. » Il ajoute d’ailleurs, ce qui confirme notre précédent chapitre : « Il est pourtant vrai que les personnes d’un certain ordre ne se permettent ces insultes et ces hauteurs que dans les conversations, et que tout ce qui en transpire dans le public ne vient que de la part de quelques petits auteurs ténébreux et anonymes. » D’autres ne sont pas moins affirmatifs. Le jésuite Croisset se plaint, en 1721, qu’on ne veuille plus observer le carême et en 1730 que seul « le nom de miracle excite la risée dans les gens du monde ». Le commissaire Dubuisson entre en possession, en 1737, de quatre manuscrits impies. « Paris et notre siècle sont féconds en ces penseurs libres ; ils forment des sociétés que la liberté dans laquelle on les laisse vivre leur donne lieu d’accroître tous les jours. Ce que nous avons de plus brillant dans la jeunesse par l’esprit et les sciences les compose et vous ne sauriez croire combien ce germe pullule. »
Sous ces généralités il est facile de mettre toutes sortes de grands noms. Le libraire Le Coulteux vend trois exemplaires de son Spinosa au comte de Toulouse, à l’évêque de Blois et à M. de Caraman. Piron fait assaut de plaisanteries impies avec le duc de Maine, M. de Malezieux et J.-B. Rousseau et ils se mettent à dix pour faire gras un vendredi. Les lettres de Bolingbroke, de Mme de Villette, des Caumartin laissent à chaque instant
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transparaître ou étalent le scepticisme ironique des gens du monde. Un peu plus tard des morts impies feront scandale. Mme de Prie meurt sans sacrements et fort p.77 insolemment. Elle veut jeter le curé par les fenêtres. Mgr de Vintimille, archevêque, répond à son confesseur : « M. l’abbé, en voilà assez ; ce qui est le plus certain c’est que je meurs votre serviteur et votre ami. » D’ailleurs, il y a nombre de sociétés où les gens mal pensants ont tout loisir d’échanger leurs raisons et leurs ironies. Mme de Lambert malgré toute sa philosophie est encore fort pieuse et toute pénétrée de morale traditionnelle ; mais Mme de Tencin, dont personne n’ignore la vie scandaleuse, mais Mme du Deffand, qui ne croit à rien pas même au plaisir, mais Mme Doublet, friande de tous les potins, mais le comte de Plélo, groupent autour d’eux tout ce qu’il y a d’esprits forts. Dans les cafés mêmes, malgré les espions de police qui fourmillent, les conversations deviennent de plus en plus audacieuses. On n’a même plus besoin de recourir à Jeanneton et à Monsieur de l’Être. « Il y a à Paris, disent les archives de la police, de prétendus beaux esprits qui parlent dans les cafés et ailleurs de la religion comme d’une chimère. Entre autres M. Boindin s’est signalé plus d’une fois dans le café de Conti. » En 1725, Boindin et Duclos discutent au café Procope ; Boindin soutient que l’ordre de l’Univers peut s’accorder aussi bien avec le poly-théisme qu’avec un seul Être suprême. « L’assemblée, dit Duclos, était nombreuse et attentive. »
Mais c’était tout de même une assemblée d’habitués de cafés, gens de lettres, oisifs et bohèmes. Ce n’était pas encore la masse, ni même une part des honnêtes bourgeois. Si les
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preuves abondent des progrès rapides de l’irréligion dans les milieux aristocratiques et mondains, on cherche à peu près vainement les témoignages marquant qu’elle a pénétré ou même touché les classes moyennes. Le curé Guillaume, l’abbé Couet sont des « mécréants », mais ce sont des familiers du comte de Plélo et non de petites gens. Un abbé de Bonnaire, oratorien, meurt en 1752 « déiste solennel et notoire », mais c’est peu ou prou un homme de lettres. De même cet abbé Garnier et cet abbé Letort, chez qui la police saisit des manuscrits impies, sont maître de quartier et précepteur au collège de la Marche, c’est-à-dire des « intellectuels ». Vers 1730 le P. Tournemine, au collège Louis-le-Grand, veut convertir les incrédules : « sa chambre était p.78 pleine d’esprits forts, de déistes et de matérialistes ; il n’en convertissait guère » ; mais c’étaient apparemment d’anciens élèves ou leurs amis et non des bourgeois du quartier. On pourrait rassembler quelques cas isolés : un chanoine de Sainte-Geneviève, Le Cour-bayer, doit s’exiler vers 1728 parce qu’il interprète à sa façon les textes et les dogmes chrétiens ; un sieur de La Grange, prisonnier à la Bastille, meurt, en 1722, en refusant les sacrements : cas d’ailleurs si rare que, pour éviter le scandale, on l’enterre suivant les usages ordinaires. En 1723, on souille un autel de Notre-Dame, bravade de quelques hors-la-loi. Il est impossible de généraliser ces exemples. D’ailleurs, lorsque vingt ou trente ans plus tard, les défenseurs de l’Église regretteront le « bon vieux temps » de la piété confiante, ce sera un temps qu’ils ont connu, celui de 1730 ou de 1740.
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Il est probable que les idées moins hardies de tolérance et de morale du bonheur exercent déjà une certaine influence sans pénétrer pourtant très profondément. Il faut s’en tenir à des probabilités puisqu’il est très difficile de découvrir des preuves directes. Le succès d’un livre comme celui de Lemaître de Claville, bourgeois écrivant pour des bourgeois, est évidemment significatif. De même il est très certain que l’esprit mystique s’affaiblit beaucoup. Les livres de dévotion sont toujours très nombreux, mais il y en a fort peu, entre 1720 et 1750, qui soient réellement mystiques ; M. Chérel n’en signale pas une demi-douzaine. La dévotion au « Sacré coeur » de la vénérable Marie Alacoque a été l’objet d’innombrables plaisanteries de la part, non seulement de Voltaire, mais encore de gens qui n’étaient pas des incrédules. De l’histoire de la tolérance pratique il n’y a rien à tirer. M. Dedieu a montré très précisément que la conduite à l’égard des protestants ne s’explique pas seulement par des raisons religieuses, mais encore par des raisons de politique intérieure ou de politique étrangère, qu’elle varie d’ailleurs brutalement et de façon constamment contradictoire selon les années et selon les provinces. L’édit de 1724 est féroce : « Un prédicant calviniste, dit Voltaire, qui vient prêcher secrètement ses ouailles dans certaines provinces est puni de mort s’il est découvert, et ceux qui lui ont donné à souper et à coucher sont envoyés aux galères perpétuelles. » Mais il arrive souvent que l’édit n’est pas appliqué et que l’on p.79 use d’un libéralisme relatif, sans que l’on puisse le plus souvent savoir si c’est par esprit de tolérance ou par prudence politique.
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Du progrès des idées nouvelles en politique rien à dire. Si ce progrès est à peine sensible parmi les gens de lettres, rien ne semble le rendre même probable dans les classes moyennes. On a bien souvent rappelé que lorsque Louis XV fut très gravement malade à Metz, en 1744, toute la France frémit d’angoisse et les prêtres ne suffirent plus à dire les messes payées pour sa guérison ; partout les réjouissance les plus coûteuses et d’ailleurs les plus sincères célébrèrent son rétablissement. Marais se plaint, vers 1730, que la police soit devenue bien difficile et qu’on joue des princes du sang aux marionnettes. Mais ces irrévérences semblent isolées et il faudrait savoir ce qu’étaient ces farces de marionnettes. Assurément on a durement souffert du désordre des finances, des impôts, des soubresauts de la politique, mais si l’on se plaint, ce n’est encore que des hommes ou des circonstances, non des principes. Dans les copies abrégées du Testament de Meslier, la partie politique est non pas abrégée, mais supprimée.
L’histoire de la province confirme, dans la mesure où on peut la saisir, celle de la vie parisienne. Il semble bien qu’il y ait eu, un peu partout, des progrès certains de l’incrédulité dans les milieux cultivés. Chez Mme de Warens, convertisseuse officielle chez qui fréquentent les Jésuites, il y a le dictionnaire de Bayle, Saint-Evremond, La Henriade. « Rien de tout ce qu’écrivait Voltaire, dit Rousseau, ne nous échappait » ; et l’on sait que Mme de Warens, n’ayant pas de religion, se faisait à elle-même une morale fort libérale. Chez les Dijonnais lettrés on rencontre, avec un puissant esprit de tradition, un esprit critique fort aiguisé qui glisse, sous les apparences pieuses, toutes sortes de
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scepticismes. Bayle est très lu, et d’ailleurs discuté ; La Monnoye ne croit ni aux saints, ni aux reliques, ni même, semble-t-il, à des choses plus essentielles. Bouhier, qui n’est pas lui-même toujours très respectueux, parle à l’abbé Leblanc, en 1738, d’un repas de philosophes où, sur l’article de la religion, « il eût été bon de se boucher les oreilles ». A Nancy, le libraire Henry est condamné, en 1739, à vingt-cinq francs d’amende p.80 pour avoir affiché à la porte de sa boutique, outre deux livres jansénistes, La Religieuse en chemise. Levesque de Pouilly vit à Reims, dans son hôtel de la rue de Vesle, non sans fracas. Il y construit une salle de spectacle où l’on joue Zaïre ; il y reçoit assez longuement Voltaire et Mme du Châtelet. A Bordeaux les livres prohibés arrivent journellement, par bateaux. On y saisit en 1740 les OEuvres de Voltaire, en 1742 les Lettres chinoises de d’Argens. Sans doute tout ne s’arrête pas à Bordeaux ; c’est par les ports que se faisait, pour toute la France, une bonne partie de la contrebande des livres ; mais il en demeurait bien quelques-uns. On rencontre même, parfois, quelques faits plus significatifs que des lectures. Dutens, vers 1747, voyage avec un chevalier de Saint-Louis qui avait beaucoup vécu avec des philosophes ; « il n’avait acquis que le ton dédaigneux et l’intolérance de ses amis » et il emplissait la diligence de ses discussions impies. A Clamecy, en 1733, « on fait des danses les fêtes et dimanches ; on y fréquente les cabarets pendant l’office divin ; on travaille les jours défendus... Il y a nombre de personnes qui n’ont pas satisfait à leur devoir pascal, les uns par négligence, les autres par libertinage et plusieurs par entraînement » ; l’évêque doit prendre, en 1738, une décision
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interdisant à nouveau tout travail les dimanches et fêtes. Quatre « légistes », c’est-à-dire étudiants en droit, brisent une vierge de pierre à la porte dijonnaise de la Miséricorde et prennent la fuite. A Poitiers, en 1740, on vole, casse et outrage l’image de la vierge de la Tranchée. Il ne faut pas oublier enfin que les manuscrits déistes ou athées que nous avons étudiés sont assez nombreux en province et que M. Lanson en a signalé des exemplaires et souvent plusieurs à Douai, Rouen, Fécamp, Châlons-sur-Marne, etc.
Toutefois il ne faudrait pas exagérer l’importance de ces témoignages. Même quand ils sont nombreux, il faut les juger par comparaison et penser que nous en rencontrerons beaucoup plus après 1750. Le plus souvent les faits que nous avons rappelés sont signalés par les mémorialistes justement à cause de leur caractère d’exception, de scandale. Après 1750, ce seront, au contraire, des faits parmi d’autres faits. Surtout il ne faut pas oublier que les moeurs provinciales étaient restées le plus souvent très simples et même austères. p.81 C’est la dépravation des moeurs de la haute société parisienne qui explique en partie les progrès de l’incrédulité ; c’est la stabilité des moeurs et de l’esprit traditionnel qui s’opposaient encore, en province, à ces progrès. Sans doute le système de Law a ébranlé, même dans certaines provinces, les fortunes et les conditions de la vie. L’avocat vierzonnais Béchereau se plaint de la vie chère et note qu’il faut payer, à cause du Système, les ouvriers des vignes seize sous au lieu de dix. Mais toutes ces perturbations restent superficielles. Après 1750 nous verrons de toutes parts les esprits sévères signaler la passion du jeu, des
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bals et des fêtes coûteuses, l’organisation des théâtres de société, la création des cafés, le goût du luxe et du plaisir. Mais vers 1740, point de théâtres sinon quelque troupe ambulante qui joue où elle peut, point de cafés. Les plaisirs sont quelques réunions le soir, où l’on boit du vin doux, casse les noix et parfois regarde danser la jeunesse, les confréries pieuses, dont chacun fait partie, les sermons et les processions. Même dans la bourgeoisie aisée on ignore le salon, souvent la salle à manger qui se confond avec la cuisine. Parfois, comme en Bresse, il n’y a qu’une seule pièce qui sert de cuisine, de salle à manger et (avec des alcôves, ruelles et rideaux) de chambre à coucher. A plus forte raison, les inquiétudes, les mécontentements politiques et surtout l’esprit de discussion sur les conditions du gouvernement n’ont-ils pas pénétré dans de pareils milieux. Aucun symptôme ne décèle la curiosité critique et l’espoir des changements profonds. La vieille France bourgeoise continue à croire aux droits de Dieu et du roi, à espérer leurs bienfaits, à se résigner aux erreurs et aux abus dont il arrive d’ailleurs que la bourgeoisie profite, par les maîtrises, les jurandes, les exemptions d’impôts et la fréquente hérédité des charges municipales.
III. — Enquêtes indirectes : les journaux, les collèges
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Il est d’ailleurs fort difficile de pénétrer dans la pensée de gens qui n’ont laissé à peu près aucune trace de leurs opinions ou même de leur vie. Il faut se fier surtout à la comparaison, comme nous l’avons dit, et se reporter dès maintenant à
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l’histoire des périodes p.82 1748-1770 et 1771-1787 ; au lieu d’un petit nombre de documents, nous en trouverons des centaines. Il faut enfin tenter des enquêtes indirectes. On peut être renseigné, par exemple, sur ce que pensent des sociétés ou des groupes sociaux par les journaux qu’ils lisent, ou par l’instruction qu’ils reçoivent ; ce que pensent et enseignent des professeurs a chance de pénétrer profondément dans les habitudes des générations qu’ils forment.
Or, c’est justement à partir de 1720 et surtout 1735 que le journalisme commence à se transformer. Jusque-là il n’y a, d’un côté, que la Gazette, simple feuille officielle, et le prudent et superficiel Mercure « immédiatement, dit La Bruyère, au-dessous de rien » ; d’un autre côté, des journaux qui ne sont écrits que pour des érudits et ne peuvent intéresser qu’eux : Journal des Savants, journaux de Bayle, de Basnage de Beauval, etc. Leurs rédacteurs n’ont aucun souci de se mettre à la portée des gens du monde ou des bourgeois curieux. Ils entassent confusément le compte rendu des ouvrages les plus disparates et dont la plupart sont d’austères recherches ou des chicanes érudites. Si J’ouvre, au hasard, un tome du journal qui ne craint pas cependant de s’intituler Lettres sérieuses et badines sur les ouvrages des savants (1733, t. VIII), J’y trouve le compte rendu des Origines de la maison de Hanovre — Histoire du Danemark de Pontanus — Traité sur les vers de mer — Histoire de Pologne — Continuation de l’histoire d’Espagne de Mariana — Divers traités du docteur Swift — Entretiens de littérature sacrée de Labrune — Description de la Chine de du Halde — Spectacle de la nature — Nouvelle histoire des papes — Histoire des rois de
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Pologne, etc. Sommaire, pris également au hasard, de la Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants de l’Europe (janvier-mars 1737) : Histoire ecclésiastique de Fleury — Observations sur la comédie — Jurisprudence — Géographie physique de Woodward — Lettres de Leibnitz — Mémoires de l’Académie des Inscriptions — Histoire ancienne — Histoire des anciens traités — La Sagesse de Moise — Vie de Sers. S. Rufus — Opuscules de Heineccius — Logique de Crousaz, etc. On trouverait le même esprit dans tous les journaux, exception faite pour le Mercure, avant les journaux de Desfontaines. Assurément ils évoluent et parfois profondément. L’esprit cartésien, puis l’esprit p.83 expérimental, l’esprit de critique historique et même d’exégèse rationnelle les pénètrent, plus ou moins profondément. Ils font de moins en moins de place aux oeuvres de compilation érudite, de scolastique, de théologie. Mais cette évolution ne peut avoir d’influence que sur les érudits, sur les gens de lettres, et non sur le grand public qui ne les lit pas.
Desfontaines, au contraire, va créer un journalisme nouveau. Déjà le Mercure de France avait évolué, c’est-à-dire qu’il avait essayé non pas de s’alléger, puisqu’il était vide, mais de devenir moins frivole. Les Nouvelles littéraires, c’est-à-dire le compte rendu plus ou moins détaillé d’un certain nombre d’ouvrages récents, commencent en juin-juillet 1721. A côté des anecdotes et curiosités, poésies fugitives, nouvelles et romans, énigmes et chansons, on rencontre, en proportion sensiblement moindre, mais déjà assez grande, des articles sur la grammaire, l’histoire, l’archéologie, les sciences, la géographie, etc., des comptes
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rendus d’ouvrages sur les finances, la morale, les métiers et machines, l’économie sociale, les beaux-arts, le commerce, l’histoire et la géographie, la médecine, les sciences, etc. C’est pourtant Desfontaines qui a tenté de mettre les journaux à la portée de « tous les honnêtes gens » et de conduire l’érudition à l’« école du goût » et même de l’agrément. Prenons le Journal de Trévoux : nous verrons que les comptes rendus des ouvrages de théologie et d’histoire y tiennent près de la moitié du journal et occupent cinq ou six fois plus de place que les ouvrages de belles-lettres. Prenons, au contraire, au hasard, les tomes I-IV, 1736, des Observations sur les écrits modernes de Desfontaines : nous verrons que les belles-lettres, le théâtre, les romans et contes tiennent les deux tiers de la place et que la théologie, l’apologétique, la piété, les sciences ne sont représentées que par quelques numéros. Si nous faisons le même calcul pour les tomes I-IV, de l’année 1745, des Jugements sur quelques ouvrages nouveaux, la disproportion sera à certains égards encore plus forte : une cinquantaine d’articles, par exemple, sur les belles-lettres, contre deux sur des ouvrages de piété et un sur un ouvrage d’apologétique.
Seulement cette évolution n’a pu que préparer les journaux à la fois philosophiques et mondains, parce que les directeurs du Mercure p.84 et Desfontaines n’avaient aucun goût pour la philosophie et surtout pour la philosophie nouvelle. Pour plus de commodité, Desfontaines ne parle à peu près jamais ni de politique ni de philosophie, si ce n’est pour faire à Voltaire les critiques qui déchaînèrent les fureurs et les batailles que l’on sait. D’une façon générale, des statistiques comparatives
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montrent combien est encore restreinte la place des articles qui pourraient mettre sur le chemin des idées nouvelles. En 1722 et 1723, il y a dans le Mercure de France : a) un seul article (sur les Lettres persanes) touchant à des questions de politique, d’économie sociale, de législation, b) quatre articles touchant aux sciences, c) trois ayant un intérêt philosophique (à propos d’oeuvres de Bayle), contre : d) environ cent cinquante poèmes, articles sur le théâtre, éloges, discours et une cinquantaine sur l’histoire. En 1750 et 1751, les proportions deviennent a) onze, b) vingt-six (vogue des sciences expérimentales), c) un, d) cent ; en 1780 et 1781 : a) quarante et un, b) trente-neuf, c) sept et d) quatre-vingts. Pour le Joumal des Savants, en 1720 et 1721 : a) trente-deux articles sur la théologie et la religion, b) six sur la philosophie, c) sept sur les sciences, d) aucun sur la politique. En 1750 et 1751, les chiffres deviennent : a) cent quarante, b) zéro, c) soixante-dix, d) quinze. Et en 1780 et 1781 : a) trente-sept, b) cent trente-cinq sur la philosophie et les sciences, d) vingt-cinq sur la politique 1. Les journaux n’ont donc pu, de 1715 à 1747, avoir qu’une influence très indirecte sur les transformations de la pensée moyenne, en nourrissant un certain esprit de curiosité.
L’étude de l’instruction dans les collèges confirme ces conclusions. De toute évidence, l’instruction traditionnelle
1 Bien entendu, les statistiques ne peuvent être qu’approximatives, le classement de pas mal d’articles ou comptes rendus étant incertain. Mais les chiffres et leurs écarts restent assez considérables pour que ces statistiques aient leur valeur. L’étude du contenu des articles confirme d’ailleurs les chiffres. Aucune audace philosophique ou politique dans le Journal des Savants ou le Mercure. Notons enfin qu’il faut considérer seulement les écarts de chiffres, l’étendue du Mercure notamment ayant varié.
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pouvait développer bien des qualités, sauf cet esprit de curiosité. On n’y enseignait rien que du latin et de la rhétorique latine, et, dans les années facultatives de philosophie, de la philosophie scolastique. Même jusqu’à la p.85 fin du XVIIe siècle, on apprenait à lire dans des livres latins auxquels les enfants ne comprenaient rien. Assurément beaucoup de pédagogues tentent de réagir contre cette tradition : ceux de Port-Royal d’abord, puis le P. Lamy et l’abbé Fleury à la fin du XVIIe siècle, Rollin dans le premier tiers du XVIIIe siècle. Le P. Lamy, oratorien, proteste contre la physique scolastique et demande pour les élèves de philosophie : de la physique expérimentale, de l’histoire naturelle, de la chimie, de la morale adaptée à la vie ; il se plaint qu’au collège on lui ait mis la tête dans un sac et l’ait fait marcher à coups de fouet ; il veut qu’on apprenne à observer et à réfléchir librement. Fleury méprise le vain bavardage de la rhétorique et de la scolastique ; il ne reste à peu près rien, dit-il, pour la pratique de la vie, de l’instruction des collèges sinon quelques vagues notions et quelques formules qui ne sont que des mots. Le latin, pour lui, n’est qu’une langue et non une culture. Il demande une place pour le français, l’histoire et la géographie. Rollin reste étroitement fidèle à toutes sortes de traditions : il explique le cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge par les règles de la rhétorique. Diderot lui reprochera de n’avoir d’autre but que « de faire des prêtres ou des moines, des poètes ou des orateurs ». Mais il était pourtant assez audacieux pour susciter de vives critiques du recteur Gibert. Il veut qu’on enseigne méthodiquement le français ; il réclame pour l’histoire (d’ailleurs afin d’enseigner la morale) une
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place beaucoup plus large. Il recommande l’étude de Fléchier, Bossuet, Fontenelle, Boileau, Nicole, Esther et Athalie. Locke a exercé une influence plus étendue 1. Son traité De l’éducation des enfants, traduit dès 1695, est au moins à la huitième édition en 1746. Il fait le procès de l’étude exclusive du latin, de la rhétorique, de la scolastique : « Un enfant bien né ne doit pas être élevé aux ergoteries de l’École. » Il veut substituer à l’étude des mots celle des réalités : géométrie, histoire, morale, droit civil, législation. Il veut qu’à chaque pas et dès l’enfance, on fasse appel non à la mémoire passive de l’enfant, mais à son raisonnement. Si l’on y joint les préoccupations de l’éducation physique, de l’éducation manuelle, de l’éducation agréable c’est, p.86 malgré ses limites (Locke n’a en vue que l’éducation d’un gentilhomme), une pédagogie toute moderne.
On pourrait joindre à ces grands noms ceux d’un certain nombre d’éducateurs plus ou moins audacieux, l’abbé de Saint-Pierre, Crousaz, etc. Et il est certain que le nombre et le succès de ces oeuvres oblige à croire qu’elles ont eu de l’influence. Mais c’est une influence qui n’entraîne encore à peu près aucuns résultats pratiques. Les écoles de Port-Royal n’ont formé qu’un petit nombre d’élèves et disparaissent avec Port-Royal. Dans les collèges de l’Oratoire, on enseigne l’histoire en français, la méthode latine en français ; vers 1740, on commence à y faire quelques discours français, à donner un peu plus de place à l’histoire. Mais c’est à peu près tout. Chez les Jésuites, dans les collèges de l’Université rien n’a pour ainsi dire changé. Les
1 Une thèse en voie d’achèvement de M. Linscott tend à prouver d’ailleurs qu’on a tendance à exagérer cette influence.
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manuels de rhétorique sont encore souvent en latin ; les cahiers de philosophie, même lorsqu’un peu de cartésianisme s’y glisse, sont toujours aussi arides et aussi barbares ; toutes les audaces se bornent à joindre la version latine au thème, à faire un peu plus d’histoire ou de géométrie sans jamais donner d’ailleurs à ces études la sanction d’un prix ; à jouer quelque tragédie ou pastorale en français à côté des pièces latines. Les collèges, malgré tous les raisonnements des pédagogues, restent fermés à l’esprit nouveau. Sans doute il arrive que celui-ci s’y glisse, ici ou là. Si le P. Tournemine tient à Louis-le-Grand des réunions pour convertir les incrédules, c’est qu’il craint qu’il y en ait. Nous avons cité également le cas du maître de quartier et du précepteur du collège de la Marche. Leguai de Prémontval, dès sa philosophie (à quinze ans !), perd tout à fait la foi. En province, Marmontel, alors répétiteur au collège de Toulouse, et d’ailleurs fort pieux, ne craint pas d’envoyer une ode à Voltaire, en 1740, et d’entrer en correspondance avec lui. Faits plus graves, les élèves du collège du Mans, dont un grand nombre se destinent à la prêtrise, sont blâmés en 1730 pour négliger les sacrements ; tous ont communié à Pâques, mais quelques-uns seulement à Noël et à la Pentecôte. Les plaintes se précisent en 1734 ; ils présentent même des billets de confession suspects : « Schedulas confessionis ab extraneis sacerdotibus obtentas raro et quasi inviti exhibere contenti ad sacram synaxim minime accedunt. » Mais la p.87 jeunesse des collèges était depuis toujours fort turbulente. Et tous ces faits sont, nous le verrons, beaucoup plus rares que dans les années précédant la
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Révolution : il semble que ce soient des accidents ; quarante ans plus tard ils tendront à devenir la règle.
IV. — Quelques hommes : Mathieu Marais, l’avocat Barbier, le marquis d’Argenson
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C’est seulement après cette enquête générale qu’on peut juger équitablement les témoignages des mémoires-journaux de Marais, Barbier, d’Argenson. On a abusé de ce qu’ils ont écrit pour deux raisons. Il se trouve, et c’est un simple hasard, que les plus abondants et les plus pittoresques des mémoires sur le XVIIIe siècle ont été écrits par des hommes qui ont vécu à la fin du XVIIe siècle ou surtout dans la première moitié du siècle. C’est donc eux que l’on interroge, par commodité et par plaisir. Mais il est tout à fait arbitraire de se servir d’eux pour juger le XVIIIe siècle tout entier et surtout la deuxième moitié du siècle. En deuxième lieu, ce ne sont pas trois témoignages, même concordants, qui permettent de connaître l’opinion moyenne ; on peut même dire que c’est justement parce que Marais, Barbier, d’Argenson ont rédigé des journaux copieux qu’il faudrait se défier d’eux ; car ce besoin de coucher par écrit leurs inquiétudes et leurs rancunes témoigne qu’ils sont plutôt des individus d’exception. D’une manière générale, on ne peut voir dans une oeuvre ou dans un individu l’image de sa génération que si l’on connaît d’abord cette génération ; et c’est la méthode que nous nous efforcerons de suivre.
Marais (né en 1665, avocat en 1688) est un savant homme et un homme fort pieux. Il ne semble même pas avoir fréquenté les salons et les milieux nettement libertins. Il est lié surtout avec
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les beaux esprits avides d’apprendre plutôt que de discuter, les d’Olivet, les Basnage, les Valincourt, les Fraguier, les Brossette, le président Bouhier. Il n’aime ni Voltaire, qu’il traite de vilain Zoïle et de serpent, ni Montesquieu dont il dédaigne les Lettres persanes. Il déclare que la théologie du chant VII de La Henriade est brillante, mais affreuse. Et il croit fort bien qu’un miracle s’est produit sur le passage d’une p.88 procession. Pourtant, tout comme ses amis Brossette ou Bouhier, il est, sans s’en douter, infecté de l’esprit nouveau. Il se croit respectueux et il s’est laissé prendre aux charmes des curiosités qui vont tuer les anciens respects. Il veut tout lire, d’abord, même les livres qu’il juge redoutables ; il veut même les garder dans sa bibliothèque. Il faut avoir la Vie de Mahomet de Boulainvilliers, « avec une note de détestation ». Surtout il est féru de Bayle : « Je suis Bayliste » ; il veut lui bâtir un temple ; il entre en guerre contre tous ceux qui le critiquent, Crouzas ou Muralt. Parce qu’il aime l’esprit d’analyse et d’examen il a, malgré tout, toutes sortes d’indulgences pour les sceptiques intelligents, pour Saint-Evremond, Ninon de Lanclos. Et il est incapable de comprendre le mysticisme. C’est lui qui a parlé avec la plus joyeuse irrévérence de la fondatrice de la dévotion au Sacré-Coeur, Marguerite-Marie Alacoque : « Quelles folies ! et la crédulité la plus déterminée peut-elle en parler autrement ! » Alacoque, selon lui, devient un nom de carnaval ; les polissons au lieu de « la Chienlit » crient « Alacoque » ; on vend des rubans à la coque ; on ne dit plus des oeufs à la coque, mais des veufs à la Soissons, etc.
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Barbier (né en 1689, mort en 1771) est tout aussi pieux et plus crédule que Marais. Il croit qu’une paralytique a été guérie à la procession de la grande Fête-Dieu ; il croit qu’on a trouvé dans les papiers du P. Jourdan la prédiction des maux de 1726, que Dieu envoie des songes pour décider d’une vocation monastique. Il n’est pas beaucoup plus hardi en politique, ni même plus curieux de politique que Marais. Comme il écrit après 1715, qu’il a vu le Système, les perturbations des finances, les intrigues de la régence, les résistances des parlements, il craint pour son argent, pour sa tranquillité, pour la paix bourgeoise. Il s’inquiète des « pilleries de tous les gens de cour » ; il voudrait que les impôts pèsent moins lourdement sur le peuple, mais surtout parce qu’un peuple trop misérable pourrait se révolter. Et rien ne l’épouvante davantage que l’idée d’une révolte ou même d’une résistance batailleuse, de quelque côté qu’elle vienne, gallicanisme, parlements, populace. Mais ce bourgeois respectueux et timoré a perdu certains respects et sur des points qui sont d’importance. Sa morale a des côtés fort laïques ; il pense sur p.89 les Lais comme le Mondain, de Voltaire. Le roi a des maîtresses ; mais « qui n’en a pas » ? Et lui tout le premier. Sur la philosophie il passe son temps à croire et à dire que c’est une sirène redoutable et à ouvrir les oreilles toutes grandes pour mieux entendre. Le livre des Moeurs de Toussaint est « très dangereux et n’est recevable dans aucun pays ». Il paraît une pièce manuscrite intitulée Sermon des cinquante qui est un « sermon épouvantable ». Mais Barbier trouve moyen de se procurer Les Moeurs, bien qu’elles soient « très rares et très chères » et de les analyser pendant huit pages ; il veut avoir Le
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Sermon des cinquante et il l’analyse. On va arrêter la délivrance du deuxième volume de l’Encyclopédie : mais Barbier « prend les devants ». Si bien que, sans être le plus souvent l’ami de Voltaire, il est l’ennemi de ses ennemis, tient les livres de Montesquieu pour des chefs-d’oeuvre bien qu’ils aient été condamnés « comme opposés à la croyance catholique », juge l’abbé de Prades un « garçon de beaucoup de mérite et d’éducation » et Morellet un « homme supérieur ». Il en arrive à se défier de « la gent ecclésiastique » et même des miracles. La procession du jubilé se fait sous la pluie : « Les prêtres et le peuple qui y assistent sont mouillés jusqu’aux os ; ce qui est divertissant à voir promener dans les rues » ; et les convulsion-naires, les prétendus miracles du tombeau du diacre Pâris prouvent sans doute « l’incertitude des miracles reçus par l’Église qui se sont établis dans ces temps reculés avec aussi peu de fondement que ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux. »
Le marquis d’Argenson est, sur bien des points, beaucoup plus hardi que Marais et Barbier. C’est un fort honnête homme, un peu bohème, comme tant de grands seigneurs de sa génération, mais généreux, « brûlant d’amour pour le bonheur de ses concitoyens » et fort loyal. Seulement il se fait une morale tout à fait laïque, à sa façon, beaucoup plus hardie même que celle d’un Toussaint, d’un Voltaire ou, parfois, d’un Diderot. Il a horreur du mariage, sans doute parce que le sien, qu’on lui imposa, ne fut pas heureux ; il voudrait qu’il fût défendu « par de bonnes lois » ; il tient les filles entretenues pour respectables ; il voudrait que les enfants trouvés fussent « enfants de l’État ». En matière de philosophie religieuse il
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n’aime pas les philosophes, gens de peu ou gens de rien à qui leur bassesse p.90 devrait interdire de mal parler des puissances. Il se moque de Diderot qui sort de Vincennes « tout affairé, hébété et en lui-même ». Mais sa conception de la vie est celle des philosophes et de Diderot : « Quel sot préjugé que celui de combattre des plaisirs [c’est-à-dire des maîtresses] qui ne font tort à personne. » « Nous ne sommes ici-bas que pour nous rendre heureux, et nos compatriotes avec nous, autant qu’il est en nous. » C’est-à-dire morale du plaisir et morale humanitaire. En matière de dogmes il prétend être croyant. Il parle de « notre sainte religion si belle, si chère aux honnêtes gens ». Il est l’adversaire de la liberté d’écrire et même de penser. Mais il est violemment hostile « aux tristes dévots », « aux prêtres tyranniques », aux théologiens chicaneurs et obscurs ; il déteste le bigotisme et l’hypocrisie. Si l’académie de Bordeaux prend pour sujet de concours « que la vraie philosophie est incompatible avec l’irréligion » il juge la pensée fausse et mal digérée. Et il écrit pour lui une « Anatomie de l’âme » où il oscille d’un « matérialisme sans entêtement » au déisme.
En matière sociale et politique les idées de d’Argenson sont à la fois hardies, brutales et timorées. C’est un aristocrate démocrate. Il souffre profondément des misères du peuple. Ses mémoires sont à chaque instant un répertoire des famines, consomptions et révoltes d’un peuple misérable et accablé. Il veut qu’on trouve le remède à ces iniquités. Ce remède n’est pas dans la prétendue Constitution anglaise ; d’Argenson croit les libertés politiques malfaisantes ; le peuple est incapable de se gouverner. Il n’est pas non plus dans le maintien du
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gouvernement actuel qui n’est qu’une « anarchie dépensière ». Mais il faut restaurer l’autorité monarchique, lui donner pour la conseiller, au lieu « d’une satrapie de roture qui a tout mis en ruine », le soutien de la véritable noblesse régénérée. L’oeuvre de cette monarchie aristocratique devra être démocratique. On sévira contre les financiers sangsues ; on réformera des impôts injustes ; on luttera contre l’inégalité des richesses, même en réformant les lois successorales et en limitant le droit de propriété ; on assurera la liberté civile et économique. D’Argenson tend vers une sorte de socialisme imposé et surveillé par une aristocratie qui n’en prendrait que ce qu’elle voudrait.
p.91 En somme, Marais et Barbier ne peuvent être l’image que de la haute bourgeoisie ou de la partie la plus cultivée de la bourgeoisie moyenne. Marais semble la devancer jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Barbier en est le représentant assez fidèle jusque vers 1750 ; après quoi, il retarde. D’Argenson ne ressemble qu’à lui-même. L’état moyen des esprits vers 1747 peut se résumer ainsi : en matière religieuse la plupart des gens de lettres qui comptent sont déistes ou athées ; ils n’expriment d’ailleurs leur opinion que dans des écrits très clandestins ou avec une extrême prudence ; dans son ensemble la bourgeoisie reste très pieuse. Pourtant des conceptions nouvelles gagnent nettement du terrain : celle d’une morale plus libre, d’une sorte de droit au bonheur racheté par le devoir de la bienfaisance ; celle de la liberté de pensée, de la tolérance. En matière politique, les discussions ne sortent guère de certains milieux assez étroits où il ne s’agit d’ailleurs que d’une sorte d’aménagement de l’absolutisme monarchique. Les gens de
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lettres s’intéressent peu aux controverses politiques et l’opinion moyenne ne s’y intéresse pas du tout.
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DEUXIÈME PARTIE
LA LUTTE DÉCISIVE
(1748-1770 environ)
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CHAPITRE PREMIER
LES CHEFS. 1. LA GUERRE OUVERTE
I. — Montesquieu : L’Esprit des lois 1
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p.95 Quand L’Esprit des lois parut, en 1748, son succès fut considérable, mais ce ne fut pas un succès de scandale. Officiellement, l’entrée du livre, imprimé à l’étranger, était interdite, mais l’interdiction fut bientôt levée. Les dévots s’inquiétèrent ; la Sorbonne pensa à publier une censure ; mais elle réfléchit et changea d’avis. L’autorité royale et la Sorbonne n’avaient pas tort. Montesquieu, après les impertinences des Lettres persanes, s’était convaincu qu’il ne fallait pas toucher à la religion catholique et dans l’ordre politique il ne désirait ni une révolution ni même une transformation profonde. Sans doute L’Esprit des lois est tout à fait favorable au gouvernement répu-blicain et à la vertu qui en est le principe ; mais les lecteurs ne pouvaient trouver dans les chapitres de Montesquieu que des idées assez rebattues auxquelles les régents de collèges eux-mêmes les avaient habitués. Ce sont des dissertations théoriques et non des réflexions sur les réalités politiques du temps. Montesquieu ne jette aucun regard sur les gouvernements contemporains plus ou moins démocratiques : Genève, la Hollande. Les exemples ce sont la Sparte, l’Athènes, la Rome de Platon, d’Aristote, de Cicéron, de Tite-Live, p.96 celle des discours de collège. On y retrouve même, clairement, le
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souvenir des polémiques tout abstraites, dont nous avons parlé, sur la sage vertu des Spartiates et des Fabricius ou sur leur pauvreté disgracieuse et forcée. Son étude même de l’aristocratie, malgré des exemples empruntés aux cités italiennes, est toute pleine elle aussi de souvenirs livresques et d’érudition antique. Par contre, l’éloge de la Constitution anglaise repose sur les réalités les plus directes : ce sont les voisins de la France qui, au moment même où Montesquieu écrit, soumettent l’autorité du roi à celle d’un Parlement dont l’une des Chambres est élue. Mais il ne s’est pas trouvé un seul des lecteurs de Montesquieu pour écrire, ni même pour dire en se cachant : « Imitons l’Angleterre, nommons un Parlement français. » C’est que tout le monde n’admire pas l’Angleterre et que beaucoup sont convaincus que les choses n’y vont pas mieux qu’en France. C’est surtout que tout le monde — et Montesquieu tout le premier — est persuadé que ce qui convient aux Anglais ne pourrait donner en France que des résultats détestables. L’idée d’établir en France un gouvernement même vaguement démocratique est si loin de tous les esprits — et de celui de Montesquieu — que le chapitre n’est pour tous ceux qui le jugent qu’une vue de l’esprit.
Ce que Montesquieu désire, c’est ce qui ne pouvait surprendre personne en 1748. Montesquieu a la haine violente du despotisme, de tous les abus de la force, de l’Inquisition et de l’intolérance religieuse, de l’esclavage. Mais il est monarchiste, parlementaire et aristocrate ; il n’aspire qu’à une royauté prudemment tempérée par des « corps intermédiaires » et des
1 Ouvrage de référence générale : Carcassonne, op. cit., (1512).
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« lois fondamentales ». Lois d’ailleurs non écrites ; corps dont l’autorité peut toujours, en fait, être dédaignée. Mais Montesquieu compte sur la puissance, plus souple, de la coutume et des moeurs. Il compte aussi sur l’esprit d’honneur, qui pénètre le monarque comme l’aristocratie, et dont les lois fondamentales ne sont, dans une certaine mesure, que l’expression. Ainsi la monarchie pourra toujours en droit devenir un despotisme ; mais en fait elle sera toujours invinciblement ramenée vers un gouvernement contrôlé et modéré.
Il ne faut donc pas exagérer l’importance « philosophique » de L’Esprit des lois que beaucoup de philosophes d’ailleurs critiquèrent. p.97 M.G. Bonno a bien montré que l’éloge de l’Angleterre avait exercé une influence intellectuelle réelle et assez longue. Malgré des voix discordantes et des années de défaveur, on est généralement d’accord avec Montesquieu pour admirer l’équilibre des pouvoirs jusque vers 1775. Mais ceux qui admirent ne sont pas plus que Montesquieu des révolutionnaires. Ils ne veulent pas imposer ni opposer. Ils ne cherchent que des conseils et ne les suggèrent qu’avec prudence. C’est ailleurs qu’il faut chercher l’influence de Montesquieu. Elle tient à deux raisons. Montesquieu mettait en pleine lumière, sous une forme vigoureuse et avec plus d’intelligence, de libéralisme, des points de vue qui n’avaient intéressé jusque-là que des milieux assez fermés. En second lieu, et surtout, Montesquieu allait donner une expression puissante et hardie à la curiosité politique et sociale. Jusqu’à lui on avait discuté abondamment de principes politiques et nous avons dit, par exemple, le succès des livres de Grotius, de Pufendorff et de leur traducteur et annotateur Bar-
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beyrac. Mais c’étaient des discussions d’école et dont « la philosophie » ne pouvaient intéresser que des philosophes. Il s’agissait de retrouver, dans la raison éternelle et la nature commune à tous les hommes, quelques principes très généraux, dont l’évidence rationnelle puisse entraîner l’assentiment universel ; puis d’en déduire, par voie de raisonnement cartésien, toute une série de conséquences. Inutile de dire qu’on ne construisait ainsi que des systèmes abstraits et des politiques de cabinet. Montesquieu s’est laissé aller largement à ces raisonnements cartésiens dans sa théorie des trois gouvernements et il n’a jamais su, d’autre part, distinguer nettement l’idée de loi géométrique, mathématique qui n’a qu’une nécessité logique, et celle de loi expérimentale qui n’a qu’une nécessité de fait. Mais toute une partie de son oeuvre n’envisage que ces nécessités de fait. Pour lui les lois ne sont pas justes ou injustes, bonnes ou mauvaises en elles-mêmes ; elles sont bonnes lorsqu’elles réussissent, mauvaises lorsqu’elles échouent. Et si l’on fait le tour des sociétés, non pas seulement de celles qui nous environnent, mais de toutes celles du vaste monde, on verra que le succès des lois n’a rien à voir avec nos idées de justice et de morale ; celles qui p.98 peuvent nous sembler les plus déraisonnables ou les plus coupables peuvent fort bien faire le bonheur de ceux qui les ont établies et acceptées. Il faut en effet tenir le plus grand compte du climat, du terrain, de l’esprit général ou des moeurs et traditions. Comme il y a les plus profondes différences entre ces terrains, climats et moeurs, il y a des conditions très diverses, parfois contradictoires et, en apparence, absurdes, de la prospérité
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sociale. Mais c’est nous qui sommes absurdes en voulant tout juger à la mesure de nos idées et de nos besoins.
On voit aisément les conséquences de ces enquêtes et des conclusions sociales et politiques de Montesquieu. La vie politique française reposait sur une foi mystique : la conviction que la monarchie absolue était une volonté de Dieu, le roi, le délégué de Dieu. Les théories politiques des Grotius et des Pufendorff faisaient, pour la plupart, appel à une autre sorte de mysticisme, celui de Descartes ; elles supposaient que les idées de raison et de justice étaient partout les mêmes et qu’on pouvait construire, dans l’abstrait, la cité parfaite, capable de faire le bonheur de tous les hommes. Il y avait bien des discussions et des théories qui faisaient appel à une sorte de réalisme historique : celles qui s’appuyaient, pour justifier et préciser les droits des privilégiés ou pour les contester, sur l’histoire de la race victorieuse et de la race vaincue. Mais ces discussions de Dubos et des autres étaient étroites et hasardeuses. L’enquête de Montesquieu au contraire était si vaste, à certains égards si précise et si scrupuleuse, ses conclusions générales si claires et si solides, qu’elles devaient s’imposer à l’opinion. Dès lors tous les anciens respects étaient menacés. Montesquieu ne désirait pas les ébranler ; mais son oeuvre allait agir sans lui. Il n’était plus permis de dire et de se dire : « Obéissons, acceptons, sans discuter. » On pouvait, on devait se demander si la constitution politique et les lois faisaient bien le bonheur des Français ou, du moins, leur plus grand bonheur possible. Si l’on en doutait, on pouvait en conclure à bon droit qu’elles étaient mauvaises, injustes, nonobstant tous
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les sacres et toutes les majestés, et même tous les principes, et qu’il y avait lieu de les changer.
II. — Les Moeurs de François-Vincent Toussaint (1748)
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p.99 On n’a pas l’habitude de ranger F.-V. Toussaint parmi les philosophes du premier rang, ni même parmi ceux du second. Et ce dédain est parfaitement justifié si l’on s’en tient à l’originalité de l’auteur et à son talent d’écrivain. Mais nous n’étudions ici que l’influence des oeuvres dans le développement des idées nouvelles. Or, celle des Moeurs a été considérable. Il y a au moins quatorze éditions de l’oeuvre, c’est-à-dire beaucoup plus que des oeuvres proprement philosophiques de Diderot, à peu près autant que de l’Esprit d’Helvétius, etc. Toussaint a été, somme toute, le premier écrivain que les sévérités du gouvernement aient obligé à s’exiler, puisque Voltaire est parti en Angleterre pour une querelle personnelle. Son livre piqua vivement la curiosité. « Il est, dit Barbier, très rare et très cher », à cause de la condamnation, mais il passe rapidement « en plus de cinquante mains ».
Condamnation, scandale, succès sont dus à ce que, le premier, Toussaint donnait une forme précise à cette morale du bonheur laïque et humanitaire qu’on ne trouvait chez les autres que timidement, par allusions ou par fragments. Le principe de laïcité est nettement affirmé. La religion n’entre dans l’exposé « qu’en tant qu’elle concourt à donner des moeurs ; or, comme la religion naturelle suffit pour cet effet, je ne vais pas plus avant... Je veux qu’un mahométan puisse me lire aussi bien
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qu’un chrétien. » Même les allusions ironiques et sceptiques à l’égard des religions dogmatiques ne manquent pas. Toussaint refuse de faire le moindre crédit à l’autorité et à la foi. Il ne croit qu’à la raison. « Qu’est-ce que la vertu ? C’est la fidélité constante à remplir les obligations que la raison nous dicte. » Or, ce qu’elle nous dicte c’est ce qu’avaient déjà dit ou insinué Saint-Evremond, Mandeville, Voltaire, etc. L’homme cherche son bonheur ; il ne peut être heureux que par la satisfaction de ses passions ; « non seulement les passions ne sont point mauvaises en elles-mêmes, mais elles sont bonnes, utiles et nécessaires ». Les dévots prétendent qu’« on doit se mépriser soi-même, se haïr d’une haine irréconciliable » ; mais ce sont des sottises de dévots. La vérité est qu’il faut se proposer d’être heureux, — mais qu’on ne l’est qu’à p.100 deux conditions : la modération, la tempérance et l’humanité. Il n’y a pas de bonheur égoïste possible ; on ne peut être heureux qu’en pensant aux autres, en étant humain : « Aimer les hommes et les traiter avec bonté, en considération seulement de leur simple qualité d’hommes [et non pour l’amour de Dieu], voilà l’humanité. »
III. — L’Encyclopédie 1
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Le premier volume de l’Encyclopédie parut en 1751. Le dictionnaire fut achevé en 1772. La publication fut, sinon la cause essentielle, du moins la marque la plus éclatante du triomphe des philosophes. Tous les contemporains, amis ou adversaires, en conviennent. Mais cette importance de
1 Ouvrage de référence générale : Hubert (1530).
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l’Encyclopédie surprendrait fort un lecteur non initié. C’est un dictionnaire plus vaste de beaucoup que tous ceux qui l’avaient précédé. Pourtant il n’était pas le premier. On a publié à Paris, en 1758, une Table alphabétique des Dictionnaires avec une table des ouvrages publiés sous le titre de Bibliothèques, et elle comprend deux tomes. Dès 1694, Thomas Corneille avait publié le Dictionnaire des arts et des sciences en deux volumes in-folio. Il y avait de gros dictionnaires de commerce, économiques, de droit et de pratique, de sciences, etc., dont certains, comme celui de Savary Desbrulons, avaient eu le plus vif succès. Assurément les collaborateurs de l’Encyclopédie étaient des « philosophes » dont on savait qu’ils n’avaient aucun respect pour les philosophies anciennes : Diderot et d’Alembert, les éditeurs ; Voltaire, Montesquieu, Helvétius, d’Holbach, J.-J. Rousseau, Duclos, Buffon, Dumarsais, collaborateurs. Mais il suffit de lire les articles dont ils étaient les auteurs avoués pour n’y trouver qu’une science tout à fait inoffensive ; les sujets mêmes qu’ils s’étaient réservés (exception faite pour quelques articles de Diderot) étaient de ceux qui ne permettaient même pas des allusions impertinentes. Si l’on parcourt les articles qui exposent les sujets de politique ou de religion et, au hasard, dix ou cent articles, on n’y trouve rien que de neutre, de prudent ou même de respectueux.
p.101 Mais l’intention même de l’Encyclopédie était nouvelle profondément. C’était un dictionnaire, comme le disait le titre, raisonné et le prospectus comme la préface expliquaient clairement l’intention du mot. Pour un Français du siècle précédent, la raison humaine ou l’intelligence tout entière
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n’étaient rien. Elles ne pouvaient avoir qu’une utilité pratique pour la vie de cette terre ; mais qu’était la vie de cette terre sinon un « passage » où il fallait ne songer qu’à la vie éternelle. Peu importait par conséquent qu’il y eût, d’une génération à l’autre, plus ou moins d’intelligence ; le seul point qui comptait était qu’il y eût plus de foi et de morale chrétiennes ; et l’on convenait même très volontiers qu’il y avait eu chez les anciens plus d’intelligence, qu’il n’y avait donc pas eu de progrès à travers les siècles. La querelle des Anciens et des Modernes marque un premier retour au point de vue humain, la croyance à l’importance et à la réalité du progrès. Le dessein de l’Encyclopédie proclame très haut que le destin de l’humanité est non pas de se tourner vers le ciel, mais de progresser, sur cette terre et pour cette terre, grâce à l’intelligence et à la raison. A un idéal mystique elle oppose un idéal réaliste. Elle fait plus : elle démontre la réalité et l’efficacité de cet idéal. Elle est le bilan des progrès accomplis et, par lui, la promesse des progrès futurs.
Bien entendu, ni Diderot, ni d’Alembert n’ont pu dire les choses aussi clairement : ils ne pouvaient pas faire directement le procès de la foi et du renoncement terrestre. Mais ils ont fait avec une ironie presque insolente des procès qui supposaient celui-là. Ils ont repris, d’ailleurs après vingt autres, la critique de la philosophie scolastique, de ses arguties puériles, de ses verbiages prétentieux, de ses raisonnements qui détruisent toute raison et font douter du bon sens humain. Ils se sont élevés, en vingt occasions, contre l’esprit qui prétend imposer la vérité par des arguments d’autorité : « Deux obstacles principaux ont
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retardé longtemps les progrès de la philosophie, l’autorité et l’esprit de système. » A ces philosophies caduques, ils opposent, avec l’ardeur de la victoire, la vraie philosophie, l’esprit d’examen, l’esprit d’observation et d’expérience, « celle de Perrault, La Motte, Terrasson, Boindin, Fontenelle » et de ceux qui leur ont succédé. Cette philosophie « s’avance à pas de géant, et p.102 la lumière l’accompagne et la suit » ; « elle soumet à son empire tous les objets de son ressort, son ton est le ton dominant et on commence à secouer le joug de l’autorité et de l’exemple. »
Il n’était pas besoin d’en dire davantage ; et l’Encyclopédie n’avait qu’à exalter et démontrer son idéal, sans se soucier de celui des dévots. Mais on est en pleine bataille ; les philosophes ont des adversaires acharnés ; et ils n’ont pas résisté au plaisir de rendre les coups au lieu d’avoir l’air de les ignorer. Bien entendu ils ne peuvent faire qu’une guerre de ruses et d’embuscades. L’Encyclopédie s’imprime en France et elle sera la fortune ou la ruine de ses éditeurs ; même en l’imprimant à l’étranger, comment faire entrer, clandestinement, ses énormes in-folio ? Il faut donc s’assurer la bienveillance de l’autorité. Les articles seront revisés par des censeurs qui sont des théologiens orthodoxes. Ce sont des théologiens orthodoxes qui rédigeront tout ce qui peut toucher directement à la foi. Diderot multipliera les protestations de respect et même d’humble soumission. Mais on s’arrangera habilement pour que le lecteur devine l’ironie derrière le respect et pour faire la guerre en criant qu’on veut la paix. Les encyclopédistes ont d’ailleurs avoué leur tactique. D’Alembert a parlé de « cette sorte de demi-attaques, cette
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espèce de guerre sourde » qui est la plus sage quand on habite « les vastes contrées où l’erreur domine » ; Naigeon ou Condorcet ont rappelé les « articles détournés » où l’on « foule aux pieds les préjugés religieux » ; ils ont montré comment des « erreurs respectées » étaient trahies « par la faiblesse de leurs preuves ou ébranlées par le seul voisinage des vérités qui en sapent les fondements ». Et c’est l’Encyclopédie elle-même qui livrait presque ouvertement son secret : « Toutes les fois qu’un préjugé national mériterait du respect, il faudrait, à son article, l’exposer respectueusement et avec tout son cortège de vraisemblance et de séduction ; mais renverser l’édifice de fange, dissiper un vain amas de poussière en renvoyant aux articles où des principes solides servent de base aux vérités opposées. »
Toutes ces méthodes, et quelques autres, ont été largement employées. Peu d’audaces ouvertes (bien qu’il y en ait, par exemple, dans l’article Propagation de l’Évangile) ; mais des sortes de candeurs et de naïvetés. L’article Canon, l’article Bible, l’article p.103 Carême protestent abondamment de la pureté de leurs intentions et de leur pleine soumission aux décisions de l’Église. Mais c’est après avoir exposé, avec une apparente bonne foi, tous les problèmes que pose l’étude de la Bible, celle des livres canoniques, la justification du carême ; et cela de telle façon que la seule solution raisonnable semble bien être que Bible, livres canoniques, carêmes, dogmes sont des oeuvres humaines et non pas divines. Et puis il y a les symboles transparents, les parenthèses, les insinuations, les ironies et cela dans cent articles ; par exemple : « Le vrai chrétien doit se
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réjouir de la mort de son enfant, car la mort assure à l’enfant qui vient de naître une félicité éternelle... Que notre religion est à la fois terrible et consolante ! » Il y a enfin les embuscades avouées par Diderot ; les discussions contre la superstition et le fanatisme, la critique rationnelle de la foi seront postées au coin d’articles tels qu’Aius Locutius, Agnus scytichus, Aigle, Amentès, Bramines, Junon, etc.
Il va de soi que si l’Encyclopédie combat les dogmes chrétiens, elle se débarrasse de la morale chrétienne et lui substitue cette morale laïque qui avait fait, avant elle, tant de progrès. Là encore elle enseigne avec prudence ; elle n’étale pas la morale du Mondain de Voltaire qui n’est d’ailleurs plus celle de Voltaire et qui n’a jamais été celle de d’Alembert et de Diderot. Elle ne dit pas ouvertement que les cilices, les jeûnes, les macérations sont des niaiseries ; elle fait même l’éloge des vertus austères et, quand elle publie l’article Bonheur, elle ne le conçoit pas autrement qu’un Lemaître de Claville ou un Vauvenargues ; le bonheur est toujours à l’ombre sévère de la vertu. Mais elle affirme pourtant que la vertu n’est pas nécessai-rement ascétique et que la morale ne se confond pas avec les dogmes obscurs : « Un homme qui prétendrait tellement subtiliser la vertu qu’il ne lui laissât aucun sentiment de joie et de plaisir ne ferait assurément que rebuter notre coeur. » « Il ne faut pas confondre l’immoralité et l’irréligion. La morale peut être sans la religion et la religion peut être, même souvent, avec l’immoralité. » La base de cette morale laïque sera celle sur laquelle on commence à s’entendre : l’utilité ; non pas l’utilité égoïste d’un seul, mais l’utilité du plus grand nombre.
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L’Encyclopédie enseigne la bienfaisance et p.104 l’humanité. Ses collaborateurs ont été réunis « par l’intérêt général du genre humain ». Le philosophe est « un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile » ; et l’amour de la société lui est « essen-tiel ». Bien entendu l’un des articles fondamentaux de cette morale est la tolérance. Sur ce point, parce qu’elle se sent soutenue par l’opinion publique, l’Encyclopédie parle net, dans des articles directs (articles Tolérance, Persécuter, etc.).
En matière politique l’Encyclopédie semble lancer quelques formules hardies. L’article Liberté déclare que « la ruine de la liberté renverse avec elle toute police, confond le vice et la vertu... » ; l’article Représentants semble louer les avantages d’une constitution. Mais il ne s’agit guère que des thèmes oratoires traditionnels sur les méfaits du despotisme. L’Encyclopédie ne dépasse pas les vues d’un Boulainvilliers, d’un Fénelon, d’un Montesquieu. Si « un petit État doit être républicain... le législateur donnera le gouvernement d’un seul aux États d’une certaine étendue » ; l’égalité absolue est une « chimère » qui ne peut être conçue que dans une république « idéale ». Assurément le monarque ne tient pas de Dieu une autorité sans contrôle ; il n’est que le mandataire de la nation ; il a reçu de ses « sujets mêmes l’autorité qu’il a sur eux ; et cette autorité est bornée par les lois de la nature et de l’État ». Mais c’est tout de même un pouvoir « illimité », auquel il semble seulement interdit « d’opprimer le peuple, de fouler aux pieds la raison et l’équité ». C’est-à-dire qu’entre la monarchie absolue et le despotisme, il n’y a guère que de vagues « lois fondamentales » analogues à celles dont le monde parlait et que
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l’Encyclopédie fonde sur la raison et l’équité plutôt que sur des précédents historiques. En fait l’idéal de l’Encyclopédie serait celui du despote éclairé : « Heureux un État lorsque son roi sera philosophe ou qu’un philosophe sera son roi ! »
Même timidité, et qui va jusqu’aux contradictions, lorsqu’on passe des principes aux problèmes pratiques. L’Encyclopédie n’attaque pas les privilèges ; il serait seulement « fort à souhaiter que les besoins de l’État, la nécessité des affaires ou des vues particulières n’eussent pas, autant qu’il est arrivé, multiplié les privilèges » ; il faudrait récompenser les nobles par des honneurs, non par des privilèges. L’article Population et l’article Impôt s’élèvent avec une certaine force p.105 contre l’iniquité de certains impôts, surtout de ceux qui frappent le nécessaire ; mais nulle part il n’y a de protestation nette contre la gabelle, par exemple, ou contre les exemptions d’impôt. Critique très vive contre les jurandes et maîtrises, qui avaient de nombreux adversaires ; mais on juge seulement que les corvées sont dures, que la milice a des inconvénients, qu’il ne faudrait pas abuser du droit de chasse. En réalité la philosophie encyclopédiste de Diderot ou d’Alembert a des conclusions très nettes sur les droits généraux de la raison et sur les problèmes religieux ; elle suspend son jugement dans les problèmes politiques pratiques ; et les collaborateurs suivent un peu au hasard ou leurs préférences personnelles, ou le vent d’opinion qui souffle au moment où l’article est écrit.
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IV. — Helvétius 1
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Un seul ouvrage d’Helvétius compte vraiment. C’est son livre De l’esprit. Quand, en 1772, L’Homme parut, après la mort de son auteur, les idées en étaient déjà vieillies. Mais, en 1758, l’Esprit a eu un retentissement considérable. Retentissement dû peut-être aux circonstances plus qu’à la valeur même et à l’attrait de l’ouvrage. Car Helvétius n’est ni un philosophe profond ni un écrivain vivant ou même animé. Mais son livre avait paru avec approbation des censeurs et privilège du roi en un assez somptueux in-quarto. Un journal mal pensant, mais toléré, le Journal encyclopédique, en avait fait un long et vif éloge. Un journal bien pensant, les Affiches de province, n’avait pas été moins favorable. Or, on s’aperçut que c’était un livre matérialiste, destructeur de toute religion et même de toute morale. Le scandale, dont nous rappellerons l’histoire, fut retentissant et De l’esprit fut désormais, pour les adversaires des philosophes, l’un des témoignages les plus évidents de leurs aberrations et de leur malfaisance.
Quelle était donc cette doctrine criminelle ? En apparence elle était assez inoffensive. Helvétius affirmait, comme bien d’autres avant lui, l’influence profonde du milieu sur l’esprit des êtres humains.
p.106 A la naissance, tous les esprits sont une table rase c’est-à-dire que tous les esprits se ressemblent. Les différences si profondes qui marquent les esprits, quand on se promène non
1 Ouvrage de référence générale : A. Kleim (1533 bis).
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seulement à travers un pays, mais à travers l’univers, viennent uniquement de l’éducation, soit l’éducation directe, soit l’éducation indirecte donnée par le milieu, les moeurs. On peut donc, par une éducation bien comprise, former les esprits que l’on veut, et il dépend des éducateurs de préparer des sociétés paisibles et heureuses. Cet enthousiasme pour les vertus de l’éducation n’avait rien qui puisse surprendre une génération déjà toute férue de pédagogie. Mais derrière ces thèses anodines s’en cachaient de beaucoup plus graves que Diderot résume justement ainsi : « Apercevoir, raisonner, juger, c’est sentir. — L’intérêt général est à la mesure de l’estime des talents et l’essence de la vertu. — C’est l’éducation et non l’organisation qui fait la différence des hommes. — Le dernier but des passions sont les biens physiques. » C’est-à-dire qu’il n’y a dans l’homme qu’un principe, la matière sensible ; ce sont les impressions reçues par cette matière, les sensations qui donnent naissance à ces apparences que nous appelons la pensée, l’âme, lesquelles n’existent pas et disparaissent avec le corps ; — la matière de tous les hommes est partout la même, c’est la différence des sensations reçues, de l’éducation qui fait la différence des hommes ; — comme la matière ne peut être sensible qu’au plaisir et à la douleur, on ne peut conduire les hommes qu’en agissant sur leur appétit du plaisir et leur crainte de la douleur. Helvétius le dira plus clairement dans ce qu’il n’osa pas publier : « La douleur et le plaisir sont les seuls ressorts de l’univers moral, et le sentiment de l’amour de soi est la seule base sur laquelle on puisse jeter les fondements d’une morale utile. »
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Ajoutons (ce que Diderot ne dit pas) que ces thèses auraient pu conduire Helvétius à un matérialisme brutal et sceptique. Mais ce n’est pas seulement par prudence qu’Helvétius cache les thèses ; c’est parce qu’il s’intéresse moins à elles qu’à leurs conséquences. Il veut s’appuyer sur ce qu’il croit la vérité pour en déduire une science sûre et féconde de la politique. Il croit que, si on l’écoute, on trouvera le moyen de tirer l’humanité du chaos de misères où elles s’obstine désespérément. On pourra agir sur elle, pour son bonheur, aussi p.107 sûrement qu’on agit sur la matière, disons si l’on veut, sur un troupeau.
Les autres philosophes, d’ailleurs, si séduits qu’ils fussent à leurs heures par la logique du matérialisme, reculèrent devant ce qu’il y avait de simpliste dans les théories d’Helvétius. Non seulement J.-J. Rousseau, mais Voltaire et Diderot entreprirent de les réfuter. Elles furent, dans leurs principes, sans influence. Mais elles contribuèrent fortement à confirmer certaines idées de Diderot, de Voltaire, de d’Holbach et de beaucoup d’autres : comme Helvétius ils sont convaincus que des politiques intelligents, « philosophes », pourraient, par l’éducation et en agissant sur les moeurs,. former l’humanité qu’ils voudraient et décider de son bonheur.
V. — Voltaire
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a. L’écrivain. — Voltaire avant 1748 est surtout, pour l’opinion publique, un grand poète dramatique et le seul grand poète épique que possède la France ; c’est aussi un « philosophe » et un philosophe hardi dans ses opinions. Mais il n’est philosophe
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que par occasions et l’on peut, à la rigueur, ignorer ou lui pardonner une philosophie qui ne s’étale pas. De 1748 environ à 1770 environ, le philosophe passera au contraire au premier plan.
Il devient d’abord un historien philosophe. Ce n’est pas très sensible pour nous dans Le Siècle de Louis XIV. L’oeuvre est d’une conception toute nouvelle par le scrupule et la précision de sa documentation ; mais ce sont des scrupules historiques et non de la philosophie. Les desseins ont d’ailleurs assez profondément changé pendant les vingt-cinq années de préparation et de remaniement. En fin de compte Voltaire a voulu écrire non, comme ses prédécesseurs, une histoire dynastique et panégyrique, ou une histoire moralisante et oratoire, mais l’histoire d’une nation ; il a voulu montrer comment la France tout entière a été gouvernée, a pensé, a vécu. En fait, l’histoire de Louis XIV, de ses guerres, de sa politique tient encore et de beaucoup la plus large place et la nation a la portion congrue. Les intentions de Voltaire étaient plus sensibles pour ses contemporains qui pouvaient faire la comparaison avec le P. Daniel p.108 ou l’abbé Vély ; ils pouvaient surtout voir plus clair dans les attaques de l’auteur contre la superstition et le fanatisme. Le chapitre final, si singulier pour nous, sur les cérémonies chinoises, prenait sa place dans une polémique qui avait duré près de cent ans, qui avait été furieuse, qui durait encore et qui avait, pour Voltaire, le double avantage d’étaler des querelles intestines de moines et de missionnaires et de plaider en faveur de la religion naturelle. Mais cette
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philosophie humaine et tolérante du Siècle de Louis XIV prend beaucoup plus de force et de clarté dans l’Essai sur les moeurs.
L’ouvrage est loin cependant de ressembler à ce que son titre semblerait promettre à un lecteur moderne : Essai sur les moeurs et l’esprit des nations ; nous nous attendrions à ce que, sans cesse appuyé sur les faits, mais se dégageant d’eux pour les expliquer, un pareil essai s’efforçât de nous faire comprendre comment les moeurs se forment, évoluent, agissent et réagissent. En réalité, dans plus des neuf dixièmes de l’ouvrage, nous ne rencontrons qu’un exposé assez sec de faits dont l’interprétation historique n’est ni donnée, ni suggérée. Mais pour les contemporains de Voltaire, cet exposé et les réflexions qui, de temps à autre, l’éclairaient étaient une grande nouveauté. C’était tout de même un voyage non à travers des dynasties, des victoires ou défaites de rois, mais à travers des nations ; c’était même, de temps à autre, sinon une explication des moeurs, à la façon de Montesquieu, du moins un tableau des moeurs, sans pittoresque, sans profondeur, mais large, varié, neuf. Voltaire d’ailleurs ne croit guère aux explications ; il croit, le plus souvent, que les hommes sont des bêtes méchantes et capricieuses, conduites par le hasard ; il n’est pas fait pour comprendre et expliquer les époques qu’il étudie (il s’arrête à Louis XIII) parce que, pour lui, expliquer c’est trouver des motifs raisonnables ; or, il est incapable d’apercevoir les grandes forces et, par elles, les grandes explications mystiques, soit de race ou de nation, soit surtout de religion ; ce qui l’intéresse, par exemple, dans la religion musulmane, c’est ce qu’elle a de « raisonnable » ; il ne dira guère sur les croisades, sur Jeanne
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d’Arc que des sottises. Seulement ces ignorances, ces courtes vues étaient celles de tous ses contemporains ; l’étroitesse d’esprit de Voltaire s’adaptait parfaitement à la leur. Et ils étaient faits pour p.109 comprendre sans effort les quelques vues positives et précises que l’oeuvre dégage inlassablement de ce tableau des moeurs et de l’esprit des nations. Pour Voltaire l’un des plus grands fléaux de l’histoire humaine c’est le fanatisme religieux, les fureurs sanglantes de toutes ces guerres où l’on s’est égorgé pour des mots, qu’il s’agisse de Byzance, des iconoclastes, de Savonarole, des albigeois, de l’Inquisition, de la conquête de l’Amérique, etc. L’humanité a été surtout victime d’une alliance sournoise ou avouée et toujours implacable des tyrans-rois et des tyrans-prêtres. Cette haine de l’intolérance est avouée. Voltaire en dissimule une autre, qui est celle du christia-nisme. On n’attaquait pas, en 1756, les dogmes et l’autorité catholiques comme les iconoclastes et l’Inquisition. Mais la dissimulation est pourtant transparente. A chaque instant les respects de Voltaire pour la Bible, l’humilité avec laquelle il accepte ses férocités, ses impudeurs, ses contradictions, les miracles, les piétés, les processions, la confession, etc., ne sont que des ironies évidentes. A chaque instant il fait l’éloge de religions orientales pour suggérer au lecteur le plus aveugle qu’il n’y a rien de bon dans le christianisme qui ne soit dans ces religions. L’Essai est une apologie de la tolérance et du déisme.
Voilà pour les maux du passé. Quels sont les remèdes et les espérances pour l’avenir ? Voltaire, nous l’avons dit, n’est pas optimiste. L’histoire des hommes est celle de cruautés, tyrannies et absurdités si constantes et si universelles qu’il faut peut-être
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renoncer à voir jamais les hommes sages et heureux. Mais ce n’est pas impossible. Et il n’y a qu’un seul moyen. Le tort des hommes a été d’accepter et de croire les pires absurdités — en France même et à l’époque de Voltaire les absurdités des scolastiques et des théologiens. Leur salut sera d’écouter les conseils des sages, de ceux qui leur proposeront des lois raisonnables : « Il n’y a que trois manières de subjuguer les hommes ; celle de les policer en leur proposant des lois ; celles d’employer la religion pour appuyer ces lois ; celle enfin d’égorger une partie d’une nation pour gouverner l’autre ; je n’en connais pas une quatrième. » L’humanité a fait l’expérience des deux dernières méthodes ; elle a été désastreuse. Il reste à tenter la première, celle d’un État « policé », c’est-à-dire gouverné par des lois raisonnables.
p.110 Remarquons que ces lois sont proposées et non imposées, sinon ce serait le despotisme que Voltaire redoute. Mais il ne s’agit pas du tout d’inviter le peuple à faire lui-même ses lois. L’Essai n’a aucune tendance démocratique ; le peuple, pour Voltaire, n’a été et ne saurait être, s’il n’est pas bien conduit, qu’un troupeau tour à tour furieux ou timide et lâche. On ne peut envisager le gouvernement républicain que dans un petit pays, vivant dans des conditions spéciales, comme la Suisse. Ces idées politiques, à peine indiquées dans l’Essai, se précisent dans les oeuvres philosophiques.
Ces ouvrages philosophiques de Voltaire prennent vite un caractère particulier. Il écrit encore deux poèmes assez vastes, conformes à la tradition littéraire : sur La loi naturelle et sur Le désastre de Lisbonne, c’est-à-dire une apologie de la religion
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naturelle et une réfutation de la doctrine providentialiste sur le meilleur des mondes possibles. Mais, au cours de la bataille, il devient plus hardi, parce qu’il s’échauffe, parce qu’il se sent soutenu par l’opinion publique, parce qu’il a trouvé l’asile de Ferney. Il se défie, d’ailleurs, de plus en plus des « systémateurs » et des livres méthodiques qui croient découvrir la vérité parce qu’ils ont raisonné en forme. On ne peut guère saisir que des lueurs de vérité et le sage se contente d’allumer ces petits flambeaux. La philosophie de Voltaire sera donc faite de courtes réflexions, nées au hasard des événements, des lec-tures, des curiosités de sa vie ; par goût ou par prudence, elles se promèneront à travers toutes sortes de sujets qui n’auront rien de proprement philosophique, critique littéraire, érudition, beaux-arts, anecdotes. Ce sont le Dictionnaire philosophique portatif, les Questions sur l’Encyclopédie, l’Opinion par alphabet, tous les ouvrages que les éditeurs de Kehl refondirent sous le titre de Dictionnaire philosophique.
Si variées que fussent les matières, la pensée de Voltaire y obéissait toujours au principe qu’affirme le sous-titre du Portatif : « la raison par l’alphabet ». Voltaire prétendait y démontrer que l’on se trompe dès qu’on abandonne la froide raison pour défendre les préjugés de son esprit, de son coeur, de ses instincts. C’est en péchant contre la raison que s’égarent et nous égarent les métaphysiciens, les théologiens. C’est parce qu’il est déraisonnable que le fanatisme est p.111 odieux et que Voltaire le combat avec une haine violente et renouvelée. C’est parce qu’elle est raisonnable qu’il faut défendre la liberté de penser. Et c’est parce qu’il est déraisonnable qu’il faut refuser de
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croire au christianisme ; à chaque occasion l’« alphabet » mène Voltaire, surtout dans le Portatif, à reprendre, à embellir, à compléter, tous les arguments sur les absurdités, les contradictions, les immoralités de la Bible et des livres saints. Assurément, il faut bien se garder de tomber de la superstition dans l’athéisme. Au fond de lui-même Voltaire, à l’ordinaire, est sans doute athée ; il lui paraît qu’on ne peut croire à la liberté et à l’immortalité sans se heurter à des difficultés insurmontables. Mais cet athéisme n’est pas une des certitudes qui s’imposent, et il faut écrire comme si l’on était déiste : « Songez surtout qu’un philosophe doit annoncer un Dieu s’il veut être utile à la société humaine » ; « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer » ; et avec Dieu l’existence de la liberté, des vertus et des vices, de l’immortalité et des récompenses de l’autre vie.
Grâce à quoi on guérira sans doute quelques maux et l’on fera quelque bien. Le Dictionnaire philosophique dans ses principes n’est pas beaucoup plus optimiste que l’Essai sur les moeurs. L’homme a toujours été méchant et bête et il l’est encore, par la même raison « que les lapins ont toujours eu du poil et les alouettes des plumes » ; « le nombre de ceux qui pensent est excessivement petit ». Pourtant le sage se défie des principes et des théories même pessimistes. Au lieu de chercher la vérité universelle, le bien ou le mal universels et les remèdes universels, il s’attache d’abord à des réalités plus modestes. Il y a des maux locaux et momentanés auxquels on peut trouver des remèdes certains ; il y a, dans la vie pratique, du bien à faire dont on ne peut savoir s’il diminuera, dans l’absolu, la somme du mal universel. Mais c’est à ce bien-là qu’il faut se tenir ; c’est à
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cet optimisme relatif qu’il faut croire. Et c’est pourquoi le Diction-naire philosophique s’occupera de plus en plus, dans les éditions successives, d’idées sociales et politiques. Non pas des principes de la politique ; car si Voltaire a horreur du despotisme il ne déteste pas moins l’idée d’être gouverné par la « populace » ou par la « canaille » ; et quant à enseigner le moyen d’établir une monarchie qui soit absolue tout en étant libérale Voltaire reconnaît, au moins par son silence, que le problème est au-dessus de ses forces. p.112 Mais à prendre les choses comme elles sont, on peut, sans rien bouleverser, dénoncer et combattre toutes sortes d’abus et reconnaître même que la « populace » souffre injustement. Voltaire a vu ces « spectres à demi nus qui écorchaient avec des boeufs, aussi décharnés qu’eux, un sol encore plus amaigri ». On les sauvera, on leur rendra la joie d’être hommes en apprenant, en leur apprenant à bien cultiver, à prévoir, à bien acheter et bien vendre ; en organisant le commerce et l’industrie ; en corrigeant les abus sociaux, la complexité et la vénalité de la justice, l’absurde férocité des peines qui pendent une servante pour avoir volé quelques serviettes, l’imbécillité et la cruauté de la procédure, notamment de la question, en supprimant tout ce qui reste du servage et de la mainmorte, en répartissant plus équitablement les impôts, en organisant l’assistance publique, etc. Ni dans le Dictionnaire philosophique, ni dans les autres oeuvres plus ou moins contemporaines on ne trouvera les éléments d’un traité de philosophie politique ou sociale. Mais c’est le répertoire le plus net, le plus vif, et, somme toute, l’un des plus judicieux des abus qui ont perdu l’ancien régime.
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C’est en même temps le plus vivant et le plus spirituel. Nous n’avons pas à analyser les secrets de l’art et de l’esprit voltairiens ; mais c’est à eux qu’il faut songer si l’on veut comprendre la portée et l’influence des oeuvres. Voltaire a voulu plaire pour convaincre. Et c’est pour cela qu’il ne s’est pas contenté de poèmes, de traités et de « questions » ; il a écrit par surcroît des contes philosophiques, plus efficaces sans doute que les traités et poèmes. Il n’a pas créé le genre parfaitement réalisé par Swift, sans parler de Rabelais ; il n’en a même pas créé la manière ; car il y a déjà de l’humour et de l’esprit voltairiens chez Saint-Evremond, Fontenelle, Saint-Hyacinthe, etc. ; mais il les a portés à leur perfection. Dans Zadig (1747) ou Micromégas (1752) la philosophie n’est encore le plus souvent qu’une morale ou une méditation sur la destinée de l’homme sans rapport aux affaires présentes ; quelques ironies allégoriques sur les stupides querelles théologiques, sur les vices et fourberies des « mages », sur l’arrogance imbécile des docteurs de Sorbonne, sur l’esprit de fanatisme n’apportaient que des revendications banales et c’était en passant. Candide a plus de portée. Le thème général, même si p.113 l’on conclut comme Voltaire, n’avait rien qui pût menacer directement les puissances ; on pouvait croire à sa religion même en convenant que tout va mal dans ce bas monde. Mais déjà le dégoût méprisant du fanatisme religieux, de l’esprit d’intrigue et de cor-ruption, des guerres de magnificence s’exprimait avec plus d’insistance et d’âpreté. L’Homme aux quarante écus n’était un conte que d’apparence. Voltaire s’y efforçait de voir clair dans les systèmes complexes des « économistes », mais il ne réussissait
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guère qu’à s’y embrouiller. Par contre, L’Ingénu était pleinement, avec esprit, parfois avec violence, un conte social et politique. C’était la satire de toute la machine administrative de l’ancien régime, des abus, des crimes d’un ordre social où l’on pouvait embastiller sans jugement un honnête homme dont le seul crime était d’avoir sur Dieu ses idées à lui ; où rien ne s’obtenait que par la brigue ; où l’innocence et la vertu, la franchise et la droiture étaient traitées comme des préjugés ou des vices ; sans compter, chemin faisant, les ironies coutumières sur la religion et ses ministres. Candide tendait à prouver qu’il y avait quelque chose de mal fait dans l’oeuvre de Dieu et L’Ingénu que bien des choses étaient pourries dans celle des gouvernants du XVIIIe siècle.
b. Voltaire défenseur de l’innocence opprimée. — Ce que l’on peut appeler l’action directe de Voltaire fut d’ailleurs aussi efficace que son oeuvre d’écrivain. Nous n’avons pas à rappeler dans le détail les affaires retentissantes dont il fut l’agent le plus actif : réhabilitation du protestant Calas roué pour le crime d’avoir tué son fils qui voulait se convertir au catholicisme, — réhabilitation de la famille Sirven condamnée par contumace pour avoir noyé leur fille convertie au catholicisme, — défense du chevalier de la Barre, décapité pour avoir commis divers sacrilèges, — affaires Martin, — Mont-bailli, etc. Disons seulement que, malgré des tentatives pour démontrer qu’il s’est trompé, Voltaire défendait incontestablement la justice. Accordons, si l’on veut, à ceux qui veulent défendre les juges de Calas qu’il y avait pour la culpabilité de Calas quelques présomp-tions et que, souvent, il n’en fallait pas davantage pour que des
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juges du XVIIIe siècle condamnassent, même quand leur fanatisme n’était pas en jeu. Mais tous ceux qui ont voulu réfuter Voltaire n’ont jamais fait une étude attentive des dossiers. M. Elie Galland qui l’avait faite p.114 concluait sans réserves contre les juges. Ce qu’on connaît des faits donne en faveur de Calas les présomptions les plus fortes. Et l’on a prouvé récemment que le capitoul qui fut le juge le plus influent était un fripon et un débauché. Pour les Sirven aucun doute n’est possible ; l’étude attentive de M. Galland montre, sans réplique, qu’ils ont été condamnés par des gens aveuglés. Et si la condamnation de la Barre était légale, elle n’en était pas moins monstrueuse. Réhabiliter ces innocents, faire sentir cette monstruosité c’était mettre au grand jour l’une des iniquités les plus criantes de l’ancien régime, l’iniquité judiciaire. Or, c’est Voltaire qui a presque tout fait. Sans lui les affaires Calas et Sirven, tout au moins, se seraient enfoncées dans l’ombre, parmi tant d’autres. C’est lui qui dépensa sans compter son temps, son adresse, son intelligence et au besoin son argent pour intéresser l’opinion publique, s’assurer des appuis puissants, triompher des résistances et des colères cachées. Pour l’opinion publique tout entière, avec Calas et Sirven ce fut Voltaire qui triompha, et, avec Voltaire, la philosophie.
VI. — Diderot
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Si Diderot n’avait pas été le directeur de l’Encyclopédie et l’auteur du Père de famille et du Fils naturel, il aurait pu disparaître de ce chapitre et ne prendre place que parmi les
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auteurs de second plan. Pour nous il est assurément le plus grand des philosophes du XVIIIe siècle avec Condillac. Il est le seul qui ait su donner au déisme et surtout au matérialisme une forme vigoureuse et neuve ; il est le fondateur du matérialisme expérimental ; il a su pressentir, grâce à sa culture et à sa curiosité scientifiques, les doctrines qui prétendent prouver par l’étude des maladies et des troubles de la pensée humaine, par celle des mécanismes de la vie végétale et animale, l’identité des phénomènes physiques et chimiques, biologiques, spirituels ; il a deviné la doctrine de l’évolution et en a même donné la formule précise. Mais il ne semble pas qu’aucun des lecteurs du XVIIIe siècle ait compris l’importance des Pensées sur l’interprétation de la nature (dont le sens se précise d’ailleurs pour nous par des oeuvres alors inédites) ; et ces lecteurs, s’ils ont existé, ne pou-vaient être que quelques-uns. D’autre part les arguments négatifs, p.115 les critiques religieuses de Voltaire, de d’Holbach et de vingt autres pouvaient avoir de la précision et de la vigueur ; mais leurs arguments positifs, la construction de leur déisme ou de leur matérialisme, de leur religion naturelle restaient singulièrement simplistes. Il y a une autre puissance dans les ébauches de Diderot, si fragmentaires, si peu méthodiques qu’elles soient. Dix réflexions du Rêve de d’Alembert ou de l’Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** en disent plus que tout le déisme de Voltaire. Seulement la pensée de Diderot est assez enveloppée dans les oeuvres qu’il a publiées ; ce qu’il a écrit de plus frappant et de plus original est resté caché dans ses manuscrits jusqu’après la Révolution. Et nous n’avons à
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tenir compte dans cette étude que du Diderot connu des lecteurs du XVIIIe siècle.
Pour quelques-uns de ces lecteurs, pour une élite, car les Pensées sur l’interprétation de la nature n’ont eu que deux éditions séparées, Diderot est l’un de ceux qui ont compris l’importance des sciences expérimentales, qui en ont étudié les méthodes et qui tentent hardiment d’en prévoir les résultats ; ils comprennent, à travers les formules assez prudentes, que Diderot ramène à la matière toutes les formes de la pensée et de la vie. Pour des lecteurs plus nombreux (la Lettre sur les aveugles n’a eu que trois éditions séparées, mais les Pensées philosophiques en ont eu six), Diderot est l’un de ceux qui combattent la « superstition » et le « fanatisme » et qui se fient pour trouver la vérité à la seule raison : « Égaré dans une forêt immense pendant la nuit, je n’ai qu’une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit : "Mon ami souffle ta bougie pour mieux trouver ton chemin." Cet inconnu est un théologien. » « Si ma raison vient d’en haut, c’est la voix du ciel qui me parle par elle, il faut que je l’écoute. » Ce qu’elle lui dit est assurément décousu, et tantôt clair, tantôt enveloppé. Mais le lecteur capable de s’intéresser aux Pensées n’a pas de peine à deviner qu’elles nient les révélations, qu’elles se gaussent de l’autorité et que, rien ne restant devant elles que ce qui est prouvé, rien ne reste du christianisme, ni peut-être du déisme.
Les lecteurs des Pensées n’ont été tout de même qu’une minorité. Pour beaucoup d’autres, Diderot est seulement le directeur de p.116 l’Encyclopédie et l’un des chefs des philosophes. On sait, par les poursuites dirigées contre l’Encyclopédie, par les
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attaques des adversaires de la philosophie que c’est un incrédule dangereux, mais un homme fort actif, fort intelligent, qui brille dans les salons et les cafés, qu’admirent et qu’invitent, tout comme Voltaire, le « Salomon de Potsdam » et la « Sémiramis du Nord ». On n’ignore pas qu’il défend les idées nouvelles et les plus impertinentes ; seulement on ne le sait guère que par ouï-dire. Exception faite cependant pour l’une d’entre elles, fort importante, mais la moins brutale.
Diderot a été en effet l’un des professeurs les plus éloquents et les plus écoutés de la morale laïque et humanitaire. On sait que cette morale était parfaitement contradictoire avec son système puisqu’il n’y avait pas pour lui de liberté, pas de vice ni de vertu, mais des causes fatales suivies d’effets inévitables. Il a vécu et écrit pourtant sans s’inquiéter de la contradiction ; il s’est partagé entre l’austère enthousiasme du raisonneur pour les froides certitudes des sciences matérialistes et l’enthousiasme fiévreux et même les « transports » et les « convulsions » que lui inspiraient les belles âmes et la vertu. Tandis que son scepticisme matérialiste restait en grande partie enfoui dans ses papiers, son lyrisme moralisateur se répandait abondamment dans son Éloge de Richardson, dans son Père de famille et son Fils naturel, dans les commentaires de ses drames, les Entretiens sur le fils naturel, De la poésie dramatique, dans son Essai sur les règnes de Claude et de Néron : « Je pratique trop peu la vertu, me dit Dorval ; mais personne n’en a une plus haute idée que moi. Je vois la vérité et la vertu comme deux grandes statues élevées sur la surface de la terre et immobiles au milieu du ravage et des ruines de tout
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ce qui les environne. Ces grandes figures sont quelquefois couvertes de nuages. Alors les hommes se meuvent dans les ténèbres. Ce sont les temps de l’ignorance et du crime, du fana-tisme et des conquêtes. » Diderot s’efforcera donc de dissiper ces nuages et de faire briller le soleil de la vertu. Cette vertu ne saurait être celle du fanatisme, c’est-à-dire des chrétiens austères ; c’est la morale laïque du bonheur bien compris et de la bienfaisance. Seul un méchant esprit de religion nous a fait croire à une « vilaine nature p.117 corrompue » ; la nature est bonne, ou, du moins, elle n’est pas mauvaise. Il n’y a qu’à suivre ses instincts ; on a eu tort de prendre le mot d’amour-propre « en mauvaise part » ; « il n’y a pas longtemps qu’un petit nombre d’hommes » commence à réagir et à nous prouver que nous avons le droit de chercher notre propre bonheur. Seu-lement il se trouve que nous ne pouvons pas être heureux si nous vivons égoïstement ; d’abord parce que, dans une société égoïste, les égoïsmes s’opposent et se persécutent ; ensuite parce que nous avons des instincts d’affection et de générosité qui demandent à être satisfaits. Il faut donc être humains et bienfaisants. Et la démonstration en est faite dans l’Eloge de Richardson dont les romans nous enseignent à être vertueux « indépendamment de toute considération ultérieure à cette vie », dans la destinée des héros du Père de famille et du Fils naturel qui n’ont pas besoin de songer à leur catéchisme, au ciel ou à l’enfer pour avoir soif de dévouement et de sacrifice. L’oeuvre connue de Diderot suggérait constamment une négation de la religion et même de toute religion ; et, en même temps, elle s’efforçait de créer une véritable religion de la vertu.
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Dans l’ordre politique l’influence de Diderot est nulle. Il a avoué lui-même que les problèmes d’économie et de politique lui « embrouillaient » la tête. Il ne s’y débrouille, en 1767, qu’en lisant Le Mercier de la Rivière qui est un physiocrate, c’est-à-dire un monarchiste conservateur.
VII. — Jean-Jacques Rousseau
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L’oeuvre de Rousseau a eu une influence assez nette sur certains hommes et, par eux, sur certains événements de la Révolution. Il est plus malaisé de comprendre exactement le rôle qu’elle a pu jouer dans les origines mêmes de cette Révolution.
Elle était, dans ses principes mêmes, en contradiction avec les principes des autres philosophes. Pour Voltaire, d’Alembert, d’Holbach, Diderot même et tous les encyclopédistes, le but de la vie était sur cette terre ; il était de rendre les hommes plus heureux ; et ce progrès du bonheur ne pouvait être obtenu que par les progrès de l’intelligence ; le progrès intellectuel est la grande espérance humaine et p.118 la raison de notre effort. Pour Rousseau, il est fort possible que le progrès matériel ait été réalisé par le progrès intellectuel ; mais c’est la condamnation et non pas l’éloge de l’intelligence. Car tous les progrès matériels de la civilisation, aussi loin que l’on remonte, dès les origines mêmes de cette civilisation, ont été des commencements et des accroissements de misère. L’homme n’a été heureux qu’à l’état de nature, c’est-à-dire, lorsque, vivant en groupes très peu nom-breux, liés par l’instinct de famille, indépendants, nomades, il ne songeait qu’à se laisser vivre avec simplicité, sans cupidité, sans
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haine, sans inquiétude, content de boire, manger, dormir et d’aimer les siens. Toutes les réflexions, tous les livres, toute la philosophie ont été des perversions et d’autant plus graves que cela était plus savant et plus profond.
Il n’y a, en apparence, aucune conciliation possible entre cette doctrine et celle des philosophes ; si l’une a agi sur les origines de la Révolution, l’autre n’a pu avoir aucune action, et inversement. Seulement, en fait, il faut tenir compte non seulement des principes de ces deux doctrines opposées, mais encore des conséquences que Rousseau et les philosophes en dégagent, et ces conséquences tendent à se rejoindre sur des points importants.
Rousseau a déclaré, en effet, et clairement, que sa théorie n’était qu’une théorie. Dans la pratique on ne peut pas détruire la civilisation et revenir à la barbarie. On ne peut qu’orienter la civilisation dans un certain sens ; et ce sens, cet idéal est clairement exposé dans l’Emile et dans La Nouvelle Héloïse surtout. M. et Mme de Wolmar sont heureux (l’amour de Julie pour Saint-Preux mis à part) parce qu’ils ont renoncé à certaines perversions des mondains civilisés, le luxe d’apparence, les ambitions inquiètes, un intellectualisme sceptique et tourmenté. Mais ils n’ont pas distribué leurs biens, ni même renoncé à leurs privilèges de maîtres et seigneurs. Ils se sont contentés de rechercher le vrai bonheur qui est dans la tendresse et l’affection mutuelles, dans la recherche des biens qui sont vraiment des biens, c’est-à-dire qui ne font pas payer des joies rapides par les maux plus graves de la satiété, de la maladie, de l’envie. Surtout ils ont compris qu’on était d’autant plus heureux qu’on dis-
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persait, pour ainsi dire, davantage son bonheur. Ils vivent non pas p.119 seulement pour eux, pour leurs enfants, pour leurs amis, mais encore, avec des minuties et des scrupules presque singuliers, pour leurs domestiques et pour leurs voisins. Leur bonheur est non pas l’isolement égoïste du groupe à l’état de nature, mais un bonheur social et humanitaire.
D’autre part, les encyclopédistes ne sont pas du tout férus d’intellectualisme. Ils n’ont sans doute confiance que dans la raison et dans les progrès de la raison ; ils s’en servent pour combattre les disciplines religieuses auxquelles les hommes ont jusque-là fait confiance ; ils demandent à cette raison d’établir les disciplines chargées de remplacer celles qu’ils veulent détruire. Mais ces disciplines nouvelles ne font guère plus de place à l’intelligence pure que celles de Rousseau. Raisonner hardiment, ne prendre pour guide que son intelligence, c’est l’affaire de quelques-uns, d’une élite capable de renoncer sans danger à tout ce qui retient le commun des hommes par l’habitude et par la crainte. Le rôle de cette élite sera de substi-tuer à des morales tyranniques et inefficaces, qui n’ont su discipliner les hommes qu’en les rendant misérables, une morale à la fois agréable à suivre et capable de s’imposer. Pour l’imposer on fera certainement appel à une certaine intelligence des hommes ; on leur fera comprendre, ce qui, d’après les philosophes, est fort clair, que le bonheur de chacun dépend du bonheur de tous. Mais on comptera surtout sur ce qui n’est pas l’intelligence : les moeurs acquises, les habitudes formées par une éducation bien comprise et les instincts de bienfaisance, d’humanité qui existent normalement chez tous et qui sont
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seulement étouffés par une vie sociale où l’intrigue, les injustices tiennent une trop grande place. Sur les formes exactes que doit prendre cette vie sociale régénérée les philosophes diffèrent entre eux et parfois se contredisent eux-mêmes ; les uns font plus de place à la richesse, au luxe, à la circulation de l’argent, aux inégalités nécessaires ; d’autres font surtout confiance à la simplicité et recherchent plus d’égalité. Mais dans leurs tendances générales ils sont à peu près d’accord avec Rousseau : le bonheur social dépend des moeurs et les moeurs dépendent de l’éducation morale et du coeur plutôt que de la culture intellectuelle proprement dite. p.120 Il y avait pourtant une différence profonde entre la morale de Rousseau et celle des encyclopédistes. S’ils se sont préoccupés de déterminer les principes de leur morale, ils ne se sont jamais souciés des moyens qui la feraient passer rapidement dans la pratique ; ils s’en remettaient à un gouvernement « philosophe » capable de les comprendre et de suivre leurs conseils. En attendant, le gouvernement avait partie liée avec ceux qui enseignaient la vieille morale religieuse et rien ne faisait prévoir quand il changerait d’avis. D’autre part, ils ne connaissaient guère qu’un moyen de convaincre : raisonner. Or le raisonnement était évidemment sans force pour modifier vite et profondément les puissances instinctives qui font les moeurs et la morale. Rousseau au contraire voulait agir, passionnément ; il comptait sur lui-même et non pas sur des gouvernements imaginaires et lointains. Et il avait compris, par l’instinct de son génie, comment on peut convaincre quand il s’agit d’entraîner les hommes vers un idéal. Il raisonnait certes, à l’occasion, en toute
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sincérité ; il était bien persuadé qu’il avait pour lui la raison raisonnable et qu’il était capable de réfuter par une logique exacte la logique sophistique soit des fanatiques de l’Église soit des fanatiques philosophes. Mais il aimait sa morale, sa conception de la vie, de toutes les forces de son être, d’un être ardent et passionné. Il voulait qu’on l’aimât comme lui avec le même élan, avec le même don de soi. Comme tous les passionnés qui veulent qu’on partage leur passion il s’est donc adressé au coeur, à la sensibilité de ses lecteurs ; il les émut, il les fit pleurer et ils le crurent. Ils ne se demandaient pas si Mme de Wolmar, si Saint-Preux raisonnaient juste ; ils s’enthousiasmaient avec eux ; ils brûlaient de les imiter, simplement parce qu’ils étaient touchés dans leur coeur. En un mot pour convertir à la morale nouvelle, Rousseau avait exalté les forces qui mieux que toutes les autres peuvent transformer le monde moral, c’est-à-dire les forces mystiques.
J’ai montré par ailleurs 1 et on a montré la profondeur et l’étendue de l’influence de Rousseau à cet égard. Il n’a certes rien créé absolument. Toutes sortes de choses témoignent qu’on était las de la p.121 raison pure ou plutôt des prétentions de cette raison à supprimer tout ce qui n’était pas elle. Rousseau n’agit pas seul et, sur certains points, le mouvement se développa de lui-même, avec la collaboration d’écrivains de troisième ou de dixième ordre. Mais l’oeuvre de Rousseau a pourtant donné la secousse décisive. C’est surtout grâce à lui qu’à la veille de la Révolution on était convaincu que les hommes n’étaient pas méchants par nature, mais seulement corrompus et misérables
1 Édition de La Nouvelle Héloïse, (1563 bis).
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— qu’ils avaient en eux des forces de pitié, de générosité, d’amour capables de s’opposer aux forces d’égoïsme et de cruauté, et que le jour où une réforme politique et sociale profonde supprimerait les misères et les causes de corruption rien ne serait plus facile que de fonder sur ces forces bienfaisantes une morale laïque ou du moins dégagée des religions dogmatiques, une « fraternité ».
Je n’ai pas parlé du Contrat social ; et il n’y a guère lieu d’en parler. L’oeuvre a exercé une influence certaine pendant la Révolution. Elle a séduit par son dogmatisme et la brutalité de ses formules. Mais il est impossible d’en discerner l’influence sur les origines mêmes de la Révolution. On accorde aujourd’hui à l’ouvrage beaucoup plus d’importance que Rousseau lui-même. Pour Rousseau ce n’était qu’un fragment d’un grand traité des Institutions politiques et non pas du tout l’évangile de sa doctrine. C’était une pure spéculation théorique destinée à fixer un idéal abstrait qu’il savait parfaitement irréalisable. Il aurait écrit ensuite les chapitres de politique pratique, aussi différents du Contrat que La Nouvelle Héloïse l’est du Discours sur l’inégalité. C’est bien ainsi que l’ont compris les contemporains. Si l’on compare avec le nombre des éditions et les commentaires de La Henriade, de La Nouvelle Héloïse, de Candide, de l’Histoire des deux Indes de Raynal, etc., on peut dire que le Contrat est passé à peu près inaperçu. « Le Contrat social, dira plus tard Sénac de Meilhan, profond et abstrait, était peu lu et entendu de bien peu de gens. » Rien ne démontre assurément qu’il a été mal compris, mais il est certain qu’on en a peu parlé, que personne n’a songé à y chercher une sorte de manuel de la
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démocratie despotique, du « jacobinisme » et qu’on ne réunirait pas dix témoignages de lecteurs qui, avant 1789, aient reçu de l’oeuvre une impression forte.
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CHAPITRE II
LES CHEFS. 2. LA GUERRE CACHÉE
I. — Les pamphlets clandestins de Voltaire
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p.123 Personne n’ignorait, vers 1770, que Voltaire était l’auteur du Siècle de Louis XIV, du poème sur La Loi naturelle et de celui sur Le Désastre de Lisbonne, de l’Essai sur les moeurs, de Candide ou même du Dictionnaire philosophique et des Questions sur l’Encyclopédie, soit parce que Voltaire les avait avoués, soit parce qu’ils paraissaient dans des collections d’OEuvres sans que Voltaire protestât, soit parce que personne ne pouvait douter qu’il en fût l’auteur. Mais ces oeuvres avouées gardaient nécessairement une certaine prudence. Voltaire avait beau avoir à Ferney, comme il le disait, un pied en France et un pied à l’abri de la police française, il craignait les ennuis et voulait vieillir en paix. La bataille qu’il voulait livrer a donc été, en grande partie, une bataille cachée. Dès qu’on fait mine de le soupçonner il jette les hauts cris, prend la terre et les dieux à témoin de son innocence et se donne plus de mal pour démentir qu’il n’en prit le plus souvent à écrire. On le croit, ou on feint de le croire. Mais la méthode était bonne et il est tel de ces pamphlets dont on n’est pas sûr qu’il soit de Voltaire. A l’abri de cet anonymat il multiplie les attaques ; il y a plus de deux cents de ces petits ouvrages, opuscules, feuilles volantes. Et il y pousse beaucoup plus à fond. L’ironie voltairienne se fait âpre,
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brutale, insolente. L’influence fut p.124 immense. L’Église, les âmes pieuses s’indignent. Les indifférents, des amis même de Voltaire ne goûtent pas toujours cette polémique effrontée et qui ne recule ni devant l’injustice ni devant la grossièreté. Mais Voltaire a pour lui, sans qu’ils l’avouent, tous ceux que réjouissent les échanges de coups, quand ils sont à l’abri de la bataille et que la bataille est pittoresque. Seul ou presque (malgré l’appui du trop lourd d’Holbach) contre cent, contre mille, Voltaire mène le combat, avec une telle agilité, un jeu d’escrime si éblouissant qu’on se laisse aller à applaudir l’escrimeur même quand on souhaite la victoire de ses adversaires.
Les moins bons de ces pamphlets sont assurément ceux où il tâche d’écraser ses ennemis. Ce qu’il écrit contre J.-J. Rousseau, contre Fréron et les autres n’est souvent que platement méchant et lourdement injurieux. Contre Buffon, qui ne lui a pourtant rien fait que gêner sa gloire, il ne sait écrire que des puérilités ou des inepties. Il ne devient spirituel que lorsque sa vanité n’est plus en cause, lorsque ceux qu’il attaque sont moins ses ennemis personnels que ceux de tous les philosophes. Il n’y a rien de plus alerte que les Quand, La Vanité, tout ce qui fit du grave magistrat qu’était Lefranc de Pompignan un corbeau honteux et confus. Il n’y a rien de plus savoureux que la Relation de la maladie, de la confession, de la mort et de l’apparition du jésuite Berthier avec la relation du voyage du frère Garassise et ce qui s’ensuit.
L’attaque la plus acharnée fut dirigée, on le sait, non contre des hommes, mais contre le christianisme, contre « l’infâme ».
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Nous n’avons bien entendu ni à approuver, ni à réfuter les arguments de Voltaire. Rappelons seulement que, dans le domaine de l’histoire et de l’exégèse, ses adversaires catholiques ont incontestablement prouvé qu’au moins sur certains points, il était mal informé ou n’avait pas pris la peine de s’informer. Constatons que Voltaire se complaît à des grossièretés qui n’ajoutent rien à l’intérêt de ses arguments. Mais reconnaissons aussi, puisque c’est là notre seul sujet, l’habileté et l’efficacité de ces discussions qui en cent, en vingt, en dix pages ou même en moins font le procès de la Bible, de l’Évangile, de l’histoire de l’Église. Contradictions, absurdités, puérilités, grossièretés, férocités, Voltaire choisit, découpe, met en lumière avec p.125 une verve, un sens de la polémique, bien supérieurs à la dialectique des Fréret ou des d’Holbach. Rires « grinçants » si l’on veut, et ce n’est pas à nous de conclure ; mais rires qui percent les murailles tandis que les raisons des autres risquent d’endormir. D’ailleurs le ton de Voltaire s’élève et le sarcasme prend de la dignité lorsqu’il attaque non plus la foi, mais l’intolérance, lorsqu’il défend la liberté de pensée.
Dans un certain nombre de ces opuscules Voltaire oublie la Bible et le christianisme pour bavarder de philosophie générale ; ou bien il discute quelques problèmes sociaux et politiques. Bavardages agiles et pittoresques. Mais la philosophie n’en est guère qu’une continuelle inquiétude d’esprit. Voltaire saisit les vices des systèmes sans jamais réussir à construire une certitude. Il aboutit toujours au « que sais-je ? », qu’il corrige seulement par l’éloge de ceux qui persistent à vouloir savoir. En politique, même confusion. Il hait le despotisme, mais bien qu’il
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écrive les Idées républicaines, il n’a rien d’un républicain. Il ne parle clairement et il n’agit sur l’opinion que lorsqu’il combat un abus certain et précis, l’excommunication des comédiens, la servitude, les abus de justice, etc. Tout le reste n’est qu’un jeu d’esprit dont l’influence reste fort douteuse.
Mais, dans une bonne partie des pamphlets, le jeu est vraiment éblouissant ; et c’est surtout par là que Voltaire a été roi, le roi de l’opinion. Rien n’est plus divers, plus inattendu que cette polémique ; sans cesse la recette des « petits pâtés » se renouvelle. « Instructions », « lettres », « relations », « sermons », « homélies », « diatribes », « dialogues », « conversations », « questions », etc., les titres seuls valent un long traité : Lettre de M. Clocpitre à M. Eratou sur la question : si les Juifs ont mangé de la chair humaine et comment ils l’apprêtaient. — La canonisation de saint Cucufin, frère d’Ascoli, par le pape Clément XIII et son apparition au sieur Aveline, bourgeois de Troyes. — Instruction du gardien des capucins de Raguse à P. Pediculoso partant pour la Terre sainte. Quant à la verve de cette comédie des idées il nous suffira de citer ce début de la seconde Anecdote sur Bélisaire : « Frère Triboulet, de l’ordre du frère Montepulciano, de frère Jacques Clément, de frère Ridicous, etc., etc., et de plus docteur de Sorbonne, chargé de rédiger la censure de p.126 la fille aînée du roi, appelée le concile perpétuel des Gaules, contre Bélisaire, s’en retournait à son couvent tout pensif. Il rencontra dans la rue des Maçons la petite Fanchon dont il est le directeur, fille du cabaretier qui a l’honneur de fournir du vin pour le prima mensis de messieurs les maîtres.
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« Le père de Fanchon est un peu théologien, comme le sont tous les cabaretiers du quartier de la Sorbonne. Fanchon est jolie et frère Triboulet entra pour... boire un coup.
« Quand Triboulet eut bien bu, il se mit à feuilleter les livres d’un habitué de paroisse, frère du cabaretier, homme curieux qui possède une assez belle bibliothèque...
« Il compilait, compilait, compilait, quoique ce ne soit plus la mode de compiler ; et Fanchon lui donnait de temps en temps de petits soufflets sur ses grosses joues ; et frère Triboulet écrivait, et Fanchon chantait, lorsqu’ils entendirent dans la rue la voix du docteur Tamponnet... »
II. — L’oeuvre de d’Holbach et de ses collaborateurs
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Il ne faut sans doute pas en exagérer l’importance. Malgré les mille moyens dont disposait, comme nous le verrons, la contrebande des livres, malgré la complicité des grands seigneurs et des gens en place, la circulation d’oeuvres aussi violentes que celles de d’Holbach restait difficile et les risques étaient fort grands pour les lecteurs qui n’étaient pas des personnages. D’ailleurs les ouvrages les plus lus ne dépassent pas dix à douze éditions pour Le Christianisme dévoilé ou Le Système de la nature. Mais c’est tout de même un chiffre important pour le XVIIIe siècle et il faut ajouter que d’Holbach a multiplié ses attaques et ses livres. Si chacun d’eux ne pouvait pas espérer se vendre comme Candide, il a circulé au total quelque quatre-vingt-dix éditions d’ouvrages composés, adaptés, traduits par d’Holbach.
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Une étude de d’Holbach demanderait d’ailleurs toutes sortes de recherches sur ses emprunts, ses sources, ses collaborateurs. Qu’est-ce qui est de lui ? Qu’est-ce qui est de Diderot ou de Naigeon ? Que prend-il à ses prédécesseurs ou même que copie-t-il ? Comment p.127 traite-t-il ces déistes ou matérialistes anglais dont il multiplie les traductions ? C’est une enquête difficile et que je n’ai pas faite parce qu’elle n’importe guère à mon sujet. Les lecteurs du XVIIIe siècle ne s’inquiétaient pas de savoir qui avait écrit exactement ces ouvrages ; ils les lisaient tels quels et en subissaient l’influence ; et c’est cette influence seule qui importe ici.
Elle s’est exercée d’abord, violemment et obstinément, contre l’« infâme », contre la religion chrétienne. D’Holbach a repris, complété, répété en vingt façons différentes les arguments des déistes ou matérialistes français ou anglais, de Boulainvilliers à Fréret, de Collins à Toland. La Bible est un tissu d’absurdités, de grossièretés, d’immoralités. Elle ne peut être un livre inspiré de Dieu ni dans ses faits qui ne sont le plus souvent que des légendes puériles, ni dans son esprit qui est un esprit de férocité et de barbarie. Miracles, prophéties où l’on prétend discerner l’esprit divin ne sont que des contes de nourrice ou un galimatias prétentieux et vide. D’ailleurs il suffit de lire avec attention ces prétendus livres saints pour y discerner les contradictions, les incohérences, les truquages, tout ce qui trahit l’oeuvre d’hommes bornés et maladroits. L’histoire même et les livres du christianisme ne valent pas mieux que l’histoire biblique. Qu’il s’agisse des saints, des Pères de l’Église, on ne rencontre que des niais et des fous ou des fourbes, tous fanatiques et funestes
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au genre humain. C’est grâce à eux que le monde a perdu la raison et la paix. Le fanatisme a « embrasé tout l’univers ». « Le dévot fanatique, intolérant, inhumain, fait plus de mal à ses semblables par ses actions que l’incrédule le plus décidé n’en peut faire par des opinions ou par des écrits. » Poussé par la colère, d’Holbach ne recule pas devant l’injure et la polémique brutale : « Un bon chrétien [...] ne peut être qu’un misanthrope inutile s’il manque d’énergie et n’est qu’un fanatique turbulent s’il a l’âme échauffée. » Le christianisme est un « tissu d’absurdités, de fables décousues, de dogmes insensés, de cérémonies puériles, de notions empruntées des Chaldéens, des Égyptiens, des Phéniciens, des Grecs et des Romains ». C’est un « produit informe de presque toutes les anciennes superstitions enfantées par le fanatisme oriental ».
p.128 La vérité est que toutes les religions sont fausses, aussi bien les vagues croyances déistes que les dogmes les plus impérieux. D’Holbach est résolument matérialiste. Il n’étale pas toujours ce matérialisme, pour des raisons politiques et sociales. Mais Le Système de la nature, surtout Le Vrai Sens du système de la nature, Le Bon Sens ou idées naturelles opposées aux idées surnaturelles en donnent les démonstrations les plus explicites et les formules les plus brutales. Il n’y a dans le monde que la matière ; douée de la faculté de sentir ; les sensations éprouvées par la matière créent ce que nous appelons la pensée, l’âme ; quand la vie matérielle du corps disparaît, l’âme disparaît avec lui. Il n’y a d’ailleurs pas plus de liberté dans le monde de la pensée que dans le monde des corps puisque la pensée n’est qu’un aspect de la matière. Toutes les religions qui nous parlent
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de Dieu et de l’immortalité sont donc mensongères, inutiles et même malfaisantes.
La seule conclusion logique serait qu’il faut abandonner le monde humain au jeu fatal des effets et des causes et qu’il est à la fois absurde et inutile de prétendre enseigner une morale. Mais d’Holbach, comme son ami Diderot, s’est délibérément et constamment contredit. Il a été passionné de morale et il l’a enseignée avec plus d’ardeur que le matérialisme. C’est qu’il prétend garder son matérialisme pour quelques-uns. Peu sont capables de le comprendre ; et même peu auront la curiosité de s’en informer : « L’incrédule répand en secret des opinions faites pour un très petit nombre de citoyens ou de savants incapables de troubler le repos de l’État. » Pour le repos de l’État, il faut faire comme s’il y avait une âme libre et immortelle, des vices et des vertus ; il faut enseigner une morale et même faire de cette morale une sorte de religion.
Religion d’État, mais qui sera justement l’opposé de celles que les États ont jusque-là protégées. Elle ne sera pas imposée, mais suggérée par une éducation soigneusement conduite, par des moeurs paternellement dirigées. Les lois impératives auront si évidemment pour but le bonheur de la nation que nul ne sera tenté d’y voir une contrainte. Avec plus de rigueur dans les principes et une minutie beaucoup plus grande dans l’organisation pratique, c’est cette morale du bonheur dont nous avons étudié l’origine et les développements. p.129 La nature humaine est bonne, dans son fond ; il n’y a aucune corruption dans ses instincts primitifs ; ils tendent au plaisir ; il n’y a pas à les combattre ; il n’y a qu’à les diriger : « O vous, dit la nature,
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qui, d’après l’impulsion que je vous donne, tendez vers le bonheur dans chaque instant de votre durée, ne résistez point à ma loi souveraine. Travaillez à votre félicité, jouissez sans crainte, soyez heureux. » Seulement la même nature n’a pas voulu qu’on pût être heureux n’importe comment. C’est elle-même qui a soumis le bonheur et le plaisir à certaines conditions ; et ce sont ces conditions qui sont la vertu, la vertu véritable et non pas les fantômes des religions révélées. Elle a fait en sorte « que le crime se punisse lui-même et que la vertu ne soit jamais privée de récompense ». C’est-à-dire que la nature punit les excès, châtie par la maladie et la mort les ivrognes et les débauchés. En outre, elle a mis en nous des ins-tincts de bienfaisance et d’humanité, une certaine peine de voir souffrir, le remords de faire souffrir, la joie d’aimer et de se dévouer ; elle nous a d’ailleurs donné cette raison-bon sens qui nous permet de comprendre aisément que le plus grand bonheur de chacun dépend du plus grand bonheur de tous. La morale d’État n’a qu’à s’appuyer sur ces instincts naturels de l’homme pour être claire, forte, bienfaisante. Ce sera l’Éthocratie, le gouvernement par les moeurs, le plus aisé de tous puisqu’il ne commandera aux hommes que ce qu’ils auront plaisir à faire. D’Holbach en a donné un exposé méthodique, fort simpliste sans doute dans ses illusions, mais souvent généreux et judicieux. Le chapitre sur « Les Lois morales relatives aux mariages et à la vie domestique et privée », par exemple, est le procès courageux de la morale du beau monde, de l’indulgence souriante pour l’adultère, des mariages par contrainte et trop précoces, la justification du divorce.
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La politique d’Holbach est beaucoup plus précise que celle de Voltaire, de l’Encyclopédie, de Diderot, et beaucoup plus soucieuse de réalisations pratiques que celle de Diderot. Dans ses principes elle peut paraître révolutionnaire ou tout au moins impérieuse et hardie. D’Holbach n’admet pas d’autre justification de l’autorité qu’un pacte explicite ou tacite entre la nation et le souverain. Ce pacte reste toujours subordonné à son exécution : « La société est toujours p.130 maîtresse de la souveraineté — le souverain ne peut refuser d’écouter la nation. » Même cette nation peut faire entendre constamment sa voix : « Le pouvoir du monarque reste toujours subordonné à celui des représentants du peuple et ces représentants dépendent sans cesse de la volonté de leurs constituants. » Si le souverain, au lieu de protéger la liberté et de gouverner selon le droit et la raison, prétend exercer un pouvoir despotique et se laisse corrompre par « les préjugés religieux et politiques », d’Holbach va jusqu’à reconnaître le droit à la révolution : « Quand même la vérité ferait dans l’esprit des peuples un progrès assez rapide pour produire des factions et même des révolutions... les troubles passagers sont plus avantageux qu’une langueur éternelle sous une tyrannie continuée... Que le concitoyen n’obéisse qu’à la loi » ; à tel point que le prudent Naigeon se croit obligé d’atténuer et de rappeler, dans une note, que lorsque les peuples seront éclairés ils auront à leur disposition des moyens « plus doux » et plus efficaces que les révolutions.
Mais tout cela ce sont des phrases qui s’échauffent dans l’ardeur de la polémique et qui sont dirigées plutôt contre le despotisme religieux que contre le despotisme politique. Dans la
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réalité, d’Holbach est d’esprit conservateur et ne dépasse guère Montesquieu dont il a subi l’influence. Il prouve que « nulle forme de gouvernement n’est parfaite » et que « le même gouvernement ne convient pas à tous les peuples » ; en particulier la démocratie ne peut exister que dans de petits pays et dans certaines conditions ; peuple n’est pas synonyme de populace, — et il y a en France, actuellement, une populace plutôt qu’un peuple. L’égalité de nature est une chimère philosophique et elle ne peut pas plus être établie dans une société civilisée que dans les sociétés primitives. La propriété est nécessaire et si l’on doit essayer de combattre le luxe on doit reconnaître les bienfaits de la richesse. Quant aux révolutions, tout un paragraphe de la Politique naturelle s’emploie à les condamner. En réalité d’Holbach s’en tient à une monarchie vaguement constitutionnelle, sans se hasarder à préciser la forme et le jeu de cette constitution. Il s’en tient au rêve d’un « roi citoyen » tel que pourrait être le Louis XVI qu’il loue dans la dédicace de son Éthocratie : « Monarque p.131 juste, humain, bienfaisant... père de son peuple... protecteur du pauvre. »
Dans le détail les revendications de d’Holbach sont moins vagues ; elles s’accordent avec celles d’un bon nombre de ses contemporains et par là elles ont eu de l’influence. D’Holbach réclame avec vigueur la liberté de pensée, la liberté d’écrire, la liberté de la presse. Il condamne non moins violemment toutes les formes de la violence, telles que l’esclavage, la guerre, l’esprit de conquête. Il veut qu’on rende au commerce, à l’industrie une grande liberté. Il va même jusqu’à faire avec vigueur le procès des privilèges et à proposer qu’on abolisse la
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distinction entre les nobles et les roturiers. Hardiesse isolée d’ailleurs. D’Holbach reste un libéral autoritaire qui se contenterait de libertés de principe, de la pleine liberté pour les « philosophes » et, pour le reste, d’une volonté gouvernant le peuple pour son bien.
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CHAPITRE III
LA DIFFUSION PARMI LES ÉCRIVAINS
I. — Les attaques contre le christianisme.
Le déisme et le matérialisme
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p.133 Avant 1748, les attaques contre les dogmes et la morale du christianisme ne sont le plus souvent que des allusions ; on s’en tient, quand on veut parler ouvertement, à la critique du « fanatisme », à l’éloge de la tolérance ; et lorsqu’on fait l’éloge de la « loi naturelle » ou de la « religion naturelle » c’est ou pour défendre le christianisme ou en feignant de lui garder un profond respect. La critique hardie de la révélation ne se rencontre que dans quelques rares ouvrages ou dans les manuscrits clandestins. Vers 1750, et de plus en plus à mesure qu’on avance dans le siècle, tout change. Une âpre bataille se livre, dont nous rappellerons plus loin les épisodes essentiels, autour de l’Histoire naturelle de Buffon, des Moeurs de Toussaint, de l’Encyclopédie, de l’Esprit d’Helvétius, de certaines oeuvres de Voltaire. Dans le combat, les esprits s’échauffent ; les adversaires de la « religion dominante » se sentent de plus en plus soutenus par l’opinion publique, protégés par elle contre de trop graves châtiments ; ils s’enhardissent et se multiplient. C’est par dizaines que l’on pourrait énumérer les écrits impies et non plus obscurs, mais largement répandus ; non plus mesurés et polis, mais injurieux ou féroces. OEuvres des chefs, dont nous avons parlé, et p.134 oeuvres de vingt disciples ou chefs de bande.
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C’est l’époque où, par les soins de d’Holbach, Diderot, Naigeon, les manuscrits sont imprimés, les ouvrages à demi oubliés sont réimprimés. Aux Levesque de Burigny, Fréret, Dumarsais, Mirabaud (ou aux oeuvres qu’on leur attribue) viennent se joindre les Ch. Borde, les Méhégan, les Guéroult de Pival, les Dulaurens, et quelques anonymes, les matérialistes Morelly, La Mettrie, Maubert de Gouvest, etc. Ce ne sont plus contre la « maison du Seigneur » des attaques par ruse et dispersées, c’est une ruée en masse.
D’ailleurs, la tactique n’a guère changé et les armes sont restées les mêmes. On oppose aux livres révélés des arguments de critique et d’histoire qui s’efforcent de démontrer les contradictions, erreurs, interpolations et les contresens des orthodoxes. C’est le moment où de Marsy, continué par Robinet, publie une Analyse raisonnée de Bayle où la « raison » s’applique à dégager et rassembler tout ce qui dans Bayle peut faire douter des Écritures et des croyances chrétiennes. « Les ouvrages de Bayle, Monsieur, dit l’Année littéraire en 1758, sont l’arsenal général où la licence va chercher des armes pour attaquer la religion. » On n’insiste guère d’ailleurs sur l’exégèse érudite ou, du moins, on ne tente pas de la pousser plus avant, car ceux qu’on veut convaincre, ce ne sont plus seulement des théologiens, des savants, voire, comme le disait Fréret, quelques amis « interioris admissionis » ; c’est tout le monde. Et l’on y réussira bien plutôt en faisant appel au « bon sens » et à l’imagination. On se proposera donc de montrer le caractère d’absurdité, ou de puérilité, ou de grossièreté, ou d’immoralité, ou de barbarie des récits soi-disant sacrés. On imitera les
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« petits pâtés » de Ferney, avec moins d’esprit et plus de brutalité. Et l’on prétendra écraser le christianisme sous un mépris triomphant. On peut mesurer par exemple la distance qui sépare le Zoroastre de l’abbé de Méhégan (1751) du Caté-chumène (1768) qui est de Voltaire ou de Ch. Borde ou de La Moïsade qui n’est sans doute pas de Diderot : « Un crime léger, dit Méhégan, une frivole désobéissance, commise il y avait cent siècles par les auteurs de notre origine, avait irrité Bramane contre leurs malheureux descendants ; il les avait condamnés tous à des flammes éternelles ; une innocente postérité, des enfants mêmes p.135 expiaient par des peines affreuses, interminables un crime qu’ils ignoraient, etc. » Le Catéchumène et La Moïsade ne s’embarrassent plus d’allégories : « Je frémissais de tant d’absurdités et d’horreurs [...] Toutes ces inepties furent inventées par des fanatiques et protégées par des fripons. Les uns et les autres trouvèrent leur compte à tromper les hommes ; les énergumènes nourrissaient leur orgueil en faisant des prosélytes ; les gens adroits mirent l’argent des uns et des autres dans leurs poches. » « Meurs, Moïse, meurs tyran destructeur ! Que le Ciel t’écrase de ses foudres vengeurs [...] monstre abominable dont l’haleine empestée a soufflé sur toute la surface de la terre les semences empoisonnées du plus horrible et du plus détestable fanatisme dont elle est encore malheureusement infectée ; que ta mémoire abominable reste en horreur dans tous les siècles et chez tous les hommes et périssent ceux qui la révèrent ! »
Une seule démonstration était sinon neuve tout au moins précisée au point de paraître neuve. L’un des arguments des
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adversaires du christianisme était que toute religion était née d’une complicité des tyrans et des prêtres pour exploiter la crédulité des hommes ; les prêtres leur font croire que la tyrannie est divine et les tyrans exterminent les ennemis des prêtres. Boulanger donna à l’argument une forme historique en écrivant son Antiquité dévoilée et ses Recherches sur l’origine du despotisme oriental. Une immense catastrophe, le Déluge, a frappé autrefois de terreur le genre humain. Il s’est senti mystérieusement et implacablement menacé par des forces mauvaises et irrésistibles. Son esprit malade aurait pu, peu à peu, se guérir, au cours des générations. Mais prêtres rusés et tyrans avides se sont entendus pour nourrir cette terreur et en profiter en créant les dieux cruels, le péché, les enfers, les majestés et les lèse-majestés. « Nos pères nous ont appris à trembler d’une catastrophe arrivée depuis des millions d’années et nos institutions religieuses et politiques se sentent encore des impressions que la terreur a faites alors sur le genre humain. »
Aux religions révélées on continue à opposer la religion naturelle, c’est-à-dire un vague déisme. Chez les plus modérés ou les plus prudents le déisme n’est qu’insinué. On se contente de démontrer que toute vérité demande l’assentiment formel de la raison et que la p.136 raison ne peut acquiescer qu’à des vérités « naturelles » très générales. Ainsi dans l’Histoire d’Ema [de l’âme] de Bissy, dans la Philosophie applicable à tous les objets de l’esprit et de la raison de Terrasson, dans les Dissertations de Beausobre, dans les thèses insinuées par l’abbé de Prades dans sa soutenance fameuse, etc. D’autres, plus hardiment, dressent la religion naturelle contre la religion révélée. Ou bien, sans faire
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directement le procès du christianisme, ils le passent si bien sous silence et mettent tant de soin à organiser leur religion de la nature qu’ils suggèrent invinciblement le dédain de l’un et l’amour de l’autre. Ainsi de Robinet dans son livre pédant et bavard, mais assez lu, De la nature (quatre éditions) et Guillard de Beaurieu dans son Élève de la nature non moins pédant et bavard et plus naïf encore, mais tout aussi lu (sept éditions). Beaurieu fait une longue apologie du « théisme » et prétend « fonder sur la base de la nature l’édifice de notre félicité ». Du déisme on pousse plus souvent et beaucoup plus hardiment vers le matérialisme. Non pas que ces matérialistes soient très nombreux ni même pour la plupart extrêmement lus. Les Lettres iroquoises de Maubert de Gouvest usent d’ironies si grosses qu’on ne sait si elles sont sérieuses. Le pseudo Fréret déguise comme J.-F. Bernard. Le Traité des trois imposteurs, La République des philosophes ou histoire des Ajaciens sont plus insolents, mais on ne les lit guère. Par contre, les oeuvres de Morelly et celles de La Mettrie atteignent de huit à dix éditions ; ce qui est un vif succès. Par la brutalité audacieuse de la doctrine et des titres mêmes (L’Homme machine et L’homme plante de La Mettrie) ils font scandale ; on les connaît, même sans les avoir lus, ne fût-ce que par l’acharnement que leurs adversaires mettent à les combattre. La Mettrie notamment devient comme le symbole des perversions de l’esprit. Il a donné en effet les formules les plus nettes d’une philosophie qui prétend tout réduire à la matière et aux méthodes des sciences de la matière : « L’homme organisé comme les autres animaux, pour quelques degrés d’intelligence de plus, soumis aux mêmes
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lois, n’en doit pas moins subir le même sort... Tout ce qui n’est pas puisé dans le sein même de la nature, tout ce qui n’est pas phénomènes, causes, effets, science des choses en un mot ne regarde en rien la philosophie. » p.137 Comme les autres matérialistes d’ailleurs il défend sa doctrine contre le reproche d’immoralité. De quel droit lui opposer la morale chrétienne qui n’a su jusqu’ici que faire le malheur des hommes ! « Le christianisme n’a pas rendu les hommes plus honnêtes gens. » En fait, au contraire, la vertu, « qui peut prendre dans l’athée les racines les plus profondes », a été cultivée par la plupart des philosophes athées. Sans doute il n’en serait pas de même pour la masse ignorante et grossière, aussi longtemps qu’elle restera ignorante et grossière ; mais « le peuple ne vit point avec les philosophes ; il ne lit point de livres philosophiques » ; « les matérialistes ont beau prouver que l’homme n’est qu’une machine, le peuple n’en croira jamais rien ». Conduire le peuple c’est affaire de politique et la philosophie « n’a jamais empiété sur les droits de la politique ».
Une des preuves les plus significatives de la diffusion des idées de « loi naturelle » et de « religion naturelle » est qu’elles se répandent de plus en plus dans des oeuvres sincèrement religieuses. De la théologie protestante, elles commencent à s’infiltrer non pas parmi les théologiens catholiques, mais parmi ceux qui écrivent à l’usage des gens du monde. En 1757, par exemple, l’Académie française met au concours cette question : « En quoi consiste l’esprit philosophique ? » Le discours couronné est celui du P. Griffet. Il proclame, et sincèrement sans doute, son respect pour la religion ; mais l’esprit philosophique
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qu’il définit et qu’il loue n’est pas du tout l’esprit de soumission ; il s’élève contre les « adorateurs stupides de l’antiquité » ; il célèbre la « liberté et hardiesse de penser, cette noble indé-pendance des idées vulgaires ». Même chez les défenseurs avérés du christianisme, chez ceux qu’on pourrait appeler les professionnels de l’apologétique, on peut saisir cette liberté et hardiesse ; par exemple, L. Castilhon dans son deuxième Recueil philosophique, où il continue à attaquer les « philosophes modernes », les « sophomanes », ébauche, lui aussi, sa cité utopique, sa « découverte heureuse d’une source abondante... d’une race nouvelle d’hommes, qui n’ont besoin pour être heureux que de la religion et de la morale naturelles ». De plus en plus nombreux sont ceux qui essaient de « concilier », qui ne veulent point, sincèrement ou non, renoncer p.138 aux vieilles croyances, mais qui tentent de penser à la fois en chrétiens et en philosophes : l’abbé Trublet, que l’on pouvait accuser d’être athée et qui, probablement, n’allait même pas jusqu’au déisme ; l’abbé Coyer, fort attaché aux philosophes, mais qui se garde de donner des armes aux philosophes. C’est d’ailleurs surtout dans les traités de morale que ce « philosophisme » pénètre pro-fondément.
II. — La morale naturelle et humanitaire. La tolérance
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L’effort pour organiser une morale efficace en dehors de tout dogme et même de toute morale religieuse s’intensifie en effet. On continue à lui chercher, comme par le passé, des justifications théoriques, à s’en servir comme d’une arme de
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polémique contre les morales du renoncement et de l’expiation. Comme Toussaint, Diderot, d’Holbach, etc., les Duclos, les Maupertuis, les Borde, les Saint-Lambert, à plus forte raison les Morelly et les La Mettrie ne cessent pas de répéter que le plaisir, la recherche du bonheur, l’obéissance aux passions sont un droit et la base même de la morale :
Jouir c’est l’honorer [Dieu] ; jouissons, il l’ordonne !
Mais il semble que de plus en plus on veuille élever cette morale nouvelle au-dessus de la polémique, l’arracher aux mots de plaisir et de volupté trop pénétrés d’un sens égoïste et que seuls des philosophes peuvent comprendre en philosophes. On se désintéresse de la discussion des principes pour insister longuement sur l’application et la réalisation. Cette morale sera laïque. Turgot lui-même le demande en formant le projet d’un traité de morale primaire : « Je voudrais, dans le plan total de l’ouvrage, faire entrer la connaissance de la religion, mais je ne voudrais pas fonder uniquement la morale sur la révélation comme on fait ordinairement ni que les hommes ne connussent les règles de la probité que comme des mystères, sur la parole de leur curé. » D’autres vont plus loin que Turgot et suppriment tout appel à la révélation et à la parole du curé ; ainsi l’abbé de Mably ; ainsi l’abbé Coyer qui développe le projet d’une morale laïque et sociale, d’une véritable « éthocratie » ; p.139 ainsi Guillard de Beaurieu dans son Élève de la nature. Raisonnable, naturelle, cette morale se justifiera parce qu’elle sera tout entière organisée pour le bien social. Même les moralistes s’abstiendront assez souvent de parler de nature et de raison, ou ils n’en parleront qu’en passant. Ils se contenteront de dire :
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« La morale est la science du bonheur social ; voici les conditions et les applications de cette science. » On commencera donc à écrire des traités simplement pratiques, comme les moralistes chrétiens avaient écrit des oeuvres morales sans discuter les principes de la morale chrétienne. Ainsi ce Dictionnaire social et patriotique ou Précis raisonné des connaissances relatives à l’économie morale, civile et politique (1770) ; ainsi les oeuvres de Faiguet de Villeneuve (L’Ami des pauvres, 1766), ainsi les traités composés par des gens qui étaient pieux, mais qui écri-vaient sur la morale à peu près comme si la religion n’avait rien à y voir : le P. Collet (Traité des devoirs des gens du monde, 1763), Lacroix (Traité de morale, 1767, dont la section deux de la première partie est consacrée à la bienfaisance).
Surtout l’accent de cette morale commence à n’être plus le même. Jusque-là les philosophes avaient démontré la morale sociale et déduit la bienfaisance ; l’« humanité » était la conclusion d’arguments. Vers 1760 on se propose moins de prouver que d’émouvoir ; il semble que désormais la preuve soit inutile et qu’il importe surtout de créer l’enthousiasme qui agit. Même les purs « philosophes », les raisonneurs s’échauffent quand ils parlent de la joie d’être utile. « Il n’est pas de spectacle plus ravissant pour l’homme de bien que de voir des heureux », dit l’Essai sur les préjugés et d’Holbach témoigne les mêmes ravissements dans le Système de la nature ou l’Étho-cratie ; Morelly oublie son athéisme pour parler au nom de Dieu : « Hommes soyez bienfaisants, Dieu le veut, Dieu l’ordonne ! » Dulaurens prend un ton de prophète : « O religion sainte ! charité bienfaisante ! c’est à toi de rapprocher les coeurs
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et les esprits que les divisions des prêtres ont éloignés trop longtemps. » La poésie même, dans Les Saisons de Saint-Lambert ou La Voix du peuple de Nougaret, met la bienfaisance et l’humanité en chants lyriques, ou qui veulent l’être : p.140
Ah ! si pour la vertu brûlant d’un noble zèle
Ils [les auteurs] voulaient se couvrir d’une gloire immortelle
L’amour du bien public dicterait leurs écrits
Et de l’humanité l’on entendrait les cris.
On commence même à entendre très nettement une voix nouvelle. Pendant longtemps il n’a été question dans cette morale humanitaire que de l’humanité. Mais cette humanité est bien vaste et, si l’on veut enseigner la bienfaisance avec quelque chance de succès, il convient peut-être d’en chercher des applications pas trop lointaines. C’est pourquoi l’on commence à enseigner la morale du « citoyen » et la morale particulière du « citoyen français ». C’est surtout après 1770 que cette morale patriotique prendra tout son développement. Mais elle s’ébauche déjà, après 1760, surtout dans les théories de l’éducation et le théâtre patriotique que nous retrouverons plus loin.
Il va sans dire que le premier article et le plus important de cette morale laïque c’est la liberté de pensée, la tolérance. Dès 1750 la bataille est engagée violemment en faveur de la tolérance et, dès l’affaire Calas, vers 1764, elle est manifestement gagnée. Sans parler de tout ce qu’écrivent çà et là les philosophes, Montesquieu, Toussaint, d’Argens, l’Encyclopédie, Voltaire, etc., Méhégan publie son Zoroastre en grande partie pour combattre « l’intolérance, cette furie
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destructrice des États ». Puis l’Accord parfait de la nature et de la raison (1753), l’abbé Yvon, Rippert de Montclar (1754), J.-F. Bernard (1759) 1, de Vattel, l’abbé Tailhé composent des traités plus ou moins violents pour dénoncer ses méfaits ou ses crimes. En 1762 Morellet publie son Manuel des Inquisiteurs, le « tableau affreux » des excès de l’Inquisition ; en 1763 paraît le Traité sur la tolérance de Voltaire. Il faudrait ajouter à ces ouvrages toutes sortes de témoignages, le Petit écrit sur une matière intéressante de Morellet, la Lettre sur les lois pénales en matière de religion de Dulaurens, le chapitre sur la tolérance qui fut la raison des poursuites contre le Bélisaire de Marmontel, Les 37 Vérités opposées aux 37 impiétés de Bélisaire par un bachelier ubiquiste de Turgot, toute la polémique autour de p.141 Bélisaire, des affaires Calas et Sirven, etc., etc. Quant l’abbé de Caveirac publia, en 1762, sous le titre de L’Accord de la religion et de l’humanité sur l’intolérance, une sorte de justification de la Saint-Barthélemy ce fut, même chez les modérés, une véritable clameur. Depuis quelque temps déjà la cause de la tolérance était gagnée devant l’opinion éclairée : « Ce n’est que depuis peu de temps et encore à peine, écrit Morellet en 1762, qu’il est permis de rire et de s’indigner » des persécutions religieuses. On peut supprimer à peine, en réalité, dès 1760.
III. — La politique
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a. — Les discussions de principe
1 Si l’Éloge de l’Enfer est bien de lui.
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Par contre, il est permis, depuis assez longtemps, d’écrire sur la politique, si l’on écrit de certaines façons. Il y a d’abord la façon cartésienne, celle qui continue Grotius et Pufendorff et poursuit dans l’abstrait l’analyse des principes rationnels et de leurs conséquences logiques en planant au-dessus des réalités. C’est celle des célèbres Principes du droit naturel et Principes du droit politique de Burlamaqui (1747 et 1751). Le Journal des Savants en résumait très nettement la méthode : « Le droit naturel est celui que la raison prescrit à tous les hommes pour les conduire au véritable et au seul but qu’ils doivent se proposer, c’est-à-dire au bonheur le plus solide. Or, chaque homme est doué par le Créateur d’un entendement destiné à être éclairé par les lumières de la raison » ; c’est en se servant de ces lumières que Burlamaqui exposera « les raisons a priori tirées de la nature même de la chose » et, de déduction en déduction, ira du chapitre I (Définition de l’homme — Différentes actions de l’homme — Principales facultés de l’âme — L’entendement — Principe : l’entendement est naturellement droit), au chapitre VIII : De la loi en général. Même méthode dans les Principes du droit de la nature et des gens, extraits de Wolff par Formey (1758) et dans des traités plus obscurs, tels que l’Essai sur l’histoire du droit naturel de Hubner (1757).
Quelque séduction qu’offre encore cette géométrie politique elle a souffert évidemment des attaques qui se multiplient, à partir de 1740, p.142 contre l’esprit de système. En partie par défiance des raisonnements abstraits, en partie par l’influence de Montesquieu on commence à accorder plus d’importance aux faits qu’aux lumières de la raison, à la réalité historique qu’à la
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logique. On essaie donc, soit dans les discussions où l’on critique l’Esprit des lois, soit dans les traités originaux de déterminer non pas ce que doit être un gouvernement en soi, mais comment s’est organisé historiquement le gouvernement français, quelles sont les raisons de fait qui le légitiment ou qui invitent à le modifier. M. E. Carcassonne 1 a très nettement et très fortement étudié toute cette littérature, qui est abondante, et qui, sans avoir à beaucoup près autant de lecteurs que les grands ouvrages ou les brochures des philosophes, atteint assez souvent deux ou trois éditions. Il y a ceux qui dissertent sur les origines de l’autorité royale et des fiefs ou privilèges de la noblesse, sur le droit de conquête des envahisseurs germaniques ou sur les conventions, traités, garanties accordés au peuple conquis ou allié ; le président Hénault, Mignot de Bussy, le vicomte d’Alès de Corbet, Linguet, Hoüard, du Buat, l’abbé de Gourcy, Gautier de Sibert, etc., etc. Il y a ceux qui, dépassant la question des origines et des justifications, cherchent à dégager les conséquences. Puisqu’il existe une noblesse française et qu’elle est et doit être un corps essentiel de l’État, comment pourra-t-elle jouer dans l’État le rôle le plus utile ? Doit-elle être uniquement une élite militaire occupée en temps de paix à entourer le roi ? Doit-elle au contraire se mêler à l’activité économique de la nation ? Un gentilhomme peut déjà être verrier ou armateur. Pourquoi ne pourrait-il pas aussi bien être maître de forges ou commerçant ? C’est la controverse sur la noblesse commerçante suscitée par la brochure de l’abbé Coyer et que poursuivent une vingtaine de dissertations. Si on continue
1 1512.
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à interdire à la noblesse ces occupations roturières, doit-elle être surtout une noblesse de parade ; quelle part doit-elle prendre effectivement dans les conseils ; où doit-elle vivre ? Ne doit-elle pas vivre d’abord sur ses terres et non pas seulement pour gouverner, mais encore pour diriger la culture ? Ce sont les problèmes que veulent résoudre le p.143 célèbre Ami des hommes de Mirabeau, du Buat-Nançay et quelques autres. Enfin, à côté de la noblesse, il y a un autre corps privilégié qui a joué un rôle historique dans la monarchie française, celui des parlements. Quels sont ses droits ? N’ont-ils pas été méconnus et ne faut-il pas les restituer ? N’y a-t-il pas lieu d’en faire plus fortement « le dépôt des lois » ? C’est ce que se demandent, par exemple, Le Paige ou le président de Lavie.
Tout cela n’a pu d’ailleurs exercer qu’une influence assez restreinte ou du moins indirecte. Les discussions abstraites sur le droit naturel ruinaient évidemment la théorie du droit divin et de l’absolutisme telle que la concevaient Bossuet, ou Massillon, ou Bourdaloue. Leur conclusion explicite est que les hommes ont des droits, des dignités qui s’opposent à l’idée d’un gouvernement despotique. Mais c’était la confirmation de ce que tout le monde pensait vers 1750. A travers toutes leurs théories ces dissertations ne se demandaient pas où commençait dans la pratique et surtout dans la pratique française le gouvernement despotique. Et l’on pouvait toujours soutenir que, dans un pays comme la France, la monarchie telle qu’elle avait été réalisée était le meilleur moyen de sauvegarder, dans la plus grande mesure possible, le droit naturel. Les traités historiques ou qui se croient historiques auraient pu avoir plus d’importance. Il
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aurait suffi qu’ils demandassent à l’histoire la condamnation du présent et d’audacieux projets d’avenir. En fait ils n’y ont guère cherché que la justification des privilèges acquis, privilèges de la noblesse, privilèges des parlements ; c’est à peine si, vers 1770, les remontrances des parlements commencent à masquer leur égoïsme derrière les « droits de la nation ». C’est si vrai que l’autorité politique, malgré quelques incertitudes, commence à se montrer nettement favorable à Montesquieu et que des arrêts du Conseil de 1759, 1763, 1764 (puis 1784) organisent et développent une bibliothèque de législation, administration, histoire et droit public ; ce qui veut dire qu’au lieu de compter simplement sur l’affirmation de l’autorité on demandera à l’histoire de « maintenir et conserver les principes essentiels de la monarchie ». Il y a pourtant dans tous ces livres et ces arrêts une affirmation nouvelle : c’est que le gouvernement le plus autoritaire doit tenir compte de « lois fondamentales » et qu’il p.144 est nécessaire de le conseiller, même de le contrôler par des corps ou pouvoirs « intermédiaires ». On peut dire que, vers 1760, une évolution générale s’est achevée dans la pensée de la plupart de ceux qui écrivent, si modérés et respectueux qu’ils soient. A la doctrine du pouvoir absolu et de l’obéissance résignée s’est substituée celle d’un pouvoir raisonnable, soucieux de ne pas transgresser les droits les plus généraux de la personne humaine. Cette politique à la fois respectueuse et libérale s’exprime, par exemple, dans le Manuel des souverains de l’abbé Barrai (1754, au moins trois éditions) et dans le Traité de morale de Lacroix, tous les deux catholiques et monarchistes. « Le despotisme tyrannique des souverains, dit Barrai, est un
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attentat sur les droits de la fraternité humaine » (comme d’ailleurs « le despotisme de la multitude ») ; et Lacroix enseigne dans sa « Morale du citoyen » que le souverain n’est « ni au-dessus des lois fondamentales de l’État, ni au-dessus de la justice ». C’était à peu près également la conclusion des Essais, de Hume, traduits par le Journal étranger, en 1760 et 1761, et qui enseignent un juste milieu entre le despotisme et le gouvernement populaire.
Surtout, à côté des discussions méthodiques et mesurées, commencent à paraître des sortes de traités-pamphlets où le pouvoir politique est jugé, sinon dans ses formes essentielles du moins dans certaines de ses pratiques, avec la même insolence qu’on réservait jusque-là au pouvoir religieux. De Vattel, en 1758, va jusqu’à dire que la nation peut réformer le gouvernement et changer la constitution ; mais c’est encore une discussion fort abstraite et Vattel conseille à la nation d’être « très circonspecte ». Denesle médite sur les « ressources de la sagesse contre la perversité et la tyrannie des gouver-nements » ; mais c’est une méditation sceptique réservée au sage qui se retire sous sa tente. Plus caractéristiques sont l’Éloge de la roture de Jaubert (1766) et certains ouvrages de J.-L. Castilhon (surtout le Diogène moderne) et de l’abbé Coyer. Avec des politesses à l’égard de la noblesse et du clergé, Jaubert se propose de « rétablir le tiers-état dans le rang qui lui convient, faire revivre des droits que l’ambition, l’ingratitude ou l’ignorance avaient éteints, mais que la nature a rendus imprescriptibles ; dire que ce corps est le plus ancien, le plus considérable, le plus nécessaire, le plus utile et qu’il p.145 mérite toutes sortes
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d’égards ». Castilhon, en démontrant d’ailleurs que le gouvernement républicain ne convient pas aux Français, conclut, à l’occasion, « que les roturiers étant visiblement les fils de la nature et les nobles, les enfants de l’orgueil, la roture est infiniment plus ancienne et, par cela même, plus respectable que la noblesse ». Coyer dans certaines de ses Bagatelles et dans sa Dissertation sur la nature du peuple ne se montrera pas moins sévère contre les grands seigneurs insolents et incapables, convaincus que le peuple ne fait pas partie de l’humanité, pas moins pitoyable pour « les forçats de l’humanité qui ont l’honneur de labourer leurs domaines ». Ainsi commence à se justifier le mot de Duclos que « grand seigneur est un mot dont la réalité n’est plus que dans l’histoire ».
On peut se demander si des discussions politiques en apparence beaucoup plus audacieuses avaient en réalité la même portée. Le Code de la nature de Morelly (1755) auquel on peut joindre sa Basiliade (1753) ne se contente pas de rechercher les premiers principes du droit naturel. Il en tire des conséquences expressément contraires non seulement à la monarchie tempérée, mais encore aux démocraties réalisées par l’histoire. Il est résolument communiste : « Lois fondamentales et sacrées qui couperaient racine aux vices et à tous les maux d’une société : I. Rien dans la société n’appartiendra sin-gulièrement ni en propriété à personne que les choses dont il fera un usage actuel soit pour ses besoins, ses plaisirs ou son travail journalier. » Ce code, dit Raynal « fait du bruit ». Mais en réalité il n’a pas dépassé trois éditions. Ni Morelly ni les autres abstracteurs qui ont échafaudé au XVIIIe siècle des systèmes
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plus ou moins socialistes ou communistes n’ont été vraiment pris au sérieux ni par le gouvernement, ni par l’opinion ; ou du moins on n’y a vu que des spéculations de jeu analogues aux cités des Australiens, des Sévarambes, du Télèphe de Pechméja, etc. M. A. Lichtenberger en a fait la démonstration élégante et solide 1.
b. La critique directe des abus
Cette critique est, à certains égards, plus intéressante parce qu’elle touche à des maux actuels et en propose les remèdes immédiats. p.146 Mais sa portée peut être beaucoup moindre, car elle ne prépare pas nécessairement un esprit révolutionnaire, même indirectement. On pouvait corriger bien des abus de l’ancien régime sans toucher à rien d’essentiel dans l’organisation politique : par exemple l’injustice et la brutalité de la législation et de la procédure criminelles, la complexité et les contradictions de la législation civile, la tyrannie des jurandes et maîtrises, même certains privilèges féodaux comme la mainmorte et le servage ; on ne pouvait toucher à l’assiette de l’impôt sans toucher en même temps à l’un des privilèges essen-tiels de la noblesse, mais on pouvait dénoncer l’injustice et la férocité de son recouvrement, les rapines et le luxe scandaleux des traitants ; on pouvait même critiquer la multiplicité et la vénalité des charges, etc. On a poursuivi infatigablement le procès de ces abus sociaux, à la suite de Montesquieu, de Voltaire, de l’Encyclopédie, etc., dans un grand nombre de traités et dissertations dont la plupart sont fort respectueux de l’ordre établi et ne se donnent même pas pour « philosophes ».
1 1543.
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Souvent d’ailleurs ces critiques positives et directes sont plus ou moins noyées dans des systèmes généraux. C’est le cas pour un certain nombre des ouvrages que nous avons étudiés et pour les traités tels que L’Homme en société de Goyon de la Plombanie (1763) ou l’Ami du prince de Sapt (1769). Il y a plus de précision dans l’Économie politique de Faiguet de Villeneuve (1673) ou les Recherches sur les moyens de supprimer les impôts, de Béardé de l’Abbaye (1770) ; mais là encore l’esprit réaliste est subordonné à de vastes systèmes doctrinaux dont l’ampleur même en faisait un simple jeu de l’esprit. On peut en dire autant des physiocrates. Leur oeuvre a été en un certain sens considérable par le nombre et l’intelligence des adeptes, par l’enthousiasme qui les anime et par l’abondance des discussions et polémiques qu’ils ont suscitées 1. Elle a exercé une influence technique importante puisqu’ils ont été les vrais fondateurs de l’économie politique. Enfin ils ont joué un rôle politique indéniable par la sorte de hasard qui a mis au pouvoir l’un de ceux qui leur faisaient confiance, Turgot. Ils avaient sur l’agriculture, le commerce, les finances des vues pratiques assez précises dont certaines ont été ainsi mises à l’épreuve p.147 des faits. Mais en même temps leur système était si bien un système qu’on pouvait justement l’appeler le Système et que nous aurions pu tout aussi bien les placer dans notre § III. Ils étaient convaincus qu’ils avaient pour eux la Raison éternelle et une logique quasi divine. Ils affirmaient que leurs déductions avaient la même certitude que la géométrie d’Euclide. D’autre part, les réformes qu’ils réclament (avances d’argent aux agriculteurs,
1 Voir l’ouvrage de M. Weulersse (1575).
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réforme des vaines pâtures, du droit de chasse, des corvées, des milices, de la dîme, de certains droits féodaux, des douanes intérieures, etc.) exigeaient bien un certain remaniement du régime, mais qui n’avait rien de révolutionnaire. D’autant plus qu’il était subordonné à l’ensemble du système qui condamnait tout esprit démocratique. L’État, selon eux, ne pouvait être qu’un « despotisme légal » mettant aux mains d’un monarque absolu un pouvoir à peine limité dans certains cas par un droit de veto des magistrats. Les physiocrates se sont beaucoup remués, et ils ont quelque peu remué, mais sur place, pour ainsi dire, et sans faire avancer vers l’esprit révolutionnaire.
Il y a un peu plus de cet esprit chez ceux qui ne remettent pas la réforme des abus aux mains d’un despote légal : dans les Observations sur les lois criminelles d’un Boucher d’Argis ; dans le Discours en faveur des paysans du Nord de Marmontel ou la Dissertation de Béardé de l’Abbaye qui plaident en faveur de la propriété paysanne ; dans les Lettres à Philopenès où Séguier de Saint-Brisson défend avec ardeur la cause des pauvres ; dans les Lettres iroquoises où Maubert de Gouvet attaque le luxe, la vénalité des charges ; dans la Législation du divorce de Cerfvol ; mais c’est un peu sans qu’ils le veuillent et simplement parce qu’à force d’entendre dénoncer les abus qui existent sous un régime on est tenté d’en rendre responsable le régime lui-même. Le ton est un peu plus âpre chez un Graslin (Essai analytique sur la richesse et sur l’impôt, 1767). Et il le devient enfin tout à fait chez certains, bien qu’ils n’aient pas la moindre intention révolutionnaire. C’est le cas du P. Collet qui s’élève avec véhémence contre certains abus et notamment ceux du droit de
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chasse : « On demande quelquefois pourquoi à la fin des siècles il y aura un jugement général : c’est afin que tant d’horreurs soient publiées à la vue des nations. » Ou celui de notre abbé p.148 Coyer dont maintes brochures, qui eurent souvent le plus vif succès, s’acharnent contre la vénalité des charges, le droit de chasse, les iniquités de la justice, les impôts qui accablent le peuple, l’insolente oisiveté des grands qui ne vivent qu’aux dépens du peuple, l’absurdité des jurandes et maîtrises. Au total d’ailleurs l’accent de colère et de violence est encore assez rare ; par timidité sans doute, et surtout par prudence. On use encore de l’allusion et de l’ironie ; et c’est pour cela que les critiques les plus insolentes prennent le masque des fictions.
IV. — Les fictions : romans et théâtre
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Ces fictions attaquent d’abord la religion. Elles reprennent un certain nombre des arguments ressassés dans les dissertations et pamphlets ; non pas les arguments d’exégèse, de critique historique trop sévères pour ce qui doit n’être qu’une distraction, mais les ironies ou les malédictions contre l’inutilité et la malfaisance des prêtres, de la théologie, de l’esprit de fanatisme. La mode des voyages imaginaires dans les pays où règnent des religions « naturelles » et bienfaisantes est passée ; on ne peut guère signaler que la Relation du monde de Mercure du chevalier de Béthune. On veut des attaques plus directes. Les moins hardies sont celles qui bafouent les moines et les chicanes stupides et féroces des théologiens, celles de Palissot dans Zélinga, du conte d’Azoïla, de Tiphaigne dans l’Empire des
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Zaziris, de Luchet dans La Reine de Benni, etc. : « Il y avait dans le royaume de Benni cinquante mille prêtres, ce qui fait, eu égard au nombre des habitants, un prêtre pour cent cinquante personnes ; le clergé avait à peu près le tiers du revenu de l’État... Trémina dit :... Réformons les prêtres. » Critiques banales, pour la plupart. Elles deviennent plus insolentes et prennent souvent le ton de la parodie la plus grossière dans les romans licencieux, dont le nombre s’accroît et qui apportent au lecteur avec le ragoût des obscénités élégantes ou fangeuses le sel de l’impiété triomphante ; ainsi dans la Thérèse philosophique de d’Argens, dans Margot la Ravaudeuse de Fougeret de Montbron ou dans l’Imirce ou la fille de la nature de Dulaurens où l’on démontre qu’il n’y a pas p.149 besoin pour vivre d’autres règles que celles des instincts, y compris ceux qui font coucher ensemble les garçons et les filles. Le fanatisme surtout, l’intolérance qui prétend asservir les âmes par la crainte des supplices sont combattus avec une ironie amère ou une violence déchaînée. Une demi-douzaine de contes, sans parler de Candide et des contes de Voltaire, tiennent à maudire l’Inquisition et tout ce qui lui ressemble, depuis la Zélinga de Palissot (1749) qui sera pourtant l’adversaire acharné des philosophes, jusqu’au Bélisaire de Marmontel, en passant par Chevrier et les anonymes Lieb-Rose ou Azoïla. Azoïla, par exemple, développe sur le ton pathétique les ironies où Voltaire expose l’art de fesser et brûler dévotement ceux qui pourraient ne pas penser comme vous.
Ni dans le fond d’ailleurs, ni dans la forme ces contes et romans ne dépassent les pamphlets ou traités de d’Holbach et de quelques autres. C’est surtout lorsqu’il s’agit de critiques
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sociales et politiques qu’ils parlent avec plus de décision et de violence. Assurément, beaucoup de ces critiques sont faites en passant ou avec une certaine discrétion : critique de la justice, des douanes intérieures, de la vénalité des charges, des financiers, de l’esclavage. Mais il arrive assez souvent qu’on insiste, et sur des points qui sont de conséquence. Telles les critiques de la noblesse dans le Paris de Chevrier, l’Imirce de Dulaurens et les Songes d’un ermite de L.-S. Mercier. Tels surtout le Chinki de l’abbé Coyer, « histoire cochinchinoise qui peut servir à d’autres pays » (1765), ou certains passages des Lettres d’Affi à Zurac de J.-V. Delacroix (1767). « Ceux qu’on avait déclarés Nobles d’origine, dit Coyer, et surtout les grands mandarins allèrent s’imaginer que leur sang était plus pur, plus analogue aux grandes vertus que celui des autres hommes. Ils le disaient, ils l’imprimaient, ils le faisaient chanter sur le théâtre. Quelques philosophes (car il y en a partout où il y a de la raison) contestèrent cette nouveauté. On les appela des insolents qui méritaient d’être châtiés. » Les résultats de l’équitable organisation politique et sociale de la « Cochinchine » sont que les filles de Chinki deviennent, par misère, courtisanes, et finissent en prison, que l’une donne à sa soeur une robe de sa maîtresse et est pendue et que l’honnête et laborieux Chinki et sa femme meurent de désespoir. Pour mettre un peu p.150 d’ordre, de justice et de foi dans son misérable royaume, le roi supprime non seulement les jurandes et maîtrises que Coyer a surtout voulu condamner, mais l’intolérance, certains privilèges seigneuriaux, les impôts sur la terre ou les denrées. Au ton sarcastique de Coyer font écho le ton sensible et les larmes de
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J.-V. Delacroix et ce sont tour à tour l’accent de Voltaire et celui de Rousseau qui dénoncent les iniquités sociales : « J’ai vu ces infortunés qui arrachent à la sueur de leur front, du sein de la terre, le pain qui nourrit tous les hommes, en manquer eux-mêmes et tomber de faiblesse. Je me suis écrié, le coeur oppressé de douleur : de quel nom vous appellerai-je, ô vous qui êtes assez durs pour voir d’un oeil indifférent ceux de qui vous tenez le soutien de vos jours périr de misère pendant que vous nagez dans l’abondance ? Je me suis informé de la cause d’un abus si horrible, et J’ai appris, en frémissant, qu’il y avait eu des hommes assez vils, assez méprisables, pour soutenir que l’intérêt de l’État et de l’humanité exigeait que l’on tînt le culti-vateur dans la misère. »
Le théâtre a été, par nécessité, beaucoup plus réservé, avant 1770. Car si l’on peut imprimer à l’étranger ou clandestinement un roman et le faire circuler, on ne peut pas jouer une pièce de théâtre sans l’assentiment de l’autorité. Pas de pièces politiques ni même à tendances sociales. Car on peut bien dire qu’une ou deux douzaines de tragédies dénoncent les crimes de tyrans et maudissent le despotisme ou font l’éloge des vertus républicaines, depuis l’OEdipe ou le Brutus de Voltaire jusqu’au Guillaume Tell de Lemierre, en passant par le Childéric de Morand, Blanche et Guiscard de Saurin ou l’Orphanis de Blin de Sainmore. Et il arrivera un temps où les spectateurs prétendront saisir et applaudiront dans ces pièces des allusions républicaines. Mais il est certain que ni les auteurs ni surtout les spectateurs ne pensaient à mal et ne faisaient aucune application aux affaires du temps. Autant dire qu’on combattait la monarchie et qu’on
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appelait la révolution dans les innombrables discours où les rhétoriciens des collèges maudissaient les tyrans et louaient la vertu républicaine des Brutus et des Catons. Si bien que l’auto-rité laissa jouer sans scrupule toutes ces histoires de despotes et de vengeurs des opprimés tandis qu’elle interdisait La Partie de chasse p.151 d’Henri IV de Collé, simplement parce qu’on pouvait opposer un monarque absolu, mais humain, au monarque qu’était Louis XV. Il n’y a pas plus d’intentions politiques dans les nombreuses comédies qui mettent à la scène la vanité, l’égoïsme, les préjugés des nobles, pas plus qu’il n’y en a dans les sermons de Bossuet, les comédies de Molière, les Caractères de La Bruyère. Il ne s’agit que de peindre les ridicules et les vices, non d’en chercher le remède dans un bouleversement social.
Par contre il y a, dans un assez grand nombre de tragédies ou de drames, des polémiques dirigées évidemment contre des « préjugés » religieux. Par allusions, presque toujours, et sous couleur de peindre des pays ou un passé lointains. Mais les auteurs voulaient qu’on comprît les allusions et les spectateurs ne pouvaient pas s’y méprendre. On peut en excepter le Mahomet de Voltaire où Voltaire prit assez de précautions pour que le pape acceptât la dédicace et que l’autorité fût désarmée, et même son Alzire où l’on ne sait au dénouement s’il faut haïr le fanatisme chrétien ou admirer les vertus chrétiennes. Mais bientôt on n’a plus l’embarras du choix et les pièces sont manifestement écrites pour donner l’horreur du fanatisme. Allusions voilées à cause du décor classique dans Les Héraclides, La Mort d’Hercule, le Numitor de Marmontel, etc., plus précises
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dans l’Iphigénie en Tauride, de Guimond de la Touche, l’Hypermnestre et La Veuve du Malabar de Lemierre et surtout dans Azor ou les Péruviens de du Rosoi, dont le discours préliminaire avoue les intentions, dans l’Élisabeth de France de Lefèvre, dans Blanche et Guiscard de Saurin et dans Lothaire et Valrade de Gudin de la Brenellerie :
Raimond
Ainsi l’humanité sur vous n’a point de droits ?
Arsène
Je n’écoute que Dieu, je n’entends que sa voix.
Enfin trois drames ont joint à la critique générale de la superstition un plaidoyer violent contre les voeux monastiques forcés. L’indignation n’était pas nouvelle ; on la trouve déjà chez Bourdaloue, chez La Bruyère et dix autres. Mais ils ne dénonçaient qu’un abus des hommes. Au contraire, dans l’Euphémie de Baculard d’Arnaud p.152 et surtout dans Mélanie ou la Religieuse de La Harpe et Ericie ou la Vestale de Dubois-Fontanelle, c’est, malgré des précautions ou des politesses, la religion tout entière qui tend à être mise en cause. D’ailleurs les représentations de Mélanie et celle d’Ericie (comme celles de Lothaire et Valrade) furent interdites. Mais l’interdiction ne fit que les rendre célèbres. « C’est une fureur pour entendre la lecture de Mélanie, dit Bachaumont ; on s’arrache cet auteur. » Et l’opinion publique fut bientôt la plus forte ; on finit par jouer Ericie en province et abondamment 1.
1 Voir p. 338.
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V. — Les groupements : les salons ; l’Académie française 1
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Les salons se sont peu à peu transformés comme la littérature. Avant 1750, il y a des salons philosophiques en ce sens que des philosophes y viennent et en sont l’ornement et que les maîtresses de maison y sont, exception faite pour Mme Geoffrin, tout aussi sceptiques que les philosophes en matière de religion. Fontenelle règne dans le salon de Mme de Tencin, et Fontenelle, d’Alembert, Montesquieu, Duclos, Buffon, Grimm, Galiani, etc., chez Mme Geoffrin ou Mme du Deffand. Mme de Tencin ne croit à rien qu’à ses plaisirs, à son ambition ou aux plaisirs de l’esprit et Mme du Deffand ne croit même plus au plaisir ou à l’ambition. Mais elles tiennent à leur tranquillité et elles détestent les chamailleries. On ne parle pas du tout chez elles des sujets dont la police, qui surveille leurs portes, pourrait saisir l’écho ; ou on n’en parle qu’à mots couverts ou dans les coins. On commence à être beaucoup plus hardi dans les salons d’Helvétius ou d’Holbach, puis dans ceux, plus obscurs, de Mme de la Briche ou de Mme d’Epinay. Chez d’Holbach, Galiani improvise un jour pour Dieu, le lendemain contre Dieu. Diderot nous a laissé le tableau pittoresque des conversations débridées où tous les vieux respects sont joyeusement bafoués : « Un souverain prudent isolera sa demeure de celle des dieux. Si ces deux édifices sont trop voisins, p.153 le trône sera gêné par l’autel, l’autel par le trône ; et il arrivera quelque jour que, portés l’un contre l’autre avec violence, ils s’ébranleront tous les deux. — Il ne serait pas difficile à un prince politique de soulever
1 Ouvrage de référence générale : L. Brunei, Les Philosophes et l’Académie
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le haut clergé contre la cour de Rome, ensuite le bas clergé contre le haut, puis d’avilir le corps entier. — Les voilà-t-il pas [s’exclame Mme d’Aine, belle-mère du baron] qui rêvent com-ment on pourrait traîner la sainte Église de Dieu dans la boue ! Voulez-vous vous taire, vilains athées que vous êtes ! — Mais à propos, le petit croque-Dieu [curé] de Sussy ne vient-il pas souper ? — Pardi, mon gendre, s’il vient, ménagez un peu ses oreilles ; comment voulez-vous qu’il dise la messe, quand il a ri de vos ordures ? — Qu’il ne la dise pas ! » Propos qui ne se tiennent sans doute que dans l’intimité, comme ceux sur la matière vivante, sur l’histoire et les inepties des religions. On devait être plus réservé quand les salons étaient grands ouverts. On l’était aussi chez Mlle de Lespinasse, qui n’était pas athée, chez Mme Necker qui était pieuse. Mais peu importaient les conversations ouvertes. Chez Helvétius et d’Holbach athées, chez Mlle de Lespinasse déiste, chez Mme Necker chrétienne on se retrouvait entre amis, entre philosophes, entre initiés. Galiani, Morellet, Garat, Suard, Diderot, d’Alembert, Raynal, Marmontel, Duclos, Boulanger, Saint-Lambert, Roux et Darcet, Rouelle, La Condamine, etc., se rencontraient, se promenaient, causaient, les uns « athéistes », les autres « théistes », mais tous disposés à faire triompher la bonne cause, celle de la philosophie et à écraser sinon « l’infâme », tout au moins le fanatisme.
En même temps ces salons prenaient une importance sociale beaucoup plus grande. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, ils n’avaient guère été que des milieux mondains et littéraires ; on y discutait des choses de l’esprit et du goût, non de celles de
française au XVIIIe siècle, (1509).
