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Référence

CERDEIRA Virginie, Histoire immédiate et raison d’État. Le Mercure François sous Louis XIII, Paris, Classiques Garnier, 2021.

Référence courte
Cerdeira 2021
Type de référence
Texte
Histoire immédiate et raison d'Etat
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Ouvrage publié avec le soutien de la Société d'étude du xvI siècle
et de l'UMR Temps, espaces, langages, Europe méridionale, Méditerranée
(TELEMMe) d'Aix-Marseille Université et du CNRS
soCIETE
XVI TELEMME Mecdionale Aix Marseille Cnrs
Espaces
Sedle, Méiterranbe UivErSile
Sociolement engogoe UGMR 7303
34
:32
Virginie Cerdeira
Histoire immédiate
et raison d'Etat
Le Mercure François sous Louis XIII
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ASTE 0 22439
Histoire
ACULT
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TÉ DELESTTZ
Préface de Nicolas Schapirag eol ajoe0t Jitvet ded oya
PARIS
CLASSIQUES GARNISR 130 TE
2021
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Virginie Cerdeira, docteure en histoire moderne, estl'auteure d'une thèse soutenue
à Aix-Marseille Université en 2016 et de plusieurs articles consacrés au Merciure
Frangois. Son travail interroge les pratiques d'écriture du pouvoir, 1histoire de la
presse, du lívre, des médias, ainsi que l'histoire de 1'écriture du passé. Il se penche
Sur la communication politique dans la France moderne
2021. Classiques Garnier, Paris.
Reproduction et traduction, même partielles, interdites,
Tous droíts réservés pour tous les pays. 21A
OR2A
ISBN 978-2-406-11876-3 (livre broche)
ISBN 978-2-406-11877-0 (livre relié)
ISSN 2276-2582
À Alain Fardella (1948-2017).

LISTE DES ABRÉVIATIONS
ET CONVENTIONS D'ECRITURE
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2o buog ot omABRÉVIATIONS oz9pp 23
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AHMUF Association des Historiens Modernistes des Universités Françaises
AN Archives Nationales
Bib, A.2Bibliothèque de 1'Arsenal91 2noatit 2uon slleupsl E no
Bib. Maz. Bibliothèque Mazarineb lanoin slosl sb oupirlroildid
BIS1t Bibliothèque Interuniversitaire de la SorbonneOVE 0/
BMC Bibliothèque Municipale Classée p angasa
BNF Bibliothèque nationale de France
BSG rmBibliothèque Sainte-GenevièveoA.
CRH doCentre de Recherches Historiques mo oinn) plote
DE.S Diplôme d'Etudes supérieures
EHESS Ecole des Hautes Btudes en Sciences Sociales
ET 2étude (cette abréviation renvoie aux érudes des notaires dont les
1 99 u minutes sont conservées au minutier central)
Fasc,non fasicule noinb sl eb site0ob1 sup 0054
F lov folio rectoanb 21gulg sv2iz liupetu9moy g02 a P folio verso
GRIHL Groupe de Recherches Interdisciplinaire sur 1'Histoire du
Littéraire MC Minutier Central ug 2 2 0 suom il anud manuscrits 0p30lot l6roao174 pg si
MF Merciure Franoçaoiids0u0g0b1 9n n9 l2 l0ostl suab e uifso0 s0 yp77 T tome
V (série V)archives de la grande Chancellerie et du conseil920
Vol. volume273197t 3ug, o gol alh 2
ooopmiupbalofbaiugs noprolznoean on
10 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
CONVENTIONS D'ÉCRITUR ES
DITATVA S8A 2T0 TTeLI
Nous avons principalement travaillé avec trois collections du Mercure
Frangois, à savoir, en particulier, les vingt-quatre premiers volumes de
la collection conservée par 1'Ecole nationale des ponts et chaussées et
umérisée par le Groupe de Rercherches Interdisciplinaires sur lI'Histoire
du Littéraire (GRIHL) de l'Ecole des Hautes Btudes en Sciences Sociales
(EHESS) grâce à l'important travail de Madame Cécile Soudan. Nous
avons également utilisé fréquemment les deux collections conservées par
le fonds Peiresc de la bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence. Lune est
complete et est conservée sous la cote In-8° 7972 alors qu'il manque le
volume 13 à la collection conservée sous la cote In-8° 7971. La colleGtion
à laquelle nous faisons référence par défaut est celle conservée à la
bibliothèque de I'Ecole nationale des ponts er chaussées. saM .did
Nous avons abrégé le titre du Mercure François dans les références
intrapaginales qui se présentent selon le modèle suivant DMa
oanoildia
Mercure Frangpis.o, 0p. cil., vol. X ou Y, année de publication, numéro de page
Ou de folio (année correspondant à la pagination ou à lafoliotation indiquée),
nolgi
Le Mercure Frangois est le titre générique de chaque volume et de
la collection dans son intégralité. À chaque fois que nous renvoyons
au Mercure François en note de bas de page, nous indiquons ce titre
générique suivi, dès que nécessaire, de la mention op. cit. et non le titre
complet du volume. Après ce titre générique, nous indiquons le numéro
de son volume. Puisquil existe plusieurs éditions de chaque volume du
Mercure Frangois, nous indiquons l'année de la publication du volumne
après son numéro.
Dans la mesure où certains volumes comportent différentes parties
à la pagination ou à la foliotation indépendantes en fonction des années
Civiques dont elles relatent les événements, nous indiquons le numéro de
la page ou du folio après l'année de publication et nous indiquons entre
parenthèse l'année à laquelle se réfère la pagination ou la foliotation.
Dans le cas de deux ou plusieurs références succesives au Mercure
Frangois, nous utilisons la mention ibid, à partir de la deuxième occurrence,
Mercure
de
et
lI'Histoire
Sociales
par
est
le
did
LISTE DES ABRÉVIATIONS ET CONVENTIONS D'ÉCRITURE 11
y compris lorsquelle ne renvoie pas au même volume que la référence
précédente. Dans ce cas, nous rappelons le numéro de volume en question
puis l'année de publication, la pagination et l'année en relation
avec celle-ci sur le modele suivant.
Mercure François.o., op. cit., vol. I, 1611, P14v (pour l'année 1605)
Tbid, vol., XX, 1637, p.4 pour l'année 1635). 2not 201 up10
13-2
Si une troisieme occurrence renvoie au même volume et à la même
pagination, nous n'indiquons gue le numéro de page après la mention
ibid. Si une quatrième référence renvoie au même volume mais à une
pagination différente, nous indiquons celle-ci par la date entre parenthèse
selon le modele suivant eeipitoti eor i0bptsq e dtto
Mercure François.oo op, cit., vol. I, 1611, P14v (pour l'année 1605).
Tbid, vol, XX, 1637, P. 192 (pour l'année 1635),
Tbia, p. 28,
Tbid., p. 93 (pour l'année 1634).Olor esl upeiuf i t sn 2
Les deux premiers volumes du Mercure François sont foliotés et les suivants
sont paginés. Nous respectons ce système dans nos références. En
revanche, le Mercure François indique fPxa et Pyb, pour renvoyer aux recto
et aux verso des feuillets. Nous indiquons pour notre part fPxrP et Pyv'.
Certaines des parties du recueil ne sont ni paginées ni foliotées comme
les préfaces. Nous rétablissons la foliotation ou la pagination sans indiquer
d'année entre parenthèse puisque ces dispositifs éditoriaux ne concernent
pas une année en particulier. Lorsque ces dispositifs portent un titre
ou sont signés, nous indiquons ces éléments selon le modèle suivant
Nom, Prénom, Titre du dispositif éditorial , Mercure Frangois, , p, ci,
vol. X, année de publication, [p. yl
La reproduction des privilèges royaux d'impression font partie de
ces dispositifs éditoriaux que l'on trouye dans le Mercure François et
que nous sommes parfois amenés à citer. Ces derniers ne sont pas
toujours signés par le personnel royal. Lorsqu'ils le sont figure bien
sOuvent seulement le nom de famille de l'agent ayant accordé les privileges
royaux d'impression. Dans la mesure où il n'a pas été possible de
toujours identifier avec certitude ces agents royaux, nous indiquerons
12 HISToIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ETAT el
Simplement leur nom de famille ét éventuellement, l'initiale du prénom,
de la manière suivante:n el 2nolagq auon 2nd.10oboingj
notnrg0q sl .no7801 ldug b 9unna'l aing aois
Nom, «Privilege da Roy, Mercure Erangois: e Op, cit., vol x, année de publication,
[Py]r.
uo) y1.1101 1.lov
Lorsque nous citons nos sources, nous avons tenu à respecter la
typographie et l'orthographe utilisées par celles-ci. Nous conservons
donc l'usage de l'italique ou de certaines majuscules dans les citations.
Nous avons fait le choix de développer les abréviations, notamment
celles utilisées par le Mercure François. arniuioup sn 2
Les références au Merzure Frangois en notes de bas de page sont très
nombreuses, Cest pourquoi nous indiquons simplement en bibliographie le
titre générique pour l'ensemble de la collection dans la mesure où le recueil
est conservé dans de nombreuses bibliothèques municipales classées. Nous
avons toutefois ajouter une référence à l'édition de 1619 du premier volume
du Mercure Frangois puisque les rééditions sont moins faciles à repérer.
Contrairemernt aux références bibliographiques, les noms des impri
meurs-libraires en charge de lapublication des sources sont aussi mentionnés
en note de bas de page car ils délivrent des informations sur
les acteurs érudiés.ng dy a pzi oupibai a :adoasv
Dans les derniers chapitres de l'ouvrage, nous faisons également
rétérence à différents volumes de la Gazete de Théophraste Renaudot.
Nous les avons consulté sur Gallica, le site de la Bibliothèque national
de France. Les volumes numérisés dans Gallica sont ceux qui ont été
réunis en receuil. Ils ont été édités à Paris, au Bureau d'Adresse de
Théophraste Renaudot. A l'exception de la première occurrence dans
chaque chapitre qui les évoquent, nous ne rappellons ni le ville d'édition,
ni le lieu d'édition. Les références à ces recueil prendront donc la forme
Suivante pour la première occurrence. nooiatig
Titre, Paris, Bureau d'Adresse, année de publícation, numéro - et éventuellement-
page, (année concernée). o9up USioNE3 2171o
Pour les occurrences suivantes, voici la forme prise par les références
en bas de page: nt ins sb 3hrasl9b uen o1 stmolu2 3toVi02
Titre, année de publication, numéro-éventuellement-page, (année concernee),
3at sota7,qpo snu se PREEACE 19 aniee p
uns b n139 19a0eoeir
Louvrage de Virginie Cerdeira, à la croisée de l'histoire politique, de
Phistoire du livre et de celle des pratiques de l'écrit, éclaire de manière
décisive un objet aussi central dans la culrure politcique du Xv siècle
que mystérieux
Les vingt-cinq volumes du Merzare Frangois, parus entre 1611 et 1648, gros
chacun d'un millier de pages, sont le réceptacle d'une masse considérable
de textes divers, qui ont pour la plupart connu une première publication
imprimée: Cest le cas des nombreux pamphlets qu'on y renconcre mais
aussi de maintes décisions officielles émanant du roi, de tribunaux,de
municipalités, ou bien encore des déclarations publiques de grands personnages.
Ajoutons que le Mercure Frangois publie aussi de nombreuses
relations manuscrites d'événements. Chaque volume agrège ainsi de nom
breux écrits, liés par la voix d'un narrateur qui les présente, les commente,
les ordonne en un récit, de manière à composer une histoire immédiate
de l'année écoulée- les éditeurs peuvent prendre du retard, mais chaque
come paraît peu ou prou l'année suivant les événemenits qu'il relate.
Il y a là un objet tout à fait unique. Dans la France de Louis XII
- celle des prises d'atmes nobiliaires du temps de la Régence, celle
des Érats Généraux de 1614 et de son déluge de pamphlets, celle de
l'assassinat de Concini et de la guerre de la Mere er du Fils, celle des
affrontements militaires entre armées protestantes et royales jusqu'au
siège de La Rochelle et à la paix d'Alès, celle de Richelieu, de la Journée
des Dupes et du choix de prendre part à la guerre de Trente Ans, celle
des révoltes populaires contre le tour de vis fiscal voilà que chaque
année paraft une chronique qui prend en charge la conflictualité du
temps présent. S'il relate nombre d'événements advenus ailleurs en
Europe, son fl conducteur est bien la politique du royaume, alors que
dans cette période, les gazettes qui apparaissent peu à peu dans l'espace
européen-mais pas avant 1631 pour la France-se concentrent encore
largement sur les événements extérieurs aux pays où elles paraissent.
14 HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ETAT
Le Mercure François, on l'aura compris, n'est pas une simple compilation.
Le montage soigneux des documents oriente l'interprétation des textes,
et de là celle des événenments dont ils traitent. Aussi s'agit-il d'un objet
en réalité très soigné et très écrit, qui propose une expérience unique à
I'historienne, en lui permettant d'observer de la manipulation d'écrits
à grande échelle. En effet le Mercure François nous donne accès non pas
simplement à des écrits, mais à des lectures de ces écits : des lectures
réalisées par les auteurS de ces volumes et que l'on peut saisir dans leurs
opérations de montage, de découpage, d'assignation auctoríale des textes
originaux. Les potentialités polémiques de tel ou tel écrit ou argument
peuvent s'en trouver révélées par l'usage qui en est fait. A l'échelle de
la collection entière, cest tout un répertoire de pratiques politiques de
lécrit qui soffre ainsi à l'investigation.
Au reste, une fois ouvere l'un des volumes du Mercure François en
quete d'un renseignement ou d'un texte, on ne le referme pas facilement:
l'autorité tranquille de la yoix singulière qui porte le récit d'ensemble
et le foisonnement des textes, souvent frappants, dont elle organise la
confrontation, font de cet objet si singulier une lecture captivanteune
expérience que tout lecteur peut désormais facilement réaliser depuis
que les volumes sont accessibles sur internet Virginie Cerdeira montre
du reste le succès au long cours rencontré par le Mercure Frangois: il est
devenu un objet de collection dès la seconde moitié du xVI siècle, après
avoir été abondamment commenté au temps où il paraissait,
Les historiens utilisent depuis longtemps le Mercure Frangois comme
un réservoir de documents, d'autant qu'il recèle de très nombreux textes
dont lédition originale a été perdue La collection peut même servir
dutile point de départ pour aborder les soureces sur tel ou tel événement
de cette période. Cependant, jusqu'ici le Mercure Frangois était un
objet très mal connu. Lhistoriographie l'a considéré, dans l'optique de
Ihistoire de la presse périodique, comme un précurseur de la Gazete
de Renaudot er l'a associé aussi dans cet esprit, à partir d'une étude
ancienne et contestable, à a figure du père Joseph, l'«éminence grise»
de Richelieu, qui l'aurait pris en main pour le compte de son maître à
partir de 1624, alors qu'iln'y a aucune preuve de cela. Grâce à un travail
minutieux et scrupuleux, Virginie Cerdeira opère un double déplacement
Sur le site du GRIHL (Groupe de Recherches Interdisciplinaires sur l'Histoire du Litéraire);
http://mercurefrancois.ehess.fr/indcx.php?/categoricsc, consulté le 19 février 2021,
5 TATG MoAA PREEACE MMI 1STIOTE
décisif pour la compréhension du Mercure Frangois, en ancrant ce type
de pratique dinformation dans un rapport à l'histoire, et en montrant
que ceux qui ont conçu, porté, réalisé cette collection sont bien ses
deux éditeurs, Jean et Estienne Richer, jusqu'à ce qu'elle tombe dans
l'escarcelle de Théophraste Renaudot, à partir de 1639
Ily a là un cas remarquable de libraires qui, avant Renaudot, sont en
même temps des auteurs, sans que leur soit reconnu quelque magistère
intellectuel que ce soit, ni quils se revendiquent eux-mêmes commne
auteurs: Estienne peut même affirmer en tête du deuxième volume que
celui-ci lui est « tombé entre les mains>. Les frères Richer restent dans
l'ombre de l'atelier 8 on est là dans une configuration bien différente
de celle des grandes figures d'éditeurs humanistes du xyI siècle, un
temps qui semble bien révolu quand les libraires sont victimes de la
stigmatisation générale qui s attache au travail manuel, tandis que la
figure de Il'écrivain créateur prend son essor, Aussi la vision que Virginie
Cerdeira nous procure de l'activité des frères Richer est-elle précieuse,
non seulement pour la compréhension de leur æuvre, mais aussi pour
nous montrer tout ce que peut impliquer le travail des libraires d'Ancien
Régime a la recherche d'une formule éditoriale qui implique écriture,
regard aigu sur les textes, et aussi du fair politique.
Les frères Richer ont revendiqué d'emblée, dans la « préface au
lecteur du premier volume, la dimension politique de leur projet
servir la paix promue par la politique dHenri IV-pensé, trempé à
lépreuve des guerres civiles. Fils de libraires parisiens morts au moment
du siège de Paris en 1590, privé par son absence de Paris de l'héritage
d'un grand-père maternel également libraire, Jean Richer a commencé sa
carrière d'éditeur à Tours où la cour s'est réfugiée à la suite de la Journée
des barricades; il publie alors, en association avec d'autres éditeurs
aPolitiques» des libelles hostiles à la Ligue, Revenuà Paris, il S'associe
à son jeune frère Estienne, et ils s'installent rue Saint-Jean de Latran
en l'université tout en tenant aussi boutique au Palais. Sous Henri IV
sortent principalement de leur officine, outre des arrêts du Parlement et
des actes royaux - rétribution sans doute des services rendus au temps
de la Ligue - des relations de victoires royales et autres ouvrages à la
gloire du monarque. Ils publient en outre un tout petit nombre de
aLe Libraire an Lecteur», Mercure François, vol., II, 1613, [°3]v.
3 Richer, Jean, « Preface au lecteur », op, cit, vol, I, 1611, [P1]P et (P4v
16 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
fictions, quelques réits de voyages, et sürtout les nombreux ouvrages
de leur auteur-vedette, Palma-Cayet, ministre protestant converti par
Du Perron, et de là controversiste célèbre, et historien à succès. Leur
production souligne singulierement les contours d'une maison d'édition
éminemment politique. Cest de cette expérience que sort très direc
tement Le Merzure Frangois o Suite de lbistoire de la pais commençant
lan 1605 pour suite dn Septenaire di D. Cayer, et finissant au sacre du très
grand Roy de Franae et de Navarre Louys XIM: le titre du premier volume
inscrit en effet l'ouvrage dans la continuité de la Cbronologie septenaire
de l'bistoire de la paix de Palma-Cayet, publice par Jean Richer en 1605
et qui avait connu un succès tel que l'aureur donnera en 1608, toujours
chez le même éditeur une Chronologie notenaire qui relate les débuts
du regne d'Henri IV. L'autre grande référence du Mercire Frangois est
le Mercurius Gallobelgicus, chronique publiée deux fois par an à partir
de 1592 i Cologne puis Francfort, et dans lequel l'ouvrage des frères
Richer puise nombre d'informations venues de l'Empire. Mais le Mercure
Frangois est bien une formule originale. Il paraît en français, quand le
Mercurius Gallobelgicus est en latin, ce qui fait signe vers un public large.
Plus encore, la pratique de la republication de textes est une innovation
qui distingue le Mercure de ses modèles.
Comme Virginie Cerdeira le montre bien, les auteurs du Mercure
Frangois situent continument leur ouvrage du côté d'une histoire du
temps présent susceptible de maintenir des lecteurs nombreux sur le
chemin de la vertu. La référence à l'histoire est d'abord à comprendre,
dans la prétace ouvrant le premier volume, comme définition du public
du Meraure, ce qui est une manière de désigner l'enjeu politique de cette
entreprise. En efet le Mercare Frangois n'est pas un «panégyrique élouent,
et ne relève pas non plus « des grands discours philosophiques.
Lhistoire sy énonce sous la forme d'une « simple narration 3 cette
modestie qui sied| bien à des imprimeurs indique surtout que la collection
sadresse non aux seuls savants, mais à tous ceux qui sont susceptibles
d'être déviés du chemin de la vertu par les si nombreux mauvais écrits
qui simpriment sur les affaires du temps,
LAvis au lecteur qui ouvre le deuxième volume afirme plus nettement
encore la vocation de l'ouvrage àà toucher un public large:
4 Ibid,
ouvrages
par
Leur
d'édition
TAT&C Mo1PREFAGE M aioraut
On dit que l'Histoire difere beaucoup de la philosophie, & des autres doctrines
qui donnent la cognoissance de la Nature & des choses que Dieu a mises
loing du jugement du vulgaire, car telles doctrines ne sont communiquées
Oax hommes que par une longue estude. Mais en lisant les Histoires chacun
peut sans longue estude voir les actions vertueuses des grands et des petits.
Ce qui incite cellement les esprits à la vertu que ceux qui les lisent bien,
detestent le vicel-ur b q Alb nous3ddug o
LAvis explicite ensuite par quel moyen le Mercure « peut servir d'une
guide & adresse à tenir le chemin certain » e corriger les mauvais écrits
donnés au public en les republiant aux côtés d'autres pièces qui, en
les contredisant, en révèlent la malignité. Lauteur prend ici l'exemple
de déclarations émanant des autorités protestantes sélevant contre la
remise en cause de l'Edit de Nantes que le Mercure François confronte à
des décisions royales «afin que le Lecteur cognoisse comme on a depuis
ledict Edict favorablement traicté ceux de ceste Religion , On comprend
alors comment, par différence avec ces pieces qu'il redonne au public,
le Mercure puisse être présenté comme un « recit bref, simple et nud
des choses comme elles sont advenues, ou comme elles ont esté écrices
& publiées» : le récit des faits et de la falsification des faits par des
publications soppose à la sophistication malicieuse des libelles. De là,
les auteurs du Mercure revendiquent une forme de neutralité, alors même
que l'écriture de l'histoire procure d'ordinaire à ceux qui sy risquent
de la hayne et de l'envie». Car le Meraure Frangois ne se prononce pas
sur les conflits: ceux-ci sont rapportés par les pièces qui les constiruent,
a delaissant au Lecteur d'en faire tel jugement qu'il voudra. Un tel
discours aboutit à naturaliser la louange des actions royales accompagnant
le récit des événements dans le Mercaure: comme si le panégyrique
permanent de la monarchie tenait du simple récit des faits.
Le Mercure François est né dans la période d'incertitude ouverte par
l'assassinat d'Henri IV, incertitude qu'il se donne pour mission de
conjurer, le premier volume sattachant à montrer la continuité entre
la politique de la régente et celle du bon roi Henri -Cest tout le sens
de cette «histoire de la paix» que le Mercure sattache à relater. UUn
épisode exhumé par Virginie Cerdeira montre que la réalisation d'une
telle histoire utile au pouvoir n'allait pas de soi : en 1612, le Mercure es
5Le Libraire au Lecteur», Mercure François, vol. IT, 1613, [3] v
EU
Histoire
OELSE LETT
18 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
mis en cause dans le cadre d'une procédure judiciaire devant le parlement
de Paris pour avoir colporté des fausses nouvelles, en particulier
relatives à la mort d'Henri IV. La procédure aboutit à une interdiction
de l'ouvrage, ce qui n'empêche pas que le deuxième volume paraîtra
sous privilège, comme tous les suivants: un indice sûr de la confiance
dont jouit cette publication de la part du pouvoir royal
Confiance justifiée : passé 1612, le Mercure Framçois témoigne de
la compréhension profonde que les frères Richer ont des services que
leurs volumes annuels peuvent rendre à la politique royale du moment.
Lauronomie des frères Richer par rapport au pouvoir, la complexité
du produit qu'ils ont élaboré, le souci d'édifier plus que d'informer
des lecteursS qui ne sont jamais présentés comme un collectif doté de
la capacité d'infuer sur le cours des événements, invitent à cenir à distance
la notion de «propagande , comme le fait justement Virginie
Cerdeira, tout en mettant en évidence les ressources propres du Mercure
Frangois en matière de communication politique. Le Mercure réalise
notamment un usage significatif des découpages temporels. Dans le
troisième volume par exemple, le récit de l'année 1614 se trouve scindé
en deux au moment de la majorité de Louis XIII- événement capital
pOur fortifier le régime dans une passe difficile - qui est souligné par
un nouveau titre intercalé au milieu du volume, et un redémarrage de la
numérotation des pages à cet endroit-la. Lépaisseur temporelle propre au
Mercure=l'échelle annuelle du récit - est aussi propice à la production
de sens: elle permet de distiller l'interprétation d'un événement avant
meme de le raconter, dans des passages consacrés aux mois le précédant,
Ainsi le récit du dernier voyage de Concini, le ramenant vers Paris ou
allait se jouer son destin, permet de montrer tous ses mauvais visages, ce
qui contribue grandement à faire comprendre son assassinat sur lordre
de Louis XI, Le Mercure joue enfin beaucoup sur la répétition de la
meme interprétation dans différents textes compilés à la suite les uns
des autres, et qui produisent une impression d'unanimité.
Virginie Cerdeira n'a pas hésité às'enfoncer dans l'épaisseur textuelle
du Mercare pour saisir et contextualiser finement les opérations gui s'y
trouvent réalisées. Le plan de son livre associe une longue première
partie quí dégage les caractéristiques générales du recueil à deux autres
parties centrées sur des études de cas autour d'un événement ou dun
phénomène choisies de telle manière que l'ensemble du Mercre se trouve
parlement
particulier
interdiction
paraîtra
confiance
de
que
moment.
complexité
d'informer
Mercure
ATOG MO21A PRERACEMM OT 19
étreint dans l'analyse -aucune période ni aucune thématique majeure
n'est négligée. Chaque chapitre est bâti autour d'un problème, et la plupart
d'entre eux relient une question qui touche à lhistoire propre de la
Compilation à une question d'histoire politique, Dans celui qui est consacré
à l'assassinat de Concini, Virginie Cerdeira montre comment le Mercure
a façonné subtilement la signification a pasteriori de cet événement, mais
utilise aussi l'affaire pour observer le comportement du périodique dans
une période où les changements politiques au sommet du pouvoir sont
particulièrement brutaux. De même, le dernier chapitre est-il consacré
à la fois aux récits de la mort de Louis XIIl et à la fin de la collection,
Les frères Richer n'ont cessé de revendiquer leur engagement au
service de la «raison d'Etat», Ils ont ainsi contribué à installer cette
notion au centre du paysage politiq du premier xVIf siècle. Ce faisant,
peut-être s'agissait-il pour eux de comprendre leur propre travail
en direction du pouvoir royal, mais dans un chapitre particulièrement
remarquable de son livre, Virginie Cerdeira montre comment ils ont
utilisé l'un des traités phare de la raison d'Etat pour l'une de leurs
opérations coutumières. De l'intérêt des princes et des Etats de la chrétienté,
qui a pour auteur le duc Henri de Rohan, général, grand animareur
des prises d'armes protestantes dans les années 1620, devenu sur le
tard mais avec éclat théoricien de la politique, a en efet été imprimé
pour la première fois dans le volume XX du Mercure Frangois, paru en
1637, parmi d'autres textes « documentant» l'entrée officielle de la
France dans la guerre de Trente Ans en 1635. Lopération prend sens
dans le contexte militaire de 1637, difficile pour les armées françaises
alors qu'il s'agit de persuader que la guerre doit être poursuivie : l'écrit
de Rohan donne sens aux autres écrits avec lesquels il voisine dans le
Mercure; il opère une rationalisation a pasteriori du choix de la guerre
d'autant plus forte qu'elle semble contemporaine du moment oùa ré
décidée l'entrée dans le conflit. Dans ce cas, la raison d'Etat n'est pas une
pensée susceptible d'armer l'action des frères Richer, ou bien celle du
pouvoir royal; 1'écrit de Rohan sert à représenter la rationalité de l'action
royale. On voit par là comment le fameux langage de la raison d'Etat
est devenu dans les années 1630 non pas seulement un mode nouveau
de compréhension des rapports entre pouvoir monarchique et société,
mais le signe même qu'à la tête de l'Etat une pensée puissante prenait
des décisions judicieuses validées même par des adversaires politiques,
20 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
A partir de 1637 se produit une déprise du Mercaure François et du
pouvoir royal: Estienne Richer est évincé au profit d'autres imprimeurs
et le Mercure tombe alors aux mains de Théophraste Renaudot, lequel
le dévitalise en en espaçant la publication des volumes. Le désintérêt
progressif du pouvoir royal doit sans doute beaucoup à la présence de plus
en plus centrale de la Gazette dans le paysage politique. Outil massif de
dépolitisation de l'espace de l'imprimé, elle a probablement périméle
Merciure Franois, qui certes racontait une histoire du temps présent utile
au pouvoir, mais qui, par sa formule même - celui de la republication
de textes souvent polémiques attirait l'attention sur la conflictualité
politigue. Grâce à Virginie Cerdeira, le Mereure François se trouve enfin
doté d'une histoire qui renouvelle profondément notre connaissance des
pratiques politiques de l'imprimé du premier xvIf siècle.8 nouo
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880 UN OUVRAGE D'HISTOIRE AU SERVICE DU POLITIQUE
notso LHistoire instruict et conduit plus asseurement à la vercu & à tout devoir,
que les sgiences: c'est, Le thresor & image de nostre vie : Linstruction au
maniement des afaires: La Maistresse de la vie humaine La Messagere de
l'antiquité: La Vie de mémoire; Le Tesmoin des temps, &la Lumiere de verité
125 90
Avec cette définition, le rédacteur du Mercure Frangois livre sa conception
de 1I'histoire autant quil revendique l'appartenance de son ouvrage au
domaine de celle-ci. L'énumération des qualités de I'histoire contenue
dans cette citation lui permet de tracer les grandes lignes de son projet
d'écriture. Lévocation sous sa plume de la «vertu», du «devoir», de
la «vie humaine» et du «maniement des affaires» établit une très
grande proximité entre lT'histoire et le politique. La notion de politique
s'entend ici dans son sens plein, c'est-à-dire celui de la construction
d'un collectif au service duquel se met l'art de gouverner. Ces deux
acceptions du terme « politique » sont indissociables. Lidée de «pouvoir
public» apparaît comme le trait d'union permettant de comprendre la
relation de dépendance réciproque entre ces deux notions. Le sens de
la recherche de l'élaboration d'une société équilibrée englobe, en effet,
celui des pratiques de pouvoir et de gouvernement. Pour le rédacceur
1 La ontinuation du Mercare Frangois on Saite de l'Histoire de l'Anguste Regence de la Reyne
Marie de Mdicis sous son Fils le Trr-Chrestien Roy de Frana & de Navarre, Loys XII,
A Paris chez Estienne Richer, au Palais, sur le Perron Royal, 1613, [P8]r, bibliorhècque
Méjanes d'Aix-en-Provence, In-8° 7971. Cctte citation n'est pas reproduite dans toutes
les éditions du deuxième volume du Mercure Frangois. Ce volume définit à nouveau la
discipline historique un peu plus loin, voir ibid, [P66|]r. Dorénavant, sauf exception,
pour citer le Mercure François nous procéderons de la sorte : Mercare FrangoiS, 0D. cit,
numéro du volume, année de publication, foliotation ou pagination et année relative aux
événements relatés entre parenthèses
22 HISTOIRE MMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
du Mercure François, la connaissance de I'histoire encourage l'adoption
de comportements vertueux nécessaires au bon fonctionnement de la
vie de la cité. L'écriture de l'histoire s'apparente alors à un acte politique
parce que civique. Elle poursuit notamment l'objectif d'instruire ses
lecteurs sur le passé afin d'éclairer leur jugement politique et d'orienter
leur action dans ce domaine. Le Mercure Frangois doit donc être étudié
comme un ouvrage d'histoire dont l'écriture est en permanence soustendue
par ce souci du politique?.
La collection du Mercure Frangois publiée à Paris entre 1611 et 1648
paraît dans un contexte margué par une multitude d'incertitudes politiques.
Dans le royaume de France notamment, la péiode connaît une
série de troubles et d'évolutions à même de fragiliser la constitution
et l'équilibre d'une société stable et cohérente. L'assassinat d'Henri IV
au mois de mai 1610 fait craindre un retour des guerres de Religion?.
La période de régence engend rée par la disparition du monarque est
également génératrice dinquiétudes en raison de l'affaiblissement du
pouvoir nmonarchique qui lui est souvent associé. Elle est d'ailleurs
touchée par de nombreuses révoltes nobiliaires. Une fois la reine-mère
écartée du pouvoir à la faveur de l'assassinat de son favori en 1617, le
règne de Louis XIII est également émaillé de révoltes. Le retour des
guerres de Religion, redoutée au début de la régence, survient dans le
sud du royaume au cours de la décennie 1620, La confirmation de la mise
à l'écart de Marie de Médicis après l'épisode de la Journée des Dupes
puis du coup de Compiègne entre 1630 et 1631 cristallise l'opposition
de deux factions politiques au sein du royaume. Ces conflits redondants
sont le symprôme d'une tension exacerbée par la tendance du monarque
à afhemer le monopole de son pouvoir, Lavènement du ministériat de
Richelieu participe de ce mouvement et se caractérise par un changement
de politique étrangère significatif avec l'entrée dans la guerre ouverte
du royaume de France contre le royaume d'Espagne en 1635. Dans ce
Sur la conception de l'histoire entretenue par les rédacteurs du Mercure Frangois mais ausSI
Sur les implications d'une telle conception sur l'ouvrage voir Cerdeita, Virginie, «le
Mercure François, un recueil périodique d'histoire politique du temps présent», dans aA
qui lira ?, Littérature, livre et librairie en France an xvir siècle, textes réunis par Bombart,
Machilde, Cornic, Sylvain, Keller-Rahbé, Edwige, Rosellini, Michèle, Tübingen, Gunter
Narr Verlag, 2020, p, 447-455.
3 Ace propos, voir notamment Cassan, Michel, La grande petr de 1610. Les Français et
Wassasinat dHenri IV, Seyssel, Champ Vallon, 2010,
l'adoption
la
politique
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d'orienter
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1648
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contexte, le Mercaure Frangois apparaît comme un moyen forgÓ par les
contemporains afin de favoriser la compréhension et la mise en ordre
de ces événements et de participer à l'édaboration d'une société solide.
Si ce moyen finit par susciter la convoitise des représentants du
pouvoir monarchique qui s'en saisissent et se l'apPproprient, il n'est en
rien leur aeuyre. La réputation accordant au Mercure François le statut
d'instrument officiel de communication politique aux mains du pouvoir
monarchique est largement exagérée. Elle s'explique notamment par
son caractère inconditionnellement favorable à la monarchie française
sous la régence comme sous les règnes d'Henri IV et de Louis XII, Les
qualifications attribuées au Mercure Frangois par I'historiographie qui y a
vu, à l'image d'Etienne Thuau l'« organe officiel » de la monarchie, ou
de François Moureau ses «annales o elles », ont largement contribué à
véhiculer cette représentation, Pourtant I'historiographie a aussi souligné
que le Mercure François ne joue ce rôle que temporairement en attendant
que la monarchie se dote d'un outil plus efficace en la matière, à savoir
la Gazette de Théophraste Renaudot à partir de 1631, Pour d'autres
auteurs au contraire, le Mercure François ne devient une publication
officielle du pouvoir monarchique qu'après 1624, sous l'infuence de
Richelieu', Ces diverses indications chronologiques, en dépit de leur
caractère partiellement contradictoire, ont le mérite dattirer lattention
sur le fait que le Mercure Frangois et le pouvoir royal n'entretiennent
pas des relations linéaires. Elles suggèrent au contraire une formne
d'indépendance de la part des acteurs à l'origine de la collection. En
raison de la dimension intrinsèquement politique portée par le Mercure
Brangois, ce dernier devient porteur d'enjeux pour différents acteurs. Il
est le moyen d'expression et le support de l'engagement politique de la
part de son ou ses fondateurs. Mais, justement en raison de la nature
politique de ce message et de ses conséquences potentielles sur un public
4 Sur tous ces points voir Moureau, François, « Censure, intormation et opinion publique
dans la France des Lumières p, dans L'tnformation à V'époque moderne. Actes du colloque de
1999, n°25, textes réunis par 1'Association des Historiens Modernistes des Universités
Françaises (AHMUE), Paris, 2001, p. 162. Voir également Thuau, Etienne, Raison
a Etat et pensée politique à Vépoque de Richelieu, Paris, Albin Michel, 2000 [1966), P. 177 et
Halfemayer, Stéphane, L'information dans la France du xVit sièele. La Gazerce de Renandot
de 1647 à 1663, Paris, Honoré Champion, 2002, p. 22-27.
5 Mousnier, Roland, L'homme rouge. Vie du cardinal de Ricbelien (1585-1642), Paris, Robert
Lafont, 1992, P. 444-446,
24 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
de lecteurs largement méconnu, il devient l'enjeu d'un contrôle de la
communication politique et de la publication pour les dépositaires du
pouvoir monarchique. La décision de ces derniers d'interdire le Mercure
Frangois en 1612 ou, au contraire d'en user comme d'un outil, témoigne
de leur conviction de sa capacité à agir sur le politique et donc, de la
nécessité de le contrôler. 1ouvrage est considéré par les acteurs comme
un instrument du gouvernement des opinions. o n0720b
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Le Mercure François est un objet hybride situé aux confins de l'écriture
de l'histoire et de celle de l'actualité. La collection quil constitue se
compose de vingt-cing volumes imprimés d'environ un millier de
pages chacun et publiés périodiquement à une fréquence moyenne dJun
volume par an entre 1611 et 1648. Chaque volume est constitué d'une
compilation de textes de natures variéés, parmi lesquels des reproductions
de déclarations royales, de pièces officielles, ainsi que des occasionnels
autrement dit des livrets de quelques dizaines de pages au maximum
publiés afin de relater un événement récent, mais aussi de textes à la
tonalité plus polémique comme les libelles ou les pamphlets. Il arrive
également au Mercure François de publier des correspondances entre
grands acteurs politiques du royaume ou bien des réflexions de théorie
A propos du caractère hybride du recueil, voir Cerdeira, Virginie «Éctire le passé en
Compilant le présent. Le Mercure François, atelíer d'écriture de l'histoire du temps présent
en lignel, Carnels ; rewne ilectronigue d'étndes françaises, n°2, II série, APEF - Associação
Portuguesa de Estudos Franceses, 2014, p. 27-45, https://ler.letras.up.pt/site/default.aspx
qry-id05id1428id2673&sum-sim, consulté le 04/04/2015. Ainsi que ead., «Le Mercur
Frangois, entre l'écriture de l'histoire du temps présent et lécritüre de l'actualité politique »
dans Penser l'bistoire de médias. Le temps des médias, Actes du premier congrès de la Société pour
bistoire des médias (SPHM), textes réunis par Blandin, Claire, Robinet, François, Schafer,
Valérie, Paris, CNRS Edirions, 2019, p. 69-70. Voir aussi ead., «Le Mercure Frangots, un
recueil périodique d'histoire politiguc dú temps présent», arc. cité.
7 convient de ne pas confondre le Meraure François avec le Mercure de France. Ce dernier
est publié entre 1724 et 1965 avec deux interruptions. Le Mercure de France prend en fait
la suite du Mercure Galant de Donneau de Visé, publié entre 1672 er 1724,
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politique. Ces textes ont, pour la plupart, déja éré publiés de manière
manuscrite ou imprimée et ne sont donc pas inédits, contrairement
à leur réunion dans lespace dun même support ímprimé, justifiant
parfois la présence de petites transitions entre eux. Ils traitent de faits
politiques récents survenus entre les années 1605 et 1644 dans 1'Europe
chrétienne er, tout particulièrement dans le royaume de France. Les
textes sélectionnés pour hgurer dans la compilation émanent d'acteurs
pluriels dont l'identité est rarement révélée au lecteur. Seuls les imprimeurs-
libraïres successifs du Mercure François sont connus avec certitude,
il s'agit des frères Jean et Estienne Richer jusqu'en 1637, de Pierre
Billaine et Olivier de Varennes pour les volumes publiés en l639 et
1641, puis du seul Olivier de Varennes entre 1641 et 1647 et enfin de
Jean Hénault pour l'ultime volume de la collection. A l'exception des
derniers numéros, dont la rédaction échoit à Théophtaste Renaudot,
le Mercure François ne désigne pas explicitement de compilateur, de
rédacteur ou encore d'auteur.pio
l Les faits relatés dans le Mercure Frangois le sont car ses compilateurs
les considèrent à la fois comme marquants et dignes qu'on en conserve
la mémoire. C'est pourquoi, ils peuvent être qualifiés d'événements
voire d'événements historiques. Leur caractère relativement récent nous
autorise aussi à désigner leur relation dans le Mercure François par le
terme de nouvelle, bien qu'ils ne sont pas inédits. Cest pourquoi, par
ces recueils, le Mercure François entend écrire une histoire politique du
temps présent à destination des lecteurs du futur. Ce vocabulaire pose
la question du lien de la collection à l'écriture de l'actualité. Dans son
ouvrage consacré aux « mercures historiques et politiques», Marion
Brétéché définit l'écriture de l'actualité comme la relation «des faits à
peine survenus ou encore en cours de réalisation, et offrant un intérêt
pour cette raison" ». Nous voudrions ajouter à cette définition l'idée
selon laquelle les relations des faits récents doivent être inédites pour
pouvoir etre considérées comme s'inscrivant pleinement dans le champ
de son écriture. Nous pourrons alors utiliser l'expression de « nouvelles
d'actualité» pour les désigner. Afin de publier ce type d'informations,
le domaine de l'écriture de l'actualité recourt largement à la pratique
8 Brétéché, Marion, Les compagnons de Mercure. Journalisme et politique dans l'Europe de
Louis XIV, Ceyzérieux, Champ Vallon, 2015, p. 9-10
26 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
de la périodicité depuis la fin du xV siecle et le débur du xvir siècle'
La publication périodique offre, en effet, la possibiliré d'initier la rela
tion d'un fait en cours tout en permettant d'en poursuivre puis d'en
achever le récit dans des tomes ou volumes postérieurs. Elle facilite et
systématise la relation er la diffusion de nouvelles inédites.pild
De plus, si la régularité de la publication du Mercure Frangois n'est
inédite ni en France, ni en Europe, elle est souvent reconnue comme
un élément caractéristique de la presse d'actualité telle que nous la
Connaissons aujourd'hui tout comme l'usage du support imprimé à
l'aide de la presse typographique. Pour ces raisons, le Mercure Erançois
est considéré par l'historiographie comme une forme archaïque de la
presse périodique française, vingt ans avant la fondation du premier
hebdomadaire firançais d'actualité politique en 1631 : la Gazette de
Théophraste Renaudot. Nombreux sont donc les sommes et les manuels
consacrés à l'histoire de la presse et des médias qui citent le Mercure
Frangois soit comme premier périodique français, soit comme premier
journal français, soit de manière plus générale comme un ancêtre de la
9 Voir à ce propos Bellanger, Claude et alii (dir.), Histoire générale de la presse frangaise, t. l,
Des origines à 1814, Paris, Presses Universítaires de France, 1969, P. 22 et 80 mais auss
Kintz, Jean-Pierre, Relation: 1605 : Strasbourg invente le premier journal, Strasbourg, ville
de Strasbourg, 2005, Voir également Haffemayer, Stéphane, L'information dans la Frane
du xvir siede.o, op. cit., p. 14-16. Voir aussi Laeven, Augustin-Hubert, «La réception des
plus anciens périodiques de langue française dans les pays allemands », dans La difusion e
la lecture des journaux de langue frangaise sonus l'Ancien Régime, Actes du colloque internationa
de Nimègue, 3-5 juin l987, textes réunis par Bots, Hans, Amsterdam-Maarsen, APAHolland
University Press, 1988, p. 237-247,- A propos des almanachs en France, vor
Martin, Henri-Jean, Livre, pouvoirs et sociéré à Paris au xvir siede (1598-1701), t. L, Genève,
Droz, 1999, 1969), p. 255-257, A propos des nouvelles manuscrites périodiques voir
Moureau, François, La plume et le plomb, Espaces de limprimé et du manuscrit au siecle des
Lamières, Paris, Presses de l'Université Paris Sorbonne, 2006. Ainsi que id., De Bönne
Main. La communication manusorite an xvut siècde, Paris et Oxford, Universitas et Voltaire
Foundatíon, 1993. Voir également ia. (éd), Répertoire des nouvelles à la main : dictionnaire
de la presse manuscrite dandestine (xvt-xviif siecles), Oxford, Voltaire Foundation, 1999.
Sur la circulation de l'information, parfois périodique, en Italie, notamment sous la
forme des nouvelles à la main et des avvisi voir Dooley, Brendan, «De Bonne Main
les pourvoyeurs des nouvelles à Rome au XVIf siècle », Annales, Histotre, sciences soctales
1999, vol. 54, n°6, p. 1317-1344, -Sur l'évolurion des avwisi et leur compilation voir par
Cxemple Petitjean, Johann, « Mots et pratiques de l'information. Ce que aviser veut dire
(XVT-XVIf síècles)», Melanges de V'Ecole Frangaise de Rome. Italie et Méditerranée modernes
et conlempoaines, 122|1, 2010, p. 107-121. Voir également id., Lintelligence des choses Une
dbeis tRoolrme ed,e 2 li0n1fo3r,m pa. t7io7n-8 e5n.tre Italie et Méditerranée (xvt-xVif sièdes), Rome, Ecole Erançaise
siècle'
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presse françaisel0. En considérant le Mercure Frangois comme l'un des
jalons fondamentaux de I'histoire de la presse française, ces différents
travaux ont conduit certains chercheursS à convoquer 'ouvrage au titre
de source principale ou secondaire soit de l'histoire de la presse et de
l'information en général", soit de l'histoire du traitement de diverses
thématiques dans la presse du xvir siècle à travers le Mercure. La perception
véhiculée par le Mercure François de certains des royaumes voisins
de la France et de leurs relations avec lui a ainsi été étudiéel2, Les
échelles temporelles, spatiales et les prismes thématiques choisis par les
10 Voir par exemple Jage, Patrick, « Mercure Frangois I (1613-1648)», dans Dictionnaire des
journaux 1600-1789, textes réunis par Sgard, Jean, Paris/Oxford, Universitas/Volcaire
Foundatíon, 1991, p. 867-869. Voir aussi Chartier, Roger, « Pamphlets et gazectes»
dans Histoire de VEdition frangaise, t. I, Le livre conquérant. Du Moyen Age an milien du
XVit siecde, textes réunis par id, et Martin, Henri-Jean, Paris, Fayard, 1982, p. 411-413,
Voir également Bellanger Claude e. al. (dir.), Histoire générale de la presse française. oo
op. cit., t. 1, p. 78-79. Voir aussi Hatin, Eugène, Histoire politigue et littérate de la presse
en France avec une introduction bistorique sur les origines du journal et la bibliograpbie générale
des journauX depuis leur origine, t I, La Presse avant la Révolution, La Presse durant la
Fronde, La Petite presse, Genève, Slatkine Reprints, 1967 (1859-1861], p, 146-148 et ia,
Bibltograpbie bistoriqe et oritique de la presse périodique jfrançaise, Paris, 1866, Librairie de
Firmint Didot Frères, P. LVL. Voir aussi Albert, Pietre, La presse frangaise, Patis, Presses
Universitaires de France, 2013 [1970), p. 8. - Pour leur implication dans la fondation
du Mercure Frangois, le Dictionnaire des journalistes (1600-1789) consacre une notice à
chacun des deux frères Richer. Gilot, Michel, « Richer, Estienne» et «Richer, Jenn,
dans Dictionnaire des journalistes (1600-1789), textes réunis par Sgard, Jean, Oxford,
Voltaire Foundation, 1999, p. 854,- A propos de la périodicité du Mercure Frangois voir
Martin, Elenri-Jean, Livre, ponvoirs et sociét a Paris au xVif siècle. oeg C. 1, op. cil., p. 350
351 ainsi gue Halffemayer, Stéphane, Linformation dans la France du xvit siecleooy op. CTti
P. 12-13.- Sur les traits de parentés du Mercure lFrançois à d'autres médias d'Ancien
Régime voir aussi Feyel, Gilles, La presse en France des origines a 1944. Histoire politique
ct matériele, Paris, Ellipses, 2007, p. 5-13 ainsi que Seguin, Jean-Pierre, Linformation
en l'rance avant le périodigue. 517 canards imprimét entre 1529 et 1631, Paris, Maisoneuve
et Larose, 1964, p. 8 et 24.
11 Par exemple, Balmas, Enea, «Un'annata del "Merczure Frangois", dans Llnformazione
in Francia nel Seicento, textes réunis par Adhémar, Jean, Seguin, Jean-Pierre, Jannini
Pasquale-Aniel, Carile, Paolo, Bari-Paris, Adriatica et Nizet, 1983, p. 101-118, Deux
ans plus tard, Pierre Clair publie un article s'appuyant largement sur le Mercure Frangot
Clair, Pierre, «Linformation au quotidien ; discours politique et vision du monde dans le
Merciure Frangois et quelques autres gazettes», dans LEtat baroque 1610-1652 : regards su
la pensée politique de la Prance du premier XVit siecde, textes réunis par Méchoulan, Henry,
Paris, Vrin Librairic Philosophique, 1985, p. 301-335
12 Voir par exemple Fernandez-Gaillat, Michèle, «LBspagne dans la presse française du
début du XVIf siecle», dans Ecriture, pouvoir et sociétf en Espagne aux XV? et xVit siècles.
Hommage du CRES à Augustin Redondo, tex tes réunis par Civil, Pierre, Paris, Presses de
la Sorbonne Nouvelle, 2001, p. 128-129,a
28 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
différents chercheurs évoqués ici engagent, bien sûr, un affinement de
la connaissance du recueil. iq l 3p 920121 bxposmstnol enolsi
Pourtant, les modalítés européennes de la diffusion et de la
communicàtion de nouvelles d'actualité et d'informations politiques
au tournant des xvI et xvIT siecles sont d'une grande richesse et ne se
limitent ni au support imprimé ni à la périodicité de la publication
La majorité des publications européennes consacrées à l'actualité entre
la fin du xvf et le début du xvIif siècle sont ponctuelles et traitent d'un
événement particulier. Elles peuvent êcre imprimées comme manuscrites.
On les désigne généralement sous le terme d'occasionnels en France, de
relaciones de sucesas en Espagne ou encore d'avvisi en Italie. De la polémique
au sensationnel en passant par les crimes et faits divers, le ton
comme le contenu de ces occasionnels sont variables" Tous ces médias
ont pour point commun d'entrerenir un lien avec le politique, soit parce
qu'ils tentent, par la relation qu'ils en font, de saisir le sens d'événements
extraordinaires susceptibles de déstabiliser une communauté, soit parce
qu'ils participent à la publicité et à la diffusion d'informations relatives
aux pratiques de gouvernement., Nous appelons médias l'ensemble de
ces modalités, étant entendu que les seuls médias dont nous traiterons
dans notre travail sont de nature discursive et désignent des supports
écrits. Les médias ne véhiculant pas uniquement des nouvelles d'actualité
politique, nous considérons donc également les supports de lécriture
de l'histoire comme des médias.
13 Rappelons ici que les nouvelles peuvent, en effer, circuler sous forme discursive ou non,
orales ou écrires, manuscrites ou imprimées, périodiques ou occasion nelles, A propos
des pratiques non discursives de la communication policique voir Fogel, Míchele, Le
cérémonies de linformatiom dans la Framce du xvt a milien du xvif siècle, Paris, Fayard, 1989
ou encore Hermant, Héloïse, Guerres de plumes, Publicité et caultures politiques dans ('Espage
dn xvir silde, Madrid, Casa de Velásquez, 2012, p. 3-4.
14 Apropos des relaciones de sucesos voir Pena Sueiro, Nieves, «Estado de la cuestion sobre el
estudio de las Relaciones de Sucesos », Pliegos de bibliofilia, 13, 2001, p. 43-66. Voir aussi
Raul, Didier, «"Journalisme" et politique au Siecle d'Or, les relaciones desucEsos consacrées
ala mort de Rodrigo Calderón », Reve des langries Néo-latines, 317, 2001, p. 19-44. Voir
galement 14, "La iníormación y su manipulación en las relaciones de sucesos, Bneuesta
sobre dos relatos de batallas navales cntre españoles y holandeses (1638)», Grilicbn, 86,
2002, p. 97-l15. - Sur les différentes tonalités prises par ces nouvelles voir par exemple
Segun, Jean-Pierre, Linformation en Frazae avani le périodigue.., op. ail. mais aussi Lever,
Maurice, Caards sanglants, Naisane dn fait diver, Paris, ayard, 1993 ou encore Crémoux,
Erangoise, cMiracles matiaux dans les plicgos seltos cdu xv siècle», dans Eoritire, youvoir
ct sociéTé en Espagne aux XV et XVIt siecles.oog p. cit, p. 45-S3.
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1989
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consacrées
Voir
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TANCO INTRODUCTION HTe 29
sPlusieurs des caractéristiques du Mercure Frangois léoignent du champ
d'écriture de l'actualité. Le format moyen de chacun de ses volumes est
beaucoupP plus élevé que ceux des occasionnels français ou des premiers
hebdomadaires européens. La fréquence pour l'essentiel annuelle de la
périodicité de la publication semble également exclure le Mercure François
du champ de la presse d'actualité, Le choix de la compilation de textes
déja publiés par ailleurs évoque plutoc la tradition d'écriture du passé.
Louvrage n'offre que très rarement des textes revêtant un caractère inédit.
Lorsque le Mercure publie des textes n'ayant pas encore circulé dans
le royaume de France, ces derniers relatent des nouvelles déjà connues
dans le royaume. Si, grâce à la traduction, le Mercure François publie aussi
des nouvelles encore ignorées d'un public de lecteurs français car s étant
déroulées àl'étranger, elles ont la plupart du temps déja été publiées hors
du royaume. De tait, certains auteurs identihent plus ou moins clairement
le Mercure Frangois à un ouvrage représentatif de l'écriture de I'histoire. Å
ce titre, la description de la compilation par I'hiscorien de la presse Eugène
Hatin doit nous alerter. Ce dernier refuse de considérer le Mercaure Frangois
comme un journal et le qualifie de périodique «intermédiaire » : il sagit
dune «compilation historique» ou d'un «annuaire historiqueo», A
image du compilateur du recueil, les acteurs de l'Ancien Régime défnissent
assez naturellement l'ouvrage comme un livre d'histoire. L'écart
manifeste qui existe entre la réception du Mercure par les historiens de
r'époque contemporaine et les acteurs du xvf siècle illustre aussi, sans
doute, l'époque à laquelle tous ces lecteurs appartiennent. Témoins de
la naissance et des balbutiements de la presse, les acteurs du xVIf siècle
sont sans doute plus enclins à reconnaître dans le Mercure Frangois les
traits d'une écriture historique aux formes variées, héritées des époques
antique et médiévale plutôt que ceux de l'écriture de l'actualité qui n'a
pas encore pris les formes que nous lui connaissons, Antoine Furetière
qualifie ainsi le Mercure François d' « Flistoire de France , A son image,
15 Hatin, Eugène, Histoire politique et littéraire de la presse en France., op. cit, t. 1, Paris,
1967, p. 146-148.
16 1d, Bibliograpbie bistorique et critigue de la prese périodique frangaise., 0P, Cit, p. LVI.
Ftiretière, Antoine, Dictionnaire universel, contenant généralenment tous les mots françois, tant
vIeux que modernes, &les Termes de toutes les sciemces & des arts, sgavoir la Pbilosopbie, Logique
Physique, la Medecine on Anaomie, Pathologie, Therapentique, Gbirurgie, Pbarmaopée,
Chymie, Botanique, on l'Histoire naturelle des Plantes &elle des Animaux, Mineraux, Metax
Pherreries, & les moms des Drogues Artificielles : La Jurisprudence Cvile & Caonique,
30 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Joseph Bayle considère l'ouvrage comme une ceuvre particulièrement
utile à la construction d'un savoir sur le passé. Dans une lettre en date
du 11 mars 1684, le frère du philosophe en recommande chaleureuse
ment la lecture à Salomon d'Usson, marquis de Bonnac car & .] sans
Isla lecteure ]3 on ne peut guere bien savoir l'histoirë des siecles
passés J>. A une distance bien plus lointaine de la période de publi?
cation du Mercure, l'ouvrage condinue à être sollicité par de nombreux
chercheurs et historiens désireux d'affiner leur connaissance du passé; et
plus particulièrement, de la première moitié du xvuf siècle. 12t atb
243 92ettpaent p19799) ab fdug usb esnongiope olloiruon2ub
roehantoDE LA SOURCE A LOBJET DHISTOIRE lionb
Il nous est impossible de recenser de maniere exhaustive les ouvrages
d'histoire et de sciences sociales en général dans lesquels le Mercure
Frangois est cité à titre de source principale ou secondaire. En dehors
des travaux dédiés à l'histoire de la presse, de l'imprimé, du livre, de
linformation et de sa circulation cités plus haut, il existe, en effet, un
usage récurrent du Merczare Frangois entre la fin du xvir siècle et la
période contemporaine, usage que l'évolution de la discipline historique
b
Feodale & Municipale &sur toutes celles des Ordonnances Les Matbematiques, la Geometriej
VAritbmetique, GU'Algebre, la Trigonometrie, Geodesie ou P'Arpentage &les Sections conigues,
VAstronomie, VAstrologie, la Gnomnonique, la Geographie, la Musiqne, tant en theorie qu'ën
pratique, les lnstramens à vent & à cordes, 1Optique, Catoprique, Dioptrigue, & Perspective,
VArcbitecture civile &nuilitaire, la Pyrotecbnie, Tactique & Statique, Les Arts, la Rbétoriqne,
la Poesie, la Grammaire, la Peinture, la Sculpture, &c, la Marine, le Manege, P'Art de faire
des armes, le Blason, la Venerie, Fauconnerie, la Pesche, V'Agricnlture ou Mäison Rustique, &
la plupart des Arts mechaniques : Plusieurs termés de relations d'Orieni & d'Ocrident, la qualte
des Poids, Mesures & Monnoyes, les Etymologies des Mots, l'invention des choses, & lOrigine de
plusieurs Proverbes, & letur relationà ceux des autres langues: Et enfin les noms des Ateurs qut
ont traitté des matieres qui regardent les mots, expliquez avec quelqnes Histoires &Curiastez
naturelles, &Sentences morales, qui seront rapportées pour donner des exemples de pbrases & de
constructions, Le tont extrait des plus excellenss anteurs anciens &modernes, t. II, La Haye, chez
A. et R. Leers, 1690, p. 240.
18 Bayle, Joseph, Lettre 255 :Joseph Bayle à Salomoni d'Usson, Sa transcription, comme un fac
Similé de son manuscrit sont consultables à l'adresse suivante:http://bayle-correspondance
ufonliiov-, scto-entsieunltnée le.f r2/L7e/0tt8re/2-021555.-Joseph-BayleaSalomon&id_document-891documents port
particulièrement
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chaleureuse
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Perspective,
Rbétoriqne,
faire
qualte
de
qut
Curiastez
TATRG VINTRODUGTION1 3IOT2
n'a pas entravé. Certains d'entre eux posent la question des pratiques
d'écriture mobilisées dans le MercIure Frangois comme l'ouyrage coécrit
par Dinah Ribard, Nicolas Schapira er Christian Jouhaud dans lequel
les trois auteurs s'appuient entre autres sur le recueil afin d'interroger les
frontières entre l'histoire, la littérature et le témoignage dans 1'écricure
des a malheurs du temps» à l'époque moderne2. Plusieurs de ces
travaux sont des ouvrages d'histoire du politique aux objets d'études
renouvelés et diversifiés qui analysent naturellement le Merure François
comme lune des sources de cette histoire. Les travaux de Christian
Jouhaud croisent ces deux terrains en analysant certaines pratiques
d'écriture comme des pratiques de pouvoir. Parmi les sources convoquées
par 'aureur, le Mercure Frangois figure en bonne place", Pour sa part,
Helene Fernandez-Lacôre s'appuie également sur le Mercare Frangoi
dans l'histoire des procès politiques du cardinal de Richelieu qu'elle
écrit Dans sa thèse de doctorat consacrée à l'histoire diplomatique
et à la communication politique entre la France er le Saint-Empire aux
débuts de la Guerre de Trente Ans, Camille Desenclos renvoie, entre
autre sources, au Mercure François"
En dépit des nombreuses références faites par 1l'historiographie au
Mercure François, ce dernier n'a pas été étudié pour lui-même, en tant
qu'objer d'histoire. Le préjugéselon lequel la compilation est un outilau
service de la propagande monarchique semble expliquer le large désintérêt
9Tous ne sont pas des Crayaux d'historiens. Il est possible d'évoquer le travail de Norbert
Dutourcq en musicologie sur la place de la musique en général et du ballet en particulier
dans la France et I'Burope du premier XVIr siècle d'après le Mercure Frangois. Voir
Dufourcq, Norbert, a En parcourant le Mercure Frangois, 1605-1644», Recberches Sur la
musique framgaise dasigue, vi, Paris, A. er J. Picard, 1978, P. 4-28.
20 Jouhand, Ghristian, Ribard, Dinah, Schapira, Nicolas, Histoir Litienature Témoignag
ecrire les malbeurs du tenips, Paris, Gallimard, 2009.
21 Jouhaud, Chriscian, Ricbelien ce l'ésriture du potoir. Autour de la Journle des Dupes, Paris,
Gallimard, 2015, p. 243. Nous faisons pour notre part le choix de l'usage de la majuscule
dans l'expression «Journée des Dupes dans le but de souligner la construction
historiographique dont lévénemenc a fait l'objet.
22 Fernandez-Lacôte, Hélène, Les procès du cardinal de Richelien, Droit, grâce es politique sous
Lonis le Juste, Seyssel, Champ Vallon, 2010, p. 10.
25 Desenclos, Camille, « Les mots du pouvoir, La communication politique de la France
dans le Saint-Bmpire au début de la guerre de Trente Ans (1617-1624) », thèse de docto
rat en histoire, sous la direction de Poncet, Olivier, Paris, Ecole nationale des Chartes
Université Paris Sorbonne, 2014, p. 359-368. Nous remercions l'auteure de nous avoir
communiqué certains de ses résultats.
32 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
scientifique dont il a longtemps souffert. La numérisation duMercaure Framçois
et sa 'mise en ligne par le Groupe de Recherches Interdisciplinaire sur
I'Histoire du Littéraire (GRIHI) de l'École des Haures Études en Sciences
Sociales (EHESS) comme sa convocation au sein de corpus de sources
croisées dans des travaux récents initient aujourd'hui sa réhabilitation et
laissent entrevoir de nouvelles interprétations par l'historiographie l
fauté lement signaler la démarche engagée par Anne-Laure Leroux dans
le cadre de la réalisation d'un mémoire de master I1, Ssoutenu en 2013.
Ainsi, le Mercure Frangois a majoritairement été convoqué soit cormme lune
des étapes fondatrices de I'histoire de la presse française, soit comme la
source d'autres histoires. Dans tous les cas, plusieurs des travaux qui lui
ont été consacrés s'inscrivent dans le cadre de mémoires de maîtrises ou
de masters, parfois très anciens, ayant en commun de ne pas avoir aboutí
à des travaux de thèses universitaires Pour notre part, nous voudrions
accorder auMercure François le statut d'objet autonome d'histoire, condition
nécessaire à lélaboration d'un savoir global sur celui-ci.no0o.sl 9
Malgré la relative rareté des travaux qui lui sont dédiés en propre, le
Mercure est fréquemment cité (souvent rapidement) dans lI'historiographie
du livre, de la presse, de l'information, de l'opinion publique, de la
24 Les vingt-quarre premiers volumes du Mercure Franois sont consultables à l'adresse
suivante http://mercurefrancois.ehess.fr, consulté le 14/09/2016. = Pour ce qui est des
travaux récents, nous pensons par exemple à l'article consacré par Marion Brétéché et
Dinah Ribard à la nature des mercures «au temps du Mercure Galant». Voir Brétéché,
Marion, Ribard, Dinah, «Qu'est-ce que les mercures au temps du Mercure Galant »,
Dix-septieme siède, janvier 2016, n°270, p. 9-21,
25 LeLrHouaxr,m Aantntaen-L, a2u0r1e3, L. a naissance de la presse au xvit siede, Le Mercure Français, Grenoble,
26 En 1961, Nicole Wild rédige un mémoire en musicologie dont la source principale est le
Mercure Irangois, Wild, Nicole, «La vie musicale en France sous la régence d'après le "Mercure
mémoire de maîtrise inédit en musicologie, sous la direction de Dufourcq, Norbert, Paris,
conservatoire national supérieur de musique, 1961. En 1966, Annick Lacroix dédie son
mémoire de diplôme d'etudes supérieures (DE.S) au traitement de l'Espagne dans le
Meraure François, Lacroix, Annick, «LEspagne vueà travers le Merure Frangois (1624-1642) P
mémoíre inédit de D,E.S, Caen, 1966. En 1995, Jonathan Wysplosz consacre un mémoire
de maîtrise en hístoire au deuxième volume du Mercure Prançois. Wysplosz, Jonarhan, «Le
volume 2 du "Mercure François" portrait du premier périodique français au débur de la
régence de Marie de Medicis», mémoire de maîtrise inédit en histoire, sous la direction
de Lemaître, Nicole, Paris, Université Panthéon-Sorbonne, 1995. Enfin, en 1997, Sophie
Le Bourg a soutenu un mémoire de maîtrise en histoire sur le traitement de l'Angleterre
par le Mercure François, Le Bourg, Sophie, « Le Mercure Fraçois et 1'Angleterre», mémoire de
maîtrise inédit, sous la directíon de Lemaître, Nicole, Paris, Université Panthéon-Sorbonne,
1997. Nous remercíons Gilles Feyel de nous avoir signalé ce travail,
Framçois
sur
Sciences
sources
et
l'historiographie l
dans
2013.
lune
la
lui
ou
aboutí
voudrions
condition
9
le
lI'historiographie
la
l'adresse
des
et
Brétéché,
,
Grenoble,
le
Paris,
Le
la
TAT oNTRODUCTIONrOT
communication politique et donc, de manière plus générale dans
'historiographie du politique de la France et de l'Europe moderne.
Afin de saisir le Mercure François comme objet autonome d'une étude
le définissant comme un recueil d'histoire politique, nous inscrivons
notre propos dans le champ hiscoriographique du politique er, plus
précisément, des pratigues d'écriture du politique. Les spécificités du
Mercure François nous conduisent également à rattacher notre travail àà
l'histoire du livre, de la presse et des médias.
Depuis les années 1950, ces champs de recherche militent pour une
histoire globale de leurs objets. Livres et publications de presse doivent,
selon les chercheurs, êre étudiés pour eux-mêmes et plus seulement à
titre de sources", Ces historiog.raphies posent la question du politique
et l'analysent à partir de plusieurs points de vue, Le contrôle de la
Production imprimée pose la question de l'existence d'un système de
communication politique auxquels participeraient les acteurs autant
que les médias et les livres qu'ils produisent, publient et font circuler.
Afin de favoriser l'autonomie de l'objet, Pierre Rérat pense nécessaire de
considérer différents types de médias comme les éléments d'un système
d'information plus vaste, nécessitant des travaux de contextualisation
et de comparaison2, La plus célèbre des gazettes française, la Gazette de
Renaudot, est particulièrement étudiée par Gilles Feyel qui a largement
appliqué les conseils de méthodes prodigués par Pierre Albert puis Pierre
Rétat. Ce faisant, Gilles Feyel conduit une étude interne et externe
de la Gazette de Renaudot, portant tout à la fois sur son économie, sa
genèse, sa fabrique et sa diffusion, sur toute la période de publication
média Lanalyse du contenu fait l' de plusieurs cas d'études.
Suite au travail approfondi er fouillé de Gilles Feyel sur la Gazette,
Stéphane Haffemayer propose d'engager un examen de la fabrique, du
contenu et de la réception de la Gazette entre 1647 et 1663. Son travail
prend ainsi en compte I'évolution des contraintes politiques aussi bien
27 Pour Ie livre, voir par exemple Febvre, Lucien et Martin, Henti-Jean dir), LApparition
du Livre, Paris, Albin Michel, 2008 [1958 -A propos de la presse, voir Albert, Piere,
aRemarques sur les recherches en histoire de la presse », Bulletin de la section d'Histoire
moderne et comtemporaine, Paris, 1975, n°9, P. 39-72.
28 lbid, p. 14-19
29 Voir Feyel, Gilles, LAnmone et la nouvelle, La prese d'infornmation sous l'Ancien Régime (1630-1788),
Oxlord, Voltaire Foundation, 2000, p. 2-3, Voir égalemenc Devreux, Lise et Mezzasalma,
Philippe (di.,), Des soures pour l'bistoire de la presse. Guide, Paris, BNR, 201l, p. 22-23.
34 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
qu'économiques et matérielles, auxquelles est soumis son rédacteur30
Les travaux de Stéphane Haffemayer s'inscrivent aussi dans le champ
plus large de I'histoire de l'information et de la circulation des naouvelles
Linformation et sa circulation concernent également le domaine de la
construction et de la communication du pouvoir politique à l'échelle
nationale dans la mesure où la maîtrise de la circulation de l'information
est un enjeu majeur pour le pouvoir politique.
La mention de ces différents travaux fait apparaître des points de
convergence entre l'histoire culturelle et l'histoire politique de maniere
crès large, mais, plus précisément encore entre l'histoire de l'information
et de sa circulation, l'histoire de la communication politique et l'histoire
des médias. Ces champs sont aussi nécessairement solidaires d'une his
toire de la réception des nouvelles et de l'information, questionnée par
I'historiographie de différentes manières. La question de l'opinion et de
respace publics ainsi que celle de la chronologie de leur constitution
ont ainsi été posées". En S'affranchissant de la théorie du reflet, selon
laquelle les sources, en particulier médiatiques, auraient la capaciré de
livrer un instantané de l'état de l'opiníon publique, l'histoire de la sphère
et de l'espace publics a cessé de chercher à connaître le contenu d'une
opinion publique". Délestés de ce présupposé, les travaux engagés par
50Hatemayer, Stéphane, hformation days la Frane du xvit siècle..:3 00, cit, p. 27-281
31 Voiràce propos le travail de Jürgen Habetmas et les relectures qu'il'asuscité. Habermas,
Jürgen, Lerpace public. Archéologie de la publicité coname diniension constitutive de la sociésé
bourgeoise, Paris, Payot, 1992 [1962] voir aussi id, a Lespace public trente ans après
Qnaderni, vol, 18, n°1, 1992, p. 161-191. Voir également Boucheron, Patrick, Offendstadt,
Nicolas (dir.), L'espace public an Moyen Age. Dehats autour de Jürgen Habermas, Paris, Presses
Universitaires de France, 2011. 33
32 Dans le cadre d'une histoire de l'opinion et de l'espace publics, des débats ont été
suscités par la théorie du reffet, consistant à considérer que les ouvrages de press
comme les sources imprimées de façon plus générale restituent sans aucun filtre T'érat
et le contenu de l'opinion publique au moment de leurs publications, De nombreux
historiens ont récusé cette position parmi lesquels Christian Jouhaud, mais ausSi
Héloíse Hlermant, Voir par exemple Jouhaud, Christian, « Propagande et action a
moment de la Fronde », Culture et idéologie dans la genèse de U'Etat moderne, Actes de a
able ronde de Rone (15-17 octobre 1984), Rome, Bcole Française de Rome, 1985, p. 351
352. Voir également id., Mazarinades. La Pronde des mots, Paris, Aubier, 1985, P. 28.
Voir aussi Hermant, Héloïse, GMerres de plumes.oo, op. cit, p. 5, Nous adoptons la mem
position que ces derniers à ce propos, - A propos de ce débat appliqu à l'époque de
la Fronde, voir les divergences de lecture et d'interprétation des mazarinades qu
opposent Hubert Carrier à Christian Jouhaud. Carrier, Hubert, La presse de la Fronae
(1648-1633), vol. I, La conquête de l'opinion, Genève, Droz, 1989 et Jouhaud, Cliristian,
rédacteur30
champ
naouvelles
la
l'échelle
l'information
de
maniere
l'information
l'histoire
his
par
de
constitution
selon
de
sphère
d'une
par
Habermas,
sociésé
Offendstadt,
Presses
été
T'érat
nombreux
ausSi
a
a
351
28.
de
qu
Fronae
Cliristian,
TATAa eINTRODUGTION asoren 35
les historiens sur ce terrain ont permis de mettre en évidence plusieurs
phénomènes à l'époque moderne. Les sources renseignent I'historien
sur la certitude des acteurs du pouvoir d'action de la communication
politique sous toutes ses formes. Elles lui indiquent aussi que les aceurs
Sont convaincus de l'efficience de l'écrit et qu'ils engagent des stratégies
afin d'infuencer le lecteur comme l'indiquent par exemple l'usage de
la censure ou la pratique de la manipulation des textes
La préoccupation du pouvoir pour la communication politique a
conduit certains chercheurs à travailler sur l'existence de stratégies de
pouvoirs passant par l'écrit et la publication, et pas uniquement en
termes de propagande, Le linguistic turn généralise le fait de considérer
I'éerit et sa diffusion publique comme de véritables acions. Les réflexions
collectives du GRIHL sur l'écriture et la publication comme actions
sinspirent de ces courants Les relations, parfois paradoxales, entre le
pouvoir politique, les pratiques d'écriture et de publicacion et les acteurs
à l'origine de ces pratiques ont éré érudies tout comme la manipulation
de l'écriture au profit du pouvoir". Comme d'autres formes d'écriture,
celle de l'histoire est mobilisée par le pouvoir et ses acteurs. Les historiens
et historiographes participent à cette entreprise de communication
politique et, ce faisant, enrichissent une culture politique de l'écriture
du pouvoir, L'apparition de la figure de Théophraste Renaudot dans le
paysage éditorial du Mercure Frangois àà la fin des années 1630 pOse la
question de la relation entre ces pratiques de l'écriture du pouvoir, leurs
acteurs et les liens qu'ils entretiennent avec les dépositaires de l'autoriré
Mazarinades,, p, cit. -A propos d'études portant sur l'opinion publique à lépoque
moderne, voir notamment AMHUE, Lopinion publique en Europe (1600-1800), Paris,
Presses de l'Université de Paris Sorbonne, 2011.
33 Landi, Sandro, Naisance de l'opinion publique dans l'Tnalie moderne. Sagese du peuple et savoir
du gowernement de Machiavel aux Lumières, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006.
Voir également Duccini, Hélène, Faire voir, faire croire. Lopinion publique sous Lanis KUl,
Seyssel, Champ Vallon, 2003 mais aussi De Vivo, Filipo, Iriformatton and Communication
in Venice, Retbinking Early Modern Polis, Oxford, Oxford Universicy Pres, 2007,-Sur
l'opinion publique, voir aussi Kaufmann, Laurence, «L'opinion publigue ; oxymoron on
pléonasme ?», Réieaux, 2003/1, n°117, p. 257-288.
54 Voir les travaux collectifs du GRIHL, par exemple GRIIHIL, Ecriture et action (XVvI
XIX siecles), Une enguête collective, Paris, Editions de l'EHESS, 2016. Voir également id.,
Dela publication. Entre Renaissance et Lumières, Paris, Fayard, 2002,
3Voir notamment Jouhaud, Christian, Les pouvoirs de la littérature. Histoire d'un paradaxe,
Paris, Gallimard, 2000 mais aussi id., La main de Richelien on le pouvoir cardinal, Paris,
Gallimard, 1991 ct id, Richelien et l'éeriture du pouvoir.o 0P, Cik
36 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
publique. Les travaux consacrés aux écrivains au service du cardinal de
Richelieu permettent d'éclairer ce problème3P romonada
Notre volonté de livrer une histoire autonome du Mercure François ainsi
que la piste de l'écriture d'une histoire globale suivie par les historiens
de la presse et du livre pour parvenir à ce même objectif nous incitent à
mener une étude la plus complète possible de notre objet, dans les limites
permises par les sources connues. La dimension profondément politique
de l'écriture et de la publication de I'histoire par le Mercure Frangois
comme les liens entretenus par l'histoire de la presse et du livre avec
Ccelle du politique, mais aussi entre elles, nous encouragent à construire
I'histoire du Mercure Fragois à la faveur d'un croisement permanent de
T'ensemble de ces champs historiographiques, tout en l'intégrant sans
cesse à une bistoire politique plus vaste. Enfin, le caractère hybride du
Mercure François, la dificulté présentée par sa définition et la question
de sa place, en tant que média, au cour d'un système dinformation et
de communication politique qui le dépasse arguméntent également en
faveur d'une histoire englobante du recueil. Nous souhaitons, pour ce
faire, emprunter certaines des recommandations de méthodes formulées
par les spécialistes de ces divers domaines afin de les appliquer à l'érude
du Mercure François. nu 20221n 1062 p upialoT
3110109 sb 21163izonb 2sl ova 1nanis1otno al p eneil esl 7a 21ur0
36 Voir à leur propos Ranum, Orest, Artisans of Glory : writers and Historical Thougbt in
Sevenleentb-Century France, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 1980 ou
encore id., «Richelieu, I'histoire et les historiographes», dans, Richelien et la culture, textes
réunis par Mousnier, Roland, Paris, Editions du CNRS, 1987 et plus récemment Blanquie,
Christophe, Ua magisrat à l'ige barogque, Scipion Drpleis (1569-1661), Paris, Publisud, 2007.
- François Fossier a, pour sa part, interrogé la fonction de la charged'historiographe sous
TAncien Régime en France, Fossier, François, « La charge d'historiographe du XvT au
XIX siècle», Revue historique, juillet-septembre 1977, p. 73-92 et id, «A propos du titre
d'historiographe sous I'Ancien Régime», Revue d'histoire moderne et contenmporaine, juillet
septembre 1985, p. 361-417. Voir aussi Grell, Chantal (dir.), Les bistoriographes en Europe de
la fin du Moyen Age à la Révolution, Paris, Presses de l'Université de Paris Sorbonne, 2006.
37 Sur I'usage de I'historiographie du livre et les résultats engendrés par celle-ci dans le travail
d'analyse du Mercure François voir par exemple Cerdeira, Virginie, «Le Mercure Frangots au
miroir de Ihistoire du livre», dans Histoire et civilisation du livre. Revne internationale, X\V
O2 va l'histoire du livre ? Bilans et chantiers dans le sillage d'Henri-Jean Martin (1924-2007),
textes réunis par Bénévent, Christinc, Chapron, Emmanuelle, Mellot, Jean-Domínigue,
Sordet, Yann, Genève, Droz, 2020, p. 179-191.
de
romonada
ainsi
historiens
incitent à
limites
politique
Frangois
avec
construire
de
sans
du
question
et
en
ce
formulées
l'érude
upialoT
21ur0
in
ou
textes
Blanquie,
2007.
sous
au
titre
juillet
de
2006.
travail
au
2007),
Domínigue,
ATTa KO INTRODUCTIONA1 o1201 31
Sn usiSOURCES ET METHODESdnyoto anemubs
Afin de mener ce travail, nous avons construit un corpus constitué de
erois grands types de sources, Les vingt-cing volumes du Mercure Frangois,
publiés entre 1611 et 1648, sont érigés au rang de source principale de
sa propre histoire. L'étude exhaustive des péritextes, notamment des
différentes déclinaisons du titre du Mercure Frangois, des préfaces au lecteur,
des outils de lecture comme les tables des matières ou encore les tables
alphabétiques des matières a permis d'offrir une vue d'ensemble de la
collection. Les notes marginales publiées dans les vingt-cinq volumes
de la compilation ont aussi été intégralement dépouillées à cette fin
Cet ensemble documentaire est particulièrement précieux pour établir
une connaissance générale du recueil comme pour mener à bien des
érudes de cas sur le raitement de certains événements ou de certaines
nouvelles. Nous avons comparé l'économie générale de plusieurs éditions
d'un même volume comme deux éditions différentes du volume I ou
crois éditions du quatrième volume
L'appréhension générale de l'intégralité de la collection a également
nécessité de réunir des sources extérieures au Mercure Erangois soit qu'elles
témoignent de regards portés sur le recueil par des acteurs, soit qu'elles
relient ces acteurs à l'ouvrage. Ainsi, les critiques de Joseph Bayle ou de
Charles Sorel à propos du Mercure nous ont permis de saisir certaines des
lectures suscitées par la compilation. L'arrêt de la cour de parlement de
Paris portant la décision de censurer et d'interdire le Mercure Frangois en
1612 nous a offert la posibilité de mesurer plus clairement la complexité
des relations entre le pouvoir et la compilation Les sources notariées
38 Lepéritexte est un élément du paratexte. A propos du péritexte er de ses fonctions, voir
Genetre, Gérard, Seuils, Paris, Seuil, 1987, P. 21-41,
39 Les volumes Ià XI, puis XIV, XV, XVI, XXI, er XXV onr éré intégralement dépouillés
Les volumes XII, XIX, XVILI, XX et XXIV I'ont été parciellement
40 Bayle, Joseph, Lettre 255 : Joseph Bayle à Salomon d'Uson, loco citato, Voir aussi Sorel, Charles,
La bibliotbegue frangoise de M. G, Sorel, Premier bistoriograpbe de Francs, Paris, Compagnie
des Libraires du Palais, 1667, P. 358.
41 Arret de la Cour de Parlement douné en la Chambre de V'Edict entre Jean Richer Libraire &
Antbeur du Libvre intitulé le Mercure François, ou Suite de U'bistoire de la Paix demandeur en
requestes & defendeur d'aulires part, Et Adrian Perier ausi Libraire defendeur & ausi demandeur
38 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
parisiennes ont éré fouillées et ont permis l'exploitation précieuse du
testament olographe d'Estienne Richer, en vue de mieux connaître les
imprimeurs-libraires à lorigine et à la tête du recueil. Ces deux grands
types de sources permettent d'entrapercevoir la définition proposée par
les contemporains du Merure Frangois. Celle-ci émerge de la rencontre
des intentions originelles de ses fondateurs comme de la perception des
lecteurs. Elle dessine également les enjeux et les usages du Mercure en
termes de communication politique: Les sources' ne nous petmettent
pas d'engager une érude de la ou des réception/s du Mercure Frangois,
en revanche, elles nous autorisent à déduire les lectures qu'attendent
ou craignent les acteurs.to D
Enfin, un troisième type de sources a permis de mesurer les spéificités
des pratiques d'écriture du Mercre Frangois. Après avoir choisi plusieurs cas
d'érudes, nous avons comparé leur traitement par le Mercure Frangois et par
d'autres médias. A propos de la mort d'Henri IV, nous avons comparé le
récit des événements livré par le recueil à une relation manuscrite anonyme
conservée au département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale
de France. Plusieurs livrets polémiqués protestants ayant circulé dans
le royaume au début des années 1620 ont été analysés à propos du retour
des guerres de Religion dans le sud du royaume. D'autres histoires ont
été travaillées comme celle de Louis XIII écrite par Scipion Dupleix
Enfin, la mort de Louis XIII á été exáminée en croisant Il'analyse du
Mercure François et à celle de la Gazette de Renaudoré, 17s en tosi lo
Lanalyse du corpus documentaire évoqué doit nous prmettre
d'avancer des pistes afin d'éducider une série de problèmes posés par le
en requeslte d'aulhre, par lequel la Cour a ordonnb que ledict Libvre sera supprimé, BNE, Ms.,
fonds français, 22087, 35, p. 1-8. e
42 Testament olographe d'Estíenne Richer, AN/MC/ET XU/124, PvIu/xx/xus.
43 Relation du convoifunéraire d'Henri IV, BNE, Ms, fonds frangais, relation Gillot, Dupiy 90,
P30v-41
44 Tilenus, Daniel, Aduerlisement à l'auembieo ds La Rocbelle par Abraham Elintas, A Paris
chez Frangois Julliot, 1621, BSC, 8 Q20 INV 46. Voir anssi Brachet de La Miletière,
Théophile, Dicuurs des erayes razitons poar lasguelles ceux de la rligion en Frane peanivemt et doivet
en bonne conSCience resister par armes à la persécntion oHverte que leur font les ennemis de leur religOD
e de l'Rita par um des déiuiez de l'Aseuble de La Rocbelle, BSG, 8Z 1120 INV 3261 RES
45 Dupleix, Scipion, Histoire de Louis le Juste XIll du nom roy de France et de Navarre, A Paris
chez Claude Sonnius, ruë S, Jacques, 1635,
46 Mercure François,s op. cit., vol. XXV, 1648 (pour l'année 1643) et Recaeil des Gazettes,
Paris, Bureau d'Adresse, 1644, n°52, (pour l'année 1643),
du
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religOD
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Paris
Gazettes,
TATA o INTRODUGTION 1RIOT2 9
Merczure François, En quoi le Mercure Frangois est-il l'actualisation d'un
engagement politique ? Quels moyens et quelles pratiques le Mercure
met-il en euvre pour agir sur le politique ? Quelle est la place du Mercure
François au sein d'un système de communication qui l'englobe? Afin
d'apporrer des éléments de réponses à ces interrogations, la construction
de la définition la plus juste possible de l'ouyrage est un préalable
nécessaire. Elle passe par la caractérisation de ses spécificités et doit
sémanciper d'une grille de lecture conduisant à considérer a priorile
Mercure François comme une fOrme ancestrale de la presse politique. Il
convient aussi de se défaire de l'idée selon laquelle le Mercure Françoisn'est
que l'instrument servile du pouvoir politique. Cette perspective nécessite
la mise en place d'une connaissance à la fois globale etpoussée de l'objet
Mercure Frangais tout au long de son histoire. En effet, une connaisance
précise de celui-ci permet de poser une question nouvelle à une source
déjà exploitée: Il convient donc d'entreprendre une exploration du recueil
sur l'intégralité de sa période de publication, soit entre les années 1611
et 1648. Pour ce faire, nous mettons en ceuvre des méthodes relevant de
I'histoire qualitative. La matérialité, au sens large, de l'objer est incerrogée
car elle permet d'affner la définition du Merczure Frangois et qu'elle
induit plusieurs pratiques de lecture. Le format du Mercure, son prix,
ses illustrations sont ainsi examinés dans notre travail. Sa forme et son
organisation générale, qui passent par sa « mise en livre », sa «mise en
page ou encore son système de pagination sont également étudiées. La
mise à la disposition du lecteur d'outils de lecrure comme les préfaces, les
tables des matières, les index ou encore les nores marginales est analysée
Sur l'ensemble de la collection. Notre travail revient également sur les
intentions des auteurs du Mercure, qu'il est possible d'étudier au moyen
du péritexte de l'ouvrage, ainsi que sur la question du genre littéraire
du Merczure. Enin, l'examen d'un système de référencement au coeurde
la collection permer de poser la question des sources de l'ouvrage, de
sa fabrique ainsi que de sa mise en ordre. Cet aspect permet d'explorer
les relations du Mercure au pouvoir politique. Le cotemu et le style du
Mercure Frangois sont également examinés. Ces analy ses nous éclairent
quant aux pratiques d'écriture à l'ceuvre dans le recueil,
La connaissance générale du Mercure Frangois permise par son propre
examen doit être afinée par son articulation à la connaissance des diverses
mutations subies par le Mercure François au cours de lintégralité de
HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
sa période de publication, des points de vue matériel mais aussi de la
forme et du fonds du recueil. Les changements d'imprimeurs-libraires
et l'apparition de Théophraste Renaudot à la rédaction du Mercure à
la fin des années 1630 doivent être attentivement étudiés. Puisque
les évolutions de l'ouvrage ne sont perceptibles qu'au regard d'une
connaissance fouillée de l'intégralité de la collection, il ne saurait être
question de déduire la réponse à notre problématique à une période
circonscrite de son histoire. Cette conviction méthodologique confirme
que l'intégralité de la période de publication est la chronologie juste à
adopter pour conduire ce travail. Le caractère volumineux de l'ensemble
de la collection du Mercure interdit de prétendre à une connaissance
exhaustive de son contenu. En revanche, il est possible de procéder à la
conduite d'études de cas choisis. Ainsi, la chronologie des cas d'études
analysés balaie toute la pétiode de publication de la collection. Cette
méthode permet de procéder à l'analyse minutieuse du contenu du
Mercure François. De ce point de vue, l'étude du traitement de la pratique
des duels dans le recueil est significative. Afin de mesurer les spécificités
de la publication du duel de Montmorency-Bouteville en 1627, nous
avons procédé à une comparaison de la relation de l'ensemble des duels
traités par la compilation sur toute la période de publication eti dans
chacun des volumes de la collection. Pour ce faire, nous avons recensé
toutes les occurrences des termes d'appels, duels, querelles, combats et
rencontres dans le Mercure François. Le croisement des dépouillements de
lintégralité des tables des matières, des notes marginales, des volumes
cités plus haut et des dépouillements partiels d'autres volumes a rendu
possible ce travail. Nous avons aussi, comparé le traitement du duel de
Montmorency-Bouteville dans le Mercure à celuid'autres sources, dont les
lettres des proches des deux duellistes condamnés, adressées au pouvoir
politique et diffusés dans un espace public de lecteurs
Les cas étudiés ont été sélectionnés en fonction de plusieurs critères. Is
portent, dune part, sur des moments forts ou des ruptures dans lI'histoire
politique du royaume, comme les coups d'Btat à l'image de l'assassinat
du maréchal d'Ancre en 1617 ou de la Journée des Dupes en 1630. Ces
différents cas illustrent certaines modalités de la construction absolutisre
du pouvoir de la monarchie française parmi lesquelles l'apPplication des
47 Voir par exemple Lettre de Monsienr le marquis de Molac au Cardinal de Richelieu ; ensemole
lettre du même à M. V'Abbé de Marsillac, s.l.n.d., BNE, LN27-17863.
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TATHC oINTRODUCTION 41
chéories de la raison d'Etat dans la première moitié du xVIr siècle. Is
posent ainsi la question de l'actualisation de ces modalités par l'écriture
et la publication du Merczure Erangois elles-mêmes. Les modifications de la
politique royale sont également explorées, comme l'entrée en guerre ouyerte
du royaume de France contre celui d'Espagne en 1635. Ces modifications
permettent de mesurer l'évolution du Mercure Frangois lui-même : le recueil
continue-t-il à soutenir la politique monarchique y compris lorsqu'elle
change radicalement? Autrement dit, le Mercure apporte-t-il son soutien
à la politique du gouvernement ou au régime monarchique? La réponse
dépend de l'identité des auteurs du Merzure Frangois et des relations qu'ils
encretiennent avec les représentants du pouvoir royal. Ainsi, il conviendra
également d'interroger l'éventualité de l'évolution de la position politique
des auteurs du Mercure au cours de la période. D'autre part, les cas choisis
doivent permettre de mieux connaître les périodes cruciales de l'histoire
de la collection, comme sa fondation au début des années 1610, son rema
niement avec le changement de rédacteur et dimprimeurs-libraires à la
fin des années 1630 ou sa disparition en 1648. Le contexte polítique de
publication du MercIure François explique en grande partie ces différentes
étapes comme plusieurs autres évolutions du recueil constatées entre 1611
et 1648, La contextualisation politique de ces mutations est donc néces-
Saire à leur compréhension. Lidentification des acteurs impliqués dans
la fabrique, lécriture, la publication et la diffusion du Mercure Frangois
est une opération nécessaire à la meilleure compréhension du dialogue
instauré entre la compilation et le politique. Elles permettent, en efet,
de mesurer les enjeux politiques de la publication pour les acteurs.
PLAN DELOUVRAGE i1 nlo
Notre propos s'organise thématiquement et, en partie, chronologiquement
en trois grandes parties. La première d'entre elle porte sur les
années 1611 à 1613. Elle cherche à forger la définicion la plus juste et
la plus complete possible du Mercure Frangois et à érablir les conditions
de son apparition. L'assassinat d'Henri IV apparaît comme l'événement
déclencheur de la fondation du recueil par la crainte qu'il suscite de voir
2 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RASON D'ÉTAT
les guerres de Religion réapparaître dans le royaume. Cette première
partie procède aussi à l'identification du ou des auteurs du Mercure
Frangois et explore ainsi la question des enjeux de cette publication pour
ses fondateurs. Elle interroge également les relations du Mercure François
au pouvoir politique dans les premiers temps de son histoire, par l'étude
de l'épisode judiciaire ayant abouti àlinterdiction du Mercure Frangois en
1612. La deuxième partie de notre propos étudie la façon' dont le Mercure
Frangois participe à la justification d'un régime de l'extraordinaire légitimé
par les théories de la raison d'Etat. L'assassinat politique de Concino
Concini ou l'affaire du duel Montmorency-Bouteville sont ici étudiés
tout comme le tournant des années 1630, au moment où le roi accorde
sa confiance au cardinal de Richelieu plutôt qu'à sa mère. En gardant
toujours à l'esprit le lien du recueilà la raison d'Etat et à ses théories,
la dernière partie de notre travail interroge l'adaptation du Mercure
François aux circonstances politiques. Les transformations matérielles
et structurelles du recueil comme ses évolutions en termes de contenu
sont abordées ainsi que l'actualisation des théories de la raison d'État
par er dans le Mercure Frangois. Cette thèse est questionnée à travers la
relation de plusieurs événements dans les pages du Mercure survenus
entre 1621 et la disparition de la collection en 1648, comme le retour
des guerres de Religion dans le royaume, le changement de rédacteurà
la tete du recueil ou encore la mort de Louis XIII en 1643. pirt
Mes remeroiements sincères vont à mes directeurs de these Gty Le Thiec et
Isabelle Luciani, ainsi qu'à Claire Boer, Marion Brétéché, Michel Cassan,
Emmanuelle Chapron, Jérémie Foa, Mathien Grenet, Stéphane Hafemayer,
Hloise Hermant, Anne Montenach, Amélie Nua, Elodie Oriol, Dinah Ribard,
Solene Rivoal, Nicolas Schapira et Nicolas Vidoni
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première
Mercure
pour
François
l'étude
Frangois en
Mercure
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Mercure
matérielles
contenu
d'État
travers la
survenus
retour
rédacteurà
pirt
Thiec et
Cassan,
Hafemayer,
Ribard,
PREMIÈRE PARTIE
GENÈSE D'UNE COMPILATION
DHISTOIRE POLITIQUE
MOITAISMOD a7Ud aeiu
TUOTTTO1 aIOT
Les cing chapitres de cette première partie visent à considérer le
Meraure François comme un objet global en dressant son portrait général.
Ils poursuivent l'objectif de le déinir le plus précisément possible et de
mieux saisir le contexte ayant conduit à sa création.
Le caracrère hybride du/Mercure Frangois, aux confins de l'écricure de
l'actualité et du passé, pose problème et questionne la catégorie de genre
littéraire, surtout si l'on considère lafonction de dassement fréquem ment
attribuée à celle-ci. Un classement trop hâtif et trop rigide du Merzure
Frangois dans les limites d'un genre littéraire précis présenterait, en effet,
le risque d'en produire une vision étriquée réduisant drastiquement les
manières de lire et recevoir ce texte'. Dans le cas d'ouvrages hybrides,
rerenir un critère plutôr qu'un autre conditionne son rattachement à un
genre comme sa réception, Attribuer seulement au genre littéraire cette
fonction taxinomique est une démarche réductrice, y compris pour les
acteurs du xVif siècle. En travaillant sur l'apparition et le développement
de la catégorie de « galanterie » dans la seconde partie du xVIr siècle,
Alain Viala a prouvésa capacité à s'appliquer à des ouvrages distribués
dans les limites de genres foncièrement différents. Les ouvrages galants
sont également très souvent hybrides et présentent cette capacité de
dépasser les limites des genres littéraires?, Les acteurs du xvu siècle
envisagent-ils la possibilité d'ouvrages susceptibles de releyer de plusieurs
1 Apropos des genres littéraires comme de leurs fonctions, voir par exemple Stalloni, Yves,
La gemes lineraires, Paris, Armand Colin, 2008 [2000), p. 9-14. Sur les genres liteéraires
déjà constitués sous l'Antiquité, voir par exemple Ricceur, Paul, Temps es récis, t. 1,
Lintrigue et le vécit bistorigne, Paris, Seuil, 2001 [1983), p. 73.-Sur les atrentes Bénérées
auprès d'un lectorat par le classement d'un texte dans tel ou tel genre littéraire voir les
travaux de Hans-Robert Jauss, notamment Jauss, Hans-Robert, «Littérature médiévale
ct chéorie des genres , dans Théorie der geare, textes réunis par Genette, Gérard, Paris,
Seuil, 1986, P. 52 ainsi que Jauss, Hans-Rober, Pour une berménentigue liztéruire, Parns
Gallimard, 1988, p. 365-366 et id, Pour ume eztlbeique de la réeption, Paris, Gallimard,
1990 (1978. -Àpropos des fagons de recevoir un texte, Roger Chartier a mis en évidence
Timportance de linfluence et donc de la prise en compte de l'identité sociale des lectelirs
Ou encore des modalirés de la publication du texre en question dans son article consucré
a la pièce de Molière, Georges Dandin, Voir Charcier, Roger, « George Dandin, ou le social
cn représcentation », Aunales, Histoire, Sciences Sociales, 499 année, n°2, 1991, P, 277-309
2Viala, Alain, La France galante. Esaî bistorique sur ume catégorie culturelle, de ses origines à
la Révolution, Paris, Presses Universitaires de France, 2008, p. 40-83. 5p
A6 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
genres ou encore de recouvrir plusieurs genres comme semble le faire
le « galant» ? Estiment-ils possible de considérer un ouvrage hybride à
même de fonder un nouveau genre? Dès lors, le Mercure François pourrait-
il être considéré comme le représentant d'un genre lictéraire à la
tois spécihgue et original? b ludolg ojcio nu amio
Ces interrogations rendent nécessaire une tentative de définition de
I'ouvrage, susceptible de s'affranchir des limites imposées par les gentes
littéraires traditionnels. La description à la fois minutieuse et générale
du Mercare Frangois doit permettre d'élaborer au mieux cette défini
tion et de comprendre le plus précisément possible ce qu'est cet objet.
Quels en sont les caractéristiques ? Sont-elles suffisantes pour assigner
au Mercure un genre ou convient-il d'élaborer la définition de l'ouvrage
au-delà de cette catégotie ?oupins9 roiay su 91tuoo1q no b supen sl
Nos deux premiers chapitres s'attachent à fournir des éléments de
définition du Mercure François en gardant àl'esprit les difficultés induites
par la notion de genre. Le premier chapitre explore prioritairement
les aspects matériels de I'objet Mercare Frangois, afin d'en dessiner les
contours à l'aide de leur description. Le deuxièrme chapitre s'actache pour
sa part au style, à la matière et au contenu du recueil. Il se propose de
caractériser le domaine d'expertise du Mercure Franois et revient sur
le projet de ses fondateurs. Ce projet a pour conséquence de poser les
termes d'un double contrat : d'écriture puis de lecrure. A ce titre, les
indices des intentions des fondateurs du Mercure doivent faire l'objet d'une
attention particulière et être confrontés aux regards des contemporains
sur louvrage. Un tel croisement doit permettre de mesurer les capacites
du /Mercure Frangois à produire différentes lectures et, donc, à sortir des
frontières imposées par la supposée appartenance à un genre littéraire.
La connaissance du contexte de la naissance du recueil est également
indispensable à l'afinement de sa définition. La genèse du Mercure Frangons
est, en effet, étroitement liée au projet de ses fondateurs et donc, à leur
propre définition de l'ouvrage. Lérude de ce processus fait l'objet des
chapitres m à v. Elle débute par une rencontre avec les hommes à l'origine
du Mercure François. Leurs identités professionnelle, sociale, politique et
confessionnelle conditionnent leurs intentions au moment de la fondation
du Mercue François, Pour cette raison, l'étude du parcours des treres
Jean et Estienne Richer en amont de l'apparition du Mercure Frangois et
jusquà la fin des années 1620 fait l'objet de notre troisième chapitre. Les
faire
hybride à
pourrait-
à la
de
gentes
générale
défini
objet.
assigner
l'ouvrage
sl
de
induites
prioritairement
les
pour
de
sur
les
les
d'une
contemporains
capacites
des
littéraire.
également
Frangons
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des
l'origine
et
fondation
treres
et
Les
GENESE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE
diférentes facettes de I'identité des fondateurs du Meraure s'inscrivent
dans un contexte politique précis, celui de l'assassinat d'Henri IV et de
la crainte du rerour des guerres de Religion dans le royaume de France.
Le quatrième chapitre mesure les effets de la rencontre de I'histoire
familiale et personnelle des auteurs de la compilation avec l'événement
politique constitué par l'assassinat du roi Henri IV. En plus d'enjeux
commerciaux certains, la couleur politique de Jean Richer, le fondateur
du Mercure François, est susceptible d'avoir poussé ce dernier à en publier
le premier volume. L'assassinat d'Henri IV par Ravaillac fait alors figure
d'élément déclencheur de la publication du Meraure. Les usages politiques
de la publication sont à chercher dans la volonté entretenue par Jean
Richer de voir se poursuivre le régime de paix instauré dans le royaume
de France depuis l'année 1598. Cet objectif a lui-même une incidence
sur la conception du Mercure et sur sa réception par les lecteurs. Ainsi,
les caractéristiques du Meraure Frangois sont mises, par ses aureurs, au
service d'un projet politique pour le royaume de France. Ce constat
nécessite de recentrer le regard sur le contenu du recueil et sur le traitement
qu'il offre de la mort d'Henri IV. Les €léments précédemment
collectés à propos des frères Richer éclairent les pratiques d'écriture à
T'oeuvre dans les pages publiant la mort du roi. IIs sont indispensables à
une meilleure préhension des usages politiques du Mercure Frangois par
leurs fondateurs. Au-delà de l'entreprise commerciale que représente
la collection, ils permettent de définir le Mercure Frangois comme un
objet politigue plutôr que comme le représentant d'un genre littéraire.
Létude des objectifs poursuivis dans le recueil au prisme du traitement
de l'assassinat d'Henri IV est particulièrement efficiente pour le premier
volume du recueil publié au cours de l'année 1611. Sa pertinence est
moindre concernant la suice de la collection. Les conditions de la poursuire
durable de la publication de la collection comme le tissage de relations
favorables à la mise en euvre de telles conditions notamment entre
les auteurS du Mercure François et le pouvoir politique -sont à chercher
dans les suites du litige commercial ayant opposé les imprimeurs Jean
Richer et Adrian Périer en 1612. La compilation peut ainsi être observée
par le regard de plusieurs acteurs et depuis divers points de vue. Un
tel faisceau donne du contenu aux significations dont le Mercure est le
vecteur pour les différents acteurs qui l'observent. Sa définition globale
S'en trouve étoffée. Lépisode du procès du Merczure François marque, en
8 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT o
quelque sorte, la fin du processus de genèse de la compilation. En dépit
de la grande plasticité dont témoigne la collection cout au long de son
histoire, sa principale ébauche est terminée en 1613. Les conditions de la
poursuite de la publication sont alors réunies pour de nombreuses années
Le cinquième chapitre de notre travail revient sur les toutes dernières
étapes de la trajectoire judiciaire du Merczure Frangois entre 1612 er 1613.
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e 1 obo UN RECUEIL PÉRIODIQUE
POUR UNE ÉCRITURE CONTINUE
De sa qualification d'« Histoire de France » par Antoine Furetière
à son classement récurrent et presque systématique dans le domaine de
l'écriture de l'actualité par l'historiographie depuis les années 1960, les
façons de recevoir le Mercure Frangois illastrent son caractère bybride. Les
travaux consacrés par Marion Brétéché aux « mercures historiques et
politiques» publiés aux Provinces-Unies à la fin du xVir siècle et dans la
premiere moitié du xVif siècle insistent sur l'entretien par les auteurs de
ces périodiques d'une ambiguïté entre la presse d'actualité et lécriture
de I'histoire. La présence de certaines des modalités caractéristiques de
cette ambivalence dans le Mercure Frangois conduit à émettre l'hypothèse
1 Furetière, Antoine, Didiomnaire universel, contenant ganéralement tons les mots franois, tant
vieux que modernes, & las Termes de toutes les soiences & des arts, sgavoir la Philasophbie, Logique &
Phyaique, la Medecine on Anatomie, Patbologie, Therapeatique, Cbirurgie, Pharmacopée, Chynie
Botanique, an l'Hisoire naturelle des Plamies & celle des Animauzs, Minerauzx, Metaux &Pierreries,
&les noms des Droguer Arifaiclles : La Jurisprzdece Civile & Caonique, Feodale &Manicinalo
& sur toudes calles des Ordomanes: Les Mathematiques, la Geomeirie, P'Aritbmetique, GlAlgebn,
la Trigonometrie, Geadesie on l'Arpentage & les Sections conigues, VAsironomie, P'Asvologie, la
Gnomonigque, la Geograpbte, la Musique, ant en tbeorie qu'en pratique, les Instrumens a vent &
à cordes, 'Oprique, Catoprigue, Diopirique, &Perspective, l'Arcbiecture cioile &militaire, la
Pyrotecbnie, Tactique &&Statique, Les Arts, la Rbétorique, la Poësie, la Grammaire, la Peintiure,
Sculprure, & la Marine, le Manege, PArt de faire des armes, le Blason, la Venerie, Pauconmerie
la Pesche, l'Agriczalrure ou Maison Rustique, &la plupari des Aris mechaniques : Phusieurs ermer
de relations d'Orient &dOaident, la qualité des Poids, Mesures & Monmnayes, les Etymologies des
Mats, Pinvention des dhoses, &rorigine de pluieurs Proverbes, G ler rdation d s des auires
langues: Et eyfin les moms des Anters qui ont tnaitté das matieras qui regardent les mots, exphiquer
avee quelques Histoires & Curiositcz naiurelles, & Sentences morales, qui serot rapporiéas por
donner des exemples de phrases & de constructions. Le tout extrait des plus excellensS auteurs anciens
&modernes, c. III, La Haye, chez A. et R. Leers, 1727 [1690), p. 240.
2 Brétéché, Marion, «Entre actualité et histoire; le pari des mercures historiques et
politiques (1686-1730)», dans Matière et esprit dn journal, Dn Mercure Galant à Twitter,
textes réunis par Lévrier, Alexis, Wrona, Adeline, Paris, Presses Universitaires de Paris
Sorbonne, 2013, p. 49-64. Voir aussi Brétéché, Marion, Les compagnons de Mercure,
Journalisme et politique dans l'Eurofpe de Louis XIV, op. Ci.cibl
50 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
de son infuence dans l'histoire de ces nmêmes périodiques, aux confins
des écritures de l'histoire et de l'actualité. Cette situation spécifique du
Mercure autorise-t-ele à tenter lesquisse à grands traits du genre du
Meraure Frangais, si tant est qu'il existe ? Sil convient de garder à l'esprit
les limires d'une tentative d'assignation d'un genre précis au Mercure
Franois, cette opération reste indispensable'. Soumettre le Mercure Frangois
à la question du genre ne doit pas nécessairement créer la perspective
de son enfermement entre les quatre murs infranchissables d'un genre
précis. Ce questionnement a pour vertu d'interroger la capacité du
Mercure Frangois à emprunter à plusieurs genres et permet l'afinement
de la connaissance des spécificités de l'ouvrage. La proximité des écri
tures de l'actualité et de l'histoire à lépoque moderne et notamment
au xvir Siècle interroge également le contenu d'ouvrages représentatifs
d'une interface scripturaire comme l'est le Mercure François.
A partir de la description matérielle du Mercure François et de
l'exploration de l'écriture de l'actualité comme de celle de l'histoire au
début du XVIr siècle, principalement en France mais aussi en Europe,
ce chapitre a pour objectif d'apporter les premiers éléments de réponse à
cette série de questions vouée à participer à la construction d'une vision
d'ensemble et d'une définition du Mercure Frangois.
OA 915173o
LE MERCURE FRANÇOIs, UNE COLLECTION
DE VINGT-CINQ «LIVRES-OBJETS »
Roger Chartier a rappelé l'importance de la matérialité du texte et
du média qui le publie sur la réception du message. Le choix du média
infue les lecteurs dans leurs pratiques de lecture et se répercute également
Surle caractère partois artificiel voire exagérément contraignant du genre littéraire vo
Stalloni, Yves, Les genres listéraires, op. cit, p. 9 et 105-106.
4 convient icí de rappeler l'influence des travaux de Donald McKenzie sur la matérialite
des textes. Voir McKenzie, Donald Francis, La bibliograpbie et la sociologie des textes, Paris)
Editions du Cercle de la Librairie, 1991, p. 30. Voir aussi Chartier, Roger, Lorure u
vres Leteurs, anteurs, bIbliotbègues en Europe entre xIV et xVuf sieeles, Aix-en-Provenc
Alinea, 1992, p. 9 et 15 et Goody, Jack, La raison graphique. La domestication de la pec
Sauage, Paris, Les Editions de Minuit, 1998 [1979), p. 46. Enfin, à propos de l'idée dune
confins
spécifique du
genre du
l'esprit
Mercure
Frangois
perspective
genre
capacité du
l'afinement
écri
notamment
représentatifs
et de
l'histoire au
Europe,
réponse à
vision
texte et
média
également
vo
matérialite
Paris)
Lorure u
Provenc
pec
dune
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUB 51
sur le contenu du message transmis. Les modifications de support de
publication du texte sont susceptibles de lui donner un sens ou de
inléchir. Le livre est à la fois un objet -également appelé « livre»-et
une ceuvre. A ces deux éléments il faut en ajouter un troisième: celui
de la responsabilité auctoriale, y compris du point de vue juridique. Le
livre se définit par la réunion d'un objet, d'un rexte et d'un auteur dont
la présence est fondatrice d'une unité, d'un tout.
Ces différentes approches et leurs applications dans les domaines de
I'histoire du livre mais aussi de l'information ou de la presse suggèrent la
possibilité d'afiner la définition du Mercure François à partir de l'examen
de sa matérialité, Il convient donc d'aborder la question par la description
physique du Mercure François afin de tenter de brosser à grands
traits ses principales caractéristiques. Le choix d'une telle démarche
nous conduit à ne traiter le contenu du recueil qu'indirectement et au
prisme de sa matérialité dans ce chapitre. Nous prenons ici le partí de
considérer le livre comme simple objet matériel porteur d'un contenu.
Nous aborderons donc principalement le livre dans le sens d'« objet-livre »
et prendrons la peine de le préciser dans l'éventualité d'une utilisation
du terme alivre» au sens de la coincidence d'un objet et d'un contenu
ou encore de la réunion d'un objet, d'un contenu et d'un auteur.
coincidence entre la matérialité d'un texte et son contenu, il convient de se rétérer aux
analyses de Marshall Mac Luhan. MacLuhan, Marshall, Pour comprendre les médias ls
prolonigements technologigues de l'homme, Paris, Seuil, 2013 [1968] Voir aussi Debray, Régis,
Introduction à médiologie, Paris, Presses Universitaires de France, 2000 ainsi que id, Gours
de médiologie générale, Paris, Gallimard, 2001s
SApropos de linfluence du média sur la lecture voir par cexemple Cavallo, Guglielmo,
Chartier, Roger, « Préface », dans Histoire de la lecture dans le monde occidental, textes réu
nis par 14, et ia., Paris, Seuil 2001 [1997], p. 8. Voir aussi Chartier, Roger, La main de
lauteur et lesprit de l'imprimeur. xVt-XVIt siecles, Paris, Gallimard, 2015, p. 14-16.- Sur
le livre, voir également id., «Qu'est-ce quun livre ? Métaphores anciennes, concepts
des Lumières et réalités numériques », Lefrançais aujourd'bui, 2012/5, n°178, P. 13-15.
-A propos de limporcance de l'auctorialité et de lauteur dans la définition du livre
voir Foucault, Michel, «Qu'est-ce qu'un auteur ?», Dits et éerits, t, 1, 1954-19T5, Paris,
Gallimard, 1994, p. 824-832. Ce dernier aborde notamment la notion de la « fonctionauteur
». Voir aussi Viala, Alain, Naissance de l'écrivain : sociologie de la littérature à Váge
dasique, Paris, Editions de Minuit, 2009 [1985, p. 95.
Alexis Lévrier et Adeline Wrona se proposent d'étudier le système de cohabitation des
COntraintes matérielles du journal avec son contenu. Voir Lévrier, Alexis, Wrona, Adeline,
«Préface », dans id. et ead, Matière et axprit du journal..oy op. cit., p. 8-9.-Sur Iintégration
de méthodes et questionnements de l'histoire du livre dans l'analyse du Meraure Frangois
vOir Cerdeira, Virginic, « Le Mercure Frangois au miroir de I'histoire du livre», art. cité
52 HISTOIRE IMMÍDIATE ET RAISON D'ÉTATso
LES DIMENSIONS DU MERCURE FRANGOIS0 93929 m UR gn002 s u
stldsd
Le Mercure Frangois est une collection composée de vingt-cing volumes
imprimés à Paris entre 1611 et 1648. Pour les contemporains, leurs
caractéristiques matérielles en font des livres au sens d'eobjer-livre
comme doivent nous en convaincre les définitions du terme « livre»
dans les dictionnaires du xvif siècle. Si l'on retient uniquement les
propriétés présentes dans les définitions de chacun des trois grands
dictionnaires de la langue française à la fin du xvIr siècle, il est pos
sible de considérer que pour les acteurs de cette période, un livre est un
volume de format variable composé de plusieurs feuilles écrites reliées
entre elles et protégées par une couverture.Les volumes composant la
9upira fogonin2C 292 21
7Voir la notice consacrée au Merzure dans l'ouyrage dirigé par Jean Sgard: Sgard, Jean (dir),
Dictionnaire des journans 1600-1789, op. cit, p. 867-869. Christian Jouhauda également
proposé une description du Merzure Frangois sur le site du GRIHL publiant la numérisation
des vingt-quatre premiers volumes de la collection conservéc à I'Ecole Nationale
des Ponts ct Chaussées. Elle est consuleable à l'adresse suivante http://mercurefrancois,
chess.fr/presentation.php Consulré le O1/09/2015. Plus récemment, Anne-Laure Leroux a
fourni une description plus systémacique cncore du Mercre Frangois allant jusqu'à proposer
un outil informatique de havigation dans les tables des matières des différents volumes
du Mercure Frangois par mors-clefs. Voir Leroux, Anne-Laure, La Naissane de la presse
au xvr siedle: le Mereure Frangais, op, cit, Les cravaux de recherches inédits engagés par
Jonathan Wysplosz et Sophie Le Bourg sous la direction de Nicolc Lemaître proposent
galement une description assez précise du Mercure Frangois. Voir Wysplosz, Jonathan,
Le voliume 2 du "Merzire Frangois" a portrait du premier périodique français au début
de la régence de Marie de Médicis », op. cit. et Le Bourg, Sophie, « Le Mercure François ct
I'Angleterre» qp, i. Ces différentes descriptions précisent le format du Mercare Frangoi
sans qu'elles conduisent à des conclusions toutes identigues aux nôtres.
Voir ainsi Richeler, Pierre, Dictioznaire frangois contenant les moks edl les chose, plusiears
ouneles remaques su la langue frangoie Ses Rxpresions Propres, Fiyurées & Burlesque
a Prononciation des Mots les plus dificils, le Genire des Noms, le Regime des Verbes i Ave
les Termes les plus connus des Arts & des Sciences. Le tout tiré de l'usage et des bons auteurs
de la langue frangoise, Genève, chez Jean Herman Widerhold, 1680, p. 472, mais
aussi Furetière, Antoine, Dictiommaire universel,, t. IIl, op. cit., p. 365 et Dictionnaire
de V'Académie françoise dédié au Roy, t. I", Paris, chez la veuve J.-B. Coignard et chez
J-B. Coignard, 1694, p. 657. Voir aussi Nicot, Jean et Ranconnet, Aimar de, Thresor de
la langue frangoyse tant ancienne que moderne, Angnel entre autres chores sont les motspropres ae
marine, verIerie, & Panlconnerie cy-devant ramassez par Ainmar de Rancomet vivant conseer
president des enguetes en Parlement. Reveu et dugmenté en ceste tmpression de plus de la monie
par Jtan Nicot; vivant conseiller dn Roy &M des requestes extraordinaires [sic] de son boste
Avec ane grammaire frangoyse et latine, & le recneil des vienz proverbes de la Prance. Ensemb
le Nomenclator de Junius, mis par ordre alphabetic & cren d'me table particuliere de toutes ies
dDicotuiocnesu,r D, 1e6d0ilà6 ,m po. n3s7ie8u, r le Président Bochart, sienr de Champigny, vol. I, Paris, chez Dava
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volumes
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conseer
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Ensemb
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Dava
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 53
collection du Mercure Frangois sont donc complètement caractéristíques de
ce que peut être un livre dans la première moitié du xVif siècle selon les
contemporains. La définition du livre proposée par Frédéric Barbier fait
converger la vision des contemporains à celle de l'historien par la synchèse
des définitions des dictionnaires du temps comme des multiples usages
du terme livre au fil des siècles : «Pour ce faire, nous comprendrons
sous la définition de livre tout objet imprimé, indépendamment de
sa nature, de son importance et de sa périodicité, ainsi que tout objet
portant un texte manuscrit et destiné, au moins implicitement, à une
certaine publicite. Faisant le constat de la permanence de cete grande
plasticiré des usages du mot «livre » au fl du temps, Frédéric Barbier
estime possible de considérer les différents éléments d'une collection
Comme appartenant à la catégorie « livre », tout comme les périodiques
publiés annuellement en dépit d'une définition actuelle plus restreinte
du terme La disparition de la question de la périodicité à la faveur
de celles des caractéristiques physiques chères aux contemporains de
'époque moderne comme de la publiciré de « l'objet-livre » apparaissent
essentielles et nous autorisent à considérer chacun des volumes du Mercure
Frangois comme autant de livres.
Les vingt-cinq livres constitutifs de la collection du Mercaure François
sont publiés au format in-octavo, ce qui signifie que la feuille de papier
est pliée en huit. Le terme renvoie rapidement à des ouvrages dont la
hauteur est inférieure à 250 mm". C'est le cas du Mercure Frangois. Tous
les volumes du Mercaure Frangois ne présentent toutefois pas un format
parfaitement identique, en raison des éventuelles variations des dimensions
des feuilles de papier avant leur pliage comme de l'hétérogénéité
du travail de reliure. A citre d'exemple, le deuxième volume de la collection
conservée à la bibliothèque Méjanes d'Aix en-Provence sous la
core In-8° 7971 présente une hauteur de 185 mm sur une largeur de
120 mm alors que le douzième volume du Mercaure également conservé à
la bibliochècque Méjanes sous la core In-8°7972 présente une hauteur de
182 mm sur 117 mm et que le volume suivant conservé sous la même
cote est haut de 178 mm et large de 114 mm.
9Barbier, Frédéric, Histoire du livre en Ocrident, Paris, Armand Colin, 2013 [2000], p. 6.
10 Tbid., P. 7
Stoulf, Jean, Rifrences pour le livre ancien (3) Formats des livres, En ligne, http://biblioweb,
o hypotheses.org/7420 consulté le 03/09/2015,
54 UpHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
De plus, chaque volume de la collection dépasse en moyenne un
millier de pages. D'après nos calculs, cette moyenne sélève, en effet à
1041 pages par volume!2, Ce format donne à chaque tome du Mareure
12 Ilst, en ráalité, impossible d'établir une moyehne très précise du nombre de pages par
volume (même si ce chiffre avoisine toujours le millier de pages), En cffet, certains tomes
du Mercare, comme le premier, ont fair l'objet de plusienrs éditions plus ou moins longues
Nous avons pour notre part érabli le chiffre moyen de 1041 pages par volime a partir de
la collection numérisée par le GRHIL et conservée à la bibliorhèque de I'Ecole Nationale
des Ponts ct Chaussées à laquelle nous avons ajouté la consulcation du dernier volume de
la collection conservée à la bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence. Pour ce faire, nous
avons fait le choix de compter toutes les pages publiées dans cette collection du Mercire
Frangois y compris les pages non paginées ou non foliotées, les €léments de péritextes
(préfaces, sommaires et tables de matières), les illustrations, les pages de titre, les extraits
de privilèges royaux d'impression et parfois de longs dossiers supplémentaires publiés
dans le 7Mercure. D'après ces calculs, la collection totale du Mercure l'rançois représente
26026 pages. La moyenne établie à partir des chiffres recensés dans la notice Consacrée au
Merure Frangois par le Ditiovmaire des journaux (1600-1789) est sensiblement différente, Elle
atteint, en effer, le chifire de 940 pages par volume soit 23498 pages divisées par vingt-cing
volumes. Deux raisons principales peuvent cxpliquer la différence significative entre ces
deux chiffres. La première est celle, déjà invoquée, de l'existence de multiples ditions des
différents volumes du Merczare Frangois (l'équipe du Dictionnaire des jaurnauxa, par exemple,
travaillé à partir d'exemplaires conservés à Grenoble). La seconde réside dans les critères de
comprage, qui ne sont pas précisés dans la notice du Dictiomaire des journaus. Les chiffres
établis par ce Dittounaire sont ainsi susceptibles de ne pas avoir pris en compte les pages
non paginées, les éléments de péritexte ou encore les privilèges royaux d'impression. Il est
surrout possible que cette notice ait comptabilisé des folios en licu et place des pages pour
les deux premiers volumes du Meraure qui sont foliotés et non paginés. Nous constacons
égalementune différence entre ces deux moyennes et celle étalblie par Anne-Laure Leroux
auteure indique quant à elle une moyenne de 999,7 pages par volume soit 25 205 pages
divisées par vinge-cng volomes, Elle inclue les pages dédiées aux sommaires et autres
tables des matères mais nous ne savons pas si les illustrations, les pages de titre ou cncore
les cxtraits de privilèges sont intégrés à ce recensemenc. Leroux, Anne-Laure, Naissance de
La prese D. Ci, P. 27 ct 126-129. Une tentative de joindre l'ensemble des bibliothèques
municapalesclassées (Cest-à-dire les bibliochèques conservanr un fonds ancien) du territoire
irangais susceptibles de conserver une colleccion intégrale ou partielle du Mercaure Frangis
dans le but de repérer les diférentes éditions et leuts différences éventuelles (y compris du
point de vue du nombre de pages par volume) nous a convaincu de la multiplicite de ces
ceditions sans nous permetre de prétendre les avoir repérées de manière exhaustiyve, Nous
ne sommes pas non plus certains d'avoir identifié toutes les bibliothèques conservant dans
leurs tonds un ou des exemplaires du Mercure Frangois. Le travail de Jonathan Wysplosz
initie cette prospection à l'échelle de la capitale. Wysplosz, Jonathan, «Le volume 2 au
Mercure Françons"».o0p, cil. Nous tenons ainsi à remercier les conservareurs, conservacrices
employés et employes des différentes bibliothèques municipales classées qui ont bien voul
prendre le temps de répondre à notre requête,à savoir les bibliothèques des villes d
de Besançon, Bordeaux, Brest, Carpentras, Châlons-en-Champagne, Colmar, Dijon, Dole
Grenoble, du Havre, de Lille, du Mans, de Metz, Moulins, Nancy, Nice, Nîmes, Orleans,
Pau, Poitiers, Rennes, Saínt-Btienne, Strasbourg, Toulouse, Troyes, Valence, Valenciennes
moyenne un
effet à
Mareure
pages par
tomes
longues
partir de
Nationale
volume de
nous
Mercire
péritextes
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publiés
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Frangis
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Nous
dans
Wysplosz
au
conservacrices
voul
Dole
Orleans,
Valenciennes
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE
François un aspect dense et compact. Chaque volume du Mereure Frangois
est relié en vélin ou en cuir plus épais, Le format et le soin apporté à
la mise en livre du Mercure Frangois induisent une ou des manières de
lire le texte y compris physiquement Le format in-octavo du Mercure
François en fait un objet facilement maniable. Sophie Le Bourg se fonde
Sur ces éléments et sur la citation de Lord Chesterfield par Roger Chartier
pour émettre I'hypothèse selon laquelle Mercure François pourrait être
Considéré comme un livre de loisir et de détente Ni les propos de
Lord Chestetfield ni la maniabilité des volumes du Mercure Frangois ne
nous semblent pourtant suffisants pour faire du recueil un ouvrage de
récréation. En revanche, sa matérialité et son format nous permettent
d'afirmer que chaque volume du Mercure François est bien un livre et se
trouve plutôt éloigné, au moins du point de vue matériel, du domaine de
la publication de l'information d'actualité, qui, au début du xvif siècle
emprunte encore largerment en France la forme d'occasionnels de quelques
dizaines de pages au maximum.
Les formats des premiers périodiques et des premières feuilles
d'information à l'époque moderne nont rien à voir avec celui du /Mercure
Frangois. LHistoire générale de la presse française donne une définition crès
générique des journaux àlépoque moderne sans préciser ni la méthode ni
les modalités ni les critères retenus pour son élaboration. Cette définition
permet toutefois une comparaison avec le Mercure Frangois. Elle se fonde
largement sur des éléments physiques et matériels. Daprès 1'Histoire
générale de la prasse fraçaise, les journaux du xVIf siècle, en théorie pensés
comme quotidiens si lon s'en tient à l'étymologie, paraissent d'abord de
manière hebdomadaire. Ils sont des « imprimés répandus dans le public,
loy 181930i6 9D 91dioon
Versailles. Nous tenons cout particulièrement à remercier Monsieur Thierry Caillier
conservateur à la bibliothèque municipale de Lille, Madame Michèle Poulizac, conservacrice
à la bibliorhèque municipale de Rennes, et Madame Nadine Férey-Pfalzgrat, conservatrice
a la bibliothèque municipale du Mans, qui ont tous les trois effectué un véritable travail
de collation des collections conservées dans leurs bibliothèques respectives, en procédant
partois a la comparaison avec les renseignemencs fournis par le Dictionnaire des journaux,
L5 Préface », dans Ler usages de l'imprimé (xV-xIx° siddes), textes réunis par Ghartier, Koger,
Paris, Fayard, 1987, P., 8,
14 Lord Chesterfield écrit au xVII siècle: « Les solides folios sont les gens d'affaire avec
qui je mentretiens le matin, Les quartos sont une compagnie plus mêlée avec laquelle je
massois après le déjeuner; et je passe mes soirées avec les plus légers et souvent frivoles
papotages des menus octavos et duodécimos. », ibid. Voir également Bourg, Sophie (le),
aLe Mercure François et l'Angleterre,, 0p. Ci, p. ll41
56 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT D
destinés à faire connaître les événements du jour, à partir du xvuf siècle
comportant un titre, un numéro, une date, une parution à cadence
régulière. Au début du Xvif siecle, ces journaux sont hebdomadaires.
Ils paraissent en général sur quatre pages d'un format voisin de 16 cm
sur 22 avec 40 lignes à la page et 60 lettres ou signes à la ligne., Ccla
donne environ 8500 à 9000 lettres ou signes pour l'ensemble d'un
exemplaire L.]'>. Si le nombre de lignes par page et celui de caractères
par ligne sont variables dans le Mercure François, on peut estimer qu'uune
page du Mercure compte généralement entre 30 et 33 lignes. Quant au
nombre de caractères par ligne espaces exclus, il oscille généralement
entre 35 et 45. Ces fuctuations s'expliquent notamment par les usages
de caractères de différentes tailles, y compris a l'intérieur d'un même
volume, comme l'explique très clairement Sophie Le Bourg. Le texte
du Merczure François est soit imprimé à l'aide de caractères mesurant
2 mm soit àl'aide de caractères de 1,5 mm. Ces variations permettent
au rédacteur d'infiuer sur la lecture. La typographie donne ainsi un sens
au texte avant même que n'intervienne la lecture à proprement parler,
au même titre que l'utilisation de l'italique, de guillemets ou encore
des interventions dans les marges ? «b.]il faut remarquer que très
souvent le Mercure Frangois urilise des types différents lorsqu'il superpOse
des avis divergents. Lorsqu'il évoque les écrits parus à l'ocasion
du projer de mariage anglo-espagnol, aeux qui y sont favorables sont
mis en italique alors que les opposants ont une taile de 25 96 inférieure
aux autres caractères. L'oeil identife ainsi nettement les deux sourceset
est guidé vers les caractères mis en valeur par les italiques Ainsi, le
presque millier de pages constituant en moyenne chacun des volumes
du Mercure Frangois porte le nombre de caractères par volume bien audela
des 9000 signes par exemplaire d'une gazette ou d'un ordinaire
mnfu
15 Bellanger, Claude et al. (dir), Histoire génerale de la presse française..,op. cil, t. 1, p. 10. dur
les élémentS physiques et matériels des premiers périodiques d'information européens de
fin du xvr siecle que la définition de l'Histoire générale de la presse frangaise évoque voir par
exemple Kintz, Jean-Pierre, Relation, 1605 # Strasbourg invente le premier joturna, op. ii, c
Welke, Martin, «Johann Carolus und der Beginn der periodischen Tagespresse: Versidy
einen Irrweg der Forschung zu korrigieren », dans 400 Jahre Zeitung die Entuicklung der
Tagepresse im internationalen Kontext (1605-2005), textes réunis par id. et Wilke, Jürgen
Brême, édition Lumíère, 2008, p. 9-116 mais aussi Feyel, Gilles, L'Anonce et la no1uvele.o
op. cit, ou encore Haffemayer, Stéphane, Linformation dans la France du xvit siecle.09. C
16 Bourg, Sophie (le), «Le Mercure Frangois et l'Angletctre., D, 0p, cit, P. 41-42.
siècle
cadence
hebdomadaires.
16 cm
Ccla
d'un
caractères
qu'uune
Quant au
généralement
usages
même
texte
mesurant
permettent
sens
parler,
encore
très
superpOse
l'ocasion
sont
inférieure
sourceset
Ainsi, le
volumes
audela
ordinaire
dur
de
par
ii, c
Versidy
der
Jürgen
no1uvele.o
C
GENESE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 57
LE PRIX DU MERCURE FRANGOIS tm
Lensemble de ses caractéristiques physiques font du Mercure François
un livre. Les sources susceptibles de nous permettre d'établir avec
précision le coûr de chacun des volumes à la sortie des presses ont
presque toutes disparues: nous ne disposons pas des registres des
frères Richer, les imprimeurs-libraires àl'origine de la publication. Les
registres du libraire Nicolas à Grenoble nous renseignent cependant
sur les fonctions occupées par les acheteurs du Mercure Franguis comme
sur le prix du dernier volume immédiatement après sa publication.
Ces documents font état de lecteurs issus de la bourgeoisie robine,
nombreuse dans le contexte d'une ville parlementaire, probablenment
aisée et prete à dépenser une somme relativement importante pour
acquérir le Mercure François en tout cas certains de ses volumes. En
1648, le libraire grenoblois vend un exemplaire du volume XXV du
Mercure François, publié la même année, au prix de 4 livres tournois".
Les sources sont un peu plus loquaces quant au prix des différents
volumes ou encore de la totalité de la collection à des dates posté
rieures à la fin de la publication. Pour un exemplaire du volume XXI
(publié en 1638), un lecteur débourse dans la boutique grenobloise
sans doute en 1647 -2 livres tournois et 8 sols. La différence de
prix pratiquée par le libraire au tournant des années 1647 et 1648
entre les vingt-et-unième et vingt-cinquième volumes du Mercure
Frangois semble indiquer que les exemplaires récents sont alors les plus
recherchés, puisqu'ils sont les plus chers. Ce constat implique l'idée
de la préférence accordée à une lecture proche de l'actualité au détriment
d'une lecture plus historique. La valeur moindre accordée par
le libraire aux exemplaires plus anciens du Mercure Frangois s'explique
peut-être également par la mise en place dun marché de l'occasion
Ou par la pratique de la contrefaçon par certains imprimeurs. Pour
autant, les registres de Nicolas confirment que les professionnels ne
négligent pas de vendre d'anciens volumes du Mercaure, ce qui s'explique
peut-etre par le besoin ressenti par certains lecteurs de compléter
une collection lacunaire. Le libraire vend ces exenmplaires un peu
moins cher que les tous derniers volumes du Mercure (G livres tournois
17Martin, Henri-Jean, Lecocg, Micheline (dir.), Livres et lecteurs à Grenoble, Ler TEgistres d
ibraire Nicolas (1645-1668), t. I1, Genève, Droz, 1977, p. 674-675.
58 9HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATAO
pour des exemplaires des volumes III et IV en 1651). Dans tous les
cas, la somme semble relativement élevée, même si les éléments de
comparaison sur ce point restent parcellaires. Aucune moyenne du
prix d'un livre dans la première moitié du XVIr siecle en France n'a,
en efet, été établie, La grande diversiré des ouvrages dont les formats
peuvent être différents tout comme la qualité du papier ou encore
de la reliure expliquent ce manque. Lexistence d'un marché de la
contrefaçon, dans les provinces comme à l'étranger accentue ce problème
en conduisant à une dépréciation réelle du prix du livre", Un
même ouvrage était susceptible de s'échanger à des prix très différents
exactement au même moment mais sur ces marchés distincts. Enfin,
le caractère incomplet des sources complique l'établissement ferme de
la moyenne du prix de vente d'un livre à l'époque de la publication
du Mercure François, Le travail sur le prix de revient d'un livre, sur a
valeur du matériel nécessaire à l'impression de livres ou encore sur le
rendement d'une presse est plus fréquent et il est possible de glaner
guelques indications éparses. Certaines d'entre elles nécessitent
toutefois lémission de réserves., insertion dillustrations et autres
gravures peut véritablement faire gonfier le prix d'un ouvrage La
présence dillustrations dans certains des volumes du Mercure Frangois
a pu contribuer à une réévaluation de leurs prix. Jean Picart, le graveur
sollicité pour illustrer plusieurs des volumes du Mercure ne jouit
tourefois pas de la réputation d'un Abraham Bosse, par exemple. Les
Cxemplaires du Mercure à la fois les plus anciens et les moins chers à
etre vendus dans la boutique grenobloise avoisinent les prix dévalués
de secondes éditions parisiennes ou d'éditions provinciales contretaites.
Les exemplaires vendus peu de temps après leur publication sont sus
ceptibles de l'avoir été pour des prix supérieurs.
Sophie Le Bourg cite le contenu d'une note manuscrite inscrite au
revers de la reliure de l'un des exemplaires qu'elle a étudiés. Elle nest
9 18 Ibid., p. 675.
19 Acepropos, voir Mattin, Henri-Jean, « Renouvellements et concurrenceS », dans IfO
de l'edition frangaise.., op, cit., t, I, p. 402-403,
20 Sur ces différents points, voir par exemple Febvre, Lucien, Martin, Henri-Jean, Lappariion
du livre, Paris, Albin Míchel, 1999 [1958), p. 165-173. Voir aussi Martin, Henrije
Livre, pouvoirs et sociétE.1, oP. cib., t. I, p. 71-72 et 370-380.
21 Tbid., P. 384-386 et p, 458 et id., «Renouvellements et concurrences,oo , a
ite,
P.402-403.
tous les
éléments de
moyenne du
France n'a,
formats
encore
de la
ce problème
livre", Un
différents
Enfin,
ferme de
publication
sur a
sur le
glaner
nécessitent
autres
ouvrage La
Frangois
graveur
jouit
Les
chers à
dévalués
contretaites.
sus
inscrite au
nest
IfO
Lappariion
Henrije
ite,
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 59
pas datée mais pourrait avoir été rédigée entre 1638 et la fin de la
publication de la collection en 1648, puisqu'elle fait état de vingt-deux
volumes d'une collection qui en compte en réalité vingt-cing
sb Ce Recueil est excellent et rempli de pieces originales qu'on ne trouve poinct
ailleurs. Il est très rare & très recherché. Les 22 volumes m'ont couté 120 livres
ons 2'tournois et on ma offert souvent mon déboursé. Nota (uicl qu'a la fin du
ieXIX volume de mon Recueil se trouve les pieces du differend de l'Archevesque
mul de Bourdeaux avec le duc d' Epernon qui ont écé retranchées de presque cous
les exemplaires b souai sl 2713 onluot o lissD31 h
La précision d'un Mercure François a très rare & très recherché» suggère
peut-être un achat postérieur aux années 1650 et à la période de la
Fronde. A la fin du xVIr siècle et dans le courant du xVir" siècle, certains
acteurs considèrent le Meraure Frangois comme un livre ancien et rare. Ses
exemplaires sont devenus de véritables objets de collection dont le prix
témoigne de la valeur ateribuée par les collectionneurs de l'époque, comme
le suggère encore la lettre de Joseph Bayle à Salomon d'Usson. En 1684,
il faut être relativement fortuné pour pouvoir acquérir un exemplaire du
Mercure: acar le premier qui contient 25 tomes coutres (sie] 20 pistoles
et on n'en trouve plus Joseph Bayle ajoute : «Jestime heureux m[on]
frere] l'aisné d'avoir accompli le [Mercure François] car il en trouvera
quand il voudra 200 I[ivres]. Une pistole est en effer l'appellation
utilisée pour désigner les monnaies d'or er l'on note que Joseph Bayle
estime la collection de son frère à environ 200 livres. Cest plus que le
prix payé par le lecteur anonyme de la collection incomplète du Mercure.
Ce dernier avait déboursé plus de cinq livres tournois l'exemplaire, plus
qu'à Grenoble dans les années 1647-1655, mais bien moins qu'a la fin du
xVi siècle daprès Joseph Bayle. Le Mercure Frangois est donc un ouvrage
cher, voire très cher. Cet aspect le rend difficilement assimilable à des
22 Mercure François,op, cit., vol,, 1611, non folioré cité par Sophie Le Bourg. L'auteure
0 précise que l'exemplaire est conservé au centre de recherches en histoire moderne de
université de la Sorbonne, Nous n'avons pas pu consulter cet ouvrage et ne pouvons
donc en rétablir la foliotation. Bourg, Sophie (le), « Le Mercure lFrangois et l'Angleterre, oo D
op, Ci., p. 10-11, - A propos du traitement du différend entre I'archevêquc de Bordeaux
et le duc d'Epernon, voir Jouhaud, Christian, Richelieu et lloriture du pouvoir.aon 0p. cit,
P:95-156, La remarque du lecteur anonyme du Mercure, si elle est exacte car nous n'avons
consulté que des exemplaires intacts du Mercure Frangois, implique une censure a pasterior
du texte en raison d'enjeux politiques,
25 Bayle, Joseph, Lettre 255 : Josepb Bayle à Salomon d'Uson, loco citato,
60 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
médias d'information dont le coût doit favoriser une certaine accessibilité
aux lecteurs. De plus, dans un mouvement inverse à celui que soulignent
les registres du libraire Nicolas, les exemplaires du Mercure semblent
prendre de la valeur avec l'arrêt de la publication de la collection. Cela
S'explique aussi par la dificulté à acquérir des exemplaires du Mercure,
en dépit de multiples éditions. Cette rareté, évoquée par le lecteur anonyme
de la collection tronquée comme par Joseph Bayle sexplique ausi
par la probable faiblesse du nombre d'exemplaires de chaque volume
du recueil en circulation. Certes, le tirage du Mercure Frangois nous est
inconnu et nous n'avons aucun moyen de l'établir. Cependant, en se
basant sur les chiffres fournis par Henri-Jean Martin à propos du tirage
ordinaire des livres à l'époque, il est possible de considérer que chaque
édition du Mercure François comptait de 1 000 à1500 exemplaires. Cet
élément pourrait expliquer la dificulté éprouvée par certains lecteurs
ou collectionneurs à mettre la main sur ces Exemplaires à la fin du siecle
tout comme l'éventualité d'une conservation durable de ces exemplaires
par leurs propriétaires, très probablement enclins à constituer des collections
complètes du Mercure. La comparaison avec le tirage de la presse
périodique reste difficile à établir dans la mesure où les renseignements
Sur ce point sont rares, LHistoire générale de la presse frangaise mentionne
tOur de mênme un tirage à 2600 exemplaires tous les dix jours pour le
Mercure Galamt en 1778 et à 12000 exemplaire pour la Gazette de manière
bihebdomadaire, A la fin du xvIT siècle, les journaux les plus en vus
atteignent un tirage moyen de 3000 exemplaires
Lensemble des caracréristiques matérielles permettant de qualiher
l'objet Mercure Frangois de livre n'a pas découragé l'historiographie de
le rattacher fermement au domaine de la presse et de la publication de
l'information. Un autre élément de sa matérialité explique cette perspec
tive. Il sagit de la périodicité de sa publication. Celle-ci et les éléments
gue nous avons pu réunir à propos de son prix, attestent aussi du succes
commercíal de l'ouvrage, tout comme l'existence de contrefaçons et de
multiples édítíons de la part des imprimeurs-marchands-libraires en
charge de sa publication. La périodícité de la publication d'un ouvragBe
29 Martin, Henri-Jean, Liore, pouvoirs et sorié à Paris.., op. cit., t. I, p. 377-380. Pour
comparaison voir les remarques relatives au tirage des libelles et pamphlets comme d
premiers ouVrages de presse, Bellanger, Claude et al, (dir.), Histoire générale de la pra
frangaise.., P cit, t. 1, p. 16, 21-23 et 65-67,
accessibilité
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pra
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 61
se traduit matériellement. Ainsi, sans pouvoir préjuger de l'existencede
I'idée de collection dans l'esprit des auteurs du Mercaure François, à tout le
moins à ses débuts, force est de constater que rapidement la périodicité
de sa publication rend possible et parfois actualise sa concrétisation.
Dans son sens strict, le titre de Mercure Fragois désigne l'intégralité de
cette collection. Le Mercure Frangois est bien un livre, mais Cest un livre
à parution périodique à l'origine d'une histoire continue. alb
eLES SPÉCIFICITÉS D'UN RECUEIL PÉRIODIQUE os
La publication périodique du Mercure Frangois évoque celle des premiers
médias investis dans le domaine de I'écriture de l'actualité. Pour
autant, la fréquence de publication du Mercure est loin d'être comparable
aux médias de presse, y compris les plus anciens. Dans le cas du Mercure
Frangois, la relative régularité de la publication est mise au service d'une
logique de continuité, condicionnant en partie sa réception par les lecteurs.
ALORIGINE DE LA COLLECTION; PÉRIODIGITÉ LONGUE
ET PUBLICATION FILEE
La collection du Mercure Frangois est consticuée de vingt-cing volumes
parus à intervalles plus ou moins réguliers entre 1611 et 1648. Afin de
constituer une collection des différents volumes du Mercure, le lecteur doit
se montrer patient, Le délai entre chaque publication est relativement
long il peut aller de quelques mois seulement à une période de cinq
ans. Dans le cas du Mercure, la démarche de la collection anticipe en
quelque sorte le choix d'une lecture a historicisée » ou « rétrospeccive»
sans entrer en contradiction avec la possibilité d'une lecture presque
aSur le vif» selon les expressions de Marion Brétéché à propos des
25 Acepropos voír par cxemple Lévrier, Alexis, Wrona, Adeline, « Préface>, Matière ct sprit
du journal,o, p. cit., p. 8-9
26 Apropos des mercures historiques et politiques, Marion Brétéché identifie quatre types
possibles de lecture induits par les dispositifs éditoriaux des dillérents périodiques. Une
lecture a sur le vif», une lecture « rétrospective», une lecture « ciblée» et une lecture
ahistoricisée », Brétéché, Marion, « Entre actualité et histoire.., art. ciré, p. Il et S7.
62 HISToIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
«mercures historiques et politiques » mensuels publiés aux Provinces
Unies sous le règne de Louis XIV. Les périodicités respectives de la
Gazette de Théophraste Renaudot, des mercures historiques et politiques,
ou encore du Mercure Galant sont, en effet, plus courtes que celle du
Mercure François, puisque ces différents ouvrages paraissent de manière
soit trimestrielle, soit mensuelle soit hebdomadaire, L'absence d'annonce
de la périodicité de la publication rend impossible la mise en place
d'un système d'abonnement. A raison d'un volume par an, le lecteur a
tout le loisir de se constituer une collection au fil des publications sans
avoir à s'abonner. De la même manière, le délai entre chaque publication
du Mercure laisse au lecteur provincial ou étranger la possibilité
de se procurer un volume avant la parution du suivant. La périodicité
du Mercure semble donc ne pas avoir justifié non plus la mise en place
d'accords entre les frères Richer et des libraires provinciaux auxquels
les imprimeurs-libraires auraient permis d'imprimer, de diffuser et de
Commercialiser le Mercire à leur propre compte, réduisant ainsi les délais
d'acheminement du recueil en province
Le rychme de parution du Mercure Frangois entraîne un décalage entre
le déroulement des événements et leur traitement puis leur publication
dans les pages de la compilation. Daprès les privilèges royaux d'impression
délivrés à ses imprimeurs-libraires, l'ouvrage atteint sa fréquence de
publication la plus régulière entre 1621 et 1633 c'est-à-dire entre les
volumes VI et XVIII inclus sur les vingt-cinq que compte la collection.
A ce moment-là, la délivrance des privilèges d'impression royaux par le
pouvoir monarchique est annuelle. En amont et en aval de cette période,
le rythme peut différer. Ainsi, entre 1611 et 1618, un volume parait
environ tous les deux ans, Aucun volume ne paraît entre 1633 et l656
puis le rythme se précipite à nouveau dans la mesure où le pouyoir royal
délivre à Estíenne Richer des privilèges d'impression à deux reprises au
27 2
27 Concernant la Gazette voir Martin, Henri-Jean et Lecocq, Micheli (dir.), Livres et lecteurs
à Grenoble,o Op, cit, t, I, p. 498-501. Haffemayer, Stéphane, Linformation dans la rtan
dn xVif sieede..., op, cit, p. 218, - En ce qui concerne le Mercure Galant voir Moureau
François, « Du Mercure Galant au Mercure de France structure et évolution editonn
(1672-1724) », dans Matière et esprit du journal., y op. cit., p, 37
28 Feyel, Gilles, La eGazette» en province à travers ses réimpressions, 1631-1752. Une recherne
analytiqne de la difusion d'un ancien périodique dans tonte la Prance, Avec tm apergu
Ugnraivpehrisgiutye Pproeusrs c, h1a9c8u2n, des centres de réimipression de la eGazette », Amsterdam, Hollan
Provinces
de la
politiques,
celle du
manière
d'annonce
place
lecteur a
sans
publication
possibilité
périodicité
place
auxquels
et de
délais
entre
publication
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par le
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l656
royal
reprises au
2
lecteurs
rtan
Moureau
editonn
recherne
Hollan
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 6
cours de l'année 1636. Après quoi, entre 1637 et 1641, le Mercure Frangais
redevient bisannuel. Cing ans séparent la parution des volumes XXII
et XXII du Mercure Frangois, Pour finir, les volumes XXII, XXIV
et XXV paraissent respecivement en 1646, 1647 et 1648. La pério
dicité du Mercure François est réelle mais reste relativement irrégulière
et sans rapport avec celle de la Gazette, hebdomadaire et régulière dès
sa fondation en 1631. En dépit de ces irrégularités, le Merzure Frangois
reste le premier recueil périodique français. b slog izoi te
FILIATION ET PARENTÉ DIRECTES ogceihele
La périodicité des premiers médias d'actualité européens ayant
précédé la fondation du Mercure Frangois ou encore le caracère imprimé
de certains d'entre eux évoquent justement le Merczre En effet, en
novembre 1610, lorsque le pouvoir royal délivre à Jean Richer les privilèges
d'impression royaux pour la publication et la commercialisation
du Mercure Frangois, il existe déjà en Europe des opuscules d'actualiré
imprimés de manière hebdomadaire dont certains en langue française.
A ses débuts au moins, le Mercure Frangois n'est pas tout à fait une
forme de presse dont la maturation serait encore inachevée. En fondant
le Mercure Franpois en 1610, le projet de Jean Richer est explicitement
différent de celui des aureurs de feuilles d'informations périodiques
d'actualiré. Jean Richer comme son frère Estienne peuvent dificilement
avoir ignoré l'existence de ces dernières. Leurs imprimeurs ne manquaient,
en effet, probablement pas de se rendre aux foires de Francfort,
tout comme les fondateurs du Mercure rançois. Le premier volume du
Mercure François contient ainsi une allusion au rendez-vous des foires de
Francfort, soit que les deux frères s'y soient rendus soit qu'ils aient eu
accès aux catalogues de leurs confrères: «A la foire de Frankfort de ceste
29 Sur les différents péríodiques européens, manuscrits ou imprimés, qui ont précédé la
ub fondation du Mercure Franois voir Petitjean, Johann, L'intelligence des chases, op. cil., p. 77
et 84. Voir également Moureau, François, La plume et le plomb, Espaces de (imprim et du
manuscrit au siède des Lumières, Paris, Presses de lI'Université de Paris Sorbonne, 2006, p. 346
et 547 ct idl, « Enjeux de la communication manuscrite : nouvelles à la main et gazettes
imprimées », AHMUE, L'information à l'époque moderne.. , op, it, p. 73-89. Voir aussi
Bellanger, Claude et al., (dir.), Histoire générale de la presse frangaise.., op. cit., t. L p. 22-23
Ct 80. Voir égalemene Kintz, Jean-Pierre, Relation, 1605 : Srasbaurg invente le premier
Jornab. op, cit., et Welke, Martin « Johann Carolus und der Beginn der periolischen
1agespresse, art, cité p. 9-116 et Alberc, Pierre, Histoire de la prese, op, cit. p. 9.
64 doHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT )
annee 1'Anticoton a mesmes esté traduit en Latin : & le P. Gretzerus
Jesuiste, y a faict une Responce intitulee La Lexive [.J0>: Les foiresde
Francfort font figure de rendez-vous pour les gens du livre en Europe, au
moins jusqu'aux années 1650. Les imptimeurs-libraires s'y rencontrent
et procedent à de nombreux échanges. Les occasionnels, opuscules
consacrés à un événement particulier, paraissant ponctuellement et
faisant figure d'ancêtre des périodiques s'y échangent fréquemment.
Il est aussi possible de trouver des périodiques au moment des foires
de Francfort, à tout le moins, d'en entendre parler De la même
manière Jean et Estienne Richer connaissaient et lisaient assurément
des nouvelles à la main ou encore des feuillets d'avis italiens, au moins
afin de pouvoir alimenter le Mercure. iarbnot af 3hinirg
do Le Mercre Frangois ne prétend pas livrer à ses lecteurs des informations
d'actualité, mais écrire une histoire du temps présent en prenant
explicitement la suite de l'ouvrage de Pierre-Victor Palma-Cayet, à savoir
La Chronologie Sepenaire de l'Histoire de la paix enitre les Roys de Francee
d'Espagne dans laquelle l'auteur revient sur les sept années de paix du
règne d'Henri IV depuis les signatures de l'édit de Vervins et de Nantes
en 1598. Le titre complet du premier volume du Mercure François est en
effet: Le Mercure François ou Suitte de l'histoire de la paix commençant l'an
1605 pour suite du Septenaire du D. Cayer, et finissant an sacre du très graund
Roy de France et de Nauarre Lorys XI1. En 1605, le controversiste Pierre-
Victor Palma-Cayet publie une Chronologie septenaire de l'histoive de la paix
Jean Richer est son imprimeur. L'ouvrage de Pierre-Victor-Palma-Cayet
rencontre un succès rapide. Jean Richer le réédite d'ailleurs à plusieurs
reprises avant de publier le Mercure François en 1610. En 1608, face au
succès de la Chronologie septenaire, Pierre-Victor Palma-Cayet publie
également une Chronologie novenaire contenant lhistoire de la guere sous le
regne dn Tier-Chrestien Roy de France & de Navarre Henry n. Lorsque
premier volume du Mercure Franços paraît à Paris en 1611, Pierre-Victor
Palma-Cayet et Jean Richer ont contribué à l'écriture de l'histoire du
30 Mercre François,, 0p, cit., vol. I, 1612, P490P (pour l'année 1610). Lédition originellc
du premier volume du Mercure date de l'année 1611, cependant, il peut nons arrv
dindiquer la date de 1612 dans la mesure où le premier volume de la collection inu
risee par l'équipe du GRIHL date de 1612, Elle est identique à l'une des deux édition
Conservéeà la bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence, en date de l'année 1611 ceier
31 Martin, HenriJean, Livre, pouvoirs et socité., op, cit., t., I, p. 305-500.
Gretzerus
foiresde
Europe, au
rencontrent
opuscules
ponctuellement et
fréquemment.
foires
même
assurément
moins
3hinirg
informations
prenant
savoir
Francee
paix du
Nantes
est en
commençant l'an
graund
Pierre-
paix
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plusieurs
face au
publie
sous le
Lorsque
Victor
l'histoire du
originellc
arrv
inu
édition
ceier
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE
règne du roi Henri IV depuis son couronnement en 1589 jusqu'à sa
mort en 1610, De ce point de vue, l'évocation d'une parenté avec le
Mercurins Gallobelgicus est bien plus pertinente que celle d'un cousinage
avec les publications hebdomadaíres mentionnées précédemment. Le
titre du Mercure Frangois semble revendiquer cette parenté et suggère une
communauté de contenu entre les deux ouvrages dont le second pourrait
êcre la version française du premier, Le Mercure François cite d'ailleurs à
plusieurs reprises le Mercurins Gallobelgicus comme 1'origine des informations
contenues dans ses pages. Piere Bayle souligne la filiation entre
les deux ouvrages comme l'émulation suscitée par le Mercure Frangois
Le Mercurius Gallobelgicus est publié semestriellement en latin à Cologne
à partir de la fin du XV siècle, son auteur est identifié par le Mercure
comme un certain Gothard ou Gothard Artur", Le premier volume du
Mercurius Gallobelgicus paraît aux alentours de l'année 1590, entre 1588 et
1594. Il est parfois diffcile de dater l'ouvrage, cela S'explique sans doute
par l'existence de deux Mercurius Gallobelgicaus à la fin du xvI siècle".
32 Palma-Cayet, Pierre-Victor, Cbronaogie sephenaire de l'histoire de la paix entre les roys de France
19 d4Espagne. Cotenant les chowes plus memorabler advenuës an Frane, Espage, Allmagne, Ialir,
Angleterre, Escose, Flandres, Hongrie, Pologne, Suecs, Transsiltuanie, Gautres endrotts de L Enrote
avec le sucez de plusieurs mavigations faictes aux Indes Orientaler, Occidentales & Saptentrionales
depuis le commencement de l'an 1598 jusgues à la fin de l'an 1604, op it, A Paris, Par Jean
Richer, ruëS lean de Latran à l'Arbre verdoyant: Et en sa bousique a Palais, sur le Peron Koyal,
vis-à-vis de la gallerie des Prisomiers, 1605, id, Cbronologie novenaire conitenaut l'bistoire de la
guerre sons le regne da Trer-Chrstien Roy de Frane & de Navarre Henry Hn. Er les cbases plas
memorables advenvës par tozt le monde, depuis le commencament de son rgUe, lan 1589 jusques
à la pais faite à Vervins en juin 1598 entre Sa majesté trs-dbrestieune le roy catholigue des
Espagner, Philippes I1, A Paris, ParJean Ricber, ruë S. lean de Laran à l'Arbre verdeyani : Es
en sa bortigue au Palais, sur le Perron Royal, vis-à-vis de la gallerie des Prisonuiers, 1608,
33 Buyle, Pierre, Riponse ausx questions d un prowincial, vol. 1, Rotterdam, chez R. Leers, 1704,
P 435-436,
34 Voir Feller, François Xavier, Biograpbhie des bommes quise sont fait un nom par lur gmis, leurs
talents, leurs vertus, lenurs erreurs ou leurs crinmes, vol. I1, Nevers, 1845, p. 553-554, La notice
précise que les premiers volumes du Mercurius Gallobelgicus sont loeuvre de Gothard
Artur avant que la compilation ne soit finalement composée par d'autres acteurs dont
un certain Michael Caspar Lundorp.
5 Bayle, Pierre, Réponse aux questions d'un provincial., 0p. cit., p. 435-436. A propos de cette
ascendance commune à nombre de « mercures» mais alissi à propos de la signibcation de
la torme éditoriale des « mercures » voir Brétéché, Marion, Ribard, Dinah, «Quest-ce
que les mercures au temps du /Merczure Galant ? », art. cité, p. 9-22. Soulignons à ce propos
T'expession utilisée par Marion Brétéché er Dinah Ribard : elles ne parlent pas de genre
mais plutôt de « formule mercure», Nous considérons que le Mercure Irangois pourrait
alors se trouver au fondement de cette « formule mercure ».
66 9HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Le Mercaure François sinscrit bien plus dans une tradition de l'écriture
de l'histoire y compris de I'histoire du temps présent que dans un mouvement
d'écriture et de diffusion ponctuelle de l'information d'actualité
Loin de négliger celle-ci, le Mercaure entend la collationner et l'archiver
systématiquement afin d'en faire la matière et la source à une histoire
écrite en temps réel, mobilisable dans le futur. Ce constat n'interdit
pas d'identifier dans le Mercure Frangois un certain nombre de caractères
originaux susceptibles d'en faire un objet éditorial unique. La poursuite
de l'examen de la matérialité du Merure doit se faire à l'intérieur de
l'ouvrage afin d'en affiner encore la définition. Les différents outils de
lecture fournis par le recueil doivent ia être érudiés, afin de lier plus
fermement la matérialité du média à son objet. ub at al sh hg
s 1 LES OUTILS A DESTINATION DU LECTEUR l r
Les outils fournis par le Mercure François au lecteur sont pluriels et
relevent de différents domaines. Ces dispositifs de lecture servent un projet,
un propos et un contenu et participent à saisir l'objet du Mercure Frangois.
CHEMINER DANS LE MERCURE: REPÈRES ET JALONS
Les outils de lecture publiés de la manière la plus systématique
dans la compilation sont ceux permettant au lecteur de sotienter et de
faciliter sa lecture. Il sagit des tables des matières, sommaires, notes
marginales ou encore des transitions placées entre deux informations
à la thématique différente. Ces outils sont conçus comme des jalons et
des repères visant à fuidifier la lecture.
Les tables des matières et sommaires fonctionnent en étroite relation
avec les notes marginales et permettent au lecteur de sorienter à travers
lépaisse documentation constituée par le recueil. Al'exception de quelgues
ensembles documentaires que nous pourrions qualifiés de « dossiers the
matiques » publiés occasionnellement dans les pages de l'ouvrage, de
36 Dans le premier volume du Mercure Prançois est publié un dossier de plusieurs dizaine>
de pages contenant une épître au lecteur portant les initiales J. R. et un réCit paginea
l'écriture
mouvement
d'actualité
l'archiver
histoire
n'interdit
caractères
poursuite
l'intérieur de
outils de
plus
hg
l r
pluriels et
projet,
Frangois.
systématique
et de
notes
informations
jalons et
relation
travers
quelgues
the
de
dizaine>
paginea
GENESE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 6
manière générale, le AMerczre Frangois ne propose pas d'organisation autour
d'un découpage rubrical avant la publication des derniers volumes. Une
exception peut être faite à cet égard à propos des deux premiers volumes du
Merczure Framçois. Ces derniers présentent une esquisse de système rubrical
a la fin de chaque partie consacrée à une année dans un volume. Celles-ci
proposent une rapide rubrique nécrologique ainsi qu'un récapirulatif des
événements de l'année écoulée. Ces semblants de rubriques sont introduits
en note marginale et disparaissent rapidement du Mercure. Elles ne sont
d'ailleurs pas systématigues dans ces premiers volumes", Ainsi, le texte
du Mercue François Sayère très dense voire compact et si le découpage
en paragraphes n'est pas tout à fait inexistant, la qualité principale du
Mercure n'est pas vraiment de ménager de grandes respirations à la lecture
événements traditionnellement désignés par l'expression de surprise de Prague et intitulé
«Nouvelles d'Allemagne ou la surprise de Prague par l'Archiduc Leopolde, et de ce qui
sy est passé és mois de Fevrier & Mars dernier », Mercure Frangois.y op, Cit., vol. I, 1611,
P545]r-[P 580] v. Une page de titre est teproduite au folio 545P et précise gue le
livrer originel a été publié en 1611 par Jean Richer dans laville d'Arras,. Pour leur part
certaines élicions du quatrième volume du Mercure publient des pages Spplémentaires
relatives à la mort et au procès du coliple Concini. La collection de 1'Ecole des Ponts
et Chaussées numérisée par 1Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
reproduit ces dossiers alors que les deux collections conservées à la bibliothèque Méjanes
d'Aix-en-Provence ne le font pas. On remarque toutefois une diférence entre ces deux
éditions (pourtant toutes les deux datées de 1617) puisque la collection conservée sous la
core In 87971 est plus longue de 18 pages par rapporta celle conservée sous la core ln 8
7212, Le volume IV publie un dossier paginé de deux fois huit pages consacré au procès
de Concino Concini à la pagination propre. Nous proposons ainsi dindiquier leur propre
pagination (de la page 1 à la page 8) avant d'indiquer entre crochets ce qu'aurait été leur
Pagination si elle n'avait pas été interrompue. Ibid., vol, IV, 1617, p, 1-8 (p. 241-248] et
P. 1-8 ou p. 249-256) (pour l'année 1617). Le volume IX publie un traité de commerce
cde 16 pages ainsi qu'une ordonnance de 80 pages respectivement paginés delà16 et de
1à 80 dont les textes sont rejetés en fin de volume, nous indiquons donc la pagination de
chacun des dossiers suivie de la pagination qui aurait été celle de ces dossierS si elle avait
eré continue entre crochets. Ibid, vol. IX, 1624, p. 1-15 (p. 737-752] et p. 1-80 [753-832)]
pour lannée 1623), Le volume X publie un mémoire d'Btat de 191 pages également
Pagine et consacré à l'aftaire de la Valteline dans un temps relativement long. Le texte
cSt rejeté en fin d'ouvrage. Ibidl, vol. X, 1625, p. 1-190 (p. 880-1070] (Pour l'année 1625).
Le volume XII publie un traité pour la paix en Valreline folioté de 1à 16 et placé entre
e traitement de l'annéc 1626 et celui de l'année 1627. 1btd., vol, XII, 1627, P. 1-190
IP.957-952] (pour l'année 1626), Le volume XIII comprend un long dossier consacré a la
Ville de La Rochelle, nous appliquons les mêmes principes pour indiquer sa pagination
Lbid, vol. XIII, 1628, p. 1-160 [p. 913-1073)
Voir par exemple, Mercure François.o., op, cit, vol. I, 1611, P60 (pour l'année 1605),
60v (pour l'année 1606), P308v-P310v (pour l'année 1608) et vol. I, 1613,
P43v-P44v (pour l'année 1610),a0o to t.t
68 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 3
La ponctuation finale est, elle-aussi, très rare dans le Mercure. Les phrases
peuvent s'étendre sur plasieurs lignes voire sur des paragraphes complets
La plupart du temps, les textes cités sont typographiquement lissés au
sein d'un grand récit et l'on ne comprend pas toujours immédiatement
comment l'on est passé d'une affaire à une autre. Lorsqu'il intervient, le
découpage en paragraphe n'épouse, en efet, paš toujours le passage d 'une
intormation à une autre. mspays
Les rédacteurs emploient indifféremment les termes de «sommaire» ou
de «table des matières » pour désigner un instrument de travail hybride
et sensiblement identique dans les deux cas". Ces outils reprennent les
thèmes principaux abordés par le recueil et, le cas échéant en rappellent
soit la foliotation soit la pagination. Ces thèmes sont en fait la reprise
des nombreuses notes marginales qui essaiment le texte du recueil. Les
Cables du Mercure Frangois peuvent donc être particulièrement détaillées et
présentent parfois de véritables paragraphes dédiés à une même affaire0
Les tables des matières fournies au lecteur dans le Mercure sont toutes
longues de plusieurs pages. Le nombre de pages contenus par table oscille
entre 5 et 65. En moyenne, un volume compte 41,5 pages de table des
matieres. Une année civile est en moyenne résumée en vingtcing pages
de tables des matières, sans compter les tables alphabétiques apparues a
la fin de l'histoire de l'ouvrage. Les tables s'adaptent à la logique chronologico-
thématique de la compilation par une organisation annuelle. Eles
Sont nombreuses à porter le nom de l'année à laquelle elles renvoient en
38 Le premier volume du Mercure François présente ainsi un outil intitulé: « Sommaire de
ce qui est contenu au deuxième ivre du Mercure François, ou, suitte de IFistoire de la
paix sous le règne de Henrí IIIl. b, ibid., vol. 1, 1611, P61 P-64v (pour l'année 1606). I
est question de sommaire jusqu'au volume V du Mercure François, Le sixième volume au
recueil intitule cet instrument « Table de ce gui' est contenu au Sixiesme 1ome du Mercuc
François, ou, suitte de l'Histoire de Notre Temps, sous le regne du tres-Chrestien Koy
de lFrance &de Navarre Louys XUII», ibid, vol. VI, 1621, [p. 5-27] (pour l'année 1619).
Mais dans le même volume, le même instrument pour les années 1620 et 1621 est
intitulé«Sommaire du contenu ne l'an M.DC.XX. », ibid., [p. 28-60] (pour les annee
1620-1621), Ainsi, les volumès VIl, VII, IX, X, XI, XI, XII, XIV, XV, XVI, XV
XVIIl, XDK, XX, utílisent également le terme de « table». Les volumes XX,
KXII, XXV lni préfètent celui de sommaire. Certains volumes, comme le septic
utilisent conjointement les deux termes.
59 Lpeasg dineéusx, premiers volumes du Mercure François sont foliotés alors que les suivánts so
40 Atitre d'exemple, voir le traitement de l'affaire de I'Interdit à Venise en 1606. Meru
Firançois. op, cih, vol, I, 1611, PGl v (pour l'année 1606,
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Meru
GENÈSB D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 69
haut de la able. Certaines précisent même sil sagit d'une adjonction
à une année déjà traitée dans un volume précédent. Ainsi, le deuxième
volume du Mercure Frangois publie une adjonction à l'année 1610, ce que
rappelle sa table des matieres"" Lorsque ce n'est pas le cas, il est toucefois
indiqué à quelle année cette table se réfere au début de l'outil
Il est aussi rappelé le cerme de« table » en haut de chague page et une
indication signifie au lecteur que la table soit du volume soit de l'année
est terminée : «Fin de la table du dix-huictiesme Tome. Toutes les
tables des matières n'occupent pas a même situation dans le volume,
Bien souven, eu égard à leur organisation annuelle, les tables sinsèrent
au coeur même du volume, entre la fin du traitement dune année et le
début du traitement de la suivante". Elles suivent patfois une demiepage
ou une page de faux titre insérée au sei du volume pour signiier
le passage du traitement d'une année à celui de la suivante. Elles peuvent
etre foliotées ou paginées mais ce n'est pas systématique. A d'autres
occasions, au contraire, les tables des matières sont toutes réunies en
débur ou en fin de volume, Dans ces cas-là, elles sont rarement foliotées
Ou paginées. A partir du vingt-et-unième volume, le Mercure Frangois
publie un autre type de table, venant s'ajouter à la table des matières
classique et expliquant la requalification de cette dernière en « sommaire
». Il s'agit d'une table alphabétique. A partir de ce morment-là, la
logique de la table des matières traditionnelle dans le Merczure Frangois de
chronologido-thématique devient franchement géographique et évoque
clairement l'organisation de la Gazette de Théophraste Renaudot
Les notes marginales permettent aussi au lecteur de se diriger dans
la densité du texte. Elles sont souvent distinctes du reste du texte par
l'usage de l'italique, Ces notes ont en grande majorité vocation à résumer
le contenu du texte6, Toutes ne sont pas reportées dans la table des
41 Ihid, vol. I, 1613, (P5]-71P (pour l'année 1610).
42 L DC. xxXII», ibid,, vol. XVII, 1633, (p. 1] (pour l'année 1632).
43 Ibid., vol. XVIII, 1633, [p. 35]
44 Ibid, vol. I, 1611, P161 r-163 (pour l'année 1607).
45 Ibid, vol i, 1615, [P 5]P-P 46 P. Ibid, vol. I, 1613, [es]P-e7]e (pour la table de
l'année 1610 seulement).
46 «Quand le Pape Paul Vn'apas voulu appronver lesdites loix Venitiennes n, Merczure Frangoi5,o
0p. Cit., vol, I, 1611, P78, v (pourl'année 1606), «Response du Roy à la lettre de M. le Prince
de Condé n, ibid., vol. IV, 1617, p. 15 (pour l'année 1616). aEstendue diu pays de Canadan,
b14, vol XII, 1628, p. 12 (pour l'année 1626). «Arrivée du Duc de Parme en lirane»,
ibid, vol. XXI, 1638, p. 123 (pour l'année 1636),
70 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
matières Le deuxième type de notes marginales publiées dans le Mercre
assume la fonction d'indiquer au lecteur les rélérences mobilisées par les
rédacteurs afin de constituer leur compilation. Ces références peuvent
être externes comme internes. Bien souvent, lorsque les notes margi
nales indiquent des références extérieures au Mercure François, elles sont
imprimées en caractères romains, Les exemples de références internes
en notes marginales sont bien plus nombreux et participent activement
à la mise en place d'un système d'autoréférenciation. Comme pour les
références iternes intégées au fil du texte, leur degré de précision est
variable Les nores marginales du Meraure Frangois sont parfois précédées
d'un astériscque et prétendent ainsi apporter une précision supplémentaire
au lecteur 0,. Certains des instruments publiés dans le Mercure afin d'en
faciliter la lecture sont moins visibles en raison des similatités qu'ils
présentent avec le reste du texte. Le caractère typographique particulie
rement compact du Mercure François conduit parfois ses auteurs à rédiger
une petite transition entre deux informations.
En dépit de leur caractère moins fréquent, les illustrations sont'des
outils de lecture beaucoup plus visibles que les transitions qu'il convient
d'étudier.
popisopsa l nsupilag 33,0pi2
LLUSTRATIONS ET COMPLÉMENTS ICONOGRAPHIQUES 2 1p1e ldt
Exception faite des lettrines et bandeaux utilisés systématique
ment pour entamer le traitement de chaque année civile, des marques
eT)9l i5 12208 3391197719 29104gs 2330m 23d
4 Apropos du voyage de Monsieur en Flandres, le volume XVIII porte la note suivante
Desbanche de ses troupes , Mercure Frangois.p. dit, vol. XVII, 1633 P. 19 (pour
l'année 1632). La table des matières ne porte pas cette mention
48 cHistoire de la Confraitie de Nostre Dame des Sept douleuts eigé à Thonon 1599)
ibid., vol, VIII, 1623, p. 156 (pour l'année 1621).
49Voyez ceste Relation au tome 9 du Mercure», ibid, vol. XIL, 1627, p. 252 (pour
l'année 1626) », « Voy. la Refutation de cet article sur la fin du Tome précédent pa. CXV
&esuivans., ibid, vol. XIV, 1629, p. 85 (pour l'année 1627) « Tome 3 du Mercure p. 52,
3, S4.», fbia., p. 53, «Tome 7 du Mercure page 286», ibid., « Tome 8 du Mercure pag
69 d P 55, Voy le 14 Tome du Mercure pa. 95 en l'année 1628n, ibid, vol. XV%
1630, p. 39 (pour l'année 1628).
0et ommé au 14 tome da Mercure pa. 96 uincs Micbel de Chalais , ibid, vol. XV, 1630,
P. 39 (pour l'année 1628),
lcy nous finirons ceste Seconde Continuation, à la fin de la Regence de la Royne Marie
de Medicis, mere du tres-Chrestien Roy Louys XIII», fbid, vol. II1, 1616, p. 605 pour
l'année 1614). Voir également ibid., vol. XXXI, seconde partie, 1633, p. L49 po T'année 1631).
Mercre
par les
peuvent
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CXV
p. 52,
pag
XV%
1630,
Marie
pour
po GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 71
d'imprimeurs publiées Sur les pages de titre de chacun des volumes ou
encore de quelques ornements stylisés comme les culs-de-lampe ou les
fleurons placés au début ou à la fin de certaines tables des matières ou
du traitement d'une année civile, les illustrations sont relativement
rares dans l'ensemble de la colleccion du Mercure Frangois. Sur l'ensenmble
de la collection soit plus de 25000 pages, on recense ainsi 47 illustrations
de différents types, li, le terme d'illustration Sentend au sens
large : une illustration n'est pas nécessairement iconographique et peut
se présenter sous la forme d'un schéma ou d'une liste par exemple. Ce
chiffre de 47 illustrations a été obtenu en croisant le dépouillement
des vingt-quatre premiers volumes de la collection du Meraure François
conservés à I'École nationale des ponts et chaussées et numérisés par
I'EHESS et ceux des deux collections du Mercure Frangois conservées à
la bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence sous les côres In-8° 7971 et
In-8° 7972. Il doit avoir pour fonction de fournir un simple ordre de
grandeur. En effet, certaines illustrations présentes dans une édition
peuvent tre absentes dune autre. Ainsi, la figure du carrousel de la
place royale en 1613 est reproduite dans les pages du deuxième volume
du Mercure Frangois conservée à l 'Ecole nationale des ponts et chaussées
mais non dans les deux exemplaires de ce volume conservés à la bibliothègue
Méjanes à Aix-en-Provence, alors que son insertion est prévue.
Le nombre réel de ces illustrations est susceptible d'être supérieur à 47.
Cependant, il reste totalement impossible à établir de manière définitive
en raison de la difficulté à réaliser le recensement de l'ensemble
des différentes éditions de chaque volume du Mercure. Ces illustrations
sont publiées pour la plupart dans les volumes Và X (28 illustrations
sllizsd sb gmada ru
$2 Dans le Mercure Frangois, on trouve généralement les fleurons entre deux textes mais assez
raremenit pour signifier la fin d'un tome ou d'une année, Dans ce cas la, le /Mercura Erangois
utilise le mot « FIN» ou ses délinaisons «Fin de la première partie » par exemple.
53 1bhd, vol.1, 1611, P420 v (pour l'année 1610), vol. IL, 1613, P333 bis (pour l'année l612,
vol. Vi, 1621, p. 400 bis (pour l'année 1620), vol. VII, 1622, [p. 1, p. 528 bis, 640 bis,
T20 bis, 794 bis, 822 bis et 926 bis (pour l'année 1621), vol. VIII, 1623, [p. 1, p. 253-254,
280 bis, 281, 289, 305, 560 bis, 849 bis et 850 bis (pour l'année 1622), vol. LX, 1624,
P:1,P.448 bis, 582, S83, 584, 586, 600 bis et 656 bis (pour l'année 1623), vol. X, 1625,
P. 3J, vol, XI, 1626, p. 1047-1050 et 1174 bis (pour l'année 1625), vol, XII, 1627, p. 1,
O80 bis, 698 bis et 726 (pour l'année 1626), vol. XII, 1628, [p. 1, vol. XIV, 1629, P. 1
ct p, 186 (pour l'année 1627), vol. XV, 1630, p. 128 quater, 468 bis et 750 bis pour
Iannée 1629), vol. XVI, 1632, p, 490 bis et 738 bis (pour l'année 1630), vol, XVII, 1633,
P: 665 bis-665 ter (pour l'année 1631), vol, XXII, 1641, p. 208 bis (pour l'année 1638).
12 gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT D
Sur 47 sont produites dans ces cing volumes), entre 1621 et 1625
L'année 1621, numériquement la plus illustrée, est également celle que
le Mercure Frangois traite le plus longuement puisque 1305 pages lui
sont consacrées entre les volumes VI a VIIL Au cours de la période
allant de 1621 à 1625 et pour quelques annéës encore, les frères Richer
semblent avoir collaboré avec un certain Jean Picart, graveur parisien,
dont le nom apparalt notamment sur les frontispices des volumes IX,
Xet XII du Mercure Franiois. Certaines ñiotices bibliographiques font
également apparaître le nom de Jean Picart comme collaborateur au
Mercure Frangois, sans fournir tellement plus de renseignements sur cet
artisan. Les circonstances et les modalités de cette collaboration entre
le graveur Jean Picart'et les frères Richer restent mystérieuses, tout
comme celles de la fin de cette coopération. Le contexte d'infation de
la praique illustrative dans le Merciure Frangois correspond cependant à
celui de la reprise des guerres de Religion dans le sud du royaume, et
plusieurs de ces illustrations s'attachent à éclairer a reprise des confits
mais surtout les victoires royales sur les rebélles protestants au moyen
de représentations iconographiques. Cependant, toures les illustrations
publiées dans lë Mercure François ne concernent pas la reprise des guerres
Civiles dans le royaume. 9 sb e3inlmey ush esl anzb non aia
Prontispices u2 173 b sldiaqopat Jr9 2noisr12ulli 2p b loby sidmon o
Sur ces 47 illustrations on recense, huit frontispices (ou huit figures
faisant office de frontispice) dont cinq dédiés au roi Louis XIII. Trois
gravures presque ídentiques le représentent en' roi de guerre, à cheval,
devant un champ de bataille". La chronologie de leur publication semble
désigner la reprise des guerres de Religion comme un temps nécessitant
la propagande la plus convaincante possible, y compris par l'usage de
Toutil iconographique Les trois gravures affirment fermement l'autorite
du monarque Louís XIIL, Sur ces trois gravures, le roi est représente
54 Mercure Prangois,o., p, cit., val. VII, 1622, [p. 1), vol. VIII, 1623, (p. 1], vol. XIII, 1628, Ip.
5 Surce point voir notamment Ducciní, Hélène, Faire voir faire croire. L'opinion publigue J0
Louis XII, op, cit, p. 12, 58-69,327-352 ou encore 464-504 notammnent. Voir également
cad, «La guerre de Trente Ans en France: discours et représentations», Le 'Tenmips u
Mdias, vol. 4, n°1, 2005, 2005/1, n°4, p. 137-150, L'auteure défend I'usage du terme de
àp rsoap daégmaanridchee p, our des périodes antérieures àl'époque contemporaine. Nous souscrivoiu
1625
celle que
pages lui
période
Richer
parisien,
volumes IX,
font
collaborateur au
sur cet
entre
tout
d'infation de
cependant à
royaume, et
confits
moyen
illustrations
guerres
aia
sidmon o
figures
Trois
cheval,
semble
nécessitant
de
l'autorite
représente
Ip.
publigue J0
également
u
terme de
souscrivoiu
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 13
en costume militaire, triomphant et couronné de lauriers. Sur les deux
premières gravures, publiées en 1622 et 1623, on voit le roi au prenier
plan du théâtre d'un affrontement militaire dont on ignore la situation
exacte. Il est susceptible de se dérouler cdans n'importe laquelle des villes
protestantes entrées en conflit avec le pouvoir royal au cours des années
1621 et 1622. La place devant laquelle le roi se tient est choisie avec
soin et incarne la rébellion au sein du royaume. Or, à deux reprises, en
1622 puis en 1628, l'autorité royale parvient à réduire la rébellion procestante
par le siège de la ville de Montpellier en 1622 puis par celui de
La Rochelle en 1628. La publication de la deuxième de ces gravures en
1623 dans le huitième volume du recueil ne se contente pas d'annoncer
la future victoire du roi Louis XIII sur les rebelles protestants de son
royaume, elle l'affirme avec force. Le troisième des frontispices représentant
Louis XII en roi de guerre déplace ce dernier devant la ville
de La Rochelle et les navires de guerre engagés dans le conflit contre
les rochelais mais aussi contre leurs alliés britanniques. Le roi adopte
la même attitude physique que dans les deux autres frontispices, mais
il n'est, cette fois-ci, pas ou pas encore couronné de lauriers. La ville,
comme la bataille navale qui lui est attachée, reste hautement symbo
lique de la rébellion protestante. Encore une fois, cette image d'un roi
triomphant àà tout le moins combattant est publiée en 1628, au caeur
de combats. Les codes iconographiques comme la chronologie choisis
sont très clairs et font des images publiées dans le Mercure le vecteur
de messages politiques. ILe Mercure François soutient le combat royal.
La dernière des illustrations servant de frontispice rappelle également
le siège de La Rochelle. Sa publication en 1629 proclame fortement la
victoire royale sur les protestants, mais la figure du roi en est absente,
Reste à revenir sur quatre des illustrations servant de frontispice
au Mercure. Trois d'entre elles sont presque parfaitement identiques et
représentent un buste de Louis XIIP", Les deux premières gravures
portent une légende proclamant la gloire du roi dans la guerre comme
dans la paix, et sont publiées entre les deux périodes de conilit oppo-
Sant le roi aux prorestants du royaume au cours des années 1620. La
S6 Tbid, vol. XIV, 1629, Ip. 1].
S7 Ibid, vol., IX, 1624, p. 1, vol. X, 1625, ip. 31 et vol. XI, 1627, p. 1
28 Lindovicus XIII belli pacisque decus » que l'on pourrait traduire ainsi :«Louis XII
glorieux dans la guerre et dans la paíx », ibid., vol. IX, 1624, Ip. 1 er vol, X, 1625, (p. 3].
74 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
deuxième fait disparaître la légende pour la remplacer par l'adresse
des deux imprimeurs. En l'absence de dédicace, ce type de représentacion
a pour fonction l'affirmation de la fidélité du Mercure François
à l'autorité royale. La dernière de ces figures représente un portique
surmonté d'une couronne fermée, elle-même auréolée d'une couronne
de lauriers portée par deux anges. A l'intérieur de ce portique figure
le titre du premier volume du Mercure Frangois. Lensemble se détache
d'un fond fleur-de-lyse", q olae
iatsnioM oliy alabsgsa toeg ahmsn3
Cartes et plans pour illustrer la guerre l85)fnasifeisoAa
La place accordée à la guerre par le corpus d'illustrations du Mercure
Frangois révèle l'infuence du contexte politique sur la rédaction du
recueil. Cartes et plans font donc partie des nombreux outils de lecture
proposés par la compilation à son lecteur, Il s'agit là du type d'illustration
le plus souvent mobilisé par le Mercure Frangois puisque l'on compte
vingt-cing cartes et plans publiés par le recueil, se déclinant à plusieurs
échelless Leur point commun est d'offrir au lecteur les moyens dune
meilleure compréhension du déroulement d'une bataille entre deux
armées. Les plans sont les plus nombreux. A l'exception de celui de
la ville et de la citadelle de Cazal, le seul à être géométral, les plans
restent très figuratifs. Auquel cas, leur dimension de spatialisation
reste souvent minime voire nulle. Le lecteur peut, en revanche, distinguer
les fantassins, les cavaliers, et mêne la force de feu de chacun
des belligérants. Ces indications comme le nom des armées et de leurs
dirigeants peuvent être apportées directement sur le plan ou à l'aide
d'une légende l'accompagnant grâce à la mise en place d'un système
de numérotation servant à désigner les éléments à repérer. Le plan du
59 Ibid., vol. 1, 1611, Ip. 1).
60 Tbid, vol. II, 1613, P333 v bis (pour l'année 1612), vol. VII, 1622, p. 528 bis, 640 bis,
794 bis, 822 bis, 926 bis, (pour l'année 1621), vol. VIII, 1623, p. 280 bis, 281,
305, 560 bis, 849, 850 bis (polur l'année 1622), vol. IX, 1624, p. 448 bis, 656 bis pou
l'année 1623), vol, XI, 1627, p. 680 bis, 698 bis (pour l'année 1626), vol. XV, Loo
p. 128 quater, 468 bis, 730 bis (pour l'année 1629), vol, XVI, 1632, p. 490 bis, 758 D
pour l'année 1630), vol, XVII, 1633, p. 665 bis ct ter (pour l'année 1631),
61 Pour le plan de Cazal voír ibid, vol, XVI, 1632, p. 738 bis (pour l'année 1630), o
des exemples de plans fíguratifs voir ibid, vol. VI, 1622, p. 926 bis (pour l'année 1o
l'vaonln. éVei l1, 612632)3, , p. 560 bis (pour l'année 1622) ou encore vol. IX, 1624, p. 456 DIS P
l'adresse
représentacion
François
portique
couronne
figure
détache
ahmsn3
fnasifeisoAa
Mercure
rédaction du
lecture
d'illustration
compte
plusieurs
dune
deux
celui de
plans
spatialisation
distinguer
chacun
leurs
l'aide
système
plan du
640 bis,
bis pou
Loo
758 D
1o
P
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE
siège de SaintJean-d'Angély est ainsi accompagné de sa légende dans
les pages suivantesCertains de ces plans et Cartes portent une échelle,
d'autres une ofientation. Le Mercure fournit au lecteur, en plus du
plan de bataille, une carte à plus petite échelle permettant au lecteur
de situer les lieux de l'affrontement dans un espace plus large, Cest
le cas avec la carte des Cévennes, justement à propos de la reprise des
guerres de Religion dans le royaume. L'articulation de ces différents
outils est pensée dans le but de permectre au lecteur de se représenter
le déroulement de l'affrontement. Les échelles s'articulent ainsi parfois
sur un même document 4, Les cartes sont soit publiées directement sur
un seul et unique feuillet soit sur un feuiller glisé entre deux autres,
A de rares exceptions près, lorsque la carte ou le plan a été inséré entre
deux feuillets, la pagination rappelle le numéro de la page précédent et
précise « bis, Le lecteur doit alors déplier le feuillet afin de pouvoir
examiner la carte ou le plan fourni par le recueil. Toures les cartes et
plans de batailles publiés dans le Meraure Frangois ne sont pas relatifs
aux conflits internes au royaume. D'autres concernent des terrains européens
plus éloignés et tendent à éclairer le déroulement de la guerre
de Trente Ans 6, Plusieurs de ces cartes et plans ont été réalisés par
l'imagier parisien Nicolas de la Mathonière qui exerce dans le quartier
de Montorgueil et à qui l'on doit les planches consacrées à la campagne
militaire de Louis XII contre les protestants au cours de l'année 1621,
Il a ainsi réalisé les vues des sièges de Montauban, Monheur, Clerac,
SaineJean-d'Angély ainsi que les plans de la Rochelle ou encore de l1le
62 Ibid, vol, VII, 1622, p. 528 bis (pour l'année 1621), voir énlement tbid, vol. XV, 1630,
P. 730 bis et 731-732 (pour l'année 1629).
5 bia., p. 468 bis er voir ibid., vol. VII, 1622, P. 926 bis (pour l'année 1621),
64 Ibid., p. 468 bis et p. 730 bis.
0Lbia., vol. VII, 1623, p. 289 et 849 bis (pour l'année 1622), - A propos de la mise en
f livre des cartes dans les livres et la presse au xVII siècle, voir Verdier, Nicolas, La carte
avant les cartographes., Lavènement du régime cartographique en France au Xvuf sieele, Paris,
Publications de la Sorbonne, 2015, p. 36-56,
66 Apropos des illuserations relatives aux conflits internes au royaume voirMercure Franou
o. ct., vol. VII, 1622, p. 528 bis, 640 bis, 822 bis, 926 bis (pour l'année 1621), vol. VIIL,
623, p. S60 bis, 849, 850 bis (pour l'année 1622), vol. IX, 1624, p, 448 bis (pour
année 1623), vol. XV, 1630, p. 468 bis (pour l'année 1629). - En ce qui concerne les
ustrations des guerres externes au royaume de France voir ibid, vol, VIL, 1622, P. 794 bis
pOur l'année 1621), vol. VIII, 1623, p. 280 bis, 281, 289, 305 (pour l'année 1622), vol. IX,
l624, p. 656 bis (pour l'année 1623), vol. XII, 1627, p. 680 bis, 698 bis, vol. X, 1650,
P: 750 bis (pour l'an née 1629), vol. XVI, 1633, p. 665 bis, 665 ter (pour l'année 1631),
76 duHISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 0
de Re Les gravures de Nicolas de la Mathonière reproduites dans le
Mercure François ne reprennent pas toujours les textes les accompagnant
à l'exception de la légende dont les termes sont parfois un peu modifés,
comme cest le cas avec la vue du siège de Monheur. Les similitudes
entre le texte décrivant les plans de la Mathonière et ceux les accompa
gnant dans le Merare Sont parfois plus évidentes
D'autres illustrations sont liées a la guerre Le Mercure François publie
ainsi l'illustration iconographique des différentes places prises par le
marquis de Spinola au cours de l'été 1620. Chácune d'elle est nommée et
représentée dans un petit médaillon. Toutes sont précédées d'une légende
rappelant au lecteur les circonstances de la campagne militaire engagée
par le marquis de Spinola. Le portrait du chef de guerre Mansfeld à
Toccasion de son décès, en novembre 1626, atteste également de l'intérêt
porté par le Mercure François aux conflits européens porteurs d'enjeux
politiques pour le royaume de France, comme cest le cas de la guerre
de Trente Ans". En dehors des frontispices représentant Louis Xu,
le portrait de Mansfeld est le seul de toute la collection du Mercure. Il
porte également la signature de Jean Picart. h5 03ot9.21t
99 230t0ult A e037iob
Ilustrations ftguratives21910thaM sleb enlo okneiein noisan
os plnalg al arsbi no'liogao lioronoob
Hormis la publication des portraits de Mansfeld et du roi, il faut
recenser la publication de quatre illustrations figuratives. Une seule
concerne directement le territoire du royaume de France. Il sagit aussi du
67 Voir par exemple ibid., vol. VI, 1622, p. 528 bis, 640 bis, 822 bis, 926 bis (pour l'année 162
Voir aussi Plan de la ville et siege de Montauban et du dessein au bloguement d'icelle. Anmo 1o2
A Paris, Chez Nicolas de la Mathonière, rue Mont-Orgueil, à la Corne de Daim, 102
EN, estampes et photographie, RES-FOL QB-201 (22).
68 Voir ainsi Plan de la ville de Mom-henur, avee les particularitez du siege mis devant icelle, bruslemen
et chastiment exeniplaires, A Paris, Chez Nicolas de la Machonière, rue Mont-Orgueil, a la
Corne de Daim, 1622, BNE, GE DD-627 (83 RES). Voir aussi Mercure Frangois.o«0p Ci
vol. VII, 1622, p. 926bis (pour l'année 1621),
9Voir par exemple Le vray plan' Topographique de la ville de Saince Jean d'Angély, ainst quenr
estoit lors quelle fut assiégée par le Roy le dix buictiesme 'de may 1621, en l'obéysance angues
elle se rendit le vingt cinguiesme de Juin ensuivant, A Paris, Chez Nicolas de la Mathoniere
rue Mont-Orgueil, à la Corne de Daim, 1622, BNE, estampes et photographie,
pFoOurL l-'QanBn-é2e0 11 6(2212)).. Voir aussi Mercure François., op, cil, vol. VII, 1622, p. 528 b5>
70 1bid., vol. VI, 1621, p. 400 bis (pour l'année 1620). 0
71 Tbid., vol. XII, 1627, p. 726 bis (pour l'année 1626),
dans le
accompagnant
modifés,
similitudes
accompa
publie
par le
nommée et
légende
engagée
Mansfeld à
l'intérêt
d'enjeux
guerre
Louis Xu,
Mercure. Il
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noisan
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faut
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162
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102
bruslemen
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0p Ci
quenr
angues
Mathoniere
b5>
GENÈSE D'UNE COMPÍLATION DHISTOIRE POLTIQUE 77
seul traitement iconographique publié par le Meraure d'une cérémonie de
la royauté Il s'agit de la «Figure di amp de la Place Royale» à l'occasion
de la célébration du carrousel du Louvre au moment de la célébration
des mariages espagnols, initialement réalisé par le graveur polonais Jan
Ziarnko. Lagravure est suivie de sa légende explicative publiée dans les trois
pages suivantes. Certaines des autres gravures de Jan Ziarnko conservées
au département des estampes et de la photographie de la Bibliochèque
Nationale de France portent le nom d'un éditeur. Il s'agit de Jean le Clerc
dont la boutique, qui porte l'enseigne de la Salamandre Royale est située
rue Saint Jean de Latran à Paris. Le graveur confie donc ses travaux à un
imprimeur dont l'adresse est située dans la même rue que celle des frères
Richer. Cette proximité géographique entre les Richer et leur collègue
éclaire, cerres, partiellement le processus de collecte des sources
A lexception des productions iconographiques mentionnées ci-des-
Sus, toutes les îlustrations proprement figuratives du Mercure François
concernent des territoires étrangers au royaume, peut-être car elles sont
alors moins sensibles d'un point de vue politique, Deux d'entre elles
sont des 4 portraicts de [.J prodiges » tels qu'ils ont été imprimés par
le passé a Francfort dans le Mercurius Gallobelgicns de Gorhard, Ils
se veulent la représentation de phénomènes extraordinaires observés
dans le ciel allemand, à savoir l'apparition d'une croix dans le cielde
Heildelberg et celle de e trois soleils » en Allemagne. Il Sagic de la seule
représentation iconographique des rares phénomènes prodigieux abordés
par la compilation, Dans le volume précédent est publiée la troisième et
ultime illustration figurative de l'ensemble de la collection du Meraure. Le
72 Ibid, yol. I1, 1613, P333 v,333 bis, 334 ret 335 (pour l'année 1612). Voir notamment
Z1arnko, Jan, Les maguificences publiques du carrousel fait en la place royale de Paris, le jendy
auril M.DC.XI, A Paris, chez Jean Le Clere, Rue Sainct Jean de Latran, à la Salamandre
Koyale, 1612. Voir aussi id, Le carrousel donné à la place Royale, s.l.n.d, dans Hennin,
Michel, Estampes relatives à l'Histoire de France, tome 19, pièces 1677-1736, période 1612-
1614, s.l.nd, BNB, département escampes et photographie, réserve, Fol. QB-201 (09). A
Propos de Jan Ziarnko et de son activité parisienne voir par exemple Baudrière, Marie,
La fortune gravée et imprimée du carrousel de 1612», dans Cbroniques de lépbémère. Le
LTvre de fete dans la collection Jacgues Doucer, cextes réunis par Morelon, Dominique, Paris,
LNHA, 2010, [en ligne), URL: http://inha.revues.org/2806, consulté le 19/12/2018, Voir
Cgalement Sawicka, Stanislawa, « Jan Ziarnko peintre-graveur polonais et son activité à
Faris, au premier quart du xvr siècle», La France et la Pologne da7s leurs relations artis-
ELgues, volume 1, n°2 ct 3, Paris, avril-octobre 1938,
erciUre Eirançois,.y op. cit., vol. VIII, 1623, p. 253-254 (pour l'année 1622).
78 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Sujet est à nouveau plus proprement politique dans la mesure ou il s'agit
de la représentation de l'exécution publique des membres du Directoire
rebelle à lBmpire constitué à la suite de la détenestration de Prague
du 23 mai 1618. Le 21 juin 1621, 27 des 43 membres de ce Directoire
à avoir été condamnés pour rébellion sont publiquement décapités sur
la place de la Vieille-Ville de Prague. Le Mercure Frangois eni publie
une gravure dans son septième volume. La gravure de l'exécution du
21 juin 1621 est la seule représentation iconographique d'une exécution
publique dans le recueil l orgeam o3t0cpp ppiiood.slonob
Schémas et listesUT0nensb9oin 329 u22nbs l irobrusscm1q
OC833
Le Mercure Frangois publie six schémas explicatifs. Tous ont vocation
à être des outils extrêmement pédagogiques adressés au lecteur afin quil
puisse se figurer le plus fidèlement possible les événements relatés, Un
premiergroupe de schémas illustre le processus d'élection des papes,
événement mystérieux sil en est puisque confiné au conclave. Après avoir
expliqué l'intégralité des étapes de l'élection, le Mercure Frangois juge plus
parlante la publication de cinq bulletins de vote à titre d'exemples: «Mais
ces choses se concevront mieux, & plus facilement, par les exemples &
hgures representes cy-dessous ». Chacune d'entre elle est précédée d'une
petite légende, comme celle-ci: « Exemple de la face du billet du serutin
Une vingtaine de pages plus loin, le Mercure François publie le «Plan du
COnclave qui Sest tenu au Palais Vatican on a esté esleu Te Pate Urbain V
l'an 1623" ». Le schéma se situe entre le plan et l'illustration figurative
Il localise en effet les différentes pièces du palais du Vatican investies par
l'élection, sans oublier l'orientation mais n'oublie pas de représenter de
manière figurative et chronologique certaines des étapes de l'élection.
La page précédente publie la liste des cardinaux présents à l'élection
d'Urbain VIIO. Comme pour certaines représentations cartographigues
le souci pédagogique de décryptage d'un événement politique majeur
de la chrétienté est ici évident. Un dernier schéma témoigne encore ae
74 Tbid., vol. VIl, 1622, p. 720 bis (pour l'année 1621).
75 Tbid., vol. IX, 1624, p. 582-584, 586 et 600-600 bis (pour l'année 1623). A Ce Po
pos, voir galement «Plan figuratif du conclave de l'élection d'Urbain VII le o aou
le1 62263/ 077, /8200 2d0ocuments à la une, https://80docsalaune.nakalona.fr/items/show/89, consu ulte
76 Tbid, p. 600. th
s'agit
Directoire
Prague
Directoire
décapités sur
publie
l'exécution du
exécution
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vocation
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majeur
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Ce Po
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consu ulte
th
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 19
l'importance donnée à la guerre puisqu'il illustre le déroulement de la
bataille ayant opposé les croupes royales menées par le sieur de Toiras
contre les alliés anglais des rebelles protestants réfugiés à La Rochelle
au cours du siege des années 1627 et 162837.
Le Mercure François publie un dernier type d'illustration. Il s'agit de
Tarbre généalogique de la maison de Bar. Elle est publiée à loccasion
de la disparition en mer du commandeur de Talmey, chevalier de l'ordre
de Malte afin d'éclairer les tenants et les aboutissants de sa succession
Le onzième volume du Mercure François publie aussi la «Liste de la ffote
qui partit de Plemouth le 3. jour d'Octobre 1625 » pour prêter main
forte aux rebelles protestants sur les Ilittoraux atlantiques français. La
liste, longue de quatre pages, indique le nom des navires, le nombre de
tonneaux transportés par chacun d'entre eux comme celui des soldats de
mer et de terre faisant partie du voyage". Plus tôr dans la collection, le
Mercure Frangois publie un autre de ces outils illustratifs. Il sagit de l'ordre
du lit de justice du 15 mai 1610, publié entre l'assassinat d'Henri IV et
ses obsèques dans le but de faire du dauphin le nouveau roi de France
A l'issue de ce tour d'horizon, force est de constater l'effort mis en
OEuvre par les rédacteurs du Mercure François dans le but de fournir à
son lecteur tous les éléments susceptibles de l'aider à forger sa propre
opinion sur une affaire ou une autre. La relative rareté des représentationsS
iconographiques dans le Mercure François s'explique peut-etre par leur coût
Comme par la difficulté technique d'illustrer les livres du xVII siècles
D'autre par, il faut établir le constat d'une provenance souvent étrangere,
comme dans les cas du portrait de Mansfeld, de la gravure de la
décapitation des rebelles à l'Empire ou du schéma de l'élection du pape,
sans qu'il soit évident d'expliquer pour quelles raisons. Quoi quil en
soit, à chaque publication ces outils ont vocation pédagogique.
Lexploration du Mercure François dans sa matérialité permet d'affiner
la connaissance d'un ouvrage profondément hybride et plastique dont une
certaine forme de conservatisme n'interdit pas les spécificités. Quelques
77 Tbid., vol. XIV, 1629, p. 186 (pour l'année 1627)
78 Tbia., vol. XI, 1626, p. 1178 bis (pour l'année 1625-seconde partie)
79 1bid., vol, XI, p. 1047-1050.
80 Ibid, vol. I, 1611, P420r (pour l'année 1610).
81 Verdier, Nicolas, La carle avant las cartographeBn P. Ct, P: u
BO HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTAT
éléments de définition émergent ainsí à l'issue de ce parcours. Le Merure
François est un livre d'histoire périodique ou plutôt un livre d'histoire
continue constitué d'une collection de vingt-cinq recueils publiés à
Paris entre 1611 et 1648. Loin de publier l'actualité et d'inventer la
presse périodique, comme l'a parfois affirmé l'historiographie, le Mercure
Frangois se propose de publier une histoire politique récente du royaume
de France et de l'Europe chrétienne dans d'épais volumes d'environ un
millier de pages. Pour ce faire, les rédacteurs du Mercure Framçois font le
choix de compiler des nouvelles ayant majoritairement déjà éré diffusées
par d'autres voies dans le royaume de France comme dans le reste de
I'Europe, rendant parfois nécessaires des opérations de traductions en
langue française. Ni la très grande densité de chacun des volumes du
Mercure François, ni la périodicité de leur publication, ni la pratique
de la compilation ne permettent de considérer la collection comme à
l'origine de la presse périodique d'analyse politique. En revanche, les
imprimeurs-marchands-libraire à lorigine de sa publication proposent
un produit éditorial innovant au succès commercial certain, à savoir une
compilation historique en langue vulgaire à parution filée.
Laffinement de la connaissance globale du Mercure Frangois doit passer
par l'analyse de son objet puis de son contenu. Cette analyse implique de
revenir sur la pratique de la compilation et sur l'opération de sélection
des événements publiés par les rédacteurs qu'elle induit. Se pose donc la
question des critères établis pour procéder à cette sélection d'événements
comme celle de la conception de lévénement pour les acteurs. D223
y18
Merure
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d'environ un
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D223
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UN RECUEIL CONTINU D'HISTORE
POLITIQUE DU TEMPS PRÉSENT
Vous doutez, Monsieur, sil le Mercure François est un ouvrage à citer, & vous
connoissez des gens d'esprit gui se moquent des historiens qui le citent. Je
vous assre que ces gens d'esprit ont, ce me semble, bien peu de raison, car
ily a deux sortes de choses dans le Mereure Frangois; l'une consiste dans la
narration des événemens, &l'autre dans des pieces auchentiques taportées ou
en leur entier, ou en de longs extraitcs Je ne parle point des dissertations
que l'Auteur a inserées, & qui ont été écrites sur des matières curieuses par
d'habiles gens: Le discours que la Morhe le Vayer composa sur la bataille de
Lutzen, & quifut imprimétrois ou quatrefois das l'an 1633 n'est-il pas dans le 18,
volume du Mercure François ? Le discours du même Ecrivain sur la proposition
de treve an Pait-Bas en 1633. n'est-il pas dans le 19. volume?
Il est sûr qua l'égard de cette espece de choses ce Mercure peut êere ciré
par les Auteurs les plus dignes, & les plus graves. L.] Vous m'allez dire que le
Mercure Erangois est un Ouvrage trop commun. Tantmieux, vous repondrai
Je, Cest cela même qui doit lui donner la preference afin qu'un lecteur puisse
d'autant plus facilement verifier, & sinstruire a fondf, obnoig
La réponse fournie par Pierre Bayle à son correspondant provincial
nous renseigne sur deux manières très différentes de recevoir le Mercare
François dans la seconde partie du xVIf siècle. Lauteur énumère les divers
intérets du Mercure François pour l'historien dans le but de convaincre
Son cotrespondant de l'utilité de l'ouvrage. Cet argumentaire est jugé
nécessaire par Pierre Bayle en raison de l'existence d'une méiance avérée
de certains de ses contemporains à l'égard du Mercure François. En partant
des arguments fréquemment opposés aux défenseurs du Mercure, l'homme
de lettres s'emploie ici à sa réhabilitation. Pour l'auteur du Dictionnaire
bistorique et critique, I'un des mérites du Meraure réside dans la pratique
de la compilation, susceptible de fournir au lecteur l'accès immédiat à
des sources et à des citations utilisables par l'historien, Pierre Bayle fait
Dayle, Pierre, Réponse aux questions d'un provincial, op. cit., vol. II, p. 438-440,
82 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
du Mercure François une source à la fois fiable, solide et utile pour les
historiens du tournant des xVr et xVIT siecles nourrissant le projet
de rédiger une histoire politique de la première moitié du xvI siècle.
Charles Sorel, quant à lui, qualifie le Mercure Frangois de «livre historique
» et distingue deux périodes dans I'histoire du recueil:
Ce Mercure Frangois qu'on he fait plus, fut commencé pOur l'an 1605 et il a
été continué jusques à un vingtième Tome, qui est pour les années 1634 et
1635, Le tout d'une même méthode et de la main d'un Imprimeur appelé
Jean Richer qui était fort stylé à cette manière dOuvrage, et qui y employait
d'assez bonnes instructions pour les aftaires de paix et de guerre. Depuis cela
est fort changé. Il n'y a qu'un Tome ou deux de plus qui ont éré faits par le
sieur Malingre. Ce Continuateur prétendait d'y introduire la seule Narration
faute de Mémoires secrets, mais cela nel i a point réussi, de sorte que notre
Mercure François a trouvé là son tombeauahns io
Les deux hommes saccordent sur lintérêt présenté par la collation et le
rassemblement de sources historiques dans les pages du Mercure Frangois
Leurs voix viennent redoubler celle du fondateur de la collection dont la
double intention de réunir des sources utiles à l'historien et de publier un
ouvrage d'histoire est afirmée clairement dans les éléments composant le
péritexte du recueil". Sont concernés les titres des ouvrages, leurs préfaces,
les tables des matières ou encore les index à certaines occasions. Or, la
réception d'un ouvrage par ses lecteurs est conditionnée par un certain
nombre d'artentes de leur part, construites en partie par les éléments
Sorel, Charles, La bibliothègue françoise de M. G. Sorel. Premier bistoriographe de France,
op. cit, p. 358.
