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1678, 09
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A PARIS.1'
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A PARIS,
Chez GUI LLAÜME D E LUYNE, au Palais, dans U Sarlledes Merciers, à la- Juftire, _ - , ♦ f
CHAULES DB SERCY,dans la Grande Salle, à la Bonuc-Foy couronnée.
ESTIENNE LOYSON, dans la Gallerie des ' j ’’ Prifonniers, au Nom de Je fus.
’ - ’ 1 i ' - - ■ . ■ >
JHAN GUIGNARD, dans la Grande Salle à l'image S. Jean. » '->■■>
THEODORE GIRARD, dans la Grande Salle, à l'Envie.
G^ARLES OSMONT, dans la Grande •'* ‘ Saüe, à l’Eftu de Irancc.
♦ r <4 ***
Pans la Salle Royale, à l'image S.Loiîis»

M. D. LXXVI1L
AVEC PR2F1£.£G£ DK ROT,
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l h.
A , ,
MONSEIGNEUR
DAVPHÏN.
’Ay chanté vos vertus pendant
plus de huit mois.
En attendant le temps déchanter
vos Exploits.'
■Si je ne fournis point aujourd’huy ma
Carrière
, Sur vos Prodiges éclatais,,
Ce n'eft pas manque de matière,J
C'eft manque feulement detemps,
1 i - * ? t '
En effet,Monseigneur,
il ni en faudrait plus epiilne
ni en refte} apres avoir parlé
à
des fwpren&ntes Actions du Roj. pour entrer un peu pard ticulierement dans les chofis qui vous regardent, Ce font tous les jowrs de nouveaux fijets cT admiration pouf ceux qui ont Vavantage d'en cflre témoins. Leur bonheur cfi fins doute à envier; mais au moins quelque ze’e que leur 'injfire l honneur d* approcher de V flre Per- fionne. il ne fiauroit qu égaler le profond feffcÈl avec lequel je fuis.
MONSEIGNEUR.
Voftre tres-humble &■ très- obeiflant Serviteur. D.
7
X
TABLE.
pertnys l*Abbaye de Saujfèujè, Fable de la Tie CP du Tfoitelet, i o o Ififlaire de la Tromejfe de Mariage “rtlee, ■ ' 104
Sonnet contre la CbaJJe du Liéyre, 125 Stances, ni
Mort de M. de Seguiran Tremier^Prendent en la Cour des Comptes, Aydes VP Finances d‘Aix en Provence,
•\ ' *'Vfc
Mort de Mefdames de Meneblan VP ' Frefin3 I44.
Iflfjoùijfancesfaites à Tboùars, ï 4 y
Academie établie à Ca'vaidon, - 146 *
Helene - Lucrèce Pifiopia Cornara prend le s T1 egre^ de rfocéorat à Ta-' doue, v ■ * '■ *-*
Lettre du Zepbire À Flore, ^fléponfe de Totnone, Sonnets3 CP autres PiècesJuf laTaix, 165 ù
Mort de Madame la'Dticbejfe de Fir- temberg, 167
, -K V. ■ifO
i6ov"
TABLE.
Tréfèutfiit au ^ay pur M, TAllé du Montai, 179
Tortrait de M. T Arcbeyefiue de Ta - rù, gtayépar MadsmoifiUe Stella9
J91
Tcrtraits de Leurs Ma^efte^graye^ par Mademot/eUe Majfbn, 19$
Tremblement de Terre arriyé à Ayi- gnon & eti Troyence, 194
fers fur ce Sujet, 19 f
Ayanture arr/yee aux Bains d'Aix en Saïoye, - J97
TeTÇoy fiifM. le Marquis de ITa- y ai fles, 'Brigadier dans fis Armeés, ni
ffgtlfiit À la T^eyne à TAbbaye dre r-ys> . . .. ., «<
M^rt de Madame la Baronne de Maroc', Govyemante des Filles d'ffonneur de Madame, xij
Madame de fouirais eft cboifle e» fd place, ' . 22 j
Mort de Madame de la Leyretiere, Gouvernante de Coude', 224
Fautesglijfees dans quelques Fobun es précédé ns, lié
' i 2
A
TABLE.
jW*. des Clofets eft envoyé rf TÇome par le'Patfiarche d'Antiochepour 1*?^ nion de l ’Eglife Grecque <yp de la Romaine, ‘ - ijq
Jtfariage de M.le E’icomte d’Obterre* de M rdame de Zonftc, "’ ' 137 mariage dem.de la Salle W ttijlre /as Zfequeftes, i$3
Rétabliffêment de Zrf Santé d Mrf- dame deSa"yoye*
>< r « 1 x » " •- * • >* s
M'tangal>
M. r^et lieux effets des Zfemedes du médecin Anglois des *Feres Cm- pucins établis au Louvrepar l’ordre <lu J(oj, . MS
Relation du Combat donné'' devant }AonSs a\ec les Noms de tous couse qui s’y fintjlgnale^* 24S
Article delà Guerre d'Allemagne, 334 Explication de la première Enigme en Eers du m.oisdernier* 343
Noms de ceux qui l'ont expliquée * 343 Explication en Fers de la féconde* 146 Noms de ceux qui ? ont expliquée* 3 4 6 a r J
• > - <.
TABLE
' A. s * V
Enigmes en Fers* ' jjj
Noms de ceux qui ont explique* l'E- nigme en Figure* < . 3^4.
Entgme en Figure, }6o
TPiVertifièmensTle Fontainebleau, Jul Mort de M. leMarquoe de S. Germain "E :atspre\ • $<9
Mvrtde M.deFlayacour, 569
Mort de M. *fioulier Maiftre des 'fie- . queftes* 570
Charges C7^ "Bénéfices donne^ par le
‘Fpp, yji
Mariage deM.le ‘Duc de Fillars, 371 Fabrication de la Faix r-atifie'e entre i la France & l<* Follande* Apofiillefur le mot de T or fil,
57J
'■ jSi
Fin de la Table.
f
vivig pour toujours.
N plie ceux quienvoyeront des
Mémoires où il y aura des
Noms propres, d’écrire ces Noms en
caraéteres tres-bien formez & qui
imitent l’Impreflion , s’il fe peut,
afin qu’on ne foie plus fujet a s'y
tromper.'
On prie auflî qu’on mette fur des
papiers diférens-des Lettres, toutes
les Pièces qu’on envoyera. t
On reçoit tout ce qu’on envoyé,
& l’on fait plaifîr d’envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure, les doivent
chercher dans l’Extraordinairej
& s’ils ne font dans Fun ny dans l’autre,
ils ne iê doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura fon
tour, & les premiers envoyez feront
les premiers mis, à moins que la nouvelle
matière qu’on recevra ne foie
A V\1 S.
tellement du temps, qu’on ne puifle différer.
On ne fait réponfè à perfonne, faute de temps.
On ne met point les Pièces trop difficiles à lire.
On recevra les Ouvrages de tous les Royaumes Etrangers, Ôc onpro- pofera'leurs Queftions,
Si les Etrangers envoyent quelques Relations de Feftes ou de Galanteries qui fe feront paflées chez eux, on les mettra dans les Extraordinaires.
On avertit que le Sieur Blageart aura le if. d’OAobre prochain une Boutique dans la Court Neuve du Palais, vis-à-vis la Place Dauphine, AU DAUPHIN, où l’on ne manquera jamais de trouver toute forte de Volumes en telle Reliure qu’on les voudra.
Il donnera tous les Volumes de l’année 1678. & les Extraordinaires à Trente fols reliez en veau, & à vingt- pnq reliez en parchemin.
P "T \
Znrls.
Les dix Volumes de l’année 1^77. fè donneront toujours à Vingt fols en veau, &rà Quinze en parchemin.
On donnera un Volume nouveau du Mercure Galant, le premier jour de chaque Mois fans aucun'retardement.
L’Extraordinaire du Quartier de Juillet le diftnbucra le 15. d’Octobre*
On prie qu’on afïranchiflè les Ports de Lettres,'& qu’on les adrefTe toujours chez ledit Sieur Blagearr* Imprimeur-Libraire, Rue S.Jacques^ à l’entrée de la Rué du Plaltre.
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-t r-
TABLE DES MATIERES
- contenues en ce Volume.*
A Faut-propos, ,, * page s
Description eu Trofi en
y ers d'une Fefie donnée par M. de
Matignon,
Inégal donné d Madame la ComfeJJé
de Soiffôn s, par Madame la Dvcbeffè
de Sa^oye, . '; '
Mariage de M. du Gué, c**1 de MademoifeUe
Taris, 4f
ifijloire des Dents crues fdujjes^ ;
Marbreprawé dans le territoire de
S. Maximin en T revente, \ 5 y
Trodige arrivéd Loches, yy
Maufilée de -Af. le Marefihal ds
Mort de M. TSyefîfue de Fréjus yy
Ze ‘JÇoy donne d JVZ T .Abbé de Mau•^
r L ne 11 point befoin,
M Madame, que vous
JL me recommandiez les
Nouvelles de la Paix, Je
fçay qu’on ne vous en fçauroit
aprendrede plus agréables,
& qu’aucune de mes
Lettres ne vous aura tant
plû que celle où je vous
Septembre. A
Z MERCVRE pourray donner ce grand Article tel que vous le fou- haitez, c’eltà dire accompagné de Ratifications, de Publications, & de Réjouit fances publiques. Comme je commence toujours à vous écrire dés les premiers jours de chaque Mois, je remets à la fin de celuy-cy ce que j’auray à vous dire de l'avancement ou de la conclufion de ce grand Ouvrage. C’en eft un en effet fi grand que la Paix, que pour entreprendre d’en venir à bout, il faut avoir quelque
choie au deflùs de KHoinme.
On. la defire. On la
demande. Elle cft l'objet
des veeux de tous les Peuaux
Hommes delà donner,
que quelque befoin qu’ils
en ayent, ils ne font prefque
jamais difpofez à la
conclure. Ainfi quand ils
en doivent jouir, Dieu la
fait (dit-on) delcendre dans
le coeur des Roys, & il le
fert de ces Auguftes Interprétés
pour expliquer làdeflus
fes volontez. Nous
A ij
:
le connoifïbns par ce que
fait aujourd’huy Loiiis le
Grand. De tous les Potentats
de l’Europe, il n’y
en a point à qui ia Paix
qu’il a bien voulu luy donnerjfuft
moins neceffaire, &
il n’a pas laifle de s’en rendre
comme P Arbitre dans
un temps où la Victoire
qui le favorifoit de tous ,
collez ÿ luy montroit dans j
la continuation de laGuerre j
les plus glorieux avantages
quilpuft fouhaiter. Quand
il y renonce en faveur de s
ceux qui voudront accepter |
GALANT, y le repos qui leur eft offerts il fait tout ce qu’on peut attendre d’un Roy Tres- Chreftien, & d’un Vainqueur modère. Mais doit- on eftre furpris que le Ciel ayant médité ce grand Ouvrage. en veuille laifler la
O J conduite à un Prince qui nous a efté donné par miracle 5 & dont toutes les Actions en font une fuite continuelle? Les réflexions que je vous ay déjà priée de faite fur le grand nombre de nos Troupes , fur les Fonds afïùrez pour leur
A iij
fubfîftance, & fur la tranquillité
dont la France a
toujours joüy malgré la
Guerre, ne fçauroient faire
admirer les bontez du Roy,
quelles ne faflènt en mefme
temps condamner les
Ennemis par tous les Princes
dcf-intércïlèz. Je nomme
Ennemis ceux qui balancent
à recevoir la Paix,
dont ils n’ont pas feulement
befoin pour l’établir
en fuite au milieu de leurs
Etats où régné la divifion,
mais pour fauver ce que le (
Roy fera toujours en état j
GALANT. 7 de prendre fur eux. Depuis fort longtemps vous entendez parler de leurs troubles. 11 y en a chez quiles uns voudroient toujours commander dans le Cabinet, & vous en fça- vez chez qui d’autres ne trouvent rien de plus doux que de le faire obéir par de nombreufes Armées. Ces
troubles feroient de grands avantages pour le Royx fi fa genérofité pouvoit luy per- mçttre d’en jouir; mais il ne veut profiter ny de la foibleflc ny dudefordre de
A iiij
fes Ennemis, & il leur ofre
les moyens de fe garantir
des malheurs domeftiques
qui les menacent pendant
que tout elt paifible & en
joye chez luy. On peut
dire que quand mefine la
Guerre ne finiroit point,
tout y demeureroit dans le
mefme état, puis que tant
qu’elle a duré, il s’eft fait
beaucoup de Feftes, tant
publiques que particulières,
dans toutes les Provinces
du Royaume. Vous
en avez veu les Defcriptions
dans la plupart de
A T A XI T1* - 9
mes Lettres, & vous en
allez voir une nouvelle dans
ce qui en a efté écrit par
Mr des Avaris à une fort
aimable Perfonne.
A MADEMOISELLE ***
/ vous ave^ crû,
moi fille 3 qûil ne fi pourvoit
rien voir de magmfiq - e
âpres ce qui fi fit il y a quelque
temps pour Zæ réception
de Madame U DucheJJe de
Tofiane* dans le voyage quelle
fit à Caè'n 3 la Ve fie dont
fay a vous entretenir aujourdhuyy
vota va faire changer
de fèntimens. le fuie feûr
que <uous la trouverez digne
de celuy qui l'a donnée 5 gÿ
que vous nen pourrez apprendre
les particularité^
fans avouer que Monfieur
de Matignon a toujours de
nouvelles maniérés d'ajfiL
fonner les plaifrs de toute
la pompe quils font capables
de recevoir.
Ce qu’il faic répond bien à fa
haute naitfance,
On ne peur mieux tenir fon
f
Rien n a fa ma
cence, (France,
Ec peu de Gens fçavenc en
Soutenir comme luytout l’éclat
de leur Sang.
Le jour de fi naijfince luy
fournit tous les Ans F occafivn
d'une Fefte 3 ft) il le célébra
dernièrement avec une fimptuofité
qui ne caufa pas
moins d'admiration que de
firprife. La plupart des
le formes de qualité de la
Province qu'il avoit invitées
fie trouvèrent deux jours
avant celuy de la Fejfi à fin
Ch aile au de Thorigny > dont
i2 MERCVRE vous ave^ tant oüy vanter labeauté. Les Cavaliers na- voient rien négligé de ce gui pouvait leur donner le bel air* & les Dames ne parurent jamais avec plusd‘éclat, De~ puis T arrivée de cette belle & nombreuse AJfembléey quatre Tables de douche Couverts chacuney furent fervies tres^ régulièrement â tous les Repas. Le leu^ U Danfe, & la Promenade, furent des plai- firs fi agréablement diverfi- fie^ quil efiiit difficile de dire ce qui plaifoit davantage, Le jour folemnel cfi-
tant arrivé, toute la Bourgeoise
de Thorigny &des en.
virons, qui seftoit affemblée
g? avait fait reveuë dés le
fiir , vint fe mettre en bataille
le matin dans la Court
du chapeau en très-bel ordre
5 en fuite dequay elle fut
conduite par le Commandant
à Tendroit du 'Tare aui t .
avec T Arquebifi un Prix
confidérdble que Monfeur de
Matignon donne tous les ans
babille\firt proprement a
Zæ maniéré du Village, la
Houlette a la main, entrèrent
dans la mefme Court a
la cadence de plusieurs Blutes
douces & Haut- bois qui
joüoient des Airs tous charmans
, quoy que champefires^
Vous m'avouerez Mademoiselle,
qüils eftoient bien
conduits, puis que VAmour
&quon ne
peut douter que Z’Amour des
Vergers £ÿ des Boccages ne
<vaiUe bien celuy de la Cour,
en efioit le Chef
C'efi dans ces lieux paifîbles
ou Vun goufte les plus innoventes
douceurs, & les plus
tranquilles plaifirs. C'efilà
le fijour de la Confiance. Le
fidelle Berger montent de fi
fidelle Bergere, rien va point
inquiéter un autre qui goufie
la mefine tranquillité que luy*
Le bien quilpojfede rieft jamais
troublé par la jaloufi
envie d'une autrepojfejfion.
Ce quil a9 luy tient lieu de
tout ce quilpourvoitfiuhaiter^
& la Bergere également
contente y fait de la tendre(fie
&de la constance de fin Berger
5 toute la félicité de fi
vie. Cet Amour dont je vous
16 MFRCVRE parle, efioit un petit Garçon très- beau, tenant un Arc en fi main, & ayant un Carquois ' au dos. Il efioitplacéfar un
Trdne fait à3une maniéré galante quoy que ruflique. Il y avoit tout autour plufiewrs Cages pleines de Faifins, Perdrix 2 Cailles 2 Levraux, Poules, &} autres Animaux^ quiV venait offrir à IMon- fieur de ^Matignon au nom de tous les Bergers de fa faite. Les ^Darnes qui ef- toient en grand nombre dans le Chafieau ? accoururent en finie pour admirer ce joly
SpeEtacle. Ce petit Amour
firpris de voir des Beaute^
fi éclatantes , & fie doutant
bien, ou plutofi /çacbant que
parmy elles ily en avait d'infienfibles
a fis traits, leur fit
connoifire par ces Vers recite\
tout haut 3 ce quelles dévoient
craindre de leur in~
fenfibilité.
I
Belles, qui de mes craies voulez
vous garentir,
Et qui jufqu’à prefent n’avez
fçeu me connaiftre,
Appreftez-vous à les fentir,
Toft ou tard je ferayle maiftre5
Ne me rebutez plus fi je viens à
paraiftre,
Septembre* i
18 MERCVR.E
Ou je fçauray long-temps vous faire repentie
Cette menace faite d'un ton fier, pût bien trouver des timides, & les obliger h ne fi plus défendre contre F Amour. Du moins j'ay oùy dire que quelqu'une commença dés ce moment a foû-
avoir dancé quelque temps dans la Court, allèrent dans le Parc chercher un endroit plus commode pour continuer leur dance. Les B ergérés qui s fi efioient rendues avant eux 3 les attendaient impa+
pirer. Les Bergers
t
GALANT 19
tiemment. Elles avoient cboifile
bas d'un Cofteau9 om-
I r > > J / ri
fafiaye * qui y faifcit goûter
une tres-agreable fraîcheur.
Les Bergers les ayant apperdues
de loin* coururent vers
elles avec Tempyeffanent qui
efi naturel a ceux qui aiment.
Chacun prit la fienne > & la
Dance recommença far les
cinq heures dufoir. Toute la
au Parc3 alla au lieu cà
efioit cette galante Troupe
de Bergers. Le plus galant
d'entreux fit une Harangue
■1
20 Vlvn,
a IMonfieur de M tignony s en acquita avec autant d'cf prit que de grâce. On fè divertit quelque temps de la maniéré ruflique & des pof turcs plaifantes que faifîient en dansant les Ber gérés les Bergers. Ce plaifir fut Juivy de celuy de la Cowfe pour laquelle on avoir pro- pofé un Prix. On mit des JLevraux en liberté3 & ils furent fuivis avec une telle viteffe 3 que leur legereté ne pût les empefcher d'eflrepris. Apres ce violent exercice? les Bergers allèrent fe repofer
GALANT. 2i fous l'ombrage d* un petit Bois quil fembloit que ï A- mour leur eufi préparé pour fi rafraîchir , Cÿ pour fè remettre de leurs fatigues.
5fi
Fut-il jamais rien de fi beau
Que cet agréable feuillage?
Sous la fraîcheur de Ton om- bragc,
Chaque Berger exempt du foin de fon Troupeau,
Par un doux & rêdre langage Entretcnoit fa charmante llà- beau.
La Courfe finie. les Dames Êÿ toute la Suite, prirent le chemin de la Ménagerie qui
fera des plus belles quand
on y aura mis U derniere
main. Sa- fftuation eft au pied
d'un Colleau tres-agreable*
Plafiettrs Pavillons de brique
3 & couverts ddrdoife^
liez* enfèmble par autant de
petites Courts pleines d'Oyféaux
dès plus beaux & des
plus rares 3 cvmpofent cette
Ménagerie. Vne Terrajfe
jointe a lu plus grande des
Courts r & qui fait face du
collé des Prairies y des Eaux3
des Bois} & des bergers qui
font renferme^dans ce Parc,
fait découvrir à ceux qui s y
ta
«
promènent, ce que la veue du plus beau Paifage de la Province peut avoir defatufai- fant. Dans le milieu de cette Terrajfe* qui nefi fermée que par une petite Palijfade d’ol %ier proprement faite * eSl un B afin quarré* bordé d'un ga^pn verd^ d'ou fort un fet d'eau- de trente a quarante pieds. Son eau remplijfant une grande Coquille forme une belle Nappe 5 retombe dans un autre Bajfn plus grande qui- fait, comme un demj Cercle. Des deux cof ‘te^,partent deux autres Jets*
qui pour efire plus bas que le
premierb ne laijfent point d'en
égalerlahaute^r C'efioitautour
de ce Baffïn9 & fur cette
Terrajff que Monfîeur de
Matignon avoit marqué le
lieu du Soupe. Ses ordres furent
execute^ de cette maniéré.
Ce B afin efijuflement
placé entre deux des Pavillons
qui femblent eftre joints
à Je s cojle^. Depuis l'un juf
quà Vautre on avoit drefé
en rond une belle GaUerie de
verdure qui riavoi
que du cofiédes Jets d'eau?
celle du Pazfage dont je vous
veut
GALANT. 2j âj parlé ayant eflé bouchée tout exprès a caufe de V air qui auroit eflé trop grand pour les Dames pendant la» nuit 7 qui fut auffi belle que l'aprefdlnée avoit eflé agréable. zAuxdeux extrémitezjie
cette Gallerie efloient deux beaux Salions de feuillages ornec^d'une infinité defleurs^ où deux Tables de trente Couverts
chacune furent dre fées9 Du milieu de celle qui estait préparée pour les Dames >for- toit pompeufiment un Oranger couvert d'une quantité de fleurs de fiutts admira*.
Septembre. C
blés. La Table du Bufet ef
toit placée entre ces Salions*
& regardoitdes BaJJîns. Plufieurs
Arbres furent plante^
avec fymetrie en divers endroits
de cette Terrajfe * cÿ
on en fut d'autant plus forpris*
quils faifoient voir un
Boccage drvertijfant dans un
lieu* où un jour auparavant
on ne découvraitquun champ
uny tÿ découvert. Depuis Tun
de ces Salions jujqua l'autre*
trente Chandeliers a quatre
branche s* garnis de verdure*
regnoient for la voûte de U
GaUerie. Les Dehors eftoient
4
de quantité de Lanternes
peintes dont les Arbres
efioient couverts. Pluâcoiïé
des Jets d'eau vers le
milieu du B afin y fai fuient un
Enfin fix cens Lanternes furent
rnifcs pour embellir ce
Lieu.* cy pour fi rvir à ce Régal,
Tout fut allumé fi tofi
quon yit approcher tes Dames
y & il ny eut j. mais un
plus beau jour. Ce riche Buf.
et de 'vermeil qui ferait honneur
a un Prince^ comp- fe de
plufieurs grands Bfifins de
vermeil doré * d'un ouvragé
achevée £ une pefanteur exce/
five^ de quantité d'autres
Vafis tres-bien travailleuse
Flaccons & de Soucoupes9 ébloùiffbitceuxquis'attacboiet
trop à le regarder. Six belles
Plaques de vermeil & d'argent
placées au dejfuty furent
garnies de Bougies, dont la
lumière jointe a celle des
Chandeliers qJ des Lanternes
qui l'environnaient fie firent
paroiStre dans toute fa magnificence.
Monfieur de ^Matignon
donna ordre de Jervir.
Les deux Toiles fuGALANT.
rent couvertes dans le mefa me temps de tout ce qui je pouvoit imaginer de rare & de délicat pour lafaijon. Les Soupes , les Viandes , les Entremets, le s Confitures les Fruits fer vis CGnfafé- ment b faifoient un agréable mejlange far l'une far l'autre , & on peut dire que fi la profafion farprenoit^ ïordre & la polit ejfe ne caufoientpas moins d'étonnement»
De ce Repas délicieux,
Digne de laTable des Dieux, On ne pouvoir allez admirer Fabondanccj
C iij
go
De tour ce qu’on y vie l’oeil partir enchanté^
Etl'onpourroic douter de cette vérité,
S’il n'eftoic plus de Matignons en France.
Cette lüufire djjemblée foupA au bruit de dix Pièces de Canonqui par leurs décharges continuelles interrompaient les Violons z & les Hautbois qui ne cejjbient point de jouer. Les Dûmes Je levèrent de Table. Chacun
les Jui^vit 3 gÿ on ne faifoit que commencer a fortir des Salions pour aller goujïcr le
frais des Jets die au 5 quand au milieu du Cofieau ; au bas du~ quel cette Ménagerie eft fi~ tuée * on futfurpris de voir un Champ de lumières fi confits 3 quil efioit impoffble de difiinguer ce que cejloit. Les Ejprits furent longtemps incertains de l'effet que ces lumières dévoient produire, & enfin on aperçut tout d'un coup un nombre très - grand de Fumées - volantes qui for- tirent du milieu de ce Cofteau.
Elles remplirent ï air pendant une demy-heure d'une
feux, quil fèmbloitquil ne
devait plus puroiftre * de
nuit.
Jamais de tant de feux nuit ne
fut éclairée,
Ilfembloit que les Cieuxouvers
Répandoient par tout l’ünivers^
Uéclarante beauté dont leur
voûte eft parée.
Peut-on, ^Mademoijede,
Ajouter quelque chofèatant
de beautés^, & n Avouer e^
vous pas que peu de Gens
fqxvent comme Monfeur de
£Mitignon donner de lanouGALANT.
33 beauté aux plaifirs ? Dés quon eut cejfé de tirer ces Fu- jées on commença un Bal régulier au bord du grand Bajfin, Il dura une partie delà nuit, & le jour efioit déjà prefi d paroifire quand les Dames montèrent en Ca-
roffe, &les Cavaliers d che^ <valpour retourner au Château. Un y eut du malheur ce fioirdd que pour les Bergers & les Bergeres. Jlss'efi- toient rafiemble^pour venir chercher V Amour qui pendant toute la réjoitiffdnce ef- toit demeuré affis fur fin
%
MERCVRE Trône aumilieu de ce Boccage enchanté, mais ll\ ne le trouvèrent plus y T allèrent inutilement demander a tou- tes les Belles. Il efî a croire que quelqu une d éntre-elles ïemporta dans fin coeur 3 (ÿ que ïinquiétude où elle laijfi celte Troupe defolée la toucha moins que le plaifir de pojfcderun Dieu fi ch armant, d fiy fie® depuis y que deux jours apres 5 un Zephir Tarent rapporté dans le milieu de leur Boccage très-fatigué tfimefme fins flèches. Ko us en jugerez ce quil <vo$ plaira
GALANT.
Avouez, Madame, que cerce Felte elt bien cligne d’un grand Seigneur. J’en a y veu une fécondé Relation adreffée à une Per-
fonnc de qualité, où aucune des particularisez de cette première neft oubliée. Ce- luy qui féerie, apres avoir fait connoiftre que l’Ar- ticle feul du Bal meriteroit
une magnifique Defcrip- tion pour rendre juftice à la beauté des Dames, & à la propreté des Cavaliers, adjoute ce que vous allez lire dans les mefmes ter-
36 MERÇVRE ’ mes dont il s’eft fervy. le ne fuit oublier icy une cir- conftance ■> c eft que Madc- moifèlle de Matignonparut avec tant de grâces & de charmes 3 que je quitte tout pourrons en parler. Il ny a que trois mois que je l'avais Lu fée. Voies nefçaurie'xyvûus imaginer combien en ce peu de temps elle eft encor embellie. Ce font les plus beaux yeux du monde, Sa taille eft belle & fine* &fèx traits doit x
& délicats, le vous exagere encor moins cecy que le refte, & je croy que je ne faurou
GALANT. 37
finir par plus bel endroit.