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la vie sociale et de la politique. On est beaucoup plus hardi vers 1760 chez d’Holbach ou chez Helvétius, puis chez Mme Necker. Enfin on ne fait pas que s’y réunir ; on y forme un parti ; on s’y entend pour agir et pour conquérir. La plus glorieuse de ces conquêtes fut celle de l’Académie française, que M. Brunel a judicieusement étudiée. Dans la première moitié du siècle, l’Académie est un corps p.154 respectueux et prudent, malgré la présence de Fontenelle, Montesquieu, Duclos, etc. ; et la prudence va même jusqu’à la somnolence. Puis, sous l’influence de Duclos et de d’Alembert, l’Académie se réveille. On y lit des mémoires imprégnés, plus ou moins, d’esprit philosophique. Mais la philosophie y reste académique et tempérée. Un hasard, le discours de réception de Lefranc de Pompignan, en 1760, souleva la tempête qui devait conduire le vaisseau des philosophes vers des destinées triomphantes. Lefranc avait cru devoir dénoncer la « liberté cynique » et la « philosophie altière qui sape également le trône et l’autel », c’est-à-dire les oeuvres de certains de ses confrères. On sait que Voltaire, puis Morellet, puis d’autres relevèrent le défi et prouvèrent à l’infortuné Pompignan qu’un cynisme spirituel était plus efficace qu’une dévotion compassée et d’ailleurs vaniteuse. Les Quand, les Pourquoi, la satire du Pauvre diable mirent les rieurs, c’est-à-dire presque toute l’opinion, du côté des philosophes. Et l’Académie sut exploiter sa victoire. En dix ans, de 1760 à 1770, sur quatorze élections, neuf font entrer des philosophes à l’Académie. Pratiquement ils y sont la majorité. Et ils le font bien voir. Au lieu de proposer comme sujet du prix d’éloquence d’insipides lieux communs moralisants, on donne des éloges,
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ceux, par exemple, de Sully et de Descartes. Et les discours de Thomas que l’on couronne, qui donnent à Thomas une éclatante célébrité et le font entrer à l’Académie, ne sont pour la forme qu’une piètre rhétorique. Mais ils développent en pleine Académie les thèmes philosophiques les plus hardis, l’éloge véhément de la liberté de pensée, la critique violente des gabelles, des corvées, des fermes générales, des « oppresseurs barbares » d’un peuple misérable et terrifié. Bientôt en proposant les éloges de Molière (1769) et de Fénelon (1771), on prévenait les concurrents qu’ils n’auraient pas besoin de soumettre leur manuscrit à la censure d’un théologien. L’Académie continuait à faire célébrer le 25 août une messe en l’honneur de saint Louis et à écouter l’éloge du saint roi. Mais en 1767, l’abbé Bassinet, en 1769, l’abbé Le Cousturier substituaient à l’éloge du saint celui du roi laïque, en suggérant même que le saint avait gâté le roi et qu’il y avait lieu dans tous les cas de ne louer ni l’Inquisition ni le « pieux délire » des croisades.
VI. — Conclusion
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p.155 Il y a donc dans le monde littéraire, des grands philosophes aux tout petits, des graves érudits aux conteurs folâtres ou larmoyants, des salons à l’Académie, une évolution profonde entre 1748 et 1770 environ. L’Année littéraire le reconnaissait en le déplorant : « Le plus mince écrivain veut passer pour philosophe ; c’est la maladie ou, pour mieux dire, la folie du jour. » On pourrait confirmer l’Année littéraire par
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Duclos rappelant la « fermentation universelle de la raison » et par vingt autres. On pourrait compter les titres des traités, brochures, contes, poèmes mêmes qui s’ornent dans leur titre ou sous-titre de l’étiquette « philosophique » ; il y en aurait plus d’une centaine. On pourrait compter surtout le nombre de ces oeuvres qui agitent ouvertement les problèmes religieux, sociaux ou politiques ; il y en aurait dix contre une ou deux pendant la période 1715-1748. La quantité des oeuvres a changé ; et leur qualité même est toute différente. Mais l’évolution a varié selon les sujets.
Dans le domaine des idées religieuses, on peut dire que, dès cette date, la victoire est décisive. Elle n’est même plus contestée s’il s’agit des droits de la tolérance et de la morale laïque et humanitaire. Le fanatisme, la persécution religieuse sont dénoncés avec des sarcasmes ou des sanglots indignés comme de monstrueux attentats contre le genre humain. On ne prend plus même la peine de justifier une morale dédaigneuse des dogmes et construite non pour le salut dans l’autre monde, mais pour le bonheur dans celui-ci ; on la tient pour acquise, pour évidente et l’on se borne à en étudier les applications. Ouvertement on combat même sinon certains dogmes, du moins certains articles fondamentaux de la police catholique, l’indis-solubilité du mariage, les voeux monastiques, certains privilèges et les moeurs du clergé. Contre les dogmes et la foi on ne peut rien dire, en principe, qui ne soit passible de la corde ou des galères. Mais en fait on dit tout, avec la plus joyeuse ou la plus fiévreuse insolence. « Il pleut des bombes, écrit Diderot, dans la maison du Seigneur. » Au lieu de quelques minces volumes, de
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quelques chapitres ou paragraphes dont il faut traduire les intentions, de coûteuses copies manuscrites, ce sont des douzaines de pamphlets ou p.156 traités en forme ; au total, des centaines d’éditions. Tout cela, nous aurons à le dire, n’a pas converti tout le monde à l’incrédulité ; il s’en faut de beaucoup. Mais chacun sait que cela existe ; chacun connaît, au moins par ouï-dire, les crimes impunis des ennemis de l’Église ; et chacun, ou à peu près, peut, s’il le désire, s’en faire complice.
Dans le domaine des idées politiques les choses vont autrement. De très nombreuses discussions et beaucoup de discussions systématiques. Mais il n’y en a point qui soient, même sournoisement, révolutionnaires. De tous ces systèmes les uns ne sont que des abstractions très générales dont on peut tirer toutes sortes d’adaptations pratiques, y compris le despotisme légal des physiocrates ou le despote philosophe qui aurait fait l’affaire de Voltaire, Diderot, d’Holbach, etc. ; les autres ne sont que des ratiocinations historiques destinées à consolider le pouvoir de privilégiés ; quelques-uns enfin, qui vont jusqu’au communisme intégral, ne peuvent apparaître que comme des utopies inoffensives. Par contre, toutes sortes de dissertations et réflexions sur des abus précis, actuels dont on propose la réforme immédiate. La plupart de ces critiques ne visent que des injustices ou des erreurs sociales qu’on peut corriger sans toucher aux principes du gouvernement. Quelques-unes cependant se font plus hardies, qu’il s’agisse des privilèges des grands ou de ces misères du peuple qu’on ne peut soulager qu’en touchant aux privilèges. Surtout le ton change : ironique ou pathétique, il se fait plus âpre, plus ardent. Ce n’est plus le
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conseil qu’on suggère ; ce n’est plus même la raison qui conclut ; c’est le ressentiment, de temps en temps la colère qui parlent et parfois la révolte qui gronde. On ira plus loin, et beaucoup plus souvent, de 1770 à la Révolution ; mais déjà l’incendie couve et même crépite. Il nous reste seulement à savoir, et c’est d’ailleurs le point capital, quels étaient le nombre et l’étendue des foyers.
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CHAPITRE IV
LA DIFFUSION GÉNÉRALE : 1. PARIS
I. — La bataille entre les écrivains et l’autorité 1
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p.157 On sait, et nous l’avons montré dans notre première partie, que la liberté d’écrire n’existait pas et que, pour répandre leurs opinions, les philosophes s’exposaient aux plus graves dangers en entraînant avec eux les imprimeurs, libraires, colporteurs. En droit la situation ne change pas, entre 1748 et 1770 ; même elle s’aggrave. L’édit d’avril 1757, renouvelant de précédents édits, prononce la peine de mort contre les auteurs ou imprimeurs de livres non autorisés ; celui de mars 1764 défend de faire paraître quoi que ce soit concernant l’administration des finances ; en 1767, arrêt du Parlement pour interdire d’écrire sur les questions religieuses. Pour assurer la répression l’autorité dispose d’une police nombreuse, « mouches » ou espions dispersés dans les rues, les foires, les bals, guinguettes et cafés, commis autorisés, sans compter les dénonciateurs largement payés. D’année en année leur nombre s’accroît. En 1769, par exemple, on crée de nouveaux inspecteurs de la librairie à Toulouse, Montpellier, Nîmes. L’activité de toute cette police est considérable ; p.158 il y avait à
1 Ouvrages de référence générale : J.-P. Belin, Le Commerce des livres prohibés, op. cit., (1505). Du même auteur, Le Mouvement philosophique de 1748 à 1789, (1504). Nous ne donnons dans nos notes que les références des faits non signalés par ces deux études.
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Paris et en province des centaines de visites, saisies et condamnations. Pour rendre la surveillance plus sûre le nombre des imprimeurs était strictement limité et l’on tendait sans cesse à le diminuer. L’imprimerie de Vendôme, par exemple, avait été supprimée en 1739 ; elle s’était réinstallée ; mais elle est à nouveau supprimée par l’arrêt du Conseil qui limite à huit le nombre des imprimeurs pour la généralité d’Orléans. En 1768, il ne peut y avoir à Agen, Condom, Périgueux, qu’un imprimeur-libraire et un imprimeur, etc.
Les condamnations effectives d’auteurs connus sont assez nombreuses : l’auteur des Moeurs, Toussaint, doit s’exiler ; l’abbé de Méhégan, l’auteur de Zoroastre, est mis à la Bastille ; Diderot reste cent jours au château de Vincennes pour sa Lettre sur les aveugles ; l’abbé de Prades n’échappe à la prison que par la fuite et l’exil ; puis ce sont La Beaumelle, Morellet, Marmontel, Darigrand (pour son Antifinancier), Durosoy (pour ses Jours d’Ariste et son Nouvel Ami des hommes) qui vont passer quelques semaines ou quelques mois à la Bastille ou à Vincennes. On s’est indigné de ces embastillades ou l’on en a souri. On a dit que les écrivains n’étaient pas jetés sur la paille humide des cachots, mais traités avec bienveillance et même avec libéralité. Il est certain que la Bastille était, de droit, une prison dorée pour les prisonniers qui tenaient dans l’État un certain rang ; elle pouvait être fort douce pour les écrivains qui n’étaient rien, mais rien ne les assurait qu’elle ne serait pas fort sévère. Ils n’y furent jamais enfermés plus de quelques mois ; mais ils pouvaient y rester des années ou toute leur vie. On pouvait même aussi bien les envoyer pourrir jusqu’à leur mort
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dans les cages du Mont-Saint-Michel réservées en fait à des folliculaires convaincus ou soupçonnés d’en vouloir au roi lui-même. Et si l’on fut indulgent pour les gens de lettres, on ne le fut pas toujours pour ceux qui leur étaient indispensables, les imprimeurs, libraires, colporteurs. Un très grand nombre de condamnations sont bénignes, quelques mois de fermeture, quelques centaines de livres d’amende ou même moins. Mais parfois l’autorité et les juges ont des accès de zèle et, pour l’exemple, accablent les coupables. En 1757, huit imprimeurs-relieurs sont condamnés au carcan et bannis pour trois ans ; La Martelière est p.159 condamné, par contumace, à neuf ans de galères, et l’abbé de Capmartin, effectivement, à neuf ans de la même peine. En 1768, un garçon apothicaire qui avait acheté Le Christianisme dévoilé est condamné à neuf ans de galères, le colporteur qui l’avait vendu à cinq ans et sa femme à la prison perpétuelle.
La liste des ouvrages condamnés et brûlés sur le grand escalier du Palais est fort longue. On a raconté bien souvent les principales « affaires ». Les premiers volumes de l’Histoire naturelle de Buffon scandalisent la Sorbonne, parce qu’ils semblent contredire la Genèse. Buffon, qui n’a pas la réputation d’un « philosophe » et que l’opinion soutient, ne corrige pas son oeuvre qui continue à se vendre librement, mais il publie une déclaration où il reconnaît qu’il respecte les livres saints et la Sorbonne et que la Sorbonne a toujours raison. On découvre dans la thèse de l’abbé de Prades des propositions hérétiques ou même matérialistes. On sait que de Prades est l’ami de Diderot qui a sans doute collaboré à la thèse ; l’abbé doit s’enfuir.
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L’Encyclopédie est supprimée (1752) et l’impression n’en peut continuer qu’avec une autorisation tacite. En 1758, Helvétius publie avec privilège, par une inadvertance du censeur, son livre matérialiste De l’Esprit. Grandes colères. Helvétius doit publier une première, puis une deuxième, puis une troisième rétractation de plus en plus humbles, et le privilège de l’Encyclopédie est supprimé. En 1760, l’abbé Morellet passe deux mois à la Bastille pour son pamphlet La Vision de Palissot. En 1767, trente-sept propositions du Bélisaire de Marmontel sont censurées et Marmontel quitte quelque temps la France par prudence. Le nombre des livres condamnés est considérable. Il est vrai que le plus grand nombre sont des ouvrages de polémique jésuite-janséniste ou de chicanes théologiques ; mais presque tous les ouvrages philosophiques de quelque importance ont l’honneur de leur petit « brûlement ». Rocquain en a donné une liste que l’on pourrait allonger avec les dossier manuscrits des collections Anisson et Joly de Fleury. Rappelons simplement qu’au terme de notre période le Parlement, par arrêt du 18 août 1770, fait brûler La Contagion sacrée, L’Examen critique des apologistes de la religion chrétienne, Le Christianisme dévoilé, Le Système de la nature de d’Holbach ou publiés par lui, le Discours p.160 sur les miracles de Jésus-Christ de Woolston, les OEuvres théologiques mais raisonnables [ ?].
Il est certain que ces pénalités, cette police, ces condamnations ont mis des obstacles considérables à la diffusion des idées nouvelles. Les écrivains pouvaient fort bien les braver, par amour de leurs idées et pour l’honneur, en comptant d’ailleurs sur une indulgence cent fois prouvée. Mais les
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imprimeurs, libraires, colporteurs n’avaient pas les mêmes raisons de risquer la ruine, l’exil ou même les galères. Ils ne pouvaient être tentés que par l’appât de gains considérables, et la conséquence de ces gains était que les livres interdits se vendaient fort cher. En 1748, la condamnation des Moeurs rend le livre « très cher et très rare ». En 1752, les exemplaires du Siècle de Louis XIV sont payés jusqu’à quinze livres ; l’Émile se vendra deux louis ; le Mémoire pour Abraham Chaumeix jusqu’à six. L’Ingénu de Voltaire, qui valait trois livres, monte à un louis après sa suppression. Zoroastre, Le Christianisme dévoilé, Le Militaire philosophe, Le Système de la nature se paient de dix-huit sous à cent livres. Il faut parfois payer deux louis pour emprunter la Lettre de Thrasybule à Leucippe. Un roman de J. Bardou, l’Histoire de Laurent Marcel, nous renseigne, en 1779, sur les prix des colporteurs : « L’Imposture sacerdotale, répondit le colporteur, est de dix écus ; nous n’avons pas huit personnes à Paris qui l’aient actuellement... La Superstition démasquée vous coûtera vingt francs. » Si l’on multiplie par quinze, comme il convient, et pour le moins, ce sont des prix qui vont, en général, de deux cent vingt-cinq francs à dix-huit cents francs de notre monnaie (six cents francs pour l’Émile). Bien entendu il arrive même que les ouvrages soient introuvables. « Il n’y a pas moyen de l’envoyer, écrit Mlle de Lespinasse du Bonheur d’Helvétius, il n’y en a guère même de se le procurer ici ; peu de gens l’ont vu » ; et La Beaumelle demande à Maupertuis de lui faire copier Le Sermon des cinquante de Voltaire pour le lui envoyer à Montpellier.
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Et pourtant tous les ouvrages interdits se vendent, plus ou moins, souvent beaucoup plus que tous les ouvrages autorisés ; le chiffre des éditions va nous en donner la démonstration éclatante. C’est que l’attaque est encore plus active que la défense. Les imprimeries p.161 clandestines sont nombreuses à Paris et en province. Les presses de Londres, Amsterdam, Genève, etc., gémissent sans arrêt pour imprimer Voltaire, Rousseau, d’Holbach, Morelly et cent autres. Pour introduire les ouvrages en France il y a cent moyens, les colporteurs, les employés complices de la poste et des diligences, les bateaux du Havre, de Boulogne, de Bordeaux, les voitures des particuliers et notamment celles des grands seigneurs qu’on ne fouille pas. Il est non seulement profitable pour beaucoup, mais il est élégant d’aider la contrebande. L’autorité elle-même, lorsqu’elle a le désir d’agir, se sent épiée, raillée, mal soutenue ou désavouée. Souvent même, et en haut lieu, elle n’a aucun désir d’agir. Elle est plus ou moins complice des philosophes. Les grands seigneurs sont les premiers à se divertir et à acheminer les ballots. Quand on imprime l’Homme machine de La Mettrie c’est un seigneur « qui est l’âme de cette affaire ». En 1749, on cache douze ballots de Thérèse philosophe chez le prédicateur du roi au château de Versailles. Quand l’abbé de Prades doit s’enfuir après sa thèse, c’est d’Argenson qui lui donne asile, sur ses terres et chez son curé. En province même l’indulgence est grande et les libraires, dès 1765, y vendent presque ouvertement les livres prohibés. C’est le cas pour Bordeaux où l’on pourra acheter en 1774, à la Bourse, les oeuvres les plus impies de d’Argens, Voltaire, d’Holbach. A Besançon, l’intendant
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de Lacoré ferme les yeux sur le passage des ballots de librairie. A Lyon, il y a quatre libraires suspects ; Bruyset, l’un d’eux, imprime L’Esprit d’Helvétius, fait tout pour aider les encyclopédistes et est, pourtant, protégé par Malesherbes. Le libraire Réquillat, destitué en 1767, n’en continue pas moins son commerce. Un colporteur juif vend en cachette aux élèves du collège de Chaumont les contes de Voltaire, Zélis au bain, La Pucelle, Les Bijoux indiscrets ; on le surprend mais il est seulement expulsé. L’exemple de la bienveillance vient de haut. Si l’on est fort sévère pour accorder les autorisations et privilèges officiels, l’usage se répand, surtout par la volonté de Malesherbes, d’accorder des permissions tacites, qui ne défendent les libraires ni contre les contrefaçons ni même, en droit, contre les poursuites mais qui leur donnent pratiquement la sécurité. Permission tacite pour la Lettre sur les aveugles, permission tacite pour La Nouvelle p.162 Héloïse, permission tacite même pour le Chinki de l’abbé Coyer dont nous avons montré les audaces. On sait qu’en sous-main Malesherbes s’arrangea pour défendre les philosophes contre sa police, qu’après la révocation du privilège de l’Encyclopédie il cacha chez lui les manuscrits et documents de toute nature, qu’il fit son possible pour La Nouvelle Héloïse et L’Émile, etc. Le résultat fut que, vers 1770, les lois, arrêts, édits, inspections et visites n’étaient plus guère que des épouvantails dérisoires et des formalités superficielles. Voltaire, bien qu’il sue de peur à la moindre alerte, se sent en quelques années tout pénétré d’audace et d’insolence. Les éditions successives du Dictionnaire philosophique, de 1764 à 1770, passent de la guerre « sourde », de l’ironie cachée, aux
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impiétés sarcastiques et brutales. Pour la première édition, pourtant prudente, il se répand en désaveux innombrables et suppliants ; pour la dernière les désaveux ne sont plus guère que des formules désinvoltes. A Fontainebleau même, Lefèvre, libraire du château, vend Les Moeurs, La Pucelle, l’Antiquité dévoilée, Émile, Bélisaire, De la nature. Les poursuites et condamnations ne semblent guère avoir d’autre résultat que de fouetter la curiosité publique et d’assurer le succès des oeuvres. Barbier raisonnait fort juste lorsqu’il concluait qu’il valait mieux « étouffer l’affaire » et que les condamnations ne réussissaient qu’à « faire vendre bien cher ». Si bien que Morellet loin de redouter la Bastille l’appelait de ses voeux : « Ces six mois de Bastille seraient une excellente recommandation et feraient infailliblement ma fortune. » Il obtient ses mois de Bastille et ses espérances « n’ont pas été trompées ».
II. — La vente des ouvrages
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C’est la preuve essentielle de leur diffusion. Il n’est pas toujours possible de la donner avec une précision rigoureuse. Ces enquêtes bibliographiques sont longues et malaisées. Il ne suffit pas de relever les éditions authentiques des ouvrages ; il faut discerner et énumérer les contrefaçons d’autant plus nombreuses que les auteurs n’avaient aucun moyen légal, pour les livres non autorisés, de les poursuivre. Le chiffre des contrefaçons plus ou moins déguisées p.163 grossit considérablement le nombre des éditions plus ou moins authentiques. La bibliographie de Bengesco signale vingt-neuf
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éditions de Candide (y compris celles des OEuvres) ; M. Morize en a trouvé en réalité quarante-trois (avant 1789). Il y a une trentaine d’éditions de La Nouvelle Héloïse qu’on peut dire authentiques ; il y en a plus de soixante-dix avec les contrefaçons (avant 1800). D’autre part nous sommes très rarement renseignés sur le tirage de ces éditions ; il peut fort bien varier de cinq cents exemplaires à quatre mille (ce qui est le cas pour La Nouvelle Héloïse). Malgré ces difficultés et ces ignorances, on a fait et J’ai fait moi-même assez d’enquêtes pour qu’on puisse se rendre suffisamment compte de la vente des principaux ouvrages en 1748 et 1770.
De Voltaire, il y a au moins onze éditions du début à 1747, dix de 1748 à 1770, cinq de 1771 à 1789 ; mais il faut remarquer que ces éditions grossissent avec le temps considérablement et qu’il y a une grande différence d’importance entre les soixante-dix volumes in-8° de l’édition de Kehl et les quelque trente volumes in-12 des premières éditions. Pour les oeuvres prises isolément, nous possédons une bibliographie complète pour Zadig (vingt-sept éditions) et pour Candide (quarante-trois). Pour le reste nous n’avons que des enquêtes incomplètes dont le résultat doit être grossi d’un quart ou d’un tiers pour le moins : trente-cinq éditions des Lettres philosophiques, quatorze de l’Essai sur les moeurs, douze du Dictionnaire philosophique (sans tenir compte des OEuvres complètes). Pour les pamphlets, « facéties », « rogatons » et « petits pâtés » qui sont les oeuvres les plus audacieuses et qui furent sans doute les plus efficaces, la bibliographie de Bengesco donne des chiffres, également incomplets, qui varient de sept ou
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huit (Traité sur la tolérance, Le Dîner du comte de Boulainvilliers, l’Examen important de milord Bolingbroke) à quatre ou cinq (Les Questions de Zapata, la Profession de foi d’un théiste, les Colimaçons du R.P. L’Escarbotier, Dieu et les hommes, La Bible enfin expliquée), à trois, deux ou un pour les autres (éditions séparées ou dans les recueils). Les ouvrages plus modérés (Poèmes sur le désastre de Lisbonne — sur la loi naturelle) atteignent onze éditions. De Rousseau, il y a environ dix-huit éditions générales (ou p.164 contrefaçons) de 1764 à 1789 ; plus de soixante-dix éditions La Nouvelle Héloise (y compris celles des oeuvres complètes) ; pour l’Emile M. P.-M. Masson a étudié vingt-trois éditions jusqu’en 1800, mais il ne s’est attaché qu’aux plus importantes et il est certain qu’on en trouverait au moins une quarantaine.
L’Encyclopédie avait déjà, en 1754, trois mille souscripteurs et le libraire Le Breton y gagna plus d’un million. Elle fut deux fois rééditée en France, et il y eut deux contrefaçons imprimées en Italie et en Suisse. Bachaumont déclarait qu’elle était devenue « la base de toutes les bibliothèques » et le Journal de Paris qu’on en avait vendu en Europe trente mille exemplaires, chiffre considérable étant donné la masse et le prix de l’ouvrage 1. L’Esprit d’Helvétius a au moins onze éditions, plus quatre éditions dans les OEuvres. L’oeuvre philosophique de Diderot est moins répandue : trois éditions de la Lettre sur les aveugles, deux des Pensées sur l’interprétation de la nature, sept des Pensées philosophiques.
1 Qui est de 840 livres (une douzaine de mille francs) pour la deuxième édition.
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Les ouvrages qui attaquent directement et avec violence la religion chrétienne ont des succès assez divers. Certains sont assez lus. Sans compter les publications séparées ou dans les recueils, les oeuvres publiées collectivement sous le nom de Fréret ont sept éditions ; les oeuvres de d’Holbach ou publiées par lui ont un total de quelque soixante-quinze éditions, dont huit pour Le Christianisme dévoilé et dix pour Le Système de la nature. Les Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant de Deslandes en atteignent cinq. L’Antiquité dévoilée et les Recherches sur le despotisme oriental de Boulanger en ont cinq et quatre (six et cinq si l’on y joint les OEuvres). La Vraie Religion de La Serre en a cinq. Par contre, je n’ai trouvé que deux à trois éditions des Recherches sur les miracles de Levesque de Burigny, du Code de la nature de Morelly, du Militaire philosophe, et une seule des Lettres à Sophie. Le Recueil nécessaire a six éditions ; le Recueil philosophique une seule.
Les ouvrages nettement déistes, mais qui n’attaquent pas directement le christianisme et font une large place à l’Être suprême, à la conscience et à la vertu ont un assez vif succès étant donnés leur p.165 ampleur et le coût de leur achat : l’Élève de la nature de Guillard de Beaurieu a au moins cinq éditions et la Philosophie de la nature de Delisle de Sales en a cinq. Les Moeurs de Toussaint en ont onze.
Rappelons enfin qu’on continue à rééditer les ouvrages sceptiques et déistes parus dans la période précédente. Les OEuvres de Fontenelle, par exemple, sont rééditées quatre fois au moins de 1742-1758 à 1767, les Lettres juives de d’Argens
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cinq fois, de 1754 à 1777, sa Philosophie du bon sens sept fois, de 1748 à 1769.
Les ouvrages qui traitent des problèmes sociaux et politiques ont, en eux-mêmes et dans leur ensemble, moins de lecteurs : au moins quatre éditions des Bagatelles morales de Coyer, deux de son Chinki, trois de l’Antifinancier de Darigrand, trois de Lothaire et Valrade de Gudin de la Brenellerie ; une demi-douzaine de traités ou dissertations atteignent trois éditions ; une autre demi-douzaine, deux ; un grand nombre ne semblent en avoir eu qu’une. La bibliographie confirme nos précédentes conclusions : curiosité très nette pour ces problèmes, mais moins vive, moins passionnée que pour la morale et la religion de la nature, les bienfaits de la tolérance et la discussion des dogmes chrétiens.
Au total c’est une masse imposante de volumes philosophiques nécessairement dispersés à travers la France ; plus imposante encore si on la juge par comparaison. Cinquante éditions en trente ou quarante ans, ce n’est pas grand’chose si on compare aux centaines de nos grands tirages modernes ; à plus forte raison dix ou cinq. Mais il faut comparer avec d’autres grandes oeuvres du siècle qui n’étaient pas philosophiques. La Henriade, si l’on veut, l’est déjà ; mais elle ne passait pas pour telle ; c’était un ouvrage scolaire dont on expliquait des fragments et qu’on donnait en prix dans les collèges ; or, elle n’a, chez Bengesco, que quarante-quatre éditions. L’ouvrage le plus lu, et de beaucoup, au XVIIIe siècle, en dehors des oeuvres des philosophes, est certainement le Télémaque de Fénelon. M. Chérel n’en a guère trouvé que soixante-treize éditions de 1699
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à 1789, pas plus en quatre-vingt-dix ans que n’en a eu La Nou-velle Héloïse en quarante. Les ouvrages d’apologétique et de polémique en faveur de la religion ont été extrêmement nombreux, nous en reparlerons. Mais M. A. Monod n’en a pas trouvé une trentaine p.166 (sur quelque 350) qui ait atteint ou dépassé trois éditions au XVIIIe siècle, et aucun n’a dépassé cinq, six ou sept éditions. Il n’y aurait pas besoin d’autres preuves pour attester la diffusion des idées philosophiques. Mais nous en possédons beaucoup d’autres qui vont animer l’aridité des statistiques.
III. — Les progrès de l’irréligion
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Il est difficile de dire avec certitude s’il y a progrès dans les milieux de la noblesse et de la bourgeoisie très riche. L’incrédulité y est déjà si profonde, vers 1750, qu’il est malaisé de constater une aggravation vers 1770. On peut dire seulement que les témoignages généraux se font de plus en plus nombreux et qu’on peut mettre sous ces témoignages un plus grand nombre de noms. Il suffit de parcourir les mémoires et correspondances, signés de noms aristocratiques, qui touchent à notre période pour voir se multiplier les réflexions sur l’impiété ou l’indifférence générales. En 1755, par exemple, le duc de Croy dîne chez la marquise de Pompadour ; c’est un vendredi ; il fait maigre ; mais il est le seul et on se moque de lui ; il y a là Mme de Mirepoix, le prince de Soubise, Mme de Pompadour, M. de Chaulnes, le baron et la baronne de Montmorency, M. de Sourches, Mme d’Estrades, M. de Poyanne, M. de Croissy, Mme
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de Châteaurenaud, Mme de Maulde, Mme de Rochechouart. Il s’agit bien non pas de fanfaronnades libertines, mais d’impiétés profondes, confirmées souvent à l’article de la mort. La duchesse de Mazarin, au moment de mourir, « rebute sur les sacrements ». M. d’Ussé meurt sans vouloir les recevoir. Quand la mère de Mlle Dillon est à l’agonie « personne ne parle de sacrements », et l’on est dans la maison d’un archevêque « où toutes les règles de la religion étaient journellement violées ».
Ce qui est aussi grave, et peut-être plus, c’est qu’il ne s’agit même plus d’une incrédulité tapageuse, d’un goût de bataille où demeure une sorte de respect pour la force de ce que l’on combat. C’est une sorte d’indifférence et comme un état de sécurité et de repos. Mme Louise, en 1770, prend le voile aux Carmélites : « Cette aventure, dit Mme du Deffand, n’a pas fait une grande sensation ; on p.167 hausse les épaules, on plaint la faiblesse d’esprit et l’on passe. » Mme de Flahaut « vit dans l’amour de Dieu et l’oubli de l’Eglise ». Florian devient dévot à sa première communion ; mais jusque-là il n’avait pas fait à la religion plus d’attention qu’on ne lui en donnait autour de lui. D’autre part, même chez ceux qui restent croyants ou s’imaginent l’être, la religion tend souvent à se confondre avec la « religion naturelle », avec un déisme humanitaire. L’influence de J.-J. Rousseau est profonde. On se désintéresse des dogmes et même des rites pour ne plus s’attacher qu’aux élans du coeur, à la « voix de la conscience » et à celle de la bienfaisance. « Certains prédicateurs, dit Bachaumont, oublient le signe de la croix, suppriment toute prière, prêchent à la grecque. » C’est, de son propre aveu, le cas de l’abbé Millot. Je prêchais, dit-il,
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« comme pour des chrétiens éclairés et raisonnables ». Et il est facile de voir, d’après ses mémoires, que ce christianisme raisonnable de l’abbé est plus près du déisme que de l’orthodoxie. Il entre au noviciat des Jésuites ; mais il est dégoûté par « des lectures propres à remplir la tête d’idées fausses, toutes sortes de petits exercices de couvent, les uns abjects, les autres pénibles ». La théologie, dit-il, est si absurde et si féroce qu’« un théologien honnête homme est dans le cas d’un homme brave qui, n’ayant pour se défendre qu’une épée empoisonnée ne pourrait s’en servir qu’avec honte et serait presque obligé de se laisser battre ». C’est pour cela que tant de croyants sincères, tant de prêtres mêmes fidèles à leur religion sont les bons amis des philosophes. L’abbé Bergier, par exemple, qui les réfute, est lié avec Diderot et d’Holbach et on ne songe pas à lui reprocher cette liaison.
Il est plus difficile de nommer les incrédules de la moyenne ou petite bourgeoisie parce que personne ne s’est généralement soucié de transmettre leurs noms à la postérité. Nous savons par hasard, grâce à Brissot, que M. Nolleau, procureur à Paris, chez qui il entre comme clerc, était sans religion. Mais les témoignages généraux abondent prouvant que si l’incrédulité est loin d’être générale, elle gagne du terrain chaque jour. D’après d’Argenson, en 1759, le déisme « anglais » n’aurait gagné « qu’une centaine de philosophes » ; mais il avoue que la haine contre les prêtres « va au dernier excès » ; et il avait dit, en 1751, que « la religion révélée est secouée de toutes p.168 parts ». Bien d’autres, Denesle, Diderot, Génard, le duc de Croy, le Journal encyclopédique, l’Année littéraire, c’est-à-dire des
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philosophes et des « anti-philosophes » pensent, comme lui, qu’elle est fortement ébranlée. « L’incrédulité ou tout au moins le pyrrhonisme sont devenus des modes. — Le nombre des déistes augmente chaque jour. — L’esprit de philosophie naturelle et de matérialisme tolérant gagnait de plus en plus. — Il n’y a maintenant presque pas de souper honnête qui ne finisse par un petit refrain sur le chapitre du matérialisme. » Car on va, hardiment, jusqu’à l’athéisme. Diderot et d’Holbach affirment à l’abbé Bergier qu’il n’y a pas à Paris cinquante personnes capables d’entendre le Système de la nature. Mais c’est sans doute pour amadouer l’abbé ; et ils se trompent puisqu’on en tire sept éditions. Les jeunes gens donnent « à plein collier » dans le matérialisme. Une « dévote » en philosophie dit de Voltaire : « Il est bigot ; c’est un déiste. » Des faits confirment ces jugements : un écuyer, Prinstel, est mis à la Bastille, en 1758, pour « les propos les plus infâmes contre la religion ». Collé affirme que ce n’est plus « un fort grand cas » que de faire gras en carême, même en province ; d’Argenson constate, en 1756, que jamais on n’avait vu tant de masques, en carnaval, contrefaisant les habits ecclésiastiques, évêques, abbés, moines, religieuses ; ou bien que le nombre des communiants a considérablement diminué, en 1753, à Saint-Côme ou à Saint-Sulpice. En 1766, on mande à Voltaire qu’il n’y a point de fidèles le jour de la Sainte-Geneviève.
Il n’est pas douteux que, dès cette période, l’incrédulité, presque affichée dans une partie du haut clergé, commence à s’infiltrer dans une partie du moyen ou du bas clergé, notamment chez les abbés qui, on le sait, peuvent n’être pas à
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proprement parler des prêtres. D’Argenson relate, en 1749, qu’on en a arrêté « deux nouveaux », accusés « d’écrits publics, de vers contre le roi, de brochures contre Dieu et les moeurs [...] on prétend par là arrêter les mauvais discours des cafés et des promenades et tous les libelles indécents qui courent Paris ». L’abbé de Moncrif, doyen de la cathédrale d’Autun, est noté par la police pour ses débauches. Le précepteur du prince de Ligne, fourni par les Jésuites de Louis-le-Grand, laisse traîner Les amours du P. de la Chaise, Thérèse philosophe et Le Prince p.169 Appius (manuscrit dont il est l’auteur) ; l’abbé, précepteur de Dulaure, lui enseigne l’irréligion ; et dans les cafés ou les salons court l’impromptu de l’abbé Legendre :
Les dieux firent, dit-on, les hommes ;
L’homme, dit l’autre, a fait les dieux.
Tant qu’on ne trouvera pas mieux
Restons-en là, comme nous sommes.
Il est difficile ou même impossible de suivre dans les moeurs générales la diffusion pratique de certaines idées dont nous avons montré le développement dans les oeuvres littéraires. Morale laïque et non plus morale dogmatique, morale large faisant une place à la joie de vivre et non plus morale ascétique nous entraîneraient, hors de notre sujet, dans une trop vaste enquête sur la vie privée. Notons seulement que les mémoires, correspondances, témoignages de toutes sortes, signalent, dès cette période, une transformation générale de la vie : multiplication des salons provinciaux, des dîners d’apparat, des fêtes ; progrès des goûts de confort et de luxe, coquetterie ruineuse des femmes ; engouement pour le théâtre, passion du
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jeu. Nous marquerons d’autre part, dans l’étude de notre der-nière période, le développement positif et généreux de cette morale, la bienfaisance 1. Quant à la tolérance pratique elle fait un peu partout des progrès. Ceux mêmes qui n’aiment pas les protestants le reconnaissent. « Il est quelquefois dangereux dans les grands États, écrit Barbier (1751), de trop gêner la liberté de conscience. » « Le tolérantisme gagnait », dit le duc de Croy, à propos de l’affaire Calas. Le pouvoir royal hésite. Les évêques le poussent à la répression ; il redoute les protestants non pas seulement parce qu’ils sont hérétiques, mais parce qu’il les croit « républicains » et tout prêts à se révolter en faisant appel à l’Angleterre et aux puissances protestantes ; d’autre part il constate que, dès qu’on laisse faire, l’audace des réformés s’accroît. Si bien que l’histoire des protestants continue à être une histoire confuse où alternent, tantôt ici, tantôt là des pério-des d’apaisement et des périodes de révolte, des tolérances et des p.170 répressions sanglantes. Les années 1750-1753 sont emplies par des troubles graves et des violences odieuses. Les années 1758-1763 sont également pleines de drames féroces. Pourtant, peu à peu, l’opinion générale commence à être plus puissante que l’intransigeance du clergé catholique et la frayeur des ministres. « Quant à revenir à la rigueur des lois, dit l’abbé Dedieu, Saint-Florentin ne tarda pas à reconnaître qu’il n’y fallait pas songer. Ses directives ne trouvaient plus des fonctionnaires résignés et dociles. Un vent d’indiscipline soufflait sur les bureaux de l’administration, qui faisait craquer l’édifice entier. » Les affaires Calas et Sirven avaient soulevé l’indignation. Des
1 Voir p. 303.
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intendants, des gouverneurs à Grenoble, Bordeaux, Poitiers, Montauban, en Languedoc, etc. adjurent le ministre de permettre l’apaisement. Le parlement de Toulouse lui-même fait si bien amende honorable que, dès 1766, ses excès de tolérance inquiètent l’autorité royale. Vers 1770, l’idée de tolérance commence nettement à imposer la pratique de la tolérance.
IV. — Diffusion du mécontentement politique
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Cette diffusion est incontestable. Mais il est le plus souvent impossible d’en discerner les causes précises : rancunes de la misère, de la souffrance ou influence des philosophes ou combinaison de ces motifs. Il est certain que les causes politiques sont souvent les seules ou les plus fortes et que les idées des philosophes n’interviennent guère ou n’interviennent qu’indirectement. C’est le cas par exemple des fermentations ou révoltes pour enlèvements d’enfants, qui se succèdent depuis le XVIIe siècle, et sur lesquelles nous reviendrons. C’est le cas certain ou probable pour tous ces propos, rumeurs, clameurs, attroupements que signalent Barbier, d’Argenson et qu’ils ont raison sans doute d’attribuer à la lourdeur des impôts, aux dépenses effrénées du roi ou de la Pompadour, à la cherté du pain. C’est pour cela sans doute que « tout le monde est pour les Mandrins ». Nous reviendrons sur l’importance de ces causes purement politiques 1. Mais il est très vraisemblable, sinon certain, que dans p.171 beaucoup de cas on a protesté contre les abus parce qu’on avait appris à réfléchir sur les abus, parce que
1 Voir notre troisième partie, chap. XI.
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la lecture de tant de discussions politiques et sociales avait enseigné qu’on n’a pas seulement le devoir d’obéir mais aussi le droit de discuter. C’est ainsi qu’on gémit de voir pendre, pour un menu vol domestique, une jeune fille de vingt-deux ans ; on s’irrite que le crime d’un duc de Fronsac, qui enlève et viole une jeune fille innocente, reste impuni. Des faits, des témoignages démontrent la ruine des anciens respects mystiques pour les grands et même pour le roi : « indécences » des mousquetaires au convoi de Mme Henriette ; six mille messes à Notre-Dame pour la guérison de Louis XV en 1744, six cents seulement en 1757 ; propos « indécents » lors de l’érection de la statue de Louis XV en 1763, etc.
Dans certains cas, il est même évident que le mécontentement politique est un mécontentement d’intellectuels qui connaissent les philosophes. Ce sont, au moins pour la plupart, des intellectuels ou qui croient l’être que les discoureurs de cafés ou de promenades. « Chaque nuit, nous dit d’Argenson, se font de continuelles captures de beaux-esprits, d’abbés savants, de professeurs de l’Université, soupçonnés de répandre de mauvaises nouvelles au café et aux promenades, de fronder contre les ministres. » D’Argenson exagère sans doute leur nombre, mais, en dehors même des gens de lettres, nous en connaissons quelques-uns : Mairobert, le nouvelliste, qui tient des « propos violents » contre la cour ; l’abbé Mesquet au café Dubuisson ; Copineau, secrétaire du duc de Fronsac ; l’écuyer Prinstel, arrêté pour les propos « les plus affreux » non seulement contre la religion mais encore « contre le roi, le dauphin et la famille royale ». En 1753, selon d’Argenson, on
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cherche des allusions contre la cour dans Cinna, Les Hommes de Sainte-Foix et il faut renoncer à jouer Don Sanche à cause des deux vers :
Lorsque le déshonneur souille l’obéissance,
Les rois peuvent douter de leur toute-puissance.
Nous avons même deux exemples plus précis du mécontentement politique de deux sujets de Louis XV : l’un violent et tragique, celui de Moriceau de la Motte, huissier aux requêtes, condamné à mort pour propos séditieux et placards, trouvés chez lui, qui faisaient p.172 appel à la révolte et au meurtre ; (il semble d’ailleurs avoir été un isolé) — l’autre sage et mesuré, celui des mémoires de Jamerey-Duval, homme sincèrement pieux, mais qui est tout plein de Voltaire et s’épanche en violentes diatribes contre le mépris des Français pour les hommes de lettres et les savants, la barbarie de la jus-tice, l’intolérance et même le despotisme politique.
Ce malaise politique est si net ou, si l’on veut, la mode philosophique de discuter est déjà si puissante qu’ils gagnent jusqu’aux classes privilégiées. Sans doute c’est un simple libéralisme, le désir de se dégager des « préjugés », mais il n’en est pas moins significatif. C’est le libéralisme des Choiseul et de leurs amis : Mme de Choiseul « n’est pas pour le pouvoir absolu » ; celui de Mme de Mesmes qui s’élève contre le despotisme, « car il est certain qu’une nation éclairée n’en supporte le joug qu’en attendant le moment où elle pourra s’en délivrer... L’injustice à la fin produit l’indépendance » ; celui du duc de Nivernais qui demande à l’abbé Millot de reviser le Cours d’études de Condillac, en supprimant tout ce qui pourrait
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sembler animosité ou même indifférence à l’égard de la religion mais en respectant l’esprit dans lequel il a été composé, « c’est-à-dire l’éloignement des principes du despotisme et des allures de l’éducation vulgaire » ; celui même du prince de Robecq, qui est pieux et dont on sait que la femme fut l’ennemie déclarée des philosophes, mais qui possède trois exemplaires de l’Encyclopédie et lit Buffon, Voltaire, Rousseau. Ou bien c’est une sorte de scepticisme élégant qui pousse les grands seigneurs à se moquer des privilèges dont ils tirent profit. Les femmes, dit Mme du Hausset, quand elles sont sur le déclin, ont remplacé la dévotion par la « philosophie ». Le « préjugé de la naissance », écrit Duclos, est « donné pour tel par ceux qui sont le plus fatigants sur la leur ». Boufflers, en 1768, passe de Marseille en Corse, car il a « toujours eu la fantaisie des révolutions ». Et le P. Berthier lui-même, écrivant pour le dauphin, reconnaît que si l’homme ne s’était pas révolté contre Dieu il aurait pu y avoir une société « n’ayant d’autre fondement, d’autre règle que les lois de la nature » et qui aurait été fort heureuse.
De cette étude de l’inquiétude politique il faut tirer deux conclusions. La première est que, si certaine qu’elle soit, elle est p.173 beaucoup moins profonde, beaucoup moins générale que l’inquiétude religieuse ; ou si l’on veut il n’y a même plus, chez beaucoup, d’inquiétude ; on s’est installé tranquillement dans l’incrédulité ; et l’on sait très bien ce que l’on met à la place des « superstitions » : le plaisir, le scepticisme ou la morale humanitaire. En politique au contraire on sent que les choses vont mal ; mais, à part un certain nombre d’abus limités, on sait fort mal comment on pourrait y porter remède. On n’a pas du
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tout l’idée d’une révolution violente, ni même d’une transformation pacifique mais profonde qui serait une sorte de révolution. Assurément les textes ne manquent pas où quelques-uns annoncent une révolution certaine, probable, possible. Il y en a dix chez d’Argenson, dès 1731, et à travers tous ses mémoires : « La révolution est certaine dans cet État-ci, il s’écroule par les fondements — s’il en résultait la nécessité d’assembler les États généraux du royaume [...] ces États-là ne s’assembleraient pas en vain [...] Quod Deus avertat. » Il y en a plus d’une demi-douzaine chez Barbier qui annonce à maintes reprises une « révolution très générale dans l’État ». Il y en a chez de Lille et même chez Voltaire. Il y en a enfin de moins connues et fort précises chez Mopinot, en 1757 et 1758. « On ne voit en perspective qu’un bouleversement général. » « De l’abattement on tombe dans le désespoir et du désespoir dans la fureur. » « Depuis six mois on a essayé en différentes manières de porter le peuple à la fureur. » « Loin de craindre les révolutions on les désire, les uns hautement, les autres dans le fond du coeur. » Mais ce sont là des opinions en réalités isolées. Il y a toujours eu des gens pour déclarer que la guerre éclaterait demain et pour prédire à bref délai la révolte, l’anarchie et le pillage : « Les enfants, dit Rousseau, crient la nuit quand ils ont peur. » Barbier, d’Argenson, Mopinot font de leurs craintes des réalités. Mopinot ne dit-il pas que Mme de Pompadour fait vendre des terres et un hôtel par crainte d’une révolution et pour passer à l’étranger. Et cela est si vrai que ces tremblements et hantises révolutionnaires, loin d’augmenter, diminueront plutôt au fur et à mesure que la situation s’aggravera et qu’on
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s’approchera de la Révolution. Pendant notre période il y a surtout des discuteurs, des « douteurs », des esprits p.174 forts en politique comme en religion. Mais, pour la plupart, ils n’ont que des doctrines ou purement abstraites ou fort timides ; ou surtout ils n’ont point de doctrine. On parle, on s’agite ; on n’a pas encore ou l’instinct ou l’idée de se concerter pour une attaque vigoureuse. L’édifice politique commence à se lézarder. C’est seulement après 1770 qu’il menacera ruine.
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CHAPITRE V
LA DIFFUSION GÉNÉRALE. 2. LA PROVINCE
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p.175 Les idées religieuses et les discussions politiques commencent à se répandre à travers toute la France. C’est un point fort important. Dans la première moitié du XVIIIe siècle il y a des traces d’une pareille diffusion, mais elles sont rares ; il semble, et on le dit, que si l’esprit philosophique brille à Paris il n’a pas encore réussi à dissiper les ténèbres provinciales. Dans la deuxième moitié au contraire, et dès la période de 1748-1770, on le voit pousser des rayons éclatants dans les plus lointaines régions.
I. — Les académies provinciales
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Bien entendu leur intention n’a pas été plus philosophique que celle de l’Académie française. Il existe déjà au moins six de ces académies à la fin du XVIIe siècle et elles ne pensent évidemment pas à mettre en péril le trône ni l’autel. Mais le philosophisme s’y est peu à peu glissé et c’est par elles, pour une part, qu’il a pénétré dans la province. Leur rôle a été considérable. Elles sont très nombreuses et se multiplient d’année en année. Il n’est pas aisé d’en donner une statistique rigoureuse, à des dates déterminées, car leurs origines et leur histoire sont souvent fort incertaines. Par exemple, il y a à Orléans une société fondée en 1725 et qui semble durer p.176
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jusqu’en 1775 mais qui n’a laissé aucune trace de ses travaux ; l’académie fondée en 1741 disparaît en 1753 ; on réorganise une nouvelle académie en 1781. L’académie d’Arras existe, si l’on veut, depuis 1737, mais ce n’est guère qu’une société de lecture ; elle n’est érigée en académie qu’en 1773. L’académie des sciences de Toulouse est bien fondée en 1729, mais ses lettres patentes ne sont données qu’en 1746. La Société d’émulation de l’Ain vit deux années (1756-1757) puis elle est reconstituée en 1783. L’académie d’Auxerre est dissoute en 1772. De là bien des divergences dans les listes établies dès le XVIIIe siècle même, par exemple par Delandine et par La France littéraire. Mais ces divergences importent assez peu car elles n’empêchent pas de constater que ces académies se multiplient d’année en année et sont très nombreuses dès 1770. Il y en a une vingtaine avant 1748. Vingt ans plus tard il y en a une quarantaine 1. Elles ne ressemblent pas du tout aux sociétés provinciales actuelles, plus ou moins obscures et qui recrutent péniblement leurs membres. C’est un honneur très recherché que d’en faire partie. Il y a d’âpres compétitions pour les élections. Des auteurs qui ont de la réputation font suivre leur nom, sur leurs ouvrages, de la mention « des académies de... ». Les prix très nombreux qu’elles décernent au concours sont fort courus et fort glorieux. On sait que Rousseau devient célèbre, du jour au lendemain, après avoir obtenu le prix de l’académie de Dijon. Surtout, et c’est à la fois l’une des raisons et la preuve du rayonnement de ces académies, les journaux donnent à leurs
1 En tenant compte bien entendu non seulement des académies officielles, ayant lettres patentes, mais des sociétés littéraires, sociétés d’émulation.
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séances et à leurs concours la plus large publicité, non seulement (après 1770) les journaux de province, mais les jour-naux même de Paris. Ils annoncent les séances et souvent ils en donnent d’amples comptes rendus. On en trouve par exemple dans presque toutes les livraisons du Mercure à partir de 1750 ; et il y a, dans le même Mercure, une rubrique spéciale « Académies » à partir de 1759. Les Annonces, affiches et avis divers (dites Affiches de province) ne sont pas moins complaisantes.
p.177 Leur activité est considérable. L’académie de Besançon reçoit parfois une centaine de mémoires par an. Le Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen de Gosseaume énumère quelque cent quatre-vingts mémoires de 1744 à 1750, quelque quatre cents de 1751 à 1770, quelque quatre cent trente de 1771 à 1780, quelque quatre cents de 1781 à 1789. Le Journal de Lyon, en 1785, donne un tableau de tous les prix proposés par l’académie de Lyon depuis sa fondation (1758) ; il y en a cent soixante-trois.
Évidemment, il ne suffit pas de discourir, écrire et couronner pour faire preuve d’esprit philosophique. En fait, beaucoup de ces académies ignoreront pendant longtemps la philosophie ou même la combattront. Elles sont fondées par la noblesse provinciale, la magistrature, le clergé, par des privilégiés ; elles s’efforcent d’obtenir les lettres patentes du gouvernement. Elles devraient donc en principe être des centres de résistance des idées traditionnelles. Et ce respect ou même cet amour de la
J’exclus, par contre, de cette statistique et de mon étude les sociétés techniques d’agriculture, de peinture, de sciences pures.
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tradition sont souvent évidents. Il est parfois inscrit dans les constitutions mêmes. Pour l’académie de Montauban, l’énoncé des sujets de concours stipule le plus souvent que les manuscrits doivent être contresignés de deux docteurs en théologie (comme ceux envoyés à l’Académie française) et terminés par une courte prière à Jésus-Christ. La devise de la Société académique de Cherbourg (1755) est « Religion et honneur ». A l’académie de Caen on doit prononcer tous les ans l’éloge de Louis XIV. Le titre de l’Académie de l’Immaculée-Conception de Rouen fait com-prendre que la moitié des sujets traités soient des sujets de piété. L’énoncé même des sujets des concours ou des mémoires lus par les académiciens témoigne aussi clairement de leur piété ou de leur hostilité à la philosophie. C’est le cas, bien entendu, pour l’académie de Montauban. En 1744, le sujet du concours d’éloquence est « la vanité des sciences sans la religion » ; en 1750, l’abbé de Monville prononce un discours pour montrer « que tous les écrivains qui abusent de leur talent en attaquant la religion, les moeurs et le gouvernement usurpent et profanent le titre d’hommes de lettres » ; en 1752, concours sur le thème « la vraie philosophie est incompatible avec l’irréligion » ; en 1759, vers sur « la prétendue p.178 philosophie du siècle présent ». A l’académie de Rouen, en 1767, Ode sur les avantages du gouvernement monarchique et héréditaire. A celle de Metz, en 1768, discours où M. Dumont distingue la vraie philosophie et la fausse qui touche aux « objets sacrés » ou inspire un « esprit de révolte ». A l’académie d’Angers, en 1773, M. de la Sorinière lit une « Lettre à un prétendu philosophe », etc. Le P. Valois publie, en 1753, et réédite en 1766 une
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Dissertation sur la Religion dans les Académies littéraires. Il conclut qu’elle est respectée et servie.
Surtout, presque tous ces travaux dans la première moitié du siècle, puis un grand nombre, puis un certain nombre sont des travaux proprement « académiques » ; c’est-à-dire qu’ils ne sont que des exercices oratoires, de la rhétorique en prose ou en vers. Il ne s’agit que de faire preuve de goût et d’ingéniosité dans le maniement des lieux communs. Tressan se plaint, en 1756, que la société de Nancy ne soit occupée qu’à « tourner des phrases ». Marmontel, passant à Angers, se moquera de « la fleur des beaux esprits de l’Académie angevine » qui ne sont que des esprits vides et prétentieux. Le titre même de leurs mémoires, discours, poèmes prouve qu’un grand nombre d’académiciens ressemblaient à ceux de Nancy ou d’Angers. Il y a beaucoup de « belles-lettres », c’est-à-dire de creuse littérature dans les travaux de l’académie de Dijon, malgré le discours couronné de Rousseau, et il n’y a guère que cela avant 1770 ; ceux de l’académie d’Arras ou de l’académie de Soissons ne valent pas mieux, entendons du moins qu’on y chercherait aussi vainement, vers les mêmes dates, des idées neuves.
Pourtant l’histoire des académies, malgré ces survivances plus ou moins générales du passé, témoigne d’une transformation profonde, éclatante. Les belles-lettres mêmes et le goût y sont parfois fort différents du goût de Boileau ou même de Voltaire. A l’académie de Rouen, par exemple, dès 1748, la poésie anglaise tient une assez large place. Surtout la plupart de ces académies deviennent, après 1750, non plus des académies littéraires, mais des académies scientifiques, sciences pures ou
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sciences pratiques ; les discours, réflexions, poèmes, etc., reculent devant les mémoires de physique, de chimie, d’histoire naturelle, d’agriculture ou de commerce p.179 et il arrive même, après 1760, que ceux-ci écrasent ceux-là. A l’académie de Metz il n’y a pas la centième partie des mémoires qui portent sur la rhétorique, la poétique, la littérature et fort peu traitent de morale générale. A Rouen, le triomphe des sciences est moins grand, mais le nombre des mémoires scientifiques est presque double de celui des mémoires de belles-lettres. A l’académie d’Angers, avant 1747, rien que des discours, odes, fables, élégies, traductions en vers. En 1747 et les années suivantes, on voit apparaître des discours ou mémoires sur l’électricité, l’histoire naturelle, la respiration, la loi naturelle, etc. A celle de Caen les sciences se glissent à partir de 1750. De 1759 à 1771 tous les sujets de prix (sauf un éloge de Huet) portent sur l’histoire, l’économie rurale, le commerce, la jurisprudence. Il en est de même, dans des proportions diverses, pour toutes les académies. Enfin, de plus en plus, les sciences pratiques prennent une place prépondérante. Non seulement il se fonde de très nombreuses sociétés d’agriculture, mais l’économie rurale, la technique des métiers, l’organisation du commerce et de l’industrie deviennent l’une des préoccupations essentielles et même l’occupation essentielle de la plupart des académies. Qu’il s’agisse des blés, des vins, des huiles, des eaux minérales, des bois, du sucre, des maladies des plantes ou du bétail, des engrais, des moulins, des tuileries, des forges, etc., chaque académie de chaque province s’efforce de discerner les
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problèmes pratiques qui intéressent la prospérité de la province et met les questions au concours.
Sciences théoriques ou sciences pratiques, ce n’était pas à proprement parler de la philosophie ; et il est bien certain que bon nombre d’académiciens ne pensaient pas être philosophes lorsqu’ils les étudiaient. Mais c’était tout de même l’esprit d’observation et d’expérimentation qui tendait à dominer, l’esprit de Bacon, de Locke, de l’Encyclopédie. Étudier les préjugés, la routine de l’agriculture ou du commerce et chercher leurs remèdes, c’était s’habituer à se défier de toutes les routines et de tous les abus. Le passage était inévitable de l’esprit philosophique inconscient à la philosophie consciente et même combative. Et l’histoire des académies prouve qu’on a très souvent franchi le pas et parfois hardiment. L’académie de Metz p.180 et la société des Philathènes de Metz suivent et discutent publiquement presque tous les grands problèmes et les grandes oeuvres de la philosophie du temps : de 1759 à 1770, par exemple, l’esprit philosophique, l’utilité de diffuser l’instruction, les tendances de l’esprit humain au XVIIIe siècle, le livre De l’Esprit, celui De la nature, le Contrat social, Burlamaqui, le discours préliminaire de l’Encyclopédie, les Éléments de philosophie et l’Essai sur la morale de d’Alembert, Locke, etc. Les autres académies ont été moins hardies, mais les problèmes philosophiques y apparaissent de temps à autre. On discute ou l’on parle de la loi naturelle à Dijon en 1742, de la philosophie anglaise à Lyon en 1760, de l’esprit philosophique à Nancy en 1754, de l’influence de la philosophie au XVIIIe siècle à Besançon en 1770, du fanatisme à Caen en 1770. Sans doute exposer et
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discuter ne veut pas dire approuver et l’on pense bien que de Tschoudi à Metz n’est pas d’accord avec L’Esprit ou le Contrat. Mais c’était du moins faire connaître et c’était souvent approuver sinon les « erreurs » ou les excès, au moins les « vérités utiles ». A Nancy, par exemple, l’abbé Montignot en s’élevant contre Lucrèce, Spinoza et Bayle ne condamne pas moins vivement l’esprit scolastique. A Lyon, l’abbé Millot ou à Caen l’abbé Le Moigne sont beaucoup plus hardis ; ils dénoncent les « excès du fanatisme », Bacon chargé de fers, Galilée persécuté, Ramus accablé de maux, la défense d’« analyser les ressorts du gouvernement ». Ils louent les Bacon, les Newton, les Locke qui ont « dissipé les extravagances et les ténèbres du péripatétisme, confondu la vanité de l’esprit de système ». Il arrive même qu’on livre de véritables batailles philosophiques. A Nancy, le P. de Menoux, en 1752, parle « sur la philosophie d’une façon insultante et qui a irrité beaucoup de monde », en répondant à des discours de M. de Tressan et de M. de Lucé. Tressan et Lucé protestent vivement auprès de Stanislas ; et la querelle fut difficilement apaisée. Le parti « philosophe » devient assez puissant pour obtenir l’exclusion de Palissot après la comédie des Philosophes. A Lyon, en 1754, le P. Tolomas, jésuite, qui est de l’académie, prononce une harangue adversus Encyclopaedistas. D’Alembert écrit pour demander son expulsion ; l’académie refuse ; mais un certain nombre de p.181 membres menacent de donner leur démission, ou démissionnent. Tolomas est en somme désavoué et doit s’excuser assez piteusement.
En même temps que les problèmes généraux de la philosophie, on commence à aborder ces problèmes sociaux qui
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mettent sur la pente des problèmes politiques ou qui sont déjà des problèmes politiques. A Béziers, Marseille, Besançon, Caen, La Rochelle, Dijon, Rouen, etc., on disserte ou concourt sur les causes et les remèdes de la dépopulation, sur les lois somptuaires, sur la nécessité et les moyens de supprimer les peines capitales et sur les causes de la criminalité, sur les encouragements à donner aux laboureurs, sur la composition d’un « traité élémentaire de morale à l’usage des collèges où les devoirs de l’homme envers la société et les principes de l’hon-neur et de la vertu soient développés », sur le luxe, le traité de La Théorie des lois, les qualités morales et sociales du négociant, sur l’origine et les droits de la souveraineté. De tels sujets sont beaucoup moins nombreux que ceux concernant les sciences pures ou l’économie rurale ; les discussions sont presque toujours si sages, si peu tournées vers la critique précise du gouvernement que le contrôleur général invite l’académie de Rouen, en 1765, « à lui adresser directement les avis, notices et extraits de tout ce qui se passera dans la province relativement aux trois objets de finance, de commerce et d’agriculture » et d’avoir avec lui une correspondance « survie et régulière ». Il y a pourtant dans ces curiosités respectueuses tout ce qui mène à des curiosités indiscrètes et quelques-unes, même avant 1770, sont déjà hardies. Le prix de l’académie d’Amiens pour 1757 a pour sujet : « Quels sont les obstacles qu’apportent au travail et aux progrès de l’industrie les communautés ou corps de métier ? » ; celui de Lyon, pour 1769, la liberté du commerce des grains ; celui des Jeux floraux pour 1766, les avantages qu’il y a pour un État à être éclairé sur les objets de sa politique. A
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Caen, en 1763, de La Rue discourt « sur le rapport de nos lois avec la nature de notre gouvernement ».
Enfin, les académies provinciales tendent à avoir la même influence que les académies parisiennes, elles rapprochent les classes sociales. Des grands seigneurs, qui d’ailleurs ne donnent généralement que leur patronage, des intendants, de hauts magistrats s’y rencontrent p.182 avec de modestes fonctionnaires, de simples bourgeois, d’humbles régents de collège. Bien entendu ce n’est pas sans maints froissements et sans que les plus humbles ne gardent respectueusement leurs distances ; car jusqu’à la fin du siècle, comme nous le verrons, la hiérarchie sociale est, en province, jalousement respectée et les plus humbles préséances sont férocement revendiquées. Il arrive que les roturiers en sont pour leur courte honte. L’académie de Dijon se recrute d’abord chez les gens modestes et elle exclut la noblesse et les hauts magistrats ; seulement elle périclite et elle est absorbée par l’aristocratique société Ruffey. Mais à Montauban on s’efforce d’établir l’égalité ; on supprime les places d’académiciens honoraires réservées aux grands personnages ; on y lit une ode sur l’égalité académique ; à Metz, à Besançon et ailleurs, quand nous avons des listes des membres nous trouvons, avec des nobles, des baillis, des abbés, des moines, des apothicaires, des médecins, des commissaires de police, des professeurs, des avocats, d’humbles érudits sans charge et sans titre.
Somme toute, si la transformation de ces académies n’est pas encore ce qu’elle sera aux approches de la Révolution, elle est déjà profonde. Elles n’ont été, dans la première moitié du siècle,
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que des assemblées d’humanistes curieux d’érudition sans critique et de « beaux esprits » amateurs d’éloquence et de poésie. Dans la seconde moitié, elles deviennent bien plutôt et parfois exclusivement des sociétés scientifiques et économiques. Elles se dégagent des lieux communs ; elles ne s’efforcent même plus d’être d’obscures et gauches contrefaçons de l’Académie française, de petites chapelles du Temple du goût. Leur désir d’agir, d’être utiles les porte à devenir des centres provinciaux où l’on étudie non seulement l’histoire de la province, mais tout ce qui intéresse son activité agricole, commerciale, urbaine. En se débarrassant ainsi des traditions de la rhétorique et de la poétique, elles se rapprochent, même sans le vouloir, de l’esprit nouveau, de l’esprit philosophique. Souvent elles prennent conscience de cette philosophie et elles la proclament, soit qu’elles s’élèvent contre les préjugés religieux, soit qu’elles luttent pour la liberté de penser et la tolérance contre le « fanatisme ». Elles ne s’occupent guère de politique pure, et quand elles le font elles p.183 demeurent dans de vagues abstractions ; mais elles sont assez souvent curieuses de problèmes sociaux et parfois assez hardiment. Sans doute ces hardiesses restent prudentes ; et nous allons voir qu’en dehors d’elles on est allé beaucoup plus loin ; elles savaient qu’un simple arrêté pouvait mettre fin à leur existence officielle ou offi-cieuse. Mais c’est justement aussi parce qu’elles avaient cette existence officielle, parce qu’elles étaient une des gloires de leur ville, parce qu’elles étaient aristocratiques et bourgeoises que leur évolution est significative.
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II. — Témoignages divers
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a. Progrès de l’irréligion. — Il y a très certainement, dès la deuxième moitié du siècle, une profonde transformation des moeurs provinciales. J’ai rappelé plus haut l’extrême simplicité qu’elles avaient gardée ; on commence à s’en lasser après la mort de Louis XIV et à s’en débarrasser vers 1750 ou 1760 ; beaucoup de mémoires, correspondances et documents divers le constatent. A Reims, par exemple, vers 1740, on ne s’occupe de rien sinon de piété, de potins, de quelques goûters, promenades et parties de « quadrille » ; vers 1750, déjà on veut des bals, des dîners, des toilettes, du théâtre. Au Vigan, petite ville de douze à quinze cents âmes, il y a, en 1757, des salles de spectacles chez les particuliers. Mêmes transformations à Châlons, « grands dîners, grands soupers, on joue toute la nuit », etc. Surtout la curiosité intellectuelle naît avec celle du plaisir. La multiplication des académies en est une preuve. La diffusion des journaux parisiens, dont nous reparlerons, en est une autre. Et il y en a beaucoup d’autres. On a la curiosité des idées nouvelles ; on lit les philosophes ; on veut les connaître même si on ne les approuve pas. « Les provinces s’éclairent » concède Voltaire ; elles sont « garnies de l’ouvrage de Fréret (Examen critique) ». Les recueils de « nouvelles » manuscrites, rédigés pour quelques gens d’importance de la Normandie et publiés par Hippeau, en sont le témoignage le plus copieux. Il y a une cinquantaine d’informations sur l’Émile et sa condamnation, sur la condamnation du Dictionnaire philosophique et des Lettres de la montagne, sur les
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Observations p.184 sur l’histoire de France de Mably, sur Bélisaire, L’Ingénu, L’Homme aux quarante écus, l’Histoire de Raynal, puis, après 1770, Le Mariage de Figaro, L’Antifinancier, L’Ami des lois, Le Cathéchisme du citoyen, sur la vie et la mort de Rousseau et de Voltaire, « illustre vieillard », etc. Les autres provinces ne semblent pas moins curieuses que la Normandie. « Vous seriez étonné, écrit Servan à d’Alembert, en 1767, des progrès de la philosophie dans ces régions barbares », c’est-à-dire à Grenoble. A Dijon, il y a, en 1768, soixante exemplaires de l’Encyclopédie, « chose inouïe pour une ville de province » et étant donné son prix. Ceux qui ne l’ont pas en recopient des articles. Le président de Brosses est, bien entendu, curieux de toutes les nouveautés, surtout de celles qui font scandale. Il ne les approuve pas toutes. Le livre des Moeurs a « cruellement passé les bornes de ce qu’il est toléré d’écrire ». Mais il les a et il les aime qu’il s’agisse des Moeurs, de la Lettre sur les aveugles, « très joli petit ouvrage », ou de L’Esprit qui l’irrite, mais moins que Desfontaines ou Palissot. Il n’est pas le seul dans sa bonne ville. Le 1e, juillet 1748 il n’y a que deux exemplaires des Moeurs, aussi chers qu’à Paris. Mais « dans peu nous en aurons à foison ». Son ami de Gémeaux, pieux d’ailleurs, a dans sa bibliothèque la Lettre sur les aveugles, Zadig, l’Encyclopédie, et il supplie de Brosses de lui procurer la première édition du Dictionnaire philosophique. A Noyon, la thèse de l’abbé de Prades « fait autant de bruit qu’à Troyes ». A Laval, on lit l’Encyclopédie et les gazettes ; à Nantes, les commerçants se mettent au courant de la littérature et des nouvelles. D’une
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façon générale le Dictionnaire philosophique est plus commun en province qu’à Paris.
Nous connaissons même par leurs noms et par quelque chose de leur vie un certain nombre de ces lecteurs des ouvrages philosophiques. Ils sont de petite noblesse comme M. de Conzié, l’ami du jeune J.-J. Rousseau, qui possède dans sa bibliothèque cinquante-sept volumes de Voltaire, de Diderot et de leurs disciples et soixante et un volumes du Journal encyclopédique ; ou Mme de Tartas à Mézin, par Nérac, chez qui l’on discute les philosophes et, par exemple, le Dictionnaire philosophique ; ou Mme de Lipaux à Angers « grande admiratrice de Jean-Jacques » ; ou Laurent de Franquières, à Grenoble, qui va visiter Voltaire à Ferney ; ou M. de La Lorie, p.185 près d’Angers, chez qui l’on lit la Gazette, le Mercure et l’Encyclopédie. Il y a même de bien plus modestes personnages que nous font connaître les livres de raison : Sicaire Bonneau, en Périgord, abonné aux gazettes et au Journal encyclopédique avec l’avocat Coeuilhe ; Gilbert de Raymond, d’Agen, qui achète beaucoup de livres, est abonné à deux ou trois « gazettes » et reçoit, volume par volume, l’Encyclopédie ; Deladouesse, propriétaire en Vendée, qui achète l’Histoire naturelle de Buffon. Ce sont d’ailleurs des gens ou qui gardent les apparences de la piété, comme Conzié, membre de la congrégation de N.-D. de l’Assomption, ou tout à fait pieux comme Mme de Lipaux, M. de La Lorie, Sicaire Bonneau, G. de Raymond. Mais leurs lectures n’en sont que plus significatives.
Beaucoup d’autres vont plus loin et leur philosophie menace leur religion. Certains s’en tiennent peut-être à ce qu’on pourrait
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appeler de l’« anticléricalisme », la haine de moines ou de prêtres qu’on accuse de paresse, de cupidité, de grossièreté ou la haine du fanatisme, haines qui peuvent se concilier avec le respect de la religion. A Bar-sur-Aube, en 1752, le curé refuse la communion à un laquais, sous prétexte qu’il appartient à une maison pleine d’hérésie. La dame du laquais insiste et le curé, avec sa patène, fend la lèvre du laquais. Scandale et le curé est fort bien condamné à l’amende honorable, à trois ans de bannissement et à deux mille livres d’amende. Le père du comte de Montgaillard, qui est voltairien, lui prêche cette sagesse : « Méfie-toi du devant d’une femme, du derrière d’une mule et de tous les côtés d’un prêtre. » A Lyon, en 1768, on joue avec grand succès la pièce de Dubois-Fontanelle contre les voeux monastiques, Ericie ou la Vestale (il est vrai que, devant l’indignation des dévots, le prévôt des marchands interdit les représentations). A Toulouse, après l’affaire Calas, on assiste à une évolution rapide et profonde de l’opinion. D’une façon générale, comme nous l’avons montré plus haut, c’est l’opinion qui soutient certains intendants et gouverneurs de province libéraux dans leur bienveillance à l’égard des protestants. On ne songe pas à leur rendre la liberté d’un culte public ; mais on souhaite que la loi reconnaisse leurs mariages et que l’autorité ferme les yeux sur les réunions et l’enseignement de leur culte.
p.186 On tombe même, délibérément, dans l’irréligion. Les plaintes des évêques, curés et gens pieux se répètent un peu partout. A Langres, Mgr de Montmorin et Mgr de la Luzerne tonnent, dans leurs mandements, contre le philosophisme ; à Lyon, « la catholicité est dégénérée en un déisme presque
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universel » ; à Châlons, « il n’y a presque plus de religion » ; à Rouen, la religion a « incomparablement moins dépéri qu’en d’autres endroits » mais ce n’est plus, peut-être, qu’une religion « d’habitude ». Bref « le crédule provincial commence à recevoir les incrédules comme des divinités subalternes ». Il est probable que toutes ces plaintes exagèrent ; on pousse le mal à l’extrême pour obliger à trouver des remèdes. C’est le cas pour l’avocat Séguin de Lyon qui prédit la fin du monde. Mais le mal existe ; il est confirmé par des témoignages plus directs. Diderot a rencontré à Langres « quelques hommes bien décidés et bien nets sur le grand préjugé » et ce qui lui a fait un plaisir singulier « c’est qu’ils tiennent un rang parmi les honnêtes gens ». La vente des livres irréligieux est prospère, un peu partout. A Caen, « il y a de petites imprimeries portatives avec le secours desquelles on peut imprimer des livres très répréhensibles » ; on se plaint des colporteurs vendant des livres qui « attaquent si essentiellement les moeurs et la religion ». A la foire de Beaucaire, on confisque deux cent trois ouvrages « contraires à la religion et aux bonnes moeurs ». A Nîmes, il se débite « une foule de livres pernicieux pour les moeurs dans lesquels la religion et l’État ne sont point respectés ». A Toulouse, à Montpellier, les colporteurs « vendent toutes sortes de livres, principalement de petites brochures contre la religion et contre les moeurs... Le bas prix auquel on les donne engage la jeunesse à les acheter avidement ». Les jeunes gens n’ont pas même besoin de colporteurs ; ils trouvent dans leurs familles de quoi se convertir à l’incrédulité. Guillard, ami de Brissot, à Chartres, est élevé sans religion. C’est le père de Dumouriez qui le guérit du
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désir de se faire moine en lui faisant lire les Lettres provinciales, l’Analyse de Bayle, Voltaire, etc. Jullian prend en cachette dans la bibliothèque paternelle Voltaire, Rousseau, Helvétius, d’Holbach qui le jettent non dans l’athéisme, mais dans le déisme. A Auxerre, Restif de la Bretonne, apprenti imprimeur, ébauche, en 1753, un poème De la p.187 nature des choses dont la philosophie n’est guère qu’un galimatias, mais tout plein de Lucrèce et de Spinoza. Pour la concevoir, il n’a eu, nous dit-il, besoin que de lui-même et de ses lectures. Mais il est confirmé et encouragé par son ami Loiseau, autre apprenti, et par le moine Gaudet, philosophe cynique et libertin fieffé.
Il y a même un certain nombre de faits témoignant qu’on passe de l’irréligion de pensée à l’irréligion de pratique. A Dijon, quelques sacrilèges, tels que des statues d’églises brisées, mais il y a toujours eu de ces sacrilèges ; ils semblent seulement plus nombreux. On insulte dans la rue des frères de la doctrine chrétienne. A Nantes, scandales à la messe de minuit, en 1767. A Châlons, en 1765, beaucoup d’irréligion dans les fêtes du carnaval ; on mange gras tout le mercredi. A Gray, l’indifférence est grandissante pour les processions ; les conseillers s’abstiennent, les passants ont une « tenue indécente » ; le conseil de ville doit prendre des mesures. Même indifférence croissante pour les fêtes religieuses de Caen, pour les pèleri-nages de Buglose, dans les Landes. A Montpellier, en 1755, dispute dans la rue entre un bourgeois et un prêtre brutal ; la foule prend parti pour le bourgeois. C’est une petite émeute.
L’incrédulité pénètre, comme à Paris, dans les classes privilégiées. Il semble d’ailleurs que ce soit moins profondément.
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La noblesse provinciale est moins tentée de suivre les modes et de donner dans un scepticisme élégant. Ses moeurs sont restées plus sérieuses ; elle n’affiche pas l’adultère et le luxe insolent. Elle s’appauvrit sans cesse, mais c’est par la force des choses, par l’oisiveté légale, non par de folles prodigalités ; elle sait d’ailleurs qu’elle n’a pas à compter sur le roi pour payer les dettes. Pourtant cette noblesse moins corrompue lit et garde de ses lectures des doutes ou des indifférences philosophiques. Le marquis d’Argence de Dirac, ami de Voltaire, lit Le Sermon des cinquante dans son château, près d’Angoulême, pendant la messe de minuit. Le marquis de Maugiron meurt en impie chez son parent l’évêque de Valence. Le père de Mme de Chastenay n’exprime de Montaigne, Montesquieu, Rousseau que les « sucs salutaires », mais c’en était assez pour devenir « libéral » et le chef d’une noblesse bourguignonne qui l’était comme lui. Le père de p.188 l’« inconnue » qui a rédigé les mémoires d’une inconnue est catholique, sa mère protestante, mais ils sont « comme le plus grand nombre alors non pas impies mais incrédules et indifférents ». De même il y a probablement beaucoup moins d’abbés, de prêtres galants, sceptiques, et surtout notoirement impies qu’à Paris. Mais il y en a qui sont, eux aussi, « libéraux ». A Toulouse, l’abbé Audra est l’ami de Voltaire avec qui il entretient une abondante correspondance ; il publie un abrégé, expurgé d’ailleurs, de l’Essai sur les moeurs. Il est professeur d’histoire à l’université et « presque tout le Parlement » court à ses leçons. Il est vrai qu’il est violemment persécuté par les dévots qui forcent la main de l’évêque ; il meurt, dit-on, de chagrin. Dom J. Colomb se procure la Relation de la maladie de
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P. Berthier. L’aumônier de la prison où est enfermé Suard, à l’île Sainte-Marguerite, lui prête, pour se distraire, la Bible, mais aussi le dictionnaire de Bayle. En Périgord, deux listes de souscripteurs à l’Encyclopédie contiennent les noms de vingt-quatre curés sur quarante souscripteurs. Un séminariste de Cahors, Marmiesse, a la curiosité, vers 1767, de connaître le contenu d’une nouvelle malle de livres apportée de Bordeaux par son frère. Il y trouve l’Émile, Le Contrat social. Gaudet, d’Arras, cordelier et ami de Restif de la Bretonne, est athée. Ces témoignages sont, dans leur ensemble, beaucoup moins significatifs que ceux des années 1771-1787 ; mais ils sont la preuve suffisante que la philosophie sceptique et déiste a pénétré jusque dans l’Église.
b. Préoccupations politiques. — On commence à discuter de politique comme on discute de religion. On lit les écrits politiques des philosophes. J.-B. d’Arcoux de la Serre, dans le Tarn, lit Le Contrat social qui le séduit, sauf en ce qui concerne la religion civile. Le P. Célerier des Bénédictins de Marmoutier est curieux des « ouvrages sur les gouvernements tels que celui de Montesquieu, de M. Réal de Forcalquier ». Dans la bibliothèque de l’intendant Dupré de Saint-Maur, à Bordeaux, on trouve l’Esprit des lois, Le Contrat social, l’Encyclopédie ; dans la bibliothèque de Salmon, avocat, et dans celle de Pourat de la Madeleine, à Laval, il y a, dès 1752 et 1756, le dictionnaire de Bayle, l’Histoire de Mahomet, l’Esprit des lois. J.-J. Rousseau reçoit un vin d’honneur de la municipalité quand il passe à p.189 Amiens en 1767. On voit ainsi se former, même avant 1770, une noblesse et un clergé libéraux en politique comme ils le sont en
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religion. On y peut ranger le père de Mme de Chastenay dont nous avons parlé, le groupe de Mme de Tartas à Mézin, celui dont fait partie, à Lyon, Mlle de la Roullière : « On dit que nous passons à la cour pour être républicains » ; celui de certains curés de Bordeaux qui se disent « patriotes et citoyens ». On discerne les mêmes tendances chez certains bourgeois. « Aujourd’hui, dit d’Argenson, chacun lit sa Gazette de Paris, même dans les provinces. On raisonne, à tort et à travers, sur la politique, mais on s’en occupe. » A Dijon, Beguillet est croyant et monarchiste, mais il désire des réformes importantes, dont l’égalité des impôts. P. Bordier, gros fermier puis marchand, à Lancé, en Vendômois, s’intéresse aux événements politiques, prend de longues notes dans La Gazette (1753-1758), s’irrite contre les privilégiés, bénit l’arrêt du Conseil qui va « leur faire payer de la taille ». En 1765, de Gardanne commence ainsi son livre de raison : « Un père doit à ses enfants, un citoyen à sa patrie, le compte de sa vie. » A Grenoble, le duc de Tonnerre, gouverneur, a fait réserver une loge pour un protégé. La famille de Barnave l’occupe. Le directeur du théâtre la fait expulser. Toute la bourgeoisie sort alors avec elle et ils trouvent leur maison pleine d’amis. Tous ces témoignages sont d’ailleurs moins nombreux et moins significatifs que ceux marquant les progrès de l’esprit d’examen, de tolérance, d’incrédulité. Ils s’accordent avec nos précédentes conclusions. La bataille décisive contre la tyrannie religieuse est livrée avant 1770 et gagnée. Au contraire on dispute ardemment de politique ; on réclame des réformes, mais on ne songe pas encore, le plus souvent, à attaquer les principes essentiels du gouvernement.
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Toutes les idées qui le menaceront ont été exprimées ; elles se sont répandues ; mais on y cherche des moyens de discussion, non de révolte.
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CHAPITRE VI
ENQUÊTES INDIRECTES : LES JOURNAUX. L’ENSEIGNEMENT
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p.191 Ni les journaux, ni l’enseignement ne peuvent nous donner, comme nous l’avons déjà dit, une image fidèle du mouvement des idées. Les journaux, même imprimés à l’étranger, ne peuvent pas circuler en France sans une autorisation au moins tacite. Pour ceux qu’on imprime en France le directeur ou, comme on disait alors « l’auteur » et les imprimeurs du journal ne peuvent guère échapper aux sévérités du gouvernement s’ils s’aventurent à lui déplaire. Ils sont donc tenus à une grande prudence. Cette prudence est plus nécessaire encore dans l’enseignement où tout régent peut être renvoyé d’un jour à l’autre. Mais ce sont justement ces nécessités de prudence, comme l’esprit naturellement conservateur et traditionaliste de l’enseignement, qui rendent plus significatives toutes les transformations qu’on peut saisir dans cette presse très surveillée et dans l’enseignement des collèges. En outre, même si ces transformations ne sont pas très profondes, elles prennent une grande importance par leur diffusion. Journaux et enseignement sont les deux plus puissants moyens de répandre les idées nouvelles.
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I. — Les journaux 1
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Notons d’abord leur multiplication. Au début du XVIIIe siècle, il n’existe que l’officielle Gazette de France, le Mercure, qui est encore p.192 le Mercure galant, le Journal des Savants et les journaux érudits imprimés en Hollande. De 1715 à 1748, si l’on ne tient compte que des journaux ayant vécu au moins cinq ans, apparaissent le pieux Journal de Trévoux, les jansénistes Nouvelles ecclésiastiques, les Affiches de Paris qui ne sont encore qu’un journal d’annonces et un certain nombre de feuilles imprimées en Hollande (notamment la Bibliothèque anglaise et ses suites, les Bibliothèque et Nouvelle Bibliothèque germanique) qui n’intéressent guère que les cercles restreints d’érudits. Le Pour et Contre de l’abbé Prévost est une suite d’essais, non un journal. Les seuls journaux nouveaux qui aient quelque chose de commun avec notre presse moderne sont les journaux de Desfontaines. Mais de 1748 à 1770 se fondent et se répandent les journaux de Fréron, les Affiches de province où les choses de l’esprit vont tenir une assez large place, le Journal encyclopédique, l’Avant-Coureur, le Conservateur, le Journal étranger, le Journal des dames et des journaux plus techniques, Le Journal chrétien, le Journal économique, les Ephémérides du citoyen, le Journal d’éducation, le Journal des théâtres, le Journal de physique. En 1765, un état dressé pour le ministère de la maison du roi énumérait dix-neuf journaux.
1 Ouvrage de référence générale : E. Hatin, Bibliographie historique et critique de la presse périodique française, Paris, Didot, 1866.
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La diffusion des plus importants d’entre eux (Mercure, Année littéraire, Journal encyclopédique) semble avoir été assez grande pour le temps. En 1748, le Mercure est en dépôt dans vingt-six villes de France ; dans quarante-six et quatre de l’étranger en 1756 ; dans cinquante-cinq et neuf de l’étranger en 1764. Mais cette diffusion est beaucoup plus limitée que celle de notre presse moderne. Le Mercure ne semble jamais avoir dépassé de beaucoup le chiffre de deux mille abonnés ou acheteurs au numéro 1, le Journal étranger celui de mille cinq cents. C’est que ces journaux coûtaient fort cher pour le temps. Les prix variaient de neuf livres douze sols (en 1768) pour le Journal ecclésiastique, à douze livres pour l’Avant-Coureur, seize pour le Journal des Savants, vingt-quatre pour le Mercure, le Journal encyclopédique, l’Année littéraire ; à quoi il fallait ajouter le prix des ports pour la province qui était de neuf à dix livres. C’est-à-dire qu’un abonné de province payait quelque trente-trois livres p.193 pour chacun de ces trois journaux, c’est-à-dire quelque cinq cents francs de notre monnaie. Il est donc certain qu’on devait se prêter beaucoup les livraisons avant de les lire, comme il arrivera après 1770, dans les sociétés de lecture. « Ce n’est plus le temps, dit le Journal encyclopédique, en 1758, où les journaux n’étaient fait que pour les savants... Aujourd’hui tout le monde lit et veut lire de tout. » Tout le monde c’est, sans doute, quelques dizaines de milliers de lecteurs tout au plus. Mais c’est beaucoup au XVIIIe siècle.
1 En 1763 : 1436 abonnés et l’on envoie 154 exemplaires à Bordeaux, Rennes, Nantes, Toulouse, Amiens.
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Cette presse fut d’ailleurs, le plus souvent, ou prudente ou sournoise. Les directeurs du Mercure qui y gagnaient de confortables salaires se voyaient fréquemment cassés aux gages, sous prétexte qu’ils donnaient dans une philosophie condamnable. Plus tard, Suard devra payer six cents livres d’amende pour avoir laissé passer dans le Journal de Paris un récit de la mort de Barthe qui le faisait mourir en philosophe, sans confession, ou plutôt le laissait entendre. Il ne faut donc pas s’étonner que les feuilles qui n’étaient pas hostiles aux philosophes, comme le Mercure, ou celles qui les défendaient, comme le Journal encyclopédique, aient constamment renié dans une page ce qu’elles insinuaient dans une autre. C’était probablement sans malice de la part du Mercure de France dont les directeurs et rédacteurs, de 1748 à la Révolution, Raynal, de Boissy, Marmontel, La Place, La Harpe, Garat, Saint-Ange, etc., n’avaient pas sur les vertus et les dangers de la philosophie les mêmes idées. Le journal s’adressait d’ailleurs, par tradition, à un public pondéré, respectueux de l’autorité et les rédacteurs ne l’étaient pas moins de la prospérité d’un journal qui les payait bien. La plus grande partie du journal est donc occupée par des oeuvres ou des comptes rendus qui n’intéressent ni le trône ni l’autel. A partir de 1748 cependant, personne ne peut plus ignorer qu’il y a bataille entre les « nouveaux philosophes » et ceux qui défendent la foi chrétienne. Le Mercure doit faire sa place à la polémique. Il rend donc compte des principaux ouvrages qui combattent l’incrédulité, ceux de Lefranc de Pompignan, de Hayer et Soret, de l’abbé François, etc., etc. Il leur fait son compliment, avec discrétion ou enthousiasme, selon
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l’humeur du rédacteur et le vent qui souffle. Il ira même jusqu’à dénoncer Locke comme « le père du matérialisme p.194 moderne ». Parfois même, bien que ce soit assez rare, il combattra lui-même contre les impies, en insérant, par exemple, une Ode aux philosophes sur leur impuissance à découvrir la vérité ou une Ode contre l’abus de la philosophie en matière de religion. Même attitude des Affiches de province, entreprise privée, journal officieux d’annonces qui se tient généralement à l’écart de la bataille, mais la commente de temps à autre en louant les ouvrages de polémique pieuse, en mettant en garde contre la dangereuse « magie de couleurs » de l’Émile, en protestant que « l’incrédulité déclarée, ouverte, affichée sous le nom imposant de philosophie est la plus dangereuse de toutes ». Le Journal des Savants continue à faire la plus large place à tous les ouvrages de théologie et d’apologétique orthodoxe et à les soutenir dans leur lutte contre le déisme et l’athéisme. D’autres journaux s’en tirent en suivant un chemin qui les tient loin du combat, en ne parlant ni de religion, ni de politique ; c’est le cas de l’Observateur littéraire de l’abbé de la Porte, ou du Journal étranger d’Arnaud et Suard.
Mais le cas du Journal encyclopédique est plus significatif. Le titre même était une déclaration de guerre ; le mot encyclopédique, inoffensif par lui-même, signifiait clairement, en 1756 : « Nous défendons les idées de l’Encyclopédie » et l’Encyclopédie allait être dénoncée et condamnée. La rédaction du journal ne pouvait d’ailleurs laisser aucun doute sur l’esprit qui l’animait. Lui aussi est obligé, pour éviter des poursuites trop sévères, de donner des gages à ceux-là même qu’il veut
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combattre. Il rendra compte, avec politesse ou même avec onction, des apologies de la religion et des réfutations de la « philosophie », de La Religion naturelle et la Religion révélée, de La Religion vengée, des Lettres sur le déisme, de La Force de la vérité pour convaincre les athées et les déistes, du Discours sur les préjugés contre la religion, etc. Il parlera même des ouvrages des philosophes avec une extrême réserve ou même en feignant l’inquiétude ou l’indignation. Il approuvera la condamnation des Moeurs de Toussaint, du De la nature de Robinet. Il gémira sur les infamies des Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant de Deslandes ou d’un Éloge de l’enfer. Il donnera un compte rendu très favorable d’une édition des oeuvres de Palissot, y compris p.195 la comédie satirique des Philosophes. Il affectera de tenir Candide pour un badinage sans portée, en regrettant que l’auteur n’ait pas parlé « avec plus de respect de tout ce qui regarde la religion de ses ministres ». En un mot il pratique, de gré ou de force, la politi-que de la chauve-souris de La Fontaine : « Je suis oiseau, voyez mes ailes », celles de ma piété ; « je suis souris, vivent les rats ! » si les rats sont philosophes.
Ce sont d’ailleurs les rats qui ont la plus belle part ; la propagande philosophique d’un journal qui, à travers maintes bagarres et persécutions, vécut les années les plus importantes de la bataille philosophique reste considérable. Malgré les apparences il a constamment défendu les encyclopédistes dans leur lutte pour la liberté de penser et même soutenu, dans leur bataille contre « l’infâme », Voltaire, d’Alembert, Mably, Diderot, l’Encyclopédie. Il donne sur l’Esprit d’Helvétius quatre articles
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d’analyse favorables et cela même après les deux premières rétractations d’Helvétius ; (il est vrai qu’on n’avait pas encore officiellement condamné l’ouvrage). Il se dresse le plus souvent contre les adversaires de la philosophie, contre les Petites Lettres sur de grands philosophes, les Nouveaux Mémoires pour servir à l’histoire des Cacouacs, les Réflexions sur le système des nouveaux philosophes, Les Philosophes de Palissot, L’Accord de la religion et de l’humanité sur l’intolérance, etc. Surtout le Jour-nal encyclopédique ne s’en est pas tenu à ces polémiques contre le « fanatisme ». Il s’est efforcé sans cesse de s’élever au-dessus des « divertissements » ou « pièces fugitives » du Mercure et des chicanes hargneuses. « Tandis que les esprits, écrit-il, sont emportés d’un mouvement général vers l’histoire naturelle, l’anatomie, la chimie, la physique expérimentale, la métaphysique, la morale, le droit naturel, la politique, le commerce, etc., conviendrait-il à un journaliste de déceler dans ses extraits une profonde ignorance de toutes ces matières ! Il faut qu’il aspire à s’élever avec son siècle. On peut, pour égayer l’esprit, lui présenter de temps en temps quelques-unes de ces productions frivoles qu’une imagination légère enfante dans les accès d’un heureux délire... » ; mais cela ne peut pas être « l’essentiel d’un journal ». L’essentiel ce seront l’histoire naturelle, l’anatomie, etc., qui n’intéressent pas directement notre sujet et la morale, p.196 le droit naturel, le commerce, la politique. Le journal donnera donc de très nombreux « extraits » c’est-à-dire des extraits proprement dits, des analyses et jugements sur les ouvrages français, anglais, allemands, etc., qui discutent ces graves sujets, l’Origine des lois, des arts et des
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sciences (prétexte à entonner un hymne en l’honneur de la raison), les Recherches et considérations sur les finances de France, les Observations sur la noblesse et sur le Tiers état, La Noblesse commerçante de Coyer et la polémique qu’elle suscite, Les Intérêts de la France mal entendus, les ouvrages sur l’Angleterre et son organisation politique, etc. Il est vrai que la plupart de ces ouvrages n’ont aucune intention révolutionnaire et se contentent de présenter respectueusement à l’autorité les réformes et remèdes qui ne la mettent pas en cause. Il est vrai surtout que le Journal encyclopédique ne cherche jamais à mettre en lumière les idées les plus audacieuses et ne va pas chercher les intentions cachées. Il n’a pas de système, ni même de doctrine politique et sociale, pas plus qu’aucun journal avant 1770 ; à plus forte raison n’a-t-il pas de doctrine subversive ni même indiscrète. Il se contente d’apprendre à ses lecteurs qu’il est bon et même nécessaire de réfléchir sur la morale, le droit, la vie sociale, la politique. C’était beaucoup et c’était l’essentiel.
Il est significatif qu’un pareil journal ait pu vivre si longtemps, somme toute prospérer et, tout en s’imprimant à l’étranger, circuler en France librement. Il ne l’est pas moins que des journaux paraissant avec approbation et privilège et que personne, sinon quelques dévôts, n’a songé à accuser d’impiété aient fait à la philosophie une large place. C’est depuis 1717 que le Mercure galant est devenu Mercure, Mercure français, Mercure de France. Mais, vers 1750, il devient un Mercure philosophe ou tout au moins fort complaisant pour les philosophes. Il en parle d’abord fort souvent et pour les louer, soit avec mesure, soit avec enthousiasme. Diderot est un grand homme, un écrivain
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célèbre ; il « a des vues, de l’esprit, de la métaphysique et du style ». « Le célèbre et malheureux Jean-Jacques Rousseau » n’est pas moins bien traité ; ses oeuvres sont analysées longuement, discutées, réfutées s’il se trouve, mais louées abondamment et, le plus souvent, intelligemment. Même attitude p.197 à l’égard de philosophes moins compromettants, Condillac, d’Alembert, Buffon. Des ouvrages moins célèbres, fort suspects d’hérésie et qu’on aurait pu passer sous silence, ont parfois leur place et leurs compliments. Il y a un vif éloge de Bacon ; l’Analyse raisonnée de Bayle est « l’ouvrage le plus savant, le plus agréable et, sans contredit, le plus célèbre de notre siècle ». Argillan ou le fanatisme des croisades est un juste témoignage « des meurtres, des excès commis par des chrétiens au nom de ce même Dieu que nous adorons ». L’entreprise de l’Encyclopédie est soutenue, défendue avec un zèle qui ne se dément jamais, depuis les débuts où le dictionnaire était d’accord avec l’autorité jusqu’au moment des premières attaques et à travers les deux crises qui faillirent ruiner l’entreprise. C’est, en 1757, une « entreprise qui fait honneur à la nation » ; en 1758, le Mercure insère un « mémoire des libraires associés à l’Encyclopédie » et plus tard de nouveaux avis. Il vit d’ailleurs en fort bons termes avec le Journal encyclopédique et se charge, au moins à certains moments, de sa vente.
Voltaire surtout est comme l’hôte choyé et l’honneur de la maison. On le loue sans doute avec des précautions. On se tait sur la partie théologique du poème de La Religion naturelle « qui n’est pas de notre ressort ». Il y a dans Zadig plusieurs principes « qui ne seront pas approuvés généralement, mais... », mais
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c’est un chef-d’oeuvre. Et l’on loue, sans réserves théologiques, des oeuvres dont l’audace philosophique est grande, l’Essai sur les moeurs, Le Siècle de Louis XIV, Les Guèbres, etc. Surtout le Mercure ne se fatigue jamais d’insérer des extraits des oeuvres de Voltaire, des lettres ou épîtres, des vers à la gloire de M. de Voltaire et, quand il se peut, les réponses de Voltaire ; épîtres, stances, odes de gens connus, mais aussi de ceux qui ne le sont pas et même de la lointaine province, de MM. Dalais, de Valogne, de Mlles ***, de la Rochelle, etc. Témoignages qui sont de la bien médiocre littérature, mais qui sont la preuve irrécusable d’une influence profonde et lointaine.
Il y a même dans le Mercure, bien que ce soit beaucoup plus rare, des articles originaux tout pénétrés de l’esprit philosophique ; par exemple une Epître à M. de Montesquieu, une ode ou des vers sur p.198 sa mort, une ode sur Les Progrès de la philosophie par M. Beauregard, chanoine, régent de Chancellade et professeur dans l’abbaye de Sablonceaux :
A l’exemple de la physique,
La morale, la politique,
L’auguste et tendre humanité
Parent son sceptre et sa couronne...
C’est dans le Mercure que paraît d’abord la Lettre à un grand de l’abbé Coyer (reprise dans ses Bagatelles morales), si dure sur l’arrogance, la paresse des grands et le préjugé de la naissance. Dans le domaine de la morale, de la politique, et même des questions sociales, le Mercure est d’ailleurs beaucoup plus circonspect ou plutôt beaucoup plus silencieux. Il se contente de « l’auguste et tendre humanité ». S’il fait quelque
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place à ceux qui s’occupent de finances et de gouvernement c’est presque toujours lorsqu’ils s’en tiennent à des conclusions tout à fait orthodoxes, par exemple le Discours sur la nature et les fondements du pouvoir politique, les Observations sur la noblesse et le tiers état, la Théorie des lois civiles, les ouvrages de M. de Réal, etc. Signalons pourtant une analyse très favorable de ce Chinki, de Coyer, dont nous avons parlé et qui combat si âprement non seulement les jurandes et maîtrises, mais toutes sortes d’arbitraires et de privilèges.
Plus curieuse encore est l’attitude de ces Annonces, affiches et avis divers, qui se fondent en 1752 et qui prospèrent jusqu’à la Révolution. C’est une sorte de feuille officielle, puisqu’elle est rédigée dans les bureaux de la Gazette de France, et son importance est d’autant plus grande qu’on la désignait sous le nom d’Affiches de province, pour la distinguer des Affiches de Paris, qu’elle se vendait effectivement en province et que c’est sur son modèle que furent créés les journaux provinciaux dont nous aurons à parler. Or les annonces, affiches et avis divers n’y sont pas seuls. On y parle sciences, beaux-arts, théâtre, littérature, économie rurale et commerciale, etc., et fort souvent en « philosophe ». Les maîtres de la philosophie y sont loués, Voltaire d’abord, surtout au moment de l’affaire Calas dont les Affiches parlent tour à tour avec colère ou enthousiasme, cette « malheureuse affaire Calas dont a frémi tout le royaume » et dont p.199 il est honteux de voir renaître les horreurs dans l’affaire Sirven. Diderot est « le célèbre écrivain qui préside à l’Encyclopédie » ; ses Pensées sur l’interprétation de la nature sont admirées pour leurs « idées ingénieuses et nouvelles ».
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L’attitude à l’égard de l’Esprit d’Helvétius est encore plus frappante. Le journal en fait à deux reprises les plus grands éloges. C’est « un des plus curieux monuments de cet esprit philosophique qui a fait tant de progrès parmi nous » ; c’est un « excellent traité de métaphysique expérimentale ». Jusque-là le journal est couvert par l’approbation obtenue, on le sait, par surprise. La surprise est découverte ; le scandale éclate. Les Affiches publient bien la rétractation d’Helvétius, mais sans commentaire, sans se rétracter elles-mêmes ; et elles feront encore l’éloge de l’oeuvre en 1759. Elles ne traitent pas moins bien Jean-Jacques Rousseau. Même quand éclate l’affaire de l’Émile elles prennent d’abord parti contre ses adversaires : « Cet ouvrage plein de chaleur, d’agrément, de nerf, qui nous présente éloquemment les pensées d’un génie ferme, hardi, profond, cet attrayant ouvrage est proscrit ; l’arrêt qui l’a condamné nous impose un silence absolu sur cet article... Nous laissons aux forts d’Israël l’examen de cette censure. » Sans doute on avertit le journal que le silence ne suffisait pas et des critiques plus sévères suivirent la Lettre à Christophe de Beaumont.
Bien d’autres comptes rendus donnent des éloges à des oeuvres toutes philosophiques et parfois même à celles que l’autorité condamne : à l’Analyse de la philosophie de Bacon, de Deleyre, au Chinki de l’abbé Coyer, à l’Elève de la nature de Guillard de Beaurieu. La Philosophie de la nature de Delisle de Sales, condamnée, mérite avec des éloges des critiques ; mais ce sont des critiques littéraires et non de doctrine. Éloges, malgré quelques réserves, de l’Argillan ou le fanatisme des
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croisades, de l’Ericie ou la Vestale : « Des ordres supérieurs et des raisons qu’on devine bien en ont empêché la représentation » ; mais la pièce mériterait d’être jouée. Dans l’ordre politique ou social les Affiches sont comme le Mercure, beaucoup plus circonspectes. Mais elles louent, avec le Chinki de Coyer, des Mémoires pour les curés à portion congrue « qui exci-tent le cri de la misère et de la raison », des Idées d’un citoyen sur les besoins, les droits et les devoirs des vrais pauvres, des Lettres p.200 d’un citoyen à un magistrat sur les vingtièmes et autres impôts en conseillant, pour conclure, de « désirer beaucoup, espérer peu, ne demander rien ». Enfin elles ont une hardiesse plus grave que celle de louer les philosophes : elles parlent avec froideur ou dédain de leurs pieux adversaires. Le P. Fidèle de Pau a publié un Philosophe dithyrambique, satire des philosophes : « Voici donc un nouveau champion qui, sous ses propres livrées, à front découvert, vient rompre une lance contre les ennemis de la religion : c’est le nom qu’il lui plaît de donner aux M..., aux V..., aux H..., aux D..., aux R..., à l’auteur des Moeurs » ; et le compte rendu se termine par la remarque que l’ouvrage est « muni des éloges et des approbations des deux théologiens de l’ordre, c’est-à-dire aussi capucins » ; on se doute que les éloges donnés chemin faisant n’ont pas un accent très sincère. Les comptes rendus du Catéchisme à l’usage des Cacouacs, de l’Oracle des nouveaux philosophes sont aussi réticents (« si on juge par ce livre... l’auteur prétend », etc.). Quant au Cri de la vérité contre la séduction du siècle ce sont « onze volumes sur des matières qui, toutes intéressantes
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qu’elles soient, n’ont rien moins sans doute que le piquant de la nouveauté ».
D’autres journaux, par conviction ou prudence, se laissent beaucoup moins pénétrer par la « séduction du siècle » ; tels la Gazette littéraire d’Arnaud et Suard malgré deux douzaines d’articles de Voltaire ; tels le Journal des Savants : « La lumière, écrit-il en 1758, se répand de plus en plus sur toutes les parties de l’administration ; les ténèbres mystérieuses dont une politique défiante affecta si longtemps de les couvrir se dissipent entièrement. » Mais le Journal des Savants ne s’ouvre guère à ces lumières que lorsqu’on y voit briller la tradition. Il louera d’abord les tomes I à III de l’Encyclopédie ; puis quand l’autorité commencera à sévir il s’en tiendra à de simples annonces. Il fera de nombreuses allusions aux déistes anglais, mais ce ne seront que des allusions ; il signalera dix ouvrages sur la légitimité des mariages des protestants, mais sans prendre parti.
Fréron, dans son Année littéraire, est, on le sait, de ceux qui prennent parti ; et l’on sait, aussi bien, qu’il prend parti contre les philosophes. Des querelles retentissantes l’ont opposé violemment à d’Alembert, Diderot et surtout Voltaire. Il n’est pas difficile de se p.201 convaincre en lisant l’Année littéraire qu’il n’était ni l’imbécile ni le malhonnête homme que les philosophes ont dénoncé. Mais on y découvre aussi que même lui, le champion le plus redouté des philosophes, est fort souvent gagné à l’esprit de la philosophie. Il loue d’abord et fort bien ceux dont la philosophie reste prudente ou muette sur les questions épineuses, Montesquieu, Burlamaqui, certains ouvrages de Mably. Il fait une assez large place à toutes sortes
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d’ouvrages de politique, d’administration, de finances, res-pectueux, orthodoxes, monarchistes mais qui répandent malgré tout le goût des discussions politiques et sociales et font glisser aisément du respect à la critique, la Gazette d’agriculture, du commerce et des finances, la Science du gouvernement de Réal, Le Vrai Philosophe ou l’usage de la philosophie relativement à la société civile, à la vérité et à la vertu, L’Homme éclairé par ses besoins, L’Education civile (de Garnier), les Principes de tout gouvernement, etc. Même pour ceux qui ne l’aiment pas, l’accablent d’injures et appellent sur lui les vengeances de l’autorité, il se montre le plus souvent mesuré et parfois aimable. Il n’approuve guère les attaques personnelles de la comédie des Philosophes ; il annonce en fort bons termes une édition in-4° des oeuvres de Voltaire. Sur la Philosophie de la nature de Delisle de Sales, il fait d’expresses réserves mais il en parle longuement et avec une sorte de sympathie. Et il est tout à fait sympathique à des oeuvres audacieuses, non seulement au Chinki de l’abbé Coyer dont les audaces ne sont que sociales, mais aux Lettres cabalistiques et aux Lettres chinoises du marquis d’Argens, aux Songes philosophiques de L.-S. Mercier. Il ne combat délibérément que les oeuvres où l’impiété est évidente et batailleuse. Même il est tout autre chose qu’un dévot. Presque autant que Toussaint, d’Argens, Rousseau ou même Voltaire, il est l’ennemi déclaré de l’intolérance, du fanatisme. En rendant compte de La Voix du patriote catholique opposée à celle des faux patriotes tolérants, il refuse de prendre parti, mais il approuve la Liberté de conscience resserrée dans des bornes légitimes qui sont celles de la tolérance civile. Il loue Argillan ou
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le fanatisme des croisades parce que la pièce s’est proposée de « peindre les affreux excès du fanatisme de religion ». C’est p.202 lui qui donne à Dubois-Fontanelle l’idée d’écrire sa pièce d’Ericie ou la Vestale ; il est donc pour Ericie contre l’autorité qui l’interdit.
Quelles que soient d’ailleurs les intentions des articles, qu’ils attaquent, épargnent ou louent la philosophie, il y a dans ceux de ces journaux qui durent depuis de longues années une évolution plus significative encore. Le pieux Journal de Trévoux n’évolue pas. Mais si l’on classe les articles du Mercure ou du Journal des Savants selon leur caractère, on constate que : dans les deux années 1722-1723, le Mercure n’a qu’un article sur les matières de politique, économie sociale, législation (article sur les Lettres persanes) et quatre sur les sciences. Dans les deux années 1750-1755, il en a onze sur la politique, etc., et vingt-six sur les sciences. En 1720-1721, le Journal des Savants n’a aucun article intéressant la politique ; il en a quinze en 1750-1755 ; pour la philosophie et les sciences expérimentales la proportion passe de treize à soixante et onze.
Il ne faut pas, assurément, exagérer cette évolution. Ni le Mercure, ni le Journal des Savants, ni les Affiches de province, ni à plus forte raison les autres journaux, exception faite pour le Journal encyclopédique, ne pouvaient donner à leurs lecteurs l’impression qu’ils étaient « philosophes ». Si nombreux et caractéristiques que soient les articles dont nous avons parlé, ils sont tout de même dispersés parmi les pièces, poèmes, comptes rendus qui n’ont rien de philosophique. Dans le Mercure, par exemple, en 1750-1751, plus de soixante poèmes, plus de vingt
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pièces ou comptes rendus sur le théâtre, plus de trente sur une morale inoffensive, plus de cinquante sur l’histoire, etc. Dans le Journal des Savants, pour les mêmes années, plus de cent trente comptes rendus d’ouvrages sur la théologie et la religion. Dans les Affiches de province, pendant les années 1752-1756, pour dix-sept articles ou comptes rendus touchant à la politique, quarante-deux intéressent la philosophie générale et la morale, quatre vingt-treize la théologie et la piété, cent vingt-cinq la physique et l’histoire naturelle, deux cent neuf les belles-lettres. Dans le Journal encyclopédique même, c’est le programme du dictionnaire que l’on suit plutôt que celui de sa philosophie plus ou moins cachée ; c’est-à-dire qu’on laisse au Mercure les contes, nouvelles et pièces fugitives pour passer en revue tout ce qui touche p.203 à toutes les connaissances humaines, à toutes les recherches de l’intelligence ; et les ouvrages analysés ne soulèvent aucune polémique religieuse ou politique. Il ne faut pas s’en étonner. Ces journaux voulaient être lus par tout le monde et non pas seulement par les « savants » ; même le Journal des Savants analysait les romans, les poèmes, les « facéties » et les « oeuvres plaisantes » comme les traités de théologie. Aujourd’hui même quelle est la revue publiée pour le grand public qui pourrait s’en tenir à des articles de politique, d’économie politique, de philosophie et de morale ? L’esprit philosophique n’emplit pas nos journaux du XVIIIe siècle. On ne peut même pas dire, sauf peut-être pour le Journal encyclo-pédique, qu’on l’y glisse. Il s’y glisse. Mais sa « marche invisible et sûre » n’est pas un témoignage moins important.
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II. — L’enseignement 1
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Nous n’avons pas à entreprendre l’histoire complète de l’enseignement qui serait fort longue. On en a donné d’ailleurs d’assez bonnes études générales et de bonnes ou très bonnes études partielles. Sur bien des points elle n’intéresse qu’indirectement notre sujet. Pourtant c’est un esprit nouveau de l’enseignement qui a créé un terrain favorable au développement des idées révolutionnaires ; parfois, même avant notre date de 1771, c’est lui qui les a semées.
a. Les théoriciens. — Ce sont eux qu’on connaît le mieux, bien que ce ne soit pas eux qu’il importe surtout de connaître. Même avant 1748, nous l’avons dit, des pédagogues font, parfois âprement, le procès de l’enseignement traditionnel ; certains sont célèbres, comme Locke, ou connus, comme Crousaz. De 1748 à 1762, date où paraît l’Émile de Rousseau, le goût ou même la mode des systèmes pédagogiques sont toujours très vifs. Il paraît une bonne douzaine de traités et dissertations. Le succès éclatant et le génie de l’Emile font de cette mode un engouement. D’autant plus qu’un p.204 événement brusque oblige à faire appel aux pédagogues. En 1762 l’ordre des Jésuites est supprimé ; or, ils possédaient cent treize collèges. Ce sont cent treize collèges sans professeurs et cent treize collèges qu’on peut réorganiser, qu’on doit même, crie-t-on, réorganiser. Un édit du 2 février 1763 prescrit donc de créer pour tous les
1 Ouvrages de référence générale : A. Sicard, op. cit. (615, 616) ; F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900, tome VII : La Propagation du français en France jusqu’à la fin du XVIIIe siècle (1510) ; D. Mornet, Les Sciences de la nature en France au XVIIIesiècle (1557).
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collèges n’appartenant ni aux universités ni aux congrégations un bureau composé de l’évêque, du premier officier de justice du lieu, du ministère public, de deux officiers municipaux, de deux notables, du principal ; à eux d’aviser. Pour les aider dans leur tâche les conseillers se multiplièrent par douzaines. Ils avaient souvent du talent ; et ils parlaient avec une singulière énergie. Ce qu’ils réclament, comme Locke et Rousseau, même lorsqu’ils diffèrent sur les buts lointains et les moyens, c’est une instruction et une éducation réalistes. Jusqu’à eux les collèges n’ont pas eu d’autre ambition que de donner à leurs élèves des qualités générales de goût ; ils leur apprennent à choisir, ordonner, exprimer avec clarté, élégance, éloquence des idées générales applicables à tous les temps et tous les pays. Ils les font vivre dans un monde qui n’est même pas romain, qui est un monde de convention. Mais ce n’est pas dans ce monde-là que doivent vivre les élèves qui sortent des collèges. Ils ont appris à forger des discours de généraux, de sénateurs, de moralistes romains ou grecs. Mais ils ne seront pour la plupart ni généraux, ni sénateurs, ni moralistes, ni rien d’équivalent. Même s’ils sont officiers, présidents de parlement ou avocats, ils auront à s’occuper des armées de Louis XV, des procès devant la justice de Louis XV et non pas des légions romaines ou des déprédations de Verrès. Il faut donc que l’éducation des collèges, au lieu de les isoler du monde, s’ouvre toute grande sur les choses du monde ; il faut qu’elle montre la vie dans toute sa réalité : « Qu’apprend-on en sixième, dit l’abbé Coyer ? du latin. En cinquième ? du latin. En troisième ? du latin. En quatrième ? du latin. En seconde ? du latin. Nulle connaissance de la nature,
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des arts, des sciences utiles. Point de choses mais des mots ; et encore quels mots ? Pas même la langue nationale ; rien de ce qui convient le plus à l’homme. Et on appelle ce long et précieux espace de temps le cours des humanités. Voilà des humanités bien sauvages... Employer dix à douze ans à mal parler, p.205 à mal composer en latin, à expliquer des auteurs qui se refusent à la portée de l’âge, à tailler des figures de rhétorique pour les faire entrer, de gré ou de force, dans des amplifications qui n’amplifient que du verbiage, à des principes de philosophie qui apprennent à maltraiter le bon sens ! » Au lieu de ce verbiage, il faudrait, par exemple, que la seconde classe, dès quatorze ou quinze ans, soit divisée en cinq « institutions » préparant pour la robe, l’épée, l’église, la négociation ; les savants Guyton de Morveau, Caradeuc de La Chalotais ne sont pas moins énergiques : « D’où vient qu’au sortir des Écoles il est rare de trouver un jeune homme qui sache narrer un fait, dicter une lettre ou délibérer sur une opinion. C’est qu’il n’a appris qu’à faire des harangues ! » « Toujours du latin et des thèmes !... Presque toute notre philosophie et notre éducation ne roulent que sur des mots ; ce sont les choses mêmes qu’il importe de connaître... Des faits, des faits dont les yeux disposent à sept ans comme à trente ! »
Trois ou quatre douzaines de pédagogues, de La Condamine, Duclos, l’Encyclopédie, Condillac, Helvétius, jusqu’à de modestes régents et aux concurrents des jeux floraux tiennent à peu de chose près le même langage. Ils s’insurgent contre la tyrannie du latin et de la rhétorique ; ils demandent l’étude des sciences, du français, de l’histoire. La querelle est si vive qu’elle sort des
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traités de pédagogie et des dissertations graves pour retentir jusque dans les contes et romans : « Zamaël est le collège le plus considérable de Goa ; c’est là où des Bramines modestes apprennent à leurs élèves le grec et le chaldéen qu’ils ne doivent jamais parler, ou l’histoire de l’empire des Cambrésiens qu’il est inutile qu’ils connaissent. » « Oui, Zurac, longtemps des moines, esclaves des préjugés les plus honteux, asservis à de vils usages auxquels l’honneur ne peut se plier et qui rétrécissent l’esprit... ont été chargés de donner des législateurs fermes et intègres à l’État... Un moine toujours tremblant peut-il trouver dans son coeur la fermeté du guerrier, le zèle patriotique du magistrat, la bonté, la candeur du citoyen honnête, la tendresse d’un père, la fidélité d’un époux attaché par les liens les plus doux à son aimable compagne... Je soutiens que si, au lieu de ces collèges où l’on apprend seulement une langue belle à la vérité, enrichie d’ouvrages p.206 dignes de passer à la postérité la plus reculée, mais inutiles à la plupart de ceux qui la parlent, on eût formé des écoles de dessin, de mathématiques, de mécanique, de physique et de jurisprudence, où le général de toute la nation fût admis, on en verrait sortir une foule de jeunes gens capables de rendre mille services à l’État. »
Les réclamations et les projets de réforme des pédagogues sont si nombreux et si nets qu’ils témoignent d’une orientation nouvelle des esprits. Mais ce ne sont pas surtout les théories qui comptent : c’est la pratique. Peu importeraient Locke, Rousseau, La Chalotais et tous les autres si on ne les avait pas écoutés, ou du moins ils n’importeraient que pour l’avenir. Ce qu’il faut savoir c’est si l’enseignement s’est réellement transformé.
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b. La pratique. — La transformation n’a été, il faut le dire, ni rapide, ni générale. Il est même fort difficile de la suivre exactement. Seuls les Jésuites avaient une méthode uniforme. Même dans les collèges de l’Université ou dans ceux des ordres monastiques, oratoriens, doctrinaires, etc., il n’y avait pas de règle ou de programme strict. A plus forte raison dans ceux qu’organisèrent les municipalités après 1762. Si bien qu’un certain esprit moderne pouvait pénétrer dans certains collèges tandis que d’autres lui restaient obstinément fermés. Nous avons des témoignages assez nombreux de cette fidélité aux seules humanités latines. Au collège de Valenciennes, en 1767, à partir de la troisième, on ne parle que latin ; on enseigne, en seconde, un peu d’histoire et de géographie, un peu de mathématiques ainsi que dans d’autres classes, et c’est tout. En 1764, chez les Oratoriens du Mans, il n’y a que des prix de latin et de mémoire. Chez ceux de Toulon, en 1762, prix de latin et de mémoire. Au collège de Béziers, en 1763, un peu d’histoire, de géographie, de grammaire française jusqu’en troisième ; mais en seconde rien que du latin avec un peu d’arithmétique, et en première rien que du latin. Le collège de Rennes enseigne, après 1761, de l’histoire, de la géographie, de l’histoire des institutions, de l’histoire littéraire, de la poésie française. Mais les douze autres collèges de la province continuent à suivre paresseusement les traditions du passé. Même fidélité à la seule rhétorique latine à Nogent-le-Rotrou vers 1769 (il n’y a pas, dans la bibliothèque, un seul ouvrage de sciences, de p.207 géographie, d’histoire, pas un seul auteur français), à Vernon, en 1767, à Magnac-Laval, en 1768, etc. A Louis-le-Grand même, ce n’est qu’en 1763 qu’on
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enseigne en français et non plus en latin. Enfin un dernier témoignage, et le plus important, est fourni par les palmarès des distributions de prix qu’on trouve abondamment et dans les histoires des collèges et dans les Affiches des provinces. Jusqu’à la Révolution, il n’y a pas d’autres prix que des prix de latin, de français, de mémoire et de sagesse. Or, chacun sait, par souvenirs personnels, que les élèves ont quelque dédain pour toutes les études qui ne sont pas sanctionnées par un prix — ou un examen.
Par contre, d’autres collèges ont évolué. Le français conquiert une place modeste puis honorable à côté du latin. Ces conquêtes se marquent dès la première moitié du XVIIIe siècle où l’enseignement se donne, souvent, en français et non en latin, où l’on prononce, dans les solennités, des discours en français, où l’on va chercher ses exemples, même quand on enseigne en latin, dans les auteurs français, où l’on joue des pièces et prononce des plaidoyers en français, etc. Ce sont les Oratoriens surtout qui, dès cette époque, vont de l’avant. Mais c’est surtout après 1750 que le latin recule de plus en plus, en gardant d’ailleurs presque toujours la place la plus importante. Au collège de Troyes, où les Oratoriens montrèrent d’ailleurs le plus d’initiative, non seulement le discours et l’amplification en français sont cultivés comme le discours et l’amplification en latin, mais il n’y a plus de thèses de logique ou de physique en latin à partir de 1757 ; le poème latin du carnaval disparaît en 1767 ; le discours de distribution des prix est en français en 1759 ; et en 1783 le même discours démontrera la supériorité du français sur le latin. Plus ou moins hardiment, bien d’autres
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collèges suivent la même voie. On explique d’abord ou on utilise pour les cahiers de rhétorique tout un programme d’auteurs français. Pour l’Université, en 1768, La Fontaine, Boileau, Bossuet, Esther et Athalie, Bourdaloue, Fléchier, Fénelon, Mascaron et aussi J.-B. Rousseau, Louis Racine, Vertot, Saint-Réal, Pellisson et les Éloges de Fontenelle et la Grandeur et décadence des Romains. A Valenciennes (1767), La Fontaine, Boileau, J.-B. Rousseau, Bossuet, Fléchier, Bourdaloue, Massillon. A Castres (1764), Boileau, Esther et Athalie, Bossuet, Pellisson, les p.208 Moeurs des Israélites de l’abbé Fleury. A Troyes (vers 1760), La Fontaine, Boileau, Massillon, Bossuet, J.-B. Rousseau.
La rhétorique française fait de plus en plus concurrence à la rhétorique latine. Dans un assez grand nombre de collèges et, sans doute, dans pas mal d’autres dont nous n’avons pas les palmarès, il y a un prix d’amplification française, au moins en rhétorique. Un Règlement de l’Université « applicable à tous les collèges ne dépendant pas d’elle » (mais que les collèges dirigés par des communautés n’étaient pas tenus de connaître et que les autres ne considéraient guère comme impératif) prescrit, en 1765, de donner l’enseignement de l’amplification française, et un prix, en rhétorique. C’est ce qui se passe, par exemple, au collège du Plessis, à Rouen, à Orléans, à Vernon. Au collège de Vitry, on est plus hardi, et en 1762 il y a des prix de français en quatrième, troisième, seconde, rhétorique. Enfin les prix du concours général comportent, au moins dès 1787, un prix d’amplification française. Les « exercices publics » qui remplacent partout, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les
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pièces de théâtre et ballets mis à la mode par les jésuites continuent parfois à se faire en latin (par exemple à Bayonne ou Magnac-Laval), mais ils ont lieu de plus en plus et bientôt, semble-t-il, partout en français. A Vitry-le-François, latin encore en 1753, français vers 1770 (sauf pour les exercices de philosophie). A Riom, on n’y parle plus qu’en français. Enfin, malgré bien des résistances ou des retours, il arrive, même avant 1770, que le discours de distribution des prix soit en français.
Il y aurait lieu d’étudier les progrès de l’enseignement de l’histoire, de la géographie, parfois des langues étrangères (l’étude des sciences physiques, chimiques et naturelles étant réservée aux deux années de philosophie dont nous allons parler). Ils sont assez sensibles dans un certain nombre de collèges ; mais ce sont toujours des études de second plan puisqu’elles ne sont jamais sanctionnées par un prix, sauf dans quelques écoles et collèges de caractère tout à fait moderne. Ces hardiesses apparaissent seulement dans quelques écoles privées mal connues et qui avaient sans doute plus d’ambition que de succès, surtout dans le collège de Sorèze et dans les écoles militaires qui connurent, vers 1770, un succès éclatant. p.209 Ferlus, directeur de Sorèze, dénonce la « misérable routine » de l’Université, à la grande colère d’ailleurs des régents de cette université ; il veut remplacer « l’étude des mots » par l’étude des réalités, de tout ce qui prépare à la vie. On enseignera donc, avec un système d’options, le français et la littérature française, l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le portugais, l’histoire, la cosmographie, la géographie, la statistique, la physique
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expérimentale, l’histoire naturelle, la navigation, le dessin, l’architecture, etc. Un M.C. du T. s’émerveillait de ces trois cent soixante élèves à qui l’on apprenait à « chanter, danser, dessiner, écrire, monter à cheval, nager, faire l’exercice, jouer du hautbois, du violon, de la clarinette, du basson, de la basse, donner du cor, faire des armes... le latin, l’anglais, l’allemand, l’italien et même le français, les mathématiques, l’histoire ». Dans les écoles militaires on supprime l’enseignement du latin ; et Vaublanc, dans ses mémoires, nous a laissé de l’événement un tableau qui est au moins symbolique s’il n’est pas, peut-être, rigoureusement historique : « Lorsque le latin fut chassé de l’école militaire [de La Flèche], un professeur nommé Valard, qui avait composé un rudiment très estimé, réunit sur une charrette ses vieux livres, ses cahiers, tout ce qu’il possédait. Il s’assit sur ce monceau en désordre ; il partit au moment où les élèves étaient en récréation. Ils s’assemblèrent autour de la charrette. Il leur criait : "Vous êtes perdus ! Vous allez croupir dans l’ignorance ! Vous ne serez bons à rien. On chasse de l’école Virgile, Horace et Cicéron ; je les emporte avec moi ; l’antiquité vous abandonne. Oui, pleurez, infortunés ; vous êtes perdus !" »
Il n’est pas douteux que la mode, du moins une certaine mode, s’engoua de ces perditions. Rigollet de Juvigny y voit — déjà — une des causes de « la décadence des lettres et des moeurs ». « La noblesse, la bourgeoisie, la stupide opulence ont été séduites par le charlatanisme de ces nouvelles institutions où tout est enseigné, hors ce qu’il faut savoir, où toutes les sciences sont affichées, étalées sur la porte, mais où l’ignorance professe dans l’intérieur... les parents disent naturellement : A quoi sert
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le latin et le grec ! Nous ne voulons point faire des savants de nos enfants ! » Sans doute ils n’en voulaient pas faire non plus des révolutionnaires. On pouvait p.210 combattre le latin en restant un homme respectueux de toutes les lois. Indirectement cependant cette évolution tendait à préparer l’esprit révolutionnaire. Étudier les « réalités » et non les mots, orienter l’instruction vers le « présent » et non vers le passé, c’était préparer l’élève à juger, discuter, condamner cette réalité. Le collège n’était plus une sorte de monde fermé où rien ne pénétrait de la vie extérieure ; il commençait à s’ouvrir à toutes les curiosités, à toutes les discussions et bientôt à toutes les batailles.
Il s’ouvrit même parfois à la philosophie elle-même. Elle pénètre peu à peu, par des chemins détournés, dans les deux années de philosophie. Sans doute ces deux années ne faisaient pas partie du cycle régulier des études. Elles étaient surtout destinées à ceux qui se préparaient à l’état ecclésiastique ou aux carrières judiciaires ; une moitié au moins des élèves quittaient le collège à la fin de la rhétorique et, parfois, beaucoup plus. Mais l’influence de ces deux années ne s’exerçait pas moins et, souvent, sur les meilleurs. Pendant longtemps la seule influence fut celle de l’étonnement, de l’ennui, puis de la révolte. La philosophie était toute scolastique. C’était la scolastique qui décidait non seulement des problèmes métaphysiques et psychologiques, mais encore de ceux de la physique et de toutes les sciences. Peu à peu, au début du XVIIIe siècle, Descartes prend sa place à côté d’Aristote. Pourtant ce cartésianisme n’intéresse que le fond de la doctrine. L’exposé, latin, de tous les
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cahiers, de tous les manuels, reste dans la première moitié du siècle, un peu moins barbare dans son langage, mais aussi aride, aussi lourdement technique dans la succession de ses propositio, distinguo majorem ou minorem, nego majorem ou minorem, objicio, instabo, etc. Tout cela fait bientôt un contraste singulier avec la vie intellectuelle dont les élèves-étudiants prennent conscience et même avec la vie tout court ; et les protestations se multiplient. On sait qu’elles n’étaient pas nouvelles et elles abondent, dès le XVIIe siècle, chez Boileau, Molière, le P. Lamy, Fleury, etc. Vers 1750, elles deviennent une plainte universelle et l’on dénonce les sottises de l’École avec une violence brutale ou une ironie joyeuse. Deslandes, Saverien, d’Argens, Crousaz, l’abbé Terrasson, l’Encyclopédie, p.211 Diderot, d’Alembert, Voltaire, Holberg, Helvétius et d’autres s’esclaffent ou s’indignent. C’est à qui collectionnera les plus joyeux exemples de thèses ou de raisonnements scolastiques : « Est-il en la puissance de Dieu d’être un oignon ou une citrouille ? — Savoir si l’être est univoque à l’égard de la substance et de l’accident. — Si la relation du père à son fils se termine à ce fils considéré absolument ou à ce fils considéré relativement. — Si le nombre des vices est parallèle ou double de celui des vertus. — Si la fin meut selon son être réel ou selon son être intentionnel. — Dieu peut avoir créé le monde et le monde être éternel : en voici la preuve : il n’est point de temps dans Dieu ; en lui l’effet suit toujours la volonté. Supposons que Dieu eût voulu que le monde eût été de tout temps, le monde aurait donc pu l’être. — Le baromètre doit hausser pour annoncer la pluie. En effet, l’air est plus chargé de vapeurs, donc plus pesant ; dont le baromètre
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hausse. » Les pédagogues de l’éducation nouvelle ne sont pas plus indulgents que les philosophes. Eux aussi, Caradeuc de La Chalotais, Guyton de Morveau, l’abbé Coyer, Condillac, etc., s’élèvent contre les « ergoteries », l’habitude de « disputer et de chicaner » et ajoutent quelques fleurs au bouquet des stupidités scolastiques : « Si l’universel se fait par l’opération de l’esprit, — si la béatitude formelle consiste dans un acte de l’entendement ou de la volonté, — si de deux propositions contradictoires qui ont pour objet le futur contingent, la vraie peut devenir fausse et la fausse peut devenir vraie. »
Il n’est pas douteux que les élèves de cette philosophie scolastique écoutaient sans chercher à comprendre et parfois se révoltaient contre le temps qu’ils perdaient. Lemeur, procureur syndic de Rennes, affirme que lui et ses camarades auraient été « gâtés entièrement » s’ils n’avaient eu le bonheur de n’y rien entendre. Au collège d’Angers, Larevellière-Lépeaux tient la logique pour un « amas de subtilités ridicules et de formules barbares », la morale pour une « théologie pitoyable » ; et la métaphysique « ne valait guère mieux ». Larevellière devait être un des chefs de la Révolution ; mais, au même collège, François-Yves Besnard, qui ne devait jamais être qu’un bourgeois, n’était pas plus indulgent. Un peu plus tard, au collège pourtant plus moderne de Juilly, Arnault ne voyait dans la p.212 logique et les catégories qu’un art de déraisonner. Les ecclésiastiques eux-mêmes, nourris de théologie et d’abstractions, commencent à s’étonner et à protester. L’abbé Millot, vers 1745, ne voit dans la scolastique qu’un « grimoire » et lit quelque livre en cachette au collège de Besançon « pendant que le bon père s’époumonait
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avec ses arguments ». L’abbé Baston, chez les Jésuites de Rouen, vers 1760, reste stupide devant « l’idée toujours conforme à son objet, le futur contingent, le concours simultané et quelques conclusions subsidiaires contre le jansénisme ».
Il va sans dire que les méthodes vieilles de plusieurs siècles, puissamment soutenues par les desseins de la théologie et de la piété et qui avaient profondément façonné les habitudes d’esprit des maîtres résistèrent vigoureusement. Brissot se plaindra que l’enseignement de la philosophie au collège de Chartres ne soit fait que de sottises scolastiques. Il en est de même au collège Saint-Vaast de Douai. Au collège d’Angoulême (où il n’y a d’ailleurs que quinze élèves), on ignore Bacon et même Descartes. Au collège d’Arras la règle est nette : « Nul attachement à d’autres opinions que celles que l’Église autorise. Adhérer simplement aux dogmes et aux vérités catholiques, sans entrer dans les systèmes, voilà la marche du vrai philosophe. » Certains mêmes continuent à combattre Newton, tel Duval, professeur de philosophie de Talleyrand au collège d’Harcourt, vers 1770. L’un des sujets du concours d’agrégation en 1766 est « Contra explicationem newtonianam luminis ». On continue d’ailleurs à rééditer, jusqu’en 1757, la célèbre Philosophia ad usum scholae accommodata de Dagoumer (dont la première édition est de 1701), et qui ne s’est accommodée, chemin faisant, ni à Newton, ni à Descartes, ni à rien. « Il serait sans doute à souhaiter, remarquent ironiquement les Affiches de province, en 1757, qu’on bannît de la philosophie des écoles toutes les subtilités introduites par la dialectique des Grecs... Quoi qu’il en soit, voici l’ouvrage d’un vieux athlète de l’École
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qui, après s’être longtemps couvert dans l’arène et de poussière et de sueur, nous a laissé ce monument de ses travaux philosophiques. »
Il restait bien d’autres athlètes de l’École, plus ou moins vieux, dont il serait difficile de prétendre qu’ils avaient respiré, même de loin, p.213 l’air de l’Encyclopédie. Pourtant, chez la plupart, il y a, insensiblement, quelque chose de changé. Les plus entêtés dans la tradition ne peuvent plus guère ignorer qu’il se pose des problèmes ignorés d’Aristote ou de Dagoumer et qu’on ne peut passer sous silence Descartes ni même Newton. La célèbre Philosophie de Tulle (édition de 1770) n’emploie que la méthode scolastique et démontrera gravement que la cause est avant l’effet, que « sublata causa, tollitur effectus ». Mais elle admet le système de Newton et par un compromis pittoresque le démontre par syllogisme : « Probo. — Objicies. — Respondeo. — Nego anteriorem. — Instas. — Respondeo. — Nego anteriorem, etc. » Les Philosophies de Tingry, de Lemonnier sont entièrement scolastiques et Lemonnier rejette même le système de Newton ; mais il tente de le réfuter non seulement par la logi-que, mais au nom de l’expérience et du calcul. Le petit abrégé de Caron, vénérable ancêtre de nos manuels de baccalauréat, puisqu’il s’intitule « compendium institutionum philosophiae in quo de rhetorica et philosophia tractatur ad usum candidatorum baccalaureatus artiumque magisterii » admet comme également probables les systèmes de Descartes et de Newton. Les Institutions de Le Ridant réfutent Locke, comme on s’y attend, mais elles en parlent, et c’est le sensualisme qui entre dans l’enseignement.
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Tout cela n’est pas grand-chose, ou ce n’est qu’un imperceptible ébranlement dans le lourd édifice de la tradition scolastique. Mais il y en eut pour le ressentir et s’en inquiéter. Ce prudent Le Ridant s’était hasardé à dire que « methodus cartesiana optima est, et ad recte philosophandum necessaria » ; son manuel fut condamné par le conseil d’État ; les cahiers d’un professeur du Mans qui s’en inspirait furent censurés par l’évêque. Censures et condamnations veillaient donc encore jalousement. Et ce fut d’abord par une porte mal gardée que l’esprit nouveau pénétra dans les deux années de la philosophie, par la porte des sciences. La philosophie scolastique prétendait enseigner les sciences, l’astronomie, la physique et même la chimie et de l’histoire naturelle ; c’est-à-dire qu’elle enseignait, par syllogismes, des systèmes où l’on établissait les propriétés et la nature de la matière en niant la majeure ou la mineure. On aura une idée pittoresque de cette conception des sciences par l’exemple p.214 que voici, qui est de 1656, qui n’a plus depuis longtemps d’équivalent dans les sciences médicales vers 1756, mais qui pourrait prendre parfaitement sa place dans bien des manuels scolaires à cette dernière date. A Nantes, éclate un différend entre les maîtres-jurés chirurgiens et le compagnon Huet aspirant à la maîtrise. Le compagnon obtient un arrêt de la cour obligeant les maîtres à lui faire subir un examen. Il le passe donc, et le voici, en partie : « Demande : Combien de choses doivent concourir à la guérison des maladies chirurgicales ? — Réponse : Deux choses, la première que c’est par la nature, la seconde par l’art et l’opération. La réponse n’est pas valable, car, selon Hippocrate, il en faut quatre : le malade,
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le chirurgien, les assistants et les choses externes. — Demande : En combien de manières les maladies sujettes à la chirurgie se guérissent-elles ? — Réponse : Les maladies sujettes à la chirurgie se guérissent ou par médicament ou par opération. La réponse n’est pas satisfaisante, car les maladies se guérissent de quatre manières, la première par expérience, sans rechercher ni connaître la cause ; la deuxième par analogisme, recherchant la cause et ne la connaissant pas mais se servant de similitudes ; la troisième par raison, recherchant et connaissant la cause ; la quatrième par indication, connaissant la cause sans la rechercher... » On demande également au candidat la différence entre période, paroxysme, exacerbation et crise et il se montre tout aussi incapable de raisonner dans les formes. On comprenait encore, dans la première moitié du XVIIIe siècle, l’enseignement des sciences comme les maîtres chirurgiens de Nantes comprenaient celui de la chirurgie. J’ai fait, par ailleurs, l’histoire des survivances de ces systèmes scolastiques et théologiques 1. J’ai montré également comment ils se discréditent dès la première moitié du XVIIIe siècle et comment l’astronomie, la physique, l’histoire naturelle expérimentales des Newton, des Réaumur, des Trembley conquièrent très vite et profondément non seulement l’opinion des savants mais celle du grand public. Dans l’enseignement même, les méthodes expérimentales, grâce au Spectacle de la nature de l’abbé Pluche, grâce à l’abbé Nollet, commencent à pénétrer. De p.215 1748 à 1770, dans la bataille scolaire entre les systèmes scolastiques et la physique expérimentale, c’est de plus en plus
1 Dans mes Sciences de la nature en France au XVIIIe siècle (1557).
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l’esprit d’expérimentation qui triomphe. On peut d’ailleurs compléter ce que J’en ai dit. Non seulement tous les théoriciens de l’enseignement réaliste, La Chalotais, Guyton de Morveau, Coyer, Condillac et dix autres font une large place à la réalité des « machines » et des expériences, mais on les écoute. On achète les machines ; on crée des chaires de physique expérimentale ; on invite le public aux démonstrations. Chaire de physique expérimentale pour l’abbé Nollet, dès 1753, au collège de Navarre, puis pour Brisson ; chaires à Pont-à-Mousson vers 1760 ; au collège du Mont à Caen, en 1762 ; en 1765, au collège de Draguignan ; en 1785 seulement à Amiens, mais Reynard enseignait en fait cette physique depuis vingt ans. A Pau, beaucoup de physique expérimentale. A Orléans, un mémoire des professeurs de philosophie recommande l’étude de la physique de Pascal, Mariotte, Gassendi, Newton, Huyghens, etc., etc. Un cours manuscrit de physique, conservé à la Sorbonne, prouve qu’on vend des cahiers de cours en blanc auxquels sont joints des feuillets portant imprimées les figures de démonstrations expérimentales. Enfin, il arrive qu’aux traditionnels « exercices publics » de rhétorique, de latin, d’histoire, etc., on joigne le ragoût des expériences. Vers 1755, Leprince d’Ardenay soutient, au collège du Mans, quatre thèses de philosophie. Après la thèse principale, il y a des expériences publiques de physique.
Enfin dans ces deux années de philosophie on enseigne la morale. Ce ne sont, dans les manuels traditionnels, que des exercices scolastiques. Mais en renonçant à la scolastique faut-il renoncer à la morale ? Ce n’est pas l’avis des pédagogues
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adversaires de cette scolastique. Il faudra renouveler cette morale et l’étendre. Et l’on voit apparaître chez La Chalotais, Coyer, Guyton de Morveau, etc., cette doctrine de la morale naturelle qui était celle des philosophes et qu’on avait si vigoureusement poursuivie dans Les Moeurs de Toussaint. La morale est « la plus importante de toutes les sciences » ; mais « on fait trop dépendre les moeurs de la Révélation » ; il faut montrer qu’elles sont « de tout pays et de toute religion » ; et il faut p.216 mettre en lumière les vertus laïques du citoyen et du patriote. Doctrine audacieuse mais qu’on commence à mettre en pratique, même avant 1770. A Louis-le-Grand, on abrège la métaphysique, on développe la morale et l’on en profite pour étudier « le droit naturel, le droit public, le droit des gens ». Au collège d’Anjou, on enseigne à F.-Y. Besnard la morale « d’après les seules lumières de la raison ». En 1768, lors de la fête de sainte Ursule, patronne de la Sorbonne, un bachelier, au lieu du panégyrique de la sainte, prononcera l’éloge des coeurs sensibles. (Quelques années plus tard, un licencié dissertera sur les administrations provinciales.)
Rien de tout cela n’est encore décisif. Les sciences expérimentales développent l’esprit critique, mais les savants, dès cette époque et depuis lors, ont toujours trouvé des accommodements qu’ils ont jugé excellents entre leur science et leur religion. On pouvait opposer la morale naturelle à la morale religieuse, mais on pouvait aussi bien soutenir celle-ci par celle-là. C’est seulement dans les quinze ou vingt années précédant la Révolution que nous verrons les idées nouvelles pénétrer plus largement dans l’enseignement, se glorifier d’être nouvelles et
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livrer bataille au passé. Mais nous trouverons d’autres preuves si nous joignons aux théoriciens, aux programmes d’enseignement, le témoignage de certains faits et de certains hommes. On n’ignore pas les philosophes, même quand on est jésuite. Ceux du collège de Clermont ont dans leur bibliothèque l’Histoire naturelle de Buffon et l’Encyclopédie qu’on a soin d’ailleurs de retirer du catalogue. Ceux de Lyon ont Bayle et l’Encyclopédie qu’ils ont d’ailleurs « enchaînés » ; mais on les désenchaîne à l’annonce d’une visite de Maupertuis. Un exercice littéraire du collège de Vitry-le-François a pour point de départ un jugement de d’Alembert. Il est vrai que c’est un jugement littéraire de cet « habile littérateur ». Quand Loménie de Brienne soutient ses thèses en Sorbonne, en 1755, trois semaines avant l’abbé de Prades, il y défend nettement les idées de Locke sur l’esprit table rase. Buret proteste violemment, mais la Faculté ne bouge pas. Il y a mieux. Nous connaissons suffisamment quelques-uns des professeurs pour nous rendre compte que, même avec des programmes antiques ou prudents, l’esprit nouveau devait se faire jour dans leur enseignement. C’est p.217 à l’hôtel de ville de Reims que l’abbé Jurain, directeur de l’école de mathématiques, prononce, en 1753, un discours inaugural où il fait violemment le procès de la scolastique et l’éloge des Descartes, des Newton, des Locke : « La forme barbare des scolastiques, résume le Mercure, subsiste encore et n’a pu être dissipée par cette politesse qui caractérise l’âge où nous vivons, ni même par les Descartes, les Malebranche, les Newton, les Locke qui nous ont laissé une méthode bien plus facile pour parvenir à la découverte de la vérité. » En lui répondant, par la bouche de l’abbé Varlet,
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l’université convient que les Descartes, les Newton, les Malebranche, les Locke, les Crousaz sont des « sources » qui apportent « les germes de la fécondité ». Nous avons parlé de cet abbé Audra qui, à Toulouse, publie à l’usage des collèges une édition expurgée de l’Essai sur les moeurs en en gardant « les principes de raison et d’humanité ». C’est un professeur de philosophie au collège de l’Esquille, à Toulouse, que ce P. Navarre qui publie, en 1763, un Discours sur le plan d’études le plus avantageux, couronné par les Jeux floraux aussi audacieux que ceux de La Chalotais, Coyer, etc., et où l’on lit, par exemple, que la philosophie doit avoir pour base « non le frêle appui des opinions arbitraires ou de vains systèmes, mais l’expérience, l’observation et l’évidence ». Raynal, dont l’Histoire des deux Indes devait faire scandale, est d’abord professeur à Pézenas, Clermont, Toulouse. Il y a d’autres affaires que celles de l’abbé de Prades, moins graves, mais qui mettent en cause des régents. A Lyon, en 1757, le professeur de philosophie du séminaire de Saint-Irénée « a eu la témérité de soutenir [avec Locke qui disait « peut-être »] que la matière pensait. Proposition impie qu’il a été obligé de désavouer en chaire et de s’en rétracter ». A Orléans, en 1765, plainte des vicaires généraux contre le sieur Genty, professeur de logique, à propos de certaines propositions « qui peuvent soupçonner ledit professeur de tenir à des systèmes nouveaux et dangereux en matière de religion ». Genty d’ailleurs ne s’en porte pas plus mal et sera reçu, en 1776, à la société d’agriculture.
Il nous est naturellement difficile de savoir ce que pensaient les élèves. Il n’est pas douteux qu’ils ne devaient guère aimer la
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scolastique et que les plus intelligents devaient préférer tout ce qui se p.218 glissait de moderne dans l’enseignement. Mais il est fort probable que la plupart d’entre eux, même s’ils goûtaient les idées neuves, n’avaient pas le sentiment qu’elles fussent coupables. Après 1770, nous verrons se multiplier les preuves d’une impiété ou tout au moins d’une indifférence grandissantes et d’une curiosité hardie. Avant cette date les témoignages sont beaucoup plus rares. A Louis-le-Grand la piété est vive. Au collège du Mans, il n’y a que trois ou quatre « libertins », et encore semblent-ils l’être dans leurs moeurs plutôt que dans leur philosophie. Il y a pourtant, dès 1750, beaucoup d’impies au collège de Troyes. Ailleurs on court, plus ou moins, après le fruit défendu, c’est-à-dire après les oeuvres des philosophes. A Clermont, Marmontel et trois amis lisent beaucoup, mais seulement quelques écrivains « du siècle présent », car ils sont abonnés chez un « vieux libraire » qui en a peu. A Louis-le-Grand, malgré la piété, on confisque Rabelais, du Voltaire, La Nouvelle Héloïse. Enfin n’oublions pas que, dans la Maison de Sorbonne, Morellet, Turgot, l’abbé Bon, Loménie de Brienne dévorent Locke, Bayle, Voltaire, Buffon, Spinoza et sont, dès 1750, les partisans déclarés de la tolérance. C’est entre 1760 et 1770 qu’achèvent leur éducation un certain nombre de ceux qui seront plus tard des révolutionnaires et nous savons, pour certains d’entre eux, qu’ils avaient pris, dès le collège, le goût de penser librement. Sieyès est obligé par les siens d’entrer au séminaire. Mais il a perdu la foi et ses maîtres notent qu’« il est à craindre que les lectures particulières ne lui donnent du goût pour les nouveaux principes philosophiques ». Grégoire est, dit-
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il, dans ses jeunes ans « dévoré de doutes par la lecture des ouvrages prétendus philosophiques » et se passionne pour la lecture « des ouvrages en faveur de la liberté ». Condorcet a pour maître au collège de Navarre un abbé de Kérondon qui sera, comme lui, un révolutionnaire de la première heure. En entrant en philosophie, le futur conventionnel Fleury se heurte au « bonhomme Aristote... entouré de ses idées innées, de catégories et de syllogismes. Je cherchais la raison ; je vis qu’ils n’étaient pas cousins. Après six mois je laissai là le vieux radoteur bombiner avec sa chimère dans les espaces imaginaires. » Le style barbare des notaires, procureurs p.219 chez qui il gagne sa vie, et leur sottise ne lui conviennent pas davantage et il se console avec Voltaire, Rousseau, La Fontaine qu’il cache sous son chevet. Quant à Brissot, le récit de ses années au collège de Chartres n’est qu’une longue plainte : « En pensant à ces sept années consécutives consacrées à me perfectionner uniquement dans l’art de faire des thèmes, des versions et de mauvais vers latins, combien je regrette de n’être pas tombé dans les mains de quelque homme instruit... Toutes mes pensées étaient des réminiscences. Aussi mes amplifications n’étaient-elles qu’une marqueterie de différents auteurs... Je rougissais de moi-même intérieurement. » Quand il aborde la logique, bien qu’il s’efforce d’y briller et y réussisse, il n’a que dédain pour ce « jargon » et ce « fatras ». Jusque-là sa foi chrétienne avait résisté, une foi vive et naïve qui lui fait attribuer ses succès à la protection de la Vierge. Mais son ami Guillard, grand lecteur et lecteur de Diderot et de Rousseau, la Profession
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de foi du vicaire savoyard lui font « tomber le bandeau des yeux ».
Ainsi se préparait déjà, même dans les collèges routiniers, la génération révolutionnaire. Mais ce ne sont encore que curiosités dispersées, inquiétude obscure, fermentation sourde. C’est seulement quinze ou vingt ans plus tard, vers 1780, que l’antique esprit des collèges est sérieusement menacé et que des maîtres, des élèves de plus en plus nombreux et hardis écoutent avidement les rumeurs du dehors, les appels victorieux de la « philosophie ».
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CHAPITRE VII
QUELQUES EXEMPLES
Un avocat de petite ville. Un écrivain. Deux amants.
Une jeune fille. Un collégien.
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p.221 Nous allons voir se refléter ces tendances générales de l’opinion, avec les nuances et les diversités de la vie, dans quelques existences que nous connaissons mieux.
A vrai dire nous ne sommes pas très renseignés sur la vie de l’avocat Béchereau 1. Il ne nous reste de lui qu’un petit livret, soigneusement rédigé, en 1750, de Mémoires inédits sur Vierzon et sur lui-même. Les petits bourgeois de province n’ont pas légué à la postérité d’abondants détails sur leur destinée. Mais ces mémoires suffisent pour nous donner une idée de la vie intellectuelle d’une toute petite cité vers 1750. Béchereau habite Vierzon qui n’a pas alors plus de quatre à cinq mille âmes 1. Mais ce n’est pas un bourg perdu. La petite ville est située sur la grand-route de Paris à Toulouse, au sortir de la triste et malsaine Sologne. C’est l’étape nécessaire après Orléans. Les nouvelles de Paris arrivent en droiture. Il y a un collège. Les Mémoires nous laissent voir que Béchereau y a appris ce qui était, vers 1730, le programme unique de presque tous les collèges : du latin. Mais quand on sort du collège et même quand on le dirige, on a d’autres goûts que le latin. M. Chabrolle, principal du collège, enseigne à Béchereau les règles de la versification p.222 française, lui révèle les délices du bel esprit, les
1 Ouvrage de référence générale : Béchereau, Mémoires (21 bis).
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charmes des épigrammes, des impromptus, des bouts-rimés. Entre une classe, un office, une procession, une plaidoirie, des petits bourgeois se livrent ainsi aux douceurs de l’art et de l’esprit. Béchereau échange des vers avec son ami Duteil, avec M. Maignac, curé de Gy, M. Asse, curé de Limeux, Mlle de Saint-Firmin. Assurément sa poésie n’a rien de philosophique. Ce sont des épigrammes sur les avantages de l’écriture, sur un bouquet de giroflées donné à M. Carré, curé de Vierzon, des rondeaux, bouts-rimés ou des tentatives plus ambitieuses, une Ode au procureur général, une Réponse à un poème satirique, etc. Béchereau est fort pieux et ses meilleurs amis intellectuels semblent être des curés. Il n’a pas été touché par le déisme et il ne semble même pas se douter que la foi puisse courir quelque péril. Il n’a rien de commun avec l’avocat parisien Barbier. Et en cela il est sans doute l’image de presque tous les petits bourgeois de province, vers le milieu du siècle. Mais il témoigne, en même temps, que ces petits bourgeois ne restent plus enfermés dans leurs affaires, leurs vendanges, leurs confréries, leur paroissien et leur Vie des saints. Béchereau est curieux d’érudition, comme le président de Brosses, comme esprit, comme toutes les générations de la bourgeoisie cultivée depuis un siècle ; il insère dans ses Mémoires un chapitre « sur la religion, la police et les moeurs des anciens Gaulois avant et du temps que Jules César était en Gaule ». Il est au courant de bien des choses. Il relit Despréaux, ses Satires, son Traité du sublime, les Odes de J.-B. Rousseau, l’« élégie de Racine » ( ?). Bien mieux, il connaît Voltaire et semble s’intéresser très
1 Béchereau dit sept cents feux.
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vivement à ses faits et gestes. Il a lu sa Henriade, qu’on vantait d’ailleurs dans les collèges. Il compose une « Épigramme sur l’exil de Monsieur de Voltaire pour avoir déplu à monseigneur en l’année 1748 » ; et s’il n’est pas exact que Voltaire ait été exilé en 1748, l’épigramme témoigne qu’on veut savoir ce qu’il devient :
Quoi Voltaire en exil, quoi ce Voltaire
Gagé pour plaire au roi peut au dauphin déplaire !
Va-t-il, comme on le dit, encenser d’autres dieux ?
Il n’en est point de bienfaisants comme eux :
C’est qu’Apollon le veut envoyer vers Horace
Apprendre à mieux garder chez Auguste sa place.
p.223 En politique même il est très certain que Béchereau est profondément respectueux des principes et qu’il n’a aucun désir de jouer les fortes têtes. Mais il est bien forcé de s’apercevoir que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes et que la vie est dure. Ses mémoires sont notamment un curieux témoignage des répercussions du système de Law à deux cents kilomètres de Paris. C’est la « vie chère » et de durs problèmes d’existence pour les petits propriétaires et petits rentiers : il faut payer les ouvriers, pour les vignes, seize sous par jour et non plus dix sous ! Les impôts sont pesants et Béchereau est non pas de ceux qui protestent — il n’y en a sans doute pas — mais de ceux qui se plaignent. Il rédige des Placets en vers au prince de Conti pour qu’il obtienne la réduction des tailles qui se montent à plus de huit mille livres.
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Marmontel nous est aussi connu que Béchereau nous l’est peu 1. Il nous a copieusement renseigné sur lui-même dans ses Mémoires. Nous ne sommes pas toujours forcé de les croire. M. Tourneux a prouvé qu’ils ont été plus ou moins remaniés par les éditeurs de cette publication posthume. D’autre part, quand Marmontel les a rédigés il avait passé soixante-dix ans ; il était le vieux mari d’une femme plus jeune que lui de trente-quatre ans ; il écrivait pour ses enfants, pour leur donner des leçons de toutes les vertus, même s’il ne les avait pas pratiquées ; et les conseils d’une sagesse qu’il ne concevait pas à soixante-dix ans comme à quarante. Ce sont les mémoires non pas du philosophe mais du philosophe repentant, devenu sermonneur et doucereux. Mais les oeuvres sont là et les documents pour corriger ou interpréter les mémoires et nous donner de la vie de Marmontel une image fort précise.
Elle est d’abord un exemple très curieux de ce que pouvait être l’existence de ceux qui prétendaient partir de presque rien pour arriver à tout par le métier d’homme de lettres. Marmontel est un « fils du peuple ». Son père était tailleur dans la petite ville de Bort en Limousin. On n’était pas riche en Limousin. Et le père de Marmontel avait p.224 à faire vivre « un essaim d’enfants », sa femme, trois soeurs de sa mère, la soeur de sa femme. On vivait donc surtout d’ordre, d’économie, de frugalité, des légumes, des fruits, du miel de l’enclos, des grains, de l’huile, des châtaignes d’une petite métairie ; on tissait le chanvre qu’on avait cultivé et la laine de la bergerie. Il n’était
1 Ouvrage de référence générale. Marmontel : Mémoires (186) et ses OEuvres (1303).
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pas commode, dans tout cela, de trouver l’argent pour aller au collège. Marmontel y alla pourtant, à Mauriac. Mais l’instruction y était à bon compte ; on se logeait en ville pour vingt-cinq sous par mois, y compris les soins du ménage et le feu. On se nourrissait avec ce que les parents envoyaient pour la semaine, un pain de seigle, un fromage, un morceau de lard, deux ou trois livres de boeuf, une douzaine de pommes. Si bien que Marmontel ne coûtait pas aux siens plus de quatre à cinq louis par an. Mais le petit collège de Mauriac ne pouvait pas mener loin. Le père aurait voulu s’en tenir là et faire de son fils un commerçant. Le fils avait des ambitions qui commençaient par le collège de Clermont. Il y alla donc, mais sans argent. Comme il était un brillant sujet, les pères jésuites songèrent qu’il pourrait être un des leurs et le chargèrent de « répétitions d’études » ; douze écoliers à quatre francs par mois, cela faisait quarante-huit livres, c’est-à-dire la fortune. Marmontel ne se fit point jésuite. Il continua son ascension scolaire jusqu’au collège de Toulouse où il vint comme boursier : le logement et deux cents livres par an, qui suffisaient. Après quoi, nanti de tous les triomphes scolaires et de cinquante écus, il partit pour Paris. Le prix d’une traduction de La Boucle de cheveux enlevée, deux cent quatre-vingts livres, et les cinquante écus, lui permirent de vivre (logement : neuf francs par mois, repas : dix-huit sous par jour) jusqu’au premier prix académique. Après quoi il vécut comme les gens de lettres adroits et sages, prix académiques, pensions, cadeaux, profits du Mercure, droits d’auteur, hospitalité des mécènes ; il économisa même et s’enrichit.
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Pendant ces années au collège il ne songeait pas le moins du monde à devenir philosophe. Il était pieux, trouvait fort bonne la confession mensuelle et brillait dans la philosophie de l’École. Mais il n’ignorait pas que pour réussir il fallait des appuis et des amis. Les plus puissants, les seuls puissants c’étaient les philosophes et les p.225 amis riches des philosophes. Dès le collège de Toulouse, il avait fait la cour à Voltaire qui aimait fort les compliments des jeunes gens. Il continua et bientôt, peu d’années après son arrivée à Paris, il était tout à fait lancé dans ce que Saint-Preux appelle « le torrent », le torrent du monde et de la philosophie. Il est très lié avec Helvétius, Rousseau, Diderot, d’Alembert et les autres. Il converse au café Procope ; il est un des habitués des salons d’Helvétius et d’Holbach ; il se promène aux Tuileries avec d’Alembert, Raynal, Helvétius. Et le pieux collégien devient sans aucun doute un incrédule et un déiste. Si l’on en croit Mme Suard il dut réapprendre, pour être parrain, son Pater et son Credo, et ne sut dire de quelle paroisse il était. Il est possible que Mme Suard exagère ou même qu’elle invente. Mais elle n’a pas inventé ce que Marmontel avoue dans ses Mémoires, ce que trop de contemporains précisent, ni certaines oeuvres de sa quarantaine. Il vécut pour des amours ardentes et sensuelles, pour tous les plaisirs que la religion tenait pour des damnations. Ses dévotions étaient celles qu’il a fâcheusement commentées dans la Neuvaine de Cythère, c’est dire qu’il en était à la religion de Voltaire ou d’Helvétius.
Seulement cette indifférence religieuse était ou plus prudente ou beaucoup moins combative. Il ne lui déplaisait pas de ménager à la fois les philosophes et les dévots. Conversation et
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vie de philosophe, mais oeuvres inoffensives. Il loue même abondamment dans le Mercure des oeuvres fort pieuses et dirigées contre la philosophie, pourvu qu’elles ne disent pas de mal, personnellement, des philosophes. Si bien qu’en vieillissant et en revenant sans doute sincèrement à la foi de sa jeunesse, il n’aura rien à renier ; en écrivant à la louange du christianisme, les Leçons d’un père à ses enfants sur la métaphysique, il n’aura pas à s’excuser de ses hardiesses ou irrévérences passées. Sans doute certains dévots avaient dénoncé et condamné ses romans» philosophiques », Bélisaire et Les Incas. Un chapitre de Bélisaire et tout le roman des Incas sont écrits pour dénoncer violemment le « fanatisme » et l’intolérance et pour enseigner le Dieu bon contre le Dieu « vengeur » et le Dieu « jaloux ». Point d’enfer, du moins pour ceux qui sont de bonne volonté ; point de « droit du glaive » contre les hérétiques. Les princes n’ont pas p.226 le droit d’aider l’Église dans sa tâche, en lui prêtant leur force et leurs châtiments. « On n’éclaire pas les esprits avec la flamme des bûchers. » Les prêtres qui les allument sont « des loups dévorants ». Cet éloge de la tolérance, surtout la violence dans ce procès du fanatisme parurent à l’Église officielle fort impertinents. L’archevêque et les docteurs de Sorbonne en délibérèrent longuement. On convoqua Marmontel. Marmontel tint bon, fermement, sur tous les points. Et Bélisaire fut censuré dans les formes. Mais la censure ne fit qu’accabler la Sorbonne de ridicule. Avant elle, dit Marmontel, on avait vendu neuf mille exemplaires du roman ; on en vendit quarante mille dès qu’elle eut paru. Turgot fit paraître les Trente-Sept Vérités opposées aux trente-sept impiétés de Bélisaire où, prenant le contre-pied
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des propositions condamnées par la Sorbonne et partant de l’axiome logique que si de deux propositions contradictoires l’une est fausse l’autre est nécessairement vraie, il obligeait la Sorbonne à conclure qu’« il faut bien se garder de sauver tout le monde ; il est fort bon qu’il y ait beaucoup de réprouvés » ; que « lorsque des hommes jaloux, superbes, mélancoliques le représentent [Dieu] colère et violent comme eux et qu’ils lui attribuent leurs vices, ils font fort bien ; et l’on a grand tort de ne voir en lui que ce qu’on doit imiter : c’est une erreur scandaleuse et criminelle ». Il y eut avant 1789 au moins cinq éditions isolées de Bélisaire. C’est-à-dire que, dès 1767, combattre l’intolérance, exiger la tolérance civile n’était plus de la hardiesse, ni même de la « philosophie ». C’était tenir le langage de l’équité, du bon sens et, comme Marmontel le prétendra dans ses Mémoires, défendre les véritables intérêts de la piété.
En matière politique, Marmontel est encore beaucoup plus prudent que dans les sujets religieux. Et cette fois c’est en toute sincérité. Il aura horreur de toutes les violences de la Révolution ; et son indignation est si vive que les éditeurs des Mémoires l’atténueront. Il ne discute jamais des principes du gouvernement et s’en tient vaguement à l’idée de Montesquieu qu’un bon gouvernement est celui qui — comme la monarchie française — est logique avec lui-même. Bien que fils d’un très humble roturier, il n’a jamais fait le rêve de l’égalité politique. En écrivant sur Les Grands il fera l’éloge de l’organisation de l’aristocratie dans la monarchie française. Les progrès p.227 qu’il réclame ne peuvent être qu’une lente et sage évolution et non
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un bouleversement. Pourtant cet homme prudent n’est ni aveugle, ni résigné. S’il évite les controverses et les systèmes, il se servira souvent de l’artifice de ses Contes moraux pour prêcher des vertus sociales et non pas seulement des vertus de catéchisme ; il rêvera d’une noblesse rurale et patriarcale, d’un gouvernement qui prendrait en pitié la misère du peuple, qui consentirait à des impôts équitables dont tous les puissants prendraient leur part. En se souvenant de lui-même, des siens, de son pays il tentera de démontrer, dans un Discours en faveur des paysans du Nord (1757), qu’il faut attacher le paysan à la terre en l’aidant à la posséder et lui faire oublier son obscurité en l’aidant à s’élever. « Que du soc de la charrue jusqu’au faîte des honneurs l’abîme soit comblé » : c’est-à-dire qu’il n’y ait plus de privilèges de caste ; que le fils du laboureur puisse s’enrichir dans le commerce ; que le fils du commerçant puisse entrer dans les armes et prétendre à tous les grades. Marmontel n’aime rien tant que la paix, l’ordre et la sécurité ; il a le goût profond des sagesses bourgeoises et tous les respects bourgeois. Après s’être frotté aux philosophes et s’être cru leur allié il les a laissé côtoyer les abîmes et tenter les cimes, pour cheminer quant à lui, dans des routes de tout repos. Pourtant, sans qu’il s’en rende toujours compte, ces routes ne sont plus, vers 1770, ce qu’elles étaient cinquante ans plus tôt. On y respire un air d’indépendance et de liberté. On veut bien y marcher en sujet soumis, mais non plus en esclave aveugle, courbé sous la « superstition » et résigné à tous les abus.