Tbid., p. 359, Pierre Bayle considère la mention faite à Claude Malingre com me tautive
Voir Bayle Pierre, Répose aux questions d'un provincial, op. ci, p. 434. De fait, aucun pri
vilege royaldimpression n'est délivré à Claude Malingre pour la publication du Mercue
Frangois en dépit du fait que certaines notices bibliographiques le désignent soit comme
auteur soit comme imprimeur de plusieurs des volumes du Mercure, Il est possible gue
Ce dernier ait signé des contrefaçons du /Mercure ou des ouvrages portant un titre voIS
En eftet, dans l'adresse au lecteur du huitième tome du Mercure François, le redactcu
condamne la publication par un même auteur d'un seul et même texce sous des tiu
dilférents à propos de la reprise des guerres interconfessionnelles dans le royaunc
France, Daprés certains, cet auteur est Claude Malingre. Ce dernier pourrait donc
cOutumier de ce genre de pratigues. Voir à ce propos: «Au lecteur», Mercure Erangob
C Vo VI, 1o25,lp. S-6] er Lengler-Dufresnoy, Nicolas, Méthode pour étudier VDIs
avec Un Calalogue des principaux historiens, & des Remarqnes sur la bonté de leurs Onvragey
SuT le choix des meilleures Editions, t. IV, Paris, Chez Pierre Gandouin, 1729, p. lZ,
4 Voir Genette, Gérard, Seuils, op. cit., p. 2141,
pour les
projet
siècle.
historique
1605 et il a
1634 et
appelé
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donc
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VDIs
Onvragey
lZ,
GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 85
péritextuels parmi lesquels le titre ou encore les préfaces. Ainsi posés, les
termes d'un pacte de lecture entre Ilauteur et son lecteur sont susceptibles
de dépasser les attentes suscitées par l'assimilation à un genre littéraire,
peue-être mal identifié par ses lecteurs dans le cas du Mercure François,
Confronter certaines lectures relativement contemporaines du Merure aux
intentions de ses auteurs permer de mesurer leurs adéquations et contribue
à amender la connaissance générale de l'ouvrage au-delà de la seule question
de son appartenance à un genre fermement érabli, Le Mercure Frangais est à
la fois ce que les lecteurs y ont lu et ce que les auteurs ont voulu en faire,
sl Le titre complet du premier volume du Mercure inscrit sans ambiguité
Il'ouvrage dans la sphère de l'écriture du passé : Le Mercure Frangois, ou,
la Suitte de l'Histoire de la paix. Commengant l'an M.D.G.V pour suitte du
septenaire du D.CAYER, &finissant au Sasre du Tres-Cbrestien Rey de France
& de Navarre Loys XIIL, Le Mercure Frangois est très explicitement un
livre d'histoire qui prend la forme d'une compilation historique. Les
premiers éléments d'un double contrat d'écriture et de lecture sont ainsi
posés et esquissent 1'horizon d'attente entrevu par le lecteur dès le citre
de l'ouvrage. Il convient toutefois de poser la question des rapports du
Mercure François aux diverses modalités de l'écriture de I'histoire, comme
la chronique, les annales ou l'histoire officielle. La référence à l'ouvrage de
Palma-Cayet dans le titre du premier volume du Merczure Frangois suppose
ainsi un positionnement et un engagement de la part du rédacteur du
recueil. Elle indique aussi l'entretien et la revendication d'une certaine
conception de l'histoire, de ses signifcations, de ses fonctions er dela
manière dont il convient de l'écrire: Cela ne doit tourefois pas occulter
le fait que Jean Richer, en fondant le Mercure François, poursuit des intérets
commerciaux évidents. En effet, il est l'imprimeur de la Ghronologie
septenaire de Pierre-Victor Palma-Cayet dont le succès commerciala
justifié plusieurs rééditions ainsi que, probablement, la rédaction et la
publication de la Cbronologie novenaire du même Palma-Cayet'. unny
A propos de la notion d'ahorlzon d'attente» et de son application à la littérature voir
par exemple Jauss, Hans-Robert, Pour une estbétique de la réceptton, op. cif, P: 49
Palma-Cayet, Pierre-Victor, Chronologie septenaire de lhistoire de la paix entre les roys de lFrane
e a Espagne. Contenant les choser plas memorables advenuës en France, Espagne, Allemagne,
alie, Angleterre, Escosse, Flandres, Hongrie, Palogne, Suece, Transsilvanie, & autrer enaroits
EHTope i avec le succez de plasieurs navigations faictes aux lndes Orientales, Occidentales
Cepentytonales, depuis le commencement de l'an 1598 jusques à la fin de l'an 1604, op. cit,
Gbronologie novenaire contenant Pbistotre de la guerre sous le ragne du Tres-Ghrutien Roy
de trance & de Navarre Henry 11II, Er des dhores plus memorables adveniles par taut le monde,
84 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
Ce présent chapitre se propose d'affiner la connaissance globale du
Mercure Françožs initiée par l'étude de sa matérialité dans le chapitre 1
en question nant le Mercure par la conception de l'histoire entretenue
par son fondateur et ses conséquences sur son objet, son contenu et sa
mise en ériture. En outre, I'évolütion du contexte politique comme
celle de la mise en écriture du passé au gré des volumes du recueil
jusqu'à sa disparition après 1648, interrogent la conception de l'écricure
de I'histoire par le Mercure Frangois mais aussi les usages politiques de
celle-ci. En affirmant que l'écriture historique doit livrer au lecteu
un témoignage fidèle du temps présent, le Mercure François désigne le
temps et l'espace politique comme son objet principal au détriment
du simple passé. La matière de lécriture historique explorée par le
Mercure savère profondément politique. Dans son sens plein, la notion
de policique renvoie au Politikos, c'est-à-dire à la vie de la cité. En ce
sens, le terme de politique désigne le cadre d'une société organisée
et développée, La notion de Politikos recouvre celle de Politeia et celle,
beaucoup plus restreinte de Politike. La première renvoie à la constitution
d'une société et concerne la structure et le fonctionnement d'un
groupe social. La Politike renvoie, pour sa part, à l'art du gouvernement
cest-à-dire aux pratiques de pouvoir. La volonté affirmée par le
Mercure de porter témoignage du temps présent conduit ses rédacteurs
à aborder des thèmes entièrement et profondément politiques dans les
deux principales acceptions du terme, qui ne sont ici pas distinctes.
Elles se rejoignent et se complètent largement. L'une est subordon
née à l'autre et réciproquement. Le Mercure est d'abord un ouvrage
d'histoire politique car il sintéresse aux événements d'un passé plus
Ou moins récent ayant des conséquences dans l'art du gouvernement
comme dans la constitution d'une société civile ordonnée. Ce caractere
politique de l'ouvrage est l'une des conséquences de la conception de
l'écriture de l'histoire par les auteurs du recueil, Le Mercure est'aussi
un livre d'histoire politique en cela qu'il prétend effectivement agir
depis le commencement de son regne, l'an 1589 jusques à la paix faicte à Vervins en juin 1Dyo
entre sa majeité très-chrestienne & le roy catholique des Espagnes, Philippes II [sicl, A Fary
Par Jcan Richer, ruëS. Jean de Latranà V'Arbre Verdoyant: Es en sa boutiqne an Palas, U
Perron Royal, vis-à-vis de la gallerie des Prisonniers, 1608.
7 Sur les acceptions du terme «politique » et l'influence des guerres de Religion sul
Evolutíons voir notamment Demonet, Marie-Luce, «Quelques avatars du mot poEL
(XIV-XVIf siècles) », Langage et socilné 2005/3 (n°113), p. 34 et 42-46,
globale du
chapitre 1
entretenue
contenu et sa
comme
recueil
l'écricure
politiques de
lecteu
désigne le
détriment
par le
notion
En ce
organisée
celle,
constitution
d'un
gouvernement
par le
rédacteurs
dans les
distinctes.
subordon
ouvrage
plus
gouvernement
caractere
conception de
est'aussi
agir
1Dyo
Fary
U
poEL
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 85
civiquement sur son temps, y Compris en prescrivant à ses lecteurs
le juste positionnement politique. La façon de voir Ihistoire nourrie
par les rédacteurs de la compilation a d'autres effets sur l'écriture du
Mercure François. Elle conditionne les pratiques d'écriture mobilisées
dans cette entreprise de publication de l'bistoire. La périodicité de la
publication caractéristique de l'ouvrage, la pratique de la compilation
et la nature de ses sources sont les conséquences du positionnement
de ses rédacteurs dans le champ de lécriture historique. La mise àà
l'oeuvre d'une éthique de vétité par l'adoption d'un propos simple et
d'un ton neutre l'est également,Db Hu
La conception de l'histoire adoptée par le Mercure Frangois implique
également une mise en ordre du temps et de l'espace politiques per
ceptibles dans l'écriture du recueil répondant en partie à la préoccu
pation de participer activement à la vie de la cité. Lintérêt exclusif
porté par l'ouvrage à la vie collective et aux pratiques du pouvoir en
font un recueil d'histoire politique aux yeux des historiens. Mais, à
propos du Mercuve François, il convient aussi d'utiliser la catégorie de
apolitique > au sens des pratiques sociales des contemporains. De ce
point de vue encore, le Mercure Prangois est un ouvrage politique. En
effet, I'histoire écrite par le Mercure Frangois est pleinement politique
dans la mesure où elle est engagée. Elle est un acte politique fort
poursuivant le dessein d'agir sur le présent des lecteurs. Selon cette
conception de l'histoire, le témoignage véridique du temps conduit
le lecteur au juste positionnement politique dans les deux sens du
terme. Face à un exposé fidèle des événements politiques du temps,
le lecteur est invité à faire usage de l'exercice de sa raison critique. Le
ton didactique et pédagogique accompagne à cet égard le commentaire
d'analyse politique, présent sporadiquement dans les pages du Mereure.
Le Mercure Frangois n'est donc pas seulemenc un receuil continu d'histoire
politique par les thèmes qu'il aborde, il l'est aussi parce qu'il prétend
participer à la vie de la cité en agissant sur celle-ci. Dans l'esprit des
redacteurs du Mercure François, politique et écricure de I'histoire sont
donc ici intrinsèquement liées. u 34
86 pHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
cineee 2man02 302 tiropiu
etLHISTOIRE COMME TÉMOIGNAGE DU TEMPS u
ol s0southeaslceoge nsireM
Dans le premier volume du Mercure François, Jean Richer sadresse à
son lectorat dans une «Preface au Lectéur ». Ily propose des éléments
de définition du Mercure, repris et précisés par son frère Estienne dans
l'adresse du libraire au lecteur publiée au seuil du deuxième volume de
la collection en 1613. Cette déinition s'accompagne de la conception de
pI'histoire qui régit la rédaction du Mercure François10142 t u'b 3q0bh 9210)2irlsbnoingpsaos
Ainsi, sous ce nom de Continuation du Mercure, qui n'est qu'un monceau
de relations d'histoires, I'Aucheur de ce Recueil espere que l'on sen servira
comme d'une guide & adresse a tenir le chemin certain Lo] On dit que
I'Histoire differe beaucoup de la Philbsophie, & des autres doctrines L.]
car telles doctrines ne sont communiquees aux hommes que par une longué
estude : mais en lisant les Histoires chacun peut sans longue estude voir les
obaiactions vertueuses des grands & des petits ce qui incite tellementà la yertu,
que ceux qui les lisent bien, detestent le vice, & la rebellion dbio3
Lécriture du passé par le Mercure François est-clle conforme aux nornmes
et pratigues de l'écriture de I'histoire du début du xvr siècle? La
généalogie du Mercure Frangois et les déclarations d'intention publiées
dans certains éléments péritextuels de l'ouvrage permettent d'explorer
plus avant ces interrogations.
UNE HISTOIRE CONTINUE DU TEMPS PRÉSENT 203 ri3D 9mue3
Nous privilégions icilusage du terme d'histoire.ou encore les expres
sions d'écriture de I'histoire, du passé, ou bien de mise en texte du passe
plutot que celle de genre historique. En effet, au-delà de l'ambiguite
générique caractéristique du Meraure François, il convient de souligner une
autre grande difficulté susceptible d'entraver l'entreprise de classi ficatdon
de l'ouvrage. II Sagit du caractère polymorphe de l'écriture del'histoire
qui se décline, au xvuf siècle, en une pluralité de modalités relativement
hybrides, Depuis l'Antiquité, théoriciens et praticiens de l'écriture du
8 Kicher, Jean, a Preface au Lecteur », Mercure François.., op. cit., vol. I, 1611, IP3]
PP43v. -Vvoir aussi «Le Libraire an Lecteur n, Mercure François.., op. cit, vol. 1, o 3
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1, o 3
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE
passé sont en désaccord, rendant nécessaires les redéfinitions récurrentes
des limites entre chacune de ses modalités parmi lesquelles il faut recenser
les histoires, annales, chronologies, chroniques, commentaires ou bien les
éphémérides. Une analyse conjointe des tâtonnements sémantiques et
des évolutions de la conception de l'histoire de l'Antiquité aux débuts du
xvIr siècle et des péritextes du Merczure Erangois comme de la Gbronologie
septenaire dont Jean Richer se revendique permet de cerner la façon dont
il entend écrire l'histoire.
Comme l'indique son titre,; Le Mercure Frangois, on, la Suitte de l'Histoire
de la paix. Commengant l'an M.D.C.V por suite du saptenaire du D, CAYER
& finissant an Sacre du Tres-Chrestien Roy de France &de Navare Loys XII1,
le premier volume du Mercure François se veut l'ouvrage de lI'histoire de la
paix sous le règne d'Henri IV et jusqu'au sacre de son fils, Louis XIII. La
revendication du Mercure Frangois d'être une suite de l'oeuvre de Pierre-
Victor Palma-Cayet permet à Jean Richer de toucher un marché de
lecteurs déja constirué et de préserver ses intérêts commerciaux. Elle est
aussi une manière pour l'imprimeur de contracter auprès de ses lecteurs
un pacte d'écriture proche de celui du « chronologue-historien», dont
9 Sur la double question du rapport de l'histoire àa la vérité er du classement générique de
Técriture dupassé par les théoriciens de l'Antiquité voir Demonet, Marie-Luce, «Scolastique
trançaise et mondes possibles à la fin de la Renaissance », dans An-delà de la Poesique 8
Aristote et la Renaissane, textes réunis par Langer, Ullrich, Genève, Droz, 2002, P. 139-
140 ainsi gque Hartog, François, « Aristote et l'histoire, une fois encore , Critigue 201/6
(n° 769-770), p. 540-552. Toujours à ce propos, François Hartog cire plusieurs ouvrages de
Carlo Ginzburg et Paul Ricceur. Voir notamment Ginzburg, Carlo, La Sabbat aas prertres,
Paris, Gallimard, 1992, mais aussi id, A dirtance : nenfeasais ur lo point de vue en bintoir,
Paris, Gallimard, 1998 ou encore id., Rapports de force, Histotre, rbétorique, preuves, Paris,
Seuil 2003 et enfin id., Lefil et les traces, Vrai faux fictijf, Lagrasse, Verdier 2010, Voir éga-
Iement RicoEur, Paul, La mémoire, lhistoire, l'oubli, Paris, Seuil, 2000 mais aussi ia, Temip
et récit, op. Cit., t. I, Lintrigue et le récit historigue, et ibid, t. II, Le temps rauconté, Paris, Seuil,
Z001 985].- Sur les différentes modalités d'écriture du passé voir par exemple Guenée,
Bernard, aHistoire, annales, chroniques, Essai sur les genres historiques au Moyen Age
Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, 28° année, vol, IV, p. 999-1005 et ta, Histoire et
Culture bistorique dans l'Orcident mbdileval, Paris, Aubier, 2011, p: 207
LMyriam Yardení rappelle que Pierre-Victor Palma Cayet se revendique du titre de
chronolgue» ou « chronologue-historien » du coi. Or, il s'agit dhune charge peu connue
1gnore par exemple si elle impliquait une rémunération, Voir Yardeni, Myriam,
oterisne, religion et histoire dans l'ceuvre de Palma Cayet», Revue de V'bistoire des
Os,t 198, n°3, 1981, p. 292. - A propos des termes de «chronologue», « chro-
Ographe, «chronologiste» voir Furetiere, Antoine, Dictionnaire universel1y 0p, Cf
5 P, 417, =La question de la charge de «chronologue » rappelle, dans une certaine
ESUre, ambiguité caractérisant la fonction d'historiographe sous l'Ancien Régime
88 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
on sait le succès des ouvrages en raison de leurs rééditions. La parfaite
connaissance que Jean Richer Sest forgée des péritextes des ceuvres de
Palma-Cayet, en particulier des Chronologie[s) septernaire et novenaire", en
les publiant avant de publier le Mercure Frangois, permet de postuler une
certaine parenté entre les projets des deux auteurs. Il faut ici rappeler
les propres contrats d'écriture et de lecture offerts par Pierre-Victor
Palma-Cayet aux lecteurs de la Chronalogie Septenaire de 'hisoire de la
paix entre les Roys de Franee & dEstagne. Par ce titre, comme par les deux
épîtres respectivement adressées au roi et au gouverneur de Bourgogne,
Palma-Cayet se prémunít d'éventuelles critiques et préserve une vision
traditionnellement idéalisée de l'écriture du passé reposant essentiel
lement sur les témoignages de témoins oculaires directs ou, à défaut,
sur ceux de témoins indirects cest-à-dire sur ceux de contemporains.
Par la définition des différentes modalités de l'écriture de l'histoire,
Palma-Cayet concède, en effer, ne pas avoir pu écrire un ouvrage fondé
sur la seule foi de son propre témoignage oculaire. Or, au début du
xVTf encore et en dépit de la parenthèse humaniste rêvant d'une histoire
générale, l'écriture idéale de l'histoire implique pour nombre de
ses praticiens qu'elle soit écrire par un témoin direct des événements"
notamment au cours du xvf siècle) et les nombreuses fluctuations dont elle est alors
T'objet. A ce propos voir noramment Possier, François, «La charge d'historiographe du
XV au XDX SIecle», art, cité, p. 73-92 et id, «A propos du titre d'historiographe sousS
TAncien Régime, art. cité, p. 361-417. Voir également les travaux d'Orest Ranum
notamment Ranum, Orest, Arians of Glory: uriters and Hitorical Tbought in Seventecnth
Century Franne, 2 Cih On encore id, Richelieu, lhistoireer les historiographes b, art. cité,
P: 152.-Apropos de l'un des représentants de l'historiographie officielle au xvif siècle
voir notamment Evans, Wilfred Hugo, LHistorin de Mézenay ct la concetrion del'Hisoire
en France au xvit siècle, Paris, Librairie Universitaire J. Gamber, 1930. Voir aussi Grell
Chantal (dir.), Les historiographes en Europe, op. Cit.
11 Palma-Cayet, Pierre-Victor, Chronologie septenaire.,, op, cit. Voir aussi, id., Chronologe
novenaire.ey 0P. Cit 37
12 A propos du statut du temoin oculaire dans l'écriture de l'histoire voir Dulong, Renaud
Le témoin oculaire, Les Conditions s de Uattestation personnelle, Paris, EHES 1998,
P.47-52. Voir aussi Luciani, Isabelle, «Se dire en disant le monde. Le récit de soi saiSi par
la performativité? », dans Récit de soi, présence au monde s jugements et engagements (EnrOgE)
Afrique, XV-Xxf SHecles), textes réunis par ead., Aix-en-Provence, Presses Universitauc
de Provence, 2014, p. 23. -Sur les liens entre le témoignage, 'histoire et la littératurc
au xvir siècle voir Jouhaud, Christian, Ribard Dinah, Schapira, Nicolas, Histoire
érature tëmotgnage ; ETire les malbeurs du temps, op. cit. -Sur le rle des humanistes dias
l'introduction d'une dimension critique à l'écriture historique au xvr' siècle et la pi
quils accordent au témoignage dans l'écriture de l'histoire voir Huppert, George, Djue
de l'bistoire parfaite, Paris, Flammarion, 1973, p. 8-12, 27-30, 89-92 et p. 94-9>
parfaite
ceuvres de
novenaire", en
une
rappeler
Victor
de la
deux
Bourgogne,
vision
essentiel
défaut,
contemporains.
l'histoire,
fondé
début du
histoire
nombre de
événements"
alors
d'historiographe du
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Ranum
Seventecnth
art. cité,
siècle
del'Hisoire
Grell
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Renaud
1998,
saiSi par
EnrOgE)
Universitauc
littératurc
Histoire
dias
pi
Djue
GENESE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 89
Les difficultés engendrées par cette exigence sont en partie résolues par
lextension du statut de témoin des événements à leurs témoins indirects
autrement dit aux contemporains des événements en charge de l'écriture
de l'histoirel}, Limpossibilité inhérente à ce type d'histoire d'être écrite
conduit Pierre-Victor Palma-Cayet à encourager ses lecteurs à se montrer
moins exigeants. Pour ce faire, Pal ma-Cayet qualifie dans son titre son
ouvrage de « chronologie » et lui accole aussitôt la notion d'«histoire ».
Dans les deux épîtres publies au seuil de l'ouvrage, I'auteur livre briè
vement au lecteur une définition des différentes déclinaisons de l'écriture
de l'histoire parmi lesquelles la chronologie et l'histoire. Ce faisant il
précise la narure du contrat d'écriture proposé à ses lecteurs, en dressant
un panorama descriptif de léeriture de 1l'histoire. Il 'agit pour lui de
justifer et valoriser le dhoix de la chronologie, qui sous sa plume et
sous les presses de Jean Richer est décrite comme apable de dépasser,
en les englobant, les autres formes d'écriture du passé, Pour l'auteur,
l'éventail de pratiques d'écriture du passé contenues par la chronologie
compense largement le recours aux témoignages de témoins indirects car
elle réunit les principales qualités de toutes les modalités de l'écriture
historique. Le double recours aux termes d'histoire et de chronologie
est une manière pour l'auteur d'anticiper les critiques susceptibles de
lui &tre faites en camoufant les manques de son ouvrage. Les mérites de
la chronologie ne se résurnent pas à permettre la réalisation du projet
d'une histoire chronologiquement ordonnée selon les préconisations des
humanistes du siècle précédent". Ils résident aussi dans sa capacité à
contenir les témoignages directs ou indirects des événements rapportés,
Pour rendre cela possible, I'histoire doit donc s'écrire définitivement
au fur et à mesure du temps par ses témoins directs comme indirects
15 Voirassi Matthieu, Pierre, « Advertissement sur tout le livre», Histaire de France & des chorer
memorables adventes aus: Protvinces estrangeres durant sept amles de paix du rege da lHenry il
Roy de Frane Gde Navarr, t. I7, Paris, J, Metayer et M. Guillemo, 1605, PIve PS]v
14 Palma-Cayet, Pierre-Victor, « Bpistre à Messire de Bellegarde», Chronalogie saptenare.o
Op. cil., 1605, [°2]P-v
15 A ce propos, voir les préconisations des humanistes cappelées par George Huppert.
uppert, George, Lidée de l'histoire parfaite, op. cit, p. 29, mais aussi par Henri Hauser,
auser, Henri, « Un précurseur : Jean Bodin », Annales d'bistore éeononiqie et sociale,
année, n°11, 1931, p. 383, Voir aussi Méniel, Bruno, « Mémoires privés ct histoire
publique à la Renaissance », dans Ecritures de l'histoire (XIV-XV stecles). Actes du collogue
A Centre Montaigne Bordeaux, 19-21 septembre 2002, textes réunis par Bohler, Dantèle er
Magnien-Simonin, Catherine, Genève, Droz, 2005, p. 280
90 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
afin de léguer à la postérité une mémoire fiable des événements passés,
D'après cette conception de I'histoire, il ne peut y avoir d'histoire que
d'histoire du temps présent, puisque seul le témoin est apte à l'écrire,
d'où sans doute la proposition de Palma-Cayet d'écrire une «Histoire
presente de la paix » transformée en « bistoire de nostre temps par le Mercure
François dès son troisième volume. Cette conception de I'histoire comme
histoire du temps présent explique les similitudes du /Mercure François avec
l'écriture de l'actualité. Elle détermine également le temps et l'espacé
politiques comme objet principal du Mercure François. La volonté de livrer
au lecteur un témoignage fidèle du temps ancre fortement le recueil
dans la vie de la citéet lui donne un caractère profondément politique.
LE TEMPS ET LESPACB POLITIQUES, l ib xioda al reanolagaapodiseug
MATIÈRE DE LÉGRITURE HISTORIQUE tb f obe2hoici esteito
Le Mercure Frangois est un ouvrage d'histoire dont la matière est
profondément politique. Il prétend, d'une certaine manière, partici
per pleinement à la vie de la cité. Il entend mettre en ordre un temps
Gommun parfois heurté et déroutant et écEire une mémoire commune
d'événements passés susceptilble d'assurer un' avenir plus apaisé à la
Communauté et, pour ce faire, il espère réduire les fractures du temps et
les rendre acceptables par les lecteurs-sujets. A'cette fin, les rédacteurs
du /Mercure François font le choix de sélectionner un certain nombre de
faits quils considèrent comme des événements dans le but d'en écrire
IThistoire et d'en construire la mémoire. Qu'est-ce qui fait événement
pour les rédacteurs du Mercure François? 9 21ungioms! nn0
9210321d aidtzanq slas snbno7 3uo
Un recueil des « choses les plus mémorables advenues Jtni no 1uh i
en l'Europe"»
Le terme d'«événement » n'apparaît pas dans les pages du Mercure
Frangois. A diverses reprises, les rédactéurs du recueil évoquent la
Compilation de « choses les plus mémorables » ou encore de faits «remar
quables», Il est difficile d'affirmer clairement ce qui fonde le caractere
16 Voir Palma-Cayet Pierre-Victor, «Epistre à Messire de Bellegarde », Chronologie septenaieo
1o6p1. 3c,i t(,P 136]05, [P4P. Voir aussi «Le Libraire au Lecteur», Mercure Frangois.p, Co
17 Ibid, P2]P. eolfstu)
18 Richer, Jean, « Prface au Lecteur », ibid., vol. 1, [P3]rrsiuo),i
passés,
d'histoire que
l'écrire,
Histoire
Mercure
comme
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l'espacé
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reanolagaapodiseug
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Co
eolfstu)
GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 91
« remarquable » ou « mémorable » des faitS sélectionnés pour les rédacteurs.
La terminologie utilisée par Jean et Estienne Richer l'est aussi
par les maîtres des requêtes en charge de l'octroi des privilèges royaux
dimpression aux imprimeurs, La réflexion engagée par Alban Bensa et
Eric Fassin à propos des relations entre les sciences sociales et l'événement
permet de considérer que le vocable utilisé par les rédacteurs du Mercure
François afin de qualifier la matière de leur recueil renvoie assez clairement
à ce que nous appellerions un événement, Arlette Farge insiste,
quant à elle, sur la difficulté d'apporter une réponse à la fois univogque
et définitive à la question de la nature de l'événement. D'après Alban
Bensa et Éric Fassin, les sciences sociales ont tenté de résoudre cette
difficulté de deux manières. La première consiste à considérer qu'il ny
ad'événement que construit, La seconde procède à une qualifica on de
l'événementà l'aide de son contexte afin d'en trouver des avatars dans le
passé ou dans d'autres sociétés. Selon Alban Bensa et Eric Fassin ces deux
démarches font disparaître l'événement: soit l'événement est construit
et n'existe pas en dehors de cette construction, soit il n'est que révélation
de structures cachées et n'est done pas un événement, Afin d'éviter ces
deux écueils, les auteurs proposent de « restiruer à lévénement sa spé-
Ciicité temporelle : il manifeste à lui seul une rupture d'intelligibilité»
et distribue le temps entre un avant et un après. De ce point de vue,
l'événement rompt l'ordre social ordinaire et s'apparente à un « Choc »
répéré à l'envie par sa médiatisation. Celle-ci est construite et participe à
une réduction pour les acteurs du caractère incompréhensible de la rup
ture et incertain de sa signification. A revers, I'événement est également
une construction médiatique. Celle-ci, par la répétition qu'elle engendre,
permet une amise en mémoire de l'événement» particulièrement utile
aux contemporains désireux d'assimiler les données d'un nouvel ordre
SOcíal. Jean Richer et à sa suite son frère Estienne se proposent donc
oir Bergeron, «Privilege du Roy », ibid., (P5].-Sur 1'usage d'une cerminologie proche
ae celle des trères Richer par leurs contemporains afin de qualiher les intormations rap
Portees par divers médias d'informations voir Petitjean, Jean, Lintelligence des choser. Une
DSTOIFe de linformation entre Italie et Méditerranée (KVt-XVif sitdear), op. cil, P. 142-145 mais
zussi Brécéché, Marion, Les compagnons de Mercure. Journalisme et politique dans ( Europe de
Louis XIV, op. cit., p. 10.
9Voir Bensa, Alban, Fassin Éric, «Les sciences sociales face à l'événement , Terratn,
o02,en ligne), htcp://terrain.revues.org/1888, consulté le 25/07/2016, p. 3-4 mais
ausst arge, Arlette, « Penser et déinir l'événement en histoire », Terrain, 38|2002, [en
92 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 0
de compiler l'ensemble des faits dignes que l'on en conserve la mémoire
Ces faits méritant d'être mémorisés sont en fait ceux dignes d'être notés.
I1 Sagit donc des faits effectivement remarqués par leurs contemporains,
en l'occurrence, par les compilateurs du Mercure François. En effet, il
faut envisager l'anticipation par les rédacteurs de la réception de leur
compilation par un collectif Le choix du vocabulaire employé pour
qualifer les faits retenus pour le recueil implique une sélection faite
sur le principal critère de leur aspect extraordinaire. La compilation par
le Merezure Frangois de faits ou de choses « mémorables participe à la
construction de l'événement comme à sa mise en mémoire. Ces rélexions
soulèvent la solidarité des questions de mémoire et de temps mais aussi
du rôle de l'acteur dans la perception et la construction de l'événement.
Ce faisant, elles illustrent le caractère profondément politique de l'histoire
publiée par le Mercure François. A linstar des événements publiés dans
le Mercure, la mémoire que ses rédacteurs prétendent en construire est
nécessairement consensuelle et a vocation à favoriser l'élaboration d'une
identité colleccive à l'échelle du royaumeh nodbna ed
Le caractère plastique de l'événement comme le rôle de la perception
et de la longue durée soulevés par Arlette Farge dans la construction
de l'événement doit nous encourager à interroger la manière dont
les rédacteurs du Mercure François construisent médiatiquement les
événements consubstantiels de leur ouvrage, et donc comment ils en
élaborent une mémoire", Le rôle corollaire de 1'écriture du temps dans
la construction de l'événement comme dans le processus de remise en
ordre de l'exceptionnel induit un questionnement autour des modalités
de cette mise en ordre par l'écriture. Comment les rédacteurs du Mercure
01 390t
ligne), http/lrerrain.revues.org/1929, consulté le 02/032015, p. 2-6, 8 et 10. Voir également
Fassin, Eric, « Evénements sexuels. D'une « affaire l'antre, Clarence Thomas c
leM 0o7n/i0ca8/ 2L0e1w6in, spk. y4»,, Terrain, 38 |2002, [en ligne], http://terrain.revues.org/1900, consult
Voirà ce propos Farge, Arlette, « Penser et définir l'événement en histoire», art. cite, P *)
mais aussi le travail de Laurence Kaufmann à propos de l'opinion publigue. Kautman
aurence, «Lopiníon publique : oxymoron ou pléonasme? », art, cité, p. 257-8o
22 A propos de la muliplicatíon des mémoires à l'échelle des groupes sociaux, VOir pa
exemple Hartog, François, Régimes d'bistoricité. Présentisme et expériences du temps, aid Seuil, 2012 [2002], p. 166-179.
23 Voir Farge, Arlette, « Penser et définir l'événement en hístoire », art. cité, p, / ma
aCrta, scsitaén, ,p M, 4ic4h.el, « Ecríture de I'événement. Récit de soí dans les écrits du for prive
mémoire
notés.
contemporains,
effet, il
de leur
pour
sélection faite
compilation par
participe à la
rélexions
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l'événement.
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dont
médiatiquement les
ils en
dans
remise en
modalités
Mercure
390t
également
Thomas c
consult
cite, P *)
Kautman
VOir pa
temps, aid prive
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 93
François se proposentils de mettre ou remettre en ordre les événements
qu'ils perçoivent comme exceptionnels dans le but de les maîtriser?
Quelles pratiques d'écrirure mettent-ils en ceuvre à cette fin? En quoi
cette démarche est-elle éminemment politique?
Jean et Estienne Richer semblent considérer leur appréciation du
caractère « remarquable» ou amémorable » d'un événement comme
nécessairement consensuel. Leur domaine d'expertise est largement
restreint par le fait qu'ils compilent majoritairement des événements
déjà publiés par le passé dans d'autres médias, et donc considérés comme
«mémorables» ou « remarquables» par d'autres avant eux. Lautorité
monarchique est pourtant susceptible de rompre le consensus en faisant
valoir son avis sur la question par le biais de l'institution censoriale
Néanmoins, selon les rédacteurs du Mercure, l'histoire s'apparente donc
àune compilation de faits unanimement considérés comme inhabituels
à forte implication politique. Dans le processus de construction de
l'événement, Arlette Farge insiste sur la perception et la caractérisation
des faits par les acteurs, seules apables de modeler un fait ordinaire
en événement. D'après elle, les émotions et les affects tiennent un rôle
prépondérant dans la perception et la caractérisation d'un événement
comme tel, Parmi la large palette d'émotions qu'il a suscitée et qui a
contribué à l'ériger en événement historique, la peur provoquée par
lassassinat d'Henri IVa très probablement joué un tôle dans l'apparition
du Mercure François. La place des émotions dans la reconnaissance d'un
fait comme événement nécessite très probablement sa rationalisation.
Léciture du temps, qu'il sagisse de celle de l'actualité ou de 1'histoire,
semble jouer ce rôle. Les événements sont assimilés à une rupture -y
Compris temporelle en raison de leur caractère hors du commun. La
perception de ces ruptures induit celle d'une forme de désordre. La
pratique de l'écriture du temps vise à remettre en ordre le désordre, à
rendre compréhensíble l'incompréhensible et acceptable l'inacceptable
La transmission d'un sens aux événements s'entend prioritairement dans
Son acception sémantique de signification, mais le sens que recherchent
24 Farge, Arlette, «Penser et déinir l'événement en histoire, art, cité, p. 5-7 =Apropos
dee de ruprure cngendrée par les événements et du rôle central des émotions dans
processus de construction de l'événement voir aussi Cassan, Michel, « Ecriture de
Vnent,., , art. cité, p. 44. Voir également, plus particulièrement à propos des
avDis1, Petitjean, Johann, Lintelligence des choses 0p. cil, P. 125, 144 ct 146.
94 gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ETAT
les acteurs en mettant en texte les événements peut aussi savérer être
une quêete d'orientation. En ce qui concerne le Mercure François, celle-ci
prend l'aspect pluriel de la mise en texte, de la mise en imprimé et de
la mise en collection. Le rapprochement, physique au sein d'un même
média et temporel au sein d'une même collection, d'événements susceptibles
d'être perçus comme des ruptures par leurs contemporains
tend à en atténuer le caractère incompréhensible. enon n6
Le besoin de maîtriserun temps et un monde en perpéruel mouvement
est à l'origine de la pratique de la compilation et de la diffusion continue
de nouvelles au moyen de publications périodiques. L'usage de la périodicité
fait figure de progrès en raison du caractère rassurant pour le lecteur
comme pour le rédacteur de la mise en place de structures récurrentes
dans l'écriture et la publication des nouvelles: Cette nécessité de reconfi
gurer un monde insaisissable en raison de son mouvement permanent
renvoie bien au rôle des émotions dans la construction de l'événement
La logique chronologico-thématique du Mercure Framçois au déttiment
d'une logique chrono-géographique de certains périodiques d'actualité
fait la part belle à la mise en ordre du temps aux dépens d'une mise en
ordre de l'espace. En effet, à l'exception de ses trois derniers volumes
publiés entre 1646 et 1648, la grande majoriré des volumes du recueil
ne présente aucun système de rubriques géographiques. Une mise en
ordre de I'espace, et une certaine géographie du Merure Frangois existent
pourtant dans ses pages. La géographie du Meraure François coincide à
celle de la chrétienté, partout dans le monde où celle-ci a droit de cité,
y compris dans les contrées les plus lointaines. De quelles manières les
terrains investis par les rédacteurs du Mercure François participent-ils
à la remise en ordre d'un espace par la saisie de ses enjeux politiques,
notamment pour le royaume de France et ses sujets b poqgo79d
25 Voir par exemple à propos de la Gazette, Feyel, Gilles, L'Annonce et la mouvelle. La prese
a'information en France sous l'Ancien Régime (1630-1788), oP. cit, p. 131.
26 A propos de la logique chrono-géographique de certains médias d'actualité aux xV EE
XVIn siècles, voir Petitjean, Johann, L'intelligence des choses, op. cit., p. 122 mais auss
Hafemayer, Stéphane, Linformation dans la France du xVIr siede. La Gazette de Kenauaos
1647 à 1663, op. cit, et id., «La géographie de l'information dans la Gazette de Renaudos
de 1647 à 1663», dans Gazettes et information politique sous l'Ancien Réginme, Actes an colsoguo
de Lyon des 5-1 juin 1997, textes réunis par Duranton, Henri, Rétat, Pierre, Saint-Etiennt
Publications de I'Université de Saint-Etienne, 1999, p. 21-31, A propos de cette mist
ordre de lespace et du rôle de la guerre de Trente ans dans la Gazette voir Feyel, Gil
LAnnonce et la notuvelle.., op, Cif., p. 198-201,
savérer être
celle-ci
et de
même
d'événements susceptibles
contemporains
mouvement
continue
périodicité
lecteur
récurrentes
reconfi
permanent
l'événement
déttiment
d'actualité
mise en
volumes
recueil
mise en
existent
coincide à
cité,
manières les
participent-ils
politiques,
poqgo79d
prese
xV EE
auss
Kenauaos
Renaudos
colsoguo
Etiennt
mist
Gil
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITQUB 95
Le Mercure François et les « quatre parties du monde7»
Dans la préface adressée à son lecteur au seuil du premier volume de
la collection, Jean Richer évoque des nouvelles parvenues des « quatre
barties du monde, en diverses langues, par le biais de son «?messager (qul
abpelle Mercure Frangois). Le portrait du paysage géographique du
Mercure François dressé par Jean Richer dans sa préface au lecteur est
relativement flou. Quelles sont les quatre parties du monde dont traite
effectivement le Mercure Fragois? Sur quels crirères les rédacteurs du
Mercure Frangois sélectionnent-ils les espaces dont ils livrent les nouvelles?
Sont-ils tous traités de la même manièere et avec la même attention? A
quel point l'obtention et la diffusion de nouvelles relatives à des espaces
éloignés est-elle soumise à contraintes pour les rédacteurs du recueil?
Le travail de répartition thématique de l'ensemble des tables des
matières de la collection permet de recenser les principaux espaces trairés
par le Mercaure François et d'avancer quelques hypothèses quant aux critères
à l'origine de leur sélection. Malheureusement, ces conjectures restent
partielles notamment en raison de ce que nous ignorons des contraintes
de collecte des informations subies par les auteurs du Mercure Frangoi
Cette question des contraintes pesant sur l'obrention des informations
est malheureusement vouée à rester sans réponse précise en raison de
l'opacité demeurant autour de l'origine des informations recueillies par
les auteurs du Merczure François.
Lespace géOgraphique le mieux connu des lecteurs du Mercure Frangos
est celui du royaume de France. Les événements parisiens sont largement
traités par le recueil mais ils ne sont pas les seuls, Les événements
2 Richer, Jean, « Preface au Lecteur », op. cit., vol, 1, 1611, [P3]P
8 Ibid.
29 A propos de la Gazate de Théophraste Renaudot, Gilles Feyel identiie un certain nombre
ae ces contraintes qui relèvent des demandes du pouvoir monarchique comme des attentes
du lectorat du périodique. Voir Feyel, Gilles, LAmonce et la nouvelle.o, 9P, cit., p. 198-201,
ibid, p, 131 et 256,-Le travail conduit par Stéphane Haffemayer Sur ia Gazeie entre
/ et 1663 apporte une connaissance extrêmement fine et précise de la géographie de
ntormation du périodique au cours de cette période, qu'il a pu cartographier, Halfemayer,
tephane, Linformation dans la France du xVir siècle.., Op. Cit, p. 35-208,
erure l'rangois. op. cit, vol, 1, 1611, P324v-325 r, P 355 v-356r (pour l'année 1609),
O , 16l3, P35r-54r° (pour 1l'année 1611), P293 r-301 r, P503r-504r (pour
année 1612), vol. IL, 1615, p. 283-298 (pour l'année 1613), p. 483-498, p. 595-599
P année 1614 - premier livre), p. 131 (pour l'année 1614 - second livre), vol. IV,
01 P 50 (pour l'année 1615), p., 83-87, p. 137-139 (pour l'année 1616), vol. V, 1619,
96 gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT0
survenus dans de très nombreuses villes provinciales sont également
publiés dans le Merczure Les canaux de diffusion des nouvelles sont
majoritairenment urbains et, à de rares exceptions près, il n'est pas question
des campagnes du royaume En dépit de la présence de nombreuses
villes du royaume à travers les pages du recueil, l'information se fait
essentiellement à l'échelle nationale; un certrain nombre de nouvelles sont
sous-tendues par des enjeux politiques nationaux et d'autres semblent
en fait relativement déterritorialisées et impliquent surtout les grands
acteurs du royaume. Les autres grands teritoires abordés par le Mercure
Frangois sont donc ceux de I'Europe chrétienne. Cest le cas de l'Europe
impériale et balkanique dont la présence est assez forte dans les pages
du Mercare, mais aussi des villes italiennes4. Le Mercure Frangois traie
également des affaires de 1'Angleterre, de l'Autriche, de la Bohême, de
I'île de Chio, du Danemark, de I'Espagne, de la Hongrie, de Genève, des
terres des Grisons, des Pays-Bas du Sud, de Malte, de la Moldavie, de la
Moravie, des Provinces-Unies, de la Pologne, du Portugal, de Prague, de
la Russie, de la Suède, de la Transylvanie. ILes marges immédiares de
de 2no18303oi o5 910sfoo
P 18-28 (pour l'année 1618, vol, 1X, 1624, P. 504518 (pOur l'année 1622), vol. XI,
1627, p. 373-374, p. 379-380 (pour l'année 1627), vol. XVII, 1633, P. 713-725 (pour
l'année 163), vol. XIX, 1636, p. 67-68 (pour l'année 1633), vol, XXI, 1638, p. 286 (pour
l'année 1636), vol. XXII, p. 476-477 (pour l'année 1638). 3n ob 99
31 Cest par exemple le cas des villes d'Agde, Aix, Amiens, Arles, Bordeaux, Dijon, Grenobls,
Limoges, Lyon, Nantes, Nîmes, Orléans, La Rochelle, Rouen, Toulouse, Tours, Troyes
Vincennes, En raison du grand nombre de références, nous avons fait le choix de regrouper
les nores dans Iordre chronologique de parution des diférents volumes du Merure. Ilid.,
volL III, 1615, p. 151-163 (pour l'année 1613), vol. IV, 1617, p. 88-89 (pour l'année 1615)
P26-5 pour l'année 1616), vol VI, 1621, P. 334-340 (1619), vol. VI, 1623, p. 591
G07 (pour l'année 1622), vol. IX, 1624, p. 391-403 (pour l'année 1624), vol. XV, 1630,
p. 196-208 (pour l'année 1628), vol. XVI, 1632, p. 2-4, 145-168, 182-194 et 551-595
pour l'année 1630), vol. XVIIL, 1633, p. 28-29 et 854-859 (pour l'année 1632),
32 Le troisième volume du Mercure Frangos relate notamment une invasion de sautere
en Camargue, Ibid., vol. III, 1615, p. 151-156 (pour I'année 1613).
33 Tbrd., vol. I, 1611, P357 (pour l'année 1609), P410 P (pour l'année 1610), vol, , 1612)
P315318v (pour l'année 1612),
34 Le Mercure Frangois précise parfois les régions impériales dont il est question : la Baviere
Cologne ou encore Francfort, Ibidl., vol. III, 1615, p. 5-67, 194-209 et 222-245 (pou
l'année 1613), p. 370-375 (pour I'année 1614), Le Mercure Prangois publie des nouve
Florence, Mantoue, Milan, Rome, Veníse. Ibid., vol. 1, 1611,P 108 (pour I'année lo00%
P220v (pour lannée 1607), P370v-371 (pour l'année 1609), vol. Iu, 1610, P. 2
403 (pour l'année 1615), vol. V, 1619, p. 94-129 (pour l'année 1617)
35 Comme précédemment, à l'exception des références sur l'Italie et 1'Bmpire, nous u vons
fait le cho1x de regrouper les notes par région dans I'ordre chronologique de puru on
également
nouvelles sont
question
nombreuses
se fait
nouvelles sont
semblent
grands
Mercure
l'Europe
pages
Frangois traie
Bohême, de
Genève, des
Moldavie, de la
Prague, de
immédiares de
910sfoo
vol. XI,
725 (pour
286 (pour
99
Grenobls,
Troyes
regrouper
Merure. Ilid.,
l'année 1615)
p. 591
1630,
551-595
sautere
1612)
Baviere
(pou
lo00%
2
u vons
puru on
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 9
TBurope chrétienne ne sont pas absentes des pages du Mercaure François
bien que largement minoritaires. On retrouve toutefois des nouvelles de
Barbarie, de l'Empire ottoman, des Echelles du Levant, d'Bchiopie, du
Maroc, de Palestine En dernier lieu sont publiées des nouvelles des
contrées bien plus lointaines comme l'Amérique centrale et méridionale
(Mexique, Pérou ou encore Brési), le Canada, les Indes orientales, le
Japon ainsi que les terres australes".
La publication d'informations relatives à des terrains lointains a pour
principale vocation de rejouer des conflits européens. Ces derniers sont
soit d'ordre clairement politique soit d'ordre commercial. Mais, même
dans ce cas de figure, il sagit en fait du déplacement du théâtre de la
rivalité politique européenne sur la scène commerciale. Cest ainsi que
le dixième volume du Mercure Frangois rapporteles difficultés rencontrées
par les Espagnols au Mexique lors d'un différend entre le vice-roi
du Mexique et le gouverneur de Metepique. L'affaire s'envenime
rapidement et prend la forme d'une révolte dirigée contre le vice-roi,
Le Mercure François fait donc ici état de l'affaiblissement dans lequel se
trouve le royaume d'Espagne dans les terres sur lesquelles il a engagé
un processus d'installaion coloníale. Il S'agit d'établir une connaissance
Sur l'état d'un rapport de force impliquant indirectement la France, et,
le cas échéant d'en tirer profit afin de convaincre le lecteur la légitimité
et de la pertinence de la politique érrangère du royaume.
des livraisons successives du Mercure Frangois. 1bid., vol. I, 1611, P148v-154v (pour
l'année 1606), P175 P-176 et 217P (pour l'année 1607), vol. 11, 1613, P271 v (pour
I'année 1611), vol. V, 1619, P. 115-121 (pour l'année 1618), vol. VI, 1621, p. 11-19 (pour
I'année 1619), p. 90-93 cr 95-97 (pour l'année 1620), vol. VII, 1623, p. 225-228 (pour
l'année 1622), vol. IX, 1624, p. 81-82 (pour l'année 1622), p. 405-409 et 470 pour
l'année 1625), vol. X, 1625, p. 25-36, P. 87-94 (pour lannée 1624), vol. X1, 1626,
P. 1126-1157 (pour l'année 1625), vol, XI, 1626, p. 875 (pour l'année 1625 =seconde
artie, vol. XV, 1630,p. 145-149 (pour l'année 1628), vol., XIX, 1636, p. 759-771 (pour
an nee l633), vol. XX, 1637, p. 278-315 (pour l'année 1634), vol. XXI, 1638, p. 1-22
pour l'année 1635), vol. XXII, 1641, p. 253-255 (pour l'année 1637)
36 lbid., vol. 1, 1611, P220v-223 v (pour I'année 1607), vol. V, 1619, P. 88-95 (pour
année 1617), vol. VI, 1621, p. 383 (pour l'année 1619), vol, IX, 1624, p. 709-710 (pour
Tannée 1623), vol. XVII, 1633, p. 174-185 (pour l'année 1631), vol. XXI, 1641, p. 25-
261 (pour l'année 1638).|
lbid, vol. IL, 1615, p. 164-175 (pour l'année 1613), vol. V, 1619, P. 145-179 (pour
année 1617), vol. VII, 1622, p. 798-801 (pour l'année 1621), vol. X, 1625, p. 251-256
Z45-254(pour l'année 1624), vol, XI, 1626, p. 1180-1181 (pour l'année 1625), vol. XIl,
1627, P. 35-39 (pour lannée 1626), vol. XIn, 1628, p. 12-35 (pour l'annte 1o20),
38 lbid, vol. X, 1625, p. 243-254 (pour l'année 1624).
HTSTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Le Mercure François s'attache ainsi essentiellement à rapporter des
nouvelles aux enjeux politiques saillants pour le royaume de France et
plus largement pour la chrétienté européenne. Les «quatre parties du
monde'» constituent les quatre parties d'un monde d'enjeux politiques
au regard des rédacteurs du recueil. Conformément à la conception de
T'histoire quil nourrit, le Mercure Frangois livre à son lecteur le témoignage
de son temps politique. En plus d'infuer sa matière et son objet,
cette vision de l'histoire agit sur les pratiques d'écriture à l'oeuvre dans
le Mercure Frangois.
t MISE EN ÉCRITURE DUN TÉMOIGNAGE
DU TEMP7S PtoRÉuSoENnT n9gc a9 e01 1p01o 2l331
La matière profondément politique dont se nourrit le Mercure ne se
contente pas de relater des événements hors du commun ou de décrire
des contrées éloignées. Le Mercure entend aussi participer à la vie de la
cité par l'ordonnacement d'un temps et d'un espace parfois inquiétant
par leurs mouvements perpétuels, les rendant ainsi plus saisissables et
compréhensibles par les lecteurs.
MISE ET REMISE EN ORDRE DU TEMPS POLITIQUE
Les pratigues de compilation, de composition du recueil, la logigque
de la collection et le choix des sources participent pleinement à la fon=
dation d'un temps propre au Mercure François et donc à la maîtrise de
ce temps par les rédacteurs pour les lecteurs0. La démarcbe de périodiciré
de la publication découle de la volonté des fondateurs et auteurs
du Merctre Frangois de proposer à leurs lecteurs une histoire continue
du temps présent fondée sur le témoignage des contemporains. Elles
dikdor.
39 Rícher, Jean, «Preface an Lecteur », ibid., vol. I, 1611, [P3]P.
40 Sur ce point, voir Cerdeira, Virginíe, « Les modalítés et les enjeux politiques de ia
mise en ordre du temps, L'exemple du Mercure Frangois », Carnets de yecbercbes
Chercbeurs.cuses TELEMMe, Penser le temps en sciences bunmaines et sociales, JJC TELE
Aix-en-Provencence, MMSH, 14 mai 2019, https://jjctelemme.hypotheses.org/
consulté le 08/11/2020.
rapporter des
France et
parties du
politiques
conception de
témoignage
objet,
l'oeuvre dans
1p01o 2l331
ne se
décrire
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inquiétant
saisissables et
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maîtrise de
périodiciré
auteurs
continue
Elles
de ia
yecbercbes
TELE
org/
GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 99
Darticipent donc toutes deux à ce travail de réagencement d'un temps
en mouvement perpétuel.) erossoni 2o 20yhao ol sioen Esaili La périodicité an service dune bistoire continue o to
&CESTE Continuation du Mercure François mestant tumbee entre
les mains, Jay pensé quen l'imprimant tu la recevrois d'aussi bon ceil
que le Mercure LJ, Le Mercure François est donc une publication
dont la périodicité est mise au service de sa continuité et induit une
logique de collection. L'adresse du «Libraire au Lecteur» du deuxième
volume du Mercure François présente la périodicité de l'ouvrage comme
la conséquence de la découverte fortuite soit d'un nouveau recueil soit
des textes compilés qui le composent, sans que le libraire ne précise ses
propos au lecteur, La périodicité est alors aussi présentée comme une
révélation aussi accidentelle que celle de la continuation du Mercure. Le
deuxième volume du Mercure François paraît en 1613, inaugurant ainsi
la périodicité de l'ouvrage. Sans doute faut-il voir ici la manifestation
du bon sens commercial des frères Jean et Estienne Richer car le Mercaure
est un produit qui, à l'évidence, se vend bien, La pratique de la publi-
Cation filée, antérieure à la fondation du Mercure François, ne concerne
pas seulement les ouyrages relevant de l'écriture de l'actualité. Dès le
Moyen Age, l'écriture du passé et de l'histoire donne lieu à la publication
d'ouvrages périodiques2, En instaurant une publication périodique,
le Mercure pérennise à la fois la narration entamée par le chronologue
Pierre-Victor Palma-Cayet avant 1610 et la tradition médiévale qui fait
de I'historien l'écrivain du continuum temporel. Il est donc sans cesse a
Teuvre et ses publications se succèdent. Le Mercure Prançois ne déroge pas
a la regle en proposant avec son deuxième volume une Continuation du
ercure F'rançois ou suitte de l'Histoire de 'Auguste Régence de la royne Marie
de Méaicis, Une autre conséquence de cette conception de l'histoire
est la poursuite du récit historique après le décès de son auteur orginel,
Le point de départ du récit est la Chronologie septenaire de Palma-Cayet,
et, lorsque Jean Richer disparaîte à la fin des années 1620, son frère et
Le Libraire an Lecteur», Mercure François.oy op. cit., vol, I, 16l3, LF 2]r.
par exemple Guenée, Bernard, Histoire et culture bistorigue dans U'Ocrident médnéval,
OP. cil., p. 22.
43 4 Mercure François.o, 0p. cit., vol, 1, 1613.-lam haib
100 0oHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
collaborateur Estienne continue seul cette entreprise. Ala in des années
1630, ce sont les imprimeurs et rédacteurs Olivier de Varennes, Pierre
Billaine, Jean Hénault et Théophraste Renaudot qui prennent en charge
la publication volume après volume jusqu'en 1648.
Périodisation du temps politiqueo715M nb norunino tea3
et composition du recueil
Les événements constitutifs de la matière du recueil induisent des
opérations de périodisation par les auteurs du Mercure. Les titres successifs
des différents volumes de la collection témoignent de la perpétruelle
adaptation des compilateurs du Mercure Frangois au contexte politique
du royaume. r la première édition du premier volume du Mercure
Frangois, Jean Richer prend le parti de S'affranchir d'une organisation
par règnes et fait se terminer l'ouvrage au-delà de la fin du règne
d'Henri IV, au moment du sacre de Louis XII4, Ce faisant, le Mercure
Frangois marque ainsi une continuité dynastique et politique entre le
regne d'Henri IV et celui de son fils malgré le régicide du mois de mai
1610, ou plutôt en raison de ce régicide. L'histoire proposée par Jean
Richer n'est alors une histoire ni du règne d'Henri IV, ni du règne de
Louis XI1, ni de la régence de Marie de Médicis mais une Histoire de
la paix. En cela, elle est bien la consignation d'un' temps passé depuis
1598, mais aussi du présent er une exhortation à la poursuite du régime
de paix dans le royaume. )fO17S7190 A 2103
En 1611, la mise en avanit de la continuité politique entre les deux
règnes dépasse la nécessiré oul'habitude d'ordonner le temps en fonction
des règnes. La préférence d'une mise en ordre du temps à l'aune de la
continuité du régime de paix dans le royaume plutôt qu'à celle de la
Succession des différents règnes politiques atteste de la prééminence de
la fonction politico-ivique du Mercure François sur sa fonction au tire
de la Politike, au moins dans les premiers temps de sa publication. En
1613, le Mercure Frangois ou plutôt I'Histoire de la paix devient la suite
de l'Histoire de V'Auguste Régence de la Royne Marie de Médicis.
Le troisième volume du Mercure François publié en 1616 est divise
en deux à l'image du temps politique de la régence: Louis XII atteint
44 Voir Guenée, Bernard, « Histoire, annales, chroniques., , art, cit, p. 100/%
années
Varennes, Pierre
charge
tea3
induisent des
successifs
perpétruelle
politique
Mercure
organisation
règne
Mercure
entre le
de mai
par Jean
règne de
Histoire de
depuis
régime
les deux
fonction
l'aune de la
celle de la
prééminence de
au tire
publication. En
la suite
divise
atteint
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 101
sa majorité en 1614. Une petite transition de quelques lignes l'indique
d'ailleurs au lecteur, dans la partie consacrée à l'année 1614. Le traitement
de l'année 1614 dans le troisième volume du Mercure se structure
en fonction de ces deux périodes politiques. Une page de titre est intercalée
au coeur du volume, entre ces deux grands moments politiques de
lannée 1614. Ce titre est légèrement différent du précédent. L'histoire
qui s'ouvre alors est celle du règne de Louis XIIL. Cette première page
de l'histoire du règne de Louis XII précise d'ailleurs: «Commencement
de la Majorité» avant le début du récit, La pagination reprend à zéro,
signifant ainsi le début d'une nouyelle ère politique. Entre le second
livre de ce troisième volume et le pénultième publié en 1647, le Mercure
Frangois est le récit continu - ou presque - de la Suite de lHistoire de
Nastre Temps sous le Règne du Tres-Chrestien Roy de France & de Navarre
Lolabys XII. Le Mercure Frangois retrouve la périodisation plus classigque des
règnes. Lécriture de l'histoire du temps présent, se fait, d'une part, dans
le temps politique clôs à lissue de chaque règne. Cette logique explique
le titre donnée à la vingt-cinquième et dernière publication du Mercure
François. Il sagit du Tome premier de l'Histoire de nostre temps sons le regne
du Tres-Chrestien Roy de Frane & de Nawarre, Lougys xy, & années 1643. &
1644. onu tome vingt-cinquiesme du Mercure Frangois es mesmes annees 1643
& 1644. Quelques années après le meurtre d'Henri IV, les circonstances
politiques ne justifient plus de contrevenir à ces normes de l'écriture de
I'histoire du temps présent. D'autre part, I'histoire du temps présent,
alhistoire de nostre temps» pour reprendre l'expression affectionnée
par les acteurs du temps, sinscrit aussi dans le temps individuel puis
collectif des contemporains des règnes succesifs, comme si le temps du
pouvoir politique se fondait dans celui du politique au sens large, du
temps de la vie de la cité, de la Puliteia. Lusage de l'adjectif possessif
dans l'expression « histoire de notre temps » implique cette dimenston
collective et à la fois identitaire d'une histoire partagée parce que vecue
par Iensemble des sujets du royaume, contemporains des règnes en
question, Le temps politique au sens de la pratique du pouvOir rejoint
partaitement celui vécu et partagé par les sujets du royaume; ces deux
emps politiques coincident en fait et ne sont pas dissociables l'un de
45 Mercure François.op, cit, vol, IT, 1616, p. 605 (pour l'année 1a
it de la Troisiesme continuation du Mercure Rrançois ou, L'Histoire de nostre tenps, Sous le
egue dn Tres-Chrestien Roy de Frane & de Navarre, Louys XIl, p. 1 (pour l'année lol4
102 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
l'autre. Dans cette perspective, I'un des sujets du royaume endosse le rôle
de porte-parole et se charge de l'écriture de ce temps vécu et de cette
histoire partagée. Dans le cas du Mercure Frangois, il sagit en premier
lieu des frères Richer. ttono
Dans l'organisation de la collection et des recueils, la mise en ordre
du temps s'émancipe partiellement d'une chronologie dictée par le seul
passage des années pour s'inscrire dans un continuum temporel englobé
par la collection. Certes, les volumes restent essentiellement organisés
en fonction des années traitées, A cette fin, des pages de titre ou des
sommaires sont intégrés à lintérieur du volume lorsque l'on passe de la
relation d'une année à celle de la suivante. C'est par exemple le cas dans
le cinquième volume du recueil après la page 336. La pagination reprend
alapartir de la page suivante, consacréeà l'année 1618". Cependant, si
pour les premiers volumes, l'année traitée est systématiquement rappelée
dans le coin supérieur de chacune des pages, ce n'est rapidement plus le
cas. La modification survient dans le troisième volume de la collection,
lorsque le Mercure devient l'Histoire de notre temps". Dès lors, on constate
l'absence de notifications pour les volumes III et IV alors que le numéro
du volume est ensuite précisé en lieu et place de l'année et ce à partir
du cinquième volume, aux pages 17 ou 49 par exemple. Cest le cas
Jusqu au vingtième volume inclus, avant que Théophraste Renaudot ne
parvienne à la tête du recueil, probablement aux alentours des années
1637 et 1638. La foliotation (pour les deux premiers volumes duMerare
Frangois) puis la pagination en fonction des années est abandonnee au
proit de la seule pagination en fonction des tomes de la collection. Un
meme tome est susceptible d'être publié dans deux volumes successis
L'avertissement au lecteur du tome XVI en atteste"6 ir ul b
9iojeir noieepelena
0,vo 1619, p. 336 (pour l'année 1617). nbi eoll 2 9v03l
48 1bid, vol. II, 1616, a1g0
49aAu lecteur , ibid., vol, XVI, 1632, p. 789. La terminologie du Mercure Frango
Treguemment recours au terme de a tome» notamment dans les déclinaisou
ieres des différents volumes de la collection. Toutcfois, face au constat quun to
coincide pas nécessairement à la réalité matérielle d'un volume comme c'est le cas
le tome XV évoqué ici, nous employons à dessein uniquement le terme de a vou
pour aesigner chacun des livres constituant matériellement la collection du e
Frangois, Nous utilisons le terme de « tome» lorsqu'il correspond partaiten l'usage
eute énv féonnetm leesn taieulltee.urs dù recueil, à savoir celui du traitement d'une unité tempo
endosse le rôle
de cette
premier
ttono
en ordre
le seul
englobé
organisés
ou des
passe de la
cas dans
reprend
Cependant, si
rappelée
plus le
collection,
constate
numéro
à partir
le cas
Renaudot ne
années
duMerare
abandonnee au
collection. Un
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noieepelena
9v03l
Frango
déclinaisou
to
cas
vou
du e
l'usage
tempo
GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 103
Les divisions temporelles propres aux années civiles sont subsumées
par le temps de la collection. Elles dépendent de ce temps vécu par les
acteurs et se soumettent à la collection qui ordonne le temps en son
temps propre, un «nostre temps . La logique de la collection met en
ordre le temps présent des contemporains et tend à le transformer en
passé. La pratique de la compilation participe à ce processus de mise
en ordre du temps, d'écriture de l'histoire et de réduction de la tension
entre plusieurs temporalités. Le rédacteur archive le présent en le
collationnant puis en le compilant. En l'intégrant à une collection, il
anticipe et accélère sa transformation en passé, en vertu du caraccère
durable de la compilation et de la collection. Ces deux formes d'écriture
se distinguent en cela des pièces ponctuelles d'actualité généralement
publiées à l'occasion d'un événement.
alab eutinol ensb pbunnidsd
sOURGES ET RÉFÉRENCES DU MERGURE FRANGOISJlaiv ananob e 3
Lamise en ordre réalisée par le Merctire Frangais passe par la pratique
de la compilation qui implique notamment un temps d'écrirure, de
leccure, de sélection puis, finalement, de compilation. Celle-ci renvoie
à des pratiques d'écriture du temps partagées par les différentes déclinaisons
de Ilécriture historique. Elle suppose la sélection d'extraits ou
de courtes publications entières dans un large corpus puis leur mise
en ordre en une unité raisonnée, La forte dimension d'intertextualité
Supposée par la compilation permet une mise en ordre de remporalités
diverses. Il s'agit de celle du présent et des actualités, lorsque les étapes
Preparatoires sont rapides mais aussi de celle du passé dans le cas dun
temps de lecture et de constitution du recueil plus long, à partir de
Sources dont la propre impression a parfois conduit à lécoulement diun
emps plus long. La compilation apparaît alors comme l'une des formes
naturelles de l'écriture de l'histoire. Elle est d'ailleurs encore une forme
d ecriture naturelle de manière plus générale, en raison de la dimension
Collective qu'elle induit Reste à déterminer ce qui est compilé et ce
qui participe à cette euvre partiellement collective,
20Voir Guenée, Bernard, Histoire et culture bistorique dans !Ocident medieval, op. cit, P: 212, mais
A tyean, Johann, « Compiler. Formes, usages et pratiques », Hypotbeses, 20091, p. 18,
Cepropos voir par exemple Chartier, Roger, La main de l'anteur et lesprit de l"imprimeur
xVf-XVIuf siecles, op, cit., P. 15.
104 9 HISToIRE IMMÉDIATE BT RAISON DÉTAT
Les soures récurrentes n K nON07 570gmznoieivih 2a1
Les considérations de Pierre-Victor Palma-Cayet ou de Pierre Matthieu
à propos des sources et rétérences de l'historien font sortir ce dernier
de son statur de témoin oculaire. L'historien fonde la confiance qu'il
accorde à ses prédécesseurs comme à ses pairs sur leur réputation. Il
mêle ses propres témoignages à sa compilation de textes historiques
Comment Estienne Richer réalise-t-il ce comprmis ? De quel ordre sont
les relations cormpilées par le Mercure François d'après Estienne Richer?
Quelles sont les sources de la compilation des frères Richer au début de
l'histoire du Mercure Frangois ?stlon al eh 1o o aling2aleb ada
3uLe Meraure Erangois cite rarement ses sources. Au début du Xvi siècle,
la citation de sources et de références précises n'est, en effet, pas une
habitude dans l'écriture de l'histoire, même au siècle des humanistes",
Tout en donnant visiblement à cette vision de l'écriture de l'histoire sa
préférence, le Mercure François concède à une vision critique de l'écriture
historique l'évocation occasionnelle de ses sources et se rapproche de façon
ponctuelle, même grossièrement, d'une histoire critique". Néanmoins,
lorsque le Mercure François mentionne effectivement ses sources, Cest de
manière généralement peu précise.
La masse constituée par les vingt-cinq volumes de la collection
permet toutefois d'en repérer un certain nombre. Un premier type
de sources citées ou reproduites est composé des correspondances, des
sources oficielles et normatives comme certains arrêts condamnant les
duellistes, ou encore certaines déclarations royales". Le Mercure Franços
publie aussí la relation de cérémonies royales comme les entrées de vile,
la célébration de Te Deum, ou encore des récitsS et des plans de batailles
52 Kriegel, Blandine, Lhisoire à lage dassique, t. 2, La dfaite de l'érudition, Paris, Presses
Universitaires de France, 1996 [1988), p. 40.
55 A propos des débats suscités par cette questíon chez les contemporains voir uPP
3Georg, Lidée de lbistoire parfaite, op., cit., p. 36-40, Voir aussi Veyne, Paul, Les Grecs
ils cru à leurs mythes?, París, Seuil 1992, p. 17-23.
54 A cepropos, voir notamment le travail d'Antony Grafron sur 1l'écriture de l'histoire par
Jacques-Auguste de Thou. Grafton, Antlhony, Les origines tragiques de ition.
histoire de la note de bas de page, Paris, 1998, p. 101, 113-114, 120 et 145.
Mercre Frangois.,, 0P, cit, vol. X, 1625, p. 389-391 vol. XVI, 1632, p. 51-54 et 522- 59
(pour l'année 1630),
S6 Iha., vol. VIl, 1623, p. 31-35 (pour l'année 1621), vol. XV, 1631, p. 13-14, 80-110et 05
(pour l'année 1629), vol. XXII, 1641, p. 303-338 (pour 1l'année 1638),
2a1
Matthieu
ce dernier
confiance qu'il
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historiques
ordre sont
Richer?
début de
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de vile,
batailles
Presses
uPP
Grecs
l'histoire par
ition.
522- 59
110et 05
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 105
Le recueil publie ausSi des textes polémiques constitutifs de guerres de
plumes, en affirmant exclure de sa sélection les textes díffamatoires7,
Il arrive également au Mercure de publier certains traités chéoriques
relatifs au domaine politique comme cest le cas de «deux livrets traitants,
De la puissance ecdlésiastique et politique ». Le recueil revient aussi
sur d'autres types d'événements comme l'épidémie de peste à Lyon
au cours de l'année 1628, De manière minoritaire, le Mercure François
publie également le contenu de certains canards Sans être tout à
fait absents, les faitsS divers ne constituent pas la matière principale
du Mercure. Nous appelons «fait divers » une nouvelle relative à la
sphère privée et impliquant des particuliers. Une affaire de maeurs ou
de violence, y compris susceptible de relever du droit pénal, doit êrre
considérée comme un fait divers. Les relations de phénomènes inexpliqués,
naturels ou non, appartiennent également à cette catégorie. La
publication de ces différents types de faits s'explique souvent par leurs
implications politiques. De manière générale, les nouvelles publiées dans
le Mercure sont largement «déníaisées», à l'image de celles publiées
dans la Gazette de Théophraste Renaudot à partir de 1631. Dans tous
ces cas, le degré de précision des sources utilisées voire citées par le
Mercure François reste fuctuant.
Lintertextualité du Mercure François se nourrit également d'emprunts
àd'autres ouvrages d'histoire. Le tout premier volume du /Meraure Frangois
renvoie à d'autres travaux d'historiens, notamment à propos de la mort
d'Henri IV. Le travail de Palma-Cayet est cité comme celui de Pierre
S7 lbid, vol., xVI, 1632, p. 895-905 (pour l'année 1629). En ce qui conceene les références
au seizième volume du Mercure Frangais, il convient d'êere prudent en raison de tres nom-
Dreuses erreurs de pagination, A propos du refus de publier des libelles diffamacoires,
voir Au lecteur e, ibid., vol. IV, 1617, (p. 3]
$8 lbid, vol II, 1613, P301v (pour I'année 1612) Voir également, ibid, vol. X 1657,
P:46-126 pour l'année 1634). 1bid, vol, XV, 1631, p. 1-37 (pour l'année 1628). A propos
de la publication de la peste de Lyon dans le Mercure Frangois voir, Jouhaud, Chtistinn
ibard, Dinah, Schapíra, Nicolas, Histoire Liérature Témoignage..., p. citn P. 191-216,
A propos des canards et leur publication dans le Mercure François voir Seguin, Jean
iornmation en France avant le périodique, 517 canards imprimnés enire 1529 e 1631,
opC,P.8 et 24 et Bellanger, Claude, et alii (dir.), Histoire générale de la prese frangaise
Ds origines à 1814, op. cit., t. I, p. 42.
59 Yilles, LAnnonce et la nouvelle.., op. ci, p. 124, 130 et 154. Gilles Feyel précise
on doit la paternité de cette expression à René Pintard. Voir Pintard, René, Le
GDertinage brudit dans la premibre moiti du xVIr siede, Genève, Slatkine Keptints, 49
(2000), p. 172,
106 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT1o
Matthieu, Il arrive pourtant au rédacteur de fournir au lecteur des
références plus précises que les deux exemples mentionnés ci-dessus,
Elles évoluent au fil des volumes. Les volumes VI à X mentionnent
souvent le Mercurins Gallobelgicus. Cette revendication fait de cette
compilation périodique impériale à la fois la source d'inspiration de
Jean et Estienne Richer mais aussi leur source d'information pour l'est
et le nord de la chrétienté. Certes, lorsque le Mercure François renvoie
au Mercurius Gallobelgicus, il le fait avec une précision toute relative
la plupart du temps, le titre de l'ouvrage n'est pas mentionné. Le
reste du temps, il n'est question que de ses auteurs, dont la forme du
nom change au gré des références. IL'autorité de l'auteur fondant plus
la fiabilité de son texte que la qualité du travail fourni, il semble plus
convaincant de se référer à Gothard Arthur qu'à sa compilation
A diverses occasions, Gothard Arthur est qualifié d'historien et son
ouvrage dhistoire. La compilation est parfois considérée par les frères
Richer comme une représentante des « relations». Les compilations en
langue latine, dont le Mercurius GallobelgicIus fait partie, semblent ainsi
appartenir à un genre large relevant des «Histoires et Chroniques ,
Les informations peuvent circuler d'une compilation à l'autre : là où
le Mercurius sert de source aux Richer, le Mercure est susceptible de
servir de source à Gothard Arthur. Cette circulation des informations
se traduit par un retard plus important de la publication des nouvelles
G0 Mercure Frangois,os 0p. cit, vol. 1, 1611, f437 v? (pour l'année 1610). Dans 1l'édition do
p1o6u1r5 l,'a lan nrééteé r1e6n1c0e) .à Palma-Cayet se trouve au verso du folio 429. Ibid., vol. I, 1615, P447
61 Estienne Richer mentionne par exemple Goc(h)ardus, Art(h)us, Art(h)usius ou enca
Gor(h)ardus Artus voire Got(h)ard Artus. Ces mentions sont très nombreuses
es
volo mes VI et X du recueil, mais elles sont déjà présentes dans les volumes precca édents.
Nous en avons recenser 47 entre les volumes II et X dont voici quelques exenmp
Tbia, vol. I, 1613, P264r (pour l'année 1611), vol. V, 1619, p. 181, (pour lannee
P. 126 et 196 (pour l'année 1618), p. 15, 35-36 et 228 (pour l'année 1619, vol.
P.18, (pour l'année 1623), p. 178, 185, 187, 194, 202, 273, 302, 308, 317 et 5
'année 1624), -A propos du rôle de Gothard dans la rédaction du Mercurnis gau
voir par exemple Feller, François-Xavier, Biographie des hommes qui se sOnt fais u 4
E Eee Leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs arimes, vol, II, op, cit, p. 29-
urimportance de la réputation des auteurs dans le système de références
Blandine, Lhistoire à lage dassique, t. 2, La défaite de l'érudition, op. Cit, P:
ainsi que
Veyne, Paul, Les Grecs ont-ils crn à leurs mythes?, op, cit., p. 17-23.
62 Mercure Prangois. op, cit, vol. V, 1619, p. 181 (pour l'aniée 1617), vol. VI, 1045P ,274,
315 et 757 (pour l'année 1622), vol. X, 1625, p. 309 (pour l'année 1624
63 1bid, vol. IV, 1617, p. 358 (pour l'année 1616),
lecteur des
dessus,
mentionnent
de cette
d'inspiration de
pour l'est
renvoie
relative
mentionné. Le
forme du
fondant plus
semble plus
compilation
d'historien et son
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semblent ainsi
Chroniques ,
: là où
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nouvelles
1l'édition do
1615, P447
ou enca
nombreuses
es
precca édents.
exenmp
lannee
vol.
5
gau
fais u 4
p. 29-
références
ainsi que
1045P ,274,
GENESE D'UNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 107
en fonction des espaces concernés. Les nouvelles relatives aux territoires
orientaux et septentrionaux de la chrétienté sont susceptibles
d'êcre publiées avec un plus grand retard dans le Mercure François, Au
contraire, les informations relatives au sud et à l'ouest de l'Europe
arriveront probablement avec plus de retard dans les pages du Mercurins
Gallobelgicus. Le Mercurius peut avoir inspiré le Mercure, pour autant,
les frères Richer considèrent les deux ouvrages comme appartenant à
un même genre comme le confirment les premières lignes du dixième
volume du Mercure
13E Si jamais il y eut temps qui ait donné suject d'écrire des Annales & Histoires,
ce qui s'est passé en ceste année, en l'année suivante & ce qui se voir preardparé
devoir advenir en l'an 1625 n'en a produict & ne produira que crop de
owe matiere LJ
Plus qu'une sous-catégorie de l'écriture du passé, annales, chroniques et
relations participent pleinement à cette écrirure. Elles en sont à la fois
la matière et le produit fini. Léquivalence terminologique de ces termes
font de ces ouvrages les exemplaires d'une écriture du passé relevant à
la fois des sources, de leur rassemblement, mais aussi du récit hiscorique
à proprement parler,
Les références à la compilation du publiciste et historien Michael
Caspar Lundorp sont également nombreuses. Ici encore, les frères
Richer qualifient ses ouvrages de relations. Son travail constitue, aussi,
une des sources principales du Mercure Frangois. Lundorp est un auteur
allemand originaire de la ville de Francfor-sur-le-Main, alors connue
pOur ses célèbres foires du livre. Lundorp exerce de multiples activités
décrivain, et produit plusieurs types d'ouvrages dont des compilations
historiques. Lorsqu'il se réfere à lui, le Mercure Frangois ne fournit pas
de références vraiment précises65. Les frères Richer composent donc en
64 1bid, vol. X, 1625, p. 1 (pour l'année 1623).
bd., vol. VII, 1622, p. 28, 30 et 178-179 (pour l'année 1621), vol. VIII, 1623, p. 74 (pour
année 1621), p. 284 (pour l'année 1622), vol, IX, 1624, p. 201 et 241 (pour I'année l625),
VOL, 627, p. 94 (pour l'année 1626). - Sur la qualification du travail de Lundorp
par le Mercare Frangois voir iBid, vol. VIL, 1623, p. 74 (pour lannée lo2
undorp, Michacl Caspar, Londorpius suppletus et continnatus sive actorum puoiicoru
DIort et Leipzig, Schönwetter, 1741. A propos de cet ouvrage, voir les commentulres
eJacques Basnage, Basnage, Jacques, «Préface », Annales des Provinces Unies, vol, ,
La Haye, 1726, [p, 16],
108 UHISToIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
partie leur compilation à partir d'autres compilations. Celles de Gothad
Archur et de Lundorp sont particulièrement convoquées pour publier
les informations et nouvelles relartives à I'Empire. Au travail habituel
de la compilation s'ajoute un travail de traduction pour apporter une
meilleure connaissance de l'histoire des contrées éloignées au lecteur
Certains volumes du Mercure Franigois citent d'autres historiens ou, de
manière plus générale, d'autres auteurs, sans compter les mentions
régulières des «Histoires » ou «Annales et Histoires » anonymes. Les
huitième et neuvième volumes du Mercure Frangois sont particulièrement
riches de références de ce type. Certaines sont ponctuelles, d'autres
reviennent à plusieurs reprises"
Si l'omniprésence des références à d'autres histoires et d'autres historiens
témoignent de la confance mise par les rédacteurs du Mercure
Frangois dans cette discipline, il n'en demeure pas moins que certaines
mentions Saccompagnent de mises en garde. C'est parfois le cas à propos
des ouvages de Gohtard Archur. Sa confesion est souvent rappelée dans
1e bur d'éveiller l'esprit critique du lecteur sur les opinions de l'auteur. Ce
dernier est qualifé indifférenmment d'historien « évangélique, «prores
tant, calviniste >, « luthérien» par les rédacteurs du Mercure Français
au gré des circonstances et des schismes religieux. A plusieurs occasions,
cela permet à Estienne et à Jean Richer de prendre leurs distances avee
des nouvelles peu crédibles, comme celles susceptibles d'avoir éré dife
fusées par des canards, A propos de l'apparition de trois soleils dansle
Ciel allemand, qualifiée de prodigieuse, le rédacteur prend le soin de
préciser le titre du Mercurins Gallobelgicus et la confession de son aureur.
La publication de la relation de ce phénonmène dans un autre recueil
Semble etre un moyen pour Estienne Richer de prendre ses distances
avec Iinformation ou, au moins, de se prémunir de certaines critiques
67 Lbia., p. 846 (pour l'année 1622). - Nous recensons ici les références à ces diie
Ouvrages et auteurs dans le Mercure François par ordre chronologique avant de donn
rétérences des ouvrages cités par le recueíl. Ibid., p. 156, 161-162, 234, 246 49 vol.X
1o24, p. 45 pour l'année 1622) et p. 374, 377, 383-384 ct 386 (pour l'annéc 162)
oir
ensuite Gaultier, Jacques, Table chronologique de l'Etat du christianisme aepusta (A
de Jesus-Christ, 1609, chez Jean Roussin, Lyon. Voir aussi Raemond, Florimon
Lhistove de la naisance, progrez et décadence de l'hérésie divisée en huit livres, Faris Chez la
veuve Guillaume Delanoue, 1610. Voir également Meteren, Emmanuel (ae bistoire iti es
Pays-Bas ou recueil des guerres et choses memorables advennes tant és dits pay, qu oP
voisins,
depuis V'an 1315 jusques à lan 1612, La Haye, Janssen, 1618.
Gothad
publier
habituel
apporter une
lecteur
historiens ou, de
mentions
anonymes. Les
particulièrement
d'autres
d'autres historiens
Mercure
certaines
propos
rappelée dans
l'auteur. Ce
prores
Français
occasions,
distances avee
éré dife
dansle
soin de
aureur.
recueil
distances
critiques
diie
donn
49 vol.X
162)
oir
aepusta (A
Florimon
Faris Chez la
bistoire iti es
voisins,
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 109
La mention de la confession de l'auteur joue peut-être le même rôle, En
réalité, le rappel de la religion de Gochard Arthur est particulièrement
fréquente dans ce huitième volume du Mercure Frangois, Cela sexplique
peut-être par le contexte de compilation et de publication du recueil.
Nous sommes quelques mois seulement après la reprise des guerres
de Religion dans le royaume et la signature de l'édit de Montpellier
du mois d'octobre 1622, Les volumes VII et VII du Mercure Frangois,
respectivement publiés en 1622 et 1623 reviennent sur ces événements
Quant aux «portraiccs» des trois soleils mentionnés par Estienne Richer,
il s'agit de la reproduction d'une gravure représentant ces trois soleilss.,
En revanche, à d'autres occasions, le Mercure Frangois se garde d'éveiller
la méfance du lecteur àà propos du Mercurius Gallobelgicus et cite au
contraire cette compilation avec une con fiance manifesteAvant et
après ces deux volumes, les références à des histoires et historiens précis
se font plus rares. Elles existent pourtant. Il arrive aussi au Mercure de
citer de manière assez vague le travail de politologues ou de géographes"
Les rédacteurs du Mercure composent également leur compilation à
l'aide de sources plus directement en prise avec l'actualité, comme les
occasionnels, les « livrets du tempsS », les relations diverses, les gazettes
ou encore des témoignages directement adressés aux rédacteurs du
Mercure. Elles leur permettent notamment d'alimenter leur travail
d'informations relatives aux territoires étrangers comme l'Allemagne, la
Pologne, mais aussi la péninsule Ibérique, I'Italie, les Provinces-Unies,
ou encore I'Empire ottoman
0 Voiregalement /Mercure Frangois.o, op. cit., vol. VI, 1621, p. 19 (pour l'année 1619), vol VII,
1623, p. 252, 274 et 737 (pour I'annéc 1622), vol. X, 1625, p, 308 (pour l'année 1624),
vol X, 1625, p. 19 (pour l'année 1623) et p. 309 (pour l'année l624).
69 Tbid., vol. IX, 1624A, p. 276 (pour l'année 1625)
70 Ibid, vol.x, 1625, p. 19 et 23 (pour lannée 1623) p. 110, 114 et 116 (pour l'année 1624),
voL. XI, 1626, p. 1100 (pour I'année 1625), vol. XII, 1627, p. 258 ct 376 (pour I'année 1626),
En ce qui concerne les références aux géographes et politologues voir ibrd, vol. VIlI, 1623,
P.7et 14 (pour l'année 1621). A propos d'Isthuansi voir Moreri, Louis,Lgnddiaiomain
DLutorique ou le mélange curieux de l'bistoire sacrée et profane, c. I, Paris, Marierte, 1725, p. ID.
7all se disoir aussy plusieurs aueres choses sur le sujet de Iad ire Regueste, queje aisseruy
à voir dans les livrets du temps», Mercure Prangois. y 9P, it, vol X, 1625, P S6 ur
nee lo24), « Les Relations imprimees en Allemagne, disent, .]», ibid, Vvol, I1, 1615,
590P pour l'année 1612), vol. II, p. 391 (pour l'année 1614), vol. Vlll, 1025, P. 50
oanne 1621), vol. IX, 1624, p. 304 (pour l'année 1623). «Aussi, les Relations
Polonoises asseurent que ]», ibid, vol, II, 1613, P357v (pour l'année 161). « Ceste
Sne Keations espagnole [.J», ibid., p. 560 (pour l'année 1623), vol. X, l625, p. 251
110 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
Le double ancrage de l'intertextualité du Mercure Erangois dans les
écritures de l'histoire et de l'actualité sexplique par la conception de
l'histoire comme écriture du temps présent défendue par ses rédacteurs.
Cela justifie la possibilité pour le Mercure Frangois de surimposer une
nouvelle strate dans son système complexe de rétérences et dans l'usage
de ses sources. En plus de sources déjà citées, le Mercure Frangois devient
sa propre source et élabore un système d'autoréférenciation. Pour ce faire,
le rédacteur renvoie le lecteur à d'autres volumes de celui-di. La précision
des références est variable. Elle peut être assez vague et renvoyer aux
premiers ou précédents Merctures ou tout simplement au Mercure, mais
elle peut aussi indiquer l'année, le volume voire le folío ou la pageà
consulter, Les exemples sont à nouveau très nombreux, La situation
de ces réérences, transformant le Mercure Frangois en sa propre source,
est également variable. Elles peuvent être introduites dans le corps du
texte ou bien à la faveur d'une transition entre deux affaires ou encore
en margeB. Elles sont susceptibles d'être en italique ou en caractères
romains. Il arrive également quune citation identique se trouve dans
deux volumes différents du Mercure Frangois, le second renvoyant avec
précision au premier. La transformation de la matière du Mercure
3T
pour l'année 1624), «ll se peut juger par la Gazette de Rome [», ibid., vol, X
P. 61 (pour l'année 1622), «Les Gazettes d'Italie (qui servent d'ordinaire de trompette
aux Espagnols) []», vol. DX, 1624, p. 64 et 75 (pour l'année 1622), p. 718 (pour
l'année 1623), vol, X, 1625, p. 178 (pour l'année 1624), «Les Relations de Hollande
disent en ce mesme temps .J», ibid,p. 787 (pour l'année 1625), «Les Relations venues
de Constantinople portent que [.J», ibid., vol. IX, 1624, p. 14-22 (pour l'année 1622)
et p. 752 pour l'année 1623).
72 Nous avons dit en Nostre Mercure, qu'après la mort du Pape Clement 8. les Cardinaux
estans entrez dans le Conclave pour procéder al'election d'un nouveau Pape Jp, 1014
vol. 1, 1613, P19P (pour l'année 1610), « Les teneurs d'Academies publiques de jeux
de cartes & de dez (dont nous avons parlé en nostre Mercure ei l'annce 1609) bo:J>
ibid, P35v pour l'année 1611), «Le trouble de Francforc cst amplement descrit dans
e iroisies me Volume du Mercure Erançoís, en l'an 1614, où il se voit comme sa M
bt tout devoir de tascher à faire mourir ce trouble en sa naissance. », ibid., vol. I, 1o
P. LUDpOur lannée 1616), «Il a été rapporté au quatrième tome du Mercure sur la i
de l'an 1616 les propositions du Cardinal Ludovisio l6gat de sa Saincteré LJ2, bil,
voL V, 1619, P, 181 (pour l'année 1617), aAu quatrièsme rome du Mercure fol. 358, nous
avons rapporté comment & par qui les gardes de Monsieur le Prince furent changes
première fois J», ibid., p. 228-229 (pour l'année 1617),
73 Tbid., vol. XI, 1626, p. 1009 (pour l'année 1625).
4 Voir ibid., vol, XIII, 1628, p. 400 (pour l'annéc 1627) et vol. X, 1625, p. 58) Po
l'année 162A),
dans les
conception de
rédacteurs.
surimposer une
l'usage
devient
ce faire,
précision
renvoyer aux
Mercure, mais
pageà
situation
source,
corps du
encore
caractères
trouve dans
renvoyant avec
Mercure
vol, X
trompette
718 (pour
Hollande
venues
l'année 1622)
Cardinaux
Jp, 1014
de jeux
1609) bo:J>
descrit dans
sa M
I, 1o
sur la i
LJ2, bil,
358, nous
changes
58) Po
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 111
François en sa propre source est conforme àl'idée affirmée dans le péritexte
de l'ouvrage selon laquelle l'histoire est à la fois écrite durablement,
mais qu'elle est également susceptible de servir de sources à de futurs
travaux. Elle participe également à la fondation d'un temps propre au
recueil, ce fameux « nostre temps ». Comme pour la formation dun
cemps propre à la compilation, ce double système de référenciation -à
la fois ex terne et interne- consacre la logique de la collection, en fait un
système d'information et de mise en ordre du temps, et rejoint la mise
en ordre du temps politique du lecteur, Les notes marginales publiées
dans le Mercure participent parfois à ce dispositif d'autoréférenciation et
contribuent largement à la mise en ordre du temps, et dans une moindre
mesure de l'espace. Elles mettent notamment en place les jalons nécessaires
à la föndation d'un temps propre à la collection. Marion Brétéché
observe le même phénomène à propos des outils de lecture mis en ceuvre
dans les « mercures historiques et politiques, en particulier par La
clef du cabinet des Princes. Ces observations permettent de postuler de
l'infuence du Meraure Frangais sur certains périodiques poscérieurs dans
leur constitution d'outils susceptibles de créer une lecture historique"
Visibilité accrue du système de référenciation a partir0p 9e la
du milien des années 1620
En dépit de la très grande probabilité d'une permanence des sources
ou des types de sources convoqués par les frères Richer depuis les origines
du Mercure Frangois, ces derniers acceptent entre 1623 et 1627 environ,
de laisser le lecteur entrapercevoir les éléments de la structure achevée
de leur travail à la fois colossal et minutieux. Certaines méthodes ou
principes de constitution du recueil deviennent visibles. Les références
aux annales, chroniques et histoires sont révélées aux lecteurs, l est
aincile de comprendre pourquoi les rédacteurs de la compilation font
noix a ce moment précis. Aux alentours du milieu des années 1620
nc, les rétérences aux ouvrages historiques apparaissent alors qu'eles
taient tout à fait absentes et celles aux relations du temps sintensinent.
Srenvois aux volumes précédents du Mercure sont toujours présents. La
ln du système d'autoréférenciation s'aiguise. Le Mercure Frangois se
Brétéché, Marion, Les compagnons de Mercare., op, cit, p: 58.
112 aoHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
montre ainsi capable de renvoyer très prédsément son lecteur plus avant
dans le texte, et plus seulement en arrière. Le rédacteur peut indiquer
à son lecteur à quel moment il sera à nouveau question d'une même
affaire. C'est par exemple le cas dans le dixième volume du recueil
L'estat des affaires du temps firent que la Cessation d'atmes fut continuee
selon que la voulurent observer les Imperiaux, jusques au mois de Mars, que
les articles pour les Tresves generales furent accordees à Vienne, comme il sera
raporté cy-après fol. 291. & en suitte un Traicté de Paix entre lEmpereur &
ledit Prince Transilvain; Voilà ce qui sest passé au dernier trouble de Hongrie,
9 0voyons ce que faisoit en ce mesme temps Mansfeld au pays de Frise
Cette référence est précieuse quant aux méthodes de composition du
recueil. Le rédacteur constitue son ouvrage en anticipant avec précision
le contenu de l'intégralité du volume. On peut aussi penser que certaines
références ou informations viennent, au contraire, complérer après coup
le travail en première intention du rédacteur.
Ces références confirment également la très forte volonté de livrer au
lecteur une compilation à la logique chronologico-thématique. Il arrive
parfois au rédacteur de suspendre la narration pour la reprendre plus
tard parce que la chronologie des événements ne permet pas dachever
le récit en cours. En effet, dans le même temps se sont déroulés dautres
événements qu'il faut relater. Cela explique certaines formules redondantes
du type : « comme il sera dit cy-après .], faisant patienter
le lecteur jusquaux prochains développements de l'affaire, qui, selon
la fiction établie, n'ont pas encore eu lieu. Il arrive d'ailleurs partoIs au
rédacteur de s'excuser d'avoir d développer trop longuement une afaire,
et davoir donc fait une petite entorse à cette logique chronologico-thematique
Ce type de références capables de renvoyer le lecteur en aval
de louvrage et pas seulement en amont confirme la capacité du recueila
fonder son propre temps et à le mettre en ordre selon sa propre logique
76 Mercure Frangois.., op. cit., vol. X, 1625, p. 13 (pour I'année 1623).119
77 1bid., p. 659 (pour l'année 1624),
78Jay esté comme contrant de rapporter tout d'une suitte ce qui sest passe n
du Roy Jaccques VI. Roy de la grand Bretagne, & au mariage de son fils le Roy Chare
premier avec la troisiesme fille du Roy Tres Chrestien le feu roy Henry le Grand
que le lecteur pourra trouver long, mais je n'y sceu faire autrement, Puisque nous 1ous
trouvons Sur la mer, faisons un tour aux Indes occidentales, », ibid., vol. XI, 1620, P. 2
(pour l'année 1625, première partie),
plus avant
indiquer
d'une même
recueil
continuee
Mars, que
comme il sera
lEmpereur &
Hongrie,
Frise
composition du
précision
certaines
après coup
livrer au
Il arrive
reprendre plus
dachever
dautres
redondantes
patienter
qui, selon
partoIs au
afaire,
chronologico-thematique
en aval
recueila
logique
Roy Chare
Grand
nous 1ous
1620, P. 2
GENÈSE D'UNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 113
Labparition d'informateurs et de correspondants a
a la fin des années 1620. bnoe103 2a 20
Lorsque l'on fait un saut dans le temps pour passer du dixième
au quatorzième volume du Mercure François publié en 1629, on fait
le constat de la disparition des références au Mercurins Gallobelgicus,
pourtant publié jusqu en 1638, Le Mercure François ne renvoie plus non
plus aux travaux de Lundorp, décédé en 1629. Dans le même temps,
le système d'autoréférenciation se faic plus discret sans disparaîcre tout
à fait". Le recueil continue en revanche à mentionner les relations
collectées dans le but de poursuivre l'écriture du temps Quelques
allusions à une relacion directe entre le rédacteur et ses informateurs
se font également jour au fil des volumes. Dans le volume VII déjà :
Ce discours mayanc esté envoyé par une personne de qualiré qui estoit
dans l'armée & un des premiers en tous ces combats, je l'ay mis icy
sans cien adjouster ny diminuer L.], mais aussi plus tard: « Voyons
ce que nous avons peu recouvrer des relations de Constantinoples.
Le rédacteur du recueil entretient donc, au moins ponctuellement, des
relations directes voire personnelles avec certains de ses informateurs
Ces références à la participation (probablement sponranée, parfois plus
codifiée) d'informateurs voire de correspondants à la constitution dela
compilation révèlent avec plus de force encore le rôle du témoignage
Oculaire dans l'écriture de l'ouvrage. Elles attestent très probablement
du succès de l'ouvrage, dont le rédacteur doit s'attacher les services
dinformateurs ponctuels dans un premier temps puis de véritables
Correspondants et mettent en lumière le caractère collectif de la pratique
de la compilation Les auxiliaires à lceuvre dans la constirution du
recueil ne sont plus seulement des témoins oculaires ou indirects dun
passé relativement lointain, mais ceux d'une actualité plus ou moins
distante géographiquement du royaume. Lhistoire écrite par le Mercure
rangois s'affirme plus fortement encore que dans volumes précédents une
istoire du temps présent et 1'historien, son témoin direct ou indirect.
a tendance s'accentue sous la direction de Théophraste Renaudot qui
79 Ibid., vol. XIV, 1629, p. 2 (pour l'année 1627).
80 Tbid., vol, XVI, 1632, p. 906 (pour l'année 1629).
81
934, vol. VII, 1623, p. 866 (pour l'année 1622), vol, XVI, 1632, p. 1032 (pour l'année 1629).
62 A ce propos voir Chartier, Roger, La nain de l'auten. , D, C1f P: 1
114 ISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
applique au Mercure les méthodes d'investigation et d'écriture éprou
vées dans la Gazette et sollicite ses correspondants locaux, comme on le
lit ici, lorsqu'il introduit des nouvelles de Rome : «Nous vous faisons
donc part de leur récit particulier, ainsi qu'il nous a esté envoy@ La
mise en ordre de l'espace vient accompagner voire recouvrir celle du
temps et si le recueil ne prend jamais tout à fait la forme de la Gazette
qui classe ses informations selon leurs lieux de production, la logique
spatiale devient indéniable dans les derniers volumes du Mercure Fiançois,
Les références fournies par les rédacteurs successifs du Mercure
témoignent d'une évolution dans la pratique de la compilation et d'une
plasticité du recueil. Plus encore, elles font également la preuve d'une
réaffirmation de la conception d'une écriture du temps à l'origine de la
Compilation. Cette façon de se représenter l'écriture de l'histoire affecte
aussi le style et le registre de langue du Mercure François. Lhistoire conçue
comme récit véridique des événements par les rédacteurs du Mercure les
conduit à faire le choixd'un propos simple et dépouillé, aux implications
éthique et politique.
ETHIQUE DE VÉRITÉ HISTORIQUE, SIMPLICITÉ DU PROPOS13s7ib enoithi
ET ENJEUX POLITIQUES Sdory tottit91 23047211
Jene te donne point un Panegyre eloquent au lieu d'une Histoire, ny de grands
P discours philosophiques enrichis aux bordages de tout ce que les autheurs
3ttGrecs et Latins ont escrit de plus beau; ains seulement une simple narratton
de ce gui est advenu aux six annees dernieres Jiviolb 2oue
Jean Richer distingue le Mercure d'un texte de philosophie, dont
le genre d'après la Rhétorique d'Aristote, se situe au croisement a
largumentation et de la logique démonstrative. D'après le libraire, les
dissemblances entre les textes épidictique et plhilosophique et le Meru
krangots portent sur le style et le registre. Lécriture du passé est censc
dépeindre aux lecteurs des faits avérés sans que l'historien n'ait a s
soucier de leur caractère possible, probable ou encore vraisemblap
83 Mercure Frangois.,.oy op. cit., vol. XXII, 1641, p. 318 (pour l'année 1638).
2308 9U3
84 Richer, Jean, « Preface au Lecteur», Mercaure François,, op, cit., vol. I, Iol 31r
85 Apropos de la typologie des discours établis par Aristote voir Maingien (o159),
« Genres de discours et modes de généricité», Le français autjourd'bui, 4120
p. 29-A propos de la fígure centrale d'Aristote dans la poétíque et la rheto re
Ricceur, Paul, La Métaphore vive, Paris, Seuil, 1975, p. 13-61 voir ansSi 1,
d'écriture éprou
comme on le
vous faisons
envoy@ La
celle du
Gazette
la logique
Fiançois,
Mercure
et d'une
preuve d'une
l'origine de la
l'histoire affecte
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Mercure les
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23047211
de grands
autheurs
narratton
2oue
philosophie, dont
croisement a
libraire, les
le Meru
censc
n'ait a s
vraisemblap
31r
(o159),
rheto re
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HTISTOIRE POLITIQUE 115
La vérité doit dicter le travail de l'historien, histoire est portée parla
recherche de la restirution de cette vérité : 'historien doit s'en tenir aux
faits, Cette poursuite de la vérité est susceptible d'induire l'administration
de preuves à laquelle la rhétorique n'est pas nécessairement étrangère,
même si se pose la question de l'état et de la solidité des liens entre
histoire et rhétorique. La conception de l'histoire défendue par Jean
Richer semble exclure également le Mercure François des genres poétiques
aristotéliciens. Le Mercure Frangois se veut pourtant bien une narration,
comme le sont les genres de l'imitation définis par Aristote7. Les
configurations narratives mises àl'aeuvre dans le Mercure n'interdisent pas
le recoursà une forme de fiction afin de révéler la vérité des événements
passésss. Cette fonction de révélation du réel par I'histoire revendiquée
par Aristote comme par Jean Richer suppose l'existence d'exigences
morales et politiques auxquelles sont subordonnées les normes d'écriture
propres à I'histoire. Lhistoire suppose donc une éthique de vérité dont
la conséquence immédiate est la simplicité du propos. est
La nécessité d'un propos acessible
Lhistoire, qui sécit d'après Palma-Cayet avec la double exigence
de l'alitbeia (la vérité) et de l'apatheia (l'absence de passion) trouve dans
le propos simple la garantie à ces principes éthiques. La revendication
étude Entre rhétorique ct poftique : Aristore, art, ciré, p. 13-14,-A propos dléventueles
Similarités de l'écriture de l'histoire avec l'éloge ainsi quà propos des diférentes leccures
d'Aristote, voir notamment Hartog, François, «Aristote et Il'histoire., art. cite
P45, 4)-SA7 et 550-551, - Sur la question du réel, du vraisemblable, du possible et
dL probable dans l'ccuvre d'Aristote voir Demonet, Marie-Luce, « Scolastique trangaise
et mondes possibles.oo D, art. cité, p. 146-160,
O0HartoB, François, «Aristote et l'histoire., art. cité, p. 541, 546 et 549-551, Fmnçois Hartog
C Cre pas directement les travaux d'Hayden White mais ceux d'Arnaldo Momigliano
a rayers lesquels Carlo Ginzburg aurait rencontré les analyses d'Hayden White. Voir
notamment Momigliano, Arnaldo, « The History of Rhetoric and Rhetoric of History
on layden White's Tropes », Settimo contributo alla storia degli studi dlasici e del mondo antico,
kome, Bcizioni de storia e letteratura 1984, p. 49-59. Voir également white, iayien,
ELabistor: the bistorical imagination in nineteenth century Earope, Baltimore, Johns Hopkins
University Press, 1973 ainsi que id, Tropics of discourse ; ersays in cultural criticis, balino
Jons Hopkins University Press, 1978, Voir aussi Huppert, George, Lidée de V'bistoire parjaite,
P. 36-40 ainsi que Veyne Paul, Les Grecs ont-ik cru à leurs nybes , op. cti, P. 4
8Oir Ricaeur, Paul, Temps et récit, op, cit, t. I, Lintrigue et le réeit bistorigue, P. O/ et 890
question de la vérité en histoire voir Veyne, Paul, Ls Grecs ont-1ls cru a Lenirs nyTDEs {5
op. cit., p. 17-38.
116 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 8D
d'une écrirure dépouillée fait alors figure de lieu commun de la part
des historiens À la suire de l'auteur de la Chronologie septenaire, jean
et Estienne Richer reprennent à leur compte la volonté de produireun
texte de vérité, sans fiorirures. Pour Pierre-Victor Palma-Cayet comme
pour Jean Richer, l'histoire n'est pas plus éloquente que la chronique
mais elle est plus développée. Le format moyen de chaque volume du
Mercure François semble en attester. Lidée de la nécessité d'un propos
facilement accessible au lecteur peut avoir influé d'une autre façon sur
l'écriture du Mercure François. 09329 2002
Outre le fait que les textes compilés par le Mercure sont majoritairement
rédigés en langue française et que le public visé lit probablement
l'histoire en français, la simplicité du propos préconisée par Jean Richer
afin d'écrire l'histoire justifie aussi le choix de cette langue. Ce choix,
commun à la Chronologie septenaire et au Mercure François, suppose des
opérations de traduction du latin vers le français, comme l'écrit d'ailleurs
explicitement Jean Richer dans la préface au lecteur du premier volume
du Mercure François:
Je te donne dans ce livre toutes les choses les plus remarquables advenues depuis
l'an 1604., lesquelles mon messager (que j'appelle Mercure Prançois) nm'a appories
des quaire parties du Monde, en diverses langies, &que j'ay faictes Frangoises à mia
o mode le plus succinctement que j ay pen) fnaU 512 orot2
rapproche également les deux ouvrages de la chronique et des annales
alors que le recours à un récit développé les en éloigne?2, La décision
d'écrire en français plutôt qu'en latin rappelle également le choix de cer
tains humanístes du siècle précédent, et notamment d'Estienne Pasquier
89 Voir Palma-Cayet Pierre-Victor, Epistre à Messire de Bellegarde », Chronologe se
nairt., 0 cit, 1605, [P2]P, Sur cette question, voir également Grafton, Anthony,
orgrnes bragiqnes de l'erudition., op. cit., p. 78 ainsi que Kriegel, Blandine, Lhio
age lasngue, t. 2, La dfaite de l'Erudition, op, cit, p. 35-37 et Guenée, Bernard, I
ulture bistorigue dans!Occident médieval, op. cit, p. 203 ct id, « Histoire, anna
Diques, art. cité, p. 1001 et 1015. Voír également Ricceur, Paul, Temps et récar, 9P u
t. I, Lintrigue et le rleit historique, p. 83-84.
Hicher, Jean, « Preface au Lecteur», Mercure François.., op. cit., vol, I, 1611 [yr e L
Tibraire au Ledeur>, ibid, vol. II, 1613, P2-3]P, et [P4]P,
cher, Jean, « Prelace au Lecteur», Mercure Prançois,., op, cit., vol, 1, 1611, U 9
92Sur ce point et sur l'usage du Srançais par les chroniqueurs et annalistes du Moy t
v1o0r1 2u.enee, Bernard, «Hístoire, annales, chroniques,.., art. cité, p. 1001,
de la part
septenaire, jean
produireun
Cayet comme
chronique
volume du
d'un propos
façon sur
majoritairement
probablement
Jean Richer
Ce choix,
suppose des
d'ailleurs
volume
advenues depuis
nm'a appories
Frangoises à mia
512 orot2
annales
décision
choix de cer
Pasquier
Chronologe se
Anthony,
Lhio
Bernard, I
récar, 9P u
yr e L
9
du Moy t
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 117
dont les Rebherches sont écrites en français. George Huppert explique
cette initiative par le sentiment nationaliste d'Estienne Pasquier. II
envisage également la volonté de lauteur de toucher un public le plus
vaste possible. La langue choisie par Jean Richer pour écrire le Mercure
Frangois pourrait, paradoxalement, provenir de ces deux héritages", Elle
permet aussi de donner au lectorat du Mercure les éléments d'un pacte
de lecture en inscrivant l'ouvrage dans un certain lignage.
Lveil d'une conscience politique nationaleuges sousvor b zisgb
Au-delà d'une filiation assumée du Mercure Frangois avec la Chronologie
septenaire de Palma-Cayet, le titre du Mercure revendique explicitement
le choix de la langue vernaculaire au détriment du latin. En plus d'êcre
une référence explicite au messager des dieux, le Mercure Frangois ren
voie à un autre ouvrage, à savoir le Meraurius Gallobelgicus de Gothard
Arthur dont il s'avère être une traduction partielle, Le Mercure Fragois
est en quelque sorte l'équivalent français du Mercurius de Gothard
Arthur, auquel il ajoute une dimension de vulgarisation nationale
par le choix de la langue. Le legs linguistique de la chronique et des
annales trouve son explication dans la volonté politique de participer
à l'élaboration d'une mémoire commune et consenuelle du royaume,
en livrant notamment au lecteur une compilation de ses événements
mémorables et remarquables. En plus des enjeux commerciaux certains
portés par la publication pour ses imprimeurs, le rôle du Mercure Frangois
se veut alors civique, 9 r 1P209
La revendication d'un style dépouillé er d'un propos simple par
les rédacteurs du Mercure François est typique de l'application de leur
Conception de l'histoire à l'écricure de celle-ci. Elle est en fait révélacrice
d'un engagement politique marqué dont la vision de l'histoire entrerenue
par les rédacteurs du Mercure est la vectrice.t
uppert, George, Lidle de lTbistoire parfaite, op. cit., p. 23-24, 27-29, 38, 50 er 99. Sur
e question, voir aussi Yardení, Myriam, La conscience nationale en France pendant les
rrer de Keligion (1559-1598), París-Louvain, Nauwelaerts, 1971, p. 413-0.
cher, Jean, « Preface au Lecteur », Mereure Prançois,, P. cit, vol. l, 1ol1, ol
118 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ETAT
7paUNE HISTOIRE PLEINEMENT POLITIQUE 6171E1 97
En relatant des faits survenus dans un passé proche par le recueil puis
la compilation d'actualités, le Mercure François entre dans le domaine
du politique c'est-à-dire ici de la Politeia ou encore de la constitution
d'un collectif. C'est une mémoire historique et politique des années
de paix du royaume depuis 1598 qu'écrit le Mercure François à la suite
de la Chronologie septenaire. La dimension politique du Mercure ne peut
être indiférente au pouvoir monarchique en place en raison du caractère
national donné àlouvrage par son titre. Le Mercure François entre
donc également dans le domaine de la politique, de la Politike en
suscitantlintérêt des représentants de l'Etat. C'est en raison de cette
dimension politique et civique que le pouvoir royal se montre attentif
au contenu de l'ouvrage. Les usages politiques et Civiques du Mercure
ne sont négligés ni par ses rédacteurs ni par les tenants du pouyoir,
La contextualisation politique du Mercure François et de ses pratiques
d'écriture S'avère donc nécessaire RDDOStig
LES USAGES POLITIQUE ET CIVIQUE DU MERCURE FRANGOS ornod.bia
292 9D norsnliqomo 03 20195l p5 3 on ins1vil 09
Ala suite de Pierre-Victor Palma-Cayet puis de Jean Richer, Estienne
Richer fait de la véritéet de l'absence de passion les compagnes de route
de I'historien. Dans la préface au lecteur du premier volume du /Merure
François, Jean Richer dénonce les pratiques mensongères de certains
auteurs comme leurs dangers 8 325 i l smerwn ub 2w93 3Eo1
Jepensois finir este Histoire par la mort de ce grand Roy, mais je l'ay continuee jilgu
an Sare G Cotronnement du Roy son fils, pour ce que plusiers sous fanx TaPpo
0 avec npudence faict imprimer depuis sa mort des choses importantes, par 4
Gles ont faict courir aus pays estrangers J
95 A propos de ces opérations de contextualisation dans le domaine de la litteraru
de l'étude des genres littéraires voir notamment Schacffer, Jean-Marie, Qr ES
un
genre Lrtéraire ?, Paris, Seuil, 1989, p. 51-52 mais aussi Jauss, Hans-Robert, «L ature
médiévale et théorie des genres», art. cité, p. 52.
96 Richer, Jean, « Preface au Lecteur>, Mercure Frangois., op, cit., vol. 1, 101,
mauasisrei .P, aolmp,a c-iCt.a, y1e6t0 P5i,e Prre2-]VPivctor, «Epistre à Messire de Bellegarde», Chronologe s
6171E1 97
recueil puis
domaine
constitution
années
à la suite
ne peut
du caractère
François entre
Politike en
de cette
montre attentif
Mercure
pouyoir,
pratiques
ornod.bia
ins1vil 09
Estienne
de route
/Merure
certains
3Eo1
continuee jilgu
TaPpo
par 4
litteraru
un
ature
Chronologe s
GENÈSE D'UNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 119
Ces regles éthiques se justifient par la fonction assignée à l'histoire par les
imprimeurs du Mereure Frangois. Le Mereure assume une fonction édifcatrice
par la poursuite d'une forme de catharsis purificatrice sur le lecteur:
EN LISANT IHISTOIRE, on apprend a fuyr & detester le vice : on y void
Sscomme dans un miroir le maux qu'apportent les nouvelles opinions, & les
aspii rebellions & par icelle nos esprits sont incitez à la vertu. Si les anciens ont
sitant estimé les excellents hommes, que pour en conserver la mémoire ils ont
Colloqué leurs statués, & images ez 1Temples & autres lieux publics; combien
doit on estimer 1'Histoire qui n'est point muëtre comme sont les statuës, qui
n'est point vaine comme est la peinture, & qui nous anime au bien & service
oio de la Republique
D'après Jean Richer, le positionnement juste engendré par la lecture de
lfhistoire est proprement politique. Afind'espérer tel résultat, I'historien
doit se contenter de transcrire mimétiquement les faits
OQunaanndd jjee ccoonmmmmeennçgaayy umes Mercures, deux cbases m'y porterent 8 Lune, que tous les
Hitoriens da temps avwient esté, on partisans, ou favorisans le pariy lHuguaTO, on
celrsy der Ligueus, ayans traicté dans toutes leurs Histoires indiguement &mai
cietUsement les Roys, la Royne lenr mère, & les Ministres de l'Etat Et l'autre, que
ob m faisant un recueil de temps en temps de toutes les relations qui seferoient, lar Historiens
ayotent un Guide par ce moyen de n'oublier rien dans leurs Histoires, suivre la
droicte roue, sans pancber de l'un on l'antre party, ou du costé de ceux qui en Frane
prennent d'ordinaire quelgue mescontenteme
Lexigence de vérité est un principe maintenu par les rédacteurs à chaque
tois qu'un volume de la collection est préfacé, c'est-à-dire lors de la
publication des volumes I, I1, IV, VII, X, XVI, XXII et XXV. Lintérêt
de la publication du passé réside dans Iidée selon laquelle l'histoire est
verité et que cette vérité prescrit nécessairement les justes maximes
poLitiques aux sujets du royaume ; et donc les bons comportements tace
a a Communauté et aux instances de gouvernement étatique. Dans son
adresse au lecteur, Estienne Richer compare les « Maximes d Estat»
presentes dans les Chronigues médiévales de Joinville à celles que le
Me trançois,o 0p, cit, vol. I1, 1613 [P 66]e (pour l'année 1611) et (8] (pour
97
annee 16l0). Ces citations sont absentes du deuxième volume du Mercure lirangos sortie
es presses au cours de l'année 1615 et dont un exemplaire est conservé a la bibliothegue
janes dAix-en-Provence sous la cote In-8° 7972, Voir également «Le Libraire au
Lerieu , Meraure Frangois.) 0p. il, vol, I, 1613, [P5]v
A Jean; «Au lecteur », Mercure François,oo, op, cit, vol. V1, 1625, IP. -0]
120 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
lecteur trouvera sans son propre ouvrage. D'après l'auteur de cette
adresse, la présence de ces «maximes d'Estat» dans le Mercure S'explique
par leur judicieuse et pertinente application de la part de la régente
que le recueil s'est contenté de fidèlement rapporter en bon ouvrage
d'histoire), L'expression de «maxime d'Btat» employée par Estienne
Richer ancre fermement le Merczure Frangois dans le domaine politique
au sens de l'art du gouvernement. En dépit de la référence médiévale
de l'imprimeur, elle le situe, également, dans le contexte politique très
marqué de la floraison des théories dites de la « raison d'Etat» caractéristique
de la seconde moitié du xvi siècle et de la première moitié
du xVI siècle00. Pour Gabriel Naudé, comme le rappelle Yves-Charles
Zarka, les «maximes d'Etat» sont des « règles d'actions ou de coutumes
qui légitdment dans certains cas particuliers une conduite politique qui
sort des pratiques ordinaires ». Lévolution des circonstances politiques
est à même de justifier, pour les théoriciens de la raison d'Etat, le recours
soit à des amaximes d'Etat» soit à la « raison d'Etat» soit à des « Coups
d'Etat». En justifiant la mise en pratique de certaines « maximes
d'Etat» par la régente Marie de Médicis, Estienne Richer cautionne les
théories étatistes et défend les choix du gouvernement au moment de
la régence. Il affiche sa loyauté politique et entend la communiquer a
ses lecteurs. C'est donc à l'édification politique du lecteur, sous toures
les acceptions de l'adjectif politique, que doit servir l'histoire. Le sens
des propos d'Estienne Richer autour des « maximes d'Estat» ou de
Jean Richer à propos des guerres de Religion tendent à prouver que le
bon positionnement politique est nécessairement celui de l'obéissance
au pouvoir royal pour les deux frères102. Dans leur esprit, ce loyalisme
9 Le Libraire au Lecteur », ibid, vol. II, 1613, [P 2]v 01 39pue s 270p
100 A ce propos voir par exemple Jouanna, Arlette, Le Prince absolu, ApogÓe et clin de
imaginaire monarchique, Paris, Gallimard, 2014, p. 75-76.
OI Sur la notion de emaximes d'Erat» en particulier et sur celle de « raison d bt
genéral, voir notamment Zarka, Yves-Charles, « Raison d'Etat, maximes d'Etar ups
d'Etat chez Gabriel Naudé», dans Raisom et déraison d'État, Théoriciens et théories
ra1son d'Etat aux xvt et xvit siède, textes réunis par id, Paris, Presses Universit
France, 1994, p. 159. Voir aussi Jouanna, Arlette, Le Prince absol.oo, 00, 73-88 andd
s de
et Thuau, Etienne, Raison d'Etat et pensée politigue à l'Epogue de Richelienu, Paris, A
Colin, 2000 [1966) mais aussi Catteeuw, Laurie, Censures et naison d' Etat, Une D
oire ae
la modernité politique, Paris, Albin Michel, 2013.
102 cLe Libraire au Lecteur», Mercure François..., op. cit., vol. II, 1613, P2)V. CE
icher,
Jean, Au lecteur, ibidl, vol. VII, 1623, [p. 5-6].
de cette
S'explique
régente
ouvrage
Estienne
politique
médiévale
politique très
» caractéristique
première moitié
Yves-Charles
coutumes
politique qui
politiques
recours
« Coups
maximes
cautionne les
moment de
communiquer a
sous toures
Le sens
» ou de
prouver que le
l'obéissance
loyalisme
270p
et clin de
bt
d'Etar ups
théories
Universit
73-88 andd
s de
A
D
oire ae
CE
icher,
GENÈSE D'UNE COMPLATION D'HISTOIRE POLITIQUE 121
politique a pour conséquences vertueuses la contribution à la construction
d'une société apaisée.
Selon Pierre-Victor Palma-Cayet, l'historien s'entoure d'autres
compagnes tout au long de son travail d 'écriture. Elles sont les corol
laires de l'exigence de vérité. Lexhaustivité en est une, puisque la vérité
nécessite l'impossibilité pour l'historien de cacher une partie des faits
dans le but de renseigner honnêtement ses lecteurs. Cette position,
Ggalement défendue par Jean puis Estienne Richer, est pour le moins
ambigue puisque seuls les rédacteurs en charge de la rédaction du Mercure
décident des événements méritant d'être publiés dans le recueil105. Le
rédacteur se justifie parfois d'avoir voulu se montrer exhaustif en publiant
des positions contradictoires, y compris aux íntérêts de l'Etat, afin de
servir la vérité des faits sans endosser personnellement la responsabilité
d'une prise de position, et peut-être aussi pour se prémunir de potentiels
reproches de la part de la justice. Il est possible que cette justilfication
cache en réalité des excuses adressées à son lectorat : celles de ne pas
avoir osé reproduire certains textes polémiques, pourtant parfaitement
caractéristiques de l'atmosphère régnant alors dans le royaume, Lauteur
promet de rapporter sans passion les propos de chaque partie, non de
ne pas raPporter les passions de chacun. Cest au contraire son röle :
2A0 1ay rapporé en quelgue endroict qnelque traict, fa a esté plutost suivant qu'un
13 91i hacun avoit en la bouche au temps que les choses descrites ce sont passees, que d'auCUne
paston quejfeusse de ma part, Mon dessein a tojours estéde n'ofenser personne ; Ansgi
tu trouveras que les libelles difamatoires n'ont trouvé ancume place daS Ce livre" sb 9Dn0ec,
Ainsi, la troisième compagne de l'historien tout au long de son travail
d ecritute est l'absence de jpassion, qu'il convient de distinguer de
T'objectivité05. Les rédacteurs du Mercure François écrivent en réalité leur
ouvrage en appliquant une éthique de la vérité, et non de la neutralité.
0 ACepropos voir Palma-Cayet, Pierre-Victor, « Epistre à Messire de Bellegarde », Cbronologie
Penaire.o4, op. cit., 1605, [P 2] r Voir aussi Richer, Jean, « Preface au Lecteur, Mercure
gos 0p. Cil., vol. I, 1611, [e4P et «L Libraire au Lecteur», ibid., vol. I, 1615,
ainsi que Richer, Jean, «Au lecteur , ibid, vol, VIII, 1623, lP. S-6]
egter >, Mercure Franços.. 0p, cit., vol. IV, 1617, [p. 3]. A propos de la circulation
de Libelles dans un espace public de lecteurs, voir hotamment Duccini, Helene, I'aire
O Jaire croire, Lopinion publique sous Louis XIII, op. cit, p. 130-190,
ama-Cayet, Pierre-Victor, c Epistre à Messire de Bellegarde , Chronologie Sepreiai
op. cit, 1605, [P 2]r v lor.
122 a19 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Ils considèrent, en effet, que la véricé n'est pas la neutralité mais qu'elle
est politiquement située quelque part, à savoir du côté de l'obéissance
et de la loyauté inconditionnelle à l'endroit de l'autorité monarchique
Pour les rédacteurs du Mercure, la vérité-et donc l'histoire-a une vertu
édificatrice: sa connaissance par les lecteurs conduit ceux-ci à l'adoption
du juste positionnement politique. Elle les invite à obéir invariablement
à l'Btat. Le propos du Mercure est ainsi fortement engagé du point
de vue politique. Les vertus édificatrices de la vérité rendent parfois
inutiles les faux-semblants et cest en coute sincérité que les rédacteurs
livrent leurs sentiments sur une affaire dont ils pensent qu'elle ne peut
faire que consensus. C'est au moment des guerres de Religion que la
neutralité défendue par Jean et Estienne Richer prend donc la forme
la plus évidente d'un engagement politique auprès du « tiers parti,
Une telle neutralité par rapport au camp protestant d'une part et aux
catholiques zélés de ll'autre, n'est pas une fausse neutralité, mais, elleest,
au moins au moment des guerres de Religion, un positionnement
politique fort. A cette occasion, les principes traditionnels de lécriture
du passé rencontrent les convictions des représentants du tiers parti et
les intérêts du pouvoir royal. Il n'est donc pas permis de douter de la
Sincérité des rédacteurs lorsqu'ils déclarent rapporter les événements
historiques sans passion et fidèlement à la vérité.
Les normes éthiques qui président à l'écriture du Mercure Frangois
Sont héritées de pratiques traditionnelles de l'écriture de l'histoire et
Servent des objectifs politiques. Le travail de l'historien encadré er guide
par les deux grands principes édhiques de la vérité et de l'absence de
passion doit aboutir à la production d'un guide, s'adressant à la tois
aux utursS historiens et aux sujets du royaumel07 D'une part, 1histoire
enseigne voire impose la rigueurà celui qui l'écrit, d'autre part, elle edin
politiquement et moralement son lecteur. Elle est donc un guide pou
l'ecriture com me pour la lecture. Ces fonctions politiques expliquent un
certaine adaptation de l'écriture historique aux circonstances politig
La mise en ordre du temps et la composition du recueil répondent a
exigences politiques. Cette conception de l'histoire comme du roie a
Meraure rangois conduit non à une confusion des deux sens du te
politique mais à son plein usage dans toutes ses acceptions. Le
106 Il s'agit de l'autre nom donné au parti des Politiques,
107 Richer, Jean, «Au lecteur», Mecure François.., op. cit, vol. VIII, 1625, \P: >*o
mais qu'elle
l'obéissance
monarchique
une vertu
l'adoption
invariablement
du point
rendent parfois
rédacteurs
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événements
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1histoire
elle edin
guide pou
expliquent un
politig
répondent a
roie a
du te
Le
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 123
politique du Mercure au sens de la Polikè est en fait subordonné à son
role politico-civique de construction d'un collectif au fonctionnement
sarisfaisant. Ce conscat est valable au moment de la fondation du/Mercure
Prangois par Jean Richer mais il le reste de nombreuses années encore,
au moins jusqu'à la fin des années 1630. Lhypothèse d'une récupération
du recueil par le pouvoir politique n'est pas fermement attestée
mais, même si tel devait être le cas; l'idée de la poursuite d'un objectif
policique au sens de Politeia ne disparaît dans les dernières années de
publication du Meraure. Il est même possible de continuer à penser que
le rôle politique du Mercure au sens de Politike demeure subordonné à un
objectif politico-civique dans l'esprit des dirigeants du royaume comme
le cardinal de Richelieu par exemple.
UN APPEL LANCÉ A LA RAISON CRITIQUE DU LECTEUR
Jean et Estienne Richer estiment l'édification du lecteur accessible en
raison de la confiance sincère qu'ils accordent à la capacité de jugement
du lecteur, comme ils l'afirment ici à propos du procès entre l'Universiré
de Paris et les jésuites U
al Le Procez entre I'Université de Paris & les Jesuites, ayant esté le subject de
o plusieurs escrits, comme un acte de remarque, l'Autheur de ceste Continuation
na peu aussi qu'il n'en ait dit par extraicts ce qui sy est passé icl; & nait
adjousté quelques pieces qui n'avoient esté cy-devant imprimees; ain que le
Lecteur fust instruit entierement de ce differend. Ce qu'il a faict sans mettre
Oson advis, ains seulement ce qui s'en est dit de part & d'autre, comme il a
faict en toutes les aucres choses qu'ily a rapportees par extraits, ou memoires,
delaissant au Lecteur d'en faire tel jugement qu'il voudra
Linstruction » du lecteur est ici le moyen fourni par les auters du
recueil à la construction et à l'affermissement d'une opinion personnelle
de la part du leceur., Cet objectif explique l'affirmation de lecipse de la
propre opinion des rédacteurs, et donc d'une forme de neutralité traduire
Par iabsence de passion. Dans l'esprit des auteurs, l'instruction du leceur
au moyen du récit historique conduit à la forge d'une opinion juste,
permettre la genèse puis l'enfantement de la seule opinion possible,
Enent parce que juste, dans l'esprit du lecteur, son instruction
108 Le Libraire au Lecteur», ibid., vol, II, 1613, [P3]r-v, Voir aussi «An lecteur>5 Lb1d)
vol. IV, 1617, [p. 31
124 HISToIRE IMMÉDIATE ET RASON DÉTAT
doit être la plus complète possible. Elle passe par la revendication d'une
publication aussi exhaustive que possible des sources concernant un
événement, censée aboutir à un équilibre et à une certaine neutraliré de
ton en cas de confit. Elle nécessite également l'emploi d'un ton à la fois
didactique et pédagogique à l'adresse des lecteurs ainsi que la mise à
la disposition du lectorat de nombreux outils de lecture lui permettant
d'affiner sa connaissance d'une affaire. Bien entendu, l'ensemble de ces
dispositifs n'est pas exempt de contraditions au moment de leur mise
en ceuvre par les rédacteurs du recueil. De plus, le changement de
direction à la tête de la compilation à la fin des années 1630 infléchit
significativement cette orientation, t
Didactique et pédagogie : lacompagnement du lecteur
Permettre au lecteur de produire une opinion juste sur les événements
relatés passe, pour les rédacteurs, par l'adoption de principes d'écriture
didactique et pédagogique. Il s'agit de fournir au lecteur les armes
nécessaires à l'émission d'un jugement critique, comme les rédacteurs
lappellent de leurs voeux dans les préfaces des premiers volumes de
la collection. Cet appel à la raison critique du lecteur porte en lui des
enjeux politiques. Fort de la connaissance de toutes ces nouvelles, le
lecteur doit être amené à participer à la vie de la cité en demeurant un
sujet loyalà l'égard du royaume de France et de la monarchie.
Au moment de publier des nouvelles relatives à des terrains élognés
et probablement peu familiers à son lecteur, le Mercure Frangoss
Semploie à lui fournir la connaissance la plus étendue possible Suscep
tible d'éclairer son jugement sur l'affaire traitée. C'est notamment ie
cas à loccasion de la relation de 1'épisode de l'imposture d'un certain
faux Demetrius » qui se fit passer au cours de l'année 1605 pour i
véritable héritier légitime du trône en lieu et place de Boris, grand
duc de Moscovie alors au pouvoir à ce moment-là, Après une conaib entrée
matière, le rédacteur du Mercure s'astreint à donner a
lecteur les lefs de la compréhension de cette affaire particulierem ent
complexe. En guise d'introduction, le Mercure François prend le tenP
de planter longuement le décor afin de familiariser son lecteur av
le contexte géographique mais aussi politique de l'affaire. A cette y
le rédacteur du Mercure décrit le territoire russe, évoque ses lu
revendication d'une
concernant un
neutraliré de
ton à la fois
la mise à
permettant
l'ensemble de ces
leur mise
changement de
infléchit
événements
d'écriture
les armes
rédacteurs
volumes de
en lui des
nouvelles, le
demeurant un
monarchie.
terrains élognés
Frangoss
Suscep
notamment ie
certain
1605 pour i
Boris, grand
conaib donner a
particulierem ent
le tenP
lecteur av
cette y
lu
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 125
gÉographiques ainsi que les conditions climatiques qui le caractérisent.
La description détaille ensuite la physionomie de la ville de Moscou,
y compris dans son architecture. Après quoi, le rédacteur évoque la
religion des Russes, puis la généalogie de leurs empereurs. Le propos
sattarde ensuite sur le système politigque russe et sur le domaine de
T'Empereur avant de proprement aborder I'histoire de Dimicri. Le
temps consacré à la précision de ces données doit permettre de faciliter
l'émission d'un jugement critique pertinent par une familiarisation
au contexte géographique et politique particulier de la Russiel0, Le
recueil ne fournit pas ici d'outil cartographique susceptible de servir
de support aux diverses descriptions fournies, Comme la Gazette après
elle, le Mercure François s'attache à compenser ces lacunes au moyen
d'une description la plus précise possible de la géographie du lieu
dont il relate l'histoire, donnant au recueil un caractère éminemment
pédagogique et didactique. Pour Stéphane Haffemayer, l'absence de
cartes dans la Gazette s'explique par les limites de l'outil cartographique
au xvIr' siècle, L'auteur constate également la compensation
d'outils cartographiques précis dans la Gazette au moyen de descriptions
minutieuses et l'évocation fréquentes de certains repères spatiaux
Susceptibles d'être familiers aux lecteurs
Ce ton didactique et pédagogique est également très fréquemmnet
employé à l'occasion de la description de batailles ou de sièges. Le
Mercure Frangois s'attache aussi à décrire avec grande minutie les terrains
de bataille y compris à l'intérieur du royaume de France. Afin
de permetre au lecteur de se représenter le plus clairement possible le
déroulement d'une bataille, il arrive aux rédacteurs du Mercure Fangois
de lui décrire scrupuleusement la physionomie du lieu de bataille. Cest
e cas à propos de la ville de La Rochelle au moment de la reprise des
conHits interconfessionnels dans le royaume
La ville de la Rochelle est tellement situee sur le bord de la mer de Guyenne,
quelle est esgalement presque esloignee des emboucheures des rivieres de la
aronne & de Loire: la plus esloignee d'icelles n'en estant qua vingt cing
Ae krangois.o, op. cit, vol. I, 1611, P39r-41 (pour l'année 1605). - A propos de
Tataire de Dimitri de Russie voir l'étude de Yves-Marie Bercé. Bercé, Yves-Marie, Le
e dauvenrs et imposteurs. Mytbes politiques populaires dans l'Europe moderne, Paris,
Fayarcl, 1990.
alfemayer, Stéphane, L'information dans la France du xvit sièdle., p, cit, p. 705-70/
126 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
lieues: A la droite de la sortie de son port est l'embouscheure de la Loire &
celle de la Garonne à gauche
20tb 2 no2
Afin de permettre au lecteur de mieux visualiser l'action et son
théâtre d'opération, il arrive au Mercure François d'en fournir un plan
avant de détailler les événements, Ces plans sont qualifhés de portraits
par les rédacteurs du Mercure. Le recueil tournit ainsi un portrait de
Vimphen dans son huitième volume ainsi que le portrait du siège de
Montpellier ou de celui de La Rochellel12. Lensemble des outils de
lecture publiés dans le Mercaure entend favoriser la forge d'une opinion
personnelle de la part du lecteur en lui offrant la possibilité d'engager
différents types de lecture. Elles sont susceptibles de rapprocher le
Mercure soit d'un ouvrage d'actualité soit d'un ouvrage d'histoire selon
le choix du lecteur, liop33 D 1ninob,io71 91.lex li amob
hal sopidnd no1051i5b5 9tpigogob
Pratiques de lecture milsl 2r Sopdax2 te keanbb 2i110
Le Mercure François offre à son lecteur quantité d'outils de lecture lui
permettant d'engager différentes pratiques de lecture, parmi lesquels
les tables des matières, les sommaires, les notes marginales ou encore
les transitions. Grâce aux tables des matières et aux notes margnales,
le lecteur peut parfaitement choisir de lire chacun des volumes de la
collection intégralement et linéairement
l peut aussi procéderà une lecture rapide grâce au résumé constitue
par les tables des matières. Enfin, le lecteura la possibilité de préterer
Compulser la compilation en fonction des événements propre a une
année ou à une thématique grâce aux tables des matières annueles
mais également, plus tardivement, grâce à la table alphabétique. Le
lecteur peut ainsi décider de privilégier l'érude d'un thème ou d u
111 Tbid., p. 415 (pour I'année 1622). En outre, la ville de La Rochelle fait l'objer d'un i05
dossier de 160 pages visant à éclairer le lecteur sur la ville et sur les tenants et i
tissants du conflit opposant les protestants de La Rochelle à l'Etat monarchique a
le volume XIII du recueil. Voir ibid, vol. XIII, 1628, p. 1-160 [915-10/))
112 Ibid., vol, VIII, 1623, p. 280 bis-281 et 848-850.
113 A propos de l'histoire de a lecture et des pratiques de lecture voir Roger, 2003
«Du livre au lire», dans Pratiques de la lecture, textes réunis par d., Paris, 1987,
[1985), p. 81-114, Id, Leciures et lectenirs dans la France d'Ancien Régime6, Paris, 19
P. 87-121, 165-214 et 223-242. 1d, Culure berite et société., Lordre des livres (XIV-KVIUI Paris, Albin Michel, 1996, p. 133-154.
de la Loire &
2 no2
l'action et son
fournir un plan
portraits
portrait de
siège de
outils de
d'une opinion
d'engager
rapprocher le
d'histoire selon
amob
9tpigogob
2i110
lecture lui
lesquels
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margnales,
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annueles
alphabétique. Le
ou d u
d'un i05
i
monarchique a
Roger, 2003
Paris, 1987,
19
KVIUI GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 127
personnage dans chaque numéro, et même de le suivre d'un volume à
j'aucre. L'articulation de la table alphabétique et du sommaire facilite
un parcours discontinu de lecture à travers des ouvrages denses. Dans ce
cas, la reprise des notes marginales du texte dans la table des matières
est un outil d'orientation supplémentaire pour le lecteur, dans un texte
à la densiré typographique remarquable puisque la ponctuation y est
rare comme le découpage en paragraphes. La plupart du temps, les
textes cités sont lissés au sein d'un grand récit et lon ne comprend pas
toujours immédiatement comment ou bien quand l'on est passé d'une
affaire à une autre. Le découpage en paragraphes n'épouse, en effet,
pas toujours le passage d'une information à une autre. Cependant, une
fois repéré le thème, l'affaire ou l'espace géographique dont le lecteur
souhaite s'enquérir, ce dernier peut les suivre de manière discontinue
au fil du volume ou bien de volume en volume. Le lecteur peut, en
effet, facilement retrouver le point précis dont il veut faire la lecture en
se servant de la foliotation ou de la pagination indiquée dans la table
des matières et en repérant très facilement un passage précis, gråce a la
grande visibilité des notes marginales dans les pages du recueil,
Ces deux grands types de lecture ne sexcluent bien sûr pas l'un
l'autre. Un lecteur peut avoir lu linéairement un volume du Mercure
krangois au moment de sa parution puis le consulter de manière plus
sélective à distance de la parution du volume. Ainsi, I'ouvrage présente
de ce point de vue la possibilité d'articuler une lecture relativement
proche de la lecture d'actualité à une lecture retrospective. Certains de
ces outils de lecture et les types de lecture qu'ils permettent annoncent
quelques caractéristiques qui marqueront les « mercures historiques et
politiques» de langue française publiés aux Provinces-Unies à partir
du dernier tiers du xVI sièclel14, Le Mercure Frangois a ainsi pu, dans
une certaine mesure, inspirer les auteurs de ces futurs périodiques, La
l0gique de la compilation renforce une lecture plus ciblée et orientée a
aidle dles outils de lecture fournis par le recueil comme la possibilite
1a Conduire à distance des événements, comme semble le suggerer
1erre Bayle à Salomon d'Usson!5. Elle n'annihile pas tout a tait une
ure plus proche des événements sans qu'il soit possible de parler
ora ce propos également le travail de Marion Brétéché, Brétéché, Marion, Ler Compagnonis
de Mercure.., op. cil., p. 37-38.
Dyle, Joseph, Letre 255 : Pierre Bayle à Salomon d'Uson, loco cihato.,
128 HISToIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
d'une lecture de l'actualité, en raison du décalage temporel séparant
les événements de leur publication par le Meraure François. Toutefois
cette affirmation est à nuancer dans le cas des nouvelles relatives à des
terrains lointains. En effet, dans de tels cas, il est possible d'envisager
que le Mercure François soit le premier média à livrer au lecteur des
informations propres à des événements étrangers au moins jusqu'à la
fondation de la Gazelhe en 1631. Le long développement pédagogique
consacré à la Russie invite par exemple à e penser"
La liberté offerte au lecteur de faire le choix de tel ou tel type de lec
ture est également mise au service de la mobilisation de l'esprit critique
du lecteur et de son nécessaire aboutissement à la juste opinion. Il n'en
demeure pas moins que les rédacteurs n'hésitent pas non plus à apporter
très explicitement leur concours àà cette forge d'une opinion personnelle
par l'interprétation de certains des événements publiés dans le Mercure.
Commentaires politiqnes et interprétation des événements e20
tn1 250 10sT91 J9 253511sm
D'une certaine manière, tout en étant vouées à fournir au lecteur les
informations les plus précises et les plus objectives possibles, les illustrations
publiées dans le Mercure participent à l'orientation de l'opinion du
lecteur, comme le prouve l'inflation du nombre d'illustrations figurant
un Louis XIII triomphant face aux rebelles protestants au mornent de la
reptise des guerres de Religion aumilieu des années 1620. Lillustration
semble ici jouer à plein le rôle d'une propagande favorable à l'Etat et aux
décisions politiques du gouvernement. Cette orientation de l'opinion du
lecteur est cependant assez discrète et passe par d'autres outils de lecture:
lest, ainsi, une des fonctions des notes marginales que nous navO1S
pas évoquée, Il sagit pour le rédacteur de glisser certains commentalres
à lendroit de l'affaire traitée immédiatement dans la page qui jou
la note. Ces commentaires personnels sont plus ou moins directs
plus ou moins discrets. A une reprise au moins, ces notes ttent
au rédacteur du Mercure de se défendre en réaction à la récepti01
Critiques et de justifier sa politique éditoriale: nomda ol
Notez que le Mercure ne s'est poinct estendu du faict au droit, en Pportant
b 9rbo1g 2 9739
la lettre du Roy sur la detention du Marquis de la Vieuville, & en sui e quu
116 Mercure Frangois..op. cit, vol. I, 1611, P39 P-45v (pour l'année 1605).
séparant
Toutefois
relatives à des
d'envisager
lecteur des
jusqu'à la
pédagogique
type de lec
l'esprit critique
opinion. Il n'en
apporter
personnelle
Mercure.
événements e20
253511sm
lecteur les
les illustrations
l'opinion du
figurant
mornent de la
Lillustration
l'Etat et aux
l'opinion du
lecture:
navO1S
commentalres
qui jou
directs
notes ttent
récepti01
Pportant
9739
e quu
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 129
s'est imprimé publiquement contre luy, Aussi n'a-t-il rien dit en cela de sSon
sentiment : De mesmes ayant icy mis ces lettres faictes par le Marquis de la
Vieuville, pour deffenses aux accusations de son Denonciateur ce n'est que
come ayant esté faictes ;le droit d icelles dependant du succez de la poursuitte
tde 1' Innocence dudit Marquis & ce qui en sera publié
A cette occasion, le rédacteur du Mercure se défend d'avoir publié une
vision tronquée de l'affaire de la disgrâce du marquis de la Vieuville.
A d'autres reprises, ces notes indiquent clairement le point de vue
du rédacteur sur l'affaire qu'il est en train de publier!. Souvent,
ces commentaires se veulent moins directs et prennent la forme du
choix d'un vocabulaire connoté. Cela est assez dlair à propos de la
Congrégation des frères de Rose-Croix. L'opinion du rédacteurà propos
de ce groupe religieux est très claire au regard du lexique choisi9,
La pratique est particulièrement marquée à partir du moment où le
royaume de France entre en guerre ouverte contre l'Espagne en 1635.
Des lors, les Espagnols sont clairement désignés comme a les ennemis
» et les troupes françaises sont identifiées au lecteur comme au
rédacteur à l'aide de l'usage de déterminants possessifs. Il s'agit de
nos troupes > par exemple20. Il est possible d'interpréter de deux
manières au moins le surgissement de ces commentaires, sans que ces
interprétations ne s'excluent l'une l'autre. Lorsqu'ils apparaissent à
la faveur d'une note marginale, il peut s'agir pour le rédacteur de se
prémunir des effets du choix d'une lecture discontinue de la part du
lecteur. Dans l'hypothèse où le lecteur se contenterait de parcourir
les volumes du Mercure à l'aide de ses notes marginales, le rédacteur
attirerait ainsi son attention sur les aspects qu'il juge les plus
importants ou révélateurs d'une affaire tout en otientant son point
de vue. Il est également tout à fait possible que le rédacteur publie
des commentaires engagés, notamment par le choix d'un vocabulaire
connoté, tout en pensant sincèrement rester neutre ou, au moins,
Consensuel. Ainsi, Jean Richer considère très probablement gue les
bid, vol, XI, 1626, p. 606-608 (pour l'année 1625 -seconde partie)
Oelle rpartie du Prince de Galles à n flatteur>, ibid, vol.1, 1611, P493P (pour l'année l610).
<Erveurs de Dupleis », ibid., vol. XX, 1637, P. 483 (pour l'année 1634
aLeur prerenduë croyance & vanité », «La bonne opinion quils ont de lcur Dou
Secte», ibid., vol. IX, 1624, p. 380 er 382 (pour l'année 1625).
4Yoir par cxemple ibid, vol. XXII, 1641, p. 100-107 (pour l'année 1ol
130 O HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATUD
qualificatifs utilisés à propos de Ravaillac et de ses actes ne peuvenr
que rencontrer un consensus universel, au-delà même de l'opinion
des lecteurs à ce propos.
Les commentaires de la part des rédacteurs se glissent aussi an
coeur même du texte et à la faveur de la rédaction de transition entre
deux affaires : Di
Mais cest une esmotion dune populace, zelee en sa Religion, Cest assez
.3099 parlé des punitions qui se sont faictes contre des criminels de Majesté Divine,
dont le redit seulement en est triste. Voyons des actions plus recreatives &
plus belles, qui furent faictes à Thutin au commencement de ceste année,
30 sur des nouvelles reçeuës par un courrier despeché de Paris par le cardinal
de Savoye L.J
Sous couvert de faire appel à la raison critique du lecteur, les rédacteurs
lui indiquent ainsi ce qu'il doit penser de telle ou telle affaire
30
De toutes ces choses le Lecteur équitable jugera la cause des Estats du royaume
de Bohème estre très injuste, qu'ils n'ont le pouvoir de déposer un roi et den
élire un autre en sa place, qu'ils n'ont nulle raison fondamentale de refuSer le
usb Roy Ferdinand, que tout ce qu'ils allèguent sur le subjet est trop foible pour
SULbsister contre la vérit et que les moyens par eux rapportez pour deffendre
un tel crime ne sont nullement suffisans
Les différents rédacteurs du Mercure François ne se contentent pas de
sélectionner des textes et de les assembler les uns à la suite des autres
ls seftorcent aussi de donner du sens aux informations publiées. Les
COmmentaires ne sont donc pas absents du Mercure François mëme
Sls ne le caractérisent pas contraïrement aux « mercures historiques
et politiques. Ils y sont beaucoup moins systématiques, beau
COup plus rares et beaucoup moins explicites que dans les mensuci
francophones publiés dès les années 1670 aux Provinces-Unies. Pour
autant, leur présence peut sans doute permettre de conjecturer
la fréquentation du Mercure François par les rédacteurs des mensui
nordiques. Une telle hypothèse pointe certains caractères p0L
tiellement novateurs et initiateurs du Mercture François sans que
121 Ibid., vol. V, 1619, p. 68-69 (pour l'année 1619)
122 Ibid, vol. VI, 1621, p. 209 (pour l'année 1619)
123 Brétéahé, Marion, Les compagnons de Mercture., op. cit.,p. 50, 178, 244 Ct 246,
D'ÉTATUD
ne peuvenr
l'opinion
aussi an
transition entre
Cest assez
Majesté Divine,
recreatives &
ceste année,
le cardinal
rédacteurs
affaire
du royaume
un roi et den
refuSer le
foible pour
pour deffendre
contentent pas de
des autres
publiées. Les
François mëme
historiques
systématiques, beau
mensuci
Unies. Pour
conjecturer
mensui
p0L
que
246,
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 131
derniers ne puissent occulter les nombreuses formes conservatrices
cultivées par recueil dans l'écriture du politique au cours de la première
partie du XVIl Siècleal fsonly oo 2upirlanotm ioveog ub
Le travail d'analyse de la matière et du contenu global du Mercure
Frangois conduit à une caractérisation plus fine d'un ouvrage demeurant
profondément hybride et plastique. Le Mercure Frangois est une
compilation continue et périodíque dont le but est d'écrire une histoire
du temps présent, qui rencontre un succès commercial indéniable
comme le prouvent ses rééditions et ses contrefaçons. L'histoire qu'il
écrit est profondément politique. Les nouvelles publiées dans les pages
du Mercure François concernent des événements survenus sur des terrains
majoritairement européens et chrétiens.
Lhistoire écrite au fil des pages de l'ouvrage est également politique
parce quelle remet en ordre un temps parfois heurté en recueillant et
compilant ses ruptures. Pour ce faire, les rédacteurs du Merure Frangois
font le choix de publier des faits jugés par ses rédacteurs dignes que
l'on en conserve la mémoire à la suite d'une opération de sélection
d'événements nourrie de la traduction d'ouvrages historiques étrangers
mais aussi de publications occasionnelles consacrées à une actualiré plus
ou moins récente. Ces ruptures temporelles constituent des événements
Susceptibles d'avoir des conséquences sur l'art de gouverner er sur les
pratiques du pouvoir, mais aussi sur la vie de la cité. C'est aussi dans
Ce sens que le Mercure François constitue une histoire continue du temps
présent profondément politique.
Lethique de vérité censée guider l'historien dans sa pratique d'écriture
de I'histoire prend appui sur la volonté d'accorder au lecteur la poSSi
biliré de constater qu'il a accès à un grand nombre d'informations par
la lecture du Mercure François. Louvrage prétend également procedera
la publication des fairs tels qu'ils se sont réellement déroulés. Ce type
de publication est censé ofrir la possibilité au lecteur d'exercer sa fa
SOn CEitique et de forger sa propre opinion à propos des événements
our ce faire, le Mercure François procure à son lecteur plusieurs SOrtes
a outils susceptibles de faciliter et enrichir sa lecture. Dans l'esprit des
ccacteurs du Mercaure François, 1l'opération de sollicitation de l'esprit
Cgue du lecteur ne peut aboutir qu'à une opinion unique a Savoir
132 UOHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
l'opinion juste. Elle doit se traduire par un engagement politique précis
Cest systématiquement celui de la loyauté et de l'obéissance vis-avis
du pouvoir monarchique en place à la tête du royaume. En effet, les
rédacteurs du Mercure François sont pris dans un temps politique dont
ils ne peuvent s'extraire., Pour cette raison, ils considèrent que la vérité
se situe quelque part. Loin de seulement conduire le lecteur à considérer
toutes les facettes d'un événemente, les outils de lecture publiés dans le
Mercure François ont parfois pour conséquence, si cen'est pour objectif,
d'infuer leur lecture de l'histoire. Ces pratiques ne relèvent toutefois pas
nécessairement d'une grossière manipulation de la part des rédacteurs
du Mercure François., Ils orientent parfois leurs lecteurs en pensant sincèrement
être neutres et servir la stricte vérité., Parfois, ils estiment que
le caractère édifiant de l'histoire doit surpasser l'éthique de neutralité
présidant à son écriture.
Dès lors, à quel point la volonté des auteurs du Mercure de susciter
lusage d'un esprit critique du lecteur au moyen de nombreux outils de
lecture est-elle orientée par leurs propres identité et histoire ainsi que
par leurs engagements politiques personnels? Qui sont véritablenment les
auteurs du Mercure François? A quel point la revendication de l'absence
de passion et d'une forme de neutralité dans l'écriture de l'histoire est
elle la modalité d'un engagement politique de la part des frères Richer?
26a1yug sb zu2 eson-upbzaoo 2slb iovabaldisgo9:0
pIilog3embinoerq anpe
ogal l ut slrosza' b ioolor l nu2 iugqe ba91q 21i07210
coptotloz b noinhejolisl suoelh ub 21
politique précis
l'obéissance vis-avis
effet, les
politique dont
que la vérité
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publiés dans le
pour objectif,
toutefois pas
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iovabaldisgo9:0
anpe
21i07210
nLES ENJEUX DU MERCURE FRANÇOIS
OUR SES AUTEURS
hubuo71iug T 172060
Qui est l'aureur d'une compilation? La difficulté d'assimiler la
figure du compilateur à celle de l'auteur tient surtout à l'anonymat
relatif du recueil. L'auctorialité se définit, au moins partiellement, par
Tasomption de la paterníté d'une ceuvre induisant à la fois I'aurorité
de l'auteur sur l'ceuvre et sa responsabilité juridique. Cette assomption
passe par la connaissance de l'identité de l'auteur, Dans une certaine
mesure, l'auctorialité semble entrer en contradiction avec l'anonymat
d'une ceuvre. La signature d'un texte désigne son auteur en identifant
une personne susceptible de l'assumer et de le garantir. Le signataire
d'un texte serait donc son auteur. Si l'on décide de retenir cette définition
a minima de l'auteur, l'anonymat apparent dans lequel sont constitués
les différents volumes du Mercuxe Frangois prive l'ouvrage de tout auteur
et n'autorise à évoquer que l'existence d'un ou plusieurs compilateurs à
I'origine de la collection. La relativité de l'anonymat de la compilation
doit inviter à se montrer mesuré sur cette question. Ainsi, l'ensemble des
volumes de a collection porte seulement le nom de leut's imprimeurs
libraire/s. De même, la grande majorité des préfaces au lecteur publiées
dans l'ouvrage ne sont pas signées. Néanmoins, la préface du premier
volume du Mercure est signée du nom de Jean Richer et celle de son
huitieme volume porte les initiales J. R2. La signature de ces deux
textes pourrait équivaloir sinon à une revendication de paternite, au
LL1OInS a la recherche de la reconnaissance de droits commerciaux. En
oucault, Michel, « Qu'est-ce qu'un auteur?2, Dits et Corits, t. I, 1954-1975, Paris,
mard, art. cité, p. 827. Voir aussi Brunn, Alain, Lauteur, Paris, Garnier Flammaron
P. 14-18 et 20. Østenstad, Inger, « Quelle importance a le nom de l'auteur ,
3 Ace propos voir! par exemple Viala, Alain, Naissance de Vécrivain sociologie de la littérature
eation et analyse du Disconurs, 3 2009, [en ligne], http://aad.revues.org/66), consulre
le 05/01/2016, p. 56-67
3 elrangois,, op. cit, vol. I, 1611, [P5]v. Voir aussi ibid, vol. VII, 1623, Ip. 4
alage clasique, op. cil, p. 95-94.
134 HISTOIRE MMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
outre, le compilateur du Mercure Frangois est identifié par le pouvoir dans
les extraits des privilèges royaux d'impression publiés dans le premier
volume du Mercure Franois. Il s'agit, ici aussi, de Jean Richer. Aucun de
ces éléments ne permet de conclure que les contemporains considèrent
le Mercure Frangois comme l'euvre d'un auteur.
La nécessité, d'après Michel Foucault, de pouvoir punir l'auteur d'un
texte pour son caracrère transgressif au moyen de son appropriation
pénale afin de le considérer comme pourvu de la « fonction-auteur»
devrait priver le Mercure Frangois de celle-ci. Roger Chartier met en garde
contre une interprétation réduite de la notion. Il rappelle l'importance
de considérer les réalités sociales des xvr et xvIf siècles afin de revoir
les conditions d'apparition de la x fonction-auteur>. Au moment de la
publication du Meraure Frangois un texte peut eftectivement être sanc
tionné pénalement mais la responsabilité pénale de son auteur n'est pas
nécessairement supérieure à celle de son imprimeur ou d'un conmmerçant
ayant diffusé l'ouvrage. La justice peut donc punir un imprimeur pour
son rôle dans la diffusion d'un ouvrage considéeré comme transgressif,
comme cela arrive en 1612àl'imprimeur-libraire du Mercure Frangais, Le
destin judiciaire du recueil comme la forte relativité de son anonymat
rendent problématique son classement déinitif dans la carégorie des
textes privés d'auteurs et questionnent l'application de la catégorie de
« fonction-auteur » au Mercure Frangois, I1 I.coipsiloo sl oi
Certains élèments indiquent que les contemporains considèrent bien
l'existence d'un auteur du Mercure François. La préface du deuxième volume
du Mercure établit une distinction entre son imprimeur et son «autheut
et les autorités de la ville de Cologne qualifient le premier volume a
Mercure François d'ouvrage anonyme tout en lui attribuant un aureur
Dans ce texte, les sénateurs et consuls de la ville de Cologne n'établissent
pas de diférence entre un compilateur, un commentateur et un auteuls
0218o91 9b sdbr9rfsor sl :no
4 Bergeron, «Privilege du Roy », Mercure François.o, op. cit., vol, I, 1611, [P>Jr
A propos de la notion de a fonctíon-auteur» voir Foucault, Michel, Quest-ce qu'un
auteur, art. cité, p. 826-827. A propos de son application à l'époque moac
voir
Chartier, Roger, Lordre des livres. Lecteurs, auteurs, bibliothègnes en Erope eno XIV
xVIif sTecles, op. cit, p. 35-67,
6
voir aLeLibraire au Lecteur », Mercure François,., op. cit., vol, II, 1613, (3]r" mals aussi
Apologie du Sénat de la ville impériale et libre de Calongne, contre les calunies a
ertam
Deur rangots sans nom, A Colongne, Per Jean de Mertzenich, P104P, 105 V3 108 r et 110v
pouvoir dans
le premier
Aucun de
considèrent
l'auteur d'un
appropriation
fonction-auteur»
en garde
l'importance
de revoir
moment de la
être sanc
n'est pas
conmmerçant
imprimeur pour
transgressif,
Frangais, Le
anonymat
carégorie des
catégorie de
considèrent bien
deuxième volume
autheut
volume a
un aureur
n'établissent
auteuls
sdbr9rfsor sl :no
Quest-ce qu'un
moac
voir
eno XIV
mals aussi
a
ertam
V3 GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 135
Au début du xvi siècle, l'acception du terme «'auteur » implique, certes,
la responsabilité pénale de ce dernier mais recouvre l'idée principale de
la fondation et de la création d'une oeuvre nouvelle comme on peut le
lire dans le Thresor de la langue frangoyse publié par Jean Nicot en 1606.
Au cours du siècle, le terme d'auteur désigne de manière générique tous
ceux qui écrivent. La notice « auteur » du Dictionnaire d'Antoine Furetière
confirme le caractère extensif de l'acception du terme à la fin du siècle.
D'après Antoine Furetière, on utilisera le terme à propos « de ceux qui
ont composé & mis en lumière quelque livre » notamment au moyen
de sa publication imprimée, Il est donc possible de considérer que le
Mercure Frangois a bien un ou des auteurs. La valeur positive de création
et d'augmentation propre à l'auctorialité soulignée par Alain Viala est
une raison supplémentaire de voir un auteur derrière le Meraure François",
Le cravail nécessaire à la composition de chacun des volumes de la collecion
fait état d'un véritable processus créateur. Le choix du terme de
oane
7 Nicot, Jean, Ranconnet, Aimar de, Thresor de la langue frangoyre hant ancieune que maderne
Auguel entre autres cboses sont les mots propres de marine, venerie, &Fanlconnerie cy-devant
ramassez par Aimar de Ranconnet vivant conseiller & president des enguetes en Parlement. Reven
et angmenté en ceste impression de plas de la moitié par Jean Nicot; vivant comseiller du Rey &M
des regiestes extraordinaires (sic) de son hastel, Avec une grammaire frangoyse et laline, le reane1l
des vienx proverbes de la France. Ensemble le Nomenclator de Junins, mis par ordre alpbabetic &
creu d'ume rable particaliere de touses les dictionis, Dediéà monieur le Présides Bochart, sieur de
Chanpigny, op. cit., vol, 1, p. 61.
8'urecière, Antoine, Dictionnaire universel, contenait généralement tous les mots.frangois, tant
Vrenx que modernes, & les Termes de toutes les sciences & des arts, sgavoir la Philasophie, Logique
CPhyingue, la Medecine on Anatomie, Pathologie, Therapeutique, Chirurgie, Pharmacopée,
Chymie, Bolaniqne, on P'Hinoire maturlle das Plantes &cadle des Aninax, Minerauis, Matanx
ierreries, & les noms des Drogues Artificielles : La Jurisprudence Givile & Gaomique,
eodale & Municipale &sur toutes celles des Ordonnancest Les Matbematiguer, la Geoneirie)
Aritbmetique, & VAlgebre, la Trigonometrie, Geodesie on l'Arpentage & les Sections coniques,
Astronomie, V'Astrologie, la Gnomonique, la Geographie, la Musique, tant en theorie quen
Praiigue, les Instrumens à vent & à cordes, l'Optique, Catoprique, Dioptrigue, G Parspective,
Arhitecture civile & militaire, la Pyrotecbnie, Tactique & Statique, Les Arts, la Rheiorigue,
la Poësie, la Granmaire, la Peinture, la Sculprure, &c. la Marine, le Manege, U'Art de Jaie
es armes, le Blason, la Venerie, Fauconnerie, la Pesche, V'Agriculture on Maison Rustiue, G
a piupart des Arts mechaniques: Plusieurs termes de relations d'Orient &dOrident, la quaine
4, Mesurer & Monnoyes, les Etymologies des Mots, l'invention des chases, & VOrigine de
DSTeurs Poverbes, & leur relation à ceux des autres langues Et enfin les nons der u u
s matieres qui regardent les mots, expliquez avec quelques Histoirer Curiasiez
urelles, & Sentences morales, qui seront raportées pour donner des exenmples de porases
UCIONs. Le tout extrait des plus excellenss auteurs anciens &modernes, t. 1, La Haye, chez
A. et R. Leers, 1690, p. 170-171.
Viala, Alain, Naissance de V'écrivain.n e, op, ci, p. 2/0-4 6-279.
136 19HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATM
rédacteur au détriment de celui d'auteur par I'historiographie n'interdit
pas l'idée d'une vraie création de la part du rédacteur en question. En
effet, sans réduire le rédacteur du Meraure François à un compilateur,
l'historiographie n'a, jusqu'alors, pas qualifié le ou les acteurs à l'origine
du Merare François d'auteur, préférant la désignation de tédacteuro La
part d'écriture personnelle de ce dernier justifie la préférence de ce terme
à celui de compilateur, même si les acteurs à l'origine du Merure pratiquent
ces deux formes d'écriture. Cette créativité repose pour une part
dans le «montage» extrêmement délicat de la compilation, susceptible
de faire naître de la confrontation physique de deux textes préexistant un
nouveau texte parfaitement inédit. A la subtilité de la compilation il faut
ajouter la véritable rédaction de petits textes de transition de qulques
lignes ou de commentaires dont le ou les compilateurs est ou sont le ou
les seuls rédacteurs. Toutes ces pratiques d'écriture ont pour conséquence
la création d'un nouveau texte original par l'auteur du Mercure François,
auquel il donne une inflexion personnelle. Christian Jouhaud indique
d'ailleurs à quel point ce travail de «montáge » est important"l est
donc légitime de parler des compilateurs du Mercure Frangois comme de
véritables rédacteurs mais aussi comme des auteurs en raison de leur röle
dans la fondation du recueil en tant qu'oeuvre originale. Il pourra done
etre indifféremment fait usage des trois termes pour les désigner, meme
Si chaque désignation fait référence à des pratiques distinctes. La notion
dauteur est fortement liée à la questíon de la genèse de la collection,
celle de compilateur renvoie aux pratiques documentaires nécessaires a
lécriture de l'histoire, et celle de rédacteur à l'introduction d'outilS de
lecture ou de commentaires.
Pouvoir parler d'un auteur du Mercure François ne permet tout
fois pas de le nommer comme l'indique la désignation d'un ADena
Tangors sans mom dans le sous-titre de l'Apologie du sénat de Cologner
Lauteur en question n'est pas explicitement identifhié par le IiDrail du
10 Voir par exempleJouhaud, Christian, Richelien et l'éoriture du pouvoir. Antor a urnée t
aes Dupes, P, cit, p. 58. Voir également id, Ribard, Dinah, Schapira, Nicolas, i
Litterature Témoignage. Ecrire les malheurs du temps, op, cil., p. 192.
11 Jouhaud, Christian, « Présentation du Mercure François », http://mercuret de la
fr/presentation.php, onsulté le 10/08/2015. A propos de l'idée d'un «montag u
compilation, voir également id, Ribard, Dinah, Schapira, Nicolas, Histore Témoignage 0p. Cil, P. 191-192,
12 Apologie du Sénat loco citato.
n'interdit
question. En
compilateur,
à l'origine
tédacteuro La
de ce terme
Merure pratiquent
pour une part
susceptible
préexistant un
compilation il faut
de qulques
sont le ou
conséquence
François,
Jouhaud indique
important"l est
comme de
de leur röle
pourra done
désigner, meme
La notion
collection,
nécessaires a
d'outilS de
permet tout
ADena
Cologner
IiDrail du
a urnée t
Nicolas, i
mercuret de la
montag u
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 137
Mercaure Fragois, préfacier du deuxième volume. Il l'est pourtant par les
membres du parlement de Paris, pour qui Jean Richer est bien l'auteur
du premier volume du Meraure Frangois. Cette identification est probablement
incomplète la somme de travail nécessitée par l'écriture
d'un tel ouvrage conduit à émettre l'hypothèse d'une collaboration
entre plusieurs rédacteurs à léchelle de chaque volume comme à celle
de la collection. Chaque volume du Mercare Frangois a sans doute pu
voir le jour grâce à la collaboration de plusieurs auteurs, et peur-être à
la mobilisation d'une véritable équipe de rédacteurs et d'informateurs.
Même en postulant de la composition de chacun des volumes par un
auteur unique, la publication de vingt-cing volumes à l'origine de la
collection amène à considérer la possibilité d'une pluralité d'auteurs à la
tête du receuil de la même manière que la collection connaît plusieurs
imprimeurs-libraires au cours de son histoire. La tâche consistant à lever
l'anonymat de ces acteurs est impossible. Nous suivrons donc la trajectoire
des imptimeurs-marchands-libraires aux débuts du Mercure Frangois,
Jean et Estienne Richer, au triple titre de compilateurs, rédacteurs et
auteurs principaux du Mercure Frangois. La signature des avertissements
aux lecteurs des volumes I et VII comme les définitions données du
mot «auteur» par les dictionnaires du temps justifient cette décision.
L'attribution par le pouvoir monarchique de la pratique de la compilation
àl'imprimeur-libraire de l'ouvrage dans les extraits du privilège royal
d'impression délivré au titre du premier volume du recueil participe a
conforter de choix. Les frères Richer sont ceux qui ont «mis en lumière »
ce livre, ils en sont les fondateurs", Cest à ses deux pères fondateurs,
que nous attribuons la qualité d'auteurs du Mercure Hrangois.
Lidentification préalable des frères Jean et Estienne Richer en tant
qu auteurs à l'origine de l'ouvrage est nécessaire à la mise en valeur
des différents types d'enjeux de la publication du Mercure Frangis pour
les deux frères dans ce troisième chapitre. Nous examinerons ce que
ous avons pu établir de la vie de Jean et Estienne Richer entre la fin
du xv siècle et les débuts de la publication du Merzure Frangois, Leur
13
rErt de la Cour de Parlement donnl en la Chambre de l'Edict entre Jean Richer Libraire
r au Libvre intitule le Mercure Framçois, on suite de l'histoire de la Paix demanaenr e
aefendenr danltres part, Er Adrian Perier ausi Libaire defendeur&anssi demandeur
ee danltre, par lequel la Cour a ordonné que ledict Libvre sea Supprime, l0C. Ciip Po ko
uretiere, Antoine, Dictionnaire universel.oc, C. 1, 0p. Gls P:
138 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATao
histoire familiale, leur confession entre les guerres de Religion et le début
du xvf siècle, leur position politique au cOurs de la même période et
leurs engagements professionnels sont des éléments susceptibles de cerner
plus clairement les motivations des frères Richer au moment d'initier
la publication du Mercure Frangois. Au-delà des enjeux commerciaux
certains sous-tendus par la publication de la collection, ces différents
aspects conduisent à entrevoir limportance des enjeux politiques et
civiques de la publication du Mercure François pour ses fondateurs, En
effet, la publication du Merczure permet aux deux frères d'exprimer leur
fidélité à la monarchie et leur attachement au régime de paix. Létude
de l'apparition d'un litige commercial opposant Jean Richer à l'un de
ses confrères en 1612-dont le règlement sera étudié d'un autre point
de vue dans un prochain chapitre à propos du Mereure Frangois doit
permertre d'affiner notre connaissance des enjeux de la publication pour
ses fondateurs comme pour le pouvoir. L'étude du procès entre les deux
libraires-imprimeurs permet de noter l'impossibilité de dissocier les
enjeux commerciaux de la publication du Mercure du contexte politique
de grande fragilité du régime de paix caractéristique du début des années
1610. En outre, cet épisode pose la question de la perception du Mercure
par le pouvoir monarchique àses débuts. bSopasny sto oluiido
700UNE FAMILLE D'IMPRIMEURS-LIBRAIREST7n0
FIDÈLES À LA MONARCHIE ne eli awil
n73 eb olosboa uoi3roB
Le titre complet du premier volume du recueil: Le Mercure Frango
011, la suitte de V'Histoire de la pai Commençant l'an M.DCV. pour SUn
du septenaire du D, CAYER, & fnissant an sacre du Tres-Chrestien Koy
France & de Navarre Loys XIII évoque en creux la période de guerres
raversee par le royaume de France avant 1598. Avant cette date, Jeau
Richer comme son frère Estienne ont vécu dans un territoire ouvet
ment en guerre contre l'Espagne mais également déchiré par les conilt
interconfessionnels qui divisent épisodiquement le pays depuis 15
Comment ce contexte politique et religieux intervient-il dans la fond
tion du Mercure François?
et le début
période et
de cerner
moment d'initier
commerciaux
différents
politiques et
fondateurs, En
d'exprimer leur
paix. Létude
à l'un de
autre point
Frangois doit
publication pour
les deux
dissocier les
politique
années
Mercure
oluiido
LIBRAIREST7n0
eli awil
uoi3roB
Frango
pour SUn
Chrestien Koy
guerres
date, Jeau
ouvet
les conilt
depuis 15
fond
GENESE D'UNB COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 139
LA EAMILLE RICHER PENDANT LES GUERRES CIVILES
La période d'activité de Jean et Estienne Richer implique qu'ils
traversèrent la période des guerres de Religion à la fin du xv siècle.
l est routefois dificile d'établir avec exactitude l'âge des deux frères,
en raison de la discrétion des sources mais aussi de confusions entre
homonymes, puisque l'on connaît au moins trois imprimeurs-libraires
parisiens répondant au nom de Jean Richer entre la fin du xvr siècle et
ie début du xv" siècle. De plus, la confusion entre Jean Richer l'Ancien
(autrement appelé Jean Richer 1) et son fils Jean Richer le Jeune (ou Jean
Richer IID est fréquente dans I'historiographie. En suivant La Caille,
Henti-Jean Martin fait de Jean Richer père le fondateur du Mercure
Frangois et de Jean et Estienne, ses fils, les continuateurs de l'entreprise
éditoriale. Michel Gilot fait probablement de même en rédigeant les notices
consacrées à Jean et Estienne Richer dans le Dictionnaire des journalistes
de Jean Sgard. Elisabeth Queval et Jean-Dominique Mellot identifient
bien Jean Richer le jeune comme le fondateur du Mercure Frangois. Le
testament olographe d'Estienne Richer permet d'atcribuer à Jean Richer
fils la paternité du Meraure Frangais et de comprendre que cest ausi lui
et non son père qui s'est réfugié à Blois et à Tours auprès de la cour
d'Henri II au moment de la Ligue. Quant à Jean Richer I, considéré par
certains comme un autre fils de Jean Richer I, il sagit d'un compagnon
libraire ayant exercé dans l'imprimerie des deux frères avant de mourir en
1586". Dans son testament, Estienne Richer précise qu'ils n'étaient pas
parents Philippe Renouard évoque pour sa part l'introduction erronee
d un second Estienne Richer. Sans d te n'y eut-il pas deux Estienne
Richer, il est tourefois presque assuré qu' Estienne Richer a continué ses
activités d'imprimeur-libraire au-delà de l'année 1637, date à partir de
laquelle son nom disparaît du paysage éditorial du Meraure Frangois"
COnvention, lorsque nous évoquons Jean Richer sans plus de précision, il sagit de
Jean Richer le Jeune ou Jean Richer II.
O lestament olographe d'Estienne Richer, lo, C
enouard, Philippe, Imprimeurs parisiens libraires, fondeurs de caracières et correcieurs
prmerie, Depuis l'introduction de l'lmprimerie à Paris (1470) jusgu'a la jn du XVr Jiecde,
audin, 1898, p. 321. Voir également id., Répertoire des imprimeurs Parisiens
AD deurs de caractères et correcteurs d'imprimerie, Depuis l'introaduction de I'inmprimerie
470) jusgu'à la fn du xvr siècle, Paris, M. J. Minard, 1965 [1898], p. 371 et
O1re des imprimeurs parisiens, libraires et fondeurs de caracières en exercie a karts au
ADEC fable des adresses des enseignes et des nonms de personner, Paris, Librairie des Ares
140 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ETAT O
Le contexte conduit à poser la question de la confession des deux imDr
meurs-libraires comme de leur posture politique au moment de ces mêmes
affrontements interconfessionnels de la fin du xvr siècle. La fréquentation.
au moins professionnelle, de Jean Richer et de Pierre-Victor Palma-Cayet.
dont on connaît les hésitations religieuses, rend plus pertinente encore
cette interrogation Le testament olographe d'Estienne Richer daté du
22 août 1629 éclaire certains de ces aspects. Le testateur retrace en effet
rapidement sa généalogie et brosse à grands traits sa parentèle dans le but
d'écarter certains homonymes de son héritage. Il décare avoir perdu ses
parents au moment de la levée du siege de Paris en 1590: G
Attendu que les miserables guerres et troubles qui ont regné en France, ez
années mil cing cents quatre vingts et neufont privé mondit feu Frere et moy
SDLOde nostre Ayeul Maternel Estienne Tasset, vivant aussi marchand libraire, de
nosdits Pere et Mere, de nos Freres, et de nostre scæur, et de tous leurs biens
2limeubles, qui furent entierement perdus pour l'absence de mondit feu Frere
qui sestoit retiré ala suitte du feu Roy Henry troisiesme, (que Dieu absolve)
et de moy Estienne Richer, qui lors du deceds de nos Pere et Mere (qui fut a
la levée du siege de Paris en l'An mil cinq cents nonante) estois aux escholles
iL en la ville d'Estampes :J3 9 sst 9o0t11D 3n53g
Les circonstances précises du décès de Jean Richer père et de son épouse,
Denise Tasset, lors de la levée du siège de Paris ne sont pas expliite
par Estienne Richer, Ces informations ne permettent d'inférer ni leur
Confession ni leur position politique. Toutefois, il est probable quis
furent victimes des violences perpétrées dans le contexte de la doml
nation de la Ligue catholique sur la ville de Paris. La mention dans ie
testament d'Estienne Richer de l'absence de son frère de la capitale au
et Metiers, 1995, p. 382. Voir aussi Chartier, Roger et Marcin, Henri-Jean (dir),
de L'eaitionfrançaise., t. I, Le livre conquérant. Du Moyen Age an milien da xvit stecie, 9p, u
P. 41 Martin, HentiJean, Livre, pouvoirs et société à Paris au xVit siecde (1598-1/01
op, cit., p. 349-350, ainsi que Gilot, Michel, «Richer, Estienne» et «Richer, J 54
Dictionnaire des journalites (1600-1789), vol, II, textes réunis par Sgard,Jean (eers
et Queval, Elisabeth, Mellor, Jean-Dominique (dir.), Répertoire d'imprmeurs-I
1500-vers 1810), Paris, BNE, 2004, p. 473.
18 Apropos du phénomène conversions et même de a reconversions» religieuses au mant ns
des XVT et xVIf siècles voir Yardeni, Myriam, « Ésotérisme, religion et n1S ne
l'euvre de Palma Cayet», art. cité, p. 285-308. L'auteure indigue gue ce pnei nt
concerne notam.ment Pierre-Víctor Palma-Cayet dont les deux principaux Ouv
eté imprimés et commercíalisés par Jean Richer.
19 Testament olographe d'Estienne Richer, loc. cit,
O
deux imDr
ces mêmes
fréquentation.
Palma-Cayet.
pertinente encore
Richer daté du
retrace en effet
dans le but
perdu ses
1590: G
France, ez
Frere et moy
libraire, de
leurs biens
feu Frere
Dieu absolve)
Mere (qui fut a
aux escholles
3n53g
son épouse,
expliite
d'inférer ni leur
probable quis
la doml
dans ie
capitale au
dir),
stecie, 9p, u
1598-1/01
Richer, J 54
Jean (eers
au mant ns
et n1S ne
ce pnei nt
Ouv
GENESE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 141
moment de la levée du siege de Paris en 1590 laisse soupçonner son
appartenance au parti des «Politiques , entendu comme la désignation
d'une faction politique pendant et àl'issue des guerres de Religion. La
raison de l'absence de Jean Richer de la capitale rend certe hypothèse
presque certaine, Le jeune Jean s'est réfugié à Blois puis à Tours dès avant
lassassinat du roi Henri IIl par le moine Jacques Clément en 1589. A
5on arrivée à Tours à la suite de la cour du roi Henri II, Jean Richer le
Jeune s'associe à un autre imprimeur parisien également réfugié auprès
du roi. Il s'agit de Claude de Monstr'ceil. Ensemble, ils publient des
cOuvrages dans le goût du jour» d'après Eugène Giraudet, Denis Pallier
précise qu'il s'agit notamment de pièces visant à combattre les libelles
ligueurs2, Entre 1588 et 1591, Jean Richer et Claude de Monstr'ceil
sassocient à cinq autres imprimeurs-libraires parisiens tous réfugiés à
Tours. L'association est prévue pour durer deux années complètes et
regroupe des imprimeurs fidèles au pouvoir monarchique. imprimeur
ordinaire du roi, Jamet Mettayer en fait partie. Tous ont suivi le roi,
la cour du Parlement et la chambre des comptes à Tours depuis plus
de deux ans au moment de passer leur accord. Le désir de soutenir la
PRopagande royaliste n'est pas le principal motif de l'association. Il Sagit
aussi de s'assurer la possibilité d'exercer le métier d'imprimeur-libraire,
activité rendue difficile dans la capitale depuis l'avènement de la Ligue.
Lassociation est avant tout d'ordre économique et conmmerciale mais
regroupe des acteurs qui partagent également des affinités politiques
20 Ibid. A propos de l'usage du' terme a Politiques », voire la mise au poit Marie-Luce
Demonet. Demoner, Marie-Luce, « Qnelques avatars du mot 'politique" (cIV-XVIr 'Siedles
Langage cet soiété 2005/3 (°113), art. cité, p. 42-45. Voir également Jouanna, Arletre
, HtstoTe et dictionnaire des guerres de Religion, Paris, Robert Laffont, 1998, P. 1210-1215.
Giraudet, Eugène, Une asociation d'inmprimeurs et de libraires de Paris rjugtEs a Toirs an
Xvr ele, Tours, Imprimerie Rouillé-Ladevèze, 1877, p. 44.
22 Voir Pallier, Denis, Recherchas sur limprimerieà Paris pendant la Ligue (1585-1599, Gentve
OZ, 1976, p. 83 et id, «Les victimes de la Saint-Barthélemy dans le monde du Livre
parisien, dans Le livre et lbitorien ? Gndes offertes en l'bonneur da pofeeur ler
, textes réunis par Barbier, Frédéric, Genève, Droz, 1997, p. 153. Voir aussi Chartier,
Roger et Martin, Henri-Jean (dir), Histoire de l'ediation frangaise.. i, p
23
pt imprimecurs-libraires associés sont Jamet Mettayer, imprimeut ordinaire ciu ro
e de Monstr'ceil, Geroges de Robet, Marc Orry, Sébastien Dumoulin, Mattncu
moct et Jean Richer. Ibid, p. 8, D'aucre part, Philippe Renouard mentionne
c de 1588 là où Eugêne Giraudet évogue celle de 1591. Renouard, Philippe, (Pr
meurs libraires fondeurs de caractères et correcteurs d'inprimerie. 9P. Cl, P: 2/ CE
Bugène, Une association d'imprimeurs.., op. cit, P. 1,9, 18 et 4-
142 UHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT0
Puisque la capitale du royaume s'est déplacée de Paris à Tours, le centre
d'édition reconnu par la monarchie en a fait autant. Le Mercure Frangoi
porte d'ailleurs le témoignage de ce séjour tourangeau. Après la mor
du roi, Jean Richer reste en Touraine et apporte son concours et son
soutien au nouveau roi, Henri de Navarre. Jean Richer est donc un sujet
loyal à la monarchie. Son choix policique s'est porté sur le tiers parti.
Cet engagement ne permet pas de postuler le positionnement de
ses parents sur l'échiquier politique, dans la mesure où l'on connat
le caractère clivant des conflits religieux y compris au sein du cercle
familial. La famille Richer semble toutefois de confession catholique,
comme l'indique le testament d'Estienne Richer. En 1629 en tour cas,
ce dernier est catholique:
33 291 Donc et Premierement comme Chrestien et catholique, Je recommande mon
2970 Ame, lors qu'elle partira de mon corps, à Dieu, Nostre Seigneur, Jesus Chtist
son filz unique, a la sacree Vierge Marie, et a tous les Saincts & Sainctes de
Paradis; que je prie mestre intercesseurs envers Dieu, pour la remission de
21i mes pechez 0s 20 ez24
La référence à la vierge Marie comme aux saints laisse peu de doutes
quant à la confession de l'imprimeur. Ce constat entraîne deux hypo
thèses. Soit les parents Richer soutiennent la Ligue catholique, soit 1s
préfèrent cdairement s'en distinguer à l'image de leur fils Jean. Même
dans I'hypochèse de l'appartenance de Jean Richer père et de Denise
Tasset à la Ligue catholique, leur sort au moment de la levée du siege
de Paris en 1590 semble avoir conforté le choix politique de Jean le
Jeune et a pu dérerminer celui d' Estienne. Depuis lors, Jean Richer
devenu le tuteur de son jeune frère Estienne, met une grande partie
de ses activités d'imprimeur-libraire au service du roi Henri IV et de la
monarchie française. Le soutien de Jean Richer le Jeune à la monarchie
Sexprime par le concours qu'il apporte au parti des « Politiques ». Son
frère Estienne le suit rapidement dans cette voie, y compris en participant
à la publication du Mercure François ha9t07
24 Testament olographe d'Estienne Richer, loc, cit,
25 Pallier, Denis, Derchar sur Uimprimerie à Paris pendant la Ligue.n, op, cit, p. >4
D'ÉTAT0
Tours, le centre
Mercure Frangoi
Après la mor
concours et son
donc un sujet
tiers parti.
positionnement de
l'on connat
du cercle
catholique,
tour cas,
recommande mon
Jesus Chtist
Sainctes de
remission de
de doutes
deux hypo
catholique, soit 1s
Jean. Même
de Denise
du siege
de Jean le
Jean Richer
grande partie
IV et de la
monarchie
Politiques ». Son
participant
p. >4
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 143
DES ACTIVITÍS PROFESSIONNELLES SOUS-TENDUES its al
PAR UN ENGAGEMBNT CIVIQUB ET POLITIQUE
Les publications de Jean Richer et de son frère Estienne en dehors
du Mercure François contirment leur loyauté à l'endroit de la monarchie.
Jean Richer publie notamment certaines des ceuvres de Pierre-Victor
Palma-Cayet, «chronologue » du roi. Le fiou entretenu par ce titre de
a chronologue » ou de « chronographe » du roi ne permet pas de forger
de conclusions quant aux relations entre Palma-Cayet et le pouvoir,
surtout lorsque l'on connaft le caractère également peu saisissable du
titre pourtant plus connu d'historiographe. Toutefois, la mention de
ce titre est un indice du sentinment de fidélité politique entretenu et
revendiqué par Pierre-Victor Palma-Cayet à l'égard du pouvoir royal.
La relation de soumission de l'auteur au pouvoir royal semble reconnue
par ce dernier. Au-dela des intérêts commerciaux susceptibles de motiver
Jean Richer, l'imprimeur peut également avoir voulu manifestersa
fidélité à la monarchie par son activité d'imprimeur du « chronologue »
royal. Il affiche sa disponibilité à mettre ses compétences au service de
cette dernière. Les publications réalisées en association avec Claude de
Monstr'oeil témoignent de la même disponibilité, comme cest le cas du
Traicté de la juste et canonigque absolution de Henry lll rès cbrestien roy de
Framce & de Navarre" Plus tard, ce lien à la monarchie se confirme par
un contrat liant cette dernière aux libraires ayant entrepris la publication
dIes grandes bibles royales comme des ceuvres des Pères de l'Eglise. Le
Contrat pasé quelques années plus tôt préfigure la participation d'Estienne
Richer à la compagnie de la Grand Navire. La bible en question est
d'ailleurs publiée par Jean Richer, à Paris, au cours de lI'année 1621
40 Falma-Cayet, Pierre-Victor, Chronologie septenaire de l'histoire de la paix eire les roys de lErana
EspagNe, Contenant les choses plus memorables advenuës en France, Espagne, lemagne,
ae Angleterre, Escosse, Flandres, Hongrie, Pologne, Suece, Transsilvanie, ausrey enaros
aetEirope : avec lé succez de plusieurs mavigations faictes aux Indes Orlentales, Ocidentales C
oeprentrionales, depuis le commencement de lan 1598 jusques à la fin de l'an 1604, oP, C, et
Oronologie novenalre contenant l'histoire de la guerre sous le regne du Irer-Ghrestien rcoy
tvance & de Navarre Henry IIl, E les chases plas memorables advenwës par tous e mon
cmencement de son regne, l'an 1589 jusques à la paix faicte à Vervins en juin 1>98
esté très-chrartienne & le roy catholique des Espagnes, Philippes ll |sic, op C
Par a JuSie es camonique ahsolution de Henry IIlI trèr cbrestien roy de lirance de Navarre,
28 Paris, Jean Richer et Claude de Monstr ceil, il 1615 entre le Roy, et les o1I
opos, voir le Contract faict et passé le 10. jour de juillet 1615 entre le Roy, et les libraires
CEPprs dimprimer les grandes bibles royales, les Peres de l'Eglise grac-latin &ls Lages
144 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Les enjeux de la démarche de publication du Mercure sont multiples
pour les deux imprimeurs-libraires. Comme le prouve la sollicitation de
la délivrance d'un privilège d'impression, ils sont d'ordre économique et
commercial. Mais ils sont aussi civiques et politiques. Quelques mois après
la mort d'Henri IV, le premier volume du Meraure François est publié dans
l'atmosphère encore teintée des inquiérudes soulevées par l'assassinat duroi
de paix. La publication d'un ouvrage loyal par un imprimeur-marchandlibraire
ouvertement acquis à la cause du gouvernement nmonarchique depuis
le début de ses activités professionnelles est favorablement accueillie par
le gouvernement de la régence. Face à l'émotion suscitée par lassassinat
du roi, l'expérience personnelle des guerres de Religion éprouvée par Jean
Richer a probablement conduit celui-ci à livrer au public un ouvrage
explicitement favorable à la régence de Marie de Médicis, émaillé de prises
de position et de réactions personnelles. Désormais privé du concours de
Pierre-Victor Palma-Cayet, l'auteur de la Chronologie septenaire de l'Histoire
de la paix, décédé quelques mois avant le roi, Jean Richer publie la suite
de son ouvrage. Cest en tout cas ainsi qu'il présente le premier volume du
Mercure Frangois. Ainsi, Jean Richer s'engage de manière libre et spontanée
en faveur du régime de la régence et la poursuite du régime de paix,
notamment de paix ivile. La première expérience d'engagement de Jean
Richer en faveur du roi Henri II au moment de la Ligue et aux cotes
d'autres imprimeurs-libraires loyaux à l'Etat royal, comme les épreuves
traversées auprès de son frère Estienne au moment des conflits religieux
du xvf siècle font de l'implication personnelle de Jean Richer puis de son
frère un puissant déclencheur dans la genèse du Mercure Frangois. En l610,
cette prédisposition rencontre un autre élément déclencheur avec les deces
de Pierre-Victor Palma-Cayet puis d'Henri IV. Ces deux disparitions on
probablement accéléré la démarche de l'imprimeur.
En plus de la loyauté nourrie par les deux frères à l'égard de a
monarchie, la famille Richer se caractérise par une forte implantatiolu
dans le milieu des gens du livre parisien. Celle-ci se mesure aux divero
relations socio-professionnelles entretenues par Jean et Estienne RIcnet
du concile de Trente, Voir également Erizon, Pierre, La Sainte Bible frangoise, A Paris,
Jean Richer et Pierre Chevalier, 1621 BIS, U4=21, pièce 3.
29 Cassan, Michel, La grande peur de 1610, Les Prançais et l'assassinat d'Heirt u es
P. 38-40 et 42-43, Voir également id, « Bcriture de T'événement, récit de so
écrits du for privé», art. cíté, p. 56-57,
multiples
sollicitation de
économique et
mois après
publié dans
l'assassinat duroi
marchandlibraire
nmonarchique depuis
accueillie par
lassassinat
par Jean
ouvrage
de prises
concours de
l'Histoire
publie la suite
volume du
et spontanée
de paix,
de Jean
aux cotes
épreuves
religieux
puis de son
En l610,
les deces
disparitions on
l'égard de a
implantatiolu
divero
RIcnet
Paris,
d'Heirt u es
GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 145
LA FORTE IMPLANTATION DES RICHER DANS LE MONDE
DULIVRE PARISIEN
Les frères Richer présentent tous les signes d'un ancrage profond dans
le monde du livre parisien: une pratique dynastique de la profession, un
réseau solide d'alliés professionnels et une localisation de leurs ateliers
et de leurs points de vente au coeur des quartiers parisiens fréquentés
par les imprimeurs-libraires de la capitale. Jean Richer 1l'Ancien, le
père de Jean Richer le Jeune, est placé en apprentissage chez Charles
Périer en 15620. Il devient libraire juré en l'université de Paris à partir
de l'année 1572 et épouse Denise Tasset, dont le père Estienne Tasset
exerce aussi la profession de marchand-ibraire. L'historiographie indique
que Jean Richer père aurait eu deux épouses : Denise Tasset puis une
certaine Gillerte Jillian déclarée veuve dans les sources en 1599. Les
déclarations d'Estienne Richer, dans son testament, nous font douter
de ce remariage. D'une part, Estienne Richer affirme que la mort de ses
deux parents survient en 1590 au moment de la levée du siège de Paris.
Jean Richer aurait bien sûr pu avoir divorcé et s'ere remarié avant 1590.
D'autre part, alors qu'Estienne Richer prend grand soin de rétablir sa
parenté dans le testament de 1629, il ne fait nulle part mention de cette
Gillette Jillian. Il est également possible que la seconde épouse de son
père soit décédée en 1629, au moment de la rédaction de son testament,
et que, sans enfant, ce second mariage ne constitue aucune menace pour
l'héritage d'Estienne. Enin, Gillette Jillian pourrait également avoir
été l'épouse de l'homonyne de Jean Richer père dont il est question
dans le testament d'Estienne Richer. Estienne Tasset exerce de 1D8
à 1585 rue Saint-Jean-de-Latran, au «Loup qui taille ». En 1565, il y
réunit la maison voisine, «'Arbre verdoyants2 . Jean Richer pere exerce
rue Saint-Jean-de-Latran, à l'adresse de son beau-père auquel il succèdle,
Cest-à-dire à dlArbre verdoyant. Cette enseigne semble demeurer
adresse professionnelle et commerciale de Jean Richer fils et de son frère
30 PCaielli epr ,1 D5e9n eist ,Q «uLeevs avli,c Étimliseasb deeth la, MSeailnloet-, BJaerathné-Dleemnyi sd a(dnisr) l,e R méopnedrteo idreu ldiv irme ppraimtiseiennrs
rer P. cit., p. 473. Voir aussi Renouard, Philippe, Répertoire des imprimeurs Libraires
parisiens.o, op. cit., P. 37, 31
39 DPopos voir ibid, et le testament olographe d'Estienne Richer, loc. cit.
24enoiard, Philippe, RGpertoire des imtprimeurs libraire.P. Git, P 571
33 1bid.
146 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Estienne. Les deux frères jouissent visiblement du bail emphytéotigue
pour la maison du « Loup qui taille», transnis à leur père à la mort
d'Estienne Tasset pendant plusieurs années encore. Dans son testament,
Estienne Richer exprime en effet la volonté de céder le bail à Jeanne le
Grand, sa cousine maternelle, Une fois associés, les deux frères occupent
également une boutique au Palais, «sur le perron royal face à la galerie
des prisonniers» comme l'indiquent leurs différentes publications À
l'exception du séjour tourangeau de Jean Richer à la fin du xvf siècle,
Jean et Estienne Richer sont donc durablement installés à Paris. La loca
lisation des boutiques et du lieu de résidence des deux frères corrobore
l'idée de leur forte implantation dans le monde du livre parisien.La
présence de Jean et d'Estienne Richer dans le quartier de l'université
leur a permis d'obtenir tous deux le statut dimprimeur-ibraire en
I'université. Henri-Jean Martin ne précise pas combien ils sont exacte
ment mais souligne le choix fréquent des imprimeurs-libraires parisiens
de s'installer volontiers dans le quartier de l'université (souvent dans
la rue SaintJacques), notamment parce que chaque année, luniversite
désigne vingt-quatre libraires qualifiés de libraires-jurés vers lesquels
elle oriente plus volontiers clientèle, dont la qualité est particulièrement
appréciée des libraires. L'auteur rappelle les exemptions iscales
dont bénéficient les libraires annuellement désignés par l'universite
La rue Saint-Jean-de-Latran dans laquelle se situe la librairie de Jean et
Estienne Richer tout comme la paroisse Saint-Etienne-du-Mont dons
elle dépend appartiennent à ce quartier de I'université, De fait, Jean
Richer est qualifié tantôt de « libraire juré comme cest le cas aa
les archives du Conseil privé du roi tantôr de « libraire en l'universitc
comme dans l'Arrest de la Cour du Parlement. Estienne Richer est quant a
ui plus volontiers qualifié d'imprimeur-marchand-libraire en lunivers
de Paris comme il le fait lui-même dans son testament, Lunivba
34 Testament olographe d'Estienne Richer, loc. cit,
35 Il sagit du Palais de justice situé sur l'île de la Cité
36 Voir àce propos Martin, Henri-Jean, Livre, pouvoirs et société.0o, op, cit, t. 1,P:
40, 300
et 336-3416.
37 Voir Conseil privé relatif au diférent existant entre Adrian Périer et Jean Kicber AN,
ibraires d Paris, au sujet de la vente d'un livre dont ce dernier prétendatt avoir Pr
V6, 21, D°7 et l'Arrest de la Cour dn Parlement donné en la Chambre de I Ea entre Jean
RRiicchbeerr, lJoect, Acidt,rian Périer.o., loc. cit, p. 2. Voír aussi le testament olograpu
emphytéotigue
à la mort
testament,
Jeanne le
occupent
la galerie
publications À
xvf siècle,
Paris. La loca
corrobore
parisien.La
l'université
ibraire en
sont exacte
parisiens
souvent dans
luniversite
lesquels
particulièrement
exemptions iscales
l'universite
de Jean et
Mont dons
fait, Jean
cas aa
l'universitc
quant a
lunivers
Lunivba
40, 300
Kicber AN,
entre Jean
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 147
favorise donc l'entreprise des deux frères, qui bénéicient également du
droit de bourgeoisie, leur permettant de jouir de privileges, Les sources
qualifient, en effet, également Jean et Estienne Richer de bourgeois de
Paris Au moment de penser à constituer un patrimoine immobilier
pour leurs héritiers, les deux frères font d'ailleurs le choix de demeurer
proximité du quartier, tout en s'éloignant de la rue Saint-Jacqueset
du centre de la capitale, en direction de l'est. Ils achètent et rénovent
une maison rue Neuve des Boulangers" La seconde boutique des deux
frères, situé au Palais, confirme leur insertion dans le monde du livre
parisien. Le quartier du Palais sur l1le de la cité est le centre traditionnel
des grands services de la monarchie. On y trouve notamment le siège du
parlement de Paris, de la Cour des Aides, de la Cour des Comptes et de
la Cour des Monnaies. Ce quartier fait rapidement figure de second pôle
éditorial dans la capitale au début du xVir siècle. La présence de Jean
et Estienne Richer dans le quartier du Palais leur permet de toucher
une autre clientèle : celle des membres de l'administration de la capitale
mais aussi celle d'un public cultivé, parfois féminin, susceptible d'avoir
à faire à ces diverses institutions. La situation est fréquente et nombre
de grands libraires parisiens oprent pour cette double implantation
En plus de partager un teritoire commun avec un grand nombre de
leurs confrèeres, Jean et Estienne Richer nouent des collaborations profes
sionnelles avec plusieurs d'entre eux. En 1601, Jean Richer S'associe par
exemple avec Etienne Vallet et François Gueffier, également marchandsimprimeurs-
libraires en 1l'université de Paris pour la publication dun
livre, Certaines de ces associations, contractées dès la seconde moitié du
XV siecle, dépassent les clivages religieux. Les relations entre les familes
Richer et Périer illustrent bien ce type d'associations professionnelles.
Pour finir, Jean et Estienne Richer entretiennent de nombreux liens
d'ordre privé avec des confrères de la librairie. Les deux freres sont ainsi
presents le 20 avril 1614 au mariage de Marguerite de Monstr ceil, la fille
e imprimeur-libraire Claude de Monstrceil et de Guillaume Loyson
Balement marchand-libraire bourgeois de Paris en qualité d'amis de
38
41 socíation d'Etienne Vallet, Frangois Gueffier et Jean Richer, AN/MC/ET/X/83.
O par exemple bail locatif entre Guillaume Loyson et Estienne Richer, ANIMCELY
XI/135.
3 Testament olographe d'Estienne Richer, oc. ctl,
artin, Henri-Jean, Livre, pouvoirs et sociéé,.., t. I, op., cit., p. 62-63, 316-5)l
148 U9 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT o
la future épouse 2. Au moment de faire part de ses dernières volontés.
Estienne Richer éexprime d'ailleurs son appartenance à la communauté
des imprimeurs-libraires dans son testament 2st9 9,0iup
aegb 109mor A
uJedonne et legue a six pauVres invalides du corps de la librairie assavoir trois
2libraires qui auront este maistres, er trois imprimeurs qui auront aussi esté
maistres tous lesquel4s s3ix h0om 0m0esf s3er9on7t c3ho0is isJ dIaCns le corps par le sindic et gardes dudit corps l.z99slool 2ub syus u1roaincm u
La forte intégration socio-professionnelle des frères Richer au monde du
livre parisien, leur fidélité sincère et profonde envers la monarchie et le
pouvoir royal ne les empêchent pás de se tróuver parfois' coupables de
pratiques délictueuses, comme ce fut le cas sous la régence. op
LES FRÈRES RICHER A LA FRONTIÈRE DE LA LÉGALITÉ al 2nsh uoh
Le dévouenent des deux frères à la monarchie n'interdit pas leur
indépendance vis-à-vis du pouvoir royal. Au moment ou Jean Richer
fonde le Mercure François et où son frère Estienne lui permet de pour
Suivre cette entreprise éditoriale en se chargeant de la publication du
recueil à partir de son deuxième volume, le pouvoir politique n'a pas
encore assujetti les auteurs du /Mercure Frangois à son service. Les services
rendus le sont en toute indépendance. Les frères Richer n'hésitent alors
pas à mépriser la loi lorsque leurs intérêts, notamment ommerciaux
sont en jeu. Quelques épisodes professionnels et judiciaires de la vie des
deux frères doivent nous en convaincre
La présence simultanée, d'imprimeurs-libraires dans le quartier
de I'université comme dans celui du Palais est en fait interdit par les
reglements corporatifs. Henri-Jean Martin signale que la situation pro
voque un grand nombre de procès dans le courant des années 1620. Les
imprimeurs se trouvent contraints de choisir une enseigne, soit dans l
quartier de l'université (généralement rue Saint-Jacques) soit dans lu
du Palas, Ahn de contourner cette disposition, les imprimeurs-libraires
ont parfois recours àun prête-nom à moins qu'ils ne décident de div
les tdches d'une entreprise familiale entre les différents membres de a
42 Acte de mariage de Guillaume Loyson et Marguerite de Monst'r eil, AlN MC/ET
XXIII/248.
4 estanment olographe d'Estienne Richer, loc, cit nu1911a a09i hirartaroo
volontés.
communauté
2st9 9,0iup
A
assavoir trois
aussi esté
par le sindic u1roaincm u
monde du
monarchie et le
coupables de
régence. op
2nsh uoh
pas leur
Jean Richer
de pour
publication du
politique n'a pas
Les services
n'hésitent alors
ommerciaux
la vie des
quartier
interdit par les
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1620. Les
soit dans l
dans lu
libraires
de div
membres de a
AlN MC/ET
hirartaroo
GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 149
fratrie. La pratique est tolérée mais indíque une certaine liberté prise
ayec les règlements corporatifs de la librairie, comme elle témoigne
des dificulrés à réglementer cette profession au début du xvr' siècle4,
Tean et Estienne Richer choisissent visiblement cette seconde solution.
Les motivations des deux freres sont sans doute principalement d'ordre
commercial. Ce choX peut avO1r été contorté par la confrontation des
deux imprimeurs à la justice royale en 1612". La répartition des tâches
entre eux semble sufire à satisfaire les autorirés, peur-être impuissantes
à intervenir dans ce genre de situation. Entre 1622 et 1627, Jean et
Estienne Richer n'hésitent pas à publier ostensiblement leur communauré
d'entreprise sur les pages de titres des différents volumes du Mercure
Frangois. Le volume VII publié en 1622 témoigne d'une plus grande
prudence car, si le nom de chacun des deux frères apparaît, ils ne sont
pas publiés conjointement sur la même page de titre mais l'un sur le
frontispice et l'autre sur la page de ticre
En 1615 pourtant, un épisode plus grave implique un certain Jean
Richer, «marchand libraire imprimeur & bourgeois de Paris, prisonnier
és prisons du Grand Chastelet">, Le 22 août 1615, ce dernier,
probablerment emprisonné depuis le début du mois, est condamné par
le procureur du roi en 1la cour du Chârelet de Paris à une amende de
400 livres parisis et à son bannissement de la prévôté et vicomté de
Paris pour avoir publié un livret, qualifé de «libelle » par le procureur
du roi, sous forme de remontrances adressées au roi par le clergé
de France. La consultation du volume du Catalogue des manusorits de
la bibliotheque de P'Arsenal consacré aux archives de la Bastille, et qui
Collecte également les références d'archives provenant d'autres insti
tutions parisiennes parmi lesquelles celles du Châtelet ne nous a pas
permis d'établir la présence effective de Jean Richer au Chârelet de Paris
dans la mesure où l'inventaire ne recense aucun document anterieur
a lannée 1660. Les inventaires analytiques des registres d'écrous des
AS , Henri-Jean, Livre, pouvoirs et sociétt.., op. cit., t. I, p. 350-351 et p. 460-46/
15
nyserons cet épisode plus longuement et sous un angle spécifique dans le chapitre
47 Sentence du Chastelet de Paris donnée le vingt-d -deuxiesme d'Aoust, 1615 entre le procureur du Roy
consacré à la censure du Mercure Frangots,
YOir Mercure François.o, op, cit., vol. VII, 1622, [p. 1J et LP.
J r e cans, Demandeur & complaignant d'une part et Jean Richer Marcband Libratre
er & Bourgeois de Paris, prisonnier & prisons du grand Chastelet, Defendeur d anad
part, BSG, F 8° 927 iny-4202 RES.
150 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 1Mo
prisons parisiennes conservés aux archives nationales sont restés muers
pour les mêmes raisons. Il est reproché à Jean Richer d'avoir publié
et diffusé des « paroles de propositions, contraires au Droit commun,
tenu par l'Eglise gallicane, & à l'authorité & puissance souveraine
du Roy». La Remonstrance du clergé de France faite an Roy le huictiesme
d'aonst mil six conts quinze porte l'adresse de « l'Arbre verdoyan". Le
contexte explique l'intransigeance du prOCureur du roi au mois d'aoûr
1615. Les Btats généraux réunis à Paris entre le 27 octobre 1614 et le
23 février 1615 ont vu s'affronter les députés du clergé et du Tiers état
sur deux points. Le premier est l'article proposé par les députés du
Tiers pour ouvrir leur cahier de doléances, auquel ils voudraient, en
outre, accorder le statut de loi fondamentale. Il y est question de la
préé inence du temporel sur le spirituel. Le second refiete les relations
compliquées entre le royaume de France et le concile de Trente dont
les contemporains semblent se méfier. Il consiste en la publication du
Concile de Trente par le royaume de France, régulièrement sursise et
tout aussi régulièrement réclamée par le clergé depuis l'année 1579
Le parlement de Paris interdit finalement aux députés réunis aux Btats
généraux d'aborder ces deux points le 2 janvier 1615. Le clergé désobéit
ouvertement à cette interdiction. L'assemblée du clergé de France
fait donc imprimer et diffuser une Remonstrance adressée au roi faisant
état de la réception du concile de Trente par le clergé. Jean Richer
est l'imprimeur employé par les membres de l'assemblée pour assurer
son impression et sa publication. Visiblement, cet acte de désobéissance
se solee pour Jean Richer par une condamnation. La sentence
publiée suite à l'audience du 22 août précise que François du Harlay
sera entendu sur la Remonstrance dont il est l'auteur. Pourtant, Charies
Urbain précise que « l'on s'en tint à la suppression de la remontrance
97t03737n ITi 72m st 2
vor uncke Brentano, Frantz, Catalogue des manuscrits de la bibliosbegue de lArenad,
tome X, Paris, Plon, 1892.
49 Sentence du Chastelet de Paris,or, loc, cit.
S0 Cospeau, Philippe, Remonstrance du clergé de Prance, faicte au Roy le 18 juillet, Aa
hez
Jean Richer, 1617, Bib, Maz,, 4°A15328-3,
51 Urbain, Charles, « Dissertation de l'abbé Pirot sur le concile de Trente 198.
xtrait des
papiers de Leibniz (suite)», Revne d'histoire de lPÉlise de France, tome 3, n° 15, 191 les
A propos du concile de Trente et de son application dans le royaume deir 1518
travaux d'Alain Tallon notamment Tallon, Alain, La France et le concile ae Trente(
1563), Rome, Ecole Française de Rome, 1997 ou encore id., Le Conctle a
Paris,
Bditions du Cerf, 2000, p. 203.
1Mo
restés muers
d'avoir publié
commun,
souveraine
huictiesme
verdoyan". Le
mois d'aoûr
1614 et le
Tiers état
députés du
voudraient, en
question de la
relations
Trente dont
publication du
sursise et
l'année 1579
aux Btats
clergé désobéit
de France
roi faisant
Jean Richer
pour assurer
désobéissance
sentence
du Harlay
Charies
remontrance
st 2
de lArenad,
Aa
hez
Trente 198.
xtrait des
15, 191 les
deir 1518
Trente(
Paris,
GENÈSE DUNE COMPLATION D'HISTOIRE POLITIQUE 151
età lamende [400] liVres lparisisI que l'imprimeur paya sur l'heur?
Difficile de savoir si Jean Richer a effectivement été banni de la prévô6re
et vicomté de Paris étant donnée la tolérance dont bénéhicia François du
Harlay dans cette affaire. La publication par Jean Richer d'une nouvelle
Remonstrance sous le nom d'un nouvel auteur et portant l'adresse
de «'Arbre verdoyant » à Paris en juillet 1617 semble indiquer qu'il
na finalement pas été banni, à moins que la période de bannissement
n'ait été écourtée. Il est également possible que la monarchie ne dispose
pas de moyens sufisants pour assurer I'exécution de l'ensemble
des décisions de justice. La sentence prononcée par le procureur royal
précise, en effet, que c'est à Jean Richer de garder le ban'o
Il est difficile de tirer de fermes conclusions à partir de cer épisode
judiciaire de la vie de Jean Richer. A priori, la loyauté exprimée par
limprimeur-libraire depuis de longues années rend peu compréhensible
la publication du texte incriminé pour son contenu. En effet, Jean Richer
peut difficilement avoir ignoré les implications d'une telle publication,
et ce, pour trois raisons. D'une part, sa grande connaissance des
affaires publiées par les différents volumes du Mercure Frangois rend
peu probable une éventuelle forme de naiveté sur la question. D'autre
part, le contrat passé en compagnie d'autres imprimeurs avec le roi1 à
propos de la publication de textes sacrés et des usages du concile de
Trente prouve que Jean Richer publie le texte de l'assemblée du clergé
en connaissance de cause. Enfin, l'absence de permission d'imprimer
comme de privilège d'impression contribue également à rendre curieuse
la décision de l'imprimeur-libraire de publier le texte de la Remonstrance.