On vous a trop parlé de Violons & de Hautbois, pour ne vous régaler pas d’un Air nouveau. En voicy un de Mr Labbé Maiftre de Mufique de S. Jacques à Dieppe. Je n adjoûte rien à cc que je vous ay dit de luy dans mes autres Lettres. Ses Ouvrages font fon éloge, &on ne les peut voir fans les approuver. 11 a cherché à fatisfaire le Public dans la compofîtion de ce dernier touchant la Baffe vocale, quon avoir
58 MBCW? demandée par plufieurs Lettres de l’Extraordinai re} plutoft que la Continue, parce que la Bafl'e vocale ié chante & peut fervir aux Inftrumcns, au lieu que la Continué n’a que la dernière de ces proprierez Vous trouverez icy l’une & l’autre. C’eft le moyen de contenter tout le inonde. Les Paroles font de M'dc Mervillc , dont je vous ay de'ja faitvoir quelques Pièces.
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sous deuXsMais au moins plaignons»!** plaignons-la
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bien* 1,Etcellpourquoy,c’eftpoui'-quoy,jeune Sergere 3 Vous voulez plai-
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h’aymer rien : rien : Pour vo9 contenter
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fort, à mon fort rigoureux J’en veuxj’en veux avoir " route la
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Etc eft poUrquoy, jeune Be^ge- re, Vo9 voulez plaiî=
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inhu- mai- ne, Je cede à mon
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vous contenter in- humaine, Je cede à mon
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ne 3 Mais au- moins, plaignonsmoins
plaignons-la tous
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•*

39
AIR NOUVEAU.
O Wfitifre quand on aime bien,*
Kous voulez^ plaire.*
£t ri aimer rien.
pour i}oiiî contenter* Inhumaine*
Je cede àmon fort rigoureux*
Je veux avoir toute la peine*
Mm au moins plaigpont-la lotte
Je viens devoir uneLettre
qui parle d’un Divertifkmeaï
de Challe que Madame
la Duchefle de Savoyc
donna il y a quelque
temps à Madame la Comrefle
de Soiflons dans le
Parc de la Ve'nerie. C’eft
une Maifon de plaifance
des plus belles à deux lieues
de Turin. Ce plaifir fut
ïuivy de celuy de la Comédie
qu’on reprefenta
dans une Orangerie ornée
de Verdures & de plufieurs
Jets d’eau fur le Théâtre.
Ils luy fervoient de décoration
, & les ordres
avoient efté fi bien donnez
pour tout ce qui pouvoit
contribuer à la beauté
du Spéélacle, qu’il fembloit
que le Lieu fuft enchanté.
Up magnifique
Repas accompagné dune
Symphonie admirable, fucceda
à la Comédie , & il
n’y eut rien où l’on ne remarquait
cet air de grandeur
qui eft inféparable de
tout ce que fait Madame
Royale.
Mr du Guay Confeiller
au Grand Confeil, a époufé
Mademoifelle de Paris.1 Il
eft Fils de Mr du Guay- Vun
des anciens Confeillers d’Etat,
& Intendant de Juftice
dans la Province de Lyonîiois,
Foreftj & Beaujolois.
Vous avez entêdu parler de
D
la réputation qu’il s’eft acquife
dans cet important
employ j donc il s’acquite
avec la plus grande exactitude
? fans que les Particuliers
trouvent aucun £ujct
de seirplaindre. Madame
le Tellicr eft Tante du Marié
j qui elt Parent de Mr
du Guay Premier Préfidenc
de laChambre desComptes
à Dijon. Mr du Guay Baignolj
&Mrde Collanges,
tous deux Maiftres des Requeftes
, font fes Beauxfreres.
Mademoifelle de Paris
dl Pille de feu Mr de Paris
' i
.<1 A I A KJ T x - i • 4-?
Concilier de la Grand’
Chambre , & Nièce de Ml de Paris Prèfident à la
Chambre des Comptes. Us font l’un & l’autre des plus confidèrablcs Familles de la Robe.
Je croyois vous apprendre en mefme temps le Mariage de l’aimable Per- fonrbe.dont vous me demandez des nouvclles^mais il s’eft rompu depuis quatre jours. 11 n’y a rien déplus bizarre que ce qui en a elle la caufe. Le Cavalier qui la devoir époufer 5 avoir D ij
44 ME rcvre
trouvé en elle ce qu’il fera
difficile qu’il rencontre ailleurs,
c’eft à dire une Perforine
exempte de tous les
defauts qu’il appréhende.
11 ne veut ny blanc ny rouge
, & la moindre beauté
empruntée eft pour luy
quelque chofe d’infuportable.
Il avoit fort examiné
fa Mai ftr elfe-, & comme les
Articles prefts à dreffierluy
donnoient la liberté de la
voir prefque à toutes les
heures, il eftoit fort convaincu
que l’artifice
voit aucune part à
teint, & que fa beauté eftoit
route à elle. Il en faifoit
un jour vanité en préfencc
de trois ou quatre de
fcs Amis, quand l’un d’entr’eux
qui ïçavoic fon foible,
luy dit pour l’embaraffer,
que quelque parfaire
qu’il cruft fa Maiftreflè, il
n avoir pas eu d’afTez bons
yeux pour découvrir qu’elle
avoir de fauffcs dents.
Ce prétendu defaut le déconcerta.
On s’en apperçeut,
& un autre ne manqua
pas auflitort d’appuyer
cetre malice. Ils le laiflè-
4
rent partir dans cet embarras. Vous avez fi fou- vent admire les dents de la charmante Perfonne dont je vous parle j qu’il eft imposable que vous ne vous fouveniez de leur beauté. Nollre Amant chagrin fe figura qu’elle en avoit quelques-unes plus blanches que n’efioient les autres, 6c ce fut affez pour luy faire croire quelles eftoient appliquées. Il alla chez elle, & malhcureufcment il la trouva feule avec le S1 Ro- binau, qui ayant cfté au-
I t M IM - A ~7
-2 4. AV'/ -ê il *1 i. • f
trefois de fes Voifins, ef- toit venu la congratuler fur o
le bruit de fon Mariage, dans un temps ou il avoir crû ne trouver pcrfonne. Cette rencontre ne le laifla plus douter qu’ôn ne luy eull dit vray. Le vilage du S1 Robinau luy eftoit connu. Il fçavoit quil eftoiü un des Hommes de France qui avoit le plus d’adrefle à nettoyer &àbien accommoder les dents, & il ni- gnoroit pas que Madame Royale l’avoir fait venir exprès.! Turin fur fa répu-
948 MERCVRE
tation, & qu’il en eltoic revenu
depuis peu avec des
pre'fens fort confîdérables.
Ainfi il fe perfuada qu’il
avoit efté mandé par fa
Maiftrefle , qui avant que
de iè marier elloit bien aife
de luy faire reparer le def-
.ordre de fes dents. Il eut
les y* eux attachez deffus
tant quelle parla, & quoy
qu’il n’y découvrift aucun
artifice, il crût que lès lèvres
le cachoient. Les Articles
dévoient’eftrc lignez
le lendemain. Il trouva un
de trois jours, & les employa inutilement à chercher ces faufles dents qui luy donnoient tant d’inquiétude. Il crût pourtant toujours qu’il y avoit de l’inégalité dans leur blancheur, & enfin ne pouvant s’éclaircir par luy-mefine, il pria une Amie de la Maifi. trefle de luy faire voir clairement fi lès foupçons eC toient vrais ou non, parce qu’il connoifloit là délica- teffe, & qu’il craignoit de ne rendre pas une Femme heureufe,s’ilefi;oit trompé.
Septembre. E
Cette Amie le traita de ridicule.
Il s’obftina à vouloir
eftre éclaircy, & elle
fut obligée de découvrir à
fon Amie le fcrupule qui
larreltoit. La Belle trouva
tant d’extravagance dans
cette bizarre dclicarcife,
que (on Mariage efiant
plus de politique que d’amour,
elle s’en reprefenu
toutes les fuites, Ôr les crut
trop dangereuies pour s'y
hazarder. Ainfi le Cavalier
ellant venu la voir le lendemain
à fbn ordinaire, elle
prie une humeur fort enjouée,
& luy dit en préfence
de Ion Amie , qu’il
avoit eu tort d’avoir fait
façon de s’expliquer avec
elle fur PArticlc qui leinbaraïïbir.
Elle fe'para auflitoft
fes lèvres fins luy donner
le uiïip.1 de lépondre,
luv fit voir des d<nrs ad mirablement
rangées , & le
convainquit du foin que
la Nature avoit pris de les
appliquer très p-op’-cment.
Le Cavalier en témoigna
une joye fenfible, luy demanda
pardon de 1 injufte
crainte qu’il avoit eue, &
E ij
il commençoit déjà à prier quon luy fiit figner les Articles, quand la Belle ad- joûta que c’eftoic du moins autant pour elle - mefme que pour luy qu elle avoit voulu luy faire voir que fes dentS cltoient & belles & bonnes ; mais que comme elle eftoit fort réfoluë à s’en faire appliquer de fauf . fes, fi elle ne pouvoir éviter les accidens qui en font prefque toujours perdre quelques-unes aux moins malheureux, elle fe garde- roic bien de s’expofer aux
GALANT, y? defordres que «ctte beauté empruntée ne manqueroic point de caufer etitreux- quelleloüoit fadélicatcfle, & qu’il pouvoit choifir ailleurs une Femme qui luy donnait toutes les afîuran-
ces requifes de n avoir jamais rien que de naturel.
11 n’y a point de furprife éçale à celle ou cette dé-
O
claration mit le Cavalier. Il crût d’abord que faMaif- treiTe chcrchoit à fe divertir,
mais elle joignit à ce quelle vcnoit de luy dire des proteftations fi férieu- uj
54 MERCVRR . les de ne lepoufer jamais, qu’il neur plus d’tlpotr qu’en l'autorité de ceux dont elle dépend. Ce fut pourtant inu i'emenr qu'il les fit parler. Ils trouveront delà juftice dins Sa crainte
que Thunicur d’un Mary fi délirât cauioic à certe aimable
Perfonne, & ils luy laiflcrent lenriere liberté
de la rupture. Le Cavalier en paroift inconfolable. Ceux qui fe réjoüifTenc de fon malheur, publient qu’il a fait dire à fa MaiftrefTe, que pour luy montrer qu’il
GALANT. 55 eftoit entièrement guéry de fes caprices, il confen- toit qu’elle fe fift arracher toutes les dents pour en prendre de fauflès, & qu’il ne laiflèroit pas de l’épou- fcr avec ce defaut.
La France qui eft fi a- bondante en toutes choies, l’cft devenue en Maibre depuis quelques mois. On en a trouvé de jalpédans le Territoire de S. Maximin en Provence. 11 y en a tout un Quartier, qui contient une lieue delong, & autant de large. Ce Marbre eft fi E mj
MERÇVRE bien diverfifié, que les plus habiles Peintres, abandonnant leur Pinceau à leur imagination, auroienc peine à faire un plus agréable aflbrtiment de couleurs. Ce font de petites taches rouges, blanches, vertes, bleues, jaunes, & couleur de Ciel, femees fur un fond noir. 11 yen a d’autre dont le fond eft tout aurore avec les melmes couleurs. Ce vert & ce jaune me font fouvenir de ce qui a elle veu à Loches le dix-hui- tiéme du dernier mois. La
L
chofe tient du prodige, & elle ne vous furprendra pas moins qu’elle a fait les plus habiles Gens de ce Païs-là. Une Demoifcllc ayant eu des foûlevemens de coeur
aflèz violens, on crût que ceftoit quelque menace de fièvre, parce qu’il y en avoir quantité à Loches, & qu’elles cftoient toutes accom-
pagnccs de ces accidens. Cependant elle lentit tout d’un coup je-ne-fçay-quoy de gros comme un peloton dans fa gorge, & apresplu- fieurs efforts, elle fe déchar-
58 MERCVRE gea ce ce fardeau qui elloit lur le point de l’ctoufer. Le bruit qu’il fit en tombant, joint à ce qu’elle avoit foufFert pour s’en délivrer, donna lieu de croire qu’il y avoit quelque chofe d’extraordinaire. La nuirccm-
mencoir. Le lieu cftoit cb- a
leur de luy-mcfme. Ainfi on eut beloin de lumière pour examiner ce que c’el- toit. Jugez .de la furprile de ceux qui fe trouvèrent prélens. Ils virent une forme d’Animal route monf- trueufe. Il avoit la telle
A
d’un Chien , à l'exception,
des oreilles qui reïTembloicnt
à celles d’un Chat*
On luy voyoit deux petits
bras,avec deux mains, dont
les doigts elloient fort ciiltinfl-
s. Ces bras & cette
telle efloient de couleur
verte 6c jiune. 11 avoit le
corps femblable à celuy
d’une Grenouille, mais de
la couleur d’un Bouillon
gelé, ou d’un Confommë,,
& tremblant de mefme.
Ses p;eds ôc fes cuifTcs efroient
d'un Enfant, 8c de
la mefme couleur que fes
éo MERCVRE bras. On le toucha avec un bafton, pour voir s’il ne donneroit point des marques de vie, mais on ne vit rien remuer. On ne fè contenta point de cette épreuve. On fit chauffer un fer qu’on approcha du dos de cette Figure. Elle n’eut pas plutoft lenty le feu, qu’elle fit un mouvement déplus d’un grand piedj apres quoy ces bras, cette telle, &ces jambes, fe renfermèrent,& ne firent plus qu’une Mole, compofée de colle & de bile. Que ce foie un
O AL ANT• éi Monftre, un Prodige, ou une Extravagance de la Nature déréglée, c’elt toujours une production fur- prenante qui fournit de grands fujets de raifbnner aux Philofophes &aux Médecins.
Tandis que nousfommes fur les raretez, il faut vous entretenir d'une autre production, mais qui elt d’une efpece bien diférente. On a fait un Maufolée pour feu Mr le Marefchal du Plefîis, & il y a tant d’art & de dé- licatefle dans ce travail^
quon ne peut rien voir de
plus achevé. Les louanges
que Leurs Alteflcs Royales
ont données à ce Chefd’oeuvre,
font une marque
de l’eftimc quon en doit
faire M' de S. Viétor qui
<ft auprès de Madame la
hlarelchale du Pic fils, en
clH’Autheun Le Tombeau
c élevé iur un grand Trophée
d’armes, au haut duquel
elt la Figure de ce
Héros. Il eft debout, ha^
bille à l’antique, tenant un
Bafton de Mareichal de
France avec cet air fier qui
■ GALANT./? a tant de fois épouvanté les Ennemis de l’Etat. Il a fon Manteau Ducal fur les é- paules. Au milieu du Cercueil eft un double C. -qui marque fon nom & celuy de la Maifon. On voit des Vafesfumans aux deux coC tcz 5 & deux Renommées tout auprès a/ec desTrom- pctes qui publient fes grandes Actions. Il y en a une troiliéme en l’air au deftus de fa telle. Elle tient une Branche de Laurier d’une main, & une Trompeté de l’autre. La Juftice & la
64 MERCVRE Force font à gauche, & la Prudence avec la Tempérance, à droit. Encre l’une
& Vautre de ces Vertus, il y a une Pyramide qui eft toute depeticesPalmes depuis le bas jufqu’cn haut, & fur la pointe, un Vafe fumant. La Baze fait voir
deux Baftons de Marefchal
croifez & nouez avec un
Ruban. Une pareille Pyramide fépare les deux autres Vertus. Les unes font appuyées contre des Cyprès , dont les branches confufes & aufli déliées que
G AL aNT - 6)
les cheveux, imitent parfaitement
le naturel, & les autrès
font placées entre les
Cyprès &z les Pyramides.
Des Colomnes torfes fervent
d’ornement aux deux
coïtez. Elles font toutes de
petites Palmes, & entourées
de feiiilles de Vigne. A
chaque Piedeftal le voyenr
les Armes de cet Illuftre
Défunt, avec les deux Colliers
des Ordres du Roy,
les Battons de Marelchal
de France, le Manteau , ôc
la Couronne de Duc. L’ordre
de toute l’Architectu^e
Septembre*
66 MERCVRE eft Corinthien. Rien n y manque. A la frife font trois Telles armées, d’égale diftance, d’où pendent des Echarpes qui foûtiennent des Trophées d’armes. Il y a quatre Feftons de fleurs entre ces Telles armées. Les extrémitez en font foû- tenues par de petitsAmours a collé desColomnes. L’Au- theur y a marqué toutes les Batailles où ce fameux General s’ell trouvé. Lés deux où il a commandé en chef, & qui luy ont coullé chacune unFiiSjfont au bas de
ces Colomnes. Toutes les
Places qui ont eftcprifès &:
fècourues pendant qu’il a
elle Marelchal de Camp,.
Lieutenant General &Marefchal
deFrance,s’y voyenr
aulïi. Il y a encor deux évenemens
parmy fes glorieufes
Avions où l’Efprit a
plus agy que le Bras. Ce
font la tenue des Etats de
Languedoc, & une des plusfortes
Rebellions de Bordeaux
qu’il appaifa par fa
conduite &: par fa prudence.
Ces mots font l’Inf.
cription du Tombeau.
F ij,
la. tres-Illuftre Mémoire
de Ce far Duc de Choyfèul*
Pair CMa/rc/chal de
< France.
Ce Maufblée n’a qu’environ
fix poulces de haut,
& dix de long. Madame la
Comtcfle de Coflc, Nièce
de Madame la Marefchale
du Pleffis, y a trouvé tant
de charmes j que comme
elle pleure encor tous les
jours lamort deM’de CofTé
fbn Mary 3 elle a prié
PAutheur de ne luy pas
refufer fon temps pour un
K
Tltce delaJPaitie., -
KfecwrjdeQvLal
e, de Turin..
______
T
7
s* G &î ANT *. Jh > Z i i i •
travail de cette nature. 11
doit l’avoir bientoft achevé.
La difpofition en cft
route autre, ôc il n aura
rien de femblable que la
maiiere. Comme il y a
beaucoup de Femmes qui
fe piquent d’aimer éternellement
leurs Marys, ces
Tombeaux de Ruelles pouroient
bien venir à la mode.
]ay fait graver ce premier
, afin que toute fit
beauté vous foit mieux connue.
Voyez la dans cette
Planche, & fouvenez-vous
qu’il y a je-ne-fçay-quoy
de fi délicat dans ces fortes
d’Originaux, qu’il eftpref- que impoflible de bien lr miter dans une Copie.
On travaille de toutes
maniérés pour la gloire des Grands Hommes. Ce qu’on a fait par unMaufole'e pour M1 le Marefchal du Pleflis, Mr du Perier l’a fait pour Meilleurs de Guile par des Vers à mettre fous leurs
Portraits. Je vous les envoyé. Ils vous apprendront que Mr du Perier n’a pas moins de talent pour la Poefie Françoifej que vous
POUR METTRE
SOUS LES PORTRAITS
DES DUCS DE GUYSE.
CLAUDE.
Six Princes dont le Nom fait
par tout tant de bruit,
De mon ilhtftre Hymen furent le
digne fruit»
Enphte d'une haute entreprijes
ils apprirent de moy
ai fgnaler leur brasfeur courage
& leur foy y
Pourleurpatrie&pour Z* Effifi*
72,
FRAN CO IS.
Evant Mets ^dont mon b ms
défendait les Ramparts^
Je bornayles Exploits du plus fier
des Cèfars,
Et dtyte rejetton des grands Rois
d * Aufirafie,
Peufie terrafié T PJerefie^
Si de fes P art fans Ennemi de
1* Etat
La détcfable jalon fie
JLe mcufiravy le jour par un noir
attentat*
H E N R Y.
9Amour que tout Paris pvrtoit
à ce Héros^
J) un injufle foupeon vint troubler
fin repos,
Et termina fis jours d'une fin lamentable.
^ileuftcftè moins généreux*
Moins libéral & moins affable*
JLaurait eflè plus heureux*
C H ARLES.
MArfeiRe te dira quelle fut
ma conduite*
Quels furent me> efforts*
Qyand terraffant Cajaux moy faut
je mur en fane
Z'Bfpagtie qui déjà semparoit de
nos Ports.
HENRY.
Z mes An ceflres intrépides*
Affrontant les plus
has^ars*
Parurent jadis des Alcides*
Dans Naples je parut unûfars*
Septembre. G
EsDieaxfi'oi fait que nom
•montrer
S'ils euffent prolongé fin
Le Mondeauroit pic V adorer.
LE DOC D’ALENCON,
dernier Duc de Guife.
A Peine avais-je atteint un
lufire.
Que je meurs fini refté de ce Nom
Par tant de grands Héros s'èten?
dit jufqu’aux Cieux.
Vne Héroïne me fuccede*
Qui toutes les venue poffede
De nos magnanimes Ayeux,
Monfieur l’Evefque de
Fréjus, Docteur de Sorbonne
, cil mort dans la
trente-deuxieme année de
fon âge, fort regreté pour
fon mérite {îngulicr,& pour
là pieté exemplaire. Il eftoit
de la Maifon de Clermont.
Vous fçavez quelle efttres
illuftre, & que les Hiftoires
generales, aullî-bien que
les Monumens particuliers,
en rendent l’ancienne Souveraineté
incôteftable. On
y voit un Mainfroy de Clermont,
Seigneur de Païenne,
& Illes voifines, Admirai
76 MERCVRE de Sicile, qui eut pour Gendre Ladillas Roy de Naples, de Sicile, & de Hongrie ; un André de Clermont, Duc & Prince de Be- flgnan-) unTriftan deCler- monr,Comcc deCupertino, qui maria Ifabelle de Clermont ta Fille à Ferdinand IL
Roy de Naples ; & dans les Rcgiftres de la Chambre des Comptes de Dauphiné, il y a divers Traitez de Paix & de Guerre, faits par les Princes de cette Maifon
avec les Dauphins & avec les Comtes de Savoye &
autres Voifins, (celiez egalement
des Sceaux des uns
& des autres.
Eynard,arriere-petit-Fils
de GeofFrôy de Clermont
Ôc de Beatriz de Savoye,
foit que la longue duree
des temps euft affoibly la
puiflancc de faMaifon,foic
qu’en s’alliint avec une
autre Puillance confidérable,
il crue mieux aiïurer la
mémoire de fon nom^ cet
Eynard, dis-je, donna en
1340. à Humbert.Dauphin
de Viennois la Terre &:
Vicomté de Clermont, cir-
G H• • J*
?8 MERCVRE confiances & dépendances, &fe fit volontairement fon Vaflàl^ mais ou par ge- nérofité, ou par juftice* Humbert rendit àEynard toutes les chofes données, a la charge de les tenir déformais de luy afoy ÿ hommage* voulant g) entendant, que tant Eynard que fis Succefi fewrs en la Terre de Clermont , filent Premiers Barons , Connefiables 3 Grand- Maiftres Héréditaires , &
Premiers Frefidens ne^ des Etats de Dauphiné ; Quom jour de Mariages des Dau-
GALANT. 75? \phins , ou en d'autres Jolern- inifez , ledit Eynard ou Jes \succejjturs Jirvant a pied ou la cheval3 aycnt pour leurs I droits deux Plats & quatre I EcueUes, de la pejantcw de Jei%e mates d'argent 5 à prendre de la Valjfelle qui Je trouvera JùvU Table du Prince; & ou U Fejle durerait plus £tm jour > ledit Grand-
CMdJlre aurait feulement un Plat de cinq marcs d!argent. Ledit Prince luy donne de plus une Epée nu'f une Verge blanche , une Lance au bout de laquelle eflun Guidon aux
8o MERCVRE Armes de Dauphiné 3 & un tAnneatt d’or.
La. mefme année 1340. le 2.6. d’Aouft, Geofroy de Clermont, Fils d’Eynard, prefta hommage en per- fonne à Charles premier né de France, & Dauphin de Viennois. Pareils hommages ont cité rendus par les H cri tiers du Nom & Armes de cette Mailbn le 17. Mars 1411. le 13. Février 1447. le 9. Décembre 1496. & enfin le dernier le il.Février 164^
Mais la Maifon de Clermont n’a pas efté moins
GALANT. 81 illuftre par fa pieté que par fa nobleffe ; car il ie voit ' par une Bulle de l’an nzo. que Philippe Bourdin Antipape , ibûtenii & protégé par 1 ’ Empereur Federic, ayant voulu entrer de force dans le Siégé de Rome, Eynard de Clermont ÏI. du nom. leva une Armée à fes ckTprns, défît l’Antipape, & malgré Us divers obfia- cUs de l’Empereur, conduu fit hcureufcmer.t à Rome
Calixte IL Archevefque de Vienne , canoniqticim nt *éUu Pape, oc rétablit pau
fi b le dans le T rône de Saint
Pierre. Ce Pape pour reconnoiftre
félon fon pouvoir
une fi illullre A&ion?
accorda audit Eynard & à
fes Succeflèurs, la permiffion
de toucher les Corps
Saints, & tout ce qu'il peut
y avoir de plus confacré, à
la refèrve des Vafes deftinez
au pre'cieux Myftere de
i’Autel. Le mcfme Pape,
pour honorer en tour ce
qu’il pouvoir Eynard & les
Siens, fouhaita qu’il prift
pour Armes celles de l‘EgHfes
en portant: dans fon
GALANT. 8? Ecu deux Clefs d argent en Sautoir, & pour Cimier, une Tiare Papale , avec ces mots pour Devile, Et Jî omne^ego non. Ainfi changèrent les anciennes Armes de Clermont, quieftoient un Soleil fur une Montagne. >
C ’eft cetre admirable Pieté jointe à l’ancienne Noblefle de cette Mailbn, qui a donné des Grands- Mailtres de Malte, tant de Bien-faiéteurs à diverlès Abbiyes & à tant de Mo- nalkres, tant de grands
84 MER.CVRE
Hommes à l’Etar, des
Chambellans, des Ducs &
Paii s3 de bons & fi déliés
Serviteurs au Roy.
De ce nombre fut Laurens
de Clermont, Fils de
-ernardin Vicomte de Talard.
& d’Anne de Huflbn
Comte fie de Tonnerre, tic
à la Bataille dcCerifoks
Antoine de Clermont,
Grand Miiftre des Eaux &
Forefts de France , Chevalier
de l’Ordie du P<oy, &
lbn Lieutenant General en
Dauphine,Savoye & Bretfh
11 époufa Françoife de Poitiers.
GALANT.
Claude de Clermont, Chevalier de l’Ordre du
Roy, Capitaine de Cinquante Hommes d’Armes de lès Ordonnances, tué à
Monconrour.
Henry de Clermont fon Frère, marié à Diane de la Marck, Fille de Mr le Duc de Bouillon, & Douairière de Nevers. 11 eftoit Capitaine d’une Compagnie de Gendarmes, Gouverneur de Bourbonnois,& Colonel de l’infanterie de Piémont. Il fut blefle à la Rencontre de Jarnac, & portoitla Cor-
nete Blanche de Monficur
le Duc d’Anjou.
Charles-Henry de Cler.
mont fon Fils, qui par fes
longs & agréables fervices
mérita de Henry le Grand
le Brevet de Duc auxConitez
de Clermont & de Ton.
nerre, d’eftre Lieutenant
de Roy en Bourgogne. Il
fut fait Chevalier de l’Ordre
à la Promotion de 1635.
& époufà Catherine-Marie
d’Efcoubleau, Soeur de Mr
le Marquis de Sourdis, &
Nièce du Cardinal de ce
nom.