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Mopinot de la Chapotte est d’extraction beaucoup moins humble que Marmontel 1 ; mais c’est tout de même un roturier, sans grande fortune ; bien qu’il se soit longuement et courageusement battu, bien qu’il fût intelligent et qu’il ne fût pas sans appuis il prendra sa retraite comme lieutenant-colonel. Et personne ne se souviendrait plus de lui si l’on n’avait pas conservé et publié la correspondance amoureuse p.228 qu’il échangea, la quarantaine venue, avec Mme de ***. De cette dame nous ne savons rien, sinon qu’elle avait un certain âge, que « n’étant plus jolie » elle était « encore belle » (ce que d’ailleurs pouvait écrire, en 1757, une femme de trente ans), qu’elle était intelligente, instruite et assez appliquée à ses lectures pour en faire des extraits. Tous les deux s’aimaient et, même avant La Nouvelle Héloïse, comme des « âmes sensibles » ; Mme de *** surtout qui semble plus tendre, plus vibrante, plus tourmentée ; et la partie la plus émouvante de cette correspondance est sans doute celle des effusions : « Je verrais périr amis et ennemis sans la moindre émotion pourvu que ce que J’aime fût conservé... Pourquoi ne puis-je, vous serrant dans mes bras, vous faire sentir avec quelle vivacité mon coeur se porte vers vous comme à son unique point, que je vous aime, que je vous adore, cher plaisir de ma vie ? » Seulement, à la différence de Julie et de Saint-Preux, il n’y a pas dans ces coeurs sensibles la moindre trace d’esprit mystique. Ils ont pour la religion une indifférence ironique et pour les dévots un mépris avoué : « On fait aujourd’hui une mission dans le faubourg Saint-Antoine qui y attire tout Paris ; les enfants habillés en
1 Ouvrage de référence générale : Lettres de Mopinot et de Mme de ***
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religieux et religieuses doivent se promener en procession ; je tâcherai de découvrir les secrets motifs de cette parade ; c’est sans doute un moyen inauguré par les Jésuites pour se rendre maîtres des esprits... Les missionnaires, selon leur coutume, ont fait beaucoup de conversions et ont si bien instruit les jeunes filles que ceux qui les épouseront n’auront plus rien à leur apprendre. »
Ils ne s’arrêtent pas même à l’indifférence. A la religion et à sa morale ils opposent évidemment la « philosophie » et une philosophie toute voisine de celle de Voltaire, de d’Argens ou même de Diderot. Mopinot se dit « militaire philosophe ». C’est la philosophie qui doit escorter et soutenir leurs amours : « Suivant notre coutume la philosophie remplira les intervalles afin d’éviter ce vide qui anéantit les amants... » Le plaisir sera « d’autant plus vif que l’amour et la philosophie lui serviront d’aiguillon ». C’est même la philosophie qui justifiera la liaison. Elle n’est pas d’accord avec la loi chrétienne, mais elle est d’accord avec celle de la nature qui vaut mieux. La philosophie de Mopinot est « dressée sur les idées de la nature et p.229 de l’honnête homme ». Quant à Mme de *** elle démontre avec sérénité et en toute sécurité de conscience qu’étant libre, elle a le droit d’aimer sans rendre de comptes à personne. Lui et elle ont même appris des philosophes que le physique de l’amour n’a pas à se préoccuper des vaines conventions de la pudeur. Ils ont appris de Diderot ou de Crébillon l’art d’exprimer par des paraphrases discrètes les choses les plus crues ; mais ils les disent et si l’on veut traduire on se trouve, à l’occasion, en
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présence d’aveux bien déconcertants. Disons, si l’on veut, que ces amours philosophiques où se mêlent la raison, la sensibilité et la sensualité eurent le même destin que des aventures moins complexes : froissements, jalousies, disputes et séparation, vers 1765.
Les affaires de sentiment n’ont d’ailleurs jamais fait oublier à Mopinot les affaires de son métier et de la guerre et à Mme de *** les affaires politiques. Il est probable que ces dernières intéressaient aussi vivement Mopinot, sinon sa maîtresse ne lui en aurait pas écrit si souvent et si longuement. Elle a la curiosité de toutes les intrigues compliquées qui se nouent et se dénouent sans cesse à la cour et où se jouent, dans une inextricable confusion, les destinées des jansénistes, des Jésuites, des ministères, des chefs de l’armée, de la paix et de la guerre. Elle est assurément monarchiste et ne souhaite rien tant que la stabilité d’un régime où il est probable qu’elle trouve son compte. Elle narre l’affaire de ce Moriceau de la Motte arrêté pour propos subversifs et pendu ; et elle est fort contente que le peuple ait approuvé son supplice. Mais elle ne ferme pas les yeux sur les abus du régime, sur la misère cruelle du peuple, sur les menaces de révolte. Elle note à chaque instant le prix du pain, la détresse des affamés, les rumeurs mauvaises, les placards furieux. Comme d’Argenson, et plus que lui peut-être, elle ne cesse d’évoquer les pires destins, les bouleversements, la révolution : « La misère est au dernier période... Tout le monde s’attend à une révolution prochaine... On entend dire : "Si cela continue on sera bien forcé d’y mettre ordre...". Ces propos se tiennent hautement. » Elle est même de ceux qui ne se
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contentent pas de gémir ou défendre aveuglément le passé. Elle a certainement ses idées sur les réformes nécessaires et sur des réformes profondes. Des lettres d’amour ne sont p.230 pas des traités de politique et nous y chercherions vainement un exposé systématique. Mais elles nous apprennent qu’elle a lu, avec La Nouvelle Héloïse et l’Émile, le Contrat social. Elle l’admire parce qu’il lui a appris combien « jusqu’à présent nos jugements ont porté à faux sur les droits respectifs des souverains et des sujets ». Elle est donc bien loin de croire à la monarchie absolue ; elle accorde aux sujets des droits ; et comme ils n’en avaient pas elle est bien forcée de penser qu’ils peuvent les réclamer.
Rien n’indique qu’elle ait jamais fréquenté, sinon en passant, les milieux proprement philosophiques. Elle ne se croyait pas disciple des philosophes. Elle « n’approuve pas Rousseau en tout ». Ni elle, ni Mopinot n’avaient aucun désir d’entrer en guerre ouverte ou cachée avec l’autorité civile ou religieuse. Ce sont bien pourtant, dès 1757, et comme ils le disent, des « amants philosophes », entièrement détachés de la tradition religieuse et qui ont perdu le respect aveugle ou craintif de la tradition politique.
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Geneviève de Malboissière, née en 1746, appartient à une famille fort riche 1. Famille de financiers, son père ayant été caissier des sous-fermes des aides et des domaines pour Amiens, Soissons et Tours. Mais la famille a quitté la province et
1 Ouvrage de référence générale : G. de Malboissière, Lettres à Adelaïde Meliand (1761-1766), publié par A. de Luppé (351).
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mène la vie mondaine dans l’hôtel de la rue de Paradis, ou dans les châteaux des siens ou des amis. On ne fréquente pas directement la haute noblesse, mais on est souvent en contact avec elle dans les milieux mondains et notamment chez La Poupelinière. Geneviève est occupée de tout autre chose que de toilettes et de bals. C’est une fille savante auprès de qui Philaminte, Armande ou Bélise n’auraient été que des igno-rantes. Elle parle et écrit parfaitement l’italien, passablement l’anglais, quelque peu l’espagnol ; elle parle allemand, lit couramment le latin et même le grec. Elle a des maîtres de mathématiques et le célèbre Valmont de Bomare lui enseigne la physique et l’histoire p.231 naturelle. Ses lectures sont aussi variées que nombreuses, Voltaire, Rousseau, Levesque de Pouilly, Platon, Montesquieu, Buffon, l’Arioste, le Tasse, Robertson, Cleveland, Hume, etc. Elle a la passion du théâtre et compose, commence, ou projette quelque seize tragédies, comédies, comédies héroïques, etc. Tout cela avant vingt ans, puisqu’elle meurt en 1766. Elle brille d’ailleurs dans les salons ; on admire cette science juvénile et quand elle meurt, la Correspondance de Grimm rappelle ses grâces et ses talents. Mais elle n’est, à la différence des savantes de Molière, ni pédante ni vaine. Elle travaille et elle écrit par une sorte de pente naturelle, pour le plaisir d’apprendre et sans jamais sembler croire qu’elle est une exception. C’est qu’elle ne se fait pas de la vie la même image que Philaminte ou Armande. Elle ne vit pas seulement pour cultiver son esprit ; elle vit pour aimer ses amies qu’elle adore et pour trouver, s’il se peut, comme elle dit, « un mari qui vivrait avec elle plus en amant qu’en époux ».
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Elle est romanesque, sinon déjà romantique. Elle aime se promener et rêver seule dans la campagne, le matin, au chant du rossignol. Elle se moque, avec une ironie féroce, des mariages selon les traditions, des mariages arrangés par les familles : « Un homme que tu ne connais pas, une tête folle qui venait assez souvent ici autrefois et que nous n’avons pas vu depuis deux ans, est venu hier faire une visite à ma mère par la petite lucarne de la loge de l’Opéra et lui a dit qu’il voulait lui parler en secret. Elle s’est approchée de sa tête et il lui a demandé à l’oreille : "Voulez-vous marier votre fille !" — "Non, lui a répondu ma mère..." N’est-il pas plaisant, mon coeur, que l’on parle aussi légèrement d’un événement qui doit décider du bonheur ou du malheur de la vie ? Il semblerait que maman eût un tableau ou quelque meuble inutile à vendre et qu’on lui demandât si elle voulait s’en défaire parce qu’on avait trouvé un acquéreur. La plate chose que nos jeunes français en général ! »
C’est donc elle qui se chargera de chercher une exception, un fiancé qu’elle aime et qui l’aime, un mari-amant. Elle n’y réussit point tout d’abord. Elle aime ou elle croit aimer son cousin Randon de Lucenay. C’est un aimable garçon, mais qui est, comme elle le dit, nonchalant, fou, volage, capable tout au plus de se laisser aimer, qui p.232 est endetté et peut-être compromis dans de douteuses affaires. Elle réussit à l’oublier et s’éprit de Jean-Louis Dutartre, qui avait son âge, honnête, sérieux et tendre. Mais il mourut subitement, six mois avant elle, et Geneviève souffrit sincèrement et cruellement : « Mon coeur, ayez pitié de moi, écrivez-moi avec liberté, vous le pouvez. Hélas, ma mère, ma bonne maman sont aussi touchées que moi.
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Qui aurait pu le connaître et ne le pas aimer ? Mon coeur, le monde n’était pas digne de lui ; il était trop parfait pour lui. Je dis : il était, quoiqu’il existe encore, mais il n’y a plus que la machine. Je n’espère plus rien, à moins que par un miracle... mais quand un miracle est le seul espoir qui nous reste... My dear, t’is done, the unhappy lives no more. »
Si curieuse d’apprendre et de lire, engagée dans les milieux que fréquentaient les philosophes et toute pénétrée de leur esprit, Geneviève s’est laissée gagner par l’esprit philosophique. « Ame sensible », lectrice de Rousseau, dont elle connaissait au moins l’Émile, elle pouvait, du moins, se laisser entraîner jusqu’à la religion du Vicaire savoyard, jusqu’à un déisme respectueux en apparence des dogmes traditionnels. Elle a pour ami ce Loiseau de Mauléon qui fut un des disciples les plus fervents de Rousseau, que Rousseau aima pour sa générosité et ses élans. Or, elle va, au moins par instants, plus loin que Rousseau, jusqu’au matérialisme de d’Holbach ou de Diderot. Elle n’est pas une discuteuse ; elle ne s’occupe pas dans ses lettres de théologie ni même de philosophie, du moins dans ses lettres à son amie. Extérieurement elle reste fidèle à toutes les pratiques ; elle va à la messe et se confesse. Mais elle a l’hor-reur du fanatisme et de l’intolérance ; elle est toute joyeuse, et le crie à la nouvelle de la réhabilitation des Calas. Et il suffit d’une petite phrase pour nous révéler que rien ne restait chez cette enfant de dix-huit ans, honnête et tendre, de la foi qu’elle continuait à pratiquer. Celui qu’elle aime vient de mourir : « Au moins, s’il est vrai que notre âme ne périsse pas avec nous, s’il est possible que la mort ne nous prive pas de toute sensibilité,
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ce Daphnis [Dutartre qui avait joué le rôle de Daphnis] doit goûter le bonheur le plus pur. » Ce n’est pas la révolte de la souffrance, le défi de la colère, c’est bien p.233 l’état de doute. Geneviève est allée aussi loin, dans le chemin de l’incrédulité, que Voltaire et même que Diderot.
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Duveyrier, né en 1753, est d’extraction modeste 1. Son père était un simple garde du corps et s’était marié pauvrement. Comme il était adroit et ambitieux et qu’il eut de la chance, il se haussa jusqu’aux grades de lieutenant d’invalides, capitaine, lieutenant-colonel. Il fut chevalier de Saint-Louis. Avec le succès il prit des idées de grandeur : « L’acte baptistaire de mon frère aîné était d’une roture, d’une bourgeoisie à faire mal au coeur : mon père le fit raturer, corriger, inscrire en marge les nobles qualifications dont il décorait mon berceau, et le bon curé de Saint-Sauveur trouva tout cela convenable. » Duveyrier n’en eut pas moins une enfance fort simple au petit fort de Saint-Vincent, dans les Alpes, entouré de paysans qui se croyaient aisés lorsqu’ils pouvaient « nourrir un cochon, quelques poules et trois ou quatre paires de pigeons ». Puis il fut préparé à de plus hautes destinées dans la pension de M. Prozelle à Versailles. On y payait cent écus par an et l’on y apprenait à lire, à écrire, le latin, les quatre règles et rien de plus. Mais Duveyrier était intelligent ; il aimait lire et il dévorait les livres de la petite bibliothèque et sans doute quelques autres. A douze ans, il avait lu Télémaque, Robinson Crusoé, le Discours sur l’histoire
1 Ouvrage de référence générale : H. Duveyrier, Anecdotes historiques, publié par M. Tourneux (95).
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universelle de Bossuet, Gil Blas, le Petit Carême de Massillon, Don Quichotte, « tous les bons théâtres » et surtout le Siège de Calais qu’il préférait. Tout cela n’était pas suspect de philosophisme. Mais la philosophie lui vint par une autre voie, et dès sa première communion.
Les prêtres qui les préparaient s’avisèrent de faire argumenter ces enfants « les uns contre les autres sur les points les plus mystérieux de la croyance, sur les articles de foi, sur les attributs de Dieu, sur son unité, sur les trois personnes qui ne font qu’une ; sur l’Immaculée Conception, sur l’Incarnation du Verbe, sur ses deux natures divine et humaine ; sur le double miracle de l’Eucharistie, etc. Et p.234 observez que dans ces controverses se mêlaient toujours des instructions plus étranges encore que les arguments : instructions matérielles sur la pratique même de l’auguste sacrement auquel nous étions admis... » Bien entendu les prêtres soufflaient les réponses. Et puis l’amour-propre fut en jeu : « Pension contre pension, école contre école, classe contre classe, pensionnaires contre externes, quartier contre quartier, rue contre rue ; la salle des conférences devint une arène dans laquelle les maîtres eux-mêmes descendirent représentés par leurs disciples... On chercha, on quêta des arguments partout ; on les puisa dans les livres des sectaires et des philosophes... » Si bien que « le pauvre prêtre souffleur des réponses, ne soufflait plus que cette phrase ou toute autre analogue : "La raison humaine ne fournit pas de réponse à cet argument ; c’est un mystère que la foi adopte sans l’expliquer. Il faut adorer et croire !" — Et qui croire ? — Dieu qui parle par la bouche de ses ministres. — Et
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qui sont les ministres de Dieu ? — Les prêtres. » Bien mieux, on opposa filles et garçons, les garçons hardis et brutaux, les filles interloquées et larmoyantes. Et l’entreprise prit fin par un scandale. Les maîtresses emmenèrent dignement les filles ; et les garçons, restés maîtres du champ de bataille, abusèrent de leur victoire : « On sauta par dessus les bancs, on battit la savate, on prêcha dans la chaire, on confessa dans le confessionnal... on joua à la cligne-musette, aux quatre coins, au cheval fondu. »
Mais le jeune Duveyrier y avait pris d’autres goûts que ceux de la cligne-musette. Il avait appris à se poser des questions. « Le suprême honneur pour moi ne fut plus dans les arguments, mais dans les réponses. Je résolus d’y atteindre ; je voulus expliquer ce que tous me disaient inexplicable. Je m’élançai dans l’abîme... Croire ce que je n’entendais pas me paraissait impossible ; affirmer que je croyais sans entendre me semblait un mensonge honteux et ridicule ; l’obligation qu’on m’imposait était un mystère plus impénétrable que tous les autres. » Quand il fut bien empêtré dans ses réflexions, il alla chercher des lumières auprès de son confesseur, un certain abbé Bal, maniaque et brutal. Le résultat fut que l’abbé Bal sortit du con-fessionnal en criant devant quatre cents personnes : « Allez, petit Lucifer ! petit Satan ! petit démon ! Vous avez déjà un pied dans p.235 l’enfer. Vous ne ferez pas votre première communion ; allez, sortez de la maison de Dieu ; les diables vous attendent à la porte. » Duveyrier fit tout de même sa première communion. Mais les diables de la philosophie ne le lâchèrent pas et l’enfoncèrent dans le déisme : « Quel enfant asiatique du même
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âge et de la même éducation serait disposé à croire la religion de Mahomet ou les métamorphoses de Vishnou, ou les pantalonnades de Sammonocodom, si ces merveilles lui étaient enseignées par des prêtres dont les uns prêcheraient avec le maintien et l’air de n’y pas croire eux-mêmes, et dont les autres n’emploieraient pour toucher ou pour convaincre que les argu-ments du commandement absolu ou de l’obéissance esclave ? »
Les encyclopédistes n’étaient directement pour rien dans les premiers progrès de cette incrédulité. Mais la mère de Duveyrier y était, peut-être sans s’en douter, pour quelque chose. Duveyrier était, lui aussi, une âme sensible : « O mon excellente mère ! Mon coeur se gonfle et mes yeux se remplissent de larmes ! C’est l’hommage que je rends tous les jours à ta sainte mémoire. » Quand il quitta cette mère pour sa première pension il garda comme trésor les deux peignes et la brosse qu’elle lui avait remis. « Je les portais partout et lorsque je pouvais m’échapper et me cacher dans un coin de la maison ou du jardin, J’étais heureux de pleurer sur ces petits meubles qui exhalaient le toucher de ma mère. » Or, elle lui avait enseigné une sorte de religion à la Jean-Jacques : « Elle me conduisait à l’église pour prier Dieu ; nous nous mettions à genoux ensemble, le matin et le soir, à chaque événement heureux ou malheureux pour la famille, pour le village, pour le royaume et même pour les régions éloignées... Le Dieu de ma mère n’est pas le Dieu des colères, des vengeances et des tourments éternels ; c’est le Dieu de toute puissance, de toute bonté et d’infinie miséricorde » ; il se fait entendre « par la voix de la conscience, organe
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incompréhensible du bien et du mal, et preuve incontestable de son existence ».
Duveyrier ne nous a pas laissé, dans son « Préambule », l’histoire de ses premières méditations sociales et politiques. Mais nous savons d’une part qu’il accueillit la Révolution avec ferveur et y joua son rôle, d’autre part qu’il fut violemment antijacobin. Il ne veut pas que l’histoire confonde « les efforts généreux et sages de 1789 avec p.236 les attentats et les chaos de 1793 ». C’est-à-dire qu’il fut, et cette fois sans doute après les avoir lus, le disciple des Mably, des Raynal, des Condorcet.
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Tous ces exemples ont été pris, en un certain sens, au hasard ; selon le hasard qui nous a laissé les notes, souvenirs, mémoires de ceux-ci et non pas de ceux-là. Ils ne se ressemblent pas ; ils ont la diversité qui est celle de la vie. Pourtant, exception faite pour Béchereau chez qui l’on ne saisit que des influences latentes, ils ont des traits communs. Tous sont avides de savoir, de s’instruire ; tous veulent non seulement connaître mais comprendre ; tous se refusent à dis-tinguer entre ce que l’on a le droit de discuter et ce que l’on accepte aveuglément ; ils donnent à l’intelligence tous les droits, partout ; et cet esprit critique les conduit au déisme ou même sur les chemins du matérialisme. Aucun d’ailleurs ne porte dans son incrédulité un esprit de fanatisme ou même de prosélytisme ; ils n’en veulent qu’à l’intolérance ; ils acceptent ou même respectent une religion qui, sans s’écarter des dogmes et pratiques traditionnels, s’attacherait à prêcher surtout l’amour optimiste de la Providence et la bonté. En matière politique, ils
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sont encore muets ou fort discrets. Ils ont ou l’on devine qu’ils ont le sentiment des abus, des iniquités, de la misère. Ils peuvent souhaiter des réformes, des redressements. Ils ne les réclament pas. A plus forte raison ne songent-ils à une révolution que pour la craindre. Et c’est là l’image à peu près exacte de l’opinion entre 1750 et 1770.
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TROISIÈME PARTIE
L’EXPLOITATION DE LA VICTOIRE
(1771 environ - 1787)
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CHAPITRE PREMIER
LES RÉSISTANCES
DE LA TRADITION RELIGIEUSE ET POLITIQUE
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p.239 Nous avons étudié jusqu’ici le développement de l’esprit nouveau comme s’il n’avait pas rencontré d’autres résistances que les sévérités hésitantes ou indulgentes de l’autorité. Il va sans dire qu’il n’en est rien. La philosophie se heurtait à d’autres obstacles que ceux des censures officielles, de la Bastille ou de Vincennes. Elle n’a pas suivi son cours comme celui d’un fleuve paisible, mince ruisseau, plus ou moins vite grossi d’infiltrations, de ruisseaux voisins, d’affluents, à peine arrêté de temps à autre par des barrages disjoints ou aisés à tourner. Dans la réalité, elle progresse à travers un pays passivement hostile, qui lui oppose les résistances autrement redoutables de traditions puissantes et tenaces. Elle doit lutter, comme un fleuve des pays tourmentés, contre les masses immobiles et en apparence inébranlables d’un terrain dressé contre lui. C’est cette résistance jamais vaincue qui fait comprendre tout l’avenir. Il y a eu assurément la Révolution, les prêtres guillotinés, les abbayes dévastées, les églises vouées au culte de la déesse Raison. Mais il y a eu aussi le Concordat, la Restauration, le second Empire et cette bourgeoisie aisée ou riche qui a continué à emplir les églises, à rester fidèle à la foi de ses pères. Que l’esprit philosophique n’ait conquis qu’une partie de l’opinion, c’est une évidence qui n’aurait pas besoin de démonstration et qui permet, dans tous les cas, de l’abréger. Mais il n’est pas inutile de marquer l’importance de
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ces p.240 résistances en montrant qu’elles se prolongent avec vigueur, malgré les triomphes de la philosophie, dans les années qui précèdent la Révolution.
I. — Résistances de la tradition religieuse 1
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a. La polémique contre les philosophes. — Elle a été violente, acharnée, patiente. L’Église et ceux qui voulaient la défendre n’ont pas regardé les progrès de la philosophie avec dédain ou avec résignation. Ils ont rendu coup pour coup, avec usure. L’étude de M. Albert Monod énumère quelque neuf cents ouvrages publiés, de 1715 à 1789, pour la défense du christianisme. Ils s’accroissent en nombre à mesure que la bataille devient plus ardente, plus dangereuse ; il en paraît, par exemple, quelque quatre-vingt-dix dans la seule année 1770. Les contre-attaques se multiplient lorsque la philosophie tente une offensive plus hardie. Qu’il s’agisse des Moeurs de Toussaint, des Pensées philosophiques de Diderot, de L’Esprit d’Helvétius, de l’Émile de Rousseau, etc., cinq, dix réfutations se succèdent sans compter celles qu’on rencontre dans les ouvrages plus généraux. Pour un journal qui est philosophe ou favorable aux philosophes, il y en a au moins trois qui leur sont nettement hostiles.
Ces défenseurs de l’Église n’ont pas seulement de la piété ou de la bonne volonté. Ils ont du talent ou, ce qui pour nous revient au même, on leur croit du talent. Il y a Fréron, l’auteur
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de L’Année littéraire, qui est vraiment un journaliste intelligent et le plus souvent mesuré et judicieux ; Fréron que les philosophes détestent et persécutent, contre qui ils réussissent même à dresser parfois l’autorité, justement parce qu’il est intelligent et parce qu’il réussit ; il gagne avec son journal au moins vingt mille livres, c’est-à-dire de quoi rouler carrosse et tenir table ouverte. Il y a Palissot, homme assez équivoque ou assez incertain, qui finira, vers 1778, par se réconcilier avec la philosophie, mais dont la comédie des Philosophes (1760) est une attaque directe, violente contre Diderot, Helvétius, p.241 Rousseau, et qui eut un grand succès. Plus tard il y aura Mme de Genlis qui écrira La Religion considérée comme l’unique base du bonheur et de la véritable philosophie (1787), Necker qui publiera De l’importance des opinions religieuses (1788). D’autres hommes de lettres connus, sans entrer directement dans la bataille, ne cachent pas leur animosité contre les philosophes, Collé par exemple ; certains mêmes, bien qu’ils ne croient pas, ne veulent pas qu’on attaque la foi ; c’est le cas du président Hénault qui proteste contre les livres impies de Voltaire : « C’est fait de tous les devoirs de la société, de l’harmonie de l’Univers » ; ou de Colardeau : « J’imagine qu’il vaut mieux respecter des préjugés utiles, supposé que tout ne soit ici-bas que convention humaine, ce que je suis bien loin de penser. »
Assurément Palissot, Fréron, Mme de Genlis, Collé ou Necker ce n’est pas grand-chose au regard de Voltaire, Diderot ou
1 Ouvrages de référence générale : A. Monod, De Pascal à Chateaubriand. Les Défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802 (1555) ; Pierre-Maurice
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Rousseau. L’avocat Moreau, l’abbé Feller, l’abbé Gérard ou l’abbé Barruel sont bien moins encore ; on peut même croire qu’ils n’avaient aucun talent. Mais ils ont publié des oeuvres qui ont eu un succès très vif et très durable. A côté des Lettres philosophiques, du poème Sur la religion naturelle, du Christianisme dévoilé, de la Profession de foi du vicaire savoyard, il y a eu, grâce à eux, des sortes de manuels de la contre-philosophie, des ouvrages connus, de lecture aisée, d’apparence vigoureuse et plaisante qui pouvaient donner l’illusion de réduire à néant les impiétés des philosophes. Si tous les croyants ou les indécis n’ont pas pris la peine de les lire, tout le monde savait qu’ils étaient là ; ils ont même survécu longtemps, tout comme les livres des philosophes, aux fièvres passagères des polémiques. C’étaient surtout le Mémoire pour servir à l’histoire des Cacouacs, de l’avocat Moreau (1757, au moins trois éditions jusqu’en 1789) ; les oeuvres de l’abbé Bergier, le Déisme réfuté par lui-même (1765, sept éditions) ; la Certitude des preuves du christianisme (1767, cinq éditions) ; l’Apologie de la religion chrétienne (1769, quatre éditions) ; de l’abbé Mayeul Chaudon, le Dictionnaire antiphilosophique (1767, sept éditions) ; de l’abbé Guénée, les Lettres de quelques juifs portugais (1769, cinq éditions) ; de dom N. Jamin, les Pensées théologiques (1769, cinq éditions) ; le Catéchisme philosophique du jésuite p.242 Feller (1773, au moins trois éditions jusqu’en 1789, nombreuses éditions au XIXe siècle jusqu’en 1825) ; le Comte de Valmont ou les égarements de la raison, de l’abbé Gérard (1774, au moins six éditions jusqu’en 1784) ; les
Masson, La Religion de J.-J. Rousseau (1551).
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Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques de l’abbé Barruel (1781, au moins cinq éditions successivement augmentées jusqu’en 1788, trois éditions jusqu’en 1830), etc., etc.
Non seulement ces défenseurs de l’Église sont nombreux et certains sont célèbres, mais ils savent dire ce qu’il faut pour combattre à armes égales. Longtemps la bataille entre la foi et la libre pensée a été une bataille théologique et rationaliste. On opposait des arguments à des arguments, des textes à des textes ; on chicanait interminablement pour démontrer que les arguments n’étaient pas en forme ou que les textes étaient mal interprétés. A ces polémiques de théologiens et d’érudits le commun des lecteurs, malgré sa bonne volonté, ne comprenait rien ou pas grand-chose. La force des philosophes était qu’ils parlaient faits, bon sens, raison commune et non pas raison raisonnante et scolastique ; puis raison pratique et raison ironique ; puis sentiment et raisons du coeur. Ils voulurent mettre de leur côté les rieurs, puis les âmes sensibles. A discuter sur la substance et sur l’accident, sur la majeure et sur la mineure, la polémique catholique était assurément vaincue d’avance. Elle le comprit assez vite et renonça, dans ses meilleurs ouvrages ou du moins dans ceux qui furent le plus lus, à disserter sur la grâce efficace et le pouvoir prochain, sur saint Paul et sur saint Thomas. Elle renonça même bientôt à la violence. On savait qu’elle avait pour elle la loi, la Sorbonne, le Parlement, la prison, et même les galères et la potence. Mais c’était justement une raison pour qu’on prît le parti de ceux qui n’avaient pour eux que leur plume et leur courage. Jusque vers
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1760, la polémique catholique cède encore à la tentation d’abuser du droit à l’injure et d’appeler sur ses adversaires les foudres de l’autorité. Soret, par exemple, écrit dans son Essai sur les moeurs (1756) : « On prend les voleurs, on rompt les assassins, d’où vient n’écartèle-t-on pas l’auteur d’un livre impie ? » Le pacifique Bastide, dans ses Choses comme on doit les voir (1756), dénonce les idoles philosophiques comme « criminelles » et le non p.243 moins pacifique Mercure de France insère un Avis utile pour aviser que les prétendus philosophes sont « lâches, méchants » et « lancent leur poison par derrière ». Mais on renonce vite à ces colères qui risquent de ne plus trouver d’écho. C’est ailleurs que l’on essaie de trouver des armes et là même où les philosophes les prenaient.
On fait d’abord appel, comme Rousseau, aux certitudes du « coeur » et au « sentiment ». La Profession de foi du vicaire savoyard avait déchaîné des fureurs. Les fureurs s’apaisèrent. On oublia tout ce qui dans la religion de Rousseau s’opposait à certains dogmes pour ne se souvenir que de ses élans vers Dieu, de son spiritualisme ardent et pathétique. Contre l’indifférence sceptique et les négations matérialistes, il restaurait vraiment une religion dont les aspirations pouvaient se confondre avec les aspirations chrétiennes. Très vite il eut des disciples qui n’étaient plus exactement chrétiens et d’autres qui prétendaient le rester. A ces âmes fatiguées des chicanes dogmatiques, avides d’aimer et de croire, on en vint très vite à parler le langage qui pouvait les toucher. On leur montra les beautés de la religion, ses consolations, ses extases ; on allégua les preuves du coeur. M. Albert Monod et M. Pierre-Maurice Masson ont fait excellemment
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l’histoire de cette apologétique « sensible ». Dès 1764, le P. Fidèle publiait un Chrétien par le sentiment. Son titre pourrait être le sous-titre d’un bon nombre des oeuvres apologétiques, d’un grand nombre de sermons. Et celui de l’abbé Lamourette, Les Délices de la religion, pourrait leur servir de titre courant. Le Comte de Valmont ou les égarements de la raison de l’abbé Gérard est tout plein notamment de l’esprit de Rousseau et c’est le coeur qui remet dans le bon chemin cette raison égarée.
Mais il n’y avait pas que des âmes sensibles et des disciples conscients ou inconscients de Rousseau. Le persiflage était resté fort à la mode ; Candide avait autant de lecteurs que La Nouvelle Héloïse. Ce qui faisait la force des raisons de Voltaire c’était, autant que leur logique, l’esprit qui les animait. Frère Pédiculoso et le révérend père Lescarbotier avaient tort, avant même qu’on les entendît, dès que l’on avait ri de leur nom. L’arme de l’ironie a été celle dont bon nombre de philosophes, Voltaire, Morellet, Bordes, Diderot lui-même ou Turgot se sont servis le plus volontiers. Il faut se souvenir que p.243 leurs adversaires ont constamment tenté de la retourner contre eux. Le mot de cacouac, pour désigner les philosophes, a fait une sorte de fortune. On publie, après le Mémoire pour servir à l’histoire des Cacouacs, le Catéchisme et décisions de cas de conscience à l’usage des Cacouacs, un Discours du patriarche des Cacouacs pour la réception d’un nouveau disciple. Et si l’esprit y est médiocre, ce sont bien des pamphlets dans la tradition de Thémiseul de Saint-Hyacinthe, de Swift, de Voltaire : « Les Cacouacs ne sont point des sauvages ; ils ont beaucoup d’esprit, de la politesse, des connaissances, des arts ; ils
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possèdent même dans un degré supérieur celui des enchantements. Leur origine, si on les en croit, remonte jusqu’aux Titans qui voulurent escalader le Ciel. Mais, comme les enfants en savent toujours plus que leurs pères, les Cacouacs soutiennent aujourd’hui que leurs ancêtres étaient des visionnaires et qu’ils firent la plus haute folie, non de vouloir combattre contre les dieux, mais de supposer qu’ils existaient. » Le Catéchisme philosophique de Feller est fort grave, mais les Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques de l’abbé Barruel ont la prétention de badiner. Ce sont des lettres de la baronne, du chevalier, d’un provincial et qui prodiguent les ironies, les sarcasmes et les parodies : « La genèse moderne ou bien l’histoire véritable, physique, chronologique de toutes les montagnes, de tous les volcans, de toutes les vallées, des plaines et des mers extraite des registres du contrôle général de la nature et de l’art de vérifier les dates et les ères des êtres ; le tout exactement vérifié sur les lieux... Chapitre troisième. Nais-sance des huîtres... 1. Les siècles sans années et sans mois continuaient à s’écouler. 2. L’océan n’était encore que de l’eau douce ; la moitié des coquilles antiques bâtissait des montagnes de marbre dans un jour continuel, du côté du soleil. 3. Et l’autre moitié bâtissait en dessous dans une nuit obscure... »
Si l’on voulait instruire en plaisant il était plus sûr encore de faire comme Voltaire, de glisser l’instruction dans le divertissement, d’écrire des contes antiphilosophiques, comme il en écrivait de philosophiques. On n’y a pas manqué et ceux-là furent aussi nombreux que ceux-ci. Sur huit imitations avouées de Candide, il y en a quatre qui sont hostiles à la philosophie.
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Thorel de Campigneulles écrit p.245 Cléon ou le petit maître esprit-fort pour se moquer avec nous des esprits forts : « Du 10. L’abbé de *** est venu me voir ; il a turlupiné le marquis de *** notre ami. Il prétend qu’il est en retraite et qu’il a peur de l’enfer. Il n’y a pas d’enfer m’a-t-il dit. Si c’est un dieu qui nous a créés, il ne nous rendra pas éternellement malheureux ; si nous sommes produits, comme les plantes, par un jeu de la nature, nous rentrerons dans le néant comme elles, après la dissolution des parties organiques qui constituent notre être... Du 13. J’ai trouvé chez la vieille baronne deux hommes mal vêtus qu’aux yeux hagards, à l’accueil sombre, à la mine étique, J’ai reconnu sans peine pour philosophes. Nous avons besoin d’un peu de philosophie nous autres qui nous décorons du glorieux titre d’êtres pensants. » L’Empire des Zaziris sur les humains ou la Zazirocratie de Tiphaigne (1761) est un empire d’où sont bannis le matérialisme et l’« hétérodoxie » : « Le premier jour où l’ouvrage de L’Esprit parut (car je m’en souviens) fut tout à coup agité par des éclairs et par des vents ; c’étaient les esprits élémentaires qui riaient à toute force d’apprendre que notre âme ne consiste plus que dans la configuration de nos mains et que la vertu la plus pure n’avait point d’autre mobile qu’un sordide intérêt. » Bien que Dubois-Fontanelle ait été persécuté pour la philosophie de son Ericie, il a écrit ses Aventures philosophiques pour se moquer de la philosophie, des systèmes de Montesquieu, de Rousseau et de Diderot. Aux contes qui s’en moquent avec le sourire ou le sarcasme, il faudrait joindre ceux qui les condamnent avec gravité ou en versant sur eux les pleurs de la vertu révoltée.
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b. Ceux qui n’étaient pas des hommes de lettres : noblesse et clergé. — Ces gens d’églises, ces moralistes, ces conteurs se sentaient en effet soutenus par une opinion très forte ; et non pas seulement par une opinion générale et diffuse, mais par l’opinion des puissants. Les grands seigneurs, voire les grands de l’Église ouvertement philosophes ou qui l’étaient sans le dire, furent nombreux. Mais il est loin d’être sûr qu’ils étaient les plus nombreux. Les mémoires, correspondances, documents de toutes sortes nous ont laissé de préférence le souvenir de ceux qui étaient les plus hardis, les plus singuliers parce qu’on remarque un original et qu’on oublie p.245 ceux qui sont moyens. Mais les gens moyens existent ; et même ils ne sont moyens que parce qu’ils sont les plus nombreux. La haute noblesse profondément atteinte par le goût du luxe et du plaisir, par les besoins d’argent, a le plus souvent affiché ou pratiqué le scepticisme. Mais, même parmi elle, que de gens fidèles à la foi de leurs pères ! Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les mémoires du duc de Croy, du prince de Montbarey, du marquis de Saint-Chamans, les lettres de la marquise de Créqui, etc. Le duc de Croy garde toutes les traditions catholiques et monarchiques. Le prince de Montbarey est l’ennemi de Voltaire, de Rousseau et de toute la « secte » ; il dénonce le « venin » de leur morale. Mme de Montbarey qui était pieuse devient dévote et va jusqu’à renoncer aux spectacles. Le duc de Penthièvre communie tous les huit jours. Le marquis de Castellane pratique une dévotion rigide. On connaît la piété du roi Stanislas malgré ses bienveillances pour les philosophes. Le comte de la Ferronays a une jeunesse mystique, il achète un petit cilice. La
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marquise de Créqui a « une âme naturellement chrétienne ». Et l’on pourrait énumérer les d’Aguesseau, les Marsan, les d’Aiguillon, de Roquefort, de Montyon, etc. La noblesse provinciale, à plus forte raison, montre souvent une dévotion minutieuse. C’est celle des châtelains que nous peignent les mémoires de Talleyrand, du comte de Montgaillard, du comte de Montlosier, etc. Dans le Quercy, Besombes de Saint-Géniez écrit Les Sentiments d’une âme pénitente revenue des erreurs de la philosophie moderne. Dans le Lauraguais, Montgaillard doit subir les « catéchismes » de tous ceux qui l’entourent.
Le haut clergé bataille sans pitié et sans répit contre tout ce qui menace la foi. Ses sévérités, sans doute, ne sont pas toujours très sincères. On était évêque, trop souvent, ou abbé à gros bénéfice simplement parce que c’était une carrière lucrative pour des gens bien nés. Mais, dans son ensemble, ce haut clergé apporte dans la lutte trop d’énergie et d’obstination pour ne pas être convaincu. Sans cesse les assemblées du clergé exigent contre les mauvais livres les mesures les plus sévères et cela non pour la forme mais impérieusement ; il leur faut, pour consentir à donner l’argent, le « don gratuit », des garanties et des actes. En 1785 encore, on réclame p.247 l’emprisonnement à vie à la troisième condamnation. En 1770, les évêques réunis à Paris publient un Avertissement sur les dangers de l’incrédulité envoyé dans tous les diocèses. L’évêque de Toul le fait lire dans les églises trois dimanches consécutifs. Aux saluts du Jubilé, on ajoute des prières « en amende honorable des injures faites à la religion dans les écrits impies et scandaleux qui se répandent contre les principes de la foi et des moeurs ». A la vente de la
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bibliothèque d’un chanoine de Cambrai, l’archevêque achète l’Histoire des deux Indes de Raynal : petit scandale, mais l’archevêque n’a acheté que pour faire brûler aussitôt l’ouvrage impie. Les philosophes, les salons, les cafés et toutes sortes de gens pouvaient bien rire des censures de la Sorbonne. Si la Sorbonne recommençait c’est qu’elle était soutenue non seulement par ses convictions mais par toutes les facultés du royaume. Quand elle condamne l’Éloge du chancelier de l’Hôpital de l’abbé Rémy, l’Histoire des deux Indes de Raynal, les Principes de morale de Mably elle reçoit et conserve dans ses archives d’innombrables lettres de félicitations des évêques et des facultés de théologie (il y a jusqu’à soixante-dix-sept pièces).
c. La bourgeoisie et le peuple. — Il y a eu beaucoup de bourgeois philosophes ou philosophes sans le savoir ; nous le verrons. Mais nous savons aussi bien que beaucoup d’entre eux ont détesté les philosophes ou les ont ignorés, ou les ont lus sans que leur foi fût le moins du monde ébranlée. Les journaux de Narbonne, commissaire de police de Versailles, de Hardy, libraire à Paris, de J.-N. Moreau, historiographe de France, nous en apportent successivement d’abondants témoignages. La bourgeoisie provinciale est, bien entendu, encore plus fermée aux progrès de l’impiété. Pieuses, étroitement pieuses les familles de Joubert et de Carnot. Chez les parents du comte Mollien, si on n’est pas dévot, on est pieux, fidèle aux « opinions reçues ». J.-F. Nicolas, libraire à Nancy, dans la première moitié du siècle, note avec la plus grande piété les jubilés, processions, événements religieux. J.-M. Monnier, vers 1780, se « confirme
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dans cette respectable religion de ses pères ». Gauthier, de Brécy, dit leur fait, vers la même date, aux « philosophes p.248 impies » et aux « doctrines novatrices ». Nous possédons, en abondance, des témoignages encore plus directs, ceux de ces livres de raison, livres-journaux, simples notes sans prétentions littéraires dont les rédacteurs n’ont jamais pensé que la postérité les lirait. On les a retrouvés dans toutes les provinces et neuf fois sur dix, pour le moins, ils témoignent de la plus vive et de la plus tranquille piété. Maints détails parfois nous prouvent que leurs auteurs ne sont pas des ignorants, qu’ils ont des curiosités d’intelligence. F.-J. Le Clerc achète un Montaigne à la vente du vicaire de Molliens. J.-C. Mercier, de Mamirolle, s’intéresse à l’histoire de son temps et de sa ville. L. Boutry, d’Alençon, lit Lemaître de Claville et La Bruyère ; mais leurs curiosités n’ont jamais troublé leur très vive piété. Tamisier, ancien quincaillier, à Marseille, achète lui aussi des livres, vers 1775, mais ce ne sont que des livres pieux dont Le Comte Valmont de l’abbé Gérard. Son testament prescrit que ses funérailles devront être suivies par six confréries pieuses et par l’OEuvre de la propaga-tion de la foi dont il fait partie. Il faudrait joindre à leur témoignage celui de douzaines de livres de raison, livres-journaux, mémoriaux. Peu importent les dates auxquelles ils ont été rédigés, les provinces où les auteurs habitaient. De 1715 à la Révolution, de la Flandre au Limousin, de la Touraine à la Provence, ils notent avec respect les cérémonies pieuses, les sacrements, les examens de conscience, les dévotions de toutes sortes.
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Nous sommes beaucoup plus mal renseignés sur le peuple parce que les petites gens ne tenaient même pas de livres de raison et d’ailleurs, souvent, ne savaient même pas écrire. Mais les témoignages indirects suffisent à nous prouver que, malgré les exceptions, dont nous parlerons, la très grande majorité des gens du peuple continue à pratiquer sa religion. A la veille de la Révolution, c’est encore par le nombre des communions pascales qu’on dénombre les habitants d’une paroisse. Dans la paroisse de Ruillé-le-Gravelais (Mayenne), le curé se plaint ; c’est parce que, en 1776, il y a encore trois ou quatre personnes qui ne se sont pas présentées au jubilé. Vers 1762, à Doué, en Anjou, tout le monde assiste à peu près régulièrement aux vêpres ; pour trois mille cinq cents habitants il y a p.249 d’ailleurs vingt-six prêtres. A Valence, vers 1760, à Vasseny en Soissonnais vers la fin de l’ancien régime, la piété est également très vive. A Autun, tout au moins vers le milieu du siècle, il n’y a aucune trace de « philosophisme » ; on va régulièrement à la messe, aux vêpres, aux processions. Dans la Vie de mon père Restif de la Bretonne nous a laissé un tableau sans doute fidèle de la vie chez un paysan aisé ; la religion, les lectures pieuses y tiennent une large place. D’ailleurs presque tous les livres-journaux et mémoriaux, toutes sortes de documents nous montrent quelle place tenaient dans la vie provinciale les confréries, processions, jubilés, missions de toutes sortes. Même vers 1780, les confréries « fourmillent » en Languedoc et en Provence ; le quincaillier de Marseille dont nous avons parlé plus haut fait partie de six confréries. Même aux jubilés de 1774 ou 1779, l’affluence et la ferveur sont extrêmes. Pour ne donner que cet
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exemple, à Abbeville, en 1776, a lieu une mission de cinq semaines. Pour remplacer la croix mutilée en 1765 [prétexte de la condamnation de La Barre], un Christ est porté sur un bran-card par trente-six hommes du peuple, la plupart vêtus de noir, ayant une serviette blanche mise en forme d’écharpe sur l’épaule, les cheveux épars, les jambes et les pieds nus, avec une couronne d’épines sur la tête. Ils marchent escortés de soldats et de bourgeois sous les armes, précédés de tambours et de trompettes. Un des valets de l’évêque d’Amiens brûle les oeuvres de Rousseau, de Voltaire et de Raynal. Tous ces témoignages directs confirment abondamment les témoignages généraux de Rutlidge, d’un anonyme anglais, de Norvins constatant, vers la fin de l’ancien régime, que, malgré quelque affectation de scepticisme la foi est encore solide, qu’elle est intacte dans le peuple et que si l’incrédulité s’est répandue dans Paris, elle disparaît à mesure qu’on s’en éloigne.
Un exemple caractéristique de cette religion scrupuleuse est donnée par la querelle du théâtre 1. On sait que la doctrine de l’Église condamnait rigoureusement tous les spectacles et excommuniait les comédiens. Depuis Bossuet et l’affaire du P. Caffaro la polémique p.250 entre les adversaires et les partisans du théâtre s’était âprement poursuivie. M. Bourquin et Mlle Moffat l’ont étudiée en détail et ont passé en revue plus de deux cents traités, articles, chapitres, discussions de toutes sortes où s’affrontent les censeurs austères et les défenseurs du théâtre. On pourrait croire qu’il s’agit surtout d’une querelle théorique,
1 Ouvrage de référence générale : Mlle M. Moffat, La Controverse sur la moralité du théâtre après la lettre à d’Alembert de J-J. Rousseau (1553).
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d’un thème cher aux gens de lettres, aux théologiens et aux rigoristes parce qu’il prêtait à de belles et passionnantes controverses. De fait plus l’Église s’entête, plus les moeurs la débordent. Le goût du théâtre devient une passion, une frénésie qui gagnent irrésistiblement les plus lointaines provinces. Des théâtres fixes se construisent, s’organisent, des troupes permanentes s’installent dans une bonne vingtaine de villes qui ne connaissaient jusque-là que les salles de fortune et les troupes de passage. Il est de mode, en province comme à Paris, de jouer chez soi la comédie. Pourtant il ne faudrait pas croire que l’Église prêchât dans le désert. Il reste des âmes assez dociles pour tenir le théâtre pour un péché grave et le métier de comédien pour un crime. On peut même préciser sur ce point la très bonne étude de Mlle Moffat. Mlle Moffat rappelle que Fran-çois de Neufchâteau, poète de talent et avocat, fut rayé de l’ordre, en 1771, parce qu’il avait épousé la très sage nièce de l’illustre comédien Fréville et sa jeune femme en mourut de chagrin ; que lorsque Dazincourt voulut se faire acteur toute sa famille consternée le supplia de ne pas se déshonorer. Mais il y a d’autres témoignages. En 1744, il est vrai, et à Nantes, le corps d’un comédien, mort sans confession, est jeté dans les fossés. Chabanon, dans sa jeunesse, vers 1750, croit qu’assister aux spectacles est un crime. Plus tard, de 1760 à la Révolution, le curé de Pithiviers maudit Colardeau son neveu parce qu’il a fait recevoir une pièce à la Comédie française ; Mme Cavaignac refuse de lire Corneille, Racine, Molière ; la tante de Tilly considère Corneille et Racine comme des empoisonneurs d’âmes ; Mme Milscent tient l’assistance à la comédie pour un
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« gros péché ». Quand Leprince, d’Ardenay, fait son voyage de noces à Paris, les parents font promettre de n’aller ni à la Comédie, ni à l’Opéra. Ils y vont tout de même, mais avec remords. En 1769, la mère du sieur Velaine, désolée de le voir comédien, devient folle et se jette par la fenêtre. A Lyon, en 1782, le P. Hyacinthe attire p.251 beaucoup de monde par ses prédications contre le théâtre. Même des gens qui se disent philosophes condamnent sévèrement le théâtre, tels Beaurieu et Roucher.
Enfin, on voit survivre jusqu’à la fin du siècle les formes les plus naïves ou les plus grossières de la religion. En 1752, à Paris, on colporte à travers les rues les puérils miracles d’une statue de la Vierge. En 1756, en Vendômois, on exorcise les chenilles. Seguin, avocat au parlement de Lyon, raconte qu’un sieur Bourdel s’est vendu au diable et a profané trois hosties ; elles se sont changées en trois enfants ensanglantés, et Bourdel, englouti dans la terre jusqu’à la ceinture, y brûle de tous les feux de l’enfer. « On vient de toutes parts pour le voir. » Ce châtiment se passe en 1736 ; mais les mémoires de Seguin vont jusqu’en 1770 et ne changent pas de ton. Il y a toujours des possédés (le prince de Ligne en a vu une à Morghem près de Gand) et des convulsionnaires, tous les ans, à la Sainte-Chapelle, le jeudi saint, au moins jusqu’en 1780. En 1784, à Paris, on emploie, pour se guérir, des papiers portant le nom du bienheureux Labre. La mission d’Abbeville, en 1776, dont nous avons parlé, échauffe tellement les têtes que, quinze jours après qu’elle eut pris fin, le peuple s’assemble chaque soir en procession, sans clergé, escorté de bourgeois en armes et
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parcourt la ville en chantant le Parce Domine ; il faut que l’autorité fasse défense de continuer. On pourrait multiplier les exemples, dévotions puériles et bruyantes, pèlerinages innombrables, reliques et statues qu’on promène pour toutes les calamités, qu’on trempe dans l’eau pour arrêter les inondations, etc. Il est bien vrai que la religion est menacée de toutes parts par la philosophie, qu’elle a perdu maints postes avancés et même des positions importantes, qu’on peut prévoir pour elle des reculs graves et des désastres au moins momentanés ; mais c’est encore elle qui occupe la plus grande partie du champ de bataille et qui groupe autour d’elle les troupes les plus nombreu-ses.
II. — Résistances de la tradition politique
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a. Les écrivains. — Nous verrons qu’il n’y en a pas, avant 1788, une douzaine qui soient vraiment républicains et révolutionnaires ; et p.252 ils sont fort obscurs. Il y en a beaucoup, par contre, qui demandent ou suggèrent des réformes profondes. Mais il y en a beaucoup plus qui ne veulent rien changer d’essentiel, louent le passé et le présent et ne proposent en fait de réformes que celles qui ne doivent gêner personne, s’il est possible. De 1770 à 1787, pour nous en tenir à cette période, il paraît des centaines d’ouvrages ou d’articles qui traitent directement ou indirectement des problèmes du gouvernement. Mais pour un qui montre un peu d’indépendance, il y en a bien trois qui protestent en toute sincérité de leur respect et de leur désir d’être avant tout de bons serviteurs du maître. Quand on
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parcourt des Leçons de morale, de politique et de droit public, puisées dans l’histoire de notre monarchie... publiées à Versailles en 1773, on ne s’étonne pas de les voir étroitement fidèles à l’esprit de cette monarchie puisque l’ouvrage est « rédigé par les ordres et d’après les vues de feu Mgr le Dauphin ». Mais un bon nombre de traités et dissertations politiques auraient pu recevoir des approbations aussi officielles. Lisons dans le Dictionnaire social et patriotique de Lefèvre de Beauvray (1770) l’article Démocratie : il la condamne parce qu’elle touche de plus près à l’anarchie que la monarchie au despotisme ; l’article Liberté : Lefèvre y blâme « cet esprit d’indépendance et de liberté qui mène à la subversion de tout ordre social » : l’article Grande-Bretagne : il déclare que sa liberté prétendue « s’il est vrai qu’elle existe » a été achetée par trop de maux et de crimes ; l’article Monarchie : il est l’apologie de la monarchie française. Les Éléments de la politique ou Recherche des vrais principes de l’économie sociale de Dubuat-Nançay (1773) sont si bien conservateurs qu’une suite en paraîtra sous le titre de Maximes du gouvernement monarchique. Gin donne Les Vrais Principes du gouvernement français (1777, troisième édition, 1787). Il y défend « les lois fondamentales de la monarchie pure », réfute la théorie de la « liberté politique ou de constitution » de Montesquieu, celle de l’équilibre des pouvoirs et refuse de donner des limites à la puissance du monarque ; « le gouvernement français présente le modèle de la monarchie la plus parfaite ». On pourrait énumérer interminablement les oeuvres aussi entêtées dans la défense du passé ou qui s’en tiennent à des projets de réformes purement administratives.
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p.253 Bien mieux, un bon nombre d’ouvrages qui se donnent pour philosophiques ne se proposent guère que d’opposer la saine philosophie à la mauvaise, c’est-à-dire l’esprit de tradition à l’esprit de réforme : ainsi Le Vrai Philosophe ou l’usage de la philosophie relativement à la société civile de l’abbé Boncerf (1761), L’Homme éclairé par ses besoins de Blanchet (1764), le Code de la raison de l’abbé de Ponçol (1778), la Philosophie sociale de l’abbé Durosoy (1783), la Législation philosophique, politique et morale de Picq (1787), etc.
A côté de ces gens à systèmes, à systèmes qui consolident la tradition, il y a ceux qui, sans prendre la peine de disserter, pensent comme eux et le disent ouvertement. Ce sont non seulement les ennemis des philosophes, Fréron, Palissot, Collé, etc., mais ceux même qui les fréquentent et ne dédaignent pas de les recevoir. Mme du Deffand finit par s’irriter violemment contre « nos seigneurs et maîtres les Encyclopédistes » ; elle tient Turgot pour « un sot animal » ; c’est elle qui rime pour qu’on la chante devant le roi de Suède une chanson sur les philosophes :
On appelle aujourd’hui l’excessive licence
Liberté ;
On prétend établir, à force d’insolence,
L’Égalité ;
Sans concourir au bien prôner la bienfaisance
Se nomme humanité.
La duchesse de Choiseul pense sur ces points comme sa vieille amie : « L’emploi de l’esprit aux dépens de l’ordre public est une des plus grandes scélératesses, parce que de sa nature
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elle est ou la plus impunissable ou la plus impunie. » Les faiseurs de contes philosophiques ont prêché, à l’occasion, la prudence politique comme le respect de la religion. La traduction du Voyage de Nicolas Klimius du Danois Holberg (1753) raille les faiseurs de projets politiques et les exile hors d’un état sage et heureux. Les Aventures philosophiques de Dubois-Fontanelle se moquent de leurs utopies. L’Optique ou le Chinois à Memphis de Guérineau de Saint-Peravi (1763) ne croit pas aux ministres réformateurs : « Il ôta, ainsi qu’il l’avait promis, les anciens abus, et en créa de nouveaux qui rendirent le mal plus grand qu’il n’était... il n’avait pas vu que la politique p.254 sait tirer parti de ces abus et se les rendre nécessaires. » Quand le Naru, fils de Chinki de du Wicquet d’Ordre (1775) devient bailli, il profite de ses loisirs pour lire, réfléchir et disputer avec son curé qui, « soutenant que les aumônes qu’on lui faisait étaient de droit divin, disputait beaucoup et ne raisonnait guère ». Mais « plus il se livrait à ces lectures plus il négligeait sa femme qui s’en plaignait vivement, plus il s’écartait de la route du bonheur ».
b. La vie. — Là, d’ailleurs, comme dans beaucoup de cas, les faiseurs de livres n’auraient qu’une importance relative ou discutable s’ils n’avaient pas été soutenus par la vie. Or, malgré l’affaire Calas et celle de Sirven, malgré Turgot et Malesherbes, malgré des réformes ou tentatives de réformes, la vie continue comme par le passé et reflète le plus souvent les mêmes habitudes, les mêmes préjugés. Le roi continue à agir et parler comme s’il était le représentant de Dieu. Avant la mort de Louis XV le cardinal de La Roche-Aimon transmet à la cour son acte de contrition, mais il n’est pas un acte d’humanité : « Quoique le roi
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ne doive compte de sa conduite qu’à Dieu seul, il est fâché d’avoir causé du scandale à ses sujets. » Les vieilles doctrines absolutistes sont défendues publiquement. En 1771, l’abbé Dubault, curé d’Epiais, proclame dans un sermon que le roi est maître des biens, des personnes, de la vie de ses sujets. A la cour, les grands seigneurs peuvent bien s’engouer de Voltaire et se moquer de la superstition c’est-à-dire de la religion. Leur grande affaire c’est toujours de faire leur cour, c’est-à-dire d’intriguer. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les mémoires de l’honnête et sérieux duc de Croy. S’il veut la croix de Saint-Louis et une promotion il recommence à être « courtisan assidu et dans les formes ». Alors commence une interminable énumération de visites, démarches, présentations, soupers, chez le roi, le premier écuyer, le comte d’Argenson, la marquise de Pompadour, le maréchal de Saxe, l’archevêque, les Pâris, La Poupelinière. Il faut assister aux levers, aux chasses, intriguer pour assister à un souper aux petits cabinets, pousser ceux qui peuvent vous pousser, payer cinq mille livres un habit pour le mariage du dauphin, conquérir un voyage dans le carrosse du roi, le bougeoir à son coucher. Après quoi, pas de promotion. Il faut recommencer, et échouer encore.
p.255 A Paris comme en province il n’est pas douteux, nous le montrerons, que le prestige de la noblesse diminue. Mais les nobles, grands et petits, n’en continuent pas moins, tant qu’ils ne sont pas tombés dans une obscure misère, à afficher les mêmes prétentions et la même arrogance. Les officiers nobles surtout sont toujours prêts à tirer l’épée contre le bourgeois désarmé, dans la rue ou au théâtre, dès que ce bourgeois n’est
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plus résigné à se laisser bousculer et bafouer 1. Dans les collèges, même après l’expulsion des Jésuites, il arrive encore que les nobles et les roturiers soient traités fort différemment. C’est d’ailleurs (et cela n’a guère cessé depuis lors) la bourgeoisie qui donne l’exemple de toutes les vanités de caste et qui est furieusement entêtée de préséances. Toutes les cérémonies sont réglées par un protocole méticuleux et il n’y a pas de ville, petite ou grande, où n’éclatent à chaque instant les querelles, procès, scandales parce que ceux-ci veulent passer avant ceux-là. Par exemple, en 1779, les procureurs de la sénéchaussée de Montbrison prétendent avoir le pas sur les notaires dans les assemblées et cérémonies publiques ; les notaires protestent et la cause va jusqu’au Parlement de Paris. Au Mans, la salle de distribution des prix est fermée au conseil municipal qui prétend à des honneurs qu’on ne veut pas lui donner ; le conseil fait enfoncer les portes.
Enfin, de très nombreux documents témoignent d’une telle stabilité des moeurs bourgeoises que, malgré toutes les transformations, il reste nécessairement un fond de simplicité, de tradition, de respect du passé. C’est assurément une partie de la bourgeoisie qui voudra les États généraux, qui exigera une réforme de l’État, mais non pas un bouleversement parce qu’elle est profondément hostile à tout ce qui change la vie et les coutumes des ancêtres. Nous en avons déjà donné des exemples. On pourrait les multiplier. Ainsi le livre-journal de J. Joubert, de Saint-Yrieix, avocat au parlement, riche ou du moins très aisé (1771-1785) ; sa femme fait acheter et tuer le cochon ;
1 Voir plus bas des exemples, pp. 490-491.
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il fait tisser son linge ; il paie son pain en blé et les ouvriers, en partie, en nature. Les Mémoires de F.-Y. Besnard nous ont laissé le tableau très précis de la vie bourgeoise d’une petite p.256 ville, Doué en Anjou, vers 1770-1780. On prend et quitte les vête-ments d’été et d’hiver à des époques déterminées. Les vêtements de noces et de fêtes se transmettent de parents à enfants. Les femmes de notaires, chirurgiens, marchands ne se permettent les rubans de couleurs vives ni à la coiffure (fontanges) ni au bas des robes (falbalas) ; et souvent, à quarante ou cinquante ans, elles ne portent plus que du brun. Toutes les familles bourgeoises mangent dans la cuisine, au dîner la soupe et le bouilli, au souper le rôti et la salade. Pas d’argenterie ; la vaisselle est de terre vernissée. Fonvielle nous donne une image toute semblable de la vie de petites villes du Midi, Grasse, Saint-Antonin, vers 1780. On y a, pour s’y distraire, quelques bals, et le jeu malheureusement, mais surtout les promenades et les veillées où l’on trie le marc de raisin. Ajoutons d’ailleurs à ces joies modestes et casanières quelques repas priés où l’on fait ripaille et surtout les cérémonies publiques. Joyeuses ou tristes ou simplement solennelles, peu importe. Elles sont dans la petite ville un événement et tiennent dans les livres de raison une place considérable : processions pieuses ou municipales, enterrements, entrées d’évêques, de gouverneurs, de grands personnages, ou plus modestement défilés de confréries.
Ces vieilles moeurs tendent d’ailleurs très certainement à se transformer dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il y a eu, nous l’avons dit, une polémique violente sur les bienfaits ou les
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méfaits du luxe, dans la première moitié ; mais ce n’étaient guère que des spéculations de gens de lettres ; ou du moins c’était dans la vie parisienne que le problème se posait réellement. A partir de 1750 ou 1760 au contraire, même en province, on veut d’autres plaisirs que les visites à madame la baillive ou madame l’élue et le triage du marc de raisin. Mon père, dit Grosley, travaillait en hiver dans sa cuisine ; « deux feux dans une maison bourgeoise étaient alors un luxe inconnu » ; personne ne jouait ; les seuls plaisirs étaient des goûters, en été dans les jardins, en hiver dans les cabarets. Mais « depuis trente ou quarante ans », c’est-à-dire, depuis 1730 ; vers 1760, il y a une « révolution » dans les moeurs publiques. Vers la même date, à Autun, les mères de familles filent encore la laine, même dans la bourgeoisie ; on fait tous les ans une pièce d’étoffe pour habiller p.257 le père, la mère et les enfants. Puis brusquement, en 1763, à propos de la tenue des états de Bourgogne, c’est une « rage de luxe ». A Thouars, vers 1765, on est fort ignorant ; mais il y a des concerts ; bal une fois par semaine chez la mère d’Henriette de Monbielle. A Lyon, dès 1749, on fonde des « sociétés d’agrément », celle des Colins et des Catherines, puis celle du Zodiaque, d’ailleurs fort innocentes. A Châlon-sur-Marne, ce qui est plus grave, sévit la fureur du jeu.
Goût du plaisir, goût du luxe, cela signifie sans doute besoin d’argent, avidité, inquiétude, malaises ; tout ce qu’il faut pour trouver plus lourds les impôts ou même pour s’en prendre à la politique des maux qu’on a contribué à se créer. Mais la transformation n’est sans doute pas générale ; elle n’est pas toujours profonde. Dans tous les cas, il y a un pas à franchir du
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malaise à la plainte, et ce pas il est certain que la bourgeoisie a hésité très souvent à le faire. Dans la centaine de livres de raison qui ont été publiés ou convenablement analysés, il n’y en a pas trois qui offrent un réel intérêt politique, sinon par hasard, même dans la période de 1770-1787. Il semble que ceux qui les ont rédigés ignorent tout de la politique. Assurément ils pouvaient y penser et n’en pas parler, parce qu’ils réservaient ces livrets pour les naissances, premières communions, achats et ventes, etc., etc. Beaucoup pourtant notent les travaux, constructions, cérémonies, exécutions, les affaires du culte, le chiffre des impôts, des procès, ou même des pillages, des émeutes ; rien sur les mouvements d’opinion, sur les répercussions de la politique, sur les questions qu’un homme mal informé pouvait se poser. Assez souvent même nous avons la preuve que l’auteur du livre-journal tenait un rang, qu’il était intelligent, qu’il avait des curiosités ; mais ces curiosités ne vont pas à la politique et surtout pas à la politique philosophique. « Aujourd’hui, 5 janvier 1755, écrit Seguin, avocat au parlement de Lyon, J’ai appris que ledit cardinal [de Tencin] avait eu à faire avec sa soeur jacobine et qu’il en a eu un fils, appelé le sieur d’Ardinberg » ; c’est tout ce qu’il semble savoir des encyclo-pédistes. Leprince, d’Ardenay, est actif, cultivé, avide de s’instruire ; il s’occupe de belles-lettres, d’histoire, de sciences ; il fait partie, en 1778, de la Société littéraire et patriotique du Mans. Ses Mémoires p.258 sont copieux ; mais il n’y a pas un mot sur Montesquieu, Buffon, Voltaire, Rousseau ; et pas un mot de politique. La maison J.-F. Cavillier de Boulogne, ami de Brissot, est le rendez-vous des beaux-esprits de la ville. Mais son journal
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note le temps, les récoltes, les cérémonies religieuses, les faits-divers, rien de ce que nous voudrions savoir sur ce qu’il pensait, lui ou ses compatriotes, sur les ministres, les impôts, les réformes. Parfois une note apparaît, mais elle marque l’ignorance ou l’indifférence et non la passion ni même l’attention ; et cela même à l’époque de la Révolution. F.-J. Gilbert, charentais, est un homme en place ; il a fait le voyage de Paris. Mais il se contente d’écrire en 1788 « le M. de Brienne est culbuté ; M. Nekre [sic] est en place » ; et c’est tout ce qu’il dira de la politique. La Révolution n’inspire à Lattron que cette réflexion : « Dans cette année [1789] on fit dans la France le renouvellement de l’État ; ce fut un grand troublement dans la France. »
Quand ces mémoriaux et livres-journaux se départent, parfois, de leur silence, c’est presque toujours pour protester de leur respect, de leur fidélité, de leur amour pour le roi. Le journal de Bocquet n’a pas assez de fureurs pour maudire « le monstre infernal » Damiens. Mellier d’Abbeville est tout aussi consterné par l’attentat contre « notre bon roi » ; il gémit sur l’expulsion des Jésuites ; il approuve, mollement il est vrai, l’exécution de La Barre : « Laissons le jugement de son heure à celui qui est le Tout-Puissant » ; mais il étale son affliction de la mort de Louis XV : « Pas un de ses sujets qui ne regrette sa perte. » Ph. Lamarre, secrétaire de dom Goujet, bénédictin de l’abbaye de Fontenay, est moins aveuglé ; il a le sentiment très vif des abus ; mais ce n’est pas le roi qu’il accuse : « O bon roi [Louis XVI, il est vrai] ! Si vous voyiez toutes les injustices par lesquelles on écrase votre peuple ! »
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Ainsi se justifient les témoignages généraux des contemporains qui se portent garants de l’esprit monarchique des Français : « A ces Français, écrivent, en 1749, les Vénitiens Giovanelli, il suffit qu’on leur laisse la voix pour crier Vive le Roi ! » A la veille de la Révolution, L.-S. Mercier et le voyageur anglais Moore semblent croire qu’ils n’ont guère changé : « Paris a toujours été de la plus grande indifférence sur sa position politique... Les Parisiens semblent avoir deviné p.259 par instinct qu’un faible degré de liberté de plus ne valait pas la peine d’être acheté par une continuité de réflexions et d’efforts. » Moore note la douceur de la bourgeoisie et du peuple, peu tentés de protester contre l’oppression des grands « considérés dans ce royaume comme au-dessus des lois ». Dans les cahiers du Tiers, les protestations de dévouement et de fidélité à l’égard du roi sont constantes.
C’est tout cela qu’il ne faudra pas oublier lorsque nous suivrons les progrès rapides de l’indifférence religieuse et de l’inquiétude politique, même dans la bourgeoisie, même dans les provinces. Ce sont ces progrès qui expliquent sinon la Révolution, du moins son point de départ, les États généraux et leur esprit. Mais si la plupart des sujets de Louis XVI se sont trouvés, tout d’abord, à peu près du même avis, ils ont sans doute assez vite cessé de l’être. Tous ceux dont nous venons d’évoquer les opinions se sont inquiétés, puis repris. Et ce sont eux, avec d’autres, qui font comprendre l’Empire, la Restauration ou la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe.
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CHAPITRE II
Les gens de lettres
I. — Les patriarches de la philosophie
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p.261 Après 1770, le rôle direct des grands chefs de la philosophie est terminé. Toutes leurs oeuvres essentielles sont connues ou enfouies dans leurs tiroirs ; les Confessions de Rousseau, quand on commencera à les publier, n’auront pas d’influence philosophique. L’Encyclopédie s’achève. Les dernières oeuvres de d’Holbach ou d’Helvétius n’ajoutent rien d’essentiel à celles que l’on connaît déjà. Mais leur rôle indirect commence ; le temps détermine la valeur de leur oeuvre et précise leur influence. Eux-mêmes se dégagent plus nettement de la foule ; leur nom, leur personne s’imposent à l’opinion et deviennent une sorte de symbole respecté de la philosophie.
Voltaire devient le roi Voltaire. Il doit cette sorte de royauté spirituelle à sa vie comme à ses écrits. Jusqu’à sa vieillesse à Ferney on discutait souvent ou on méprisait l’homme, même quand on admirait l’écrivain. Mais la vie du puissant seigneur de Ferney fait taire, presque toujours, même les plus malveillants. Il est puissamment riche et on le sait : près de deux cent mille livres de rente, c’est-à-dire quelque trois millions de notre monnaie. Et l’on sait aussi qu’il fait de cette fortune comme de son intelligence un emploi généreux. Il est le défenseur de Calas, des Sirven, de La Barre et de quelques autres. Il est le
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protecteur et le bienfaiteur de tous ceux qui p.262 vivent sur ses terres, qu’il y attire, qu’il s’efforce d’enrichir, et de tout le pays qui l’entoure. Il est, pour l’opinion publique, celui qui fait passer la philosophie de la spéculation à la pratique, le défenseur des faibles, le réformateur des abus. Ferney devient une sorte de pèlerinage à la mode où se rencontrent et se succèdent les grands de cette terre, les gens de lettres, des bourgeois, une jeunesse enthousiaste : le maréchal de Richelieu, l’Électeur palatin, le duc de Würtemberg, le duc de Villars, d’Alembert, Turgot, Morellet, Boufflers, Mme Suard, Chabanon, les Anglais Sherlock et Moore, etc., et des visiteurs obscurs qui sollicitent l’honneur d’entrer et de l’apercevoir. On pourrait douter de l’étendue et de la puissance de ce prestige si son retour à Paris, en 1778, et les cent documents qui nous le content n’en donnaient pas la preuve éclatante. Pendant le trajet, à Bourg, à Dijon la foule se presse pour le voir ; à Paris les commis de l’octroi se confondent en politesses. C’est à qui tentera de franchir les portes de l’hôtel du marquis de Villette où il est des-cendu. Sa réception à l’Académie, la représentation d’Irène à la Comédie française sont des apothéoses. Le roi Voltaire devient le dieu Voltaire. Et non pas seulement pour les gens du monde ou la bourgeoisie cultivée, mais pour tout le monde. Quand il sort, la foule suit son carrosse ; on peut en croire sur ce point non seulement son secrétaire Wagnière, ou Grimm, qui sont ses amis, mais encore le prince de Ségur, les Mémoires de Bachaumont qui ne sont pas aveuglés par l’amour des philosophes ou Mme du Deffand qui ne les aime pas : « Il est suivi dans les rues par le peuple qui l’appelle l’homme aux
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Calas... Ce n’est pas de la considération qu’il inspire aujourd’hui ; c’est un culte qu’on croit lui devoir. » L’autorité laisse faire ; l’Église tente de le convertir in extremis et de lui refuser une sépulture. Efforts vains. Voltaire mort entre avec éclat dans la gloire et dans une gloire philosophique.
La gloire de Rousseau fut tout d’abord assez différente de celle de Voltaire. Quand il revint à Paris, en 1770, il sembla d’abord vouloir mener la vie d’un homme à la mode. Il fréquenta les cafés, les soupers, les salons ; sans doute est-il poussé par le désir d’entrer en lutte avec les ennemis que son imagination continue à lui forger ; il fait plusieurs lectures, fragmentaires, des Confessions. Mais aucune p.263 victoire ne pouvait être remportée contre ses propres chimères ; on ne se bat pas contre des nuées. L’autorité d’ailleurs, poussée par ceux que Jean-Jacques attaque dans les Confessions, s’inquiète. Quelque temps il tente, dans sa folie, d’obtenir, de Dieu et de la postérité, la justice que ses contemporains lui refusent. Il écrit les Dialogues ; il veut les déposer sur le maître-autel de Notre-Dame. Puis il s’avoue vaincu ; il renonce. Aidé sans doute sournoisement par Thérèse, il entre dans une vie volontairement petite et obscure ; on l’oublie. Il reçoit toujours quelques visites de curieux, de disciples jeunes et entêtés ; mais il vit vraiment dans la retraite d’un petit bourgeois, sans autre ami véritable que Bernardin de Saint-Pierre. En 1778, il accepte l’hospitalité que lui offre le marquis de Girardin dans son parc d’Ermenonville ; il y meurt au bout de deux mois.
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Mais si l’on oubliait l’homme on n’avait pas oublié ses oeuvres 1. De 1770 à 1778, par exemple, il y a une dizaine d’éditions (ou contrefaçons) de La Nouvelle Héloïse, six éditions (ou contre-façons) des oeuvres complètes. On le lit au moins autant que Voltaire. Et sa mort le hausse, en un certain sens, au-dessus de Voltaire. Voltaire est mort dans son lit, dans une maison de Paris, comme tout le monde, assiégé, un peu ridiculement, par de braves ecclésiastiques brûlant du saint zèle de le convertir et qui se vantent d’y avoir réussi. Rousseau meurt brusquement, dans une sorte de solitude, dont la simplicité semble une grandeur. Il est enterré, comme un poète, comme un prophète, dans ce parc d’Ermenonville qui semble aux contemporains l’asile du rêve et de la félicité ; dans l’île des peu-pliers, il dort, bercé par le bruit du vent dans les feuilles ; autour de l’île et de l’étang encadré de bosquets profonds ce sont la ruine « presque méconnaissable » du temple de l’amour, l’autel de la rêverie, le temple « inachevé » de la philosophie, la maison rustique du « Petit Clarens », les solitudes du « Désert » et la cabane où s’arrêtait Jean-Jacques ; tout ce dont on peut sourire aujourd’hui, mais qui semblait aux contemporains les « délices du sentiment », le « trésor p.264 des âmes sensibles » et même « la voix de l’âme et de la vérité ». C’est à qui, dès lors, viendra se griser de souvenirs, d’extases, d’enthousiasme et de « philosophie ». En 1780 « déjà la moitié de la France s’est transportée à Ermenonville pour y visiter la petite île qui lui est consacrée ; les amis de ses moeurs et de sa doctrine
1 Sur l’influence de Rousseau voir P.M. Masson (1551) ; Martin-Decaen (418) ; P.-P. Plan (1562) ; Monglond (429) ; Mornet (1563 ter) et Mornet, Le Romantisme en France au XVIIIe siècle.
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renouvellent même chaque année ce petit voyage philosophique ». Pour comble de gloire, la même année « la reine et tous les princes et princesses de la cour s’y sont eux-mêmes transportés » et cette illustre famille reste plus d’une heure dans l’île des peupliers. Quand Gabriel Brizard fait lui aussi son « pèlerinage », en 1783, il n’y a pas un jour où on ne voie arriver sept ou huit pèlerins pour porter au tombeau leurs hommages ; au point qu’on est obligé de restreindre les autorisations. Mais de « courageux anglais » « se sont élancés dans les flots pour toucher la terre sacrée ». Le magister du village, Nicolas Harlet, a pu faire toute une collection des vers d’enthousiasme et d’amour piqués sur le tronc des arbres ; un inconnu vient se tuer sur la rive du lac pour mourir auprès de Jean-Jacques. La publication de la première partie des Confessions et celle des Rêveries, en 1782, par la curiosité, l’admiration, le scandale qu’elles suscitent entretiennent autour du nom de Rousseau le bruit de la gloire et les rumeurs de la mode. Bref, si M. P.-P. Plan a glané une quarantaine de pages concernant Rousseau dans les journaux du temps, de 1770 à 1777, il en a réuni plus de cent cinquante de 1778 à 1789.
Admirateurs et disciples lui demandaient évidemment une autre philosophie que celle de Voltaire. Celle de Voltaire était la raison raisonnante et critique, un scepticisme ironique tempéré par le goût de l’activité utile et même bienfaisante ; elle ne prétendait pas révéler les secrets du monde ; elle s’en tenait à combattre ceux qui prétendaient les détenir et les exploiter à leur profit ; elle se contentait de courtes vues applicables, sans tarder, à la vie de ce bas-monde. Les disciples de Rousseau au
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contraire lui demandaient l’enthousiasme, de vastes espoirs, une sorte de religion à la fois divine et humaine. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire le récit que nous a laissé de son voyage le pèlerin Gabriel Brizard : « Parmi les hommages que je fus chargé de porter au pied de ton urne sainte, ô Rousseau, je n’oublierai pas ce que m’a dit l’aimable Fanny : "Oh p.265 mon ami ! tu vas embrasser la cendre de ce grand homme. Hélas ! il est mort dans la persuasion qu’il avait tant d’ennemis ! Dis-lui bien qu’il s’est trompé, que tout le monde l’aime, que la plus tendre moitié de l’univers idolâtre sa personne et ses écrits." » Sur les sabots qu’a portés Rousseau, Brizard écrit : « G. Brizard a honoré son nom en le consacrant sur la simple chaussure de l’homme qui ne marche que dans les sentiers de la vertu. » « Mercredi matin. Deuxième journée. L’île de Jean-Jacques me tourmente ; le sommeil fuit de ma paupière. Je suis agité comme la prêtresse d’Apollon à l’approche du Dieu... Quatrième journée... Je fais toucher sur le tombeau mes tablettes et mes crayons ; je les promène sur toutes les faces, comme si une froide pierre pouvait communiquer quelque chaleur à mes faibles écrits... » Il n’est pas très sûr que toute cette exaltation soit sincère et Brizard, qui est homme de lettres, écrit peut-être dans le style à la mode et pour plaire. Pourtant il n’a pas publié son pèlerinage et des douzaines de disciples de Jean-Jacques ont témoigné des mêmes ferveurs. Elles n’ont, si l’on veut, rien de révolutionnaire. Les « sentiers de la vertu », les ivresses du sentiment, le style « qui brûle le papier » ne décident pas, par eux-mêmes, entre les chrétiens, les déistes ou les athées, entre les partisans de la monarchie absolue et ceux d’une constitution.
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Ils tendaient même, vers 1780, à inspirer le dédain des chicanes critiques et des discussions abstraites, de la théologie, de l’érudition, de l’économie politique et même de toute politique raisonneuse. La vérité était dans l’élan du coeur. Et l’on ne voit pas qu’entre 1770 et 1787 le Contrat social et les écrits de discussion politique de Jean-Jacques (les Considérations sur le gouvernement de Pologne et les Lettres à M. Buttafoco sur la législation de la Corse, qui ne s’accordent guère avec le Contrat) aient pris, dans l’opinion publique, une réelle importance. Ce sont des oeuvres où l’on ne retrouve pas Rousseau, le Rousseau qu’on aime, le Rousseau qui émeut ; et l’on semble, généralement, les ignorer.
Pourtant cette influence de Rousseau a contribué tout de même à préparer, sans qu’on s’en doutât, une sorte d’esprit révolutionnaire. D’abord parce qu’elle a nourri l’esprit d’exaltation et d’enthousiasme ; on ne fait pas une Révolution sans courir des risques ; on p.266 les accepte parce que la souffrance, la colère aveuglent, mais aussi, comme ce fut le cas pour la Révolution, parce qu’on est grisé d’espérance et même de l’esprit de sacrifice. En même temps Rousseau enseignait, ardemment, l’optimisme humanitaire. Sombre, tourmenté ou résigné pour lui-même, il était plein d’une naïve confiance dans la conscience et la bonté des hommes. Il lui semblait très simple d’être heureux, quand on n’avait pas comme lui la mauvaise chance d’être poursuivi par une coterie holbachique. Il a inspiré cette confiance à tous ceux qui allaient tenter de rendre, à la France et au monde, un bonheur perdu et si facile à retrouver. Enfin, et peut-être surtout, Rousseau devenait, à la fois par ses
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oeuvres et par sa vie, une sorte de symbole. Voltaire était justement le roi Voltaire et le grand seigneur de Ferney ; il était puissamment riche. S’il était le défenseur et le bienfaiteur des humbles, il était bien au-dessus d’eux et il n’avait aucun désir de s’abaisser à leur niveau. Mais Rousseau était le créateur d’un Saint-Preux roturier, d’une Julie née dans une famille noble, mais qui n’avait que haine ou indifférence pour tous les privilèges du rang et de la fortune. Il avait toujours vécu petitement ; il logeait dans un appartement de tout petit bourgeois ; il menait, ou à peu près, la vie d’un homme du peuple ; à Ermenonville, celle d’un paysan aisé. La première partie des Confessions allait révéler ou rappeler à d’innombrables lecteurs qu’il était fils d’un horloger, qu’il avait été commis, graveur, laquais, qu’il ne s’était à peu près jamais soucié de la fortune, qu’il avait presque toujours dédaigné ou ignoré les puissants et les riches. A tous ceux qui étaient de petites gens, des lecteurs besogneux, d’obscurs ambitieux, il apparaissait donc comme un des leurs, comme le symbole du génie et de la vertu plus grands, à eux seuls, que le rang et l’argent. Par son seul exemple il proclamait, avec la fraternité, l’égalité.
Auprès de la gloire de Voltaire ou de Rousseau celle de Diderot est sans doute assez pâle. Exception faite pour ses drames, qui n’ont rien de philosophique, aucun de ses ouvrages n’a connu de grands succès. Après 1770 il mène d’ailleurs une vie plus retirée. Il ne publie guère que l’Essai sur les règnes de Claude et de Néron qui ne passa pas inaperçu (il y en eut deux éditions), mais qui n’est pas un p.267 chef-d’oeuvre et qui ne
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passionna pas l’opinion. Diderot même n’est pas mondain. Il est l’hôte assidu du baron d’Holbach, mais on ne le rencontre guère dans les autres salons philosophiques. Il mène une vie un peu insouciante et bohème, fort aimé de ses amis, mais sans jamais faire le moindre effort pour se pousser et soigner sa réputation. On publie deux éditions de ses oeuvres (en 1772 et 1773) ; il n’y est pour rien puisqu’il y laisse insérer des ouvrages de Morelly, Morellet, Coyer, etc. Pourtant nul n’ignore qu’il est le véritable auteur de l’Encyclopédie et l’Encyclopédie est une oeuvre illustre. Quand elle fut achevée, en 1772, on en imprima à l’étranger ou à Paris six contrefaçons ; on en commence, en 1782, une refonte qui est une oeuvre presque entièrement nouvelle et encore plus vaste, l’Encyclopédie méthodique. On sait, car les gazettes s’en occupent, que la grande Catherine a acheté à Diderot, et fort cher, sa bibliothèque ; qu’il a été pendant plusieurs mois, lui fils d’un coutelier, l’hôte et l’ami de cette impératrice. Si bien qu’il est tout de même « le célèbre M. Diderot ». Et cette célébrité a un sens. Elle témoigne de la gloire de l’Encyclopédie dont la philosophie est sage et prudente ; mais elle prouve aussi la diffusion, au moins relative, des doctrines hardies du matérialisme. Parmi ceux qui les ont enseignées Morelly est obscur, le baron d’Holbach n’est pas connu comme écrivain ; il n’y a pas vingt personnes pour se douter qu’il est l’auteur du Système de la nature. C’est au contraire sous le nom de Diderot que paraissent, dans les éditions des OEuvres, et les Pensées philosophiques et la prière matérialiste qui les termine et le Code de la nature de Morelly. Un demi-siècle plus tôt de pareilles oeuvres auraient été vouées, par presque tout le
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monde, au mépris et à l’horreur des lecteurs ; vingt ans plus tôt elles auraient donné à Diderot mille tracas, comme il arriva d’ailleurs pour les Pensées. En 1772 ou 1773, à plus forte raison dans les années qui suivent, elles ne l’empêchent pas d’être le « célèbre M. Diderot » ; il est probable même qu’elles y contribuent.
II. — Les nouveaux champions
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Quelle que soit la gloire des ancêtres elle ne rejette pas dans l’ombre tous ceux qui tentent de suivre leurs traces. S’ils n’ont pas de génie, p.268 si même, bien souvent, ils n’ont pas de talent, ils ont l’avantage d’être plus jeunes, d’être nouveaux et, par leur médiocrité même, de s’adapter plus exactement au goût des générations nouvelles. Les Mably, les Delisle de Sales, les Raynal et même les L.-S. Mercier ont fait autour de la philosophie beaucoup de bruit et parfois même de fracas.
Mably n’est pas un jeune (il est né trois ans avant Rousseau) ; jusqu’en 1760 il n’est pas un inconnu ; il a été secrétaire du cardinal de Tencin et il a publié un certain nombre d’ouvrages qui ne passèrent pas inaperçus. Mais c’est après 1760 et surtout après 1770 qu’il fait paraître ses oeuvres essentielles et celles qui fondent vraiment sa réputation (les Entretiens de Phocion sur le rapport de la morale avec la politique, 1763 ; les Observations sur l’histoire de France, 1765 ; les Doutes proposés aux philosophes économistes, 1768 ; De la législation ou Principes des lois, 1776 ; De la manière d’écrire l’histoire, 1783 ; Principes de morale et Observations sur le
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gouvernement et les États-Unis d’Amérique, 1784, etc.). A travers sa longue carrière, depuis son premier ouvrage, en 1740, les idées de Mably ont évolué et parfois se sont contredites. Mais il est du moins resté fidèle à un idéal, à celui des républiques antiques ou plutôt à certains moments de certaines républiques antiques. Pour qu’une société soit heureuse, il faut qu’elle soit juste ; pour qu’elle soit juste, il faut qu’elle soit vertueuse, d’une vertu attentive et même rigide ; il faut que tous les plaisirs et même tous les intérêts de l’individu soient sacrifiés à l’intérêt général et que la seule joie du citoyen soit la grandeur et la paix de l’État. L’idéal c’est Sparte, le « prodige » que fut pendant « six cents ans » la république de Lycurgue, ou du moins, si l’on ne peut aller jusque-là, l’Athènes de Solon, la Rome de Caton l’Ancien. Toujours, pour savoir quelles sont les meilleures lois, Mably est tenté de se retourner vers « Platon, Aristote, Xéno-phon, Thucydide, Cicéron, Tacite, Plutarque, etc. » Son rêve est un rêve de cité antique, sobre, dure, égalitaire.
Il sait pourtant que ce n’est qu’un rêve. Il lui en coûte d’y renoncer. Il est convaincu, comme Rousseau, que la propriété individuelle engendre inévitablement l’excessive richesse des uns et la détresse p.269 cruelle des autres. « L’inégalité des fortunes et des conditions décompose pour ainsi dire l’homme et altère les sentiments naturels de son coeur. » Et il ne peut pas s’empêcher de tourner les yeux vers les peuples chez qui les biens sont communs, en Floride, sur les bords de l’Ohio ou du Mississipi, chez les Quakers Dunkars ou Dumplers. A tout le moins, il envie les peuples pauvres et qui veulent le rester, qui tiennent la simplicité pour une des forces essentielles de l’État, la
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Géorgie américaine, la Suisse, la Suède. C’est par ces vertus de simplicité et d’égalité qu’on peut défendre le bien essentiel des citoyens, la liberté. La liberté est un droit de nature, le plus sacré et le plus fécond : « L’égalité doit produire tous les biens parce qu’elle unit les hommes, leur élève l’âme et les prépare à des sentiments mutuels de bienveillance et d’amitié. » Mably déteste tout ce qui est despotisme, autorité sans consentement et sans contrôle ; il est l’adversaire du « despotisme légal » des physiocrates, l’adversaire même et violemment de cette constitution anglaise qui n’est qu’une apparence de liberté puisqu’elle donne au roi, à la puissance exécutive des droits que la puissance législative ne peut ni discuter ni surveiller et qui la condamnent d’avance, en cas de conflit, à être vaincue. Mably souhaite donc un État où la puissance exécutive soit toujours subordonnée à la puissance législative, où celle-ci soit entre les mains de représentants librement élus par des citoyens égaux en droits et, dans la mesure du possible, égaux dans leurs biens. Pour défendre cette liberté sacrée, les hommes peuvent recourir à tous les moyens, même à la révolte : « Regarder toujours la guerre civile comme une injustice... c’est la doctrine la plus contraire aux bonnes moeurs et au bien public... Choisissez entre une révolution et l’esclavage. »
C’est bien là tout le programme de ceux qui, à partir de 1789, choisirent la révolution par peur de l’esclavage. Et pourtant, jusqu’en 1789, jamais Mably n’a fait figure de révolutionnaire. Tandis qu’on emprisonnait l’inoffensif Delisle de Sales, qu’on menaçait le bavard et creux Raynal de toutes les foudres de l’État, non seulement Mably continuait à écrire paisiblement,
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mais ses ouvrages étaient presque tous publiés librement et même avec approbation de la censure et p.270 privilège du roi 1. Il recevait une pension de deux mille huit cents livres. C’est que les doctrines de Mably, audacieuses dans leurs principes, étaient tempérées dans leur développement par toutes sortes de réserves et de prudences. Mably n’est pas « philosophe » ; il se sépare des Voltaire, des Diderot, des d’Holbach sur un point essentiel : il respecte la religion ; non pas qu’il la défende ou fasse profession d’y croire ; il tient les cultes et les dogmes pour indifférents en eux-mêmes ; ses Principes de morale heurtent parfois directement le catholicisme ; mais il veut un culte et des dogmes et il est convaincu que, pour la France, la meilleure religion est celle qui est « reçue » ; il blâme les philosophes de ruiner un principe nécessaire d’ordre et de vertu. Or, l’autorité poursuivait les adversaires de la religion avec beaucoup plus d’acharnement que les raisonneurs politiques, aussi longtemps que ceux-ci s’en tenaient à des raisonnements généraux. En outre, Mably veut un État libre et un État vertueux ; mais il est profondément convaincu que dans les sociétés modernes et dans la société française le peuple est parfaitement incapable de liberté et de vertu. Livré à lui-même, il ne peut que sombrer dans l’anarchie et la brutalité des passions déchaînées. C’est « un ramas d’hommes sots, stupides, ridicules et furieux ». « Pure démocratie, gouvernement excellent avec de bonnes moeurs, mais détestable avec les nôtres... » Aujourd’hui il faut regarder la propriété « comme le fondement de l’ordre, de la paix et de la sûreté publique ». Le législateur devra prendre
1 La censure de ses Principes de morale (1784) fut fort bénigne, grâce
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toutes sortes de « précautions » pour « préparer les citoyens d’un État corrompu à se rapprocher des vues de la nature ». C’est-à-dire que si Mably conçoit des réformes d’un caractère révolutionnaire, il les rejette dans un avenir indéterminé ; et ses vues ne vont pas plus loin que des États généraux, des élections à suffrage restreint, des représentants attentivement surveillés pour ne pas tomber dans la démagogie, une sorte de monarchie de Juillet, philosophique et bourgeoise. C’est pour toutes ces raisons que l’oeuvre de Mably a paru relativement sage et mesurée. Ses oeuvres les plus lues avant la Révolution sont d’ailleurs les plus inoffensives. Le traité le plus hardi sur Les Droits et p.271 les devoirs du citoyen ne paraît, après sa mort, qu’en 1789. Malgré la solide réputation qu’il avait, c’est la Révolution qui le découvre, en oubliant les sagesses pratiques pour exalter l’audace des principes. Les premières éditions collectives des OEuvres sont de 1789, 1792, 1793, etc.
C’est au contraire avant la Révolution que Delisle de Sales conquit sa plus grande réputation. Sa Philosophie de la nature ou traité de morale pour le genre humain, tiré de la philosophie eut cinq ou six éditions de 1770 à 1789, éditions luxueuses ornées de très belles gravures et qui témoignent d’un très vif succès. Gros ouvrage, qui a de trois à sept volumes, mais ouvrage creux et qui ne pouvait préparer que la religion révolutionnaire et non la Révolution même. Comme le titre l’indique, Delisle de Sales prétend réformer les moeurs et non pas, tout au moins directement, les institutions politiques. Son ennemi ce n’est pas le despotisme ni, à plus forte raison, la monarchie raisonnable,
d’ailleurs à la soumission de Mably, et le livre continua à se vendre librement.
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mais « la superstition » et le « fanatisme ». Il fait copieusement et violemment le procès des prêtres avides, violents et fourbes, celui des crédulités et des terreurs qu’ils exploitent, prophéties, miracles, enfer. A ce culte corrompu et menteur il prétend substituer un culte « national », « raisonnable », « épuré ». Pour l’épurer on fondera sur la philosophie et sur la nature un théisme humanitaire tout gonflé d’optimisme et de sensibilité. « J’apprends aux riches que leur intérêt n’est pas d’écraser la terre. Je prouve à l’indigent que l’opulence consiste à rétrécir le cercle de ses besoins. Je triple les chaînes heureuses qui lient le père à ses fils et l’épouse à l’époux. » Il apprend ou prétend apprendre bien d’autres choses, mais qui se ramènent toutes à la joie de porter les chaînes heureuses de l’amour, de la tendresse, de la bonté, de la bienfaisance. Pour que la France et l’humanité soient heureuses, il suffira de remplacer le catéchisme par un catéchisme humanitaire où des prêtres, qui ne seront que des philosophes citoyens, enseigneront les délices d’une raison onctueuse, les sagesses d’une bienfaisance bénisseuse. Lesdites sagesses avaient d’abord passé plus ou moins inaperçues. Mais, en 1775, on s’avisa de condamner l’ouvrage, et puis de conduire l’auteur en prison. « La voix du fanatisme, dit Métra, convoqua une assemblée des ministres de sa p.272 fureur », c’est-à-dire les juges du Châtelet. Condamné au bannissement et à la confiscation de ses biens, Delisle fit du même coup figure de martyr. On l’installa dans l’appartement du concierge du Châtelet qu’on meubla luxueusement ; les visites et les cadeaux arrivaient tout le jour. Le Parlement intimidé cassa le jugement et ne condamna Delisle de Sales qu’à être
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admonesté. C’était lui décerner un brevet de grand homme. Il était bien convaincu qu’il l’était. Sur le piédestal de sa propre statue il avait, dit Chateaubriand, inscrit de sa main : « Dieu, l’homme, la nature ; il a tout expliqué. » Les contemporains n’étaient pas très éloignés de le croire comme lui.
Comme la Philosophie de la nature, l’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes de l’abbé Raynal (1772) est avant tout une histoire des crimes du fanatisme et de la superstition, une apologie de la tolérance et de l’« humanité » 1. L’histoire des établissements et du commerce de ces Européens est le tableau sinistre de leurs sottises et de leurs férocités et plus particulièrement des sottises et des férocités des prêtres catholiques. Le catholicisme n’est qu’une imposture habile où les tyrans et les dévots ont exploité la crédulité des hommes, inventé des miracles, des prophéties, des dogmes pour massacrer, piller, asservir. Il n’y a qu’une religion qui soit vraie, c’est celle que révèlent la nature et le coeur et qui n’est qu’une science du bonheur humain fondée sur la solidarité et la bienfaisance. Cette religion n’est ni austère, ni tyrannique ; elle fait du plaisir, de la joie un droit et même un devoir ; elle enseigne seulement et au besoin elle peut contraindre à respecter, à ménager la joie des autres comme la sienne propre. C’est aux gouvernements intelligents et justes à couper les griffes des religions dogmatiques et fanatiques, à répandre « un même code moral de religion dont il ne serait pas permis de
1 Ouvrage de référence générale : A. Feugère, Un Précurseur de la Révolution, l’abbé Raynal (1524).
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s’écarter et à livrer le reste à des discussions indifférentes au repos du monde ». Toutes ces diatribes étaient d’ailleurs fort banales ; on y retrouve les idées de Voltaire, de Delisle de Sales, avec une violence plus agressive, une rhétorique plus ronflante et p.273 les idées mêmes de Diderot, pour la raison très simple qu’il a collaboré effectivement et abondamment à la troisième édition qui fut la plus retentissante. Mais on trouve par surcroît dans l’Histoire des Indes des idées ou plutôt des proclamations politiques dont le ton est assurément plus hardi.
C’est d’abord la condamnation véhémente du despotisme, avec ce ton de fureur et de révolte qu’on ne trouve ni chez Montesquieu, ni chez d’Holbach, ni chez Mably : « Peuples lâches ! peuples stupides ! puisque la continuité de l’oppression ne vous rend aucune énergie, puisque vous vous en tenez à d’inutiles gémissements lorsque vous pourriez rugir ; puisque vous êtes par millions et que vous souffrez qu’une douzaine d’enfants armés de petits bâtons vous mènent à leur gré, obéissez. Marchez, sans nous importuner de vos plaintes et sachez du moins être malheureux si vous ne savez pas être libres. » Le despotisme « éclairé » ou « légal » ne vaut pas mieux et il mène inévitablement au despotisme tout court. Il n’y a qu’un gouvernement juste et qui puisse être heureux, c’est celui qui rend au peuple tous ses droits qui sont tous les droits. Plus d’autorité arbitraire, plus de privilèges. Le peuple est le seul souverain ; à lui seul de consentir l’impôt, à lui seul d’établir les lois ou même d’établir et de supprimer les cultes. Vainement les tyrans et les prêtres s’unissent pour étouffer cet « esprit républicain ». « La liberté naîtra du sein de l’oppression. Elle est
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dans tous les coeurs : elle passera, par les écrits publics, dans les âmes éclairées ; et, par la tyrannie, dans l’âme du peuple. » Tous les hommes sentiront enfin, « et le jour du réveil n’est pas loin, ils sentiront que la liberté est le premier don du ciel, comme le premier germe de la vertu ».
C’est là un programme plus nettement révolutionnaire que celui de Mably. C’était même, si l’on veut, un programme jacobin. Pourtant Raynal, après avoir salué avec enthousiasme les États généraux, la nuit du 4 août, protesta violemment, dans une Adresse lue à l’Assemblée le 31 mai 1791, contre ceux qui attaquent « les principes conservateurs des propriétés », contre un peuple qui chante « ses crimes comme ses conquêtes », contre les persécutions dont les prêtres sont accablés, contre « l’anarchie » révolutionnaire. Il ne se reconnaît plus dans ses disciples. C’est qu’il y a dans l’Histoire p.274 des Indes, à travers toutes les déclamations et malgré les fureurs oratoires, un grand esprit de prudence et de sagesse bourgeoise. Raynal se grise de grandes phrases et brandit fougueusement des doctrines ; mais il s’en tient à des généralités commodes : haine des tyrans, liberté sacrée, peuple souverain. Et il les fait suivre d’une condition. Il faut que la liberté soit réglée et le peuple sage. Il ne s’inquiète pas de savoir comment on peut assagir celui-ci et régler celle-là ; mais on sent aisément qu’il a une aussi vive horreur de la démagogie que du despotisme, des « factions » populaires que des « suppôts de la tyrannie ». Il loue à peu près sans réserves la constitution anglaise. Lui aussi, plutôt que d’une Révolution, rêve d’un remaniement bourgeois de l’État. Il faut
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noter d’ailleurs que les diatribes les plus audacieuses n’apparaissent que dans l’édition de 1780.
Son influence n’en a pas moins été considérable et c’est assurément cette Histoire des Indes qui a contribué le plus efficacement à répandre non pas la haine du fanatisme religieux, sur laquelle presque tout le monde s’accordait, mais la haine des « tyrans » et l’amour de la « liberté sacrée ». Il y eut, avant 1789, au moins une quarantaine d’éditions de l’Histoire 1. En 1782, L.-S. Mercier, qui avait d’ailleurs l’habitude de voir grand, déclare que pendant son séjour à Neuchâtel on en tirait huit éditions à la fois. Raynal, qui est riche, administre d’ailleurs fort habilement sa gloire. A Lyon, à Lausanne, à Berlin, il fonde des prix de littérature, d’économie commerciale, de vertu. Quand son Histoire est solennellement condamnée, en 1781, et lui-même décrété de prise de corps, il parcourt la Belgique et l’Allemagne en triomphateur. Et s’il ne se risque pas à rentrer à Paris, c’est fort paisiblement et fort glorieusement qu’il s’installe, dès 1784, à Toulon puis à Marseille.
Il n’y a pas grand-chose à dire sur Turgot écrivain. Son oeuvre écrite ne compterait guère s’il n’avait pas été intendant et contrôleur général, s’il n’avait pas traduit ses idées en actes et en édits, s’il ne leur avait pas donné par là un retentissement qui fut immense, mais qui relève de l’histoire non de l’histoire littéraire. Cette oeuvre écrite est abondante, mais elle est dispersée en un très grand nombre p.275 d’opuscules qui n’auraient guère attiré l’attention si leur doctrine n’avait pas été en partie appliquée ; beaucoup de ces opuscules sont d’ailleurs
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des études techniques qui s’adressaient aux administrateurs plus qu’au grand public. Turgot défend vigoureusement la tolérance religieuse contre la Sorbonne même et le Parlement. Il est libéral ; il veut la liberté du commerce, du travail ; il veut atténuer l’inégalité des impôts. Tout cela aurait été fort banal et fort discret s’il n’y avait pas eu la suppression de la corvée dans la généralité de Limoges, la liberté du commerce des grains, la suppression des jurandes et maîtrises, des corvées, etc. Il y a moins à dire encore sur Condorcet. Entendons que l’oeuvre philosophique de Condorcet, avant 1788, est tout à fait anodine. En dehors de ses ouvrages scientifiques et de ses éloges académiques, il n’a publié que quelques opuscules où il défend la tolérance religieuse, la liberté de la presse, combat les monopoleurs, les corvées, les abus de justice, défend la liberté du commerce des grains, tout cela sans violence et sans éclat. Il est philosophe et philosophe athée, mais avec une grande discrétion. Son rôle, son influence ne commencent guère qu’avec les assemblées provinciales, en 1788.
La Révolution marque, au contraire, le déclin littéraire de Louis-Sébastien Mercier 2. Bien qu’il ait été député à la Convention, membre du Conseil des Cinq-Cents, professeur à l’Ecole centrale, membre de l’Institut et qu’il ne soit mort qu’en 1814, il cesse à peu près d’écrire après 1789 et il n’écrit rien qui vaille. Mais avant 1789 c’est un écrivain infatigable qui publie une centaine de volumes et un écrivain célèbre ou du moins fort à la mode. Ses drames connaissent des succès éclatants. Son
1 Sans compter une douzaine d’ouvrages qui sont des extraits.
2 Ouvrage de référence générale : L. Béclard (1503).
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Tableau de Paris (1781), son An 2240 (1770) sont plusieurs fois réédités avec des augmentations et font une sorte de scandale. Mercier y tonne, en effet, contre le fanatisme et le despotisme et pour lui toute monarchie est d’essence despotique : « Les États monarchiques... vont se perdre dans le despotisme comme les fleuves vont se perdre dans la mer et le despotisme bientôt croule sur lui-même... Voulez-vous connaître quels sont les principes généraux qui règnent habituellement dans le conseil d’un p.276 mauvais monarque ? Voici à peu près le résultat de ce qui s’y dit ou plutôt de ce qui s’y fait : "Il faut multiplier les impôts de toutes sortes parce que le prince ne saurait jamais être assez riche, attendu qu’il est obligé d’entretenir des armées et les officiers de sa maison qui doit être absolument très magnifique. Si le peuple surchargé élève des plaintes, le peuple aura tort et il faudra le réprimer. On ne saurait être injuste envers lui, parce que dans le fond il ne possède rien que sous la bonne volonté du prince qui peut lui redemander en temps et lieu ce qu’il a eu la bonté de lui laisser surtout lorsqu’il en a besoin pour l’intérêt ou la splendeur de sa couronne." » Les nobles sont « méchants... cruels... oppresseurs » et n’ont con-servé que des « préjugés barbares ». A ce peuple esclave et pressuré il reste une ressource, celle de la révolte : « A certains états il est une époque qui devient nécessaire ; époque terrible, sanglante mais le signal de la liberté. C’est de la guerre civile dont je parle. C’est là que s’élèvent tous les grands hommes, les uns attaquant, les autres défendant la liberté. La guerre civile déploie les talents les plus cachés. Des hommes extraordinaires s’élèvent et paraissent dignes de commander à des hommes.
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C’est un remède affreux. Mais après la stupeur de l’État, après l’engourdissement des âmes, il devient nécessaire. »
C’est bien là l’appel à la Révolution, le plus clair peut-être de tous ceux qu’on peut rencontrer avant 1788. Pourtant Mercier a été un révolutionnaire fort modéré ; il s’est effrayé et indigné, quand il a vu ce qu’était le « remède affreux » préparé par la Convention. C’est que les déclamations sur le despotisme, l’esclavage et la révolte ne sont, pour lui, que des griseries oratoires. Elles sont précédées, accompagnées, suivies des réflexions sévères sur les dangers de la république ; elles ne visent qu’un despotisme dont rien ne suggère qu’il soit celui de Louis XV et Louis XVI. Les chapitres les plus hardis (sur Louis XIV, la noblesse, etc.) n’apparaissent d’ailleurs que dans l’édition de 1786 de l’An 2240. Mercier déteste en fait la démocratie tout autant que le despotisme. « L’expérience nous a appris que les constitutions populaires sont entachées de trop de passions et de trop de vices pour concentrer chez elles la liberté... La démo-cratie est le pire gouvernement. » A plus forte raison les démocraties p.277 communistes : « L’assurance des propriétés actuelles, voilà la base fondamentale sans quoi tout est chancelant » ; l’auteur du Code de la nature n’est qu’un imbécile malfaisant. En fait il faut donc s’en tenir à la monarchie tempérée et plus simplement encore à la monarchie telle qu’elle existe en France : « Nous avons conservé la monarchie mais limitée par des lois fixes ; nous avons retenu le monarque parce que c’est une pièce nécessaire dans un gouvernement bien ordonné, surtout quand la population est nombreuse. » C’est pour cela que l’appel à la guerre civile nécessaire se termine
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quelques pages plus loin par l’éloge du « roi philosophe » et de la révolution pacifique : « La révolution s’est opérée sans efforts », par la sagesse d’un « roi philosophe, digne du trône puisqu’il le dédaignait ». Lorsqu’il sort des rêveries de l’An 2240 pour entrer dans les réalités du Tableau de Paris, Mercier s’en tiendra donc à des réclamations contre le droit de chasse, les entraves à la liberté d’écrire, les excès des privilèges, etc., qui sont alors les réclamations de tout le monde. Il le fait avec politesse. Son chapitre sur le Gouvernement (ch. DCXLVII, 1788) s’en tient aux vues de Montesquieu ; c’est l’acceptation de la monarchie absolue en droit, tempérée en fait par la tradition et les moeurs. Il n’est violent que sur l’inégalité des fortunes, mais c’étaient les moeurs qui étaient responsables tout autant que la monarchie ; c’était la plainte d’un moraliste et non celle d’un réformateur politique. L’oeuvre de L.-S. Mercier était celle d’une « âme sensible » et d’un rhéteur épris de thèmes pathétiques non pas celle d’un perturbateur ni même d’un raisonneur convaincu.
III. — A travers les écrivains plus obscurs
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a. Les attaques contre la religion. — Elles sont d’une extrême violence et très nombreuses contre le « fanatisme ». On sent que la victoire est définitivement gagnée et qu’il ne reste plus qu’à la célébrer. Il suffit d’ouvrir presque au hasard un traité, une discussion qui touche à la morale et ne soit pas écrit par un des défenseurs de la religion pour y voir maudit ou méprisé l’esprit d’intolérance ou de persécution. Ce ne sont pas
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seulement des déistes ou des p.278 athées avoués, d’Holbach, J.-L. Carra, Deleyre, Ferrières, etc., etc., ce sont des gens modérés et qui croient l’être. Tout leur est prétexte pour gémir sur les erreurs et les férocités du passé, pour célébrer les bienfaits de l’esprit de tolérance. Gaillard, dans son compliment à Louis XVI comme directeur de l’Académie, déclare que « les deux plus funestes ennemis de la religion (après l’impiété qui l’outrage) sont l’intolérance qui la ferait haïr et la superstition qui la ferait mépriser » (1775). On dénonce le fanatisme des croisades ou celui de saint Louis. L’abbé Vertot, dans son Panégyrique de saint Louis, « unit la philosophie et la religion ». Si l’Académie propose comme sujet de concours l’éloge de Michel de l’Hospital, Guibert renonce à présenter son discours pour pouvoir prendre « un ton plus mâle et plus hardi » ; et cette mâle hardiesse est dirigée contre l’Inquisition et les guerres de religion. L’abbé Rémy concourt et remporte le prix ; il n’est pourtant pas moins violent : « L’Inquisition ! à ce mot la plume tombe, le coeur se glace, l’imagination ne voit plus que des cachots et des bûchers, des délateurs et des victimes, un tribunal de sang et des forfaits imaginaires... C’est parmi ces horreurs qu’on voit éclore une idée politique qui pacifia l’Europe et qui eût préservé la France du plus grand des forfaits : la distinction entre la tolérance religieuse et la tolérance civile. » Le discours est de 1777. A cette date le pouvoir lui-même penche à adopter « l’idée politique » de Michel de l’Hospital ; la distinction entre la tolérance religieuse et la tolérance civile va passer dans la pratique. Le cardinal de Boisgelin, pourtant très pieux, déclare qu’« une religion réprimée est la nature qu’on opprime ».
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Linguet condamne violemment le fanatisme. L’abbé J. Dedieu a fait avec précision l’histoire de cette conquête effective de l’esprit philosophique. Politique de renoncements d’abord (1774-1783) ; on laisse écrire, on laisse faire. Les brochures se multiplient. Puis (1783-1789), on se fait de plus en plus à l’idée d’accepter ouvertement et d’autoriser. Malesherbes aidé de Rulhières, de Rabaut Saint-Etienne, de l’avocat Target, rédige des Mémoires sur le mariage des protestants. Le baron de Breteuil, Lafayette, bien d’autres agissent. La majorité du Parlement est peu p.279 à peu gagnée. L’Édit de tolérance du 29 novembre 1787 est enregistré le 10 janvier 1788, tout cela malgré de violentes résistances du clergé.
C’était une victoire de l’esprit « civil », c’est-à-dire de l’esprit laïque et rationaliste. Ce rationalisme, ce désir, ce besoin d’écarter les préoccupations religieuses de tout ce qui n’est pas directement, strictement question de religion, apparaît ou s’étale dans toutes sortes d’ouvrages, même dans ceux qui sont écrits par des prêtres respectueux. « J’ai cru, dit l’abbé de Ponçol, dans son Code de la raison, devoir insister et revenir encore sur l’éloge de la Raison, attendu que c’est le fondement de toute la morale et que son excellence une fois démontrée et bien reconnue, il sera difficile à chacun de se former d’après elle un sage plan de conduite, conforme à son âge et à son état. » Quand l’abbé étudie « la religion et le culte » c’est sans parler une seule fois du christianisme en particulier. C’est évidemment sur ce même fondement de la raison que s’appuient l’abbé d’Espagnac, dans ses Réflexions sur l’abbé Suger et son siècle qui « scandalisent les dévots », l’abbé Yvon dans cette Histoire
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de la religion où il a voulu accorder « la philosophie avec le christianisme », Mailli « professeur d’histoire au lycée de Dijon » dans un Esprit des croisades qui est un réquisitoire contre l’esprit des croisades, Robinet dans ce Dictionnaire universel qui s’ouvre par un discours préliminaire où les bienfaits de la philosophie sont exaltés, et cent autres. Bien entendu beaucoup vont plus loin. Ils ne se contentent pas d’ignorer la religion : ils l’attaquent. Les uns s’en tiennent à un déisme prudent, avec des politesses à l’égard du culte ; c’est le cas de Pastoret, de Ferrières, de Ch. Levesque, etc., etc. D’autres au contraire sont des adversaires déclarés ; ils continuent l’oeuvre de Voltaire, de d’Holbach et des autres ; ils démontrent que le christianisme n’est qu’une invention humaine, absurde et malfaisante. C’est le cas de ces OEuvres de M. Fréret où l’on réunit sous son nom quatre ou cinq ouvrages violemment antichrétiens et qui ont au moins cinq éditions de 1775 à 1777, celui des Lettres à Sophie qui sont peut-être de d’Holbach, du Compère Mathieu de Dulaurens où l’on trouve, avec toutes sortes de balivernes, de violentes attaques contre la religion, d’une bonne douzaine de dissertations ou pamphlets qui sont p.280 de Boulanger, de Levesque de Burigny ou d’inconnus. Les attaques contre le despotisme de l’Église sont plus fréquentes encore. Ainsi dans l’Histoire des voyages des papes de Millon (1782) : « Le voile de l’erreur est déchiré. Puissent les souverains des nations, à l’exemple de Joseph II, opposer à l’illusion et à l’enthousiasme la raison et la vérité, briser les fers de la tyrannie sacrée ! », dans le Coup d’oeil philosophique sur le règne de saint Louis de Manuel (1786) : « C’est le tableau d’un règne sous lequel se sont réunis
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les crimes, les folies et tous les malheurs du monde », ou dans les Voeux d’un Gallophile d’A. Cloots qui se terminent par Voltaire triomphant ou les prêtres déçus. Drame.
En même temps l’athéisme commence à « marcher à visage découvert ». Helvétius, Diderot à ses heures étaient athées, mais leur matérialisme se dégageait des principes de leurs oeuvres ; ils ne l’exposaient pas systématiquement. Seuls ou à peu près d’Holbach (dans un seul ouvrage), Morelly et La Mettrie s’étaient proposés une démonstration ouverte. Après 1770, on trouverait cette démonstration dans les Dialogues sur l’âme par les interlocuteurs en ce temps-là, dans le Système de la raison de J.-L. Carra, dans l’Alambic des lois de Rouillé d’Orfeuil et surtout dans certaines oeuvres de Sylvain Maréchal qui fut à la fois « le berger Sylvain » parce qu’il écrivait des Bergeries et le « Lucrèce moderne » comme il l’affirmait modestement :
De son Dieu, de ses chefs, oui le peuple a le choix
Et peut se rétracter si son choix n’est pas sage ;
Il peut, quand il lui plaît, défaire son ouvrage.
Il peut même supprimer Dieu, et c’est le souhait fervent du Lucrèce moderne. Bref, on traite Voltaire de « bigot » parce qu’il n’est pas athée.
Rien de nouveau d’ailleurs dans toutes ces oeuvres irréligieuses, ni dans leurs arguments, ni même dans leur ton : Voltaire, d’Holbach et quelques autres avaient dit tout ce qu’on pouvait dire, avant 1770, avec toute la vigueur, toute la brutalité et tout l’esprit qu’on pouvait mettre dans la polémique. Elles ne semblent même pas sensiblement plus nombreuses, du moins si l’on ne tient compte que des ouvrages nouveaux. Le plus simple
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n’est-il pas de relire et p.281 rééditer Voltaire, d’Holbach, Fréret, Levesque de Burigny et d’autres ? L’étude des auteurs irréligieux est désormais moins importante pour nous que l’étude de la diffusion générale de leurs idées.
b. Les réformateurs politiques. — Ils sont maintenant légion : « Ils ont tellement défriché et retourné le champ de la politique, dit Bachaumont, en 1776, qu’il ne reste plus guère rien de nouveau à dire en ce genre. » En 1788, Mercier constate qu’on publie des brochures politiques « par centaines » ; c’est exagéré peut-être pour la seule année 1788 ; mais si l’on tient compte de ceux qui défendent les traditions, de ceux qui s’en tiennent à de courtes brochures, à de brefs pamphlets, de ceux qui mêlent la politique au roman, au conte, voire à la poésie c’est bien par centaines qu’on pourrait énumérer les oeuvres publiés entre 1770 et 1787. La bibliographie de Stourm étudie plus de trente ouvrages ou brochures techniques sur les finances, les impôts, le commerce, etc., publiés de 1776 à 1786, vingt et un pour la seule année 1787, etc.
Beaucoup de ces politiques sont d’ailleurs des raisonneurs fort sages qui s’évertuent pour ne changer que des détails ; ils allèguent l’histoire, la raison, la prudence pour demander que l’on continue le passé ou ne risque que des aventures sans danger. C’est le cas de certains gentilshommes : du comte de Brancas de Lauraguais qui commence par disserter philosophiquement « du Contrat social et du pacte social », mais pour conclure que ce pacte est celui de Charlemagne et que les rois de France l’ont toujours observé ; ou celui du comte de Lubersac dont les Vues politiques se bornent à demander qu’on
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cesse de suivre les usages trop anciens. C’est aussi l’attitude de gens d’église, de Bonafous abbé de Fontenay, assez hardi pour recueillir L’Esprit des livres défendus et s’inspirer de la Lettre sur les aveugles, mais fort hostile à la démocratie et même à la constitution anglaise ; ou celle de l’abbé Sauri dont la Morale du citoyen n’étudie la liberté politique — les impôts — la composition des lois que pour défendre la monarchie héréditaire et une sorte de despotisme légal. Le romantique Lezay-Marnesia est très convaincu que « les écrivains philosophes forment l’opinion publique, par l’opinion règnent sur le monde » et « forcent les gouvernements à se rendre enfin aux demandes de la raison » ; mais ces demandes ne visent p.282 que les nobles et le haut clergé oisifs et trop riches, et respectent tous les principes de la religion et de l’État. D’autres semblent plus audacieux dans leurs spéculations ; ils allèguent plus hautement les droits de la nature, le pacte social et les lois fondamentales. Mais quand il faut descendre de ces hauteurs philosophiques pour en venir à des réformes pratiques, ils se gardent soigneusement de toucher aux « assises de l’État » et se bornent à des sermons ou à des suggestions timides. Ainsi Dubuat-Nançay qui convient de l’« égalité primitive » et de l’étroitesse d’esprit des politiques asservis à la « pratique journalière » mais pour justifier presque aussitôt « l’inégalité acquise » et mettre en garde contre « le raisonneur téméraire » — ou bien Féroux qui prodigue son éloquence humanitaire pour peindre un tableau sinistre de la misère des campagnes et proposer la division des grandes propriétés, mais proclame aussi la sainteté de la religion et celle de la monarchie — ou bien Rouillé d’Orfeuil dont
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l’Alambic des lois distille la haine de la tyrannie, mais aussi la méfiance à l’égard de la république qui n’est qu’une « chimère » et le respect de la monarchie qui, « bien combinée, est le meilleur genre de gouvernement ». Même haine du despotisme dans l’Homme pensant de Ch. Levesque, qui pense d’après Descartes, Bacon et Locke mais condamne la république comme la tyrannie et tient l’égalité pour « une vaine chimère ». Barnave conclut que la multitude est toujours mineure et Condorcet qu’elle est sotte et féroce.
Chez d’autres, au contraire, le ton s’élève déjà ; les principes sont plus précis et plus fermes et l’on ose en tirer des conséquences moins respectueuses ; mais il ne s’agit toujours que d’aménagements de la monarchie et de conseils, non d’exigences. L’Ami des lois de Martin de Marivaux s’irrite contre les prétentions de l’édit de 1770 : « Nous ne tenons notre couronne que de Dieu ; le droit de faire des lois nous appartient à nous seul, sans indépendance et sans partage », car la nation partage ce droit avec le roi. Ces discussions se renouvellent au moment du sacre de Louis XVI. Morizot démontre que la puissance absolue est subordonnée à un « pacte social », mais pour en déduire que « la disposition des trônes et la succession qui y appelle » sont une suite de ce pacte social, et pour aboutir à des p.283 conclusions tout à fait modérées puisqu’il s’en remet à la conscience du roi. Le Roi voyageur de Perreau est bien un roi philosophe, fort épris de liberté de conscience, de liberté de pensée, de justice sociale mais c’est un roi qui garde tout son pouvoir de roi. Le Calendrier de Philadelphie ou constitution de Sancho Pança et du bonhomme Richard en Pensylvanie de
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Barbeu du Bourg est fort dur pour les fanatiques, les théologiens, les moines et même pour la cour, « l’ennemie née du royaume », mais il respecte les principes mêmes de la royauté absolue.
Même respect des principes, mais beaucoup moins sincère et tel qu’on peut le prendre pour une simple prudence ou même une vague politesse dans d’autres ouvrages ; en même temps le ton se fait plus âpre, la critique plus directe ; on ne déplore plus, on dénonce ; on ne souhaite plus, on exige, ou presque ; et ce qu’on continue à appeler monarchie a déjà les caractères d’une république. La Constitution de l’Angleterre de Delolme (1771) est violente contre les principes « d’obéissance passive, de droit divin, de pouvoir indestructible ». L’abbé Mey tire ses Maximes du droit public français (1775) « des capitulaires, des ordonnances du royaume et des autres monuments de l’histoire de France » ; s’appuyant sur ce long passé monarchique, il ne peut vouloir de mal au principe monarchique, mais il ne reste plus guère qu’un principe. « Chapitre I : Les rois sont pour les peuples et non les peuples pour les rois. Chapitre II : Le gouvernement despotique est contraire au droit naturel, au droit divin, à la fin du gouvernement. Chapitre III : Premier attribut de la liberté française, propriété des biens... Dans tout royaume policé, les impôts ne doivent jamais être établis que du consentement de la nation ». Au tome II dissertation sur le droit de convoquer les États généraux. Les rois sont dans l’obligation de les convoquer ou même ils peuvent se convoquer eux-mêmes. M. de Guibert a beau être comte, maréchal de camp, mondain brillant : il ne peut se tenir de dénoncer tant d’abus de
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la monarchie qu’il ne reste plus guère de ressource que dans le gouvernement des peuples par eux-mêmes. L’épigraphe de son Éloge de l’Hospital (qui ne circule que sous le manteau) est : « Ce n’est point aux esclaves à louer les grands hommes » ; mais l’heure du réveil approche pour p.284 ces esclaves : « Tôt ou tard une nation qui s’est éclairée et qu’on opprime rentre dans ses droits. » Les parlements pouvaient l’y aider ; ils n’avaient qu’à réclamer les États généraux : « Le gouvernement qui ne se serait vraisemblablement point arrêté était du moins obligé de démasquer ses vues, il s’avouait despotique, le bandeau tombait des yeux de la nation. » Les parlements ne l’ont pas voulu. Il reste un espoir, un souverain assez philosophe pour renoncer à la souveraineté : « Il changera lui-même la forme du gouvernement. Il appellera autour du trône ses peuples devenus ses enfants. Il leur dira : « Je veux vous rendre heureux après moi. Je vous remets des droits trop étendus dont je n’ai point abusé et dont je ne veux pas que mes successeurs abusent. » Il leur abandonnera donc la puissance législative. Guibert ne nous dit pas ce qui se passera si l’on ne trouve pas ce roi philosophe mais il le laisse deviner. Il y a moins de rhétorique, mais des exigences aussi hardies dans les Recherches sur l’origine de l’esclavage religieux et politique du peuple en France de F.-R.-J. de Pommereul (1783), dans le Catéchisme du citoyen de Saige (1788), dans les Voeux d’un Gallophile d’Anacharsis Cloots (1786) (bien qu’il parle de « Joseph le sage » et défende « les droits sacrés de la propriété ») 1.
1 On peut joindre, bien entendu, un certain nombre de pamphlets violents fabriqués en Angleterre par exemple, les Fastes de Louis XV ou le Procès des
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Enfin dans quelques ouvrages, mais dans quelques-uns seulement avant 1788, c’est au gouvernement démocratique que l’on fait plus ou moins clairement appel. Deleyre dans son Tableau de l’Europe (1774) entonne un hymne à la philosophie : « Après tant de bienfaits elle devrait tenir lieu de la divinité sur la terre » ; il estime que « tout écrivain de génie [philosophe bien entendu] est magistrat né de sa patrie ». Philosophie et philosophes doivent dresser les peuples contre « les souverains absolus. Ils ont craint que l’esprit républicain n’arrivât jusqu’à leurs sujets, dont tous les jours ils appesantissent les fers. Aussi s’aperçoit-on d’une conspiration secrète entre toutes les monarchies pour détruire et saper insensiblement les États p.285 libres. Mais la liberté naîtra du sein de l’oppression. Elle est dans tous les coeurs ; elle passera par les écrits publics dans les âmes éclairées ; et par la tyrannie dans l’âme du peuple. Tous les hommes sentiront enfin, et le jour du réveil n’est pas loin, ils sentiront que la liberté est le premier don du ciel comme le premier germe de la vertu. » D’ailleurs Deleyre ne laisse pas de tempérer son enthousiasme républicain ; il reconnaît que la démocratie « penche à l’anarchie » et que, dans la pratique, le gouvernement français n’a jamais été vraiment despotique. Il y a plus de brutalité chez J.-L. Carra ou Sylvain Maréchal. Le Système de la raison ou le prophète philosophe de Carra (1782) est une déclaration de guerre « aux prétendus maîtres de la terre. Fléaux du genre humain, illustres tyrans de vos semblables, hommes qui n’en avez que le titre, rois, princes,
trois rois de Bouffonidor, etc. Mais ces pamphlets sont le plus souvent dirigés contre le roi, la cour de France, leur politique plutôt que contre le régime même. Voir d’autre part le chapitre IV de cette troisième partie.
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monarques, empereurs, chefs souverains... je vous assigne au tribunal de la raison... Allez, mon livre, allez, et de la même flamme dont le bourreau vous réduira en cendres, éclairez ces ingrats et ces malheureux humains pour qui seuls J’ai fait voeu de vivre et de penser ; et si je dois expirer sous la stupide vengeance des tyrans, vous m’aurez au moins rapporté la consolation sublime d’avoir osé le premier faire mon devoir en face de tout l’univers. » L’exposé ne dément pas ces prémices. Carra réclame un « concours général » c’est-à-dire des États généraux, proclame qu’il n’y a rien de si absurde que la manie d’être noble et inscrit dans son contrat social le droit à la révolte. Dans Dieu et les prêtres, fragment d’un poème philosophique de Maréchal (1781), ou dans son Livre échappé au déluge (1784), il y a « des choses très fortes contre l’autorité », par exemple que les hommes peuvent « se passer même de bons rois. Et que les Rois ne feront jamais assez de bien aux hommes leurs semblables pour leur faire oublier qu’ils étaient tous égaux ».
Si l’on entrait dans le détail des réformes politiques proposées, on y trouverait la même gradation, de la prudence timide ou réfléchie à la hardiesse mesurée et quelquefois, mais rarement, à l’insolence. C’est le cas, par exemple, des critiques adressées aux privilèges de la noblesse. Les uns, comme Tifaut de la Noue (1775), prétendent ne pas reculer devant les « nouveautés qui étonnent » mais se bornent à proposer, avec toutes sortes de précautions oratoires, un impôt p.286 pour la noblesse. D’autres comme Boncerf, dans ces Inconvénients des droits féodaux (1776) qui firent grand bruit, sont beaucoup plus fermes et précis, mais ne défendent qu’une réforme limitée qui
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ne s’attaque pas au principe même de la noblesse privilégiée. Il se borne à demander une loi « qui dissipera les derniers vestiges de la barbarie féodale, ces droits nés de l’oubli et de la violation des lois, de l’usurpation de l’autorité et du pervertissement de tous les principes » ; et c’est sur le roi même qu’il compte pour la promulguer. D’autres vont plus loin. Perreau demande qu’on retire à la noblesse le privilège d’occuper les charges et emplois importants ; il faut les mettre au concours et donner à la noblesse le droit de travailler. Le Code de la raison humaine ou exposition succincte de ce que la raison dicte à tous les hommes (1776) demande l’égalité devant l’impôt. Une réédition de 1780 des Devoirs du marquis de Mirabeau corrige par une longue note de sept pages les idées du marquis sur la noblesse et démontre les inconvénients des privilèges de la noblesse héréditaire. Parfois enfin on attaque violemment le principe même de la noblesse. Pour Manuel, par exemple, la féodalité a fait des Français des esclaves semblables aux nègres de Cayenne. En écrivant Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre ne se pose pas en réformateur, ni même en raisonneur ; il ne veut emprunter que les voix pacifiques de la « nature » et du « sentiment ». Mais parmi les préjugés qui font le malheur des hommes, l’histoire de Mme de La Tour est bien la condamnation formelle du préjugé nobiliaire. Nous retrouverons cette condamnation en étudiant les ouvrages d’imagination.
c. Les réformes sociales. — II faut, en principe, moins de hardiesse pour les proposer ; la plupart d’entre elles pouvaient en effet être réalisées sans toucher à rien d’essentiel dans l’organisation politique. On pouvait, nous l’avons dit, réformer la
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législation criminelle, l’administration de la justice, la vénalité des charges, une partie du code civil, l’organisation des milices, ou même, dans une certaine limite, le système des impôts, etc., sans ébranler les assises de la monarchie absolue. Sans doute, tout s’enchaîne et la pente est rapide qui mène de ces problèmes à des problèmes proprement politiques. L’autorité ne l’ignorait pas et, à plusieurs reprises, elle interdit d’écrire p.287 sur toutes les matières d’administration et de finances. Mais, dans la pratique, elle se montra beaucoup plus tolérante et les écrits sur les abus purement sociaux sont encore plus nombreux que les ouvrages politiques. Les académies proposent comme sujets de concours certains de ces problèmes sociaux, ceux de la mendicité, de la législation criminelle, etc. 1
Les attaques les plus violentes et les plus efficaces furent dirigées contre la législation criminelle. Dix affaires retentissantes, celles de Calas, des Sirven et de bien d’autres avaient soulevé l’opinion publique non seulement contre le fanatisme mais contre la procédure, la torture, la rigueur féroce des châtiments. En 1780, l’académie de Châlons-sur-Marne met au concours l’étude de la réforme de cette justice criminelle. C’est Brissot qui remporte le prix et dans son discours, comme dans ses Recherches sur le droit de la propriété et sur le vol considéré dans la nature et dans la société, dans la Bibliothèque philosophique du législateur dont il dirige la publication, il n’est pas tendre ni pour les lois ni pour la justice féroce : il va jusqu’à dire (d’ailleurs après Beccaria) que pour un affamé le vol est « une action vertueuse, commandée par la nature même ». De
1 Voir troisième partie, chapitre IV.
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Pastoret, Prost de Royer frappent à grands coups sur « le gothique édifice » de ces lois. Dès 1784, Dupaty fonde une société pour traduire les ouvrages de législation, puis proteste contre la peine de mort appliquée au vol domestique et publie, en 1788, deux ouvrages pour une réforme totale de la législation criminelle. En 1787 les critiques deviennent de furieuses colères. Ainsi celles de Marat, dans son Plan de législation criminelle, ou de Cerutti qui met pour épigraphe à sa Réforme du code criminel « Monstrum horrendum, informe, ingens cui lumen ademptum ». D’autres, plus polis, ne sont pas plus tendres.
L’énumération des ouvrages relatifs à la réforme des impôts et de l’administration des finances serait fort longue ; on la trouvera dans l’ouvrage de Stourm 1. Un certain nombre d’entre eux ne sont que de vastes et vagues systèmes utopiques qui font appel à la bonté p.288 du roi, à l’humanité des riches, à la sagesse des pauvres. Beaucoup n’ont qu’un caractère administratif. Il s’agit soit de demander aux mêmes le même argent mais avec plus d’adresse et de politesse, soit de trouver le moyen de faire faire bonne chère au gouvernement et à la cour avec peu d’argent, soit de réformer les abus de la perception en réduisant les profits vrais ou faux des financiers. Si l’on recueille ici et là les plus hardies des mesures proposées, on peut dresser une liste de caractère révolutionnaire : impôts massifs sur les riches, maximum fixé aux fortunes, ateliers publics, minimum de salaires, etc. Mais, dans la réalité, ou bien ces propositions sont dispersées et noyées dans un ensemble anodin, ou bien elles apparaissent dans ces vastes systèmes
1 Bibliographie, 1573.
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utopiques dont on ne pouvait tirer aucune conséquence pratique. Pourtant, quand on approche de la Révolution, c’est bien parfois, à travers la critique des finances et des impôts, toute l’armature de l’ancien régime qu’on veut ébranler. L’Encyclopédie méthodique dans sa partie Finances (1784) ou sa partie Économie politique (1788) montre la sagesse d’une vaste entreprise qui a besoin des indulgences de l’autorité. Elle ne croit même pas possible la suppression des gabelles. Mais elle est fort dure pour les gouvernements qui ne craignent pas de « sacrifier les fruits de plusieurs années au besoin du moment et étouffent ainsi les générations futures sous le joug qui accable les générations présentes » ; elle affirme que le système des fermes « foule le peuple ». Le chevalier d’Arcq dans ses Essais (1786) témoigne d’un esprit conservateur ; il se voue à la défense de la religion et des moeurs ; pourtant c’est de l’« horreur » qu’il éprouve pour la lourdeur des impôts et les violences des traitants. Deleyre, bien entendu, n’a pas les scrupules du chevalier d’Arcq. Il veut un impôt unique sur la terre, qui ne fera nulle distinction entre les biens de roture et les biens sei-gneuriaux, car « ce serait le comble de la bassesse et de la folie » ; les taxes seront ordonnées, réglées et administrées par les représentants de la nation : « Gens de cour... que gagnez-vous à élever l’édifice du despotisme sur les ruines de toute espèce de liberté, de vertu, de sentiment, de propriété ? Songez qu’il vous écrasera tous. »
On pourrait étudier dans le détail les idées des réformateurs sur toutes sortes de points particuliers : la condition des bâtards, le p.289 divorce, les jurandes et maîtrises, les corvées, les milices.
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L’étude conduirait aux mêmes conclusions. Les projets de réforme, soit dans des discussions particulières, soit au cours d’ouvrages plus généraux se multiplient d’année en année ; et ils deviennent très hardis vers 1780. Par exemple N.-J. Bouilly soutient à Orléans une thèse de droit où il réclame pour les bâtards une partie de l’héritage paternel. La thèse est approuvée par le recteur. Grand scandale. L’évêque et l’officialité protestent véhémentement. Mais Bouilly, soutenu par le procureur du roi et par six cents camarades, est reçu bachelier à l’unanimité. L’Encyclopédie méthodique (1783) n’admet pas le divorce ; mais il est significatif qu’elle le discute longuement. Et Petion de Villeneuve ose envoyer à l’académie de Châlons, qui se garde d’ailleurs de le récompenser, un Essai sur le mariage (1785) où il réclame le mariage des prêtres et le divorce.
IV. — La littérature d’imagination : contes, romans, théâtre
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Les contes et romans « philosophiques » sont fort abondants. Le prodigieux succès des contes de Voltaire les a mis à la mode. Ils offrent de précieux avantages. Par eux on peut à la fois instruire et plaire, se faire la réputation d’un homme d’esprit en même temps que celle d’un raisonneur ; par surcroît on se met plus aisément à l’abri des foudres de l’autorité ; on a la ressource des symboles et allégories ; on se transporte en Chine, en Perse, dans une île inconnue, chez des peuples imaginaires et l’on atteste qu’il faut avoir l’esprit bien mal fait pour appliquer aux prêtres catholiques ce qu’on dit des bramines et aux ministres de Louis XV ce qu’on raconte des mandarins.
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En matière de « fanatisme » et de liberté de pensée les contes et romans renchérissent sur Voltaire. Là comme ailleurs on sent que la cause est brillamment gagnée et qu’on peut remplacer les arguments par des sarcasmes et des malédictions ; l’allusion et l’ironie même cèdent le pas à des condamnations directes et brutales. « Supposé, dit le fanatique Xalem de On ne s’y attendait pas, supposé que notre état contînt quinze millions d’habitants et que la moitié s’avisât de soutenir ou même de prétendre que c’est le pouce de p.290 la main gauche qu’il faut lever en priant au lieu de celui de la main droite, aussitôt nous les enverrions chercher asile ailleurs. » « Hélas ! mon ami, lui répond le sage roi Redi-Ferca, les faibles humains ne trouvent-ils pas assez de motifs de discorde et de haine dans la discussion de leurs intérêts sans en chercher de nouveaux dans leurs sentiments. Jaloux de mon culte, je n’userai jamais de rigueur contre ceux que le hasard ou la persuasion en éloigne ; je réserve la sévérité pour les révoltés ou les scélérats. » Redi-Ferca est encore un pacifique qui parle avec sérénité. Le Roman philosophique le prend sur un autre ton. « Sir James » y fait un tableau horrifié de la nation qui obéit à un souverain despotique et « aux ordres plus despotiques encore d’un théologien dont ils entretiennent le luxe et qui les livre en détail aux flammes dévorantes parce que quelquefois ils s’avisent de penser tout haut, d’être honnêtes et de secourir la vierge innocente et malheureuse qui refuse de consentir à satis-faire les désirs effrénés de gens qui ont fait voeu de n’en point avoir ». Le Faustin ou le siècle philosophique de Doray de Longrais ne s’aveugle pas sur les philosophes du siècle ; il leur
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décoche des railleries. Il est pourtant, comme le dit Doray lui-même, une « petite esquisse de la superstition à l’agonie : convulsions qui l’agitent dans les bras du fanatisme, de la mômerie, du despotisme, de l’intolérance ; dernières fureurs avec lesquelles elle vomit les fèces de son affreux venin avant que de céder la victoire à la raison et à l’humanité ».
Cette victoire de la raison et de l’humanité sur le fanatisme venimeux est célébrée plus ou moins longuement dans un certain nombre de contes et romans ; mais leur nombre ne se multiplie pas et, très souvent, c’est en passant. Il semble qu’on n’ait plus à s’acharner sur un ennemi depuis longtemps vaincu et pratiquement désarmé. De plus dignes objets attendent les sages de ces contes ; ce sont les discussions politiques et sociales. Elles se multiplient et deviennent de plus en plus hardies, tout comme les discussions directes des traités et dissertations. Souvent d’ailleurs, et même le plus souvent, on ne pense pas à bouleverser l’État ; on est monarchiste, sincèrement, et l’on s’en tient à dénoncer ces abus qu’un monarque pourrait corriger sans renoncer aux principes de son autorité. C’est le cas de L.-S. Mercier dans ses Songes philosophiques p.291 où il rêve de réformer les abus administratifs, les bureaux, les commis, les douanes intérieures, le droit de chasse, les corvées, les entraves à la liberté de pensée, sans compter le fanatisme, mais où il ne maudit la tyrannie que pour faire l’éloge d’une monarchie raisonnable. Le Naru fils de Chinki de du Wicquet d’Ordre (1776) est un pamphlet qui dénonce avec violence les méfaits ou plutôt les crimes des impôts, de la gabelle, du fisc, des corvées, des
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jurisprudences dont le résultat est de jeter dans la ruine et le désespoir un homme intelligent et de bonne volonté. Mais c’est « l’Empereur nouvellement monté sur le trône de ses aïeux » qui porte remède à tous ces maux et non pas une volonté populaire ni même un « corps intermédiaire ». Le conte On ne s’y attendait pas proteste contre les complications monstrueuses de la justice, même contre l’insolence de la noblesse, aussi bien que contre le fanatisme et les mariages indissolubles ; mais c’est un roi sage qui en fait le procès contre le Français Xalem qui tente de les justifier. Grivel reprend, de 1783 à 1787, la tradition des utopies politiques et sociales. Comme Denys Vairasse, Gabriel de Foigny, Tissot de Patot, l’abbé Prévost, Holberg et les autres, il nous propose dans son Ile inconnue les sagesses d’un gouvernement capable de donner aux hommes la plus pure félicité. Ces sagesses sont innombrables et méticuleuses ; elles enseignent aux mères à allaiter leurs enfants et à ne pas les emmailloter, aux maîtres les bienfaits de l’éducation physique. Elles s’attaquent beaucoup plus hardiment à toutes sortes d’abus graves de l’ancien régime, aux guerres de magnificence, à la torture, à la disproportion des délits et des peines, même à la peine de mort, à la vénalité des charges, à la censure, à l’injustice des impôts. Mais ce sont malgré tout des sagesses bourgeoises et prudentes. Même dans cette île inconnue où l’on n’est pas lié par la tradition, on prendra toutes les précautions pour que la monarchie ne dégénère pas en despotisme, mais on laissera au roi beaucoup plus d’autorité que dans la constitution anglaise qui n’est en réalité qu’une oligarchie.
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On trouve les mêmes tempéraments dans le Voyage de la raison en Europe de Caraccioli, le Mirzim de J.-A. Perreau, etc. Il y a au contraire un accent de révolte et parfois presque farouche dans les p.292 Mille et Une Folies de Nougaret (1771) ; récits sarcastiques ou pathétiques : un homme est condamné pour impuissance au Parlement et au Châtelet pour avoir engrossé la fille de son hôtesse ; un valet de financier devient financier et achète le palais de son premier patron ; des parents barbares contraignent leur fille à entrer dans un couvent ou la séparent de celui qu’elle aime pour la marier à un riche vieillard ; les amants et les amantes ainsi séparés meurent ou deviennent fous. Le père avare de Jacqueline refuse de la marier à celui qu’elle aime ; elle se sauve, entre en service chez un maître avare qui pendant trois ans ne lui paie pas ses gages ; pour sauver son amant elle en dérobe le montant ; elle est jugée, condamnée, pendue. Les folies de Nougaret sont donc des folies cruelles ; mais elles maudissent des abus sociaux et ne poussent pas à des révoltes politiques. Tout au plus tournent-elles en dérision l’insolence des grands qui se croient « les enfants chéris du Créateur » et tiennent le peuple pour de « vils esclaves ». Le Roman philosophique ou traité de morale moderne (1773) est beaucoup plus « républicain ». Il est tout aussi féroce pour l’intolérance, la dureté, la cupidité du clergé. Il l’est beaucoup plus pour le pouvoir arbitraire et les privilèges militaires. « L’État a trois ordres de citoyens, répondit sir James : les théologiens se sont arrogé le premier rang ; le second appartient aux nobles, et le peuple a le dernier. On devrait retourner l’ordre : la noblesse garderait le sien, et les ecclésiastiques, devenus les derniers,
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seraient à leur place. » C’était mettre le peuple au premier rang et demander une révolution.
Beaucoup de poètes se piquent, comme les romanciers, d’être philosophes. Saint-Lambert dans Les Saisons se fait le défenseur du pauvre et du laboureur, blâme le luxe et le fanatisme. Roucher dans Les Mois proteste contre le fanatisme, le despotisme, l’injustice de certains impôts, justifie le divorce, la liberté du commerce des grains ; il est assez hardi pour que la censure impose des coupures et que le poème paraisse avec des blancs. Mais ni l’un ni l’autre, ni Léonard, ni Lemierre dans ses Fastes, ni Lebrun dans La Nature, ni Chénier dans son Hermès ou l’Amérique ne sont révolutionnaires, ni même « républicains ». On s’acharne surtout contre le fanatisme catholique. On peut feindre de s’y tromper dans La Veuve p.293 du Malabar de Lemierre (1770) bien que, dit Bachaumont, à la reprise de 1780, on soit « ému d’indignation et tantôt agité d’un rire de satisfaction, en voyant les prêtres démasqués, honnis, bafoués ». C’est beaucoup plus difficile ou c’est tout à fait impossible pour l’Honnête Criminel (protestant persécuté) de Fenouillot de Falbaire (1768), pour Les Druides de Leblanc de Guillet (1772) ou son Manco-Capac (1782). Dans Les Druides les prêtres sont de « farouches imposteurs, des ministres sanglants, des artisans éternels de désordre et de haine » ; la religion stupide et féroce est celle de Hésus. Il va sans dire que la représentation fit scandale ; mais l’autorité n’intervint qu’à la treizième représentation (et interdit l’impression). La Destruction de la Ligue de L.-S. Mercier est beaucoup moins insolente ; elle se contente de nous proposer un bon roi et une religion « épu-
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rée ». La satire politique, avant Le Mariage de Figaro, s’en tient au contraire à des éloges anodins de l’égalité sociale, à de vagues déclamations contre la tyrannie, à des portraits de despotes cruels qui traînaient d’ailleurs, sans intentions politiques, dans cent tragédies depuis plus d’un siècle. Parfois les allusions se précisent et les pièces prennent l’allure d’une leçon faite aux rois ; mais c’est une leçon où l’on s’en remet en somme à la bonne volonté du roi. Telles la comédie d’Albert Ier de Leblanc de Guillet (1772), satire des traitants, qui fut interdite, ou le drame de Jean Hennuyer de L.-S. Mercier (au moins trois éditions de 1772 à 1775) qui comprend « quelques dissertations vives sur la résistance qu’on doit opposer aux ordres du souverain quand ils répugnent au bon sens, à l’humanité, à la nature, à la religion ; pour faire sentir l’absurdité d’une obéissance aveugle et passive comme les despotes l’exigent » ; en 1772, l’ouvrage est « rare et proscrit » ; mais il suffisait au roi de France de ne pas se conduire en despote aveugle pour n’avoir rien à craindre de pareilles dissertations.
Le Mariage de Figaro avait une autre portée 1. On l’a dit cent fois et avec juste raison ; et l’on a fait avec précision son histoire. Ce n’est pas que la politique y tienne, matériellement, une grande place : quelques boutades et un monologue dont la plus grande partie p.294 s’en tient à réclamer la liberté de la presse, c’est-à-dire, à cette date, une banalité. Le sujet n’est qu’un « imbroglio » qui ne met en cause que la vertu des femmes et non pas le destin des États ; Jean Hennuyer ou même Les Druides avaient bien d’autres prétentions. Mais la
1 Ouvrage de référence générale : F. Gaiffe, Le Mariage de Figaro (1527).
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force de Beaumarchais était justement de ne pas disserter ; il se contentait de faire vivre ses personnages et c’était leur vie même qui était la plus audacieuse critique de l’ancien régime. Déjà dans Le Barbier de Séville, c’est Figaro qui avait pour lui l’intelligence, l’esprit, l’adresse et qui faisait sentir aux spectateurs qu’en bonne justice il aurait dû être le maître et non le valet. Pourtant, le comte Almaviva y avait pour lui la jeunesse, de l’allant, et quelque souplesse d’esprit. Dans Le Mariage, il n’est plus que le grand seigneur qui s’est donné la peine de naître et qui ne veut pas se donner celle d’être honnête et reconnaissant. Le « génie » de Figaro s’est élevé tandis que celui de son maître s’effaçait. Et c’est ainsi l’homme de rien, l’aventurier qui mène les événements et qui mérite de les mener. Il le dit, avec un mépris éclatant pour ceux que l’état social le condamne à servir. Et c’est beaucoup qu’il le dise. Mais ce qui importait plus encore c’est qu’on était forcé de le croire parce qu’on était forcé ou tenté de l’aimer.
On sait que malgré tout l’autorité regimba et que la représentation fut d’abord interdite. On sait aussi que c’est justement par l’appui de ces privilégiés dont il faisait le procès que Beaumarchais triompha. Lectures de sa pièce chez la princesse de Lamballe, chez le grand duc et la grande duchesse de Russie, chez la maréchale de Richelieu, la duchesse de Villeroy, etc. La représentation est autorisée, puis brusquement interdite le soir de la première. La Comédie joue pourtant la pièce à Gennevilliers chez le comte de Vaudreuil. L’autorisation définitive est enfin donnée et le rideau se lève le 27 avril 1784. Les journaux, les chroniqueurs, les mémoires, les cor-
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respondances nous ont gardé le souvenir du vertige de curiosité qui précipita la cour et la ville à la représentation ; les plus grands seigneurs, les plus grandes dames imploraient des billets et consentaient à toutes les bassesses pour obtenir un coin, même au parterre. Les portes sont enfoncées ; on raconte que des femmes ont été étouffées. Bref la recette est de 5 698 livres 19 sols, chiffre énorme p.295 pour le temps. De semaine en semaine le succès s’accroît. Les maladresses de l’autorité le servent. Par ordre du roi et pour une insolence, Beaumarchais est arrêté. Il faut le relâcher cinq jours après. C’était Figaro qui triomphait, c’est-à-dire la roture ; elle triomphait par la complicité même de ceux qu’il bafouait, des gentilshommes qui l’applaudissaient. Les contemporains mêmes en sont demeurés stupéfaits : « Il faut, écrit La Harpe, que le gouvernement n’ait plus d’autre principe que celui de Mazarin : "Laissons-les dire pourvu qu’ils nous laissent faire". »
Il ne faudrait pas d’ailleurs exagérer la portée ni du Mariage, ni des romans ou contes de toutes sortes. Ils confirment ce que nous a appris l’étude des traités et dissertations en forme. Contre le « fanatisme » et même contre le dogme religieux, à peu près toute licence. La victoire est gagnée avant même 1770 et par là même la bataille tend plutôt à se ralentir. On n’ajoute rien à ce qu’avaient dit Voltaire, d’Holbach et les autres, sinon, parfois, plus d’insolence et de brutalité. Par contre, c’est bien vers 1770 qu’en politique, la victoire penche décidément vers les « philosophes », vers ceux qui demandent des réformes, et, en premier lieu, le droit de les demander. Le nombre des contes, romans, pièces de théâtre assaisonnés ou farcis d’allusions ou de
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discussions politiques augmente jusqu’au moment où ils foisonnent. Les réclamations se font plus nombreuses, plus directes, parfois plus impératives. Mais le plus souvent on n’y sent aucun désir de révolution ; on espère dans la raison, la sagesse du roi ; tout au plus le prie-t-on avec une certaine fermeté de consentir, pour l’avenir où un roi sage ne serait plus là, à certaines garanties. On a la haine du despotisme ; mais peu de gens croient qu’un bouleversement soit nécessaire pour l’éviter à la France. Les appels à la force, à la volonté du peuple ne sont encore que l’exception ; encore les devine-t-on dans le ton et les allusions plutôt qu’on ne les lit dans les mots. La Révolution couve ; les faits le prouveront ; mais avant l’échec de l’Assemblée des notables (mai 1787) et même jusqu’en 1788, personne ou à peu près ne pouvait s’en douter.
Les « philosophes » qui ont été les témoins de cette révolution ont presque tous refusé de s’y reconnaître. Quelques-uns, comme p.296 Sylvain Maréchal, furent certainement d’accord avec eux-mêmes. Dulaure, Deleyre votent pour la mort de Louis XVI, sans sursis ; mais il n’est pas sûr que ce ne fut pas pour hurler avec les loups ; Dusaulx ne vote que la détention et le sursis. Et Marmontel, Morellet, Chénier, Raynal, Roucher, L.-S. Mercier, Beaumarchais vont très vite, nous l’avons dit, de l’enthousiasme ou de l’acceptation au dégoût. Beaumarchais est exilé, Brissot, Chénier, Roucher sont guillotinés. Tous auraient ou à peu près souscrit à la condamnation de Marmontel : « Complot barbare, impie et sacrilège. »
V. — La morale sociale et patriotique
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Il faut tenir compte enfin d’un courant d’opinion très puissant et que la littérature a sans doute presque entièrement créé. En apparence il n’a rien à voir avec l’esprit révolutionnaire. Nous avons dit que les philosophes en essayant de ruiner l’esprit religieux avaient en même temps essayé d’organiser une morale laïque, indépendante de tous les dogmes et fondée sur la conscience universelle. Ils en avaient très clairement développé les principes : droit au bonheur, mais nécessité de rechercher le plus grand bonheur du plus grand nombre et, par conséquent, nécessité d’une entente, d’une morale sociale ; en même temps pour beaucoup, et bientôt, après 1760, pour presque tous, bonté naturelle de l’homme, instincts généreux du coeur qui nous font mettre une partie de notre bonheur dans la tendresse, le dévouement, l’« humanité », dans le bonheur des autres. Pendant un certain temps la philosophie s’en tint à raisonner sur les principes généraux. Mais, vers 1770, ces principes sont pour ainsi dire acquis ; et l’on va travailler à en dégager les consé-quences, à organiser l’enseignement de cette morale humanitaire. Assurément, on pouvait raisonner minutieusement sur la bienfaisance ou le patriotisme sans avoir le moindre désir de prêcher la révolte ou même le mécontentement. Mais il se trouve que la Révolution, au moins à ses débuts, a été une révolution profondément optimiste. En bouleversant l’ordre établi, elle a cru qu’il serait extrêmement facile d’établir un ordre nouveau. Et elle l’a cru parce qu’elle était convaincue que, délivrée des abus et des misères d’un régime p.297 politique tyrannique et corrupteur, l’humanité entendrait clairement en
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elle les voix qui lui prêcheraient la « fraternité », qu’il serait très facile de lui faire pratiquer les vertus sociales et même de faire avec ces vertus des joies. En enseignant la morale sociale et patriotique, les philosophes ont donc développé une des forces dont la poussée a fait éclater la Révolution.
Ce serait une très longue étude que d’étudier le détail de ce mouvement. Nous ne pouvons qu’en indiquer les caractères généraux. Croyance à la bonté naturelle de l’homme, tant qu’il n’est pas corrompu par les vices nés de sociétés mal organisées, tableaux attendris de la vie des « bons sauvages », de leurs vertus malgré quelques barbaries ou quelques grossièretés, de leur bonheur malgré quelques turbulences et quelques préjugés ; le plus souvent comparaison entre leur simplicité, leur franchise, leur santé, leur gaîté et les corruptions, les hypocrisies, les inquiétudes des civilisés. Chez les missionnaires ou les conteurs de l’école de Rousseau, éloge de leur candeur, de tout ce qui les rapproche des « premiers chrétiens » ou des âges « pastoraux » ; chez les encyclopédistes ou leurs disciples, éloge de la « bonne nature » qu’ils suivent et qui les rend heu-reux parce qu’ils ignorent les fausses vertus de contrainte et d’ascétisme inventées par le fanatisme religieux. Quelles que soient d’ailleurs les conclusions et les polémiques, l’illusion est presque universelle. Elle ne repose pas sur des rêveries de philosophes ou des utopies de romanciers ; elle s’appuie sur les récits des voyageurs et notamment les récits des missionnaires. Parfois, on rencontre quelques doutes, quelques scepticismes, quelques négations ; on insinue ou on affirme que les sauvages sont féroces et misérables. Mais ces objections se perdent dans
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la masse des récits, romans, contes où le sauvage est bon et heureux, meilleur du moins et plus heureux que le civilisé. L’excellent ouvrage de M. Chinard 1 cite une centaine d’ouvrages parus de 1715 à 1789 où se peint ce « rêve exotique ». On pourrait allonger la liste. On pourrait la doubler si l’on y joint les exposés, les traités, les romans, contes, poèmes où le sauvage heureux et bon apparaît en passant.
p.298 Pourtant personne ne croit que l’on puisse revenir au bonheur des Taïtiens ou des Hurons, ni même qu’il suffise de supprimer les vices pour que les vertus refleurissent d’elles-mêmes. Il faut adapter la morale naturelle à notre état de civilisation, il faut organiser une morale sociale et l’enseigner.
On la met donc en traités méthodiques. Il y en a une douzaine sans compter les ouvrages qui en dissertent plus ou moins longuement. La plupart sont d’ailleurs fort respectueux de la religion, prétendent la servir ou même y conduire pour couronner leur oeuvre. Mais tous, tous ceux qui nous intéressent (et leur titre même l’indique) croient qu’ils pourraient se passer d’elle. L’Éducation civile de Garnier (1765), Les Devoirs du marquis de Mirabeau (1769), le Code de l’humanité de Barbeu-Dubourg (1768), le Dictionnaire social et patriotique de Lefèvre de Beauvray (1769), le Dictionnaire de morale philosophique du P. Romain Joly (1771) sont pieux et monarchistes. Mais ils font une large place à une éducation, à une morale puisées non dans le dogme mais dans la conscience naturelle et dans les néces-sités de la vie sociale. C’est ainsi que le marquis de Mirabeau étudie successivement cinq classes de devoirs, ceux de l’homme,
1 1517.
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du citoyen, du propriétaire, d’un notable dans la société, d’un prince, pour ne traiter que dans une sixième partie des devoirs de l’homme envers son auteur. Le ton est plus clairement laïque et social dans La Morale du citoyen du monde ou la morale de la raison de l’abbé Sauri (1776), qui commence, pieusement, par une démonstration sincère du christianisme, mais pour ne plus raisonner ensuite qu’en philosophe social et en citoyen, avec des articles sur l’agriculture, la population, les manufactures, le commerce, la marine ; ou dans l’Esprit du citoyen de J.-F. Dumas (1783). D’autres abbés ont les mêmes desseins et le même esprit, l’abbé Duval Pirrau dans son Catéchisme de l’homme social ; l’abbé de Ponçol dans son Code de la raison ou principes de la morale pour servir à l’instruction publique. Le P. Corbin dont le Traité d’éducation civile, morale et religieuse (1787) ne donne que trente-cinq pages à la religion, mais étudie les « droits réciproques du gouvernement et du peuple », com-bat le despotisme et l’aristocratie, loue la monarchie modérée et la république, s’élève contre les abus de justice, etc. Le dessein est p.299 tout à fait laïque dans un Catéchisme de morale, spécialement à l’usage de la jeunesse, contenant les devoirs de l’homme et du citoyen, de quelque religion et de quelque nation qu’il soit (1783) ; dans les Entretiens de Phocion et les Principes de morale de Mably et dans la Morale naturelle de Necker (ou Meister). Il faudrait joindre à ces traités, tout ce qu’il y a de morale laïque et d’enseignement social dans les oeuvres de la plupart des pédagogues après 1770, Comparet, Formey, de Bury, etc. L’Académie française décide de donner à cette morale sociale une sanction académique, en proposant comme sujet de
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concours en 1781 un « Traité élémentaire de morale sur les devoirs de l’homme et du citoyen ».
Des problèmes particuliers ne sont pas étudiés avec moins de zèle. La mendicité, nous le verrons, est un des plus graves fléaux de la société. On écrit par centaines les traités et dissertations sur les moyens de guérir le mal. La question est mise au concours par l’académie de Châlons, en 1777 ; il y a plus de cent concurrents. D’honnêtes et prolixes citoyens vouent leur vie à prêcher aux hommes les moyens d’être heureux en pratiquant les vertus de bienfaisance et de bonté. « Tant de gens, dit le marquis de Chastellux, ont écrit l’histoire des hommes ; ne lira-t-on pas avec quelque plaisir celle de l’humanité ? » Il en traitera donc dans son livre De la félicité publique (1772). Mêmes desseins généreux dans les oeuvres de Faiguet de Villeneuve, de Goyon de la Plombanie, Montyon, etc. On ne peut leur reprocher que d’être fort graves et sans doute d’ennuyer. Mais il y a pour enseigner les vertus sociales des moyens plus agréables, ce sont les oeuvres d’imagination, les poèmes, contes, romans, comédies, drames, opéras-comiques, etc. Sur ce point c’est la moitié de ces oeuvres d’imagination qu’il faudrait passer en revue, des centaines d’oeuvres, depuis les poèmes « descriptifs » et « sensibles » de Saint-Lambert, Roucher, Chénier, en passant par les « Contes moraux » (dont il y a une douzaine de recueils si l’on s’en tient à ceux qui se disent « moraux » dans leurs titres, une cinquantaine si l’on y joint ceux qui le sont sans l’annoncer ainsi) ; en ajoutant une bonne moitié des opéras-comiques et des drames, un bon nom-bre des comédies. Parmi tous ces écrivains humanitaires
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émergent les noms de Marmontel avec ses Contes moraux, de Baculard p.300 d’Arnaud avec ses Délassements de l’homme sensible et ses Épreuves du sentiment, de L.-S. Mercier avec ses drames, de Sedaine avec ses opéras-comiques et son Philosophe sans le savoir. Mais beaucoup d’autres ont connu de brillants succès et conquis à la morale humanitaire des disciples frémissants. On joue à Lyon, par exemple, en 1761, L’Humanité ou le tableau de l’indigence de Randon de Boisset : « Quelle tendre émotion cette pièce répand dans l’âme, dit le Journal de Lyon ! Quelles douces larmes elle arrache... Quel tissu, quel vaste champ de réflexions neuves et sublimes... C’est une troupe de suppôts de justice pour la première fois rendus sensibles jusqu’aux larmes, etc., etc. »
De très nombreux témoignages attestent la large diffusion de cette morale dans les consciences. « La bienfaisance a caractérisé notre siècle », dit l’Encyclopédie méthodique à l’article Bienfaisance. « La bienfaisance est devenue une douce habitude » remarque des Essarts dans son Dictionnaire de la police. « La bienfaisante philosophie, conclut de Boismont, ironiquement d’ailleurs, a mis en action une grande vérité. Et quelle est-elle ? La voici : c’est que le bonheur public est la véritable, la seule religion d’un État ! » C’est mieux encore qu’une religion, c’est une mode. Les discours royaux, sur la fin du règne de Louis XV et sous Louis XVI, allèguent non plus l’autorité et la piété mais la sensibilité et la bienfaisance. C’est même une mode dont se moquent ceux qui n’aiment pas la philosophie ou dont le métier est de railler. « La bienfaisance, écrit l’Avis sincère, est devenue un mot à la mode. Il n’y a pas
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longtemps que dans Chlub, lieu d’assemblée à Paris destinée à soulager l’humanité, quelqu’un qui proposait une bonne oeuvre à établir laissa, par une vieille habitude, échapper le mot de charité. Un clubiste s’éleva contre ce terme et, sous prétexte qu’il humiliait ceux à qui l’on faisait du bien, soutint que, désormais, il ne fallait nommer que la bienfaisance. » « L’honnêteté, la droiture, l’intégrité, écrit de Boismont, tous ces mots si vieux qui inquiètent et désolent la nature, sont heureusement remplacés par ceux de bienfaisance et d’huma-nité. » Ils sont même, si l’on en croit Métra, remplacés par des coiffures et des almanachs : « Nous sommes si universellement (nos p.301 roués disent si indécrottablement) moraux, grâce aux leçons de philosophie, que tout est plein d’essais moraux, sans compter les contes moraux ; que les grands danseurs du roi, qui ne dansent guère pour lui, vont donner des pantomimes morales, que le sieur Léonard, perruquier, annonce que ses profondes méditations sur son art lui ont fait découvrir une manière d’arranger les racines des cheveux des dames qui donne l’effet le plus moral à la physionomie, que le sieur Monger vient de dédier à leurs altesses sérénissimes Mlle d’Orléans et Mlle de Chartres ses hochets moraux, imprimés chez Lambert, et que l’intarissable Desnos vend l’Almanach moral... »
Nous serions un peu tentés aujourd’hui de penser qu’il y a des manifestations morales aussi ridicules que les coiffures et les almanachs et dont Métra n’a rien dit. Raynal, Bernardin de Saint-Pierre et d’autres ont expliqué qu’on pouvait donner aux hommes le goût de la vertu en la célébrant dans des fêtes, jardins, promenades tout remplis de ses exemples et
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monuments. Seuls quelques particuliers ont ébauché dans leurs parcs l’« Elysée » de Bernardin orné des « monuments de la reconnaissance humaine », d’inscriptions « à l’amour du genre humain » ou décidant que « le plus petit acte de vertu vaut mieux que l’exercice des plus grands talents ». Mais il y eut bien une centaine de grands seigneurs, magistrats, écrivains, journalistes pour fonder, célébrer, remettre en honneur des fêtes de rosières, fêtes de la vertu, prix de vertu. Depuis la découverte de la rosière de Salency, en 1766, on crée bien deux douzaines de rosières et tout autant de « fêtes céréales » et fêtes de la vertu. A Canon, par exemple, on couronne « la bonne fille, la bonne mère, le bon vieillard, le bon chef de famille ». Et les journaux, les poètes n’ont pas assez de larmes pour pleurer de joie et d’attendrissement :
Qu’on ne me parle plus de ces fameux Romains
Qui, parés d’une pompe, et cruelle et frivole,
Triomphateurs sanglants montaient au Capitole :
La triste Humanité se voilait devant eux,
Et fuyait, en pleurant, des crimes trop heureux.
Ici de la vertu c’est la pompe paisible.