LCdit de Moulins promulgué en 1566 réglemente, en effet, I'activité
des imprimeurs-marchands-libraires et conditionne l'obtention d'un
privilège royal d'impression à celle d'une permission d'imprimer. lLa
termeté du procureur du roi s'explique peur-être par la nécessité de
reafthrmer 1l'autorité royale face à un clergé décidé à mener à bien ses
combats et n'hésitant pas à multiplier les provocations, de la publrcation
de la harangue du cardinal du Perron pourtant interdite a celle
oir Sentence du Ghastelst do Paris., lre, cit. ce Urbain, Charles, Dissertution de l ae
irot sur le concile de Trente., », art, cité, p. 205.
Cospeau, Philippe, Remonstrance du clergé de France. ocy 0P. cih
4 Sentence du Chastelet de Paris.oy loc Ci
OTCt aist ca pasié le 10. jour de juillet 1615.m loc ci ant
152 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
de la Remonstrance et donc de la question de la réception du concile de
Trente. Cette hypothèse ferait de Jean Richer, habituellement sollicité
par les membres du clergé pour la publiation des remontrances de son
assemblée, la victime indirecte de la résistance cléricale Elle n'expliaue
coutefois pas tout à fait pourquoi Jean Richer a procédé a l'impression et
à la diffusion de la Remonsitranie en I'absence de permission d'impimer
comme de privilège d'impression. L'entêtement de Jean Richer à vouloir
publier la Remonstrance pourrait aussi Sexpliquer par des motivations
d'ordre purement commercial et économique. 20Or0 pb 2a
Lépisode a la vertu d'introduire une certaine complexité autour de
Jean Richer. Il pourrait brosser le portrait d'un' imprimeur-libraire
sincèrement convaincu de la légitimité du régime en place mais capable
d'une certaine indocilité, en tout cas d'une forme d'indépendanced'esprit,
Il pourrait aussi illustrer une forme d'incompréhension entre le pouvoir
royaler Jean Richer. Lorsqu'il inaugure la publication du Mercure Franpi
en 1611, ce dernier le fait en partie dans l'espoir de voir se poursuivre
le régime de paix instauré dans le royaume depuis 1598 par la manifestation
de sa fidélité au pouvoir monarchique et la démonstration de
la légitimité de la régence. En 1612, poussé par des motifs financiers
et commerciaux, Jean Richer engage une procédure judiciaire contre
son confrère Adrian Périer, qu'il accuse d'avoir commeraialisé une ver
sion contrefaite du premier volume du Mercure François. Alértée par la
contession protestante d'Adrian Périer et aussi soucieuse du maintien de
la paix que Jean Richer, la justice royale sursoit le règlement du litige
commercial entre les deux hommes afin de lui privilégier l'application
des résolutions de l'Edit de Beaulieu relatives' au fonctionnement de la
Justice, garantes de la coexistence pacifique au sein du royaume.
alleg sbit 310g no91 ah lsnibw> ub 9112m0
56 En 1606, Jean Richer a déjà publié un Recneil des remonstrances, bdits, coniran dis oser
Concernant le Clergé de France, (depuis lan 1567 jusq'en 1606) augmenn ar ontrats
Contrats, mémoires &instructions qui n'avoient esté imprimés avec la remonsirane1606, ÄA
Gréglemens faits en l'assemblée générale du Clergé, tenue à Paris, ès années 100
160
Paris, chez Jean Richer, rüe S. Jean de Latran, à 1l'Arbre verdoyant, 1OU0
concile de
habituellement sollicité
remontrances de son
n'expliaue
l'impression et
d'impimer
Richer à vouloir
motivations
pb 2a
autour de
imprimeur-libraire
mais capable
d'indépendanced'esprit,
le pouvoir
Mercure Franpi
poursuivre
par la manifestation
démonstration de
financiers
judiciaire contre
commeraialisé une ver
Alértée par la
maintien de
règlement du litige
l'application
fonctionnement de la
royaume.
coniran dis oser
ar ontrats
remonsirane1606, ÄA
160
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLTIQUE 153
UNE PROCÉDURE JUDICIAIRE
rtobrt nf etne olmp AoUX ENJEUX MULTIPLES
La parution du premier volume du Mercaure Frangois en 1611 se fait
sous le régime de l'édit de Moulins qui réglemente depuis 1566 lactivité
des imprimeurs-marchands-libraires. Le privilege d'impression, dont la
fonction originelle est l'établissement d'un monopole commercial au profit
de l'imprimeur, du libraire ou encore de l'auteur quí en fait la demande,
voit cette finalité économique redoublée d'une visée de surveillance. En
Conditionnant I'obtention d'un privilège d'impression à celle d'une permission
d'imprimer, le pouvoir monarchique fait de la censure préalable
une étape nécessaire à la jouissance d'un monopole commercial. Nicolas
Schapira donne à ce type d'emplacement, et plus largement au privilège
de librairie, la fonction symbolique de «publier I'aureur », Cest-à-dire de
lui forger une réputation et publier sa position face à l'administration.
La confiscation de la délivrance des privilèges aux seules mains de la
Grande Chancellerie est, en effet, une autre mesure de l'édit de Moulins
dont la vocation est l'amélioration du contrôle de la production imprimée
dans le royaume de France dans le contexte des guerres civiles Jean
Richer, I'imprimeur-marchand-libraire à l'origine de la publication du
Merczure Frangois, së soumet à la législation en vigueur et obtient des
privileges dimpression pour le premier volume du Mercure en 1610
Le constat de la publication et de la commercialisation d'exemplaires
presque identiques à ce premier volume du Meraure Frangois concduisent
Jean Richer à faire valoir ses droits auprès de la justice et à réclamer la
Condamnation d'Adrian Périer au cours du printemps 1612
so oramment Chartier, Roger, Lordre des livres., op, citn p. 10 et 43-44 58
Orchapira, Nicolas, Un professiomnel des lettres au xVit siècle. Valentin Gonrar? 8 ume bisiord
eyssel, Champ Vallon, 2003, p. 98-148. Voir égalementà propos des priviieges
mpression, Reynié, Dominique, Le triomphe de l'optnion publique, Lespae pubiicfrangas
aan XX STÈCle, Paris, Odile Jacob, 1998, p. 205. - Sur l'institution nalisation de slre au cours du xvIr siècle voir Viala, Alain, Naisance de l'écrvan. osy P. Cik
P. 115-122.
ergeron, «Privilege da Roy p, Mercure Frangait.9. cit, vol , lou,
Or a ce propos Arrest de la Cour du Parlement donné en la Chambre de V'Eanei enireJeanu
Grber l..] et Adrian Périer.o., loc, cit., p. 1. et le Conseil prive-y 0. C
154 19HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
UN LITIGE cOMMERCIAL: PAFFAIRE RICHER CONTRE PÉRIER
Cest précisément le 29 novembre 1610, quelques mois après la mor
de Pierre-Victor Palma-Cayet et après lassassinat du roi, que Jean Richer
obtient les privilèges royaux d'impression pour la publication du Mercure
Frangois, an suizte de l'Histire de la paix. Les termes du privilège obtenu
sont relativement favorables à Jean Richer puisqu'ils impliquent un
monopole commercial de dix ans. Avant l'année 1621, il ne sera done
pas légalement possible à un autre imprimeur-libraire de reproduire le
texte du Mercure Frangois et de le commercialiser. Le texte du privilege
accordé à Jean Richer distingue la permission d'imprimer, qui endosele
rôle de censure préalable, du privilege commercial d'impression aurorisant
Jean Richer à prétendre à l'exclusivité de l'exploitation commerciale de
cette publication, cout en les associant:
Voulons aussi que ces presentes contenant nostre petmission & privilege soient
tenuës pour bien & suffisamment signifiees, pourveu gue ledit exposant en
ce imprimer un Extraict Sommaire au commencement ou à la fn de chacun
exemplaire dudit livreiiic iztrilBb s sb nonsnalan
Contormément aux termes des lettres patentes délivrées en faveur de
Jean Richer, et alors que cette obligation ne sera généralisée qu'en 1618,
a permission d'imprimer et le privilège d'impression sont publiés sous
torme d extraits dans le Mercure François. Ils prennent place après la préface
au lecteur signée par Jean Richer. Ce dispositif permet aux autortes
de vériher plus facilement que le texte a été soumis à l'examen de la
censure préalable. Cest donc après sêtre effectivement conformé aux
dispositions législatives en vigueur et après avoir 1également écarté ses
ConcurrentsS potentiels que Jean Richer livre à ses lecteurs une premiere
édition du Mercure François en 1611,
Sans toujours en préciser l'issue, l'historiographie fait etat a
proces ayant opposé Jean Richer à Adrian Périer en 1612. Les extras
Richer des registres du parlement de Paris nous apprennent que Jean
61 Voir Schapira, Nicolas, Un professionnel des lestres au xvir siède.., op. cit, P.
62 Bergeron, « Privilege du Roy », Mercure François.. op. cit., vol. I, L° SJrV
63 Voir Martin, Henri-Jean, Livre, porvoirs et société.o., op, cit., t. I,P. 319-9 ar, cité,
Myriam, a Esotérisme, religion et hístoire dans l'euvre de Palma Dremier
P. 302 et Wysplosz, Jonathan, « Le volume 2 du "Mercaure Frangois po 4
periodigue français au début de la régence de Marie de Médicis », P. Csy Pr
après la mor
Jean Richer
du Mercure
privilège obtenu
impliquent un
sera done
reproduire le
du privilege
qui endosele
aurorisant
commerciale de
privilege soient
exposant en
de chacun
nonsnalan
faveur de
qu'en 1618,
publiés sous
après la préface
aux autortes
l'examen de la
conformé aux
écarté ses
premiere
etat a
Les extras
Richer Jean
319-9 ar, cité,
Palma Dremier
po 4
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POoLITIQUE 155
se porte demandeur en requêtes les 16 avril et 25 mai 1612, accusant
Adrian Périer d'avoir contrefait le prenmier volume du Mercure Frangois
et d'avoir violé le monopole commercial dont il jouic. Le constat de
la stricte observation de la législation par Jean Richer dans le processus
de publication du Mercure, justement grâce à la présence des
extraits des lettres patentes en début d'ouvrage, conduit à considérer
que l'aboutissement de la procédure judiciaire aurait nécessairement do
ecre favorable à Jean Richer. La loi aurait voulu qu'Adrian Périer soit
condamné, D'ailleurs, dans un premier temps, la résolution de l'affaire se
ditige vers la condamnation d'Adrian Périer. Après la première requête
de Jean Richer, la saisie chez Adrian Périer de trois exemplaires de
l'ouvrage contrefait est décidée par les maîtres des requêtes en charge
de ce dossier, Les extraits des registres du Parlemen nfirment cette
disposition mais ils nous enseignent également gue l'affaire ne s'en tient
pas à cette première instance et qu'Adrian Périer, de défendeur, se porte
à son tour demandeur en requêtes
Les familles des deux imprimeurs sont proches et collaborent depuis
longtemps. Adrian Périer est l'ancien maître de Jean Richer. Ce dernier
entre en apprentissage chez Adrian Périer en 1584 alors que son père,
Jean Richer père, était lui-même apprenti chez Charles Périer I", le grandpere
d'Adrian. De plus, Charles Périer, est le témoin de Jean Richer père
lors de son mariage avec Denise Tasset en 1566. A cette date, ce dernier
Occupe la maison de sorn maître Charles Périer Io, La proximité des deux
imprimeursS-libraires apeut-être permis à Adrian Périer de mettre la main
sur le manuscrit du premier volume du Mercure Frangais. C'est également
peur-être à la faveur de cette familiarité qu'Adrian Périer apprend la
Composition de la suite du Mercure Frangois par son ancien aPprentr
Le succès commercial des ouvrages de Pierre-Victor Palma-Cayet l aura
znste
es de la Cour du Parlement donné en la Chanmbre de l'Edict entre Jean Ricber (..] ed Adrian
Périer.., loc. cit:, p. 1.
65 Conseil privé..., loc. cib
66
de la Cour du Parlement donnb en la Chambre de l'Edict entre Jean RicherlJet Adrian
Périer.., loc. ci., p, 1.
68 Are de la Cour du Parlement dont en la hambre de l'Edict entre Jean Ricber Libraire lo
67
Denis, «Les victimes de la Saint-Barthélemy dans le monde du livre parisIen »
p. 59 et Queval, Élisabeth, Mellot, Jean-Dominique (éd), R{pertoire d imprimeln
ibraires op. cit., p. 475.
et Adrian P&rier o, loc. cil., p. 7-8.
156 UOHISToIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATD
encouragé à violer le monopole commercial délivré à ce dernier. La riposte
de Jean Richer devant cette atteinte à ses droits Conduit Adrian Pétiee
à se défendre à son tour et entraîne les deux hommes dans une escaladle
judiciaire, dont le règlement et les suites seront traitées dans un prochain
chapitre en raison des enseignementsS quils apportent relativement aux
conditions de la publication de la collection n 213131 25 2s
6l363Sensean8U
LA REQUÊTE D'ADRIAN PÉRIER ET LA QUESTION DE LA PALX CIVILB
Face à l'accusation dont il fait l'objet, Adrian Périer demande à ce que
l'affaire soit portée devant la Chambre de I'Edit. Nous n'avons trouvé
aucune trace de l'audience du 16 ayril dans les archives du Conseil privé
du roi, en tant que l'un des lieux d'exercice de la justice retenue du roi
En revanche, une audience du Conseil privé du roi datée du mois de mai
1612 fait état de la décision de renvoyer l'affaire devant la Chambre de
1'Edit comme l'avait requis Adrian Périer quelques semaines plus tôt
Adrian Périer est de confession protestante auü contraire de Jean Richer.
A ce titre, il peut prétendre porter l'affaire qui l'oppose à ce dernier
devant une chambre temporaire du parlement de Paris composée d'un
personnel mixte, cestàdire de magistrats catholiques comme protestants.
Cest le cas depuis l'adoption de 1rédit de Beaulieu en 1576 qui met in
a la cinquième guerre de Religion, ce qui explique que ces chambres
temporaires de justice sont couramment appelées chambres de 1'Edit,
Ce faisant, Adrian Périer de défendeur en requêtes devient à son cour
demandeur en requêtes et souligne que sa qualité de sujet rétorme na
pour ITheure pas été prise en compte par l'institution, contraireme
aux dispositions des édits de pacification. Comme l'arrêt du parlemen
de Paris avant elles, les archives du Conseil privé du roi rappellent gu
Jean Richer a, lors de l'audience du 16 avril, obtenu la saisie des exe
plaires du Mercure contrefaits -à tout le moins dérenus par Adpa
Périer. Pour sa défense, Adrian Périer avance, en effet, largume
les exemplaires contrefaits du Mercure François n'ont pas été produi
Son imprimerie mais lui ont été adressés par Jacques er PierreChou
imprimeurs-libraires de la ville de Genève0. En exigeant l'applie tion
69 Conseil prive,, loc, cit, mo
70 Arrest de la Cour du Parlement donmé en la Chambre de l'Edict entreJean KicDer l JeAdrian
Perier.,loc, Ci, p. 3. Voir aussi « Le Libraire an Lecteur n, Mercure Frangois, oey 9P
1613, P3)r4v. Ainsi que Conseilprivé.., loc, cit,
La riposte
Adrian Pétiee
escaladle
un prochain
relativement aux
25 2s
6l363Sensean8U
CIVILB
demande à ce que
n'avons trouvé
Conseil privé
retenue du roi
mois de mai
Chambre de
semaines plus tôt
Jean Richer.
ce dernier
composée d'un
protestants.
qui met in
chambres
de 1'Edit,
son cour
rétorme na
contraireme
parlemen
rappellent gu
des exe
par Adpa
largume
produi
PierreChou
l'applie tion
KicDer l JeAdrian
9P
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 157
des termes de l'édit de Beaulieu, Adrian Périer remet en cause la résolution
favorable à son concurrent catholique et gagne du temps sur la
saisie effective des exemplaires en sa possession. La requête d'Adrian
Périer est à la fois habile et ambigu, Elle permet à l'imprimeur de se
défendre face aux accusations portées par Jean Richer, de protéger ses
intérêts commerciaux mais égalenent de faire valoir ses droits en tant que
sujet réformé du royaume de France. Ce recours judiciaire est aussi une
manière pour Adrian Périer de déplacer sensiblement l'objet du procès
et pose indirectement la question de la pacification entre catholiques
et prorestants à l'issue des huit épisodes de guerres civiles qui ont vu
sopposer les fidèles des deux confessions entre 1562 et 1598.
Les deux parties opposées dans ce contentieux commercial sont elles
mêmes profondément marquées par la mémoire de ces conflits, à titres
personnel et familial. Jean Richer et Adrian Périer ont, en effet, souffert
des guerres aiviles à la fin du xvf siècle. Le testament olographe d'Estienne
Richer rappelle explicitement les pertes subies par Jean et Estienne Richer
au moment de la levée du siège de Paris comme au cours des « guerres
et troubles qui ont régné en France». Ces conflits nont pas non plus
épargné les Périer. Charles Périer I, le grand-père d'Adrian Périer, et
Charles le Jeune, son père, furent pris le jour de la Saint-Barthélemy.
Si le grand-père d'Adrian en réchappa avec l'un de ses oncles, Charles
Périer le Jeune « fut trainé sur le pont aux Musniers, dagué de plusieurs
coups, jetté id en l'eau et achevé par les mariniers. Dix ans avant la
disparition violente de Charles Périer le Jeune au moment du massacre
de la Saint-Barthélemy, son père est déchu de son office de grand libraire
pour cause de religion . Les Richer et les Périer ont en commun un passé
de collaboration professionnelle que ne semble avoir entravé ni leurs
appartenances confessionnelles respectives ni le contexte des guerres de
20 ment olographe d'Estienne Richer, loc cit, TLO0 gtr
4 Voir Pallier, Denis, «Les victimes de la Saint-Barthélémy dans le monde du livre parsien
, p. 144 ainsi que Mellot, Jean-Dominique er Queval, Elisabech (ed), Rpertoire ues
eirsltbraires, oe, op. cit., p. 477. Voir également Chartier, Roger et Martin, FIentr
Jean (din), Histoire do l'édition françaie, t. 1, op. cit, p. 357 et 407 et Sehlaepter, Fieldi
Laurent de Notmandie n, dans Aspects de la propagande religieuse, textes reunis par
Serthoud, Gérald, Genève, Droz, 1957, p. 182 cr 195 ainsi que Droz, Eugénie, cAntoine
incent. La propagande prorestante par le psautier», dans ibtd, P 25
9 Pallier, Denis, «Les victimes de la Saint-Barthélémy dans le monde diu livre pars
art, cité, p. 147,
158 UgHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATn)
Religion. Les relations entre les familles Richer et Périer sont, en effet.
étroites. L'appartenance de Jean Richer au parti des Politiques n'en fait
pas tout à fait un ennemi des protestants. Cest plutôt des ligueurs dont
il est l'ennemi. Denis Pallier rappelle d'ailleurs qu' avant les événements
tragiques de la Saint-Barthélémy et du siège parisien de la Ligue, Jean
Richer I (le père de Jean Richer), a favorisé les rapports commerciaux entre
Charles Périer I (le grand-père d'Adrian) et Laurent de Normandie, «le
ministre de la propagande» de Genève. Dès lors, Cest visiblement bien
un différend d'ordre commercial qui décide Jean Richer à assigner son
ancien maître en justice. Il n'en demeure pas moins que la convocation
d'une chambre judiciaire mixte atin de statuer sur un confit entre
un protestant et un catholique n'a pas pour seule vocation une mise
en conformité avec le droit. Il s'agit de garantir à l'ancienne minorité
persécurée une justice équitable mais aussi de désamorcer le caractère
interconfessionnel du litige, encore sensible en raison de la mémoire des
guerres civiles de la seconde moitié du xv siecle. La réponse positive
apportée par le Conseil privé du roi à la demande d'Adrian Périer, indique
d'abord que le pouvoir tient à respecter scrüpuleusement les droits des
justiciables protestants. Cest également ce que donne à penser le recours
à l'exercice de la justice retenue du roi. En effet, la justice royale existe
Sous deux formes. Blle est soit déléguée soit retenue c'est-à-dire exercée
directement par le roi. Il peut le faire de trois manières : en consei, 0u
bien par une décision directe de sa part ou encore par des commissaires
qu'il aura désignés. Cette affaire, originellement aux mains des cous
ordinaires du roi, a éré reprise par ce dernier qui a ainsi pu exerer la
Justice retenue, comme le prouvent les mentions qui en sont faites dans
les archives du Conseil privé du roi7
En accordant à Adrian Périer le statut de demandeur en requees
le personnel judiciaire estompe les contours du procès dont les enjeux
1initialement commerciaux sont affaiblis voire annihilés par des enjeux
qui se cristallisent autour des conflits interconfessionnels. La questo
de la pacification du royaume est bien plus cruciale qu'un simple litg
.cité,
4 Ibia, p: 145. Voír aussí Schlaepfer, Heidi-Lucie, « Laurent de Normandie,
P 195.
75 Conseil prive., loc, cit.
76 Arrest de la Cour du Parlement domé en la Chambre de l'Edid entre Jean Richer LiDr21
et Adrian Périer.o., loc, cil.
en effet.
n'en fait
ligueurs dont
événements
Ligue, Jean
commerciaux entre
Normandie, «le
visiblement bien
assigner son
convocation
confit entre
une mise
minorité
caractère
mémoire des
positive
Périer, indique
droits des
recours
royale existe
exercée
consei, 0u
commissaires
des cous
exerer la
faites dans
requees
les enjeux
des enjeux
questo
simple litg
.cité,
LiDr21
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 159
commercial entre deux libraires. Le contexte politique du royaume
de France en 1612 explique en partie ce choix. Depuis le mois de
mai 1610 et la mort du roi Henri IV, le maintien de l'autorité et de
la légitimité du gouvernement royal apparaît comme l'un des enjeux
fondamentaux en période de régence, cest-à-dire en période de fragilité
du pouvoir monarchigue. Henri IV fait figure de roi pacificateur.Il
a, en effet, apporté une paix durable entre protestants et catholiques
dans le royaume de France en signant IEdit de Nantes en 1598. Cest
également lui qui a apaisé les tensions avec le royaume d'Espagne en
signant la paix de Vervins toujours en 1598. II disparaît avant d'avoir
reptis les armes dans l'affaire de la succession de Juliers et reste donc
le roi ayant durablement pacifié le royaume sur les scènes française et
européenne. Sinscrire dans la continuité de la politique pacificatrice
de feu son époux est une manière pour Marie de Médicis de garantir
la stabilité du royaume et de participer à la construction de l'autorité
du Dauphin. Lheure n'est pas encore au phagocytage de l'Edit de
Nantes. I'affaire fournit l'occasion d'un message politique dont les deux
libraires ne sont pas les seuls destinataïres. Pour autant, la consolidation
de l'autorité royale n'est pas l'unique raison pour laquelle la justice se
montre sensible à la frequête d'Adrian Périer. La volonté de respecter
les termes des édits de pacification favorables aux prorestants n'est pas
une simple stratégie visant à camoufler les atteintes portées à l'Edit de
Nantes. La mémoire des guerres de Religion est encore vive dans le
royaume. Le gouvernement royal veut sincèrement éviter de voir se rejouer
les conflits civils qui ont opposé ses sujets. Même si l'Edit de Nantes est
considéré par le pouvoir comme un pis-aller temporaire ne faisant que
surseoir la disparition de la religion réformée, ou justement pour cette
raison, il est évident que la priorité du gouvernement monarchigue en
1598 reste la pacification du royaume. Cest le cas en 1610 lorsguest
0191 sl 1931
ue contexte politique du début des années 1610 dans le royaume de Irance, vOr
mment Tapié, Victor-Lucien, La France de Louis XIl de Ricbelien, Paris, Champs
a 2014 [1952] mais aussi Bercé, Yves-Marie, La naissance dramatigue de l'absolutisme
-061), Paris, Seuil, 1992, p., 37-60 ainsi que Cornette, Joël (dir.), La MonarcbIE,
8 re Kenaissance et Révolution (1515-1792), Paris, Seuil, 2006 (2000J.
D poS, voir notamment Dubost, Jean-François, Marie de Médicis, La reme devotie,
Paris, Payot, 2009.
19
D proOpos Garrisson, Janine, LÉdit de Nantes et sa révocation. Histoire d'une intoléran Faris, Seuil, 1985, p. 119. l 0 t
160 a0O HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'TAT V
assassiné Henri IV et que Marie de MédiCis se trouve dans la position
d'assumer la régence0. Cest à l'évidence toujours le cas en 1612, lorSque
le Conseil privé du roi accède à la requête d'Adrian Périer en convoquant
la Chambre de l'Edit pour juger du désaccord commercial l'oppoSant
à Jean Richer. L'initiacive prise par Jean Richer de poursuivre l'aæuvrE
de Palma-Cayet par la publication du Meraure François ne semble pas
avoir été commandée par le pouvoir, comme les déboires judiciaires de
Jean Richer dans les antnées 1610 I'indiquent sans doute.
in L'entreprise éditoriale de Jean Richer s explique en partie par les
enjeux économiques, financierS et commerciaux qui la sous-tendent.
En 1610, apres, la disparition de Pierre-Victor Palma-Cayet dont il a
publié deux ouvrages au succès commercial certain, Jean Richer décide
de prendre le relai et d'en publier la suite, sans doute parce qu'il sait
quil rencontrera un marché de lecteurs. C'est justement suite à un
procès d'ordre commercial entamé contre son confrère Adrian Périer
que lentreprise du fondateur du Mercure Frangais rencontre des ajou
nements en dépit de lalignement du propos du recueil et des postures
officielles. En rendant plus tangible la menace du retour des guerres
de Religion, l'assassinac du roi pacificateur a conduit Jean Richer à
publier un ouvrage d'histoire soutenant la régence mais surtout le
régime de paix instauré par Henri IV. Ces mêmes raisons ont conduit
le pouvoir politique à se montrer attentif aux doléances d'Adrian Périer
entrainant I'apparition d'obstacles dans un projet largement consacré
à la défense de la paix du royaume. Lévénement de la mort du ro
Henri IV en 1610 prend une place quantitativement prépondérante dans
la publication du premier volume du Mercure Frangois. Le phénomene
Sexplique sans doute parce qu'il existe alors une demande certaine de
la part des lecteurs, et done un marché. Mais l'ample traitement de
evenement par ce volume a aussi vocation à éviter le retour des guererreres
civiles.
publication du Mercure Franpois est la réponse politigue ce
Jean Richer à cette situation: l'Histoire de la paix composée et pup bliée
par I'imprimeur-libraire se veut performative, Les fonctions civI
et politiques assignées à l'écriture de I'histoire par Jean Richer s
partaitement illustrées par le traitement de la mort d'Henri IV a
inogo2797
80 Cassan, Michel, La grande peur de 1610..., op. cit., p. 115.
la position
1612, lorSque
convoquant
l'oppoSant
poursuivre l'aæuvrE
semble pas
judiciaires de
partie par les
sous-tendent.
Cayet dont il a
Richer décide
parce qu'il sait
suite à un
Adrian Périer
rencontre des ajou
des postures
des guerres
Jean Richer à
surtout le
ont conduit
d'Adrian Périer
consacré
mort du ro
prépondérante dans
phénomene
certaine de
traitement de
des guererreres
politigue ce
pup bliée
fonctions civI
Richer s
d'Henri IV a
inogo2797
GBNÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 161
le premier volume du recueil. Les pratiques d'écriture mobilisées par
'auteur du Mercure sont mises au service de la démonstration de la
légitimité de la régence de Matie de Médicis, condition nécessaire à la
poursuite du régime de paix dans le royaume.
cgpaire
anbiidoro stuima bep 0t b arttov hsirtel
niecevninoin e Mob einaM gb enrsel btimiat
hsirtel
btimiat
sEXORCISER LES GUERRES CIVILESl
sEN PUBLIANT LHISTOIRE DE LA PAX
porotpds ols bibno'l obnustaml bmommilnos VEnsli'b al
Lorsque Jean Richer obtient les privileges d'impression royaux pour la
publication et la commercialisation du Merzure Frangois, le 29 novembre
1610, i1 Sagit de poursuivre l'oeuvre entamée par Pierre-Victor Palma-
Cayet et de contribuer à offrir aux années de paix du règne d'Henri IV
une «Histoire presente'» comme l'indique le titre du premier volume
de la collection: Le Mercure Frangois, oz, la suitte de l'Histoire de la pais,
so1s le regme de Henry 111. Il faut lire ici un programme revendiquant à
la fois la filiation littéraire de l'ouvrage, son appartenance àlécriture
historique mais aussi son intention de délivrer un message politique fort
visant à construire un consensus autour du roi pacificateur. Le premier
volume du Mercure insiste sur la double légitimité du règne d'Henri IV
et de la période de régence de Marie de Médicis à partir de 1610. A cet
égard, le Mercure François se sirue dans 1l'anticipation d'un futur proche
relatif à la fragilité du régime de paix, dont la peur est accrue par les
conditions de la disparition du signataire de l'fdit de Nantes et du
traité de Vervins.h prum sb l sh gog
oalma-Cayet, Piere-Victor, « Epistre au Roy», Chronologie septenaire de l'bistoire de
Enre les roys de Rrance et d'Espagne, Contenant les choses plus memorabes advennes
rane Espague, Allemagne, Italie, Angleterre, Escosse, Plandres, Hongrie, Pologue, Suece
an1e, autres endroits de PEurope : avec le sucez de plusieurs navigation jaicrer aux
nden Oriemtales, Ocidentales & Septentrionales, depnis le commencement de l'an 1598 Jusgues
la fin de l'an 1604, op. cit., 3] 2
ur les points développés par ce chapitre, voir également Cerdeira, Virginie, « Exorciser
gerres civiles en publiant IHstoire de la paix. La mort d'Henti IV et le erci
rafos, Cahiers de Mémotre & Politique, [en ligne), Cahier t 2, Madias en Jeu, Cnjeuk u
0, Consensus mémoriel et logiqes de (re)production, 2014, p. SI-66, httpS/popups
uge.be443/2295-0311/index.php?id=104, consulté le 06/11/2020, Voir aussi ea
C S Mereure François en quêce d'un espace public apaisé ? (lo0)-1610)
eS de recherches jeunes chercheurT.euses TELEMMe, JJC TBLEMMe, Varia, MD
e/n1/vence, décembre 2012, https:/ljctelemme.hypotheses.org/217, consilte ie
08/11/2020.
164 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Les travaux de Michel Cassan ont prouvé le caractère tangible de
l'inquiérude suscitée par l'assassinat d'lEenri IVauprès des autorirés Comme
de certains particuliers. Pour sa part, Jean-François Dubost interprère la
politique conservatrice de la reine Marie de Médicis comme une réponse
rassurante adressée aux sujets effrayés par la perspective de la posibilité
d'un recour des guerres civiles à la suite de l'assassinat de son déunt
époux' Les sources judiciaires interrogées par Diane Roussel à propos de
la mort d'Henri IV confirment l'ampleur de londe de choc provoquée
par la disparition du monargue comme par ses circonstances. À limage
des autorités gouvernementales ou municipales du royaume, la justice
ordinaire parisienne craint le retour des gueres civiles à la suite du décès
du roi et fait en sorte de neutraliser une parole jugée autant subversive que
dangereuse. Il sagit pour la justice de préserver le régime de paix civile
instauré dans le royaume depuis 1598. En publiant le premier volume du
Merare Frangois quelques mois après la mort du roi, Jean Richer participe
également au mouvement de canalisation de la parole après le régicide.
Ce faisant, lauteur s'engage clairement au service de la monarchie mais
aussi du régime de paix instauré par I'Edit de Nantes. Une telle volonté
de pacihcation cu royaume par ses propres sujets sest déjà rencontrée au
moment des guerres de Religion à la fin du xvr siècle. Elle peut prendre
diftérentes formes, comme la signature de s pactes d'amitiés» entre protestants
et catholiques, Pour reprendre une expression d'Olivier Christin',
ab aibdl ab sioamgie ub roisiusqelb al b anoibn
A propos de la réaction des acteurs au moment de la more du roi voir Cassan, Miche
agrande peur de 1610. Les Frangais et l'assasinat d'Henri IV, op, cit., p. 7-10 ct 4-
ainsi que id., «Eeriture del'événement, récit de soi dans les écrits du for privér, art. at
p 6-59 mais aussi id, ala more d' Henri IV au prisme des Gcrits du for privé, dans
Les éarils du for privé en Europe du Moyen Age à lépoque contemporaine, Engueles aa
pbfitins, textes réunis par Barder, Jean-Pierre, Arnoul, Élisabeth ct Ruggiu, Irangos
Joseph, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, 2010, p. 519599,
4 Dubost, Jean-Erançois, Marie de Médicis, La reime dévoilée, op. cit., p. 302-504
Ace propos, voir Roussel, Diane, « Conspirateurs et régicides devant le Pariene nt de
ars a lendemain de l'assassinat d'Henri V (1610)», dans La mort du prince de V'Antrgu
a05 oun, textes réunis par Foa, Jérémie, Malamut, Élisabeth ct Zaremba, Charies
Ax-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, 2016, p. 263-282. Voir de
ead., «Les frères de Ravaillac. Devis ordinaires et mauvaises paroles au infor-
T'assassinar d'Henri IV», dans Sang des hommes et main de Dien : mises en jonn Paris,
mations des guerres de Religion, textes réunis par Foa, Jérémie, Mellet, Paul-A
Honoré Champion, 2012, p. 351-363.
6 Christin, Olivier, La paix de religion. Lantonomitation de la raison politiqne au xvr
Paris, Seuil, 1997, p. 122-132.
tangible de
autorirés Comme
interprère la
une réponse
la posibilité
son déunt
propos de
provoquée
circonstances. À limage
royaume, la justice
suite du décès
subversive que
paix civile
volume du
Richer participe
le régicide.
monarchie mais
telle volonté
rencontrée au
peut prendre
entre protestants
d'Olivier Christin',
b anoibn
Cassan, Miche
7-10 ct 4-
privér, art. at
privé, dans
Engueles aa
Ruggiu, Irangos
504
Pariene nt de
de V'Antrgu
Zaremba, Charies
282. Voir de
paroles au infor-
en jonn Paris,
A
au xvr
GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 165
A cous ces égards, et sans perdre de vue les enjeux commerciaux er
le marché de lecteurs potentiels représentés par l'événement, l'étude de
la prise en charge de la mort du roi par le premier volume du Mercure
Frangpis permet de mieux appréhender Ilengagement politique de Jean
Richer. Il interroge également la nature de la réaction personnelle
de l'auteur suite à la mort dHenri IV comme la spontanéité de sa
démarche en 1610. Enfin, cette étude offre un observatoire idoine de
la genèse du recueil en tant qu'objet autonome. La méthode consistant
à faire du Mercare Frangois un objet d'étude historique autonome est
nécessairement liée à celle de sa contextualisation policique. Faire de la
collection plus qu'une simple source au service d'autres histoires passe
par l'examen des interactions entre l'histoire de la compilation comme
des genres littéraires auxquels il emprunte et le contexte politique de
son apparition puis de la publication de chacun de ses volumes.
Quel fut le rôle de l'assassinat d'Henri IV dans le processus de
publication de la collection périodique du Mercure Frangois? Dans quelles
mesures Jean Richer a-t-il d'abord vu dans la collection un moyen
d'action politique au service de la paix dans le royaume de France à
l'orée d'une crise politique redoutée? L'examen de la relation de la
mort d'Henri IV et de la parution du Merczre Frangois comme celu
des pratiques d'écriture engagées à cette occasion permettent de mieux
saisir les usages politiques du premier volume de la collection en 1611,
AUX ORIGINES DU MERGURE FKANg AOO
LASSASSINAT D'HENRI IV
b noporveop 109 20m1
La disparition physique du monarque est structurellement à lorigine
dune crise politique en puissance. Blle peut ouvrir sur une crise de
occession ou sur une période de régence en raison de la minoriTe a
ain, traditionnellement synonyme d'affaiblissement du pouvoir
a Lorsque meurt Henri IV en 1610, le petit Louis na pas atteint
Smajorité. Sa mère, Marie de Médicis, se trouve rapidement en charge
e la régence du royaume. Le pouvoir monarchique se trouve alors, au
moins potentiellement, fragilisé par cette situation. La proximite ds
166 Ug HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
guerres de Religion, la longue conquête de sa légitimité politique par
Henri IV, les circonstances de son décès et les voix discordantes à tour
le moins dérangeantes qui saluent son assassinat dans I'espace public
conduisent àla probable aggravation de la crise politique déjà redoutée
par les sujets et les autorités du royaume. Dans ce cas, la crise politique
structurelle constituée par la disparition du monarque revêt aussi un
caractère conjoncturel. io ohua 01999720 0ot ra
UNE CRISE POLITIQUE UNANIMEMENT REDOUTÉEel meolh ab oid
La crise politique potentielle ouverte par la mort d'Henri IVest
aggravée par la conjoncture dans laquelle elle advient. Les circonstances
particulières du décès d'Henri IV accentuent le danger dune vacance
monarchique plus ordinaire. Le précédent constitué par l'assassinat
d'Henri III de la main du moine Jacques Clément en 1589 et ses
conséquences rendent plus saillante encore la perception de la menace
pesant sur le régime de paix civile en vigueur depuis 1598. A cette
inguiétude s'ajoute la conscience de la persistance d'un esprit de la
Ligue susceptible de donner naissance à ceux que Roland Mousnier a
appelé des a Ravaillac en pensée » voire des « Ravaillac en puissance'
Comme dautres acteurs, parfois institution nels, Jean Richer a agi
à sa maniere afin que perdure le régime de paix dans le royaume. Il
le tait en publiant le premier volume du Meraure François en 161L,
nest d'ailleurs pas le premier historien contemporain des guerres de
Religion à uiliser la pratique de l'écriture de l'histoire en vue d'ofir
les tondements d'une paix sociale et civile ou de les consolider, suivant le
contexte. Ainsi, Jacques-Auguste de Thou et Jean Richer ont en commun
leur volonté de pacification durable du royaume et leur convictIO
leticacité du récit historique à cette ffn?. Cerraines pratiques d'écricure
ec
Apropos de ces voix discordantes, voir notamment Roussel, Diane, «Conspiratu
régicides.o, D, art, cité
8 Sur ces questions voir Le Roux, Nicolas, Un régicide an mom de Dien. L'assassihnat a tn lenri ll
1 aoflt 1589, Paris, Gallimard, 2006. Voir également Cassan, Michel, 8 d for
penr ae
1o10.P. Ci, p. 36-43. 1d,, «icrieure de l'événement, récit de soi dans les ecri
prive art. cité, p, 56. Mousnier, Roland, Lasasinat d'Hlenri IV: 14 mat 101 , Paris,
Gallimard, 1992, p. 3.
9 Sur la capacité du récit historique à préserver la paix d'après Jacques-Augub has Thou de
pvaogier ,G orpa.f tcoitn, ,p A. 1n0th8o-1n1y0, .Les origines tragiques de lérudition. Une bistoire de la o
politique par
discordantes à tour
I'espace public
déjà redoutée
crise politique
revêt aussi un
ra
meolh ab oid
d'Henri IVest
circonstances
dune vacance
l'assassinat
1589 et ses
la menace
1598. A cette
esprit de la
Mousnier a
puissance'
Richer a agi
royaume. Il
en 161L,
guerres de
vue d'ofir
suivant le
en commun
convictIO
d'écricure
ec
Conspiratu
L'assassihnat a tn lenri ll
Michel, 8 d for
penr ae
ecri
101 , Paris,
has Thou de
o
GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 167
mises en oeuyre dans le Mercure krangois prouvent le rôle politique joué
par la compilation dans l'esprit de son fondateur.
En 1611, Jean Richer utilise le péritexte du premier volume du Mercure
Frampis afin de préciser ses objectifs au lecteur. Le ticre compler de l'ouvramge
assume en partie ce rôle et révèle d'abord des enjeux commerciaux, littéraires
et historiques. Le Merczre Frangois est la suite de LHistoire de la
paix dont le premier auteur est Pierre-Victor Palma-Cayet. Ce dernier
publie une Histoire de la paisx entre les Roys de Frane et dEstagne pour la
première fois en 1605, chez Jean Richer, sous la forme d'une chronologie
septenaire. Ce sont les sept premières années de paix du règne d'Henri IV
(entre 1598 et 1605) que Palma-Cayet traite dans son Histoire de la paix
Dans 1l'épître qu'il adresse au roi, Palma-Cayet exprime sa gratitude
pOur la c tranquilité» qu'Henri IV a su rendre à ses sujets, L'ouvrage
rencontrant un certain succès, il est réédité à plusieurs reprises chez Jean
Richer et Palma-Cayet finit par écrire une Chromologie novenaire, également
publiée chez Jean Richer®. La seule période du règne d'Henri IV àa ne
pas être couverte par les textes de Palma-Cayet est donc celle qui est
prise en charge par le premier volume du Mercure, soit les années 1605 à
1610, Lorsque Pierre-Victor Palma-Cayet meurt en 1610, quelques mois
avant le roi, Jean Richer reprend le fil du récit de l'Histoire de la paix la
où il avait été laissé par Palma-Cayet, en 1605. Jean Richer poursuit
l'entreprise initiée par Pierre-Victor Palma-Cayet aussi parce que tout
porte à croire que le Mercure se vendra bien. Inscrire son texte dans la
Continuité de celui de Palma-Cayet est une garantie de visibiliré que
Soffre Jean Richer. Le Mercure François est toujours une histoire de la paix
notamment parce qu'il s'agit d'une histoire du temps présent composée
en période de paix par son auteur, De même, la contemporanéité relave
de la parution du premier volume du Mercure et de la mort du roi
Sexplique aussi parce que l'événement ne peut que donner du reliet au
texte de Jean Richer. Jacques Hennequin évoque ainsi un « événement
urttéraire européen » à propos de la mort d'Henri IV.Outre ces aspects
Commerciaux, il est également des enjeux relatifs à lécrirure du temps
présent: par la mort du roi se clôt son règne et donc, son histoire, La
Voir Palma-Cayet, Pietre-Victor, «Epistre au Roy 2, Chronologie septenairn h Ch, Uov
Ct id., Chronologie novenaire.ooy 0P. cit
Cgin, Jacques, Henri IV dans ses oraisons funèbres ou la naissanee d' une lkgende, Fans)
Klincksiek, 1977, p. 20-21ta
168 1HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT O
providence ayant définitiverment borné ce regne, il convient d'en éctire
Ihistoire jusqu'à son terme. Celle de la paix doit au contraire pouvoir se
poursuivre au-delà du décès du roi.
La genèse du Merczure Frangois est liée par bien des aspects à la dhes
parition d'Henri IV. Sans se résumer à leurs dimensions politiques, les
enjeux du projet de Jean Richer restent très largement sous-tendus par la
question de la pacification du royaume. En annonçant une histoire de la
paix dans le titre de son ouvrage, l'auteur du Mercure aspire peut-êtereà
la rendre efective. La réérence au dieu messager des Romains, Mercure
est, bien sûr, une façon pour l'aureur de définir son activité professionnelle
comme celle de la récolte et de la difusion des informations. l sagit
sans doute également pour Jean Richer d'inscrire fermement son ouvrage
dans le sillage laissé par le Mercurius Gallobelgicus de Gothard Arthur.
Mais, cest peut-être aussi une autre manière de faire référence à la paix.
Jacques Hennequin indique que dans I'une de ses oraisons funèbres, le
prédicateur Matthieu d'Abbeville rapproche la figure d'Henri IV de
celle de Mercure parce qu'il s'agit du dieu de la paix2. La culture de
l'imprimeur-libraire est probablement suffisamment étendue pour que
le titre du Merctre intègre cette référence. Le Mercure François pourrait
donc renvoyer à la fois au messager qui s'adresse aux sujets du royaume
dans leur langue vernaculaire, mais aussi aux qualités pacificatrices de
leur roi Henri IV. Le thème de la paix est omniprésent dans le premier
volume du Meraure. Comme son titre, la préface au lecteur lui accorde
une place partículière3. Dans ce même volume, à la faveur d'une note
marginale, Jean Richer évoque la crainte des protestants du royaume
à ce sujet: a Ceux de la Religion prétendue réformée coraintifs de V'adventr a
cause du passe». Dès lors, le projet de recueillir, compiler puis difuser
des nouvelles d'actualité en vue de fournir la matière à une histoire dols
se lire avec les enjeux polítiques qu'il porte.
La place prise par la mort du roi dans le premier volume du Mercre
Souligne également la relation entretenue par cet événement et lapar
tion originelle du Mercure François en 1611.s
12 Abbeville, Matthieu (d'), Discours funèbre en l'homneurdu Roi Henrile Grana, Pro àParis es,
Cn Eglie ae S, Nicolas des Champs, Paris, Delanoue, 1610 ciré par Hennequin, J
Henri IV dans ses oraisons funèbres.o, op, cit., p. 196.
15 icher, Jean, « Preface au Lecteur», Meraure François,., op. cit, vol. I, 161,
14 Mercure François,, OP. cit., P455 P (pour l'année 1610),
O
d'en éctire
pouvoir se
aspects à la dhes
politiques, les
tendus par la
histoire de la
peut-êtereà
Romains, Mercure
professionnelle
informations. l sagit
son ouvrage
Gothard Arthur.
à la paix.
funèbres, le
d'Henri IV de
culture de
pour que
François pourrait
du royaume
pacificatrices de
le premier
lui accorde
d'une note
royaume
V'adventr a
puis difuser
histoire dols
du Mercre
et lapar
Pro àParis es,
Hennequin, J
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 169
LA MORT DU ROI, UN EVENEMENT INCONTOURNABLE
Les nombreuses étapes séparant les deux bornes chronologiques du
dossier consacré à la mort du roi choisies par Jean Richer (la relation du
lit de justice légitimant la régence de Matie de Médicis, celle du procès
de François Ravailac, ou encore celle des cérémonies funèbres du roi)
ont pour conséquence de deployer I'événement dans son extension la
plus ample, L'architecture du texte est complexe. La chronologie suivie
par le rédacteur est très fine et modifie les temporalités des événements
tels qu'ils sont rapportés dans les occasionnels comme appartenantà une
même séquence temporelle. C'est le cas avec les funérailles du roi ou
avec la séquence judiciaire autour de François Ravaillad". Lexécution de
ce dernier fournit d'ailleurs l'occasion de la publication d'un opuscule
de 63 pages par Jean Richer, parce que quelques jours se sont écoulés
entre les premiers interrogatoires et l'exécution publique de François
Ravaillac le 27 mai 16106 En dépit de ce qu'annonce le titre du livret,
le texte ne traite pas uniquement du procés, de l'examen, des confessions
et négociations de Ravaillac. Le récit débute par un résumé du couronnement
de la reine avant de relater l'intention du roi de se rendre sur le
front accompagné de sa noblesse. Le récit commence done véritablement
avec la descriprion de la journée du 14 mai 1610. Lopuscule décrit, en
efer, le déroulement de ce que Jean Richer appelle les «trois jours er
Consacre effectivement une large part de son propos aux interrogatoires
de Ravallac, Le livret S'achève immédiatement après l'exécution de
Availac. Le texte des 63 pages de ce livret également publié en 1611
est Strictement identique à celui que l'on trouve entre les folios 415 vV et
443v du Mercure François, y compris dans son découpage en paragraphes
ou dans l'insertion du plan du lit de justice consultable au folio 420
du Mercure François. Seules divergent l'adresse au lecteur, en debut
dopuscule, et lintroduction du texte qui conduit l'auteur à résumer
rapidement les événements précédents. Contrairement au Mercure rangots,
le texte de Procès, cxament, confessions ne comporte aucune note matginac
0prral
Oir a ce propos LE CONVOY du cæur du tres-Anguste, tres-dement, trs victorieUx ieniry
aa, UIL. du nom, Tres-Chrestien, Roy de France & de Navarre, depnis la vule ae kars
HLgu'an College Royal de la Fleche, A Paris, par P. Rez, 1610, BNE, LD-3 ricide
aCe propos, Procès, exament, confessions et négociations du méchant et execrbei
availlac sur la mort de Henry le Grand et ce qu'il fait entreprendre ce maineures
ade, A Paris, cheza J. Richer, 1611, BNF, Lb-35-890.
170 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 41
Lexemplaire conservé à la Bibliothèque nationale de France est, cettes
doté de notes marginales mais elles sont manuscrites et proviennene
sans doute de la main dun lecteur. Ce dernier a visiblement également
comparé l'opuscule de Jean Richer avec le premier volume du Mercure
puisque, sur la page de titre, est indiqué de manière nmanuscrite que le
contenu de l'opuscule publié par Jean Richer est inséré dans le Mercure
François à partir du folio 423
Le volume textuel consacré à llévénement dans toute son extension
temporelle, à savoir entre les coups de couteau portés par François
Ravaillac au roi et le portrait du souverain dressé par le rédacteur du
Mercure à l'issue de ses funérailles, le rend incontournable. 13,5 % du
premier volume lui est dédié (soit 147 pages sur 1088). D'autre part,
37 % de l'année 1610 (148 pages sur 440) sont consacrés à la mort du
roi Henri IV. En effet, il convient de garder àl'esprit que les événements
de l'année 1610 sont relatés dans les deux premiers volumes du recuell
publiés respectivement en 1611 et 1613. Ainsi, le volume textuel consacré
à la mort d'Henri IV représente 57 % des pages dédiées à l'année 1610
dans le premier volume du Mercure François publié par Jean Richer en
1611 (soit 147 pages des 264 consacrées à l'année 1610 dans le premier
volume du Mercure), Huit autres pages consacrées à l'année 1611 viennent
épaissir le dossier dédié à la mort du roi dans le yolume publié en 1615
et alimenter le mystère autour de cette affaire, Elles sont consacrées au
procés de la veuve Jacqueline le Voyer d'Escouman, dame de compagnie
de l'une des favorites d'Henri IV, la marquise de Verneuil. Quelgques
mois après l'assassinat du monarque, Jacqueline le Voyer d' Escoumau
incrimine la marquise et le duc d'Épernon d'être responsables de la mort
dHenri V et d'ayoir agi pour le compte de l'Espagne. Laccusation
complot se solde par un non-lieu, La veuve est quant à elle condamnec
pOur calomnies par la justice., Elle est emprisonnée à perpétuite
faut ici aussi revenir sur quelques particularités de la constitution
de l'écriture du premier volume du recueil., A la différence des suiv
le texte du premier volume est composé -partiellement au moins -de
maniere rétrospective, Ainsi, le rédacteur n'hésite pas à nner la
17 Cette différence de foliotation avec ce que nous avons pu constPhidmais ausi
doute
de la consultatíon de deux éditions différentes du Mercure Frangois. Voir zol
Mercure François, vol. I, 1612, P415 v448 v (pour l'année 1610)
18 1bid., vol. II, 1613, P14r-18 r (pour l'année 1611).
41
est, cettes
proviennene
également
du Mercure
nmanuscrite que le
le Mercure
son extension
par François
rédacteur du
13,5 % du
D'autre part,
la mort du
événements
du recuell
textuel consacré
l'année 1610
Richer en
le premier
1611 viennent
publié en 1615
consacrées au
compagnie
Quelgques
Escoumau
de la mort
Laccusation
condamnec
perpétuite
constitution
des suiv
moins -de
à nner la
constPhidmais ausi
doute
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 171
mort du roi avant mëme que celle-ci ne soit censée avoir eu lieu, Ces
anticipations éclairent le caractère central et l'actualité de cet événement
au moment de la rédaction du premier volume, Autrement dit, alors que
la convention de lecture nouée entre le rédacteur et son lecteur implique
une narration chronologique de I'histoire maintenant la fiction selon
lacquelle les événements livrés au lecteur sont découverts par ce dernier
au moment de sa lecture, celui de la mort d'Henri IV fait exception.
Par exemple, au moment de relater la tentative d'assassinat contre le
roi Jacques I d'Angleterre en novembre 1605 (mieux connue sous le
nom de Conspiration des Poudres), le rédacteur rapproche l'événement
de celui de l'assassinat dHenri IV3eaugTL D
Peut-il y avoir rien aumonde de plus detestable de croire que tuër ou assassiner
n'est point peché! Meschante croiance & toute pareille à celle de l'assassin
maChastel & toute semblable à celle de ce maudit Ravaillac, quien l'annee que
nu je fais ce Recueil assassina le Roy Tres-Chrestien Henry IIT"
Le rédacteur insère donc une prolepse dans son propos, il anticipe sur
le déroulement chronologique des événements. Même si le lecteur ne
peut pas ignorer le régicide dont vient d'être victime le roi, la structure
adoptée jusqualors ne devrait pas autoriser le rédacteur à anticiper sur
le futur de ce passé. Or, la douleur et la stupéfaction de l'assassi nat font
que le rédacteur s'autorise à contracrer les temporalités, Il le fait aussi
parce que le texte est un texte d'action. Ainsi, la mémoire dun passé
Técent fait surface dans ce passé antérieur de l'année 1605, parce que
Cest en 1610 que le recueil est élaboré et que la stupeur est trop vive
Ces remarques posent la question de la mise en ceuvre des pratiques
de l'écriture de l'histoire par le rédacteur à l'occasion de la mort du rol.
A quel point le caractère exceptionnel de l'événement autorise-til le
compilateur à modifer des pratiques d'écriture habituelles en fonction
des circonstances politiques ? En dépit des transgressions subies par la
Strucrure censément chronologico-thénatique du récit historique livre
par le premier volume du Mercure François, le traitement de l'événement
les pages du recueil est conforme au projet revendiqué par son
dreur dans le péritexte de l'ouvrage et aux pratiques d'écriture qu
290Tbid., vol. I, 1611, P27 , (pour l'an née 1605)
tre exemple de la modification de la structure du texte voir ibid., PS70r3/4
pour l'année 1609).
172 0oHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
en découlent. La part du témoignage et, en particulier, du témoignage
personnel et oculaire de l'auteur est plus bien plus importate e
dans le traitement de nombreux autres événements. Cette pratique est
finalement conforme à la la conception de I'histoire par Jean Richer. Le
constat de cette présence du rédacteur rejoint celui effectué par Michel
Cassan à propos du rôle joué par la mort d'Henri IV dans le surgissement
d'une part de soi dans les écrits du for privé
309rmonv1dborq1 1972bo1 9i enbuol 9b noiiqeno0 sb aon
DES USAGES POLITIQUES D'UNE HISTOIRE DE LA PAIX
foorbzna sbrm nott
Dans la perspective de l'écriture et de la publication de l'événement
comme une action forte visant à participer à la pacification du royaume,
il faut poser la question du rôle et des usages politiques de ces affleure
ments de la présence du rédacteur. Dans quelles mesures l'expérience
personelle du rédacteur du Mercure sert-elle à la fois de caution à la vérité
historique délivrée par le recueil mais aussi de dénominateur commun
dans la tentative de construction d'un consensus mémoriel, historique
et politique autour de l'assassínat du roi ? Enfin, comment toutes ces
pratiques sont-elles politiquement dirigées vers la préervation dú régme
de pax du royaume de France et donc, vers l'avenement durable d'une
Histoire de la paix?
FONDER LE CONSENSUS AUTOUR DE LÉVÉNEMENT net
EXPERIENCES PERSONNELLES ET TÉMOIGNAGES PLURIELS 22
Les tonalités pédagogique et didactique observées dans les pages
la compilation répondent à certains objectifs du récit historique. ll sa8
dapporter des informations éclairantes au lecteur et de particapera
instruction. Ces tonalités construisent aussi une impression vérité
et de neutralité susceptibles d'estomper l'implication personneu du
rédacteur relativement marquée dans le récit de la mort du rol. 5 lgré
le röle joué par la tonalité didactique du texte, ces deux impr ions
ne sont quapparentes. Le phénomène est sans doute plus ipa
tant
21 Cassan, Michel, « Bcriture de l'événement, récit de soi.,, art. cité, p. 20-
témoignage
importate e
pratique est
Richer. Le
par Michel
le surgissement
noiiqeno0 sb aon
PAIX
l'événement
royaume,
ces affleure
l'expérience
à la vérité
dénominateur commun
historique
toutes ces
dú régme
durable d'une
net
PLURIELS 22
pages
historique. ll sa8
particapera
vérité
personneu du
rol. 5 lgré
impr ions
plus ipa
tant
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLTIQUE 173
encore avec l'impression de neutralité, dans la mesure où, y compris
Dour Jean Richer, la, vérit n' est pas la neutralité. Parmi les marqueurs
énonciatifs présents dans le Mleroure trançois, la première personne du
Singulier est globalement absente de l'intégralité de la collecion. Elle
est parfois remplacée par la première personne du pluriel à la faveur
de certaines transitions entre le traitement de deux affaires ou deux
événements. Pourtant, sil est des volumes dans lesquels la première
personne du singulier est bien plus présente que dans le reste de la
Collection, ce sont les premier, septième et huitième volumes du Mercure
Frangois. Cest particulierement le cas lorsque le recueil aborde soit la
mort du roi Henri IV soit la reprise des guerres de Religion dans le sud
du royaume au débur des années 1620. A l'image de la relation de la
mort du roi en 1610, le récit de la reprise des guerres de Religion dans
le royaume entre 1621 et 1623 conduit le rédacteur à modifier certaines
de ses pratiques d'écriture au point de confesser, pour la justifier, une
infraction à son contrat d'écriture, en l'occurrence une digression. Les
volumes relatant la crainte du retour des guerres de Religion et leur
retours effectifs (dont le récit est assumé par les septième et huitième
volumes du Mercure François publiés respectivement en 1622 et 1623
ont d'autres points communs. Ainsi, d'une manière oud'une autre les
premier et huitième volumes concernés par cette intHation de Iusage
de la première personne du singulier sont signés de la main de Jean
Richer Dans le premier volume du Mercure François, la relation de
a mort d'Henri IV par le Mercure François est émaillée des margques
de l'expérience personnelle de Jean Richer, Les éléments subjectits
contenus dans le récit de l'événement sont utilisés afin d'en construire
emoire commune voire objective. Cette entreprise peut entrainer
e tredacteur du Mercure à commettre des écarts àl'endroit des pratiques
d ecricure de l'histoire dont il a fait les termes d'un contrat vis-a-vis
au lecteur, Ces écarts sont facilement concédés par le rédacteur, par
Xemple lorsqu'il décide de revenir sur les textes imprimés qui ont
Leule dans l'espace parisien après la mort du roi. Cest particulie
ement vrai àà propos de textes qui auraient prédit l'assassinat du rol
mai 1610 mais qui sont portés à la connaissance du public
Seulement de manière rétrospective.
22
Mercur foS,o ry 0p, cit., vol. VII, 1622, p. 31 (pour l'année 1621).
174 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT )
Rapidement, après avoir narré la mort du roi et rappelé la teneur dec
arrêrs ayant prononcé la régence de la reine, l'auteur revient sur ce ae
l'on a dit et écrit de l'événement dans les jours ayant suivi l'assassinat
Jean Richer offre à son lecteur ce que l'on pourrait appeler des «métanouvelles,
Cest-a-dire des nouvelles sur les nouvelles. Si l'on déinit une
nouvelle par la relation ou le récit que fait rétrospectivement le Merctre
Frangois d'un événement, une métanouvelle est la relation par le Mersure
des réactions médiatiques suscitées par la publication de cet événement
Nous entendons ici le terme de publication dans son sens le plus large:
il s'agit de toutes les modalités possibles de Ilaction de «rendre public.
La publication peut ainsi être manuscrite, imprimée mais aussi orale ou
encore prendre la forme d'une cérémonie ou d'un rituel2 Bien entendu,
nouvelles et métanouvelles existent en dehors du Merdure Frangois. I
peut, au contraire, arriver que la première occurrence d'une nouvelle ou
d'une métanouvelle soit publiée dans le Mercure François. En outre, la
pratique de la compilation implique, bien sûr, la construction du récit
drun événenment à partir de ses récits antérieurs. Pour autant, le Mercure
Frangois ne sapparente pas à une vaste métanouvelle. La différence entre
une nouvelle et une métanouvelle tient au contenu er à la chronologie du
texte suscité par l'événement. Une nouvelle désigne le récit se voulant
objectif d un événement. La simple description des faits constitutifs d'un
Evénement est une nouvele. Une métanouvelle contient nécessairement
une part de commentaire er d'interprétation (polémique ou non) du récir
de cer événement livré par la nouvelle, Pour cette raison, la publication
dune nouvelle est nécessairement antérieure à celle de la métanouvelle
Le Mercure et susceptible de publier les deux types de textes, sans que
cette publication ne transforme une nouvelle en métanouvelle. Lorsque
Jean Richer publie des métanouvelles dans le Mercure Franços, Iautru
du recueil se propose de fournir à son lecteur des informations sur ce qui
Sest dit et écrit d'un événement. La publication d'une métanouvelle par
e ercure est parfois motivée par des critères quantitatifs. Cela est bieu
le sür fonction du volume textuel produit suite à un événement, A
traitement médiatique d'un événernent est susceptible de devenir l
même un événement. Les indications fournies par le Mercure Frg
dans
25 A ce propos voir notamment Jouhaud, Christian, Viala, Alain, « Introductio
De la publication..o, textes réunis par le GRIHL, 0p. cit., p. 5-7,
)
teneur dec
revient sur ce ae
l'assassinat
des «métanouvelles,
déinit une
le Merctre
le Mersure
événement
plus large:
rendre public.
aussi orale ou
Bien entendu,
Frangois. I
nouvelle ou
En outre, la
construction du récit
le Mercure
différence entre
chronologie du
se voulant
constitutifs d'un
nécessairement
non) du récir
publication
métanouvelle
sans que
métanouvelle. Lorsque
Franços, Iautru
sur ce qui
métanouvelle par
Cela est bieu
le événement, A
devenir l
Mercure Frg
dans
Introductio
GENESE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 175
pourraient permettre de qualiher la mort d'Henri IV« d'événement
médiatique justifiant pour le rédacteur la publication de métanouvelles
à son origine. Toutes les métanouvelles ne sont cependant pas créatrices
«d'événement littéraire" » ou « médiatique»
Parmi les publications diffusées à la faveur de l'assassinat du roi, le
rédacteur du Mercure Frangois revient particulièrement sur les prédictions
annonçant sa funeste disparition. En tant que représentant des gens du
livre, I'auteur dénonce certaines pratiques qu'il juge discutables de la part
de ses confrères, à savoir un opportunisme commercial effréné. D'après lui,
Fassassinat d Henri IV crée une demande de lapart d'un marché de lecteurs
et certrains imnprimeurs saisissent parfaitement les intérêts commerciaux
qu'il peut y avoir à exploiter l'événement. En outre, les publications dont
le commerce est fustigé ici ont été grossièrement manipulées afn de correspondre
à l'accroissement de la demande du lectorat. Ces pratiques se
sitruent aux antipodes d'une éthique de vérité énoncée et poursuivie par
l'auteur dans le péritexte du Mercaure Frangois. Cest pourquoi le compilateur
estime devoir sortir de son rôle d'historien afin de donner son sentiment
Sur la façon dont certains imprimeurs tirent parti de l'événement
Je suis icy contraint de blasmer toutes ces curiositez (contre le devoir de celuy
qui rapporte par Histoite ce qui Sest passé, pour ce quil doit le faire nuëment
Sans donner son advis dessus) car pour les Almanachs, ceux qui les impriment
ncla & qui font les predictions recherchent seulement les vieux Almanachs du
temps passé & ayant raccomodé le Kalendrier & les Lunes [] donnent leurs
rapsodies au public; Ceux qui voudront esprouver cecy, n'ont qua prendre
les Almanachs de Morgar, de Florent, de Crox, de Billy, & autres imprimez
C ste arnnee, & y trouveront qu'il n'y a que le nom de changé, & sont tous
pareils parlant d'un Vieillard qui doit mourir au mois de May & sont tous
imprimez par un mesme Imprimeurnlmc eog
apres quoi, l'auteur nous faít partager son expérience personnelle
propos d'un texte dont il a fait l'acquisition et dont il S'est débarrasse
apidement en ayant constaté son manque de fiabilité. Finalement, il
ure de ce phénomène éditorial une conséquence d'ordre politique selon
elle ll est dangereux de tenir des escrits qui parlent, que doit estre
SEat de la Republique, & ce qui doit y advenir: mais Surtout de les
Mercure Frangols.oo) op. cit., vol. 1, 1611, P428 r-v (pour l'année 1610)
24
renons ici I'expression de Jacques Hennequin, Hen nequin, Jacques, Heuri
25 ans ses oraisons funèbres.oo, op. cit., p. 20-21
176 DHISTrOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
faire courir parmy le peuple», Il n'hésite pourtant pas à publier certaines
de ces prédictions, en tout cas à en résumer le contenu. La publication
de leur contenu remplit probablement une fonction pédagogique et
illustrative : elle sert à fourhir un exemple des textes condamnables
dans de telles circonstances. L'usage de ces textes est dénoncé par Jean
Richer au coeur du texte comme en note marginale: « Contre les Centuries
&atres curiositez qui coururen: parmy le peuple apres la mort du Roy? ». Les
différentes mises en garde et précautions de l'auteur prouvent, en tout cas,
l'effectivité qu'il prête à la circulation et à la diffusion des textes écrits.
Les marqueurs énonciatifs qui rendent la présence du compilateur
indéniable vont au-dela de l'expression de sa position de témoin («Jelay
veu prisonnier à Tours long temps [.]> éctit-il à propos d'un certain
Rougemont, condamné pour sa tentative d'assassinat sur la personne
d'Henti IV), de professionnel de lettres ou même de sujet responsable. Le
rédacteur ne renonce pas à exprimer son point de vue voire ses sentiments
quant à lassassinat du roi. Les occasions sont rares, mais il lui arrive
même de Sexclamer : «Quel mal-heur! Car un maudit Ravaillac (J
se jette sur sa Majesté ]». Jean Richer qualifie également certains
événements ou bien commente quelques faits. II caractérise ainsi la
conspiration de Biron d'« esmerveillable» et les raisons invoguées par
Ravaillac pour justifier son acte de «faus pretextes" . 7900
Le rédacteur du'Mercaure François n'est toutefois pas le seul acteur dont
le témoignage est convoqué dans les pages du recueil au monment de
Construire un récit de la mort du roi, La mémoire de François Ravaillac
lui-même est aussi évoquée. La nécessité de revenir sur les souvenirs
du prévenu S'explique parce que les contemporains nourrissent de tres
lourds soupçons quant à l'implication des jésuites dans l'assasSina
dHenri V. Le souvenir de leur rôle dans des attentats passés sur l
personne du souverain, la mémoire du temps de la Ligue qui invite
des rapprochements entre les anciens Ligueurs et les jésuites, les theorc
developpées dans l'ouvrage de certains d'entre eux sur la légitimite au
tyrannicide, leur subordination à l'autorité papale et leurs liens a
TEspagne entretiennent le soupçon2. Les interrogatoires subis p
26 Tbidl, P429v.
27 Voir ibid., P428r?- caP429P
28 Voir ibid., P416P, 425 v, 429v et 504rP
29 A ce propos voir Roussel, Diane, « Conspirateurs et régicides.., art. CLC
publier certaines
publication
pédagogique et
condamnables
dénoncé par Jean
les Centuries
Roy? ». Les
en tout cas,
textes écrits.
compilateur
témoin («Jelay
d'un certain
personne
responsable. Le
sentiments
lui arrive
Ravaillac (J
également certains
caractérise ainsi la
invoguées par
acteur dont
monment de
Ravaillac
souvenirs
nourrissent de tres
l'assasSina
passés sur l
qui invite
les theorc
légitimite au
liens a
subis p
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 177
Francois Ravaillac ainsi que la torture des brodequins qui précède son
exécution publique visent à lui faire révéler le nom de ses complices (qui
ne peuvent être, selon la conviction du personnel judiciaire, que membres
de lordre des jésuites) sont rapportés dans le Merczare. Sans cesse au cours
des interrogatoires auxquels il est soumis, il est demandé à Ravaillac de
mobiliser les souvenirs de la période qui a précédé sa décision d'attenter
à la vie du roi et son passage à l'acte. Mais les assertions de Ravaillac
et les souvenirs qu'il évoque ne permettent pas d'établir la responsabilité
des jésuites ou l'existence d'un complot dont il n'aurait été que la
cheville ouvrière. Il persiste à affirmer quil a agi seul. La cristallisation
des soupçons autour d'un acteur collectif clairement identifé - ici, les
jésuites permet de canaliser les craintes réveillées par l'assassinat, La
certitude de la neutralisation des coupables permettrait de construire
un avenir serein. En effet, si François Ravaillac a agi sur les ordres des
jésuites alors la menace pèse toujours sur la régente, le Dauphin ou
encore l'Etac, Laisser les jésuites agir impunément équivaut à accepter de
vivre dans la crainte d'un retour des troubles passés. Identifier le ou les
responsables de l'attentat est une façon de créer du consensus autour de
Ce dernier ou ces derniers, La construction d'un consensus visant à apaiser
le royaume au lendemain de l'assassinat du roi n'est pas contradictoire
avec la désignation d'un coupable. Faire converger les regards accusateurs
et méfiants vers un point unique permet de gommer les aspérités
relationnelles qui peuvent exister entre les sujets du royaume.
elaboration d'une unanimité autour du coupable (cette fois-ci
avere) du régicide se fait également par la mobilisation du point de
Vue d acteurs collectifs. C'est le cas avec l'évocation des craintes et des
Sentiments des protestants déja évoqués". Jean Richer ne souligne pas
Seulement le ressenti d'une pluralité de groupes concernés par la mort
du rO1, mais tente de les unifier en faisant aussi réérence, de maniere
Ps genérale à la mémoire du peuple qui est présenté comme agissant
O1E Sur le mode individuel à trayers la narration d'anecdotes soit en
ermes collectifs l'identifiant à la masse et à la foule
de la Conciergerie pour monter au cumbereau, dés gue le peuple
estoit en si grand nombre dans la Court du Palais, que la place estoit
30 Mercure Frangois. Op. cit., vol. I, 1611, PÁS5 P( pour l'année 1610).
dificile aux Archers & Ofmciers de la Justice) le veid il se meit a crier, les
178 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT A1)
uns le meschant, les autres parricide, les autres traistre chien, les autres le
pameurtrier, & autres paroles dindignation & dopprobre : plusieurs mesmes
i Seftorcent de l'oftencer & de se jetter slur uyg ce qu ils eusent faict sans les
Archers qui les empescherent
Or, l'action unique d'une foule donne une impression d'unanimité et
de consensus. L'exécution de François Ravaillac donne l'occasion a
rédacteur de construife le récit de la confrontation dhun individu esseulé,
coupable de régicide et dhune foule condamnant unanimement cet acte
et désireuse de voir le criminel puni dans la souftrance. Le recours au
singulier pour désigner l'acteur collectif constitué par le public présent
lors de l'exécution du criminel accentue l'impression de convergence des
points de vue des diférents acteurs autour du coupable. Les individus
n'existent plus mais se fondent en un seul acteur collectif, La question
du collectif mis ici en scène par Jean Richer se pose. S'il n'est pas question
pour l'auteur de faire le portrait d'un corps politique constitué,
le peuple représenté par Jean Richer à loccasion de l'exécution de la
sentence contre le régicide ne s'apparente toutefois pas à une masse
indistincte d'individus totalement dépourvue de raison. Il se présente
comme une unité revendiquant unanimement l'application de la justice
afin de châtier l'auteur de l'assassinat du roi. Ses réactions s'expliquent
par Sa capacité à mesurer les enjeux politiques du geste de François
Ravaillac, même si elles se situent du côré du physique et relèvent
encore, certes, d'une forme d'émotivité et d'impulsivité plus que de la
raison critigque". Toutefois, ici, la rencontre de la capacité populaire à
revendiquer la mise à l'aeuvre d'un châtiment jugé mérité par l'assassin
et les formes de l'expression de cette revendication font du peuple un
corps naturellement avisé du point de vue politique, et donc, légitime
unanimité exprimée par le peuple face à Ravaillac renforce l'idée de
cette légitimité. En plus du nombre, la répétition donne un effet de
Sentiment unanime autour de François Ravaillac et de son crime. La
scène n'a, de fait, de cesse de se répéter:loubivi t 5o l t nf7hitbbii slio
S1 1btd., P447v (pour l'année 1610), - A propos la manière dont est présente tité r de
Ppic dans certaines chroniques du xvuf siècle voir le travail d'Arlette Fargc
Arlette, Dire et mal-dire. Lopinion publique au xVilr siède, Paris, Seuil, 1992, P; 2
ur la question de la « nature du peuple» pour une période postérieure vo aels)
Cohen, D€borah, La nature du peuple, Les formes de l'imaginaire social (XVur aes
Seyssel, Champ Vallon, 2010, Voir notamment ses analyses sur les caipa
critique
du peuple, ibid., p. 56-78.
A1)
les autres le
plusieurs mesmes
faict sans les
d'unanimité et
l'occasion a
individu esseulé,
unanimement cet acte
recours au
public présent
convergence des
individus
La question
pas question
constitué,
l'exécution de la
une masse
présente
la justice
s'expliquent
François
et relèvent
que de la
populaire à
l'assassin
peuple un
légitime
l'idée de
effet de
crime. La
5o l t slio
présente tité r de
Fargc
P; 2
vo aels)
(XVur aes
critique
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 179
cout le peuple recommenga les mesmes cris à plus haute voix & les
mesmes opprobres, ce qui fut continué jusques devant l'Eglise nostre Dame
par le peuple de tous sexes & aages gui estoit le long des ruës, aux boutiques
& aux fenestres, & durant mesmes la lecrure de l'Arrest, &qu'il fist amende
honorable : Puis fut conduit à la Grève, recevant par les chemins les mesmes
injures & clameurs d'indignation, mesmes plusieurs tant hommes que femmes
voulurent se jetter sur luy dans le umbereau, &leussent faict s'ils n'en
eussent esté retenus par les Archers",
Malgré leur propre passé de justiciable, les prisonniers font également
figure d'acteur collectif précédent celui du public de l'exécution dans
le récit. Certains des anciens co-dérenus de Ravaillac Sen prennent à
lui. Is le font exactement de la même manière que le reste de la population
une fois le prévenu sorti de la chapelle". L'antériorité du récit
de la réaction des prisonniers par rapport à celle du peuple s'explique,
bien sür, par la chronologie de l'exécution de Ravaillac mais construit
ausi l'effer de l'effacement de la pluralité des voix des prisonniers en
faveur de l'unité de la voix du peuple, agissant exactement comme les
prisonniers. Les redites ne doivent rien au hasard et visent à rappeler
le consensus provoqué par la sentence publique infligée à l'assassin
Ranimer les points sur lesquels s'accordent les sujets au cours de cette
période critigque est une façon d'éloigner la menace de division qui pèse
Sur le royaume,
La communauté de sentiments faisant de François Ravaillac un etre
inspiré par le diable et construisant un mythe autour du défunt ro
st conçue comme un antidote à la division du royaume en diverses
Factions. Cet accord est perçu comme le meilleur rempart contre le
tetour des guerres civiles. Le rédacteur du Mercure participe à cette
elaboration. Le compilateur compare par exemple le destin d'Henti
a celui de César, il utilise égalemenc de nombreuses anecdores de la
Vie du roi afin de mettre en avant ses vertus et d'en dresser un portrat
Sant au moment de l'épilogue du dossier consacré par le Mercure
a événement. Ces anecdotes incluent des paroles rapporées du roi
gui le rendent vivant et aimable. L'auteur insiste sur le fait que, meme
Sur Io le ges de la répétition et la strucure du récit dans le Mercure Frangos Vo
341re irangois., op, cis., vol. I, 1611, P447 (pour l'année 1610).
3354 lbid, P447 e (pour l'année 1610).
let StIan, Ribard, Dinah, Schapira, Nicolas, Histoire littérature 1émoignagt. ECTITE
malbeurs dn temps, op. cit, P. 189-242
180 auo HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT 1D
Sil n'est pas le premier à rapporter ces exemples, il doit le faire T
consensus se fait aussi dun point de vue plus positit, en ce qui concerne
les nouvelles autorités du royaume. Le recueil afirme la profondeur de
l'amour des sujets pour leur nouveau ro1, malgré le malheur venant
tout juste de les frapper"
Si la volonté de dresser un récit consensuel de l'événement viseà
faire perdurer la pacification du royaume, la démarche passe aussi par la
mise en accusation de coupables. Le propos de I'auteur est constamment
sous-tendu par la sourde accusation dirigée vers les anciens Ligueurs
bien souvent rapprochés des jésuites sous ses presses. Un tel rapproche
ment s'explique par le zèle catholique des Ligueurs, dont les positions
proches de celles de l'Espagne et de Rome au cours des troubles du
xvr siècle rappellent l'origine ultramontaine de la Compagnie de Jésus.
Pourtant, si plusieurs chercheurs ont mis en évidence un lien entre
anciens Ligueurs et réformateurs catholiques entre la fin du xv siècle
et les années 1620, cette relation semble plutôt impliquer, de la part
des anciens Ligueurs, le choix de se tourner vers les ordres mineurs ou
les ordres mendiants que celui de se rapprocher de la Compagnie de
Jésus" Le lien entre anciens Ligueurs et jésuites provient aussi de la
condamnation de Jean Chastel dont la tentative d'assassinat d'Henrily
échoue en 1594. Jean hastel, ancien élève du collège jésuite de Clermont,
était resté en contact avec son recteur, Jean Guignard. Suite à la tenta
tive d'assassinat du roi, le collège est l'objet d'une fouille qui révele 1a
présence dans la bibliothèque de traités justifiant l'assassinat des tyrans
La défense de Jean Guignard consiste à pliquer que la possession
de ces textes date de l'époque des guerres civiles. Cet épisode tenda
alimenter l'idée d'un lien entre les jésuites et les anciens LigueurS
entretient, comme d'autres épisodes similaires, le soupçon latent
projet d'attentat contre le roi de la part des jésuites. Suite à la tentat
d'assassinat d'Henri IV par Jean Chastel, la Compagnie de Jesu
est
ay ntiro1 2930b0174
36 MercUTe Hrangois,.,0p, cis., vol. I, 1611, P427 v, P471 v-482v.r 1bre
37 Ibid., vol. 1, 1611, P430v° (pour l'année 1610),
58 Ace propos, vor, par exemple Cassan, Michel « Laïcs, Ligue et Réformea blique a
Limoges, Histoire, Economie et Société, 1991, 10 année, n°2, p. 165.
39 Jouhaud, Christian, « 1626: les jésuites parisiens dans l'ceil du cyclone », aa ouvoirs Yos
contestations et coniportements dans IEurope moderne. Melanges en l'bonneur an Pn Alain,
Marie Berc, textes réunis par Barbiche, Bernard, Poussou, Jean-Pierre,
Paris, Presses de l'Université Paris Sorbonne, 2005, p. 186-187
1D
doit le faire T
qui concerne
profondeur de
malheur venant
l'événement viseà
aussi par la
constamment
anciens Ligueurs
rapproche
les positions
troubles du
de Jésus.
lien entre
du xv siècle
de la part
mineurs ou
Compagnie de
aussi de la
d'assassinat d'Henrily
Clermont,
à la tenta
révele 1a
des tyrans
possession
épisode tenda
LigueurS
latent
la tentat
Jesu
est
1bre
Réformea blique a
ouvoirs Yos
an Pn Alain,
GENRSE DUNE COMP[LATION D'HISTOIRE POLITIQUE 181
bannie du territoire entre 1594 et 1605. Jean Richer utilise le souvenir
de cer épisode et, plus largement, la mémoire des guerres de Religion
DOur suggérer l'existence d'un lien entre anciens Ligueurs et jésuites
et entretenir l'idée de la responsabilité de la Compagnie de Jésus dans
e projet d'attenter à la vie du monarque, Il énumère les tentatives de
meurtre auxquelles Henri IV a échappé jusqu'au mois de mai 1610. I1
nihésite pas à affrmer l'existence d'ennemis persistants animés de la
volonté d'ôter la vie à Henri IV. Jean Richer se garde pourtant bien de
désigner explicitement I'identité d'un tel ennemi
Que de discours divers se sont faicts Sur la mort subite de ce grand Roy, en
des pays estrangers, dont l'alliance avec la France consiste plutost en cere
monies exterieures, qu'en amitié [L1 Mais quand on considerera les divers
attentats sur la vie de ce Prince depuis ving-six ans en ça, & quand ils ont
esté entrepris, on jugera aisément que ce dernier a csté forgé en la mesme
boutique que les autres en sont Sortis
Lallusion aux discours renvoie à diverses lettres venues des Provinces
Onies annonçant la mort du roi avant même qu'elle ne se produise et
ayant eu pour conséquence de provoquer le soupçon d'un complot jus
tement venu des Provinces-Unies. La suite du propos équivaut à acCuser
grossierement les anciens ennemis du roi au moment des guerres de
Religion, particulièrement les Ligueurs, 1'Espagne ou encore l'ordre
JEsuite. D'après Jean Richer, c'est cet «ennemy » du roi qui fit venir le
Capitaine Michau des Pays-Bas pour le tuer en 1584. Le capitaine Michau
Serait au service de I'Espagne. ILanecdote est relatée dans un certains
nombres de compilations postérieures qui désignent plus clairement que
ne le fait Jean Richer la responsabilité de l'Espagne dans cette tentative
a assassinar, Sa mission refléterait, d'une certaine manière, la position
aEs ancrens Ligueurs vis-à-vis d'Henri IV. De la même manière, alors que
O VIent de procurer une trêve à son royaume en 1595 « cest ennemy
ortel de la grandeur de sa Majesté» charge Pierre Barriere de tuer
en.Cette fois-ci, Jean Richer semble désigner plutôr la Compagne
41 Fangoisp, cit, vol. I, 161, P429 (pour l'année 16l0 Bailly,
lr les liens entre le capitaine Michau ec l'Espagne, voir, par exempl
enis, Celnart, Élisabeth, Choix d'anecdoter amciennes et modernes recueilnes ues
dee dieurs, contenant les faits les plus intéressants de l'histoire en général, lES Epios
0traits d'esprit, saillies ingénieases, bons moks, etc, elc, Paris, Koret, Li
Hautefeuílle, 1828, p. 168.
182 uHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
de Jésus, En efet, arrêté à Melun au mois d'août 1593 alors qu'il bo
jetait de réaliser l'attentat, Pierre Barriere aurait avoué avoir été pouss
dans ce projet par le père Varade, recteur d'un college jésuite parisien
Pour Jean Richer, « cest ennemy n'a eu de cesse « d'entreprendre L.
Sur (la vie [du roil ». Les responsabilités lui semblent évidentes et Cest
toujours le même ennemi qui est en cause et a réussi dans ses entreprises
criminelles à force de perséverance: J cest ennemy est enfin venu
à bout de son dessein » et l'auteur d'ajouter: «pour voir dlair en tant
d'attentats, il n'est pas besoin d'avoir gueres bonne veuë s. En réalité,
les accusations de Jean Richer restent assez fHoues et il semble désigner
un ennemi monstrueux à plusieurs tetes celles des divers oppOsants à
Henri IV à partir de la fin du xv siècle?.
Toutes ces assertions, ajoutées aux notes marginales qui font par
tager à Jean Chastel et François Ravaillac le même discours inspiré
des prédications jésuites et à la conviction que Ravaillac tait le nom
de ses complices laissent peu de doutes quant à l'opinion de l'auteur
Sur le rôle des jésuites dans cette affaire. Le passé familial de victime
de la Ligue et de représentant du parti des Politiques de Jean Richer
porte à croire que la mémoire consensuelle qu'il tente de mettre en
place n'entre pas, pour lui, en contradiction avec le fait d'avoir des
convictions politiques. Léthique de la vérité qu'il défend n'est pas une
éthique de la neutralité et, si l'auteur se voit contraint de rapporter
hdelement les propos de Ravaillac quí ne met jamais en accusation
les jésuites, il ne se prive pas d'exprimer son propre avis sur la ques
tion. Toutefois, sa position est dificile à tenir. Il ne peut aller trop
loin sans contrevenir à ses principes et surtout sans contrevenir aux
edits de pacification qui commandent l'oubli et le pardon. Il ne peut
explicitement accuser personne et doit, bien sûr, mentionner le convo
du cceur du roi jusquau collège jésuite de la Fleche selon les volontes
d'Henri IV. Il utilise alors la célébration de la clémence du rol p
etablir un lien plus évident entre « cet ennemi» et les Ligueurs
ceux qui ont esté de la Ligue en rendront assez de tesmoignag
conspirations du Duc de Biron, & du Comte d'Auvergne ausquci tout
fois en le monde sçait que sa Majesté avoit pardonné pour la premier lninbilon
42 Sur les diférentes accusations de Jean Richer, voir Merciure François. 0p, Ci
P429v-430 r-v (pour l'année 1610).
43 Tbid., P435 P et 438r.
alors qu'il bo
été pouss
jésuite parisien
d'entreprendre L.
évidentes et Cest
entreprises
enfin venu
dlair en tant
En réalité,
semble désigner
oppOsants à
qui font par
discours inspiré
tait le nom
de l'auteur
de victime
Jean Richer
mettre en
d'avoir des
n'est pas une
rapporter
accusation
sur la ques
aller trop
contrevenir aux
Il ne peut
mentionner le convo
les volontes
du rol p
Ligueurs
tesmoignag
ausquci tout
fois en premier lninbilon
Ci
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE PoLITIQUE 183
cervent assez de preuve. Les deux hommes sont, en efet, engagés
dans la même conspiration contre Henri IV à la fin des années 1590.
Le duc de Biron, pourtant proche du roi, commence à comploter aux
Cotés de l'Espagne et du duc de Savoie dès 1595 avec pour objectif de
faire renaître la Ligue catholique, Le roi pardonne sa première trahison
au duc de Biron. Cette clémence offre l'avantage de rendre le crime
perpétré encore plus monstrueux et tend à renforcer le consensus créé
autour de l'événement.
La position du rédacteur, entre principe de vérité et conviction personnelle,
passé douloureux et volonté de respecter les édits de pacification,
Suppose également quelques silences, concédés comme commandés.
PRESCRIRE LOUBLI POUR APAISER L' AVENIR
Le rédacteur semble volontairement occulter certains épisodes susceptilbles
de fissurer le fragile consensus qu'il tente d'édifier. Des faits
dont la connaissance pourrait récuser la belle unité louée dans les pages
du Mercure sont tus. Le recueil ne révèle rien des débats ayant agité les
magistrats à propos des sentences à infliger à François Ravaillac. Dans
la Suite de l'Histoire de France de l'historiographe Pierre Matthieu, les
parlementaires débattent pendant plusieurs pages du châtiment à inftiger
au coupable et de la pertinence d'en inventer de nouveaux. Le désaccord
impliqué par ce débat explique peut-être le silence du Mercure sur la
question. Ces discussions correspondent justementà lellipse narrative
quopère le texte entre la fin des derniers interrogatoires du prévenu
et la lecture qui lui est faite de l'arrêt le condanmnant", Autre épisode
embarrassant susceptible de révéler la menace persistante d'une division
dans le royaume: celui du désordre autour de l'effigie royale au moment
au convoi funèbre acompagnant le corps du roi jusquà Saint-Denis,
a relation Gillot du fonds Dupuy développe longuement le désaccord
Ce préséance qui opposa les parlementaires à certains représentantsdu
aut clergé, chacun se disputant le droit de se trouver au plus procne
egie royale. Le convoi prend du retard car tout le monde refuse
44 Ibid, P458 P et 472v. a0220533 a0ebiba
Or Matthieu, Pierre, Suite de l'Histoire de Frane. Concernant la mori deplorbsa
rance et de Navarre, Ensemble un panéeyrique et un dixcours funebre drest a sa memoire
A Genève, Paul Marceau, 1620. p. 98-101 et Mercure Frangois,sn 0P. Cifiy VOl. 45
1611, P445P (pour l'année 1610).
184 00HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT l
d'avancer et l'effigie finit par etre abandonnée pendant un momenr
avant que chacun ne prenne conscience de la gravité de la situation.Tin
impresion de grande confusion ressort de la lecture de cette relation
nie Le Prieur de St Lazare cherchant Monsieur I'Evesque de Paris pour dire le de
profundis & jetter l'eau beniste sur iceluy en la manière accoustumée &ne
le trouvant point pria d'autres evesques de aire cet office qui ne le vouluent
faire, enfin il fut contraint de rendre ce devoir au corps du deffunce Roy&
dit le De Profundis et jetta l'eau beniste, Monsieur I'Evesque de Paris ayant
-1972 abandonné et le corps & l'effhgie fut veu de tout le monde avec son Rochet et
noiun chapeau sur un petit mulet trottant apres un nombre infiní de carrosses
et chevaux pesle mesle jusques a ce quil eut atteint un carrosse plein de
noblesse qui l'attendoit, & Sen alla droit à St. Denis, oubliant le devoir de sa
charge & Ihonneur qu'il devoit à son Roy deffunct [.J
Là-encore, le Mercure ne publie pas un mot du trouble survenu alors.
On peut bien sûr émettre I'hypothèse selon laquelle Jean Richer n'eut
connaissance d'aucun des deux épisodes mentionnés. Cependant, notre
hypothèse est plutôt celle du choix délibéré de la part de l'auteur de
faire silence autour de ce qui pourrait contrevenir à l'élaboration d un
consensus politique autour de l'événement. Le rédacteur du Meraure
François n'est pas le seul à considérer la nécessité de la censure en fonc
tion des circonstances politiques. Les autorités du royaume sont aussi
de cet ayiS sans pour autant tomber d'accord avec Jean Richer sur Ce
quil est acceptable de publier et ce qui ne l'est pas. La différence toute
Circonstancielle d'appréciation de la justice et de Jean Richer vau, en
etfet, au Mercure François une censure ordonnée par le parlement de Pans
a la date du 7 août 1612. Alors que la publication du premier volume
du Mercure a été approuvée en 1610 par le pouvoir royal, la justice royale
révise cette décision et décide de confisquer le procès opposantJ
Richer à son confrère Adrian Périer afin d'apporter une réponse aip
matique aux autorités de la ville alliée de Cologne, accusant le Meu
de calomnier ses sujets,5o ib se
Le Mercure comme les gens du roi semblent pourtant poursul vre le
même but: la continuatíon de la paix. Cependant, les moyens i is en
ceuvre par les différents acteurs ne sont pas les mêmes. Le pouvo
r royal
46 Relation du convoi funtraire d'Henri IV, loco citato,
47 NoFurasn rgeovise ndoannss leen c dhéaptaitirlse ssuuírv laan ct.onfiscation du litige commercial et la censure du Me
l
un momenr
situation.Tin
cette relation
pour dire le de
accoustumée &ne
ne le vouluent
deffunce Roy&
de Paris ayant
son Rochet et
de carrosses
carrosse plein de
devoir de sa
survenu alors.
Richer n'eut
Cependant, notre
l'auteur de
l'élaboration d un
du Meraure
censure en fonc
sont aussi
Richer sur Ce
différence toute
Richer vau, en
parlement de Pans
premier volume
justice royale
opposantJ
réponse aip
accusant le Meu
poursul vre le
moyens i is en
pouvo
r royal
censure du Me
GENÈSE D'UNE COMPILATION DIEISTOIRE POLITIQUE 185
preserit ici a l'oubli commande" > de certains événements. Cela implique
le pardon et l'amnistie et reprend strictement la politique de pacification
menée par Henri IV dans les édits de pacification, particulièrement celui
de Nantes. Les propos qualitiés de diffamatoires par les autorités de la
ville de Cologne et publiés dans le Mercure sont jugés compromettants
par le pouvoir royal qui impose I'oubli et le silence à la compilation.
Pourtant, le Mercure fait en sorte de légitimer la régence de la reine
Marie de Médicis, d'une part parce que cest une condition sine qua non au
maintien de la paix dans le royaunme mais aussi par conviction politigue.
ASSURER LA CONTINUITÉ DU REGIME MONARCHIQUE
a "Hélas! Le Roy est mort!" L] "Vostre Majesté m'excusera, les
rois ne meurent point en France, Tels furent les propos tenus par
le chancelier à la reine Marie de Médicis lorsqu'elle apprit le décès de
Son royal époux, d'après le Mercure. Comme cest très souvent le cas, le
recueil ne précise pas sa source. En plus de rappeler les théories de la
continuité du corps politique du roi au-delà de la disparition de son corps
physique" la réponse du chancelier communique un message clair àla
reine elle ne peut se laisser aller à l'afiliction car cest entre ses mains
ue réside l'avenir du royaume. Lassassinat d'Henri IV ne peut et ne
doit fournir l'occasion à une remise en cause de la légitimité du régime
et de la dynastie. Selon une logique parfaitement identique, l'auteur du
Mercwre Frangois fait le choix assumé de contrevenir encore à certaines
pratiques d'écriture de I'histoire du temps profondément ancrées depuis
e Moyen Age et héritées de cette période Au lieu de borner son propos
a la mort du roi Henri IV et donc à la fin de son règne comme le veut
Ia tradition historiographique, Jean Richer préfere poursuivre le récit de
Son histoire jusqu'au sacre du roi Louis XIIL. Dès lors, 1'histoire publiée
est plus une histoire du règne du roi Henri IV mais bien une histoire
e la paix. Jean Richer justifie son choix dans la préface au lecteur
OCur Paul, La mémoire, bistoire, loubli, Paris, Seuil, 2000, p. S85-589.
SOrreFrangois,o, op. cit, vol. I, 1611, P417 P(pour l'année 1610).
prop05 voir notamment Giesey, Ralph, Le Roime meurt jamais. Lesobteguesrya
ae de la Renaissance, Paris, Elammarion, 1960. Voir également Kantorovic
de corps du roi. Essai gur la théologie politique au Moyen Age, Paris, Gallimard, l
au Bernard, « Histoire, annales, chroniques, Essai sur les genres historiqjues
au Moyen Age», art. cité, p. 100.
186 UOHISTOIRE IMMÉDIATE ET RATSON D'ÉTAT
Je pensois finir ceste Histoire par la mort de ce granal lkoy, mais je lay continuee jusauet
au Sacre & Couronnement du Roy son jils, pour e que plusTeurs sous faus rapport
eo7n avec impudence faict imprimer dep1S Sa mort des choses importantes, par malice
&les ont faict courir aux pays estrangers ED a Jn que tels esprit de contradiction
se desistans de leurs mesdisances & de tant de frvoles qu' isjont courir, recognoissemt
que Dieu en la perte deplorable que les Frangois ont faitte de letur Grand Roy, leur
nOa conservé la Royne son espouse, qui par sa prudence diurant la minorité du Roy
snim maintient toute la France en Paix, & la jaict jlorir, coniintnans les desseins du fen
k Roy, chassant les Donneurs d'aduis, cassant les Edicts faicts à la foule du peuple, 6
gaignant par biensfaics ceux qui sous pretexte de mescontentement pourrotent allerer
la Paix, dont elle merite non seulement le nom de Mere de Roy, mais assi celuy de
Mere de l'Estar
La modification de la structure traditionnelle du récit historique par
Jean Richer est à la fois une adaptation au contexte politique mais aussi
la preuve des convictions et de l'engagement politigues de l'auteur, Il
n'affirme pourtant pas explicitement ici qu'il considère que l'histoire
du temps présent devrait adopter une périodisation identique à celle des
règnes comme le veut l'usage médiéval. Néanmoins, la justification de
ce choix par Jean Richer dans sa préface au lecteur, les titres donnés aux
volumes postérieurs à ceux de 1611 et la modification de la périodisation
de ce récit dans la réedition du premier volume du Mercure Frangoisen
o19 laissent penser que ce choix est la conséquence circonstancielle
de ladoption d'un principe de réalité, La nécessité, sous la forme de la
publication et de la diffusion d'écrits.susceptibles de menacer le régme
de paix du royaume, autorise pour lui le déplacement de quelques jours
de la borne terminale (nécessairement temporaïre) de l'histoiredu te
présent dont il est l'auteur. Il s'agit, certes, de combattre la diftusiona
calomnies mais aussi d'inscrire la régence de Marie de Médicis dans la
continuité du règne d'Henri IV et de caractériser les deux règnes cOI
appartenant à un même régime de paix. La disparition d'Henri IVne
change rien à cet état de fait. Ce faisant, Jean Richer poursuit clairen
le but de légitimer le règne de Louis XIII comme la régence a
de Médicis et de préserver le régime de paix tout en combattant sur son
propre terrain chaque obstacle susceptible de le menacer
Le Mercure ne publie pas uniquement la façon dont meurt Eie
publie aussi la façon dont les roís ne meurent pas en France, La p
lace de
52 Richer, Jean, « Preface au Lecteur», Mercure Prançoit..., op. cit., vol. J, 1olg
continuee jusauet
sous faus rapport
importantes, par malice
contradiction
recognoissemt
Grand Roy, leur
minorité du Roy
desseins du fen
du peuple, 6
pourrotent allerer
assi celuy de
historique par
mais aussi
l'auteur, Il
que l'histoire
à celle des
justification de
donnés aux
périodisation
Frangoisen
circonstancielle
forme de la
menacer le régme
quelques jours
l'histoiredu te
diftusiona
Médicis dans la
règnes cOI
d'Henri IVne
poursuit clairen
régence a
combattant sur son
Eie
La p
lace de
1olg
GENÈSE D'UNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 187
la relation du couronnement de la reine ainsi que celle du lit de justice
faisant de Marie de Médicis la régente oficielle du royaume participent
A la publication de cette continuité politique. Jean Richer isole une
période quil appelle celle des a trois jourS Consécutifs» dont il nous
rappelle le déroulement: «Voilà tout ce que j'ay sceu s'estre passé de plus
remarquable aux Trois jours consecutifs, sçavoir du Couronnement de
la Royne, De la morr du Roy, & des Arrests prononcez pour la Regence
de la Royne. Au cours de certe séquence narrative, la disparition
physique d'Henri IV est encadrée par ce qui va garantir la continuité
du régime politique du royaume, La mort du roi S'en trouve comme
atténuée. Les dangers inhérents au décès du roi, survenu au cours du
deuxieme jour de ces trois jours, sont donc amortis par les événements
des premier et troisième jours. Après avoir identifié cette étape, l'auteur
revient sur chacun des trois jours dans l'ordre chtonologique. Au coeur
de cette période des trois jours sont aussi relatés des événements aux
déroulements parfaitement contemporains parmi lesquels les premiers
tituels funéraires. Le troisième jour ont lieu à la fois le lit de justice
attribuant à Marie de Médicis les pouvoirs de régence et la première
etape des funéraílles avec l'autopsie et Il'exposition du corps du roi ainsi
que l'hommage rendu à son coeurs4, Ce troisième jour est donc décisif
àl'afirmation de la continuité politique du royaume. Ces deux rituels
ont, en effet, pour fonction de publier la continuité de I'Etat royal en
dépit de la disparition du corps physique du roi, Le rédacteur prend la
peine de souligner que ce troisième jour est marqué par une ferveur
Populaire unanime et d'une grande tranquillité,
Daprès le Mercure François, la chronologie des événements nest pas
uniquement recréée artificiellement par le rédacteur et la façon dont
les met en récit. Elle S'explique aussi par la conscience aiguisée de
Importance politique des rituels et cérémonies d'Etat par François
kavaillac lui-même. Ce dernier explique ainsi avoir attendu le couron
ement de la reine pour mettre son plan à exécution afin d'assurer au
royaume une certaine stabilité politique
reht la pointe de son cousteau avec une pierre, Et attendit que la koyne
fust couronnee & retournee en ceste ville, estimant qu'il n'y auroit pus trane
s 7re rangois,. op. cit, 1611 vol. I, P427 P (pour l'année 1610).
54 Ibid., P439-440V
188 uoHISToIRB IMMÉDIATE ET RAIsON D'ÉTAT lato
01920 de confusion en la France le tuër après le Couronnement, que si clle n'ene
2L1g pas esté couronnee tto 52n992 laHbab naM sh d
La structure narrative du récit est donc en partie tributaire de cette
décision comme de celles des autorités réagissant rapidement avec la
mise en place d'un lit de justice. Pour autant, le fait d'isoler narrative.
ment ces a trois jours consécutifs » reste signifhcatif et donne au lecteur
le sentiment de lire le récit d'une période de transition.
La publication de la continuité politique entre le règne d'Henri I
et la régence de Marie de Médicis se fait aussi par la publication des
premières décisions politiques conçernant la conservation de la paix
dans le royaume, Les textes publiés dans le royaume et repris par le
Mercure sont, pour certains, des textes de loi initialement promulgués
par Henri IV. La pérennité politique s'afirme donc très rapidement avec
la reprise dans les textes du Mercure de la «Déclaration du Roy sur les
édits de Pacification » dont le but est de réafirmer la validité du régime
de lI'Edit de Nantes dans le royaume, y compris après la disparition de
son signataire. Le rédacteur fait immédiatement suivre cette page d'une
aDéclaration portant defences du port d'armes. La question est alors
sensible en raison de la crainte de certains sujets de revivre les guerres de
Religion. Le rédacteur du Merure l'explique bien dans la transition qulil
propose entre les deux déclarations royales: «Cetes Declaration r'asseura
beaucoup d'esprits de ceux de Ceste Religion: il y en a entre eux qui
sont craintifs & se souviennent' tousjours des Matines Parisiennes
Lexpression « matines parisiennes» désigne ici le massacre de la Saint
Barthélemy. Ces douloureux souvenirs, clairement identifiés par l'auteur
inscrivent véritablement les premières décisions politiques de la régence
et leur publication dans le Mercure comme une façon de rassurer les
Sujers du royaume. Lopération est réussie si l'on en croit Jean Richer
Obe jour que le Roy fut tué, & le lendemain, aucuns en s'enfuyant de Paris fhirent
arrestez, remenez en leurs maisons; car c'est une chose esmerveillable, gu
Contraire du passé on n'entendoit en la bouche dupeuple, & de gensto Tutes
gualitrez, que ces mors : Il faut vivre en Paix les uns avec les autres
Exemples des troubles passez doibvent nous avoir faict sages à nos despo
55 1bid., PA42V.
56 1bid., P462 P et 463r464v.
57 1bid,
58 Ibid
lato
si clle n'ene
sh d
tributaire de cette
rapidement avec la
narrative.
au lecteur
règne d'Henri I
publication des
de la paix
repris par le
promulgués
rapidement avec
Roy sur les
du régime
disparition de
page d'une
question est alors
guerres de
transition qulil
Declaration r'asseura
entre eux qui
Parisiennes
de la Saint
par l'auteur
la régence
rassurer les
Jean Richer
Paris fhirent
esmerveillable, gu
de gensto Tutes
autres
despo
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 189
Iasister sur la facilité avec laquelle les édits sont enouyelés et les défenses
de s'armer suivies équivaut à declarer que le régime de paix est si bien
installé dans le royaume que rien ne peut venir le menacer, pas même les
Souvenirs du passé. La politique de la régente sinscrivant parfaitement
dans la continuité de celle de son prédécesseur, aucune menace ne pèse
Sur le royaume. Jean Richer le rappelle dans sa préface". Bien entendu,
une telle persévérance dans lafirmation de la paix peut donner à penser
que persistent encore quelques craintes. La poursuite de la publication
de son récit jusqu' au sacre de Louis XIIl peut êcre aussi une manière de
mettre son règne à l'abri de toute contestation puisque le rituel légitime
le roi et les deux règnes participent de la même histoire, celle de la paix
dans le royaume de France.
En 1619, lorsque Jean Richer publie une nouvelle édition du premier
volume du Mercure Frangois, la mise en récit de l'année 1610 n'est plus
a même que celle proposée dans l'édition de 16110, Le compilateur du
Mercure déplace la borne finale de son histoire pour la faire correspondre
à des pratiques d'écriture plus traditionnelles du temps présent et clôt
Thistoire du règne d'Henri IV au moment de son assassinat pour débuter
Ihistoire de la régence de la reine Marie de Médicis immédiatement
après avec la relation du dernier des trois jours consécutifs, et donc,
avant le sacre de Louis XIIL, Plusieurs pages de faux-ticres correspon
dant à cette nouvelle périodisation sont insérées dans l'édition de 1619
du premier volume du Mercure François. Les sommaires correspondent
galement à cette nouvelle conception du temps présent et cette autre
maniere d'ordonner le temps. Bien entendu, le caractère novateur de cetre
petiodisation est relatif puisqu'il est fonction de la structuration originele
du temps dans la première édition du premier volume du Mercure.
ette nouvelle périodisation correspond en réalité à une conception plus
tracditionnelle de l'écriture du temps présent. Les enjeux politiques de
publication de I'histoire du règne d'Henri IV et de la régence de
arie de Médicis dans une contiuité politique sont devenus moindres
Cn l619. Le futur politique redouté du royaume appartient désormais
au passé. En conséquence de quoi, le récit de la mort d'Henri IV er de
DES Conséquences politiques, Tivré d'un seul tenant dans les premieres
SUDIS0 90
60 . 06vV. Voir également Richer, Jean, «Preface au Lecteur , ibid., UF ar
1611 LZ consultée grâce au site du GRIHL correspond en tous points à celle de
1611, consultée à bibliochèque Méjanes d'Aix-en-Provence
190 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT O
éditions du volume I du Mercure François, est désormais scindé en deiw
dans l'édition de 1619. L'assassinat du roi dans son carrosse vient clore
la première partie de ce récit, désormais attaché au sixième livre du pres
mier volume du Mercire alors que les événements consécutifs à la mort
du monarque sont rejerés dans le septième livre de ce premier volume
Ce dernier commence par le premier arrêt de la régence de la reine et
se termine par le sacre et le couronnement de Louis XIIL. Le septième
livre du premier volume du Merczre'François, inexistant dans les éditions
antérieures à celles de 1619, porte d'ailleurs un titre différent des livres
précédents. Le Meraure Frangois n'est alors plus la Suitte de l'Histoire de la
Paix mais l'Histoire de l'Auguste Regence de la Roine Marie de Médicis, sONS
le Regne de son fils le Tres-Chrestien Roy de France & de Navarre Lonyo Xmi
Le septième livre du premier volume du Mercure François prend le titre
de son deuxième volume, publié dès 16131
Levénement que fut l'assassinat du roi Henri IV entretient un lien
tort avec l'apparition du premier volume du Mercure Frangois en 1611
Le choix d'offrir au public une Histoire de la paix réside, en partie, dans
la crise politique à la fois structurelle et conjoncturelle que le royaume
isque de traverser Il est possible de considérer la mort d'Henri IV
Comme l'événement déclencheur de la publication du Mercure Frangis.
Publier une histoire du temps présent qualifiée d'Histoire de la Paix
est une fagon de finaliser et de garantir le régime de paix dans leque
Se trouve le royaume depuis 1598. Entre autres enjeux, la publicarion
du Mercure peut servir à la construction d'une mémoire de la paix
venant araser et éloigner celle des confits civils et religieux du siedle
précédent. Le choix de l'écriture de 1'histoire permet aussi de pOser
jalons dun futur apaisé. Ces considéracions expliquent la place prise
par le traitement de la mort du roi dans les pages du Mercure. Lexamen
ces pratigues dune éctiture de l'histoire adoptées par Jean Richer a
Occasion de la relation de cer événement mettent en avant la volonte
de construire du consensus, y compris de manière ambigüe. La dou
ethique du consensus et de la vérité poursuivie par le rédacteur nes
exactement une éthique de la neutralité. Les raisons de ces nuau es se
oiibo
6 Mercure Erangois., op, cit,, vol. I, 1619. ouparoldid 27an
O
scindé en deiw
vient clore
livre du pres
consécutifs à la mort
premier volume
la reine et
Le septième
les éditions
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l'Histoire de la
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Lonyo Xmi
prend le titre
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Frangois en 1611
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le royaume
d'Henri IV
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de la Paix
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de la paix
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de pOser
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Lexamen
Richer a
la volonte
La dou
rédacteur nes
nuau es se
oiibo
27an
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 191
ErOuvent dans la position ambivalente de Jean Richer, dont la mémoire
familiale de victime de la Ligue ne peut tout à fait disparaître. Cette
mémoire joue dans la entative de construire un récit unifié et consensuel
de l'événement. La construction du texte et son architecture, l'articulation
des temporalités et l'assouplissement de certaines pratiques d'éctiture
de I'histoire permettent au rédacteur de fonder ce récit unifé autour
de son expérience et de ses convictions personnelles. Or, le récit qu'il
propose entre partiellement et temporairement en contradiction avec
celui préconisé par le pouvoir royal. Alors que le rédacteur veut pouvoir
désigner des ennemis au royaume dans le but de les neutraliser, le
gouvernement royal tient à oublier et à amnistier. II n'en demeure pas
moins que ces versions du récit historique de la mort du roi visent toutes
deux à assurer la légitimité de la régence er la continuiré politique du
régime dans un royaume en paix. Toutes les précautions prises dans les
semaines voire les mois ayant suivi la mort du roi disparaissent lorsque
le danger de l'instabilité politique n'est plus aussi vif dans le royaume,
à tout le moins lorsque ce danger a changé de nature.
En 1612, lorsque la cour du parlement de Paris prononce la censure
du Mercure Frangois et décide d'en interdire la publication, la question
du traitement médiatique de la mort du roi est encore extrêmement
Sensible dans le royaume. En dépit de la loyauté exprimée par l'auteur du
Mercure Frangois à l'endroit du royaume de France comme de la régence
et de son clair attachement au régime de paix, les autorités judiciaires du
royaume décident d'interdire, au moins temporairement, certaines des
activites éditoriales de Jean Richer devenues, dans une certaine mesur
compromettantes. A lire le plaidoyer de l'avocat royal Louis SerVin,
ancdience du 7 août 1612 obtenue par l'imprimeur-libraire protestant
Adrian Périer à la suite d'un litige commercial l'ayant opposé à Jean
Kacher est en fait celle du procès du Mercaure Frangons,
o
ioxnlapob zbnetsh a0olordtos moo,enuhooanto
louasaea 39 3tio n4 7400 ly19 2rb suot 97jiomim
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8130c3l 2NO397 27179
LA CENSURE DU MERCURE FRANÇOIS
ab713i Sb235
Lassassinat du roi Henri IV au mois de mai 1610 cristallise diverses
émotions pour un grand nombre de sujets du royaume de France,
notamment en raison des ruptures politiques qu'il fait craindre. La
disparition subite du roi a très probablement entraîné la publicatíon
du premier volume du Merure Prangois. La diffusion de la nouvelle de
Iassassinat du monarque pose de nombreux problèmes aux autorités
du royaume soucieuses de conserver le régime de paix en place depuis
1598. Linguiétude provoquée par l'événement et ses conséquences
redoutées ne sarrêre pas aux frontières du royaume de France. A cet
égardl, I'antécédent constitué par l'assassinat du roi Henri III en 1589 est
significatif. Laurie Catteeuw souligne la contemporanéité de la publication
du célèbre ouvrage de Giovanni Botero consacré à la raison d' Etat et de ce
régicide D'après l'auteure, il existe un lien organique entre les guerres
e Religion françaises - dont ce régicide est l'un des symptômes-et les
debuts d'une théorisation de la raison d Etat par les théoriciens politiques
Iraliens des xvi et xvir siècles. Sandro Landi considère quant à lui
la redécouverte de la censure antique dans les Etats italiens des XVTf et
xV Stecles comme l'une des composantes constitutives de la modernité
OEique, Pour sa part, Christophe Angebault souligne l'apparition
C uine véritalble « demande de censure» au début du xVIf siècle. D'après
auteur, linflation de la publication de textes historiques au lendemain
8uerres de Religion est considérée comme dangereuse et appelle un
2ero, Giovanni, Della ragion di Stato, Roma, Andrea Muschio, 1589
uw, Lautie, Censures et raisons d'État. Une bistoire de la modernité poliigue, OP. Cls
Voir galemene Gauchec, Marcel, «LÉeat au miroir de la raison dlitat. a rance
nte, dans Raison et déraison d'Etat. Théoricienset théories de la raison d' Etat au
maie ede, textes réunis par Zarka, Yves-Charles, op. cit., p. 198-205 et 234-250
ncore Jouanna, Arlette, Le Prine absoln, Apogée ct déidin de l'imaginaie monangué
op. cit, D. 76,
de on ro, Naissance de l'opinion publigue dans lIralie moderne, Sagese da penple cr 1aouy
a governenment de Machiavel aux Lumières, op. Cl P: 27
194 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
véritable contrôle institutionnel de la parole historiographique, Cette
censure est mobilisée afin de favoriser « la concorde civile » et de part
ciper à une « reconstruction politigque du royaume après les guerres de
Religion ». Il pourrait donc également exister un lien entre la censure
comme l'une des modalités de lapplication dune théorie de la raison
d'Etat, la construction de l'Etat moderne et les stigmates des guerres de
Religion. La mort du roi Henri IV fait figure d'événement catalyseur
dans ce processus de découverte ou de redécouverte de la censure comme
l'un des éléments centraux de la modernité politique. Elle provoque
des réactions diverses parmi lesquelles une accélération de la prise de
conscience par les gouvernements européens de la nécessité de contrôler
la communication, et peut-être, de redécouvrir les porentialités de la
censure comme l'avaient fait les gouvernants des cités-Etats italiennes
à partir du xvr siecle.
La nouvelle de la mort d'Henri IV se diffuse à travers l'Europe,
comme les discours qu'elle a suscités. Le Mercure Fançois est l'un des
vecteurs de cette diffusion. Son role dans la propagation de la nouvelle
de la mort du roi va interférer sur le déroulement de la procédure judi-
C1aire en ours visant à régler un litige commercial entre Jean Richer,
limprimeur-libraire à l'origine de la publication du Mercure Frangois,
et Adrian Périer, son ancien maître. Contre toute attente, Adrian Périer
n'est pas condamné et le Mercure François est censuré sur décision de la
cOur du parlement de Paris. Lobtention réguliere des privileges royaux
dimpression par Jean Richer pour la publication du Mercure Frangou
le 29 novenmbre 1610 rend apparemment surprenante la décision de
justice rendue par la Chambre de IÉdit le 7 août 1612. A l'issue de ce
rebondissenment judiciaire, l'histoire du Mercure François aurait dû prendire
fin seulement deux ans après avoir commencé. Pourtant, la publication
du deuxième volume du Mercure par Estienne Richer est autorisée par
la délivrance régulière de privilèges royaux d'impression au frerede
Jean Richer le 15 mai 1613. En effer, force est de constater la rapide
caducité de la censure du Mercure François. En dépit de Il'interdictionde
4 Ace propos, voir notamment Angebault, Christophe, «Ihistoriograpn Serres et
guerres de Religion sous Ríchelíeu. Entre censure ét droit d'inventaire. Jean torique
Scipion Dupleix», dans La mémoire des guerres de Religion. La concurrene adeleine,
(XVr-xVIir SHedes), textes réunís par Berchtold, Jacques, Fragonard, Marie-
Genève, Droz, 2007, p. 154-156,
5 Voir ici Catteeuw, Laurie, Censures et raison d'Etat., op, cit, p. 285-28*%
historiographique, Cette
» et de part
guerres de
la censure
de la raison
guerres de
catalyseur
censure comme
Elle provoque
la prise de
de contrôler
porentialités de la
Etats italiennes
travers l'Europe,
est l'un des
la nouvelle
procédure judi-
Jean Richer,
Mercure Frangois,
Adrian Périer
décision de la
privileges royaux
Mercure Frangou
décision de
l'issue de ce
dû prendire
publication
autorisée par
au frerede
constater la rapide
Il'interdictionde
Ihistoriograpn Serres et
Jean torique
concurrene adeleine,
Marie-
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 195
Dublication d'une suite au premier volume de la collection, le suivant est
Dublié en 1613. Le premier volume du Mercure publié par Jean Richer
en 1611 et censuré par la monarchie en 1612 inaugure une collection
de vingt-cing volumes publiés sur une période de quarante-sept années.
Ce premier élément accroit le caractère inattendu du verdict du mois
d'aoüt 1612. La réputation du Mercure Frangois comme organe central de
communication officielle de la monarchie forgée par la yulgate à partir
de la fin du xIX siècle et de la thèse du père Louis Dedouvres participe
à faire de la censure du Mercure Frangois une décision surprenante. Le
recueil a, en effet, la répuration d'être un ouvrage officiel tombé dans
l'escarcelle du père Joseph, l'éminence grise duu cardinal de Richelieu à
Partir de 1624 et du retour du cardinal au conseil du roi, La recherche
des raisons de cette interdiction, mais aussi o sa prompte annulation
est l'une des manières les plus immédiates d'ériger le Mercure Frangois
au rang d'objet d'historique. Au cours des trois premières années de
son existence les relations entre le Mercure Frangois et les tenants du
pouvoir révèlent des préoccupations politiques cributaires du contexte
de publication du recueil,
Les tergiversations des autorités politiques et judiciaires du royaume
al'égard du Mercure François et de ses auteurs sont le signe des interroga
ions du pouvoir à propos de la légitimité et des usages de la publicité
La réponse judicaire finalement rendue à Jean Richer ne préjuge pas
de la réponse à ces interrogations autour de la légitime publication de
histoire politique du royaume. Elle peut être 1'indice d'une incapacité
de la monarchie à contrôler ses imprimeurs. Elle peut aussi indiquer
opportunité perçue par le pouvoir d'un contrôle distant de la difusion
de telles informations par une famille d'imprimeurs-libraires acquise
ause de la monarchie. Cela équivaudrait à émettre l'hypothèse dune
COmpte du caractère pragmatique de la censure par le pouvoir
D propos Dedouvres, Louis, Le Pre Joseph polémiste p ses premiers erits (1623-1626),
aris, A. Picard, 1895, p. 89, 112 et 115, Voir la reprise de cette chèse dans, par exeme
Ir, Roger et Martin, Henri-Jean (dir.), Histoire de V'edition française, t. 1, Le ivre
CoNqusrant. Du Moyen Age au milian du xvit ide, op, cih, p. 509. 11 n'existe pour
S preuve de l'immixtion du père Joseph dans la rédaction du Mercure Prangois. voir
prOpos la mise au point de Hlène Fernandez-Lacôtce. Fernandez-Lacöte, Flelene) La
rainal de Richelien. Droit, grace et politigue sour Louis le Juste, op. cit, p. 52-55 unsi
Consci |s de prudence de Benoist Pierre dans Pierre, Benoist Le PereJargp, tn
4 Kichelien, Paris, Perrin, 2007, D. 279-284, et le cravail très précis de dopnie 59.
Ourg, Bourg, Sophie (le), «Mercure Français et VAngleterre n, oP Cia P: y )
196 uoHISToIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT mo
politique. La proximité de la censure et de la raisón d'Etat învite las
autorités du royaume à se saisir de la censure avec réalisme politiam
sans se priver de la possibilité d'une négociation dictée par l'évolution
des circonstances politiques. 9ldipq e50ulog
Le terme de censure ést polysénmique et renvoie originellement à
la pratique de la critique sans induire systématiquement le choix de
l'interdiction. La censure négative ou «prohibitive » n'est pas la seule
manière d'appliquer la censure. Elle peut être pratiquée de manière
beaucoup plus positive, il s'agit alors de propagande. Robert Darnton
a réaffirmé pour la France du xVII siècle la banalité d'une pratique
d'échanges, de compromis et de négociations entre les censeurs et les
auteurs douvrages ayant pour obligation de se soumettre à la censure
préalable avant la publication de leur travail. L'auteur constate une
véritable aulture de la collaboration et de la négociation entre auteurs et
censeurs dans la France du xvir siècle, les censeurs travaillant parfois
comme de véritables éditeurs auprès des auteurs en suggérant par exemple
des transformations à leurs textes. De ce point de vue, la pratique de la
censure dans la France du xvilr siècle semble hériter des usages de la
censure aux xvif et xvI siècles, en France, comme en Italie" Lexamen
de l'épisode judiciaire dans lequel le Merczure Frangois est impliqué au
début en 1612 nous apprend que c'est la censure prohibitive qui est
appliquéeà la compilation sous la forme de son interdiction avant que
cette position ne soit révisée par les autorités judiciaires du royaume. Des
lors, au moment d'être censurés par ces dernières, les auteurs duMerci
Prangois ont probablement pu bénéficier de la culture du compronmisc
de la négociation présidant à la pratique de la censure. En conseguen
de quoi, le Mercure François est lui-même susceptible d'avoir évolue d
suite de cet épisode.
Lhistoire du Mercure François indique les possibilités de voir évolu
la relation du recueil au pouvoir politique. Quelles mutations laisse
entrevoir es premieres années du Mercure François? De quelles man
7 Catteeuw, Laurie, Censures et 1aisons d'É1at.op. cit., p. 14-15 et 299-301. Voir e
ement
à ce propos Landi, Sandro, Naissance de l'opinion publigue.,1, 0p. cit, P:
8 Sur ce point voir Darnton, Robert, De la censure, Essai d'histoire comparée, Paris, 138
2014, p. 2955 mais aussi Landi, Sandro, Naissance de l'opinion publiquey P l devait
-Sur les acointances Iiant le secrétaire Valentin Conrartà certains auteus
Censurer les ouvrages voir notamment Schapira, Nicolas, Un professtonnes
lettres a
XVit siede, Valentin Conirart : une bistoire sociale, op, cit, p. 98-224.
mo
d'Etat învite las
réalisme politiam
par l'évolution
originellement à
le choix de
pas la seule
de manière
Robert Darnton
d'une pratique
censeurs et les
la censure
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travaillant parfois
par exemple
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usages de la
Italie" Lexamen
impliqué au
prohibitive qui est
avant que
royaume. Des
auteurs duMerci
compronmisc
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évolue d
voir évolu
mutations laisse
quelles man
Voir e
ement
Paris, 138
publiquey P l devait
lettres a
GENESE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 191
Pépisode du procès du Mercure et de sa censure participe-t-il à la genèse
de la compilation en imposant a ses auteurs une intexion sur leurs
manières de travailler et en altérant de la sorte, même à la marge, la
Substance de l'ouvrage? Cette rupture éditoriale révèle-t-elle une forme
d'intégration des théories de la raison d Etat par le pouvoir monarchique
Comme par les auteurs de la compilation?
Entre 1610 et 1613, les acteurs politiques à la tête du royaume
peinent à adopter une posture, non seulement vis-à-vis du Mercure
Frangois rnais aussi de la question de la liberté de publication pratiquée
et expérimentée par les représentants de plusieurs corps de métiers dans
le royaume. La réflexion engage aussi, de manière plus ou moins directe,
a question de la communication politique de la monarchie voire de sa
propagande. Afin d'explorer la piste de l'importance du procès du mois
d'août 1612 dans la genèse et dans le devenir de la publication périodique
du Mercure Frangois, comme celle de l'exercice de la censure duu
Mercure comme expression de l'appropriation des théories étatistes par
le pouvoir, ce chapitre suivra la trajectoire judiciaire du /Mercure Frangois
jusqu'à la publication du deuxième volume de la collection en 1613, qui
en constitue le terme. Après la convocation de la Chambre de lEdit
a la demande d'Adrian Périer en 1612, les deux imprimeurs-librmires
OPpOsés au titre d'un litige commercial sont déboutés. Le contentieux
commereial leur est confisqué par le pouvoir royal qui décide de censurer
et interdire le Mercure François au titre de la défense d'un interêt supérieur,
a savoir celui de l'ordre public. Le constat de cette confiscation du litige
Commereial opposant Jean Richer à Adrian Périer précédera l'examen
eargumentaire de l'avocat général du roi à l'encontre du recueil. La
ondamnation pour diffamation de l'ouvrage par les membres du sénat
e Cologne en 1611 offre la posibilité d'une autre lecture du réquisitoire
Louis Servin au-delà de la prescription explicite d'un « bon usage de
publication». Le message semble avoir éré entendu er intégré par un
icher prêt à négocier avec le pouvoir afin d'obtenir l'autorisation
POUrsuivre l'entreprise éditoriale du Mercaure François. La censure du
est donc révisée en échange de quelques concessions oftertes par
Ses auteurs au pouvoir,
198 p HISToIRE IMMÉDIATE ET RASON D'ÉTAT D
ab as3oq ulbeber
r UNE DÉCISION DE JUSTICE INATTENDUE e
LArest de la Cour de Parlement doné en la Chambre de l'Edict entre Jeon
Ricber J et Adrian Péricr J livre l'issue temporaire de la procédure
judiciaire engagée par les deux libraires". Il nous apprend la censure er
l'interdiction de la poursuite de la publication et de la commercialisation
du Mercure Frangois, par Adrian Périer mais aussi par Jean Richer.
Sengage alors le procès du Mercure Frangois, sous la forme du plaidoyer
de l'avocat général du roi, Louis Servin, publié dans l'Arrs de la cour
du Parlement. Ce dernier y juscifie la confiscation d'un litige commercial
entre particuliers par les institutions judiciaires du royaume.
of sdob
LA CONFISCATION DU LITIGE COMMERGIAL PAR LES GENS DU ROI b aup
Cest en partie parce que Jean Richer et Adrian Périer s'affrontent à
propos dhun objet dont la vocation est de sortir de la sphère du particu
lier pour etre porté aux yeux du public que leur contentieux est rendu
public. Dans le cas présent, la nécessité de publier Ilarrêt de la cour
du Patlement à propos du confit commercial opposant Jean Richer a
Adrian Périer prouve la confiscation par le parquet d'une affaire privVee,
précipitée dans le domaine public. Les deux parties se retrouvent en la
Chambre de l'Edit le 7 août 1612, face à l'avocat général du roi, Louis
Servin, représentant du procureur général du roi dans cette aftaire
LArret de la cour de Parlement est associé au aPlaidoyé de Mr Louis
Servin Advocar Général du Roy» dans une publication sous la forme
d'un livret de quelques pages. La publication conjointe de la plaidoirie
de l'avocat général à celle du verdict révele non seulement la coniscatou
de l'affaire par le ministère public mais Sapparente aussi à laveu du
caractère inattendu d'un verdict qu'il convient de justifier aurpes au
public La publication de la plaidoirie de Louis Servin évoque la pratigu
un peu plus tardive des factums judiciaires ou mémoires judictaires,
raison du caractère profondément argumentatif des deux types de texle
Un factum est un exposé rédigé- souvent imprimé -des faits dOu il
9 Arret de la Cour du Parlement donnt en la Chambre de l'Edict entre Jean Richer lb oj tAdrian
Perier. loco citato.
D
ulbeber
INATTENDUE e
l'Edict entre Jeon
procédure
censure er
commercialisation
Jean Richer.
du plaidoyer
de la cour
commercial
royaume.
of sdob
ROI b aup
s'affrontent à
du particu
contentieux est rendu
de la cour
Jean Richer a
affaire privVee,
retrouvent en la
du roi, Louis
cette aftaire
de Mr Louis
sous la forme
la plaidoirie
coniscatou
à laveu du
aurpes au
la pratigu
judictaires,
types de texle
faits dOu il
lb oj tAdrian
GENÈSE D'UNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 199
Gire son nom latin) à l'occasion de la tenue d'une procédure judiciaire.
Généralement, le factUm est produit par l'une des parties à l'intention
de l'institution judiciaire qui va statuer au moment de l'audience. Son
objet est de convaincre les magistrats, II s'adresse également à la partie
adverse et circule en principe dans un cercle restreint. C'est pourquoi
son contenu est partial et relève de I'argumentation. La ressemblance
de P'Arret de la cour du Parlement en date du 7 août 1612 à propos de la
censure du Mercure Frangois à un jactum ou mémoire judiciaire est due
a la publication de l'argumentaire de l'avocat général. La diffusion du
verdict auprès du public semble ne pas sufire, le ministère public ressent
également le besoin de justifier cette décision en révélant l'argumentaire
ayant emporté l'adhésion des membres de la cour du Parlement dans
cette procédure judiciaire. L'action judiciaire est soustraite aux deux
particuliers, le ministère public confirmant er actualisant ainsi son statut
de tierce-partie. Le rôle de la publication de la plaidoirie de Louis Servin
est d'expliquer au public le bien fondé de cette initiative.
La plaidoirie de l'avocat Louis Servin, extraite des registres du par
lement de Paris, est introduite à l'issue d'un rapide résumé des circons
tances de l'audience. Elle précède la notification du verdict de la cour.
Les extraits des registres du parlement de Paris précisent immédiatement
que l'avocat général du roi: «a dict que la controverse qui se presente
ne touche point tant les deus libraires qui plaident ensemble comme
elle est de consequence et importante au public" Lobjet du procès est
déplacé par le parguer et aucun des deux demandeurs n'obtient satistaction.
Jean Richer, qui avait demandé et obrenu la saisie des contrefagons
au Mercure François dans la boutique d'Adrian Périer apprend a cette
occasion que l'ensemble des exemplaires saisis ne lui seront pas remis
mais détruits, qu'il n'a plus ni le droit d'en imprimer de nouveaux, ni de
les vendre, ni de poursuivre la Contintation da Mercure Frangois déja bien
Cdoit même apporter les « feuilles» de cette continuation au
ProCureur général afin qu'elles soient détruites. Les extraits des registres
0
pos dc la chronologie de la diffusion des factums voir Damiani, Loic, «D1Scours
avocats parisiens au xvI siècle », Entreprises et bistoire, 2006/1 (D°42), p. 5 et
arah, «Le tríbunal de la nation : les mémoires judiciaires et l'opinion publigue
ne1 Ancien Régime», Annales, Eeonomias, Socités, Civilisations, 1987, voliume 44
n1, p. 73-90
ela Cour du Parlement donné en la Chambre de l'Edict entrJean Richer lbrded Adriau
Périer., loc. cit., p, 1-2.
200 Ug HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATO
du Parlement nous apprennent que «LaCour [..Jamis et met les par.
ties hors de Cour & de procèz ». Une fin de non-recevoif est imposée
aux deux libraires, l'affaire initiale d'ordre purement commercial est
classée sans suite. 39 2291D3 cl 15112r8m 2s1 s2ninvno sbe
tol est donc question d'une autre aftaire pour le ministère. Les gens
du roi s'arrogent la conduite de celle-ci parce qu'elle est porteuse d'un
autre enjeu venant récouvrir si ce n'est annihiler ceux successivement
pointés par les deux demandeurs initiaux. L'avocat général du roi situe
cet enjeu au niveau de la préservation du repos public, Le Mercure Frungais
est exclu des publications acceptables par les autorités monarchiques,
en raison d'un contenu jugé susceptible de troubler l'ordre public. Afin
de le prouver, Louis Setvin énumère les passages problématiques du
premier volume du Mercure Franois et établit l'esquisse d'une typologie
des écrits dangereux devant être bannis de toute publication autorisée par le pouvoir royal. 91O59110g 0 l0 si
770 7157 sb 3bnot noid sl ildug us 19upiigxs b
DE QUELQUES ÉCRITS DANGERBUx 00d 170r1 5lreiniobihtesit
LE PLAIDOYÉ» DE LOUIS SERVINe2lsuho3ai av aizo ab anstot
Alire l'argumentaire de maître Louis Servin, l'on comprend que cCst
le contenude l'ouvrage qui est jugé problématique par les gens du ro, er
Ce malgre loctroi en novembre 1610 du privilege et donc de la permission
dimprimer le Meraure Frangois à Jean Richer par François d'Amboise,
mattre des requêtes, Louis Servin met en avant l'incompétence de
Celuy qui a veu l'ouvrage, & sur le rapport duquel le Privilege a estée
octroye"Selon le procureur, si lexamen préalable de la censure avat
Ete fart correctement, Jean Richer n'aurait pu obtenir ni la permission
il est ni le privilège d'imprimer parce que son ouvrage est mauvais er 9
plein de a tres-grandes inepties & impertinences; voire des choSc
pernicieuses tant à nous qu'à nos amys, quà nos voisins, amys
Ces ainepties » et aimpertinences » sont dommageables en prennic ieu
pour les sujets du royaume de France. Nous connaissons peu de
des deux hommes, si bien qu'il est difficile de savoir si les propos séver
u si le de Louis Servin cachent un confit d'ordre politique entre eux o
12 1bid., p. 8.
13 Bergeron, «Privilege du Roy n, Mercure François.o., op. cit., vol. 1, 1O1l; 5]r- Adria
14 ArPreésr ideer .l,a l oCco,u cr idt,u p P. a4rl,ement donné en la Chambre de VEdict entrea Jean Ricberb
D'ÉTATO
met les par.
est imposée
commercial est
s2ninvno sbe
ministère. Les gens
porteuse d'un
successivement
du roi situe
Mercure Frungais
monarchiques,
public. Afin
problématiques du
d'une typologie
publication autorisée l0 si
19upiigxs b
5lreiniobihtesit
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comprend que cCst
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permission
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l'incompétence de
Privilege a estée
censure avat
permission
il est mauvais er 9
choSc
amys
prennic ieu
peu de
propos séver
u si le eux o
1O1l; 5]r- Adria
Ricberb
GENÈSE DUNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 201
itgement de l'avocat est dordre plus circonstanciel. Afin de justifier ses
propos, I'avocat général n omet pas dindiquer les passages mis à l'index,
mais si le caractère problématique de certains des passages incriminés
est rapidement évoqué, 1l nest pas vraiment explicité, lie
Rumeurs et faux bruits
Louis Servin dénonce notamment la publication par le Mercure Frangois
de «faicts publiez contre vérité », de « fauls bruicts > et autres « mauvais
Ccomptes. Le ministère public ressent le besoin de rappeler que les
rumeurs et faux bruits n'ont pas lieu d'etre tenus pour des informations
et doivent susciter la discrétion plutôt que la publicité Il est possible
d'émettre l'hypothèse selon laquelle ce n'est pas la défense de la vérité
qui pousse Il'avocat du roi dans cette voie (après tout, ces bruits ont
Vraimenc circulé) mais la crainte des conséquences que leur díffusion,
même à distance, peut engendrer. En effet, le Mercure François revient
fréquemment sur la circulation de « bruits» ou de «rumeurs » sans que
leur publication ne suscite d'interdiction ni même de commentaires de
la part de l'institution censoriale7. Les allusions aux rumeurs infondées
restent floues sous la plume de Louis Servin et leur contenu n'est pas
Vraiment explicité par l'avocat. Il pourrait cependant s'agir des « choses
pretenduës faictes à Tolose, à Grenoble & ailleurs Sans plus de préci-
SIon, il est difhcile d'être certain de reconnaître les passages considérés
Nous savons coutefois que Louis Servin, I'avocat général du roi, est élevé dans la religion
prorestante avant d'abjurer à la fin xV sièdle. Il est membre de la Ligue catholique lors
es tats généraux entre 1588 et 1589 avant de se rapprocher du roi Hlenri ll et de
devenir avocat général du roi en 1589 lors de la convocation du Parlement à Tours la
eme année. Louis Servin se trouve doncà Tours en même temps que Jean Richer, Les
acux hommes se connaissent peut-être. Le Mercure François signale d'ailleurs le déceg
avocat général dans l'un de ses volumes, ce qui pourrait étayer l'hypothèse de la
quentarion de Jean Richer et de Louis Servin, au-delà de l'infhuence de ce dernier
a ce propos voir Trémault, Auguste (de), «Biographie de Louis Servin, Brilein de la
S arcbélogique, scientifique et litéraire du Vendomois, tome X, 1871, P. 18-32 mais ausi
L Arrest de la Cour du Parlement donné en la Chambre de l"Edict entre Jean Ricber L Jet Adrian
16 r Frangois.,op, cit. vol, XI, 1626, p. 141-143 (pour l'année 1626),
Perier., loc, cit., p. 5-6.
oir
Vl emple, à propos de l'affaire de Dimitri de Russie, Mercure Frangais, 09. Cl3
o, P1S7 P (pour l'année 1606). Voir aussi, à propos de la secte cdes Armintca
18 Atbrirde., vol. V, 1619, p. 111 (pour l'année 1618),
Prier ur a Parlement donné en la Chambre de l'Edict entre Jean Richer lJet Adrian
Périer.or, loc. cit, p. 5,
202 gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 0
comme gênants par la justice du royaume. Pour l'année 1609, ilest bien
question de deux faits divers, le premier se déroulant à Toulouse et le
second à Grenoble". Dans les deux cas, la relation de ces faits divers
sexplique soit par le contexte politique de leur déroulement puis de
leur publication dans le Mercure soit par les enjeux politiques dont ils
sont porteurs. Lorsque ces enjeux sont trop sensibles, la justice royale
semble préfèrer imposer le silence aux rédacteurs du Mercure François.
Dans le premier cas, il sagit d'une aftaire de moeurs se soldant par un
crime passionnel. L'affaire implique le religieux Pierre Burdeus, régent
en théologie à Toulouse et représentant de l'ordre des augustins ainsí
que François Gayraud, conseiller et magistrat présidial en la sénéchaussée
de Toulouse. Après avoir orchestré l'assassinar de l'époux de la jeune
Violante du Chasteau dont il bénéhicie des faveurs comme le conseiler
Gayraud, Burdeus prend la fuite pour la ville protestante de Tonneins
où il sollicite la protection du ministre20, Il déclare en effet être victime
de persécutions en raison de sa récente conversion à la religion réformée
Le criminel se sert ici de l'édit de pacification dans le but d'échapper à
la justice. Ce faisant, il n'hésite pas à instrumentaliser les divergences
entre catholiques et protestants. Les protestants de la ville de Nîmes, ou
il sest réfugi après Tonneins, prétendent, en effet, le protéger en raison
de son appartenance à leur religion. Ils requièrent d'ailleurs le renvoi de
l'afiaire devant la Chambre de l'Édit de Castres en lieu et place d'une
intervention du parlement de Toulouse. Non content d'avoir transgresse
ses voeux et d'avoir fait tuer un homme, Burdeus provogue de nouveles
diffhcultés entre les fidèles des deux religions alors que la pacification es
à la fois récente et fragile. Les implications civiles et religieuses de cette
affaire peuvent porter à croire quil Sagit de celle à laquelle Louis Sern
tait référence dans son réquisitoire. En effet, le contexte de généralisatiou
de la crainte d'un retour des guerres de Religion semble avoir encourage
institutions judiciaires à favoriser la discrétion et loubli autour d'afairc
Susceptibles de réveiller un sentiment de méfiance entre les communalt
religieuses, exactement comme le prescrivent les édits de pacihcato
Quant à laffaire grenobloise, le doute est également permis. i
revient sur la condamnation d'un imposteur italien qui profitait du de
o 0), cit, vol. I, 1612, P325 P-331 v (pour l'année 1609) et P34lv
(pour l'année 1609).
20 lbid., P327 r°-V.
D'ÉTAT 0
1609, ilest bien
Toulouse et le
faits divers
déroulement puis de
politiques dont ils
justice royale
Mercure François.
soldant par un
Burdeus, régent
augustins ainsí
sénéchaussée
de la jeune
le conseiler
de Tonneins
être victime
religion réformée
d'échapper à
divergences
de Nîmes, ou
protéger en raison
le renvoi de
place d'une
transgresse
de nouveles
pacification es
religieuses de cette
Louis Sern
généralisatiou
encourage
autour d'afairc
communalt
pacihcato
permis. i
profitait du de
et P34lv
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 203
amoureux de certains et de certaines pour leur soutirer de l'argent, Le
Mercure n'accuse pas simplement le cordelier incriminé de s'être impliqué
dans un réseau de prosticucion, Il dénonce aussi son utilisation de
la magie àdes fins lucratives et surtout son commerce avec le diable.
Si les relations de phénomènes curieux et insolites ne sont pas tout
a fait absentes du Mereure Frangois, elles restent toutefois rares voire très
rares. C'est précisément dans cette rareté que réside l'intérêt de cette
publication au caractère irrationnel. Le contexte d'un combat mené par
les autorités monarchiques et judiciaires contre la sorcellerie dans le
royaume de France et plus largement en Europe entre le dernier tiers du
xVf siècle et la première moitié du xvu siècle explique l'intérêt porté
par le Mercure à cette affaire et, donc, la concession faite à la publication
d'une affaire de cet ordre. La publication dans le même volume d'un
dossier de plusieurs pages consacré à lafaire Gaufridy en Provence dans
les années 1609-1611 étaye cette hypothèse. Elle indique qu'en dépit de la
faible occurrence de la publication de ce type d'informations, le contexte
est susceptible de justifier un développement relativement conséquent
de ce genre de nouvelles dans le pages du recueil, La lutte des pouvoirs
publics est susceptible de passer par la publication d'exemples comme cela
pourrait être le cas ici avec la crémation de l'accusé en place publique,
La dénonciation par Louis Servin de la publication dans le Mercure de
affaire grenobloise semble indiquer la préférence pour lapratique d'une
Censure raisonnée. Le caractère à la fois irrationnel et scandaleux de
intormation pourrait expliquer les réticences du parquet à accepter Sa
ciruston dans un espace public de lecteurs. La publication de l'Art de
la cour du Parlement pourrait ainsi servir àsignaler aux imprimeurs et
ax gens dulivre en général les textes dont la publication est à proscrire
sans toutefois, que les critères soient tous clairement identifiés.
Gruerres de plumes et polémiques
4 publication de « guerres de plumes» est égaleme mise en
cause par la justice royale, surtout lorsqu'elles sont susceptibles d'avoir
2 lbid., P341 v-342t.
bid, vol. II, 1613, P18 P-26 P (pour l'année 1611),
a Debbagi-Baranova er Héloise Hermant ont conduit des trayaux sulr ies
de H au cours de la période moderne. Voir Debbagi-Baranova, Tatiana, A coups
dne culture politique an temps des guerres de Religion (1S62-1598, O. ih co
204 oHISTOoIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA1o
des implications sur la politique du röyaume. Le Mercure François men
tionne ainsi la tenue de plusieurs de ces contlits de papiers dans son
premier volume. Il fait état de la publication de deux textes à l'origine
d'un dialogue conflictuel. Ces conflits se développent par séquences et
prennent la forme de la publication de libelles successifs c'est-à-dire de
livrets polémiques opposant deux camps à tout le moins deux visions
et se répondant les uns les autres. La simple évocation par le Mercre
de deux titres constitutifs de l'une de ces séquences polémiques est
problématique pour Louis Servin. Le rappel de la publication et de la
diffusion d'un tel afrontement auprès diun espace public de lecteurs
est donc mis en accusation par l'avocat, qur juge le compilateur du
Mercure irresponsable. D'après l'avocat général du roi, l'auteur semble,
en effet, ne pas avoir envisagé les conséquences de ce rappel éditorial.
La remémoration de la publication du « Soldat François, [le] Cavalier
Savoyard & aultres» dans les pages du Mercure François gene la justice.
Les deux titres dont il est question appartiennent à une «chatne de
publication» initiée par le béarnais Pierre de l'Hostal en 1604. Dans
le Soldat François ce dernier incite le roi Henri IV à prendre les armes
contre le royaume d'Espagne. L'écrit connaît un large succès (on dénombre
sept rééditions entre 1604 et 1617) et donne lieu à ce que le Mercure
gualiie de «guerre L]en papier, puisqu'il suscite la publication de
nombreuses répliques, au premier rang desquelles Le Cavalier de Savots,
égalementà l'origine d'un important succès de publication. AlorS que
le Merure souligne que le royaume de France est l'un des seuls de la
chrétienté à connaître une paix effective, à l'exception des publications
polemigues quil ne fait que signaler, l'avocat général du roi Louis Servin
estime que leur simple mention met en péril la paix avec lEspagne a
gue la tranguillité du royaume et qu'elle doit être passée sous silence
Cest pourquoi l'avocat se contente de rappeler les ticres mis en caus
d
Hermant, Héloïse, Guerres de plumes. Publicité et cultures politiqnes dans EDs
xVit siecle, op cit.
24 ArPreésrti edre., lalo Cc.o cuirt .d, up .P 5a,rlement donnl en la Chambre de l'Edict entre Jean Richer l.
25 Jouhaud, Christian, Viala, Alain, «Introduction», dans De la publication. Entre
ane
et Lumières, textes réunis par le GRIHL, op. cit, p. 6.
26 Mercure Frangois,oop. cit., vol, I, 1612, P52v (pour I'année 1605).
ea Adriau
2 ArrPesotr ideer ,l alo Cco, ucri td.,u p P. a5r-le7m. ent donné en la Chambre de l'Edict entre Jean Richer lbo
D'ÉTATA1o
François men
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c'est-à-dire de
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rappel éditorial.
le] Cavalier
gene la justice.
chatne de
1604. Dans
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le Mercure
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AlorS que
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lEspagne a
sous silence
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l.
Entre
ane
ea Adriau
lbo
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUB 205
cans en expliciter le contenu. D'une part, ces textes sont bien connus,
d'autre part le magistrat ne peut trop en dire sans amplifier la caisse
de résonnance fabriquée par le AMerciure Hrançois, alors que son objectif
est au contraire de faire taire la polémique. l considère, en effet, qu'elle
fragilise la paix et rappelle des débats clos dont la reprise risquerait de
mettre fin à une pacification politique chèrement acquise.
Deux autres passages encore sont condamnés par Louis Servin et
relevent à la fois de la publication de faits contestés et de polémiques.
Le premier est un «discours sur les diverses paroles tenuës touchant
la mort du Prevost de Pithiviers et sapparente en divers points au
passage le plus problématique du volume, àsavoir la publication d'une
information relative à un sermon tenu à Cologne au mois de juin 1610.
Larrêt mentionne le sermon immédiatement après l'information relative
à la mort du prévôt de Pichiviers en soulignant son importance
par llusage de l'italique. Lavocat Servin préfere ne pas en dire plus sur
la teneur des discours suscités par le décès du prévôt de Pithiviers. La
lecure du Mercure nous apprend que le prévôt aurait été arrêté pour
voir annoncé la mort du roi quelques jours avant son assassinat, évoquant
des rumeurs qui circulaient au printemps 1610 dans plusieurs
Etats européens. Plus que la relation du sort du prévôt de Pithiviers, la
mention des réactions provoquées par sa disparition sont condamnées par
Tavocat général du roi. Le Mercure François rappelle, en effet, que « sur
Ceste mort plusieurs en parlèrent selon leur passion. La publication
de libelles permet à certains de livrer leurs interprétations de la mort du
prevot, et surtout d'expliquer sa capacité à prophétiser la mort du ro1,
rour les auteurs de certains de ces textes, le prévôt est lié aux jésuites.
bn publiant des informations qualifiées de rumeurs par Louis Servin, le
ercure Erangois signale une nouvelle guerre de plumes dont I'objet est
te fois-ci la responsabilité des jésuites dans I'assassinat d'Henri V.
ns, alors gue l'avocat général du roi semble stigmatiser la propaga- la o de bruits infondés, il dénonce en réalité le rappel des enjeux «
sion de polémiques et de guerres de plumes après le décès du roi,
OCCurrence la question de la responsabilité des jésuites dans le reg
c Four Jonathan Wvsplosz, l'auteur d'un mémoire de maîtrise sur
28 Ibid, p. 6.
50 29 Voir4 I8bi4d,, Mr ercure Frangois.o P, cit., vol. I, 1612, P484 (pour I'année 1610) et ibid, P508 v.
206 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
le deuxième volume du Mercure Frangois, la censure du premier volume
du recueil s'explique par l'entretien d'un soupçon sur la responsabilié
jésuite dans l'assassinat d'Henri IV de la part du rédacteur du Mercare
La mention de la mort du prévôt de Pichiviers apparaîc comme un
Simple prétexte pour aborder la question du rôle des jésuites dans la
diffusion des théories autorisanc le tyrannicide. Traitée en quelques
lignes seulement, la mort du prévôt offre à Jean Richer l'occasion
d'un long développement aurour de la polémique du rôle des jésuites
dans cette affaire3. L'auteur retrace une des guerres de plumes autour
de la question, en citant de très larges extraits de la lettre du père
jésuite Coton dont l'objet est de désavouer le livre d'un autre auteur
jésuite, Mariana, tout juste censuré par la Sorbonne. Le Mercure cite
également certaines des réponses faites au père Coton, parmi lesquelles
T'Anticoton ou un texte intitulé Anx bons Frangois", Linitiative du père
Coton S'explique par sa volonté de démentir lidée selon laquelle les
jésuites soutiendraient unanimement la proposition selon laquelle il
est licite de « tüer les tyrans. D'après le Mercure, cette question
aurait été traitée par les membres de la Compagnie de Jésus et de
nombreux jésuites y répondraient par l'affirmative & soit par écrit
Comme Mariana dans son livre, soit lors de sermons, soit de maniere
beaucoup plus discrète. Le père Coton, tout en prenant bonne nore
de la position défendue par l'ouvrage de Mariana, afirme que cete
position n'engage que ce dernier. Ses arguments consistent à rappeler
le martèlement de la position officielle de la Compagnie de Jésus sur
la question : à savoir «quil n'estoit pas loisible d'attenter sur la vi
du Prince, ores qu'il abusast de son pouvoir"». Les réponses a la lett
du père Coton lui reprochent, ainsi qu'à la Compagnie de Jésus, de
soutenir une position oficielle ne dénonçant l'assassinat des princes
que de manière relative et non absolue. Il serait, en effet, légitim
de tuer les monarques en cas d'abus de pouvoir. Jean Richer dis
iodiqie
51Wysplosz, Jonathan, «Le volume 2 du "Meraure François:portrait du premier pe
irangais an début de la régence de Marie de Médicis », op, cit, p. 64-72.Tur question
de la responsabilité jésuire dans le régicide voir Mousnier, Roland, Lasasinat alu
14 mai 1610, op, cit,
32 Meraure Frangois. op, citn, vol. I, 1612, P484P492 (pour Il'annéc 1610)
33 Ibid., P484v-488r.
34 Ibid., P484v
35 Tbid, P485 P,
premier volume
responsabilié
du Mercare
comme un
jésuites dans la
en quelques
l'occasion
des jésuites
plumes autour
lettre du père
autre auteur
Mercure cite
parmi lesquelles
Linitiative du père
laquelle les
laquelle il
cette question
Jésus et de
soit par écrit
de maniere
bonne nore
afirme que cete
consistent à rappeler
Jésus sur
d'attenter sur la vi
réponses a la lett
Jésus, de
des princes
effet, légitim
Richer dis
iodiqie
premier pe
72.Tur question
Lasasinat alu
1610)
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 207
des fugements sur la valeur des textes et des arguments défendus par
les fésuites comme par leurs adversaires. Il publie des métanouvelles
relacives à cette guerre de plümes et traite ces dernières comme de véritables
événements. Pour ce taire, Jean Richer met en texte des « récits
de réception» autour des écrits diffusés, consistant à narrer au lecteur
du Mercure certaines des réactions et des discussions suscitées par leur
publication° La manoeuvre pernmet à Jean Richer de diffuser avec plus
Ou moins de discrétion son propre point de vue, tout en maintenant
une certaine ambiguïté. Jean Richer signale ainsi les débats suscités
par l'opportunité de publication de la défense des jésuites par le père
Coton, comme par sa publication'l or supovong Vi nnlbmo
Avant que le Pere Coron fit imprimer ceste Lectre, plusieurs l'en voulurent
destourner, & luy dirent qu'elle serviroit de subject à nouveaux escrits, dont
il n'estoit point besoing en ce temps; & d'autres raisons Cestoient les
clair-voyans de l'Estat, qui le luy disoient & qui sçavent prévoir l'adveni.
Aussi peu après qu'elle fut publiée, on veit une response intitulée Aux bons
Frangois: d'aucuns l'attribuoient à l'Abbé du Bois; toutefois elle escoit sans
nom d'autheur & d'Imprimeur bJ 7
Si le rédacteur du Mercure ne prend parti ici visiblement ni pour les
jsuites ni pour leurs adversaires, il semble se ranger du côté des a clair
voyants de l'Etat se prétendant hostiles à la reprise de toute forme de
polémique aurour de la mort du roi. S'ensuit un premier récit de réception
mertant en scène un dialogue entre l'abbé du Bois (le prétendu auteur
du livret Ae bons François) ec le véritable auteur du libelle. A cette
OCcasion encore, Jean Richer sème le doute quant à sa propre position.
De ce point de vue, I'imprimeur est un virtuose de l'utilisation de la
tation et du récit à la première personne du singulier. I arive que le
ereur ne sache plus à qui ateribuer le a je» imprimé dans les pages
du ercure François ni les exclamations provoquées par le caractere
xtfaordinaire de l'événement. Ainsi, il est dificile de savoír à quilon
o la conclusion de la prétendue discussion entre l'abbé du BoIS et ie
nysterieux auteur de la réponse au père Coton e 1
Carion Nous f expression « récit de réception » à partir de l'expression « récit de publ
labl see dans l'ouvrage collectif clu GRIHL sur la publication. Voir GRuHL) D
la publication., op. cit., P. 15.
37 Mercure Françoi op. cit., vol .1L 1612, P488 (pour 1'année 1610).
208 0gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
2 2Vous avez raison duser de ces mots, notables detfauz: (repliqua l'Autheurà
enllevl'Abbé ) car on peut voir en ceste lettre d'estranges dispositifs à mal. E
premierement, les Curez & Predicateurs rançois enseignent, conformeme
i àlexpresse parole de Dieu, a la praticque de la primitive Eglise, à la plus
grande seureté des Princes & tranguilité du peuple, Qu'il nest nnllement licite de
ueër le Tyran: les Autheurs alleguez par le Pere Coton, & sur tout de Valencia,
U limitent cecy, si cen'est pasjugement public, ce que neantmoins ledit Pere Coton
2ula a teu; Dieu sçait pourquoy & avec quelle sincerité; ö que de mal heurs sous
3nsco ce jugement publie! que de barricades que de ligues & autres choses que je
n'ose dire! 8 jugement publie!! belle couverture pour Iambition des grands,
ou pour le mescontentement des peuples"
ldug sb i01o30oggo
La mort d'Henri IV provoque ici l'apparitiond'un engagement de la part
du rédacteur du Mercure François,. Pour Jonathan Wysplosz, les indices
de la présence du point de vue du rédacteur du Mercure François sont
nombreux y compris dans le deuxième volume du recueil et réveleraient
un gallicanisme intolérable pour les autorités contraintes de mener une
politique réaliste, notamment en raison du contexte de la régence. La
sentence de la cour du Châtelet de Paris prononcée le 22 août 1615 semble
au contraire déplorer la publication et la diffusion de propos contraires
aux positions de I'Eglise gallicane. La réaction du sénat de Cologne
dans l'affaire de la censure du premier volume du Mercure nous semble
plus à même d'expliquer la décision du parlement de Paris au mois
d'août 1612. La présence de Jean Richer se veut discrère, expliquant le
manque de cdarté de son usage de la première personne du singulier ou
encore des phrases exclamatives, dont on ne sait de qui elles expriment
les émotions exactement. ob ol urm
Le deuxième récit de réception publié par le Mercure Frangois est
beaucoup Plus clair que le premier et engage explicitement le rédacteur
du Mercare, Ce dernier affirme avoir été le témoin de discussions autour
des différents livrets diffusés dans le royaume au cours de l'été et de
Tauromne 1610 2,btb 1o janiA notmonsv 1 s 1tn0
del sna noiresenb notq sl sb noitoneg al
sous la 38 Ibid., P488-489r On retrouve l'expression, de «belle couverture» sans dout
juin 1610,
plume de Jean Richer à propos d'un sermon qui se serait tenu a Cologne le 7
ibid., P504r,
63-96 59 Voir Wyslplosz, Jonathan, «Le volume 2 du "Mercure Frangoit"p, op di, p.
et Apologie da Sénaty loc, cit., P 104r-111. De manière plus générale, u nt
apparition dindices de la présence du rédacteur dans certains écrits slht
d'Henri IV voir Cassan, Michel, uÉcrirure de 1l'événement.,, », art, cite, P: >
repliqua l'Autheurà
dispositifs à mal. E
conformeme
Eglise, à la plus
nnllement licite de
de Valencia,
ledit Pere Coton
mal heurs sous
choses que je
des grands,
i01o30oggo
engagement de la part
les indices
François sont
réveleraient
mener une
régence. La
1615 semble
contraires
de Cologne
nous semble
Paris au mois
expliquant le
singulier ou
expriment
Frangois est
rédacteur
discussions autour
l'été et de
1tn0
noitoneg al
sous la dout
juin 1610,
le 7
63-96 di, p.
générale, u nt
slht
>
GENÈSE D'UNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUB 209
tous livres sans permission gui coururent & trotterent assez, librement
Sur les tables des meileures familles de France LJe me trouvay en un lieu
od plusieurs de ces petits livrets estoient sur une table avec l'Anti-Mariana,
la Deffence des Puissances terrestres, &soixante autres sortes de discours
Jo imprimez és mois d'Aoust, Septembre &Octobre, Plusieurs personnes estoient
autour de ceste table, chacun en disant selon sa passion
La formule d'attestation personnelle employée ici par Jean Richer a
pOur but de rendre la scène rapportée incontestable en vettu du degré
d'autorité dont ce type de formule est investi dès le xvir siècle. La
posture d'autorité découlant de ces formules est susceptible de permettre
à l'auteur de publier le récit, peut-être fictionnalisé, d'une scène
à laquelle il affirme avoir assisté. Après quoi le rédacteur développe un
plaidoyer pour la paix et exhorte les sujets du royaume à oublier les
divisions passées tout en saluant la capacité et l'intelligence politiques
de la régente et en faisant intervenir la figure d'un vieux sage dans le
récit de cette scène. Bien qu'en adéquation avec la ligne policique des
autorités du royaume de France, il semble que ces dernières ne l'entendent
pas ainsi, Louis Servin retient qu'en dépit des exhortations à l'oubli
mulcipliées à loccasion de ce récit, le Mercure rappelle les divisions et
les craintes provoquées par l'assassinat du roi et rallume la polémique
autour de l'implication des jésuites dans la mort du roi. En réalité, la
réaction provoquée par la publication d'un dernier passage-loin d'être
tranger à cette polémique-auprès du sénat de Cologne est la véritable
Cause de la condamnation du Mercure François. Lénumération des autres
passages et types de textes incriminés sert à étoffer la justification de
la censure du Mercure, utilisée par la justice dans le but de mettre fin à
un incident diplomatique.
AIDOIRIE OU RÉPONSE DIPLOMATIQUE?
ivOcat Louis Servin s'inquiète en particulier de la publication d ine
ation à propos d'un «sermon praetendu faict par un Raligiens prschant
41 V rangois., op. cit., vol, I, 1611, P489P490 (pour l'année lO1
Oit Dlong, Renaud, Le témoin octulaire. Les conditions sociaie ie onde. Le récit
de soj ai VOIregalement Luciani, Isabelle, «Se dire en disant le monde, Le recit
. cil, D,. 2232 Petormativité?» art, cité, dans ead., Récit de sot, présence an nmonde. o
42 Ma
e EYangolsn 0p, cis, vol. I, 1612, P492 (pour l'année 1610,
210 HISTOIRE IMMBDIATE ET RAISON D'ÉTAT 10
dans 'Eglise de Nastre Dame à Cologne le 29 juin 1610 sur la mort de Nostre
Roi Largument avancé icdi pour justifier la censure du Mercure Franait
renvoie à la relation presque organique entre la publication du premier
volume de la compilation et l'événement constitué par la mort du roi
Cet argument est imprégné de l'inquiétude suscitée par l'annonce de
la nouvelle du régicide - cette fois-ci à léchelle de chrétienté-et de
la crainte de voir le fragile équilibre d'une paix européenne rompue
par les conséquences de nouvelles qui, pour les autorités de la villede
Cologne, prennent la forme d'un impair diplomatique. os it0108 b
3051u0O35 ii01DEb s1ur0
Le Mercure François, à lorigine d'un incident diplomatiqueam
rnti li slleup
Au cours de l'année 1611, le sénat de la ville de Cologne publie une
Apologie en fotme de factum judiciaire. Les auteurs de l'Apologie mettent
en accusation l'auteur du Mercure François pour avoir diffamé laville de
Cologne. La charge dirigée contre Jean Richer et, indirectement, vers le
pouvoir politique du royaume de France qui a délivré une permission
d'impression à l'auteur, se redouble d'une défense de la part des sénateurs
et consuls colonais. Ces derniers ont à coeur de ésavouer linformation
publiée par le Mercure autour du sermon du 29 juin 1610. Le contenude la
prédication dont le Mercure publie un résumé pouvait laisser à penser gue
les alliés du royaume de France approuvaient l'assassinat d'Henri , voire
en avaient été les instigateurs indirects. Pire, la réaction de l'asSistance
et d'un magistrat de la ville face à l'indignation d'un étudiant ayant
assisté au sermon accusait la population et l'administration colonases ae
complicité et de trahison. Les autorités de la ville de Cologne se senteu
particulierement insultées par les réactions très explicites du rédacreur
du Mercure à propos de l'incident. Le surgissement de la «part de soi
de lauteur à propos de cette affaire emprunte des modalités idencigues a
celles utilisées dans les récits de réception des guerres de plumes pubiés
dans le même volume et provoque une réaction d'indignation de la pare
des autorités colonaises
vous avons aussy veu, & remarque en ce discours plusieurs pointes pa
ciques, &exclamations tragiques entre-meslees, par lesquelles, l'Autheuu
Ndrian
43 Arrest de la Cour du Parlement donné en la Chambre de l'Edict entreJean Kicner lo
Prier, loe, cit., p. 6. Ce sont les auteurs de l'arret qui soulignent
44 Apologie du Sénat.o, loc. cit., P104 -111v
D'ÉTAT 10
mort de Nostre
Mercure Franait
publication du premier
mort du roi
l'annonce de
chrétienté-et de
européenne rompue
de la villede
os it0108 b
ii01DEb s1ur0
diplomatiqueam
li slleup
Cologne publie une
l'Apologie mettent
diffamé laville de
indirectement, vers le
permission
des sénateurs
linformation
contenude la
penser gue
d'Henri , voire
l'asSistance
étudiant ayant
colonases ae
se senteu
du rédacreur
part de soi
idencigues a
plumes pubiés
de la pare
pointes pa
l'Autheuu
Ndrian
Kicner lo
GENÈSE D'UNE COMPILATION DHISTORE POLITIQUE 211
marry & monstre estre indigné, que ce quil ranconte, soit advenu en son siecle,
Seforçant, comme il nous semble, d'attirer sur nous Il'envie &malveillance,
comme si nous prenions un grand plaisir de telle sorte de predications &
prestassions ayde & support aux Predicateurs qui osent bien loüer publiqtuement
comme un acte tecommandable & digne de louange les meurtres,
Assassinats & parricides des Roys & Princes, defendant de leur estre sur ce
faict aucun trouble ou empeschement"
Afin de porter à la connaissance du publie les accusations dont les
magistrats de Cologne se défendent, I'Apologie se propose de reproduire
strictement le passage du Mercure François incriminé
nosLe 29 Juin un Moyne preschant dans l'Eglise N. Dame (l'on sçait assez par
qui les Predicateurs y reçoivent Instruccion) estant tombé sur la mort du feu
Roy, loiüa le parricide, mais un jeuine Allemand escolier natif de Lubec (une
des villes Imperiales Ansiatiques) qui escoutoit son sermon, ne se peut tenir
de le reprendre et contredire, en luy disant, que ce quil disoit du Roy estot
faux, Cette reprehension y fut cause d'un grand murmure: Et le Magistrat
de ceste ville-là, qui a esté tousjours amy des ennemis du feu Roy, feit fire
une exacte recherche de l'Escollier, lequel conseillé de sortir de la ville,
pour eviter le danger se retira à Dusseldorp. Depuis ( la belle couverrure)
on y feit publier un Edict portant deffences àà tous ceux qui demeuroient
dedans Cologne de n'aller point au Presche à Mulheim, & de n'interrompre
les Predicateurs en leurs sermons; avee promesse de cinquante escus à ceux
gui livreroient en Justice I'Escolier de Lubec. Quelle instruction loiler les
parricides, Bon Dieu! quel temps03s
En prenant la peine de dénoncer le contenu du Mercure Franpois, les autorités
de la ville de Cologne ont pour objectif de laver l'afront qu'ils y lisent,
ofbog slformetr coit
45 Ibid., P105 v-106r.07v2
ercure Frangois,, 0p, cit., vol, I, 1612, P504r (pour l'année 1610), Le passage inctimine
Par le texte de 1l'Apologie dn Sénat y est intégralement reproduit, Simplement, Iapoiog
ndtgque pour référence le folio 514, Il ne s'agit pas d'une erreur de la part des aureurs
eapologie mais d'une différence de foliotation entre deux éditions du premier volum
u ecure Frangois, Il existe, en effet, a minima quatre versions de !'édition du prenl
da ereure. Celui dans lequel l'afaire du moine de Cologne est relatée au tolio 14
lea et comporte également les Nouvelles d'Allemane on la surprise de Prague.
de l'incident qui aurait éclaté lors du rêche du 29 juin 1610à Cologne est conservéea
On de lI'année 1612 est, de faic, plus courte et laffaire est relatée au tol
onds Pereisc de la bibliothèque Méjanes à Aix-en-Provence r plus détaillée d Snat , loc, cit, P111v Une version manuscrite plus longue e p f
1otheque Nationale de France, Relation de l'ineciaent Se c XII, P79
Cologne en jnin 1610, BNE, Ms, fonds français, Cng-ue
212 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Pour répondre aux accusations dirigées contre les autorités de leur vill
les consuls et le sénat de Cologne choisissent également l'imprimé et
publient un texte en forme de mémoire judiciaire. Après avoir proposé
un rapide résumé du contenu du sermon d'après le 2Mercure François, les
administrateurs de la ville de Cologne proposent leur propre version des
faits et insistent sur l'enquête diligentée alors sur la base d'une rumeur
Comme àà l'occasion d'une procédure judiciaire, le champ lexical du
témoignage, de l'attestation et de la preuve est largement utilisé et
vient contrebalancer les marques d'énonciation utilisées par le Mercure
François afin d'affirmer l'engagement de son rédacteur. Alindignation
personnelle suscitée par la relation d'une rumeur prise pour argent
comptant par le rédacteur du Mercure, les autorités de Cologne opposent
la rigueur des témoignages recueillis dans le cadre d'une procédure
juridique. Alocasion de cette affaire et contrairement à certains récits
de réception qu'il prétend livrer comme témoin oculaire, le rédacteur
du Mercure ne témoigne que de son émotion et n'agit plus comme un
véritable historien pour les auteurs de l'Apologie Alors que l'auteur
du Mercare a oublié l'éthique au fondement de la profession d'historien,
les magistrats de Cologne affirment avoir multiplié les précautions pour
mettre à jour la vérité à propos du sermon. Ces magistrats «attestlend)
de leurs efforts dans la mise en place d'une enquête. Dans cette entreprise
de démonstration, les autorités colonaises s'appliquent à garantir
leur version des faits en agglomérant les formules d'attestation les unes
aux autres. Loin d'annihiler leur fiabilité respective, le degré d'autorite
de chacune de ses formules renforce la démonstration0. Aux formules
d'attestation personnelles produites par des témoins et recueillies par
les magistrats dans le cadre de l'enquête s'ajoutent les prestations e
serments et la constitution de pièces à conviction soigneusement arcn
vées et adressées aux autorités françaises. Pour finir, la présencede
lambassadeur français à Cologne au moment des faits et des premies
frémissements de la rumeur, la publicité du sermon comme de la pre
Cedure sont convoquées comme preuves supplémentaires de la bonne
47 Apologie du Sénat loc, cit, fP106P-va orpsdykl
48 Tbid., P108 P-v
49 lbid, P106v-107P
S0 Acpropos voír Dulong, Renaud, Le téemoin ocrlaire,.. op, cit., p. 47-52 et Lucianl, Isabelle,
aSe dire en disant le monde,., », art. cité, p. 23-24.
de leur vill
l'imprimé et
avoir proposé
François, les
version des
d'une rumeur
champ lexical du
largement utilisé et
le Mercure
Alindignation
pour argent
Cologne opposent
procédure
certains récits
le rédacteur
comme un
que l'auteur
d'historien,
précautions pour
attestlend)
cette entreprise
s'appliquent à garantir
d'attestation les unes
degré d'autorite
Aux formules
recueillies par
prestations e
soigneusement arcn
présencede
des premies
de la pre
la bonne
Lucianl, Isabelle,
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 213
des autorités colonaises. La publicité de l'Apologie sert à affermir encore
la démonstration et la conviction de son efticience explique I'initiative
dh sénat et des consuls de Cologne La multiplication des formules
dlarrestation produites et publiées par l'Apologie du Sénat de Cologue vise
a nier la valeur de l'attestation personnelle de l'écolier de Lubec indirecrement
reproduite par le Mercure Frangois. Il sagit bien de contester
la véracité de son témoignage dans le but de rétablir l'honneur de la
ville de Cologne.
La réception de l'Apologie par les autorités françaises leur signale
limminence d'un incident diplomatique et le risque de voir l'alliance
conclue entre le royaume de France et la ville impériale libre de Cologne
se briser à cause des allégations contenues dans le Mercure Frangois. Car
PApologie du Sénat de Cologne ne constitue pas un simple démenti mais
S'apparente aussi à un ltimatum apparemment adressé au rédacteur du
Mercure Framçois et parfaitement reçu par les autorités du royaume de
France. Les sénateurs menacent, en effet, de reconsidérer leur alliance
avec le royaume de France si l'auteur du Mercure n'est pas averti et que
rien n'est fait pour qu'il revienne sur ses propos. La crainte de voir le
royaume replonger dans la guerre après l'assassinat d'Henri IV nécessire
dapporter aux autorités colonaises une réponse à la fois satisfaisante et
apaisance. Cest pourquoi les destinataires principaux de la publication
de la décision du parlement de Paris concernant le litige commercial
ntre Jean Richer et Adrian Périer sont en fait les consuls et les membres
du sénat de Cologne.
Dans ce dialogue autour du Mercure François, les autorités colonaises
Ontles premières à utiliser et diffuser un texte évoquant le fatum jucicire.
A la différence près que, contrairement à l'usage officiellement
s dun factum, linitiative du sénat de Cologne n'a pas pour contexte
eroulement d'une procédure judiciaire, Le sénat de Cologne S'ad resse
tribunal de l'opinion" ain de défendre et préserver sa réputation,
nétant Cugagees dans aucune procédure judiciaire, la justification publiée
aussi de dénoncer clairement les soupçons dont font l'objet les
propos de l'assassinat d'Henri IV. Les autorités de Cologne
Co palogie du Sénat.,n loc, cit., P106P-v, 107v et 108 r.
52 lbid., P111.
ion, Esais sur Vimaginain politique au xvut siède, Paris, Payot, 1995.
ression est utilisée par Keith Michacl Baker. Baker, Keich Michacl, Au tribunal de
214 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT o
dans 'Apologie n'est pas conçue à l'attention des membres d'un tribunal
mais bien pour toucher un espace public de lecteurS aux horizons phus
larges. En dépit de leur vocation première d'assurer la défense des partis
auprès des magistrats, les factums ou mémoires judiciaires sortent réguliè
rement des tribunaux et deviennent publics. Cette diffusion au-delà des
limites d'un tribunal est un autre trait qui rapproche l'Arret du parlemet
de Paris et l'Apologie du Sénat du genre des mémoires judiciaire . Si la
destination de l'Apologie n'est pas précise explicitement, il est posíible
d'identifer des groupes constitutifs de ce tribunal de l'opinion. Ainsi,
les consuls er le sénat de Cologne s'adressent en premier lieu aux lecreurs
du Mercure Frangpis à travers leur Apologie. La lecture de l'Apologie indique
une assimilation, au moins partielle, du lectorar du Mercure i angois à
la noblesse française par les membres du sénat de Cologne. LApologie
dénonce, en effet, les propos de «l'Aucheur» du Mercure choisis, selon
elle, raffin [d Jattirelr] sur nous la haine de la noblesse Françoise. Il
est possible que les consuls et le sénat de Cologne ne considèrent pas les
représentants de la noblesse française comme les seuls lecteurs du Merotre
Prangois, Cest pourtant de l'appréciation et du jugement des membres
de la noblesse française dont se préoccupent les auteurs de l'Apologe. La
persistance du rôle militaire de certains membres de la noblesse fran
çaise ou encore l'influence de certains membres de l'aristocratie explique
peut-être cette préoccupation. Enfin, il faut noter que, par la réponse
qu'elles lui fournissent, les autorités judiciaires françaises s'estiment etre
les destinataires de l'Apologie produite à Cologne après la publication
du Mercure en 1611. LAret de la cour du parlement de Paris adopre les
aspects du mémoire judiciaire et certaines de ses fonctions dans le but
de répondre à la démarche colonaise.
La réponse à double détente des autorités françaisesbne
n01gosh baudn
En publiant l'Arrêt pris à l'issue de l'audience du 7 août 1612 qu
OPpOse les deux imprimeurs, le parlement de Paris signifie aux aurorit
colonaises qu'il a regu leur Apologie et y répOnd en s'efforçant d apalsd
4 Voir Maza, Sarah, «Le tribunal de la nation. Les mémoires judiciaires opinion
publique à la fin de l'Ancien Régime», dans Annales. Economies, SoctétES,
année, n°1, 1987, p. 73-90.
S5 Apologie dn Sénat ..y loc, cit, P105 v et 109
D'ÉTAT o
d'un tribunal
horizons phus
défense des partis
sortent réguliè
au-delà des
du parlemet
judiciaire . Si la
est posíible
l'opinion. Ainsi,
aux lecreurs
l'Apologie indique
Mercure i angois à
Cologne. LApologie
choisis, selon
Françoise. Il
considèrent pas les
lecteurs du Merotre
des membres
l'Apologe. La
noblesse fran
l'aristocratie explique
la réponse
s'estiment etre
publication
adopre les
dans le but
baudn
août 1612 qu
aux aurorit
d apalsd
judiciaires opinion
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 215
trension diplomatique prOvoquee par le Mercure Frangois, Linterdiction du
Meure Cst une mesure judiciaire proposée en forme de réparation, non
des oréiudices subis par les deux demandeurs en requêtes initiaux, mais
bien dles torts dont s'estime victime le sénat de Cologne. Ces torts sont
reconnus et les autorités judiciaires parisiennes s'eforcent de les réparer
Le choix de l'interdiction du /MerCure Frangois à l'issue du processus
de censure punitive rappelle les mesures prises à l'occasion des édits de
pacification successifs dans le royaume. En 1598, IEdit de Nantes préconise
une amnésie des troubles religieux A la fin du xvr siècle, le pouvoir
polirique du royaume exige l'oubli des divisions passées, La censure est
l'une des modalités du processus amnésique qui passe également parfois
par la réécriture de certains documents dans le but de les faire correspondre
aux choix policiques du souverain. Michel Cassan a mis en évidence la
diversité des types de documents touchés par le phénomène. La censure
du Mercure Frangois imposée par la cour du parlement de Paris relève en
partie d'une logique identique. La mort d'Henri IV est liée, même indi
tecterment, aux troubles religieux. L'émotion engendrée par la disparition
du roi a provoqué l'irruption d'une « part de soi» des scripteurs de livres
de raison?'. Chez Jean Richer, elle a motivé la publication de l'Histoire de la
paix et la révèlation publique de son activité de compilation. En dépit de
la volonté de l'aureur de produire un ouvrage dépouillé de toure passion,
la mort d'Henri IV a conduit dans le Mercure Frangois au surgissement de
Cette émotion sous plusieurs formes. Les allusions plus ou moins explicites
au role joué par les jésuites dans la mort du roi ou les exclamations a
PrOpos du sermon de Cologne en font partie. Lénumération des multipies
tentatives d'attentat sur la personne du roi comme l'évocation de la censure
du ivre du jésuite Juan de Mariana participent à la distillation du point
e vue de l'aureur sur la responsabilité des jésuites dans lassassinat du
veran. Lutilisation du «je» ou les exclamations ajoutent a cette part
O une dimension émotionnelle moins présente dans la publication
neme discrete, de l'opinion de l'auteur à propos du rôle des jésuires.
enance de Jean Richer au parti des Politiques, lobscurite de
de lap politique de l'auteur avec celle des autorités monarchiques
anes allusions autour d'un éventuel complot jésuite et la proxinc
56
Or icoeur, Paul, La mémoire, P'histoire, l'oubli, op. cit., p. >8/30
57 assan, Michel, «Écriture de l'événement, art
216 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT D
à propos de 1'illégitimité du régicide ont probablement conduit' les autorités
politiques à juger inutile l'application d'une « censure d'oubliy a
Mercure Frangois. La réaction du sénat de Cologne a motivé de la part d
parlement de Paris une révision de ce jugement initial.mob
Dans sa réponse à l'Apologie da Sénas L.) de Colongne [. ] en fi
sant précéder sa résolution d'interdire le Mercure de l'argumentation
de l'avocat Louis Servin, le parlement de Paris justifie aussi sa déciston
auprès des lecteurs de l'ouvrage censuré. Si Louis Servin faie mention
de la publication du démenti constitué par l'Apologie", il ne se montre
pas aussi catégorique que les consuls colonais quant à l'inexactitude des
faits rapportés dans le Mercure et suggère la possible véracité de l'épisode
rapporté par le recueil : ad quand mesme quelque indiscret auroit
parlé imprudemment & meschamment ou à Cologne, ou en aulere lien
où il n'est à presumer que nos amis &alliez ayent toleré une si maudicte
praedication». Lenjeu est, en quelque sorte, de donner satisfaction aux
représentants du pouvoir de Cologne sans heurter les lecteurs du Meram
à propos des véritables raisons de la censure. Les membres du Parlement
évoquent explicitement la nécessité d'appliquer une amnésie aux troubles
religieux afin d'éviter le mal qui pourrait résulter de leur rappel inconsidére.
Pourtant, certains arguments avancés par Louis Servin dans son
plardoyer reprennent largement ceux des consuls de Cologne. Les deux
textes font preuve d'une grande unicité de ton et fustigent également
Tamateurisme du compilateur du Mercure, un «accusateur [plus tost
guun historien selon les autorités colonaises, à l'origine d'un ouvrage
Semblables E.Jà une monioye de pierres viles & abjectes dapres
Louis Servin. Après quoi, l'avocat explique que sont redoutés les efers des
allegations du Mercure sur des lecteurs que le poúvoir estime incapables e
metre en oeuvre quelque esprit critique. Fausses ou non, ce qui inguiete
LOuiS dervin ici est le caractère dangereux de certaines insinuations s
des a esprits simples*, là où l'Apologie évoque des lecteurs lesgu
est ae la Conr du Pavlement doniné en la Chambre de "'Edict entre Jean Richer l et Adran
Périer.., loc. cit, P: 1eophohisvs nsbhtos eoidoli en
59 Ibid., p. 6-7.
60 1bid, O 5b ilho sove 7Utus'1 sb ouplog
61 Apologie du Sénat r, loc. cit, fP 108 v.
62 APrreersiet rd.e., lloac C, coiut.r, dpu. P5.arlement donné en la Chambre de l'Edict entreJean Richer L.JetAdrau
63 Ibid., p. 4.
D
conduit' les autorités
d'oubliy a
de la part d
initial.mob
Colongne [. ] en fi
l'argumentation
sa déciston
faie mention
se montre
l'inexactitude des
de l'épisode
indiscret auroit
aulere lien
si maudicte
satisfaction aux
lecteurs du Meram
Parlement
aux troubles
rappel inconsidére.
Servin dans son
Cologne. Les deux
également
accusateur [plus tost
d'un ouvrage
abjectes dapres
les efers des
incapables e
qui inguiete
insinuations s
lecteurs lesgu
Richer l et Adran
eoidoli en
Richer L.JetAdrau
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUBE 217
fuyant la commune & naturelle inclination des hommes, y adjouteront
fovs4 . Cest ainsi qu'il est des événements dont il faut tout simplement
fabolir]» le souvenir, d'après la cour du parlement de Paris. En plus
de permettre un éloignement des menaces de la guerre et de favoriser la
préservation de la paix interconfessionnelle dans le royaume, la censure
a pour vertu, d'après le ministère public de ménager les susceptibilités
diplomatiques de ses alliés, Il faut taire les faits susceptibles de raviver les
tensions passées et difficilement apaisées, y compris au prix de l'information
et de la vérité historique. Lusage de la censure prend ainsi pleinement
Son sens pour le ministère public qui voit le moyen de contraindre les
voix, plumes et presses dangereuses et compromettantes au silence.
Le basculement du règlement du litige commercial à des considérations
généralistes autour de la liberté d' imprimer sert à atténuer la confiscation
du procès aux deux imprimeurs et à cacher aux lecteurs du Mereure le
principal destinataire de la publication de l'Arret de la Conur du Parlements,
a savoir le sénat de Cologne. Le texte comme son argumentation sont a
double destination. La décision du parlement de Paris et sa publication
Sadressent au sénat de Cologne alors que le plaidoyer de l'avocat Louis
Servin est publié explicitement à l'attention d'un public plus vaste,
celui des lecteurs du Mercure Frangois pour commencer puis celui des
Sujets du royaume de manière plus générale. Cette double destination
du discours de Louis Servin engendre la double détente du texte en
aison du jeu qu'il instaure entre ce qu'il nous dit de ses destinataires
et les destinataires à qui il s'adresse de façon moins évidente. Il relève
insi tant du factum judiciaire exposé au « tribunal de l'opinion » que
de la réponse diplomatique discrete, ldug teb 3
SAGE DE LA PUBLICATION 19055 10dhart bb,a
La récupération du procès opposant les deux imprimeurs par les
ents du tois», le glissement de l'affaire du civil au pénal, la sévériré
de la sanction prévue s'expliquent par la découverte de la réaction cu
sénat de Cologne et signalent à quel point le ministère public veut lni
envoyer un signal fort d'apaisement. 7dgep
4 Apologie du Sénat.o, loc. cit., P106
65
D de la Cour du Parlement donné en la Ghambre de l'Edict entreJean Richer lJa Adria7
Périer., loc, cit., p. 7
66 Tbid., p. 3.
218 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT V
Le nécessaire renforcement du dispositif législatif de 1610 o al no
2Gus 12
Le message adressé aux autres destinataires de 1'Arrer de la Coty
du Parlement - à savoir les sujets du royaume - doit donc aussi être lu
comme un avertissement adressé aux imprimeurs du royaume et aux
gens du livre de manière plus générale. Le texte de l'Awat du Parlenent
effectue ainsi une montée en généralité à partir de l'affaire de la censure
du Mercure Frangois. Ce genre de procédé rapproche encore le texte de
l'Aret du Parlement d'un mémoire judiciaire. Ce faisant, par la voix de
Louis Servin, les parlementaires édictent quelques principës de conduite
àl'usage des praticiens de la publication. Le message véhiculé par l'Art
du Parlement au-delà de la censure du Mercure Frangois est qu'il existe un
bon usage de la publication et une censure légitime. Le texte réaffirme
ainsi la légitimité de lusage ponctuel de la censure prohibitive etla
réduction de la liberté d'imprimer par l'interdiction de la publication de
certains contenus. La censure est alors appliquée dans son acception la plis
extrême, au-delà du commentaire ou de la critique propre à la censure
préventive. La différence entre les applications de la censure au xvf siècle
et les débuts du xvif'siècle semble être une volonté de systémaisation du
contrôle de l'amplitude d'action des imprimeurs. La libertéd'imprimer
doit donc être contrôlée et ne doit pas subir d'altération susceptible d'en
rendre la pratique licencieuse, Louis Servin explique donc que la mis-
Sion assignée aux magistrats du parquet à savoir la protection du bien
public, en loccurrence la préservation de la paix les force à prendre
Certaines mesures judiciaires et à déterminer quels textes peuvent pre
tendre faire partie des publications légitimes dans le royaume, La voix
du consensus, de l'oubli et de l'apaisement doit être diffusée de manière
oficielle. Toute position contraire ou à même de compromettre ce message
doit Ctre étouffée car la publication est appréhendée comme un acte fort
partois dangereux et nuisibles. De sévères châtiments seront infligés anx
Semeurs de troubles. Quiconque refusera de prendre en compte le fore
potentiel d'action de la publication se verra considéré comme «pe ur
bateur du repOs public [.Jà poene de la har Cestà-dire sous peine
67 Maza, Sarah, « Le tribunal de la nation, .o D, art, cité, p. 7>.
Adrian
68 APrrerite dre., lalo Cc.o ucrit d, up .P 3ar-l4e.ment donné en la Chambre de l'Edict entre Jean Kicher loo
69 1bidl, p. 7.
o al no
12
de la Coty
aussi être lu
royaume et aux
Parlenent
la censure
le texte de
la voix de
de conduite
véhiculé par l'Art
qu'il existe un
réaffirme
prohibitive etla
publication de
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la censure
xvf siècle
systémaisation du
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susceptible d'en
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protection du bien
à prendre
peuvent pre
royaume, La voix
de manière
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acte fort
infligés anx
compte le fore
«pe ur
sous peine
Adrian
loo
GENÈSE D'UNE GOMPILATION DIHISTOIRE POLITIQUE 219
d'étranglement, Cela supp0se que pour pratiquer légalement une activité
de publication, il convient de se comporter en « bon sujet» du royaume
de France et de considérer les efets probables des informations diffusées
sur le public. Il Sagit de pratiquer la publication de manière responsable.
En l'absence de garantie de la part des gens du livre, la profession
d'imprimeur-libraire doit être surveillée par le pouvoir monarchique,
qui s'estime contraint de mettre en place un jeu sur le dyptique censure
et «liberté des imprimeurs, Largumentation de l'avocat Louis Servin
lors de I'audience en la Chambre de 1'Edit conclut sur la nécessité de
légiférer rapidement dans le but de promulguer un règlement général
des métiers du livre, dont la liberté est négativement connotée sous la
plume de layocat du roi puisqu'il est question d'un «règlement général
sur la liberté trop effraenée des Imprimeurs, En réalité, le plaidoyer de
Louis Servin s'appuie sur un premier règlement publié le 20 novembre
1610 dont l'enjeu est de poser les jalons d'une réforme de la librairie et
des métiers du livre. Comme pour la publication du premier volume
du Mercure François, I'assassinar d'Henti IV et les échos des guerres de
Religion qu'il fait retentir est l'événement déclencheur de cette tentative
de réforme. Elle concerne la réglementation de la pratique du métieret la
reorganisation de la profession mais s'inquiète également de la « licence
ettrénée » que s'octroient les imprimeurs parisiens. Lenjeu est de limiter
autant que possible la publication de libelles polémiques er séditieux
Suite à la mort d'Henri IV et susceptibles de nuire à l'Etat. L'usage d'un
vOcabulaire commun dans le Reglement du 20 novembre 1610 et dans
TAwt du 7 aoûr 1612 explique la généralisation du propos observée
cdans ce dernier texte. LArret du 7 août 1612 se veur, en fait, à la fois une
application du Reglement du 20 novembre 1610 mais aussi une illustration
es Livres méchans & pernicieux [publiés] contre le bien de l'Estat»
VISés par le Reglement. Lincident diplomatique provoqué par le premier
Volume du Mercure François donne l'occasion aux autorités françaises
ulustrer concrètement le propos du Reglement pris deux ans auparavant
est également possible de considérer qu'à linverse le Règlement fournit
L autorités du royaume la possibilité de se sortir d'une situation delpr
la Simple mise en application d'une législation existante. Pour
70 Ibid., p. 8.
71 lbid,
72
CTCeuw, Laurie, Censures et raisons d'Etat,oo, op. cit., P, 28/200
220 aUHISTOIRE IMMÉDIATE BT RAISON D'ÉTATao
autant, à aucun moment, Louis Servin ne fait explicitement référence
au Reglenent. Les allusions sont implicites et résident dans l'usage d'un
vocabulaire commun aux deux textes. Il faut souligner la désignation
commune des imprimeurs abusant de leur liberté comme des «perturbateurs
du repos public. Lemploi par lavocat général du roi Louis
Servin d'un lexique déjà ucilisé par les membres du Chârelet de Paris
pour convaincre, Nicolas de Bellièvre, le procureur général du roi de la
censure néessaire du Mercure FrangoiIS n'est pas innocent. Cest une manière
pour Louis Servin de manifester la mise en application du Reglement de
1610, commandé par Jacques de la Guesle, le prédécesseur de Nicolas de
Bellièvre. Le caractère implicite des références à une législation déj en
place essaimées par l'avocat Servin appelle de ses voeux la formalisation
d'une réglementation de l'imprimerie peut répondre à d'autres enjeux.
D'une part, il Sagit peut-être de souligner le caractère peu efficace de
la réglementation adoptée alors er done d'encourager à la poursuite des
efforts engagés pour la réforme de la librairie. D'autre part, cette discrés
tion répond peur-être à la mise en place d'une stratégie visant à cacher
au sénat de Cologne l'incompétence de l'institution judicaire française à
mettre en application une législation déja en vigueur au moment de la
publication du premier volume du Mercure Frangois. D'ailleurs, en plus des
compétences du rédacteur de l'ouvrage, seule celle du maître des requêtes
en charge dela délivrance des permissions d'imprimer est questionnée par
IAr de la Conr da Parlement , Le délai plutôt court entre la publication
du reglement et la délivrance des privilèges d'impression à Jean Richer,
senlement neuf jours plus tard pourrait expliquer cette négligence. Enfin,
l'Arret fait peut-être aussi le choix de ne pas mentionner le Reglement en
vigueur depuís novembre 1610 pour ménager la possibilité d'une certaine
tolérance vís-à-vis de l'auteur du Mercure Frangois.
Daprès le parquer, la seule pratique légitime de la publication est
celle qui après avoir été examinée et acceptée par le pouvoir royal pAs
o137250
73 Aest de la Cour du Parlememt domné en la Chambre de l"'Edict enire Jean Richer [,.Jetaar
Perner,loG, Cil., p. 7 et Règlementalion du vingtième 20 novembre 1610, En execuli01 ue
areis ondonnances, Pour la réfornmalion des desordres, abus&malversations des ma
ibraires imprimedrs colporteurs & autres personmes, en PInipression, vente &exposin
sOries de libres probibez & deffendus, libelles diffamatoires & seditieux au prejudice du reyo00
S.Lnd, art. 23, p. 7 cité par Cattecuw, Laurie, Censures et raisons d'Etat.o, Op, Ci
p. 290,
74 Arrest de la Cour du Parlement douné en la Chambre de lEdict entreJean Richer le a
Prier loc. cit., p, 4,
par les l'avenir adopté matière Conformément pas contradictoire le parlement COnsuls lecteurs. le parlement alliés. de la publication et de lecteurs Le pouvoir Les de Louis sujets politigue commun, policique lecteurs large : des lecteurs préserver Caractéristiques Les SLiere a décrire site des nable, Voi Arret drian Yyd XVir
d'un
désignation
perturbateurs
Louis
Paris
la
manière
de
de
formalisation
enjeux.
de
des
discrés
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 221
par les mailles que le ministère public espère de plus en plus serrées
l'avenir du filet de la censure royale préventive. La fermeté du ton
adopté prend la forme diune réafhrmation de l'autorité judiciaire en
matière d'imprimerie autant quelle vise à satisfaire le sénat de Cologne,
Conformément à l'argumentation développée par Louis Servin, il n'est
pas contradictoire de constater quà la suite des autorités de Cologne,
le parlement de Paris utilise à son tour la publication pour rassurer les
COnsuls colonais et justifier la censure du Mercure Frangois auprès des
lecteurs. En mobilisant le même type de média que le sénat de Cologne,
le parlement de Paris signitie qu'ila entendu le mécontentement de ses
alliés. En outre, le puvoir reconnait eftectivement le pouvoir d'action
de la publication et en use à son tour. C'est bien le sens de la publication
et de la diffusion de l'Aret du Parlement dans un espace publie
de lecteurs hétérogène. 0-0n021813
Le pouvoir monarchique et la question du publicoldoq ua
Les occurrences du terme public sont nombreuses sous la plume
de Louis Servin et désignent un collectif constitué de l'ensemble des
sujets du royaume. Le public décrit par Servin est un espace pubic
politigue a laquelle est fermement arrimée la notion d'intérêt et de bien
commun, dont les gens du roi sont les garants. Toutefois, cette notion
policique d'espace public découle de la constitution d'un public de
lecteurs à plusieurs échelles. Il est question d'un lectorat relacivement
large : celui des pièces imprimées en France, mais aussi, très directement,
des lecteurs du Mercure François. Lespace publie policique dont il faut
préserver le repos sous la plume de Louis Servin tiendrait, en partie, ses
Caractéristiques des lecteurs du Mercure François et des pièces imprimées
Les public de lecteurs dont nous trace les contours I'avocat general
SLiere plus large. C'est pourquoi l'avocat général du roi sattache
a décrire ces lecteurs. b rome
site des consuls colonais est celui d'un public disparate, en partie
nable, en partie mal intentionné qu'il convient de canaliser mais
Voi Arret de la Cour du Parlement domb en la Chambre de l'Edit enire Jaan iner
drian Périer.., loc, cit., p. 2-3, 5 et 7. - Sur la question de la nature diu publie au
Yyd e voir notamment Merlin-Kajman, Hélène, Public et littérature en krane an
XVir siècle, op, cit., p. 13-32,
222 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT 1M
aussi de protéger. Le propos de Servin nous révèle la perception que le
pouvoir monarchique a ou plutôt prétend avoir des lecteurs du Mercare
Français conformément au double message véhiculé dans le texte. De ce
point de vue, il semblerait que Louis Servin ne sintéresse quà certains
types de lecteurs. Les lecteurs décrits par l'avOcat ressemblent à ceux
évoqués par le sénat de Cologne. En l'occurrence, les deux argumentations
font preuve d'une certaine unité. Elles soutiennent toutes deux le
caractère peu fiable du public, et la nécessité d'anticiper ses réactions face
à certaines informations. La licence d'imprimer est décrétée dangereuse
en raison des opinions belligènes capables d'infuencer des « esprits
Simples» et «foibles » Cest-à-dire crédules, dont Louis Servin rappelle
l'existence. Cest sans compter les « malignes ames » toujours prêtes à
exciter les «foibles » esprits en question. Ces caractérisations établissen
un lien entre les capacités de raisonnement des lecteurs décrits dans
l'opuscule publié par le parlement de Paris suite à la censure du Meraure
et un espace public politique plus large. Le propos tend à rassurer les
autorités colonaises en avalisant leur point de vue, mais doit aussi faire
sens pour les destinataires déclarés de P'Arrêt de la Cour du Parlement de
Paris. Parce qu'il est diférencié, le public de lecteurs décrit par Louis
Servin n'est pas sans rappeler l'espace public politique des gueres
de Religion divisé en trois grandes tendances celle des cathliques
zélés, celle des protestants également zélés et celle des Politiques. Le
Tisque diplomatique comme la mémoire des guerres de Religion font de
lhomogénéisation du public et de l'espace dans lequel il se déploie un
enjeu pour les autorités françaises. Elle doit passer par la réglementation
de la pratique de la publication et de la profession d'imprimeur; sans
qgu'il soit question de négliger I'utilisation de la publication impriméeà
des fins de com munication et de propagande. La conséquence du constat
rendu par les parlementaires parisiens est également civique. rac a
pouvoir d'action de la publication, les gens du livre doivent intériOIS
la responsabilité civique induite par leurs pratiques professionneluc
et sen tenir à un bon usage de la publication dont les principes so
rappelés dans l'Aret du 7 août 1612.
En censurant le premier volume du Mercure François, le parleme
de Paris affirme appliquer les principes du bon usage de la pubiic
76 Arrest de la Cour du Parlement domné en la Chambre de l'Edict entre Jeán Richer
Jet Adrian
Perier., loc. cit., p, 4 et 7.
énoncés privilèges la commercialisation aux mesures au mois erol Plusieurs la publication rendue'alors. ses décisions Cependant, pas clandestine. de penser pouvoir de bon Richer de la Teglement n rormalisé par TOrdonnance d une la révision UNE CENSURE La ne demarche d SS intérêts mpression 8 loid., inriJean, P. 54-
le
Mercare
ce
certains
ceux
argumentations
le
face
dangereuse
esprits
rappelle
à
établissen
dans
Meraure
les
faire
de
Louis
gueres
cathliques
Le
de
un
réglementation
sans
impriméeà
constat
Adrian
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 223
énoncés dans l'Arrët de la Conr du Parlement de Paris. La délivrance des
privilèges royaux d'impression à Estienne Richer pour la publication et
la commercialisation de la suite du Mercure Frangois contrevient pourtant
aux mesures de censure et d'interdiction prises par le pouvoir judiciaire
au mois d'août 161277
erol a ,b te UNE PUBLICATION NÉGOCIÉE? 203 2p0
Plusieurs hypothèses sont susceptibles d'expliquer la poursuite de
la publication du Mercure François en dépit de la décision de justice
rendue'alors. Une certaine faiblesse du pouvoir monarchique à imposer
ses décisions est envisageable, surtout dans un contexte de régence.
Cependant, la publication du deuxième volume du Mercure François n'est
pas clandestine. Le verdict est donc inappliqué. Dès lors, il est possible
de penser que les frères Richer ont proposé une forme de négociation au
pouvoir politique. En prenant l'engagement de respecter les principes
de bon usage de la publication publiés par l'Arret de la cour, les frères
Richer ont pu convaincre le pouvoir royal de leur permettre la poursuite
de la publication du Mercure François, au prix de quelques concessions, Le
Teglement général appelé des voeux de l'avocat Louis Servin n'est encore
n rormalisé ni appliqué, Les métiers du livre sont, en effet, réglementés
par TOrdonnance de 161878. Ce délai a pu permettre la mise en place
d une négociation entre les frères Richer et la monarchie, ayant abouti
la révision de la censure du Mercure Frangois.
UNE CENSURE RÉVISÉE
La révision de la censure du Mercure François ne peut s expliquer que
ne demarche engagée par 1'imprimeur Jean Richer, soucieux de
d SS intérêts commerciaux jusqu'au bout. Plusieurs des privilèges
mpression publiés dans les différents volumes du Mercure Prango1s
dinsron os bebns
tur07fp 30(aloac
8 loid., p.7-8. O01 s3o l n
inriJean, Livre, povoirs et sociébe à Paris au xVIt siecle (1598-170), op. Citi, .
P. 54-57.
224 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT O
invoquent ainsi les dépenses engagées pour la constitution et la publica
tion du recueil". Ainsi, rapidement après la censure et l'interdiction de
son ouvrage au mois d'août 1612, I'imprimeur se tourne à nouveau vers
la justice pour obrenir lannulation de la décision prise essentiellement
dans le but d'apaiser les autorités colonaises.
La requête de Jean Richer
Dans une édition du premier volume du Mercure en date de 1619
immédiatement après la publication des extraits des privilèges royaux,
l'imprimeur place un « Extraict des registres du Parlement0» daté du
1 mars 1613. Il Sagit des extraits des mêmes archives utilisées par les
parlementaires parisiens pour répondre à l'Apologie du sénat de Cologne.
Le lecteur y apprend quà lissue de l'audience du 7 août 1612, qui met
tait fin au procès opposant Jean Richer à Adrian Périer en les déboutant
tous les deux, Jean Richer a présenté une requête à la cour du parlement
de Paris. Cette reguête s'apparente à une tentative de négociation.
Limprimeur profite, en effet, de l'obligation qui lui est faite de remettre
les premières feuilles de la continuation du Mercure Frangois dont Adrian
Périer avait dénoncé la composition pour lui présenter également une
version corigée du premier volume du Mercure François. Dans édition
du premier volume du Mercure de 1619, le recueil publie cette initiative
Leguel Richer amis és mains du Procureur General du Roy, les Exemplaires
cortigez, où nya aucune chose contre le tepos du public, requeroit tant pours
le bien a grande utilité publique pour se redimer de la perte de grands ras
hsad quil a taicts pour ladite Impression, Les deffenses faictes par ledit Artes
estre levées, avec petmission de le vendre suivant la correction, den
tous autres de ce faire: Ledit Arest & pieces attachees à ladite Kequeo
Conclusions du Procureur General du RoyLJ IvAs AA112/D
La présentation des exemplaires corrigés au procureur gëneral
roi
permet a Jean Richer de présenterun gage de sa bonne foi. I SIgni au
79 VPoi5r p]ar.r exemple Bergeron, «Privilege du Roy», Meraure François.:, 0p, Cil, vo 1, 161,
80 Cette fois-ci, peut-être par erreur, les privilèges sont en date du 26 novembre ation et non
e b 251lCoq 0O
du 29, Ladate de cette rékditíon Sexplíque probablement par la proXID Eanois.
81 Ibodpiud, m.c,i ot[.n,P ov6poorl,.lIe, c1o6m19 m, [ePtcSia]-l [dPe 6 d]iPx .ans octroyé à Jean Richer en 1610. Merind
la publica
l'interdiction de
nouveau vers
essentiellement
de 1619
privilèges royaux,
» daté du
utilisées par les
Cologne.
1612, qui met
déboutant
parlement
négociation.
remettre
dont Adrian
également une
Dans édition
initiative
Exemplaires
tant pours
grands ras
ledit Artes
correction, den
Kequeo
AA112/D
gëneral
roi
SIgni au
vo 1, 161,
ation et non
Eanois.
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 225
nOlvoir royal qu'il a bien reçu le message véhiculé par 1'Arre: du 7 août
1612, et par la même occasion par le Règlement du 20 novembre 1610.
La copie de l'Aret remise avec la requête et les exemplaires corrigés en
atteste d'ailleurs. Le réemploi par Jean Richer de termes utilisés par
Louis Servin est un autre moyen de signifier au procureur général du
Toi sa capacité à prendre en compte le message de l'avocat et sa volonté
de se soumettre à un règlement partiellement édicté; et ce faisant
d'appliquer scrupuleusement l'interprération gouvernementale d'un
bon usage de la publication. Jean Richer met en avant la conformité de
sa démarche avec le « bien » et «l'utilité publique, Présentée de la
sorte, la requête de Jean Richer est une proposition à l'ouverture d'un
espace de négociation. Dans l'édition de 1619, I'imprimeur n'hésite pas
indiquer que son initiative a effectivement été perçue par le pouvoir
royal comme un gage de bonne volonté suffisant, puisque la requête et
la récriture du Mercure François ont convaincu le procureur du roi, et,
àsa suire, la cour du parlement de Paris. En publiant la décision de la
cour de Parlement, Jean Richer publie également la preuve du caractère
légal de la poursuite de son activité:
Tour considéré: LADITE COUR ayant esgard à la Requeste, ouy le ProCureur
General du Roy a permis & permet au suppliant, suivant le Privilege a luy
Octroyé, vendre & distribué le livre du Mercure François conformément à la
Correction, nonobstant les deffenses cy-devant faictes, qu'elle a levees & ostees
raict en Parlement, le premier jour de Mars 1613
La correction des passages incriminés par l'Aret du 7 août 1612 dans
Les exemplaires présentés au procureur général du roi quelques mois
plus tard est l'une des concessions offertes aux autorités judicaires du
oyaume de France. La requête formulée par Jean Richer ààl'adresse du
pouvoir monarchique reçoit une réponse favorable et indique que les
promis proposés par l'auteur sont jugés sufisants par ses censeurs
Our autant, l'éventail d'accommodements offerts aux auteurs controntes
aeurs censeurs implique une certaine discrétion. Dans le cas de la
evision de la censure du Mercaure François, la discrétion est préservee
CS deux parties pendant quelques années au moins, jusqu'en 1619 eu lb upikp-209 eio1p eri 82 Tbid9 ot163ildag sl 3035 200 5
226 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATHO
Une décision de justice implicite pour le lectenrealiup lng o
Entre le 1 mars 1613 et l'édition de 1619 du premier volume du
Mercure François, la décision d'annuler la censure et linterdiction de
louvrage de Jean Richer est à la fois évidente et implicite pour le lec
torat. La publication de quatre autres volumes du Mercure François entre
1613 et 1619 entérine de fait la révocation de la censure prohibitive de la
collection. La délivrance systématique de privilèges royaux d'impression
autorisant ces publications renforce l'évidence de l'abrogation de la
décision du7 août 1612, comme la publication de rééditions de chacun
de ces volumes. Toutefois, le pouvoir politique ne publie pas sa décision
de finalement reconnaître à Jean Richer ses droits commerciaux sur le
premier volume du Mercure Frangois. Pas plus qu'il ne publie la levée
de l'interdicion de la poursuite de la publication de la collection, dont
Estienne Richer reçoit les privilèges dès le mois de mai 1613. Si la requête
de Jean Richer S'accompagne pour le pouvoir politique de garanties
suffisantes pour qu'il accepte d'y accéder, une certaine retenue reste de
igueur dans la mesure où la censure du Mercue répond aux inquiétudes
du sénat de Cologne. La publicité offerte à cette première décision avait
valeur de garantie adressée aux autorités de la ville impériale. Sa révision
devait être la plus discrète possible. Bien entendu, il semble dificile que
les autorités de Cologne n'aient pas rapidement compris la rétractatu0n
des autorités françaises en raison de la publicité du Mercure Frangois des
1613. Toutefois, il est possible que 1l'argumentation générale autour de
la nécessité d'une réglementation publiée aux bons soins des autorires
Judiciaires du royaume au cours de l'année 1612 ait sufi à apaiser E
cOurroux. Dans cette afaire, le silence des requérants a sans doute facC
lte la tache des autorités françaises. Jean Richer et son frère Estienne
Richer a sa suite se montrent tout aussi discrets que le pouvoir poliigu
Jusquàl'édition de 1619 du premier volume du Mercure Frangons, auut
des volumes du recueil ne publie la victoire judiciaire des deux imp
meurs, Lasobriété de ces derniers doit sans doute être considérée com
Tune des oncessions offertes par les demandeurs à la justice en écnan
de la levée de la censure sur le Mercure Framçois, La publication a
décision de justice par le recueil en 1619 peut s expliquer d 6édi eurs
manieres, D'une part, la dístance séparant la publication de t
tion du premier volume avec l'incident diplomatique provoque pa r son
lng o
volume du
linterdiction de
pour le lec
François entre
prohibitive de la
d'impression
l'abrogation de la
de chacun
sa décision
commerciaux sur le
publie la levée
collection, dont
la requête
garanties
retenue reste de
inquiétudes
décision avait
Sa révision
dificile que
rétractatu0n
Frangois des
autour de
autorires
apaiser E
doute facC
Estienne
pouvoir poliigu
Frangons, auut
deux imp
considérée com
en écnan
publication a
6édi eurs
publication de t
pa r son
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUB 227
édition originelle est jugée sufisante pour autoriser la publication de la
démarche judiciaire entamée par Jean Richer dès 1613. D'autre part, la
publication de la décision de justice au seuil de la réédition du premier
volume du Mercure Frangois en 1619 est peut-être jugée nécessaíre après
le cournant législatif de l'année 1618. Une troisième hypothèse pourrait
se situer dans le besoin ressenti par limprimeur de justifier auprès de
ses lecteurs les amendements appliqués au texte du premier volume du
Mercare à l'occasion de cette réédition. Cependant, en 1619, il existe
déja des réditions du premier volume du Mercure et aucune ne publie
l'annulation de la censure de la compilation Certaines rééditions de
1619 ne le font pas non plus. Pour finir, il Savère qu'aucune d'entre elle
n'a fait disparaître les passages clairement incriminés par l'avocat Louis
Servin au mois d'août 1612. La correction des exemplaires semble avoir
été feiate, soit par le seul Jean Richer soit sur concertation de ce dernier
avec les autorités politiques. Les parties peuvent sêtre entendues sur la
façon de dissimuler autant que possible la tolérance des autorités visà-
vis de la publication du Mereure Frangois, notamment par souci de ne
pas envenimer la situation avec les autorités de la ville de Cologne, Le
pouvoir politique peut également avoir rencontré des difficultés à faire
appliquer le Reglement du 20 novembre 1610 comme la censure du Mercure
Frangais décidée en 1612. Si l'on excepte la discrétion des frères Richera
propos de lautorisation de poursuivre la publication de la compilation,
les concessions promises par Jean Richer sous la forme d'exemplaires
corrigés et censurés du Mercure Frangois se révèlent inexistantes.