G A-ILaIMT*. 87 De ce Mariage heureux en toutes façons, lortirenc phifieurs Filles, & cinq Fils, Içavoir,
Antoine de Clermont, Baron de Chanemoine, qui contribua fort à la levée du dernier Siégé de Guife. Ceftoit le Cadet de tous.
Henry de Clermont, Chevalier de Malte, tué devant Joinville.
Claude-Henry de Clermont de LuxembourgjDuc de Piney, & Pere de Char- lote de Clermont de Luxembourg , aujourd * huy
88 MERCVRE femme de Mr le Duc de Luxembourg, de l’illuftre Maifon de Montmorency. Bouteville, aflèz connu par les grands ièrvic-es qu’il rend actuellement au I<oy & à l’Etat.
Roger de Clermont, Marquis de Crufy, Maref. chal de Camp, & Pcre de plufieurs Enfâns qui ont déjà de tres-confidérablcs lèrvices (oit dans les emplois de laGuerre, (oit dans les Charges de la Maifon de Sa Majefté. (Monfîeur l’Evefque de Fréjus donc
GALANT. 89
je vous apprens la mort en
cftoic l’un.)
Et François de Clermont
Marefchal de Camp, qui
comme aifhé de tous, ell
Comte & Duc nommé des
Terres de Clermont & de
Tonnerre. 11 a eflé Lieutenant
de Roy en Guyenne,
a commandé les Armées en
Rouffillon & for les VaiC
féaux de SaMajeflé, &eonduit
la Noblefle de Dauphiné
en Italie avec autant
de valeur que de fuccés. Il
fut honoré de l’Ordrc du
Roy dans la derniere Pro-
Septembre,
,9o MERCVR.E motion faite auxAuguftins de Paris, & joiiic aujour, d’huy, dans une glorieufe Vteilleffe, & dans une des plus belles Maifons du Royaume, de tous les ci. très, honneurs & prérogatives de fes Peres & de fou Uluftre Maifon.
Il a deux Fils, François de Clermont, Doéleur de Sorbonne, Evefque-Comte de Noyon, & Pair de France, qui par fon mérite extraordinaire s’eft attiré de
nouveaux bienfaits du Roy, qui luy a donné depuis peu
GALANT. <?r î’Abbaye de S, Martin dtr Laon, poflèdée prefquc toujours par des Cardinaux^ & Antoine de Clermont,, préfomptif Heritier de la Maifon , & Pere du jeune Marquis de Tonnerre, qui n’ayant encor que vingt & un an,a déjà fait plufieui s Campagnes , où il a toujours eu l’avantage de fe iîgnaler. Il fut blefTé d’un^ coup de Moufquct à la Bataille de Senef, d’un coup dePiftolet au vifagè à Saint Guilain, & eut une contusion fort fenfible a la prife <!e Valenciennes,
J’ay une autre mort a
vous apprendre. C’eft celle
de Madame d’Emery, Veuve
de feu Mr d’Emery, autrefois
Sur-Intendant des
Finances. Elle eft morte
au commencement de ce
mois, âgée de 79 ans. On
ne peut rien dire d’elle qui
ne (bit au deflous de là vertu.
Elle ne s’eft jamais laiffée
éblouir ny aux grandeurs
de Mr d’Emery, ny
aux richeflès de la Famille.
Sa modeftie a toujours efte
égale, & là pieté exemplaire.
Quoy qu’elle fuftbelk
GALANT
& bien faire ? elle^conT- nicncé à faire paroiftre un entier mépris des chofesdu monde des fès premières années,& elle ne s'eft point démentie jufqu’à la mort. C’eftoit une charité admirable pour ceux dont elle connoiflbit les neceffitezj & le fecours qu'elle leur preftoic dans leurs befoins cftoit k fèul bien quelle cftimoic. Feu Madame de la Vriliere eftoit fa Fille; & ainfl Mr le Marquis de Chaft eau neuf Secrétaire dFtaty & Mr le Comte de
S. Florentin fon Frere, font
fes Heritiers. Si vous votu
lez que je vous entretienne
de (à Maifon, je vous diray
que feu M1 le Camus e'poula
une Marie Colbert, &
en eut quatre Filles & fix
Fils. L’aifnee eftoit Ma*
dame d’Emery dont je vous
parle. La fécondé fut mariée
a M1 le Roux Maiftre
desRequeftes, Latroifiémc
fe fit Carmélite, & la dernière
e'pouià MrPelot,aujourd’huy
Premier Pre'fident
du Parlement de
ILoiien..
’aifné des Fils fut Mc
îeCimuSjConfeiller d'Etat,
Pere de M! le Premier Pré-
(îdent de la Cour des A y des,,
de Mr le Lieutenant Civil,
de de MongrollesMaiftre
des Comptes, & de Mr
î'Evefque de Grenoble,
Le fécond, autrefois Préfidcnt
des Comptes, & depuis
Confeiller d'Etat, 8c
Intendant de Jullice dans
rifle de France, 6c Controlleur
des Finances, fut Pere
de Madame de Manevilete.
. , f
Le troifîéme, apres avoir
^JvlERCVRE
elle Procureur Général
la Cour desAydes,. le fie
Prellre, & eft mort en fervant
les Pauvres.
Le quatrième aeftéMaif
tre des Compres à Grenoble
y 8c eft mort Sur-Intendarre
des Baftimcns de
France.
Le cinquième fe fît d’abord
Confeiller an Grand
Conleil, &: prit en fuite la
Charge de Procureur General
de la Cour des Aydcs,
donc il s’eft défait.
Le Çxiéine a efté Concilier
au Parlement de
Paris
Paris, & depuis Intendant
de Juftice en Champagne.
Ces deux derniers font encor
vivans. Mr le Camus
leur Pere eftoit fi riche,'
qu’il s’eftoit confervé quatre-
vingts mille livres de
rente, apres leur avoir fait
à tous des avances tresconfidcrablcs.
Vous connoiflèzMrl’Abbé
de Maupertuis. Le Roy
luy a donné l’Abbaye de
Saufleule, vacante par la
mort de Nf l’Abbé Daguille.
Il eft Doftçur de
Sorbonne. Mr de Mauper-
Septembreïx I
5,8 MERCVRE tuis l'on Pere fut tué su Siège de Giry à la telle du Régiment de Picardie, a. près avoir fait trente-cinq ou trente-fix Campagnes. Deux de les Frères ont auffi
cfté ruez, l’un à la Bataille de Senef, & l’autre fîx fe- xnaines apres, à la defenfe de Grave. Le premier ef. toit Lieutenant aux Gardes-, & le fécond, Capitaine dans Normandie. 11 luy en relie encor un , qui cft Mr de Maupercuis Lieutenant de la Compagnie des Mouf- quetancs Blancs, Je vous
GALANT. 99
ay déjà parlé de luy en vous
entretenant du Siégé de
Valenciennes. Il entra des
premiers dans cette Place*
& il y fat mefme longtemps
avant que les Troupes y
entraient. Ce n’eft pas la.
feule Occafion où il le loit:
fignalé. Ils font de la Maifon
de Melun. Celuy qui
eft nouvellement Abbé de
Saulfeule, emporta le Prix
de Profe de P Académie il
y a deux ans.
Je vous envoyé une FaJ
ble de ce ftile ailé que vous
aimez tant, & dont je fçay
ioo MERÇVRE
que la Moralité vous plaira.
Elle fervira d’avis aux Mé.
dilàns.
FABLE DE LA PIE
ET DU ROITELET. 9
Attira par fin ramage
ZesOyfiaux duvoifinage.
Zæ, voyant maint Auditeur
Charmé de fin beau langage9
Elle en jafa davantage.
C* efloit un efirit coquet^
Qui xaufiit en Perroquet*
Sans refaeB de parentage,
lf amitié, de compérage y
Chacun avott fin paquet,
Liftant danc d'humeur à rire,
Elle fit une Satire
Contre l ’ Aigle & le Corbeau}
Fuie daubant far l* Etourneau,
Sur le Geay\farle Moineau*
EUeeut quelque chofeadire
Sur chaque efpece d'Oyfeax*
Selon elle la Linotte
N’avoit ny game ny note,
A fon gré le Kofjlgnol
Tl'avott pat la voix fort belle.
L'Alouette & 1*Hirondelle
Tic /envoient rien au prix d'elle
Dans becare & dans bémol.
A l'&üir y la Tourterelle
2T 'tftoit chafle nyfile lie.
De Perroquet fans raifen,
io2 MERCVRK Efloitfait comme un Oyfin. Mefme un jour la Demsifede Soàtenoit furfon Ormeau^ Que le Pan riefiit pas beau, Quoy qu' en diflmainte femelle, Elle jafittfir ce tonz Tors qu'un petit* Berrichon Quifirioit defin bu:finy Entendit la babidarde, Etfidreffantfir l 'ergots y rayment^luy dit-il^ Margot5 y eusfaites bien lagaiüarde. Sus doncs la Femme de bien* puis que vous n épargnezfien Dansvofire humeur libre ^fdcht^ Tournons fir vous l'entretien. Ta, la* nous vous voyons bien^ y sus ne fis par toute blanche.
Aprens d'icy* Mêdifint^ 'Que leplus petit Plaifint Te peut donner la revanche*
* Roitelet»
4
Mis, puifque Bacchusnousaflembleen ce jour , Châtions,ChaTons l’amoureufe folie, Buvons,BuÉÉrJ:
4 *
vons. Buvons , c’elt le moyen de palier noftre vie Sans eftre aflûjettis
L±;ÊÈt]iri{ —m/—
aux rigueurs de F Amour Un bon buveur ne
Idoit
pas craindre Le fc ible pouvoir de ce dieu,de ce dieu,Plus 1*Amour allume Ton feu,Plus il doit Plus il doit boire
X~4-
ï (
«
J II «I
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MEKIEUX,
ï GALANT. io? J L’Air qui fuie eftde la ^compofmoii de Ml Me- rieux. Volcy les Paroles.
I
1
AIR NOUVEAU.
, fuis que Bacchue nw affemble en ce jour,
Cbaffoits P amour eufefolie, BeavonSj cefi le moyen de fajjer noftre vie*
Sans eflre affujettèe aux riyteurs de Z’ Anww\
P"n bon Beuveur ne doit pa# craindre
P efaible pouvoir de ce Di eu î
Pim l'Amour allume fo n fez* Plue il doit boire pour l'éte indre*
Sçavez-vous, Madame,
* • ♦ a ■
I 1UJ
io4 MERCVRE que les Lettres que je vous écris, & qui courent toujours le monde fous le titre de Mercure, ont penfé ef- tre caufe d’un Mariage fort malaflbrty? Voicy ce qu’on m’en apprend. Une aima, ble & jeune Perlbnne, retirée dans une Maifon de Campagne avec une de ces Meres qui veulent eftre ab- foluës dans les choies rnef- mes où la Juftice borne le plus leur autorité , vivoit fans aucun autre plaifir fenlîble que celuy de la ChalTe, &: de la Leélurc.
GALANT. 105 Un Jufte-à-corps, une Cravate 3 & un Bonnet garny de Rubans en plumes, et- toient l’équipage où elle Ce montroit le plus. Elle y eftoit toute belle, & Ta- dreflè quelle avoit à manier un Fufil, farprenoic tous ceux quelle en rendoit les témoins. Il en couftoit la vie à quelques Perdrix félon la faifon. C’eftoit fbn divertifïèment d'exercice. Les Livres 1 ’ occupoient afTez ordinairement dans fon repos. On luy envoyoit toutes les Nouveautez qui
s’imprimoienc j & le Mer.
cure cftant devenu à la
mode, fut bientoft entre
fes mains. Elle en lifoit un
jour un Volume qu’on luy
venoit d‘apporter, quand
un bon Vieillard des environs,
que fa Mere voyoic
aflez rarement, interrompit
faleéhjre par une vifîte
qu’il luy rendit. Il pria
cette belle Perfonne de
continuer. Elle ne fe le fit
pas dire deux fois. Le
Mercure luy plaifoit pins
que la converfarion du bon
Homme 3 & jamais prière
GALANT-107 fje luy fut: faite plus à propos. Elle lifoit avec tant de grâce, que le Vieillard commença de la regarder avec plus d’attention qu’il n’avoir fait jufque-là; &: comme elle ne pût achever àcaufe d’une Dame qui fur- vint, il la pria de fouffrir qu’il vinft écouter le relie le lendemain. 11 n’y man^ qua point. Il fçeuc qu elle recevait tous les mois un livre fembiable. Grand foin de venir toujours prendre partàcecte lecture. Scs vifi- tesn eftâtpas réjoüiflantes
io8 ME R C VRE pour la Belle, elle voulut ïè charger de luy envoyer fon Livre ; mais il luy dit que quoy qu’il le trouvai! fort divertiflànt, les nou. vcautezquile compofoient luy plairoient beaucoup moins dans une'autre bouche. Cela eiloit galant pour un Homme de fon âge. Il avoit quatre-vingts ans; & une Nièce, particulière Amie de la Belle, ef- toit fa feule Heritiere. Elle la prioir inutilement de h. défaire des vifites de fon vieil Oncle. Il luy en ren-
Ui • 109 doit de très-régulières au commencement de chaque Mois , & toujours avant qu on luy euft envoyé fon Livre, Il faifoic plus. Apres en avoir entendu la levure entière, il venoit de temps en temps fçavoir fi quelques Gens de fa connoif- lance eltoient nommez dans les Articles de Guerre. Son âge excufoit fon peu de mémoire. Il avoit allez vefeu pour en manquer, &: la Belle ne le chagrinoit que de ce qu’il n’oublioit point le chemin de fa mai-
no MBP.CVRE fon > nuis elle apprit au bouc de quatre ou cinq mois ce qui lobligeoic à venir £î fouvenr demander les nicfmes chofes. Il avoit encor plus regardé que, coûté, & tout vieux quil clloit, la Belle luy avoir échaufë le coeur. Il fe ré-
folut à s’expliquer. Il trouva la Merc feule, & apres s’ef- tre informé où eflot fa
Fille, il luy dit qu’il luy devoir beaucoup de lcflu- res, & que luy & la moitié de Ion Bien elloient deft:- nez pour l’acquiter. 11 ef-
GALANT, in toit fort riche. La proportion plut à la Mere. Quatre-vingts ans luy fem- bloient un âge admirable. Elle avoir de l’efprit, & tourna fi bien le Vieillard, qtf il fe montra prelt à fi- gner fur l’heure. Elle répondit du confenccment de fa Fille , manda le Notaire du Village, le fit écrire , & il achevoit ce qui c 1E du ftile ordinaire, quand la Belle entra dansfaCham* bre fans fçavoir qu’on la marioir. Jugez de fa fur- pi'le. On luy donna laplu-
lia MERCVRE me pour ligner apres le Vieillard. Elle s’excufa, de. manda du temps, voulut s’en aller, & entendit de fa Mere je-ne-fçay quelles paroles accompagnées de regards fimenaçans, qu intimidée, interdite, &fans trop fçavoir ce qu’elle fai- foit, elle fîgna comme on le voulut. Le Vieillard qui crût que cc premier chagrin pafïèroit, luy promit tour le bonheur qu’elle pouvoit efperer ; & à l’entendre, l’âge luy avoir apporté fi peu d’incommo-
GALANT, n? direz, quelle ne le dévoie regarder que comme un Homme de quarante ans.- Il emporta le Contraéf ligné. On prit jour pour le Mariage, & on n’en donna, que quinze à la Belle pour s’y refondre. Elle pleura, fc repentit mille fois de la complaifànce qu’elle avoit eue pour fa Mere, & ne fut lenfible à aucun des avantages
qu’elle rcnconrroit dans ceParty. On eut beau luy dire que le bon Homme ne pouvoit vivre longtemps,. Trois mois avec
Septembre. K
ii4 MERCVÏOE luy eftoient pour elle un fuplice épouvantable , & comme il ne paflbit plus aucun jour fans la venir voir, tout ce qu’il luy difoic redoubloit tellement fon averûon, que fi elle ne luy répondoit rien de fâcheux parle rcfpedtqu’clledevoit à fa Mere , elle faifoit afl'ez connoiftre par fa fombre humeur combien ce Mariage luy déplaifoir. Le Vieillard eltoic aveugle,& il O * le flatoiü jufqu’à croire que quand il l’auroit époufée, il crouseroic le moyen de
3 GALANT, nv
Yen faire aimer. Le temps
Vatal arriva. La Belle s’qjtt
ïnontra defcfperée, & fit fi
-bien par (es pleurs, qu’elle
obtint huit jours de retartardement,
au grand regret
du bon Homme qui elloit
très-impatient dans fes amours.
Cependant la Mere
qui avoir quelque teinture
de dévotion, ne pût voir
lobeïffance forcée de fa
Fille , fans avoir (crupule
de la violence qu’elle luy
faifoit. Un remords de
confcicnce la prit. Elle
voulut confulter les Cafuites,
&■ fous prétexte de quelques
Amies qu'elle avoit à
voir, elle quitta fa Fille pour
quelques jours, &alla dans
une Ville prochaine s’éclaircir
de fon. fcrupule.
La Belle employa ce temps
à chercher par oùfe défaire
de fon Vieillard. Elle en
imagina un moyen. Il ne
rompoit pas tout- à - fait
l’affaire, mais illamettoit
en pouvoir de la reculer, &
c’eftoit beaucoup, que gagner
du temps. Son Amie,
heritiere du bon Homme,
.ne pouvoir fe confolcr de
GALANT, il? fon Mariage. La Belle l’alla voir dans fon équipage de Chaflèreffe3 l’afliira qu’elle ne {èroit jamais la Tante, & l’ayant appaifée par cette promeffe, elle la pria de luy donner un Habit de fon Mary fans s’informer de ce qu’elle avoir deffein d’en faire. Cette Nièce eftoit mariée depuis deux ans à un Officier du Roy qui fervoit alors fon Quartier. Elle confentit à tout ce que fon Amie voulut , luy donna l’Habit d’Homme quelle deman-
1
n8 MERCVRE doit, la conduifit jufqua une Porte de derrière qu\ elle luy promit de tenir ouverte, & attenditfon retour pour eftre éclaircie de ce qu’elle avoir projette. La Belle fortit avec une Fille à elle qui l’accompagnoit, gagna un petit Bois qui n’eftoic pas éloigné de cette Maifon, le traveftit, & fe mit au guet pour découvrir le Vieillard qui devoit ne- ceflairement païTer par ce petit Bois. Elle luy avoit donné rendez - vous chez cette Nièce lous prétexte
. GALANT. 119 de luy faire figner Je Contrait, l’aflurant quelle y eftoit difpofée, & que l’amitié qui les unifioit, lavoir emporté fur le chagrin que ce Mariage luy devoir donner. Le bon Homme qui craignoit les plaintes d une Heritiere trompée, avoit reçeu cette nouvelle avec joye, & venoit feul chez fa Nièce en fe promenant, quand la Belle fe cachant le vifage avec un Loup,luy prcfenta le Fufil. Il crut qu'on n’en vouloir qu’à fa Bourfe, & il fe pré-
paroit à la donner ; mais
on luy fît quitter fes Habits,
& il fallut qu’il fe dépoüiL
lait. Il ne les eut pas fi. tort
donnez, que la belle Voleufe
s’enfonça dans le
creux du Bois. Elle y reprit
(on premier équipage de
Cha flore de, gagna la faufî'e
Porre qu’elle avoir prie
qu’on ne fermait point, &
apres avoir conté à fon
Amie le tour qu’elle avoir
jolie awbon Homme, elle
longea à partager le butin,
la Bourfe, & une Montre
qui fe trouva dans fa poche.
GALANT, rzi chc, furent pour la Nièce. La Belle fe contenta du Contrat qu elle emporta, fort réfoluë de n’en point figner d autre, quoy qu’on puft faire pour l’y obliger. Le Vieillard ne fè vanta point de fon avan- turc, & vint dés le lendemain chez fa Maiftrefle.
Les reproches qu’elle luy fit de ne s’eftre pas trouv® au Rendez-vous, l’obligèrent à luy dire qu’il avoir G peu de mémoire , qu’il ne lcfouvenoirplus où il avoit mis le Contrait, mais qu’il Septembre. - L
m MERCVRE feroit aifé d’en refaire un autre. La Mere arriva dans ce mefme temps; & comme les huit jours expiroient, l’amoureux Vieillard la preffa de vouloir conclure. Elle le laifla partir fans luy donner de réponfe pofitive. Ceux qu elle avoir conlul- tez, luy avoicnr fait un fi grand crime de l’injufte autorité qu’elle ufurpoit, que les malheurs quelle en devoit craindre luy firent peur. Elle s’en expliqua avec fa Fille3 dont elle ccffa de contraindre les volon-

GALANT, jag tez. Le Contrat eftoit la feule chofe qui l’embaraf- foit. Sa Fille luy fît voir quelle navoit rien àcrain- idre de ce cofté-là. Il fut mis au feu, & quand le IVieillard vint demander Ijourpour terminer, laMere llayant reçeu froidement, |& la Belle luy ayant dit à d’oreille qu’on s’eftôit contenté pour la première fois jde le dépouiller, mais qu’il ■ luy pourvoit arriver pis, s’il |s obftinoit à eftre amoureux , il entendit ce qu’on Juy dixoit, & fe retira (ans
. L ij
124 MERCVRE faire bruit. 11 apprit quel- que remps apres que cette aimable Perlonne eftoie le Voleur qui luy avoit fait quitter fes Habits. Comme il eftoie revenu de fa paf- fion, il ne pût luy vouloir de mal d’avoir tout fait pour rompre un engagement qui luy failoit peine. Un coup fi hardy la fit admirer. SaMere l’en gronda d’abord, 3c luy pardonna. Leperfonnage quelle joüa dans le Bois eft extraordinaire pour une Fille; mais quel ragouft qu’un Mary
GALANT. 12 5-
de quatre-vingts ans, & que
n oiè-t-on point pour trouver
moyen de s’en garantir

La belle Chaflerefle donc
je viens de vous conter FAvanturCjn’eftoitpas
dufcntimenc
de celuy qui a fait
ccs Vers.
CONTRE LA CHASSE
du Lièvre.
SONNET. -
CE Lièvre intimide qui ceur?
dans cette Plaine,
Pïeffède ton Levrier & pourfuLvy
du mien,
« L iij
Efiun maigre ragoufioù je ne trou,
ve rien,
Soitqu'il ptttjje échafer,ou qu* enfin
on le prenne »
2'aypourcepa(Je temps «ne invincible
haine,
Il nous caufie toujours plus de mal
que de bien,
Etfie fatiguer tant pour voir courir
u» Chien,
C'cft un chien de plaijîr qui »*sn
vaut pde la peine»
Cette Chaffie en un mot a pour moj
peu d'apas,
2e ne fiçaurofo me plaire à perdis
tant de pas,
Et renonce aux douceurs où Dians
GALANT 127
J)9un Lièvre dans un fiat je tire fins de fruit,
Jim9 offre alors un bien & durable ^ffohde^
jtâatt le voir quand il court, c'eft an flaifr qui fuit.
Ceux qui cherchent les plaifirs fans peines, feroient bien de ne s’embarquer jamais avec l’Amour , car c’eil une Mer fujete à de grands orages. Les périls en font agréablement re- prefentez dans ces Stances que je vous envoyé. Jen’cn connois VAutheur que fous le nom d’Alcidon. Je ne
L iiij
12,8 MERCVRE
fçay fi elles ont déjà couru,
mais je fçay qu’elles méritent
fort d’eftre veuës.
A LA BELLE DISEUSE
de bonne Avancure.
St ances.
Pour Monsieur M. à MademoifelleB.
Elle & [gavante Irie,
dent l'efp/it admirable
Perce par [es dartezja
nuit de l'avenir
Souffrezjpue far un point affermeenfiderable^
le puiffi v&us entretenir.
y'eue ave^yeu ma main & veut
ave^pâ lire
■ GALANT. iz9 noble paffion qui rogne dans mon cceuri
^infvous connoiffezf objet démon ardeur^
Sans tfail fait la-défaut befein de vous rien dire.
parlez^moy doncfincerement.
Dois- \efaire un heurenx voyage
Et dans ce doux embarquement *
2Ve fais fa point menacé du naufrage?
V&us faavexfa quels vents un coeur efi expofé*
Quand aux vagues d’amour il s'efi ofè commettre,
Edclas! me puis fa biè promettre
Que mon ^aiffea» n'en (ira peint brift?
1
IJO
Il efivrayfia temfiefte & les coufs
de l'oraqe,
Ne sot pat les confisque je crains*
le fers une Beauté qui neft fiat fi
Et qui na fia# toujours la foudre
dans les mains,
' Mais il eft quelque chofe enter de
Pour un tceurquifait bieaiwr*
Ique chofe quipajfe & la hame}
tfi le refie
Il eflun certain calme aux Aim
fi contraire*
Que fait l'indifercnce & l'ingrate
froideur*
Dont 'arme à contre temps une
Beauté feveie*
Et ceftlà ce qui me fait fcur.
Des fleurs & des foùfirs envain
noue cherchons l'aide,
Z ers que ce calme arrefie nos <£-
meurs,
En vain de tous les Dieux noue briguons
lefecours,
Ilfaut férir, le mal eft sas remede.
Ah! f de ce malheur,vous lifezfans
les Cieux
Qu'un Aflre cruelmemenace,
Au nom de cet éclat qui bride dans
vos jeux,
Détournez^ s'il fe feut â une telle
Que dis-je, s'ilfe feutl helas! voua
fcdvc\bien
Qiie de mon fort voue eftes la
£.1 que je comptcray ces menaces
peur rien^
Si la pitié pour moy voue intérefle.
Pelle Irà^ je le du avec tout le
refleël
Q“S l *on doit à cet Art où voue
femblezjseiu plaire,
Pour deviner mon fort* il n eft pat
ne ccflaire
Q ttelques traits qu en ma main Ait
former la Nature
Et quel que [bit le cours desCieuxt
On ne peut voir que dans vosy eux
Ma bonne ou mauvaise avatars.
Moniteur de Seguiran,
Premier Préfident en la
GALANT,
Cour des Comptes, Aydes & Finances d’Aix en Provence, cft mort depuis peu dans fa foixantiéme année. ' C’ettoit le troifiémc de fa Famille qui poffedoit cette grande Cha ge de Pere en Fils. On ne peut s’en acquiter plus glorieule- ment qu’il a fait pour Je fervice du Roy., & à l’avantage de la Province. Mais s’il a fait paroiftrdune haute capacité dans la Robe, il ne s’eftoit pas moins fignalé dans les Armes, ayant commandé une des Galleres de
Sa Majefté longtemps a.
vant qu’il fût reçeu Premier
Préfident. Les rencontres
où il fe trouvoit continuellement
expofé, luy fournirent
d’affez belles occafions
de faire éclater fon
courage & fa bravoure 5 &
il en donna fur tout des
marques dans un Combat
contre lesEfpagnols, où les
François curent l’avantage.
Il y fut âangereulement
blelïe d’un coup de Moufquet
au travers du corps.