Cette vertu n’était d’ailleurs pas seulement celle du « citoyen du monde » ; elle devient très vite, après 1770, celle du « citoyen » tout p.302 court, c’est-à-dire du citoyen français. Il serait nécessaire également d’étudier dans le détail la naissance du sentiment patriotique. Au XVIIe siècle, nous l’avons dit, il y avait, avec la religion, la religion du roi. Vers 1760, on commence à perdre la religion de la royauté et il ne reste à peu près plus rien à la place. On s’amuse presque des défaites des
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généraux du roi. « Il faudrait, écrit Mopinot, en 1758, imposer silence aux « Prussiens », c’est-à-dire aux admirateurs de Frédéric II. Duclos se propose d’expliquer la disparition du patriotisme. Puis, on commence à comprendre que le roi n’est pas la France et qu’on peut mépriser l’un en aimant l’autre et en se dévouant pour elle. Dès 1763, un mémoire des facultés de droit de Rennes déclarait que « l’esprit de patriotisme doit présider à l’instruction de la jeunesse ». On trouverait des scrupules analogues dans la plupart des théoriciens de la pédagogie dont nous avons parlé. Puis les témoignages de ce sentiment patriotique se multiplient. Dans sa Dissertation sur le vieux mot de patrie, Coyer reconnaissait encore (en 1755) qu’on disait le royaume, l’État, la France et jamais la patrie ; et il plaidait, en style sensible, pour le vieux mot. M. Vallier publie dans le Mercure, en 1759, un poème, Le Citoyen. Colardeau écrit un poème sur Le Patriotisme. Entre 1760 et 1780 la cause est gagnée. L’Académie met au concours et l’on écrit, en dehors d’elle, l’éloge des grands hommes citoyens et patriotes, Michel de L’Hospital, Bayard, Colbert. Le prodigieux succès du Siège de Calais de du Belloy met à la mode les tragédies et drames patriotiques. Il y a au moins, après 1770, six pièces sur Bayard et une trentaine de pièces qui se proposent avant tout de célébrer des vertus patriotiques. On baptise un navire Le Citoyen. On projette de faire offrir par des citoyennes françaises une « escadre des citoyennes ». A Lyon, on lit à l’académie, de 1750 à 1770, des discours sur l’esprit social, l’esprit de sociabilité, le patriotisme. Des discours officiels prennent pour thème l’amour du bien public, la patrie, le véritable citoyen.
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Enfin, M. Metal imagine, fait dessiner par Cochin et dédie « aux vrais patriotes » « la Philopatrie, personnage iconologique représentant l’amour de la patrie ».
Pour se convaincre de l’extraordinaire diffusion de cette morale sociale et patriotique, il suffit de feuilleter les journaux, tous les journaux, p.303 ceux de province et ceux de Paris. Tous recueillent les « traits d’humanité » ou de « bienfaisance », annoncent et décrivent avec complaisance les projets, les sociétés, les fondations. Presque tous leur font même une large place. Il y en a pour s’en plaindre : « Maintenant, dit un Bordelais, en 1788, on parle morale et charité sans même en pratiquer les devoirs. L’esprit philanthropique a produit de si heureuses révolutions, qu’on annonce dans les papiers publics ses moindres actes de bienfaisance et d’équité. » Mais ce scepticisme est exceptionnel. Les papiers publics, le Mercure de France, les Affiches de province, le Journal de Paris, etc., ouvrent toutes grandes leurs colonnes. Les journaux provinciaux, Affiches, ou Journaux de Bourges, Reims, Lyon, Normandie, Dauphiné, etc., les imitent. Les sceptiques, Bachaumont et Métra eux-mêmes, recueillent des exemples de générosité et de sacrifice. On ne se contente pas de les raconter : on les chante, transporté d’enthousiasme ou même d’un saint délire. « A mesure que l’esprit philosophique se répand dans les sociétés, disent les Affiches du Dauphiné, il semble échauffer les âmes en faveur de l’humanité... Bienfaisance est le mot de ralliement de tous les bons citoyens ; tous les coeurs sont échauffés pour le patriotisme, et l’on sent plus que jamais ce que l’on doit à la mère commune. » « O bienfaisante sensibilité, pleure le Journal
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de Paris, c’est bien à ta délicieuse impression qu’on reconnaît que l’homme est l’image d’un Dieu ! et malheur au coeur qui ne sait pas te chérir comme le plus pur rayon de la divinité. »
Si le style est devenu ridicule, les intentions étaient d’ailleurs sincères. On ne s’est pas contenté d’écrire, on a agi. Il serait long d’énumérer toutes les tentatives de bienfaisance dans les vingt dernières années de l’ancien régime. Il suffit de parcourir les journaux pour en rencontrer un bon nombre. Par exemple, le Journal de Paris nous apprend en 1783 que la société La Candeur cherche et récompense les actes de patriotisme et de bienfaisance. Elle a donné une fête superbe en l’honneur de la femme Menthe, qui, ayant dix-huit enfants, en a adopté un, et est grosse d’un dix-neuvième. Il y eut cent quarante assistants, un discours, une couronne, une bourse, une layette pour la mère et les larmes de tous les assistants. En 1784, Valentin Haüy entretient les lecteurs de son éducation des p.304 jeunes aveugles, Beaumarchais de ses secours aux mères nourrices. En 1786 on nous apprend que la Société philanthropique a assisté plus de huit cent quatorze vieillards, aveugles-nés, femmes en couches, etc. ; en 1787 qu’elle destine des secours à douze familles d’ouvriers ayant au moins dix enfants, etc. Le Journal de Lyon, en 1785, fait connaître les projets de l’Institut de bienfaisance de Lyon qui veut fonder vingt-huit bureaux dans les vingt-huit quar-tiers et avait déjà réuni, en quelques semaines, 12 242 livres. Il faudrait de très longues recherches pour connaître exactement les réalisations effectives et non pas seulement les manifestations oratoires et lyriques de cet esprit de bienfaisance et de solidarité. M.C. Bloch a fort bien étudié certains de ses
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aspects dans son ouvrage sur L’Assistance et l’État en France à la veille de la Révolution 1. Il y aurait d’autres enquêtes à faire qui débordent le cadre de notre ouvrage. Rappelons qu’on peut trouver de copieuses énumérations, dès 1778, dans deux gros volumes de plus de six cents pages sur La Bienfaisance française. A Paris, on fonde, en 1776, une société libre d’émulation qui a pour but surtout les encouragements aux arts et métiers. Elle entre en relations avec des intendants de province. Elle végète et est remplacée par la Maison puis Société philanthropique dont font partie des gens fort riches et qui a plus de six cents membres en 1787. La même année, Boucher d’Argis fonde une société pour assister les accusés pauvres et indemniser ceux qu’on acquitte. De grands efforts sont faits pour les hôpitaux. « La fureur, dit Bachaumont, en 1783, est aujourd’hui de mettre tout en hôpital. » En 1787, une souscription à Paris donne deux millions deux cent mille livres, quelque trente millions de notre monnaie. En province, il y a des sociétés d’émulation, sociétés philanthropiques, sociétés de bienfaisance à Strasbourg, Versailles, Orléans, Reims, Aigueperse, Saint-Quentin, Senlis, Bourg et sans doute ailleurs. Un peu partout on fonde des cours professionnels, meunerie, dessin industriel, accouchements, etc. Un peu partout des intendants, des grands seigneurs, les Brienne, les La Rochefou-cauld, les Montmorency, les La Tour du Pin, le prince de Croy, le p.305 marquis d’Hervilly, la duchesse de Choiseul-Gouffier, le comte de Pontgibaud, etc., font preuve d’une générosité attentive et intelligente. Parfois même c’est une sorte
1 740.
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d’ascétisme et de vertu. Pour la naissance du dauphin, des municipalités décident de remplacer des « fêtes frivoles et dispendieuses » par de « bonnes actions », par des secours aux pauvres. Vingt-cinq ans plus tôt, l’abbé Coyer avait justement peint les Français sous le symbole des Frivolites. Ces Frivolites se sont épris des vertus les plus graves. Ce n’est pas pour cela sans doute qu’ils ont fait une révolution ; mais des Frivolites ne sont jamais des révolutionnaires.
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CHAPITRE III
LA DIFFUSION GÉNÉRALE. 1. PARIS
I. — La bataille des écrivains contre l’autorité 1
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p.307 En apparence elle reste aussi difficile. L’autorité semble aussi tyrannique et aussi attentive. Elle dresse même des barrières nouvelles devant les chemins détournés que les livres défendus empruntent. Aucun des anciens édits, même les plus féroces, n’a été abrogé ni atténué. Et l’on en prend de nouveaux. En 1774, arrêt qui oblige les imprimeurs à obtenir une approbation avant l’impression et une autre après l’impression. En 1781, défense de vendre sans autorisation les livres des personnes décédées. En 1783, arrêt pour que les ballots de livres soient visités non par les polices de province, mais à Paris. En 1785, arrêt pour prévenir l’annonce par les papiers publics des ouvrages prohibés et non permis. En 1787, arrêt pour permettre la surveillance de la vente des livres dans les lieux privilégiés, maisons royales, princières, etc., où jusque-là la police n’avait pas le droit de pénétrer. Les corps d’État, Parlement, Sorbonne, clergé ne mettent pas moins d’ardeur à dénoncer les attaques contre le trône et l’autel. Par exemple, l’édition de Kehl des oeuvres de Voltaire est âprement combattue. Avant qu’un arrêt du Conseil ne la supprime, l’archevêque de Vienne, l’évêque de Strasbourg, p.308 l’évêque
1 Ouvrage de référence générale : J.-P. Belin, op. cit., (1504, 1505).
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d’Amiens lancent leurs foudres : c’est un péché que de souscrire. La liste des livres condamnés par la Sorbonne ou le Parlement serait fort longue, cinq à six douzaines au moins de 1775 à 1789 ; et l’on y trouve avec les ouvrages les plus violents, comme ceux d’Holbach ou les pamphlets contre Louis XV, des livres modérés ou discrets comme le Voyage de Figaro en Espagne du marquis de Langle ou Le Monarque accompli de Lanjuinais. Les mesures contre les personnes beaucoup plus efficaces que le brûlement de quelques volumes sur les marches d’un escalier, ne semblent pas se ralentir. Nous avons vu qu’on poursuit Delisle de Sales, Raynal, L.-S. Mercier. Brissot, emprisonné, n’est libéré que par la protection du duc de Chartres. Vitel, libraire suisse, qui avait imprimé et mis en vente le Tableau de Paris de Mercier, passe six semaines à la Bastille. Sylvain Maréchal, soupçonné d’être l’auteur de livres impies, est destitué de sa place de sous-bibliothécaire au collège Mazarin, etc. L’activité de la police reste énergique et avisée. Elle intervient ou essaie d’intervenir à l’étranger par les ambassadeurs. Elle obtient la permission de fouiller jusque dans les appartements de la famille royale.
Tout cela gêne sans aucun doute la diffusion des livres prohibés. Bachaumont, Métra avouent qu’on a souvent du mal à se les procurer et qu’ils coûtent cher. La Vie privée de Louis XV se vend quatre louis. Mais Métra reconnaît aussi que « pas un amateur ne s’en passera pour cela ». Et bien souvent aussi l’offre est abondante et les prix baissent. L’Alambic des lois ne coûte, par exemple, que trente-six livres. C’est que la police, l’autorité ont contre elles, de plus en plus, toutes sortes de
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complaisances et complicités, soutenues par l’opinion tout entière. Des plus grands aux plus petits, on donne d’une main ce qu’on retire de l’autre. Ce sont Vergennes et Maurepas qui promettent à Panckoucke de fermer les yeux sur l’introduction de la troisième édition de l’Histoire des Indes de Raynal. Ce sont les censeurs eux-mêmes de Chécieux, Saineville qui prodiguent les éloges aux oeuvres de Duclos, de Condillac, de Mably, à l’Encyclopédie méthodique qu’ils s’affligent de ne pouvoir approuver. « Tout le monde se moque des censures des Sorbonnistes et des parlementaires. » Le nom de censeur est « devenu une injure », p.309 bien que, presque toujours, il ne s’agisse, comme le disaient Vergennes et Maurepas à Panckoucke, que d’« une petite comédie à jouer ». La censure de Bélisaire, l’arrestation de Delisle de Sales, la condamnation de Raynal, tournent tout de suite, comme nous l’avons vu, à la comédie. A Versailles même, dans le « lieu privilégié » qu’est le château, cette comédie devient une farce. Malgré les saisies, les perquisitions de la Prévôté, même chez Blaizot, libraire de la Cour, on vend les livres prohibés sous les galeries du château, à l’entrée du Grand Commun, aux Écuries, dans les maisons occupées par les serviteurs de la reine. On les vend « sous les yeux de leurs Majestés » ; avec la complicité même des grands, du prince de Lambesc, par exemple, qui s’oppose bruyamment aux recherches de la police. Les saisies, de brefs emprisonnements parfois ne sont que des alertes et le commerce, qui est à peine clandestin, reprend de plus belle. La police, sans cesse tiraillée entre des ordres sévères et des prières de fermer les yeux, n’agit plus qu’avec incohérence, se
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discrédite et se démoralise. Brissot nous a laissé le récit détaillé de l’une de ces facéties policières. Il a écrit Le Pot pourri où il malmène d’ailleurs non le roi ou Dieu ou « les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc », mais, ce qui était bien plus grave, divers auteurs et une dame qui faisait profession de bel esprit et régalait des écrivains influents. On obtient donc contre l’insolent une lettre de cachet. L’exempt de police, chargé de l’exécuter, se présente chez Brissot, accompagné de son libraire. « Je viendrai, lui dit-il, vous arrêter demain. Partez donc aujourd’hui, mais laissez chez vous une ou deux feuilles du manuscrit de votre brochure. Je les saisirai pour faire la preuve de mon zèle. » La femme de cet exempt, inspecteur de la librairie, vendait d’une part les livres que son mari saisissait d’autre part. De même, nous dit Brissot, c’est avec la complicité du gouvernement qu’on introduit en France les livres imprimés à Neuchâtel.
Il y a donc, à travers la France, une circulation de plus en plus active de ces livres que l’autorité condamne, que la police pourchasse, mais que ni l’autorité, ni la police ne tiennent le plus souvent à faire disparaître. Les ballots, les paquets continuent à pénétrer dans la capitale par mille moyens. Il en arrive dans les carrosses du contrôleur p.310 général ou du comte d’Artois (d’ailleurs à leur insu). Le libraire suisse Fauche-Borel fait tranquillement à Paris, en 1780, un voyage d’affaires et place un nombre assez considérable des oeuvres imprimées chez son père, dont les oeuvres de Raynal. Maints témoignages s’accordent à constater cette diffusion des oeuvres les plus audacieuses. « Voyez Le Système de la nature, de Delisle de
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Sales... Les arrêts, les mandements, le feu des bûchers n’ont pu en arrêter les coupables éditions ; il s’est multiplié comme le polype sous le couteau qui le mutile. » Rutlidge ou des étrangers tels qu’Andrews en sont les témoins : « The curiosity of the French is such that notwithstanding the severity with which the press is controlled, lucubrations on all kinds of subjects are secretely printed and vended, in spite of the vigilance with which they are watched. » Le nombre des éditions est là, d’ailleurs, pour témoigner de la vente. Quarante éditions ou contrefaçons, avons-nous dit, de l’Histoire des Indes de Raynal, cinq de la Philosophie de la nature de Delisle de Sales ; les autres oeuvres audacieuses ont moins de retentissement ; mais, malgré les difficultés de la vente, il y en a beaucoup qu’on réédite. Il y a au moins trois éditions des Entretiens de Phocion de Mably, autant de ses Observations sur l’histoire de France, quatre de celles Sur les États-Unis, etc. Six éditions au moins du Procès des trois rois ; trois des Fastes de Louis XV (par Bouffonidor), de l’Essai de tactique (Guibert), des Vrais Principes du gouvernement français (Gin), du Réformateur (de Clicquot de Bervache) ; deux de l’Éloge de l’Hospital (Guibert), de l’Extrait du droit public (de Brancas), des Considérations (J.-L. Castilhon), de l’Essai analytique (Graslin), de la Certitude des preuves du Mahométisme (Cloots), des Lettres sur la liberté et de l’Essai sur les erreurs (Brissot), etc.
II. — Diffusion de l’irréligion dans la noblesse et le clergé
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Cette diffusion est considérable dans la haute noblesse. Les témoignages généraux abondent. « L’athéisme, dit Lamothe-Langon, était universellement répandu dans ce que l’on appelait la haute société ; p.311 croire en Dieu devenait un ridicule dont on avait soin de se garder. » Les mémoires de Ségur, ceux de Vaubanc, ceux de la marquise de la Tour du Pin, confirment Lamothe-Langon. Chez Mme d’Hénin, la princesse de Poix, la duchesse de Biron, la princesse de Bouillon, dans les milieux d’officiers, on est, sinon athée, du moins déiste. La plupart des salons sont « philosophes » et des philosophes en sont le plus bel ornement. Non seulement chez ceux ou celles qui font profession de philosophie, chez d’Holbach, Mme Helvétius, Mme Necker, Fanny de Beauharnais (où l’on voit Mably, Mercier, Cloots, Boissy d’Anglas), mais chez les grands seigneurs. Chez la duchesse d’Enville, on rencontre Turgot, Adam Smith, Arthur Young, Diderot, Condorcet ; chez le comte de Castellane, d’Alembert, Condorcet, Raynal. Dans les salons de la duchesse de Choiseul, de la maréchale de Luxembourg, de la duchesse de Grammont, de Mme de Montesson, de la comtesse de Tessé, de la comtesse de Ségur (sa mère), Ségur rencontre ou entend discuter Rousseau, Helvétius, Duclos, Voltaire, Diderot, Marmon-tel, Raynal, Mably. L’hôtel de La Rochefoucauld est le rendez-vous des grands seigneurs plus ou moins sceptiques et libéraux, Choiseul, Rohan, Maurepas, Beauvau, Castries, Chauvelin, Chabot qui s’y mêlent aux Turgot, d’Alembert, Barthélemy, Condorcet, Caraccioli, Guibert. Il faudrait en énumérer bien d’autres : salons de la duchesse d’Aiguillon « très entichée de la philosophie moderne, c’est-à-dire de matérialisme et
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d’athéisme », de Mme de Beauvau, du duc de Lévis, de Mme de Vernage, du comte de Choiseul-Gouffier, du vicomte de Noailles, du duc de Nivernais, du prince de Conti, etc. Chez les gens de naissance moins illustre, mais qui sont riches et qui brillent, le ton n’est pas moins hardi : salons de Dufort de Cheverny, de M. de Nicolay, de Mme de Chastelain, chez qui hantent glorieusement Turgot, Gaillard, Rulhière, d’Alembert, Marmontel, Condorcet, Mably, etc. Rien d’étonnant par conséquent, à ce que les meilleurs clients des colporteurs de livres prohibés aient été très souvent la noblesse et le clergé. Ceux qui achètent l’Oracle des anciens fidèles, la Théologie portative, l’Évangile de la raison, l’Antiquité dévoilée, les Mélanges de Voltaire, ce sont le comte de Guébriant, le comte de Rozen, le maréchal de Duras, le duc d’Orléans, p.312 le marquis de Paulmy, le duc d’Aumont, le prince de Condé, le duc de Charost, le comte de La Mark, et puis des marquis, des comtes, accompagnés des gens de robe ou de finance, d’abbés, de bibliothécaires de collège ou de couvent et de docteurs en Sorbonne.
Tous ces grands seigneurs philosophes n’allaient pas jusqu’à l’athéisme et jusqu’au scandale. Beaucoup se contentaient d’un scepticisme aimable. Certains n’abandonnaient la religion de leurs pères que pour embrasser avec sincérité les devoirs de la « morale du coeur » et de la « religion naturelle » ; c’était le cas, par exemple, de la charmante comtesse d’Egmont. Il arrive pourtant que les plus hauts placés affichent leur mépris pour la « superstition ». Le pieux marquis de Saint-Chamans dîne, en 1774, chez le comte d’Artois, un jour maigre. Il n’y avait que du gras ; et il en est réduit à manger du pain et des raves. La mort
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du prince de Conti fait un bruit affreux. Il est à la mort ; l’archevêque de Paris vient le voir ; le prince lui offre des politesses, mais refuse les sacrements ; l’archevêque revient deux fois et deux fois le suisse lui refuse la porte « en présence d’un peuple immense ». « Les gens du métier, ajoutent Les Nouvelles du jour, reprochent à Mgr de Beaumont de n’avoir pas sauvé ce scandale en mettant un peu d’astuce, en entrant dans la cour et se tenant en quelque endroit, pour en imposer aux spectateurs. »
Il est vraisemblable que l’incrédulité était beaucoup moins répandue dans le haut clergé. Faut-il, comme l’abbé Sicard 1, tenter un exact dénombrement et dire que sur cent trente-cinq évêques, il n’y avait que sept impies et trois ou quatre déistes ? C’est oublier que les évêques comptés parmi les pieux ne laissaient pas nécessairement voir ce qu’ils pensaient. C’est pourtant vrai, sans doute, en gros. Mais il est vrai aussi que certains de ceux qui n’étaient ni impies, ni déistes, se croyaient pourtant obligés de se donner des airs philosophiques et de reléguer parmi les « préjugés » l’austérité et le fanatisme, voire la théologie ou même le dogme. « Les mandements, dit de Boismont, les lettres doctrinales, du moins le plus grand nombre de celles qu’on daigne lire et citer, celles qu’ont proclamées toutes les bouches de la renommée, passées à la filière p.313 de Hobbes et de Grotius, sont chargées d’une vapeur philosophique qui décèle un goût, timide encore et circonspect, mais bien décidé pour toutes les nouveautés à la mode. » Bachaumont parle comme le pamphlétaire Boismont. Certains prélats, écrit-il,
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trouvent « leur ambition mal appuyée sur un fantôme religieux qui s’éclipse de jour en jour ». Surtout, ils sont confirmés par des faits. N’est-ce pas le très pieux et très zélé cardinal de Boisgelin qui prie la comtesse de Grammont de ne lire le mandement qu’il lui envoie qu’à partir de la page 18, car « le reste est trop dévot » ? Les prédicateurs font assaut non pas de piété ou de science théologique, mais de morale naturelle, de raison et de philosophie. L’abbé Beauvais, le carme Elisée, l’abbé Torné, l’abbé Fauchet, l’abbé Boulogne, Maury sont parmi les plus réputés de ces philosophes en soutane (Beauvais, Torné, Fauchet, Maury seront d’ailleurs députés aux États, à la Législative, à la Convention). Il arrive même que leur philosophie fasse quelque scandale. L’abbé Maury emplit ses sermons, même devant le roi, de développements politiques et sociaux ; il y apporte assez de mesure pour qu’on ne s’en formalise pas trop. Mais le panégyrique de saint Louis par l’abbé d’Espagnac, en 1779, puis un autre sermon où il fait le parallèle de la royauté et du despotisme scandalisent les dévots ; on lui ôte ses lettres de grand vicaire. En 1786, l’archevêque s’oppose à l’impression du panégyrique de saint Louis par l’abbé Gros de Besplas que les âmes pieuses jugent impie. Quand on va des évêques et des prédicateurs en renom au moyen et petit clergé de Paris, il est encore plus difficile de porter un jugement général. Cochin déclare, en 1782, que la plupart des Sorbonnistes sont athées ; mais Cochin est un mécréant qui déteste la Sorbonne et les prêtres. Il y a pourtant dans son scepticisme une certaine part de vérité. A la table des officiers du duc de Penthièvre, l’aumônier, l’abbé Viet, prend sa part des conversations
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licencieuses. L’abbé Legrand fait à Mme Roland une confession « qui ne ressemble pas mal à celle du Vicaire savoyard » ; et c’est lui qui lui apporte La Nouvelle Héloïse. L’abbé Aubray, pré-cepteur de Norvins, confie à son élève qu’il ne croit plus et renonce à la prêtrise et à l’Université. Parmi les clients des colporteurs dont on connaît les noms ou la profession, il y a, nous l’avons dit, six p.314 abbés et quatre docteurs de Sorbonne. D’ailleurs, nous trouverons, à travers la province, des exemples plus nombreux de prêtres ou séminaristes incrédules ou libertins ; il est peu probable que la foi et les moeurs étaient plus solides à Paris.
Le « libéralisme » allait de pair avec l’incrédulité. On pouvait même être « philosophe » en politique sans l’être en matière de religion. Les plus grands seigneurs et même la plupart des grands seigneurs se piquaient de détester le « despotisme » comme le « fanatisme ». Les témoignages généraux abondent et les mémoires de Ségur, Moré, Bezenval, Montbarrey, Clermont-Gallerande, Bouillé, Pontécoulant, Choudieu, de Mme de Chastenay, de la vicomtesse de Noailles, etc., s’accordent : « Voltaire entraînait nos esprits ; Rousseau touchait nos coeurs ; nous sentions un secret plaisir à les voir attaquer un vieil échafaudage qui nous semblait gothique et ridicule... Nous applaudissions les scènes républicaines de nos théâtres, les discours philosophiques de nos académies, les ouvrages hardis de nos littérateurs... Nous préférions un mot d’éloge de d’Alembert, de Diderot, à la faveur la plus signalée d’un prince. » « Dans les boudoirs et jusque dans l’antichambre du roi, on tenait les propos les plus séditieux. » « Il était de bon air de
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professer les principes les plus libéraux, d’affecter de l’indépendance, de fronder les actes du gouvernement, de se montrer même disposé à leur résister, enfin de se déclarer le partisan et le protecteur du peuple dont on proclamait et provoquait l’émancipation. » « La jeune noblesse, la première envahie par la contagion de l’esprit philosophique, se montrait disposée à faire bon marché du préjugé de la naissance et de ses autres privilèges » ; d’Angleterre elle rapportait « un goût enthousiaste pour les formes du gouvernement représentatif et pour les libertés de la tribune ». « L’horreur des abus, le mépris des distinctions héréditaires, tous ces sentiments dont les classes inférieures se sont emparées dans leur intérêt, ont dû leur premier éclat à l’enthousiasme des grands, et les élèves de Rousseau et de Voltaire les plus actifs étaient plus encore les courtisans que les gens de lettres. » Si l’on en croit Mme de Chastenay, les idées libérales avaient pénétré dans les couvents mêmes. « Nous étions tous élevés dans l’idée de l’égalité des hommes, du mépris des vaines distinctions, de l’obligation p.315 de s’en rendre digne... Ces idées inculquées chez nous plus souvent peut-être qu’ailleurs, n’étaient cependant étrangères à aucune éducation de cette époque ; les précepteurs des jeunes gens en étaient presque tous imbus ; les religieuses dans les couvents en nourrissaient les jeunes personnes, et Coblentz a été encombré par des gens qui ne voulaient plus que leurs notaires leur donnassent la qualité de très hauts et de très puissants seigneurs. »
Nous connaissons un bon nombre de ces seigneurs qui voulaient ne devoir leur hauteur et leur puissance qu’à leur
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mérite et aux services qu’ils rendaient. Beaucoup sans doute n’avaient aucun désir de pousser très loin la pratique de leur libéralisme. Ségur, Bouillé et d’autres reconnaissent qu’on pensait s’en tirer avec des phrases généreuses, des réformes qu’on se gardait bien de préciser et auxquelles on demandait de ne gêner personne. La comtesse de Boufflers déclare que le pouvoir absolu « corrompt les qualités morales d’une nation ». Mme de Poix, née Beauvau, « comme toutes les personnes d’esprit à cette époque, dévora toutes les oeuvres nouvelles, produits brillants et dangereux de cette fièvre philosophique qui précéda le délire révolutionnaire ». Le grand-père de Mme de Villeneuve-Arifat va voir Voltaire avec sa femme ; Mme de Frénilly, « fascinée », « veut que son fils puisse dire aux fils de ses fils : J’ai vu Voltaire » ! L’abbé Raynal est le commensal de la famille de Norvins. C’est le fils, le marquis de Paulmy, qui publie les oeuvres politiques du marquis d’Argenson. Le comte d’Oms de Margaret, enseigne aux gardes françaises, « lit beaucoup l’abbé de Mably ». Mais la comtesse de Boufflers est aussi peu peuple ou même bourgeoise que possible ; Mme de Poix tempère assez vite son engouement ; le grand-père n’était pas un homme « à suivre le torrent » ; Mme de Frénilly reste fort pieuse, etc., etc. On était curieux, on avait des libertés de langage, on ne croyait pas que tout cela tirât à conséquence. La reine Marie-Antoinette elle-même prenait quelque plaisir à se laisser entraîner par le torrent. Elle avait dans sa bibliothèque La Philosophie du bon sens, de d’Argens, Bélisaire, L’Elève de la nature, Les Nonnes galantes de d’Argens, Raynal. Cela ne prouve pas sans doute qu’elle les ait lus ; il faut même souhaiter
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qu’elle n’ait pas lu Les Nonnes galantes. Mais il est très certain que l’abbé p.316 de Bermont lui lit les Bagatelles morales de Coyer, qui ne sont tendres ni pour les abus du régime ni pour le préjudice nobiliaire, et qu’elle fait à Ermenonville et au tombeau de Rousseau un voyage dont les philosophes font grand bruit. D’autres, d’ailleurs, sans jamais être des républicains, sont plus hardis et aspirent à des réformes profondes. Ségur passe le meilleur de son temps chez Malesherbes, d’Alembert, Raynal, dans les salons les plus libéraux. Montlosier ne se nourrit que de Voltaire, Rousseau, Diderot, Bayle, du Système de la nature. Il se fait une société de prêtres beaux-esprits, « dont quelques-uns étaient déistes, d’autres franchement athées ». La Fayette constate qu’on arrivera « sans grandes convulsions, à une représentation indépendante et, par conséquent, à une diminution de l’autorité royale ». Stanislas de Girardin gémit sur « cet abus de l’autorité, ces vexations de toutes espèces » qui finiront pas jeter « la masse des opprimés » dans une révolution anarchique et sanglante. La comtesse d’Egmont est « opposée par principe, par caractère et par état aux maximes de la nouvelle philosophie qui soutient l’égalité » ; elle respecte les droits de la naissance. Mais elle ne respecte assurément rien des abus du régime. « L’honneur me dit : Soyez soumise à votre roi, mais ne soyez pas esclave. » Elle veut une « monarchie limitée par les lois » et non pas « l’absurde barbarie d’en agir avec le peuple comme s’il ne faisait pas partie de l’humanité ». « Si le Parlement est nul, il nous faut les États généraux ; et s’il n’existe pas de lois en France, quels sont les droits que le roi peut réclamer ? Il ne nous reste plus alors que ceux du droit naturel
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et de l’usage. Or, le premier ne créa jamais de despote et le second n’en souffrit jamais en France. »
Libéraux prudents ou libéraux hardis se retrouvent dans ces salons où nous avons vu les incrédules promener leur scepticisme. On y parle même désormais de réformes politiques et sociales beaucoup plus que de tolérance, de déisme et d’athéisme. Non pas que ces discussions religieuses soient à proprement parler passées de mode ; mais pour les uns, ces problèmes religieux sont devenus des banalités, pour les autres, ils demeurent des problèmes réservés sur lesquels il est de bon ton de se taire ; les salons philosophiques, surtout ceux des grands seigneurs, tendent donc à devenir des salons p.317 politiques où l’on parle de la noblesse commerçante, des droits féodaux ou des « insurgents » beaucoup plus que de la morale naturelle ou des contradictions de la Bible. Les plus courus de ces salons politiques sont ceux de La Rochefoucauld, de la duchesse d’Enville, de Mme de Beauvau, du comte de Castellane et, chez les gens de moindre importance, de Fanny de Beauharnais, de Mme Doublet. D’Alembert tient « trois fois par semaine des assemblées sous le nom de conversations ; et tout ce qu’il y a de plus illustre s’y rend. Il n’est pas rare de voir vingt-cinq à trente carrosses à sa porte ». Le déjeuner de l’abbé Raynal réunit, toutes les semaines, « tout ce qu’il y a de plus illustre à Paris entre les ambassadeurs et seigneurs voya-geants ». Là, et ailleurs, on ne prônait pas seulement l’égalité, on la mettait en pratique, du moins à l’égard des roturiers qui « savaient penser ». Arthur Young remarquait que « la communication entre les grands et les gens de lettres, qui doit
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exister sur un pied d’égalité ou ne pas exister du tout, est à Paris très respectable ». De fait les gens de lettres ne sont pas seulement reçus ; ils sont sollicités et honorés. Les grands seigneurs se montrent leurs « courtisans ». On est heureux d’avoir Rousseau pour lire ses Confessions, Beaumarchais pour lire son Mariage de Figaro. « Delille dînait chez Mme de Polignac avec la reine... Chamfort prenait le bras de M. de Vaudreuil. »
Il est certain que le clergé s’intéressait beaucoup moins ou beaucoup moins ouvertement aux problèmes politiques. Il avait partie liée avec les défenseurs de la monarchie la plus absolue. Mais il est certain aussi que, sans parler des abbés qui couraient les salons politiques, bien des prêtres, évêques, curés, moines, régents de collège accueillaient avec sympathie les idées libérales. Un certain nombre se firent élire aux États, à l’Assemblée, à la Convention et pour y défendre des idées hardies. Nous en retrouverons quand nous étudierons la vie des collèges. Ce sont des prêtres qui écrivent pas mal des oeuvres plus ou moins hardies que nous avons étudiées. On peut glaner, ça et là, d’autres renseignements. Le cardinal de Boisgelin, qui écrit un commentaire de Montesquieu, goûte fort la constitution républicaine tempérée par le fédéralisme. L’abbé Soulaire est un hôte assidu des salons libéraux. Chez le curé d’Orangis, p.318 quarante ecclésiastiques déclarent qu’ils ont vu jouer Le Mariage de Figaro.
La plupart d’entre eux n’étaient pas, malgré leur curiosité ou leur sympathie, plus révolutionnaires que Beaumarchais. Eux aussi, comme les gens de noblesse, voulaient bien guérir les maux du régime à condition de ne pas toucher à ceux dont ils
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profitaient, c’est-à-dire de ne toucher à rien. « Ce n’étaient, dit Ségur, que des combats de plume et de paroles qui ne nous paraissaient pouvoir faire aucun dommage à la supériorité d’existence dont nous jouissions et qu’une possession de plusieurs siècles nous faisait croire inébranlable. » Malheureusement le bruit de la bataille était écouté avidement par ceux qui étaient ou se croyaient victimes de cette supériorité d’existence et c’est eux qu’il faut étudier, à Paris, d’abord, puis en province.
III. — La diffusion dans les classes moyennes
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La diffusion de l’irréligion est certainement considérable. Les témoignages sont trop nombreux et trop formels pour n’être que l’illusion de pessimistes. Les pamphlétaires, les mémorialistes, les gens pieux qui s’en affligent, les incrédules qui s’en amusent, tous s’accordent : « La religion, dit un pamphlet de 1781, resserrée pour ainsi dire dans l’enceinte de ses temples, n’a conservé aucune relation avec les moeurs ; elle est devenue une grimace purement locale. » Ce n’était plus, dit le prince de Montbarey « qu’une affaire d’habitude ». L’irréligion, dit Duveyrier, « envahit tous les esprits éclairés ». Un obscur romancier se lamente : « De toutes parts on n’entend que des invectives et des cris de fureur contre les ministres de l’Église ; on les cite au tribunal de la raison et l’on exige qu’ils prouvent la religion comme on démontre une vérité mathématique ! » L’hon-nête Ducis en est, lui aussi, accablé : « La religion est tellement détruite dans cette capitale que rien n’est pur dans les moeurs,
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et rien n’est fier dans les opinions. » Mais Cochin n’y voit qu’une raison de se divertir. Envoyez-moi, écrit-il à Desfriches, votre morceau sur les peines de l’enfer ; il est très plaisant et « on peut le dire devant tout le monde, excepté peut-être devant des prêtres ; mais on ne p.319 vit guère avec ces gens-là » ; les femmes font semblant de se formaliser d’une gaudriole ; mais « dans le commun des sociétés » on vous passe « un doute théologique qu’en effet tout le monde sent en soi-même ».
Des exemples précis peuvent appuyer ces constatations générales, même dans les milieux où les documents nous conduisent beaucoup plus rarement. On commente les morts impies de La Morlière, de La Condamine, de dragons qui se suicident par un dégoût athée de la vie. Le gendre de Diderot, M. de Vandeul, est irréligieux comme son beau-père. Carnot est « théiste ». Un M. Fréville est « presque professeur public d’athéisme » dans un café de la rue de Richelieu ; il soutient que la vertu est un « être de raison » et la définit « ce qui est constamment utile à l’espèce humaine ». C. du T. appelle le temps qui « aura purgé le monde de soldats, de gens de justice, de prêtres et de courtisans ». Thiébault déjeune, un vendredi saint, chez son ami Salafon avec quelques personnes. On y mange du jambon car « le Vendredi saint était le jour de l’année où le jambon était le meilleur ». Quand Moreau de Jonnès regarde défiler une procession de moines ramenant les prisonniers rachetés aux barbaresques, on dit autour de lui que c’est une jonglerie, que les prisonniers sont des figurants et que la comédie rapporte aux moines trente mille francs. Il y a enfin quelques faits généraux. Une ordonnance de police de 1782
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renouvelle l’interdiction de travailler le dimanche, en constatant les progrès de l’impiété : les boutiques, les cabarets restent ouverts à l’heure des offices. Le nombre des ordinations dimi-nue ; dans tel diocèse, il meurt deux cent cinquante-trois prêtres et l’on n’en ordonne que cent.
Il ne faudrait pas d’ailleurs exagérer la valeur de ces preuves. Les tièdes sans doute et même les incrédules deviennent de plus en plus nombreux parmi la bourgeoisie moyenne de Paris. Mais pour évaluer exactement leur nombre, il faudrait des enquêtes nombreuses, rigoureuses et probablement impossibles. Bachaumont constate, par exemple, la diminution du nombre des professions religieuses en 1783. Mais, en 1785, il doit avouer qu’elles ont beaucoup augmenté en 1784. A défaut de renseignements sur le nombre des communiants dans les paroisses, on peut conclure seulement qu’on voit p.320 au moins apparaître, vers 1780, cette bourgeoisie voltairienne qui résistera à la Restauration, à la Congrégation et préparera la révolution de 1830.
Elle ne pensait sans doute pas préparer celle de 1789, du moins avant 1787. Elle se laisse gagner par les idées libérales, la haine du despotisme et de certains abus. Elle appuie avec véhémence la résistance du Parlement parce qu’elle se fait illusion sur le grand coeur des parlementaires et ne se rend pas compte qu’ils défendent leurs privilèges, non ses libertés. Les témoins les plus divers s’accordent à constater ces impatiences et ces revendications : « Ni la personne du roi, dit Mme de Boufflers, ni son trône, ni sa famille n’inspirent plus la moindre considération, et cette façon de penser est devenue une espèce
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d’air à la mode dont on fait parade. » « Les idées d’égalité et de république, écrit de Véri (vers 1775), fermentent sourdement dans les têtes. » Dans les compagnies, constate Rutlidge, on est témoin de plaintes continuelles, on envie (naïvement) la cons-titution anglaise, et si l’on se tait dans les cafés et les lieux publics, c’est seulement par crainte des espions de police. Il arrive pourtant qu’on les brave. Un jeune homme demande au café, en 1787, la monnaie d’un louis en chantant le refrain connu : « Changez-moi cette tête » ; on l’arrête. Hors des lieux publics les propos se font plus hardis. En 1783, le Parlement condamne M. de Chabriant à six milles livres de dommages intérêts : Cochin exulte, car il faut rabattre le caquet à la noblesse. C. du T. s’emporte contre des « rois inappliqués, des princes sans conduite, des grands sans honneur, des ministres sans probité ». L’abbé Bouisset répond à la duchesse d’Harcourt qu’entre le duc et lui il n’y a qu’une lettre de différence : le duc est fils d’un maréchal de France et lui est fils d’un maréchal [ferrant] en France. On a donc perdu plus ou moins, dans la meilleure partie du tiers-état, le respect et la résignation. Mais on n’a probablement pas perdu la prudence et le sens de ses intérêts. On n’était rien, on veut être quelque chose. On souffre, on demande des remèdes. Mais on n’appelle pas des bouleversements qui risquent de vous casser les reins. Servan, dans son Apologie (1784), s’élève avec violence contre « les infamies barbares, les injustices horribles » dont le peuple est victime ; mais il s’adresse à « notre p.321 Roi » et il espère lui faire connaître « deux choses seulement ; combien nous lui sommes fidèles et combien nous souffrons ». On garde une
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certaine foi monarchiste. Camille Desmoulins pensait qu’en 1788 on aurait eu de la peine à trouver « dix républicains à Paris ». Il y en avait assurément plus de dix parmi les philosophes de métier, parmi les gens de lettres ; il ne devait pas y en avoir bien des douzaines parmi ceux qui n’étaient que les lecteurs des gens de lettres.
Il est probable d’ailleurs que, dans beaucoup de cas, la diffusion des idées nouvelles s’est faite insensiblement par la curiosité. Il ne s’agit pas de conversions, de complicités avec les philosophes. Mais ils sont à la mode ; on veut les connaître, les lire. Au besoin on ferme les yeux sur leurs impiétés, leurs irrévérences, leurs violences, ou l’on se promet de ne pas se laisser égarer. Mais on pense qu’on n’a pas le droit de les ignorer et l’on s’abandonne, sans arrière-pensée, à ce que l’on croit juste, sage, touchant. Tous les contemporains, Mercier, Sénac de Meilhan, Talleyrand, un voyageur anglais, etc., sont d’accord pour reconnaître la puissance de cet engouement qui attirait vers Voltaire, Rousseau, Raynal et d’autres. Ils confirment ce que nous ont montré tant de faits et la diffusion même de leurs oeuvres. Nous connaissons pas mal de ces curieux qui restent ou qui croient rester fidèles à leurs traditions, mais que la philoso-phie fascine. Le séminaire de Saint-Sulpice lui-même se laisse gagner. Rien n’y trahit les idées nouvelles jusqu’à la sortie de l’abbé Baston, (vers 1765). Mais par la suite on lit, sous la direction des maîtres « les sublimes rêveries de Buffon sur la formation de la terre, l’insidieuse confession du Vicaire savoyard, les fausses pensées philosophiques de Diderot, et beaucoup d’autres productions du même genre », bien entendu pour les
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réfuter. Des évêques (qu’il faut compter parmi les parisiens, plutôt que parmi les provinciaux) sont tout à la fois pieux et philosophes : l’archevêque de Bordeaux, Mgr de Cicé, « parle de la religion comme Fénelon et de la liberté comme Necker » ; M. de Belloy, évêque de Marseille, puis archevêque de Paris, lit l’Histoire philosophique de Raynal. Il n’est pas jusqu’à l’abbé Riballier, censeur royal, et l’une des bêtes noires des philosophes qui ne semble craindre la réputation de bigot. Prié de donner l’approbation à une Vie du bienheureux Laurent de Brindes, général des p.322 Capucins, authentiquement béatifié, il l’accorde, mais en regrettant qu’elle soit « remplie d’un grand nombre de capucinades ». Joubert est profondément pieux ; il ne cessera jamais de l’être. Mais si, vers 1812, il tient Diderot pour un fou, il le lit trente ans plus tôt avec enthousiasme, se réjouit de le connaître, lui demande des sujets d’études ; il se lie avec Restif, Guillard de Beaurieu, Mercier, Grimod de La Reynière. Bergasse, qui défendra la monarchie traditionnelle, fréquente le salon de Mme Helvétius, admire Voltaire, fait une visite à Rousseau. Mme de Castellane garde quelque dévotion, fait maigre au dîner du vendredi et elle reste tout à fait fidèle à la foi monarchiste ; elle admire pourtant d’Alembert, Condorcet, Raynal, Diderot qui sont les hôtes de son salon. Nous avons la correspondance de deux braves bourgeois parisiens qui deviendront des révolutionnaires enthousiastes, Toussaint Mareux et François Sallior. On n’y trouve rien que des projets et soucis commerciaux et industriels. Il fallait pourtant bien qu’ils eussent pris, plus ou moins confusé-ment, le goût des idées nouvelles puisqu’ils les ont embrassées avec ferveur dès qu’on a voulu les réaliser. Beaucoup sans doute
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étaient comme eux, révolutionnaires sans s’en douter, ou du moins révolutionnaires pacifiques, révolutionnaires de la liberté, de l’égalité, de la fraternité sans la mort.
IV. — Les cafés, les sociétés littéraires, les cours publics, etc.
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L’esprit révolutionnaire ne se forme pas assurément dans le silence et la solitude ; on peut y écrire des oeuvres révolutionnaires ; mais elles resteront de pures et inoffensives spéculations tant que leurs idées n’auront pas fermenté dans la chaleur des conversations, discussions et batailles des mots. Il faut à ces idées pour qu’elles deviennent des « idées forces » un public. Or, les occasions de publicité se multiplient singulièrement, à Paris, dans les années qui précèdent la Révolution. Ce sont les cafés d’abord qui commencent à pulluler. Il y en avait, dès la Régence, et déjà fort différents des cabarets p.323 du XVIIe siècle. Nous avons vu des athées ou des déistes discourir plus ou moins ouvertement au café Procope ou au café Gradot. Il ne semble pas que ces cafés philosophiques se soient beaucoup multipliés vers le milieu du siècle. Il y en a toujours, Procope, la Régence, etc. ; Mopinot se plaint que les « prussiens » ou partisans du roi de Prusse remplissent les cafés et autres lieux publics et qu’on ne leur impose pas silence. Vers la fin du siècle, au lieu de trois cent quatre-vingts cafés en 1723, il y en aurait mille huit cents en 1788, selon les rapports de police. Mercier n’en compte que six à sept cents, sans doute parce que la distinction est malaisée à établir entre le café et l’ancien cabaret. Nul doute que dans les plus importants d’entre
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eux, et dans certains qui n’étaient pas à la mode, on bavarde copieusement ; et non pas des sonnets de Job et d’Uranie ou de la tragédie en prose, mais du trône et de l’autel. Chez Procope, à la Régence, au Caveau du Palais-Royal, il y a, avec des joueurs d’échecs et des chansonniers, ceux qui jouent à la politique et chansonnent les autorités ; c’est même un nouveau thème pour la satire et la comédie :
Dans un obscur café, trois ou quatre mazettes
Ainsi que ce docteur grands lecteurs de gazettes
Lui prêtent leur avis pour gouverner l’État...
et Mlle C*** D*** rime Le Café littéraire [et politique] ou la folie du jour, Comédie prologue sans préface.
Les clubs ont, à la date à laquelle nous nous arrêtons (1787), beaucoup moins d’importance. On sait quel rôle ils ont commencé à jouer en 1788 et 1789 et quelle place ils ont prise dans le développement de la révolution. Ils sont nombreux et fort à la mode avant 1788. En 1785, il y a le Salon des arcades, le club des chevaliers de Saint-Louis, le club olympique (qui réunit cent dames de qualité, dont trois princesses du sang et quatre hommes de la cour et de la ville), le Premier club, le club maçonnique, le club politique (rue Saint-Nicaise), le club de Boston ou des Américains, le club des étrangers, le club ou société des colons. « Ce ne sont, dit Bachaumont, que Musées, que Clubs de tous côtés. » Mais ils sont tous très récents, le plus ancien ne semblant pas antérieur à 1782. Un Avis sincère de 1786 doit encore expliquer le mot « chlub, lieu d’assemblée à p.324 Paris », en indiquant que ces assemblées sont nouvelles. Surtout, avant les années d’agitation, 1788 et 1789, on s’y
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occupe fort peu de politique vraie. Elle tient sa place à l’occasion, puisqu’il y a un club politique et que Lefebvre de Beauvray se défend et défend les Parisiens de passer les trois quarts de leur vie « aux clubbes ou sanédrins politiques », en tenant d’ailleurs pour clubs les cafés, tavernes à bière, portiques et arcades, salles ou galeries du Palais, les Boulevards, le Luxembourg et les Tuileries. Mais le club philosophique de Villar et Brissot, en 1783, reste un projet. En 1782, le club politique lui-même a reçu l’approbation du ministère « à condition qu’il n’y serait question ni du gouvernement, ni de la religion et qu’on n’y admettrait pas de femmes ». On pouvait ne pas respecter la condition. Mais là et ailleurs on avait encore bien autre chose à faire, qui était d’abord de s’amuser. Ils étaient loin, dira Guimar, « de ce qu’est aujourd’hui notre Société populaire. Ce n’était encore que des assemblées de jeu ou de pure et stérile conversation. » Ce ne sont pas, écrit Métra, « des associations politiques où l’amour du pays devient un titre d’introduction : non, Monsieur, si vous n’êtes pas duc, marquis, chevalier, baron, prélat ou gros béné-ficier, en vain aspireriez-vous à être admis dans l’auguste tripot ». Un catéchisme satirique explique, en 1783, ce que sont ces clubs « nouvellement établis à Paris à l’imitation de ceux de l’Angleterre ». « Qu’est-ce pour nous qu’un club ? — Réponse : Verbum » ; et l’interrogatoire aboutit à cette conclusion qu’ils ne peuvent être que des tripots, augustes ou non. De fait, en 1785, on leur fit défense de donner à jouer et la défense souleva de violentes protestations. Quand on y cherchait autre chose que du plaisir, on y goûtait la satisfaction d’être utile. « Il n’y a pas longtemps, dit l’Avis sincère, que dans chlub, lieu d’assemblée à
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Paris, destinée à soulager l’humanité, quelqu’un, qui proposait une bonne oeuvre à établir, laissa échapper le mot de charité. Un clubiste s’éleva contre ce terme et, sous prétexte qu’il humiliait ceux à qui l’on faisait du bien, soutint que, désormais, il ne fallait nommer que la bienfaisance. » Du jeu ou de la bienfaisance, on finit par passer assurément à l’agitation sociale et politique. La Société gallo-américaine est fondée par Brissot, Clavière, Bergasse, etc., en 1787. La même année on décide p.325 de fermer les clubs comme repaires de mécontents, de frondeurs. Mais ce ne sont pas les clubs qui ont préparé ce goût de la fronde révolutionnaire ; ils n’ont été qu’une occasion, à la veille de la Révolution, pour faire éclater ce qu’on avait appris ailleurs.
Il faudrait accorder plus d’importance aux sociétés littéraires qui se fondent à la même époque. En province elles joueront, comme nous le verrons, un rôle considérable. A Paris, elles tiennent moins de place, mais elles ont certainement contribué à répandre la curiosité philosophique, l’esprit critique, le goût de toutes les discussions. Leur succès s’explique par le fait que ce que nous appelons l’enseignement supérieur n’existe pas. Nous aurons à le montrer en parlant de la province. Malgré de très timides tentatives pour introduire dans les universités l’enseignement des lettres et des sciences, on n’y étudie guère, en fait, que la théologie, le droit, la médecine. Et presque partout ces enseignements sont en pleine décadence ; les uni-versités sont méprisées. L’université de Paris ne vaut pas mieux que les autres et, pour tous les gens cultivés, quand ils n’ont pas besoin d’un diplôme, elle est comme si elle n’était pas. On s’avisa donc d’offrir au grand public un enseignement qui lui
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manquait. Pahin de La Blancherie fonde une Correspondance des sciences et des arts, soutenue par quarante grands seigneurs et destinée à mettre en relations écrites les savants et curieux de tous pays, à servir de bureau d’information, de centre de recherches. Il obtient même la franchise de port pour les lettres qui lui sont adressées. Mais ce n’est guère qu’une sorte de société technique, dont les liens sont trop lâches malgré les réunions que tient Pahin à l’ancien collège de Bayeux, en 1778. Son existence fut houleuse. Elle eut jusqu’à quarante mille livres de souscriptions ; mais il y eut des dissentiments, une interdiction, puis la misère, des interruptions et la disparition. En 1780, Court de Gébelin, l’abbé Rozier, La Dixmerie, Fontanes, etc., fondent une Société apollonienne dont la première séance a lieu le 23 novembre. Cette société devient Le Musée en 1781. Pilâtre de Rozier organise, la même année, sous la protection de Monsieur et Madame, une société rivale sous le nom de Musée de Paris. Les deux musées connurent des fortunes diverses : engouements, puis lassitudes, rivalités qui les opposent, discordes intérieures, p.326 difficulté pécuniaires, puis retours de la mode, etc. Court de Gébelin se ruine. Les uns se moquent, d’autres sont enthousiastes. Grande célébrité, dit Bachaumont, en 1783 ; il faut des suisses à la porte. « Les musées expirent de toutes parts, écrit au contraire Mme Roland en 1784 ; on ne conçoit pas comment Pilâtre se soutient ; il n’a personne à ses cours ; les gens de marque se retirent. » Pourtant, en décembre de la même année, ouverture solennelle dans les nouveaux bâtiments du Palais Royal, avec une brillante illumination en verres de couleur. Après la mort de Court de Gébelin, puis celle
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de Pilâtre de Rozier, Le Musée devient Le Lycée en 1785. Ce lycée est « la vogue de Paris ». La séance d’ouverture attire « un concours extraordinaire ». Les petites maîtresses se font faire des robes de Lycée. Et cela malgré le prix élevé (quatre louis par an).
Assurément ce ne sont pas des sociétés d’enseignement révolutionnaires, ni même républicaines. On ne s’y propose pas d’y répandre l’incrédulité ou d’y raisonner surtout sur la politique. Ce sont des sortes d’universités libres où l’on enseigne la physique, la chimie, l’anatomie, la botanique, l’astronomie, la littérature, l’histoire, les langues. Sociétés de conférences plus ou moins mondaines, plus ou moins techniques où l’on veut « servir la science », l’« humanité » et non pas, ouvertement du moins, la philosophie, les principaux souscripteurs étant d’ailleurs des grands seigneurs ou de riches financiers. Dans les séances dont nous avons le récit, on lit des discours, des vers, des réflexions sur la perspective, on fait des expériences d’électricité, on présente un roi nègre, du pays d’Ouaire, âgé de vingt ans, etc. Mais, tout de même, les fondateurs de la Société apollonienne et du Musée de Court de Gébelin, les principaux animateurs des deux Musées, les professeurs du Lycée, ce sont avec Court de Gébelin, Cailhava, La Dixmerie, Marmontel, Garat, Condorcet, La Harpe, c’est-à-dire des philosophes ou qui le sont à cette date ; des philosophes modérés, ennemis du bouleversement, mais qui ont défendu la liberté de penser et d’écrire, qui ont combattu les fanatismes. Anacharsis Cloots prononce au Musée de Paris, en 1781, un discours contre le fanatisme qu’il publiera avec l’épigraphe : Delenda est Roma. En
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enseignant les sciences expérimentales, on enseigne nécessairement un certain esprit d’examen, le dédain pour p.327 une Sorbonne, des théologiens qui ont combattu Buffon, l’inoculation ; en enseignant l’histoire et, par exemple, « l’histoire des révolutions de l’Amérique », c’est plus ou moins une histoire à la façon de Voltaire dont on donne le goût. Ce premier enseignement supérieur est animé d’un esprit laïque, et même d’un esprit critique qui lui vaut l’hostilité du clergé. Il ne peut pas être traditionaliste. Et c’est cette indépendance qui fait son succès.
Il faudrait joindre à ces clubs, à ces musées et lycées plus célèbres, pas mal de clubs privés, d’entreprises moins retentissantes et même tous les cours publics qui se multiplient à Paris. « Il se forme de toutes parts, écrit Bachaumont en 1782, des sociétés, des musées, en sorte que Paris va bientôt se diviser, comme Londres, en coteries à l’infini. » Morellet appelle clubs les réunions qui se tiennent chez Adrien Dufort, celles qu’il donne chez lui où se rencontrent Roederer, Garat, Trudaine le jeune, Lacretelle. Il existe une académie du Pont Saint-Michel, dont font partie Dulaure et Pidansat de Mairobert ; une société libre d’émulation, très célèbre, qui s’occupe surtout des sciences appliquées et de bienfaisance, mais dans un esprit très laïque, avec le très vif désir de réformes sociales ; un Musée littéraire de l’abbé Cordier de Saint-Firmin, ouvert en 1782. Il y a des cours publics, dont un bon nombre sont gratuits, par douzaines. « La plupart des sciences et des arts, écrit le Journal de Paris, en 1780, ont des cours publics où chacun peut venir puiser des ins-tructions relatives à son goût ou au genre auquel il se destine. »
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De fait, les seules annonces du Journal de Paris, ou celles du Mercure, justifient l’affirmation. Cours de sciences, histoire naturelle, chimie, physique expérimentale, de mathématiques, d’optique, de cosmographie, de mécanique, de minéralogie, de physiologie ; cours de langues étrangères, anglais, italien, dont une société philologique, rue Neuve-des-Petits-Champs, où l’on enseigne l’anglais, l’italien, l’allemand, l’espagnol, le français ; cours d’élocution française, d’action oratoire, de jurisprudence et usages du commerce, de géographie, d’histoire, de topographie, de belles-lettres et philosophie françaises, d’architecture, de commerce, d’éloquence, de versification française. Pour la seule année 1784, le Journal de Paris annonce p.328 treize de ces cours, sans compter ceux de médecine et d’accouchement. On peut apprendre gratuitement l’anglais, la géométrie et le calcul analytique, la jurisprudence du commerce, l’éloquence, la minéralogie, la géographie, le commerce, le français, l’architecture, la mécanique, etc. Beaucoup de ces cours sont donnés par des gens célèbres ou notoires : Rouland, Charles, Fourcroy, d’Arcet, Brongniart, Sigaud de La Fond, Daubenton, Valmont de Bomare pour les sciences, Robert pour la géographie, Rutlidge pour l’anglais. Ceux qui préfèrent lire plutôt qu’écouter ont à leur disposition les bibliothèques publiques qui sont de plus en plus nombreuses. La Bibliothèque du roi, ouverte au public en 1735, n’est ouverte en réalité, jusqu’à la fin du siècle, que deux fois par semaine, pendant deux heures ou deux heures et demie ; et les commis ne sont pas toujours fort empressés. Du moins les lecteurs y sont, pour le temps, fort nombreux. Rouaud y voit, le 12 juillet 1782, « plus de quatre
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cents personnes occupées à faire des recherches, des extraits, à comparer les sources et les autorités ». Arthur Young n’en comptera, le 13 juin 1789, que soixante ou soixante-dix ; mais on a, à cette date, autre chose en tête que de comparer les sources et les autorités. A défaut de la Bibliothèque du roi, on a d’ailleurs la bibliothèque Sainte-Geneviève, ouverte au public en 1759 ; deux fois par semaine, en 1767, mais tous les jours en 1784 ; la Bibliothèque de la ville où « le public a un accès facile » ; et pas mal d’autres ouvertes en moyenne deux fois par semaine, soit à tout venant, soit sur présentation. Il y en a, en 1784, une douzaine. En même temps se fondent des cabinets de lecture. Le premier « salon de lecture » aurait été ouvert en 1762, à trois sous par séance. C’est peut-être celui que Dufour, libraire au pont Notre-Dame, veut organiser et où l’on lira et empruntera, moyennant dix-huit livres par an, les livres nouveaux, journaux et gazettes. Après 1770, ces entreprises deviennent plus nombreuses. Magazin littéraire de Quillau en 1777 où les abonnés liront le Mercure, le Journal des savants, le Journal des dames, le Journal encyclopédique, etc., etc. ; cabinet académique de lecture de Grangé, à trois sous par séance, en 1778. Cabinet politique et géographique, en 1778, ouvert tous les jours de huit heures à neuf heures du soir, à quatre sous par séance, où l’on trouve p.329 l’Année littéraire, le Journal encyclopédique, etc. Le Tableau de Paris de Mercier consacre un chapitre aux cabinets littéraires et loueurs de livres.
Il est certain que la plupart de ces cours étaient par leur sujet même fort inoffensifs. Il est certain que bon nombre des lecteurs des bibliothèques, des cabinets ou salons de lecture n’y
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apportaient aucune curiosité philosophique. Mais, tout de même, Junker, de l’académie de Göttingen, faisait, dès 1776, un cours de science politique où il enseignait la constitution physique, politique, le droit public des États de l’Europe. Au Magazin littéraire et au Cabinet « politique », on trouve le Journal encyclopédique. Et l’on pourrait se passer de ces preuves. Il est certain, même si nous ne les avions pas, que le développement de la curiosité intellectuelle, si général, si profond, dont l’étude de la province nous fournira des témoignages encore plus éclatants, devait favoriser la curiosité philosophique. Il se peut que, sur dix auditeurs ou lecteurs, il n’y en ait eu qu’un seul disposé à chercher dans ces cours ou ces lectures Voltaire, Rousseau, Mably, Raynal, etc., ou leur esprit. Mais s’il y avait non plus dix auditeurs ou lecteurs, mais cent, mais mille, cela faisait non plus un, mais dix, mais cent élèves de la philosophie.
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CHAPITRE IV
LA DIFFUSION GÉNÉRALE. 2. LA PROVINCE
I. — Les ombres du tableau
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p.331 Nous aurons à tracer un assez brillant tableau de l’intelligence des provinciaux aux approches de la Révolution ou du moins des curiosités de leur intelligence. Mais là encore, il ne faut pas prendre des témoignages, si nombreux qu’ils soient, pour l’image exacte de toute la vie. La province a eu, de plus en plus, le goût très vif des « lumières ». Mais elles avaient à percer une obscurité souvent si épaisse qu’il reste bien des places ténébreuses. « Entrez dans une petite ville de province, écrit Voltaire, vers 1770, rarement vous y trouverez un ou deux libraires. Il en est qui en sont entièrement privées. Les juges, les chanoines, l’évêque, le subdélégué, l’élu, le receveur du grenier à sel, le citoyen aisé, personne n’a de livres, personne n’a l’esprit cultivé ; on n’est pas plus avancé qu’au XIIe siècle. » Les juge-ments plus tardifs confirment celui de Voltaire. Quand la « Raison » de La Dixmerie voyage à travers l’Europe elle passe, en France, « par des villes où l’on ne lit que les gazettes et les étrennes mignonnes ». Le comte de Montlosier ne trouve chez ces provinciaux qu’une gazette fort sèche et un coche à moitié vide qui arrivent de Paris ou partent tous les huit jours. Il y a sans doute quelque injustice dans ces condamnations générales. Mais elles sont confirmées par des témoignages plus précis.
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p.332 Avant 1770 ils n’ont rien de surprenant. La crasse de l’ignorance, comme la crasse tout court sont restées très longtemps des privilèges de la gentilhommerie. Voici, en 1739, l’orthographe d’un sieur du Valès, gentilhomme gascon, dans son testament : « Je charge mon éritié ou éritière de fere par du vin de sete vine quome de toutes les autres manbres de Gesus-Qrist qui sont les vieux povres que jeme. » Il est vrai que Mme d’Epinay ou d’autres ne se piquaient pas d’orthographe. Mais on ne savait pas plus le reste que l’orthographe. Dans les maisons de Lyon où fréquente Dutillieu, vers 1738, on ne s’intéresse à rien qu’au jeu, à la bonne chère, à un libertinage grossier. Dans la province où vit d’Argenson, en 1751, « on devient sauvage de plus en plus ». A Bourges (en 1753), les bourgeois sont « de l’ignorance la plus crasse, seul appui de l’espèce de léthargie où sont plongés les esprits de la plupart des habitants du Berry ». A Limoges (1757), on n’est pas sans esprit « mais on y est tout à fait sans étude ». A Alais (1763) et dans les Cévennes, les savants, livres, manuscrits, cabinets d’histoire naturelle sont fort rares ; pour toute ressource le libraire de Nîmes vient quelquefois à Alais et vend des livres à la foire du 24 août. Des années passent, mais il arrive souvent que la situation ne change pas. Il y a bien des choses qu’Arthur Young admirera dans les provinces françaises, mais ce ne sera pas la culture intellectuelle. Pour lui, la Révolution est fille de l’ignorance et non du savoir. Depuis Strasbourg jusqu’à Besançon pas un journal. A Besançon, pas de cabinet littéraire. A Moulins, pas de journal dans le meilleur café de la ville. A Bedarieux les marchands sont d’une ignorance incroyable. Quelle différence avec les « lumières
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si universellement répandues en Angleterre ». « Quel trait de retard, d’ignorance, d’apathie et de misère chez une nation... Quel abrutissement, quelle pauvreté, quel manque de communication ! » Mme Roland atteste moins hautement les dieux, mais elle n’est pas plus indulgente. Les Amiénois sont des Palus-Méotides qui vivent dans leur « bourbe ». A Villefranche-sur-Rhône « on n’est point du tout sot... mais on y est un peu, c’est-à-dire très court en fait de connaissances ». Des témoins moins notoires nous promèneraient à travers la bourbe et la léthargie p.333 de Guéret, de Poitiers, de Nevers, de l’Auvergne. « Partout l’ignorance est extrême ; et à peine paraissons-nous sortir du Xe siècle. » « Si tu exceptes quelques individus instruits qu’on rencontre de loin en loin dans certaines classes, partout tu ne verras que gens à qui une conversation intéressante et qui suppose quelques-unes des connaissances de l’esprit est chose absolument étrangère. C’est presque un privilège que de trouver une petite bibliothèque. »
II. — La noblesse et le clergé
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Pourtant si Arthur Young, Mme Roland et les autres avaient regardé partout, avec des yeux sans prévention, ils auraient trouvé ce qu’ils cherchaient, des journaux, des sociétés littéraires, des bibliothèques, des conversations philosophiques. Ces provinciaux ont été si peu enlisés dans leurs marais qu’ils ont lu les philosophes et qu’ils les ont crus. Même dans la noblesse ou le clergé on est déiste ou athée et l’on est libéral. Mme de la Tour du Pin est élevée dans la maison d’un
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archevêque « où toutes les règles de la religion étaient jour-nellement violées ». L’évêque de Lescar est « en matière de religion assez dégagé et accommodant ». Ces dignitaires n’étaient pas souvent, si l’on veut, des provinciaux. Mais les plus humbles pasteurs des âmes ne sont plus, parfois, que des mécréants. Le curé de Valmunster, dom Collignon, est simplement déiste et humanitaire ; la religion est pour le peuple ; et la bonne vie pour lui, car il prend deux maîtresses. L’abbé de Prades, de Castelsarrazin, déclare que « la foi doit être soumise à la raison et la raison aux sens ». L’Histoire philosophique de Raynal est dans la bibliothèque d’un chanoine de Cambrai ; et c’est un moine prémontré qui publie l’Esprit du même Raynal. Il y a à Chartres toute une société d’esprits forts dont l’ornement est dom Mulet, prieur d’un couvent de Bénédic-tins. Il est déiste, se pique au jeu jusqu’à débiter un sermon où le nom du Christ n’est pas même prononcé ; et il se vante auprès de Brissot d’avoir fait « digérer ce discours à un peuple de cagots ». Le précepteur des enfants du baron de Fontette, l’abbé Bouisset, à Bayeux, est lié avec d’Alembert, d’Holbach, Diderot ; il se fait présenter à Voltaire et composera, sous la Révolution, une invocation p.334 à l’Être suprême. En Lorraine, si l’on en croit les âmes pieuses, l’impiété éclate de toutes parts, même parmi les prêtres. Montlosier, à Clermont-Ferrand, se fait, en 1775, une société de prêtres beaux-esprits, quelques-uns déistes, d’autres franchement athées. Tel prieur de l’abbaye de Beaupré est « franc-maçon, joueur et fréquente des gens qui parlent assez mal de la religion ». Le philosophisme envahit les séminaires : un diacre lit l’Esprit pendant une procession et à
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l’église ; les séminaristes de Saint-Dié sont presque tous déistes et épicuriens ; un séminariste de Toul a tout Jean-Jacques Rousseau dans sa malle.
Il y eut assurément des gens de noblesse et des prêtres très curieux de politique, ennemis du « fanatisme » et du « despotisme », même dans les provinces et les fonds de province. On en découvre ça et là des témoignages. Le père de Chateaubriand, l’oncle de Lamennais sont des admirateurs de Raynal, moins peut-être, d’ailleurs, pour la guerre qu’il fait aux tyrans que pour celle qu’il fait aux prêtres. Les officiers, si l’on en croit Vaublanc, ne sont pas moins engoués de l’Histoire philosophique. La bibliothèque de la famille de Thuret s’emplit des ouvrages des encyclopédistes ; dans celle du château de Fléchères, en 1780, on trouve Les Incas, La Nouvelle Héloïse, l’Émile, le Discours sur l’inégalité, le Dictionnaire philosophique, l’Esprit d’Helvétius, Imirce ou la Fille de la nature de Dulaurens, etc. A Poitiers, le chevalier de Tryon fait le désespoir de sa mère ; il a « la tête fêlée de philosophie, de chevalerie, de romans, de littérature, de politique, de philanthropie ». A Marseille, Mme de Gontaut-Biron est « émue jusqu’à l’exaltation par... le mot de liberté qui lui représentait le bonheur pour tous, la faisait tressaillir, l’enivrait, l’attendrissait tour à tour ». Sans aucun doute ces têtes fêlées et ces exaltés sont en minorité. En Normandie, par exemple, la plupart des nobles restent violemment attachés à leurs privilèges ; mais il y a tout de même des gentilshommes libéraux, le comte de Vendoeuvre, le marquis de Balleroy, le comte d’Osseville. Les mariages inégaux seraient, d’après les lettres de cachet, fort nombreux à Caen.
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Les intendants surtout ont puissamment contribué à défendre les libertés provinciales, à résister aux exigences abusives du fisc et du pouvoir central, au nom de principes de justice, de liberté, p.335 d’humanité qui étaient des principes philosophiques 1. Descendants de bourgeois, possesseurs de charges devenues héréditaires, riches, ils sont les intermédiaires naturels, puissants, écoutés, entre le peuple, la bourgeoisie moyenne et les grands privilégiés. Très instruits fort souvent, ou même hommes de lettres, auteurs, ils ont aimé les « lumières » ; ils ont voulu les répandre. Ils ne se sont pas contentés d’être des admirateurs humains et généreux ; ils l’ont été au nom d’une doctrine dont ils n’ont fait mystère ni dans leurs salons ni dans leurs écrits. Ce sont des intendants que Sénac de Meilhan, Auget de Montyon, Dupré de Saint-Maur, Pelletier de Morfontaine, etc. Sans cesse leur correspondance, leurs discours et heureusement leurs actes témoignent du souci d’une administration qu’ils veulent non pas philosophique, mais éclairée et chacun sait, alors, que les deux mots sont synonymes. Peu à peu même une sorte d’esprit philosophique involontaire se glisse dans l’éloquence et le style de toutes sortes d’administrations. Vers 1780 et surtout, bien entendu, vers 1785-1787, on parlera, au sein même du Conseil d’État, du pacte social, des droits naturels, du droit des peuples, de ministres citoyens, etc. A plus forte raison la phraséologie philosophique, raison, nature, humanité, citoyen, patriote emplit-elle les lettres ministérielles, les rapports, les ordonnances et les édits mêmes du roi. « L’administration, dit l’intendant Chaumont de la Galaizière, à
1 Ouvrage de référence générale : P. Ardascheff, Les Intendants de province
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l’ouverture de l’assemblée provinciale d’Alsace en 1787, l’administration a cédé depuis longtemps à l’impulsion de ce mouvement général que le progrès des connaissances a imprimé à la nation. Les ressorts du gouvernement qui ne jouaient autrefois que dans les ténèbres sont aujourd’hui développés et exposés aux yeux des peuples. » Le discours est de 1787, il serait invraisemblable dix ans ou même cinq ans plus tôt ; mais il exprime tout de même des intentions que les intendants avaient conçues « depuis longtemps » ; ils ont aidé « à l’impulsion du mouvement général » philosophique.
III. — La diffusion dans les classes moyennes
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Il semble que les classes moyennes aient été assez peu touchées par l’incrédulité religieuse avant 1770. Nous n’en avons trouvé que p.336 des témoignages assez rares. Mais ils se multiplient après cette date et se précisent. Ce sont d’abord les plaintes générales qui deviennent plus nombreuses et plus amères. A Lyon, plaintes du cardinal de Tencin, du P. Baillot, en 1752, 1776, 1778. En Lorraine, Mgr Drouaz « voyait les moeurs se pervertir, l’impiété prévaloir, la foi diminuer sensiblement, le relâchement s’introduire dans les ordres religieux ». A Perpignan, le père de Jaume s’écrie en mourant : « La religion se perd » ; et le fils est d’accord avec le père. A Lille, « le matérialisme, le déisme et l’athéisme percent jusque dans ce pays-ci, jadis le siège de la bigoterie et de la superstition ». A Annonay, l’abbé Batandier se souvient avec tristesse de la
sous Louis XVI (1693).
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funeste atteinte de la « fausse philosophie... Le Dictionnaire encyclopédique, les ouvrages de Voltaire, de Raynal, d’Helvétius, de J.-J. Rousseau y avaient pénétré comme ailleurs et y circulaient dans toutes les mains ; ils faisaient encore le fond de toutes les bibliothèques... Les sacrements furent moins fréquentés ; les offices publics devenaient déserts ». Des cas précis justifient ces doléances. Les uns sont seulement ceux de raisonneurs qui se défient de la superstition et du fanatisme en restant sans doute des croyants. Le jeune Ibarrart prouve à sa dévote de tante qu’il n’y a ni sorciers ni maléfices et que tout s’explique « par les moyens physiques ». M. R, et d’autres qui l’entourent, fondent sur Louis XVI de grandes espérances ; la seule chose qu’ils redoutent « c’est le règne des prêtres... Les prêtres n’ont d’autre rôle à jouer que sur les bancs de la Sor-bonne, où ils peuvent tant que bon leur semble se regarder comme des vice-Dieu » ; en un mot « leur règne n’est plus de ce monde ». Mais d’autres sont des incrédules décidés et qui, à l’occasion, ne reculent même pas devant le scandale. A Amiens, Mlle Cannet, l’amie de Mme Roland, a une crise de doute qui va jusqu’à l’athéisme, et dont elle ne se tire que par la « religion du sentiment ». En Lorraine, on ne tient même pas à s’en tirer. « Les mauvais livres sont très répandus... à Bar-le-Duc et ailleurs. Les perquisitions chez les libraires sont sans résultat. Un faïencier de Saint-Clément fait imprimer La Pucelle. M. de Jobard à Guerpont ne va jamais à la messe. La châtelaine de Sommerville est une bégueule philosophe. Un chevalier de Saint-Louis, à Roville, est déiste, matérialiste bien p.337 connu, et M. de Fontanges va manger chez lui pendant la confirmation. Chaque
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petite ville a son parti de jeunes philosophes ardents à l’impiété. A Vézelise, ils obligent les prêtres du doyenné à transporter leur synode à Sion pour ne pas être épilogués. » A Toul, on accuse François de Neufchâteau d’avoir établi « une société de déistes, une académie de pourceaux, sous le nom de société de Thé-lème » ; il s’en défend véhémentement dans une lettre à l’Année littéraire ; mais il reste qu’on pouvait croire possible cette acadé-mie de pourceaux. Dans le pays d’Ibarrart, à Dax, « en dehors du collège, on se croirait avec des huguenots, car on ne connaît pas le maigre, même dans les plus grandes maisons ». A Chartres, ce dom Mulet, déiste, dont nous avons parlé, est entouré d’autres esprits forts. De Nogent-le-Rotrou, Mme Buttet, son amie, demande à Linguet le Système de la nature qu’elle approuve sans réserves. A Pontivy, l’avocat Guépin et le négociant Brélivet refusent de tapisser leurs maisons au passage de la procession de la Fête-Dieu ; il leur en coûte dix livres d’amende.
Le mépris ou l’indifférence du dimanche se répandent ; du moins l’appât du gain est plus fort que le respect religieux et la crainte de la police. Les ordonnances se multiplient. A Caen, une sentence de police interdit à deux fermiers et à tous autres de travailler les jours de fête et les dimanches et notamment pendant le service divin. « Ce manquement n’est malheureusement que trop fréquent. » A Saint-André-de-Fontenay, un cabaretier, « homme sans religion », donne à boire pendant le service divin. Une autre fois, à Caen également, le procureur du roi doit interdire de faire négoce et de tenir boutiques ouvertes le dimanche. Ordonnances analogues,
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condamnations à Moulins, à Rambervilliers. Il y a pis : à Ainay-le-Château, scandale par une troupe de jeunes gens qui non seulement « ne faisaient que causer pendant tout le temps des offices divins, mais y commettaient même des irrévérences ». A Saint-André-de-Fontenay, pendant la messe, on joue aux quilles et on se livre « à des danses baladoires et scandaleuses ».
Il est plus difficile de suivre directement la diffusion des idées sociales et politiques libérales dans la classe moyenne, car elle nous a laissé peu de témoignages personnels de ses lectures et de ses impatiences. p.338 A Largentière, en 1787, un consul demande, au nom du droit naturel, que le peuple ait autant de conseillers que la noblesse et la bourgeoisie au conseil municipal. De tels faits sont rares. Mais les témoignages indirects abondent. « Dans la plupart des provinces », nous dit de Véri (vers 1775), se manifestent avec les progrès des idées nouvelles des « germes républicaines ». Il y a des salons « littéraires » qui, souvent, se piquent de philosophie et de libéralisme. A Caen, salons de Mme de Vauquelin de Vrigny, de Mme de Saint-Julien, du marquis de Manneville ; à Mayenne, salon de Mme de Clinchamps ; à Agen, quatre salons « artistiques et littéraires ». On peut suivre aussi bien la vente des livres interdits, dont nous avons parlé, l’activité des académies et sociétés littéraires, l’enseignement des collèges, les journaux provinciaux dont nous parlerons. Notons aussi le succès de certaines pièces que la province ose jouer avant Paris ou qu’elle accueille avec autant d’enthousiasme que Paris. La fureur du théâtre de société tourne les têtes dans la province, à Tours, à Clermont, Dijon, Autun, Guise, Poitiers, Saint-Dizier, Avignon, Nîmes, Orange et ailleurs
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assurément. A Quintin, en Bretagne, l’avocat Fleury monte, en trois ans, soixante-trois pièces. On donne des pièces qui flétrissent le fanatisme. Tandis que l’Ericie de Dubois-Fontanelle est sévèrement interdite à Paris, on la joue à Toulouse dès 1769. « Cette fois, écrit La Beaumelle, le fanatisme n’a pu l’emporter sur la raison. Les moines sont au désespoir. Je sais bon gré aux Toulousains d’avoir été les premiers à applaudir cette pièce. » L’Année littéraire avoue, en 1770, qu’on représente Ericie « dans quelques provinces et toutes les fois qu’on la donne elle attire un concours nombreux de spectateurs ». On la joue à Bordeaux, en 1772, à Orléans, en 1775, à Reims, en 1786. L’Olympie de Voltaire est représentée à Dijon, en 1772, à Bordeaux, en 1775, à Rouen, en 1785. Son Mahomet est donné plusieurs fois à Bordeaux, en 1775 et années suivantes, et à Rouen, en 1787 ; ses Lois de Minos se jouent quatre fois à Bordeaux, en 1773-1774. La Veuve du Malabar paraît à Chartres, en 1784, et dix-neuf fois à Bordeaux, de 1780 à 1787. On joue Les Druides, en 1786, à Orléans, et quatre fois à Bordeaux, en 1784, etc., etc. ; on joue aussi bien des pièces où l’on p.339 cherche des allusions politiques et celles où elles s’étalent. L’innocente Partie de chasse d’Henri IV de Collé est interdite à Paris, à plusieurs reprises, parce que les Parisiens comparent la royauté paternelle d’Henri IV à celle de Louis XV ou même de Louis XVI qu’ils jugent despotique. A Rouen, l’autorisation est refusée en 1767 ; mais on donne la pièce à Nantes en 1775, à Lyon en 1783, même au collège de Niort en 1786. On la jouera sept fois à Bordeaux en 1788-1789. En 1787, les jurats tentent vainement d’empêcher la représentation du Guillaume Tell de Lemierre,
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dont les spectateurs font une revendication du peuple contre les tyrans.
Surtout Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro trouvent en province des succès retentissants. Le Barbier de Séville qu’on joue à Dijon, en 1774 et 1779, à Cambrai en 1777, quelque quatre-vingts fois à Bordeaux de 1775 à 1787, dans un salon à Avignon, en 1779, se contente d’égratigner avec discrétion quelques préjugés sociaux ou religieux. On sait que Le Mariage de Figaro les bafoue avec insolence. Or, la province admire Le Mariage. A Lyon, il est « attendu avec impatience », et on le joue les 5, 6, 9 et 13 juillet 1785. A Douai, en 1786, les comédiens l’annoncent, mais n’osent pas le représenter. Par contre, il est joué à Quimper en 1784, à Orléans en 1785, à Bourg en 1786, à Rouen en 1785 et 1786, à Dijon en 1785, à Nancy, où il est accueilli avec une « fureur merveilleuse », cinq fois à Bordeaux en 1788. A Lille, on le donne en 1785 et la censure se borne à faire sauter un passage dans le compte rendu de la Feuille des Flandres.
Il faut joindre à tous ces documents les témoignages qui signalent les progrès de l’esprit philosophique, pour s’en réjouir ou s’en plaindre, sans nous dire s’il s’agit d’une philosophie irréligieuse, sociale ou politique. Mercier prétend démontrer l’influence de Paris sur la province ; Delandine est convaincu qu’on est aussi cultivé ici que là. Ils s’en félicitent. La Feuille hebdomadaire pour la province d’Auvergne s’en afflige au contraire, en 1780 ; elle se plaint que « l’exemple de Paris avec lequel les provinces ont malheureusement aujourd’hui trop de communication répande une émulation funeste » ; on est devenu
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« raisonneur ». Les Lyonnais sont poussés par le « besoin d’apprendre ». La ville d’Alais était, vers 1750 ou 1760, p.340 fort ignorante ; mais vers 1770, elle commence à se transformer : « On s’est avisé d’avoir des livres, de se donner un semblant de bibliothèque, un vernis de littérature. » Il n’est pas douteux que ce vernis est souvent philosophique et qu’il y a dans les bibliothèques les livres les plus audacieux. Nous avons montré que la police doit surveiller le commerce des livres prohibés aussi soigneusement en province qu’à Paris. A Nîmes, « se vendent une foule de livres pernicieux dans lesquels la religion et l’État ne sont point respectés ». On y saisit, de 1772 à 1776, Le Cousin de Mahomet, La Pucelle, Les Bijoux indiscrets, Jean Hennuyer, etc. ; à Bordeaux, La Gazette de Cythère ou Histoire secrète de la comtesse du Barry ; à Rennes, en 1777, Les Inconvénients des droits féodaux ; à Agen, on trouve chez le libraire Bosc quarante-six ouvrages non autorisés parmi lesquels La Noblesse oisive, les Lettres persanes, Zadig ; une autre fois, on saisit L’Ombre de Louis XV au tribunal de Minos. A Brest, on vend Le Système de la nature, L’Antiquité dévoilée, L’Homme avec ses facultés ou le livre de l’Esprit mis à la portée de tous les lecteurs. A Lyon, les livres défendus sont fournis par le libraire Giroud. Pratiquement, les oeuvres de Voltaire, de Rousseau, l’Encyclopédie se vendent librement. Les annonces des journaux provinciaux nous en donneront la preuve. Il y en a d’autres. Nous avons vu que l’archevêque de Vienne, les évêques de Strasbourg et d’Amiens doivent défendre de souscrire à l’édition de Kehl de Voltaire. Mais, à Amiens, le corps de ville proteste énergiquement contre le mandement de l’évêque. On trouve
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Voltaire et Rousseau chez les bourgeois de Montauban et chez ceux de Pontivy. Un projet de réédition de l’Encyclopédie, par le libraire Pellet de Genève, trouve cinq cents souscripteurs à Lyon. Les documents de police prouvent que les acheteurs des livres prohibés, en province, sont souvent des notaires, des avocats, des fonctionnaires. En fait, dans la bibliothèque de C.-A. Regnault, agent de change à Lyon, mort en 1780, on trouve quarante-quatre volumes de dévotion, mais aussi quarante volumes de Voltaire, treize de Rousseau, l’Encyclopédie, Raynal. Chez un curé breton, en 1786, il y a l’Encyclopédie, les oeuvres de Voltaire et de Buffon ; l’abbé Déméré, curé de Meung, a l’Encyclopédie ; Nicolas Motin, à Nevers, en 1783, a quatre mille volumes p.341 dont l’Encyclopédie, l’Esprit des lois, plusieurs collections des oeuvres de Voltaire. L’abbé Lapauze, curé de Bonzac-en-Galgan (près de Bordeaux), très pauvre, achète pourtant cinq cent quarante volumes, dont l’Encyclopédie. A Alençon, vers 1780, Desgenettes emploie ses six semaines de vacances à lire, jour et nuit, ce qu’il peut « rassembler d’ouvrages philosophiques ».
IV. — Les académies provinciales, les sociétés littéraires, les cours publics, les bibliothèques
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Malgré leur nombre, tous ces témoignages pourraient être des témoignages dispersés ; un texte, dix textes, cent textes même risquent toujours de nous faire prendre non pas des exceptions pour la règle, mais de petites minorités pour des sortes de majorités. Même en 1780, la France est complexe et il est malaisé d’établir avec précision les tendances ou dominantes
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ou puissantes de l’esprit provincial. Heureusement tous nos documents sont confirmés par l’histoire des académies provinciales, des sociétés littéraires qu’on peut appeler libres, des cours publics, des bibliothèques publiques. Leur multiplication soudaine et rapide, leur esprit montrent, avec certitude, la diffusion générale d’une très vive curiosité intellectuelle, le besoin de s’informer, de discuter et, par voie de conséquence inévitable, même en l’absence de preuves directes, la connaissance donc l’influence des livres nouveaux, des livres à la mode, c’est-à-dire des oeuvres philosophiques. Ce sont les classes moyennes dont l’histoire s’éclaire ainsi. La noblesse, le clergé font partie, souvent, des académies provinciales et parfois des sociétés littéraires. Rien ne les empêche de suivre les cours publics. Mais il est facile de voir que les classes moyennes jouent un rôle important dans les académies, qu’elles dominent et le plus souvent sont seules dans les sociétés et qu’elles forment nécessairement presque tout le public des cours et surtout des bibliothèques.
Il se fonde peu d’académies nouvelles après 1770. Il en existe dans presque toutes les villes importantes avant cette date, et peut-être les trouve-t-on un peu démodées et timorées. Une société d’agriculture, sciences et arts est fondée à Agen en 1776 (qui ne sera p.342 d’ailleurs autorisée qu’en 1788) ; une académie des sciences, arts et belles-lettres à Orléans en 1781 ; une société académique à Bayeux, en 1784 (dont font partie Vicq d’Azyr, Jussieu, Buffon). Ces académies nouvelles et les anciennes plus encore font toujours une assez large place aux belles-lettres qui ne sont pas philosophiques. On continue à y lire
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des poésies fugitives, des idylles, des odes, des discours sur de vagues moralités. Ce sont toujours, à certains égards, des académies de beaux-esprits, des sociétés d’éloquence. Quelques-uns disent même, sans ménagement, des académies de bavards. Perreau, Brissot, Montbarrey s’affligent de leur multiplication qui multiplie les « bavardages » et les « écrivailleurs ». Mais c’est déjà un signe des temps que l’on proteste ; et tout le monde n’est pas de leur avis. Dupont de Jumeaux se félicite, à Bordeaux, que les académies se substituent aux universités « qui sont vieilles et qui ont tous les défauts et les vices de l’âge ». Latapie qui assiste à une séance de la société académique d’Agen en est fort satisfait : « Tout cela annonce une fermentation de connaissances, et c’est beaucoup pour une ville où l’on savait à peine lire il y a quarante ans. »
Les faits ne leur donnent pas tort. Les académies continuent à s’occuper très activement des problèmes scientifiques et surtout des problèmes de sciences pratiques : économie rurale et domestique, hygiène, commerce, industrie sont constamment les sujets des mémoires, discussions, concours. Rien n’a changé de ce que nous avons étudié dans la période de 1748-1770 ; et il suffit d’y renvoyer. Mais la curiosité et l’audace philosophiques se précisent singulièrement. Une étude sur L’Esprit des lois à l’académie d’Arras, en 1786, un Eloge de Montesquieu mis au concours par l’académie de Bordeaux, en 1782, pouvaient ne pas tirer à conséquence. Mais l’académie de La Rochelle propose, en 1780, un Eloge de J.-J. Rousseau que le ministère se croit obligé d’interdire. C’était sans doute parce que l’académie était
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philosophe, parce qu’on y avait lu, en 1776, un discours démontrant « que rien ne contribue plus au bonheur que l’étude de la philosophie », et en 1780 une Ode sur la philosophie. L’académie se rattrape en couronnant, en 1786, une ode sur la mort de J.-J. Rousseau qui paraît, dit l’Année littéraire, « inspirée par le fanatisme plus que par le génie ». Autre éloge de Rousseau p.343 à l’académie d’Amiens, en 1778 ; la même année à l’académie d’Agen :
O Jean-Jacques ! ô grand homme ! ombre chère et sacrée !
Et la même académie publie, en 1787, un Précis historique sur les États généraux. Aux Jeux floraux de Toulouse, l’éloge de Rousseau est donné comme sujet de prix ; des prêtres concourent, escamotent les réserves de doctrine et exaltent en périodes lyriques l’oeuvre du grand homme. Raynal fonde deux prix littéraires à l’académie de Lyon qui lui fait, le 29 août 1780, une réception triomphale : « L’affluence était si considérable qu’on fut obligé, au moment même d’ouvrir la séance, de la transporter dans la grande salle de l’Hôtel de ville. » L’académie de Rouen est beaucoup plus circonspecte et s’en tient à des sujets inoffensifs. Elle donne cependant, comme sujet de prix en 1783 : « Quels sont les moyens de porter l’Encyclopédie au plus haut degré de perfection. » Quant à l’académie de Nancy, elle est, si l’on en croit l’abbé Ferlet, la complice avouée des philo-sophes ; n’a-t-il pas envoyé le discours qu’on a jugé le meilleur ; mais on l’a « exclu du concours, sous prétexte qu’il attaquait avec trop de vivacité quelques encyclopédistes ». Montbarrey avait donc quelques raisons d’affirmer que « les productions des académies détruisent à la fois les moeurs et la religion ».
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Les raisons se précisent si l’on envisage, dans le détail, leur attitude vis-à-vis des problèmes religieux, politiques et sociaux. Assurément beaucoup d’académies restent fort respectueuses ou tout au moins prudentes. Celle de Montauban donne, en 1777, comme sujet de prix : « Le zèle de Louis XVI pour la religion et les bonnes moeurs. » Celle de Besançon demande d’« établir la liaison intime de la religion et de l’ordre social ». Aucune académie ne se risque à discuter de la religion dans l’esprit de Voltaire ou même de Rousseau ou de Delisle de Sales. Elles y auraient d’ailleurs gagné d’être immédiatement dissoutes. Mais il y en a au moins une pour proposer un éloge de Bayle, c’est-à-dire de l’esprit critique et sceptique : ce sont les Jeux floraux, en 1772. Le duc de la Vrillière lui écrit pour l’inviter à choisir un autre sujet. Elle s’incline. Mais elle se venge en faisant lire une biographie de Bayle ; et l’interdiction fait p.344 une manière de scandale dont Grimm, Voltaire et même les prudentes Affiches de province se sont fait l’écho : « L’éloge, impriment lesdites Affiches, pourrait se trouver fait en disant : Qu’il a formé l’esprit de ce siècle et toute la philosophie de nos jours. Des raisons que l’on devine aisément lui ont fait abandonner cet éloge ; elle propose celui de saint Exupère, évêque de Toulouse. » On devine que ce n’était pas le seul respect qui faisait passer l’académie de Bayle à saint Exupère.
Même réserve, sincère peut-être, mais dans tous les cas nécessaire, à l’égard des questions proprement politiques. Le sujet des Jeux floraux, en 1784, est : « La grandeur et l’importance de la révolution qui vient de s’opérer dans l’Amérique septentrionale », mais c’est un thème que l’autorité
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n’a jamais voulu interdire. A Besançon, on demande « si le patriotisme est égal dans les monarchies à celui des républiques » ; mais c’est un sujet que Montesquieu avait traité sans être républicain. Babeuf propose à l’académie d’Arras un sujet de concours sur l’état d’un peuple vivant dans une organisation communiste ; mais l’académie fait la sourde oreille. Les académiciens de Lyon défendent à plusieurs reprises la cause de l’instruction du peuple, « l’esprit social » et « citoyen » ; ils écoutent, en 1787, un Essai sur l’état de nature par l’abbé Jacquet ; qui n’est d’ailleurs qu’une reprise « sensible » et moralisante des Discours de Rousseau. A l’aca-démie d’Agen, Hébard lira une dissertation sur « l’influence de la philosophie sur la Révolution » ; mais c’est en mai 1789. Par contre, les académies se rattrapent en se plongeant dans l’examen de toutes sortes de problèmes sociaux qui ne sont pas exactement politiques, mais d’où l’on peut glisser si aisément à la politique qu’il arrive à l’autorité d’intervenir. L’académie de Châlons est parmi les plus hardies et ses récompenses sont parmi les plus enviées. De 1776 à 1783, elle demande : « Quel est le meilleur plan d’éducation pour le peuple ? — Quels sont les remèdes à la mendicité ? — Quels sont les moyens les moins onéreux à l’État et au peuple de conserver et d’entretenir les grands chemins ? — Quelles pourraient être en France les lois pénales les moins sévères ? — Quelles sont les réparations à donner aux accusés reconnus innocents ? — Un plan p.345 d’éducation pour les collèges. — Un plan d’éducation pour les femmes. — Un plan d’éducation pour les collèges. » L’académie prend, à l’occasion, des précautions. En demandant quel serait le
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meilleur plan d’éducation pour le peuple, elle précise que « tout système qui porterait atteinte au respect dû à la religion et au gouvernement serait rejeté ». Mais ses préférences vont, parfois, aux concurrents les plus hardis. Brissot est couronné deux fois. Le ministère s’alarme, défend l’impression des mémoires, transige d’abord puis impose une interdiction définitive d’imprimer, en 1784. A Orléans, la Société royale d’agriculture ne s’en tient pas à la culture des terres ou à l’élevage du bétail. Elle discute constamment de graves problèmes économiques : l’ouvrage de Condillac sur « le commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre » ; un mémoire de Letrosne sur « l’intérêt social par rapport à la valeur, à la circulation, à l’industrie et au commerce intérieur et extérieur » ; la procédure criminelle ; la mendicité ; le roman économique Mizrim du marquis de Mirabeau ; l’Administration des finances de Necker ; les corvées. La Société royale de Metz renie ouvertement, en 1787, par la plume de Roederer, le vieil idéal littéraire et académique : « Elle aspire plus à l’utilité qu’à l’éclat, aux progrès de la sagesse publique et de la raison générale qu’à la gloire des lettres ; elle propose des objets d’utilité publique à éclaircir plutôt que des vérités éclair-cies à embellir, à animer. » En fait, c’est bien le programme qu’elle suit depuis un certain nombre d’années. De 1775 à 1785, par exemple, mémoires sur la liberté du commerce des grains, sur les corvées, sur la législation, sur l’abolition des peines infamantes, sur les réparations dues aux accusés reconnus innocents. Robespierre et Lacretelle sont lauréats du concours proposant de discuter l’infamie attachée aux parents d’un
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criminel. La société suit avec tant de hardiesse les idées nouvelles qu’en 1788 elle discutera de la convocation prochaine aux États généraux, et, en 1789, de la députation aux États. A l’académie de Rouen, de 1781 à 1788, mémoires sur la nature des peines, sur la procédure criminelle, sur la noblesse commerçante, sur l’abolition du droit coutumier. A Agen, Bordeaux, Angers, Arras, Dijon, les hardiesses semblent moindres ou nous p.346 sommes moins bien renseignés. Mais nous trouvons pourtant une discussion sur les sociétés « connues sous le nom de politiques », d’autres sur les bâtards ou la jurisprudence criminelle (par Robespierre), sur la peine de mort, sur l’esclavage, sur les corvées, les enfants trouvés, les fermes de grande ou de petite étendue, etc.
Il n’est donc pas douteux que l’évolution de ces académies s’est continuée et précipitée. De littéraires et académiques elles sont devenues « économiques » et scientifiques et même timidement philosophiques. Puis, à partir de 1770, elles suivent, avec plus ou moins de prudence, « le torrent » ; elles osent témoigner, même contre l’autorité, d’une certaine indépendance de pensée ; elles ont des curiosités qui menacent de changements graves l’état social traditionnel. Toutefois, elles suivent le courant, elles ne le devancent pas, elles le grossissent peu. Elles restent, dans leur ensemble, des milieux fermés, assez étroits. Elles comptent peu de membres et la plupart sont de gros ou petits privilégiés. Malgré la publicité des séances publiques, des concours, des mémoires imprimés, elles n’intéressent guère qu’une élite de noblesse provinciale, de gens de robe, de gros bourgeois et de gens en mal de littérature et de
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gloire académique. C’est pour cela que, de 1770 à 1787, elles sont débordées. Toutes sortes de gens qu’elles dédaignent ou qu’elles ignorent voudraient lire, raisonner, discuter. Or, on a bien peu d’espoir ou pas du tout, le plus souvent, d’être un des quarante, ou des cinquante, ou des soixante. Et l’on croit cependant avoir son mot à dire ou son renseignement à prendre sur des problèmes que l’autorité n’est plus capable d’enfouir dans l’ombre. C’est pourquoi l’on voit se fonder tant de sociétés et chambres littéraires ou de lecture dont l’histoire est encore beaucoup plus significative que celle des académies.
Leur naissance s’explique d’ailleurs, en partie, comme la prospérité des académies, par l’irrémédiable et profonde décadence des universités de province 1. L’enseignement de ces universités aurait pu devenir, plus ou moins, ce qu’il a été au XIXe siècle, l’initiation de la jeunesse cultivée et même d’une partie du grand public aux p.347 formes les plus hautes et les plus neuves des recherches de l’esprit. Mais les universités du XVIIIe siècle se sont enfoncées dans une routine où elles ont perdu toute intelligence. Elles n’ont plus été que des machines à distribuer ou à vendre des diplômes nécessaires. Elles ont été méprisées. Elles sont avant tout d’ailleurs des universités de théologie, de droit, de médecine. Les facultés de théologie sont violemment intolérantes et c’était, si l’on veut, leur droit ; mais ce droit, qui poursuivait la Théorie de la terre de Buffon ou le Bélisaire de Marmontel, fut tenu presque universellement pour une sottise. Dans les facultés de droit ou de médecine, on se
1 Ouvrage de référence générale : L. Liard, L’Enseignement supérieur en France (574).
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tient obstinément aux traditions scolastiques les plus usées ; ces vieilleries sont enseignées par des professeurs qui se déchirent dans d’obscures et féroces querelles. Souvent même ils ont perdu toute conscience. La vente des diplômes, donnés, moyennant finance, après une vague comédie d’examen, n’était pas nouvelle. Perrault et ses amis n’avaient eu, à la fin du XVIIe siècle, qu’à payer pour avoir le leur. Mais il semble bien que le mal se soit répandu, aggravé. Sous Louis XV, la faculté de médecine de Montpellier a la réputation de recevoir tous les candidats. La Mettrie va chercher ses grades de médecin à Reims parce qu’on les obtient en quelques mois et pour quelques centaines de livres. A la faculté d’Angers il suffit de payer douze francs l’une les réponses aux questions posées aux candidats en droit. A Reims, quand Brissot, Danton, Roland veulent obtenir leurs diplômes de droit, ils n’ont qu’à tirer leur bourse. La faculté des arts de Bourges fait un trafic « énorme » de lettres de maîtrise ès arts. Elle en vend jusqu’à Caen, à Mantes où le principal du collège a payé le sien vingt-deux livres dix-huit sols. Les cahiers de doléances de 1789 se feront l’écho de ces abus. Aussi, de discrédit en discrédit, les universités sont tombées peu à peu dans la plus obscure indigence. Ici, il n’y a pas la cinquantième partie des étudiants qui suivent les cours ; là, la faculté de théologie n’a ni écoles, ni salles ; là, la bibliothèque des professeurs de la faculté de droit ne contient que le Corpus juris civilis ; ailleurs, les professeurs bâclent ou suppriment leurs cours publics et les remplacent par des cours privés, payants.
p.348 Pour faire oublier cette décadence des facultés traditionnelles, les facultés des arts, qui correspondaient à nos
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facultés des lettres et des sciences, auraient pu s’ouvrir aux progrès de la physique, de la chimie, de l’histoire naturelle, de l’histoire, de l’érudition. Il y a bien quelques tentatives. A Caen, il y a des chaires d’histoire, géographie, chronologie, physique expérimentale ; à Douai, d’hébreu, grec, histoire, mathématiques ; à Montpellier de physique expérimentale et de chimie ; à Nancy, d’histoire et géographie, mathématiques, physique ; à Nantes, de physique ; à Perpignan, de philosophie, de physique expérimentale et mathématiques. Strasbourg a un véritable enseignement supérieur : philosophie, droit naturel, histoire, grec, hébreu, logique et métaphysique, mathématiques, physique expérimentale. Mais c’est peu pour les vingt-deux universités. Et il est possible, ou même probable, que les enseignements donnés dans ces cours ont été souvent ou médiocres ou mauvais. A Perpignan, par exemple, la faculté des arts est tout à fait négligée après 1762 ; on supprime à peu près la morale, la métaphysique et la physique expérimentale bien que, dans un accès de zèle, on eût acheté pour près de cinq mille livres de machines. Nous sommes fort bien renseignés sur l’esprit de ces facultés des arts par les sujets donnés aux concours d’agrégation, organisés de 1766 à 1791 pour améliorer le recrutement des maîtres : discours latin, vers latins, explications latine et grecque ; pas d’épreuve de français ; en philosophie, c’est à peine si (sauf à Strasbourg) on semble connaître parfois Mariotte, Pascal, Gassendi, Newton, Huyghens.
On alla donc chercher ailleurs, c’est-à-dire dans les sociétés littéraires ou de lecture, dans les cours privés, dans les bibliothèques publiques, ce qu’on ne pouvait pas trouver à
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l’université. Académies, sociétés académiques, sociétés littéraires, chambres de société, chambres de lecture tendent souvent d’ailleurs à se rapprocher. Il y a toutes sortes d’intermédiaires entre l’académie, société officielle ayant reçu ses lettres patentes, et la chambre de lecture, simple cabinet de lecture payant, ouvert par un libraire : la société académique, qui n’est qu’officieusement autorisée, singe l’Académie, la société littéraire singe la société académique ; des chambres de lecture sont à la fois société littéraire et cabinet de lecture. Nos classifications p.349 sont donc parfois arbitraires ; vraies à une date, elles le sont moins à une autre. Mais elles restent utiles et exactes dans leur ensemble.
L’idée de sociétés littéraires qui groupent des gens cultivés désireux de se retrouver, de causer et usant librement de ce droit de conversation sans prendre avis de l’autorité, ne date pas de 1770. Un certain nombre des académies provinciales ont d’abord été des sociétés littéraires. C’est le cas pour la société littéraire de Châlons, fondée en 1753 ; pour celle d’Arras, fondée en 1736, date à laquelle elle n’était qu’une société de lecture ; pour celle de Clermont-Ferrand, fondée en 1747, etc. En 1753, on organise à Besançon une société littéraire militaire. Mais il y eut aussi de plus modestes tentatives où nulle ambition académique n’apparaît. Telles cette société littéraire des « virtuoses » d’Alais, en 1735, dont la virtuosité s’exerce sur la littérature et sur les sciences ; la société littéraire des Bons Amis, fondée à Reims en 1749 ; la société littéraire du Tripot, fondée à Milhaud en 1751, où l’on se réunit pour lire les journaux et les « meilleurs ouvrages du temps » ; la société
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littéraire de Laval qui se réunit en 1755 pour donner « le goût des nouvelles, de l’histoire et des belles-lettres ». Mais la plupart de ces sociétés sont prématurées et leur existence est obscure et éphémère. Les virtuoses d’Alais disparaissent ; les Bons Amis de Reims ne vécurent pas plus d’un an, etc. Les temps n’étaient pas encore venus. Mais après 1760 et surtout après 1770, c’est comme une fièvre de sociétés 1 : 1759 : Société des philathènes de Metz. — 1763 : Société littéraire allemande à Strasbourg ; Société du jardin Berset à Laval (succédant à une première société qui semble n’avoir été qu’un cercle pour passer le temps). — 1765 : cercle littéraire de Mayenne, appelé aussi cercle des capucins ou cercle du Calvaire ou la Société. — 1767 : société de philosophie et des belles-lettres fondée par les étudiants et professeurs de Strasbourg. — 1770 : chambre de société à Bayeux (qui deviendra la Société académique) où l’on vient pour causer, lire, s’amuser aux jeux de société. — 1773 : société académique de Cherbourg (fondée en 1755, mais dont l’existence était restée obscure) ; société littéraire de Grenoble (qui n’aura ses lettres patentes p.350 qu’en 1780). — 1774 : société littéraire à Carentan. — 1774 : société patriotique de Bretagne (ébauchée en 1769). — 1775 : société de lecture à Mulhouse (qui deviendra société patriotique en 1780) ; société littéraire d’Agen ; société académique de Villefranche. — 1776 : société littéraire de Roye. — 1778 : société littéraire de Lyon. — 1779 : société des Parisiens à Clermont-Ferrand ; société politique et littéraire de Saint-Antonin. — 1780 : société littéraire de Périgueux qui compte une cinquantaine de membres et se
1 Quelques-unes de ces dates sont approximatives.
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propose de fonder une bibliothèque publique. — 1780 : deux chambres littéraires à Saint-Brieuc ; une au Havre ; une à Rennes ; une à Moulins qui s’appelle le Logopanthée ; une société littéraire à Grenoble (qui n’aura son privilège qu’en 1788) ; une autre à Boulogne-sur-Mer. — 1782 : société littéraire à Castres. — 1783 : société littéraire d’émulation à Bourg. — 1784 : société littéraire à Valence ; une autre à Mortain ; société des Philalèthes à Lille, fondée « à l’imitation du Musée de Paris ». — 1786 : société L’Amitié littéraire à Dun-kerque. — 1787 : société encyclopédique de Toulouse. — 1788 : société patriotique à Dijon ; le Musée, société littéraire et patriotique à Villefranche-de-Lauraguais. Il s’est fondé également des sociétés au Havre, à Bergerac, Aurillac, Rodez, etc. Les Affiches de Dijon ne se trompaient donc pas lorsqu’elles disaient en 1787 : « On voit dans presque toutes les villes du royaume des sociétés de cette nature qui se sont formées à l’instar des clubs, licés [sic], salon des arts, société olympique et surtout société philanthropique qui sont à Paris d’une ressource si agréable pour la classe choisie des citoyens de tous les états. »
Nous sommes peu ou pas renseignés, assez souvent, sur l’activité de ces sociétés. Quand nous le sommes, nous apprenons parfois qu’elle n’a rien de philosophique. Les sujets des mémoires et lectures de la société des Philalèthes de Lille, malgré ses origines maçonniques, sont ou purement scientifiques et économiques, ou tout à fait incolores. La société littéraire de Roye est fondée par douze personnes qui sont de la même famille ou qui sont des amis. On se réunit à dîner une fois par
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semaine (d’où le nom de société des dînants) ; on lit de la prose et des vers ; on fonde des prix littéraires, on crée les Affiches, annonces et avis divers de la ville de Roye ; p.351 on joue des pièces de théâtre ; mais on s’en tient, semble-t-il, aux « belles-lettres » sans aller jusqu’à la « philosophie ». Les statuts de la société littéraire de Valence stipulent que « les questions théolo-giques et les discussions de jurisprudence ne sont point admises, non plus que les petites pièces de poésie ». La société de Saint-Antonin se dit « politique et littéraire », mais cette politique devait être fort prudente si l’on en juge par une pièce de vers qui commente les statuts :
Entre nous jamais de débats,
Sur les affaires de l’État.
......................
Gardons entre le molinisme
Et le scrupuleux jansénisme
Une exacte neutralité.
On a souvent commenté les desseins de la Société patriotique bretonne pour y chercher l’esprit plus ou moins inconscient de la Révolution. Mais ce n’était guère qu’une comédie de titres sonores et de formules pompeuses dont il n’est pas sûr que tous les membres étaient dupes. L’honnête recteur de Sazeau devenait, dans la chapelle du château de Keralier, premier pontife du Temple de la Patrie ; les moines du couvent de Bernon étaient chantres et aumôniers ordinaires du Temple. Les membres de la société, du moins les membres d’honneur, étaient répartis dans la tribu des vertus (vertus héroïques, vertus publiques, vertus privées) et la tribu des talents (talents
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sublimes, talents utiles, talents agréables). Toutes ces vertus et tous ces talents pouvaient, même en vénérant le Temple de la Patrie, servir Dieu et le roi aussi bien que le peuple et la révolution. Aussi la devise était-elle : « Pour Dieu, pour le Roi et pour la Patrie. »
Pourtant beaucoup de nos sociétés littéraires ont été des occasions de raisonner sur toutes sortes de problèmes où l’on était bien forcé soit de suivre les philosophes, soit au moins de les discuter. Il arrive même que ces sociétés ne font pas mystère de leurs intentions. A la société littéraire d’Agen les statuts prévoient qu’il n’y aura pas de préséances, pas de rang — qu’on achètera des journaux et gazettes — on se propose d’offrir aux principaux citoyens « les p.352 moyens de s’instruire, d’orner leur esprit et de raisonner pertinemment des affaires de l’Europe par la lecture des meilleurs journaux politiques et littéraires ». On finit même par appeler cette société « la Politique ». « Son seul défaut, c’est qu’elle est devenue tant soit peu pétaudière et qu’il faut y essuyer des raisonnements et des conjectures politiques des plus ridicules. » Or, dès la fondation, elle compte plus de cent membres, avocats, négociants, conseillers, chanoines, curés, écuyers, notaires, etc. Elle est autorisée par l’intendant. A un moment donné, tout le monde peut entrer et lire, même sans payer la cotisation de six livres par an. La société littéraire de Castres est fondée « pour y goûter les plaisirs d’une conversation aussi agréable que décente », mais aussi « pour lire les divers périodiques, politiques ou littéraires, pour s’y entretenir des nouveautés et y apprendre les principaux événements de l’Europe ». On ajoute qu’« il est défendu
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d’insulter le gouvernement et Dieu » ; mais discuter n’est pas insulter. De fait les gros bourgeois, fonctionnaires, magistrats, industriels, négociants qui composent la société reçoivent une douzaine de journaux où il n’y a pas l’Année littéraire et où il y a le Journal encyclopédique. A la Société du jardin Berset, à Laval, on va jouer aux cartes ou aux boules, mais aussi « s’entretenir des belles-lettres, des nouvelles publiques, lire les gazettes, les journaux, les mercures et cultiver l’esprit par des conversations sérieuses et agréables » ; on achète les Gazettes de France et de Hollande, le Journal de Verdun, le Mercure, le Journal encyclopédique. En 1786, il y a plus de quatre-vingts sociétaires.
Pour d’autres sociétés les intentions ne sont pas aussi nettement exprimées. Mais leur activité ou les propos des contemporains prouvent clairement qu’on y raisonnait sur les affaires du gouvernement et sur celles de Dieu. A la société de Mulhouse, on reçoit le Journal encyclopédique ; on achète l’Encyclopédie, Buffon ; Meister lit un mémoire sur le fanatisme religieux ; à la Société encyclopédique de Toulouse, six comités pour les six jours de la semaine ; celui du mercredi est un comité civique et économique. Au cercle littéraire du Havre, on reçoit les gazettes, des publications philosophiques ; on y élabore des plans de réformes, des projets et mémoires que le corps de ville et les commerçants adressent à Louis XVI et p.353 à Turgot. A Saint-Brieuc, il y a deux chambres littéraires, l’une pour la noblesse, les chanoines, les gros commerçants, l’autre pour la bourgeoisie ; et dans celle-ci on parle politique, réforme des abus, égalité devant l’impôt. A la chambre littéraire de Rennes, en 1780, les associés sont invités à « communiquer à la
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société, au moins dans les assemblées ordinaires, leurs idées et réflexions relatives aux différents objets du bien public ». Nous sommes fort bien renseignés sur les travaux de la société littéraire de Lyon et sur ceux de la Société des philathènes à Metz. Évidemment les « belles-lettres » prennent à Lyon une place importante, et même les belles-lettres qui nous ramènent au temps du Sonnet à la princesse Uranie : stances sur le don de ses cheveux à trois dames, bouquet à Henriette, remerciements à une dame qui avait envoyé à l’auteur un pot d’opiat pour ses gencives, contes, chansons, etc. ; mais on s’y occupe aussi beaucoup d’histoire, de sciences ; on y aborde l’économie politique. Béraud y attaque en 1778 le fanatisme « dégouttant de sang » ; L.-S. Mercier y lit un discours qui devait paraître en tête de cet An 2240 que la censure interdira : « Jusqu’à quel point l’esprit philosophique peut-il influer sur la législation ? » La société de Lyon n’en reste pas moins plus littéraire que philosophique. Mais il n’en est pas de même de la Société des philathènes de Metz. Fondée en 1759, elle se tient tout de suite au courant des oeuvres les plus audacieuses des encyclopédistes. De 1763 à 1771, on trouve parmi ses travaux : Examen du livre de l’Esprit. — Jugement sur le livre intitulé : De la Nature [de Robinet]. — Analyse du Contrat social. — Remarques sur l’article Gouvernement du Dictionnaire encyclopédique. — Définition de la liberté. — Sur le Discours préliminaire de l’Encyclopédie. — Réflexions sur l’esprit philosophique. — Questions philosophiques. — Entretiens entre Voltaire et J.-J. Rousseau. — Analyse des Eléments de philosophie de d’Alembert. — Distinction entre le droit naturel, le droit public et le droit des
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gens. — Ode sur l’établissement des chaires de mathématiques et de philosophie à Nancy. — Sur l’origine de la seigneurie féodale universelle. — Essai sur le traité de la puissance de Locke. — Du système de Boulainvilliers. Sans doute nous ne connaissons pas les conclusions de ces examens et jugements. Il est certain qu’ils ne p.354 devaient pas approuver ni Helvétius ni même Robinet. Mais ils prouvent qu’on les lisait, qu’on prenait la peine de les discuter. On n’était pas d’accord avec tous les philosophes mais on goûtait la philosophie et une philosophie faite de curiosités nouvelles.
Il faut joindre à ces sociétés littéraires les chambres de société, chambres de lecture qui sont d’ailleurs de type différent, dont les unes ne sont guère que des cercles ouverts, plus ou moins, à quiconque paye la cotisation, dont les autres évoluent vers la société littéraire plus ou moins fermée. Elles sont nombreuses, surtout après 1770 et, plus encore, à la veille de la Révolution : 1759 : première chambre de lecture à Nantes, puis une deuxième vers la même date. Elles ont pour objet « la lecture des nouvelles et autres ouvrages périodiques ». On négocie avec le libraire Marie au sujet de son appartement « où se lisent actuellement les nouvelles » ; l’une est située rue Basse-du-Château et l’autre rue [actuelle] J.-J. Rousseau. La première est fondée par cent vingt-cinq des « principaux négociants ». En 1793, il y aura à Nantes six chambres de lecture possédant plus de trois mille volumes. — 1760 : association à Bourg « pour faire venir tous les journaux quelconques ». — 1762 : cabinet de lecture chez le libraire Réguillat où l’on trouve le Journal encyclopédique. — Vers 1765,
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à Coutances, salon « le Trictrac » où on lit les papiers publics. — 1768 : chambre de lecture de Boulogne-sur-Mer, où on lit « gazettes et papiers français, anglais et hollandais, différents journaux, mercures et autres ouvrages périodiques » ; société de lecture à Colmar (plus une « tabagie littéraire »). — 1770 : chambre de société à Bayeux, « pour trouver un honnête délassement... dans la lecture des nouvelles littéraires et politiques ». — 1775 : ouverture d’un cabinet littéraire à Niort, chez Pierre Elies, imprimeur ; chambre littéraire des arts et des sciences à Rennes (où il y aura aussi une chambre littéraire de la noblesse). 1781 : cabinet de lecture ; cercle de lecture chez M. Delglat à Lyon, où l’on reçoit le Journal encyclopédique ; chez le sieur Labalte, libraire à Chartres, où on lit les Gazettes ; vers 1781, il y a également des chambres de lecture à Quimper et Saint-Malo. — 1782 : fondation d’un cabinet littéraire, à Pau, par le libraire Despax. — 1783 : chambre de lecture à Saint-Gilles--sur-Vic, petite paroisse du Bas-Poitou ; dix-huit fondateurs, nobles, p.355 prêtres, officiers, bourgeois (et un sous-officier) qui s’interdisent ce qui serait « contraire à la décence, aux moeurs, à la religion », mais payent dix-huit livres (quelque deux cent cinquante francs de notre monnaie) pour s’abonner à une demi-douzaine de journaux et écoutent des discours qui sont exactement dans le ton de la philosophie à la mode : « O sensibilité délicieuse ! attrait chéri de l’union ! sentiment doux qui unit les époux, les familles, les concitoyens... puisses-tu faire de nous autant de philosophes sensibles... La philosophie, débarrassée des sophismes métaphysiques et vains, n’est plus enfin que ce qu’elle dut toujours être : la sensibilité réglée par la
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raison... » — 1785 : chambre littéraire en la maison du sieur Hubert, à Bourges ; douze livres d’entrée et vingt-quatre livres par an. A cette date il y a des chambres analogues à Morlaix, Troyes, Auxerre. Au Mans, société du jardin de la rue Saint-Vincent qui comprend des hommes « de différents états » ; un louis d’entrée, un louis par an ; on y joue au billard et jeux de société ; on y lit les nouvelles et papiers publics. — 1786 : fondation à Nice d’un casino où l’on peut lire les papiers publics. — 1787 : les règlements généraux de la société de Moulins organisent des salles de lecture avec les journaux, des salles de conversation, etc. Enfin, sans qu’on puisse préciser de date, nous savons qu’il y a une chambre littéraire à Machecoul ; à Clermont « une salle à lecture » chez M. Beauvert, libraire, avec plusieurs journaux et périodiques ; un cabinet de lecture chez Laurent Fournier, à Auxerre ; à Metz, un cabinet littéraire où tout le monde est admis « pour lire ou causer, moyennant quatre sous par jour » ; au Havre, cinquante particuliers « sans nom parmi les gens de lettres » ont loué une chambre pour des jeux, des repas, la franc-maçonnerie et la lecture des papiers publics. Le baron de Breteuil et le comte de Saint-Priest interdisent l’établissement de deux chambres de lecture à Saint-Brieuc et d’une à Saint-Pol-de-Léon.
Ces chambres de lecture, comme les particuliers, trouvent des commodités dans les « bureaux de correspondance » qui relient Paris et la province. En 1766, divers bureaux indépendants se réunissent en un « Bureau royal de correspondance générale », compagnie Michel-Jouve, dont le bureau central est place des Victoires, p.356 qui s’occupe de
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procès, affaires d’argent, affaires commerciales, etc., et aussi d’achats et envois de livres. En 1773, Luneau de Boisgermain organise un « abonnement littéraire servant pour la province à l’expédition par la poste de tous les livres brochés et autres nou-veautés littéraires... au prix auquel chaque article sera vendu publiquement chez les différents libraires de Paris ». En 1789, il y a à Boulogne-sur-Mer un bureau de l’abonnement littéraire. Et en 1785, M. Georgelin publie des « Vues patriotiques sur l’établissement en Bretagne et dans toute la France d’une académie encyclopédique et populaire... » où il prévoit des bureaux de correspondance dans chaque ville et même dans chaque paroisse.
Les clubs et les cafés ont sans doute joué un rôle dans la préparation de l’esprit révolutionnaire, mais ils ont eu encore beaucoup moins d’importance qu’à Paris. C’est vers 1770 que les premiers cafés s’ouvrent dans les villes moyennes ou petites (le premier est établi à Clamecy en 1769 ; il y en a deux à Angers vers 1770, un seul à Reims vers 1789) ; mais nous n’avons aucune raison de croire qu’ils étaient le rendez-vous de philosophes ou de discoureurs politiques. On donne à certaines réunions le nom de clubs, après 1780. « Ce petit Club, puisque ce mot est de mode », disent les Affiches du Poitou, en 1786. Il y a à Dole, disent les Affiches de Dijon, en 1787, « plusieurs salons ou clubs, qui procurent une société intéressante ». La société mesmérienne de Bergerac est transformée (1787) en « société, chambre, club ou cercle tel qu’il plaira de le nommer ». Il y a aussi des « clubs de nouvellistes » à Bordeaux. Mais ce n’était assurément qu’un mot qui n’avait pas en lui-
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même plus de portée que celui de chambre, ou même de société, de salon ou de cercle. Et rien ne semble y annoncer, sinon le hasard du nom, les clubs révolutionnaires.
On en peut dire tout autant de l’ensemble de ces académies, sociétés littéraires, chambres de lecture. On a tenté d’y retrouver les origines directes des sociétés et clubs qui ont pris peu à peu la direction de la Révolution. Ce seraient les mêmes raisonneurs qui auraient d’abord raisonné philosophiquement et discrètement dans ces groupements autorisés ou tolérés, puis plus hardiment en 1788-1789, puis avec décision et brutalité dans les Sociétés des amis p.357 de la Constitution, clubs patriotiques et groupements de toutes sortes en 1789. Avant toute enquête, il est certain qu’il doit y avoir une part de vérité. Qui s’assemble pour lire, raisonner, discuter est plus préparé à raisonner sur les États généraux, puis sur la Constitution, puis sur la République que le petit bourgeois silencieux occupé avant tout des affaires de sa famille et de son commerce. Et, poussés par les événements, les raisonneurs hardis doivent prendre peu à peu le pas sur les raisonneurs timorés. Nous avons montré d’autre part que, dans la plupart de ces sociétés, on ne craignait pas les idées neuves. Pourtant une enquête étendue limite singulièrement cette part de vérité. Il se fonde, en 1790, une société littéraire des Amis de la Constitution à Cherbourg, une autre sous le même titre à Coutances, un club littéraire et patriotique à Limoges. Mais rien ne prouve qu’il s’agisse d’un simple changement de nom d’une société qui n’était auparavant que littéraire et dont nous ne saurions rien. Rien ne prouve même que « littéraire et patriotique » signifie déjà « liberté,
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égalité, fraternité ou la mort ». Il y a sans doute des faits plus significatifs. La plupart des membres de la société mesmérienne de Bergerac (1786), qui devient société littéraire en 1787, entrent dans la société des Amis de la Constitution. Les sociétés des Amis de la Constitution de Castres, Montauban, Moulins, Saint-Antonin sont des transformations directes des sociétés littéraires et comprennent à peu près les mêmes membres. En Bretagne surtout, il y a certainement une liaison assez étroite entre l’activité des sociétés littéraires, à partir de 1788, et les premières manifestations hardies de l’esprit révolutionnaire. Mais, même à Rennes, il faut faire une large place à l’esprit d’indépendance, puis de résistance et de rébellion des associations d’étudiants en droit qui deviennent en 1789 association des « jeunes citoyens et étudiants en droit », ou sim-plement des « jeunes gens ». C’est tout autre chose que les sociétés littéraires recrutées surtout parmi les gens d’âge mûr. Surtout une demi-douzaine d’exemples sont peu de choses parmi la cinquantaine de sociétés littéraires ou chambres de lecture que nous avons signalées. En réalité, il en est de ces chambres et sociétés comme des académies ou sociétés académiques et comme des loges maçonniques que nous étudierons. La plupart — jusqu’à preuve du p.358 contraire — disparaissent ou entrent en sommeil après 1789. Presque tous ces groupements ont certainement préparé la Révolution, mais sans le vouloir, sans s’en douter, en suivant simplement les chemins où la pensée française s’était engagée. Ils ont été organisés, fréquentés par des hommes qui, au lieu de se contenter de vivre et d’accepter, ont voulu lire, comprendre,
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discuter. Dans la France de cette époque, c’était inévitablement prendre une conscience plus claire des misères et des abus, désirer des réformes ; puis désirer, préparer, précipiter cette assemblée de réformes, les États généraux, qui allait déclencher la Révolution.
Parallèlement à ces sociétés se développent les bibliothèques publiques et les cours publics qui témoignent du même désir de s’instruire et de réfléchir. En province comme à Paris, il existe des bibliothèques ouvertes au public dans la première moitié du XVIIIe siècle. F. d’Aligre en fonde une à Provins dès 1681. Une bibliothèque de quatre mille cinq cents volumes léguée par F. Ronssin est ouverte au public à Meaux en 1714 ; soixante ans plus tard, elle comprenait treize mille volumes. La bibliothèque du chapitre de Saint-Pierre est ouverte au public, à Lille, en 1726. Un legs de J. Ponteau permet de mettre une bibliothèque à la disposition des paroissiens de la Trinité, à Laval, en 1727. A Caen, la bibliothèque de l’université est ouverte au public, le mardi et le vendredi, en 1731. La même année, il y avait une bibliothèque publique, sans doute rudimentaire, à Lyon. En 1740, la bibliothèque de l’académie de Bordeaux est ouverte au public, trois fois par semaine. De 1750 à 1760, on trouve la bibliothèque du collège des Godrans, à Dijon, ouverte quatre fois par semaine ; la bibliothèque des Oratoriens à Nantes, ouverte en 1753 et qui, en 1779, demandera deux douzaines de chaises pour les « amateurs qui se présentent » ; la bibliothèque fondée par Stanislas à Nancy. En 1763, le bureau d’administration du collège de Lyon délibère au sujet de l’établissement d’une biblio-thèque publique au collège Notre-Dame ; on l’ouvre en 1767
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ainsi que celle du collège de la Trinité ; la bibliothèque léguée par Adamoli à l’académie des sciences sera rendue publique en 1777. Mais c’est surtout après 1770 que le nombre de ces bibliothèques se multiplie : 1771 : fondation d’une bibliothèque municipale à Niort par p.359 le curé Bion. — 1773 : acte d’établissement de la bibliothèque publique de Langres. On demande à Diderot son portrait et ses ouvrages ; on sollicite Marivetz, Pahin de La Blancherie, l’abbé Duvoisin, Philpin de Piepape d’envoyer leurs oeuvres. Puis M. Voinchet de Versailles donne un exemplaire de l’Encyclopédie, qu’on fait relier et pour lequel on achète une armoire. En 1781, don du buste de Diderot par Houdon qu’on inaugure avec banquet et discours. En 1773 également, le conseil de ville de Reims propose une souscription pour acheter la bibliothèque de M. de La Salle et en faire une bibliothèque publique. A Grenoble, achat de la bibliothèque de l’évêque (trente-trois mille volumes) qu’on ouvre au public quatre fois par semaine, de huit heures trente à midi et de quatorze heures trente à dix-huit heures. En 1785, le duc d’Orléans et Monsieur donneront à la bibliothèque chacun six mille volumes. Vers la même année, l’académie des sciences de Bordeaux ouvre sa bibliothèque au public. Nicolas Beaujon lui léguera ses livres en 1786. — 1776 : le legs d’un conseiller au parlement de Toulouse permet aux Cordeliers d’ouvrir leur bibliothèque ; on va en ouvrir une autre à l’archevêché. A la même date la bibliothèque de Carpentras est publique, tous les jours, sauf le jeudi, matin et soir. — 1779 : ouverture au public de la bibliothèque du collège de Pamiers. — 1780 : on donne à la bibliothèque publique de Grenoble ses lettres patentes ; elle aura
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jusqu’à trois mille six cent quarante livres de revenu (quelque cinquante mille francs de notre monnaie). Une société se fonde à Périgueux pour organiser une bibliothèque publique ; et la tenta-tive réussit. — 1782 : l’académie de Rouen ouvre sa bibliothèque au public. — 1783 : ouverture d’une bibliothèque pour les étudiants en droit de Poitiers ; les Affiches du Poitou insèrent un Discours sur les avantages des bibliothèques publiques. — 1784 : l’académie de La Rochelle ouvre sa bibliothèque ; des amateurs fondent à Valence une bibliothèque publique. — Avant la Révolution, il y a à Vesoul, à Troyes, une bibliothèque publique. A Verdun, dans la bibliothèque des Prémontrés « se rassemblent habituellement des savants pleins de mérite » ; on y trouve « presque tous les ouvrages prohibés par le despotisme ou mis à l’Index par la cour de Rome » ; p.360 c’est à Verdun que La Gorse lit Boulanger, Helvétius, Mably, Fréret, peut-être dans cette bibliothèque qu’il fréquentait. Enfin La France littéraire de 1784 énumère des bibliothèques publiques à Abbeville, Besançon, Mortain, trois à Orléans, deux à Rouen, à Saint-Orner, Saint-Quentin, Sens, deux à Strasbourg, à Valognes.
Il se fonde également de nombreux cours publics. Presque toujours ce sont des cours de science où la « philosophie » n’a pas à intervenir directement. Nous en avons signalé un grand nombre dans notre étude sur Les Sciences de la nature en France au XVIIIe siècle. Il y en a d’autres. Vers 1760-1770, cours de chimie et de botanique à Angers, de physique à Dijon que Bertrand fait avec un grand succès ; de physique expérimentale à Verdun (1768-1774) ; de philosophie et mathématiques à Orléans ; écoles gratuites de chirurgie et
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mathématiques à Rennes. De 1770 à la Révolution, école gra-tuite de mathématiques et de dessin à Reims (1772) ; cours d’électricité à Angers (1773), de physique expérimentale à Rodez (1775), de physique à Caen (1776), de chimie (1777) et de physique expérimentale (1778) à Grenoble, d’anatomie et de chimie (ce dernier public et gratuit) à Metz (1779), de mathématiques à Châlons-sur-Marne (1780), de chimie à Amiens (1780), de chimie à Reims par Pilâtre de Rozier (1780), de physique et histoire naturelle à Bourg (1786), de chimie, de physique expérimentale à Lille, Verdun, etc. Les sociétés d’émulation, fondées à Reims vers 1760 et au moins projetées à Bordeaux (1776), sont encore des sociétés de sciences pratiques et « humanitaires ». Mais l’esprit philosophique nouveau joue un rôle plus important dans les sortes de petites universités libres qu’organisent certaines académies et dans les musées et lycées organisés sur le modèle des Musées et du Lycée de Paris. L’académie de Dijon, à partir de 1773, crée des cours de chimie, médecine, botanique, astronomie, anatomie ; en 1788, les États leur accordent une subvention de trois mille livres. En 1782, l’académie d’Orléans donne des cours de physiologie, minéralogie, électricité. Le musée de Bordeaux, fondé en 1783, a cent cinquante-cinq membres en 1787 ; on y trouve un salon de lecture avec les journaux et gazettes ; on y donne des cours de mathématiques, astronomie, p.361 géométrie, optique, physique, chimie, anatomie, géographie, littérature, grec, latin, allemand, anglais, etc. Son esprit est très certainement aussi hardi ou plus hardi que celui du Musée de Paris. Il prend, en 1787, la devise Liberté, Egalité. Le lycée ou salon des arts de Lyon est ouvert,
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en 1786, avec l’appui du Journal de Lyon. Le prix de souscription va de quarante-huit à cent vingt livres par famille, selon le nombre de ses membres (six cents à mille huit cents francs de notre monnaie). Il y a des concerts, des expositions, un cabinet de lecture ouvert de neuf heures à vingt et une heures, où l’on trouve seize journaux (dont le Journal encyclopédique), des cours de langue française, médecine, anglais, italien, physique expérimentale. Au musée de Toulouse, fondé en 1788, on fait de la musique, on lit des discours et dissertations.
La conclusion la plus simple et la plus claire de toutes ces énumérations nous sera donnée par Doray de Longrais dans son roman Faustin ou le siècle philosophe : « Nous avons des écoles de province, des journaux et des magazines (dont nous allons parler), des bibliothèques et des recueils, des gazettes politiques, littéraires, économiques, de médecine, de théâtre, des almanachs et des portefeuilles, des encyclopédies et des dictionnaires de sciences, des lexiques et des annales, des instituts de philanthropie et de prédication, des écoles d’arts et de métiers, des écoles d’humanités, des écoles de droit, des collèges suivant l’ordonnance, des muséums, des lycées, des journaux et des romans pour le peuple, des livres élémentaires et pédagogiques, des sociétés économiques, patriotiques, littéraires, typographiques, des cabinets de lecture, des biblio-thèques de lecture, des clubs, des caveaux, des tabagies politiques et littéraires, etc. » Doray de Longrais s’en afflige. Il trouve que c’est bien du temps et du papier perdus à penser dangereusement et sottement. Il ne songe pas du reste à y chercher les brandons qui peuvent allumer une révolution.
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Comme la plupart de ses contemporains, il pense seulement que les affaires de chacun et celles de l’État n’en iront pas mieux. Et il est certain que la plupart de ces fondations et institutions ne sont pas turbulentes, au moins jusqu’en 1787, et que peu le deviendront vraiment par la suite. Mais tout de même p.362 Doray de Longrais a raison : rien que par leur nombre, par l’accrois-sement rapide de leur nombre en une quinzaine d’années, elles sont un signe des temps. De plus en plus les Français de la province veulent s’instruire, savoir. Il était inévitable que tôt ou tard, plus ou moins hardiment, ils voulussent s’instruire des raisons pour lesquelles les affaires marchaient mal et tendissent l’oreille à ceux qui prétendaient les leur donner. C’est en ce sens que, des plus respectueuses aux plus audacieuses, toutes ces créations préparent l’esprit révolutionnaire. Nous en trouverons de nouvelles preuves en étudiant l’enseignement et les journaux.
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CHAPITRE V
ENQUÊTES INDIRECTES : L’ENSEIGNEMENT 1
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p.363 Pour comprendre l’influence de l’enseignement sur la diffusion des idées nouvelles, il faut d’abord débrouiller quelques problèmes. Taine et d’autres ont dit que les collèges de l’ancien régime avaient préparé la Révolution simplement parce qu’ils existaient et qu’ils étaient de plus en plus prospères. Comme on n’y enseignait que la rhétorique, on ne pouvait, en en sortant, que vivre de ses rentes, entrer à l’armée ou dans les ordres, faire sa médecine ou son droit. Les seuls moyens d’existence auxquels les collèges préparaient les jeunes gens sans fortune étaient les charges publiques, les métiers de médecin ou d’homme de loi. Mais les charges publiques s’achetaient ou étaient devenues pratiquement héréditaires. Si bien qu’on vit se multiplier les médecins sans clients et les avocats sans cause. Intelligents, cultivés ou, ce qui est pis, persuadés qu’ils l’étaient, ils devaient s’en prendre à l’ordre social de leurs misères et appeler de tous leurs voeux une Révolution qui leur permettrait d’exercer leurs talents. Or, il y avait plus de soixante-douze mille élèves dans les collèges en 1789 ; c’était, inévitablement, un immense « prolétariat intellectuel » prêt, au nom des idées, à toutes les aventures. Il y avait peut-être soixante-douze mille élèves bien que nous n’ayons trouvé nulle part la justification de ce chiffre avancé, sans preuves, p.364 par Villemain en 1843. Il y
1 Ouvrage de référence générale : A. Sicard, op. cit., (615 et 616).
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avait sûrement un « prolétariat intellectuel » ; il n’est pas douteux que les avocats et hommes de loi étaient beaucoup trop nombreux et que, souvent, malgré leur rapacité, ils arrivaient tout juste à gagner l’intérêt de la somme qu’ils avaient donnée pour leur charge. Mais là n’est pas la question. Peu importe qu’il y ait eu soixante-douze mille collégiens en 1789, s’il y en avait cent mille ou même soixante-douze mille cent ans plus tôt. Ce qui importe c’est non pas le chiffre, mais l’augmentation du chiffre ; ce n’est pas le prolétariat, mais son accroissement et son accroissement par la faute des collèges. Or, il n’existe aucune statistique comparative générale et il n’y a, croyons-nous, aucun moyen de l’établir. Mais tous les documents précis que nous possédons prouvent que, vers la fin du XVIIIe siècle, le nombre des élèves des collèges avait tendance à diminuer.
Pour quelques-uns, les chiffres sont stationnaires ou en progression. Stationnaires à Louis-le-Grand, à Pontoise (55 en 1763, 48 en 1783), au collège de Clermont, à Montbéliard, à Chinon (150 en 1772, 150 en 1790), à Neufchâteau ; progression aux collèges de Rennes (3 000 vers 1700 et 4 000 vers 1761), de Châlons (126 en 1771, 215 en 1784), de Belley (85 en 1772, 176 en 1789), de Sorèze (220 en 1767, 400 en 1789). Mais les collèges en décadence sont beaucoup plus nombreux : Chinon (150 en 1766, 108 en 1783) ; Le Mans (409 en 1760, 295 en 1781) ; Angoulême (450 en 1720, 250 en 1761, 61 en 1783, 30 en 1789) ; La Flèche (2 099 élèves en 1626, 550 en 1761, 486 en 1787) ; Riom (qui passe de 800 à 300) ; Troyes (400 vers 1680, 250 vers 1780) ; Amiens (1400 à 1 500 vers 1629, de 350 à 450 vers 1780) ; à Reims, collège des
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Bons-Enfants (487 en 1709, 345 en 1783) ; à Bourges (800 à 900 élèves vers 1762, 155 en 1786) ; à Rouen (1000 vers 1764, 800 en 1789) ; collège de Léon (400 vers 1730, 235 en 1762) ; Saint-Sever (300 en 1590, 40 en 1789) ; Dax (50 de 1701 à 1760, puis moins de 40). La décadence n’est pas moins certaine et profonde dans d’autres collèges, bien que nous n’ayons pas de chiffres aussi précis, à Pau où le collège devient « désert » ; à Saint-Clément-de-Nantes qui, de 1 100 à 1200 élèves, en 1669, tombe dans un « délabrement » et « délaissement » complets vers 1786 ; au collège de Bellac, suspendu par « dépérissement » de 1779 p.365 à 1784 ; à Grenoble où l’on ne trouve, vers 1780, que 73 élèves, où « l’on compte aujourd’hui à peine autant d’écoliers... qu’il y en avait autrefois dans une seule classe » ; au collège de Guyenne à Bordeaux, où le nombre des élèves diminue sans cesse parce qu’on estime que « le système suranné des études classiques commençait à ne plus répondre aux besoins de la société moderne » ; à Poitiers, où l’on se plaint, en 1782, au corps de ville, de la décadence du collège. Et les plaintes sont les mêmes à Châtellerault, Sedan, Charleville, Compiègne, Autun, Verdun, Guéret, Abbeville, Montpellier, Péronne, Pamiers, Tulle. Bref la détresse des collèges est si universelle et si grande qu’un arrêté du Parlement interdit, en 1784, aux maîtres de pension d’instruire leurs pensionnaires chez eux, même s’ils sont maîtres ès arts, et leur prescrit de les envoyer au collège. Et les cahiers du clergé de Paris, en 1789, se déclarent convaincus de la ruine des collèges de province « autrefois si florissants... on récuse dix, vingt témoins, on ne récuse pas la France entière » !
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Pour un certain nombre de ces collèges le dépérissement alla jusqu’à la mort. C’est au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle qu’il y eut, jusque dans les plus humbles bourgs, une sorte de vertige scolaire. Tout ce qui prétendait au nom de ville, c’est-à-dire tout ce qui réunissait un millier d’habitants, eut l’ambition d’avoir son collège. Souvent l’ambition se borna à en donner le titre à l’école du lieu et l’on voyait des collèges qui n’avaient que deux ou trois maîtres ou même un seul. Mais, si humbles qu’ils fussent, ils coûtaient encore trop cher et, souvent, il fallut les supprimer. A Pontivy, le collège disparaît en 1714 ; on le remplace par une école où il y a trois régents en 1724, deux en 1740, un seul en 1780. A Ploërmel, le collège, fondé en 1690, résiste jusque vers 1775 ; mais on se contente ensuite d’un maître qui enseigne l’écriture, l’arithmétique et le latin. Un édit de 1763, sur les collèges ne dépendant pas des universités, constate la multiplicité de ces collèges, « l’obscurité et l’indigence de revenus de grand nombre d’entre eux » et prescrit de les réunir à des collèges plus florissants ou de les supprimer. C’est ainsi que l’on supprime ou réunit les collèges du Cloutier (à Caen, dès 1731), d’Armentières, Montreuil-Bellay, Fougeray, Loroux-Bottereau, Vallet (tous les trois dans le comté nantais), d’Ensisheim (près Colmar), p.366 Saint-Nicolas-de-Guisont, de Thiers (rétabli vers 1785), d’Aire, Béthune, Hesdin, etc.
Le plus souvent les plaintes expliquent la décadence matérielle des collèges par leur décadence morale. C’est la médiocrité des maîtres et la maladresse des programmes qui auraient été cause du discrédit. Les récriminations sont si amères et si générales qu’on ordonna des enquêtes et que
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certains cahiers de 1789 s’en font l’écho. Elles sont certainement en partie fondées. Le renvoi des Jésuites en 1762 et la suppression de plus de cent collèges organisés par eux avaient créé dans beaucoup de villes de graves difficultés. Il fallait trouver de l’argent et il fallait trouver des maîtres ; on s’en tint, bien souvent, à ce qu’on trouvait, c’est-à-dire au médiocre. A l’esprit de discipline des Jésuites, se substituèrent souvent les rivalités et les chicanes les plus mesquines et les plus féroces. L’âme des petites villes, vaniteuse et tracassière, pénétra dans les collèges. Au collège d’Auxerre, par exemple, une bataille frénétique s’engage entre les « Latins » ou « Jésuites » et les « Grecs » ou « Jansénistes » ; en 1773, le bailliage condamne les Grecs aux galères pour « propos criminels aux élèves contre la personne sacrée du roi, discours séditieux contre l’autorité royale et l’honneur des ministres et magistrats » ; ils n’eurent que le temps de s’enfuir, pour faire appel et obtenir l’annulation du jugement. Toutefois, il ne faut pas attacher à ces plaintes une importance excessive. Quelle que soit l’organisation de l’enseignement, on peut réunir, à toutes les époques, les juge-ments les plus pessimistes dénonçant la perversion totale des esprits et la ruine imminente de la pensée et des moeurs. En fait, nous verrons qu’il y a eu, dans l’enseignement, un effort très net de renouvellement. Malgré sa décadence relative, il a conservé certainement une action profonde.
Il garde d’abord tout son prestige, sinon pour ce qu’il est, du moins pour ce qu’il devrait être. Pour la bourgeoisie du XVIIIe siècle, les succès scolaires sont des victoires qui couvrent de gloire l’élève, sa famille et même la cité qui l’a vu naître. La
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solennité de la distribution des prix, dans nos lycées et collèges, n’est plus qu’un pâle reflet des cérémonies d’antan, exercices publics, ou remise des prix. A Autun, en 1788, il y a trois évêques. A Eu, le duc de Penthièvre p.367 et les comtes d’Eu sont souvent présents. Au collège de Magnac-Laval c’est le maréchal duc de Laval qui préside et fait subir les examens publics. La pose de la première pierre du collège de Brioude, en 1750, met sur pied toute la ville. Les boutiques sont fermées ; on bat la générale ; on défonce deux poinçons de vin ; on dresse deux amphithéâtres ornés de feuillages et de fleurs ; les deux compagnies des milices bourgeoises viennent prendre les consuls et la députation des habitants ; la fête dure toute la journée. Les succès scolaires de Marmontel sont admirés, commentés par les religieuses, le curé de sa petite ville de Bort. J. Glais, de La Tri-nité, en Bretagne, est « regardé, dit-il, comme un prodige par les habitants de ma petite ville qui venaient, à mon arrivée chez moi, à chaque vacances, contempler les marques de distinction dont J’étais décoré ». A Gimont, Avallon, les consuls, le corps de ville offrent un banquet en l’honneur des lauréats. Les conseillers du bailliage d’Orléans donnent deux médailles d’or pour les prix de physique et de logique. A Chartres, la municipalité offre un prix ; et le maire, les échevins, deux portiers et la musique vont chercher au collège le lauréat. D’ailleurs, presque tous les journaux provinciaux font une large place aux palmarès, programmes et comptes rendus d’exercices publics.
D’autre part, il n’est pas douteux que presque tous les collèges s’ouvraient largement aux écoliers pauvres. Les frais d’études étaient très variables, selon les pays ; ils augmentent
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sensiblement vers 1730 et de plus en plus à mesure que les années passent. Mais on pouvait se tirer d’affaire à bon compte ; et le récit que fait Marmontel de ses années de collège est confirmé par bien des documents. Surtout, dans beaucoup de collèges, l’externat était gratuit. C’était le cas pour les collèges parisiens (depuis 1719), pour un grand nombre de collèges de Jésuites, pour des collèges de ville après le départ des Jésuites, à Poitiers, Moulins, Colmar, Chinon, Amiens, Nevers, Bourges, etc. ; à Baugé, le collège est payant pour les riches, gratuit pour les pauvres. Dans les collèges payants et pour les internats, les bourses étaient nombreuses. Sur cinq mille élèves de l’université de Paris, deux mille étaient externes gratuits et plus de mille internes boursiers. Aux collèges de Remiremont, Epinal et Saint-Dié, il y avait, en 1777, soixante-treize bourses. Mgr de La Marche fait voter six mille livres pour des bourses dans les collèges de la province 1.
Il n’y a donc pas plus d’élèves dans les collèges, pas plus de jeunes gens jetés dans la vie avec des couronnes scolaires incapables de leur faire gagner leur vie. Mais on attache un grand prix aux couronnes scolaires ; les plus humbles peuvent les briguer. Que fallait-il donc apprendre pour les conquérir ? Et ne rencontrait-on pas dans ces études la philosophie du XVIIIe siècle ?
I. — Les programmes d’études
1 Villemain, dans le rapport cité plus haut, déclare que sur 72 747 élèves, 33 422 ne payaient pas que et 7 199 avaient une bourse partielle. D’après Rutlidge (1776) un tiers des élèves des collèges étaient boursiers (452 bis, p. 92).
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Ils ont subi certainement des transformations assez profondes et qui font triompher définitivement les réformes qui s’ébauchent dès la première moitié du XVIIIe siècle et se précisent entre 1750 et 1770. Le latin cesse de régner en maître tyrannique ; on fait au français non pas la plus grande part, mais une part, dans un très grand nombre de collèges. M. Brunot en a donné des preuves abondantes et précises 1. Malgré les résistances de quelques pédagogues qui redoutent les ravages de cet esprit, on croit à la nécessité d’adapter l’enseignement à l’esprit nouveau. La grande enquête, instituée par le Parlement après le renvoi des Jésuites, en recueille le témoignage. On ne se contente pas d’attaquer le privilège du latin, on passe de la théorie à la pratique. Il est probable que, dans presque tous les grands collèges et dans une moitié des petits, il y avait un ensei-gnement du français sanctionné par un prix, en seconde et en rhétorique ou en rhétorique. On explique des auteurs français. Des libraires commencent à vendre comme « livres classiques » les Satires et l’Art poétique de Boileau, J.-B. Rousseau, La Fontaine, etc. Des p.369 mémorialistes, Jacques Lablée, Jullian se souviennent de leurs études de français.
En même temps que le français, la physique, la chimie, l’histoire naturelle, l’histoire, la géographie, les langues étrangères entrent dans l’enseignement. J’en ai donné ailleurs
1 op. cit. (1510), t. VII, 90 et suiv. Notons que l’enquête citée de l’an IX (p. 106) n’est pas rigoureusement exacte. Il y a des prix de français dans des collèges pour lesquels aucune mention n’est faite d’un enseignement du français et dans des collèges non cités.
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des preuves pour l’étude des sciences 1 ; on pourrait les compléter. L’abbé Bérardier achète à ses frais des instruments de physique pour le collège de Quimper ; il les estime, en 1778, 4 500 livres. Pour couvrir les frais du cabinet de physique de Riom, on augmente d’un tiers ou plus la somme que les écoliers doivent payer à leur entrée. Au collège des Godrans, à Dijon, on achète pour 1200 livres d’instruments en 1783, 1 400 livres en 1784, 1 269 livres en 1788. A Bourges, Sigaud de La Fond fait acheter une machine de Magdebourg, une balance hydrostatique, une machine électrique (qui coule 827 livres), etc. Les syndics de la ville accordent 500 livres par an au cabinet de physique du collège de Belley. A Bourg, on transforme la chapelle en salle de physique (1786). Si l’on multiplie par quinze ces dépenses, on voit qu’elles sont fort supérieures aux crédits dont aient jamais disposé la plupart de nos lycées de province. On enseigne avec moins de zèle, mais on enseigne tout de même, dans beaucoup de collèges, ce qu’on commence à appeler des « connaissances modernes » et qu’on oppose aux vieilleries des latiniseurs. M. Brunot l’a montré également. Les programmes, les exercices publics témoignent qu’un peu partout on s’intéresse non seulement aux mathématiques, enseignées depuis assez longtemps, à une histoire et une géographie qui pouvaient se réduire à une chronologie et à une nomenclature, mais aux langues vivantes, à l’histoire locale, au commerce, à une certaine philosophie de l’histoire, à la « critique littéraire », à l’arpentage, à l’agriculture, etc. On va même jusqu’à supprimer le latin de l’enseignement. C’est le cas du collège illustre de
1 Dans mon ouvrage sur Les Sciences de la nature (1557) auquel je renvoie
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Sorèze où l’on peut apprendre la flûte et la fortification sans jamais faire un mot de latin ; cette tentative d’enseignement moderne souleva des protestations véhémentes, mais elle n’est pas la seule. Le plan d’éducation du collège d’Ancenis (vers 1778), annonce qu’on p.370 recevra des élèves qui veulent devenir « militaires, ingénieurs, hommes du monde, littérateurs » et qu’on ne leur apprendra pas de latin. A plus forte raison convenait-il de supprimer le latin dans les écoles militaires, nouvellement fondées, et dont le succès était considérable puisqu’elles avaient près de trois mille élèves ; on ne lui laissa donc qu’une portion congrue ou même on le chassa tout à fait, à la grande indignation de quelques maîtres, mais à la grande satisfaction des élèves 1.
Ajoutons à ces témoignages, à tous ceux que donne M. Brunot, ceux que nous apportent même d’obscurs et minuscules collèges. L’exercice public du collège de Rebais (Ardennes), en 1782, comporte religion, langue française, langue latine, histoire, blason, géographie, allemand, anglais, mathématiques, géométrie, algèbre, mécanique, navigation, fortification, dessin, escrime, musique, danse. Le principal du collège de Villeneuve-le-Roi (Yonne) annonce, en 1781, que « la langue nationale marchera toujours à côté de la langue latine » et qu’on enseignera latin, français, géographie, histoire, mathématiques. En 1783, le collège de Chabeuil, en Dauphiné, donne des cours de latin, français, géographie, histoire, arithmétique, algèbre, géométrie. Les notes de Desaix au collège d’Effiat, en 1781,
pour toutes sortes de documents que je ne reprends pas.
1 Voir supra, p. 209.
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portent sur lecture et écriture, langues latine et française, géographie et histoire, mathématiques, dessin, langue allemande, religion.
Les collèges des universités ou les collèges municipaux étaient liés par de fortes traditions, par les scrupules des maîtres ou de certains parents. Mais au XVIIIe siècle, malgré des édits et décrets restrictifs, enseignait qui voulait. Les maîtres de pension, soit qu’ils s’en tinssent à loger, nourrir et donner des répétitions, soit qu’ils se chargeassent de tout l’enseignement, étaient extrêmement nombreux. Or, ils n’étaient pas des apôtres. Ils voulaient avant tout gagner leur vie le plus largement possible. Ils étaient donc poussés à proposer non pas les programmes qu’ils jugeaient les meilleurs, mais ceux qui avaient le plus de chances de plaire, ceux qui pouvaient séduire les parents. Nous connaissons un certain nombre de ces programmes, on pourrait dire de prospectus, car ils commencent à faire appel p.371 à la publicité des journaux. Beaucoup sont « modernes », s’en van-tent, en laissant entendre que les enfants échapperont chez eux à la routine barbare des collèges ! M. Brunot a cité, outre des maîtres de pension qui enseignent le français et le latin, les pensions de MM. de Longpré et Sautreau à Paris, Félix, à Bordeaux, d’un maître d’Abbeville, du sieur Besnard à Angers qui donnent bien une sorte d’enseignement « encyclopédique » où le latin n’est plus qu’un enseignement parmi les autres. On pourrait allonger la liste. Verdier à Paris, soutenu par d’Alembert, Diderot, Court de Gébelin, met en pratique les méthodes de Locke et de Condillac et son entreprise est prospère, au moins pendant un certain temps. A la pension de M. Duchange à Laon,
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les exercices de 1773 portent sur l’arithmétique, l’algèbre, la géométrie, la sphère, la géographie, l’histoire naturelle ; point de latin. Le prospectus d’une maison d’éducation à la Saussaye, près d’Elbeuf, en 1788, offre latin, allemand, anglais, italien, géographie, astronomie, botanique, histoire, histoire naturelle, philosophie, mathématiques, physique. Gresset, maître de pension à Paris, qui fait de la réclame jusqu’à Bourges, enseigne, en 1785, les langues latine, française, italienne, la géographie, l’histoire, la mythologie, la littérature, les mathématiques, l’histoire naturelle. En 1780, les Affiches de Reims donnent le prospectus d’un collège projeté par Mlle de Saint-Paul où l’on enseignera grammaire, orthographe, élocution française, arithmétique, géométrie, géographie, mythologie, chronologie, histoire universelle, logique, rhétorique, physique, histoire naturelle, grec, latin, italien, espagnol. Les mêmes affiches donnent en 1784 le prospectus d’une « éducation distinguée, tant pour les jeunes gens qu’on destine au latin que pour ceux qui ne veulent pas l’apprendre ». En 1788, un collège privé d’Abbeville, qui rivalise avec le collège municipal, annonce latin, français, italien, histoire, poésie française, géographie, mathématiques, physique, dessin, danse, armes, blason, musique.
Il n’est donc pas douteux qu’un certain esprit moderne souffle sur l’enseignement ; on veut former des cerveaux qui ne ressemblent pas à ceux qu’on façonnait cent ans plus tôt. Ce goût d’éducation moderne favorisait en principe la diffusion de l’esprit philosophique. p.372 Les programmes de certains de ces collèges ou pensions ressemblent, dans une certaine mesure, à
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celui de l’Encyclopédie. Mais, là encore, il faut connaître exactement ce qu’il y a sous les apparences. Pour l’étude entreprise par M. Brunot, les apparences correspondent nécessairement à des réalités. Si l’on enseigne le français et en français dans les collèges, si l’on donne des prix de français, c’est une diffusion certaine du français dans les pays de langue gasconne, provençale, etc. Si l’on enseigne la physique expérimentale, cela suppose une diffusion du langage technique de cette physique. Mais si des programmes nouveaux rendent possible la diffusion de curiosités et d’idées « philosophiques » auxquelles la vieille rhétorique latine était nécessairement fermée, il ne s’en suit pas ni qu’on ait réalisé ce qui devenait possible, ni même qu’on l’ait désiré.
Il y a eu, en effet, de très fortes résistances à toutes les nouveautés de l’enseignement. Dans la théorie pédagogique, les « modernes » l’emportent assurément sur les « anciens » ; ils sont plus nombreux, plus actifs, plus intelligents. Mais les anciens luttent avec une énergie farouche. Les Gosse, les Proyart publient de lourds traités où ils démontrent méthodiquement les bienfaits des vieilles disciplines et les malfaisances des curiosités à la mode. Surtout, ils ont derrière eux, pour les appuyer, la masse de ceux qui n’écrivent pas mais n’en pensent pas moins et tiennent à ne pas changer. Ils ont l’autorité du clergé qui discerne, derrière la pédagogie nouvelle, l’esprit nouveau ; et derrière l’esprit nouveau la philosophie détestée. Comme il faut, le plus souvent, beaucoup moins d’efforts pour continuer que pour transformer, il n’est donc pas étonnant que dans un grand nombre de collèges les
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changements aient été tout à fait superficiels ou nuls. Si beaucoup de collèges font une place assez large à l’enseignement des sciences expérimentales, il ne faut pas oublier que cet enseignement ne se donnait que dans les deux années de philosophie, que ces deux années ne faisaient pas partie du cycle régulier des études, achevé à la rhétorique. Dans les grands ou moyens collèges, une moitié au plus des élèves faisait ces deux années ; dans les petits l’enseignement était souvent supprimé faute d’élèves. Que de collèges d’ailleurs où l’on s’en tenait à la physique systématique, c’est-à-dire au bavardage scolastique des « cahiers » p.373 ou des manuels traditionnels. Pas de sciences expérimentales ni à Eu (en 1779), ni à Dreux ; fort peu à Troyes (où l’on ne dépense pas, en moyenne, plus de cinquante livres par an pour l’achat des appareils) ; rien à Rouen, en 1780, puisqu’on y fait le projet d’un cours, etc. L’enseignement du français est beaucoup plus prospère ; il est effectif et efficace, car il est sanctionné par un prix d’amplification française soit en seconde et rhétorique, soit en rhétorique seulement. Mais là encore, que de collèges enlisés paresseusement dans les plus anciennes routines ! Même si l’on croit que dans un certain nombre des collèges touchés par l’enquête de l’an IX (étudiée par M. Brunot), il pouvait y avoir un enseignement du français sans que l’enquête en ait parlé (comme c’est certainement le cas, nous l’avons dit, pour quelques-uns d’entre eux), il n’en reste pas moins probable que l’enseignement du français n’existait pas dans une moitié des petits collèges. Rien à Mayenne, rien à Tourcoing, Orange, Bayonne (au moins vers 1775), Doué (en Anjou) ; presque rien
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à Verdun, dans les collèges du Doubs, même au collège de Guyenne à Bordeaux, au collège d’Harcourt à Paris. Lorsqu’on discerne un effort pour s’arracher à la routine, il est souvent singulièrement tardif et timide. A Amiens, on interdit encore, en 1777, la soutenance d’une thèse en français ; l’enseignement en français de la physique n’est autorisé qu’en 1783. A Quimper, jusqu’en 1785, les exercices publics ne concernent que le latin et un peu d’histoire et de géographie. Au collège d’Abbeville, en 1779, le discours de distribution des prix est en français, mais les exercices publics connus ne portent que sur les auteurs latins et la rhétorique. Chez les Oratoriens du Mans tous les discours sont en latin. Mêmes timidités à Bourges, Châtellerault, Orléans, etc. Au collège d’Eu, en 1779, on établit des cours de géographie, histoire, mythologie, langue française, mais en dehors des cours réguliers, en les appelant académies et les faisant payer à part. Au collège de Plessis, en 1785, de Norvins et ses camarades lisent encore Bossuet et Fénelon « en fraude ».
Surtout, il existe un témoignage irrécusable du peu d’importance qu’on attachait à ce qui n’était pas ou le vieil enseignement latin, ou le seul enseignement nouveau qui ait vraiment conquis sa place, p.374 le français : ce sont les palmarès des distributions de prix. Nous en possédons un fort grand nombre soit dans les journaux, soit dans les histoires des collèges qui les ont exhumés. Or, ces palmarès s’arrêtent à la rhétorique, la philosophie étant, comme nous l’avons dit, en dehors du cycle des études. On y trouve le plus souvent un prix de français en rhétorique, parfois un prix de français en seconde,
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exceptionnellement un prix de narration française en troisième. Il y a, au Concours général, un prix d’amplification française. Mais jamais un prix d’histoire, de géographie, de langues vivantes... ; les seuls prix sont ceux de latin, de français, de mémoire, de sagesse, d’excellence, quelquefois de grec. La seule exception que nous connaissions est celle du palmarès de Juilly, en 1786 ; il comporte, de la quatrième à la rhétorique, des prix de géographie, d’histoire, de mathématiques (il en était sans doute de même à Sorèze et dans les écoles militaires).
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si toute cette fermentation de réformes peut sembler superficielle et si l’on a beaucoup de mal à trouver quelques traces directes d’une influence philosophique. Il y en a pourtant. Des exercices publics témoignent que l’histoire devient autre chose qu’une chronologie ou le prétexte à sermons moraux. On y discerne une réelle curiosité des moeurs, le goût de réfléchir sur la vie des nations et sur les gouvernements. En 1772, un exercice du collège d’Arras se propose d’établir « que l’étude de l’histoire de France surtout peut seule fixer dans l’esprit de l’avocat les véritables principes de notre gouvernement ». Des exercices du collège de la Trinité à Lyon, de 1776 à 1783, portent sur la géographie, les moeurs des Français, l’histoire naturelle, la rivalité de la France et de l’Angleterre. Sous Louis XVI un exercice du collège de Lisieux porte sur les « nouvelles du temps ». En 1788, les exercices de Bourges traitent de questions politiques et d’économie politique, de Buffon, des événements de la dernière guerre et même... de l’allaitement maternel et du maillot ; à Arras (1774), on expose « les fruits de l’éducation chrétienne et sociale » ; à Troyes
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(1778), « la meilleure forme de gouvernement ». Nous avons même parfois la trace d’enseignements suivis. Au collège de Pau, vers 1776, les Bénédictins exposent, en rhétorique, « ce que tout citoyen, tant soit p.375 peu éclairé, doit savoir des lois civiles ». Au collège de Montbéliard, on étudie, il est vrai, en philosophie, le droit naturel, Pufendorff et Burlamaqui. A Sorèze, à Pontlevoy, on enseigne les institutions et organisations de la France ; à La Flèche, les principes du droit naturel, politique et civil et le P. Corbin, directeur, est l’auteur d’un traité d’éducation civile, morale et religieuse. A Bourges (il est vrai que c’est en 1788), le régent de seconde étudie le droit des sociétés civiles sur les sociétés religieuses, et Lakanal, en rhétorique, les diverses formes des gouvernements.
Ce sont, malgré tout, des indices bien dispersés. Il n’est pas possible d’en tirer des conclusions générales et de croire à des interventions directes et manifestes de l’esprit philosophique. Ni les collèges, ni les pensions privées n’ont contribué consciemment, par leur enseignement, à préparer l’esprit de la Révolution. Mais si leurs programmes, leurs desseins n’ont pas eu d’influence précise, ces collèges ont joué cependant un rôle involontaire et considérable. Les programmes ne sont pas tout. C’est l’esprit des maîtres et celui des élèves qui, très souvent, leur donne leur sens et leur portée. On pouvait fort bien, vers 1780, enseigner l’histoire, le français et même les principes du droit politique dans l’esprit le plus étroit et animer l’étude de Cicéron et des vers latins d’un souffle révolutionnaire. C’est ce qui est certainement arrivé. Tout ce bouillonnement de réformes pédagogiques n’a rien créé de profond (le français même rétro-
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gradera) ; il n’a pas été une cause ; mais il est un symptôme, l’un des symptômes d’une transformation des esprits que d’autres témoignages confirment abondamment.
II. — L’esprit des élèves et des maîtres
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Ils sont certainement touchés par l’irréligion. Chez les élèves, ce n’est, parfois, qu’une sorte de curiosité pour des philosophes dont personne ne pouvait ignorer qu’ils étaient les ennemis de la religion. Desgenettes, au collège du Plessis, vers 1780, lisait les Mélanges de littérature de d’Alembert et la Préface de l’Encyclopédie qu’on lui confisque (d’ailleurs sans le punir). Souvent aussi, et c’est déjà p.376 plus grave, l’irréligion n’est qu’un état d’indifférence, une fermentation de jeunesse, mais si générale et si brutale qu’elle devient un signe des temps. A Juilly, la confession n’est plus, selon Arnault, qu’une « occasion de polissonner... une récréation ». En 1772, le principal du collège de Felletin se plaint de ce que ses élèves ne s’acquittent que « bien imparfaitement du devoir de religion » et que quelques-uns, peut-être, manquent la messe. C’est beaucoup plus grave au collège du Plessis ; en vingt-deux mois, du Veyrier ne se confesse ni ne communie une seule fois. A Caen, en 1778, les écoliers « n’ont plus ni piété ni religion. Au lieu d’assister à la messe, ils vont courir les rues, insultent les passants. » Souvent cette impiété est non plus instinctive, mais raisonnée et proprement philosophique. A Juilly, Malouet prétend appliquer la raison aux choses de la religion comme à toutes les autres ; et c’est pour cela qu’il devient déiste et s’en tient, sans souci des
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dogmes, « à la morale de Fénelon, de Massillon qui est celle de Socrate et de Cicéron ». Au collège de Rennes, du Bois de Bosjouan lit les philosophes, malgré les conseils de son précepteur, et il manque y perdre la foi. Au collège de Grenoble, J.-B. Pollin et ses camarades lisent Montaigne, Montesquieu, Voltaire (et sa Pucelle), l’Esprit d’Helvétius, Mably que d’ailleurs on n’aime pas, le Tableau de Paris et L’An 2440, de Mercier.