Des lors, l'hypothèse d'une négociation entre le pouvoir politique
ct imprimeur autour de la publication du Mercure Frangois reste-elle
cVISageable ? Existe-t-il des indices susceptibles d'accréditer la thèse de
Opromis réalisés par Jean Richer dans le but de satisfaire les autorités
PO1tiques et judiciaires du royaume?opq vo srroo 70r
nier volume du Mercure François est réédité dès l'année 1612, mais il est impossible
été par l'équipe du GRIHL et en particulier par Madame CEcile Soudan. Cette
de cediCIon est conservée par la bibliothèque de l'Ecole des Ponts-er-Chaussées eta
Savoir Si certe réédition précède ou non l'interdiction du mois d'août. Un exemplaire
numér On est consultable en ligne à l'adresse suivante : http://mercurefrancois.ehess.
xphp?/category/25, consulté le 04/08/2015, Une rédition en dare de Tannee 1o
est
vee a la Bibliothèque nationale de France et puublie les extraits du registre du
t de Paris, Mercure François., p. cilt, vol. I, 1619, [PS]v, BNE, 8-LB55-7 (6)
228 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
LES CONCESSIONS DE JEAN RICHER u2 92u1 72 stlbniano 0is
En dépit de la correspondance des rééditions postérieures à 1613 du
premier volume du Mercure avec les éditions de 1611 et 1612, Jean Richer
semble avoir concédé quelques efforts afin de convaincre les autorités de
P'autoriser à poursuivre son entreprise éditoriale. Limprimeur disparait
temporairement du paysage éditorial du Mercure Frangois et son frère
continue à publier un recueil fidèle à la monarchie et conforme aux
principes du bon usage de la publication édictés succesSivement par le
Reglement du 20 novembre 1610 et par l'Arrêi de la Cour du Parlement
de Paris du7 aoút lo12y2 li ainit 2uo1.eulg.on nol ol 2n Rn
Lefacement de Jean Ricber du payage éditorial du Mercure François
Entre 1612 et 1622, le nom de Jean Richer n'est plus du tout mentionné
dans les différents volumes du Mercure François. Si l'on en croit
la réédition de 1619 du premier volume du Mercure, le 1 mars 1613, les
Teprésentants du parlement de Paris aurorisent la publication de la suite
du Mercure François. En dépit d'une autorisation délivrée à Jean Richer
en tant que requérant, la poursuite de la publication de la collection est
assumée par son frère Estienne. Les privilèges royaux d'impression sont
tous délivrés au nom d'Estienne Richer, y compris après 1622. Pourtant,
àl'audience de la décision de justice le condanmnant à rendre et détrnire
ses exemplaires contrefaits du Mercure François, Adrian Périer dénonce
bien Jean Richer comme l'auteur de la continuation du recueil De
plus, au contraíre du premier volume du Mercure François dont la prétace
au lecteur était signée par Jean Richer, les quelques volumes de la co
lection prétacées avant 1639, date à partir de laquelle la responsabiht
de la publication du Mercure François échappe à Estienne Richer, le s01
de maniere anonyme ou presque. A l'exception de l'adresse au' lecteu
du huitième volume qui porte les initiales J. R.57, les propos adre
par imprimeur à son lecteur le sont anonymement depuis 16l5. La
85 Extraits des registres du Parlement», Mercure Prangois..o, op, ci, vol
86 Aret de la Cour du Parlement donmé en la Chambre de l'Edict entre Jean Richer looJ E
Adrian
87A10C. Gi, p. 7-8, 7ë en la Ghambred 0 Cit, vol. I, 1619, (Psiv
87Au lecteur , Mercure François. op,. cit., vol, VIII, 1623, [p. 61. La préface au
I'edition de 1626 du même volume ne porte plus les initiales de Jean ic s ignature la cote
(CEdition de 1623 est conservée à la bibliorhèque Méjanes d'Aix-en-Provenc
In-8° 7971 alors que celle de 1626 l'est sous la cote In-8° 7972),
Dréface perd la Une entre les Jean par Estienne émergent Richer du Mercure Richer pages une adresse pOur ambigu Richer Suite à tendre Mercure diplomatique. les negociations La possession a probablement avantage du livre Dans aeux par la Preface oestament Cmple, Kicher oaP, p erron FIe ibid ibidl,
Richer
de
disparait
frère
aux
le
Parlement
François
mentionné
croit
les
suite
Richer
est
sont
Pourtant,
détrnire
dénonce
De
prétace
responsabiht
La
Adrian
cote
GENESE D'UNE COMPILATION DHISTOIRE POLITIQUE 229
Dréface au lecteur de la réédition de 1619 du premier volume du Mercure
perd la signature de Jean Richer38
Une collaboration plus ou moins discrète semble s'être mise en place
entre les deux frères à partir de l615 et ce jusqu'en 1627, date du décès de
Jean Richer. Cette collaboration est, par ailleurs, parfaitement assumée
par Estienne Richer comme l'indique son testament", Deux périodes
émergent au cours de cette association, De 1613 à 1621, le rôle de Jean
Richer est partaitement occulté dans le péritexte des diférents volumes
du Mercure publiés depuis mars 1613. A partir de 1622, le nom de Jean
Richer réapparait plus ou moins clairement au fil de la publication, Les
pages de titres des volumes VIl à XII publiés entre 1623 et 1627 portent
une adresse associant les deux frères. Le rôle assumé par Jean Richer
pOur la publication du septième volume du Mercure Frangois est plus
ambigu dans la mesure où le frontispice porte la seule adresse de Jean
Richer alors que la page de titre mentionne celle d'Estienne Richer
Suite à la déconvenue essuyée en 1612, les frères Richer ont pu décider de
tendre plus discrète la participation de Jean Richer à la publication du
Mercure Frangois en dissociant son nom de la collection après l'incident
diplomatique. Linitiative a peut-être été prise dans l'espoir de faciliter
les negociations autour de la reprise de la publication du Mercure Framgors.
La possession d'au moins deux boutiques dans Paris par les frères Richer
a probablement simplifié l'application de cette collaboration. L'autre
avantage étant de contourner la législation de 1610 interdisant aux gens
du livre de posséder deux boutiques dans la capitale
Dans le cas des frères Richer, la distribution classique des tâches entre
aeux boutiques au sein d'une même famille semble avoir été accentuée
par la censure du Mercure François en 1612 et se double de la disparition
Preface Lcteur», ibid., vol. I, 1619, [P51P-6 rE obu
oestament olographe d'Estiennc Richer, loc., cil
Cmple, dans le volume VIII sur la page de citre est inscrit «A Paris, chez Jean et
Kicher ruë Saint Jean de Latran à P'Arbre Verdoyant et au Palais sur le perron
oaP, Mercure François.., op, cit., vol. VIIl, 1625, IP: 3)
ris, chez Estíenne Richer, ru Saint Jean de Latran à l'Arbre Verdoyant et au Pala1s
p erron royal», ibid, vol, VII, 1622, [p. 3] et sur le frontispice «A Paris, chez Jean
FIe Saint Jean de Latran à P'Arbre Verdoyant et en sa boutique au Palais siir ie
C P10a., lp, 1], Le volume VIII aussi cappelle l'adresse du seulJean Richer
ibid La page de titre mentionne quant à elle les prénoms des deux trères,
ibidl, vol. VIII, 1623, [p. 1-3]
enti-Jean, Livres, ponvoirs et société. s g C, l, 0p. CTh P: 351.
230 pHISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT o
du nom de Jean Richer. Entre les volumes II et V, le Mercure Francai
ne porte plus que l'adresse de la boutique sur le perron royal face à la
galerie des prisonniers, Les volumes 1, VI et VU respectivement publis
en 1611, 1619 et 1621 portent la double adresse des deux frères Richer
à savoir celle de l'Arbre Verdoyant rue SaintJean de Latran et celle de
la boutique au Palais royal face à la galerie des prisonniers. Ladresse
du libraire au lecteur publiée dans le deuxième volume du Mereure
François donne des indices sur cette collaboration Bien qu'anonyme,
cette adresse doit probablement être attribuée à Estienne Richer dans
la mesure où elle est intitulée «Le Libraire an Lecteur >. Ce dernier est
identifié au moyen des privilèges royaux d'impression dont les extraits
sont reproduits immédiatement après la préface : il s'agit d'Estienne
Richer. Dans les quelques pages adressées à son lecteur, ce dernier se fait
le porte-parole de l'auteur du recueil et distingue ainsi à trois reprises
l'imprimeur-libraire de l'auteur du Mercure Frangois. Estienne Richer
pourrait être le premier et son frère Jean, le second. Estienne Richer
fait ainsi passer au lecteur le message de l'auteur du Mercure dont on
Comprend quil composa également le premier volume de la collectionen
dénonçant la contrefaçon dont fut victime son frère. Le rappel du
liige commercial ayant opposé son frère Jean à Adrian Périer établit une
Continuité entre les deux volumes du Mercure et une paternité dommune
9Aussi pource que les Chouëts Libraires de Geneve, vrayes Chouettes ae
nature & enclins à larciner le labeur d'autruy, en contretaisant Ie
Suscitez a ce faire par quelque Libraire de Paris) l'ont falsifié avec impudende
meschanceté, ostant les loüanges au Pape Clement 8. & mettant au
le narté d'un livre du Ministre du Moulin, & ajousté plusieurs cnos
drvers endroicts, tant contre leurs Sainctetez, que contre les siastiques,
faisant parler à l'Autheur le langage de l'un de leur Religion: mesmeiaa ant
impriméd'une meschante petite lettre à leur mode, avec le nom de la viule
Faris, bien qu'il soit imptimé à Geneve, Il m'a prié d'en advertir le Le
en ce Preface, pource quil deteste ceste impression, comme ausSI C
deftenduë d'en vendre par Arrest de la Cour 1 0
95 aLe Libraire an Lecteur », Mercure Prançois., of, cit., vol. I1, 1613, (P2]r-u v bid
94 CESTE continuation du Mercure François m'estant cumbee entre les mai nceau
L2et aAinsi sous ce nom de Continuation de Mercure, qui n'est qu nc
de relations d'histoires, l'Autheur de ce Recueil espere qu'on S en SeINL
guide & adresse à tenir le chemin certain [.J», ibid., [P 3Jr etv mmandite
Cpere qu on s'en servira comme d'une
95 «Le Libaire an Lecteur», ibid., vol. I1, 1613, [P4]V. Le libraire françaus ayan Drier
les contretaçons du Mercure Prangois à la maison Chouet n'est autre qu Aaa
Péri
Le propos Mercaure L'auteur volume de cette Je J nombre b bravail 20
La réapparition Frangois écoulé discret TEtour de la prévoté du roi de Paris Sagit partaite Publication con vergence au paysage cpiuerait rere, mais Cere consicdéré O la poursuite derniers lautorisation nou exemplaires n depit D reres on usage C2La dele et monarchie O77Au Dentence
Francai
la
publis
Richer
de
Ladresse
Mereure
qu'anonyme,
dans
est
extraits
d'Estienne
fait
reprises
Richer
Richer
on
collectionen
une
ae
impudende
siastiques,
ant
nc
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 231
Le propos de lI'adresse au lecteur publiée dans le huitième volume du
Mercaure tend à confirmer les identités respectives de deux frères associés.
L'auteur de la préface signée J. R., assume cette fois-ci la paternité du
volume publié, mais aussi des sept précédents et revient sur la genèse
de cette entreprise éditoriale olinilelug oaid b bratorgtoiks
Je croyois que mon Septiesme Tome deusi estre le dernier de mes Mercures. Et que le
J nombre de sept, avec ce que je suis valetudinaire, masteroit V'envie de consinuer un
b bravail si penible, plein d'envie &si espinex
20
La réapparition explicite de Jean Richer dans le paysage éditorial du Mercure
Frangois suit de peu la réédition de 1619 du premier volume. Le temps
écoulé depuis l'incident diplomatique explique la encore peut-être le retour
discret de l'auteur. Une autre hypothèse consisterait à considérer quele
TEtour de Jean Richer correspond à la fin de sa période de bannissement
de la prévoté et vicomté de Paris. En effet, le 22 août 1615, le procureur
du roi prononce le bannissement de Jean Richer imprimeur et bourgeois
de Paris pour une période de trois ans, même si rien ne garantit quil
Sagit bien du même homme". Les manifestations par Jean Richer de sa
partaite intégration des normes et des attentes de l'Etat en matière de
Publication rendent ce constat d'autant plus étrange. L'hyporhèse dune
con vergence partielle du banissement de l'imprimeur et de sa disparition
au paysage éditorial du Mercure mérite toutefois d'être formulée. Elle
cpiuerait en partie la date du retour de Jean Richer aux côtés de son
rere, mais pas vraiment celle de son départ. Dès lors, celui-d doit pouvoir
Cere consicdéré commel'une des concessions de Jean Richer et de son frère
O la poursuite de la publication du Mercure François. Après 1619, Ces
derniers semblent ne plus avoir à négocier auprès du pouvoir politique
lautorisation de publier I'histoire présente du royaume
nou exemplaires du premier volume du Meraure Frangois, le recueil
n depit de l'absence des corrections promises par Jean Richer sur les
D reres imprimeurs a visiblement intégré les grands principes
on usage de la publication » publié par l'avocat Louis dervin
C2La compilation, déjà aux mains de représentants d'une famille
dele et loyale à la monarchie, épouse de plus en plus les doleances de
monarchie pour la défense de laquelle elle est publie
O77Au Lecteur», ibid, vol. VIII, 1623, [p. S].
Dentence du Chastelet de Paris.., loc, cit. 0
232 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT MD
Lintégration d'un abon usage de la publication» sb0gunas par le Mercure François omino hr k
D'emblée, le message porté par le Meraure François illustre la pré.
occupation profonde du bien public dont fait preuve Jean Richer, La
place centrale occupée par lévénement de la mort d'Henri IV dans
le premier volume en est une illustration. Le rédacteur, comme les
autorités politiques du royaume, appelle de ses voeux la pacification du
royaume. Les propos tenus par le personnage du vieillard dans le récit
de réception autour de la guerre de plumes provoquée par l'impression
de libelles anti-jésuites aux mois d'août, septembre et octobre 1610
en attestent. Ce dernier exhorte les participants à la discussion et àla
paix. Le vieillard, probablement à l'instar de Jean Richer qui publie
son discours comme celui de la sagesse, voit dans la censure un moyen
d'atteindre cet objectif de pacification: h oY 9 9709
La lecture faicte par plusieurs fois de ces passages, apres un long discours que
leur fit ce veillard sur la question, s'il estoit licite de tuër les tyrans, & remonstre
quily avoit eu tant de part que dautres des particulieres personnes qui avoient
mal escrit sur ce subject, & que pour cela il ne falloit dire que ce fust une doc
trine generale, Aussi que ces exceptions, si ce n'est jugement public, que quelques
Autheurs Jesutes avoient mis en leurs livres; & célles d'aucuns Protestans,
21Li e n'est pas un commandement préalable de Dieu; devoient estre effacees, rayee
& ostees des livres où elles se trouveroient estre escrites: pour ce que noste
Seigneur en disant, Tn ne tueras point n'y auroit mis aucun si boJ n
De ce point de vue, Jean Richer et son frère Estienne après lui, partage
lopinion du pouvoir politique selon laquelle il existe un bon usag
la publication rendant nécessaire une forme de censure; et ce a les
origines de la collection. Seulement, les deux parties ne Saccorden P
Sur tous les textes considérés comme compromettants pour le bien ublic.
Lintervention du sénat de Cologne par la publication de son Apos5
décisive dans l'appréciation des textes à censurer de la part du pu voir
En novembre 1610, le maître des requêtes ne voit aucune ralso
censurer le premier volume du Mercure François, Cette communa auté de
vues explique peut-être le fait que parmi les efforts concédés pa
an
Richer dans l'espoir d'obtenir la 1levée de la censure et de I'interd
ction
98 Mercure Frangçois. , 0p. cit, vol. I, 1612, P492 P-v (pour l'année 1610)
MD
sb0gunas omino hr k
illustre la pré.
Richer, La
d'Henri IV dans
comme les
pacification du
dans le récit
l'impression
octobre 1610
discussion et àla
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bien ublic.
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ralso
communa auté de
concédés pa
an
I'interd
ction
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 233
dn Mercure, la correction des exemplaires du premier volume s'apparente
plus à un subterfuge quà une véritable mesure, La conviction des impri
meurs, répétée au gré des préfaces au lecteur et aux détours de récits
de réception', de publier pour le bien public est sans doute considléré
comme sincère par le pouvoir politique. Cest également probablement
le cas de la volonté publiée par les deux frères de livrer un ouvrage aux
vertus édificatrices, selon leur conception du tôle de l'histoire. Le passé
de Politique de Jean Richer et la loyauté du recueil à l'endroit du pouvoir
monarchique ont probalblement contribué à convaincre les autorités du
royaume. Ainsi, dès 1611, Jean Richer manifeste avoir conscience de
l'existence d'un bon usage de la publication.o
Suite à la censure du mois d'août 1612, l'auteur er l'imprimeur du
Mercaure Frangois font en sorte de témoigner de la conscience des principes
d'un bon usage de la publication de manière accrue. Certaines
préfaces dénoncent les contrefaçons dont sont victimes les deux frères.
Les enjeux sont évidemment commerciaux et financiers, comme le
rappellent d'ailleurs les extraits des registres du Parlement publiés
dans la réédicion de 1619 du Mercure, Les archives citées par le Meraure
rappellent la requête de Jean Richer, qui évoque les dépenses engagées
en 1610 pour la composition et la diffusion du premier volume de la
compilation00, Il s'agit aussi de ne pas divulguer un discours suscep
tibles d'entretenir la division dans le royaume. La préface au lecceur du
deuxième volume déplore ainsi les modifications imposées au texte du
premier volume par ses contrefacteurs genevois. La correction appliquée
par les libraires protestants transforme, d'après le libraire, un texte se
oulant neutre en manifeste protestant01, La préface du huitième volume
au Merczure François signée des initiales de Jean Richer oppose également
la volonté originelle de publier un récit de vérité qui ne soit favorable
a parti protestant ni au parti ligueur aux pratiques de certains de
urs confrères, qu'ils accusent d'être partisans. Le Mercure FrangoS est
100 « Extraits de gistres du Parlement ,Mercure Frangois,, op, cil., vol. I, 1619, [Ps]r-6v.
Lgu par ses auteurs comme un remède aux mauvaises publications
9
l00Par exemple Bergeron, «Privilege du Roy», ibid., vol. I, 1611. (°5]v
109LeLibaire an Lecteur, ibid, vol. I, 1613, Ar
primé depnis quelques mois trois Histoires de ce qui s'est pasé en l'amée mil six
ens
er, Jaictes par un mesme autheur (abus qui ne se devroit folerer) e sous de
res dans lequelles lon a insét plusienrs choses tontes contraines a a
7e
ODe comme contrainct de faire encores ce Haictiesme Tome pour la mesme subject que
234 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATRO
parmi lesquelles la publication de mensonges dénoncée par l'Aret d
la cour d Parlement. La charge répétée des hommes du Merciure Francoit
à l'endroit des publications quils estiment mensongères s'explique en
partie par l'intégration des principes d'une publication légitime face
aux dangers d'une publication séditieuse. Cette conviction éclaire les
propos publiés dans les diverses préfaces comme certaines précautions
prises au fil des publications, La prudence spontanée des frères Richer
est revendiquée plus encore après l'épisode de la censure du Mercure
Frangois. La préface au lecteur du quatrième volume du Mercure publié
en 1617 en est un exemple. Dans le but de désamorcer les critiques
susceptibles d'être provoquées par la publication d'un volume consacré
en partie aux guerres domestiques du règne de Louis XIII, l'auteur
prend la précaution de réaffirmer les principes d'une éthique de vérité
dont il déclare qu'ils guident sa démarche: «Si jay rapporté en quelque
endroict quelque traict, fa esté plustot suivant qut'un chacun avoit en la bouche
au temps que les choses descrites se sont passees, que d'aucune passion que
jeusse de ma part. [.0. Il va jusqu'à admettre la possibilité d'avoir
Commis des erreurs peut-être dans le but d'éviter quelque mauvais
procès. Lobjectif est double. Il s'agit pour une part de se conformer
aux principes publiés dans les péritextes des deux premiers volumes
Inauguraux mais aussi d'apporter à nouveau au pouvoir politique la
preuve et les garanties d'une parfaite intégration des règles du bon
usage de la pTub0li9cation. Le Mercure François publie les termes de la tyag:2UID5i31n02 2923 9rrsto
ja jait les premiera L..J », aAu lecteur», ibid, vol. VII, 1623 [p. 5-6]. Des pratiqies au
meme ordre sont encore dénoncées dans un «Advis au lecteur» publié au seuil du aix
volume duMercure Frangois en 1625. Voir « Advis au lecteur », ibid,, vol. X, 1625, IP:9-
103An lecteur », ibid, vol. IV, 1617, p. 3].
04 Entre un si grand nobre de memoires, il s'y pourra remarquer quelque chose gai era
pssee autrement qu'elle n'est ícy rapportee. Si l'on me faict ce bien de m'en advci
elle sera corrigee à la seconde impression, avec quelques fautes d'imprimerie ui se
Seront passee en ceste premiere, Adieu», ibid, -La prise en charge par le e ant angots
de la campagne de presse dont fut victime le marquis de la Vieuville, sur
des finances, constitue un autre exemple. Le Mercure Frangois revient sur réaction
du marguís face aux publications du Mercure au moment de la campa irmant
cn question. La compilation publie les critiques du marquis et y répond (nour
alors sa volonté de ne publier que les faits. Voir ibid, vol. X, 1625, P: Sur
l'année 1624) mais aussi ibid., vol. XI, 1626, p. 606-608 (pour l'annee
le marquis de la Vieuville lui-même et la campagne de presse dont 621-1626),
PFaargisn,i ePzl,o Gnu-Nstoauvrer,i tL eotp Ciniieo,n 1 p9u0b0li.que et la presse politique sous Loiis
D'ÉTATRO
par l'Aret d
Merciure Francoit
s'explique en
légitime face
éclaire les
précautions
frères Richer
du Mercure
Mercure publié
les critiques
consacré
XIII, l'auteur
éthique de vérité
en quelque
en la bouche
passion que
possibilité d'avoir
mauvais
conformer
premiers volumes
politique la
règles du bon
termes de la 9rrsto
pratiqies au
seuil du aix
1625, IP:9-
chose gai era
m'en advci
d'imprimerie ui se
par le e ant angots
sur
sur réaction
campa irmant
répond (nour
1625, P: Sur
621-1626),
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUB 235
négociation qui le lie au pouvoir politique. Ce faisant, il réafirme sa
hdelité à la monarchie. Le Mercure Frangois est une histoire politique
du cemps présent largement publiée pour la monarchie,
De la négociation à la collaboration eshdu ebatisu7
La négociation de la publication engagée entre le fondateur du Mercure
François et le pouvoir politique en 1613 devient structurante. En dépit
du retour de Jean Richer dans le paysage éditorial du Meraure au début
des années 1620, Estienne Richer reste à la têre du recueil jusqu'en
1637. Les frères Richer intègrent les principes d'un bon usage de la
publication dans lesquels ils croient. Le pouvoir politique n'a pas besoin
de controler de trop près la compilation dont l'objectif est sincèrement
de servir la monarchie, et ce, depuis 1611. La question de la reprise en
main de l'ouvrage par le père Joseph à partir de 1624 mérite à nouveau
d'ere posée. Il faut rappeler que rien ne prouve l'implication de ce der
nier dans la publication du Mercure Frangois, Mais surtout, au vu de la
probable négociation engagée entre les hommes du Mercure et le pouyoir
Comme de la posture politique des frères Richer, cette immixtion semble
inutile. Toutefois, l'arrivée du cardinal de Richelieu au conseil du roi en
1o24 a pu largement favoriser le renforcement de la coopération entre
les deux frères et les représentants du pouvoir politique. La propagande
monarchique déjà largement diffusée par le Mercure a pu bénéicier de
nouveaux soutiens. La collecte de sources effectuée par les auteurs dans
Le but de constituer leur compilation annuelle s'est peut-être trouvé
Iacilitée par l'arrivée au pouvoir d'un homme parfaitement conscient de
impact des médias auprès d'un espace public de lecteurs. La publication
a campagne de presse défavorable au marquis de la Vieuville dans le
UXIeme volume du Mercure François serait un indice du renforcement de
egociation, désormais proche de la,collaboration. Lintermédiaire
LOISI par le cardinal de Richelieu pour modeler plus sûrement encore le
Enu du Meraure est peut-être le père Joseph. Il est toutefois impossitble
afirmer et son implication a pu n'être que ponctuelle, D'aileurs,
1St Pierre qui reconnaît la publication de textes du père Joseph dans
Merc e EHangois souligne que certains d'entre eux ont été corrigés par
0 bid, vol. X, 1626, p., 653-676 (pour l'année 162)
236 3HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
le cardinal lui-même, ainsi que par le conseiller Claude Bouthillietlos
Ainsi, le père Joseph a tout à fait pu faire partie des rédacteurs du Mercan
Frangois ou plutôc des contributeurs, en fourn issant aux frères Richer
puis au seul Estienne Richer des textes à publier dans leur recueil
L'ensemble des textes publiés dans le Mercure sert la politique du gou
vernement, qu'ils émanent de rédacteurs ouvertement favorables à la
monarchie ou de contributeurs plus critiques Joel Poivte souligne par
exemple la publication par le Mercure François de la réponse de l'ancien
prorestant Jérémie Ferrier au duc de Soubise, révolté dans le sud du
royaume au milieu des années 1620Considérer que le père Joseph se
trouve à la tête de la compilation à partir de 1624 et qu'il n'aurait laissé
aux frères Richer que la charge de son impression et de sa diffusion paraît
exagéré. Il est probable que le retour de Richélieu aux affaires à partir
de 1624 ait signifié une intervention plus dirigiste du pouvoir politique
dans la ligne éditoriale du recueil. Pour autant, la fidélité des deux freres
imprimeurs à la monarchie et leur volonté de servir le pouvoir en toutes
circonstances rendait peu nécessaire un contrôle trop fort du Mercure. De
plus, conserver au recueil sa forme initiale pouvait également permettre
au cardinal de Richelieu d'atténuer l'effet de propagande peut-être trop
évident dans certains des livrets et libelles publiés par les membres
de son cabinet de plumes. Après avoir été contrefait puis censuré,le
Mercure Frangois sermble avoir été discrètement mobilisé par le pouvoir
politique omme un organe de propagande parmi d'autres. Lhypothese
est dautant plus probable qu'un examen global des papiers du cardinat
de Richelieu nous enseigne que les écrivains de ce dernier furent avant
tout d'assidus lecteurs du Merciure François, peut-être même avant d avos
pu suggérer la publication de textes produits dans leur cabinet par
recueil. Lutilisation de fragments du Mercire en vue de leur publicatio
dans les futures Mémoires de Richelieu atteste de la confiance accordee
par le cardinal - à tout le moins par ses écrivains à la compilatio
Avant d'avoir pu servir de tribune àla propagande cardinaliste, le in
Frangos est un source d'informations jugée fiable par le cardinal
106 Pierre, Benoist Le Père Joseph., op, cit., p, 224 et 264. 1p
107 A linstar de Gustave Fagniez, Benoist Pierre ucilise cette expression de co0et 219.
Mercure lrangois» pour qualífier certaines des activités du Père Joseph. Ibidn p.
et
108 DPororvzr,e 1, 9J9o0cl,,p J. E1r5é,me Ferrier (1576-1626) : du protestantisme à la Raison a Eia
Bouthillietlos
du Mercan
frères Richer
recueil
politique du gou
favorables à la
souligne par
de l'ancien
le sud du
Joseph se
n'aurait laissé
diffusion paraît
affaires à partir
politique
deux freres
en toutes
Mercure. De
permettre
peut-être trop
membres
censuré,le
le pouvoir
Lhypothese
du cardinat
furent avant
avant d avos
cabinet par
publicatio
accordee
compilatio
le in
cardinal
co0et 219.
p.
et
Eia
GENÈSE DUNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 237
Richelieu et ses écrivains, dont les notes infrapaginales des papiers du
ministre révèlent quils fréquentèrent assidument la compilacion. Les
Gditeurs des Mémoires de Richelieu índiquent au début du xx siècle que
de nombreuses annotations du manuscrit renvoient au Mercure Franois,
y compris à ses premiers volumes"Le cardinal de Richelieu peut ainsi
se contenter de surveiller la publication et peut-être, intervenir ponctuellement.
La collaboration semble fonctionner de la sorte jusqu'en 1637,
date à laquelle Estien ne Richer disparaît à son tour du paysage édicorial
du Mercure Frangors., a prtg 7erub orott
En diffusant la nouvelle de la mort d'Henri IV dans son premier
volume, le Mercure François est à lorigine dhun incident diplomatique
entre le royaume de France et la ville alliée de Cologne. Préoccupé par
la nécessité de préserver la qualité de ses relations avec son allié dans
un contexte de régence, le gouvernement français répond favorablement
aux arguments du sénat de Cologne en ouvrant le procès du Mercure
Frangois et en proclamant sa censure. La censure du Merure Frangois
prononcée par la cour du parlement de Paris le 7 aoûr 1612 Sapparente
à un incident de parcours dans I'histoire de la collection. Cette menue
concession semble avoir satisfait la justice royale. Pourtant, l'argumentaire
de l'avocat général Louis Servin indique que le pouvoir royal a une claire
Conscience du porentiel d'action de la publication comme de la nécesité
de poursuivre l'effort de réglementation de cette pratique. Son propos
Prouve que le gouvernement royal souhaiterait pouvoir la maîtriser en
decidant de ce qui est légitimement publiable. La sévérité des propos
de Matre Louis Servin et du verdict de la cour semble toutetois avoir
u vocation à contenter le sénat de Cologne, tout en sapparentant à la
ormulation de voeux (partiellement) pieux pour le régime de l'édition
croyaume de France. Le procureur général du roi accepte de revenir Sur
terdiction du Mercure en dépit de sa fermeté et négocie la publication
du Mercure avec Jean Richer une fois l'émotion passee
aussi possible de penser, sans que cette hypothèse invalide la
ACLEdIente, que, pour lors la régence reste encore trop faible pour mettre
109 PVouibr lp eanr pelxee Rmichelieu Du Plessis, Armand-Jean, Mémoires du Gardinal de Richelieu,
Pae PrEs les manuscrits originaux pour la sociétl de l"bistoire de France, t.(O00=1o1D,
aris, Renouard, Laurens, 1907, p. L44
238 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
réellement en ceuvre l'outillage juridique que la dangerosité de la pratique
de la publication justife selon elle. Ce n'est qu'en 1618 qu'une réforme
de la censure est adoptée dans le royaume de France. Après quoi, la
mise en place progressive du ministériat de Richelieu nous enseigne que
la conscience de l'infuence de la pratique de la publication imprimée
sur l'espace public ne se dément pas. Les outils pour la maîtriser ne
passent cependant plus seulement par sa judictarisation mais aussi par
la pratique de la propagande, laquelle se révèle inalement plus efficace
que la censure punitive dans l'entreprise engagée par le pouvoir de
maîtriser et d'homogénéiser les opinions en sa faveur. La réponse judiciaire
finalement fournie à Jean Richer au mois de mars 1613 peut aussi
indiquer la perception par le pouvoir de l'opportunité de controler la
diffusion de telles infornmations par une famille dimprimeurs-libraires
acquise à la cause de la monarchie, En dépit de sa réputation de recueil
périodique officiel de la monarchie forgée par la vulgate depuis la fin
du XIX Siècle, le Mercure Frangois semble attester par son histoire des
possibilités de l'évolution de sa relation avec le pouvoir politique. Peu
à peu, la négOciation se transforme en collaboration, rendue plus actIve
encore par l'arrivée au conseil du roi du cardinal de Richelieu en 1624.
La censure prohibitive se transforme peu en peu en censure positive
Avec le Mercure Frangois, Jean Richer a fondé une histoire politique
Continue du temps présent au service de la monarchie. Comme nous
allons le voir dans notre deuxième partie, le Mercure François S'attache
publier activement l'autorité monarchique, notamment en légitimant
le régime de l'exceptionnel
noatLab
snt seovil sn sp 2n aseeg sb sibz0q 12213 123
110 Catteeuw, Lauric, Censures et raiDson4s dE'Ettaat..t, ,oDp. c.i,t, pc. i3t0.0,. p. 300, osa
dnutelbsi-p Le dont en flirtant débinition périodique les rééditions aussi qu'il Conduit traditionnelles dune Chacun la compilation en 1611. Frangois Ou royau proximité Vec au domaine periodicité lercure cOnsidère aaitement Emps. e n de 1eux n tempsS acCompagnent t celle plation
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dnutelbsi-9g0ngiog esb pruzlop eipibaurot in sinsb
p tidionob eCONCLUSION12pig 2nere
Le Mercure François apparait comme appartenant à un genre littéraire
dont il pourrait être l'unique représentant. Le recueil cultive l'ambiguité
en flirtant avec l'histoire comme avec l'écrirure de l'actualité. Le travail de
débinition du Mercare François nous apprend qu'ils'agit d'une compilation
périodique poursuivant le dessein d'écrire I'histoire, dont la longévité,
les rééditions et contrefaçons attestent du succès commercial. Il sagit
aussi d'un produit éditorial qui se vend bien. En dépit de l'innovation
qu'il semble constituer de ce point de vue, une description de l'objer
Conduit à faire deux constats plaidant pour la permanence de pratiques
traditionnelles d'écriture de l'histoire. Le Mercure François se compose
dune série de vingt-cinq livres de compilation publiés entre 1611 et 1648.
Chacun de ces volumes est publié périodiquement. Or, ni la pratique de
la compilation ni celle de la publication périodique ne sont innovantes
en 1611. L'objet de l'ouvrage abonde dans le même sens. Le Mercure
Frangois déclare fermement son intention de publier I'histoire politique
Ou royau me de France comme de la chrétienté européenne, Pourtant, la
proximité temporelle des événemnents publiés dans les pages du Mercure
Vec le moment de leur publication joue en faveur de son rattachement
au domaine de l'écriture de l'actualité, en dépit de la fréquence de la
periodicité du Mercure. En réalité, la question de l'appartenance du
lercure François à un genre précis s'avère moins essentielle lorsque I on
cOnsidère que les écritures du passé et de l'actualité ne sont pas encore
aaitement distinctes et que lamatière principale du recueil est en fait
Emps. Au fil des volumes, le Mercure s'attache à mettre en ordre le
e n de pouyoir permettre à ses lecteurs de mieux le comprendre
1eux le saisir. La mise en recueil participe à cet ordonnancement
n tempsS profondément politique, Lexigence de vérité et d'absence de
acCompagnent cette mise en ordre du temps dans une éthique qui
t celle de l'historien. Ces règles éthiques expliquent la pratique de
plation comme la nature des sources convoquées dans le Mercure.
240 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Ces dernières sont revendiquées comme des témoignages-idéalement
directs, à défaut indirects-garants de la véracité des faits publiés dans
les pages du Mercure Framgois. Lhistorien reste avant tout un témoin des
événements politiques passés cest-à-dire des faits dont il estime quils
sont « remarquables » ou a mémorables ». Lhistorien décide alors de les
porter à la connaissance de ses lecteurs. Dans le cas du Mercure Frangais,
il s'applique également à fournir à son lecteur le plus grand nombre
d'outils de lecture possible afin de lui permettre d'exercer seul sa raison
critique. Bien sûr, en dépit des déclarations d'intention affichées dans le
recueil et des efforts manifestement réalisés, la lecture des événements
reste orientée par les auteurs de l'ouvrage. Leur simple sélection en est
une illustration.
Cette orientation résulte en partie de I'histoire personnelle et familiale
de Jean Richer, le fondateur du Meraure François. Sa posture politique
et son passé d'imprimeur-libraire au service du roi Hlenri W au
moment del'exil de la cours en Touraine pendant les troubles de la Ligue
expliquent la coloration loyaliste du recueil. De la même manière, les
expériences douloureuses subies par l'imprimeur Jean Richer comme
par son frère Estienne Richer pendant les guerres civiles de la fin du
XV siècle expliquent la position pacifiste défendue dans les pages du
Mercure François, particulièrement dans celles du premier volume de la
collection. Léventualité de l'existence de pratiques délictueuses de la part
de Jean Richer pendant la régence plaide pour le maintien dhune forme
de liberté de la part de l'imprimeuràl'endroit du pouvoir royal et don
pour son adhésion sincère à la monarchie et au régime politique en plc
En 1612, le Mercure François fait l'objet d'un litige commercial entre sol
fondareur catholique Jean Richer et l'un de ses confrères, le protestan
Adrian Périer accusé par Richer d'avoir contrefait le Mercure. Le renvol a
laffaire devant la Chambre de l'Édit témoigne de la permanence d
atmosphère de crainte concernant la possible réapparition de Co
interconfession nels dans le royaume suite à l'assassinat d'Henri
plus de la défense d'intérêts commerciaux certains, puisqu l S
de poursuivre l'aeuvre à succès de Pierre-Victor Pa yet décèdé
en 1610, c est justement la crainte de voir ces conflits réapparalu u
Semble avoir poussé Jean Richer à publier le premier volume du Mer
Frangois, quelques mois après la disparition du roipacificateur. e
de vérité revendiquée par Jean Richer s'avère ne pas être une
de neutralité., Merzure et de la A cet Iobjectif d'ailleurs profondément d'Adrian dernier François du roi but de suites de Cologne Servin une rapide à la fois lignes, bénéfices e premier cette sous en publie Semble POuvoir cntamee Concessions au Mercure s de corriger u a lecture de sa P Louis ES tournis avOirà rement publication ne ceux
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e
GENÈSE D'UNE COMPILATION D'HISTOIRE POLITIQUE 241
de neutralité., Les usages politiques de la publication de l'histoire par le
Merzure François sont ceux du maintien du régime de paix dans le royaume
et de la légitimation du roi Louis XIl comme celle du régime de régence.
A cet autre égard, le Merure Erangois est un objet politique qui poursuit
Iobjectif d'assurer la continuité du régime politique, Les acteurs sont
d'ailleurs nombreux à considérer le Mercure François comme un objet
profondément politique. En effet, loin de se solder par la condamnation
d'Adrian Périer pour contretaçon, la confrontation judiciaíre entre ce
dernier et son confrère Jean Richer aboutit à la censure du Mercure
François et à l'interdiction de la poursuite de sa publication, Les gens
du roi confisquent le litige commercial aux deux Justiciables dans le
but de régler un incident diplomatique provoqué par le traitement des
suites de la mort du roi Henri IV dans le territoire de la ville impériale
de Cologne par le Mercure François. Le plaidoyer de l'avocat royal Louis
Servin attaque les écrits dangereux publiés dans le recueil et en propose
une rapide typologie. Le texte de l'argumentaire de Louis Servin relève
à la fois du factum judicaire et de la réponse diplomatique. Entre les
lignes, Louis Servin théorise les limites de la liberté d'imprimer et les
bénéfices de la censure. Il existe un « bon usage de la publication » que
e premier volume du Mercure François n'a pas respecté. Pourtant, malgre
cette condamnation, la publication de la collection reprend dès 1613
sous l'égide du frère du fondateur du Mercure François, Estienne Richer
en publie le deuxième volume quelques mois après sa censure. Celle-
Semble avoir été révisée suite à une requêre de Jean Richer adressée au
POuvoir royal. Afin de permettre la poursuite de l'entreprise éditoriale
cntamee en 1611, l'imprimeur-libraire a probablement offert quelques
Concessions au pouvoir royal, Jean Richer s'efface du paysage éditorial
au Mercure François, cédant la place à son frère Estienne. Il tart la pro
s de corriger les passages considérés comme problématiques suite
u a lecture du Mercure par le sénat de la ville de Cologne et témoigne
de sa volonté d'intégrer le « bon usage de la publication » formule
P Louis Servin. Le pouvoir royal semble considérer comme sincères les
ES tournis par les frères Richer et surtout, il comprend lintérët quil
avOirà favoriser la poursuite d'une publication spontanement et
rement loyale au régime monarchique. Ce sont sur les fondements
publication négociée, ménageant les intérêts des frères Richer
ne ceux du pouvoir roval que la publication du Mercre krangoLs
242 u0HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
se poursuit après 1613. Le reglement de cer épisode judicaire achève
donc le processus de genèse du recueil. Ce dernier, dès son deuxième
volume, S'attache à poursuivre le témoignage de son attachement a
régime monarchique et à en défendre la légitimit. Volume après volume
le Merere Frangois publie l'autorité monarchique, en légitimant, par
exemple, le régime de l'extraordinaire. Le Mercure François est donc une
compilation périodique qui publie une histoire politique dans le but de
défendre un régime auquel ses auteurs sont profondément et sincère
ment attachés. Il est possible de le qualiier de livre continu d'histoire
politique du temps présent.
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LÉGITIMER
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DEUXIÈME PARTIE
LÉGITIMER LE RÉGIME DE L'EXCEPTIONNEL
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ETAT TMAIXUI
J3VMOTsaxar d aMIDI1 aI AaMITIOIL
AaMITIOIL
En s'apparentant à une action politique forte, correspondant de la
parc de ses auteurs à une forme d'engagement politique et civique
Técriture et la publication du /Mercure Brançois rejoignent les intérêts du
pouvoir politique La coïncidence de la posture politique des auteurs
du Mercure François et des intérêts de 1l'Etat se poursuit bien au-delà de
la période potentiellement critique pour la monarchie, immédiatement
postérieure à a mort d'Henri IV. Lautorité monarchique er sa légitimitéE
ont particulièrement besoin d'être publiquement afirmées pendant
la régence. Le recueil tient compte de ces nécessités et poursuit son
entreprise de publication de l'autorité royale. Cette publication se veut
performative et a pour objectif de permettre la réalisation et le plein
accomplissement de l'autorité monarchique. 'engagement politique des
aureurs du Mercure Frangais explique la continuiré de cetre entreprise
au ceur de boulevetsements politiques profonds. Cette constance ne
doit pas étonner. Jean et Estienne Richer appartiennent à une famille
d'anciens Politiques convaincus et incarnent rapidement ceux que lon
appelera les «Bons François» dans les premières décennies du xvir siecle
Vaction et l'évolution du parti des Politiques dans la première moitié
du xvT siècle posent la question de l'identité du véritable bénéficiaire
de l'engagement politique de ces derniers. Le concourS pölitique des
anciens membres du tiers parti, manifesté par leur opposition anti
igueuse, a-til bénéficié à un Etat autonome comme ils le souhaitaient
ou a-til plutôt assuré la réussite politique du cardinal de Richelieu, y
Compris au détriment de l'État, comme le suggèrent certains anciens
1gueurs et leurs héritiers, notamment le garde des sceaux, Michel
e Marillac? Un lien structurel crès clair se dessine entre le Merczre
Uangois et la raison dErat. Il convient, toutefois, de poser la question
YT32
GRIHT . COm me action voir les travaux collectifs du GRIHL, en particulier
De la publication. Entre Renaissance et Lumières, op. cit. Sur la question de l ecriture
d on, mais aussi de l'écricure comme engagement en particulier dans les ecrIS
0 privé voir Luciani, Isabelle (dir.), Récit de soi, préience au monde Iugemenis enga
gements (Europe, Afrique, xvf-xxf sitl), op, C
d, Christian, Ricbelien et Pecriture du pauvoir. Autour de la journt des Dupes, P, Cl P.291-293. Dpo80003 9te b2
246 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
de l'infuence de l'action et de l'évolution du parti des Politiques sur
ce lien dans la première moitié du xVIr" siècle. La nature de la relation
entre le Mercure Frangois et la raison d'Btat peut-elle lui permettre de
se situer au-delà des questions de partis et de personnes ? Il apparaît
clairement que, sous le règne de Louis XII, le Mercure François reste
au service de l'Etat et de la raison d Etat, y compris lorsque celle-ci ne
passe plus par la recherche de la paix, En raison du faible écho de la
réception du Mercure Framgois dans les sources, il semble difficile d'afirmer
clairement la capacité de l'ouvrage à avoir effectivement contribué au
succès politique du cardinal de Richelieu et, si l'on suit les thèses du
parti des Dévots développées par Michel de Marillac, ce faisant, à avoir
nui au développement d/un Etat autonome, Ce constat n'empêche
pas d'émettre l'hypothèse selon laquelle le cardinal de Richelieu a pu
identifier la compilation comme l'un des outils susceptibles d'assurer
le succès de sa politique
A plusieurs points de vue, le Merciure François est un recueil de la
raison d'Etat. La conviction politique de ses fondateurs contribue à
cette identité, comme le contexte de la publication et la difusion par
le Mercure François de plusieurs coups d'Etat susceptibles de modifier
la physionomie de l'autorité monarchique dans le royaume. Louvrage
poursuit son action politique de publication de l'autorité monarchique
en affrontant les coups d'Etat, en les assimilant et en les légitimant par
lajustement de son propos. Pour cette raison, l'analyse de l'intégralite
de la collection sur toute sa période de publication est nécessaire, Ele
implique, un examen du Mercure François au-delà de sa période de genese
Cette méthode doit croiser la conduite d'études de cas fouillées sur des
evenements précis. Cette démarche permet d'éclairer de plusieurs coup
de projecteur le traitement opéré par le Mercure François dévenemel
signincatifs, Le choix de ces événements est nécessairement die le
contexte politique de publication du recueil en raison de son cara
profondément politique. Comment le Mercure Frangois agit-1l ou pe
l agir sur le politique? Plusieurs événements serviront de poin
départ à l'exploration de ces mouvements du Meraure en directo
politigue. Ils sont de deux types et S'inscrivent dans une pe chro- Aott
nologique souple. Tous ont pour point commun d ayoirs Arfois
de justihcation de la part du Mercure François, relayant d'ailleurs pa
le même type d'effort de la part du pouvoir monarchique.
Les exceptionnels chéories de France y compris majesté, encore roi contre Journée cette vise ou Ja tête participer. travail le recueil du Mercure Dévots Lautre dans pouvoirs de la Mercure COnnaissance die I'autorité Perception a mort Popos Secles 21e, d D es ps Macrient osrdérations
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Arfois
LÉGITIMBR LE RÉGIME DE L'EXCEPTIONNEL 247
Les premiers sont des événements considérés comme relativement
exceptionnels et illustrent partaitement l'actualisation concrète des
chéories de la raison dEtat en plein épanouissement dans le royaume
de France depuis la fin du xv siècle. l sagit d'événements qualifiés,
y compris par leurs contemporains, de coups d'Btat ou de coups de
majesté, L'assassinat du favori de la reine Marie de Médicis en 1617 ou
encore le maintien dans ses fonctions du cardinal de Richelieu par le
roi contre l'avis de Matie de Médicis en 1630 à loccasion de la célèbre
Journée des Dupes en sont les deux exemples principaux. Ces deux événements
marquants constituent également les bornes chronologiques de
cette partie en l'encadrant de manière très souple. Chacun d'entre eux
vise ou a pour conséquence une reconfiguration des rapports de force à
Ja tête de l'Etat et le Mercure Frangois doit en tenir compte si ce n'est y
participer. Is sont respectivement étudiés dans le chapitre vi de notre
travail consacré au traitement de l'assassinat de Concino Concini par
le recueil et dans le chapitre vIII dédié à la publication participative
du Mercure François au coup d'Etat ayant conduit à l'échec du parti des
Dévots réunis autour de la reine-mére,
Lautre type de faits s'inscrit autant dans le régime de l'ordinaire que
dans celui de l'extraordinaire au sens d'une pratique exceptionnelle des
pouvoirs justifée par 1'existence de circonstances particulières. Lexamen
de la pratique du duel sur l'ensemble des volumes de la collection du
Mercure Frangois conduit dans notre septième chapitre autorise à affhner la
COnnaissance des modalités de la participation de l'ouvrage à l'athrmation
die I'autorité monarchique envers la noblesse. Il rend également possible la
Perception des spécificités de l'épisode exceptionnel de la condamnation
a mort et de l'exécution des duellistes Montmorency-Bouteville et des
Popos du succès des chéories de la raison d'Erat en France au tournant des XVI' er
Secles voir notamment Jouanna, Arlette, Le Prince absolu, Apogée d dalin de l'tmagimaire
21e, op. cit., p. 75. A propos des théories de la raison d' Etat en generil comme a
Sesalceuvre àl'époque moderne voiraussi Church, William E, Richelieu and reason
e Ernceton, Princeton University Press, 1972 comme Catteeuw, Laurie, enues es
d a, Oe bistoire de la modernité politique, op, cit, ou encore Thuau, Etlen ne, Kalso
D pensée politique à l'époque de Richelieu, op, cit. Voir également Zarka, Yves-Charles,
e deraison d'Erat. Théoriciens et théories de la raison d'Etat aux Xvr et xVir srecles, oP, CIs,
es coups d'Etat voir en particulier Naudé, Gabriel, Considbralions poliiiquer sur
ps d Etat, Paris, Les Éditions de Paris, 1988 [1639) et la préface que propose Louis
Macrient essai. Marin, Louis, « Pour une théorie baroque de l'actionpolitigue, Lecture
osrdérations politiques sur les coups d'Etat», dans 114-) P: o248
HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Chapelles en 1627, comme de leur traitement par le Merczure Français,La
nécessité de mettre en perspective cet événement particulier au repar
du caractère banal des duels explique l'allongement de la période chronologique
examinée dans ce septième chapitre en deça de l'année 1617
et au-delà des années 1630-1633. Cest, en eftet, en 1633 qu'est publié le
volume du Mercure Framçois relatant la Journée des Dupes et le coup de
Compiègne. Lépisode exceptionnel du duel de Montmorency-Bouteville
en 1627 S'apparente aussi à une forme de coup d'Etat à tout le moins
de coup de force de la part du pouvoir monarchique, et Sinscrit dans
l'accomplissement de certaines théories de la raison d'Etat. Pour cette
raison, le chapitre vil de notre travail se consacre également aux pratiques
d'écriture mobilisées par le Merciure François afin de justifier là
condamnation à mort des deux duellistes en 1627 et de considérer les
moyens mis à l'æuvre par le recueil pour tenter d'agir sur le politique.
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Le qui en fondamentalement de la paix rang desquels Louis Suitte depnis de Lonudan personne du Roy Sestoient Mareschal larrêt SOn epouse CVile. liberation Concin. recueil 4 Capture ligne Populaire Ce Comme PpOSIcion ne Le ECUEIOn Mercure 2 bid, Marie de
La
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chronologique
1617
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de
Bouteville
moins
dans
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pratiques

les
politique.
2oid
2092
LASSASSINAT DE CONCINO CONCINI
Le titre du quatrième volume du Mercure François déploieun sous-titre
qui en précise le contenu et place le lecteur dans un contexte politique
fondamentalement différent de celui de son premier volume. L'Histoire
de la paix laisse la place à une histoire émaillée de conflits, au premier
rang desquels ceux ayant opposé la reine Marie de Médicis à son fils
Louis XIII. La Suitte de l"'Histoire de la paix devient les Memoires de la
Suitte de l'Histoire de nostre temps [] Contenant, La Seconde Guerre Civile,
depnis la Closture des Estats tenus à Paris en Fevrier 1615, jusgues à la Paix
de Lonudan en May 1616. Et, la Troisiesme Guere Civile, depuis l'arrest de la
personne de M. le Prince de Condé, en Septembre 1616, jusques àla Dedaration
du Roy en favenr des Princes, Ducs, Pairs & Officiers de la Couronne, qui
Sestoient esloignez de sa Majesté, Et P'Arrest de la Cour de Parlement contre le
Mareschal d'Ancre & sa femne, executé le 8, Juillet 1617 Lexécution de
larrêt de la cour du parlement de Paris contre le maréchal d'Ancre et
SOn epouse est done considérée comme le point final à la troisième guerre
CVile. Le mécontentement des Grands du royaume s'apaise non grice à la
liberation du prince de Condé mais à la suite de l'assassinat de Concino
Concin. Larrestation du prince de Condé est pourtant identifiée par
recueil comme le point de départ de la révolte nobiliaire de 1616.
4 Capture du prince marque le point de départ d'un changement de
ligne politique mal accepté par la noblesse comme par une frange plus
Populaire du royaume. Jean-François Dubost considère l'arrestation du
Ce Comme un coupd'Etat politiquement raté en raison de la reaculon
PpOSIcion qu'elle suscite et des prolongements confictuels quelle
ne Le titre du quatrième volume n'est pas aussi explicite, pourtant
ECUEIOn du couple de favoris est perçue comme le principal tactebr
Mercure François,, op. cit., vol. 1, 1611
2 bid, vol. IV, 16l7.
Marie lbid., vol. do VI, 1621, P. 534 (pour l'année 1619). Voir à ce propos Dubost, Jean-François, de MEdicis. La reine dévoilée, op. cit, p. S01-09 et 22
250 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
fapaisement de la révolte par le recueil. La disparition du maréchal er
de son épouse contente les princes révoltés et les incite à rentrer dan
le rang, La déclaration du roi en leur faveur, mentionnée dans le soustitre
comme l'une des bornes chronologiques finales au confit est l'une
des conséquences de l'assassinat du maréchal. L'application de l'arrêt le
condamnant de manière posthume en est une autre, Laboutissement
de ce conflit prend également la forme de la condamnation de Léonora
Galigai, l'épouse du maréchal d'Ancre, par le même arrêt.
Lexécution du maréchal d'Ancre et de son épOuse Léonora Galigai
est qualifiée dès le xv siècle de coup d'Etat par le théoricien politique
Gabriel Naudé', D'après lui, l'élément permettant de distinguer
les maximes et raisons d'Etat des coups d'Etat n'est pas tant le secret,
commun à toutes formes d'arcana imperii que la chronologie de sa
publication:
les coups d'Etat, L] peuvent marcher sous la même définition que nous
avons déja donnée aux maximes et à la raison d'Etat, qui'elles sont L-] des
adtionsthardier et exdraordinaires que les prines sont contraints d'extcner aux afaires
difficiles et comme désepérées, contre le droit commun, sans garder même ancun ordre
iforme de justice, hasardaut lintérêt du particulier pour le bien dun public, Mais
pour les mieux distinguer des maximes, nous pouvons encore ajouter, qu'en
Ce gu se tait par maximes, les causes, raisons, manifestes, déclarations e
3 toutes les formes et façons de légitimer une action, précèdent les effers er
es opérations, où au contraire dans les coups d'Etat, on voit plutôt tomber
le tonnerre, qu'on ne l'a entendu gronder dans les nuées .], I frapfe avan
ipnque d'edater, les matines s'y disent auparavant qu'on lesi sonne, L'execui
précède la sentence .}bao) mmg s5 no1072313
b sb ai0q 3 sfar
La publication du coup doit donc être postérieure à sa réalisation.
procès condamnant la victime du coup d'État doit être instruit apre
le déroulement de ce coup comme sa publication. Le Mercure I1angu
partipe rapidement à la médiatisation du coup d'Etat dirige co
le maréchal d'Ancre, Le processus de publication du coup d
Sapparente à une vaste entreprise de justification du coup investissa
de nombreux supports°. Nous proposons d'analyser l'entreprise d
54 TNbaiudd.é, ,p G. a1b0r1ie.l, Considérations politiques sur les coups dÉLat, op. cit., p. 101-10
6 Sur la campagne de justification du coup de majesté en général, voir Ducc e ead
Fare voir, jaire croire, Lopinion publique sous Louis XIII, op. cit, Voir eg lement e
médiatisation d'Ancre aux spécificités rapports spécifique Comment d'avril après légitimation la publication?La monarchique dans de l'autorité mère certain opinion Spécihcités Sique Separant faire evenements. vers oCti Satinalité rgal, on Ol C. 7A pire pos X ormaux, us
er
dan
soustitre
l'une
le
Laboutissement
Léonora
Galigai
politique
distinguer
secret,
sa
nous
des
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ordre
Mais
qu'en
e
er
tomber
avan
L'execui
apre
I1angu
d
ead
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 251
médiatisation et de justíhication du coup d'Etat contre le maréchal
d'Ancre par le Mercure krançois en accordant une importance particulière
aux spécificités du recueil. Cette question a pour corollaire celle des
rapports entretenus entre l'ouvrage et le pouvoir en place au moment
spécifique d'une transtormation radicale du dispositif de pouvoir.
Comment le Mercure François s'adapte-t-il à la succession de changements
politiques entraînés par les coups d'Etat de septembre 16165et
d'avril 1617? Quelle posture politique est adoptée par la compilation
après l'éloignement du pouvoir de la reine Marie de Médicis dont la
légitimation de la régence ayait été l'un des facteurs déclencheurs de
la publication?nob zoiupbxab 14 rozRnhnos e
La compilation affirme autant qu'elle salue le retour de l'autorité
monarchique après une période de régence pourtant largement soutenue
dans ses précédents volumes. Elle participe à la construction médiatique
de l'autorité monarchique dont linfluence du couple de favoris sur sa
mère avait privé le roi. Pour ce faire, le Mercure Frangais développe un
certain nombre d'arguments convenus comme l'assimilation d'une
opinion publique populaire à la volonté divine tout en mobilisant les
Spécihcités du recueil, parmi lesquelles la création d'une proximité phy
Sique inédite entre des textes jusqu'alors épars et la distance temporelle
Separant les événements de leur publication, y compris dans le but de
faire perdurer les effets de la justification du coup d'Etat à distance des
evenements. Les procédés d'écriture utilisés par le /Mercure convergent
vers la construction de l'affirmation d'une reconnaissance unanime de
oCti grandeur et misère du favori de Marie de Midicir, Paris, Albin Michel, 1991 mais
gonard, Marie-Madeleine, « La mort de Concini imprécations et derision
Satinalité et sa mise en éeriture aux x-xV et XVir sieele. Espague, Ttalie, rance
rgal, textes réunis par Civil, Pierre et Boillet, Danielle, Paris, Presses de la Sorbonne
elle, 2005, p. 121 ainsi que Dubost, Jean-François, Marie de lMEdics. 0P. Cih
on 1 endre compte dun assassinat politique : la mort du maréchald'Ancre
Ol inversion dans I'ordre des raisons», Dix-septième sitele, 2017/3 (n°276), p. 599428,
Or galement l'analyse de l'usage de l'événement dans la communication politique
e royaume de France et 1Empire réalisée par Camille Desenclos. Desenclos
C. Les mots du pouvoir s la communication politique de la France dans ie
7A pire au début de la guerre de Trente Ans (1617-1624)P,OP. cit,, p. J64-508,
pos de la notion de adispositif de pouvoir » voir Foucault, Michel, Le Pouvotr
e fait de X ge, cours au College de France, 1973-1974, Paris, Seuil, 2005 ainsi que tad, Les
ormaux, cours au Colldge de France, 1974-19D, Faris
Oie par Christian Jouhaud à propos de l'évolution de la monarchie française
us ichelieu. Jouhaud, Christian, Richelieu ea lécriture du pouvoir. o ) P: C, P:. 2
252 HISTOIRE IMMËDIATE ET RAISON D'ÉTAT
lautorité royale. Les efforts réalisés à cette fin laissent toutefois trang
paraftre I'existence de quelques contrad ictions dans le traitement de
lassassinat de Concino Concini par le Mercure Frangois, o u
Olat dm UNE VASTE ENTREPRISE ÉDITORIALEog amm
igen02 a 1DE JUSTIFICATION POLTIQUE o 1wb
L'arret de condamnation et d'exécution de Concino Concini et
Léonora Galigai, désigné aux côtés de la Déclaraition du Roy comme
l'autre document officiel destiné à clore l'antagonisme des Grands
face au pouvoir royal trouve sa raison d'être dans la justification de
l'assassinat de Concino Concini par les hommes du roi et sur ses
ordres Ilsagit de transformer 1l'exercice de la justice extraordinaire
utilisé parle roi pour faire abattre le maréchal en celui d'une justice
ordinaire. Cest pourquoi Louis XII organise un procès post-mortem
afin de condamner le maréchal d'Ancre et faire en sorte d'«accorder a
posteriori justice ordinaire et justice extraordinaire». L'existence même
d'un arrêt dont le Mercure affirme qu'il est reproduit grâce aux archives
du Parlement vise à transformer la justice retenue du roi attestée par la
mort du maréchal en une justice déléguée dont les acteurs sont aussi les
parlementaires (et plus uniquement le roi, donc). Le recours à la justice
ordinaire du roi, matérialisé par la rédaction d'un arrêt du Parlement
reproduit dans le Mercurel, a vocation à normaliser le crime politigque.
Le Meraure insiste d'ailleurs sur le fait que le « procez à la mémoire du
Mareschal d'Ancre, à ladite Mareschale, & à leurs adherents » emprunt
parliess formes ordinaires de justice'». Cest pourquoi un seul arret
l encontre des deux accusés: la justice extraordinaire qui s
abattue sur le maréchal d'Ancre se formalise au contact de la
ce
8Delaration dir Roy en faveur des Primces, Diucs, Pairs, Seigneurs & autres qui s'estosent es
de Sa Majeste, Donnée au bois de Vincennes au mois de may 1617 &publiée a Paru eU
le 12 desdits mois &an, Paris, chez Antoine Estienne, 1644
9 Ducini, Hélène, Faire voir, faire oroire. ,op, cit., p. 318,
10 «Epoxturar iIc'at ndneése R 1e6g1is7t)r.es du Parlement », Mercure François, op, cit., vol. IV, 1617, p. 226-250
11 lbid., p. 224.
ordinaire rOVal François LB MERGURUE DE JUSTIFICATION Lentreprise la mort ont pu temps Duccini pamphlets 70 % noms occasionnels, La place Leur la place mportante., dans dAncre de la ort du 10 correspondent echal le Mercare est possible e a la ous-titre les hostilités e pour et contre 2
d elene, des Camille,
trang
de
amm
1wb
et
comme
Grands
de
ses
extraordinaire
justice
mortem
a
même
archives
la
les
justice
Parlement
politigque.
du
emprunt
ce
es
250
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 253
ordinaire appliquée à la maréchale. La justification du coup de majesté
rOVal est aussi d'une vaste entreprise éditoriale à laquelle le Mercure
François participe largement,sizioiil bb toor s 5en spnav
LB MERGURUE ACUE CNETNRTREE DDUU DDISISPOPSOIIT hIRn b12z1 1s6b 3u1r5eq b7 01s015-h2
DE JUSTIFICATION MEDIATIQUB
Lentreprise éditoriale de justification mise en place au lendemain de
la mort de Concino Concini est intense. Si l'on en croit les sources qui
ont pu être conservées, elle rivalise avec la production pamphlétaire au
temps de la Ligue ou au moment de l'assassinat du duc de Guise. Hélène
Duccini souligne que la Bibliothèque Nationale de France conserve 76
pamphlets et 151 éditions autour de la mort de Concino Concini soit
70 % des pamphlets conservés pour l'année 1617. Dans le tableau des
noms des imprimeurS-libraires ayant partiCipé à la publication de ces
occasionnels, on constate Il'absence des frères Richer vl0b
La place de la mort de Concini dans le Mercure nb beaD
Leur recueil n'ignore cependant pas l'événement. Quanticativement,
la place consacrée à la mort de Concino Concini er à ses conséquences est
mportante., 19% des 240 pages consacrées au traitement de l'année 1617
dans le quatrième volume du Mercure ont pour objet la mort du maréchal
dAncre et ses suites, soit 46 pages. En revanche, à l'aune du traitement
de la troisième guerre civile par le recueil, la part de la relation de la
ort du maréchal est plus modeste puisqu'elle sélève à 9,4%. Ces
10 correspondent cette fois-ci aux 46 pages traitant de la mort du
echal dAncre et de ses conséquences sur les 487 pages dediees par
le Mercare à 1la période de la troisième guerre civile dans le royaume
est possible de comptabiliser le nombre de pages consacrées par le
e a la troisième guerre civile grâce à la périodisation indiquée par
ous-titre du volume, Le sous-titre de ce quatrième volume fait debuter
les hostilités au mois de septembre 1616 avec l'arrestation du prince e
e pour les faire se terminer le 8 juillet 1617 avec I'exécution de
et contre le maréchal d'Ancre et son épouse. La mise en page deinit
2
d elene, Faire voir, faire cToire..o, op. cit., p. 324, 328 et 330,-Sur la taxinomie
des diffSé rimenptrsim imésp ernim céirscu elant iocnir,c yuol1ir aleti otr a2y9a2il -d3e2 C9.amille Desenclos. Desenclos, 22 Camille, « Les mots du pouvoir.,0p. Ci3 P- -
254 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
également cette périodisation. La période historique précédant la guerre
civile s'achève ainsi à la page 175 de l'année 1616 du quatrième volume
avant que ne débute le récit de la troisième guerre civile à la page 177
Le lecteur peut ainsi lire le mot « Fin» au bas de la page 175 et lire le
sous-titre de la période suivante page 1773, A ces 46 pages s'ajoutent,
dans certaines éditions seulement, les deux fo1s huit pages exclusivement
vouées au procès du couple de favoris rejetées en fin d'ouvrage. Ces deux
livrets ne sont insérés dans aucune division chronologique de ce volume
(qu'il S'agisse d'une division propre à l'année civile ou aux périodes de
confli) et sapparentent à deux volets d'un même dossier thématique.
Les deux textes sont placés l'an à la suite et l'autre et leur pagination
est reprise à zéro. Ils ne sont pas mentionnés dans la table des tomes"
Iexiste au moins trois éditions différentes du quatrième volume du
Mercure Frangois, toutes datées de l'année 1617. On trouve les textes des
deux livrets de huit pages reproduits dans l'exemplaire du quatrième
volume du Merczare conservée à la bibliothèque de l'École des Ponte
et-Chaussées et dans celui de l'une des deux collections conservées à
la bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence, mais pas dans l'autre par
exemple. I1 est difficile d'expliquer la raison de l'absence de ces pieces
de certains exemplaires du quatrième volume du Mercaure. Il est toutefois
possible d'émettre des hypothèses. Leurs formats évoquent ceux de livrers
qui auraient couru à la suite du procès. Dans I'hypothèse d'au mons
deux impressions successives du Mercure au cours de l'année 161/ (des
15 Mercure Frangois. e op. cit, vol.IV, 1617, p. 175-177 (pour l'année 1616)
14 Nous propasons ainsi d'indiquer leur propre pagination (de la page L a la pas
) avant
dindiquer entre crochets ce qu'aurait été leur pagination si elle n'avait pas ete in
ompue. Sur le site diu GRIFL, Cécile Soudan a réalisé la numérisation des pags
Mercure dans l'ordre. Laplace des deux livrets dans le dossier numérique corresP ad donc
a ieur place dans le Merure François, voir http://mercurefrancois.chess.fr/index.phP
gory/44, consulté le 16/08/2016. Voir également«Chapitre du proces faict a i
mémoire
de Conchino Conchine, n'agueres Mareschal de Brance, &a Leonora ou5 ict A la
ibid, 1617, P. 1-8 (p. 241-248) et le «Recueil des charges qui song alicaj sa
Memoire de Conchino Conchinin'agueres Mareschal de France, & à Leon0 Tes
vesve, sur le chef de crime de leze-Majesté divine, ibid, 1617, p. 1-8 Up a rette
deux ticres sont également ités par Jacques Lelong et Charles-Marie Feyret
Fontet
dans Lelon8, Jacques et Fevret Fontette, Charles-Marie (de), Bibliothegue e de la de
Franae contenant le catalogue des ouvrages iniprimés & manuscrits qui Eraitens PHisora
ce royanme, t, , Paris, Hérissant, 1769, p. 414 parmi d'autres sources none sojent
ent des
mpaemntpionnientéss a. utour de lévénement sans que des noms d'éditeurs ou d'auteul
Gditions se crouvantà de 1617) à Estienne telles possibilité, Comme livrets pièces couple Ces 12% et des Concino Le Merczure suscitée plus ST lon ce qui Se voulant redacteur Crout aileurs, Paet, Ls evenements Fourtant, une CEdes ement CCOncini, dnouvelles. 15
16 Merca bia., 18 17 de nolvel hoLvelles
guerre
volume
177
le
s'ajoutent,
exclusivement
deux
volume
de
thématique.
pagination
tomes"
du
des
quatrième
Ponte
à
par
pieces
toutefois
livrers
mons
des
avant
donc
mémoire
la
sa
Tes
rette
Fontet
de
sojent
des
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 255
Gditions conservées à la bibliotheque Méjanes d'Aix-en-Provence et celle
se crouvantà lEcole nationale des ponts et chaussées datent toutes trois
de 1617) le laps de temps entre les deux impressions aurait pu permettre
à Estienne Richer de collationner ces deux pièces avant de les insérer
telles quelles, à la fin de l'ouvrage er en dehors du reste du récit. Autre
possibilité, les textes ont pu avoir été arrachés de certains exemplaires
Comme c'est le cas de certaines illustrations iconographiques. Enfin, les
livrets ont pu avoir été prévus sans avoir été insérés. Lorsque ces deux
pièces sont présentes, la proportion de pages revenant sur la chute du
couple Concini s'élève alors à 12% du volume de la Troisiesme guerre civile.
Ces 12% représentent les 62 pages (composées des 46 pages déja évoquées
et des 16 pages rejetées en fin de volume) consacrées à l'assassinat de
Concino Concini sur les 487 pages dédiées à la troisième guerre civile",
Le Merczure lui-même souligne l'abondante production écrite et imprimée
suscitée par la mort du maréchalet semble vouloir adopter une attitude
plus sobre, en tout cas plus concise, dans le traitement de l'information
ST lon vouloit mettre tout ce qui a esté escrit sur cette mort, il en faudroit
faire un gros volume à part, mais nous n'insérerons icy seulement
ce qui est du faict, & le récit qui en a esté imprimé"o, Cette citation
Se voulant explicative S'avère en réalité plutôt obscure. D'une part, le
redacteur ne prend pas la peine de distinguer « ce qui est du faict» et
Crout ce gui a esté escrit sur cette mort». La compilation semble, par
aileurs, établir une hiérarchie entre les événements majeurs à proprement
Paet, designés par l'expression de « faits » ou «choses remarquables » et
Ls evenements de seconde catégorie parfois qualifiés «d'entrefaictes"
Fourtant, il semble ici que la distinction proposée corresponde plutor a
une diférence entre des nouvelles relevant de la pure description factuelle
CEdes nouvelles relevant du discours provoqué par les faits eux-memes,
ement dit entre des nouvelles et des métanouvelles A propoS de
CCOncini, le Mercure semble se défendre de publier ce second
dnouvelles. Cette dénégation reste peu claire dans la mesure ou
15
16 Merca oso p. Cil., vol. IV, 1617, p. 177 (pour l'année l616),
bia., p. 194 (pour l'année 1617).
18 17 Ibia Ol AVII, 1633, p. 854 (pour l'année 1632)
de e Consacré au traitement de la mort d'Henti W nous avons appelé ce type
nolvel metanouyelles, Cest-à-dire les nouvelles sur les nouvelles ou plutöt les
hoLvelles constituées des discours sur les nouvelles.
256 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
le recueil admet publier notamment «le récit qui en a esté imprimé),
à moins d'admettre l'hypothèse selon laquelle le récit officiel des faits
est considéré par les contemporains comme I'équivalence parfaite des
faits eux-mêmes. Cette perspective souleve a nouveau la question du
Statut cognitif de la &réalité » de lhistoire mais aussi des différentes
catégories du litréraire pour les contemporains La formulation adoptée
par le Mercure semble être une manière pour l'ouvrage de revendiquer
le caractère uniquement descriptif et factuel de ce texte. Léventualité
de la présence d'une argumentation dans les pages du Meraure, à travers
ce texte ou dautres ne doit cependant pas être écartée. inono)alqpoy
Upo
La constitution du recueil au plus près des événements A O 2a
Le décalage temporel séparant les événements de la publication du
recueil est icd relativement faible, atténuant ainsi l'une des caractéristiques
du Mercure Frangois. Estienne Richer reçoit les privilèges d'impression
royaux pour la commercialisation de ce volume du Mercure Frangois le
1 août 1617 soit seulement trois semaines après l'exécution de Léonora
Galigai Le laps de temps séparant le déroulement des événements
de leur publication dans les pages du Mercure Frangois n'excède pas
quelques mois tout au plus, Estienne Richer est probablement en train
de mettre les dernieres pierres à l'édifice du quatrième volume du Mercire
Frangois lorsque Concino Concini est assassiné au mois davril ol
La composition de la fin du recueil est quasiment contemporaine au
déroulement des événements relatés au contraîre de ceux de l'année 1616
par exemple. Ce constat abonde dans le sens de l'hypothèse de plusieus
impressions au cours de l'année 1617, émise afin d'expliquer Iabsence
de deux pieces relatives au procès de Concino Concinií et de son époLS
dans plusieurs exemplaires du quatrième volume du Mercure Frangos
Le processus de constitution du recueil se rapproche ici partielleni
19 Ce cexte est probablement celui rédigé par les frèrcs Luynes.
20 Sur ces questions voir par exemple Schaefer, Jean-Marie, «Queles TnPetrine,
hctions, Homme 2005/3 (n°175-176), p. 19-36. Voir également Galland-tlany
Hallyn, Fernand (dir), Poltiques de la Renaissane. Le modèle italien, le mondejanoCandie,
e Leur berage en FraNce au xvf siecle, Genève, Droz, 2001 ou encore 5alavo
Laurens, Pierre (dir), La statue et U'empreinte. DLa poétique de Scaliger, AcES au G
Centre de la Renaissance de Tours, 1983, Paris, J: Vrin, 1986.
21 Bergeron, a Exiraict du Privilege dn Royn, Mercure François., op. Ci, vol
p. 241-243. V, 1617,
de celui et caractérisé CAS des justification pour la evénements. de leur accointances relative pages la part de la pages des informations Lorigine et de de Concino de tous détense Cette la provenance aftfaire Le Mercure e Snt la unarechal tecueil themes TUSée u part, COnstat Pa 22 Voir
faits
des
du
différentes
adoptée
revendiquer
Léventualité
travers
alqpoy
du
caractéristiques
d'impression
le
Léonora
événements
pas
train
Mercire
ol
au
1616
plusieus
Iabsence
époLS
Frangos
TnPetrine,
mondejanoCandie,
1617,
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 257
de celui d'un autre type de production imprimée suscité par l'actualité
et caractérisé par son instantanéitë face à lévénement, comme cCest le
CAS des occasionnels ou de maniere plus polémique des pamphlets, La
justification du coup d' Erat contre le maréchal d'Ancre semble se faire,
pour la majeure partie des médias, de taçon presque contemporaine des
evénements. Le phénomène de la forte simultanéité des événements,
de leur publication et de leur justification contribue à expliquer les
accointances d'une large partie de la production imprimée d'actualité
relative à l'assassinat de Concino Concini avec celle reproduite dans les
pages du Mercure François. Ce constat est vrai à condition de nuancer
la part prise dans le Mercure par la littérature polémique. Les échos
de la littérature d'actualité à propos de la mort du maréchal dans les
pages du Mercure François soulèvent aussi la question de la provenance
des informations des rédacteurs de livrets comme de ceux du /Merure.
Lorigine des sources des textes reproduits dans les pages du Mercure
et de celles de textes publiés par ailleurs relativement à la disparition
de Concino Concini est-elle la même? Ces textes sont-ils susceptibles
de tous émaner du pouvoir royal, expliquant ainsi la cohérence de la
détense de la politique de Louis XIII à travers la production médíatique ?
Cette interrogation reste partiellement sans réponse dans la mesure oùu
la provenance de l'intégralité de la production éditoriale relative à cette
aftfaire ne nous est pas connue.
Le Mercure François et la relation officielle du coaup d'Etat
e ercure Frangois se mêle ainsi au concert de louanges reconnais
Snt la sagesse de la décision prise par Louis XIII de faire assassiner le
unarechal d'Ancre. Sur le fond, l'argumentaire développé dans les pages
tecueil à propos de la mort de Concino Concini reprend largement
themes utilisés dans la production pamphlétaire et iconographique
TUSée dans le royaume afin de justifier l'assassinat du maréchal, Pour
u part, le Mercure Frango1s ne publie aucune illustration de l'événement.
COnstat général d'une afinité de l'argumentation du Mercure avec
e la production éditoriale relative à l'afaire est juste Si lon
Pa le reCueil aux occasionnels ayant circulé dans le royaume
22 9-351,
Voir Duccini, Hélène, Faire voir, faire crotre.y 0P, g P
258 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
mais aussi à létranger en tout cas sur le territoire du Saint-Empir23
L'entrée en matière développée dans le Mercure est un parfait exemple
des accointances existant entre ces différents textes. Tous développenr
lidée selon laquelle la volonté de Dieu sest exprimée dans le bras armé
des serviteurs du roi au moment de l'assassinat du maréchal, parce
que la conséquence de cette disparition etait la seule voie possible au
retour de la paix:
Mais Dieu voulant retirer la France de ceste guerre civile ou elle estoit entree
&qui ne se pouyoit terminer qu'avec la perte de plusieurs Grands qui s'estoient
resolus de mourir à un assaut dans leurs armes plustost que de se veoir (ainsi
qu'ils disoient) tumber sous la tyrannie du Mareschal d'Ancre, changea la
face des affaires de I'Estat de France comme en un din d'æil par la mort du
Mareschal d'Ancre, qui advinc le Lundy 24 Avril sur les dix heures du matin*
Immédiatement après cette rapide introduction justifiant à elle seule le
coup de majesté et le recours à l'assassinat politique, le Mercure déve
loppe le récit de la mise à mort du maréchal et en diffuse une version
disculpant le pouvoir royal. Hélène Duccini indique l'impression et la
publicationd'une version de l'événement tenue pour officielle seulement
quarante-deux ans après les faits. Cela n'exclut pas qu'elle ait circulé de
la main a la main beaucoup plus tôt. Il s'agit de la Relation exacte de tout
cequi sest passé à la mort du maréchaldAncre publiée à Leyde en 1659.1l
semble que le texte de la Relation doive ce statut de « version officielle»
accordé très prudemment par Hélène Duccini par l'attribution habituel
lement convenue de sa rédaction au prince de Marcillac. Le texte aurat
été relu par Cadenet, le frère de Charles d'Albert de Luynes, fauconnier
de Louis XiI et son favori. Cette version aurait donc été élaborée par ie
frères Luynes, particulièrement actifs au sein du complot contre ondino
Concini. La version des événements « tenue pour officiele », le seia
raison de son ascendance et de la proximité de ses prétendus auteurs
le pouvoir àlorigine du coup d'Étar?,. Rien niindique toutefois clairemel
le caractère véritablement officiel de cette relation, en dépit de
de l'adjectif « exacte » dans son titre afin de la qualifier, La pubica
de cette version plusieurs dizaines d'années après les événemen
23 Voir Desenclos, Camille, « Les mots du pouvoir.. », op. cit., P: 10
24 Mercure Erançois., op. cit., vol. IV, 1617, p. 193 (pour l'année 16l)
49.
25 Duccini, Hélène, Paire voir, faire croire..., op. cit., p. 319.
plus I'attribution ultérieurement relatant verbal la question de l'information déroulement d'une lation comme ces divers fondée faits? ce propos. ayant à publier COuple le recueil du Mercure Telai role, et augmenté; Les eux rechal E ele es recits resistanceans le galement ment Etin 27 26 27 1bid., 28 Voir Prangu
Empir23
exemple
développenr
armé
parce
au
entree
s'estoient
ainsi
la
du
matin*
le
déve
version
la
seulement
de
tout
1659.1l
officielle»
habituel
aurat
fauconnier
ie
ondino
clairemel
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXGEPTIONNEL 259
plus est, aux Provinces-Unies, interroge, en eftet, ce statut. Reste que
I'attribution du caractere officiel du récit à une relation publiée très
ultérieurement aux faits semble indiquer l'absence d'un procès verbal
relatant la mort du maréchal, Elle signale, en tout cas, que si ce procès
verbal existe, il n'a pas circulé et na pas laissé de traces. Ce constat pose
la question de la part de responsabilité du pouvoir dans la diffusion
de l'information suite aux événements : a-t-il délibérément occulté le
déroulement des faitsS? a-til favorisé l/'élaboration, sur le long terme,
d'une version qui deviendra offhcielle bien plus tard à partir de la circu
lation d'ocasionnels, de livrets polémiques mais aussi de compilations
comme celle du Mercure François au moment des faits ? La version de
ces divers médias, unanimement favorables à la décision royale, est-elle
fondée sur la circulation de rumeurs et de bruits peu de temps après les
faits? Les sources permettent seulement la formulation d'hypothèses à
ce propos. En l'absence de procès verbal officiel revenant sur l'altercation
ayant cotté la vie au maréchal d'Ancre, la capacité du Mercure Frangois
à publier des Eactraites des registres dn Parlement à propos du procès du
COuple de favoris pourrait implicirement et officieusement rapPprocher
le recueil d'une voix officielle?5, Cependant, la multiplicité des éditions
du Mercure au cours de l'année 1617 sernble faire de l'ouvrage un simple
Telai ponctuel de la parole officielle. La compilation a pu sarroger ce
role, ce qui expliquerait une republication à la hâte d'un volume revu
et augmenté; à moins quon ne le lui ait confié' discrétement.,
Les contemporains ont interprété la mort du maréchal d'Ancre de
eux taçons. La première interprétation est celle dune exëcution du
rechal d'Ancre justifiée par son mouvement de résistance, La seconde
E ele de la préméditation de la mort de Concino Concini par le roi".
es recits des faits isolent trois moments, celui de la «sommation , de
resistance» puis de l'« exécution », Ces trois moments sont identines
ans le texte des frères Luynes cité par Hélène Duccini. On les retrouve
galement dans le texte du Mercure. Tous les récits convergent jusqu au
ment de la « sommation28, D'après ces versions Concordantes, le
Etin du 24 avril, le maréchal d'Ancre aurait quitté son logis pour S
27 26 h CUre goi op. cit., vol, IV, 1617, p. 226-229 (pour l'année 1617).
27 1bid., p. 319-322.
28 Voir Duccini,
gois o ny op, cit., vol, I, 617, p. 197-199 (pour l'année 1617)
n, Hélène, Faire voirn faire croire..,, op. cit., p. 319-320 ainsi que Mercur
Prangu
260 HISTOIRE IMMÉDIATE ETRAISON D'ÉTAT
rendre au Louvre. Il aurait croisé le baron de Vitry accompagné de ses
archers sur le Pont-Dormant qui permet de pénétrer dans la cour dh
Palais. Après l'avoir dépassé, ce dernier se serait adressé au maréchal
«Je vous arreste de patr le Roy Hélene Duccini, qui ne cite pas la ver
sion du Mercure Frangots, signale gue cest a ce moment-là qu'apparat
une fracture entre deux façons d'interpréter les faits, Si l'on suit les
récits qui font de la mort de Concini une éxécution justifiée par la
menace qu'il représente, on note que, face à la résistance exprimée par
le favori (A ceste parole le Maréchal se voulant reculer comme pour
résister dit, Moy LJ) certains des membres de la suite du baron de
Vitry auraient ouvert le feu sur la maréchal, rapidement tombé sous les
balles. Pour les défenseurs de cette version, le moment de la résistance
de Concino Concini est fondamental puisque ce refus d'obtempérer à
la volonté royale exprimée par le baron de Vitry motive le recours àla
violence physique et fait de l'assassinat une exécution. La Relation exacte
et le Mercure François défendent tous deux cette lecture des événements
Sans être parfaitement identiques, les deux textes se rapprochent.La
description des trois grands moments converge. La comparaison des
deux textes permet toutefois de noter quelques divergences. Certasines
d entre elles n'en sont pas vraiment et permettent d'attribuer aux deux
textes la même interprétation des faits. Toutefois, le délai de publica
tion de la Relation exacte justifie sans doute son insistance à propos de
la résistance du maréchal : au moment de sa publication, les versi0
soutenant lidée d'une préméditation de la mort du maréchal par le
roi sont connues et ont circulé dans le royaume. Cette interpretauou
ne permet pas de défendre la justification du coup d'Etat, il faut ao
Tinhrmer en rappelant avec force l'attitude de défiance du maréchal. Da1
la Relation exacte, publiée en 1659 seulement, la désobéissance du favot
est plus nette que dans le Mercure. Concino Concini ne se contente
d'un mouvement de recul mais porte la main à l'épée2 La proxim
du déroulement des événements et de la publication du Mercire e rendait
probablement sufisante la simple mention d'un mouvement a
de la part de Concino Concini.nA btts
29 Ibid., p. 198 (pour l'année 1617)
30 Duccini, Hélène, Faire voir, faire croire., op, cit., p. 319.
31 Mercure Erangois, op. cit., vol, IV, 1617, p. 198 (pour l'annee 1o
32 Ibid., et Duccini, Hélène, Paire voir, faire croire,., op, cit., p. 520.
D'autres hvporthèse faits se au pouvoir eté déformé, Sexpliquer ne sont présents défaut de bouche sensible. Relation Pour au coeur entre le même média Vitry de solidaricé dispersés ONSTRUCTITON DE PREUVES Eait amort L gui LCE Ovainquant 1Se atentat PCa Mercur bid., 34 t Mercure 3A
36 Voir
ses
dh
maréchal
ver
qu'apparat
les
la
par
pour
de
les
résistance
à
àla
exacte
événements
La
des
Certasines
deux
publica
de
le
interpretauou
Da1
favot
rendait
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 26
D'autres différences entre les deux récits permettent de consolider
hvporthèse d'un lent processus d'élaboration d'une version officielle des
faits se fondant sur leur interprétation présupposée nécessairement favorable
au pouvoir monarchique et soutenue par le contenu, susceptible d'avoir
eté déformé, de témoignages oculaires divers. Ces différences pourraient
Sexpliquer par l'absence de procès-verbal officiel des faits. Si les événements
ne sont efectivement connus que par les témoignages oculaires des acteurs
présents sur le Pont-Dormant à ce moment-là, et si ces témoignages, à
défaut d'avoir rapidement été fixés par écrit se sont contentés de cireuler
de bouche àà oreille, alors, il est peu étonnant de faire le constat de discordances
de cet ordre., Le nombre de coups de pistolets varie de manière
sensible. Trois selon le Mercure, cing balles dont deux perdues d'après la
Relation exacte. Les trajectoires des balles ne sont pas les mênes non plus,
Pour le Mercure, Concino Concini est touché à la cervelle, au ventre et
au coeur alors que dans la Relation exacte les trois balles viennent se loger
entre ses deux yeux, au niveau de sa joue et de sa gorge". Le constat est
le même à propos de la description des réactions. Celle-ci difère d'un
média à l'autre puisque la Relation exacte insiste sur le cri du baron de
Vitry s Vive le Roi!» alors que le Merure souligne le peu de courage et
de solidaricé des membres de la suite du maréchal d'Ancre, qui se seraient
dispersés inmmédiatement après avoir constaté son décès".
ONSTRUCTITON DES FAITS ET ÉLABORATIONbam n grt h
DE PREUVES PARFAITES
Eait plus intéressant encore, avant d'en venir à la relation de la mise
amort de Concino Concini, le Mercure développe pendant quatre pages
L gui Sest passé avant le retour du maréchal d'Ancre à Paris. Ce der-
LCE Se trouve en effet en Normandie lorsqu'il reçoit un avis de Paris le
Ovainquant de rentrer à la cour". La Relation exacte propose ausSI une
1Se en contexte de l'assassinat en développant les premières velleites
atentat contre le maréchal d'Ancre et leurs causes dont le rappel est
PCa Consolider la justification de la violence d'Etat contre le marécha
Mercur angots., Op. cit., vol. IV, 1617, p. 195 (pour l'année l61).
bid., voir aussi Duccin Hélène, Fairo voir, faire croireP, Cili, P. 520.
34 t Mercure François..., op. cit, vol. IV, 1617, p. 198 (pour lannee 1oL
3A
36 Voir Assa1sas idnua tm daur é1chal. Relation anonyme attribnée au garde des sceaux Marillac. Avec un
e xfrait des Ménmoires de Richelien (21 avril 1617), Paris, Hachette, 1899, P: 1D-2
262 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Il est difficile de déterminer la raison de l'absence de l'étape du yage
du maréchal depuis la Normandie dans le texte de la Relation xacte,I
est possible d'émettre l'hypothèse d'un tormat inadapté à ce type de
développement, la Relation exacte ne comptant que quelques dizaines de
pages (52 dans l'éditionde 1855) et sapparentant donc à un occasionnel
Enfin, il est aussi possible d'envisager le choix du Mercure de déployer
une argumentation plus discrète que celle de la Relation. Le ton adopté
par le Mercure se veut celui de la description objective.u e
birga atoVbuat
Corvaincre le roi et le lecteuri2 u lt21o19lfiezo srupd sh
Sous couvert de simplement relater les événements survenus au
cours du voyage de Concino Concini jusqu'à Patis, ces quelques pages
donnent au lecteur l'imnpression de découvrir le processus d'élaboration
de la décision du roi de faire assassiner le favori de sa mère. Par la
description qu'elle offre du comportement outrancier et désobéissant
du maréchal comme de l'hostilité populaire dont il fait l'objet, cette
séquence temporelle absente du texte de la Relation exacte est vouée a
justifer l'assassinat du favori. Si l'on en croit le Mercure, Louis XIII
prend définitivement la décision de faire exécuter le maréchal pendant
le voyage de celui-ci entre la Normandie et Paris. Cette séquence du
récit permet au Mercure d'accumuler les griefs à l'encontre du marécha
d'Ancre comme autant de motifs légitimant parfaitement son execuo
et ce avant même l'épisode de sa résistance face au baron de Vitry sur
Pont-Dormant. Cette séquence renforce le sens du texte en consolidant
la legitimité de l'exécution du maréchal, dans la mesure où les mots
valables ne cessent de saccumuler contre lui. Elle dépeint égalemengu
souverain réfléchi ne se décidant à agir qu'après avoir constate i
tère inéluctable de la neutralisation du fayori de sa mère. Alors
témoignages saccumulent à l'encontre du maréchal, le roi refuse d 45
de maniere irréiéchie et en dehors des limites du droit:o300
pour les occasions portees par ladite Lettre aux Gouverneulby ,avoi
taict semblant d'ignorer les desseíns dudict Marechal fut encor
que
passant au Pont de l'Arche il avoit offert le Gouvernement de queig eS
en Normandie à des Capitaines, pourveu qu'ils luy feisseng ndemen nt
tous & contre tous, sans apporter ceste exception, Si Je ne voy
du Koy seellé. On luy fait veoir aussi des Lettres escrites adh
ar
qu'ils La mention a tenté Surtout d'une serait roi comme processus précise textes des textes tEvèle écrites oraux a ces du maréchal, mesurée. naxime LOuis uVre aaire Everner. Cela 37 Lbid., 38 1bnida,mais
yage
xacte,I
de
de
occasionnel
déployer
adopté
atoVbuat
sh
au
pages
d'élaboration
la
désobéissant
cette
vouée a
XIII
pendant
du
marécha
execuo
sur
consolidant
mots
45
avoi
que
eS
nt
ar
LEGITIMER LE REGIME DE L'EXCBPTIONNEL 263
son confident, où se recognoissoit que leur dessein n'estoit que d'entretenir la
guerre en France pour se perpetuer I'authorité du Gouvernement de l'Estat
qu'ils usurpoienti1 ilongotos kespo 2n
La mention de textes vise à relater la manière dont l'entourage du roi
a tenté de lui démontré les aspirations coupables de Concino Concini a
Surtout vocation à en convaincre le lecteur. Le Mercure introduit l'idée
d'une hiérarchie entre différents types de preuves, dont la forme écrite
serait la plus aboutie. Lévocation de textes censés emporter l'adhésion du
roi comme du lecteur, prouve l'importance acordée aux textes dans le
processus de construction des faits. En eftet, le Mercure ne nomme aucunement
les destinataires des lettres évoquées et les cite à peine. Même peu
précise et, donc soupçonnable de manque de fiabilité, la référence à ces
textes est invoquée. En outre, le choix de l'entourage royal de produire
des textes afin de convraincre le roi de l'attitude déplacée du maréchal
tEvèle le souci du roi, perçu par ses conseillers, de privilégier les preuves
écrites à des preuves relevant d'autres modes, comme les témoignages
oraux par exemple. Le Mercure rapporte pourtant que le roi n'accorde pas
a ces lettres le statut de preuves parfaites : même devant ces aveux écrits
du maréchal, le roi ne se laisse pas convaincre et adopte une attitude
mesurée. Le Mercure explique la réaction royale en la commentant dhune
naxime politique sentencieuse, comme c'est parfois le cas dans le recueil;
Les Roys ne doivent rien faire sans conseil, & principalement en affaires de
Consequences, Nos Histoires françoises rapportent que le Roy Henry le Grand
at a sonConseil, Ne me faictes point prendre le Marachal de Biron si voS 1e JugEz
qril merite la mort. Aussi le Roy dit à ceux qui lui montrerent ces Lettres,
11an que je face arrester cét homme prenez l'advis de tels, me le faictes sgavoir
LOuis XUI n'a alors pas encore tout à fait seize ans et sa volonte de
uVre le plus grand nombre de conseils éclairés possibles dans cette
aaire témoigne d'une humilité certaine et donc de ses dispositionsa
Everner. La véracité du constat est confortée par le fait quil suit en
Cela l'exemple de son père d'après le Mercure,
btlieovt 37 Lbid., p. 195.
38 1bnida,i sp .E 1S9 6m, a1ximes politiques restent rares sous la plume des rédacteurs du Merure mais pas absentes de la compilation. Elles sont notamment présentes dans ies
cIcIs, Voir par exemple «Le Libraire an Lecteur », ibia., vol. 11, 1013; U"Z]rev
264 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
Vox Det, vox regis, vox populz ? p 8g o,ebdno nos
Dans ce processus decisionnel, l'intervention d'une forme d'opinion
publique voire d'une « opinion publique populaire» S'avère déterminante
d'après le recueil9. Lanimosité des populations à l'endroit du maréchal
est particulièrement mise en avant au cours du voyage de ce dernier
entre la Normandie et Paris: « Aucuns ne le pouvoient aymer, d'autres
suivant le cours des afaires du temps luy adheroient, de quoy il advint
que les petits enfans de Roüen en le contrefaisant s'entredisoient, Aymez
moi Monsour [sic, je vous feray favor (Sic. Le Mercure Frangois livre
la description d'une forme de manitestation dune opinion publique
populaire à l'endroit du maréchal. Le recours au pluriel renvoie à la perception
classique du peuple comme une entité collective, parfois décrità
lépoque moderne y compris dans le Mercure comme une masse agissant
de maniere unanime ou presque En distinguant, ici, l'adhésion que le
maréchal est susceptible d'emporter auprès de certains oPPortunistes du
sentiment dattachement qu'il est au contraire incapable de susciter, le
Mercure François décrit une aversion populaire universelle envers Concino
Concini. Surtoutr, le Mercure ridiculise ce dernier dont les manaeuvres
de séduction à vis-à-vis de la noblesse sont si grossières qu'elles Sont
evidentes pour tous y compris pour de petits enfants capables de e
tourner en dérision : «Le Mareschal d' Ancre ..] tascha par toutes
sortes de façons de pouvoir s'y obliger la Noblesse, les Oficiers du Koy
&ceux quil pensoit luy pouvoir ayder2.» Cet usage de la moquee
n est autre quune forme de mobilisation de la part de ces enfantS a
leur raison critique. L'association de la figure de l'enfance à celle du
59 A propos de la notion d'une « opinion publique populaire» au xVIir siècle, vo 0 ariCulier
arge, Arlette, Dire et mal dire, Lopinion publique au xvnt siede, op. Ci, P
40 Mercure Frangois.p op. cis., vol. IV, 1617, p. 194 (pour l'année 161/
41 Voir Farge Arlette, Dire et mal dire...op. cit., p. 35, iu S
42 Mercure Frangois,. , Op, cit., vol. IV, 1617, p. 194 (pour l'année 161/).
43 Sur l'usage de la raison critique dans l'émergence de lopinion pudi tion d'une
deJürgen Habermas. Ce derníer dístingue trois phases de la genèse a la dispa
opinion publique bourgeoise, L'auteur situe l'apogée de la sphère publique cu de
caractéristique de la société bourgeoise à la fin du xVIIf siècle et au coru stècle
La fonction de la publicité pointée par Jürgen Habermas est cele a A2re néces
en tout cas, d'une légitimité à critiquer la sphère du pouvoir, qu dournant
sairement absente des périodes absolutistes, Cette vocatíon critique fait auren,
des XVIif et xix siècles l'apogée de l'espace public selon l'auteur. abc
neuple 1e Fapprochement de rappeler nente Ssurgissement Sous forme griefà naifs Le distinguer Le rexte ee ses vient Usurpées Contre Roy pugnt Lespace oP: auteurs Sur a0 dehnition nEre eioIS Dre hese L olas 1a ES, popos pour pos nkn ol de 16 eImaginaire Farge,
d'opinion
déterminante
maréchal
dernier
d'autres
advint
Aymez
livre
publique
perception
décrità
agissant
le
du
le
Concino
manaeuvres
Sont
e
toutes
Koy
moquee
a
du
ariCulier
d'une
de
stècle
néces
dournant
auren,
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 265
neuple apparaît à plusieurs reprises dans les pages du Meraure François4
1e Fapprochement des enfants et du peuple est peur-êrre une manière
de rappeler la dificulté de ce dernier à user dhune raison critique perti
nente comme le suggèrent certaines sources de l'époque moderne. Le
Ssurgissement spontane de la critigue populaire du maréchal d'Ancre
Sous la forme d'espiégleries enfantines révèle à la fois l'existence d'une
forme d'opinion publique populaire, son caractère universel et sa pertinence,
I indique surtout lévidence des agissements dont il est fait
griefà Concino Concini, que même des enfants innocents et censément
naifs ont été capables de lui reprocher.
Le Mercure publie les positions royales comme nobiliaires sans les
distinguer d'une forme de vx populi car elles coincident parfaitement.
Le rexte donne ainsi limpression d'une adéquation totale entre un roi
ee ses populations. Toujours d'après le recueil, la voix du peuple par
vient finalement à résoudre le roi à reprendre un pouvoir et une aurorité
Usurpées par le maréchal d'Ancre : «On luy dit que la voix du peuple
Contre ledit Marechal estoit le meilleur & le plus fdelle conseil qu'un
Roy pouvoit avoir pour se resouldre à une action d'importance [ .
pugnt a97 00 191,1132 0aGab 3ntte1091 ab
Lespace pablic Archéologie de la publicité comme dimenrion constiutive de la socilié bourgenti
oP: Cit, p. 122-147. Les travaux de Jurgen Habermas ont inspiré de nombreux autres
auteurs en sciences sociales et notamment des historiens, Arlette Farge revient d ailleurs
Sur la place de la thèse de Jürgen Habermnas dans s réfexion relative à l'existence,
a0 ronctionnement er à la structuration d'une « opinion publique populaire o, dont la
dehnition implique la mobilisation d'une rationnalité critique potentiellement dirige
nEre ie pouyoir en place mais aussi propre à avaliser ses décisions, L'auteure questionne
eioIS a chronologie proposée par Jürgen Habermas, Voir a ce propos Farge, Atlette,
Dre et mal dire..., op. cit., p. 11, Voir également les débats et entreprises d acclimatation
hese deJürgen Habermas à des périodes antérieures au xVITr siècle, notamment
L periodes médiévale et antique. A ce propos voir Boucheron, Patrick, Oitendstadit,
olas (dir), Lespace public au Moyen Áge. Débats antour de Jiürgen Habermas, op. cit. Voir
1a mise au point d'Héloïse Hermant à ce propos, Hermant, Héloise, Glerres de
ES, Pblicité et cultures politiques dans I'Espagne du xvit sièle, op, cit, p. -,
popos du rôle des enfants lors d'emeutes populaires dirigees contre po
1 C la ville de Tours voir Mercure Frangois,r @D, cit, vol. VI, 1622, P: 291-504
pour l'année 1621).
pos de la perception du peuple dans certaines sources du XVII" siTecle, notamment les
nkn nais egalement les sources judiciaires ou encore les rapPports de la lieutenance
ol e police de Paris voir Farge, Arlette, Dire et mal dire.., Op, cit, P. 20-28 Voir
de i iC travail de Déborah Cohen. Colhen, Déborah, La nature du peuple. Lesformer
16 eImaginaire social (xVIt-XXf Siecles), op. Ci
Farge, Arlette, Dire et mal dire,om P Cn e
196,
266 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Iexpression reste vague et la compOsition du peuple dontil est question
n'est pas précisée. Ele permet de construire I'impression d'un consensus
et d'une unaminité comme lors du récit de l'exécution de Ravaillad
Dans le cas de Concino Concini, on constate aussi que le peuple est
décrit par le recueil à petites touches. Il sagit des enfants qui se moquent
du maréchal pendant son voyage, il sagit même des siens, pour finir
il S'agit de tous. Le Mercure Françozs s'inscrit ainsi dans le droit fl de
nombre d'occasionnels et de publications iconographiques développant
la rencontre de la justice divine et de la vengeance populaire. Il Sagit
de la parfaite illustration de l'adage populaire vox Dei, vorx populi selon
lequel la volonté du peuple n'est qu'une expression de la volonté divine
A cet égard, Hélène Duccini rapproche le traitement éditorial et iconographique
des exécutions de Ravaillac en 1610 et de Concino Concini
sept ans plus tard". Lemploi du terme de « peuple » et le recourS à des
pratiques d'écriture identiques dans les pages dú Mercure Frangois relatives
à ces deux événements conforte ce constat. La compilation introduit
T'affaire en insistant sur la mise en application de la volonté divine"
En suivant la «voix du peuple», Louis XII se contente d'accomplir
sa charge de lieutenant de Dieu sur terre. On retrouve ici l'argument
selon lequel Dieu, en armant le roi, a mis un terme à la guerre intestine
oPposant la noblesse du royaume à un pouvoir qu'elle estime usurpe
La démesure dont fait preuve le maréchal motive la fameuse vOx popuis
et justife laboutissement violent de cette affaire.
Le dévoilement du processus de maturation de la décision royale per
met ainsi de développer les raisons profondes ayant légitimé la mort au
marechal. Ces raisons sont nécessairement justes car elles sont celles au
peuple et donc de Dieu. D'après cette vox populi artificiellement recons
truite par le recueil, I'bybris du maréchal est la principale cause de
chute. D'après le Mercure, Concino Concini multiplie les comportern nents
inCitant le pouvoir à intervenir. Les témoignages en sa deraveu Sont
legion et proviennent de son propre entourage. Devant plusieuis refus
Opposées a ses volontés démesurées, le Mercure prétend quil se s ontre
menaçant: Jeferay manger les doigts à ceux qui contrarieron es ntez
47 Mercure François..., op. cit, vol. 1, 1611, P447 P (pourl'année 1610)
48 1bid, vol. IV, 1617, p. 194-195 (pour l'année 1617),
49 Duccini, Hélène, Faire voir, faire croire..r, 0p. cit., p., 352-365.
50 Mercure Frangols,.., op, cit., vol. IV, 1617, p. 193 (pour l'année 16L);
aurast le recueil Lorsque naoe arrestation d'une grande le roi favori, inappropriés page Ces pouvoir nobiliaire Concini l'aversion de déstabilisation fait peser révolte le roi LES SPÉCIFICITÉS La LESquels qur en narechal Le. Ce IES volumes pas pre ou sSInat A Ptpour t Pages Lbia., 52
question
consensus
Ravaillad
est
moquent
finir
de
développant
Sagit
selon
divine
iconographique
Concini
des
relatives
introduit
divine"
d'accomplir
l'argument
intestine
usurpe
popuis
per
au
au
recons
nents
Sont
refus
ontre
ntez
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 267
aurast déclare". Le lecteur du Merzure Frangois ignore toutefois d'oùà
le recueil tient ces anecdotes.
Lorsque le récit de l'arrestation de Concino Concini débute à la
naoe 197, le Mercure a déjà énuméré les principaux motifs justifant
arrestation du maréchal. La première est constituée de l'expression
d'une opinion publique populaire à laquelle lessence divine confère une
grande perspicacité. Cest pourquoi le peuple a su déceler avant même
le roi lbybris de Concino Concini. La construction de la démesure du
favori, passe dans le recueil par une accumulation de comportements
inappropriés et arrogants de sa part. La résistance dont il témoigne à la
page 196 sajoute à cette liste et justifie l'usage de la violence physique,
Ces causes servent de prérextes à une noblesse jalouse de la confiscation du
pouvoir aux mains d'un parvenu. En fait de vax populi, seule une opinion
nobiliaire conservatrice soccupe de dénoncer la démesure de Concino
Concini et l'usurpation du pouvoir par ce dernier. La cause profonde de
l'aversion des Grands du royaumne pour Concini réside dans la menace
de déstabilisation de la hiérarchie sociale et done de dédlassement quil
fait peser sur eux. Cest pourquoi les nobles conditionnent la fin de leur
révolte à l'élimination du favori par le roi. En faisant assassiner Concini,
le roi suit leurs injonctions et non la vox popul.
LES SPÉCIFICITÉS DE LA COMPILATION
La matérialité du Mercure lui permet de dérouler des épisodes sur
LESquels les Occasionnels ne peuvent revenir. Ainsi, un lecteur d Mercure
qur en ferait une lecture cursive peut avoir déja rencontré la figure du
narechal au cours de cette guerre, et de façon plus générale au cours de e
Le. Ce serait également vrai de lecteurs susceptibles de collectionner
IES volumes successifs du Mercure François 2. Ces différents épisodes nont
pas ete pris en compte dans les pourcentages réalisés plus haut dans la
pre ou il sagissait seulement de considérer le dossier constitué par
sSInat du maréchal et ses conséquences, pour l'année 1617 dune
A propos des différents types de lectures possibles voir les travaux de Roger Chartier.
Ptpour la troisième guerre civile d'autre part. Cest parce quiis evo
t es suites de la mort du favori que les deux ensembles de huit
Pages rejetés en fin d'ouvrage ont été pris en compte
Lbia., p. 195.
52
"ple Préface », dans Chartier, Roger (dir), Pratiques de la lecture, 92. C, P. 7-ll.
268 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
Le caractère manipulateur de la convocation d'une vx populi hostile an
maréchal par le Mercaure est rendu particulièrement tangible par la publi.
cation des véritables griefs des Grands du royaume plus tôt dans le recueil.
Le Mercure a reproduit une Delkaration (sic) & Protestation des Princas, DMG
Pairs, Officiers de la Courome, Gouverneurs de Provinies, Seigneurs, Chevali
Gentile-bommes, villes & communantez, asociez, & onfederez pour le restablisemaut
de l'authorité du Roy, & la conservation du Royaume, Contvre la conjuration
tyramme du Maresdhe dAncre, & de ses adherents. Le texte de la déclaration,
daté cu 5 mars 1617, a visiblement circulé sous plusieurs formats au cours
de l'année 1617 avant d'être repris dans le Mercure Frangozs.La conséquence
est que plusieurs des plèces versées au dossier de l'accusation de Concino
Concaini se trouvent dans le Mercure, y compris des textes produits à difé
rents moments du confilit puisque plusieurs semaines et dizaines de pages
les séparent. La matérialité du Meraure induit une lecture des événements
difrente de celles proposées par la production pamphlétaire, même si
cette derniere trouve un écho dans la compilation. Un autre des griets
adressés au favori lui est déjà connu. Il s'agit de l'épisode de la mort du
Sieur de Prouville qui figure au rang des chefs d'accusation pour lesquels le
procès du maréchal est instruit . Le lecteur peut aussi mesurer le tournant
politique pris par Louis XIII puisque le Mercure rappelle qu'en mars, le
roi n est pas prêt à prendre en considération les accusations des Grands
qui s'opposent au maréchal d'Ancre".
Le changement de trajectoire politique auquel s'est finalement resou
Louis XI nest peut-être que l'assomption d'une ligne politique tenu
secrère jusqu'au coup d'Etat du mois d'avril. Selon les théories étatistes, ie
mystére entretenu autour de ce projet politique est, en effet, la condition
indispensable à la réalisation d'un coup d/État. Le Merure Erangois
ne commente les changements de la politique monarchique ni a cet
5 Voir Mereure Frangois., op, cit, vol. IV, 1617, p. 124-143 (pour l'année 1617) ms
Delcaration (5ic&Protestation des Princes, Ducs, Pairs, Officiers de la orOI ederz ouverneurs
de Provines, Seigneurs, Chevaliers, Gentils-hommes, villes &communanies iuralion
pour le restablissement de l'autborité dn Roy, &la conservation dn Royaunie, o
&tyrannie du Mareschal d' Ancre, & de ses adherents, BIS, HJR4=70, pièce z0
oo Qp. Cih, vol, IV, 1617, p. 148-152 (pour l'année 1615) et « Chap
proces faict à la mémoire de Conchino Conchine », ibid., p. 4 [p. 24/
55 1bid., vol. IV, 1617, p. 152 (pour l'année 1617).
56 Sur cette question particulière, voir Dubost, Jean-François, Marie a n Gabriel)
P. 533 - A propos des théories de la raíson d'Érat voir par exemple Nau
ComszdératiONs politiques Sur les coups d' Etat.,., op. cit., p. 91-92
OCCasion inhérentes les publier loyauté à penser Compétents prises les rédacteurs politique est désormais l'exécution roi à de la de la du ro. certain? rejetait LES guelgues en in daccusation usurpation S Criminels oerure S8 Tbid., Conch C 60 chet Chapitre P.
an
publi.
recueil.
DMG
Chevali
restablisemaut
déclaration,
cours
conséquence
Concino
difé
pages
événements
si
griets
du
le
tournant
le
Grands
resou
tenu
ie
condition
Erangois
cet
ouverneurs
iuralion
Gabriel)
LEGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 269
OCCasion ni à aucune autre. Le recueil ne signale jamais les contradictions
inhérentes à certaines des décisions politiques royales mais se contente de
les publier et de les justifer, Ce comportement traduit I'expression de la
loyauté de la compilation à lendroit de la monarchie. Il peut aussi laisser
à penser que les rédacteurs du Mercure ne sestiment pas suffisamment
Compétents pour émettre des jugements négatifs à propos des décisions
prises en haut lieu. Enfin, cela peut indiquer le réel crédit accordé par
les rédacteurs du recueil aux théories de la raison d'Etat. La trajectoire
politique adoptée par le roià la suite de l'assassi nat de Concino Concini
est désormais clairement revendiquée quelques pages après le récit de
l'exécution du maréchal. Le Meraure reproduit une lettre envoyée par le
roi à ses gouverneurs de provinces. Non seulement les reproches et le récit
de la scène du Pont-Dormant (avec, bien entendu, l'inévitable épisode
de la résistance du maréchal) sont répétés, mais ils le sont de la main
du ro. Le lecteur pourrait-il espérer meilleure garantie et témoin plus
certain? Dans cette lettre, Louis XIII épouse la cause des Grands qu'il
rejetait quelques années et même quelques semaines plus tot
Mon Cousin je ne doute point que Lo] vous nayez facilement remarqué
Comme le Mateschal d'Ancre & sa femme abusans de mon bas aage, & du
pouvoir quuils se sont acquis de longue main sur l'esprit de la Royne ma mère,
ont projeté d'usurper toute l'authorité, disposer absolument des altaires de
mon Estat, & m'osterle moyen d'en prendre cognoissance : dessein quils ont
poussé si avant qu'il ne m'est jusques icy resté que le seul nom de Roy J
MEI
LES griets, épétés à l'envi, sont toujours les mêmes et finissent par constituer
guelgues chefs d'accusation rappelés dans les deux pièces imprimées rejetées
en in de volume et consacrées aux procès du couple de favoris. Ces chefs
daccusation sont le crime de lèse-majesté humaine et divine La tyrannie
usurpation que Concino Concini et Léonora Galigai exercent fait dleux
S Criminels de lèse-majesté humaine. La sorcellerie quils pratiquent
oerure irangois. o, op. cit., vol. IV, 1617, p. 201-204 (pour l'année 161/).
S8 Tbid., p. 201,
Conch onchini n'agueres Mareschal de France& à Leonora Galigaj sa vesve, Sur le
pitre du proces faict à la mémoire de Conchino Conchine», Meraure Frangots, vol. IV,
C 244-251] ee «Recueil des charges qui sont au proces faict à la mémoire de
60 chet du crime de lèse-majesté divine », tbrd, P:, o ine. Mercre Frangois, vol. IV,
Chapitre du proces faict à la mémoire de Conchino Concii
P. 1 [p. 244.
270 HISTOIRE IMMÉDIATE BT RAISON DÉTAT
en fait des criminels de lèse-majesté divine Louis XII invoque à son
tour la volonté de Dieu et réaffirme son autorite en commandant à son
gouverneur de prendre garde à ce quaucun trouble ne vienne perturber
le repos de sa province Avec ces lettres, le roi a la ferme intention de
rétablir ou de prendre réellement possession d'une autorité qui lui échappe.
Avec la mort de Concino Concini, Louis XII prend pleinement
possession de son statut de roi. Le roi l'afhrme aussi fermement que
clairement. Il ne manque ainsi pas de rappeler au gouverneur qu'il
reviendra vers lui afin de lui transmettre d'autres ordres. La disparition
du maréchal d'Ancre marque l'éveil politique du roi.sl no
Jndboitco 2b rouux
uy l sb LE MARÉCHAL EST MORT, VIVE LE ROIa 1hl sb
La mort du maréchal permet au roi de rétablir pleinement son
autorité sur le royaume. La disparition du tyran d'usurpation, incarne
par Concino Concini, maréchal d'Ancre, offre au jeune Louis XII la
possibilité de finalement exercer l'autorité monarchique dont il est le
légitime dépositaire. Très rapidement la nouvelle est connue dans la
capitale et se transforme en un cri unanime de joie. t nom
LE CRI DE LA COUR, DU PARLEMENT, ET DE PARIS
Avant cela, le Mercure souligne que les réactions immédiatemen
cpornofvuosgioune.s par les coups de feu sont variées, en raison d'une certaluc
s detonations qui parviennent aux oreilles des courtisais
suscitent la, crainte au Louvre i 32 inio
Le bruict de ces trois coups de pistolet meirent Iralarme dans le Louvre
furent à l'instant fermées & ceux qui commandoient aux Compag
ments de gardes Françoises les feirent ranger sur toutes les advenues dulou
61 Lecrime de lèse-majesté divine est largement traité dans I'un des dex Conchino
Mercure. Dans le « Recueil des charges qui sont au proces faict a la fm le chef du
Conchiní nagueres Mareschal de France & à Leonora Galigaj sa vesve co 2601.
Crime de lese-majesté divine», Mercure François. op, cit., vol. IV, 16!/, UP;
6632 TTbbiidd.,, vpo.l .1 I9V8, .1617, p. 203-204 (pour l'année 1617).
Létat rumeur «avoict démentir Le sieur les deux Santé fois que à l'intégrité Mercure, de voir précaution la fenêtre provogue ceux de suggérer la corruption largement decidé temoignée acquis a ailleurs Politiques seule de leur Confirmée. en croit D C A Dxtement a lexercice 64 1bid., 65 lbid., 66 lbid.
68 67 o0cLetés,
son
son
perturber
de
échappe.
pleinement
que
qu'il
disparition
rouux
sb
son
incarne
la
le
la
immédiatemen
certaluc
courtisais
Conchino
du
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 271
Létat d'alerte qui touche le Louvre se transforme dans Paris en une
rumeur faisant état des blessures du roi. Cette rumeur, affirme le Mercure,
«avoict passélel comme l'éclair dans tout Paris* ». Il est urgent de la
démentir en raison des mauvais souvenirs quelle réveille sur son passage.
Henri IV a, en effet, été assassiné seulement sept ans auparavant,
Le sieur de Liencourt et sa suice sont chargés de diffuser conjointement
les deux bonnes nouvelles. Ils doivent rassurer les sujets sur l'étar de
Santé de leur souverain et annoncer le décès du maréchal d'Ancre, Une
fois que cette bonne nouvelle est venue chaser le spectre d'une atteinte
à l'intégrité physique du roi, les réactions sont unanimes d'aprèsle
Mercure, Lannonce suscite un joyeux consensus, chacun se félicitant
de voir le roi recouvrer son autorité. Ce dernier, après avoir pris la
précaution d'ordonner le maintien de l'ordre, se montre triomphantà
la fenêtre de ses appartements du Louvre. D'après le recueil, ce geste
provogue dailleurs un tumulte enthousiaste «de la noblesse et de tous
ceux qui se trouvoient à la courS6 », Cette précision permet au Mercure
de suggérer que la détestation du maréchal d'Ancre et le sentiment de
la corruption du pouvoir découlant de son importance politique sont
largement partagés, y compris par les membres de la noblesse qui ont
decidé de ne pas exprimer leur mécontentement. L'obéissance infaillible
temoignée au roi par les nobles restés à la cour ne signifie pas qu'ils sont
acquis à la cause du maréchal d'Ancre. Jean-François Dubost évogue
a ailleurs la constitution d'un tiers parti en référence au parti des
Politiques de la fin du siècle précédent", Si leur soumission semble la
seule atcicude juste, elle n'empéche ni leur désapprobation ni l'expresion
de leur soulagement une fois la nouvelle de la mort de Concino Concini
Confirmée. Il semble ne rester personne pour regretrer le marechal.
en croit le Mercure François, partout, à la cour comme à la ville, la
D C de la mort du maréchal est accueillie par les cris de « Vive le
A Dxtement comme au moment où le décès d'un roi laisse la place
a lexercice de l'autorité monarchique par son successeur itimes
64 1bid., p. 199
65 lbid., P. 200. 66 lbid.
68 67 C Dubos Jean-François, Marie de Médicis.o, 0p. cit, p. 521-522.
pn,Modèles de pouvoir dans les rites royaux en France », Amales Economier
o0cLetés, Givilisations, 41 année, n°3, 1986, p. S88,
272 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
réaction collective semble signifhier que l'exercice du pouvoir par n
tyran d'usurpation n'a que temporairement menacé d'éclipser la dizni.
1as regia qui ne peut s'éteindre. Daprès le Merciere cette conviction est
universelle et les cris quelle provoque saluent la décision toyale d'avoir
fait arrêter puis exécuter le maréchal: «Suivant ce qui avoit esté déi
béré, un cry universel de Vive le Roy sespandit dans toute la Cour du
Louvre. Les magistrats, plus prudents, attendent d'être certains de
la nouvelle pour exprimer leur joie mais ne sont pas en reste Le cri
populaire et unanime de bonheur accueillant dans Paris la nouvelle de
la disparition de Condino Concini salue donc aussi, d'après le Merare
François, le sentiment du rétablisement d'une autorité royale légitime.
1103138 no2 291VuOD91 107 io
LE RETABLISSEMENT DE L'AUTORTÉ ROYALE 19nobo b nomus
Les bornes chronologiques choisies pour périodiser, par le titre de ce
volume, la a troisième guerre civile » du règne de Louis XIII établissent
bien un lien entre la condamnation du couple Concini par la justice
extraordinaire comme ordinaire) et la pacification du royaume La
théorie politique sous-jacente ici est celle selon laquelle un exercice
usurpé de l'autorité = par un individu dès lors considéré comme un
tyran dhusurpation -ne peut conduire qu'aux troubles civils, D'un point
de vue moins théorique, la raison en est aussi que les princes revoltes
gqui avaient quitté la cour afin de signiier leur mécontentement au ro
depuis l'arrestation du prince de Condé en septembre 1616 réclamaient
de Louis XII Téloignement du maréchal d'Ancre du pouvoir politique
Is mettaient ainsi pour condition de leur retour à la cour le départ a
maréchal, synonyme pour eux du rinvestissement politique par ie o
de sa place de souverain. Comme les lecteurs du Mercure qui OnE p
ire la Delcaration (ic) et protestation des Princes, Ducs, Pairs, Officaers ae
69 Mercure Frangoi.., 0p. cit., vol, IV, 1617, p. 200 (pour l'année 1o1fsepb9
71 Le quatrième volume du Mercure Frangois porte le sous-titre Suivan dNavarr ires de la
70 lbid.
EOr0 33f1OR915 2
Suitse de 'Histoire de nostre temps, sous le Regne dn tres-Chrestien Roy aer Paris en
Louis XIIL contenant, la Seconde Guerre Civile, depnis la Closture aes iole, depus
Fevrier 1615 Jusques à la Paix de Loundun, en May 1616. Bt, La Troisiesme Gen laration
larrest de la personne de Mr, Le Prince de Conde, en Septembre 1610, J ent loignez a
la Dla
da Koy en faveur des Princes, Dics, Pairs, &Officiers de la Couronne, qui Sseo
le sa 8. Majesté, Juilea Et 1617, V'Arrest de la Conr de Parlement contre le Mareschal d'Ancre, &sa femmic, exau 61)
Couronne adbherens revendications d'Ancre exigencesIs Libérer de Condé Si les paix conséguent que &a l'assassinat de l'exercice une autorité Dubost, roi: aCependant, assassiné heure exercée du roi aune dinsister peuple de la aans a D0x Latitude Ppa 1a egitime prise pieinerment P es Sujets. Pour 72 Me
73 1bid 5 lbrd., D14, P. 616 bost,
n
dizni.
est
d'avoir
déi
du
de
cri
de
Merare
légitime.
ce
établissent
justice
La
exercice
un
point
revoltes
ro
réclamaient
politique
a
o
p
la
en
depus
laration
a
exau LEGITIMER LE RËGIME DE L'EXCEPTIONNBL 273
Couronne L ] contre la conjuratton la tyrannie du Mareschal d'Ancre & ses
adbherens un peu plus haut dans le volume, les magistrats connaíssent les
revendications des princes et comprennent que l'exécution du maréchal
d'Ancre sera entendue par ces derniers comme la reconnaissance de leurs
exigencesIs ne se trompent guère, Louis XIII n'ayant même pas eu à
Libérer le prince de Condé pour obtenir l'obéissance des Grands. Le prince
de Condé n'est, en effet, libéré du château de Vincennes qu'en 1619
Si les magistrats saluent le retour imminent et inéluctable du régime de
paix conséguent à la disparition du maréchald'Ancre, leMercure indique
que &Chacun S'entredisoit : NouS avons un Roy, L'autre conséquence
a l'assassinat de Concino Concini est donc celle du sentiment partagé
de l'exercice pleinement renouvelé de la souveraineté monarchique par
une autorité légitime. D'après certaines sources citées par Jean-François
Dubost, Louis XIl aurait salué l'événement en se félicitant d'être enfin
roi: aCependant, lorsque la nouvelle que le maréchal a finalement été
assassiné se répand, le roi se serait écrié: "Grand merci mes amis !à cette
heure je suis roi !?p. L'afirmation du retour àune autorité légitimement
exercée dans les pages du Mercure François n'est pas placée dans la bouche
du roi mais elle est l'expression de la vox popnuli, ce qui peut s aPparenter
aune forme de précaution de la part de l'auteur. Il Sagit dune manière
dinsister sur l'humilité royale et la considération de la volonté de son
peuple par Louis XIII. La joie dont fait preuve Louis XIII au moment
de la réappropriation de son autoricé royale prend profondément racine
aans Iinvestiture populaire dont il bénéficie grâce à l'expression de
a D0x popnli et qu'il reconnaît en se décoiffant à la fenêtre du Louvre
Latitude de Louis XII est victorieuse mais, en plus d'êrre motivee
Ppa 1a joie populaire, sa décision de faire disparaître Concino Concini
egitime car ce dernier est un tyran d'usurpation, Néanmolins, la
prise par Louis XII en avril 1617 est bien celle de finalement
pieinerment ses prérogatives royales, comme le souhaitent visl-
P es Sujets. Pourtant, force est de constater les efforts déployés
Pour justifer l'assassinat de Concino Concini rtuilg esn
72 Me
73 1bid o1 op. cit., vol. IV, 1617, p., 124-144, (pour l'année 161/),
5 lbrd., p, 538 (pour I'année 1619),|
D14, P. 200 (pour l'année 1617),
616 bost,Jean-François, Marie de Médicis.o, 0p, Cdt, P 25)
2clene, Paire voir, faire croire. , Op. Citi, P, 51/-2
274 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Le Meraure François n'évoque les débats relatifs a la question de la léai.
timité de l'assassinat politique que lorsque cet assassinat est perpetré gu
susceptible de l'être par les opposants au pouvoir royal. Le recueil rappelle
les discussions et les polémiques suscitées par les poSitions de certains
jésuites après la mort d'Henri IV Lorsque le pouvoir monarchique
prend ce genre de décision, la compilation ne mentionne pas l'existence
de l'éventuelle illégitimité du meurtre politique. Il s'attache plutoe à le
légitimer implicitement, La légitimation de l'assassinat politique passe,
dans le Mercure François, non par son afirmation théorique, juridique ou
historique mais par la construction de la culpabilité de Concino Concini.
Celle-a est édifiée par la réunion hybride de reproches qui lui sont faits et
de relations de ses comportements, constituant indifféremment les preuves
de ses crimes. Les preuves réunies par le MercTure François sont aussi celles
de la pertinence de cette décision. La constatation faite par la vox popetli
du retour du roi s'accompagne des preuves effectives de ce retour. Après le
récit des réactions à la mort de Conino Concini, le Mercure Frangois laisse
la parole au roi. Le Mercure cite un document officiel puisquil Sagit d'un
extrait de la correspondance royale avec les gouverneurs de province"Dans
cette lettre, non seülement le roi assume après l'avoir justifiée l'exécution
du maréchal, mais il se réapproprie l'exercice de l'autorité monarchigue
en adressant des ordresà ses agents, en l'occurrence les gouverneurs. Four
Commencer, Louis XII informe le gouverneur auquel il sadresse des
autres décasions prises immédiatëment après le décès de Concino Concini
n Suitte j ay taict arrester sa femme, ensemble aucuns des susditsiminu
&Supplré la Royne madite Dame & Mère, de trouver bon que jeP
desormais en main le Gouvernaiíl de mon Estat àfin d'essayer à le releve
lextremité où les mauvais cUonSseTils d1o2nt3 e ll2e 9s test servie, Tont pree
Le roi fait d'ailleurs immédiatement suivre d'effet cette declatu
on
d'intention. Louis XIII dans sa lettre et, après lui, le Mercure Iia
ne manquent pas de rappeler au gouverneur puis aux lecteurs g
il est
désormais pleinement roi. L'envergure de l'entreprise de justine ation,
insistance du Mercure et la fermeté de ton employée par le o i dans la
77 Voir par exemple Mercure François.., op. cit., vol. I, 1611, P485 Ppour
7789 JIbbiidd,, pvo. l.2 I0V3, .1617, p. 201 (pour l'année 1617),
80 Ibid., p. 203-204 et p. 215
lettre de la la Lettre après publicité toute les presses La publication des éventuels roi précise téafirmant lecteur Après Mercure lundi marques ne se Jour vlle de du Mercure apprend düne la reddition une Cercre LOnet On Le rarlement D9102318-bia, oDuccini, orel o Mercure 85 lbid.
elaralion ay. 87 Ibid.,
léai.
gu
rappelle
certains
monarchique
l'existence
le
passe,
ou
Concini.
et
preuves
celles
popetli
Après le
laisse
d'un
Dans
l'exécution
monarchigue
Four
des
Concini
on
est
ation,
la
LÉGITIMER LE RÉGIMB DE L'EXCEPTIONNEL 275
lettre témoignent d une certaine prudence voire d'une Vraie méfiance
de la part du gouvernement royal et de ses partisans C'est pourquoi
la Lettre du roi aus gouverneurs de ses provinces est publiée très rapidement
après le 24 avril immédiatement et qu'elle est largement diffusée2. La
publicité est ici mise au service de l'autorité royale et vient annihiler
toute tentative de désobéissance. Cette lettre est publiée à Paris sous
les presses des imprimeurs royaux Frédéric Morel et Pierre Mettayer",
La publication des ordres du roi permet à Louis XI de se prémunir
des éventuels mensonges de ses gouverneurs. Cest aussi pourquoi le
roi précise dans sa lettre avoir déja écrit à ses lieutenants généraux,
téafirmant ses prérogativés de premier militaire du royaume. Or, le
lecteur retrouve cette même lettre dans les pages du Mecure Frangois.
Après avoir cité la lettre adressée aux gouverneurs de province, le
Mercure continue de rapporter la façon dont Louis XIII exerce finalement
son l'autorité monarchique. Le premier Conseil du roi se tient le
lundi 27 avril 1617, trois jours seulement après l'exécution. Surtout, les
marques d'une reconnaissance de l'autorité royale par les princes révoltés
ne se font plus attendre. Elles arrivent ce même 27 avril ; «Le mesme
Jour le comnte de Suze arrive à Paris, & presenta au Roy les clefs de la
vlle de 'Soissons que le duc de Mayenne luy envoyoirs. Le rédacteur
du Mercure précise la décision de se rendre est immédiate lorsque le duc
apprend la mort du maréchal d'Ancre. La reconnaissance de lexercice
düne aurorité légitime touche l'ensemble des princes révoltés", Face à
la reddition progressive des princes, le 12 mai, Louis XUI promulgue
une declaration en faveur des Grands du royaume qui sétaient révoltés,
Cercre François la reproduit entre les pages 218 et 222 du volume et
LOnet pas de mentionner les marques du caractère oficiel de la declara-
On Le Mercurë François précise que la déclaration a été dûment visee
rarlement et propose une description du document qui en attesce
D9102318-2s02 9a1b nofpso
bia, p, 204 1o ub 102 ub 215pl
oDuccini, Hélène, Fatre voir faire crotre. , op, Ci, P: 528
L Koy à ses gouverneurs das Provinces, sur la mort du Marschal d' Ancre, AFars pu
orel & P Mettayer, 1617, BSG, 8 Z 1120 INV 3261 RE
o Mercure François. op. ci, vol, TV, 1617, p. 215 (pour lannee i0
85 lbid.
elaralion du Roy, en faveur des Princes qui s'estoient eslaignez de sa Majsie, Venyur u
ay. , ibid, p. 218.uo) 0o 801 4h.V
87 Ibid., p. 222.
276 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
La qualité des acteurs témoignant publiquement les uns après les
autres de leur fidélitéet de leur soumission au roi comme l'insistance
sur les heureuses conséquences de ces témoignages ont pour but de
masquer les craintes du pouvoir royal, dont les précautions prisesà
l'endroit des gouverneurs semblent indiquer une unanimité peut-être
exagérée par le recueil. 1al92092t0dob sb oriaash
LA PROBABLE DISSIMULATION DE DISSENSUSb9O 23b noi1oildus
L'unanimité des réactions à l'exécution de Concino Concini vantée
dans les pages du AMercure n'est pas si évidente. Le récit livré par
le Mercure des exactions commises sur le corps de Concino Concini
est un indice de la fissure qui menace de lézarder la célébration de
l'autorité royale. Ces exactions sont profondément ritualisées et font
sens. Eles Sont une manière pour la population de redoubler le processus
judiciaire et d'affhrmer sa soumission à l'institution judiciaire
et au roi qui l'incarnent La compilation ouyre l'espace à une certaine
contradiction, mais prend soin de rapidement atténuer cette
impression. L'universalité du cri de Vive le Roy semble relative. Le
Mercure explique, en effet, que le 25 avril « trois cents laquais avec la
populace déterrèrent le corps du maréchal, le traînerent a travers
la ville avant de le pendre par les pieds à l'une des potences dont on
lui attribue l'érection pour punir la noblesse dissidente ou «ils Juy
Couperent le nez, les aureilles, les mains, & le membre viril avans
de le dépendre et de le traîner à nouveau à travers Paris tout en crian
Vve le RoyIl faut noter au passage une certaine ambiguite
recueil lui-meme quant à ces exactions. En lieu et place du terme ac
peuple » invoqué pour célébrer la vex populi, la compilation ut
le terme trés dépréciatif de « populace » pour qualifier les acteu. s de
ces violences. l suggère ainsi l'apparition d'une sous-caucg
peuple responsable avec des laquais du sort du corps du mar
La proximité des violences subies par le corps de Concino Cona
et
par celui de l'amiral de Coligny au moment de la Sainebar hélemy
explique peut-être une forme de désolidarisation partielle du a
88 Sur ces questions voir Dubost, Jean-François, Marie de Médicis., of, Chp
9809 1Mbeidrc.,a pre. 2lr0a6n,gots,, P. cil., vol. IV, 1617, p. 198 et 206 (pour l'année 1o
moment au
allusion la marque Mercure mort Le Mercure, autour les réticences du maréchal. de la la légitime l'ahurissement intention Surpris ae construire royale manipulations ae la Cntre Ppas meme Lenjeu princes, ercre re la ODe Ss1le Concino Pe,le 9 Lbid, 92 lbid.
les
l'insistance
de
prisesà
être
noi1oildus
vantée
par
Concini
de
font
processus
judiciaire
certaine
cette
Le
avec la
travers
on
Juy
avans
crian
ac
acteu. s de
et
hélemy
LfGITIMER LE REGIME DE LEXCEPTIONNEL 277
moment de livrer le récit de ces événements, dans le sens où toute au
allusion à la Saint-Barthélemy est susceptible d'être entendue comme
la marque d'une perte de maîtrise et d'autorité de la part du roi. Le
Mercure précise la façon dont sont reçues les violences infligées au corps
mort de Concino Concini par les sujets témoins de la scène:
Bt si quelqu'un par où ils passoient n'ostoit son chapeau ils luy donnoient
aussi des coups de bastons, & luy faisoient crier, Vive le Roy. Les uns rioient
de tout cela, les auitres blasmoient ceste action; bien quils hussent aises de sa
mort, & de tout ce qui avoit esté faict le jour d'auparavant
Le Mercure, conscient de l'enjeu porté par la construction du consensus
autour de la mort de Concino Concini tient à nuancer et à relativiser
les réticences de certains à l'égard des violences infigées au corps mort
du maréchal. Le risque serait pour le Mercure d'induire l'interprétation
de la stupéfaction des témoins de ces violences comme un refus de
la légitime autorité royale de Louis XIIL Le Mercure insiste donc sur
l'ahurissement des badauds face à ce spectacle. Ces derniers n'ont aucune
intention de ne pas reconnaître la légitimitédu roi, Ils sont simplement
Surpris des scènes dont ils sont rémoins, Le Mercure Frangois fait en sorte
ae construire un récit tendant à prouver que ce n'est pas sur la décision
royale que portent les hésitations des passants. Par le recours à certaines
manipulations comme celle de Il'expression d'un discrédit à l'endroit
ae la cpopulace», la compilation fait en sorte d'atténuer la désunion
Cntre certains sujets du roi. Pour le Mercure, ces désaccords ne portent
Ppas sur Iessentiel et l'autorité monarchique n'est pas remise en cause,
meme lorsqu'il faut forcer certains à crier « Vive le Roy*»
Lenjeu reste crucial dans la mesure ou, en dépit de la reddition
princes, la guerre n'est pas encore tout à fait termine, puisque ie
ercre indique la date du 8 juillet, soit celle de l'exécution de larret
re la mémoire du maréchal d'Ancre et contre son épouse comme
ODe hnale au conflit. En attendant, il convient de réduire le plus
Ss1le les éventuelles manifestations de désaccord suite à la mort
Concino Concini. Tant que le crime de lèse-majesté n'aura pas ete
Pe,le royaume est encore considéré comme en proie aux troubIES CE
9 Lbid, p. 206-207.
92 lbid.
278 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ETAT
à la dissension. Cest d'ailleurs presque sur la publication de l'arrêt de
la cour du Parlement Contre le maréchal d'Ancre et son épouse que se
clôt le quatrième volume du Mercure Frangois 03 boup l
slaop
LA PUBLICATION DES SEULS FAITS:
25b 1221
RETICENCES ET CONTRADICTIONS15
En guise d'introduction au dossier consacré à la mort du maréchal
d'Ancre, le Mercure Frangois prétend qu'il publiera uniquement le réit
des faits survenus lors de cet événement et rien des discours qui sen
sont tenus, notamment pour des raisons matérielles, Le rédacteu
la compilation annonce en fait au lecteur son choix de ne publier que
les nouvelles relatives à lévénement et non, ce que nous appelons les
métanouvelles. Il songe sans doute aux textes potentiellement polémiques
conmme le laisse à penser l'adresse au lecteur placée en exergue
du quatrième volume". Pourtant, le dossier ne se clôt pas tout à fait sur
la publication des extraits des registres du Parlement dans lesquels sont
consignés Il'arrêt de la cour contre Léonora Galigai et contre la mémoire
de Concino Concini, ni même sur le récit de l'exécution de cet arrer
par la mise à mort de Léonora Galigai. Il se termine en réalirë par a
publication des «vers qui coururent entre les mains des curieux Sur a
mort dudit Mareschal & Mareschale Le traitement de la mort du
maréchal d'Ancre et de ses suites par le Mercure François présente d
certaines contradictions. Les pratiques d'écriture mises à l'euvrePa
le rédacteur ne correspondant pas à ce qu'il annonce.
Certes, la formulation utilisée par le rédacteur pour Signiner
sen tiendra aux faits reste ambigué, En dépit de la part relativemt
importante prise par l'événement dans ce quatrième volume, 1il
indé
n1able que lon n'y retrouve pas l'ampleur de la production pampu
ire
93 «Exiraict des Regístres de Parlement, Arrest de la Cour de Parlement contre le Maresi
VAnare
94 Ib&id s.,a p f.e 1m9m3e-1 n9, 4ib. id., vol. IV, 1617, p. 226-230 (pour l'année 161/),
95 «An Lecteur », ibid, [p. 3].
96 1bid., p. 235.
submergeant production d' Estienne peut êcre publiées raison production rejet toutefois LA DIFFAMATION Dans Estienne quelque la campagne La précision connaître premier elle daffirmer veut vendeur acilement traictls traictlsCncontre Pas ication tre volonté EVenements. P. 00 lecteurbid, p.
de
se
boup l
maréchal
réit
sen
que
les
polémiques
exergue
sur
sont
mémoire
arrer
par a
a
du
l'euvrePa
indé
ire
VAnare
LÉGITIMER LE REGIME DE EXCEPTIONNEL 279
submergeant alors ParIS, Et certaines autres villes du royaume. Il est également
vrai que l'inventaire des imprimeurs-libraires ayant participéa la
production pamphlétaire autour de l'événement ne mentionne ni le nom
d' Estienne Richer ni celui de son frère Jean Richer, même si ce travail ne
peut présumer de l'identité des imnprimeurs de pamphlets qui n'ont pu
êcre conservés". Ce constat est cohérent avec les déclarations d'intention
publiées parle Mercure. En plus de considérations matérielles, l'autre grande
raison motivant le rédacteur à refuser la publication dans ses pages de la
production pamphlétaire à propos de la mort de Concini réside dans un
rejet assumé de la pratique diffamatoire. Cette ligne de conduite semble
toutefois relativement difficile à tenir pour le rédacteur du recueil.
LA DIFFAMATION ENTRE REFUS ET TENTATION
Dans son adresse au lecteur publiée au seuil du quatrième volume,
Estienne Richer se défend de vouloir prendre part personnellement à
quelque entreprise de diffamation en général. Sans doute a-t-il à l'esprit
la campagne diffamatoire dont le couple Concini est victime en 1617
La précision est importante pour l'auteur, Il s'agit pour lui de ne plus
connaître les désagréments judiciaires consécutifs à la publication du
premier volume du Mercure en raison de l'incident diplomatique dont
elle avait été la source avec le sénat de Cologne. Il est aussi question
daffirmer voire de réaffirmer l'appartenance littéraire du /Mercure. L'aureur
veut être reconnu comme un véritable historien et non comme un
vendeur de papier tirant profit d'une siruation favorable afin de gagner
acilement de l'argent. C'est pourquoi il fait la distinction entre les
traictls et les « libelles diffamatoires» qulil dit préérer écarter,
traictls» sont par exemple les vers publiés en fin de volume a
Cncontre de Léonora Galigai et de Concino Concini, Il nen demeure
Pas oins que le Meroure François participe largement à lopération de
ication de l'arrestation puis de l'exécution du maréchal d'Ancre,
tre volonté se lit notamment par la multiplication des points de vue sur
EVenements. Le Mercure François ne livre pas un récit de l'événement
travajl réalisé par Hélène Duccini, Duccini, Hélène, Faire votir, jaire croire. 9P. ctis
P. 329.
00 lecteur», Mercaure Franois.o, op. cit., vol. IV, 1617, [p: 5.
bid, p. 336-340 (pour l'année 1617/),
280 HISTOIRE IMMÉDIATE FT RAISON D'ÉTAT
mais bien trois. Chacun d'entre eux motive à sa manière le coun de
majesté. Toutes ces relations concordent pour égitimer l'assassinat d du
maréchal. ls le font principalement de deux manières déjà rencontrés
dans le dispositif argumentatif : d'une part en mettant en avant les
comportements susceptibles de prouver que Concino Concini présentait
les comportements typiques dun tyran d'usurpation, d'autre part en
insistant sur le mouvement de résistance qu'aurait eu le maréchal au
moment de son arrestation devant le Louvre. Le premier de ces trois
récits est celui qui s apparente à la version communément considérée
comme officielle et ídentifiée comme ayant été forgée par les frères
Luynes, à savoir les instigateurs du complot. Le deuxième est le récit
livré par le roi lui-même à ses gouverneurs. Le troisième est le texte
d'une «réjouissance » que le Mercure décide de livrer à son lecteur. Sa
reproduction est précédée du commentaire suivant: «Il se fit plusieurs
Iivrets sur ceste mort: entrautres ceste Resjoüissance que l'on trouva
assez bien faictelo0. Roméo Arbour mentionne plusieurs éditions de
textes portant des titres proches et ayant pour thème les réjouissances
provoquées par la mort du maréchal d'Ancre pour l'année 1617
Le rédacteur a l'habileté d'identifier ce texte comme un simple
livret et non comme l'un des libelles diffamatoires mentionnés plus
haut-l'exdluant ainsi de la catégorie des écrits qu'il se refuse à publier
Ce commentaire introductif est aussi l'occasion pour le rédacteur de
ivrer clairement son point de vue sur le texte. Certes, il ne prend aucun
FISque puisqu'il prétend S'exprimer en professionnel de l'édition et que
le texte loue la clairvoyance de Louis XIII pour avoir pris la décision ae
faire exécuter le maréchal d'Ancre afin de reprendre possession ae
autorité. Le texte de la réjouissance est censé être rédigé par un sujera
royaume remerciant le roi pour le coup de majesté. Il Sagit peut- e
drune manière pour le Mercure d'insister sur la reconnaissance du peup
a rendroit d'un souverain s'étant montré à l'écoute de la vux popul.
texte donné en citation na pas de statut typographique particul
faut observer ici l'absence de guillemets ou d'italique. Rapidemens
lecteur ne sait plus à qui attribuer le «je» utilisé. S'agitil d un texte
100 Ihid, p. 208-213.
V omeo,Ere baroque en France. Répertoire chronologique des bdittons de textes
irts,
deuxième partie, 1616-1628, Genève, Droz, 1979, p. 100.
102 «An lecteur n, ibid, lp. 3)
rédigé éronnant linventaire inséré de pamphlets procédé, et de typographique pages passer La à dessein moins pas seulement $ance Frangois Ses dénégations Mereure mort vers dédiées trois ct i Obitum .erPS. ainsi3 ut la un genre u Voir Ecrive Propos aud, 105 7 Lbid, 106 lbid., de O5/le (1s (1562-
de
du
rencontrés
les
présentait
en
au
trois
considérée
frères
récit
texte
Sa
plusieurs
trouva
de
réjouissances
simple
plus
de
aucun
que
ae
sujera
peup
texte
irts,
LÉGITIMER LE REGIME DE LEXCEPTIONNEL 281
rédigé et diffusé anonymement par les presses des Richer? Ce serait
éronnant car nous ne retrouvons pas de mention des frères Richer dans
linventaire établi par Hélène Duccini, Sagit-il dun texte des Richer
inséré dans les pages du Mercure sous couvert d'anonymat? Lavalanche
de pamphlets anti-Concini n'a probablement pas rendu nécessaire un tel
procédé, il suffisait aux libraires de sélectionner un texte de leur choix
et de le publier à leur tour dans le Mercure. En tout cas, le brouillage
typographique et énonciatif mentionné plus haut est fréquent dans les
pages du recueil. Ce procédé permet parfois aux rédacteurs de faire
passer leur point de vue avec discrétion,
La répétition des mêmes arguments ou du même récit est employée
à dessein Dans ce cas précis, les arguments répétés à trois reprises au
moins viennent de sources variées mais convergentes. Leftet ne se veut
pas seulement convaincant mais aussi persuasif. Le texte de la réjouis-
$ance n'est, en effet, pas la seule métanouvelle publiée par le Mercure
Frangois à propos de la mort de Concino Concini, toujours en dépit de
Ses dénégations plus ou moins claires. A la toute fin du volume IV, le
Mereure Erangois publie une série de vers introduits de la manière suivante
: « Voicy les vers qui coururent entre les mains des curieux sur la
mort dudit Mareschal & Mareschalel0». S'ensuivent quatre pièces de
vers dédiées à Concino Concini, dont trois en latin et une en français. Les
trois premiers intitulés respectivement Concini Tumulus, Concini Mambis,
ct i Obitum Concini portent des signatures sous formes d'initiales: S. P,
.erPS. Les titres de ces vers pourraient respectivement être traduits
ainsi3 aLe tombeau de Concini », xA propos des Mânes de Concini » et
ut la mort de Concinil. Les pièces poétiques proposées ici relèvent
un genre de tombeau poétique littéraire La quatrième pièce versinee
u Voir Duccini, Hélène, Faire voir, faire croire.., op. ci, p. 529 et 59
Ecrive abes du temps, op. cit., p. 192. Le récit de la peste de Lyon se trouve dans le
Propos de ce dispositif er de la relation de la peste de Lyon dans le Merre trangois,
aud, Christian, Ribard, Dinah, Schapira, Nicolas, Histoire Litérature Ténmoignage
105 7 Mercure) EUgoIs., 0p. cit., vol, XV, 1631, p. 1-37 (pour l'année 1628).
Lbid, vol. IV, 1617, p. 236-240 (pour l'année 1o1 r
106 lbid., p. 236-238.
de Rel garanova, Tatiana, «Poésie oficielle, poésie partisane pendant les guerres
O5/02/2012 ratn, 41|2003, len ligne]), http://terrain.revues.org/1610, consulté le
le Ro Apropos de la mise en place d'une culture politique au moment des guerres
(1s on voit ead., A coups de libelles, Une culture politique an temps des guerrar de lergton
(1562-1598), op. cit.
282 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
revendique la forme d'une épitaphe chronologique Puis viennent deuy
pièces de vers consacrées à Léonora Galigai.La première est en latin er
la seconde, constituée en réalité d'un simple distique, en italien 0
3 LEONORA GALIGAI DITO 00 27s1thjcsogb
Mentre ella visé a dato aj Gali guai astikdil ocsicaleaboun
Et al fin morendo a fato j Galln gafl ensty alsos nisk6 hoildug dl abt o eprrigngag ti 2 LÉONORA GALIGAT
Tandis qu'elle vécut elle a causé des ennuis an gaulois noirp97 a 2s5
Et enfn en motrant a rendu joyenx: le ganlois oi doiorn al 192
29
La nationalité italienne de Concino Concini et de Léonora Galigi
expliquent très probablement le choix de la langue par l'auteur de ce
distique. Ce choix a sans doute été également motivé par d'autres raisons,
notamment par l'opportunité offerte par la langue italienne de créer
quelques bons mots. Le patronyme de la maréchale est scindé en deux
et s'appuie sur le mot Gali, que lon peut traduire par gaulois, et sur
I'usage de deux homophones. Gai signifie « réjoui» et lexpression dare
guai utilisée dans le premier vers se traduit par « causer des ennuis
Le distique final célèbre donc la délivrance ressentie dans le royaume
grace à l'exécution de la veuve Concini. L'effet comique produit par
Thomophonie des diférents termes employés ne fonctionnant qu en
italien, cela peut expliquer le choix de livrer ce distique dans le texte
en plus de permettre le rappel de la nationalité des deux époux. O
Cette origine fait aussi lobjet de nombreux reproches adressés au coupe
Concini, pergu par nombre de membres de la noblesse française comme
un couple de parvenus d'autant plus illégitimes qu'ils sont étranga
Au moment de la Fronde, le cardinal de Mazarin essuie le meme Yp
de reproches. Certaines mazarinades rapprochent de la sorte la figure
du cardinal de Mazarin à celle de Concino Concini afin de menacct
le premier Le Mercure qui s'était alors gardé de toute ation
satirique ou burlesque sur l'affaire semble ne pas pouvoir plus
1ongtemps au mouvement de fond qui touche le phénomène edit
110089 M1beidrc.,u pre. 2 F3r8a-n2g4o0i.s.., op, cit., vol, IV, 1617, p. 238 (pour l'année 161)
10 Voir par cxemple REcit de ce qui cen fait et passéà la marche mazarine depnis ed
jusques à Sedan, s.l.s.n., 1651, BNE, res-f-224, P 259.
engendré cocesion de la Prançois. dans Le nécessaire BTABLIR Deux sont tous p13 O2911910 Le second Janct Leonora proces dans rariement produit uechale temps Frof es dans tence Cas. agonard, 1l1 1
rure Lbia.,
deuy
er
27s1thjcsogb
ocsicaleaboun
abt eprrigngag 2s5
192
Galigi
ce
raisons,
créer
deux
sur
dare
ennuis
royaume
par
en
texte
O
coupe
comme
étranga
Yp
figure
menacct
ation
plus
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 283
engendré par l'événement, En réalité, ce n'est pas tout à fait sur cette
cocesion à, la « série, bouffonnel des écrits produits à l'occasion
de la mort du maréchal d'Ancre que se conclue ce volume du Mercure
Prançois. Le distique clôt en fait les pages consacrées à l'année 1617
dans ce volume. ub 2poib
Le Mercure Frangois fait rapidement le choix de fermer cette parenthèse
comique dans le but de se recentrer sur l'établissement des faits,
nécessaire àlentreprise de justification de l'exécution du couple Concini,
BTABLIR LES EAITS ; UN ENJEU POLITIQUB03 229 iup.oln aneb
Deux autres pièces possèdent un statut particulier dans ce dossier. Ce
sont deux textes de huit pages rejetés chacun en fin d'ouvrage revenant
tous deux sur le procès des Concini. Le premier est intitulé :
p13 Ghapitre du procez faict à la mémoire de Goncino Concini n'agueres Mareschal de
France &a Leonora Galigai sa veuve. Sur le crime de leze IMajesté Röyale concernant
hes ntelligences qu'iceus Conchine & sa fenmme ont eu &entretenn avec les estrangers,
depuis la mort du roy Henry le Grand, an dommage du Roy Louys Xil au prejuaie
de son autborité, & au repos de son Estat., En ltalie G Epagne, En Flandre
&Allemagne
O2911910 219tt3 29nmt 251 gnsny gpbal
Le second porte le titre suivant :«Recueil des cbarges qui sont an procez
Janct a la mémoire de Conchino Gonchini n'agueres Mareschal de France &à
Leonora Galigai sa veuve, sir le chef de crime de leze-majesté divine ». Les
proces intentés contre le couple revêtent une importance fondamentale
dans I'entreprise de justification du coup de majesté. L'arrêt de la cour de
rariement contre Concino Concini et Léonora Galigai est partiellement
produit dans le Mercure François avant la narration de l'exécution de la
uechale Les deux pièces susmentionnées y reviennent. Leur rejet
temps ordonné par le récithistorique proposé par le Mercure pose
Frof eS textes ne sont, en effer, intégrés à aucune des trois annees
es dans le recueil alors que les dates du procès et de lexécution de
tence Sont parfaitement connues. La pagination part de zero dans
Cas. Comme nous l'avons suggeré, il S'agit sans doute de pieces
agonard, Marie-Madeleine, «Las mort de Concini. , art. ciré, p. l24.
1l1 1
rure rangotsop, cit, vol. IV, 1617, P. 1 D. 244
Lbia., p. 226-230 (pour l'année 161), y
284 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
recueillies par Estienne Richer apres la constitution de la compilation
voire après l'obtention des privilèges royaux dimpression peut-être
même après une première impression de cette édition. Le statut officiel
de ces sources pourrait abonder dans le sens de cette hypothèse comme
I'absence de ces livrets dans certaines des éditions du Merctre Franait
comme cest le cas pour les deux éditions conservées à la bibliothegue
Méjanes d'Aix-en-Provence par exemple. Le Recueil des dharges publié
dans le Mercure FrançoLs à propos du procès des époux Concini mentionne
un système de classement d'archives pour attester de la véracité
des faits relatés, ce qui est tout à fait inédit dans le Mercure. On donne
ici en marge les cotes des pièces darchives sur lesquels sont censés
figurer les charges contre le couple de favoris, L'attention nouvelle et
unique portée à cette occasion précise aux sources judiciaires participe
à la justification de l'assassinat du maréchal d'Ancre et surtout à une
normalisation de l'exercice de la justice par le retour de la pratique
ordinaire de cette même justice. La création du consensus autour de la
légitimité du coup de majesté est renforcée par la voix des magistrats
avalisant la décision royale en cela qu'ils sont les acteurs de la justice
déléguée du roi. La publication de pièces variées sur l'afaire, I'usage de
répétitions et de redondances visent les mêmes effets. En dernier ressort,
tous ces procédés servent à asseoir la nouvelle autorité du jeune rol.
Celle-ci semble pourtant encore fragile puisque l'actualité va conduire
le Mercure Frangois à user à nouveau de dispositifs éditoriaux identigues
afin de publier cette autoritén3ve slqiio) 9tnos e913
Cest notamment le cas dans le cinquième volume du Mercure., LDans
ce dernier, l'autorité royale est affirrmée fermement à l'aide diun prou
de mise en série de décisions judiciaires exemplaires. Cette énumeru
semble à la fois normaliser et prolonger la sentence judiciaire pron
àl'endroit de Concino Concini et Léonora Galigai, olsto 2479
L4es pes qui parlent de Montalto, sont produices en la production litterale conbre V'acieE L
ag qut sont au proces faictà la mémoire de Conchino Conchimi nas
Mareschal de France, &à Leonora Galigai sa veusve, Sur le chef de crime de lene-iid iof ivine)
Mercure rangois., op. cit., vol. IV, 1617, p. 1 [p. 244). Le livret précédent me
aussi ces rétérences précises «Le faict d'intelligence de Conchine en duvonralubert
par pieces produites sOus les cottes L. & O. à sçavoir par lettres escritesp amné
Secretaire de Conchine à Maignat & auttes trouvees au proces fart auditV lagueres
a mort & executé, », « Chapitre du proces faict à la memoire de Gonchino Conc
Mareschal de France, &à Leonora Galigai sa veusve», ibid., p. 1'lp: 224
MISE APRES Le Ja fa François 336 pages (au lendemain àla fin majoritaires ces affaires crimes par des du volume volume du maréchal 8 juillet Ducini un procès le secret un vif durait nouveau ne avait e danger COncini Leures lercure Versions Sera son de Mayennes, d ve nt Suivie 116 Mercure Duccini,
compilation
être
officiel
comme
Franait
bibliothegue
publié
mentionne
véracité
donne
censés
et
participe
une
pratique
la
magistrats
justice
de
ressort,
rol.
conduire
identigues
LDans
V'acieE L
ivine)
duvonralubert
amné
lagueres
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 285
MISE EN SÉRIE DE SENTENCES JUDICIAIRESs
APRES LE COUP DE MAJESTE
Le Mercure François procède à la mise en série de certaines nouvelles.
Ja fa de l'année 1617 est relatée dans le cinquième volume du Mercre
François publié en 1619, l revient sur les années 1617, 1618 et 1619.
336 pages craitent de la fin de l'année 1617 dans ce volume, du 9 juillet
(au lendemain de l'exécution de l'arrêt qui condamne le couple Concini)
àla fin de l'année civile. Les affaires de politique intérieure ne sont pas
majoritaires dans ces 336 pages, mais restent prépondérantes. Parmi
ces affaires intérieures, le Mercure François met en série la relation de
crimes se soldant par des décisions de justice exemplaires, en particulier
par des condamnations à mort. La série débute, en fait, dans les pages
du volume précédent par le récit du coup de majesté qui est une réalisation
de la justice extraordinaire du ro1. Toujours dans le quatrième
volume du Mercure rançois et dans l'intervalle séparant l'exécution
du maréchal d'Ancre (le 24 avril 1617) de celle de Léonora Galigai (le
8 juillet 1617), le Mercure relate celle d'un certain du Travail. Hélène
Ducini revient sur le procès de du Travail qu'elle considère comme
un procès politique et un instrument de propagande. Du Travail, dans
le secret de la conspiration contre le maréchal d'Ancre, aurait nourri
un vif ressentiment pour ne pas avoir pu tuer lui-même le maréchal et
durait congu le projet d'assassiner la reine et de se venger de Luynes, le
nouveau favori du roi. Accuser du Travail de tentative de meurtre sur
ne avait l'avantage de répondre à deux besoins: celui d'éloigner
e danger et de communiquer sur le fait que l'assassinat de ConCino
COncini ne visait par la reine-mère pour laquelle le roi avait les me
Leures intentions du monde. Hélène Duccini affirme également que le
lercure François dresse un portrait à charge de du Travail et que les
Versions de la Relation exacte et du Mercure François contredisent celle
Sera donnée par les Mémoires de Richelieu, Ainsi, juste apres avoir
son lecteur de la reddition des ducs de Vendôme, de Nevers
de Mayennes, le Mercure revient sur la mise à mort de du Travai1
d ve de la soumission volontaire des Grands est donc imme
nt Suivie de celle de l'intransigeance du jeune Louis XIL, Ele
116 Mercure Franços. P. cit., Vol, IV, 1617, p. 216 (Ppour lannée 161/). 0 2
Duccini, Hélène, Concini.ooy op. ci, P 2362-366.
286 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
permet d'illustrer le réinvestissement par le roi du terrain de la justice
ordinaire aussitôt qu'il en a l'occasion. Comme Concino Concini, du
Travail est condamné pour crime de lèse-majesté. Après huit jours de
détention, le 10 mai ses membres sont publiquement rompus en place
de Grève avant que lon ne brüle son corps sur ordre du roi. Ce rituel
rappelle celui réalisé par la foule sur le corps du maréchal d'AnCre
seulement trois semaines plus rot. Les proximités temporelle et for
melle du traitement judiciaire de du Travail et de Concino Concini
Sexpliquent par celle des chefs d'accusation qui leur sont adresés. Du
Travail est convaincu «d'avoir entrepris sur la vie de la Royne Mere
du Roy». Cest pourquoi il est châtié de la sorte. La défense de la
majesté de Marie de Médicis par voie judiciaire est habile car elle permet
de masquer ou, au moins, d'atténuer le désaccord entre la mère et le
fils engendré par la mort du maréchal d'Ancre. Après les événements
du 24 avril, Marie de Médicis quitte la capitale et s'exile à Blois. Les
extraits de l'arrêt condamnant du Travail et publiés dans le Mercure
François servent à affirmer l'attachement de Louis XIIIà la reine-mère,
attachement qu'il est prêt à lui témoigner malgré elle en prenant s
défense. De plus, implicitement, ces extraits dédouanent la reine de ses
responsabilités en mettant en lumière l'aveuglement dont elle est encore
victime Du Travail est d'autant plus condamnable qu'il affiche une
Vie dissolue et une impertinente indifférence à l'annonce de l'arret du
Parlement le condamnant à mort. La publication de la déclaration du
roi en faveur des princes autrefois mécontents (en date du 12 mai 161)
suit immédiatement cette information et atteste de la capacité du rol a
Juger avec clairvoyance. Louis XIII est capable d'exercer la justice ac
discernement et c'est pourquoi les informations sur le sort des granu
naguère révoltés encadrent le récit de la condamnation de du
Gabriel Naudé interprère pour sa part la mort de du Travail comu
element du coup d'Etat contre le maréchal d'Ancre. Il s'agit de lun
des suites d'un coup d'Etat « composé» au même titre que l'execuL
de Léonora Galigai et lexil de Marie de Médicis1. La publication pa
le Mercure François de I'exécution de du Travail au coeur de cette s
dexécutions à la suite de l'assassinat du maréchal d'Ancre accic édite
117 Ibid., p. 217.
118 Ibid.
119 Naudé, Gabriel, Considérations politiques sur les coups d'Éiat, op. cit., p. 104510
lanalyse médiatique La Dar de Guémadec, auxquelles majesté20 dans vingt ce dernier dépit pouvoir du sieur mois après reproche COurtisan rumeur ccope Se rendant clôt Semblant la consécration publication s 121 122 lbid., 123 lbid.,
justice
du
de
place
rituel
d'AnCre
for
Concini
Du
Mere
la
permet
le
événements
Les
Mercure
mère,
s
ses
encore
une
du
du
161)
rol a
ac
granu
lun
pa
édite
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 287
lanalyse livrée par Gabriel Naudé, Le recueil participe à la diffusion
médiatique de ce coup d'Btat composé en en publiant les suites.
La série de condamnations pour crime de lèse-majesté se poursuit
Dar l'exécution de Léonora Galigai le 8 juillet mais aussi dans le cinquième
volume du Mercure Frangois. Le lecteur y apprend que le sieur
de Guémadec, déja rencontré dans les pages du volume précédent
auxquelles il est renvoyé par le recueil, est décapité pour crime de lèse
majesté20 I'arrêt condamnant le baron de Guémadec est reproduit
dans le Mercure. Sa lecture mentionne l'emprisonnement d'environ
vingt personnes de l'entourage du baron en plus de la décapitation de
ce dernier Le lecteur apprend aussi l'intransigeance de Louis XII en
dépit des supplications de l'épouse du baron. Le roi déclare, en effet, ne
pouvoir lui accorder qu'une clémence partielle car il en va de son autorité1,
Lafaire dont il est question tout de suite après la condamnation
du sieur de Guémadec est celle de la décapitation du sieur de Gigné au
mois de septembre 16172Le Mercure signale cette exécution huit jours
après celle du baron de Guémadec sur la même place de Grève. On
reproche au sieur de Gigné d'avoir fait courir la fausse rumeur qu'un
COurtisan projetait de faire tuer le roi. C'est donc d'avoir fait courirl
rumeur d'un crime de lèse-majesté qui coûre la vie au sieur de Gigné. Il
ccope en somme d'une peine identique à celle qu'il aurait encourue en
Se rendant effectivement coupable de crime de lèse-majesté. Le Mercure
clôt cette mise en série de sentences judiciaires par un paragraphe
Semblant classer le dossier consacré au coup de majesté et donne a voir
la consécration du nouveau favori à la cour Bhb
n ce mois de Septembre la Cour alla passer la fin de l'Esté à Lesigny en Brie,
sieur de Luynes, Seigneur que le Roy a coujours aftectionné, espousa la
hlle du Duc de Montbason : & fut pourveu de la Lieutenance generale au
Overnement de Normandie qu'avoit le Mareschal d'Ancre, & eut le don
de ses immeubles 0n3
publication d'une série de décisions de justice aux Sentences exem
s dans un temps très court participe à la construction de l'autorite
b olosn oaitaein
121 Tbid. p, Cit, vol., V, 1619, p. 91 (pour l'année 1617).not cb nono 94-95.
122 lbid., p. 96.
123 lbid., p. 97.
288 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
judicaire du roi après sa reprise en main du pouvoir royal le 24 avril 1617
La date de publication de ces décisions n'est pas anodine. En 1617, aveC
le début de la série, le roi doit encore consolider son autorité. En 1619.
au moment de la publication du cinquième volume du Mercure et dela
suite de la série des condamnations pour crime de lèse-majesté, cétte
autorité est à nouveau fragilisée. La publication du cinquième volume
du Mercure François semble prolonger l'entreprise de justification de
l'assassinat de Concino Concini jusqu'en 161924, Le titre du cinquième
volume du Mercure est plus neutre que celui du volume précédent ?
O
o 1lI Cinguiesme tome du Mercure Frangois, o, Suitte de VHistoire de nostre temps sou
nle Regne du Tres-Cbrestien Roy de France G d NavaTe, Lonys Xn, Contenante
qui sest passé de memorable ez anner M DC XVII, M DC XVIII, M DC XIX.
Jusques à la Dédlaration de la volonté du Roy sur le départ de la Royne sa Mere.
aPubliée le 20 juin 1619. 0 ronaopP 189 1 2olb 9ut
21912 uh novasiqob sl ob ofleo 2 0sbREDu) sh u2 u
Pourtant, la borne chronologique finale adoptée pour ce cinquième
volume évoque celle qui avait été choisie pour le précédent. Au moment
ou Estienne Richer publie le cingquième volume du recueil, les espoirs
d'une pacification durable du royaume et de la construction d'une autoritë
monarchique incontestée ont volé en éclats. La première guerre de la Mère
et du Fils vient de se terminer. Le 12 février 1619, la reine-mère sévade
du château de Blois dans lequel elle sétait retirée après lassassinat de
Concino Concini en 1617. Des cavaliers envoyés par le duc d'Bpernon
Tescortent jusquà Angoulême d'où elle provoque une révolte contre
Louis XlI. Le traité d'Angoulême, négocié par Richelieu et signele
12 mai 1619, met fin à ce conflit entre Marie de Médicis et Louis u
Ce retour au calme est encore fragile et le rappel dans le sous-tiuE
Mercure de la Dedaration de la volonté de Roy sur le départ de la Royne
Mere sert à masquer la mise en cause de l'autorité de Louis XIU. d
désaccords entre la reine-mère et son fils ne peuvent plus etre 0c
Comme dans le volume précédent, il est encore temps de faire cro1TC
T'existence d'une volonté royale sur laquelle glissent les tentatives ae
révoltes sans l'affaiblir.oal i peo 02 21 2m arh
Malheureusement, il est impossible de connattre le délai entre la a
cation du recueil et l'obtention des privilèges par l'imprimeur-i
124 Duccini, Hélène, Concini,., op, cit, p. 347-394.
125 Mercure François,s 0p, Cit., Vol. V, 1619.
Tourefois, de lese-été obtenus alors autrefois princes Son fils du prince la pousse scénarío civile cette lans au temps d'un a pour La marge q ane Cette la direction S ingénie a convaincre EOuvernement Se contredire prouver Conduit enu afin SX, ino Concini pouvoir Exte a abouti LLO DLisé en 46 Tbid.,
1617
aveC
1619.
dela
cétte
volume
de
cinquième
sou
Contenante
XIX.
Mere.
u
cinquième
moment
espoirs
autoritë
Mère
sévade
de
d'Bpernon
contre
signele
ae
LÉGITIMBR LE RÉGIME DE L'EXCEPTIONNEL 289
Tourefois, la publication des sentences survenues en 1617 pour crime
de lese-majesté dans un volume dont les privilèges d'impression ont
été obtenus auprès du pouvoir monarchique le 19 août 1619 prend
alors nécessairement la forme d'une mise en garde adressée aux princes
autrefois révoltés. Dès le 7 août 1620 et la bataille du Pont-de-Cè, les
princes soutenus par une Marie de Médicis tout juste réconciliée avec
Son fils s'élèvent contre Luynes, le favori de Louis XIII. La libération
du prince de Condé en octobre 1619 mécontente Marie de Médicis et
la pousse à apporter son assistánce aux grands à nouveau révoltés. Le
scénarío semble se répéter et tous les ingrédients au retour de la guerre
civile Sont présents. La mention par le Mercre François d'un avis espagnol
sur les moyens de faire la paix avec le duc de Savoie participe à
cette argumentation, Cet avis explique, en effet, les troubles survenus
lans le royaume de France par l'autorité exercée par Marie de Médicis
au temps de la régence. Il S'agit, en effet, d'une femme c'est-à-dire
d'un individu nécessairement privé de discernement: «La France
a pour chef une femme et elle est troublée de guerres intestines.
La marge de la note 187 porte la note suivante: «La France n'aya
q ane femme pour chef, & tout le reste de l'Europe divisé & affoilbl,
Cette rétérence souligne le danger qu'il y aurait à laisser à nouveau
la direction de I'Etat aux mains de la reine-mère. Le Mercure Frangois
S ingénie à consolider 1l'autorité royale par l'action de publicatíon et
a convaincre le public que le roi doit mener sans l'aide de sa mère le
EOuvernement de son Etat. Pour ce faire, la compilation n'hésite pas à
Se contredire et à déconstruire tous les efforts autrefois déployés pour
prouver la légitimité de la régence. Le coup d'Etat survenu en avrill ol
Conduit le Mercure à récuser le régime politique qu'il avait autretois
enu afin d'afirmer son adhésion inconditionnelle à la politique de
SX, A cette fin, le Mercure n'a de cesse de justifierl'assassinat
ino Concini comme préalable indispensable au renforcement
pouvoir monarchique encore fragile, Les circonstances et le
Exte politique modifient donc le Mercure François et en font un
a abouti de la raison d'Etat, En effet, d'une part le Mercure est
LLO DLisé à la fin de publier cette raison d'État, d'autre part les acteus
en avoir parfaitement intégré les principes, En réalitë, cette
46 Tbid., p, 181-187 (pour l'année 1617). ust
290 HISTOIRE IMMÉDIATB ET RAISON D'ÉTAT
adaptation de la posture politique du recueil ne doit pas surprendre
Elle est conforme à l'idéal loyaliste des deux frères Richer sincèremen
attachés au pouvoir légitime du monarque et respecte l'accord tacite
les liant au pouvoir politique. uhostof sl anomonin2
0s0 0or al s a3lor n 21otus M obiroleni
Lentreprise de publication de l'autorité monarchique assumée par la
compilation ne S'arrête pas à la justification de l'assassinat du maréchal
d'Ancre. Les épisodes de remise en cause de l'autorité monarchique
encadrant la mort de Concino Concini ilustrent le comportement
d'une noblesse rétive à accepter une monarchie de plus en plus absolue.
L'absolutisme confisque aux Grands du royaume bon nombre de leurs
prérogatives. La noblesse refuse ainsi la capitalisation d'un pouvoir aux
mains d'un seul rendant caduc l'émiettement féodal du pouvoir qui lui
était favorable. De la même manière, la faveur accordée à certains par le
monarque absolu contrevient à cette conception traditionnelle du pouvoir,
Celle accordée à Luynes par Louis XILI contrarie la noblesse française
autant que celle dont bénéficiait le maréchal d'Ancre, et justifie, a ses
yeux, une nouvelle série de révoltes. Cette désapprobation se traduit
à nouveau par le recours à la publication imprimée. La polémique est
engagée lors des épisodes successifs de la guerre de la Mere et du Fils en
1619 et 1620. Le sixième volume du Meraure François se fait 1'écho de
la production pamphlétaire dirigée contre le duc de Luynes tout en la
Condamnant et en raPpelant les peines encourues pour détention de rels
écrits. Le Mercure prend ouvertement parti dans cette confrontationy
compris dans les pages duvolume VIr2, Une fois ces conflits domestiques
réglés au début des années 1620, les membres de la noblesse français
nont pourtant pas fini de faire obstacle au renforcement de 1l'Etat royal
La disciplinarisation de la société en général et de la noblesse en par
culier engagée sous la régence de Marie de Médicis se poursuit apres
coup d'Btat du mois d'avril 1617129, Lattachement de la noblesse a
prarique du duel, interdite à plusieurs reprises procure à ses repre
tants un moyen de braver le pouvoir royal et de défendre leur iaei entite
Z Vopi.r cpiat.r, pe.x e3m81p-l3e8 à4 .ce propos Hélène Duccini, Duccini, Hélène, Raire voirn Jalre
123 ercure Frangois. op. cit., vol, VI, 1621, p. 263 (pour lannée 1620) et ibid, Vo
1622, p. 888-892 (pour l'année 1621),
129 Dubost, Jean-François, Marie de Mdieis., op, cit, p. 543-546,
nobiliaire iustrification Erancois de la du pouvoir
surprendre
sincèremen
tacite
21otus la
maréchal
monarchique
comportement
absolue.
leurs
aux
lui
le
pouvoir,
française
ses
traduit
est
en
de
la
rels
confrontationy
domestiques
français
royal
par
apres
entite
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 291
nobiliaire qu'ils estiment malmenée"0, Dès avant la publication er la
iustrification de l'assassinat politique du maréchal d'Ancre, le Mercure
Erancois se fait le relai médiatique de cette entreprise de disciplinarisation
de la noblesse par l'interdiction des duels non sans refléer l'ambiguité
du pouvoir monarchique à l'égard d'une pratique toujours à l'euvre.
pd
ene Billacois, François, Le duel dans la socifté française des XVi-XVIr siecles
Pebologie historigue, Paris, Éditions de I'EHESS, 1986, p. 76
l 9 oin.pitdog sl 3n mtsro 2npmi22 2li up snisilidon
inI 3la aip on clob 2sb ronibisn 2g 9z2aldoa ls6
ecuortep
ctel
a0gntoslil amrnma
no 1ot.Tout à une Lentêtement la constance entre lutte des Cette médiatisation. La publication congue la monarchie Merctre Le 2 mai Judiciaire mpliqués cere publication bles 2ercLure pport Spective, MPus OEmorency-Xun Secdes,
snisilidon
ls6
no 1ot.eouLA PUBLICATION DU DUEL, u s3 pl f
ENTRE EMBARRAS ET OPPORTUNISME
Tout au long de l'Ancien Régime, l'autorité monarchique est confrontée
à une noblesse attachée à la pratique officiellement réprouvée du duel.
Lentêtement de la noblesse à vouloir se battre en duel, auquel répond
la constance du pouvoir royal à len enmpêcher, met en jeu la relation
entre les nobles du royaume et le gouvernement monarchique', La
lutte engagée par le pouvoir contre cette pratique Sapparente à l'une
des modalités de la construction de l'autorité absolue du roi de France.
Cette élaboration emprunte plusieurs voies parmi lesquelles celle de la
médiatisation. Le Mercure François participe activement à ce processus.
La publication du combat conduite par les autorités contre le duel est
congue comme l'une de ses modalités. Elle est une arme au service de
la monarchie face à une noblesse parfois désobéissante. Comment le
Merctre François publie-t-il les duels au fil de la collection?
Le célèbre duel du comte François de Montmorency-Bouteville, le
2 mai 1627, fait figure d'événement exceptionnel par son traitement
Judiciaire unique justifiant la publicité dont il bénéficie. Les duellistes
mpliqués sont, en effet, les seuls contrevenants à la législation anti-duel
cere condamnés à mort puis physiquement exécutés., L'aftaire provoque
publication et la diffusion de nombreux livrets majoritairement
bles aux deux condamnés. Revenir sur le traitement réalisé par
2ercLure François du duel de 1627 permet de mesurer sa singularite
pport aux autres rencontres dont le recueil fait état. Dans cette
Spective, un retour aux relations que la compilation propose aes
MPus ordinaires s'étant déroulés en amont et en aval de celui de
OEmorency-Bouteville doit encadrer l'écude de son traitement par la
on. Cette mise en perspective justifie une érude du traitement
Xun O5, voir par cxemple Billacois, François, Le duel dans la sociére frangaise des XVI=
Secdes, Essai de psychologie historique, op. En P:
294 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
de la pratigque du duel par le Mercure Frangors entre 1611 et 1648 dans
le présent chapitre.
Une telle analyse enseigne la participation active du Mercure Francois
à la utte du gouvernement monarchique contre les duels. Tout en
rappelant la grande banalité de la pratique, le recuerl se rend complice
d'une «occultation» du phénomène afin de masquer les difficultés
rencontrées par la monarchie dans son combat contre sa persistance.
Jusqu'à 1627, le Mercure livre principalement au lecteur les relations de
duels empêchés et sanctionnés par le pouvoir. Lexamen du traitement
médiatique comme des significations politiques et sociales de l'ultime
duel de Montmorency-Bouteville en 1627 met en exergue les inflexions
propres à ce moment exceptionnel et souligne, en creux, les modalités
plus courantes de cette forme d'affirmation de l'autorité monarchique.
L'analyse des pratiques d'écriture mobilisées par le Mercure au moment
de publier le duel extraordinaire du mois de mai 1627 révèlel'daboration
dune argumentation aussi fine que discrète au service de la monarchie.
Le recueil soutient avec subtilité le discours délivré par le pouvoir ahn
de rendre acceptable sa décision d'appliquer avec rigueur les sanctions
prévues en cas de contravention à la législation anti-duel. Apres 162/,
le Mercure François relate presque exclusivement les duels étrangers,
Cest-à-dire sétant déroulés hors du royaume de France. Cette derniere
pratique permet de mettre en avant la distorsion entre une noblesse
européenne désobéissante et tumultueuse et une noblesse française
depeinte comme parfaitement docile et pacifiée depuis l'exemple de la
condamnation de Montmorency-Bouteville l 9 ,an02 230pileg
Upovoq 1al 2hto 3nstmoupi2ia eiug mom íenmsbro
ei120 hrm ep:7vil zusdnon sb noieunilL sl 3e nO3t31ldg
2tsi1 3096331 l u2 1i09v9 nmsbno2 i3b 205 23108 tov
2 Brioist, Pascal, Drévillon, Hervé, Serna, Pierre, Cruiser le fer Violence e lture Ace
dans la France moderne (Xvt-xVir iecdes), Seyssel,Champ Valon, 40 245-2 du duel
propos, les auteurs citent également l'abbé de Saint-Pierre pour qu1 clhisto our
deviendrait I'histoire d'une occultation ». Saint-Pierre, Charles Iréné Castel, rilon
perfectionnerla police contre le duel, Paris, s.n., 1715, cité par Pascal Brioist, He
et Pierre Serna, Croiser le fer..,0p, cit:, p. 255.
3s nir 129 Le associé permis de l'ouvrage. a été des d'appels, entre a 1648, restreinte. moins de dissimuler ordinaire du recueil Lengagement Justifre provocations Cconomiques etaire eSister VISion r un Les YXV, VI, 4A ales sde T on, Lee
dans
Francois
en
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la
nO3t31ldg
tov
Ace
duel
our
rilon
LEGITIMER LE RËGIME DE L'EXGEPTIONNEL 295
sledon sn ozalaralfr ed balbenenu
3s 98 DUBLS ORDINAIRES
nir 129 foubiamEr DIEEICULTES MONARCHIQUESneunm
Le dépouillement des tables des matières de ses vingt-cinq volumes,
associé au dépouillement exhaustif de plusieurs volumes de la collection,
lui-même croisé à celui des notes marginales d'autres volumes, a
permis de recenser les principales mentions de duels dans l'intégralité
de l'ouvrage. Lappartenance à un champ lexical large autour du duel
a été retenue comme critère de sélection afin d'érablir un inventaire
des évocations de ces pratiques dans le Mercure. Quarante occurrences
d'appels, querelles, combats, duels et rencontres ont été dénombrées
entre la publication des premier et dernier volumes du Merure de 1611
a 1648, La part consacrée aux duels en nombre de pages est relativement
restreinte. Elle sélève à 233 pages sur les 26026 de la collection, soit
moins de 1 %. Ce faible écho trouve plusieurs explications. La nécessité
de dissimuler les difficultés monarchiques en la matière et le caractère
ordinaire de la pratique du duel convergent pour expliquer la discrétion
du recueil sur le phénomène.
Lengagement politique du Mercure Frangois auprès de la monarchie
Justifre sans doute qu'il évite de livrer une information dérailee des
provocations adressées par la noblesse au pouvoir royal, Les aristoaties
européennes du xvIT siècle subissent, en eftet, des évolutions
Cconomiques et sociales parfois ressenties comme une véritable crise
etaire par les contemporains. Certains d'entre eux, désireux de
eSister à la menace d'une forme de déclassement se crispent sur une
VISion de la noblesse fondée sur a race, le sang et la vertu censée rerie
r un ordre céleste immuable . La pratique du duel nest alors que
Les editions numérisées sur le site de l'BHESS des volumesI, I, II, IV, , V, V, vuy
YXV, XIX, XXI, XXII ont écé dépouillées dans leur intégralité, Les volumes
VI, XVI, XVIII, XXI, XXIV et XXV ont été dépouillés àlade de leus
4A ales dont l'on retrouve souvent le contenu dans les tables des matieres.
sde l'idée d'une crise économique et administrative voire identicaire et ideolOgigue
T eses au xvir siècle voir Stone, Lawrence, The crist of tbe aristooray (oD8-
on, Oxford University Press, 1965 mais aussi Bitton, Davis, Tbe french nobiliy in
Lee er Otantord, Standford Universicy Press, 1969 ou encore Schalk, Ellery,
e EE le sang. Une bistoire du concept de molblesse (vers 1SO0-vers IO00, deysse
296 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
l'une des modalités d'expression de la volonté d'une noblesse résolue à
affirmer clairement son identité, Le message Sadresse particulièrement
au gouvernement monarchique, Continuer a se battre en duel est une
manière de résister au pouvoir royal. Chaque appel à se battre en duel.
chaque combat, chaque rencontre est comme une preuve supplémentaire
de l'incapacité de la monarchie à taire respecter la législation contre les
duels, dont les six édits promulgués entre 1602 et 1651 constituentla
colonne vertébrale. La construction de l'identité nobiliaire ainsi que
l'antagonisme l'opposant au pouvoir monarchique éclairent la manière
dont le Mercure publie les duels, en dehors de l'épisode de 1627. Pour
que le duel vaille la peine d'être livré, il doit bénéficier d'une publicité
minimale. Etouffer les bruits des duels en leur interdisant autant que
possible l'accès à la publicité s apparente pour le pouvoir royal à un outil
supplémentaire de l'affirmation de l'absolutisme, peut-être plus efficace
encore que l'arsenal législatif mis à la disposition des parlements. En
ne publiant qu'épisodiquement des relations de duels ou de combats,le
Mercure Frangois, participe à éclipser les efforts fournis par les nobles ain
daffirmer publiquement leurs valeurs chevaleresques et aristocratiques.
Enfin, la très grande banalité des duels dans le royaume explique, elle
aussi, la sobriété du Meraure à ce sujet. La pratique des duels est tellement
repandue gue les rencontres entre duellistes ne constituent sans doute
plus des événements dignes d'en conserver la mémoire. Seuls les duels
exceptionnels méritent un développement conséquent.
LINEFFICACE LEGISLATION ANTI-DUEL 21020q 2olsooe 19 2uprieoro
23 26g s13194
Des son premier volume, le Mercure François souligne explicitement
le caractère ordinaire de la pratique du duel. Dans les pages consacrees
al annee l606, une note marginale affirme la banalité de la pratique d
duels au sein de l'aristocratie: «Appels en drël [sont] communs en fra
entre les Grands ». Ce type de rappel fait l'objet de huit occurtc
Vallon, 1996. Voir enfn la mise au point de François Billacois, Billacois, Frang
ala
crise de la noblesse européenne (1560-1660) : une mise au point », Revue a 1Dn
odernt
t comtemporaine, tome XKII, avril-juin 1976, p. 258-277
Apropos de la législation anti-duel voir notamment id, Le duel dans la socitéfra
leo Pfe.r .C .,I ,o pp.. 4ci1t.8, -p4. 1295.5 V. oir aussi Brioist, Pascal, Drévillon, Hervé ct Serna, i 6 lbid.
relatives de l'occasion pOur parfois condamnation des ennemis motifs position S l'on pour considérablement Sa lutte plus noblesse convaincue a la détermination predicateurs de succès, ES NOUVEAUX CchecS nettre Semble Oecure oal 11ce Lbid, 10 bid
lbid.,
à
particulièrement
une
duel.
supplémentaire
les
constituentla
que
manière
Pour
publicité
que
outil
efficace
En
combats,le
ain
aristocratiques.
elle
tellement
doute
duels
s13194
explicitement
consacrees
ala
odernt
LEGITIMER LE RÉGIME DE L'EXCEPTIONNEL 291
relatives aux duels sur les quarante recensées, Le Mercure se saisit six fois
de l'occasion pour rappeler la legslation anti-duel en vigueur, au moins
pOur noter son inefficacité", Les rares mentions de duels s'accompagnent
parfois d'un discours désapprobateur à l'encontre des duellistes. La
condamnation des raisons qui conduisent les Grands àsafronter physiquement
dans le Mercure Erangois reprend les arguments récurrents
des ennemis des duels. Sous les presses de Jean Richer, la frivolité des
motifs qui entraînent les nobles à se battre en duel est aggravée par la
position sociale dominante des duellistes:
D'escrire qu'en ces temps-cy des Princes, & des Pairs de France se soient
envoyez appelez pour sentre-couper la gorge, que Iont les ait trouvez seuls
Sr le pré, pour une legere guerelle d'avoir frappé un cocher, houssiné unn
Page, ou pour une parolle libre dite sur une belle main, on ne le croira pas
Si est-ce que cela est Vray
orrio
S l'on suit l'argumentation avancée, la futilité des prétextes utilisés
pour provoquer les duels conduit à l'extension du phénomène et aggrave
considérablement les difhcultés rencontrées par le pouvoir royal dans
Sa lutte pour son éradication. Les combats singuliers sont d'autant
plus préoceupants qu'ils prennent la forme d'une revendication de la
noblesse à se rendre justice en dehors de toute institution monarchique,
convaincue de sa légitimité à le faire. Le roi semble bien démuni face
a la détermination des nobles à se battre au nom de leur honneur, Les
predicateurs tentant de raisonner les duellistes ne remportent paS plus
de succès, en dépit du fait qu'ils les combattent au nom de la religion"
ES NOUVEAUX SUCCÈS DE LA MONARCHIE l 2
CchecS essuyés par les membres du clergé permettent au Merure
nettre en valeur 1'efficacité apparente du pouvoir législatif du roi
Semble etre le seul capable de soumettre les duellistes. Pour saluer
Oecure Erançois, vol. I, 1611, P99V (pour l'année l606).
oal 1611, P99v-100 (pour l'année 1606), P348 v-354r (pour l'année 1609
, I°131 r-132 P (pour l'année 1611), vol. II, 1616, p. 50-52, 209-210 (pour
11ce 1613) et vol. XX, 1637, p. 309-315 (pour l'année l09).
Lbid, et vol. I, 1611, P99v (pour I'année louo
10 bid
lbid., vol. I, 1611, P99v-100fP (pour I'annee Lo
298 HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTAT
I'efficacité de l'édit royal de 1609 dans des pages dédiées à l'année 1606
le rédacteur du Meraire utilise une analepse doublée d'une ellipse nara
tive. L'accélération du récit et l'anticipation sur la suite des événements
produites par le recours à ces figures de style ont pour effet d'accentuer
la prétendue efficacitéé du dispositif législatit engagé par Henri Iy
contre les duels. Le Mercure amplihe le succès de la législation royale en
passant sous silence la tenue d'un certain nombre de duels entre 1606
et 1609. Léchec royal ne peut pourtant pas être tout à fait ignoré. Le
roi lui-même en érablit le constat dans une lettre adressée au pape en
16092. Le nombre de duels connaît, en effet, une forte infation sur
le rerritoire du royaume de France entre 1604 er 1607. Il existe bien
une augmentation de la pratique des duels dans les années qui suivent
16055. Celle-ci n'est poutant perceptible que dans les pages consacrées
à l'année 1609 du premier volume du Mercure Erançois. Au moment de
revenir sur le nouvel édit anti-duel promulgué par Henri IV, le Mercure
ne peut qu'admettre implicitement la persistance de la pratique du duel
depuis 1606. En publiant à son tour lédit anti-duel de 1609, le recueil
se trouve, comme le roi, contraint d'admettre l'insoumission de la
noblesse . Afn d'estomper la portée de ce message, le recueil procède,
de manière concomitante, à la publication de duels punis ou évité.
a n3 LOBSERVATION DES ÉDITSnesno cau92he11
Malgré les échecs de la législation anti-duel révélés par sa republication,
la compilation insiste sur les exemples témoignant aeE
observation. D'après le Mercure, les édits contre les duels sont opsv
de deux manières. L'affaire peut en rester à l'état de querelle ou d
sans aboutir à l'étape de la confrontation physique. Le duel est
empeché. Lorsque ce n'est pas le cas, le Mercure publie l'applicationd
sanctions prévues dans les édits ou les déclarations venues étoier
12Sur ces points voir Billacois, François, Le dnel dans la société française., op. Gt, P: et 148
13 Ibid., p. 134 et 4l1.
14 a Edict du Roy sur la prohibition des querclles & duels», Merure Frangos, Yo
1, 1611,
P348V-354P (pour I'année 1609),
législation. ont donné Jhune viogt-des deux querelles en ceuvre et sanctionnés trois I'autorité puis qu'un reproduction duels Consécutives par torce de menace de la l626. momentsLOuis O2-Eme protestant u ercure ançois vEnt LE afirmation, u souverain rre Frangois ameme 16 crure
1606
nara
événements
d'accentuer
Iy
en
1606
Le
en
sur
bien
suivent
consacrées
de
Mercure
duel
recueil
la
procède,
cau92he11
republication,
opsv
148
1611,
LÉGITIMER LE RÉGIME DE L'EXCEPTIONNEL 299
législation. Les contrevenants sont alors eftectivement punis. Sur quarante
occurrences de duels, dix-neut reviennent sur des rencontres qui
ont donné lieu à l'observation de la légíslation les interdisant grâceà
Jhune ou l'autre de ces deux modalités. En réalité, on dénombre en tout
viogt-deux occurrences de l'observation des édits dont trois ressortissent
des deux modalités. Onze de ces vingt-deux mentions concernent des
querelles accordées oudes duels évités. Onze autres conduisent à la mise
en ceuvre des chatiments prévus par la loi. Les occurrences de duels évités
et sanctionnés déssinent une chronologie grossière et mettent en relief
trois périodes : la régence de Marie de Médicis, le rétablissement de
I'autorité monarchique avec le coup de majesté contre Concino Concini
puis la première moitié des années 1620. S'il n'est possible d'identifer
qu'un cas de juxtaposition de l'un de ces récits avec le rappel ou la
reproduction de la législation contre les duels en 1626", les récits de
duels évités sont plus nombreux dans les volumes traitant des années
Consécutives au renouvellement de cette législation. Les moments dépeints
par le recueil comme favorables au pouvoir royal dans son rapport de
torce avec la noblesse au moyen de la relation de duels restés à l'état
de menace comme de duels sanctionnés sont des périodes de hausse
de la pratique du duel. Ils sont principalement situés entre 1611 et
l626. François Billacois explique ainsi les hausses correspondant à ces
moments«La pointe] de 1611-1614 [qui] Sinscrit dans la minorité de
LOuis XI et l'approche des Etats généraux» et «La pointe des annees
O2-1626 lquil correspond aux années où Richelieu devient ministre et
Eme son autorité; années aussi d'opérations militaires contre le parti
protestant », Le constat de certaines de ces concomitances dans les pages
u ercure doit être interprété en termes d'intention et de message, Four
ançois Billacois, «le duel est une façon de trancher du souverain, er
vEnt de donner une leçon au souverai» Si l'on prend a rebours
LE afirmation, le duel virtuel pourrait être une façon de consolder
u souverain » et de donner une leçon » à une noblesse dissidlente
rre Frangois sélectionne donc du mieux possible les faits les plus
ameme de remplir cette fonction.
16 crure François..,ap. cit., vol. XIL, 1627, p, 754-755 (pour l'annee O
Tançois, Le duel dans la sociéle frangaise. , 0P. CI, P; 19% cu s
300 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
LA RÉGENCE ET LES SUITES DE LÉDIT DE 1609RVeino9 2.notsl
Le Mercuren'omet pas de décrire le cimat de desobéissance qui touche
la cour et l'ybris alors caractréristique des comportements nobiliaires
Actions bardi extraordinaires demandes: querelles entre Grands &ubrila
acusaions: furent les premiers fruicts de l'an 1611. en la Cour de Frane
Comptant bien profiter d'un aftaiblissement du pouvoir royal au moment
de l'exercice de la régence, les Grands adoptent des comportements
condamnés par le Mercure comme par la littérature pamphlétaire. Le
Mercure mentionne à ce propos la publication dun « Satyte que l'on a
fait depuis, intitulé, Le Voyage de Maistre Guillaume" , Les querelles
sont caracéristiques de ce dimat d'insoumission.
Les débuts de la régence ab roptox pb as nuun
onb 2s1 9rngonoiuslergol pt ob noiopboq
Les récits de duels évités démontrent l'aptitude de Marie de Médicis
à faire respecter de maniere dissuasive l'édit de 1609, et donc, à inscrire
sa politique dans la continuité de celle de son défunt époux. La publication
de lévitement des duels au début de la régence par le Mercure eSt
conforme à la ligne éditoriale suivie par Estienne Richer dans le deuxième
volume du recueil. Tout soupçon de faiblesse politique inhérente
à la minorité de Louis XI est rejeté grâceà l'affirmation dú controle
exercé par Marie de Médicís à lendroit de la pratique des duels, La
maxime d' Etat affirmant la nécessité de la pacification du royaume est
mise a leuvre de la sorte". Les enjeux ne concernent donc pas seule
ment Iairmation de l'autorité royale d'après le Mercure" Insistersur
ces dérèglements permet au recueil d'attribuer le mérite de la clórure
de ces détestables événements à une reine capable d'éviter l'entree
Son royaume dans une période de troubles néfastes et disposée comn
Henti TV à apaiser son royaume:uo2 u nopsl snu 790ob9P
a Majeste qui sçavoit que ceste querelle, si, elle n'estoit accordee, DEPO
avoir gu uine jssuë tuneste, imitant le feu Roy son mary, qui ne sçivo oin
de querelle en sa Cour qu'il ne l'accordast & fist vuider, dit a ee .
&de Boiilon, Qu'elle entendoit que ceste-cy fut promptement accordee bo
1187 1Mbeiarc,ure Frangois., op. cit., vol. II, 1613, P1v (pour l'année 1611).
19 Richer, Estienne, «Le Libraire au Lectearm, ibid., [e 21.
20 Voir par exemple Mercure Frangois,.., op. cit., vol. II, 1613, P2, P (pour I a
1611).
t mais Les choix doublement d'année singulier. ainsi, Mercure effectivement Erals-Les lo, voient Cing es nobles mer un Octobre LS tensions Pourtant VOme nouvelle nt rieusement scours Ontrant gations aire chele qualifiée 21 lbid., 22 1bid.,
touche
nobiliaires
ubrila
moment
comportements
Le
a
querelles
nuun
noiopboq
Médicis
inscrire
publication
eSt
deuxième
inhérente
controle
La
est
Insistersur
clórure
oin
.
bo
LÉGITIMER LE REGIME DE LEXCEPTIONNEL 301
Ainsi fut terminé ce different, par la volonté & prudence de sa Majesté : Et
ces Princes ont depuis aussi demonstré quils en avoient perdu la mémoire.
Huict jours apres une autre querelle se lit proche la Chambre de la Royne,
t mais celuy qui avoit offensé (bien que de qualiré) fut contraint de baisser la
teste, &entrer dans la Bastille, d'où peu après sa Majesté le retira. Cét exemple
en a rendu depuis sages plusieurs
Les choix politiques de MarIe de Médicis sur la question sont ainsi
doublement justiiés. Le climat délétère régnant à la cOur en ce début
d'année 161l convainc la reine de prendre des mesures préventives exceptionnelles
afin d'éviter aux nobles toute occasion de s'affronter en combat
singulier. Pour saluer la ligne politique suivie par Marie de Médicis, et,
ainsi, légitimer son autorité, Estienne Richer publie également dans le
Mercure le récit de duels châtiés., La toute première mention d'un duel
effectivement puni dans le recueil concerne l'année 1611, m
Erals-généraux et premières révoltes des Grands
Les volumes qui traitent des années 1614-1615, publiés en 1616 et
lo, voient une assez forte concentration des mentions de duels puisque
Cing contiits Sont rapportés. 1614 est l'année dhun premier soulèvement
es nobles contre Concino Concini auquel le traité de Sainte-Menehould
mer un terme le 3 mai 1615. La tenue des Etats-généraux entre le
Octobre 1614 et le mois de mars 1615 est censée apaiser durablement
LS tensions entre la monarchie et sa noblesse. Les crispations restent
Pourtant tortes. En outre, en 1616, au moment où est publré le troisieme
VOme du Mercure qui revient justement sur ces années, debute une
nouvelle révolte des Grands.nn
nt de revenir sur les Etats généraux, mais dans un volume publi
rieusement à leur tenue, le Mercure est contraint de privilegier
scours condamnant et interdisant la pratique du duel aux rècits
Ontrant l'observation des édits. Le recueil énumère toOutes les pro
gations d'édits contre les duels depuis le règne de Saint-Louis. Cet
aire est publié dans le troisième volume du Meraure Hrangos pour
chele l'année et Saccompagne d'une déclaration sur les édits contre les
qualifiée à tort d'édit par l'évêque de Montpellier dans Sa harlngu
21 lbid., P5-6P.
22 1bid., P131-132 r.
302 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
pour l'instarnt attribuée par le Mercure à un «grand prélat» sans plus
de précision pour la bonne raison qu'elle n'est prononcée par l'éveque
de Montpellier qu'en 1615. Le rédacteur utilise donc des événements
de deux ans postérieurs pour écrire I'histoire de 1613. Ce sont par des
extraits de la même harangue que le Mercure introduit l'effort législa
tif entrepris par le roi suite au duel entre les sieurs de Béthune et de
Montigny-Halle
O Dieu! Quels mal-heurs (comme dit un grand Prelat) apportent ces duëls.
On voit les familles esplorees, les peres regretter la perte de leurs enfans,
les femmes leurs maris, la France ses Capitaines & soldats d'esite, le Roy
sa Noblesse, l'ornement de sa Couronne: Et Dieu ses ames que Sathan luy
ravist. J
Aussi sa Majesté taschant par tous les moyens d'empescher le cours de tels
mal heurs, ht encores en ce mois de Janvier une Declaration, par laquelle elle
vouloit & entendoit ne donner aucunes graces, remissions, ny abolitions a ceux
qui contreviendroint sous quelque couleur & pretexte que ce fust, aux Edicts
&Declarations sur le faict des duels, combats, & specifiez, ains quil fist
procedé extraordinaireent selon la rigueur d'iceux contre les contrevenants,
ceux qui les retireroient & auroient en leur puissance
221: 901 3n9io To
On retrouve justement les premières phrases de cette citation dans
la bouche de l'évêque de Montpellier, au moment ou il prononce Sa
harangue un peu plus loin dans le volume2. Lutilisation à deux reprises
non seulement d'arguments similaires mais surtout de citations stric
tement identiques implique que la rédaction du troisième volume du
Mercure François est finalisée à l'issue des événements à l'aide du recuei
dinformations collectées au fur et à mesure du temps. Les argumentS que
le redacteur juge les plus percutants sont réuilisés même s'ils concerne
des événements postérieurs, C'est le cas ici avec cette réutilisation Pu
anticpation de la harangue de l'évêque de Montpellier, que le rédacteur
ne reprend que partiellement à son compte en mentionnant un «
prélat. Le procédé fonctíonne avec des thèmes qui s'apparentene tade
véritables serpents de mer pour la monarchie. La répétition Se ble
effective puisque ces discours sont finalement suivis d'effets et nol des
moindres, Une décapitation en efigie dans un premier temps pour
22A3 1bTibdid.,. vol. III, 1616, p. 50-51 (pour l'année 1613).
25 Tbid., p. 218 (pour l'année 1615)
finir, le Mercure deuxième COnsacrée Au un discours de dénoncer Etat la noblesse" clergé de la evoquéeLa moins par les imprimé de la a une représentants de l'arcicle le chancelier. le consensus question membres are Speines Par vOcabler ge visent bénét Eu Chancelier Le decision LCltés ICes 26 Ibid., 27 1bid., 28 Ibid., 29 Ibid.,
plus
l'éveque
événements
des
législa
de
duëls.
enfans,
Roy
luy
tels
elle
ceux
Edicts
fist
contrevenants,
To
dans
Sa
reprises
stric
du
recuei
que
concerne
Pu
rédacteur
tade
ble
des
pour
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 303
finir, un duel évité par le prince de Condé en personne sont publiés par
le Mercure quelques mois voire quelques semaines seulement après la
deuxième révolte des Grands. Cet épisode vient clôturer la séquence
COnsacrée aux duels dans le troisièrme volume du Mercure François.
Au moment de publier les Etats-généraux, le Mercure Prangois construit
un discours majoritaire de condamnation de la pratique des duels afin
de dénoncer les comportements désordonnés de la noblesse. Le Tiers
Etat y fustige l'agression de Iun de ses députés par un député issu de
la noblesse" Saisie, la justice royale donne raison au Tiers-Etat, Le
clergé est également conyoqué dans les pages du Mercure à la faveur
de la reproduction de la harangue de l'évêque de Montpellier déja
evoquéeLa réponse apportée par le pouvoir royal est immédiate, au
moins d'après le Mercure, qui la publie à la suite du discours prononcé
par les représentants des députés du clergé. Cette réponse er sa mise en
imprimé témoignent de l'attention accordée aux doléances des députés et
de la volonté royale de construire une réponse commune et collaborative
a une question préoccupant aussi bien le pouvoir royal, le clergé et les
représentants du Tiers-Etat d'après le recueil,Le Mercure publie le texte
de l'arcicle des Étars contre les duels à la suire de la réponse fournie par
le chancelier. L'article rappelle les peines prévues par la loi et réaftirme
le consensus entre les députés convoqués aux Etats-généraux sur la
question de leur exécution effective. Les remontrances portées par les
membres du clergé à l'adresse du roi et de la reine condamnent la trop
are application de la législation anti-duel, D'après les ecclésiastiques,
Speines sont si mal appliquées qu'il faut rappeler leur caractère legal
Par a promulgation d'une nouvelle loi, qualifiée de «perpétuelle et
vOcabler comme si les édits ne l'étaient pas déja, Les doléances du
ge visent aussi l'institution judiciaire du royaume. Il est demande
bénét les duellistes, comme de la combinaison de réticences et de
Eu Chancelier de veillerà ce que le personnel judiciaire ne prononce plus
Le decision contraire aux édits. Conscients des complicites dont
LCltés éprouvées par le pouyoir monarchique à faire appliguer ies
ICes prévues par la législation, les députés prévoient des exécutions
26 Ibid., p. 225-235.
27 1bid., p. 210-225.
28 Ibid., p. 211-227.
29 Ibid., p. 223,
304 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
en efigie0. En effet, non seulement les duellistes sont rarement châ
tiés, mais lorsqu'ils le sont cest a titre pOsthume ou par contumace.
Le Mercure manifeste pourtant la bonne volonté royale en publiant
immédiatement après le texte de larticle contenu dans le cahier général
des Brats-généraux, la relation de la querelle survenue entre un député
de la noblesse du Haut-Limousin et un député du Tiers-Etat du Bas
Limousin. La rencontre se solde par une condamnation par contumace
du député noble". La mise en imprimé proposée par le Mercure confere
un caractère performatif à la parole des députés. Cet épisode n'est pas
le dernier des occurrences de duels pour la période des Btats-généraux.