On ne doute point que les
incommoditez de ctcce
GALANT. 155 bleffure n’ayent de beaucoup accourcyfes jours. Se voyant preft de mourir , il fit la démiflion de laCharge fous le bon plàifir du Roy, en faveur de Mr l’Abbé de
Seguiran fonFrere, dont la capacité, le mérite,& la probité,IbnrafTez connus,pour la conferver à un Fils qu’il lai(Te âgé feulement de huit à neuf ans, jufqu’à ce qu’il foit en état de la pofleder. C’ell ce jeune Marquis de Bouc dont il eft parlé dans la Relation que je vous en- voyay il y a deux mois de la
Fefte qui fofait tous les ans
à Aix. Sa Majefté par une
bonté toute Royale, ac.
corda fon agrément pour
cette Démiflion à M1 le
Chevalier de Seguiran Capitaine
auxGardes, & Frère
de l’un &de l’autre, tant en
confidération de trente-'
deux années de fes fervices,
que de ceux de M1 de Seguiran
fonOncle, qui mourut
glorieufement lors de
lareprifo for les Efpagnols,
des Ifles de S. Honoré de
Lérins en Provence par
l’Armée duRoy. FeuMef-
/
G AL ANT. i37 Cre Henry de Seguiran, Pere de ceux dont je vous parle, avoir efté Major General fous Mr de Guife au Siège de la Rochelle, avant que d’eftre Premier Préfï- dent de la mefme Chambre des Comptes. M1 le Cardinal de Richelieu qui le connoifloit en grands Hommes, avoit une eftime très- particulière pour luy, 6c il luy en donna des marques, lors qu’en qualité de Grand Admirai, il l’honora de la Charge de fon Lieutenant General en l’Admirauté do
Septembre, M
138 ME RCVRE
Provence. Il eftoit Fils d’Antoine de Seguiran3qui ayant efté d’abord Confeil- ler , & en fuite Préfident à Mortier au Parlement d’Aix 3 fut enfin Premier Préfident de la Cour des Comptes, Aydes & Finances, 8c qui eut pour Frere le R. P. Seguiran Jefuire. Il eft impoffible, Madame, que vous n’ayez entendu parler de luy comme d’un des plus célébrés Prédicateurs de Ion temps. Il eut l’avantage d’eftre le Cou- feflèur du feu Roy. Si vous
GALANT, voulez remonter plus haut pour fçavoir T origine de ceux de cette Maifon, vous les trouverez defeendus d’un Melchion de Seguiran Seigneur <le Vauvenargues^ qui fut un des douze Con- feillers du Parlement de
Provence lors qu’il fut .érigé par LoüisXI. en ijoï. IP avoit eu l’honneur quelques années auparavant, d’eftre Député avec Ml Pa- lamedcs deFourbin par les Trois Etats du Païs pour luy prefter hommage en leur nom, apres que Char-
M ij
ï4o,MERCVRE les d’Anjou dernier Comte de Provence l’eut infticué Heritier audit Comté par fori-Teftament fait en Décembre 1481. Ce Melchion eftoic pecic-Filsdç Louis de Seguiran, qui fut fait un des fix Préfidens du Parlement &: du Confeil Emi- ' nent que Louis IL Comte de Provence érigea dans la Ville d’Aix en la place du Juge - Mage le 14. Aouft 1415. Je ne vous parle point d’un Berenger Seigneur de S. Efteve, dont ceLoüis de Seguiran eftoit delcendu.
GALANT. 141. ny de fes autres Prédecef- feurs, qui ont tous efté honorez de Charges importantes dans les Armées des Comtes de Provence, Ileft
certain qu’ils viennent des Comtes d’Eftolberg en Allemagne, & que l’un d’eux qui portoit le nom de Seguiran, eflant venu en Italie en 1180. & ayant époufé a Genes uncDame de laMai- fon de Nigris, reçeut des Emplois conGdérables de Charles I. Comte de Provence
, Frere de* S. Louis, lequel époufa Beatrix, der»
142 MERCVRE niere Fille de Raymond Berenger Comte de Provence , & fut couronné à Rome Roy des deux Sicilcs & de Naples, d’ou il chaflà Mauflfroy, apres avoir fait un Traité de Paix avec les Génois. Les grâces que ce Seguiran en avoit reçeucs, Fobligerent aie fuivre en Provence. Il y emmena fa Femme, ôc y établit fa Famille qui eftoie très-ancienne en Allemagne. Elle fait prcfcntcmenc plufieurs Branches dans lefquellcs il y a deux Chevaliers de
14^
Malte, dont l’un eft Lieutenant
de la Gallere Capitane,
& Frere de Mr de Seguiran
Ecuyer de Moniteur
de Vendofme Grand Prieur
de France. L’autre eft Mc
le Chevalier Dauribeau?,
qui a eu l’honneur d ’eftre
Lieutenant de Major d’un.
Bataillon^ de la Religion
de Malré en Candie. Il y
reçeut plufieurs bleflures,
qui font des témoins irréprochables
du zele qui le
fait agir dans les grandes
Occaftons.
Mariote^
i44 MERÇVRE
Femme du Préfident de ce
nom en la Cour des Aydcs de Montpellier, eft morte aufli. Elle eft d’autant plus regrecée, qu’cftanc très, bien faire, & d’un grand mérite, elle n’avoit encor que quinze ans, & eftoit dans la première année de fon Mariage.
Nous avons perdu icy Madame Frefon, & Madame de Meneblanc. L’une
eftoit Femme d’un Con- feiller au Parlement, & l’autre Veuve d’un Maiftre des
Comptes.
La
GALANT. i4$
La Signature de la Paix a elle une nouvelle fi agréable, quon n’a point voulu en attendre la Ratification pour en faire des réjoüif- ïànces àTlioüars. On s’af- fembla aufli - toft qu elle fui fçeuc. Vous croyez déjà voir le Corps de Ville en. habit décent ? Ce ne fut point luy qui s’aflembla. Les Dames feules eurent l’honneur de laFefte. Elles
commandèrent un magnifique Repas. La Table fut dreflee fur le .bord de l’eau auprès d’une Saufiaye, & Septembre. N
les Trompe ces marines furent
méfiées aux diverriflèmens
qu elles fe donnèrent.
Vous lçavez que c’cft le
véritable lieu de les entendre,
& quelles en ont pris
le nom de Marines.
Je n’ofe croire, Madame,
ce qu’on m’a fait voir écrit
de Cavaillon , Terre du
Pape, que le plaifïr qu’on
s eft fait d’y lire les Nouvelles
que j’ay foin de vous
apprendre, a donné lieu à
des Aflemblées qui ont
enfin formé une efpece
d’Académie compofée ce
GALANT. 147 perfonnes d'un très-grand mérite. Ce qu’il y a de certain, c’eft que cette Académie a choily quatrejours de la Semaine pour s’aflèm- bler, & que Moniteur l’E- vefque de Cavaillon en eft Directeur. Il eft bien fait de corps & d’eiprit, jeune, & de qualité.
M' de Saporte y donne de temps en temps des marques de cette Etude galante qui perfectionne les honneftes Gens. C’eft
un Gentilhomme de Languedoc qui vit en ce Pais là
N ij
i48 mercvre en véritable Sage, & en galant Philofophe, comme on y a veu vivre autrefois le fameux Pétrarque.
Mr le Protonotaire de
Grâce y donne des Leçons tres-fru£lueufos, en qualité de fçavant Antiquaire. Ii les foûrientpar cette quantité de curieufes Médailles
dont on fçait qu’il eft richement muny.
Les Préceptes Chreftiens y font infinuez avec beaucoup de foccés,1 par Ml de PerufTys , Gentilhomme d’une vertu çonfommée, u_
GALANT. 149
& véritable imitateur de
celles deMrde Renty.
Mr de Malefpine donne
dans les Affaires de Palais,
& fait des Raports très-,
judicieux fur les "Procès
qu’on tâche en fuite de
terminer par les foins de
Meilleurs de rAïlèmblèe,
au grand profit de ceux de
la Ville. C'eft un Gentilhomme
d’un cfprit trèséclairé.
La Philofophie n’y eft
pas oubliée. M' Reymond
nes-lçavant Médecin, s’y
diftingue- par fes Confèrences
fur les Opinions de
Defcartes, & par le plaifir
quil donne à l'égard des
expe'riences. Quelques jeunes
Gentilshommes y viennent
atiffi pour écouter, &
pour y faire voir des Pièces
de galanterie.
Mais, Madame, puis que
nous fommes furies Terres
du Pape, il ne faut pas nous
en éloigner fans aller jufqu
à Padouë. Vous y apprendrez
la chofe du monà
voftre Sexe. On ne dira
plus que les Sciences font
, GALANT. iTi refervées aux Hommes-à l’exclufioir des Dames , & légalité des deux Sexes fe prouvera aujourd’huy par l’exemple, comme elle a efté prouvée depuis quelque temps par de folides raifons. 11 n’eft point be- foin de vous dire que la Maifon des Cornaro eft une
des plus puiflantes de Ve- nift. Il y a peu de Gens qui n’en foient inftruits- Elle eft divifée en plusieurs Branches, & par tour con- ftderablej fentens en fa- gefle, en dignitez , en ri-
N iiij
T
ivz MERCVïOE chefles, & en érudition. Mr Cornaro Pifcopio, Procurateur de S. Marc ( vous fçavez qu’il n’y a que la Charge de Doge qui foit *' au deflus de celle-cy ) s’ell toujours faitame fi agréable „ occupation des Sciences, qu’ayant eu deux Filles, il les a portées à l’Etude dés leur plus bas âge. Je ne vous diray rien de la Ca- dete, quoy que fes admirables qualitez la metrenr au deflùs de beaucoup d’éloges. Elle clt mariée à 1’11- lullriiExne Vendramino. Je
»
GALANT. 153 vous diray feulement que fon Aifnce qui s’appelle Helene - Lucrèce Pifcopia Cornara, fçait le François, l’Efpagnol, le Latin, le Grec ancien & moderne, & l’Hébreu^auffi-bien que l1 Italien. Elle a eu pour Maiftre dans le Grec, le fçavant Abbé Gradenigo, Biblio te quaire de S. Marc. Ces diverïes Langues ne luv ont fervy que comme de Vaifleaux avec lefquels elle a pénétré dans les vaf- tes Mers des Sçavans, Elle y a fait de fi furprenantes
i$4- MERCVR1 acquifitions , qu’elle s’eft rendue aujourd’huy une
des Merveilles de l’Europe, M1 Cornaro fon Pere, fur-
pris luy-meffne d’un Prodige fi peu croyable, fou. haita quelle prift les dc- grez de Doitorar dans l’ancienne & fameufe Académie
de Padouë. Elle de-
mandoit le Doéïorat de
Théologie, mais MrIc Cardinal Barbarigo Evefquede cette Ville eut des raifons qui l’obligèrent à ne luy accorder que celuy de Philo- fophie. Ce fut Iezy. de Juin
quelle fit paroiftre publiquement combien elle eftoit digne de le recevoir» Elle piqua deux fois dans Ariftoce, & en expliqua les Points qui luy vinrent à louverturç du Livre, avec une- entière fatisfaeftion de fon Auditoire, compofé d’un grand nombre de Nobles Vénitiens & de Terre- ferme , & de plus de cent Dames de qualité qui ef- toient venues exprès à Padou ë pour voir une fi extraordinaire Ceremonie. Je croy que c’eft la première
MERCVRE Femme à qui la Couronne Doctorale ait jamais efte accordée. On n’argumenti point contr’elle. Onapellc 'cette maniéré de réception a lu Nobilifie. Les Salles du College ne pouvant fuffire à l’affluence du monde, on la reçeut dans le Dôme,ou Eglife Cathédrale. Le Docteur Rainaldini fut ion Promoteur, & luy donna les ornemens du Do&orar, Elle s’attira 1 applaudiflè- ment univerfel. N’en eft ce pasafîeZj Madame, pour avoir auifi le voftre^ 5c ce-
.GALANT-157 luy de tout le beau Sexe? Les Hommes mefmes qui pourvoient avoir quelque jaloufie fecrete des avantages de cette admirable Fille, fe font fait honneur de contribuer à fa gloire, & le ij. de Juillet lafameufe Académie des Ricwrari s’aflembla extraordinaire-
ment pour célébrer les mer- veilleufes qualitez d’une Perfonne fi rare. Cela fe fit dans la Salle des Geans, lieu ordinaire de leur Af- femblée, où eft la Biblio- teque publique, par les-
iV8 MERCVRE foins de ML Patin de Paris, aujourd’huy Prince de cette Académie, & ProfefTeur en Medecine à Padouë. Ml le
Podefta, & M' le Capitaine Grand, s’y trouvèrent, avec tout ce quil y avoit dans le Pais de Cavaliers &: de Dames de qualité. Le mefme Mr Patin avoir efté employé à faire l’Oraifon funèbre du Cavalier Orfati Profe fleur en Phyfique dans la mefme Ville, mort il n’y a pas longtemps. C’cltoir un des plus iça- vâns Antiquaires de l’Eu-
Nous commençons d’entrer
dans l’Automne. Si
vous voulez voir les avantages
que cetteSaifon a fur
le Printemps, vous n’avez
quà lire ces Vers de*Mr de
Breteüil de laLanc, Lieutenant
General du Pais Bas
Armagnac.
ZEPHIRE A FLORE.
Lore^contentez^voirs des
Kl ..jç ? ry res Lis.
* Dont vos jours
font embellis,
Tout le monde leur vend homale,
Lt fur les plus beaux fruits vos
fleurs ont l'avantage.
Confervez^cherement tantdlaima.
ma b les couleurs,
Qui rendent fi belles vos fleurs*
Et laffegjans regret tout Itifw.
à P ornant*
flore , vofire printemps vaut
mieux que fon Automne*
REPONSE DE POMONE.
IL eft vray que fies fleurs cmlelhflent
nés Plaines*
Et que noua luy devons les trefofl
éclat ans
Dont la terre fe pare au retour h
Printemps*
Maia vante^un peu moins des ùchefies
fivaines.
On 'voit tomber le Lü la plus belle
des fleurs'*
A peine eftil tombé qu'on le foule
fur l'herbe.
Jfe vousfie^donc point J toutes vos couleurss
Flore & n'en fiyezjflus /£fiere & fifitperbe.
Ce nefl que de mes fruits que l'on doit faire ca#.
J'en charme comme voue lJodorat
& la veue*
£f de plus i offre au y>ufl de s morceaux délicats,
Dont le Ciel far malheur nevoitâ
a pat pourveue.
Cioye^mo)^ belle Flores avecque moins de bruit,
J^ante^ noue la couleur du Lù & delà Rofe.
’avoir rien 'que des fleurs^ deft avoir feu de chofe,
Si l'on ne fcait tirer de ces fleurs quelque fruit.
*
Septembre. O
L’impatience qu on a de
louer le Roy fur la Paix, eft
fi grande, quon n’attend
point qu’on l’ait publiée,
pour donner à fa modération
les juftes éloges qu elle
mérite. Je referve beaucoup
de Pièces fur cette
matière pour ma Lettre Extraordinaire
que je vous
promets le 15, d’Oétobre.
Je vous en envoyé cependent
quelques - unes. Le
premier des deux Sonnets
que vous allez voir, eft de
ML le Coin de S. Charmond
en Lyonnois, *
SUR LA PAIX.
dater en tous lieux cu-
& me un bruyant Ttnerre^
gpX T)'un intrépide cceurbraz,
er i0Ui [es ha^ardi^
Voir pleuvoir fur fa tejîe un ora^e
de da rds,9
£t feul feùtenir tout dans unelon~
yie guerre*
Affirmer une Ville & la jet ter par
terre*
Rompre desBataillons forcer wiiüe
Ramparts*
Mettre en fuite une Armée,
comme un nouveau Mars*
& foudroyer tout ce qtlwï
Camp rejfirre. SI Affermir par fon bras cent Peuples
fins les loixS
Enfin dompter l'orpueil des plus fi
perbès Rois,
C'eft ce que d’Alexandre entreprit
la vaillance.
Mais outre ces hauts faits , Afi
*
Relever par la Paix le coeur &
Pefpèrance^
C'eft ce que de Louis, achevé U
vertu.
5^5^ R'and Roy , quand tu
ff x mettrais le mande fioxe
'J*5’*34*59* Tu ferois ce que fit autrefois
Alexandre,
Dont le va fie couroux ri déifiant
tout en cendre,
Remplit le Ciel d’horreur., & la
Terre de
Si tes Exploits un jour doivent
manquer defay,
Si l'Htfiotre étonnée à peine aiesrépandre,
Si ceux qui les ont verra ne fixait*
voient les comprendre >
Comme ioy.
E esCefars ont çaçné defan^lantes
Batailles^
Z eur bras a renverfé les plus fonts
murailles 3
,£t vaincu mille foie les plus fers
Ennemis')
Mais s'ab(tenir de vaincre au fort
de la victoire^
du bien de fes Sujets facrifer fa
gloire,
C’eft où l'on reconnoift noftre Siecft
& Loilis,
SUR LA PAIX.
EiV tout temps, en tout liwY
toujours femblableàtoy^
Grand Roy, lors que tu fais la
Guerre^
Tufoûmets à tes Loi* les Princes
delà Terrej
£t quand tu fais la Paix 3 lu leur
donnes la Loy.
Je ne vous avois point
parlé de la mort de Madame
la Ducbeflè de Virtemberg
arrivée dés l’autre
Mois, parce que je fçavois
qu’on vous en avoit écrit
fort amplement ; mais puis
que vous voulez que j’y adjointe
ce que j’en puisfçavoir
de particulier, je vous dira y,
apres vous avoir fait fouvenir
qu elle eftoit Veuve
du Duc du Ulric de Virccmberg,
Frere duSouverain de
cette Illuftre Maifon, qui
eft une des plus grandes
de touteFAllemagne, quelle
eft morte en cette Ville
avec des fenrimens d’une
réfignation fi admirable,
que ceux qui l’aflifterent
4ans fes derniers momcns.
connurent
connurent bien que la pieté
avoir efté le fondement des
vertus qu ’ elle avoit fait
éclater pendant fa vie. Elle
fut expofée fur Ion Lit de
parade dans l’Habit du
Tiers Ordre de S. François.
Madame la Duchefle de
Longueville voulant faire
paroiftre la confédération,
qu’elle avoit eue pour le
mérite de cette Princellè,
luy donna par les prières
les derniers témoignages
de fon affection-, & apres
avoir vif te Madame laP w
cclfe Marie - Anne fa F J le,
P
elle affifta au Service qui fe fie le lendemain à S. Jacques du Haut-pas faParoifîc. Le Corps fut tranfporcé le loir aux Flambeaux dans le Couvent
des R.digicuies du Calvaire, ou il doit demeurer en dépoli julqu’à ce qu'il foit porté dans la Principauté de Ba/bançon, fbi- vant le Tellamentdc cette
Prince fle, qui a défi -c qui! fuft mis dans le Tombeau
des Princes de fi Famille, qui font de h Maifon d’A- retnberg. Cette Maifon, pourrfeftre pas Souverains
comme celle de Virtem- berg, ne laiflc pas d’eft.e au nombre des plus Illuf- tres. Cela fe juftific par la Bulle d’or de l’Empereur Ferdinand, par laquelle il fe voit que les Piinces d’A- remberg font depuis huit cens ans defeendus ou alliez des Roys & des plus confidérables Princes de T Europe. Cet Empereur adjoûte mefme qu’ils descendent de Charlemagne l’un de fes Prédcceffcurs, & que cette confidcration jointe à une infinité de
Pij
■R ,TT*M» •»ÿ'S j
• lr7z? I l ï *'1 K Ï \? K J / >'ù 1 v 2. ’ x^u V-,'' X> J- ‘hk X.-.i
grands fervices que ceus de ce u te Maifon ont rendu! à la Chreftienté dans ltS
premiers Emplois de h Guerre, avoit porté l’Ent percur Sigifmond aies faire Comtes de l’Empire, «Sa que la continuation de leurs fer.
vices & de leur vertu l’en-
gageoit luy-mefme à les élever à la dignité de Ducs de l’Empire &: de les Oncles. Madame la Princeiie
Marie-Anne, touchée ai dernier point de cette perte, fit fuplier le Roy p-r Monfieur l’Archevefque à
GALArti. T7J ans, de luy faire ctnnoil- trc fe intentions, pour s’y conformer. Sa Majefté la
fit aflbrcr par cet Illuflre Prélat de la continuation
de l’honneur de fa protection. Cette pieufe 6c fage Princefiè a voulu que les premiers momens où fon malheur Va réduit à fe voir
abandonnée à clle-niefme, fu fie ne employez à penfer à une retraite qui pût dire proportionnée à fon état de à Ion affliction ; & fous le bon plaifr de Sa Majefté quelle a, fait fuplicr de Va-
P ûj
i74 MERCVR.E voir pour agréable, elle l’a choifie dans le intime Couvent du Calvaire, où Madame la Duchefle de Vir- temberg fa Mere a voulu que fon Corps fuit mis en dépoli, afin que dans un lieu fi propre à entretenir fa douleur, elle puft par fes prières continuelles, donner à la mémoire d’une Per- fonne qui luy fut fi chcre, autant de marques d’une véritable tendrefïè, qu’elle ny en a donné de fon rd-
pcct & de fa foûmiflion pendant tout le temps qù-
GALANT, ns elle a pafle auprès d’elle. Ces fentimens ne pou- voient: répondre plus noblement au zele & à la douleur qu'elle a faitparoiftre dans tout le cours de fa maladie, tant par les foins &: par fes fatigues aufli louables qu ’ excraordinaireSj que par l’excès de fes larmes & de fon delcipoir. Dans ce Couvent où tant de bonnes & de pieufes rai- fons l’ont obligée de fe retirer clic a reccu les afiti- 9
rances de la proreélion de laReyne, les complimens
P iiij
de Monfeigncur le Dan, phin & de Leurs AlteïTes Royales> & les vifites des principales Perfonnes de la Cour. MadamelaDuchefle fa More avoir époufé en premières nopcesleComre d’Oftrat, dont elle a eu une Fille unique 3 à prefent Veuve du feu Rhin grave, mort des blefliires qu’il a- voit receuës au Siégé de * O
uc temps avant la Levée qui en fut faite par les Alliez. De fon Mariage avec le Duc Ulric de yirccmbcrg elle n’a eu
Mahric quelq
l. 177 suffi que la Princefle dont je vous parle, élevée en France fous la protection de Sa Majefté par l’entre- nrifc de la feuReyneMere. Le Roy luy a toujours continué cette grâce avec tant d’autres marques de fa bonté, qu’il a rendu ion coeur aufli zélé & suffi rcconnoif- fant que ceux de fes plus fîdelles Sujets. Madame la Duchcffie fa Mere connoif- fant la vertu & le bon naturel de fa Fille la Rhin- grave, auffi-bien que fes établiffimens avantageux,
l’a follicitée par fon Tellement
d'agréer un pctitLcgs
fuivant la coutume de (on
Pais, & qu’elle laiflaft ce
qui luy relie de Bien à la
Princefle Marie-Anne la
Soeur, pour luy aider à foûtenir
le rang où fa Naif
fance l’élcvc.
Jsadjoûre deux autres
Morts à celle-cy. L'une eft
de Mie Marquis de Courcelles,
que la petite Veroie
a emporté, & 1* autre de
ML de S Remy, autrefois
Capitaine des Gardes de
feu Moniteur le Duc d’Or•
K
sZJr 9
GALANT. 175? Jeans, & Beaupere de Madame la Duchefle de Vau- jour. Vous fçavez que Mr deCourcelles ettoit Neveu de Monfieur le Marefchal deVilleroy, & qu’il avoir elle Mettre de Camp Lieutenant de l’Artillerie.
Puis que vous vous faites un plaifir des Devifes 5 je vous en envoyé quatre nouvelles qui eftoient dans la Bordure de laThefe que M l’Abbë du Montai prë- fenta au Roy il y a un mois, & dont je ne vous dis qu’un mot dans ma Lettre
d’Aouft. Cette Bordure
toit magnifique, ôcvoicyà
peu près quel en clloic le
deflèin. Elle reprefèntoit
une Place fortifiée de quatre
Baftions, fur chacun defquels
il y avoit une Fleur
de Lys, dont pluheurs Lys
fortoicnt. De Ballion en
Bâillon on voyoit des Ouvrages
à jour en maniéré
de Filigrane, avec une Devile
au milieu. Celle de deffus
cûoir un Soleil avec ces
mots, z\D/2 quem répit orbe
oeim, Un Arc-en-Cicl diffipant
des nues, failoit celle
qu’on voyoic en bas. Ces
A m - i % Paroles luy fervoient d’ame,
Vlncendo faclt omin& pacis.
Celles-cy accompagnoient
h Devife qui eitoic à un
des collez, formée d’un.
Lyon qui fuyoit, Gloria ejus
mw, Il ÿ avoir de l’autre
collé un Foudre quifrapoit
Elpagnols, Hiàendo à unoy
amenda, à machos. Au deffus
de la Place,? au bas du
Soleil 5 on voyoit deux
Branches de Lys qui fc joignoient,
& qui enferirioicnr
le Portrait du Roy.
Il eftoie couvert d’une
Glace de Venife, auffi bien
qu’une efpece de Cartouche
où eftoient les PoC.
rions. Sur le deflùs il y
avoit un Trophée, avec
toute forte d’Armes, un
Hercule qui rerraflbit une
Module , & dans le milieu
une grande Renommée
avec une Palme à la main.
Auprès d’elle eftoient un
Lyon & une Aigle liez en
quelque façon, avec ces
mots fur un Cartouche,
nient de chaque collé du
bas , fur les collez de la
Place, deux Joueurs d'Int
trumens accompagnoienr
le Triomphe. Cette Place
eftoit foûrenuë de deux Figures
qui finilïbient à demy
en Fleurs ? & qui fuporroient
les Armes du Roy,
avec les deux Ordres autour.
Je vous en dis allez
pour vous faire concevoir
la beauté de cet Ouvrage.
reçeu en Cour, ainfi que le
Portrait de Sa
TXz t *** M ? V K X ■1OZL à * £ >.^j 1A«- V 2?< £_j
' par le S1 Simon Graveur. 11 avoit déjà fait ccluy de Monficur le Prince, & cc.
luy de Monficur P Arche, vefque de Paris. Ces trois Portraits Pont rendu fort
recommandable. J’ay Eiic graver les quatre Dcvifcs. Vous les trouverez dans
cetre Planche. L’Epiftre de la Thefe faifoit connoillrc
que ce qu’on ne pouvoic dire de beaucoup de Sou-
verai ns que par fla ter ie, qu’ils eftoienc l’image de la Divinité, la vérité le fai-
loic dire du Roy, non
9
n. t & ? t k <\\ <
-Q-
[feulement par cet air Je grandeur & de majeure répan J h . fu r fa P e r fo n n e, unis par cette figcfïc presque divine qui étroit née avec luy, fans qu’il eull eu. bcfoin'de la puifér dans les Livres des Philofophes ; Que fi la Sagcflé conkltcir dans raflemblagede toutes les Vertus, il n’y en avoit point qui paît égaler la ficnnc; Qu’il clloit peut- cIltc le premier qui en eult montre dans la Guerre 5 Qa’cftanr oftencé3il n avoit point précipité la fatisfa- septembve.
élion qui eftoit deuë à £
gloire*, qu’il s’eftoit plaint;
qu’il avoit menacé, & que
par ce temps donné ans
Ennemis pour fe repennr3
il les avoir fait convenir de
l’équité de fa Caufe. Je paffe
le refte de cetre Epi lire pour
venir à la Thefe que M~
l’Abbé du Montai a foûtenuë,
Il ouvrit la Difpute
par une courte Harangue
fur les Allions de Sa Majefté,
& apres avoir loué
cette me fine S âge lie qui
mettoit le Roy autant au
deflus des Sages, que les
GALANT. 187
Sages font au deffus du
refte des Hommes, il s’étendit
fur l’infatigable valeur
qui luy avoit fait entreprendre
la conquelle
des Villes les mieux fortifiées,
dans les plus rigoureufes
Saifons. 11 adjoûta
que s’il y avoit beaucoup
de force d’ame dans ces
cnrreprifes, celle defe vaincre
loy-mefme en donnant
la Paix,eftoit quelque chofe
de fi élevé, qu’il n’y avoit
point d’éloges qui ne fuf.
lent infiniment au deffous
d’un pareil triomphe ; Quil
eftoit proprement l’ouvra,
gc de Ion grand coeur ; qu’i[
lien partageait la gloire ny
avec lès Generaux, ny avec
le nombre de les TroiroJ oe3
que Loiiis le Grand avoit
vaincu la Victoire mcfmc,
lors que voulant rendre le
calme à tome l’Europe, il
avoit remis Ogeaércufcmenc
aux Ennemis vaincus & ce
que la Vûftoirc luy avoit
acquis , 8c ce qu’elle pouvoir
encor luy acouerir. il
J 1
fît voir aufli la terreur que
le fëul Nom de ce Grand
Monarque jettoir parmy
GALANT. 189
eux, jufqu’à n’ofcr pas mefnicleplus
Couvent attaquer
ceux qui av oient l’avantage
de combatte ions un fi redoutabIcNom.
il en donna
pour exemple M: le Comte
du Montai Ton Pere, qui
avocoic que s’il 'avoit Fait
quelque chcfc qu’on puft
croire digne du Commandement
que SaMajelH luy
avoir confié, il en devoir
toute la gloire à celuy qui
luy avoir donné l’autoiité
de l'entreprendre 5 &. communiq1ué
la force de Vexecurer.