Souvent même l’impiété est affichée et arrogante. Chassaignon est interne chez les Jésuites : « Un soupçon de cagoterie, ce crime de lèse-fraternité, m’allait perdre dans l’esprit de mes camarades. Il me fallut donc jouer auprès d’eux un rôle entièrement opposé à mes sentiments ; je prêtai une oreille complaisante à leurs facéties ordurières et à leurs sarcasmes irréligieux ; et quelquefois même, pour échauffer leur enthousiasme en ma faveur, mariant la petite gaieté d’Arouet à l’atroce audace de Vanini, je riais des mômeries d’une religion (gravée dans mon coeur en traits de flamme) bonne pour des femmelettes, des paralytiques ou des moines » ; dans ce collège il n’y aurait eu que « trois imbéciles » qui croyaient en Dieu. Au Concours général de 1784, on propose l’Éloge de Rollin. Vives rumeurs dans la salle. Le sujet « ne signifiait rien. A la bonne heure un Voltaire, un Rousseau, un Raynal, etc., etc. L’Assemblée est devenue p.377 très tumultueuse ; elle a dégénéré en révolte, et il a fallu lever la séance. » Dans les écoles militaires surtout, tout au moins dans certaines d’entre elles, c’était à qui ferait parade de scepticisme et d’insolence. A La Flèche, dit Vaublanc, « nous devenions raisonneurs et dogmatiseurs. Ainsi, d’ignorants latinistes que nous étions, nous
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voilà devenus philosophes imberbes. Nous raisonnions sur la nature de l’homme, sur nos devoirs envers la société et envers nos parents. J’ai entendu là-dessus des raisonnements que je ne pourrais redire. » En 1774, l’abbé Faucher se flatte de mettre ces impies à la raison : « Les élèves ne s’entretenaient plus que de cette courageuse résolution et se préparaient au combat. Dès le premier sermon, les uns dormaient, ronflaient ; les autres criaient : "Young ! Young !" parce qu’ils croyaient reconnaître des imitations de ce sombre auteur anglais... deux cents jeunes gens se moquant ouvertement d’un prédicateur, c’était un vrai scandale ! » A La Fère, s’il n’y eut pas scandale, l’état d’esprit n’était pas fort différent. De Romain, en 1780, à quatorze ans, y fait ses Pâques, mais non sans redouter les plaisanteries de ses camarades. Beaucoup d’entre eux, « si bons enfants du reste », n’avaient pas l’air plus occupés de Dieu et de la religion « que s’ils n’en avaient jamais entendu parler ». C’est « qu’ils avaient déjà lu beaucoup de livres qui les détournaient de la pratiquer ». Les jeunes gens instruits par des précepteurs n’étaient pas eux-mêmes à l’abri de la contagion. Le précepteur du fils de Montbarrey est « indifférent sur les principes de la religion et sur ses pratiques ». Jullian est élevé par l’abbé Gérard, le pieux auteur du Comte de Valmont ou les égarements de la raison. Mais l’abbé Gérard ne lui inspire aucune crainte de s’égarer. Il trouve la clef de la bibliothèque de son père, directeur des domaines, y découvre « les oeuvres de Voltaire, de Rousseau, d’Helvétius, de Diderot, le fameux Système de la nature du baron d’Holbach et une foule d’autres ouvrages qui traitaient des mêmes matières » ; il les dévore, de douze à quatorze ans, et
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les arguments ou sermons du bon abbé ne l’empêchent pas de devenir déiste.
Il n’est donc pas douteux que l’esprit de scepticisme et de discussion, s’il n’a que bien peu pénétré dans les matières d’enseignement, s’est infiltré par mille fissures dans l’esprit des élèves. Il est p.378 tout aussi certain qu’on pouvait trouver chez beaucoup d’élèves un terrain favorable au mécontentement social ou politique. Sans doute ce n’est pas l’esprit philosophique du XVIIIe siècle qui a poussé les « fils du peuple » dans les collèges ; ils n’y étaient certainement pas plus nombreux qu’au XVIIe. Mais ils s’y trouvaient, et en fort grand nombre. « Il n’y a jamais eu tant d’étudiants, écrit La Chalotais, dans un royaume où tout le monde se plaint de la dépopulation ; le peuple même veut étudier ; des laboureurs, des artisans envoient leurs enfants dans les collèges des petites villes. » Guyton de Morveau confirme : « C’est un usage de presque tous les artisans des villes d’envoyer leurs enfants au collège » (il ajoute d’ailleurs « seulement pour passer quelques années et dans le dessein de les retirer après un certain temps »). Ces affirmations générales sont appuyées par des documents précis. En 1767, au collège de Neufchâteau, sur trente-cinq élèves de seconde et de rhétorique, il y a dix-neuf fils de marchands, commerçants, laboureurs, artisans. En Alsace, « le laboureur le moins aisé fait élever ses enfants dans les collèges » ; le cabaretier de Sicrentz est l’oncle du substitut du procureur de Colmar ; des paysans sont neveux, nièces, cousins des présidents et juges de ce tribunal. A Draguignan, il y a de nombreux exemples de fils ou descendants de paysans et ouvriers qui deviennent magistrats,
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fonctionnaires, financiers et même entrent dans la noblesse. Au collège du Mans, dès 1668, sur neuf cents élèves, il y a 8 de fils d’artisans. A Sorèze, en 1772, il y a cent quatre-vingt-quatorze nobles et soixante-dix-sept bourgeois ; et, en 1789, deux tiers de bourgeois. A Louis-le-Grand même, après 1763, il y a une grande proportion de fils d’avocats, procureurs, architectes, épiciers, merciers, limonadiers, menuisiers, maçons, etc. ; souvent les parents sont incapables de signer. L’égalité s’est établie d’ailleurs entre les boursiers et les autres ; ils ne sont plus pauperes, ne portent plus de costume spécial.
Nous connaissons même personnellement un certain nombre de ces écoliers ou étudiants fils de petites gens. Mahérault qui publiera, en 1791, le premier volume d’une Histoire de la Révolution française, est le fils d’un boulanger du Mans ; il commence ses études au collège de la ville, les continue à Louis-le-Grand où il obtient p.379 des accessits au Concours général. Marmontel a conté, sans modestie, mais avec une verve aimable, les triomphes d’économie qui lui permirent de remporter tant de triomphes scolaires aux collèges de Mauriac, de Clermont, puis de Toulouse. J. Géreux, fils d’un paysan de la Hodinière, près Avranches, s’élève moins haut que Marmontel puisqu’il n’arrive qu’à être curé, mais il commence comme lui, au collège d’Avranches, où il paye de trente à cinquante sous par mois au préfet et au régent, logé en ville et nourri en grande partie par les provisions que lui envoie son père. Le père de Beaumarchais sort d’un petit bourg ; il est pourtant instruit ; il écrit bien ; il lit Grandisson. Andrieux et Colin d’Harleville, vers 1780, vont étudier à Paris, et trouvent à vivre moyennant dix-
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huit sous pour le dîner et le souper. Romme, pour étudier la chimie, arrive à Paris, en 1774, avec deux cents livres en poche. Dupont de Nemours, qui s’est brouillé il est vrai avec son père, vend, pour vivre et pour apprendre, tous ses livres (ne conservant que l’Esprit des lois, les Commentaires de César et quatre ouvrages de Rousseau), etc.
Nous ne pouvons connaître que ceux qui ont réussi. Mais il est bien certain que beaucoup de ceux qui quittaient la ferme ou la boutique pour aller étudier, et refusaient d’y revenir, tombaient, en sortant du collège, dans une misère plus ou moins profonde. Rien ne prouve, répétons-le, que ces « déracinés », ces ambitieux déçus étaient sensiblement plus nombreux en 1789 qu’en 1750. Mais ils existaient assurément. Marmontel affirme que « c’était dans cette classe que se formait depuis longtemps cet esprit novateur, contentieux, hardi qui acquérait tous les jours plus de force et plus d’influence ». Mallet du Pan, vers 1785, se plaint que Paris soit rempli « de jeunes gens qui prennent quelque facilité pour du talent, de clercs, commis, avocats, militaires, qui se font auteurs, meurent de faim, mendient même et font des brochures ». Mallet du Pan n’aime pas l’esprit révolutionnaire. Marmontel a appris à le détester. Mais ils ne sont pas seuls de leur avis. Le péril est si réel qu’on réagit parfois. En 1785, la municipalité de Saint-Brieuc décide de refuser des bourses aux enfants des artisans et laboureurs et de les réserver aux enfants des officiers municipaux pauvres. Nous avons même quelques exemples précis de cette roture cultivée et besogneuse. p.380 Dès 1755, Goujet déclarait que, pour une place de bibliothécaire à la bibliothèque du roi, à celle de Saint-
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Victor, à celle du collège Mazarin, il y a cinquante candidats. Les lettres conservées par J.-J. Rousseau lui sont parfois écrites par des fils d’artisans, de laboureurs, Lecointe, La Chapelle, La Neuville qui ont voulu tenter la fortune littéraire à Paris et qui n’y ont trouvé que la misère ou une vie obscure. A Vannes, Glais ne trouve en sortant du collège qu’une place chez un procureur, à six livres par mois ; en donnant des leçons tout le jour, il arrive à gagner soixante livres, qui lui suffisent, il est vrai, pour vivre, lui, sa femme et ses enfants. A Paris, Prieur de la Marne, en plusieurs années, ne gagne pas, comme avocat, mille sept cents francs ; Dulaure mène une vie de bohème affamé. Il est vrai que sa misère tenait peut-être, pour une part, à ses défauts, comme celle de Baculard d’Arnaud et de quelques autres. Dans les environs de Pont-à-Mousson, il y a dix avocats à Bruyères, autant à Darney, Charmes, Lamarche, etc.
Nous n’ajouterons pas : les futurs députés révolutionnaires ont été formés par ces collèges. Il fallait bien qu’ils y fussent pour s’instruire, exception faite pour le petit nombre des députés du Tiers qui n’avaient pas été au collège. La plupart sans doute ne pensaient même pas à une révolution et beaucoup ne s’y occupaient pas de politique. En bonne méthode, il aurait été plus juste de les joindre aux autres, à tous ces petits roturiers intelligents, avides, pauvres et raisonneurs dont nous avons parlé. On peut cependant les grouper, comme l’avenir les groupera. Robespierre, Camille Desmoulins, brillants élèves du collège Louis-le-Grand ; Danton, très bon élève du collège de Troyes ; Buzot lisant avec délices, au collège d’Evreux, Plutarque et Rousseau ; Barbaroux, boursier au collège de l’Oratoire de
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Marseille, étudiant à Paris où il compte, pour vivre, faire durer trois mois cinq ou six louis ; Lombard de Langres au collège de Chaumont où il a pour professeurs le P. Dupont et Manuel, futurs députés ; Carnot qui pendant ses études à l’École militaire devient un pieux déiste et fait le projet d’une visite à Rousseau (qui le reçoit aigrement) ; Saint-Just élève des Oratoriens de Soissons ; Billaud-Varenne que le collège ennuie ; et tant d’autres, Brissot, Couthon, Le Bas, Collot d’Herbois, Pétion, etc. Souvent p.381 même la vie les rapproche sur les mêmes bancs ou sur des bancs voisins : Robespierre, Louvet, Suleau à Louis-le-Grand ; Danton, Bailly, Ludot, Bonnemain, Garnier de l’Aube au collège de Troyes ; Danton, Prieur de la Marne, Condorcet, Couthon, Brissot, Thuriot, Dubois de Crancé, Saint-Just, Pétion, L.-S. Mercier à la faculté de droit de Reims. A Chartres, trois des camarades de Brissot seront révolutionnaires actifs.
Il est impossible de savoir dans quelle mesure les hardiesses de pensée des élèves sont le reflet de la pensée des professeurs. Il est fort probable que le plus souvent ils ne les consultaient pas pour lire Le Système de la nature ou se moquer des sermons de l’abbé Faucher. La curiosité, la discussion, le scepticisme venaient de partout et non pas seulement des bergers chargés de conduire le troupeau. Mais il est pourtant certain que beaucoup de maîtres pensaient comme les élèves, ne faisaient rien pour les retenir et même parfois les conduisaient délibérément sur les terres de la philosophie. L’intransigeance, dans bien des cas, n’est plus de mode ; il faut « penser avec son siècle ». C’est ainsi qu’on trouve, dans la bibliothèque des doctrinaires du collège de Bourges, Condillac, les Mélanges de
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littérature de d’Alembert, l’Abrégé de Locke, le Journal encyclopédique ; en 1782, le collège de Valenciennes s’abonne à une « nouvelle édition de l’Encyclopédie » (sans doute l’Encyclopédie méthodique). En 1771, les professeurs du collège d’Amiens demandent, inutilement il est vrai, qu’on leur achète une Encyclopédie. En 1774, on saisit seize volumes de l’Encyclopédie, édition de Livourne, expédiés au préfet du collège des pères de la doctrine chrétienne à Carcassonne. Quand Delisles de Sales, ancien oratorien, condamné par le Parlement pour sa Philosophie de la nature, passe à Troyes, les professeurs oratoriens du collège lui offrent un festin de bienvenue. Au collège de Foix, à Toulouse, on supprime, en 1781, les quatre bourses réservées à des prêtres pour les donner à des laïques. En 1787, un exercice public (d’ailleurs pieux) du collège de Montbéliard prend pour titre : « Utilité de la raison, avantages de l’esprit philosophique. » Les oratoriens de Troyes discutent (en latin il est vrai) des sujets tels que : « Quelle influence la philosophie a-t-elle exercée sur le siècle présent ? — Quelle est la puissance et la limite p.382 de l’opinion publique ? » Il arrive même qu’on affiche des curiosités politiques. Au collège de Baugé « le principal est même soigneux de recueillir ce qui se trouve d’intéressant dans les papiers publics ; et, soit aux repas, soit à la récréation, il en entretient ceux de ses pensionnaires qui sont d’âge ou en état d’y prendre part ».
Nous connaissons un certain nombre de ces professeurs dont la philosophie n’était souvent qu’une certaine liberté d’esprit, un certain goût des nouveautés, mais qui parfois suivaient aussi jusqu’au bout Rousseau, Delisle de Sales ou même pis. Vers
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1780, au collège du Plessis, Desgenettes raconte que le professeur de philosophie, de Fénieux, « dictait parfois des pages de J.-J. Rousseau qui nous faisaient rechercher avec avidité la lecture de ses ouvrages ». « Le bon recteur Le Roy, du cardinal Lemoine, celui qui aurait voulu que l’on enseignât le grec aux nourrices, avait avoué, dans un discours solennel pour la distribution des prix, que le citoyen de Genève n’était pas dépourvu d’une certaine éloquence : etiam non vulgari eloquen-tia spectabilis. » Au collège des arts de Rouen, en 1774, de Gadbled, professeur de philosophie, enseigne que « la morale tout entière roule sur ces deux principes : qu’il faut introduire dans la société la plus grande somme de bonheur, qu’il faut se rendre heureux, mais d’un bonheur durable et solide qui ne soit jamais exclusif du bonheur des autres » ; morale si manifestement encyclopédique que des plaintes sont formulées contre le professeur. Arnault a pour professeurs au collège de Juilly, vers 1780, le P. Brunard, qui enseigne l’histoire « aussi philosophiquement que le lui permettait sa robe ; il avait surtout horreur du fanatisme et parlait de la Saint-Barthélemy comme en parle Voltaire » ; et le P. Petit, qui faisait « à la fois un cours de politique et de littérature, Washington et La Fayette ». Lan-juinais, auteur de ce Monarque accompli démontrant qu’« un monarque philosophe... est le présent le plus précieux que le ciel puisse faire aux hommes », est principal du collège de Moudon.
Un grand nombre de ces maîtres devaient d’ailleurs jouer pendant la Révolution, comme Lanjuinais, un rôle politique plus ou moins important. François de Neufchâteau est professeur de rhétorique au collège de Saint-Claude à Toul ; il en est renvoyé,
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bien que l’opinion publique lui soit favorable, pour philosophisme. Laromiguière p.383 est professeur de philosophie au collège de l’Esquille à Toulouse ; il y enseigne la doctrine de Condillac et inquiète le Parlement en proposant, dans une séance de fin d’année, cette thèse « que l’impôt fixé sans l’aveu public est une atteinte au droit de propriété ». Le P. Billaud, qui sera Billaud-Varennes, est professeur d’Arnault à Juilly et semble d’ailleurs, à cette date, plus préoccupé de gloire littéraire que de réputation politique. Par contre, le P. Fouché, professeur à Nantes, Juilly, Arras, Vendôme, s’occupait plus de politique que d’enseignement. Lebon a une excellente réputation de professeur au collège de Beaune. Bien d’autres sont passés des chaires d’enseignement aux bancs des assemblées révolutionnaires, Daunou, Manuel, Pechméja, Bailly, Jacob Dupont, Lakanal, Thirion, etc. Il y aura à la Convention au moins deux douzaines de députés professeurs.
Les directeurs de pensions libres sont eux-mêmes gagnés par l’esprit philosophique. L’évêque de Nantes en fait des plaintes amères pour ceux de son diocèse. A Toulouse, le sieur Sérane, « professeur de belles-lettres et instituteur académique en faveur de la jeune noblesse », publie une Théorie de J.-J. Rousseau. L’institution mi-civile, mi-militaire de Gorsas, à Versailles, est fermée, et lui-même est interné à Bicêtre à cause de ses « principes de liberté ».
Il y a enfin un témoignage moins évident, mais beaucoup plus significatif d’une évolution profonde des esprits. C’est celui de certains manuels scolaires. Ceux qui étaient en usage dans les classes normales, jusqu’à la rhétorique, n’ont guère pu subir,
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directement, l’influence de la philosophie. Ni les grammaires, ni les textes d’explication, ni les rhétoriques ne pouvaient faire place aux idées nouvelles en matière de religion ou de politique. L’histoire, nous l’avons dit, ne tenait dans l’enseignement qu’une place très petite ; on l’apprenait, le plus souvent, dans des cahiers dictés par le professeur ou dans des livres inoffensifs. Il arrive pourtant qu’on mette entre les mains des élèves des exposés d’histoire bien plus hardis et que Voltaire ou d’Alembert auraient pu approuver. Nous avons parlé de l’aventure de l’abbé Audra qui publie à Toulouse, en 1770, le premier volume d’un abrégé (expurgé) de l’Essai sur les moeurs de Voltaire, à l’usage des collèges. Mais le volume fut condamné p.384 et l’abbé renonça à son entreprise. Quelques années plus tard, il y en eut une autre, analogue, qui fut couronnée de succès. L’honnête et pieux abbé Batteux dirigea et mit sur pied un vaste Cours d’études à l’usage des élèves de l’École royale militaire, en quarante-huit volumes, publiés de 1776 à 1777. Les Principes de morale et de métaphysique (rédigés par Bergier et Bouchaud) sont tout à fait orthodoxes (bien que Bouchaud qui rédige la morale ne fasse point d’appel au dogme, donne sa place à « l’humanité » et interdise au souverain « de forcer les consciences »). Le cours d’histoire l’est aussi, apparemment, puisqu’il ne fut pas condamné et que le scrupuleux abbé Batteux le trouva bon. Mais c’est une orthodoxie où la philosophie a fait son oeuvre. Les Affiches de province s’en sont fort bien aperçues et en ont été toutes scandalisées. Le cours « blâme les cruautés de Charlemagne envers les Saxons, la fureur des Croisades, le zèle indiscret de saint Bernard et de saint Louis. L’orgueil des
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Pontifes, la corruption des prêtres et des moines n’échappe pas à ses censures qui reviennent sans cesse avec une affectation marquée. Partout il voit l’ignorance, la superstition, le fanatisme. » Et les Affiches s’emportent contre « ces tableaux odieux qu’un homme sage devrait laisser dans l’oubli ou ne présenter qu’avec beaucoup de circonspection ». Remarquons d’ailleurs que le journal ne discute pas la vérité de ces tableaux ; il ne conteste que leur opportunité. Remarquons surtout que le saint zèle des Affiches ne fut pas approuvé par la censure ou qu’elles craignirent de le voir désapprouvé. Le texte que nous en avons cité est celui d’un exemplaire d’épreuves que possède la Bibliothèque nationale. Le texte définitif est considérablement abrégé et adouci : « Nous croyons qu’on devrait laisser dans l’oubli ces sortes de tableaux, etc. »
Toutefois, les textes de ce genre sont dispersés ou nous n’en avons trouvé que des exemples peu nombreux. L’étude des manuels en usage dans les classes de philosophie est plus significative. Malgré l’usage persistant des cahiers dictés par le professeur, ils sont en assez grand nombre dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle pour permettre des conclusions générales (nous en avons étudié une quinzaine). Une moitié d’entre eux restent fidèles aux traditions du passé même les plus lointaines ; ou leurs nouveautés n’ont rien qui décèle p.385 une influence philosophique : plus ou moins de cartésianisme, plus ou moins d’indépendance à l’égard du vocabulaire et des procédés d’exposition scolastiques. La philosophie de Dagoumer, ancien recteur de l’Université, publiée en 1701, est rééditée au moins jusqu’en 1757 ; et c’est celle d’un « vieil athlète de l’École » qui
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ne sacrifie rien aux nouveautés. Des cahiers manuscrits de philosophie, datant de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, comportent bien des gravures représentant Descartes, Gassendi, Magnan, etc. ; mais ce sont apparemment des ornements dont le libraire qui vendait les cahiers était seul responsable, car Descartes même y tient fort peu de place et il y est réfuté. Les manuels de Mazeas, de Vallat sont moins timorés. Ils admettent explicitement ou implicitement la méthode et des idées cartésiennes, mais ils sont encore tout bardés de scolastique et tout hérissés contre les philosophies à la mode. Mazeas croit plus simple de les ignorer, de ne pas dépasser, d’ailleurs pour les réfuter, Descartes, Gassendi, Leibnitz et de s’en tenir aux vieilles architectures de la raison scolastique : « De essentia et existentia, unde resultat entitas... de genere et differentia unde resultat species. » Vallat (1782) ne cache pas qu’il existe une philosophie de Locke, de Bayle, de La Mettrie, d’Helvétius, de Voltaire. Mais c’est pour en dénoncer impitoyablement les erreurs ou les malfaisances.
On pense bien qu’aucun de nos manuels de philosophie n’a montré d’indulgence pour les idées d’Helvétius, de La Mettrie, ou même pour celles de Bayle. Il y en a cependant qui commencent à prendre des libertés. L’évêque du Mans, nous dit Nepveu de la Manouillère, chanoine, voudrait bien faire interdire par la Sorbonne une certaine « philosophie d’Auxerre ». Il s’agit des Institutiones philosophicae du P. Le Ridant, parues en 1761, et qui finirent par être supprimées par le Conseil d’État en 1774 ; ce qui ne les empêcha pas d’être rééditées en 1778. Le manuel est pourtant d’apparence fort respectueuse, c’est-à-dire fort
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barbare ; il n’est coupable sans doute que de libertés théologiques que nous n’avons pas discernées. Le P. Le Roi, oratorien, est cassé par l’évêque du Mans pour avoir enseigné une philosophie dangereuse ; il est soutenu par son ordre, mais l’évêque l’est par la faculté de théologie. Il s’agit de l’un de ces oratoriens séduits par les raisonnements de Locke. Certaines p.386 séductions de Locke s’étaient exercées même sur des régents qui n’étaient pas oratoriens : « Ideae innatae Cartesii, dit l’abbé Hauchecorne en 1784, nullo modo probantur argumento et nunc ab omnibus derelictae jacent. Opinio Lockii suas habet difficultates et non ab omnibus propugnatur ». C’était la position prudente et mesurée, mais tout de même nouvelle de la « philosophie de Tulle », c’est-à-dire des Institutiones philosophicae ad usum seminariorum de Carnier et Gigot (Tulle, 1781) : « Incertum est utrum sint, an non, ideae quaedam innatae, ad sensum Cartesianorum » ; Dieu peut imprimer d’un seul coup des idées ; mais il n’en reste pas moins que beaucoup d’idées, comme le pense Locke, viennent des sens.
Il y a même quelques manuels plus audacieux et des professeurs qui ne redoutent pas les censures. Guyard, professeur au collège Mazarin, et Lange, professeur au collège du cardinal Lemoine, sont des partisans avérés de Locke. Les Nouvelles ecclésiastiques s’en inquiètent en déclarant que « la philosophie de l’Université de Paris est fort corrompue ». Le manuel de l’abbé Seguy est évidemment un manuel orthodoxe. C’est celui qu’imposent les évêques de Troyes et du Mans pour lutter contre les doctrines dangereuses des professeurs oratoriens. Mais combien ses sagesses sont différentes de celles
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d’un Dagoumer. « Ce n’est pas une satisfaction médiocre, disait déjà le Mercure en parlant, en 1759, de sa Métaphysique, de voir l’auteur raisonner avec autant de politesse que de sagacité vis-à-vis de Leibnitz, de Locke, de Malebranche, de Wolf et des auteurs de l’Encyclopédie, s’éclairer de leurs vues, mettre à profit leurs découvertes. » Le même Mercure lors de la publication du cours complet, en 1771, renouvellera ses éloges. Ils peuvent nous paraître un peu complaisants. La méthode est encore de forme scolastique : « Dices... Nego majorem... Assentio. » Les lumières qu’il doit aux encyclopédistes sont bien pâles ou même invisibles. Mais tout de même il connaît réellement Rousseau, Locke, Helvétius, Hobbes, Montesquieu. En les citant très souvent, en les discutant, en les réfutant, il les fait connaître, il en donne la curiosité. Et il lui arrive de les louer, parfois même de les approuver. Il appelle l’Essai de Locke opus famosum ; il n’approuve qu’en partie les idées innées de Descartes et admet, dans une certaine mesure, le sensualisme de Locke. p.387 Beguin, professeur de philosophie au collège Louis-le-Grand, se donne pour un homme réfléchi et prudent. Il refuse de suivre aveuglément la mode. Il gardera, dans son exposé, la forme et la méthode scolastiques qu’il juge les meilleures. Mais il en rejette en même temps le « jargon » et, du même coup, presque tout l’esprit. Il expose que, dans les collèges de l’université de Paris, Aristote a introduit Descartes, Descartes : Newton, Malebranche : Locke. Il fait l’éloge de Bacon, de Newton, de Locke. Toute sa physique s’élève violem-ment contre la physique scolastique et systématique et s’appuie, comme sa chimie, sur la science expérimentale de Nollet, Romé
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de Lisle, Rouelle, etc. L’abbé Migeot, professeur à Reims, est encore plus hardi. Les Affiches de province le louent d’avoir substitué une méthode plus utile à la « méthode obscure et barbare » de la scolastique. Le préfacier de l’édition déclare qu’il a su « élaguer ce que les anciennes philosophies avaient de barbare, d’obscur, d’inutile et de rebutant ». De fait la logique seule garde une certaine allure scolastique. La morale et la métaphysique sont en dialogues et la métaphysique est réduite à la démonstration de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme. La doctrine est surtout cartésienne, mais Locke est discuté et, dans une certaine mesure, approuvé.
Assurément ni Beguin, ni Migeot n’ont d’indulgence pour la « secte encyclopédique » ; ils défendent en toute bonne foi, et de leur mieux, tout ce qu’elle attaque. Si l’on s’en tient à la lettre de leurs manuels et à celle des autres, c’est bien peu de choses que des sévérités pour le jargon scolastique, des compliments à Locke, de timides adhésions à quelques-unes de ses idées. Mais ce peu de choses est malgré tout un grand signe. Ces manuels sont des livres officiels ou officieux ; ils sont écrits par des régents de collège pour enseigner ce que les collèges défendaient âprement. Or, même dans cette forteresse de l’esprit de tradition, le passé est incapable de se maintenir ; un certain esprit critique, un certain goût de l’observation expé-rimentale se glissent. On ne compose bien entendu ni avec Helvétius, ni avec Voltaire, mais on compose avec Locke, c’est-à-dire avec celui que Voltaire a donné comme son maître. p.388 Il est donc certain qu’il n’y a guère dans la pratique de l’enseignement qu’une transformation évidente et profonde qui
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est l’enseignement en français et l’enseignement du français. Et, par elle-même, cette transformation ne favorise pas directement l’esprit philosophique. Mais il est non moins certain que ce qui ne venait pas du dedans est venu du dehors. Les élèves et les maîtres n’ont pas puisé dans ce qu’on leur enseignait ni dans ce qu’ils étaient chargés d’enseigner des pensers nouveaux. Mais ils venaient au collège pleins de curiosité pour cet esprit nouveau. Ils en subissaient inconsciemment l’influence et se laissaient façonner par lui. Souvent même ils s’en pénétraient ; ils le suivaient hardiment dans ses plus scandaleuses audaces. Vers 1780, ce n’est plus seulement dans les salons sceptiques des grands de ce monde, dans les bibliothèques de gens curieux mais discrets, dans les conversations bourgeoises des chambres de lecture qu’on découvre les incrédulités voltairiennes et les impatiences d’où sortira la Révolution ; c’est dans les lectures, les propos et même les attitudes des collégiens ; c’est, parfois, dans la pensée de leurs maîtres et, timidement ou inconsciemment, dans l’esprit de leur enseignement.
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CHAPITRE VI
ENQUÊTES INDIRECTES. LES JOURNAUX
I. — Les journaux de Paris ou imprimés à l’étranger 1
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p.389 Ils ne sont pas beaucoup plus nombreux après 1770 que dans la période 1748-1770. D’un côté des journaux durables apparaissent, le Journal des sciences et des arts de l’abbé Aubert, le Journal de Monsieur, les Nouvelles de la République des lettres et des arts, le Journal de politique et de littérature et surtout le premier journal quotidien, le Journal de Paris (1777). Mais le journal de l’abbé Aubert ne fait que prendre la place du fameux Journal de Trévoux, qui disparaît. L’Avant-coureur disparaît également en 1773. Il n’y a guère qu’une sorte de journaux qui se multiplie : ce sont les journaux d’information politique tels que le Journal de Bouillon et le Journal de Genève ; mais ce sont surtout des feuilles d’informations et parfois de polémique bien plutôt que des feuilles de discussion philo-sophique ; on s’y occupe des événements et de leurs dessous, non des principes. En 1774, commence à paraître la Correspondance littéraire secrète dite de Métra et, en 1777, les Mémoires secrets dits de Bachaumont ; recueils de « nouvelles » dont les rédacteurs se défendent d’être affiliés à la secte encyclopédique et font à l’occasion profession de respect et de piété ; mais on y collectionne avidement tout ce qui porte
1 Ouvrage de référence générale : E. Hatin, op. cit., (1579).
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atteinte au respect et peut scandaliser la p.390 piété. Seulement ce sont des volumes périodiques plutôt que des journaux ; ils ne pouvaient circuler que difficilement. Ils sont les témoignages de l’esprit du temps beaucoup plus qu’ils n’ont contribué à le créer. Le prix de tous ces journaux reste à peu près le même. Le Mercure a passé de vingt-quatre livres à trente-deux livres, mais il a augmenté en étendue de plus de moitié. L’Année littéraire est aussi à trente-deux livres. Parmi les journaux nouveaux, le Journal polytype des sciences et des arts et le Journal de lecture sont des journaux chers (trente-six livres pour Paris et quarante livres) ; le Journal de Bouillon et celui de Genève sont à meilleur compte (dix-huit livres et vingt et une livres). Si l’on multiplie tous ces prix par quinze, on voit que les journaux coûtent cher ou très cher et l’on comprend mieux les services rendus par les chambres de lecture.
L’évolution générale est assez difficile à déterminer. Certains d’entre eux s’intéressent évidemment de plus en plus aux questions du jour, aux discussions qui mettent aux prises les philosophes et leurs adversaires. Tandis qu’on ne trouve guère dans le Mercure des deux années 1750-1751 qu’une dizaine d’articles ou comptes rendus importants sur des sujets de politique, économie, législation, il y en a une quarantaine pour les deux années 1780-1781 (les sujets de sciences restant à peu près stationnaires). Dans le Journal des Savants, les comptes rendus d’ouvrages de théologie diminuent dans des proportions considérables : environ cent quarante pour les années 1750-1751 et environ quarante pour les années 1780-1781 ; par contre, les comptes rendus d’ouvrages touchant à la politique et
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l’économie politique ont tendance à augmenter, passant de quinze à vingt-cinq. Mais les journaux hostiles à l’esprit philosophique ne se laissent pas entraîner par le courant ; ils ont même l’adresse de ne pas parler, fût-ce pour les approuver ou les combattre, des livres qui pourraient donner des curiosités dangereuses. Dans les Affiches de province de 1753-1754, on trouve le compte rendu d’une dizaine d’ouvrages touchant à la philosophie, d’une soixantaine touchant aux sciences, de quatre ou cinq touchant à la politique, aux finances. Dans l’année 1784 (équivalant comme étendue aux deux années 1753-1754), il n’y a plus guère que cinq comptes rendus d’ouvrages de philosophie, vingt-cinq de ceux de science, aucun de politique p.391 et finances. Par contre les comptes rendus de théologie et de piété sont presque aussi nombreux ; et ceux des ouvrages de belles-lettres ont presque triplé. L’Année littéraire donne en 1754 (six volumes) environ sept articles de philosophie, trois de politique, quatorze de sciences ; en 1775 les chiffres sont à peu près sept, trois, deux ; et en 1788 (huit volumes) de trois, sept, neuf. L’esprit du journal ne change pas.
L’étude du contenu même des articles confirme, mais en le nuançant parfois assez profondément, le sens de ces statistiques généra-les. L’Année littéraire, les Affiches de province sont en guerre ouverte avec la philosophie encyclopédique et Fréron le fils est aussi sévère que Fréron le père. Voltaire est le « vieux orang-outang de Ferney », les Incas de Marmontel, l’Essai de Diderot Sur les règnes de Claude et de Néron, les Principes de morale de Mably (par la plume de Geoffroy) sont jugés fort sévèrement ; le Livre échappé au déluge de Sylvain Maréchal et
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Le Mariage de Figaro sont encore plus maltraités. Par contre, les ouvrages respectueux, pieux et ceux qui font le procès de la philosophie sont loués comme il convient. Les Affiches de province mènent la bataille avec moins d’éclat puisque les discussions d’ouvrages ne sont que la moindre partie de leur programme, mais avec plus de violence encore. Elles ne s’élèvent pas seulement contre l’impiété déclarée mais contre tout ce qui risque d’affaiblir les anciennes rigueurs ; elles n’admettent même pas qu’on défende la tolérance ou qu’on se laisse séduire par les effusions de Jean-Jacques Rousseau. Elles méprisent le Bélisaire de Marmontel. Elles s’indignent que le Dictionnaire universel des sciences morale, économique, politique et diplomatique « prône la tolérance... pallie les erreurs de l’impiété et de l’hérésie ». Rousseau est l’« ennemi implacable » de la religion. L’auteur des pseudo-lettres de Ganganelli, Caraccioli, a eu « l’audace de faire parler un pape comme un des derniers goujats de la huaille philosophique ». Les critiques sont même parfois si brutales que la censure intervient. Nous en avons donné un exemple. Il y en a d’autres. Le journal avait inséré un article violent contre le discours de d’Alembert en réponse à l’abbé Millot ; l’article dut être supprimé.
p.392 Le Journal des Savants est infiniment plus discret. Il se contente, à l’ordinaire, de passer sous silence les oeuvres suspectes ou coupables et de prodiguer ses éloges aux Bergier, aux Castillon, aux Gérard, à tous ceux qui entrent en lice pour jeter bas la philosophie. Le Mercure, le Journal de Paris trahissent quelque embarras. Ils ont parmi leurs rédacteurs des philosophes, des amis de philosophes. D’autre part ceux qui les
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dirigent et les rédigent n’aiment bien souvent ni le matérialisme, ni même le déisme ; ils sont par surcroît prudents et obligés de songer à l’autorité qui peut supprimer d’un trait de plume et le journal et leur gagne-pain. Ils se tirent d’affaire en évitant les sujets brûlants, en disant des politesses à de nombreux ouvrages pieux ou même à ceux qui combattent l’incrédulité philosophique, ou même en admonestant les philosophes trop hardis. Même, à partir de 1770, Panckoucke, qui est homme d’affaires avant d’être philosophe, multiplie dans le Mercure les annonces et comptes rendus de livres pieux.
Pourtant, ils ont beau prodiguer ces témoignages, un je ne sais quel charme les emporte vers la philosophie. Ils peuvent bien désapprouver les doctrines ; il leur est impossible de ne pas admirer les hommes. Il faut, pour obéir à l’opinion publique, parler d’eux une fois, dix fois, cent fois. Jusqu’à sa mort, lors de son voyage à Paris, même après sa mort, Voltaire continue à tenir plus de place dans le Mercure que cinq ou six douzaines de défenseurs de la religion : vers de lui ou adressés à lui, lettres de lui ou adressées à lui, épîtres, dissertations, etc. C’est un « génie heureux et extraordinaire », un « vieillard illustre ». Quand il est mort, il semble grandir encore. En dix-huit mois, de mars 1779 à août 1780, le Mercure publie au moins six pièces de vers, impromptu, dithyrambe sur la mort de M. de Voltaire, à son ombre, contre ses détracteurs, à ses mânes, et six comptes rendus d’éloges de Voltaire en prose ou en vers. J.-J. Rousseau, Diderot sont moins bien traités, mais on parle d’eux avec une admiration émue. Quand Helvétius meurt le même Mercure publie des vers pour mettre au bas de son portrait : « Ses écrits,
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ses bienfaits attestent son génie » et donne, par la plume de La Harpe, un compte rendu très favorable de son poème sur le Bonheur. A la mort de d’Alembert, Cubières de Palmezeaux et A.-J.-M. de Salins p.393 envoient des vers désolés et lyriques. Jour par jour, pour ainsi dire, le Journal de Paris tient ses lecteurs au courant de ce que fait Voltaire quand il est revenu à Paris. Du 14 février 1778 au 8 mars, par exemple, dans quinze numéros, le journal publie des vers adressés à Voltaire, des anecdotes, récits, nouvelles de santé, etc. En 1779, comptes rendus de cinq éloges de Voltaire ; en 1780, trois pages sur quatre d’un numéro du journal sont consacrées à l’Éloge de Voltaire par La Harpe, etc. La gloire de J.-J. Rousseau n’est pas moins pieusement célébrée : compte rendu de la Relation de Le Begue de Presle, lettre de Rousseau, autre lettre, vers faits à l’Ermitage de Montmorency, vers pour le tombeau, lettre enthousiaste d’un abonné qui a souscrit à une estampe allégorique du tombeau de J.-J. Rousseau, vers faits à Ermenonville sur le tombeau de J.-J. Rousseau, vers pour être mis au bas du portrait de J.-J. Rousseau, épitaphe de J.-J. Rousseau, aux détracteurs de J.-J. Rousseau, etc. A la mort de Diderot le même Journal de Paris fait de très courtes réserves sur les opinions « hardies » des premiers ouvrages de Diderot ; mais il passe tout de suite à un long éloge.
L’Année littéraire elle-même, malgré les colères et la fièvre de la polémique, subit parfois l’ascendant philosophique. Elle donne un compte rendu très favorable du poème de Florian, Voltaire et le serf du Mont Jura ; des vers enthousiastes « faits à Ermenonville en visitant avec Mme de la G*** le tombeau de J.-
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J. Rousseau » ; un compte rendu aigre-doux mais élogieux de la Législation de Mably, un autre, très favorable, de l’Éloge de Mably par l’abbé Brizard.
Il arrive même que les journaux reflètent non seulement la gloire des philosophes encyclopédiques mais encore certaines de leurs doctrines. Ce n’est pas qu’ils soient audacieux et bravent la persécution. C’est simplement le signe que ces idées sont devenues banales et qu’on ne court plus le moindre risque en les défendant. Tout le monde s’accorde, à part quelques fanatiques, à réclamer la liberté de conscience et la tolérance. C’est pourquoi le Mercure fera longuement l’éloge de l’Histoire civile et naturelle du royaume de Siam, de l’Éloge de Fénelon de La Harpe, bien que la Sorbonne les ait condamnés pour avoir montré la nécessité de la tolérance. Il donnera p.394 des comptes rendus très favorables des Incas, de ces Lettres intéressantes du pape Clément XIV forgées par Caraccioli qui faisaient pousser aux Affiches de province de si véhémentes clameurs et qui lui plairont justement parce qu’elles sont tolérantes et se moquent de la vie cénobitique et de la scolastique. A leur reprise, en 1784, les Druides de Le Blanc obtiendront un compte rendu très favorable ; et M. Delorme, chevalier de Saint-Louis, gentilhomme ordinaire de sa majesté, y publiera, dès 1774, une ode sur Le Fanatisme qui versifie des imprécations contre l’Inquisition, Philippe II, la Saint-Barthélemy, etc., etc.
Les idées politiques et sociales de ces journaux sont évidemment beaucoup moins nettes. Il ne faut pas s’en étonner. Le problème de la tolérance était clair ; et la majorité de l’opinion avait pris son parti. Dans le domaine politique et social,
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l’opinion savait surtout qu’il y avait des problèmes graves, urgents ; elle était décidée à s’en occuper, malgré l’autorité ; mais les solutions étaient innombrables et incertaines ; les journaux ne sont pas mieux fixés que l’opinion. Dans l’ensemble, ils se dérobent plutôt, nous l’avons dit ; les articles et comptes rendus d’ouvrages touchant la politique et les questions sociales n’y tiennent pas la place qu’ils devraient avoir. Mais il faut bien, malgré tout, suivre le courant. Le Mercure, le Journal des Savants, le Journal de Paris, L’Année littéraire donnent donc des comptes rendus de ces ouvrages de philosophie, de théorie politique qui font appel à la raison, à la loi naturelle ou à l’histoire pour aboutir à des conclusions orthodoxes, défendre la monarchie traditionnelle ou s’en tenir à des projets de réforme si prudents qu’ils ne pouvaient inquiéter personne. Il arrive pourtant que l’opinion les entraîne. Si l’on n’est pas d’accord en politique pure ou si l’on est obligé de cacher ce que l’on pense, l’accord commence à se faire sur certaines réformes sociales ; on peut les défendre sans y risquer son privilège. C’est pourquoi le Mercure pourra parler en bons termes des Réflexions sur les avantages de la liberté d’écrire et d’imprimer sur les matières de l’administration, du Naru fils de Chinki de du Wicquet d’Ordre, de la traduction du discours de Beccaria sur le commerce par Bigot de Sainte-Croix, etc. Il se risquera même parfois à des professions de foi plus hardies. On peut, vers 1780, p.395 condamner le « despotisme » aussi impunément que le « fanatisme ». Garat déclare, en 1784, à propos de La Monarchie française de Chabrit, qu’il se taira « sur ces ouvrages de servitude et de mensonge où l’on trace la morale des rois en
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falsifiant l’histoire des nations ; où, pour apprendre aux princes à être justes, on leur prouve sans cesse qu’ils sont absolus ». Le Journal de Paris rend compte du Publicole français, des Réflexions philosophiques sur la civilisation ; « il publie de très humbles et très respectueuses remontrances d’un ignorant de la campagne à MM. les beaux-esprits de Paris sur divers points d’histoire, de philosophie, de politique, etc. » qui remuent beaucoup d’idées pour s’en tenir en définitive à des idées assez prudentes. Mais il publiera aussi une Ode sur la liberté, une annonce détaillée de la deuxième édition du Mariage de Figaro, un long compte rendu de De la Vérité par Brissot, dont il remarque « l’âcreté » sans la condamner. Le Journal des Savants et L’Année littéraire ont naturellement beaucoup moins d’indulgence pour ces discussions politiques et sociales. Mais les comptes rendus du Journal des Savants groupés sous la rubrique Juridici et Politici deviennent pourtant moins secs, moins techniques ; les idées y tiennent plus de place et il arrive que ces idées soient moins timides. Il parlera, par exemple, de l’Ecclésiastique citoyen, qui condamne le casuel, propose de distribuer aux pauvres une partie de la dîme, etc. L’Année litté-raire elle-même bataille pour le trône moins âprement que pour l’autel ; elle semble moins bien disposée pour le despotisme que pour le fanatisme. Elle loue les Réflexions sur les avantages de la liberté d’écrire et d’imprimer sur les matières d’administrations, les Vues sur la justice criminelle de Le Trosne qui condamnent fortement la torture, le poème de M. de Langeac sur La Servitude abolie, les Lettres d’un cultivateur américain qui sont
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des lettres républicaines. Elle imprime une Ode sur l’établissement de la Société patriotique en Bretagne, etc.
Il ne faut pas oublier d’ailleurs que, dans tous ces journaux, de pareils articles sont dispersés dans la masse des articles bien plus nombreux qui parlent des poèmes, romans, théâtre, de l’histoire, des sciences, de l’économie domestique et rurale, etc. De 1750 à 1770, certains journaux comme le Journal encyclopédique devancent plutôt p.396 l’opinion moyenne ; d’autres, comme le Mercure, la reflètent assez exactement. Mais, de plus en plus, les journaux semblent devenir des entreprises commerciales. Il faut plaire au plus grand nombre, fuir ce qui peut inquiéter ou déplaire. Les grands journaux ne nous apportent donc plus qu’un seul témoignage : celui des idées philosophiques qui sont entrées dans la conscience moyenne, des débats sans audace et sans péril ; mais c’est là justement le témoignage le plus important.
II. — Les journaux provinciaux
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Le fait essentiel est l’apparition de ces journaux et leur multiplication rapide après 1770. Voici ceux dont nous avons pu établir l’existence 1 :
1748 : Affiches de Lyon. Elle s’adjoignent ou du moins elles ont pour complément, en 1784, un Journal de Lyon ou annonces et variétés littéraires concernant la ville de Lyon et les provinces voisines (paraissant tous les quinze jours). — 1759 : Affiches de Toulouse qui changeront ou se renouvelleront en 1775, 1777,
1 Pour simplifier, nous appellerons Affiches les journaux portant comme titre Affiches, annonces et avis divers, ou Annonces, affiches et avis divers, etc.
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1785. En 1787, commencera à paraître un Journal de Languedoc (paraissant deux fois par mois). — 1762 : Affiches, puis Journal de Normandie en 1765. La même année, 1762, il existe des Affiches à Nantes et Bordeaux. — 1764 : Affiches de l’Orléanais qui deviennent en 1785 le Journal de l’Orléanais. — 1765 : Affiches d’Austrasie, de Metz et de Lorraine. — 1766 : Affiches de Franche-Comté. — 1770 : Affiches de Picardie, Artois, Soissonnais et Pays-Bas français. Affiches de La Rochelle. — 1772 : Affiches de Reims et généralité de Champagne qui deviennent en 1781 le Journal de Champagne. A la même date il existe des Affiches à Tours et Aix. — 1773 : Affiches d’Angers. A la même date il existe des Affiches d’Amiens, de Marseille, du Mans. — 1774 : Affiches du Dauphiné. Affiches du Poitou. Affiches de l’Yonne. — 1776 : Affiches de Dijon. — 1777 : Affiches de Roye. Affiches de Bourgogne. — 1779 : Affiches de l’Auvergne. — 1780 : Journal breton (à Nantes). Affiches de Bourges. Affiches de Limoges. p.397 A la même date il existe des Affiches de Bretagne, de Sens, de Meaux, de Montpellier. — 1781 : Affiches de Provence qui deviennent, en 1781, le Journal de Provence avec trois feuilles distinctes par semaine (Commerce et marine. — Sciences et arts. — Littérature), ou qui sont complétées par ce journal. Affiches du pays chartrain. Affiches de la province de Flandre. A la même date il existe des Affiches du Roussillon. — 1782 : Affiches pour la généralité de Moulins. Affiches de Troyes. — 1784 : Journal de Guyenne. — 1785 : il existe un Journal littéraire à Nancy, qui est porté de vingt-quatre numéros par an à trente-deux. — 1786 : Affiches
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de Saintes. Nouveau Journal de la ville de Nîmes. Affiches de la Basse Normandie. Affiches de Senlis.
Toutes les Affiches proprement dites se ressemblent : quatre pages in-4° (parfois six, parfois avec des suppléments) qui paraissent une fois par semaine et dont le prix est de six livres par an pour la ville même où elles sont éditées. Elles se rapprochent beaucoup plus de nos Petites Affiches que du Mercure ou du Journal de Paris. Elles sortent en effet des Affiches imprimées à Paris dites Affiches de province et des bureaux d’adresses. « L’utilité des bureaux d’avis et d’adresses, disent les Affiches de Normandie, établis tant à Paris que dans plusieurs grandes villes du royaume, et le grand succès des feuilles qui en sortent toutes les semaines sous le nom d’Annon-ces et Affiches... nous ont fait naître l’idée... » C’est-à-dire que ce sont des feuilles de renseignements pratiques, légaux, commerciaux : hypothèques, mises en ventes, arrêts de justice et de finance, annonces de marchands ou de particuliers, prix des denrées, qui tiennent toujours la moitié ou les deux tiers, les trois quarts de la feuille. Puis des anecdotes, des faits divers. Assez souvent d’assez longs articles de science pratique : médecine, économie rurale, industrie, etc. Puis, pour terminer, quelques « contes », des annonces de spectacles et de livres, quelques brefs comptes rendus de livres, des poésies généralement « fugitives » et, selon la mode, des charades, énigmes, logogriphes. Dans quelques-unes de ces affiches et surtout dans les journaux, la partie proprement littéraire ou scientifique tient une place plus grande. Ainsi dans les Affiches de Toulouse, au moins à partir de 1782, dans le Journal littéraire
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de Nancy, le Journal de p.398 Nîmes. Le Journal de Lyon a peu d’annonces et se consacre aux anecdotes, aux belles-lettres, à la morale, aux sciences. Le Journal de Languedoc annonce dans son prospectus qu’il exclura les annonces et avis divers pour se consacrer « aux arts et aux lettres ».
Mais qu’il s’agisse de commerce, d’arts ou de lettres, il ne s’agit presque jamais, du moins volontairement, de philosophie. Plus encore qu’à Paris les rédacteurs sont tenus à une extrême prudence ; et ils n’ont sans doute, le plus souvent, aucun désir d’être imprudents. Ils ont certainement du mal à vivre, le désir de plaire à tout le monde et, par conséquence, celui de ne rien dire qui touche à la polémique. Ils ne combattent d’ailleurs pas plus la philosophie qu’ils ne la défendent. Par hasard, on peut rencontrer dans les Affiches de Reims un article contre les faux philosophes, dans les Affiches de Bourges l’extrait d’un sermon qui vitupère contre la philosophie ; dans le Joumal de Lyon un article ému sur Etienne Dolet, un extrait de Raynal. Mais ce sont des hasards. Les Affiches et même les journaux veulent renseigner et distraire, non combattre. Ils se tiennent à l’écart de toutes les questions brûlantes 1.
Mais leur étude n’en est que plus significative. Comme celle de l’enseignement et des journaux parisiens, et mieux encore, elle peut montrer comment des idées, qui auraient été scandaleuses ou hardies cinquante ou même vingt ans plus tôt, sont devenues banales et d’apparence inoffensive ; comment, sans le vouloir sans doute ou, du moins, sans qu’on puisse leur en vouloir, ils ont servi, si peu que ce fût, au progrès dans les
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provinces d’un certain esprit philosophique. Ils ont, par exemple, fortement contribué à la diffusion de cette morale « sensible » et « humanitaire » dont nous avons montré l’importance. Tous, plus ou moins, font place, après 1770, aux « traits d’humanité » et de bienfaisance, contés dans le style pathétique et bénisseur qui est alors la règle. Tous, plus ou moins, accueillent avec ferveur les avis concernant les sociétés de bienfaisance ; par exemple, dans le Journal de Lyon, en 1787, « l’état de recettes et de dépenses de l’institut de bienfaisance pour les mères nourrices », ou une « souscription de trois cents lits de plus à p.399 l’Hôtel-Dieu de Lyon, afin que tous les malades de cet hôpital soient couchés seuls ». Parfois même apparaît la morale du « citoyen ». Lettres sur l’éducation « nationale » dans les Affiches de Picardie (1775). « Chanson d’un citoyen » ; « lettre d’un citoyen à son ami » ; « description d’une fête patriotique » dans les Affiches de Chartres (1782 et 1783). Tous nos journaux auraient pu publier le Symbole de l’homme et le Symbole du citoyen qu’on trouve dans les Affiches du Dauphiné (1776) : « Je crois en Dieu, père de la nature, auteur de l’ordre, juge de mes actions, rémunérateur de la vertu... La bienfaisance rend mon existence plus douce ; l’amour et l’amitié la doublent... Je sens qu’il serait heureux d’être homme, même par intérêt, et je bénis Dieu de l’être par principe. — La nature m’a créé libre, et la société me crée dépendant... Les lois exigent ma soumission et la Patrie mérite mon amour ; je leur dois mes bras, mes lumières, mon sang, et je leur suis comptable de l’épée, du soc ou du sceptre qu’elles mettent entre mes mains... La fin du
1 A tel point que le Journal de l’Orléanais ne parlera pas du 14 juillet 1789.
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Citoyen est le triomphe de la vertu qui retourne à l’Être Suprême. »
Nous avons vu d’ailleurs que l’humanité et le civisme pouvaient être exaltés et enseignés par les écrivains et les pédagogues les plus orthodoxes. Mais nos journaux vont plus loin. Ils sont, à l’occasion les admirateurs des philosophes qui ne pouvaient pas passer pour être orthodoxes. Rousseau surtout semble avoir conquis les rédacteurs. Certains prennent des précautions : « Ce n’est pas le cas de faire le procès au Citoyen de Genève sur les erreurs qu’on lui a reprochées. Ici, comme dans tout le reste de la pièce, je parle en poète et non en théologien. » (Affiches de Normandie) ; mais le poète déborde d’amour :
O Rousseau ! ta fière éloquence
Rappelle l’homme à sa grandeur
Qu’ai-je dit ? O douleur !... Rousseau mourut proscrit
Et Rousseau fut l’auteur d’Émile et de Julie !
Les Affiches de Chartres donnent un Parallèle de Voltaire et de Rousseau, hostile ; mais une lettre, datée du château d’E... en Beauce proteste vivement et oppose les éloges aux critiques. Et puis de : « sentiments de reconnaissance d’une mère adressée à l’ombre de p.400 Rousseau de Genève » ; des « traits de J.-J. Rousseau » ; une « épitaphe de J.-J. Rousseau » ; le parallèle de J.-J. Rousseau et de M. le comte de Buffon, par Héraut de Séchelles ; un extrait de la relation de Le Bègue de Presles sur la mort de Rousseau ; deux reproductions de la relation lyrique d’un voyage à Ermenonville par le chevalier de Cubières ; des extraits de La Nouvelle Héloïse, des Confessions,
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des Rêveries ; des lettres. Les Affiches de Lyon discutent Rousseau, mais elles en parlent assez souvent et, en somme, avec admiration.
Quand il s’agit de Voltaire, on semble être plus circonspect. Dans les Affiches d’Orléans, à vingt reprises, des lettres, des vers de Voltaire ou à Voltaire. Grande place et grands éloges dans les Affiches de Lyon. Dans les Affiches de Reims, à dix reprises, citations ou éloges, ainsi qu’un article sur les services rendus au pays de Gex ; une analyse élogieuse du Voltaire de Flint des Oliviers. Ailleurs, peu de choses, dans les Affiches de Bourges, celles du Dauphiné qui mettent son nom en charade :
Mon tout n’existe plus, mais n’a point cessé d’être.
Par nos derniers neveux il sera révéré. [Voltaire]
Ajoutons, ici et là, une notice sur Condillac, un éloge de l’abbé de Mably (par Sabatier de Castres, auteur pieux), une notice sur le même Mably.
Je n’oublie pas que tout cela est dispersé dans plusieurs milliers de numéros et que les lecteurs, s’ils n’avaient connu les philosophes que par leurs Affiches, auraient eu le temps de les oublier. Mais c’est tout de même le signe certain que les foudres de l’autorité ne sont, même en province, que de vains simulacres et qu’on peut parler de Rousseau, de Voltaire, les vanter sans plus de risque et de scandale qu’en parlant des « mères nourrices » ou des « concerts spirituels ». C’est si vrai que les Affiches du Dauphiné, entre des annonces, extraits, éloges de Voltaire ou Rousseau, publient paisiblement un « mandement de l’archevêque de Vienne Lefranc de Pompignan, portant défense
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de lire dans son diocèse Rousseau et Raynal ». De telles défenses ne sont plus que des mots.
De temps à autre, annonces des livres des philosophes. Ce n’était pas sans importance. L’autorité surveillait. Un arrêt du Conseil du p.401 16 avril 1785 fait défense aux directeurs ou rédacteurs de journaux d’annoncer aucun ouvrage avant qu’il ait été annoncé par le Journal des Savants ou le Journal de Paris. L’arrêt est envoyé en province. Quoi qu’il en soit, on trouve des annonces de rééditions de l’Encyclopédie, de l’Encyclopédie méthodique (assez nombreuses), des oeuvres de Rousseau, de Voltaire, du Code de l’humanité et même du Livre échappé au déluge de Sylvain Maréchal que les Affiches du Dauphiné ont dû annoncer sans soupçonner son matérialisme.
Il arrive même qu’Affiches et journaux soient plus hardis. Par exception : les hardiesses ne contredisent pas ce que J’ai dit plus haut de l’aspect général de cette presse ; elle veut être, comme Sosie, amie de tout le monde. Mais on les rencontre ; et elles ont leur intérêt. Des compliments chaleureux à la philosophie : « Ode contre les préjugés » (Affiches de Reims) ;
Nous avons la raison pour guide ;
Elle nous parle ; obéissons !
« Grâce à la philosophie, disent les Affiches du Poitou, les esprits désabusés rougissent de la longue ignorance dans laquelle ils ont croupi. » Plus hardiment le Journal du Languedoc (il est vrai en 1786) fait appel au prestige de la philosophie pour attirer les abonnés : « Cet esprit de philosophie, déclare le prospectus, qui lui [à notre siècle] imprime un caractère si
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sublime, est en partie le fruit de la propagation presque instantanée des lumières en tout genre qui s’opère d’un bout du monde à l’autre par la voie des journaux. » Dans les questions religieuses, discrétion absolue ou silence. Nos journaux se gardent de tout ce qui pourrait sembler de l’incrédulité. Il y a bien, dans les Affiches de Chartres, Lucrèce ou le partisan d’Epicure, « couplets philosophiques ». Mais ce partisan d’Epicure raille Descartes, Newton, Fontenelle, Bayle, Locke « ce savant maître » pour leur préférer le bon vin et la vie gaie, c’est-à-dire l’Epicure des bons vivants. Les « feuilles de Flandres » auraient inséré, nous dit Bachaumont (1784), une lettre à M. Desessarts tout imprégnée de la doctrine matérialiste d’un La Mettrie ou d’un Helvétius ; mais le journal est brûlé par ordre du parlement de Douai. Par contre, il semble qu’on ait toute liberté, au moins dans certaines p.402 provinces, pour exalter la tolérance et maudire le fanatisme. Les Affiches d’Orléans annoncent avec transports la réhabilitation des Calas, insèrent l’héroïde de Blin de Sainmore « Jean Calas à sa femme et à ses enfants », annoncent l’estampe de Carmontelle, exècrent le capitoul David, s’indignent de l’affaire Sirven. Les Affiches de Bordeaux commentent longuement la réhabilitation des Calas « qui doit être à jamais consacrée dans nos fastes », vantent l’estampe de Carmontelle. Les Affiches du Dauphiné insèrent une « Ode sur l’état civil accordé aux protestants par Louis XVI. »
Parfois des curiosités sociales, sans conséquences lorsqu’elles commentent des oeuvres extrêmement prudentes, des problèmes qui ne touchent pas à l’ordre politique ou lorsqu’elles se contentent d’applaudir le gouvernement. Ainsi le compte
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rendu de La Richesse de l’État (Affiches de Normandie), celui des Moyens d’adoucir les lois pénales (Affiches de Toulouse), de l’Essai sur l’impôt (Affiches de Picardie), du Discours sur le préjugé qui note d’infamie les parents des suppliciés, l’insertion ou l’analyse (Affiches de Reims et de Toulouse) du Discours en vers sur la servitude abolie dans les domaines du roi. Exceptionnellement des interventions plus significatives. Les Affiches des Flandres et celles de Toulouse annoncent que les corporations vont être supprimées et approuvent la mesure. M. de Scévole, dans les Affiches de Bourges, plaide en prose et en vers pour les paysans :
Quels sont ces animaux répandus dans la plaine
Qui, courbés, presque nus sous un soleil brûlant,
Ont à fouiller la terre un courage étonnant
...................................
Triste inégalité que tu me parais dure !
Sur la politique proprement dite, presque rien. « Cette matière, disent les Affiches de Toulouse, est pour les feuilles de province ce qu’était l’Arche du Seigneur pour les Philistins ; elles ne pourraient y toucher sans le plus grand danger. » En 1788, des Affiches, celles du Dauphiné surtout, tiendront leurs lecteurs au courant d’événements qui sont pour ainsi dire officiels. Il y aura des réflexions assez vives, par exemple sur le seigneur du village « qui nous prouve par ses vieux parchemins qu’il est né tout exprès pour jouir de nos travaux » p.403 (Journal de Normandie). Mais auparavant on ne trouverait que quelques comptes rendus anodins d’ouvrages assez anodins sur les finan-ces ; des éloges du Compte rendu de Necker ; et des
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témoignages, à joindre à ceux que nous avons donnés, de l’enthousiasme pour la cause des Américains : annonces, analyses des ouvrages de Saint-Jean de Crèvecoeur, d’Hilliard d’Auberteuil ; deux odes aux Américains (Affiches de Bourges) ; « chant d’allégresse » de Feutry, lu chez Franklin (Affiches d’Orléans), etc.
Tous ces journaux n’ont d’ailleurs eu sans doute qu’une diffusion assez restreinte. On les lit. La ville d’Auriol s’abonne, par exemple, aux Affiches d’Aix et à celles de Provence. Ils ont presque tous réussi à vivre d’une façon continue jusqu’à la Révolution, ce qui n’est pas le cas pour tant de journaux fondés à Paris. Mais il est facile de voir par les appels de presque tous les éditeurs qu’ils ont un certain mal à vivre. En 1776, les Affiches de Reims (fondées en 1772) n’ont que deux cent cinquante souscripteurs. Il est peu probable que les autres affiches aient été vraiment prospères. Mais si timide et si modeste qu’elle soit, cette presse existe ; elle se multiplie ; elle dure ; elle donne nécessairement de la curiosité, le désir même d’avoir mieux ; et elle témoigne, de temps à autre, que des idées venues des philosophes sont entrées dans la pensée commune, qu’elles ont cessé d’être suspectes.
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CHAPITRE VII
LA FRANC-MAÇONNERIE
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p.405 Il importe d’abord de poser le problème avec netteté. La maçonnerie peut avoir préparé la Révolution de façons bien différentes qui se ramèneront à celles que voici :
1° C’est l’ensemble, ou la majorité, ou une part importante des francs-maçons qui, au moins à partir d’une certaine date, a voulu consciemment et préparé sinon une Révolution (dont personne n’a l’idée avant 1788), du moins un changement politique profond.
2° Dans son ensemble, dans son immense majorité la franc-maçonnerie n’a conçu aucun dessein de ce genre. Mais certains chefs maçons ou certains groupements restreints en ont formé, dans le secret ; et ils ont essayé de se rendre maîtres des loges, pratiquement, pour les manoeuvrer à leur gré, le moment venu. En examinant cette hypothèse, il faudra savoir d’abord si ce complot a été formé, ensuite s’il a eu au moins un commencement d’exécution, s’il a eu des résultats.
3° Il n’y a eu aucune préparation consciente d’un changement politique profond, mais une préparation inconsciente par la formation consciente, méthodique d’un état d’esprit tout à fait favorable à ce changement.
4° La franc-maçonnerie n’a eu aucune influence, directe ou indirecte, sur la Révolution française.
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p.406 Remarquons enfin qu’en examinant la première hypothèse, il faut tenir le plus grand compte des dates. Lorsque la Révolution commence à se réaliser, dès que l’agitation d’où sortira la Révolution devient générale et agissante, dès 1788, le problème devient plus complexe et les faits prennent une tout autre signification. En 1788, il est hors de doute que la maçonnerie est la seule association qui s’étende sur toute la France, dont les membres de ville à ville, de province à province, puissent avoir entre eux des relations qui ne soient pas exceptionnelles. Elle représente des cadres tout préparés pour une action concertée, même si personne n’a songé jusque-là qu’on pouvait les utiliser. A partir de 1788, chacun sait qu’on va tenter quelque chose et qu’il est utile, puis nécessaire, de s’entendre sur ce quelque chose. Il suffit à ce moment qu’un certain nombre de francs-maçons y songent pour qu’ils réussissent ici et là soit à émouvoir, soit même à entraîner leurs loges. Cette activité maçonnique à la veille, et à plus forte raison au début de la Révolution, ne permet pas du tout de raisonner sur son état d’esprit en 1780 ou même en 1786. Je laisserai donc de côté ce problème, qui est du ressort des historiens de la Révolution. Pour ne rien brouiller par ces situations complexes, J’étudierai seulement le rôle de la maçonnerie avant l’agitation et les événements décisifs, avant 1788.
*
Je résume d’abord, brièvement, l’histoire extérieure de la maçonnerie française, celle qu’on pourrait appeler scolastique ou théologique. Mises à part d’assez obscures origines, elle est fort bien connue, et c’est d’ailleurs la moins intéressante. Les
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premières loges en France ont été formées par des Anglais réfugiés à Saint-Germain avec Charles Stuart. On commence à en parler et elles commencent à s’affilier des Français vers 1730, plus nettement vers 1736. Les premières polémiques et les premières aventures ont été fort bien étudiées par P. d’Estrée, d’après de nombreux documents qu’on peut d’ailleurs compléter. Il y a d’abord cinq ou six loges. L’opinion publique tantôt plaisante, tantôt s’inquiète. Les « nouvelles à la main » abondent en anecdotes et révélations : « On ne parle ici que de nouveaux progrès que fait tous les jours l’ordre des Frimaçons ; p.407 tous les grands et les petits s’en font recevoir ; c’est une fureur. » Ce qui pique surtout la curiosité publique, c’est le secret « jalousement gardé ». On conte que le petite Carton de l’Opéra vient d’être la Dalila d’un Samson frimaçon ; elle lui a arraché, dans les transports de l’amour, ce secret mystérieux. L’autorité religieuse est hostile. Le pape condamne la franc-maçonnerie en 1738. L’autorité politique est incertaine. Elle cherche surtout à s’informer. L’avocat Barbier note, en 1737, que leurs réunions sont « très dangereuses » et se félicite que Fleury ait interdit leurs assemblées. Le marquis d’Argenson nous apprend qu’en 1740 « M. de Mailly, mari de la maîtresse du roi, a eu ordre de sortir de Paris pour avoir tenu chez lui loge et souper de francs-maçons, malgré les ordres réitérés du roi ». En 1744 le procureur du roi à Orléans est sévère ; il craint fort « que cette association ne soit un jour préjudiciable à la religion ». En 1745 Marville note le 20 décembre, en 1746 le 20 juin, des descentes de police dans une loge de francs-maçons, à l’hôtel de Soissons. On trouve quarante-deux francs-maçons en décembre, qu’on se
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contente d’admonester ; deux cents en janvier où la seule victime est le traiteur qui devait fournir le repas et qui est puni de trois mille francs d’amende. En 1752, le procureur du roi à Châtellerault écrit au procureur général qu’il est à la tête de la loge de la ville et que c’est la preuve évidente que rien ne s’y dit contre l’État, la religion et les bonnes moeurs.
On voit que la surveillance est nonchalante et les punitions fort indulgentes. Dès cette époque les francs-maçons comptent parmi eux des gens puissants. En 1740, le grand-maître est le duc d’Antin. Vers 1750, on ne surveille plus rien et les francs-maçons peuvent croître et prospérer à leur guise. Mais tranquilles du côté du pouvoir ils vont avoir à lutter contre des difficultés intérieures, contre les rivalités d’égoïsme et d’intérêt. Des schismes commencent. De nombreuses factions se créent. Le parti d’un nommé Lacorne, gens « d’un état civil peu honorable » et ignorant « l’art du gouvernement des loges » tente de supplanter peu à peu les chefs de l’ancienne Grande-Loge. On les expulse en 1765. Les expulsés publient des libelles, créent des loges rivales, essaient d’attirer à eux les anciennes. La bataille continue âprement. En 1772 les « frères bannis » p.408 créent le Grand-Orient de France, rival de la Grande-Loge. Lutte entre ces deux Grandeurs. Enfin, la Grande-Loge triomphe en 1773-1774 en fondant, sous la présidence du duc de Chartres, le seul et unique Grand-Orient de France qui condamne et fait disparaître de Grand-Orient dissident. Mais ce Grand-Orient doit lutter contre des dissidences de doctrine. A côté du rite « anglais » il y avait depuis longtemps des francs-maçons qui suivaient le rite « écossais » ; l’un et l’autre tentaient de
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prévaloir. La Grande-Loge et le Grand-Orient, de rite anglais, préférèrent négocier et tolérer plutôt que de condamner et combattre. Le Grand-Orient autorisa les loges du rite écossais dont l’esprit et l’influence se confondront avec l’esprit et l’influence des loges orthodoxes, malgré quelques polémiques plus acerbes et quelques batailles assez vives, à Lyon, par exemple, qui fut comme la capitale du rite écossais. Je dirai plus loin quelques mots des maçonneries dissidentes, telles que celle des Martinistes et celle des Philalèthes. Leur influence a été à peu près nulle. Il n’est pas douteux, et M. G. Martin a raison d’y insister, que, malgré ces discordes ou divergences, le Grand-Orient se fortifiait dans la lutte et qu’à la veille de la Révolution, il représentait vraiment non pas une poussière de groupements mais une forte association reconnaissant, en doctrine et en fait, toute une hiérarchie d’autorités ou au moins de directions, depuis les petites loges locales rattachées à quelque loge du chef-lieu de la province, ces loges relevant à leur tour du Grand-Orient.
Que représentait exactement cette association ? Quelle était sa force numérique ? On est bien renseigné sur le nombre des loges. Amiable, historien maçon de la franc-maçonnerie, donne le chiffre de cent quatre-vingt-dix-huit loges en 1776. C’est d’accord avec un Tableau alphabétique des loges constituées ou reconstituées par le Grand-Orient de France qui est aux archives de la Bastille. En 1789, le chiffre aurait été de six cent vingt-neuf, plus cinquante-neuf qui n’avaient qu’une existence théorique ; chiffre qui s’accorde avec celui auquel aboutit Deschamps et celui d’un Précis historique de l’ordre de la Franc-
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maçonnerie depuis son introduction en France, par J. C. B. Il est beaucoup plus malaisé de connaître le nombre exact p.409 des maçons. Une circulaire de la loge La Candeur, alléguée par Deschamps, aurait évalué le nombre des maçons français à un million. Ce n’est qu’une candide vantardise. Les loges n’étaient pas ouvertes à tout venant ; on en défendait jalousement l’entrée. Il ne semble pas que le nombre des frères ait jamais atteint cent et il était, très souvent, inférieur à cinquante. Le total n’a certainement pas dépassé le chiffre accepté par M. G. Martin : trente mille. (M. A. Cochin compte sept cent quatre-vingt-dix membres à Rennes, Nantes, Saint-Brieuc, Morlaix. M. E. Lesueur, sept cents francs-maçons en Artois.)
Ce chiffre est d’ailleurs confirmé par toutes sortes d’études précises qui ne nous donnent pas des statistiques générales mais montrent, sur pièces d’archives, le développement de la maçonnerie dans un grand nombre de grandes et petites villes. Il existe sept loges à Montpellier en 1783 ; neuf à Rouen vers 1780 ; douze à Toulouse en 1789 (dont neuf fondées depuis 1772) ; dix sont fondées à Lyon de 1753 à 1762 (dont trois loges de femmes) ; trois à Besançon (réunies en 1785) ; dix à Bordeaux ; sept ou huit à Grenoble, etc., etc. On peut relever l’existence certaine de loges dans de très petites villes, à Blaye, Tonneins, Pauillac, Fleurance, Lectoure, Saint-Clar-de-Lomagne, Carrouges, Libourne, Blanzac, Saint-Flour, Thouars ; en Bas-Dauphiné, à Nyons, Villeneuve-lès-Avignon, Villeneuve-de-Berg, Pont-Saint-Esprit, La Voulte, Joyeuse, etc.
Quelle opinion s’est-on faite de ces six cents loges et de ces vingt ou trente mille frères ? La question a son importance. Si
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les contemporains ou si, du moins, un certain nombre de contemporains les ont loués ou accusés de desseins dangereux pour l’ordre établi, on pourra croire que ces contemporains nous ont signalé la fumée d’un feu qui couvait réellement. S’ils n’en ont rien dit, c’est qu’il n’y avait aucun commencement d’incendie ou qu’il était profondément caché.
Quelques vagues hostilités officielles persistent. Mais ce sont des hostilités de principe, qui ne s’appuient sur rien de précis, qui sont tout à fait dispersées et même combattues victorieusement et ridiculisées par l’opinion. La Sorbonne condamne la franc-maçonnerie p.410 en 1763 ; condamnation obscure à une époque où déjà plus personne ne se soucie des foudres sorbonniques. En 1766 un nommé Labady est emprisonné et exilé à Blois pour assemblée de francs-maçons. Mais c’était un faux frère groupant des maçons dissidents, et il est probable que les purs y ont mis la main. En 1767, Mgr de Saint-Luc, évêque de Quimper, prononce un sermon contre la maçonnerie. Mais il est traduit devant le présidial de Quimper, « les principaux francs-maçons étant des personnages importants ». Les magistrats du présidial en sont d’ailleurs blâmés et suspendus — par ordre, car l’opinion est pour eux, même l’opinion des confrères évêques ; et M. de Congie, archevêque de Tours, se moque de cet évêque qui croit que « franc-maçonnerie et impiété sont une même chose ». A Besançon, en 1779, le curé de Sainte-Madeleine refuse le don de la loge La Sincérité (huit cent quatre-vingt-trois livres de blé), parce que la maçonnerie n’est pas reconnue par l’Église. Mais le maire ne fait aucune difficulté de recevoir officiellement le
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cadeau pour les pauvres. A Lunéville, le curé refuse de dire la messe traditionnelle que payent les maçons, le jour de la Saint-Jean. Il est approuvé par son évêque. Mais les juges condamnent l’évêque et le curé. En 1778, la loge des Neuf-Soeurs à Paris célèbre une pompe funèbre en l’honneur de Voltaire. L’autorité lui fait interdire par le Grand-Orient le local qu’elle occupe, à cause des griefs et plaintes parvenues « aux ministres de la religion et au magistrat ». La loge est même supprimée. Mais c’est une histoire de rivalités et jalousies personnelles. L’ordre de suppression vient de « l’Orient de la cour », et après de multiples débats, la loge subsiste.
Tous ces incidents ne sont rien. Quant aux accusations des polémistes elles sont, avant la Révolution, moins que rien. Les adversaires du « philosophisme », de la secte encyclopédique ne manquent pourtant pas, nous l’avons vu. Mais nulle part, on ne semble même soupçonner un péril maçonnique. L’Année littéraire, en 1779, attaque violemment l’Éloge de Voltaire par La Dixmerie et le poème Voltaire de Flins des Oliviers lus à la loge des Neuf-Soeurs ; mais elle attaque les oeuvres, non la loge et les maçons. Toute la polémique antimaçonnique du XIXe siècle a ses sources dans le livre de l’abbé Barruel : Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme p.411 (1797 et années suivantes). Or, cet abbé Barruel ne faisait pas, en 1797, ses premières armes. Il avait publié, de 1781 à 1788, des Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques qui s’efforcent de ridiculiser toutes les oeuvres philosophiques avec la verve dont Pascal poursuivit les Jésuites. Toutes sortes de doctrines, d’oeuvres, d’hommes sont fort malmenés au cours de ces cinq
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volumes. Il n’y est jamais question des francs-maçons. On y parle bien longuement de « loges », mais ce sont celles où l’abbé, dans son indulgence, enferme ceux qui sont atteints du délire philosophique.
Les récriminations ne commencent qu’avec la Révolution, au moment où, s’il n’y a pas d’action révolutionnaire évidente de la maçonnerie, il y a du moins des francs-maçons notoires qui sem-blent des révolutionnaires aux défenseurs têtus ou prudents du passé. C’est alors que se forme la légende d’un complot maçonnique qui aurait, de longue main, prévu et préparé la Révolution, depuis la convocation des États généraux jusqu’à la mort de Louis XVI. M. Le Forestier a étudié avec une extrême précision les origines et l’épanouissement progressif de la légende ; c’est un des plus curieux chapitres de la transposition des faits par des imaginations que chauffent la colère et la rancune. Les affirmations, révélations, dénonciations viennent de Suisse, d’Allemagne, d’Angleterre. Les maçons français se seraient associés à la secte allemande révolutionnaire des Illuminés, par l’intermédiaire de Cagliostro, de Mirabeau et de l’Allemand Bode. Girtaner affirme gravement qu’il y avait, dès 1768, un club français de la Propagande qui comptait cinquante mille affiliés (alors qu’il n’y avait pas en tout cinquante mille maçons). Kniggs, Zimmermann, Robison, dix autres, embellissent et dramatisent.
En France, dans le flot sans cesse grossi des brochures et pamphlets polémiques, il y en a qui attaquent ouvertement et directement la maçonnerie. Une pièce inédite de la loge La Vertu triomphante, donnée par M. G. Martin, et qui date apparemment
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de 1790, se moque de « ces êtres superstitieux qui pensent assez généralement que les seules maximes de la maçonnerie ont préparé, produit et dirigé notre fameuse révolution admirée par l’univers étonné ». Nous retrouvons ces êtres superstitieux dans Le Voile levé pour les curieux ou le Secret p.412 de la Révolution révélé à l’aide de la franc-maçonnerie (1792). Le pamphlet affirme, d’ailleurs sans en donner aucune preuve, que les francs-maçons sont les auteurs de l’Assemblée nationale. En 1792, le P. Lefranc publie Le Secret des révolutions révélé à l’aide de la Franc-maçonnerie. — La conjuration contre la Religion catholique et les souverains. Brochures qui confondent constamment les « philosophes jacobins » et les « maçons » et qui formulent déjà exactement les accusations qui seront inlassablement reprises de génération en génération : « C’était dans les loges de la franc-maçonnerie, c’était dans ces sociétés secrètes et nocturnes que la philosophie se remettait de ses défaites, qu’elle regagnait dans les ténèbres le crédit qu’elle avait perdu au grand jour... Tout ce que nous avons vu exécuter par les clubs avait été préparé de longue main dans les loges maçonniques. » Même opinion chez l’abbé Guillon de Montléon (Mémoires, 1824) : « La secte des francs-maçons acquérait une puissance qui, loin de contrarier celle des protestants, servait à généraliser ses vues, à propager son crédit. Une multitude de loges dispersées dans Lyon et aboutissant à une loge centrale, lesquelles étaient les types et les berceaux des différents clubs et du club central... préparèrent les élections et fournirent les candidats. » Les affirmations étaient un peu hâtives et parfois un peu naïves. Tous ceux qui n’étaient pas disposés à croire Lefranc
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et Guillon sur parole savaient ou pouvaient savoir que les réunions des francs-maçons n’étaient pas « nocturnes » et qu’il n’y avait pas à Lyon une « multitude » de loges. Mais l’abbé Barruel dressait contre la maçonnerie une machine de guerre beaucoup plus redoutable. Les Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme étaient une oeuvre méthodique et adroite. Rien n’y était prouvé. « J’ai vu, disait simplement Barruel, je sais... » Mais il avait vu des choses si précises ; il savait des secrets si machiavéliques que l’ouvrage, machiné comme un mélodrame, avec un savant enchevêtrement de conspirations et d’« oeuvres de ténèbres » eut un retentissement considérable, et qu’il devint comme le répertoire des adversaires de la maçonnerie et de la Révolution.
Je ne suivrai pas la liste interminable des pamphlets, diatribes, oeuvres graves ou de grave apparence qui depuis plus de cent vingt p.413 ans ont repris le procès, de dom Deschamps à Pouget de Saint-André, en passant par Louis Blanc. Polémistes et historiens se divisent toujours en deux camps. Les uns (Louis Madelin, Pouget de Saint-André, A. Cochin, G. Martin) croient à l’influence ou directe et décisive, ou indirecte, mais pourtant profonde des francs-maçons. D’autres (d’Alméras dans son Cagliostro, Vermale dans sa Franc-maçonnerie savoisienne, Le Forestier dans ses Illuminés de Bavière, A. Britsch dans sa Jeunesse de Philippe Egalité, A. Mathiez dans un article sur Chaumette franc-maçon et ses comptes rendus, H. Sée dans un article de La Grande Revue) restent convaincus que cette influence a été nulle ou insignifiante. Mais ni les uns ni les autres n’ont fait le tour des documents, soit par crainte des trop longs
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voyages, soit parce qu’ils n’ont abordé le sujet qu’en passant ou de biais. Notre étude a justement pour but de les départager.
Il est très certain tout d’abord que ni la noblesse n’a vu dans la franc-maçonnerie une entreprise démocratique, ni le clergé une menace d’irréligion. Les preuves de l’engouement de la noblesse sont éclatantes et bien connues. En 1773, c’est le duc de Chartres, le futur Philippe Egalité qui devient le grand maître. Et c’est à qui s’empressera de suivre son exemple. Il est probable que Louis XVI a été franc-maçon. Dans les loges féminines d’adoption, les plus grandes dames rivalisent d’ardeur maçonnique avec leurs époux ou leurs amants. La princesse de Lamballe est grande maîtresse de la mère loge écossaise d’adoption et les dignitaires sont Mmes de Soyecourt, de Tolo-zan, de Montalembert, de Boyle, de Bouillé, de Broc, de Las Cases, etc. Nous avons de très nombreuses listes de loges de province. Elles ne comprennent pas toute la noblesse, ni même toujours (comme à Villeneuve-de-Berg, en 1776) « la meilleure noblesse », mais du moins beaucoup de nobles et, assez souvent, des meilleurs. En Artois, il y dans les loges 14,2 % de nobles. En Savoie, une partie de la maçonnerie se réunit dans des « loges blanches » ; il y en a une à Chambéry, dont Joseph de Maistre est le « grand orateur » ; il y a pour « frères » de nombreux gentilshommes qui ne sont pas plus que lui ni des révolutionnaires, ni des incrédules. Cette p.414 franc-maçonnerie aristocratique, qui s’abrite à l’ombre du trône, est d’ailleurs presque officielle. Quand le duc de Chartres, grand maître, et la duchesse font un voyage d’apparat dans le midi de la France, ils ne sont pas seulement reçus et escortés par les gouverneurs,
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évêques et corps de ville. Les F* M* leur offrent réceptions et banquets à Agen, Toulouse, Poitiers, Angoulême, Montauban, Montpellier.
On sait aussi que les prêtres furent dans les loges nombreux et assidus. Mais on peut en préciser les preuves. Selon Amiable il y avait, en 1789, vingt-sept prêtres vénérables de loges (et trente-huit nobles). Je n’ai pas pu vérifier le chiffre ; mais dans toutes les listes de dignitaires publiées par les études sur les loges provinciales, les noms des ecclésiastiques sont abondants. Les réguliers sont les plus nombreux (et M. Martin a eu raison d’insister sur ce point, car certaines congrégations, comme celle des Oratoriens, ont eu des idées beaucoup plus hardies que celles du clergé séculier) ; des loges sont fondées à l’intérieur même des couvents, par exemple en 1785 à Clairvaux ; mais les prêtres séculiers et même ceux de la paroisse ne manquent pas. A la loge Le Tendre Accueil de Glenfeuil, à l’Orient d’Angers, en 1773, il n’y a que des prêtres. A la loge de Sens, en 1777, vingt ecclésiastiques sur cinquante membres ; cinq prêtres à la loge d’Annonay ; sept ecclésiastiques sur quarante membres à la Vraie lumière de Poitiers. L’abbé J.-P. Lapauze, très estimé de son archevêque, est, en 1778, vénérable de la Loge anglaise de Bordeaux ; il présidera en 1782 la Loge générale. Des supérieurs de couvent (par exemple celui de l’abbaye de Beaupré, en Lorraine, du couvent des Minimes de Vitteaux, en Côte-d’Or, du couvent des Frères mineurs à Troyes) sont francs-maçons. Parmi les vingt-cinq ou trente prêtres de loges de Toulouse, il y a deux professeurs du collège royal et deux professeurs de théologie. Les archives de la Bastille nous ont conservé un « tableau des
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députés réunis à la Grande-Loge nationale de 1773 » ; il y a une cinquantaine de nobles et quatre abbés. Les prêtres francs-maçons dissimulent si peu leur affiliation qu’ils s’en parent comme d’un titre. L’abbé Brun a pu relever nombre de signatures accompagnées du symbolique.
Quand nous avons le tableau complet de ces loges, elles nous apparaissent comme des assemblées très distinguées où se congratulent p.415 et banquettent les gros et moyens bonnets de la cité, seigneurs, curés, abbés, magistrats, négociants. A Saint-Flour, en 1781, la loge Sully comprend dix nobles, deux chanoines de la cathédrale, quatre fonctionnaires, trois avocats, deux magistrats, deux chirurgiens, un négociant ; puis on recevra trois nobles, un bourgeois, un magistrat, un fonctionnaire, deux négociants, un imprimeur. La loge de L’Heu-reuse rencontre est fondée à Brest en 1745. Vers 1788, en font partie l’intendant général de la marine, le prince de Rohan, le maire de Brest, dom Courtois, bénédictin, le F. Bontout, carme, l’abbé La Goublaye, Clément de Ris, etc., etc. La bibliothèque d’Auxerre conserve un registre des délibérations de la loge de la ville, de 1783 à 1788. On y trouve « les plus honorables bourgeois », des chanoines, curés, moines, professeurs. « Toute l’élite intellectuelle » fait partie de la loge de Saint-Jean-des-Arts à Auch en 1779, nobles, bourgeois, prêtres. M. E. Lesueur a trouvé la même élite aristocratique et bourgeoise dans les loges d’Artois. La loge de Saint-Gaudens est établie dès 1748 par messire de Montégut. On y trouve, dès ses débuts, « la noblesse la plus distinguée », deux jacobins, trois chanoines, un curé. On fait dire une messe aux Jacobins le mercredi des Cendres, une
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autre à la Saint-Jean. On distribue des aumônes. Surtout on donne un grand banquet et bal dans la salle même de l’Évêché. C’est un succès, puis une fureur. Si bien qu’en 1749 le sénéchal, et sans doute Mme la sénéchale ne sont pas contents. Ils se plaignent qu’on débauche la noblesse ; entendons qu’elle se presse aux fêtes des maçons et déserte celles de la sénéchaussée. L’autorité interdit donc non pas la maçonnerie mais ses fêtes et réjouissances, que les maçons, ingénieux, remplacent par des représentations.
On voit que le sénéchal ne songeait pas du tout à les poursuivre pour philosophisme et impiété. Il ne redoutait qu’une concurrence dans les ris et les jeux. Ce n’était pas du tout qu’il fût la dupe d’une société sournoise, adroite à cacher des desseins audacieux. Il faudrait supposer que la plupart des gouverneurs, évêques ou curés, tous fort bien disposés, s’y sont trompés comme lui. Les maçons, en toute sincérité de coeur, entretenaient presque toujours des rapports excellents, bons ou courtois avec les autorités ecclésiastiques. p.416 A Toulouse, on retarde l’heure des séances « pour faciliter à nos frères l’exercice de la religion ». Non contents de faire célébrer, comme presque toutes les loges, une messe le jour de la Saint-Jean, les francs-maçons bordelais fondent, en 1775, une messe écossaise. En 1787 et 1788 la Loge française, écossaise, a un aumônier. Il existe d’ailleurs à Bordeaux une loge Saint-Esprit et une loge des disciples de Saint-Vincent-de-Paul. En 1777, la loge des Neuf-Soeurs, pourtant suspecte, fait chanter une messe et un Te Deum solennels aux Cordeliers pour la convalescence du duc de Chartres. En 1775, il y a à Pau une grande fête maçonnique en
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l’honneur du rappel du Parlement. La loge fait célébrer à dix heures, à l’église des Cordeliers, une messe solennelle précédée d’une sonnerie des cloches non moins solennelle ; elle se rend en corps à l’église. Après quoi, dans la fête proprement maçonnique, tout inspire « l’amour du Prince et de la patrie » et celui du « Grand Géomètre » et de l’« Ineffable Architecte ». Franclieu nous raconte dans ses Mémoires qu’il reçut (vers 1750) la visite d’un gentilhomme franc-maçon qui lui prêcha les mérites de l’ordre et lui démontra qu’on y respectait le roi et la religion. On y respectait même des préjugés. Les loges étaient assurément tolérantes et acceptèrent très souvent des protestants. Mais, en 1774, le Grand-Orient se refusait à affilier les comédiens qui n’avaient d’autre tort que d’être excommuniés par l’Église. A cette date l’opinion publique était pourtant contre l’Église, en faveur des comédiens. Treize ans plus tard, en 1787, la loge Saint-Jean-de-Jérusalem, à Nancy, persistait dans les errements du Grand-Orient et prononçait encore l’exclusion des comédiens, en alléguant, d’ailleurs, qu’ils étaient « vils aux yeux mêmes des profanes ». Ce sont, avec les magistrats, les maçons artésiens qui plaident pour qu’on n’expulse pas les Jésuites en 1762. Et la loge L’Amitié, de Boulogne-sur-Mer, exclut solennellement un athée qui s’entête dans son athéisme. M. Mathiez a retrouvé un discours de Chaumette, comme vénérable d’une loge de Nevers ou Moulins, non daté, mais antérieur à la Révolution. Rien n’y fait, dit-il, pressentir le futur apôtre du culte de la Raison. C’est un « prône onctueux » tout farci d’une « métaphysique nuageuse et burlesque » et qui témoigne d’une
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sévérité p.417 solennelle pour le matérialisme et l’athéisme, d’un profond respect des livres saints.
Respectueuse de la religion, la maçonnerie l’est, à plus forte raison, des principes monarchiques et des autorités constituées. Si l’on pouvait, vers 1770 et, à plus forte raison, vers 1780, montrer quelque irrévérence à l’égard des vérités révélées, il aurait été plus dangereux de s’organiser pour discuter de politique et pour demander ou suggérer des réformes. D’ailleurs, à supposer que les encyclopédistes aient été les maîtres des francs-maçons, ils n’auraient pu leur enseigner que ce qu’ils pensaient ; et ils ne pensaient pas du tout que le salut de la France fût dans une révolution républicaine. Comme eux et même beaucoup plus qu’eux, les maçons sont donc des sujets obéissants, respectueux et même zélés. Ils le disent d’abord. L’Étoile flamboyante, en 1764, déclare que « soigneuse d’éloigner tout ce qui peut y porter atteinte [à l’union], la Maçonnerie n’a rien oublié : nos conversations ont des bornes prescrites ; tout objet de contestation est proscrit, controverse politique... ». Et ils font évidemment comme ils le disent. Les loges de Toulouse entretiennent de bons rapports avec le pouvoir royal. Les maçons de Marseille se font installer, en 1765, un temple aussi somptueux qu’émouvant, orné de peintures allégoriques. Les allégories sont précisées par des inscriptions qui énumèrent la liste attendrissante des vertus du maçon : « Prudentia, fortitudo, venia, patientia, humilitas, etc. » (il y en a douze). Mais l’inscription centrale est Deo, regi patriae, fidelitas. Mêmes sentiments de fidélité et de prudence politique dans toutes les loges dont nous avons une histoire détaillée, à
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Lectoure, Annonay, Coutras, dans toute la Gascogne, dans les loges de l’Artois, etc.
Que faisait-on donc dans ces loges, puisqu’on n’y complotait pas, puisqu’on n’y méditait aucun dessein ni politique, ni même philosophique ? Nous sommes fort bien renseignés par les nombreuses études d’archives provinciales et de « planches à tracer », entendons d’ordres du jour et procès-verbaux. On vint d’abord dans les loges pour s’y distraire. Les distractions étaient rares ou nulles dans les petites et même dans les grandes villes au XVIIIe siècle. Pas de troupes de théâtre, sinon dans les grandes villes et souvent intermittentes. p.418 Pas d’association, ni même de société sinon quelque académie, ou société d’agriculture, ou société de lecture qui ne recevaient pas tout le monde. Les sociétés de lecture même ne se multiplient pas avant 1775-1780. La maçonnerie avait l’attrait du mystère. Elle avait tout un rituel singulier et mélodramatique. On y était dépositaire de secrets d’autant plus pathétiques qu’on n’y comprenait rien. On voulut donc être du secret. « Tout le monde en est ou veut en être... » nous dit, en 1737, le commissaire Dubuisson. Et il nous explique qu’on court au mystère, à des mystères inquiétants car « tous croient que l’ordre des Freemasons est originaire de Sodome ». Jusqu’au bout ces mystères tiendront une place considérable dans l’activité des maçons. Il y aura des querelles interminables, des schismes, à propos des décors, gestes et formules. Mais tout ce rituel est quasi public. Deux ou trois douzaines d’opuscules et ouvrages en offrent des tableaux méticuleux, avec figures, à la curiosité des profanes. Les profanes n’y comprennent rien. Les maçons non
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plus d’ailleurs. Tout l’appareil maçonnique, vocabulaire, costumes, cérémonies n’est plus guère qu’une mascarade pittoresque. On se querelle, à l’inauguration du temple d’Auxerre, pour savoir si le cri d’allégresse doit être « Houzé », selon le rite écossais de la loge, ou « Vivat », cri des autres loges. Le Grand-Orient consulté déclare que Vivat seul est orthodoxe. Mais c’est une orthodoxie qui ne tracasse guère la plupart des maçons. Quand la révolution approche, l’opinion est d’accord avec le bon secrétaire Ph. Lamare qui s’occupe à lire une brochure : L’Ordre des Francs-maçons trahi et le secret des Mopses révélé. Ce secret n’est plus que de « prétendus mystères ».
Mais les séances maçonniques offrent des divertissements plus sérieux et plus savoureux. On y goûte le plaisir d’agréables réunions où l’on cause, plaisante et se goberge. Les loges maçonniques sont tout bonnement et le plus souvent des cercles. Au XVIIIe siècle, dit très justement E. Lesueur, un homme distingué fréquente son atelier comme, de nos jours, il se rend à son cercle. « Que voulez-vous que je vous dise, écrit de Brosses en 1744, de la comédie, de la musique et des francs-maçons. Tout cela se réunit en un. Les francs-maçons font de la musique rarement et négligemment. Ils jouent p.419 la comédie dans leur hôtel. » Fonvielle est initié franc-maçon à Carcassonne, en 1785 ; il y a dans la loge des professeurs de collège. On ne s’y occupe jamais de politique. C’est une espèce de « lycée » où l’on lit surtout des odes et épîtres maçonniques. Gauthier (de Brécy) est zélé franc-maçon, et même « grand visiteur ». Il va se promener, pour son plaisir, à la foire de Beaucaire avec M. de
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La Borde. Les plaisirs de la foire deviennent un peu ternes. On en imagine un plus piquant. On décide de tenir et d’ouvrir une loge. Beaucoup de curieux de la foire veulent y être reçus apprentis ; on reçoit notamment M. de Lucy de Villemorien. Puis, comme il n’y a pas de vrai plaisir sans les dames, on ouvre une loge de femmes, une « loge d’adoption » ; on y reçoit Mlle Renouard et deux dames. Ce fut, dit Gauthier, un « agréable passe-temps de société ». Et il conclut : « Pendant vingt ans que J’ai fréquenté les loges des francs-maçons, je n’ai jamais entendu un mot d’opposition, même de froideur sur les droits et intérêts du roi... Dans toutes les loges, on ne laissait jamais échapper aucune occasion de faire l’éloge du roi. » C’est exactement l’opinion de L.-S. Mercier en 1783. L.-V. Arnault nous a conté également ses souvenirs de maçonnerie à Versailles. On y forme des loges « pour se distraire » ; et la loge à l’Orient de la cour ne s’occupe que de philanthropie et de séances académiques. La loge de Coutras, par la plume de Viellefont, curé de Coutras, et Richon, prieur de Saint-Martin, lance même un prospectus pour fonder un cercle où seront admis ceux qui ne sont pas maçons. Les étudiants eux-mêmes ouvrent des loges comme ils forment aujourd’hui des cercles ou associations. Nous avons les registres de la loge d’étudiants de Montpellier en 1783. « Chaque membre, dit le règlement, prêtera son obligation [sic] et donnera sa parole d’honneur, le jour de son installation ou agrégation, de ne jamais parler, directement ou indirectement, contre l’État, les lois, les religions [sic 1] et les bonnes moeurs... Qu’un maçon ne se livre jamais,
1 On est à Montpellier, cité calviniste, et le pluriel prouve que la loge acceptait
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dans l’atelier ou ailleurs [c’est nous qui soulignons] à des disputes sur les religions ou sur la politique. » On ne s’exercera dans la loge qu’à p.420 la paix, l’amitié, la bonne union, à l’entr’aide mutuelle, loin des jeux de hasard et des « femmes de mauvaises moeurs ». On se reposera d’une vertu un peu morose par des banquets. Les banquets ont joué dans la vie maçonnique du XVIIIe siècle un rôle considérable. On y prenait le plaisir fort profane de bien manger et de boire d’autant ; mais on y conservait l’illusion de spiritualiser ces joies grossières en communiant avec les traditions maçonniques. « Quand on veut boire, nous dit E. Lesueur en faisant l’histoire du cérémonial des loges d’Artois, on dit : "Donnez de la poudre." Chacun se lève et le vénérable crie : "Chargez !" On met alors de la poudre dans les canons ; le maître ordonne : "Mettez la main sur vos armes !" et l’on boit en portant le verre à la bouche en trois temps, sur la mamelle gauche, puis sur la droite, et ensuite en avant, en répétant trois fois : "Vivat !" » Le Mercure de France publie, en 1774, un Hymne pour une fête maçonne célébrée à Clermont-Ferrand par la loge de Saint-Michel de la paix :
De l’odieuse imposture
Bravons l’impuissante voix ;
Elèves de la Nature,
Buvons-y par trois fois trois ;
Offrons un semblable hommage
Aux Ris, aux Jeux, aux Plaisirs.
Et dans leur fuite volage
Hâtons-nous de les saisir.
catholiques et protestants.
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D’ailleurs, on s’épargne le remords de ces plaisirs égoïstes par des quêtes et offrandes « réservées à des actes de bienfaisance ». Il y a même des loges où l’on se fait scrupule de jouir dans le secret de ces biens tranquilles. A la loge d’Annonay, où l’on se livre à aucun autre effort intellectuel qu’à de vagues phraséologies maçonniques, on convie les habitants du lieu, ceux qui sont de bonne compagnie, aux fêtes et banquets. Il y a enfin une autre littérature maçonnique que celle des rituels, discussions de rituels et circulaires administratives. « Rien de grave, disait-on sous l’Ancien Régime, ne peut inquiéter l’autorité. En France, tout finit par des chansons ! » C’est un peu l’histoire de la maçonnerie. On y chante à tout propos et l’on a même publié une Lire maçonne (1784 et 1787) avec des p.421 chansons notées. Si bien qu’on est tenté de conclure comme l’Avis sincère : les maçons ne sont que « des bons vivants ».
Tout de même il y aurait quelque ridicule à étaler tant d’allégories, de devises, de compas, d’épées et de formules cabalistiques pour se contenter de faire sonner la lyre maçonne et d’enrichir quelque traiteur. La maçonnerie, dès ses origines, avait des intentions plus hautes. Il y en avait d’obscures ou d’incertaines auxquelles, très vite, personne ne comprit plus rien et qui ne subsistèrent que dans le résidu de rites machinaux et de vocables abstrus. D’autres étaient claires, auxquelles on se tint. La maçonnerie tenait école de morale et de vertu. Depuis le discours du duc d’Antin en 1740 (qui serait, en réalité, d’après M. Lesueur, de Ramsay), jusqu’aux homélies de Chaumette et de ses confrères à la veille de la Révolution, il n’y a pas de discours ou de circulaire où l’on n’insiste sur les devoirs du maçon,
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toujours fidèle à la plus noble et la plus prudente morale. Tantôt le sermon est en prose solennelle : « Que venons-nous faire en Loge ? proclame le discours du vénérable de la loge La Sincérité à Besançon, en 1777. Élever des temples à la vertu et creuser des cachots pour les vices ! » Tantôt on rime le sermon en vers aimables. Le Journal de Lyon publie, en 1787, des Stances adressées aux francs-maçons :
Temple de la maçonnerie,
séjour du calme et de la paix,
Asile où n’entrèrent jamais
la haine et sa noire furie
..........................
Pour son roi, le verre à la main,
Il fait des voeux ardents, sincères
..........................
Il hait la fatale industrie
Qui sert un guerrier destructeur ;
Mais, s’il faut venger sa patrie,
bientôt il vole au champ d’honneur.
Toutefois ces vertus, si elles restent monarchiques et patriotiques ne sont plus tout à fait semblables à celles qu’enseignaient un Bossuet, ou même un La Bruyère. Depuis 1750 environ, le XVIIIe siècle a p.422 créé une vertu nouvelle ; de la vieille charité faite pour l’amour de Dieu il a fait la bienfaisance et « l’humanité ». Toutes les loges pratiquent avec ardeur cette humanité ou, du moins, elles en font un grand étalage. « Tendons une main généreuse à l’humanité souffrante, dit une circulaire du Grand-Orient du 24 avril 1776 (archives de la Bastille), volons au-devant des infortunés, ne permettons pas
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que l’on gémisse auprès de nous ; voilà le véritable éclat que les maçons doivent ambitionner... Puisqu’il faut être connus, soyons-le comme des maçons doivent l’être, par des actes multipliés de bienfaisance. » Je n’ai vu nulle part que ces actes aient été vraiment multipliés, ni qu’ils aient coûté beaucoup d’efforts ni d’argent. On s’y dévouait à peu près comme dans nos modernes sociétés de bienfaisance. Mais, tout de même, on ne se contentait pas toujours de sermons. Les loges de Paris marient des filles, libèrent des prisonniers pour dettes, donnent des bourses dans les collèges. En 1774, le F. Leroy peut annoncer à l’assemblée générale de la Saint-Jean d’hiver que tous les prisonniers détenus pour n’avoir pas payé les mois de nourrice de leurs enfants avaient été libérés. Un peu partout dans les loges de province on imite les loges de Paris. Cotisa-tions, collectes qui servent à de judicieuses bienfaisances ; on marie des filles, on met des jeunes gens en apprentissage, on paie des dettes. A Guéret, la loge Les Préjugés vaincus résume ces oeuvres de bienfaisance en constatant que « les coeurs sensibles qu’affecte particulièrement la sensible humanité éprouvent une si douce satisfaction en faisant des heureux ».
Bref, le programme des occupations des loges se résume assez fidèlement dans celui des séances maçonniques de Troyes. On dédie les travaux A la gloire du grand architecte de l’Univers. Puis, dépouillement de la correspondance. — Communications. — Réception des frères étrangers. — Admission, s’il y a lieu, de nouveaux maçons. — Bienfaisances (qui sont nombreuses ; secours à des veuves, aux victimes des incendies, etc.). — Quête pour les pauvres. — Banquet. — A la Saint-Jean d’été, et
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à la Saint-Jean d’hiver, messe solennelle, banquet, chants. — Services funèbres pour les morts des dignitaires.
Il y eut, sans aucun doute, des loges dont l’histoire fut moins paisible et qui furent autre chose qu’un sage comité de bourgeois et de p.423 hobereaux cherchant du prestige et des distractions. Le mysticisme de la maçonnerie fut, à l’occasion, pris très au sérieux. Ou plutôt (car ce mysticisme s’était usé), on lui substitua des mystiques qui n’étaient pas plus claires mais qui avaient le pouvoir de troubler les imaginations. Tantôt ce fut une sorte de mystique catholique, comme dans les loges blanches de Savoie ; tantôt l’esprit des Illuminés de Bavière, sans pénétrer profondément, agit pourtant sur quelques groupes de maçons qui cherchèrent à renouveler les vieilles formules et à faire de la maçonnerie une sorte de religion chaleureuse et agissante. Rien ne prouve que Cagliostro ait été pris au sérieux par les maçons et qu’il ait eu sur eux une réelle influence. Mais Martinez de Pasqually arrive à Paris en 1768 et exerce très vite son action sur certaines loges (notamment à Lyon). Vers 1773, on importe d’Allemagne un nouveau rite, la stricte observance templière. Pour lutter contre la concurrence de cette observance, des maçons de la loge Les Amis réunis organisent le groupe des Philalèthes, dont le but est, nettement, l’étude mystique et l’occultisme. Un illuminé, dom Pernety, après avoir, en Allemagne, conquis des âmes crédules, s’installe à Avignon en 1784 et y fonde une sorte de secte qui adore la Sainte Parole, cherche la pierre philosophale, etc., etc. La secte est très prospère, vers 1789, et elle est en relations étroites avec les loges. La théosophie de Swedenborg s’insinue également dans la
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maçonnerie. Il y a au moins deux loges swedenborgiennes à Paris en 1787 ; il y en a plusieurs à Toulouse. Il y eut des loges martinistes, inspirées par Saint-Martin, des loges mesmériennes ou harmonistes. Un essai de coordination de tous les occultismes fut même tenté par les Philalèthes, dans les convents de 1785 et 1787, sans succès d’ailleurs.
L’histoire de ces courants mystiques, souvent très sincères, est assez difficile à débrouiller, car toutes leurs doctrines sont prodigieusement confuses, et leurs effusions le sont plus encore. Mais elle importe peu, du moins pour notre sujet. Ce mysticisme n’est ni révolutionnaire, ni même « philosophique ». Il n’est ni une création, ni une importation véritable de Pasqually, Saint-Martin, Pernety, Swedenborg. Ce ne sont que des ramifications et des floraisons plus p.424 abondantes de la vieille crédulité superstitieuse qui avait fait les sorcières, une déformation de ces courants mystiques qui avaient parcouru si puissamment le catholicisme au XVIIe siècle et qui tendent à se perdre au XVIIIe. M. Constantin Bila nous a fait cette histoire de la magie au XVIIIe siècle (La Croyance à la magie au XVIIIe siècle, en France). Elle est abondante et pittoresque et on pourrait encore la compléter. Le M. d’Astarac de La Rôtisserie de la Reine Pédauque n’est pas, même vers 1750, un maniaque exceptionnel. Il n’est pas plus fou qu’un bon nombre de ses contemporains. Dupont de Nemours nous raconte qu’à treize ans et demi, il fut pris en amitié par une Mme d’Urfé, qui se croyait en commerce avec les sylphides, ondins et salamandres. Le jeune Dupont fut jugé digne d’être initié. On fit une conjuration au cours de laquelle il crut voir Uriel dans un verre d’eau. Par la suite il ne vit plus rien
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du tout ; ce qui le fit renier par Mme d’Urfé. Toutes les mystiques maçonniques ou qu’abritent la maçonnerie ne sont donc que les symptômes d’un malaise moral ou, si l’on veut, d’une tendance qui est générale au XVIIIe siècle et qui n’a rien à voir avec la Révolution.
*
Je crois que ces conclusions négatives sont vraies pour l’ensemble de la maçonnerie française au XVIIIe siècle. La plupart des maçons ne sont ni des révolutionnaires, ni même des réformateurs et des philosophes, ni même des mécontents. Pourtant, il serait absurde de faire des loges des associations analogues soit aux académies, sociétés littéraires et sociétés d’agriculture, soit aux groupements de martinistes ou de mesmériens. Sans que la plupart des maçons s’en rendissent nettement compte, sans que leurs idées fussent clairement différentes des idées de ceux qui n’étaient pas maçons, ils étaient vaguement préparés à mieux comprendre certaines des idées qui soutiendront la Révolution ou du moins à ne pas trop s’en étonner. Dans leur immense majorité, ils n’étaient pas révolutionnaires de coeur, mais ils l’étaient obscurément de bouche en s’habituant à des formules sous lesquelles la Révolution allait mettre des réalités. C’est l’histoire de cette subconscience du maçonnisme qu’il me reste à préciser.
p.425 On a dit, dès le XVIIIe siècle, que la maçonnerie était « philosophe », qu’elle était inspirée et même conduite par la philosophie encyclopédique. Dès 1740, le duc d’Antin (ou le chevalier de Ramsay) conviait les frères maçons à collaborer « à un vaste ouvrage auquel nulle académie ne peut suffire... Par là,
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on réunira les lumières de toutes les nations dans un seul ouvrage, qui sera comme une bibliothèque universelle de ce qu’il y a de beau, de grand, de lumineux, de solide et d’utile dans toutes les sciences et dans tous les arts nobles... ». C’est assurément le programme de l’Encyclopédie. Mais ce document reste unique, au moins jusqu’ici. Rien ne prouve que la maçonnerie ait pris une part effective à la publication du fameux dictionnaire. Sur les cent cinquante-neuf collaborateurs de Diderot, M.E. Lesueur n’a trouvé qu’une dizaine de francs-maçons. On prouvera peut-être que quelques philosophes notoires, et particulièrement Diderot, ont subi plus qu’on ne l’a dit l’influence de conversations maçonniques. Je doute qu’on puisse prouver qu’ils ont à leur tour tenu une grande place dans les lectures et les curiosités de la plupart des maçons français. Des francs-maçons ont eu certainement des intentions et même une culture très philosophique. « J’ai cru devoir vous rappeler, dit le maçon Béquillet (Discours sur l’origine, les progrès et les Révolutions de la F.-M., 1784), l’alliance qui a subsisté de tous les temps entre la philosophie et la maçonnerie et vous convaincre que l’une dérive de l’autre [...] Qu’est-ce donc qu’un F.-M.., si ce n’est un philosophe pratique qui, sous des emblèmes religieux adoptés de tous les temps par la sagesse et même par la haute philosophie (J’ose le dire dans une assemblée de philosophes), construit, sur des plans tracés par la nature et la raison, l’édifice moral de ses connaissances ? » Et Béquillet défend la maçonnerie contre l’accusation de ne s’occuper que de signes et de mots, montre qu’elle est philosophe, et propose de
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concourir à l’érection d’un monument en l’honneur de Descartes, fondateur de la philosophie en Europe.
Il est bien évident que Béquillet n’a pas été le seul maçon féru de philosophie raisonnante et non mystique. Diderot, Helvétius étaient francs-maçons. Voltaire l’était, d’assez bonne heure, semble-t-il. Dans tous les cas, l’une des cérémonies solennelles qui marquèrent son p.426 retour à Paris, en 1778, fut sa réception comme membre de la loge des Neuf-Soeurs. Spectacle pompeux et « touchant ». Il entre appuyé sur Franklin et sur Court de Gébelin. Outre les maçons de la loge, plus de deux cent cinquante visiteurs avaient été admis. On lui ceint le tablier d’Helvétius. Le poète Roucher, philosophe lui aussi et maçon, entonne un « chant de triomphe » en son honneur. Voltaire retrouvait, dans cette loge des Neuf-Soeurs, La Lande, le romancier philosophe La Dixmerie, etc. On pourrait allonger cette liste des philosophes maçons. On retrouverait quelques formules nettement philosophiques dans quelques loges provinciales. La loge de Guéret (en 1787 il est vrai) s’intitule Les Préjugés vaincus. On pourrait même discerner parfois autre chose que des formules, c’est-à-dire une certaine doctrine raisonnée : « Les penchants vicieux de la nature, dit un discours de 1764, cette phrase n’est pas supportable, les bons philosophes ne peuvent la protéger... Tout homme naît pour le bien, supposer le contraire c’est accréditer un blasphème. » La loge La Candeur, de Paris, propose comme sujet de prix à tous les maçons : « Quelle est la manière la plus économique, la plus saine et la plus utile à la société d’élever les enfants trouvés, depuis leur naissance jusqu’à l’âge de sept ans ? » A Toulouse, il
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se fonde (d’ailleurs en 1787 seulement) une loge qui prend le titre de L’Encyclopédique et qui cherche à suivre l’esprit encyclopédique autrement que par son titre. On y crée des comités d’agriculture — de philanthropie — de civisme — de sciences — de philosophie, etc. On fait des expériences et des inventions.
Mais tous ces documents sont très dispersés et prouvent que si la philosophie des philosophes a pénétré dans quelques loges d’élite, chez quelques maçons déjà philosophes avant d’être maçons, elle n’a pas remué la pensée de la plupart des frères. Surtout, il n’est pas possible de croire que cette philosophie trouvait dans le milieu maçonnique un terrain particulièrement favorable. Les statuts de la Société des philalèthes de Lille, en 1783, exigent que les candidats soient maçons ; mais la condition est supprimée en 1787. En faisant l’histoire intellectuelle des académies et sociétés littéraires dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, nous avons vu que, sans être plus révolutionnaires ni réformatrices que les maçons, elles ont p.427 été, dans leur ensemble, beaucoup plus philosophes, qu’on y a beaucoup plus essayé de penser, et beaucoup plus hardiment. Cette curiosité intellectuelle, rationnelle et critique, est un phénomène général dans toute la France du XVIIIe siècle ; et les maçons ne sont pas du tout ceux qui l’ont le plus vivement éprouvée. L’esprit nouveau de la maçonnerie est ailleurs.
C’est non pas dans l’esprit d’égalité, mais dans un certain esprit d’égalité. Il avait été l’un des grands principes sur lesquels s’était fondée à son origine la maçonnerie. Cette maçonnerie était plus ou moins internationale et « fraternelle ». Le duc
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d’Antin, grand maître, célèbre, dès 1740, cette union de tous les maçons : « Le monde entier n’est qu’une grande république... L’intérêt de confraternité devient celui du genre humain. » Le thème est repris inlassablement par les discours des loges et les opuscules écrits par des francs-maçons à travers tout le XVIIIe siècle. Le vénérable de la loge de Saint-Jeandu-Secret, de Montpellier, affirme, en 1751, que la naissance est un effet du hasard, qu’il n’y a pas entre les maçons de distinctions « autres que celles que nous tâchons de mériter par la supériorité de nos talents ou par l’éminence de nos vertus ». Même démonstration dans un discours de 1777 à La Parfaite Egalité de Besançon. Les certificats de franc-maçon délivrés par la loge de Coutras, en 1788, se terminent par la formule : « Dans la douce confiance qu’ils répandront dans toutes les villes qu’ils parcourront l’esprit de liberté, de concorde et d’amitié fraternelle qui fait l’essence de notre ordre. » Un des discours de la loge de Bergerac est un hymne à l’Égalité : « Égalité, fille du ciel, don précieux de la nature. » Longtemps l’organisation réelle des loges avait été en contradiction avec cette douce confiance ; les loges avaient fini par être gouvernées à peu près despotiquement par leur grand maître. Les querelles et discordes, qui agitent la maçonnerie de 1761 à 1774, sont une lutte entre l’esprit d’autorité et l’esprit de collaboration égalitaire. C’est évidemment l’égalité qui triomphe. Amiable a insisté sur ce fait que l’organisation devient « républicaine », fondée sur l’élection par toutes les loges de représentants qui font les règlements. « Nul n’obéit qu’à la loi qu’il s’est imposée lui-même. » L’égalité et la liberté, dit-il, sont invoquées avec insistance dans la première circulaire du p.428
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Grand-Orient en 1775, dans les circulaires de 1776, 1777, etc. Il a trouvé les mêmes invocations dans une circulaire de la Grande-Loge nationale de France à toutes les loges du royaume, en 1773 (archives de la Bastille). L’assemblée de tous les députés « s’est principalement proposé d’établir l’égalité, en appelant les Provinces à l’exercice de leur droit de concours à l’administration ».
Donc égalité juridique, électorale de tous les maçons de France, qu’ils fussent grands seigneurs ou négociants. Mais c’était là une égalité momentanée, semblable à celle qui fait du gueux l’égal du milliardaire le jour d’une élection. Dans quelle mesure cette égalité a-t-elle pénétré profondément les esprits, s’est-elle traduite dans la vie journalière ? Dans quelle mesure le duc de Chartres a-t-il été convaincu qu’il n’y avait entre lui et l’épicier franc-maçon de Saint-Flour qu’une différence sociale conventionnelle, due au hasard ou à la simple nécessité pratique d’avoir des dirigeants et des dirigés ? Je crois que cette mesure a été extrêmement faible, si on laisse de côté les « frères servants » qui existent dans presque toutes les loges, qui sont des employés appointés, qui sont concierge, menuisier, serrurier et sont considérés comme des salariés bien plutôt que comme des frères. Dans un certain nombre de ces loges pénètrent assurément la bourgeoisie moyenne et des commerçants. Dans la loge Saint-Jean-de-Jérusalem à Nancy, il y a un pâtissier, un vitrier, un menuisier, un plombier, etc. A la loge Saint-Jean-des-Arts d’Auch, un tapissier, un entrepreneur, un professeur d’architecture sont vénérables. La loge Saint-Jean de Caen, en 1785, a seize membres, dont un caissier, un employé de bureau,
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un secrétaire, quatre négociants, etc. A la loge de La Paix à Montélimar, on ne trouve que des maçons de classe moyenne, ni nobles, ni artisans ; à Lyon, la loge du Parfait Silence est composée (il est vrai dans un état de 1791) de petits bourgeois. Il semble que les loges vraiment roturières qui tentèrent de s’organiser (M. G. Martin en cite deux ou trois dans son étude sur Les Associations ouvrières au XVIIIe siècle) aient eu beaucoup de mal à se faire reconnaître et à vivre. Il se fonde bien à Saint-Flour, en 1787, à côté de la loge aristocratique, créée en 1781, une loge populaire. Mais c’est en réalité une loge de moyenne et petite bourgeoisie ; et nous sommes en 1787. Même remarque pour la p.429 loge L’Encyclopédique de Toulouse, où les artisans, menuisiers, maçons, tourneurs étaient, dit M. Gros, en majorité. Mais il s’agit de riches maîtres de ces corporations, et la loge ne date que de 1787. C’est, de même, en 1787 seulement qu’une loge fut fondée par des sergents des gardes-françaises.
L’esprit d’égalité des maçons a été, en effet, fort respectueux de certaines inégalités ; et l’on y a compris la fraternité comme la loi contemporaine la comprenait, avec des droits d’aînesse impérieux. On consent que les hommes soient frères, mais seulement lorsqu’ils ont le même tailleur. A Montélimar, le vénérable de la loge de La Paix en 1787, se plaint que le pays soit « infecté de maçons indignes de ce nom par la bassesse de leur état civil ». Ces maçons indignes comprennent, en réalité, un industriel, un négociant, quatre « artistes », un avocat, un ecclésiastique, un aubergiste, un bourgeois. Ils tentent de se faire reconnaître, mais on refuse leur requête à cause de
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« l’improportion et l’irrégularité des membres ». A Poitiers, il existe une loge aristocratique, La Vraie Lumière, où l’on paye quarante-huit livres d’entrée (sept ou huit cents francs de notre monnaie). Il se fonde une loge irrégulière, La Parfaite Union. Plaintes de La Vraie Lumière qui accuse La Parfaite Union de se recruter « dans les classes les plus abjectes ». Le Grand-Orient la reconnut pourtant, mais parce qu’elle était prise, en réalité, dans la moyenne et petite bourgeoisie. C’est en 1787 seulement que se fonde, à Poitiers, une loge vraiment populaire, Les Amis réunis. A Nancy, la loge de La Vertu se voit refuser ses constitutions parce que ses membres sont de trop petite bourgeoisie (chapelier, perruquier, traiteur, tapissier, boulanger, etc.). Luttes sournoises et têtues à Arras entre la loge L’Amitié, aristocratique, et la loge La Constance, formée de petits bourgeois. C’est La Constance qui a le dessous et qui se voit persécutée et désertée. A Annonay, en 1777, il y a deux loges où se réunissent les gentilshommes, deux ou trois manufacturiers, presque tous les magistrats, cinq ecclésiastiques. Un beau jour, le gouvernement supprime les jurandes et communautés d’ouvriers. Ceux-ci n’ont plus d’associations. Entrons, disent-ils, dans la fraternelle maçonnerie. Mais les deux loges et celle de Tournon protestent auprès du Grand-Orient avec une vigueur épouvantée. Le p.430 Grand-Orient rejette les demandes des ouvriers en 1777 et 1779. Si l’on veut d’ailleurs connaître l’esprit des dirigeants de la maçonnerie, il suffit de lire les treize discours, prononcés de 1764 à 1766, réunis dans le tome II de L’Étoile flamboyante. « Tout autre, à ma place, mon frère, commettrait peut-être une
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imprudence en insistant si fortement sur cette égalité qui nous honore et nous distingue... N’appréhendez jamais que, hors du cercle des loges, un maçon quelconque cherche à s’en prévaloir » ; cela pour la réception d’un « homme de naissance ». Et voici pour la réception d’un « homme du commun » : « Nous déférons à l’égalité sans gêne et sans regret, mais sans nous avilir ; soyez-en flatté, mon frère, mais sans en concevoir aucun orgueil ; plus des hommes supérieurs oublieront la distance, plus il convient de vous en souvenir... N. B. Sans humilier le candidat, il n’est pas hors d’oeuvre de lui faire sentir que la familiarité engendre le mépris. »
En un mot, nous supprimons les distances ; mais quand l’homme supérieur fait un pas en avant vers lui, que l’homme inférieur fasse un pas en arrière. Convenons cependant que les notions d’homme supérieur et d’homme inférieur se sont assez profondément modifiées. La naissance n’est plus tout vers 1770 et surtout vers 1789. Il ne suffit plus de « s’être donné la peine de naître », si l’on n’a trouvé dans son berceau qu’un titre, sans argent et sans esprit. Dans la société du XVIIIe siècle on n’ignore plus que bien des rapprochements se sont faits entre les gens titrés, les bourgeois riches et les gens de lettres ; rapprochements plus sensibles encore dans bien des coins de province où les hobereaux ruinés en viennent parfois à se confondre avec les paysans. Hobereaux, magistrats, fonction-naires, professions libérales se rencontrent dans les loges comme ils se rencontrent dans la vie. M E. Lesueur en a apporté, pour l’Artois, des preuves abondantes et précises. Si l’égalité maçonnique prépare une révolution, ce sera seulement celle
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qu’on accuse de n’avoir supprimé les privilèges aristocratiques que pour les remplacer par les privilèges bourgeois.
J’en dirai tout autant de l’esprit de tolérance religieuse des loges. Nous avons vu que la loge d’étudiants de Montpellier admettait les p.431 étudiants protestants. Les loges de Bordeaux accueillaient ouvertement les protestants depuis 1740 environ. En 1740, ces loges étaient quelque peu en avance sur leur temps, bien que cette idée de tolérance ait fait à Bordeaux des progrès plus rapides. Mais nous avons montré qu’à partir de 1760 cette idée de tolérance religieuse sort des plaidoyers des philosophes pour gagner l’opinion publique tout entière et qu’en 1789, presque tous les Français demandent pour les protestants la liberté du culte et les droits civiques. Le tolérantisme maçonnique est le reflet non pas du tolérantisme philosophique mais du tolérantisme général de l’opinion.
Je cherche vainement dans tout cela une volonté ou même une tendance révolutionnaire, — même une volonté ou tendance nettement réformatrice, — même une volonté ou tendance clairement philosophique, J’entends plus philosophique que ne l’étaient les discussions et dissertations des académies ou sociétés littéraires. Je n’ai trouvé qu’un document vraiment révolutionnaire, mais qui date de 1788. Il y a une loge à Joyeuse. On trouve dans son dossier le questionnaire suivant : « Que pensez-vous des affaires du temps qui troublent le royaume ? — Si le Roi votre maître vous commandait de prendre les armes contre votre province ou tout autre de la France, que feriez-vous ? — Que pensez-vous de MM. de Brienne, de Lamoi-gnon, et par suite nécessaire de celui et celle qui les autorisent ?
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— Votre façon de penser sans varier et sans équivoque ? — M. le commandant est prié de mettre la réponse en bas. » Et M. le commandant écrit sans ambages : « Réponse à la première question. Cet une calamité que toute la framaçonnerie en général devrait y apporter remède. — 2e question. Je donray ma démission. — 3e question. Que ces seigneurs-là fussent pendus. Et que celui et celle qui les autorisent, l’une aux enfants trouvés, et que l’autre cherchât un meilleur conseil. » Certes, les réponses de M. le commandant prouvent autre chose que la tendre fraternité et la douce confiance maçonniques. Et ses jugements annoncent très précisément ceux qui enverront « celui et celle qui les autorisent » à l’échafaud. Mais le témoi-gnage est unique. Il prouve qu’en 1788 il y avait des esprits fort montés contre la cour et même la reine. Mais ils ne l’étaient pas par le maçonnisme, pas plus que les placards insultants que la police p.432 devait arracher à chaque instant, et dès cette date, aussi bien à Paris qu’en province. Il y a eu un maçon prêt à la Révolution en 1788 et sans doute bien d’autres ; comme il y en a eu assurément qui étaient voleurs et banqueroutiers sans que la maçonnerie fût animée de l’esprit de vol et de banqueroute.
Je n’ai voulu faire état que des documents authentiques et publiés, de ceux dont on a au moins la référence. C’est pour cela que ma conclusion s’oppose fortement à une conclusion importante de M. G. Martin. M. Martin a raison d’insister sur l’organisation centralisée de la maçonnerie, sur ces relations permanentes qui unissent le Grand-Orient aux loges principales et celles-ci à des sortes de filiales. (La Parfaite Union de Rennes correspond avec quarante-deux loges et quatre loges militaires.)
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Puissant moyen de diffusion d’idées, de gouvernement de l’opinion à une époque où rien d’analogue n’existait en France. Et je penche à croire, moins que M. A. Cochin, mais un peu comme lui et comme M. Martin, que des francs-maçons, aux approches de la Révolution et à ses débuts, ont dû penser à se servir de ce moyen, s’en sont servis et en ont tiré parti d’une façon plus ou moins effective. Mais de la certitude de cette organisation, M. Martin passe à des hypothèses qui, pour séduisantes qu’elles soient, ne sont que des hypothèses. Double mouvement, dit-il en somme, centripète et centrifuge. Les loges ne sont pas des académies férues de littérature abstraite. Elles réunissent des hommes habitués aux affaires. On y discute les problèmes du jour. « Toutes les nouveautés sociales ou politiques paraissent avoir retenu l’attention des loges, et fait l’objet de rapports... » Tous ces rapports, d’étage en étage, parviennent au Grand-Orient, qui les examine, les filtre, en tire ce qu’ils ont de meilleur et s’en sert pour rédiger une circulaire définitive qui redescend vers les loges pour apporter une unité de doctrine. La maçonnerie aurait été ainsi un véritable « milieu d’études » philosophiques, sociales, politiques. Malheureusement, je cherche en vain, dans l’étude de M. Martin, les documents qui fassent de ce milieu d’études organisées autre chose qu’une rêverie. Des documents cités, l’un est postérieur à 1789 et par conséquent hors de cause pour notre sujet. L’autre montre qu’en 1788 l’Encyclopédique de Toulouse discute le problème de p.433 la double représentation ; mais J’ai dit que 1788 devait être hors de cause également ; et si l’Encyclopédique en parle, c’est comme tout le monde en France à cette date. Reste le fait que,
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de 1780 à 1785, la même Encyclopédique disserte sur la justice égale pour les diverses religions. Problème également banal, mais en discussion partout puisque c’est en 1787 qu’après de longues polémiques l’Edit de tolérance est enfin publié. Même si l’on retient ces deux faits, ils prouvent qu’une loge en France a mis en discussion deux questions d’actualité, dont le monde s’entretenait. Et cette preuve est tout à fait insuffisante pour justifier les généralisations de M. Martin.
Même observation pour les circulaires du Grand-Orient. Elles sont nombreuses. Nous en possédons un certain nombre. Je n’en ai pas vu une seule qui contînt autre chose que de vagues sermons et qui traitât d’autre chose que de questions et de problèmes d’ordre strictement maçonnique.
Même observation enfin pour l’étude que fait M. Martin de la propagande, faite par les maçons hors des loges, d’idées philosophiques et sociales. Les quelques documents cités sont des affirmations sans preuves de Sallier et Bouillé, quelques brochures prises dans la masse de celles qui parurent en 1788 et 1789, une feuille d’un club de Rennes, en 1788, un opuscule de Volney qui est de 1793 et qui est d’ailleurs philosophique et non maçonnique. Aucun texte précis, aucune pièce d’archive n’indiquent qu’avant 1788, avant la date où tout le monde parle et même écrit de politique, les loges aient songé ni systématiquement, ni même par des initiatives locales à une propagande d’idées philosophiques et sociales. Aucun document ne nous montre, comme le suppose M. Martin, les hobereaux et les « honorables hommes » diffusant des idées de maçonnisme libéral dans les milieux populaires ; des curés maçons ensei-
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gnant à leurs frères plus timides cette philosophie sociale dans les réunions et agapes chez le curé-doyen, les desservants de campagne proposant comme plans de réformes sociales celui d’ouvrages d’origine maçonnique. M. Kerbiriou, dans une étude sur J.-F de La Marche, a bien cité le cas de ce recteur de Plouénan répondant à une enquête de son évêque, Mgr de La Marche, sur les causes p.434 et remèdes de la mendicité, que le meilleur remède est « celui du Spectacle de la nature, tome VI, entretien 7, Suppression de la mendicité ». Seulement l’ouvrage n’est pas de ceux, comme le croit M. G. Martin, « dont l’origine maçonnique n’est pas douteuse ». Il s’agit non point du Système de la nature de d’Holbach, de la Philosophie de la nature de Delisle de Sales ou de l’Elève de la nature de Guillard de Beaurieu, mais bien du très orthodoxe et très pieux Spectacle de la nature de l’abbé Pluche (1732-1739).
*
J’ai dit que je ne prétendais pas résoudre la question de l’action prérévolutionnaire des loges dans les préparatifs de la Révolution, en 1788 et 1789 où tout le monde la prépare. Le problème est, je crois, indépendant de celui dont J’ai voulu donner la solution. Il est infiniment plus complexe et les documents publiés sont tout à fait insuffisants pour établir des conclusions générales. Montrons du moins comment il se pose.
Augustin Cochin a fouillé avec une extrême diligence les archives bretonnes. Il avait le plus vif désir d’établir que les « sociétés » et notamment les loges étaient responsables de l’agitation révolutionnaire en Bretagne, pendant les années 1788 et 1789. Or, il n’a rien prouvé, exactement rien, en ce qui
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concerne la maçonnerie. Assurément, il a démontré le rôle très actif de diverses associations dans la préparation et le déroulement des événements. Ces associations il les appelle les « sociétés » ou la « Machine ». Il ne connaît à peu près rien à l’histoire de ces sociétés avant 1788. Il les connaît bien à partir de cette date. Mais ces sociétés, cette Machine ne sont pas des loges. Poussé par le mysticisme de sa démonstration, il englobe sous ce vocable maléfique les chambres de lecture et chambres littéraires, l’association des étudiants en droit de Rennes, la Société patriotique de Bretagne, les loges, comme en étudiant la campagne électorale de 1789 en Bourgogne, il appellera société un simple comité de médecins, hommes de loi, etc. Il a certes démontré le rôle des associations dans les événements ; ce qui est presque enfoncer une porte ouverte. Qui dit vote, dit propagande, association de p.435 propagande, etc. Mais il n’a montré nulle part que ces diverses associations aient subi l’influence des loges. Sans doute, le 23 juillet 1789, un frère de la loge de La Parfaite Union de Rennes déclare à ses « frères » : « C’est de nos temples et de ceux élevés à la saine philosophie que sont parties les premières étincelles du feu sacré, etc., etc. » Mais l’excellent frère, après la prise de la Bastille, joue peut-être la mouche du coche. Il fait le glorieux ; rien ne prouve, du moins, qu’il ne l’ait pas fait. Dès lors, peu importe que M. A. Cochin ait montré, par un travail minutieux et méritoire, que sur trente-deux membres des corps de ville de Rennes, vingt-six sont membres des « sociétés ». Cela éclaire le rôle de ces sociétés et non pas celui de la maçonnerie.
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Je pourrais suivre, comme celle de M. A. Cochin, les études qui ont été données sur ce rôle de la maçonnerie dans la préparation immédiate des États généraux. Je me heurterais partout à la même difficulté : insuffisance des preuves. Et quand on tient des enquêtes localisées et précises, divergences de ces preuves. Pour la Bretagne M. Cochin ne prouve qu’une chose : c’est que l’action proprement maçonnique se perd dans l’action générale des sociétés (et je crois à l’action d’abord diffuse, puis plus précise de ces sociétés à travers toute la France). A Saint-Flour, il y a des preuves très nettes du rôle des maçons dans les négociations, discussions, rédactions. A Montreuil-sur-Mer, le rôle est déjà moins clair, puisque sur les dix commissaires rédacteurs du tiers, deux seulement sont francs-maçons. M. Lesueur a bien montré qu’en Artois, parmi les rédacteurs de cahiers inspirés du même esprit, tantôt on rencontre, tantôt on ne rencontre pas des francs-maçons. Dans le Nivernais, à La Charité, sur dix députés du tiers au bailliage, il y a quatre maçons ; mais à Nevers, il n’y en a que quatre sur seize ; par contre, sur quatre députés du tiers aux États, il y a trois maçons. A Poitiers, M. Roux doit avouer que le rôle des maçons fut très divergent et obscur, et les deux ou trois preuves qu’il allègue de leur influence révolutionnaire me semblent subtiles et discutables. Dans le Bas-Dauphiné, une étude de L.P.R. (la plus précise avec celles de MM. A. Cochin et E. Lesueur) montre d’abord quelle est la difficulté des statistiques de députés françs-maçons, et aboutit à des conclusions encore plus p.436 négatives. A Montélimar, par exemple, du 2 décembre 1788 au 6 septembre 1789, la loge de La Paix ne se réunit pas.
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Bref, le problème n’est pas résolu. Le fût-il en faveur de l’action de la maçonnerie, il ne pourrait pas détruire notre démonstration préliminaire. S’il y a eu, en 1788-1789, action concertée et organisée, c’est par improvisation, sous la pression des événements et non par suite d’un complot longuement ourdi, ni même d’une préparation consciente et méthodique ou à demi consciente et méthodique.
Par contre, il n’y a plus d’obscurité véritable dans la légende créée par Robison, l’abbé Barruel et cent autres depuis eux. Aucun document digne de foi ne prouve qu’une maçonnerie aveugle ait été l’instrument inconscient de chefs occultes, l’exécutrice d’un complot ourdi par une minorité sournoise et redoutable. Sans doute il y a eu des intentions. La maçonnerie n’était pas seulement une vaste association. Elle était la seule association laïque. Il est naturel que des esprits entreprenants aient songé à s’en servir pour des fins qui étaient d’ailleurs contradictoires. Nous savons par Joseph de Maistre lui-même que lui et ses amis rêvaient de créer dans la maçonnerie un état-major secret, qui aurait servi à faire des maçons une sorte d’armée pontificale au service d’une théocratie universelle. Mais le rêve est resté un rêve. Mirabeau rédigeait, dès 1776, un « Mémoire concernant une association intime à établir dans l’ordre des F.. M :. pour le ramener à ses vrais principes et le faire tendre au bien de l’humanité ». Nous avons ce mémoire. Il n’est pas douteux que si ces vrais principes étaient passés dans la pratique, ils auraient fait de la maçonnerie une puissante machine politique. Le premier but de l’association sera « l’introduction de la raison, du bon sens, de la saine philosophie
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dans l’éducation de tous les ordres des hommes ». Grâce à quoi on s’attaquera à la réforme des abus, milices, servage, corvées, lettres de cachet, maîtrises, impôts, intolérance, le « despotisme et ses conséquences ». Puis on passera à la « correction du système présent des gouvernements et des législations ». Sans doute cette correction devra être « insensible » et non « subite » ; trop d’audace serait « contraire aux statuts de l’ordre ». C’est pourtant le programme de la Révolution. Mais c’est un programme qui est resté inédit ; aucun texte ne prouve qu’il ait intéressé p.437 d’autres maçons que Mirabeau. Mirabeau est bien allé en Allemagne. Il y a vu des Illuminés. Ces Illuminés avaient des ambitions politiques. Ils n’auraient pas été fâchés de placer la vaste maçonnerie française sous leur influence. Seulement des documents irrécusables prouvent qu’à aucun moment ils n’ont eu les moindres chances de succès. S’ils ont pu séduire plus ou moins quelques futurs révolutionnaires, s’il y a eu des tentatives de groupements à demi mystiques, à demi politiques, ils sont restés embryonnaires et sans influence. Le vrai chef de l’immense majorité des maçons, le Grand-Orient, est resté dédaigneusement à l’écart de ces obscures combinaisons et de ces parlotes confuses. Les démonstrations de Le Forestier et de G. Martin sont inattaquables. L’histoire du complot secret poussant dans l’ombre une masse ignorante et docile n’est que l’histoire d’une légende.
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CHAPITRE VIII
LA RÉVOLUTION AMÉRICAINE 1
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p.439 Cette révolution est avant tout un fait politique qui a déterminé en France d’autres faits politiques, des délibérations et décisions ministérielles, une alliance, une déclaration de guerre. L’influence de la révolution américaine relève donc, en partie, d’une histoire des origines politiques de la Révolution française. Mais elle intéresse aussi l’histoire des origines intellectuelles. Car c’est surtout l’opinion qui a déterminé les faits politiques et c’est grâce à l’opinion que leur répercussion a été profonde : opinion des gens cultivés dont le choix a été suggéré et dirigé en grande partie par la littérature.
C’est d’abord l’opinion littéraire qui crée le préjugé favorable aux colons de l’Amérique du Nord. Cette Amérique est le pays du « bon sauvage N, heureux et libre, plus heureux et plus libre, dans tous les cas, que les soi-disant civilisés. On sait que ce n’est pas J.-J. Rousseau qui crée la légende. Ce sont les missionnaires, les voyageurs qui la fondent, la répandent, lui donnent l’appui de leurs témoignages précis. Elle rencontre des contradicteurs, Voltaire parfois, quand il veut faire pièce à Rousseau, Galiani, Duclos, Diderot quand p.440 il n’est pas dans ses jours de candeur et d’enthousiasme. Mais ces critiques se
1 Ouvrages de référence générale : B. Faÿ, L’Esprit révolutionnaire en France et aux États-Unis à la fin du XVIIIe siècle (1522) ; le même, Benjamin Franklin (1523). Presque tout notre chapitre emprunte les faits sur lesquels il s’appuie à ces excellents ouvrages.
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perdent dans la masse des poèmes, romans, drames, traités, dissertations qui célèbrent le bonheur de l’homme de la nature et qui le découvrent dans les forêts et les prairies du Nouveau Monde. On allègue, à l’occasion, les Caraïbes ou les O’Taïtiens ; mais ce sont, le plus souvent, les Hurons, les Iroquois ou les Algonquins : courageux, patients, justes, dévoués, égaux et libres ; un peu féroces sans doute, sur le sentier de la guerre ; mais sans malice, et bien moins menacés par quelques batailles ou même quelques massacres que les civilisés par les financiers, la milice, les guerres de magnificence, l’ambition et la cupidité.
Sans doute ce ne sont pas eux qui vont entrer en lutte contre l’Angleterre pour sauvegarder leur indépendance. Même les colons n’ont pu s’établir sur les rives de l’Hudson et du Mississipi qu’en en chassant les bons sauvages. Mais on ne songe pas à cette conséquence ; l’Amérique est grande ; il y a place dans ses forêts et ses savanes pour le bonheur des sauvages et pour le bonheur des Européens qui ont su justement trouver la meilleure conciliation entre la vie naturelle et la vie civilisée. Aucun de ceux qui ont fait l’éloge du bon sauvage n’a prétendu que les Européens devaient renoncer à construire des maisons et à cultiver les champs. Ils ont dit, et Rousseau tout le premier, qu’on ne refait pas en sens inverse le chemin du progrès. Mais ils ont tous cru qu’on pouvait s’organiser dans ce progrès pour y vivre sans souffrir. On peut réaliser un état social qui nous mette à l’abri des plus graves fléaux, à l’abri du luxe égoïste et corrupteur, de la débauche avide, de l’ambition inquiète, de la satiété. Il suffit de revenir à une sorte de société patriarcale, vouée surtout à la vie rustique, à la pratique des vertus
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familiales, aux joies saines et généreuses du « coeur », de la « bienfaisance », de « l’humanité ». Toute la littérature s’emplit, nous l’avons dit, du rêve ardent de cette vie idyllique, poèmes, romans, contes, églogues ou même pièces de théâtre. Toute la littérature, quand elle essaie de sortir de ses rêves, cherche des exemples qui les justifient. On croit les trouver en France, dans quelques villages, dans quelques communautés patriarcales, en Suisse chez les Montagnons ou les Valaisans, chez les colons du Cap, etc., mais surtout chez les colons p.441 anglais d’Amérique. On sait ou l’on croit savoir qu’ils y sont partis non pour conquérir et s’enrichir mais pour vivre selon leur idéal. Et l’on sait ou croit savoir que c’est cet idéal de vertus domestiques, de travail, de frugalité, de bienfaisance. Ces colons ne sont pas les prêtres et les gentilshommes oisifs et avides qui ont désolé « les deux Indes » ; ce sont des cultivateurs dont la vie s’écoule à travailler la terre, à prier Dieu, à bien élever leurs enfants, à s’entr’aider ; dans des maisons de bois, loin des théâtres, des tripots, des académies, des carrosses dorés et des marchands de frivolités. En même temps, ils pratiquent ou l’on croit qu’ils pratiquent les vertus d’hospitalité, de désintéressement, de tolérance. C’est ainsi que se les représentent à peu près tous les romans, récits de voyages, articles de journaux qui parlent d’eux avant les premiers conflits avec l’Angleterre, pendant la guerre et après elle. C’est ainsi qu’en parle l’Histoire illustre de Raynal. Le livre de Saint-Jean de Crèvecoeur, Lettres d’un cultivateur américain (1784), dont le retentissement fut grand, ne fera que préciser par un témoignage direct et irrécusable cette image d’une vie juste et heureuse. Saint-Jean de Crèvecoeur avait réellement
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vécu là-bas, dans l’ouest, sur les terres défrichées et cultivées par lui. Il y avait été fort heureux, avant que la guerre l’en chassât et il disait naïvement les secrets de son bonheur et de celui des quakers qui vivaient comme lui : travailler durement, mais sainement et gaiement, dans le décor d’une nature éclatante et féconde, dans une demi-solitude qui défend contre les jalousies et les cupidités, avec le réconfort d’amitiés, d’affections solides, généreuses, avec un idéal religieux où Dieu créateur et providence apparaît sans cesse dans ses oeuvres, ses bienfaits, ses épreuves et ses consolations. Tout cela, qui était la réalité, aurait pu être rêvé par un philosophe humanitaire ; et, de loin, le Dieu même des quakers, loin des rites, des théologiens et de la Sorbonne, ne s’accordait pas mal avec celui des déistes.
Ces sympathies philosophiques pour les Américains, sauvages ou colons, n’auraient été d’ailleurs qu’un thème littéraire parmi bien d’autres si la politique ne s’en était pas mêlée. Ce furent les faits politiques, les querelles entre l’Angleterre et sa colonie, la résistance, puis la révolte ; ce fut aussi la volonté et la pression des hommes p.442 politiques, notamment de Vergennes. M. Faÿ a très bien fait l’histoire de cette politique. L’opinion est aussi hostile d’abord à la guerre qu’elle est favorable aux Américains ; car la guerre est encore plus contraire à la philosophie humanitaire que le luxe et les financiers. Ni Turgot d’ailleurs, ni Louis XVI ne désirent un conflit. Ils le croient ruineux et incertain dans ses résultats ; ils voudraient s’en tenir à un appui moral et à une campagne d’opinion. Mais Vergennes sait agir avec adresse et énergie. Il envoie des agents secrets en Amérique ; il
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dicte leur ligne de conduite à tous les journaux que le pouvoir surveillait ou subventionnait. Le Mercure, par exemple, ou la Gazette de France ne tarissent pas d’éloges sur les « insurgents ». Acceptées, soutenues par Vergennes, des initiatives privées suppléent aux hésitations du pouvoir. Beaumarchais monte, pour fournir des armes aux insurgents, une entreprise qui l’enthousiasme et le ruine. La Fayette, gendre de Louis de Noailles, duc d’Ayen, chef d’une des plus puissantes familles de France, s’embarque à la tête d’un groupe d’officiers, avec la complicité tacite du gouvernement et la complicité avouée, chaleureuse de l’opinion.
En même temps, tous ceux qui se piquaient de philosophie trouvaient dans les événements et dans les hommes les plus philosophiques occasions d’admirer et de soutenir la cause américaine. Le rôle de Franklin fut immense ; grâce à son intelligence, à son caractère, à sa diplomatie ; mais aussi grâce à la merveilleuse rencontre qui faisait de lui le héros que rêvait, qu’attendait l’opinion. Car, pour l’opinion, il n’y avait pas en France de philosophe qui remplît exactement son attente. Façonnée par les doctrines en partie contradictoires des Voltaire, des Rousseau, des Delisle de Sales et des Raynal, elle attendait un homme capable de réaliser la sagesse et le bonheur laïques par les vertus associées de la raison et de la sensibilité. Or, on savait Voltaire parfaitement raisonnable ; on le savait généreux ; mais on n’ignorait pas qu’il n’était pas parfaitement sage et qu’il prenait l’univers à témoin de ses querelles, de ses misères et de ses malheurs. On tenait généralement Rousseau pour parfai-tement bon et parfaitement généreux ; on l’aimait comme le
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maître qui avait rendu aux hommes les délices de la vie du coeur, qui leur avait appris le secret d’être heureux en aimant ; mais on savait p.443 bien qu’il n’était pas parfaitement raisonnable, qu’il se disait persécuté et misérable, qu’il menait une vie inquiète et singulière. D’Helvétius, de d’Holbach, de Diderot même on ne savait pas grand-chose. Les deux premiers étaient de grands personnages un peu lointains, le dernier un petit bourgeois agité et fiévreux. Mais Franklin apparaissait vraiment comme le philosophe. Il était sage ; il parlait cons-tamment raison, bon sens, expérience ; il ne se perdait pas dans les nuages de la spéculation ; il enseignait la vie par l’expérience de la vie. Il était simple, populaire, rustique ; il venait d’un pays où l’on n’avait pas besoin pour être heureux de danseurs d’opéra et de lambris dorés ; il se vêtait, il vivait sans faste, en se contentant des commodités judicieuses de la vie. Il était « sensible » ; il avait un idéal, une religion ; non pas une religion fanatique, dogmatique, mais une religion du « coeur », la croyance en Dieu, à la dignité de la vie morale. Il était généreux ; il avait tout laissé pour venir, à travers mille périls et difficultés, défendre la plus noble et la plus difficile des causes, celle d’un petit peuple qui veut fonder sa liberté. Enfin il était heureux, c’est-à-dire que sa philosophie semblait lui avoir donné le secret d’être au-dessus de la destinée. Il semblait vraiment mépriser les faux biens de la richesse, de l’ambition, de l’opinion. Il était calme, patient, serein dans l’adversité, mesuré dans le succès. Il n’est pas douteux qu’il y avait dans tout cela beaucoup de sincérité et un peu d’attitude. Mais l’opinion crut à la parfaite
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sincérité. Elle accueillit Franklin avec sympathie, puis avec amour, avec dévotion.
M. Faÿ a fort bien fait également l’histoire de cet accueil. Après un premier voyage à Paris, en 1767, Franklin sait garder d’excellentes et utiles amitiés. Lors de son nouveau voyage, en 1776, il est accueilli avec enthousiasme par les journaux de Paris et de la province, par les poètes, par les nouvellistes, par les « politiques ». C’est à qui offrira ses projets, son concours, sa vénération à ce « respectable et beau vieillard ». Il est l’ornement, la gloire des plus illustres salons. Chez les La Rochefoucauld, les Noailles, chez la princesse de Tingry, dans les salons philosophes de Mme du Deffand et surtout de Mme Hel-vétius, sa mise austère, sa parole calme, sa sagesse souriante, sa confiance apparaissent comme le symbole d’une vie noble, d’un p.444 destin généreux et sublime. Quand il amène son petit-fils à Voltaire mourant pour que Voltaire le bénisse, quand Voltaire prononce sur la tête de l’enfant les mots « Dieu, liberté », il semble que ce soit le meilleur de la pensée, de l’âme française qui vienne se confondre avec l’âme américaine. De 1777 à 1784, Franklin est véritablement l’homme le plus à la mode de tout Paris ; et la mode s’attache d’autant plus à lui qu’il semble davantage être au-dessus d’elle. Il vit dans sa modeste maison de Passy, loin des vaines pompes de la cour et du tumulte de la ville ; mais il est assidu dans quelques salons philosophes, notamment chez Mme Helvétius qu’il songea à épouser ; on le voit à l’Académie des sciences dont il fait partie, à la loge des Neuf-Soeurs qui l’a élu par acclamation ; il est partout où sa présence est utile, discret, tenace, affable,
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souriant. Tous ceux qui ne hantent ni les salons, ni les loges, ni les académies le connaissent par cette Science du bonhomme Richard qui avait été traduite dès 1773 dans l’édition des OEuvres complètes, qui fut publiée à part en 1777 et qui eut un très vif succès. On sait quelle était cette science : une science de la vie, une morale fondée non pas sur des enthousiasmes mystiques, des renoncements austères, mais sur le bon sens, la sagesse pratique, et cette charité bien entendue qui met dans le dévouement le moyen de faire son propre bonheur. Mais c’était justement la morale à laquelle les philosophes avaient formé l’opinion. La Science du bonhomme Richard eut au moins huit éditions en trois ans.
On trouve dans le livre de M. Faÿ les témoignages les plus précis et les plus nombreux de cette popularité de Franklin. Le fils d’un mercier lui écrit pour lui demander des conseils ; les curés le citent en chaire. Un paysan de Provence, nommé Gargaz, maître d’école, lui envoie, dans un style enthousiaste et rustique, une interminable déclaration ; puis il se met en route, à pied, et vient se jeter à ses pieds pour lui demander de lui faire rendre sa place dont une injustice l’avait privé, et de donner la paix au monde en faisant signer à tous les princes son projet de fraternité maçonnique. Les grands rivalisent de prévenances et d’admiration avec les humbles. Le pieux et prudent duc de Croÿ lui mène son petit-fils pour qu’il puisse con-templer « un homme dont la gloire à comparer est au-dessus de ce p.445 qu’on peut dire comme créateur, libérateur de son pays, fondateur de ses lois et de ses sciences ». Le roi lui prête une de ses litières pour qu’il puisse, sans fatigue, aller s’embarquer.
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La déclaration d’indépendance américaine compléta l’oeuvre de Franklin. Franklin poursuivait des buts pratiques ; il n’était malgré tout qu’un homme. La déclaration apportait au contraire à la cause américaine la majesté des principes, le prestige d’un idéal. Peu importe pour nous de savoir d’où Jefferson en a tiré la doctrine, de ses méditations intérieures, de la conscience commune de ses compatriotes, de ses lectures. Nous n’avons pas besoin de déterminer ce qu’il doit à Locke, ce qu’il doit à Rousseau, à l’Angleterre ou aux philosophes français. Il suffit de constater que des lecteurs français ne pouvaient pas ne pas y reconnaître, d’où qu’elles vinssent, les idées de leurs philosophes, l’idéal politique et social qui était l’âme cachée ou avouée de leurs systèmes : « Lorsque, dans le cours des événements humains, il devient nécessaire pour un peuple de rompre les liens politiques qui l’unissaient à un autre, et de prendre parmi les puissances de la terre la place séparée et égale, à laquelle les lois de la Nature et du Dieu de la Nature lui donnent droit, le respect dû à l’opinion de l’humanité l’oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation. Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont investis par leur Créateur de certains droits inaliénables : parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur... ». Lois ou droits de la nature, Dieu de la nature ou des honnêtes gens et non pas des dogmes et des théologiens, vérités évidentes par elles-mêmes, c’est-à-dire par la raison commune à tous les hommes, droits inaliénables des hommes à la liberté et au bonheur ; par voie de conséquence, mépris des droits qui n’ont
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pour eux que le temps et la force, de tout ce qui est despotisme et fanatisme, de toutes les morales de la résignation et du renoncement, c’était ce qu’avaient insinué, suggéré, puis proclamé dans cent ouvrages Voltaire, Rousseau, Diderot, Helvétius, Raynal et cent autres. Seulement presque tous nos philosophes s’étaient contentés de spéculations abstraites. Quand ils étaient passés de la p.446 théorie à des réalisations pratiques, ils avaient dit et même cru sincèrement, pour la plupart, que la raison ne pouvait pas prévaloir contre les raisons pratiques, que des Français devaient se contenter de petites libertés, liberté de conscience et libertés civiles. La déclaration américaine avait une autre portée : elle légitimait une révolte, elle fondait une société ; elle témoignait qu’on pouvait faire appel pour gouverner un peuple à la nature et à la raison, non à la grâce de Dieu et aux privilèges issus de la force et consacrés par la tradition. Elle apportait dans l’ordre politique ce que les affaires Calas, Sirven, etc., avaient apporté dans l’ordre social : des réalisations.
Elle aurait donc dû dresser contre elle le gouvernement français et toute sa police. L’autorité absolue du roi de France n’aurait pas dû souffrir qu’on applaudît la révolte de sujets contre leur souverain légitime, même si elle était raisonnée, surtout si elle était raisonnée. Et le gouvernement ne se faisait guère d’illusion sur la portée de la déclaration. Il n’en autorisa pas la publication. Les journaux prudents s’abstiennent de la donner. Mais elle circule sous le manteau. C’est le duc de La Rochefoucauld d’Enville lui-même qui la traduit, à la prière de Franklin ; trois éditions, publiées en 1778 et 1783, se vendent
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non pas ouvertement, mais avec une autorisation tacite. Des journaux officiels ou officieux en célèbrent la grandeur, la commentent ou même l’impriment. La Gazette de France peint l’enthousiasme des troupes qui en écoutent la lecture, les cérémonies qui commémorent le 4 juillet 1776, « l’enthousiasme que peut inspirer la fête de la liberté à des âmes républicaines ». Le Courrier de l’Europe, subventionné par le ministère français, donne le texte complet dès 1777.
Toute une littérature naît et bientôt foisonne pour célébrer l’Amérique, les vertus américaines et, parmi ces vertus, les vertus civiques et politiques. M. Faÿ en a dressé le tableau : une centaine d’ouvrages parus de 1776 à 1778, auxquels il faudrait ajouter tous les articles de journaux, tous les commentaires et les admirations épars dans les oeuvres qui ne sont pas directement consacrées aux États-Unis. On y retrouve des noms illustres, Beaumarchais, Raynal, Mably, Mirabeau, Condorcet, Brissot et d’autres qui durent au sujet p.447 qu’ils traitaient une sorte de célébrité : Hilliard d’Auberteuil, l’abbé Robin, Saint-Jean de Crèvecoeur, Chastellux. Il en est de détestables. Les Essais historiques et politiques sur la Révolution de l’Amérique septentrionale de Hilliard d’Auberteuil ne sont qu’une compilation sans critique et sans goût ; mais ils furent magnifiquement imprimés et ils plurent. Les Voyages de M. le marquis de Chastellux dans l’Amérique septentrionale, dans les années 1780, 1781, 1782 avaient le mérite de la sincérité et du goût. Brissot en fit un Examen critique fort acerbe ; et la polémique, qui fut retentissante, donna à l’oeuvre une sorte de célébrité. Nous avons dit quels furent l’intérêt et le succès des Lettres d’un
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cultivateur américain de Saint-Jean de Crèvecoeur. Les Observations sur le gouvernement et les lois des États-Unis d’Amérique de Mably furent, au contraire, et malgré une réédition, assez froidement accueillies. Mably raisonnait, discutait, critiquait, au lieu d’admirer ; on l’accusa de froideur et de parti pris.
Au témoignage des livres s’ajoutent toutes sortes d’autres témoignages littéraires. La loge des gens de lettres philosophes, la loge des Neuf-Soeurs, donne, en 1780, une fête en l’honneur de Franklin. En 1782, le Musée de Paris offre, en l’honneur des États-Unis, une fête où Hilliard d’Auberteuil lit des extraits de son livre. Les académies partagent l’enthousiasme universel. Raynal fonde à l’académie de Lyon, pour 1783, un prix dont le sujet était : « La découverte de l’Amérique a-t-elle été utile ou nuisible au genre humain ? » Condorcet, Chastellux, Genty concoururent ; ils s’accordent à déclarer que la révolution des États-Unis compense les horreurs répandues par le fanatisme et l’esclavage. C’est l’abbé Genty, pourtant censeur royal, qui conclut : « L’indépendance des Anglo-Américains est l’événement le plus propre à accélérer la révolution qui doit ramener le bonheur sur la terre. C’est au sein de cette République naissante que sont déposés les vrais trésors qui enrichiront le monde. » On pense bien que Condorcet est encore plus hardi que le censeur royal et trouve dans la révolution américaine l’exemple qui doit inspirer le respect des droits de l’homme et préparer sur le globe le triomphe des vrais principes. Tous, bien entendu, ont soin de parler du monde et du globe, non de la France. Mais la France faisait p.448 tout de même partie
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du monde ; et les hardiesses, voilées, étaient assez fortes pour que l’académie renonçât à décerner le prix. En 1784, les Jeux floraux de Toulouse vont encore plus loin que Raynal et l’académie de Lyon. Les concurrents doivent étudier la grandeur et l’importance de la révolution américaine ; il nous reste deux des mémoires reçus par l’académie et tous deux admirent la révolution, l’un au nom de la raison, l’autre au nom de la nature.
On pense bien qu’en justifiant les Américains, la raison et la nature condamnaient implicitement tout ce qui, dans le gouvernement français, était si différent de la liberté et de la tolérance américaines. Quelques-uns de ces gens de lettres l’avouent à demi-mot. Hilliard d’Auberteuil prit soin de rappeler que les Français étaient liés par leur passé, et que, si des Anglais pouvaient agir au nom de leurs chartes, rien ne pouvait prévaloir en France contre les droits de la royauté. Mais la plupart ne s’attardèrent pas à des distinctions ; ils s’abstinrent évidemment de dire : « Imitez les Américains », mais ils démontrèrent que les Américains étaient admirables, c’est-à-dire parfaitement dignes d’être imités. M. Faÿ a donné de cet enthousiasme américain des témoignages nombreux et pittoresques ; on les rencontre dans toutes les classes de la société. Dans un sermon prononcé à Toulouse, en 1784, l’abbé Racine entonne un hymne à cet enthousiasme de la liberté qui a donné la victoire aux Américains. Un gentilhomme de Normandie, Jean de Marsillac, se convertit à la religion des quakers et fait pour sa nouvelle religion une propagande zélée. Chez M. de Lescure, on fait comme chez les puritains de la Nouvelle-Angleterre, chez les fermiers célébrés par Saint-Jean de Crèvecoeur : à une heure
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donnée, on arrête le jeu et les conversations pour lire un fragment de la Bible. Des journaux tels que le Journal de Paris, le Journal de Lyon entretenaient à l’égard de ces vertus américaines une sorte de culte.
On pourrait ajouter d’autres preuves à celles, d’ailleurs largement suffisantes, qu’apporte M. Faÿ. Mais leur nombre même est le plus sûr témoignage de l’étendue et de la profondeur de l’influence américaine. Ceux mêmes qui la déplorent reconnaissent sa force, son rôle essentiel. Morellet est convaincu que le peuple français « jouit de la plus belle constitution connue sur la terre » ; mais ce même p.449 peuple a une faiblesse dangereuse : « il veut toaster à la liberté des Américains, à la liberté de conscience, à la liberté du commerce ». Ségur, Talleyrand, Frénilly, Marmontel, le comte de Saint-Priest se souviennent de l’enthousiasme qui entraînait toute la jeune noblesse, de ces « étourneaux de tout âge, engoués des principes de Penn et de Franklin ». L’abbé de Véri obtient de Franklin que Greuze fasse son portrait. Il pense de la constitution américaine qu’aucune autre au monde n’est fondée sur « une base aussi juste, aussi simple et aussi solide ». Le comte Mollien constate le même engouement dans le monde de la magistrature : « Je ne vois pas un magistrat qui ne soit plus occupé des affaires d’Amérique que du procès dont je dois l’entretenir ; pas un militaire qui ne discute la constitution des États-Unis. » La vicomtesse de Fars-Fausselandry nous apporte le témoignage des femmes de son monde : « La cause des Américains semblait la nôtre ; nous étions fiers de leurs victoires ; nous pleurions sur leurs revers ; on s’arrachait les
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bulletins, on les lisait dans toutes les maisons, et nul de nous ne s’avisait de réfléchir sur le danger de l’exemple que le nouveau monde donnait à l’ancien. » Les rumeurs, la curiosité, la passion pénètrent dans les collèges. Au collège du Plessis, de Norvins et ses camarades sont « républicains », pour La Fayette et les Américains. Au collège de Juilly, le P. Petit, dit Arnault, « nous entretenait autant de la guerre d’Amérique et des exploits de Washington et de La Fayette que des odes d’Horace et des oraisons de Cicéron ». Les nouvelles à la main manuscrites, faites, comme on le sait, pour donner leur pâture aux plus vives curiosités publiques, font une très large place à tous les événements d’Amérique. En province, la ville de Clermont ordonne, en 1783, des réjouissances publiques pour célébrer l’indépendance des États-Unis. L’honnête Lamare, secrétaire du bénédictin dom Goujet, si peu curieux de politique, et qui semble ne rien savoir hors des choses de son diocèse, note cependant dans son Mémorial la victoire des colonies anglaises, c’est-à-dire la victoire américaine. Aux états de Bretagne, où il assiste, en 1785, le « héros » La Fayette soulève l’enthousiasme. Nous avons vu que des journaux provinciaux exaltent les victoires et la liberté des Américains 1.
p.450 On sait quelles ont été les conséquences politiques, les conséquences de fait de cette communion spirituelle de l’opinion française et des volontés américaines. On les suit dans toutes les histoires de la guerre d’Indépendance et dans le livre de M. Faÿ. Après l’appui moral et le départ de La Fayette, l’alliance des deux peuples, le courage et l’abnégation des volontaires ; après le
1 Voir supra p. 403.
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traité de paix, les liens, s’ils sont moins étroits, subsistent cependant. Quand la Révolution éclate, en 1789, ceux qui agissent le plus puissamment sur elle sont tout pénétrés des leçons de l’expérience américaine. M. Faÿ l’a fort bien montré. La Déclaration des droits de l’homme, la nuit du 4 août doivent certainement quelque chose à la pensée de Washington, de Franklin, de Jefferson, aux textes où s’exprimait ce qu’on pourrait appeler la philosophie de la révolution américaine. Assurément, Brissot et les autres ne la trouvaient si belle que parce qu’ils s’y retrouvaient. Ils ne lui empruntaient rien que la philosophie de leurs maîtres français n’ait pu suffire à leur apprendre. Mais, encore une fois, l’Amérique avait mis dans la balance du destin non seulement des idées mais encore des faits, non seulement des spéculations mais des réalités. C’était créer sinon les idées du moins une confiance décisive dans les idées.