Certaines illustrent particulièrement la mise au pas des Grands du
royaume à l'issue d'une période de révolte nobiliaire, à laquelle met
un terme le décès du maréchal d'Ancre en 1617.h ol ginqp t
MORT DE CONCINO cONCINI ET RËTABLISSEMENT b i9rg io9 ei
DE L'AUTORITË MONARCHIQUJE
Le cinquième volume du recueil paru en 1619 publie l'autorité monarchique
et a légitimité de Louis XIII après le coup de majesté contre
le maréchal d'Ancre mais aussi après une nouvelle révolte des Grands
à laquelle met fin le traité d'Angoulême du mois de mars 1619Le
Mercure y évoque très sporadiquement les duels. Tout en étant forcé de
Concéder, avant cela, les dificultés éprouvées par la justice royale dans
Son entreprise de faire respecter la législation anti-duel, cette intro
ductron se double d'une note marginale: «LEdict des Duels observE"
Le Mercure afirme une nouvelle fois la forte impression exercée par
discours de l'évêque de Montpellier sur le roi avant de l'illustrer pare
cas dun duelliste effectivement puni par la loi". Le Mercure l'afhrme : i
temps de la complaisance est bien terminé, Le changement de persou
politique par Louis XIII au lendemain du 24 avril 1617 est deteru
nant dans le processus de réappropriation des pouvoirs de justIC P
30 Ibid, p. 223-225. pn,00a io t stg 2ovso1a 31 Tbid.,p. 225-229
32 1bid,p. 229-254,
55 Les privileges royaux du cínquième volume du Mercure François sont deliv
Ropic chiet.,r vleo l.1 V9, a1o6û1t9 1, I6p1. 93.] .Bergeron, «Extraict du Privilege du Roy», Mercir ur
3354 MTbeirac,ue Erançois, vol. V, 1619, p. 85-86 (pour l'année 1617).
le roi. ses prérogatives devienne d'après garde des COurS Henri Religion, remaniement Concini, 1617) personnel nouvelle sont Sadressent d attribuer de régence leurs lnberé Iaire choix politique e discours uOnarchique, L gime uelques On au avec 36 Ibid,
37 1bid,
châ
contumace.
publiant
général
député
Bas
contumace
confere
pas
généraux.
du
met
ei
monarchique
contre
Grands
1619Le
de
dans
intro
observE"
par
pare
: i
persou
deteru
P
LÉGITIMER LE REGIME DE LEXCEPTIONNEL 305
le roi. Le roi devait effectivement exercer son autorité et Semparer de
ses prérogatives en matiere judicaire pour que la punitíon des duels
devienne véritablement dissuasive., Le véitable changenment intervient,
d'après le Mercure, lorsque Guillaume du Vair retrouve sa place de
garde des sceaux suite al'assassinat de Concino Concini et à l'éviction
des affaires du personnel politique proche de Marie de Médicis. Au
COurS de l'année 1616, Guilaume du Vair, fidèle des rois IHenti ll et
Henri IV et représentant du parti des Politiques pendant les guerres de
Religion, démissionne de sa charge de garde des sceaux à la suite d'un
remaniement du conseil du roi., Il est remplacé par un proche de Concino
Concini, Claude Mangot, qui rend les sceaux à Louis XIII le 25 avril
1617) La conclusion. des conséquences bénéfiques du changement de
personnel politique tirée par le recueil est immédiatement suivie de la
nouvelle de la réitération des lois somptuaires dont on nous dit qu'elles
sont désormais strictement observées et dont on comprend qu'elles
Sadressent également à une noblesse arrogante. Ce constat équivaut
d attribuer les responsabilités des désordres de la noblesse à la période
de régence et surtour à la mauvaise inffuence du couple de favoris et de
leurs proches sur le gouvernement du royaume. Louis XIUI, désormais
lnberé de ces infuences néfastes, se montre non seulement capable de
Iaire respecter les lois qu'il promulgue mais aussi de faire de bons
choix en matière de personnel politique. Le changement de discours
politique porté par la compilation est considérable. Le Mercure adopre
e discours le plus politiquement correct du point de vue du pouvoir
uOnarchique, au risque de se contredire et de fustiger une perioOde es
L gime politiques pourtant fermement détendus quelques annees
uelques volumes plus tôt. En 1619, le Mercure témoigne clairement
On projet de se mettre au service de la monarchie en écrivant son
au gré des circonstances politiques et en critiquant finalement
avec véhémence la régence de Marie de Médicis.tu ofoo
o 36 Ibid,
37 1bid, p. 87.
306 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
RENOUVELLEMENT LÉGISLATIE DES ANNÉES 1620 oator9iaiot a
FACB A LENTÈTEMENT NOBILATRET1sD bu 913LO 12 23iso3t
Dans les faits, la monarchie est loin dêtre parvenue à éradiquer là
pratique des duels. Sa poursuite est nécessairement conmue des lecteurs
du Mercure François et provoque la promulgation de deux nouveaux édits
anti-duels. Le premier l'est au cours de lannée 1623 et le suivant en 1626
Les duels sous le régime de lédit de 1623 oandon au Vlins
Pour affirmer la force de l'appareil législatif, le Mercure se trouve
paradoxalement contraint de revenir sur des duels qui n'ont pu être
évités. Le recueil finit par concéder cet échec en puBliant les arrêts
de la cour des grands jours du parlement de Provence contre Lazarin
Doria, Balthazar Beissen et Honoré de Montoliou tous trois coupables
de Sêtre battus en duel. Convaincus de « crime de lèse-majesté contre
l'autorité du roi et de sa justice», les trois accusés, déclarés défaillants
et contumace sont exécutés en effigie en place publiques", Lexécution
en efigie des coupables sert à démentir 1l'échec de la politique contre les
duels. Pourtant, le Meraure doit à nouveau constater la non-application des
édits les interdisant. Suit la relation d'un nouveau duel qui se solde par
l'exécution en efigie des deux contrevenants, parmi lesquels le fameux
comte de Montmorency-Bouteville. Les coupables échappent à la justice:
OVLe tableau de l'efigie des condamnez estant attaché à une potence en la plz
de Greve, dès la nuict mesme nombre de Lagquais escortez de quelques gens
cheval, furent couper la potence & emporterent ledit tableau; dequoy Monsie
Frocureur General en ayant faict sa plainte à la Cour, elle donna ce second l
La publication de ce second arrêt dans les pages du Mercure est necESs
re
à la démonstration de la détermination de l'autorité royale: les enge
Montmorency-Bouteville et de Pontgibault retrouveront leur place su
potences érigées en place de Grève et seront placées sous bonne garde av
Ordre de tirer sur quiconque tenterait de les subriliser à nouveau. La
est largement diffüséa. La relation de ce duel ne peut qu'être humbL
38 Ibid., vol, IX, 1624, p. 667-673 (pour l'année 1623).
4309 1Ibbiidd..,, vpo. l,3 X89, .1625, p. 385 (pour l'année 1624).
41 Tbid, p. 390-391.
mesurée justice Dromulgué parfaitement et géographiquement voire tient publicité Violences Sont mulciplication voir de «mois en relatant la core Mercure le volume Les LOuis e Mereure sprivilèges Merca elatés aileurs aractere re les trevenants rités Brioie 43 M
a

lecteurs
édits
1626
Vlins
trouve
être
arrêts
Lazarin
coupables
contre
défaillants
Lexécution
les
des
par
fameux
justice:
plz
gens
re
av
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 307
mesurée car il est synonyme d'échec royal. Les bravades essuyées par la
justice sont de nororiété publique comme en atteste la diffusion de l'arrêt
Dromulgué suite à la subrilisation des efigies des coupables. épisode est
parfaitement connu au moins dans un espace public sociologiquement
et géographiquement déterminé et restreint (de la noblesse, de la cour,
voire des habitants de la ville de Paris et de ses faubourgs). Le recueil ne
tient toutefois pas à s'appesantir sur cette déconvenue, refusant expliciternent
de faire franchir à des faits similaires les limites d'un espace de
publicité dans lequel elle est acceptable parce quinévitable et déja effective
Les raisons invoquées pour la renonciation de publier les «mille
Violences » commises par les laquais au service de cette noblesse rebelle
Sont celles du refus de servir de « mauvais exemple» et de favoriser la
mulciplication d'actes de désobéissance, Il est également possible d'y
voir une forme prudente d'autocensure, mobilisant à cet effet une sorte
de «mémoire du Mercure» et de l'épisode préjudiciable de sa censure au
mois d'août 1612. Le rédacteur élude le traitement judiciaire de l'aftaire
en relatant pêle-mele et sans transition l'échouage d'une baleine sur
la core boulonnaise et la naissance de siamoises à Aix-en-Provence. Le
Mercure reste ensuite discret et ne publie plus de relation de duel avant
le volume suivant, publié en 1626. 02
Les Suites de l'edit anti-duel de 1626aoub zionm eb vu aalor 1Dto noibig
LOuis XIUI promulgue un nouvel édit contre les duels le 6 février 1626.
e Mereure en publie le contenu dans le onzième volume du recueil dont
sprivilèges d'impression sont obtenus le 29 avril 1626 , Tous les duels
Merca Françots s'apparente à la concession publique par le pouvoir royal
elatés après celui de Montmorency-Bouteville et Pontgibault se placent
aileurs sous le régime de l'édit de 1626. Le texte reproduit par le
aractere équivoque de la politique qu'il mène à l'endroit des duels.
re les discours les condamnant et l'indulgence dont bénéficient
trevenants à la loi doit être réduit. Louis XII semble admettre
91,-A propos des stratégies de diffusion er de publicité des duels utilisées par
rités sd une part et de celle de retention de l'information utilisees par les auto
Brioie Ct de l'apogée de l'occulcation des duels sous Louis XIV dantre part voir
43 M FasScal, Drévillon, Hervé, Serna, Pierre, Croier le fer. , 0P. cti, P. 22/ et 1740
T rangois, vol. XI, 1626, p. 11-47 (pour l'année 1620),
308 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
publiquement qu'il est préférable d'assouplir la législation à condition
de ne désormais montrer aucune hesitation au moment de l'appliquer
Le texte revient sur ce qui justihe une reforme de l'arsenal législatif
destiné à combattre les duels". La manceuvre de compromis engapée
par le roi à l'end roit de la noblesse au nmoyen de la nouvelle mouture
de la législation contre les duels en 1626 est critiquée par le Parlement,
Ses membres estiment les peines prévues à l'encontre des coupables de
duel trop peu sévères et n'enregistrent lédit qu'après avoir formulé des
remontrances. En concédant aux duellistes un assouplissement des
peines, le pouvoir royal semble accepter l 'idée de l'impossible éradication
du phénomène, sans ad mettre pour autant l'abandon du combat législaif
contre les duels. La concession accordée aux Contrevenants s'apparenteà
une négociation avec une forme d'opinion publique, qui viserait à obtenir
une approbation de l'exécution des peines. Afn de rendre le marché
plus séduisant, Louis XIIl prévoit une amnistie effaçant tous les duels
antérieurs à l'édit du mois de février 1626 en invoquant le mariage de
sa saeur Henriette Marie de France avec le roi Charles rd'Angleterre
Larticle oficialise une impunité de fait à l'endroit des duellistes. Apres
quoi, le /Mercure Frangois feint l'efficacité de la mesure puisque le onzième
volume du recueil ne porte plus de nouvelles occurrences de duels
Le Mercure publie de nouveaux récits de duels dans son douzieme
volume. Deux des trois duels évités entre la toute fin de l'année 1625 et
le début de 1626 sont liées à un rappel de la législation contre les dues.
La querelle ne se concrétise pas physiquement et dans les deux cas les
COntrevenants sont sanctionnés par le rois. Le Mercure affirme dans Son
douzieme volume que les édits contre les duels sont observés". Le ro
sanctionne le sieur Baradas qui pense devoir sa disgrâce au comna
de Souvray. Lorsqu'il se trouve face à celui-ci, dans les appartements
rOi er en sa présence, il n'hésite pasà l'appeler en duel: « Je desireroisTo
vous voir l'espée à la main. Le roi s'émeut du lieu choisi par 5arad
pour aPpeler en duel le commandant de Souvray, Lancer le défi dans ies
44 lbid., p. 13.
45 Billacois, François, Le duel dans la société française.o., op. cit., P. 2D
4476 1Mbiedr.,c pu.r 1e4 F1r-1a4n3ç.ois.., op. cit., vol. XI, 1626, p. 13 (pour l'année loZ0 eub
48 Ibid., vol. XI1, 1627, p, 428-430 et 754-756 (pour l'année 1626),
5409 UIbnied n. ote marginale indique ainsi: «Observation des Edicts des Duels, to1dP .755
aDpartements interprété donc, tOut justes appel. les plus Vous envoyeroit Sorerz.une marque de roi Succes à cette puisqur'il quitter e peut une ampleur duel de duels du 6 Ou moins nd rencontre Io ups 1 es 4 et esune r 1 Comme ceatfaire SI 1bid, $2 Billa
53 VA
condition
l'appliquer
législatif
engapée
mouture
Parlement,
de
des
des
éradication
législaif
s'apparenteà
obtenir
marché
duels
de
Apres
onzième
douzieme
et
dues.
les
Son
ro
ies
LÉGITIMER LE REGIME DE LEXCEPTIONNEL 309
aDpartements royaux et en présence du monarque ne peut, en effet, qu'être
interprété comme la preuve dhun profond mépris du pouvoir royal et,
donc, de l'outrecuidance de Baradas. Contormément aux édits royaux
tOut justes renouvelés, Louis XIl considère Baradas coupable pour son
appel. Il préfère pourtant ne pas mettre à exécution les conséquences
les plus poussées de lédit du 6 février 1626 et le rappelle au criminel:
Vous ne regardez pas où vous estes, i je faisois ce que je dois, je vous
envoyeroit à a Bastille, & vous ferois practiquer mon Edicr des Duels;
Sorerz.Cette décision n'est présentée au lecteur du /Mercure ni comme
une marque de la faiblesse royale ni comme un manguement à ses devoirs
de roi justicier. La confrontation physique a été évitée. Ilsagit donc d'un
Succes artestant de la solidité de l'autorité royale. Louis XII est présenté
à cette occasion comme un modèle de générosité et de magnanimité
puisqur'il se défait de ses chevaux favoris pour permettre à Baradas de
quitter la cour, Ce nouvel édit anti-duel savère rapidement vain. Le recueil
e peut plus le cacher très longtemps. Certains duels vont même prendre
une ampleur inédite en provoquant ostensiblement le pouvoir royal. Le
duel de Montmorency-Bouteville de 1627 en est l'archétype. Parmi les
duels effectivement relatés dans le Mercture après la publication de l'édit
du 6 février 1626, six l'impliquent de près ou de loin et deux sont plus
Ou moins directement liés à une exécution physique.
nd sb stisti6uiiol ef scnimil semsflaniseg
LA GONSPIRATION DE CHALAIS ET LES DUELS
rencontre qui vaut au comte de Montmorency-Bouteville de mourir
Io ups du bourreau en place de Grève le 22 juin 1627 constitue
1 es strates d'une affaire plus vaste, particulièrement sensible entre
4 et 16272. Ces deux années sont scandées par les trois grandes
esune affaire politique : la constirution du parti de l'Aversion au
r 1 Comme «prologue», la conspiration de Chalais comme noeud
ceatfaire Montmorency-Bouteville comme aépilogue"
SI 1bid, p. 756.
$2 Billa
Brioist, Pascal, Drévillon, Hervé, Serna, Pierre, Croiser le fer., op. cit, p. 253.
53 VA rançois, Le duel dans la sociéte française., op. cti, Pp. 22.
10 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Quelle est la place prise par certe succession de duels dans les pape
du Mercure Frangois ? Leurs caractères exceptionnels et leurs colorations
politiques justifient-ils de la part du Mercure un traitement différengi
en regard de duels plus ordinaires en amone et en aval? Quelle est la
position soutenue par le Mercure trançois à ce propos? Lattention du
cardinal de Richelieu à propos des liens à opérer entre l'administration
des affaires judiciaires et le contrôle des plumes sest-elle déjà tournée
vers le Mercure François? C1073
UNE DÉNONCIATION DES FONCTIONS IDENTITAIRES DU DUEL o0patm snu
Le duel de Montmorency-Bouteville de 1627 et ceux qui lui sont
attachés sont désignés par le recueil comme le moyen d'exprimer publiquement
son appartenance à un parti politique. Au moment d'engager
le traitement du procès médiatique du duel de Montmorency-Bouteville,
le Mercure François moque les nobles pris au piège de leurs revendications
identitaires. Après avoir traité la suite de duels impliquant le comte de
Montmorency-Bouteville sur ce mode, la compilation offre au combat
du 12 mai 1627 une place exceptionnelle justifiée par le caractère inédit
de la sanction réservée aux duellistes en cause. Le châtiment inigé aux
deux hommes est conçu par le pouvoir royal comme un exemple e 1E
Mercure se fait le relais de cette idée, jusque dans le traitement de duels en
province potentiellement liés, même de loin, àl'affaire de Montmorency
Bouteville. Le Mercure Frangois dénonce dans un message à la fois politigu
et social les fonctions identitaires du duel pour une noblesse hostile a
l'afhrmation grandissante du caractère absolu du pouvoir monarchque:
Le duel comme moyen dexpression publiqueis oinpb
d' un positionnement politiquebla s Shslod oh equo
Les duels retrouvent une place dans le Mercure dès le volume Xl.
ecteur note que la noblesse n'est pas prête à obrempérer et n'a cure d
pretendues largesses royales contenues dans lédit de 1626. Le Meri
relate le duel opposant le comte de Chalais à Pontgibault et s0u ne
cl'aetctceu reeinl cfaonvotrrea".ble reçu par la mort du comte de Pontgibault lors de
S4 Mercure François,, .op, cit., vol. XII, 1627, p. 307-308 (pour l'année 1620)%
Il eatre. de l'Aversion découvre rejetant d'Orléans, la descendance depuis en 1626. roi venait Bourbon-le royaume. Guise voir du Xvr une au trône. de partage Guises d'Orléans, Tautre comte de la adeja Suite o24.artie aux côtés DES COntre auercure 55 lbid
do Pascal, HE D 57
S8 Brio
pape
colorations
différengi
la
du
l'administration
tournée
snu
sont
publiquement
d'engager
Bouteville,
revendications
de
combat
inédit
aux
1E
en
Montmorency
politigu
hostile a
monarchque:
d
Meri
ne
de
LÉGITIMER LE REGIME DE LEXGEPTIONNEL 311
Il atribue explicitement la sacisfaction exprimée à l'issue du duel
eatre. les comtes de Chalais et de Pontgibault aux membres du «parti
de l'Aversion au Mariage». Le lecteur apprend ainsi que Louis XIII
découvre la formation de ce parti regroupant des Grands du royaume
rejetant la décision prise par Marie de Médicis de marier son fils, Gaston
d'Orléans, à Mademoiselle de Bourbon-Montpensier afin d'assurer
la descendance biologique de la branche aînée des Bourbons. Mariés
depuis 1615, Louis XI et Anne d'Autriche n'ont toujours pas d'enfants
en 1626. Il faut pouvoir se prémunir d'une crise de succession si le
roi venait à disparaître sans héritier. Le choix de Mademoiselle de
Bourbon-Montpensier par la reine déclenche une crise politique dans
le royaume. La promise est la belle-fille de Charles de Lorraine, duc de
Guise qui a épousé sa mère. Certains estiment trop grand le risque de
voir la maison des Guises retrouver l'importance qu'elle avait au milieu
du Xvr siècle. Gaston d'Orléans rêve d'une alliance prestigieuse avec
une maison étrangère susceptible de consolider sa position d'héritier
au trône. La conséquence de ces désaccords est l'apparition d'une ligne
de partage politique dans la noblesse française entre les partisans des
Guises er le a parti de l'Aversion au Mariage» auquel appartient Gaston
d'Orléans, Le duel permet de manifester son appartenance à lun ou
Tautre part. Son combat contre le comte de Pontgibault permet au
comte de Chalais d'affirmer publiquement son hostilité à la politique
de la reine-mère, du cardinal de Richelieu et de Louis XIII, Le recueil
adeja relaté l'exécution en effigie du comte de Montmorency-Bouteville
Suite à son duel avec le comte de Pontgibault en date du le 24 avril
o24.Le comte de Montmorency-Bouteville semble donc, lui aussi,
artie des opposants à la politique matrimoniale du pouvoir royal,
aux côtés du comte de Chalais.
DES Combats s'enchaînent après le duel de Montmorency-Bouteville
COntre Pontgibault le 24 avril 1624, dont la succession est connue grice
auercure François8. Pour I'instant, le recueil ne relate pas les duels dans
55 lbid
do ons voir Jouanna, Arlette, Le devoir de révolte, La noblesse frangaise et la gettation
Pascal, Drévillon, Hervé, Serna, Pierre, Croiser le fer: on p. Git, p, 255-2),
HE 0uerne, 1559-1661, Paris, Fayard, 1989, p. 227-230, mais auSSi Fernandez-Lacöre,
D Droit, grâce et politique sous Louis le Juste, op. cit, p. 313-314 ou encore Brioist,
57
CIUTe S8 Brio ngo1s 00. cit., vol, X, 1625, p. 385-391 (pour I'année l024),
sCal, Drévillon, Hervé, Serna, Pierre, Groiser le fer.. op: Gih» P 99
312 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DTAT
lordre chronologique. Trois rencontres successives précedent le fameuX
duel du mois de mai 1627. Le Mercure ne dissèque le déroulement des
différents combats afin d'éclairer le lecteur que tardivement 1
Auparavant que parler des deix autres tesmoins qui passerent contre Chalais,
516l faut que je vous informe de lorigine de la querelle de Chalais contre la
Comte de Pontgibault o] & du combat de Thorigny & de Boutteville
Ceste querelle de Chalais & Pontgibault, vint par des mespris ordinaires que
faisoit Pontgibault de Chalais, qui alloient grandement à son honneur, &
pour lesquels Chalais en une rencohtre prés S. Honoré fit perdre la vie d'une
estocade à Pontgibault
Le Comte de Lude frere de Pontgibault en desire tirer la raison, &le Comte
de Thorigny fils de Monsieur de Matignon son intime amy ] proteste de
venger la mort de Pontgibault, & se battre contre Chalais,
Chalais en estant adverty fait voir Thorigny par de ses amis, & luy fait
dire, que n'ayant eu aucune querelle avec luy, il n'avoit ny raison ny suject de
uy rien demander. Cela nayant servy de rien, Bouteville qui sestoit autretois
191131 battu contre Pontgibault un jour de Pasques, (dont s'estoit ensuivy plusieurs
d Arrests du Parlement contreux) s'oftfre à Chalais pour second, contre Thorigny,
Sur cest ofre partie se lie entreux de se battre (sans en mettre Chalais trois
Contre trois, Thorigny, la Frete, &l'Escuyer de Thorigny; contre Boutteyille
le Frotoy, un Gentil-homme Basque, domestique de Bouteville".
Le combat du comt de Thorigny et du comte de Montmorency
Bouteville se déroule le 25 mars 1626 et se solde par le décès du comte
de Thorigny. Ce duel n'est pas relaté immédiatement par le Merc
Comme si Montmorency-Bouteville était concerné par l'amnistie prevue
par le texte pour les coupables des duels antérieurs au 6 février 1020
Le comte parvient à échapper à la justice une fois de plús. Si le Merch
trangois omet dans un premier temps de relater ce düel, il en pubiE
finalementla relation afin d'expliciter les liens entre les différents prol
gonistes impliqués dans la conjuration de Chalais et les conséquencesd de
leurs décisions. Louvigny est ainsi qualiñé de « délateur» et est desigu
comme le premier des trois témoins à avoir déposé contre Chala s. Cest
seulementa propos de la rencontre évitée entre les comtes de Louv5
et de Montmorency-Bouteville que le Mercure revient sur le bat qui
coúta la vie à Thorigny. La compilation souligne la volonte au r nte
de Louvigny de rencontrer Montmorency-Bouteville afin de vo enger
5690 MTbeirdc,u pre. 3F9r7a-n3g9o9is, .., 0p, cit, vol. XII, 1627, p. 399 (pour l'année 1626)
Thorigny. pour proche role déterminant collective, de Chalais. sein des lorsqu'il cdientèles du mariage que les incohérente empêchant honneur, Bouteville, du comte grand et apporte Comte duguel comte gue Montnmorency-e Chalais. rejouer Le boureville nre le nt directement on de le Mercure sa LE Tort propose pratique 61 Tbid, 62 lbTal
fameuX
des
Chalais,
la
Boutteville
que
honneur, &
d'une
Comte
de
fait
de
autretois
plusieurs
Thorigny,
trois
Boutteyille
Montmorency
comte
Merc
prevue
1020
Merch
pubiE
prol
de
desigu
Cest
qui
nte
enger
LÉGITIMER LE RÉGIMB DE L'EXCEPTIONNEL 313
Thorigny. L'engagement de Montmorency-Bouteville contre Thorigny
pour son propre compre encourage Chalais à prier Louvigny dont il est
proche de bien vouloir renoncer à cet affrontementa. Le texte établit le
role déterminant des duels et de leur fonction d'affirmation d'identité
collective, à tout le moins clanique, dans la découverte de la conspiration
de Chalais. Il peut arriver que le duel révèle des antagonismes au
sein des partis constitués. Le comte de Chalais se trouve embarrassé
lorsqu'il prend conscience d'être plus ou moins directement lié à deux
cdientèles rivales, et donc aux deux grands partis politiques que l'affaire
du mariage de Gastond'Orléans a structuré. Dès lors, comment éviter
que les clientèles auxquelles il appartient ne S'affrontent, rendant ainsi
incohérente voire partaitement intenable sa posítion politique? En
empêchant Louvigny de lui témoigner sa fidélité et de défendre son
honneur, il favorise son attachement à la famille des Montmorency
Bouteville, Louvigny afin d'effacer l'humiliation causée par le désaveu
du comte de Chalais, se résout à révéler ses projets conspirationnistes au
grand jour, En changeant d'ami le comte de Louvigny change de parti
et apporte son soutien au pouvoir royal. Le duel entre Thorigny et le
Comte de Montmorency-Bouteville sexplique bien par le duel au cours
duguel le comte de Chalais a tué le comte de Pontgibault, puisque le
comte de 1Thorigny veut tirer vengeance de la mort de Pontgibault et
gue Montnmorency-Bouteville se bat contre Thorigny pour le compre
e Chalais. Ce combat permet en outre à Montmorency-Bouteville de
rejouer son duel de 1624 contre Pontgibault.
Le rappel de la mort de Thorigny sous les coups de Montmorency
boureville est donc nécessaire à la bonne compréhension du procès instruit
nre le comte de Chalais pour son implication dans une conjuration
nt directement le roi et le cardinal de Richelieu. A l'occasion de
on de la chambre de justice criminelle qui prépare le procès duu
le Mercure souligne l'importante production de textes imprimes
sa la procédure et publie certaines de ces métanouvelles. Le recuel
LE Tort de dénoncer les mensonges contenus dans ces nombreux Ivrets
propose de rétablir la vérité, Pour le Meraure Frangois, les querelles
pratique récurrente ont absurdement conduit à la perte du Comte
61 Tbid, p. 398.
62 lbTal p, 397, 9) 00g,O1, tov ty tab 2
314 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
de Chalais et à l'échec de ses projets, en raison de la décision du com
de Louvigoy de le dénoncer pour son rõle dans la conspiration pour
laquelle il est jugé, condamné et exécuté en août 1627.ordab siiog
Une noblesse prise an piège de ses revendications tdentitaires
Le Mercure François insiste donc sur le caractère pernicieux des rapports
de clientélisme dont les duels sont partois l'expression. Ces rapports
symbolisent les héritages de la société téodale combattus par le pouvoir
absolu. Les réseaux clientélistes auxquels appartient le comte de Chalais
comme les duels qui les expriment le conduisent à léchafaud. Comble
de l'ironie, ce sont les duels récusés et parfois évités par le comte de
Chalais qui le condamnent. Lexemple de la querelle entre les comtes
de Louvigny et Montmorency-Bouteville est édifiant comme celui du
combat entre Thorigny et Montmorency-Bouteville, A deux reprises, le
Mercure insiste sur la façon dont le comte de Chalais s'est désolidarisé du
duel du mois de mars 1626%. L'absurdité de cette habitude de se battre
en duel est mise en lumière dans la suite du récit lorsque le Mercure
Eramgois prétend rapporter un dialogue entre les duellistes engagés dans
ce combat et ce, contre l'avis du comte de Chalais m09 sf euprb
Ceste partie ainsi liée, leur Rendez-vous fut à l'Hostellerie de la Gallere aux
auxbourgS S. Jacques, où tous se trouverent, souperent & coucherent tout
habilllez en une mesme chambre. Sur le minuict Bouteville dit à Thorigmy
orguoy nous voulons nous coniper la gorge, veu que nous avonS aucane alspun
les uns contre les autres, La Frete: Cest toy Bouteville qui nous a brouilez, Gqu
rouble le repas de tous les Gentils-hommes de la Cour. Bouteville : ya
ecore ae gaste, nous pouvons nous en aller. Thorigny: Nous en sommes brop a
Op enggez pour nonS Tetirer sans rien faire. Bouteville :Jy rgrel, LD0
quE je le tueray demain, & sans sujet. La Frete: N'attendons pas à dema
allmer des jlambeaux, nos Pages &nos Laquais nous esclatrerons au
batlre
Bouteville :Je ne hazarderay jamais ma vie sur un flamnbean, ny S0/
Page on du Laquais qui le tiendra
Le Mercure Frangois prend le parti de démontrer l'incongru é de la
STTuation. La scène est surprenante puisque tous les participants
combat singulier décident de partager la chambre d'une auberg
63 Tbid, p. 336-337 et 398-401 et vol. XIII, 1628, p. 400 (pour l'année l620 A
64 Tbid., vol. XII, 1627, p. 400 (pour l'année 1626).
veille dialogue de rendre pourtant d'en violé vie prévu du Mercure duelliste compte qui permet Rapidement le rappellent Convainc Frangois VICtimes alienation doute, Le Ce son ontre emontre CE convaincu Vrer. srencontres". a1s, deux Lenchâs LpLier Lpque 65 Ibid,
com
pour
siiog
rapports
rapports
pouvoir
Chalais
Comble
de
comtes
du
reprises, le
du
battre
Mercure
dans
euprb
aux
tout
Thorigmy
alspun
Gqu
batlre
de la
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 315
veille de leur combat. Le caractère pratique de leurs motivations accencue
l'absurdité du combat prévu pour le lendemain. La restitution du
dialogue tenu par les duelistes dans cette chambre a pour fonction
de rendre la scène plus vivante mais aussi plus crédible. Elle semble
pourtant à peine croyable. D'après le Mercure Erançois, à quelques heures
d'en découdre, Montmorency-Bouteville, duelliste invétéré (il aura
violé à vingt-deux reprises la législation contre les duels à la fin de sa
vie propose à ses compagnons de chambrée de renoncer au combat
prévu le lendemain. Le huis-clos de la chambre d'hôtel, dont le lecteur
du Mercure Frangois ignore la façon dont on ly a introduit, permet au
duelliste de S'affranchir des conventions sociales et de reprendre à son
compte les arguments des détracteurs des duels. L'usage de l'italique,
qui permet dattribuer à chacun les paroles prononcées, insiste également
sur cette curiosité. La dénonciation prend ainsi plus de force.
Rapidement pourtant, les interlocuteurs de Montmorency-Bouteville
le rappellent à l'ordre - à son ordre pourrait-on dire - et celui-ci se
Convainc du caractère désormais inéluctable du combat. Le Mercure
Frangois met ici en texte l'aliénation sociale et politique dont sont
VICtimes les pratiquants du duel, la prétendue conscience de cette
alienation qui afleure au point de s'exprimer dans les moments de
doute, mais aussi leur incapacité à sen libérer.
Le récie fait état de deux morts le lendemain :le comte de Thorigny
Ce son ecuyer. Un mois et demi seulement après la publication de lédit
ontre les duels, aucun des duellistes n'est appréhendé mais le Mercure
emontre que deux d'entre eux ont trouvé la mort sans aucun motir
CE de manière tout à fait absurde, et, surtout sans être partaitement
convaincu du caractère légitime de tels combats au moment de les
Vrer. Sans compter que, Chalais, le principal intéressé ne partiape pas
srencontres". Il est possible d'émettre l'hypothèse selon laquelle
a1s, COnscient de la fonction de publication du duel, tente de les
deux reprises car il connait les risques encourus à les voir se
Lenchâs Sement du récit du duel de Thorigny et Montmonrency-Bouteville
LpLier autour de sa personne ou pour sa cause dans la mesurE Ou
Lpque dans une conspiration nécessitant le secret le plus total,
a relation du procès criminel de Chalais entre la présentatiOn des
65 Ibid, p. 401.
316 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
différents témoins ayant déposé contre lui contorte cette lecture Le
parti de l'Aversion au Mariage, rendu caduc par la célébration des Oces
de Gaston d'Orléans avec Marie de Bourbon-Montpensier le 6 aotr
1626 à Nantes, ne semble pourtant pas tout à fait décapité avec Chalais
exécuté à Nantes le 19 août 1626. La relation publiée par le Mercure de
cette affaire décrit les manceuvres des membres de la conjuration afin
d'obtenir la grâce. Elles ont pour seuls résultats la transformation de
l'exécution en bain de sang en raison de l'incompétence du bourreau
choisi pour templacer le titulaire de cette charge:moh
Ses amys ayant sçeu son Arrest de mort le jour d'auparavant l'execution,
donnerene une telle peur aux Executeurs de Justice (tant à celuy de la Cour,
gua celuy de Nantes) quil ne se crouva point d'Executeur pour luy couper la
teste :ls esperoient que l'on pourroit retardant le temps de l'execution pouvoir
obrenir son pardon ; mais cela ne luy fit Gue faire souffrir plus de peine à la
mort: car on delibera de sortir un criminel des prisons de Nantes .] lequel
Soffre de faire le mestier de Bourreau, qu'il n'avoit jarnais fait : aussi au lieu de
secOuper la teste à Chalais, il luy hacha le col, ainsi que je vous diray cy-apres
Sur les deux mentions d'exécutions physiques de duellistes recensées
par le Mercure Frangois, une seule vient sanctionner directement la tene
d'un duel. Chalais est, en effet, condamné à mort en raison de ses projes
Conspirationnistes. Louvigny ne sort pas non plus intact de cette affaire
en dépie de son rôle dans la révélation de la conjuration Il nest pas
emprisonné pOur avoir voulu se battre contre Montmorency-Bouteville
mais parce qul continue de compromettre Gaston d'Orléans, y compris
apres son changement de parti. Après sêtre réconcilié avec son frerect
avoir regu en apanage le duché d'Orléans en juin 1626, le frère du rot
retuse quelque implication que ce soit dans la constitution du partide
TAversion au Mariage. Le seul duel sanctionné par l'exécution physie
des coupables est bien celui du marquis de Beuvron contre le comte
Montmorency-Bouteville le 12 mai 1627.
66 Ibid,
67 Tbid., p. 409-410.
G8 Ibid, p. 416.
ATI DE MONTMORENCY-Dans Beuvron. Combats, au duel Beuvron prise judiciaire Bouteville physique les duellistes politigque VAversion du duelliste de Chalais pOuvoir la condamnation la meme Texistence de Chalais, par en particulier Le ae la s duels. gu relate oce au Pend 69 ie Dr Proces 70
P:
Le
Oces
aotr
Chalais
de
afin
de
bourreau
l'execution,
Cour,
couper la
pouvoir
à la
lequel
de
apres
recensées
tene
projes
affaire
pas
Bouteville
compris
frerect
rot
partide
physie
comte
LÉGITIMER LE RÉGIME DE L'EXCBPTIONNEL 317
ATI CHUR DE LA CONJURATION : LA CONDAMNATION ld h
DE MONTMORENCY-BOUTEVILLE
Dans son treizième volume, le Mercure François revient plus particulièrement
sur le duel exceptionnel de Montmorency-Bouteville contre
Beuvron. Sur les 235 pages consacrées à la relation d'appels, querelles,
Combats, duels et rencontres dans le Mercure Frangois, 62 sont dédiées
au duel opposant le comte de Montmorency-Bouteville au marquis de
Beuvron le 12 mai 1627 soit plus du quart. La place quantitativement
prise par cet événement dans le recueil sexplique par le traitement
judiciaire d'exception dont il fait lobjet. Le combat de Montmorency
Bouteville contre Beuvron est le seul duel qui donne lieu à l'éxecurion
physique des contrevenants. La persévérance des autorités à vouloir punir
les duellistes semble faire de l'affaire Montmorency-Bouteville un procès
politigque visant à éliminer de manière définitive les membres du parti de
VAversion au Mariage tout en faisant un exemple. Dès lors, l'exécution
du duelliste sanctionnerait plutôt ses prétendus lien à la conspiration
de Chalais et à ses acteurs que son combat du mois de mai 1627. Le
pOuvoir monarchique a toutefois toujours nié le caractère politique de
la condamnation et de l'exécution de Montmorency-Bouteville De
la meme manière, le Mercure François n'affirme jamais explicitement
Texistence d'un lien entre Montmorency-Bouteville et la conspiration
de Chalais, Il le suggère, en revanche, aussi fortement que subtilement
par Iusage de pratiques d'écriture rendues possibles par ses spéciieités,
en particulier celles de la compilation.
Le Mercure François introduit le duel du 12 mai 1627 avec un rappel
ae la constance de la noblesse dans sa désobéissance aux édits contre
s duels. Pour ce faire, il renvoie à la page 385 du dixieme volume du
gu relate la rencontre du comte de Montmorency-Bouteville avec
oce de Pontgibault, le jour de Pâques. Le paragraphe renvoyant
au dxieme volume du Mercure et publié dans son treizième volume
Pend au mot près la première partie du paragraphe consacre au aue
69 ie Sur ce point, voir Billacois, François, Le duel dans la soiété française.n OP, CIl P. 252 mais
DO1SE, Pascal, Drévillon, Hervé, Serna, Pierre, Croiser le fer. , P. t, p. 205er ennn
Dr perspective de Hélène Fernandez-Lacôte. Voir Fernandez-Lacöte, Hélene, Les
Proces du cardinal de Richelien,, op. cil, P: 5
70
g ots,, Op, cit. vol. XII, 1628, p. 400 (pour l'année 1627), Ibid, vol. X, 1625,
P: 685-386 (pour l'année 1624).
318 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
entre Pontgibault et Montmorency-Bouteville On retrouve ici deiy
procédés d'écriture déjà usités dans le Mercure. Le premier consiste
réutiliser des morceaux de textes déjà parus dans des volumes antérieurs
du recueil lorsque les circonstances sont identiques. Lautre procédé e
celui qui consiste à nier que l'on va énoncer tout ce que l'on est, en fait,
en train d'écrire et de publier.
Lissue exceptionnelle de la rencontre entre Montmorency-Bouteville
et Beuvron conduit le Mercure Frangois à revenir sur d'autres duels du
comte de Montmorency-Bouteville. Certains ont déjà éré mentionnés
dans le Mercaure, d'autres ne le sont toujours pas. C'est le cas du duel
au cours duquel Montmorency-Bouteville tue le marquis des Portes en
1625. Une note marginale accompagnant ces rappels indique : «Duels de
Bouteville és années 1624, 26 & 27, Les duels choisis le sont aussi pour
éviter de mentionner certains duels tenus cachés par le recueil. Cest par
exemple le cas du duel de 1625 qui devrait se trouver dans un volume
clebrant au contraire l'observation des édits. La référence aux duelsde
1624 et de 1626 pour introduire celui de mai 1627 n'est pas gratuite
pour une autre raison. Le Mercure prend soin de souligner qua ces deux
reprises le comte de Montmorency-Bouteville n'a pas hésité à violer le
temps sacré. Il sest battu à Pâques comme au début du Carême, En
1627, T'Ascension tombe le 13 mai soit le lendemain du jour choisI par
Montmorency-Bouteville pour appeler le marquis de Beuvron en duel. e
cnoix précis de ces rappels permet d'insister sur l'arrogance du comte de
Montmorency-Bouteville. Montmorency-Bouteville semble navoir cure
ni du temps ni de l'espace sacré, La rencontre du 12 mai 1627 se ient,
en effer, face au Palais royal, en pleine journée. A cet égard, Iusag
'autoréférenciation par le renvoi à un des volumes précédents du ier
offre au rédacteur la possibilité de l'économie d'un développement re
a la protanation du temps sacré, facilement accessible au lecteur dans
le volume X de la collection. Le renvoi à ces deux duels en particl
E aUsS une maniere pour le rédacteur du Mercure d'établir un u
discret avec la conspiration de Chalais. Pour expliquer les raisou
de la
rencontre entre Montmorency-Bouteville et Beuvron, le Mercure d it, en
effet, aborder un autre duel datant du mois de janvier 1627 dans I
est impliqué le sieur de la Frete, le second du comte de Thorigy
Ibid.
T2 Tbid., vol. XII, 1628, p. 400 (pour l'année 1627).O 00at
dernier pOur Chalais. du dossier lien d'apanage de Monsieur disposé semble regret pose lettres a l'été par la question espace les inscrire elles Séparent de Blois Semblent Moncmorency-pouvoir Sans E la gue oureyille eavron nSI Oncer ercure iais 14 lbid., Voir 76 M 777 1 d,
deiy
consiste
antérieurs
e
fait,
Bouteville
du
mentionnés
duel
en
de
pour
par
volume
duelsde
gratuite
deux
le
En
par
duel. e
de
cure
ient,
dans
la
en
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 319
dernier périt sous les coups de Montmorency-Bouteville en mars 1626
pOur avoir voulu venger lhonneur de Pontgibault, tué par le comte de
Chalais. De la même manière, l'affaire relatée par le Mercure à l'issue
du dossier du duel de Montmorency-Bouteville dessine en filigrane un
lien avec la conspiration de Chalais. Il Sagit de la question des lettres
d'apanage accordées à Gaston d'Orléans". Le problème du mariage
de Monsieur est aussi lié à celui de l'apanage que le roi semble peu
disposé à accorder à son trère. Lapanage reçu par Gaston d'Orléans
semble avoir pour fonction de compenser ses eftorts d'avoir accepté à
regret d'épouser Marie de Bourbon-Montpensier. La double question
pose problème au pouvoir royal. En dépit d'une première rédaction des
lettres d'apanage comme du contrat de mariage de Gaston d'Orléans
a l'été 1626, leurs versions finales ne sont définitivement enregistrées
par les cours souveraines qu'en 1627. Le Mercure Frangois développe
la question pendant 45 pages. Le traitement des deux affaires dans
espace partagé d'une même page du Mercure François a pour efet de
les inscrire dans le même temps et d'établir un lien thématique entre
elles même si ce lien est officiellement nié. Alors que plusieurs mois
Séparent la décision de doter le frère du roi des apanages d'Orléans et
de Blois de la décapitation de Montmorency-Bouteville, les deux affaires
Semblent se régler concurremment comme si l'exécution du comte de
Moncmorency-Bouteville n'était que la touche finale donnée par le
pouvoir au démantèlement du parti de l'Aversion au Mariage. Toujours
Sans expliciter de lien direct entre Ilaffaire de Montmorency-Bouteville
E la liquidation du parti de l'Aversion au Mariage, le Merzure rappelle
gue le duel entre le marquis de Beuvron et le comte de Montmorency
oureyille lui vaut de mourir sur l'échafaud en place de grève. O
eavron a pour projet de venger la mort de Thorigny et d'accomplir
nSI le dessein du comte de Louvigny, prié par le comte de Chalais de
Oncer à cette rencontre", En publiant l'exécution des deux duellisres,
ercure publie officiellement la mise à mort de la conspiration de
iais plus que celle de la pratique nobiliaire du duel dans le royaume.
14 lbid., p. 461
Voir Fe
76 M nandez-Lacôre, Hélène, Les procès du cardinal de Ricbelieu.y 0p. Cti, P. 13
777 1 lrangois. op., cit., vol, XII, 1627, p, 461-506 (pour l'année lo20), d, vol. XII, 1628, p. 401 (pour l'année l62.
320 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
h To9 LE DUEL DE MONTMORENCY-BOUTEVILLE io 00
oEfvts AU TRIBUNAL DE L'ECRITURET b
Laffaire Montmorency-Bouteville provoqua la publication d'une
grande quantité de livrets. Son retentissement médiatique est à la hauteur
de l'exceptionnalité de la réponse judiciaire des autorités monarchiques.
Certains des livrets publiés à l'occasion de l'affaire sont favorables à
l'acquittement des duellistes, condamnés par la justice pour Sêtre battus
en pleine journée devant le Palais royal en dépit de l'interdiction qui leur
en avait été plus particulièrement faite. Une frange d'une forme d'opinion
publique n'hésite donc pas à remettre ouyertement en cause une déaision de
justice royale. François Billacois a proposé une typologie des textes publiés
pendant le déroulement de l'affaire, en fonction de llorigine sociologique
et géographique de leurs auteurs. Ces cereles d'appartenance sociologique
refletent, d'après l'auteur, le degré d'intérêt prêté par les acteurs
au procès intenté contre Montmorency-Bouteville et son second, le comte
des Chapelles, Le contenu de l'argumentation propre à chaque caregorie
illustre la position adoptée et revendiquée par certains groupes sociaux
dans l'échiquier politique à un moment de « sacrifice de fondation"
de I'Etat absolu et propre à participer à un débat sur « les relations de la
monarchie qui devient absolue et la noblesse traditionnelle", Dans ce
panel de sOurces, les points communs I'emportent sur les différences. La
mesure à lendroit des accusés semble être la règle dans la grande majore
des livrets publiés au cours des événements. François Billacois insiSte su
la communauté de ce trait entre des documents confidentiels et d autt
dont la notoriété est plus importante parmi lesquels le Mercure lrg
quil qualifie de «feuille officieuse destinée à orienter lopinion n
OBJECTIVITÉ CONSTRUTE ET ARGUMENTATION CAMOUFLEE it
En publiant certaines des métanouvelles relatives à l'affaire, le Merun
Frangois ne se fait pas seulement lrécho du caractère hors du comnu
son règlement judiciaire, mais aussi de l'ampleur prise par l'évene
en
78 Ibid., p, 261, l,o0s3 10n1-sobanmoi ato
7890 BTiblliadc,o pis. ,2 F5r8a-n2ç5o9is., Le duel dans la sociégtéa firsaeng oaiPse .c.,i to, fpp:. c 2it,4 p6. -22460-14,013o
cermes de Condé ettres Bouteville, Comment y compris urilisées les relations éditoriale, nécessaires de Montmorency-déroulement toute tout plus duellistes. détendant avec choix difuse-Iaire de retour nstruire, le ALrre COmme excepatioonnel 82 M (oone (pour 83 lbid.,
00
b
d'une
hauteur
monarchiques.
favorables à
battus
leur
d'opinion
de
publiés
sociologique
sociologique
acteurs
comte
caregorie
sociaux
fondation"
la
ce
La
majore
su
autt
n
CAMOUFLEE it
Merun
en
LEGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 321
cermes de publicite Le Mereure publie par exemple La lettre de M. le Prine
de Condé du Roy en faveur du Sieur de Bouteville mais aussi certaines des
ettres écrires par le comte des Chapelles, le second de Montmorency-
Bouteville, depuis sa cellule dans lattente de son exécution
Comment le Mercure publie-t-il les événements et leurs conséquences,
y compris médiatiques ? Comment les spécificités du recueil sont-elles
urilisées afin de publier une position politique dans ce vaste débat sur
les relations entre I'Etat absolu et sa noblesse ? Fidèle à sa politique
éditoriale, le Mercure lFrangois entend livrer au lecteur toutes les clefs
nécessaires à une juste compréhension de l'affaire constituée par le duel
de Montmorency-Bouteville et ses suites. Pour ce faire, le délai entre le
déroulement des événements et leur publication par le Mercure lui offre
toute la latitude nécessaire pour construire une argumentation subtile
tout en semblant se contenter de relater les faits et d'avaliser avec la
plus grande objectivité possible la décision de punir exemplairement les
duellistes. De ce point de vue, la publication par le Mercure d'occasionnels
détendant parfois des positions contradictoires sur l'afaire est utilisée
avec virtuosité afin de déployer presque en cachete la détense des
choix politiques du gouvernement royal. Par quels moyens le Mercure
difuse-t-il ce message ? Certaines des sources qui lui permettent de le
Iaire proviennent-elles du pouvoir, peut-être du cardinal de Richelieu,
de retour au conseil depuis 1624? a-0
nstruire, amer et orienter le lecteuro aor ul p
En ce temps fut fait un duel à la place Royale par les sieurs de Bouteville &
c Deuvron, où Bussyd'Amboise l'un des seconds de Beuvron fut cué, Voyons
Ce qui se passa en ce duel : la prise dudit sieur de Bouteville, & du Comte
des Chapelles, & leur execiution a morto
le ALrre Erançois prétend traiter tous les aspects de cet événement
COmme en témoignent ces quelques lignes introductives a latfare,
excepatioonnel en livrant à son lecteur un dossier exhaustit, Le procéde
1EDO
os oD, cit., vol. XiII (1628), p. 400 (pour l'année 1627). A ce propos, voir
82 M IS, l'rançois, Le duel dans la société frangaise 0p. Cit, p. 240-24
(oone gots,o op, cil., vol. XII, 1628, p. 420-421 (pour l'année l627) etp. 15446
(pour l'année 1627).
83 lbid., p. 399
322 HISTOIRE MMÍÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
permet au recueil d'emprunter le ton de la neutralité et de l'obiectivité
donnant au lecteur le sentiment de posséder tous les éléments nécessaires
à la forge d'une opinion personnelle juste et circonstanciée. A cette fin.
l'ouvrage met à profit ses spécificités face à la production médiatique
Composée au ccæur de l'événement.
Plus d'un an Sest écoulé entre l'exécution des duellistes le 22 juin
1627 et l'obtention des privilèges d'impression par Estienne Richer le
28 septembre 1628. La publication de la relation du duel dans les pages
du Mercure François survient après ce délai. Limprimeur a eu tout le loisir
de récolter les textes circulant dans lespace public autour du duel pour les
intégrer à sa compilation. De son propre aveu, tel est bien l'objet de son
travail: «nous rapporterons icy ce qui a esté dit & escrit de ces duels &
combats, & des procedures qui ont esté faites contreux*" . En associantle
récit des faits à une publication des métanouvelles, le Mercire propose de
développerune vision englobante de l'événement. Le point de vue adopté
est celui du narrateur omniscient. Le rédacteur prétend tout connaître
de I'histoire racontée, le lecteur est ainsi introduit dans le quotidien des
duellistes après leur arrestation: «ils furent mis prisonniers tous deux
en une mesme chambre, & furent là six ou sept jours sans estre separez
jouans presque tousjours au piquet pour se divertir». Certes, Cest le
cas dans la majorité des dossiers développés par le Mercure. Cependant, la
production imprimée suscitée par le duel et la mobilisation qui en a ére
raite par les historiens permettent de mieux mesurer ces écarts narratis
dans le cas du duel du mois de mai 1627. Le Merzure affirme refuser de
compiler n'importe quel texte publié aux mois de mai et juin 041
invoquant pour S'en justifier de bien curieux arguments
Plusieurs factums furent faits pour lesdits prisonniers, & quelques prde s pro
duites contre les conclusions de Monsieur le Procureur General, 9ls eroient
OSCS rop ennuyeuses à rapporter, puis que tout cela ne leur servit de
ce sera asez de faire voir icy ceste remonstrance que la Dame d iteville
057 presenta au Roy 2R 291 2107 193182 bn95t
Le recueil ne peut probablement pas reproduire l'intégralite des ivrets
publiés suite à l'affaire Montmorency-Bouteville, ni même propo une
84 Tbid, p. 400.
85 1bid., p. 410,
86 Tbid., p, 425-426,.
revue déployé Au Ceur interne narration plusieurs à Paris, lexposition offre en empruntant hommes. à proximité et il de ses dans et juin lévénement Justifnant C ne Iamiliarité Choix Selon unapelles cs PSonniers nde Sions Pus Cpetience des tni P relever L
l'obiectivité
nécessaires
fin.
médiatique
juin
le
pages
loisir
les
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duels &
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de
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le
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narratis
de
041
pro
eroient
iteville
ivrets
une
LÉGITIMER LE RÉGIME DE 'EXCEPTIONNEL 323
revue de presse exhaustive autour du duel, Pour autant, I'argumentaire
déployé interroge, car le Mercure Hrançois enchâsse plusieurs discours
Au Ceur du récit des éyénements et ces usages perlés de la focalísation
interne accentuent paradoxalement chez le lecteur le sentiment d'une
narration omnisciente. En isolant au fil du récit proprement factuel
plusieurs séquences (lappel, ile duel, la fuite, l'arrestation, le retour
à Paris, la procédure judiciaire, le verdict et l'exécution) consacrées à
lexposition des sentiments des duellistes et de leurs proches, le Mercure
offre au lecteur la possibilité de suivre le déroulement des événements
en empruntant deux voire trois trajectoires parallèles : celle du pouvoir
et de la justice, celle de prisonniers et celle des proches des deux
hommes. Pourtant, une voie reste fermée, c'est celle tracée par les factums
à proximité des événements, II existe déjà un publie de cette littérature
et il est très probable que le lecteur du Mercure en fasse partie. En dépit
de ses dénégations, I'ouvrage republie pourtant des livrets déjà publiés
dans les jours et les semaines suivants les événements des mois de mai
et juin 1627. La volonté d'offrir à son public des sources inédites sur
lévénement ne constitue très probablement pas le critère de sélection
Justifnant le choix des textes reproduits dans le Mercure, Aucun de ceux-
C ne sont anonymes et tous émanent de proches des deux duellistes. La
Iamiliarité des auteurs avec les condamnés semble déterminante dans le
Choix des textes publiés. Cette observation rend curieuse la justifhcation
Selon laguelle les factms favorables à Montmorency-Bouteville et à des
unapelles ne sont pas publiés parce qu'ils furent inutiles. En eftet, tous
cs discours insérés dans le récit des événements plaident en faveur
PSonniers mais aucun ne leur a rendu effectivement service, La
nde ne pas republier les «quelques pièces produites contre les
Sions de Monsieur le Procureur General » trouve des explications
Pus Cvidentes. L'engagement politique du Mercure lirangois comme Son
Cpetience de la censure en 1612 interdisent à son rédacteur de publier
des critiques de la justice royale.
tni les quatre grands types de productions imprimées que nous
P relever suite au duel (es lettres des proches des duellistes aux
tants du pouvoir monarchique, les lettres des acCusés à leurs
L id. cut penser que la pièce intitulée Pour Massire Frangois de Montmoreny% Comte de
867 fo UTE, Et mesire Françoir de RasmadeG, comte des Chapeller, s.l,n.d., BNF, IN27-
partie de ces pièces qui discutent sans ambiguité les décisions de la justicr
324 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'fTAT
proches mais aussi aux représentants du pouvoir, les histoires et relatione
ainsi que les livrets anonymes), seules deux catgories sont représentées dans
les pages du Merzure Frangois. Il s'agit des lettres des proches se tournant
vers le pouvoir afin d'obrenir une commutation de peines au bénéfice du
comte de Montmorency-Bouteville et du comte des Chapelles ainsi que
des textes rédigés-ou prétendument rédigés par les duellistes à leurs
proches afin de leur faire leurs adieux et de tenter de les consoler, Ces
dernières développent la thématique de l'expiation et de la rédemption
assurant aux deux hommes un salut certain. Toutes les lettres favorables
aux deux prisonniers n'ont cependant pas été reproduites (Cest le cas
des lettres du frère du comte des Chapelles au cardinal de Richelieu
puis à l'abbé de Marsillac ), pas plus que celles écrites par le comte des
Chapelles. Il est, en revanche, un point commun entre les documents
plaidant la cause des deux condamnés. L'argumentaire développé y
est identique et assez ambigu. Il Sagit d'abord de saluer l'inflexibilité
royale tout en rappelant les mérites des deux duellistes et en invoquant
lissue paradoxalement favorable de cette affaire pour les âmes des deux
hommes. Le roi, en décidant de l'exécution de ces duellistes jusqu'alors
impénitents a assuré le salut de leur âme en leur offrant l'opportunité
de préparer chrétiennement leur mort et leur a évité de succomber en
pécheur au cours d'une rencontre singulière. Chemin faisant, dans leur
empressement à préserver la mémoire des deux duellistes et à louer
leurs valeurs (celles d'une noblesse traditionnelle), les livrets pro-&race
Semploient à définir le crime de duel et à le démarquer de celui de la
conspiration. Une étude comparative de la façon dont les pièces imprimees
dennissent ce quest et ce que n'est pas le duel prouve la ténacité du lieu
etabli entre le combat de Montmorency-Bouteville et la conjuration d
Chalais dans lesprit de chacun, et ce en raison même de la consa
des sources à vouloir nier cette proximité. Ainsi, la Lettre de Monserg
le Prince de Condé envoyee au roi sur le sujet du sieur de Bouteville afirme gu
le duel est une « coustunme [du] royaume», une «opinion de ire»
er quil n'est en aucun cas «un dessein particulier de L] désobeyr t
roi.Cet effort de distinction, également présent dans les text que le
88 Lettre de Monsieur le marquis de Molac au Cardinal de Richelien ? ensemble lerg
M. I'Abbl de Marillac, op, cit
89 Leatre de Monseignenur le Prince de Condé envoye au roi sur le saujet du sienr de Ensemble
1037a1iq al so
celle de monsergneur de Montmorency, envoybe au Roy, sur le snjet dau sietur ae Duu
e,AParis
Nercure de l'existence le but projeré manière, taxé un procès conjurateurs de Montmorency-comme pouvoir permanente produites accusent Les argumentation tout l'exécution leMercure des de la en denonçant constance taire ala conjuration ort chrétienne UL SSIre C POLvOLr Lans rculé eMercure ose, le
hr C 0 Dpelles, Mercureo Ch
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AParis
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 325
Nercure Frangis n'a pas choisi de reproduire, atteste surout de la crainte
de l'existence de ce lien. Les défenseurs du comte le démentent dans
le but d'innocenter Montmorency-Bouteville d'un crime qu'il n'a pas
projeré de commettre et preserver sa réputation comme, d'une certaine
manière, son honneur, Le pouyoir royal fait de même afin de ne pas être
taxé d'avoir injusterment saisi l occasion de ce duel pour mettre sur pied
un procès politique dans le but de liquider définitivement le parti des
conjurateurs alors même que la décision d'effectivement punir le comte
de Montmorency-Bouteville et le comte des Chapelles sonne pourtant
comme un avertissement, Les intérêts de la noblesse comme ceux du
pouvoir royal se rejoignent partiellement et expliquent cette dénégation
permanente du lien entre les deux aftaires. Seules les «quelgues pièces
produites contre les conclusions de Monsieur le Procureur GeneralPo,>
accusent explicitement la justice monarchique d'abus de pouvoir,
Les sources citées ici réalisent l'exercice difficile de conduire une
argumentation mesurée condamnant d'une part la pratique des duels
tout en atténuant le crime de Montmorency-Bouteville et en justifant
l'exécution de peines à la sévérité inédite. Les deux pièces publiées dans
leMercure François empruntent cette même logique argumentative. Deux
des pièces publiées alors fonctionnent un peu différemment. Les paroles
de la France à la Noblerse Françoise justifient largement la politique royale
en denonçant fermement la pratique des duels, sans faire état d'aucune
constance atténuante à verser au dossier en faveur des duellistes., Sans
taire l'effort d'innocenter les deux duellistes d'une supposée participation
ala conjuration de Chalais, elle exalte la qualité de leur rédemprion et leur
ort chrétienne qui en fait des martyrs pour la cause. La piece intitulee
UL SSIre François de Montmorency accuse au contraire fermement le
C Quesnet, au Mont sainct Hilaire, BNE, 8-LN27-2859., Largumentation est
POLvOLr d avoir instruit un procès pölitique contre les deux duellistes en
Lans les deux letcres compilées ensemble ici de même que dans d autres textes
rculé dans un espace public de lecreurs et, pour la plupart, ayanc etc o
eMercure Prançois. Voir également Lonmbre du Sienr Marguis de Bouteville a4 la IvoDise
ose, Paris, Adrien Bacot, 1627, BNE, 8-LN27-2872 (A) ou encore Letire ue lontEu
le
hr de Molac à Monseigneur le Cardinal de Richelieu, .op. Cil, Voir également Ler
C a France à la noblesse françoise. Sur la mort des Sieurs de Bouteville & Comfe der
0 Dpelles, Paris, Fr. Julliot, 1627, Bib. Maz., 350
Mercureo Fsra 0nDço,i sc. it., vol, XIIL, 1628, p. 425-426 (pour l'année 1621),
par
Ch ta Erance à la Noblesse Françoise sur la mort des sieur Bontevile ef Gonite dar
Chapelles, Paris, F. Juliot, 1627, Bib. Maz., 54)5;
326 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
appliquant des peines abusives contre eux, dépassant notamment celes
prévues par l'édit du 6février 1626. Le Réat véritable de la condamnation
exécution à mort de M. de Bouteville lui répond explicitement en défendant
les mesures prises par le pouvoir politique. Le Meraure Frangois ne tépetcute
pas ces polémiques et s'en tient à l'argumentation communément
admise par la noblesse comme par la monarchie. Les duellistes ont fauté
pour avoir contrevenu aux édits et non pour avoir projeté de renverser
le pouvoir en place. La sévérité de leur peine se justifie par les difficultés
rencontrées de manière répétitive par le pouvoir pour faire appliquer
les édits contre les duels. Les mérites des deux condamnés comme des
lignées respectives auxquelles ils appartiennent sont toutefois grands et
leurs réputations ne seront pas entachées par l'exécution. Au contraire,
la constance avec laquelle ils aceptent la mort leur assure la certitude
du salut chrétien. Pour cette raison, ils dorvent nourrir un sentiment de
gratitude à légard du roi qui' les sauve de leurs propres péchés en leur
infligeant un châtiment juste et mérité. O SnU9m no2309g
Etfets de réels et de proximité de l"événementnl bareqob acipuibra
Ce n'est ni l'incursion proposée par le Mercure François dans I'espric
des acteurs ni largumentation explicitement développée autour de
la signification des duels comme de l'exécution des édits qui tondent
T'originalité du traitement de l'événement par le Mercre. Les requeres
adressées par les proches des duellistes comme les lettres du comte des
Chapelles ou sa harangue ont été publiées par ailleurs. La Remonsirane
de la dame de Bouteville au Roy nous est aujourd hui connue par sa se
impression dans le Mercure. On peut cependant supposer qui sag
en réalité d'une réimpression?. En revanche, la compilation a
différents textes, leur proximité physique et leur publication conj
92 Pour Messire Frangois de Montmorency, Come de Lurz & de Bouteville. Et MesIr
Rosmadec, Comte des Chapelles, s.ln.d., BN, LN27-2867. Voir aussi le Kec 9 iuin
Codamnalion 027, Paris, s.n., & ExEcution BNE, à mort de Mrs. Bouteville, GComte des Chappelles Des 21 22Ju
93 Lettres esorites par M. le Gomte de La Chappelle à diverses personnes ia vu Chabellsà
mor,
Paris, E, Debors, 1627, Bib. Maz., 33569 et La harangue faicte jpar le Co eo
Meseigneurs de la Cour du Parlement, Paris, J. Mestais, 1627, Bib, Maz, Ontrouve
94 Ace propos, Billacois, François, Le duel dans la société frangaise. oP, C Pannée 1621
ce livret dans le Mercure Frangois,, op. cili, vol. XJII, 1628, p. 426-450 Po
est point une La compilation morcelée des l'impression est du duel à nous Le affaire Les Ce Les cependant,12 maniere a mise pas face attitude ODE b usages r COmme stesse Cemence nes 5Ibid, 96 1bid., lbid,
celes
condamnation
défendant
tépetcute
communément
fauté
renverser
difficultés
appliquer
des
grands et
contraire,
certitude
sentiment de
leur
no2309g
acipuibra
I'espric
de
tondent
requeres
des
Remonsirane
sag
iuin
22Ju
Chabellsà
mor,
Ontrouve
1621
LfGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNBL 327
est proprenment inédite. Les passages du point de vue omniscient au
point de vue interne donnent au lecteur l'impression d'avoir accèsà
une information exhaustive et detre plongé au cæur de l'événement.
La compilation donne à lire au lecteur une réalité qui lui était parvenue
morcelée en autant de pièces imprimées ou manuscrites au moment
des événements. II s'agit-là d'une reconstruction de cette réalité et
l'impression de vision englobante de l'événement reste artificielle. II
est pourtant vrai que le dossier monté par le Mercure Frangois à propos
du duel de Montmorency-Bouteville est le plus compler et le plus long
à nous ëtre parvenu
Le Mercure est le seul à donner la parole au roi à propos de cette
affaire en publiant par exemple sa réponse au duc de Montmorency
Les arguments adressés par le roi au duc ne diffèrent pas ou peu de
Ce que le lecteur a pu lire dans nombre de livrets et pièces imprimées.
Les duellistes ont été condamnés par raison d'Etat, Louis XIIl suggère
cependant,à la différence des textes pro-grâce que la tenue du duel du
12 mai 1627 relève bien du « mépris de [slon authorite®». Les différences
sont subtiles et le Mercure tout en relatant les événements de la
maniere la plus neutre possible appuie les arguments du pouvor par
a mise en valeur du comportement du roi, Le Meraure ne se contente
pas de livrer la parole officielle du roi mais donne à voir ses réactions
face aux proches des duellistes. Il met en scène ses écats d ime et son
attitude en théâtralisant la scene l1309 2mde asb
'com munia & au sortir de la Communion, la Dame de Bouteville se jetta
a genoux aux pieds de sa Majesté, lequel (sans parler à elle) passa outre, &&
ODE en passant il dit ces morts, La femme me fait pitil, mais je veIL: G dots conserver
b orite
usages de l'italique comme des didascalies construisent à l'attention
r une proximité avec le pouvoir politique. La détermination du
COmme son inflexibilité sont mises en texte de manière a consolider
stesse de sa position sans amoindrir les valeurs de compassion,
Cemence et de générosité qui doivent l'animer, Elles sont rendues
nes par le fait que le roi vient tout juste de recevoir la sainte
5Ibid, p. 422-424.
96 1bid., p. 423.
lbid, p. 417-418.
328 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
communion, son jugement ne peut donc etre altéré. L'impression de
l'omniscience du rédacteur est accentuee par l'absence de références
précises. Il faut qu'un témoin ait assisté à la scène décrite ici pour que le
Mercure puisse la rapporter. Or, le recueil ne donne aucune information
à propos de ce témoin. Le lecteur est supposé accorder sa confance au
Mercure et accepter l'idée de son impartialité, construite pas certaines
pratiques d'écriture. Le ton neutre adopté par le Mercure ne differe pas
d'autres publications et vise pourtant à justifier le règlement judidiaire
inoui du duel entre le comte de Montmorency-Bouteville et le marquis
de Beuvron. Le récit détaillé livré par le Mercure à son lecteur ne se
focalise pas uniquement sur les réactions royales. 'ouvrage convoque
sur scène d'autres acteurs afin de renseigner au mieux le lecteur sur les
circonstances des événements. Cest le cas dès les prémices de la rencontre,
non à Paris, mais à Bruxelles. Le Mercure rappelle au lecteur qu'a
suite de son combat avec le sieur de la Frete, Montmorency-Bouteville
y trouve refuge auprès de l'infante. Ayant pris connaissance de cette
information, le marquis de Beuvron, soucieux de venger la mort de
Thorigny, rejoint la ville afin d'y rencontrer le comte de Montmorency
Bouteville. Il y est arrêté. Le roi, mis au courant de 1arrestation de
Beuvron et de son écuyer intervient immédiatement en demandant a
sa tante larchiduchesse de réconcilier les deux hommes. Le Meraure
convie le lecteur à cette entrevue, lui donnant à lire des propos pre
tendument échangés entre les futurs duellistes9. A ce stade, le lecteur
est déjà au coeur des événements. Il a pénétré I'hôtel du marguis
Spinola à Bruxelles en même temps que les acteurS principaux
2 février 1627 précise le Mercure-et a pu constater la déterminatiou
du marquis de Beuvron qui a appelé deux fois en duel le comte de
Montmorency-Bouteville avant même d'avoir quitté la salle de récep
tion, en usant dune formule identique. Le Mercure ne raPporte pas
suite de l'échange. La seule indication livrée au lecteur de la readu
immédiate du comte de Montmorency-Bouteville cest qu'ilaura
porté les faits aux gardes chargés de l'escorter. Le recueil proceac donc ae
a une ellipse temporelle et dépeint l'indifférence du comte face aC tre
provocation. Lui et son cousin des Chapelles quittent Bruxelics
ur
98 Ibid, p. 401.
99 Tbid., p. 402.
lh Loraine ne cesse La précision constance ainsi répondre &-tece de Bouteville pourtant, le conte pour mais àl'archiduchesse pour le comte da roi. acteurs direct aDSence an parasite nemen evenements Pataitement 100 Ibid., 101 Ibid., 102 Tbid,
de
références
que le
information
au
certaines
pas
judidiaire
marquis
se
convoque
les
rencontre,
qu'a
Bouteville
cette
de
Montmorency
de
demandant a
Meraure
pre
lecteur
déterminatiou
de
récep
ae
tre
ur
LÉGITIMER LE RÉGIMB DE LEXCEPTIONNEL 329
lh Loraine sans avoir donné suite à linvitation de Beuvron. Ce dernier
ne cesse toutefois pas de les pourSuivre de ses menaçantes assiduités
Escans là, Bouteville receut jusquesa huict lettres de Beuvron, par lesquelles
luy mandoit, Je ne puis vous aller rover car je suis trop veill, mais si vous
voulez vons aypp9roTcbJeoz perès de Paris, vous m'obligerez [. 100
La précision avec laquelle le Mercure rapporte le déroulement des événements
sert la cause d'un Montmorency-Bouteville opposant avec
constance au marquis de Beuvron le mépris de son mutisme et respectant
ainsi strictement la volonté du roi. Seul des Chapelles prend la peine de
répondre aux lettres de Beuvron sur le même ton que lors de leur tête-
&-tece à Bruxelles. Il s'agit d'ailleurs de l'un des arguments de la dame
de Bouteville dans la remontrance qu'elle adresse au ro Rapidement
pourtant, le peigne fin auquel le Mercure passe les événements incrimine
le conte de Montmorency-Bouteville. Il s'avère, en effet, que ce n'est pas
pour cirer raison du marquis de Beuvron que le comte déaide de se battre
mais bien pour braver le pouvoir royal et contester son refus d'accorder
àl'archiduchesse de Flandres l'abolition de Montmorency-Bouteville
pour son duel du mois de janvier, Le marquis n'est qu'un prétexte dont
le comte se saisit et le duel une façon d'exprimer sa défhance vis-à-vis
da roi. Le Mercure prétend révéler au lecreur les véritables intentions des
acteurs er leurs sincères états d'âmes en usant à nouveau du discours
direct pour rapporter les paroles du comte :
Douteville ayant sceu ce refus, auçuns ont dit, gu'alors il tint ce langageiJe
me batteray en bref dans Paris, & dans la Place Royalle puisque lon m'a refusé nne
abofitton, & e qui me picque davantage, est que l'Arcbiduchese de Flandres ne la
Pe 0blenir du Roy, &ena esté refusée, & se resolut à linstant de venir à Paris
aDSence de tout commentaire vise à donner le sentiment que plus aucun
an parasite ne vienc brouiller la scène -et donc la comprehension
nemen que possible (voire transformé en témoin oculaire de la scène)
evenements à veniret que le lecteur, conduit aussi pres des eve-
Pataitement à même de se forger une opinion juste a propOs de
100 Ibid., p. 403.
101 Ibid., p. 428
102 Tbid, p. 403-404,
330 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
T'affaire. La précision apportée à la relation des faits vise à masquer la
présence de toute argumentation. Le récit, dans sa neutralité afichée
vient donc de se retourner contre Montmorency-Bouteville. Le Mercure
ne peut pourtant prétendre à une capacité totale domniscience er
concède parfois l'existence dintermédiaires, comme cest le cas de ces
«aucuns » qui « ont dit » que Montmorency-Bouteville avait sciemment
provoqué le pouvoir monarchique avec son projet de se battre surla
place royale, en pleine journée, afin que «le Soleil soit temoin de (sles
actions, Les procédés d'éctiture mobilisés dans la relation de cette
affaire continuent pourtant à avoir la vocation de construire l'impression
de l'impartialité la plus parfaite. Le lecteur doit avoir le sentiment d'une
narration dépouillée de toute orientation. b
En plus des jeux d'échelle et de focalisation plaçant le lecteur au
coEur de l'action, le Mercure François tisse une chronologie serrée des
événements provoquant pour le lecteur une accentuation de l'effet
de proximité et donc de réel. Le Mercure livre ainsi des indications de
temps de plus en plus précises à partir de l'arrivée de Montmorency
Bouteville et des Chapelles à Paris, là où le roi leur avait défendu de se
rendre. Bouteville et le sieur de la Frete se battent «au mois de janvier
de l'an 1627», Bouteville et des Chapelles quittent Bruxelles «quelques
jOurs après» le dîner à Ihôrel du marquis de Spinola, larchiduchesse
1ntercède auprès du roi «huict jours avant leur dernier combat. Le
rythme saccélère à partir du moment où Montmorency-Boutevile dene
la parole royale. Le Mercure François prend, pendant quelques dizaines
de pages, Iapparence d'un diaíre structuré autour d'entrées datëes.
moments décisifs sont examinés à léchelle de l'heure 8
e Lundy dixiesme May, Bouteville & Des Chappelles arriverenta ra
revenant de Lorraine; & dès le lendemain matin, Bouteville faict donner ad
a beuvron qu'il estoit à París, prêt à satisfaire des obligations qu'il uy
& 5euvron luy envoyast à l'heure mesme un Gentil-homme, Ppour apprc
le lieu où ils se pourroient voir, Bouteville dic au Gentil-homme, j
e trou
veray aujourd hui à neuf heures du soir à la Place Royalle, sil plast vostre
naistre, 1l sy trouvera pour nous resoudre, Beuyron se rendit dans05
Place Royalle à l'heure dite, & y trouva Bouteville qu'i lattendou
103 Ibid., p. 404.
104 Tbid., p. 399 et 402-403.
105 Thd., p. 404 0b-c0k t
Les mercredi c environ est uniquement Beuvron duel al'intention dit à que loin, marquis I'Angleterre. sur tentent journée traque mine advertie &celuy esveillé deux se ralentir détention au er de instruction Tythme au mardi nche / et 106 Tbidl, Vol, l'année 108 Ibid, 109 1bid.,
masquer la
afichée
Mercure
domniscience er
ces
sciemment
surla
sles
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l'impression
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des
l'effet
de
Montmorency
se
janvier
quelques
larchiduchesse
Le
dene
dizaines
trou
vostre
dans05
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 331
Les pages 406 à 412 sont entierement consacrées aux événements du
mercredi 12 mai 1627, a partir de I'heure de la tenue du duel, c'est-à-dire
c environ les deux heures apres midy. La description du combat
est rapide, et les deux protagonistes principaux semblent se battre
uniquement pour la forme. La réplique de Montmorency-Bouteville à
Beuvron rappelle ce qu'il avait dit à Thorigny la nuit précédant leur
duel et semble confirmer lidée selon laquelle ce combat est une bravade
al'intention du pouvoir royal; « [.] finalement ont dict que Bouteville
dit à Beuyron, allons separer nos amis, nostre combat est gaillard, &
que reciproquement ils se demanderent la vie», Dix lignes plus
loin, Bussy d'Amboise est déjà mort, le Berche grièvement blessé et le
marquis de Beuvron accompagné de son écuyer Buquet en route pour
I'Angleterre. Le Mercure Frangois se concentre exclusivement, par la suite,
sur le sort de Montmorency-Bouteville et du comte des Chapelles qui
tentent eux-aussi de fuir vers la Lorraine. La narration du reste de la
journée est dédiée à la mobilisation militaire sur ordre du roi er à la
traque des deux duellistes. La journée est longue mais elle ne se ter
mine pas avant l'arrestation des deux hommes: «La Royne Mere estant
advertie de cette prise, envoya ces nouvelles au Roy qui estoit à Versaille,
&celuy qui' y fust envoyé trouva sa Majesté couché & endormy, & fut
esveillé pour luy dire ces nouvelleslos» Entre le 13 mai et le 31 mai à
deux heures du matin, jour de l'arrivée des prisonniers à Paris, le rythme
se ralentir et les indications précisément datées se font plus rares. La
détention des deux hommes à Vitry-le-François est néanmoins relatée
au lecteur du Mercure. Lembastillement de Montmorency-Bouteville
er de des Chapelles signe la fin de ce temps creux et inaugure celui de
instruction du procès. A lexception de rares ellipses temporelles, le
Tythme de la narration du procès redevient quotidien du lundi 51 mai
au mardi 22 juin, jour de l'exécution des deux condamnés Rien, en
nche entre la confroncation des témoins aux accusés les 5 et 9 juin
/ et le lundi 14 juin, D'après le Mercure, cette date ouvre le temps
nontrances, du débat et de la publicité. Le Mercure insère les
106 Tbidl, p, 406,
Vol, XI1, p. 400, 1627 (pour l'année 1626) et vol, XII, 1628, p. 400 pour
l'année 1627). 2 li zu ua 108 Ibid, p. 412.
109 1bid., p. 417.
332 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
premiers livrets dans ses pages aà ce moment du dossier, et prend l
soin de rappeler à son lecceur que le temps de l'action des pro-grâce ne
suspend pas le temps judiciaire h 2709 299 u el on
Pendant ces procedures, il Se vit plusieu rs Kequestes& Remonstrances
mais voyons auparavant les Lettres de M le Prince de Condé & le Duc de
Montmoreney, escrites an Roy, pour tascher d'obtenir gace de sa Majesté
pour lesdits prisonniers
nd Isvor aovog ub tomt2
Le temps semble alors se dilater en raison de la superposition de plusieurs
moments, y compris celui de la publicité évoquée par le Mercm
à propos des livrets. La parole y est donnée aux défenseurs des accusés
qui argumetent en leur faveur. Toutes ces initiatives semblent pourtant
avoir été vaines puisque dès le lendemain, le parquet rend ses
concusions: « Messieurs les Gens du Roy ayans pris leurs conclusions
le Mercredy 15. Juin, le procez fut distribué au sieur Pinon, Conseiller
de la Grand' Chambre. Souvre alors un temps voué à la parole des
accusés, en particulier celle du comte des Chapelles. Lévêque de Nantes,
leur confesseur, offre aux deux duellistes l'opportunité de sexprimer
en leur fournissant de quoi écrire. Comme leurs proches, les accusés se
tournent vers le pouvoir pour obtenir la grâce royale et choisissent le
cardinal de Richelieu comme intercesseur5. Le Mercure ne reproduit
pas ces lettres et fait le portrait d'un comte des Chapelles peu optimiste
quanta Iissue de cette initiative, puisque dans une lettre ad ressée a son
epouse et publiée juste après sa requête il évoque sa mort prochalne
Cest le temps de la rédemption et de l'expiation qui souvre a travc
la publication des extraits de la correspondance de des Chapelles.
dernier sadresse aussi à la présidente de Mesmes autrement dit
mere de Bussy d'Amboise tué par le comte lors du duel. L'entrée date
Suivante rappelle au lecteur que la procédure judiciaire na pas ce
pendant que les proches souffrent et que les accusés expient
vendredy 18 & le Samedy 19. Juin, le sieur Pinon fit son rappo
t à la
110 Cest vrai pour les lettres du prínce de Condé et du due de Montnmorency au
i comme
de la remontrance de la dame de Bouteville au roi. C'est aussí dans ce Tep
Se
111 Tp6laiac.e, pla. 4r2é0p.onse du roi au duc de Montmorency, Ibid., P. 418-45
112 Tbia., p. 430-431. Le Mercure semble faire une erreur car il est en fait so
mardi 15 soit du mercredí 16 juin.
113 Tbid, p. 431
Grand' &des Les le transfert Paris. Comme démonstration donne judiciaire harangue exclusivement ainsi temps renforce duel. SOrt Téserve verdice 39apres ecision ecapitation CCUtion Chap Ine, leure S pas 114 Ibid, 15 Ibidl, 16 lbid., D7 Tbid.,
prend l
ne
on
Remonstrances
de
Majesté
plusieurs
Mercm
accusés
pourtant
ses
conclusions
Conseiller
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se
choisissent le
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son
prochalne
travc
dit
date
ce
à la
comme
Se
LEGITIMER LE REGIME DE EXCEPTIONNEL 333
Grand' Chambre, du procez desdits de Bouteville, & Des Chappelles,
&des absents, vivans & du mort
Les événements se précipitent à nouveau. Le 20 juin, le roi ordonne
le transfert des duellistes de la Bastille jusqu'à la cour du parlement de
Paris. Le transfert est organisé le lundi 21 juin, de nuit. Cette journée,
Comme celle du 13 mai promet dêctre longue. Le transfert des prisonniers
est rapporté et, comme lors de leur retour jusqu'à Paris, le déplacement
des deux hommes dans la capitale est I'occasion d'une véíitab
démonstration de force militaire de la part du pouyoir royal. Le Mercure
donne encore la parole au comte des Chapeles. Le temps de la procédure
judiciaire rencontre alors celui de I'expiation puisque le comte, dans une
harangue prononcée devant les membres du Patlement décide d'assumer
exclusivement la responsabilité du duel du 12 mai précédent et espère
ainsi mettre son cousin à l'abri de la justice royale. Cette collusion du
temps vécu par les parlementaires et du temps vécu par des Chapelles
renforce l'argumentation conyenue autour du règlement judiciaire du
duel. Le comte déclare, en effet, accepter avec allégresse et gratitude le
SOrt gui lui est réservé. Ce faisant, il rachere ses fautes et accepte sans
Téserve lidée de mourir, L'accusé lui-même légitime par avance le futur
verdice de ce procès om
LJje me sens forcé de vous protester, que ce me seroit iun toufment perpe
tuel de vivre en ce piteux estar, auquel je me voye mallheureusement réduit;
que ce mest peu ou rien de verser mon sang en expration de mes fautes,
39apres avoir fait perte de la bienveillance du Roy n no) 2
ecision est finalement prise par les parlementaires de procéder à la
ecapitation physique de Montmorency-Bouteville et des Chapelles et à
CCUtion des duellistes absents en effigie, le 21 juin seulement, en fin
Chap se prépare à la mort est édifiante. Les deux hommes attendent
Ine, Le moment où les deux duellistes apprennent la nouvelle
leure prévue pour le lendemain, avee calme et sérénite. Le comte
S pas explicitement rapporté, en revanche, la façon dont le comte des
orency-Bouteville passe une longue nuit réparatrice". Le matin
114 Ibid, p. 432.
15 Ibidl, p. 434-436.
16 lbid., p, 440.
D7 Tbid., p. 442-443.sa1 u0p
334 HISTOIRE IMMBDIATE ET RAISON D'ÉTAT
du mardi 22 juin le comte des Chapelles après avoir fait longuement
pénitence déjeune frugalement de mets évoquant la cene : «Le matin
dudit Mardy des Chapelles après avoir prié Dieu, demanda du pain.
&&du vin & en prit5», Ainsi, on voit qu'en châtiant les duellistes, le
roi leur a offert leur seule opportunité de salut et l'acceptation de ler
mort les a sanctifiés. On retrouve exactement la même argumentation
dans une pièce manuscrite intitulée Relation de ce qui s'est passé en la mort
des Sieurs de Bouteville et des Chapelles qui relate la parfaite conversion
des deux hommes, Comme dans le Mercure François, la grâce divine
semble avoir touchée plus précocement et plus sûrement le comte des
Chapelles. Il oscille ainsi entre la figure christique dépeinte par le Mercure
et la sanctification de la Relation. La conversion est moins rapide pour le
Comte de Montmorency-Bouteville mais il finit aussi par être touché par
la grâce. Dans les deux cas, cest bien la décision royale qui permetla
conversion des deux hommes2. Ce temps presque christique se déroule
Simultanément aux dernières tentatives des proches des condamnés qui
espèrent encore qu'ils obtiendront la grâce, royale cette fois-ci. Ce n'est
pas étonnant dans la mesure oùu les interprétations les plus couramment
admises veulent que la surséance de l'exécution des duellistes par le
Parlement offre l'occasion à Louis XIII de prononcer cette gråce
Mais, ce dernier rejette les dernières requêtes de la princesse de onoe
accompagnée des futures veuves et la présidente de Mesmes, dont le
fils est disparu lors du duel, renonce à « demander justice au Roy
Le temps reprend donc son cours le mardi 22 juin au matin, Cette
foiS-CL, du coté du pouvoir royal puisque le récit revient sur la preparation
de la place de Grève pour I'exécution. Il S'agit d'éviter quune
forme d'opinion ne manifeste sa désapprobation à l'endroit du vera
comme lorsSque les effigies de Montmorency-Bouteville et Pontgu
furent subtilisées en 1624. Le roi donne des instructions claires er
revidence, il n'a aucune intention d'utiliser le délai supplémentalP
révu
118 1bid.
119 Rdation de ae qui fest pasié en la mort des Siears de Bouteville et des Chapelles, ,278),
P. -l6. Deux exemplaires de cette relation sont conservés dans les reciei brofes
Conrart à la bibliothèque de l'Arsenal. A leur propos voir Schapira, NIcOAA23.
1onnel des lettres an xVit siecle, Valentin Conrart une histoire sociale, op, Cls P» **
120 Relation de ce quiset passé,,, op, cit, p, 3,
121 Billacois, François, Le duel dans la sociésé franmçaise..., op, cit., p. 254. b
122 Mercure Frangois. p, cit, vol., XIII, 1628, p. 444 (pour l'année 1621
P. 254. 71
par précise non par et des ce temps, roi qui, raison «Sur de Grève, aucunement dans au Comte monde en refusant défunts, familles. pour des Montmorency-de ravaler C On COmpris u COrps pS eure Dle ontmorency-125 oest 125 1bid., 126 Tbid., 27 Lbid., 128 1bid,,
longuement
matin
pain.
duellistes, le
de ler
argumentation
mort
conversion
divine
des
Mercure
pour le
par
permetla
déroule
condamnés qui
n'est
couramment
par le
gråce
onoe
dont le
Cette
preparation
quune
vera
er
révu
,278),
brofes
NIcOAA23.
71
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTITONNEL 335
par les parlementaires pour prononcer la grâce23, Cette précision fournie,
le Meraure poursuit le récit de la journée par séquences. Le recueil
précise qu'à onze heures les prisonniers s'apprêtent à entendre l'arrêt,
non encore reproduit par le Merure. Un des points de vue délaissés
par la narration englobante de l'ouvrage est d'ailleurs celle des parlementaires.
C'est têtes nues et à genoux que Montmorency-Bouteville
et des Chapelles prennent connaissance de leur arrêt de mort. Pendant
ce temps, les dames de la cour tentent un ultime recours auprès du
roi qui, en dépit de sa compassion, n'en hnit pas de leur imposer la
raison d'Etat Après cet épisode, le Mercure ne reprend son récit que
«Sur les cinqg heures du soir >. Le cortège armé se dirige vers la place
de Grève, protégée par des chaînes. Le Mercure François ne mentionne
aucunement le public pas plus que ses réactions pourtant omniprésentes
dans le récit de l'exécution du régicide Ravaillac. Un paragraphe sufit
au Mercure pour relater la mise à mort des deux condamnés", Si le
Comte de Montmorency-Bouteville manifeste un dernier attachement au
monde en lissant sa moustache, comme son cousin il fait face à la mort
en refusant d'être bandé et leurs corps reçoivent tous les égards dus aux
défunts, Les corps rhabillés retrouvent leurs têtes et sont restitués aux
familles. Ces attentions particulières sont le fait du roi, comme le rappelle
pour la seconde fois le Mercure François", soulignant ainsi qu'en dépit
des édits prévoyant la dérogeance en cas de duel, la condamnation de
Montmorency-Bouteville et des Chapelles n'a pas eu pour conséquence
de ravaler leur noblesse. Les deux hommes ont, en effet, été décapites
C On pendus, au contraire de leurs prédécesseurs pendus en effigie (y
COmpris Montmorency-Bouteville en 1624), La considération témoignée
u COrps des deux duellistes contraste avec le traitement infigé aux
pS de Ravaillac et de Concino Concini tels qu'ils sont rapportés par
eure Si tous se sont rendus coupables de crime de lèse-majesté,
Dle bien que tous les crimes de lèse-majesté ne se valent pas.
ontmorency-Bouteville et des Chapelles n'occupent pas la mëme place
1b 2slosqo snorusbsnd 2a1eilauph ierb.OeDA0
125 bid., vol. XIII, 1628, p. 444-445.
oest plus loin dans le recueil. 1bid, p. 446-449
125 1bid., p. 449-450.
126 Tbid., p. 450,
27 Lbid., p, 452-453.
128 1bid,, p., 445 et 453
336 HISTOIRE IMMBDIATE ET RAISON D'ÉTAT
que Ravaillac et Concino Concini sur l'échelle de gravité du ctimede
lèse-majesté; ce qui tendrait à les innocenter de la participation à la
conspiration de Chalais. Après leur exécution (er leur autopsie selon
laquelle Montmorency-Bouteville était de toute façon condamn ils
sont si pleins d'innocence que, comme le Christ, ils sont embaumés er
déposés dans un sépulcre : «Cela fait on les embauma. ILon a dit qu'ils
ont esté portez à Montmorency & enterrez tous deux en une mesme
Cave, dans le sepulchre de ceux de ceste maison de Montmorencyl2
Le récit des événements est terminé et le temps de la narration se
dilate à nouveau. Pourtant, le /Mercure François ne passe pas encore à
un autre dossier et donne la parole de manière posthume au comte des
Chapelles en publiant certaines des lettres écrites à ses proches pendant
sa détention à la Bastille50, Les lettres développent aussi la thématique
de l'expiation, de la rédemption et du pardon, confirmant la figure
christique du comte des Chapelles suppliant son cousin de bien vouloir
pardonner à leurs exécuteurs. Après quoi, le Mercure Frangois clôtle
dossier de manière assez laconique: «C'est tout ce que nous avons peu
sçavoir & avoir de ce qui s'est faict en ce duel, prise & execution
L'afirmation s'apparente presque à de la fausse modestie tant le dossier
constitué par le rédacteur du Mercure François apparaît complet. L'ensemble
des autres pièces à avoir été conservées ne s'attache qu'à un point de vue
ou une séquence de l'ensemble événementiel constituées par le combar
en place royale, la fuite et l'arrestation de Montmorency-Bouteville et
des Chapelles, leur procès, leur détention et pour finir leur exécuti0n en
place de Grève. Sans produire l'ensemble des pièces publiées à l'occasion
du duel mais aussi du débat induit, le Mercure offre une intormatio
qui tend à l'exhaustivité. Cette tendance construit auprès du lectu
limpression d'une information la plus objective et la plus comp
possible. Le Mercure feint de laisser le lecteur exercer librement sa r
CFItique. La narration du duel telle que la livre le Mercure conticu
en
einet, une argumentation subtile et ambigüe, célébrant la sagesse roy
Comme la sanctification des duellistes finalement capables de reconu
le discernement monarchique
oula 129 Ibid., p. 454.
130 1bid.
131 Ibid, p. 460.
132 Ibid., p. 461,
Mais, monter didentifier rendre capports sOURCES La 1627 evénements de l'ouvrage. les effet, Richelieu D'Esttenne pour LHistoire Dapion Dupleix nommé 1 sengage entte trangois. boureville ere YpOS 1Se Ppel gnise X, Jouruée
ctimede
à la
selon
condamn ils
embaumés er
qu'ils
mesme
Montmorencyl2
narration se
encore à
des
pendant
thématique
figure
vouloir
clôtle
peu
dossier
L'ensemble
vue
combar
Bouteville et
exécuti0n en
l'occasion
intormatio
lectu
comp
en
roy
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 337
Mais, par quels moyens le rédacreur du Mercure Erangois a-t-il pu
monter un dossier aussi complet? En dautres termes, ese-il possible
didentifier les informateurs et les sources utilisées par le Mercure pour
rendre à son lecteur un rapport aussi précis ? Que faut-il déduire des
capports du Mercure Frangois au pouvoir ?.o onortiM
sOURCES ET INTERTEXTUALIE honisb duplbrea rig a
La comparaison du traitement de l'affaire du duel du mois de mai
1627 par le recueil au dossier publié par Scipion Dupleix sur les mêmes
evénements peut constituer une piste éclairante sur la question des sources
de l'ouvrage. Elle est susceptible d'éclairer les relations entretenues par
les rédacteurs du Mercure au pouvoir royal, Scipion Dupleix incarne, en
effet, la figure de l'historien fidèle à l'Etat en général, au cardinal de
Richelieu en particulier.
D'Esttenne Richer à Scipion Dupleis: quelles SOurces pe
pour paulblier le duel de mai 1627?
LHistoire de Lonis XIT du nom, roy de France et de Navarre publiée par
Dapion Dupleix en 1635 ne consacre que trois pages au duel"", Scipion
Dupleix est l'un des historiens au service du cardinal de Richelieu. I est
nommé historiographe de France et conseiller d' État par Louis XII en
1 sengage dans la rédactiond'une Histoire générale de France publiée
entte 1621 et 1643 dont la démarche rappelle en partie celle du Mercire
trangois. Le récit livré par Scipion Dupleix du duel de Montmorency
boureville sur la place royale s'apparente à un simple résumé de celui du
ere trangois, qui semble bien avoir servi de source à Scipion Duplex a
YpOS du duel du 12 mai 1627. Le paragraphe relatant la mort de Bussy
1Se e suggère fortement. Ce dernier commence par un rappel de
Ppel en duel du marquis de Beuvron, lors du dîner de réconciliation
gnise par l'infante dans l'hôtel du marquis de Spinola à Bruxelles. A
X, SCipion, Histofre de Louis le Juste XIlI du nom roy de Frane et de NavarTE, 9P. Cit,
P455-458.
e, Christophe, Un magistrat à l'âge baroque. Scipion Dupleix (1508-1661), op. c,
d'im propos voir également Jouhaud, Christian, Les pouvoirs de la listerature. Histoire
Op Ci., p. 191-217 ainsi qu'id, Richelien et l'ecriture du powvoir. Antour de la
Jouruée des Dupes, op. cit., P. 75,
338 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
la différence près que Scipion Dupleix ne dévelopPpe pas tous ces détails
et évoque directement la provocation du marquis de Beuvron Là
où le Mercure Frangois développe I episode pendant trois pages, Scipion
Dupleix le résume pour ne pas dire l'escamore en cing lignes, Sous
sa plume, Montmorency-Bouteville est qualifé de « très osé» et rien
n'est dit du harcèlement subi par le comte de Montmorency-Bouteville
de la part du marquis de Beuvron. Le lecteur rencontre toutefois des
similarités entre les deux textes. Le Mercure comme Scipion Dupleix
rapportent la mort chrétienne de Bussy d'Amboise qui succombe à ses
blessures en jetant les yeux aux cieux et en joignant les mains , Le
paragraphe suivant sutht à Scipion Dupleix pour traiter du temps du
procès, des remontrances et de lexpiation-rédemption. Certaines des
lettres des proches des prisonniers sont simplement mentionnées. En
revandhe, Scipion Dupleix cite l'une des phrases prononcée par le roi
d'après le Mercure Frangois presque mot pour mot : «Je porte autant de
Tegret de leur perte, que pas un de vous: mais ma conscience ne me permet pas
de vous acorder vastre requeste3», De la même manière, Scipion Dupleix
ne développe pas aussi longtemps que le Mercure le thème de la mort
chrétienne des deux condamnés mais conclut bien là-dessus, Ces
affinités entre les deux textes conduisent à penser que le Mercure kranços
apu servir de source à Scipion Dupleix pour la rédaction de son Histore
de Louis le Juste. Cela semble avoir été le cas pour le ou les rédacteurs des
Manoires du Cardinal de Richelieu, dont la version élaborée au début du
X Siecle précise les annotations marginales ou les notes infrapaginales
du manuserit. On peut ainsi lire des renvois au Mercure Françots dans
es marges des Mémoires du Cardinal de Richelieu, notamment à propos
d ataires concernant le début du xVIr siècle, c'est-à-dire à une période
1aquelle on ne peut soupçonner Richelieu d'avoir dirigé, à tout le mois
etroitement contrôlé, le Mercure François. Ainsi, comme nous l'avons at
souligné, à propos des revendications du prince de Condé suite au dec
d'Henri IV, le manuscrit des Mémoires du cardinal indique ciac
135 Dupleix, Scipion, Histoire de Louis le Juste..o, 0p, cil., p. 456-457.
136 Mercure Frangois,., 0p. cit., vol. XIII, 1628, p. 407 (pour l'année 162/)
Histoire de Louis le Juste.,,, oD, cit, P. 457,
137 1bid, La citation du Mercure Prançois est la suivante a leur jerte w es a vol.XII,
o, mais ma conscience me defend de leur pardonner.», Meraure Prangos. o p P
1628, p. 450 (pour l'année 1627),
138 Dupleix, Scipion, Histoire de Louis le Juste., p, cit., p. 458
le premier de Richelieu dlassidus leur Si Mercare plutot reprise reproche d'après falsification A partir ercure Cissimule rangois de Contre Uhelieu CL 141pleix,
détails
Beuvron Là
Scipion
Sous
rien
Bouteville
des
Dupleix
ses
, Le
temps du
des
mentionnées. En
le roi
autant de
permet pas
Dupleix
mort
Ces
kranços
Histore
des
début du
infrapaginales
dans
propos
période
mois
at
au dec
vol.XII,
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 339
le premier volume du Mercure Fangois comme sa source, Le cardinal
de Richelieu ou les membres de son cabinet de plumes ont donc été
dlassidus lecteurs du Merczre Frangois avant même de songer à mettre à
leur service le travail de ses rédacteurs, si tel a bien été le cas.
Si l'on postule que Scipion Dupleix aussi a été l'un des lecteurs du
Mercare Frangois force est de constater qu'il en fut un lecteur critique ou
plutot faudrait-il dire publiquement critique. Cest le cas à propos de la
reprise des guerres civiles à la fin de la décennie 1620, Scipion Dupleix
reproche au Mercure Frangois une trop grande neutralité confinant,
d'après lui, à la complaisance et empruntant pour ce faire la voie de la
falsification de documents
Sure cete funeste & brutale rencontre il y eut des letres escrites par le Prince
de Rohan, & par celuy-cy au Prince, toutes farcies de convices, & injurieuses
jusques au dernier poinct, Le Mercure, qui rapporte toutes choses ayec peu de
discussion, & souvent par complaisance ou ffaterie, publiant ces letres, les a
grandement adoucies, Il n'ya point de doute que le Duc de Rohan ne se deßt
monstrer plus respectueux envers le premier Prince de Sang : mais (comme
le disoit Bumenes au Roy Antiochus) ceux qui sont armés pour divers partys
40
ne croyent plus estre inferieurs les uns aux autres
A partir de là, il est possible de formuler plusieurs hypothèses. Soit le
ercure Hranços sert effectivement de source à Scipion Dupleix qui le
Cissimule tout en critiquant avec véhémence les arrangements du Mercure
rangois avec les faits en d'autres occasions. C'est la thèse de Mathieu
de Morgues, l'écrivain au service de Marie de Médicis dans sa lutte
Contre le cardinal de Richelieul4. Soit le rédacteur du Mercure Frangois
Uhelieu Du Plessis, Armand-Jean, Mémoires du Cardinal de Richelieu. Publis d'aprs l
Z originaux pour la société de l'histoire de Erance, c. I, (1600-1615), op. cit, p: 144
propos de la fabrique des mémoires de Richelieu et des incertitudes autour de la
CL auctoríalité des cuvres atcribuées au cardinal de Richelieu voir Jouhaud,
S1an, «a Les Mémoires de Richelieu; une logique manufacturière», Ler Mots, seprembre
2, p. 81-93. Voir aussi ld., La main de Richelien ou le pouvoir cardinal, P Ci
et -118, et id., Les pouvoirs de la littérature, , op, cit., p. 217-221. Voir enfin le
one partie de l'équipe d'éditeurs des Mémoires de Richelieu qui ont questionne ies
Lai T nployées dans certe entreprise et, ce faisant, l'auchenticité de ces memoires.
D es (dir.), Rapports et notices sur l'edition des Mémoires du Cardinal de Rihelieu, tasc, l
15, Renouard, 1905-1907,
141pleix, Scipion, Histoire de Louis le Juste.o n op. cit, P: 14
a athieu de, Lumières pour lhistoire de France et pour faire voir les calomnnes, Jlatteri,
df antres defauts de Scipion Dupleix, s.1, 1636, P, 201
340 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
et celui de l'Histoire de Lotis le Juste puisent àune source d'inspiration
commune ce qui expliquerait le cousinage des récits livrés par l'un et
l'autre du duel de Montmorency-Bouteville. Or l'on sait que les sources
de Scipion Dupleix sont proches du pouvoir. Christophe Blanquie
indigue que ale principal ministre ouvre sa bibliothèque et ses fonds
documentaires à l'historiographea, Christian Jouhaud précise pour sa
parr que si l'on ne peut connaître avec précision le type de documents
communiqués par le cardinal de Richelieu à Scipion Dupleix, ce dernier
admet qu'ils encadrent constamment son travail. Si lhypothèse
est juste, cela équivaudrait à dire que le rédacteur du Mercure Frangois
bénéficient du même accès aux sources du cardinal de Richelieu que
l'un des principaux membres de son cabinet de plumes, Il S'agit d'une
hypothèse formulée par Christian Jouhaud dans son travail sur la
constitution des Mémoires du cardinal sous la forme d'un schéma 4. Les
imprimés (Mercure, Gazette, pamphlets énumère-t-il) composeraient la
croisième étape d'un processus de fabrication du projet d'une Histoire
dirigé par le cardinal et ses serviteurs. Encore une fois, cette question
de la direction du Mercaure François par le cabinet d'écriture du princpal
ministre mérite d'être interrogée au moins pour l'histoire du recueil
précédant le retour du cardinal'au conseil du roi en 1624. II reste
difficile d'identifer indubitablement le lien qui apparente le récit du
duel de 1627 livré par le Mercure François en 1628 à celui publié par
Scipion Dupleix en 1635. Sagit-il d'un lien de fliation ? ou bien les
deux textes sont-ils seulement cousins?
a tache est rendue plus ardue encore par le fréquent silence du redac:
teur du Mercure à propos de ses sources. Le Mercure Frangois fait Ieior
de mentionner « une personne de qualité » qui aurait prévenu la cou
l'arrivée imminente du comte de Montmorency-Bouteville et des Chape
à Paris, suite à leur départ de Lorraine dans le but d'en découdre ave
le marquis de Beuvron sur la place royalel45. Cest la référence la plu
précise donnée par le Mercure François à son lecteur dans tout ce doSSIc
A gquelques exceptions près, le Mercure déroule le récit des événemen
sans clarifier de qui il tient ses informations, La source principaic
142 Blanquie, Christophe, Un magistrat à V'âge baroque,o o, op. Cl, p. 12
143 Jouhaud, Christían, Les pouvoirs de la litnérature.., op, cil, P. 208,
144 Td., «Lcs Mémoires de Richelieu.., 2, art, cité, p. 88
145 Mercure Frangois,n op, cit., vol. XIII, 1628, p. 404 (pour l'année 1621).
recueil DATtIculièrement acteurs qui SOnt-envisager royal, à la puisse roi propos à I'hêcel peuvent Sont récit investis, Montmorency-abritant dinformation? pouvoir la conthance aPpuyé Certaines VIle on 4 Mercure 148 pos IS Cure L
d'inspiration
l'un et
sources
Blanquie
fonds
sa
documents
dernier
lhypothèse
Frangois
que
d'une
sur la
Les
composeraient la
Histoire
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princpal
recueil
reste
du
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redac:
Ieior
Chape
ave
plu
doSSIc
événemen
LÉGITIMER LE RËGIME DE L'EXCEPTIONNEL 341
recueil semble être le «on dit» conjugué à presque tous les temps, c'est
DATtIculièrement le cas lorsque le AMeraure déctit les réactions des différents
acteurs notamment du roi. La question reste la même : qui est ou
qui sont cels «on »? Sagit-il de sources proches du pouvoir? Ces sources
SOnt-elles variées? Le degré de précision de certaines informations laisse
envisager l'hypothèse d'une proximité au moins indirecte avec le pouvoir
royal, Ce «on » pourrait alors désigner une ou des personnes appartenant
à la sphère du pouvoir. Sinon, comment envisager que le Merczre Frangois
puisse narrer à son lecteur le malaise de la dame de Bouteville devant le
roi la veille de l'exécution de son époux "? ou encore lui rapporter les
propos échangés entre le comte des Chapelles et le marquis de Beuvron
à I'hêcel du marquis de Spinola ? Pourtant, mêmes ces informations
peuvent relever du bruit ou de la rumeur (ce qui n'implique pas qu'elles
Sont fausses) et être de seconde main . En revanche, certains passages du
récit des événements publis par le Mercure Frangois, en raison des lieux
investis, incitent à imaginer une source d'information proche du pouvoir,
Le Mercaure dépeint par exemple les diférents lieux de détention de
Montmorency-Bouteville et de des Chapelles comme la chambre d'hôtel
abritant leur fuite à Vitry-le-François avant cela
Commentc le rédacteur du Mercure a-t-il eu accès à ce genre
dinformation? Bénéficie-til des confidences de la part de proches du
pouvoir qui attendent de lui la rédaction d'un récit officiel des événements,
lui fournissant force détails dont la vocation serait d'emporter
la conthance et, ce faisant, l'adhésion du lecteur? S'est-il matériellement
aPpuyé sur des documents officiels et accessibles par ailleurs comme
Certaines archives judiciaires, par exemple les registres du greffe de la
VIle de Vitry-le-François, évoquées par le recueil? Peut-être aussi
on dit» se décline ainsi en « Ont dit», «on a dit», «lon adit», a ont dict», «on
sit tout au long du récit autour du duel de Montmorency-Bouteville pour introduire
origine des informations recueillies et publiées dans le Mercurt.
4 Mercure Frangois.., of. cit, vol. XII, 1628, p. 450 (pour l'annee loL
148 1bid., p. 402.
pos du statut des bruits, rumeurs et fausses informations depuis le Moyen Age voir
re, Maïté, Soria, Myriam (dir), La Rumeur au Mayen Age : du mépris à la manipulatio,
ee, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 201l ainsi que Brétéché, Marion,
a velyne (coord.), Le Temps des médias. La fausse information de la Gazette a Twitter,
n30, printemps 2018.
IS Cure François.oo, op. cit, vol, XII, 1628, p. 4là-411 (pour I'année 102/),
L Tbid., p. 412-413,151001 4
342 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ETAT
faut-il penser qu'on lui a indiquélexistence de tels documents-autre
ment dit de ces preuves-sans qu'il ait eftectivement pu les consulter
Rien ne permet de trancher, et sans doute la réalité se situe-t-elle
aux confins de ces différentes hypothèses. En revanche, il convientde
retenir le aît que le dossier du Mercure François relatif au duel mené
sur la place royale en mai 1627 atteste dun rédacteur véritablement
renseigné. Léventualité de l'implication du cardinal de Richelieu dans
la transmission de ces informations au rédacteur du Mercure Frangots
doit alors être envisagée.
Laffaire Montmorency-Bouteville à lépreuve du Mercure François
et des Mémoires de Richelieu
2Upilgtn1n Urmagbe iudh avaley novnog
La question des sources d'information nécessaires au Mecure François à
la publication du duel de Montmorency-Bouteville et de leuréventuelle
proximité avec le pouvoir royal invite à comparer le récit du Mercure à
celui des Mémoires de Richelieu. Dans cette perspective, il ne sagit pas
de déterminer les identités des informateurs ou la chronologie des diférentes
mises en récit, mais plutot de mettre à l'épreuve la conformité du
récit du Mercure à celui des Mémoires de Richelieu, ou, faudrait-il dire au
récit établi par les éditeurs du début du xx* siècle comme étant celui des
Mémoires du cardinal de Richelieu tant il convient d'être précautionneux
dans l'utilisation de ce texte. Dans les Mémoires de Richelieu, seulement
dix-huit pages sont consacrées au duel de Montmorency-Boutevie
Contre les 62 pages du Mercure François2, Les deux textes procèdent a
la remise en contexte de l'appel du marquis de Beuvron en resuman
répisode bruxellois, ce qui n'apparaît pas dans 'Histoire de Lonis lejua
de Scipion Dupleix. Les Mémoires, au contraire du Mercure Frangous, S
tocalisent ensuite sur le point de vue du cardinal: «Le Cardinal lui-mene
etoit bien agité en son esprit5. Le lecteur du Mercure, pour sa part, i
rencontre qua deux reprises le cardinal dans cette affaire, sans que
états d'ames ne soient évoqués54. Or, François Billacois rappelle gu
«Richelieu, dans son avis, énumère en un ordre habilement choisi
mas
avec une apparence d'objectivité, les points qui justifient la cleme
115532 IRbiicdh, et.l iVeuIL D, pu. P6l6e,ssis, Armand-Jean, Mémoires.., op. ci., t. VII, (1627» P: o
154 Mercure Frangots.o., op, cit., vol. XIII, 1628, p, 411 et 431 (pour l'année 1o2
ceux d'éditeurs des deux du d'armes courage des le roi. revient o n oàplusieurs dlo Le de dernier du dans Cest d'Etar point insiste laire 8race. texte politique Os 5illacois, 157 57 158 159
autre
consulter
elle
convientde
mené
véritablement
dans
Frangots
François
novnog
François à
leuréventuelle
Mercure à
pas
diférentes
conformité du
dire au
des
précautionneux
seulement
Boutevie
procèdent a
resuman
lejua
Frangous, S
mene
part, i
que
gu
mas
LÉGITIMER LE RÉGIME DE L'EXCBPTIONNEL 343
ceux qui autorisent la sévérité. Cet Avis a été reproduit par l'équipe
d'éditeurs des Mémoires du cardinal., Il suit et répère une énumération
des circonstances atténuantes puiS aggravantes du crime commis par les
deux accusés. Au cceur de ces énumérations, I'avis souligne les mérites
du comte François de Montmorency-Bouteville, notamment ses faits
d'armes décisifs auprès de l'armée royale (relevant en réalité du même
courage dont l'excès l'a conduit à se battre en place royale5), Le rappel
des exploits du comte napparaissent pas de manière aussi précise dans
le Mercure et seulement dans la reproduction des lettres des proches au
roi. Après l'examen de chacun des arguments, le texte des Mérmoires
revient aux Conséquences qu'en tire le cardinal:
Le Cardinal avoit, en son particulier, grande aversion de sa perte et grande
inclination à porter le Roi à lui pardonner; mais il étoit retenu, quand il
o n considéroit que conserver la vie de ce gentilhomme, quil avoit déja fait perdre
oàplusieurs autres, I'ôteroit à la meilleur noblesse de cec Etat, qui estimeroient
dlo ne devoir pas être plus malheureux que lui en suivant son cxemple
Le texte des Mémoires, tel que les différents manuscrits qui ont permis
de le constituer, met en texte les tourments du cardinal de Richelieu., Ce
dernier livre au roi un avis aussi équilibré que possible". Suit alors l'Avis
du cardinal au roi, qui reprend la structure et les arguments développés
dans les pages 63 à 71. Ces arguments sont répérés à deux reprises er
Cest au roi qu'est attribuée la décision finale de privilégier la raison
d'Etar Bien plus que le Mercure Françoi, les Mémoires empruntent le
point de vue du pouvoir -en particulier du cardinal de Richelieu-et
insiste sur la tempérance, le sang-froid et la réfexion dont il a fallu
laire preuve pour conduire le roi à finalement opter pour le refus de la
8race. Les archives personnelles du cardinal ayant permis l'établissement
texte des Mémoires se consacrent ainsi essentiellement à justifier la
politique du cardinal de Richelieu.
ertaines grandes thématiques présentes dans les pages du /Mercure
Os Consacrées au duel de Montmorency-Bouteville se trouvent ausi
5illacois, François, Le duel dans la sociéré frangaise.o P Ctl, P
157 1 D Plessis, Armand-Jean, Ménmoires. op, Git., t, VII, (I627), p. 67-68,
57 Ibid., p. 68-69.
158 Ibid., p. 70-71,rs a
159 Ibid., p. 77 E
344 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
dans le texte des Mémoires, comme celle de la sanctifncation des deuy
condamnésls0, Ces thèmes communs, comme certaines informations
partagées par les pages des deux ouvrages, donnent toutefois lieu à des
textes aux objectifs sensiblemenit différents. Dans les deux cas, la propagande
justifie la politique du royaume et adopte la mêrne argumentation
subtile. Cependant, la propagande du Mercure se concentre sur le toi
et prend soin de ne pas l'écorner. Le cardinal est quasiment absent de
ce long dossier. Celle que l'on lit dans les Mémoires est entièrementau
service d'un cardinal dont on nous décrit lé caractère irréprochable. Ia
question d'une éventuelle communauté de sources entre le rédacteur
du Mercare et des écrivaíns au service du cardinal se pose toujours.
Toutefois, si le fond reste pour l'essentiel le même entre les deux récits,
les incerticudes pesant à la fois sur les modalités de rédaction et de
mise en ordre des archives du cardinal et sur leurs dates (avant ou
après la mort de Richelieu) sont trop profondes pour nous permettre
de caractériser plus finement la nature comme les objectifs poursuivis
par cette propagande. Le contexte de la production de ces textes peut
en modiier la signification et les interrogations qui subsistent rendent
dificile une comparaison plus poussée d'un manuscrit dont on ignore
la date de publication et d'un texte imprimé dont on sait quil fut produit
et publié rapidement après les événements!1 A nouveau se pOse la
question de savoir si les rédacteurs des manuscrits ayant donné lieu aux
pseudo-Mémoires » de Richelieu, comme les appelle Christian Jouna
ont puisé leur source en partie dans le Mercure François ou sils se sont
servi des mêmes informations62
Aprés cer épisode, le gouvernement revient à un traitement pls
ambigu de la pratique du duel, encore pour un temps. Pour Erango
Billacois, ce sont les années de Fronde qui signent « [Je commencene
de la fin» de la pratique duelliste. L'exécution de Montmoren
Bouteville et des Chapelles n'aura donc pas « couper la gorge aux
duels comme l'escomptait ou prétendait l'escompter chelieu,
160 Ibid, p. 81.
1ol A propos des interrogations sur la constitution des Ménoires du cardinal vO Jouhaud,
Christían, Ls povoirs de la litérature,»., op, cit, p. 217,
162 14, La main de Richelieu.or, op. cit, p, 17-25,
163 Billacois, François, Le duel dans la socicté française.., op. cis., p» 279-L20
164 Ríchelieu Du Plessis, Armand-Jean, Mémoires.., op, cit., t. VII, (1621/, P: 12
d'après 1628, cette France. au moins duels avec ténu, Constitue phénomènes. après soubresauts le Chalais, royaume. dune Entre Mercure onze rencontres. infigé tenu est Sagit l se Louis de fom participé noulette spiration Cette rf itier AEOmptif 166
deuy
informations
des
propagande
argumentation
toi
de
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rédacteur
toujours.
récits,
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produit
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aux
Jouna
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pls
Erango
commencene
aux
chelieu,
Jouhaud,
LEGITIMER LE REGIME DE L'EXCBPTIONNBL 345
d'après ses Ménoires, Après la publication de son treizième volume en
1628, le Mercure Frangois poursuit donc son travail de camouflage de
cette pratique condamnee mais tolêrée sur le teritoire du royaume de
France. Cest pourquo1, apres 1o21, le recueil est contraint de revenir,
au moins de temps à autre, sur la tenue d'un duel de loin en loin. Les
duels effectivement publiés par la compilaton après 1627 sont choisis
avec soin et ne sont pas publiés gratuitement, Certaines de ces occurrences
instillent dans l'esprit du lecteur l'existence d'un lien, même
ténu, entre ces duels et les conspirations politiques. Gaston d'Orléans
Constitue souvent le dénominateur commun entre ces deux types de
phénomènes. La publication de certains duels dans le Mercure Prangois
après 1627 constitue dans une certaine mesure la relation des derniers
soubresauts de l'affaire Montmorency-Bouteville et donc de la conspiration
le Chalais, y compris lorsqu'ils se déroulent en dehors du territoire du
royaume. L'argumentation implicite est toujours la même, à savoir celle
dune quasi-absence des duels sur le territoire du royaume de France
Entre la publication du duel de Montmorency-Bouteville dans le
Mercure paru en 1628 et le dernier volume publié en 1648 on recense
onze nouvelles occurrences d'appels, querelles, combats, duels et autres
rencontres. Parmi elles, une seule mention fair état d'un châciment
infigé aux duellistes. Elle est la seule relation précise d'un duel à setre
tenu sur le territoire du royaume de France entre 1627 et 1643, qui
est la dernière année dont les événements sont traités par le Mercune. l
Sagit du duel opposant en 1632 les sieurs de Drouët et Bouchavannes
l se déroule le 25 ocrobre dans la ville de Toulouse au moment où
Louis XIII S'y trouve dans le but de procéder au procès du duc Henri II
de Montmorency. Ce dernier est condamné à la décapitation pour avoir
fom un complot contre le cardinal, puisqu'il était déja au coeur de
participé à une conspiration contre le cardinal de Richelieu sous la
noulette du frère du roi. Cest la seconde fois que Gaston d'Orléans
spiration de Chalais en 1626. En dépit de son rôle fondamental
Cette conspiration, il est impossible pour le pouvoir royal de le
rf itier ctement, En tant que prince de sang, frère du roi et héritier
AEOmptif au trône, Monsieur ne peut qu'être pardonné, Le Mercure
166 165 Ferna Mercure Frangs op. cit., vol, XVII, 1633, p. 861-864 (pour l'année 1632).
dndez-Lacôte, Hélène, Les pros du cardinal de Ridhelieu,0p. CIlro P: 5
346 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RASON D'ÉTAT
François évoque la réconciliation de Monsieur avec le roi quelques pages
seulement avant l'arrivée du roi à Toulouselo. Il faut d'ailleurs souli.
gner que c'est après avoir mentionné cette réconciliation que le Mercure
fait état d'un duel surveu entre les serviteurs de Gaston d'Orléans,
Les duellistes ne sont aucunement sanctionnés et aucun commentaire
n'est fait. Dès lors, faur-il considérer que I'impossibilité à punir le frère
du roi contamine son entourage ? Faut-il au contraire penser que cest
une manière d'accuser Monsieur de son incompétence à discipliner ses
troupes, à quelques pages du procès contre les deux victimes du duel
de Toulouse ? ou ne faut-il y voir que la tolérance ordinaire dont béné
ficient les duellistes, y compris après la sanction exemplaire infligée au
comte de Montmorency-Bouteville et des Chapelless, Reste que le duc
de Montmorency est le seul à subir les conséquences de cette révolte
Le Mercure François Consacre au procès et à l'exécution lenri II de
Montmorency en place du Capitole à Toulouse un dossier de 34 pages à
partir de l'arrivée du roi et de la reine dans la villel. Au tout débur du
dossier, le Meraure fait à nouveau état de l'observation des édits contre
les duels. Les sieurs de Drouët et de Bouchavannes se sont visiblement
montrés mal inspirés en décidant de se battre à un moment où le roi était
Sur le point d'affrmer la restauration de son autorité et de sa majesté:
pNeantmoins le Roy desirant que les Ordonnances furent observées & gardées
voulut que Justice en fust faite pour servir d'exemple aux autres, &pour
les destourner d'une telle manie, Le procez fait aux cadavres desdirs sieursS
Drouet & Bouchavannes, ils furent condamnezà estre trainez par la ville sur
des clayes, & puis pendus par les pieds en la place Sainct-Georges. Ce qui n
t 30executé en la presence de quatre Capitouls, suivant cet Arrest
Le Mercure reproduit ensuite l'arret pris en parlement de Toulouse contre
les corps morts des deux duellistes, le 27 octobre 1632, soit trois jours
avant lexécution du duc de Montmorency. Cest d'ailleurs le ent
choisi par le Mercure François pour le faire entrer en scène, Ce duel
donne ainsi lieu à une sanction qui survient à la faveur du procès politque
1L angos 0p. it, vol. XVIII, 1633, p. 854 (pour l'année 1632),
168 Ibid, p. 854.
169 1bid, p. 859-893.
170 Ibid., P. 862,
171 1bid., p. 864.
du Soit orléaniste, affaires. les ce isolés, entre pratique singuliers trois Montmorency-persiste Gaston derniers atteste Culier", au TOyaume Pratigue, dVOir ue toujours Si Cest 173 173 74
pages
souli.
Mercure
d'Orléans,
commentaire
frère
cest
ses
duel
béné
infligée au
duc
révolte
II de
pages à
du
contre
visiblement
était
majesté:
gardées
pour
sieursS
sur
qui n
contre
jours
ent
duel
politque
LÉGITIMER LE RÉGIME DE L'EXCEPTIONNEL 347
du duc Henri U de Montmorency. Sans qu'aucune relation explicite ne
Soit affirmée par la compilation entre les duellistes et la conspiration
orléaniste, un lien ténu sétablit pourtant entre le règlement des deux
affaires. Après tout, en vertu de l'édit contre les duels du 6 février 1626,
les duellistes se rendent coupables de crime de lese-majesté, tout comme
ce fut le cas d'Henri II de Montmorency. A l'exception de ces deux cas
isolés, les autres mentions de duel dans les pages du Mercure François
entre 1628 et 1648 construisent la publication de la disparition de la
pratique duelliste sur le territoire du royaume de France.
PACIFICATION FRANÇAISE ET DUELS EUROPEENS 90
2
Sur les onze mentions d'appels, duels, querelles, rencontres et combats
singuliers mentionnées par le Mercure entre 1628 et 1648, seulement
trois conduisent le recueil à admettre que malgré la sévérité du sort de
Montmorency-Bouteville et du comte des Chapelles la pratique duelliste
persiste en Francel7, La première souligne la réconciliation du roi avec
Gaston d'Orléans après un épisode conspiratif, la deuxième concerne les
derniers soubresauts de l'affaire Montmorency-Bouteville. La dernière
atteste de la grande banalité des duels et ne vise aucun combat en parti-
Culier", La majorité des occurrences de duel entre 1628 et 1648 publie,
au contraire, la disparition presque parfaite du duel sur le cerritoire du
TOyaume de France. En dépit du discret aveu de la persistance dhune
Pratigue, le Mercure François décrit une noblesse française qui semble
dVOir acdopté une attitude plus docile à l'endroit du pouvoir royal alors
ue les voIsins européens du royaume sont confrontés à une noblesse
toujours aussi dissipée.o
Si l'on suit le Mercure Framçois, après les exécutions du mois de juin
Cest dans le reste de l'Europe qu'une turbulente noblesse sème le
n
173 1724 P.854, 861-864 er vol, XX, 1637, p. 656-661 (pour l'année 1634).
173 lbid., p. 656,
74
dans i o correspondà l'année de publication du treizième volume du Merure Fnangois
ik el est relaté le duel de Montmorency-Bouteville. L'année 1648 est celle de la
Publication du dernier volume du périodique
348 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
désordre. Cest particulièrement vrai dans les terres sous domination
espagnole. Le Mercure décrit à ses lecteurs des territoires sur lesquels
les nobles ont perdu le sens de l'intérêt com mun. Certains de ces duels
évoquent également le sort de duellístes liés, parfois de très loin, aux
anciens conspirationnistes français du milieu des années 1620 et du
début des années 1630. or02nel aans1 b al aut a
UN ROI D'ESPAGNE PERMISSIF ET DESOBEI2uun32nop
Le premier duel à être relaté après celui du comte de Montmorency-
Bouteville et du marquis de Beuvron est publié par le Mercure François
dans son quinzième volume. Il concerne un duel entre le comte de
Middelbourg et le sieur de Croy. Les deux duellistes qui s'affrontent
ne sont pas des sujets du royaume de France Le combat se déroule
sur le territoire des Provinces-Unies, les deux hommes s'étant quelque
peu éloignés de Bruxelles pour se battre. Après la mort du comte de
Middelbourg, le comte de Croý reçoit une abolition de la part de la
couronne dEspagne"
Loccurrence suivante est publiée de manière consécutive au duel pré
cédent. Elle se déroule moins d'un mois après, toujours à Bruxelles. Les
comtes de Villerval et de Saint-Amour s'affrontent au sujet d'une femme
Le duel échappe, encore une fois, à la juridiction du royaume de France:
Le duel qui sest faict le Dimanche dixhuictiesme jour de Mars 1629 st
icd dautant plas digne de remarque qulil est arrivé au Pays-bas, prez la ville de
u 9 5ruxelles, où les Cavalíers recherchent avec plus d'ardeur les lauriers d une
nulJuste gloire, que Ion remporte en combattant contre l'ennemy commun de l
dPatrie, que de se perdre miserablement par un duel sanglant, où les querelles
partaaulieres portent, par une furieuse rage, non les plus genereux courages
no mais les plus brutaux temeraires & desesperez*""
On note que si dans le cas des comtes de Montmorency-Bouteville et
des Chapelles, Cest l'excès de courage qui pousse les nobles a se Da
ttre,
dans le cas de gentilhommes qui ne sont pas ressortissants du roy
de France, le courage disparait. Le roi d'Espagne semble, lui, bien
peine au moment d'imposer une certaíne discipline aux nobles PI
117765 IMbide.r,c pu.r e2 6P4r.angois..0p. cit, vol. XV, 1630, p. 261-264 (pour l'année 1629)
177 1bid, b oocail
sur en proclamée exemples aloccasion en DÉSORDRES Les quinzième autre autrefois Middelbourg, Middlelbourg blessures second de la révélation choisis destin d'autres pratique Complots Dans Setant paragraphe OUement ete une angois Orieans, es 178 180 179
domination
lesquels
duels
aux
du
a
Montmorency-
François
de
s'affrontent
déroule
quelque
de
de la
pré
Les
femme
France:
1629 st
de
une
de l
querelles
courages
Bouteville et
ttre,
LEGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 349
sur les territoires de sa couronne. Les duellistes échappent à la justice
en se réfugiant dans un couvent et finissent par bénéficier de l'amnistie
proclamée suite à la naissance de linfant, En choisissant ces deux
exemples particuliers dlans le but d'illustrer l'étendue de l'amnistie adoptée
aloccasion de la naissance du prince espagnol, le Mercure Framgois souligne
en creux la pacification française en revenant sur les désordres européens.
DÉSORDRES EUROPÉENS ET MENACES CONSPIRATIONNISTES
Les deux duels quí se sont tenus aux Pays-Bas et sur lesquels le
quinzième volume du Mercure Frangois se propose de revenir ont un
autre point commun. Il Sagit de leur lien, même fragile, avec le pari
autrefois constitué autour de Gaston d'Orléans en 1626. Le comte de
Middelbourg, impliqué dans le duel contre le sieur de Croy est apparenté
aux Montmorency, comme le rappelle le Mercure , Le comte de
Middlelbourg fils de Jeanne de Montmorency succombe à la suite de ses
blessures alors que le comte de Louvigny, qui sest offert pour servir de
second au comte de Villerval meurt également sous les coups du second
de Saint-Amour. Il faut ici rappeler le rôle du comte de Louvigny dans
la révélation de la conspiration du comte de Chalais, ILes deux exemples
choisis par le Mercure lui permettent aussi informer son lecteur du funeste
destin des anciens conspirationnistes ou de leurs parents. La relation
d'autres duels permet également au recueil d'établir un lien entre cere
pratique nobiliaire et la tentation, également nobiliaire, de fomenter des
Complots conte I'Etat.
Dans son seizième volume, le Mercure Frangois revient sur un autre duel
Setant déroulé en 1629. Le combat a lieu sur les cerritoires de Lorraine.
paragraphe le relatant est assez court et mentionne simplement le
OUement des ordonnances contre les duels de la maison de Lorraine à
ete occasion, Un lien implicite est établi entre ces désordres européens
une certaine menace pesant sur le pouvoir royal français. Le Mercure
angois rapPorte la tenue de ce duel à l'occasion du voyage de Gaston
Orieans, frère du roi, en Lorraine. Le recueil ne cache pas les inquiétudes
es en France par ce déplacement, en raison des soupçons dont fait
178 1bid., p. 271-272,
180 1bid, vol. XVI, 32, p. 872 (pour l'année 1629). - hato
179 Ibid., p. 261.
350 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
l'objet Monsieur depuis les événements de 1626 et la constitution du
parti de l'Aversion au Mariage. Or, Estienne Richer obtient les privilèoes
d'impression de ce seizième volume du Mercure François le 21 mars 1632
Même si le séjour de Gastond'Orléans en Lorraine date de 1629, au
moment de la publication des événements, la Journée des Dupes a déa
eu lieu, Marie de Médicis est à nouveau exilée de la cour depuis le mois
de janvier 1631 et Gaston d'Orléans a officiellement apporté son soutien
à sa mère. Il a même déja épOusé en secret Marguerite, la sceur du duc
Charles IV de Lorraine avant de fuir aux Pays-Bas espagnols. En effet,
sa première épouse, dont le choix imposé par Louis XIl avait conduit
à la constitution du parti de l'Aversion au mariage, décède en couches
quelques mois après le mariage. Si la conspiration à laquelle participe
le duc de Montmorency aux côtés de Gaston d'Orléans n'est pas encore
àl'euvre en mars 1632, Monsieur a déja largement exprimé les désaccords
l'opposant à son frère dans les mois qui viennent de sécouler. Le
Mercure Frangois, tout en publiant des événements de 1629 fait état de ce
climat pesant. Dans ce contexte, le bref rappel d'une contravention aux
ordonnances du duc de Lorraine insiste sur l'incapacité de ce dernier à
se faire obéir alors que sur le territoire du royaume de France, la révolre
ne dit pas encore clairement son nom. soreg iul asi sl 2etu
APRES 1635 :FORCES ALLIÉES ET FAIBLESSES ESPAGNOLES aloub 3ul
Toutes les occurrences de duels dont fait mention le Merture Frangois
ala suite de cetre rencontre loraine sont publiées par le recueil alors que
le royaume est entré ouvertement en guerre contre l'Espagne et ses a
en 1635. Elles se déroulent exclusivement sur le territoire d'autres Etals
européens, y compris pour des événements antérieurs à l'année 1635.
Grace à la telation de duels, le Mercure vante autant la capacité des allle
protestants du royaume de France à disciplinerdurablement leurs troupes
qu'elle souligne les diffcultés espagnoles à faire de même
Le volume XIX du Mercure publié en 1636 revient sur un au tel
nnalement évité en Angleterre entre le comte d'Holand et le mi
181 Iid, p. 872-894 (pour l'année 1629).
182 A propos de la façon dont le Mercure François prépare son lecteur a ae Sophie Le
diplomatiques et militaires, notamment avec l'Angleterre voir le 141-144.
Bourg Bourg, Sophie (le), «Le Mercure Prançois et l'Angleterre, oP. Cio Po *
de d'Angleterre Pour dernier Lafaire Pays-des la résistance Sa face róle sont de pour Occupée volume Brabançon des conflits montre afligeant U'hétitage anodine concerne nais intante au moment publication pagne dizaines spages ppelant 184 185, 185
constitution du
privilèoes
1632
1629, au
déa
mois
soutien
duc
effet,
conduit
couches
participe
encore
désaccords
sécouler. Le
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3ul
Frangois
que
Etals
1635.
allle
troupes
tel
Sophie Le
144.
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LBXCBPTIONNEL 351
de Wesron Le Mercure Frangois introduit son propos sur les affaires
d'Angleterre en louant la paciication caractérisant désormais ce royaume
Pour ce faire, il relate en quelques pages ce quil considère comme le
dernier épisode contlictuel entre des membres de la noblesse anglaise.
Lafaire finit par se régler et, contrairement à ce qui se passe dans les
Pays-Bas espagnols, n'est pas suivie d'autres épisodes plus violents. Deux
des trois duels encore publiés par le Mercure insistent, au contraire, sur
la résistance rencontrée par le gouvernement espagnol à se faire obéir de
Sa noblesse. De tels récits véhiculent le message d'un adversaire affaibli
face à la solidité des forces alliées. Le contexte de publication joue un
róle fort dans le contenu de ce message, puisque les volumes XIX et XX
sont respectivement publiés en 1636 et 1637, avant et après le tournant
de la bataille de Corbie. Il sagit dans un cas de remobiliser les esprits
pour la suite des hostilités, dans l'autre, de rappeler la posicion de force
Occupée par le royaume de France et ses alliés dans le conflit. Dans le
volume XX, le recueil évoque en trois lignes un duel entre le prince de
Brabançon et dom Alonces Manriquese, L'ncident se déroule à la faveur
des obsèques de l'infante à Bruxelles. Le partage de ses biens suscire des
conflits entre certains Grands d'Espagne et des Pays-Bas espagnols. Une
montre est à lorigine du combat. Lépisode dépeint le comporrement
afligeant de la noblesse espagnole prête à en venir aux mains pour
U'hétitage de 1Farchiduchesse lors de ses funérailles. L'anecdore n'est pas
anodine dans la mesure où la question de la succession de I'archiduchesse
concerne non seulement une montre dont il est ouvertement question
nais aussi des territoires. Le désordre engendré par la disparition de
intante implique peut-êrre pour le Meraure Frangois un affaiblissement
au royaume d'Espagne, en lutte contre la France, et mise en échec au
moment de la bataille de Corbie en aoûr 1636, quelques mois avantla
publication de ce volume du Mercure, La légèreté des sujets du royaume
pagne est encore soulignée à l'occasion d'une querelle quelques
dizaines de pages plus loin
pres le fameux duel de 1627, les récits de combats singuliers publiés
spages du Merure soulignent la capacité de nuisance des duels
ppelant le lien ténu qu'ils entretiennent parfois avec certains
=non3noMsb lorb ub ioiold
184 1 l'rangois.o, p, cil, vol, XIX, 1636, p. 869-871 (pour l'année 1635),2b
185, vol XX, 1637, P, 248 (pour l'année 1639 Ira u gl
185 Tbid,, p. 309-315,
352 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
projets conspirationnistes. La volonté royale de les éradiquer comme la
décision de juin 1627 est donc justiiée. Ces récits mettent également
en texte la disparition du duel sur le territOIre du royaume de France
dont le gouvernement apparaît comme bien plus fort en regard de son
adversaire espagnol, incapable de dompter sa noblesse. 9 i
OD39 21+pb 21011
Létude du traitement des duels ar le Mercure François entre 1611
er 1648 offre le tableau d'une ambiguité médiatique reiHétant celle des
comportements judiciaire et monarchique face aux nobles duellistes. Le
recueil concède le caractère ordinaire des duels tout en faisant en sorte
de garder le silence à leur propos. Le Mercure révèle ainsi certaines des
difficulrés et contradictions de la monarchie dans sa lutte contre les duels
Afin de réduire cette tension, le recueil affirme la stricte observation
de la législation anti-duel en publiant des récits de duels empêchés ou
sanctionnés. Le caractère exceptionnel du règlement judiciaire du duel du
12 mai 1627 justifie l'ampleur du dossier dédié aux événements ainsi que
la minutie avec laquelle le Mercure Frangois les rapporte, Le Mercure propose
à son lecteur un déchiffrement engagé de l'événement. Sous les presses
du recueil, le duel de Montmorency-Boureville incrimine l'existence de
Conspirations nobiliaires tout en s'attachant à minimiser celle de procès
politiques. Les spécificités du Mercure François sont largement mises au
Service du parti monarchique dans cette affaire. Les procédés d'écriture
mobilisées servent une argumentation aussi ambigüe que subtile. lLes
rédacteurs multiplient les procédés visant à donner au lecteur le sentiment
d'avoir les éléments nécessaires à la compréhension des enjeux de l arralte
$ans que son opinion nait éré orientée par l'ouvrage. L'argumentatiou
developpée pose la question de l'origine des sources du Mercue. da
Comparaison avec le texte de Scipion Dupleix accroît cette interrog
tion. La pratique du duel perdure pourtant après la sanction infiigee
Montmorency-Bouteville. La fermeté de la réponse judiciaire adress
a une noblesse particulièrement arrogante à lendroit de la monarcnle
doit être suivie d'effets et explique la raréfaction drastique des mentu
de duels dans les volumes du Mercure François publiées entre l
1648. Au moment de la publícation du duel de Montmorency-bou
dans les pages du Meraure François en 1628, le cardinal de Kucnc
retrouvé sa place au conseil du roi depuis maintenant quatre
nées.
reste er le Sur d'écrirures duel au cardinal la rupture l'autorité aussi, politiques
comme la
également
France
son
21011
1611
des
Le
sorte
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monarcnle
entre l
nées.
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 353
reste Opposéà Marie de Médicis er à ses fidèles. La fin de l'année 1630
er le début de l'année 1631 voient le triomphe politique du cardinal
Sur ses adversaires. Apres avoir mis a l'oeuvre de nombreuses pratiques
d'écrirures susceptibles de publier la pratique des duels en général, etle
duel de Montmorency-Bouteville en particulier dans un sens favorable
au pouvoir royal, le recueil sattache à publier la victoire politique du
cardinal de Richelieu en n'hésitant pas à banaliser l'événement comme
la rupture constituée par celui-ci, Ce faisant, l'ouvrage défend et légitime
le choix politique de Louis XIIL La construction médiatique de
l'autorité royale et la légitimation du régime de l'exceptionnel passent
aussi, pour le Mercure François, par l'assourdissement des événements
politiques majeurs survenus dans le royaume.
rof lii son uco
eoode courn
nu comieceut de
re 26/0 Pusiun aum prop
L ylte rehrC cetee
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Dupes
bre sedoLhnciea expliite
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srnrmio erms 7921tsnndi 2nq 7n12i n no 19tisrb sh fsuibas
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arul Ra32I11 onmoy tsDU s supantsbto'b entre impliquant met protectrice contre pouvoir faveur duu evénement un le avori. de du a ment novembre gnee 3 et
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onmoy ci LA VICTOIRE POLITIQUEnoduol
tsDU CARDINAL DE RICHELIEU
s AU DEBUT DES ANNEES 1630
supantsbto'b mo2 nunslsr ono gbong s
D T03r3)
Au tournant des années 1630, le renouvellement de la confrontacion
entre Louis XIlI et sa mère se dénoue à la faveur d'un coup d'Etat
impliquant un tiers. Le succès politique du cardinal de Richelieu le
met directement en concurrence avec Marie de Médicis, autrefois sa
protectrice En choisissant finalement de soutenir le cardinal de Richelieu
contre l'avis de la reine, le roi édifie son autorité en affaiblissant le
pouvoir de cette dernière. Lépisode au cours duquel le roi arbicre en
faveur du cardinal est connu comme celui de la Journée des Dupes
duu 11 novembre 1630. Plusieurs auteurs proposent de considérer cet
evénement comme un exemple parfaitement représentatif de ce quest
un coup d' Etat. La vulgate retient cette journée comme celle qui a vu
le cardinal de Richelieu passer du statut de ministre du roi à celui de
avori. Cette journée est ainsi érigée en événement historique. Linvention
de la formule «Journée des Dupes» par le conseiller d'Brat et proche
du cardinal de Richelieu, Guillaume Bautru, a probablement participe
a cette interprétation2. Christian Jouhaud propose de revenir sur cet
ment en élargissant sa chronologie au-delà de la seule journée du
novembre 1630. Il inscrit ainsi explicitement sa démarche dans la
gnee de celle de Georges Pagès qui afirme en 1937 vouloir déplacer
xemple, à propos du choix d'un large arc chronologique, Picg, Jean, Uns bistoire
Etat en Eurupe. Pouvoir, justice et droit du Moyen-Age à nasjouri, Paris, Presses de dcinces
00 p. 359. Voir aussi de manière plus implicite Cavaille, Jean-Pierre, auc
d ce extraordinaire du coup d'Etat», Les Dosiers du GRIFIL, len lignel, http:
dossiersGRIHL revues.org/4807, consulre ie dala laurnée des Dupes, op. cit,
naud, Christian, Ricbelien et l'ecriture du pouvoir, Autour de laJourute
egalement Dubost, Jean-Frangois, Marie de Medicis. La reine aevoiee, 0P: Cl
3 et lapié, Victor-Louis, La France de Louis XIl et Richelieu, P. €1,p: 250
uunaucd, Chtistian, Richelien et l'écriture da pouvolr., 0P, hy) Pi
356 HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTAT
l'angle d'analyse adopté dans l'appréhension de la Journée des Dupes
alors, moins considérée comme un événement à part entière que comme
l'un des «symptômes]» d'une « Crise politique » durable. Christian
Jouhaud insiste égalemenr sur la nécessité de considérer les écrits comme
les traces des actions eftectives au cours de cette crise politique Le genre
littéraire du Mercure Frangois laisse supposer qu'il figure parmi de tels
écrits. D'une part, la crise politique se poursuit alors que le Mercure
en fixe une interprétation, et partiCipe à son itinéraire. D'autre part,les
événements dont le Mercure propose une relation sont d'ordre politique.
Afin de conduire la double érude du traitement de la crise politique
française au tournant des années 1630 par le Mercure François mais aussi
des effets de cette crise surle recueil, nous proposons de saisir lá Journée
des Dupes comme moment révélateurd'une crise politique afin de mesurer
les conséquences de celle-ci sur le Mercure François et d'observer ainsi
ses retombées sur la globalité et l'intégrité de l'ouvrage, établissant un
dialogue entre notre démarche et celle de Christian Jouhaud. Le Mercure
Framgois consticue l'unique source de notre étude. Lunicité de cette source
conduit à gommer dans une certaine mesure la fragmentation mise en
avant dans d'aucres érudes dans le but de focaliser notre attention sur
lautonomie du recueil en tant qu'objet historique. Ldargissement de la
chronologie à l'aune de laquelle il convient d'observer la crise politique
dont la Journée des Dupes est l'un des symprômes doit être appligué
al'érude du Mercure Frangois. Le décalage temporel existant entre le
déroulement des événements et leur publication dans le recueil justife
une chronologie élargie de a Journée des Dupes. Il Sagit ainsi de mes
rer les conséquences de la crise politique sur la publication périodique
ans la mesure où nous considérons le Mercure Frangois comme la trace
d une action politique susceptible d'avoir agi sur le processtis de crise
politique, Iinverse est potenticllement vérifable. Lhypothèse se pose
au point de vue du contenu, mais aussi du point de vue de la torme
loutes ces entrées rendent possible l'appréhension du Mercure Franguns
COmme objet autonome grâce au poste d'observation offert par la)ou
des Dupes et ses suites.
s7no,0Rgpowvt.hiDo3u
4 1bid, p.7,9, 10, 19, 51-79 et 83-101. Voir également Pagès, Georges, «nuVIX 1937,
"Grand
Orage Richelieu et Marillac: deux politiques , Revue historique, t. CLN
P3-97.
5 Ace propos voir ibid., p, 10-11,
13uetosod
Les permettent du d'indices comparaison cette temps politique. afin Contexte de révèle des acteurs LES venements par Xet Ledlipse er drd été Cardinal redaction politique Mo de
Dupes
comme
Christian
comme
genre
tels
Mercure
les
politique.
politique
aussi
Journée
mesurer
ainsi
un
Mercure
source
mise en
sur
de la
politique
appligué
entre le
justife
mes
périodique
trace
crise
pose
torme
Franguns
1937,
Grand
LÉGITIMER LE RÉGIME DE L'EXCEPTIONNBL 357
13uetosod
LES TEMPS DE LA RUPTURE POLITIQUE b
Les périodisations de la crise proposées par le Mercure Fragois
permettent de mesurer l'ampleur de ses effets sur le Mercure luimême.
Létude des Mercures de la crise petmet de noter une éclipse
du récit de la Journée des Dupes n'empêchant pas la multiplication
d'indices faisant de l'année 1630 une année de rupture politique. La
comparaison de temps situés en amont et en aval de léclatement de
cette crise permet de mettre en évidence une véritable écriture des
temps de la rupture politique en opposition à celle d'un continuum
politique. Il conviendra d'analyser également le contenu du Mercure
afin de saisir son rôle au sein d'un système propagandiste actif dans un
Contexte de crise politique. Cet examen éclaire la façon dont le système
de propagande essentiellement animé par le cardinal de Richelieu
révèle l'existence d'un rapport de forces politiques aigu au tournant
des années 1630, rapport de forces dont ni le Mercure François ni ses
acteurs ne sauraient s'extraire, d
LES MERCURES DE LA CRISE
Le décalage temporel qui sépare la publication du Mercure Frangois des
venements rapportés explique que trois volumes au moins sont concernes
par la Journée des Dupes et ses conséquences. Il sagit des volumes XV,
Xet XVII, Il est même possible d'inclure le volume XVII,
Ledlipse de la Journée des LDupes
a Journée des Dupes se déroule le 11 novembre 1630, Estienne
er obtient les privilèges d'impression à peine douze jours plus
drd Au moment où Louis XII a opéré un choix politique favorable
été encée par la bientôr fameuse Journée des Dupes. Pourtant, la
Cardinal de Richelieu, louvrage est déjà aux mains des censeurs.
redaction du volume publié en 1631 a donc peu de chances d avoir
politique couve déja. La promotion du cardinal de Richelieu par
Mo novembre 1630 succède immédiatement à sa disgrâce par
de Médicis la veille, le 10 novembre. Ce n'est pas la premiere
358 HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTAT
tentative de la reine d'affirmer la primauté de son pouvoir sur cehi
du cardinal
Le volume XVI, publié en 1632, est susceptible de revenir sur les
événements de la journée du 11 novembre 1630, agglomérés ou non à ceux
de la veille. Ce volume couvre les événements de l'année 1630. Pourtant.
le Meraure ne relate nulle part la célèbre scène du 11 novembre 1630,
celle qui aurait valu au cardinal de conserver sa place dans l'entourage
du roi en dépit de sa disgrâce de la veille. Les relations de la véritable
scène de théâtre jouée par Louis XII, Marie de Médicis et le cardinal de
Richelieu et censée se dérouler au palais du Luxembourg, chez la reine,
avant le départ du roi pour Versailles sont à la fois peu nombreuses et
peu fiables. Aucun de ces récitS ne provient d'un témoignage direct,
pourtant Ilhistoriographie a décrit la scène à lenvi. Au contraire, les
récits des événements produits au plus près du pouvoir ne la déctivent
pas. Christian Jouhaud oppose deux manières d'écrire le pouyoir au plus
près de l'événement. Celle des serviteurs du pouvoir et celle servant de
base à une historiographie presque immédiate. Selon cette dichoromie,
le Mercure Frangois est à ranger dans les récits gouvernementaux, à tour
le moins dans les récits dont la publication est contrôlée par le pouvoir
voire négociée avec lu,
Les loquaces fragments de l'année 1631
Le volume XVII, dont les privilèges d'impression sont obtenus pir
Bstienne Richer simultanément à ceux du volume XVIlI au mois ae
mars 1633, fait la part belle à l'année 1631. Il lui consacre, en eifet
lintégralité de ses 1038 pages. Il présente également un certain mo
cellement puisqu'il est divisé en deux parties. La fragmentation au
volume XVI peut-elle sexpliquer par l'onde de choc provoquée par 3
Journée des Dupes?
Le dix-septieme volume du Mercure François est constitue a
premiere partie de 817 pages et une seconde de 221 pages. Le volu
6 Jouhaud, Christian, Richelieu et lécriture du pouvoir., op. cit., D., 22, 24-9 Vour
également Dubost, Jean-François, Marie de Médicis.o, op, Ct, p, /0 AorOpos diu
7 Jouhaud, Christían, Richelien et l'éoriture du povoir.o., ofp, cil, p. 39-0ep nraphie
caractère fragile et conditíonnel du récit véhiculé traditíonnellement par dii.n
de la Journée des Dupes, voír également Dubost, Jean-Frangois, e Médics. p cit., p. 776-777.
romporte Il est la seconde dixseptiesme sOMS Immédiatement de habituellement 49 Volume, est du Journée introductif. pas le rétérence Puisque de apprend la privileges question du Kicher lnois privileges 9 8 9 Lbid., Ibid., 12 13
cehi
les
ceux
Pourtant.
1630,
l'entourage
véritable
cardinal de
reine,
nombreuses et
direct,
les
déctivent
plus
servant de
dichoromie,
tour
pouvoir
obtenus pir
mois ae
eifet
mo
au
par 3
volu
Vour
AorOpos diu
nraphie
dii.n
Médics. LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXGEPTIONNEL 359
romporte deux tables des matières, correspondant chacune à une partie.
Il est possible de constater la présence de deux pages de titre, Seule
la seconde spécine la partie du volume inaugurée: «Seconde partie du
dixseptiesme tome du Mercure Frango1S 01 Sitte de V'Eistoire de nostre tenps,
sOMS le Regne du Tres Chrestien Roy de France & de Navarre Lorys XII»,
Immédiatement après le rappel du titre, on peut lire : «Continuation
de l'an M. DC. XXXT. Dans cette seconde partie, les pages qui portent
habituellement la mention du, tome comme les pages 1, 17 ou encore
49 précisent «Tom. 17, Part. 2 alors que dans la première partie du
Volume, ces mêmes pages indiquent seulement « Tome 17 Il nous
est difficiled'émettre plus que des hypothèses pour expliquer cette division.
32 % de la première partie du volume sont consacrés aux affaires
du royaume de France et aux conséquences directes et indirectes de la
Journée des Dupes. Pour autant, cette première partie n'occulte aucunement
le reste du théâtre européen comme en témoigne son paragraphe
introductif. a seconde partie du volume XVII, quant à elle, n'ignore
pas le terrain français
Blle traite d'ailleurs des suites de la crise politique traversée par
le royaume. A la faveur d'un paragraphe de transition, le recueil fait
rétérence au voyage du roi en Lorraine/2. Il sagit la d'un premier indice
Puisque Louis XI s'attache ainsi à mettre fin à une énième conjuration
de son frère, le duc d'Orléans. Quelques pages plus loin, le lecteur
apprend la fagçon dont le roi légifere à propos du départ des oficiers de
la reine-mere et du duc d'Orléans", La chronologie de déivrance des
privileges d'impression apporte peut-être un élément de réponse à la
question de Irinfuence de la Journée des Dupes sur la fragmentation
du volume XVII du Mercure. Ces privilèges sont octroyés à Estienne
Kicher simultanément à ceux du dix-huitième volume du recueil, au
lnois de mars 16334. Cest l'unique occurrence d'octroi simultané des
privileges d'impression. Le volume précédent, publié en 1632, revenait
9 8 1h Mercuy urangos, oP. cit, vol. XVII, seconde partie, 1633, p. 1 (pour l'année 1631),
9 Lbid., p. 1, 17 et 49.
Ibid., vol. XVII, première partie, 1633, p. 1, 17/ et
12 Ibid Seconde partie, 1633, p. 1-2 et p. 149 (pour l'anne 1631),
13 1bid., p. 179-171
atharel, « Privilege du Roy», ibid, vol. XVII, première partie, l633, [p: 1-2] et
ibid., vol. XVIl, 1633, [p. 1-2) o
360 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
sur les événements des années 1629 et 1630. Tl est possible de penser
que le volume XVII avait originelement été congu pour paraître également
au cours de l'année 1632. Ce phénomène s'observe, en efet.
quelques années plus tard. En 1636, Estienne Richer obtient à deux
reprises les privilèges d'impression pour le Mercure François. Cest le
Cas le 14 mars 1636 pour le volume XX et le 30 décembre 1636 pour
le volume XX. Selon cette hypothèse, les événements de l'année 1631
auraient encouragé le pouvoir monarchique àrenforcer le dispositif de
censure préventive en amont de la délivrance de privilèges d'impression
La publication aurait été interdite pour un temps avant qu'une version
remaniée du dix-septfème volume du Mercure soit finalement acceptée
par le pouvoir monardhique, à moins que la publication de la Gazette
de Théophraste Renaudot à partir du mois de mai 1631 ait conduit le
pouvoir à se poser la question de la poursuite de la délivrance des privilèges
d'impression à Estienne Richer pour le Mercure Frangois. Reste
que l'hypothèse d'un délai imposé par le pouvoir pourrait expliquer
lexistence d'une seconde partie de 221 pages, initialement prévues
pour inaugurer le futur volume XVIII. Les mentions «Continnation de
an MDC. XXXTP, » au début de cette seconde partie et « Addition
à l'année MDCXXXI» au début de la table des matières consacrées
à la seconde partie du volume XVII abondent dans ce sens. Ces men
tions apparaissent habituellement lorsque les événements d'une mëme
année sont relatés dans deux volumes successifs". Dans tous ces cas,
à chaque «addition», «adjonction» ou autre « continuation » la pag
nation reprend à zéro, exactement comme dans la seconde partie du
volume XVI. Cette hypothèse expliquerait également l'achèvemen
Simultané des volumes XVII et XVIII, un peu avant le mois de mai
1635. La publication du volume XVII aurait été sursise par le pouvor
royal, favorisant ainsi l'apparente unité du volume autour de l'année l0)
Le volume consacre une large part aux confits de l'année lo9
Consécutits aux événements des 10 et 11 novembre précédents. Chs
Mereure Frangois., op, cit., vol. XVII, seconde partie, 1633, p. 1 (pour l'année 10
1 abtbleid d.,u I pc,o 2n6t)e.nu en la seconde Partie du dix-septiesme Tome du Mercure vra
oir par exemple aContinuation de l'an M.DC.XVIIL, », ibid, vol. V, 1619, P: (pour
T'année 1617) ainsi que «M.DC.XXI. », ibid., vol. VII, 1622, p. 1 Pour
aConinualon de V'an M.DC.XX1, », ibid., vol, VIII, 1623, p. 1 (pour l'année 1o
Touhaud la crise A la productive> une rétrospective plus volumes Sexpliquent Dupes 11 la parties crise vainqueurs et hy tois et Elle publication. Sa 2-t-en AVANT .Storiographie OCalisation re. expression 10 19 21A
penser
également
efet.
deux
Cest le
pour
1631
dispositif de
d'impression
version
acceptée
Gazette
conduit le
privilèges
Reste
expliquer
prévues
Continnation de
Addition
consacrées
men
mëme
cas,
pag
du
l'achèvemen
mai
pouvor
l0)
lo9
pour
LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 361
Touhaud fait également le constat dun traitement fort différencié de
la crise politique entre les volumes XVI et XVII du Mercure Frangis
A la « sobriété"» dépouillee du volume XVII succède une « censure
productive> peu avare en interprétations politiques et adossée à
une sélection de textes produisant: «l.] un efer de clairvoyance
rétrospective dans le moment de la parution du Mercure plus d'un an
plus tard2». Pour l'auteur, le changement d'orientation entre les deux
volumes et le choix des documents compilés dans le volume XVII
Sexpliquent par l'incorporation de l'interprétation de la Journée des
Dupes à une action qui se poursuit bien au-delà de la journée du
11 novembre 1630. Cette lecture mérite d'être confrontée à la matétialité
du Mercure. Léventualité d'une réécriture du volume XVIIa
la demande du pouvoir ayant entraîné la division du volume en deux
parties est cohérente avec l'interprétation de Christian Jouhaud. La
crise politique modifie le Mercure parce qu'il est considéré par les
vainqueurs comme un instrument politique susceptible de diffuser,
et done d'actualiser, une interprétation qui leur est favorable. Si notre
hy pothèse est juste, cette transformation fait intervenir une censure a la
tois productive » par la publication de libelles favorables au cardinal
et a prohibitive » par la prorogation de la publication du volume XV,
Elle concerneà la fois le concenu du recueil, sa forme et son rythme de
publication. Le contexte politique agit done sur le Mercure et favorise
Sa plasticité. La question se pose aussi en amont : la crise politique
2-t-elle pu modifier les volumes XV et XVI, respectivement publiés
en 1631 et 1632? nubnongoidu D 1o
pi3Rg 2001heco
AVANT QUE LA CRISE N'ÉCLATE
.Storiographie a retenu la journée du 11 novembre 1630 parce
e révele les tensions cristallisées autour de deux grands partis La
OCalisation de l'attention sur cete journée vient de la recherche d'une
re. Or, la crise n'éclate qu'après avoir couvé. Comme linvention
expression « Journée des Dupes», le seizième volume du Mercure
10 18 naud, Christian, Richelieu et l'écriture du pouvoir.on P. Clfs P.
19 Cat
Laurie, Censures et raisons d'Btat. Une histoire de la moderitë polique (xve
XVif sièdes), op, cit., p, 307,
21A 20 dy Christian, Richelieu et l'écriture du pomvoir.y oP. Ci, p:. 90
POpos, voir Dubost, Jean-François, Marie de Medicis.eey 9P. t, P: 769,
362 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
François est susceptible de révéler rétrospecEivement le moment auquel les
contemporains fixent cette rupture et la fagon dont ils se la représentent.
fmgiovb 9htOb e9391d02
Le continuum temporel du volume XVi 7 9navinuho
3082Aborg 2203 96 Ro1192132
Au contraire de ce que nous avons constate pour les quatrième et
cinquième volumes, Ou encore pour les sIXIeme et huitième volumes
qui fragmentent la publication des événements d'une même année en
plusieurs volumes, le volume du Mercure François publié par Estienne
Richer au mois de mars 1632 procède à l'établissement d'une continuité
temporelle. Là où les volumes IV et V mettent en ordre un temps éclaté
en saffranchissant des bornes imposées par le calendrier civil, ceux des
années 1631 et 1632 procèdent à l'inverse. Les volumes XV et XVI se
consacrent tous deux à la publication des événements dune seule année
Le volume XV publie l'année 1629 et le suivant publie l'année 1630. Or,
la publication du volume XV et donc des événements de l'année 1629
se fait en deux temps et dans deux volumes différents. Elle commence
dans la seconde partie du quinzième volume du Meraure au début de
T'année 1631 pour se terminer dans la première partie du seizième
volume publié en mars 1632. Afin d'éviter l'éclatement de l'année 162,
Estienne Richer publie donc ces événements dans un même tome mais
dans deux volumes différents. Il recréé ainsi une continuité temporelle
et événementielle pour l'année 1629 au-delà de la fragmentation mate
rielle de sa publication. Dans la toute dernière page de ce volume, le
rédacteur justifie le revoi de la publication d'une partie des événements
de l'année 1629 par des considérations pratiques et matérielles, et
dès le début de l'année 1631:
Nous esperions pouvoir reduire en un juste volume tout ce qui sessp ssé en
Tannee l629, mais le cours des affaires nous ayant fourni quantite de o
fMemoires, nous sommes contraints de faire un Seiziesme Tome, au ques
joint ce que nous avons peu recouvrer en Ilannee 1650 Oa20
La pratique pourtant presque systématique n'est justifiée qu'a certe seule
Occasion. Limprimeur réitère cette explication en mars 1694 a
adresse au lecteur", Avec 957 pages au total, le volume de l09.
22 Mercure François.o, op. cit., vol. XV, 1631, p. 788 (pour l'année 1629).
23 1bid., vol. XVI, 1632, p. 789 (pour l'année 1629).
en-356 Suivant aurait plurot la deux reprennent laissés, Elle pied La du de mise à Il de texte. mais du Dupes, 24 27
auquel les
représentent.
e9391d02
9navinuho
Ro1192132
quatrième et
volumes
année en
Estienne
continuité
éclaté
des
XVI se
année
Or,
1629
commence
début de
seizième
162,
mais
temporelle
mate
volume, le
événements
et
ssé en
ques
Oa20
seule
LÉGITIMER LE REGIME DE LEXCEPTIONNEL 363
en-dessous de la moyenne de 1 041 pages par volume, L'adjonction des
356 pages consacrées au reste de l'année 1629 et publiées dans le volume
Suivant aurait eftectivement porté le volume XVà 1213 pages er en
aurait fait le plus épais de toute la collection du Mercure Frangai. Cest
plurot la présence même de la justification qui surprend, tout comme
la décision de poursuivre la pagination en dépit d'une publication en
deux temps. Le tome XV et les événements de l'année 1629 quil publie
reprennent dans le volume XVI presque exactement là ou ils avaient été
laissés, c'est-à-dire à la page 789. La page suivante est plutôt confuse.
Elle fait apparaître un rappel du titre du tome en contradiction avec le
pied de la page indiquant pour sa part un numéro de tome diférent
La première page relative à l'année 1630, Cest-à-dire la première page
du tome XVI, porte un titre cohérent avec l'indication portée en « blanc
de pied» et l'on note que la pagination reprend cette fois à zéro",
La confusion politique qui a motivé la modification des pratiques de la
mise en imprimé et de la mise en recueil du Mercure semble avoir conduit
à la production de nombreuses confusions et erreurs typographiques.
Il S'agit d'erreurs dans les blancs de tête, cest-à-dire la marge en haut
de la page, au-dessus du texte. Ces blancs servent à dater et paginer le
texte. Les fautes concernent donc la tomaison et la pagination du texte
mais aussi la datation des événements. Dans les trois principaux volumes
du Mercere concernés par ces quelques années autour de la Journée des
Dupes, ces erreurs se multiplient", La décision d'adopter des modalités
24 I1sagit du volume XI publié en 1626,
LeSeiziesme tome du Mercure Erançois : ou, suite de l'Histoire de nostre-temps, sous
le Kegne du Tres-Chrestien Roy de France & de Navarre Louys Xil>, Mercure Frangoio
P Ct, vol. XVI, 1632, p. 790 (pour I'année 1629). Le blanc de pied-i-dire la marge située
ns la partie inférieur de la page après le texte, indique, quant à lui « Tome 5», ibid.
On retrouve cette même indication à la page 799.
e blanc de pied indique « Tome 16.», ibid., p. 1 (pour l'année 1630), Les pieds des
s Let 33 de la livraison sont identiques et indiquent appartenir au tome AVI. 1014)
P. 17 et 33.
27
eurs étant très nombreuses dans ces différents volumes, nous signalerons Sim-
Pcent deux exemples. En cas d'erreur de pagination, nous indiquons ie nunmero u
gurer sur la page pour éviter les confusions puisque deux pages peuvent
Céme numéro). Pour ce faire, le plus simple est de se référer à la collection du
angois conservée par l'école des Ponts-et-Chaussées et numérisée par l'équipe
L, en particulier par Cécile Soudan. En cffet, en cas d'erreur de pagination,
Page web indique la page réelle du numéro et la page citectivement indiquee
VOIr http://mercurefrancois.chess.fr/, consulté le 04/05/2015, Ainsi, dans le
364 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
de tomaison différentes de celles pratiquées jusque-là par l'imprimeur
pourrait avoir engendré ce type de confusions. Les écarts constatés par
rapport aux pratiques d'écriture et de mise en imprimé habituelles du
Mercure Frangois témoignent de l'effet des événements politiques sur la
fabrique du recueil. La mise en place d'une argumentation discrète au
service de l'un des partis en présence, en l'occurrence celui des vainqueurs,
est plus banale. Cette argumentation semble situer la rupture
policique au moment de l'année 1630
La rupture de 1630 oab oin ub 19gnaS1igu bit ells
En créant une continuité temporelle par-delà la fragmentation de la
publication, le rédacteur du Meraure accroît la cohérence et l'unité des
événements de l'année 1629. Ce faisant, il modifie les conventions de
l'écriture du recueil par une adaptation de la tomaison aux circonstances
politiques. La délimitation de la fin d'un tome n'est plus assujettie au
Critère matériel de la collation des pièces et de la constitution du recueil"
Lauteur transforme ainsi le mode de scansion de la publication du recueil
et situe le moment de la rupture politique au cours de l'année 1630, Le
traitement de deux années différentes dans les pages du même volume
rend bien moins saisissable le moment précis de l'éclatement de la crise,
et donc de la rupture. Les événements des années 1629 et 1630 semblent
se mler. Lécriture du coup d'Etat par le Meraure s'apparente à une mise
en ceuvre textuelle de la théorie des coups d'Etat, Le flou autour dela
rupture dont il est indirectement question dans le seizième volume du
Meraure rappelle l'importance théorique du secret dans l'élaboration du
COup d' Etat mais aussi la tension entre secret et publicité caracteristigue
des théories de la raison d'Etat
vonme xV, on passe de la page 480 à la page 463. Lerreur se poursuit pendant au
pages avant que la numérotation ne reprenne à la page 481, en fait 498, 1D14
1631, p. 463 (pour l'année 1629). Les erreurs se poursuiyent dans le vou 92, Ja
, Les
conrusions dans la pagination y sont très nombreuses. a page 792 est pag 132
9D est paginée 195 et l'on constate la présence de deux pages 798. Ibia., vol ve
p. 792-798 (pour l'année 1629). "
28 Ce procédé rappelle celui mis à l'cæuvre au moment de la publication du ier volume
traitant de la disparition d'Henri IV. Voir le chapitre consacré à la mort au n poli-
29 Ace propos voir notamment Marin, Louis « Pour une théorie baroqiie de Voir
tique, Lecture des Comsidérations politignes sur les coups d'Etat», art, cie, P
15-30
CEaeient Jouanna, Arlette, Le prince absalu, Apogée et délin de limaginaire monaru
Quelques inédite de lannée la rupture la mise de Bautru, Il opte exacte espace Conventions Mercure de poursuit. Bautru ous Cardinal Ciretiens Pedr nasteler L Mercure. Ontagnes, 30
32 ay
l'imprimeur
par
habituelles du
sur la
discrète au
vainqueurs,
rupture
ells
de la
des
conventions de
circonstances
assujettie au
recueil"
recueil
1630, Le
volume
crise,
semblent
mise
dela
du
l'élaboration du
caracteristigue
92, Ja
, Les
132
volume
poli-
Voir
LEGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 365
Quelques mois seulement après la Journée des Dupes, la cohabitation
inédite des tomes XV et XVI dans le seizième volume dévoile la lecture
de ces événements par le Mercure Framgois. Vaffirmation insistante de
lannée 1629 comme entité tenporele et événementielle révèle en creux
la rupture politique representee parlannée 1630. Le recueil procède par
la mise en place de fileres temporels. Le Mercure ne situe pas le point
de rupture politique avec la meme précision que ne le fait Guillaume
Bautru, le probable inyenteur de l'expression « Journée des Dupes »
Il opte pour léchelle annuelle et non pour la désignation d'une date
exacte de basculement politique, Udlue le moment de la crise dans un
espace temporel plus vaste et alerte le lecteur par l'adoption de nouvelles
Conventions d'écriture. Les points de vue de Guillaume Bautru et du
Mercure ne sont pas contradictoires. Ils sont, de plus, contemporains I'un
de l'autre comme ils sont contemporains dune crise politique qui se
poursuit. Estienne Richer, connaît d'ailleurs l'interprétation de Guillaume
Bautru puisqu'il fait référence au libelle dans lequel apparaît cette formule.
l s'agit d'un ouvrage intitulé Les Entretiens des Champs Elyséas
l s est veu à la fin de cette année plusieurs Discours imprimez sur le sujet
de la disgrace du sieur de Marillac, & entre autre le Coup d'Estat de Louys
treiziesme; Les Entretiens des Champs-Elizées; La Vie du Cardinal d'Amboise,
&autres discours sur les affaires du temps, où nous renvoyons le curieux le
teur pour voir le sujet d'iceux, & eviter la trop juste grosseur de ce volume
ous les titres mentionnés ici par le Mercure à propos de la disgrâce du
Cardinal de Marillac viennent de proches de Richelieu, y compris Les
Ciretiens des Chanps Élysées. Ce texte anonyme est reproduit en 1635
Pedr un des membres du cabinet de presse de Richelieu, Paul Hay du
nasteler Ce dernier y publie aussi les deux autres titres cites par
L Mercure. Ces deux derniers sont de Jean Sirmond, alias le sieur des
Ontagnes, également proche du cardinal. Le renvoi de son lecteur a une
P99 mais aussi Gaucher, Marcel, « L'Etat au miroir de la raison d'Etar, La France
et la chrétienté», art. cité, p. 234-244.
30
. Voi ad, Christian, Richelieu et l'écriture du pouvoir. op, Cit., P. 40. Voir ausSI Les
Eretiens des Champs Élysées, Paris, S.l.s.n,165l.
32 Me nosy P. cit., vol. XVI, 1632, p. 810 (pour l'annéc 1630). n, 1640
ay u Chastelet, Paul, Recueil de diverses pièces pour servir aVioe, tr
[1635).
l propos de ce recueil, voir Thuau, Etienne, Raiton d'Etat et pensée polfique a
Eepogue de Richelien, ofp cit., p. 226-255.
366 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
propagande cardinaliste peut donnerà penser qu' Estienne Richer souscrit
a l'interprétation d'une rupture du conflit située au mois de novenmbre
1630. Le Mercure, souvent avare en dates précises, mentionne d'ailleurs
ce mois immédiatement avant d'aborder la disgrâce de Marillac: &Au
commencement du mois de Novembre, le Roy, les Roynes, le Cardinal
de Richelieu & toute la Cour arriverent à Paris ». La note marginale
correspondant au paragraphe suivant porte: «Le Sieur de Marillac
garde des Seaux, & son frere disgraciez & desmis de leurs charges
Pourtant, l'utilisation de la forme plus que du contenu pour matquer
la rupture temporelle, l'ampliation de la période de cette rupture à
toute l'année 1630 et le simple renvoi à des ouvrages de propagande
camouflent en la dévoilant l'opinion du rédacteur du Mercure sur la
question. Ces pratiques donnent au lecteur à penser que l'auteur leur
fournit les moyens de se forger un point de vue personnel làoù, en réalité,
il les guide fortement. Ce faisant, le recueil participe à l'action et à la
suite de la crise politique. La question de la chronologie de la rupture
reste fioue parce que la crise se poursuit au moment de la publication
du Mercure mais elle nest pas anodine car elle permet de percevoir létat
du rapport de force entre les deux camps et de gualifier les événements
relatés dans le Merczure pendant toute cette période de crise
Quand se situe le véritable coup d'Etat ? Est-ce véritablement le
10 novembre qu'il advient, avec la décision de Marie de MédicIS de
disgracier le cardinal de Richelieu ? Est-ce plutôr le 11 novembre, avec
le rétablissement du cardinal dans ses fonctions auprès du roi qui rejoue
a lenvers le coup d'Etat de la veille et Sapparente à un coup d' Etat a
rebours Ou bien, faut-il considérer qu'il se sirue plus tard encore,
au mois de février 1631, avec le piège tendu à la reine par le roi an
de l'éloigner de la cour et de Paris lors du acoup de Compiegne
Au-delà de la question de la chronologie de la crise, quel message po
tique délivre le Mercure François à son propos ?
5343 M1ebirdc,uTe Frangois,.., op. cit., vol. XVI, 1632, p. 804 (pour l'année 1650)
35 Jouhaud, Christían, Richelieu et l'écriture du porvoir.., op, cit., p. O
36 Dubost, Jean-François, Marie de Médicis,.., op, cit, p. 786-791.
eid s le dernier roi soutien En Invoquant de SOus le de Surveillance de Richelieu pour pasgaranti. chanter rangos et LES vient pabses 48ne guedoc 57 38
souscrit
novenmbre
d'ailleurs
&Au
Cardinal
marginale
Marillac
charges
matquer
rupture à
propagande
sur la
leur
réalité,
à la
rupture
publication
létat
événements
véritablement le
MédicIS de
avec
rejoue
Etat a
encore,
roi an
po
LÉGITIMBR LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 367
eid t APOLOGIE ET DEFENSE DU CARDINAL
s us 9i19dbiob DE RICHELIEU
La disgrâce du cardinal de Richelieu par la reine Marie de Médicis
le 10 novembre 1630 rend la position du ministre peu confortable. Ce
dernier sort vainqueur de son affrontement avec la reine parce que le
roi se range de son coté dès le lendemain, puis qu'il lui réaffirme son
soutien avec l'épisode du coup de Compiègne au cours de l'année 1631,
En efet, le 19 février 1631, Marie de Médicis suit la cour à Compiegne.
Invoquant le danger qu'elle fait courir à l'Etat en raison de ses intrigues
avec Gaston d'Orléans, le conseil du 22 février prend la décision
de tenir la reine éloignée de la cour. Elle est alors recluse à Compiègne
SOus bonne garde, Au cours du printemps, le cardinal de Richelieu et
le roi tentent de convaincre Marie de Médicis de quitter la ville afin
de gagner Moulins où elle pourra être retenue sans faire l'objet d'une
Surveillance aussi tatillonne. La reine sursoit son départ jusqu'au mois
de juillet 1631 avant de prendre la fuite. Les soutiens du cardinal de
Richelieu parviennent cependant à dérouter la reine qui quitte la France
pour les Pays-Bas espagnols le 19 juillet 16317,
Bn dépit de ces événements, le sort du cardinal de Richelieu n'est
pasgaranti. La presse cardinaliste se met rapidement en action pour
chanter les louanges de ce dernier et défendre sa politique. Le Mercure
rangos se fait l'échó' de cette propagande cardinaliste, entre apologie
et détense du ministress pc t.UXeolabrov
LES HCHOS DE LA PROPAGANDE CARDINALISTE Bt 0
Lorsque la fortune du cardinal de Richelieu vacille le 10 novembre
vient de remporter plusieurs succès politiques au cours des mo1s
pabses 8 la levée du siège de La Rochelle au mois d'octobre 1628, la
48ne dltalie au cours de l'hiver 1629 et la soumission des rebelles
guedoc entre le printemps et l'été 1629. En plus d'affirmer la
57 Lid,
38
propos, voir également Duccini, Hélène, Faire voirn faire crodre, Lopinion publngue 0
Louis XIII, op. cit., p. 455-465.
368 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
continuité temporelle et politique des événements de l'année 1629 Dar
delà la fragmentation de leur publication, le Merczure François fait la part
belle aux réussites remportées par le cardinal de Richelieu au cours de
cette même année.
La brillante année 1629 bib lozao pb ninoib
72ipira ub comieoa.ol bnoz 0807d
La menace de déchéance politique et sociale induite par la décision
de la reine Matie de Médicis est totalement absente du Mercure. Elle est
remplacée par la célébration des prouesses politiques du cardinal dans le
tome XV du recueil, publié en deux étapes, en 1631 puis en 1632 pour
ce qui concerne l'année 1629. La relation de ces trois temps forts dela
politique du cardinal arrive inévitablement avant celle des événements de
novembre 1630. Il ne peut s'agir uniquement d'une façon de désamorcer
la signification de la disgrâce subie par le cardinal de Richelieu suite à la
déision de la reine, Il n'en demeure pas moins qu'à la large place accordée
par le Meraure Frangois aux trois grands événements de cette période répond
le silence au sujet de sa défaveur. Ala fin du volume publié en 1632, cest
bien de la disgrâce de Michel de Marillac dont il est question et non de
celle du cardinal. Après avoir relaté le remerciement du garde des sceaux
le Mercure François revient sur les remaniements politiques engendres par
la décision prise par le roi en réponse à celle de sa mère le 10 novembre,
sans toutefois expliciter aucunement ce lien Au contraire, a propos
du cardinal, le Mercure conclut en insistant sur la confiance renouvelee
du roi à son endroit. Le recueil publie la promotion du cardinal qu, de
Simple ministre du gouvernement est devenu, le 11 novembre 1050, 1e
favori de Louis XIIL, Le choix de sa personne comme parrain du fils au
prince de Condé et la décision du prénom de l'enfant signifient au lec
teur cette promotion : «Le lendemain apres midy [le lundi 22 décemDi
1630) Monsieur le prince de Condé fit baptíser son second fils ie
de Conty, par lI'Evesque de Nantes, en la Chapelle de I'Hostel de Conde:
Le Cardinal de Richelieu en fut parain, & le nomma Armand"
Les signes de gratitude à l'égard du cardinal se multiplient: u
neveu, le duc de Vendôme, impliqué dans la conspiration de Chat
39 Mercur Prangois.or, op. cit., vol, XVI, 1632, p. 804-815 (pour l'année 1650)
40 Tbia., p. 815 (pour l'année 1630), Voir aussi Jouhaud, Christian, Ricbelien
liriture du
poruvo. p. Cl, p. 5758,
est même COutes pour célebration 1628 Cardinaliste. de Frangois la fidélité facilitée Rochelle dérail par rendre llbd Daprès uniitaire les aVant onds xCnelle elles rense 00. 42
Dar
part
de
ninoib
décision
est
dans le
pour
dela
événements de
désamorcer
à la
accordée
répond
cest
de
sceaux
par
novembre,
propos
renouvelee
de
1e
au
lec
décemDi
Conde:
u
Chat
liriture du
LÉGITIMER LE REGME DE LEXCEPTIONNEL 369
est également libéré après plusieurs années de détention à la fin de cette
même année 1630. LocCultation de l'épisode du 10 novembre fait de
COutes ces manifestations I'expression d'une reconnaissance légitime
pour les actes accomplis par le cardinal dans les mois précédents. La
célebration des exploits de l'année 1629, après ceux du mois d'octobre
1628 dans le quatorzième volume, participe activement à la propagande
Cardinaliste. Le succès de l'année 1629 est l'un de thèmes de prédilection
de l'entreprise propagandiste conçue autour du cardinal. Le Mercure
Frangois célebre également dignement ces exploits. La célébration de
la fidélité et de la clairvoyance politique du cardinal de Richelieu est
facilitée par la mise en texte du siège et de la reddition de la ville de La
Rochelle dès le volume XIV du Mercure Frangois, Sans revenir dans le
dérail sur ce dossier, il apparaît que le plan de la démonstration exposé
par le rédacteur du Mercure revendique explicirement l'intention de
rendre justice à l'action du cardinal:roale
Mais d'autant que n'aiant parlé que de ce qui sest passé dans I'le, il semble
que le Sieur de Toiras emporte seul l'honneur de cette glorieuse victoire ; nous
desirons montrer en ce quatorzième tome comme le roy le doit avoir premièrement
& après luy le Cardinal de Richelieu faisans voir le soin admirable
llbd quils ont eu pour la delivrance & conservation d'icelle sans lequel elle fûc
infailliblement perduë. Et apres se verta le siege de la Rochelle; siege en eftet
le plus glorieux que lon aie jamais veu à cause des travaux presque incroiables
qui sy sont taits : & comme en fin sa Majesté apres avoir surmonté tant de
difhcultezy est entree glorieusement triomphante"
Daprès le rédacteur, la participation du cardinal à cette campagne
uniitaire est déterminante dans le triomphe des armées royales contre
les rebelles protestants de La Rochelle. Bien entendu, ce texte est publie
aVant la révélation de l'hostilité de la reine envers le cardinal. En revanche,
onds argumentatif déjà développé à propos de la reddition de La
xCnelle puis de la campagne d'Italie et enfin de la soumission des
elles du Languedoc au cours de l'année 1629 sert de support a une
rense du cardinal après sa mise en danger par la reine le 10 novembre
00. La campagne d'Italie qui suit la reddition de la Rochelle va offrir
42 C d rrangois.,, ap. citi, vol. XIV, 1629, p. 2 (pour l'année I627),
Sur ce point, voir aaussi Jouhaud, Christian, Richelieu et l'écriture da pouvoir, rP. Giltsy
CC l73-177 et id, aImprimer l'événement, La Rochelle à Paris », dans Ls uages
e (XV-xIx° scles), textes réunis par Chartier, Roger, op. cit, P:. 581-429
370 HISTOIRE IMMÉDIATB ET RAISON D'ÉTAT
au gouvetnement un autre succès militaire. Les quelques semaines am
séparent les deux campagnes, au cours desquelles les armées rovalec
S'acheminent vers l'Italie, ne cessent de célébrer la capitulation de la
ville de La Rochelle. Le Mercure Frangois procède à une véritable mise en
série des entrées de villes sur le chemin de Iltalie". Celles-ci ont pour
point commun de toutes célébrer la victoire rochelaise sur les rebelles
par les discours prononcés ou par l'architecture éphémère déployée pour
l'occasion. Or, cette victoire de l'Etat sur les rebelles prorestants est aussi
celle du cardinal de Richelieu comme le rappelle déjà le volume XIV
du Mercure4. C'est d'ailleurs cette victoire qui, après avoir servi à
lapologie du gouvernement royal, vient soutenir le discours de défense
du cardinal de Richelieu dans le volume suivant. Ce dernier publie en
effet un long libelle de défense du gouvernement royal intitulé Réponse
à un Libelle contre les Ministres d'Etat faite par un bon & vrai frangoi
Ces victoires militaires, éléments d'une grammaire apologétique du
roi et indirectement du cardinal jusqu'aux événements de novembre
1630, changent de statut après cette date et participent explicitement
à la défense du cardinal de Richelieu et de sa politique. Ils deviennent
des preuves de son génie politique et sont martelés au fil des pages"
Cest surtout vrai dans les passages du Mercure qui publient des libelles
favorables au cardinal
Justement, au coeur de cette crise politique, quelle relation le Mercure
Frangas entretient-il avec cette production éditoriale de libelles favorables
au cardinal de Richelieu?
Le Mercure François et la campagne de libelles en faveur de Richelsen
Les evénements du mois de novembre suscitent un durcissement a
a polemigque entre les partisans de Marie de Médicis et ceux du cardina
de Richelieu. Les deux camps, armés chacun d'un cabinet de plu
produisent un véritable bataillon de pamphlets et de libelles vou
nuire au partí adverseV. Dès 1635, le recueil de Paul Hay du Chastei
ciuro l0E
43 MercTe Prançois.r, 0p, cit., vol, XV, 1631, p. 32-119 (pour l'année 1629),
44 lbid., vol, XIV, 1629, p. 2 (pour l'année 1627),
4465 IVboidir. ,i bpi.d 8l, 9v4o-l9. 2X3V.I, p. 894, 899 et 923. (pour l'année 1629).
4 ACe propos voir par exemple Thuau, Étienne, Raison d'Érat..., op, cit, p2.2 a6t.
mais aussi Feyel, Gilles, « Renaudot et les lecteurs de la Gazette, les mystes
de
compile un nementale, sorte Libelle des est nom vrai entre donc titre Lensemble année le les de datation condition REponse en Seconde en Oay S0 5S10 52
am
rovalec
de la
mise en
pour
rebelles
pour
aussi
XIV
servi à
défense
publie en
Réponse
frangoi
apologétique du
novembre
explicitement
deviennent
pages"
libelles
Mercure
favorables
Richelsen
durcissement a
cardina
vou
Chastei
l0E
p2.2 a6t.
LÉGITIMBER LE REGIMB DE L'EXCEPTIONNEL 371
compile plusieurs de ces textes. Quelques années après la crise, mais à
un moment également delicat dans la défense de la politique gouver
nementale, le recueil de Paul Hay du Chastelet regroupe en quelque
sorte les arguments des vainqueurs dans cette bataille, La Réponse à un
Libelle contre les Ministres d' Etat faite par un bon & vrai françois fait partie
des libelles publiés dans le recueil de Paul Hay du Chastelet. Ce texte
est publié pour la première fois en 1630 de manière anonyme et sans
nom de lieu ni d'éditeur d'après Paul Hay du Chastelers
La Réponse à un Libelle contre les Ministres d'Etat faite par un bon &
vrai françois est reproduite dans le seizième volume du Mercure Frangois
entre les pages 894 et 935 (d'après une pagination rétablie) et concerne
donc l'année 1629. Le Mercure Frangois ne livre pas à son lecteur le
titre complet de ce texte, pas plus que celui du libelle auquel il répond.
Lensemble reste anonyme", Difficile d'expliquer la différence d'une
année dans la datation de ce libelle par Paul Hay du Chastelet et par
le Mercare Frangois. Lorsque le rédacteur publie qu'«leln ce temps
les ministres du gouvernement de Louis XIII font l'objer d'attaques
de la part de polémistes, ce temps est censé désigner l'année 1629, La
datation proposée par l'auteur de La Réponse pourrait être plus précise,
condition de connaître la date exacte de sa propre publication La
REponse an libelle contre les ministres d'Éat peut dès lors avoir été publiée
en 1629 comme en 1630. De plus, la publication de ce texte dans a
Seconde partie du tome XV du Mercure jette la confusion sur la chronologie
de la polémique. Soit La Réponse a effectivement éré publiée
en 1629, rapidement après le libelle mettant en cause les ministres du
Gol231GOT
clavoix publique" au cours des années 1630», L Temps der medias, 2004/1 (a°2% p. 171-
172 ainsi que Dubost, Jean-François, Marie de Medicii.on 0p, Ci, P. 750
Oay du Chastelet, Paul, Rectieil de diverses pieces pour servir à V'Histoire, op. cit, p, 157-177,
Popos de ce recueil et du rôle de Paul Hay du Chastelet dans sa constitution comme
1 propagande cardinaliste voir Avezou, Laurent, «Richellcu vu par Mathieu de
gues et Paul Hay du Chastelet. Le double miroir de Janus », dans Lécrivain et ie
bonme, textes réunis par Dufief, Pierre-Jean, Genève, Droz, 2005, p. 1672178, Voir
Scment Lelong, Jean, Fevret Fontette, Charles-Marie (de), Bibliotbègue bistorique de la
COntenant le catalogue des ouvrages, imprimes &manuscrits, qui traitent de l'iWTOIrE de
xoyaume, ou qui y ont rapport, C, V, op, Cin P: O
S0 49 Ibidon Mercure Frangois, 9P. Cit, vol, XVI, 1632, p. 894-935 (pour l'année 1629).
5S10 IIbbidid., p. 894.nnaial so
52 bid.
372 HTSTOIRE IMMÉDIATE BT RAISON DETAT
gouvernement de Richelieu, soit elle I'a été en 1630, potentiellement
après la Journée des Dupes. La différence est significative car le statur
du texte de La Rgponše s'en trouve légèrement modifié. Il s'agit dans tos
les cas d'une défense de la politique gouvernementale. Dans l'hypothse
où La Réponse aurair été publiée après les événements de novembre 1630.
la disgrâce du cardinal par la reine pourrait avoir motivé la rédaction
du texte. De fait, l'auteur affrme avoir d'abord pris le parti de se taire
face aux alégations contenues dans le libelle auquel il répond:
geLe respect deuà celuy duquel on avoIt pris le nom pour serVir de passe-portà
snmsneLibelle, empeschoit ceux qui eussent eu volonté d y respondre, de sy aven-
Curer: Mais après l'avoir bien considéré, &veu que tant d'excez &dinjures qui
y estoient contenues, ne pouvoyent convenir à la bonté d'une telle personne:
je me suis resolu à prendre la plume, convié à cela principalement pour les
3nu b mauvaises impressions qui' en sont demeurés en beaucoup d'esprits, qui ont
eg n engendré les discours qui sen tiennent parmy toutes sortes de gens L.0
Au-delà d'un certain nombre d'arguments thétoriques et redondants
évogués afin de justifier certe période initiale de silence, I'auteur explique
Son changement d'attitude par la conviction de la fausse attribution du
texte à un auteur respectable et inattaquable. Il est peut-être question
du duc d'Orléans, le frère du roi. Ce dernier est coutumier des actions
d'édlat et des conjurations. La publication de cette Réponse à un Libelle
cobre les ministres d' Etat dans le Mercure suit immédiatement celle dun
Discours d'Estat à Monsieur Frere unique du Roy dans lequel on tente de
convaincre le duc de renoncer à son voyage en Lorraine De plus, an
e Mercure Frangois, ce discours suit lui-même directement la relation du
départ du duc d'Orléans en Lorraine, qui est 1'expression du méconte
tement du duc vis-à-vis de la cour'6. On note également quau couls
de l'année 1631, Estienne Richer a publié un ouvrage répondant
maniteste justement attribué à Monsieur. Le rédacteur ajoute a l arg
sur l'identité de l'auteur du libelle celui des dégâts provoques Pa
sa
large diffusion, Mais, la possibilité d'une publication après la Joul
53 1bid., p. 894-895.
On retrouve, par exemple, la même rhétorique dans un texte publié par Es e Richer ols
en 1631, voir Sirmond, Jean, La dfnse du roy et de ses ministres. Gonire ie que sou. 13
le nom de Monsieur on fait courre parny le peuple, Paris, checz Estienne Kich
METITe Prançois.., 0p. cit., volL XVI, 1632, p. 877-893 (pour l'année 1629
56 Tbid., p. 875-977.
des la policique Louis l'auteur du 1630. dans alors de représentation en Confusion erreur celle-1630, rédaction de al VUConciles at premier es parmi nme our nal 57 S8 9 Tbid., 60
potentiellement
statur
dans tos
l'hypothse
1630.
rédaction
taire
portà
aven-
dinjures qui
personne:
pour les
qui ont
L.0
redondants
explique
attribution du
question
actions
Libelle
dun
tente de
an
relation du
méconte
couls
Pa
sa
Joul
Richer ols
sou. 13
LEGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 373
des Dupes pourrait éclairer cette prétendue volte-face. La fragilisation de
la position du cardinal accentue la nécessité d'une défense de son action
policique à laquelle procède La Riponse. Le positionnement adopté par
Louis XIII des le lendemain, soit le lundi 11 novembre 1630, permetà
l'auteur de La Réponse de plaider en faveur du cardinal contre des proches
du roi également fragilisés par les événements des 10 et 11 novembre
1630. La publication de La Réponse à un libelle contre les ministres d'Érat
dans les pages du /Mercure François consacrées à l'année 1629 permettrait
alors une banalisation de la polémique et une atténuation de la précarité
de la position du cardinal. La conséquence est également celle d'une
représentation étendue de la période de crise politique en amont comme
en aval de la Journée des Dupes. s
D'autres hypothèses sont également valables afin d'expliquer cette
Confusion chr nologique, Paul Hay du Chastelet a pu commettre une
erreur dans la datation de La Réponse. Il est aussi possible de penser que
celle-ci date véritablement de 1629 et qu'en dépit de sa publication en
1630, le Mercaure Prançois décide de rérablir la juste chronologie de la
rédaction de ce texte de propagande. Quoi quil en soit, le programme
de l'auteur de la réponse est clair et annoncé rapidement au lecteur :
al Jeprendray seulement quatre poincts, sur lesquels, je pretends fonder ceste
Keponse, Le premier sera des calomnies contre les Ministres en general &
en particulier. Le second que les Princes doivent estre employez dans les
aftaires. La troisiesme, Que par toutes les Histoires, il se voit que les Entants
de France ont tousjours esté Chefs des Conseils. Le quastriesme, Que les
VUConciles condamnent les Ecclesiastigues qui abandonnent l exercice de leurs
at charges pour suivre la (Courtodit s ni n
premier point du programme est largement le plus développé. Sur
es 4pages du texte3, 35 sont consacrées à la défense des ministres
parmi lesquelles 24 chantent les louanges du cardinal de Richelieu
nme l'indique explicitement une nore marginale à la page 899
our Ce faire, l'auteur revient sur la brillante année 1629 du cardi
nal procede également à une comparaison filée du cardinal avec le
57 1bid, p. 896. 1-80
S8 1bid., p. 894-935. E 49
9 Tbid., p., 896-931.
60 lbid, p. 899-923. AL
374 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
cardinal de Ximenés en Espagne et le cardinal d'Amboise, ministre di
Louis XII. Eutilisation de la fgure du cardinal d'Amboise au service
de la défense du cardinal de Richelieu est le propos central d'un autre
libelle publié en 1631 intitulé La Vie du cardinal d'Amboise. Ce constat
interroge à nouveau le starut et la date de parution de La Réponse. Lun
de ces deux textes a-t-il pu infuencer l'autre? Si oui, lequel? Qui ese
l'auteur de la Réponse ? Dans tous les cas, le Mercure François offre une
tribune aux plumitifs de Richelíeu et ce dès son seizième volume dont
le contenu semble à première lecture beaucoup plus neutre que celui
du volume suivant.
En dépit de l'absence de la description de la scèrne du 11 novembre 1630
dans le volume XVI, le Mercure Frangois finit par formuler explicitement
la prise de position du roi en faveur du cardinal dans le volume XVII
consacré à l'année 1631. Cest au moment du coup de Compiègne et
non de la Journée des Dupes que le Mercure décrypte le choix politique
de Louis XIIL. Une note marginale signifie au lecteur la teneur du
choix politique de Louis XIII: «Le Roy maintient le Cardinal contre ses
ennemis D'après le Mercure, les ennemis du cardinal évoqués dans
cette note ont infuencé la reine et le duc d'Orléans. La conséquence du
travail de persuasion conduit par les ennemis du roi contre le cardinal
est résumé dans la note précédente : « De la sortie de la Royne Mere
&de Monsieur hors le Royaume. Ces notes commentent de larges
extraits de La Vie du cardinal d'Amboise publiés par le Mercure Frangos, 1a
compilation reprend des extraits de La Vie du Cardinal d'Amboise pendant
une dizaine de pages correspondants à une quinzaine de pages de l'oæuv
originelle. Il s'agit de l'un des libelles publiés dans le Recaueil de Fau
Hay du Chasteler. Son auteur est le sieur des Montagnes, cest-1-dite
Jean Sirmond. Ce dernier emploie ses talents au service du pouvoir
avant la formation d'un cabinet de presse par Richelieu5, Il le rappele
US ans la préface au lecteur de La Vie dn Cardinal d'Ambotsee 3311 9 0p
6621 T1bbidi.d., vol. XVIIL, première partie, 1633, p. 119 (pour l'année 165) 19 n
05 Tb1a., p. 119-130, Voir aussi Sirmond, Jean (sieur des Montagnes), La Vie n
ardma
aAmborse En suite de laquelle sont traictez quelques poincts sur les alfares presen
Paris, chez
Estienne Richer, 1631, p. 98-116,
64 Hay du Chasteler, Paul, Recueil de diverses pièces., op, cit., p. 394-452.
Thuau, Etienne, Raison d'Etat,o, op, cibi, p. 177,
00 Sirmond, Jean (Sieur des Montagnes), La Vie du Cardinal d'Amboise,, OP: Cu p. 1-2
Mercure la a défendre Particulier. message du morceaux interprétation de du extraits que probablement Jouhaud d'écriture l633, et bien Henri publication certains Matie Broupés sont au crdinaliste ran Puication, er participe
ministre di
service
autre
constat
Réponse. Lun
Qui ese
offre une
dont
celui
1630
explicitement
XVII
Compiègne et
politique
teneur du
contre ses
dans
conséquence du
cardinal
Mere
larges
Frangos, 1a
pendant
l'oæuv
Fau
1-dite
pouvoir
rappele
d'Ambotsee 19 n
ardma
Paris, chez
1-2
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 375
Mercure François sélectionne pour son dix-septième volume uniquement
la seconde partie du texte de Jean Sirmond. I sagit du passage consacré
a l'actualité la plus récente. Le libelle dans son ensemble a vocation à
défendre le ministériat en général et celui du cardinal de Richelieu en
Particulier. La façon dont le Mercure utilise le texte du libelle délivre un
message un peu diftérent, Il sagit toujours de soutenir le ministériat
du cardinal mais aussi dinsister sur la fermeté politique du roi. Les
morceaux choisis par le rédacteur du Mecure servent aussi à livrer une
interprétation fortement critique de l'action politique de la reine Marie
de Médicis. Christian Jouhaud a parfaitement montré l'usage de La Vie
du Cardinal d'Amboise par le Mercure Frangois, La publication de larges
extraits de cet ouvrage dans le Mercure Savère plus polémique encore
que sa version originelle parue en 1631. Le décalage temporel joue
probablement un rôle dans cet iniéchissement. A ce propos, Christian
Jouhaud rapproche la propagande libelliste, l'entreprise cardinaliste
d'écriture d'une histoire du royaume et la publication du Mercure. En
l633, le royaume n'est plus tout à fait au ceur de la tourmente politique
et polémique. Le parti constitué autour du cardinal de Richelieu est
bien celui des vainqueurs. L'état du conflit entre le duc dBpernon et
Henri de Sourdis en 1633 atteste de cette nouvelle donne politique" La
publication du Mercure à distance des événements réafirme cette réalité,
Pour l'essentiel, retenons que le Mercure publié en 1633 amplihe
certains des échos de la polémique entre le cardinal de Richelieu et
Matie de Médicis et en atténue d'autres. Les arguments des écrivains
Broupés autour du cardinal ne sont pas les seuls à être répétés mais ils
sont amplifiés. Les événements de l'année 1631 expliquent probablenent
le changement de ton constaté entre les volumesXVI et AV
au 2lercure François. Pourtant, Estienne Richer diffuse la propagande
crdinaliste dès l'année 1631, La Vie du Cardinal d'Amboise est en effet
e la première fois «A Paris, Chez EsTIENNE RICHER, Fuë S. Jean
ran & en sa boutique au Palais, sur le Perron Royal». Pour cette
Puication, les privilèges royaux d'impression sont délivrés à Estienne
er le 25 mai 1631 pour une période de 6 ans. En 1631, Estienne
participe activement à la difusion de la propagande favorable
Sur
c nts, voir Jouhaud, Christian, Richelien et l'Ccriture da pouvoir. o Cth, P: 98-00,
05-66, 98 mais aussí 102-106,
376 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
au cardinal de Richelieu, au même titre que la Gazette de Théophraste
Renaudot dont le premier numéro paraît le 30 mai 1631.
Au cours de l'année 1631, à l'image de Jean Sirmond, certains des
écrivains au service du cardinal confient a limprimeur du Mercure Frangois
le soin de publier leurs ouyrages. Parmi les libelles de Jean Sirmond
compilés dans le Recueil de Paul Hay du Chastelet, plusieurs ont éé
publiés par Estienne Richer au cours de l'année 1631, Cest le cas de
La Vie du Cardinal d'Amboise comme d'un ouvrage intitulé Lá défen
da Roy et de ses ministres, contre le manifeste, que sous le nom de Monsieuron
fait courre sic] parmy le peuple Ce texte est également reproduit par
le Meraure François En outre, sans les publier à nouveau ni même les
citer, le recueil renvoie à la publication d'autres libelles dont l'auteur
est également Jean Sirmond. Le Mercure fait ainsi allusion à un texte
intitulé Le Coup d'Estat de Louis XIIT" sans toutefois en indiquer l'auteur.
Il signale aussi la parution d'un texte intitulé Les entretiens des Ghanps
Elyses, également publié en 1631, de manière anonyme cette fois-ci. la
publication de ces différents textes est signalée dans le volume XVI du
Merciure Frangois . Bien que mentionnés dans les pages du volume XVI
consacrés àl'année 1630, ces deux textes sont publiés en 1631. Un autre
libelle relatif aux événements de l'année 1631 est publié par Estienne
Richer à nouveau dans le Mercure François, Il s'agit du Discours dm
vieil courtisan désintéressé sur la lettre que la Reyne Mère du Roy a érie ad
sa Majesté aprs estre sortie du Royaume, Louvrage ne porte pas de noiu
déditeur et est habituellement attribué à Achille Harlay de Sancy, un
autre membre du cabinet de presse du cardinal de Richelieu. 1 arrive
partois que ce texte soit attribué au principal ministre, comme eu
atteste la notice bibliographique de la Bibliothèque Nationale de Franc
ignalons que l'on retrouve également ce libelle dans le recueil de Pau
68 Petit, «Privilège du Roy», Sirmond, Jean (sieur des Montagnes), La Vie au
d'Amboise., Op. cit, lp. 154-155]. 2101
0 irmond, Jean (sieur des Montagnes), La défense du Roy et de ses ministres 1431)
70 Merure Hrangois.., p. cit, vol. XVII, première partie, 1633, p. 265-330 (po Dcher le
1L8e jpurililveitl e1g6e3 1d.impression pour le texte de La Dfense est délivré a Estien
Sirmond, Jean (sieur des Montagnes), Le conp d'Estat de Louys Xi. An Roy, Paris,
,1631.
72 Les Entretiens des Chanps Elysées,., op, cit,
75 Mercure Frangois.., op, cit., vol. XVI, 1632, p. 810 (pour l'année 1650),
74 Tbia, volL XVII, première partie, 1633, p. 350-371 (pour l'année lo99
Hay publiés servent Il intervient pour le comme particulier conserve ne Les novembre forces dans reposer Dupes, COUPS Dupes politiques le restreint chose naire e politique COup ay 76
Théophraste
certains des
Frangois
Sirmond
ont éé
cas de
défen
Monsieuron
reproduit par
même les
l'auteur
texte
l'auteur.
Ghanps
ci. la
XVI du
volume XVI
autre
Estienne
Discours dm
érie ad
noiu
Sancy, un
arrive
comme eu
Franc
Pau
1431)
Dcher le
,1631.
LEGITIMER LE REGIME DE L'EXCEPTIONNEL 377
Hay du Chastelet, également pour l'année 1631", Tous ces libelles,
publiés directement par Estienne Richer ou relayés par le Mercure Franpois
servent la politique et la propagande du cardinal de Richelieu.
Estienne Richer se montre particulièrement actif entre 1631 et 1632.
Il intervient aux côtés des écrivains du cabinet de presse de Richelieu
pour relayer une propagande favorable au ministre. Il le fait par et dans
le Meraure Frangois mais aussi en dehors du recueil. Cette activité, tour
comme la constitution spécifique du volume XVII donnent un relief
particulier à l'année 1631. La Journée des Dupes du 11 novembre 1630
conserve toutefois une place spéciale dans I'hiscoire du triomphe politique
du cardinal de Richelieu. Le choix fait par Louis XIII ce jour-là
ne suffit pas à mettre un terme aux turbulences politiques du royaume,
Les événements de l'année 1631, intimement liés à ceux du mois de
novembre 1630, sont déterminants dans le reaversement du rappore de
forces opposant Marie de Médicis au cardinal. Leur traitement à distance
dans le volume du Mercure publié en 1633 le prouve. Il permet aussi de
reposer la question du véritable coup d'Etat. S'agit-il de la Journée des
Dupes, ou du coup de Compiègne ?zu stao
COUPS D'ÉTAT CONTRE CONJURATIONSy
Le Coup d'Estat de Loutys XIII de Jean Sirmond qualifie la Journée des
Dupes de a cOup d'État» Dans son introduction aux Considérations
politiques sur les coups d'État de Gabriel Naudé, Louis Marin rappelle
le sens de l'expression «coup d'Etat » au XvIT siècle, beaucoup moins
restreint qu'aujourd'hui. Il s'agit de « [action qui décide quelque
chose d'important pour le bien de l'Erat et du ptince, l'acte extraor
naire auquel un gouvernement a recours pour ce quil conçoIt ëtre
e salut de l'Btat">. Ainsi, chaque réponse apportée par le pouvoir
politique à ce qu'il considère être une menace peut être qualihée de
COup d'Etat », y compris le fait de conserver une situation en l'étar
ay du Chastelet, Paul, Recueil de pièces diverses., op., cit, p. 4454S7, Voir également
nne, Philippe de, Le conseiller d'Estat; ou recueil des plus grandes considerationIs sertianis au
r der aljaires publiques, Paris, chez Estienne Richer, 1632. Il sagit d (un ouvrage de
76 rmond, Jean (sieur des
olitique, A son propos voir Thuau, Etienne, Raison d'Etat.., p. cit, P. 2/8-281
Montagnes), Le coup d'Es1at de Louys xilo, P. cit, p. 24-25, cité
Jouhaud, Christian, Richelieuet lécriture du pouvoir. 0. Ghn P: OO
IS a Pour une théorie barogque de l'action politique.P, art, cité, p. 18-19.
378 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
face aux changements environnants. La Journée des Dupes serait done
un coup d'Erat, répondant à un autre coup d'Etat à savoir la diserace
du cardinal de Richelieu par la reine Marie de Médicis, la veille, Le
premier réussit là ou le second est un échec. On comprendra ici que
la qualifcation des événements dépendra du point de vue adopté. Nul
doute qu'en tentant d'éloigner le cardinal de Richelieu du pouvoir,
Matie de Médicis considère fomenter un coup d'Etat, Si le roi fait de
même le lendemain en maintenant le cardinal de Richelieu dans ses
fonctions de ministre contre là volonté de sa mère, c'est parce qu'il
estime que la menace vient de la disgrâce du cardinal. La disgrâce du
Cardinal pourait bien avoir été perçue comme le signe symptomatique
d'une conjuration. Yves-Charles Zarka rappelle la signification d'une
conjuration:« "Coup d'Etat" se distingue de "conjuration". Celle-ci
désigne une tentative llégale de prendre le pouvoir tandis que celui-la
désigne une action du prince ou de l'Etat, un coup politique, un "coup
fourre" dit parfois Naudé. Les événements de 1631 répondent bien
sûr à la tentative ratée de Marie de Médicis pour éloigner le cardinal
du pouvoir. Ils répondent aussi à la menace de conjuration rendue
tangible par la rupture du duc d'Orléans, le frère du roi, avec le cardinal
de Richelieu le 31 janvier 1631. Cette rupture met un terme
a une courte période de réconciliation et exprime le soutien du du
dOrléans à sa mère. Les décisions politiques prises par le roi au cours
de l'année 1631 expriment la volonté de prémunir l'Etat de telles
menaces. Dès lors, il est possible de considérer gue le roi entretient
respoir de voir ces dangers se dissiper le plus rapidement possible En
novembre 1630 la menace est bien moins aigüe qu'au mois de janvyier
1631. Le 10 novembre Gaston d'Orléans accepte de se rapprocher de
Son frère et du cardinal, et il reste toujours la possibilité de convaincre
a reine de revenir sur sa décision. Ainsi, en 1631, face aux risques
de voir une conjuration se mettre sur pied, Louis XIl imagine une
nouvelle réponse politique susceptible de préserver son btae
Son
pouvoir. l s'agit du coup de Compiegne. aec)toll
78 Sur ce question voir Jouhaud, Christian, Richelieu e l'éoriture du ponvott abriel
9Zarka, Yves-Charles, « Raison d'Etat, maximes d'État et coups d'Btat
Naudé», art, cité, p. 151-169.