LaThele fut ouverte
parMr l’Abbé de Bifly, qui
£t aufli l’éloge du Roy, &
n'oublia pas M1 du Montai,
dont je ne vous marque
point icy les Aétions. Vous
fçavez celles de fa rentrée
dans Charleroy, de la levée
du Siégé de cette Place, de
celle de Maftric , & de la
Bataill5 e de Senef. La Ogloire
qu'il s’eft acquife dans toutes
ces Occafions eft connue
de tout le monde. Son
nom eft Montfaulnin. C’eft
une tres-ancienne Maifon
qui defeend d’Ecoffe, 6c
quis’cft alliée à tout ce qu il
y a de plus grand en Bourgogne. Il y a plus de trois ans qu’il elt Lieutenant Générât Je (lois mal informé du temps, quand je vous ay dit quil l’avoir efté fait depuis peu. Madame faMere eft de la Maiiori de Buffy- Rabutin^Sc Madame du Montai fa Femme, de celle de Soulages en Roiiergue, très noble & très ancienne, & alliée à celles de la Fare, deLuflàn, & à plu fleurs autres des plus confidérables de Languedoc. Le Bonnet de Maillre es Arcs fur don-
VF'7 R.
au Soutenant par le
Chancelier. Cette Ceremonie
finit l’Aétion.
Si le talent de gO raver
donne de la réputation aux
Hommes, il faut dire à l'avantage
de celles de voftrc
Sexe, qu lin y d point d Art
où elles ne réü^flent admirablement.
Le Livre de
Partoralcs, &: d’autres Ouvrages
que nous avons de
M xdcmoilellc Stella, luy
avoient acquis déjà beaucoup
de gloire, mais elle a
forr augmenté 1 ’ eitime
quon avoit pour elle, par
le
GALANT, w le Portrait qu elle a gravé depuis peu de Monfieur i'Archcvefque de Paris. Il eft accompagné de Figures qui marquent les vertus de ce grand &zelé Prélat. On ne peut rien voir de plus achevé. MademoilclleMaC. fon la fuit de près dans ce merveilleux talent. Elle ax gravé les Portraits de Leurs U Majeftez avec une fi entière reflèmblance, qu aucun trait n’y eft oublié. J’ay appris qu’elle travail- loit prefentement à ceux de Leurs Alteffes Royales.
Septembre. R
iM MERCVRE
On a efté fort effrayé à Avignon de ce que laTcrrc y a tremblé le lecond jour de ce Mois. Ce Prodige n’a efté fuivy d’aucun def, ordre. Ceft un bonheur
que quelques-uns attribuent au Protecteur de la
Ville S. Agricol, dont on celebroir ce jour là la Fefte, Quoy que la Terre y ait tremblé jufqu’à trois fois, on pourroit fè perfuader qu’il y auroit eu de fima- gination dans cette croyance, fl la mefme chofe ri’cf- rtoit arrivée le mefme jour
à Arles fie à Aix. On venoit
de recevoir nouvelles dans
cette dernière Ville, que
le Roy devoir l’honorer de
fapréfenée, fit c’eft là deflùs
qu’on a fait ce Madrigal.
Il eft de la mefrne veine
dont eft party le galant
Ouvrage que je vous ay envoyé
fur les Vers à foye.
PeSe jaye en cette Province,
Z e turque l'on apprit quefon
gcjle Prince,
Qtfgn peut mieuxfumommer qu'un
Empere ur R omain^
Z. es Délices du Genre humain,
Zuyvsuloit accorder 1‘honneur ds
faprefencel
Quel tr an fiertlquel raviffeme^
Je puif dire que la Provence
27*eus point voulu dds ce moment
Se changer pour l* ifle de France^
Tant ce bruit fut pour elle un bruit
doux & charmant.
Mefme les chofes infenfibles*
De tendrejfe & ddamour parurent
fufceptibles.
On vit les Rochers ire faillir,
La Terre trewwuffa de joye de
plaifif
Dans l'efpoir de porter ce fondit
de la Guerre,
’ Z*onde fe fentit émouvoir,
Enfin tout fe montra plein d*ardeur
pour le voir>
fîfquaux Pénis cachetant le,
fetn de U Terre,
Sortirent pour le recevoir.
Il eft difficile, Madame,
que vous n’ayez entendu
parler des Bains qu’on va
prendre à Aix en Savoye.
Madame Royale y a fait des
dépenfes qui les rendent fi
commodes, qu’avant qu’il
{oit peu, il n’y en aura point
de plus fréquentez. Il y a
eucette année grande compagnie,
dont laPromenade,
le Jeu, & les Violons, ont
efté les divertiflemens. Un
Gentilhomme d’une des
i98 mercvre plus confidcrables Maifons du Lyonnois, arriyé nouvellement de Paris, où il s’eftoit mis en crédit parmy les Dames, fut bien aife d’y aller chercher quelque a- vanture. SonPere,que quelque incommodité menoic à ces Bains, luy propofa de l’accompagner. Il fe fît un ■ plaifiv de ce court voyage,
& alla delcendre avec luy dans une Maifon qu’un Amy qui en eftoit part/ depuis peu, avoit pris foin de luy arrefter. Cet Anv luy avoit fait le détail d;
GALANT. 199 tout ce qu il trouvèrent d’aimable dans le Lieu qu’il venoit d’abandonner, ôc l’avoit fur tout averty qu’une fort jolie Perïbnne de Lyon venue avec fa Mere aux Bains, logeoit dans la Maifon voifine de celle qu’il avoit choifîe pour luy, avec tant de comxnodiréy que comme elle prenoit le frais prelque tous les foirs à fa feneftre , ib pourvoit l’entretenir de la fienne, ôc fe fervir de la liberté que lu fage avoit établie dans tous les lieux oi?i l’on s’al-
R iiij
fernble ainfi de tous cofe
pour un temps ; mais qu’il
prift bien garde à ne pas
t op voir une jeure Blonde
de Chambcriy, parce qu’il
n’y avoir rien de plus dangereux,
foie pour l’efpntj
loit pour la beauté. Comme
il luy avoit nommé l’une &
l’autre, le Cavalier connoiffoir
la Famille de la première,
fans avoir pourtant
jamais veu ny la Mere ny
la Fille ; mais pour la belle
de Chambcrry, il n’en fçavoit
rien autre chofe finon
qu’elle eftoit fort de quaGALANT.
201 lité. Le danger que fon Amy luy avoir die qu’il pouroitcourir en la voyant, fut ce qui luy donna plus d’empreffement pour la voir. Il eltoir bien fait, avoit une vivacité d’eforit admirable, & s’eftoit fait eftimer de tant de Belles, qu’il fe mit en tefte de n ofrir pas fes voeux inutilement à cçl- le - cy. Il vint donc aux Bains plein de fon idée, & amoureux d’elle, fi on le peut eftre d’une Perfonne qu’on ne connoiftpas. Des le jour mcfme qu’il fut ar-
rivé ? il regarda plusieurs
fois dans la Rue, & enfin
fur les dix heures du foir il
vit une jeune Demoifelle à
la Feneilre voifine. Quoy
que l’obfcurité lempefchât
d’en bien diftinguer les
traies , elle n3 elfoic pas
fi grande , quil ne remarquait
qu’elle avoit de la
beauté. La galanterie qui
luy elloit naturelle, luy fit
chercher à Tentretenir. il
luy parla fort civilement.
La Belle répondit avec h
mefme civilité, & la converfation
fur bien - toit
GALANT, aoj noiiée. Il la croyoit de Lyon. Il eftoit de la Province , & cela devoir fervir à établir entr’eux plus de liailon. Ils tombèrent in- fenfiblement fur le chapitre des Belles qui eftoient aux Bains. Celle de Cham- berry ne devoir pas tenir le dernier rang. Le Cavalier é tonné de ce que la Belle qu’il encretenoit ne la nommoit point, la pria de luy dire ce qu’elle en croyoit, & fi on luy en avoit fait un portrait fidelle ? eu VaIÏlurant qu’il la trouve-
204 MERCVRE roit une des plus belles & des plus fpirituelles Per. • Tonnes qu’il eult jamais veuès. Elle répondit quon ne pouvoit pas dire quelle fuft mal faite, ny quelle manquait tout-à-fait d’c£ prit, mais qu’on l’avoitforc flatte fi on la faifoit paffer pour une Perfonne qui le fifl: fi fort diftinguer parmy les Belles, Cette ré p on le ne fixrprit point le Cavalier. La jaloufie eftprefque toujours inféparable de celles qui prétendent à la Beauté, 8c il crût qu’un peu d envie
GALANT. 205 luy avoir fait abaiflcr le mérite de l’aimable Perfonnex donc il luy parloir. 11 luy fie mefme paroiftre quelque chofe de ce quilcroyoit, & il le fit d’un je-ne-fçay quel air inccreffé qui obligea la Belle à luy dire qu’il falloit qu’il fuit quelque Amanr caché qui venoir s’inftruire par fes yeux fi la Demoifelle deChâbcrry eftoit digne de fes hommages. Elle adjoûta mille chofes agréables fur la béveuë qu’elle avoit faite fans y penfer, en ne luy parlant pas alfez avança-
zoé MERCVRE geufement de cette Belle; & tout ce qu'elle dit fut fi fin, 5c fi agréablement tourné, que le Cavalier qui de connoifïbit en efprit, fut charmé de celuy qu’elle fit paroiftre. Il réprouva fur diférentes matières. La Belle qui foûtenoit l’entretien admirablement, reve- noit toujours au panchant qu’il devoir avoir pour la Demoifelle deChamberry, & elle luy en faifbit la guerre dune maniéré fi galante, que le Cavalier qui prenoit feu infenfiblcment, luy dit
GALANT. 207 avec la mefme galanterie, qu’ileftoit vrayqu’il n’eftoit venu aux Bains que dans le delfein de s’attacher à la Perfônne qui elloit le lujet de leur diférent-, maisqu- apres l’avantage qu’il avoit eu de l’entretenir, il ne pou- voit croire qu’elle approchait d’elle, & que fi elle vouloit agréer lès foins, il oublicroit avec grand plaï- fir ce qui l’avoit amené. On luy fit connoiftre qu'une déclaration de cette force pour une Perfonne qu’il ne connoifloit pas,
208 mercvre eftoit un peu trop precipi, tce. Il la ioûrint, en difant à la Belle quil eftoit fort inftruit & de fa naiflànce, & dumérite delaPerfbnnej qu’il fçavoir qu elle eftoit de Lyon, & qu’il avoit des Parcns qui avoient pris alliance dans fa Famille. La
Belle qui s*eftoit fait un fort grand plaifir de cette première converfation, fe contenta de répondre qu a- avant que d’aller plus loin dans les proteftations qu’il commençoit à luy faire, elle vouloit qu’il vift la Ri-
GALANT. 20ÿ valej que cette Rivale de- voit eître le lendemain dans une Compagnie où i luy feroit facile de trouver accès; qu’il l'examinait ; & que le foir, félon ce qui luy en auroit paru, il pourvoit luy dire à fa feneftre dans quels lèntimens il feroit pour l’une & pour Pautre. Elle fe retira en mefme
temps, & ne voulut point écouter la priere qu’il.luy faifoitdeiedilpenfer de l'épreuve qu’elle exigeoit de ïi complaifance. En effet il luy avoit trouvé tant d’ef-
Sept timbre* S
avoit dit de fa beauté luy
en donnoit des idées fi
avantageufes > qu ’ il n’ef
xoit plus en état de croire
qu’aucune autre méritai!
mieux fon attachement. 11
croyoit jufte, C’eftoit h
Belle mefme deChamberry
qui venoit de luy parler.
La Lyonnoilè efloit partie
pref&ntes, deux jours apres
fon Amy} & cette premiers
«ccupoic fon Apartement
depuis fon départ. L’envie
quelle avoit de fe divertir
de fon erreur, luy fit épier'
I occafion de le voir ûnsen
eftre veue. Ainfi elle
eftoit au guet quand il fortic
le lendemain au matin»
Elle obferva fon vifage > Sc
fi elle avoit efté fatisfaire
de fon entretien, elle ne le
fut pas moins de fa Perfonne.
Dés qu’elle eut
difné, elle fe rendit où elle
luy avoit dit qu’elle devoir
eftre. 11 y vint quelque
temps apres, 6c l’ayant eiv
tenduç nommer, il s’approcha
d elle. Il luy trouva
beaucoup de beauté, mais
SJj
moins qu’il n’auroit fait s’il
n euft pas efté préoccupé
d’elle-mefme fous un autre
nom. 11 luy dit plufieurs
chofes afTez galantes. Elle
prit un air fërieux, comme
on le prend d’ordinaire
avec un nouveau venu. Elle
parla peu, & tint prefque
toujours en parlant ion
Eventail fur là bouche.
Vous jugez bien qu’elle le
fit tour exprès pour déguifer
(à parole. Elle y réüflit
fi bien, qu’il fut impoftible
au , Cavalier de connoillre
que c’eftoit la mefme Perfonne
qu’il avoir entretenue le loir precedent. Il fe retira, & toujours charmé de la prétendue Lyonnoife, il attendit impatiemment l’arrivée de la nuit. A peine fut-elle aflèz obfcure pour nelaiflerpas bien difccrner ce que l’on voyoit, que la Belle vint àfàfenertre. Elle demanda d’abord, qui vive, & montra un enjouement fi fpirituel dans la prière quelleluy fit de parler fin- ceïement, qu'il ne balança x)int àfe déclarer contre la Belle de Chamberry. Il
avoua qu elle pouvoir avoir
quelque prétention à la
Beauté; mais pour l’Efprit
elle luy fembloit fi éloignée
de pouvoir entrer en
concurrence avec elle, quelle
ne feroit jamais en droit
de luy dilputer fon cceur.
On le pria de fe bien examiner.
Il perfifta dans fon
premier choix, & dit qu’il
admiroir quelquefois un
beau Portrait,mais qu’il ne
pouvoir en dire touché. Il
brûloir devoir lalpiriruelle
Perfonne qu’il encretenoit
La permiffion luy en fur
GALANT. 215 donnée pour le jour fui- vant. La Belle chercha à rembarafler de nouveau? dans fa vifite. La Mere avoit efté informée détour^ (fccomme elle ne manquoit pas d’elpric non plus que la Fille, elle donna ordre à fes Gens de faire entrer un- Cavalier qui peur-eftre la. demanderoit fous le nom de la Lyonnoife dont elle occupoit l’Apartement. Oa fuivit cet ordre. Le Cavalier vint. Il fit complimenr à laMere, chercha la Fille des yeux, ce reconnoiflànc
la Belle de Chamberry qui
avoit fes Coifes, il crût
qu’elle n’eftoit là qu’en
vifite. Comme elle écouta
longtemps fans parler, l’erreur
où il eftoit ne s’éclaircir
point. Il entretenoit
toujours la Mere, vantoit
la bonté des Bains, contoit
des nouvelles, & enfin s’ennuyant
de ne point voir paroiftre
la Fille, il demanda
s’il n’auroit point l’honneur
de la (alfier. La Belle qui fe
déclara fon Amie, dit qu’à
eftoit incivil qu’elle demeurait
plus longtemps dans
fon Cabinet. Elle entra fous
prétexte de l’en faire fortir,
& eftant revenue un moment
apres fans Coifes, elle
prit fon ton naturel pour
luy apprendre que fon
Amie l’avoir chargée de
venir l’entretenir à fon defaut
; qu’elle tâcher oit de
trouver aflez d’efpricpour
fournir à la converfation^
& qu’il pouvoir fe hazarder
à débiter auprès d’elle une
partie des douceurs dont
elle croyoit qu’il fe fuit
muny. Cela fut dit de cette
maniéré libre & ' enjoiiée
T
. qui donne du prix aux
moindres choies. Le Ca.
*. valier regarda la Belle. H
ne fçavoir où il en eftoit.
\ Cette voix l’avoic frapé. 11
• la reconnoilToit pour celle
qu’il avoit entendue les
deux derniers foirs -, mais le
vifage rembaraflbitj&tout
accoutume qu’il eftoit à ne
b Te point déconcerter avec
r les Dames, il garda le filence
quelques motnens
pour, examiner le party
quil avoit à prendre. On
luy fit reproche dufacrifice
.. .qu’il avoir fait de la
1 • 219
nioifclle de Chimberry, &
cette particularité luy auroit
fait croire que les deux
Belles, ellant amies, fe fèroient
entendues pour luy
faire pièce, fi trouvant le
mefme efprit & la mefme
voix de celle qu ’ il avoit
crue Lyonnoife, dans celle
qui ne luy avoit fait paroiftre
que fa beaute' le jour
precedent, il n’euft connu
avec certitude que la mef.
me Perfonne avoir joüe' les
deux Perfônnages. On tâcha
de l’embaraflèr encor
quelque temps, & enfin on.
Mo MERCVR.E luy avoiia la chofe. Il dit plailammenr qu'il avoir toujours crû qu’il fiift nuit quand il n’y avoir point de jour, & que la plus IpirL ruelle Perfonne qui affe- éloit de ne point parler, ne porroit pas écrit fur fon front quelle euft de lef- prit. Il tourna mefine à fon avantage les déclarations qu’il avoit faites contre la Belle, puis qu’il ne les avoir faites que pour elle mefnie, qu’il avoir foutenu le mefiue party qu’il paroil- foit condamner. L* avan-
ture fit dire cent jolies choies,
& à la Belle, & au Cavalier.
Il continua fes vifires.
Elles furent agréablement
reçeue'Sj &peut-eftre
auront-elles de la fuite.
Jauray loin de vous apprenaj
rc ce que j’en fçauray.
Si vous avez elle fiirprile
de trouver fi ibuvent dans
mes Lettres de nouvelles
aélions de valeur de ML
le Marquis de Navaillcs,
vous ferez perfuadee que
je ne vous en ay rien écrit
que de vray, quand je vous
auray dit qu’il vient d’en
r nj
m MERCVRE eftre récompenié par la Charge de Brigadier que Sa Majefté luy a donnée. Eftre choify pour un tel Employ^dans un âge fi peu avancé, & par un Roy qui connoit fi bien le mérite, c’eft avoir le plus incontef- table vitre d’honneur quon puiiTe acquérir.
La Reyne a efté à l’Abbaye du Lys. Madame Colbert qui en eft Abbeflc, luy fit connoiftre par un très - magnifique Régal, avec quels reflentimens de joye & de refpeét ellerc-
t
GALANT. .
cevoit l’honneur quil luy ,
plaifoit de luy faire. Elle
eft Soeur de Monfîeur Col- .
bert, Miniftre d’Etat.
Madame la Baronne de
Marcé , Gouvernante des
Filles d’Honneur de Ma- .
dame, eftmorte dans les
premiers jours de cc Mois.
Madame de Roubais de
Bretagne, Soeur de Madame
la Préfidcnte de Mo- <
teville, qui eftoit à la1 feu
ReyneMere, Ôc que cette
Princeflè honoroit de fa
plus particulière eftime, a
cfte' choifie pour remplir fa
Vivante 5 puis qu’on ny
met que des Perfonnes
d’un fort grand mérite, &
d’une vertu généralement
reconnue.
Le chagrin ne fuccede
que trop toft à la joye. 11
n’y a qu’un an que je vous
appris le Mariage de Madame
de la Levreriere,Fille
de MrdeRicoüart de Herouville,
Maiftre ordinaire
de l’Hoftel du Roy & L
Réception qui luy avoit
efté faite à Coudé, dont
GALANT. 22T
r de la Levreriere Ion
Mary eft Gouverneur. Aujourd’huy
j’ay à vous apprendre
qu’elle eft morte
en couche avec fon Enfant,
Jugez combien la perte
d’une Pcrfonne fi jeune
doit eftre rude dans une
première année de Mariage.
ML Goüet Maiftre de
Mufiquc des Dames Rcligieufes
de Longchamp , a
Elit un très-agréable Air
que vous trouverez icy noté
avec ces Paroles,.
AIR NOUVEAU.
U Lympe eft de retour avec de
" nouveaux charmes^
Gcufie^bi en ce pb/ijir^ mes y eux,
La Belle pouvait elle mieux
yous ïêcompenfer de vos larmvd
HeLu! que mon fort ferait
Si mon coeur en eftoit aujjî contai
que vow!
J’ay toujours oublié à
vous dire que l’Air de ma
Lettre du Mois de Juin,
dont les Paroles commencent
par ce Vers, Quand far
n&s charmans rivages y &c,
eftoit de la façon de Ml
de L. M. Il avoit crû ncfe
ki
%
Gouftezbien ce plaifir
4le-
3’4—T- que dans
----JJ vctre duMois
, où je vous fais la
Gouftezbien ce plai{ii‘u'es
M. G OU ET*
pouvoir mieux cacher quen
nie le faifant tomber entre
les mains comme venant de
Puyperlan en Xaintonge.
A dire vray, j’en avois efté
la dupe, mais il n’a pu tenir
contre les louanges que
luy a données une belle
| Perfonne qui le chantoit
fans fçavoir qu’il fuft de
luy. Il s’eft déclaré, Sccom-
* me elle aime fort la Mufi-
1quey cela n’a p^s nuy à le
mettre bien auprès d’elle.
On m’a avertyque dans
cette mefme Lettre duMois
- Juin, ou je vous fais la
Relation du Siégé de Puy„
ccrda, je vous ay dit que
Mfi de Bardonache avoir
cité tué, au lieu de vous dire
Mf de Bardonenches. Je
vous ay déjà marqué bien,
des fois que fi on prenoit
plus de foin de bien écrire
les noms propres, on éviteroit
ces {ortes de fautes.
Ml de Bardonenches eltoit
un Gentilhomme Dauphinois,
Capitaine dans le Régiment
dcSault, & d'ur.e
Famille qui s’elt toujours
fignalée dans l’Epée & dans
la Robe. lia kncor un Frere
dans ce mefme Régiment.
Mr le Marquis de Bouflairs n eft point marié, & je me luis trompé quand je vous l’ay dit. Ce qu’il y a de vray, c’eft que Ml le Comte de Bouflairs fon Frere aifné, mort il y a déjà dix ou douze ans , avoit époufé la Fille de Mr de Gueneçaud Secrétaire d’E- O
tat. C’eft de luy qu’on a dit qu’il avoit tué un Homme apres fa mort. On lepoitoit dans un Cercueil de plomb à fa Terre de Bouflairs. Le CarrofTe verfa dans un pas
230 MERCVRE
fâcheux. Le Cercueil tom.
Vous aurez déjà peut,
eftre entendu parler de Telpérance
qu’on a de réünir
l’Eglife Gréque avec la Romaine.
Les Evefques de
cette première qui citaient
à Rome depuis quelques
mois, & qui n’avoient encor
pu avoir d’audience,
l’eurent le 17. d’Aouit de
MrleCardinal Cibo, auquel
leurs Lettres de croyance
avoient efté données àexa;
miner. Ce Minière leur fie
comprendre que Sa Sainteté
avoit réfolu d’attendre
l’arrivée de Mr des Clofets
Chef de l’AmbafTade, Chanoine
, Sous - Chantre en.
dignité de l’Eglife S. André,
ôc Docteur en Medecine
en l’Univerfité de Padouë,
pour leur donner l’audience
publique qu’ils ont demandée.
LaReyne Chriftine de
Suède, à qui ces Evefques
& Mr des Clofets font recommandez,
avoit euquelques
jours auparavant une
longue conférence fur ce
2?2-MERCVRE fujet avec le Pape, auquel elle témoigna la réfolution ■où eftoient le Patriarche
d'Antioche ,■ & dix-huit Evefques Arméniens 3 qui envoyentvers luy pour faire leur Profeflion de Foy. Sa Sainteté en parut fort fatis- faite, loua la conduite que Mf des Clofers avoit tenue pour rétabliflèmerit de l’Eglife Gréque en Angleterre. Elle fit plus, puis qu’àlafollicitation de ccrce Princeffe) Elle luy conféra un Canonicat de S. Jean de Latran vacant par h
mort du Doyen des Prélats..
Cet Envoyé eft attendu de
jour à autre. On luy a préparé
un Palais dans la Rue
Sainte par les ordres de la
Reyne Chriftine de Suede.
Le Chevalier Borry a ea
permiflion du Pape de le
vifiter deux fois la femaine
a Rome. Ils font intimes
Amis • &: fi vous voulez
fçavoir quelque chofe de
plus particulier de Mr des
ClofetSjje vous diray que
c’eft un Voyageur universel
5 qui à l’âge de trente
V
2-34 MERCVRE ans, a veu la Perfe, la Chine; & tous les Royaumes du Grand Seigneur & du Mo- gor. Ainfi, Madame, on peut dire que s’il avoit parcouru le Nord , il aurait efté dans toute l'a Terre habitable. Vous jugez bien que tant de Voyages qu’il a faits luy ont acquis toutes les belles lumières qu’il poflède. Il fçait plufieurs Langues, mais particulièrement les Orientales. Il eft & grand Médecin & grand Chymifte. LaReyne de Sue de & tous les S ça-
vans d’Angleterre, ont pour luy une eftime txesT particulière. Le Chevalier Borry que je vous ay die qui avoit permiflion de le voir, luy a dédié fon Enchi- tidzon en feize fortes de Langues. Il eft confulté de toutes les Telles Couronnées, & on ne dit point trop de luy en difànt qu’on le regarde comme un Prodige. Il a demeuré cinq années dans les Jardins bas du Serrail avec Mr du Mé- nillet à préfènt Patriarche d’Antioche. C’eft auoresde
mercvre ce grand Home qu’il a puife les belles cônoiflances qu’il adans laMcdecine. Le feu
Grand Vifir le choifit pour rétablir les Catholiques Romains dans la pofieflion du Saint Sepulchre, d’ou ils avoient cfté chaflcz, &ce fut dans ce mefme temps qu’il en fut fait Chevalier. Le Patriarche d’Antioche le fit l’an pafle Ion Envoyé Extraordinaire auprès du Roy d’Angleterre pour la tolérance de l’Eglife Gré- quc. 11 y en jetta les premiers fondemens ; & com-
GALANT. 257 nie il cil très-propre pour les Négociations, ce mefme Patriarche luy a bien, voulu confier auprès du Pape la grande Affaire donc je viens de vous parler,. Elle pourra entraîner la réunion des deuxEglifes.