J’ai pu négliger dans cette étude l’influence de la constitution politique anglaise. M. G. Bonno a fort bien montré (La Constitution britannique devant l’opinion française de Montesquieu à Bonaparte, Paris, Champion, 1932) que l’opinion française a été, à son sujet, divisée et variable selon que l’Angleterre est ou n’est pas en guerre avec nous. Cette opinion est d’ailleurs celle de théoriciens qui y voient un sujet de discussions abstraites, non de suggestions révolutionnaires. Et c’est justement à l’époque de la guerre d’Amérique que notre opinion devient résolument hostile à l’organisation anglaise. C’est alors seule l’Amérique qui compte.
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CHAPITRE IX
QUELQUES EXEMPLES
Un abbé de Cour
Un gentilhomme campagnard.
Deux petites bourgeoises parisiennes
Un jeune bourgeois de province 1
La jeunesse de quelques révolutionnaires
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p.451 Quelques exemples plus détaillés confirmeront les résultats de l’enquête générale. Ils montreront que l’esprit philosophique s’est répandu à la fois plus largement et plus profondément après 1770. Dans tous les milieux, quand on raisonne sur la politique et sur la religion, on fait preuve, dès qu’on cesse d’accepter et de croire, de plus d’indépendance et de plus de hardiesse.
Par sa naissance, par sa vie, par ses amitiés, l’abbé de Véri, de la famille des marquis de Véri, appartient à la haute aristocratie et au monde de la Cour. Ami intime de Maurepas, de Malesherbes, de Turgot, il est mêlé à toutes les intrigues politiques. S’il n’occupe par lui-même aucun emploi important, on sait que par ses amitiés, son intelligence, son expérience, il peut jouer un rôle. D’autre part, ce n’est ni l’un des « étourneaux » de la jeune cour, ni l’un de ces vieillards aveugles et têtus qui ne voient rien que leurs préjugés. Il n’est pas à la remorque de ses ambitions et de ses passions. Assuré de larges revenus, dédaignant les intrigues nécessaires à ceux
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qui veulent obtenir des emplois, peu soucieux peut-être d’en affronter les fatigues et les inquiétudes, il a vécu dans l’indépendance. Enfin c’est p.452 un excellent esprit qui, dans ses jugements ou dans sa conduite, n’est ni hasardeux, ni timoré. Il voit juste, le plus souvent, dans la mesure où c’était possible. Or, cet aristocrate désintéressé et pondéré est, en matière de politique, tout pénétré d’esprit philosophique. Il va plus loin que Voltaire, presque aussi loin que Mably ou Condorcet.
Tout d’abord c’est un observateur attentif de toutes les manifestations de l’esprit nouveau. Dans aucun des Mémoires du temps, J’entends dans ceux qui furent rédigés avant la Révolution, on ne trouve des réflexions aussi nettes, aussi brutales sur les transformations de l’opinion. Les jugements de l’abbé de Véri pourraient servir de conclusion à toutes les enquêtes de ce livre. « Les réflexions philosophiques sur l’égalité des hommes, sur la liberté naturelle de chaque individu, sur les abus de la monarchie et sur l’absurdité de la vénération religieuse pour une classe de famille, l’exemple des colonies anglaises d’Amérique, les livres dans les mains de tout le monde et les lumières répandues qui donnent lieu de tout peser à la balance du droit naturel ont fait naître sur la religion monar-chique, ainsi que sur les religions révélées, des idées très éloignées de celles que J’ai vu dominer dans ma jeunesse... Les expressions triviales de ma jeunesse : servir le roi, servir la patrie, planter des choux, végéter dans son village n’ont plus dans la bouche des Français les impressions de gloire ou de
1 Ouvrages de référence générale : abbé de Véri, Journal (275) ; Montlosier, Mémoires (209) ; J.-P. Brissot, Mémoires (46) ; le même, Correspondance, (315) ; Mme Roland, Lettres (366) ; Lucile Duplessis, Journal, (89).
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mépris qu’elles portaient anciennement. A peine ose-t-on dire : servir le roi ; on y a substitué le mot : servir l’État. Ce dernier mot a été, du temps de Louis XIV, un blasphème. Nous avons vu, dans les vingt premières années de Louis XV, un reste de ce esprit lorsqu’un ministre se récria dans une académie contre le mot : servir la nation. "Il n’y a point de nation en France, dit-il, il n’y a qu’un roi." Aujourd’hui personne presque n’oserait dire dans les cercles de Paris : "Je sers le roi... "je sers l’État, J’ai servi l’État, voilà l’expression la plus usitée. » L’esprit critique a gagné toutes les classes de la nation, le soldat qui « raisonne et n’obéit plus en machine » ; l’« étage mitoyen » qui ne croit plus à l’origine divine de la royauté et qui ne regarde le souverain que « comme l’homme d’affaires de la nation », le peuple dont l’amour p.453 pour la maison royale est « prodigieusement diminué ». Et les critiques s’étalent au grand jour. L’abbé de Véri se rappelle le temps « où l’on se défiait presque de son frère et de son ami ». Mais ces temps sont révolus ; et le maréchal de Richelieu a pu dire des règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI : « Sous le premier on n’osait pas parler, sous le second on parlait tout bas, et maintenant on parle tout haut. » Tous ces jugements sont confirmés par toutes sortes de faits que l’abbé recueille avec application : l’indifférence à la naissance du duc de Berry, l’accueil glacé fait à la reine quand elle paraît à l’Opéra, les discussions sur les corvées à l’assemblée provinciale du Berry, jetée dans la discorde par « un mot... celui de privilège », etc. Si bien que Véri en arrive non pas, comme une dame de la cour, à se demander si Louis XVI « y sera encore dans deux ans » ! mais à penser qu’on a eu raison de parier « qu’il n’y
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aurait plus de royauté en France et en Angleterre dans un demi-siècle ».
La perspicacité de l’abbé s’explique : il découvre ce qu’il est content de trouver. Il n’aime pas le régime dont il est le spectateur. Il déteste le règne de Louis XIV, ses injustices, ses oppressions ; les persécutions contre les protestants lui « font horreur » ; et il est choqué par les éloges de Voltaire dans son Siècle de Louis XIV. Il est révolté par l’adulation et la morgue royales, par les lettres de cachet, le brigandage des « alentours » du roi. A tous ces abus, il oppose les leçons de ceux qui sont vraiment ses maîtres, des philosophes. Il a pour Voltaire, pour Zadig, Memnon, Candide, la plus vive admiration ; s’il ne craignait pas de manquer à la politesse, il affirmerait « que Voltaire illustrerait plus la nation française à lui seul que ne ferait l’élixir de tout ce qui existe maintenant à Versailles ». Rousseau le transporte, car « il allume l’amour de la vérité et de l’humanité dont sa plume paraît embrasée ». Et Véri se laisse gagner par tous les rêves encyclopédiques. Il croit que l’espèce humaine s’est beaucoup améliorée, matériellement et moralement, au cours du XVIIIe siècle ; il pense qu’on arrivera à fonder la paix universelle. Comme il a l’esprit positif et de l’expérience il sait bien que tel ouvrage politique n’est qu’une rêverie : « Mais à force de rêver humanité le sentiment se glisse dans l’âme insensiblement. N’est-ce pas ainsi que, dans les siècles antérieurs, la destruction se répandait p.454 sur la surface de la terre parce qu’on ne rêvait que faits de guerre dès le berceau. »
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Si bien que l’abbé de Véri devient explicitement non pas démagogue ni même démocrate, mais républicain. Il voudrait l’égalité entre tous les propriétaires « dans lesquels au fond l’autorité devrait être tout entière sans s’embarrasser s’ils sont prêtres, militaires, bourgeois ou laboureurs ». S’il était moins ami de son repos il préférerait « l’état républicain qui a cependant ses inconvénients » ; mais il ne se dérangera pas « pour en produire la révolution » ; il craint de se trouver « dans le passage ». Il avait raison, car il s’y trouva, fut jeté en prison et ne fut sauvé que par le 9 Thermidor. Son philosophisme et son républicanisme ne résistèrent pas à l’expérience. Il prit en haine la Révolution et les grands seigneurs qui pactisèrent avec les Jacobins. Il affirma comme Marmontel, Morellet, Beaumarchais, Mercier qu’il n’avait pas voulu cela. Mais il avait rêvé du moins, désiré le règne de la sagesse philosophique, c’est-à-dire l’avènement d’un monde nouveau.
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Le comte de Montlosier est tout l’opposé de l’abbé de Véri. Autant celui-ci est d’humeur paisible, de jugement froid et de vie réglée, autant celui-là est sans cesse emporté par les tourbillons d’une humeur inquiète et d’une sensibilité frémissante. L’âge fera de lui un professeur, un fonctionnaire, un défenseur obstiné de tous les principes d’autorité. Il voudra qu’on surveille la liberté de la presse, qu’on fonde l’État sur les privilèges de classe. Il démontrera infatigablement qu’il faut marcher « bien armé et avec du gros canon, s’il est possible, contre tout ce qui s’appelle aujourd’hui accroissement des lumières, progrès de la civilisation, esprit du siècle : masques nouveaux sous lesquels reparaissent nos anciens droits de l’homme avec leur séquelle de
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liberté, égalité, fraternité ou la mort » ! Mais quelle jeunesse et quelle maturité vouées à toutes les aventures de l’esprit, à tous les revirements de la destinée ! Au collège ce sont les enthousiasmes mystiques, le rêve d’ascétisme, l’âpre joie de porter des bracelets de fer garnis de pointes qui s’enfoncent dans les chairs. Puis ce sont les troubles obscurs des sens, l’inquiétude p.455 du coeur, la pente insensible qui mène des amours mystiques aux amours charnelles. Un beau jour, c’est le « crime » avec la complicité d’une femme douée d’une sensibilité « facile à exalter » ; ce sont les remords torturants et les rechutes plus délicieuses que les remords ne sont cruels. En même temps, c’est la passion d’apprendre ; vers dix-huit ans il étudie Burlamaqui, Grotius, Pufendorff, la chimie, l’anatomie, la chirurgie ; dans cette ardeur dévorante de savoir il se lève à trois heures du matin ; il veut tout comprendre, tout expliquer. Dès le petit séminaire, il n’était pas content des preuves de Dieu ou du christianisme qu’apportait le professeur de philosophie. Il en cherchera donc d’autres pour mieux discuter avec un frère qui est jésuite, un autre qui est théologien. Il lira Voltaire, Rousseau, Diderot.
Mais, tout en lisant, il glissera de la foi de son enfance au déisme et à l’athéisme décidé. Il apprendra « presque par coeur » l’Examen impartial (sans doute l’Examen important de milord Bolingbroke de Voltaire), le Système de la nature. Il se fera « une société de prêtres beaux-esprits, dont quelques-uns étaient déistes, d’autres franchement athées ». Bientôt il ira aussi loin dans le philosophisme qu’il était allé dans la ferveur mystique : « De cette manière je devins ce qu’on appelait alors
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philosophe. Je regardai l’indépendance comme le premier droit de la nature, l’égalité comme le droit naturel des sociétés. Toute obéissance me parut une servitude, toute action sur la liberté une tyrannie. La féodalité fut à mes yeux un brigandage, la chevalerie une extravagance, la naissance un préjugé. J’achevai de repousser tout à fait les preuves de la religion et celles de l’existence de Dieu. Les prêtres zélés me devinrent odieux ; les moines me parurent risibles, les cérémonies religieuses un amusement pour des servantes ou pour des enfants. Enfin la nature me parut la seule divinité du monde. » Cette philosophie lui donne peut-être des satisfactions ; elle ne lui assure pas le repos. Ennuyé de sa province il tente quelque temps la fortune à Paris et n’y trouve que des déceptions. Il retourne dans son Auvergne, mais c’est pour y voir mourir son amie et se plonger dans une vie romantique de mélancolie, de solitude et de contemplation. Le voilà convaincu que le bonheur est dans une vie à la Jean-Jacques. Il p.456 avait une voisine qui n’était ni jeune, ni riche, mais qui possédait une humeur égale et un petit bien dans un site qui ravissait Montlosier. Il l’épousa, sans amour, pour le plaisir de vivre dans un beau pays. Désormais il passe son temps à s’occuper, mal, de ses terres, à quelques fugues qu’il se reproche amèrement, à des promenades solitaires toutes remplies de contemplations et d’effusions romantiques : « J’y passais la journée entière... Etendu sur une belle pelouse verte, je parcourais à mon aise, de mes regards, l’horizon immense qui se découvrait devant moi. Ici je voyais la pointe des tours du château, ancienne demeure de mon amie : un peu plus loin, le clocher qui domine sa triste nouvelle demeure, c’est-
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à-dire son tombeau. Alors des larmes coulaient dans mes yeux, et, comme le dit saint Augustin, J’éprouvais du bien de ces larmes. » Mais ces effusions du coeur ne lui avaient pas fait perdre le goût de la lecture. Il lisait, du moins, il le prétend, Platon, Aristote, Sénèque, Tertullien, Philon, Jamblique, Porphyre, Psellius, Plotin... Ce n’étaient plus des encyclopédistes. Il s’était détourné d’eux. Le « panorama de l’Univers », les voix cachées des montagnes, les ravissements de la contemplation l’avaient ramené au déisme de Rousseau. En même temps, il avait cessé de croire que la féodalité était un brigandage, la naissance un préjugé et qu’il fallait rendre aux hommes l’égalité à laquelle ils avaient droit. Député de la noblesse aux États généraux et à l’Assemblée constituante, il se fit le défenseur des droits de la noblesse et de l’autorité monarchique ; il fut un des premiers émigrés. Le philosophisme n’avait été chez lui qu’une crise, mais violente et longue.
La philosophie a été, au contraire, la véritable raison de vivre, et même de mourir, de J.-P. Brissot. « Phédor, dit-il (Phédor c’est lui), était plutôt fait pour être philosophe que politique. » Rien, en apparence, ne le préparait à être ni l’un ni l’autre. Son père était « maître traiteur et cuisinier » à Chartres ; il connaissait fort bien son métier et gagnait beaucoup d’argent puisqu’il laissera une fortune de cent cinquante à deux cents mille livres, c’est-à-dire plus de deux millions de notre monnaie ; mais il prisait peu les sciences qui n’étaient p.457 pas culinaires, et, s’il n’avait tenu qu’à lui, ses fils se seraient bornés à ce que leur apprenait l’école primaire. Mme Brissot avait plus d’ambition et de respect pour les savants. Elle envoya Jacques-Pierre au
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collège. Ce n’était d’ailleurs pas pour en faire un philosophe à la mode du jour. Elle était fort pieuse, si pieuse que son fils accusera les dévôts de lui avoir tourné la tête et que, devenue folle, elle vivra dans la terreur des diables et de l’enfer ; un des frères de Brissot deviendra prêtre ; une de ses soeurs pratique la piété la plus étroite, et Brissot se désole de la désespérer par son incrédulité. Mais des forces invincibles le poussent du milieu étroit de sa famille et de son monde dans le vaste milieu des livres où il perdra la foi.
Il est en effet tourmenté par une ardeur fiévreuse de lecture et de travail. Dès neuf ans, s’il faut l’en croire, il est en cinquième ; dès neuf ans, son maître l’abbé Comusle lui ouvre sa bibliothèque ; il lit Rollin, Vertot, l’abbé Fleury, l’abbé Pluche ; il travaille une partie de la nuit. Toute sa vie il restera, à travers mille difficultés d’existence, un travailleur infatigable et ses publications seront aussi abondantes que variées. Il aurait pu, d’ailleurs, porter dans ces études de collège l’esprit de discipline et cultiver, comme Marmontel à Mauriac ou à Clermont, les vers latins, l’amplification latine et la philosophie de l’Ecole. Mais il semble que les temps aient changé. Ce fils d’un cuisinier sans curiosité et d’une dévote s’irrite de tout ce qu’il y a de stérile dans les études qu’on lui impose. Il se rend compte qu’il apprend à bavarder, à imiter, jamais à réfléchir ; qu’il exerce sa mémoire et, si l’on veut, son goût, jamais sa raison : « Avec la barbare méthode qu’on me força de suivre, je ne fus pendant ces sept années qu’un mannequin auquel on soufflait les pensées et les paroles. Je me traînais servilement sur les auteurs latins ; pos-sédant parfaitement toutes leurs phrases, je les plaquais dans
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mes thèmes, et je passais pour un habile homme, lorsque je n’étais qu’une machine à plagiats... En rhétorique, je commençais à sentir mon impuissance et le mauvais effet de la méthode que J’avais survie. Là, il fallait composer, il fallait avoir des idées, et je n’en trouvais aucune... Je rougissais de moi-même intérieurement, je m’épuisais pour créer et je ne pouvais y parvenir. Il ne fallait que m’abandonner à moi-même, que me forcer de fermer tous mes livres et p.458 de consulter mon esprit. Mais mon professeur ne possédait pas cet heureux secret... L’abbé Leboucq ne savait que coudre des phrases, et ces phrases composées de mots pompeux, d’épithètes ronflantes, ne présentaient que des idées communes et cent fois rebattues. » Encore, dans cette année de rhétorique, la gêne de Brissot restait confuse ; il pressentait que ses chefs-d’oeuvre scolaires n’étaient qu’un néant élégant, sans bien comprendre ce qu’ils auraient dû être. Mais son cours de logique lui dessilla les yeux. Il reconnaît les qualités que pouvait avoir cette logique scolastique ; elle est malgré tout une méthode, donc un apprentissage du raisonnement. Malheureusement, telle qu’elle est enseignée, la logique des collèges « tend à faire des disputeurs plutôt que des gens raisonnables ». Brissot mit tout de même son amour propre à briller dans la dispute. Mais, à part lui, il apprit à raisonner et, de raison en raison, il se trouva philosophe impie au lieu de docteur scolastique.
Il y aurait mis sans doute un assez long temps et il aurait eu bien des scrupules — il faisait sa logique à quinze ans — s’il avait dû raisonner tout seul. Mais on est au temps où, même à quinze ans et dans un collège, il n’est pas difficile de trouver des guides
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qui vous conduisent dans les chemins de l’incrédulité raisonnée. Déjà le professeur de logique, Thierry, accueillait avec sympathie les « idées hardies » de son élève. Et il avait les conseils d’un ami, Guillard. « Nourri par son père dans la lecture des meilleurs poètes, de Corneille, de Voltaire, de Racine, élevé de bonne heure au-dessus des préjugés religieux par les ouvrages de Diderot et de Rousseau, Guillard portait dans ses amplifications et dans ses vers les idées hardies qui l’élevaient autant au-dessus de nous que Voltaire pouvait l’être au-dessus d’un professeur de rhétorique. » Bientôt Brissot apprend « le secret de Guillard », lit les livres qui l’ont formé ; et la révolution intérieure, obscurément préparée, est soudaine et totale. Il portait jusque-là dans sa piété une ardeur exaltée, attribuant par exemple tous ses succès scolaires à sa dévotion pour la Vierge. Mais la Profession de foi du vicaire savoyard ruina cette foi candide. Ebranlé par les arguments de Rousseau, il « dévore » tous les livres pour ou contre le christianisme. Malgré des craintes, des p.459 scrupules qui pendant plusieurs années reviennent parfois le hanter, « le procès fut bientôt décidé » contre le christianisme. Il ne reste plus à Brissot qu’à en résoudre un autre en faisant son choix entre le matérialisme et le déisme : « J’errais de système en système. Je me couchais matérialiste et je me réveillais déiste ; le lendemain je donnais la pomme au pyrrhonisme. Quand J’avais la fierté de l’esprit fort, l’athéisme me plaisait davantage. Plus je m’éloignais des prêtres, plus je me croyais près de la vérité. Lorsque la voix intérieure se faisait entendre, lorsque je l’écoutais, alors J’étais convaincu de l’existence de l’Etre suprême, je lui adressais des prières avec
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ferveur. » Rousseau enfin vint l’aider à décider : « J’ai pris le parti de croire à un Dieu et de régler ma conduite en conséquence. »
Dès le collège d’ailleurs les raisonnements du jeune Brissot s’étaient attaqués aux problèmes de la politique comme à ceux de la dévotion ; et il leur avait donné des solutions encore plus hardies. Il avait bien garde, sans doute, de les étaler, mais il en nourrissait fiévreusement son imagination : « J’ai détesté les rois de bien bonne heure ; dès ma plus tendre jeunesse je me délectais dans l’histoire de Cromwell ; je pensais que J’avais le même âge que le Roi [c’est-à-dire le dauphin], et dans mes rêves d’enfant je ne voyais pas pourquoi il était sur le trône, tandis que J’étais né fils d’un traiteur. Je prévoyais avec quelque complaisance que je pourrais le voir tomber du trône et que je pourrais y contribuer. » Il se bornait d’ailleurs, dans ces spéculations, à donner au souverain détrôné une « rude leçon » et à le chasser du territoire, sans songer le moins du monde à lui couper la tête. La première oeuvre qu’il composa, avant de se lancer à Paris dans la vie littéraire, fut une brochure sur le vol et sur la propriété. Ce n’était, dira-t-il dans ses mémoires, qu’une « amplification d’écolier », un « tour de force » pour soutenir un « paradoxe » qu’il avait « avancé dans une société ». Il est probable en effet qu’il ne s’était piqué que de « raisonner » sans songer un seul instant qu’on pût tirer de ses raisonnements des conséquences pratiques. Mais il s’appliquait tout de même à démontrer ce que Rousseau avait exposé dans son Discours sur l’inégalité, c’est-à-dire que, en principe, la propriété est une espèce de vol et que, dans l’état de nature (et de bonheur), tout
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est à tous. Plus tard, les ennemis de Brissot p.460 alléguèrent qu’il prêchait la confiscation des biens — et l’anthropophagie et déterrèrent sa brochure. C’était, dit-il, « donner de la célébrité à une opinion ignorée d’un jeune homme de vingt ans et qui depuis avait suffisamment prouvé son respect pour la propriété et son amour de l’humanité ». Il aurait d’ailleurs pu ajouter que le thème était déjà dans Beccaria.
Le procédé n’était peut-être pas fort honnête, mais ce qui nous intéresse c’est justement les opinions que pouvait se forger, même par divertissement, le fils d’un maître cuisinier, à vingt ans, dans la petite ville de Chartres. Il devait d’ailleurs à la philosophie de son temps d’autres goûts que ceux de la spéculation abstraite. Tous les vents de toutes les philosophies à la mode soufflent à Chartres. Brissot lit Rousseau, Raynal et Delisle de Sales avec encore plus d’ardeur qu’Helvétius ou d’Holbach. C’est-à-dire que sa philosophie est celle de la « sensibilité » et de l’« humanité ». Il ne veut pas seulement rendre les hommes sages ; il veut les rendre heureux. Et il croit, comme toute sa génération, que le secret du bonheur est aisé : il est dans les goûts simples, dans la vie familiale et dans la bienfaisance. « Je ne demande que deux enfants au ciel, une petite campagne où je coule des jours délicieux avec mon amie. » Il croit à l’amour, à l’amitié, à la générosité, à la bonté des hommes avec une « facilité », une « naïveté » dont il sent parfois l’imprudence mais dont il ne peut se guérir. L’argent, le peu d’argent qu’il a, lui coule des doigts et il continue à vivre comme si l’argent ne comptait pas. Que sont, en effet, les plaisirs du luxe et de l’ambition auprès des joies d’une « âme
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sensible » ? « J’aime la terreur que m’inspire une forêt obscure et ces caveaux lugubres où l’on ne rencontre que des ossements et des tombeaux. J’aime le sifflement des vents qui annonce l’orage, ces arbres agités, ce tonnerre qui éclate ou gronde et ces torrents de pluie qui roulent à grands flots. Mon coeur frémit, ému, froissé, déchiré ; mais c’est une émotion qui lui paraît douce, car il ne peut s’en arracher. Il y a pour moi dans cet instant un charme horrible... » Brissot est donc à la fois voltairien et romantique ; il lui faut, en même temps que des raisons neuves, des émotions inconnues. Il est, dès sa jeunesse, l’image complète de toutes les aspirations d’une génération.
p.461 Nous n’avons pas à le suivre dans le détail d’une destinée qui le mène du collège à la Révolution. Rappelons seulement qu’aucune carrière ne lui plaît, si ce n’est celle d’écrivain et de journaliste. Dès 1774, un procureur de Paris se laisse séduire par les qualités qu’il croit découvrir — chose singulière pour un procureur — dans la préface du Discours sur la propriété et sur le vol. Il engage Brissot comme premier clerc (aux appointements de quatre cents livres par an !). Voici notre Chartrain lancé dans la vie de Paris, vite dégoûté de la procédure et livré aux joies et misères de la littérature. Il fait, comme il le dit, le dur métier de « livrier ». Deux prix donnés par l’académie de Châlons-sur-Marne pour des sujets de concours hardis (sur « La réforme des lois pénales en France » et sur « Les indem-nités à accorder aux accusés reconnus innocents ») lui donnent une petite célébrité. Il a étudié, entre temps, l’anglais, l’italien, la chimie, l’anatomie et bien d’autres choses. Il est lié avec Delisle de Sales, Lacretelle. Il est prêt à disserter et il disserte
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sur tout. Il est journaliste, polémiste, écrivain à gages ; il est berné, volé, plus souvent accablé de dettes qu’assuré du lendemain. Mais rien ne le décourage. Il est né pour écrire et raisonner, et pour la politique le jour où elle semblera s’ouvrir aux raisonneurs.
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Lucile Laridon-Duplessis, qui épousera Camille Desmoulins, n’est certes pas une raisonneuse. A dix-huit ans, en 1788, elle ne semble souvent, dans les brèves notations de son journal, qu’une enfant. Elle mène à l’ordinaire la vie un peu désoeuvrée et puérile d’une petite bourgeoise. Elle va cueillir des framboises, elle élève des vers à soie, examine des colimaçons, file la quenouille, ce qui l’ennuie, se promène dans le jardin ou le long des chemins avec sa mère. Mais on devine cependant qu’elle est fort instruite. Son père n’est que le fils d’un maréchal ferrant, venu de sa province à Paris. Il est devenu premier commis au Contrôle général des finances. Il y a gagné certainement une petite fortune, car il possède, à Bourg-la-Reine, un bien de roture agréable, de vingt et un arpents, où l’on va passer les dimanches et les mois d’été. Mais il a voulu que sa fille fût instruite ; il lui a promis, quand elle est fort jeune, de lui p.462 donner « tout ce qu’elle voudra » si elle apprend Zaïre, et l’enfant en sait déjà la moitié ; que le père tienne donc sa promesse et emmène ses filles à la campagne pour voir les petits cochons. Plus tard Lucile apprend l’italien, le piano, lit l’Hymne au Soleil de l’abbé de Reyrac, l’Age d’or de Sylvain Maréchal, Grandisson, joue du piano, compose des contes et des romances. Il n’est pas douteux que sa vie et ses lectures lui ont appris à sentir plutôt qu’à penser ; elle est toute pénétrée de
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rêverie, d’inquiétude et de mélancolie romantiques. Tourments éternels sans doute des jeunes filles oisives et romanesques qui attendent et redoutent l’amour. Mais Lucile ne se contente pas de subir obscurément ces troubles ; elle les appelle, s’y complaît, les entoure de littérature, les confie à un journal. Elle se couche sur le gazon, pour rêver ; elle trouve la pluie, sous les arbres, délicieuse ; elle médite dans son bosquet ; elle joue du piano la nuit, sans lumières. Et puis elle songe à l’amour, au mariage, à leurs promesses, à leurs menaces ; tant que les hommes vous désirent on est des « êtres célestes » ; quand ils vous possè-dent, ils sont ingrats, infidèles. Ne vaut-il pas mieux n’aimer que sa mère ou Olimpe, son amie ? Pourtant Camille Desmoulins, un petit avocat sans argent, l’aime avec ténacité. « Comment faut-il faire pour être heureuse ? » Et le bonheur n’est-il pas une chimère ? A certains jours on est las de tout. « Je ne désire rien, je ne désire que de n’avoir jamais existé... Que je suis lasse de vivre, et je crains de mourir. »
Il n’est pas difficile de deviner ce qui a nourri dans l’âme de Lucile ce romantisme. Puisqu’elle lisait des romans, elle en lisait assurément qui étaient écrits pour des âmes sensibles. Puisqu’elle se promenait elle rencontrait des « jardins à l’anglaise » dessinés pour le « recueillement » et la « rêverie ». Mais elle n’est pas seulement une rêveuse et une romantique ; elle est une sceptique. Il y a des choses graves et même les choses les plus graves auxquelles elle ne croit plus. Elle ne croit plus à la religion chrétienne. Qui lui a enseigné l’incrédulité ? On ne sait. Elle va à la messe le dimanche avec sa mère. On conserve donc, chez elle, au moins les apparences. Mais son
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Dieu n’est plus que le Dieu de Rousseau et non celui du Credo ou du Pater. Elle est obligée de lui composer sa prière : « Etre p.463 des êtres... es-tu un esprit ? qu’est-ce qu’un esprit ?... es-tu une flamme ?... mon Dieu, je ne me connais pas. Quel ressort me fait agir ? Est-ce une partie de toi ?... Oh non ! Je serais parfaite... Tous les jours je demande qui tu es... Tout le monde me le dit... et personne ne le sait. » Dans tous les cas ce ne sont pas aux explications chrétiennes qu’elle croira : « En allant à la campagne nous avons rencontré une procession ; que je les trouve ridicules ces prêtres avec leurs psaumes à chanter [ ?] ; ils font quelquefois crever un malade de peur ; qu’elle est basse notre religion ! » Il semble même que, pour Lucile, la politique royaliste ne vaille pas mieux que la religion. Dans le peu d’allusions qui y touchent, on voit qu’elle croit à tout ce qu’on dit de la reine, de « madame déficit » ; elle la déteste ; elle est contente qu’elle soit inquiète et qu’elle pleure ; on la devine tout acquise à ceux qui veulent renouveler la nation. Camille Des-moulins la trouvera toute prête à le suivre.
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La vie intérieure de Manon Phlipon qui deviendra Mme Roland ressemble beaucoup à celle de Lucile Duplessis qui deviendra Mme Camille Desmoulins. Mêmes inquiétudes et mêmes tourments obscurs ; même habitude de s’y complaire et d’en goûter à la fois les mélancolies et les élans ; mêmes croyances ou plutôt mêmes incroyances ; même effort pour trouver sa raison de vivre. Il y a seulement la distance qui sépare une âme un peu puérile, que seuls l’amour et le destin hausseront au-dessus d’elle-même, d’une âme vigoureuse qui se place bien au-
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dessus du niveau commun. Nous connaissons d’ailleurs infiniment mieux Manon Phlipon, par les centaines de lettres et les Mémoires qu’elle nous a laissés. Comme Lucile Duplessis elle est d’abord toute ardeur et toute sensibilité. Elle vit pourtant dans un milieu paisible et prosaïque de petite bourgeoisie. Elle est la fille d’un graveur resté veuf et dont les sept autres enfants sont morts, à leur naissance ou en nourrice. Elle n’a passé au couvent qu’une seule année, et le dessein d’y rester religieuse n’a pas duré. Mais elle n’a besoin que d’elle-même, dans la modeste maison du quai de l’Horloge, pour se construire le monde intérieur le plus divers, le plus vivant, le plus vibrant. « Mon coeur se déchire p.464 à force de tendresse... Alexandre souhaitait d’autres mondes pour les conquérir ; J’en souhaiterais d’autres pour les aimer. » Tantôt exaltée, tantôt anxieuse, elle passe des « noires vapeurs » à la « douce rosée de mélancolie ». Mais elle n’est pas seulement une âme sensible ; peut-être même n’est-elle pas surtout une âme sensible et aspire-t-elle aux extases du coeur plus qu’elle n’est capable de les éprouver ? Son premier amour pour Pahin de la Blancherie n’est guère qu’un amour de tête. Elle est surtout la proie d’une imagination dont les « fièvres » sans repos la dévorent. Elle le sait bien elle-même puisqu’elle est sans cesse tirée entre la raison et le rêve et qu’elle est aussi capable de se juger que de s’égarer : « J’ai, par dessus tout cela, une imagination vorace... Je ne puis encore me flatter comme toi de tenir les rênes de cette fougueuse imagination. » Mais du moins il faut à cette voracité « des aliments forts et substantiels » ; et c’est d’une main ferme et obstinée et non point molle et résignée qu’elle tente de dompter
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le « coursier ». Manon Phlipon est exaltée ; elle n’est en réalité ni romantique ni même romanesque. Jamais elle n’est l’esclave d’elle-même ; toujours elle veut savoir ce qu’elle est et se contraindre à suivre la raison et la vérité : « Je veux que ma conduite soit le triomphe du vrai et la sincérité avec moi-même sera le but immuable de mes efforts et de mes démarches. »
Imagination et raison, élans vers l’inconnu et application à se bien connaître lui ont donné, très jeune, un furieux appétit de lecture qui devait faire d’elle la proie des livres. Il n’y a pour ainsi dire pas une des voix du XVIIIe siècle qu’elle n’ait écoutée pour lui demander son chemin. Elle ne lit d’abord, car elle est fort pieuse, que des auteurs pieux ou sages : Plutarque, Rollin, Crevier, Saint-Réal, Vertot, Mézeray. Mais elle n’est point surveillée ; ou même c’est son confesseur qui la met dans les chemins dangereux et lui apporte La Nouvelle Héloïse. Elle va donc d’abord, vers dix-huit ans, de Thomas à Pope, de Montesquieu à Maupertuis, de Young à l’Espion turc ou à Burlamaqui. Puis elle rencontre « un ouvrage d’un matérialiste » et l’Émile peut-être, qu’elle cite ; et bientôt, de dix-huit à vingt ans, elle s’enfonce dans la philosophie la plus hardie, tout Voltaire, tout Rousseau qu’elle adore, le marquis d’Argens, Helvétius, Boulanger, p.465 Raynal, Bayle, le Système de la nature de d’Holbach, le Code de la nature de Morelly.
Sa foi religieuse céda devant ces assauts. Elle était d’abord profondément croyante. C’était en Dieu et dans les pratiques de la piété qu’elle cherchait la raison de sa destinée et l’apaisement de ses fièvres. A dix-sept ans, en 1771, elle écrivait encore, pour Sophie Cannet ou plutôt pour elle, une très longue justification
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de la religion où il n’est pas difficile d’entendre Pascal, Bossuet, Fénelon et quelques autres. Plaidoyer trop long même, car on ne se démontre pas avec tant d’application ce dont on est solidement convaincu. Dès 1774, en effet, au plus tard, elle traverse une première crise de doute ; puis elle guérit ou se croit guérie. Mais elle est en réalité à demi vaincue : pour garder sa foi elle a dû renoncer à la raisonner et se réfugier dans les certitudes du sentiment et les preuves du coeur : « J’admire comme Dieu m’attache à sa religion par le sentiment, tandis que l’esprit seul me la ferait rejeter ; je raisonne et je doute, mais je sens et je me soumets. » Seulement la raison de Mme Roland n’est pas de celles qui se taisent longtemps devant la voix du sentiment. Elle parle toujours : « Je suis dévote, parce que c’est mon coeur qui agit : toutes les fois qu’il a l’empire, la religion triomphe ; mais quand il est bien tranquille et que mon esprit prend son vol, il se balance dans les airs, veut croire et doute encore. » Bientôt cet esprit ne doute même plus ; il est sûr que le christianisme n’est qu’un mensonge. Manon Phlipon ne rompt pas ; elle évitera tout scandale. Plus tard, en province, elle agira comme il convient « à une mère de famille qui doit édifier tout le monde ». Mais ce n’est plus qu’une déférence. Rousseau et Raynal ont fait leur oeuvre. Elle tient le christianisme pour la religion la plus respectable et sa morale pour admirable. Mais elle n’accepte ni ses dogmes, ni son histoire ; elle a de l’horreur pour son fanatisme, du dédain pour ses miracles et ses rites, de la répugnance pour ses rudesses. Elle est exactement disciple du Vicaire savoyard, et aussi dure d’ailleurs que le Vicaire pour le rationalisme athée.
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C’est la grande crise de la vie intérieure de Manon Phlipon, plus grave que tous les débats de sentiment où elle s’évertuera avant p.466 et après son mariage avec Roland. Elle s’est infiniment moins intéressée, avant 1787, aux problèmes de la politique. Elle a appris de ses maîtres les philosophes à détester le despotisme et certains abus de l’ancien régime ; elle souhaite la liberté de conscience et la liberté de penser, etc. ; mais elle est peu curieuse des problèmes du gouvernement ; elle pense assurément que c’est plutôt l’affaire des hommes. A vingt ans, elle s’intéresse aux batailles des parlements ; elle lit La Constitution d’Angleterre de Delolme ; elle est de tempérament « républicain » ; mais la république de ses rêves n’est, elle le sait, qu’une chimère : « Si, avant de paraître au monde, on m’eût donné le choix du gouvernement, je me serais déterminée par caractère pour une république ; il est vrai que je l’aurais voulue constituée comme il n’y en a plus actuellement en Europe » ; c’est-à-dire qu’elle aimerait vivre dans une république « vertueuse » et « citoyenne » à la façon de Mably. Mais elle sait que cela n’est pas fait pour la France ; elle se résigne à une monarchie modérée et paternelle qu’elle veut « respecter et chérir par devoir et réflexion ». Plus tard, vers trente ans, au déclin de la monarchie, elle aura moins de respect et d’affection et ne craindra pas de traiter certains Français d’« esclaves ». Mais elle continuera à rester fort étrangère à la politique jusqu’au jour où les événements l’y jetteront.
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Nous ne sommes pas aussi abondamment renseignés sur la jeunesse des plus illustres révolutionnaires. Mais nous pouvons
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connaître cependant, pour la plupart, le milieu où ils ont été élevés et, souvent, les influences qui les ont formés. Ils appartiennent à la petite ou moyenne bourgeoisie ; ils ont été instruits dans les collèges et il faudrait les joindre à toute cette jeunesse à la fois incroyante, sceptique et confiante dans l’intelligence, la raison et le génie des hommes pour assurer un avenir d’équité et de bonheur. Danton est élève de ce collège de Troyes où les Oratoriens, plus encore que dans les autres collèges, montrent tant de hardiesse philosophique ou du moins tant d’indépendance d’esprit. Sans fortune, réduit au maigre salaire de clerc de procureur à Paris, il lit avidement l’Encyclo-pédie, Rousseau, Diderot ; il est de ceux dont la tête fermente, dans p.467 l’impatience d’agir. Camille Desmoulins, élève brillant de Louis-le-Grand, est un petit avocat, pauvre et obscur, d’autant plus impatient de fixer la fortune qu’il aime, est aimé et ne peut se marier que s’il gagne de quoi vivre. Dès le collège, il est très certainement de ceux qui ont lu les philosophes et qui ont appris, en les lisant, à dédaigner les traditions du passé. Il ne méprise ni les succès scolaires, ni, en apparence, les maîtres dont ces succès dépendent. Il fait imprimer en 1784, chez « les marchands de nouveautés », une Epître à MM. les administrateurs du collège Louis-le-Grand, qui demeure fort respectueuse. Mais les marchands de nouveautés ont remplacé par des points deux vers rétablis à la plume dans un exemplaire de la Bibliothèque de la ville de Paris et qui sont à peu près tout le programme de la philosophie :
Qu’il est beau, qu’il est grand de n’adopter pour maître
Ni Platon, ni son siècle [et de n’avoir que soi
Pour son législateur, son seul juge, son roi].
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De Robespierre jeune nous ne savons pas exactement ce qu’il pensait. Peut-être, sans la Révolution, n’aurait-il été qu’un homme de lettres assez obscur, parmi cent autres et moins hardi que bien d’autres. Mais c’est un très brillant élève du collège Louis-le-Grand. C’est lui qui harangue Louis XVI au retour de son sacre, au nom de ses camarades ; il remporte au Concours général un premier accessit d’amplification française. Plus tard, comme Marmontel, Thomas, Brissot et tant d’autres, il tente la fortune littéraire par le chemin qu’avaient illustré Rousseau, Marmontel, Thomas. Il rend visite à Rousseau. Il brigue des couronnes académiques. Buzot, au collège, a le coeur rempli de son histoire grecque et romaine ; il lit Plutarque avec délices, c’est-à-dire qu’il se nourrit du spectacle de vertus « civiques » et « républicaines » ; il lit aussi Rousseau et se fait une âme sensible et humanitaire. Vergniaud passe plusieurs années au séminaire, celui de Saint-Sulpice, sans doute ; nous ne savons pas s’il y eut une âme de séminariste. Mais dans sa bibliothèque d’avocat, à Bordeaux, on trouve la Philosophie de la nature de Delisle de Sales et le Catéchisme du curé Meslier. Lombard de Langres est élevé au collège de Chaumont par les pères de la doctrine chrétienne. Il est probable qu’ils ne firent point de lui un chrétien très p.468 zélé, car il y eut pour maîtres Manuel et ce P. Dupont qui fut député à la Convention et qui, nous dit Lombard, ne croyait point en Dieu. Carnot garde d’abord une foi sincère ; mais dès l’École militaire il va faire une visite à Rousseau qui, d’ailleurs, le reçoit aigrement ; de pieux, il devient déiste après avoir étudié, par curiosité personnelle, la philosophie pendant dix-huit mois. Barère est la proie d’une âme inquiète. Il cultive la
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mélancolie et déjà le mal du siècle. Il fait « avec dévotion des pèlerinages au tombeau de J.-J. Rousseau ». Il s’entretient avec de pauvres vagabonds et ses yeux sont « baignés de larmes ». Le jour de son mariage une tristesse profonde et sans cause lui « serre le coeur ». Billaud-Varenne a tour à tour des crises de perversité et de mysticisme. Il se met à l’école de Rousseau. Son précepteur lui montre la misère profonde et injuste des campagnes. Avant la Révolution, c’est-à-dire avant vingt-huit ans, Barnave a lu Voltaire, Rousseau, Diderot, le Système de la nature, Helvétius, Raynal. A vingt-deux ans, il prononce, à l’ouverture du parlement de Grenoble, un discours sur « la nécessité de la division des pouvoirs ». Goujon, dans sa jeunesse, s’enthousiasme pour le Contrat social et Raynal ; Roederer, tandis qu’il étudie à Strasbourg, lit Helvétius, le Contrat, Montesquieu, Delisle de Sales ; Dulaure, à la grande indignation de ses parents, cache dans sa malle les livres des philosophes.
De la jeunesse de beaucoup d’autres nous ne savons pas grand-chose. Nous connaissons pourtant les succès scolaires de Couthon, Lebas, Collot d’Herbois, Gensonnet, Pétion, Saint-Just. Certains, probablement, n’ont pas eu, au collège ou dans leur jeunesse, d’autre ambition que d’étudier et de faire leur chemin ; rien n’y trahit des inquiétudes religieuses ou des projets politiques. Barbaroux, par exemple, boursier au collège de l’Oratoire à Marseille, y remporte des succès ; il tente la fortune à Paris où il prépare l’Ecole des Mines et vit de misère ; cinq ou six louis doivent lui durer trois mois. Puis il rentre à Marseille en
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1789. Rien ne montre dans ses lettres la moindre inquiétude de conscience, la moindre curiosité politique.
Nous avons dit 1 que certains de ces futurs révolutionnaires se sont trouvés plus ou moins groupés, mais peu importe. Ils seraient devenus p.469 aisément, dans d’autres collèges ou d’autres universités, ce qu’ils furent. Nous avons montré que ce n’est pas seulement ici ou là que l’esprit des collèges et de la jeunesse se transforme. C’est, plus ou moins, dans presque toute la France. Ceux qui allaient devenir les chefs de la Révolution n’étaient pas des isolés, des révoltés menés secrètement par des idées et des passions singulières ; ils pensaient sinon comme tout le monde, du moins comme beaucoup.
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1 Voir supra, pp. 380-381.
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CHAPITRE X
LA DIFFUSION DES IDÉES PHILOSOPHIQUES DANS LES MILIEUX POPULAIRES
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p.471 Il semble à peu près impossible de la bien connaître. Pour étudier les quelques dizaines de milliers de personnes qui composaient l’élite intellectuelle de la nation, nous disposons de très nombreux documents ; pour juger les quelques centaines de mille qui représentaient la moyenne bourgeoisie, les documents sont moins nombreux mais encore suffisants, d’autant plus que bon nombre d’entre eux sont directs et irrécusables. Pour connaître les dix-huit à vingt millions de Français qui étaient le peuple nous n’avons qu’un petit nombre de documents ; et la plupart d’entre eux sont les impressions les opinions de gens qui n’étaient pas du peuple, qui ont jugé peut-être sur des apparences, généralisé des expériences tout à fait limitées. Il se trouve, heureusement, que l’enquête n’est pas indispensable. Il est certain que, dans leur immense majorité, les gens du peuple ont pu accepter, suivre puis précipiter la Révolution mais qu’ils n’en ont conçu ni la doctrine, ni même l’idée ; et que ceux d’entre eux qui ont eu cette idée y sont venus pour des raisons politiques, pour échapper à des misères et non parce qu’ils avaient médité les doctrines des philosophes. Le petit nombre de ceux qui pouvaient lire et réfléchir n’a pu fournir qu’un appoint à l’action de l’élite et de la bourgeoisie.
On pourrait de même écarter la question de l’instruction primaire qui a fait couler tant d’encre et suscité tant d’études
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dont beaucoup p.472 sont d’ailleurs très précises et très précieuses. Mais elles intéressent surtout une polémique : est-ce la Révolution qui a la première voulu instruire, élever le peuple, et la monarchie l’a-t-elle laissé croupir dans l’ignorance et l’obscurantisme ? Au contraire, la Révolution n’a-t-elle fait que continuer une oeuvre déjà prospère avant elle ; l’instruction primaire était-elle très développée avant 1789 ? Beau sujet de discussions et diatribes politiques. Mais la solution est à peu près sans importance pour notre sujet. Qu’apprenait-on en effet dans ces petites écoles ? Si l’on en excepte quelques petites villes et bourgs où le régent était capable d’enseigner le latin pour prépa-rer quelques rares élèves à entrer au collège le plus voisin, on ne donnait que les connaissances « usageables » les plus élémentaires : lire, écrire, les quatre règles ; on apprenait à lire dans quelque vie des saints ; nulle part, à aucun moment, il n’était question de donner la moindre curiosité intellectuelle, le moindre goût de la réflexion. En quoi le fait de savoir lire, écrire et calculer pouvait-il conduire ces enfants du peuple à réfléchir sur leur condition et à concevoir une politique qui la transformerait ? Savoir lire signifie aujourd’hui, pour un paysan ou un ouvrier, lire le journal, les affiches électorales, les tracts de son parti. Mais il est bien certain que très peu de gens du peuple pouvaient lire ces journaux provinciaux dont nous avons parlé ; et pour y trouver des curiosités audacieuses, y prendre des leçons de philosophie, il fallait être éclairé par d’autres lectures. Savoir combien de Français savaient lire importe à l’histoire de la Révolution, non à celle des origines de la Révolu-tion. Disons pourtant comment le problème se résout.
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Il est certain d’abord que les philosophes et ceux qui se défendaient de l’être ont été fort divisés sur la question de l’instruction du peuple. Les physiocrates l’ont demandée avec énergie ; ils ont conçu l’enseignement gratuit, obligatoire et laïque. « Je suis bien convaincu, écrit Turgot, dès 1761, que les hommes ne peuvent devenir plus heureux qu’en devenant plus raisonnables et, malheureusement, la plus grande partie des hommes sont abandonnés à l’ignorance la plus profonde et plongés dans une stupidité qui les rend malheureux et redoutables, par la facilité qu’on trouve d’un côté à les opprimer et de l’autre à les séduire. » Turgot prévoit l’enseignement p.473 d’une morale sociale et même politique parfaitement laïque. D’Holbach, Helvétius ne défendent pas avec moins de fermeté les droits du peuple à être instruit. Brissot pense comme eux : « Osez l’instruire ! » Même à Reims les Affiches publient deux articles « sur la nécessité d’instruire le peuple en général » et sur ses lectures : « Le monde ne s’éclaire pas avec quelques rayons de lumière ; elle tombe par torrents sur tous les points » ; et le journal réclame pour le peuple de bons livres et même de bons écrits périodiques. A la Société royale de Metz, de Tschoudi prononce, en août 1768, un discours sur l’utilité et la diffusion de l’instruction, et l’abbé Gervaud, à l’académie de La Rochelle, lit, en 1770, un mémoire pour démontrer la nécessité d’instruire le peuple. A Lyon, de 1772 à 1780, Campigneulles, Perrache, Lacroix, le P. Gourdin se prononcent ardemment pour l’instruction populaire.
Mais, chez beaucoup d’autres, que de réserves, et surtout quelle volonté de ne donner au peuple qu’une instruction limitée
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et pratique ! Diderot examine méthodiquement les inconvénients et les avantages de la diffusion de l’instruction primaire, en s’appuyant fort judicieusement sur l’expérience de l’Allemagne. Il conclut que les avantages l’emportent de beaucoup ; mais c’est parce qu’il s’en tient aux avantages pratiques d’une instruction toute pratique destinée à former des hommes plus utiles et non pas plus réfléchis. Sur ce point, comme sur tant d’autres, les textes de Voltaire sont contradictoires ; il semble bien qu’il ait été de plus en plus persuadé que le plus grand nombre ne doit savoir « que cultiver, parce qu’on n’a besoin que d’une plume pour deux ou trois cents bras ». « Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. » On pourrait répondre qu’il crée des écoles à Ferney ; mais c’est dans le même dessein que Diderot. Rousseau veut sortir le peuple de l’ignorance ; mais lui aussi se propose seulement de lui permettre de mieux vivre et non pas de réfléchir. Ce n’est pas simplement par boutade qu’il a dit : « L’homme qui médite est un animal dépravé » ; lui-même n’a trouvé, dit-il, le bonheur qu’en cessant de réfléchir. Mercier regrette vivement la « double doctrine » qui réserve la culture à une élite initiée et la refuse aux « esprits esclaves » ; mais il est loin de p.474 croire qu’on doive permettre aux enfants du peuple la même instruction qu’à ceux des bourgeois. « N’est-il pas ridicule et déplorable de voir des boutiquiers, des artisans, des domestiques même vouloir élever leurs enfants comme les premiers citoyens, se repaître d’une profession imaginaire pour leurs descendants et répéter imbécilement d’après le régent de sixième : « Oh ! le latin conduit à tout ! » Même timidité — ou même sagesse, chez certains de ceux qui semblent écrire pour
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défendre l’instruction du peuple. J.-A. Perreau publie une Instruction du peuple dont le programme est beau : « Je me suis dit alors : non, le peuple n’est pas méchant, ni stupide, c’est l’ignorance seule qui le déprime... » ; mais il proteste violem-ment contre les laboureurs riches qui envoient leurs enfants « au collège des villes et se hâtent d’en faire des messieurs ». Son roman de Mizrim développe l’instruction primaire, mais la réduit à lecture, écriture, calcul, religion, hygiène, conseils juridiques pratiques ; il interdit les collèges aux enfants sans fortune. Et de fait, son Instruction se réduit à la morale — aux affaires — à la santé. Le président Rolland réclame de petites écoles, mais proteste contre le développement des collèges. Lezay-Marnesia disserte sur Le Bonheur dans les campagnes ; il démontre que l’instruction en est un élément essentiel, mais seulement pour ses avantages pratiques. C’est à cela que se tiennent le comte de Thélis dans son Plan d’éducation nationale en faveur des pauvres enfants (plan qu’il mit en pratique sur ses terres) ou Philipon de la Madeleine dans ses Vues patriotiques sur l’éducation du peuple où il condamne « toutes ces connaissances qui ne font qu’exciter en lui les désirs inquiets, le dégoût de son état ». En 1746, l’abbé Terrisse avait démontré l’utilité pour les gens de la campagne de savoir lire et écrire, sans plus. Trente à quarante ans plus tard, on y ajoute des connaissances d’économie rurale, d’hygiène, de morale sociale parfois ou de droit usuel ; mais il ne s’agit toujours que de mieux vivre, non d’apprendre à penser.
D’ailleurs, un bon nombre de pédagogues ne font pas ou ne font guère de distinction. Ils craignent qu’on instruise le peuple ;
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ils redoutent le dépeuplement des campagnes, l’afflux d’élèves sans fortune vers les villes où ils ne pourront trouver que la misère ; et l’on devine même derrière leurs raisons la crainte secrète d’instruire p.475 ceux qui n’ont besoin que d’obéir et de travailler. L’abbé Fleury déclarait, à la fin du XVIIe siècle, que « les pauvres n’ont besoin ni de savoir lire ni de savoir écrire ». L’abbé Pluche, un demi-siècle plus tard, n’avait pas changé d’avis : « Quelle place tient cet homme [le laboureur] dans l’ordre de la Providence ? Il est destiné au plus nécessaire de tous les travaux, à la culture de la terre. Il a donc tout ce qu’il lui faut de lumières puisqu’il en a assez pour son état. » Les années passent mais les idées ne changent pas. L’intendant de Bourgogne regarde « comme un abus la facilité qu’on donne à Avallon de faire apprendre à lire et à écrire aux enfants les plus pauvres ». Quand il s’agit, après le renvoi des Jésuites, de découvrir le meilleur plan d’éducation « nationale », les théoriciens les plus écoutés font toutes réserves sur la diffusion de l’instruction dans le peuple. « Il est peu de curés, dit l’abbé Coyer, peu de seigneurs de paroisses qui ne s’applaudissent s’ils sont parvenus à soudoyer un magister ; et si ce magister peut s’élever jusqu’à donner les principes du latin, c’est un triomphe ! » Pour La Chalotais, « le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s’étendent pas plus loin que ses occupations » ; il y a donc « trop d’écrivains, trop d’académies, trop de collèges » ; et trop de petites écoles : « Les Frères de la doctrine chrétienne... sont survenus pour achever de tout perdre. » Guyton de Morveau conclut que « la société n’a pas besoin d’agriculteurs ; il lui faut encore des
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soldats, des commerçants, des artisans ; et il est incontestable que ce n’est qu’après que toutes les classes de citoyens nécessaires sont remplies que celle des lettrés peut se grossir sans porter préjudice à l’État ». Autour de ces pédagogues réputés, la plupart de ceux qu’anime, plus ou moins obscurément, le zèle de l’éducation, n’offrent au peuple qu’une instruction rudimentaire ; ils ne veulent pas qu’il dépasse les petites écoles, c’est-à-dire la lecture, l’écriture et les quatre règles. Reboul proteste contre le fait que trop d’enfants du peuple se livrent à l’étude sans y avoir aucune disposition. Mauduit, dans un discours de rentrée du collège d’Harcourt qui fit quelque bruit, en 1773, fait les mêmes réserves ; tout comme de Cerfvol ou Goyon de la Plombanie. Même opinion dans les rapports sur les collèges que présentent Rolland, l’abbé Terray, Roussel de la Tour. D’Etigny, intendant p.476 de la province d’Auch, va même plus loin ; il fait supprimer les allocations aux régents, pour qu’ils s’en aillent et que les enfants ne soient pas tentés de quitter la terre pour les écoles.
Ces témoignages sont fort intéressants, pour deux raisons indirectes : parce que les pédagogues se plaignent que les enfants du peuple entrent dans les collèges et témoignent ainsi qu’ils y sont ; nous aurons à retenir ces preuves — parce que leurs plaintes et leurs craintes nous montrent une fois de plus combien l’esprit philosophique était encore loin, bien souvent, de l’esprit démocratique des révolutionnaires. Mais, en eux-mêmes, ils n’importent guère. Ce qui compte, ce sont moins les philosophies et les discussions des raisonneurs que la réalité de l’enseignement primaire. Les écoles étaient-elles rares ou
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nombreuses ; étaient-elles fréquentées et efficaces ou rares, peu fréquentées, inutiles ? Sur ce point, des enquêtes très minutieuses ont été faites. Si l’on essaie de rassembler leurs résultats très dispersés, on peut répondre à nos questions tantôt oui, tantôt non. Selon les lieux, les écoles sont nombreuses ou rares, l’instruction élémentaire répandue ou à près nulle. Par exemple, dans l’Aude, 403 écoles sur 446 communes ; dans le diocèse de Langres, écoles dans cinq paroisses sur six ; écoles dans presque toutes les paroisses du comté nantais, de même que dans le district de Cherbourg ; dans le diocèse d’Autun, 295 écoles pour 383 paroisses ; dans les quatre départements de Meurthe, Meuse, Moselle, Vosges, 1 993 écoles (de garçons) sur 2 052 communes (et quarante régences de latinité, trente-deux collèges, neuf séminaires, une université). Mêmes proportions très favorables dans les diocèses, départements, arrondissements, etc., de Lyon, Châlons-sur-Marne, Reims, Sens, Coutances, Toul, l’Aube, les Vosges, l’Ain, l’Auvergne, etc. A Saint-Valery, il y a neuf écoles de garçons (et trois de filles) ; cinq et un pensionnat à Reims ; à Draguignan, de 1735 à 1765, le nombre d’écoles passe de un à quatre. Par contre, les statistiques sont ailleurs beaucoup moins favorables. Dans le diocèse de Léon, s’il y a dix écoles à Brest, il n’y en a que dix-huit dans les cinquante paroisses rurales ; dans le Maine-et-Loire, il n’y a des écoles que dans moins de la moitié des communes. Peu d’écoles dans les Hautes-Alpes ; dans le pays de Gex, écoles presque p.477 nulles. Partout d’ailleurs l’instruction des filles est relativement ou tout à fait négligée.
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Mêmes inégalités si l’on cherche à connaître l’instruction des gens du peuple. Le seul témoignage qu’on en ait, mais qui est précis, est la proportion des signatures et des croix dans tous les actes privés ou publics. Très bonne proportion dans la vaste enquête faite par M. Maggiolo, pour quatre départements de l’Est. Pour quatre vingt-six mille mariages, il y a 88 de signatures d’hommes et 66 de signatures de femmes. A Romainville la proportion des illettrés qui était de 43 en 1701-1720 (pour les hommes), tombe à 16 en 1741, 20 en 1761. Mêmes statistiques favorables, sur des exemples d’ailleurs restreints, à Nogent, Baugé, etc., etc. Par contre, cette proportion d’illettrés est ailleurs considérable. Dans la Creuse, elle atteint 90 ou même 95. A Agen, dans la Charente, la Vendée, les Deux-Sèvres, etc., elle est de 75 à 80. Sans qu’on ait des statistiques aussi précises, elle est très forte en Auvergne, forte dans le Maine-et-Loire. Dans la Haute-Vienne, le nombre des hommes sachant signer ne dépasse pas 8,2 en 1751 et 11,8 en 1789.
On voit comment on a pu tirer de l’étude des écoles et des signatures des conclusions contradictoires. Si l’on fait une moyenne pour toute la France, on doit conclure que les écoles sont assez nombreuses et que l’instruction est assez répandue dans la plus grande partie du pays, médiocre ou mauvaise dans les régions montagneuses et pauvres. Mais, encore une fois, il ne nous importe pas de savoir combien de gens du peuple savaient lire mais s’ils étaient capables de lire autre chose que leur paroissien et s’ils lisaient. Combien pensaient à autre chose qu’à leur pain quotidien, aux impôts, aux corvées ? Combien
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pouvaient raisonner sur leurs misères et appeler des temps meilleurs non pas avec une obscure violence mais en écoutant et répétant des raisons ? Nous n’en savons à peu près rien. Donnons du moins les témoignages et les preuves pour ce qu’ils valent.
Il y a d’abord les affirmations des contemporains. Mais il arrive qu’elles sont manifestement intéressées ; quand elles sont sincères, rien ne nous dit quelles expériences elles résument ; elles peuvent fort bien généraliser hâtivement des faits isolés ou des apparences. p.478 « Les Savoyards, dit le P. Sennemaud, en 1756, commencent à parler dans le grand et les décrotteurs parlent d’humanité » ; mais le P. Sennemaud est un polémiste qui veut mal de mort aux philosophes. L’abbé Barruel, dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, a dévoilé tout un prodigieux complot qui aurait réussi à nourrir même le peuple des campagnes de tous les poisons philosophiques. Les colporteurs auraient reçu gratuitement des ballots entiers de Voltaire, Diderot et autres philosophes. Ils les auraient vendus dix sous le volume, c’est-à-dire beaucoup mieux que des livres de prière. C’est d’Alembert qui mène le jeu et fait partout nommer des maîtres d’école imbus de philosophisme. Malheureusement — ou heureusement — on sait que l’abbé Barruel n’a écrit qu’un sombre et tortueux mélodrame. Bouillé s’est souvenu, dans ses mémoires, que dans toutes les classes et même les campagnes de certaines provinces, l’esprit de turbulence et d’irréligion gagnait ; mais Bouillé est marquis et il écrit après coup, tout comme Dutens lorsqu’il affirme que la manie de faire l’esprit fort « avait gagné insensiblement toutes
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les classes du peuple... le clerc de procureur, le garçon de boutique ». Un rapport de l’archevêque d’Arles à l’assemblée du clergé de 1782 affirme qu’on fait circuler « au sein des cam-pagnes » les oeuvres de Rousseau et de Voltaire vendues à vil prix ; mais il est probable que l’archevêque d’Arles n’en avait pas des preuves très précises. Même difficulté pour le témoignage de Bachaumont affirmant, en 1763, que tout le public a entre les mains Le Contrat social, L’Ami des lois, La Politique naturelle et que « le peuple même s’en occupe » ; car Bachaumont collectionne les on-dit beaucoup plus que les documents. D’autres contemporains méritent plus de confiance. « Sous Louis XIV, dit l’abbé Coyer, il était assez ordinaire que le fils du laboureur cultivât la terre, que celui de l’artisan ne connût que ses mains ; aujourd’hui, ils disputent de religion, figurent au barreau ou prononcent aux spectacles ; nos terres et nos manufactures en souffrent un peu, qu’importe ! L’esprit a gagné l’État. Il a fallu donner une académie à chaque province ; bientôt chaque bourgade aura la sienne. » Mercier, Restif de La Bre-tonne témoignent que le goût des lectures sérieuses se répand de plus en plus. « On lit dans presque toutes les classes. Tant mieux ! p.479 Il faut lire encore davantage. » Pour Restif, c’est d’ailleurs tant pis : « Depuis quelque temps, les ouvriers de la capitale sont devenus intraitables parce qu’ils ont lu, dans nos livres, une vérité trop forte pour eux : que l’ouvrier est un homme précieux. » Les étrangers, l’Allemand Storch, l’Anglais J. Andrews sont d’accord avec les Français : « On lit en voiture, en promenade, au théâtre, dans les entr’actes, au café, au bain, dans les boutiques, sur les portes des maisons le dimanche ; les
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laquais lisent derrière les voitures, les cochers sur leurs sièges, les soldats au poste, les commissionnaires dans les stations. » « Men of this plaintive, querulous disposition are numerous in France, from a variety of causes. The most usual one is the too great multitude of such as literary education ; which necessarily elevates the spirit of man, and often lifts it above the level of his fortune. »
Ces témoignages sont assez nombreux et assez concordants pour qu’on leur accorde une certaine confiance. Surtout ils sont confirmés par des documents plus précis. C’est d’abord le recrutement des collèges. Nous avons dit que l’externat y était presque toujours gratuit et que les bourses d’internat y étaient fort nombreuses ; elles allaient évidemment aux enfants de petites gens. Les constatations et les plaintes des pédagogues dont nous avons parlé confirment et précisent. Mercier, J.-A. Perreau, Coyer, Reboul, Mauduit, Goyon de La Plombanie, etc., nous disent expressément que ce sont des boutiquiers, des artisans, des domestiques même, des laboureurs, des villageois, des enfants du peuple qu’on envoie au collège, même s’ils sont « ineptes et indociles ». J.-J. Gautier, curé de La Lande-de-Goult (près d’Alençon), nous montre, dans son Essai sur les moeurs champêtres (1787), comment le désir de l’éducation s’emparait quelquefois tout d’un coup des bonnes gens de la campagne. Des faits enfin, si peu nombreux qu’ils soient, viennent confirmer ces généralités. On répète avec insistance que si des paysans prétendent, ici, empêcher un parent du duc de Mortemart de chasser, là, saccagent le château d’un seigneur de Vibraye pour avoir fait emprisonner l’un des leurs, c’est parce qu’ils ont lu Les
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Inconvénients des droits féodaux de Boncerf. A la foire Saint-Germain, en 1784, les figures de cire ne représentent plus seulement le roi, la reine et le p.480 dauphin, mais Voltaire, Rousseau et le Dr Franklin. Le Journal de Verdun est affiché le dimanche à la porte de la mairie de Velaines-en-Barrois. En 1784, les habitants de Villers-Sire-Nicole, en Flandre, présentent requête pour être déchargés des droits de mainmorte : ils ne reposent, disent-ils, que sur des titres faux et tyranniques ; ce sont des vestiges de l’ancien esclavage, des simulacres forgés par les créatures des seigneurs. A Agen, il y a deux sociétés de lecture, l’une pour les procureurs et les petits bourgeois, l’autre pour « les gros bonnets du bas-peuple ». Dans les cahiers primaires de 1789 qui ne sont certainement pas la copie de quelque cahier modèle rédigé par un bourgeois aisé et instruit, il est certes très rare de trouver la trace directe d’une réflexion inspirée par la philosophie ; les petites gens rédigent leurs voeux et non pas les raisons de leurs voeux. Je ne pense pas qu’on trouve jamais ces raisons dans les cahiers des paysans écrits par des paysans ; mais on en trouve parfois dans ceux des artisans. Le cahier du Tiers de Bar-sur-Seine explique, pour réclamer la liberté de la presse, que « la philosophie, les lettres, les sciences et tous les arts prennent de nouveaux accroissements et qu’ils peuvent parvenir à la perfection qui rend les peuples heureux et les empires florissants... » ; c’est le style peut-être de quelque avocat ou procureur. Mais ce sont les fabricants de couvertures de Montpellier qui demandent que l’on dresse à Paris, en face de la statue de Henri IV, celle de Louis XVI : « Celle de Louis, au lieu de nations enchaînées, sera entourée de Français qui auront
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à leurs pieds mille fers brisés et épars. » Ce sont les vitriers de Saint-Maixent qui demandent que le Tiers du Poitou élève à ses frais une statue équestre à Louis XVI avec, au pied, celle de l’abbé Raynal « un genou en terre, lui présentant son Histoire philosophique... avec cette inscription : Au père du peuple ». Les maîtres cordonniers de Gray, eux aussi, ont lu Raynal : « De plus, comme le dit Raynal, l’artisan est obligé de paraître, quoi qu’il lui en coûte, pour conserver sa renommée. »
Surtout nous connaissons très bien, ou suffisamment, l’histoire d’un certain nombre de ces enfants du peuple qui ont tenté, en s’instruisant, de sortir du peuple et qui ont appris, dans les collèges et les livres, à penser plus ou moins en philosophes. C’est Marmontel, p.481 fils d’un tout petit tailleur de la toute petite ville de Bort, qui n’a pour vivre en faisant ses études que les pains de seigle, les fromages, le lard, le boeuf, les pommes et les quatre à cinq louis par an que lui envoient les siens. C’est Restif, fils d’un vigneron-agriculteur fort à son aise (il laissera soixante à soixante-dix mille livres, un million de notre monnaie), mais qui naît tout de même au petit domaine de La Bretonne, dans le village de Sacy, et dont le père avait quatorze enfants. Ses frères, le curé du village de Courgis et l’abbé Thomas Restif lui enseignent le latin. Mais son père n’entend faire de Nicolas Restif ni un prêtre ni un gratte-papier ; il le fait entrer dans une imprimerie d’Auxerre comme apprenti typographe ; là, il lit avec avidité ; il se lie avec un cordelier athée. Une histoire d’amour l’oblige à quitter la ville et à se réfugier à Paris ; il entre à l’Imprimerie royale au Louvre, passe d’imprimerie en imprimerie, s’engoue de théâtre, revient à Auxerre, retourne à Paris ; et
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enfin décide brusquement de quitter le métier d’ouvrier imprimeur pour se faire homme de lettres. Il y vit de misère, mais s’entête, imprime au besoin lui-même ses romans et finit par conquérir une sorte de célébrité. C’est, bien entendu, J.-J. Rousseau lui-même ; ce sont Diderot, Brissot (fils d’ailleurs d’artisans riches), Beaumarchais (fils d’un horloger qui l’était plus encore). Thomas est l’un des dix-sept enfants d’une famille de modestes commerçants de Clermont-Ferrand ; trois de ces enfants, dont l’écrivain, poussent assez loin leurs études pour entrer dans la carrière de l’enseignement.
Tous ceux-là ont franchi « l’étape » et conquis la gloire ou la notoriété. D’autres, au contraire, sont restés à peu près au rang où la naissance les avait mis et nous ne les connaissons que par hasard. Mais leur exemple est encore plus significatif. Hoche, à dix-sept ans, n’était que palefrenier aux écuries de la reine ; et nous ne saurions rien de lui sans le hasard des guerres de la Révolution ; mais cet humble palefrenier lisait avec ardeur ; nous le savons par le style rudimentaire d’une lettre de son oncle Merlière : « Il y a rester [chez lui] deux ans, auquels nous avons toujours remarqué qu’il lisait jour et nuit dès gran otteur comme Voltaire, J.J. Rousseaux et autre. » E.-J. Pourchet, paysan du village d’Aubonne (Doubs), nous a laissé un livre de raison où, parmi des notes sur les événements locaux, p.482 les récoltes, les recettes et dépenses, il copie des passages sur l’histoire de sa province et discute sur l’origine de la propriété privée et communale. Teyssiné, curé à portion congrue de Solomiac, dans le diocèse de Lombez, a dépensé six mille livres pour sa bibliothèque ; il deviendra d’ailleurs un fervent révolutionnaire.
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Franklin, pendant son séjour à Paris, reçoit bien des lettres de toutes petites gens, qui savent donc qu’il est là et ce qu’il représente. Et nous avons vu qu’un pauvre maître d’école de Provence, Gargaz, fait à pied le chemin de Paris pour venir se jeter à ses pieds. Dutens a connu un cordonnier, enrichi il est vrai, qui est philosophe ; c’est une « manie à la mode ».
Nous savons enfin qu’un certain nombre des députés de la Convention n’étaient pas des avocats, des procureurs, des bourgeois, mais des artisans, des ouvriers, des paysans et qu’un plus grand nombre étaient fils d’artisans, d’ouvriers, de paysans. Sans doute certains de ces artisans ou paysans pouvaient être fort aisés ; nous ne sommes pas toujours bien renseignés ; mais nous savons assez souvent qu’ils étaient ouvriers et pauvres ou fils d’ouvriers et de pauvres. Si l’on joint ceux dont l’état exact de fortune n’est pas bien connu et ceux qui n’avaient pas de fortune, on en trouvera bien une quarantaine dans le Dictionnaire biographique de Kuscinski.
Que pensaient exactement ces petites gens, ces fils de petites gens sur tous les problèmes religieux, sociaux, politiques, discutés par les philosophes ? Qu’avaient-ils gagné ou perdu dans leurs études et leurs lectures ? Nous ne pouvons, le plus souvent, que le supposer pour tous ceux qui n’ont rien écrit, c’est-à-dire pour presque tous. Comment, par exemple, et dans quelle mesure l’irréligion a-t-elle gagné des masses populaires et paysannes ? Nous n’en savons rien. En 1752, un certain Bosquet de Colommiers, nouvelliste, constate qu’il y a eu, à Saint-Sulpice, soixante-six mille communiants au lieu de cent trente à cent cinquante mille, mais c’est, nous dit-il, pour raison de
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jansénisme et en forme de protestation contre les billets de confession. Il faudrait des statistiques sur le nombre des communiants comme il y en a sur le nombre des paysans qui savent signer, et nous n’en avons pas. Le seul document précis est une histoire de police, sans doute authentique, qui fit quelque bruit, mais p.483 qui resta assez secrète pour que l’abbé Mulot et Lenoir qui nous la rapportent ne s’accordent pas sur les détails. Il y a à la Salpêtrière, en 1782, deux ou trois femmes qui vivaient avec des hommes « sans d’autre frein que l’amour » ; leurs enfants n’ont pas de religion. Ce sont, dit Lenoir, les membres d’une secte déiste du quartier Quincampoix ; elles sont, dit Mulot, les prosélytes « d’un système athéistique que l’on prétend qui se répand assez... le langage de ces femmes est qu’il n’y a point de Dieu ; que l’amour de la vertu seule suffit de faire de bons citoyens ; que l’homme ne doit pas avoir d’autre but, et que si on les tourmente pour suivre cette manière de penser, c’est une gloire pour elles ; il est beau de souffrir pour la vertu ». Si ces propos sont authentiques, il est bien certain que Diderot ou Helvétius ou quelque philosophe ont indirectement passé par là. Mais rien ne nous renseigne sur l’importance de la secte ; rien ne nous dit combien de gens, sans faire de secte et risquer la Salpêtrière, pensaient comme ces martyres du philosophisme. Une douzaine de curés du bailliage de Reims signalent, en 1789, que les paysans n’ont pas de religion, et deux qu’ils sont un peu « répu-blicains » ; mais l’étaient-ils, en 1787 ? Et cela veut dire simplement, peut-être, qu’ils n’obéissent pas toujours à leur curé. L’histoire des débuts de la Révolution prouve
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manifestement qu’il existait, au moins dans le bas peuple et chez les paysans, une masse flottante qui, même si elle pratiquait encore extérieurement la religion, ne lui était plus attachée par aucune force intérieure solide et qu’elle devait se détacher au premier ébranlement. Mais on ne peut guère faire sur elle que des hypothèses.
Au total, les documents et les vraisemblances suffisent pour établir qu’il y avait, au-delà de la bourgeoisie, des infiltrations de l’esprit philosophique dans les milieux populaires ; elles existent, plus ou moins, dans toute la France. On ne saurait déterminer exactement leur importance. Mais, répétons-le, cette connaissance n’est pas essentielle. Ce n’est pas le peuple qui a déclenché la Révolution ni même qui, au début, a pesé sur elle. Il n’a fait que suivre, d’ailleurs, avec enthousiasme. Et pour expliquer cet enthousiasme, il n’est pas douteux qu’il faut avant tout songer aux causes politiques. Ce sont elles, bien qu’elle soient en dehors de notre sujet, dont il faut dire un mot.
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CHAPITRE XI
QUELQUES REMARQUES
SUR LES CAUSES POLITIQUES
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p.485 Il est impossible de séparer toujours nettement les causes purement politiques de la Révolution et les causes intellectuelles. Théoriquement la distinction est nette. Nous appelons causes politiques pures les situations ou les événements assez intolérables pour inspirer le désir de changer ou de résister, sans autre réflexion que le sentiment de la souffrance et la recherche des causes et des remèdes immédiats ; nous appelons oeuvres politiques pures celles qui s’en tiennent à exposer ces situations et ces événements, ces causes et ces remèdes sans jamais chercher à généraliser, à s’appuyer sur des principes et des doctrines. Inversement, les causes intellectuelles pures seront celles qui s’en tiendront à l’étude de ces principes et doctrines, sans s’inquiéter, au moins en apparence, des réalités politiques du temps présent. Mais il est évident que les deux sortes de causes tendent constamment à se rapprocher : le politique pur cherchera à fortifier ses réclamations en faisant appel à la justice et à la raison philosophiques ; le philosophe construira sa doctrine pour résoudre les problèmes que la vie réelle, que la politique actuelle lui auront posés ; s’il n’en parle pas, par prudence, c’est d’eux qu’il partira en réalité.
En fait, toute la philosophie du XVIIIe siècle est mêlée de politique ; et notre étude a fait effort pour suivre, dans la
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mesure du possible, ces rapports étroits des discussions théoriques et de la vie française. p.486 De même, un certain nombre d’oeuvres surtout politiques prétendent s’appuyer sur de la raison philosophique. Lorsque Necker fait paraître l’édit qui réforme les maisons du roi et de la reine, il le fait précéder d’un préambule. C’est, dit Métra, « un chef-d’oeuvre de bienfaisance et d’honnêteté qui ravit et enchante tous les coeurs et tous les esprits. On est dans l’extase et dans l’enthousiasme. » L’édit, qu’il fait signer par Louis XVI, pour abolir la mainmorte dans les domaines de la couronne, déclare dans son préambule qu’il s’ins-pire de l’« amour de l’humanité » et qu’il supprime les « vestiges d’une féodalité rigoureuse ». Bienfaisance, amour de l’humanité, suppression de la féodalité, c’est le langage de la philosophie. Mais il existe pourtant un nombre considérable d’écrits et de libelles qui ne sont inspirés que par un but étroitement politique. Il s’agit de renverser Turgot ou Necker, de faire supprimer le vingtième, de rétablir les jurandes et maîtrises ; peu importent les idées, on se préoccupe seulement d’agir. Même quand il ne s’agit pas surtout de polémique et de cabale, lorsqu’on parle finances, commerce des grains, etc., c’est très souvent pour exposer des moyens pratiques de résoudre des problèmes pratiques, sans aucune prétention à raisonner en philosophe. De tous ces ouvrages nous n’avions pas plus à nous occuper que des événements proprement politiques. Mais il importe de ne pas oublier que la philosophie et la politique, la spéculation et l’action ont constamment réagi l’une sur l’autre même dans les cas où nous ne les voyons pas se mêler ouvertement.
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La philosophie a permis à ceux qui voulaient se mêler de politique d’en discourir. Sans doute à toutes les époques de l’ancien régime, même aux temps où la censure était la plus sévère et la plus efficace, des pamphlets ont circulé ; mais ils étaient plus ou moins rares et leur diffusion était plus ou moins malaisée. Au contraire, après 1770 et surtout après 1780, la liberté d’écrire réclamée par les philosophes est, en fait, presque complète. D’abord parce qu’elle est imposée par un irrésistible mouvement d’opinion ; et puis parce que ce sont souvent les plus grands seigneurs qui, dans les libelles qu’ils soudoient, prétendent parler au nom de la philosophie. Un flot d’écrits se déverse à travers la digue rompue ; mais ce sont les philosophes qui l’ont brisée. D’autre part les événements purement p.487 politiques et tous les libelles qu’ils suscitent ont servi puissamment la cause des idées nouvelles, même lorsque ces idées n’étaient pas en cause. Lorsque l’autorité interdisait d’écrire sur les matières de finances et d’administration, elle le défendait dans tous les cas, même si c’était pour appuyer les idées de l’autorité. Elle savait ce qu’elle faisait ; car discuter, c’est donner le goût de la discussion ; exposer ou proposer des réformes, même voulues par le gouvernement, c’est admettre que le gouvernement a le devoir de les faire connaître avant de les réaliser ; c’est encourager l’esprit d’examen. C’est pour cela que les centaines de libelles publiés sans aucune intention philosophique ou les traités les plus anodins ont été l’une des causes qui ont agi le plus puissamment sur l’opinion ; ils ont étalé devant elle les problèmes politiques et lui ont donné le goût d’y réfléchir.
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Or, les querelles politiques, les occasions de libelles et les libelles ont été très nombreux, très violents à partir de 1750. Guerre de plus en plus brutale, et qui s’exaspère par la querelle des billets de confession, entre les jansénistes et leurs adversaires. Impôt du vingtième que Machault prétend imposer aux ordres privilégiés et qui donne naissance à une quarantaine de brochures. Guerre du pouvoir royal et des parlements où la royauté, tour à tour victorieuse et vaincue, finit par se résigner au triomphe des parlements. Condamnation des Jésuites en 1761. Réformes de Turgot, guerre des farines, abolition de la corvée, des jurandes et maîtrises. Question des curés à portion congrue. Réformes de Necker ; première assemblée provinciale du Berry, etc., etc. Il n’est pour ainsi dire pas d’année où l’opinion ne soit invitée sinon à dire son mot, tout au moins à le penser sur quelque grave problème de politique intérieure ou extérieure. Sans répit on répète à d’innombrables lecteurs : les choses vont mal, il faut les changer ; sans répit l’esprit politique de changement vient pousser les esprits sur la même pente que l’esprit philosophique de renouvellement. Quelques exemples, sommairement rappelés, peuvent préciser cette convergence.
Dans cette redoutable question des finances qui entraînera la ruine de la monarchie, la bibliographie de Stourm énumère, en outre des graves ouvrages de Dupin, Forbonnais, Mirabeau, Le Trosne, Condillac, Bellepierre de Neuvéglise, Naveau, Darigrand, etc., etc., p.488 environ soixante-dix brochures de 1759 à la Révolution. Les ennemis de Necker ont pu, en 1781, former, en y joignant deux écrits de Necker lui-même, trois volumes des « ouvrages pour ou contre [en réalité contre] M. Necker ». Sur
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l’assemblée des notables il paraît, en 1787, quatorze livres ou brochures, et quinze sur la publication des procès-verbaux. Très souvent le retentissement de toute cette prose est considérable. Le Compte rendu de Necker déchaîne une véritable fièvre. « Jusqu’aux harengères, dit Mallet du Pan, achètent l’ouvrage de Necker. » On en vendit quelque cent mille exemplaires, chiffre inouï pour l’époque. Les almanachs eux-mêmes, au début de 1787, se mêlent de réformer les finances. Les Étrennes nationales, le Trésor des almanachs, l’Almanach de Liége insinuent que sur un milliard de revenus royaux, trois cents millions seulement vont à des dépenses connues... et avouables. On poursuit et supprime les almanachs, mais vingt mille exemplaires des Étrennes nationales sont en circulation et on les paye jusqu’à six livres. La bataille parlementaire fut encore plus violente et ses retentissements plus profonds ; car les abus financiers touchaient chacun dans sa vie personnelle et n’atteignaient pas directement la vie collective ; mais il y avait des parlements dans toute la France ; leurs manifestations, leurs exils, suppressions, rappels répercutaient bruyamment, de province en province, les luttes du parlement de Paris et s’entouraient de la plus grande publicité. On sait ce que fut en réalité cette opposition des parlementaires : profondément égoïste, inspirée par le seul souci de défendre tous les privilèges dont ils bénéficiaient de près ou de loin. Ils luttent contre tout ce qui tend à réformer sagement l’impôt, à faire disparaître les droits féodaux les plus injustes ; ils sont les ennemis de tous les ministres réformateurs. Des esprits clairvoyants l’ont parfois compris dès le XVIIIe siècle. Voltaire, d’Alembert, Helvétius,
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Marmontel, Diderot n’aiment pas les parlements. « J’aurais de la peine, dit l’abbé de Véri, à dire le but raisonnable et précis que ces corps pouvaient avoir. Ils furent animés sur des riens qui n’importaient point à l’État. Ils vendirent à la cour leur silence pour tout ce qui concernait les impôts, les droits des peuples et le bonheur des citoyens ; ils surent p.489 cependant emprunter le nom du bien public dans toutes les résistances qu’ils firent sur les privilèges des corps, sur les juridictions personnelles et sur des haines particulières contre les commandants de province. » Rien de plus juste. Mais contre l’arbitraire du pouvoir royal ils étaient les seuls qui pouvaient résister, et ils résistaient ; on leur donnait raison par avance. Ils faisaient, en outre, grand usage des formules philosophiques et humanitaires ; ils dénonçaient le despotisme, alléguaient les lois fondamentales, la liberté, la raison et l’humanité. Assez souvent, quand le cas ne tirait pas pour eux à conséquence, ils prenaient quelque décision inspirée par la philosophie. Ils réhabilitaient Calas et Sirven, cassaient les voeux forcés d’un moine, ordonnaient à un curé de marier des négociants suspects de protestantisme, etc. On les prit pour des héros et des « pères de la patrie ».
Partout, ou presque, les esprits s’échauffent et manifestent ouvertement leur indignation ou leur joie. Ducis déteste les parlementaires qu’il traite de « républicains » ; mais il est effrayé de voir « jusqu’où vont les déclamations et les raisonnements ». Hardy est convaincu qu’on a répondu dans les cinq grands collèges de l’Université un projet d’assassiner le chancelier Maupeou. « M. le chancelier, écrit la baronne de Mesmes, depuis six mois a fait apprendre l’histoire de France à
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des gens qui seraient peut-être morts sans l’avoir sue. » De fait, les luttes parlementaires ont des échos jusque dans de modestes livres-journaux où l’on ne trouve guère que des événements de famille, des comptes, des histoires de quartier, des révoltes. Mellier d’Abbeville, un journal d’un bourgeois de Caen sont « anti-Maupeou » ; ils notent des épigrammes féroces, les mascarades de Bayeux et Caen qui tournent en dérision le Conseil supérieur. J.-C. Mercier, cultivateur franc-comtois, s’intéresse vivement à l’exil du parlement de Besançon, et le déplore. Un anonyme grenoblois se réjouit, par exception, du renvoi de son parlement, en 1771 ; un autre, rémois, juge le renvoi une « mauvaise besogne ». Même, dans les villes où il n’y a pas de parlement, des parlementaires exilés apportent une curiosité, du mouvement, la tentation de penser comme eux et de fronder le pouvoir. Les habitants de Bourges, un peu léthargiques, mettent cinq mois à s’apercevoir de p.490 leur présence ; mais ensuite viennent les visites, la sympathie, des fêtes, la complicité. A Châlons-sur-Marne, « dans l’opinion générale et par les études de ces messieurs s’établit l’opinion que la nation est au-dessus des rois ». Tout cela est appuyé, fouetté par un déluge de livres et de libelles. Bachaumont en compte, à lui seul, plus de soixante contre le système Maupeou. Quand l’autorité les poursuit, la curiosité s’acharne et les prix montent. Souvent le ton est d’une extrême violence. L’Ami des lois déclare (1770) que « la France est en proie au plus cruel despotisme ». En 1771, le Manifeste aux Normands, le Propos indiscret parlent plus brutalement que les libelles des débuts de la Révolution : « Le but du bouleversement actuel est d’imposer
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à discrétion les peuples, c’est de rendre le roi copropriétaire des biens des Français, c’est de lui attribuer la part du lion... il n’y a de règle que l’appétit d’un seul » ; le monarque semble dire aux parlementaires : « Je ne veux pas que vous pensiez... Je ne veux pas que vous soyez hommes, encore moins citoyens, mais parfaitement esclaves. »
En dehors de ces deux grands combats où la monarchie use interminablement ses forces, toutes sortes d’escarmouches et de scandales font courir, dans les vingt années précédant la Révolution, les langues et les plumes. Scandales judiciaires dont les affaires Calas, Sirven, Montbailli pour les condamnations d’innocents, l’affaire Goézman pour la vénalité des juges ne sont que les plus retentissants ; il y en a une douzaine d’autres qui donnent largement cours à des « mémoires » pleins d’éloquence et de philosophie : affaire des trois « roués » de Chaumont, qui n’étaient peut-être pas tous innocents mais que Dupaty, Condorcet, etc., font acquitter à grand fracas en 1787 ; affaire de la fille Salmon, condamnée pour parricide, réhabilitée en 1786 et qu’on présente à la cour, etc. Le seul avocat Cauchois se fait une réputation pour avoir fait acquitter ou réhabiliter sept innocents tombés dans les griffes de la justice. Scandales financiers et scandales de cour dont la faillite du prince de Guéménée et l’Affaire du collier ne furent que les plus célèbres. Menus scandales criminels que l’opinion recueille et commente pour s’indigner de l’insolence et de l’impunité des grands : officiers qui insultent et blessent des bourgeois, renversent un prêtre ; un gentilhomme p.491 qui vole impunément un bijoutier. Faits plus graves : le duc de Recquigny tue un menuisier qui
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vient lui demander de l’argent ; « On veut assoupir cette affaire » ; le duc de *** met le feu à une maison, enlève une jeune fille, la viole, et n’est pas puni ; un Choiseul tue un « fiacre » ; le marquis de Sade taillade à coups de canif le corps d’une jeune fille et on le laisse s’enfuir ; le président d’Entre-casteaux assassine sa femme et on le laisse aussi s’échapper. Enfin, en province même, des querelles heurtent, particulièrement au théâtre, la violence insolente des officiers gentilshommes et la dignité des bourgeois qui ne se laissent pas faire. Il y en a plusieurs exemples qui firent du bruit. Le plus sanglant et le plus sévèrement commenté fut celui du théâtre de Beauvais ; les officiers tuèrent ou blessèrent grièvement plusieurs spectateurs du parterre ; ils ne furent pas indi-viduellement punis ; on s’indigna donc de « l’événement affreux de Beauvais » ; il parut une ode véhémente sur le « massacre de Beauvais » ; et Chénier « gémit en silence » sur l’impunité de « crimes aussi odieux ».
Il y a lieu de joindre à toutes ces polémiques, qui visent des circonstances plus ou moins précises, tous les libelles et pamphlets si nombreux qui attaquent, parfois avec une grossière violence, la personne même du roi, de la reine ou les principes et la conduite du gouvernement. On sait qu’il y en a, à Londres, en Hollande et ailleurs, de vraies manufactures que les gouvernements étrangers tolèrent pour des vues politiques et dont les auteurs ne sont guère que des maîtres chanteurs ; la police a tout un service chargé de la poursuite et des négociations ; et l’on connaît les aventures romanesques de Beaumarchais occupé à faire taire quelques libellistes. Ces
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« gazettes », ces « espions », ces libelles ne sont donc pas des témoignages fidèles de l’opinion ni même d’une opinion. Mais tout de même La Gazette noire, Le Gazetier cuirassé, L’Espion des boulevards, L’Espion anglais, L’Espion dévalisé, L’Espion français à Londres, L’Observateur anglais, moins insolents que les Gazetiers, piquent la curiosité et influent sur l’opinion. Surtout il y a bien d’autres libelles plus sincères et plus révélateurs. Il y en a même toujours eu, à travers tout le siècle. « Les auteurs libellatiques, comme disait Bayle, écrit Marais en 1732, sont étrangement déchaînés. » p.492 En 1748, c’est l’affaire de l’abbé Sigorgne, professeur notoire de philosophie au collège du Plessis, mis à la Bastille pour des vers contre Louis XV.
Lâche dissipateur des biens de ses sujets,
...................................
Et c’est pour t’abhorrer qu’il reste des Français.
Il n’en était pas l’auteur, mais il les savait par coeur et les récitait. A vingt reprises, de 1749 à 1757, d’Argenson signale, dans ses Mémoires, des libelles, chansons, vers, estampes, contre la Pompadour et le roi ; ils sont « affreux » ou « horribles ». L’un commence par « Réveillez-vous, mânes de Ravaillac » ; on accuse plusieurs pédants de l’Université ; même le sieur Cogorne ou Begorne s’est coupé la gorge (on voit que d’Argenson n’est pas très exactement renseigné). On jette quantité de billets dans les troncs des églises, pendant le jubilé de 1751, pour demander la révolution et la conversion du roi. Des vers « régicides » sont placardés, jetés dans diverses églises. On perquisitionne, en 1758, chez un imprimeur des libel-les. En 1768, il y a, dit l’abbé Mulot, plus de cent personnes à la
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Bastille pour des libelles. Après 1770 l’importance et le nombre de libelles s’accroît ; ils grossissent jusqu’à devenir des volumes et, parfois, prennent le ton philosophique. « L’homme qui a fait le plus de mal, dit en 1773, une Adresse présentée au clergé Velche, est celui qui a dit aux princes et persuadé aux autres que les rois ne tiennent leur puissance que de Dieu ». Puis ce sont l’Oraison funèbre de Louis le Blâtier, la Vie privée de Louis XV, les Fastes de Louis XV, L’Ombre de Louis XV devant Minos, la Bibliothèque de la cour, et celle des dames de la cour, etc., etc. On fait circuler, vers 1781, l’enseigne des Cinq tout faite par Dulaure :
Le roi : Je mange tout ;
Le noble : Je pille tout ;
Le soldat : Je défends tout ;
Le prêtre : J’absous tout ;
L’homme en blouse : Je paie tout.
Ou bien, en avril 1787, trois versions de la « fameuse fable » du fermier qui demande aux dindons « de noble origine » et au « gros peuple oison » à quelle sauce ils veulent être mangés puisqu’il a déjà p.493 mangé toute la volaille menue. Même en province des libelles circulent. Ainsi au marché au blé de Troyes, en octobre 1774 : « Que la misère n’écrase personne ; ou il vaut mieux vivre sans la loi que sans pain. Tous du même accord. »
Moins redoutables le plus souvent étaient ces nouvelles à la main que M. Funck-Brentano a étudiées. C’étaient des recueils de curiosités et de potins beaucoup plus que des entreprises philosophiques ou politiques ; mais les nouvelles curieuses étaient parfois, et de plus en plus à mesure que le siècle s’avance, des nouvelles impertinentes. Les Correspondances de
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Métra, de Bachaumont et les autres en sont le témoignage bien connu : on y proteste contre les libelles, pamphlets, chansons, mais on les suit à la piste et au besoin on les imprime in extenso. Aussi, une ordonnance de 1745 avait-elle interdit les nouvelles à la main sous peine de fouet et de bannissement. Mais c’étaient les grands seigneurs et les gens en place qui étaient souvent les clients les plus fidèles ; et bien qu’on empri-sonnât de temps à autre quelque pauvre diable, le commerce resta fort prospère. Signalons que la province a elle aussi ses nouvelles à la main. On en trouve en Normandie, à Bordeaux, Libourne, Laval, etc.
Plus insaisissables encore étaient ces chansons qui firent, comme on sait, fureur au XVIIIe siècle et dont on a publié d’abondants recueils. Beaucoup de ces chansons n’ont aucune portée politique ou philosophique et même beaucoup témoignent du plus vif respect et du plus tendre attachement pour le roi et pour la monarchie ; mais il y en a qui sont « patriotes » plus que monarchiques et qui célèbrent, par exemple, les insurgents d’Amérique ; et il y en a beaucoup qui sont « exécrables » ou « abominables », c’est-à-dire violemment injurieuses contre le roi, la reine ou la cour.
Enfin, il y avait tout ce qui n’a pas laissé de trace écrite, les conversations, les rumeurs, les on-dit, tout ce que colportaient, tout ce dont discutaient les « nouvellistes » qui « fourmillent » à Paris vers 1780, tout ce qu’on chuchotait dans les cafés, tout ce dont on se régalait dans les salons. La police surveille avec un zèle fort indiscret les cafés et les promenades et les punitions sont sévères. En 1744, on p.494 arrête « aux promenades »
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quantité de gens « qui disaient de mauvaises nouvelles et parlaient mal du roi ». En 1758, l’affaire Moriceau de La Motte fit, nous l’avons dit, grand bruit. Monceau, pour avoir tenu quelques propos de vague conspirateur dans un café, fut bel et bien pendu. Mais on n’empêche pas les gens de causer et quand les mots méchants sont des mots d’esprit, ils font le tour du Palais-Royal, des salons et s’en vont même jusqu’en province où, par exemple, les nouvelles à la main de Normandie les recueillent.
*
Il y avait un domaine où les faits suffisaient sans les idées et où, d’ailleurs, elles ne sont, comme nous l’avons vu, que très rarement intervenues : c’est celui du mécontentement populaire. Quand le peuple avait faim ou mourait de froid, il n’avait pas besoin des philosophes pour maudire un état social qui le condamnait à la plus cruelle détresse. Cette histoire des souffrances populaires n’est pas non plus de notre sujet ; mais elle en est le complément nécessaire. Il est certain que les classes les plus pauvres de la population n’ont pas déclenché la Révolution et qu’elles ne pouvaient pas la déclencher. Mais il est non moins certain qu’elles l’ont accueillie avec joie, qu’elles l’ont soutenue et qu’elles lui ont fourni, presque partout, ses forces décisives. Elles n’ont pas déclaré la guerre, ni donné les chefs, mais elles ont été l’armée sans laquelle la Révolution n’aurait pas pu être ou n’aurait pas été ce qu’elle fut. Nous n’avons pas à faire leur histoire ; mais on a déjà réuni pour la faire tant de faits et nous en avons nous-mêmes rencontré tant d’autres (sans faire d’ailleurs d’enquête méthodique) que nous pouvons,
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avant de conclure cette étude, mesurer brièvement quelle force de révolte instinctive pouvait frémir dans cette masse populaire.
La raison de ces frémissements c’était la misère. On a beaucoup discuté sur cette misère du peuple à la fin de l’ancien régime et les conclusions sont fort contradictoires, malgré ou, si l’on veut, à cause même de la précision des enquêtes. Rien n’est plus complexe que cette France d’ancien régime ; nous en avons rencontré des preuves fréquentes et notamment en étudiant l’instruction primaire. p.495 Une enquête faite sur une province peut donc aboutir à des résultats exacts et contredits par une enquête faite sur une autre province et non moins exacte. L’opposition peut même être profonde entre deux parties d’une même province. Surtout, et il ne semble pas qu’on ait marqué comme il convenait cette difficulté, pour un même pays, pour une même localité, les résultats et surtout les impressions des voyageurs, des témoins pourront varier du tout au tout non seulement d’une période à l’autre, d’une année à l’autre, mais même d’un mois à l’autre. Rien n’est plus instable alors que la vie, car si les salaires bas ou très bas sont extrêmement stables, le prix de la vie, pour le peuple, varie prodigieusement. La base de sa nourriture, c’est le pain, car il ne mange à peu près pas de viande et il n’aime pas les « herbes », c’est-à-dire les légumes. Or, le prix du pain subit, incessamment, les variations les plus violentes. En Bretagne, de 1761 à 1789, le prix oscille, dans la même ville de Nantes, entre un sou cinq deniers la livre et cinq sous ; à Merfy, près de Reims, il va, entre 1765 et 1770, de six à vingt livres ; à Reims, en 1787-1789, de douze à vingt-huit deniers ; dans la Mayenne, en 1764, le blé est à six livres trois ;
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et à quatorze livre : dix en 1784 ; le livre de raison des Daurée d’Agen note des prix qui varient du simple au quintuple ; à Villars (Provence), en 1756, le prix va de onze deniers à trente-deux. En Gascogne, de 1778 à 1779, les prix sont de dix-huit, vingt et un, dix et six livres seize sols. A Saint-Orner, de 1755 à 1783, les prix de la razière de blé commun sont en livres (et en négligeant les sols) de six, douze, treize, huit, vingt, neuf, treize livres. Une autre difficulté dont on ne tient pas assez compte, est qu’il faut sans cesse rapporter les salaires au prix moyen de la vie, extrêmement variable selon les localités. A Saint-Brieuc, en 1750, par exemple, un ouvrier gagne quinze sous ; mais la livre de viande vaut trois sous ; c’est dire que l’ouvrier de 1750 gagne, relativement, autant que l’ouvrier d’aujourd’hui.
Malgré toutes ces causes d’erreur, voici, semble-t-il, les conclusions les plus vraisemblables. La noblesse est, en fait, en pleine décadence ; la noblesse de cour s’est minée en folles prodigalités et ne vit plus guère que d’expédients et des pensions et dons royaux ; la noblesse provinciale est de plus en plus pauvre, de moins en p.496 moins respectée et tombe parfois dans les situations les plus viles. La bourgeoisie qui vit de ses charges, de ses propriétés, du commerce local, est stationnaire. La bourgeoisie qui s’occupe de finances, du grand commerce et des premières industries a notablement progressé. Pour les paysans la situation est beaucoup plus obscure 1. La noblesse et le clergé ne possèdent qu’une partie des terres qui va de 20 à 50 % ; même en ajoutant la part des propriétés bourgeoises, il
1 Voir les ouvrages de Loutchisky (1543 bis) et 1496, 1511, 1534, 1545, 1546, 1567, 1570, 738, 762, 773, 774, 776, 778, 782, 783, 807, 818, 825, 859, 860, 866, 875, etc.
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reste que beaucoup de paysans sont propriétaires et il n’est pas douteux que l’étendue de la propriété paysanne s’est accrue, en beaucoup de pays, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Mais les paysans sont-ils plus heureux ou moins malheureux (c’est-à-dire : ont-ils plus de raisons de n’être pas malheureux) ? Les avis diffèrent. Les uns (comme M. Marion) penchent pour l’affirmative ; et pas mal de faits peuvent leur donner raison. Véri, en 1774, fait un grand voyage, de Paris à Paris, par la Provence, Bordeaux, Nantes. Dans les trois quarts des provinces qu’il a parcourues, il a trouvé nombre de villages qu’il n’avait pas vus depuis quinze ans rebâtis à neuf par moitié : « J’y trouvai les maisons de paysans aisés plus commodes que les anciennes des bourgeois... La France n’a jamais été si riche, si peuplée et si industrieuse qu’elle l’est à présent (1776). »
Pour d’autres historiens soit de l’histoire générale, soit de l’histoire locale, la conclusion reste incertaine. Les paysans possèdent plus, mais ils souffrent ainsi davantage des droits féodaux. Ici, les moyens et petits propriétaires sont heureux et les fermiers misérables. Là, on est moins malheureux, mais ce n’est que par comparaison et la misère est encore profonde. Pour d’autres enfin (par exemple Kovalevsky, H. Sée, G. Laurent) les souffrances sont restées profondes et générales. Et trop de documents malheureusement les confirment. C’est l’impression de Rutlidge et d’Arthur Young. Ce sont les plaintes de tant de livres-journaux, qui constatent moins d’ailleurs un état permanent que les crises de famine ; mais ces crises sont constantes et épuisantes. Il est très vrai, comme le remarque p.497 M. Marion, que manger des herbes peut signifier manger des
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légumes ; mais manger de l’herbe et chercher des herbes ne signifie pas se nourrir de raves et de choux ; et c’est ce qui arrive. A Ruillé-le-Gravelais (Maine), en 1785, par exemple, il y a « une misère persévérante jusqu’à perpétuité et une misère si affreuse qu’elle est intolérable... Sur près de mille personnes, en comptant tous les enfants, il y a plus d’un cent de personnes qui n’ont point de chemise ou qui n’ont en qu’une ; il y en a au moins un autre cent qui n’en ont pas plus de deux ». D’autre part, sur le sort des ouvriers proprement dits tout le monde s’accorde : il est très mauvais, malgré des exceptions ; travail dur, salaires très bas.
Si bien que tous les contemporains constatent un mal qui, celui-là, est général, irrécusable et qui suffit pour démontrer que la Révolution a trouvé, dans une vaste misère, d’innombrables révoltés prêts à l’accueillir et à la précipiter : partout les mendiants et les indigents pullulent, harcèlent les passants et les pouvoirs publics. D’après l’abbé Beaudeau, en 1765, sur dix-huit millions de Français, il y a trois millions de pauvres. En Bretagne, en 1774, un quart des habitants seraient dans le besoin. Au hasard des témoignages contemporains voici huit mille pauvres à Amiens, en 1777, sur quarante mille habitants ; dans une paroisse de Vitré, deux cents familles sur deux cent cinquante ont besoin d’être secourues ; à Aurillac, il y a deux mille pauvres ; à Mur-de-Barrez, sur 1 086 habitants, 401 pauvres et 94 mendiants ; à Pontivy, 250 familles indigentes sur 850 et 141 seulement sont à l’aise, etc., etc. De là, toute cette littérature qui se multiplie après 1760 et qui se propose, dans cent doctes
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traités, brochures, discours, dissertations académiques, articles de journaux, de résoudre ce tragique problème de la mendicité.
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Il en est d’ailleurs de ce problème comme de celui de l’instruction primaire. Sa solution précise n’est pas indispensable pour comprendre les origines de la Révolution. Peu importe que les gens du peuple aient appris plus ou moins à lire puisqu’ils n’avaient pratiquement rien à lire et ne pouvaient avoir encore aucun goût à lire. Peu p.498 importe que ces gens du peuple aient été plus ou moins malheureux ; cela ne peut intéresser que ceux qui veulent décider s’ils ont eu raison de se révolter et pas une ligne de notre étude n’aborde cette question. Nous voulons seulement expliquer pourquoi ils se sont révoltés. Dès lors, ce qu’il faut savoir, c’est si, à tort ou à raison, ils se sont sentis plus misérables ; si ce sentiment plus grand de leur misère leur a donné un désir plus vif de protester. Pour protester ils n’avaient guère que deux moyens, les placards clandestins et injurieux, l’attroupement, la fermentation, l’émeute. Nous n’avons pas la prétention d’épuiser, en quelques pages, ce vaste sujet des émeutes populaires au XVIIIe siècle ; il est d’ailleurs tout à fait en dehors de notre dessein. Mais nous avons glané assez de faits pour qu’une conclusion générale soit possible.
Tout d’abord les Français du XVIIIe siècle sont, comme ceux du XVIIe siècle, gens fort turbulents, beaucoup plus turbulents que ceux du XXe siècle démocratique. On a un peu trop tendance à représenter cet ancien régime comme un temps de respect et de discipline. Il n’y aurait pour se convaincre du contraire qu’à dresser la liste des bagarres et révoltes de collège ; elle serait
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interminable. Entre eux les collégiens se battent constamment, même à coups de canifs. Tous ceux qui nous ont laissé un récit un peu détaillé de leur vie de collégiens nous ont narré des combats tragi-comiques entre élèves et régents : Marmontel à Mauriac, Vaublanc à La Flèche, Arnault à Juilly, etc. ; les filles savent, comme les garçons, brandir l’étendard de la révolte ; plus habilement même, car on prend généralement les révoltés par la famine, et les fillettes du couvent de l’Abbaye-au-Bois ont l’adresse de se barricader dans la cuisine et l’office. Hors du collège, les externes et ceux qui prennent pension en ville scandalisent trop souvent les bourgeois par des querelles, tumultes, joyeusetés et débauches ; des scandales chez les cafetiers et « billardiers », des rixes entre eux ou avec des soldats et notamment au théâtre. Il arrivera même, aux approches de la Révolution, que les étudiants et collégiens s’organisent pour susciter ou soutenir toutes sortes de démonstrations politiques. Moreau de Jonnès nous a laissé le récit de ces journées où les étudiants de droit de Rennes appellent les collégiens à la rescousse pour brûler p.499 les effigies de Lamoignon et de Brienne pendant que « les cris frénétiques du peuple fendaient les nues » ; ou bien pour escorter de huées, jusqu’à sa caserne, le « régiment détesté de Rohan Soubise ».
On pense bien que les gens du peuple exaspérés par la misère et par la faim n’étaient pas plus sages que ces fils de bourgeois. Aussi la liste des émeutes que nous avons pu dresser est-elle fort longue. Révoltes d’abord pour le pain, de beaucoup les plus nombreuses. A Paris ou Versailles plus surveillés et peut-être mieux ravitaillés, elles semblent moins fréquentes
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qu’en province. Sédition assez violente en 1725, contée par d’Argenson, Marais, Narbonne, Barbier ; autre en 1740 à Versailles et Paris ; autres à Paris, en 1750, 1757, 1775 (guerre des farines) et 1778. Mais, en province, de 1715 à 1785 nous en avons rencontré une centaine auxquelles il faut ajouter tous les troubles de la guerre des farines en 1775 (à Senlis, par exemple, Château-Thierry, Vernon, Melun, Montdidier, Roye, en Thiérache, à Meaux, Dijon, Troyes, Caen, etc., etc.). Il y en eut sans aucun doute bien d’autres qui n’ont pas laissé de traces ou qui nous ont échappé. Voici pourtant cette liste, fort imparfaite, que nous groupons selon les trois périodes entre lesquelles notre livre se distribue :
1715-1747. — En 1724, rixes à Barfleur ; un paysan est tué. — 1725 : « Émotion populaire effroyable » à Caen qui dure deux jours et qui n’a pas de sanctions ; autres à Rouen, Rennes, Le Havre, Pont-l’Evêque, Falaise, Bayeux, Vire, Condé-sur-Noireau, Valenciennes, La Combe, Strasbourg. — 1728 : émeutes à Saint-Etienne, qui se renouvelleront en 1735 et 1747. — 1737 : émeutes en Bretagne, et autres en 1742, 1747, 1748. — 1738 : à Saint-Lô. — 1739 : soulèvements à Ruffec, Caen, Chinon, Angoulême où l’affaire est « terrible ». — 1740 : émeutes dans les marchés des environs de Paris et surtout à Beaumont ; à Lille. — 1741 : à Romorantin ; à Troyes. — 1742 : à Machecoul. — 1743 : à Port-Launay. — 1747 : à Toulouse « considérable », où les troupes de répression commettent de graves excès et deux émeutiers sont pendus ; à Dinan.
1748-1770. — 1748 : sédition à Nantes. — 1752 : émeutes en Normandie et notamment à Rouen où la révolte est
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« horrible » ; à Arles, où elle est « terrible » et où le consul, impuissant, doit céder ; on p.500 pend d’ailleurs un mutin et six en effigie ; autres à Rennes, en Languedoc, à Bordeaux, en Auvergne, en Dauphiné, à Fontainebleau. — 1753-1755 : dans les cantons de Tréguier et Lannion. — 1757 : à Fougères. — 1764 : à Cherbourg, violente, et dans plusieurs petites villes. — 1765-1766 : à Nantes, Pontivy et sur plusieurs points. — 1767 : à Troyes. — 1768 : à Rouen, Carentan, Saint-Lô, Granville, Coutances où elle dure huit jours ; à Saint-Brieuc ; dans la généralité de Tours « de tous côtés » ; à Châlons. — 1770 : à Reims « affreuse... on voit non des figures humaines mais des monstres que la rage et le désespoir semblaient sortir de l’enfer comme on les voyait traîner dans les rues ; c’était affreux de voir ces malheureux écumant par les côtés de la bouche comme des enragés et des désespérés » ; à Vitry-le-François ; à Troyes ou Simonnot est assiégé toutes les nuits et où le chapitre en corps est insulté dans les processions.
1771-1787. — 1771 : à Nancy où des maisons sont pillées et où le calme ne revient qu’après une souscription des riches ; à Rambervilliers ; à Dormans. — 1772 : à Vire ; à Metz où l’on brûle l’effigie de Calonne, alors intendant. — 1773 : à Créon (Gironde) ; à Aix-en-Provence, Limoges ; à Montauban et çà et là dans le Midi ; à Montpellier, Toulouse ; à Bordeaux où quatre mille paysans marchent sur la ville et où les troubles durent du 10 mai au 12 juin. — 1774 : dans la Touraine, où il y a huit mille séditieux et où huit ou dix gendarmes sont tués, quatre émeutiers pendus. — 1775 : à Fismes. — 1777 : à Grenoble, à Toulouse, où il y a soixante-cinq tués et blessés. — 1781 : à
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Montereau. — 1782 : à Poitiers. — 1783 : dans le Vivarais et le Gévaudan. — 1784 : à Caen, Cherbourg, Saint-Lô, Carentan. — 1785 : dans trois paroisses du Poitou ; à Niort, à Morlaix, Guingand, Saint-Brieuc. — 1786 : à Ville-en-Tardenois, à Lyon, La Rochelle. — 1787 : à Saint-Etienne, à Nîmes.
Ces révoltes de la faim sont les plus nombreuses, mais elles sont loin d’être les seules ; il y en a contre de nouveaux impôts, contre la milice, contre les règlements, des exécutions. Par exemple :
1715-1747. — 1720 : émeutes à Paris pour les enlèvements d’enfants qu’on accusait la police de transporter aux colonies. — 1721 : un cocher est fouetté publiquement par ordre de sa maîtresse pour avoir p.501 pris une barre de fer de trente sous ; la populace envahit la maison et brûle deux carrosses. Un laquais est condamné au carcan et aux galères pour avoir mal parlé de Mme d’Erlach ; six mille émeutiers sont difficilement dispersés ; c’est la troisième bagarre de ce genre ; et il y en aura une quatrième lorsqu’on pend un cuisinier de M. de Guerchois. — 1735 : émeute à Bourg contre les impôts. — 1738 : à Sommières (Hérault) contre un employé des fermes. — 1740 : à Clermont-Ferrand pour les impôts. — 1743 : à Tours contre le tirage au sort pour la milice ; à Paris, pour le même motif. — 1744 : quinze mille ouvriers se soulèvent à Lyon contre des ordonnances ; deux mutins sont pendus.
1748-1770. — 1749-1750 : émeutes contre les procédés de d’Argenson qui fait enlever de petites gens pour les envoyer dans les colonies, et peut-être des enfants ; en mai, la sédition est considérable ; trois mutins sont pendus. Dans le Béarn, six à
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sept mille Béarnais s’assemblent pour résister aux commis des fermes. — 1752 : émeute à Vincennes pour la milice ; à Rouen contre une ordonnance sur le commerce du coton. — 1755 : à Auriol (Provence), contre un impôt sur les fruits. — 1756 : à Paris, contre des droits de marché. — 1757 : au Palais-Royal, à propos de l’arrestation d’un chevalier de Saint-Louis ; dix-sept tués ou blessés ; « on est si tranquille que tout paraît un commencement de révolte ». Autre commencement à propos d’une querelle entre boulangers et boulangers forains. — 1766 : à Dijon, pour le tirage au sort de la milice. — 1767 : à Agen, pour le même motif. — 1768 : à Lyon, contre des médecins qu’on accuse d’enlever des enfants pour les disséquer.
1771-1787. — 1771 : bataille du peuple contre des garde-chasses voulant arrêter un homme dans la plaine des Sablons. « Il est capable, crie-t-on, d’aller aux galères pour un lièvre » ; les garde-chasses ont peine à s’esquiver. Émeutes à Pamiers et à Foix contre de nouveaux impôts. — 1775 : à Nantes, contre le tirage de la milice. — 1777 : en Bretagne, contre une décision de justice ; au Merlerault (près d’Alençon), contre les péages. — 1780 : à Paris, de crocheteurs contre une ordonnance ; à Gontaud, à propos d’un transfert de cimetière. — 1783 : à propos d’une querelle de théâtre, à Bordeaux, p.502 trois mille jeunes gens tiennent tête à la garde bourgeoise. — 1786 : révolte d’ouvriers à Lyon ; il y a quatre morts, vingt blessés, trois pendus.
Les placards injurieux et affiches clandestines sont un autre témoignage de l’impatience populaire. Ils sont nombreux à Paris, à travers tout le XVIIIe siècle. « On dit » qu’on a collé un placard
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à la poste du château de Choisy, en 1742, « Si hardi qu’on ne l’ose répéter ». En 1743, à propos du tirage au sort de la milice, on en colle au coin des rues qui menacent de mettre le feu aux quatre coins de la ville ; et Barbier pense que tout le faubourg Saint-Antoine est animé d’un esprit de mutinerie. De 1748 à 1770 : placard à la chambre des comptes en 1752. D’Argenson croit qu’il y a huit cents personnes déterminées à incendier Paris. — 1753 : placards, « vive le Parlement ! meurent le roi et les évêques. » — 1754 : quatre vers injurieux sont jetés sur le piédestal de la statue de Louis XV. — 1757 : placards à la porte des religieux théatins, puis à l’église de la Charité, très vifs contre le roi et la marquise de Pompadour. « On dit » qu’on a trouvé à la porte du Luxembourg des affiches si affreuses contre le roi que ceux qui les ont lues n’ont pas osé les retenir ; « cela annoncerait, dit Barbier, un complot détestable de révolte ». — 1758 : placards infâmes à la porte des théâtres ; « les placards les plus infâmes, dit M. de Mopinot, se renouvellent chaque nuit aux portes des églises, aux lieux où l’on rend la justice, au Louvre, au Palais-Royal. On évoque l’ombre de Damiens : le meilleur des rois est qualifié de titres odieux ; on reproche aux Français leur lâcheté. » Nouveaux placards à la porte du Luxembourg et ailleurs : « On dit que, dans ce dernier, il y avait que trois cent mille hommes étaient prêts à prendre les armes avec un chef, si on ne fait payer cinquante millions au clergé de France et de grosses sommes aux fermiers généraux. » — 1768 et 1769 : Hardy signale une dizaine de placards dans les rues de Paris et sur les hôtels des ministres ; et d’autres en 1770. — De 1771 à 1787 : placards, en 1771, à la statue de Louis XV :
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« Arrêt de la cour des monnaies qui ordonne qu’un louis mal frappé soit refrappé » ; ou bien :
Payer royalement, c’est faire banqueroute ;
Vivre royalement, c’est être putassier.
p.503 ou bien encore : « Pain à deux sols, chancelier pendu ou révolte à Paris. » La même année et en 1772, placards contre l’exil des parlements et contre le parlement Maupeou. — 1782 : placards contre la reine. — 1786 : placards « infâmes » à Versailles. En 1787 et 1788 les placards vont, bien entendu, se multiplier. Même en province, on colle des placards, par exemple en 1762 à Boulogne-sur-Mer contre la cherté des grains ; en 1764 à Grenoble : « O France ! O Peuple esclave et servile ! En méprisant les lois, on t’arrache les biens pour t’en former des chaînes. Les souffriras-tu, peuple malheureux ? ». En 1787, des vers impies sont collés sur un mur de cabaret à Noyers près de Caen.
Les grèves d’ouvriers ont moins d’importance que les émeutes de la faim. Malgré le développement des industries et des centres d’industrie, ces centres sont encore relativement rares à la fin du XVIIIe siècle ; les mouvements grévistes sont donc moins nombreux et leurs répercussions plus limitées. Ils ont contribué pourtant à troubler la France et à entretenir cette armée des violents où la Révolution puisera ses forces brutales. On en trouve d’ailleurs à travers tout le siècle. En 1724, grève des compagnons bonnetiers ; des papetiers en Dauphiné. En 1727, grève des drapiers d’Amiens. A Sedan, grèves de drapiers en 1712, 1713, 1729. A Lyon, grève violente des soyeux en 1744. Puis grève à Gap en 1746. Autres grèves, ici et là, en
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1752, 1778, grèves de toiliers à Caen, de drapiers à Darnetal, de chapeliers à Paris. A partir de 1780, mouvements de grèves dans le présidial de Laon, dans l’Aube, à Marseille, à Bordeaux, à Paris ; grève tumultueuse des soyeux à Lyon, en 1786 ; trois grévistes sont pendus.
Émeutes, grèves, placards sont des manifestations tangibles de la violence du mécontentement populaire. Il faudrait y joindre d’autres témoignages moins certains, mais qui comptent par leur nombre et leur concordance ; ce sont les rumeurs, les on-dit qui s’effraient de l’attitude et des propos des petites gens. Sur le passage du roi, en 1740, nous dit d’Argenson, on crie « misère ! du pain ! du pain ! » ; le ministre Fleury est entouré « de deux cents femmes menaçantes ». La police secrète informe qu’on répète : « B... de Louis XV, tu seras pendu ou détrôné ! » En 1749, « on sème dans p.504 le peuple de Paris des bruits contraires à l’amour et au respect dus au roi ». Quand le pain devient cher on accuse les ministres, le roi ; en 1757, « la patience commune a fait place aux murmures les plus vifs ». Le bas peuple reste indifférent à l’attentat de Damiens ; et quand on rend publiques les réponses où il déclare qu’il a été « déter-miné par les malheurs du peuple », le peuple est d’accord avec lui : « si cela continue, on sera bien forcé d’y mettre ordre. » En 1772, quand on inaugure au Colisée le buste de Louis XV, il y a « beaucoup de sifflets ». A partir de 1780, ces témoignages de l’hostilité ou de l’indifférence populaires vont, on le sait, en se multipliant, notamment à l’égard de la reine. En province, on trouve des traces du même état d’esprit. En 1742, un brave homme de Vatan, en Berry, note dans son livre-journal que les
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impôts sont exorbitants. Les paysans témoignent de moins en moins de respect pour les nobles ; ils vont parfois jusqu’à la violence et aux coups. M. H. Carré en a réuni une douzaine d’exemples significatifs.
La signification de tous ces faits est fort claire. Si l’on ne tient pas compte des années 1787 et 1788, les émeutes, grèves, murmures augmentent après 1770 ; mais la progression n’est pas très sensible. Les tumultes populaires sont déjà fréquents à une époque où l’impatience raisonnée et philosophique n’a même pas atteint la moyenne bourgeoisie. L’extrême misère a entretenu une sorte de désespoir plus ou moins latent qui pousse constamment, ici ou là, à des actes désespérés. Il est possible, il est même probable que s’ils sont un peu plus nombreux vers 1770-1786 c’est par une influence lointaine de l’esprit philosophique ; le moyen ou le petit bourgeois prétendent raisonner des choses de la religion ou de l’État ; le chanoine discute avec le marguillier, le commissaire avec le régent ; quelque laquais, quelque ouvrier, quelque fermier écoute, retient des mots, des formules et surtout l’idée que des gens instruits et aisés ne sont pas contents ; il soupçonne ou il affirme qu’il y a des raisons et des droits pour qu’on le sorte de sa misère. Mais les raisonnements n’ont sans doute tenu qu’une place très secondaire dans les impatiences et les espérances populaires. Elles sont nées de la vie pratique, de la réalité des souffrances. Ce sont des p.505 causes surtout sociales et politiques qui ont assuré aux idées révolutionnaires l’appui d’un peuple qui n’avait pas cessé de faire l’expérience de la révolte et qui n’attendait qu’une défaillance du pouvoir pour s’y jeter violemment.
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Ce sont d’ailleurs ces mouvements populaires qui ont inquiété l’opinion et non les audaces de la philosophie. Nous avons montré qu’à part quelques rares exceptions les philosophes n’avaient ni désiré ni même pressenti une révolution. On était si loin d’y songer que malgré tant d’émeutes, de libelles, de couplets féroces beaucoup de ceux qui essaient d’entrevoir l’avenir persistent à croire qu’il continuera le passé : « Notre gouvernement, écrit Morellet en 1772, n’a jamais été plus ferme et la nation jamais plus soumise... Je ne sais pourtant pas si de cette frivolité il ne sortira pas peut-être un jour quelque mouvement violent, mais ce temps me parait bien éloigné. » Mercier est encore beaucoup plus affirmatif en 1783 : « Une émeute qui dégénérerait en sédition est devenue moralement impossible. » Ni Malouet, ni Ségur, ni Lablée ne prévoient rien de grave : « Peu de personnes entrevoyaient les vrais dangers dont la chose publique était menacée. » L’Anglais Moore est aussi optimiste : « Si l’un de leurs rois venait à se conduire d’une manière assez imprudente et assez arbitraire pour occasionner un soulèvement et que les révoltés devinssent les plus forts, J’ai peine à croire qu’ils pensassent à changer la forme de leur gouvernement... J’imagine qu’ils se borneraient uniquement à placer un autre prince de la maison de Bourbon sur le trône en le laissant jouir des mêmes prérogatives que son prédécesseur. »
Il y avait pourtant des gens plus perspicaces. Mais ce ne sont ni Le Code de la nature, ni Le Contrat social, ni Le Système de la nature qui leur ont fait redouter des secousses violentes ; ce sont les troubles de la rue. Même dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Mme d’Epinay fait exception : « Chaque pas, écrit-
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elle à Galiani, en 1771, aggrave le mal. On écrit, on répondra. Tout est de mode pour le caractère français ; tout le monde voudra approfondir la constitution de l’État ; les têtes s’échaufferont. On met en question des thèses auxquelles on n’aurait jamais osé penser : or, voilà un mal irréprochable... les lumières qu’acquièrent les peuples doivent, un p.506 peu plus tôt, un peu plus tard, opérer des révolutions. » Mais Mme d’Epinay est la seule à prévoir que les lumières allumeront les incendies. Pour les autres les prodromes de l’incendie général ce sont les cris des émeutiers. Quand d’Argenson, Barbier, Hardy s’émeuvent, c’est parce qu’ils les ont entendus ou qu’ils en ont entendu parler. Mercier lui-même finit par perdre quelque chose de sa confiance : « De nos jours, le petit peuple est sorti de la subordination à un point que je puis prédire qu’avant un an on verra les plus mauvais effets de tout cet oubli de la discipline. » (Écrit en 1788.) Dès 1757 ou 1761 c’est parce qu’on lui rapporte les propos ou menaces de la rue, parce qu’elle est témoin de la misère et des violences que Mme de ***, l’amie de Mopinot, s’attend, comme « tout le monde », à une « révolution prochaine ». En 1780, il y a, à Amiens, un « grand nombre d’esprits turbulents... disposés à secouer toute espèce de joug ». Et vers 1781, Girardin prédisait, si on l’en croit, non la révolution des philosophes, mais la révolution de la faim : « Cet abus de l’autorité, ces vexations de toutes espèces réuniront enfin la masse des opprimés plus forts que ceux qui les oppriment ; ils se vengeront sur tout le monde sans distinguer l’innocent du coupable... Des flots de sang couleront et le royaume sera plongé dans les horreurs de l’anarchie... La faim, la seule faim
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opérera cette grande révolution. » De bons bourgeois comme Lefebvre de Beauvray, de Paris, ou Mellier, d’Abbeville, ne sont pas plus rassurés. La révolution s’approche : « Si Dieu ne met la main à nos malheurs et ne fait un miracle éclatant, il y a tout lieu de croire que nous touchons à la fin du monde. » Mais, pour l’un comme pour l’autre, ce sont les malheurs du temps, les misères et les injustices qui annoncent la fin du monde, et non pas les impiétés et les insolences de la philosophie.
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CHAPITRE XII
LES PRÉOCCUPATIONS INTELLECTUELLES
DANS LES CAHIERS DE DOLÉANCES DE 1789
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p.507 L’étude de ces cahiers déborde le cadre de notre ouvrage. Elle ne peut même pas s’y adapter exactement. Il est certain qu’ils n’auraient pas été rédigés tel qu’ils le furent sans la violente agitation politique de 1787 et 1788 et qu’on ne peut pas les prendre comme le témoignage exact de l’état des esprits vers la fin de 1786. Ce sont pourtant des documents essentiels et nous avons cherché ce qu’ils nous apprennent non pas sur les doléances pratiques, sur les désirs et exigences directs de ceux qui les rédigent, mais sur la place que tiennent dans leurs préoccupations soit les choses de l’intelligence, soit celles qui supposent un effort de l’intelligence, une influence de la pensée philosophique du siècle. On sera libre de faire les réserves ou adaptations qu’impose la date de 1789.
Rappelons tout d’abord que ce sont des documents valables. Taine et d’autres leur ont refusé toute signification véritable. Ils auraient été tous copiés sur des cahiers types répandus dans les campagnes et rédigés par quelques avocats ou gens de loi travaillés d’ambitions politiques. Un examen, même rapide, d’un nombre suffisant de cahiers aurait permis, même vers 1875, de contredire l’affirmation. Depuis, la publication véritablement critique d’un grand nombre de ces cahiers l’a définitivement ruinée. Il a existé pas mal de cahiers types ; nous en
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possédons ; même quand nous ne les avons pas, la comparaison des textes démontre assez souvent qu’il y a eu copie. p.508 Mais c’est la minorité des cahiers qui est passivement copiée ; la plus grande partie ou interprètent très librement les modèles, ou les ignorent, ou ne s’en servent pas, ou n’en ont pas 1. Les cahiers nous font donc connaître non pas seulement l’état d’esprit de quelques bourgeois nourris plus ou moins confusément de lectures mal comprises, mais celui des gens qui les ont rédigés ; ils sont une des lumières les plus sûres qui nous permettent de voir clair dans les débuts de la Révolution.
A vrai dire, les « idées » y tiennent peu de place et, à plus forte raison, les idées philosophiques. Il ne s’agit pas de discuter, mais de demander ; il faut des demandes précises et, comme il faut être bref, on n’a pas le temps de les justifier. Les cahiers sont une énumération des doléances et non pas leur justification. On rencontre pourtant, de temps à autre, même dans ceux qui ne sont pas la copie des cahiers types, des raisonnements et même un style qui démontrent manifestement la lecture de démonstrations raisonnées. Le cahier du village d’Azondange (Lorraine) a des motifs éloquents pour protester contre les lettres de cachet : « Nous n’avons jamais vu de lettre de cachet ; mais par des comptes fidèles qu’on nous en a ren-dus, nous trouvons qu’elles ont beaucoup de rapport au fatal cordon que le grand sultan envoie dans ses États ; c’est pourquoi, il nous semble qu’on doit abolir les lettres de cachet dans cette monarchie. » Il est bien surprenant que les villageois
1 Par exemple, le cahier d’Arnaud-Guilhem (près de Saint-Gaudens) est bien la reproduction d’un cahier type, mais le rédacteur biffe un article qui
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d’Azondange soient aussi informés des méthodes de gouvernement du Grand Turc ; et en fait il n’y a là que la rhétorique d’un cahier type : la même phrase se retrouve exactement dans le cahier du village de Xirxange. Mais le cahier de Maizières expose ses raisons qui, elles, ne sont pas copiées : « Aucun de nous ne connaît les lettres de cachet que par ouï-dire ; mais s’il est vrai que par leur moyen, on peut priver un citoyen de sa liberté et le faire mourir dans les fers sans aucune forme de procès, il nous semble qu’on doit les bannir d’un état monarchique. »
p.509 Ces dissertations sur les lettres de cachet sont, bien entendu, exceptionnelles. Mais certains sujets tiennent au coeur de certains rédacteurs de cahiers ; et ils veulent donner brièvement leurs raisons. L’instruction publique est l’un de ces sujets. Là encore, on retrouve des cahiers types : « Pourvoir à la restauration des moeurs, dit le cahier de Pouchat (près Libourne), à une éducation plus avantageuse, à des études mieux dirigées, plus complètes et généralement à tout ce qui peut le plus contribuer au progrès des sciences et des arts et exciter à cet égard l’émulation du génie » ; le cahier de Sainte-Foy, paroisse voisine, emprunte à une source commune et reproduit à peu près la même phrase. Mais d’autres cahiers ne puisent leur inspiration que dans la pensée de celui qui les rédige. Cahiers des villes ou de bailliages et sénéchaussées, comme ceux du tiers de Mirecourt, de la sénéchaussée de Digne, du bailliage de Vouvant, de la noblesse du bailliage de Saint-Mihiel : « Que le petit nombre qui ont reçu du ciel des talents et
demande la liberté de la presse et qui ne lui plaît pas.
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des dispositions supérieures puissent être distingués, aidés, et admis au concours. » « L’ignorance rend le peuple stupide et fait des esclaves. » On perd son temps à étudier la logique et la métaphysique ; il faut leur substituer « la physique, l’histoire naturelle, la chimie, l’histoire, la géographie, les beaux-arts, les langues vivantes ». Mais aussi cahiers de bourgs et de villages, à Bertrambois et La Forêt (Lorraine), à Saint-Auband’Oze (Hautes-Alpes), à Cosne, à Vihiers (Vendée), à Pourcieux (Provence). C’est des écoles de campagne « que les plus grands génies ont tiré les premiers principes de leur science ; c’est enfin de ces écoles que tant de personnes doivent leur salut et leur fortune ». « N’est-il pas honteux pour une nation aussi éclairée que la nôtre que la partie la plus nécessaire de l’État et la plus respectable par le secours qu’elle y fournit soit la plus méprisée, qu’elle serve pour ainsi dire de scabeau [sic] aux grands qu’elle nourrit à ses dépens » ; et ne faut-il pas, en conséquence, commencer par l’instruire ? « Aucun citoyen, sans doute, ne disconviendra de l’utilité et de la nécessité de l’instruction ; aucun n’osera ravaler le prix des connaissances et des belles-lettres, car sans les belles-lettres, sans les connaissances sublimes de la philosophie, la nation serait-elle parvenue au bonheur dont elle jouit d’être consultée par son maître ? » p.510 Faute d’instruction, « on désire avoir des citoyens et on n’a que des hommes ». « Il faut former des hommes et des citoyens au lieu de les élever pour n’être que des grammairiens et des sophistes. »
La liberté de la presse suscite, elle aussi, des raisonneurs ; et cela même, parfois, dans la noblesse et le clergé. « La liberté de publier ses opinions, dit la noblesse du Quercy, faisant partie de
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la liberté individuelle, puisque l’homme ne peut être libre quand sa pensée est esclave, elle demande que la liberté de la presse soit accordée indéfiniment, sauf les réserves qui pourraient être faites par les États généraux. » « Tout ce qui peut étendre et faciliter le progrès des lumières, expose le clergé de Villefranche-de-Rouergue, devant être l’objet particulier de la sollicitude d’un corps dont le principal titre à l’estime publique est l’instruction », ledit clergé demande lui aussi la liberté indéfinie de la presse, à condition d’ailleurs que libraires et auteurs répondent de tout ce qui serait contraire à diverses choses et en premier lieu « à la religion dominante ». Mais le Tiers de Beauvais, celui de Senlis, celui de Saint-Aignan-sur-Roé (près Angers) demandent eux aussi la liberté de la presse avec des considérants. C’est « le moyen le plus propre à répandre la lumière et à éclairer le peuple sur ses vrais intérêts », celui « de perfectionner la morale, la législation et toutes les connaissances humaines ». Çà et là, des réformes plus proprement politiques sont également demandées, avec des explications motivées qui sont parfois d’une singulière hardiesse. « Qu’il sera statué, dit le cahier des communes de Castillon (Gironde), sur l’état civil des non-catholiques, sans acception de secte et de telle manière qu’enfants d’une mère commune, ils n’en supportent pas les charges sans en partager les bienfaits. » « Dans un siècle, disent les officiers municipaux du Havre, où la saine philosophie a fait autant de progrès,... il doit régner une parfaite égalité. » « Les paysans sont des hommes comme les autres, déclare le cahier de Bailleul-sur-Berthoult (Artois), et veulent avoir les mêmes droits. » Le Tiers de Seuzey (Marne) fait en deux longues pages
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le procès de la noblesse et du clergé : « Tous ceux qui refusent de subvenir aux États sont des rebelles et doivent être regardés, comme des membres inutiles... Si la noblesse et le clergé engloutissent tout p.511 ce qu’il y a de meilleur au monde, comme l’argent qui est le meilleur et le principal objet, car ils l’ont ramassé et caché depuis qu’on bat monnaie, quelle [sic] autre usage en font-ils ; oserait le dire ? [sic]. »
Je n’exagère pas la signification de ces textes. Ils ne sont assurément pas sortis tout armés d’éloquence de la tête des ouvriers et des paysans, mais de celle de quelque notaire, avocat ou régent chargé de donner un style aux doléances des gens du lieu. Il arrive même que le bel-esprit se trahisse ingénument. Ainsi dans un cahier, d’ailleurs non officiel, « des voeux et doléances de tous les gens de bien du bailliage d’Aval » (près de Poligny) :
Quiconque pense aura le droit d’écrire ;
Sur cet objet entière liberté ;
Quiconque écrit aura droit de tout dire
Et de juger un C...ne effronté ;
ou bien le cahier de Neuville-sur-Orne (Lorraine) rédigé par un homme de loi qui a lu Rousseau et Raynal, ou celui de Sénéchas (près de Nîmes) dont l’auteur est J. Dumazer, premier consul, nourri de Télémaque et de Montesquieu et qui réclame un costume différent et obligatoire pour les sept classes sociales. Pourtant, plus de moitié des textes que nous avons cités sont tirés des cahiers de très modestes paroisses. Ils confirment, pour le moins, ce que nous avons dit de l’extrême diffusion des lectures philosophiques dans la petite bourgeoisie provinciale. Il
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y a des consuls, avocats, notaires ou régents qui ont lu Raynal, Rousseau, Montesquieu, ou d’autres à Sénéchal, Neuville-sur-Orne, Sezey, Saint-Aignan-sur-Roé, etc., etc. S’ils n’en ont pas eu l’idée, les petites gens ont approuvé du moins les termes de leurs cahiers ; les « têtes » de la paroisse n’en ont pas été surpris. Enfin, et surtout, à côté des cahiers préoccupés de litté-rature philosophique, il y en a un bien plus grand nombre qui réclament, sans phrases, certaines réformes qui se rattachent aux revendications philosophiques ; et la simple demande a plus de chance d’être sincère ou de refléter une opinion générale.
C’est le cas pour ce qui touche à l’instruction primaire ou secondaire. Mais, là encore, il faut faire une réserve dont l’oubli fausse les études sur la place tenue par ces questions dans les cahiers. On p.512 a aligné des centaines de textes où des cahiers réclament des collèges, des écoles, la réforme des collèges, la gratuité, etc. Et la longueur de l’énumération fait certainement impression. Mais il existe des milliers de cahiers publiés et ce qui importe tout autant que le nombre c’est la proportion du nombre. Or, cette proportion révèle qu’en réalité l’immense majorité des cahiers, surtout des cahiers primaires, se désintéresse complètement des écoles, du sort des régents. Peu leur importe que les enfants sachent lire, écrire et compter ; ce n’est pas cela qui allégera les impôts ou supprimera la milice. Parfois, il semble qu’un assez grand nombre de paroisses aient eu des soucis intellectuels. En Maine-et-Loire, trente et un cahiers sur quelque cent cinquante ont des réflexions sur les écoles, et vingt-cinq demandent une école dans chaque paroisse. Mais cette proportion tombe beaucoup plus bas partout ailleurs.
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Voici quelques proportions, approximatives, des cahiers primaires où il est question d’instruction : Draguignan, cinq sur soixante ; Caux, un sur quatre-vingt-quinze ; Creuse, zéro ; Montfort-l’Amaury, un sur cinquante ; Etampes, Landes, un sur soixante-dix ; Angers, quinze sur cent quatre-vingts ; Arques, huit sur deux cents ; Blois, six sur cent quatre-vingts ; Sens, deux sur cent dix ; Cahors, trois sur cent dix. Et l’on trouverait des chiffres aussi faibles pour les paroisses d’Honfleur, du Vermandois, de Troyes, de la Creuse, du Cotentin, du Limousin et de la Marche, d’Autun, de Quimper et de Concarneau, etc. Il arrive même que des cahiers se joignent aux philosophes et pédagogues qui redoutent les effets de l’instruction du peuple, même lorsque ce sont des cahiers du Tiers. « Diminuer, dit le cahier du Tiers de Paris, cette quantité d’écoles gratuites de dessin et autres, de bourses dans les collèges, ce qui dépeuple journellement les campagnes et les ateliers, bien plus utiles à la société que cette foule de barbouilleurs, d’abbés, de clercs, de commis sans place, d’écrivassiers qui, n’ayant pour tout bien que leur plume et leur pinceau, traînent partout leur indigence et leur ignorance orgueilleuse. » Pour le cahier de Courpiac (près de Libourne) les écoles sont « les fléaux terribles qui arrachent les bras à la terre ». Et pour celui de Guitres (même sénéchaussée), elles métamorphosent la dernière classe des p.513 sujets « en mercantileurs, en agioteurs et en gens de plume. L’ignorance, dans ce bas ordre, est non seulement utile, mais même nécessaire ».
Mais cette réserve faite, il est juste de reconnaître que les questions d’enseignement tiennent une certaine place dans les
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cahiers. Pour l’enseignement primaire la noblesse même intervient parfois. La noblesse du bailliage de Bar-sur-Seine demande qu’on répande « les premiers éléments de l’éducation publique dans les campagnes et les couvents » ; celle de Clermont-en-Beauvaisis réclame de bonnes écoles, obligatoires, dans les campagnes. Demandes d’écoles dans toutes paroisses par la noblesse du bailliage de Blois, celle de Paris intra muros. Le clergé a, assez souvent, le même zèle. L’étude de M. Bourrilly énumère une vingtaine de cahiers de clergé des villes, bailliages, sénéchaussées, qui souhaitent des petites écoles dans toutes les paroisses ; cela d’ailleurs pour des raisons pieuses et non philosophiques : « La lecture, dit le clergé du bailliage d’Autun, peut seule préparer les succès de l’instruction des pasteurs. » On pourrait ajouter un certain nombre de cahiers du clergé à la liste de M. Bourrilly. Les cahiers du Tiers des villes et des bailliages formulent, à l’occasion, les mêmes voeux, ainsi ceux de Saint-Flour, de Saint-Malo, de Versailles, de Paris hors murs et dans les murs, d’Etampes, de la Haute-Auvergne, d’Exmes, de Senlis, Auxerre, Dourdan, d’Orléans. Celui du Tiers de Beaugency se contente d’une école par dix paroisses ; ceux de Dunkerque ville, Verdun, Montreuil se bornent à souhaiter des écoles plus nombreuses.
Mais les cahiers les plus intéressants sont les cahiers primaires des petites paroisses. Certains se contentent de réclamer les écoles qu’ils n’ont pas ou signalent que leurs écoles sont insuffisantes. Ainsi ceux de Vincennes, Vaucresson, de Monthou-sur-Cher et Couddes (près Blois), d’Aunac, Blanzac, Montalembert, Aubeville, Sainte-Marie-de-Cressan, Jurignac,
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Saint-Martin-du-Clocher (Angoumois), de Carvin, Gouzeaucourt, Avrincourt (Pas-de-Calais), de La Romagne, Villeneuve-en-Mauges, Saint-Macaire-des-Bois, Saint-Christophe-du-Bois, Vauchrétien (Anjou) ; et de même des cahiers de Bigorre, du bailliage d’Auxerre, de celui d’Amont, du Beaujolais, de Metz, etc. p.514 Demandes qui n’ont peut-être, ou sans doute, que des raisons pratiques : il est utile de savoir lire et écrire. Mais un certain nombre de ces cahiers de paroisse, qui sont d’ailleurs la toute petite minorité quand on songe au très grand nombre de cahiers publiés, souhaitent des écoles dans toutes les paroisses. Et c’est là un souci qui suppose des raisons sinon philosophiques, du moins intellectuel-les. Ainsi les cahiers d’Habondange (Metz), Fayence (Draguignan), Connerré, Crannes-en-Champagne (Maine), Ouville-l’Abbaye (Caux), Cambronne (Beauvaisis), Belleville, Stains, Rosny (Paris), Vihiers (Vendée) et neuf autres paroisses de Vendée et d’Anjou, Trégomar (Rennes), Blancménil et quatre paroisses du pays d’Arques, Précy, Saint-Michel-de-Volangis et Nohant-en-Goût (Bourges), Donnemain-Saint-Mamès et trois autres paroisses (Blois), Saligny et Sergines (Sens), Treigny-en-Puisaye, Vermonton, Tracy-sur-Yonne, etc. Ce res-pect de l’instruction et cette confiance sont sans aucun doute le fait de quelques-uns seulement ou même d’un seul ; ainsi le cahier de Cambronne est rédigé par un procureur. Rien ne permet de conclure que les petites gens, au nom desquels on parlait, avaient le moindre souci de tirer le peuple de l’obscurantisme ; mais on peut en conclure du moins qu’il y avait dans tous ces bourgs ou villages obscurs au moins un homme qui faisait confiance aux « lumières ».
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Les voeux relatifs à la création de collèges ou d’enseignements techniques sont moins nombreux. Ce qui s’explique puisqu’on tendait plutôt, comme nous l’avons vu, à supprimer des collèges trop nombreux. Pourtant Guingamp, Beaujeu, Saint-Didier-sur-Beaujeu, Saint-Lager (Beaujolais), la noblesse de Dôle, demandent des collèges. Châteaubriant, la prévôté du Beauvaisis, la paroisse d’Evron (Maine), le Tiers du bailliage de Bourbon-Lancy, les officiers des eaux et forêts, avocats et le Tiers de Noyon, Libourne, le Tiers de Nantes souhaitent qu’il y ait des collèges « dans toutes les petites villes », « un peu considérables », « dans toutes les villes bailliagères », « dans toutes les villes de première classe », « dans toutes les villes à présidial » et des universités, « dans les villes capitales de chaque province ». Le Tiers non corporé de Bergues demande un enseignement de la philosophie dans chaque ville de la province ; celui de Riom « qu’il soit établi dans toutes les villes des maîtres de dessin, de géométrie p.515 pratique et de mathématiques pour les enfants du peuple ». Des bourses ou la gratuité dans les collèges sont demandées par la noblesse de Château-Thierry, des cahiers du Tiers et du clergé d’une douzaine de bailliages, de sénéchaussées, de villes.
Enfin, et ceci est encore plus significatif, certains cahiers ne se contentent pas de demander des écoles ou des collèges ; ils ne désirent pas seulement l’instruction, ils veulent la meilleure ; et ils constatent que les méthodes du passé ne sont pas bonnes. Ils souhaitent des réformes, c’est-à-dire que, plus ou moins consciemment, ils sont pénétrés d’esprit nouveau. Sur ce point comme sur les autres, il faut s’en tenir à des conclusions
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prudentes. L’ouvrage de M. Bourrilly a réuni quatre cent dix-sept cahiers qui demandent la réforme de l’instruction publique et se plaignent de la décadence des études. Mais la majorité de ces cahiers émanent du clergé qui demande avant tout le retour aux bonnes moeurs, à la religion et des privilèges d’enseignement pour le clergé. C’est-à-dire qu’ils se proposent non de réformer le passé mais d’y revenir. D’autre part il faut tenir compte des cahiers types ; trois de ces cahiers distribués à Angers ont suggéré ou dicté les passages relatifs à la réforme de l’enseignement. Pourtant, ces réserves faites, il n’est pas douteux qu’il circule à travers la France un courant d’opinion qui fait confiance à une instruction bien comprise, mieux comprise pour contribuer au bonheur de tous. On le trouve d’abord, comme il est naturel, dans les cahiers du Tiers des bailliages, sénéchaussées, villes, corps constitués des villes. Le cahier de la ville de Metz demande la réforme des universités et des collèges « objet important pour la religion, les moeurs, l’instruction et la propagation de l’esprit public et du patriotisme ». Les merciers-drapiers d’Orléans précisent, plus hardiment : « Captiver des enfants sept ans (et deux ans de philosophie en outre) à l’étude du latin, sans les instruire même de leur religion, ni leur apprendre l’arithmétique, la géographie, etc., ce n’est pas former des hommes utiles. » Plus brièvement, des réformes sont demandées par les avocats et la faculté de droit d’Angers, la sénéchaussée de Rennes, la ville de Cosne, celles de Baudéan, Saint-Yrieix, Rochefort-sur-Mer, Clermont-Ferrand, Riom, le Tiers du Vivarais, celui de l’Agenois, le Tiers et le bailliage du Havre, etc. On p.516 voit même le thème se glisser dans des cahiers de
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paroisse ; et là encore, même s’il émane seulement d’un rédacteur plus ou moins lettré, il témoigne de la diffusion : cahiers de Civray et de Melle (bailliage de Civray) ; de Bréau (Nîmes) ; de Condé, Vertus, Aigny, Vaudemange, La Veuve, Champigneul, Juvigny (Marne) ; Callas, Lorgues, La Motte, Roquebrune (Draguignan) ; de Ponchat (Libourne) ; de Frayssinet-le-Gélat, Saint-Cernin, Saint-Martin-de-Vers (Cahors) ; douze cahiers de l’Orléanais, etc.
Il est fort rare que l’objet des réformes soit précisé, sauf sur un point, celui de cette éducation que les uns appellent « nationale », d’autres « patriotique », d’autres « du citoyen » ou à laquelle certains ne donnent pas de nom mais qu’ils décrivent comme l’étude des institutions, de l’administration de l’État, de la « constitution » et même d’un catéchisme de morale sociale. Sur ce point les trois ordres semblent, quand ils s’en occupent, d’accord. Ainsi la noblesse du Calarsis, celles du bailliage de Blois, d’Etain, de Nîmes, Orléans, Saintes, Lyon, Arras, Sens, Nancy, Guyenne, Angoumois, Evreux, Bar-sur-Seine, Auxerre, Touraine, Dourdan, Riom, Ecouen, Castres, Metz, Paris. « Enseigner dans les écoles, dit la noblesse du bailliage de Saint-Mihiel, un catéchisme patriotique qui expose d’une manière simple et élémentaire les obligations que renferme le titre de citoyen et les droits qui dérivent nécessairement de ces obligations quand elles ont été bien remplies. » L’éducation nationale est demandée par le clergé de Paris hors murs, ceux de Villefranche-de-Rouergue, Orléans, Saint-Mihiel, Rodez, Saumur, Toul, Colmar, Dijon, etc. Mêmes demandes dans les cahiers du Tiers de Mantes, maîtres, cons-
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tructeurs et Tiers de la sénéchaussée de Marseille, Tiers de la sénéchaussée et présidial de Limoges, de Maine-et-Loire, de Senlis, Lyon, Calais et Ardres, Melun et Moret, Bar-le-Duc, Forcalquier, Vienne, Bruyères-en-Lorraine, La Rochelle, Riom, Clermont-Ferrand, Saint-Flour, Maine-et-Loire, Paris hors les murs et certaines paroisses dans les murs, etc. Même quelques cahiers de paroisses se préoccupent de donner à l’instruction ce caractère national. Ainsi ceux de Lezoux, Saint-Bonnet (Auvergne), de Callas (Draguignan) ; Saint-Jean-de-Gardounenque, de Saint-Dionizy (Nîmes) ; Saint-Martin-de-Mézières, Saint-Laurent-de-Rennes (Rennes) ; Saint-Aignan-sur-Roé (Angers). p.517 Ainsi se trouvent confirmés cette naissance et ce développement du sentiment national dont nous avons ébauché l’histoire.
Le sentiment des libertés nécessaires de la pensée et de la presse n’est pas moins répandu. Ce qui ne veut pas dire qu’il soit général ou qu’il se trahisse généralement dans les cahiers. Il faut tenir le même compte des proportions. Deux cahiers de paroisses de Picardie la demandent, mais il y a quatre-vingt-seize cahiers. Le Tiers d’Etampes la souhaite, mais les cent cahiers de paroisses n’en parlent pas. Quelques cahiers de l’Alençonnais en parlent, mais il y a une centaine de cahiers. Rien dans les cahiers de Bernay. Demandes dans une douzaine de cahiers du pays de Troyes sur quatre cents ; dans cinq cahiers du pays de Bigorre sur plus de deux cents ; dans onze du pays de Rennes sur quelque trois cent cinquante ; dans seize du pays de Nîmes sur quelque quatre cents. Parfois, mais rarement, la proportion est plus forte : treize cahiers sur quelque
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soixante dans le pays de Draguignan ; d’après Guibert, la proportion s’élèverait au tiers dans les cahiers du Limousin. Il faut tenir compte, en outre, des réserves qui sont formulées dans les demandes. Certaines sont modestes : on spécifie seulement qu’il faut accorder la liberté de la presse « sauf les réserves décidées par les États généraux » ; ou bien « avec les restrictions qu’exigent la bienséance et les bonnes moeurs ». D’autres sont déjà plus graves puisqu’elles concernent « l’ordre général » ou la religion. Certaines enfin tendent à retirer d’une main ce qu’elles accordent de l’autre, puisqu’elles demandent qu’on punisse tout ce qui porterait atteinte à la religion ou à l’État. Nous n’entrerons pas, pour ne pas rendre l’exposé inex-tricable, dans le détail de ces réserves. Disons seulement qu’elles n’ont une réelle importance que dans une petite minorité des cahiers et que nous ne tiendrons jamais compte de ces cahiers-là. Signalons enfin que le souci de protéger la religion apparaît dans tous les cahiers de cette minorité, que celui de la « personne du roi » ne se montre que dans certains, et que celui de « l’ordre général » ou de « l’État » est tout à fait exceptionnel. Il est certain que les cahiers entendent ne mettre aucune barrière au droit de discussion politique.
Les cahiers du clergé sont muets sur la liberté de la presse ou la combattent ; un tout petit nombre l’acceptent avec des réserves qui p.518 l’étouffent ; ce qui suffirait à prouver qu’en cherchant à multiplier les écoles, le clergé ne songeait nullement à développer l’esprit de discussion ni même de réflexion. Par contre, certains cahiers de la noblesse plaident sans réserves pour cette liberté. La noblesse du bailliage de Caen se donne
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pour une noblesse « citoyenne » et la liberté de la presse lui semble indispensable aux citoyens. Même demande dans les cahiers de la noblesse du Bourbonnais, de l’Artois, du Boulonnais, du Calaisis, de l’Agénois, de la Haute et de la Basse-Marche, du Bas-Limousin, des villes de Sens, Lille, Marseille, Angoulême, Châlons-sur-Marne, Sézanne, Nîmes, Troyes, Clermont-en-Beauvaisis, Chaumont, Vitry-le-François, Paris hors les murs, etc., et par treize départements nobles sur vingt dans Paris. La demande est encore plus fréquente dans les cahiers du Tiers. La liberté légitime de la presse est, dit le cahier du bailliage de Château-Salins, « l’unique moyen de propager les connaissances et les lumières, de publier les actes de vertu, de courage et d’héroïsme, comme aussi de dénoncer les abus et les malversations ». « Personne n’ignore, dit le cahier de Lezoux (Auvergne) ce que nous devons à la presse. Tout le monde pressent ce que nous devons en attendre. » Le Tiers d’Epernon demande la liberté « illimitée » ; celui d’Angers la liberté « entière et indéfinie ». Le plus souvent la demande est sans commentaire ou ne s’accompagne que des réserves banales. Tiers de Châlons-sur-Marne, Nîmes, Lisieux, Autun, Montcenis, Montauban, Montreuil-sur-Mer, Aire, Arras, Béthune, Saint-Omer, Saint-Pol, Caen, Le Havre, Graville, Campan, Marseille, Alençon, Villefranche-de-Rouergue, Etampes, Castillon (Gironde), Verdun, Versailles, Nîmes, Rennes, Dax, Saint-Sever, Bayonne, Clermont-Ferrand, Riom, Bourges, Quimper, Redon, Saint-Malo, Lamballe, Beaucaire, Uzès, Bailleul, Cognac, Saint-Yrieix, Nevers, un certain nombre de cahiers de paroisses de Paris et le cahier général du Tiers, etc. Il faut y joindre certains
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cahiers de corporations ou corps constitués, de cahiers de bailliages, sénéchaussées, provinces : Sisteron, Autun, Semur, Bourbon-Lancy, Dijon, Caen, Limoges, Angers, Bourges, Rennes, Vivarais, Auvergne, etc. Même quelques cahiers primaires de petites paroisses s’intéressent à cette liberté. Autour de Blois, Cloyes, Saint-Lubin-des-Prés, Salbris ; autour de Nîmes, Auduze, p.519 Barjac et dix-sept paroisses ; autour de Rennes, Saint-Malo ou Lamballe une demi-douzaine de paroisses ; autour d’Angers les cahiers de Villevêque et de Saint-Aignan-sur-Roé (qui donne quatorze lignes de considérants) ; autour de Campan ceux de quatre ou cinq paroisses ; trois ou quatre paroisses en Nivernais ; tout autant dans les Landes ; Vincennes et Passy près de Paris ; une douzaine de paroisses dans le pays de Draguignan ; trois du bailliage de Versailles ; une de celui de Meudon ; trois de celui de Libourne, etc., etc.
Mêmes réserves sur la signification de ces énumérations. Les trois paroisses du bailliage de Versailles se trouvent dans un total de vingt paroisses ; la douzaine de Draguignan dans un total de cinquante-neuf ; mais à celle de Bigorre, Rennes, Nîmes s’opposent des totaux de quelque deux cent quarante, trois cent cinquante, quatre cents. D’autre part des cahiers types interviennent ; par exemple les cahiers de Dompierre, Saint-Germain-sur-l’Aubois, Marseilles-les-Aubigny, en Nivernais copient la liberté de la presse comme le reste ; elle est demandée par trois modèles qui circulent dans le pays d’Angers.
L’ouvrage de M. l’abbé Dedieu a étudié la question de la tolérance religieuse, c’est-à-dire en fait de la tolérance à l’égard des protestants. Les conclusions sont fort justes. Si l’on ne tient
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pas compte des cahiers rédigés dans des milieux où les protestants dominent, il est certain que l’opinion publique est favorable à l’égalité civile des protestants, mais qu’elle répugne à tout ce qui pourrait donner à leur culte une publicité éclatante, une sorte d’égalité avec le culte catholique. Mais ajoutons à ces conclusions que l’immense majorité des cahiers se tire d’affaire en ne faisant aucune allusion à la tolérance religieuse. Il en est question beaucoup moins souvent que de la liberté de la presse ou de l’instruction. Pourtant, les quelques exemples de cahiers de paroisses rédigés dans des pays non protestants, cités par M. Dedieu, auxquels on pourrait joindre quelques autres (Villiers-le-Bel, Herbeville, Treil, Clichy-la-Garenne, Epernon, Tiers de Saint-Louis-la-Culture et de Saint-Eustache à Paris) témoignent que l’idée de tolérance a pu s’infiltrer un peu partout.
Toute cette étude nous conduit à une même conclusion. Nous aurions pu allonger ces listes des cahiers qui s’intéressent à l’ins-truction, à la liberté de la presse, à la tolérance. Mais ce qui importe p.520 est non pas leur nombre, mais leur nombre relatif. Si des préoccupations d’origine intellectuelle apparaissent assez fréquemment dans les cahiers du Tiers des villes, dans les cahiers collectifs du Tiers des sénéchaussées, bailliages, etc., elles sont exceptionnelles, par comparaison, dans les cahiers primaires. Quand elles apparaissent, il est certain, parfois, qu’elles sont le fait d’un rédacteur qui n’est pas du peuple ; lorsque la preuve manque, il est très probable que, le plus souvent, c’est encore un lettré qui tient la plume. Au total, la masse des cahiers primaires aspire à des réformes sociales et politiques pour des raisons sociales et politiques et non pas
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philosophiques ; elle exprime des souffrances et des besoins et non pas des réflexions. Pourtant le moins qu’on puisse dire c’est qu’un peu partout et dans les plus humbles campagnes, il y a, près des gens du peuple, des hommes capables de préoccupations intellectuelles, qui ont subi plus ou moins l’influence de la philosophie, à qui le peuple fait confiance ou qui sont prêts à parler en son nom.
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CONCLUSION
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p.523 Nos conclusions se dégageront plus clairement si nous les opposons à celles de l’Ancien Régime de Taine.
Pour Taine, il y a assurément un progrès, une évolution de l’esprit public entre 1715 et 1789. L’esprit révolutionnaire s’ébauche d’abord, puis se précise ; il n’est réellement formé qu’à une date mal déterminée, mais qui semble être 1760, 1770. Cet esprit est à la fois mondain et, si l’on peut dire, scolaire. Il emprunte au Contrat social, à Mably, au Système de la nature ou à la Politique naturelle, à une ou deux douzaines de spéculations abstraites des formules : l’homme est esclave et pourtant il a droit à la liberté. — Les hommes, étant tous égaux par nature, ont droit aux mêmes droits ; il faut réaliser l’égalité. — Les hommes sont naturellement bons et généreux ; s’ils n’étaient pas corrompus par une société mal organisée, ils pourraient vivre heureux comme des frères. Sans doute, dans le présent de la France ou dans son passé, il n’y a rien qui ressemble à cette liberté, à cette égalité, à cette fraternité. On voit même très mal comment on pourrait adapter la tradition politique française à cet idéal de liberté-égalité-fraternité. Mais cela importe peu. Il n’y a qu’à ne pas se soucier le moins du monde d’une tradition qui n’est qu’une succession de hasards, de violences et d’injustices. Abolissons tout, pour tout reconstruire. Nous reconstruirons très bien, car nous ferons appel à ce qui ne saurait nous tromper ni tromper p.524 personne, à notre raison. Elle nous apprend, quand on sait bien s’en servir, à retrouver les principes éternels et
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permanents qui doivent fonder une société heureuse, libre, égale et fraternelle et à en déduire logiquement, c’est-à-dire infailliblement, les conséquences qui nous donneront tous les détails de cette organisation sociale. C’est là d’abord et surtout le rêve de gens du monde, d’une minorité de gens formés par les collèges et qui s’enferment dans un milieu artificiel où l’on n’aime rien tant que ratiociner à perte de vue, avec le seul souci de ne pas faire de faute de logique ; puis la bourgeoisie suit. Ainsi s’est formé, avant la Révolution, l’esprit révolutionnaire le plus redoutable parce qu’il est le plus faux : la croyance qu’on peut détruire et reconstruire une société comme on détruit et reconstruit un système d’idées dans une thèse de Sorbonne ou une discussion de salon : « Jamais de faits ; rien que des abstractions, des enfilades de sentences sur la nature, la raison, le peuple, les tyrans, la liberté, sortes de ballons gonflés et entrechoqués inutilement dans les espaces. »
Pour soutenir cette démonstration, quelques douzaines de textes, empruntés à quelques dizaines d’ouvrages ; tout autant de faits empruntés à des mémoires, correspondances, etc. Il serait facile de faire constamment la critique de ces textes, de ces faits, des allégations qu’ils appuient. Comment admettre avec Taine que Mably érige l’athéisme en dogme obligatoire, que c’est la raison géométrique qui fait le Vicaire savoyard et Les Epoques de la nature, que la langue classique puriste est celle du XVIIIe siècle, que presque tous les ouvrages sortent d’un salon, etc., etc. Mais peu importe. Même si tous les ouvrages allégués étaient bien compris, si tous les faits étaient exacts, la démonstration de Taine — et, plus ou moins, celles de toutes les
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études sur les origines intellectuelles de la Révolution seraient sans valeur. Comment prétendre en effet reconstituer l’opinion de millions ou, pour le moins, de centaines de milliers de Français à l’aide d’un si petit nombre de témoignages ? Com-ment prétendre que d’Argenson a vu juste, en 1753, en disant « que la haine contre les prêtres va au dernier excès » ; alors que tout prouve que ce serait fort exagéré en 1787 et que c’est tout à fait faux en 1753 ? Comment tirer argument d’un texte où Brissot, dans p.525 son Essai sur la propriété et sur le vol, semble dire que la propriété c’est le vol, alors qu’il dit tout autre chose (c’est-à-dire, qu’en pure logique la nature donne à l’homme le droit de prendre ce qui l’empêche de mourir de faim), alors que l’Essai est passé tout à fait inaperçu, alors que Brissot a désavoué lui-même ce paradoxe de jeunesse, alors que tous les ouvrages, peu nombreux, à tendance communiste, sont restés à peu près inconnus ?
Je n’ai pas, bien entendu, à discuter le principe général de Taine, à savoir que ce n’est pas la raison qui peut mener le monde. Je n’ai pas cherché à savoir s’il était bon ou mauvais que les choses se fussent passées comme elles se sont passées. J’ai voulu dire seulement comment elles se sont passées. Or, elles se sont passées tout autrement.
Tout d’abord, on ne peut pas raisonner sur les origines de la Révolution, en ayant sans cesse présent à l’esprit le développement de la Révolution. En réalité, sans bien s’en rendre compte, Taine a supposé ce que devaient penser les Français, en 1787-1789, d’après ce que pensèrent, peut-être, plus tard un Robespierre et un Saint-Just. Il aurait pu aussi bien
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écrire cette partie de son Ancien Régime en déduisant l’opinion française, à cette date, des opinions des Jacobins ; les textes et les faits antérieurs allégués par lui sont pour ainsi dire surajoutés. Le siège était fait ; et dans la masse des textes et des faits, on en peut toujours trouver pour tout justifier. Mais il faut bien répéter que les directions prises par la Révolution ne sont pas nécessairement celles auxquelles on pensait quand on a voulu, en 1788-1789, réformer la France. Un Lénine ou un Trotsky ont voulu une certaine révolution ; ils l’ont préparée, puis accomplie, puis dirigée. Rien de pareil en France. Les origines de la Révolution sont une histoire ; l’histoire de la Révolution en est une autre. Cela dit, voici comment les choses apparaissent.
L’esprit qui préparera, puis demandera une réforme profonde de l’État est d’abord un esprit hostile à la religion. Jusque vers 1750, ceux qui attaquent le principe même de la religion, la foi, sont assez nombreux, mais leurs ouvrages, le plus souvent manuscrits, n’ont qu’une diffusion limitée. Par contre, dès le milieu du siècle, c’est p.526 la politique même de l’Église qui est violemment condamnée : l’intolérance est ouvertement détestée ; on dénie à l’Église le droit d’imposer ses croyances par la force ; on dénonce comme des « crimes » du « fanatisme » tout ce qui, dans le présent ou dans le passé, a châtié les corps sous prétexte de sauver les âmes. Vers 1770, on peut dire que l’opinion est, sur ce point, désormais unanime. L’Église ne renonce pas, en doctrine, au droit du glaive, mais la liberté de croyance et même de culte apparaît à tous comme imprescriptible. A travers tous ces débats, l’autorité politique ne
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cesse pas d’avoir partie liée avec l’autorité religieuse. Aux exigences du clergé elle n’oppose jamais, avant l’édit de tolérance, ni des principes, ni même des actes ; elle se contente, par crainte de l’opinion, de ne pas agir, de ne pas appliquer ses décrets. Ainsi la bataille contre le fanatisme est nécessairement une bataille contre l’autorité politique, contre l’État. C’est l’État qui reste fanatique ; c’est contre lui qu’on s’irrite ; c’est lui, peu ou prou, que la défaite du fanatisme ébranle.