Le fait censé referme bien dans Conséquence essuyé est rallier 1617. relations collusion d'activer gouvernement de Au de guittent le Jacto, Coup est presente. Etre ne e ompiegne, Lx yeC et plege propre 81 Jouhaud,
done
diserace
veille, Le
que
adopté. Nul
pouvoir,
fait de
dans ses
qu'il
disgrâce du
symptomatique
d'une
Celle-ci
celui-la
coup
bien
cardinal
rendue
cardinal
terme
du du
cours
telles
entretient
possible En
janvyier
rapprocher de
convaincre
risques
imagine une
Son
toll
abriel
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 379
Le coup de Conpaëgne2uu d5 abo us gusi0 r
Dans son introduction à louvrage de Gabriel Naudé, Louis Marin
fait du coup dEtat la forme la plus parfaite du secret d'Etat, justement
censé se préparer dans le plus grand secret" Le double piège qui se
referme sur la reine Marie de Médicis et sur Gaston dOrléans S'apparente
bien plus à un coup dEtat que le maintien du cardinal de Richelieu
dans ses fonctions le ll novembre 1630. Les événements de 1631 sont la
Conséquence directe de ceux du mois de novembre 1630. Face au revers
essuyé le 11 novembre 1630, la seule solution offerte à la reine-mère
est de manifester son opposition à la politique menée et de tenter de
rallier à ses côtés quelques mécontents, comme dans les années 1614-
1617. Lorsque le duc d'Orléans signifie au cardinal qu'il rompt leurs
relations ahn de pouvoir soutenir sa mère, le risque est d'assister à une
collusion entre la reine et son fils. Tous deux sont en effet susceptibles
d'activer leurs réseaux de clientèles et de fragiliser l'autorité royale. Le
gouvernement royal fait donc en sorte d'éviter une coalition entre Marie
de Médicis et Gaston d'Orléans. C'est alors que la reine est piégée.
Au mois de févtier, le roi et sa cour se rendent à Compiègne, Marie
de Médicis participe au voyage, Trois jours plus tard, le roi et sa cour
guittent la ville dans le plus grand secret. La reine n'est pas prévenue,
le roi la laisse à Compiègne, sous haute surveillance. La reine est, de
Jacto, retenue prisonnière sur la décision de son fils. Le secret autour du
Coup de Compiègne en fait un véritable coup d'Btat dont la justilication
est bien celle du salut de l'Etat. Visiblement, la menace est encore trop
presente. Un second piège est tendu à la reine. Le roi fait en sorte de
Etre sa mère à l'écart en lui ordonnant de se retirer à Moulins. La
ne prétere rester à Compiègne et éviter ainsi d'être ostracisée, Face a
e retus, Louis XIII décide d'éloigner les troupes qui gardent la reine
ompiegne, Celle-ci en profite pour s'enfuir. Mais, le cardinal, sus
Lx Prive Marie de Médicis de ses complicirés près de la frontière
yeC les Pays-Bas espagnols. La reine est contrainte de pourSuivre son
et de franchir la frontière. Marie de Médicis, tombant ainsi dans
plege tendu par Louis XIl et le cardinal de Richelieu, est chassée de
propre royaume8l. Le départ de la reine-mère, presque conjointement
81 80 T rin, LOuis, « Pour une théorie baroque de l'action policique.,2, art, ciré, p. 21.
Jouhaud, Christian, Richlieu et l'écriture du pouvoir, o 0p. C, P: 4-0*
380 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
à celui de Gaston d'Orléans au mo1s de mars 1631, signe le triomphe
politique du cardinal.
La victoire n'est pourtant pas instantanée. Lexil de la reine-mère, ct
ancienne régente du royaume, ainsi que de l'héritier légitime du trone
n'est pas un événement anodin.La lutte a laquelle sadonnent les deux
partis se traduit également par une guerre de plumes. Chaque parti tente
de convaincre le public de son innocence et du bien-fondé de ses choix
politiques. Autour de la reine et du frère du roi, on accuse le cardinal
de Richelieu de vouloir Semparer du pouvoir. Dans l'entourage du roi
et du cardinal, on accuse les proches de la reine et du duc d'Orléans
de leur mauvaise infuence sur ces derniers. Il est hors de question de
condamner ouvertement et directement la reine-mère ou un prince de
Sang. Ceux-ci ne peuvent qu'avoir été les victimes de conseillers mal
intentionnés et mal informés. En 1633, le Merdtre François revient longuement
sur ces événements en rejouant les guerres de plumes ayant
opposé les deux partis. En 1633, le danger représenté par le duc d'OHléans
est momentanément écarté. Lexpédicion militaire qu'il orchestre en
1632 est un échec. Le due de Montmorency, son complice, est exécuté
en place publique à Toulouse. La mention et la reproduction des libelles
de Jean Sirmond atteste de l'implication du Mercure Frangois dans cette
guerre de plumes. Dans ses seizième et dix-septième volumes, le recuell
prend ouvertement position pour le parti du roi et du cardinal. I justife
donc une seconde fois, à distance des événements, le double piège rendu
à Marie de Medicis. Cette justification fait du coup de Compiègne le
véritable coup d'Etat. Yves-Charles Zarka rappelle que Gabriel Naude
etablit une distinction entre les «maximes d'Êrat» et les «secrets er
coups d'Etat"». Maximes et secrets d'Etat se justifient tous par
meme nécessité politique. Cest le moment de la publication qui diiere
Un coup dEtat est publié après son exécution. La justification, pa
Ccabinet de presse du cardinal de Richelieu, de la rupture politique de
Louis XUl et de Marie de Médicis, survient en même temps qu
publicité, après les événements mais aussi áu cours delaction,
de
Le Mercure François offre une large publicité aux évenem ts
Tannée 1631, Ils retentissent dans ses pages d'échos bien plus a
irs et
82 Avant 1638, Louis XIII et Anne d'Autriche n'ont pas encore d'entant
85 Zarka, Yves-Charles, «Raison d'État.», art. cité, p. 164. Voir aussi Nau
,Gabriel,
Considérations politiques Sur les coups d'Etat, op, cit., p. 101-102,
Sonores quantitativement. François de pouvoir sont capport durable Richelieu et La afaires suites royales. confance dOrléans, arguments Contrairement La le CE polemigue parce eux Cardinal des gE d705-6
triomphe
mère, ct
trone
deux
tente
choix
cardinal
du roi
d'Orléans
question de
prince de
conseillers mal
longuement
ayant
d'OHléans
orchestre en
exécuté
libelles
cette
recuell
justife
rendu
Compiègne le
Naude
secrets er
par
diiere
pa
politique de
qu
de
ts
irs et
Gabriel,
LEGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 381
Sonores que ceux de la Journée des Dupes, Ce constat se mesure d'abord
quantitativement. Lintégralité du dix-septième volume du Mercure
François est consacré à l'année 1631l soit 1 064 pages. La première partie
de ce recueil revient pendant 266 pages directement sur le conflit de
pouvoir opposant le cardinal au parti de la reine. Plus loin, 32 pages
sont consacrées aux conséquences de cette crise et au renversement du
capport de forces entre les deux partis, rendu perceptible par l'installation
durable de Marie de Médicis à Bruxelles et par l'élévation des terres de
Richelieu en duché-pairic 35 % de la première partie du volume XVI
et 28 % de l'intégralité du volume sont consacrés aux divisions politiques
suscitées par la présence de Richelieu au sein du gouvernement
La seconde partie du dix-septième volume dédie 66 pages sur 221 aux
afaires du royaume de France, mais seulement deux pages abordent les
suites de l'affaire et semblent vouloir la clore
Ces presque 300 pages justifient longuement les différentes décisions
royales. Celle de maintenir le cardinal au pouvoir, de lui renouveler sa
confance mais aussi celle d'écarter la reine, et de soupçonner le duc
dOrléans, prince du sang, Le Mercure Frangois difuse longuement les
arguments du pouvoi. Mais, la solution empruntée id est originale
Contrairement à ce que nous avons remarqué pour la publication de
La Réponse à um libelle contre les Ministres de l'Estat dans le volume XVI,
le Meraure Frangois fait de la place aux arguments de l'opposition; et
CE pour trois raisons. Premièrement parce que I'ampleur prise par la
polemigue ne lui permet pas d'ignorer ces arguments, deuxièmement
parce que cest là Il'occasion de réfuter consciencieusement chacun d'entre
eux et, hnalement, parce que la lutte politique a été emportée par le
Cardinal de Richelieu. Ce long tappel entérine durablement l'identité
des vainqueurs de cette crise politique.
gE 3M4e rec ufrreangois, o, op. cit., vol. XVII, première partie, 1633, p. 119-385 (pourl'année 1631).
d705-713 et 782-806 (pour l'année 1631), Cette notification rappelle la nouvelle
nant le baptême du prince de Conty, dont le cardinal de Richelieu est le parrain
dans le volume précédent du Mercure Frangols, Dans tous les cns, il Sagit bien du constnt
6 succès politigue de Richelieu,
rdornane du Roy poriam infratif cammandement aux Oficiers de la Royne-Mere, & de
1031eur, de se retirer hors le Royaume», ibid, vol. XVII, seconde partie, 1633, p. 170-172
pour l'année 1631),
382 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Jonute imprimée ) u eb shomua il abs ope
lor onstngse-xib ub 3ztlsmgoimi l anorasvistobanu
Afin de donner plus de poids aux arguments du parti cardinaliste.
le Mercure François recrée la guerre de plumes suscitée par les événements
de l'année 1631. Le combat médiaticjue auquel se livrent les
deux partis ne repose pas uniquement sur la diffusion de libelles et de
textes diffamatoires. A leurs côtés, le Mercure teproduit de nombreux
échanges épistolaires notamment entre le roi et certains représentants de
sa noblesse, mais aussi entre le roi et son frere ou sa mère. Il arrive aussi
que le Merure publie des textes législatifs visant à clore la polémique
et à neutraliser le parti du duc d'Orléans. Cest le cas d'un arrêt royal
promulgué contre une tequête du frere du roi «Arrest de suppresion
presentee sonus le nom de Monsieur". Les manifestes et autres textes revendicatifs
sont d'ailleurs une autre catégorie de textes convoqués dans le
bur de redonner chair à cet affrontement passé. Afin d'introduire le
dossier, le Meraure Frangois choisit de publier un ensemble de métanou
velles et relate les événements à travers des commentaires qui en ont
été fait «Extraict de ce qui a esté imprimé sur la sortie de la Royne-Mere
de Monsieur Frere du Roy3>, Au fil du dossier, le Mercure publie d'autres
métanouvelles comme le libelle intitulé : Discours d'un vieil courtian
désintéressé que la Royne Mère du Roy a escrite à sa Majesté après estre s0r)
du RoyaumeLe titre revendique une certaine hauteur de vue, puisque
le «vieil courtisan» censé en être l'auteur se veut « désintéressé». En
outre, sa yieillesse postule sa sagesse, En réalité, l'ouvrage a été élabore
dans l'entourage du cardinal de Richelieu. L'introduction du texre sirue
immédiatement la position de l'auteur, dont le but est explicitement
d'apporter son soutien au roi : p snol 90silstb2b
qui se
Cette Lettre de la Royne est toute tissuë de plaintes imaginaires
contre-disent l'une l'autre, & portent en elles-mesmes leur response,uvaise
justiication de ceux qu'elle accuse. Mais cela fait voir plustost
cause, que la mauvaise plume de ses escrivains, qui paroissent D
87 Ibid., p. 183-184.
88 Tbid, vol. XVIl, première partie, 1633, p. 119 (pour l'année 1631).
89 Harlay de Sancy, Achille, Dicours d'un vieil courtisan qne la Royne Mere a eocadeu
après estre srtie du Royaume, s.ls.n., 1631., Achille Harlay de Sancy est I'ancien heieu le
du royaume de Francea Constantínople entre 1611 er 1619, Le cardinal a Hélene,
Técompense de sa loyauté en 1631 avec l'archevêché de Sain-Malo. Voir Ducciay
Faire voir, faire croire,, s op, cit., p, 452,
ope
anorasvistobanu
cardinaliste.
les événements
se livrent les
libelles et de
nombreux
représentants de
arrive aussi
polémique
arrêt royal
suppresion
textes revendicatifs
convoqués dans le
d'introduire le
de métanou
commentaires qui en ont
Royne-Mere
publie d'autres
vieil courtian
après estre s0r)
vue, puisque
désintéressé». En
été élabore
texre sirue
explicitement
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qui se
imaginaires
response,uvaise
plustost
paroissent D
Mere a eocadeu
I'ancien heieu le
cardinal a Hélene,
Ducciay
LÉGITIMER LE RÉGIME DE L'EXCBPTIONNEL 383
adroits pour alleguer des meilleures raisons s'ils en avoient. Mais une cause
injuste n'en peut avoir aucune
Lauteur reprend chacune des accusations formulées par la reine contre
le toi et son ministre dans le but de réfuter son argumentation. Pour ce
faire le texte cite en une phrase la sulbstance de l'argument allégué par
la reine avant de consacrer un paragraphe à sa réfutation, parfois avec
ironie et une certaine virulence. Dans le Mercure François, la publication
du Discours du vieil courtisan suit la réponse du roi à la lettre de la reine
dont I'argumentaire est identique à celui d'Achille Harlay de Sancy2,
La reproduction de la letre du roi à la reine fait suite à celle de la reinemère
au roi à propos de son départ de Compiègne
En refusant d'occulter les arguments de lopposition, le recueil
espère produire un nouvel argument en faveur du parti cardinaliste, à
savoir celui de l'offre d'une visioni globale de l'affaire au public. Cest
la première fois que l'ensemble des libelles et pièces diffusés dans cette
affaire est physiquement réuni dans une compilation puisque le Recueil
de Paul Hay du Chastelet est publié en 1635. Une partie de la démarche
est commune au traitement de l'affaire Montmorency-Bouteville par le
Merctre quelques années plus tôt: le lecteur peut avoir le sentiment que
ien ne lui est caché et qu'il peut activement utiliser son sens critique
ahn de se forger sa propre opinion de l'affaire. En realité, sa lecture est
tortement Orientée en faveur du parti désormais installé au pouvoir et
la véhémence du propos peine ici à camoufler la position adoptée par
le recueil, surtout en 1633, et surtout lorsque le Mercaure François donne
la parole au roi pour clore le dossier. Ce dernier mot revêt un caractère
ofhiciel puisque la compilation publie la Décdaration du Roy sur la sortie
de la Royne sa Mère & de Monseigneur son Frère hors le Royaume", Emanant
de la source légitime de l'autorité et du pouvoir monarchique, cette
conclusion nappelle aucun comméntaire ni aucune critique. b
p Alinstar du gouvernement monarchique, le Mercure Frangois ne
ménage pas ses efforts pour otienter la lecrure des événements et justiier
erure Franois. op. cit, vol. XVII, première partie, 1633, p. 350 (pour l'année 165
91
P 51, A ce propos voir aussi Jouhaud, Christian, Richelien et l'ériture du ponvoiry
P. Ctt., P. 9.
92 Mer
93 rangais., op, cit, vol XVII, première partie, 1633, P. 348-350 (pour l'année 165)
95 lbid, p. 343-348.g or a t
9A bid, p. 377-390.
384 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
longuement les événements de l'année l631. A cet égard, son rédacteur fir
preuve d'une certaine créativité typographique dans le but de convainere
Son lecteur de la légitimité des actions gouvernementales en dépit de la
publication des arguments du parti de Marie de Médicis et de ton
d'Orléans dans les pages du Mercure. Les deux partis s'accusent des
mêmes maux. Le vocabulaire de la conjuration est omniprésent dans leurs
argumentations respectives. Les écrivains regroupés autour du cardinal
font en sorte d'accuser l'intuence nuisible des «mauvais conseillers
de la reine-mère et du duc d'Orléans, accusés d'avoir « fomenté» un
dessein Jean Sirmond souligne les « factions qui apparaissent dan3
I'Etat au cours de l'année 1631. Les mêmes accusations sont formulées
par le parti opposé à l'encontre du cardinal de Richelieu. La publiecié
donnée dès 1631 à ces accusations par les partisans de Marie de Mécicis
et Gaston d'Orléans ne donne d'autre choix au gouvernement que
de participer à la guerre de plumes accompagnant les événements de
l'année 1631. Le Mercure Frangois explique d'ailleurs la réaction etla
SCratégie du gouvernement face à la polémique engagée par les membres
du cabinet de presse de Richelieu7. Deux ans plus tard, le Mercure
François procède exactement de la même manière. Il publie les accuS
tions portées contre le cardinal de Richelieu, mais en accompagnants
griefs du duc d'Orléans et de ses soutiens de longs démentis en marge
Le Mercure François ménage un espace typographique capable de mettre
en présene les arguments des deux partis surune même page. Ainstys
notes marginales habiruellement publiées par le recueil ne se contentens
pas de résumer le contenu du texte publié sur la page, Au contraire
deux occasions dans ce dossier, elles deviennent des commentaires
texte. C'est vrai à propos de la « Lettre de Monsieer au Roy par le sur t
Briangon et dans la «Requeste presentée à Messieurs du Parlement sons
de Monsieur Frère unique du Roy8 Les marges généralement rese
par le rédacteur sont fortement élargies, Le texte se présente alo
cure
deux colonnes opposant les arguments des uns et des autres: Le
95 Ibid, p. 120.
96 Ibid, p, 124, 129, 130, 132 et 137. heduol tor 20go99
97 Ibid., P. 194-196,
98 Ibid, p. 153-170 et 178-182,ineg nimq V lov
9 la p. 155-170 pour la lettre de Gaston d'Orléans au roi et p 178-182pou la requeste
de Gaston d'Orléans.
rédacteur fir
de convainere
en dépit de la
Médicis et de ton
s'accusent des
omniprésent dans leurs
autour du cardinal
conseillers
fomenté» un
apparaissent dan3
sont formulées
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les membres
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capable de mettre
page. Ainstys
se contentens
Au contraire
commentaires
Roy par le sur t
Parlement sons
généralement rese
présente alo
cure
autres: Le
182pou la requeste
LÉGITIMER LE RÉGIME DE IEXCEPTIONNEL 385
a déja utilisé un procédé permettant de faire dialoguer des arguments
opposés dans de précédents volumes Mais, cela n'impliquait pas
nécessairement ladoption dhune nouvelle physionom ie de la page et
surtout cela nimpliquait pas non plus la publication de commentaires
explicitement assumés par la compilation. Or, dans son dix-septième
volume, le Mercure accepte de publier les arguments des opposants au
cardinal de Richelieu mais il le fait en leur refusant la pOssibilité de se
déployer dans coute leur amplitude. Ainsi, l'espace de la page devient
un espace matériellement disputé entre les partisans du cardinal et ses
opposants. Cela est également vrai du point de vue du contenu. Chacun
des arguments du duc d'Orléans trouve immédiatement sa réfutation
dans des commentaires endossés par le Meraure Frangois. Les jugements
portés sur la lettre de Gaston d'Orléans aux membres du Parlement
et sur sa requete au roi reprennent, certes, ceux de ses ennemis, mais
ils sont aussi présentés comme des vérités générales dont la justesse ne
peut qu'ecre unanimement reconnue, y compris, donc, par le rédacteur
du recueil. Ces jugements sont sévères et virulents et ont pour but de
ne laisser aucun doute quant à la culpabilité des « mauvais conseillers
de Gaston d'Orléans, et Marie de Médicis. Ce sont eux les aureurs de
la véritable conjuration. Le cardinal et le roi nont fait que mettre sur
pied un coup d'Etat pour déjouer cette conjuration, même sils s'en
défendent Le Meraure fait en sorte d'établir une distance entre le frère
du roi et les textes diffusés dans l'espace public sous son nom, La lettre
de Monsieur envoyée au roi par le sieur de Briançon est peut-être du
duc, mais elle lui a été conseillée b noir uhth ob 72 oraldug
Ceux qui 0nt coseillée cette Lettre méritent chastiment pour le mangue du respect
envers le Roy avec lequel ele est conceutë, & pour le pen d'estime qur'il tesmoige jair
de sonjugement, bien que les bons conseils që il a tousours pris par sa propre election
en facent paroistre lexcellence 92
niok J002
Les précautions prises à propos de la requête et du manifeste sont encore
Plus grandes. Le Mercure François informe ensuite son lecteur que pour
OL a1t Parvenir cette lettre au roi, le sieur de Briançon est arrêté et
propos, voir par exemple la façon dont est traité le manifeste des Roclhelais dans le
volime XIV, Ibid., vol. XIV, 1629, p. 50-62 (pour l'année l62
bid., vol. XVII, première partie, 1633, p: 178 et 181 (pour l'année 165),
386 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ETAT
emprisonné. Le recueil apprend au lecteur que le sieur Roger est
également arrêté pour avoir fait parvenir la requete du frère du roi aux
membres du Parlement0. De même, le manifeste du duc d'Orléans est
une aLettre escrite sorus le nom de Monsienur Frere aunique du Roy au Parleme
de Parid. Le fond de l'argumentation est simple. Le frère et la mère
du roi agissent sous infuence. Ce ne sont pas eux les véritables responsables
d'une conjuration qui vise à déstabiliser le pouvoir monarchique
Ces conseillers sont aussi coupables d'avoir orchestré une campagne de
presse dont le but est de discréditer le cardinal de Richelieu aussi bien
que Louis XIIT®. La polémique n'est pas séparable de la conjuration. Elle
en est simplement l'une des modalités d'expression. Cest pourquoi les
messagers de Gaston d'Orléans sont jetés en prison. C'est également pour
cette raison que les accusations de conjuration ne sont pas distinctes de celle
de diffamation et de calomnies. Dans les commentaires qui accompagnent
la lettre et la requête du duc d'Orléans les conseillers » de ce dernier
sont attaqués autant pour l'avoir poussé à quitter le royaume que pour
avoir osé formüler publiguement des critiques à l'endroit des principauix
ministres du gouvernement. Il Sagit de deux modalités différentes d'un
même crime: celui de lèse-majesté. Cette position équivaut, de la part
des contemporains, à voir dans l'écrit et sa diffusion une action politique.
Les commentaires de la lettre et de la requête mêlent donc indifférem
ment les attaques contre la conjuration et contre la polémique, sans les
hiérarchiser7. Léquivalence des actions de conjuratiíon et de difamation
peut expliquer la stratégie monarchique, reprise par le Meraure Frangos,
de publication et de diffusion des arguments du camp opposé. dee
est de retourner ces arguments contre leurs auteurs et de les neutralise
Puisque lorchestration d'une campagne de presse contre les ministres
du roi est un crime, republier cette campagne est une façon de fournir
les preuves de ce crime. Coupables de diffamation contre les ministres
soutenus par le roi, les auteurs de libelles sont donc invariablement ies
103 Ibid, p. 170, noe 51i1209 2rmoli ytei oslh af 2b
104 brd, P 178,ns 6usi2 of io7 8 m331 97199 in9vsq al
105 Tbid., p. 202,
àParis
106 Sur cette campagne de presse, voir Cerdeira, Virginie, « Unc campagne de pres ans
au début des années 1630: pratiques cet stratégies de publication d'une poleme par
le Mercure Frangoisn, dans Papers on Frencb Seventeenth Century Literature, textes re
ZaLser, Rainer, vol. XLVIl, n°93, 2020, Tübingen, Gunter Narr Venlag, p 1631)
16 107 Mercure Frangois..op, cil, vol, XVII première partie, 1633, P. 180 (pour I'anne
auteurs ligne légale lors, rEpublication participe assumée pour tard. crise, au en a volumes pas ne politique a l'action CriSe de pOlitigques, a guerre Cu conscience uecriture cues eVice reres at on ren'en personne O
est
aux
est
Parleme
mère
responsables
monarchique
de
bien
Elle
les
pour
celle
accompagnent
dernier
pour
principauix
d'un
part
politique.
indifférem
les
difamation
Frangos,
dee
neutralise
ministres
fournir
ministres
ies
àParis
ans
poleme par
1631)
16 LÉGITIMER LE REGIME DE L'EXCBPTIONNEL 387
auteurs de la conjuration. Cette démonstration a pour but de tracer une
ligne de partage des eaux entre le coup d'Etat comme action politique
légale et la conjuration comme action illégale et nuisible à l'État, Dès
lors, au même titre que la diffamation fait partie de la conjuration, la
rEpublication de la campagne de presse diftamatoire à l'égard du pouvoir
participe au coup d'Etat. I le justiie et l'exprime. Cette initiative est
assumée par le pouvoir royal qui fait publier les libelles de ses opposants
pour les contreca.rrer et est réitérée par le Mercure François deux ans plus
tard. Le recueil réaffirme ainsi Iidentité du vainqueur politique de cette
crise, Il S'agit du cardinal de Richelieu.
La chronologie de la crise politique traversée par le royaume de France
au débur des années 1630 est un processus qui s'étend sur un temps relativement
long. Lévénement englobe sa propre publication par le Mercure
en raison de la périodicité de la publication des volumes. Cette spécificiré
a pour conséquent une réitération de la crise dans les pages de trois des
volumes du Mercure François. Pour autant, le Mercure Frangois ne présente
pas un simple refiet de cette crise politique. Sa participation au coup d' Etar
ne se limite pas à la seule publication de la propagande favorable à la
politique du roi et du cardinal de Richelieu. Le Mercure François participe
a l'action politique du gouvernement monarchique. Par raison d'Etat, la
CriSe politique a modifié le Mercure François, y compris du point de vue
de sa matérialité et de sa forme. Le recueil s'est adapté aux circonstances
pOlitigques, exactement comme le prescrivent les théories de la raison d'Etat
a guerre de plumes ayant opposé les écrivains de la reine-mère à ceux
Cu cardinal de Richelieu prouvent que les contemporains ont une claire
conscience du potentiel politique d'action de l'écriture et de la publication.
uecriture et la publication ne sont pas seulement liées à l'action politique,
cues sont des actions politiques, que le Mercure François réalise. Il le fait au
eVice de l'Erat, et, en l'occurrence du cardinal de Richelieu. La position
reres Richer ayant toujours été celle d'une grande loyauté à l'égard de
at royal, il est probable qu' Estienne Richer ait volontairement orienté
on politique du Mercure au service de la politique du roi et de son
ren'en demeure pas moins que désormais, le pouvoir politique,
personne du cardinal de Richelieu, a pris clairement conscience du
O politigque qu'il pouvait tirer de la publication du Mercure Frangais,
nu b aud uog a noimanorpab anoainoo dl ob nus
d ialdiniun g slsgilli, oisn ommon noimuino si 2h ole
rlo ab lanalbae sh igr i1
sdq a79aoulov ess noinioikduq nl eb i1bueqn 9b roin
ab etoi sb 5ug l 2rub saio al b nobiane1 nu aupseoo ub9
b noaa 91 upit etoom 3n3n802svdog ub supiilorob3
as rsm-3ui al sb znsvibs l 20qqo insu ear9ig s5
tootg nl bp oua lab nots b supoio 19bro.oUD
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s 9 c7 nb supiilog al ob soivns? un swsslh ub aupiiloq
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aupseoo ub9
supiilorob3
s5
oUD
lgo
aupiiloq
osna
li'apoupm
Depuis ses débuts, le Mercure Frangois participe activement à la
construction médiatique de l'autorité monarchique. I la légitime aussi,
Comme il le fait du régime de l'exceptionnel. Il le fait cout simplement
avec la'Conviccion de l'efficience de la publication dans l'esprit du lectorat.
Le recueil poursuit cette entreprise en dépit des bouleversements
politiques caractéristiques des années 1614 à 1633, marqués notamment
par deux grands coupsd' Etat et la tenue de procès politiques. En réalité,
mieux vaudrait considérer que le Mercure François confirme son action
de publication de l'autorité monarchique en taison du surgissement de
ces coups d'Btat ou de ces coups de force susceptibles de déstabiliser
lensemble de l'édifice politique. Lintention du recueil réside, en effet,
dans la défense du régime monarchique et passe par la justification de
choix politiques parfois contestés. En cela, les concessions faites par Jean
Richer au pouvoir monarchique en 1613 n'entament en rien le projet
originel du Mercure Franois, dont le premier volume visait à préserver le
regime de paix du royaume de France en publiant la continuité politique
encre le règne d'Henri IV et la régence de Matie de Medicis.
En 1617 et 1618, la publication de lassassinat de Concino Concini
Sur ordre dé Louis XIII fait état du caractère volontaire de la publication
du Mercure François dans un contexte politique caractérisé par son excepionnalité,
à tout le moins par la revendication de celle-d. Au caæur du
dIspositif médiatique de justification politique de l'assassinat de Concino
Concini, le recueil afirme l'équivalence entre la volonté divine et une
otme d'opinion publique. Afin de permettre la justification du décès du
vori de la reine, le contenu donné à cette opinion publique est celui du
desir d'une mise à l'écart de Concino Concini de la sphère du pouvoir.
CS Spécificités de la compilation offrent la possibilité à louvrage de
ner plus de substance à une opinion publigue qu'il dépeint comme
uVertement hostile à la politique du maréchal d'Ancre et à sa proximite
390 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
avec le pouvoir monarchique jusqu'en 1617. Le Mercure Français met en
scène le cri unanime de la cour, du Parlement et de Paris au moment de
la mort du maréchal. Ce cri salue victorieusement et avec soulagement
le rétablissement plein et entier d une autorité monarchique usurpée par
Concino Concini et son épouse. Lunanimité aftirmée par le recueil est
pourtant très probablement exagérée et le Mercure Frangois fait preuve
de contradictions dans I'afhirmation de sa volonté de ne publier que les
faits. L'ouvrage oscille ainsi entre le refus et la tentation de la diffamation
à l'endroit du maréchal. Son attention pour les faits sexplique par les
enjeux politiques que représentent l'établissement de ces derniers dans
le processus de justification du recours par le pouvoir à une forme de
justice extraordinaire. La fragilité potentielle de l'entreprise le conduit
peut-être à affirmer le rétablissement de l'autorité monarchique par
la mise en série de sentences judiciaires exemplaires suite au coup de
majesté dirigé contre le maréchal d'Ancre T9bi2n02 3192
Si l'assassinat de ce dernier sur ordre du roi apporte satisfaction aux
Grands du royaume, l'apaisement sS'avère à la fois partiel et momentané,
Le mouvement continu d'affirmation d'un pouvoir monarchique de pls
en plus absolu va à l'encontre des aspirations de la noblesse française.
Celle-ci défend ses privilèges traditionnels parmi lesguels la possibilité de
pratiquer le duel. Dans le même temps, les rois Henri IV ec Louis XI
mais aussi la régente Marie de Médicis s'attachent à faire reculer cete
pratique. Le combat de la monarchie contre les duels est très ambgu
La façon dont le Mercure François publie cet affrontement entre lo1
1648 exprime certe ambiguité. L'afirmation de la banaliré des dues er t
réitération de la législation anti-duel y, compris dans les pages du
rangois prennent la forme du constat de 1'échec de la monarchie da
cette entreprise, Ponctuellement pourtant, le recueil suggere u
succès pour le pouvoir royal dans cette lutte. Il publie plus volon
combars lorsqu'ils lui permettent d'affirmer fermement l'observaton
édits contre les duels. Le Mercure laisse une large part aux duels pêchés
ou sanctionnés. La publication de ces derniers par la compilaton coet
façon d'affirmer les succès de la législation contre les duels, nota
après les promulgations des édits de 1609, 1623 et 1626 alors eque
la réitération de cette législation fait au contraire la preuve deié
application. Elle permet aussi d'attribuer le rétablissement de des
monarchique à l'assassinat contre Concino Concini puisquc ertains d
Français met en
moment de
soulagement
usurpée par
le recueil est
Frangois fait preuve
publier que les
diffamation
sexplique par les
derniers dans
une forme de
l'entreprise le conduit
monarchique par
au coup de
3192
satisfaction aux
momentané,
monarchique de pls
noblesse française.
possibilité de
ec Louis XI
reculer cete
très ambgu
entre lo1
des dues er t
pages du
monarchie da
suggere u
volon
l'observaton
duels pêchés
compilaton coet
nota
alors eque
preuve deié
rétablissement de des
puisquc ertains d
LÉGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL 391
duels sanctionnés le sont à la suite du coup de majesté de 1617. Enfin,
après 1627 et le duel de Montmorency-Bouteville, le Mercure François
revient encore sur quelques duels mais aucun ne se tient dans les limites
du territoire du royaume de France. De cette manière, le recueil prérend
que le pouvoir royal a réussi à éradiquer la pratique du duel du royaume
grace au caractère exemplaire de la sanction infligée aux duellistes de
la place royale en 1627. La publication de cette affaire par le Mercure est
l'occasion de dénoncer les fonctions identitaires du duel pour la noblesse
française, Le duel est alors considéré comme le moyen public d'un positionnement
politique., En l'occurrence, ce positionnement contrevient au
mouvement de consolidation de l'autorité monarchique et est considéré
comme condamnable par le Mercure, A l'occasion de la relation du duel de
Montmorency-Bouteville, le recueil dépeint une noblesse bêtement prise
au piège de ses revendications identitaires surannées. Le Mercure prétend
que le craitement judiciaire inouï du duel du 12 mai 1627, amplifié par
une publicité encore sans commune mesure, met un coup d'arrêt à une
pratique aussi condamnable qu'ancestrale. Sa relation par le recueil reflète
en réalité surtout la suprématie du pouvoir monarchique sur un groupe
de nobles engagés dans un projet conspirationniste. Dans ce récit de
'affrontement du pouvoir royal et de ses détracteurs, le Merure Frangois
mobilise des pratiques d'écriture propres à véhiculer une argumentation
discrète entièrement au service de la monarchie. Dans sa reconstruction
de 'événement, le Meraure s'attache ainsi à donner au lecteur l'illusion
de l'omniscience en multipliant les effets de réel et de proximité avec
evenement. Ces pratiques sont rendues possible par la compilation
de textes épars traitant de l'afaire jusqu'à la publication du volume
du Merczure François, Le caractère particulièrement exhaustif du dossier
consacré a l'affaire Montmorency-Bouteville conduit à poser la question
des sources à la disposition de ses auteurs. La proximité de la version
cies événements publiée dans le Mercure avec celle de Scipion Dupleix
interroge les liens entretenus par les rédacteurs du Meraure Frangois avec
e pouvoir en place, notamment avec le cardinal de Richelieu. La parente
de certaines pratiques d'écriture à l'ceuvre dans le Mercure comme dans
les Mémoires de Richelieu accentue cette interrogation. Au fil des années
Ct sous l'influence du cardinal de Richelieu désormais plus marquée à la
tete de l'État, les termes de I'accord entre les frères Richer et le pouvoir
pourraient s'être durcis.
392 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
En 1628, lorsque le Mercure Frangois publie l'affaire Montmorency
Boureville, le cardinal de Richelieu siege au conseil mais n'a pas Core
été désigné comme principal ministre. Le processus done le triomphe
politique du cardinal est l'aboutissement se termine au cours des années
1630 et 1631 avec la Journée des Dupes et le coup de Compiègne,
Lhypothèse d'une ingérence plus appuyée du cardinal dans la politique
de publication du Mercure Frangois reste donc plus probable à partir de
cette date. Les volumes XV à XVll publient le étapes de l'ascension
politique du cardinal. La relation de son avènement policique dans les
pages du Mercure est relativement fragmentée. La Journée des Dupes
est quasiment éclipsée alors que certains fragments destinés à rendre
compte de l'année 1631 se montrent bien plus loquaces. Le quinzième
volume du /Mercure Franois se fait fort de publier un continnam politicotemporel
jusqu'à l'année 1629 situant ainsi la rupture politique en
1630. Les différents volumes traitant de cette période publient les échos
de la propagande cardinaliste en reprenant les libelles produits par ls
membres du cabinet de plumes du cardinal et, par ailleurs, imprimés
par Estienne Richer. Pour ce faire, le Mercure Frangois diffüse certaines
des thématiques familières à l'apologie du cardinal et prend la détense
de sa politique. Le coup de Compiegne conduisant àal'emprisonnement
de Maric de Médicis au début de l'année 1631 est ainsi justifié par a
menace d'une conjuration anti-étatique. A distance, le Mercure Fangoi
publie les mécanismes d'un parfait secret d' Etat et met en texte une
joute imprimée visant à désamorcer l'opposition à la politique cardina
iste grace a une grande inventivité typographique. Les mutations des
Circonstances politiques et l'avènement de la raison d'tat sont prises
en compte par le recueil dans son action de publication de l'autorite
monarchique. Le Mercure François est un recueil périodique de la ralso
d' Etat dans la mesure où il justifie auprès de son lectorat les coupS d ue
decidés par le pouvoir monarchique. nsb ticug 39
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Faute de sources susceptibles de nous éclairer de manière satisfaisante
Sur la réception du Merciure Frangois par les contemporains, il reste très
compliqué d'affirmer clairement que la publication eut une véritable
infuence politique et, moins encore, d'en déterminer l'importance. Les
réactions du sénat de Cologne puis du parlement de Paris font figure
d'exception et permettent d'entrevoir certains des résultats des actions
du Mercure. Les effets de la publication du Mercure ne correspondent pas
nécessairement aux intentions de leurs auteurs. La censure du Mercure
François est la preuve de cette disjonction. Les sources nous permettent
ainsi bien plus facilement de percevoir et étudier les desseins poursuivis
par les rédacteurs de la compilation, plutôt que les conséquences
efeccives de sa publication. Le sincère attachement de ses auteurs au
régime, la communauté d'intérêts liant ces derniers au pouvoir royal
comme l'influence exercée par les théories de la raison d'Etat interrogent
l'adaptation des actions engagées par le Mercure Prangois en cas
de modifications des circonstances politiques. Au fil des volumes, le
recueil poursuit-il son objectif politique initial ou bien le modife-t-il en
tenant compte de l'évolution dú contexte politique? Seule la conduite
d'une analyse globale du Mercure sur toute sa période de publication
permet d'apporter des éléments de réponse à ce questionnement. Alors
que la publication dul premier volume du recueil est très largement
déclenchée par la crainte du retour des guerres de Religion, quel type
dobjectif poursuit le Meroure au moment de la reprise de ces guerres
dans le royaume ? La question doit aussi être posée suite au triomphe du
parti des Bons François autour du cardinal de Richelieu après la Journée
des Dupes. Dans ce domaine, la modification de la ligne politique du
royaume se concrétise sur le terrain international par l'entrée en guerre
ouverte contre l'Espagne en 1635. Les chapitres Ix et x examinent
evolution de l'actíon politique du Mercure François dans le cadre d'un
Contexte politique parfaitement contraire à celui qui avait vu et motivé
aissance. Le chapitre IX revient ainsi sur la publication par le Meraure
os dun désaccord protestant au moment de la reprise des guerres
ae Keligíon dans le royaume entre 1621 et 1623. Ce dossier présente
Evantage d'une proximité thématique avec le premier volume du Mercure
396 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
et offre la possibilité d'une comparaison du traitement des guerres de
Religion par le recueil dans des volumes publiés à une dizaine d'années
de distance. Le choix de l'étude de la publication de la préparation puis
de l'entrée en guerre contre 1'Espagne du MercHre François dans son
volume publié en 1637 trouve son intérêt dans la possibilité d'érudier
une situation de guerre en terrain étranger et de mesurer l'intégration
par le recueil du changement de rapport de forces à la tête du royaume
après la Journée des Dupes. Il soulève aussi le problème du maintien
d'une forme dindépendance de la part des rédacteurs du Meraure Frangoi
vis-à-vis du pouvoir politique, en particulier du cardinal de Richelieu.
Au-delà de la question du contenu et de la position politique du
recueil, il faut se demander comment les circonstances politiques le
modifient? Considérer le Mercure Frangois comme un recueil périodique
de la raison d'Etat implique-t-il seulement la diffusion d'un type de
contenu propre à défendre ou à mettre à l'aeuvre les théories étatistes?
L'accomplissement de ces théories est-il susceptibles d'affecter le Mercure
Frangois des points de vue de sa forme et de sa matérialité? Peut-il
aller jusquà avoir des conséquences sur les acteurs gravitant autour du
Mercure2 Lentrée en guerre ouverte du royaume de France contre le
royaume d Espagne en 1635 est particulièrenment sensible. L'adaptation
de la nature des actions de publication du Mercure Frangois est susceptible
de ne pas suffire au pouvoir politique en place, considérablement attentit
a la construction d'un système de communication médiatique méticuleusement
encadré par l'Etat. La sincerité du loyalisme du Meraure a
Tendroit du régime monarchique n'est finalement plus considérée comme
une garantie suffisante par le pouvoir politique. Au cours des annees
1630, le cardinal de Richelieu multiplie les dispositifs visant à encadrer
la publication et la diffusion d'informations de nature politique. t
action d'encadrement revêt plusieurs formes, plus ou moins coerciuve
rtir
Nous pensons par exemple à la fondation de la Gazette de Théophraste Renaudos
de 1051, mais aussi à celle de l'Académie française en 1635 et enfin à certainesl
législatives prises afin d'encadrer les métiers du livre, Voir 2 ce Pro a0-1788), Gilles,
Amone et la nouvelle, La prsse d'information en France sousl'Ancien KGgImE
op , p, 151-157 et 224-229 ou encore id, «Richelieu ct la Gazette aux o bn
a presse de propagande», art, cié, p. 103-104. Voir aussi Schapira, Nico 3-82
Jersonnel aes lettres au xvit siede, Valentin Courart une bistoire soctale, 9P radoxt,
Voir egalement Jouhaud, Christían, Les pouvoirs de la littbrature, Histordud paraan
op cit, p, 11-25,
guerres de
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possibilité d'érudier
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recueil périodique
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Histordud paraan
EACB AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLTIQUE 397
La fondation de la Gazette de Théophraste Renaudot en 1631 fait partie
de ce système et a toutes les chances d'affecter le Mercure Frangois y
compris par la concurrence commerciale qu'elle engendre. De fait, à la
fin des années 1630, le Merczre François change de mains. Estienne Richer
n'est désormais plus l'imprimeur-libraire à sa tête. La publication et la
diffusion du vingt-et-unième volume du recueil sont confiées à Olivier
de Varennes en 1639. Sa rédaction revient à Théophraste Renaudot au
moins à partir du volume suivant. Le onzième chapitre de notre travail
Sattache à élucider les circonstances de ce changement de rédacteur et
a en mesurer les effets y compris sur la matérialité, la forme et le genre
de l'ouvrage. Faut-il voir dans ces mutations le volontarisme de I'Etat
prêr à s'approprier un outil de communication politique dont il n'est
pas l'instigateur ou s'agit-il d'une adaptation spontanée de la part des
acteurs du Mercure, dictée par la prise en compte réaliste d'une évolution
des contextes politique, médiatique et commercial ?
La première moitié du xVIr" siècle connaît un autre grand changement
provogqué par le décès du roi Louis XII au mois de mai 1643. Le changement
de règne est susceptible de menacer le Mercure Frangois en tant
qu'il est une histoire du temps présent du règne de Louis XIIL. Afaibli
par sa restructuration à la fin des années 1630 et par la concurrence de
la Gazette, le Mercure peut-il survivre à la disparition de Louis XIU?
D'une certaine manière, le recueil semble également pâtir du décès du
Card inal de Richelieu en décembre 1642. Privé du concours d'Estienne
Richer, son imprimeur historique, le Mercure Frangais est-il capable de
résister au délitement du système d'encad rement de la communication
politique édifié par le cardinal dans les années 1630 et largement
gnoré par le cardinal de Mazarin? Pour répondre à cette question, le
chapitre xiS'atrachera à étudier les spécificités du traitement de la mort
du roi par le Mercure Frangois avant de revenir sur les circonstances de la
publication de son dernier volume, le seul consacré en partie à lhistoire
du règne de Louis XIV.
r 5emgn posl poatatenoni mlanlioub(da
328batonoloy al etmait 2b gioy liauigarolsh
g sleboeep eoinsas enur bdt-gne up 11u91einnilay
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upiigrat lRÉÉCRIRE du coutumiers révoltes guerres regne le royaume jusqu'à le Ces au en de dans contemporaine dans publication peut lui une Sujets egitimité La 2
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lRÉÉCRIRE UN DESACCORD PROTESTANT
2 Lengagement politique du Mercuref 0
La publication des vingt-cinq volumes qui constituent la collection
du Mercure Frangois entre 1611 et 1648 rend ses rédacteurs successifs
coutumiers de l'écriture et de la publication en temps de guerre. Les
révoltes des Grands éclatent pendant la régence de Marie de Médicis, les
guerres de Religion du xvinf siècle dans le sud du royaume traversent le
regne de Louis XII avant de marquer le ministériat de Richelieu. Sur
le plan de la politique étrangère, ce même ministériat voit l'entrée du
royaume de France dans la guerre de Trente Ans en 1635, Sa poursuite
jusqu'à la signature des traités de Wespthalie en 1648 implique aussi
le ministériat du cardinal de Mazarin et la régence d'Anne d'Autriche
Ces conflits colorent et modèlent inévitablement le texte du recueil
au gré des circonstances politiques, Ainsi, dès son deuxième volume
en 1615, le Mercure François ne se revendique plus comme la suite
de l'Histoire de la paix De fait, en 1615, le régime de paix a pris fin
dans le royaume: la publication du volume II du Mercure Frangais est
contemporaine des troubles qualifiés par le recueil de guerres civiles
dans le titre de son quatrième volume
Les conflits militaires génèrent presque naturellement la rédaction, la
publication et la diffusion d'écrits de combat. Cette littérature d'action
peut venir soutenir l'action gouvernementale comme elle peut au contraire
lui résister, Les contextes guetriers induisent la production d'une argumentation.
Le pouvoir qui choisit d'entrer en guerre doit construire
une propagande suffisamment convaincante à l'attention de ses sujets,
Sujets alorS susceptibles d'entrer dans la polémique et de discuter la
egitimité d'un conflit. Dans cette double perspective de combat et de
La continuation du Mercure Prançois, au, suitte de LHistoire de l'Auguste Regence, op. cil, 1615
Paris, chez Estienne Richer.
2 Ibid., vol. IV, 1617
400 HISTOIRB IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTAT
communication politique, le Merczure Framgois est nécessairement impliqué
La façon dont sont traités les duels après 1635 le prouve, de la même
manière qu'elle atteste le fait que la littérature d action et les textes de
combat ne se revendiquent pas forcément comme tels. Le combac, la
polémique ou la propagande se nichent partois dans des espaces que le
lecteur du Mercure Frangois ne conçoit pas immédiaternent comme cex
du confit. Il est dès lors possible d'émettre l'hypothèse selon laquelle,
lorsque des textes d'action sont reproduits dans le Mercure, ils ne le sont
pas uniquement afin de rendre compte du dimat conflictuel du royaume,
ils le sont aussi afn de participer au conflit, Leur valeur de combat est
prise en compte et utilisée par le recueil afin d'orienter le lecteur.
La genèse du Mercure Framgois, I'histoire personnelle des frères Richer,
leur application à éloigner les menaces des guerres de Religion dans le
premier volume du Mercure, laissent suPPOSer une attention particulière
au traitement de la reprise des conflits interconfessionnels dans
le royaume, A plusieurs occasions, la publication du Mercure Frangois
est l'occasion pour les deux frères de distiller leur point de vue sur la
question. Cest pourquoi la reprise des guerres civiles entre catholiques
et protestants dans le sud du royaume au début des années 1620 permet
d'explorer les façons dont le recueil S'approprie et fait usage des
textes de combat publiés par ses soins. A la faveur de la relation des
nouvelles propres à la reprise des conflits, le Meraure François procede
à la publication mais aussi à la véritable réécriture d'une polémiqut
ayant opposé les protestants Daniel Tilenus et Théophile Brachet de
La Milletiere>. Cette polémique apparaît et se développe entre lo2 c
1622. Elle est reprise dans les septième et huitième volumes du Mercine
François respectivement publiés entre 1622 et 1623, cest-à-dire entc
une période de guerre civile ayant opposé catholiques et protestan
et le retour à la paix suite à la signature du traité de pacihcation a
Montpellier en octobre 1622.b ieiorb iup ovs0g
ir
Apropos de Daniel Tilenus, voír Bruys, François, Ménpoires historigues, orug1 Paris,
par feu M Bruys, avec la vie de l'auteur et un catalogue raisonne ae es u hitorigue,
Herissant, 1/51, p. 271-272, voir aussi Feller, François-Xavier, Drcon elll,
ou bistosre abrégée des hommies qui se sont fait un nom par leur génie, Leirs hasu vVL Paris, t. XVI, Leurs erreurs on leurs crimes, depuis le commencement du monde jusqu'a no jon
Bureau du moniteur des villes et des campagnes, p. 332-333. A propos a iau, héophile
Brachet de La Milletière, voir par exemple Bayle, Pierre, Dictionnaire b
quatrième baition, A Amsterdam, chez P. Brunel, 1730, p. 390-595.
Mercure Richer du de procéder les politique retracer de d'examinerle du les tole au prendre perceptibles cet Dans
impliqué
même
textes de
combac, la
que le
comme cex
laquelle,
le sont
royaume,
combat est
lecteur.
Richer,
dans le
particulière
dans
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sur la
catholiques
1620 permet
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pacihcation a
ir
Paris,
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Drcon elll,
vVL Paris, XVI, héophile
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 401
Affin de comprendre comment la réécriture de la polémique par le
Mercure sert à l'expression simultanée de la sincère loyauté des frères
Richer à l'endroit du gouvernement monarchique, de leur satisfaction
du triomphe de I'Etat royal dans ce conflit et de leur intime conviction
de la nécessité de préférer un régime de paix au conflit, il convient de
procéder à une opération de contextualisation plurielle du désaccord entre
les deux protestants dans ce chapitre. Celle-ci doit être non seulement
politique et historique mais aussi discursive'.Ilsagit pour une part de
retracer l'itinéraire d'une «guerre en papier » protestante, de létape
de la controverse à celle de la polémique. Dautre part, il est question
d'examinerle traitement de ce même désaccord protestant dans les pages
du Mercure Frangois, Cest-à-dire à distance de l'affrontement originel entre
les deux hommes. Cette démarche permet ainsi de mettre en lumière le
tole de la spécificité littéraire, matérielle et générique du Mercure François
au moment de la republication du désaccord. Il sagit donc également de
prendre en compte les différents temps de la réception de la polémique,
perceptibles grâce aux opérations de mise en texte et de réécriture de
cet affrontement médiatique par le Mercure Frangois. s 75 smolv
Dans la lígnéc d'une historiographie anglo-saxonne, particulièrement attentive au
langage et aux discours marquée par la prise du « tournant linguistique dans la disct-
Piine historique, une hjstoriographie plus récente a interrogé les rapports entre écriture,
PuDIication et action, Elle a soulígné l'importance d'une contextualisation plurielle ces
extes. Voir par exemple Amossy, Ruth, « Faut-il intégrer l'argumentation dans l'analyse
u discours ? Problématiques ct enjeux», Argumentation et Analyse da Discours, 9|12, len
gne, http://aad.revues.org/1346, consulté le 18/02/2015, p. 10. Voir aussi Jouhaud,
nristian, /Mazarinades:la Fronde des mots, op. cit., ainsi que GRHIL, De la publicatton.
e KenaiSance et Lumières, op, cit., et id., Ecriture et action, xVIr-XIX° Sieeles. Une enguele
coiectve, p, cit, Voir également Debbagi-Baranova, Tatiana, A coups de libelles. Une cutnre
1ue au lenmps des guerres de Religion (1562-1598), op. cit, mais aussi Hermant, Heloise,
E de plumes, Publicité et calures politigues dans /'Espagne du xvir silrle, op, Cf.
xpression de « guerre en papier» se trouve bien dans le Mercure Pranguu, clle ne
Ps au désaccord protestant qui oppose Daniel Tilenus Théophile Brachet
L Millecière. Elle illustre en fait, sous les presses de Jean Richer en 161, Ia liberte
mpression dans le royaume de France et, ce faisant, la paix eflective qu'l y règne dieplis
D98, Voir Mercure Frangois.oo, op. cit, vol, I, 1613, P'S2r-V
402 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
3ITINÉRAIRE D'UNE GUERRE « EN PAPIER ,onl
pPROTESTANTE nslsod
En 1621, 1las de constater les violations fréquentes dont fait l'objet
I'édit de pacification promulgué à Nantes en 1598, soixante-quinze
députés protestants décident de se réunir à La Rochelle, lors d'une
Assemblée Nationale des Bglises réformées. Celle-ci proteste notam
ment contre la réunion du Béarn au royaume de France décidée en
Conseil du roi en 1617. Le rétablissement du culte catholique en
Béarn et le remplacement des institutions traditionnelles béarnaises
par un parlement exclusivement composé de catholiques au cours de
l'année 1620 découlent, en effet, de cette décision. L'Assemblée Nationale
des Eglises réformées revendique donc le plein accomplissement du
régime de pacification instauré par l'Edit de Nantes, en particulier
Sur le territoire béarnais. L'assemblée réunie à La Rochelle organise
également des levées de taxes et de soldats et va jusqu'à faire appel à
la protection du roi d'Angleterre. Puisqu'elle se tient sans avoir obrenu
son autorisation, le pouvoir royal considère sa tenue comme illégale.
Lorganisation dont font preuve ses membres le conduit à estimer que
T'assemblée fait sécession. Louis XIII entame au mois d'avril 1621 une
campagne militaire contre les protestants du royaume qui se termine
en octobre 1622, sous les murs de Montpellier, par la signature dun
traité de pacification. L'assemblée de La Rochelle se disperse alors en
acceptant les termes de ce nouveau texte
Au cours de ces quelques mois de guerre, et en marge des combts
interconfessionnels comme des débats de l'assemblée, se développe uin
polémique qui voit la confrontation du ministre protestant Theop
Brachet de La Milletière, député de l'assemblée de La Rochelle a so
coreligionnaire, le pasteur et professeur de théologie, Daniel 1T1enus
6 Ibid., P52v.
Acepropos, voir Bercé, Yves-Marie, La naistance dramatique de V'absoltisis -1661), e des
P. Ci., p. 96-97. Voir aussi Dubled, Henri, «Le duc Henri de Rohan et i the
Protestants du Midi jusqu'à la paix d'Ales (1617-1629) », Annales du lM14t 2-78.
Ogrgue, butorigue es philologique de la France méridionale, tome 99, n°17
Lb1a, P. 04-66. Voir également, Bercé, Yves-Marie, La naisance dramatigue e
op. cit., p. 92-110,
D'ÉTATA
PAPIER ,onl
nslsod
fait l'objet
soixante-quinze
lors d'une
proteste notam
décidée en
catholique en
béarnaises
au cours de
L'Assemblée Nationale
accomplissement du
particulier
Rochelle organise
faire appel à
avoir obrenu
comme illégale.
estimer que
d'avril 1621 une
se termine
signature dun
disperse alors en
des combts
développe uin
protestant Theop
Rochelle a so
Daniel 1T1enus
V'absoltisis -1661), e des
Rohan et i the
du lM14t 2-78.
e
FACE AUX MODIEICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE A03
Par sa publication et sa diffusion au-delà des limites de l'assemblée
protestante de La Rochelle en raison de l'initiative de ses membres, cette
polémique prend la suite d'une controverse autour de la question de la
légitimité de la prise d'armes ouverte contre le pouvoir royal. 5
DASSBMBLÉE DE LA ROCHBLLE, AU CEUR DE LA CONITROVERSE ne
Si l'on en croit le Mercure Frangois, l'intervention de Daniel Tilenus
dans la discussion survient après que le débat est passé de la controverse
à la polémique La légitimité de l'assemblée est alors discutée à son
tour entre protestanES, mo2 inbieon 30s12910g 19q 0bepistai9p
Lasemble légitimée
ron990
Les trois livrets qui constituent le naeud de la polémique autour de
lassemblée de La Rochelle appartiennent à un échange plus vaste. Ils
appartiennent à un ensemble de publications successives se répondant
les unes aux autres!0. Ils ont ainsi été à la fois précédés et suivis par la
publication d'autres livrets ayant également pris part au débat. Cest
pourguoi, en faisanr de 1'Aertisement de Daniel Tilenus le point oniginel
du désaccord public, nous isolons artifciellement quelques étapes du
processus mis en lumière par le Mercure François lui-même. Il est assez
facile de retrouver les origines de la polémique à l'aide de la table des
matières du septième volume du Mercure. L'identification de ces premiers
Cchanges au prisme du Mercure témoigne, bien sûr, de l'interprétation
faite par le recueil de I'intensification des antagonismes, quelques mois
voire quelques semaines avant le début de a guerre. Il Sagir de plusieurs
lettres d'éminents protestants du royaume autour de la question de
Iassemblée de La Rochelle. La reproduction de deux d'entre elles dans
le Mercure François est introduite ainsi :
5n nostre sixiesme tome j'ay rapporté les remonstrances au Roy par les
Deputez des Eglises teformees de France & souveraineté de Bearn, assem blez a
la Rochelle; &la response de Monsieur le Duc d'Esdiguieres. On vit au mois
cde Janvier plusieurs lettres des Grands de ceste Religion, addressees au Koy
ur Ce sujet, nous en avons icy seulement inseré deux ; lune desquelles fut
9 rure Frangois.., op. cit., vol. VII, 1622, p. 222-223 (pour l'année 1621).
exemple à ce propos Jouhaud, Christian, Viala, Alain, «Introduction, dans
DeLa publication.o, 0p, cit., textes réunis par le GRIHL, p. O,
404 THISToIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
ldn escrite par Monsieur le Mareschal de Bouillon, & l'autre par M. de la Fo
s0Goiuverneur de Bearn : voicy celle du Mareschal de Bouillonn
22supl ab ru0733 pe2avgnanoo 90 b 9iue
Le Mercure François date le plus minutieusement possible les lettres itées.
Le maréchal de Bouillon S'adresse au roi dans une lettre du mois de
janvier 1621 et le maréchal de la Force le fait le 13 février suivant, Tous
deux développent les mêmes arguments. ls dénoncent les persécutions
et les exécutions dont sont victimes les sujets de la religion réformée
dans un contexte de víolations répétées de I'Edit de Nantes qui leur
font craindre, de la part du gouvernement royal, l'élaboration du projet
de la ruine du parti protestant considéré comme hérétique. Ces craintes
sont rapidement évoquées par le maréchal de Bouillon". D'après les
intermédiaires désignés ou auto-désignés pour intercéder en faveur des
protestants auprès du roi, ces derniers ont peur d'une guerre qui serait
effectivement le moyen de détruire le parti prorestant.Les deux hommes
justifient également la tenue de l'assemblée de La Rochelleà l'aide d'un
argument Commun, gu'ils exposent de la part des protestants réunis à
l'attention du roi. D'après eux, l'assemblée est légitime dans la mesure
ou les promesses ont été faites aux protestants du royaume à lissue de
T'assemblée de Loudun n'ont pas été tenues. Le pacte, alors passé avec
le roi, voulait qu'en l'absence de l'accomplissement des engagements
pris àl'égard des protestants six mois après la séparation de l'assemblee
de Loudun, ces derniers puissent se réunir à nouveau à La Rochelle
Bien entendu, là où le pouvoir royal estime avoir honoré sa parole, 1es
prorestants pensent que cela n'a pas été le cas, En conséquence de quol,
la où l'un considère la réunion de La Rochelle sans objet, les autresy
voient son caractère inéluctable, h 23nsjes203d g305nr
Lassemblée contestée 90 poypujbee1I.olfstmo. sl 9bp2ldoo
Le pouvoir royal répond aux députés de l'assermblée de La Rochell.eC peasrt
lentremised'un autre protestant du royaume, le duc de Lesdiguieres En
Sans doute à ce moment-là que se forme le désaccord entre protest
Citant la lettre de ce dernier en date du 22 février 1621, le Meraire t rangois
11 Mercure Frangois.., op, cit, vol. VII, 1622, p. 203 (pour l'année 162),
12 Ibid, p. 203-204.
13 lbia, p. 205-206 et 208-209.
14 Voir les arguments avancés par le maréchal de Bouillon, ibid, P. 204
M. de la Fo
lettres itées.
du mois de
suivant, Tous
persécutions
religion réformée
Nantes qui leur
l'élaboration du projet
Ces craintes
D'après les
faveur des
guerre qui serait
deux hommes
l'aide d'un
protestants réunis à
dans la mesure
à lissue de
passé avec
engagements
l'assemblee
Rochelle
parole, 1es
conséquence de quol,
les autresy
g305nr
9bp2ldoo
Rochell.eC peasrt
Lesdiguieres En
protest
Meraire t rangois
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 405
situe le noeud du conflit dans cette différence dinterprétation des suites
données aux promesses faites à Loudun. Lusage de l'italique, dans un
énoncé au discours indirect, vise à insister sur cete pierre sur laquelle
achoppent les deux partis : «. mais quil ne pouvoit ny comprendre le
subjet de leur convocation, ny de leur demeure à La Rochelle, pris ce qui
sic] /ener avoit esté accordé lors de la separation de Loudun, avoit esté entierement
execune ». Cette lettre du duc de Lesdiguières àlassemblée de La Rochelle
n'est en réalité pas la premiere. La précédente, en date du 1 février, a été
citée par le Mercure François dans son sixième volume, comme le rappellent
les rédacteurs après avoir reproduit les lettres du maréchal de Bouillon
et du maréchal de la Force6, La chronologie de l'échange polémique n'a
pas été respecrée, mais le Mercure l'explique par souci de pédagogie. I
Sagit de faire comprendre aux lecteurs que tous les Grands du royaume
ne partagent pas le même avis sur l'assemblée de La Rochelle et sur la
guestion de sa légitimité, Plus important encore, le Merczure Sattache à
faire saisir au lecteur le fait que le parti protestant lui-même est divisé,
Certes, le maréchal de Bouillon et le maréchal de la Force soutiennent
Sans surprise les protestants assemblés à La Rochelle (et au-delà de ces
derniers, la cause protestante dans le royaume), mais ce n'est pas le cas
du duc de Lesdiguières qui sait rester fidèle à sa foi dans le respect de
l'autorité royale. Estienne Richer obtient les privilèges d'impression du
septième volume du Mercure François le 19 février 1622. A cette époque, le
duc de Lesdiguières est encore protestant, mais le volume suivant apprend
au lecteur sa conversion à la religion cacholique en juillet 1622, au beau
milieu de la guerre contre les protestants ce qui lui vaut le brevet de
Connétable quil n'avait pas obtenu jusqu'alors pour avoir refusé d'abjurer:
De Castelnaudary sa Majesté alla à Carcassonne, ou durant qu'elle y sejourna,
on a escrit qu'elle y receut deux nouvelles fort differentes. L'une qui ftut tresaBgreable,
& l'autre non, La premiere, de la resolution prise par le Duc de
Lesdiguieres, de laisser la Religion pret. ref, en laguelle il avoit vescu depuis
aage de vingt ans jusques à quatre-vingts, & se reünir à l'Bglise Catholique
Et autre, Que le sieur de Soubise, ayant esté depuis sa desfaicte en lisle
ae Rié quelques semaines dans la Rochelle, estoit passé en Angleterre, pour
supplier le Roy de la Grand Bretagne au nom de l'Assemblee de la Rochelle
de les secourir d'hommes & darmes
15 1bid., p. 210.
L6 lbid.
Tbid, vol. VII, 1623, p. 658, (pour l'année 1622).
406 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA3
Dans ces deux circonstances, le duc de Lesdiguières se montre d'un prá
cieux secours pour le pouvoir royal. D'une certaine manière, 1'argumenr
des protestants de La Rochelle qui se détendent de vouloir désobéir an
roi semble désavoué par cette décision du duc. Sa réputation de grande
fidélité au pouvoir royal fait en quelque sorte basculer l'obéissance
dans le seul camp catholique, lorsqu'il décide d'embrasser à son tour
le catholicisme. Cest d'autant plus vrai que, dans le même temps, le
sieur de Soubise, son ancien coreligionnaire est déclaré criminel de
lèse-majesté par Louis XIIT", Le duc de Lesdiguières Savère le digne
héritier du parti des Politigues au moment des guerres de Religion,
partisan d'une « obéissance dissociée » et de la stabilité politique du
royaume La persévérance à désobéir des députés prorestants assemblés
à La Rochelle est comme aggravée par la prise de position du due
de Lesdiguières. Sans réponse à sa lettre du 1 février et devant celle
envoyée par le maréchal de la Force au roi le 13 du même mois, le duce
de Lesdiguières reprend la plume le 22 février. Le Mercure François ne
reproduit pas cette nouvelle lettre, et n'en cite que quelques lignes,
notamment celles qui affirment que les promesses faites à Loudun par
le pouvoir royal ont été tenues20. Cest alors que, d'après le Mercure
Frangois, les députés de l'assemblée de La Rochelle transforment le
désaccord qui oppose les deux partis en présence ov snt
Lentrée dans la polémigueo notgbr a
Le 18 mars 1621, par la publication d'une réponse aux deux lettres
duc de Lesdiguières, les députés rochelais de la Cressonniére, Rossel, ae
la Piterne et de la Tour font passer le désaccord d'une sphère restre
à un espace de publicité beaucoup plus vaste : aA ces deux et
de Monsieur d' Esdiguieres, 1l'Assemblée de La Rochelle fit publier &
imprimer ceste response suivante, en datte du 18, Mars2. Le Mercine
reproduit donc la lettre des députés de lassemblée entre les pages
222 de ce septième volume. Les rédacteurs commentent à deux Iepa rises
18 Ace propos, voir ibid., p. 659.
19 Jouanna, Arlette, Le Prince absola, Apoge et delin de l'imaginaire wonar
P.40-46.
20 Mercure lirangois.., op, cit, vol, VII, 1622, p. 210 (pour l'année 1621)
21 Tbid.
D'ÉTATA3
montre d'un prá
1'argumenr
désobéir an
de grande
l'obéissance
à son tour
temps, le
criminel de
Savère le digne
de Religion,
politique du
prorestants assemblés
position du due
devant celle
mois, le duce
François ne
quelques lignes,
Loudun par
le Mercure
transforment le
ov snt
deux lettres
Rossel, ae
sphère restre
ces deux et
fit publier &
Le Mercine
pages
deux Iepa rises
wonar
FACE AUx MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 407
le texte en marge, soit pour fournir des références supplémentaires au
lecteur soit pour lui donner des Explications rendues nécessaires par
Pabsence de la seconde lettre du duc de Lesdiguières à laquelle répondent
les dépurésa sldasdapmii sinsd
Si l'on suit le sociologue des médías et de l'espace public, Cyril
Lemieux, selon qui : Il apparaît finalement possible de déinir une
Controverse comme le conflit triadique dans lequel le seul juge est le
public des pairs», l'on constate gue la lettre de réponse de l'assemblée
au duc de Lesdiguières constitue un point de rupture en transformant
la controverse en « crise institutionnelle" » ou en « polémique», selon
le terme utilisé par Jean-Pascal Gay. Par la publication de cette letere,
le désaccord ne se déploie plus uniquement dans un espace testreint
de publicité entre pairs, celui des Grands du royaume, mais cherche à
agrandir le public à même de porter un jugement sur le dissensus et,
ce faisant, peut-être à participer à l'affrontement. Cest seulement à ce
moment-là que le Mercure Frangois reproduit l'Avertissement à PAsemblle
de la Rochelle du protestant Daniel Tilenus. tomog n itp s1 b
rgaoiibe ollaup iove sb
UNE POLEMIQUE INSTRUMENTALISÉE om i aph
En reproduisant la controverse protestante, le recueil l'a fait sortir
dun espace de publicité circonscrit et a produit une polémique à distance.
Un écrit dont la vocation n'est pas celle de la polémique peut
donc tout à fait produire des textes de combat par la publication., Le
Septième volume du Mercure qui publie cette controverse le fait en 1622,
alors que la guerre entre protestants et catholiques nest pas terminée.
lle donne donc à voir au lecteur un camp protestant divisé et aftaibli.
En agissant de la sorte, les rédacteurs du Mercure proposent aussi de
republier la controverse au moment où elle est déja devenue une polémique,
A quelles fins ? Quelles pratiques d'écriture permettent à un
Texte non polémique de revêtir les caractéristiques d'un texte d'action
e dinstrumentaliser une polémique à distance?
22 lbid., p. 217 et 219
23 Leeunx, Cyril, «A quoi sert l'analyse des controverses ?», Mil nenyf cent. Revue d'bistore
ntellectuelle, 2007/1, n° 25, p, 19.
24 lbid., p. 197,
Jean-Pascal, «Lettres de controverse. Religion, publication et espace public en
tnce au xVIr siècle », Annales. Histoire, sciences sociales, 2013/1, 68 annee, p. l2.
408 3 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT A
Dénoncer les polémistes et désigner lennemi9 0 904 o1
Après la publication de la lettre des députés qui transforme la
controverse en polémique, Daniel Tilenus semble prendre acte du
changement de degré dans lexpression du désaccord, voire de la rupture
de nature, puisqu'il ne répond pas aux députés par une lettre mais bien
par un avertissement. Daniel T1lenus décide non seulement de recourir
à un type d'écrit différent pour entrer dans le conflit, mais aussi de
ne pas participer au réseau épistolaire noué autour de l'assemblée, lui
préférant la publication d'un titre menaçant. De plus, alors que l'on
peut penser que la lettre publiée à l'initiative de l'assemblée l'a été clandestinement
à La Rodhelle, Daniel Tilenus repousse encore les limites
de la diffusion du désaccord en faisant imprimer son avertissement à
Paris, «Chez François Julliot, au pied des Grands degrez du Palais, au
soleil d'or» comme nous l'indique la page de titre. Il existe toutefois
une autre édition de cet avertissement qui ne differe que par sa page
de titre et qui ne porte ni nom de lieu ni nom d'éditeur. Il est dificile
de savoir quelle édition a précédé l'autre"
Ces différents moments, celui du passage de la controverse a la
polémique par l'élargissement du public visé ou postulé comme celui
de l'entéinement de cette transformation par le choix d'un genre
différent, sont fondés par l'écriture et la publication. Toutes deux
équivalent a des actions. Ces actions en suscitent d'autres et ouvren
la voie a un « engrenage polémique2» ou à une « guerre en papier
Dans ses septième et huitième volumes publiés en 1622 et l625, 1e
Meraure rançois retrace le parcours du dialogue polémique entre les
réformés Tilenus et de La Milletière en 1621, c'est-à-dire au momens
de la reprise des guerres de Religion dans le royaume. A cette occasio
le recueiln'utilise pas l'expression de «guerre en papier » uSitee
le premier volume. Il n'est pas non plus question de libelles mais a
discours également déclinés par le Mercure François en Avertisemen
26 Tilenus, Daniel, Advertissement à l'assemblée de La Rochelle par Abraham Elnius pD
2la, naveriisemens à lassemblle de la Rochelle, s.ls.n, 1621, BSG, 8 Q20 INV 746 K
1a Suite du chapitre, nous ferons référence à la première des deux éditions mento
28 Jouhaud, Christian, aLes libelles cn France au xvir siècle., hs art. cire, P
29 Mercure François.,y op. cit., vol, I, 1613, P'52r-v (pour l'annee loU nl,
30 Iid, vol. VIL, 1623, P. 154 (pour I'année 1621).
31 Tilenus, Daniel, Adveriissemeni,o, oP. Cits, p. 18,
904 o1
transforme la
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cette occasio
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Avertisemen
Elnius pD
746 K
éditions mento
P
loU nl,
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUUE 409
Discours et Examen qui sont les catégories assignées aux trois textes
succesifs par leurs auteurs au moyen de leur titre. Par la republication
des différentes passes d'armes de la «guerre en papier ayant opposé
Tilenus à La Milletière, le Mercure produit une littérature d'action et
participe au conflit.
Un écrit de combat est efficace lorsqu' il parvient à mettre en ceuvre
des stratégies de persuasion qui fonctionnent. U peut, par exemple, s'agir
de persuader le lecteur de rallier le « bon » camp, Tatiana Debbagi-
Baranova considère que la recherche d'efficacité motive les aureurs d'écrits
de combat à prendre la plume". Cette stratégie passe par la désignation
d'un ennemi, et donc par une identification des partis en présence
Tilenus et La Milletière jouent le rôle de « champions » de deux partis
antagonistes. Ce sont deux ennemis qui se désignent réciproquement
comme tels au moyen de la publication imprimée de textes visant non
seulement à exprimer leur désaccord mais surtout à tracer une ligne de
partage entre deux camps, Lusage de la littérature polémique en vue
dun affrontement s'explique en partie par sa fonction pertormative, la
publicité des textes identifiant l'ennemi à combattre,
Silest évident que La Milletière désigne Tilenus comme son adversaire
rhétorique et politique-et réciproquement-la stigmatisation ne sarrêre
pas là. La compilation de leurs textes respectifs permet aux rédacteurs du
Mercure François de désigner aux lecteurs le véritable ennemi et le camp
à soutenir, Afin de mettre en évidence le parti choisi par les rédacteurs
du Mercure, il convient d'examiner le désaccord originel entre Daniel
Tilenus er La Milletière. Une telle analyse doit permettre de mesurer
la dimension « réflexive'6» de la republication du débat par les frères
Richer ainsi que la part de réécriture imposée aux textes initiaux par les
auteurs du Mercaure François. Pour ce faire, il est nécessaire d'isoler et de
Brachet de La Millerière, Théophile, Discours des vrayes raisons.D, Cit
ienus, Daniel, Examen d'un escrit intitulé « Discours des vrayes raisons ponr lesguelles ceu
cLa religion prétendue réformée en France, peuvent, en bonne consScience résister par armes a la
PeCtton onverte que leur font les ennenmis de leur religion et de (Estat, On est responau d
34 questions voir, par exemple Debbagi-Baranoya, Tatiana, A coups de libelles, ,
aavertissenment à V'Assemblée de La Rochelle, par un des députez en ladite assemblée, Kait par
Danicd Tilenus, A Paris : chezN. Buon, 1622, p. 6, BSG, 8 D 11210 ES
PC, p. 33-37 mais aussi Jouhaud, Christian, Mazarinades. P. Cil
35
etmant, H€loise, Guerres de plumes.oo op. Ci, P: 4
56
naud, Christian, Viala, Alain, « Introduction », dans De la publication. LEntre Kenastance
GLHmitres, textes réunis par le GRIHL, 0p, CI, P. lo
410 UDHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
caractériser les temps et les espaces traversés par le désaccord originel. Ce
travail permet de mettre au jour un brouillage chronologique de la polé.
mique par le Mercure Franois qui participe à la désignation de l'ennemi,
En publiant la lettre de l'assemblée de La Rochelle juste après avoir
évoqué les deux lettres du due de Lesdiguières, le Mercure François attribue
aux député, qui font résonner les échos de leur désobéissance en
publiant leur lettre de réponse le 18 mars 1621, l'ouverture du débat à
un espace de publicité élargi. En réalité, Daniel Tilenus est à l'origine de
cette rupture du cercle circonscrit des débats. Le Mercure Frangois publie
bien sa lettre après celle des Rochelais mais en précisant pourtant qu'elle
fut imprimée au début du même mois de mars 1621:mauo tulb
Nous avons mis à la suitte de ceste lettre de l'Assemblee de la Rochelle, cest
Advertissement qu'on luy donnoit, leguel se veit imprimé au com.mencement
du mois de Mars de ceste annee : en le lisant on jugera qu'il a deu estre icy
inseré. Il estoit sous le nom d'Abraham Elintus, lequel tourné faict Tilenus,
nom d'un scavant Ministre qui a fort esctit contre le Ministre du Moulin
On note ici que pour justifier la déconstruction de la chronologie de
parution des deux textes dans leur mise en imprimé, les rédacteurs du
Mercure préjugent ou prétendent préjuger d'une opinion générale et
consensuelle concernant l'emplacement physique qu'il fallait attribuer
au texte de l'Avertissement. Ils ne prennent donc aucunement la peine
d'exposer les arguments censés conduire à cette implacable conclusion.
En dépit des précisions apportées par le Meraure à propos du texte de
Tilenus, une lecture rapide du recueil conduit à penser que ce sont Dieu
les députés de l'assemblée qui sont désignés comme les principaux res
ponsables d'une amplification du désaccord et de la recherche de sujets
prêts à la reprise des hostilités. En plus de rendre la chronologie contuse
les auteurS du Mercure accusent explicitement les députés d'avoir contribue
a lextension du désaccord et à la fragilisation de la paix. D'apres e
recueil, les protestants réunis à La Rochelle sont responsables d avo
justifié la désobéissance au pouvoir royal et la reprise des hostilitès, su
tous les terrains: «Et sils employoient le fer d'un coste, de l a
faisoient imprimer plusieurs discours pour faire croire à leurs partisi
qu'ils avoient juste sujet de resister aux armes du Roy
37 Mercure Prangois.., 0p, cit., vol. VII, 1622, p. 223 (pour l'année 162
38 Ibid, vol. VII, 1623, P. 154 (pour Ilannée 1621),
originel. Ce
de la polé.
l'ennemi,
après avoir
François attribue
désobéissance en
du débat à
l'origine de
Frangois publie
pourtant qu'elle
mauo tulb
Rochelle, cest
com.mencement
deu estre icy
faict Tilenus,
du Moulin
chronologie de
rédacteurs du
générale et
fallait attribuer
aucunement la peine
conclusion.
du texte de
ce sont Dieu
principaux res
recherche de sujets
chronologie contuse
d'avoir contribue
D'apres e
responsables d avo
hostilitès, su
de l a
leurs partisi
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 411
C'est ainsi que le Meroure Frangois introduit la suite de la polémique
déclenchée par la publication du texte de Tilenus en mars 1621. Les
rédacteurs assimilent donc clairenment la publication de Ilivrets à une
action forte, allant jusqu'à la justification de la désobéissance armée". La
table des matières du précédent volume va un peu plus loin et révèle que
l'ensemble des échanges polémiques autour de la question de l'assemblée
de La Rochelle est inséré dans la matière plus vaste de la guerre, La
polémique fait donc partie de celle-ci, Le recueil, dans son examen
des différentes entreprises belliqueuses engagées par les protestants de
La Rochelle contre le pouvoir royal, se propose de se pencher sur leur
Communication politique après être revenu sur leurs opérations navales
La réponse des députés de La Rochelle à l'Avertisement de Tilenus est,
de fait, assimilée à un véritable acte de guerre puisqu'elle justiñe et
légitime le recours aux armes. Le titre que le dépué La Milletière lui
donne est, à cet égard, suffisamment explicite. Le Mercure Frangois fait
le choix de le citer en intégralité :dhub eoa
Au septiesme Tome du Mercure fol, 223. se voie l'Advertissement à l'Assemblée
de La Rochelle que fit Tilenus. Or ladite Assemblée jugeant qu'il meritoit
une response, en donna la commission à l'Advocat de la Milletiere, & l'un
po de leurs principaux Condeputez & lors leur Agent en Hollande, lequel y it
bie imprimer & publier soubs le nom d'un des Depurez de 1l'Assemblée de la
Rochelle, Le Discours des vrayes raisons pour lesquelles ceux; de la Raligion de France
pouvoient & devoient en bonne conscience resister par armes à la persecution ouverte
que ler font les ennemis de leur Religion & de lEstat. Mais ce Discours estane
imprimé comme une autre seconde Declaration de ladite Assemblée de la
Rochelle, Tilenus y fit une response ou ample examen"
On nore que le Discours de La Milletière paraît en 1622, quelques mois
après 1'Avertissement de Tilenus, et ce, en dépit du choix fait par le Mercure
Erangois de développer le sujet de cette polémique dans les pages du
huitième volume consacrées à l'année 162112. Avant de reproduire les
ux textes, le Mercure prend soin de rappeler l'ordre chronologique dans
Lequel ont été originellement publiés les différents maillons de cette
39 Voir aussi ibid., vol, VI, 1622, [p. S1
ba, p 195 et 245 (pour l'année 1621). Voir aussi ibid., vol. VIIL, 1623, p. 154 (pour
l'année 1621).
12 Ibid, p. 154-155.
es Cxemplaires du Discours de La Milletière conservés à la bibliochèque Sainte- Geneviève
Ou a la Bibliorhèque nationale de France sont bien datés de I'année 1622,
412 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
chane polémique. Vient d'abord le Discours (qui répond à l'Avertissement
puis la nouvelle réponse de Tilenus, dont on ne connaît pas encore le
titre Gl S'agit en fait de l'Examen). Dans ce deuxième échange, l'initiative
originelle revient doncà l'assemblée de prötestants réunie à La Rochelle
En assimilant explicitement le Discours à la Dedaration de l'assemblées
le Mercure semble vouloir appliquer l'ordre chronologique de cet échange
au précédent (les Rochelais d'abord, Tilenus ensuite), La publication de
la DElaration aurait provoqué celle de l'Avertisement qui aurait conduit
à celle du Discours (en tant que nouvelle déclaration). La diffusion de
ce dernier serait, elle-même, à l'origine de celle de l'Examen du Disours
par Tilenus. Or, C'est bien l'Avertissement qui précède la publication de
la Declaration et non l'inverse. Si l'on suit la chronologie suggérée par
le Mercure, la responsabilité de la polémique revient définitivement aux
protestants de La Rochelle et non à Tilenus. s députés de l'assemblée de
La Rochelle seraient donc au moins coupables d'incitation à la résistnce:
Pourtant, la publication du Discours de La Milletière est bien déclenchée
par celle, antérieure, de l'Apertisement comme en atteste la préface
au lecteur qui ouvre ce Discours, Blle semble bien permettre de se
positionner dans le contexte du conflit", Il n'en demeure pas moins que
Tilenus n'est pas le seul destinataire du Discours de La Milletière et que
l'argumentation développée par l'avocat prorestant lui permet aussi de
se justifier, voire de persuader.
Persuader le lecteurb obalbe s5oopn
Il est possible de penser que le Discours est voué à convaincre d autres
protestants de venit grossir les rangs de la résistance. Cest en tout cas
la position du Mercure Françoiso, D'après Tatania Debbagi-Baranova
les libelles pendant les guerres de Religion servent résolument
hnmeki2a
43 Voir Marcure Frangois., 0p, dit, vol. VI, 1623, p. 155 (pour l'année 162).
44 Bracher de ILa Milletière, Théophile, Dirours des vrayes raisons., 0. CTt, Des lo
se demander si la publication de 1l'Avertisement a bien provoqué celle de la Deaiar
On peut penser que les députés de La Rochelle ont décidé de répondre d une
duc de ILesdiguieres par la Didaraion d'autre pare à Tilenus par le Dicours.
45 Surles diférentes visées de cextes argumentarifs y compris dans un contexte dissensuel
voir par exemple Micheli, Raphal, «Les visées de l'argumentation et leuts9 fen
langagiersune approche discursive », Argumentation es Analyse du Discours,
ligne), httpl/aad.revues.org/1406, consulté le 16/03/2013.
46 Voir par exemple Mercare François., op, cis, vol. VI, 1623, p. 154, (pour l annte io
Convaincre, France d'une du réinvestissent au effet, Discours cause lecteur une sinon publication du La personne local absentes bibliothèque de indique le prétendre est ville Cepoint, CSt-eneve. aete erur, e Cgl nes oebbagi-
l'Avertissement
le
l'initiative
Rochelle
l'assemblées
échange
de
conduit
de
Disours
de
par
aux
l'assemblée de
résistnce:
déclenchée
préface
se
que
que
aussi de
autres
cas
Baranova
résolument
dissensuel
leuts9 fen
io
BACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 413
Convaincre, La reprise des guerres de Religion dans le royaume de
France au cours des années 1621-1622, peut avoir provoqué le retour
d'une culture politique forgée autour des libelles dans la seconde moitié
du xvr siècle. Il est d'ailleurs probable que les rédacteurs du Merure
réinvestissent la grammaire libelliste des guerres du siècle précédent
au même titre que les polémistes protestants dans leurs échanges. En
effet, en assurant àa son lecteur que La Milletière poursuit dans son
Discours la volonté de ralier militairement d'autres protestants à la
cause de l'assemblée, le Mercure Frangois fait en sorte de persuader le
lecteur de la responsabilité de l'avocat dans la reprise des conflits, Cest
une autre manière d'accuser les députés de l'assemblée de résistance,
sinon de désobéissance.
Cette désobéissance est perceptible jusque dans les modalités de
publication du Discours de La Milletière, ainsi qu'à travers les contours
du public qu'il postule. Car, d'une certaine manière, le Discours de
La Milletière semble élargir le public du désaccord au-delà de la seule
personne de Tilenus tout en le restreignant à un public protestant,
local ou non. Les mentions du nom d'éditeur et du lieu d'édition sont
absentes de la page de titre de l'exemplaire du Discours conservé à la
bibliothèque Sainte-Geneviève. En revanche, la notice bibliographique
de ce même Dicours produite par la Bibliothèque nationale de France
indique la ville de La Rochelle comme lieu d'édition. Le titre comme
le contenu du livret rédigé et publié par La Milletière ne pouvaient
prétendre obtenir la permission et les privilèges royaux d'imprimer. II
est donc effectivement possible de penser qu'il a été imprimé dans la
ville de La Rochelle ou dans I'une des villes du Refuge protestant. Sur
Cepoint, Iinterprétation du Mercure Frangois n'est pas claire, sans doute
CSt-l possible que le Discours ait été publié à la fois à La Rochelle et à
eneve. Une note marginale publiée par le Mercure précise que le Dircours
aete imprimé à La Rochelle, alors que le texte, également publié parle
erur, indique que c'est en Hollande que La Milletière l'a fait imprir
CE publier, Dès lors, le public visé par l'avocat est plus protestant
e local. Lappel à résister joue donc à deux échelles au moins. Il est
Cgl aun vaste public protestant mais le Merauve rappelle certaines des
nes de publication du Discours de La Milletière à l'échelle rochelaise :
oebbagi-Baranova, Tatiana, A coups de libelles.o, op. Ci, P. 40
UeErangois, oe, op. cit., vol. VI, 1623, p. 155 (pour l'année l621).
414 0HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTAT 10H
Ainsi ceste histoire de la Confrairie de Thonon raportée par Meteran, n'esta
qu'un conte fabuleux forgé par ce Brocardus; on se mocquoit de la bele
invention qu'avoit eu la Milletiere, de l'avoir mise pour la pierre fondamenale
de son discours & faict crier par les Colporteurs de la Rochelle à la sortie
du Presche, comme chose tres-veritable, afin que la populace se jettast yeux
fermez dans la rebellion lo anl atnp to erita
Les trois pages d'adresse «Au lecteur» qui inaugurent le Dicours de
La Milletière procèdent également d'un dispositif visant à dlargir le
public de l'échange, au-delà de la seule personne de Tilenus et participenr
à inscrire le désaccord dans la polémique. Ce dispositif de publication
semble fonctionner à rebours de certains usages, dont l'objectif est de
rejeter sur son destinataire principal la responsabilité d'avoir élargi le
public initial du désaccord et d'avoir transformé une controverse en
polémique', Par exemple, là où les jésuites choisissent de conserver
la forme épistolaire y compris de manière fictionnelle pour légitimer
la pratique de la polémique, les députés de l'assermblée de La Rodhelle
assument et afirment l'élargissement de l'espace de publicité du désac
cord et le basculement de la controverse à la polémique quil implique.
Le troisième texte de cet échange polémique répond au Disors de
La Milletière et porte un titre qui propose un nouveau changement de
genre. Il Sagit de l'Examen du Discours de La Milletière par Tilenus, Le
programme de Daniel Tilenus est donc celui d'un examen rigoureux des
argumentS avancés par « ceux de la Religion Pretenduë Réformée"
promettant plus ou moins implicitement leur réfutation, Contrairement
aux deux textes précédents, l'auteur publie désormais l'Examen sous sa
véritable identité, sans avoir recours ni à un pseudonyme ni à un stlt
LAvertissement de Daniel Tilenus est, en effet, publié soit anonymemeu
sOIt sous le pseudonyme anagrammatique du docteur Elintus. Le DIs0
de La Milletière insiste, pour sa part, sur la délégation de l'avocat qu
Diaurs
représente les protestants de l'assemblée de La Rochelle. Là ou.
dévoile à son lecteur l'identité de l'auteur de l'Avertisement, I'Examen t
que cest La Milletière qui est à l'origine du texte du Dscours. A nouvea
49 Ibid, p. 163,
50 Voir à ce propos Gay, Jean-Pascal, « Lettres de controverse.., art, cite, P * 2
51 Tlenus, Daniel, Examen.., op. cit,
S2 Voir Brachet de La Milletière, Théophile, Discours des vrayes raisons.0, oP. G; Ph a a1s
aussi Tilenus, Daniel, Examen,,op, cib, p. 10,
10H
Meteran, n'esta
mocquoit de la bele
fondamenale
Rochelle à la sortie
jettast yeux
to erita
Dicours de
dlargir le
participenr
publication
l'objectif est de
d'avoir élargi le
controverse en
conserver
pour légitimer
La Rodhelle
publicité du désac
quil implique.
au Disors de
changement de
Tilenus, Le
rigoureux des
Réformée"
Contrairement
l'Examen sous sa
ni à un stlt
anonymemeu
Elintus. Le DIs0
l'avocat qu
Diaurs
ou.
I'Examen t
A nouvea
cite, P * 2
oP. G; Ph a a1s
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 415
le texte de Tilenus est imprimé à Paris, cette fois-ci « Chez Nicolas Buon,
rüe SainctJacques, à l'enseigne S. Claude &e de l'Homme Sauvage», å
nouveau illest avec permission royale. Tout comme La Milletière, Tilenus
assume l'élargissement et la complexification d'un public susceptible
d'avoir accès au désaccord en faisant précéder son texte d'une préface
de six pages adressée « Au lecteur chrestien >. La reprise des guerres
iviles explique facilement I'assomption d'un combat de plumes, Le titre
evoquant « ceux de la Religion Prétendüe Réformée» plurôt que « ceux
de la Religion Réformée » est quelque peu confus. Tilenus n'adopte pas
le camp catholique et ne dénonce pas la religion réformée comme une
hérésie. Il semble, en revanche, se montrer sensible à certains des arguments
du camp catholique, notamment celui du refus de la désobéissance au
pouvoir royal. Considérer ses détracteurs comme des représentants d'une
Religion Prétendüe Réformée » serait une manière de souligner que
les véritables sujets protestants du royaume refusent de rejeter l'autorité
monarchique et que les rebelles ne méritent pas d'être considlérés comme
des Réformés. En outre, son adresse au «lecteur chrestien » vise à identifer
un public à la fois protestant et catholique. Ces procédés sont une
manière pour Daniel Tilenus de participer de manière plus incisive à la
polémique. Dans cette guerre de l'imprimé, la surenchère est presque
quantifiable par le dénombrement des pages publiées, qui ne cesse d'enfler
àchaque réponse. LAvertissement compte, en effet, une trentaine de pages
contre 70 pour le Discours et 85 pour l Examen.ol1 0 0
Une autre façon pour le Mercure de persuader son lecteur que le a bon
Camp» se situe du côré de l'obéissance est de mertre en scène la fragilité
du parti protestant. Le désaccord entre Tilenus et La Milletière apparat
Comme la preuve de l'existence d'une fissure menaçante pour le camp
protestant. Lexistence d'un adversaire commun n'a, en effet, pas touours
la vertu de lisser les aspérités au seindun camp. Les deux auteurs
AOEstants ne sont donc pas les seuls à s'affronter à coup d'imprimnés.
Leur désaccord est clairement instrumentalisé par dautres acteurs,
nne en atteste le destin de cette guerre de plumes pas tout a fait
USOmmée. En considérant que la publication assume une fonction de
Dat au même titre que l'écriture polémique, il est possible d'aftirmer
es auteurs du Mercure Prançois, à l'origine de la republication de la
$3 Ibid, p. 3-10,
416 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 30A1
polémique, poursuivent le but d'enseigner a leur lecteur la juste attitude
politique. Les imprimeurs catholiques Estienne et Jean Richer estiment
que les députés de La Rochelle sont coupables de désobéissance ct quils
sont donc responsables de la reprise des guerres civiles. Est-il possible de
repérer des indices plus précis encore de la position politique des deux
imprimeurs dans les interstices de cette publication? Par quels moyens
susceptibles d'avoir été empruntés aux libellistes catholiques et protes.
tants de la seconde moitié du xvif siècle , conçoivent-ils une publication
engagée dans les pages d'un recueil périodique non polémique?
Pour répondre à cette question, il convient de prêter une attention
particulière aux auteurs du Mercure et à la façon dont ils sont susceptibles
d'avoir reçu la polémique avant de la réécrire puis de la publier
tihousssn sh ana2uit9t piusgo 2uns291c291te 2ldhgpy
agmorebeno MISE EN TEXTE ET RÉÉCRITURE pideo
snu 2202 29l2oom aupilor 19, 208122101 201 utws n
af Chacun des temps de la publication est corrélé à un temps de la
réception. La republication et la compilation dont ces textes font l'obet
dans le Mercure invitent à se poser la question de leur réception dans
un contexte qui dépasse celui de la reprise des guerres de Religion sous
Louis XIU et qui prolonge l'enchaînement de publications initial, no
COMPILATION ET REPUBLICATIONn2ido'1oh :0o tbspmi0
Au gré de la publication de textes enchaînés, les temps de la recep
tion sont multiples. Chaque nouvelle publication, en ce qu'elle est uue
réponse àune publication antérieure fait d'un destinataire un destinateu
Il a fallu recevoir le texte précédent avant de concevoir une repou
Les deux adresses aux lecteurs qui constiruent le seuil des deux iivr
T'attestent. Mais, au-delà de la surenchère polémique qui se radiCL ue
alors meme que les troupes royales assiegent les villes protestante
les troupes protestantes pillent les villes catholiques, la republicad
la polémique dans les pagés du Mercure François en 1623 et donc
la signature de la paix, fait figure d'un temps de réception puv
54 Debbagi-Baranova, Tatiana, A coups de libelles,.., op, cit, p. 466,
30A1
juste attitude
Richer estiment
désobéissance ct quils
possible de
politique des deux
quels moyens
catholiques et protes.
publication
polémique?
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2uns291c291te 2ldhgpy
RÉÉCRITURE pideo
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deux iivr
se radiCL ue
protestante
republicad
et donc
réception puv
PACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 41
Afin de republier et compiler la polémique, les rédacteurs catholiques
du Mercure François ont dû, au même titre que les deux controversistes
qui s'affrontaient, faire partie du public élargi de la polémique et en
recevoir les textes, Cela peut, en eftfet, sembler évident, mais la lecture
préalable des composantes de la polémique est une étape indispensable
à sa compilation.
Dès lors, si l'on postule de l'équivalence entre la publication et
raction, il paraît évident qu'Estienne et Jean Richer, en tant qu'ils
assument le rôle de publicateurs de la polémique, y prennent activement
part. Les auteurs expriment discrètement leur position dans le conflit
et espèrent convaincre leur lecteur de la sagacité de leur jugement. En
plus de compiler et republier la polémique, les imprimeurs commentent
er interprètent l'affrontement, Leurs commentaires se lisent dans des
interstices textuels comme certaines introductions, des transitions ou
encore des notes marginales
Les freres Richer, auteurs dune nouvelle forme da désaccord
Le réemploi d'éléments d'une culture politique fondée au moment
des guerres de Religion plaide pour une participation active des Richer
au débat. Pour isoler un exemple, il faut souligner la fréquence de la
Constitution de recueils de libelles contradictoires au temps des guerres
de Religion, recueils qui ressemblent en fait à la démarche de compilation
des deux imnprimeurs. Il sagit pour les publicateurs de placer le lecteur
en position de juge et de lui offrir toures les clefs à l'élaboration dhun
Jugement Critique et argumenté, La lecture n'en est pas moins orientée,
et le jugement du lecteur avec, comme le rappelle Tatiana Debbagi-
Baranova En opérant une fine contextualisation autour des deuxx
imprimeurs, il est possible de déceler la position adoptée par les frères
icher dans ce désaccord et plus largement dans ce contexte de guerres
Cviles, Au-delà de l'apparition de poussées éditoriales comme symptome
e toute nouvelle crise politique depuis l'expérience « fondatrice des
A propos voir par exemple Petitjean, Johann, «Compiler. Formes, usages et prao
tiques », Hypothèses, 2009/1, art. cité, p. 18 mais aussi Jouhaud, Christian, Viala, Alain,
cIntroduction », dans De la pablication op. cit., textes réunis par le GRIIEL, p. 18
7or par exemple Meraure Prançois., op, cit, vol. VIIL, 1623, p. 163 (pour lannée 1021,
Soaggi-Baranova, Tatiana, A coups de libelles.o, op. cit., P. 457-459
58 Tbid., p. 466.
418 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
guerres de Religion, le passé des frères Richer comme la reprise des
guerres civiles dans le royaume de France au xVIr siecle confèrent une
acuité certaine à l'emploi de dispositifs textuels forgés à l'épreuve des
guerres de Religion dans le Merzure Frangois. La focalisation de l'analyse
sur les publicateurs du recueil ne s'en justilie que mieux.
Les écarts aux textes d'origine permettent de situer la posture politique
des publicateurs dans la réécriture du dissensus. Ainsi, alors que dans le
volume VI du Merczre Frangois, l'Avertissement Tilenus est republiéen
intégralité et sans écart avec le texte originel", les textes du Discours et de
IExamen subissent certaines transformations sous les presses des Richer,
dans les pages du huitième volume du Merzure. Entre la publication de
chacun des volumes, le contexte a changé, et des combats ouverts de
l'année 1622, I'on est passé à la pacification du royaume de France par
les termes du traité de Montpellier. Le passage de la republication de
I'Avertissement dans le volume VI à la conmpilation des textes du Discours
et de 1l'Examen dans le volume VII s'explique probablement par la
modification du contexte de publication et de ses enjeux.
Rétractation et atténmuation du confit b arrfeb iolus7
Certains de ces écarts conduisent à penser que les frères Richer, Sils
ont décidé de rendre compte de la polémique des années 1621-1622,
prétèrent la désamorcer (ou prétendre le faire) et actualiser le régime de
paix instauré par le traité de pacification de Montpellier d'octobre 1622.
Cela ne les empêche cependant pas de soutenir ouvertement le parti ae
l'un des deux polémistes. Les auteurs du Mercure mettent à l'oeuvre c
que Tatiana Debbagi-Baranova appelle la « mise en scène d'un deDI
Contradictoire>, dont le but est de faire admettre au lecteur leur pi
Cialité comme juste, L'intervention des frères Richer est tangible jusqu
dans la matérialité du texte, Lensemble des textes a été réagence
remanié, y compris physiquement, Les frères Richer ont décidé isoler
les arguments de Tilenus et de La Milletière en insérant son objecuu
au fil du texte, La transformation de 1a mise en page mais aussi
mise en texte est évidente. La matérialité textuelle de la polemlement
sen trouve modifiée, Non seulement les textes sont materi
59 Mercure Frangois.on op. cil,vol VILI, 1623, p. 223-243 (pour l'année 102
60 Debbagi-Baranova, Tatiana, A coups de libelles. o, op, cit., p. 458,
reprise des
confèrent une
l'épreuve des
l'analyse
politique
dans le
republiéen
Discours et de
Richer,
publication de
ouverts de
France par
republication de
Discours
probablement par la
iolus7
Richer, Sils
1621-1622,
régime de
d'octobre 1622.
parti ae
l'oeuvre c
d'un deDI
leur pi
tangible jusqu
réagence
décidé isoler
objecuu
aussi
polemlement
materi
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 419
Dtésents dans le même média, mais ils finissent par donner naissance à
un troisième texte, inédit celui-ci, un texte à trois voire quacre plumes.
En faisant se répondre le Disco1urs et I'Examen au lieu de les publier l'un
après l'autre, les frères Richer tondent la fiction que les deux auteurs
Sont deux locuteurs en train de deviser ensemblea. Ils modifient aussi la
temporalité du débat, et pas seulement en publíant les textes à dístance
de la polémique. La bataille en devient moins virulente.
2 Les préfaces en tête du Discors de La Milletièere et de l'Examen de
Tilenus disparaissent. Les deux imprimeurs feignent de ramener la polémique
au rang de controverse entre pairs, puisque le public convoqué
n'est plus tout à fait aussi large. De même, les Richer effacent l'anonymat
utilisé par Tilenus puis par La Milletière en attribuant à chacun la
paternité de son texte. Certes, ces informations ont déja transpiré dans
le public, mais, à nouveau, en confinant le désaccord à deux individus,
la controverse prend une extension plus acceptable en temps de paix. I
sagit alors d'un désaccord entre Daniel Tilenus -protestant de la secte
arminienne-et La Milletière -représentant calviniste de l'assemblée de
La Rochelleet plus tout à fait de l'actualisation de la guerre civile par
d'autres moyens. Cest ainsi que, tout au long de I'E:xamen de Tilenus,
les freres Richer remplacent systématiquement « Nostre Respondanc
ou aCet Advocac », que le ministre arminien emploie pour désigner
La Milletière, par, justement, le nom de La Miletière, prétendant ainsi
Circonšcrire le désaccord dans l'espace du particulier tout en le publiant
' faut ajouter à cela qu'au temps des guerres de Religion «le qualificatif
davocat est, sauf rare exception, injurieux», Dans le même temps,
la censure des deux préfaces permet aux frères Richer de passer sous
silence les attaques personnelles que chacun des deux auteurs y essuie
LaMilletière accuse ainsi Tilenus d'être à l'origine de la guerre conduite
Onre les protestants du royaume:2115 723 1f 210mtg teD i
noelu
enouLAutheur du Livre ayant voulu servir le premier de trompette en ceste guerre
noyu Contre IEglise de Dieu. L'argument en est de traduire calomnieusement
es procedures des Eglises reformees de France, tant au fait des Aftaires
Aaphai Micheli utilise l'expression de «fil temporel». Voir Michell, Raphal, «Les
visees de l'argumentation,.. , art, cité, p. 10.
02 Tilenus, Daniel, Examen., op. cil, P. D
63 lbid., p. 17.
Debbagi-Baranova, Tatiana, A coups de libelles., op. Cit, Pi 409
420 0HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT DA
Ecclesiastiques mesmes, que des Politiques, & de les rendre suspectes en l'un
de profanité & d'impiété contre Dieu, & enlautre de rebellion & de faction
nu contre le Roy & l'Estat
On reconnait ici les Craintes des députés de La Rochelle telles que
les exposent les grands prorestants du royaume dans leurs lettresau
roi. La personne de Tilenus permet à La Milletière de stigmatiser la
mouvance arminienne Daniel Tilenus, en tant que représentant
arminien fait fgure, pour La Milletière, de faux prophèteSétant
exclu lui-même de la communauté réformée que l'assemblée de La
Rochelle entend représenter par son « enrôl[ement]» volontaire
Dans son Examen, Daniel Tilenus se défend des accusations portées
contre lui par Théophile Brachet de La Milletière et ne se prive pas
non plus de l'attaquer. Tilenus retourne contre La Milletière son accu
sation de faureur de troubles. Il ajoute que le texte de La Milletière
a éré publié clandestinement, ce qui en fait, effectivement, un sujer
désobéissant à la législation royale9. Avant de révéler le nom de
La Milletière, Daniel Tilenus l'accuse d'ayoir éré inspiré par des
forces diaboliques0 En négligeane de reproduire les deux prétaces,
les frères Richer font l'économie d'une partie de la violence qui les
parcourt et atténuent les positions des deux discours, qui semblent
condamner tout horizon consensuel,
Dautres passages disparaissent ainsi du texte hybride compose
par les Richer. Ces derniers procèdent par exemple à des coupes dans
largumentation sans toujours prendre la peine de les signaler au lec
teur à l'aide de la ponctuation. Ainsi, environ deux pages du texte au
Discours disparaissent à la page 180 du huitième volume du Mern
D'autres passages des deux livrets ne sont pas supprimés mais modu
par les deux imprimeurs. Il est ainsi possible de noter que dans la longu
argumentation que développe La Milletière en faveur d'une expulsiou
des jésuites du royaume de France, les Richer édulcorent les accusad
du dépuré. Là où La Milletière écrit : a Cest ce que nous ne pou
65 Brachet de La Milletíère, Théophíle, Discours des vrayer raisons P, CsP
66 1bid., p 4.
67 1bid
68 Ibid.
69 Tilenus, Daniel, Examen,, p, cit, p. 10.
70 Tbid., p. 4.
suspectes en l'un
de faction
telles que
lettresau
stigmatiser la
représentant
prophèteSétant
l'assemblée de La
volontaire
accusations portées
prive pas
son accu
Milletière
un sujer
nom de
par des
prétaces,
violence qui les
semblent
compose
coupes dans
signaler au lec
texte au
du Mern
mais modu
dans la longu
expulsiou
accusad
pou
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 421
atendre tant qu'il sera environné des parricides [.J>, les frères Richer
corrigent de la façon suivante : a Cest ce que nous ne pouvons attendre
tant qu'il sera environné de Jésuites, &c7, ».
Une posture loyale et catholique g h g
shehaoof
Ces quelques écarts conduisent à juger de la publication du texte des
imprimeurs comme d'une action d'apaisement à moins qu'il ne s'agisse
d'une façon d'actualiser le régime de paix sous lequel le volume VIII du
Mercure a été publié. D'autres mutations subies par les textes originels
dans leur fusion en un troisième texte laissent percevoir le saupoudrage
par les frères Richer de leur propre point de vue sur le désaccord. Celles-ci
permettent aux deux frères d'afirmer leur identité catholique rendant
compre d'un confit protestant. Dans le volume VIl du Meraure, alors que
IAvertissement de Tilenus est repris en intégralité, des minuscules sont
utilisées à la place des majuscules que le ministre protestant avait choisi
d'uriliser. Ainsi, « Nostre Confession devient « Nostre confession
tout comme « Nostre Reformation» devient « Nostre reformation
Les termes qui perdent leur majuscule, et avec elle, de leur sens, ne sont
pas anodins. Ce sont ceux qui fondent l'identité et la raison d'être de
la communauté er de la confession protestantes.
La comparaison des textes originels à celui des frères Richer permet
parfois de constater des écarts qui n'empruntent pas la seule voie de
T'effacement ou du silence. Ainsi, alors que le Mercure cite la réponse
de Tilenus à l'accusation qui lui est faite d'appartenir à la mouvance
arminíenne, au lieu de Sen tenir à ce grief, les deux Richer introduisent
une autre polémique à la première, une polémique qui la précède et qui
divise aussi le parti protestant:
On it aussi imprimer des Considerations sur les Canons & serment du
biynode d'Alez ez Sevenes tenu en Octobre 1620 touchant l'approbation des
Canons du Synode de Dordrecht en Holande tenu par les Calvinistes contre
les Arminiens l'an 1618 & 1618 où ils recognoissoient par les dissentions &
Brachet de La Millerière, Théophile, Discours.m op. cit, p. 64
5 Mereure François. op. cit., vol. VIII, 1623, p. 210 (pour l'année lo21),
lenus, Daniel, Avertissement,, op. l., P. 4
74, Ibid., P. 2
Mercure François, o o OP Cit, vol. VII, 1622, p. 223-224 (pour l'année 1621).
422 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 1DAT
differents qui estoient entre ces deux Sectes djue ce que la Milletiere accusoit
le Pape d'en estre l'autheur ne pouvoit pas estre topil l 95 mb
Le Mercaure décide alors de publier la ligne de défense des arminiens dans
les pages qui suivent. Après une introduction, viennent douze pages
relatant le synode de Dordrecht du point de vue des arminiens. Le
synode d'Ales qui se déroule au cours de l'année 1620 approuve celai
de Dordrecht qui accomplit la réduction de l'arminianisme, courant
auquel appartient Daniel Tilenus. Ce dernier représente donc un courant
minoritaire de la confession protestante, Ces douze pages sont en
revanche absentes de I'Avertissenment ou de I'Examen qui sont les deux
textes de Daniel Tilenus que le Merzure reproduit en republiant la polé
mique qui l'a opposé à Théophile Brachet de La Milletière. Ce choix
d'édition équivaut presque, de la part des publicateurs-de confession
catholique- à adopter le point de vue des arminiens contre celui des
calvinistes, autrement dit à adopter le point de vue de Tilenus face à
celui des tenants de l'assemblée de La Rochelle ou encore et plutôr à
adopter le point de vue loyaliste face à celui des rebelles. Ce point de
vue est confirmé par les commentaires glissés par les rédacteurs dans
le Mercure François.
En même temps que ces écarts favorisent l'apaisement des tensions
comme le positionnement des frères Richer en tant que catholigues,
ils leur permettent aussi d'exercer une vigilance active sur la situaton
La volonté de voir la réalisation d'une paix durable n'entre pas en
contradiction avec l'expression plus ou moins discrète de la confession
et de l'opinion des frères Richer. Des lors, affaiblir les patis adverses
- comme l'est celui des rebelles protestants pour deux freres politngues
par la publication d'une polémique interne témoignant de leur desu
nion est un moyen de déplacer le conflit et de repousser la menace
guerres de Religion. Cet apaisement passe par I'affirmation de la victo
d'un parri et, surtout de l'échec d'un autre; en l'occurrence ce
la désobéissance. En plus de publier la paix, les frères Richer pub
l'échec des rebelles et le triomphe de l'obéissance au pouvoir toy
gos 50sllhMsl
76 Ibid, vol. VIL, 1623, p, 164 (pour l'année 1621) d
77 Tbid, p. 164-176,
Op. c, textes 78 Jouhaud, Christian, Viala, Alain, «Introduction », dans De la publialon.o
réunis par le GRIHL, p. 18,
Milletiere accusoit
mb
arminiens dans
douze pages
arminiens. Le
approuve celai
courant
donc un courant
pages sont en
les deux
republiant la polé
Ce choix
confession
celui des
Tilenus face à
et plutôr à
Ce point de
rédacteurs dans
des tensions
catholigues,
la situaton
n'entre pas en
confession
adverses
politngues
leur desu
menace
de la victo
l'occurrence ce
Richer pub
pouvoir toy
Op. c, textes FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUUE 423
Cette hypothèse pourrait expliquer que les frères Richer ne fassent pas
érat de la préface de La Milletière qui attaque vigoureusement les posicions
arminiennes de Daniel Tilenus et qui l'exclut de la communauté
réformée pour cette raison. ntri
Ce triple positionnement (pacifiste, catholique et surtout loyaliste) à la
fois discret et modéré des frères Richer sur un désaccord quils prétendent
confiné à un espace intracontessionnel se lit aussi à un autre moment
du texte, qui conduit le lecteur à la fiction d'un retour en arrière. Ce
moment procède en réalité à la publication en abyme de la réception
de la polémique entre Tilenus et La Milletière.
LA REVISITE DES LIVRETS DE LA MILLETIÈRE ET DE TILENUST2
La mise en imprimé dun débat contradictoire et la réécriture de la
polémique au moyen de sa publication par les imptrimeurs catholiques
dans les pages du Mercure Frangois n'est pas lunique réinvestissement
de la granmaire libelliste du temps des guerres de Religion à faire
du lecteur le juge des débats, L'orientation discrète de la lecture de la
polémique par quelques manipulations textuelles amène à penser que
Cctte grammaire est mobilisée afin d'entretenir la fiction du lecteur-juge.
3o1
Le alecteur-juge » spectateur d'une conversation entre particuliers
Le bur de cette fiction est de flatter le lecteur afin qu'il rejoigne les
rangs du e bon» parti Après avoir compilé les libelles qui opposent
Daniel Tilenus et Théophile Brachet de La Milletière pendant plusieurs
dizaines de pages, les rédacteurs réinvestissent un autre des lieux communs
de Iecriture libelliste de la seconde partie du xV siècle d'après Tatiana
Debbagi-Baranova: il s'agit de la fiction du jugement privé d'aftaires
Pabligues. Dans le cas présent, cette fiction emprunte la forme du
alogue et participe à conférer au lecteur le statut de lecteur-juge au
neme titre que la compilation des libelles contraires dans les pages du
Mercure angoe, op. cit., vol, VIII, 1623, p. 220 (pour l'année 1621). On note que là ou
ne mécia, Le recueil et le réagencement des textes duDiscoturs et ae
79
rcure parle de « livrets », La Milletière évoque la publication de « libelles » die ia pur
CLs, Brachet de La Milletière, Théophile, Discours des vrayes raisons. P. Ci, P: *t
Opos, voir par exemple, Debbagi-Baranova, Tatiana, A coups de (tbellesar ey 0Ps C
P. 462
424 5OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISOND'ÉTAT DAT
Examen dans le huitieme volunme du Mercure François, censés laisser au
lecteur le temps, le loisir et l espace de se forger son propre jugement
sur la question, sont en fait immédiatement suivis par la mise en scène
d'une réunion de particuliers qui se proposent justement de juger de cette production libelliste : 0tit)3 ioiieng ini
9101 25 bon
Aux devis qui se tiennent ordinairement entre personnes qui parlent libre
ment, & disent leur sentiment de tels escrits : (comme il s'en trouve en France
beaucoup de ceste humeur )Je me trouvay au mois de Juin de l'annee 1622
lors que ces deux livrets de la Milletiere & de Tilenus furent veus courir par
Paris, en un lieu où on les tenoit sur le tapy on1apictl
D'après Tatiana Debbagi-Baranova, les mises en scène de ce genre ont
un intérêt persuasif pour leurS auteurs. Cest pourquoi on les retrouve
comme l'une des formes de l'écriture libelliste pendant les guerres de
Religion. Le recours à la fiction de conversations privées sexplique en
ce que le «privé est souyent associé à une certaine liberte>, C'est
visiblement bien cette notion de liberté qui est mise en valeur par le
rédacteur du Mercure qui utilise l'adverbe « librement » afin de convaincre
son lecteur que le débat noué autour de la qualité des deux libelles
dans leurs contenus comme dans leurs formes) ne s'est pas organisé en
fonction du rang hiérarchique occupé ordinairement dans la sociéré par
les devisants. Au contraire, le contexte privé soustrait les participants de
cette petite assemblée àà la forte hiérarchisation verticale qui structure
la societé d'Ancien Régime en public. C'est une organisation horizon
tale qui vient se surimposer à cette dernière dans un tel contexte e
corollaire en est l'objectivité du débat, émancipé de toutes sortes ae
pressions et influences qui pourraient jouer dans un contexte pubily
et, conséquemment encore, la justesse du jugeoment iguddl
La postire fiable du témoint S700 ,an9r0e aral ana4 20upu
Lutilisation du <«je» sans que l'on sache précisément de qu
Sagit Jean Richer, Estienne Richer, un autre collaborateur du E
81 Mercare Frangois,,, op, cit, vol, VIuI, 1623, p. 216 (pour l'annéel621),
82 Debbagi-Batanova, Tatiana, A Cotps de libelles., op. cit., p. 413-415, SU rraVail
de «public, «privé» er a partículier» dans la littérature au Xvir siecie vene as
d'Hélène Merlin-Kajman. Merlin-Kajman, Hélène, Public et litéraiure
xVit sicle, op, cit, p, 35-57
DAT
censés laisser au
propre jugement
mise en scène
de juger de ioiieng ini
qui parlent libre
trouve en France
de l'annee 1622
veus courir par
on1apictl
ce genre ont
les retrouve
les guerres de
sexplique en
liberte>, C'est
valeur par le
de convaincre
deux libelles
organisé en
sociéré par
participants de
qui structure
organisation horizon
contexte e
toutes sortes ae
contexte pubily
jugeoment iguddl
20upu
précisément de qu
collaborateur du E
415, SU rraVail
siecie vene as
litéraiure
PACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 425
François, un témoin de la scène intormateur pour le compte du Mercure ?)
participe à l'élaboration des contours de cette petite assemblée. Cest
en tant qu'individu privé que le rédacteur du /Mercure -à tout le moins
ce «je» assiste et participe a cet échange. Cest également en tant
qu'historien que ce «je» rapporte dans les pages du Mercure Frangois
le dialogue auquel il a assisté. Sa posture de témoin (dont on sait qu'il
Sagit d'une triple posture de témoin : celui du temps de la Ligue, celui
des guerres du xvif siècle et celui des discussions aurour de la qualité
des livrets polémiques) en fait quelqu'un de fable. A ce titre, Tatiana
Debbagi-Baranova souligne que les dialogues fictionnels développés dans
les libelles partisans du temps des guerres de Religion mettent en scène
des orateurs échiquement irréprochables et donc parfaitement fiables.
Pour cela, l'orateur doit remplir deux critères : à savoir sa conmpétence
sur les questions discutées et sa capacité à prouver sa vertu et son désintérêt
au lecteur, La dimension didactique du dinlogue repris dans le
Mercure Frangois est indéniable et rappelle la conception de l'histoire
entretenue par les premiers aureurs du Mercure Frangois. Pour autant,
la fiabilité de l'orateur n'est pas tout à fait construite en fonction de
critères en partie différents de ceux de la compétence, de la vertu et
du désintérêt. Le narrateur qui relate le dialogue est fiable en cela quil1
se dit témoin de la scène, qu'il est l'auteur du Mercure Frangois, et quà
ce double titre il est historien. Cependant, il ni'est pas le seul à utiliser
le a je» dans ces quelques pages. Lorateur qui développe une longue
réponse argumentée à l'attention de deux devisants, dont l'opinion
Crouble la presque parfaite unanimité à propos de la qualité des deux
libelles, parle aussi à la première personne du singulier. Or, le Mercure
F'rangais ne précise aucunement la nature des compétences de l'orateur
cn question. En revanche, la ligne politique à laquelle il appartient est
précisée, L'homme est un Politique. Cest cette appartenance qui doit
tonder la fiabilité de l'orateur aux yeux de ses interlocuteurs mais, sur
tout, aux yeux des lecteurs. Lorateur est également fiable en cela quril
est Capable de produire de solides références, y compris historiques
Celuy contre qui il parloit, lequel estoit Catholique, & de ceux qui
30.07 1133prookON
83 lbid, p. 408-409.
e genre de récits, Tatiana Debbagi-Baranova popose une typologie de quatre types
alogues dont certains présentent également une dimension didactique. Voir tbid,
P.417-439.
HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 21 426
n'ont jamais peu gouster d'autre party en France que celuy des Roys.
luy repartit doucement B] ». Cest d'ailleurs à ce moment du récir
que l'on passe du «je» du rédacteur du Mercure au «je» de l'orateur.
Ce dernier qui partage avec Jean et Estienne Richer sa confession
religieuse comme ses convictions politiques prend alors la parole
pendant trois pages, dans un appel à la pacification entre les confessions
qui cohabitent dans le royaume.
Une assemblée idéale abnrupup ist Teanrblbg avilb
as 2ol Sp' ongluo vo
L'autre facteur de fiabilité du message délivré, comme de sa solidité,
est la composition de l'assemblée qui débat, Cette assemblée est mixte
et rappelle donc la composition des chambres judiciaires mixtes mises
en place par les différents édits de pacification, ce qui tend à entretenir
la fiction d'un public de lecteurs-juges. Elle met en scène des sujets
catholiques comme protestants prêts à dialoguer ensemble autour d'une
guerre de plumes protestante et de la question de la légitimité de la
résistance armée face au gouvernement royal. C'est donc dans un esprit
d'écoute mutuelle que ces sujets français, catholiques comme protestants
décident de se réunir. Ce sont deux réformnés qui récusent l'idée selon
laquelle Daniel Tilenus développe les meilleurs arguments, qui plus
est, dans un français exemplaire alors qu'il est silésien:u
Apres la lecture d'iceux [les libelles de La Milletière et de Tilenus), par le plas
d'advis il fut advoué gue Tilenus pour un Silesien parloit meilleur Françols
gue la Milletiere, & quil en scavoit plus que luy. Un reformé qui esrois i
second& par un de ceux que la Milletiere appelle en son discours Bons Hrangois
ny pouvoit condescendre L] menuun 9213979
On note au passage que le rédacteur ironise à propos de l'emploi de
expression de « Bons François» par Théophile Brachet de La Milletiere
quil estime visiblement eroné. Les Bons François que désigne La Mileere
ne sont pas véritablement de Bons François, Les véritables Bons Franço
ne peuvent que sourenir la politique royale et ne peuvent encourag
la príse d'arme contre l'Etat monarchique. En tant que represc
8 ercare irangols, p. cit, vol. VII, 1623, p. 217 (pour lannée 1621),A propos
rétérences historiques de I'orateur voit ibid, P. 219.
86 Tbid., P. 216,
21 des Roys.
moment du récir
de l'orateur.
confession
alors la parole
confessions
Teanrblbg avilb
sa solidité,
assemblée est mixte
mixtes mises
à entretenir
des sujets
autour d'une
légitimité de la
dans un esprit
protestants
l'idée selon
arguments, qui plus
silésien:u
Tilenus), par le plas
meilleur Françols
qui esrois i
Bons Hrangois
9213979
l'emploi de
La Milletiere
La Mileere
Bons Franço
encourag
represc
A propos
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 427
du parti des Politiques, on comprend que pour lui un Bon François ne
peut être que I'héritier de ce tiers parti"sted
Les rédacteurs du Mercure François reviennent sur les arguments
échangés entre celui quils appellent «le Rétormé et son contradicteur,
lorateur catholique isu du parti des Politiques. Cest ce dernier qui
produit, avec douceur, les arguments les plus convaincants dans ce débat
sur la valeur des deux textes, et, Cest surtout à lui que les frères Richer
donnent le dernier mot dans cet échange. Il est possible d'en conclure
qu'ils soutiennent son point de vue Lorateur soutient, quant à lui,
le parti de Daniel Tilenus et conteste l'idée que l'on puisse prendre
légitimement les armes contre le gouvernement royal, y compris pour
défendre le protestantisme dont il est pourtant l'un des représentants.
Alors même que les combats ont pris fin et que l'assemblée de La
Rochelle est dispersée, les frères Richer donnent à voir un troisième
niveau de combats interconfessionnels en mettant en scène un public
mixte. Ce dernier niveau d'affrontement (l'examen et la critique argumentés
des guerres de plumes) tend à clôturer la polémique par la
victoire de Tilenus. Les arguments développés par «le Réformé» le
sont justement beaucoup moins que ceux de l'orateur catholique et sont
discrédités par les commentaires des rédacteurs, qui les marquent du
SCeau de la « mauvaise foi » :
Et apres plusieurs dits, & contredits le Reformé feit gloire de ce que T1lenus
navoit fien tespondu, touchant ce que la Milletiere rapporte de Haict monstres
qui avosent dessein d'attenter à la personne du Roy, estranglez en la prison, sans que
la Justice en aye esté accompagnee de l'exemple public : Ce qui sestoit faict exprer &
Wesiagd en ceste sorte spar le pouvoir des Jesuistes, afin de cacher à la cognossance des
peuples leur abominable meschanceté: En quoy se monstroient quelques gens de bien
8randement abusez, qui estimoient que le meilleur estoit de proceder ainsi en cachette
a pplice de ces crimes enormes, croyans, que par la vengeance publique Ces detestabler
ecitons estoient suggerez à d'autres, Et puis entrant en cholere, dit: An diable
soient les Ravaillac &cex: qui les supportent & favoriento
plus d'avoir déplacé le débat sur un terrain qui n'était pas celui de la
SCLISSIon originelle, et cela suite à une série de contradictions dont i
88 M Voir par exemple Jouanna, Arlerte, Le Prince absolu,o 0p. cit, P. 44,
RO re François,, 0p. cit., vol, VIII, 1623, p 216, (pour l'année 1621), 89
M propos Debbagí-Baranova, Tatiana, A coups de libelles, o oy op. cit, p. 4D8,
e trangois., ,, op, cit., vol, VIII, 1623, p. 216-217 (pour l'année 1621).
428 g HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ETAT
ne veut prendre acte, le Réformé » se laisse déborder par ses émotion
et se met en colère en relançant la polémique autour de l'implication
des jésuites dans l'assassinat d'Henri IV. Cette diatribe offre aux rédacteurs
du Mercure Frangois la possibilité de longuement laisser la parole
à l'orateur catholique qui déend la politique et le régime de paix, en
plus de défendre le texte de Tilenus. Le récit de réception proposé par
les publicateurs de la guerre de plumes ne concerne finalement pas
vraiment le désaccord protestant sur lequel un jugement était déja pré
sent en filigrane dans la publication des deux textes imbriqués l'un à
l'autre dans les pages précédentes, La situation de communication que
les frères Richer mettent en scène clôt la polémique sous couvert de la
prolonger et permet surtout aux deux imprimeurs d'argumenter et de
défendre leur point de vue en animant la figure de l'orateur Politigue,
De fait, il est tout à fait possible de considérer que le « je» qui ntroduit
au lecteur la petite réunion privée qui se donne pour tâche de juger des
arguments des deux libellistes est le « je» de l'orateur catholique qui
répond au Réformé». La parole est clairement distribuée au moment
où le catholique réfute les arguments du & Réformé» puisque l'on passe
du rédit au discours direct. En revanche, il est nettement moins évident
de savoir qui a la parole à la fin du discours 2iytcon ba
Si je n'avois une affaire où je suis presentement necessité d'aller, je vous dirois
deux mots de ces Bons Prançois desquels parle la Milletiere, de leur origine, ae
leur fondateur l'Abbe du Bois, pourquoy il fit ceste division de Bons Frangous
& de Ligueurs apres la mott du feu Roy Henry le Grand : comme l'Estat n est
jamais bien regy selon l'opinion de ces nouveaux Bons FrançOis : comme u
favorisent tousjours le party de ceux qui prennent le mecontentement,
beaucoup d'autres choses à ce sujet. C'est ce qui se passa en ceste revisieu
Iivrets de la Milletiere & de Tilenus, où nous finirons ceste annee
La confusion entretenue sur l'identité du «je» lest à dessein. Ce a
qui revient sur l'utilisation abusive de l'expression « Bons FrangoiS» pa
La Milletière partage les positions du « je» commentateur du dialog
Comme on peut le voir plus haut. Ainsi, est-ce l'orateur cathoug
qui doit quitter l'assemblée ou bien est-ce le rédacteur du MerzrE 9
91 1bid., p. 217,
92 Tbid, p. 220,
93 1bid., p. 216.
ses émotion
l'implication
aux rédacteurs
laisser la parole
de paix, en
proposé par
finalement pas
était déja pré
imbriqués l'un à
communication que
couvert de la
d'argumenter et de
Politigue,
qui ntroduit
de juger des
catholique qui
au moment
puisque l'on passe
moins évident
2iytcon ba
je vous dirois
leur origine, ae
Bons Frangous
comme l'Estat n est
FrançOis : comme u
mecontentement,
ceste revisieu
annee
dessein. Ce a
FrangoiS» pa
du dialog
cathoug
MerzrE 9
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 429
doit laisser-là son ouyrage de compilation ? Le « je» qui se positionne
Comme témoin peut tout à fait être le même que celui qui représente
lorateur catholique. Ce dernier est potentiellement une incarnation des
freres Richer. Si l'on souscrit à cette hypothèse, le dédoublement du
a je» permet aux rédacteurs la diffusion très explicite de leurs positions
politiques tout en respectant l'éthique de l'écriture de l'histoire développée
dans les préfaces des premiers volumes du Mercure Fsangois. Quoi
qu'il en soit, les rédacteurs du recueil partagent, a minima, I'opinion de
Torateur catholique à propos de la polémique protestante mais aussi et
Surtout à propos de la coexistence entre sujets de différentes confessions
En plus de savamment orchestrer une confusion autour des locuteurs
catholiques, les rédacteurs du Mercure Frangois qui mettent en scène
ce récit de réception procèdent à un brouillage temporel. Le récit de
I'échange mené autour de la polémique protescante prétend anticiper
sur le régime de paix instauré par la signature du traité de Montpellier
en même temps qu'il redouble le triomphe du parti politique er le
rerour de la paix, tout en produisant une leçon de conduite adressée
aux sujets du royaume de France. En effet, la compilation du Discours
et de I'Examen comme le récit de l'assemblée des devisants trouvent
place dans les pages du huitième volume du Mercure François dédiées à
I'année 1621. Pourtant, si le texte de l'Avertisement de Daniel Tilenus
est daré de 1621, celui du Disconrs de La Milletière a été publié en 1622
tout comme celui de 1'Examen. L'assemblée de devisants sest tenue au
mois de juin 1622, alors que les textes des deux libellistes sont diffusés
dans l'espace public parisien. Les combats armés cOuvrent coute cette
periode et la guerre des libelles entre Tilenus et La Milletière refiète
l'une des modalités de la pise d'armes. La discussion aurour de leurs
valeurs respectives produit un troisième niveau du confli. Tous cesS
textes, compilés, remaniés, agencés, manipulés et pourquoi pas écrits
pour l'occasion, sont publiés dans les pages du Mercure Frangois en 1625
OrS que le royaume est désormais régi par le traité de pacification de
AOntpellier. Lissue indéterminée de la réunion privée à laquelle est Cense
pdrciCiper lun des rédacteurs du Mercure contribue à cette confusion
porelle. Le « Réformé» est à l'évidence mis en difficulté lors de cette
On de juin 1622 -comme les rebelles de l'assemblée de La Rochelle
du se séparer suite au traité du mois d'octobre 1622. Face à lui,
Catholique se fait le chantre de la paix et d'une coexistence
430 UHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT A
pacifque entre sujets catholiques et prorestants dans le royaume los
de cette discussion alors que le régime de paix est réactualisé depuis ce
même mois d'octobre 1622: 3eineni2orisi
o J cous noms & sobriquets de party qui peuvent apporter la division & des
animositez entre les subjets du Roy doivent estre prohibez. Je n'approuve
point qu'on vous appelle Poltrots & Parpaillots, non plus que vous appeliez
les Catholiques Ravaillacs & Papistes, Lon scait assez que vos Ministres font
9900 autheurs de ces noms de party, & quils ont embrouillé les testes des femmes
&des enfans"
Le succès du progyamme des Politques 03no0mrna2slbeiq na
Les imprimeurs catholiques, en republiant la polémique qui oppose
Tilenus à La Milletière et en en livrant un récit de réception, affirment
leur appartenance au parti des Politiques de deux manières, Premierement
en affaiblissant le parti des rebelles protestants assemblés à La Rochelle
mais aussi le parti protestant en général que le lecteur perçoit à cette
occasion divisé en deux grandes tendances politiques. Au moment de
la discussion qui met en abyme ce désaccord, Cest encore un rebelle
protestant qui présente les arguments les plus faibles. Ensuire, les arg
ments de l'orateur catholique consolident la position du parti de tous
les sujets qui souhaitent afficher leur fdélité au pouvoir monarchigue, a
ce que le rédacteur appelle «le parti des Roys"» et qui peut assenmbler
des protestants aux catholiques.
La présence d' éléments de la grammaire libelliste propres aux contits
du xv siècle sous les presses des frères Richer fait d'eux bien plu
que de simples compilateurs. Ils s'apparentent alors à de véritables
auteurs de libelles puisque ce sont eux qui réécrivent la polemigue
entre Tilenus et La Milletière et qui livrent le récit de sa réceptiou
passé et l'expérience de Jean Richer auprès d'Henri III à l'époque de l
Ligue rendent plus que probable ce réinvestissement d'une grammau
libelliste lors de la reprise des guerres de Religion, et ce dans un esp
de grande fidélité à ses engagements politiques passés. Lusage
fait du desaccord protestant par les rédacteurs catholiques du M
rangois au moment de sa compilation et de sa republication sexpl
94 Tbid, p. 218-220.
95 1bid., p. 217.
royaume los
depuis ce
3eineni2orisi
division & des
n'approuve
vous appeliez
Ministres font
des femmes
03no0mrna2slbeiq na
qui oppose
affirment
Premierement
La Rochelle
perçoit à cette
moment de
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Ensuire, les arg
parti de tous
monarchigue, a
assenmbler
aux contits
d'eux bien plu
véritables
polemigue
réceptiou
l'époque de l
grammau
dans un esp
Lusage
du M
sexpl
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 431
par la possibilité de superpose nouveaux enjeux etd'argumenter en
faveur du parti des Politiques, initialement absent de l'échange entre
les deux protestants. Chez les frères Richer, ce constat de la republication
des libelles protestants comme preuves de la faiblesse du parti des
rebelles au pouvoir monarchique saccompagne d'une véritable action
dirigée contre la consticution de tout parti enclin à la désobéissance et
pour la paix par la publication d'un véritable libelle inédit, fruit de
la compilation de plusieurs libelles plus anciens. Le recueil publie et
republie la paix rendue possible par l'obéissance au pouvoir politique.
Ce faisant, le Mercaure publie et republie également la raison d'Etat.
Parmi les éléments apparus au moment des guerres de Religion, il faut
souligner la distinction entre espace du public et espace du particulier
qui procède, d'après Diane Roussel, d'un compromis entre les sujets et
I'Etac. Ce compromis qui a pour bur la concorde civile assure à l'Etat
le monopole d'une parole publique et accorde aux sujets des espaces de
libre parole, espaces mis en scène dans les pages du Mercure Frangois
Le désaccord qui oppose La Milletière à Tilenus, par les formes éditoriales
empruntées dans les pages du Mercure mais aussi par sa ou ses
publications, relève résolument de l'action. La contextualisation de la
polémique comme des différents épisodes de sa publication, entre une
année de guerre civile et une année de paix, aide à mieux saisir son
caractère offensif de la part des libellistes mais aussi de ses publicateurs
parmi lesquels Jean et Estienne Richer. Le parcours du confit, modiné
au fil du processus de publication, modèle la controverse qui se distingue
par son caractère plastique, tout comme l'espace de publiciré quelle
affecte, en proie à la dilatation (lorsqu'elle devient une polémique) ou a
une prétendue rétractation (lorsqu'elle est discutée en assemblée privée.
Ces actions de publication jouent et rejouent la guerre mais aussi la paix
de Religion et la victoire du parti monarchique. Les contextes respectifs
de publication des volumes VII et VIII du Mercure Frangois exacerbent
implication personnelle des frères Richer et rend plus sensibles encore
Enjeux de publication de la paix en 1623. Pour la première fois depuis
D 96 , Diane, «Lespace public comme enjeu des guerres de Religion et de la paix civile.
IOns sur la notion d'espace public et ses métamorphoses à Paris au X SIecie
art, cité, p. 131-146.
432 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ETAT
1611, Jean Richer, l'aîné des deux imprimeurs revendique presque
explicitement la responsabilité de la publication du Mercure Francois
en apposant ses initiales au bas de la prétace au lecteur. A l'exception
de ce cas, seule la préface du premier volume du Mercure François est
signée du nom de Jean Richer. Or, les deux volumes publient la paix
soit dans un contexte de crainte de fragilisation de ce régime suite à
l'assassinat d'Henri IV soit dans celui du rétablissement de la paix
dans le royaume juste après la reprise des conflits religieux. En 1623,
les objectifs semblent donc sapparenter à ceux de la publication de la
mort d'Henri IV. Il s'agit de publier la paix avec force.
Jusqu'alors, même lorsqu'il publie la guerre comme cest le cas dans
ses septième et huitième volumes, le Mercre François fait la paix. De ce
point de vue, le recueil reste fidele à l'appartenance de ses rédacteurs
au parti de Politiques puis de leurs accointances avec celui des Bons
François du début du règne de Louis XIIP. Lascension politique du
cardinal de Richelieu, l'éviction de la reine Marie de Médicis et la
défaite du partí des Dévots après 1630, conduisent le recueil à revoir ses
pratiques éditoriales et à modifier son rapport à la guerre en raison du
changernent de ligne politique induit par les modifications des rapports
de force à la tête du royaume'5, Le Mercure François s'adapte ainsi au
contexte politique européen, à l'évolution de la politique menée par la
monarchie française et module son propos afin de respecter la négociation
mise en place à l'issue du procès de 1612 comme son engagement
auprès du gouvernement royal. tsn9i32 19 ne0pp
00 (aupiroslog an 165 stlbhpaa) nouusslib aáaimg.ce,
2oa9n0oedaupibnora inssg ulh oiosil22no
ldusb Gauchet, 97 Apropos de la paix comme lígne d'horizon politicque du parti des Politiques vo1 205.
Marcel, « LEtat au míroir de la raison d'État. La France ct la chrétienté», art. la
98 A ce propos, Marcel Gauchet souligne le fait que la polémique à partir de tne de
notion de raison d'Etat est intronisée en France porte sur le changeme
politigue etrangère voulu par le cardinal de Richelieu. Voir ibid, p. 216-2
presque
Francois
l'exception
François est
publient la paix
régime suite à
de la paix
En 1623,
publication de la
cas dans
paix. De ce
rédacteurs
des Bons
politique du
Médicis et la
revoir ses
raison du
des rapports
s'adapte ainsi au
menée par la
la négociation
engagement
ne0pp
ce,
oiosil22no
ldusb Gauchet, Politiques vo1 205.
chrétienté», art. la
partir de tne de
2
to S5LA PREPARATION ET L'ENTRÉE
DANS LA GUERRE OUVERTE
aloa2nod
Le récit de réception de la polémique entre Daniel Tilenus et Théophile
Brachet de La Milletière laisse entrevoir les tensions induites par l'usage
de la formule « Bons François » au début du xvi siècle, Les rédacteurs
du Mercure Frangois semblent provoquer leur lecteur (postulé) et cherchent
à susciter son indignation en relatant une discussion au cours de laquelle
des sujets favorables à la désobéissance prétendent incarner les Bons
Brançois. Pour des représentants de l'ancien parti des Politiques avides
de paix et d'ordre social, le véritable Bon François ne peut que refuser
fermement l'idée de se révolter contre le pouvoir monarchique. La tendance
Politique qui prend corps au moment des guerres de Religion
du XV SIecle ne se désigne plus systématiquement ainsi au début du
XVI Siecle mais ses partisans n'ont pas disparu et continuent à défendre
Iidée de la nécessité de se montrer loyal envers I'Etat monarchique. Or,
ce sont eux les vrais Bons François. Les Politiques du Xvr siècle devenus
Bons François au xvir siècle prennent le parti de procéder à une dissociaion
entre leurs convictions religieuses et leur conduite publique, afin de
tavoriser le repos public. Cest le sens de la provocation des rédacteurs
du Mercure. Un prorestant peut être « Bon François » à condition qu'il se
sOumette aux lois du royaume et à la volonté du roi. Mais comment I'un
des membres d'une assemblée considérée illégale, de surcroit l'auteur
d un libelle justifiant une rébellion ouverte et armée contre le gouvernement
monarchique, peut-il avoir l'arrogance de représenter les
pons rançois ? Les auteurs du Mercure François ne provoguent pas leur
iecteur, ils dénoncent les rebelles. Cette attitude, comme la vigueur du
rPar exemple Jouanna, Arlette, Le Primce absolu : apogée et déclin de Uimaginaire monar-
D PCI p. 44 et 77. Pour sa part, Marcel Gauchet fait des Politiques les aînés des
Ons 'rangois, Voir Gaucher, Marcel, « L'État au miroir de raison d'Eitat, La l'rance et
la chrétienté», art, cité, p. 216-217.
434 HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTAT
programme politique des représentants de l'ancien tiers parti justife
la désignation des frères Richer comme des Politiques. Il ne s'agit pas
seulement d'une commodité de langage mais de la défense de la thèse
selon laquelle les expériences politiques des guerres du xvf siècle ont
profondément marqué les deux frères comme leur écriture.
Les réactions générées par la revendication d'être des Bons François
prouvent le rôle déterminant du schisme religieux dans l'histoire de
la pensée politique du Xvl siede français comme dans la gestation
du concept d'Erat. Lidée que certains sujets sont qualifables de Bons
François alors que le programme politique des autres menace l'équilibre
de 1'Btat renvoie d'une part à la période des guerres de Religion er
d'autre part à la notion de « raison d'Etat ». Lintensité des usages de
celle-ci et la fréquence des débats qu'elle suscite dans différents milieux
S'expliquent justement, en France, par les contits interconfessionnels
de la fin du xvf siècle. Ce phénomène semble correspondre à la fin des
guerres de Religion et aux débuts d'une autonomisation des sphères
du politique et du religieux Les Politiques devenus les Bons François
de la première moitié du xvif siècle ne peuvent échapper aux débats
passionnés autour de la « raison d'Etat, soit qu'ils y participent soit
qu'ils en subissent profondément I'influence. Un tel constat Sapplique
aux frères Richer. Dans cette perspective, l'érude du Mercure Frangui
permet-elle de saisir l'évolution politique d'Estienne Richer, seul a la
tere du receuil depuis la mort de son frere en 1627 ? Quelle conception
de la raison d'Etat transparaît dans la compilation? Comment Estienne
Richer, Politique et Bon François, accommode-t-il ses conceptions pol
tiques à l'imposition de la vision cardinaliste de la raisond'Etat depuis
la Journée des Dupes ? Jusqu'à quel point a-til intégré la leçon de la
raison d'Etat enseignée par les publicistes de Richelieu comme capacire
à s'adapter aux circonstances politiques?
La raison d' Etat justifie la politique étrangère du gouveriement depu
le choix de ses alliances diplomatiques jusquà la décision de prendre
ouvertement part à la guerre contre l'Espagne en 1635. A propos a
manifeste étatiste publié en 1625 à la demande du cardinal de Richeuu
icheliean,
2 Sur ces points voir Thuau, Etienne, Raison d'Éiat et pensée politique a lepogue de l
P. Clp p. l05-106, ainsí que Gauchet, Marcel, «LÉrat au miroir de la raison d Ban
art. cité, p. 198-205 et Jouanna, Arlette, Le Prince dbsolu.. 0p, cit, P. 70-
3 Sur cette question voir par exemple ibid, p. 79-80,
parti justife
s'agit pas
de la thèse
siècle ont
François
l'histoire de
gestation
de Bons
l'équilibre
Religion er
usages de
différents milieux
interconfessionnels
à la fin des
des sphères
François
aux débats
participent soit
Sapplique
Mercure Frangui
Richer, seul a la
conception
Comment Estienne
conceptions pol
raisond'Etat depuis
leçon de la
comme capacire
gouveriement depu
de prendre
propos a
de Richeuu
icheliean,
lepogue de l
raison d Ban
70-
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 435
pour répondre à une campagne de presse ultramontaine, Érienne Thuau
écrit que le texte distingue à son tour les Bons François et stigmatise les
sujets incapables de percevoir les alliances diplomatiques avec des pays
protestants comme relevant de la raison d'Etat. Le texte du Catholique
d'Erat oppose les mauvais sujets du royaume en raison de leur rébellion
aux Bons François qui soutiennent la politique de Richelieu. Parmi
les sujets rebelles, le Catholigue d'Etat classe notamment les sujets qui
manifestent ou entretiennent des sympathies nostalgiques avec la Ligue
ou, plutôt, avec l'esprit de celle-c. La genèse du concept d'État est
dépendante d'un processus de laïcisation de la pensée politique et permet
de justifier l'entrée en guerre contre des puissances catholiques,
La justification de l'entrée en guerre contre IEspagne ne peut pas être
eludée par le gouvernement monarchique. Cest pourquoi lentrée du
royaume de France dans la guerre ouverte en 1635 constitue un poste
d'observation adapté à l'étude de la façon dont le Mercure Frangois est
travaillé par la raison d'Etat, Le fait de considérer le recueil comme un
objet autonome à l'origine d'un temps propre qu'il ordonne permet de
mesurer ces imprégnations au fil de ses volumes. Comment Estienne
Richer dont le frère fonde le Meraure en 1611 pour éloigner le spectre des
guerres civiles et saluer la politique pacificatrice de la régence justife-
Gil le changement de politique étrangère de la part du gouvernement ?
Com ment, deux ans après l'entrée en guerre du royaume, le MerLre
Frangois met-il en texte la préparation et la justification de la déclaration
de guerre dans les pages de son vingtième volume probablement publié
en 1637 et traitant des années 1634 et 1635 ? Lexamen de la théorie
politique des forces en présence à la veille de la déclaration de guerre
de la France à l'Espagne publiée dans le vingtième volume du Mercure
rangožs comme celui de la nécessaire remobilisation des esprits dans un
Contexte d'accroissement des dificultés françaises sur le front apportera
des éclaircissments à ces questions.
4Thuau, Etienne, Raison d'Etat., op, cil., p. 192.
Propos voir par exemple Duccini, Hélène, «La guerre de Trentce Ans en France
discours et représentations... », art. cité, P. 159.
est le 30 décembre 1636 qu'Estienne Richer obrient les privilèges d'impression pour
Vngtieme tome du Mercure François. Ce tome traite des années 1634 et 1059 et est
probablement publié au début de l'année 1657.
propos de la façon dont le Mercure Frangois fait en sorte de remobiliser les esprits par une
cation de l'entrée en guerre contre I'Espagne voir Cerdeira, Virginie, «Le Mercure
430 aUHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT A
scn UNE THÉORIE DES FORCES EN PRÉSENCE
0La théorie politique reproduite dans les pages du volume XX du
Mercure François, consacré aux événements des années 1634 et 1635 est
encore anonyme aux yeux du public. Elle a été produite afin de convaincre
le gouvernement royal d'intervenir ouvertement dans le conflit européen.
Sa reproduction dans les pages du Mercure dédiés à l'année 1634
nous conduit à émettre l'hypothèse selon laquelle les auteurs du recueil
attribuent soit l'établissement de ce texte soit sa communication au
gouvernement royal à l'année 1634.
UN TABLEAU POLITIQUE ET HISTORIQUE DE L'EUROPB h or
M
Dans son vingtième volume, le Mercure François publie un essai
intitulé De l'lnterest des Princes & Estats de la Chrestiente. Le texte est
immédiatement précédé par la relation de l'alliance du duc Charles de
Lorraine avec la maison d'Autriche. Le Mercure commente cette décision
en considérant que le duc a probablement perdu la raison et rappelle
à quel point «il est difficile de sçavoir bien regner». Le manque de
discernement qui caractérise les choix politiques de Charles de Lorraine
offre au Mercure l'occasion d'une généralisation sur les compétences
politiques dont doit être pourvu un bon dirigeant
Aussi n'appartient-il pas à tous de juger du vray interest d'un Estat, & de
sgavoir le suivre. Le manque de cette cognoissance a causé des revolutions
estranges en divers Estats de l'Europe; la consideration desquelles a oblige
0 20n personnage de merite & bien entendu en affaires d'Estat, de faire re1f0iexI0D
sur les interests des Princes de la Chrestienté, par ce petit Discours
En matière de politique étrangère, il convient de connaître avec precisiou
les faiblesses et les atouts des Érats susceptibles de s'affronter dans uu
Frangois entre en guere », dans Argumenter en guerre 3 discours de guerre, discours suir guerT
drscours dans la guerre deVAntiquite à nos jours, textes réunis par Cronier, Emmanu1 e-3ru0e8ll.e
Benjamin, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 201P
8 Mercure Frangois., 9p, cit, vol, XX, 1637, p. 46-126, (pour l'année 1654),
9 Ibid, p. 45.
10 Ibid,
XX du
1635 est
convaincre
conflit européen.
l'année 1634
recueil
communication au
or
un essai
texte est
Charles de
décision
rappelle
manque de
Lorraine
compétences
Estat, & de
revolutions
desquelles a oblige
re1f0iexI0D
Discours
precisiou
dans uu
discours suir guerT
Emmanu1 e-3ru0e8ll.e
201P
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 431
Contexte conflictuel. A propos de la guerre de Trente Ans, cette théorie
vise à établir une connaissance fine de ces derniers afin de jauger les
forces respectives de la Hrance et de I'Espagne et de juger de la pertinence
d'une entrée ouverte dans la guerre.
Analyses et expertises politiques d'une Europe des États iau712
Le apersonnage de mérite» que le Mercure Frangois ne nomme pas
et qui est à lorigine du discours en question n'est autre qu'Henri de
Rohan, l'ancien chef de la résistance prorestante dans le sud du royaume,
secondé en cela par son frère Benjamin de Rohan, duc de Soubise. Après
la signature de l'édit de pacification d'Alès au mois de juin 1629, Henri
de Rohan est contraint de s'exiler. Il effectue un séjour de quelques années
dans la République de Venise. Il tentre en grâce en 1634 et prendle
Commandement des troupes royales françaises dès 1635 en Valteline.
C'est probablement entre 1630 et 1634 qu' Henti de Rohan compose
le texte De P'Interest des Princes entre Venise, la Suisse et Paris. Cest
d'ailleurs dans les pages dédiées à l'année 1634 que le Mercure François
publie l'ouvrage d'Henri de Rohan, confortant peutr-ecre l'hypochèse
selon lacuelle cest au cours de cette même année 1634 que le duc a
rédigé le texte De l'Inierest des Princes. En dehors de sa publication anonyme
dans le Mercure en 1637, 1'ouvrage d'Henri de Rohan est publié
de maniere posthume à Paris en 1638. Il fait suite à un autre texte duu
duc intirulé Le parfaict capitaine. Tous deux sont précédés d'une épître
dédicatoire adressée au cardinal de Richelieu.
Le «discours qui suit appartient au genre des « tableaux"» politigques,
procèdant à une description géopolitique minutieuse des forces
européennes.: Le texte De /PInterest des Princes se compose de deux grandes
parties. Une fois son propos introduit en une page et demie, la premiere
examine d'un point de vue théorique l'intérêt de dhacun des grands Etats
la chrétienté en commençant par celui de l'Espagne puis de la Erance,
CExte de cette première partie est long d'une vingtaine de pages. Il
T Ce Ppropos la mise au point de Christian Lazzeri, Lazzeri, Christian (éd), Rohan,
1enri (de), De l'intérêt des princes et des Eiats de la chrétienté, Paris, Presses Universicaires
rance, 1995, p. 153-154. Voir également Meinecke, Friedrich, Lidée de la raison d'Etat
dans l'bistoire des temps modernes, Genève, Droz, 1973, p. 12.
au, Etienne, Raison d'État..., op. cit., p. 311. Voir aussi Lazzeri, Christian (ed),
ntroduction» dans Rohan, Henri (de), De l'intérêt des princes., p. Cih, P. 12
438 3U9HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 3081
se penche successivement sur l'intérêt de l'Espagne, de la Erance, des
princes d'Ttalie en général, de la république de Venise, du saint siège, du
duché de Savoie, de l'Allemagne, des Suisses, des Provinces-Unies, du
Pays-Bas et pour finir de l'Angleterre comme nous l'enseigne la table
des matières du Mercure Frangois La seconde partie du texte, reproduite
dans le recueil entre les pages 67 à 126, confronte ces considérations
théoriques à des épisodes historiques récents au cours desquels ces
intérêts ont pu être respectés ou contrariés. Cette double perspective
Sexplique par l'adoption d'un principe d'individualisation des Erats
par Henri de Rohan qui a notamment pour conséquence la relativité
des intérêrs de chaque Etat et donc l'impossibilité de leur appliquer
des maximes politiques prétendument immuables. Le séjour vénitien
d'Henri de Rohan au début des années 1630 explique probablement
la double infuence des penseurs politiques italiens et des pratiques du
personnel diplomatique italien sur la pensée du protestant La première
partie de l'analyse d'Henri de Rohan est théorique en cela quelle
a pour but de déterminer de manière objective le contenu de l'intérêt
de chaque État, Son propos est tout à fait concret. Lintérêt de chaque
Btat est considéré objectivable en cela qu'il est fonction d'un certain
déterminisme. Ce déterminisme essentiellement géographique tonde
largement lindividualité des Etats. L'examen de l'intérêt de chacun des
Etats considérés débure done par quelques lignes sur la géographie et
la physionomie de leurs territoires, Ces deux dernières ont parfois pour
conséquence de dessiner des intérêts contradictoires entre deux Erats
Cest particulièrement le cas pour l'Espagne et la France", Linscription
naturelle de leurs intérêts respectifs conduit les monarchies française er
espagnole à mettre en application des maximes daction antagonistes
aMais cela ne suffisant pas pour traverser les progrez d'Espagne, T'interest
de la Hrance est, de prendre tout le contre-pied des maximes que nou
venons de deduire lpour l'Espagne], iecmosirus ns2
13 Mercare Frangois.., 0p, cit, vol. XX, 1637, p. 46-67 (pour l'année 1634).
14 lbid., p. 67-68.
1D Sur ces questions voir par exemple Lazzeri, Christian (éd), De l'intérêt des princes necke
D49, ainsi que Thuau, Etienne, Raison d'Éial.., op, cít, p. 313-314. Voir aussi c
Friedrich, Lidée de la raison d'Erat., op. cit., p. 153 et 167,
16 Sur ces questions voir ibid., p. 133-139
17 Mercure rangois.e, op. cit, vol. XoX, 1637, p. 47 ct 53 (pour l'année lG59
18 Ibid.
Erance, des
siège, du
Unies, du
la table
reproduite
considérations
desquels ces
perspective
des Erats
relativité
appliquer
vénitien
probablement
pratiques du
La première
cela quelle
l'intérêt
chaque
certain
géographique tonde
chacun des
géographie et
parfois pour
deux Erats
Linscription
française er
antagonistes
T'interest
que nou
ns2
princes necke
aussi c
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 439
Une fois établis le contenu objectif de l'intérêt de chaque Etat, ses
conséquences en termes de positionnement politique et donc de conduite
politique; le texte De l'lnterest des princes propose à son lecteur un éclairage
historique de la situation objective mise à jour. Cette démarche
sexplique parce qu'Henri de Rohan considère que les Etats qu'il examine
Sont également individualisables en raison de leur passé. Cette détermination
historique ne Sélucide pas, sous la plume de lauteur, en faisant
remonter son analyse à l'Antiquité, car, selon lui, l'intérêt individuel
de chaque Etat dépend de la position de ce dernier. Cette position, bien
qu'historiquement déterminée, est susceptible d'évoluer", Pour cette
raison, l'analyse d'Henri de Rohan se focalise sur une histoire récente
Significativement, la première des « affaires agitées » qu'étudie l'auteur
est celle de la Ligue dans un «Discours de la Ligue » de 13 pages, Né en
1579, Henri de Rohan est encore un enfant au moment de la levée du siège
de Paris en 1590. Il ne peut pourtant qu'avoir été marqué par la période
de la Ligue et des troubles interconfessionnels et n'a d'ailleurs pas hésité
à diriger la rébellion protestante contre le gouvernement royal dans les
années 1620. Cependant, l'analyse qu'il produit de la situation géopo
litique de lIEurope dans les années 1630 ne stigmatise pas l'opposition
entre catholiques et protestants. Cest à l'aune du confilit franco-espagnol
qu'Henri de Rohan dresse le portrait géopolitique de l'Europe. Après
avoir déterminé la substance des vrais intérêts de l'Espagne puis de
la France, lauteur examine ceux des autres Etats comme de simples
Conséquences à la position adoptée dans l'antagonisme franco-espagnol,
Comme il lannonce dans les propos liminaires de son ouvragesDes lors,
les affaires de la Ligue sont en partie réexaminées par l'auteur au prisme
ae concurrences clanigques soutenues par le conflit franco-espagnol, les
desaccords confession nels n'intervenant qu'en second lieu. Chacune des
artaires agitées» analysées par Henri de Rohan reflète pour les Etats
Opeens les enjeux d'un positionnement perspicace dans la compétition
fanco-espagnole2. Ce travail a aussi pour but de convaincre le cardinal
oazzeri, Christian (éd.), De l'intérê des Princes.o, Op, dit, p. 133-134.
20 Ibid., p. 139.
9eure Prangois.,, 0D. cit., vol, XX, 1637, p. 68 (pour l'année 1654),
22 Ibid, p. 68-81,
23 Ibid, p. 47.
24 Il sa espectivement de: a Discours sur l'affaire de la Ligue. Discours sur la guerre
uyoye, Discours sur le differend survenu entre le Pape PaulV& la Republique die
440 rO HISToIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT OA
de Richelieu de la pertinence d'une entrée en guerre ouverte contre la
monarchie espagnole.gnmonnormue09 ab2am97 09 209
-Louvrage d'Henri de Rohan refète le mouvement étatiste qui voit
se substituer la nation à la religion comme critère de caractérisation
d'un&bon sujer». Au plus tard cing ans après avoir dirigé les troupes
protestantes contre le gouvernement catholique, Henri de Rohan fait
figure de membre de la &fraction protestante des politiques7" », qui
après la défaite des rebelles protestants, n'ont plus vraiment dautre
choix que d'offrir leur service au roi dans le contexte de la guerre de
Trente Ans. Le texte De l'Tnterest des Princes, en procédant à une analyse
individualisante des États européens, fait figure de texte emblématique
de la littérature étatiste et de la pensée politique de la raison d'Erat 2n 912 dans les années 1630.
Ouelle plae dans la littérature étatiste ?og 19q en I 0eo
D'importantes notions de la pensée étatiste sont explorées par Henri
de Rohan dans le texte De l'interet des princes3 Celles d'« intérêts »,de
a maximes d'Etat » et de «balance des forces» parcourent largement
le texte et y acquièrent une signification et une force nouvelles. Ahn
de mesurer l'enjeu de la publication du texte de Rohan dans les pages
du Mercure François comme justification de l'entrée en guerre contre
IEspagne, la notion de « balances des forces» est centrale. Elle justihe
la conduite intégrale d'une analyse géopolitique européenne à l aune
du confiit franco-espagnol. La question de la « balance des forces» Vient
de lIhypothèse d'un équilibre des forces entre les principaux Etats en
contit motivant la mise en place de systèmes d'alliances de la part de
IEspagne comme de la France, afin de consolider les forces de chacun
Ce jeu diplomatique est compliqué par la nécessité de prendre en comple
ers.
Venise, Discours sur la treve des Pais-bas. Discours sur l'affaire de CleveSs S Juru leus
DIscours sur l'election de l'Electeur Palatin au Royaume de Boheme. DiscouD
OUVemens survenus pour la succession du Mantouë & de Montferrat. » Com
apprend la table des matières du vingtième volume du Mercure FrangoIs, 1014,, 11592.
25 Sur ce point voir aussí Meinecke, Friedrich, L'idée de la raison a' Etabo oe 192.
26 Ace propos, voir par exemple Thuau, Érienne, Raion d'Eiat. 0 ch Meinecke
27 Lazzeri, Christian (d), De l'imerêt des Princes.., 0P, cit, P 151 oir Meinedk
ne manque pas de souligner 1l'évolution politique d'Henri de Rohan. vo
Friedrich, Lidée de la raison d' Etat.o, op. cits p. 163. 9
28 Lazzeri, Christían (éd), De l'intérêt des Princes, , op, cit., p. 2-3 etp. 149-140
ouverte contre la
209
étatiste qui voit
caractérisation
les troupes
Rohan fait
politiques7" », qui
vraiment dautre
guerre de
une analyse
emblématique
raison d'Erat 0eo
explorées par Henri
intérêts »,de
largement
nouvelles. Ahn
dans les pages
guerre contre
Elle justihe
européenne à l aune
forces» Vient
principaux Etats en
de la part de
de chacun
prendre en comple
ers.
de CleveSs S Juru leus
DiscouD
» Com
FrangoIs, 1014,, 11592.
Etabo oe 192.
ch Meinecke
oir Meinedk
vo
9
149-140
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 441
non seulement les forces de son propre Etat, mais aussi le potentiel
de nuisance de ses alliés. Il implique une neutralisation permanente
des grands Etats chrétiens grâce à un jeu d'équilibre en renégociation
constante. Lutilisation de « contrepoids» rend possible le maintien
des forces européennes à l'équilibre et permet à chaque Btat de servír
son principal intérêt à savoir sa conservation. Cest pourquoi Henri de
Rohan commence son propos par l'étude de l'intérêt de I'Espagne. Il
lui suffit ensuite de développer le négatif de chacune des propositions
relatives à 1Espagne pour déterminer l'intérêt du royaume de France.
Les éventuels alliés n'ont plus qu'à adapter leur politique diplomatique
en fonction de leurs propres intérêts (conditionnés par le maintien de cet
6quilibre) et des forces de chaque État à un moment donne0, Lexamen
méticuleux des intérêts des Erats les plus importants de l'Europe auquel
se livre Henri de Rohan a vocation à établir un état des lieux précis
des forces en présence au moment de sa rédaction. Cette évaluation
demeurée manuscrite jusqu'en 1637 et anonyme jusqu'en 1638 masque
un argumentaire que l'auteur conclut en insistant sur la nécessité pour
la Erance de continuer à contrarier les desseins espagnols: asult
La resolution de la France seta à jamais memorable, laquelle nonobstant
le siege de la Rochelle assistée de l'Anglois, la guerre du Languedoc que
I'Espagnol faisoit mine de secourir, n'a cependant jamais abandonné ses
Vrayes maximes, en assistant puíssamment ses voisins, & choquant par cout
le dessein d'Espagne. D'où je conclus, que la gloire du Roy, la grandeur de
son Estat, & la haute reputation dont il joüit, dureront autant qu'il se tiendra
ferme en cette resolution b
En hligrane, c'est la question de l'opportunité de finalement déclarer
la guerre à l'Espagne que pose le duc. Si l'on souscrit à l'hypothèse
Selon laquelle le texte De P'Interest des Princes est achevé en 1634, il
Iaut considérer que le duc ne se contente pas de poser le problème
l atirme qu'il est temps pour la France d'entrer ouvertement dans le
9Le texre De linterest des princes décline la notion en ucilisant les tecrmes de « contrepointer
ContrepoS » Qu « contrepoids» ; en plus de celle de « concre-pied », Mercure Fraugois.-
02. Cit, vol. XX, 1637, p. 47, 53, 56 et 84 (pour I'année 1634).
30 Ibid, p. 47.
S1 Tbid., p. 126.
apropos de cette hypothèse, voire Meinecke, Friedrich, Lidle de la raison d'Etat. p. Cit,
, 152.
442 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATAT
conflit et tente de convaincre le cardinal de Richelieu de la justesse de
son jugement. La datation du texte d'Henri de Rohan par le Mereure
François indique que cest ainsi que le rédacteur lentend. La publication
du texte, quant à elle, implique qu'il considère que le duc a atteintses
objectifs grâce à une argumentation solide et convaincante. Pourtant,
ce n'est pas ce rôle De llnterest des princes que l'auteur espère mettre
en lumière en publiant ce texte resté inédit en 1637: Quels usages de
l'ouvrage d'Henri de Rohan justifie sa publication dans le vingtième
volume du Meraure François, moins de deux ans après la déclaration de
guerre de la France à l'Espagne?bsp atlg ro nel, ehovanve e
ELTE L TE AMBELREGAUURE D FER ALNINÇTOEISREST DES PRINGESuprbst smo1eb 1 191dilups
L'examen de la relation du recueil au texte d'Henri de Rohan conduit
au constat des modifications entraînées par ce choix de publication sur
le Mercure François, Ces changements sont de plusieurs ordres. b
Histoire réécrite ou Contrariee?5 i sizmoo 1113G02 s5 0ssl
La reproduction du texte de Henri de Rohan dans le Mercure François
Contrarie la pratique habituelle de la fabrique du recueil, généralement
composé de la compilation de textes déjà portés à la connaissance du
public, La publication de la seconde partie du texte De l'lnterest des
Princes semble contrevenir en partie au contrat d'écriture établi par Jean
Richer au moment de la fondation du Mercure François et rappelé dans le
peritexte de certains de ses volumes. Non parce qu'il s'agit d'une piece
indépendante convoquée pour participer au travail de compilation, mais
plutöt en raison de la façon dont le temps y est traité. En se proposant
de revenir sur plusieurs des «affaires presentes», le texte d'Henti a
Rohan réécrit une histoire pour une large part déjà écrite dans et pa
les dix-neuf premiers volumes du Mercure François. C'est le cas pou
cng des sept affaires analysées par Henri de Rohan4. A l'exception
des deux premières, àà savoir le « discours sur l'affaire de la Ligue» et i
discours sur la guerre de Savoie », l'ensemble des événements trale
par le duc se sont déroulés après 1605, qui est la premiere annce
nt
3343 IVbiodir., M pe. r6c7u-r1e2 P6r.angois., op, cit., vol. XX, 1637, p. 46 (pour l'année 1634,
justesse de
Mereure
publication
atteintses
Pourtant,
espère mettre
usages de
vingtième
déclaration de
ehovanve e
191dilups
conduit
publication sur
ordres. b
s5 0ssl
François
généralement
connaissance du
l'lnterest des
par Jean
dans le
d'une piece
compilation, mais
proposant
d'Henti a
dans et pa
cas pou
l'exception
Ligue» et i
trale
annce
nt
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE A43
les événements sont relatés dans le Mercure. Le temps n'est plus conçu
comme un continuun nécessitant la reprise du récit des événements
récents là où il avait été laissé par le volume précédent. Momentanément
au moins, le Mercure Fiangois ne procède plus àl'écrirure d'une histoire
du temps présent mais à lécriture de Ilhistoire européenne à une autre
échelle et selon une autre temporalité. Dans les pages qui publient
Touvrage d'Henri de Rohan, le recueil cesse d'être sa propre référence. En
conséquence de quoi,le Merure François accepte la révision de sa propre
version de I'histoire par le duc de Rohan. En théorie, ces deux versions
ne devraient pas diverger et l'irruption d'un récit historique consacré
aux années anrérieures à 1634 ne peut pas nuire au travail d'historien
mené jusqu'alors par les auteurs du Mercure Frangais. ILéthique de véricé
qui guide leur écrirure les en préserve. Pourtant, la modifcation du
contrat d'éctirure introduite par la publication de 1l'opuscule d'Henri
de Rohan ne modifie pas uniquement la forme du recueil. Les thèses
de l'auteur vont au-delà de la simple révision des faits historiques et
contredisent l'interprétation de T'histoire 1ivrée par les frères Richer
dans les précédents volumes du Mercure Frangois
En souscrivant aux thèses d'Henri de Rohan publiées dans le ving
tieme tome du Mercure François, Estienne Richer semble afficher ses
propres contradictions". La conclusion apportée par Henri de Rohan
a son ouvrage critique la politique de la régente Marie de Médicis. Si
lintérêt du royaume de France est de « choqufer] par tout le dessein
dEspagne9», que penser de la politique pro-espagnole conduite par
la régente au temps de la minorité de Louis XIII ? Que penser par
ple des mariages espagnols conclus en 1615 ? Henri de Rohan
IOurnit la réponse un peu plus haut au cardinal de Richelieu auquel
l'ouvrage est dédié:
Mais luy Henri IV] mort, &Loüys sur le throsne en l'aage de neufans, toutes
pb choses changerent de face en France. Car Marie avoit obtenu la Regence,
&voulant affermir son authorité contre les Princes du sang & grands duu
Koyaume, procura la des-union parmy eux, & se jetta entre les bras de Kome
a sspagne, croyant avoir besoin pour lors de la premiere Puissance,& en
ment d'introduire le texte De l'lnterert des Princes, Estienne Richer qualifie Henti
nn de apersonnage de merite & bien entendu en affires d'Estatr, ibid, p. 46
pour l'année 1634),
36 Ibid., p. 126.
444 TUDHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT OA
goo tout temps de l'autre: si bien que durant son gouvernement les vrays interests
2n3 de France estans abandonnez on en prit le contre-pied7.w,a
La politigque menée tout au long de la période de régence est mauvaise
parce que la reine a manqué de discernement et s' est fourvoyée quant
au véritable intérêt du royaume de Erance., Ce dernier ne consiste pas à
renforcer la puissance espagnole au moyen d'alliances mais à tenter de
l'affaiblir dans le but de maintenir un équilibre des ftorces européennes.
D'après Henri de Rohan, la pourSuite de la politique pro-espagnole par
la reine a des conséquences détestables que le duc illustre par une série
d'exemples. Cest le cas à propos du Dicours de la trese des Pay-Bas dans
lequel le lecteur rencontre une Marie de Médicis tout à fait manipulée
par le roi d'Espagne 8 «Ce fut icy où lEspagne deploya toutes ses ruses,
pour faire agir Marie en ce pays-là suivant ses interests, luy persuada
que la des-union luy estoit avantageuse pour maintenir son authorite
Alévidence, Matie de Médicis n'est pas la seule à avoir manqué de bon
sens politique. Cette sagacité a également fait défaut à Jean et Estienne
Richer au moment de publier les premiers volumes du Mercure Frangois.
Dans la «Preface au Lecteur» qu'il signe en 1611, Jean Richer salue la
capacité de Marie de Médicis à faire appliquer la politique menée par
son défunt époux, La confiance accordée par l'imprimeur à la régente
justifie quil bouscule les codes habituels de l'écriture de l'histoire du
temps présent en la bornant au sacre de Louis XII et non à la mort
d'Henri IV. La régence de la reine Marie de Médicis est un cadeau de
la providence, si l'on en croit Jean Richer, en cela que la reine est dotee
d'une grande prudence politique et fait en sorte de maintenir la pa
chère aux Politiques. Jean Richer va jusqu'à qualifier Marie de Medici
de « mère de l'Estat. Son frère Estienne Richer ne pense pas autremi
lorsqu'il publie le second volume du Mercure François en 1615. Dans
texte intitulé «Le Libraire au Lecteur'», limprimeur loue à son tour i
clairvoyance politique de la reine 0. Le portrait de la reine dresse dais
0 37 Tbid., p. 102.
38 Ibid, p. 102-103 et 106.
4), r Voir
39 Richer, Jean, «Preface au Lecteur, Merure Frangois,or, op. cit, Vol. 1, 161, xque
également le propos liminaire au deuxième volume du Mercure, encore pu o.,
le précédent à l'égard de la reine. Richer, Estienne, «Le Libraire au Lecteur , 1014)
1613, [P 2]
40 Ibia,
vrays interests
a
mauvaise
fourvoyée quant
consiste pas à
à tenter de
européennes.
espagnole par
par une série
Pay-Bas dans
manipulée
ses ruses,
luy persuada
authorite
manqué de bon
et Estienne
Mercure Frangois.
Richer salue la
menée par
la régente
l'histoire du
non à la mort
cadeau de
reine est dotee
maintenir la pa
Marie de Medici
pas autremi
1615. Dans
son tour i
dresse dais
4), r Voir
161, xque
encore pu o.,
, 1014)
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE AA5
cette adresse du libraire à son lecteur diverge profondément de celui
publié par le même imprimeur vingt ans plus tard.
Comment interpréter cette contradiction sous les presses d'Estienne
Richer? Sagit-il plutôt dune évolution politique logique qui aurait
conduit ce Politique à devenir un étatiste convaincu partisan de la
pensée rohaniste ? Après tout, Henri de Rohan a radicalement changé
de posture politique, passant du camp des rebelles à celui des plus
fervents partisans de la politique cardinaliste. Cette trajectoire peut
partiellement expliquer l'adhésion d'Estienne Richer à la pensée du
duc en 1637 après l'avoir pourtant rejetée dans le deuxième volume
du recueil, en 1613 puis en 1615*. Ce parallèle peut aussi conduire
à émertre l'hypothèse de l'application des legons de la raison d' Etat
par le duc de Rohan comme par Estienne Richer. Henri de Rohan
considère qu'il faut être capable d'adapter ses positions politiques aux
circonstances". Selon lui, cette nécessaire adaptation aux circonstances
politiques est bien comprise d'Henri IV dont les intérêcs se modifient
selon qu'il est chef du parti prorestant ou roi de France. «Henry IV
eut deux personnages à jouer L.1. Friedrich Meinecke, escime
que Cest sans doute cetre idée qui a porté Henri de Rohan à rédiger
le texte De 'lnterest des Princes afin d'entrer dans les bonnes graces
du cardinal de Richelieu après l'échec de la rébellion protestante en
16294 Il est probable également que le duc Henri de Rohan ait entétiné
le changement du rapport de forces à la têre de l'Etat, largement
favorable au cardinal de Richelieu depuis le mois de novembre 16350.
Cette éventualité concerne aussi Estienne Richer. Convaincu par les
leçons rohanistes sur la raison d'intérêt, il a pu considérer quil érait
désormais dans son intérêt de publier une histoire écrite à la seule
gloire du cardinal. Il peut s'agir d'une conversion politique sincère,
aun calcul stratégique ou encore d'un encouragement marqué de la
Peirt du cardinal à soutenir plus fermement sa politique dans le Mercure
gous, La fondation de la Gazette de Théophraste Renaudot comme
gane ofhciel de la communication politigue du gouvernement å partir
par exemple les considérations d'Estienne Richer sur les écrits du duc de Rohan
OSquil fait encore partie des protestants rebelles, ibia., U 3]V.
Mercure François.o op. cit., vol. XX, 1637, p. 77-78 (pour l'année 1634).
Lazzeri, Christian (éd), De l'intérat des Princes.,0. ci, P 5.
4Meinecke, Friedrich, Lidée de la raison d'Etato, OP, Cu; P: ua
446 HISTOIRE IMIMÉDIATB ET RAISON D'ÉTAT 1DA
de 1631, celle de l'Académie française par le cardinal de Richelieu
partir de la récupération du cercle de lettrés réunis autour de Valentin
Conrart en 1635 placent les contradictions (ou l'évolution) politiques
d' Estienne Richer dans le contexte d'une institutionnalisation des outils
de communication politiques et de leur confiscation progressive par le
gouvernement", La négociation de la publication du Mercure à partir
de 1613 peut s'être durcie dans les années qui suivent d'une part la
Journée des Dupes d'autre part l'entrée de la France en guerre ouverte
contre l'Espagne, réduisant ainsi le champ d'action d'Estienne Richer. Le
texte De 'lnterest des Princes ne se contente pas de critiquer la politique
de Marie de Médicis, il fustige en réalité la politique monarchique
conduite entre la fin du règne d'Henri IV et le ministériat du cardinal
de Richelieu. La condamnation porte sur les tentations de Louis XIII de
céder aux sirènes d'une politique dévote au détriment d'une politique
dictée par la raison d'Etat. Cette accusation conduit à la célébration
en creux de la politique du cardinal de Richelieu. pto
La critique portée dans le texte De lInterest des Princes et portée à
la connaissance du public par le Merure François n'est pas sévère quà
Tencontre des souverains décédés ou sortis du jeu politique. La capacité
de discernement politique de Louis XIII est également sérieusement
questionnée. Ce dernier n'a éloigné Marie de Médicis du gouvernement
royal en faisant assassiner son favori en 1617 que pour le remplacer par
un autre favori, le duc de Luynes, avide de favoriser ses intérêts part
culiers 5. Même débarassé de la mauvaise infuence de la reine-mère,
Louis XIII peine à identifier le véritable intérêt du royaume en raison
des mauvais conseillers qui l'entourent. Cest là l'une des explications
générales fournies par Henri de Rohan à l'incapacité pour un dirgeant
de la
45 Gilles Feyel voit un lien entre la fondation de la Gazette de Renaudot et les su
Journée des Dupes qui conduir le roi à abandonner le parti des « Dévors » poure
gne
aBons François » et doneà sengager rapidement dans un confit ouvert contre
A ce propos, voir Feyel, Gilles, «Richelieu et a Gazette aux origines de bye
propagander, art cité, p. 103-104. Voir également, id, LAmonce et la ovee925 224-229
a informatton en Frane sous l'Ancien Régime (1630-1788), op. cit., p. 131-19/
unication
-Sur le mouvement d'institutionnalisation et de contrôle des outils de com
politique par le gouvernement au début des années 1630 voir par excetn Schapira, o.
Nicolas, Unprofesionnel des letres an xvit siede. Valentin Conrart : une bistore sir d
p. 73-82. Voir également Jouhaud, Christian, Les ponooirs de la litérature.
paradoxe, op, cit, p. 11-25.
46 Mercure Frangois, o, op, cit., vol. XX, 1637, p. 103-104 (pour l'année 1654)%
1DA
Richelieu
de Valentin
l'évolution) politiques
institutionnalisation des outils
progressive par le
Mercure à partir
d'une part la
guerre ouverte
d'Estienne Richer. Le
critiquer la politique
monarchique
du cardinal
Louis XIII de
d'une politique
célébration
pto
Princes et portée à
pas sévère quà
La capacité
sérieusement
gouvernement
remplacer par
intérêts part
reine-mère,
royaume en raison
explications
un dirgeant
de la
et les su
Dévors » poure
gne
contre
origines de bye
et la ovee925 224-229
131-19/
unication
com
excetn Schapira, o.
une bistore sir d
litérature.
1654)%
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 447
politique de cerner les « vrais intérêts » de son Etar", Ce n'est qu'à partir
de l'affaire de la succession de Mantoue en 1629 que Louis XIII semble
y voir à nOuveau clairun
Louys ne peut digerer cet affront; & se trouvant assisté d'un Conseil, dont
la prudence & resolution estoit necessaire en une conjoncture d'afaires si
perilleuses, il employe heureusement ses armes pour le maintenir; qui fut
la premiere occasion importante où il reprit lusage de son vray interest
Autrement dit, l'arrivée du cardinal de Richelieu aux affaires est déter
minante sur ce point, Ce n'est pas en 1624 que les choses changent et
d'après Henti de Rohan le roi continue à prendre de mauvaises déci-
Sions. C'est le cas avec le siège de La Rochelle. Il aurait été préférable,
daprès le duc, de ménager des alliances avec les protestants. Louis XIII
finit par recouvrer ses esprits: «Car heureux exploict de Louys luy fit
recognoistre ses fautes passées, & embrasser de toutes parts son vray
interest Cette nouvelle perspicacité S'accompagne d'une « résolutiona»
permettant au roi de se sortir de ce mauvais pas et de connaître une
longue suite de succès marquée notamment par la prise de Cazal en
tobre 1630 . En célébrant les succès royaux à partir de la prise de La
Rochelle, Henri de Rohan n'hésite pas à réinvestir l'un des thèmes chers
aux écrivains cardinalistes et à la communication politique de Richelieu,
Henri de Rohan rappelle le triomphe du cardinal, étroitement attaché à
année 1629 et au voyage d'Italie. La reddition abondamment célébrée
de la ville de La Rochelle est choisie pour l'entrée dans cette glorieuse
année 1629. Le Mercure François participe aussi à cette célébration dans les
pages de son quinzième volume publié en 1631, y compris en procédant
àla mise en série de récits d'entrées de ville par le roi sur le chemin de
Ttalie après la victoire rochelaise
En critiquant fermement les décisions politiques prises avantle
ministériat de Richelieu, Henri de Rohan célebre le cardinal sans
sb lonia
47 bid., p., 46-47. 1 0 2
48 Ibid., p. 115.
49 Ibid., vol. XX, 1637, p. 117.
S0 lbid, p. 123.
prop0s, voir Jouhaud, Christian, «Imprimer l'événement. La Rochelle à Paris,
P. 381 mais aussi id., Richelien et Pecriture du pouvoir. Autour de La jo4re d
CI, P. 171. Lauteur consacre d'ailleurs un chapitre à «Lillustre voyage». 1014
P. 171-188,
448 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATO
jamais prononcer son nom. Cette invisibilité du cardinal de Richelia
est redoublée dans les pages du Mercure Frangois par la disparition de
l'épitre au cardinal avant la reproduction du texte d'Henri de Rohan.
Elle rappelle les pratiques d'éeriture du pouvoir autour du pouvoir
de Richelieu avant et après les événements de la Journée des Dupes
mises en lumière par Christian Jouhaud". Ce jeu de la dissimulation
est d'ailleurs assumé par Henri de Rohan comme il l'écrit dans
l'épître dédicatoire adressée au principal ministre et révélée en 1638:
Vous vous verrez donc dans peu de lignes représenté tout entier : en
tout ce traité, il ne sera parlé que de vous, bien qu'il n'en soit jamais
parle. Si un tel constat laisse peu de doutes quant aux motivations
d'Henri de Rohan, il interroge celles d'Estienne Richer au moment
de publier l'ouvrage du duc. Pourquoi le rédacteur du recueil prend
t-il le contrepied de ses afirmations de 1615? A lévidence, il réécrtit
T'histoire au gré des circonstances politiques er applique en cela les
leçons rohanistes de la raison d'Etat, Etienne Thuau souligne le fait
qu'il s'agit d'une pratique bien connue du cardinal de Richelieu et des
membres de son cabinet de plume". Concernant Estienne Richer, de
quelles circonstances politiques s'agit-il exactement ? de la modification
du rapport de forces à la tête du gouvernement au détriment du parti
des Dévots ? de l'institutionnal isation des outils de communication
politique dans les années 1630? de l'entrée ouverte dans la guerre de
Trente ans en 1635 ? ou encore du rapport de forces défavorable au
Toyaume de France sur les champs de bataille à la fin de l'année 1636?
Surtout, toutes ces circonstances sont-elles vraiment indépendantes les
unes des autres? on ug orv pmaisiup ro
y eb p10s'b sis97 sb sinie po 2imal
Sources et posture politique d'Estienne Richer 1 5710121 El e1q0 2151
gQ12035
La publication d'un manuscrit de réflexions politiques dédicace au
cardinal de Richelieu par le Meraure François pose à nouveau la ques
tion de la proximité d'Estienne Richer avec le pouvoir. En publiant
texte De lnterest des Princes en 1637, le Mercure transforme son starut
Louyrage sort d'un espace du particulier pour toucher un espace a
52 Voir notamment idl, Richelien et l'écritnre du pouvoir..., op, cit., p. 201-22
5 Lazzeri, Christian (éd), Rohan, Henri de, De l'intérêt des Princes.., Op: Cii P
54 Thuau, Etienne, Raison d'Etat,, 0p. cit., P. 175.
FACE AUX MODIFICATIONS ninblicité circonsctit à celui du en 1638 et celui reproduit dans nrincipale variation tient à la par Henri de Rohanàlattention de son auteur est soustraite au texte anonymé que le recueil participe au passage du texte la publiciré, Pourtant, le rédacreur de l'aureur et a eu connaissance quHenri de Rohan ait autorisé du respect de son anonymat de De l'lnterest des Princes est publié de Rohan en 1638, de manière a respecté les consignes de publication Henri de Rohan soit par le cardinal La publication du texte De lInterest Frangois consacrées à l'année lu l'épître liminaire, dont un exemplaire bibliochèque royale de Paris est au texte lui-même" Aucre indice et daté la source du Mercure de trois phrases identiques ou d introduire le texte' L'intégration formules empruntées directement Richelieu peut être interprétée ndigquer la sincère adhésion du dHenti de Rohan. L'effacement Cst susceptible d'étayer cette hypothèse respecte parfaitement la démarche eprtre : à savoir parler du cardinal Apropas de la tension entre secret arcel, «LBtat au miroir de la raison est entre le texte De llnterest des Princes frangois que nous avons établi la comparaison
eneinecke, Friedrich, L'idée de la raison our la comparaison voir Rohan, Henri, cans De l'intérêt des princes., texte LLSS Mercure Frangois.-0p, cit., vol,
IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATO
invisibilité du cardinal de Richelia
Mercure Frangois par la disparition de
reproduction du texte d'Henri de Rohan.
d'éeriture du pouvoir autour du pouvoir
événements de la Journée des Dupes
Jouhaud". Ce jeu de la dissimulation
Henri de Rohan comme il l'écrit dans
principal ministre et révélée en 1638:
lignes représenté tout entier : en
de vous, bien qu'il n'en soit jamais
de doutes quant aux motivations
celles d'Estienne Richer au moment
Pourquoi le rédacteur du recueil prend
de 1615? A lévidence, il réécrtit
politiques er applique en cela les
d'Etat, Etienne Thuau souligne le fait
connue du cardinal de Richelieu et des
Concernant Estienne Richer, de
s'agit-il exactement ? de la modification
gouvernement au détriment du parti
isation des outils de communication
l'entrée ouverte dans la guerre de
rapport de forces défavorable au
de bataille à la fin de l'année 1636?
sont-elles vraiment indépendantes les
orv pmaisiup ro
p10s'b sis97 sb sinie po 2imal
d'Estienne Richer 1 5710121 El e1q0 2151
réflexions politiques dédicace au
François pose à nouveau la ques
Richer avec le pouvoir. En publiant
1637, le Mercure transforme son starut
particulier pour toucher un espace a
pouvoir..., op, cit., p. 201-22
l'intérêt des Princes.., Op: Cii P
175.
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 449
ninblicité circonsctit à celui du recueil. Les écarts entre le texte publié
en 1638 et celui reproduit dans le Mercure François sont faibles6. La
nrincipale variation tient à la disparition de l'épître dédicatoire signée
par Henri de Rohanàlattention du cardinal de Richelieu. L'identité
de son auteur est soustraite au lecteur du Mercure avec l'épître. Cest un
texte anonymé que le recueil livre à son lecteur, Cette double éclipse
participe au passage du texte dun espace du particulier à un espace de
la publiciré, Pourtant, le rédacreur du Mereure Frangois connaît I'identité
de l'aureur et a eu connaissance du contenu de l'épître. Il est probable
quHenri de Rohan ait autorisé la diffusion de son texte à la condition
du respect de son anonymat de son vivant, ceci expliquerait que le texte
De l'lnterest des Princes est publié pour la première sous le nom d'Henri
de Rohan en 1638, de manière posthume. Auquel cas, le Mercure Framgoir
a respecté les consignes de publication transmises soit directement par
Henri de Rohan soit par le cardinal de Richelieu.
La publication du texte De lInterest des Princes dans les pages du Mercure
Frangois consacrées à l'année 1634 tend à prouver que le rédacteur a bien
lu l'épître liminaire, dont un exemplaire manuscrit conservé à l'ancienne
bibliochèque royale de Paris est à la fois dédidacé et daté, contrairement
au texte lui-même" Aucre indice tendant à faire de l'exemplaire dédicacé
et daté la source du Mercure Frangois : la réutilisation par le recueil
de trois phrases identiques ou presque à celles de l'éptre au moment
d introduire le texte' L'intégration par le Mercure Frangois de quelques
formules empruntées directement à l'épître dédicatoire au cardinal de
Richelieu peut être interprétée de plusieurs façons. Elle peut d'abord
ndigquer la sincère adhésion du rédacteur du Mercure Frangois à la thèse
dHenti de Rohan. L'effacement de la dédicace au cardinal de Richelieu
Cst susceptible d'étayer cette hypothèse dans le sens où le Mercure Prangois
respecte parfaitement la démarche affichée par Henri de Rohan dans son
eprtre : à savoir parler du cardinal sans jamais prononcer son nom, La
Apropas de la tension entre secret et publicité dans le domaine dupolitique, voir Gauchet,
arcel, «LBtat au miroir de la raison d'frat...P, arc. cité, p. 234-244.
est entre le texte De llnterest des Princes édité par Christian Lazzeri et celui du Mereure
frangois que nous avons établi la comparaison
eneinecke, Friedrich, L'idée de la raison d'Etat,o.op. Cit., p. 152,
our la comparaison voir Rohan, Henri, De linterêt des princes et des Etats de la chrtiente
cans De l'intérêt des princes., texte édité par Lazzeri, Christian, op. ait, P 159-160. Voir
LLSS Mercure Frangois.-0p, cit., vol, XOX, 1637, p. 44-45 (pour l'année l654).
450 UO HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT A
seconde interprétation serait celle d'une forte incitation de publication
de la part du pouvoir politique.
Dans ces deux cas, il est évident que l'auteur du 2Mercure Françoi
entretient des liens étroits avec le pouvoir politique en place. Soit Cest
directement le cardinal de Richelieu ou certains de ses écrivains qui
ont transmis le texte De llnterest des Princes à Estienne Richer soit Cest
Henri de Rohan lui-mêrne, revenu en grâce depuis 1634. Dès lors se
pose à nouveau la question de la participation directe d'Estienne Richer
au cabinet de presse du cardinal de Richelieu. Les sources urilisées, le
message délivré et les pratiques propagandistes orchestrées alors par le
cardinal de Richelieu et le roi Louis Xl justifient cette interrogation
Estienne Richer, au contraire de Scipion Dupleix, qui affiche la proximité
entretenue avec le pouvoir politique, ne revendique pas d'accès
aux papiers du cardinal. Dans ce vingtième volume, il reste évasif sur
la question et va jusqu'à affirmer quil ne peut pénétrer les arcanes
du pouvoir, soit parce que le cardinal ne lui fournit effectivement pas
d'archives comme cest le cas de certains écrivains cardinalistes, soit
parce qu'il ne veut pas l'ébruiters0, Si Cest le cas et en admettant done
que le cardinal de Richelieu ouvre sa bibliothèque aussi bien à Estienne
Richer quà Saipion Dupleix, les attaques portées par ce dernier contre
le Mercure François en 1635 semblent indiquer de profonds désaccords
entre les écrivains cardinalistes. Le cardinal de Richelieu a-t-il intérët a
voir les écrivains attachés à sa cause se quereller publiquement? Si oul,
922TA5 29913mgo7r 29t0rmTOT
59 Sur cette question voir également le chapitre intitulé: cLa publication du duel cntrc
embaras et opportunisme »,
60 Blanquie, Christophe, «Lapreuve dhez Dupleix , LAtelir du Centre de Recherchesr Hsorgu
08 201, len lignel, http://acrh revues.org/4175, consulté le 14/04/2015, Voir egale
g51ra a lage baroque. Seipion Dupleix (1569-1661), op. cit., p 150 et 54 ainsi
que Jouhaud, Christian, Les pounirs de la littératiure.,op. cit, p. 208-215
61 Pour Orest Ranum, les historiographes appartiennent au «troisième cerclen ades x
teurs dBtat. Cette position périphérique le conduit à nuancer l'idée d un libreuo
ces derniets, y compris de Scipion Dupleix, aux papiers du cardinal de Richelre:
Kanum, Orest, «Richelieu, I'histoire et les historiographes », dans Richelieu e
textes réunis par Mousnier, Roland, op. cit, p. 132,
ent de 62 Deux Citations du volume XX attirent l'attention du lecteurà ce propos, Au mo
Nous
publiet jabarangue du cardinal de Richelieu devant le Parlement, Richer ecriso
avons mis icy sa Harangue telle que nous I'avons recouvrée dans le cabinet d un a
/Mercure lirangois. 0p, Cit., vol. XX, 1637, p. 5 (pour l'année 1634) et plus loin p
1634
de l'eiection du roi de Hongrie pen de cemps après la mort de Wallenstein cn o
520.
ne m est pourtant permis d'entrer dans le cabinet des secrets d'Bats. , 10y
cela discrète la cabinet ce La 1l'affaire Sens. les dans ministre que glissement contenu dans média texte de Louvrage convaincre Caricature Sans convaincu ESpagne. iangozs, e ayaume eux ntrée constitution Ve 63
publication
Françoi
Cest
écrivains qui
Cest
lors se
Richer
urilisées, le
par le
interrogation
proximité
d'accès
évasif sur
arcanes
effectivement pas
soit
done
Estienne
contre
désaccords
intérët a
Si oul,
29t0rmTOT
cntrc
Hsorgu
egale
ainsi
x
libreuo
Richelre:
ent de Nous
p
1634
520.
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLTIQUB A51
cela plaiderait pour l'hyporhèse de la construction d'une propagande
discrète susceptible d'expliquer les réricences d'Estienne Richer à afficher
la provenance de ses sources. Feindre le désaccord entre les écrivains du
cabinet de presse de Richelieu serait une façon de nier l'existence de
ce cabinet par la mise en scène de la sincérité des adhésions à la politique
du cardinal au-delà des divergences personnelles des écrivains.
La négociation de la publication entre le pouvoir er Jean Richer après
1l'affaire de la censure du recueil en 1612 peut être interprétée dans ce
Sens. En admettant cette hypothèse, quelles raisons peutil exister, pour
les différents acteurs impliqués, à publier l'ouvrage d'Henri de Rohan
dans le Mercure Frangois de 1637?
La publication De l'Interest des Princes par le Mercaure Frangois a plusieurs
implications. En tant qu'il est personnellement dédié au principal
ministre en charge des affaires de lIEtat, cest d/un espace du secret-plus
que du particulier - à un espace de la publicité que le texte passe. Ce
glissement laisse soupçonner un usage de la manoeuyre. Cet usage est
contenu dans la fonction du texte, car la parution De lInterest des Princes
dans le Mercure François entraîne une autre mutation. A cer égard, le
média et la date de publication ont une signification. La publication du
texte De lInterest des Prines dans le Mercure de 1637 traduit la volonté
de transformer un texte de théorie politique en texte de propagande.
Louvrage d'Henri de Rohan est d'emblée un texte de l'action qui vise à
convaincre le cardinal des services que l'auteur est prêt à lui rendre", La
Caricature de la politique pacifiste de Marie de Médicis change soudainement
le statut de la paix sous les presses d'Estienne Richer. Ce n'est
Sans doute pas le cas pour un cardinal de Richelieu probablement déja
convaincu en 1634 de la justesse d'une déclaration de guerre ouvertea
ESpagne. Mais, dans la perspective d'un temps autonome du Mercure
iangozs, la paix autrefois louée et recherchée est explicitement devenuue
e signe d'une profonde erreur politique, notamment parce qu'en 1637
ayaume de France est ouvertement en guerre contre l'Espagne depus
eux ans. Si la publication d'un ouvrage susceptible d'avoir préparé
ntrée en guerre du royaume a posteriori est une pratique essentiellea
constitution du recueil, il n'en reste pas moins que l'ouvrage du duc
Ve Sa fonction de texte de l'action. Une fois la guerre déclarée, les
63 Voir également Meinecke,
Rriedrich, Lidée de la raison d'Etat.on Op. cit, p. 152.
452 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT 1D82
lecteurs doivent garder à l'esprit la pertinence politique de cette décision.
Cest une autre façon de combattre l'ennemi. Le caractère didactique
de l'opuscule d'Henri de Rohan a pour vertu d'exposer clairement le
contenu du véritable intérêt du royaume de France. Selonlargumentation
déployée, celui-di ne pouvait faire l'économie d'une entrée franche dans
le conflit. La conclusion du traité d'Henri de Rohan garantit la pérennité
de la validité de ce jugement : o051de ob nanpi poga
O0 La tesolution de la Hrance sera à jamais memorable, laquelle nonobstant
le siege de la Rochelle assistée de l'Anglois, la guerre du Languedoc que
I'Espagnol faisoit mine de secourir, n'a cependant jamais abandonné ses vrayes
maximes; en assistant puissamment ses voisins & en choquant par tout le
ulg dessein d'Espagne. D'où je conclus que la gloire du Roy, la grandeur de son
ocn Estat, & la haute reputation dont il joiüit, dureront autant qutil se tiendra
ferme en cette resolution".
Lintérêt de la France se situe et se situera invariablement dans la
contradiction des desseins de lEspagne, et ce, meme voire surtout en
1637, alorsS que le ciel français s'est obscurci sur les champs de bataille
européens. Les événements sur le terrain renforcent la théorie politique
d'Henri de Rohan. Les alliances hostiles à la France se multiplient, i
faut les contrebalancer Cette nécessité explique l'insertion politique du
texte de Rohan dans le contexte discursif des affaires de Lorraine. En
ettet, le duc de Lorraine multiplie les menées défavorables à la France,
Pour le Mercaure François, la donation des Etats de Lorraine par le duc
Charles à son frère le cardinal de Lorraine est une ruse, Laccusation
de violation des traité déja formulée avant la reproduction du tableau
Dellnterest des Princes est ici réitérée et les critiques contre la reine-merc
sont discrètement renouvelées puisque la famille des Guise appartien
à la dlientèle de Marie de Médicis. C'est justement pour combatt
duc de Lorraine que le Duc de Rohan passe à son tour de la theorie
politique au combat militaire, comme nous l'apprend une note
ginale du Mercure François, Il se rend en Lorraine à la têre de I'armee
des GTisOns pour chasser Charles de Guise6, Les entreprises des pay
ennemis du royaume de France plongent I'Europe dans un clima
64 Mercare Frangois., op, cil, vol. XX, 1637, p. 126 (pour I'année l659.
65 Ibid, P. 131,
66 Tbid, p. 220 et 224.
décision.
didactique
clairement le
Selonlargumentation
franche dans
pérennité
poga
nonobstant
Languedoc que
ses vrayes
par tout le
grandeur de son
tiendra
dans la
surtout en
bataille
politique
multiplient, i
politique du
Lorraine. En
France,
par le duc
Laccusation
tableau
reine-merc
appartien
combatt
la theorie
note
de I'armee
des pay
un clima
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 455
délétère et persuadent un nombre croissant d'Etats européens à passer
des alliances avec le royaume. Cest en tout cas la lecture du Mercure
François. Le vingtième volume du recueil livre au lecteur l'image d'un
rapport des forces largement favorable à la France en 1634. Un travail
Sur le vocabulaire utilisé en notes marginales pour caractériser le conflit
en atteste. Le champ lexical corrélé à IEspagne et à ses alliés connote la
trahison, la mesquinerie mais aussi l'échec. Celui relatif à la France et
à ses alliés est au contraire celui de la victoire et de la protection. Dans
le même temps, les notes marginales utilisées afin de décrire les actions
des ennemis du royaume de France dépeignent des soldats passifs et
victimes des assauts de la France et de ses alliés. Les notes multiplient
l'usage des participes passés afin de qualifier les ennemis du royaume
et de donner cette impression d'inaction et de pasSivité au lecteur. Les
Français et leurs alliés sont, au contraire, toujours présentés dans l'action
puisque les verbes utilisés à leur propos sont à l'indicatif, Le roi de
Erance, qui n'a pas encore déclaré la guerre, fait figure de protecteur
conformément à la théorie poliique avancée par le duc de Rohan. Ce
Sont des thématiques largement reprises par la propagande étatiste et
Cardinaliste qui justifie l'entrée en guerre de la France
Cependant, en 1637, lorsque le vingtième volume du Mercure Frangois
est publié à Paris après deux ans de combats, le rapport de forces est-
1 resté fidèle au tableau dressé par le recueil? Le roi de France s'est-il
Vraiment révélé le protecteur de l'Europe contre l'Espagne et ses rëves
de monarchie universelle ? La poursuite de la guerre constitue-t-elle
toujours le meilleur choix politique? s Reol t 21
pos du duc de Lorraine, de l'Espagne et de ses alliés, on peut lire: «Le Duc pase dan
eague errant çà es là» ou encore « Philisbourg...& ataqué en ain par les Lniperiaux
ibid., p. 140 et 212.
propos de la Erance et de ses alliés, on peut lire par exemple: « Exploicls des Sedos
Sur le et les fonctions des notes marginales voir, par exemple, Slights, Wiliam
uais la Hante Alkace » mais aussi « Lure se met en la protection du Roy» ou encore «an)
Secourn &delivré par les Frangois n, ibid., p. 148, 152 et 218.
9
ington Ent, Managing readers primed marginalia in Englisb Renaiance booes, Ann
Atbor, University of Michigan Press, 2001.
par exemple Thuau, Etienne, Raison d'Esat.., op, cit, p. 294-305. - Sur la repre:
On de I'Espagne à travers la presse française au début du XVII siècle voir auss
inclez-Gaillat, Michèle, «LEspagne dans la presse française du débur du XVIT'SIEcie »"
are, cité, p, 129-140,
454 OHIsTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ETATA
UNE NÉCESSAIRE REMOBILISATION DES ESPRITSln ab
La publication, dans le Mercure François, des arguments ayant justifié
l'entrée en guerre ouverte du royaume de France contre le royaume
d'Espagne en 1635 ne sert plus tant à préenter aux lecteurs cette
justification dans ses aspects les plus théoriques quà convaincre de la
pertinence de la poursuite de la guerre,Tu esha 2141 bs
LES DIFFICULTÉS FRANGAISES 19 oms7t ob 2/2n 2sb 2n
Au cours des premières années de conflit ouvert contre I'Espagne,
contrairement à ce que pourrait laisser penser le vocabulaire employé
dans le Mercure Frangois afin de qualifier les actions militaires des bél
ligérants, le royaume de France rencontre de nombreuses dificultés. Le
recueil doit donc en rendre compte tout en minimisant les échecs du
royaume afin de s'adapter aux circonstances politiques er de se conformer
à la propagande qu'elles impliquent.
Lannée de Corbie: 1636 et le Mercure Francoisoa oi,3160sitled
Estienne Richer obtient les privilèges d'impression pour le vingtième
volume du Mercare François le 30 décembre 1636. Il est donc compose
alors que le royaume de France est ouvertement engagé contre 1'Espagne
depuis le 19 mai 1635. Le rédacteur du recueil compile les nouvelles
européennes relatives aux années 1634 et 1635 au moment ou les troupes
françaises sont engagées sur le terrain. Et il le fait rapidement. Au cours
de l'année 1636, Estienne Richer reçoit à deux reprises des priviege
d'impression une première fois le 14 mars 1636 pour le volume A
relatif à lannée 1633 et une seconde fois à la toute fin de Ianne.
vingtième volume du Mercure François est réalisé en dix mois, Cette intet
sification de la fréquence de publication intervient après une iode de 1619
relãchement de celle-ci. Après une publication très réguliere en
et 1633, la fréquence de publication devient plus aléatoire. n te une
première accélération de la publication entre les volumesAV e
du Mercure François. Les privilèges royaux d'impression sont a mois
deux reprises à Estienne Richer entre le mois de mars 1652 e i
ESPRITSln ab
ayant justifié
royaume
lecteurs cette
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2141 bs
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EACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 455
de mars 1633. En mars 1633, le pouvoir délivre à Estienne Richer le
monopole commercial pour la diffusion des tomes XVII et XVIII du
Mercure. Il est alors possible de penser à une difusion simultanée de
ces deux volumes en 1633. Puis, plus aucun volume du Mercure François
n'est publié avant l'année 1636, année au cours de laquelle Estienne
Richer reçoit à nouveau deux lettres de privilèges d'impression mais
non de manière simultanée, au contraire de l'année 1633. Après quoi,
la fréquence de publication est à Dnouveau ralentie, Le pouvoir royal
délivre les privilèges commerciaux pour la publication du volume XXI
en 1638, pour une publication en 1639.
Les événements de l'année 1636 sont sans doute suffisamment
problématiques pour nécessiter un effort de propagande accru. Les pratiques
d'écriture mobilisées par le Mercure de 1637 rappellent celles de
la Gazette en 1636 à des fins de propagande, Là où le Mercure François
attribue avec virtuosité le champ lexical de la victoire aux alliés français
et celui de la défaite à ses adversaires, la Gazette met en place un jeu
de bruyants discours et de silences". Il faut remobiliser les esprits et
Convaincre à nouveau de la pertinence de l'entrée en guerre. Cest ce
que à quoi S'emploient la Gazette en 1636, tour comme le volume XX
du Mercure, publié en 1637 mais constitué en 1636. Les défaites françaises
se multiplient à partir du mois de mai 1636, quelques semaines
seulement après la remise à Estienne Richer des privilèges d'impression
du dix-neuvième volume du Mercure François, Le siège de Dole, mené
par le prince de Condé est un échec. Rapidement, le cardinal-infant
decide d'attaquer les troupes françaises et les tercios espagnols passent
en Erance pour venir assiéger La Capelle. Les Espagnols progressent
Tégulièrement jusqu'à mettre le siège devant Corbie au début du mois
daoûr, La place se rend le 15 août. Les diffcultés de l'armée française ne
Sarrêtent pas là, Au cours du même éré, le mercenaire Jean de Werth,
après avoir saccagé la Lorraine, la Picardie et le Luxembourg dirigeles
troupes de cavaliers croates vers le royaume de France. ll sempare de
plusieurs villes et atteint les murs de Compiègne. Le danger est seriex
Ouvernement royal organise une contre-oftensive avec une levee
tce poinc, voir le travail de Gilles Feyel. Feyel, Gilles, L'Annona et la mouvelle.n P. Cikis
P. 224-229, 2 d P. 226-227, Gilles Feyel indique aussi que certains des arcicles publiés dans la
EE apropos de la reprise de Corbie sont de la main du roi, lbid, p. L/4,
456 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
en masse le jour même de la reddition de Corbie. Toutes les forces
disponibles sont réquisitionnées et Louis XUll prend personnellement
la tête de ses troupes. Il est installé à Senlis ou Gaston d'Orléans et
Richelieu viennent les rejoindre. L'ampleur de la réaction française
pousse le cardinal-infant à ordonner un repli vers les Pays-Bas. Les
Français reprennent les villes conquises par les troupes espagnoles à
partir de la fin du mois d'août. C'est depuis la ville d'Amiens que
Louis XII et Richelieu mènent le siège de Corbie. La garnison espagnole
capitule au bout de cinq semaines de siege, le 14 novembre 1636.
Un mois et demi seulement avant l'obtention des privilèges royaux
d'impression par Estienne Richer, Paris est sauvé, mais de justesse
seulement. Pourtant, ce ne sont pas là les seuls événements à avoir
marqué l'année 1636 des Français sur le plan militaire. L'intervention
française en Franche-Comté confiée au prince de Condé est considérée
par l'empereur Ferdinand II comme un casus belli. Une déclaration de
guerre au nom de l'empereur est adressée à Louis XILI et la France est
alors en guerre à la fois contre les branches espagnole et autrichienne
des Habsbourg
Sur le plan militaire, l'année 1636 est donc dificile pour le royaume
de France. Les événements sont susceptibles d'avoir justifié la publication
d'un rapport de forces favorable sur les terrains lorrains et impériaux
en 1634 dans le Mercure de 1637. La mise en texte d'un roi protecteur
et libérateur de l'Burope chrétienne dans les pages du Mercure Frangos
justihent a posteriori la décision d'entrer en guerre contre 1'Espagne au
moment où cette même guerre met le royaume de France en difficulte.