Mr le Vicomte d’Ob’-
terre, Fils du Vicomte de* ce mefme nom , & Cadet de feu M-onfieur le
Marquis d’Obterre, qui avoit epoufé Mademoifelle de Gondrin , Soeur de feu Mr l’Archevcfque de Sens, a epoufé Mademoifelle de
2^8 MERCVRE
Jonfac. 11 y a eu des Maref chaux de France dans cette
Maifon, & elle vous eft affcz connuëparcequejevouscn ay dit dans quelqu’une de nies Lettres. MadcmoileJle
de Jonfic eft de celle de Sainte-Maure dont je vous ay auffi entretenue Vous voyez par là qu’elle doit eftre proche Parente de Moniteur le Duc de Mon-
taufier. C’eft aflez pour faire connoiftre les avantages de (à Famille.
Mr de la Salle Maifttë des Requeftes5 a époufë
■GALANT 2?9
Mademoilèlle Coupy. Elle eft belle & riche , & Fille
d’un Secrétaire du Roy. Mr de la Salle eft Neveu
de M Poncer, li eft tres-
bien fait, & il n’y a perforine qui ne parle de luy avec eftime.
On a eu nouvelles de
Turin que la fanté de Madame Royale fe rerablif. foit apres neuf jours de fievre continue. Son mal
a efté plus dangereux qu’il n'a efte' long. Les grandes qualitez de cette Princeffe, & l’état floriflanc où elle
tient la Cour de Savoye3
luy ont tellement attiré
mour des Peuples , que
dans les Prières publiques
qui ont elle ordonnées, ils
n’ont rien oublié qui puft
fervir à faire connoiftre
combien ils s’intéreflbient
à fa confervation. Elle eft
en effet très - neceffaire &
à Son Airelle Royale & à
- fes Sujets, qui ne peuvent:
allez reconnoiftre la bonté
qu’elle a de travailler inceffàinment
à leur bonheur
par fes continuelles applications
à tout ce qui regara
GALANT. 241 de l'éducation de ce jeune . Prince. iTa donné dans
cette occafion des marques tres-fcnfibles de la ten-
drefle qu’il a pour une fi Illuftre Mer'e, & on peut dire que les foins qu’il en. a pris font au deflùs de ce quon pouvoir attendre de fon âge. Il n’y a rien de plus parfait que leur union. Les galanteries qu’ils fo font, & les grandes Feftes qu’ils fe donnent, en font une preuve. Vous avezveu la magnificence des dernières dans ma fécondé
Septembre.
242. MERCVM
Lettre Extraordinaire.
Si le mal de'Ments eftoit
aufîi dangereux qu’il eft
cruel, on auroit fouvent à
trembler pour de fort ai.
niables Perfonnes. Voyez
ce qui m’a efté envoyé là.
deflùs.
A SYLVIE
SUR SON MAL DE DENTS.
Madrigal.
de'fi belles Dents oni
efléf méchantes.
Que de faire fentir des douleurs /
; f cuifantes
plrtJ aimable Objet qui vive fous les Cieuxi
l'en fer où étonné^ Sylvie^ Si de paie que faynwma vie Soue f empire de vos b eauxyeux^ y eue ne ndaviez^appris que pour eflre cruelle^
C'eft afferme pire blanche&beUe*
Nous n’avons pas eflé tout-à-fait à plaindre dans la quantité de maladies que les grandes & longues cha- O O
leurs ont caulées icy cette année, puis que nous avons eu des fecours extraordinaires pour les arrelter. Les Remedes que donne le
M-4 MERCVRE
Fièvres intermittentes, fc font trouvez merveilleux, Mademoifelle, Monfieur
1,’ Evcfque de Condom, Monfieur le Premier Pré.
fîdcnt, ôc beaucoup d’au, très Perfonnes de marque, s’en font fervis très-utile.
paent t ôc on ne fçauroit trop les vanter apres des cures fi confïdérables. Celles que font les Pères Capucins du Louvre, les ont mis dans une fi haute réputation, qu’on les vient con- fulter de^tous coftcz. Le Roy s eft encor fervy dç
GALANT. î+T Jeurs Remedes pour des douleurs qu’il a eues au bras apres avoir joué à la Paume. Plusieurs Perlôn-
nes ont éprouvé la bonté de leur Eau dans les Rhu-
jnatifmes, & ils font venus à bout d’une infinité de
maux qui avoient toujours paru incurables. On peut lefçavoir de Mr le Marquis de Barrière, de Mademoi- felle de S. Chriftophle, & de plufieurs Afmatiques fort connus qui avoient de-' fefperé jufqu’icy de leur guérilon. On écrit des Hof-
X iij
pitaux de l’Armée, que le
Remede qu’ils appellent
Fébrifuge, y fait des miracles.
Les Chirurgiens du
Roy en font des épreuves
à Fontainebleau , qui ne
laiflènt aucun lieu de douter
de fa bonté. Mr Félix
premier Chirurgien de Sa
Majefté, a donné de leur
Lodanum de Paracelfe à une
Femme toute extenuée
d’un flux hépatique, & d’un
flux de fàng, avec un fi
prompt fuccés, quelle en
a efté guérie dans les vingtquatre
heures. On a preGALANT.
247
fente au Roy de leur parc
une petite Cave de leurs
Eflences, que Sa Majcfté
a très-bien reçeuë. Elle
donne côtinuellement des
marques de fon eltinie pour
ces Religieux incomparables,
qui vont s’enfermer
pendant fïx mois , afin de
travailler avec une entière
application à des Remedes
plus fouvcrains que ceux
qu'ils ont donez jufqu icy.
Cette retraite leur elt neceflaire
à caufe de la longueur
des préparationsqu il
faut qu’ils faflènt, & qui ne
X iiij
248MERCVRE
doivent point eftre interrompues.
Quoy que la Paix ratifiée
par lesHollandois,alignée
par les Elpagnols, fàflè prefentement
l’unique entre,
tien de tout le monde,
vous ne laiflèrez pas de
trouver encor icy un long
Article de Guerre. Je vous
avois promis la Relation
du Combat qui s’eft-donné
devant Mons le 14. du dernier
Mois. Il eft jufte que
je vous tienne parole. J’y
fàtisferay avec d’autant
plus d exactitude, que je
GALANT. 249 vous en feray moins fça- voir les particularitez par jnôy-mefme, que par ceux qui ontveules choies qu’ils en ont écrites. C eft à dire, Madame, que je me fervu ray de leurs propres termes, afin que vous y trouviez toute la force de la vérité.
Chaque ProfeiGon a les maniérés de s * exprimer. La Guerre a les fiennes
comme les autres, & il n’y en peut avoir de meilleures dans les Récits de cette
nature. Si vous me voyez encor traiter d’Ennemis
2$o MERCVRE ceux qui ont enfin cefle de l’eftre, fouvenez-vous que je parle d’un Combat donné avant que la Paix les euft rendus nos Amis, Il fera célébré dans les Siècles à
venir, pour avoir efté le dernier dune Guerre qui a mis la France non feulement
au defl'us de chaque Peuple de l'Europe en particulier, mais encor au deffus de tous enfemble.
L’Armée du Roy eftanr campée aux Efcoffines, M1 le Duc de Luxembourgappric que celle des Ennemis commençoii à marcher pour s’aprocherd’En-
goyen, Comme fon unique bue eftoit de foûcenir le Blocus de Muns,il prie réfolurion défaire camper P Armée qu'il comman- doit, la droite à Soignies, & la gaucheàNeufville, afin d’eftre dans une fituarion à pouvoir egalement veiller aux démarches des Ennemis, 6c à la fureté de Mons.
Le lendemain io. d’Aouft ayant appris que les Ennemis n’avoienr bougé de leur Camp, dont la droite eftoit à Herines, êc la gauche à Havre, il fe ré- foluc d’envoyer au Fourrage à Cambron , 6c aux environs. Ayant eu avis que les Ennemis vouloienc nous approcher par ce cofté là, Mr le Comte d’Auvergne fut détaché avec mille ■9
J
MERCVRE Chevaux vers le Moulin de Sil- ly, pour la fureté du Fourrage, ic pour un Convoy de vivres qu’il falloir tirer d’Aîh ; 6c M1 de Luxembourg s’avança a Cambron avec pareil nombre, pour eftre en érar de le fbûre- nir, Ces deux chofes s’execu- terenr comme il l’avoir penfé.
Le lendemain u. il fçeur par nos Partis, auffi-bien que par Mcïïieurs de Maulevrier 6c de Sourdis, qui eftantdejour s’ef- toient avancez dés la nuit, que les Ennemis avoienc touche boute-felle. Cette nouvelle Kohl igea de venir au point du jour avec les Gardesde Camp fur la Hauteurdu petit RocuXjd’oùil entendit diftinétemenr la marche des Ennemis 5 & dés que le
GALANT.
Soleil fut levé,il apperçeut leurs Colomnes donc les teftes ef- toient tournées fur le Ruifieau
de Sreinherche. 11 envoya aufli- tort ordre àl'ArméeduRoy de fe tenir prcfte àprcndre les armes.
pendant deux ou :roisheures on fut incertain du lieu où celle
des Ennemis catnperoit, On s'apperçeut à la fin qu’elle ne pafioic pas le Ruiffeau de Stein- hcrche, où la voyant fort près de nous, & à portée de nous contraindre par une marche, dans celle que Mr de Luxembourg avoit réfolu défaire, en faifanc partir les Bagages la nuit, ce General fit mettre l’Armée du Roy en marche le len. demain iz. au grand jour, afin
MERCVRE
" d’occuper lePoftedelaBruyere de Cafteau.
Elle y eftoit campée la droite vers S.Denys, Scia gauche aux Manuys, ayant dans le front le Village Scies Bois de Cafteau, Scies Bois deGlein Sc deMons dans les derrières.
M*de Luxembourg trouvoit cePofte-Iâ le plus important à occuper, parce qu’il couvrait entièrement Nimy Sc Glein, qui eft oient les deux principales avenues 5c les plus dangereu- fes, 6c qu’il ne laiffoitpasd'eftre à portée du Pont d’Aubourg & de plnfieurs aurres qu’il avoir fait faire an Quartier fur la Haiihe, afin de s’oppofer plus aîfcmenc aux defteins que les Ennemis aurcient de ce coftclà.
GALANT, un Occupant cesPoftes,il croyoic peceffiter les Ennemis a ne chercher à le combatre que parla plaine de Binch; ce qu’il défirent d’auranc plus, que 1* Armée du Roy pouvoir par ce chemin- lâ aller deux en pleine bataille, fans craindre qu’ils nous don- n aflent de la jaloufie pour d’autres Quartiers.
Ce mefme jour iz, l’Armée ennemie ne fît qu’une fort petite marche. Elle vint camper la droite à Steinherche, & fa gauche à Braine. Mrde Luxembourg employa le lendemain 15. à fourrager les lieux qui eftoient autourdu Camp, dont les Ennemis au roi en t pu profiter; Sc eux s’avancèrent à Soignies ÔC àNaft.
2^6 MERCVRE
La nuit du 13. au 14. Mr de Luxembourg fut avercy par deux Partys à pied du Régi, mène des Gardes , & par Mef. fieurs de Vertilly & Joyeufe, qui eftoienc dehors, queles En. nemis avoient touché bouce- felle. Mc le Duc de Villeroy & M'Rofen qui eftoient de jour, s'avancèrent avec les Gardes, & envoyèrent direàM'de Luxembourg qu'ils entendoiencla marche des Ennemis. Ce Ge* neral les trouva au delà de Tieufly, & un peu de temps apres qu’il y fut arrivé, les Ennemis pouflerent un denos Partys, & dix ou douze Efcadrons des leurs parurent dans la Plaine. On crût que c’efloit un Corps qui couvroic leur marche.
GALANT. 257
La haltequ*ils firent fur le bord du Défilé de Maff, faifànt cefler le bruit des Tambours Se des Timbales , confirma les Noftres dans l'opinion qu'ils lâiffoienc la Haye du Roeux à leur droite, ne voyant plus entrer perfonne dans la Plaine. CependantM'de Luxembourg envoya ordre à l’Armce du Roy de fe tenir prefte $ & fur les dix heures du matin voyant entrer celledes Ennemis dans la Plaine de Tieufly, il ne fongea pour lorsqu’à retirer nosGardesqui cftoientdans cette Plaine.
L’Armce du Roy y entra avec affez de diligence, ' Sc avança fa gauche à un Bois qui eft vis-à-vis S.Denys, qui va par les derrières tomber fur la Septembre. Y
av8 MERCVRE Haifne entre Havre & Boufoy. Comme la fituation du terrain que Mrde Luxembourg occu- poit, luy paroifloit d’une fureté entière par les Défilez qui ef. toient entre les Ennemis & les Noftres, il tourna toutes fes penfées au Camp de Ml du Montai, & fe détermina à y faire pafler toute fa fécondé Ligne, comme â l’endroit où il y avoit plus de raifon d’appréhender. Mr le Comte d’Auvergne en conduifoir la droite; Mr de S. Geran, l’infanterie; & Mr deTilladet, la gauche.
N 'ayant à garder que les Défilez de S. Denys & deCaf- teau, qui font des PafTages fort difficiles, & voyant la fécondé Ligne en état de foûtenir le
Quartier d’Aubourg, Mr de
Luxembourg ne pût croire,
quoy que T Armée fuit feparée,
que les Ennemis entrepriflenc
de l’attaquer par ces deux Défilez,
& if fe perfuada qu’ils ne
luy oppofoient desTroupesque
pour faire pafler leur Bagage
par leurs derrières, Ôc aller en
fuite camper furlaHaifne.
Vers le midy, Ml de Luxembourg
s’apperçeuc quJils faifoient
couler de l’infanterie
dans le Bois qui appuyoit leur
gauche qui eftoit vis-â-vis de
S. Denys,& voyant qu’ils comniençoient
à donner une difpofition
à leurs Troupes, comme
Gens qui fe préparoient à une
Attaque, l’Abbaye deS.Denys
chant au delà du Ruifleau à
Y ij
MERCVRB
my-cofté
la foûtenir. Il biffa feulement
le foin à M1 le Due de Villeroy
de faire retirer le Régiment de
Feuquieres, quelques Dragons
détachez, & d’autres Gens
commandez del’Infanrerie, qui
tenaient la telle des Hauteurs
derrière des Hayes au delà de
l’Abbaye, (on les y avoitplacez
le marin pour foûtenir nos Gardes,)
& de n’y laiffer que vingt
Hommes, avec ordre dés que
les Ennemis s’approcheroient,
de fe retirer au premier Pofte
le long du Ruiffeau. Cela fut
exécuté dans le moment.
Peu de temps apres, les Ennemis
voyant les Hayes dégarnies,
vinvent les occuper avec
un gros Corps dlnfan cerie, &
«
GALiAbïT* 261 en fuite l’Abbaye, où ils ne trouvèrent perfonne. 11 n'y avoir point lieu de douter qu’ils n’euflènr deflein de faire par là une véritable Attaque. Mr de Luxembourg le crût, & ne fongea plus qu’à foûtenir le Terrain qu’il s’eftoir propofé de garder.
Pour cela, Mr le Duc de ViU lerov qui eftoit de jour, M1 le Comte du Pleflis, & M’dela Mothe, qui s’y trouvèrent, poC terent l’infanterie dans le lieu
le plus propre pour empefeher que les Ennemis ne paflaflent le Ruifleau,vis à-vis de la Hauteur que nous occupions.
Les deux Bataillons de Feu- quieres qui avoient efté retirez des Hauteurs au delà de l*Ab~
* _
baye, furent les premiers ph.
cez par Mr de la Moche.
M1 de Luxembourg avoir
fait avancer la Brigade de Na.
varre à la droite de la Gendarmerie,
pour s’en fervir dans le
befoin, Les deux derniers Bataillons
de Navarre, Scies deux
premiers de la Reyne , furent
portez d la droite de Feuquicres
pour conferver la Hauteur,
& faire que le chemin qui menoic
a Aubourg& demeurât libre. bT de Luxembourg avoit
donné ordre dés le marin à M[
de Refen Marefchal de Camp
de jour, de prendre foin des
Gardes qui eftoient auprès de
Cadeau, auffi-bien que de ce
Porte. Il avoit pris pour le garder
, le premier Bataillon de
ï
G ALAN 1. 263 Navarre, & le dernier de la Reyne, n’ayant d’abord â S* Denys que l’infanterie que j’ay marquée j ScIesEnnemis y eftant fort fuperieurs par le nombre, ils ne s’en prévalurent point pour chafier cette Infanterie des Poftes qu’elle occupoit.
Mais deux de leursBataillons ayant laifle l’Abbaye à leur gauche, payèrent le Vallon leRuifleau le long des Etangs, & eflayerentde monter par des Bois qui venoient aboutir fur la Hauteur que nous occupions.
La Brigade des Gardes que Mr de Luxembourg avoit envoyé quérir eftant arrivée à la droite de fa Gendarmerie, il en prit quatre Bataillons que M’ de Villeroypofta au fommetde
laHauteur vis-à-vis T Abbaye &
le long des Bois, par lefqueh
les deux Bataillons des Ennemis
s* eftoient avancez, Meffieurs
des Gardes arrivèrent fort à
propos , caries deux Bataillons
ennemis dont je vous parlr(
commençoientà gagner le haut
de noftre coftéj 8c M1 de Vau.
real à la telle de quelques Officiers
Soldats fe jetta Tépceà
la main dans le Bois, renverra
les Gens détachez de ces deux
Bataillons, tua les uns, & en
fit quelques autres prifonniers.
On ne fçauroit allez exagérer
la valeur & la fermeté de
Meilleurs des Gardes.- Iis effuyerent
pendant plus de (ept
heures un très,grand feu de
Moufqueteric & de Canon*
fans
fans que jamais un Soldat abandonnât
Ion Porte,
M’deRubanrelqui demeura
à la tcfte de ces quatre Bataillons,
y fervic très-utilement,6c
donna un exemple d’intrepidice
& de conduire,qui fûr bietx
fuivy par tous les autres Officiers
du Corps.
Du premier Bataillon , il ne
reftaque MIS Mirabeau & Boik
felot, Ce fut celuy de tous le
plus expofé. L’on peut dire fans
flaterie que Mr de Mirabeau
qui le commandoir.s’y diftingua
d'une maniéré extraordinaire.
Les Bataillons de Longis 6C
de Legneranr firent auffi des
merveilles, & Ton ne peut riea
ajourer à la valeur queles Officiers
firent paroiftre, auffi-bicq
Z
que les Commandant è Mr de
Montigny qui agifloit comme
Brigadier, le portoit dans tous
les lieux où la prefence cltoit
neceflùire. Cependant l’Infanterie
qui avoir cfté police le
long du Ruifléau, foutenoitdés
le commencement l'effort des
Ennemis avec toute la vigueur
qu’elle a de couftume de témoigner
dans de pareilles occasions.
Les deux derniers Bataillons
deNavarre commandez parMr
le Chevalier de S ouvré 6c M£
de Bordes, firent tout ce qu’on
peur attendre d'auffi braves
Gens qu'eux. M1 Crenan â la
telle de la Reyne, fit auflî des
merveilles , & fut bien féconde
parM1 des Farges,
GALANT. 267 le Maïquis de Feuquieres qui s’eftoit donne beaucoup de mouvement dés que l’Adion commença,n*âgiffiinr pas feulement comme un fimple Colonel j eut les deux cnifles percées. Son Régiment y fouffnt beaucoup, 5c Ion fécond Bataillon citant preïque hors d’état de combat, M le Duc
de Villeroy envoya quérir le Bataillon des Gardes commande
parM'de Pommercüdpour occuper fon Polie. Ce fut Mc dcMontigny qui F y mena. L*on ne peut aborder un grand péril avec plus d’audace. E n y arrivant, tous les Officiers furent quafi tous blcflcz , & grand nombre de Soldats tuez. M5. de Monrigny y eut les bras
Z ij
cafleZjM1 de Fourilles le poules
emporté, M' de Pommereüil
maintint le.Pofte route la journée
avec beaucoup de valeur
& de conduire , &. jamais les
Ennemis ne gagnèrent un pou!-
ce du terrain que l'on s'cftoit
propoféde garder.
L'Efcadron des Gensdar.
mes Dauphin, commandé pat
Alr le Marquis de Sevigny, foulenoir
les Gardes s & pendant
plus de trois heures il futexpofc
au Canon des Ennemis, dont
plus de quarante Gensdarmes
furent mis hors de combat,
L'on ne peut avoir une meilleure
contenanc^dans un grand pet il
que firent le Commandant &
l'Efcadron.
Pendant que les chofes le
paflbient delaforreàS. Denys, Mr de Luxembourg crut roû- jours que le Prince d'Orangc ne faifoir cette Attaque que pour fe faciliter le moyen de faire palier la Haifne au rcfte de fon Armée 5 ce qui l’obligea d'envoyer M1 de Chanlay qui eftoit auprès de luy,à Mrdu Montai, afin qu’il obfervât ce quife pafleroir du coftc d’Havre 8c de Boufoy, auffi bien que ce qui pourroit luy venir par le Village d’Aubourg, Il chargea, auffi le mefme Mf de Chanlay d’aller jufqu’à Mr de Qmncy, afin que Iaiflantquelque Infanterie dans le Camp qn’il avoir retranché à Giein, il marchât avec le refte des Troupes qui choient à fes ordres entre Ref.
■ Z iij
- fean 6c Yods, pour ettre en état
de s’oppofer( s'il citait neceL
faire } à ce qui viendroirdeces
coftezJâ artaquerM1 du Mon.
cal. Il y avoir déjà quelque
temps que le feu augmentent à
Cafteau. Mr de Maulevncr
elloit venu dire plus d’une fois
d Ml de Luxembourg , qu’il
croyoit que les Ennemis vonloient
nous y attaquer aufiï bien
qu’à S. Denys. Comme il en
eftoîr perfuadé, il s’v en alla
pour voir ce qu’il y avoit envoyé
dés le matin>&commença
àpofter le premier Bataillon de
Navarre, commandé par MTd:
la Vieuviile, au Moulin dans k
fond fur la droite à Caltea i, &
le dernier Bataillon de la Rcyne,
au mefme Défilé fur la gauche
de Navarre.
GALANT. 271
Les Dragons de Mr de Fi- marcon eftoient à un Chemin
qui parte prés de FEglifc à la gauche de tout. Jugeant que ces Troupes ne fuffifoient pas pour celles qui leur ertoienc oppofécs, Ai voyant qu’un gros Corps d’infanterie s’aprochoit encor avec du Canon foûtcnu
de toute FAifie droite delà Ca- k
valerie des Ennemis, il prit les deux Bataillons des Gardes
commandez par Mr de Créil &d'Avejan5 dont M( de Luxembourg luy avoit dit auparavant qu’il pouvoir fe fervir, £c apres les avoir portez prés de Navarre , il le revint trouver pour luy dire qu’il avoir encor befoin d’ïnfanterie.
Les Ennemis ayant occupé
Z» » » « mj
272 MERCVRE les Hauteurs, le Chafteau l’Eglife qui eftoienc vis-â- vis de nous , ( car de ce cofté-cy auffu bien que de celuy de S. Denys, M1 de Luxembourg ne s’eftoîc propofé que de garder leDefi'c) ils profitèrent autant qu’il leur fut poilible de l’avantage deces Situations, L’Eglife eftoit affez bonne d’elle mefme. Rocque- lcrvicres travailla pour accommoder le Chafteau qui eftoit inacceflible par fil fituation â noftre égard, eftantentouré di coïté du Vallon’d’une bonne Muraille. 11 fit un Retranchement dans le milieu de la Court, & des Barricades dans les avenues de la gauche, qui eftoit le feul lieu par ou nous pou- yions en approcher, ayant un
GALANT. 27j Précipice à là droite, ôc. leurs Troupes en bataille dans le derrière qu’ils avoienr laifle ouvert pour fê communiquer.
Outre cela, le gros de leur Infanterie occupoic fur plu- fieurs Lignes une Plaine de cinq à fix cens pas de large à la gauche du Chafteau à leur égard.
La première Ligne eftoit avancée le long des Hayes qui bordoient la Hauteur ptralelle à la neftre. Ils avoient suffi de l’infanterie poftée dans les Hayes au delà du Précipice que jevoosay dit, quieftoic àla droite du Chafteau, & tout cela fodrenu de fort prés par la Cavalerie de leur Aille droite.
M? de Maulevrier trouvant
274 MERCVRE M‘ de Lu xambourg à la telle de la Brigade du Roy , qu’il faifoic avancer pour eftre en étatd’aller à celle des Attaques où ellefëroir le plus neceffaire, ce General jugea qu’elle fe- roir plus utile à Cafteau >fça- xhanrqucdu cofté deS.Dcnvs les choies fe (oûrenoient ainfi qu’il le pouvoir defirer.
Mr de Sourdis, qu’il avoit priédedemeurer à l’Aifle droite de Cavalerie, ne laiiEi pas de fe porter dans tous les lieux où il eftoie neceffaire de donner des ordres, Mr de Manlevricr fe fervir de la Brigade du Roy, &C comme il en pofteie le premier Baraillon où eftoit Ml de S. Georges^ le dernier Bataillon des Gardes Suifles, coin-
GALANT. 27s mandé par Mr Vigier, les An- glois de 1 ’Armée de Hollande partirent d’auprès de l’Eglife, SC vinrent aux Dragons de FT- inarcon,qui n’eflanr pas aflez forts pour foûcenir un fi grand nombre, fe retiroientdc Hayes en Hayes en leur difputant le terrain. ,
Ce fut lâoù M1 de la Morhe, que fon courage mene toujours par tout où. il y a le plus à faire, fe trouva fortà propos â la tefte d’un des Bataillons du Roy, Il repouffa les Ennemis avec plus de vigueur qu’ils n’en avoienc eu a ébranler les Nollres-, apres quoy il fe porta dans tous les endroits où il croyoitrencontrer quelques conjonéhu- res de la mefine importance que
celle cy, pour agir auffi à propos &, aufi utilement qu’il ve- noie de faire.
Le fécond Efcadron de Va. renne commandé par Mr de Marfilly qui avoir la Garde, s’avança, en rempliffant le chemin , & chargea les Anglois avec beaucoup de vigueur. Il en rua plufieurs, & prit le Lieutenant Colonel Douglas, & quelques aurres.
Si-toft que de Luxembourg s'apperçeuc quel’Atra- que'de Cafteau eftoit véritable, il envoya ordre à la fécondé Ligne de revenir ; ce qu’elle fit avec beaucoup de diligence. Dans ce mefine temps3 M’ le Duc de Villeroy luy vint dire qu'il voyoic de i’Attaque de
S. Denys qu’une telle des Ennemis elloit avancée dans TE- glife d’Aubourg , mefme ce General entendit le Canon du Quartier de M‘ du Montai qui tiioit deflus, Cela l'obligea de donner un Bataillon deStoupe, 5c deux de phiffer, à Mrde Vil- leroy 5pour les mettre à la droite des Portes que les Noftres foû- tenoient a S. Denys, de peur que ce Corps qui paroifloit à Aubourg ne le vinft prendre en fl .nie.
Mr de Luxembourg fit marcher le refte de l’infanterie de la féconde Ligne à Carteau, où il le faifoit un grand feu. Cependant nos Portes fe maintenaient toujours avec beaucoup de fermeté par les foins de M*
de M mlcvrur, qui les vifitoit
continuellement.
M1 de S. Gci-an arriva avec
h féconde Ligne,dont les deux
Bataillons c/Allace furent placez
par M1 de Maulevrier fie
par luy,dans le fonds du Défi é,
pour rafraifchir rinfantericqui
y tenoit depuis le commencement
du Combat. Mr de Luxembourg
jugeant qu’il eftoit
â propos que les Ennemis viffent
qu’il nous venoic de nouvelles
forces, dit à M1 le Marquis
d'LJxelles de faire former
les Bataillons, malgré l'inegalité
du terrain. Le premier ce
Lyonnois fut cekiy qui s'avança
d’abord, êc alla joindre le Bataillon
du Roy commandé par
Mr de Montche vrcüil aflez près
GALANT, ay? deFEglife. Il fut fuivy de Kouf- fillon, & le fécond deLyonnois fut envoyé auprès des deux Bataillons des Gardes, auffi bien que le Dauphin qui prie la mef- nie marche j lors que le grand feu qu’Alface fit à ion arrivée ébranla l’infanterie ennemie

poftée le long des Hayes fur la Haureurà la gauche du ChaC reau à leur égard, comme je vous l’a y déjà dit ; cequi eftanr veii des Polies les plus avancez, quelques Détachez gagnèrent: la relie de la Hauteur que les Ennemis cornmemjoient a leur laifler libre.