En même temps, d’une marche beaucoup moins rapide, l’incrédulité proprement dite a fait des progrès. De 1750 à 1770, la philosophie de l’incrédulité a dit à peu près tout ce qu’elle pouvait dire. Elle a traduit devant le « tribunal de la raison » les dogmes de l’Église, ses livres sacrés, son histoire, ses rites. Elle a prétendu en démontrer la fausseté, l’absurdité, la férocité. Elle les a livrés aux sarcasmes et à la colère. Malgré l’autorité maladroite, passive ou complice, elle a imprimé tout ce qui était manuscrit ; elle a fait circuler tout ce qu’elle imprimait non pas librement, ni même commodément, mais à peu près sans risques et largement. Tous ces livres n’ont pas « déchristianisé » la France. Mais il est certain qu’ils ont répandu l’incrédulité ou du moins l’indifférence dans la plus grande partie de l’aristocratie, que cette indifférence a pénétré largement le clergé, qu’elle a fait des progrès rapides dans la bourgeoisie moyenne, chez les jeunes gens, dans les collèges. Une bonne partie de la nation est sinon impie, sinon hostile à la religion, du moins assez détachée de l’Église, de ses prêtres pour ne plus être disposée à les suivre. Ces progrès de l’incrédulité continuent de 1770 à 1787 ; mais tout l’essentiel est dit et la secousse décisive est donnée
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dès 1770. Dans la dernière période c’est la politique surtout qui occupe les esprits. p.527 On n’y songe guère avant 1748. Tout ce qu’on dit et tout ce qu’on écrit est alors, sauf exceptions, discussions d’école. Et quand on cherche à des maux, à des abus précis des remèdes directs et pratiques, c’est sans penser un seul instant à changer les principes du gouvernement. Il s’agit de nettoyer la maison, de la meubler plus commodément, non de la reconstruire. De 1748 à 1770, les discussions sont beaucoup plus nombreuses, beaucoup moins abstraites, beaucoup plus hardies. Mais toutes celles qui peuvent sembler révolutionnaires ne sont guère que des utopies, des jeux de l’esprit dont la diffusion est médiocre et dont l’influence, même quand elles sont sincères, est à peu près nulle. Par contre, si l’on ne cherche pas de réformes politiques profondes, on propose déjà des réformes sociales importantes ; dans la justice, dans l’administration, dans l’assistance publique, on critique âprement la tradition ; on veut assez souvent non pas seulement adapter, mais bouleverser. Et l’on s’engage hardiment dans ce chemin des réformes financières où l’on se heurte nécessairement à l’un des principes essentiels de l’État, celui des ordres privilégiés, dispensés d’impôts.
Après 1770, des ouvrages paraissent où l’ordre même de l’État est mis en cause, parfois brutalement. Mais ces ouvrages sont peu nombreux. Leur nombre diminue encore lorsqu’au lieu d’en isoler quelques phrases, quelques formules, on les examine dans leur ensemble ; très souvent, les formules révolutionnaires n’y sont que des conceptions théoriques, données comme théoriques, et corrigées précisément, explicitement lorsque
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l’auteur expose ses vues pratiques. Non seulement presque personne ne songe à une révolution de l’État, mais presque personne ne croit que cette révolution soit prochaine, ni même possible. On peut énumérer, et nous avons énuméré des prédictions de la révolution ; mais ces prédictions sont en réalité noyées dans la masse des opinions où l’idée d’une révolution apparaît comme impossible ou n’apparaît pas.
Par contre, à partir de cette date de 1770, on constate une large diffusion des inquiétudes ou du moins des préoccupations sociales et politiques. Non seulement dans les milieux des gens de lettres ou dans ceux de l’aristocratie qui n’y voient guère qu’un jeu de l’esprit, mais dans ceux de la bourgeoisie moyenne et petite, dans p.528 la jeunesse, dans les collèges. Longtemps les choses de l’État n’ont regardé que l’État. Et l’État a tout fait pour les entourer d’un mystère redoutable et châtier les profanateurs. Mais les sept sceaux ont été brisés et, vers 1780, n’importe qui peut entrer dans le sanctuaire. Si l’on ne songe guère à chasser les dieux et leurs prêtres, qui veut peut se mêler de leur donner des conseils. On consent toujours à obéir ; mais on commence à penser qu’on doit poser des conditions.
Quelle que soit d’ailleurs la diffusion de l’incrédulité et de l’inquiétude politique, elle nous apparaît moins importante qu’une évolution plus générale et plus certaine de l’opinion. La France tout entière se met à penser. A d’autres époques, au XVIe siècle, par exemple, on peut aligner d’assez longues listes d’ouvrages tout pénétrés d’incrédulité ou d’audaces politiques. Mais ils ne peuvent intéresser qu’une élite assez restreinte. Dans son ensemble, la France se contente de lutter péniblement pour
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sa vie. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, au contraire, c’est la France moderne qui s’organise, c’est-à-dire un peuple qui ne veut plus se contenter de vivre mais qui veut apprendre et réfléchir. Partout les témoignages les plus certains de cette transformation se multiplient. Non seulement les témoignages indirects, le nombre croissant des ouvrages de discussion et leur succès, les exemples et les faits donnés par les mémoires, les correspondances, etc. ; mais aussi toutes sortes de témoignages directs : transformation de l’enseignement, académies provinciales, sociétés littéraires, chambres de lecture, bibliothèques, journaux provinciaux. La qualité de ces curiosités importe d’ailleurs autant que leur quantité. Il semble, à suivre la thèse de Taine, qu’on n’ait lu que Le Contrat social, Le Code de la nature, Le Système de la nature, deux ou trois douzaines de traités et dissertations où l’on bâtit, dans l’abstrait, une cité philosophique et utopique. Il n’en est rien. Les curiosités viennent de mille sources, se répandent par mille canaux. Que resterait-il des programmes, des mémoires, des discussions de toutes ces académies et chambres de lecture, de toute l’activité intellectuelle de ceux dont nous connaissons la vie, si on ne gardait que ce qui vient de Rousseau, de Voltaire, de Mably et des autres ? Peu de choses pour beaucoup, presque rien pour la p.529 plupart. Ce qui les intéresse c’est, sans doute, très souvent la « philosophie », mais la philosophie telle qu’ils la concevaient et non telle que Taine l’a déformée, c’est-à-dire l’amour de la science, le désir d’apprendre et de réfléchir, de réfléchir non pas seulement sur les droits de la nature et sur le « contrat », mais sur toutes les sciences, sur toute la nature, sur toute la vie. On
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voulait apprendre la géographie, les langues étrangères, la physique, la chimie, l’histoire naturelle et non pas seulement le déisme et le républicanisme. Le plus souvent on réclamait non pas des « systèmes » — presque tout le siècle, à partir de 1750, est dressé contre les systèmes — non pas des lois de l’esprit, mais des réalités, des lois expérimentales, des connaissances « pratiques » et « usageables ». Il n’y a plus qu’une physique, une chimie, une histoire naturelle qui comptent, ce sont la physique, la chimie, l’histoire naturelle d’observation et d’expé-rimentation. Dans les sciences économiques il y a bien « le système », celui des physiocrates. Mais quelle place tient-il dans toutes ces académies et sociétés ? A peu près aucune. Ce qu’on y discute en réalité ce sont les maux dont on souffre dans tel pays, à tel moment ; ce sont les réformes immédiatement applicables dans telle province ; ce sont les maladies du bétail ou des cultures, les moyens de cultiver, les meilleurs moulins, etc. Dans les sciences sociales ce sont bien aussi des problèmes réels qu’on se pose et dont on cherche les solutions réalistes : pourquoi la justice, telle justice, en France marche-t-elle mal ; pourquoi y a-t-il, ici ou là, tant de pauvres et comment en diminuer le nombre ; pourquoi l’enseignement des collèges est-il ou semble-t-il médiocre ; faut-il encourager les enfants des pauvres à s’y instruire, etc., etc. ?
D’ailleurs, ces curiosités réalistes et pratiques étaient aussi dangereuses pour l’ordre établi que les spéculations dont Taine s’épouvante. Tant qu’on est Platon ou disciple de Platon, qu’on rédige ou qu’on lit, dans les nuages, Les Lois ou La République, on ne fait pas courir grand danger à la république réelle. Il y a
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un tel abîme entre cette réalité et la chimère ! L’autorité le sait ou le devine fort bien ; car l’on ne voit pas qu’elle ait sérieusement poursuivi Le Contrat social, ni qu’elle ait confondu la Politique naturelle de d’Holbach avec son Système de la nature. Mais quand on prend l’habitude de « l’observation » et de « l’expérimentation » ; quand on p.530 demande aux sciences de réaliser sans cesse leurs explications, quand au lieu de systèmes sur l’agriculture on veut savoir ce qui pousse et ce que cela coûte, on prend en même temps l’habitude de croire que la politique ne doit pas être différente de la physique, de la chimie ou de la culture du blé, qu’il n’y faut point de mystères, de secrets ou de raisons d’État, qu’on a le droit d’observer, de discuter et de réclamer des réformes réelles et pratiques, tout comme s’il s’agissait de l’analyse de l’air ou de la culture du mûrier. Si l’Ancien Régime n’avait eu contre lui que les assembleurs de nuages, il ne se serait sans doute écroulé — s’il s’était écroulé — ni aussi vite, ni de la même façon.
Cet éveil si vaste, si actif, si ardent de l’intelligence n’a pas été limité à Paris ou à quelques grandes villes. Il a été celui de toute la France, entendons de toute la France moyenne puisque nous n’avons pas de moyens de pénétrer vraiment dans la France ouvrière et paysanne où l’on avait d’ailleurs trop de mal à vivre pour s’occuper de philosophie ou même de lire. La France intelligente ou curieuse d’intelligence ne ressemble plus à ce que disait d’Argenson de la France tout entière : une araignée, grosse tête et longs bras maigres ! A la veille de la Révolution, il y a partout des « têtes pensantes » ou qui, du moins, désirent penser. Et c’est une des raisons pour lesquelles la Révolution n’a
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pas été le coup de force d’une capitale traînant après elle un pays apeuré ou passif, mais l’aspiration d’un pays tout entier.
On aura la même impression si l’on songe au rôle des grands écrivains. Assurément il a été considérable. Voltaire et Rousseau dominent, plus ou moins, toute l’histoire de la pensée du siècle. Les éditions de leurs oeuvres se multiplient. Jusque dans ces humbles Affiches de toutes les provinces, c’est à eux que l’on pense, c’est eux que l’on cite. Voltaire est « roi », Rousseau est « le maître ». Pourtant, toute notre étude a montré qu’ils n’ont pas été, sur la plupart des points qui nous intéressent, de véritables « découvreurs ». En matière de religion tous les arguments des sceptiques ont été publiés ou écrits avant Voltaire ; les réfutations les plus méthodiques ou les plus violentes du christianisme ne sont pas de lui. En matière politique ni Voltaire, ni Montesquieu, ni Rousseau, ni Diderot ne sont des révolutionnaires ni même le plus souvent des réformateurs p.531 hardis. Toutes les thèses audacieuses ou brutales sont soutenues par des écrivains de troisième ou de dixième ordre. L’opinion d’ailleurs distingue souvent très mal entre les gens de génie, de talent et les simples bavards. Raynal ou Delisle de Sales sont peut-être aussi célèbres et, dans tous les cas, sont plus lus que Diderot. Quels que soient les problèmes discutés par les grands écrivains, nous avons vu avant eux, autour d’eux, après eux, tout un foisonnement d’oeuvres qui ont les mêmes curiosités, le même esprit critique, proposent les mêmes solutions ou des solutions plus subversives. L’influence de Rousseau, qui n’est d’ailleurs pas directement révolutionnaire (puisqu’on a prêté peu d’attention
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au Contrat), est assurément soudaine, puissante, créatrice. Mais son optimisme même, cette confiance naïve dans la bonne volonté des hommes lorsqu’ils ne sont pas victimes d’une société mauvaise, n’est pas imposé par lui. Il est l’illusion de tous les voyageurs, moralistes, romanciers qui s’attendrissent, avant lui comme après lui, et sans penser à lui, sur les bons sauvages. C’est une spéculation vaine de se demander ce qu’il serait advenu de la France et de la Révolution si Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau n’avaient rien écrit. Mais il semble bien que les mouvements de l’opinion, moins intenses seulement, moins enthousiastes, moins rapides, n’auraient pas été très différents. Les grands philosophes ne révèlent pas des pays inconnus ; ils tracent seulement, pour les parcourir, au lieu de mille sentiers où se divise et s’égare le flot des voyageurs, de grandes routes attirantes, commodes, qui font le voyage plus direct et plus sûr.
Je n’ai pas à juger ce voyage. Bon ou mauvais, peu importe pour le sujet que J’ai voulu traiter. J’ai voulu connaître le rôle de l’intelligence dans les origines de la Révolution et non pas instruire un procès. L’enquête semble bien concluante. Assurément, s’il n’y avait eu que l’intelligence pour menacer effectivement l’Ancien Régime, l’Ancien Régime n’aurait couru aucun risque. Il fallait à cette intelligence, pour agir, un point d’appui, la misère du peuple, le malaise politique. Mais ces causes politiques n’auraient sans doute pas suffi pour déterminer, du moins aussi rapidement, la Révolution. C’est l’intelligence qui a dégagé, organisé les conséquences, voulu peu à peu les États généraux. Et des États généraux, sans d’ailleurs que l’intelligence s’en soit doutée, allait sortir la Révolution.
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REFERENCES
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Les chiffres entre parenthèses renvoient aux numéros de notre bibliographie.
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRES I et II
44 : Dictionnaire de Bayle, dans Mornet (1558 bis). —Éditions de Saint-Évremond : renseignements fournis par M. Ternois qui prépare une thèse sur cet auteur.
47 : Mme d’Aulnoye dans Roche-Mazon (433 bis). — Sur l’irréli-gion au XVIIe siècle, voir F. Belin (1053 bis) et l’ouvrage de Perrens, Les Libertins en France au XVIIe siècle, Paris, 1896.
50 : Ira o Wade (1315 bis).
CHAPITRE III
60 : Boulainvilliers (1131), p. 226.
68 : Sur les assemblées politiques (1508 bis).
CHAPITRE IV
74 : Arrêt de 1739 dans Delisle de S. (1192), p. 103. Impiétés punies, dans Journal d’un bourgeois (291), p. 150. Jamerey (137), f° 196 du manuscrit.
74 : Prault dans Dubuisson (326), p. 605. Barbier (11), t. II, p. 530. Prix des Lettres philosophiques dans Barthélemy (469), mai 1734, p. 8. Vente de livres impies dans Narbonne (218), p. 279. Pour les autres faits voir Lanson (1540).
76 : La Palatine dans Aubertin (1495), p. 62. Le P. Castel dans Nisard (372), p. 48.
76 : Croisset dans Monod (1555), pp. 214, 215. Dubuisson (326), année 1737. Le Coulteux dans Archives de la Bastille (1391), XIII, 474. Sur Piron voir ses OEuvres inédites publiées par H. Bonhomme, Paris, 1859 (Correspondance avec Mlle de Bar). Mme de Prie dans Collé (64 bis), I, 315. Mgr de Vintimille,
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ibid., p. 88. Sur les cafés, Boindin, Duclos, voir Archives (1391), XIV, 221 ; Collé (65), p. 84 ; Duclos (82), p. 60.
77 : De Bonnaire dans Grosley (339), p. 391. Garnier, etc., dans Archives (1391), XV, 342. Tournemine dans Bernis (26), I, 18. La Grange dans Archives (1391), XIII, 280. Autel de Notre-Dame dans Barbier (II), I, 225.
78 : Chérel (1515) ; Dedieu (1518). Voltaire dans Commentaire sur le livre des délits et des peines. Marais (184), IV, 477. Meslier dans (1315 bis). Mme de Warens dans Masson (1551), I, 85.
79 : Pour Dijon voir Bouchard (742), pp. 339, 479, 481. Pour Nancy, Nicolas (221), pp. 129, 339. Pour Reims, Bazin (736), p. 408. Pour Bordeaux, Brives-Cazes (747), pp. 51 et sq. Dutens (93), I, 15. Clamecy, Courot (761), p. 83. Dijon (774 bis), 1747. Poitiers dans Charmeteau (55), p. 393.
81 : Béchereau (21 bis). Vie en Bresse dans Jarrin (802).
82 : Sur les journaux voir Hatin (1529).
85 : Sur les pédagogues du XVIIe siècle, outre leurs oeuvres voir Lallemand (568), pp. 267 et sq. Même ouvrage pour la pratique de l’enseignement chez les Oratoriens.
86 : Pour les Jésuites, Dupont-Ferrier (530). Leguai de P. (164), p. 248. Marmontel, Mémoires (186), t. I. Collège du Mans dans Péries (590), pp. 94 et sq.
87 : Pour Marais, Barbier, d’Argenson, voir leurs mémoires ; et pour d’Argenson l’étude de Briggs (1508 bis).
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE I
95 : Sur Montesquieu et la constitution anglaise : G. Bonno (1507 bis). — 102 : Pour l’Encyclopédie voir les articles Philosophie, Autorité, Bramines, Encyclopédie, l’avertissement du t. III. Sur la méthode d’attaques détournées, d’Alembert (1083 bis), p. 8 ; note de Naigeon à l’article Mosaïque (1204), XVI, 135-136 ; Condorcet, Vie de Voltaire ; Diderot (1204), XV, 287 ; Millot (198), p. 164.
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102 : Sur les textes audacieux, articles Intolérance, Obéissance, Persécution, avertissement du t. VIII, Propagation de l’Évangile, Bible, Canon, Carême, Casuistes, Célibat des prêtres, Damnation. Prêtres, Macération, Société, Abstinence, Achor, Adorer, Aius Locutius, Caucase, Chaos, Liberté de conscience, Cordeliers, Aigle, Agnus Scyticus, Ame, Antediluvienne (Philosophie), Amenthès, Bramines, Junon, Mânes, Huer, Capuchon, Fordicidies, etc.
117 : Politique de Diderot (325 bis), I, 285.
121 : Sénac de M. (1374), p. 124. Voir aussi Annales de la Société J.-J. Rousseau, 1933.
CHAPITRE II
129 : Note de Naigeon dans l’Essai sur les préjugés (1255), p. 53.
CHAPITRE III
134 : Année littéraire, 1758, II, p. 3. Méhégan (1468), p. 37.
137 : Prix de l’Académie dans Journal encyclopédique, 15 janvier 1758, pp. 92 et sq.
138 : Le vers est de Saint-Lambert dans Les Saisons, chant II. Turgot dans Millot (198), p. 173. Coyer dans ses OEuvres (1180), t. I (Essai sur la prédication. Lettre au Dr Maty).
139 : Essai sur les préjugés (1255). Morelly (1332), p. 167. Dulaurens (1211). Nougaret (1337), pp. 8 et sq.
140 : Sur l’abbé Yvon, Rippert, etc., voir Monod (1555) ; J.-F. Bernard (1116) ; de Vattel (1388) ; abbé Tailhé : Questions sur la tolérance, 1758. —
141 : Journal des Savants, 1748, p. 168.
143 : Sur les arrêts du conseil, voir Pellisson (1559 bis), p. 41. De Vattel (1388) ; Denesle (1200 bis), II, 125 et sq.
144 : Jaubert (1268), pp. 9, 37 et passim ; Castilhon (1156), t. III, ch. 13 et (1158), lettre 52 ; Coyer (1179), Plaisirs pour le peuple et (1180), t. I, Dissertation sur la nature du peuple.
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147 : Le P. Collet (1170), Ire partie, § 5 ; Coyer dans Les Bagatelles (1179), La Magie démontrée, Lettre à un grand, etc., dans ses OEuvres, t. I, et son Chinki (1440).
149 : Azoïla (1482), p. 154 ; Tiphaigne (1481), p. 66 ; Luchet (1465), pp. 27, 54, 98. Chevrier dans Paris (1439), ch. 4 ; Lieb-Rose (1485), partie II, ch. 11 ; Azoila (1482), ch. 9 ; Sur la noblesse dans Chevrier (1439), ch. 5 ; Dulaurens (1445) ; Mercier (1469). Songe 7 : Le Blason ; Coyer (1440), ch. 5 et passim ; Delacroix (1441), p. 101.
152 : Bachaumont, 21 et 24 février 1770.
152 : Sur le salon de d’Holbach voir Garat (115), I, 209 ; Diderot, lettres à Mlle Volland, 30 octobre 1759 ; Morellet (213), I, 128, etc.
155 : Année littéraire, 1754, t. I, 1.
155 : Diderot, Lettre à Mlle Volland, 22 novembre 1768.
CHAPITRE IV
157 : Inspecteurs de la librairie dans Collection Anisson (1577), n° 22 127, 22 124, 22 126, etc. Pour Vendôme, Agen, Condom, etc., voir Rochambeau (856 bis) ; Andrieu (730), p. 15 ; Brives-Cazes (747), p. 109.
158 : Méhégan dans Anisson (1517), n° 22 156, p. 104 ; Darigrand, Durosoy dans Bachaumont (463), 6 janvier 1764, 4 août 1769. Sur les affaires Capmartin, du garçon apothicaire, voir Barbier (11), VI, 577 ; Diderot (1204), XIX, 283 et J.-P. Belin.
159 : Rocquain (1563 bis). Pour le prix des livres prohibés, outre J.-P. Belin voir Roustan (1564), p. 307 ; Asselin (313), p. 377 ; Barbier (11), VIII, 45 ; Bergier (314), pp. 225, 226 ; Bachaumont (463), 13 septembre 1767 ; P.-M. Masson (1551 bis), p. 565 ; Histoire de Laurent Marcel (1483 bis), t. II, p. 151 ; Mlle de Lespinasse (345), p. 92 ; Le Sueur (346), p. 241.
161 : Sur l’Homme-machine, Thérèse philosophe, voir archives de la Bastille (1391), XII, 297, 302. De Prades dans d’Argenson (6), VII, 47, 56, 97.
161 : Bordeaux dans Brives-Cazes (747), pp. 121 et sq. ; de Lacoré dans Lurion (830), p. 31 ; Lyon dans Grosclaude (793 bis) ; collège de Chaumont dans Lombard (173), I, 21. Sur les
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permissions tacites, Hémery (1240), n° 22 156, p. 54 ; Bachaumont (463), 22 août 1768 et J.-P. Belin. Lefèvre dans Archives de la Bastille (1391), XII, 475.
162 : Barbier (11), VII, 79 ; V, 153 ; Morellet (213), I, 95.
162 : Pour la vente des ouvrages voir les bibliographies de Voltaire par Bengesco, des Lettres philosophiques par Lanson (en 1909) ; de Zadig dans l’édition Ascoli (en 1929) ; de Candide dans l’édition Morize (en 1913). Pour Rousseau voir mon édition de La Nouvelle Héloïse (1563 ter) ; et celle de l’Émile, par P.-M. Masson (1551 bis).
164 : Pour l’Encyclopédie, voir Journal de Paris, 24 août 1874 ; Affiches d’Orléans, 13 octobre 1769, 30 avril 1779 ; Helvétius dans Keim (1533 bis) ; d’Argens dans Johnston (1532). Pour les autres ouvrages philosophiques voir ma Bibliographie (1558 ter), et le catalogue de la Bibliothèque nationale. — 166 : Chérel (1515) et Monod (1555).
166 : De Croy (67), I, 283 ; Duchesse de Mazarin dans Kageneck (342), p. 277 et de Lisle (348), p. 18.
166 : D’Ussé dans Lespinasse (345), p. 99 ; Dillon dans la Tour du Pin (152), p. 27 ; Mme du Deffand (332), II, 108 ; Mme de Flahaut (416 bis), p. 57 ; Florian (106), p. 91 ; Bachaumont (463), II, 51 ; Millot (198), pp. 80, 97, 164 ; Bergier (314), 231, 258.
167 : Brissot (46), I, 75 ; d’Argenson (6), VIII, 35 ; VII, 51. Témoignages généraux de l’incrédulité dans Denesle (1199), Avant-propos ; Diderot (1204), II, 436 ; Gérard (1229), I, 113 ; de Croy (67) ; Journal encyclopédique, ler avril 1759 ; Année littéraire, 1770, V, pp. 1-6 ; Bergier (314), p. 231 ; le matérialisme dans Denesle (1199), Avant-propos : lettre de Walpole à Gray, du 19 novembre 1765 ; Collé (64 bis), II, 61 ; d’Argenson (6), IX, 216 ; VIII, 35 ; Voltaire, lettre du 22 janvier 1766.
168 et 177 : sur le clergé : d’Argenson (6), VI, 10, 11 ; Archives de la Bastille (1391), XVI, 258 ; prince de Ligne (171), p. 14 ; Boudet (385), p. 16 ; Collé (64 bis), II, 57. Sur la tolérance : Barbier (11), V, 2 ; de Croy (67), II, 192 et l’ouvrage de J. Dedieu (1518).
Les origines intellectuelles de la Révolution française
674
170 : Sur l’irritation contre certains abus politiques : d’Argenson (6), VIII, 387 ; VI, 205, 212, Barbier (11), VII, 283 ; V, 165 ; VIII, 65 et passim ; Hardy (132), I, 367 ; 87.
171 : Sur les propos hardis : d’Argenson (6), VI, p. 10 et VIII, p. 79 ; Archives de la Bastille (1391), XII, 312 ; XVI, 430 ; XVII, 125. Sur Monceau voir Herlaut (1529 bis) ; Jamerey-Duval (137).
172 : Sur le libéralisme des privilégiés : du Deffand (331), II, 257 ; Gazier (406), p. 900 ; Millot (199), p. 227 ; Looten (414), p. 392 ; du Hausset (86), p. 22 ; Duclos (1210), I, 22 ; du Deffand (331), I, 152 ; Berthier (487), p. 455.
173 : Prédictions de la Révolution : d’Argenson (6), IV, 83 ; VI, 320, 464 ; VII, 118, etc. ; Barbier (11), IV, 390, 406, 471 ; V, 3, 227, etc. ; de Lille (332), II, 168 ; lettre de Voltaire à Chauvelin du 2 avril 1762 ; de Mopinot (357), juillet, septembre 1757 ; juin, juillet, septembre 1758 ; juillet 1761.
CHAPITRE V
175 : Académie d’Orléans dans Dupuis (947) ; d’Arras dans Van Drival (970) ; de Toulouse dans les Mémoires de l’Académie, 1896, p. 515 ; de Toulouse dans Jarrin (958), p. 70 ; d’Auxerre dans Chaillou (935), p. 190. Delandine (941), France littéraire (975 et 976).
177 : Activité des académies : Besançon (965) ; Journal de Lyon, 1785, p. 163.
177 : Respect de la tradition : Montauban (949), pp. 54, 59 et sq. et Affiches de Province, 1765, p. 175 ; Cherbourg dans Mercure, septembre 1773, p. 141 ; Caen (950) ; Rouen dans Mercure, novembre 1767, p. 107 ; Metz dans Mercure, mai 1768, p. 136 ; Angers (968). Tressan (346), p. 345.
178 : Marmontel (186), II, 264. Activité scientifique : Metz (980) ; Rouen (953) ; Angers (968) ; Caen (950).
179, 180 : Curiosités philosophiques : Metz (980 et 979) ; Mercure, janvier 1760, p. 114 ; avril 1755, p. 97 ; novembre 1770, p. 148 ; 15 avril 1771 ; p. 168 ; Querelles de l’Académie de Nancy, dans Pfister (845 bis), III, 768 et (948), p. 16 ; celles de Lyon dans Grosclaude (793 bis).
Les origines intellectuelles de la Révolution française
675
180, 181 : Curiosités sociales : Mercure, juin 1766, p. 150 ; 15 janvier 1772, p. 150 ; 15 avril 1771, p. 167 ; novembre 1766, p. 135 ; Dassy (940) ; Bibliothèque philosophique (1392), IV ; Delandine (941) ; Tougard (373), II, 101 ; Notices (978). Sur les curiosités plus hardies : Mercure, novembre 1757, p. 152 ; Delandine (941) ; Affiches de Normandie (891), 7 oct. 1763.
181 : Sur la fusion des classes : Dijon (742), p. 565 ; Montauban (949), pp. 48, 274 ; Metz (979) ; Besançon (780 bis), I, 167.
183 : Moeurs provinciales : Reims (736), p. 410 ; le Vigan (346), p. 232 ; Châlons (733), p. 375 ; Voltaire : lettres des 22 et 26 juin 1766.
184 : Curiosités philosophiques : Hippeau (465), t. IV ; d’Alembert (311), p. 42 ; Dijon (316), pp. 308, 185, 186, etc. et (742), p. 591 ; Noyon (339), pp. 39, 255 ; Laval (854), p. 255 ; Nantes (1457), Voyage de la raison, ch. LXIII. Jacquart (1531 bis), p. 131.
184, 185 : Lecteurs d’ouvrages philosophiques : Conzié (745 bis) ; Mme de Tartas (369) ; Mme de Lipaux (168), p. 15 ; de Franquières (787) ; de la Lorie (29), I, 250 ; Bonneau (303) ; de Raymond (310), p. 60 ; Deladouesse (73) ; Bar-sur-Aube (464), p. 399 ; Montgaillard (208), p. 10 ; Éricie à Lyon (463), 11 juin 1768 et (874), p. 43. Sur la tolérance J. Dedieu (1518), (842), p. 484, (741), III, ch. 4.
186 : Sur les incrédules : Langres (1549), pp. 81 et sq. ; Lyon (251), p. 61 ; Châlons (847), pp. 478, 483 ; Rouen (18), I, 2 et (733), p. 372 ; Diderot (1204), XIX, 372. Ventes de livres : Caen (909), C,2885, 2886, 2888 ; Beaucaire (916), C,2812, 2804 ; Toulouse (916), C,2815 ; Guillard (46), I, 36 ; Dumouriez (88) ; Jullian (140), p. 13 ; Retif (239), V, 5.
186, 187 : Pratique de l’irréligion : Dijon (742), p. 550 ; Nantes (835), p. 215 ; Châlons (847), p. 483 ; Gray (788), p. 467 ; Caen dans Vanel, Recueil de Journaux caennais, année 1762 ; Buglose dans Bulletin de la Société de Borda, Dax, 1923, p. 87 ; Montpellier (6), IX, 3. Incrédulité des privilégiés : d’Argence, de Maugiron : lettres de Voltaire des 18 janvier 1763 et 1er avril 1767. Mme de Chastenay (56), I, 17 ; Mémoires d’une inconnue (298 bis) ; l’abbé Audra dans Correspondance de Voltaire, lettres des 5 et 15 janvier 1768, 4 septembre 1769 au 21 décembre 1770 ; Note au chapitre 62 de l’Essai sur les moeurs de Voltaire,
Les origines intellectuelles de la Révolution française
676
édition de Kehl ; Colomb (322), p. 225 ; Suard (404), p. 2 ; Marmiesse (863), p. 102 ; Gaudet (398), p. 74.
188, 189 : Discussions politiques : d’Arcoux (419) ; Marmoutiers (322), p. 239 ; Dupré (1493), p. 178 ; Laval (851), p. 251 ; Rousseau à Amiens (265), p. 10. Groupe de Mezin (1531 bis), p. 120 ; de Lyon (787), p. 40 ; de Bordeaux (206), p. 627. Beguillet (742), p. 751 ; Bordier (38) ; de Gardanne (308), I, 178 ; Barnave (1096), I, p. VI.
CHAPITRE VI
192 : Dépôts du Mercure, en tête des années indiquées. Abonnés du Mercure, en tête de décembre 1763 ; Journal étranger (404), p. 106. Prix des journaux dans Mercure, 1er juillet 1768, in fine ; catalogue de Lacombe dans août 1767, in fine ; prix confirmés par nombreuses annonces des journaux des provinces. Journal Encyclopédique, 15 novembre 1758, p. 140.
193 : Suard (181), I, 132. Conservatisme des journaux : Mercure ; juillet 1752, p. 120 ; 1er avril 1759, p. 86 ; 1er janvier 1763 ; 1er avril 1767, p. 73 ; 1er décembre 1754 (Locke) ; août 1760 et mai 1762 (les Odes). Affiches de province : 1765, p. 97 ; 1766, p. 97 ; 1770, p. 145.
194 : Journal Encyclopédique : 1er août 1756 ; janvier 1757 ; 1er février 1759 ; 15 mars 1759 ; 1er avril 1759 ; 15 juillet 1759, etc. ; 15 novembre 1759 (Les Moeurs) ; 15 juin au 15 août 1762 (Robinet) ; 15 juin 1757 (Deslandes) ; 15 janvier 1761 (Éloge de l’Enfer) ; 15 mai 1763 (Palissot) ; 15 mars 1759 (Candide).
195 : Hardiesses du Journal Encyclopédique : 15 septembre au 1er novembre 1758 (L’Esprit) ; 15 décembre 1757 (Petites Lettres) ; 1er février 1758 (Nouveaux mémoires) ; 1er octobre 1761 (Réflexions) ; 15 août 1762 (L’Accord). Ses principes : 1er novembre 1757, p. 15 ; 15 juin 1758 (L’Origine) ; 1er novembre 1758 (Recherches) ; 15 novembre 1758 (Observations) ; mars à août 1756 (Noblesse commerçante) ; 1er septembre 1757 (Les Intérêts). Hardiesse du Mercure : sur Diderot, janvier 1755, p. 125 ; juillet 1763 ; avril 1751, p. 128 ; Rousseau, février 1767, p. 111 ; février 1755, p. 109 ; novembre et décembre 1758 ; janvier 1759, etc. ; Condillac, etc., janvier 1755, p. 124 ; septembre 1766, p. 48, etc. ; Bacon, décembre 1759 (voir (1544), p. 185) ; Bayle, janvier 1755, p. 117. Argillan, juillet 1769, p. 47. Le Mercure et l’Encyclopédie, 15 décembre 1750, p.
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677
108 ; avril, juin, juillet 1751 ; 15 décembre 1753, p. 107 ; décembre 1757, p. 145 ; avril 1758, p. 97, etc. Journal Encyclopédique, en tête du Mercure de février 1759.
197 : Le Mercure et Voltaire : 15 janvier 1757, p. 105 ; 1er novembre 1748, p. 139 ; 15 janvier 1757, p. 124 ; mars 1769, p. 94 ; septembre 1769, p. 80, etc. Lettres, vers, etc., à Voltaire : 15 décembre 1748, p. 40 ; septembre, 15 décembre 1752 ; février 1750, p. 204 ; août 1755 ; 15 octobre 1760 ; juin 1761 ; février 1767 ; 15 juillet 1770, etc. Le Mercure philosophe : 1er août 1753 ; avril, novembre 1755 (Montesquieu) ; septembre 1761 (Beauregard) ; juillet 1751 (Coyer) ; septembre 1758 (Observations) ; août 1761 (Discours) ; février 1767 (Théorie) ; novembre, 15 décembre 1760 (de Réal) ; 15 octobre 1768 (Chinki).
198, 199 : Affiches de Province : 1765, p. 46 ; 1767, p. 46 (affaire Calas) ; 1757, p. 38 ; 1754, p. 13 (Diderot) ; 1758, pp. 121, 125, 151 ; 1759, p. 38 (Helvétius) ; 1758, p. 186 ; 1762, p. 121 (Rousseau) ; 1755, p. 186 ; 1768, p. 162 ; 1764, p. 3 ; 1770, p. 141 ; 1769, p. 132 ; 1768, pp. 48, 84 (Deleyre, etc.) ; 1765, pp. 167, 129 ; 1768, p. 131 ; 1765, p. 146 ; 1759, p. 37 ; 1765, p. 18 (Mémoire pour les curés, etc.).
200 : Journal des Savants : septembre 1758, p. 611 ; 1754, pp. 84, 551, 765, etc. ; 1756, p. 699.
200, 201 : Année littéraire : 1760, IV, p. 241 (Palisse) ; 1768, VII (Voltaire), 1770, III (Delisle de Sales) ; 1768, VI (Chinki) ; 1755, VII, 1756, II (d’Argens) ; 1768, IV (Mercier) ; 1756, VI (La Voix du patriote) ; 1756, VII, p. 313 (La Liberté de conscience) ; 1769, IV (Argillan) ; 1770, I (Éricie).
203, 204 : Enseignement : Coyer (510 bis), pp. 189, 105 ; Guyton (553), p. 209 ; Caradeuc (501), pp. 51, 84. Romans : (1485 bis) ; (1441), pp. 58, 64. —
206, 207 : pratique de l’enseignement : Valenciennes (485), p. 41 ; le Mans (540), p. 12 ; Toulon (494), p. 30 ; Béziers (618), p. 40 ; Rennes (503), p. 23 ; Nogent (499), p. 40 ; Vernon (891), 25 décembre ; Magnac (307 bis) ; Louis le Grand (530), p. 453.
207 : Progrès de l’enseignement : Troyes (505), auteurs français : (609), p. 103 et (530), p. 467 : Valenciennes (485), p. 44 ; Castres (598), p. 280 ; Troyes (505), p. 230.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
678
208 : Prix de français (624), p. 80 ; (95) ; Revue de l’enseignement secondaire et supérieur, t. IV, p. 287 et (891), 18 août 1769, 9 septembre 1763 ; (558), p. 85 ; Concours général : (95), p. 87 ; (41), I, 12. Exercices publics : Bayonne (521), p. 377 ; Magnac-Laval (307 bis), p. 204 ; Vitry (805), pp. 274, 285 ; Riom (511), p. 71.
208, 209 : Collèges d’esprit moderne : Sorèze (616), (564), (443), p. 35 ; écoles militaires (273), p. 3. Rigollet (1356 bis).
210 : Enseignement de la philosophie. Contre la scolastique, exemples dans Savérien, Histoire des philosophes modernes, I, 1 ; Diderot (1204), XV, 526 ; d’Argens (1091), I, 136 : Guyton (553), p. 233 ; Coyer (510 bis), p. 166.
211 : Protestations des élèves : Lemeur (611), p. 245 ; Larevellière (151), I, 18 ; Besnard (29), I, 105 ; Arnault (7), I, 51 ; Millot (198), p. 77 ; Baston (18), I, 29.
212 : Résistances de la scolastique : Chartres (46), I, 40 ; Douai (502), p. 31 ; Angoulême (488), p. 123 ; Arras (815), II, 662 ; Duval (260), I, 82 ; agrégation (561), p. 365 ; Affiches, 1757, p. 165.
212, 213 : Manuels de philosophie : voir les titres à la Bibliographie, n° 633 bis et sq. Sur la condamnation de Le Ridant : archives nationales, M. 71, n° 40-43, 196. Procès de Nantes (578), p. 281.
214, 215 : Chaires de physique : (561), p. 275 ; (615), p. 355 ; (579) ; Vanel, Recueil de journaux caennais ; Bulletin de la société d’études... de Draguignan, 1898-1899, p. 498 ; (572), p. 471 ; (517), p. 199 ; (574), I, 63 ; le cours ms. de la Sorbonne est celui de Roussel. Leprince (167).
215 : Morale laïque : Louis le Grand (530), I, 463 ; Besnard (29), I, 108 ; fête de Sainte Ursule (561), p. 371.
216, 217 : Curiosités philosophiques : Collège de Clermont (catalogue des livres de la bibliothèque... du collège de Clermont, Paris, Saugrain, Leclerc, 1764. Bibliothèque de la Sorbonne U, 28 in-8°) ; Lyon (346), p. 271 ; Vitry (805), p. 282 ; Loménie (534 bis), VI, 194 ; Jurain, Mercure, 1er décembre 1753, p. 149 et (506), p. 564 ; Navarre (584) ; séminaire de Lyon (251), p. 59 ; Genty, archives du Loiret, D, 337.
218, 219 : Sur les élèves : Louis le Grand (530), I, 483 ; Le Mans (167) ; Troyes (505), p. 190 ; Clermont (186), I, 62 ;
Les origines intellectuelles de la Révolution française
679
Louis le Grand (530), I, 496 ; la Maison de la Sorbonne (213) ; Siéyès (430), p. 18 ; Grégoire (126), I, 327, II, 2 ; Fleury (105), p. 245 ; Brissot (46), I, 35 et sq.
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE I
241 : Collé dans son journal (64 bis) et sa Correspondance (321), passim ; Hénault (330), I, 335 ; Colardeau (320), 1899, p. 413. Sur les éditions des ouvrages antiphilosophiques, Monod (1555) et catalogue de la Bibliothèque Nationale.
243 : Mercure, 1er octobre 1757.
244 : Thorel (1480), p. 143. Tiphaigne (1481), p. 42.
246 : Duc de Penthièvre (148), p. 9 ; de Castellane (383), p. 1 ; La Ferronays (144 bis) ; Mme de Créqui (324), p. 10.
246 : Besombes (318), p. 107 ; Montgaillard (208), p. 16. Évêque de Toul (795), IV, 299 ; archevêque de Cambrai (463), 12 janvier 1779. Condamnations de la Sorbonne : Archives nationales, M, 75, n° 7-124.
247 : Bourgeoisie et peuple : Joubert (384) ; Carnot (51) ; Mollien (202) ; Nicolas (221) ; Monnier (206) ; Gauthier (116), p. 33 ; Le Clerc (160), p. 195 ; Mercier (191) ; Boutry (745), pp. 86-91 ; Tamisier (261), p. 21.
248 : Le peuple : paroisse de Ruillé (156), p. 126 ; Doué (29), I, 15, 45 ; Valence (257), p. 103 ; Vasseny (734), p. 111 ; Autun (66), p. 414 ; Languedoc et Provence (116), p. 160. Sur les jubilés (1555), pp. 356, 460 ; Barbier (11), V, 39 ; l’Observateur anglais (472), III, lettre 25 ; (828), p. 426 ; Rutlidge (452 bis), 1776, p. 234 ; anonyme anglais (1501 bis), p. 221 ; Norvins (223), I, 207.
249 et 250 : Théâtre : Nantes (769), p. 38 ; Chabanon (54), p. 12 ; Colardeau (320), 1899, p. 393 ; Mme Cavaignac, Tilly, Milscent, Leprince, voir nos Morceaux choisis de J.-J. Rousseau, Paris, Didier, pp. 35-36 ; Velaine (463). Supp. 28 avril 1769 ; le P. Hyacinthe (874), p. 60 ; Beaurieu (458), 1er juillet 1759, p. 97 ; Roucher (1360 bis), ch. 9, notes.
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251 : Naïvetés : Paris (464), p. 403 ; Vendômois (38), p. 221 ; Seguin (251), p. 32 ; prince de Ligne (347), I, 122 ; Con-vulsionnaires (467), 15 avril 1780. —
252 Résistances politiques : Mme du Deffand (331),11, 180 et (332), II, 227 ; Duchesse de Choiseul (331), I, 55. Romans. L’Optique (1454), p. 52 ; Nara (1447), p. 62.
254 : La vie : mort de Louis XV (463), 8 mai 1774 ; Dubault (463), additions, 18 juillet 1771.
255 : Sur les collèges : (223), I, 10 et (29) ; Montbrison dans Affiches de Normandie (891), 23 avril 1779 ; Le Mans (568), p. 233.
255 à 257 : Les moeurs : Grosley (128), p. 46 ; Autun (66), p. 427 ; Thouars (203), p. 16 ; Lyon (94), p. 33. Livres de raison : Seguin (251), p. 80 ; voir les titres de raison cités dans la Bibliographie.
258 : Témoignages généraux : Giovanelli (1538), II, 411 ; Mercier (1310), ch. 25 ; Moore (450), I, 27.
CHAPITRE II
262 : Voltaire : Lettre de Mme du Deffand à Walpole, 8 mars 1778.
267 : « Le célèbre M. Diderot », dans Métra (467), 28 décembre 1784.
269 : Pour les tolérances accordées à Mably : La Harpe (1270), II, 51 ; Métra (467), 1er décembre 1784 ; 29 avril 1785 ; Belin (1504), p. 333.
270 : Éditions collectives de Mably, voir Quérard et Lyon, Delamollière, 1792 (Bibliothèque personnelle). Éditions de Delisle de Sales, voir (1558 ter).
272 : Condamnation de Delisle de Sales (1504), p. 303.
275 à 277 : Opinions de L.-S. Mercier : révolutionnaires : (1471), ch. 38, ch. 76 ; t. II, p. 105 ; modérées : (1471), ch. 26, 76 ; ibid., t. II, p. 104 ; (1313), I, 337 ; (1310), ch. 502 ; (1311), ch. 71 ; t. II, p. 109 ; Tableau (1310), ch. 4, 7, 15, 55, 60. Voir aussi (1543), p. 201.
278, 279 : Écrivains plus obscurs : Gaillard : lettre de Mme du Deffand à Walpole, 9 juillet 1775 ; Vertot (467), 3 septembre
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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1783 ; Éloge de l’Hospital (1237), (1356), pp. 20, 22, 45. Cardinal de Boisgelin (410 bis), p. 302 ; Linguet (1293), pp. 70, 222 sur les brochures, voir Métra (467), 15 janvier 1783, 29 avril 1785.
279, 280 : de Ponçol (1349), p. 10 et ch. 5 ; d’Espagnac (463), 10 avril 1780 ; Yvon (463), 4 octobre 1780 ; Mailli, L’Esprit des croisades, Paris, Moutard, 1780 ; Robinet (1360) ; Pastoret (1341) ; Ferrières (1222) ; Levesque (1285).
280, 281 : Sur les oeuvres antireligieuses, voir ma Bibliographie (1558 ter) ; Millon (1317), p. 133. Manuel (1299), p. 1. Maréchal (1301), p. 36 ; Voltaire « bigot » (467), 11 juin 1783.
281 : Réformes politiques : Bachaumont, 24 novembre 1776 ; Mercier (1310), ch. 834 ; Stourm (1573). Sur les titres complets et dates des oeuvres voir notre Bibliographie à la division.
281 : Lezay-Marnesia (1289), p. 11.
282 : Levesque (1284), IIe partie, ch. 33-35 ; Barnave (1096), III, 270 ; Condorcet (1499), p. 25 ; Martin de M. (1305) ; Morizot (1333), ch. 1.
283 Outre l’Éloge de l’Hospital de Guibert, voir son Essai de tactique (1236), p. XXIV.
284 : Deleyre (1187), pp. 316, 82, III, 23, 45, 63 ; Carra (1154), pp. 5, 18, 220 ; Maréchal (1302), psaume 18 et (1301) ; et Bachaumont, 25 janvier 1786.
285 : Tifaut (1380), p. XVI ; Boncerf (1122), p. 64 ; Perreau (1343) ; Code de la raison dans Métra, 30 novembre 1776 ; Marquis de Mirabeau (1323), p. 127 ; Manuel (1299).
286 : Réformes sociales : Brissot notamment (1392), t. VI, p. 320 ; Prost dans son Dictionnaire de jurisprudence (1784) ; Pastoret (1340), p. 7 ; sur Dupaty, Métra, 5 novembre 1784. Autres réformateurs du code : Landreau du Maine au Picq, Petion de Villeneuve, etc.
288 : Sur les finances voir Lichtenberger (1543) ; Encyclopédie méthodique, voir notamment partie Finances, Discours préliminaire ; partie Économie politique, article Impôt ; d’Arcq (1088), Préface I, ch. 6, 7, 12 ; II, ch. 2, 3 ; Deleyre (1187), pp. 262 et sq.
288 : Bouilly (42), I, 70 ; Encyclopédie, partie Jurisprudence, à Divorce.
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289 à 292 : Littérature d’imagination : On ne s’y attendait pas (1487), II, 15, 18, 118 ; Roman philosophique (1489), p. 92 ; Doray (1442), pp. 11, 14, etc. Nougaret (1473), I, 34, 121 ; II, 190, 329 ; III, 203, 264 ; IV, 196, etc. Roman philosophique (1489), pp. 79, 96, 100, 104, 112, etc.
293 : Théâtre : Lemierre dans Bachaumont, 30 juin 1780 ; sur les Druides (323), p. 839, Bachaumont, 22 mars, 19 avril, 18 mai 1772 ; sur Jean Hennuyers, Bachaumont, 12 novembre 1772.
295 : Rôle des philosophes sous la Révolution, voir Lichtenberger (1543), Kuscinski (407), Feugère (1524), Morellet (213) ; Marmontel (186), III, 181 ; M. Baldensperger a trouvé à la bibliothèque d’Amsterdam une lettre inédite de Mercier où il renie la Révolution.
296, 297 : Morale sociale : Prix de l’Académie : Bachaumont, 25 août 1784 ; Concours de Châlons (740), p. XXXVI, 212 ; Chastellux (1164). Introduction ; Journal de Lyon (793), p. 170.
300, 301 : Diffusion : des Essarts à l’article Hôpital ; Boismont (1119), I, 6. Discours royaux (740), p. 146. Avis sincère (719), p. 30 ; Boismont (1119), p. 3 ; Métra, 19 décembre 1781. Sur les rosières et fêtes de la vertu (1556 bis), p. 116 ; les vers sont de Roucher dans Les Mois.
301 à 303 : L’étude de la naissance du sentiment patriotique est ébauchée dans Brenner (1508) ; Duclos (1210), I, 186 ; Facultés de Rennes (661), p. 117 ; Vallier dans Mercure, avril 1759. Sur les pièces : (1508) ; Lyon dans (793 bis) ; Le navire Le Citoyen (445), p. 39. L’escadre citoyenne (758), II, 416. Sur la Philopatrie, Journal des Savants, 1782, p. 344 et Journal de Paris, 14 février 1782. Opinion d’un Bordelais (826), p. 10 ; Affi-ches du Dauphiné, 1774, p. 107 ; 1775, p. 95.
303 : Journal de Paris, 29 mars 1779 ; 2 mars 1783 ; 30 septembre 1784 ; 15 août 1784 ; 19 mai 1786 ; 3 septembre 1787 ; Journal de Lyon, 1785, pp. 11, 39, 89. Sur La bienfaisance française, Métra, 25 mai 1778. Société d’émulation (941), p. 168 ; Bachaumont, 15 mai 1777, 4 juillet 1783 ; Archives du Calvados C, 2502 ; Bloch (740), p. 353.
304 : Boucher d’Argis (1126). Hôpitaux : Bachaumont, 28 avril 1783, 27 juin 1787. Sociétés provinciales (1565), p. 163 (896), 6 juillet 1768 ; Y. Bezard dans Revue de l’histoire de Versailles, 1921, p. 260 (424), p. 158 ; Bachaumont, 20 mai 1786, 4 mai
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1787 ; archives de Bourg CG, 244. Grands seigneurs et intendants : (740), p. 351 ; (1493), p. 212 ; (807) ; (210), p. 24 ; H. Bonhomme (Le Duc de Penthièvre, Paris, 1869) ; (223), I, 129 ; Bachaumont, 26 novembre 1781.
CHAPITRE III
307 : Sur la législation : Bachaumont, Additions 5 avril 1774 ; 14 juillet 1781, 15 mai 1785 ; Archives de l’Hérault, C, 2804 et J.-P. Belin. Édition de Voltaire : Bachaumont, 9 mai 1781. Livres condamnés : Belin, Rocquain (1563 bis) ; Monin (1554) ; collection Anisson (1577) ; Bachaumont passim.
308 : Vitel (100), I, 24 ; Sylvain Maréchal, Bachaumont, 9 juillet 1785. Vie privée, Métra, 7 mars 1781, 14 janvier 1781 ; l’Alambic, Bachaumont, 11 avril 1780 ; Raynal (1524), p. 277. Contre les censeurs, Métra, 14 octobre 1775 et (99), I, 58. Sur la vente à Versailles (876).
309 : Brissot (46), I, p. 104 et (315), p. XXI. Fauche-Borel (100), I, 14 ; Delisle de Sales (1192), p. 107 ; Andrews (441), p. 75 ; Rutlidge (452 bis), p. 280.
310 : Sur le nombre des éditions voir (1558 ter) ; Feugère ; catalogue de la Bibliothèque nationale.
310, 311 : Sur l’irréligion des officiers (1501), II, 220. Sur les salons : (260), I, 45 ; (252), I, 56 ; (383), p. 1 ; (349), 11 et sq. ; (431 bis), p. 36 ; (2), I, 167 ; (389) ; (115) ; (84), I, 7 ; (280), p. 36 ; (112), I, 4 ; (397), p. 10 ; (21) ; (252) ; Bachaumont, 16 juin 1772 ; (84), etc. Acheteurs de livres prohibés : (1505), p. 102.
312 : Comtesse d’Egmont (388), p. 110 ; Saint-Chamans (248), p. 71 ; prince de Conti, Bachaumont, 6 et 10 août 1776 et (332), III, 243.
312, 313 : Le clergé : (615) ; (1119), p. 19 ; Bachaumont, 26 janvier 1784 ; de Boisgelin (410 bis), p. 190 : prédicateurs (1555), p. 461 ; Bachaumont, 10 avril 1780, 30 avril 1781, 4 septembre 1786 ; Métra, 30 août 1775.
313 : Cochin (325), 18 mai 1782 ; prêtres incrédules : (148), p. 3 ; (366), nouvelle série, I, 346 et (245), II, 185 ; (223), I, 35 ; (1505), p. 103.
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313 à 316 : Noblesse libérale : les citations viennent de (252), I, 39 ; (28) ; (41), I, 92 ; (232), I, 59 ; (222), p. 22 ; (56), I, 29. Exemples : (1514), p. 233 ; (222), p. 24 ; (280), p. 29 ; (112), début ; (223), I, 22 ; marquis de Paulmy, Métra, 17 juin 1785 ; Marie-Antoinette (1537) ; exemplaire de Raynal, Bibliothèque nationale Rés. 2623 ; (354), p. 74 ; Bachaumont, 14 juin 1780 ; Ségur (252), I, 100 ; Montlosier (209), p. 37 ; La Fayette (413), II, 243 ; Girardin (122), I, 61 ; d’Egmont (388), p. 110.
316, 317 : Salons libéraux : (1514), p. 222 ; (380), p. 19 ; Bachaumont, 11 novembre 1780, 30 mai 1781 et les mémoires cités plus haut, pp. 273 à 275. Gens de lettres : Young, I, 229 ; (260), I, 60 et (1559 bis).
317 : Prêtres libéraux : (410 bis), p. 303 ; (422), ch. 2 ; curé d’Orangis (1514), p. 236 ; Ségur (252), I, 39.
318 : Classes moyennes : Pamphlet (1414), I, 3 ; Montbarey (207), III, 153 ; Duveyrier (95), p. 50 ; Histoire de Laurent Marcel (1483 bis), II, 153 ; Ducis (328), 9 avril 1771 ; Cochin (325), p. 78.
319 : Exemples : Bachaumont, 4 mars 1785, 6 mars 1774, 28 juin 1783, additions 4 août 1774 ; de Vandeul (578 bis), p. 23 ; Carnot dans ses Mémoires, Paris, Baudouin, 1824, p. 200 ; Fréville (217), p. 94 ; C. du T. (443), p. 42 ; Thiébault (263), I, 185 ; Moreau de J. (212), p. 363. Ordonnances : (1554), p. 403 ; ordinations (1555), p. 463 ; Bachaumont, 22 août 1784 et 19 novembre 1785.
320 : Bourgeoisie libérale : Mme de Boufflers (341), p. 267 ; de Véri (275), I, 298 ; Rutlidge (452 bis), 1776, p. 22. Anecdote dans (1399), 1er août 1787. C. du T. (443), p. 8, Bouisset (845), p. 94 ; Servan (1376), p. 243.
321, 322 : Desmoulins (391), p. 21. Prestige des philosophes : (1310), t. IX : la Nouvelle Athènes (1501 bis), p. 223 ; (260), I, 110 ; (1493), p. 150 ; Baston (18) ; de Cicé (208), p. 17 ; de Belloy (182), I, 205 ; abbé Riballier, lettre inédite de 1784, analysée dans un catalogue de la librairie H. Safroy, 15, rue Guénégaud, Paris, 1926. Joubert (384) ; Bergasse (1112) ; Mme de Castellane (389) ; bourgeois parisiens (408 bis).
322 : Les Cafés : Mopinot (357), juillet, p. 186 ; nombre des cafés : (1525 bis), ch. 13 ; (1310), I, ch. 71 : des cafés.
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324 : Couplet dans Métra, 26 octobre 1778 ; Mlle C.D. dans Journal de Paris, 13 juillet 1785.
324, 325 : Les clubs : Métra, 17 février 1785, 28 décembre 1784 ; Bachaumont, 25 mars 1785 ; (213), I, 337 ; (1497) ; Bachaumont, 9 août 1785 ; Avis sincère (719), p. 30 ; Lefebvre de B. (161), p. 12 ; club de Brissot (315), p. 74 ; club politique, Bachaumont, 4 avril 1782 ; Guimar (796), p. 531 ; Métra, 23 juillet, 3 décembre 1783 ; Bachaumont, 28 août 1787 ; société gallo-américaine (315), pp. 106, 111.
325, 326 : Sociétés littéraires : Pahin de la Blancherie, Mercure, juin 1781, p. 233 ; Bachaumont, 19 juin 1778, 7 février 1779, 1er juillet 1781, 3 janvier, 10 mars, 22 avril, 28 octobre 1782, 18 décembre 1784, 5 février, 17 avril 1786. Sur les Musées : (515) ; Bachaumont, 17 novembre, 1er décembre 1780, 2 décembre 1781, 7 décembre 1782, 5 février, 27 juillet, 7 et 9 août 1783, 1er janvier, 7 décembre, 31 décembre 1784, 5 août, 18, 24 décembre 1785, 5 octobre 1786, etc. ; Journal de Paris, 30 novembre 1783, 1er décembre 1784, etc. ; (1559 bis), p. 210 ; Métra, 13 juin 1778, 19 mars, 22 octobre 1783, etc. ; (366), I, 313 ; (217), pp. 62, 87 ; (434), p. 166. Sur le Lycée (515) : Bachaumont, 24, 28 avril 1784, 4 janvier, 27 février 1786, etc. ; Journal de Paris, 7, 13, 20 février, 24 novembre 1786, 27 octobre, Zef décembre 1787 ; (1312), 18e entretien, Cloots (1169), p. 77.
326, 327 : Bachaumont, 30 avril 1782 ; académie du Pont Saint-Michel (385), p. 32 ; sur la Société d’émulation, voir notamment l’Espion anglais, t. VI ; Cordier de Saint-Firmin, Bachaumont, 17 novembre 1782. Cours : Journal de Paris, passim.
328, 329 : Bibliothèques publiques : Bibliothèque nationale (453), I, 323 ; (538), II, 202 ; (1310), n° 194 ; (449), p. 117 ; (452), p. 292 ; Bibliothèque Sainte-Geneviève (538), I, 82 ; (449), p. 97 et (441), p. 216 ; sur d’autres bibliothèques (441), p. 217 ; (449), p. 117 ; France littéraire (976), 1784 ; Journal de Paris, 21 janvier 1780 ; archives municipales de Paris, 0 609, n° 387.
329 : Cabinets de lecture : Bachaumont, 30 décembre 1762 ; collection Anisson, 1577, 22 085, n° 52, 56, 56 bis, 68, 69, 71 ; (621), p. 83. Junker dans Mercure, décembre 1777, p. 184.
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CHAPITRE IV
331, 332 : Province arriérée : Voltaire, Dictionnaire philosophique, article Goût ; la Dixmerie (1269 bis), ch. 32 ; Montlosier (209) ; Valès (269) ; Dutillieu (94) d’Argenson (6), 17 juin 1751 ; Bourges (867), p. 273 ; A. Young (454), 31 août 1787, 4 juillet, 27 juillet, 7 août 1789 ; Mme Roland (366), I, 144, 517 ; Guéret (873) ; Poitiers (737), p. 159 ; Nevers (413), p. 53 ; Limousin, archives historiques du Limousin, t. IV, 1892, p.379 ; Auvergne (447), III, 337.
333 : Noblesse et clergé : Mme de la Tour du Pin (152), I, 3 ; évêque de Lescar (300), p. 209 curé de Valmunster (426), I, 7 ; de Prades (863), p. 102 ; chanoine de Cambrai, Bachaumont, 12 janvier 1779 ; l’Esprit de Raynal (671 bis), p. 344 ; Chartres (46), pp. 57-62 ; abbé Bouisset (845), p. 93 ; Lorraine (833), pp. 89, 90, 358 ; Montlosier (209), I, 36.
334 : Libéralisme : Raynal (1524), p. 420 ; Vaublanc (273), p. 82 ; Thuret, Bulletin de l’Académie des Sciences... de Clermont-Ferrand, janvier 1924 ; Fléchères (843) ; Tryon (112), I, 118 ; Gontaut-Biron (149), p. 62 Normandie (764), p. 111.
324 à 338 : Classes moyennes ; Lyon (793 bis) ; Mgr Douaz (883), p. 89 ; Perpignan (138), p. LX1 ; Lille, Bachaumont, 8 octobre 1784 ; Annonay (697), p. 73 ; Ibarrart (312), p. 432 ; M. R... (376), p. 10 : Mlle Cannet (366), Nouvelle série, I, 459 ; Lorraine (833), p. 352 ; François de N., Année littéraire, 1774, t. I ; Ibarrart (312), p. 422 ; Chartres (46), I, 59, 62 ; Mme Nuttet (393), p. 307 ; Pontivy (819), p. 66.
338 : Mépris du Dimanche : Caen (147), p. 77 ; Moulins (78), p. 668 ; Rambervilliers (785), p. 195 ; Ainay-le-Château (809), II, 523 ; Saint-André (147), p. 178.
337 : Libéralisme : Largentière (834), p. 133 ; de Véri (275), I, 26. Sur les salons provinciaux : Caen (870), p. 380 ; Mayenne (790), p. 378 ; Agen (157), p. 5.
338, 339 : Théâtre : sur les théâtres de société : Tours (42), I, 49 ; Clermont (209), I, 43 ; Dijon (195), pp. 120, 182, 187 ; Autun (66), p. 409 ; Guise, ibid. ; Poitiers (757), pp. 182, 203 ; Saint-Dizier, Avignon, etc. (116), passim ; Quintin (105), p. 249. Éricie (1528), p. 367 Année littéraire, 1770, I, p. 35 ; Affiches d’Orléans, 27 octobre 1775 ; Affiches de Reims, 4 décembre 1786. Olympie, (791), p. 110 ; (743), pp. 107, 127 ; Veuve du Malabar, Affiches de Chartres, 21 janvier 1784 ; Les Druides,
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Affiches d’Orléans, 27 janvier 1786 ; Partie de chasse (743), I, 21 ; (769), p. 49 ; Journal de Lyon, 1784, p. 13 ; (757), p. 214 ; Bordeaux, Courteault dans Revue historique de Bordeaux, juillet-octobre 1923 ; Barbier de Séville (780), p. 210 ; (791), p. 113 ; (116), p. 106 ; Mariage de Figaro : Lyon, Journal de Lyon, 1785, p. 233 ; (827), p. 162 ; (1064), p. 41 ; Affiches d’Orléans, juillet et septembre 1785 ; Archives de Bourg, DD, 32 ; (743), I, 107, 122 ; (791), p. 126 ; (833), p. 352 ; Lille (816), I, 355 ; pour Bordeaux (881 bis).
339, 340 : Témoignages généraux : Mercier (1310), ch. 354, Delandine (942), p. 23 ; Auvergne (385), p. 15 ; Lyon (793) : « Lettre à M. Mercier ou tableau de Lyon » ; Alais (387), p. 82. Vente de livres : Nîmes, Archives de l’Hérault C. 2804, 2813 ; Bordeaux (730), p. 16 ; Agen, ibid. Rennes, Archives d’Ille-et-Vilaine, C. 1468 ; Brest (807), p. 178 ; Lyon (787), p. 68 ; Amiens (751), II, 396 et (527), p. 578 ; Montauban dans Lévy-Schneider, Jean bon Saint-André ; Pontivy (819), p. 58 ; l’Encyclopédie à Lyon, Affiches du Dauphiné, 1776, p. 126. Acheteurs de livres prohibés (1505), p. 104. Regnault (869), p. 143. Bibliothèques suivantes : (1510), t. VII, pp. 46-47 ; Lapauze (669), p. 53 ; Desgenettes (77), p. 48.
341 : Académies : Agen (977), p. 3 ; Orléans, Mémoires de la société d’agriculture... d’Orléans, 1900, p. 1 ; Bayeux, Bulletin de la Société historique... de l’Orne, janvier-avril 1923, p. 123 et (845), p. 60. Contre leurs bavardages : (1343), ch. 22 ; (1147), p. 163 ; (207) III, 164 ; Dupont de J. (934), p. 12 ; Latapie (446), p. 349.
342 : Curiosités philosophiques : Arras (957), p. 64 ; Bordeaux (952), p. 374 ; La Rochelle (765), II, 177 ; (978), p. 27 et Année littéraire, 1786, t. V ; Amiens, Mercure, 5 octobre 1778, p. 55 ; Agen (938), p. 20 ; Jeux floraux en 1778 ; Raynal (945 bis), I, 142 et (1524), p. 273 ; Rouen (941) ; Ferlet (1220 bis), p. I, Montbarey (207), III, 164.
343 : Problèmes religieux : Montauban, Affiches de province, 1777 ; Besançon (941), p. 209 : Toulouse sur Bayle : Affiches de province, 1772, p. 131 ; Correspondance de Grimm (464 bis), X, 7 ; Voltaire, Dictionnaire philosophique, article Bayle ; archives de l’Hérault, C. 2813.
344 à 346 : Problèmes politiques : Jeux floraux, Affiches de province, 1783, p. 111. Besançon (932) en tête ; Babeuf (1543),
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p. 442 ; Lyon dans Grosclaude (793 bis) et Affiches du Dauphiné, 11 mai 1787 ; Agen (977), p. 15 ; Châlons (963), pp. 224 et sq. ; (941) ; Affiches de province, 1779, p. 200 ; Orléans, Archives du Loiret, D 710-713 ; Metz (434), p. 183 et (980) ; Rouen (953) ; Agen (977) ; Bordeaux (952), p. 85 ; Angers (932) en tête ; Arras (957), p. 64 ; Dijon, Mercure, février 1773, p. 155.
347, 348 : Universités. Sur les querelles des universitaires (1506) ; Vénalité : Perrault, Mémoires ; Montpellier (578), p. 265 ; La Mettrie (1506), p. 12 ; Angers (29), I, 122 ; Reims (315), p. XX ; Bourges (498), p. 26. Dans les Cahiers voir (985), (986), (982) ; clergé du bailliage d’Autun ; Tiers de Vienne, Saint-Sauveur-le-Vicomte, Belley, etc. Décadences : (622) et Liard (574). Sur la suite, voir Liard.
349 : Sociétés littéraires : Châlons (975), p. 45 et Archives de Châlons BB 33 ; Arras (815), II, 648 ; Clermont (933), p. 206 ; Besançon (975), p. 28 ; Alais (387) ; Reims (840), p. 137 ; Milhaud (976), I, 105 ; Laval (854), p. 259.
349, 350 : Fondation de ces sociétés : Metz (979) ; Strasbourg (967), pp. 55, 56 ; Mayenne (790), p. 576 ; Bayeux (928), p. 122 ; Cherbourg, Affiches de Normandie, 28 mai 1773 et Affiches de province, 1774, p. 16 ; Carentan (976), 1784, p. 61 ; Villefranche, Affiches de province, 1775 ; Lyon (973) ; Clermont, Feuille hebdomadaire pour la province d’Auvergne, 21 octobre 1779 ; Saint-Antonin (933), p. 205 ; Périgueux (945), p. 597 et Archives de Périgueux, BB 34 ; Moulins (696), p. 122 ; Grenoble (787), p. 70 et Archives de Grenoble, GG 243 ; Boulogne, Bulletin de la société académique de Boulogne-sur-Mer, 1882, p. 270 ; Bourg (754), p. 85 ; Valence (787), p. 70 ; Mortain (976), 1784 ; Lille (713), I, 372 et (981) ; Dunkerque (407), article Fockedey ; Dijon (933), p. 205 ; Villefranche, Affiches de Toulouse, 14 mai 1788 ; Le Havre (741), III, 447 ; Bergerac, etc. (933) : Affiches de Dijon, 7 août 1787.
350 : Leur activité : Lille (981) ; Roye (758), II, 508 ; Valence, Archives de la Drôme, D. 72 ; Saint-Antonin (944). Société patriotique bretonne (959) ; Agen (955) et (446), p. 349.
352 : Castres (946) ; Laval (966) ; Mulhouse (967) ; Toulouse, Affiches de Toulouse, 23 janvier 1788 ; Le Havre (741), III, 447 ; Saint-Brieuc, Mémoires de la société d’émulation des Côtes-du-Nord, 1922, p. 102 ; Rennes (936), I, 32.
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353 : Lyon (754), (973) et (793 bis) ; Metz (979).
354 à 355 : Chambres de lecture : Nantes (796), p. 518, Archi-ves de Nantes, GG 669 et (962) ; Bourg (206), p. 261 ; Lyon dans (793 bis) ; Coutances (74), II, 48 ; Boulogne (466), p. 92 ; Colmar (798), II, 155 ; Bayeux. Bulletin de la Société historique... de l’Orne, janvier-avril 1923 et (961), p. 219 ; Niort (943), p. 65 ; Rennes (971), p. 193 ; Chartres (886), 19 décembre 1781 ; Lyon (793 bis) ; Quimper et Saint-Malo (936), I, 20 ; Pau (1510), VII, 47 ; Saint-Gilles (931) ; Bourges (883), 30 mars 1785 ; Morlaix, Troyes, Auxerre, ibid. Le Mans (219), II, 130 ; Nice, dans Nice historique, janvier, février 1924, p. 25 ; Moulins (933), p. 205 ; Machecoul (962), p. 363 ; Clermont (454) 12 août 1789 ; Auxerre (853), p. 188 ; Metz (454), 14 juillet 1789 : Le Havre (929), p. 7 ; Saint-Brieuc, Saint-Pol, Archives de l’Ille-de-Vilaine, C 1318.
356 : Bureaux de correspondance : (962), p. 360 ; Affiches de Normandie, 13 mars 1767 ; (1566) Luneau de B. (1577), n° 22 123 (47 et 48) ; 22 085 (n° 71) ; Archives de Boulogne, 1681 ; Georgelin (962), p. 359.
356 : Clubs et cafés : Clamecy (761), p. 99 ; Angers (29), I, 134 ; Reims (1019), p. XXIX ; Affiches du Poitou, 1786, p. 102 Dole, Affiches de Dijon, 7 août 1787 ; Bergerac (685) ; Bordeaux (822), p. 249 et (826), p. 30.
357 : Évolution de ces sociétés : Cherbourg, Coutances, Limo-ges (933), p. 212 ; Bergerac (685), Castres, etc. (933) ; Bretagne (962), (937) et (933) étudiants en droit (862), p. 52.
358, 359 : Bibliothèques : Provins (1510), VII, 43 ; Meaux (569) ; Lille (871), p. 72 ; Laval (854), p. 248 ; Caen, Archives du Calvados, D.501 ; Lyon (837), II, 837 ; Bordeaux (806), p. 577 ; Dijon, Archives de la Côte-d’Or, D.20 ; Nantes, Archives de Nantes GG 668 ; Nancy (948), p. 1 et (845 bis), p. 761 ; Lyon, Archives du Rhône, D.264, 265, 450 ; Lyon (837), II, 837 ; Niort (943), p. 65 ; Langres, Archives, BB 1309, 1234, 1235, 1156 ; Reims, Affiches de Reims, 5 avril 1773 ; Grenoble (951), p. LXXVII et Affiches du Dauphiné, 6 mai 1774, 2 mars 1787 ; Bordeaux (952), p. 377 et (451), f° 118 ; Toulouse (451), f° 115 ; Carpentras (451), f° 49 ; Pamiers (484), p. 50 ; Grenoble, Archives, GG 242 ; Périgueux (1510), VII, 43 ; Rouen (953), I, 35 ; Poitiers : Affiches du Poitou, 20 mars 1783 ; La Rochelle
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(978), p. 25 ; Valence, Archives de la Drôme, D.72 ; Troyes (496), p. 85 ; Vesoul (992), I, 18 ; Verdun (145), I, 101.
360, 361 : Cours publics : Angers (151), I, 54 ; Dijon, Archives de la Côte-d’Or D 21 ; Verdun (595), p. 68 ; Orléans, Affiches d’Orléans, 14 août 1767 ; Rennes, Archives d’Ille-et-Vilaine, C.2531. Écoles : Reims, Affiches de Reims, 28 septembre 1772 ; Angers, Mémoires de la Société nationale d’agriculture... d’Angers, 1902-1903 ; Rodez (576), p. 127 ; Caen (597), p. 23 ; Grenoble, Affiches du Dauphiné, 1777, p. 134 ; 10 juin 1778, p. 22 ; Metz (980) ; Châlons, Archives, GG 154 ; Amiens, Archives AA 28 ; Reims, Affiches, 17 avril 1780 ; Bourg, Archives de l’Ain, D.11 ; Verdun (595), p. 68. Sociétés d’émulation : Reims (956), p. 185 ; Bordeaux (934), p. 9. Musées et Lycées : Dijon (964), p. 18 et Archives de la Côte-d’Or, D. 139, C. 3690 ; Orléans (954), p. 191 ; Bordeaux (806), p. 577, (934) et (822), p. 304 ; Lyon, Journal de Lyon, 1786, p. 56 ; 1787, p. 42 ; Toulouse, Affiches de Toulouse, 30 avril 1788 ; Doray de L. (1442), p. 11.
CHAPITRE V
363 à 365 : Villemain (627). Nombre des élèves : Louis le Grand (530), I, 77 ; Pontoise, Archives de Seine-et-Oise, D. 83 (1783) ; Clermont (650), p. 414 ; Montbéliard (547), p. 94 ; Chinon (623), p. 101 ; Neufchâteau (593). En progression : Rennes (1531 bis), p. 20 ; Châlons, Archives de la Marne, D. 49 ; Belley (608), p. 130 ; Sorèze (616), p. 485. En régression : Chinon (623), pp. 93, 101 ; Le Mans (540), p. 9 ; Angoulême (488), p. 126 et Bourrilly (983), p. 142 ; La Flèche (486), p. 123 ; Riom (511), p. 147 ; Troyes (496) ; Amiens (527), pp. 529, 630 ; Reims (506), pp. 471, 617 ; Bourges (498), pp. 17, 40 ; Rouen (606), p. 73 ; Léon (592), p. 84 ; Saint-Sever (629) ; Moulins (491), p. 287 ; Pau (516), p. 181 ; Nantes (578), p. 182 ; Bellac, Archives de la Haute-Vienne, GG 30 ; Grenoble, Archives de Grenoble, GG 237 ; Bordeaux (543), pp. 489, 511, 513 ; Poitiers (838), p. 106 ; Châtellerault (983), p. 137 ; Sedan (847), III, 442 ; Charleville, Archives de la ville, GG 91 ; Compiègne (314), p. 264 ; Autun (610), p. 1 ; Verdun (595), p. 76 ; Guéret, F. Villard, Le collège de Guéret, 1906, p. 43 ; Abbeville (828), II, 522, Montpellier (545), p. 58 ; Péronne (626), p. 38 ; Pamiers (484), pp. 34, 50 ; Tulle (1035), p. 100 ; arrêt du Parlement (605), 1903, p. 47 ; cahiers (986), p. 10.
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365 : Suppression de collèges. Exemples de collèges infimes (486), (602), (738), (481) ; Pontivy (819), p. 277 ; Ploërmel (736 bis), p. 178 ; Cloutier, Archives du Calvados, D 504 ; Armentières, archives de la ville, GG 95 ; Montreuil-Bellay, G. Charier, Montreuil-Bellay à travers les âges, Saumur, Charier, 1913, p. 168 ; comté nantais (578) ; Ensisheim, Bulletin de la société belfortaine d’émulation, 1872-1873, p. 75 ; Saint-Nicolas, A. Allier, Histoire de Morlaix, Auch, 1878, p. 43 ; Thiers (560), p. 270 ; Aire, etc. (556), p. 102.
365 : Plaintes sur la décadence : Auxerre (602), p. 185 ; voir aussi (498), p. 51.
366 : Prestige de l’enseignement : Autun (610), p. 25 ; Eu (497), p. 286 ; Magnac-Laval (587), p. 203 ; Brioude (560), p. 300 ; Glais (123), p. 4 ; Gimont (525), p. 278 ; Avallon (602), p. 223 Orléans, Affiches d’Orléans, 5 septembre 1777 ; Chartres, Affiches de Chartres, 27 mars 1782.
367, 368 : Boursiers : (530), I, 309, (737), p. 95 ; (493), p. 366, Archives de Moulins, D. 10 ; (798), II, 90 ; (623), p. 111, (527), p. 695, (616), p. 366, (522), p. 297, (807), p. 222.
368, 369 : Programmes d’enseignement : Bérardier (535), p. 93 ; Riom (628), p. 150 ; Dijon, archives de la Côte-d’Or, D. 20, 21 ; Bourges (498), p. 41 ; Belley (608), p. 139 ; Bourg, archives, GG 244, D. 11 ; etc. On trouvera des exemples analogues dans la plupart des histoires de collèges. De même pour les exercices publics : Ancenis (578), p. 131. Petits collè-ges : Rebais (Ardennes), Archives, D,7 ; Villeneuve-le-Roi (602), p. 249 ; Chabeuil (565) ; Desaix (417).
370 : Maîtres de pension : Verdier, J. Philippe dans Revue pédagogique, 1910, p. 327 : Duchange, Affiches de Picardie, 18 septembre 1773 ; La Saussaye, Journal de Normandie, 20 avril 1788 ; Gresset, Affiches de Bourges, 23 février 1785 ; affiches de Reims, 17 janvier 1780, 27 décembre 1784 ; Abbeville (599), p. 334.
372 à 374 : Résistances : Gosse (549) ; Proyart (1510), VII, 122 ; Eu (497), p. 62 ; Dreux (1557), p. 91 ; Troyes (505). Enseignement du français : Mayenne (790) ; Tourcoing (570), p. 31 ; Orange (630), p. 69 ; Bayonne (521), p. 380 ; Doué (29), I, 51 ; Verdun (595), p. 72 ; Doubs, Revue de l’enseignement secondaire, t. V, p. 167 ; Bordeaux (543), p. 522 ; collège d’Harcourt (223), I, 24 ; Amiens (572), p. 468 ; Quimper (535),
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p. 89 ; Abbeville (599), p. 313 ; Le Mans, Revue de l’enseignement secondaire, t. IV, p. 59 ; Bourges, Affiches de Bourges, 17 septembre 1783 ; Châtellerault (588), p. 38 ; Orléans (624), p. 105 ; Eu (497) ; Norvins (223), I, 24. Pour les prix voir les différentes histoires de collèges, les affiches des provinces, etc., et le Journal de Paris. Pour le Concours général, le Journal de Paris.
374, 375 : Traces de curiosités philosophiques : Arras (556) ; Lisieux, Revue de l’enseignement secondaire, 1889, p. 223 ; Bourges (746), p. 92 ; Arras (556), p. 104 ; Troyes (505), p. 121 ; Pau (516), p. 199 ; Montbéliard (517), p. 121 ; Sorèze, etc. (616), pp. 444, 467 ; Bourges (498), p. 57.
375 à 378 : L’esprit des élèves et des maîtres. Irréligion : Desgenettes (77), p. 26 ; Arnault (7), I, 42 ; Felletin, Documents historiques... concernant la Marche et le Limousin publié par A. Leroux, E. Molinier, A. Thomas, 1883, p. 277 ; du Veyrier (95) ; Caen (597), p. 69 ; Malouet (182), I, 69 ; du Bois de Bosjouan (524), p. 252 ; Pollin (231), II, 214 ; Chassaignon (55 bis) III, 84 ; Concours général, Bachaumont, 24 juillet 1784 ; abbé Faucher (273), 10, 27, 52 ; de Romain (242), I, 54.
377, 378 : Les roturiers pauvres au collège : La Chalotais (563 bis) ; Guyton (553), p. 49 et (616), p. 531 ; Neufchâteau (593) ; Alsace (798), II, 84 ; Draguignan (836 bis) ; Le Mans (486), p. 142 ; Sorèze (616), p. 487 ; Louis le Grand (530), I, 365, 448, 374 ; Mahérault, Revue historique... du Maine, 1921, p. 135 ; Gireux (119), p. 7 ; Beaumarchais (413), p. 25 ; Colin d’Harleville et Andrieux : Préface par Andrieux de l’édition des OEuvres de C. d’Harleville, 1821 ; Romme (437) ; Dupont de Nemours (90), p. 131.
379 : Marmontel (186), III, 157 ; Mallet du Plan (181), I, 130 ; Saint-Brieuc (811), p. 173 ; Goujet (337), 1901, p. 489 ; lettres à J.-J. Rousseau (1563 ter), Introduction (lettres à la Bibliothèque de Neuchâtel) ; Glais (123) ; Dulaure (385), p. 21 ; Prieur (236) ; Voir Sicard (616), p. 520.
380 : Sur l’éducation des futurs députés révolutionnaires voir les biographies de notre section III, leurs Mémoires (section I) et Kuscinski (407).
381 : Opinions des professeurs : Bourges (498), p. 56 ; Valenciennes (485), p. 53 ; Amiens (572), p. 462 ; Carcassonne, Archives de l’Hérault, C. 2813 ; Troyes (505), p. 120 ; Toulouse
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(775), IV, 633 ; Montbéliard (547), p. 137 ; Troyes (505), p. 120 ; Baugé (528), p. 22.
382 à 384 : Desgenettes (77), p. 6 ; de Gadbled (597), p. 82 ; Juilly (7), I, 60, 51 ; Lanjuinais (1272) ; François de Neufchâteau (833), p. 360 ; Laromiguière (384), p. 33 ; Billaud-Varennes et Fouché (7), I, 58, 56 et (110), p. 46. L’évêque de Nantes (578), p. 180 ; Sérane, Affiches de Toulouse, 4 janvier 1775 ; Gorsas (407).
383 : Manuels scolaires : Cours de Batteux, Affiches de province, 1778, p. 126.
384 : Sur les cahiers manuscrits (562), p. 408.
385 : Nepveu de la Manouillère (219), p. 179 et (1577), 22101, n° 153 ; le P. Le Roi, Bachaumont, additions, 7 février 1774 ; Guyard et Lange (616), p. 276.
387 : Seguy, Mercure, 1er juillet 1759, p. 125 ; 15 juillet 1771, p. 120 ; Migeot, Affiches de province, 1784, p. 661.
CHAPITRE VI
389, 390 : On trouvera les prix du Mercure et des différents journaux dans les annonces du Mercure et des diverses affiches des provinces, passim.
390, 391 : Contenu des articles : Année littéraire, 1773, I, 17 ; 1776, VIII ; 1779, I ; 1783, VIII ; 1784, VIII, IV. Affiches de province, 1778, p. 167 ; 1777, p. 190 ; 1780, p. 195 ; 1778, p. 106 ; article sur d’Alembert, 4 février 1778.
392 : Mercure, pièces sur la mort de Voltaire et sur Voltaire, 15 avril 1778, 15 mars, 15 avril, 15 juin, août, septembre, octobre 1779, mai, août 1780 ; J.-J. Rousseau, octobre 1778 ; Diderot, 15 et 25 décembre 1778, pp. 136, 275 ; Helvetius, décembre 1772, p. 75 et mars 1772, p. 198 ; d’Alembert, décembre 1783. Journal de Paris, 1778, passim ; 1779, 10 octobre ; 15 avril 1780 ; J.-J. Rousseau, 3 mars 1779, 4 avril, 1er mai, 10 et 11 juin, 20 septembre, 11 octobre, 5 novembre, 16 décembre 1779, 27 juin 1780 ; Diderot, 24 août 1784.
393 : Année littéraire : Florian, 1782, VII ; Rousseau, 1784, VI ; Mably, 1776, IV, 1787, VIII.
393 à 396 : Doctrines philosophiques : Mercure, 1er octobre 1771, pp. 91, 123, mars 1777, p. 127, mars 1776, p. 82, avril
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1777, p. 65, 2 octobre 1784, février 1774. Politique : Mercure, février 1775, p. 137, décembre 1777, juin 1775, p. 96, 6 mars 1784, p. 27, etc. ; Journal de Paris, 7 mai 1777, 30 septembre 1778, 27 octobre 1783, 12 septembre 1782, 14 mai 1785, 9 juin 1783. Journal des Savants, mars 1786. Année littéraire, 1775, I ; 1779, II ; 1781, VI ; 1785, II ; 1784, VI.
396, 397 : Apparition des journaux (nous ne donnons pas les témoignages pour ceux dont nous avons vu les premiers numéros et qu’on trouvera dans notre Bibliographie) : Lyon (793) et (793 bis), (754), p. 61 et Journal des Savants, mars 1786. Année littéraire, 1775, I ; 1779, II ; 1781, VI ; 1785, II ; 1784, VI.
396, 397 : Apparition des journaux (nous ne donnons pas les témoignages pour ceux dont nous avons vu les premiers numéros et qu’on trouvera dans notre Bibliographie) : Lyon (793) et (793 bis), (754), p. 61 et Journal de l’Orléanais, 19 septembre 1788 ; Toulouse (899), et Journal de Lyon, 1787, p. 16 ; Nantes et Bordeaux, affiches de Normandie, prospectus de 1762 ; Australie, Metz et Lorraine (833), p. XVIII ; Franche-Comté (830), p. 29 ; Picardie (751), II, 375 ; La Rochelle (765), II, 176 ; Tours et Aix, affiches d’Orléans, 27 novembre 1772 ; Angers (879) ; Amiens, affiches de Reims, 16 août 1773 ; Marseille et Le Mans, affiches d’Orléans, 9 décembre 1774 ; Dauphiné (888), p. 2 ; Poitou (384) ; Yonne (853), p. 51 ; Dijon (875), 1904, p. 200 ; Roye (758), II, 512 ; Auvergne (385), p. 15 ; Journal breton, affiches de Reims, 31 juillet 1780 ; Limoges, Bretagne, Sens, Meaux, Montpellier, dans Bachaumont, 7 août 1780 ; Provence, dans Bachaumont, 25 avril 1781, affiches du Dauphiné, 4 mai 1787 et affiches de Chartres, 12 mars 1783 ; Flandre (871), p. 72 ; Roussillon, affiches d’Orléans, 21 décembre 1781 ; Moulins (882) ; Troyes (900), p. 236 ; Guyenne, dans Bachaumont, 2 décembre 1784 ; Nancy, affiches de Bourges, 23 février 1785 ; Saintes, dans Bachaumont, 4 décembre 1785 ; Nîmes, affiches du Dauphiné, 13 janvier 1786 et Journal de Lyon, 1787, p. 14 ; Basse Normandie, dans Bachaumont, 10 janvier 1786 ; Senlis (898).
397 : affiches de Normandie : Prospectus, 1762.
398 : Indifférence philosophique : affiches de Reims, 26 septembre 1774 ; affiches de Bourges, 20 août 1783 ; affiches de Lyon dans (793 bis).
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398 : Morale humanitaire : Journal de Lyon 1787 ; affiches de Chartres, 29 mai 1782, 1er janvier 1783 ; affiches du Dauphiné, juin 1776, p. 23.
399 et 400 : Éloges des philosophes ; Rousseau : affiches de Normandie, 3 septembre 1788 ; affiches de Chartres, supplément IX, 1783 ; affiches de Reims, 20 décembre 1779 ; affiches du Dauphiné, 9 novembre 1787 ; affiches d’Orléans, 23 juin 1780 ; affiches du Dauphiné, 3 mars 1788, 9 avril 1779 ; Journal de l’Orléanais, 3 novembre 1786 et affiches de Reims, 20 novembre 1786 ; affiches du Dauphiné, mai 1776, p. 78 et 16 octobre 1778 ; affiches d’Orléans, 5 juillet 1782 ; affiches de Toulouse, 3 et 10 juillet 1782 ; Journal de Normandie, 26 juillet 1788 ; affiches d’Orléans, 25 décembre 1767 ; affiches de Lyon (793 bis), ainsi que pour Voltaire ; Voltaire : affiches d’Orléans, 20, 27 avril, 11 mai 1764, 8 février, 22, 29 novembre 1765, etc. ; affiches de Reims, 16 novembre 1772, 9 août 1773, 10, 24 janvier 1774, etc., 6 mai 1776, 20 septembre 1779 ; affiches de Bourges, 6 août 1783 ; affiches du Dauphiné, 10 novembre 1786 ; Condillac : affiches du Dauphiné, 13 octobre 1780 ; Mably, ibid., 13 mai 1785 ; Journal de Lyon, 1785, p. 152.
400, 401 : Annonces de livres ; arrêt de 1785, archives de l’Hérault, C. 2804 ; Code de l’humanité, affiches de Reims, 30 novembre 1779 ; S. Maréchal, affiches du Dauphiné, 31 décembre 1784. Hardiesses philosophiques : affiches de Reims, 3 septembre 1781 ; affiches du Poitou, 16 novembre 1786 ; Journal de Languedoc dans Journal de Paris, 20 novembre 1786. Sur la religion : affiches de Chartres, 26 mars 1783 ; affiches des Flandres, dans Bachaumont, 8 octobre 1784. Tolérance : affiches d’Orléans, 22 mars, 6 mai, 13, 20 septembre 1765, 3 avril 1767 ; affiches de Bordeaux, 28 mars, 22 août 1765 ; affiches du Dauphiné, 7 mars 1788.
402, 403 : Curiosités sociales ; affiches de Normandie, 29 juillet 1763 ; affiches de Toulouse, 7 août 1782 ; affiches de Picardie, 9 décembre 1775 ; affiches d’Orléans, 8 septembre 1769 ; affiches de Reims, 30 septembre 1782 ; affiches de Toulouse, 30 octobre 1782 ; affiches de Flandres dans affiches de Toulouse, 24 décembre 1783 ; affiches de Bourges, 8 décembre 1784. Politique : affiches de Toulouse (899), 1911, p. 163 ; Journal de Normandie, 15 novembre 1788 ; Finances : affiches de Normandie, 14 octobre 1763 ; affiches de Reims, 15 janvier 1776, 14 mai 1787, 11 décembre 1780 ; Necker : affiches de
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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Reims, 12 mars 1781 ; affiches du Dauphiné, 9 mars 1781. Sur les Américains : Journal de l’Orléanais, 25 mai 1787 ; affiches de Chartres, 10 avril 1782 ; affiches d’Orléans, 11 décembre 1778, 9 juillet 1779 ; affiches de Reims, 3 mai 1779 ; affiches de Bourges, 15 février 1783. Diffusion : ville d’Auriol, archives BB 19 et CC 388 ; affiches de Reims, 30 septembre 1772.
CHAPITRE VII
406, 407 : D’Estrées (676) ; Nouvelles à la main : (469), pp. 135, 147 ; Barbier (11), mars 1737, III, 80 ; Argenson (6), III, 58 ; Marville (353), I, 206 ; 11, 91 ; Gérin (677), p. 552.
407, 408 : Sur les querelles intérieures, voir les ouvrages d’Amiable, Bord, Thory (713), Deschamps, G. Martin, Bricaud (668), Lesueur (691), etc.
408, 409 : Nombre des loges : Amiable (651), p. 36 ; Tableau alphabétique..., Archives de la Bastille, n° 10247 ; G. Martin (695), p. 28. Nombre des maçons : Deschamps (674), II, 91 ; Martin (695), p. 101 ; A. Cochin (671) ; Lesueur (691). Nombre des loges dans certaines villes : Montpellier (678), p. 127 ; Rouen : E. Lebègue, Thouret, Paris, 1910, p. 29 ; Toulouse (679) ; Lyon, A. Steyert, Nouvelle histoire de Lyon, Lyon, 1899, t. III, p. 403 ; Besançon (723) ; Bordeaux (669), p. 82 ; Grenoble (872), III, 294. Petites villes : Blaye, Tonneins, Pauillac (669), p. 82 ; Fleurance (687), Lectoure, Saint-Clar (704) ; Carrouge (715), p. 14 ; Libourne, Blanzac, Revue libournaise, 1900, p. 111 ; Saint-Flour (673) ; Thouars (800), p. 334 ; Bas-Dauphiné (684).
409 : Les francs-maçons et l’opinion : Condamnations (713), I, 82, 90 ; Mgr de Saint-Luc (735), I, 323 et (695), p. 111 ; Besançon (723), p. 65 ; Lunéville (713), I, 96 ; Loge des Neuf-Soeurs (655).
410 : Polémiques : Année littéraire, 1779, I, p. 178 et VII, p. 107. Le Forestier (688).
411 : G. Martin (691), p. 52 ; Le Voile levé (729) ; le P. Lefranc, etc. (691), p. 5 et (720) ; Guillon (130).
413, 414 : Clergé et noblesse : Noblesse de province ; Villeneuve-de-Berg (697), p. 44 ; Artois (691), p. 262 ; Savoie (395), I, p. 215 ; duc et duchesse de Chartres (713), I, 121. Clergé : Amiable (651), p. 36 ; Lesueur (691), p. 154 ; Clairvaux
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(694), p. 3 ; Sens (698), p. 185 ; Annonay (706), p. 4 ; Poitiers (707), p. 138 ; abbé Lapauze (669) ; abbayes (833), p. 90 ; (799), p. 422 ; (712) ; (679) ; Archives de la Bastille, n° 10247 ; Brun (669).
414, 415 : Tableaux des loges : Saint-Flour (673) ; Brest, L. Delourmel, Histoire anecdotique de Brest, Paris, Champion, 1923, p. 181 ; Auxerre (722) ; Lesueur (691) ; Saint-Gaudens (699).
416 : Orthodoxie religieuse : Toulouse (679), p. 241 ; Bordeaux (669), p. 87 ; Les Neuf-Soeurs (466), p. 99 ; Pau, Bulletin de la société des sciences... de Pau, 1923, p. 29 ; Frandieu (111), p. 236 ; loge Saint-Jean-de-Nancy (695), p. 38 ; Maçonnerie artesienne (691), pp. 91, 160 ; Chaumette (696).
417 : Orthodoxie politique : l’Étoile flamboyante... (714), II, 128 ; Toulouse (679), p. 242 ; Marseille (710) ; autres loges (704), (706), Revue libournaise, 1900, p. 111, (687), (691), etc.
418 à 421 : Occupations maçonniques : Dubuisson (326), 1737, p. 35 ; Temple d’Auxerre (698), p. 188 ; Lamarre (147), p. 234. Lesueur (691), p. 265 ; de Brosses (316), p. 113 ; Fonvielle (108), II, 31 ; Gauthier de Brecy (116), p. 115 ; Mercier (1310) n° DLXXXIV (Francs-maçons) ; Arnault (7), I, p. 143 ; Coutras : Revue libournaise, 1900, p. 90 ; Montpellier (678). Lesueur (691), p. 228 ; Mercure, oct., 1774, p. 37 ; Annonay (706), p. 7 ; Lyre maçonne (716) ; Avis sincère (719).
421, 422 : Prédication morale : Besançon (723), p. 46 ; Journal de Lyon, 1787, p. 81. Archives de la Bastille, n° 10247 ; loges de Paris (713), I, p. 128 et passim, et Bibliothèque de la ville de Paris, 104711 ; Guéret (873), 1905, p. 170 ; Troyes (712).
423, 424 : Sur les maçons mystiques (688), (728), (668), (679), (717), etc. ; Dupont de Nemours (90), p. 97.
425, 426 : Philosophisme de la maçonnerie : duc d’Antin (695), p. 79 et (651) ; Voltaire et la loge des Neuf-Soeurs (654) ; Guéret (873), 1905, p. 170 ; discours de 1764 (714), II, 74 ; la Candeur (713), I, 135 ; Toulouse (679).
426, 427 : Philalèthes de Lille, Archives de la guerre, n° 3768 ; Montpellier (679), p. 246 ; Besançon (652), p. 20 ; Coutras : Revue libournaise, 1900, p. 108 ; Bergerac (598), p. 91. Amiable (561), p. 28.
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427, 428 : Égalité de fait : Nancy (661), p. 101 ; Auch (667), p. 30 ; Caen (708), p. 401 ; Lyon (793 bis) ; Montélimar (684) ; Saint-Flour (673) ; Toulouse (679) ; Gardes françaises (683).
429, 430 : Esprit d’inégalité : Montélimar (684), 1912, p. 235 ; 1913, p. 688 ; Poitiers (707), p. 138 ; Nancy (661), I, 232 ; Arras (691), p. 135 ; Annonay (706), p. 5 ; l’Étoile flamboyante (714), II, 31, 57, 61.
431 : Esprit révolutionnaire (697), p. 63 ; la Parfaite union de Rennes (692).
435 : Action prérévolutionnaire des loges : Montreuil (670) ; Nivernais (658) ; Roux (707), L.P.R. (684).
437 : Tentatives d’organisation politique : Voir Le Forestier (688), G. Martin (695), etc.
CHAPITRE VIII
446 : Aux ouvrages étudiés par M. Fay, ajouter A. Cloots (1169).
448 : Influence de la Révolution américaine : Morellet (358), pp. 30, 51 ; Ségur (252), I, 76, 102 ; Talleyrand (260), I, 69, 120 ; Frénilly (112), I, 42. Marmontel (186), III, 158 ; Saint-Priest (250), I, 196 ; de Véri (275), I, 21, 404 ; Mollien (202), I, 61 ; Fars-Fausselandry (99), I, 154 ; Norvins (223), I, 15 ; Arnault (7), I, 51. Ville de Clermont (864), I, 110 ; Lamare (147), p. 45 ; États de Bretagne (835), p. 315. Pour les Nouvelles à la main, voir notamment Bibliothèque de l’Arsenal, manuscrit n° 7083.
CHAPITRE IX
466 à 469 : Sur l’éducation des révolutionnaires : (382) ; Danton (415) ; C. Des-moulins (391) ; Robespierre (402) ; Buzot (403) ; Vergniaud (412) ; Lombard de Langres (173) ; Carnot (51) ; Barère (409), (143), p. 9 et (13) ; Billaud-Varenne (31) ; Barnave (1096) et (386). Goujon (401) ; Roederer (434), p. 61 ; Dulaure (385), p. 18. Barbaroux (431). Leurs rencontres dans les Universités : (382), (410), et articles de Kuscinsky (407).
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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CHAPITRE X
472 : Opinions sur l’instruction du peuple : Turgot (198), p. 169, d’Holbach (1259), 4e discours, § 20 ; Brissot (1150), article VI ; Affiches de Reims, 13 mai 1776 ; Metz (980) ; La Rochelle (978).
473 : Lyon (793 bis) ; Diderot (1204), III, 417 ; L.-S. Mercier (1310), ch. 579 ; Voltaire : lettre du 1er avril 1766. Perreau (1344), p. 22 et ch. 8.
474 : Rolland (561), p. 380 ; Lezay-Marnesia (1289), ch. 13 ; comte de Thélis : Plan d’éducation nationale en faveur des pauvres enfants, Paris, Clouzier, 1779 ; Philipon (591) ; Terrisse (953), I, 181. Fleury (510), I, 377 ; abbé Pluche, Spectacle de la nature, éd. de 1764, I, p. 525 ; intendant de Bourgogne, Archives d’Avallon, GG 53 ; Coyer (510 bis), pp. 258, 334.
475 : La Chalotais (501), p. 31 ; Guyton (553) ; Reboul (603) ; Mauduit (492), p. 413 et Année littéraire, 1773, t. VIII ; de Cerfvol (506 bis), art. 16 et 17 ; Goyon (1232), III, ch. 14 ; Rolland, etc. dans (534) ; d’Etigny (562), p. 54. Voir en outre Sicard (616).
476 : Nombre des écoles primaires : Aube (875), 1904 ; Lan-gres, ibid. ; Auxerre (601) ; comté nantais (578) ; Cherbourg, Congrès des sociétés savantes, (577), p. 82 ; Lyon (490), p. 29 : Châlons-sur-Marne, Sens, Coutances, etc. dans Ed. de la Chapelle, l’Instruction primaire dans le Bas-Poitou avant 1789, Mémoires de la société littéraire... de la Vendée, 1882-1884 ; Reims (847), III, 450 ; Auvergne (560), p. 541 ; Saint-Valéry dans A. Huguet, Histoire d’une ville picarde, Saint-Valéry, Paris, Champion, 1909, II, 654 ; (847), III, 450 ; Draguignan (850), p. 31 ; diocèse de Léon (807), p. 224 ; Maine-et-Loire (1040), p. 76 ; Hautes-Alpes (585) ; Gex (983), n° 305. Témoins sachant signer : Maggiolo (577) ; Romainville dans G. Husson, Histoire de Romainville, Paris, Plon, 1905 ; Nogent, dans A. Dufournet, Nogent-sur-Marne, Nogent, Sentis, 1914, p. 57 ; Baugé (528), p. 27 ; Creuse (480), p. 362 ; Agen, Charente, Vendée, etc. (982) ; Haute-Vienne (552), p. 41.
477 à 479 : État de l’opinion dans le peuple : Sennemaud (1555), p. 399 ; Barruel (659), ch. 16 ; Bouillé (41), p. 54 ; le rapport de l’archevêque d’Arles (807), p. 178 ; Coyer (1179), p. 16 ; Mercier (1310), n° 756 « Livres » ; Retif (240), p. 130 ; Storch (1504), p. 370 ; Andrews (442), p. 254. J.-J. Gautier
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(991), p. 846 ; duc de Mortemart dans Métra, 6 avril 1775 ; seigneur de Vibraye, ibid., 13 mars 1776 ; foire Saint-Germain (444), p. 6 ; Journal de Verdun (833), p. 286 ; Villers-sire-Nicole (836), p. 223 ; Agen (446), p. 349.
480 : Les Cahiers : Bar-sur-Seine (1005) ; Montpellier (1050), p. 646 ; Saint-Maixent (1524), p. 412 ; Gray (992), I, 59.
480 à 482 : Fils de petites gens : Marmontel (186) ; Retif (398) ; Thomas, dans E. Micard, A.L. Thomas, Paris, Champion, 1923 ; Hoche (492), p. 15 ; Pourchet (234) ; Teyssiné (396) ; Franklin (1523) ; Gargaz, ibid. ; Dutens (93), II, 87 ; Bosquet de C. (464), p. 396 ; la Salpêtrière (217), p. 119 et (1560), III, 96 ; opinions de curés de Reims (1019), p. CCLXXXVII.
CHAPITRE XI
486 : Édit de Necker, Métra, 26 juillet 1779.
487 : Bibliographie de Stourm (1573) ; sur le Compte rendu de Necker (1568), II, 363 ; Mallet du Pan (181), I, 141 ; Bachaumont, 18 janvier, 10 mai 1785 ; sur les almanachs, Bachaumont, 6 janvier 1787 et (1399), 3 janvier 1787.
488, 489 : Les Parlements : de Véri (275), I, 64 ; Bachaumont, 20 décembre 1769, Nouvelles à la main (470), f° 43, 48 ; Ducis (328), 9 avril 1771 ; Hardy (132), I, 263 ; Mme de Mesmes (388), p. 112. Opinion des petites gens : Mellier (189), p. 215 ; Mercier (191), p. 249 ; Grenoble (289), p. 543 ; Reims (288), p. 261 ; Bourges (867) ; Châlons (6), VIII, 153 ; Bachaumont, Suppléments 15 juin 1771 ; sur l’Ami des lois, Métra, 13 juillet 1775 ; sur le Manifeste aux Normands (741),111, 456.
490 : Affaires et scandales divers : affaire des trois roués (1571) ; la fille Salmon (858), p. 27 ; Métra, 21 avril 1780, 5 juin 1782, 7 mai 1783 ; duc de Pecquigny (332),1, 443 (11 juin 1768) ; duc de ***, Métra, 18 août 1774 ; Choiseul, Bachaumont, 22 février 1784 ; d’Entrecasteaux, Métra, 22 novembre 1784 ; affaire du théâtre de Beauvais, Bachaumont, 2, 7, 9, 17 avril, 13 mai 1786 ; Mercure, 8 avril 1786 ; Chénier (1165), p. 160.
491, 492 : Pamphlets : Marais (184), 1732, IV, 340 ; Sigorgne (1520), II, 192 ; Barbier (11), IV, 377 ; d’Argenson (6), V, 372, 402, 411 ; VI, 15, 404 ; VII, 16, 20, 50, 51, 56, 78, etc. ; perquisitions (1391), XVII, 21 ; Mulot (217), pp. 68-92 ; Adresse
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présentée... dans Métra, 18 août 1776. Sur les libelles cf. Bachaumont, Métra, l’Observateur anglais, etc., passim ; Dulaure (385), p. 33 ; fable du fermier, Bachaumont, 27 avril 1787 ; marché de Troyes (255), p. 43 ; Nouvelles à la main en province (747), p. 149, (966), p. 14, (899), p. 171, (465).
493 : Chansons (1397) ; Bachaumont, 21, 29 février, 6 mars 1776, 19 avril 1782, etc. ; les conversations : (1310), n° 116 ; arrestations (6), IV, 99 ; affaire Moriceau (357), pp. 401, 407 et (1529 bis).
494 : La misère ; le prix du pain ; Bretagne (825), p. 134 ; Merfy (259) ; Reims (1019), p. LXII ; Mayenne (790), p. 557 ; Les Daurée (68) ; Villars (868), p. 26 ; Gascogne (873), p. 133 ; Saint-Omer, H. de Laplane, dans Bulletin de la Société des antiquaires de la Morinie, 1867.
496, 497 : Conditions des paysans : Marion (1545 et 1546) ; de Véri (275), I, 167, 346. Conclusions mitigées : Le Lay (818), J. de la Monneraye, Le Régime féodal et les classes rurales dans le Maine au XVIIIe siècle, Paris, 1922 ; Besnard (29), I, 34 ; Loutchisky (1543 bis). Conclusions défavorables : Kovalewsky (1534), II, app. 1 ; Sée (1567) ; Laurent (1019). Introduction ; Rutlidge (452 bis), p. 22 ; Young (454), 21 septembre 1788, 2 juillet 1789, etc. ; Ruillé (156). Ajouter bien des témoignages : d’Argenson, passim ; Crommelin (66), p. 325 ; Besnard (29),1, 32, 297 ; Latapie (446), pp. 342, 367 ; Charmeteau (55), pp. 391, 394 ; Deladouesse (73), p. 15 ; Théron (866) ; Durengues (778) ; Granet, Histoire de Bellac, Limoges, 1890, p. 210 ; Mathieu (833), p. 338, etc.
497 : Sur le sort des ouvriers : Bonnassieux (1507), Funck-Brentano (1526), Kovalewsky (1534), G. Martin (1550), Riffaterre (1563), Sée (1567), Bloch (740). Sur le paupérisme : Bloch (740), p. 5 ; Bretagne (782) ; Amiens, Bachaumont, 24 mars 1782 ; Vitré (786), p. 10 ; Mur de Barrez (849),11, 230 ; Pontivy (819), p. 268. Ajouter G. Martin (1550), p. 185 ; Voisin (283), etc.
498, 499 : Sur les bagarres et révoltes de collèges : d’Argenson (6), I, 18 ; VII, 415 ; Vaublanc (273), p. 11 ; Marmontel (186), I, 30 ; Arnault (7) ; Bouillé (41), I, 12 ; l’Abbaye-au-Bois dans L. Perey, La Comtesse Hélène Potocka, Paris, Champion, 1888 ; Lallemand (568), p. 233 ; Favier (533), p. 48 ; Jullian (140), p. 50 ; Schimberg (612), p. 306 ; Bouchard (491), p. 121 ; Dreyfus
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(522). Indiscipline au dehors : Bruneau (498), p. 18 ; Jaloustre (560), p. 409 ; Fonvielle (108), I, 59 ; Picard (592), p. 62 ; Clouzot (757), p. 175 ; Moreau de Jonnès (212), p. 451.
499 : Émeutes. Paris : outre les mémoires cités, Mopinot (357), 15 septembre 1757 ; Collé (64 bis), I, 170, 214 ; Métra, 20 juin 1778. Sur la guerre des farines en province : Bachaumont, 1775, passim ; (760), p. 59 ; (848), p. 202, E. Rousse, (856), p. 297 ; (823), p. 410 ; (758), II, 411 ; (783), p. 68 ; (768), p. 188 ; (195), p. 270 ; (756), ch. 1 ; (147), p. 26. Émeutes, 1715-1747 : Barfleur (814), p. 322 ; Caen (291), p. 298 ; autres, Rouen... Strasbourg, ibid. et Barbier (11), 1725, I, 399 ; Saint-Étienne (865), pp. 196, 201, 210 ; Bretagne (825) ; Saint-Lô (777), IV, 421, 463 ; Ruffec... Angoulême (6), II, 159, 213 ; environs de Paris (6), III, 131, 168 ; Lille (6),111, 61 ; Romorantin (6), III, 403 ; Machecoul (825), p. 328 ; Port-Lannay (860) ; Toulouse (6), V, 124, (772), II, 347 ; Dinan (825), p. 328.
500, 501 : 1748-1770 : Nantes (825), p. 328 ; Normandie (464), p. 390 ; (35), p. 15, et (190), p. 441 ; Arles (868), p. 28 et (6), VII, 81 ; Rennes... Fontainebleau (6), VII, 83-333 ; Tréguier et Lannion (825), p. 328 ; Fougères, ibid. ; Cherbourg (777), IV, 527 ; Nantes-Pontivy (825), p. 328 et (819), p. 267 ; Troyes (744), IV, 534 et (255), p. 27 ; Rouen (132), I, 89 ; Saint-Brieuc, ibid., p. 98 ; Tours (774), p. 339 ; Châlons (1019), p. CCLXXXVI ; Reims (465), juillet 1770, (288), p. 256 ; Troyes (257), p. 171.
500, 501 : 1771-1787 : Nancy (846) ; Rambervillers (785), p. 108 ; Dormans (1019), p. CCLXXXVI ; Vire (777), IV, 510 ; Metz, Métra, 8 nov. 1783 ; Créon (752) ; Aix, Limoges (132),1, 399 ; Montauban (87), I, 7 ; Montpellier, Toulouse, H. Carré dans l’Histoire de France, pub. sous la direction d’E. Lavisse ; Bordeaux, Archives historiques du département de la Gironde, 1879, p. 382 ; Tours (349), p. 555 et (789), II, 204 ; Fismes (1019), p. CCLXXXVI ; Grenoble (470), 28 octobre 1777 ; Grenoble, Métra, 13 nov. 1777 et (1399) 30 octobre 1777 et 24 juin 1778 ; Toulouse (773), 1920, p. 133 ; Montereau (1492), p. 481 ; Poitiers (465), p. 199 ; Vivarais et Gévaudan (772), II, 660 ; Caen (147), p. 133 et Caen, p. 133 et Caen... Carentan (777), IV, 604 ; Poitou (1492), pp. 484, 489 ; Morlaix... Saint-Brieuc (825), p. 328 ; Ville-en-Tardenois (1019), p. CCLXXXIX ; Lyon... Nîmes (1492), p. 488 et (1550), p. 185.
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703
501, 502 : émeutes pour causes diverses, 1715-1747 : Paris (1529 ter) ; (11), I, 120, 171, 420 ; Bourg (748), p. 324 ; Sommières, Archives de l’Hérault, C. 1269 ; Clermont (864), I, 108 ; Tours (353), I, 157 ; Paris (11), VIII, 230 ; Lyon (837), p. 818.
502 : 1748-1770 : (11), IV, 401, 423 et sq. (6), VI, 202, dossiers Joly de Fleury, n° 1101-1102 et (1529 ter) ; Béarn (6), VI, 165 ; Vincennes (464), p. 389 ; Rouen (11), V, 212 ; Auriol, Archives d’Auriol, CC 76 ; Paris (6), IX, 288 ; Palais-Royal (357), juillet, pp. 159-160 ; Dijon (195), p. 192 ; Agen (180), 1899 ; p. 52 ; Lyon, (837), p. 825.
502 : 1771-1787 : Plaine des Sablons (132), I, 264 ; Pamiers et Foix (810), II, 390 ; Nantes (835), p. 248 ; Bretagne, Métra, 6 déc. 1777 ; Le Merlerault (991), p. 245 ; Paris (1399), 12 janv. 1780 ; Gontaud dans J. Andrieu, Histoire de l’Agenais, Paris, Agen, 1893, p. 236 ; Bordeaux, Bachaumont, 9 juin 1783 ; Lyon (366), I, 625 et Bachaumont, 9 sept. 1786.
501, 502 : Placards, Paris : 1742 (11), VIII, 195 ; 1743 ibid., III, 427 ; 1752 (6), VII, 353 ; 1758, ibid., VIII, 35 ; 1754, ibid., VIII, 280 ; 1757 (297) 1899, I, 420 et (11), VI, 442 ; 1758, (357), juin, 13, 18 sept. 1758 et (11), VII, 90, 92, 94 ; 1768-1769 (132), I, 109 et sq. 1771-1787, Bachaumont, Suppléments, 3 avril, 3 juin 1771 ; (132), I, 260, 236, 241 ; Bachaumont, Suppléments, 25 janv. 1772 ; 1782 (217), p. 73 ; 1786, Bachaumont, 13 oct. 1786. Province : Boulogne, Archives, n° 1569 ; Grenoble (465), p. 7 ; Noyers (147), p. 198.
503 : Sur les grèves, voir M. Rouff (1563) et (1507), (1526), puis (808), (759), p. 324, (806, p. 622, Bachaumont 1er mars 1786 ; J. Fournier, Répertoire des travaux de la société de statistique de Marseille, 1900-1901, p. 223 ; Annales des Alpes, Recueil des archives de Hautes-Alpes, 1899, pp. 106-108.
504, 505 : Manifestations populaires : 1740 : (6), III, 171, 172 ; (471), p. 260 ; 1749 : (6), VI, 71 ; (11), V, 115, 121 ; 1757, (357), pp. 771, 776, 791 ; 1772, Bachaumont, Sup-pléments, 26 sept. 1772. Province : Vatan (298), p. 296 ; H. Carré (1514), pp. 317 et sq.
504 à 506 : Prévisions de la Révolution : Morellet (358), 5 nov. 1772, 22 janv. 1773 ; Mercier (1310), ch. 460 (Emeutes) ; Malouet (182), I, 215 ; Ségur (252), I, 21 ; Labiée (142) ; Moore (450), I, 32-36 ; Mme d’Epinay (336), I, 375 ; Mercier
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(1310), n° CCCCLX (Emeutes) ; Mme de *** (357), 31 mai 1757 ; Amiens (751), II, 397 ; de Girardin (122), I, 61 ; Lefebvre de B. (161), p. 370 ; Mellier (189), pp. 215, 228. A partir de 1787-1788, devant les troubles de toutes sortes, ces craintes, bien entendu, se multiplient.
CHAPITRE XII
Nous ne donnons pas la pagination pour les cahiers publiés dans les ouvrages qui les classent par ordre alphabétique des paroisses.
507 à 509 : Valeur des cahiers : Arnaud-Guilhem (1073), p. 201 ; Azondange, Xirxange et Maizières (1046), p. 489 ; Pouchat et Sainte-Foy (1033) ; Mirecourt (577) ; Digne (983), p. 113 ; Vouvant, ibid., p. 135 ; Bertranbois et La Forêt (1046), p. 115 ; Saint-Auban (585), p. 64 ; Cosne (1801), p. 361 ; Vihiers (1075), t. I, ch. 2 ; Pourcieux (983), p. 136.
510 à 512 : Liberté de la presse : Quercy (1063), p. 89 ; Villefranche-de-Rouergue (1079) ; Beauvais et Senlis (1007), pp. 139, 438 ; Saint-Aignan (995). Réformes diverses : Castillon (1033), p. 361 ; Le Havre (1028) ; Bailleul (1061), I, 184 ; Seuzey (1043), p. 322 ; Aval (1062), p. 98 ; Neuville-sur-Orne (1037) ; Sénéchas (1053). Demandes relatives à l’instruction primaire. Proportion des demandes, voir l’indication des publications correspondantes dans notre bibliographie.
512 : Hostiles à l’instruction primaire : Tiers de Paris (983), p. 156 ; Courpiac (1033).
512, 513 : noblesse : Bar-sur-Seine (1005), III, 466 ; Clermont-en-Beauvaisis (1007), p. 245 ; Blois (1010) ; Paris (1007). Clergé : Autun (983), n° 309.
513 : Tiers : Saint-Flour (1001) ; Saint-Malo (1066) ; Versailles (1018), p. 241 ; Paris (983) et (1060) ; Etampes (1025), I, 315 ; Haute-Auvergne... Dourdan (983) ; Orléans (1059) ; Beaugency (ibid.) ; Dunkerque et Montreuil (1061), p. LXXV ; Verdun (1076). Petites paroisses : Vincennes (1060) ; Vaucresson (ibid.) ; Mouthon-sur-Cher, Couddes (1010) ; Aunac... Saint-Martin-du-Clocher (996) ; Carvin... Avrincourt (1061), p. LXXXIX-XCI ; La Romagne... Vauchrétien (995) ; Bigorre (1099) ; Auxerre (1003) ; Amont (992) ; Beaujolais (1006) ; Metz (1046). Habondange (1046) ; Fayence (1024) ;
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Connerré, Crane (1039) ; Ouville (1057), p. 107 : Cambronne (1007), p. 553 ; Belleville... Rosny (1060) ; Vihiers (995) ; Trégomar (1066) ; Blancménil (998) ; Précy... Nohant (1012). Donnemain (1010) ; Saligny, Sergines (1070) ; Treigny... Tracy (983).
513, 514 : enseignement secondaire et supérieur : Guingamp (1066) ; Beaujeu... Saint-Lager (1066), p. 489 ; Dole (1023), p. 198 ; Châteaubriant (1066) ; Beauvaisis (1007), p. 282 ; Evron (1039) ; Bourbon-Lancy (983) ; Noyon (1058) ; Libourne (1033) ; Mantes (983) ; Bergues (1026) ; Riom (1001) ; pour les bourses : (983) et (1011) (paroisse de Monteines) et (1073), (Toulouse), p. 81.
515, 516 : réforme des études. Cahiers types d’Angers (995), p. CLXXXVIII, CCXVI, CCXLIII ; Metz (1045), p. 201 ; Orléans (1059), II, 146 ; Angers (995) ; Rennes (1066) ; Cosne (1081) ; Baudéan (1017) ; Saint-Yrieix (1027) ; Rochefort (1069) ; Clermont-Ferrand ; Vivarais (1080), p. 40 ; Agenais (987), p. 342 ; Le Havre (1029), p. 126, 206. Cahiers de paroisses : Civray, Melle (1021) ; Bréau (1053), I, 162, II, 85 ; Condé... Juvigny (1042) ; Callas... Roquebrune (1024) ; Ponchat (1033) ; Frayssinet... Saint-Martin (1016) ; Orléanais (1059).
516, 517 : Education civique et nationale : Calaisis (1061), p. LXXI ; Blois (1010), II, 430 ; Etain... Paris (983) et (1059) ; Castres (1018) ; Saint-Mihiel (983), n° 320 ; Paris hors murs (1060) ; Villefranche (1079) ; Orléans (1059) ; Saint-Mihiel (577), p. 78 ; Rodez, Saumur (1082), I, 84 et sq. ; Toul... Dijon, etc. (983). Tiers de Mantes (983) ; Marseille (1044) ; Limoges (1034) ; Maine-et-Loire (1040) ; Senlis (1007), p. 462 ; Lyon... Bruyères (983) ; La Rochelle, Riom (1082), pp. 261 et sq. ; Clermont, Saint-Flour (1002) ; Maine-et-Loire (1040) ; Paris (1060) ; Paroisses de : Lezoux, Saint-Bonnet (1001), pp. 34-35 ; Callas (1024) ; Saint-Jean, Saint-Dionisy (1053) ; Saint-Martin... Saint-Laurent (1066) ; Saint-Aignan (995).
518 : liberté de la presse. Limousin d’après Guibert (1035), p. 86. Noblesse : Caen : (1015), p. 244 ; Bourbonnais (1011) ; Artois... Calaisis (1061), pp. LXIXLXXI ; Agenois (987), p. 304 ; Marche (1035), p. 68 ; Limousin (ibid.) ; Sens (1070) ; Lille (871), I, 20 ; Marseille (1044) ; Angoulême (996) ; Châlons-sur-Mame, Sézanne (1019), I, 844, III, 477 ; Nîmes (1053), p. 580 ; Troyes (1005) ; Clermont (1007), p. 246 ; Chaumont... Paris (1082), II, 65 ; Paris (1060) ; t. III.
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518 : Cahiers du Tiers : Château-Salins (1038) ; Lezoux (1001), p. 33 ; Epernon (1049) ; Angers (995) ; Châlons-sur-Marne (1019), I, 858 ; Nîmes (1053) ; Lisieux (1036), pp. 224-229 ; Autun et Montcenis (1000) ; Montauban (1048) ; Montreuil... Saint Pol (1061), Caen (1015) ; Le Havre, Graville (1029) ; Campan (1017), p. 36 ; Marseille (1044) ; Alençon (991) ; Villefranche (1079) ; Etampes (1025), I, 299, II, 17 ; Castillon (1033) ; Verdun (1076) ; Versailles (1078) ; Nîmes... Riom (1082), III, 65 ; Bourges (1012) ; Quimper... Lamballe (1066) ; Beaucaire, Uzès (1053) ; Cognac (996) ; Saint-Yrieix (1027) ; paroisses de Paris (1060), t. III.
518, 519 : Corporations, bailliages, etc., Sisteron (1071) ; Autun, Semur, Bourbon-Lancy (1000) ; Dijon (755), p. 265 ; Caen (1015) ; Limoges (1034) ; Angers (995) ; Bourges (1012) ; Rennes (1066) ; Vivarais (1080), p. 43 ; Auvergne (1002), p. 341. Cahiers de paroisses : Blois (1010) ; Nîmes (1053) ; Rennes (1066) ; Angers (995) ; Campan (1009) ; Nivernais (1055) ; Landes (1031) ; Vincennes, Passy (1060), t. IV ; Draguignan (1024) ; Versailles (1078) ; Meudon (1078) ; Libourne (1033) ; Cahiers types : Dompierre... Marseilles-lès-Aubigny (1055) ; pays d’Angers (995).
519 : Tolérance : Villiers-le-Bel, etc. (1060), t. IV.
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BIBLIOGRAPHIE 1
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Cette bibliographie ne comprend que les ouvrages auxquels nous avons emprunté des références. Exception est faite pour le § 1 : mémoires, livres-journaux, livres de raison. Il n’existe pas pour le XVIIIe siècle de bibliographie de ces documents importants et nous avons cru rendre service en donnant la liste de tous ceux que nous avons pu retrouver.
I. — Mémoires, livres de raison, livres journaux
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(Nous comprenons dans cette liste, avec les mémoires authentiques, ceux qui sont en partie au moins authentiques, rédigés sur pièces authentiques, etc. Nous n’avons exclu que ceux dont on a prouvé, à notre connaissance, qu’ils étaient entièrement apocryphes.)
1. ADRY (le P.) — Journal, [Exil du Parlement à Troyes], 1787. Nouvelle revue rétrospective, 1902-1903.
2. ALLONVILLE (d’) — Mémoires secrets, Paris, Werdet, 1838-1841.
3. ANDIGNÉ (Gal d’) — Mémoires, publié par Ed. Biré, Paris, Plon, 1900.
4. ANSPACH (Margrave d’) — Mémoires, Paris, Bertrand, 1826.
5. ARGENS (Marquis d’) — Mémoires, Londres, Compagnie, 1735.
6. ARGENSON (Marquis d’) — Journal et Mémoires, publié par J.-B. Rathery, Paris, Renouard, 1859.
7. ARNAULT (A.-V.) — Souvenirs d’un Sexagénaire, Paris, Garnier, s.d.
1 Dans cette liste bibliographique numérotée, on remarquera que quelques numéros manquent. L’ouvrage une fois achevé, des suppressions ont rendu inutiles certaines références et par là même l’indication des ouvrages correspondants. Vice et versa, les bis et les ter indiquent des ouvrages ajoutés à la bibliographie primitive.
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9. AUGEARD (J.-M.) — Mémoires secrets, Paris, Plon, 1866.
10. AZAMBOURG (Etienne) — Livre-Journal (1710-1738). Mémoire de la société des Antiquaires du Centre, 1901 (daté de 1902).
11. BARBIER (Avocat) — Journal, Paris, Charpentier, 1857.
12. BARDENET, cordelier — Cahier (1773-1775), Académie des sciences, etc. de Besançon, Procès-verbaux et mémoires, 1905.
13. BARÈRE (B.) — Mémoires, Paris, Labitte, 1842.
14. BARRAS — Mémoires, Paris, Hachette, 1895.
15. BARTHÉLEMY — Mémoires, (1768-1819), Paris, Plon, 1914.
16. BARTHÉLEMY (François) — Mémorial, (1706-1770). Revue historique, etc. du Vivarais, 1919 et 1920.
17. BARTHELON (J.-A.), curé de Vars — Livres de raison, (1737-1742). Annales des Alpes, 1904.
18. BASTON (Abbé) — Mémoires, Paris, Picard, 1897.
19. BAUDEAU (Abbé) — Chronique secrète de Paris (1774). Revue rétrospective, 1e série, t. 3, 1834.
20. BAWR (Mme de) — Mes Souvenirs, Paris, Passard, 1853.
21. BEAUVAU (Maréchal de) — Souvenirs, Paris, Techener, 1872.
21 bis. BÉCHEREAU, avocat du roi à Vierzon — Mémoires, (inédits, en la possession de M. Deschaumes, à Bourges).
22. BELCHAMPS (Chevalier de) — Extraits des Mémoires. Mémoire de l’Académie nationale de Metz, 1848-1849.
23. BELLEISSUE-LYMON (de la) — Journal (1694-1765). Mémoire de la Société archéologique des Côtes-du-Nord, 2e série, t. II, 1885-1886.
24. BENOIST DE LOSTENDE (G.) — Livre de raison. Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1909.
25. BERNARDAU (P.) — Tablettes, Paris, 1919.
26. BERNIS (Cardinal de) — Mémoires et lettres, Paris, Plon, 1858.
27. BERTHAUD — Journal professionnel d’un maître de pension de Paris au XVIIIe siècle [1774-1783], Pont-L’Evêque, Delahais, 1868.
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28. BESENVAL (Baron de) — Mémoires, Paris, Baudouin, 1821.
29. BESNARD (F.-Y.) — Souvenirs d’un nonagénaire, Paris, Champion, 1880.
30. BEUGNOT (Conte) — Mémoires, Paris, Dentu, 1866.
31. BILLAUD-VARENNES — Mémoires, La Révolution française, janvier-juin 1888.
32. BILLET (Mme) (se prétendant Stéphanie-Louise de Bourbon-Conti) — Mémoires historiques écrits par elle-même, Paris, l’auteur, an VI.
33. BLAVIER (J.-B.) — Notes (1740-1749), travaux de l’Académie nationale de Reims, 1900-1901, t. II.
34. BOCERET (E. de) — Journal d’un bourgeois guérandais au XVIIIe siècle, Le Fureteur Breton, février-avril 1922.
35. BOCQUET (Denis), curé de Vaurouy — Journal (1696-1767), Rouen, Cagniard, 1868. (Extrait de la Revue de Normandie.)
36. BOISROUVRAY (Jacquelot de) — Journal inédit d’un député de l’ordre de la noblesse aux États de Bretagne (1717-1724). Archives de Bretagne, 1905.
37. BONSFILS (Isaïe) — Extraits des Mémoires (1700-1740). Mémoire de la Société académique du Nivernais, 1898.
38. BORDIER (P.) (de Lancé), fermier — Journal (1748-1768). Bulletin de la Société archéologique... du Vendômois, 1900-1901.
39. BOUFFLERS (Chevalier de) — Journal (Second voyage au Sénégal, 1786-1787), dans Correspondance inédite de la comtesse de Sabran et du chevalier de Boufflers, publié par E. de Magnieu et H. Prat.
40. BOUHIER (Président J.) — Souvenirs. Extraits d’un manuscrit autographe et inédit contenant des détails curieux sur divers personnages des XVIIe et XVIIIe siècles, se vend chez tous les libraires bibliophiles, s.l.n.d.
41. BOUILLÉ (Marquis de) — Mémoires, Paris, Baudouin, 1821.
41 bis. BOUILLÉ (Marquis de) [fils du précédent] — Souvenirs et fragments, Paris, Picard, 1906.
42. BOUILLY (J.-N.) — Mes Récapitulations, Paris, Janet, s.d., 1836.
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43. BOURGEOIS DE BOYNES (P : E.) — Journal (étude et extraits). Questions historiques, 1905.
44. BOURRUT (Pierre) — Papier de raison (1692-1725). Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1902-1903.
45. BRANCAS (Duchesse de) — Mémoires, Paris, Jouaust, 1890.
46. BRISSOT (J.-P.) — Mémoires, Paris, Picard, s.d.
47. BROGLIE (Prince de) — Journal de voyage [aux États-Unis]. Mélanges, publié par la Société des bibliophiles français, Paris, Ed. Rahir, 1903.
48. BUVAT (J.) — Journal de la Régence, 1715-1723, Paris, 1865.
49. CAMPAGNE-JAUME (Joseph) — Livre de raison (1755-1840). Ruscino, Revue de la Société d’archéologie et d’histoire du Roussillon, 1920.
50. CAMPAN (Mme) — Mémoires, Paris, Baudouin, 1822.
51. CARNOT — Mémoires sur Carnot par son fils, Paris, Charavay, etc., 1893.
52. CAVILLIER (J.-F.) — Journal. Manuscrit de la Société académique de Boulogne-sur-Mer, 1864-1872.
53. CAYLUS (Comte de) — Souvenirs, Paris, Hubert, 1805.
54. CHABANON (de) — Tableau de quelques circonstances de ma vie, Paris, Forget, 1795.
55. CHARMETEAU (Pierre) — Extraits du Journal (1731-1767). Archives historiques du Poitou, 1885.
55 bis. CHASSAIGNON (J.-M.) — Cataractes de l’imagination, déluge de la scribomanie, etc., par Epiménide inspiré dans l’antre de Trophonius..., 1779.
56. CHASTENAY (Mme de) — Mémoires, Paris, Plon, 1896.
57. CHATEAUFORT (François de) — Mémoires. Manuscrit de la Société d’archéologie lorraine, 1894 et 1900.
58. CHEVALIER (H.) [chirurgien-apothicaire] — Livre de raison (extraits). Manuscrit de la Société agricole et scientifique de la Haute-Loire, 1883-1885.
59. CHOISEUL (Duc de) — Mémoires, Paris, Plon, 1904.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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60. CHOUDARD-DESFORGES — Le Poète ou Mémoires d’un homme de lettres, Paris, Babeuf, 1819.
61. CHOUDIEU — Mémoires et notes, Paris, Plon, 1897.
62. CLAIRON (Mlle) — Mémoires de Mlle Clairon, de Le Kain, de Prévale, de Dazincourt, de Molé, de Garrick, de Goldoni, Paris, Didot, 1857.
63. CLERMONT-GALLERANDE (M.-G. de) — Mémoires, Paris, Dentu, 1826.
64. COCHIN (Ch.-N.) — Mémoires inédits sur le comte de Caylus, Bouchardon, les Slodiz, Paris, Baur, 1880.
64 bis. COLLÉ (Ch.) — Journal et Mémoires, Paris, Didot, 1868.
65. COLLÉ (Ch.) — Journal historique inédit pour les années 1671 et 1762, Paris, Mercure de France, 1911.
66. CROMMELIN (I.-M.) — La Société d’Autun au milieu du XVIIIe siècle, d’après les Mémoires de I.-M. Crommelin. Manuscrit de la Société éduenne, 1877. Un autre fragment publié dans : le baron J. Pichon. Guise au XVIIIe siècle d’après les Mémoires de I-M. Crommelin, Vervins, 1873.
67. CROY (Duc de) — Journal inédit, Paris, Flammarion, 1906. (Publication incomplète, le manuscrit est à la bibliothèque de l’Arsenal, X 281 c.)
68. DAURÉE — Le Livre de raison des Daurée d’Agen, Agen, Lamy, 1880.
69. DAVID — Mémoires et documents divers. (Inédits Bibliothèque nationale. Nouvelles acquisitions 6604-6610.)
70. DAZINCOURT (voir CLAIRON).
71. DEBRESME, DES GAGNIERS (Marc) —Joumal (1764-1784). Bulletin et mémoire de la Société archéologique et historique de la Charente, 1923.
72. DEFAYE (F.) — Livre de raison. Bulletin de la Société académique de l’arrondissement de Boulogne-sur-Mer, 1908-1909.
73. DELADOUESSE (J.-E.-L.) — Papiers et correspondance, Niort, L. Clouzot, 1904.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
712
74. DELAHANTE (A.) — Une famille de finance au XVIIe siècle. Mémoires, correspondances et papiers de famille, Paris, Hetzel, 1881.
75. DENARD (Léonard), chanoine de l’Artige — Extraits du Livre-Journal, Société des archives historiques du Limousin, Ire série, archives anciennes, t. VI, 1895.
76. FAMILLE DESAINT, DE SAINT-TRICAT — Livre de comptes (1712-1730). Mémoire de la Société académique de Boulogne-sur-Mer, 1906.
77. GENETTES (R. des) — Souvenirs, Paris, Didot, 1835.
78. DESPRÉAUX (J.-E.) — Souvenirs, Issoudun, Gaignault, 1894.
79. DOPPET (Général) — Mémoires, Paris, Baudoin frères, 1824.
80. DUBOIS DE HOVES (échevin de Douai) — Journal (résumé). Souvenirs de la Flandre wallonne. Recherches historiques et choix de documents relatifs à Douai et à la province, Douai, Dechresté, Paris, Claudin, t. II, (1863) et t. III (1865).
81. DUCLOS (Ch.-P.) — Mémoires secrets. Nouvelle collection des mémoires, publié par Michaut et Poujoulat, Paris, t. X, 1839.
82. DUCLOS (Ch.-P.) — Mémoires sur sa vie, écrits par lui-même. OEuvres complètes, Paris, Colnet et Fain, t. X, 1806.
83. DUCLOS (Ch.-P.) — Mémoires sur la vie de Duclos. (Bibliothèque nationale. Manuscrits. Nouvelles acquisitions, 6449.)
84. DUFORT (J.-N.), comte de Cheverny — Mémoires, Paris, Plon, 1886.
86. HAUSSET (Mme du) — Mémoires, Paris, Baudouin frères, 1824.
87. DUMAS (Conte Mathieu) — Souvenirs de 1770 à 1836, Paris, Gosselin, 1839.
88. DUMOURIEZ — La Vie et les mémoires du général Dumouriez, Paris, Baudouin, 1822.
89. DUPLESSIS (Lucile) (Lucile Desmoulins) — Journal (1788-1789). Bibliothèque de la Ville de Paris, F.G., ms 87.
90. DUPONT DE NEMOURS — L’Enfance et la jeunesse de Dupont de Nemours racontées par lui-même, Paris, Plon-Nourrit, 1906.
91. DURAND (J.-Q.) — Livre de raison, Rethel, Beauvarlet, 1898.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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92. DUSAULX — Mémoires sur la vie de J. Dusaulx par sa veuve, Paris, Didot, 1801.
93. DUTENS — Mémoires, Paris, Bossange, Masson et Bessou, 1806.
94. DUTILLIEU (J.-Ch.) — Livre de raison, Lyon, Mougin-Rusand, 1886.
95. DUVEYRIER (Honoré) — Anecdotes historiques, Paris, Picard, 1907.
96. ÉPINAY (Mme d’) — Mémoires, publiés pour la première fois d’après le manuscrit authentique (incomplets). Souvenirs et mémoires, t. I (1898) et suiv.
97. ÉPINAY (Mme d’) — Mémoires, Paris, Charpentier, s.d.
98. ETERHAZY (Conte Valentin) — Mémoires, Paris, Plon, 1905.
99. FARS-FAUSSELANDRY (Vicomtesse de) — Mémoires, Paris, Ledoyen, 1830.
100. FAUCHE-BOREL — Mémoires, Paris, Moutardier, 1829.
101. FAVART (Ch.) — Mémoires et correspondances, Paris, Collin, 1808.
102. FAYDIT DE TERSSAC (P.-P.) — Mémoires, Foix, Gadrat, 1901.
103. FERRAND (Comte) — Mémoires, Paris, Picard, 1897.
105. FLEURY (Honoré) — Mémoires. Revue de Bretagne et de Vendée, 1888.
106. FLORIAN — Mémoires d’un jeune Espagnol, Paris, Bossard, 1923.
107. FONTAINEMARIE (de) — Livre de raison de la famille de Fontainemarie. Revue de l’Agenais, XVI, 1889.
108. FONVIELLE (de) — Mémoires historiques, Paris, Ponthieu, Boucher, 1824.
109. FORMEY — Souvenirs d’un citoyen, Berlin, La Garde, 1789.
110. FOUCHER (Pierre) — Souvenirs, Paris, Plon, 1930.
111. FRANCLIEU (Marquis de) — Mémoires, Paris, Champion, Auch, Cocharaux, 1896.
112. FRÉNILLY (Baron de) — Souvenirs, Paris, Pion-Nourrit, 1908.
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113. FROTTÉ DE LA RIMBLIÈRE (S. de) — Un gentilhomme cultivateur au XVIIIe siècle. Son livre de comptes, Alençon, Imprimerie alençonnaise, 1908. (Extraits.)
114. J. L. G... (marchand bonnetier à Marseille) — Mémoires ou livre de raison d’un bourgeois de Marseille (1674-1726), Montpellier, Société pour l’étude des langues romanes, 1881.
114 bis. GALARD (Mme de) —Le Livre de raison de Mme de Galard, publié par H. Lemoine (1768-1792). Revue de l’histoire de Versailles, janvier-mars 1931.
115. GARAI (D.-J.) —Mémoires historiques sur le XVIIIe siècle, Paris, Belin, 1821.
116. GAUTHIER DE BRÉCY — Mémoires, Paris, Giraudet, 1834.
117. GENUS (Mme de) — Mémoires, Paris, Didot, 1878.
118. GEORGEL (abbé) — Mémoires, Paris, Eymery, Delaunay, 1817.
119. GÉREUX (Jean) (paysan) — Livre de raison. Revue de l’Avranchin. Bulletin trimestriel de la Société d’archéologie, etc., d’Avranches et de Mortain, t. XV, 1909.
120. GHAISNE DE CLASSÉ (P.-H.) — Livre Joumal (1708-1732). Revue historique et archéologique du Maine, 1883.
121. GILBERT (François) et GILBERT (François-Jean) — Livre-Joumal (1740-1762 ; 1769-1826). Bulletin et mémoire de la Société historique et archéologique de la Charente, 1901.
122. GIRARDIN (St. de) — Mémoires, Paris, Moutardier, 1829.
123. GLAS (J.) — Autobiographie d’un ancien procureur du présidial de Vannes, publié par G. de Closmadeuc. Extrait du bulletin de la société polymathique du Morbihan, 1890.
124. GLEICHEN (Baron de) — Souvenirs, Paris, Techener, 1868.
125. GRAS (Henri de) — Livre de raison (Extraits ordonnés et commentés). Répertoire des travaux de la Société de statistique de Marseille, 1904.
126. GRÉGOIRE (Abbé) — Mémoires, Paris, Dupont, Legrand et Descauriet, 1837.
127. GRÉTRY — Mémoires ou Essais sur la musique, Bruxelles, Wahlen, 1829.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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128. GROSLEY — Vie de M. Grosley écrite en partie par lui-même, Londres, Paris, Barrois, 1787.
129. GUILBERT (G.) — Journal des choses mémorables arrivées à Caen. Annuaire des cinq départements de la Normandie, 1890.
130. GUILLON DE MONTLÉON (Abbé) — Mémoires pour servir à l’histoire de la ville de Lyon pendant la Révolution, Paris, Baudouin, 1824.
131. HANIN (Fr.) — Journal d’un bourgeois de Fécamp au XVIIIe siècle, Fécamp, L. Durand, 1887.
132. HARDY (S.-P.) — Mes loisirs, Paris, Picard, 1912.
133. HÉNAULT (Président) — Mémoires, Paris, Hachette, 1911.
134. HÉNAULT (Président) — L’Exil du Parlement à Pontoise (1720). Journal inédit. Souvenirs et Mémoires, 1899.
135. HÉZECQUES (Félix, Comte de France d’) — Souvenirs, Paris, Perrin, 1895.
136. HIBON DE LA FRESNOYE (Famille) — Livre de raison (1552-1778), Boulogne-sur-Mer, Hamain, 1910.
137. JAMEREY-DUVAL (Valentin) — Mémoires, Tours, Arrault, 1929. (Le manuscrit est à la bibliothèque de l’Arsenal, n° 4647. C’est lui que nous avons consulté.)
138. JAUME — Mémoires, Perpignan, Latrobe, 1894.
139. JOUBERT (Jacques) — Livre-Journal (1771-1785). Bulletin et mémoire de la Société archéologique et historique de la Charente, 1902-1903.
141. J[ULLIAN] (de) — Souvenirs de ma vie, Paris, Bossange et Masson, 1815.
140. KROHM (Capitaine de vaisseau) — Souvenirs (1766-1823). Nouvelle revue rétrospective, 1899.
142. LABLÉE (Jacques) — Mémoires d’un homme de lettres, Paris, l’auteur, 1824.
143. LACRETELLE (Ch. de) — Dix années d’épreuves pendant la Révolution, Paris, Allouard, 1842.
144. LAFAYETTE — Esquisse des Mémoires..., tracée par lui-même, dans Mémoires de tous, t. IV, Paris, Levavasseur, 1835.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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144. FERRONAYS (Comte de la) — Souvenirs tirés des papiers, Paris, Plon, 1900.
145. GORSE (de la) — Souvenirs, Paris, Dentu, 1805.
146. LA JONCHÈRE — Un financier à la Bastille sous Louis XV. Journal de la Jonchère. Mémoire de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, 1898.
147. LAMARE (Ph.) [ou plutôt de J. Lemarchand] — Journal d’un bourgeois de Caen, Caen, Jouan, 1905.
148. LAMBERT (Abbé) — Mémoires de famille, Paris, Picard, 1894.
149. LAMETH (Th. de) — Mémoires, Paris, Fontemoing, 1913.
150. LANGERON (de) — Mémoires. [Inédits Bibliothèque nationale. Manuscrits, Nouvelles acquisitions françaises 360-386.]
151. LAREVELLIÈRE-LÉPEAUX — Mémoires, Paris, Plon, s.d.
152. LA TOUR DU PIN (Marquis de) — Journal d’une femme de cinquante ans, Paris, Chapelot, 1913.
153. LA TOURNELLE (de) — Mémoires. [Inédits. Bibliothèque de la Ville de Paris, ms n° 29603.]
154. LATTRON (F.) (Vigneron) — Journal (1756-1810). Bulletin de la Société archéologique, etc., du Vendômois, 1875.
155. LATUDE — Le Despotisme dévoilé ou mémoires de H. Masers de Latude..., Paris, Didot, 1866.
156. LAUNAY — Les Observations de M. Launay, curé de Ruillé-le-Gravelais (1771-1790). Bulletin de la commission historique et archéologique de la Mayenne, 1900.
157. LAUZUN (Duc de) — Mémoires, Paris, Didot, 1862.
158. LAVALETTE (Comte) — Mémoires et souvenirs, Paris, Fournier, 1831.
159. LE BERTON — Notes (sur Saintes en 1778). Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, 1880.
160. LE CLERC (J. J.) — Journal (1708-1728) analysé par A. de Calonne. Bulletin de la société des Antiquaires de Picardie, 1910.
161. LEFEBVRE DE BEAUVRAY — Journal d’un bourgeois de Popincourt, Correspondance historique et archéologique, 1902.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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162. LE GENDRE (Abbé) — Mémoires (1655-1729), Paris, Charpentier, 1863.
163. LEGRIX (Abbé) — Journal. Recueil des actes de la commission des arts et monuments de la Charente-Inférieure, t. II, 1867.
164. LEGUAI DE PRÉMONTVAL — Mémoires, La Haye, 1749. [Introuvables en France. Cf. M. Pellisson. Les Mémoires d’un professeur au XVIIIe siècle, Revue pédagogique, 1904, p. 232].
165. LEKAIN — Voir Clairon.
166. LENOIR (Lieutenant de police) — [Mémoires ou souvenirs historiques, publiés avec arrangements dans Peuchet : Mémoires tirés des archives de la Bastille., Paris, Levavasseur, 1838, t. 3.
166 bis. LE PELLETIER (L.-A.) — Mémoires, Paris, Hachette, 1896.
167. LEPRINCE (d’Ardenay) — Mémoires, Le Mans, Leguicheux-Gallienne, 1880.
168. LETONDAL (Mme) — Mémoires [Extraits], Anjou historique, 1904.
169. LE VALLOIS —Notes (1744-1779). Mémoire de la Société historique et archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin, IV, 1883.
170. LIENHARDT (Mlle) — Souvenirs de Russie. Revue des Études historiques, 1903.
171. LIGNE (Prince de) — Fragments de l’Histoire de ma vie, Paris, Plon, 1928.
172. LINGUET — Mémoires sur la Bastille (et de Dusaulx sur le 14 juillet), Paris, Baudouin, 1821.
173. LOMBARD DE LANGRES — Mémoires anecdotiques, Paris, Ladvocat, 1823.
174. LOMÉNIE (Vicomtesse de) — Fragment des mémoires inédits (1785-1794). Manuscrits de la Société académique du département de l’Aube, 1882.
176. LOUIS XVI — Journal. Souvenirs et mémoires, 1900 (en supplément).
177. LUCHET (Chevalier de) — Journal militaire. Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1889.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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178. LUYNES (Duc de) — Mémoires, Paris, Firmin-Didot, 1860.
179. MAHE LA BOURDONNAIS (G.-F.) — Mémoires historiques, Paris, Pélicier et Chalet, 1827.
180. MALEBAYSSE — Journal agenais. Revue de l’Agenais, années 1893 et suiv.
181. MALLET DU PAN — Mémoires et correspondance, Paris, Amyot, Cherbuliez, 1851.
182. MALOUET — Mémoires, Paris, Plon, 1874.
183. MANNUCH (J.-C. von) — Ein deutscher Mater und Hofmann. Lebenserinnerungen, Berlin, Mittler, 1910.
184. MARAIS (Mathieu) — Journal et Mémoires, Paris, Didot, 1864.
185. MARCOL (F.-P. et P.-J.) — Journalier. Manuscrit de la Société d’archéologie lorraine, 1909.
186. MARMONTEL — Mémoires, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1891.
187. MAUREPAS (Comte de) — Mémoires, Paris, Buisson, 1792.
188. MAUTORT (Chev. de) — Mémoires, Paris, Pion, 1895.
189. MELLIER (G.) [d’Abbeville] — Livre de raison. Bulletin de la Société d’émulation d’Abbeville, 1900-1902.
190. MENIN — Le Pot-Pourry (1740-1765). (Extraits commentés par P. d’Estrée.) Souvenirs et Mémoires, 1900.
191. MERCIER (J.-C.) — Livre de raison [résumé et extrait]. Annales franc-comtoises, 1900.
192. MERLIN DE THIONVILLE — (Souvenirs d’enfance et de jeunesse publiés dans R. Merlin, Merlin de Thionville, Paris, Alcan, 1927.)
193. MESSEY (Comtesse M.-A. de) — Mémoires. Bulletin de la Société philomathique vosgienne, 1888-1889.
194. MEYNARD (de) [de Tulle] — Livre de raison. Bulletin de la Société des lettres, etc., de la Corrèze, 1892.
195. MICAULT (J.-B.) — Journal d’un professeur à l’université de Dijon [et Mercure (anonyme) dijonnais]. Manuscrit de l’Académie des sciences, etc., de Dijon, 1885-1886.
196. MICHELOT-MOULIN — Mémoires, Paris, Picard, 1893.
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197. MIGIEU DE MONTANGE (de) — Paris, Plon-Nourrit, s.d.
198. MILLOT (Abbé) — Mémoires politiques et militaires. Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l’histoire de France, publié par Michaud et Poujoulat, Paris, t. X, 1839.
199. MILLOT (Abbé) — Examen de ma vie (1726-1785). Nouvelle revue rétrospective, 1898.
200. MIRABEAU — Mémoires biographiques, etc. [rédigés par Lucas-Montigny, d’après les lettres en sa possession], Paris, Auffray, Guyot, 1834.
201. MOLÉ — (Voir CLAIRON).
202. MOLLIEN (Comte) — Mémoires, Paris, Guillaumin, 1898.
203. MONBIELLE D’HUS (Henriette de) — Souvenirs, Saint-Brieuc, Prud’Homme, 1910.
204. MONDRAN (de), chanoine de Notre-Dame de Paris — Mémoires [inédits, Bibliothèque de la Ville de Paris, ms n° 29260].
205. MONNIER (Abbé) — Journal d’un curé de campagne. Annales de Bretagne, t. V, 1890.
206. MONNIER (J.-M.) — Mémoires [Extraits, sous le titre de : L’ancienne bourgeoisie de Bresse]. Annales de la Société d’émulation... de l’Ain, 1875.
207. MONTBAREY (Prince de) — Mémoires, Paris, Eymery, etc., 1826.
208. MONTGAILLARD (Comte de) — Souvenirs, Paris, 011endorf, 1895.
209. MONTLOSIER (Comte de) — Mémoires, Paris, Dufey, 1830.
210. MORÉ (Comte de) — Mémoires, Paris, Picard, 1898.
211. MOREAU (J.-N.) — Mes Souvenirs, Paris, Plon, 1898.
212. MOREAU DE JONNÈS — Mémoires, La Révolution française, 1890.
213. MORELLET — Mémoires, Paris, Ladvocat, 1821.
214. MORRIS (Gouverneur) — Mémorial, Paris, Renouard, 1842.
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215. MORY D’ELVANGE — Généalogie et Journal de famille. Manuscrit de la Société d’archéologie lorraine, 1881.
217. MULOT (Abbé) — Journal intime. Manuscrit de la société de l’histoire de Paris et de Ile-de-France, Paris, 1902.
218. NARBONNE (P.) — Journal, Paris, Durand et Pédone, Lauriel, etc., 1866.
219. NEPVEU DE LA MANOUILLÈRE — Mémoires, Le Mans, Pellechat, 1877.
220. NEUILLY (Comte de) — Dix années d’émigration. Souvenirs et correspondance, Paris, Douniol, 1865.
221. NICOLAS (J.-F.) (libraire) — Journal de ce qui s’est passé à Nancy, etc. Manuscrit de la Société d’archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, t. XLIX, 1899.
222. NOAILLES (Vicomtesse de) — Vie de la princesse de Poix, née Beauvau, Paris, Lahure, 1855.
223. NORVINS (J. de) — Mémorial, Paris, Plon-Nourrit, 1896.
224. OBERKIRCH (Baronne d’) — Mémoires, Paris, Charpentier et Fasquelle, s.d.
225. OGÉ (R.-F.) — Livre de raison. Bulletin de la commission historique et archéologique de la Mayenne, 1892.
226. PAGÈS (J.) — Le Livre de raison d’un curé congressiste. Revue d’histoire et d’archéologie du Roussillon, 1902.
227. PANNELIER D’ARSONVAL, baronne Lambert (A.) — Souvenirs, s.l. [Versailles], 1902.
228. PASQUIER (Chancelier) — Mémoires, Paris, Plon-Nourrit, 1893.
229. PERRY (Jean) — Journal (1757-1793). Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, Saintes, Paris, 1876 et 1880.
230. PINET — Memorandum pour mes enfants, [étude par H. Labroue, Révolution française, 1906, 11].
231. POLLIN (J.-B.) — De l’enfance, des études de collège, des premières amours de J.-B. Pollin [dans : le Hameau de l’Agnelas suivi de diverses idylles, Paris, Lavillette, 1901, t. I1].
232. PONTÉCOULANT (Comte de) — Souvenirs, Paris, Michel Lévy, 1861.
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233. POUGENS (Ch. de) — Mémoires, Paris, Fournier, 1834.
234. POURCHET (E.-S.) — Livre de raison (1747-1801). Manuscrit de la Société d’émulation du Doubs, 1903-1904.
235. PRÉVILLE — voir CLAIRON.
236. PRIEUR DE LA MARNE — Notes et souvenirs inédits, Paris, Berger-Levrault, 1912.
237. PUISAYE (Comte J. de) — Mémoires, Londres, Harding et Dulau, 1803.
238. QUISARD (F.) — Livre de raison. Congrès des sociétés savantes savoisiennes de 1901.
239. RETIF DE LA BRETONNE — Monsieur Nicolas ou le coeur humain dévoilé, Paris, Isidore Liseux, 1883.
240. RETIF DE LA BRETONNE — Mes Inscriptions. Journal intime, Paris, Plon, 1889.
242. ROMAIN (de) — Souvenirs d’un officier royaliste, Paris, Egron, 1824.
243. ROQUETTE (Abbé de) — Mémoires. Manuscrit de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, t. VIII.
244. ROGUE (M.-P.-Ch.) — Souvenirs et journal d’un bourgeois d’Evreux, Evreux, Hérissey, 1850.
245. ROLAND (Mme) — Mémoires, Paris, Plon, 1905.
246. ROUSSEAU (J.-J.) — Les Confessions.
247. SABRAN (Comtesse de) — Journal... pendant le premier voyage du chevalier de Boufflers au Sénégal [1785-1786] et pendant le second voyage [1786-1787] (dans : Correspondance inédite de la comtesse de Sabran et du chevalier de Boufflers, Paris, Plon, 1875).
248. SAINT-CHAMANS (Marquis de) — Mémoires, Tulle, Crauffon, 1899.
249. SAINT-DENIS (Jean de) — Journal. Manuscrit de la Société historique et archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin, IV, 1883.
250. SAINT-PRIEST (Comte de) — Mémoires, Paris, Calmann-Lévy, 1929.
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251. SEGUIN, avocat — Cahiers (1710-1770), Lyon, Bernoux, Cumin et Masson, 1901.
252. SÉGUR (Comte de) — Mémoires, Paris, Eymery, 1826.
253. SEGURET (de) — Mémoires, notice et extraits (dans l’Université catholique, Lyon, Vitte, 1897).
254. SEMALLÉ (Comte de) — Souvenirs, Paris, Picard, 1898.
255. SÉMILLARD (M.) [de Troyes] — Journal (1762-1776). Revue de Champagne et de Brie, t. 22, 23 et 24, 1886-1888.
256. SERGENT-MARCEAU — Reminiscences of a regicide, edited from the original manuscript, Londres, Chapman et Hall, 1889.
257. SIMONNOT (N. Z.) — Mes Souvenirs, Troyes, Bertrand-Hu, 1878.
258. STAAL-DELAUNAY (Mme de) — Mémoires. Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l’histoire de France, Paris, t. X, 1839.
259. TAILLET (Famille), de Merfy (Champagne) — Livre Journal (1709-1843). (Extraits dans R. Champagne, septembre-octobre 1912 et mai-juin 1913).
260. TALLEYRAND — Mémoires, Paris, Calmann-Lévy, 1891.
261. TEISSIER (O.) — La Maison d’un bourgeois au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1886. [F.-A. Tamisier, 1711-1781, d’après son livre de raison et ses papiers.]
262. TERCIER (Général) — Mémoires, Paris, Plon-Nourrit, 1891.
263. THIÉBAULT (Général Baron) — Mémoires, Paris, Plon, 1896.
264. TILLY (Comte de) — Mémoires, Paris, Le Normant, 1828.
265. TIRON (Abbé) — Souvenirs d’un vieux Picard, Amiens, Lenoel-Herouard, 1864.
266. TOUSSAINT (F.-V.) — Anecdotes curieuses de la cour de France sous le règne de Louis XV, Paris, Plon, 1908.
267. TREMET (chanoine) — Journal de Troyes (1770-1790). Annuaire administratif... du département de l’Aube, publié par la Société académique de l’Aube pour 1856. [C’est non le texte, mais un résumé du journal.]
Les origines intellectuelles de la Révolution française
723
268. TRESSAN (Comte de) — Souvenirs, Versailles, Lebon, 1897.
269. VALÈS (G. de) et VALÈS (A. de) — Livre de raison (1690-1771). Bulletin de la société archéologique du Midi de la France, 1906-1907.
270. VALFONS (Marquis de) — Souvenirs, Paris, Émile-Paul, s.d.
271. VALLON (Mme) — Mémoires, Paris, Émile-Paul, 1913.
272. VARENNE (J.) ( ?) — Mémoires du chevalier de Ravanne, page de son altesse le duc régent et mousquetaire, Liège, s.n., 1740.
273. VAUBLANC (Comte de) — Mémoires. Bibliothèque des mémoires relatifs à l’histoire de France pendant le XVIIIe siècle, Paris, Didot, t. XIII, 1857.
274. VEILLAND (L.) — Registre, manuscrit de la Société des sciences naturelles et d’archéologie de la Creuse, 2e série, t. V, 1897.
275. VÉRI (Abbé de) — Journal, Paris, J. Tallandier, 1928-1930.
276. VERNET (Joseph) — Journal (dans : Léon Lagrange, Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècle, Paris, Didier, 1864).
277. VIGÉE LE BRUN (Mme) — Souvenirs, Paris, Fasquelle, s.d.
278. VIGOUROUS (Famille) — Livre de raison. Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn, 1908.
279. VILLEBRESME (Chevalier de) — Souvenirs, Paris, Berger-Levrault, 1897.
280. VILLENEUVE-ARIFAT (Marquise de) — Souvenirs d’enfance et de jeunesse, Paris, Émile-Paul, 1902.
281. VILLIERS (P.) — Souvenirs d’un déporté, Paris, l’auteur, 1802.
282. VITROLLES (Baron de) — Souvenirs, Paris, Émile-Paul, 1924.
283. VOISIN (M.) — Livre contenant ce qui est arrivé de plus remarquable dans la ville de Tours, etc. Bulletin de la Société archéologique de Touraine, X, 1895.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
724
284. VOLTAIRE — Mémoires pour servir à la vie de M. de Voltaire écrits par lui-même, Paris, Conard, 1914.
285. WEBER — Mémoires concernant Marie-Antoinette. Bibliothèque des Mémoires relatifs à l’histoire de France..., Paris, Didot, t. VII, 1860.
286. WILLE (J.-G.) — Mémoires et journal, Paris, Renouard, 1857.
287. YVON (Jean) — Livre de raison (1704-1759). Bulletin de la Société dunoise (Châteaudun), t. XII, 1909-1912.
288. Journal anonyme du XVIIIe siècle (1709-1803). Travaux de l’Académie nationale de Reims, t. 110, 1900-1901, t. 2.
289. Extraits d’un journal sur les événements du Dauphiné (1728-1775). Bibliothèque de l’Académie delphinale, 1850.
290. Journal d’un bourgeois de Moulins dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, publié par F. Claudon, Moulins, Durond, 1898.
291. Journal d’un bourgeois de Caen, publié par G. Mancel, Caen, Woinez,..., 1848.
292. Journal d’un bourgeois de Chartres [inédit, bibliothèque municipale de Chartres, ms 1090].
293. Journal de la cour et de Paris, depuis le 28 novembre 1732 jusqu’au 30 novembre 1733. Revue rétrospective, 2e série, t. V, 1836.
294. Livre de raison de la famille. Don du lieutenant-colonel de B. T. (Utilisés par F. Mireur, Le Tiers état à Draguignan, 1911.)
295. Livre de raison d’un bourgeois de Granville au XVIIIe siècle, mémoire de la Société d’archéologie... des arrondissements d’Avranches et de Mortain, 1896-1897.
296. Mémoires d’un soldat de l’ancien régime [inédit, bibliothèque de l’Arsenal, 3825].
297. Mémoires de La Lune (1756-1765), publié par le vicomte de Grouchy. Nouvelle revue rétrospective, 1898 et 1899.
298. Mémoires inédits sur l’histoire civile et religieuse de Vatan (Berry). Compte rendu des travaux de la Société du Berry à Paris, 1866.
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725
298 bis. Mémoires d’une inconnue, publiés sur le manuscrit original, par Mme Cavaignac, Paris, 1894.
299. Mémoires sur les dernières années du XVIIIe siècle, documents d’histoire, mars, 1912.
300. La Société béarnaise au XVIIIe siècle, historiettes tirées des mémoires inédits d’un gentilhomme béarnais, publié par la Société des bibliophiles du Béarn, Pau, Ribaut, 1876.
301. Souvenirs d’un étudiant de l’Université de Strasbourg, publié par E. Longin. (Extraits). Revue catholique d’Alsace, 1921.
Etudes sur les livres de raison (contenant des extraits).
302. BOUTILLIER (Abbé) — Les Livres de famille dans le Nivernais. Bulletin de la Société nivernaise, 3e série, t. I, tirage à part, Nevers, 1881.
303. DUJARRIC-DESCOMBES (A.) — La Vie privée en Périgord au XVIIIe siècle d’après les livres de raison. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1924.
304. DUMAS DE RAULY (Ch.) — Les Livres de raisons de la région, recueil de l’Académie des sciences, etc., du Tarn-et-Garonne, 1894.
306. GUIBERT (L.) (avec le concours d’A. Leroux, etc.) — Livres de raison, limousins et marchois, Limoges, Ducourtieux, Paris, Picard, 1888.
307. GUIBERT (L.) — Nouveau recueil de registres domestiques limousins et marchois, Limoges, Ducourtieux, Paris, Picard, 1895.
307 bis. LEROUX (A.) — Nouveau recueil de registres domestiques limousins et marchois, Limoges, Paris, 1895 et 1903.
308. RIBBE (Ch.) — Les Familles et la société en France avant la Révolution, Paris, Albanel, 1874.
309. TAMIZEY DE LARROQUE (Ph.) — Essai de bibliographie des livres de raison. Revue de l’Agenais, 1889.
310. THOUN (G.) — De quelques livres de raison des anciennes familles agenaises. Revue de l’Agenais, 1880.
II. Correspondances
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311. ALEMBERT (d’) —Correspondance inédite avec Cramer, Lesage, etc., Rome, 1886.
312. ARJUZON (C. d’) — Un étudiant à Paris au XVIIIe siècle. Lettres inédites. Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1902.
313. ASSEUN (Gilles) — Notice sur la correspondance inédite de G. Asselin, docteur en Sorbonne, avec l’aumônier du roi Stanislas. Mémoire de l’Académie nationale des sciences, etc., de Caen, 1883.
314. BERGIER (Abbé) — Lettres inédites. Mémoire de l’Académie des sciences,... de Besançon, année 1890.
315. BRISSOT (J.-P.) — Correspondance et papiers, publié par Cl. Perroud, Paris, Picard, 1912.
316. BROSSES (de) — Lettres à Ch. C. Loppin de Gemeaux, Paris, Firmin-Didot, 1929.
317. CHABROL (R.P.F.) — Lettres inédites, Société des archives historiques du Limousin, 1e série, archives anciennes, t. XII, 1912.
318. COCHIN — Lettres inédites. Précis analytique des travaux de l’Académie impériale des sciences, etc., de Rouen, 1868-1869.
319. COLARDEAU — Lettres inédites. Bulletin de la Société archéologique de l’Orléanais, t. I, 1848-1849.
320. COLARDEAU — Correspondance avec son oncle. Souvenirs et Mémoires, 1899 et 1900.
321. COLLÉ (Ch.) — Correspondance inédite, Paris, Pion, 1864.
322. COLOMB (Dom Jean) — Lettres à dom Etienne Housseau. Revue historique et archéologique du Maine, 1877.
323. CONDORCET — Lettres d’un philosophe et d’une femme sensible. Condorcet et Mme Suard, publié par R. Doumic. Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1911 et suiv.