De la même manière, la publication du traité théorique d'Henri de
Rohan quelques mois après le siège de Corbie et la déclaration de
guerre contre la France de la part de Ferdinand II jouent ce rõle de
remobilisation des esprits. Le message délivré est celui de la néCessic
de poursuivre le combat au nom du maintien de la « balance des torces
européennes » comme de la gloire du roi car, comme l'écrit Hen
de Rohan, celles-ci dépendent du contrepoids français apporte a
puissance espagnole. Cependant, les défaites françaises ne sont pas i
ières
15 Pour un retour sur l'événementiel de la guerre de Trente Ans et des toutesP A Trente
années de la France dans le confit ouvere voir Bogdan, Henty, La guer
(1618-1648), Paris, Belín, 2006 [1997), p. 78 ec 185-193,
74 1bid, p. 8 et 190,
forces
personnellement
d'Orléans et
française
Bas. Les
espagnoles à
d'Amiens que
espagnole
novembre 1636.
royaux
justesse
à avoir
L'intervention
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protecteur
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d'Henri de
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ce rõle de
néCessic
des torces
l'écrit Hen
apporte a
sont pas i
ières
toutesP A Trente
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 457
seules susceptibles d'instiller le doute sur la pertinence du conflit dans
l'esprit des sujets du royaume. La guerre a d'autres conséquences dont
ils se passeraient bien. ob bg eul zns sb e29nlD
Les soulevements populaires
Lentrée du royaume de France dans la guerre ouverte entraîne une
forte augmentation de la fiscalité ordinaire. Cette forte hausse des impôts
entraîne des révoltes fhiscales dans le royaume de France. Une seconde
révolte des Croquants, après celle de 1624, éclate en Guyenne en 1635.
La contestation a pour origine la taxe sur les cabaretiers mais elle porte
également sur le niveau des tailes, largement revuà la hausse dès avant
l'entrée de la France dans la guerre ouverte En effet, depuis 1631 et la
signature du traité de Barwalde, le royaume finance en partie l'effort de
guerre du royaume de Suède. Au cours de l'année 1636, d'autres soulèvements
surviennent dans les campagnes. Ils ont aussi pour objet la hausse
de la fiscalité et stigmatisent le fort niveau des tailles en Angoumois
et en Périgord, Les paysans sont conduits par un gentilhomme, le sieur
de La Mothe de la Foret et les événements prennent la tournure d'une
guerre civile en 16377. Ces révoltes populaires et paysannes Iiées à
la guerre n'ont pas toutes pour objet la seule fiscalité. Les paysans se
Soulèvent aussi pour dénoncer les exactions des soldats au moment des
mouvements de troupes"
Pourtant, le Mercure François pas plus que la Gazette de Théophraste
Kenaudot ne font écho aux révoltes populaires engendrées par la pression
nscale. Les occurrences d'émeutes et de rébellions populaires ne sont
pas tout à fait absentes du recueil mais elles restent rares et concernent
plutor le milieu urbain. De plus, lorsqu'elles sont rapportées, elles ne
VIsent pas nécessairement l'autorité monarchique, ni même le royaume
rance Le dépouillement des tables des matières de l'intégralité
e la collection fait état de cinq occurrences de «tumulte». Sagit,
Berce, Yves-Marie, Croquants et nu-pieds. Les soulèvements paysans en traue uu a
XI Siede, Paris, Gallimard, 2009 1974), P. 63.
76 lbid., p. 63-64.
Ce point, voir par exemple les caux-fortes consacrées par Jacques Callot a la guee
788 nte ans. Callor, Jacques, Les Miseres et les Malheurs de la guerre, Paris, S.n., 1635.
pOs de lagrande discrétion de la Gazette sur ces questions voir Feyel, Gilles, LAnO
et la nouvelle.o., op. cit., p. 202-203.
458 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT A
dans l'ordre chronologique, du « tumulte de Nîmes contre le Sieur
du Ferrier » en 1613, du « tumulte de Berlin entre les Luthériens er
les Calvinistes » deux ans plus tard, de celui des « femmes de Delft
contre le Sénat» en 1616, de celui « arrIvé à Nevers contre les habitans
& les gens du Mareschal de Schomberg » en 1632 et, pour finir des
« tumulte et sédition populaires à Lyon» en 1633. Il existe deux
occurrences du terme «sédition » dans l'ensemble de ces tables. La
premiere concerne la « sédition de Vormes contre les Juifs» en 1615.
La seconde concerne cette fois-c une révolte populaire. Il s'agit de la
Felation de la révolte des Lanturelu du nom d'une chanson de vignerons
et d'artisans insurgés contre le programme fiscal du cardinal de
Richelieu. Cette « Sedition arrivee à Dijon est longuement relatée
notamment parce que son récit revient aussi sur le « jugement rendu
par le Roy sur icelle». Le dépouillement des tables de la collection
rapporte une occurrence à propos des Croquants, mais elle na pas
pour contexte la guerre contre l'Espagne. Il s'agit de la révolte de 1624
et elle est évoquée afin de célébrer sa répression par le maréchal de
Thémines81. Le qualificatif de « rébellion » semble réservé aux révoltes
des membres de la noblesse, voire des Grands
En tant que média de communication politique, le Mercure Frangos
1gnore largement les mouvements de soulèvements populaires, saut
lorsquil sagit de relater les répressions qui y mettent un terme. Le
pouvoir politique sait pertinemment que la guerre est indirectement la
cause de ces insurrections. L'effort de persuasion est donc redoublé dans
le volume du Mercure publié à proximité immédiate des événements
Le lecteur doit être convaincu de la pertinence du conflit et des chances
des troupes françaises. Cette visée explique la publication par le Mercure
François du traité d'Henri de Rohan dont le message principal est celu
de la justihcation de la guerre comme moyen au maintien de l'equiiDi
des forces sur le continent et à la préservation des intérêts de la Fran
Comme de ceux de ses alliés. La nécessité de convaincre le lecteur ac
V, 1617,
79 Mercure lFrangois., op. cit., vol. III, 1616, p. 156-163 (pour l'annéce 1613), vol. XX,
p.440 (pour l'année 1615), vol. XVIII, 1633, p. 566-567 (pour l'année 1652) CEv
1636, P. 52-56 (pour l'année 1633).
80 Ibid., vol. XVI, 1632, p. 148-168 (pour l'année 1630).
81 Ibid, vol. X, 1625, p., 473-479 (pour l'année 1624) l. XIX,
82 Ibia., vol. XVII, 1633, p. 568, 559-571 et 838-840 (pour l'année l09)
1636, p. 56-61 (pour l'année 1633).
le Sieur
Luthériens er
de Delft
habitans
finir des
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tables. La
en 1615.
s'agit de la
de vignerons
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relatée
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elle na pas
de 1624
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populaires, saut
terme. Le
indirectement la
redoublé dans
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le Mercure
est celu
de l'equiiDi
de la Fran
lecteur ac
V, 1617,
vol. XX,
CEv
l. XIX,
l09)
FACE AUX MODIFICATIONS DU cONTEXTE POLITIQUE 459
iustes raísons d'avoir déclaré la guerre en 1635 et de la poursuivre en
1637 explique aussi la mise en imprimé de la déclaration de la guerre
à l'Espagne dans le Mercure.
LA PUBLICATION DE LA GUERRE A LESPAGNE
Le propos De l'Interest des Princes publié dans le Mercure expose
les raisons théoriques susceptibles de justifer l'entrée en guerre de
la France contre l'Espagne. Le récit de la déclaration de guerre de la
France à I'Espagne vient redoubler ces considérations et expose sous un
autre angle les arguuments du pouvoir pour rompre le régime de paix
institué notamment par la politique des mariages. La justification de
l'entrée en guerre est lobjet même de la déclaration, comme l'indique
le Mercures, Or, la très officielle déclaration prononcée par Louis XII
en Parlement n'est traitée par le Mercure Frangois que comme l'une des
pieces constitutives d'un faisceau de preuves de l'hostilité espagnole
envers la France, rendant nécessaire la prise d'arnmes,
Un faisceau de preuver
La structure appliquée par les rédacteurs du Mercure François au récit
et a la justification de l'entrée en guerre rappelle très clairement les
mises en texte d'autres épisodes d'événements remarquables, parfois
vouées à convaincre le lecteur de la justesse de la politique engagée
out en masquant leur portée argumentative. C'est le cas de la mise
en écriture de l'affaire Montmorency-Bouteville ou de l'affaire de
Lassassinat de Concino Concini, Le recours à une structure complexe
propice a la redondance et à la mise en série produit un eftet de répéition
des arguments. L'agencement textuel, dans le premier cas, cree
egalement l'effer d'une multiplication des points de vue. Cest un
veritable prisme d'opinions convergentes qui est donné à lire au public,
erCILre reproduit cet effet au moment de revenir sur la déclaration
guerre de la France à l'Espagne. Dans ce cas précis, l'armarure du
85 bid., vol. XX, 1637, p. 932 (pour l'année 1635).
rel Eenre de structure est mis en avant par les auteurs du GRIHL a propos de la
n de la maladie de Louis XIII en 1630 ou de la peste de Lyon, lannée précédente,
ns le Mercure François, Jouhaud, Christian, Ribard, Dinah, Schapira, Nicolas, Hstoire
re Ténoignage. Ecrire les malbeurs du teps, op. cil, P: 189-242
460 U HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON DÉTAT
récit produit un ensemble d'arguments répétitifs, présenté par le recueil
comme un faisceau de preuves. fo 21m
Une architecture textuelle complexe
Le récit de la déclaration et de l'entrée en guerre contre I'Espagne se
déploie entre les pages 912 et 963 du vingtième volume du Mercures
Il débute par la relation de l'événement dédencheur de la rupture de
paix, c'està-dire l'enlèvement de l'électeur catholique de Trêves par
I'Espagne. Ce dernier sétait mis sous la protection du roi de France.
Aussi Louis XIII considère-til l'initiative espagnole comme une offense
et un casus bell. Après avoir rapporté la prise de l'électorat et les
tractations diplomatiques engagees par la France dans le but d'obrenir
la libération de I'électeur, le Mercure dédie un paragraphe aux « justes
raisons de rompre avec I'Espagne et dlengager le conflit avec elle.
Le Mercure François met alors en scène la préparation à la guerre et le
durcissement des relations de part et d'autre entre les pages 915 et
928. Ces treize pages précèdent le moment de la déclaration officielle
de guerre et portent aussi certaines raisons de justifier cette décision.
Là où les préparatifs espagnols sonnent comme des irrévérences supplémentaires,
ceux du royaume de France illustrent une entreprise
de mise en ordre ett de rationalisation propre à rassurer le lecteur
français sur les compétences prêtes à être engagées dans le conflit
Au moment où la déclaration de guerre est enfin formulée, rien na
éeté laissé au hasard,
La declaration de guerre en elle-même, si l'on en croit la table des
matieres du Merzure, est développée entre les pages 928 et 963 et content
es premiers actes de guerre une fois le conflit déclaré. Cette longue
déclaration procède par couches textuelles superposées. Ces ditereul
recirs, émanant d'acteurs divers, convergent et répètent les argume
avances pour justifier l'entrée en guerre, Le récit du casus belli consticucs
par l'enlèvement de l'électeur de Trêves est par exemple repPete a o
8Mercure François,, Op. cit., vol, XX, p. 912-963 (pour l'année 1639)
86 Ace propos voir Bogdan, Henry, La gierre de Trente Ans,., op, cil, p. 1/8-
O pression est employée à plusieurs repríses dans l'ensemble de ce dossier, pa
a la fin de la déclaration du roi. Merzre Pranois.., op, ci, vol. X, P
ibid., p. 914.
88 Sur ces points voir par cxemple ibid, p. 915, 922 er 928.
Je
recueil
I'Espagne se
Mercures
rupture de
Trêves par
France.
offense
l'électorat et les
d'obrenir
« justes
avec elle.
guerre et le
pages 915 et
officielle
décision.
irrévérences supplémentaires,
entreprise
le lecteur
conflit
formulée, rien na
table des
et content
Cette longue
Ces ditereul
argume
consticucs
repPete a o
pa
Je
FACE AUX MODIPICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 461
reprises au long de la relation'", Après une brève introduction de la part
du rédacteur, le Mercure reproduit le procès-verbal du héraut envoyé par
le roi au cardinal-infant afin de lui déclarer la guerre. Cette relation
en elle-même ne développe pas les arguments favorables à la guerre, à
l'exception du passage qui cite en italique la déclaration de guerre du
roi au cardina-infant, qui nomet pas d'évoquer, bien sûr, la détention
de l'électeur de Trêves". Le procès-verbal est suivi de la déclaration du
roi sur l'ouverture de la guerre contre le roi d'Espagne. Louis XII y
développe à son tour longuement ces mêmes arguments.
- Lhistorien, le héraut et le roi : de séreux témoins
La répétition des arguments justifiant la guerre dans plusieurs fragments
textuels imbriqués les uns aux autres nécessite un examen de
leur contenu. La mise en texte de la déclaration de guerre à lEspagne
par le Mercure ne se contente pourtant pas d'une inlassable répétition
darguments bien connus des défenseurs d'une raison d'Etat conforme
à la politique de Richelieu. L'architecture textuelle complexe mise à
Toeuvre par le recueil se double de la transformation de ces mêmes
arguments en preuves indiscutables. Cette mutation de la valeur des
propositions a pour but de masquer l'argumentation et de renforcer
la conviction des lecteurs. C'est la situation d'énonciation qui en est
la clef, car le Mercure présente à ses lecteurs une succession de têmoi
gnages fiables. Il s'agit de ceux du héraut de sa Majesté, du roi luimeme
et de l'historien-rédacteur du Mercure dont léthique décriture
Se confond avec une éthique de la vérité. Le Mercure François construit
encore l'exactitude de son récit sur l'autorité des témoins convoqués
4 presence de textes testimoniaux est assurée par l'utilisation de la
premiere personne du singulier à plusieurs reprises. Au cje» du réedacteur
succède celui de Jean Gratiolet, héraut de France, puis celui de
LOuis XuII, roi de France et de Navarre Le premier ne Sannonce pas
nais les deux suivants déclinent leurs identités et les sources de leur
Voir, par cxemple ibid., p. 928,
90 1bid., p. 931.
Ibid, p. 933-948
92 A
e ce processus de transformation de l'écriture historique vor notamment
Blandine, L'histoire à l'âge classique, t. 2, La défaite de l'erudition, op. Cti, P: D9D:
Voir Mercuve Prançois.., op. cit., vol. XX, p. 914-91D.
462 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
autorité en tête des documents juridiques et normatifs qu'ils produisent
et que le Mercure François reproduit:bo
s Jean Gratiolet commis à la charge de Heraut d armes de France sous le titre
d'Alençon, suivant la commission donnée à Saint-Denis sous le seel sectet
le douziesme du present mois de May 1635. Signée Louis, & plus bas, Par
le Roy, Servien & en vertu dicelle je certiie à tous quíl appartiendra ..
Les sources de leur autorité respective sont différentes et le Mercure proède
par hirarchisation ascendante. A l'autorité intellectuelle et professionnelle
du rédacteur du recueil viennent se surimposer l'autorité juridico-politique
du commissaire et l'autoriré royale de droit divin de Louis XIL Jean
Gratiolet tient son autorité de la décision du roi, qui lui est inspirée par
Dieu. Autour de ces trois témoins centraux gravitent un certain nombre
de témoins secondaires. Ces derniers n'engagent pas direcrement leur
parole dans les pages du Mercure mais ils sont cités. Jean Gratiolet explique
quil se met en marche vers Bruxelles accompagné de Gration EHfavide,
trompette ordinaire du roi. La déclaration de Louis XIII porte, quant
à elle, le sceau du conseiller d'Btat et secrétaire d'Erat à la guerre, Abel
Servien ainsi que la signature de du Tillet, greffier en chef au parlement
de Paris De plus, comme c'est régulièrement le cas lorsque le Mercure
publie des extraits de textes normatifs, le recueil décrit le texte dans sa
matérialité enfin d'en garantir le caractère oficielP". En dépit de la post
tion centrale des témoins, le Mercure produit également des preuves par
la publication de textes juridiques et normatifs. Il s'agit du procès-verbal
établi par Jean Gratiolet puis de la déclaration de guerre à I'Espagne de
Louis XUL Ce type de source rappelle les cotes de documents officieis
evoqués dans les dossiers relatifs au procès posthume de Concino Concini.
De façon générale, les textes officiels émaillent la compilation du Meriue
François. Peut-être faut-il y voir les manifestations d'une évolutiOn de
Técriture de I'histoire, de plus en plus liée au droit?s. Le Merzure Frango
témoignerait donc de pratiques mixtes d'écriture de I'histoire.
94 Ibid, p. 928-929.
95 1bid., p. 933
96 1bid, P. 948.
97 Ibid, p. 947-948.
98 Acepropos, voir Kriegel, Blandine, L'histoireà láge dasiaue, t. 2, La défaite de l'éruaon
. cit.
produisent
sous le titre
seel sectet
plus bas, Par
appartiendra ..
Mercure proède
professionnelle
juridico-politique
XIL Jean
inspirée par
certain nombre
direcrement leur
Gratiolet explique
EHfavide,
porte, quant
guerre, Abel
parlement
le Mercure
texte dans sa
de la post
preuves par
procès-verbal
I'Espagne de
documents officieis
Concino Concini.
compilation du Meriue
évolutiOn de
Merzure Frango
I'histoire.
de l'éruaon
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE A63
Une drole de paix 11uo og ne
Si le Mercure Frangois continue à appeler de ses voeux un régime de
paix pour le royaume de France, 1l détend aussi l'idée, à l'instar des
représentants de lautorité monarchique, quil ne saurait être question de
se contenter d'une apparence de paix. La solution d'une guerre provísoire
est alors défendue afin de pouvoir rétablir un régime de paix satisfaisant.
Les arguments utilisés pour justiher lentrée en guerre contre
I'Espagne, devenus preuves par la convocation de témoins et par la
citation de textes normatifs, sont contenus dans la déclaration de guerre
promulguée par Louis XIII. IIs sont répétés dans un autre texte, publié
immédiatement après celle-ci. Il Sagit d'un Manifeste anonyme « contenant
les justes causes que sadite Majesté a euës de decdarer la guerre au Roy
d'Bspagne, La police utilisée pour citer le Manifeste est diférente
du reste du texte. Il Sagit d'attirer typographiquement I'attention sur
le fait qu'il s'agit d'une citation. D'après la Bibliotbègue bistorique de la
France, il s'agit d'une lettre du roi écrite au duc de Montbazon publiée
Sous le titre qu'en donne le Mercure00, D'après d'autres auteurs, le texte
de la déclaration de guerre est rédigé par Abel Servien sur le modèle
du Manifeste, qui aurait été «minuté par le Père Joseph et] corrigé par
Claude Bouthillier et Richelieu0». Dans tous les cas, ce dernier fragment
textuel vraisemblablement issu des sphères du pouvoir politique vient
Compléter 1'architecture élaborée du passage consacré à la déclaration
de guerre, Le procès-verbal du héraut remplit également la fonction de
soutenir la poursuite de la guerre engagée contre le royaume d Espagne
mais par d'autres moyens.
Le texte du Manifeste réitère la démonstration royale en conservant
aux arguments royaux le statut de preuves, proprement historiques
qolsv
99 Mercure Franois.y op. cit, vol, XX, 1637, p. 948 (pour l'année 1635)
L00 a Norice] 11902. Lettre du Roy écrite an Duc de Montbazon, Gouverneur de aris & de
LSie de lFrance, contehant les justes causes que sa Majesté a euës de déclarer la Guerre
au Koy dEspagne, in octavo, Paris, Claude Ribot, 1635. Ce livre a aussi été imprime
itre Manifeste contenant les justes causes etc., Lelong, Jacques, Bibliotbèque
DITOr1que de la Franc contenant le catalogue de tous les ouvrages, tant imprimez que manuscris
taitent de l'bistoire de ce roiaume ou quiy ont rapport avec de notes critiques & bistoriques,
Paris, Martin, 1719, p. 611.
Draun, Guido, La conaissance du Saint-Empire en France du baroque au: Lamidres 1045
Munich, Munchen R. Oldenbourg, 2010, p. 75. Voir aussi Pierre, Benoist Le Pre
Jaepb. Léminence grise de Richelien, ofp. cit, P. 264
464 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
cette fois-ci. Celles avancées par Louis XII dans sa déclaration le sont
aussi, mais la nature du texte les transtorme en preuves juridiques. Les
arguments développés par les deux textes sont convenus. Le ptincipal
étant celui de la violation latente par le royaume d'Espagne du
régime de paix conclu par le traité de Vervins en 1598 et consolidé par
les mariages de l'année 1615, A en croire le roi, cest une bien drôle de
paix que les Espagnols proposent aux Français, Au lieu de leur offrir
des garanties, l'alliance avec IEspagne leur réserve des « surprises
La déclaration va plus loin et après l'examen de certaines entreprises
espagnoles contre la France et ses alliés, elle qualifie les relations diplo
matiques franco-espagnoles et fait le constat dhune contradiction entre
une situation de jure et une situation de facto La politique de paix
avec 1'Espagne, chère aux Dévots, est donc indirectement en cause.
Conformément aux leçons exposées par le duc de Rohan, il convient
de réadapter la politique du royaume en fonction des circonstances,
La menace espagnole, d'abord latente, devient plus pressante. Cest le
moment de prendre les armes contre une puissance qui n'hésite pas à
mépriser ses alliances avec la France
Qui ne jugera donc, qu'il est non seulement honorable, mais utile de chercher
pune plus favorable seureté par les armes, & tâcher d'acquérir une vraye pax
39V par les genereux eftorts dune guerre ouverte, que de laisser plus longtempPS
nog 1nutilement consommer les forces de nostre Estat; & languir nos sujets sous
st Do le taix des charges qu'ils souffrent pendant la durée d'une paix d1o0u5teuse incertaine, quil faut conservet avec cent cinquante mil hommes
Les altérations perpétuelles de la paix du fait de l'Espagne Sexpliquent,
selon la propagande étatiste, en raison de ses aspirationsa l'établissement
d'une monarchie universelle qui témoigne d'une parfaite intégration
de la théorie de l'intérêt des différents États, développés par le u
de Rohan, Lambition démesurée de 1'Espagne à vouloir eriger u
monarchie universelle est dénoncée par Louis XIII, comme, un peu
loin, dans le texte du Manifeste. Cette prétention est stigmatisee depu
quelgues années déja par les écrivains étatistes favorables à la politigu
D tson a Etal.,oy p, cit, p. 198-199. Jg e.amaM
LO MercuYe l'rangois,op. cit., vol. XX, p. 934. s oawit o5
104 Tbid, p. 937-938,
105 Tbid, p. 939-940,
le sont
juridiques. Les
Le ptincipal
d'Espagne du
consolidé par
drôle de
leur offrir
surprises
entreprises
relations diplo
contradiction entre
de paix
en cause.
convient
circonstances,
pressante. Cest le
n'hésite pas à
de chercher
vraye pax
longtempPS
sujets sous
d1o0u5teuse Sexpliquent,
l'établissement
intégration
par le u
eriger u
un peu
stigmatisee depu
la politigu
amaM
EACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 465
de Richelieu et ennemis des Dévots. L'analyse réalisée par le roi de la
politique étrangère espagnole témoigne d'une parfaite assimilation de la
chéorie d'une balance des forces européennes et de l'existence d'un jeu de
contrepoids entre les puissances par le monarque, L'accusation récurrente
d'impérialisme adressée à l'Espagne est présente dans l'exposé de l'intérêt
de 1'Espagne par le duc de Rohan, Les propos de la déclaration font
ainsi écho au texte De l'interest des princes et des Estats et laissent à penser
qu'en plus de souscrire à l'analyse rohaniste, son auteur considère que
I'Espagne a aussi parfaitement perçu ses intérêts et Semploie à les satisfaire.
Ainsi Louis XIII voit dans les agissements du royaume catholique
la recherche constante d'un contrepoids à la puissance française. Cest
très concrèrement le cas sur la frontière flamande. De fait, certains des
éepisodes historiques sur lesquels la déclaration et le Manifeste appuient
leur démonstration ont éré mobilisés au préalable par le duc de Rohan
dans la seconde partie De l'interest des Princes de la Chrestienta09
De manière générale, les épisodes historiques mobilisés dans les
deux textes gouvernementaux afin de justifier l'entrée en guerre contre
Espagne sont plus récents que ceux sur lesquels revient Henri de
Rohan, le plus récent étant celui de l'enlévement de l'électeur de Trêves.
Malgré cela, la démarche de justification de l'entrée en guerre míse à
Taeuvre dans la déclaration de guerre et dans le Manifeste emprunte
a celle du duc, Les textes gouvernementaux sont toutefois beaucoup
plus directs que celui de Rohan. Leurs arguments puisent largement
dans le répertoire mis à leur disposition par les écrits propagandistes
depuis une dizaine d'année. Ainsi, on retrouve également dans ces deux
textes l'un des autres reproches majeurs adressé à I'Espagne par les
propagandistes de la raison d'État depuis le milieu des années 1620. II
5agit de l'utilisation de la relígion catholique comme d'un prétexte à
Cxtension de la domination espagnole. Le texte d'Henri de Rohan fait
ae cette utilisation la première maxime d'Etat appliquée par I'Espagne,
d O Louis XUII l'évogue pour justifier sa propre politique d'alliances
ce propos voir ibid, p. 933-934 et p. 951 mais aussi Thuau, Etienne, Raison d Etat
0D. cis, p. 198-199.
V exemple ibid., p. 85-96 (pour l'année 1634) et p. 934-935 (pour l'année 1635),
l0R re Frangois. op, cit., vol, XX, 1637, p. 47-48 (pour l'année 1634).
VOir ainsi la situation à la frontière famande. Ibid., p. 939 (pour l'année l059).
L09
pEvement pour le texte d'Henri de Rohan et pour celui de la declaration.
466 HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTAT D
avec des puissances protestantes I n'en demeure pas moins que
l'attitude espagnole est fustigée par les membres du cabinet de plumes
du cardinal de Richelieu 9gon2 tci es 3p taked on
Le Mercure rompt le secret des arcana imperiz 1ha prtileenuit
Ce n'est donc pas le contenu de son argumentation qui fonde
l'originalité du Meraure. Celle-ci tient d'une part à la proximiré phy
sique et matérielle établie pour la première fois entre le traité théorique
d'Henri de Rohan, la déclaration de guerre et le Manifeste. D'autre
part, le jeu sur la chronologie et les temporalités impliqué par le délai
de publication du Mercure rend son traitement de l'entrée en guerre
spéciique. En ettet, alors que, par sa nature même, la déclaration de
guerre est un texte immédíatement publié en 1635 dans un espace
le plus large possible grâce à la mobilisation de toutes les modalités
existantes de publication, la trajectoire des deux autres textes est un
peu différente, Le Manifeste est lui-aussi assez rapidement publié chez
l'imprimeur Claude Ribot. En revanche, le traité de Rohan a attendu
plusieurs années avant d'être rendu public. Or, la compilation de 1637
donne l'impression d'une correspondance parfaite entre la chronologie
de la rédaction des trois textes et la chronologie de leur publication.
Le texte De linterest des Princes a bien été rédigé avant la déclaration de
guerre à lEspagne ett le Manifeste mais il n'est sorti des arcana tmperi
qua loccasion de la publication du vingtième volume du Mercure. Son
dessein premier n'était pas de participer à la propagande d'Btat mais
de convaincre le gouvernement français de s'attacher les services de son
auteur et dentrer en guerre contre 1'Espagne. La visée de la declard
tion de guerre était beaucoup plus immédiate puisque pertormative
Le Manifeste était lui tout à fait dédié à la propagande d'Etat.
au moment de remobiliser les esprits, le Mercure publie le texte D
interest des Princes en rétablissant I'ordre chronologique de la rédactio
des trois textes. Une certaine logique de la politique étatique est aAfn
revelee au public alors que cela n'avait pas été le cas jusqu alos.
de s'assurer l'adhésion des sujets, il faut dans une certaine mesu
110 1bid., p. 49 (pour l'année 1634) et p. 989 (pour l'année 1635)
11 A propos du développement de cette thématique dans la littérature étatiste v
Etienne, Raison d'Etat.,op. cit., p. 199 et 204.
moins que
plumes
prtileenuit
qui fonde
proximiré phy
théorique
D'autre
par le délai
en guerre
déclaration de
espace
modalités
textes est un
publié chez
attendu
de 1637
chronologie
publication.
déclaration de
arcana tmperi
Mercure. Son
d'Btat mais
services de son
la declard
pertormative
d'Etat.
le texte D
rédactio
étatique est aAfn
alos.
mesu
étatiste v
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 467
expliquer rationnellement les décisions du gouvernement, y compris
u prix d'une réévaluation de la communication politique. La rupture
du secret autour du texte d'Henri de Rohan sexplique peut-être parce
que dans le contexte de 1637, les textes précédents ne suffisaient plus
à convaincre du bien-fondé de la poursuite de ce conflit. L'équilibre en
matière de communication politique est ainsi parfois difficile à trouver2.
Il manquait une pièce à lédifice que la publication De l'Interest
des Princes vient rétablir par l'instauration d'un dialogue entre le traité
de Rohan et les deux textes gouvernementaux., La mise en texte gouvernementale
de la parfaite compréhension par I'Espagne du contenu de
ses intérêts est consolidée ici par la théorie sous-jacente qui l'explique.
La conséquence logique que le lecteur est censé tirer de ce dialogue est
celle d'une inévitable entrée en guerre de la Erance contre I'Espagne,
comme d'une nécessaire poursuite du confit.b
Une autre raison de poursuivre l'effort de guerre contre l'Espagne
est la réticence manifestée par celle-ci au moment de la déclaration de
guerre, au mois de mai 1635, à Bruxelles. Cette réticence est susceptible
de nourrir de multiplies interprétations dont aucune n'honore la
puissance espagnole. sl or
LA PUBLICATION DU PROCÈS-VERBAL DU HÉRAUT D'ARMES
Dans l'architecture textuelle complexe déployant l'épisode de la
déclaration de guerre à l'Espagne à l'attention du lecteur du Mercure,
un fragment ne revient pas sur les arguments répétés par les textes gouvernementaux
(la déclaration puis le Manifeste) afin de justifier l'entrée
de la France dans le conflit. Il s'agit du procès-verbal du héraut du roi,
Jean Gratiolet.
DeLa guerre juste a la euerre wéguliye tdeepulg lie
Le procès-verbal de Jean Gratiolet, à l'exception du fameux casus belli
COnstitué par la détention de lrÉlecteur de Trêves, n'avance aucun
112 S question de la tension entre publicité et préservation du secret cles arana 1mperil
gument justifiant la décision royale d'entrer en guerre. La vocation
oanna, Arlette, Le Prince absolu., op. cit., p. 99. Lauteure s'appuie justement sur
lexemple du Manifeste de 1635
Mercure Français., op. ci, vol, Xx, 1637, p. 931 (pour l'année 165)»
468 5ugHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 30A7
originelle de ce texte normatif est de livrer un rapport émanant d'un
commissaire royal à son administration. La publication de ce procès-verbal
dans les pages du Mercure Fránçois écend considérablement l'eéspace de
publicité dans lequel il se diffuse. Le roi et ses conseillers ne sont plus
les seuls à qui s'adresse le rapport du héraute. Il sagit d'une autre rupture
des arcana imperii tendant à écrire l'histoire sur la base du droitl4 Le roi
affirme dans sa déclaration avoir informé le cardinalinfant de l'entrée en
guerre du royaume de manière régulière ct convenue contrairement au
roi d'Bspagne peu serupuleux de prévenir ses en nemis de l'imminence
d'un conflit et de violer éhontément le droit des gens et de la guerre qui
en découle", En publiant le procès-verbal du héraut royal, le Merure
François fournit les preuves juridiques du respect par le roi de France des
conventions en matière de droit de la guerre. Le récit détaillé du héraut
atteste de son souci de remplir sa mission de publication du conflit le
plus rigoureusement possible. En effet, si le rapport de Jean Gratiolet
n'est pas originellement destinéà la publication, son rôle au moment de
son déplacement à Bruxelles en mai 1635 est bien de publier la guerre à
l'attention des autorités espagnoles. Sa simple présence dans la ville, en
habits de héraut, est une déclaration de guerre, les autorités espagnoles
ne peuvent l'ignorer,
Dès lors, la publication du procès-verbal de Jean Gratiolet dans le
Vingtieme volume du Mercure François apporte un argument supplémentaire
à la légitimité de la décision de Louis XIII, respectueux jusgu au
bout de ses ennemis. Non seulement la guerre engagée par le royaume
de France est une guerre juste, mais c'est aussi une guerre réguliere
Les textes compilés dans le Mercure donnent à lire une coexistence aes
deux paradigmes juridiques. Le Manifeste et la déclaration insistent Sur
le caractère juste de la décision royale, tout en affirmant la régularite au
Contilit. Le procès-verbal du héraut est publié ici pour en apporter lapicu
114 Voir Kriegel, Blandine, Lbitoire à l'age dassigne, t 2m . Cl
Merure Frangots.. op. cit, yol, XX, 1637, p. 941-942 et p, 928 (pour l'année l09
o Sur ce point voir par exémple Bock, Nils, «Entre pratiques guerrières et demonsr
soCIO-politiques : le rôle des hérauts d'armes dans les conlits nobiliaires dan5|1
du bas Moyen Age, Revne du Nord 4/2013 (6°402), p. 881-913. Plus largemen1, Michèle,
travail de Michèle Fogel à propos des « cérémonies de linformation 2129
Les cerèionies de Vinformation dans la Prance du xvr an xVit siede, op. ci, P
LDSur cette notion voir par exemple Saada, Julie, « Pacifisme ou guerre totäle? Une2009, Ien
politique du droit des gens : les lectures de Vitoria au xx* siècle», Astérton, O|
ligne), http:/lasterion.revues 1508, consulté le 10/04/2015.
émanant d'un
procès-verbal
l'eéspace de
sont plus
rupture
droitl4 Le roi
l'entrée en
contrairement au
l'imminence
guerre qui
Merure
France des
du héraut
conflit le
Gratiolet
moment de
guerre à
ville, en
espagnoles
dans le
supplémentaire
jusgu au
royaume
réguliere
coexistence aes
insistent Sur
régularite au
lapicu
l'année l09
demonsr
dan5|1
largemen1, Michèle,
linformation 2129
Une2009, Ien
O|
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE A69
Le rapport de Jean Gratiolet délivre un autre message au lecteur du
Mercare, Il porte sur la réaction des autorités espagnoles face à un rituel
qu'elles connaissent bien. L'attitude de l'administration bruxelloise révèle
en creux le mépris et la crainte du royaume d'Espagne face au royaume
de France. En 1637, alors que les armées françaises connaissent certaines
difficultés sur le front, il est probablement opportun de rappeler au lecteur
du Mercure que les autorités espagnoles ont multiplié les occasions
de temporiser l'entrée dans le conflit deux ans plus tot. 03 2d b daon
Des atermoiements espag7ols
Dans son rapport, Jean Gratiolet insiste fortement sur le respect des
rituels de publication du conflit. Cela commence par le double rappel
de la nature du document publié et de sa mission. La date et le lieu de
délivrance de la commission royale sont également précisés. Le récit
se distingue d'ailleurs par sa grande précision chronologique et spatiale.
Jean Gratiolet date et localise le point de départ de sa mission
Le récit de la journée du 19 mai apporte suffisamment de précisions
pour qu'il soit possible de tracer l'itinéraire du héraut dans la ville de
Bruxelles entre neuf heures du matin et sept heures du soir. Ce niveau
de précision a surtout l'intérêt de mettre en scène l'éventail des réactions
espagnoles à la déclaration de guerre. Elles vont de l'hypocrisie à
la crainte en passant par le mépris. Aucune d'entre elles n'est à mettre
au crédit de l'Espagne
Le premier indice du refus espagnol à recevoir la déclaration de guerre
promulguée par Louis XIII est celui de la prétendue incompréhension
SLSCitée par l'habit de Jean Gratiolet. Après avoir indiqué sêtre rendu
a la porte de Hau à Bruxelles à neuf heures le matin du 19 mai, en
Compagniede Gration Eliflavide, trompette du roi; Jean Gratiolet décrit
les vetements qu'il porte à cette oCcasion
Ll ayant pris ma cotte d'armes au titre d'Alençon, la toque & le baston
0 en telle action requis, je me suis arresté environ deux cens pas de la porte
edit Trompette estant allé fort proche d'icelle, fait les chamades ala manière
accoustumée
110 1Pe Erangois,.or, 0p. cit., vol. XOX, 1637, p. 929 (pour l'année l635).
119 Ibid., p. 928-929.
120 Tbid., p. 929.
470 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
La description des attributs du héraut confhirme, d'une part, Son autorité,
d'autre part, la nature de sa mission. Son simple « habillement
de héraut21 publie la guerre. Quiconque le croise ne peut ignorer la
signification des attributs qu'il arbore. Lévidence de la signification des
vêtements portés par Jean Gratiolet est telle que plus bas, à l'ocasion
d'une transition entre le texte du procès-verbal et celui de la déclaration
de guerre, le rédacteur du Mercure décrit avec plus de précision encore ces
vêtements 22. L'uniforme du héraut partage avec I'habit royal un certain
nombre d'attributs. En conséquence de quoi, le héraut partage avec le
roi un part de la dignitas royal. La publication de ces précisions viseà
rappeler la solennité de la mission confiée à Jean Gratiolet, à garantir
l'exactitude de son récit entièrement cautionné par le roi mais aussi
à indiquer au lecteur qu'il était impossible de ne pas comprendre les
raisons de la présence de cet homme à Bruxelles. Cependant, sur place,
les vêtements de Jean Gratiolet semblent plus relever de l'accoutrement
que de la dignitas et visiblement personne ne comprend le sens des
«hamades » battuesS par le trompette. Jean Gratiolet ne manque pas
dindiquer qu'il Sagit pourtant des « chamades accoutumées » dans
un tel contexte, Les Espagnols feignent en réalité l'incompréhension
et cherchent à temporiser, Ce faisant, ils n'hésitent pas humilier le
heraut royal et, indirectement, le roi dont il est le commissaire. Dans
un premier temps, on refuse de recevoir officiellement Jean Gratiolet,
Gration Elifavide, après avoir battu les chamades, s adresse à un groupe
de gardes pour leur expliquer«] qu'il conduisoit un Heraut darmes
du Koy son Maistre vers le Cardinal Infant d'Espagne, Lun d'entre
eux va chercher le sergent major de la ville à qui Jean Gratiolet conirme
Ctre le dépositaire d'un message du roi de France à l'attention du Carville
dinal-infant. Les deux envoyés royaux patientent à la porte ae 13
pendant trois heures avant le retour du sergent major « oestant rev
sur les douze heures, il me dit que le Prince avoit promis de me doni
he re
audience & lavoit chargé de me mener chez luy en attendan
guil me la pourroit donner [.]2 Les représentants des auroru
espagnoles vont plus loin. Ils demandent à Jean Gratiolet de ne p as
121 Ibid,
122. Tbid.
123 Ibid.
124 Tbid,
part, Son autorité,
habillement
peut ignorer la
signification des
bas, à l'ocasion
la déclaration
précision encore ces
royal un certain
partage avec le
précisions viseà
Gratiolet, à garantir
mais aussi
comprendre les
Cependant, sur place,
l'accoutrement
le sens des
manque pas
accoutumées » dans
l'incompréhension
humilier le
commissaire. Dans
Jean Gratiolet,
à un groupe
Heraut darmes
Lun d'entre
Gratiolet conirme
l'attention du Carville
porte ae 13
oestant rev
de me doni
he re
attendan
des auroru
de ne p as
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 471
pénétrer dans la ville comme héraut d'armes :«ledit Sergent Major
me priant [.) de vouloir entrer dans la ville sans l'habillementde
Heraut Jean Gratiolet refuse fermement. En conséquence de quoi,
le héraut et le trompette sont contraints d'attendre encore deux heures
le retour du sergent major Lattitude du cardinal-infant est d'autant
plus condamnable qu'elle se double de mensonges éhontés. Le héraut
d'armes du roi comprend bien que l'on se moque de lui. Il insiste alors
auprès du sergent major pour être certain d'être reçu. A loccasion de
sa troisieme visite au palais princier, Jean Gratiolet entend une version
de l'emploi du temps du cardinal-infant justiñant le délai qui lui est
imposé, Seulement, le pretexte avancé à ce moment-là ne correspond pas
aux raisons précédemment invoquées A ce moment-là, les officiers
royaux abordent à nouveau la question de l'habit de Jean Gratiolet. Au
prétexte de vouloir connaître le sens préis d'une mission qui ne laisse
pourtant aucun doute, les hérauts qui l'accompagnent tentent en fait de
mettre en doute sa validité et de retarder encore son accomplissement
Et mayant tenu plusieurs discours sur la couleur de ma cotte d'armes, & sur
la façon que je me tiend rois parlant audit Prince, je leur respondis qu'ils me
hssent despecher promptement, qu'ils demeureroient satisfaits de leur curioitisité,
Sur les six heures apres midy ledit Major revint avec un homme envoyé
o el pour me demander si j'avois lettre ou autre papier pour donner à leur Prince,
sb Jeuy dis avoir respondu à cette demande qu'on avoit faite dès le matin. Et
Continüant de m'interroger si javois bonne commission pour parler audit
Prince, quil la falloic montrer3 je responds que ma commission estoit ce que
e devois dire, & que je ne la pouvois montrer qu'en parlant audit Cardinal
Infant. En suite, il m'a demandé si j'avois un email marqué de ma charge, &
S1 J avois observé les formalitez entrant dans le Païs-bas
S Suspicions affhchées par l'homme qui accompagne le sergent major,
outees aux nombreux ajournements de son audience avec le cardinalant
achèvent d'exaspérer le héraut d'armes. Pourtant, une fois résolu
vrer son message y compris en l'absence du cardinal-infant, Jean
etSe voit opposer une nouvelle difficulté, Les oficiers espagnols,
COnsCients du contenu de la déclaration portée par le héraut français,
125 Ibid.
Zo Tbid., p. 929-930. t p
bid, p. 930. eo1n uer
128 Ibid,
472 pHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT DA
refusent de la recevoir et vont jusqu'à fuir Jean Gratiolet patiente
une heure supplémentaire. Il est 19 heures lorsqu'il décide de déclarer
la guerre coûte que coûre à l'Espagnes0 Si Jean Gtatiolet renonce à voit
le cardinal-infant en personne afin de publier la déclaration de guerre
du royaume de France à celui d'Espagne, cest parce qu'en fait, il a tour
de même publié la guerre en tespectant le rituel prévu à cet effer La
suite de la mission de Jean Gratiolet Savère beaucoup plus simple. Une
fois atteint le village du Roüilli à la frontière des Pays-Bas, il lui sufhir
de placarder la déclaration de guerre à un poteau. Un paysan rencontré
dans les alentours lui fait ainsi beaucoup moins de difficultés que les
officiers bruxellois32. La popülation rurale de Roüilli a tout à fait compris
la signification de la mission de Jean Gratiolet, tout comme les officiers
de Bruxelles en réalité. Dès lors, la réticence de ces derniers à entériner
la déclaration de guerre de la France à l'Espagne peut s'interpréter de
plusieurs façons. D'une part, l'attitude des Espagnols à l'endroit des
représentants français est méprisante et humiliante. Il est possible d'y voir
la marque d'une nouvelle offense espagnole après celle constituée par a
détention de lElecteur de Treves et par le refus du cardinal-infant de bien
vouloir le libérer en dépit de la requête de Louis XIT. La décaration
de guerre de la France à l'Espagne est donc juste. Les atermoiements
espagnols peuvent également être une manceuvre pour empêcher le roi
de France de déclarer la guerre à 1'Espagne conformément au droit dela
guerre. Encore une fois, la manipulation viseà porter tort au royaume
de France. Autre hypothèse: le procès-verbal illustre, une fois de plus,
la parfaite compréhension par lI'Espagne de la théorie d'une balance des
puissances politiques à l'échelle européenne. Celle-ci a intérêt à contrarier
ceux de la Erance en conservant un régime de paix apparent, celui de l
a guerre couverte. Dernière hypothèse, non exclusive des précédentes,
I'Espagne craint d'entrer en guerre contre la France. Dans tous les cas,
T'attitude peu glorieuse de l'Espagne au moment de la mission du ne raut
d'armes du roi à Bruxelles consolide la position française. La guerre conu
1Espagne est juste et elle est régulière. La publication de la déclaratio
129 Ibid, p. 930-931.
130 Tbid., p. 931,
propos de cet épisode, voir Fogel, Michèle, Les cérémonies de l'information., P, Gi
132 Mercure Frangois, ,r, 0p. cit., vol, XX, 1637, p. 932 (pour l'année 1059)»
133 Ibid., p. 914.
patiente
déclarer
à voit
guerre
a tour
effer La
simple. Une
sufhir
rencontré
que les
compris
officiers
entériner
s'interpréter de
l'endroit des
d'y voir
constituée par a
de bien
décaration
atermoiements
empêcher le roi
droit dela
royaume
de plus,
balance des
contrarier
celui de l
précédentes,
les cas,
ne raut
conu
déclaratio
Gi
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 473
de guerre à lEspagne, du procès-verbal de Jean Gratiolet au Manifeste,
dans le volume du Mercure de 1637 participe à une remobilisatíon des
esprits et sSapparente a un texte de combat.
r 197153t
Deux ans après l'entrée de la France dans la guerre ouverte, le confit
est toujours aussi justifé car les préceptes du texte d'Henri de Rohan
restent valables. Les Espagnols ont compris quel étaitle contenu de leurs
intérêts, les Français doivent faire de même. La compilation proposée
constitue le manifeste dune certaine Raison dEtat, Le Mercure lui-même
emploie l'expression à propos de la recraite de l'ambassadeur d'Espagneà
la fin du mois d'avril 1635 Lexpression n'est plus seulement employée
par les détracteurs de la raison d'Etat, les étatistes ont construit une
théorie et le gouvernement français s'efforce de la metere en pratique.
Le Mercure Frangois, publié dans le contexte du ministériat de Richelieu,
Y participe et est marqué de la forte tension caractéristique de la raison
d'Etat à savoir celle de la coexistence du secret et de la publicité de la
politique royale6. Le même Etat continue pourtantà affirmer la nécessité
du secret en politique. Le changement de trajectoire du royaume
de France en matière de politique étrangère, fortement encouragé par
le cardinal de Richelieu, trouve sa justification dans les théories de la
raison d'Etat. Cest en tout cas vrai dans les pages du Mercure Frangois.
En eftet, alors que le royaume est ouvertement entré en guerre contre
le royaume catholique d'Espagne depuis deux ans, le vingtième volume
du recueil publie le texte encore inédit d'une théorie politique consacrée
a la notion de balance des forces dont Marcel Gauchet souligne qu'elle
est fustigée par Botero dans son ouvrage consacré à la raison d'Etat
En publiant un texte demeuré jusqu'alors dans le secret du cabinet des
princes, le Mercure François illustre la tension entre la nécessité d'une
préservation des arcana inmperii et de leur publication. La rupture du
Secret est rendue possible par le délai séparant les événemencs (ici celui
de l'entrée en guerre) et leur publication dans les pages du Mercure. Les
154 Ibid., p. 922.sb noissinag 3
Propos voir Gauchet, Marcel, «I'Etat an miroir de la raison d'Etat.s , art. cite
136 1oid.,p. P. 222. 234, al obw alfnoe l a
474 HISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTATAT
arguments ayant motivé la déclaration de guerre peuvent être révélés, la
guerre étant alors effective. La publication du texte d'Henri de Rohan
Sapparente à la révélation des arguments théoriques susceptibles d'avoir
convaincu les autorités du royaume de finalement déclarer la guerre à
l'Espagne. Le lecteur a le sentiment de pénétrer dans les arcanes du pouvoir
et de comprendre la façon dont s est préparée l'entrée en guerre, Ainsi,
à la faveur de la publication du texte De lInterest des Princes, le Mercure
François dresse un tableau politique et historique de l'Europe. I livre
des analyses et expertises politigues d'une Europe des Erats justifiant
la rupture du régime de paix. Les intérêts objectifs des Etats européens
sont analysés à l'épreuve d'une histoire récente. La démonstration doit
conduire le lecteur à faire lui-même le constat du caractère inéluctable
pour le royaume de France de l'entrée en guerre.
La relation entre le recueil et le texte théorique d'Henri de Rohan
pose tout de même question. Le Mercure François semble réécrire une
histoire politique qu'il a déja écrite au point de contrarier une première
version de l'histoire dont il est pourtant l'auteur. Dans le bur de justifer
T'entrée en guerre contre 1TEspagne, le Mercure n'hésite pas à modiferle
Contrat d'écriture passé avec son lecteur en émettant par exemple une
étonnante critique de la régence. La diffusion d'une propagande favorable
au cardinal de Richelieu vient doubler cette critique er rappelle
le traitement de la Journée des Dupes par le Mercure François quelques
années plus tôt. Ce constat interroge la posture politique d'Estienne
Richer en 1637 et questionne ses sources. En effet, au moment de sa
publication par le Mercure François, 1le texte De l' Interest des Princes est un
ouvrage encore anonyme et inédit. Estienne Richer est donc susceptibie
d'avoir été renseigné soit directement par le duc soit par des acteurs
évoluant au plus près du pouvoir. La publication par le Mercure de cette
théorie politique relève de l'action et du combat en raison des contexto
discursifs et militaires dans lesquels elle se déroule. Cette publicatto
moigne d'une adaptation du recueil aux circonstances politig
pour servir l'Etat, Il s'agit alors, face aux dificultés rencontrées par
forces françaises sur les terrains de guerre, de remobiliser les espri
soulèvements populaires dénonçant l'augmentation de l'assiette
en vue du financement de l'efforr de guerre doivent être neutralis
compris par la démonstration de la justesse de la guerre. Ainsi, apre at
publiée la justificatíon théorique de l'entrée en guerre, le Mercure ru
D'ÉTATAT
être révélés, la
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susceptibles d'avoir
la guerre à
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Cette publicatto
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neutralis
Ainsi, apre at
Mercure ru
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 475
fait de même avec les détails de la déclaration de guerre à l'Espagne
Ces derniers sont mis en texte de manière à constituer un faisceau de
preuves convergentes dans le sens de Il'affirmation des caractères juste et
inéluctable de la guerre. Les circonstances militaires particulières dans
lesquels ce texte est publié rendent plus sensibles encore ses enjeux. Il
sagit, certes, de justifer a pasteriori l'entrée en guerre contre l'Espagne
mais aussi de justifer la poursuite des combats en dépit des reculades
françaises. La cause reste juste.
Dès lors, il faut faire le constat quà plusieurs points de vue le Mercure
Frangois fait figure du parfait média de la raison d'tat à l'image de
louvrage de Gabriel Naudé sur les coups d'Etar!38, Les contradictions
d'Estienne Richer ne sont qu'apparentes et témoignent de la constance
de sa loyauté à l'endroit du pouvoir royal mais surtour à l'endroit de
la préservation de l'Erat. Lorsque celle-ci passe par la paix, le Mercure
publie la paix. Lorsqu'elle passe par la guerre, le Mercure publie le combat.
Ladaptation du discours et du contenu en fonction des circonstances
politiques fait écho à la capacité du recueil à rompre le secret des arcana
mperii au moment adéquat. Il doit aussi évoquer la capacité du premier
des imprimeurs du Mercure François à s'effacer temporairement pour permettre
la poursuite de son entreprise éditoriale à partir de l'année 1613.
A cet égard, l'attention portée par le pouvoir politique au recueil ne
peut être négligée notamment à partir de l'année 1630. L'adaptation
du contenu du Mercure Frangois en fonction des circonstances politiques
Suftira-t-elle à le satisfaire? La tension inhérente à la raison d'Etat est-elle
Susceptible d'affecter le Mercure François, au-delà de son contenu après
l'épisode de la censure de 1612 ? Le contexte de guerre ouverte est-il
Susceptible de soumettre le recueil à plus de raison d'Etat?
138 arin, Louís, « Pour une théorie baroque de I'action politique. Lecture des Gonsidtrations
politiques sur les coups d'Etat », art. cité, p. 55
e 5m eb noitamte ob aroenl aneh 3tev.n0 971
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9329329129 2921oln
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LE CHANGEMENT DE RÉDACTEUR
5o eDU MERCURE FRANÇOIS
Le vingt-et-unieme volume du Mercure François, publié en 1639,
marque un tournant éditorial important dans Ilhistoire du recueil,
Le volume qui suit celui de l'entrée en guerre du royaume de France
contre l'Espagne présente plusieurs modifications. Elles affectent la
publication à plusieurs niveaux. La première d'entre elle concerne les
acteurs en charge de la rédaction et de la publication du Mercure. Les
autres changements sont principalement dordre formel et découlent
de la réorganisation à la tête du recueil. Dans son édition de 1801 du
cinquième volume des Siecdes litéraires de la France, Nicolas Toussaint
Le Moine Desessarts situe les modifications de l'équipe de rédaction à
la tête du Mercure François en 1635 et y voit l'explication d'une dégradation
de la qualité de la compilation. La datation du changement de
rédacteur par Le Moine Desessarts pourrait s'expliquer par la lecture
de la Biblioshiane françoise de Charles Sorel dont la première édition date
de 1665. Charles Sorel voit dans les vingt premiers volumes du recueil
une même main et une même méthode, celle de Jean Richer. Au-delà
de la date de 1635, les volumes sont réalisés par un certain Malingre
d'après Sorel'. Les notices biographiques respectivement consacrées par
auteur à Jean Richer comme à Théophraste Renaudot ne laissent pas
de doute : pour Le Moine Desessarts le Mercure François des frères Richer
est de bien meilleure qualité que celui de Théophraste Renaudot. DeS
COmmentaires du biographe, il faut retenir l'existence de modiications
A propos de l'éventuel rôle de Malingre dans la publication des volumes du Mercure
posterieursS à 1635 voir Sorel, Charles, La bibliothèque frangoise de M,. G. Sorel. Premier
ortograpbe de Brance, op. cit., p. 325-326. Voir aussi Jouhaud, Christian, « Présentation
2 Are l'rangois n, mercurefrancois.chess.fr/presentation.php, consulté le 21/01/2016
oussaint, Nicolas dit Le Moine Desessarts, Les siècles littéraires de la France on nouveau di
atre bistorique, critique, et bibliograpbique de tous les éeriainsfrançais, morks et vitans, Jusqu a
aJ au xVuf siecde, vol. V, Paris, chez l'auteur, imprimeur-libraire, 1801, p. 572 et 106.
478 HISTOIRB IMMBDIATE ET RAISON D'ÉTAT
sufisamment marquées pour être perçues de manière claire et presque immédiate.
Ces modifications apparaissent au moment oùle cardinal de Richelieu
intervient de plus en plus volontairement dans le contrôle du monde des
gens de lettres et du livre. Chatles Sorel souligne d'ailleurs le rôle indi.
rect de l'Etat dans le mouvement de disparition du recueil à laquelle il
adjoint la concurrence commerciale de la Gazette de Théophraste Renaudot
depuis l'année 1631. Le processus de domestication des productions
littéraires et imprimées engagé par le pouvoir monarchique est motivé
par la raison d'Etat. Il offre les moyens d'une meilleure maîtrise de la
propagande monarchique, dont la nécessité est renforcée par le ontexte
de la guerre contre IEspagne. Il emprunte les deux principales voies
de la censure : prohibitive et productive. Apres lordonnance royale de
1618 visant à réglementer les métiers du livre atténuant le rôle joué par
rUniversité au profit de l'Etat royal, le pouvoir monarchique renforce la
législation interdisant les libelles diffamatoires par une ordonnance en
janvier 1626 puis par un édit en novembre 1627. A coté du renforcement
de I'arsenal juridique, le pouvoir utilise d'autres moyens afin de corseter
la production imprimée. La censure productive consolide le système
propagandiste monarchique, Les productions des membres du cabinet
de presse de Richelieu fournissent la matière principale à cette forme
de censure. Les plumes au service du cardinal sont déjà actives dans les
années 1620, mais le cabinet de presse tend à sinstitutionnaliser à la
faveur de la victoire politique de Richelieu après le mois de novembre
1630. La fondation de la Gazette de Théophraste Renaudot en 1631 tout
comme celle de l'Académie française par Richelieu en 1634-1635 par
Cipent à cette institutionnalisation des plumitifs au service du cardinalr
Linstitutionnalisation de la propagande d'Etat orchestrée par le cardina
3 Sorel, Charles, La bibliotbèque françoise de M.C Sorel, op, cit., p. 325.
3
4Catteeuw, Laurie, Censurer et raison d'Eat. Une bistoire de la modernité politique, P t)
p. 296-299 et 307.
Voir Thuau, Etienne, Raison d'Liat e pensée politigue à lépoque de Richelieu, op, cit, p. 1040
Sur la question de linstitution nalisation des moyens de contrôle de la production in
mée dans les années 1630 voir par exemple Feyel, Gilles, « Richelieu et la
alx
oFigines de la presse de propagande», art, cité, p. 103. Voir aussi la somme de Giles
consacrée ala Gazette, ldem, L'Annonce et la n-Nouvelle, La presse d information en r
V'Ancien Régime (1630-1788), op. cit, p. 149. Voir également le travail de Nico ds
a propos de la fondatíon de l'Académie française Schapira, Nicolas, Un profersio110
lettres au xVir siecle. Valeniin Conrart une bistoire sociale, op, cit, p. 74-81
et presque Richelieu
monde des
rôle indi.
laquelle il
Renaudot
productions
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le ontexte
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1631 tout
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3
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cit, p. 1040
production in
alx
Giles
r
de Nico ds
profersio110
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 479
au début des années 1630 touche également le milieu des imprimeurs et
des libraires. Un nombre toujours rescreint de libraires est favorisé par le
pouvoir et bénéficie de monopoles de production et de commercialisation.
La troisième compagnie des usages est ainsi créée par le cardinal de
Richelieu. Les imprimeurs membres de cette dernière jouissent du privilege
de publier les livres de l'Eglise réformée conformes aux attentes
romaines et S'engagent en contrepartie à imprimer des ouvrages en lan
gues orientales, nécessaires aux missions d'évangélisation soutenues par
le cardinal de Richelieu comme par le père Joseph. Cette compagnie,
fondée sous le règne d'Henri II, comme celle de la Grand Navire, est
réformée à plusieurs reprises au cours du xvif siècle. Cest le cas en 1631,
Les mutations présentées par le Mercue Frangois de 1639 sinscrivent dans
ce contexte politique. Les réformes juridiques et législatives survenues
dans le monde du livre comme l'inflation d'une production littéraire
favorable à la politique cardinaliste dans les années 1630 sont entièrement
au service la raison d'État qui justife ces interventions dont la principale
vertu est d'exprimer 1'idéal absolutiste. En 1639, le Meraure Frangois est
déa largement impliqué dans la publication et l'actualisation des théories
étatistes. Le vingt-et-unième volume du recueil publié en 1637 constirue
une véritable rupture dans la collection. Celle-ci Sexplique-t-elle par une
application de la raison d'Etat? De quelles manières les circonstances
politiques modifient-elles le Mercure Frangois?
Pour répondre à ces interrogations il convient d'examiner les modalités
de la rupture éditoriale des années 1637 et 1638 dans l'histoire du
Mercure François. Au-delà de cette date, la consultation des paratextes
nous renseignent sur l'apparition de nouveaux imprimeurs-libraires en
charge de la publication et de la commercialisation du recueil. Le nom
d' Estienne Richer est alors dissocié du titre dont son frère est le fondateur
os pour autant que l'on consate le retrait définitif de limprimeur de ses
activités professionnelles. Rapidement, la rédaction du Mercure Eranois
st confiée à Théophraste Renaudot, engendrant sur la compilation des
dihcations de différents ordres. Le présent chapitre S'attachera donc
a Cmettre des hypothèses susceptibles d'expliquer le départ d'Estienne
Acher de la tête du recueil avant de dresser le constat des mutations
crainées par le changement de rédacteur sur le Mercure Erangois,
An, Henri-Jean, Livre, pouvoirs et sociata Paris au xvit si?ele (598-1701), t. 1, 0p. cit.,
P.452-454.
480 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
15 2T090ngniesb 59ilhrn sl 3nm9ip9 2rbio ol crnszss udbb n
7ecovit LA RUPTURE DES ANNEES 1637-1638 dil b
.nonmilnisno sh7a ao2uhng ab 2o109onoonot79 19700
Le vingt-et-unième volume du Mercure François est publié en 1639 mais
Cest au mois d'octobre 1638 que le pouvoir royal délivre les privileges
d'impression royaux àà son imprimeur. Cest la première fois que ceux
ci ne sont pas octroyés à l'un des deux frères de la famille Richer. Jean
étant décédé depuis l'année 16279, cest au bénéfice du seul Estienne
Richer que l'on Satrend à trouver les extraits des lettres de privileges
publiés en début ou en fin de volume. Pourtant, à partir du 8 octobre
1638 aucun des priyilèges d'impression royaux autorisant le monopole
commerdial de la diffusion du Mercure François n'est plus attribué à
Estienne Richer. Ce dernier disparaît totalement du paysage éditorial
du Mercure. Qui sont les nouveaux imprimeurs du Mercure François ?
Que devient Estienne Richer après l'année 1637? ingb 129 9
LES NOUVEAUX IMPRIMEURS DU MERGURE FRANÇoIS 9021
2103 c1 Aa9t
ony Par grace & Ptivilege du Roy, il est permis à Pierre Billaine Marchand Libraire
a Paris, dimprimer ou faire imprimer, vendre & debiter, le livre intitulë
Vingt-mieme Tome dn Mercure François, ou suitte de VHistoire de mostre lemp
soubs le regne du Tres-Chrestien Roy de France & de Navarre LOUYS XI
pour les années mil six cens trente cing 1636., 1637 & 1638. pendant l'espace
de six ans, à compter du jour que la premiere impression sera paracneve
dimprimer, avec deffences à tous Imprimeurs, Libraires & autres personn
deguelgue qualité & condition guils soient, d'imprimer ou faire imprime
vendre ny debirer ledit livre, si ce n'est du consentement dudit Billant,a
peine de quinze cens livres d'amende, & confiscation des exemplaires
se trouveront avoir esté contrefaicts, ainsi gu'il ést plus amplement por orté
3 par ledit PrivilegeintOb 339 t sl su22 no1sp s3U 01
b obsbeT a sms/ictis 2lemore2sto 231
Cest donc à Pierre Billaine que revient le privilège d'imprimer et
Commercialiser la suite du Mercure François, Ce dernier se défait rapiau
ment de ses droits commerciaux sur le recueil au profit de son CO1L
Olivier de Varennes.l r203h aly nore lrou9rub sot pl
8 Testament olographe d'Estienne Richer, loco citato,
Monceaux (de, a Extraict dn Privilege du Roy», Mercure Prançois,, op. cit., vol. XXuy 0
p ,39).
udbb n
1638 dil b
19700
1639 mais
privileges
que ceux
Richer. Jean
Estienne
privileges
octobre
monopole
attribué à
éditorial
François ?
129 9
9021
Marchand Libraire
livre intitulë
mostre lemp
LOUYS XI
pendant l'espace
paracneve
personn
imprime
dudit Billant,a
exemplaires
amplement por orté
s3U 01
231
d'imprimer et
défait rapiau
CO1L
vol. XXuy 0
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 481
De Pierre Billaine à Olivier de Varennes pouvoir incitarif
et récupération commerciale
Nous connaissons assez mal Pierre Billaine, membre d'une dynastie de
ibraires parisiens et Ilun des représentants des « grands éditeurs [.J de
Paris » entretenant des relations commerciales régulières avec la célèbre
enseigne anversoise du Compas d'Or, de la famille Plantin-Moretus,
d'après Henri-Jean Martin". Le libraire ne va en tout as pas exploiter
très longtemps le monopole octroyé par le pouvoir monarchique pour
la commercialisation du Mercure François. Entre le 8 octobre 1638 et la
publication du vingt-et-unième volume de la collection, Pierre Billaine
cède ses privilèges d'impression pour le Mercure à un autre libraire parisien,
Olivier de Varennes:« Pierre Billaine a accordé part & portion
du susdict Privilege à Olivier de Varennes Libraire à Paris, pour pareil
droict que luy, pour l'impression du vingt-uniesme Tome du Mercure
François, &c». D'après cette précision, Pierre Billaine comme Olivier
de Varennes sont tous les deux susceptibles d'exploiter commercialement
le vingr-et-unième volume du Mercure Frangois. Il semblerait pourtant
gue seul Olivier de Varennes ait profité du monopole commercial délivré
par le pouvoir monarchique en 1638. Nous n'avons pas retrouvé d'édition
de ce v lume portant l'adresse de l'enseigne de Pierre Billaine, Cela ne
SIgnihe pourtant pas qu'il n'en n'existe aucune. Certains indices dans
la rédaction des privilèges laissent cependant penser que la cession de
ces derniers par Pierre Billaine à Olivier de Varennes vise à soulager
e premier de la publication du Mercure Frangois. En effet, au contraire
de tous les autres extraits de privilèges d'impression accordés à Jean ou
Estienne Richer pour l'impression du Mercure, ceux OCtroyés aPiere
Ilaine ne soulignent aucune requte de la part de l'imprimeur" Là où
gents royaux prenaient soin d'attirer l'attention sur la position de
OTCe du pouyoir à l'endroit de l'imprimeur sollicitant le droit d'exploiter
n monopole commercial, le volume XXI comme les suivants gardent
11 artin, Henri-Jean, Livre, pouvoirs et société.y op. cil., p. 308, 527 et s54
nccaux (de), « Extraict du Privilege du Roy», Mercure Frangois. oOp. cit, vol, XXI, 1059,
-39]
12
Opos des diférentes formulations présentes dans les extraits des privilèges d impression
Bgerente une requête venant des imprimeurs-marchands-libraires voir notamment
geron, «Privilege du Roy», ibid, vol. I, 1611, [P 5]? ainsi que Desyves, a EXITZICE au
Privilege», ibid, vol. II, 1613, [P4v.
482 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
le silence sur cet aspect. De plus, les extraits des privilèges royaux
d'impression prennent la peine de mentionner le fait que Pierre Billaine
peut consentir à la publication du Mercure par un autre imprimeur là
où tous les autres extraits insistaient au contraire sur la crainte de Jean
Richer puis d'Estienne Richer de voir un autre imprimeur exploiter
commercialement le Mercaure. Cest d'ailleurs cette crainte qui justifiait
la sollicitation par les deux frères dun monopole commercial pour la
diffusion du recueil . Il est donc possible d'émettre l'hypothèse selon
laquelle le pouvoir royal sest tourné vers Pierre Billaine en sollicitant
de sa part la publication de la suite de la collection du Mercure Frángois.
Cest à l'enseigne du Vase d'Or, celle d'Olivier de Varennes, que sont
publiés le derniers volumes du Mercure Frangois, entre 1639 et 1647,à
l'exception du dernier. L'association avec Pierre Billaine, même théorique,
cesse rapidement en raison du décès de' ce dernier. Olivier de Varennes
publie toutefois à nouveau les extraits des privilèges royaux délivrés à
Pierre Billaine suivis de la décision des héritiers de ce dernier de céder
définitivement le privilège d'impression à son confrère",. Le nouvel
imprimeur du Mercure François est aussi désigné comme Olivier II de
Varennes, afin de le distinguer de son père. Olivier I de Varennes est
de confession protestante". Si ce n'est qu'en 1629 il a acté dans la même
étude notariale qu'Estienne Richer, nous n'en savons pas beaucoup plus
à son propos5. Il ressort des productions imprimées que nous devons
à Olivier II de Varennes un certain penchant à publier des ouvrages se
rapprochant du domaine de l'écriture de l'histoire ou de la géographie
13 Apropos de la mention d'un éventuel consentement à la cession du privilège voir Moncax
(de), «Extraict du Privilege du Roy », ibid., vol. XXI, 1639, Ip. 39]. Au contraire, en ce
qui concerne la craínte de la contrefagon voir par exemple Bergeron, «Priviege au
ibid, vol. I, 1611, [PS]r-
14 Monceaux de), « Exiraict du Privilge dn Roy, Mercure Frengois.. P c, vol
1641, Ip. 627]. LEdition conservée par la bibliorhèque de l'École des Ponts-etChaussecs
et numérisée par les soins de l'équipe du GRIHL fait apparaître ces extraits de pru
VIleges royaux, contrairement aux deux volumes consultés à la bibliothèque Meja
d'Aix-en-Provence
D Haag, Emile, Haag, Eugène, Le France protestante ou Vies de protestants frangais qui se son
jait un nom dansl'bistoire, Depuis les premiers temps de la Réformation jusqi'à la reconmaisa
du principe de la liberté des cultes par l'assemblée nationale, t. IX, Paris, Joël Cherbuliez, 10
p. 459
16 Voir le testament olographe d Estienne Richer, loc. cit,
17 Sur ce point voir Martin, Henri-Jean, Livre, porwoirs et sociéité. p. dt, p: 2 la
242. Parmí les textes publiés par Olivier II de Varennes voir Heylyn, Peter, Abrége ue a
privilèges royaux
Pierre Billaine
imprimeur là
crainte de Jean
exploiter
qui justifiait
commercial pour la
l'hypothèse selon
sollicitant
Frángois.
Varennes, que sont
et 1647,à
théorique,
Varennes
délivrés à
dernier de céder
Le nouvel
Olivier II de
Varennes est
dans la même
beaucoup plus
nous devons
ouvrages se
géographie
voir Moncax
contraire, en ce
Priviege au
c, vol
Ponts-etChaussecs
extraits de pru
bibliothèque Meja
frangais qui se son
la reconmaisa
Cherbuliez, 10
p. dt, p: 2 la
Abrége ue a
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 483
Ainsi, à partir de l'année 1639, le Mercure Frangois change d'imprimeur,
d'adresse, de devise et d'enseigne. Il n'est plus publié ni rue Saint-
Jean-de-Latran à l'enseigne de l'Arbre Verdoyant ou en la boutique
des frères Richer au Palais Royal face à la Galerie de Prisonniers mais
rue Saine-Jacques, chez Olivier de Varennes, à l'enseigne du Vase d'Or.
Pourtant, I'analyse des privilèges royaux d'impression semble indiquer
quuen 1638 Cest à Pierre Billaine que le pouvoir a l'intention de confier
durablement l'impression du Mercure Frangois. La comparaison des
extraics des privilèges royaux publiés successivement en 1639 et 1641
dans les volumes XXI et XXII nous apprend qu'il sagit en réalité du
même document. Là où les extraits des privilèges délivrés à Jean ou
Estienne Richer concernent des ouvrages déjà existants désignés par
des titres précis, ceux confiés à Pierre Billaine pour le volume XXII
mentionnent le titre générique de la collection et les années de l'histoire
du royaume prises en charge par le recueil., Les extraits des privilèges
d'impressions reproduits dans les volumes XXI et XXII mentionnent
une date de délivrance identique: celle du 8 octobre 1638. La disparition
de la mention précise du volume dans l'édition de 1641 pose question.
Par exemple, on note que les années censées être traitées par ces deux
volumes du Mercure sont identiques: il s'agit des années 1635, 1636, 1637
ct 1638. Or, le volume XXI ne revient pas sur l'année 1638. Qu'estce
à dire? Au moment de publier le vingt-et-unième volume du Mercure,
Oliyier de Varennes a-t-il fnalement décidé de scinder l'ouvrage en
deux comme autrefois Estienne Richer ? Ou bien, doit-on comprendre
que Pierre Billaine n'a reçu les privilèges d'impression qu'à une seule
Teprise pour un ouvrage partiellement composé? Son décès au cours de
lannée 1639 l'aurait alors empêché de terminer louvrage. Augquel cas,
cela signifie que la censure préventive exercée par le pouvoir politique
en amont de la délivrance des privilèges d'impression na pu totalement
xercer, Le pouvoir a donc délivré un monopole commercial à Pierre
laine sans avoir pu contrôler l'intégraliré de l'ouvrage. Toujours selon
CErte hypothèse, il est possible de penser qu'il était en revanche prevu
gue Pierre Billaine intègre à ce volume le traitement de I'année lo58,
E an regne de Charles 1 second monarque de la Grand-Bretagne, depuis sa naisance Jusqu'a
07,A Paris, chez Olivier de Varennes, 1664. Voir également Varennes, Claude (de
AD de trance, dressé pour l'instruction & la commodité tant des Frangois que des estrangers,
A Paris, chez Olivier de Varennes, 1639
484 0o HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT AT
C'est en effet fort de cette précision qu'Olivier de Varennes peut publier
le vingt-deuxième volume du Mercure François. Cela signife en fait
lexistence d'un accord entre le pouvoir monarchique et l'imprimeut
Pierre Billaine. Autrement dit, en 1638, le pouvoir n'a pas autorisé
un nouvel imprimeur à publier un volume supplémentaire du Mercre
Frangois. Il a en réalité commandé fermement la suite de la collectionà
Pierre Billaine. Ce dernier, peu intéressé par la tâche, aurait négocié la
possibilité d'une association avec un autre imprimeur. La disparition de
Pierre Billaine en 1639 et la formulation équivoque des privileges royaux
d'impression offrent l'opportunité à Olivier de Varennes de publier un
vingt-deuxième volume du Mercure Frangois en 1641. Contrairement à
ce qui se passe en 1633 pour les volumes XVII et XVII, il ne sagit
pas là de privilèges obtenus simultanément pour deux volumes déja
composés. Aucun des trois derniers volumes du Mercure Fránçois ne fait
plus apparaître d'extraits des privilèges d'impression royaux, en dépit
de la législation en vigueur dans le royaume depuis 1618. Les trois
volumes indiquent cependant la mention«Avec privilège» ou «Avec
privilège du Roy au bas de leurs pages de titre. Il est vrai que los
de la publication du volume XXIII en 1646, le cardinal de Richelieu
et Louis XIII sont décédés depuis'quelques années déjà. Il est possible
dimaginer un relâchement du dispositif de propagande aux débuts
de la régence d'Anne d'Autriche, et ce au moins jusqu'aux débutsde
la Fronde, évoquant le processus de dépolitisation de la production
imprimée entre les années 1630 et le début de la Fronde évoqué par
Christian Jouhaud3,gut
La publication de l'Histoire de notre temps soubs le regne di Tres-Cbreste
Roy de France & de Navarre Lorrys Xiu S'achève en 1647 avec le pénultième
voume du Mercure François9. Celui-ci signe la fin de la participatiOn
d'olivier de Varennes àl'entreprise de publication du Mercure Frangois, Du
1647, OlivierII de Varennes est pourtant coujours en vie comme lnate
la publication de l'ouvrage consacré à la vie de Charles d'Angletenc
en 1664. Pourtant, le vingt-cinquième volume du Mercure Frango013
publié en 1648 par un autre imprimeur parisien, Jean Hénault.
18 Voir Jouhaud, Christian, Mazarinadis: la Fronde des mots, op. ct, p. 222
19Le ving.quatrieème volume du Mercure Prançois publié en 1647 est consacré a0x
1641, 1642 et 1643, année de la mort du roi Louis XII.
AT
peut publier
signife en fait
l'imprimeut
pas autorisé
du Mercre
collectionà
négocié la
disparition de
privileges royaux
publier un
Contrairement à
il ne sagit
volumes déja
Fránçois ne fait
royaux, en dépit
1618. Les trois
» ou «Avec
vrai que los
Richelieu
est possible
aux débuts
jusqu'aux débutsde
production
évoqué par
Tres-Cbreste
pénultième
participatiOn
Frangois, Du
comme lnate
d'Angletenc
Frango013
Hénault.
222
consacré a0x
FACE AUX MODIFICATIONS DU cONTEXTE POLITIQUE 185
JeaEnn H 1é64n8a,u Jletea nle H déenarnuilte pr uvbolileu mle eT odmue M vienrgct-ucrienq Furieasnmçeo idSu iMyaesrcbuoreg
Frangois composé des tomes premier et second de LHistoire de Nastre Temps
sOHS le Regne du Tres-Chrestien Roy de Franee & de Navarre, LOUIS XIV
és années 1643. & 1644. Conformément à la conception d'une mise
en ordre du temps historique dépendante du règne des monarques, le
recueil propose un volume structuré autour des débuts du règne de
Louis XIV. Cependant, rien n'indique gue ce changement explique
lintervention d'un nouvel imprimeur dans le processus de publication
du Meroure Frangois. L'absence d'extraits de privileges royaux
dimpression complique l'appréhension du changement d'imprimeur à
la tête du Mercure, L'étiolement du « système-Richelieu » est en marche
depuis les décès du cardinal le 4 décembre 1642 et de Louis XIII au
mois de mai 164320. Ce mouvement explique peut-être l'absence des
extraits de privilèges d'impression depuis le volume XXII du Mercure
Erangois. Celle-ci nous prive en tout cas de renseignenments précieux. Il
est dificile de fixer la chronologie de la parution du vingt-cinguième
volume du Mercure par rapport aux débuts de la Fronde. La proximité
des événements explique peut-être en partie la disparition du Mercure
lirangois, A titre comparatif, la période est par exemple dificile pour
Théophraste Renaudot et sa Gazette. Lexamen de la production imprimée
de Jean Hénault aux débuts de la Fronde semble, au contraire,
indiquer que, pour l'imprimeur libraire, la période est synonyme de
Delles opportunités éditoriales et commerciales. Dès l'année 1649,
imprimeur - seul ou associé à son père Mathurin EHénault - parti-
Cpe a la publication de nombreux ouvrages dédiés à la crise politique
Irançaise. La nuit des rois en janvier 1649, au cours de laquelle le
eune Louis XIV fuit sa capitale pour se réfugier à Saint-Germainen-
Laye, fournit ainsi la matière à un livret de 8 pages intitulé Les
VB sans roy. On reftexions des rois de la febve, sur l'enlevement du Roy, hors
esa bonne ville de Paris2". Jean Hénault se montre particulièrement
20 Jouhaud, Christian, Mazarinades.op. cit, p. 26-27,
Feyel, Gilles, L'Awnonce et la nouvelle.,., op. cit, p. 201.
O4S Sans roy, Ou reflexion des rois de la febve, sur l'enlevement da Roy, hoTs de sa bonne
e de Paris, A Paris, chez Mathurin et Jean Hénault, 1649. La Bibliothèque Nationale
epertorie cer opus comme d'autres sortis des presses de Jean Hénault dans
486 gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 21
productif au cours de l'année 1649. Sa position au sein de l'entrebrice
de publication du Mercure François n est pas suffisamment assise pOur
qu'il traverse les mêmes dificultés que Théophraste Renaudot pendant
la crise. Jean Hénault exploite les événements là où Renaudat
fait en sorte de s'adapter aux circonstances politiques tout en évitant
d'hypothéquer la suite de son avenir professionnel. La dense activité
de Jean Hénault au cours de cette première année de Fronde complique
probablement la poursuite de son activité d'imprimeur du Mercure
Frangois. Cet obstacle est peut-être aggravé par le rôle de rédacteur du
Mercure explicitement assumé par Théophraste Renaudot depuis 1641
et la publication du vingt-deuxième volume de la collection, même
sil est peu aisé d'émettre plus que des hypochèses quant à la fn de
cette probable collaboration. Le constat est d'autant plus vrai que le
Mercure François cesse de paraître après 1648. bs
Ainsi, onze ans après la dernière parution d'un volume du Mercure
François des presses d'Estienne Richer, le recueil périclite et disparaît.
Sa constante adaptation aux dirconstances politiques semble insufisante
face à la Fronde, et aux formes de productions imprimées que celle-cd
provoque. Mais, que penser, de la disparition d'Estienne Richer du pay
sage éditorial du Mercure François après 1637 ? Avant les tourments de
la Fronde et les exigences d'un marché de l'édition plus concurrentiel,
sagit-il là aussi d'une application de la raison d'État ?ttgoa
20109r 12b033 sl,3indi zdomuginr uoq5up aup
le corpus des « mazarinades », a la suite de la Liste chronologique des Mazarinades tablie
par Calestin Moreau au xix siècle dans sa Bibliogratphie des Mazarinades. Voir Moreuy
Celestin,Bibliograpbie des Mazarinades, vol, II, Paris, chez Jules Renouard et Compug
P299-586., Voir aussi id., Choizx de Mazarinades, publiés pour la Société de t
rance, Paris, chez Jules Renouard, 1853. Parmi ces textes citons ainsi les CO
tires du tableau de la pasion de mostre Sauveur. A la Reine de Grande-Brelage r gieurs de
d'Irlande, A Paris, chez Jean Hénault, 1649 ainsi que Lentretien secrei u ean
La our de S, Germain avec Messieurs de la Cour de parlement de Paris, A Paris, Che
Hénault, 1649, Le philosophe d'estat, on Reflexion politique Sur les vertns cIVI parlement
Cpeuple de Paris, À Paris, chez Jean Hénaule, 1649 ou cncore La rao
bouclier du Parlement, A Paris, chez Jean Hénaule, 1649 et pour hnir CheDAParis,
vIsage de bois au nez du Mazarin, Et son exclusion de la Conference qui se rreeula caitfiss àla
chez Jean Hénaulr, 1649. En 1651, Jean Hénault publie encore des tex s de
Crise politique françaíse comme c'est le cas de Vallongnes, Pierre (de dondh
ae r la deivrance de messieurs les princes, presentezà Monseignetir te tru
A Paris, chez Jean Hénaulr, 1651,
23 Voir à ce propos Feyel, Gilles, LAmonce es la noivelle,o., op, cit., p: 200
21
l'entrebrice
assise pOur
Renaudot pendant
Renaudat
en évitant
dense activité
Fronde complique
du Mercure
rédacteur du
depuis 1641
collection, même
quant à la fn de
vrai que le
du Mercure
et disparaît.
insufisante
que celle-cd
Richer du pay
tourments de
concurrentiel,
d'État ?ttgoa
uoq5up aup
Mazarinades tablie
Mazarinades. Voir Moreuy
et Compug
Société de t
les CO
Grande-Brelage r gieurs de
secrei u ean
Paris, Che
cIVI parlement
rao
CheDAParis,
se rreeula caitfiss àla
tex s de
Pierre (de dondh
te tru
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 487
ESTIENNE RICHBR APRES 1637hvAbe
L'absence d'Estienne Richer de l'horizon du Mercure François à partir
de l'édition publiée en 1639 conduit naturellement à formuler l'hypothèse
du décès de l'imprimeur entre la publication des volumes XXI et XXII|
du recueil, troroin
La poursuite des activités professionnelles d'Estienne Richer
apres 1637
En réalité, Estienne Richer ne décède pas avant l'année 1647. Plusieurs
indices le prouvent. Après 1637, Estienne Richer reste visible par ses
activités professionnelles comme privées. En dehors du vingtième volume
du Mercure Frangois, Estienne Richer publie d'autres ouvrages au cours
de l'année 1637 et ce, jusqu'à l'année 1647. Limprimeur se voit ainsi
Confié la tache de publier d'autres types de compilations. Certaines sont
d'ordres juridiques et d'autres prennent la forme de répertoires. Ces
euvres continuent à porter l'enseigne de l'Arbre Verdoyant ainsi que
la devise de Jean et Estienne Richer: Agitata Viresco. L'année suivante,
Estienne Richer publie un ouvrage consacré aux offices de France
Là-encore, la publication porte la double adresse d'Estienne Richer à
savoir la rue Saint-Jean-de-Latran et au Palais sur le Perron royal. Deux
ans plus tard, l'imprimeur-libraire publie la réédition des plaidoyers
de l'avocat général et conseiller d'État Louis Servin24, celui-là même
qui prononça le réquisitoire contre Jean Richer à propos du premier
volume du Mercure François au mois d'août 1612. En 1643, Estienne
Richer s'doigne quelque peu des ouvrages de droit pour publier un texre
utol onbeivbobsh licsdon
24 Voir par exemple Charondas Le Caron, Louis, Euvres de Maîtra Charondas le Caron jurir-
COnulte parisien, vol, 1, A Paris, chez Estienne Richer, 1637. L'ouvrage porte parfois un titre
trerent, il est possible de rencontrer les Pandectes on Digertes du droict frangois ou encore
ies Coustunmes de la Ville, Prevosné et Vicomté de Paris qui désignent le même opus, EStienne
icher publie visiblement un autre ouvrage du même auteur. ld., Responses et decisions
u arorct frangois, A Paris, chez Bstienne Richer, 1637, Voir aussi Galland, Auguste, Ds
iennes et estendarts de France, A Paris, chez Estienne Richer, 1637. Du même Auguste
alland, conseiller d'Etat, Estienne Richer publie un autre ouyrage de droit en l657
d, Dufranc-alleu et origine des droicts seigneuriaux, A Paris, chez Estienne Richer, 1037
irard, Etienne, Joly, Jacques, Trois livres des ofices de Franc, A Paris, chez Estienne
Richer, 1638.
26
D Louis, Actions motables et plaidoyez de messire Louis Servin, A Paris, chez Estienne
Richer, 1640,
488 HISTORE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT DAT
consacré à la vie de Sainte Thérèse d'Avila". Cette fois-ci et comme pour
le recueil des plaidoiries de Louis Servin, l'ouvrage pe mentionne plus
l'enseigne dEstienne Richer rue SaintJean-de-Latran et n'évoque plus
que la boutique du Palais, sur le Perron Royal. En 1644, Estienne Richer
publie la nouvelle édition d'un ouvrage de droit". On retrouve, à cetce
occasion, la mention de l'adresse des Richer rue Saint-Jean-de-Latran.
Pour finir, Jacques Lelong, dans sa Bibliothèque historiqne mentionne la
réedition par Estienne Richer du second des Trois Livres des Ofies de
Frane d'Étienne Girard en 1647. Il ne précise pas l'adresse à laquelle
est publié le livre". f msve
Au-delà de cette date, nous n'avons pas trouvé trace de la poursuite
d'une activité d'imprimeur-libraire par Estienne Richer. Tout
porte donc à croire qu'en dépit de son abandon de la publication du
Mercure François, I tienne Richer continue à publier et à commercialiser
des ouvrages entre 1637 et 1647. Une hypothèse suspicieuse serait de
considérer qu'Estienne Richer est bien mort entre 1637 et octobre
1638 avant d'être victime d'une usurpation d'identité de la part d'un
confrère imprimeur. Il sagirait là d'une variation de l'utilisation de
nom d'imprimeurs et d'adresses dites fictives ou imaginaires dans le
but de contourner la censures". Selon cette hypothèse, ce choix de subtiliser
le nom d'un imprimeur alors qu'il pourrait suffire de se servir
d'un faux nom, pourrait indiquer le crédit accordé au nom d'Estienne
Richer par un hypothétique usurpateur, porté à croire quil vendra plus
d'exemplaires en utilisant le nom d'un imprimeur connu. Cependansy
les titres publiés sous le nom d'Estienne Richer après 1637 sont pour
certains des rééditions et ne sont guère susceptibles d'intéresser la cen
Sure, La probabilité du décès d'Estienne Richer avant le 8 octobre 1oo
2 Yepes, Diego (de), La Vie de la sainte Mtre Térèse, fondatrice de la réforme des Carne
Carmélites dechaussez, A Paris, chez Estienne Richer, 1643.
28 Guenois, Pierre, La grande conférence des ordonnances et edicts royaux premiereu nd,i svtroibl. ul,le
en Xal livres à l'imitation & selon l'odre & disposition du code de l'empereurJusind
Paris, chez Estienne Richer, 1644,
29LelonE Jacques, Fevret Fontette, Charles-Marie (de), Bibliothègne bistorgue la FHraitnocree
colenant le catalogue de tous les ouvrages tant imprimez que manuscrits qui braitens
de e Roiaume on qui y ont rappori, t. II, op, cit, p. 234
Voir par exemple a ce propos l'ouvrage ancien de Gustave Brunet auelaves
Lniyrimeurs imaginaires et libraires supposés, Etnde bibliographique suivie de recberLnieD raie
ages mprimés avec des indications fictives de lieusx on avec des dates stngilsres, ra runer,
Tross, 1866, Le nom de Richer n'est évidemment pas répertorie par u
comme pour
mentionne plus
n'évoque plus
Estienne Richer
retrouve, à cetce
de-Latran.
mentionne la
Ofies de
à laquelle
de la poursuite
Richer. Tout
publication du
commercialiser
serait de
et octobre
part d'un
l'utilisation de
imaginaires dans le
choix de subtiliser
se servir
d'Estienne
vendra plus
Cependansy
sont pour
d'intéresser la cen
octobre 1oo
des Carne
premiereu nd,i svtroibl. ul,le
l'empereurJusind
bistorgue la FHraitnocree
braitens
Brunet auelaves
recberLnieD raie
stngilsres, ra runer,
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 489
cemble donc faible. Ill semble bien que l'imprimeur cesse de participer
à la publication du Meraure Frangois après 1637 alors qu'il poursuit ses
activités par ailleurs. En plus des ticres sortis de ses presses entre 1637
ec 1647, d'autres sources nous apprennent la poursuite de ses activités
professionnelles d'imprimeur et donnent à penser quil jouit encore d'une
certaine reconnaissance parmi les gens du livre. Les sources notariées
gardent la trace d'un contrat d'apprentissage entre un certain Robert
Husson, également marchand libraire, et Estienne Richer. Robert
Husson place son neveu Pierre de Batz en apprentissage chez Estienne
Richer le 25 juillet 1642 pour une période de six ans. Par ce contrat,
Estienne Richer s'engage notamment à subvenir aux besoins matériels
de son apprenti puisqu'il est devra «l']entrete[nir) [..] de ses habits,
linge, chaussures et le nourfir, sans aucun denier baillelp, Les minutes
notariées indiquent également l'adresse d'Estienne Richer. Ce dernier
ne réside plus rue Saint-Jean-de-Latran mais au faubourg Saint-Victor
où se se déroule très probablement l'apprentissage du jeune Pierre de
Batz à partir du mois de juillee 1642. Le choix de Robert Husson pour
le maître de son neveu permet de supposer que les compérences profes-
Sionnelles d'Estienne Richer sont reconnues dans le milieu parisien des
gens du livre au début des années 1640.
Par ailleurs, au début de la décennie 1640, l'administration monarchique
semble toujours apporter son crédit à Estienne Richer comme
imprimeur. Ce dernier bénéficie de certains privilèges commerciaux
avantageux. En plus d'êrre membre de la compagnie des usages depuis
1631 et de faire donc partie du cercle restreint de libraires imprimeurs
parisiens captant la plupart des privilèges commerciaux produits par le
pouyoir monarchique, Estienne Richer aurait éré membre de la compagnie
de la Grand Navire en 16413. La compagnie de la Grand Navire est
une association d'imprimeurs parisiens fondée en novembre 1582 pour
la publication des ceuvres des Pères de l'Eglise. Henri-Jean Martin sougne
quà partir de 1585 environ, le pouvoir royal subventionne cette
29ntrat d'apprentissage entre Husson Robert et Estien ne Richer, AN/MC/ETXI/144.
Ce propos voir Werdet, Edmond, Histoire du Livre en France depuis les temps les plus reculEs
Jusegnu L/89, troisième parlie, tome premier, Ctudas bibliographiquer sur les imprimenrs et libraires
ars les plus cllèbres, Paris, Dentu, 1864, p. 37-38. Voir également Caille, Jean (de la),
OPe de linmprimerie et de la librairie: on l'on voit son origine et son progrès, Jusgu' em 1689,
UISee en deux livres, Paris, chez Jean de la Caille, 1689, P, 105-106,
490 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
compagnie de la Grand Navire et ajoute que le privilège accordé à ses
membres de publier les ceuvres des Pères de l'Eglise est « exorbitane'"
Les membres de cette compagnie sont renouvelés régulièrement. D'apres
lérudit Jean de La Caille, Estienne Richer est actif dans la compagnie
de la Grand Navire entre les années 1638 et 164134, A 1lévidence
Estienne Richer a bien compté parmi les membres de la compagnie des
usages comme de la compagnie de la Grand Navire. Mais, les nombreux
remaniements de ces compagnies comme le caractère collectif de leurs
productions permettent difficilement de mesurer l'implication de chacun
de leurs membres à un moment précis. En conséquence de quoi, il
est compliqué d'affirmer fermement la participation active d'Estienne
Richer à ces compagnies après l1637. Pour autant, nous n'avons trouvé
aucun document officiel ordonnant fermement l'exclusion d'Estienne
Richer de telles structures après 1637. Tout en demeurant ambiguë,
sa position au sein de ces deux compagnies favorísées par le pouvoir
après 1637 semble avoir été maintenue. Elle atteste en tout cas de la
fréquentation par Estienne Richer d'un milieu professionnel composé
des imprimeurs les plus favorisés par le pouvoir royal. Les liens tissés
sont aussi sociaux et, après 1637, Estienne Ric er demeure I'un des
membres d'une communauté socio-professionnelle fortement structurée
Les sources notariées nous enseignent la forte insertion d'Estienne
Richer à une communauté socio-professionnelle structurée et cohérente
après 1637. Le 21 novembre 1638, 1le nom d'Estienne Richer apparait
Sur le contrat de mariage unissant François Coré, marchand au Palais
et bourgeois de Paris à Françoise Loyson. Cette dernière est la fle de
Guillaume Loyson, également marchand libraire et de Marguerite de
Monstr oeilP, Toutes deux demeurent rue Saint-Jean-de-Latran, adresse
de publication du Mercure François jusqu'en 1637. Estienne Richer est
le parrain d' Estienne Loyson, le frère de la mariée6. Il est possible que
Marguerite de Monstr'ceil soit parente avec Claude de Monstr cel
autrefois associé à Jean Richer le frère d' Estienne. Le lien existant ent
Marguerite de Monstr'eil et Estienne Richer explique peut-être le cno
d'Estienne Richer comme parrain d'Estienne Loyson (prénomme co
33 Martin, Henri-Jean, Livre, ponuvoirs et société..., op. cit., P. S1,
3 Caille, Jean (de la), Histoive de l'imprimerie et de la librairie.op, cit., p. 284-28
Acte de maríage de Brançois Coré er Françoise Loyson, AN/MCETXII5
36 Testament olographe d'Estienne Richer, loc, cil
accordé à ses
exorbitane'"
régulièrement. D'apres
compagnie
1lévidence
compagnie des
nombreux
collectif de leurs
l'implication de chacun
de quoi, il
d'Estienne
n'avons trouvé
d'Estienne
ambiguë,
le pouvoir
cas de la
composé
liens tissés
demeure I'un des
structurée
d'Estienne
cohérente
Richer apparait
au Palais
la fle de
Marguerite de
Latran, adresse
Richer est
possible que
Monstr cel
existant ent
être le cno
prénomme co
28
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 491
son parrain). En tout cas, dans ce contrat de mariage, Estienne Richer est
désigné comme « ] allié de la future épouse ». Après 1637, les autres
membres de la communauté parisienne des gens du livre n'hésitent pas
afaire appelà Estienne Richer en tant que témoin fable lors d'occasions
importantes et ce aux côtés de grands imprimeurs et libraires parisiens
Lexamen de la gestion patrimoniale des biens d'Estienne Richer permet
de confirmer son intime insertion à une catégorie socio-professionnelle
Cohérente et de mieux appréhender la date de son décès. Les sources
notariées relatives aux biens matériels d'Estienne Richer autorisent à
considérer I'année 1637 comme une année de rupture, non seulement
pour le Mercure François mais aussi pour son rédacteur.
Une gestion patrimoniale attentive
Les traces laiss ées par Estienne Richer dans les sources notariées
après I'année 1637 nous apprennent que l'imprimeur-libraire continue
à prendre tout particulièrement soin de ses affaires au moins jusqu'a
lannée 1647. Au cours de cette période, il décide de quitcer définitivement
la rue Saint-Jean-de-Latran et prend de nouvelles dispositions
concernant sa succession. Quelques mois avant les noces de Frangoise
Loyson, on rencontre son père Guillaume Loyson en compagnie d' Estienne
Richer, toujours dans les archives notariées de l'étude de Philippe
Petier. Le 10 octobre 1637, Estienne Richer accorde un bail locatif à
Guillaume Loyson pour sa maison de la rue Saint-Jean-de-Latran. I
sagit de l'adresse de publication du Mercre Frangois entre 1611 et 1637.
Le bail précise que le contrat prendra effet à partir de la fête de Noël
prochain pour une période de six ans. Au moment de la signature du
Dal, Estienne Richer réside encore dans sa maison de la rue Saint-Jeande-
Latran et ce, probablement pour un peu plus de deux mois encore.
Les deux hommes ont visiblement déménagé lorsque Françoise Loyson
epouse François Coré, au mois de novembre 1638.
agre la poursuite de ses activités d'imprimeur, Estienne Richer
t eloigné du quartier traditionnellement investi par les gens du
e parisiens. Le contrat d'apprentissage du jeune Pierre de Batz en
c du mois de juillet 1642 permet de situer sa nouvelle résidence
Voir Sacte de mariage de Michel Bobin avec Marie Bourgoin, AN/MCBTIXI/139.
37
38 Dall locatif entre Guilaume Loyson et Estienne Richer, AN/MCETX/5).
492 uoHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
au faubourg Saint-Victor. Un autre bail locatif de quatre ans confirme
cette adresse. Le 28 février 1642, Estienne Richer vit rue Neuye
des Boulangers et établit un bail locatif au nom d'un certaîn Jean
Bonnard pour une part de la maison dans laquelle ils demeurent tous
les deux, Plusieurs actes notariés en date de l'année 1647 stipulent
qu' Estienne Richer signe un nouveau testament deux jours après avoir
baillé une partie de sa maison à Jean Bonnard. Le 1 mars 1642,
Estienne Richer fait de l'imprimeur Marin Richer son légataire et
du marchand-libraire Antoine Vitré son exécuteur testamentaire 0
Nous n'avons malheureusement pas pu trouver la trace de ce dernier
testament dans les archives notaries de l'étude de Philippe Périer.
Ce sont les actes notariés en date du mois de septembre 1647, après le
décès d'Estienne Richer qui se réfèrent à ce document. Il est diffcile
dexpliquer l'absence du testament d'Estienne Richer des archives de
rétude XI En effet, Cest auprès de cette étude qu' Estienne Richer a
l'habitude dacter depuis plusieurs années déja. Il y teste au moins
depuis novembre 1629 et, rappelons-le, il y établit un bail locatif au
nom de Jean Bonnard le 28 février 1642. Les actes notariés du mois de
Septembre 1647 reviennent sur les rôles endossés par Marin Richer et
Antoine Vitré vis-à-vis d'Estienne Richer car ces documents règlent la
succession de l'imprimeur-libraire. Lensemble de ces documents vise
à solder les comptes de Marin Richer en tant que légataire d'Estienne
Richer. Pour une part, Marin Richer s'acquitte des dettes d'Estienne
Richer auprès de ses créanciers et, pour une autre, il recouvre Iargent
dû par les débiteurs de limprimeur. Parmi d'autres, Cest le cas aupres
d'Adrien Taupinart, marchand-libraire établi rue Saint-Jacques et de
son épouse Marie de Sainctyves en vertu d'un contrat établi le3 mars
1644 entre Estienne Richer et plusieurs imprimeurs libraires" ll est
possible que ce contrat n'ait pas été établi à l'étude de Philippe Perer
car il n'a pas été conservé dans les minutes de l'étude X1. Ces aces
notariés prouvent la vivacité des liens entretènus par Estienne RuC
39 Bail locatif entre Jean Bonnard et Estienne Richer, AN/MCIET/X/143. entaire
40 Compte et oblígation de Geneviève Picot envers Marin Richer, légataire tesuL
d'Estienne Richer. ANMC/ET/XI/151.
de cer 41 Compte ct obligation de Geneviève Picot envers Marin Richer, loc, cit. A propos
tains de ces imprimeursS voir notamment Martin, Henri-Jean, Livre, poutO
op. Cit, P. 300, 343-344 er 412
confirme
rue Neuye
certaîn Jean
demeurent tous
stipulent
après avoir
mars 1642,
légataire et
testamentaire 0
ce dernier
Philippe Périer.
après le
est diffcile
archives de
Richer a
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Ces aces
Estienne RuC
entaire
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de cer propos
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 493
au sein de la communauré des gens du livre dans les années 1640. Ils
autorisent également à situer la date du décès d'Estienne Richer entrele
mois de mars 1644 et le mois de septembre 1647. Pour être plus précis,
Estienne Richer est probablement décédé au cours de l'année 1647. En
effet, la publication du deuxième des Trois Livres des Ofices de France au
nom d'Etienne Girard sous les presses d'Estienne Richer en 1647 ainsi
gue l'ensemble des documents produits à l'occasion du règlement de
sa succession tendent à le prouver. Ces sources confirment que le décès
d'Estienne Richer n'est pas susceptible d'expliquer sa disparition de
'entreprise de publication du Mercure Frangais. A partir de ce constat,
il convient d'explorer de deux hypothèses principales. La première, sar
la piste de laquelle nous mettent certaines autres sources notariées, est
celle de difficultés financières qui auraient encouragé Estienne Richer
à cesser de participer à la publication du Merauve Frangois
Entre 1637 et 1638, Estienne Richer cesse donc de publier le Mercure
Frangois. Il quitte également son domicile de la rue Saint-Jean-de-Latran
pour aller Sinstaller rue Neuve des Boulangers. Deux mois seulement
près avoir fait établir un bail locatif de six ans au bénéfice de Guillaume
Loyson pour sa maison rue Saint Jean-de-Latran, Estienne Richer vend
Son imprimerie, Pour ce faire, il acte toujours à l'étude de Maître
Philippe Périer. Le 22 décembre 1637, Estienne Richer vendà François
Prenneray, maître imprimeur à Paris, l'intégraliré de son imprimerie
Située rue Saint-Jean-de-Latran. Estienne Richer vend son fonds de
Commerce à François Prenneray, ainsi que l'ensemble du matériel quí
compose son imprimerie soit quatre presses et un grand nombre d'outils
et de caractères typographiques. Les deux imprimeurs-libraires dressent
inventaire des biens soldés à cette occasion et estiment la valeur de
la vente à 2357 livres er deux sols. L'acheteur verse immédiatement
O0 Iivres à Estienne Richer et constitue une rente pour Sacquitter
Lde. La dette de François Prenneray est réglée le 17 avril 1645
a des impressions qu'il réalise pour le compte d'Estienne Richer,
D er accepte alors de liquider la dette de son confrère". Frangois
Aray ne semble pas s'être installé personnellement rue Saint-Jean
ran Plusieurs actes notariés nous apprennent quil réside rue de la
de vente de toute l'imprimerie d'Estienne Richer à François Prennerly, ANIMC
BXA/135. o er
494 RUDHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT DA
Grande Bretonnerie au cours des années 1640. Visiblement, les murs
de la maison de Saint Jean-de-Latran appartiennent toujours à Estienne
Richer, sans quoi ce dernier n'aurait pu la louer à Guillaume Loyson le
10 octobre 1637. Lhypothèse de la rencontre de difficultés financières par
Estienne Richer à la fin de l'année 1637 pourrait expliquer la rapidité
de ces démarches. La location de sa maison à Guillaume Loyson et la
vente de son fonds de commerce à François Prenneray s'expliqueraient, en
effet, par un besoin rapide et accru de liquidités. Selon cette hypothèse
Estienne Richer abandonnerait la publication du Mercure François au même
moment en raison d'un coût trop élevé de l'entreprise. L'argument est
d'ailleurs régulièrement invoqué dans les privilèges royaux d'impression
délivrés àl'imprimeur afin de justifier le monopole commercial dont
il jouit. Ainsi en'1613, l'imprimeur évoque le vol constitué par la
contrefaçon. Il sagit d'un vol en raison du manque à gagner consticué
par la vente des versions contrefaites mais aussi parce que la publication
dhun volume du Mercure Frangois est une entreprise coûreuse. La réa
lisation, la publication et la commercialisation d'un ouvrage imprimé
Sont des activités consommatrices de temps et d'argent. Le constat
Sapplique bien entendü à une publication aussi conséquente que celle
du Meraure François. Cela ne signifie toutefois pas que la production du
Mercure soit désormais devenue déficitaire. Cependanc, il reste possible
que, confronté à des difficultés financières, Estienne Richer décide de
renoncer à publier le Mercure François, en raison d'un coût désormais
trop élevé pour lui.
La présence de ces indices ne permet toutefois pas d'attester ferme
ment de 'hypothèse de complications financières. La possibilitë d'un
confiscation pure et simple du Mercure par le pouvoir politigue est ine
perspective qu'il convient aussi d'explorer en dépit de la poursure des
activités professionnelles d'Estienne Richer et de son appartenance
un cercle socio-professionnel composé d'imprimeurs-libraires favort
par le pouvoir après 1637. Reste que, après 1637, le Mercure krango
og ttoc D 9339b l 1obupil sb 210in 3q3930 1Ott
45 Cest le cas en 1641 comme l'indique le contrat d'apprentissage entre Claud
e rangoiS P'renneray, AN/MG/ET/XVIII/265 mais aussi en 1645 comme le pro
inventaire en présence de François Prenneray. AN/MC/ET/XLI4)%
44 Voir par exemple Bergeron, a Privilege du Roy», Mercure François.n P. Cli vo Ps]P
45 Voir Richer, Estienne, «Le Libraire an Lecieur», ibid., vol. I, 1613, [4r-vo
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Mercure krango
1Ott
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vo vo
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 495
continue à être publié sans Estienne Richer. Il est difficile de connaftre les
modalités de ce passage de relai, mais dès 1638, Théophraste Renaudot
devient le nouveau rédacteur du Mercure François, Le maintien de la
publication du Mercure après cette date et les relations entrerenues
par Théophraste Renaudot avec le pouvois, plaident dans tous les cas,
pour une récupération de la publication par le pouvoir politique. Cette
récupération a pu se faire par opportunisme politique, à la faveur des
dificultés financières peut-êetre traversées par Estienne Richer, à moins
que l'imprimeur-libraire se soit trouyé contraint de manière bien plus
directive à albandonner la publication du recueil.
cONFISCATION ET RÉCUPÉRATION ?
La reprise de la rédaction et de la publication du Mercure Frangois par
des acteurs du monde du livre et de l'imprimerie n'appartenant pas à la
famille Richer, historiquement à la tête du recueil, laisse penser à une
confiscation de la part du pouvoir monarchique. Les conditions de la
publication du Mercure et les rapports entrerenus par ses imprimeurs et
auteurs avec le pouvoir monarchique depuis 1613 rendent peu crédibles
Cette hypothèse, à moins que la rupture éditoriale des années 1637-1639
ne s'explique par la détérioration de cette relation.
La mise sous twelle d'Estienne Richer
La poursuite de la publication du Mercure Frangois suite àl'audience du
Consel du roi du 7 août 1612 implique une forme de reconnaissance dela
part du pouvoir royal de la loyauté des auteurs du recueil, Le maintien de
la publication dans l'horizon éditorial français suite au triomphe politique
au cardinal de Richelieu suggère I'intérêt du pouvoir politique à voir se
POUESLVre la production et la diffusion du Merare François. Alévidence,
Compilation passe sans encombre le test de l'institutionnalisation de
communication mise à l'aeuvre par le cardinal de Richelieu au cours
CES années 1630, Le Mercure François s'intègre sans difficulré apparente
ntreprise de propagande monarchique établie par le cardinal. l est
un des médias mobilisés par le cardinal de Richelieu et ses écrivains
L aire partie dun système propagandiste. Son contenu le prouve a
mbreuses occasions, même sil reste dificile de distinguer la part
SOD Sincère des auteurs du Mercure à la politique du gouvernement
496 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT AT
monarchique de celled'une incitation active de la part du gouvernement
à diffuser des éléments de propagande. Le Merciere Frangois est apprécié
du pouvoir royal qui se l'approprie dans le but de l'utiliser à des fins
politiques. Pour être efficace, cette annexion doit reposer sur le subtil
équilibre d'une accentuation du contrôle exercé sur le Mercure François
et d'un maintien de la forme du recueil Deux raisons expliquenc cete
nécessaire pondérätion. La première réside dans le šuccès de louvrage.
Chacun des volumes connaît plusieurs éditions et certaines d'entre elles
sont mêmes lobjet de contrefaçons, Ces léments plaident pour le constit
du succès commercial du Mercure François. Au-delà du contenu spontanément
et éminemment favorable au pouvoir, l'appétence d'un public
pour le recueil est une plus-value pour le gouvernement monardhique.
Ce dernier est garantidune réception bienveillante du message véhiculé
par le Mercure. Modifier profondément l'objet et limoger I'un des auteurs
de la recette de son succès constituerait un risque évident. De plus, la
récupération d'un objet existant évite un trop grand investissement
inhérent à lélaboration de nouyelles formes de propagande politique,
sans qu'il sagisse dhun investissement d'ordre financier. Inventer de
nouvelles formes de communication suppose également un investissement
créatif important et la recherche, de la part du pouvoir royal,
d'agents à la fois comnpétents et sincères prêts à mettre leurs talents au
service de la propagande d État. Surtout, son utilisation par le pouvot
permet de camoufler une propagande parfois trop évidente, et potentiel
lement desservie par son caractère ostentatoire. Dans les années 1030,
le Mercure François n'est done pas le seul à être adoubé par le pouvoir
monarchique. En demeurant l'imprimeur-libraire auquel les privileges
royaux d'impression'sont délivrés pour la publication du Mercure Fragos,
Estienine Richer l'est aussi. Le pouvoir royal lui fait confiance pour pubier
un ouvrage loyal et uile à la propagande monarchique. Son mainu
a la tete du Mercure procède de cette logique, tout comme la poursun
de la publication. Ainsi, lorsqu'en 1631 paraît le premier numero
la Gazette de Théopraste Renaudot, le Mercure François continue a rece
vOir des privileges d'impression et Estienne Richer réste celui que I o
pourrait appeler «lhomme du Mercure , Toutes ces raisons Justluc
précisément un impératif de contrôle accru de la publication et de se
acteurs de la part du pouvoir, Linstitutionnalisation du Mercure Fng
en objet de propagande comprend aussi une plus grande survella lance
gouvernement
apprécié
des fins
le subtil
François
expliquenc cete
louvrage.
d'entre elles
le constit
contenu spontanément
d'un public
monardhique.
message véhiculé
des auteurs
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le pouvot
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années 1030,
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pour pubier
mainu
la poursun
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continue a rece
celui que I o
Justluc
publication et de se
Mercure Fng
survella lance
EACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 497
d'Estienne Rich Le pouyoir met en application ce constat par une
mise sous tutelle de l'imprimeur. Sa participation active à la campagne
de presse cardinaliste dans les années 1629-1632 en est l'une des modalités.
Limprimeur doit, en efet, à cette entreprise, d'avoir bénéicié de
plusieurs monopoles commerciaux. La publication par Estienne Richer
de libelles favorables au cardinal est susceptible d'avoir été encouragée
par ce dernier. Elle est également à même d'avoir apparenté l'imprimeur
aux membres du cabiner de presse du cardinal et de l'avoir fait pénétrer
dans sa dépendance. La participation d'Estienne Richer aux compagnies
des usages et de la Grand Navire est une autre façon pour le cardinal de
clientéliser l'imprimeur. Dès lors, comment expliquer la disparition
partielle d'Estienne Richer de ce cercle attaché au cardinal, alors même
qu'il continue à fréquenter les grands libraires parisiens favorisés par le
pouvoir royal après 1637 2neoys he rmoialy sns as
Un imprimeur privé de son recueil ?iogelog inoi bslg e
La poursuite de la publication du Mercure Franois sans Estienne Richer
après 1637 pose tout de même la question d'une éventuelle confiscation
de la compilation par le pouvoir monarchique. La rivalité entretenue entre
l'imprimeur et Seipion Dupleix est susceptible d'avoir privé Estienne
Richer de son Mercure Frangois. Scipion Dupleix, l'un des éerivains au
service du cardinal de Richelieu, également historiographe du roi depuis
1619, est un lecteur critique du Meraure Franois. L'Histoire de Lotis le Juste,
fruit de la commande passée à Scipion Dupleix par le pouvoir politique
en échange de son brevet d'historiographe du roi, est l'ouvrage par leguel
0A propos de l'ambiguíté des relations entretenues entre le pouvoir politique et les
eprésentants du monde des lettres au cours du XVIr siècle, voir Jouhaud, Christian,
ro Les pouvoirs de la litérature. Histoire d'um paradxe, op. cit. A propos du camcrère ambigu
pport entre le pouvoir monarchique et la presse politigue voir egalement Fgniez,
Stave, Lopinion publigue et la presse politique sous Louis XII (1624-1626), op, cit, p. L.
propOs de Scipion Dupleix et de sa charge d'historiographe voir Blanquie, Christophe
On magistrat à l'âge baroque. Scipion Dupleix (1S69-1661), op. cit, p. 89-91 ainsi que 1d,
Lapreuve chez Dupleix», LAtelier du Centre de recherches historiques, 08|201, [en
gnel, http:/acrh.revues.org/4175, consulté le 29/05/2015, art. cité. -A propos de la
historiogtaphe voir Fossier, François, «La charge d'historiographe du xvr au
XIX SIecle», Revue bistorique, juillet-septembre 1977, art., cité, p. 73-92 et d, «A propos
re dhistoriographe sous l'Ancien Régime», Revue d'bistoire moderne et conteniporame,
uillet-septembre 1985, art. cité, p. 361-417.
498 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATDAT
l'auteur porte ses coups au Meraure. Les reproches adressés par l'auteur
de l'Histoire de Louis le Juste au Mercure sont commentés par Mathieu de
Morgues, ancien membre du cabinet de presse de Richelieu passé au
service de la reine Marie de Médicis. Ce dernier moque la réaction de
Phistoriographe et lui reproche sa mauvaise foit L'auteur du Mercure
choisit également de répondre aux allégations de lI'historiographe dans
le vingtième volume du Mercure Frangois. Il est vrai que a réponse de
Mathieu de Morgues à Scipion Dupleix à propos du Mercure François ne
constitrue en rien un éloge du recueil. Le soutien apporté dans ses pages
à la politique cardinaliste l'explique sans doute. La chronologie dela
parution du volume XX du Mercure, deux ans après celle de l'Histoire de
Louis le Juste donne à Estienne Richer I'opportunité d'attaquer à son tour
son détracteur. Le Meraure souligne l'incompétence de l'historiographe
en désignant clairement ses erreurs. Une note marginale promet au
lecteur un examen des « Erreurs de Dupleix"». Le passage en question
est plein dironie pour les prétentions d'un auteur vaniteux et pourtant
incapable d'après le Mercure :
b nom
Les curielux trouveront estranger, que Dupleix qui fait profession de cen-
Surer les ouvrages des autres, & qui accuse le Mercure Frangois de peu de
discussion, se soit luy mesme trompé si lourdement en parlant de la mort
de Walstein en son Histoire de Louys XIII, que d'asseurer quil fut tue
avec ces quatre Chefs de son armée ses plus confidens, comme ils estoient
en son logis tous ensemble en table. Car I'Histoire & toutes les Relations
dAllemagne, rapportent que ces autres là soupoient lors avec le Gouverneur
dans le Chasteau d'Egger ou Bgra, & que Walstein n'ayant pas este invite
avec eux par ledit Gouverneur, estoit cependant demeuré en son logis, Ou
fut tué dans sa chambre, de la façon que nous avons dit, De plus, Il
que ce fut le 25. jour de Fevrier, contre le raport des susdites Histoires
Kelations, qui disent le 15. faute bien sígnalée pour un bon Chronoog
comme luy, Parce que si celles-là parlent selon le stile ancien, & quil veul
Suivre le nouveau, ila deu dire le 5. non le 25. si au contraire elles siuivc
le nouveau & luy l'ancien, il est encore plus coulpable, de ne suivre pa
Tordre de 1'Eglise, luy qui paroist si bon Catholique. Que sil repette
rautes sur la Gazete, il ne faut point s'estonner s'il a chopé, puis qu
aveugle, a conduit Il'autre
48 Morgues, Mathieu (de), Lunmières pour lbistoire de France et pour faire voir les cao
flatleries, et autres defauts de Scipion Dupleix, op. cit, p. 201,
49 MeTCure Frangois.,. P, cit., vol. XX, 1637, p. 483 (pour l'année 1659)%
50 Ibid, p. 483-484,
par l'auteur
Mathieu de
passé au
réaction de
Mercure
lI'historiographe dans
réponse de
François ne
ses pages
chronologie dela
l'Histoire de
à son tour
l'historiographe
promet au
question
pourtant
profession de cen-
de peu de
de la mort
quil fut tue
ils estoient
Relations
Gouverneur
este invite
son logis, Ou
plus, Il
Histoires
Chronoog
quil veul
elles siuivc
suivre pa
repette
puis qu
les cao
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE A99
Le rédacteur du Mercure saisit l'occasion de la publication de la mort
de Wallenstein pour contre-attaquer, Une prétendue erreur de date
dans la relation de I'événement proposée par Scipion Dupleix dans son
Histoire de Louis le Juste lui permet d'ouvrir son procès en incompétence.
La mort de Wallenstein n'est pas relatée par Scipion Dupleix dans
I'édition de 1635 de l'Histoire de Louis le Juste., Elle l'est en revanche dans
une édition revue et augmentée parue à Paris en 1637, la même année
que le vingtième volume du Mercure François
Le Mercure reprend les termes employés par Scipion Dupleix à son
propos pour souligner l'arrogance de l'historiographe : «Le Mercure, qui
rapporte toutes choses avec peu de discussion, & souvent par complaisance
ou flaterie, publiant ces letres, les a grandement adoucies». Ce faisant, il
se positíonne en professionnel des lettres er de l'histoire dont l'expertise
lui permet de commenter et de critiquer le travail de l'bistoriographe,
Ce professionnalisme prend assise sur l'éthique de vérité défendue par
les rédacteurs du recueil dans certains de ses volumes et définit leur
Conception de l'écriture de l'histoire. Il prend également à revers les accu
sations de Scipion Dupleix. Puisque ce dernier se permet de « censurer »
Cest-à-dire de critiquer le propos du Mercure, son rédacteur lui rend la
pareille. Estienne Richer ne se contente pas de relever l'erreur de Dupleix
mais fait appel à son jugement critique comme à celui de ses lecteurs
pour faire la démonstration de l'erreur de son censeur. Pour ce faire,
l'auteur produit ses sources ou plutôt prétend le faire. Bn efet, a l'Histoire
& toutes les Relations d'Allemagne> mentionnées à deux reprises ne
Sont ni citées ni assorties de références précises. On ne connaît ni leurs
Wallenstein est un représentant de la noblesse militaire tchèque. Ce mercenaire se met
au service du Saint-Empire-Romain-Germanique au cours de la guerre de Trente Ans er
devient généralissime des armées impériales. Il meurt assassi né an mois de février 1654,
aage de Sl ans, en raison de l'ambiguitéde ses posicions politiques.
Dupleix, Scipion, Histoire de Lonis le Juste, op, cit., p. 461.-Comme Scipion Dupleix, certains
StOriens contempotains datent aussi la mort de Wallenstein du 25 février. Mjeck, Ija,
lassassinat de Wallenstein (1634) , dans Complotn et conjuratioms dans Eurupe modert
Actes du collogue intornational organisé à Rome, 30 septembre-2 occobre 1993, textes éunis
par Bercé, Yves-Matie et Fasano Guarini, Elena, Rome, fcole Frangaise de Rome, 1999,
P. 507-534.
4upleix, Scipion, Histoire de Louis le Jusie, op, cit., p. 345.
Opos des différents sens du verbe « censurer» voir Catteeuw, Laurie, Censnres et raisons
5 a'Etat., op. cit, p. 14,
ErCHre Frangois...op. cit, vol. XX, 1637, p. 483 (pour l'année 1634).
500 19HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
auteurs, ni leurs éditeurs, ni encore leurs lieux et dates de parution
Les pages portant la date du déces de Wallenstein ne sont pas non plus
fournies par le Meraure et il faut croire son auteur sur parole. Malgré la
légèreté de ses références, Estienne Richer se fonde sur cette diference
d'appréciation pour jeter simultanément le soupçon sur le manque de
professionnalisme de Scipion Dupleix et la sincérité de sä foi. D'après
le Mercure, les dix jours qui séparent la mort de Wallenstein dans les
récits allemands et celui de Dupleix s'expliquent soit par une erreur de
conversion entre le calendrier julien et le calendrier grégorien soit par
l'urilisation par Dupleix du calendrier julien, désignés respectivement
par les expressions «nouveau stile» et « ancien stile ». Dans le premier
cas, une telle erreur est indigne d'un historiographe. Estienne Richerlui
refuse d'ailleurs ce titre et lui préfère celui de « Chronologiste» Dans
le second cas, l'usage du calendrier julien au détriment du calendrier
grégorien apparu dans le contexte des guerres de Religion et recommandé
par le concile de Trente révèle une potentielle opposition politico-religieuse
de Scipion Dupleix à la papauté. Le recours du calendrier julien dans
des histoires et récits allemands n'est pas pour étonner dans la mesure
où le refus d'adopter le comput grégorien est souvent le fait d'Etats
protestants et orthodoxes. De la part d'un catholique, en revanche,
interroge. Lhistoriographe est-il aussi «[.:] bon Catholique» quille
prétend? Estienne Richer s'emploie à jeter le soupgon sur la pite de
Scipion Dupleix par ses critiques. 0ulkuo toone
Pour se défendre, Estienne Richer n'épargne pas Scipion Duple
accusé tour à tour d'être un mauvais historien et un hérétique disSimule
Au passage, il écorche sans trop de scrupules Théophraste Renaudot
tout bonnement privé de discernement: «Que s'il repete ces fautes Sur
la Gazette, il ne faut point s'estonner s'il a chopé, puis qu'un aveugie
Conduit I'autre, Le retour de ces critiques à une dimension proresso
nelle a peut-être vocation à atténuer l'accusation d'hypocrisie religieb
portée contre Dupleix. La référence à la Gazette de Renaudot per
aussi à Estienne Richer de dénoncer la faiblesse des sources utiliseesPa
56 Ibid., vol. XX, 1637, p. 483 (pour l'année 1634), hris.norg 57 1bid.
r 1634
58 1bid Théophraste Renaudot date lui-aussi le décès de Wallenstein d t la mmort
Renaudot, Théophraste, Bxiraordinaire dn xvn Mars M.DC.XXXIV, Co
de Walstein, n°22, Paris,1634, p. 93-96
parution
non plus
Malgré la
diference
manque de
foi. D'après
Wallenstein dans les
erreur de
grégorien soit par
respectivement
le premier
Richerlui
Chronologiste» Dans
calendrier
recommandé
politico-religieuse
julien dans
la mesure
fait d'Etats
revanche,
Catholique» quille
la pite de
Scipion Duple
disSimule
Renaudot
fautes Sur
aveugie
proresso
d'hypocrisie religieb
Renaudot per
utiliseesPa
r 1634
Wallenstein d t la mmort
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 501
Dupleix comme par Renaudot, ll reprend à son tour le grief formulé par
Mathieu de Morgues à l'encontre de Scipion Dupleix, même si ce dernier
puise son inspiration dans le Merzare d'après de Morgues. La revendícacion
de l'accès direct aux archives du cardinal par Scipion Dupleisx est
postérieure à la charge d'Estienne Richer". Ce dernier considère que
les sources de I'historiographe et du gazetier sont mauvaises. Des trois,
Estienne Richer considère être le seul capable de mobiliser des sources
fiables comme l'atteste sa faculté à citer des «Histoires & Relations
d'Allemagne. De plus, Estienne Richer rappelle que ses capacités à
convoquer des sources pertinentes ne l'empêchent pas de discerner les
informations susceptibles d'êcre rendues publiques et celles destinées à
demeurer dans les arcana imperii : «Il ne m'est pourcant permis d'entrer
dans le cabinet des secrets de l'Estat, La formule est toutefois ambigüe.
D'abord parce que le lecteur ignore si le « je» est celui du rédacteur du
Mercure ou bien celui de «la personne de consideration» à lorigine
du «Discours» sur la mort de Wallenstein publie dans le Mercure
Ensuite, parce que cela peut signifier que ni ce « je» ni Estienne Richer
n'ont accès aux secrets d' Etat mais sont tout de même capables de livrer
une version avérée des faits. Dans tous les cas, Estienne Richer défend
face à Scipion Dupleix et Théophraste Renaudot sa capaciré d'accéder
a des sources plus crédibles mais aussi une meilleure intelligence de ces
sources. Il est capable de percevoir où se situe l'intérêt de l'Etat (dans
le dévoilement ou le secret des sources) comme de rendre compte de la
59 Elle paraît en fait à loccasion des réponses fournies par Scipion Dupleix à ses opposants
politigues, à savoir le maréchal de Bassompierre d'une par. Ce dernier, rombe en
disgrace depuis la Journée des Dupes produit un ouvrage manuscrit depurs la Bastille
augquel Scipion Dupleix prend soin de répondre. D'autre part, Scipion Dupleix répond
egalement à Mathieu de Morgues. Ler Lumières de Mathien de Morgues dit S. Germain juur
D1SO1TE, esteintes paraissent en 1645, après la mort du cardinal comme de Louis XII,
La disparition des deux hommes permet à Dupleix d'évoquer avec une certaine liberté
Ses conditions de travail en tant qu'historiographe du roi et de revenir sur I accès aux
papiers du cardinal de Richclieu dont il prérend avoir bénéfici. Voir Dupleix, Scipion, Les
Lmidres de Mathien de Morgues dit S. Germain pour l'histoire, A Paris, chez Arnaud Manas,
, Voir aussi Blanquie, Chrístophe, « La preuve chez Dupleix... P, art. Cité, p. 10-15.
A propos de la polémique entre le maréchal de Bassompierre et Scipion DupleX mais
d travail de Scipion Dupleix comme historiograplhe voir Jouhaud, Christian, Ler
ponvoirs de la littérature., op, cit., p. 191-2D.
ercure Frangois,., op, cit, vol. XX, 1637, P., 483 (pour l'année 1634).
61 lbid., p. 526.
62 Ibid., p. 483.
502 200 HISTOIRE IMMÉDIATE BT RAISON D'ÉTAT AM
Conplexité d'une affaire à travers la diversité des points de vue suscirés
Reste qu'il est impossible de trancher sur l'accès d'Estienne Richer auy
papiers du cardinal de Richelieu. Cette hypothèse nous semble assez
peu convaincante, compte tenu de la restriction des acteurs autorisés a
compulser de tels documents et des critiques formulées par Richer à
l'endroit de Dupleix et Renaudot.
Justement, la salve contre Scipion Dupleix semble facilement justifable
par les commentaires désobligeants formulés par ce dernier à l'endroit dui
Mercure François dans son Histoire de Louis le Juste. Le trait dirigé contre
Théophraste Renaudot est plus énigmatique. Le reproche adressé par
Estienne Richer à Théophraste Renaudot n'est pas tout à fait du même
ordre que celui adressé par Mathieu de Morgues au même Renaudor.
De Morgues fustige, en effet, le caractère complaisant de la Gazetteà
l'endroit de la politique cardinalistes. La cécité du gazetier dénoncée
par Estienne Richer révèle son manque de rigueur. Estienne Richer se
pose en véritable professionnel face à Théophraste Renaudot. Peut-être
faut-il y voir une façon pour Estienne Richer de se démarquer dans un
marché rendu plus concurrentiel par la Gazette de Renaudot, Les objets
produits et commercialisés par les deux hommes sont différents mais
la matière reste la même. Or, depuis 1631, Théophraste Renaudot mer
sur le marché des nouvelles bien plus fraiches que ne le sont les infor
mations publiées par le Mercure François, et affaiblit ce dernier. Bien sûr,
la posture adoptée par Estienne Richer diffère de celle de Renaudot.
revendique pour son Meraure l'appartenance à un genre différent de celui
de la Gazette. Pourtant, dès la parution de son premier volume en 1091,
la Gazette exerce une pression sur le Mercure Frangois et questionne
légitimité. La coexistence de la Gazette et du Mercure entre 1631 et lo4d
rend floues les frontières de leurs genres respectifs Les affinités de la Gazs
et du Mercure, probablement subies par Estienne Richer, ont pu pos
jalons d'un brouillage entre journalisme et histoire caractéristuue
mercures historiques et politiques » inventés aux Provinces-Unies a la
fin du xvIT siècle. Une des manières de se distinguer pour Estienne
Richer consiste à insister sur l'aspect historique de sa publication, g
isiquo
63 1bid, Pp. 499-500.
64 Voir sur ce poínt Thuau, Etienne, Raison d'Érat.., op. cit., p. 219,
0ACepropos voir Brétéché, Marion, Les compagnons de Mercure. Journalisme et poiiigu
V'Europe de Louis XIV, op. cit., p. 25-53.
suscirés
Richer auy
semble assez
autorisés a
Richer à
justifable
l'endroit dui
dirigé contre
adressé par
du même
Renaudor.
Gazetteà
dénoncée
Richer se
Peut-être
dans un
Les objets
différents mais
Renaudot mer
les infor
Bien sûr,
Renaudot.
différent de celui
en 1091,
questionne
1631 et lo4d
de la Gazs
pos
caractéristuue
Unies a la
Estienne
publication, g
poiiigu
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 505
lui confere le décalage temporel entre les événements et leur publication
dans le Merczure, Afin de reconquérir son lectorat, Estienne Richer cente
de pointer les inconvénients inhérents à la promptitude de la Gazete à
publier les événements. Ces arguments ne sont que suggérés ici, mais ils
Sont développés beaucoup plus longuement dans la préface du dernier
volume du Mercure Frangois, certes publié par Jean Hénault6
Quoi qu'il en soit, Estienne Richer saisit l'occasion de la mort de
Wallenstein pour assurer sa défense face à deux éminents représentants
du cabinet de presse du cardinal de Richelieu: Scipion Dupleix
et Théophraste Renaudot. L'opération est risquée. La publication du
vingtième volume du Mercure Frangois ne fait pourtant pas l'objet de
censure à notre connaissance et, contrairement à ce qui se passe en 1612,
le recueil continue à paraître jusqu'en 1648. La critique émise par le
Mercare à 1'endroit de l'historiographe du roi et du gazetier pourrait
avoir été mise en scène afin d'atténuer la fagrance de la propagande
à laquelle il participe. Toutefois, après cet épisode le nom d'Estienne
Richer est définitivement dissocié de l'entreprise de publication du
Mercure François. 1637 marque bien une année de rupture pour le recueil
comme pour son imprimeur, ilic1o2D
Le Mereure François confie à Théophraste Renaudot
d 1ot03D
Après le retrait d'Estienne Richer, la publication du Mercure Frangois
est laissée dès 1638 à Pierre Billaine et Olivier de Varennes puis à Jean
Hénault pour son ultime volume en 1648, Sa rédaction est coniée à
Théophraste Renaudot, au moins à partir de l'année 1639. Une notice
Dibliographique anonyme consacrée à la Chronologie septenaire de Palma-
Cayet et à chacun des volumes du Mercure Frangais indique que le père
Nicéron (1685-1738) attribue à Claude Malingre, l'auteur de diverses
istoires et annales, la paternité des quatre derniers volumes du /Mercure
Erangois. Pour le vingt-deuxième volume du Mercure Frangois, l'hypothèse
Sermble peu probable. Pour les trois suivants, rien ne nous permetde
l'attester". Une épitre dédicatoire adressée au conseiller du roi er surin
tendant des finances Bouthillier est publiée au seuil du ving-deuxièmne
enault, Jean, « LIMPRIMEUR AU LECTEUR », Mercure Frangods, , 0p. cit, vol. XV,
1648, Ip. 5-6]
YOir la notice bibliographique en question, BNE, Ms, fonds français, 15758.
504 gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTATA
volume du Meraure François, paru en 1641. Elle porte la signature de
Théophraste Renaudot et confirme le changement de rédacteur du
recueil Dans cette épître, l'auteur reprend et perfectionne les arguments
esquissés par Estienne Richer à propos des défauts de la Gazette ahn de
justifier la nouvelle activité qu'il assurme désormais golovsb
alosnaH Op9tn 2dug 21790 210 H sermalh ub atnoo
sb 1 Monteigneur, Entreprenant ma censure propre pour éviter celle d'autriy, puis que
nal'une on l'aure est inseparable des ouvrages fais a la baste comme est mon Histoire
Journaliere, qui recitant bien sOvant les actions au mesme temps qu'elles se font, ne
sçauroit exposer au public un tableau parfarct de ce qui ne lest pas; ontre les defaux
D qui viénent de ma part que je recoznois fort granás : ja) reu ne pouvoir mieux
b adoucir la rigueur de cette censure qu'en m'adressant à lesprit le plus doux & le plus
SIOI afable de la Cour L»Jaoo91s1n03,30 9002ingno s12ot A u2
MurEL31O0 itav9
Renaudot fait ainsi allusion à la critique de son prédécesseur tout en
endossant la responsabilité des imperfections de l'hebdomadaire, Ils
Sont, d'après lui, intrinsèques à la fréquence de publication de la Gazette
comme à sa matière et impliquent une lecture critigue de la part de son
propre auteur. Afin de minimiser ces défauts, l'auteur décide bien sûr
de placer Son entreprise sous la protection bienveillante du conseiller
Bouthilier mais il devient surtout le nouveau rédacteur du Mercure
Frangois. Par la modestie du ton employé, Renaudot semble dessiner
un projet beaucoup plus humble que celui de Jean Richer, fortement
attaché à une éthique de vérité, par exempleesb im
LSt2Ug 290 ) 191V2
Mais puis qu'il i'ya qutune Histoire accomplie de tone point, qui et cele a laguee
la foy mous empesche de troaver rien à redire, &par comséquent que 1otes lar a
ont à se garantir sellement de plus on moins de 'blasme auguel elles seront sujeres
tandis que des bommes les escriront : celny-là semble en meriter le moins, gu ei
914 obligé à ne fournir que la matiere, comme font la Gazette &le Mercure souz la SImips
gualte de Courriers de la renommée Oui peut bien avoir le mesme privnege qu
engueste, en laquelle celuy qui reçoit les dépositions des tesmoins, n'est pas garang
la verité on fauseté de leur dire: Cest au Juge équitable à tirer le urayienmbae
la contrarieré ou conformité qui s'y trouve. Tellement que celuy qui cherchera danis e
mémores tune observation exacte des loix de V'Histoire, n'aura pas plus de raison gu
s'il chercboit les proportiong d'Architecture dans les materiaus dm basiment
guils soient mis en auvreildug eo oilidhuod ts.nt eb
KIl,
68 Renaudor, Théophraste, «A Monseígneur Boutillier», Mercure Frangois.o op. cit, vol
1641, Ip. 3-8].
69 Ibid, et p. 596 (pour l'année 1638) 3yoildid sooon al so/
signature de
rédacteur du
arguments
ahn de
golovsb
ub atnoo
puis que
mon Histoire
se font, ne
les defaux
pouvoir mieux
& le plus
A u2
MurEL31O0 itav9
tout en
l'hebdomadaire, Ils
Gazette
part de son
bien sûr
conseiller
Mercure
dessiner
fortement
cele a laguee
1otes lar a
seront sujeres
moins, gu ei
souz la SImips
privnege qu
pas garang
urayienmbae
cherchera danis e
de raison gu
basiment
eb
KIl,
cit, vol
al so/
EACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 505
l est toutefois difficile de ne pas lire dans le propos de Théophraste
Renaudot un rempart thétorique face à la formulation d'éventuelles critigques
à venir. Dificile aussi de ne pas y voir une réponse aux critiques
d' Estienne Richer, doublée d'une provocation. L'ironie de la situation
est en effet manifeste, Richer a critiqué Renaudot sur sa façon d'écrire
la Gazette. Afin de pallier ces défauts, ce dernier reprend la production
de son censeur. La satisfaction exprimée entre les lignes de cette épître
pourrait rendre Renaudot suspect de fausse modestie. Bien sûr, une telle
lecture abonde dans le sens de la confiscation du Mercure François par le
pouvoir politique. Mais il est aussi possible de considérer que Renaudot
prend plaisir aux dificultés que son réviseur est susceptible de traverser auu
moment ou il écrit ces lignes. Dans tous les cas, le pouvoir politique reste
impliqué dans la reprise du Merzure Frangois par Théophraste Renaudot
Le vingt-deuxième volume du recueil souvre sur quelques lignes
adressées par Théophraste Renaudot à son lecteur. Il y affirme que
son implication dans la publication du Mercure Frangois résule d'une
commande ou plutôt d'une «exhortation. Théophraste Renaudot
ne manque pas de préciser que ce ne sont ni l'influence des Grands qui
l'ont vivement encouragé à reprendre le Meraure Frangois ni la perspective
des avantages qu'il pouvait attendre de l'accomplissement de cette
mission. Seul le souci de l'intérêt du lecteur et la conscience des défauts
propres à la Gazette comme au Mercure Frangois l'ont convaincu d'accéder
aux invitations reçues Les arguments convoqués sont les mêmes
gue ceux présentés au conseiller Bouthillier. Théophraste Renaudot
ne manque toutefois pas de suggérer un certain mépris vis-à-vis du
Mercure d' Estienne Richer en faisant mine de refuser de revenir sur le
pertectionnement évident du recueil réalisé sous sa direction. Daprès
auteur, ces amendements justifient à eux seuls son implication dans
entreprise. Renaudot en profite d'ailleurs pour rappeler les oublis du
precédent Mercure (le volume précédent étant le XXI, il est possible
que Théophraste Renaudot ne reprenne la direction du Mercure François
qu après sa publication, au cours de l'année 1639):
Je laisseray suppléer la quastriesme raison par ceux qui compareront cet
Ouvrage avec le précedent Mercure ] Et pour ce que la suite de I'Histoire
70 Tbid, p. 1-2 (pour Il'année 1637)
71 lbid, p. 2-3.
506 DHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 1
est une de ses principales conditions, & quil manque plusieurs pieces au
precedent Tome : afin de le lier avec les Suivans, je vous ay fait un employ
& une narration sommaire des prineipales choses qu y ont esté obmises,&
de quelques réglemens & autres pieces de considerations, qui avoient aussi
esté oubliées"
Les métadiscours mobilisés par Théophraste Renaudot dans le but de
justifier sa participation à la publication du Mercure Frangois suggèrent
que le choix du pouvoir politique s'est porté sur lé gazetier en raison
de compétences professionnelles avéées. Il est possilble d'y voir aussi la
perception dune garantie de loyauté par le pouvoir, face à un Estienne
Richer peur-etre considéré comme trop indépendant. Lépître adressée
à Claude Bouthillier au début du vingt-deuxième volume du Mercure
Frangois laisse penser que linvitation faite par le pouvoir politique à
Théophraste Renaudot de prendre part à la rédaction du recueil est passée
par le surintendant des finances. Si Cest le cas, il est bien probable que
cette incitation vienne du cardinal de Richelieu. Claude Bouthilliet fait
en effet partie des proches du cardinal. Ce dernier aurait été élevé dans la
famille de Denis Bouthillier, le père de Claude, au moment di décès de
son père en 1590. Cet épisode, dificilement vérifable, a sans doure été
forgé en raison des profonds liens entretenus entre le cardinal de Richelieu
et la fratrie Bouthillier". Une autre posibilité serait que Renaudot ait
sollicité le privilege de se voir confier la direction du Mercure Frangois suite
au retrait dEstienne Richer. Une volume aurait été publié chez Olivier
de Varennes et Renaudot aurait pu vouloir mettre la main sur le recueil,
ce qui serait chose faite dès le volume XXIL. Pour ce faire, Théopiraste
Renaudot se serait adressé à Claude Bouthillier. Dans tous les cas, lépitre
de Renaudot à Claude Bouthillier lui permet vraisemblablement d'afhrmer
son appartenance à la clientèle du cardinal de Richelieu.
Ainsi, en 1641, Théophraste Renaudot apprend à son lecteur quia
désormais la charge de la publication du Mercure Frangois à la demande
72 1bid, p. 5-6.
75 Le Guillon, Yves, Les Bouthillier, de l'avocat au surintendant (1540-1652) 9 Histotre a
ascenston sOCTale es fornalion d'une fortune, 1997, [en lignel, https //telarchives-OUV
tel-00287931, consulté le 02/06/2015, p. 129 crétaire
74 Ranum, Orest, « Leon Bouthillier, comte de Chavigny, créature de Kicnc3234, Voir
d'Etar aux Affaires étrangères », Revue d'histoire diplonaiique, n'4, 190P1635-1642,
aussi rd., Les créatures de Richelien, secrétaires d'Etat et surintendanis desJnan
Paris, 1967, p. 103-128 et 205-221,
pieces au
un employ
obmises,&
avoient aussi
le but de
suggèrent
en raison
voir aussi la
Estienne
adressée
Mercure
politique à
est passée
probable que
Bouthilliet fait
élevé dans la
décès de
doure été
Richelieu
Renaudot ait
Frangois suite
chez Olivier
le recueil,
Théopiraste
cas, lépitre
d'afhrmer
lecteur quia
demande
Histotre a
OUV
crétaire
Kicnc3234, Voir
190P1635-1642,
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 507
des plus éminents représentants de l'Etat. La question se pose toutefois
pour le volume précédent, Renaudot est-il déjà à la tête du Mercure en
1639 au moment de la publication du vingt-et-unième volume du recueil?
A ce moment-là, le Merczure sort des presses d'Olivier de Varennes et non
plus de celles d'Estienne Richer, Cette discontinuité éditoriale ne permet
pas d'afirmer que Théophraste Renaudot dirige déjà la rédacion du
volume XXI entre 1637 1639, les privilèges de la vingr-er-unième
livraison ayant été délivrés à Pierre Billaine en 1638 pour une publication
en 1639. Les appels passés par Théophraste Renaudor dans la
Gazette afin de recueillir des mémoires et des relations susceptibles de
venir enrichir les prochains volumes du Mercure Frangois ne l'autorisent
pas plus. Ces appels sont passés dans L'Extraordinaire du 21 septembre
1639 puis dans les Gazette du 18 juin 1641 et du 4 février 1643. Le
travail d' Estienne Richer pour le volume XXI a pu être confié à Pierre
Billaine pour une publication en 1639 avant que la rédaction du volume
suivant ne soit réclamée à Renaudot ou obtenue par lui au cours de cetre
même année. Certaines modifications présentes dès le vingt-et-unieme
volume du Mercure Frangois tapprochent toutefois le recueil de la Gazette
des la publication de 1639. Sans doute faut-il y voir l'infuence exercée
par Renaudot ou par la Gazette sur la forme de la compilation. Cette
empreinte modife le Mercre dans sa forme comme dans sa fonction entre
les volumes XXI et XXV publiés de 1639 à 1648. La rupture survenue
dans la carrière d'Estienne Richer après 1657 affecte donc également
le Mercure François et le rapproche dhune autre forme de publication.
moslb
O prie aussi pour la dernière fois ceux qui ont des mémoires véritables pour le Mercure Frangois
e uatre années dernières, de les adrsser ceans, pour y estre employez fidellement, Grendre la
Lollange denë' au mérite des actions qui peuvent avoir esté oublies dans les Gazetter Relattons
ae cas années là : au lieu d'attendre, comme on a fait trop sottvent, qu'elles y ayent erté obmises
Pouy T'en plaindre inutilement. On recevra les mémoires dés ambes 1639 & 1640, jusques à la
J ae ce mois, & ceux des amées 1641 & 1642 jusques à Pasques procbain : apres leguel temps
Ls vendront à tard, Du Bureau d'Adresse à Paris, le 4 fevrier 1643 », Recuet. des Gazettes et
NOVDelles, tant ordinaires que extraordinaires et autres relations des choses avenHes toute 'année
IX CeNs quarante-trois, Paris, Bureau d'Adresse, 1644, n°15, p, 100 (pour l'année 1643),
Oir egalement à ce propos Jubert, Gérard (éd.), Pere des journalistes et médecin des pauvres
Deopbraste Renandot: 1586-1633, Paris, HHonoré Champion, 2005, p. 237, 279 et 345-346
508 uOHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT A
aiottoo) osz poosup al anhanamstpn nninb aula edh
LE MERCURE DE RENAUDOT ET SA GAZETTE lnpoy
eue po pROXIMITÉ ET DISTINCTION nou eb
seq st sl iomiba biuninoaib orT) narbil anasizil'b eollo ob aula
u La raison dEtat est susceptible d'infuer le Merciure Frangois darns
sa forme, dans son organisation et dans son contenu. La décision prise
par le pouvir royal de confier à Théophraste Renaudot la direction du
Mercure après 1637 répond probablement aux impérätifs d'adaptation
aux circonstances politiques fixées par nombre de théories étatistes,
qu'il Sagisse des critiques d'Estienne Richer ou de l'entrée du royaume
dans la guerre. Lexpérience de l'exercice propagandisté soutenue par
un réseau d'informateurs éprouvé a sans doute été détetminante dans
le choix de Théophraste Renaudot, tout comme son appartenance au
cabinet de presse de Richelieu. Le Mercare François du gazetier n'est pas
tout à fait celuí des années 1611-1637. 520ns|2o1 i0 91 135
mstav-39-2n sl 2sb 2s7092iq goi0piibom eanis1 ng onai
LES CONSÉQUENCES D'UNE RESTRUCTURATION smera ubmalg
Au fil de la collection, le Mercure des frères Richer adopte la posture
de l'anonymat auctorial dont la pratique est courante au xvir siedle
Pourtant, les extraits des privilèges royaux d'impression publiés dans e
premier volume attribuent assez clairement la composition du recuel
à Jean Richer. Par la préface au lecteur signée de son nom et pubie
dans la même volume, ce dernier assume la paternité du recueil'", Les
activités de compilation, de rédaction et de publication sont réputees
avoir ere réalisées par le même personne. Le deuxième volume du
Mercure Frangois suggère une dissociation entre l'activité de réalisation
de la compilation et celle de son impression. Il semble que l'activitë de
COmposition de l'ouvrage revienne à Jean Richer et celle de publication
du Mercure à son frère, Estienne. Notre hypothèse est bien celle dune
étroite collaboration entre les deux frères jusqu'au décès de Jean KiCncr
en 162/. Après quo1, Estienne Richer assumerait seul la direction a
deux activités.
T6 Voir par exemple Brétéché, Marion, Les compagnons de Mercure.., op, dit, P. 2- er,
TU Bergeron, aPrivilege du Roy », Mercure Prançois.., op, cit., vol. I, 1611, [P5]r-vet
Jean, «Le Librain au Lecteur n, ibia., [P°3]P-[P4],¥
aula edh
GAZETTE lnpoy
nou eb
ob aula
Frangois darns
décision prise
direction du
d'adaptation
étatistes,
royaume
soutenue par
détetminante dans
appartenance au
n'est pas
91 135
ng onai
ubmalg
la posture
xvir siedle
publiés dans e
du recuel
et pubie
recueil'", Les
réputees
volume du
réalisation
l'activitë de
publication
celle dune
Jean KiCncr
direction a
P. 2- er,
P5]r-vet
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 509
Rédaction, inpression et commercialisation &nmod hs 2
des activités désormais distinctesnde,ost ZXlo
La dissociation des activités de rédaction et d'impression puis de
Commercialisation après 1637 est bien différente de celle pratiquée par
les frères Richer jusqu'en 1627. La répartition ne se fait plus au sein
d'une entreprise familiale mais aboutit à l'association d'un imprimeur-
libraire (en théorie Pierre Billaine, dans la pratique Olivier de
Varennes puis Jean Hénault) et de l'initiateur de l'écriture périodique
de l'actualité politique en France depuis 1631, Cest-à-dire le gazetier
Théophraste Renaudot. La publication des volumes XXI à XXIV se
faic à l'enseigne du Vase d'Or, rue SaintJacques. Le vingt-cinguième et
dernier volume du Mercaure est publié à l'enseigne de l'Ange Gardien, au
Palais, en la Salle Dauphine. Aucun de ces cinq volumes n'est publié au
Bureau d'Adresse, au contraire des différents volumes de la Gazette. Il est
vrai que le Bureau d'Adresse n'est à l'origine pas destiné à publier un
périodique d'information politique, Les privilèges de librairie obtenus
par Théophraste Renaudot pour son Bureau d'Adresse le 8 juin 1629
puis en avril 1630 lui permettent cependant de publier plusieurs sortes
douvrages à commencer par des mercuriales. La Gazette est la feuille
la plus connue publiée au Bureau d'Adresse, mais il faut lui adjoindre
les Extraordinaires ou encore la Feuille du Bureau d'Adresse à l'origine
des petites annonces de la presse. Théophraste Renaudot y publie aussi
les Centuries des Questions twaites ez Conferences du Bureau d'Adrese qui
rendent compte des rencontres organisées dans les locaux du Bureau". La
variété des parutions sorties des presses de Renaudot rend dificilement
compréhensible la publication du Mercure Frangois chez d'autres imprimeurs
parisiens. La claire assomption de la direction du volume XOXII
dans l'épître adressée à Claude Bouthillier offre peu de doutes sur le
role joué par Renaudot dans la publication de ce volume.
Quen déduire? A la fin des années 1630, l'activité du Bureau d'Adresse
-elle déja trop importante pour lui permettre d'assumer la publication
d un ouvrage aussi lourd que le Mercure Franois? Théophraste Renaudot
dcepte-t-il de mauvaise grâce une mission à même de concurrencer
78 Sures ces questions, voir Feyel, Gilles, LAnnonce et la nouvelle.., op. ci., p. 4598 et
78-89.
510 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RATSON D'ÉTAT A
la Gazette9? Sa collaboration à la publication du Mereure se limite-t
elle au seul volume XXII? Théophraste Renaudot n'intervient-il quà
partir de 1639 et du volume XX0I sans pouvoir contester les privilèges
royaux d'impression délivrés à Olivier de Varennes pour la publication
des événements des années 1635 à 1638, entraînant ainsi la dissociation
de ces deux activités ? Cette dissociation pourrait être le fruit d'une
alliance entre Renaudot et le pouvoir, alliance participant peut-être à
l'institutionnalisation d'un système de propagande cardinaliste autour
des années 1630. Gilles Feyel observe une dissociation entre I'activité
de diffusion de l'information et celle de sa conception au tournant des
années 1630, qui correspond aux suites de la Journées des Dupes mais
ausi à celles des déboires judiciaires ayant opposé Théophraste Renaudot
à plusieurs libraires0. Ces différentes pistes restent ouvertes et méricent
d'etre explorées à la faveur d'une étude du Mercure après 1637 et de son
rapprochement avec la Gazette.b2bye2tttnoo us ghebuopf
stab epd origio6o'n 22s1bA'b unouti sl aup isy
Le Mercure François au service du systeme Renandot ?nib apihong
b91 no2 aiog 10bus01 92217rlqohill
Théophraste Renaudot sait en tout cas saisir l'opportunité ofterte
par la publication duvingt-deuxième volume du Mercure Erangois pour
faire la promotion de son Bureau d'Adresse et de rencontres. Le gazetier
publie dans le recueil quatorze pages présentant le fonctionnement
du Bureau d'Adresse dont il est à I'origine, en défendant son ucilite
Théophraste Renaudot facilite le cheminement du lecteur en lui indle
quant les Discours sur l'uriliné des BareaudAddresse dans le sommare
Comme dans le corps du texte à la faveur de deux notes margináles la
fondation des Monts de piété et leur fusion avec les Bureaux d'Adresse
sous la responsabilité de Renaudot font partie des «actions oubliées
par le précédent Mercure uodbl3berb, 7
muloy 9 ob roisoildre sl ansb sobuaa go
79 Cest la these avancée par Christian Jouhaud dans ln présentation du Merur
pUDliee sur le site web du GRIHIL. Jouhaud, Christian, «Présentation du /Mercire Fraun9
mercuretrancois.chess.fr/presentation.php, consulté le 02/06/201
80 A cc propos voir Feyel, Gilles, L'Annonce et la novelle.., op. cit, P. 149 8
81 b1d, p. 3558 et 78-94. Voir aussí Mercure Françoisop, cáil., vol. XXIL, 1641, P, 2
pour Iannée 1637), Les notes marginales sont les suivantes: « Usage & connioae
d'Addrese" grace du Bureau d'Adreste», ibid, p. 56 et «Discaurs sur luilité des Bzureaix io
ibid., p. 61.L
82 Ibid., p. 5-6,
se limite-t
n'intervient-il quà
privilèges
publication
dissociation
fruit d'une
peut-être à
cardinaliste autour
I'activité
tournant des
Dupes mais
Renaudot
méricent
et de son
ghebuopf
aup isy
apihong
92217rlqohill
l'opportunité ofterte
Erangois pour
Le gazetier
fonctionnement
son ucilite
en lui indle
sommare
margináles la
d'Adresse
oubliées
sobuaa go
Merur
Mercire Fraun9
8
1641, P, 2
connioae
d'Addrese" Bzureaix io
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 511
Desquels Monts de Pieté il a pleu an Roy me donner la direction &e intendance
generale, avec union d'iceux aux Bureaux d'Adresse ou de Rencontre par
Brevet de sa Majesté du premier Avril de la presente année, &cependant par
3 Arrest du Conscil du vingt-septiesme Mars de cette mesme année, j'obtins
permission de faire ouverture en cette ville de Paris desdites ventes, à grace &
2 pure & simple, troques & achapts de toutes hardes, meubles, marchandises, &
autres biens, dont le commerce n'est prohibé par les ordonnances, en payant six
deniers pour livre du prix de la chose venduë ou eschangée. Lesquels Brevet a
Arrest du Conseil se trouvent dans les recueils de nos Gazetres & Nouvelles
Parmi les omissions de son prédécesseur, quel qu'il soit, Théophraste
Renaudot indique les modifications apportées au Bureau d'Adresse
Après sept années d'existence, le Bureau d'Adresse tend à se transformer
en Bureaude Rencontres. D'après Renaudot, les bienfaits engendrés par
la fondation du Bureau d'Adresse en 1630 comme par ses réfornmes en
1637 auraient mérité d'être vantés publiquement, A la liste des «choses
les plus remarquables* relevant principalement de la politique dont le
Mercure entend rendre compte depuis ses origines, Théophraste Renaudot
ajoute des événements économiques et sociaux et semble vouloir élargir
la matière du Mercure en abordant, par exemple, la question du Bureau
d'Adresse, de ses missions et des bienfaits, Renaudot explique que
Son initiative n'a pas rencontré suffisamment d'échos. C'est sans doute
la raison pour laquelle il mobilise le Mercure Frangois au service de son
Bureau d'Adresse et de Rencontres. Le Mercure François fait ici la réclame
du Bureaud'Adresse de Renaudot et se met au service de ses entreprises
en général, Il en va de même pour la Gazette. Les deux volumes du
ercure François qui suivent la publication de celui de 1637 voient leur
Iormat tortement diminué. Avec 617 pages (table des matières incluse),
le vingt-et-unième volume du Mercure François est d'une dimension
intérieure à celle de tous les autres de la collections. Le vingt-deu83
lbid., p. 56. nmom 23b shrs1 6 roizailos lsbesrotroe 2aisdb01 eal
oIcher, Jean, « Preface au Lecteur», ibid., vol. I, 1611, [1°3] F. u0721 1 9P
8 Tbid, vol. XXII, p. 61 (pour l'année 1637
voir egalement la notice consacrée au Mercure François dans le Dictionnaire des Journaux
AncIen Régime dirigé par Jean Sgard. Jage, Patrick, «LeMercure Prangois 1 (1615=1648) »,
CCe,P B67-869. Comme les Ditionnaire des Jouruauxd'Ancien Régime et Dictionnaire
HJournalistes d'Ancien Régime, cette notice 937 consacrée au Mercure Erangois est egale
Consultable en ligne à l'adresse suivante, http://dictionnaire-journaux.gazetteslBe.
joutnal/0937-le-mercure-francais-1, consulté le 22/09/2016, Voir également Leroux,
nne-Laure, La naissance de la presse au xvir siècde, Le Mercure Français, op. CI,
512 UoHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT AT
xième volume du Merzure Frangois se situe également en dessous de la
moyenne avec 757 pages. Le vingt-troisièmé volume reprend un peu
plus de consistance avec 818 pages. Le vingt-quatrième volume est de
1120 pages et le vingt-cinquième de 790.
Une manière d'expliquer le creux des années 1639 à 1646 serait
d'y voir la conséquence des difficultés éprouvées dans l'opération de
collectes de mémoires nécessaires à la réalisation du Mercure François
telles que Théophraste Renaudot les exprime en 1641 au moment de
publier le vingt-deuxième yolume du Mercure Le propos de Renaudot
n'est pas ici de justifier l'allégement du Mercure Frangois nmais plutôe son
choix de diriger désormais le recueil, Le retard pris dans la collecte de
sources nécessaires à l'établissement de la Gazette conduit à des oublis,
heureusement récupérables par ladjonction du Mercure Frangois au
système Renaudot. Larticulation des deux organes de communication
que sont la Gazette et le Mercure Frangois permet donc d'atténuer leurs
défauts respectifs, Mécaniquement, ces oublis conduisent à un allé
gemene du format des volumes du Mercure François. La Gazette nest
pas tellement concernée par ce corollaire matériel eu égard à son petir
format. Le Mercure semble toutefois pâtir des atermoiements des lecteur
visiblement peu enclins à fournir à Renaudor la matière aux prochains
volumes du recueil. C'est particulièrement vrai pour les volumes XXI
et XXIL, I est possible de penser que le vingt-er-unième volume du
Mercure François fut en fait partiellement composé par Estienne Richer
avant que son retrait ne conduise le pouvoir à en confier l'impression
à Pierre Billaine., La publication de 1639 correspondrait alors a un
volume tronqué parce qu'incomplet. Selon cette hypothese, lorsque
Théophraste Renaudot reprend la direction du recueil au cours ae
lannée 1639, il décide de mobiliser de nouveaux réseaux d'informateu
Jusqualors peu solliités par le Mercure Franços Il s'agit de constituer
les prochains volumes de la collection à l'aide des mémoires et relatious
que les lecteurs de la Gazette comme du Mercure voudront bien
ad resser En eftet, en perdant son directeur historique en la peso Sonne
87 Mercare Frangois.. 0p, cit., volL XXII, 1641, p. 4-5 (pour l'année 1657 s le but
88 I est rare que le rédacteur du Mercure François lance un appel à ses lectersa nt
de recueillir les sources nécessaíres à la constitution des volumes suivants. eSt o
le cas en 1622, Rícher, Estienne, «Llmprimeur au Lecteur », Mercure Frangu
vol. VIL, 1622, (p. SO].
dessous de la
reprend un peu
volume est de
1646 serait
l'opération de
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moment de
Renaudot
plutôe son
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des oublis,
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à un allé
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volumes XXI
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Estienne Richer
l'impression
alors a un
hypothese, lorsque
cours ae
d'informateu
constituer
et relatious
voudront bien
peso Sonne
s le but
ses lectersa nt
suivants. eSt o
Frangu
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTHXTE POLITIQUE 513
d' Estienne Richer, le Mercure est coupé de ses sources traditionnelles
dinformation. A l'évidence, les deux hommes ne travaillent pas toutà
fait de la même manière, en dépit de certaines similitudes. Gilles Feyel
évoque par exemple le recours à plusieurs « cercles » d'informareurs par
Théophraste Renaudot pour la composition de la Gazette, Le Mercure
François, lorsqu'il aborde la question de ses sources, peut laisser à
penser qu'elles proviennent de sphères différentes elles-aussi. Il faut
garder à l'esprit qu'il arrive à Louis XII et à Richelieu de fournir
directement des textes à Théophraste Renaudot pour sa Gazette. Ces
textes ne peuvent sufire à l'établissement d'un recueil au volume aussi
Conséquent que celui du Mercure Frangois. Cela explique peut-être la
décision de Renaudor de solliciter son lectorat. Lappel passé dans la
Gazette du 21 septembre 1639 corroborerait la chronologie propre à
cette hypothèse. L'entrée en matière du vingt-deuxième volume du
Mercure François confirme les dificultés rencontrées par Théophraste
Renaudot à la constitution du recueil du Mercure, A lexception des
pièces officielles®, le gazetier pouvait en effet difficilement construire
le Mercure François sur la base de la compilation des pièces déja publiées
dans la Gazette. Les complications semblent se poursuivre pour la
constitution du volume XXIII comme en témoigne la requête diffusée
dans la Gazette du 4 février 1643". Pourtant, avec 818 pages, le
vingt-troisième volume du Mercure est plus volumineux que les deux
précédents. Cependant, il faut garder à l'esprit que cinq ans séparent la
publication des volumes XXII et XXUIL En 1648, le problème semble
demeurer. Limprimeur du Mercure François s'ingénie du mieux qu'ille
peut à justifer le retard de publication du recueil. Certes, le dernier
volume a été publié l'année précédente, mais il relate les événements
des années 1643 et 1644, amplifant le décalage entre le déroulement
des événements et leur publication (alors même que la Gazete se tient
au plus près de l'actualité);
89 Sur ces questior voir Feyel, Gilles, L'Annonce et la nouvelle. , oP. cit., p. 134-136et 172-175
Onnsi que Jubert, Gérard (ed.), Père des joturnalistes et médecin des panvres,n 9P. CIt, P. 251.
y Gilles, L'A»nonce et la nouvelle... op. cit., p. 177-178. Le Mercure François publie
CgUlierement des pièces officiclles. La pratique est toutetois beaucoup plus margquee et
e après le retrait d'Estienne Richer. Voir par exemple les articles accordlés par le
e I'rance au roi d'Espagne, Mercure Franois.., op, cit., vol, XXIL, 1646, p. 200-207
pour l'année 163).
Eel des Gazettes et Nouvelles..r, 0p. cit, 1644, n°15, p. 100 (pour l'année 1645).
514 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT A
29 La mesme diferance se trouve entre le Mercure François d'anjourd'buy, & cexe des
f uo années plus recnulées, L.JDe sorte que cette consIdération na pas esté nmoindre pour
eC7 retarder, comme vons avez ven limpresion, laiser enjamber plasiears and
lune sur lautre; ce qui est canse que vons en avez 1cy deux ensemble, à sçavoir ceux
des années 1643. &44
Un autre raison a aussi grándement contribué à a retardement, C'est la difficulte
que font plusieurs de communiquer au public leuTS manuscripts contrants les Traitez,
megociations & autres piéces de VHistoire, qu is tiennent enfermez dans leurs cabinets
nh2ar 1ne jalouZIe, laquelle comme elle ne se peut refréner par les lois; L.
Toutes ces difficaultez-la, & plusteurs autres, telle qu'est la vanité de ceux qui ont
exécuté les belles actions qui n'ont pî trouver lien dans cette Histoire journaliere, ou
pour 'avoir pas esté scenës à temps, on poar n'y avoir pii estre employëz dans toute
leur estendui, mont obligé à voS en rendre com/pte, mon equitabhle Lectenr, mon tamt
pour m excauser de n'avoir pas pa rendre o ourage asez parfait à leur gré, comme
pour tncite tons ceue qui pourrout contribuer à la compilation &perfection des autret
Mercures suivants, à tesmoigner leur afection à enuz-mesmes, aux leurs & an pabli,
en communiquant de bonne hezure les memoires
372018 900351,291t19rb2
A partir de à, plusieurs hypothèses sont permises. Les difficultés rencontrées
dans la conception du Mercure Frangois sont-elles réelles ou S'agit-il
d'un discours visant à camoufler une entreprise de sabotage dans le but
de préserver le marché de la Gazette? En effet, la direction de l'ouvrage
est distincte de sa publication, ce qui doit affecter les revenus directs de
Renaudot même dans l'hypothèse d'un accord commercial entre lui et
les deux imprimeurs concernés par la publication du Merczure entre 1659
et 1648. De plus, contrairement au système mis sur pied pour la Gazett
on ne connaît pas d'accords permettant les réimpressions provinciales du
Mercure François ni de possibilités d'abonnements: Sans compter que
ioe1 b toiaildun ab ba af ari
92 Hénanle, Jean, «1iImprimeur au Lecteur, Merure Frungoži., 0p, cit, vol, XXV, IG p.3-6b .130. 19 C
95 Apropos des réimpressions de la Gazette voir Feyel, Gilles, La Gazette en provine alirn
sE réimpresions 1631-1752une resbercbe andlytique de la difusion d'an anen er
aanis toute la lrance : avec un apergu bibliographique potr chacun des centres de rénmpresyo
la Gazette, Amsterdam et Maarsen, APA Holland University Press, 1982. Les plan on du
formulées par les frères Richer contre la pratique de la contrefaçon ou de l usirp
ciere Meraure Frangois semblent atesrer de labsence d'accords avec d autres impt rimeurs
libraires pour la rámpression du recueil. Voir noramment «Advis an Lecreu e lercure
ugoon P. CIl, Vol, X, 1625, (p. 3-41En ce qui concerne le système dabon nern
les registres du libraire Nicolas à Grenoble mentionnent la vente de plusieurs vo
du Mercure François mais aucun système d'abonnement. Il est vrai gue i gistres ne
couvrent que très peu de temps de la publication du recueil, Voir Martin, 645
Lecocq, Micheline (dir.), Livres et lecteurs à Grenoble. Les registres dn libraire Niu las (104
1668), t. I1, p. cil, p. 674-675.
& cexe des
nmoindre pour
plasiears and
sçavoir ceux
la difficulte
les Traitez,
leurs cabinets
ceux qui ont
journaliere, ou
dans toute
Lectenr, mon tamt
gré, comme
perfection des autret
leurs & an pabli,
difficultés rencontrées
ou S'agit-il
dans le but
l'ouvrage
directs de
entre lui et
entre 1659
la Gazett
provinciales du
compter que
XXV, IG provine alirn
anen er
rénmpresyo
Les plan on du
usirp
impt rimeurs
Lecreu e lercure
dabon nern
plusieurs vo
i gistres ne
Martin, 645
Niu las (104
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 515
la tension croissante entre similitude et distinction des deux ouvrages à
partir de 1639 conduir à l'annexion puis à l'absorption du Mercure Frangois
par la Gazette. A l'exception des épisodes d'appels au lecteur passés dans
la Gazette en vue d'offrir au public de nouveaux volumes du Mercure,
l'évolution du recueil à partir du volume XXI serr l'hebdomadaire de
Théophraste Renaudot, Alors que la Gazette paraît chaque semaine, les
volumes Mercure François sont publiés de plus en plus tardivement
et tendent à s'alléger. Ces changements, de même que les modifications
formelles opérées sur le Mercure, nuisent à ce dernier au profit de la Gazete,
Lhypothèse avancée par Christian Jouhaud d'une volonté de préserver
cette dernière semble pouvoir expliquer ces évolutions on
MUTATIONS FORMELLES ET NOUVELLES LECTURES
uEn 1639, dirigé ou non par Théophraste Renaudor, le Mercure Pragois
connaît des mutations formelles le rapprochant par certains points de
la Gazette et l'en distinguant par d'autres.
Outils de lecturewl enrb go.aife hbe e1Tt 9130
Lintroduction de nouveaux outils de lecture dans la composition
du Mercure Frangois tend à élargir le champ des possibles en matière
de pratiques de lecture". Une telle diversification est susceptible de
redéfinir les frontières du genre littéraire du Mercure, les atirmant a
certaines occasions et les infirmant à d'autres. Il est également posible
de penser que cette tension entre proximité et distinction croiSsantes
au erczure et de la Gazette porte en germe la possibilité de créer une
nouyelle manière d'écrire le politique, au croisement de l'histoire et du
ournalisme comme ce sera le cas dans le dernier quart du Xvif siècle
depuis les Provinces-Unies6. En plus des traditionnels outils de lecture
dont se dote le Meraure François depuis son premier volume, I'ouvrage
Publie une table alphabétique à partir du volume XX, a lexception
Jouhaud, Christian, « Présentation du Mercure Frangois », http://mercurefrancois.chess.fr/
95 les travaux réunis par Roger Chartier en 1985, Chartier, Roger, Pratiques de la lecture,
presentation.php, consulté le 10/08/2015,
CI Voir en particulier le propre article de Roger Chartier sur la question. la, « Du
96 Brétéché, Marion, Les compagnons de Mercure., 0p, Ci, P. 57-41
livre au lire », arc, cité, p. 81-114
516 0OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATD
du volume XXV. Cette table alphabétique offre au lecteur la possibi
lité de conduire une lecture différente de celle proposée par l'usage du
Sommaire ou de la simple lecture cursive Le lecteur peut ainsi décider
de privilégier l'étude d'un thème ou d'un personnage dans chaque
volume, et même de le suívre de l'un àll'autre. IL'articulation de la table
alphabétique et du sommaire facilire un parcours discontinu de lecture à
travers des ouvrages denses. De cette manière, le Mercure Frangois afirme
son appartenance à la sphère de l'écriture du passé er se distingue ainsi
de l'écriture de la Gazette, beaucoup plus directement en prise avec
l'acrualité politique. Ces dispositifs évoquent ceux dont les « mercures
historiques et politigues » sont pourvus à la fin du xvr siècle et dans la
première partie du Xvuf siècle, ils leur permettent d'être «extraits de leur
immédiatere" et de consolider leur aspect historique, Ces perspectives
entrent en cohérence avec I'argumentaire déployé par l'imprimeur au
début du vingt-cinquième volume du recueil. l justiie la poursuite de
la publication du Meroure François à côté de celle de l'bistoire journalière
de la Gazette en raison de la possibilité offerte par le décalage temporel
entre les événements et la publication dans le Mercure d'une mise en
texte ramassée autour de thématiques. Le retard de publication dont se
plaignent certains lecteurs est alors présenté comme un avantage venant
corriger la lecture forcément heurtée et interrompue de nouvelles dans
les pages de la Gazette, Ici, l'imprimeur du Mercure Frangois à la suite
de Théophraste Renaudot en 1641, tente de justifier la poursuite dela
publication du recueil en insistant sur ses spécificités par rapport àla
Gazette. A revers d'une hypothèse déjà formulée, les délais de publication
observés pour les derniers volumes du Mercure pourraient donc sexpliquer
par une volonté de faire s'articuler les deux médias et de leur octroyer des
domaines d'écriture propres (à la Gazette l'actualité, au Mercure lI'histoire) in-co
9Nous pensons aux tables de matières et sommaires. L'usage de la terminologie prop es
ces outils semble relativement indifférencié, puisque certains sommaires repreu
otes marginales contenues dans le cceur du recueil. A partir de l'apparition d unc t
aipnabetigue dans le /Mercure, chaque volume utilise le terme de « sommaire » ec piaXX.
a table» pour les autres outils de lecture comme C'est le cas entre les voluimcs
Pour les volumes I à V, l'sage du terme &sommaire r cst privilegte p. cits,
98 Sur ces questions voir notamment Brétéché, Marion, Les compagnons de ercio
p. 36-38, XV, 1648,
99 Hénault, Jean, « LImprimeur Au Lecteur , Marcure Frangois,, C ou
p.5-6,
possibi
l'usage du
ainsi décider
chaque
la table
lecture à
Frangois afirme
distingue ainsi
prise avec
mercures
dans la
extraits de leur
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octroyer des
lI'histoire) terminologie prop es
repreu
d unc t
ec piaXX.
voluimcs
p. cits,
ercio
XV, 1648,
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 517
afin de leur assurer une certaine longévité. Ce constat explique peut-êetre
la pratique de « mise en recueil » des diférents numéros de la Gazette
par Théophraste Renaudot lui-même, au terme de l'année écoulée'00
Sous la direction commune de Théophraste Renaudot, les deux médias
semblent entamer un processus de rapprochement réciproque dans le but
d'atténuer leurs manques respectifs. Le mouvernent demeure incomplet,
peut-être dans la perspective de favoriser la Gazette.
A lexception de ces recueils annuels, a Gazette ne propose d'ailleurs
pas d'index semblable à la table alphabétique du Mercure Frangois suscep
tible de favoriser une lecture discontinue et à distance des événements
Les observations de Sréphane Haffemayer à propos de la consticution
d'index manuscrits et artisanaux adjoints à deux volumes de la Gazette
conservés à Grenoble témoignent de la volonté de certains lecteurs
d'accéder à ce type de lecture. Gageons que ces derniers auraient été
Convaincus pat l'argumentation de Jean Hénault de la nécessité d'une
articulation du Mercure et de la Gazette à des fins de lectures différentes.
Les index manuscrits ont éré ajoutés aux numéors des années 1648 et
1649, constitués en volumes à l'aide d'une reliure. Pour ces années, le
Mercure François n'existe pas. Ces lecteurs inventifs, privés des outils de
lecture proposés par le Mercaure François suite à sa disparition ont peut
etre décidé de les incorporer à la Gazette. Ces dispositifs sont soutenus
et justiñés par les argumentaires contenus dans les métadiscours, de
retour dans les pages du Mercure pour les volumes XXII et XXV,
lourefois, ces maneuvres de distinction du Mercure et de la Gazette ne
Contrarient pas tout à fait un processus parallèle d'unitormisation des
deux ouvrages, lequel passe aussi par une simplification de la mise en
page du Mercure François et par une évolution de sa logique d'écriture.
Apres 1637 le Mercure François facilite le parcours de son lecteur à travers
SES pages par d'autres moyens encore. L'individualisation typographique
Ce certaines pièces en fait partie. Le processus consiste à isoler la pièce
CO117144Um typographique, qui constitue pourtant la règle d'écriture
O0Les volumes de la Gazette de Renaudot numérisés par la Bibliorhèque nationale de France
mis en ligne sur Gallica sont ceux des recueils annuels. Voir par exemple celui de
année 1631 http://gallica.bnf.frlark :/12148/bpt6k106358h.image.langFR.r=la9620
etteo20de%20th%C3%A90phraste620renaudot, consulté le 08/06/2015.
nayer, Stéphane, L'information dans la France du xvit siede. La Tazeste de Renaudot
de 1647 à 1663, op, cit., p. 297-500
518 ap HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 1
du Mercure Frangois. Bien entendu, avant l'année 1639, il arrive déià an
Mercure de jouer sur la variation typographique dans le but d'attirer
l'attention de son lecteur sur certaines nouvelles-Isagit par exemple
parfois d'utiliser l'italique ou de faire varier la police. Litalique est
sOuvent utilisé lorsqu'il Sagit de spécifier la provenance officielle d'une
pièce publiée dans les pages du Mercure. Quelques lignes en italique sont
ajoutées après la reproduction de l'acte officiel, pourtant lui-même inséré
au fil d'une unité typographique. Litalique est partois aussi employé,
au même titre que les guillemets, pour signaler la citation d'un texte
publié ou de propos oraux. Le processus est amélioré par le traçage d'un
trait horizontal précédant le titre de la pièce publié en majuscules. Une
ligne est sautée avant et après le trait horizontal, Le texte s'aère et ces
manoeuyres sont bien plus efficaces que le seul usage de l'italique noyé
dans' un continuum typographique. Avant même sa lecture, l'attention du
lecteur est attirée par la singularité de la pièce extraite de son contexte
typographique. Combinés les uns aux autres, ces dispositifs assurent une
meilleure visibilité à des pièces ouà des événements considérés par le
rédacteur du Mercure François comme particulièrement significatifs voire
exceptionnels. Le volume XXI reproduit cer usage de l'italique ainsi
que l'utlisation d'un trait horizontal et de blancs également à l'ocasion
de la publication de pièces poétiques. Celles-ci célèbrent une victoire
exceptionnelle, celle de la reprise des îles du Lérins aux Espagnols au
printemps 1637. Après avoir publié plusieurs de ces pièces, le rédacteur
insiste sur la signification de cette victoirel04, A partir du volume XX,
le Mercure généralise le dispositif sans le rendre systématique. Il en
applique prioritairemént la logique aux pièces normatives, royales et
officielles, leur conférant une certaine solennité. Cette pratique permet
aussi au lecteur de repérer les pièces, textes et événements jugés ímpor
tants au simple feuilletage du volumel0. Ces dispositifs sont réutilises
102 Voir par exemple Mercure François, op. cit., vol. XXIII, 1646, p. 39 (pour l'année 1092»
103 Ibid., vol. IV, 1618,p. 236-240 (pour l'année 1617),
104 Tbid, vol, XXI, 1639, p. 344-359 (pour l'année 1637).
105 Coppie De La Lettre Escrite De La Main Du Roy», ibid, p. 509-514. Voir ausi 7b1a
vol. XXI, 1641, p, 263-280 (pour l'année 1638) et vol. XXII, 1641, p. 445
I'année 1637), Voir également, par exemple les a Declarations Du Roy, onire leain
La Cour des Ades Burean des Pinances de Rouen », Recueil des nowelles, relations, extraoruia1641,
el autres réits des choses avenues toutel'annee 1640, Paris, chez A. Estiene &P,Rocolg
n°5, p. 17-24 (pour l'année 1640),
déià an
d'attirer
exemple
Litalique est
officielle d'une
italique sont
même inséré
employé,
d'un texte
traçage d'un
majuscules. Une
s'aère et ces
l'italique noyé
l'attention du
contexte
assurent une
considérés par le
significatifs voire
l'italique ainsi
l'ocasion
victoire
Espagnols au
rédacteur
volume XX,
systématique. Il en
royales et
permet
jugés ímpor
réutilises
l'année 1092»
ausi 7b1a
445
onire leain
extraoruia1641,
Rocolg
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE S19
dans les derniers volumes du Merazure Frangois. De ce point de vue, le
Mercure opère un nouveau rapprochement avec la Gazette qui applique
également divers procédés du même ordre. Grâce à tous ces moyens, la
parole du roi comme les événements importants sont immédiatement
Signalés aux yeux du lecteur. Lensemble de ces dispositifs conduisent
aussi à une accentuation du caractère officiel de la parole du Mercure, La
lecture se trouve de plus en plus guidée er, de ce fait, orientée.
Lélargissement de l'éventail de leccures proposées par cet ensemble
d'outils apportés aux lecteurs du Mercure Frangois produit aussi une légère
modification de la logique de rédaction du recueil. D'essentiellement
chronologique, l'écriture du Mercure Frangois devient aussi spatiale.
Cette légere in flexion dans la rédaction de la compilation la rapproche
encore de la Gazette et floute un peu plus les frontières entre écriture de
l'actualité et écriture du passé,
Un recueil à la logique de plus en plus spatiale ee lv ob
Le Mercure Frangois demeure un livre d'histoire. Pourtant, sa
concurrence commerciale avec la Gazette et la proximité croissante des
deux médias ont pour conséquence un infléchissement de la logique
chronologique du Mercure. Les infuences réciproques de la Gazette etdu
Mercure rendent possible l'ouverture d'un espace d'écriture entre journalisme
et histoire06, La Gazette mise en recueil par Renaudot gagne en
historicité, Quant au Mercure Françots, tout en espaçant sa publication, il
Sinscrit plus franchement dans l'actualité au moyen de subtiles mutations
Tormelles. La lecture du Mercure François demeure un parcours dans le
emps. Les derniers volumes du recueil réaffirment cet itinéraire dans
e temps des règnes de Louis XIII et de Louis XIV. En effet, à partir
du volume XXI, chaque recto indique Histoire de nostre tenmps et plus Le
ercure François comme c'était le cas entre les volumes I et Il puis XI
et XX. Ace premier cheminement, les trois derniers volumes du Mercure
Tangois ajoutent la possibilité pour le lecteur d'emprunter un parcours
curopéen, Le rédacteur du Mercure n'a jamais manqué de signaler à son
Cteur le passage de la relation des affaires de France àcelle de I'Empire
crme de cette évolution se situant avec l'avènement des amercures historiques et
pOIiques » publiés aux Provinces-Unies à partir de 1686, Voir à ce propos Bréréché,
Marion, Les compagnons de Mercure, ouy OP. C
520 gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
par exemple. Mais, une fois encore, cette indication se trouvait noyée
dans le coniinuum typographique caractéristique du recueil. Le rédacteur
revendique cette méthode dans le vingt-troisième volume du Mercure
Frangois. A propos du décès du duc Bernard de Weimar, il écrit :mu
33339
Si la valeur de ce Prince nemeust donné les mouvemens de la suivre jusqu'au
tombeau, jeusse discontinué ses exploits pour garder l'ordre des temps, & dire
des choses qui ont précédé son trepas : mais m'estant imaginé que l'espric du
Lecteur sera plus satisfait dfune suite d'histoíres que d'un discours souvent
interrompu, jay cr que je devois chercher son contentement, & traiter au
long de cette matiere, sans le renvoyer à diverses rencontres qui peut estre
slia luy eussent esté fort importunes. Voila pourquoy je garderay tousjours ce
mesme ordre dans toutes les narrations qui composeront ce volume, afin que
la mémoire soit soulagéc, & qu'on ne soit pas obligé de toutner plusieurs
feuillets pour trouver la fin d'une affaire dont on aura veu le commencement
A partir de ce même volume XXIII, et conformément à la résolution
de l'auteur, les sommaires proposés au lecteur en sus des tables alphabétiques
récemment introduites dans le Mercure François proposent une
distribution de l'information en fonction de la provenance de ces nouvelles.
Le sommaire du volume XXIII indique au lecteur des catégories
géographiques, ensuite détaillées grâce à la reprise des notes marginalesS
publiées dans le corps du volumel08. Suite aux affaires de France dont on
ne précise pas l'origine dans le sommaire, se succèdent plusieurs petits
dossiers dans un sommaire détaillé. Viennent les «Affaires d'Italie,
puis les« Afaires d'AZlemagne » suivent les « Affaires des Pays-Bas
de Picardie r, de «Champagne », de «Rousillon , de «Loraine Sans
oublier la relation du Voyage aus 1stes de lAmerigue », puis les aAlar
de Liege», les «Trouble en Escosse , les«Affaires de Turquie0. Aprés
quoi les afaires de France sont à nouveau traitées et détaillées autour de
plusieurs thèmeso, Le lecteur retrouve à nouveau les «Afaires d' Ttaíe»
avant d'en apprendre plus sur la « Revolte de la Catalogne », Les aAfar
d'Allemagne » sont à noDuv1e1au traitées tout comme les «Afaires d Escase
107 Mercure Frangois.., op. cit., vol, XXII, 1646, p. 39 (pour l'année 1639). s, 6
L08 Sommaire de ce qui est contenu au vingr-troisiéme Tome du Mercure ttrauy
années 1639 & 1640», ibid., Ip. 3-49].
109 Nous avons fait le choix de regrouper ici et dans les prochaines notes, les différer
rétérences aux nombreuses sections géographiques des sommaires du /Mercure. l014- P
9,13, 14, 16, 18, 22, 23, 24,25, 261,
110 Tbid, [p. 29-35],
noyée
rédacteur
Mercure
écrit :mu
jusqu'au
temps, & dire
l'espric du
souvent
traiter au
peut estre
tousjours ce
afin que
plusieurs
commencement
résolution
tables alphabétiques
proposent une
ces nouvelles.
catégories
marginalesS
dont on
plusieurs petits
d'Italie,
Pays-Bas
Loraine Sans
les aAlar
Turquie0. Aprés
autour de
Ttaíe»
Les aAfar
Escase
s, 6
ttrauy
différer
l014- P
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 521
dAngleterre» puis celles du « Damemarc» et de «Hollande », de «Pologne »
de aLiege », de «Malte », de « Turguie », du «Portugal » et pour finir
d'a Ethiopi». Les Etats dont il est questionà plusieurs reprises sont en
fait traités successivement pour les années 1639 et 1640 car la logique
cemporelle reste l'épine dorsale du /Mercure Frangois. Le vingt-quatrième
volume reprend cette logigue, mais dans un sommaire nettement plus
ramassé, de deux pages seulement, gui ne portent d'ailleurs pas le titre
de sommaire mais s'adressent au lecteur, Ce dernier retrouve certains des
terrains abordés dans le volume précédent: «Les Desseins & exploicts de
GHerre en Flandre v, « Les Affaires de Sedan » ou encore « Les Affaires de la
Principauté de Mourgues. Certaines entrées thématiques prouvent que
lorganisation spatiale n'est pas absolue. On retrouve ainsí une entrée
intitulée «Armée du Roy en Lorraine précédant « LArmée du Roy en
la Franche-Comté». Le vingt-cinquième volume du Mercure Frangois offre
plus fortemet encore la possibilité de combiner un parcours de lecture
temporel à un parcours spatial, D'une part, le Tome vingt-cinquiesme diu
Mercure François est divisé en deux tomes. Les sommaires sont insérés
dans le volume en lien avec un tome précis de la même manière que la
Page de titre ouvrant le Tome second de P'Histoire de Nastre Temps est placée
au caeur du olumel. Comme pour le volume XXIL, ils proposent des
catégories géographiques développées à l'aide des notes marginales. Les
aires traitées sont sensiblement les mêmes. Le tome du Mercure Erangois
dédié à l'année 1644 sattache aux mêmes grands Etats européens ou
entités géographiques:à la France, la Catalogne, l'Italie, l'Allemagne,
la Hollande, l'Angleterre, le Portugal et pour finir la Turquie, Dans
Ce dernier volume, les catégories du sommaire sont également mises en
Tbid, [p. 35,40,42,44, 45, 46, 49] 320 lbabiulo
12 Tbid., vol, XXIV, 1647, [p. 5-4] gny,
Le lonme premier de P'Histoire de nastre temps sos le regne du Tres-Cbrestien Roy de Frano & de
Navarren Lonis XIV 6. Années 1643. & 1644 et le Tome second de l'bistoire de nastre kemps
OZS e Kegne du Trer-Chrestien Roy de France & de Navarre, Lonys XIV en l'année 1644
ionsticuent le tome vingt-cinguiesme da Mercure Erangois es mesmes aunees 1645. 1044
4 Sommaire de tout ce qui est contenu dans ce premier Volume du MerCure FrangoIS Sous
Ckegne de Louís XIIII. Es années 1643, & 1644», Mercure Frangois.-, Op. cit, vol. XXV,
018, P 273-280 (pour l'année 1643) et le « Sommaire de tout ce qui est contenu dans ce
Premier Volume du Mercure François sous le Regne de Louys XIIIL en l'Année l644»,
bd., p. 499-507 (pour l'année 1644).
4P 273, 275, 277, 278, 279, 280 (pour I'année 1643) et p. 499, 502, 503, S04, 506,
S07 (pour l'année 1644) srhAboua
522 pHISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
valeur par l'utilisation de majuscules pour désigner chacune des aires
géographiques traitées. Une ligne est sautée avant et après le titre de la
catégorie afin d'en faciliter le repérage dans le sommaire.
Au coeur de l'ouvrage, les notes marginales reprennent la nou
velle logique géographique du Mercure et ce, toujours à partir du
volume XXIII. C'est à la page 72 que sont introduites les « Afaires
d'ltalie». Deux lignes de transition font en sorte de gommer la discontinuité
due au traitement thématico-chronologique des affaires
La prise de Verceil servit de closture au Mercure François pour les
affaires d'Italie de 1638. Les menées du Cardinal de Savoye & du
Prince Thomas avec les Espagnols seront l'ouverture de cestuy-cy,»
Ainsi, la typologie des nores marginales se complète. Elles vont plus
loin dans leur rôle d'épauler la lecture et introduisent donc les aires
géographiques concernées par la suite du texte, en plus de résumer les
nouvelles, proposer des références ou éclairer le texte à de plus rares
occasions. Les deux derniers volumes du Mercure appliquent ces dispositifs
de manière encore plus systématique. Le dernier volume les rend
bien plus visible. Le titre des catégories n'est plus indiqué en italique,
parmi les autres types de notes marginales, mais en majuscules, Une
ligne est sautée avant et une autre l'est après. Les derniers volumes du
Mercure François nous donnent à voir les étapes de la mise en place de
rubriques géographiques par le recueil. Le mouvement n'est pas tout
à fait achevé en 1648.80 9rip0215
2Cette réorganisation du propos autour d'entrées géographiques
rapproche encore le Mercure Prangois de la Gazette. Des sa fondation,
l'hebdomadaire de Théophraste Renaudor agence les nouvelles du pério
dique en fonction de leur origine géographique. Comme pour le Marure, on
observe une évolution dans la mise en texte de ces nouvelles, Les numeros
de l'année 1631 indiquent la provenance et la date des nouvelles à lade
de notes marginales 3 Des l'année 1633, les catégorices géographigues
autour desquelles se structure l'ouvrage s'apparentent à des rubriques
En 1648, I'année de publication du vingt-cinquième volume du Mereine
116 Ibid., vol. XXII, 1646, p. 72 (pour l'année 1639). Voir ausi, a propos dun voyagre
Amérique ibid., p. 325
7 Par exemple «Affaires De Catalogne », ibid., vol. XXV, 1648, p. 179 (pour l'année o
118 «De Contantinople le 2 Avril 1631 wou plus loin De Venia le 2 Mayp, Reil ds
de l'année 1631, Paris, Bureau d'Adresse, 1632, n°1, p. 1 (pour l'année 105),
des aires
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Mereine
voyagre
l'année o
ds
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE $23
François, la Gazette est toujours agencée de la sorte, Les grandes places
européennes de l'information identifiées par l'auteur dans la Gazette sont
aussi celles mises en lumière dans les dernierS volumes du Meraure François,
même sil n'est pas possible d'affirmer que la hiérarchie de ce réseau est
identique sur toure les périodes de publication des deux médias, qui' ne sont
pas parfaitement concordantes. En revanche, il semble bien que le travail
de Théophraste Renaudot Sappuie sur un solide réseau d'informateurs
établis aux quatre coins de l'Burope. Ce sont ces derniers qui fournissent
au gazetier lessentiel de ses sources pour le Mercure Frangois comme pour
la Gazette. Avec l'arrivée de Théophraste Renaudot à sa tête, le Mercure
Frangois ne puise plus sa matière dans les mêmes sources d'information que
par le passé. Le recueil est coujours un livre d'histoire, pourtant les références
à d' autres ouvrages historiques se raréfent au fl des volumes. Cette
évolution n'est pas propre aux cing derniers volumes du Merczure Frangois.
Des le volume XV, par exemple les mentions au Mercurins gallobelgicus de
Gothard Arthur deviennent de plus en plus rares pOur disparaître tout à
fait. Pourtant le Mercaurius paraît jusqu'en 1638. Il arrive cependant que
le rédacteur renvoie encore à des euvres d'historiens. En 1637, Estienne
Richer donne la référence de l'Histoire d'Angleterre de Mattheus Paris et
de plusieurs autres historiens0, Dans le vingtième volume déjà, Estienne
Richer renvoie aux relations d'Allemagne, aux relations espagnoles ou
aux relations venues d'Italie. Dès avant l'année 1639, l'écriture du
Mercure François s'afiume aussi comme une écriture du temps présent
en proposant la mise en valeur de sources directes plutôt que le renvoi a
d autres oeuvres historiques. Avec Théophraste Renaudot, le mouvement
s accentue grâce à l'indication précise du lieu de provenance de la source
0u le rappel de l'opération de traduction. Toutes ces précisions servent a
cautionner les propos de l'auteur. Au sujet des événements de la première t2qobemole
Voir par exemple «De Dantzic le 29. de Novembre 1632 », Recueil des Gazettes, nouvelles ct
TElations de toute l'amée 1633, Paris, 1634, n°1, p. 1 (pour l'année 1633) ainsi que « De
drove em Palogne, le 27 Novembre 1647», Recueil des Gazettes mouvelles ordinaires et exiraor
anaires, relations, actes et recits des chases avenmes toute l'annee mil six cens quarante-buTt, 1649,
P.2pour l'année 1648). - Stéphane Haffemayer a tiré parti du système rubrical de
Gazette pour travailler à la fois sur l'origine géographique des nouvelles du périodique
nais aussi sur la hiérarchisation des places d'information, Voir Hafemayer, Stéphane,
Linformation dans la France du xVir sièele.op. cti, P: 51-40
40Mercure François., op, cit., vol, XX, 1637, p. 255-260 (pour Iannéce0 l039 121 lbid,, p. 483-484, 620 et 622. e
524 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 063
révolution anglaise, le rédacteur du Meraure tient à produire des sources
authentiques dans son périodique. Afin d'introduire la publication de la
harangue du comte de Pembroke, il écrit ulon beirt e
sldieng 26 32 I12 or
Cette harangue ne fut pas la seule piece qui parut sur cette matiere, le Comte
de Pembroke estant poussée dun mesme esprit que ce chevalier, se faisoit
entendre dans la Chambre haute & sefforcer de porter les seditieux aux
considerations des mal-heures qui naissoient avec cette guerre. Son discours
2na pas moins de force que le précedent, je le veux aussi donner à la curiosité
0q du Lecteur, surl'opinion gu'il y trouvera sujet de satisfaire. Le voicy dansla
plus fidelle traduction que jay püir b uins'orh
Avec Renaudot, les références sont de plus en plus localisées à l'échelle
de la ville, exactement comme c'est le cas dans la Gazette, Dans le
volume XXII, Théophraste Renaudot consacre plusieurs pages à la relation
des réjouissances provoquées par la naissance du Dauphin en Europe. Les
diplomates français sont au centre du dispositif de communication et jouent
un role essentiel dans la difiusion de la nouvelle. Renaudot prétend que
le compte-rendu érabli parl'ambassadeur de France auprès du Saint Siege
lui a été directement adressa24. Ce type de sources offre une caution plus
importante encore en cela qu'elle a valeur de témoignage officiel. Ainsi,
les derniers volumes du Mercure Frangois poursuivent une évolition déja
initiée du temps d'Estienne Richer. Les sources convoquées se diversifient
et s'émancipent de la seule écriture de I'histoire pour réduire la distance
entre les événements et le moment où le Mercure en publie la relation. Les
mechodes de travail d'Estienne Richer et de Théophraste Renaudot ne sont
peut-être pas diférentes. Néanmoins, ce dernier affiche plus clairement la
provenance de ses sources et révèle au lecteur la structure de son réseau
dinformateurs. Ce faisant, il donne explicitement une orientation de plus
en plus spatiale au Meraure Frangois. Cette inscription dans l'espace, par
les méthodes qu'elle implique et les formes adoptées, rapproche l'écriture
du Mercure Frangois de 1'écriture de l'actualité. .
Au tournant des années 1637-1638, le Mercure François connait done
une rupture. Le recueil change d'imprimeur-libraire mais auss! a
122 1bid., vol. XXIV, 1647, p. 961(pour l'année 1643).
123 Jbid, vol. XXIIT, 1646, p. 90 (pour l'année 1639).
124 Ibid., vol. XXII, 1641, p. 318 (pour l'année 1638),
sources
publication de la
or
le Comte
se faisoit
seditieux aux
discours
curiosité
dansla
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Dans le
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Europe. Les
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réseau
de plus
l'espace, par
l'écriture
connait done
auss! a
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 525
rédacteur. Estienne Richer ne participe plus à la publication du Mercaure
François soit qu'il ait décidé de cesser cette activité soit qu'il ait été écarté
par le pouyoir monarchique, Après 1637, Estienne Rícher est toujours
en vie et continue ses activités d'imprimeur-libraire. La consultation
d'archives notariées nous apprend sa forte insertion dans une communauté
socio-professionnelle profondément struccurée. L'effacement d' Estienne
Richer de l'entreprise de publication du Mercure Frangois est susceptible
dletre expliquée par une confiscation et une réappropriation du recueil
par le pouvoir monarchique, bien au-delà de l'accord négocié suite à
T'audience du mois d'août 1612. Cetre restructuration entraîne un certain
nombre de conséquences. Les activités de rédaction et d'impression de
la compilation se dissocient. Le contrôle de l'ouvrage par le pouvoir est
acilité par 1larrivée d'un fidèle serviteur de la monarchie à sa tête au
plus tard en 1639, Théophraste Renaudot. Ce dernier doit alors assurer la
continuité de l'entreprise des frères Richer sans désavantager ses propres
publications. Débute alors un jeu d'équilibriste consistant à exacerberles
spécificités du Mercure François, soit l'écriture de I'histoire, tout en dotant
le recueil des attraits de l'écriture de l'actualité. Le Mercure se munit
ainsi de nouveaux outils de lecture et entame des mutations formelles
le rapprochant de la Gazette. Les frontières entre les deux domaines
d'écriture deviennent de plus en plus ténues. La fréquence de publication
de la Gazette donne toutefois à cette dernière un certain avantage sur
le marché de l'information. Cest d'autant plus vrai que la Gazette se
pare de son côté d'instruments susceptibles de donner une profondeur
historique à son propos. Provoquée ou accompagnée par le pouvoir
monarchique, la réorganisation du Mercure Frangois témoigne d'une
adaptation des acteurs aux circonstances, économiques, commerciales
ou encore politiques, en fonction de leurs intérêts propres. Ans, les
intérêts des acteurs liés de près ou de loin à l'écriture, à la publication
et a la diffusion du Mercure François ne convergent pas nécessairement.
ous affirment pourtant agir en vertu de l'intérêt public conformément
a la raison d'Etat. Un tel constat ne doit en réalité pas surprendre. Cest
e seul discours recevable par le pouvoir royal surtout dans le contexte de
a poursuite de la guerre de Trente Ans. La restructuration de l'équipe
ae redaction en charge du Meraure François comme les mutations subies
par le recueil témoignent de sa grande plasticité et abondent dans le sens
526 EUOHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT TAT
d'une actualisation des théories étatistes par le Mercure François, qui fait
alors plus que jamais figure de média de la raison d'Etat.
Rédigé et dirigé par un nouveau personnel, le Merczure Frangois poursuit
entre les années 1639 et 1648 son implication dans le conflit européen:
Lors de la disparition du cardinal de Richelieu au début du mois de
décembre 1642, le système de contrôle de la presse et de la librairie mis
en place par le ministre est affaibli, Après avoir ménagé une large place
à la propagande cardinaliste dans plusieurs de ses volumes, les efforts du
Mercure François pour soutenir et saluer l'action du cardinal se font plus
discrets après la mort de ce dernier, La disparition de Louis XIIl peu de
temps après celle de son prindipal ministre comme la mise en place de
la régence d'Anne d'Autriche contribuent à accentuer ce mouvement.
Les enjeux politiques de la publication sont alors très différents de ceux
qui avaient présidé à la fondation du Mercure sous la régence précédente
Plus encore que le discours de propagande dans les pages du Mercure
Cest son existence même qui est menacée par les décès du roi et de son
ministre. La disparition du Mercure François après le dernier volume
publié en 1648 suit de quelques années seulement celles de Louis XII
et du cardinal. Ce constat apparente presque exclusivement le Mercure
Frangois à l'histoire du règne de Louis XIII. Pourtant, le recueil survit
d'un volume et de quelques années aux deux hommes. Il incombe dès
lors au Merure François de publier la mort du cardinal de Richelieu puis
celle de Louis XII dans les pages qu'il consacre aux années 1642 et
1643 avant de disparaître à son tour, au coeur de la Fronde. 97
5f o17821032o97 opido18na
liong upirnono 0geaori n 2p0130 2b ropa
abotneo Dildurg fopni'l sh uns7 03 1igs ansruo 00t
329 21bnsn2 20 nilr no iobon 2eno i97 nU t1f b no21
François, qui fait
poursuit
européen:
mois de
librairie mis
large place
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et de son
volume
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incombe dès
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1642 et
Fronde. 97
opido18na
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00t
no21
Tom il6 pLA MORT DE LOUIS XIII g
PUIS DU MERCURE FRANCOIS ag s
Louis XIl disparaît le 14 mai 1643 à l'issue d'une maladie de plu-
Sieurs mois. Théophraste Renaudot prend en charge le récit des dernières
semaines du souverain à deux reprises. Il le fait au printemps 1643 dans
les pages de la Gazette, avant de renouveler l'opération dans le vingtquatrième
volume du Mercure Frangois publié en 1647, qui est le dernier
volume de la collection en tant qu'histoire du règne de Louis XII, Sous
les presses de Théophraste Renaudot, Louis XIII meurt donc deux fois
à quatre ans d'intervalle. Comme le gazetier, Marie Dubois, le valet
du roi, a témoigné des derniers instants du monarque. Les observations
du pere Dinet, le confesseur du roi, ont également été consignées par
le mémorialiste Antoine Girard dans un mémoire rappelant le mauvais
état de santé de Louis XIII au cours de l'année 1642 et son décès en
643, La comparaison de ces différentes sources permet de mettre en
avant plusieurs thématiques récurrentes dans la relation du décès de
Louis XII: la démonstration de la parfaite capacité du roi à assumer
Ses tonctions politiques en dépit de sa maladie, l'assurance d'une régence . Elle
Sereine après sa disparition et la mort chrétienne de Louis )
POse également la question de la circulation des informations et du dia-
Ogue entre les différents textes et sources à l'origine d'un récit officiel
de la mort de Louis XIII. Il faut enfin être particulièrement attentif au
3gd35
Dubois Maric, Mémoire fidele des choses qui se sont passées à la mort de Louis XIl, roi de
1 ance et de Navarre, dans Michaud, Joseph-François et Poujoulat, Jean-Joseph, Nouvelle
ecton des mémoires pour servir à l'Histoire de France depuis le xut siècle jusqu'a la in du
Vur srecle, vol, XI, Paris, chez Champollion-Figeac et chez Aimé Champollion fils, 1858.
propos de ce témoignage et de la relation de la maladie du roi dans le /Mercure Frangois
Jouhaud, Christian, Ribard, Dinah, Schapira, Nicolas, Histoire Littérature Témoignage
Te Les malbeurs du tenmps, op, cit, p. 216-226. Voir aussi Girard, Antoine, Lidle d'une belle
rt u d une mort chréetienne dans le récit de la fin beureuse de Lauis XlUl, urnomm le JusE,
y defrance et de Navarre, tiré de quelques mémoires de fen P.Jacques Dinet, son confarseur ae
la compagnie de Jésus, Paris, imprimerie royale, 16)0,
528 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
traitement d'un même événement par le même rédacteur dans deux
médias différents et à quatre ans de distance, dont la comparaison peutetre
rendue plus efficace encore par une controntation aux mémoires
rédigés par Marie Dubois et Antoine Girard. La relation de la mort du
roi par Théophraste Renaudot est-elle parfaitement identique dans les
deux médias qu'il ditige? Comment expliquer une éventuelle réécriture
de la mort du roi entre la Gazette et le Mercure Frangois ? Vient-elle de la
modification du média en charge de la narration de la mort du roi ou
bien de la modification des circonstances politiques entre la publication
des deux récits? Le recensement de ces possibles facteurs d'explication
ne doit pas nous faire oublier leur profond enchevêtrement.
La seconde mort du roi publiée dans le Mercure Françoi, après celle
de la Gazette, est-elle porteuse de spécificités? Comment situer son récit
dans le recueil par rapport aux décès d'autres acteurs influents narrés
par le Mercure? L'examen de plusieurs récits de décès d'imminents
personnages du royaume dans les pages du Mercure Frangois permet
de distinguer des morts dont le récit est politiquement utile de celles
qui se révèlent inutiles au regard des besoins de la communication des
représentants du pouvoir monarchique en fonction du contexte politique,
Le contenu de ces récaits témoigne de leur adaptation à une périodisation
politique parfaitement intégrée par le Mercure François. Les débuts du
regne de Louis XIIV depuis 1643 semblent impliquer une mutation
2 Plusieurs chercheurs ont adapté la notion de « double corps du roi» développée par
école cerémonialiste américaine au as de Louis XII pour évoquer la «double morts
de Louís XIIL, Ainsi Françoise Hildesheimer étudie la pertincnce de voir dans les déci
sions politiques d'Anne d'Auriche après le décès de son époux la mort policiguede
ce dernier. A cepropos, voir Hildesheimer, Françoise, La double mort du roi Lonis Xl,
Paris, Flammarion, 2007, Cedric Coraillon pose, lui-aussi, la question de la mort pol
tique de Louis XIII et observe une dissociation des dimensíons religicuse ct politique
au moment du décès du roi au service d'une monarchie fragilisée par les débuts de la
regence et la poursuite de la guerre, Voirà ce propos Coraillon, Cédric, aLes deux morts
de Louis XIII>, Revue d'bistoire moderne et contemporaine, 2008/1, (n°55-1), P. 50-73
Enin, Christian Jouhaud, Dinah Ribard ct Nicolas Schapira évoquent la double mort
de Louis XIl diféremment: en 1630, le roi tombe très malade et échappe de peu a la
mort. Cette maladie et sa relation serait la premíère mort de Louis XII et son deces
véritable en 1643 serait sa « seconde mort», Voir Jouhaud, Christian, Ribard, Dinat
Schapira, Nícolas, Histoire Littérature Témoignage.., op. cit., p. 216-226. La maladie au
roi en 1630 et son ultime agoníe suivie de son décès sont relatées dans les seizien
et vingt-quatrième volumes du Mercure. Voir Mercare Frangois.o, op. cit., vol. V
1632, p. 787-804 (pour I'année 1630) et ibid, vol, XXIV, 1647, p. 1088-1105 (pol
l'année 1643).
dans deux
comparaison peutetre
mémoires
mort du
dans les
réécriture
elle de la
du roi ou
publication
d'explication
après celle
son récit
narrés
d'imminents
permet
celles
communication des
politique,
périodisation
débuts du
mutation
développée par
double morts
les déci
policiguede
Lonis Xl,
mort pol
politique
débuts de la
deux morts
P. 50-73
double mort
peu a la
son deces
Ribard, Dinat
maladie au
seizien
vol. V
1105 (pol
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 529
du genre du Mercure perceptible dans la relation du décès du roi. Il est
alors questiorn de savoir de quel « temps présent » le Mercure Frangais fait
encore véritablement lhistoire dans ses trois derniers volumes, qui sont
publiés alors que Louis XIII est déja décédé depuis au moins trois ans.