Les deux Bataillons d’Alface fuivirent les Détachez , & fe mirent en bataille dans le peu de terrain que les Ennemis ve-
noient d’abandonner, cjnoy que
leurs autres Lignes fu fient en,
cor formées tort près d’eux.
Le Chafteau efLnt occupé,
comme j'ay dit, par Roquelcrviercs,
une double Haye â la
droite l’eftoit encor, auffi-bim
qu’un Chemin creux, qui ccnoit
depuis IcChafteau jufqu’à leurs
Troupes; de forte qu’Alûce
avoit dans le front les Ennemis
en bataillera fa gauche le Chafteau
&. le Chemin creux, &<a
doub!e Haye occujée parles
Ennemis à la droite.
Le premier Bataillon duRoy,
a la telle duquel cftoit Mrde
S. Georges, voyant partir Alface,
ne le put voir s’avancer
fans chercher un chemin pour
arriver aulli promptement aux
G AL ANT. 281 Ennemis. Il fe trouva fur la Hauteur à la droite d’AIface,ft fort contraint par le peu de terrain qu’ils luy a voient laiffe, que la manche droiteeftoit appuyée contre la double Haye occupée parles Ennemis.
Des Troupes moins hardies que celles du Roy, n’auroienc ofé entreprendre de fe former dans une fîruation pareille. Les deux Bataillons des Gardes commandez par Meffieurs d’A- vejan 6c de Creil arrivèrent auffi, 6c chaffercnt avec beaucoup de valeur les Ennemis qui renoient cccce double Haye, dans laquelle ils s’étendirent, 6c ofterent aux Noftres l’incommodité du feu qui fe falloir continuellement fur noftre
Septembre. A a
2S2 MERCVRE droite. Le fécond Bataillon de Lyonnois y vint en faite, & acheva d’occuper dans [a don, ble Haye, au deiTusdes Gardesi je terrain dont ils avoient chjf. fé les Ennemis. Il fe rendit nuif.
A
tre de trois Pièces de'Canon^ de quelques Munitions, qui ne purent eftre amenées par le chemin quelesTroapes avoienc pris pour venir fur la Hauteur,
Un peu avant cela, un des Efcadrons de Tilladet queM* te Chevalier d’Efclainvilliers
avoir mené dés le commencement
da Combat, dans le penchant de la Hauteur que nous gardions pour foutenir Navarre, monta â la queue des deux Bataillons d’Alface, 8C Mf deTilladet luy-mefnae le &
GALANT 28? former à la portée du Piftolcc du Chafteau, & le mena à la charge contre deux Efcadrons des Ennemis qui s’avançoient pour (‘attaquer, efliiyanr avant que de les charger, le feu d’une Troupe de Cavalerie qui venoit pour le prendre en flanc par fa droite,d’un Bataillon quieftoie encor à fil droite, & de beaucoup d’infanterie à fa gauche. Malgré cela il pouffa l’Efca- dron ennemy fi loin , qu’on le perdit quafi deveuë. Il revmc traverfant une Ligne d’infan-
O teric des Ennemis. Iln’yapoint de termes a fiez forts pour louer dignement cette aéhon. Le témoignage qu’en ' rendent les Ennemis, eft plus glorieux que tout ce qu’on en pouroît dire^.
A a ij
f
284 MERCVF<E
Mrde Relies commandoit l'EC- cadron donc je vous parle. Ce fur auprès du Heu d’où il partit que M1 le Chevalier d’Efchm. villiers reçeut la bleflure dont il mourut deux jours apres. U avoit placé de la Cavalerie à tous les lieux neccflaires pour foûrenir les Poftes avancez, Il la vifiroit fou vent , & eftoit dans une aélivirc continuelle, non feulement pour leschofes qui pouvoient le regarder, mais il n’y en avoir aucune qu’ilju- geaft utile, ^laquelle il ne s’em- ployaft avec toute i’ardeurpof- fible.
La charge de l’ECcadron de Tilladet, &nos Bataillons qui comniençoienr à fe mieux former fur la Hauteur, firent faire
GALANT. 285 a la prerriiere Ligne des Ennemis un mouvement par lequel elle nous céda un peu plus de terrain ; ce qui donna moyen à Mrde Luxembourg d*en former une plus régulière, quoy que le Chafteau fuit toujours occupé par les Ennemis. Les Gardes ôC Lyonnois eurent ordre de fe faifir de la double Hâve à la droite, ôc le refteda
♦ • terrain fut remply par les Bataillons du Roy & drAlfaces par le premier Efcadron de Va- renne, le Meftre de Campa la telle, & par deux de Tillaaet* Il n’v a guère d’exemples que fi peu de Troupes oppofees à tant de forces ayent montré autant de fermeté dans une pareille ficuation, n’eftant foute-
286 MERCVRE nus que de leur feule valeur, parce qu’il n’y avoir point aflez de terrain derrière eux pour former une fécondé Ligne.
Le fécond BataillondesGar. des Suifles commandé parfrp Stoupe j à la place de Mr Ma- checte qui avoir efté blefle, monta dans ce petit efpace. On fît refferrer les Troupes adroit fîc À gauche, afin qu’il puft Te pofter fur la Ligne, Si toft qu’il y fut, il fit un grand feu, gène témoigna pas moins d’ardeur de combatre que les autres.
Le premier Bataillon des Gardés Suifles commande par Mr Reynols, arriva quelque temps apres 5 & comme ls grand feu auquel les Troupes du Roy eftoient expofées, ce
GALANT 287
diminuoir à cout moment le
nombre, cette diminutionjavec ce queFon prit fur les inrerva- Jes, nous donna alfez de terrain pour faire entrer ce Bataillon dans la Ligne où nous avions befoin dTnfacerie fraifehe pour balancer le feu des Ennemis. Mr
de S. Georges y fut blefle. La maniéré vigoureufe dont il avoit agy depuis le commencement du Combat, l’avoit toujours mis en rifque del’eftre.
M‘ du Metz fut auflï blefle prefque en mefme temps. Il avoir fervy dignement tout le jour à l'Artillerie j & la nuic l’empefchant de pouvoir faire pointer, il vint fur la Hauteur pour y avoir la part qu'il tâche- de prendre dans toutes les Actions qui fe p a fient»
288 MERÇVRE
Mr le Marquis dTJxelles qui avoir efté pofter le fécond Bataillon Lyonnois, avec cent Hommes décachez de fa Brigade,
revint prendre le Régi, ment Dauphin, & s’approcha de lajgauche.
Le Chafteau eftant toûjours occupé par les Ennemis qui continnoient a faire un grand feu,Mrde Luxembourgréfolut de le faire attaquer, quoy que ce fuit une chofe fore difficile, comme vous l’avez veu parla defcripcion que je vous en ay faire. L’envie que MF le Mar- quis d'Uxelles témoigna d’eftre chargé de cette entreprife, luy fit écouter l’ordre qu’on luy en donnoit, comme fi c’cuftefté une affaire aifée, Il y marcha de
I
GALANT. 289 de mefme pour l’entreprendre. Malgré une furieufe refiftance & un combat auffi opiniâtre ■qu’on en vift jamais, il fe rendit niaiftre, & chaffa les Ennemis du chemin creux, rien n’eftant impoffible aux Troupes de Sa Majeftéjquand ily a de la gloire à acquérir. ME de Luxembourg ne pouvantdouter qu’un fuccés fi extraordinaire n’eronnaft les
Ennemis, auroiteflayé d’en pro. fiter, fi la nuit ne fïift furvenuë. L’envie de combatre ne man-
quoit pas ■ mais la difficulté de faire pafler des Troupes pendant l’obfcurité, par des Défilez fi étroits, qu’en plein jour elles auroienteu peine à le faire, l’empefcha de fatisfaire l’ardeur qu’elles en montroient.
Septembre > B b
Avant tout cela, M1 le Comte
d’Auvergne avoir propofc à
ME de Luxembourg de faire
entreprendre quelque chofeaux
Bataillons du Roy, de
Lyonnois, de Rouflillon, &de
la Reyne, qui eftoient auprès
de l’Eglife. Il marcha avec
eux, &, chaffa avec beaucoup
de vigueur quelque Infanterie
police à la droite de cette EgL
îè. Mr du Peray à la telle de
Lyonois, bâtit un des Bataillons
des Gardes du Prince d’Orange.
Il en prie deux Drapeaux,
& le dernier de la Reyne en
prit un des Troupes de Padcrboom
donc il bâtit le Bataillon.
Mr le Comte d’Auvergne fit en
fuite attaquer l’Eglife où eftoient
les Dragons d’Efpagne,
GALANT. 291 & ayant mis le feu à" une Mai- fon voifine , il les contraignit d'en forcir. Ilsnelepûrenrfaire fans une perte confiderable. Il y eut quelques ►uns de leurs Officiers prisdans cette A&ion, dont le fucccs ne contribua pas peu à nous faire reuffir à Fatta- quedu Chafteau.
Les Bataillons du Roy, commandez par Mr le Chevalier de Monrchevreüil, & celuy de Roufiillon , ne remportèrent point le mefmeavantage, parce que les Ennemis lâcherentpied. devant eu\, & n'en pûrent foû- temr FefFort.
Les Dragons de Fimarcon ^joignirent aux Bataillons dont je viens de vous parler, & ne contribuèrent pas moins qu'eux B b ii
MERCVRE à cliaffer les Ennemis. leur
* ’ \ t
gueur n’ayant pû eftre rebutée, quoy qu’ils euflenr foûtenu Je commencement de l'attaque, Cefuc en cerendroitquelvrde Fimarcon futbleffé à mondes derniers coups qui fe tirèrent. Jufque-làon pouvoir dire qu'il avoit eftéfort heureux d'avoir évité cette difgrace pendant tout le jour. La vigueur & la conduite de Mr le Comte d'Au. vergne contribuèrent beaucoup à ce fuccés. -
Ces quatre Bataillons eftoient foûtenus d'un' Efc^dron des CuiraflierSj&d’an deMagnacj Mr<de Griguan ..eftoit à leur ■ tefte, .Comme il fe vit inutile dans un Défilé, il pafià au delà dç l’infanteriej ôcfemircnBa-
4
GALANT. pille dans une Plaine fort près des Ennemis, où il demeura
nefe retira que le dernier.. M1 deLuxembourg avoit déjà renvoyé une fois l’Efcadron - de Noaillcs, mais il retourna avec
les deux qu'avait Mr de Gri- gnan , & foutint l’infanterie qui alloic à TEglife, d’oii il efluya un grand feu. Nos Soldats apres sfeftre rendus maif- très du Chafteau5mirent le feu à la B a (Te-court. Cependant les deux Armées eftoient toujours
en prefence, ëc le feu d<y l’infanterie de part & d’autre eontinuoir. Cefeudurajufqu'à deux heures de nuit, mais à la- fin la lafficude & l’obfcürité le firent beaucoup diminuer.
M1 de Luxembourg vovant
qu’il n’eftoit plus poflible df fonger à combarre, & qu’il ne devoir penfèr qu’à la fureté de Wons, commença de fairemar. cher les Troupes qui cftoient fur la Hauteur, pour repaffer le Défile , & gagner la Bruyere où eftoit le Camp. Le mouve. ment fefaifoir fi prés des Ennemis, que les Elcadrons & les Bataillonsfe retirexent un ranj _ □ apres l’autre. Si lesTroupesont mérité des louanges dans cette Action, ceux qui les comman. doientenfonr bien plus dignes.
Mr de Luxembourg fut perpétuellement dans le feu pendant toute cette Adion , qui dura neufou dix heures, c’eft à dire, tant à la droitequ’à la gauche, car l'affaire de la droire
' GALANT
fut commencée trois heures avant l’autre.
Les Ennemis ayant paflc le Défile de l’Abbaye de S. Denys, la prefence de ce vigilant General rétablit toutes chofes de cecofté-là. Il ne fe contenta pas de les en avoir chaflez...? Il voulut entreprendre de faire fur eux ce qu’ils n’avoient pu faire fur nous à ladroire, c’eft adiré, de les chafler de délias la Hauteur qu’ils occupoicnt, Sc for laquelle ils avoienc toutes leurs Troupes en bataille. Il faloic pour cela prendre le Chafteau où eftoit le Régiment ,de la Roquefervieres, qui avoit eftc Lieutenant - Colonel de ce_ luy d*Auvergne , & qui fervoic les Hollandois. M1 de Luxem-
Bb iiij
bourg pour venir à bout de fon
deflein s pafla un RuiïTeau & uiî
Marais à un Moulin qui eftoie
dans le fond â quarante pas des
Ennemis. 11 monta pour cet
effer une Code qui eftoit fi roides
qu'il fe faloic tenir au crin
des Chevaux, pour ne pas tomber
en arriéré. C’eftoit un chemin
où l’on ne pouvoir aller
qu’un à un. U en furmonta les
difficultez, 8c fe planta devant
eux. L’Infanterie eftanc animée
par l’exemple de fon General
, chacun voulut Limiter,
Sc en moins de rien deux Bataillons
fe formèrent auprès de
luy ; ce qui donna lieu à un
Efcadron de Tilladet de paffer
à la file par ce petit chemin
étroit. J’ay parlé de l’Adiondv
j4fdeTilladet,.mais non pas de
ce que fit M1 de Luxembourg
dans la mefme occafion. Ce
General ayant remarqué qu’un
Commandant des Troupes Espagnoles,
nome Porro-Carero^
cherchoit à luy tirer un coup
de Piftoler , mit de fon coftc
le Piftolet à la main, & alla à
luy. Ses Gardes le fuivirenr.
Porto-Carero qui eftoir armé
reçeutun coupdans le colau defaut
de là Cuirafle .II n’en mourut
pas, mais il demeura prifonnier.
Le feu que ce General
eut toujours à effuyer , fut fi
grand , que Mr de Coupigny
qui eftoit à collé de luy, eut
d’une feule décharge fon Cheval
blefle de fepe coups de
Moufquer. Il fut blefle luy^
8 MERCVRE mefme â la main» & enc fojj chapeau percé. Je n’aurois ja. mais, fait fi je voulois marquer rout ce que les Rélationsdilcnt â l’avantage de M‘ deLuxeæ. bourg. Son courage a paru en tant de grandes occafionSj que perfonnen’en fçauroit douter,
Mr le Duc de VHleroy ayant toujours foûtenu avec fucccs l’attaque de S. Denys,& voyant que l’afEiire y prenofc un cran an’avoir plus defujetdecraintc, vint fur la Hauteur de Cadeau
prefque en mefme-temps que les premières Troupes qui y montèrent. On nepeutmoncrer ny plus de valeur, ny plus de conduite. Il eftoit par tout, Se la voix publique parle fi haut, fi avanragenfement de luy.
GALANT.
qu’il n’a point befoin d’autres éloges.
Mr de Maulevrier qui eut la principale direction â Cafteau, fit depuis le commencement juf- qu’â la fin tout ce qu’on peut attendre d’un grand courage d’une expérience confommée. M” le Comte du Plefiis qui dévoie eftre à l’Aifle gauche, voyant qu’il n’y avoir rien à faire, vint dés le commencement à la Hauteur de S. Denys, agiflant dans tout cela félon que les occafions s’en prefen- toient, avec beaucoup de valeur & de connoiffance. Il eue
un Page blefle d’un coup de Moufquet à codé de luy.
Qnoyque M'ie Comte d’An- vetgtu euft efté charge de me-
3oo MERCVRE ner la droite à la fécondé Ugne, lors qu’il vît que le Quartier de M1 du Montai n’éltoïc point attaqué, ilfefervic du prétexte, qu’en une Baraille rangée il auroit efté à l’infanterie, afin de revenir à Cadeau. Il y revint en effet, & de fi bonne heure, qu'il fe trouva à propos pour pufter des Bataillons Saisies, auffi bien que quelques Ef. cadrons, lors qu’on y difpjLir les choies.
Dés que MrdeTiliaderfçeuc que M1 de Luxembourg rapc- loir la fécondé Ligne, il vint de fa perfonne à l’attaque de Caf- ceau, où il arriva G prompte- ment qu’il ne s’y pafia rien ou iln’euft beaucoup de parc. Sa prefence ne contribua pas peu
2 infpirer aux Poftes avancez
la vigueur qui les porta à chaïTer
les Ennemis de la Hauteur où
il monta des premiers, & où on
le vit demeurertant que l’Achion
dura. II s'acquit beau-.
coupde gloire,par ce que je vous
ay dit qu’il fit en pouflant un de
leurs Efcadrons fi loin, qu’on le
perdit prefque de veuë. Il pafla
pour cela entre leurs Bataillons,
& revint par le mefme chemin,,
fans que la Cavalerie ennemie
ofaftle fuivre. j ~
Mr le Chevalier de Sourdis
ne cefla point de s’employer
pendant la journée à rout ce
qui eftoit neceftaire, &: quoy
que fon Pofte l’éloignât du lieu
où l’Aéfcion fc pafloit, il ne laiïlà
pas d’y venir. Il s’y expofa beau3oz
MERCVRE coup 3 &c y lervit jufqu’â la fin, Mr deS.Geran, dés l'arrivée de la fécondé Ligne d’Infanre- rie qu’il avoir conduite, s’employa à la faire agir, &, fe donna pour cela beaucoup de mouvement très à propos.
M1 le Prince Palatin quis’ef- toit fortdiftingué pendanrtou- te iajournéc, eftoiefurla Hauteur avant l’arrivée d’Allace, II y reçeut un coup de Moufquet à foreille, qui ne l’empelchi point d’agir toujours avec h mefme vigueur.
Mr de Rofen eftoità Cafteau dés le matin 5 Ôc tant que le jour dura, il s’y expofa comme le dernier Soldat, & donna des ordres en Commandant expérimenté.
I
iJLij
ME Monmon le trouva par
tout. Il n’y eut point de Bataillons
aufquels il ne portait des
ordres,' Il en donna beaucoup
de Iuy-mefme auffi utiles que
ceux qu’il portoir,
ATdeTallardfutun despremiersfur
la Hauteurde Cafteau
»
fans y eftre commandé. Il y fut
blefle d’un coup deMoufquet.
& malgré cela il y demeura jufqu’à
la fin du Combat. M'Barberien
eut auflî une contufion,
& s’expofa fi fort tonte [ajournée,
qu’il méritoit bien d’eftre
traité moins favorablementdes
Ennemis,
Mr le Chevalier Colbert, Fils
de Mr Colbert Miniftre & Seeretaire
d’Etat 3 eut deux Chevaux
tuez fous luy. Comme il
*04 MERCVRB eftoit toujours dans le feu, j] fut bien heureux d*èn eftrequite âfîbon marché. Mr le Marquis de la Popeliniere fori ' Coufia germain, fe drftinguà fort auprès de Mile Comte de Mauîe- vrier-Colbert, à qui il fervoit d’Ayde de Camp. Ainfi Mon. fieur Colbert avoir un Frere, un Fils, &un Neveu, qui s’ex- poferent beaucoup dans cette journée , & qui firent voir que tous ceux de cette Famille fer.
vent le Roy avec un zelequi n’épargne rien.
Mr de la Tournelle voyant que fon Bataillon pofté entre les deux Attaques, avoit eflé inutile, vint fur la Hauteur de Cafteau, pour demander qu’il nelefuftpaSjOu dumoins pour
GALANT.
trouver Foccafion de ne Fcftre
point de fa perfonne.
r L’Adion de Mc le Marquis
(TO^elles eft fi éclatante, qu’elle
mérite bien qu’on en dife
quelque chofe en particulier.
Son Régiment, qui eft le Dauphin,
fe trouva pofté au pied
du Chafteau. Un fort grand fetr
qu’on luy faifoit par la gauche,
riroit fur le front de ce Régiment,
&, il avoit à eftiiyer un
autre feu de l’Eglifc qui voyoit
ce mefme Regimenr par derrière.
Ce Marquis s’en voyant
environné de ces deux coftez,
prit le parry de fe rendre maifcre
du Chafteau aufll-bien que
de la Haye. Les Ennemis y firent
une vigoureufe refiftancej
niais la valeur avec laquelle ce
Septembre.
Régiment s’opiniâtra à venir à bout de cette entreprife, l’y fitréüflïr. Il mit le feu au CbaC Eeau$ & comme il eftoit déjà nuit, ce feu cclairoit fi fort les environs, que nos Troupes ef. toient veuës depuis les pieds jufques à la tefte. Elles ne différent pas de foûrenir avec une intrépidité fans exemple, celuy que faifoient les Ennemis, llfut grand,parce qu’ils ne pouvoienî éviter la mort, qu’en faifànc retirer les Noftres par leurs décharges, & qu’il falloir necef- fairement qu’ils fe réfoluffentà eftre brûlez avec le Chafteau, ou qu’ils s'abandonnaient au •feu de ceux qui les atraquoienr, ' en fe jettant parmy eux pour lâcher de fe fanver. Ainfi ds
GALANT. 307 périrent tous avec Roquçïèr- vieres leur Commandant,
Mr le Marquis de Pianefle donc je vous ay parlé en plusieurs autres occafions, donna dans celle-cy les mefmes marques de courage qui l’ont coû- jours diftingué, Ilcommandoic la Gendarmerie, Elle fut portée à la droite dans le commencement du Combat, pour foûte- nîr l’infanterie qui défendoit rAbbaye-deS.Denys. Le Canon où elle fut expofée, luy donna lieu de montrer cette inébranlable fermeté qu’elle .a accouftumé de faire paroiftre. Mr de Pianefle y eut un Cheval blefle- Sc comme dans ta fuite du Combat il vit mener deux Efcadrons de Tilladec, ôc Ce ii
?o8 MERCVRE deux autres de Varennes, au delà du Défilé du Chafteau, il prit l’Efcadron des Bourgui. gnons commandé par M1 le Comte de Marcin qui en eftoit le moins éloigné, & s’y en alla au grand trot, apres avoir nun- dé a route la Gendarmerie de le fuivre. Le terrain s’y rencontra fi ferré, que Ml4de Lu. xembonrg qui eftoit par tout, ou par fes ordres, ou par fa per. fonne, voyant qu’il ne pouvoit contenir un plus grand nombre deTroupes, renvoya le reftede la Gendarmerie qui fuivoir, & fe contenta de faire former les cinq Efcadrons quieftoientpaf- fez. Le feu que ces Troupes foûtinrent fut fort grand. Il en coufta la vie à plufieurs. Mr de
s.
pianeffe fie voir fon intrépiditéordinaire.
Un defes Domefti*
quesfucbleflc à fes codez d’un
coup deMoufquec qu’il reçeut
au bras. . l I
M1 le Marquis de Sevîgny
commandant la Compagnie de
Monfeigneur le Dauphin, demeura
expofé pendant trois
heures à neuf Pièces de Canon
des Ennemis t qui' ruerenr ou
bleflerenr quarante Cavaliers
dans fon Efcadron. On ne peut
montrer plus de fermeté qu’il
cnfîcparoidre en cette rencontre.
Vous n’en ferez pas fur-
•prife, apres ce que je vous ay
déjà dit de luy dans plufieurs de
nies Lettres. Elles vous ont appris
qu’il sJed fouvent didinguc,
&on eftaifcmenrperfuadé par
312, MERCVRE tout ce qu’il fair, qu’il n’a pas moins de coeur qu’il y a de beauté & d’efprit dans fa fa. mille.
M^eTilly le Jay, Lieutenant delà Colonelle, fut tué dansle Combat. C’eft le croiïiéme
Frerede ce nom dans ce mefme
Corps qui»a donne fon fang pour le fervice de fon Prince. Celuy-cy s’eftoit acquis une très - grande réputation. Son expérience, ïon attachement afïidu au fervice, & fon intrépidité, l’avoient fait choifirpac SaMajefté avec éloge, pour la Lieutenance de la Colonelle, au mois de May dernier, en la place de Mcde Perigny Ferand, que l’on avoit fait Ayde-Major. Il n’eftoit pas extraordinaire
GALANT. 311 qu’un Homme de ce nom fe fift diftinguer, On a toujours veu des Emplois confidérables dans fa Famille. MIC Nicolas le Jay fon grand Oncle, a efté honoré de la Charge de Premier prcfîdent au Parlement de Paris, qu’il a exerçée pendant plufieurs années avec un ap- plaudiflement general. M” Charles le Jay, Seigneur de Maifon-rouge, Neveu êc Heritier de ce Premier Prefîdenr, s’aquit beaucoupd’eftime dans fa Charge de Maiftre des Re- queftes. Il laifladeux Filles & fept Garçons, qui ont tous hérité de la pieté, de la capacité, & de la bravoure de leurs An- ceftres,
Mr le Marquis de Môy, Fils
%
?iz MEKCVRE' du Prince de Ligne Gouverneur de Milan, Te fignala parmy tant de Braves. Il fercdans l’Ar.
mce du Roy, & eut deux Che. vaux tuez fous luy, une couru, fion àda cuiffe, éc deux coups dans fon chapeau. Il eft rres. jeune, fort bien fait, & unique Heritier dufeuMarquisdcMôy Henry de Lorraine.
Mr le Marquis de Vauvilkrs Maifol, Ayde de Camp de M: de Luxembourg , fut blefle le- geremenr au cofté, êc eut un Cheval tue fous luy. Il eft jeune encor, & a tant de coeur,, qu’il a déjà fou vent donné Ljec de craindre pour luy. -
Mr Robert Intendant de
l’Armce, qui dans toute la
Guerre de Hollande a ïervy le
GALANT- 315
le Roy fi utilement 6c avec tant
de zele, fit luy-mefme fervir le
Canon dans cette rencontre, SC
demeura toujours dans le péril
avec tous fes Gens.
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire que la Brigade du Regimenc
Lyonnois, commandée
par MMu Peray qui en eft Lieutenant
Colonel; & compofce
de deux Bataillons de Lyonnois,
de deux d’Alface, 6c d’un
de Rotiffillon, reçeut ordre de
M* de Luxembourg de charger
les Ennemis à l’Attaque de la
gauche 5 mais comme le Païs
eftoit fort étroit, chaque Bataillon
s’enfonça,. prefque en
mefme temps dans les Hayes,
dans les Chemins creux, Ôcdans
lesHoublonnieres, de là meil-
Septembre.