324. CRÉQUI (Marquise de) — Lettres inédites à Senac de Meilhan, Paris, Potier, 1856.
325. DESFRISCHES — Lettres adressées au dessinateur orléanais Desfriches (dans P. Ratouis de Limay : un amateur
Les origines intellectuelles de la Révolution française
727
orléanais au XVIIIe siècle. A.T. Desfriches, Paris, Champion, 1907).
325 bis. DIDEROT — Correspondance inédite, publié par A. Babelon, Paris, Gallimard, 1932.
326. DUBUISSON — Lettres du commissaire Dubuisson au Marquis de Caumont, Paris, Arnould, s.d.
327. CHATELET (Mme du) — Lettres, Paris, Charpentier, s.d.
328. DUCIS (J.-F.) — Correspondance inédite avec le Prince de Wurtemberg, L’Amateur d’autographes, 1900-1901.
329. DUCIS — Lettres inédites. Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1902.
330. DEFFAND (Mme du) — Correspondance complète avec ses amis, le président Hénault, etc., Paris, Plon, 1865.
331. DEFFAND (Mme du) — Correspondance complète avec la duchesse de Choiseul, l’abbé Barthélemy et M. Craufurt, Paris, Calmann-Lévy, 1877.
332. DEFFAND (Mme du) — Lettres à Horace Walpole, publié par Mrs Paget Toynbee, Londres, Methuen, 1912.
333. DUPIN (Mme) — Le Portefeuille de Mme Dupin. Publié par G. de Villeneuve-Guibert, Paris, Calmann-Lévy, s.d. [Lettres à Mme Dupin de Voltaire, Montesquieu, etc.].
335. FLORIAN — Lettres à Mme de la Briche. Mélanges, publié par la Société des bibliophiles français, 1903.
336. GALIANI — Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, 1881.
337. GOUJET (Abbé) — Les Correspondants de Chaudon-Goujet. Revue de Gascogne, 1901.
338. GRAFFIGNY (Mme de) — Lettres, Paris, Charpentier, 1879.
339. GROSLEY — Lettres inédites de Grosley, collection de documents inédits relatifs à la ville de Troyes..., publié par la Société académique de l’Aube, t. I, Troyes, Dufey-Robert, 1878.
340. GROSLEY — Lettres inédites. Manuscrit de la Société académique d’agriculture, etc., du département de l’Aube, 1906.
341. GUSTAVE III — Lettres de Gustave III à la Comtesse de Boufflers et de la comtesse au roi. Actes de l’Académie nationale des sciences... de Bordeaux, 1898.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
728
342. KAGENECK (de) — Lettres de M. de Kageneck... au baron Alstrômer..., Paris, Charpentier, 1884.
343. LE COUVREUR (Adrienne) — Lettres, Paris, Plon-Nourrit, 1892.
344. LESPINASSE (Mlle de) — Lettres, Paris, Charpentier, s.d.
345. LESPINASSE (Mlle de) — Lettres inédites à Condorcet, à d’Alembert, etc., Paris, Dentu, 1887.
346. LE SUEUR (Abbé A.) — Maupertuis et ses correspondants. [Lettres inédites de Frédéric II, prince Henri de Prusse, la Beaumelle, etc], Paris, Picard, 1897.
347. LIGNE (Prince de) — Lettres et billets inédits, 1e série, Bruxelles, Lamertin, 1919.
348. LISLE (Chevalier de) — Lettres intimes au prince de Ligne, Paris, Champion, 1924.
349. LISLE (Chevalier de) — Lettres familières. Revue de Paris, 1er décembre 1907, Mercure de France, septembre-octobre 1907.
350. LORDAT (de) — Lettres de M. J. de Lordat à son oncle, Paris, Plon, 1908.
351. MALBOISSIÈRE (Geneviève de) — Lettres à Adélaïde Méliand (1761-1766), Paris, Champion, 1924.
352. MARAIS (Mathieu) — Correspondance inédite avec le président Bouhier [à la suite du Journal, publié par de Lescure].
353. MARVILLE (de) — Lettres au ministre Maurepas, Paris, Champion, 1896.
354. MERCY-ARGENTEAU (Comte de) — Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le Comte de Mercy-Argenteau, Paris, Didot, 1874.
355. MIRABEAU (Marquis de) — Lettres inédites, Digne, Chaspoul et Barbaroux, 1899.
356. MONTESQUIEU — Correspondance, Paris, Champion, 1914.
357. MOPINOT (A.-R. de) et Mme de — Sous Louis le bien aimé [leur correspondance]. Revue de Paris, 15 juin 1905 et suiv.
358. MORELLET — Lettres à lord Shelburne, Paris, Plon, 1898.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
729
359. NIQUET (Président et présidente de) — Lettres (1772-1778). Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1907.
360. NIVELLE DE LA CHAUSSÉE — Lettres à M. Sablier (1720-1735). Revue rétrospective, 3e série, t. I, 1838.
361. OMS DE MARGARET (Comte) — Lettres à son père (1772-1783). Manuscrit de la Société agricole, etc., des Pyrénées-Orientales, 1910.
362. ORLÉANS (Madame, duchesse d’) — Correspondance, extraite de ses lettres originales, Paris, Bouillon, 1890.
363. PIRON — Lettre à sa mère (2 avril 1737). Revue rétrospective, 1re série, t. II, p. 485.
364. PIRON — Lettres à diverses personnes. Mélanges, publié par la Société des bibliophiles français, Paris, Didot, 1826.
365. PIRON — OEuvres posthumes, Paris, Dentu, 1888. [Correspondance avec Mlle de Bar et divers.]
366. ROLAND (Mme) — Lettres, publié par Cl. Perroud (1780-1787), Paris, Imprimerie nationale, 1900. Nouvelle série (1767-1780) publié par le même ; ibidem, 1915.
367. STANISLAS — Lettres inédites à Marie Leczinska, Paris, Berger-Levrault, 1905.
368. TRÉMOILLE (Louis de la) — Mon grand-père à la cour de Louis XV et à celle de Louis XVI, nouvelles à la main, Paris, Champion, 1904. [Lettres en partie personnelles.]
369. TRUBLET — Les Correspondants de Chaudon : l’abbé Trublet. [Lettres.]
370. SWIETEN (Baron van) — Une correspondance littéraire inédite. Revue d’histoire littéraire, 1920.
371. MATTER — Lettres et pièces rares ou inédites, Paris, Amyot, 1846. [Lettres de d’Aguesseau, Fontenelle, Buffon, etc.]
372. NISARD (P.P. Ch.) — Mémoires et correspondances historiques et littéraires inédits, Paris, Lévy, 1858. (Presque exclusivement correspondances tirées des papiers de Suard.)
373. TOUGARD (A.) — Documents concernant l’histoire littéraire au XVIIIe siècle, conservés aux archives de l’Académie de Rouen [lettres], publié par A. Tougard, Rouen, Lestringant ; Paris, Picard, 1912.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
730
375. Lettres autographes de la collection de Troussures, Paris, Champion, 1912. (Lettres de Dubos et à Dubos.)
376. Lettres de M. R à M. M, concernant ce qui s’est passé d’intéressant à la cour depuis la maladie et la mort de Louis XV presque jusqu’au rétablissement du parlement de Paris. Mélanges, publié par la Société des bibliophiles français, Paris, Didot, 1826.
III. — Etudes biographiques
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377. ADVIELLE (V.) — Histoire de Gracchus Babeuf et du Babouvisme, Paris, l’auteur, 1884.
378. ALMÉRAS (H. d’) — Cagliostro, Paris, Société française, 1904.
379. ARBELET (P.) — La Jeunesse de Prieur de la Côte-d’Or. Revue du XVIIIe siècle, 1918.
380. ARNAUD (R.) — Le Fils de Fréron (1754-1802), Paris, Perrin, 1909.
381. AULARD (A.) — L’Enfance et la jeunesse de Danton. Etudes et leçons sur la Révolution française, 4e série, Paris, Alcan, 1904.
382. AULARD (A.) — L’Education scolaire des hommes de la Révolution. Etudes et leçons sur la Révolution française, 4e série, Paris, Alcan, 1904.
383. BEAULAINCOURT-MARLES (Comtesse de) — Boniface-Louis-André de Castellane, Paris, Plon, 1901.
384. BEAUNIER (A.) — La Jeunesse de Joubert, Paris, Perrin, 1918.
385. BOUDET (Marcellin) — Les Conventionnels d’Auvergne. Dulaure, Paris, Aubry ; Clermont-Ferrand, Thibaud, 1874.
386. BRADBY (E.-D.) — The Life of Barnave, Oxford, Clarendon Press, 1915.
387. BROVES (Abbé de) — Biographie de l’abbé de Sauvages. Mémoires et comptes rendus de la Société scientifique et littéraire d’Alais, 1897.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
731
388. BUFFENOIR (Maximilien) — Sur les pas de la comtesse d’Egmont, Soissons, Société archéologique, 1930.
389. CASTELLANE (Marquis de) — Gentilshommes démocrates, Paris, Plon, s.d. (1890).
390. CHARRIER (J.) — Claude Fauchet, Paris, Champion, 1909.
391. CLARETIE (J.) — Camille Desmoulins. Lucile Desmoulins, Paris, Plon, 1875.
392. COUARD (E.) — L’Enfance et la première jeunesse de Lazare Hoche, Versailles, Aubert, 1894.
393. CRUPPI (J.) — Un avocat journaliste au XVIIIe siècle, Linguet, Paris, Hachette, 1895.
394. DARD (Emile) — Hérault de Séchelles, Paris, Perrin, 1907.
395. DESCOTES (F.) — Joseph de Maistre avant la Révolution, Paris, Picard, 1893.
396. DUBORD (R.) — Un curé gascon de la fin de l’ancien régime... Revue de Gascogne, bulletin mensuel de la Société historique de Gascogne, 1881.
397. FERDINAND-DREYFUS — Un philanthrope d’autrefois : La Rochefoucauld-Liancourt, Paris, Plon, 1903.
398. FUNCK-BRENTANO (F.) — Retif de la Bretonne, Paris, Albin-Michel, 1928.
399. DUBREUIL (L.) — La Palinodie de Marmontel. Annales révolutionnaires, 1922.
400. GAZIER (Cécile) — Une marquise libérale sous Louis XV : Mme de Mesmes et Gustave de Suède, Correspondant, 25 janvier 1927.
401. GUYOT (R.) et THÉNARD (F.) — Le Conventionnel Goujon. Sa jeunesse et ses débuts. Revue historique, 1905.
402. HAMEL (E.) — Histoire de Robespierre, Paris, Librairie internationale, 1865.
403. HÉRISSAY (J.) — Un Girondin : François Buzot, Paris, Perrin, 1907.
404. HIENTER (A.-C.) — J-B.-A. Suard. Un introducteur de la littérature anglaise en France, Paris, Champion, 1925.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
732
405. ISTRIA (S.) — La Vie de Philibert Buchot, Révolution française, avril 1913.
406. IUNG (Th.) — Dubois-Crancé, Paris, Charpentier, 1884.
407. KUSCINSKI — Dictionnaire des Conventionnels, Paris, Rieder, 1916.
408. LASTEYRIE (Mme de) — Vie de Mme de La Fayette, Paris, Techener, 1868.
408 bis. LAUNAY (L. de) — Une famille de la bourgeoisie parisienne pendant la Révolution, Paris, Perrin, 1921.
409. LAUNAY (R.) — Barère de Vieuzac, Paris, Tallandier, 1929.
410. LAURENT (G.) — Les Hommes de la Révolution à la faculté de droit de Reims. Annales historiques de la Révolution française, juillet-août 1929.
410 bis. LAVAQUERY (E.) — Le Cardinal de Boisgelin, Angers, Gaultier et Theben, 1920.
411. LÉVY-SCHNEIDER — L’Abbé Morellet et la Révolution française, La Révolution française, 1909.
412. LINTILHAC (E.) — Vergniaud, Paris, Hachette, 1920.
426. LOMÉNIE (L. de) — Beaumarchais et son temps, Paris, Michel Lévy, 1858.
427. LOOTEN (C.) — Histoire d’Anne-Louise-Alexandre de Montmorency, prince de Robecq, Lille, Giard, 1913.
428. MADELIN (L.) — Danton, Paris, Hachette, 1914.
429. MAGGIOLO — La Vie et les oeuvres de l’abbé Grégoire, mémoire de l’Académie Stanislas à Nancy, 1883 et suiv.
416 bis. MARICOURT (Baron de) — Mme de Souza et sa famille, Paris, Émile-Paul, 1907.
430. MARTHA-BEKER (F.), comte de Mons — Études historiques sur le général Desaix, Clermont-Ferrand, de Pérol, 1852.
431. MARTIN-DECAEN (A.) — Le Marquis René de Girardin, Paris, Perrin, 1912.
432. MARTY (E.) — La Famille d’Aroux de la Serre. Revue du Tarn, 1900.
433. MAUGRAS (G.) — Dernières années du roi Stanislas, Paris, Plon-Nourrit, 1906.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
733
434. MAUTOUCHET (P.) — Le Conventionnel Philippeaux, Paris, 1900.
435. MAZON (A.) — Histoire de Soulavie, Paris, Fischbacher, 1893.
436. MÈGE (F.) — Le Conventionnel Bancal des Issarts. Manuscrit de l’Académie des sciences, etc., de Clermont-Ferrand, 1886.
424. MÈGE (F.) — Notes biographiques sur les députés de la Basse-Auvergne [Révolution]. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., de Clermont-Ferrand, 1870.
425. MERLET — Notice sur L.N. Barbereau. Ses lettres, procès-verbaux de la Société archéologique d’Eure-et-Loir, 1886.
426. MERLIN (R.) — Merlin de Thionville, Paris, Alcan, 1927.
427. MICHON (G.) — Essai sur l’histoire du parti feuillant. Adrien Duport, Paris, Payot, 1924.
428. MISERMONT (L) — Le Conventionnel Lebon avant son entrée dans la vie publique. Revue des études historiques, 1903.
429. MONGLOND (A.) — Vies préromantiques, Paris, Les Belles-lettres, 1925.
430. NETON (A.) — Siéyès (1748-1836), Paris, Perrin, 1900.
431. PERROUD (Cl.) — Enfance, première jeunesse et débuts politiques de Barbaroux, La Révolution française, 1918.
431. REINACH-FOUSSEMAGNE (Comtesse de) — La Marquise de Lige de Volude, P. Perrin, 1908.
432. RIBBE (Ch. de) — Les Familles et la société en France avant la Révolution, Paris, Albanel, 1874.
433. ROBIQUET (P.) — Théveneau de Morande, Paris, Quantin, 1882.
433. ROCHE-MAZON (Jeanne) — En marge de l’Oiseau bleu, Paris, Artisan du livre, 1930.
434. ROEDERER (A.-M.) — La Famille Roederer de 1676 à 1790, Paris, Didot, 1849.
435. SÉGUR (P. de) — La dernière des Condé, Paris, Calmann-Lévy, 1899.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
734
437. VISSAC (Marc de) — Romme le Montagnard, Clermont-Ferrand, Dilhan-Vivès, 1883.
437 bis. WALTER (G.) — Marat avant 1789. Revue des Deux Mondes, ler février 1933.
438. WILSON (Mlle Aileen) — Fontanes. Essai biographique et littéraire, Paris de Boccard, 1928.
439. L.B. — Le Conventionnel Borel et sa famille. Annales des Alpes, 1904.
440. (Anonyme) — Un Défenseur des principes traditionnels sous la Révolution, Nicolas Bergasse, Paris, Perrin, 1910.
IV. — Récits de voyages
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441. ANDREWS (John) — Lithers to a young gentleman on his setting out for France, Londres, Walter, 1784.
442. ANDREWS (John) — A Comparative view of the French and English nations..., Londres, Longman et Robinson, 1785.
443. C... du T... — Quelques lettres sur un voyage en France fait en 1788, publié par L. Galle, Lyon, Mougin-Rusand, 1895.
444. GRADOCK (Mme) — Journal de Mme Gradock, voyage en France (1783-1786), Paris, Perrin, 1896.
445. GUIBERT — Voyages de Guibert dans diverses parties de la France..., Paris, d’Hautel, 1806.
446. LATAPIE (François de Paule) — Journal de tournée en 1778. Archives historiques du département de la Gironde, t. 38, 1903.
447. LEGRAND D’AUSSY — Voyage fait en 1787 et 1788 dans la ci-devant Haute et Basse-Auvergne, Paris, an III.
448. LUPPÉ (A. de) — Un voyage en France au XVIIIe siècle. Correspondant, 10 avril 1923.
449. MNISZECH (Comte M.) — Un gentilhomme polonais à Paris en 1767. Notes de voyage du comte M. Mniszech. Revue rétrospective, 1887.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
735
450. MOORE — Lettres d’un voyageur anglais sur la France, la Suisse et l’Allemagne, Genève, Bardin, 1781.
451. OBERLIN (J.-J.) — Journal des remarques faites dans un voyage par la France en 1776, Bibliothèque nationale. Manuscrits. Nouvelles acquisitions 10040.
452. ROUAUD (de) — Voyage de Paris en 1782. Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou, 1900.
452 bis. RUTLIDGE — Essai sur le caractère et les moeurs des Anglais comparées à celles des Français, Londres, 1776.
453. VOLKMANN (J.-J.) — Neuesle Riesen durch Frankreich, Leipzig, G. Fritsch, 1787.
454. YOUNG (Arthur) — Voyages en France pendant les années 1787, 1788, 1789, P. Guillaumin, 1860 (nouvelle édition publiée par H. Sée, en 1930).
455. Voyage d’un Anglais à Paris en 1788. Revue rétrospective, 1889.
V. — Journaux du XVIIIe siècle.
(voir la bibliographie de Hatin)
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456. Année littéraire.
457. Annonces, affiches et avis divers [dits affiches de province].
458. Journal encyclopédique.
459. Journal de Paris.
460. Journal des Savants.
461. Mercure de France.
VI. — Nouvelles à la main
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462. ALBERTAS (d’) — Journal de nouvelles (1770-1783). [Inédit. Bibliothèque nationale. Nouvelles acquisitions, 4386-4392.]
Les origines intellectuelles de la Révolution française
736
463. BACHAUMONT — Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la République des lettres en France, Londres, Adamson, 1780 et suiv.
464. BOSQUET DE COLOMIERS — Nouvelles à la main (avril-novembre 1752). Souvenirs et Mémoires, 1901.
464 bis. GRIMM, DIDEROT, etc. — Correspondance littéraire, philosophique et critique, publié par M. Tourneux, Paris, 1877-1882.
465. HIPPEAU (C.) — Le Gouvernement de la Normandie au XVIIe et au XVIIIe siècle, 2e partie, t. I [t. IV]. [Nouvelles à la main envoyées de Paris, etc., adressées au gouverneur de la province.]
466. LE BRETON — Notes sur un journal manuscrit et inédit de nouvelles à la main de l’année 1777 (par Le Breton), recueil des travaux de la Société libre d’agriculture, etc., de l’Eure, année 1880-1881.
467. MÉTRA — Correspondance secrète, politique et littéraire... dite de Métra, Londres, Adamson, 1787.
468. Nouvelles à la main de la fin du XVIIIe siècle, publié par le vicomte de Grouchy. Carnet historique et littéraire, 1898.
469. Nouvelles de la cour et de la ville (1734-1738), publié par E. de Barthélemy, P. Trouveyre, 1879.
470. Nouvelles à la main. [Inédites, bibliothèque de l’Arsenal, ms n° 7083.]
471. Extraits des gazetiers de la police secrète. Archives de la Bastille. Revue rétrospective, 1887.
472. L’Observateur anglais ou correspondance secrète entre milord All’eye et milord All’ear, Londres, Adamson, 1777.
473. Journal de police sous Louis XV (1742-1743). Revue rétrospective, 1834 [et à la suite du Journal de Barbier, t. VIII].
VII. — Histoire de l’enseignement
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474. ALLAIN (Abbé) — L’Instruction primaire en France avant la Révolution, Paris, Société bibliographique, 1881.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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475. ALLAIN (E.) — Contribution à l’histoire de l’Instruction primaire dans la Gironde, Bordeaux, Feret, Paris, Picard, 1895.
476. ALLANIC (J.) — Histoire du collège de Vannes. Annales de Bretagne, tome XVIII, 1902.
477. ANTHIAUME (A.) — Le Collège du Havre, Le Havre, 1905.
478. ARRONDEAU — Le Collège de Sougé. Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, 1868.
479. AUBERTIN (Ch.) — Recherches historiques sur les anciennes écoles et le collège de Beaune, Beaune, Batault, 1882.
480. AUTORDE (F.) — L’Instruction primaire avant la Révolution [dans la Creuse]. Mémoires de la Société des sciences naturelles et d’archéologie de la Creuse, 1888.
481. BABEAU (A.) — L’Instruction primaire dans les campagnes avant 1789, Troyes, Dufour-Bouquot, 1875.
482. BABEAU (A.) — Les Établissements d’instruction à Paris en 1789. Correspondant, juin 1889.
483. BARRET (P.) — Les Études classiques au collège royal des Jésuites d’Alençon au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société historique et archéologique de l’Orne, 1894.
484. BARRIÈRE-FLAVY — Histoire du collège de Pamiers. Bulletin périodique de la Société ariégeoise des sciences, lettre et arts, 1909-1911.
485. BEBIN (J.) — Documents pour servir à l’histoire du collège de Valenciennes, Valenciennes, Prignet, 1867.
486. BELLÉE (A.) — Recherches sur l’instruction publique dans le département de la Sarthe, Le Mans, Monnoyer, 1875.
487. BERTHIER (le P : G.) — Traités inédits pour l’éducation de Louis XVI, documents d’histoire, recueil trimestriel publié par E. Griselle, année 1911.
488. BOISSONNADE (P.) et BERNARD (J.) — Histoire du collège et du lycée d’Angoulême, Angoulême, Coquemard, Trilland, 1895.
489. BONHOURE (G.) — Histoire du collège de Vendôme. Bulletin de la Société architecturale, etc., du Vendômois, 1905, et suiv.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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490. BONNEL (A.) — De l’enseignement à Lyon avant la Révolution, Lyon, Pétrat, 1899.
491. BOUCHARD (E.) — Le Collège de Moulins, congrès scientifique de France, 1872 (Moulins).
492. BOULOGNE (P.) — Le Collège de Semur. Revue internationale de l’enseignement, 1900.
493. BOUQUET (H.-L.) — L’Ancien Collège d’Harcourt et le lycée Saint-Louis, Paris, 1891.
494. BOURRILLY (L) — Historique du collège de Toulon. Bulletin de l’académie du Var, 1901.
495. BOUTEILLER (J.-A.) — L’Oratoire et le collège de Niort (1617-1861). Versailles, Aubert, 1865.
496. BOUTIOT (Th.) — Histoire de l’Instruction publique et populaire à Troyes, Troyes-Paris, 1865.
497. BRÉARD (Ch.) — Histoire du collège d’Eu, Eu, Hocquelin, 1879.
498. BRUNEAU (M.) — L’Enseignement secondaire et supérieur des lettres et des sciences à Bourges. Mémoire de la Société historique du Cher, 1889-1890.
499. BRUYANT (P.) — Un collège à travers les âges, Nogent-le-Rotrou, 1906.
500. BUCHE (J.) — Histoire du studium collège et Lycée de Bourg-en-Bresse, Bourg, 1898.
501. CARADEUX DE LA CHALOTAIS — Essai d’éducation nationale, s.l., 1763.
502. CARDEVACQUE (de) — Le Collège de Saint-Vaast à Douai, Douai, Crépin, 1882.
503. CARLEZ (C.) — Une réforme scolaire au XVIIIe siècle. Mémoire de l’Académie nationale des sciences, etc., de Caen, 1892.
504. CARRÉ (G.) — Les Pensionnaires de collège chez les Oratoriens de Troyes au XVIIIe siècle, travaux de l’Académie nationale de Reims, 1885.
505. CARRÉ (G.) — L’Enseignement secondaire à Troyes, Paris, Hachette, 1888.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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506. CAULY (E.) — Histoire du collège des Bons-Enfants de l’Université de Reims, Reims, Michaud, 1885.
506 bis. CERFVOL (de) — Le Radoteur ou Nouveaux Mélanges, etc., Paris, Bastien, 1777 [Articles XVI et XVII : De l’éducation].
507. CHARMASSE (A. de) — État de l’instruction primaire dans l’ancien diocèse d’Autun pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, congrès scientifique de France, 1876 (Autun).
508. CLÉMENT-SIMON — Histoire du collège de Tulle, Paris, Champion, 1892.
509. CLERC (A.) — Les Collèges de la Trinité et de N.-D. de Bon-Secours (à Lyon), Lyon, Pitrat, 1889.
510. COMPAYRÉ (G.) — Histoire critique des doctrines de l’éducation en France depuis le XVIe siècle, Paris, Hachette, 1885.
510 bis. COYER (Abbé) — Plan d’éducation publique, Paris, Duchesne, 1770.
511. CRÉGUT (Abbé G.-R.) — Histoire du collège de Riom. Revue d’Auvergne, 1902, 1903, 1904.
512. DANIEL (Abbé) — Notice historique sur le collège de Coutances, Caen, Hardel, 1848.
513. DECAP, DE LA MARTINIÈRE, BIDEAU — L’Instruction primaire en France aux XVIIIe et XIXe siècles, publications du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, Rieder, 1914.
514. DEGERT (A.) — L’Ancien Collège de Dax. Bulletin de la Société de Borda (Dax), 1903.
515. DEJOB — Naissance de l’enseignement supérieur libre à la veille de la Révolution (dans : L’Instruction publique en France et en Italie au XIXe siècle, Paris, Colin, s.d.).
516. DELFOUR (J.) — Histoire du Lycée de Pau, Pau, Garet, 1890.
517. DELFOUR (J.) — Les Jésuites à Poitiers (1604-1762), Paris, Hachette, 1902.
518. DENAIS (J.) — Recherches historiques sur le collège du Puy-en-Velay, Paris, Dumoulin, 1876.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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519. DERVILLÉ (B.-A.) — L’instruction publique à Compiègne en 1789, Compiègne, Mennecier, 1896.
520. DOUAIS (C.) — L’Enseignement dans le Haut-Languedoc avant 1789. Revue des Pyrénées, 1889 et 1890.
521. DREVON (J.-M.) — Histoire d’un collège municipal (Bayonne) aux XVIe, XVIIe, et XVIIIe siècles, Agen, Leathéric, 1889.
522. DREYFUS (A.) — Monographie du collège d’Epinal. Annales de la Société d’émulation du département des Vosges, 1901.
523. DUBOIS DE LA VILLERABEL — Le Vieux Collège de Saint-Brieuc. Revue de Bretagne et de Vendée, 1881.
524. Du BOIS DE LA VILLERABEL — Un Etudiant d’autrefois. Bulletin archéologique de l’association bretonne, 1897.
525. DUBORD (R.) — L’Instruction publique à Gimont avant 1789. Revue de Gascogne, 1877.
526. DUBORD (R.) — Le Collège de Saint-Nicolas de Gimont, Auch, 1878.
527. DUBOURGUIER (Abbé) — Grandes écoles et gens d’église au diocèse d’Amiens sous l’ancien régime, Amiens, Yvert et Tellier, Paris, Picard, 1904.
528. DU CHÊNE (A.) — Un petit collège avant et pendant la Révolution. Baugé, Angers, Germain, 1880.
529. DUMINY (Ed.) — Le Collège de Nevers. Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts, 1908.
530. DUPONT-FERRIER (G.) — Du collège de Clermont au lycée Louis-le-Grand, Paris, de Boccard, 1921-1922.
531. DURIEUX (A.) — Le Collège de Cambrai, Cambrai, Renaut, 1882.
532. DUVAL (L.) — Les Collèges de Céaucé et de Domfront. Bulletin de la Société historique et archéologique de l’Orne, 1883.
533. FAVIER (J.) — Notice sur l’école royale militaire de Pont-Mousson, Nancy, Crépin-Leblond, 1896.
534. FAYET — Questions d’enseignement, Le Contemporain, août 1879.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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534. FÉRET (Abbé) — La Faculté de théologie de Paris, Paris, Picard, 1909.
535. FIERVILLE — Histoire du collège de Quimper, Paris, Hachette, 1864.
536. FONTANILLE — L’Instruction primaire avant 1789 dans l’arrondissement de Nyons (Drôme). Bulletin de la Société d’archéologie et de statistique de la Drôme, 1883.
537. FOURNIER (A.) — L’Instruction publique à Rambervillers au XVIIIe siècle, mémoire de la Société d’archéologie lorraine, 1881.
538. FRANKUN (A.) — Les Anciennes Bibliothèques de Paris, Paris, Imprimerie impériale, 1870.
539. FRANKLIN (A.) — La Vie privée d’autrefois. Ecoles et collèges, Paris, Plon-Nourrit, 1891.
540. FRINGNET — Le Collège des oratoriens au Mans. Revue de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, 1885 et 1886.
541. GARDÈRE — Le Collège de Condom sous les Oratoriens. Revue de Gascogne, 1886, 1888, 1889.
543. GAULLIEUR (E.) — Histoire du collège de Guyenne, Paris, Sandoz et Fischbacher, 1874.
544. GAUTIER (A.) — Le Collège de Rouen, Paris, P. Dupont, 1876.
545. GERMAIN (A.) — La Faculté des arts et l’ancien collège de Montpellier, Montpellier, Boehm, 1882.
546. GODARD (Ch.) — Histoire de l’ancien collège de Gray, Gray, Roux, 1887.
547. GODARD (Ch.) — Essai sur le gymnase de Montbéliard, Montbéliard, Barbier, 1893.
548. GODARD (Ch.) — Notes sur le collège de Treignac. Bulletin de la Société du musée départemental d’ethnographie et d’art populaire du Bas-Limousin, 1901.
549. GOSSE — Exposition raisonnée des principes de l’Université relativement à l’éducation, Paris, Buisson, 1788.
550. GOURDON (H.) — Les Physiocrates et l’éducation nationale. Revue pédagogique, 1901.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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551. GROSSE-DUPERON — Le Collège de Mayenne, Mayenne, Poirier, 1910.
552. GUIBERT (L.) — L’Instruction primaire en Limousin sous l’ancien régime, Limoges, Ducourtieux, 1888.
553. GUYTON DE MORVEAU — Mémoires sur l’éducation publique, s.l., 1764.
554. HACHETTE (A.) — Le Cahier d’un rhétoricien de 1778. Revue pédagogique, 1911.
555. HAMEL (Ch.) — Histoire de l’abbaye et du collège de Juilly, Paris, Douniol, 1868.
556. HAUTECLOCQUE (G. de) — L’Enseignement secondaire dans le Pas-de-Calais avant 1789. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., d’Arras, 1883.
557. HAUTECLOCQUE (G. de) — Les Représentations dramatiques et les exercices littéraires dans les collèges de l’Artois avant 1789, Abbeville, 1888.
558. JACQUIER (E.) — Le Collège de Vitry-le-François, Vitry, 1897.
559. JADART (H.) — Les Ecoles de Reims et de son arrondissement en 1774. Revue de Champagne et de Brie, 1887.
560. JALOUSTRE (E.) — Les Anciennes Ecoles de l’Auvergne. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., de Clermont-Ferrand, 1881.
561. JOURDAIN (Ch.) — Histoire de l’Université de Paris au XVIIe et au XVIIIe siècles, Paris, Didot, Hachette, 1888.
562. JOYAU (E.) — L’Enseignement de la philosophie dans les collèges au XVIIIe siècle. Revue d’Auvergne, 1907.
563. KREMP (G.) — Essai sur l’histoire du collège Jean-Bart de Dunkerque, Dunkerque, Néerman, 1904.
564. LACOINTA (J.) — Le Plan d’études des Bénédictins de Sorèze. Correspondant, décembre 1880.
565. LACROIX (A.) — Le Collège de Chabeuil (Dauphiné), 1892.
566. LAFFORGUE (E.) — L’Instruction primaire en Bigorre, Tarbes, 1924.
567. LAHARGOU (P.) — Le Collège de Dax, Paris, Poussielgue, 1909.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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568. LALLEMAND (P.) — Histoire de l’éducation dans l’ancien Oratoire de France, Paris, Thorin, s.d.
569. LEBERT (F.) — La Bibliothèque de la ville de Meaux. Bulletin de la Société historique et littéraire de la Brie, 1900-1903.
570. LEBLANC (H.-J.) — Histoire du collège de Tourcoing, Tourcoing, Malhon, 1870.
571. LEGRAND (P.) — Programme pour l’examen des élèves du collège Saint-Louis d’Angoulême, 1759. Bulletin de la Société historique et archéologique de la Charente, 1905-1906.
572. LENEL (S.) — Histoire du collège d’Amiens. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., d’Amiens, 1903.
573. LE VERDIER (P.) — Exercices du collège de Beaumont-en-Auge (1770-1773). Bulletin de la Société de l’histoire de Normandie, 1895.
574. LIARD (L.) — L’Enseignement supérieur en France (1789-1889), Paris, Colin, 1888.
575. LOCKE —De l’éducation des enfants, traduit de l’anglais par Coste, 6e édition, Lausanne, Bousquet, 1746.
576. LUNET (B.) — Histoire du Collège de Rodez, Rodez, de Broca, 1881.
577. MAGGIOLO (L.) — Les Ecoles avant et après 1789 dans la Meurthe, la Meuse, la Moselle et les Vosges, Nancy, Berger-Levrault, s.d.
578. MAITRE (L) — L’Instruction publique dans les villes et campagnes du comté nantais avant 1789, Nantes, Mellinet, 1882.
578. MARCEL (Chanoine) — Le Frère de Diderot, Paris, Champion, 1913.
579. MARTIN (Eug.) — L’Université de Pont-à-Mousson, Paris, Berger-Levrault, 1891.
580. MASSIF (M.) — Le Collège de Tournon en Vivarais, Paris, Picard, 1890.
581. MASSOUGNES (de) — Les Jésuites à Angoulême. Leur expulsion et ses conséquences, Angoulême, 1880.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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582. MUTEAU (Ch.) — Les Écoles et collèges en province... jusqu’en 1789, Paris, Chevalier-Marescq, 1882.
583. NADAL (Abbé) — Histoire de l’Université de Valence, Valence, Aurel, 1861.
584. NAVARRE (le P. J.) — Discours qui a remporté le prix... sur ces paroles :« Quel serait en France le plan d’études le plus avantageux », 1763.
585. NICOLLET (F : N.) — État de l’enseignement primaire dans le département des Hautes-Alpes en 1789. Bulletin de la Société des études des Hautes-Alpes, 1894.
586. NICOLLET — Le Collège communal de Gap avant la Révolution. Congrès des sociétés savantes. Section des sciences économiques et sociales, 1895.
587. NORMAND (J.-H.) — Histoire du collège de Magnac-Laval, Limoges, Barbou, s.d.
588. PAGÉ (C.) —Monographie du collège de Châtellerault, Châtellerault, Rivière, 1902.
589. PÉQUIGNAT — Notice sur l’ancien collège de Dreux, Dreux, Lemenestrel, 1890.
590. PÉRIES (G.) — L’Ancien Collège du Mans à Paris. Revue historique et archéologique du Mans, t. XXXI, 1892.
591. PHILIPON DE LA MADELAINE — Vues patriotiques sur l’éducation du peuple, Lyon, Bruyset-Ponhus, 1783.
592. PICARD (Y.) — Le Collège de Léon, Morlaix, 1895.
593. PIERFITTE (Abbé) — Deux notes sur l’instruction secondaire avant 1789 dans les Vosges. Bulletin de la Société philomatique vosgienne, 1898-1899.
594. PILLET — Essai historique sur le collège communal de Bayeux. Congrès des sociétés savantes. Section des sciences économiques et sociales, 1895.
595. PIONNIER (Ed.) — Le Collège de Verdun après le départ des Jésuites, Verdun, Fuschard, 1905.
596. PLION (A.) — Histoire du collège de Compiègne, Compiègne, Dumont, 1891.
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597. PONTHAS (C.) — La Faculté des arts de l’université de Caen. Mémoire de l’Académie nationale des sciences, etc., de Caen, 1909.
598. Poux (A.) — Histoire du collège de Castres, Paris, Fischbacher ; Toulouse, Privat, 1902.
599. PRAROND (E.) — Les Grandes Écoles et le collège d’Abbeville, Paris, Picard, 1888.
600. PROOST (D. Raphaël) — L’Enseignement philosophique des bénédictins de Saint-Vaast à Douai à la fin du XVIIIe siècle. Revue bénédictine, 1900.
601. QUANTIN (Max) — Histoire de l’enseignement secondaire et supérieur dans les pays qui ont formé le département de l’Yonne. Annuaire de l’Yonne, 1871.
602. QUANTIN — Histoire de l’Instruction primaire avant 1790 dans les pays qui forment le département de l’Yonne. Annuaire de l’Yonne, 1875.
603. REBOUL — Essai sur les moeurs du temps, Londres-Paris, Vincent, 1768.
604. REBUT — Histoire du lycée du Mans. Congrès des sociétés savantes. Section des sciences économiques et sociales, 1895.
605. RÉGIS-CRÉGUT — Histoire du collège de Riom. Revue d’Auvergne, 1902-1904.
606. ROBILLARD DE BEAUREPAIRE (de) — Recherches sur l’Instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789, Evreux, Huet, 1872.
607. ROCHEMONTEIX (C. de) — Un collège de Jésuites aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le collège Henri IV de la Flèche, Le Mans, 1889.
608. ROCHET (Abbé) — Histoire du collège séminaire de Belley, Lyon, Vitte, 1898.
609. ROLLAND (Président) — Recueil de plusieurs ouvrages de M. le Président Rolland, Paris, Simon et Nyon, 1783.
610. Roux (E.) — Le Collège d’Autun sous les Oratoriens (1786-1792). Mémoires de la Société éduenne, 1877, tome VI.
611. SALOMON (H.) — La Réforme de l’enseignement secondaire en Bretagne après l’expulsion des Jésuites. Revue internationale de l’enseignement, 1887.
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612. SCHIMBERG (A.) — L’Éducation morale dans les collèges de la compagnie de Jésus en France sous l’ancien régime, Paris, Champion, 1913.
613. SCHMIT (S.-A.) — Un programme des cours de l’ancienne Université de Nancy. Journal de la Société d’archéologie lorraine et du musée historique lorrain, 1878.
614. SEVAILLE (Th.) — Le Collège de Vitré avant la Révolution. Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou, 1895.
615. SICARD (A.) — L’Education morale et physique avant la Révolution, Paris, Poussielgue, 1884.
616. SICARD (A.) — Les Études classiques avant la Révolution, Paris, Perrin, 1887.
617. SILVY (A.) — Les Collèges en France avant la Révolution, Paris, Société d’économie sociale, 1885.
618. SOUCAILLE (A.) — Notice historique sur le collège de Béziers. Bulletin de la Société archéologique, etc., de Béziers, 1869.
619. TALÉE — L’Enseignement secondaire à Laon. Bulletin de la Société académique de Laon, t. 23, 1877-1878.
620. THÉLIS (Comte de) — Plan d’éducation nationale en faveur des pauvres enfants de la campagne, 1779.
621. TIROL (M.) — Les Cabinets de lecture en France. Revue des bibliothèques, 1926.
622. TORREILLES (Abbé Ph.) — L’Université de Perpignan avant et pendant la Révolution. Mémoire de la Société agricole, etc., des Pyrénées-Orientales, 1892.
623. TOURLET (F.-H.) — Histoire du collège de Chinon, Paris, Champion, 1904.
624. TRANCHAN (L.-H.) — Le Collège et le lycée d’Orléans, Orléans, Herlinson, Michau, 1893.
625. UZUREAU (Abbé) — Anciens collèges de la province d’Anjou. Les exercices publics et les distributions de prix à la fin du XVIIIe siècle, Anjou historique, 1900-1901.
626. VALLOIS (G.) — Notice historique sur le collège de Péronne, Péronne, Quentin, 1864.
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627. VILLEMAIN — Rapport au roi sur l’instruction secondaire, s.c., 1843.
628. VISSAC (M. de) — Le Journal de l’oratoire de Riom, Riom, Girerd, 1885.
629. XAMBEU — Histoire du collège de Saint-Sever, Dax, Justère, 1884.
630. YRONDELLE (A.) — Histoire du collège d’Orange, Paris, Champion, 1912.
631. Affaire d’un professeur de logique du Mans (Archives nationales., M. 71, n° 40-43 et 196).
632. Papiers concernant la Bibliothèque du Roi (Archives nationales, OI 609 n° 387).
633. Séance du Musée de Paris du 5 février 1784, Athènes-Paris, Valleyre, 1784 (Bibliothèque de la Ville de Paris, 17265 n° 17).
VIII. — Manuels pour l’enseignement de la philosophie
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633. BEGUIN — De la philosophie, Paris, Barbou, 1773.
634. CAMIER et GIGOT — Institutiones philosophicae ad usum seminariorum, Tulli, Leucorum, Carez, 1781.
635. CARON (D.) — Compendium institutionum philosophiae, Paris, Tilliard, 1770.
636. COCHET (J.) — La métaphysique, qui contient l’ontologie, la théologie naturelle et la pneumatologie, Paris, Desaint et Saillant, Hérissant, 1753.
637. DAGOUMER — Philosophia ad usum scholae accommodata, Lyon, Duplain, 1575, 1e éd., 1702.
638. HAUCHECORNE — Abrégé latin de philosophie avec une introduction et des notes françaises, Paris, l’auteur, 1784.
639. LE MONNIER (P.) — Cursus philosophicus ad scholarum usum accommodatus, Paris, Genneau, Rollin, 1750.
640. LE RIDANT (P.) — Institutiones philosophicæ in novam methodum digestæ, Antissiodori [Auxerre], Fournier et Parisiis, Villette, Veuve Robinet, 1761.
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748
641. MARTINET — Logica, Poitiers, Paris, Barbou, 1771.
642. MAZEAS (J.-M.) — Institutiones philosophicæ, Paris, Berton, 1777.
643. MIGEOT (A.) — Philosophiæ elementa, Reims, Raucourt, et Paris, Leclerc, 1784.
644. MOREAU (D.) — Tertia philosophiæ pars seu Pneumatologia, 1739 [inédit, bibliothèque de la Sorbonne, ms 1051].
645. ROUSSEL — Physica (generalis et particularis), 1762 [inédit, bibliothèque de la Sorbonne, ms 1080].
646. SEGUY (A.) — Philosophia ad usum scholarum accommodata, Paris, Savoye, Desventes de la Doué, Brocas, Barbou, 1771.
647. TINGRY — Metaphysica et Moralis, 1741 [inédit, bibliothèque de la Sorbonne, ms 1458].
648. VALUT (J.) — Institutiones philosophicæ, Lyon, Perette, 1807 (1- édition 1782).
649. Institutiones philosophicæ ad usum seminarii Tullensis, Tulli Leucorum, Carez, Neocastri, Monnoyer, 1770.
650. Institutiones philosophicæ ad usum seminariomm, Toul, 1781.
IX. — Histoire de la franc-maçonnerie
@
651. AMIABLE (L.) et COLFAVRU (J.-C.) — La Franc-maçonnerie en France depuis 1725, Paris, Grand-Orient de France, 1890.
652. AMIABLE (L.) — La Franc-maçonnerie et la magistrature en France à la veille de la Révolution, Aix, Remondet-Aubin, 1894.
653. AMIABLE (L.) — Les Bourbons francs-maçons, Révolution française, 1895.
654. AMIABLE (L.) — Voltaire et « les neuf soeurs », La Révolution française, 1896.
655. AMIABLE (L.) — Louis XVI et les 9 soeurs, La Révolution française, 1896.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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656. AMIABLE (L.) — Les origines maçonniques du Musée de Paris et du Lycée, La Révolution française, 1896.
657. AMIABLE (L.) — Une loge maçonnique d’avant 1789, La R :. L :. les neuf soeurs, Paris, Alcan, 1897.
658. AUCLAIR et DEFORSGES — La Franc-maçonnerie nivernaise au XVIIIe siècle, Comité des travaux historiques et scientifiques. Section d’histoire moderne et documents, notices, inventaires et documents, fasc. 8.
659. BARRUEL (Abbé) — Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, Hambourg, Fauche, 1803.
660. BÉQUILLET — Discours sur l’origine, les progrès et les révolutions de la F :. M :. philosophique, Philadelphie, 1784.
661. BERNARDIN (Ch.) — Notes pour servir à l’histoire de la Franc-maçonnerie à Nancy jusqu’en 1805, Nancy, Imprimerie nancéienne, 1910.
662. BERTIN (G.) — Madame de Lamballe d’après des documents inédits, Paris. Revue rétrospective, 1888.
663. BEYERLÉ — Essai sur la Franc-maçonnerie, Latomopolis, Xiste Andron, 1784.
664. BORD (G.) — La conspiration maçonnique de 1789. Correspondant, mai 1906.
665. BOURGIN (G.) — La Loge de Saint Alphonse :. de 1780 à 1790, La Révolution française, janvier-juin 1911.
666. BOURNAND (F.) — Histoire de la franc-maçonnerie, Paris, Daragon, 1905.
667. BREGAIL — La Franc-maçonnerie auscitaine. Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1910.
668. BRICAUD (J.) — La Franc-maçonnerie lyonnaise au XVIIIe siècle. Revue d’histoire de Lyon, 1905.
669. BRUN (Abbé) — L’abbé J.-P. Lapauze, Bordeaux, Féret, 1903.
670. CHARPENTIER (E.) — La Loge maçonnique de Montreuil-sur-Mer (1761-1809), La Révolution française, juillet-septembre 1894.
671. COCHIN (A.) — Les Sociétés de pensée et la Révolution en Bretagne (1788-1789), Paris, Champion, 1925.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
750
672. COUTURE (L.) — Les Origines de la franc-maçonnerie à Auch. Revue de Gascogne, 1878.
673. DELMAS (J.) — Les Loges maçonniques de Saint-Flour au XVIIIe siècle. Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 1897.
674. DESCHAMPS (N.) — Les Sociétés secrètes et la société ou philosophie de l’histoire contemporaine, Avignon, Seguin, Paris, Oudin, 1881.
675. DU BOURG (Dom) — Le Chanoine du Bourg et la franc-maçonnerie. Revue des questions historiques, 1906, t. 2.
676. ESTRÉE (P. d’) — Les Premières luttes de la franc-maçonnerie (1737-1747). La Revue, 1902, 1er trimestre.
677. GÉRIN (Ch.) — Les Franc-maçons et la magistrature française au XVIIIe siècle. Revue des Questions historiques, octobre-décembre 1875.
678. GERMAIN (A.) — Une Loge maçonnique d’étudiants à Montpellier. Académie des sciences et lettres de Montpellier. Mémoire de la section des lettres, 1880.
679. GROS (J.) — Les Loges maçonniques de Toulouse, La Révolution française, 1901.
680. GUILLEMAIN DE SAINT-VICTOR (L.) — Recueil précieux de la maçonnerie adonniramite, Philadelphie, Philarethe, 1786.
681. HAMON (A.) — La Franc-maçonnerie en Bretagne... aux XVIIIe et XIXe siècles, L’Acacia, juin-juillet 1911.
682. HELLO (H.) — L’Action maçonnique au XVIIIe siècle, Paris, Bloud, 1905.
683. KARMIN (O.) — Une Loge de gardes françaises à la veille de la Révolution. Revue historique de la Révolution française et de l’Empire, 1913.
684. L.-P.-R. — Essai sur quelques loges du Bas Dauphiné à la veille de la Révolution. Revue historique de la Révolution française et de l’Empire, 1912 et 1913.
685. LABROUE (H.) — Les Origines maçonniques du club jacobin de Bergerac, L’Accacia, 1913.
686. LABROUE (H.) — Les Origines mesmériennes du club jacobin de Bergerac, Révolution française, avril 1913.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
751
687. LAGLEIZE (Abbé) — La Franc-maçonnerie au XVIIIe siècle à Fleurance. Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1909.
688. LE FORESTIER (R.) — Les Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande, Paris, 1914.
689. LEMAITRE (E.) — La Franc-maçonnerie à Pau au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société des sciences, etc., de Pau, 1922.
690. LESUEUR (E.) — Une réception de la loge de La Fidélité d’Hesdin le 24 février 1784. Annales révolutionnaires, 1913.
691. LESUEUR (Emile) — La Franc-maçonnerie artésienne au XVIIIe siècle, Paris, Leroux, 1914.
692. MAITRE (L.) — Une loge maçonnique au XVIIIe siècle en Bretagne, L’Humanité nouvelle, septembre 1903.
693. MAITRE (L.) — La Franc-maçonnerie à Rennes au XVIIIe siècle, L’Acacia, 1913.
694. MARTIN (E.) — La Franc-maçonnerie à Bar-sur-Aube, Troyes, Imprimerie de Troyes, 1925.
695. MARTIN (Gaston) — La Franc-maçonnerie française et la préparation de la Révolution, Paris, Presses Universitaires, 1926.
696. MATHIEZ (A.) — Chaumette franc-maçon, La Révolution française, 1902.
697. FRANCIUS (Dr) (pseudonyme de A. Mazon) — Quelques notes historiques sur la franc-maçonnerie dans l’Ardèche, Privas, 1896.
698. MOISET (Ch.) — La Franc-maçonnerie à Auxerre au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 1902, 1re partie.
699. MOREL (J.-P.-M.) — La Franc-maçonnerie et le théâtre français à Saint-Gaudens de 1748 à 1754. Revue de Comminges (Saint-Gaudens), 1887.
700. PALANQUE (Ch.) — La Franc-maçonnerie auscitaine au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1907.
701. PELUSSON (J.) — Les Loges maçonniques de l’Angoumois, de la Saintonge et de l’Aunis. Bulletin de la Société des archives historiques. Revue de la Saintonge et de l’Aunis, 1894.
702. PÉREAU (Abbé) — L’Ordre des francs-maçons trahi et leur secret révélé, Amsterdam, 1742.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
752
703. POUGET DE SAINT-ANDRÉ — Les Auteurs cachés de la Révolution française, Paris, Perrin, 1923.
704. PRÉEL — La Franc-maçonnerie à Lectoure à la fin du XVIIIe siècle. Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1909.
705. PROYART (Abbé) — Louis XVI détrôné avant d’être roi ou Tableau des causes nécessitantes de la Révolution française, Hambourg, 1800.
706. ROSTAING (L.) — Les Anciennes Loges maçonniques d’Annonay et les clubs (1766-1815), supplément à la Revue historique, etc., du Vivarais, 15 avril 1902.
707. ROUX (de) — Une loge maçonnique de province à la fin de l’ancien régime. Correspondant, 10 octobre 1911.
708. SAUVAGE (R.-N.) — La Loge maçonnique la Constante Fabert à Caen en 1785. Mémoire de l’Académie nationale, etc., de Caen, 1918-1920.
709. SÉE (H.) — La Franc-maçonnerie et les origines de la Révolution française, Grande Revue, avril 1927.
710. SEGOND-CRESP — Le Temple de la vénérable mère loge écossaise de France à l’Orient de Marseille, 1765. Répertoire des travaux de la Société de statistique de Marseille, 1871.
711. SOANEN (H.) — L’« Obligation » d’un vénérable de loge au XVIIIe siècle. Annales d’histoire de la Révolution française, 1928.
712. SOCARD (E.) — La Franc-maçonnerie à Troyes (1751-1820). Mémoire de la Société académique, etc., du département de l’Aube, 1877.
713. THORY — Acta Latomorain, Paris, Dufart, 1865.
714. TSCHUDY (Th.) — L’Étoile flamboyante ou la Société des francs-maçons..., Francfort-Paris, Boudet, 1766.
715. VERMALE (F.) — La Franc-maçonnerie savoisienne à l’époque révolutionnaire, Paris, Leroux, 1912.
716. VIGNOLES (de) et Bols (du) — La Lire maçonne ou Recueil de chansons franc-maçonnes, La Haye, Van Laak, 1787.
717. VISSAC (M. de) — Dom Pernety et les illuminés d’Avignon. Mémoire de l’Académie de Vaucluse, 1906.
718. L’Acacia, revue mensuelle d’études maçonniques, Paris, 1902-1914.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
753
719. Avis sincère aux soi-disant francs-maçons, en vers libres, avec des notes curieuses, s.l., 1786 (bibliothèque de la Ville de Paris, 6985).
720. Conjuration contre la religion catholique et les souverains.., Paris, Crapart, 1792 (bibliothèque de la Ville de Paris, 4384).
721. Documents divers sur la franc-maçonnerie. Archives de la Bastille (bibliothèque de l’Arsenal, n° 10247).
722. Extraits du registre des délibérations des francs-maçons d’Auxerre. Bulletin de la Société des sciences historiques de l’Yonne, 1892.
723. Historique de la franc-maçonnerie à l’Orient de Besançon, Paris, Lebon, 1859.
724. Les Idées de Mirabeau sur la franc-maçonnerie, La Révolution française, 1882.
725. La Loge de Saint-Louis à l’Orient du régiment d’infanterie du roi en l’an maçonnique 5784. Carnet de la Sabretache, 1898, p. 145.
726. L. A. — Les Loges maçonniques de la Saintonge et de l’Aunis. Bulletin de la Société des archives historiques. Revue de la Saintonge et de l’Aunis, XV, 1895.
727. Mémoires pour la loge des Neuf-Soeurs, (Archives nationales, A.D. XVII, 26).
728. Les plus secrets mystères des hauts grades de la maçonnerie dévoilés, réimpression par R. Le Forestier, Paris, 1914.
729. Le Voile levé pour les curieux ou le secret de la révolution révélé à l’aide de la franc-maçonnerie, Paris, Lepetit et Guillemard, 1792.
XI. — Histoire de la vie provinciale
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730. ANDRIEU (J.) — Une Saisie de livres à Agen en 1775. Revue de l’Agenais, 1884.
731. BABEAU (A.) — La Ville sous l’ancien régime, Paris, Didier, 1880.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
754
732. BARBAT (K.) — Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne, Châlons, 1855.
733. BARTHÉLEMY (Ed. de) — Une ville de province au XVIIIe siècle [Châlons]. Revue de Champagne, t. 12, (1881).
734. BATON (Abbé) — Un village du Soissonnais à la fin du dernier siècle. Vattency. Bulletin de la Société académique de Laon, 1879-1880.
735. BAUDRY (J.) — Etude historique et biographique sur la Bretagne à la veille de la Révolution, Paris, Champion, s.d.
736. BAZIN (H.) — Une vieille cité de France, Reims, Michaud, 1900.
736. BELLEVUE (de) — Ploërmel, Paris, Champion, 1915.
737. BELLIN DE LA LIBORLIÈRE — Vieux souvenirs du Poitiers d’avant 1789, Poitiers, s.n., 1846.
738. BERNIER (P.-D.) — Essai sur le tiers-état rural ou les paysans de Basse-Normandie au XVIIIe siècle, Paris et Lyon, Delhomme et Briguet, 1892.
739. BEZARD (Yvonne) — Une famille bourguignonne au XVIIIe siècle, Paris, Albin-Michel, 1930.
740. BLOCH (C.) — L’Assistance et l’État en France à la veille de la Révolution, Paris, Picard, 1908.
741. BORÉLY (A.-E.) — Histoire de la ville du Havre, Le Havre, Le Pelletier, 1880-1881.
742. BOUCHARD (M.) — De l’Humanisme à l’Encyclopédie. Essai sur l’évolution des esprits dans la bourgeoisie bourguignonne sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, Paris, Hachette, 1929.
743. BOUTEILLER (J.-E.) — Histoire complète et méthodique des théâtres de Rouen, Rouen, Giroux et Renaux, t. I, 1860.
744. BOUTIOT (T.) — Histoire de la ville de Troyes, Troyes, Dufey-Robert, Paris, Aubry, 1874.
745. BOUTRY (L.) — Un bourgeois d’Alençon en 1750, Le Pays Normand, année 1900.
745 bis. BOUVIER (Ch.) — La Bibliothèque des Charmettes, Chambéry, Gentil, 1914.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
755
746. BOYER (H.) — L’Ancien Théâtre à Bourges. Mémoire de la Société historique du Cher, 1892.
747. BIVES-CAZES (E.) — De la police des livres en Guyenne (1713-1785), Bordeaux, Gounouilhou, 1883.
748. BROSSARD (J.) — Scènes du temps passé. Annales de la Société d’émulation de l’Ain, 1775.
749. BROSSARD DE RUVILLE — Histoire de la ville des Andelis, Les Andelis, Delcroix, 1864.
750. BUISARD (A.) — Le Jansénisme en Touraine d’après le journal d’un curé de Tours (1713-1749). Bulletin trimestriel de la Société touraine, XIV, 1903-1904.
751. CALONNE (A. de) — Histoire de la ville d’Amiens, Amiens, Piteux, Paris, Picard, 1900.
752. CARAMAN (P.) — Une émeute populaire à Créon. Archives historiques de la Gironde, 1910.
753. CARNEL (D.) — Les Sociétés de rhétorique chez les Flamands de France, Paris, Aubry, 1860.
754. CHARVET (E.-L.-G.) — La Société littéraire de Lyon au XVIIIe siècle, Lyon, Mougin-Rusand, 1879.
755. CHARY (P.) — Histoire de Lantenay, Dijon, Jobard, 1922.
756. CHAUDRON (E.) — L’Assistance publique à Troyes à la fin de l’ancien régime, Paris, Vie universitaire, 1923.
757. CLOUZOT (H.) — L’Ancien Théâtre en Poitou, Niort, Clouzot, 1901.
758. COET (E.) — Histoire de la ville de Troyes, Paris, Champion, 1880.
759. COET (E.) et LEFÈVRE (Ch.) — Histoire de la ville de Marle et des environs, Compiègne, Mennecier, 1897.
760. COMBAZ (P.) — Senlis à travers les siècles, Senlis, Dufresne, 1893.
761. COUROT (Edme) — Annales de Clamecy, Auxerre, typographie de l’Indépendant Auxerrois, 1901.
762. COUSIN (M.) — L’Esprit public dans le bailliage d’Amont à la fin de l’ancien régime, Dijon, Bernigaud et Privet, 1922.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
756
763. CUCUEL (G.) — La Vie de société dans le Dauphiné au XVIIIe siècle. Revue du XVIIIe siècle, 1918.
764. DANSIN — Notice sur les libertés provinciales et l’esprit public en Normandie en 1788, mémoires lus à la Sorbonne dans les séances extraordinaires du comité impérial des travaux historiques et des sociétés savantes. Histoire, philologie et sciences morales, 1865, Paris, 1866.
765. DELAYANT (L.) — Histoire des Rochelais, La Rochelle, Siret, 1870.
766. DELISLE (L.) — Le Théâtre au collège de Valognes, Saint-Lô, Le Tual, 1896.
767. DESCHAMPS LA RIVIÈRE (R.) — Le Théâtre du Mans au XVIIIe siècle, Mamers, Fleury et Dangin, 1900.
768. DESSAINT (E.) — Coulommiers, Coulommiers, Brodard, 1900.
769. DESTRANGES (E.) — Le Théâtre à Nantes, Paris, Fischbacher, 1893.
770. DEVIC (Dom Cl.) et VAISSETTE (Dom J.) — Histoire générale du Languedoc, t. 13, Toulouse, Privas, 1876.
771. DHETEL (Ph.) — Annales historiques de la ville de Saint-Jean-de-Losne, Paris, Champion, 1910.
771 bis. DIANCOURT (V.) — Deux originaux rémois, travaux de l’académie de Reims, 1883-1884.
772. DUBÉDAT — Histoire du Parlement de Toulouse, Paris, Rouspan, 1885.
773. DUFOUR (J.) — La Vie rurale en Gascogne au XVIIIe siècle. Revue de Gascogne, 1914 et 1920.
774. DUMAS (F.) — La Généralité de Tours au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1894.
774 bis. DUMAY (G.) — Le Mercure dijonnais ou Journal des événements qui se sont passés de 1742 à 1789, Dijon, Darantière, 1887.
775. DU MÈDE (A.) — Histoire des institutions... de la ville de Toulouse, Toulouse, Chapelle, 1846.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
757
776. DUPONT (E.) — La Condition des paysans dans la sénéchaussée de Rennes à la veille de la Révolution, Paris, Champion, 1901.
777. DUPONT (G.) — Histoire du Cotentin et de ses îles, Caen, Le Blanc-Hardel, 1885.
778. DURENGUES (A.) — La Misère dans l’Agenais en 1774. Revue de l’Agenais, 1895.
780. DURIEUX (A.) — Le Théâtre à Cambrai avant et depuis 1789, Cambrai, Renaut, 1883.
780 bis. ESTIGNARD (A.) — Le Parlement de Franche-Comté (1674-1790), Paris, Picard, Besançon, Jacquin, 1892.
781. FAURE (H.) — Histoire de Moulins, Moulins, Crépin-Leblond, 1900.
782. FAVÉ (A.) — Misère et miséreux au pays de Léon en 1774. Bulletin de l’Association bretonne, 46e congrès de 1905, 1906.
783. FLEURY — Famines, misères et séditions de la Thiérache en 1789, La Thiérache. Bulletin de la Société archéologique de Vervins, 1874, t. 2.
784. FOURNIER (Dr A.) — Émeute de femmes à Rambervillers (1771). Bulletin de la Société philomathique vosgienne, 1878-1879.
785. FOURNIER (A.) — Rambervillers au XVIIIe siècle. Annales de la Société d’émulation du département des Vosges, 1882.
786. FRAIN (Ed.) — Mémoire généalogique où il est fait mention de plusieurs familles établies à Vitré, Vitré, Guays, 1884.
787. GALLIER (A. de) — La Vie de province au XVIIIe siècle, Paris, Rouquette, 1877.
788. GATIN et BESSON — Histoire de la ville de Gray, Paris, Firmin-Didot, 1892.
789. GIRAUDET (E.) — Histoire de la ville de Tours, Tours, s.n. 1873.
790. GROSSE-DUPERON (A.) — Ville et pays de Mayenne, Mayenne, Portier, 1908.
791. GOUVENAIN (L. de) — Le Théâtre à Dijon, Dijon, E. Jobard, 1888.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
758
792. GRASILIER (L.) — Le Féminisme en 1790. Nouvelle revue rétrospective, 10 juillet 1899.
793. GROSCLAUDE (P.) — Le Théâtre à Lyon de 1740 à 1789. Revue de l’université de Lyon, juin 1930.
793 bis. GROSCLAUDE (P.) — La Vie intellectuelle à Lyon dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, 1933. (Nous avons lu cet ouvrage en manuscrit avant de mettre notre livre sous presse.)
794. GUIBERT (M.-Cl.) — Mémoires pour servir à l’histoire de Dieppe, Dieppe, Renaux, etc., 1878.
795. GUILLAUME (Abbé) — Histoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy, Nancy, Thomas et Pierron, 1867.
796. GUIMAR (M.) — Annales nantaises ou abrégé chronologique de l’histoire de Nantes, Nantes, an III, l’auteur.
797. HÉCART (G.-A.-J.) — Recherches historiques sur le théâtre de Valenciennes, Paris, Hécart, 1816.
798. HOFFMANN (Ch.) — L’Alsace au XVIIIe siècle, Colmar, Huffel, 1906.
799. HUTINEL (F.) et MATHEY (J.-B.) — Vitteaux (Côte-d’Or), Paris, Champion, 1912.
800. IMBERT (Hugues) — Histoire de Thouars, Niort, Clouzot, 1875.
801. JANIN (E.) — Histoire de Montluçon, Paris, Lechevalier, Montluçon, Maugenest, 1904.
802. JARRIN — La Bresse au XVIIIe siècle. Jérôme Lalande. Fondation d’une société littéraire à Bourg. Annales de la Société d’émulation de l’Ain, 1869.
803. JOLY (A.) — Une conspiration de la noblesse normande au XVIIIe siècle, Caen, Le Gost, Clérisse, 1865.
804. JOLY (A.) — Les Lettres de cachet dans la généralité de Caen au XVIIIe siècle, (Bibliothèque nationale, Lk7 11039).
805. JOVY (E.) — Spicilège de Vitry, Vitry-le-François, Tavernar, 1899.
806. JULLIAN (C.) — Histoire de Bordeaux, Bordeaux, Féret, 1895.
807. KERBIRIOU (L.) — Jean-François de La Marche, évêque, comte de Léon, Paris, Picard, 1924.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
759
808. KESSLER (L.) — Les Grèves à Sedan en 1712, 1713 et 1729. Revue d’Ardenne et d’Argonne, 1902.
809. LAGUÉRENNE (H. de) — Ainay-le-Château en Bourbonnais, Paris, Champion ; Moulins, Grégoire, 1912.
810. LAHONDÈS (M.-J. de) — Annales de Pamiers, Toulouse, Privat ; Pamiers, Galy, 1882-1884.
811. LAMARE (J.) — Histoire de la ville de Saint-Brieuc, Saint-Brieuc, 1884.
812. LATOUCHE (R.) — La Vie en Bas-Quercy du XIVe au XVIIIe siècles, Toulouse, Privat, 1923.
813. LEBRUN (E.) — Essai historique sur la ville de Brignoles, Marseille, Imprimerie marseillaise, 1897.
814. LECACHEUX (P.) — Une émotion populaire à Barfleur en 1724. Bulletin de la Société de l’histoire de Normandie, 1900-1904.
815. LECESNE (E.) — Histoire d’Arras, Arras, Rohard-Courtin, 1880.
816. LEFEBVRE (L.) — Histoire du théâtre de Lille, Lille, Lefebvre-Ducrocq, 1907.
817. LEGROS (A.) — Les Dépenses d’un bourgeois de Valenciennes à la veille de la Révolution. Revue du Nord, 1922.
818. LE LAY (F.) — Le Paysan sous la seigneurie de Coetanfao au XVIIIe siècle, Vannes, La Folye, 1911.
819. LE LAY (F.) — Histoire de la ville et communauté de Pontivy au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 1911.
820. LÉPINOIS (de) — Histoire de Chartres, Chartres, 1858.
821. LEROUX (Alf.) — Nouveaux choix de documents historiques sur le Limousin, Limoges, Plainemaison, 1895.
822. LEROUX (A.) — Etude critique sur le XVIIIe siècle à Bordeaux, Bordeaux, Féret, 1921.
823. LEROY (Gabriel) — Histoire de Melun, Melun, Drosne, 1887.
824. LESCURAS (P.) — La Vie chère en 1769 et 1770. Bulletin et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, 1922.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
760
825. LETACONNOUX (J.) — Les Subsistances et le commerce des grains en Bretagne au XVIIIe siècle, Rennes, Oberthur, 1909.
826. LHÉRITIER (M.) — Les Débuts de la Révolution à Bordeaux d’après les tablettes manuscrites de M. Bernardau, Paris, Alcan, 1919.
827. LHOTTE (G.) — Le Théâtre à Douai avant la Révolution, Douai, Crépin, 1881.
828. LOUANDRE (F.-C.) — Histoire d’Abbeville et du comté de Ponthieu, Paris, Joubert, Labitte, 1845.
829. LOUIS (E.) — Le Bas Poitou en 1788. Annuaire départemental de la Société d’émulation de la Vendée, 1877 et 1878.
830. LURION (R. de) — M. de Lacoré, intendant de Franche-Comté. Bulletin de l’Académie des sciences, etc., de Besançon, 1897.
831. MARTIN (Ernest) — Histoire de la ville de Lodève, Montpellier, Serre et Roumégous, 1900.
832. MATHIEU (L.) — Un village barrois sous l’ancien régime. Velaines, Bar-le-Duc, 1899.
833. MATHIEU (Cardinal) — L’Ancien Régime en Lorraine et Barrois d’après des documents inédits, Paris, Champion, 1907.
834. MAZON (A.) — Histoire d’une petite ville au XVIIIe siècle. Largentière. Revue historique, etc., du Vivarais, 1902.
835. MELLINET (C.) — La Commune et la milice de Nantes, Nantes, T : V. Mellinet, s.d.
836. MISSON (R.) — La Vie dans le Nord de la France au XVIIIe siècle, Paris, Lechevallier, 1898.
836. MIREUR (F.) — Le Tiers-état à Draguignan, Draguignan, 1911.
837 bis. MONFALCON (J.-B.) — Histoire de la ville de Lyon, Lyon, Perrin, 1851, 1923.
838. MONTENON (J. de) — Un corps de ville provincial à la veille de la Révolution. Délibérations du corps de ville de Poitiers, Poitiers, Société française d’impression, 1923.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
761
839. OLIVIER (C.) — Châtel-sur-Moselle avant la Révolution, Epinal, Fricotel, 1898.
840. PARIS (Louis) — Le Théâtre à Reims, Reims, Michaud, 1885.
841. PARISOT (R.) — Histoire de Lorraine, Paris, Picard, 1922.
842. PÉRIER (J.) — La Bourgogne rochelaise du XVIIIe siècle. Annales de l’Ecole libre des sciences politiques, 1895.
843. PERROUD (Cl.) — Une bibliothèque d’autrefois, [Château de Fléchère-sur-la-Saône, 1780]. Annales de la Société d’émulation de l’Ain, 1871.
844. PEYRON (E.) — Histoire de Vieil-Brioude, Le Puy, Prades-Freydier, 1900.
845. PEZET — Bayeux à la fin du XVIIIe siècle. Mémoire de la Société d’agriculture, etc., de Bayeux, t. V, 1859.
845 bis. PFISTER (Ch.) — Histoire de Nancy, Paris, Berger-Levrault, 1902-1909.
846. PFISTER (Ch.) — Le Magasin de blé de Nancy et la « révolte » de 1775. Bulletin mensuel de la Société d’archéologie lorraine, 1906.
847. POINSIGNON (M.) — Histoire générale de la Champagne et de la Brie, Châlons, Martin, 1898.
848. POQUET (A.-E.) — Histoire de Château-Thierry, Château-Thierry, Laurent, 1839.
849. POULHÈS (B.) — L’Ancien Raulhac depuis ses origines jusqu’à la Révolution, 2e partie, Aurillac, 1907.
850. POUPÉ (E.) et MIREUR (F.) — Petite Histoire de Draguignan, Draguignan, Latil, 1911.
851. QUESVERS (P.) — Une tournée en Gâtinais (octobre 1773). Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais, 1902.
852. RETIF DE LA BRETONNE — Vie de mon père, Paris, Brossard, 1924.
853. RIBIÈRE (H.) — Essai sur l’histoire de l’imprimerie dans le département de l’Yonne. Bulletin de la Société historique de l’Yonne, 1858.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
762
854. RICHARD (J.-M.) — La Vie privée dans une province de l’Ouest. Laval aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Champion, 1922.
855. RITTER (F.) — La Police de l’imprimerie et de la librairie à Strasbourg. Revue des bibliothèques, 1922.
856. ROUSSE (E.) — La Roche-Guyon, Paris, Hachette, 1892.
856 bis. ROCHAMBEAU (A. de) — Les Imprimeurs vendômois. Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, 1879.
857. SAINT-LÉGER (A. de) — La Flandre maritime et Dunkerque sous la domination française, Paris, Tallandier, 1900.
858. SARRAZIN — Le Barreau de Rouen, hier et aujourd’hui, Rouen, Brière, 1899.
859. SÉE (H.) — La Propriété foncière et les paysans en France au XVIIIe siècle d’après les travaux de J. Loutchisky. Revue d’histoire moderne, 1901-1902.
860. SÉE (H.) — Les Classes rurales en Bretagne du XVIe siècle à la Révolution, Paris, Giard et Brière, 1906.
861. SÉE (H.) — Le Rôle de la bourgeoisie bretonne à la veille de la Révolution. Annales de Bretagne, t. XXXIV, 1920.
862. SICOTIÈRE (L. de la) — L’Association des étudiants en droit de Rennes avant 1790, Nantes, Forest et Trimaud, 1883.
863. SOL (E.) — La Révolution en Quercy, Paris, Picard, s.d. [1926].
864. TARDIEU (A.) — Histoire de la ville de Clermont-Ferrand, Moulins, 1872.
865. TESTENOIRE-LAFAYETTE (C.-P.) — Histoire de Saint-Etienne, Saint-Etienne, Thomas, 1902.
866. THÉRON DE MONTAUGÉ — Notice sur la condition des paysans dans le pays toulousain au XVIIIe siècle. Mémoire de l’Académie impériale des sciences..., Toulouse, 1866.
867. UBICINI — Bourges en 1753 et 1754, d’après le Journal d’un parlementaire exilé à Bourges, compte rendu des travaux de la Société du Berry à Paris, 1864.
868. VALRAN (G.) — Misère et charité en Provence au XVIIIe siècle, Paris, Arthur Rousseau, 1899.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
763
869. VANEL (J.-B.) — La Bibliothèque d’un agent de change lyonnais au XVIIIe siècle. Bulletin historique du diocèse de Lyon, 1904.
870. VANEL (G.) — Une grande ville aux XVIIe et XVIIIe siècles. La vie privée à Caen, Caen, Jouan, 1912.
871. VAN HENDE (Ed.) — État de la ville et de la châtellenie de Lille en 1789, Lille, Daniel, 1890.
872. VERNET (Abbé) — Histoire populaire et anecdotique de Grenoble, Grenoble, Gratier, 1902.
873. VILLARD (F.) — Notes sur Guéret au XVIIIe siècle. Mémoire de la Société des sciences... de la Creuse, années 1901, 1903, 1905.
874. VINGTRINIER (E.) — Le Théâtre à Lyon au XVIIIe siècle, Lyon, Meton, 1879.
875. VOILLERY (Abbé) — Fin de l’ancien régime en Bourgogne ou Tableau de la Bourgogne en 1789. Mémoire de la Société d’archéologie de Beaune, 1904-1905.
876. EVRARD (F.) — Les Moeurs à Versailles sous Louis XVI. Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1928.
876 bis. État des pièces jouées dans la troupe de messieurs les actionnaires de Bordeaux [1772-1798], (bibliothèque de Bordeaux, ms n° 1015).
XIa. — Journaux provinciaux
(Classement par ordre alphabétique des localités)
@
877. Affiches, annonces et avis divers du Journal général de France.
878. UZUREAU (F.) — A travers les affiches d’Angers, Anjou historique, 1902-1903.
879. VERGER (F.-J.) — Les Affiches d’Angers, de 1733 à 1794. Bulletin de la Société industrielle d’Angers, 1843.
880. Prospectus des Affiches d’Angers, Anjou historique, 1900-1901.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
764
881. Recueil des annonces, affiches et avis divers pour la ville de Bordeaux.
882. ALARY (L.-J.) — Histoire politique et littéraire de la presse dans le Bourbonnais. Bulletin de la Société d’émulation du département de l’Allier, 1864.
883. Affiches, annonces et avis divers de la ville de Bourges et généralités du Berry, (bibliothèque de Bourges, By 20080).
884. Affiches, Annonces et avis divers de Bourgogne, Bresse, Bugey et pays de Gex.
885. LAVALLEY (G.) — Bibliographie des journaux normands qui se trouvent à la bibliothèque municipale de Caen, Caen, Jouan, 1910.
886. Annonces, affiches et avis divers du pays chartrain, (bibliothèque de Chartres, n° 9213).
887. Affiches, annonces et avis divers du Dauphiné.
888. ROUSSEL (Henry) — La Presse à Grenoble, Grenoble, Graner, 1900.
889. Feuille hebdomadaire de la généralité de Limoges.
890. Journal de Lyon ou Annonces et variétés littéraires pour servir de supplément aux Petites Affiches de Lyon.
891. Annonces, affiches et avis divers de la haute et basse Normandie.
892. MILCENT — Journal de Normandie ou Mémoires périodiques pour servir à l’histoire ecclésiastique, civile, etc.
893. Affiches, annonces et avis divers de la ville d’Orléans, (bibliothèque d’Orléans).
894. Annonces, affiches et avis divers de Picardie, Artois, Soissonnais et Pays-Bas français.
895. Affiches, annonces et avis divers du Poitou.
896. Affiches, annonces et avis divers de Reims et généralité de Champagne, bibliothèque de la ville de Reims.
897. SÉE (H.) — Note sur la presse provinciale, à la fin de l’ancien régime : les Affiches de Rennes (1784-1790). Annales historiques de la Révolution française, 1927.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
765
897. MARICOURT (R. de) — Le Journalisme à Senlis à la fin du XVIIIe siècle. Comité archéologique de Senlis. Comptes rendus et mémoires, 1862-63.
899. MONTGAILLARD (Desazars de) — Les Débuts du journal à Toulouse. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., de Toulouse, 1910-1911.
900. SOCCARD (T.) — Le Journalisme à Troyes. Revue de Champagne et de Brie, 1876.
XIb. — Inventaires sommaires des archives provinciales
(Classement par ordre alphabétique des localités)
@
902. Archives de l’Ain, D. 11.
903. Archives de la ville d’Amiens, AA. 28.
904. Archives de la ville d’Armentières, GG. 95.
905. Archives de la ville d’Auriol (Provence), BB. 19, CC. 76, 388.
906. Archives d’Avallon, GG. 53.
907. Archives de la ville de Boulogne, n° 1681, 1569.
908. Archives de la ville de Bourg, DD. 11, 32, GG. 244.
909. Archives du Calvados, D. 501, 504, C. 2885, 2886, 2888, 2502.
910. Archives de la ville de Châlons-sur-Marne, BB. 33, GG. 154.
911. Archives de la ville de Charleville, GG. 91, 92.
912. Archives de la Côte-d’Or, C. 3690, D. 139, 20, 21.
913. Archives de la Drôme, D. 72, 15.
914. Archives de la ville de Grenoble, GG. 237, 242, 243.
915. Archives de la Haute-Vienne, GG. 30.
916. Archives de l’Hérault, C. 2813, 2815, D. 232, C., 1269, 2804, 2808, 2812.
917. Archives d’Ille-et-Vilaine, C. 1318, 1468, 2531.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
766
918. Archives de la ville de Langres, BB. 1234, 1235, 1309, 1156, 1235.
919. Archives de la Loire-Inférieure, D. 28.
920. Archives du Loiret, D. 710 et 711, 712 et 713, D. 337.
921. Archives de la ville de Lyon, D. 265 et 450.
922. Archives de la Marne, D. 49.
923. Archives de la ville de Moulins, D. 10.
924. Archives de la ville de Nantes, GG. 668, 669.
925. Archives de la ville de Périgueux, BB. 34.
926. Archives de la ville de Rebais (Ardennes), D. 7.
927. Archives de Seine-et-Oise, D. 83.
XIc. — Histoire des académies et des sociétés savantes
@
928. ANQUETIL — Les Sociétés savantes de Bayeux, Société historique et archéologique de l’Orne, 1923.
929. BARREY (Ph.) — Notice sur la société havraise d’études diverses, Le Havre, Micaux, 1903.
930. BESANÇON (A.) — L’Académie royale de Villefranche-en-Beaujolais. Bulletin de la Société des sciences et arts du Beaujolais, 1905 et 1906.
931. BOURLOTON (E.) — La Chambre de lecture de Saint-Gilles-sur-Vic. Revue du Bas-Poitou, 1904.
932. BRUN (J.-A.) — Le Triomphe du nouveau monde ; réponses académiques formant un nouveau système de confédération fondé sur les besoins actuels des nations chrétiennes commerçantes et adapté à leurs diverses formes de gouvernement, Paris, l’auteur, Veuve Gérissant, 1785.
933. CARDENAL (de) — Les Origines des Sociétés populaires, La Révolution française, 1924.
934. CÉLESTE (R.) — La Société philomathique de Bordeaux, de 1783 à 1808. Revue philomathique de Bordeaux, 1898.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
767
935. CHAILLOU DES BARRES — Sur les sociétés savantes d’Auxerre. Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 1851.
936. COCHIN (A.) — Les Sociétés de pensée et la démocratie, Paris, Plon-Nourrit, 1921.
937. COCHIN (A.) — Les Sociétés de pensée et la Révolution en Bretagne, 1788-1789, Paris, Champion, 1925.
938. COURTEAULT (P.) — Une académie provinciale. La Société d’agriculture, sciences et arts d’Agen. Revue philomathique de Bordeaux et du Sud-Ouest, 1901.
939. COURTEAULT (P.) — Le Rôle et l’oeuvre de l’Académie de Bordeaux (dans : Pour l’histoire de Bordeaux et du Sud-Ouest, 1914).
940. DASSY (UT.) — L’Académie de Marseille, ses origines, etc., Marseille, Barlatier-Feissat, 1877.
941. DELANDINE — Couronnes académiques, ou Recueil des prix proposés par les sociétés savantes, etc., Paris, Cuchet, 1787.
942. DELANDINE — De la conservation et de l’utilité politique des sociétés littéraires dans les départements, Paris, s.n., 1791.
943. DESANRE (L.) et FRAPPIER (P.) — L’Athénée de Niort. Son histoire et ses travaux, mémoire de la Société de statistique, etc., du département des Deux-Sèvres, 1889.
944. DONAT (J.) — Une société politique et littéraire à Saint-Antonin au XVIIIe siècle. Bulletin archéologique, etc., de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, 1910.
945. DUJARRIC-DESCOMBES (A.) — La Société littéraire de Périgueux en 1780. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1883.
946. DUMAS (J.-B.) — Histoire de l’Académie de Lyon, Lyon, Giberton, 1839.
946 bis. DUPÉRON (P.) — Etude sur la société populaire de Castres d’après les procès-verbaux de ses séances. Revue historique, etc., du département du Tarn, 1897.
947. DUPUIS — Recherches sur les sociétés littéraires et scientifiques à Orléans. Mémoire de la Société d’agriculture, etc. d’Orléans, 1855.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
768
948. FAVIER (J.) et PFISTER (Ch.) — Table alphabétique des publications de l’Académie de Stanislas, Nancy, Berger-Levrault, 1902.
949. FORESTIÉ (Em.) — La Société littéraire et l’ancienne académie de Montauban (1730-1791), recueil de l’Académie des sciences, etc., de Tarn-et-Garonne, 1885 à 1887.
950. FORMIGNY DE LA LONDE (de) — Documents inédits pour servir à l’histoire de l’ancienne Académie royale des belles-lettres de Caen, Caen, Hardel, 1854.
951. GAUTIER — Notice historique sur l’Académie delphinale. Bulletin de l’Académie delphinale, 1875.
952. GÈRES (J. de) — Table historique et méthodique des travaux et publications de l’Académie de Bordeaux, Bordeaux, 1877.
953. GOSSEAUME (D.-M.) — Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Rouen, Periaux, 1814.
954. GUERRIER — Histoire de la société d’agriculture, sciences, belles-lettres et arts d’Orléans. Mémoire de la Société, 1900.
955. HABASQUE (F.) — Un cercle à Agen au XVIIIe siècle, Agen, Veuve Lamy, 1891. (Revue de l’Agennais 1891.)
956. HARCOURT (Comte d’) — Les Sociétés provinciales de Brie et de Champagne au XVIIIe siècle. Bulletin de la Société d’archéologie, etc., de Seine-et-Marne, 1867.
957. HAUTECLOQUE (G. de) — Inventaire des archives de l’Académie d’Arras. Mémoire de l’Académie des sciences, etc., d’Arras, 1897.
958. JARRIN — La Société d’émulation de l’Ain 1756-1875. Annales de la Société d’émulation de l’Ain, 1875.
959. KERVILER (R.) — La Société patriotique de Bretagne (dans : Armorique, et Bretagne. Recueil d’études, etc., Paris, 1893, t. II).
960. LAUZUN (Ph.) — Histoire de la Société académique d’Agen. Recueil des travaux de la Société d’agriculture, etc., d’Agen, 1900.
961. LUTHEREAU — Notice historique sur les sociétés scientifiques et littéraires qui ont été fondées à Bayeux dans les
Les origines intellectuelles de la Révolution française
769
XV1IIe et XI » siècles. Manuscrit de la Société d’agriculture, etc., de Bayeux, 1842.
962. MARTIN (G.) — Les Chambres littéraires de Nantes et la préparation de la Révolution. Annales de Bretagne, 1926.
963. MENU (H.) — La Société littéraire et l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Châlons-sur-Marne. Mémoire de la Société d’agriculture, etc., du département de la Marne, 1868.
964. MILSAND (Ph.) — Notes et documents pour servir à l’histoire de l’Académie des sciences, etc., de Dijon. Mémoire de l’académie, 1870.
965. PINGAUD (L.) — Documents pour servir à l’histoire de l’Académie de Besançon (1752-1789), Académie des sciences, etc., de Besançon, procès-verbaux et mémoires, 1892.
966. RICHARD (J.-M.) — La Société du jardin Berset à Laval, Laval, Goupil, 1910.
967. STOEBER (A.) — Notice sur la société pour la propagation du bon goût et des belles-lettres à Mulhouse. Bulletin du Musée historique de Mulhouse, 1882.
968. UZUREAU (F.) — L’Ancienne Académie d’Angers. Mémoire de la Société nationale d’agriculture, etc., d’Angers, 1901.
969. VALAIS (Le P.) — Recueil de dissertations littéraires, Nantes, Veuve Marie, 1766.
970. VAN DRIVAL (E.) — Histoire de l’Académie d’Arras, Arras, Courtin, 1872.
971. VILLERS (L. de) — Les Sociétés littéraires et scientifiques en Bretagne au XVIIIe siècle. Bulletin et mémoire de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, 1910.
972. VIRES (Dr J.) — La Société littéraire de Narbonne et P.-J. Barthez. Bulletin de la commission archéologique de Narbonne, 1904.
973. Le Centenaire de la Société littéraire de Lyon (1778-1878), Lyon, Mougin-Rusand, 1880.
974. Extraits du registre des assemblées de la Société d’agriculture de Limoges (1759-1785). Archives historiques du Limousin, t. III.
975. La France littéraire, Paris, Duchesne, 1758.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
770
976. La France littéraire contenant : I. Les Académies, etc. II. Les Auteurs vivants, etc., Paris, Duchesne, 1769 ; supplément, ibid., 1778 ; supplément, ibid., 1784.
977. Liste des ouvrages lus dans les séances de la Société, depuis 1784 jusqu’en l’an XII. Recueil des travaux de la Société d’agriculture, etc., d’Agen, t. I, 1804.
978. Notices historiques sur les Sociétés des lettres, sciences et arts de La Rochelle, La Rochelle, Siret, 1873.
979. Table générale des travaux de la Société des philathènes de 1761 à 1773 (Metz). Mémoire de l’Académie de Metz, 1874-1875.
980. Table générale des travaux de la Société royale des sciences et des arts de Metz, de 1757 à 1793. Mémoire de l’Académie de Metz, 1873-1874.
981. Dossiers de la Société des Philalèthes de Lille. Archives du ministère de la guerre, n° 3768.
XII. — Les cahiers de 1789
(Classement, à partir du n° 990, par ordre alphabétique des localités)
@
982. ALLAIN (E.) — La Question d’enseignement en 1789 d’après les cahiers, Paris, Renouard, 1886.
983. BOURRILLY (L) — Les Cahiers de l’Instruction publique en 1789, Paris, Delagrave, s.d.
984. BRETTE (A.) — Recueil de documents relatifs à la convocation des États généraux de 1789, Paris, Imprimerie nationale, 1894 et suiv.
985. BRETTE (A.) — Les Cahiers de 1789 et les Archives parlementaires, La Révolution française, 1904.
986. CHAMPION (Edme) — L’Instruction publique en France d’après les cahiers de 1789. Revue internationale de l’enseignement, 1884.
987. MONDENARD (A. de) — Nos Cahiers de 1789. Cahiers de l’Agénois, Villeneuve-sur-Lot, E. Chabrée, 1889.
988. PICARD (Roger) — Les Cahiers de 1789 et les classes ouvrières, Paris, 1910.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
771
989. SAGNAC (Ph.) — Les Cahiers de 1789 et leur valeur. Revue d’histoire moderne et contemporaine, 19064907.
990. DUVAL (L) — Les Cahiers de doléances des paroisses du bailliage d’Alençon en 1789, La Révolution française, 1887.
991. Cahiers de doléances des villes, bourgs et paroisses du bailliage d’Alençon, publié par Louis Duval, Alençon, 1887.
991 bis. Cahiers de doléances des corps et corporations de la ville d’Alençon, publié par R. Jouanne, Alençon, Imprimerie alençonnaise, 1929.
992. Cahiers de doléances du bailliage d’Amont, publié par M. Godard et L. Abensour, Besançon, Dodivers, 1918.
994. UZUREAU (F.) — Les élections et le cahier du Tiers-État de la ville d’Angers, Angers, Grassin, 1912.
995. Cahiers de doléances des corporations de la ville d’Angers et des paroisses de la sénéchaussée particulière d’Angers, publié par A. Le Moy, Angers, Burdin, 1915.
996. Cahiers de doléances de la sénéchaussée d’Angoulême et du siège royal de Cognac, publié par P. Boissonnade, Paris, Imprimerie nationale, 1907.
997. Cahier de la ville d’Antrain. Annales de Bretagne, 1905-1906.
998. Cahiers de doléances du bailliage d’Arques, publié par E. Le Parquier, Lille, Robbe, 1922.
999. MONTARLOT (P.) — Le Bailliage d’Autun en 1789 d’après les cahiers des trois ordres. Mémoire de la Société éduenne, 1892.
1000. Cahiers des paroisses et communautés du bailliage d’Autun, publié par A. de Charmasse, Autun, Déjussieu, 1895.
1001. MÈGE (F.) — Les Cahiers des paroisses d’Auvergne en 1789, Clermont-Ferrand, Bellet, 1899.
1002. MÈGE (F.) — Les Cahiers des bailliages et sénéchaussées d’Auvergne en 1789. Revue d’Auvergne, 1903.
1003. DEMAY (C.) — Cahiers des paroisses du bailliage d’Auxerre. Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 1884 et 1885. 1004. Cahiers des curés et des communautés ecclésiastiques du bailliage
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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d’Auxerre, publié par Ch. Porée, Auxerre, Imprimerie l’Universelle, 1927.
1005. Cahiers de doléances du bailliage de Troyes et du bailliage de Bar-sur-Seine, publié par J.-J. Vernier, Troyes, Nouel, 1911.
1006. FAYARD (J.) — Les Cahiers des paysans du Beaujolais aux États généraux. Revue d’histoire de Lyon, 1904.
1007. DESJARDINS (G.) — Le Beauvaisis, le Valois, le Vain-français, le Noyonnais en 1789, Beauvais, 1869.
1008. Cahiers du Tiers-État de la ville de Bernay, publié par E. Veuclin, Bernay, Veuclin, 1879.
1009. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Bigorre, publié par G. Balencie, Tarbes, Lesbordes, 1926.
1010. Cahiers de doléances du bailliage de Blois et du bailliage secondaire de Romorantin, publié par E. Lesueur et A. Cauchie, Blois, E. Rivière, 1907.
1011. Cahiers de doléances du clergé, de la noblesse, du tiers-état de la province du Bourbonnais. Bulletin de la Société d’émulation du département de l’Allier, 1853.
1012. Cahiers de doléances du bailliage de Bourges et des bailliages secondaires de Vierzon et d’Henrichemont, publié par A. Gandilhon, Bourges, Tardy-Pigelet, 1910.
1013. SÉE (H.) — Les Cahiers de paroisses de la Bretagne en 1789, La Révolution française, 1904.
1014. Le Cahier d’observations et doléances du tiers-état de la ville de Caen en 1789, publié par F. Mourlot, Paris, Société de l’histoire de la Révolution française, 1912.
1015. MOURLOT (F.) — Les Cahiers des trois ordres dans les bailliages de Caen et de Coutances (Ch. XI de La fin de l’ancien régime et les débuts de la Révolution dans la généralité de Caen, Paris, Société de l’histoire de la Révolution française, 1913).
1016. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Cahors, publié par V. Fourastié, Cahors, Coueslant, 1908.
1017. Les Doléances de Campan et de Baudéan en 1789, publié par J. Gros. Bulletin de la Société Ramond, (Bagnères-de-Bigorre), 1907.
1018. Les Cahiers [généraux] dans la sénéchaussée de Castres, publié par le marquis de la Jonquière, Paris, Michel Lévy, 1867.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
773
1019. Cahiers de doléances pour les États généraux de 1789 : 1. Bailliage de Châlons-sur-Marne, etc., publié par G. Laurent, Epernay, H. Villers, 1906-1911.
1020. Cahiers de plaintes, doléances, etc., de la paroisse de Serley (bailliage de Châlons-sur-Saône), La Bresse louhannaise. Bulletin de la Société d’agriculture de Louhans, 1910.
1021. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Civray, publié par Boissonnade et L. Cathelineau, Niort, Imprimerie Saint-Denis, 1925.
1022. Cahiers de doléances du bailliage de Cotentin, publié par E. Bridrey, Paris, Imprimerie nationale, 1912-1914.
1023. Les Cahiers généraux des trois ordres au bailliage principal de Dôle, etc., publié par l’abbé Fromont. Mémoire de la Société d’émulation du Jura, 1906.
1024. Cahiers des doléances des communautés de la sénéchaussée de Draguignan, publié par F. Mireur, Draguignan, Olivier et Rouvier, 1889.
1025. LEGRAND (M.) et MARQUIS (S.) — Le Bailliage d’Etampes aux États-généraux, Etampes, Brière, 1898.
1026. Les Cahiers de la Flandre maritime en 1789, publié par A. de Saint-Léger et Ph. Saignac, Paris, Picard, 1906-1910.
1027. Cahiers de doléances... de la Haute-Vienne, publié par A. Fray-Fournier, Limoges, Chatras, 1893.
1028. FLOUR DE SAINT-GELAIS — L’Esprit public et les élections au Havre de 1787 à 1790. Recueil des publications de la Société havraise d’études diverses, 1889.
1029. Cahiers de doléances des baillages du Havre, publié par E. Le Parquier, Epinal, Imprimerie Lorraine, 1929.
1030. Cahiers de doléances du bailliage de Honfleur, publié par A. Blossier, Caen, Adeline, 1913.
1031. Cahiers de doléances des paroisses de la sénéchaussée de Tartas en 1789 (Landes), publié par M. de Chanton. Bulletin trimestriel de la Société de Borda, 1905 et 1906.
1032. Cahiers des doléances du Tiers-état. Villes, villages et bourgs du diocèse de Lavaur, publié par Ch. Pradel. Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn, 1888-1889.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
774
1033. MARION (M.) — Cahiers de doléances... des paroisses des sénéchaussées de Libourne et de Bazas. Archives historiques du département de la Gironde, 1900 à 1903.
1034. Doléances des corporations et corps constitués de Limoges (dans : Nouveaux documents historiques sur la Marche et le Limousin, publié par A. Leroux, Limoges, Gely, 1887).
1035. GUIBERT (L.) — Les Cahiers du Limousin et de la Marche en 1789, Limoges, Ducourtieux, 1889.
1036. QUÉRU (R.) — Le Cahier de doléances du Tiers État (de Lisieux) en 1789 (dans : Etudes lexoviennes, Paris, Champion, Caen, Jouen, 1915).
1037. Les Cahiers de Tremont et Neuville-sur-Ome (Lorraine), publié par E. Bécourt. Mémoire de la Société des lettres, etc., de Bar-le-Duc, 1885.
1038. Cahiers lorrains de 1789, publié par l’abbé P. Lesprand, Jahrbuch der Gesellschafft für lothringische Geschichte und Altertumskunde, 1904.
1039. Cahiers de plaintes et doléances des paroisses de la province du Maine, publié par A. Bellée et V. Duchemin, Le Mans, Paris, Champion, 1881.
1040. SPAL (J.) — Les Cahiers de doléances de l’Instruction primaire en Maine-et-Loire en 1789. Bulletin de la Société des sciences, etc., de Cholet, 1893.
1041. Cahiers de la Marche et assemblée du département de Guéret, publié par L. Duval, Paris, Dumoulin, 1873.
1042. Cahiers de doléances du département de la Marne, publié par G. Laurent, t. IV, Bailliage de Reims, Reims, Matot-Braine, 1930.
1043. Les Cahiers de Baudrémont, de Thonelle, de Seuzey et d’Eric, Saint-Dizier en 1789 (Marne), publié par H. Labourasse. Mémoire de la Société des lettres, etc., de Bar-le-Duc, 1901.
1044. Cahier de doléances de la sénéchaussée de Marseille, publié par J. Fournier, Marseille, Imprimerie nouvelle, 1908.
1045. Election du député direct et cahier du tiers-état de la ville de Metz en 1789, publié par l’abbé Lesprand, Jahrbuch der Gesellschafft fur lothringische Geschichte und Altertumskunde, 1903.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
775
1046. Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy, t. I. Bailliage de Vic, publié par Ch. Etienne, Nancy, Berger-Levrault, 1907.
1047. Cahiers de doléances du bailliage de Mirecourt, publié par E. Martin, Epinal, Imprimerie lorraine, 1928.
1048. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Montauban et du pays et jugerie de Rivière-Verdun, publié par V. Malrieu, Montauban, Barrier, 1925.
1049. Les Cahiers et les députés... du bailliage royal de Montfort-l’Amaury, publié par E. Couard et F. Lorin. Mémoire de la Société archéologique de Rambouillet, 1902.
1050. Cahiers des doléances des habitants de Montpellier (dans : de la Pijardière, Histoire de la ville de Montpellier, Montpellier, Coulet, 1882, t. IV).
1051. Cahiers de doléances des paroisses du bailliage de Neuchâtel-en-Bray, Rouen, Gagniard, 1908.
1052. Les Cahiers de la sénéchaussée de Nîmes en 1789. Etude par Bligny-Bondurand. Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques. Section des sciences économiques et sociales, 1907.
1053. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Nîmes, publié par E. Bligny-Bondurand, Nîmes, Chastanier, 1909.
1054. Cahiers de doléances des sénéchaussées de Niort et de Saint-Maixent, publié par L. Cathelineau, Niort, Clouzot, 1912.
1055. Cahiers de doléances en 1789 (Nivernais). Bulletin de la Société nivernaise des lettres, etc., 1896.
1056. LABOT (A.) — Convocation des États généraux et législation électorale de 1789. Cahiers, etc., du Nivernais et Donziais, Nevers-Paris, A. Lacroix, 1866.
1057. Cahiers de doléances des paroisses du bailliage de Cany (Normandie), publié par C. Romain, Rouen, 1909.
1058. Cahiers de doléances de la ville de Noyon. Comité archéologique et historique de Noyon. Comptes rendus et mémoires, 1898 et 1899.
1059. Cahiers de doléances du bailliage d’Orléans, publié par C. Bloch, Orléans, Imprimerie orléanaise, 1907.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
776
1060. CHASSIN (Ch.-L.) — Les Élections et les cahiers de Paris en 1789, Paris, Jouaust, Noblet, Quantin, 1888.
1061. Cahiers de doléances de 1789 dans le département du Pas-de-Calais, publié par H. Loriquet, Arras, Répessé-Crépel, 1891.
1062. Cahiers de doléances du clergé et des « gens de bien, du bailliage d’Aval (Poligny), publié par R. Prost. Bulletin de la Société d’agriculture, etc., de Poligny, 1879.
1063. Assemblées des sénéchaussées du Quercy pour l’élection des députés aux États Généraux de 1789. Procès-verbaux, cahiers, publié par L. Combarieu, Cahors, Girma, 1889.
1064. Cahiers de doléances des sénéchaussées de Quimper et de Concameau, publié par J. Savina et D. Bernard, Rennes, Oberthur, 1927.
1065. Cahiers des doléances d’Yoncq-les-Mouzon. Bailliage de Reims. Revue d’Ardenne et d’Argonne, 1900.
1066. Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Rennes, publié par H. Sée et A. Lesort, Rennes, Oberthur, 1909-1912.
1067. Cahiers des doléances et remontrances des corporations de la ville de Rochefort-sur-Mer, publié par Lemonnier. Bulletin de la Société des archives historiques. Revue de la Saintonge et de l’Aunis, 1903.
1068. Cahiers de doléances des communautés de Rochefort-sur-Mer en 1789, publié par Ph. Rondeau. Société des archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, 1888.
1069. Cahier de doléances de Rochefort-sur-Mer. Bulletin de la Société de géographie de Rochefort-sur-Mer, 1909.
1070. Cahiers de doléances du bailliage de Sens, publié par Ch. Porée, Auxerre, Imprimerie coopérative ouvrière, 1908.
1071. Cahier des instructions, pouvoirs et doléances des communautés du ressort de la sénéchaussée de Sisteron (résumé par Ed. de Laplane dans : Essai sur l’histoire municipale de la ville de Sisteron, Paris, Paulin, 1840).
1072. Documents pour servir à l’histoire de la Révolution française dans le département de la Somme, t. I : États généraux de 1789. Elections. Rédaction des Cahiers, Amiens, Jeunet, 1888.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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1073. Cahiers paroissiaux des sénéchaussées de Toulouse et de Comminges en 1789, publié par F. Pasquier et Fr. Galabert, Toulouse, Privat, 1928.
1074. Cahier des doléances... du Monastier Saint-Chaffre en Velay. Bulletin de la Société d’agriculture, etc., du Puy, 1901.
1075. PORT (C.) — La Vendée angevine, t. I, ch. 2, Les Cahiers, Paris, Hachette, 1888.
1076. Les Cahiers de doléances de Verdun en 1789, publié par d’Arbois de Jubainville. Mémoire de la Société des lettres, etc., de Bar-le-Duc, 1908.
1077. Voeux relatifs à l’Instruction publique dans le cahier de doléances du bailliage du Vermandois, par Combier. Bulletin de la Société académique de Laon, t. 27, 1884-1887.
1078. Bailliages de Versailles et de Meudon. Les Cahiers des paroisses, publié par M. Thénard, Versailles, Aubert, 1889.
1079. MAISONADE (N.) —Les Elections de 1789 (contient les cahiers de la noblesse, du clergé, du Tiers de Villefranche-de-Rouergue). Mémoire de la Société des lettres, etc., de l’Aveyron, 1906-1911.
1080. VASCHALDE (H.) — Le Vivarais aux États généraux de 1789, Paris, Lechevalier, 1889.
1081. Cahiers de doléances des villes de Cosne, Varzy et de la paroisse de Lignorelle (Yonne), publié par C. Demay. Bulletin de la Société des sciences historiques de l’Yonne, 1886.
1082. Résumé général ou extrait des cahiers de pouvoirs... remis par les divers bailliages... à leurs députés à l’assemblée des États généraux ouverts à Versailles le 4 mai 1789, Paris, rue des Marais, n° 20, 1789.
XIII. — Ouvrages philosophiques et divers publiés au XVIIIe siècle
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Nous avons publié une bibliographie méthodique des ouvrages marqués d’un * dans la Revue d’histoire littéraire de la France, avril-juin 1933. Pour d’Holbach un supplément de treize éditions a été publié par M. J. Sough, même revue, avril-juin 1936.
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L’édition signalée n’est pas toujours nécessairement la première, mais celle à laquelle renvoient nos notes.
1083. ABAUZIT — Discours historiques sur l’apocalypse par feu M. Abauzit, Londres, s.n., 1770.
1083 bis. ALEMBERT (d’) — OEuvres et correspondance inédites, publié par Ch. Henry, Paris, Perrin, 1887.
1084. ALBON (Comte de) — Discours politiques... sur quelques gouvernements de l’Europe, Neuchâtel, s.d., 1779.
1085. ANNET (trad. par d’Holbach) — David ou l’histoire de l’homme selon le coeur de Dieu, Londres, 1768.
1086. ANNET (trad. par d’Holbach) — Examen critique de la vie et des ouvrages de saint Paul, Londres, 1770.
1087. ANDRÉ (Abbé J.) — Le Tartare à Paris, Paris, Maradan, 1788.
1088. ARCQ (Chevalier d’) — Essais sur l’administration, s.l., 1786.
1089. ARGENS (d’) — La Philosophie du bon sens, Londres, Compagnie, 1737.
1090. ARGENS (d’) — Défense du paganisme par l’empereur Julien, Berlin, Voss., 1764.
1091. ARGENS (d’) — Lettres juives, La Haye, Paupie, 1764.
1092. ARGENS (d’) — Histoire de l’esprit humain, Berlin, Hande et Spener, 1765.
1093. ARGENS (d’) — Lettres cabalistiques, La Haye, Paupie, 1769.
1094. BARBEU DU BOURG (J.) — Calendrier de Philadelphie ou Constitutions de Sancho-Pança et du bonhomme Richard en Pensylvanie, Philadelphie et Paris, Esprit, 1778.
1095. BARBEYRAC (J.) — Traité de la morale des Pères de l’Eglise, Amsterdam, Uytwerf, 1737.
1096. BARNAVE — OEuvres, publié par Mme Saint-Germain, Paris, Challamet, 1843.
1097. BARRAL (Abbé P.) — Manuel des Souverains, s.l., 1754, in-12.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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1098. BARRUEL (Abbé) — Les Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques, Paris, Mequignon, 1823.
1099. BASSET DE LA MARELLE — La Différence du patriotisme national chez les Français et les Anglais, Lyon, Delaroche, 1762.
1100. BASTIDE (de) — Les Choses comme on doit les voir, Londres-Paris, Duchesne, 1757.
1101. BAUDEAU (Abbé) — Idées d’un citoyen sur les droits et les devoirs des vrais pauvres, Amsterdam, Paris, 1765.
1102. BAYLE — Extrait du dictionnaire historique et critique de Bayle, Berlin, 1767.
1103. BÉARDÉ DE L’ABBAYE — Dissertation qui a remporté le prix sur la question proposée en 1766 par la société d’économie et d’agriculture de St-Pétersbourg, s.l., 1768. [Est-il avantageux à un État que le paysan possède en propre du terrain...]
1104. BÉARDÉ DE L’ABBAYE — Recherches sur les moyens de supprimer les impôts, Amsterdam, Rey, 1770.
1105. BAUDEAU (Abbé) et MIRABEAU (Marquis de) — Ephémérides du citoyen, Paris, Delalain, 1765 et suiv.
1106. BEAUSOBRE (de) — Le Pyrrhonisme raisonnable, Berlin, de Bourdeaux, 1745.
1107. BEAUSOBRE (de) — Dissertations philosophiques, Paris, Durand, Pissot, 1753.
1109. BEAUSOBRE (de) — Introduction générale à l’étude de la politique, des finances et du commerce, Amsterdam, Schneider, 1765.
1110. BELLEPIERRE DE NEUVÉGLISE — La Pratique de l’impôt ou vues d’un patriote, Avignon, 1762.
1111. BÉRENGER (L.-P.) — Le Peuple instruit par ses propres vertus. Cours complet d’instruction et d’anecdotes, Paris, Nyon, 1787.
1112. BERGASSE (N.) — Observations sur le préjugé de la noblesse héréditaire, Londres, s.n., 1789.
1113. BERNARD (J.-F.) — Histoire des cérémonies et des superstitions qui se sont introduites dans l’Église, Amsterdam, J.F. Bernard, 1717.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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1114. BERNARD (J.-F.) — Dialogues critiques et philosophiques par M. l’abbé de Charte-Livry, Amsterdam, J.-F. Bernard, 1730.
1115. BERNARD (J.-F.) et MIRABEAU (J.-B. de) — Le Monde, son origine et son antiquité [par J.-F. Bernard]. De l’âme et de son immortalité [par J.-B. de Mirabaud], Londres, s.n., 1778.
1116. BERNARD (J.-F.) ( ?) — Éloge de l’enfer, ouvrage critique, historique et moral, La Haye, Gosse, 1759.
1117. BISSY (de) — (publié par Moit), Histoire d’Ema, s.l., 1752.
1118. BLOUNT (Ch.) — Vie d’Apollonius de Tyane par Philostrate avec les commentaires donnés en anglais par Ch. Blount, Berlin, Decker, 1774.
1119. BOISMONT (de) ( ?) — Lettres secrètes sur l’état actuel de la religion et du clergé de France, s.l., 1781-1784.
1120. BOLINGBROKE — Pensées de milord Bolingbroke sur différents sujets, Amsterdam, Paris, Prault, 1771.
1121. BONAFOUS (L.A. de), abbé de Fontenay — Esprit des livres défendus ou anthologies philosophiques, Amsterdam-Paris, Nyon, Laporte, 1777.
1122. BONCERF — Les Inconvénients des droits féodaux, Londres-Paris, Valade, 1776.
1123. BORDE (Ch.) — Tableau philosophique du genre humain, Londres, s.n., 1770.
1124. BORDE (ou Voltaire) — Le cathécumène [sic] traduit du chinois, Amsterdam, s.n., 1768.
1125. BOUCHER D’ARGIS — Observations sur les lois criminelles de France, Bruxelles, Flon, 1781.
1126. BOUCHER D’ARGIS — De la bienfaisance dans l’ordre judiciaire. Discours, etc., Londres-Paris, Le Boucher, 1788.
1127. BOUFFOUNIDOR (de) — Le Procès des trois rois, Londres, Carenaught, 1780.
1128. BOUFFOUNIDOR (de) — Les Fastes de Louis XV, de ses ministres, etc., Villefranche, chez la veuve Liberté, 1782.
1129. BOULAINVILLIERS( ?) — Lettre d’Hypocrate à Damagette, traduction, Cologne, Jacques Le Sage, 1700.
1130. BOULAINVILLIERS — La Vie et l’esprit de M. Benoît de Spinosa, s.l., 1719.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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1131. BOULAINVILLIERS — La Vie de Mahomed, Londres, s.n., Amsterdam, Humbert, 1730.
1132. BOULAINVILLIERS ( ?) — Doutes sur la religion, suivis de l’analyse du traité théologi-politique de Spinosa, Londres, 1767.
1133. *BOULANGER — Recherches sur l’origine du despotisme oriental, 1762.
1134. *BOULANGER — L’Antiquité dévoilée, Amsterdam, 1766.
1135. *BOULANGER — OEuvres complètes, Amsterdam, 1775.
1136. *BOULANGER — Dissertation sur Elle et Enoch. Dix-huitième siècle.
1137. *BOUREAU-DESLANDES — Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant, Rochefort, Le Noir, 1755.
1138. *BOUREAU-DESLANDES — De la certitude des connaissances humaines, Londres, 1741.
1139. BOUREAU-DESLANDES (A.-F.) — Pigmalion ou la statue animée, Londres, Harding, 1741.
1140. BOUREAU-DESLANDES — Histoire critique de la philosophie, Amsterdam, Changuion, 1756.
1141. BRANCAS (de), comte de Lauraguais — Tableau de la Constitution française, s.l., 1771.
1142. BRANCAS (de), comte de Lauraguais — Extraits du droit public de la France, En France, 1771.
1143. BRISSOT — Le Pot-pourri, étrennes aux gens de lettres, Londres, s.n., 1777.
1144. BRISSOT — Testament politique de l’Angleterre, s.l., 1680 [sic].
1145. BRISSOT — Les Moyens d’adoucir la rigueur des lois pénales en France... Discours..., Châlons, Seneuze, 1781.
1146. BRISSOT — Recherches philosophiques sur le droit de propriété et sur le vol considéré dans l’état de nature.
1147. BRISSOT — De la Vérité ou méditations sur les moyens de parvenir à la vérité..., Neuchâtel-Paris, Desanges, etc., 1782.
1148. BRISSOT ( ?) — Lettres philosophiques sur saint Paul, Neuchâtel, s.n., 1783.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
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1149. BRISSOT — Le Philadelphien à Genève..., Dublin, s.n., 1783.
1150. BRISSOT — Correspondance universelle sur ce qui intéresse le bonheur de l’homme et de la société, Neuchâtel, Imprimerie typographique, 1783.
1151. BRISSOT — Lettres sur la liberté politique..., Liège, 1783-89.
1152. BUFFIER (Le P.) — Cours de sciences, Paris, 1732.
1152 bis. CARACCIOLI (Voir 1269 bis).
1153. CARRA (J.-L) — Esprit de la morale et de la philosophie, La Haye, s.n., 1777.
1154. CARRA (J.-L.) — Système de la raison ou le prophète philosophe, Londres, Kearby, 1782.
1155. CASTILHON (J.-L) — Essai sur les erreurs et les superstitions, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1765.
1156. CASTILHON (J.-L.) — Considérations sur les causes physiques et morales de la diversité de génie des moeurs et du gouvernement des nations, Bouillon-Paris, Lacombe, 1769.
1157. CASTILHON (J.-L.) — Histoire générale des dogmes et opinions philosophiques... tirée du Dictionnaire Encyclopédique, Londres, s.n., 1769.
1158. CASTILHON (J.-L.) — Le Diogène moderne, ou le désapprobateur, Bouillon, Société typographique, 1770.
1159. CERFVOL (de) — Législation du divorce, 2e édition, Londres, 1770.
1160. CÉRUTTI (J.-A.-J.) — Recueil de quelques pièces de littérature en prose et en vers, Glasgow, s.n., 1784.
1161. CÉRUTTI (J.-A.-J.) — La Réforme du code criminel, Londres-Toulouse, 1787.
1162. CHAMFORT — OEuvres, publié par P.-R. Auguis, Paris, Chaumerot, 1824.
1163. CHASSAIGNON (de Lyon) — Cataractes de l’imagination, déluge de la scribomanie, etc., De l’antre de Trophonius, 1779.
1164. CHASTELLUX (F.-J.) — De la Félicité publique, Amsterdam, Rey, 1772.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
783
1165. CHÉNIER (A.) — OEuvres inédites, publié par A. Lefranc, Paris, Champion, 1914.
1166. CHUBB — Nouveaux essais sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal, Amsterdam, Changuyon, 1732.
1167. CLIQUOT DE BLERVACHE ( ?) — Le Réformateur, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1756.
1168. CLOOTS (A.) — La Certitude des preuves du Mahométisme..., Londres, s.n., 1780, (suivi de : Lettres d’un jeune philosophe à un jeune théologien...).
1169. CLOOTS (A.) — Voeux d’un Gallophile, nouvelle édition refondue, Amsterdam, s.n., 1786.
1170. COLLET (Le P.) — Traité des devoirs des gens du monde, Paris, Debua, Hérissant, etc., 1763.
1171. COLLINS — Discours sur la liberté de penser, Londres, s.n., 1714.
1172. COLLINS — Paradoxes métaphysiques sur le principe des actions humaines, Eleutheropolis, s.n., 1756.
1173. *COLLINS (trad. par d’Holbach) — Examen des prophéties qui servent de fondement à la religion chrétienne, Londres, 1768.
1174. *COLLINS (trad. par d’Holbach) — L’Esprit du judaïsme, Londres, 1770.
1175. COLLOT D’HERBOIS — Il y a bonne justice ou Le Paysan magistrat, drame en 5 actes, Marseille, Sube et Laporte, 1778.
1176. CONDORCET — OEuvres, publié par A. Condorcet, O’Connor et M.-F. Arago, Paris, Didot, 1847.
1177. CORBIN (Le P.) — Traité d’éducation civile, morale et religieuse de l’homme à l’usage des élèves du collège royal de la Flèche, Angers-Paris, 1787.
1178. COSTARD (J.-P.) etc. — Dictionnaire universel historique et critique des moeurs, etc., Paris, Costard, 1772.
1179. COYER (Abbé) — Bagatelles morales, Londres, Paris, Duchesne, 1755.
1180. COYER (Abbé) — OEuvres complètes, Paris, Duchesne, 1782.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
784
1182. *CRELLIUS (trad. par d’Holbach) ( ?) — De la tolérance dans la religion, Londres, 1769.
1183. CUPPÉ (Pierre) — Le Ciel ouvert à tous les hommes, ouvrage théologique, 1768.
1184. DAGUES DE CLAIRFONTAINE — Bienfaisance française, ou Mémoires pour servir à l’histoire de ce siècle, Paris, Bastien, 1778.
1185. DARIGRAND — L’Antifinancier, Amsterdam, s.n., 1763.
1187. *DAVISSON (trad. par d’Holbach) — De la monstruosité pontificale, Londres, 1775.
1187 bis. DELEYRE — Tableau de l’Europe, t. VII de l’Histoire philosophique et politique... de Raynal, La Haye, Gosse fils, 1774.
1188. *DELISLE DE SALES — La Bardinade, 1765.
1189. *DELISLE DE SALES — De la philosophie de la nature, Amsterdam, 1770.
1190. DELISLE DE SALES — Essai philosophique sur le corps humain, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1773.
1192. DELISLE DE SALES — Paradoxes par un citoyen, Amsterdam, s.n., 1772, (contient : Défense de la philosophie de la nature. — Essai sur la liberté de la presse).
1193. DELISLE DE SALES — Lettre de l’inquisiteur de Goa à Maître Dedelay d’Achères inquisiteur du Châtelet de Paris, pour la sentence qui condamne au feu la Philosophie de la Nature, Goa, 1776.
1194. DELISLE DE SALES — Histoire nouvelle de tous les peuples du monde, t. I, Paris, s.n., 1779.
1195. DELISLE DE SALES — Théâtre d’un poète de Sybaris, traduit (soi-disant) pour la première fois du grec, Sybaris et Paris, s.n., 1788.
1196. DELISLE DE SALES — Analyse du catalogue de la bibliothèque de M. de Sales, Paris, s.d.
1197. DELOLME — Constitution de l’Angleterre ou état du gouvernement anglais, Amsterdam, 1771.
1198. DENESLE — L’Aristippe moderne, Paris, Dupuis, Grangé, 1737.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
785
1199. DENESLE — Examen du matérialisme, Paris, Vincent, 1754.
1200. *DIDEROT — Pensées philosophiques, La Haye, 1746.
1201. *DIDEROT — Lettre sur les aveugles, Londres, 1749.
1203. *DIDEROT — Pensées sur l’interprétation de la nature, 1754.
1204. DIDEROT — OEuvres, publié par Assezat et Tourneux, Paris, Garnier, 1875-1877.
1205. DES MAIZEAUX — Recueil de diverses pièces sur la philosophie, etc., Amsterdam, du Sauzet, 1720.
1206. DUBOIS DE LAUNAY — Coup d’oeil sur le gouvernement anglais, s.l., 1786.
1207. DUBUAT-NANÇAY — Eléments de la politique, Londres, s.n., 1773.
1208. DUBUAT-NANÇAY — Les Maximes du gouvernement monarchique, Londres, s.n., 1778.
1209. CHATELET (Mme du) — Doutes sur les religions révélées..., ouvrage posthume, Paris, s.n., 1792.
1210. DUCLOS — OEuvres, Paris, Desessarts, 1802.
1211. DULAURENS — L’Antipapisme révélé ou les Rêves de l’antipapiste, Genève, Lapret, 1767.
1213. DULAURENS — Le Portefeuille d’un philosophe, Cologne, Marteau, 1770.
1214. *DUMARAIS ( ?) — Analyse de la religion chrétienne, s.l.n.d.
1215. DUMAS (J.-F.) — L’Esprit du citoyen, Neufchâtel, 1783.
1216. DUVAL (François) — Lettres curieuses sur divers sujets, Paris, Pépie, 1725.
1217. DUVERNET (Th.-J.) — L’Intolérance religieuse par Guillaume le Disputeur, s.l., 1782.
1218. ESPAGNAC (Abbé d’) — Réflexions sur l’abbé Suger et son siècle, Londres, 1780.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
786
1219. ESTÈVE (P.) — Origine de l’univers expliquée par un principe de la matière, Berlin, s.n., 1748.
1220. FAIGUET DE VILLENEUVE — L’Économie politique, Londres, Paris, Moreau, etc., 1763.
1220 bis. FERLET (Abbé) — De l’abus de la philosophie par rapport à la littérature, Nancy, Lescure, Paris, Barbou, 1773.
1221. FÉROUSE — Vues d’un solitaire patriote, La Haye, Paris, Clousier, 1784.
1222. FERRIÈRES (C.-E. de) — Le Théisme ou introduction générale à l’étude de la religion, Londres-Paris, Poinsot, 1785.
1223. FORGE (Chevalier de) — L’Ami de l’État ou Réflexions politiques..., Lyon, Delaroche, 1761.
1224. *FRÉRET — Lettre de Thrasibule à Leucippe, Londres, s.d.
1225. *FRÉRET — OEuvres complètes, Londres, 1775.
1226. *FRÉRET — Examen critique du Nouveau Testament, Londres, 1777.
1227. *FRÉRET ( ?) — La Moisade et examen critique du Nouveau Testament, Londres, 1787.
1228. GOUTIER (Abbé J.-J.) — Réfutation du Celse moderne ou objections contre le christianisme, Lunéville, Goebel et Messuy, 1752.
1229. GÉNARD — L’École de l’homme, Londres, s.n., 1752.
1230. GIN — Les vrais principes du gouvernement français, Paris, Royez, 1787.
1231. GORDON (Th.) — L’Intolérance convaincue de crime et de folie (à la suite de Crellius. De la tolérance, Londres, s.n., 1769).
1232. GOYON DE LA PLOMBANIE — L’Homme en société, Amsterdam, Rey, 1763.
1233. GRASLIN — Essai analytique sur la richesse et sur l’impôt, Londres, 1767.
1234. GUÉNARD (A.) — Discours sur cette question : En quoi consiste l’esprit philosophique ? Paris, 1775.
1235. GUÉROULT DE PIVAL ( ?) — Doutes sur la religion suivies [sic] de l’analyse du traité théologi-politique de Spinosa par le Comte de Boulainvilliers, Londres, s.n., 1767.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
787
1236. GUIBERT — Essai général de tactique précédé d’un discours sur l’état actuel de la Politique et de la science militaire en Europe, Londres, Libraires associés, 1772.
1237. GUIBERT — Éloge historique de Michel de l’Hospital, s.l., 1777.
1238. GUILLARD DE BEAURIEU (G.) — L’Elève de la nature, Amsterdam-Lille, Henry, 1771.
1239. HELVÉTIUS — De l’Esprit, Amsterdam et Leipsick, Arkstée et Merkus, 1758.
1240. HÉMERY (d’) — Journal de la librairie [1750-1769]. (Inédit. Bibliothèque nationale. Collection Anisson-Duperron, 22156.)
1241. HENNEBERT (J.-B.) — Du Plaisir ou du moyen de se rendre heureux, Lille, J.-B. Henry, 1764.
1242. HÉRAULT DE SÉCHELLES — OEuvres littéraires, publié par Emile Dard, Paris, Perrin, 1907.
1243. *HOLBACH (d’) ( ?) — Examen critique des apologistes de la religion chrétienne, 1766. [cf. Gallica, page d’Holbach]
1244. *HOLBACH (d’) — Le Christianisme dévoilé, 1767.
1245. *HOLBACH (d’) — De l’imposture sacerdotale, Londres, 1767.
1246. *HOLBACH (d’) — Théologie portative, Londres, 1768.
1247. *HOLBACH (d’) — La Contagion sacrée, 1768.
1248. *HOLBACH (d’) — Lettres à Eugénie, Londres, 1768.
1249. *HOLBACH (d’) — Réflexions impartiales sur l’Evangile, Londres, 1769.
1250. L’Enfer détruit (trad. par d’Holbach), Londres, 1769.
1251. *HOLBACH (d’) — Opinion des anciens sur les Juifs, Londres, 1769.
1252. *HOLBACH (d’) — De la cruauté religieuse, 1769.
1253. *HOLBACH (d’) ( ?) — Tableau des saints, Londres, 1770.
1254. *HOLBACH (d’) — Système de la nature, Londres, 1770.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
788
1255. *HOLBACH (d’) — Essai sur les préjugés, Londres, 1770.
1255 bis. *HOLBACH (d’) (adapté de Collins) — Israël vengé, Londres, 1770.
1256. *HOLBACH (d’) — Le bon sens ou idées naturelles opposées aux idées surnaturelles, 1772.
1257. *HOLBACH (d’) — Recherches sur les miracles, Londres, 1773.
1258. *HOLBACH (d’) — Système social, Londres, 1773.
1259. *HOLBACH (d’) — La Politique naturelle, Londres, 1773.
1260. *HOLBACH (d’) — Le Vrai sens du système de la nature, Londres, 1774.
1261. *HOLBACH (d’) — La Morale universelle, Amsterdam, 1776.
1262. *HOLBACH (d’) — Éthocratie ou le gouvernement fondé sur la morale, Amsterdam, 1776.
1263. *HOLBACH (d’) — De l’état naturel des peuples, Paris, 1786.
1264. *HOLBACH (d’) — Histoire critique de Jésus-Christ, s.l.n.d.
1265. HOLLAND (G. Z.) — Réflexions philosophiques sur le système de la nature, Neuchâtel, Société typographique, 1773.
1266. HUME (D.) — OEuvres philosophiques, Londres, s.n., 1788.
1267. HUPAY DE FUVÉA — Maison de réunion pour la communauté philosophe dans la terre de l’auteur de ce projet, etc., Euphrate, etc., 1779.
1268. JAUBERT (J.) — Éloge de la roture dédié aux roturiers, Londres, Paris, Dessain, 1766.
1269. LACROIX (P.-F.) — Traité de morale, ou devoirs de l’homme envers Dieu, envers la Société et envers lui-même, Paris, Desaint ; Carcassonne, Heirisson, 1767.
1269 bis. CARACCIOLI (L.-A.) — Voyage de la raison en Europe, Paris, 1772.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
789
1270. LA HARPE — Correspondance littéraire, Paris, Miqueret, 1804.
1271. LANDREAU DU MAINE AU PICQ — Législation philosophique, politique et morale, Paris, l’auteur et Debure, 1787.
1272. LANJUINAIS (de) — Le Monarque accompli, Lausanne, Hinbach, 1774.
1273. LA SERRE — Examen de la religion, Londres, 1761.
1274. LA SERRE — La Vraie religion démontrée par l’Ecriture sainte, Londres, 1767.
1275. LASSAY (Marquis de) — Lettres amoureuses et pensées diverses, publié par M. Lange, Paris, Sansot, 1912.
1276. LAURAGUAIS (Comte de) — Extrait du droit public de la France, 1771. 1277. LAYMAN (trad. par d’Holbach) — Les Prêtres démasqués, Londres, 1768.
1278. LE COURBAYER (P.-F.) — Déclaration de mes derniers sentiments sur les différents dogmes de la religion, Londres, Elmsly, etc., 1787.
1279. LEFÈVRE DE BEAUVRAY — Dictionnaire social et patriotique, Amsterdam, s.n., 1770.
1280. LEGUAY DE PRÉMONTVAL — Lettres contre le dogme de l’Eucharistie, 1735.
1281. LEGUAY DE PRÉMONTVAL — Le Diogène de d’Alembert ou Pensées libres sur l’homme, Berlin, Schneider, 1755.
1282. LE TROSNE (G.) — Les Effets de l’impôt indirect, s.l., 1770.
1283. LE TROSNE — De l’administration provinciale et de la réforme de l’impôt, Bâle, Paris, 1788.
1284. LEVESQUE (Ch.) — L’Homme pensant, Amsterdam, Rey, 1779.
1285. LEVESQUE (Ch.) — L’Homme moral ou les principes des devoirs, P. de Bure, 1784.
1286. LEVESQUE DE BURIGNY — Histoire de la philosophie païenne, La Haye, Gosse et de Hondt, 1724.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
790
1287. LEVESQUE DE BURIGNY ( ?) — Examen critique des apologistes de la religion chrétienne, par M. Fréret, etc., s.l., 1766.
1288. LEVESQUE DE BURIGNY — Recherches sur les miracles, Londres.
1289. LEZAY-MARNESIA (Cl. F. de) — Le Bonheur dans les campagnes, Neuchâtel-Paris, Royez, 1788.
1290. LINGUET — Théorie des lois civiles, Londres, 1767.
1291. LINGUET — Essai philosophique sur le monarchisme, Paris, 1775.
1292. LINGUET — Annales politiques, civiles et littéraires du XVIII, siècle, Londres, 1777-1792.
1293. LINGUET — Mélanges de politique et de littérature extraits des Annales de M. Linguet, Bouillon, s.n., 1778.
1294. LOUIS (Dom) — Le Ciel ouvert à tout l’univers, par J. J., s.l., 1782.
1295. LUBERSAC (Comte de) — Vues politiques et patriotiques sur l’administration des finances de la France, Paris, Imprimerie de Monsieur, 1787.
1296. MABLY — OEuvres, Lyon, Delamollière, 1792.
1297. MAILLET (de) — Telliamed ou Entretiens d’un philosophe indien, Paris, Debure, 1755.
1298. MANDEVILLE — Pensées libres sur la religion, La Haye, Vaillant et Prévost, 1722.
1299. MANUEL — Coup d’oeil philosophique sur le règne de Saint Louis à Damiette, s.n., 1786.
1300. MARANA — L’Espion dans les cours des princes chrétiens, Amsterdam, s.n., 1756.
1301. MARÉCHAL (Sylvain) — Dieu et les prêtres, fragments d’un poème philosophique, Paris, Patris, l’an I de la raison.
1302. MARÉCHAL (S.) — Livre échappé au déluge, Paris, chez S. Maréchal, 1784.
1303. MARMONTEL — OEuvres complètes, Paris, Verdière, 1819.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
791
1304. MARSY (Abbé de) — Analyse raisonnée de Bayle, Londres, s.n., 1755.
1305. MARTIN DE MARIVAUX — L’Ami des lois, s.l.n.d. (1771).
1306. MAUBERT DE GOUVEST — Lettres iroquoises. Irocopolis chez les vénérables, 1752.
1307. MAUPERTUIS — OEuvres, Lyon, Bruyset, 1756.
1308. MEISTER (J.-H.) — De l’origine des principes religieux, s.l., 1768.
1309. MEISTER (J.-H.) — De la morale naturelle suivie du bonheur des sots, par M. Necker, Paris, s.n., 1788.
1310. MERCIER (L.-S.) — Tableau de Paris, Amsterdam, s.n., 1782-1788.
1311. MERCIER (L.-S.) — Mon Bonnet de nuit, Neuchâtel, 1784.
1312. MERCIER (L.-S.) — Les Entretiens du Palais-Royal de Paris, Paris, Buisson, 1786.
1313. MERCIER (L.-S.) — Notions claires sur les gouvernements, Amsterdam, Paris, 1787.
1314. MESLIER (J.) — Testament de Jean Meslier, nouvelle édition, s.l.n.d. (Genève, 1762).
1315. MESLIER (J.) — Le Testament de J. Meslier, curé d’Etrépigny, etc., publié par Ch. Rudolf, Amsterdam, 1864.
1315. Ira o Wade, les manuscrits du Testament du curé Meslier (thèse manuscrite qui m’a été communiquée).
1316. MEY (abbé), Maximes du droit public français, Amsterdam, M.M. Rey, 1775.
1317. MILLON — Histoire des voyages des papes.... Vienne, libraires associés, 1782.
1318. MIRABAUD (J.-B. de) — De l’âme et de son immortalité (voir J.J. F. Bernard, Le Monde, etc., n° 1115).
1319. MIRABAUD (J.-B. de) — Réflexions impartiales sur l’Évangile, Londres, s.n., 1769.
1320. MIRABAUD (J.-B. de) — Opinions des anciens sur les juifs, Londres, 1769.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
792
1321. MIRABEAU (Comte de) — Essai sur le despotisme, Londres, 1775.
1322. MIRABEAU (Comte de) — OEuvres, Paris, Lecointe et Pougin, Didier, 1835.
1323. MIRABEAU (Marquis de) — Les Devoirs, Milan, au monastère impérial de Saint-Ambroise, 1780.
1324. MONTYON — Recherches et considérations sur la population de la France, Paris, Moutard, 1778.
1325. MOREAU (J.-N.) — Mémoire pour servir à l’histoire des Cacouacs, Paris, Société catholique, 1828.
1326. MORELLET — Petits écrits sur une matière intéressante, Toulouse, L’Agneau, 1756.
1327. MORELLET — Le Manuel des inquisiteurs, Lisbonne, 1762.
1328. MORELLET — Réflexions sur les avantages de la liberté d’écrire et d’imprimer sur les matières de l’administration, London-Paris, Estienne, 1775.
1329. MORELLET — Mélanges de littérature et de philosophie du XVIIIe siècle, Paris, Veuve Lepetit, 1818.
1330. MORELLET — Apologie de la philosophie contre ceux qui l’accusent des maux de la Révolution [1796] (dans : Mélanges de littérature et de philosophie, Paris, Veuve Lepetit, 1818, t. IV).
1331. *MORELLY — Naufrage des îles flottantes ou Basiliade du célèbre Pilpaï, 1753.
1332. *MORELLY — Code de la nature, 1755. [cf. ce beau site et sa notice]
1333. MORIZOT — Le Sacre royal ou les droits de la nation française, Amsterdam, 1776.
1334. NAVEAU (J.-B.) — Le Financier citoyen, s.l., 1757.
1335. NECKER — De l’administration des finances de la France, Paris, 1784.
1336. NECKER — De l’importance des opinions religieuses, Londres, 1788.
1337. NOUGARET — La Voix du peuple, poème, Amsterdam, s.n., 1769.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
793
1339. PARA DU PHANJAS — Eléments de métaphysique sacrée et profane, Besançon, Chaboy,etc.
1340. PASTORET (E.-C.-J. de) — Discours en vers sur l’union qui doit régner entre la magistrature, la philosophie et les lettres, Paris, Jombert, 1783.
1341. PASTORET (de) — Zoroastre, Confucius et Mahomet comparés..., Paris, Buisson, 1788.
1342. PELISSERY (de) — Maximes générales d’un bon gouvernement, 1777.
1343. PERREAU (J.-A.) — Le Roi voyageur ou examen des abus de 1 administration de la Lydie, Londres, Cadel, 1784.
1344. PERREAU (J.-A.) — Instruction du peuple..., Paris, Moutard, 1786.
1345. PETION DE VILLENEUVE (J.) — Les Lois civiles de la justice en France ramenées à un ordre simple et uniforme, Londres, 1783.
1346. PETION DE VILLENEUVE — Essai sur le mariage, Genève, s.n., 1785.
1347. PLUQUET (Abbé) — Traité philosophique et politique sur le luxe, Paris, Barrois, 1786.
1348. POMMEREUL (F.-R.-J. de) — Recherches sur l’origine de l’esclavage religieux et politique du peuple en France, Londres, 1781, Genève, 1783.
1349. PONÇOL (Abbé de) — Code de la raison, ou principes de morale pour servir à l’instruction publique, Paris, Colas, 1778.
1350. PRADES (Abbé de), abbé Yvon, Diderot — Apologie de M l’abbé de Prades, Amsterdam, Berlin, 1752.
1351. RADICATI (A., Comte de Passeran) — Recueil de pièces curieuses sur les matières les plus intéressantes, Rotterdam, Th. Johnson, 1736.
1352. RAYNAL — Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, Genève, Pellet, 1780.
1353. RÉAL DE CURBAN (de) — La Science du gouvernement, Aix-la-Chapelle, s.n.n.d.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
794
1354. REGNAUD (Procureur du Parlement de Paris) — Histoire des événements arrivés en France... concernant les parlements... (Inédit. Bibliothèque nationale. Manuscrits fonds français 13733-13735).
1355. RELAND — La Religion des Mahométans, La Haye, Vaillant, 1721.
1356. REMY (Abbé) — Éloge de Michel de l’Hôpital, Paris, Dumonville, 1777.
1356 bis. RIGOLLET DE JUVIGNY — De la décadence des lettres et des moeurs, P. Mérigot, 1787.
1357. ROBERTSON (John-M.) — A short history of Freethought ancient and modern, Londres, Wals, 1915.
1358. ROBINET (J.-B.) — De la nature, Amsterdam, Van Harrevelt, 1766.
1359. ROBINET (J.-B.) — Analyse raisonnée de Bayle, Londres, s.n., 1773.
1360. ROBINET (J.-B.) — Dictionnaire universel des sciences morale, économique et diplomatique, Londres, Libraires associés, 1777.
1360 bis. ROUCHER — Les Mois, P. Quillau, 1779.
1361. ROUILLÉ D’ORFEUIL — L’Ami des Français, Constantinople, s.n., 177.
1362. ROUILLÉ D’ORFEUIL — L’Alambic moral. Au Maroc, 1773.
1363. SAIGE — Catéchisme du citoyen, en France, 1788.
1364. THEMISEUL DE SAINT-HYACINTHE — Lettres écrites de la campagne, La Haye, Alex de Rogissart, 1721.
1365. THEMISEUL DE SAINT-HYACINTHE — Mémoires concernant la théologie et la morale, Amsterdam, Aytwerf, 1732.
1366. THEMISEUL DE SAINT-HYACINTHE — Recherches philosophiques sur la nécessité de s’assurer par soi-même de la vérité.., Londres, Nourse, 1743.
1367. THEMISEUL DE SAINT-HYACINTHE ( ?) — Pensées secrètes et observations critiques attribuées à feu M. de Saint-Hyacinthe, Londres, s.n., 1769.
1368. DESAPT (ou de Sapt) — L’Ami du prince et de la patrie, ou le bon citoyen, Paris, Costard, 1769.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
795
1369. SAURI (Abbé) — La Morale du citoyen du monde ou la morale de la raison, Paris, Froullé, 1777.
1370. SEGUIER DE SAINT-BRISSON — Lettre à Philopènes ou Réflexions sur le régime des pauvres, 1764.
1371. SEGUIER DE SAINT-BRISSON — Traité des droits du génie, Carolsroahe, Macklott, 1769.
1372. SÉGUR (L.-Ph.) — Tableau historique et politique de l’Europe, Paris, Buisson, 1801.
1373. SÉNAC DE MEILHAN — Considérations sur l’esprit et les moeurs, Londres, Paris, s.n., 1787.
1374. SÉNAC DE MEILHAN — Du gouvernement, des moeurs et des conditions en France avant la Révolution, Hambourg, Hoffmann, 1795.
1375. SERVAN (M.) — Discours sur les progrès des connaissances humaines en général, de la morale et de la législation en particulier, 1781.
1376. SERVAN (M.) — Apologie de la Bastille, Philadelphie, s.n., 1784. [cf. Gallica, oeuvres]
1377. SHAFTESBURY — Les OEuvres de mylord comte de Shaftesbury.... Genève, 1769.
1378. SILHOUETTE (de) — Lettre préliminaire en tête de la traduction du Traité mathématique sur le bonheur (1e édition 1741), (réimprimée à la suite de Boulanger, dissertation sur Elie et Enoch, XVIIIe siècle).
1379. SORET (J.) — Essai sur les moeurs, Bruxelles, 1756.
1380. TIFAUT DE LA NOUE — Réflexions philosophiques sur l’impôt, Londres-Paris, Barrois et Didot, 1775.
1381. TOLAND (trad. par d’Holbach) — Lettres philosophiques sur l’origine des préjugés, Londres, 1768.
1382. TOLAND (J.) — Le Nazaréen ou le christianisme des juifs, etc., Londres, 1777.
1383. * TOUSSAINT (F.-V.) — Les Moeurs, Amsterdam, 1748.
1384. TOUSSAINT (F.-V.) — Eclaircissement sur les moeurs, par l’auteur des moeurs, Amsterdam, Rey, 1762.
1385. TOUSSAINT (F.-V.) — Anecdotes curieuses de la cour de France, publié par P. Fould, Paris, Plon-Nourrit, 1905.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
796
1386. TRENCHARD et GORDON (Th.) — L’Esprit du clergé (arrangé par d’Holbach), Londres, s.n., 1767.
1387. TURGOT — OEuvres, publié par G. Schelle, Paris, Alcan, 1913 et suiv.
1388. VATTEL (de) — Le Droit des gens ou Principes de la loi naturelle, Londres, s.n., 1758.
1389. *WOOLSTON (trad. par d’Holbach) — Discours sur les miracles de Jésus-Christ, XVIIIe siècle.
1390. De l’analyse des sensations. Seconde partie où l’on donne cette analyse sur l’Expérience. (Inédit. Bibliothèque nationale. Manuscrit. Fonds français, 9112.)
1391. Archives de la Bastille, Documents inédits recueillis et publiés par F. Ravaisson, Paris, Pedone-Lauriel, t. XII-XVII, 1881 et sq.
1392. Bibliothèque philosophique du législateur, du politique, etc., publié par Brissot de Warville, Berlin-Paris, Desauges, 1782.
1393. Catéchisme de morale, spécialement à l’usage de la jeunesse, contenant les devoirs de l’homme et du citoyen, de quelque religion et de quelque nation qu’il soit, Bruxelles et Paris, Lambert et Baudouin, 1783.
1394. Catéchumène (Le), s.l.n.d. (sans page de titre). (Relié à la suite du t. II du recueil nécessaire, Bibliothèque nationale, Z. Beuchot, 1002.)
1395. Censure de la Sorbonne contre le livre de l’abbé Rémy : Eloge du chancelier de l’Hôpital, l’Histoire des deux Indes de Raynal. Lettres de félicitations des évêques et facultés de théologie. (Archives nationales, M. 75, n° 7-85 et 86-123.)
1396. Censure de la Sorbonne contre les Principes de morale de Mably, 1784. Lettres de félicitations des facultés de théologie de Valence, Nantes, Bourges, Angers, Strasbourg. (Archives nationales, M. 75, n° 124.)
1397. Chansonnier historique du XVI/le siècle, publié par E. Raunié, Paris, Quantin, 1879.
1398. Collection de divers éloges publiés à l’occasion du prix proposé par l’Académie française, en 1771, pour le meilleur éloge du chancelier de l’Hospital, Paris, s.n., 1778.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
797
1399. Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la cour et la ville, de 1777 à 1792, publié par de Lescure, Paris, Plon, 1866.
1400. Dialogues sur l’âme par les interlocuteurs en ce temps-là, s.l., 1771.
1401. Un disciple de Socrate aux Athéniens. Héroïde à Athènes, Olymp. XCV, an. I [1760].
1402. Discours sur le patriotisme français lu à l’Académie... de Lyon, le 21 janvier 1762, Lyon, Périsse, 1762.
1403. Dissertations mêlées sur divers sujets importants et curieux (publié par J.-F. Bernard), Amsterdam, J.-F. Bernard, 1740.
1404. L’Ecclésiastique citoyen..., Londres, 1785.
1405. Encyclopédie méthodique, Paris, Panckoucke. (Volumes utilisés : Jurisprudence : 1783 ; Finances : 1784 ; Économie politique : 1788 ; Histoire : 1788)..
1406. Epître aux calomniateurs de la philosophie, (citée dans Bachaumont, 22 mai 1776).
1407. L’Espion anglais ou correspondance secrète de milord All’eye et milord All’ear, Londres, Adamson.
1409. *La Fausseté des miracles des deux Testaments, s.l.n.d.
1410. Histoire générale des dogmes et opinions philosophiques..., tirée du Dictionnaire encyclopédique..., Londres, s.n., 1769.
1411. *Lettres à Sophie, Londres, XVIIIe siècle.
1412. Lettre à un duc et pair, brochure, 1774 (contre la malfaisance des prêtres).
1413. Lettres flamandes ou histoire des variations et contradictions de la prétendue religion naturelle, Lille, Danel, 1752.
1414. Lettres secrètes sur l’état actuel de la religion et du clergé en France, s.l.n.d. (1781) (Bibliothèque nationale, Ld, 3028-3029).
1416. *Le Militaire philosophe, Londres, 1768.
1417. *Nouvelles libertés de penser, Amsterdam, 1743.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
798
1418. De l’opinion et des Moeurs ou de l’influence des Lettres sur les Moeurs, Londres-Paris, Moureau, Nyon, 1777.
1418 bis. L’Oracle des anciens fidèles pour servir de suite et d’éclaircissement à la Sainte-Bible, Berne, 1760.
1419. Pièces philosophiques, contenant : La Parité de la vie et de la mort. — Dialogues sur l’âme. — J. Brunus redivivus ou Traité des erreurs populaires (voir Bachaumont, n° 363, 2 février 1773).
1420. Le Pot au noir et le pot au blanc ou la vérité dévoilée, la fourberie démasquée et la religion papiste renversée, Rome, 1787 (bibliothèque de la ville de Douai, Théologie, n° 3164).
1421. Le Préjugé vaincu ou Lettres de Mme la Comtesse de ** etc., Paris, Royez, 1787.
1422. Le Publicole français ou Mémoires sur les moyens d’augmenter la richesse du prince par l’aisance du peuple, Paris, Motin, 1776.
1423. Recueil de divers écrits sur l’amour et l’amitié, etc., Bruxelles, François Foppens, 1736.
1424. * Recueil nécessaire, Leipsick, 1765.
1425. Recueil philosophique et littéraire de la Société typographique de Bouillon, Bouillon et Paris, Lacombe, 1760 et suiv.
1426. * Recueil philosophique, Londres, 1770.
1427. Le Spinosisme modifié ou le monde Dieu, 1764 (voir Bachaumont, n° 463, 23 octobre 1764).
1428. Tablettes morales et historiques, Amsterdam-Paris, Rozet, 1762.
1429. Traité des trois imposteurs, s.l., 1775.
1430. La Vérité ou les Mystères du christianisme approfondis radicalement et reconnus physiquement vrais (voir Bachaumont, n° 463, 26 mars 1773).
XIIIa. — Ouvrages publiés au XVIIIe siècle
Romans, contes, oeuvres dramatiques, etc.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
799
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1432. ARGENS (d’) — Le Législateur moderne ou les mémoires du chevalier de Meillecourt, Amsterdam, Changuion, 1739.
1433. BARDOU (J.) — Histoire de Laurent Marcel, Lille, Le Houcq, 1779.
1434. BÉTHUNE (Chevalier de) — Relation du monde de Mercure, Genève, Barillot, 1750.
1435. BRANCASVILLENEUVE (Abbé de) — Histoire ou police du royaume de Gala, Paris, 1754.
1436. CARACCIOLI (L.-A. de) — Voyage de la raison en Europe, Paris, Saillant, 1771.
1437. CARRA — Odazir ou le jeune Syrien, roman philosophique, La Haye, 1772.
1438. CERFVOL (de) — Le Radoteur, Amsterdam, Paris, 1776.
1439. CHEVRIER — Paris, histoire véridique, etc., La Haye, s.n., 1767.
1440. COYER (Abbé) — Chinki. Histoire cochinchinoise, Londres, 1765.
1441. DELACROIX (J.-V.) — Lettres d’Affi à Zurac, La Haye-Paris, Durand, 1767.
1442. DORAY DE LONGRAIS — Faustin ou le siècle philosophique, Amsterdam, s.n., 1784.
1443. DUBOIS-FONTANELLE — Ericie ou la Vestale, Londres, 1768.
1444. DUBOIS-FONTANELLE — Aventures philosophiques, publié par D. Mornet. Revue du XVIIIe siècle, 1914.
1445. DULAURENS — Imirce ou la fille de la nature, Berlin, 1765.
1446. DULAURENS — Le Compère Mathieu ou les bigarrures de l’esprit humain, Londres, Compagnie, 1777.
1447. WICQUET D’ORDRE (du) — Naru, fils de Chinki, Londres, 1776.
1448. FARMIAN DE ROSOI — Azor ou les Péruviens, Genève-Paris, Lesclapart, 1770.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
800
1449. FOUGERET DE MONTBRON — Margot la Ravaudeuse, Hambourg, 1750.
1450. FOUGERET DE MONTBRON — La Capitale des Gaules ou la nouvelle Babilonne, La Haye, 1759.
1451. GODARD D’AUCOUR — Le Berceau de la France, Paris, 1744.
1452. GRIVEL (G.) — L’île inconnue ou Mémoires du chevalier de Castine, contenant l’histoire de la formation et de la civilisation de la société, 1783-1787.
1453. GUDIN DE LA BRENELLERIE — Lothaire, roi de Lorraine, tragédie, Genève, 1767. (2e édition sous le titre : De Lothaire et Valrade ou le royaume mis en interdit, tragédie brûlée à Rome par les moines inquisiteurs de cette ville, le 28 septembre 1768.)
1454. GUÉRINEAU DE SAINT-PÉRAVI — L’Optique ou le Chinois à Memphis, Londres, Rey, 1763.
1455. GUEUDEVILLE — Dialogue de M. le baron de la Hontan, Amsterdam, 1704.
1456. HULBERG — Voyage de Nicolas Klimius dans le monde souterrain, Copenhague et Leipsick, 1753.
1457. LA DIXMERIE — Contes philosophiques, Paris, Duchesne, 1765.
1458. LA HARPE — Mélanie, drame en 3 actes et en vers, Amsterdam, van Harrevelt, 1770.
1459. LE BLANC DE GUILLET — Albert 1er ou Adeline, comédie héroïque en 3 actes, Paris, Le Jay, 1775.
1460. LE BLANC DE GUILLET — Les Druides, tragédie, Saint-Pétersbourg, 1783.
1461. LE BRET — La Nouvelle lune ou histoire de Pocquillon, Amsterdam et Lille, Henrg, 1768.
1462. LEMIERRE — La Veuve du Malabar ou l’empire des coutumes, tragédie, Paris, Veuve Duchesne, 1770.
1463. LESCONVEL (P. de) — Idée d’un règne doux et heureux ou relation du voyage du prince de Montberand dans l’île de Naudely, Cazères, 1703.
1464. LONGUE (L.-P. de) — Les Princesses malabares ou le célibat philosophique, Andrinople, Thomas Franco, 1734.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
801
1465. LUCHET — La Reine de Benni, Amsterdam-Paris, Grangé, 1767.
1466. MARMONTEL —Bélisaire, Paris, 1766.
1467. MARMONTEL — Les Incas, Paris, Lacombe, 1777.
1468. MÉHÉGAN (Abbé de) — Zoroastre, histoire traduite du chaldéen, Berlin, à l’enseigne du roi philosophe, 1751.
1469. MERCIER (L.-S.) — Songes d’un ermite, 1770.
1470. MERCIER (L.-S.) — Théâtre complet, Amsterdam, Vlam, etc., 1784.
1471. MERCIER (L.-S.) — L’an deux mille quatre cent quarante s’il en fut jamais, nouvelle édition, s.l., 1786.
1472. MERCIER (L.-S.) — Songes et visions philosophiques (dans : Collection des Voyages imaginaires, Amsterdam-Paris, t. 32, 1788).
1473. NOUGARET — Les mille et une folies, Amsterdam-Paris, Duchesse, 1771.
1474. PALISSOT — Zelinga, histoire chinoise, Marseille, 1749.
1475. PALISSOT — L’Homme dangereux, comédie en trois actes et en vers, Amsterdam, s.n., 1770.
1476. PECHMÉJA — Télèphe, Londres-Paris, Pissot, 1784.
1477. PERREAU (J.-A.) — Mizrim, ou le Sage à la Cour, Neuchâtel, Société typographique, 1782.
1478. SABATIER DE CASTRES — La Ratomanie, Amsterdam, 1767.
1479. THÉMISEUL DE SAINT-HYACINTHE — Histoire du Prince Titi (dans : le Cabinet des fées, t. 27 et 28, Amsterdam, 1786, 1e édition, 1735).
1480. THOREL DE CAMPIGNEULLES — Anecdotes morales sur la fatuité, Anvers-Paris, Coustelier, 1760.
1481. TIPHAIGNE — L’Empire des Zaziris sur les humains, Pékin, 1761.
1482. Azoila. Histoire qui n’est pas morale, Amsterdam, Arkstée et Merkus ; Paris, De Hansy, 1768.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
802
1483. Conte politique, (inédit bibliothèque de l’Arsenal, B.L., 15979).
1483 bis. Histoire de Laurent Marcel, 1779 (bibliothèque de l’Arsenal, B.L., 15979).
1484. Histoire naturelle, civile et politique des Galligènes, Amsterdam, 1765.
1485. Lieb-Rose ou l’épreuve de la vertu, Bouillon, Société typographique ; P. Delalain, 1770.
1485 bis. Ma-Gakou, histoire japonaise, Goa, par exprès commandement de l’empereur, 1752.
1486. Le Nagzag ou les Mémoires de Christophe Rustaud, dit l’Africain, Amsterdam-Paris, Costard, 1771.
1487. On ne s’y attendait pas, Londres-Paris, Prault, 1773.
1488. La République des philosophes ou l’Histoire des Ajoiens, Genève, 1768.
1489. Le Roman philosophique ou traité de morale moderne, Londres, 1773.
1490. Les Songes du chevalier de la Marmotte, Au palais de Morphée, 1745 (bibliothèque de l’Arsenal).
XIV. — Ouvrages divers (publiés depuis 1800)
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1192. AFANASSIEV (G.) — Le Commerce des céréales en France au XVIIIe siècle, Paris, Picard, 1894.
1493. ARDASCHEFF (P.) — Les Intendants de province sous Louis XVI, Paris, Alcan, 1909.
1494. ASCOLI (G.) — La Grande-Bretagne devant l’opinion française au XVIIIe siècle, t. II, Paris, Gamber, 1930.
1495. AUBERTIN — L’Esprit public au XVIIIe siècle, Paris, Didier, 1873.
1496. AULARD (A.) — La Féodalité sous Louis XVI (dans : Etudes et leçons sur la Révolution française, 7e série, Paris, Alcan, 1913).
1497. AULARD — Le Club des Jacobins sous la monarchie, La Révolution française, 1892.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
803
1498. AULARD (A.) — L’Idée républicaine et démocratique avant 1789, La Révolution française, 1898.
1499. AULARD (A.) — Histoire politique de la Révolution française, Paris, A. Colin, 1901.
1500. BABEAU (A.) — Les Bourgeois d’autrefois, Paris, Firmin-Didot, 1886.
1501. BABEAU (A.) — La Vie militaire sous l’ancien régime, II. Les Officiers, Paris, Didot, 1890.
1501 bis. BABEAU (A.) — Les Artisans et les domestiques d’autrefois, Paris, Firmin-Didot, 1886.
1502. BATIFFOL (L.) — Les Idées de la Révolution sous Louis XIV. Revue de Paris, 15 février 1928.
1503. BECLARD (L.) — Louis-Sébastien Mercier, Paris, Champion, 1903.
1503 bis. BELIN (F.) — La Société française au XVIIe siècle d’après les sermons de Bourdaloue, Paris, Hachette, 1875.
1504. BELIN (J.-P.) — Le Mouvement philosophique de 1748 à 1789, Paris, Belin, 1913.
1505. BELiN (J.-P.) —Le Commerce des livres prohibés à Paris de 1750 à 1789, Paris, Belin, 1913.
1506. BOISSIER (Dr R.) —La Mettrie, médecin, pamphlétaire et philosophe, Paris, Les Belles-Lettres, 1931.
1507. BONNASSIEUX (P.) — La Question des grèves sous l’ancien régime. La grève de Lyon en 1744, Paris, Berger-Levrault, 1882.
1507 bis. BONNE (G.) — La Constitution britannique devant l’opinion française de Montesquieu à Bonaparte, Paris, Champion, 1913.
1508. BRENNER (Cl.-D.) — L’Histoire nationale dans la tragédie française du XVIIIe siècle, University of California Press, Berkeley, 1929.
1508 bis. BRIGGS (E.-R.) — The Political Académies of France in the early 18th century, with special reference to the club de l’Entresol and to its founder, the abbé Pierre Joseph Alary, [Thèse de l’Université de Cambridge, encore manuscrite à la date de ce livre (important)].
Les origines intellectuelles de la Révolution française
804
1509. BRUNEL (L.) — Les Philosophes et l’Académie française au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1884.
1510. BRUNOT (F.) — Histoire de la langue française des origines à 1900, t. VI et VII, Paris, A. Colin, 1926 et 1930.
1511. CAHEN (L.) — Le Pacte de famine et les spéculations sur les blés. Revue historique, 1926.
1512. CARCASSONNE (E.) — Montesquieu et le problème de la constitution française au XIXe siècle, Presses Universitaires, s.d.
1513. CARRÉ (H.) — La fin des parlements (1788-1790), Paris, Hachette, 1912.
1514. CARRÉ (H.) — La Noblesse de France et l’opinion publique au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 1920.
1515. CHÉREL (A.) — Fénelon au XVIIIe siècle en France, Paris, Hachette, 1917.
1516. DAMIRON (Ph.) — Mémoires pour servir à l’histoire de la philosophie au XVIIIe siècle, Paris, de Ladrange.
1517. CHINARD (G.) — L’Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècles, Paris, Hachette, 1913.
1518. DEDIEU (J.) — Histoire politique des protestants français (1715-1794), Paris, Lecoffre, 1925.
1519. DELAFARGE (D.) — L’Affaire de l’abbé Morellet en 1760, Hachette, 1912.
1520. DELORT (J.) — Histoire de la détention des philosophes et des gens de lettres à la Bastille et à Vincennes, Paris, Didot, 1829.
1521. DU BLED (V.) — La Société française du XVIe au XXe siècles, Paris, Perrin, t. V, VI et VII.
1522. FAY (B.) — L’Esprit révolutionnaire en France et aux États-Unis à la fin du XVIIIe siècle, Paris, Champion, 1924.
1523. FAY (B.) — Benjamin Franklin, Paris, Calmann-Lévy, 1931.
1524. FEUGÈRE (A.) — Un précurseur de la Révolution. L’Abbé Raynal, Angoulême, Imprimerie ouvrière, 1922.
1525. FONTAINE (L.) — Le Théâtre et la philosophie au XVIIIe siècle, Versailles, Cerf, 1879.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
805
1525 bis. FUNCK-BRENTANO et ESTRÉE (d’) — Les Nouvellistes, Paris, Hachette, 1905.
1526. FUNCK-BRENTANO (F.) — La Question ouvrière sous l’ancien régime d’après les dossiers des prisonniers par lettres de cachet. Revue rétrospective, 1892.
1526 bis. GAIFFE (F.) — Le Drame en France au XVIIIe siècle, Paris, Colin, 1910.
1527. GAIFFE (F.) — Le Mariage de Figaro, Paris, Malfère, 1928.
1528. GALLAND (Elie) — L’Affaire Sirven, Mazamet, chez l’auteur, s.d.
1529. HATIN (E.) — Bibliographie historique et critique de la presse périodique française, Paris, Didot, 1866.
1529 bis. HERLAUT (Commandant) — Un révolutionnaire en 1758. Annales historiques de la Révolution française, 1924.
1529 ter. HERLAUT (Commandant) — Les Enlèvements d’enfants à Paris en 1720 et 1750. Revue historique, 1922.
1530. HUBERT (R.) — Les Sciences sociales dans l’Encyclopédie, Paris, Alcan, 1923.
1531. HUNTER (A.-C.)—J.-B.-A. Suard, Paris, Champion, 1925.
1531 bis. JACQUART — L’Abbé Trublet, Paris, Picard, 1926.
1532. JOHNSTON (Elsie) — Le Marquis d’Argens, Paris, Champion, 1928.
1533. KARMIN (Otto) — Essai d’une bibliographie de Sylvain Maréchal. Revue historique de la Révolution française, 1911.
1533 bis. KEIM (A.) — Helvétius, Paris, Alcan, 1907.
1534. KOVALEWSKI (M.) — La France économique et sociale à la veille de la Révolution, Paris, Giard et Brière, 1911.
1535. LACHÈVRE (F.) — Les Successeurs de Cyrano de Bergerac, Paris, Champion, 1922.
1536. LACHÈVRE (F.) — Les Derniers Libertins, Paris, Champion, 1924.
1537. LACROIX (P.) — La Bibliothèque de la reine Marie-Antoinette au Petit Trianon, Paris, Gay, 1863.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
806
1538. LAIGNE (L. de) — L’Europe et spécialement la France au XVIIIe siècle d’après les lettres de voyage des deux frères Giovanelli. Revue d’histoire diplomatique, 1911, t. II.
1539. LANSON (G.) — Origines et premières manifestations de l’esprit philosophique dans la littérature française. Revue des Cours et Conférences 1908-1910.
1540. LANSON (G.) — Questions diverses sur l’histoire de l’esprit philosophique en France avant 1750. Revue d’histoire littéraire de la France, janvier-juin 1912.
1541. LECLERCQ (Dom H.) — Histoire de la Régence pendant la minorité de Louis XV, Paris, Champion, 1921.
1542. LENEL (S.) — Un homme de lettres au XVIIIe siècle. Marmontel, Paris, Hachette, 1902.
1543. LICHTENBERGER (A.) — Le Socialisme au XVIIIe siècle, Paris, Alcan, 1895.
1543 bis. LOUTCHISKY — La Propriété paysanne en France... à la veille de la Révolution, Paris, Champion, 1912.
1544. LOVERING (Stella) — L’Activité intellectuelle de l’Angleterre d’après l’ancien Mercure de France, Paris, de Boccard, 1930.
1545. MARION (M.) — Les Impôts directs sous l’ancien régime, Paris, Cornély, 1910.
1546. MARION (M.) — Histoire financière de la France depuis 1715, Paris, Rousseau, t. I, 1914.
1547. MADELIN (L.) — Le Premier son de cloche de la Révolution (1743-1754). Revue des Deux Mondes, 1924.
1548. MARCAGGI (V.) — Les Origines de la déclaration des droits de l’homme de 1789, Paris, Rousseau, 1904.
1549. MARCEL (Chanoine) — La Mort de Diderot d’après des documents inédits, Paris, Champion, 1925.
1550. MARTIN (G.) — Les Associations ouvrières au XVIIIe siècle, Paris, Rousseau, 1900.
1551. MASSON (P.-M.) — La Religion de J.-J. Rousseau, Paris, Hachette, 1916.
1551 bis. MASSON (P.-M.) — La Profession de foi du vicaire savoyard, Edition critique, Fribourg, 1916.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
807
1552. MELIA (J.) — Inédits et belles pages de l’abbé de Choisy, Paris, Emile-Paul, 1922.
1553. MOFFAT (Margaret M.) — La Controverse sur la moralité du théâtre après la lettre à d’Alembert de J.-J. Rousseau, Paris, de Boccard, 1930.
1554. MONIN (H.) — L’état de Paris en 1789, Paris, Jouaust, Noblet, 1889.
1555. MONOD (A.) — De Pascal à Chateaubriand. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802, Paris, Alcan, 1916.
1556. MORIZE (A.) — L’Apologie du luxe au XVIIIe siècle. « Le Mondain » et ses sources, Paris, Didier, 1909.
1556 bis. MORNET (D.) — Le Sentiment de la nature en France de J.-J. Rousseau à B. de Saint-Pierre, Paris, Hachette, 1907.
1557. MORNET (D.) — Les Sciences de la nature en France au XVIIIe siècle, Paris, A. Colin, 1911.
1558. MORNET (D.) — Les Imitations du Candide de Voltaire au XVIIIe siècle (dans Mélanges offerts à M.G. Lanson, Paris, Hachette, 1922).
1558 bis. MORNET (D.) — Les Enseignements des bibliothèques privées au XVIIe siècle. Revue d’histoire littéraire de la France, juillet-septembre 1910.
1558 ter. MORNET — Bibliographie d’un certain nombre d’ouvrages philosophiques du XVIIIe siècle. Revue d’histoire littéraire de la France, 1933.
1559. MUSART (Ch.) — La Réglementation du commerce des grains en France au XVIIIe siècle, Paris, Champion.
1559 bis. PELLISSON (M.) — Les Hommes de lettres au XVIIIe siècle, Paris, Colin, 1911.
1560. PEUCHET (L.) — Mémoires tirés des archives de la Police, P. Levavasseur, 1838.
1561. PITON (C.) — Paris sous Louis XV. Rapports des inspecteurs de police au roi, annotés par Paris, Mercure de France, 1906-1910.
1562. PLAN (P.-P.) — J.-J. Rousseau raconté par les gazettes de son temps, Paris, Mercure de France, 1912.
Les origines intellectuelles de la Révolution française
808
1563. RIFFATERRE (G.) — Le Sentiment du Tiers-État sur les corporations en 1789, La Révolution française, 1929.
1563 bis. ROCQUAIN — L’Esprit révolutionnaire avant la Révolution, Paris, Plon, 1878.
1563 ter. ROUSSEAU (J.-J.) — La Nouvelle Héloïse, édition publiée par D. Mornet (Collection des grands écrivains de la France), Paris, Hachette, 1925.
1564. ROUSTAN (Mario) — Les Philosophes et la société française au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1911.
1565. SAGNAC (Ph.) — Les Origines de la Révolution. La décomposition de l’ancien régime. Revue d’histoire moderne, 1910.
1566. SÉE (H.) — La Création d’un bureau de Correspondance générale en 1766. Revue d’histoire moderne, 1927.
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1568. SÉGUR (Marquis de) — Au couchant de la monarchie. I. Louis XVI et Turgot. II. Louis XVI et Necker, Paris, Calmann-Lévy.
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Les origines intellectuelles de la Révolution française
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