Autrement dit, le Mercure Frangois n'est-il pas condamné par la mort du
roi dont il a écrit l'histoire du règne depuis ses débuts?
wTHÉOPHRASTE RENAUDOT, LES MËMORIALISTESnd
3oET LECRITURE DE LA MORT DE LOUIS XII
Jn321 97elbong 9u elsusroq 218tbnty est 2orpesb jam 2tms
En assumant la publication puis la difusion d'un récit de la maladie
comme de la mort du roi, dans la Gazette puis dans le Mercure Franois,
Théophraste Renaudot s'inscrit dans une tradition littéraire. Sans
être parfaitement identiques, les récits publiés dans les deux médias
présentent d'importantes similitudes, et comportent certains points
Communs avec les récits livrés par Marie Dubois et Antoine Girard.
Traditionnellement, la narration de la mort des rois a pour principale
vOcation de « .]construire une mémoire du défunt en donnant un sens
eleve a sa mort, visant parfois à feindre un véritable consensus autour
de la personne du monarque. Pour ce faire, les récits de la mort des
monarques mettent en place de véritables « stratégies d'écriture'», Le
recit ou plutôt les récits de la mort de Louis XIII, n'y font pas exception,
en particulier ceux de Théophraste Renaudo.opibie oe
LA PROMESSE D'UNE RÉGENCE SEREINE
Bien que le roi est faible et malade depuis plusieurs mois déja, les prin-
Cipales sources font remonter le début de son ultime agonie au 21 février
o43. La proximité temporelle de la Gazette avec les événements empeche
docuna Ur ber deruiers jours des souverains frangais et epagnols de Charles-Quint à Louis
CePropos, voir notamment Pérez, Stanis, Le roi meurt un jour, dans id., La mort des ras
prerédks de, Le roi meurt un jour, Grenoble, Jerôme Millon, 2006, p. 8, 12 et 61-91.
4
lation de ce qui s'est passé jusqu'à présent de plus mémorable en la maladie du
Kecueil des Gazettes et Nouvelles tant ordinaires que extraoumaire, et aires reano
DOTES avenues toute l'année mil six cens quarante trois, Paris, Bureau d'Adresse, 1o4
530 OHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
logiquement Théophraste Renaudot d'identifier immédiatement la nature
de cet épisode, et donc d'anticiper ses conséquences pour le roi comme
pour l'Etat. Quelques semaines sont nécessaires pour que les témoins du
déclin physique de Louis XIIL, orientés et convaincus par le diagnostic
posé par ses médecins, comprennent que le roi ne se relèvera pas de ces
épreuves. Les publications des mémoires de Marie Dubois et d'Antoine
Girard sont largement postérieures à celle de la Gazette et ont donc pu
dater avec plus de certitude les débuts de cette dernière maladie
La perception du caractère délicat de la situation pour le pouvoir
monarchique comme pour l'Etat est antérieure à la prise de conscience
de son imminence. Dès avant le mois d'avril, les contemporains, au
premier rang desquels les candidats potentiels à une prochaine régence,
connaissent l'état de santé du roi et se préparent à affronter un éventuel
affaiblissement du pouvoir monarchique, susceptible de prendre la forme
de révoltes nobiliaires. La jeunesse du dauphin, 1'inimiti latente entre
le roi er son frère Gaston d'Orléans, le contexte de la guerre contre
IEspagne font craindre les pires intrigues politiques. La compétition
pour la régence S'engage avant l'été 1642. Avant leurs décès respectifs
les 3 juillet et 4 décembre, la reine Marie de Médicis et le cardinal
de Richelieu sont encore en lice. En raison de son implicatíon dans la
conjuration de Cinq-Mars en 1642, Gaston d'Orléans ne semble plus
pouvoir prétendre au rôle de régent. Restent la reine Anne d'Autriche et
le prince de Condé, qui n'ont pas vraiment les suffrages du roi'. La situation
est done plutôt incertaine. Françoise Hildesheimer étudie la période
Séparant le décès du cardinal de Richelieu de celui de Louis XIII à l'aide
de sourcesjuridiques et diplomatiques, à savoir les archives du parlement
de Paris et la correspondance de l'ambassadeur vénitien Gustiniani. Ces
documents ne remplissent pas les mêmes fonctions que les relations de
ora euolaokg iob sism9 sldid es tot po
n2, p. 341 (pour l'année 1643). Les différents mémoires s'accordent également sur cet
date du 21 février 1643. Voir Dubois, Maric, Mémoire fidèle des chases qui se soi: pasuec
la mort de Louis XIII..) oP. cil., p. 523 ainsi que Girard, Antoíne, Lidée d une bele nort u
aune mort cbrélienne dans le récit de la fn heurense de Louis XIII., op. cit., P. 3. Le ei
Frangois, quant à lui, fait débuter son récit quelgues semaines plus tard.
Le numéro de la Gazette relatant la maladie du roi est daté du 30 avril 1643. Recuet
Gazettes et Nouvelles tant ordinaires que extraordinaires.., op, cit., 1644, n°52, P: 11
pour l'année 1643),
6 Hildesheimer, Françoise, La double mot du roi.oc, op. cit., p. 123.
7 1bid, p. 13-22.
nature
comme
témoins du
diagnostic
pas de ces
d'Antoine
donc pu
maladie
pouvoir
conscience
contemporains, au
régence,
éventuel
la forme
latente entre
guerre contre
compétition
respectifs
cardinal
dans la
semble plus
d'Autriche et
La situation
période
à l'aide
parlement
Gustiniani. Ces
relations de
tot po
également sur cet
pasuec
bele nort u
3. Le ei
Recuet
P: 11
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 531
la mort du roi par certains mémorialistes et par Théophraste Renaudot,
destinées, pour leur part, à être difusées auprès d'un large public. Par
leur pragnmatisme et le public auquel elles Sadressent, ces sources sont
moins enclines à taire certains faics, ordinaires au moment de préparer
une succession royale. La comparaison des archives du parlement de
Paris et de la correspondance diplomatique de l'ambassadeur vénitien
avec les récits de la maladie puis de la mort de Louis XII par Marie
Dubois, Antoine Girard et Théophraste Renaudot permet de mesurer
l'existence d'un phénomène de censure dans l'écriture de la mort du
monarque de la part de ces trois derniers. Les sources consultées par
Françoise Hildesheimer révèlent la tension régnant à la cour suite au
décès du cardinal de Richelieu, tension inhérente à l'imminence de la
disparitionde Louis XII. La question de la régence passe au second plan
pendant quelques mois après la disparition du ministre le 5 décembre
1642 et la désignation du cardinal de Mazarin comme ministre principal
dès le lendemain. Mais, à partir du moment où létat du roi saggrave
à nouveau, les factions n'ont de cesse de se réactiver. Au début du mois
d'avril, le roi n'a toujours pas pris de disposition politique et refuse de
désigner le futur régent du royaume parmi les candidats potentielsà
Savoir le ducd'Orléans, la reine Anne d'Autriche ou le duc de CondE. Ses
tergiversations alimentent toures sortes de conjectures et de rumeurs et
conduisent les candidats à la régence à mobiliser leurs réseaux respectifs
de fidèles. La décision royale est tardive et doit beaucoup à l'infuence
du cardinal de Mazarin. Toutes ces hésitations sont totalement absentes
Ou presque des mémoires de Marie Dubois, de Jacques Dinet, comme
de la Gazette et du Mercure François. Ces quatre textes ont, au contraire,
pour point commun de présenter au lecteur un roi soucieux de l'intérêt
de son Erat, et ferme dans ses décisions politiques, y compris au seuil
de la mort. La déclaration faisant d'Anne d'Autriche la régente du
royaume intervient très vite dans les quatre récits et tait les réticences
Toyales tout comme les manipulations engagées par les divers membres
a conseil de régence auprès de leur clientèle respective dans le but de
neutraliser l'action de la reine Une allusion à la rivalité palpable au
8 Ibid, p, 49 et 155-166.
n Kecneil des Gazettes.., P. cit, 1644, n°52, p. 342-343 (pour l'année 1643). Voir aussi MMerture
rangois,, oP. cit, vol. XXIV, 1647, p. 1089-1090 (pour l'année 1643), Girarcl, Antoine,
Liade dune belle mort.o., 0p, ci., p. 20-21 et Dubois, Marie, Mémore fidkle,y P. Cfi, p: S24
532 09HSTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
sein de la cour est toutefois perceptible dans une anecdote rapportée
par Renaudot dans sa Gazette. Elle est placée immédiatement après la
déclaration du roi en faveur de la régence de la reine, et a pour fonction
de souligner la perspicacité politique du roi au moment de prendre ses
dispositions pour l'avenir du royaume 9go 1o129331
iSa Majesté prévoyant les différens qui pourroyent arriver entre plusieurs
1Seigneurs présens à qui tiendroit la nape id de communion dont les deux
coins plus près du Roy ont accoustumez d'êrre tenus par les deux seigneurs
les plus qualifiez & les deux autres par deux Aumosniers de Sa Majesté : elle
avoit dit à l'Evesque de Meaux, son premier Aumosnier, quil ne mist point
un 91 de nappe et n'étendist qu'un voile sur le lict de Sa Majesté, qu'elle seulé
ob tiendroit. Cest ce qu'on alloit faire lorsque Monsieur, Erère unique du Roi,
nala &le prince de Condé arivèrent en la chambre de Sa Majesté ; laguelle selon
la présence de son esprit, dist à lEvesque de Meaux lorsqu'il alla lui donner
del'eau bénite à son ordinaire avant que de la faire communier, que ces deux
princes ayant par leur arrivée terminés le différent que l'on appréhendoit, l
pouvoit faire mettre la nape sur son lit; ce qui fut fait, & le coin de la main
droite du Roy tenu par Monsieur, & l'autre par le Prince de Condé ? les deuxX
autres coins furent tenus par les sieurs Lesseville & Hyacinthe aumônier du
Roy, estans présens en quartier ub 3
Le récit de la neutralisation du prévisible différend entre le duc d'Orléans
et le prince de Condé grâce aux paroles royales produit la preuve de
l'effet induit par sa déclaration de régence deux jours plus tôt. Le
royaume restera calme après la mort de Louis XII car ce dernier en
a décidé ainsi, Cest pourquoi la décision prise suscite chez le roi une
grande satistaction et autant de sérénité. Le roi est certain d'avoir fait
le bon choix concernant la régence et ses sentiments sont physiquement
notables. Sur ce point-là également, les auteurs des quatre relations sont
presque tous unanimes. Le Mercure François est le seul à ne pas men
tionner lévidente satisfaction éprouvée par le roi au moment de faire
connaître ses dernières volontés politiques!" Les récits présentés par
ces différents médias insistent tous sur la détermination du roi quant a
lorganisation de la future et inéluctable régence qui attend le royaurne
10 Recueil des Gazetes..,op, cit., n°52, p. 343-344 (pour 1'année 1643)
11 Sur l'attitude de Louis XIII après l'annonce de la régence par Anne d'Autriche voir in
des Gazettes..0p, cit, n°52, 1644, p. 343-344 (pour l'année 1643), mais ausi
Tangors. op. cil., vol. XXTV, p., 1089 (pour l'année 1643), Dubois, Marie,
jidele., p, cil, p. 524 er Girard, Antoine, Lide d'une belle morto, 0f. , P: 20
rapportée
après la
fonction
prendre ses
1o129331
plusieurs
les deux
seigneurs
Majesté : elle
mist point
qu'elle seulé
du Roi,
laguelle selon
lui donner
ces deux
appréhendoit, l
la main
les deuxX
aumônier du
d'Orléans
preuve de
tôt. Le
dernier en
roi une
d'avoir fait
physiquement
relations sont
pas men
de faire
présentés par
quant a
royaurne
d'Autriche voir in
ausi
Marie,
20
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 533
de France. Le choix politigque effectué par le souverain à la veille de
sa mort est présenté comme le plus juste er le plus perinent, dans la
mesure où il laisse le roi serein. Le silence autour des réticences royales
vise à construire un unanimisme nécessaire, en contexte de guerre et
de probable affaiblissement de l'autorité monarchique. Il a aussi pour
but de rassurer un lecteur déja confié à la régence d'Anne d'Autriche
au moment de la lecture de ces diverses relations. Ces effets de censure
accentuent les mérites d'un roi capable de gouverner fermement jusque
dans les affres de la maladie. La poursuite de l'activité politique du roi
est largement affirmée dans chacun des textes étudiés. La Gazette salue
la constance du roi à maintenir une activité politique et à euvrer pour
le bien de ses sujets et de son royaume, exactement comme au moment
de statuer sur la future régence «Mais ce que je ne puis taire, & qui
ne paroistra pas le moins admirable en cette maladie, est qu'elle n'a pu
empescher le Roy de donner tous les jours les ordres nécessaires aux
afaires de son Estat. Dans le Mercure François, l'affirmation n'est pas
aussi nette et concerne justement les dispositions royales prises par le
roi pour la régence : nxotg ab p0.v13
Ce Monargque, dis-je, se connoissant mieux quil n'estoit cogneu par ses
Médecins, voulut donner à ses peuples avant que mourir des marques d'une
amour paternelle, & disposer du gouvernement de son Estat, en telle façonn
que les ennemis ne peussent tirer aucun avantage de sa mort, ny ses subjets
7ngrand sujet de craindre les desordres qui se glissent souvent dans le regne
d'un jeune Prince. L.JLEstat estant asseuré par cét ordre, le premier soíng
de Sa Majesté fut de faire baptizer Monseigneur le Dauphin ]
Les mémoires de Jacques Dinet et de Marie Dubois ne disent pas
autre chose4. Toutes ces affirmations redoublent les effets de censure
concernant les difficultés à établir une régence et visent à affhrmer avec
Iermeté l'idée d'un roi à la fois politiquement capable et soucieux de
l'avenir de son royaume,
heophraste Renaudot ne s'en tient pas à dépeindre un Louis XI
Inebranlablement roi en dépit des circonstances. Eidèle a la tradition
1eceil des gazettes. .oy 0D. cit., 1644, n°54, p. 360 (pour l'année 1645).
13 Mer
14 Ure Frangois. op. cit., vol. XXIV, 1647, p. 1088-1090 (pour l'année 1643)
Voir Girard, Antoinc, Lide d'une belle mort, 0p. cit., p. 13 ainsi que Dubois, Marie,
Mémoire fidele., op. cit., p. 525.i qyM
534 OO HISToIRE IMMÉDIATB ET RAISON D'ÉTAT
littéraire d' écriture de la mort des rois, le gazetier présenteà son lecteur
un réait édifiant et un roi au comportement exemplaire au moment de
mourir". La description du comportement de Louis XIII à l'approche
de sa mort est un parfait exemple de l'ars moriendi, autrement dit de
l'art de bien mourir Cest-à-dire de mourir en bon chrétien9,dorq sb
lbrosAbnnAb 9g0 tno pb nu93nsl nu 19Tueei ab ud
LA BONNE MORT DE LOUIS XIII sib ey ss eulsl b steoot
Louis XI est mort en parfait chrétien. Lidée d'une belle mort on d'une
mort chrestienne dans le récit de la fin heurense de Louis XIll est le titre donné
par Antoine Girard aux mémoires de Jacques Dinet. Ce choix laisse
peu de doute sur le message véhiculé par l'ouvrage. L'affirmation de la
mort chrétienne du roi est un poncif auguel ne dérogent ni Théophraste
Renaudot ni Jacques Dinet et Marie Dubois. La mort du souverain doit
être édifnante pour les fidèles. Théophraste Renaudot abonde dans
ce sens en 1643 puis en 1647. La bonne mort implique pour le fdèle
une acceptation sereine de l'approche de sa mort. Si l'on en croit les
mémoires, la Gazette puis le Mercure, chez Louis XIII, elle se double
d'une prise de conscience précoce de la proximité de celle-ci. Dans les
récits érudiés, Louis XII annonce invariablement l'imminence de son
décès avant même ses premiers médecins, dont cCest pourtant le rôle
Ce diagnostic antérieur à celui des médecins fait de Louis XII un
chrétien extraordinaire parce que parfaitement conscient de la nécessité
d'accueillir la volonté divine. Le Mercure inaugure le récit de la mort du
roi avec le constat de la grande lucidité royale :
Les grands hommes ne se laissent jamais prevenir par le temps, leur jugement
va tousjours au devant des affaires, & leur prudence les met à couvert des orages
que la fortune leur suscite. Le Roy prevoyant bien que les longs travaux de la
guerre l'avoient fait vieillir avantle temps, que son corps manquoit de vigueur
en un aage auquel les autres sont ordinairement capables de grandes fatigues,
& que la vie ne pouvoit aller où celles des hommes arrive communément
15 Voir par exemple Recueil de Gazettes. ., op. ci., 1644, n°52, p. 341 (pour l'année 1645)
16 Cette expression est à l'origine d'une tradition littéraire féconde, notamment aux vc
XVr siecles. A ce propos, voir par exemple Germa-Romann, Hélène, Du «bel mourir » a
bien mourir », Le sentiment de la mort chez les gentilbommes français (1515-1643), GEnev
Droz, 2001,
ACepropos voir Pérez, Stanis, Le roi meurt n jour., op, cit., p. 86-90 mais aussi CorailO
Cedric, « Les deux morts de Louís XIII,..», art, cité, p. 50
18 Mercure François, ,ry op. cit., 1647, vol. XXIV, p. 1088 (pour l'année 1643),
lecteur
moment de
l'approche
dit de
dorq sb
ab ud
steoot
on d'une
donné
laisse
L'affirmation de la
Théophraste
souverain doit
abonde dans
le fdèle
croit les
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Dans les
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le rôle
XII un
nécessité
mort du
jugement
des orages
travaux de la
de vigueur
fatigues,
communément
l'année 1645)
aux vc
mourir » a
1643), GEnev
CorailO
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 535
Dans la Gazette aussi, la clairvoyance royale permet à Louis XIII d'annoncer
Son décès prochain", Les mémorialistes insistent également sur cette
Jucidité. Cette clarté d'esprit est une bénédiction car elle permet au roi
de se préparer avant de mourir. Les mémorialistes utilisent d'ailleurs
le champ lexical de la préparation", Chez Renaudor, la préparation
politique rend d'ailleurs possible la préparation spirituelle. Le processus
fonctionne si bien que les différents récits dépeígnent à leur lecteur un
roi en voie de sanctification. Dans la Gazette, Théophraste Renaudot
établit le parallèle entre Louis XII et Saint Louis, Dans son ouvrage,
Françoise Hildesheimer insiste au contraire sur le caractère tardif de la
declaration de régence en faveur d'Anne d'Autriche. La mise en ordre
Spirituelle semble avoir précédé les décisions politiques
Certaines pratiques d'écrirure mettent en avant la préparation de
Louis XIII à la mort. La Gazette et le Mercure Frarngois, comme les deux
mémoires utilisés ici, décrivent à leur leceur un rire spirituel de pré
paration à cette mort, Dans les quatre textes, le traitement du temps
Oscille entre une monotonie répétitive instaurant un temps spirituel
de la maladie et le surgissement ponctuel d'événements particuliers,
Justihant peut-être la précision de certaines dates. Ces événements sont
SOit dordre juridique, soit d'ordre proprement sanitaire, Ainsi, les
quatre textes indiquent à leur lecteur la date de la dédaration de régence
Comme celle de son enregistrement au parlement de Paris ou encore les
Jours de nette dégradation de l'état de santé du roi. La maladie du roi
Commence le 21 février et son état de santése dégrade significativement
le 19 avril23, En l'absence de dates, les auteurs installent un temps voué
a la répétition des actes de foi et de piété de la part du roi. Le quotidien
au souverain est consacré aux lectures saintes et à la prière, Le vocabulaire
de l'habitude et l'emploi de l'imparfait dans sa valeur itérative
Sont mobilisés dans le but d'installer ce temps particulier
ecueil des Gazetter,, p. cit., 1644, n°52, P. 342 (pour l'année 1645)
Voir Girard, Antoine, Lidbe d'une belle mort..., op. cit., p. 3 ainsi que Dubois, Marie,
Mémoire fdle.., op. cit, p. 523.
Kecucil des Gazettes,.., 0p, cit, 1644, n°52, p. 341-348 et 1644, n°61, p. 401-408 (pour
année 1643) et Mercure Rrançois.o, op. cit., vol. XXIV, 1647, p. 1088-1105 (pour
nnee 1643), Voir également Pérez, Stanis, Le roi meurt un jour.o y P. Ct, p. 2-40, voir
Cment Coraillon, Cédric, «Les deux morts de Louis XI,,, p, art, cité, p. 50-75,
a desheimer, Françoise, La double mort du roi.., op, cit, p, 155-l66.
Kecueil de gazettes.., Op, cit., 1644, n°52, p. 342 (pour lannee lo4)
536 HISTOIRB IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 3
79000La Vie des Saincts estoit la lecture ordinaire par laquelle il vouloit estre
entretenu, mais le soir du jour mesme quil avoit regardé I'Bglise de Saint
tUDenys avec le mouvement que je vous ay dit, il commanda que le Secretaire
gui devoit lire, prist le chapitre de l'Bvangile de S. Jean, où est ce passage,
Ego te darificavi in terra, mune igitur darifca me Pater, entretint quelgue temps
son esprits des obligations qu'il avoit à Dieu, par la seule bonté duquel il avoit
2u225esté estably au gouvernement de tant de peuples, ht quitter ce Livre pour
oüir le chapitre du mespris du monde dans l'Introduction à la Vie Devote, &
sobumvoulut fnir la journée par la lecture du chapitre de la Meditation de la mort,
qui se trouve dans Thomas aKempls to1 9 951 sl idata
Ici, les deux temps se télescopent. La modification des lectures quotidiennes
du roi s'explique par la prise de conscience de l'aggravation de
son état de santé, mais ne change en rien leur caractère profondément
pieux, au contraire. Lorsque la maladie lui laisse quelque répit, le roi
prie et se confesse. Jacques Dinet évoque quant à lui un temps réglé
Linstauration par le récit d'un quotidien royal dédié à la prière a valeur
de démonstration d'une piété royale constante et a vocation à édifier le
lecteur La sanctification royale par le récit emprunte d'autres voies, Le
roi exhorte ainsi le maréchal de la Force à abjurer le protestantisme pour
embrasser la religion catholique A 1l'orée de la mort, Louis XIIl poursuit
son combat politique et religieux contre l'hérésie et se montre une fois
de plus digne du salut. Surtout, le roi emploie ses dernières semaines à
se réconcilier avec nombre de Grands du royaume Ces pacifications
manifestent à nouveau la volonté royale de mettre en ordre sa conscience,
en même temps que son royaume, avant de mourir. Les récits livrés par
Théophraste Renaudot dans la Gazette puis dans le Mercire Frangois sont
conformes à la construction de la mémoire consensuelle et stéréotypée
d'un monarque dévoué à son État comme à la religion à la toure fin de
sa vie. La proximité des quatre relations étudiées pose une nouvelle fois
la question des sources de Théophraste Renaudot.
24 Meraure Frangois. op, cit., 1647, vol. XXIV, p. 1093 (pour l'année 1643), On attribue a
Thomas a Kempis la paternité de Limination de JEns-Chrisn. La Gazete relare exacteen
la même anecdote. Recueil de Gazettes., p, cit., 1644, n° 52, p. 342 (pour l'anne Io49
comme Marie Dubois. Dubois, Marie, Mémoire fidèle..., op. cit., p. 524
25 Girard, Antoine, Lidle d une belle mort.oe, op, cit., p. 14.
26 Voir Maraure Frangois., 0p. cit., vol. XXIV, 1647, p. 1094-1095 (pour l'année 16A5)
Gazete relate également 'éepisode. Recueil de Gazates. op. Git, 1644, n°52, P. 34 pour
r'année 1643),
27 Hildesheimer, Françoise, La dotble mort du ro., 0p. ci., p. 113 er 202.
SOURCES, De publié tion certains cas la basilique de l'invitation rappel dans par sont volumes celle Renaudot sources. mise Renaudot récolter le récit du une dificilement tous dune ecclésiastiques la La rangois etonnante, Consacrés 28 20 oir Voir
exacteen
pour
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 531
SOURCES, TÉMOIGNAGES ET RÉCIT OFFICIEL
De la Gazette au Mercure François, le récit de la mort de Louis XIII
publié et diffusé par Théophraste Renaudot ne présente pas de varia
tion de contenu. Les grandes thématiques abordées sont identiques et
certains épisodes similaires sont relatés dans les deux médias. C'est le
cas de celui au cours duquel Louis XIII désigne la nécropole royale de
la basilique de Saint-Denis comme sa dernière demeure, Cest aussi vrai
de l'invitation à la conversion adressée au maréchal de la Force ou du
rappel des lectures quotidiennes du roi Le constat n'est guère étonnant
dans la mesure où les deux textes ont très probablement été rédigés
par le même homme et que les médias dans lesquels ils sont publiés
sont alors dirigés par Théophraste Renaudot. Entre la publication des
volumes de la Gazette relatant la maladie et la mort du roi en 1643, et
celle du vingt-quatrième volume du Mercure Frangois en 1647,Théophraste
Renaudot n'a visiblement pas enrichi son récit grâce à la découverte de
sources. Sans doute un tel événement, médiatisé presque immédiatement,
ne promettait-il aucune révélation prochaine au moment de la
mise sous presse au cours de l'année 1643. La proximité de Théophraste
Renaudot avec le pouvoir rend encore moins probable la nécessiré de
récolter de nouvelles sources susceptibles de venir amender ou modifier
le récit initialement livré dans la Gazette9 Enfin, la nature et la teneur
du récit voué à informer les sujets du royaume de la mort du roi, dont
une première version a été avalisée par le pouvoir en place, pouvaient
dificilement justifier quelconque modification. Pour Cédric Coraillon,
tous ces aspects annihilent la possibilité pour les médias de s'écarter
dune norme d'écriture de la mort du roi édictée par les récits des
ecclésiastiques 0. Le respect de cette norme est susceptible d'expliquer
la stabilité des relations diffusées par Théophraste Renaudot.
La proximité des textes publiés par la Gazette puis par le Mercure
rangois ayec ceux de Marie Dubois et de Jacques Dinet n'est donc pas
etonnante, Elle n'en n'est pas moins significative. Les diférents textes
Consacrés à la mort de Louis XIII sont de volumes inégaux, mais
iof.ene
28 Recueil de Gazettes, op cit, 1644, n'52, P. 342 et 345 (pour l'année 1645) et Merure
20 o5.) 0D. cit., vol., XXIV, 1647,p. 1093-1095 (pour l'année 1643).
oir a ce propos Feyel, Gilles, L'Anmonce et la nouvelle. La presse d'information en Frane SoS
PAncien Régime (1630-1788), op. cit., p. 172-177.
Voir Coraillon, Cédric, «Les deux morts de Louis XII . are. cité, P. 55
538 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
semblent issus d'une même matière de laquelle on aurait extrait des
textes voisins. Les relations produites dans la Gazete sont naturellement
fragmentées Depuis le début de la maladie du roi jusqu'à ses obsèques, la
Gazette consacre 47 pages àlévénement, contre 17 pages pour le Mercure
Frangois. Antoine Girard lui dédie 65 pages. Il est dificile d'établir une
comparaison avec le texte de Marie Dubois dans la mesure où lédition
utilisée est d'un format très différent des trois précédents textes. Dans la
compilation de Michaud et Poujoulat, le récit de Marie Dubois occupe
9 pages. Ni le texte de Girard ni celui de Dubois ne traitent des obsèques
du roi. Ils Sachèvent à la date du 14 mai 1643 Il faut garder à l'esprit
la proximité entretenue par les auteurs des deux mémoires étudiés ave
le pouyoir et particulièrement avec le roi. Marie Dubois est le valet de
chambre de Louis XII. Jacques Dinet est son confesseur. Leurs récits
sont donc ceux de deux témoins ayant directement assísté aux dernieres
semaines de la vie du roi. Certes, celui de Jacques Dinet a été remanié
par Antoine Girard. Toutefois, Ilauteur minimise son intervention dans
son adresse au lecteur: «C'est pourquoy il (Jacques Dinet| parle luymesme
en tout ce Recit [.]». La posture de témoin est importante
en cela qu'elle crédibilise le récit. Antoine Girard insiste d'ailleurs sur
la fabilité de sa source d'information?. Le père Jacques Dinet est un
témoin de choix, s'il en est. Non seulement il a assisté, comme Marie
Dubois aux dernières semaines du roi, mais il est l'ecclésiastique qui
recueille les confessions royales. Sa parole ne peut être questionnée
Cest pourquoi Antoine Girard prend la peine d'invoquer sa présence
aux corés du roí comme sa fonction. Or, les textes de ces deux témoins
convergent largement et mentionnent des anecdotes identiques entre elles
mais également similaires à celles publiées dans la Gazette puis dans le
Mercure François de Théophraste Renaudot. Françoise Hildesheimer met
en garde le lecteur contre la fonction propagandiste assumée par ces
textes, à la source de la circulation des anecdotes d'un récit à lauIt0re7"9 3ofs
31 Voir Recueil des Gazettes.., op, cit., n°52, 1644, p. 341-348, n°54, 1644, p. 359-360, n°6l,
1644, p. 401-408, n°62, 1644, p. 414-146, n°71, 1644, p. 473-480, n°79, 1644, P. >
536 et n°82, 1644, p. 549-560 (pour l'année 1643) ainsi que Mercure François.o ,
vol. XXIV, 1647, p. 1088-1105 (pour l'année 1643), Voir aussi Girard, Antoine, Liu
dune belle mort., op, al, p. 1-64 et Dubois, Marie, Mémoire fidèle,.., op, cit., p. 525-9)
32 Girard, Antoine, «Avís au lecteur, Lidte d'une lelle mort.., p cit, [p: 7
33 1bid
34 Hildesheimer, François, La donble mort du roi..., of. cit, p, 122, 0,
extrait des
naturellement
obsèques, la
Mercure
d'établir une
lédition
Dans la
occupe
obsèques
l'esprit
étudiés ave
valet de
récits
dernieres
remanié
intervention dans
parle luymesme
importante
d'ailleurs sur
est un
comme Marie
l'ecclésiastique qui
questionnée
présence
témoins
entre elles
dans le
Hildesheimer met
par ces
lauIt0re7"9 360, n°6l,
1644, P. >
François.o ,
Antoine, Liu
p. 525-9)
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE $39
Ainsi, l'édiction de normes de bonne mort produirait non seulement
des normes pour l'écriture de la mort royale mais modèlerait aussi le
contenu du récit offhiciel de la mort du roi, susceptible de circuler d'un
support à l'autre, et d'un auteur à l'autre. Cette version officielle est ici
accréditée par l'usage de la première personne du singulier, visant à
affirmer le stacut de témoignage des différentes relations de la maladie et
du décès de Louis XIIL, Marie Dubois er Jacques Dinet ont véritablement
vu et entendu ce quíls rapportent comme en attestent la convergence
de leurs récits mais aussi le « je» qu'ils emploient : «J'avois accoutumé
de demeurer tous les jours dans la chambre de sa Majesté [.J» écrit
Marie Dubois". Les récits de la Gazette et du Mercure Frangois sont aussi
à la première personne du singulier. Les indices d'énonciation utilisés
par Théophraste Renaudor sont toutefois ambigus, puisque rapidement,
le lecteur ne parvient plus à identifier ce « je» en train de lui décrire
les tourments royaux. Le gazetier commence par rappeler la nature,
la source et I'importance de sa mission. Théophraste Renaudot ne
cherche pas à camoufler le caractère officiel de son récit (par ailleurs bien
Connu des lecteurs), au contraire il le revendique et en fait un gage de
crédibilité, La responsabilité induite par la mission confiée à Renaudot
rend fable son récit, toutefois la disparition du cardinal de Richelieu
et l'affaiblissement de Louis XIII expliquent probablement le fait que
le gazetier considère nécessaire de rappeler l'importance de son devoir
d'information. Rapidement, Renaudot abandonne l'usage du « je» et
un préfère celui du pronom personnel indéfini «on»; «Il eut meilleure
la nuit du 23 au 24, que l'on craignoit le plus"» puis du «nous »? aLe
Vingt-sixiesme ensuivant, Sa Majesté se porta encore un peu mieux
ais le 21, nostre joye fut troublée par une nouvelle appréhension de
evre accompagnée des mesmes accidens que par le passé . Lusage
on est ambigu. Dune part, Théophraste Renaudot semble rap-
LCE es Craintes de ce «on » composé de personnages indéfinis et
dont il ne fait pas partie. S'agit-il des médecins royaux? des membres
Cclergé qui entourent le roi? de ses officiers? des membres de sa
dmille? D'autre part, le «on» est inclusif et peut aussi suggérer la
5 Dubois, Marie, Mémoire fidele. o 9p. cit, P. >20
36
ecueil de Gazettes. , 0p cit, 1644 n° 52, p. 341 (pour l'année 1643).
37 lbid., p. 348.
38 1bid, n54, 1644, p. 359.
540 ugHISTORE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT A
participation de la personne du gazetier. Mais à quel titre? Ce «on
utilisé par Théophraste Renaudot fait-il de lui un témoin direct de la
maladie du roi, ou un simple sujet du royaume nécessairement touché
par l'évolution de l'état de santé du roi? Renaudot ne manque en effet
pas de formules pour afirmer les sentiments consensuels suscités par la
maladie du roi dans le royaume. Pour Stanis Pérez, l'usage du « nous
par Renaudot est abusif et est l'une des modalités de la construction
du consensus politique". Lorigine du récit rapportée par Théophraste
Renaudot reste floue car l'auteur n'indique pas ses sources. De fait,
dans le numéro 54 de la Gazette de 1643, Théophraste Renaudot uti
lise conjointement la première personne du pluriel et du singulier,
rendant plus mystérieuse encore l'origine de son récit. Le «nous
donne I'impression gque Renaudot a lui-même assisté à la scène et il
écrit rapidement ne pas pouvoir taire, à titre personnel, la constance
du roi à la tenue des affaires du royaume0, Le numéro 61 de la Gazetth
semble, au contraire, établir une plus grande distance entre le gazetier
et les événements de Saint-Germain-en-Laye: rc
T1523003 US 27i39191295 ita00
aobun [Sa Majesté] receut humainement tous les Princes, Princesses, Seigneurs &
larDames qui le venoyent visiter & compatir à son mal: tous lesquels comme
il me seroit malaisé de vous nommer, ainsi ne vous puis-je taire, sans oublier
les principaux traits de l'esprit de Sa Majesté, les entretiens quelle eut aveç
quelques uns de ceux qui sont venus à ma cognoissance J.30ar b
Ne pouvant revendiquer explicitement le statut de témoin direct de la
maladie et de la mort du roi, Théophraste Renaudot adopte toutefois
une énonciation équivoque -oscillant entre le témoignage oculaire et
le témoignage indirect-dans le but de doter son texte du statut de
récit véritable. Quatre ans plus tard, au moment de republier le recit
de la mort du roi dans le Mercure Franpois, Théophraste Renaudot y
glisse des marques d'énonciation relevant du commentaire, mais sus:
ceptibles de jerer le trouble sur le starut du rédacteur3, Cette posture
de témoin, y compris de témoin indirect, implicitement revendiguee
39 Pérez, Stanis, Le rot meurt un jour. , op. cit., p. 67.
40 Recueil des gazettes, op, cis., n°54, 1644, p. 360 (pour l'année 1643),
41 Ibid, 61, p. 403 (pour l'année 1643).
, XXIV,
42 Surl'usage du «je» par Renaudot voir par exemple Mercure Frangois, o op, Ct; VOl
1647, p. 1088 et p. 1093 (pour l'année 1643).
par la Le Comme r'hypothèse Gazette Renaudot quantité et les Dubois d'autres relations à émettre mémoires Pour de de récit agonie il paraît son recherche Seconde Souligner Dinet dans de dune la mort /dacollaboratíon yel, 45 erez,
la
Théophraste
fait,
uti
singulier,
il
constance
Gazetth
gazetier
ita00
&
comme
oublier
aveç
b
la
toutefois
et
de
recit
y
sus:
posture
revendiguee
XXIV,
EACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 541
par Renaudot pose la question des sources de son récit comme de
la construction d'une version normée et officielle de la mort du roi.
Le statut de témoins directs de Marie Dubois et de Jacques Dinet,
Comme leur proximité avec le pouvoir politique permettent d'émettre
r'hypothèse de leur rôle dans la composition des récits publiés par la
Gazette puis par le Mercure. La variété des informateurs de Théophraste
Renaudot pour la Gazete rend l'hyporhèse plausíble. Toutefois, la
quantité de mémoires produits au moment du décès de Louis XIII
et la grande similitude de tous ces textes empêchent de circonscrire
les sources de Théophraste Renaudot aux seuls mémoires de Marie
Dubois et de Jacques Dinet. Renaudot a pu aussi bien puiser à
d'autres sources. La convergence confondante de l'ensemble de ces
relations rend impossible l'identification du texte-source. La chronologie
de publication des récits de la mort du roi a pu conduire certains
à émettre l'hypothèse d'une Gazette devenue source à son tour. Les
mémoires de Jacques Dinet sont publiés en 1656 par Antoine Girard.
Pour Stanis Pérez, ce dernier a pu amender son récit à l'aide de celui
de la Gazette, rendant impossible lidentification de la version propre
de Dinet en l'absence de manuscrit. De fait, la Gazette, livrant son
récit avant tous les autres témoins, avant même l'issue mortelle de
agonie royale, fait publiquement figure de texte-source. Pour autant,
il paraît peu probable que Théophraste Renaudot ait pu publier
son récit sans témoignage direct. Devant l'aporie représentée par la
recherche du, ou des textes-sources à lorigine des témoignages de
Seconde main, c'est la participation à une histoire officielle qu'il faut
Souligner ici. Théophraste Renaudot, comme Marie Dubois, Jacques
Dinet et Antoine Girard semblent écrire de conserve la même histoire.
dans doute, cette harmonie est-elle rendue possible par la faible part
de manipulation imposée aux textes. s7
Sans surprise, Théophraste Renaudot participe pleinement à l'écriture
dune version officielle de la mort de Louis XI. Toutefois, relate-t-il
la mort de Louis XIII exactèment de la même manière én 1643 et en
/dacollaboratíon au consensus mémoriel autour de la mort de LouisS
yel, Gilles, LAnonce et la novelle.o p. cit, p. 172-190,
45 D on, Cédric, « Les deux morts de Louis XIII. », art, cité, p. 53-55, 61 et 71-72. erez, Sranis, Le roi meurt un jour.., 0p, cit, p. 89. ub ao 2d00 B 171
542 duHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT DA
le Juste est-elle encore utile au recueil en 1647 ? Quelles conséquences
entraîne le délai de plus en plus important entre le déroulement des
événements et leur publication dans le Mercaire François ?b 111e
lag bederg f rotuizoos pl anah alh l b szidoqrd
los LA MORT DU MERCURE FRANÇOIS tio )nss
Le Mercure Frangais disparaît seulement un an après avoir relaté la mort
du roi Louis XIII dans son vingt-quatrième volume. La conjonction de
la concurrence de la Gazette depuis 1631, les débuts de la régence àl'orée
d'un nouveau règne en 1643 et le début des Frondes en 1648 semblent
avoir eu raison du recueil. Les publications des volumes XXII, XXIV
et XXV du Mercure François depuis 1643 indiquent pourtant quà
l'évidence, la régence ne fait nul obstacle à la poursuite de l'entreprise
éditoriale. Un basculement s'opère néanmoins entre les volumes XXIV
et XXV puisque le Mercure ne publie plus alors 1'histoire du même
règne, passant de celui de Louis XIII à celui de Louis XIV entre 1647
et 1648. A ce titre, l'année 1643 met un terme à une certaine «Histoire
de Nostre Temps , donnant à la mort de Louis XII une signification
à la fois politique et historique.od T ep sldadng usy isag lt
1643, LE TERME A UNE HISTOIRE DE NOSTRE TEMPS
Le passage d'un règne àlautre et d'une «Histoire de Nostre Temps » a
une autre implique une nouvelle périodisation. Celle-ci intervient sous les
presses de Renaudot en 1647 à propos de la' relation de la mort de Louis XI
De la Gazette au Mercure François, la remise en ordreuiosen a
dn temps politigne g0m2 1ohnA 9127dryadt penque 20u0
En 1641, lorsque Théophraste Renaudot publie le vingt-deuxieme
volume du Mercure Frangois, il justifie le maintien de la publication de
deux médías aux contenus proches. La mise en ordre des événements et
du temps, rendue possible par le délai de publication propre au Meru
François (et interdite à la Gazette pour la même raison), semble sufnre a
justiñer la conservation du Mercure : t
-T n'a-plecture , En ne des il faut du précédemment au técit récit pas dernière, en 1643 de dailleurs appréhensions, les maladie a où la 46
oRecweil 48
mort
de
semblent
XXIV
quà
l'entreprise
XXIV
même
1647
Histoire
signification
lt
a
les
deuxieme
de
et
Meru
a
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 543
. ce premier genre d'écris duquel je me suis contenté jusques à present, est
volontiers entrecouppé de plusieurs differentes narrations de choses diverses
laquelle varieté comme elle contente d'abord & à la première veuë, ainsi
-T n'a-t-elle ordinairement rien d'agréable que sa nouveauté, D'où vient que sa
plecture est beaucoup moins plaisante apres qu'on a receu la premire teinture
des nouvelles quon y a apprises. De sorte que pour remettre le Lecteur en
, goust des belles actions qui doivent estre consacrées à l'ern bicl, il les faut
assaizonner de la suite & liaizon continuë des choses, qui laissoient autrement
nostre esprit en attente de leur évenement, &dont lalecture estoit interrompuë
en mesme temps que l'on commençoit à s'y plaire
En dépit de contenus presque identiques, la Gazette et le Mercure François
ne saisissent pas le temps de la maladie royale de la même façon. En plus
des raisons inhérentes aux délais de publication propres à chaque média,
il faut garder à l'esprit d'éventuelles raisons politiques à la restructuration
du récit. La relation de la maladie puis de la mort du roi dans le vingtquatrième
volume du Mercure illustre cette rationalisation du temps
précédemment annoncée. Le recul dont dispose Théophraste Renaudot
au moment de publier le Meraure Frangots lui permet de restructurer son
técit par rapport à la version livrée par la Gazette. Pour commencer, le
récit de la mort du roi publié dans le Mercure ne présente naturellement
pas le caractère fragmenté des nouvelles diffusées dans la Gazette. Cette
dernière, composée au fil des événements est contrainte de les livrer sans
en connaître l'issue. Ainsi, le numéro 52 de la Gazette, conçu le 30 avril
1643 au Bureau d'Adresse à Paris ne peut postuler l'évolution de l'état
de santé du roi. Deux semaines avant la mort du roi, le volume se concdlut
dailleurs de manière optimiste: « Cette convalescence, nonobstant les
appréhensions, continüe de bien en mieux, Dieu exauçant visiblement
les prières de plus de quarante millions d'âmes" ,. La relation de la
maladie du roi est donc émiettée dans plusieurs numéros de la Gazete
a où elle est livrée d'un seul tenant dans le Mercure Frangois, De plus,
la Gazette livre nécessairement les événements liés à la maladie du roi de
32c270925
46
ercure rançois,,o, 0p. cit., vol, XXII, 1641, p. 3-4 (pour l'année 1637). Voir aussi
lmprimeur Au Lecteur», ibid., vol. XXV, 1648, [P. 3-6]
oRecweil de Gazetes. o. cit, n° 52, 1644, p. 348 (pour l'année 1643). 48
24n2, 1644, p. 341-348, n°54, 1644, p. 359-360, n°61, 1644, p. 401-408, n°62,
044, P.414-416, n°71, 1644, p., 473-480, n°79, 1644, p. 529-536 et, n°82, 1644,
P9560 (pour l'année 1643), Voir aussi Mercure François.m Op Cit., vol, XXIV, 1046
P. 1088-1105 (pour l'année 1643).
544 UHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT 4
maniere chronologique, là où le Mercure réorganise par le récit le temps
de la maladie et de la mort royales.
Le temps décrit par la Gazette est à la fois plus biologique et religieux
que celui du /Mercure François, davantage juridique et politique.
Le numéro 52 de la Gazette est un extraordinaire, intitulé Relation de
ce qui Sest passé jusqu'à présent de plus mémorable en la maladie du roi9et,
après un paragraphe introductit, débute son récit par l'aggravation de
l'état de santé du roi à partir du 19 avril 1643, Au moment d'aborder
les dernières semaines de Louis XII dans les dix-sept dernières pages
du volume, le Mercure Frangois porte une note marginale indiquant le
craitement de la Declaration du Roy pour la Regeme de la Reyne. Dans le
Mercure François, Théophraste Renaudot fait donc le choix de débuter
son récit par les dispositions politiques prises par le monarque à la
veille de sa mort. Il introduit son propos en insistant sur la prudence
et la clairvoyance politiques de Louis XIIl avant d'énumérer l'ensemble
des témoins présents lors de la déclaration royale et d'en résumer
le contenu. Théophraste Renaudot rappelle alors la composiion du
conseil de régence à qui échoit l'autorité royale'. La Gazette aborde la
question de la déclaration de régence en huit lignes, après avoir souligné
la dégradation de létat de santé du roi depuis le 19 avril, Le
contexte de publication du vingt-quatrième volume du Mercure Erangos
en 1647, quatre ans après le début de la régence, explique sans doute
cette nouvelle hiérarchie des temps de la mort du roi. Dans le récit
publié en 1647, la régence est effective dès avant la mort du roi. Cette
restructuration temporelle du récit permet d'insister sur la légitimite
de la régence, clairement voulue par le roi alors en pleine possession
de ses facultés intellectuelles, Le Mercure poursuit son récit en sOul
gnant la légalité de la déclaration de régence, presque immédiatemen
enregistrée en Parlementen saana luszinurb ainvil es lls to a
Lalecture de cette Declaration estant faite, Ie Roy la fit signer à la Reyne &i
Monsieur, exigea d'eux un serment d'entretenir & observer inviolablemenE
guelle portoit, & en suitte fit appeler le Parlement, représenté par le Premie
President, les Presidens au mortier, deux Conseiller de chaque ChamDicy
49 Recueil di Gazetes., op. cit, n° 52, 1644, p. 341 (pour 1'année 1643)
50 Mercure Frangois, m oy. Cit, vol. XXIV, 1647, p, 1089 (pour l'année 1645),
51 Ibid, p, 1089-1090 (pour I'année 1643)
$2 Recneil de Gazettes,, op, cit., n°52, 1644, p. 342-343 (pour l'année 1645)
le temps
et religieux
politique.
Relation de
du roi9et,
l'aggravation de
d'aborder
dernières pages
indiquant le
Dans le
débuter
monarque à la
prudence
l'ensemble
résumer
composiion du
aborde la
avoir souligné
avril, Le
Erangos
sans doute
le récit
roi. Cette
légitimite
possession
en sOul
immédiatemen
lls to a
Reyne &i
inviolablemenE
le Premie
ChamDicy
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUJE 545
onv avec les Gens du Roy, luy fht entendre la Declaration qu'il venoit de faire, &
donna charge à Monsieur le Prince de Condé, & au Chancelier d'entendre
le lendemain vingt uniesme Avril dans son Parlement pour la faire coucher
desSus les registres ce qu füt executé sans contredit 3
La Gazette ne mentionne pas l'enregistrement de la déclaration royale de
régence en Parlement. Le rappel de l'enregistrement par le Parlement
du lit de justice organisé par Anne d'Autriche le 18 mai 1643 n'a
probablement pas pour vocation de souligner la façon dont cette procédure
dénonce partiellement le testament politique de Louis XIII. II
ne s'agit sans donc pas d'insister sur la façon dont Anne d'Autriche a
brisé la déclaration de régence seulement quatre jours après le décès de
son époux La mention du lit de justice du 18 mai 1643 est renvoyée
au volume XXV du Mercure Frangois. Elle saccompagne surtout du
constat des nombreuses acclamations populaires adressées au roi et
susceptibles de faire figure de vestiges du rite médiéval de l'acclamation
venant clore et légitimer la cérémonie du sacre, sur ce point encore,
le récit de la Gazette est presque identique à celui du Mercure4, Le
temps juridique privilégié par le Mercure dans le récit de la maladie
de Louis XIIl aurait effectivement vocation à affirmer la légitimité
de la régence alors à l'euvre. Les deux pages suivantes dédiées au
récit du baptême du Dauphin, célébré le 21 avril 1643, renforcent le
dispositif. Elles insistent sur le rôle du cardinal de Mazarin désigné
parrain du futur roi et légitiment ainsi sa position dans la régence.
Le choix du cardinal de Mazarin comme parrain du Dauphin est un
acte politique de la part de Louis XIUI. II lui permet de réaffirmer sa
volonté de voir se perpétuer le rôle de ministre principal endossé par
le cardinal depuis le décès de son prédécesseur au-delà de sa propre
mort. A partir de ce moment-là, la place occupée par le cardinal de
Mazarin n'est plus seulement d'ordre politique ou administratif. La
egitimité de sa participation à la régence s'en trouve renforcée et le
lercure François de 1647 lui accorde une certaine importance, là où la
Grazette ni'y consacre que cinq lignes
ercure Prangois,., p. cit., vol., XXIV, 1647, p. 1090 (pour l'année 1643).
VOir ibid., vol. X>XV, 1648, p. 5 (pour l'année 1643) ainsí que Recueil de Gazetfes.o 9P. Ctl.,
n71, 1644, p. 427 (pour l'année 1643).
e ercure François.,, 0p, cit., vol. XXIV, 1647, p. 1090-1092 (pour l'année 1615).
ETel de Gazettes. .y Op, cit., n°52, 1644, p. 343 (pour l'année 1645).
546 OHISroIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
La description de la « bonne mort > du roi est repoussée à la page 1093
et implique une analepse puisqu'elle débute par l'épisode du roi désignant
la cathédrale de Saint-Denis comme sa dernière demeure, en
date du 19 avril selon la Gazette ou Marie Dubois". Le Mercure Frangois
ne précise pas la date de cette anecdote, peut-être pour estomper la
relégation des dispositions religieuses du roi au second plan au profit
de la relation d'une préparation proprement politique. Le récit de la
«bonne mort'> de Louis XII se poursuit jusqu'à la page 1096, pour
laisser à nouveau la place à une préoccupation politique de la part du
roi. Louis XIII fait en effet promettre à Anne d'Autriche et à Gaston
d'Orléans collaboration et concorde. A l'ayant-veille de sa mort (la
scène se déroule le 12 mai d'après la Gazette), le roi aurait suffisamment
de présence d'esprit pour rappeler aux futurs acteurs de la régence
leur setment du mois d'avril". Les six dernières pages du volume sont
consacrées au récit du cortège funéraire du roi conduisant la dépouille
de Louis XIII de Saint-Germain-en-Laye à Saint-Denis: sols mun
De ces écarts, il convient de retenir le fait qu'en 1647, Théophraste
Renaudot recompose le récit de la mort de Louis XII publié par la
Gazette. A partir d'un contenu identique, l'auteur insiste sur la prépa
ration politique du décès du roi et le récit de son décès est politiquement
réinvesti0. La régence en place en 1647 est le fruit légitime des
dispositions royales du printemps 1643. Le contexte politique peut
expliquer la restructuration du temps par le Mercure Frangois, le passage
d'un support médíatique à l'autre et, ce faisant, le changement de genre
littéraire en charge du récit du décès royal Avec la publication de la
mort de Louis XII, le Mercure François s'apprête à mettre le point final
à une certaine « Histoire de Nostre Temps », à savoir l'histoire de notre
temps sous le règne de Louis XIII. damorm 33sf ste o
no u0priog bno' b onemoluse eslq ses n amnsM
57 Voir Mercure Frangois.y P, cit, vol. XXIV, 1647, p. 1093 (pour l'année 1643) ct Reruei
de Gazates.., p. cit, n°52, 1644, p. 342 (pour l'année 1643). Voir aussi Dubois, Marie,
Mémoire fidele,.., op, cit., p. 523,
58 Mereure Frangois.o., op, cit, vol. XXIV, 1647, p. 1096 (pour l'année 1643) Voir également
Recueil de Gazdtes,, 0p, cit., n°61, 1644, p. 405 (pour l'année 1643).
59 Mercre Frangois. , op, cit., vol, XXIV, 1647, p. 1090 (pour l'année 1643)
60 Sur ce point, voir aussi Coraillon, Cédric, «Les deux morts de Louis XII,..7, art. Cit
P. 50-73.
Le sos PHistoire de tenporelle compilation sOus du le Temps(en ses politique de présente Merczore de deux du tomaison Frangois Sous en différents indiqué; le Cette loutefois, aune dédiées tomaison La istore Navarre, Lercure
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 547
Le tome premier de LHistoire de Nostre Tempsnstig9 uolib
sos le règne de Louis XIV i VE aot sb opystaua
La revendication de l'appartenance du Mercure François au genre de
PHistoire de Nostre Temps » implique pour le recueil de prendre acte
de la nécessité d'une mutation fondamentale et implique la réorganisation
tenporelle du récit de la mort du roi entre la Gazete et le Meraure. La
compilation doit achever l'écriture de l'«Histoire de Nostre Temps»
sOus le règne de Louis XII avec sa mort. En dépit d'une adaptation
du Mercure aux circonstances politiques dans ses premiers volumes,
le recueil sest rapproché de la conception d'une «Histoire de Nostre
Temps» Chronologiquement calquée sur la période de règne d'un roi
(en l'occurrence, Louis XIll puis Louis XIV) au fil de la publication de
ses volumes. L'Histoire de la paix est devenue rapidement une histoire
politique du règne de Louis XIIL. Finalement, même le premier volume
de la collection dont la relation débute en 1605 fait partie de l'histoire
présente du règne de Louis XII. Le contexte politique de publication du
Merczore en 1610 l'explique. Il s'agissait de justifier et légitimer le règne
de Louis XIIl en créant une continuité temporelle et politique entre les
deux regnes en dépit de la disparation d'Henri IV. Cette incorporation
du volume I à l'histoire politique de Louis XIII est perceptible par la
tomaison adoptée pour le Mercure François. La collection du Mercure
Frangois compte vingt-cinq volumes là où l'« Histoire de Nostre Temps
Sous le règne du Tres Chrestien Roy de France & de Navarre Louys XII»
en compte vingt-quatre. Il conviendrait d'afiner cette qualification des
différents volumes du Mercure François. En effet, comme nous l'avons
indiqué; les premiers volumes du Mercure ne portent pas immédiatement
le titre d'aHistoire de Nostre Temps » sous le règne de Louis XII.
Cette histoire débute avec la seconde partie du volume II du Mercure
loutefois, nous considérons que les trois premiers volumes s'incorporent
aune histoire plus vaste, composée de vingt-quatre volumes du Mercure
dédiées au règne de Louis XII y compris pendant sa minorité. La
tomaison choisie et le titre de I'ultime volume justifient notre position.
La dernier volume du Mercure Frangois Sintirule en effet Tome premier de
istore de Nostre Temps sous le Regne du Trer-Chrestien Roy de Franae & de
Navarre, Lonys XIV 6. amées 1643 & 1644 on Tome vingt-cinquiesme du
Lercure François es mesmes annes 1643 &1644. Ce même volume publie
548 augHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
d'ailleurs également le tome second de l'« Hlistoire de Nostre Temps»
sOus le règne de Louis XIV à partir de la page 283. Une page de titre
intérieure porte le titre suivant: Tome second de l'Histoire de Nostre Temps
Sous le Regne du Trer-Chrestien Roy de Frane & de Navarre, Louys XIV .
annés 1643 &1644 ou Tome Vingt-Cinquiesme du Mercaore François, es mesme
amées 1643 & 1644. En réalité, le tome second de l'Histoire de Nostre
Temps sous le règne de Louis XIV traite des affaires de 1l'année 1644là
où le tome premier traitait de la fin de l'année 1643, depuis le 14 mai.
Ainsi, le vingt-cinquième volume du Mercure François met le temps de
son récit en conformité avec le règne mais aussi avec les années civiles.
Avec cette double tomaison proposée de manière inédite par le Mercure
de 1648, son rédacteur affiche une vocation de livrer plusieurs « Histoires
de Nostre Temps » au sein d'une seule et même collection, celle du
Mercure Fraçois. En 1648, le Mercure François de Théophraste Renaudot
semble aspirer à incarner une histoire politique de la monarchie française
constituée de différentes « Histoires de Nostre Temps à partir de celle
de Louis XIL, Ce constat indique la conception par le rédacteur de la
possibilité d'articuler deux types d'histoires ou plutôt d'offrir à son
lectorat deux manières distinctes de lire cette histoire, posant ainsi le
Mercure Prançois aux confins d'une histoire immédiate incarnée par les
volumes des différentes « Histoire de Nostre Temps» et une histoire
vue de plus loin, constituée de l'ensemble de la collection. De ce point
de vue, l'évolution du genre du Mercure Prançois au fil de la publication
de ses volumes évoque l'articulation accomplie entre presse et histoire
par les mercures néerlandais. Sans oublier que le Mercure et ses subdivisions
doivent aussi s'articuler avec la presse d'actualité représentée
notamment par la Gazette.
Le Mercure François propose une mise en récit des événements dont la
Conséquence est une remise en ordre du temps politique par rapport au
récit de la Gazette. Le Mercure procède à une redistribution des événements
politiques en fonction du règne dont il relate I'histoire. Le caractère politique
de cette périodisation explique l'allégement significatif du récit des
derniers hommages rendus à Louis XIII dans le Mercure par rapport a la
Gazette. Elle explíque également les différences de chronologies constatées
61 Sur ce point, voir Brétéché, Marion, Les compagnons de Mercare. Journalisme et poltigne uap
TErope de Lauis XIV, op cit., p. 25-54,
Temps»
de titre
Temps
XIV .
mesme
Nostre
1644là
14 mai.
temps de
civiles.
Mercure
Histoires
celle du
Renaudot
française
celle
de la
à son
ainsi le
par les
histoire
point
publication
histoire
ses subdivisions
représentée
dont la
rapport au
événements
caractère politique
récit des
rapport a la
constatées
poltigne uap
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 549
entre les récits de la mort de Louis XIII publiés par le Mercure d'une part
et la Gazette d'autre part, Là où la Gazette publie chronologiquement les
événements(à tout le moins en fonction de la chronologie du recueil des
différentes relations qui parviennent au Bureau d'Adresse), le Mercare
reconstruit thématiquement le déroulement de ces mêmes faits. Dans la
Gazete, les relations de l'entrée royale, du lit de justice et de la victoire
de Rocroi se succèdent selon l'ordre chronologique dans lequel ils sont
advenus. Le numéro 64 revient sur l'entrée d'Anne d'Autriche et du
jeune roi dans Paris et relate la séance parlementaire du lit de justice2
Le numéro suivant est consacré à la victoire de Rocroi dont les sources
prétendent que le roi aurait eu la prémonition pendant sa maladie
Le numéro 71 en date du 9 juin 1643 est intitulé «Le convoi du corps
royal de Loüis le Juste, de tres-heureuse & glorieuse mémoire, depuis
Saint-Germain jusques à Saint Denis » et correspond aux sept dernières
pages du vingt-quatrième volume du Mercure Frangois, Les deux événements
se déroulent tous les deux le 19 mai 1643. Le contexte militaire
de l'année 1643 conduit Théophraste Renaudot à privilégier la relation
de la victoire de Rocroi sur celle du convoi funèbre de Louis XII. I
semble plus urgent de livrer aux sujets du royaume l'information de la
Situation sur le front plutôt que elle d'un rituel bien connu, Théophraste
Renaudot justifie d'ailleurs ce choix auprès du lecteur
Il semble que ce ne soit pas sans quelque conduite de celui qui dispense les
biens & les maux, que j'aye esé obligé de vous différer la suite des devoirs
funéraux rendus à ce grand Roy, dont la mémoire nous est tant pécieuse 8
Comme si la bonté divine avoit voulu imposer quelque freine à nostre deüil,
& soulager la tristesse universelle de la France par la joye de cette grande
Victoire signalée de Rocroy: dont la campagne jonchée de huit mille mortsS
auroit esté prise par l'antiquité Payene pour un sacrifice fait aux Manes de
ce Grand Prince, qui l'avoit prédite peu de temps avant sa mort mais que la
pureté & innocence de nostre Religion prend seulement pour le premier eftet
de son intercession dans le Ciel, où ses vertus ont placé son ame, tandis que
nous rendons ces devoirs à son corps
ecneil de Gazettes,., op. cit, n°64, 1644, p. 424-428 (pour l'année 1643).
0Voir Dubois, Marie, Mémoire fddle., op. cit, p. 527. Le numéro 65 de la Gazette est intitulée
cLa bataille de Rocroy », ibid., n°65, 1644, p. 429-440 (pour l'année 1645)
4 bid, n°71, 1644, p. 473-480 (pour l'année 1645),
Gerure l'rangois,,, op, cit., vol., XXIV, 1647, p. 1099-1105 (pour l'année 1643).
00 Recueil de Gazettes.., 0p. cit, n°71, 1644, p. 473-474 (pour l'année l015),
550 gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
C'est d'autant plus vrai que le lit de justice intronisant Louis XIV roi
régnant, et Anne d'Autriche régente absolue, a eu lieu la veille de ces
deux événements. D'une part, ce lit de justice casse le testament politique
de Louis XIII et, d'autre part, il représente une rupture cérémonielle
puisque Louis XTV devient officiellement roi avant les funérailles de
son père. La victoire de Rocroi semble légitimer ce choix politique et
affirmer la stabilité du royaume en dépit de la disparition de Louis le
Juste. Vis-à-vis de l'équilibre monarchique, le succès français de Rocroi
est alors un gage de fabilité plus grand que le respect du rituel funèbre
et justife le choix de Renaudot de surseoir à sa publication. Pour sa part,
le Mercure François ne publiera rien de plus concernant les funérailles
royales, contrairement à la Gazette, qui n'en a pas tout à fait fini avec
les honneurs rendus à Louis XIIIS7, auin alb go
Dans le Mercure, les récits de l'entrée royale, du lit de justice et de
la victoire de Rocroi sont rejetés dans le vingt-cinquième volume du
Mercare Frangois. La modification du contexte politique aux échelles
nationale et internationale entre 1643 et 1647, comme la publication
des événements dans deux types de médias différents, expliquent la
réattribution de certains événements du mois de mai 1643 au règne
de Louis XIV. Bien entendu, ces mutations ont un sens politique. Le
Mercure François attribue au règne de Louis XIV des événements heureux
dans le but de soutenir le monarque en exercice mais aussi le régime de
régence. Lintroduction au volume XXV du Mercure en atteste et participe
à expliquer la nouvelle tomaison du recueil à partir de l'année 1643.
Lamer n'est pas tousjours esmeuë, elle a ses calmes apres ses orages, &quand
les tonnerres ont grondé quelque espace de termps sur nos testes, Ilair reprend
toutes ses beautés pour faire esvanoufr les craintes que le bruit nous avoit
suscitées. La Mort de LoUYS XIII, avoit rempli la France d'un deüil qui sem
Bloit devoir durer autant que tous ceux qui vivoient alors; l'arri de Louys
Xg Lic] à Paris & la bataille de Rocroy le dissiperent en telle façon qui ne
pparut plus peu de jours apres, que dans le cceur de quelques personnes trop
interessees dans les ressentiments de ses bienfaits, ou de ceux de la nature,
pour en perdre sitost la mémoire, Le succez de ces deux affaires ínmportantes
67 Les numéros 79 et 82 intitulés respectívement «Les derniers devoirs rendus a Louis
Juste. Première partie et «la seconde partie des derniers devoirs rendus à Louis leJns
tantà Saint-Denis &ailleurs, quà Nostre Damc, en présence de la Reine» viennent clox
le chapitre. Ibid, n°79, 1644, p. 529-536 (pour l'année 1643) et n°82, 1644, p. 549P0
pour l'année 1643).
En François, morts susceptible avoir d'autres cette afin aux DE du morts 1647 plus Louis de tributaire Les de d'Henri mort acteurs par Médicis Sont 8 Mercare
FACE AUXx MODIFICATIONS DU CONTEXTB POLITIQUE 551
découvrira cette verité ; Nous com mencerons aussi par ce recit, le premier
Volume de l'Histoire de ce nouveau Prince, puisque nous avons finí le dernier
Mercure Frangois par la fin de Louys le Juste son Pere
En 1648, au moment de la publication du volume XXXV du Mercure
François, le récit de la mort et des funérailles de Louis XIII semble politiquement
peu utile. Une comparaison de cette relation avec celles d'autres
morts de personnages influents du royaume dans les pages du Mercure est
susceptible de permettre d'explórer un peu plus cette hypothèse. Après
avoir comparé le récit de la mort de Louis XIII avec celui produit par
d'autres sources, y compris par la Gazette de Renaudot, nous proposons
cette fois-ci de considérer le Mercure Frangois comme un objet autonome
afin de mener des comparaisons intrinsèques au recueil. Ces rapprochements
sont à même de mesurer la nécessité pour le Mercure de S'adapter
aux circonstances politiques à l'oeuvre au moment de sa publication.
DE QUELQUES MORTS POLITIQUEMENT UTILES OU INUTILES 0l in
Les années 1642 et 1643 voient la disparition des trois acteurs majeurs
du regne de Louis XIII en l'espace de quelques mois seulement. Or, ces
morts sont presque tues par les volumes du Meraure Frangois publiés en
1647 et 1648 au contraire de maladies ou de décès survenus et publiés
plus toc. Les morts de Marie de Médicis, du cardinal de Richelieu et de
Louis XIII étaient-elles politiquement inutiles en 1647? Lutilité politique
de la relation et de la pulblication des événements par le Mercure est-elle
tributaire des circonstances politiques et de leur évolution?
Les morts silencienses des années 1642-1643 bnoM sbrellisninul
b ave
Si le volume textuel consacré par le Mercure Frangois à la mort
de Louis XIII est loin d'égaler le dossier dédié par le recueil à celle
d'Henri IV, puisque nous avons recensé dix-sept pages consacrées à la
mort de Louis XIl contre 147 pages dédiées à celle de son père, d'autres
acteurs majeurs du paysage politique du royaume sont également oubliés
par le Mercure au moment de leur disparition. Les morts de Matie de
Médicis et du cardinal de Richelieu les 3 juillet et 4 décembre 1642
Sont largement passées sous silence, La mort de la reine fait l'objet d'une
8 Mercare François.n op cit, vol. XXV, 1647, P. 1-2 (pour l'année 1643) a
552 9HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT DAT
demi-page dans le volume XXV du Mercure Frangois, reproduite ici
dans son intégralité
Pendant que la fortune appuyoit la valeur & la conduite de nos Generaux
de la Catalogne & du Roussillon, la nature & la justice faisoient de grands
6eforts dans l'ame du Roy: La justice combatoit contre l'amour dont ce grand
Prince honoroit le sieur de Cinq-Mars accusé dintelligence avec I'Espagnol
la nature luy faisoit donner des pleurs à la perte de la Reyne sa mere morte
g à Cologne le 3. du mois de Juillet. La piété de ce Monarque ne se contentant
Pas de ces toibles marques de douleur, ny des epparences extérieures dun
deuil dont toute la Cour dut couyerte, ses larmes furent suivies des prieres
qu'il commanda par tout son Royaume, & l'ame de cette grande Princesse
0011 trouva dans les ressentimens naturels de ce fils pieux, les assistances dont son
esprit s'estoit deffié pendant son vivant01uaonos 2b 130ab r
3333
Les nombreux conflitS ayant opposé Marie de Médicis à son fils pour
raient expliquer ce silence. La nouvelle de la mort de la reine est en
fait l'occasion de rappeler la piété royale et la force de l'amour filial de
Louis XIIL Le Merczure dépeint un roi et un fils peiné par la perte de sa
mère en dépit de leurs différends. Rien n'est dit des circonstances du
décès de la reine ni de ses funérailles. Les numéros de la Gazette publiés
au cours de I'année 1642 sont à peine plus diserts sur le sujet. Un premier
volume indique en quelques lignes le décès de la reine, en faisant
une erreur sur la date. Plus loin, le même numéro propose une rapide
biographie de la reine au leceur, Le numéro 96 mentionne le décès de
la reine pour insister, comme le fait le Mercure, sur le chagrin éProuve
par l'ensemble de la cour. La Gazette fait à plusieurs reprises allusion aux
funérailles de Marie de Médicis, contrairement au Mercure. Il est difhcile
de déterminer les raisons de ce silence en l'absence d'autres élément5
no Lhypothèse de cette discrétion, qui serait vuë comme une conséquience
de la rivalité entre la mère et le fils, et qui justifierait que la mémoire de
la reine ne soit pas célébrée semble peu solide en raison du traitement de
la mort du cardinal de Ríchelieu par le Mercure François. En effet, cest
souvent à propos de la politique du cardinal de Richelieu, et l'opportunite
69 Ibid, vol. XXIV, 1647, p. 514-515 (pour lannée 1642)ooilb,uh 12/2109
70 Recueil des Gazettes, mouvelles ordinaires et extraordinaires, relations, actes et vecits des CDe
ues toute lannee mil six ens quarante deuxr, 1643, n°94, p. 632 (pour l'année 1642) et ipia
1643,n° 96, p. 643 (pour l'année 1642) et ibid., 1643, n° 133, p. 970 (pour l'année 0
et n° 145, 1643, p. 1052 (pour l'année 1642),
reproduite ici
Generaux
grands
grand
I'Espagnol
mere morte
contentant
extérieures dun
prieres
Princesse
dont son
130ab r
fils pour
est en
filial de
de sa
circonstances du
publiés
Un premier
faisant
rapide
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éProuve
allusion aux
difhcile
élément5
conséquience
mémoire de
traitement de
effet, cest
l'opportunite
2109
CDe
1642) et ipia
l'année 0
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 553
DOur le royaume de la mettre en pratique, que le roi et sa mère se sont
Opposés. Le choix de Louis XII de favoriser le parti cardinaliste, tout
comme le silence du Mercure à propos de la mort de Marie de Médicis,
laisseraient alors présager la publication d'un long éloge funèbre du
cardinal de Richelieu par le Merczure. Il n'en est rien. La nouvelle de la
mort du ministre principal de Louis XIII est un peu plus longue que
celle de la mort de la reine, mais ne dépasse pas les deux pages
Les hommes ne naissent pas pour demeurer eternellement sur la terre
Iexcellence de leurs esprits & la grandeur de leur fortune ne les dispensent
7point de la mort, & nous voyons que les plus eslevez dans les charges n'artivent
urlsque rarement à la vieillesse, les grands soings sont ils ont chatgé leurs esprits
onid nayans esté propres que pour ruiner leur santé. De là Vint que le Cardinal
sb nde Kichelieu, sans contredit le plus grand homme de son siecle, ayant esté
vingt ans entiers occupé dans l'administracion generale du plus puissant
&plus fHorissant Royaume du monde, ne pût pousser au-delà de cinquante
huict ans une vie pleine de gloire, tres necessaire à la grandeur de la France,
1311 & tres-chereà sa Majesté. L-J Il mourut le 4. du mois de Decembre; sa mort
affligea tous ceux quî naimoient pas moins lEstat gue leurs vies : mais jose
dire qu'elle toucha le Roy plus sensisblement que pas un; ses grands services
meritoient aussi des regrets qui ne fussent pas mediocres, son corps fut porté
a la Sorbonne, son service fait dans I'Eglise de Nôtre Dame de Paris avec
toutes les ceremonies qu'il devoit attendre de ses merites, & toutes les belles
actions de sa vie trouverent leurs poix dans I'eloquence de I'Evesque de Sarlat
sMpi qui it son Oraison funebre. Le Cardinal Mazatin eslevé dans la cognoissance
des affaires de toute lBurope, fut choisi par sa Majesté pour luy succeder &
tenir le rang de premier Ministre d'Estat
Certaines figures imposées du récit de la mort d'un acteur important,
absentes du récit de la mort de Marie de Médicis dans le Mercure Frangois,
nont pas été omises pour relater le décès du cardinal de Richelieu. Le
Mercure indique ainsi à quel point le cardinal Sétait préparé à la mor
et combiern son décès fut un exemple de « bonne mort» chrétienne
Pour autant, le recueil ne s'attarde pas sur le sujet.
Des lors, ni la faveur ni la défaveur de Louis XII - dont le récit de
la mort se caractérise lui aussi par une grande discrétion - ne semblent
pOuvoir justifier les morts silencieuses de ces deux acteurs des années
1042 et 1643. Bien entendu, l'éloignement temporel de ces différents
lercure Frangois., op, cit., vol. XXIV, 1647, p. 573-575 (pour l'année 1612).
72 Ibid, p. 574.
554 t09HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
décès explique la concision de leur traitement dans le Mercare Franois.
Mais surtout, le changement de règne et la période de régence expliquent
la sobriété du propos à ces différentes occasions. En 1643, un ministre
principal a chassé l'autre et Anne d'Autriche est devenue régente à son
cour. Même si le vingt-quatrième volume du Mercre Frangois revient
sur la fin de l'histoire politique du règne de Louis XII, Théophraste
Renaudot compose son recueil sous la régence d'Anne d'Autriche. En 1647,
il n'est probablement plus crès utile à Théophraste Renaudot d'insister
sur les qualités du cardinal, en dépit des dettes qu'il a pu contracter
à son endroit. A propos d'écrits historiographiques, Giuliano Ferretti
constate d'ailleurs la disparition des mentions au cardinal de Richelieu
après son décès, y compris sous la plume de membres de son cabinet
de presse. Privés de son mécénat, les écrivains du cardinal cessent de
mettre leur talent à son service. Giuliano Ferretti émet 1l'hypothèse d'une
concurrence entre une historiographie royaliste soutenue par Louis XII
et Anne d'Autriche et une historiographie cardinaliste, en partie battue
en brèche par la première. Pour Giuliano Ferretti, les contraintes théto
riques au fondement de l'écriture de I'histoire, censé adopter un décou
page par règne, exactement comme le fait le Mercure François dans ses
derniers volumes, ne peuvent sufire à expliquer l'éclipse dont est victime
le cardinal de Richelieu. Dans le cas particulier du Mercure Frangois,
nous émettons au contraire l'hypothèse que cette contrainte spécifique
conduir Théophraste Renaudot à se montrer plus discret à l'endroit du
cardinal. La relative sobriété dont le gazetier fait également preuve au
moment de publier la mort du roi Louis XII porte à le penser. De plus,
Tenchevêtrement des intérêts publics et particuliers ayant présidé aux
actiyités du service de presse du cardinal peut expliquer la disparition
toute relative de la reine Marie de Médicis, du cardinal de Richelieu et
du roi Louis XIII dans les volumes du Mercure Frangois publiés en 164
et 1648, bien après la mort des protagonistes en question. La liberte de
ton d'un Scipion Dupleix après le décès du cardinal de Richelieu est
susceptible d'accréditer cette hypothèse". De la même manière, Giles
231 19t32u 10ISO
73 Acepropos, voir également Ferretti, Giuliano, «Richelieu et les historiographes», dan5
Les Historiographes en Enurope de la fin du Moyen Age à la Révolution, textes réunis par (Gre
Chantal, op, cit, p. 325-343.
74 Tbid, p. 325,
T5 Voir par exemple Blanquie, Christophe, «La preuve chez Dupleix,.. D, art. cite
Franois.
expliquent
ministre
à son
revient
Théophraste
1647,
d'insister
contracter
Ferretti
Richelieu
cabinet
cessent de
d'une
Louis XII
battue
théto
décou
dans ses
victime
Frangois,
spécifique
l'endroit du
preuve au
De plus,
présidé aux
disparition
Richelieu et
en 164
liberte de
Richelieu est
manière, Giles
10ISO
», dan5
par (Gre
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 555
Feyel présente un Théophraste Renaudot aux positions politiques plus
Duancées que par le passé au moment des Frondes, ILun des deux seuls
Extraordinairas, publiés par Renaudot et ses fils pendant le période du
blocus parisien en 1649, délaisse le parti royaliste pour défendre des positions
frondeuses. Face à la plasticité des postures politiques du gazetier
serait-il incongru d'émettre l'hypothèse d'un certain opportunisme de la
part de Renaudot, à tout le moins d'une probable indifférence, au moment
de publier les relations des disparitions respectives de Marie de Médicis,
du cardinal de Richelieu et de Louis XIII? En 1647 et 1648, ces derniers
ne peuvent plus être d'aucun secours au gazetier, qui se dispense donc
de longs discours à propos de leurs décès.
Dans d'autres circonstances politiques, au contraire, le Merczure Frangois
- qui n'était pas encore celui de Théophraste Renaudot-a longuement
narré la maladie ou la mort de certains acteurs inftuents du royaume
Cest le cas à propos de la maladie de Louis XII à Lyon et de la mort
du connétable de Lesdiguières. Ces deux événements savèrent politiquement
utiles au moment de leur publication par le recueil.
La maladie de Louis XIl en 1630: lutilité politique ume
de la première mort du roi ma in ab ibularo als huznos tiules sup
Au cours de l'été 1630, le roi Louis XII tombe malade une première
fois. Son état s'aggrave pendant l'automne et il échappe de peu à la
mort alors qu'il se trouve dans la ville de Lyon. Le seizième volume
du Mercure Frangois publie une relation de la maladie du roi longue de
dix-huit pages. Le volume textuel de cette relation est aussi important
que la relation, également publiée par le Mercure de la dernière maladie
du roi et de sa mort en 1643", Lissue heureuse de cet épisode infectieux
aurait pu justifier son allégement voire sa disparition des pages
du Mercre. Or, le récit de la maladie du roi par le ZMercare est non
Seulement prolixe et détaillé, mais fait preuve d'une grande subtilité
dans sa composition puisqu'il présente un montage de plusieurs tra8
nents textuels*. La publication de ce réci, dictée par les circonstances
Feyel, Gilles, DAnonce et la ouvelle, op, cit, p. 201-202 er 216.
Oir Mercure Erançoi,o) op. cit., vol, XVI, 1632, p. 787-804 (pour I'année 1630) et
vol. XXIV, 1647, p. 1088-1105 (pour l'année 1645).
Ce point voir notamment Jouhaud, Christian, Ribard, Dinah, Schapira, Nicolas,
srOre LilHérature Témoignage., ofp. cit., p. 216-223 et 369. Voir les pages 223-226 pour
556 UOHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
politiques, est alors politiquement utile. Le texte relatant la maladie
du roi est publié par le Mercure dans l'un des trois volumes traitant
de la Journée des Dupes et de ses conséquences. II désigne les acteurs
dignes de recevoir les faveurs royales et justifie l'identité des gagnants
de la crise politique. La guérison royale, à l'issue d'une crise sanitaire,
doit être rapprochée de la crise politique traversée par le royaume
entre novembre 1630 et février 1631. Le récit de la maladie du roi par
le Mercure a donc un sens politique aigu en 1632. En 1647, les enjeux
politiques de la publication de la mort du roi sont moindres et ne
justifient pas de lui apporter le même soin que lors de la diffusion du
récit de la maladie du monarque p 0 992tb 230o sb
91113n09 UR 2910pDilog 9tanosi0 29730ans0
La mort utile dn connétable de Lesdiguières 0309 2 73 n Lup-
9rursyoz ub 21091thnt c9p
noLe phénomène est encore plus évident à propos de la mort d'acceurs
occupant une posture politique nécessairement inférieure à celle du roi.
Cest le cas du connétable de Lesdiguières, décédé en 1626. Le Mercur
Frangois publie le récit de sa mort dans son douzième volume", Le volume
textuel consacré à la disparition du connétable est presque aussi important
que celui consacré à la maladie du roi en 1630 ou à sa mort en 1643
Pour comprendre la place du récit dédié àla mort du connétable comme
sa signiication politique au moment de sa publication, il convient de
revenir rapidement sur la trajectoire politique de ce dernier. François de
Bonne de Lesdiguières est le dernier connétable de France entre 1622 et
1626. Il décède le 28 septembre 1626 à l'âge de 83 ans. Il est l'un des
dirigeantS militaires du parti jprotestant à la toute fin du xvi siècle.
Son indéfectible fidélité au roi Henri IV puis au roi Louis XIII, lui vaut
d'être récompensé par des distinctions successives. Il devient gouverneur
de la ville de Grenoble en 1591, conseiller d'Etat quatre ans plus tard,
lieutenant-général du Dauphiné en 1597. En 1609, il obtient le titre de
maréchal de France. Le décès d'Henri IV n'entrave pas son ascension
puisqu'il devient duc et pair de Lesdiguières en 1611. La même année,
il devient également duc du Champsaur puis gouverneur du Dauphine
30-10 q oe
une analyse du récit de la mort du roí en 1643 par Marie Dubois. A ce propos, vojr
egalement Jouhaud, Christian, Richelien et l'écriture du pozvoir. Autour de la jouriee aes
Dupes, op, Ci, p. 188-200,
79 Mercure Frangois.y 0p, cit., vol, XI1, 1627, p. 475-490 (pour l'année 1626).
maladie
traitant
acteurs
gagnants
sanitaire,
royaume
roi par
enjeux
et ne
diffusion du
230o sb
29730ans0
Lup-
d'acceurs
du roi.
Mercur
volume
important
1643
comme
convient de
François de
1622 et
l'un des
siècle.
lui vaut
gouverneur
plus tard,
titre de
ascension
année,
Dauphine
propos, vojr
jouriee aes
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE $57
en 1612. Enfin, François de Bonne de Lesdiguières accéde à la charge de
maréchal général des camps et armées du roi en 1621. Son abjuration
de la confession prorestante lui vaut d'obtenir le titre de connétable
et de chevalier du Saint-Esprit en 1622, Cette dernière distinctiona
coujours été condition née par le pouvoir monarchique à sa conversion
a la religion catholique. La mort de François de Bonne de Lesdiguières
fait de lui l'une des victimes de la campagne de libelles diffamatoires
visant la politique du gouvernement du cardinal de Richelieu à partir
de l'année 162580, La conversion du connétable fut l'objet de toutes les
polémiques. Les représentants du parti des Dévots lui reprochaient de
ne pas être sincère, et d'avoir abjuré le protestantisme par opportunisme.
Les représentants protestants considéraient avoir été trahis par ce grand
chef militaire. Ce faisceau de critiques explique la place accordée par
le Mercaure François au récit de la mort du connétable de Lesdiguières.
Il S'agit alors de défendre la mémnoire d'un fidèle serviteur de l'Btat. Le
premier des objectifs du Mercure est de réfuter les arguments des libellistes.
Le recueil place d'ailleurs d'emblée la disparition du connétable
dans le contexte de la campagne de presse qui touche alors les royaumes
de France et d'Angleterre: Detstm p2 9D 3190n 9 101 ib s5225 tao
sb ioal est sorty en cette année des Pays-Bas de l'obeissance d'Espagne, soit
ionguils y fussent apportez d'Allemagne, ou qu'ils y fussent imprimez, plus
de libelles contre 1'Angleterre & la France qu'il n'avoit esté fait depuis
vingt ans. Ceux contre l'Angleterre estoient dressez en apparence contre le
Duc de Buchingham, Favorit du Roy de la grand'Bretagne: mais en eftect
contre ce Roy. Comme aussi ceux contre la France attaquoient le Cardinal
-UG de Richelieu comme Chef du Conseil : (nous verrons cy-apres les responses
9uchgue l'on y fit,) par forme de reflexion & sa Majesté Tres-Chrestienne. Ils
io Publierent aussi le Scopae Ferrerianae, ou Examen du livret du Gatholiqne
d'Bstat, qu'avoit fait Perrier contre 1'Admonition : Et pour ce que Ferrier
avoit esté autrefois Ministre Calviniste, ils luy donnerent des Bpitethes à
f 2u2 leur mode; comme aussi au Connestable de Lesdiguieres, sur sa reversion
Pm 1Eglise Catholique, Apostolique & Romaine LJOr le Connestable de
Lesdiguieres & Ferrier ayant finy leurs jours au mois de Septembre de ceste
année, voyons ce que les personnes Religieuses qui les ont assistez à bien
mourir en ont escrit, afin que ces Escrivains Estrangers soient tirez de leur
erreur, & de la faulse croyance qu'ils ont, Qrun beretique ne peut devenir bon
80
Ce propos voir par exemple Thuau, Etienne, Raison dEtat et pensée politique à lépoque de
CCbelieu, op. cit., p. 110-113 ou encore Mousnier, Roland, L'honme rouge, Vie dau cardinal
de Richelien (1585-1642), oP, cit, p. 261-262.
558 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
Gatbolique, &que le singe bit tonjours singe t ce qui ne se peut bien attribuer
qua des 7uevos Cbristianosob 39 2 3 h Ingbphg
Le rédacteur expose clairement la fonction du récit qui suit. II s'agit
d'une démonstration visant à prouver la sincérité de la conversion. Sans
surprise, la relation de la disparition du connétable de Lesdiguieres est
un parfait exemple de « bonne mort». Le recueil donne la parole à des
«personnes Religieuses pour en attester. Dans le but d'assurer le
lecteur de la sincérité de la conversion du connétable de Lesdiguières,
il convient de convoquer des témoins dignes de foi. Cest pourquoi le
Mercure donne l'identité de l'auteur de la relation publiée. Il s'agit d'un
frère capucin présent au moment de la mort du connétable, le père
Benoît de Montbrison. Sa qualité de clerc comme la nature originellement
privée du document reproduit affermissent la crédibilité de son
témoignage. A cet égard, le récit présente certaines similitudes avec
le récit d'autres morts. Ainsi, à propos de la relation de la maladie du
roi en 1630, le Meraure Français souligne l'identité de l'auteur de l'un
des deux témoignages reproduits Gl sagit du révérend père Suffiren,
confesseur du roi au moment de sa maladie) et rappelle qu'il est isu
d'une lettre adressée au révérend père Jacquinot", Dans le cas de la
mort du connétable de Lesdiguieres, le frère Benoît de Montbrison de
Valence écCrit au père gardien des capucins de Grenoble. Le frère Benoît
insiste sur sa posture de témoin et sur la valeur de son témoignage
Le frère capucin propose donc un double témoignage à son lecteur
indirect puis direct. Les preuves de la « bonne mort» de ce dernier
viend ront donc de deux sources différentes, se situant toutes deux audessus
de tout soupçon puisque le frère Benoît de Montbrison attribue
la premieère partie de son témoignage à l'aumônier du connétable qui
81 Mercure François.op. cit., vol. XII, 1627, p. 475-476 (pour l'ànnée 1626)-Sur le
ministre et théologien protestant Jérémie Ferrier lui aussi converti au catholicisme E
polémiste au service du cardinal de Richelieu, voír Mousnier, Roland, L'bomme rouge
op, cit, p. 265-266. Ainsi que Poivre, Joël, Jerénie Ferrier (1576-1626) : du protesiantisme
à la raison d'Etat, op. ci
82 Mercure François.,op, cit., vol, XII, 1627, p. 475 (pour l'année 1626)., 1971
83 Tbia., vol, XVI, 1632, p. 788-789 (pourl'année 1630) - A propos du statut du témoln au
pere Suffren lors de la maladie du roi voir Jouhaud, Christian, Ribard, Dinah, Schapi
Nicolas, Histoire Litlérabure Témoignage..., op. cit., p. 221, Voir égalementJouhaud, Christlauu
Ricbelien et l'ecriture du pouvoir.., op. cit., p. 191-192. cl
84 Mercure Frangots,o, 0p, cil., vol, XII, 1627, p. 476 (pour l'année 1626).
attribuer
s'agit
Sans
Lesdiguieres est
à des
d'assurer le
Lesdiguières,
pourquoi le
s'agit d'un
le père
originellement
de son
similitudes avec
maladie du
de l'un
Suffiren,
est isu
cas de la
Montbrison de
Benoît
témoignage
lecteur
dernier
deux audessus
attribue
connétable qui
1626)-Sur le
catholicisme E
rouge
protesiantisme
témoln au
Schapi
Christlauu
FACE AUX MODIEICATIONS DU cONTEXTE POLITIQUE 559
fut également son confesseur depuis sa conversion au catholicisme
en 1622. Sur la foi du témoignage de ces deux hommes, le Mercure
François énumère les actes de Lesdiguières comme autant de preuves de
la sincérité de sa conversion. Le récit de la mort du connétable reproduit
ainsi les lieux communs de l'ars moriendi. Il se confesse, communie,
prend le viatique et bénéficie du sacrement de l'extrême-onction
comme le fera le roi au moment de sa maladie ou de sa mort"6, De la
même manière, comme le roi enjoindra le maréchal de la Force à la
Conversion, le connétable encourage déjà ses domestiques à quitter la
religion protestante pour la catholique :
.remerciant Dieu [,.] de l'avoir enfin rappellé &reduit par des moyens
tant admirables au giron de la saincte Bglise Apostolique Romaine, qu'il
confessoit & recognoissoit estre la vraye Eglise, hors de laquelle nul ne
pouvoit estre sauvé, exhortant cordialement & puissamment ses domes
tigues de la Religion pretenduë de s convertir à icelle autrement qu'ils
seroient tous damnez protestant qu'il vouloit mourir en bon Catholiqne,
tApostolique & Romain3 paroles qui, à mon avis n'auront esté infructueuses
D93t auX assistans, esperans que dans peu de temps elles produiront quelques
bons effects ]
En plus de ces topo'communs aux récits de la mort du roi et de celle du
maréchal de Lesdiguières, le frère Benoît de Montbrison multiplie la
relation des gestes du connétable ayant vocation à prouver la sincérité de
sa conversion. Ces gestes n'auraient, en effet, pu être accomplis par un
protestant, L'auteur représente Lesdiguières invoquant le nom de Jésus,
de la Sainte-Vierge ainsi que l'intercession des Saints
Le traitement de l'autopsie des deux corps et des hommages rendus
a leurs coeurs constitue une autre différence majeure entre la relation
de la mort du connétable et celle de Louis XIIL. Le Mercure François de
1647 qui publie la mort du roi mentionne rapidement l'opération, sans
aucune description. A propos de la mort du maréchal, au contraire, le
Mercure est plus loquace et l'importance accordée au cceur du protestant
rappelle le traitement réservé à celui d'Henri IV en 16113
85 bid yol. XI1, 1627, p. 476 (pour l'année 1629), pap oiP
86 Ibid., p. 478-479.
87 Tbid., p. 477.
88 Ibid., p. 480.
89 Ibid, vol. XXIV, 1647, p. 1098 (pour l'année 1645)%at q
560 gHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
Estans atrivez au Louvre & salüé le Roy & la Royne, ils se transporterent
e en la chambre où l'on embaumoit le corps du deffunct, &où Monsieur le
bay Prince de Conty apres sestre mis à genoux devant le coeur Royal, & faict
aune priere pour l'ame du deffunct, le prit sur un coussin paré d'une gaze
brochee d'or, & le meit entre les mains du P. Jacquinot, superieur de ladite ,1
maison S. Loys, lequel revestu d'un surplis & etole, le reçeut au nom de la
compagnie des Jesuistes, avec protestation d'eternelle obligation, pour les avoir
voulu honorer dun depost & gage si precieux. Puis accompagné de plusieurs
Jesuistes, & de nombre de Seigneurs, les flambeaux allumez il fut conduità
lerla grand porte du Louvre où les carrosses les attendoient. Ledit P. Jacquinot
avec quatre de ses compagnons, & deux Gentils-hom mes entrerent dans le
mesme carrosse où le Roy avoit esté tué, & suivis des autres carrosses, &des
gardes du corps de la compagnie du sieur de Vitry, arriverent à la maison
S. Loys, ledit Samedy quinziesme de May sur les huicts heures du soir, où
phusieurs nonobstant la pluye & l'incommodicé du temps allerent baiser ce
cOeur, & jetter de l'eau beneiste
Ainsi, en 1627, le Mercure François fournit des détails physiques précis à
propos de l'organe du défunt. Le ceur du connétable de Lesdiguières,
notamment, présente certaines particularités prouvant, d'après l'auteur,
ses qualités et sa valeur:
Mais afin que ne n'obmette tien de ce que jjay veu digne de remarque, cest
Lqu'ayans esté présens à l'ouverture du corps, l'on luy trouva les parties
sb h nobles forts saines, seulement le poulmon un peu déseiché, & adherans aux
0 costes J & ce qui est de plus admirable, & que cinq Medecins, quelques
h Chirurgiens&Apoticaires advouërent n'avoir jamais observé en aucun autre,
ny leu, ny ouy dire s estre rencontré, C'est que son caeur qui estoit fort petit
matériellement, indice d'un grand courage (comme l'on dit questoit celuy
td'Alexandre, & comme estoit celuy du feu Roy Henry le Grand) Cest trouve
obzcouronné d'une couronne d'osselets & cartillages, laquelle moy mesme,
sb inostre V. P. compagnon, avons manié & touché, signé à la vérité de la grandeur
à laquelle il devoit parveni gun ior ub noxm al oildug tup
Dans le but de souligner à la fois la réalité et la rareté du phénomène,
l'auteur rappelle sa qualité de témoin et s'adjoint le concours de plusieurs
médecins, tous d'accord sur le caractère hors du commun de l'anatomie
du connétable. La conclusion logique à en tirer, d'après le frère Benoit,
est celle de la disparition d'un être extraordinaire et d'un serviteur de
9910 l b1idb.vidol.., XvVoI,l .1 I6,2 17,6 p1. 24,8 2P (4p5ou7rv l'ean4n5é8e 1v6 (2p6o).ur l'année 1610) 2 o
transporterent
Monsieur le
& faict
d'une gaze
de ladite nom de la
les avoir
plusieurs
conduità
Jacquinot
dans le
carrosses, &des
maison
soir, où
baiser ce
précis à
Lesdiguières,
l'auteur,
remarque, cest
parties
adherans aux
quelques
aucun autre,
fort petit
questoit celuy
Cest trouve
mesme,
grandeur
tup
phénomène,
plusieurs
l'anatomie
Benoit,
serviteur de
EACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 66
PÉtat sans pareil. Latmosphère surnaturelle qui baigne les jours de sa
naissance et de sa mort ne fait que renforcer la certitude affichée par
l'auteur d'avoir relaté la mort d'un être distingué de Dieu. Avec ce récit,
le Mercure François dénonce les erreurs des «alffectionnez de l'Espagne»
animés de « passions contre » le connétable et livre au lecteur un récit
de sa mort digne du récit d'une mort royale. Après tout, le coeur du
maréchal de Lesdiguières ne porte-il pas une couronne?
En publiant le récit de la mort du connétable de Lesdiguières, le Mercure
Frangois répond aux exigences dictées par les circonstances politiques
du moment. Il sagit de réfuter les libelles difiamatoires circulant alors
dans le royaume et, ce faisant, de défendre la politique du cardinal de
Richelieu. Le message véhiculé est celui de la possibilité d'une dissociation
des sphères religieuse et politique, la confession protestante du
Connétable n'ayant aucunement nui à l'Etat, au contraire. Le cardinal
de Richelieu et le roi n'ont pas fait un mauyais choix en S'entourant de
certains serviteurs protestants, à l'image du maréchal de Lesdiguieres
ou encore de Jérémie Ferrier. Ils ne se sont pas non plus trompés au
moment de les distinguer. Le récit de la mort du connétable plaide pour
la raison d'État. De plus, le roi, assisté dans sa mission par le cardinal
de Richelieu, a atteint son objectif, celui de réduire l'hérésie comme
le prouve, par exemple, la sincérité de la conversion du connétable de
Lesdiguières. Tels sont les véritables messages de la publication de sa
mort par le Mercure.ep pa
at rreioela1st irorhiol
Une comparaison à la fois externe et interne de récits autour de la
mort de Louis XIII permet de mesurer les enjeux politiques d'un tel
récit en fonction de son contexte de rédaction et de publication, En
Ce qui concerne le Mercure François, cette double comparaison permet
de mesurer le poids des circonstances politiques sur le recueil et de le
considérer comme un véritable objet politique. Dans un premier temps,
e rapprochement de quatre récits des derniers jours de Louis XIIl et
de sa mort par trois auteurs différents permet de noter les profondes
ainnités entre ces quatre textes, Les contenus de ces différentes narrations
Saverent, très proches les uns des autres et révèlent la mise en ceuvre
2qunoT
92 1bid, p. 485.log o90
562 UOHISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATDA
de pratiques normées par leurs auteurs. Tous Sattachent à insister sur
la lucidité politique du roi dans ses dernières semaines de vie et sur sa
capacité à assurer à ses sujets une régence sans heurts à partir du moment
où il disparaîtra. L'ensemble de ces récits déploie également le thème
de la mort chrétienne de Louis XII. La fiabilité de ces relations est
construite à l'aide de l'afhirmation ferme de l'existence de témoignages
directs et indirects solides ayant servi de source commune au récit
officiel de la mort du roi. Chacun de ces textes participe à sa manière
à la version officielle de la mort du roi, Tous ces textes en appliquene
les normes traditionnellement acceptées en la matière sans quil soit
possible de déterminer avec certitude le texte-source. La perspective
offerte par la comparaison du récit de la mort de Louis XII à ceux
d'autres morts d'acteurs influents au fil du Mercure Frangois permet de
déterminer l'utilité politique de ces narrations en fonction du contexte.
Les circonstances politiques président à la forme et au contenu du récit
de mort, devenu le support d'un message politique adressé au lecteur
au moment de sa publication. Bien entendu, le constat est valable pour
toutes sortes d'informations publiées par le Meroure François. Toutefois;
la mort d'un homme est considérée comme un moment de vérité. La
charge symbolique de celle du roi offre un observatoire adéquat à ces
adaptations et à la façon dont le Mercure véhicule des messages politiques
à ces occasions. Ainsi, la Journée des Dupes impose sa forme au récit de
la maladie du roi à Lyon. La campagne de presse visant le cardinal de
Richelieuà partir de 1624 contraint le Mercure à donner à la relation de
la mort du connétable de Lesdiguières une dimension hors normes, Sous
les presses des Richer, le connétable devient un catholique exemplaire
partaitement assimilable au premier des serviteurs de l'Etat. En 1647, le
roi Louis XIII n'a pas droit à plus d'égards que le connétable en 1627.
Le Mercre relate sa mort en respectant les contraintes du genre mais
sans zèle. Pour leur part, Marie de Médicis et le cardinal de Richelieu
tombent dans l'oubli. En 1647 et 1648, la publication dans les règles des
hommages dus à la reine, au roi et à son ministre n'est plus d'une grande
utilité pour Théophraste Renaudot. Ce dernier fait état des événements
- par ailleurs connus des lecteurs de la Gazette depuis plusieurs annees
déja-avec sobriété. Toutefois, il modèle son Mercure conformément aux
Contraintes rhétoriques de l'«Histoire de Nostre Temps». Le contenu
du receuil n'est pas le seul à s'adapter au contexte politique. Sa forme
sur
sa
moment
thème
est
témoignages
récit
manière
appliquene
soit
perspective
ceux
de
contexte.
récit
lecteur
pour
Toutefois;
vérité. La
ces
politiques
récit de
cardinal de
relation de
Sous
exemplaire
1647, le
1627.
mais
Richelieu
des
grande
événements
annees
conformément aux
contenu
forme
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 563
est aussi touchée et, en 1648, voit la publication du premier tome de
PaHistoire de Nostre Temps» sous Louis XIV. Le gazetier est parfaitement
conscient du fait que cest désormais le nouvel homme du
royaume quil faut servir, à savoir le cardinal de Mazarin. La genèse du
Mercure François intrinsèquement liée au début du règne de Louis XIII,
l'accointance de l'histoire du Mercure et de celle du règne de Louis XII
et du ministériat du cardinal de Richelieu font du recueil un produit
de ce même règne. Le Mercure Frangois est véritablement une histoire
politique du règne de Louis XIII, qui forme systèrme. La disparition
du recueil après les relations des morts du cardinal et du roi dans son
avant-dernièr volume n'est peut-être pas étrangère au début du règne
de Louis XIV. Les raisons sont sans doute multiples mais sont peutêtre
toutes tributaires de la disparition de Louis XII et du cardinal de
Richelieu. Au début de son ministériat et jusqu'aux Frondes, Mazarin
semble bien moins conscient des pouvoirs et des enjeux de l'écrit que
son prédécesseur. En ce qui concerne le Mercure Frangois, Christian
Jouhaud évoque un désinvestissement du pouvoir royal à l'endroit du
recueil suite à la disparition de Richelieu plutôt que d'une pénurie de
matériaux évoquée par Charles Sorel dans sa Bibliothèque frangoise autre
raison de la sénescence du Mercure François se trouve dans le fait que,
depuis 1631 déjà, la Gazette est capable de faire cæuvre de propagande
de maniere presque contemporaine des événements qu'elle relate. Il est
posible gue Théophraste Renaudot ne ienne pas à augmenter sa charge
de travail sans obtenir d'avantages supplémentaires. Enfin, il faut se
poser la question des conséquences des troubles parisiens de la fin des
années 1640 sur le devenir du recueil. Le surgissement des Frondes au
COurs de l'année de publication du dernier volume du Mercure François
fendait-elle possible la poursuite de l'entreprise éditoriale ? Entre janvier
et mars 1649, Paris est victime du blocus. Théophraste Renaudot ne
publie que deux Extraordinaires au cours de cet hiver. Pendant tout le
ste de la Fronde, il maintient son activité avec grande difficulte". Dès
oir par exemple Thuau, Étienne, Raison d'Erat et pensée politique à Vépoque de Ricbelien,
op. cit., p. 173.
ounand, Christian, « Présentation du Mercare Franços », http://mercurefrancois.ehess.fr/
Sencation.php, consulté le 22/01/2016. Voir aussi Sorel, Charles, La bibliotbèque franguise
de M. C. Sorel..,op. cit., P, 358.
eyel, Gilles, L'Annonce et la nouvelle.ou, OP, cit., P. 210
564 UgHISToIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATA
lors, il est possible d'émettre l'hypothèse selon laquelle face à de cels
obstacles, Renaudor donne la préférence au média qu'il a personnellement
fondé en 1631 au détriment de celui dont il a hérité quelques années plus
tard. Dans de telles circonstances, le Mercure Frangois pouvait-il survivre
au règne de Louis XII? En mettant un terme à l'a Histoire de Nostre
Temps» sous Louis XIII, la mort de ce dernier semble également avoir
mis un terme au Mercure Framçois,
ooioinaqpilb l sns2u2 uot iun io.l ob ona5 14b 9piiloa
poz anab io ub 19 isnibeg uh o2 b cnoiseh1.epleea ltou1 a
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la-hbtt
nidue
u91
Jrudyot
031493pimbtog al CONCLUSION2 son
9Dans les années 1620, les combats entre catholiques et protestants
reprennent dans le sud du royaume, La situation redoutée et combattue
par l'imprimeur Jean Richer dans le premier volume du Mercure Frangois
est alors à Poeuvre. Toujours convaincu par la justesse de sa posture
politique, Jean Richer (dont les initiales sont apposées au bas de la préface
au lecteur du huitième volume du Mercure Frangois publié en 1623)
continue à défendre la paix dans le royaume tout en prenant en compte
la réalité de la reprise des combats, En parfait représentant de l'ancien
parti des Politiques, l'auteur conserve ainsi sa cohérence politique en
plaidant conjointement pour la paix et pour une attitude d'obéissance
vis-à-vis du pouvoir monarchique. La tâche apparemment contradictoire
de défendre à la fois le camp royal et le régime de la paix est facilitée
par la distance temporelle qui sépare le déroulement des événements et
leur publication dans les pages du Mercure. Les faits sont en effet publiés
en 1623 dans le huitième volume de la collection. Les troupes royales
ont alors tríomphé des rebelles protestants et le royaume de France
est à nouveau en paix, suite à l'adoption de l'édit de pacification de
Montpellier. Afin de contribuer au retour de la paix aux côtés du parti
royal, le Mercure François publie dans ses pages une polémique ayant
divisé le parti protestant. La pratique de la compilation permet au Mercure
dinstaurer de manière inédite une proximité physique entre les éléments
textuels constitutifs de cette polémique. Ce procédé d'écriture permet
au recueild'insister de manière implicite sur l'affaiblissement du parti
protestant entrainé par cette division. L'enjeu du désaccord porte sur la
légitimité de la désobéissance de certains sujets protestants à l'égard du
egime monarchique. La republication de la polémique dans le Mercure
prend la forme d'une véritable réécriture de celle-ci. Le procédé permet
ainsi à Jean Richer de distiller certaines de ses positions qui rappellent
celles publiées dans le premier volume de la collection. Les septième
566 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
et huitième volumes du recueil commencent par retracer litinéraire
de cette guerre en papier prorestante, détaillant ses différentes étapes
de la controverse à la polémique. Après quoi, le Mercure s'attache aussi
à mettre en texte les temps de la réception de la polémique. Celle-ci
permet à la compilation de publier le succès du programme politique
des anciens représentants du tiers parti, désormais proche de celui des
Bons François. Grâce à la construction d'un récit de réception, le conflic
est déplacé par le recueil du terrain militaire au terrain littéraire. Ce
procédé est mobilisé afin de mettre le confit militaire à distance et de
publier le bien-fondé de la ligne politique des anciens représentants du
parti des Politiques y compris d'un point de vue intellectuel et dans un
contexte désormais pacifié. En publiant cette polémique protestante au
caeur des guerres civiles, le Mercure François s'empare de l'argumentation
pour défendre conjointement la fidélité au régime monarchique et la paix
La Journée des Dupes et le coup de Compiègne survenus en 1630 et
1631 changent radicalement la donne politique. La question des guerres
opposant catholiques et protestants dans le royaume ne se pose plus
depuis l'édit d'Alès de 1629, mais celle de l'entrée en guerre du royaume
àl'échelle européenne est à nouveau d'actualité. Contrairement au parti
des Dévots, le cardinal défend I'idée d'une entrée ouverte dans le confit
Contre le royaume d'Espagne. La guerre est déclarée en 1635. Fidèle aux
termes de la collaboration engagée avecle pouvoir en 1612, le recueil
fait du loyalisme politique la première de ses priorités, Il contredit ainsi
partiellement sa posture politique originelle, faisant passer la détense
de la paix au second plan au profit de l'expression dune loyauté sans
faille au régime monarchique. En 1637, à la suite du gouyernement
royal, le Mercure François prend donc les armes contre I'Espagne dans
les pages de son vingtième volume. Il y publie d'abord la préparation
théorique de la guerre avant d'en publier la déclaration. Pour ce taire,
le Meraure dresse une théorie des forces en présence en 1634 à l'aide ae
la publication d'un traité jusqu'alors inédit et encore anonyme dHen
de Rohan. Ce faisant, le recueil rompt en partie le secret des arcana
mperii en vertu de la raison d'Etat, Le Mercure livre ainsi à son lecteur
une analyse et une expertise politique d'une Europe des Etats au milteu
des années 1630, La publication de ce tableau de l'Europe conduit le
recueil à modifier son contrat d'écriture afin de pouvoir réécrire o
contredire une histoire du royaume qu'il a pourtant déjà écrite dans ies
litinéraire
étapes
aussi
Celle-ci
politique
celui des
conflic
littéraire. Ce
et de
représentants du
dans un
protestante au
l'argumentation
paix
1630 et
guerres
plus
royaume
parti
confit
Fidèle aux
recueil
ainsi
détense
sans
gouyernement
dans
préparation
taire,
l'aide ae
dHen
arcana
lecteur
milteu
conduit le
o
dans ies
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUUE 567
précédents volumes de la collection. La compilation publie ainsi à la fois
une critique de la régence et un discret éloge de la politique cardinaliste
Le procédé comme le contexte plus général d'institutionnalisation de la
communication politique doit conduire à envisager l'éventualité d'une
intervention volontariste du cardinal de Richelieu ou de ses proches
dans la ligne éditoriale du recueil., La nature des sources utilisées par
le Mercure ain de dresser une analyse théorique de la situation géopolitique
de l'Europe en 1634 contribue largement à la formulation de cette
hypothèse. Il s'agit de démontrer au lecteur le bien-fondé de l'entrée
en guerre contre l'Espagne en 1635 comme celui de la poursuite des
combats en 1657. Au moment de la publication du vingtième volume
de la collection, il est, en effet, nécessaire de remobiliser les esprits. Au
Cours des nmois précédents, le royaume de France a, en effet, été confronté
aux dificultés de la prise de Corbie comme à celles des soulèvements
populaires justifiée par l'augmentation de la pression fiscale nécessaire
au financement de l'eftort de guerre. En publiant l'entrée de la guerre
contre l'Espagne par le héraut en 1635, le Mercure François réunit un
faisceau de preuves et les déclarations de sérieux témoins (parmi lesquels
le ro) propres à la poursuite de lentreprise de démonstration du
bien-for de la continuation des combats entreprise avec la publication
du traité théorique d'Henri de Rohan. Toutes ces pratiques d'écriture
VISent à soutenir le gouvernement royal dans sa politique étrangère. Le
Contenu des actions du Mercure Frangois est en partie modifié dans le but
de correspondre à celui de la ligne politique de la monarchie. Le recueil
tait alors parfaitement figure de média de la raison d'Etat,
Le constat se confirme avec les volumes suivants du recueil. Le contenu
de la propagande publié par le Mercure François n'est pas le seul à s'adapter
aux circonstances politique. Au cours des années 1637 et 1638, le recueil
connaît une rupture sous la forme d'une restructuration éditoriale,
Estienne Richer, l'imprimeur historique de la collection, disparait du
paysage éditorial du Mercure François, Il est successivement remplacé par
les imprimeurs Pierre Billaine, Olivier de Varennes puis Jean Hénault.
La poursuite partielle des activités professionnelles d'Estienne Richer
aprés 1637 conduit à émettre l'hypothèse d'une éviction de l'imprimeur
par le pouvoir royal. La compilation d'Estienne Richer aurait pu lui ètre
COnhsquée par le pouvoir. Le constat de véhémentes critiques de la part
ac Limprimeur-libraire dans les pages du Mercure Frangois à l'endroit
568 gHISTOIRE IMMEDIATE ET RAISON D'ÉTAT
de fideles serviteurs du cardinal de Richelieu tels Scipion Dupleix ou
encore Théophraste Renaudor cendent à consolider cette hypothèse
Dans un contexte de guerre, le cardinal a pu ne pas vouloir prendre le
tisque d'un propos trop libre de la part de l'imprimeur, Le volume en
question n'a toutefois pas été censuré à notre connaissance et Estienne
Richer a pu décider de son propre chef de cesser l'entreprise éditoriale
du Mercure Frangois, peut-être en raison de désaccords avec la nouvelle
ligne politigue de la monarchie. Dans tous les cas, le pouvoir politique
témoigne de l'intérêt qu'il porte au recueil en confant sa rédaction, à la
fin des années 1630, a Théophraste Renaudot. Cette restructuration a
pour conséquent une modification de l'ouvrage. Le gazetier fait en sorte
d'insister sur la distinction entre le Mercure et la Gazeite qu'il publie
depuis 1631 tour en procédant à un mouvement de rapprochement des
deux médias. I'enjeu pour Renaudot est d'intégrer le Mercure au système
qu'il a édifié en évitant de le déséquilibrer et en répondant aux injonc
tions du pouvoir. Le Mercure François présente ainsi un certain nombre
de mutations formelles minimes qui le rapprochent de la Gazette. Sa
logique est ainsi bien plus spatiale, ses sources se diversifient, les outils
de lecture qu'il propose sont plus nombreux. Dans le même temps, afin
gque le Mercure ne nuise pas à la Gazete et réciproquement, Théophrasre
Renaudot accentue les spécificirés du Mercüre 'en allongeant l'intervalle
temporel séparant les événements de leur publication dans les pages du
Mercure. La périodicité S'allonge également. La raison d'Btat très probablement
à lorigine de la restructuration du recueil est ici redoublée ou
peut-etre doublée par les enjeux professionnels et commerciaux d'un
particulier qui conduísent à une inscription bien plus marquée du titre
dans le domaine de l'écriture de lrhistoire. A cer égard, 1l'application
des théories étatistes comme le phénomène de concurrence commerciale
entre la Gazette et le Mercaure Frángois est susceptible d'avoir particäpé a la
distinction progressive des genres de la presse et de l'histoire politique,
travallant tous deux la matière temporelle.
Pusieurs autres événements entraînent les ultimes transformations du
Mercure François a la fin de son histoire. Parmi ces derniers, la mort du ro
Louis XIII est la ruptüre majeure susceptible d'avoir conduit le recuel
al'aboutissement de son hístoire. Le décès du cardinal de Richelieu en
décembre 1642 et la forte fragilisation de l'encadrement étatique des
dispositifs de communication politique qui en résulte participent bien su
pour du la, Renaudot sa de volume les à en Celle-le Mercure tempshistoire la transition Louis qu'elle indices et du 1646. les et 1648. publient Mercure volume du le Mercure politique régence pas Sest 1647. Ce héophraste Etat toyaume le Mercure mort
FACE AUX MODIFICATIONS DU CONTEXTE POLITIQUE 569
pour une large part à la disparition de la compilation. Lultime volume
du Mercure François est publié en 1648, la même année que le début de
la, Fronde. Lampleur des difficultés rencontrées alors par Théophraste
Renaudot (particulièrement au moment du blocus de Paris) combinée à
sa probable préférence pour la Gazette expliquent sans doute l'abandon
de l'entreprise éditoriale après la publication de son vingt-cinquième
volume en 1648. Avant que le contexte nimpose définitivement au recueil
les limites de sa plasticité et ne décide les acteurs à la tête du Mercure
à en abandonner la publication, ce dernier a subi une autre mutation.
Celle-ci est la conséquence directe du genre littéraire dont se revendique
le Mercure et du décès de Louis XI. En publiant une « Histoire de notre
temps», les volumes successifs du Mercure Frangois prétendent publier une
histoire du règne en cours, àsavoir celui de Louis XIIl jusqu'en 1643. Si
la transition entre la publication de l'histoire du règne d'Henri IV et de
Louis XIII ne semble pas avoir posé de problème en 1610 érant entendu
qu'elle répondait largenment au projet politique de Jean Richer- les
indices de ttonnements sont nombreux après les décès de Louis XIII
et du cardinal de Richelieu. Aucun volume n'est publié entre 1641 et
1646. Après quoi, la périodicité retrouve sa régularité annuelle puisque
les trois derniers volumes de la collection sont publiés en 1646, 1647
et 1648. Les vingt-troisième et vingt-quatrième volumes du recueil
publient les dernières années du règne de Louis XIII, conduisant le
Mercure jusqu'à la borne finale à une « Histoire du temps présent ». Le
volume XXV change de titre et annonce son projet de publier I'histoire
du règne de Louis XIV. En 1647, avec son vingt-quatrième volume,
le Mercure François a en quelque sorte achevé sa tâche. La dimension
politique du projet est presque devenue accessoire avec les débuts de la
régence d'Anne d'Autriche. Les enjeux de l'action propagandiste n'ont
pas disparu mais ils revêtent un caractère moins aigu. La propagande
Sest en quelque sorte essoufflée dans les pages du Mercure en 1646 et
1647. Le récit de la mort de Louis XII par le recueil offre des signes de
Ce processus. Sans surprise, dans les pages des deux médias qu'il dirige,
héophraste Renaudot publie un roi mourant toujours à la tête de son
Etat et parfaitement apte à prendre ses dispositions pour assurer à son
toyaume une régence sans heurts après sa mort. Sans surprise non plus,
le Mercure concède à la tradition littéraire de la publication de la bonne
mort chrétienne du roi en s'appuyant sur des sources fiables mais sans
570 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTATD9
vraiment manifester de zèle dans cet exercice. Les derniers volumes du
recueil publient également le décès d'autres acteurs incontournables du
règne de Louis XIII parmi lesquels Marie de Médicis et le cardinal de
Richelieu. Ils le font de manière particulièrement ramassée alors que
dans des circonstances politiques différentes les récits de décès pübliés
par le Mercure sont bien plus développés. Cela s'explique par l'utilité du
récit au regard de l'action propagandiste du recueil. En 1627, la relation
de la mort du connétable de Lesdiguières est politiquement utile alors
que celles des morts de Marie de Médicis et du cardinal de Richelieu
sont parfaitement inutiles en 1647. Tout se passe comme si la mort de
Louis XII avait irrémédiablement condamné le Mercure François à sa
propre mort. La compilation tente bien de lui survivre entre 1646 et
1647, et même d'entamer une nouvelle histoire en 1648, mais Il'entreprise
semble vouée à l'échec. Les circonstances de la disparition du Mercure
François en 1648 font véritablement de l'ouvrage une histoire politique du
règne de Louis XIL Les mutations concédées par le recueil à l'évolution
des circonstances politiques en font un objet éminëemment politique,
intégré à un système plus vaste auquel il participe. Sa propension à
mettre à l'ceuvre les théories étatistes par le'maintien d'une tension
entre publicité et secret font aussi pleinement du Mercure François un
recueil de la raison d'État,pet 3 arnstion1g0.ol
sdp1 ub 0itlwhaleniorod al uperd anersf
l sildun pbaoiong onexononns9 21inal pgnsdb VKgalor
7paso noiiepgebepe oxboeng neroirlig
ood alob oos ilalsb nyil nojzibmaal6obipnanl
d'histoire par quoi participant l'englobe n par considérant Frangois études dispositif sa d'autres Sa par réponse le le Sans presse, mais emprunté constitué une long Convoquées, Frangois Circonscrite soit
tine CONCLUSION GENÉRALE anioo
Pourquoi peut-on définir le Mercure Frangois comme un ouvrage
d'histoire politiquement engagé? Quels moyens ont été mis en ceuvre
par les acteurs afin d'actualiser ou de contrôler cet engagement ? En
quoi le Mercure François peut-il être considéré comme l'un des éléments
participant à un système de communícation politique qui le dépasse et
l'englobe à la fois? B
n Telles étaient les interrogations suscitées par cet ouvrage et, surtout,
par la place que lui a accordée l'historiographie. Privé d'étude fouillée le
considérant globalement comme un objet autonome d'histoire, le Mercure
Frangois restait une publication mal connue. A l'exception de quelques
études ayant attiré l'attention sur ses particularités et sur l'existence d'un
dispositif d'écricure propre au Mercure, les vingt-cinq volumes constituant
sa collection ont jusqu'à présent plutôt été convoqués à titre de sources
d'autres histoires lorsque la périodicité de sa publication n'a pas susciré
Sa simple mention comme ancêtre de la presse périodique d'actualité
par l'historiographie. Cest pourquoi, afin d'apporter des éléments de
réponse aux questions évoquées plus haut, nous avons proposé d'étudier
le Mercure François dans sa globalité, en inscrivant notre démarche dans
le champ historiographique du politique et de ses pratiques d'écrirure
Sans négliger de nous appuyer sur les apports de l'histoire du livre, de la
presse, des médias, de l'information et de la communication politique
mais aussi de l'opinion et de l'espace publics. Pour ce faire, nous avons
emprunté des méthodes à ces différents domaines. La réunion d'un corpus
constitué de trois grands types de sources nous a permis de conduire
une étude qualitative du recueil et de son rapport au politique tout au
long de sa période de publication entre 1611 et 1648. Parmi les sources
Convoquées, il nous faut signaler les vingt-cing volumes du Mercure
Frangois elles-mêmes, étudiées dans leur intégralité ou de manière plus
Circonscrite mais aussi des documents extérieurs relatifs soit au Mercure
soit aux événements traités dans ses pages. Les premiers permertent
572 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
de saisir le regard porté par les contemporains sur l'ouvrage là où les
seconds nous autorisent à cerner les spécificités des pratiques d'écriture
du Mercure en nous fournissant la matière nécessaire à la conduite d'une
comparaison du traitement d'un même événement par différents médias
La première étape de notre travail a constitué à établir la définition la
plus juste et la plus précise possible du Mereure Frangois tout en explorant
les circonstances politiques de sa fondation et des premières années de
sa publication aín d'en saisir les enjeux pour les acteurs, en particulier
pour les imprimeurs-libraires du recueil que nous considérons comme
ses auteurs. Il a donc fallu procéder à leur identification sans omettre de
poser la question de leur relation au pouvoir politique et donc celle du
Mercare à ce même pouvoir politique. Le caractère hybride de l'ouvrage,
immédiatement lisible dans sa matérialité, rend complexe l'opération
de défnicion du Mercure. Louvrage est publié périodiquement à Paris
entre 1611 et 1648, par plusieurs imprimeurs-libraires successifs. Il se
compose de vingt-cinq volumes reliés d'environ un millier de pages. La
fréquence de sa publication l'éloigne de l'écriture de l'actualité puisqu'elle
est annuelle. L'ouvrage prend la forme d'une compilation de textes de
diférentes natures déjà publiés par ailleurs dans le royaume ou dans
dautres territoires européens relatant des événements politiques européens
récents. Le fait que le Mercure reproduise des textes déjaà parus interdit
également d'en faire un média de Ir'écriture de l'actualité. Le péritexte
de l'ouvrage, notamment la déclinaison de ses titres comme les textes
de diféreotes préfaces au lecteur ou le contenu de commentaires glisses
par les rédacteurs au fil du texte identifient clairement le Mercure Frango
comme un représentant du champ de l'écriture de l'histoire. La signihcation
de cette dernière comme lexplication des fonctions qui lui sont
assignées dans ces mêmes éléments péritextuels permettent d'identiher
le Mercure François à un livre d'histoire périodique entièrement tourne
vers le politique. Il I'est d'abord parce que les événenments relatés ont
pour thème principal les pratiques de pouvoir comme le processus de
construction d'une communauté et la' recherche de son bon fonction
nement. Le Mercaure François est donc un livre d'histoire politique au
sens le plus abouti du terme « politique». En outre, il est un ouvrag
politique en cela qu'il est un des moyens mis én place ou instrumentalise
par les acteurs afin de garantir la sérénicé du processus de constirution
d'une société. Cet aspect, ainsi que le caractère récent des nouvelles
publiées d'histoire du vont Lexpression Souci au la bon faire comme équilibre. de mémoire atteste faits continue de les pouvoir Comme de de Justement aboutissants Léthique Erançois consicerent pertinemment elle dune Frangois aussi
AT CONCLUSION GENERALE 23 573
publiées dans le Mercure, nous autorisent à qualifer I'histoire qu'il écrit
d'histoire du temps présent », Les titres des différentes déclinaisons
du Mercure Frangois à partir de son quatrième volume publié en 1617
vont finalement plus loin en le qualifiant d'« histoire de nostre temps ,
Lexpression choisie ici par les rédacteurs successifs du recueil prouve le
Souci du politique qui guide l'écriture et la publication du Mercure tout
au long de son histoire. Lusage de l'adjectif possessif indique, en effet,
la volonté des auteurs de contribuer pleinement à la construction et au
bon fonctionnement d'une communauté dont ils ont le sentiment de
faire partie par l'écriture et la publication d'une histoire récente pensée
comme appartenant en propre à ce collectif, et participant donc à son
équilibre. Lavocation du Meraure Frangois est aussi de construire le temps
de cette société en le mettant en ordre dans ses pages tout en lui donnant
sens. Il est aussi, enfin, de livrer à ses lecteurs les éléments d'une
mémoire commune fondatrice dune communauté cohérente comme en
atteste l'usage récurrent de l'adjectif « mémorable pour qualifier les
faits retenus pour figurer dans le Mercure. Llinstauration d'une écriture
continue au moyen de la publication périodique des diférents volumes
de l'ouvrage permet aux rédacteurs de construire cette mémoire histotique
au fil du temps à lusage des générations futures. En effet, selon
les auteurs du Mercure, l'une des principales qualités de l'histoire est de
pouvoir édifier politiquement ses lecteurs. L'histoire est donc considérée
Comme inttinsèquement liée au politique. Cette opinion vient de l'idée
de l'équivalence de l'histoire et de la vérité. Dès lors, mis en présence
de la vérité par le truchement de l'histoire, le lecteur est instruit le plus
Justement possible des événements, Il en comprend les tenants et les
aboutissants et peut ainsi politiquement adapter son comportement.
Léthique de la vérité à laquelle sastreignent les rédacteurs du Mercure
Erançois ne correspond ni à la neutralité ni à l'objectivité puisqu'ils
consicerent que la vérité est politiquement située.
Cette conviction entraîne celle de la capacité des lecteurs à faire
pertinemment usage de leur raison critique, ou, pour le dire autrement,
elle implique de la part des auteurs du Mercure la croyance en l'existence
dune forme d'opinion publique. Conformément à cette idée, le Mercure
Frangois met à disposition de ses lecteurs un ensemble d'outils de lecture
lui permettant de mieux comprendre les événements relatés mais
aussi de cheminer avec facilité dans la volumineuse documentation
574 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
constituée par la collection et de pratiquer différentes types de lec
ture en fonction de ses besoins comme de la distance temporelle qui
le sépare des événements relatés. Ces instruments sont publiés par le
recueil afin d'éclairer le lecteur au mieux sur les circonstances d'une
affaire et d'etre capable de prendre position à son sujet ou de lui donner
le sentiment qu'il est en capacité de le faire. Ainsi, alors même que le
propos historique est censé, selon cette théorie, donner la possibilité au
lecteur de forger sa propre opinion sur les événements, sa lecture est
nécessairerment orientée du point de vue politique. Cela signifie que
les auteursS du Meraure Frangois craignent l'indépendance et le contenu
de cette opinion, et qu'ils tentent de participer à sa structuration. I
ne saurait être question de prétendre saisir le contenu de cette opinion
dans les sources, à condition d'ailleurs, qu'elle existe, qu'elle existe à la
manière dont la pensent les rédacteurs du recueil et qu'il puisse n'y en
navoir qu'une. Il est également impossible de prétendre que le Mercure
Frangois parvient à faire adopter à ses lecteurs le message politique qu'il
souhaite faire passer, En revanche, nous pensons que la conviction des
rédacteurs selon laquelle l'écriture de l'histoire peut infuencer un
public de lecteurs contribue à conditionner le Mercure Frangois dans sa
matérialité, sa forme, son contenu et les pratiques d'écriture qu'il met
à l'euvre au cours de sa période de publication.
La fondation du Mercure François au lendemain des guerres de Religion
et, surtout, de l'assassinat du roi pacificateur Henri IV en 1610 permet
de mieux saisir les enjeux de sa publication pour ses auteurs. Le climat
trouble de craintes et de doutes propre au contexte de fondation du
Mercure Frangois explique le besoin ressenti par ses auteurs de sengager
politiquement par l'écrirure et la publication d'une histoire récente diu
royaume. Il éclaire leur nécessité d'ordonner un temps parfois heurte ct
incompréhensible. Il explique aussi leurs motivations de faire de ce temps
récent un temps partagé par une société cohérente et équilibrée et de le
léguer à la postérité sous forme de mémoire collective au service de la
vie de la cité, Enfin, il fait comprendre l'orientation politique suggeree
à leurs lecteurs par les auteurs du Mercure François. L'identification de
ces derniers à Jean et Estienne Richer, les premiers imprimeurs-libraires
du recueil, éclaire, bien súr, le message politique véhiculé dans ses
1 Voir par exemple Bourdieu, Pierre, «Lopinion publigue n'existe pas , Ler lemps moderu
318, janvier 1973, p. 1292-1309.
pages. les propos cette ee mettre du monarchique de défenseur en est la traitement à la compilation perspicacité de l'entreprise témoignent malgré et pour derniers composer impliquait ont quils à tenter Cion au attentivement onarchique,
TATa CONCLUSION GÉNÉRALEO S75
pages. Un certain nombre de marqueurs d'énonciation dispersés dans
les éléments péritextuels du Mercure, croisés aux indices laissés à leur
propos dans des sources portant un regard sur la compilation a permis
cette identification. L'identité, la trajectoire familiale, professionnelle
ee politique des imprimeurs-libraires à la tête du recueil lors de sa fondation
et au cours des premières années de sa publication a permis de
mettre en évidence les enjeux, en parciculier politiques, de la publication
du Mercare François par ces derniers. Jean Richer soutient le régime
monarchique et le parti des Politiques au moment de la domination
de la Ligue catholique sur la ville de Patis, A ce titre, il est un fervent
défenseur du régime de paix dont il entend participer à la continuité mise
en péril par l'assassinat d'Henri IV. La publication du Mercure François
est la contribution quil apporte à ce projet. Dans le premier volume de
la collection, publié seulement quelques mois après la mort du roi, le
traitement de l'événement sert à éloigner le spectre des guerres civiles et
à assurer la continuité du régime de paix dans le royaume en publiant
la légitimité du règne de Louis XIl et de la régence. Pour ce faire, la
compilation afirme la continuité politique des deux règnes et salue la
perspicacité et la prudence des décisions politiques de la régente, Marie
de Médicis. Estienne Richer, le frère de Jean, lui permet de poursuivre
l'entreprise engagée dans les années 1610. Les deux collaborateurs
témoignent inconditionnellement de leur soutien au pouvoir politique
malgré l'évolution des circonstances.
Cest ainsi qu'il est possible de considérer que le recueil a pu représenter
et actualiser un engagement politique. La question se posait bien sûr
pour ses auteurs et ses rédacteurs et nécessitait de pouvoir identifier ces
derniers afin de discerner au mieux leurs intentions au moment d'écrire,
composer et publier les différents volumes du Mercure François. Mais elle
impliquait aussi de tenter de percevoir la façon dont les acteurs du temps
ont pu recevoir le texte du Mercure François, ainsi que la portée politique
quils lui ont attribué. Les sources à notre disposition nous ont conduit
à considérablement restreindre le public de lecteurs dont nous avons pu
tenter de saisir la réception de l'ouvrage. En outre, l'excessive réputa-
Cion d instrument de propagande au service de la monarchie attribuée
au recueil véhiculée par la vulgare nous a poussé à examiner le plus
attentivement possible sa lecture par les représentants du gouvernement
onarchique, et, ainsi, à interroger la relation du Merure François au
576 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
pouvoir politique. La conduite d'un travail sur l'intégralité de la période
de publication de la collection entre 1611 et 1648 était une maniere de
le faire en se donnant la possibilité de distinguer des évolutions dans ce
rapport, entre défance, instrumentalisation, appropriation et abandon.
Au-delà de la période de fondation du Mercure, la contextualisation
politique de sa période de publication est l'opération qui nous a permis
de mesurer les fluctuations de ce rapport et d'expliquer les usages et
les enjeux politiques du recueil par l'ensemble des acteurs mentionnés,
des dépositaires de l'autorité publique aux auteurs du Mercure François
Le caractère non linéaire des rapports du Mercure François au pouvoir
politique nous a permis d'y voir le point de cristallisation d'enjeux de
nature identique mais au contenu à la fois diférent et variable selon
les circonstances politiques et les acteurs qui considéraient l'ouvrage.
Il révèle aussi, de la part des représentants du pouvoir politique, une
différence de perception de la signification politique de la publication
du Meraure. Celle-ci est conditionnée par une prise en compte de publics
distincts par rapport aux lecteurs auxquels pensaient s'adresser ses
auteurs. Lépísode judiciaire auquel est confronté le Mercure Frangois en
1612 en témoigne. En effet, suite à l'incident diplomatique provoqué
dans la ville impériale de Cologne par la parution du premier volume
du Mercure et par son' traitement de a mort d' Henri IV, le recueil est
censuré et interdit. La réaction des membres du 5énat de Cologne atteste
de la force de l'effet provoqué par le Mercure François sur un public de
lecteurs. Seulement, l'appel à la paix religieuse et civile contenu et dif
fusé par l'ouvrage n'est pas entendu comme tel par tous ses lecteurs.
La pratique de la censure par les représentants du pouvoir monarchique
montre quils incorporent à leur appréciation du Mercure, et surtout a
sa capacité de marquer les esprits des lecteurs, la réaction des autorités
colonaises. La décision de justice provoquée par la réception du /MercIre
François outre-rhin est autant un message d'apaisement adressé aux
représentants d'une ville alliée qu'un avertissement à l'attention des
hommes du livre dans le royaume de France. Il offre l'occasion à la
justice royale de livrer les principes d'un bon usage de la publication
par le plaídoyer de l'avocat général du roi qui accompagne la décision
de censurerle Mercure. Ce message manifeste ausíi, tout comme la fonc
tion politique assignée par ses auteurs au Mercure François, la croyance
profonde en la capacitéd'un public de lecteurs à faire usage de sa raison
Gritique. trajectoire à prendre dit, les réactions même le monarchique publique à une Frangois intéret monarchique exigences leur deuxième le les Caractère volume, ensuite lextraordinaire liberté partie Cpation travers Cas. coup Concini, étude de traitement galement xtraorcinaire
TETR CONCLUSION GENERALET 577
Gritique. Lintervention du pouvoir monarchique au tout début de la
trajectoire du Mercure a très probablement forcé les auteurs du recueil
à prendre en compte les contraintes diplomatiques du pouvoir monarchique
à ménager un public auquel ils n'avaient pas songé. Autrement
dit, le Mercre Frangois a aussi été influencé par l'idée que se sont faite
les représentants du pouvoir monarchique de sa capacité à susciter des
réactions porentiellement compromettantes chez ses lecteurs. Dans le
même temps, il est probable que l'ncident diplomatique impliquant
le sénat de la ville de Cologne ait contribué à faire entrevoir au pouvoir
monarchique les potentialités du Mercure Frangois à infuer une opinion
publique dont il est convaincu de l'existence. Les conditions nécessaires
à une négociation entre le pouyoir politique et les auteurs du Mercure
Frangois sont réunies à partir de ce moment-là, Les premiers n'ont pas
intéret à se priver d'une publication sincèrement attachée au régime
monarchique et prêt à le défendre. Les seconds doivent intégrer les
exigences du pouvoir monarchique pour pouvoir poursuivre légalement
leur entreprise de publication. A partir de 1613 et de la publication du
deuxième volume de la collection, le Mercure est donc très probablement
le fruit d'une entente entre le pouvoir monarchique et ses auteurs dont
les intérêts convergent largement. Après avoir publié prioritairementle
Caractère effectif de la paix dans le royaume à l'occasion de son premier
volume, et, ce faisant, la légitimité de la régence, le recueil s'emploie
ensuite à participer activement à la publication du régime politique de
lextraordinaire en restant attentif à ne pas franchir les limites d'une
liberté dimprimer tracées par le pouvoir monarchique.
Entre coups de force, coups de majesté et coups d'Btat, la deuxième
partie de notre travail a consisté à analyser les modalités de la parti-
Cpation du recueil à l'affirmation performative de l'autorité royale à
travers la légitimation du régime de l'exceptionnel par l'étude de trois
Cas. Nous avons ainsi examiné le traitement par le Mercure Frangois du
coup d'Etat de 1617 constitué par l'assassinat politique de Concino
Concini, favori de Marie de Médicis. Après quoi, nous avons mené une
étude de cas sur la publication du duel en nous appuyant sur l'intégralité
de la collection. Cette méthode a permis de mesurer les évolutions du
traitement de la pratique du duel par le Mercure François. Nous avons
galement pu mettre en évidence les spécificités de la relation du duel
xtraorcinaire de Montmorency-Bouteville par le recueil, à la fois par
578 HISTOIRE IMMÉDIATE FT RAISON D'ÉTAT
rapport aux autres duels publiés dans ses pages et aux autres médias
ayant relaté 1'affaire Montmorency-Bouteville. Le troisième cas d'étude
est celui de la participation du Mercure Frangais à la publication du coup
d'Erat du tournant des années 1630, constirué de la Journée des Dupes
puis du coup de Compiegne. Les trois événements ont en commun de
mettre peu à peu en évidence la constitution de deux partis opposés
des Dévots réunis autour de Maris de Médicis et des Bons François
dont la politique est incarnée par le cardinal de Richelieu. L'assassínat
de Concino Concini, le règlement judiciaire du duel de Montmorency
Bouteville et le choix finalement effectué par le roi de soutenir la politique
des Bons François révèlent également l'exacerbation des tensions
entre les deux partis et la lente entreprise entamée par Louis XII en
1617 d'écarter sa mère du pouvoir politique. Le Mercure Framgois épouse
parfaitement la trajectoire politique du roi. Par le coup d'Etat orchestré
contre le maréchal d'Ancre à l'initiative de Louis XIII, la reine-mère
perd définitivement le soutien du Mercure Franois quì se met durablement
au service du roi désormais à la tête de l'Etat. Ainsi, en 1617, le
Mercure accompagne très franchement le mouvement médiatique de
justihcation politique de la mort de Concino Concini mis en place par
le gouvernement royal. Nous est alors apparu que le Mercure François
Sintègre à un système médiatique de communication politique dontil
n'est que lun des éléments. Le constat est le même à propos de l'examen
du traitement du duel de Montmorency-Bouteville. Cette participation
du Mercure à une structure de communication politique dévouée à la
cause de IEtat affecte le recueil. Cela se manifeste soit par une accentuation
des spécificités du Mercure François soit par leur estompement,
Lessentiel reste que le choix effectué serve au mieux le message politigue
que le roi désire faire passer à ses sujets. Le constat de l'adaptation du
recueil aux circonstances politiques est vrai à plusieurs points de vue.
Tout d'abord, sa matérialité est susceptible d'être concernée par ces
ajustements divers. Ainsi, l'opération de composition et de fabrique du
Mercure peut être modifiée, dans sa temporalité ou dans la sélection des
sources mobilisées, à l'occasion de la publication d'événements fondateurs
dans le processus d'afirmation de l'autorité royale de Louis XIIL. Dans
la partie du quatrième volume qui relate les événements de l'annee lo
la distance temporelle séparant les faits de leur mise en Merure est
particulieêrement courte, Le recueil semble même être fabriqué alors
médias
d'étude
coup
Dupes
commun de
opposés
François
L'assassínat
Montmorency
politique
tensions
XII en
épouse
orchestré
mère
durablement
1617, le
médiatique de
par
François
dontil
l'examen
participation
à la
accentuation
estompement,
politigue
l'adaptation du
vue.
ces
fabrique du
des
fondateurs
Dans
lo
Merure est
alors
TATRI CONCLUSION GENERALEO21 519
que l'affaire n'est pas term née et sa fabrique évoque sur ce point celle
d'un média d'actualité, Lexistence de plusieurs éditions différentes
du Mercure toutes datées de l'année 1617 en atteste. Certaines d'entre
elles reproduisent intégralement deux livrets de nature judiciaire dont
le but est de justifier la mort du maréchal, De la même manière, la
communication politique peut conduire les auteurs du Mercure François
à faire, temporairement, évoluer l'organisation interne du recueil. La
pagination choisie dans les deux volumes consacrés àla publication de
la Journée des Dupes et à ses suites est adaptée aux événements. Les
pratiques déctiture s adaptent également au caractère extraordinaire de
ce type d'événements. Alors que la publication des duels sur l'ensemble
de la collection se fait de la manière la plus ponctuelle et la plus concise
possible en aval et en amont du duel de Montmorency-Bouteville, ce
dernier donne lieu à la publication du dossier le plus fourni à nous être
parvenu sur l'affaire selon une logique cumulative. En l'occurrence, la
constitution de ce dosier peut être lue comme sa mise en conformité
avec les intentions formulées par les auteurs du recueil, selon lesquelles
le lecteur doit pouvoir accéder à la plus grande quantité d'informations
possibles afin de se forger personnellement une opinion grâce à lusage
de sa raison critique. Il se trouve que, justement, dans ce cas précis,
caractère totalisant du dossier sous-tend une argumentation subtile er
discrète conduisant le lecteur à conclure au bien-fondé de la décision
royale d'avoir physiquement condamné à mort les deux duellistes. Ce
Constat nous amène à insister sur le fait que, parfois, le potentiel offert
par les spécificités du recueil est pleinement exploité au point d'être
exacerbé., Comme dans le cas du duel de Montmorency-Bouteville, en
1617, le Mercure Prançois s'appuie particulièrement sur la compilation
ahn de cumuler les griefs à l'encontre du maréchal d'Ancre susceptibles
de le rendre indubitablement coupable d'usurpation et de crime de lèsemajesté
aux yeux des lecteurs. La fonction d'archivage des événements
mémorables assumée par l'ouvrage est ici mobilisée à la fin de prouyver
la culpabilité du maréchal puis de son épouse.
an Leur caractère extraordinaire ou la temporalité et les modalités de leur
publication, font de ces trois événements les conséquences de la mise en
application des théories de la raison d' Etat par le pouvoir monarchique,
La place accordée par les théoriciens de la raison d'Erat à la question de
1a publicité contribueà ordonner un système de communication dont le
580 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
troisième pôle serait la raison critique des lecteurs voire des su Ce
constat laisse entrevoir l'existence d'un lien structurel entre le Mercure
François, en cant que publication, et la raison d'Etat. A l'occasion des
trois événements étudiés, la justification par le recueil de décisions
extraordinaires confirme l'existence de ce lien entre le Merure François,
la raison d'Etat et ses théories. Cet attachement à l'Etat et à sa raison
nous apparaît comme l'une des clés de compréhension des ajustements
du recueil voire de son évolution politique et peut-être de celle de ses
auteurs. La raison d'Etat est, en effet, pensée comme le moyen nécessaire
au bon fonctionnement de la vie de la cité à l'échelle du royaume. Il
convient donc de ne pas interpréter l'engagement du Mercure Frangois
comme seulement tourné vers la justification des pratiques de pouvoir,
au point qu'il pourrait être possible d'avoir l'impression que ce message
devient prioritaire sur celui de la recherche du bon fonctionnement d'une
société En effet, I'art de gouverner est probablement considéré comme
un moyen à la construction d'une communauté équilibrée par les auteurs
du Mercare. Ces différentes remarques invitent très clairemernt à envisager
l'évolution de l'engagement des frères Richer, et duMercure Frangois avec
eux, au cours du règne de Louis XIIL. La trajectoire politique des deux
imprimeurs-libraires semble, en effer, laisser présager d'un recrutement
au sein du partí des Bons François et illustrer peut-êcre une évolution
courante chez les anciens Politiques au cours du siècle précédent. La
défense inconditionnelle de la raison d'Etat par le Mercure François ne
doit pas nous étonner et doit être appréhendée au-delà de l'identité des
acteurs qui l'incarnent. De la même manière que le soutien apporté par
le recueil au roi est bien plus l'expression d'un loyalisme sincère envers
TEtat plutôt qu'à l'endroit de la personne de Louis XIII ou encore du
cardinal de Richelieu. En raison de l'indépendance de son engagement,
l'intégration du Meroure François à un système de communication pol
tique explicitement favorable au règne de Louis XIII et à ses décisions
d'appliquer une logique de la raison d'Btat ne nécessite d'abord pas la
mise en place d'un contrôle aceru du Mercure ni même sa manipulation
de l'intérieur par un des membres du personnel du roi ou du cabinet
d'écrivains de Richelieu. Pour toutes ces raisons, le Mercure Frangois doit
être considéré comme un véritable média de la raison d'Etat.
La troisième partie de notre travail a exploré en procédant à l'analyse
de l'évolution du contenu du Mercure François mais aussi à celle de ses
Ce
Mercure
des
décisions
François,
raison
ajustements
ses
nécessaire
royaume. Il
Frangois
pouvoir,
message
d'une
comme
auteurs
envisager
avec
deux
recrutement
évolution
La
ne
des
par
envers
du
engagement,
pol
décisions
pas la
manipulation
cabinet
doit
l'analyse
ses
TATA cONCLUSION GÉNÉRALE 581
mutations formelles et structurelles en fonction de l'évolution des
contextes politique, médiatique et commercial. En effet, les adaptations
des modalités de la publication de l'autorité monarchique aboutíssent
à l'affirmation de l'avènement des théories étatistes par la relation de
la Journée des Dupes et de ses suites. Ils révèlent également l'affinité
profonde et sincère du recueil aux théories de la raison d'État. Cette
coincidence conduit à lactualisation de la raison d Etat par le Mercare
Frangois qui prend la forme d'une mise en pratique de la tension entre
secret et publicité par le recueil ainsi que celle de l'adaptation du propos
de l'ouvrage aux circonstances politiques et va jusqu'à entraîner
la dépendance de l'histoire du recueil à celle de I'histoire politique
du royaume, Afin d'analyser ces deux grandes tendances, nous avons
étudié deux cas d'érudes propres à mesurer l'évolution du contenu de
la compilation. Le retour des guerres de Religion et la préparation puis
l'entrée dans la guerre ouverte du royaume contre I'Espagne nous ont
permis de mesurer et qualifier ces changements. Après quoi, l'épisode
du passage du Mercure François et de sa rédaction aux mains de l'un des
fidèles du cardinal de Richelieu, à savoir Théophraste Renaudot, indique
une récupération du recueil par le principal ministre du royaume. L'aret
de la publication du Mercure Frangois en 1648, une fois le point final
au récit du règne de Louis XIII, souligne la dépendance du destin de
la collection à la publication de l'histoire du règne de Louis le Juste.
Les ajustements constatés dans le recueil afin de rendre plus per-
Cutante l'affirmation de l'autorité monarchique affectent égalementle
contenu du Mercaure François. Dans la mesure où nous défendons l'idée
de l'adhésion sincère des auteurs du Mercure aux théories de la raison
d'Btat, il n'est pas impossible de percevoir les signes de la persistance
d'une certaine forme d'indépendance de pensée de la part des rédacteurs
du recueil. Si la modification du contenu du Mercure entre les premières
volumes de la collection et ceux publiés à partir des années 1620 et
plus encore à partir des années 1630 confine parfois à la contradiction,
le phénomène n'est pas systématique. A l'occasion de la publication de
certains événements parmi lesquels le retour des guerres de Religion
dans le royaume, le traitement qu'en offre le Mercure Frangois témoigne
dune appropriation originale et personnelle des théories de la raison
d Etat par les auteurs du recueil. L'engagement de Jean Richer pour
la continuité d'un régime de paix civile dans le royaume à l'origine de
582 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
la publication du premier volume du Mercure et de la fondation de la
collection se poursuit dans ses septième et huitième volumes. Même si
l'auteur ne peut plus publier une Histoire de la paix en raison de la reprise
des confits sur le territoire du royaume, les spécificités matérielles de
la compilation lui offre l'opportunité de procéder à la réécriture d'une
guerre de plumes protestantes afin d'arbitrer ce désaccord et fournir la
preuve de la pertinence du choix de l'obéissance, Le message délivré
par le Mercure dans ces deux volumes est cohérent avec le contenu du
premier volume du recueil: il est une incitation à la paix entre fidèles
de confessions différentes. Dans le vingtième volume du recueil publié
en 1637, la contradiction du recueil avec ce qu'il a pu publier précédem
ment est beaucoup plus franche. Ce volume justifie et défend l'entrée en
guerre ouverte contre I'Espagne. Il entérine le changement de politique
étrangère du royaume et contredit la posture favorable à la paix publiée
au moment des débuts du Mercure François. Il va plus loin en critiquant
aigrement les décisions politiques prises par Marie de Médicis pendant
sa régence, après les avoir loués dans les pages des premiers volumes de
la collection. Il se positionne du côté de la politique des Bons François
et se désolidarise un peu plus de celle des Dévots. A cet égard, la justi
fication de l'entrée en guerre contre l'Espagne est conforme à l'évolution
du Mercure François révélée par le traitement des coups d'Etat de 1617
et 1630 et du procès politique de Montmorency-Bouteville. o
La disparition d'Estienne Richer du paysage éditorial du Mercure
François entre 1637 et 1639, alors que les sources apportent la preuve
quil n'est pas mort, conduisent à émettre deux types d'hypothèses.
Limprimeur-libraire a pu décider de cesser cette activité à laquelle i
participe au moins depuis l'année 1613 à moins qu'il n'ait été encouragé
voire sommé d'abandonner cette entreprise. Cette dernière hypothèse
confirme l'idée selon laquelle le lien entre le Mercure François et la raison
d'Etat se tisse en dehors des défenseurs reconnus de ces théories poll
tiques, au premier rang desquels le cardinal de Richelieu. Autrement dit,
la conviction noufrie par les frères Richer de la pertinence des théories
de la raison d'Etat se développe indépendamment de leur soumisSion
servile au pouvoir politique et, en particulier, au cardinal de Richelieu.
Pendant un temps, les motivations des premiers à servir l'Etat rencontrent
largement celle du second, exactement comme après la censure du
recueil en 1612. Seulement, la capacité d'Estienne Richer à développer
de la
Même si
reprise
de
d'une
fournir la
délivré
du
fidèles
publié
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en
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critiquant
pendant
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hypothèse
raison
poll
dit,
théories
soumisSion
Richelieu.
rencontrent
censure du
développer
TATT CONCLUSION GENERALE 585
et exprimer une conception plus personnelle de la raison d'État a pu
motiver le cardinal à confisquer le Mercure François afin d'y imprimerla
marque d'un serviteur qu'il estimait plus fiable que le premier. Si l'on
admet que le changement structurel du Mercure Frangois lui est imposé
par les dépOsitaires du pouvoir, il faut considérer le recueil comme la
victime de la vision cardinaliste des théories de la raison d'Etat. Ainsi,
le Mercure Frangois permet l'application de cette conception cardinaliste
de la raison d'Etat par la continuité de sa publication après le départ
d'Estienne Richer. Le changement de rédaction est la preuve que le pouvoir
politique, incarné ici par le cardinal de Richelieu, continue à croire
en la force et en l'efficaciré de la publication sur l'esprit des lecteurs. La
marginalité des modifications entraînés par l'arrivée de Théophraste
Renaudot à la tte du recueil montre que ce jugement ne concerne pas
seulement la publication en général, mais qu'il porte sur le Mercure Frangois
en particulier. Après avoir profité de loin de l'engagement spontané de
l'ouvrage au service de I'Etat, le cardinal préfere s'assurer le contrôle
d'une publication dont il est persuadé de la portée par l'intermédiaire
de Théophraste Renaudot en en conservant l'esprit. Or, la mort, du
Mercure François en 1648 après la parution du volume ayant publié la
fin du règne de Louis XII, révèle l'inutilité policique de la poursuire
de cette entreprise à distance de la mort du roi. Elle met en évidence,
à tout le moins, la disparition de la conviction que le Mercure François
puisse être politiquement utile. Sans les frères Richer, ni Louis XII et
son principal ministre, plus aucun acteur ne semble croire aux bénéfices
politiques susceptibles d'être tirés de la publication du Mercure. Fortement
contraint d'en accepter la rédaction à la fin des années 1630, Théophraste
Renaudot contribue à faire perdre de l'intérêt au Mercure François en
espaçant la publication de chacune de ses volumes. Concurrencé par
la publication hebdomadaire de la Gazette, le Mercure Frangois incarne
une publication datée, intrinsèquement lié à un règne terminé depuis
CIng ans. Au-delà de sa concurrence avec la Gazette, le destin du /Merczure
Erançois marque l'essor d'une presse périodique d'actualité politique au
détriment d'une histoire du temps présent, dont la matière n'ofire plus
Tattrait d'une relative nouveauté. La mise en recueil des numéros de
la Gazette accentue le phénomène en privant le Mercure Frangois de sa
capacité à offrir à ses lecteurs la possibilité d'une lecture plus historique
des nouvelles publiées. Pourtant, certains des éléments de la publication
584 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
du Mercure François sont réinvestis dans d'autres médias, également
qualifés de Mercure entre les xvif et xvim' siècles. Le Mercure François
est à l'origine d'une postérité médiatique. Entre écriture de l'actualité
et histoire, les «Mereures historigues et politiques » semblent avoir
puisé une partie de leur inspiration dans les pages du Mercure François,
Leur engagement politique, cette fois-ci critique à l'endroit du pouvoir
politique en place, les rapproche du Mercure Frangois, raf al
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sn upitogideurms'bsupihoig p2eng nub1028'19pum ain
rulg rthonice al anob,aog eqnez uh eioreirlanu'b anaruianb
2 Voir notamment à ce propos Brétéché, Marion, Ribard, Dinah «Quest-ce que les mercures
au temps du Mercure galant? >, Dix-sepième siede, art, cité, ainsi quc Brétéché, Maron,
Les compagaons de Mercare. Entre journalime ea polisigue dans I'Europe de Loni XIV, op, di.
.Joll ARCHIVES Minutier Acte Acte 21 Acte MC/Acte AN/Association XI/Bail 28 Bail 10 Compte défunt d'Alexis Contrat ET/Contrat ET/Inventaire lestament 22
SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
sOURCES MANUSCRITES .Joll roiasagiun
ARCHIVES NATIONAILES
Minutier Central
Acte de mariage de Michel Bobin avec Marie Bourgoin, ANIMC/ET/XI/139,
novembre 1639, érude de Philippe Périer
Acte de mariage de François Coré et Françoise Loyson, AN/MC/ET/XI/137,
21 novembre 1638, étude de Philippe Périer.
Acte de mariage de Guillaume Loyson et Marguerite de Monstr'oeil, AN/
MC/ET/XXII/248, 20 avril 1614, étude de Pierre Guillard.
Acte de vente de toute Il'imprimerie d'Estienne Richer à François Prenneray,
AN/MC/ET/XI/135, 22 décembre 1637, érude de Philippe Périer.
Association d'Etienne Vallet, François Guefier et Jean Richer, AN/MC/ET/
XI/83, Pu/c/Lvii, 2 octobre 1601, étude de Mathurin Périer.
Bail locatif entre Jean Bonnard et Estienne Richer, AN/MC/ET/XI/143,
28 février 1642, étude de Philippe Périer,
Bail locatif entre Guillaume Loyson et Estienne Richer, AN/MC/ET/X/135,
10 octobre 1637, érude de Philippe Périer
Compte et obligation de Geneviève Picot envers Marin Richer, légataire du
défunt Estienne Richer, AN, MC/ET/XU/151, 7 septembre 1647, étude
d'Alexis Hervy.
Contrat d'apprentissage entre Claude Gaudon et François Prenneray, AN/MC/
ET/XVII/265, 2 aoûr 1641, étude de Christophe Chalon.
Contrat d'apprentissage entre Husson Robert et Estienne Richer, ANMC
ET/X/144, 25 juillet 1642, étude de Philippe Périer.
Inventaire en présence de François Prenneray, AN/ MC/ETXLIII45, 9 janvier
1645, étude de Charles I Quarré,
lestament olographe d'Estienne Richer, AN/MCET/X/124, PVII/XX/XI,
22 août 1629 étude de Philippe Périer.
586 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÊTAT
Archives de la Grande Chancellerie et dan Conseil lere
Conseil privé relatif au différent existant entre Adrian Périer et Jean Richer, tous
deusx libraires à Paris, an sujet de la vente d'un livre dont ce dervier prétendait
avoir privilage, AN, VG, 21, n°7.
apouror
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Dupuy 90, P30v-41 P.
Relation de l'incident suite au sermon qui se serait tenu à Cologne en juin 1610, Ms,
fonds français, Cing-Cents de Colbert, vol. XII, f 79 f.
7DMMA,ioguod onM 53s nicod lbdbiM sb egainam sb o7A
29 Reoi 1dmro
enxueaoMVA noO sOURCEsSq ilIiMr aPbR sIMbuEi3E 8S8 b0 f9 igdcaonunrmon sb 9h
ABBEVILLE, Matthieu (d'), Discours funèbre en lhonneur du Roi Henri le Grand,
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Apologie du Sénat de la ville impériale et libre de Colongne, contre les calaminies d'un
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1611, BNE, Ms, fonds français, Ging-Cents Colbert, volume XIL.
Arrest de la Cour de Parlement donné en la Cbambre de l'Edict entre Jean Richer
Libraire & Antheur du Libvre intitulé le Mercure François, ou suite de l'bistoire de
la Paix demandear en requestes & defendeur d'aultres part, Et Adrian Perier anuss
Libraire defendeur & ausi damandear en requeslte d'aulire, par leguel la Conura
rordonné que ledict Libure sera supprime, BNE, Ms., fonds français, 22087, 35
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modernes vecueillies des meilleurs autenrs, contenant les faits les plus intéressAnis
de Vhistoire en général, les exsploits des béros, traits d'esprit, saillies ingénienses
bons mobs, ec, cte, Paris, Roret, 1828. blogh o130o
BAYLE, document-BAYLE, chez BAYLE, R. BRACHET de 1120 BETHUNE, servans CALLOT, BoTERO, CHARONDAS chez CHARONDAS Saulte CHARONDAS chez CHARONDAS A CHARONDAS chez CHE, qui Consolations Bretagne, Contract entrepris les CoSPEAU, À Delcaratiom Governeurs d'Ancre,
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Delcaratiom [sic) & Protestation des Princes, Ducs, Pairs, Offciers de la Couronne,
Governeurs de Provinces, Seigneurs, Chevaliers, Gentils-honmes, villes &
Comunautez, asociez, &confederez pour le restablissement de l'authorité du Roy,
Gla conservation du Royaume, Contre la conjuration & tyrannie du Mareschal
d'Ancre, & de ses adherents, BIS, HJR4=70, pièce 20,
588 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
Discors des Princes es Érats de la Chréienté plus considérables 2 la Frane, selon
leurs diverses qualitez & conditions, s.l.s.n, 16231e-inuonebaogentop
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Chevalier, 1621
FURETIÈRE, Antoine, Didtionmaire umiversel, contenant généralenent tous les nots
franois, Lant tieus que modernes, & les Termes de tontes les sciences & des ar
syavoir la Philasopbie, Logigue &Pbysigue, la Medecime on Anatome, Patbologie
Therapeutique, Chirurgie, Pharmacopée, Chymie, Botanique, on l'Histoire naturelle
des Plantes & celle des Animaux, Minerans, Metadtus &Pierreries, & les
moms des Drogues Artificielles : La )Jurisprudenie Civile &Caonique, Feoddle &
Manicipale &sur toutes celler des Ordomanes: Les Mathematiqnes, la Geomesris,
P'Arithmetigue, & P'Algebre, la Trigonometrie, Geodesie on P'Arpentage & las
Sections coniques, l'Astronomie, l'Astrologie, la Gnomonigque, la Geograpbie,
la Musiqe, tant en tbeorie qu'en pratigue, les Instrumens à vent & a cordes,
Poptique, Catoprique, Dioptrique, & Perspective, P'Architecture civile & militaire,
la Pyrotechnie, Tactique & Statigue) Les Arts, la Rbétorique, la Poësie,
la Grammaire, la Peinture, la Scaulpture, Ec. la Marine, le Manege, V'Art de
faire des armes, le Blason, la Venerie, Fanconnerie, la Pesche, U'Agricalture on
Maison Rustigue, &la plupart des Arts mechaniqnes: PluSsieiurs termes de relations
dOrient &d'Occident, la qualité des Poids, Mesures &Monnoyes, les Etymologies
des Mots, linvention des chosès, & rOrizine de plasieurs Proverbes, & leur relation
à ceus des autres langues : Et enfin les noms des Anieurs qui ont tranté des
matieres quü regardent les mots, expliquez avec quelgues Histoires & Curiositez
naturelles, &Sentences morales, qui seront 1apportées pour donner des exemples de
phrases & de constructions. Le tout extrait des plus'excellenss anteurs anciens'&
modernes, t. I, La Haye, chez A. et R. Leers, 1690. S91
FURETIERE, Antoine, Dictionnaire universel, contenant'généralement tois les moks
françois, tant vieus que modernes, & les Termes de tontes les sciences & des arts,
sçavoir la Philasophie, Logiqne & Physiqne, la Medecine ou Anatomie, Pathologie,
Therapeutique, Chirurgie, Pharmacopée, Chymie, Botaniqne, o l'EListoire naturalle
des Plantes & celle des Animaus, Mineraux, Metäux & Pierreries, & las noms des
Drogues Sur &VAstronomie, qu'eon & Les Marine, la Plusieurs &Auteurs Histoires donner auteurs FURETIÈRE, frangois, sgavoir Therapeutique, noms Municipale VArithmetique, Sections la tOpiique, la jare Maison dOrient Hon matieres 1aturelles, pbrases modernes, ALLAND, Estienne
SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE2 589
Drogues Artijficiells: La Jurisprudence Chvile &Caonique, Feadale &Municipale &
Sur toutes celles des Ordonnances: Las Mathematiques, la Geometrie, V'Aritbmetique,
&PAlgebre, la Trigonometrie, Geodesie on l'Arpentage & les Seciions coniques,
VAstronomie, PAsralogie, la Gnomonique, la Geographis, la Msique, tant en theorie
qu'eon pratigue, les Inistramens à ent &à cordes, /Optique, Catopriqua, Dioptrique,
& Perstpective, P'Ardhitecture civile &militaire, la Pyrotazbnie, Tadtique & Stasique,
Les Arts, la Rhétorigue, la Poësie, la Grammaire, la Peinture, la Scalpture, &c. la
Marine, le Manege, V'Art de faire des armes, le Blason, la Venerie, Fauconnerie,
la Pesche, 'Agricalture ou Maison Rustique, & la plupart des Arts mechaniques
Plusieurs termes de relations d'Orient & dOcrident, la qualié des Poids, Mesures
&Monnoyes, les Etymologies des Mots, l'invention des choses, & l'Origine de plsieurs
Proverbes, & leur relation à ceux des autres langues 8 Et enfin les moms des
Auteurs qui ont traitté des matieres qui regardent les mots, expliquez avec quelques
Histoires & Curiositez naturelles, &Sentences morales, qui seront rapportées pour
donner des exemples de phrases & de constructions. Le tont extrait des plus excellenss
auteurs aniens &madernes, t. I1, La Haye, chez A. et R. Leers, 1690
FURETIÈRE, Antoine, Dictionnaire universel, contenant généralenment tous les mots
frangois, tant vieux que modernes, &les Termes de toutes les sciences &des arts,
sgavoir la Philosophie, Logigue & Physique, la Medecine ou Anatomie, Pathologie,
Therapeutique, Chirurgie, Pharmacopée, Chymie, Botanique, on V'Histoire naturelle
des Plantes & celle des Animaux, Mineraux, Metaux &Pierrerier, & les
noms der Drogues Artificielles: LaJuristrudence Civile & Caonique, Feodale &
Municipale &sur tontes celles des Ordonnances: Les Mathematiques, la Geomelrie,
VArithmetique, & V'Algebre, la Trigonomelrie, Geodesie ou V'Arpentage & les
Sections coniques, V'Astronomie, V'Astrologie, la Gnomonique, la Geographie,
la Musique, tant en theorie qu'en pratique, les Instrumens à vent & à cordes,
tOpiique, Catoprique, Dioptrique, &Perspective, l'Architecture civile & militaire,
la Pyrotecbnie, Tactique & Statique, Les Arts, la Rhétorigue, la PoÉsie,
la Grammaire, la Peinture, la Sculpture, Ec. la Marine, le Manege, V'Art de
jare des armes, le Blason, la Venerie, Fauconnerie, la Pesche, V'Agriculture ou
Maison Rustiqne, & la plupart des ArS mechaniques: Plusieurs termes de relations
dOrient &d'Ocident, la qualité des Poids, Mesures & Monnoyes, les Etymologies
des Mos, l'invention des choses, & IOrigine de plusieurs Proierbes, & leur rela-
Hon à ceux des autres langues: Et enfin les nonms des Auteturs qui ont traité des
matieres qui regardent les mots, expliquez avec quelques Histoires & Curiositez
1aturelles, & Sentences morales, qui seront rapportées por donner des exemples de
pbrases & de constructions, Le tout extrait des plus excellenss autenrs anciens &
modernes, t. III, La Haye, chez A. et R. Leers, 1727 [1690].
ALLAND, Auguste, Des anciennes enseignes et estendarts de France, A Paris, chez
Estienne Richer, 1651,avB
590 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
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la fin beurese de Lonis XIL, surnozné le Juste, roy de France et de Navarre,
tiré de quelques mémoires de feu P Jacques Dinet, son confesseur de la compagnie
de Jésus, Paris, imprimerie royale, 1656.
GIRARD, Etienne, JoLY, Jacques, Trois livres des offices de France, A Paris, chez
Estienne Richer, 1638.
GUENOIS, Pierre, La grande conférence des ordonnances et edicts royanx premièrement
distribuée en xin livres à l'imitation & selon l'odre & disposition du code de
lempereur Justinian, vol. I, A Paris, chez Estienne Riche 1644
HARLAY DE SANCY, Achille, Discours d'un vieil courtisan que la Royne Mèrea
esCrite à sa Majesté après estre sortie du Royaume, s.l.s.n., 1631.
HAY DU CHASTELET, Paul, Recueil de diverses pièces pour servir à P'Histoire, Paris,
S.n., 1640 [1635].
HEYLYN, Peter, Abrégé de la vie et du règne de Charles I second monarque de la
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de Varennes, 1664.
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S'estoient éloignés de Sa Majesté. Donnée an bois de Vincennes au mois de may 1617
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1617
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.
Paris
923.
et
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president des enguetes en Parlement. Reven et augmenté en ceste innpression de plus
de la moitié par Jean Nicot; vivant conseiller dn Roy &M des reguestes extraordinaires
(sic] de son hastel. Avec une grammaire frangoyse et latine, & le receil des
vieux proverbes de la France. Ensemble le Nomenclator de Junius, mis par ordre
alpbabetic & oren d'une table particuliere de toutes les dictions Dediéà monsieur
Le Président Bochart, sieur de Ghampigy, vol. I, Paris, chez D. Douceur, 1606.
592 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RATSON D'ÉTAT
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choses plus memorables advenuës par tout le monde, depuis le commencement de son
regne, l'an 1589 jnsques à la paix faicte à Vervins en juin 1598 entre Sa majesté
tras-cbreatieme &le roy catbolique des Espagnes, Pbilippes LI Bsic), A Paris, Par
Jean Ricber, rue S. lean de Latran à l'Arbre verdoyant : Et en sa boitigne au
Palais, sur le Pervon Royal, vis-à-vis de la gallerie des Prisonniers, 1608.
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en France, Espagne, Allemagne, Italie, Angleterre, Escasse, Flandres, Hongri,
Pologme, Suece, Transsilhanie, & autres endroits de l'Europe : avec le sucez de
plusieurs narigations faictes aux lndes Orientales, Oecidentales & Septentrionale,
depnis le commencement de l'an 1598 jusques à la fin de l'an 1604, chez Jean
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À Paris, Chez Nicolas de la Mathonière, rue Mont-Orgueil, à la Corne de
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Plan de la vile de Mon-bemr, avec les particularitez du siege mis devant ielle, brus
lement et chastiment exemplaires, A Paris, Chez Nicolas de la Mathonière, rue
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n°94;96, 133; 145, 1643
guerre
les
son
majesté
Par
au
entre
advenuiës
Hongri,
de
Septentrionale,
Jean
1621,
de
22)
brus
rue
RES).
messire
Frangois
malheureux
de
Guillaume
jusques
comte
2870.0o
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Pour la rførmation des desordres, abus &malversations des marchands
libraives imprimenrs colporteurs &auires personnes, en l'lInpression, vente & exposition
de toutes sortes de libres probibez & defendus, libelles difamatoires & seditieus
au prejudice du repos prublis, sLnd, cité par Carteeuvw Laurie, Censure
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e INDEX DES NOMS DE PERSONNES
ABBEVILLE, Matthieu d': 168, 586 BAYLE, Joseph : 30, 37, 59-60, 587
ADHEMAR, Jean : 27, 597 BAYLE, Pierre : 65, 81-82, 127, 400, 587
AHMUF: 9, 23, 63, 597, 609-610 BEISSEN, Balthazar: 306
ALBERT, Cadenet Honoré de: 258 BELLANGER, Claude : 26-27, 56, 60, 63,
ALBERT, Pierre: 27, 33, 63, 597 105, 597
AMBOISE BusSY, François d': 321, 331- BELLEGARDE, Roger II de: 89-90, 116,
332, 337-338 118, 121
AMBOISE, cardinal d': 365, 374-376, 594 BELLIÈVRE, Nicolas de : 220 uol
AMBOISE, Frangois : 200 BENÉVENT, Chtistine :36, 6000
AMOSSY, Ruth: 401, 597 BENSA, Alban : 91, 597
ANGEBAUIT, Christophe: 193, S97 BERCE, Yves-Marie: 125, 159, 180,402,
ARBOUR, Roméo: 280, 595 457,499, S97-598, 607
ARISTOTB: 87, 114, 115, 602, 605 BERGERON91, 125, 134, 153-154, 200,
ARNOUL, Elisabeth: 164, 599 224, 233, 256, 304,481-482,494, 508
AUTRICHE, Anne d', reine de France et BERTHE, Sieur de la:331
de Navarre : 311, 380, 399, 484, 526, BERTHOUD, Gérald : 602
528, 530-5S33, 535, S45-546, 549- BETHUNE, Maximilien II de: 302
550, 554, 569 BETHUNE, Philippe de:377, 587
AVEZOU, Laurent: 371, 597 BEUVRON, marquis de : 316-319, 321,
AvLA, Sainte Thérèse d' : 488 28-331, 337-338, 340-342, 348
BILLACOIS, François: 291, 293, 296, 298-
BAILLY, Antoine-Denis: 181, 5865 299, 308, 317, 320-321, 326, 334,
BAKER, Keith Michael: 213, 597 342-344, 598
BALAVOINE, Claudie: 256, 597 BILLAINE, Pierre : 25, 100, 480-484,
BALMAS, Enea: 27, 597 503, 507, 509, 512, 567 o
BARADAS, sieur de : 308-309 BILLORÉ, Maité : 341, 598
BARBICHE, Bernard: 180, 607 BIRON, Charles II de: 176, 182-183, 263
BARBIER, Erédéric: 53, 141, 597, 610 BITTON, Davis; 295, 598
BARDET, Jean-Pierre 164, 599 BLANDIN, Claire : 24, 600
BARRIERE, Pierre : 181-182 BLANQUIE, Christophe: 36, 337, 340,
BASNAGE, Jacques : 107, 595 450,497, 501, 554, 598
BASSOMPIERRE, François de : 501 BOBIN, Michel:491, 598
BATZ, Pierre de: 489,491 BoCHART, Jean, sieur de Champigny:
BAUDRILRE, Marie : 77, 597 52, 135, S91 BAUTRU, Guillaume : 355, 365 BoCK, Nils: 468, 598 o)
616 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
BoDIN, Jean: 89, 606 CARILE, Paolo: 27, 597
BoGDAN, Henty :456, 460, 598 CARRIER, Hubert: 34, 599
BOHLER, Danièle : 89, 609 CAsSAN, Michel: 22, 92-93, 144, 160,
BoLLET, Danielle : 251, 604 164, 166, 172, 180, 208, 215, 599
BoIs, Olivier, abbé du:207, 428 CATTEEUW, Laurie s 120, 193-194, 196,
BOMBART, Mathilde : 22, 600 219-220, 238, 247, 361, 478, 499,
BONNARD, Jean : 492, 585 593, 599
BORIS, grand duc de Moscovie: 124 CAVAILLÉ, Jean-Pierre : 355, 599
BosSE, Abraham: 58 CAVALLO, Guglielmo : 51, 599
BoTERO, Giovanni: 193, 473, 587rA CELNART, Elisabeth 3 181, 586
BoTS, Hans : 608 CERDEIRA, Virginie :5, 13-20, 22, 24,
BoUCHAVANNES, Sieur de: 345-346 36, 51, 98, 163, 386, 435, 599-600
BouCHERON, Patrick: 34, 265, 598, 611 CHALAIS, Michel de ; 70, 309-314, 316-
BoUILLON, maréchal de: 300, 404-405 317,319, 324-325, 336,345, 349,369
BoURBON-MONTPENSIER, Marie de: CHALON, Christophe 585
311, 316, 319 ISI8I CHAPELLES, comte des, ;: 248, 320-321,
BoURDIEU, Pierre : 574, 598 1.tad 323-326, 328-336, 340-341, 344,
BoURG, Sophie le: 32, 52,55-56, 58-59, 346-348, 590, 592-593 tA
195, 350, 598 e diA A21u CHAPRON, Emmanuelle : 36, 600A
CHARLES Il: roi d'Espagne: 606
BoURGOIN, Marie: 491, 585Y oud
BoUTHILLER, Claude 236, 463, 503- CHARLES roid'Angleterre : 483-484,
590 00 506, 509, 608i,1 20Om CHARONDAS LE CARON, Louis:487, 587 BOUTHILLLER, Denis: 506, 608
CHARTIER, Roger: 27,45, 50-51,55, 10
BoUTHILLIBR, Léon : 506, 608 a 113, 126, 134, 140-141, 153, 157, 195,
BRABANGON, prince de: 351oETHE 267, 369, 515, 599-601, 606, 608
BRACHET DE LA MILLETIRRE, Théophile CHASTEL, Jean 171, 180, 18 02
38,400-402,409, 412,414,420-423, CHESTERFIELD, Philip : 55 426, 433, 587 2upaam o d
CHBVALIBR, Pierre : 144 JOSTVA
BRAUN, Guido : 463, 5981-6E CHOUET, Jacques et Pierre: 156, 230
BRÉTÉCHÉ, Marion :25, 32, 49, 61, 65, CHRISTIN, Olivier 8 164, 601
91, 111, 127, 130, 341, 502, 508, 515- CHURCH, William E.: 247, 6001 1IAB 516, 519, 548, 584, 598 - CIVIL, Pierre: 27, 251, 602-604 BRIANÇON, Síeur de : 384-3851IDa CLAIR, Pierre: 27, 601 30VATAE
BRIOIST, Pascal: 294, 296, 307, 309, CLEMENT, Jacques : 141, 166AMIAE
311, 317, 599 COHEN, DEborah: 178, 265, 601A
BRUNET, Gustave : 488, 595D MORII COHEN, Evelyne : 341, 598 HDURNE
BRUNN, Alain : 133, 599 orite CONCINI, Concino, maréchal d'Ancre
BRUYS, François : 400, 595 1MAI 13, 18-19, 40, 42, 67, 247, 249-286,
BUON, Nicolas : 409, 415, 594 gA 288-291, 299, 301, 304-305, 335,
BuQUET, Sieur de : 331 389-390, 459,462, 577-579, 600, 603
BURDEUS, Pierre : 202 isdil 1a9t CoNDÉ, Henri II de Bourbon, prince de
69, 249, 253, 272-273, 289,303, 321,
CAILLE, Jean de la : 139, 489-490, 599 324, 332, 334, 338, 368, 455-456,
CALLOT, Jacques:45S7, 5872 486, 530-532, 545, 594 rDBd
CONTY, CONRART, CORAILLON, CoRÉ, CoRNETTE, CoRNIC, CoTON, CREMOUX, DAMIANI, DARNTON, DEBBAGI-DEDOUVRES, DEMONET, DESENGLOs, DE DEVRESSE, DEVREUX, DIMITRI, DINET, DoOLEY, DoRIA, DRÉVILLON, DROUET, DROZ, DUBLED, DUBOIS, DUBOST, DUcCINI, DUFIER, DUFOURCQ,
TAINDEX DES NOMS DE PERSONNES 617
CONTY, prince de : 368, 381, 560 DULONG, Renaud : 88, 209, 212, 602
CONRART, Valentin : , 153, 196, 334, DUMOULIN, SEbastien : 141
396, 446, 478, 612 DUPLEIX, Scipion: 36, 38, 129, 141, 194,
CORAILLON, Cédric : 528, 534-535, 537, 337-340, 342,352,450, 497-503, 554,
541, 546, 601 S68, 588, 591, 597-598
CoRÉ, François :490-491, 585 DURANTON, Henri; 94, 605
CoRNETTE, Joël : 159, 601
CoRNIC, Sylvain : 22, 600 ELINTUS, Abraham: 38, 408, 410, 414,
CoTON, Pierre: 206-208 594
CREMOUX, Françoise : 28, 6O1 EPERNON, Jean Louis de Nogaret de la
Vallette d': 59, 288, 375
DAMIANI, Loic: 199, 601 erali EVANS, Wilfred Hugo :88, 602
DARNTON, Robert: 196, 602
DEBBAGI-BARANOVA, Tatiana : 203, 281, FAGNIEZ, Gustave: 234, 236, 497, 603
401, 409, 412-413, 416-419, 423- FARGE, Arlette:91-93, 178, 264-265, 603
425, 427, 601 FASANO GUARINI, Elena : 499T
DEDOUVRES, Louis père: 195, 602 FASSIN, Eric: 91-92, 597, 603
DEMONET, Marie-Luce : 84, 87, 115, FEBVRE, Lucien : 33, 58, 603
141, 602 FELLER, François-Xavier : 65, 106, 400,
DESENGLOs, Camille : 31, 251, 253,258, 595
602 FERDINAND II, roi de Bohème: 130, 456
DE VIVO, Eilipo: 35, 602 FERNANDEZ-GAILLAT, Michèle ; 27,
DEVRESSE, Jenifer: 600 453, 603
DEVREUX, Lise: 33, 595 FERNANDEZ-LACÔTE, Hdène : 31, 195,
DIMITRI, de Russie : 125, 201 311, 317, 319,345, 603
DINET, Jacques: 527, 531, 533-534, 536- FERRETTI, Giuliano : S54, 603
539, 541, 590 FERRIER,Jérémie : 236, 557-558, 561, 611
DoOLEY, Brendan : 26, 602 FEVRET FONTETTE, Charles- Marie de
DoRIA, Lazarin: 306 254, 371, 488, 596
DRÉVILLON, Hervé: 294, 296, 307, 309, FEYRL, Gilles : 27, 32-33, 56, 62, 94-95,
311, 317, 599 105, 370, 396, 446, 455, 457, 478,
DROUET, sieur de: 345-346 oH 485-486, 509-510, 513-514,557, 541,
DROZ, Eugénie : 157, 602 555, 563, 603
DUBLED, Henri : 402, 602 FOA, Jérémie: 164, 611-612
DUBOIS, Marie: 527-539, 541, 546, 549, FoGEL, Michèle: 28, 468, 472, 603
556, 588 FORCE, gouverneur de la;404-406, 536-
DUBOST, Jean-François : 159, 164, 249, 537, 559
251, 268, 271, 273, 276, 290, 355, FosSIER, François: 34, 88, 497, 603
358, 361, 366, 371, 602 FouCAULT, Michel: S1, 13-134, 251, 604
DUcCINI, Hélène : 35,72, 121, 251-253, FRAGONARD, Marie-Madeleine : 194,
257-261, 266, 273, 275, 279, 281, 285, 251, 283, 597, 604
288, 290, 367, 382, 435, 602 FRETE, Sieur de la: 312, 314, 318, 328, 330
DUFIER, Pierre-Jean: 371, 597 FRIZON, Pierre : 144, 588
DUFOURCQ, Norbert : 31-32, 602, 613 FROTOY, Sieur de: 312 oas
618 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
FUNCK-BRENTANO, Frantz : 150, 595 GUESLE, Jacques de la: 220g.ro9
FURETIERE, Antoine : 29,49, 52,87, 135, GUIGNARD, Jean: 180 TnAAMOD
137, 588-589 GUILLARD, Pierre 585 R0
D-TEe GUILLEMO1, Matthieu:89, 141, 591
GALLAND, Auguste : 487, 589, 590 GUISE, Charles de : 253, 311
GALLAND-HALLYN, Pertine : 256, 604 GUSTINIANI, Giovanni : 530,neD
GALLES, Prince de : 129 pt.aTTav09
GALLIGAT, Léonora, maréchale d'Ancre HAAG, Emile: 482, 595 /s00
250, 252-254, 256, 269-270, 278- HAAG, Eugène: 482, 595 Oro
279, 282-287 HABERMAs, Jürgen: 34, 264-265, 598,
GARRISSON, Janine: 159, 604lav 605, 611
GAUCHET, Marcel : 193, 365, 432-434, HAFFEMAYER, Stéphane: 23, 26-27,
449, 473, 604 33-34, 56, 62, 94-95, 125, 517, 523,
GAUDON, Claude: 494, 595 605
GAUFRIDY, Louis: 203 HALLYN, Fernand :256, 6040
GAULTIER, Jacques : 108, 590 N HARLAY DE SANGY, Achille: 376, 382-
GAY, Jean-Pascal: 407, 414, 604e 383, 590
GENETTE, Gérard : 37,45, 82, 604, 606 HARLAY, François du: 150-151oat
GERMA-ROMANN, Hélène : 534, 604 HARTOG, François : 87, 92, 115, 605
GIESEY, Ralph: 185, 271, 604 HATIN, Eugène: 27, 29, 605
GIGNE, Sieur de : 287 AIA HAUSER, Henri : 89, 605
GILLETTE, Jillian : 145 A331HAY DU CHASTELET, Paul: 365, 370-
GILOT, Michel: 27, 139, 140 371, 373-374, 376-377, 383, 590, 597
GINZBURG, Carlo : 87, 115, 604 HENAULT, Jean: 25, 100,484-486, 503,
GiRARD, Anroine : 527-536, 538, 541, 590 509, 514,516-517, 567, 587, 590-591,
GIRARD, Etienne: 487-488, 493, 590 594
GIRAUDET, Eugène : 141, 604 HÉNAULT, Mathurin ;485, 591
GOODY, Jack: 50, 604 1 ruRvs HENNEQUIN, Jacques: 167-168, 175, 605
GOTHARD, Arthur: 65, 77, 106, 108- HENRI II, roi de France et de Nayarre
109, 117, 168, 523 139, 141, 144, 166, 193, 201, 240,
GRAFTON, Anthony: 104, 116, 166, 605 305,430,479, 591, 594
GRAND, Jeanne le : 146 HENRI IV, roi de France et de Navarre
GRANDJEAN, Geoffrey: 600 15-18, 22-23, 38,41, 47, 64-65, 68,
GRATIOLET, Jean : 461-462, 467-473 79, 87, 93, 100-101, 105, 142, 144,
GRELL, Chantal: 88, 554, 605 159-160, 163-168, 170-173, 175-176,
GRIHL: 9-10, 14, 32, 35, 52, 64, 174, 179-190, 193-194, 204-206, 208, 210,
189, 204, 207, 227, 245, 254, 355, 213, 215, 219, 232, 237, 240-241, 245,
363, 403, 409, 417, 422E, 45A9, 4082, 255, 271, 274, 298, 300, 305, 338, s10, 599, 605 364, 389-390, 428, 432, 443-446,
GUEFFIER, François : 147, 58500AA 547,551,56, 559, 569, 574-576, 586,
GUÉMADEc, baron de : 287 591, 594, 599, 606, 610-611
GUENÉE, Bernard: 87, 99, 100, 103, HENRIETTE, Marie de France : 308
116, 185, 605 HERMANT, Héloise 28, 34, 203-204,
GUENOISs, Pierre: 488, 590 7083 265, 401, 409, 603, 605-606
JACQUES JAGER, JANNINI, JOLY, JoUANNA, JOUHAUD, JUBERT, JULLIOT, KANTOROwICz, KRIEGEL, LAIR, LANDI, LANGER,
TAINDEX DES NOMS DE PERSONNES
HERVY, Alexis: 585 LAZZERI, Christian:437-440, 445,448-
HEYLYN, Peter: 482, 590 449, 607
HILDESHEIMER, Françoise : S28, 530- LEcOCQ, Micheline: 57, 62, 514, 608
531, 535-536, 538, 606 LE GUILLON, Yves : 506, 607
HoSTAL, Pierre de l': 204 LELONG, Jacques: 254,371, 463, 488, 596
HUPPERT, George ; 88-89, 104, 115, LEMATTRE, Nicole: 32, 52, 598, 613
117, 606 LEMIEUX, Cyril: 407, 607
HuSSON, Robert : 489, S85 a M LENGLET-DUFRESNOY, Nicolas: 82, 596
i eaM LEROUX, Anne-Laure: 32, 52, 54, 511,
ISTHUANSSI? 109 1themrid 607
M LE RoUx, Nicolas: 166, 608
JACQUES V1, roi d'Angleterre: 112 LESDIGUIÈRES, François de Bonne de :
JAGER, Patrick: 27, 511 404-407, 410, 412, 555-562, S70
JANNINI, Pasquale-Aniel; 27, 597 LEVER, Maurice: 28, 607
JAUSS, Hans-Robert : 45, 83, 118, 606 LEVRIER, Alexis : 49, 51, 61, 598, 608
JOLY, Jacques: 487, 590 LoUIS XII, roi de France: 374
JoUANNA, Arlette : 120, 141, 193, 247, LoUIS XII, roi de France et de Navarre ;
311, 364, 406, 427, 433-434, 467, 5,13, 18-19, 22-23, 35, 38,42, 72-73,
596, 606z4 75-76, 87, 100-101, 121, 128, 159,
JOUHAUD, Christian:31, 34-35, 52, 59, e 185-186, 189-190, 234, 241, 246,
88, 105, 136, 174, 179-180, 204, 245, 249, 251-252, 257-258, 262-263, 266,
251, 281, 337, 339-340, 344, 355-356, 268-270, 272-275, 277, 280, 285-290,
358, 361, 365-366, 368-369, 375, 299-300, 304-305, 307-309, 311, 327,
377-379, 383, 396, 401, 403, 408 334,337,345, 350, 353, 355, 357-359,
409, 417, 422, 446-448, 450, 459, 367-368, 371,373-374, 376-380, 386,
477, 484-485, 497, 501, S10, 515, 389-390, 397, 399, 402, 406, 416,
S27-528, 555-556, 558, 563, 606-607 432, 443-444, 446-447, 450, 456,
JUBERT, Gérard: 507, 513, 607 459-465, 468-469, 472, 484-485,
JULLIOT, François: 38, 325, 408, 590- 497, 501, 513, 519, 521, 526-539, 541-
591, 594 e Kesef 542, 544-556, 559, 561-564, 568-570,
575, S78, S80-581, 583, 588, 590,
KANTOROwICz, Ernst: 185, 607 602-603, 606, 612
KAUFMANN, Laurence : 35, 92, 607 LOUIS XIV, roi de France et de Navarre
KELLER-RAHBÉ, Edwige : 22, 600 25, 49, 62, 91, 307, 374, 397, 485,
KINTZ, Jean-Pierre : 26, 56, 63, 596, 607 502, 519, 521, 528, 542, 547-548,
KRIEGEL, Blandine : 104, 106, 116, 461- 550, 563, 569, 584, 598
462, 468, 607 LouvIGNY, comte de : 312-314, 316, 319,
349
LACROLX, Annick : 32, 607 LoYsON, Estienne: 490
LABVEN, Augustin-Hubert: 26, 607 LovsON, Erançoise :490-491, 585
LAIR, Jules:339, 607 LoYsON, Guillaume : 147-148, 490491,
LANDI, Sandro: 35, 193, 196, 607M 493-494, 585
LANGER, Ullrich : 87, 602 LucIANI, Isabelle: 88, 209, 212, 245,
LAURENS, Pierre : 256, 597 599, 608 2
619
620 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
LUNDORR, Michael Caspar : 65, 107-108, MBLLET, Paul-Alexis : 164, 612
113, 591 MELLOT, Jean-Dominique: 36, 139-140,
LOYNES, Albert de: 256, 258-259, 280, 145, 155, 157, 596, 600
285, 287, 289-290, 446 J 31 MENIBL, Bruno : 89, 608
MERLIN-KAJMAN, Hélene : 221, 424, 608
MACLUHAN, Marshall :51, 608Mn MERTZENICH, Jean de : 134, 586
MAGNIBN-SIMONIN, Cacherine : ,608 MESMES, présidente de : 332
MAINGUENBAU, Dominique : 114, 608 METBREN, Emmanuel de : 108, 591
MALAMUT, Elisabeth : 164, 611 METTAYER, Jamet: 141
MALINGRE, Claude : 82, 477, 503 METTAYER, Pierre : 275, 591 T
MANGOT, Claude : 305 MEZZASALMA, Philippe: 33, 595
MANRIQUES, Alonces: 351UDIs MiCHAUD, Joseph-François: 527, 538,
MANSFELD, Ernst von: 76, 79, 112 588
MARIN, Louis : 247, 364,377, 379,475, MiCHELI, Raphaël: 412, 419, 608
608 MiDDELBoURG, comte de: 348-349
MARRILLAC, Michel de: 246, 261, 356, MJECK, Ilja: 499, 609
365-366,368, 586, 610 MoLAC, marquis de: 40, 324-325, 590
MARTIN, Henri-Jean: 26-27, 33, 36, MoMIGLIANO, Arnaldo : 113, 609
57-58, 60, 62,64, 139-140, 146-149, MoNCBAUx de: 480-482
154, 157, 195, 223, 229, 479, 481- MoNSTRaBIL, Marguerite de: 490, 585
482, 489-490, 492, 514, 596, 600 MoNSTRGEIL, Claude de : 141, 143, 147,
601, 603, 608-609 09- 490, 585
MATHAREL 359-0 008-cOs MoNTBAZON, due de : 463
MATTHIEu, Pierre: 89, 104, 106, 141, MoNTBRISoN, Benoît de: 558, 559
183, 591 MONTIGNY-HALLE, duc de: 302
MAYENNE, due de: 275, 285, 300 MONTMORENGY, Henri II de: 345,347
MAZA, Sarah: 199, 214, 218, 608 MoNTMORENCY-BoUTEVILLE, François
MAZARIN, Jules : 282, 397, 399, 531, de:40,42, 247-248, 293-294, 306-
545, 553, 563, 587 307, 309-325, 327-331, 333-338,
McKENZIE, Donald Francis: 50, 608 340-348, 352-353, 383, 391-392,
MÉCHOULAN, Henty 27, 601 459, 577-579, 582
MÉDICIS, Marie de, reine de France et de MONTOLIOU, Honoré de : 306
Navarre: 21-22, 32, 52, 70, 100, 120, MoREAU, Célestin: 486, 591
144, 154, 159-161, 164-165, 169, 185 MoREL, Frédéric: 275, 591 I
190, 206, 247, 249, 251, 268, 271, MoRELON, Dominique: 77, 597
273, 276, 286, 288-290, 299-301, MoRERI, Louis: 109, 596
305,311,339, 350, 353, 355,357-358, MORGAR : 175
361,366-368, 370-371, 375, 377-381, MORGUES, Mathieu de: 339, 371, 498,
384-385, 389-390, 392, 399, 432, 501-502, 588, 591, 597
443-444, 446, 451-452, 498, 530, MOTHE DE LA FORBT, sieur de la: 457
551-555, 562, 570, 575, 577-578, 582, MoTHE LE VAYER, François de la : 81
602-603, 613 MOUREAU, François : 23, 26, 62-63, 609
MEINECKE, Friedrich: 437-438, 440- MouSNIER, Roland: 23, 36, 166, 206,
441, 445, 449, 451, 608 450, 557-558, 604, 609
34
ORRY, ØsTENSTAD, PALLLER, PALMA-PEMBROKE, PENA PÉREZ, PÉRIER, PERIER, PÉRIER, PÉRIER, PERRON, PETIT:PETITJEAN, PICART, PicoT, PicQ, PIERRE, PINON,
INDEX DES NOMS DE PERSONNES 621
NAUDE, Gabriel : 120, 247, 250, 268, PINTARD, René: 105, 610
286-287,355, 377-380, 475, 581, 599, PIROT, Edme: 150-151, 612
608, 613 PoIVRE, Joël: 236, 558, 610
NEVERS, duc de: 258 PONCET, Olivier : 31, 602
NIcOT, Jean:52, 135, 591 nto PONTGIBAULT, comte de: 306-307, 310
313, 317-319, 334
OFFENDSTADT, Nicolas : 34, 265, 598, PoRTES, marquis des : 318
611 PoujoULAT, Jean-Joseph: 527, 538, 588
ORLÉANS, Gaston d', Monsieur Frère du Poussou, Jean-Pierre; 180, 606
roi: 70,311, 313, 316, 319,345-347, PRENNERAY, Erangois : 493-494, 585
349-350, 367, 372, 374, 376, 378- PROUVILLE, sieur de : 268
382, 384-386, 456, 530, 532, 544,
S46, 594 QUARRE, Charles I : 585
ORRY, Marc: 141 QUEVAL, Elisabeth: 139-140, 145, 155,
ØsTENSTAD, Inger : 133, 609 157, 596c s
PAGÈS, Georges: 355-356, 609 RAEMOND, Florimond de : 108, 592
PALLLER, Denis: 141-142, 145, 155, 157, RANCONNET, Aimar de: 52, 135, 591
158, 609 RANUM, Orest : 36, 88, 450, 506, 610
PALMA-CAYET, Pierre-Victor: 16,64-65, RAULT, Didier : 28, 610
83, 87-90, 99, 104-106, 115-118, 121, RAVAILLAC, François: 47, 130, 164, 166,
140, 143-144, 154-155, 160, 163, 167, 169-171, 176-179, 182-183, 187, 266,
240, 503, 586, 592 335-336,427, 591-592, 611
PASQUIER, Estienne 116-117 R RENAUDOT, Théophraste : 12, 14-15,
PEMBROKE, Comte de : 524 20, 23, 25-26, 33, 36, 40, 62, 69,
PENA SUERO, Nieves : 28, 609 94-95, 100, 102, 105, 113, 360, 370,
PÉREZ, Stanis: 529, 534535, 540-541, 376, 396-397, 445446, 457, 477-479,
610 485-486,496, 500-517, 519, 522-525,
PÉRIER, Adrian: 37, 47, 137, 146, 152- 527-544, 546, 548-551, 554555, 562
160, 184, 191, 194, 197-201, 204, 564, 568-569, 581, 583, 593, 603,
210, 213, 216-218, 220-222, 224, 228, 605, 607
230, 240-241, 586 RENOUARD, Philippe: 139, 141, 145, 596
PERIER, Charles : 145, 155, 157 R$TAT, Pierre: 33, 94, 605, 610
PÉRIER, Charles I" 155, 157-158 REYNIÉ, Dominique: 153, 611
PÉRIER, Philippe: 491-493, 585 RIBARD, Dinah: 31-32, 179, 281, 459,
PERRON, Jacques du 8 16, 151 Slo 527-528, 55, 558, 584, 599, 606
PETIT:376 RIBOT, Claude: 463, 466
PETITJEAN, Johann: 26, 63, 91, 93-94, RICHELET, Pierre : 52, 593
103, 417, 610 RiCHELIBU DU PLESSIS, ArmandJean
PICART, Jean: 58, 72, 76 13-14, 22-23, 31, 35-36, 40, 42, 59,
PicoT, Geneviève : 492, 585 88, 120, 123, 136, 159, 194-195, 235-
PicQ, Jean: 329, 610 238, 245-247, 251, 261, 288, 299,
PIERRE, Benoist: 195, 235-236, 463, 610 310-311, 313, 317, 319, 321, 324-325,
PINON, Sieur de: 332 332, 337-340, 342-345, 352-353,
622 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON DÉTAT
355-358, 361, 365-387, 391-392, 395- ROHAN, Benjamin de:437
397, 399, 432, 434-435, 437, 440, ROHAN, Henri de : 19, 339, 402, 437,
442-443, 445-451, 456, 458, 461, 438-453, 458, 464-467, 473-474,
463, 465, 473-474, 478-479, 484 S66-567, 602, 607
485, 495, 497-498, 501-503, 506, RosELLIN1, Michèle: 22, 600
508, 513, 526, 530-531, 539, 551-558, RoSMADEC, François de : 323, 326, 592
561-563, 567, 568-570, 578, 580-583, RoUsSEL, Diane: 164, 166, 176, 431,611
586, 590, 593, 597, 601, 603-604, RUGGIU, François-Joseph: 164, 599
606-607, 609-610, 612
RICHER, Estienne: 15-16, 18-21, 25, 27, SAADA, Julie: 468, 611
46-47, 57, 62, 64, 72, 77, 91, 93,99, SAINT-AMOUR, COmte de : 348-349
102, 104, 106-109, 111, 116, 118-123, SAINT-PIERRE, Charles Iréné Castel:
132, 137-140, 144-149, 157, 194, 223, 294, 594
226-230, 234-237, 240-241, 245, 255 SAWICKA, Stanislawa: 77, 611 O
256, 279, 281, 284, 288, 290, 300- SCHAFER, Valérie: 24, 600
301, 304, 322, 350, 357-360, 362, SCHAEFFER, Jean-Marie : 118, 356, 611
365,372,374-377, 387, 391-392, 397, SCHALK, Ellery: 295, 611
399-401, 405, 409, 416-424, 426- SCHAPIRA, Nicolas : 5, 20, 31, 88, 105,
431, 434-435, 443-445, 448, 450, 136, 153-154, 179, 196, 281, 334, 396,
454-456, 474, 477, 480-481, 483, 446,459, 478, 527-528, 555, 606, 611
487-504, 506, 508-509, 512, 514, 523, SCHLAEPFER, Heidi-Lucie: 157-158, 611
525,567-568, 574-575, 580, 582-583, SCHOMBERG, Henri de: 458
585, 587, 589-590, 594-595 SEGUIN, Jean-Pierre: 27-28, 105, 597, 611
RICHER, Jean: 15-16, 18-19, 25, 27, 37, SERNA, Piere: 294, 296, 307, 309, 311,
46-47, 57, 62-65, 67, 72, 77, 82-83, 317, 599
86-89, 91, 93, 95, 99-100, 102, 104, SBRRES, Jean de : 194, 594, 597
106-108, 111, 114-120, 122-123, 129, SERVIEN, Abel : 462-463
132-134, 137-158, 160, 163-170, 172- SERVIN, Louis : 191, 197-205, 209, 216-
178, 181-182, 184-191, 194-195, 197- 223, 225, 227, 231, 237, 241, 487-
201, 204, 206-210, 213, 215-218, 488, 594, 612
220-238, 240-241, 245, 279, 281, SGARD, Jean: 27, 52, 139-140, 225, 511,
290, 297, 387, 389, 391, 400-401, 596
409, 416-424, 426-432, 434, 442- SiRMOND, Jean:365, 372, 374-377, 380,
444, 451, 477, 482-483, 487, 490, 384, 594
504, 508-509, 514, 525, 565, 569, SLIGHTS, william Wellingron Ent:453,
574-575, 580-583, 585-588, 592-594 612
RiCHER, Jean III: 139 SONNIUS, Claude: 38, 588 To
RICHER, Jean I'Ancien : 139, 145 SoRDET, Yann: 36, 600
RICHER, Marin : 492, 585 SoREL, Charles: 37, 82, 477-478, 563,
RIcEUR, Paul: 45, 87, 114-116, 185, 594
215, 611 SoRIA, Myriam: 341, 598
ROBET, Georges de : 141 SouDAN, Cécile: 10, 227, 254, 363
ROBINET, Erançois: 24, 600 a SoURDIS, Henri de: 375
RocOLET, Pierre : 518 SOUVRAY, Jacques de : 308 01
SUFFREN, TAPIÉ, TAUPINART, THOU, TILENUS, TRAVAIL, TREMBLAY, URBAIN VAIR, VARADE,
INDEX DES NOMS DE PERSONNES 623
SPINOLA, marquís de: 76, 328, 330, 480-484, 503, 506-507, 509-510,
337, 341 567, 590, 594
STALLONI, Yves: 45, 50, 612 VENDÔME, François de Bourbon duc de
STONE, Lawrence: 295, 612 285, 368
STOUFE, Jean: 53, 612REE D VERDIER, Nicolas: 75, 79, 612
SUFFREN, Jean: 558 VEYNE, Paul : 104, 106, 115, 612
SUZE, COmte de: 275 VIALA, Alain:45, 51, 133, 135, 153, 174,
204, 403, 409, 417, 422, 606, 612
TALLON, Alain : 150, 180, 607, 612 VIEUVILLE, marquis de la : 128-129,
TAPIÉ, Victor-Lucien: 159, 355, 612 234-235
TASSET, Denise: 140, 145, 155 VINCENT, Antoine: 157, 602
TASSET, Estienne: 140, 145, 146 VIsE, Donneau de: 24
TAUPINART, Adrien ;492 VITRÉ, Antoine: 492
THÉMINES, Pons de Lauzières de ViTRY, Nicolas de l'Hospital, baron de :
Cardaillac: 458 260-261, S60
THORIGNY, Comte de 312-315, 318, VoYER D'EscOUMAN, Jacqueline le : 170
328, 331
THOU, Jacques-Auguste de: 104, 166 WALLENSTEIN :450, 499-501, 503, 520,
THUAU, Etienne : 23, 120, 247, 365, 370, 609
374, 377, 434-435, 437-438, 440, WEIMAR, Bernard de: 520
448, 453, 464-466, 478, 502, 557, WELKE, Martin: 56, 63, 612
563, 612 WERDET, Edmond : 489, 596
TILENUS, Daniel: 38, 400-403, 407-415, VESTON, milord de : 351
418-424, 426-431, 433, 594 WHITE, Hayden: 115, 609, 612
TousSAINI, Nicolas dit Le Moine WLD, Nicole: 32, 612
Desessarts:477, 596 WRONA, Adeline : 49, 51, 61, 598,
TRAVAIL, Alphonse du: 285-286 608-609
TrÉMAULT, Auguste de: 201, 612 WYSPLOSZ, Jonathan : 32, 52, 54, 154,
TREMBLAY, Joseph du: 14, 195, 235-236, 205-206, 208, 613
463, 479, 602, 610
XIMENÉS, Francisco de Cisneros, cardi-
URBAIN VIII : 78, 610 nal de: 374
URBAIN, Charles : 150-151, 612
UssoN, Salomon d': 30, 37, 59, 127, 587 YARDENI, Myriam: 87, 117, 140, 154, 613
YEPES, Diego de : 488, 595
VAIR, Guillaume du : 305
VALLET, Etienne : 147, 585 ZAISER, Rainer: 386, 601
VALLONGNES, Pierre de :486, 594 ZAREMBA, Charles : 164, 611
VARADE, père : 182 ZARKA, Yves-Charles: 120, 193, 247,
VARENNES, Claude de :483, 594 378, 380, 604, 613
VARENNES, Olivier de : 25, 100, 397, ZIARNKO, Jan : 77, 595, 611
O12-e08oe-e0e.c0E 208
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82
LISTE PRÉFACE INTRODUCTION OTS
UN UN DU LES Q8
TABLE DES MATIERES eC
82
LISTE DES ABRÉVIATIONS ET CONVENTIONS D'ÉCRITURE.doo. 9
PRÉFACE 13
INTRODUCTION ooo 21
LUne
1EMMOTT110
PREMIERE PARTIE
GENÈSE D'UNE COMPILATION
repetasDISTOIRE POLITIQUE
OTS
UN RECUEIL PÉRIODIQUE POUR UNE ÉCRITURE CONTINUE o49
Le Mercure François, une collection
de vingt-cinq « livres-objets odbod
Les spécificités d'un recueil périodique 61
Les outils à destination du lecteur 66
UN RECUEIL CONTINU D'HISTOIRE POLITIQUE sb nos
DU TEMPS PRÉSENT 81
Lhistoire comme témoignage du temps 86
Mise en écriture d'un témoignage du temps présent 98
Une histoire pleinement politique odoooo oooooo 118
LES ENJEUX DU MERCURE FRANÇOIS POUR SES AUTEURS 133
Une famille d'imprimeurs-libraires fidèles à la monarchieoo 138
Une procédure judiciaire aux enjeux muleiples ooo 153
Q8
626 HISTOIRE IMMÉDIATE ET RAISON D'ÉTAT
EXORCISER LES GUERRES CIVILES EN PUBLIANT
LHISTOIRE DE LA PATX o 163
Aux origines du Mercure François : l'assassinat d'Henri IV.o. 165
Des usages politiques d'une Histoire de la paoixo. ooo ooL1/72
LA CENSURE DU Mercue Frangois ooo 193
Une décision de justice inattendue 198
Une publication négociee ooopoog ao000a9o opopoopg
CONCLUSION 939
OITDUTOTTVI
DEUXIÈME PARTIE
LEGITIMER LE RÉGIME DE LEXCEPTIONNEL
TAIUO0 4MUCE 321vdo
L'ASSASSINAT DE CONCINO CONcINI 6666000 o 249
Une vaste entreprise éditoriale de justification politique ooo2D2
Le maréchal est mort, vive le roi . oooo ooo Z/0
La publication des seuls faits: réticences et contradictions 278
LA PUBLICATION DU DUEL, ENTRE EMBARRAS al po-92niy s
ET OPPORTUNISMB
Duels ordinaires et difficultés monarchiques p oodpee 4
Lobservation des éditS 298
La conspiration de Chalais et les duels 309
Le duel de Montmorency-Bouteville au tribunal de l'écriture 320
Pacification française et duels européensoooooo Opoo oo ooo 47
LA VICTORE POLITIQUE DU CARDINAL DE RICHELIEUstiovaui oa
AU DEBUT DES ANNÉES 1630oo0 355
Les temps de la rupture politigueo oooooo oo0o0 357
Apologie et défense du cardinal de Richelieu gnt b ol 367
CONOLUSION o oooooooooooo ooooooooooooo ooooooocoo389
TABLE DES MATIÈRES 621
TROISTEME PARTIE
LE MERCURE FRANÇOIS EACE AUX MODIFICATIONS
DU CONTEXTE POLITIQUE
REÉCRIRE UN DÉSACCORD PROTESTANT
Lengagement politique du Mercure oooo399
Itinéraire d'une guerre « en papier » protestanteoooood oo402
Mise en texte et réécriture . oooo416
LA PRÉPARATION ET LENTRÉE DANS LA GUERRE OUVERTE 433
Une théorie des forces en présence 436
Une nécessaire remobilisation des esprits ooooooooO oo454
LE CHANGEMENT DE RÉDACTEUR DU MERCURE FRANÇOIS 477
La rupture des années 1637-1638 ,480
Le Mercure de Renaudot et sa Gazette :
proximité et distinctiono ooooS08
LA MORT DE LOUIS XII PUIS DU MERCURE FRANÇOISooooooooooo 527
Théophraste Renaudot, les mémorialistes
et l'écriture de la mort de Louis XII., ooo 529
La mort du Mercure François oo ooo542
cONGLUSION 565
CONCLUSION GÉNÉRALE ooo S711
SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 585
INDEX DES NOMS DE PERSONNES 615
Soumis par lechott le