«
3i4 MSRCVRE
leure grâce du monde char,
géant l’Eunemy fi vigoureufc.
ment, que cecce-Brigade iobh. '
gea de Ilw céder le Polie qiril '
avoit occupe pendant près del
quatre heures. Elle rcpouirj
ceux qui le voulurent defendrej
jufques îur la Hauteur, tout à p
fait hors le Défilé, tuant & fin- v
fiant beaucoup d’Hommcs pie 1
ibnniers. M1 du Peray con»bant I
à la tefte du premier Bataillon |
Lyonnois)& le mena à la charge |
avec tant de {accès,’ qJ ue Ls!1
Dragons d’Efipagnc, les Gardes I
du Prince d’Orange, & les An-1
glois, ne purent luy nlHhr. |
Tout fut mis en déroute, 11 j
en eut beaucoup de tuez. L;
Major, & l’Ayde-Major tb
Dragons de Salcedc, & quelI
• 315 ques autres Officiers Anglois, eurent la vie fauve, par le foin que prit Mr du Peray de leur faire donner quartier. Ce Ba- raùlon (eu! prit deux Drapeaux du Régiment du Prince cTO-
D
range. L’exemple que ce Lieutenant Colonel donna aux Soldats, en chargeant le premier au milieu des Grenadiers, 6c en tuant d’un coup de Piftolct 011 Officier des Dragons deSalhen qui voulut faire ferme, ne contribua pas peu à animer la Brigade qu’il commandoit. Le Rcgimenc Lyonnois r/a jamais laide pafler aucune occafion de fe fignalcr. Il futprefque touc défait à ht Bataille de Caffel, ayant eu feul affaire pendant xroib heures à toute ’a d-oite des
D d ij
jifi MERCVRE
Ennemis, qu’il foûtinc avec U derniere fermeté, & donnant â
propos en mefme temps que les Moufquetaires donoient âpied de l’autre cofté, Il n’y a aucun Régiment dans les Troupes qui aye plus de Gens de qualité & de plus braves. Il a eu depuisle cômencement de cette Guerre
trois Lieutenans Colonels tuez, & plus de deux cens Officiers suffi tuez ou bleflez» Cette derniere
Aétion coufta la vie à deux
Capitaines de ce mefme Régiment, qui font Mr de S. André Gentilhomme de Bourgogne, & M1 delaTuillerie Neveu du R; P. de la Chaife Confeiîeur de Sa Majefté. M1 le Chevalier de Gonnety, Frere de M' Ie Comte de S.Jean de Lyon, y
GALANT. 517 eut les deux cuities pertees. Mr le Chevalier de Bloc, Auvergnat, y fut blefle à morr. Mr le Marquis de Leclufe,Gentilhomme Beaujolois, y reçcut un coup deMoulquet à la telle. Deux autres coups percèrent la cuilfe à Mr Martinet, &. l’épaule à M1 de-Fenouil Ayde- Major.
Le Régiment des Gardes fit des chofes lî furpTenantes dans la mefme occafion, qu’on peut alFurer qu’il n’y a aucun de fes Officiers qui ne s’y fojt fignalé. Cela fe peut voir par le nombre des Morts & des Eleffiz que je vous envoyé.
Capitaines,
M. de Montigny,le bras enfle. M. de Beauregard, bleffé en pkifîetirs endroits.
Al. deFounlIeSj le pouice cm.
porté.
Al, deSaillant, la cüiffb percej.
Zieutenans tuez^. *
M. le Jay deTiliy.
M. le Chevalier de la Salle. <
Zicutenans bleffcz^
M-d’Arbouville, blcfle à mort
jM.deSoûpirs.
Ad. de Meaux.'
Sw-ZiMienans tue*.
M. le Chevalier de Montigny,
M. deViauts.
Al. deTemericoert.
M. de Feuq'iieres.
A4, de Marial.
A4. de Gai^ne.
M. de Rians.
S o <is ~ Ztea texans
M.dcSamt AlvertjUa oeil perdu.
M. de Maupcon , mort de les
blcâures.
. d c 1 a M o r e z a n s b 1 cfie à ni or r.
]\1. dujourdy, la jambe emportée.
M. de P.Pmcvilercc, la jambe
percée.
M. de Vauroily.
M.dePoîaftron, blefle à mort.
M. de S. Simon.
M dcPavezin.
M. de Lnzancy.
M, de la Tronfle.
M. de Ç) aevricourt.
M. le Gras.
M. de Boisdelmé.
M. de Matonvdle.
Ettfc’vr.cs blcfJcZ'.
M. de Confiantin.
M. de Ladoüv.
M.deNoify. '
M. d’Arraignan.
Dd iij
MERCVRE
Tous ceux qui accompagne» rent Meilleurs les Officiers Ge- nerauxmerirentauffi beaucoup de louanges.
Les meïmesraifons qui ralan- tirent le feu de Cafteau firent suffi diminuer confiderable- ment celny de S. Denys , où les Troupes de Sa Majefté fe maintinrent dans leurs Poûes fans rien entreprendre fur ceux des Ennemis.
L’Armée eftant raflemblée fur la Bruyere, Mrde Luxembourg fit retourner les Officiers Generaux aux Poftes qu’il leur' avoir marquez prés de Moir. Us y menèrent les Troupes qui eftoient à leurs ordres, par îles chemins que chacun d’eux avoir reconnus*
1
■ GALANT. ?îi
TouterArméey arrivaavant le jour, L’Aille droite, & une partie de T Infanterie fut portée devant la Haifne, &. toute l’Aile gauche de Cavalerie 5c d’infanterie j au delà de cette Rf- viere, pour aïTurer le Quartier de Glein. Elle occupoit outre cela deux. Portes dans le Bois,. & avoit toutes les Gardes de la
gauche fur la Bruyere de Caf- teau, où lejour précédent l’Armée ertoit en bataille.
Je ne fçay fi cette Narration ne vous paroiftra point un peu longue : mais , Madame , on- ne fçauroic parler fiiccin&e- ment d’une Affaire qui a duré- d x heures, â moins que d’oublier force Gens quiontleplus contnbué à i’avanrage que tais
„Z,/; MFP /^-,1' VV P F>. 1
Troupes du Roy ont remporte
dans ccttc Action.
Cependant pourrez vous réfléchir
furcequi s’eft p.«flc dans
ce Combat , fans admirer la
force des Armes de la France,
Fintelliz1J*c nce de fes Generaux )
& la grande conduire de ceux
qui les font agit ? Si dans les
moindres Actions de la vieonfc
propofe toujours un but, il eft
à croire que celles qui ne s'exécutent
qu’à force defang, r/cn
doivent jamais manquer. On
doit conclure de là que M le
Prince d’OrangO e en avoit un en
attaquant NT de Luxembourg,
& la raifon fait voir qu’il n’en
pouvoir avoir d’autre que celny
de fecourir Mons. Cômeiln’en
s pas approche a fiez prés pour
T « Tt,
ÜrU.hNl. JZJ le pouvoir faire, on peut dire que cette derniere entreprife n’a pas efté plus heureufc que tout ce qu on luy a veu tenter jufqu’icy, C’eft un faitqui ncfe peut déguifer5& je vous laifle à penfer h onpeuc croire qu’on air gagne uneBataille quand on ne rêûHït point dans un deflein qu’on a forme, &C qu’on perd deux fois plus de monde que fon Eancmy. La gloire que les François ont acquifcdans cette occafion eft tres-^rande, & Fon
O '
n’en doutera point n on veut examiner ce que je vay dire. Les François plus foiblcs que les Aihez, eftoienr obligez de hjffer une partie de leurs Troupes dans leur Lignes^ & ce qui les affuiblifibit encor, ils avaient
324 MERCVRE prés de fepc lieiies de P aïs i garder. Ils fçavoient qu’or cherchoir à jetter du fecour; dnnsMons, & ce deflein quïh n’ignoroienr pas leur donnoit à craindre de tous collez » au lieu
que les Alliez que rien n’obîi. geoit à fe feparer , pou voient fondre tous enfemble par un mefrne cofté, &, s'ouvrir un paflage pour aller à Mans. Iis ont voulu le faire,mais tous leurs efforts n’ont aboury qu’à gagner une Abbaye à la droite qu’on n’avoir point dcffl-in Je garder, pliant à noftre egard au delà du Défilé, &âprcnJrc un Chafteau à la gauche , dans
O •
lequel fur la fin du Combat une parrie de leurs meilleures Tripes fut biûlce. Perfonne ne
GALANT. & peut dire qu’il fcfoitpafle autre chofe que ce que je dis. Ainfi l’on doit demeurer d’accord que lesEnnemisn’ontpas aprochéde Monsde plus près qu’une lieüe^ Il leur reftoit avant que d’y entrer à pafler desHauteurs fie des Défilez , à fe faire jour au travers de noftre Armée, à forcer les Retranchemens de Mr du Montai, 6c à batre fes Troupes. On peut juger parla s’ils doivêc s’aplaudir de cette Aétion comme d'une Victoire, puisqu’elle n’a fervy qu’à faire répandre du fang qu’on auroirpû épargner, la Paix ayant efté (ignée quelques jours avant celuv du Combat. Je ne fçay s’ils l’a voient appris; mais eftant plus proches dcNimegue que nous ne l’ef-
rions, &, la nouvelle en eftant venue dans noRre Camp par deux endroits , ils devoienr l’avoir reçeuë avant nous. Qucv qu’il en foir, on leur a plus d’obligation qu'ils ne penfenr, puis qu’a vcc ranr deTroupes de Confcdcrcz,il ont donné heu à la France de barre encordons cette ccc-Æon celles du (eu! Enncmy qui pouvoir s’uniravec eux. Les Troupes de cette Nation font braves, intrépides,& ne craignent rien»
le malheur eRant tombé lurla phifpartdecesTroupcs, le fuc- cés a fait voir que les François ont aflez de valeur & de force pour lus furmonter toutes en- fcmble. Un Brave de cette Nation , ayant cRc fait prifom
Cependant
Æ 7 & KIT
nier, dira nos François, Poup.
fez^ voua les bdterex^îous, puis
que vous a-uez^ défait les bonnes*
Troupes. Je quitte la Guerre, &:
pafle tour d’un coupa PArticle
de la Paix , pais que celle de
Hollande citoic faite avant ce
Combat.
Le Roy ayant tres-genercufement
renonce d Beaumont, Sc
àd'aut'eù Places qu’il prétendent
(pour me fervir des fermas
mefmcs delà Gazette de
Hollande ,) le Traité encre
I? France &; PFfpagne fut ton,
clu le Icudy ly. de ce mois y mais
il ne fur point (igné ce jour-là,
parce que l’on ne put achever
de le mettre au net. Il au voit pu
eftre fierté le lendemain 5 mais
comme il eftoit Vcndrçdy , les
?z8 MERCVRE
Efpagnols qui prétendent que ce Traire leur Toit heureux, & -qui fouhairent pofleder longtemps les Places que le Roy a eu la bonté de leur donner, ne le voulurent point ligner ce jour-là, fondez fur le fcrupulc de cette Nation , qui n’entreprend ny n’execute rien le Vendredy, qu’elle croit un jour 'malheureux. Ainfi u Signature en fur remifeau Samedy 17. Les Efpagnols furent les premiers» faire paroiflre la joye qu'ils avoient de ce Traité ,& dés le grand matin du jour qu’on avoîc choify pour le figner, on entendit des fanfares dans leur QW' îiér. NosTromperes y répondirent , & tous ceux des deux Nations qui fe rencontrèrent
GALANT- jî? pendant le refte de la journée,- fe firent des compliment Sur les dix heures du foir , nos PJeni-
poccntiaires partirent de leur Hoftel avec neuf de leurs Car*
roffes, éclairez de trente Flambeaux .de cire blanche, & accompagnez de vingt-quatre de leurs Genrilhommes, & d'un grand nombre de leurs Do- meftiqnes. Ils fe rendirent à J’Hoftel des Ambafladcurs de
Hollande, où ceux d’Efpagne venoienr d’arriver , car ils avoient fi bien pris leurs mefnres pour partir tous de chez eux, que chacun devoir arriverdans le mefme temps. Deux des Ambaffadeurs de Hollande allèrent
les recevoir^ c’eft à dire, que l\in fît compliment aux
Septembre. E c
MERCVRE François à leur arrivée , &l’au. rre auxEfpagnols. Ilsfe rendu ïcnt aufinofr dans la grande Salle de l’Audiance qui eftoit magnifiquement meublée j & comme clic a deux Portes > lei A mba (Fadeurs de France y entrèrent par Fune,&ceux d’Efpz. gne y entrèrent en mefme temps par l’autre II y avoit dans le mi - heu de la Sïlie une grande Table couverte d‘un Tapis de velours vert â friande d’or, & 1 ' on
C? ’
«avoir mis trois Fauteuils de
chique cofté poc?r les fîx Am. bafiadeurs, &. un Sse à chaque
* K. • L-
bourpom chacun des AtfibaHachura de HollandeqnioDEfirvy de Médiateurs. Ce fut dans c« écrit que le grand Ouvrage d: la Paix fut conformé. On avait
GALANT. & fait deux Copies du Traites l’une en François, êc l’autre en Efpagnol. A peine furent-elles lignées,que tous les Ambafia- deurs , toujours afiis , fe firent des compïimens les uns aux autres 5 fur ce qu’ils a- voienc eu le bonheur d’ache-
ver une Affaire fi importante a taure l’Europe.Mr leMarefchal de l’Eftçade fe leva le premier- mais comme les autres fe levèrent
prefque aufficoft, à pcin- s’en apperçeut-on. Les Espagnols ont fait paroifkrc tant de joye, qu*on en a cfiéfurpris. PJufieurs d’entr’eux avoiiererc qiTiIs n’avoient point cru que la France fuit de fi bonne foy3 & qu’elle voulut la Paix avec çux, M1 d’Herbigny, Fils du
Èe ij *
332 MERCVRE Mailtre des Requeftcs de ce nom , fut auffitoft dcpefché pour en apprendre la nouvelle au Roy, Je vous en diray da^ vancage apres la Ratification, On ne la peut avoir que des Roysmefmes. Les Plemporen. tiaires ne la peuvent donner, les Ratifications n’cftans qu’un aveu de ce qu'ils ont fait. Vous me direzqu’ayans des Pouvoirs de conclure, ils ont celuy de ratifier. Non feulement ils ne
s
l’ont pas, mais ils ne le doivent pas avoir. Des Plénipotentiaires nefçauroient faire desTrai- tez fi conformes à leurs ïnftra-
étions, qu’il n'y ait toiijours quelque chofe qui s’en éloigne, & les Ratifications des Souverains* font necefiaires pour ap-
GALANT. 33T prouver ces changemens. Dans toutes les Affaires du monde oïl- enufedela mefmeforte; & tous les Particuliers qui en terminent fur des Procurations, obtiennent un temps pour les faire ratifier aux Parties, fans l’aveu- defquelles il n'y a rien de fair. Cela empefehe beaucoup de furprifes. Ce n'eft pas qu’il n’y ait de la malhonnefteré de fe dédire, à moins qu’on n’en ait de grands fujets. Ânffi cela n’arrive que très-rarement, Je ne- puis m’empefeher de vous dire icy que les caraéteres qui ont efté trouvez fut l’oeuf du Ser- pentpris auxenvirons de Montpellier, dont je vous parlay il y a quelques mois, ont efte des préfiges de la Paix, au moins félon
les Lettres de plusieurs Perfonnesd’efprit.
Je vous expliqueray
leurs penfees fur ce fiijet dans
l'Extraordinaire que je vous en.
voyeray lei j. d’O&obre. G'eft
un lieu propre pour parler de
cette matière, au moins félon
la liberté que je me fuis donnée
d’y mette quelque chofe pour
IcsSçavans, Sc quelques lignes
de Latin en faveur de celles du
beau Sexe qui enrendent cette
Langue. Apres vous avoirparlé
de la Paix conclue entre les
deux premières Couronnes du
Monde, il faut encor vous parler
de Guerre , Ôcvous envoyer
leDcflein du Fort de Relique
vous m’avez demandé. Quoy
qu'il ne foit plus en nature,
comme il a efté une de nos ConGALANT.
3$ qûeftes de cette année * il importe â la gloire de ceux qui l'ont pris, &: à celle de la Frances qu’on en voyelePlan.Ie ne doute pas qu’il ne furpenne, quand en fera reflexion fur le peu de temps qu’on a employé a s’en rendre maiftre, êc qu’on examinera fa grandeur , fa force, Êc fa fituation, qui en rendoic faccés difficile. Ioignez à cela, fa forte Garmfon , 5c l’intereft que Meffieurs de Strafbiurg croyoient avoir à faire leurs efforts pour fe le conferver. le vous envovetaydans ma première Lettre, fi l’on me tient parole, le Plan des deux autres Forts
qu’on a jjgéâpropos de garder avec le Pont entier. Cependant je paffe à la fuite des
•1
J
Affaires d’Allemagne, dont je
vous entretins ïi amplement il y
a un mois.
N‘attendez point un long
détail de ce qui a fuivy ma dernière
Relation, Ce font plusieurs
A étions diférentes que je
feray bien aife de reflerrer, afin
que vous ptiiffiez plus aifement
les examiner tour d’une veuë.
Les veicy toutes en peu de mots,
& félon l’ordre du temps où
elles fe font faites.
Mrde Montrevel bat un Party,
fait fôixance Prifonniers, &
prend fix vingts Chevaux.
Un Party de la Garnifon des'
Forts du Pont de Srraïbourg,
fe fa if. r de huit Bateaux appar.
renans à la Ville qui porte ce
nom.
X 337
M‘ le Marquis de Joyeule,
avec la Brigade de Reynel, les
Dragons de Tcflc, & la Brigade
de la Roque, bar un Party
de fix cens Chevaux, en rue
plus decent, en prend cent cinquante
, & oblige le refte à fe
fativer dans les Montagnes,
Mr le Marqui, de Reynel qui
avoir la tefte détour, s’y diftin-
gue.
M' leMarefchal de Créquy
s’avance vers Weiflcmbourg,
oùilenrrefans refiftance. Il en
fait enlever du Grain du Fourage.
Il retourne en Ion Camp
du Wert. M1 le Marquis de
Joyeufe demeure à WcifRmbourg
pour confommer ce qui
yrcftoit de Fourrages. Mr le
Marquis deVillarsfe trouvant
trente Hommes, empefchecent cinquante Chevaux des Ennemis d’enlever nos Fourrageurs qui eftoienr dans un Village, M de Chaftelicr, Parent de ce Marquis â eft bleftc auprès de luy.
Mr le Marefchal de Créquy donne fes ordres pour empef- cher que les Ennemis ne fe fai- fiflent de Lauterbourg, & revient à Wciflèinbourg.
Ce Marefchal envoyé deux Partys en mefine temps, l’un commandé par Meilleurs les Marquis de Montrevel 6c de Beaupré, qui bâtent les Ennemis en deux rencontres > & l’autre par Mr du Rofel, qui eft Jbatu. Ce dernier Party eftoic
5
GALANT. 339 de trois cens Chevaux. Il tue çnvclopé par pluficurs Efca- drous des Ennemis. M le Marquis
d'Arcy â la relie d’une partie des trois cens Chevaux, vou- lur gagner le Défilé par lequel il eftoit venu, mais les Ennemis ^voient fait pafler des Troupes par derrière pour l’occuper. Ainfi il fur queflion de le forcer. Ml le Marquis d’Arcy y fie des chofes furprcnances > mais il y reçeur fepr coups dont il mourut. Cent Chevaux de ceux:
qu’il commandoir, paflerent le Défilé, éc tuèrent un grand nôbre des Ennemis. On croyoit les deux cens autres Chevaux tuez ou prifonniers, mais quelques jours apres ils revinrent dans noftre Camp , à la referve
Ff ij
T
a environ foixante, dont la plûpart
font prifonniers avec M*
du Kofel.
' M1 de Créquy donne de nouveaux
ordres pour empefcher
que rien n’encre dans Scraf.
bourg, Ôc vient camper dans la
Plaine de Mainfeld, '
Mr de S-Sy'vcftre ayant bani
les Ennemis qui avoicnt aban.
donné Landau à fon approche,
Aûc de Créquy s’en faifit II y
trouve beaucoup de Grains
qu’il fait tranCporter dans fon
Camp.
' Les Ennemis font en mefme
temps pouffez par tout. Le
Baron de Mercy prend mal fes
mefures pour enlever le Quartier
de Mf de Langallerie, 11 tfl
batu luy-mefmej & pouffé juf'
*/ il qnes aux Portes de Strafbourg.
piufiears defes Gens font pris,
Ëc d’autres, renverfez dans le
Foiré. -
Voila prefque une douzaine
d’A&ions en peu de paroles. Il
en elt de generales dont on ne
peut parler fans en faire le détail
; mais dés qu’on fait un récit
trop étendu d’un grand nombre
d’A étions particulières, la
confufîon s’y rencontre, S; il ne
faurque dire les chofesprecifémenr
pour en faire bien concevoir
la fuite. , , j.
Toutes ces Actions qui vous
foncconnoiftre ferai: où fe trouvent
les Ennemis, vous font voir
en mefrne temps que nous femmes
maiftres du Rhin prefque
depuis Strafbourg jufqu’à Phiw.
MERCVRE îifbourg, & que nous les avons birus partout de ce cofté-là. Ils avoient accouftumé depaf- fcr le Rhin les autres années, mais celle-cy leurs affaires ont efté de mal en pis, Ilsontnjangé leur Païs pendant toute h Cam. pagne, Se ils achèvent de man* ger celuy de l’EIcéteur Palatin, qui s’en plaint forE haut. Quand ilspafTeroient prefentenient, ils ne pourraient fubfifter, M' de Créquyayant ruiné tour le Pais de deçà.
Les Enigmes font toujours expliquées dans leur vrav fens par quantité de Perfonnes. Vous trouverez celuy de la première du dernier Mois dans ces
Vers de Mr le Courrier, de Caen.
QVe voftre humeur efi obli~ géante!
Vousfourniffe^ à nos Concerts
Chaque "Mots deux ou trois beaux Airs*
T) ont l'harmonie eftraviffantc*
Sic'eftrop de faveur pour nous* Trouvant que ce fi trop peu pour
VOUS,
Votu aj&ùre^grace fur grâce7
Et pour nous obliger fans fin, Par un bienfait nouveau qui tout autre (urpaffe,
Vous nous faites encar prefient d'un Clavcffin»
Ceux qui ont explique cerre Enigme fur le mefine Mot du Qlaveffm , font Meilleurs du Monter; Neveu Dcïbourée;
Ff iiij
344 MERCVRE
Du Freine, Chanoine de Saint Ericnne, & Soir-Directeur de la Congrégation deTroyes- De S. Ufagr Barbier Fils, Maiftrc des Comptes à Dijon % De Tir. mari, A bbé de S. Louis à Tro\ es; Le Chevalier, de la Rue Chapon; L_ Prieur d’il liât,deLyon- De Pruneville, Capitaine an Régiment deChampagne; Mef- dames Chiconean, d'Orléans- Reyne de Beaulieu ; De Belle, ville ; Le Rede de la Poterne; La Reyne desVcrtnSjdeRoüen; Les trois aimables Veuves de la Rue S. Louis ; La Veuve de la Rue Chapon ; La Bande des neuf Soeurs, de NoyoD; Les Fauvetesà refte noire, de Clignancour; La Nymphe des Moulineaux j Les Demoifelles
» •**
GALANT.^ de la Fontaine Saint Vincent* & Brigidc Marion * Les En- fans de la Rue des Eleus , de Rheims* Rofine 6c Clindor* Tanurifte, de la Rue delà Ce- rifaye* 6c l’Orgamfte inconnu. La vraye Explication de la mefme Enigme m’a efté envoyée en Vers par Meilleurs Barbote Echevin à Troyes* Geoffroy le Petit- Biigler, Prevoft de Boüilly 5 Malherbe, Medecin5 Lefcarde Voîfvenel : DeVier- lemont; DeChanv 3e*
chu, d’Angers. Les autres Mors fur lefquels elle a efté expliquée , font le Livre, le M&ulin a Papier^ l' Imprimerie, /'Ecriture y le Papier 9 l'Orque 9 5c la Terre, f ‘
La fécondé Enigme du mef-
34.6 MERGVRE me Mois, eft le Toumchroche.
C’eft là delRis que M1 Odard Veftier, de Troyes, a fait ces Vers.
T y Ous qüicondiùfezje Mer»
V cure,
Par ce Sixain je vous conjure
De me parler uy tout neta
Seray-je à couvert de reproche^
Si je confins quevoftre Tourne- broche
Soit flacé dans mon Cabinet l
Voicy les Noms de ceux, qui l’ont expliquée fur le mefrne Mot. Meffieurs Catel, de la RuëduFourj Fuciller, Avocat a Chartres- De P leurre, Chanoine & Grand Fabricien de
S.EtiennedeTroyesj De Mer-
GALANT 347 ville, de Dieppe; De Bellcfon- raine; DeGariade; Laflon le jeune; Merlette • Neveu Def- bourrce5 Mefdames de la Fontaine S. Vincent, de Rouen; Rambourg, de M^ndoubleau- Les trois Matadors ; Linus5 Bajet de Mariflcl ; & les Bergers de S. Oüen, Ceux qui fui- vent, en ont envoyé PExplica- tion enVcrs. Merfieurs de Vil-
i
leherfen ■ L’A bbc Sonneau ; Le lieutenant Paillot; Des Ro, fiers de Cadriole . De Monca- ney, Confeiller au Prefidial de Bourg en Breffe; Erofi, de Senlis; MefdamesMorliere,de Tours ; 8c d’Orval, de Falaife. On a expliqué cette mefme Enigme fur ces autres Mots.
O *
l'Horloge.) la Pendule^la Montre
348 MERCVRE Jonnantey le Marteau d’une Parte.* le Réveille maün^unRujilàtirer^ &le Pieffuir.
Le vray fcns de toutes !es deux a eftc trouve par Meilleurs le Marquis de Vadcladentj Bou. cher, de Grenoble5 Panchot, de Lyon ■ De Yenval, S1 de Sainte Marie 5 Joufles, S* de h Chapellierej Hugo, de Goun nay IùrEpte5 Le Bourg, Médecin à Caënj François-Louis Vander Willen, Gentilhomme Allemand j Maze, de Roiien. DeChaffl'bras, Sr de Cramai!. De Bollain , Capitaine dans Picardie^ Malber, Directeur desPoftesde Champagne. Ni- colaïf Nippuoch ; DeS.Fer- rieux, Gentilhomme de Champagne, près de Rethelj Bru-
GALANT. neau, Avocat j Lu Franc, Gentilhomme Rhémcis, Boulanger, de Chaftdlenay ; Miconèr* Avocat à Châlons fur Saône5 Jourdan de la Salle, de Troyesj Lamy deVignery ; L’Abbé de Cypiere ; L’Abbé Teautar ; Un Chanoine de S.Victor; Chand- inar 5 Thabaud des'Ferrons$ Perry l’aifné 5 Baifé le jennej Berot, A vocac & Secrétaire des
Dîmes d’Avalon; De laTou- che, de Saumur• De la Mou- liere; Mefdanies Pictard; De la Croix; De 1’lfle, de la Rue des Lyons ; Les Coticres, de Rouen; La Salamandre en liberté; Les Jnücufes de Trictrac de la Rv.ë des Marniou-
fers; La Belle Voix dn Quartier de S. Sauveur 5 L’Infante
Monmagnv j La Brune & h
Blonde de Fonrainebk-.au ; Le
D cmon de la Rue de Bctify.
Le bon Clerc du bon Maiftrc
de Mufique de Châlons fur
S»ône j Le Secrétaire de la
Ville de Colomrniers en Brif;
Le petit Bon de la Bonne • Les
Alliez de M^rfeille 5 L’heureux
Infulaire- Les nouveaux Confrères
deNoyon; Le Solidaire
de Rennes* L’Amant defincereïTé
de Noyon5 Le Mercure
Lins peur ; & le Cavalier
Ecck fi iftique. Plufievrs
ont explique Lune & l’autre en
Vers , êc ce font Meffienrs le
Chevalier de la Heronne- Breffy,
Preftre d'Avignon; Geof.
froylejeunej BonnetjdeVaüXj
Mornac le jeune, Avocat; Du
Monr, Avocat à Chaumont en
Vcxin; Noviora de Pomclor,
dePonroifej Goüec. Gardien,
Secrétaire du Roy; Bataille,
S1 de Mefnard , Avocat à LochcSjLeMauvilleu
de Chauven,
de Soifions- MadamePcnavaly,
deBreften Bretagne; La Provinciale
du beau Quartier^ Fredinic,
de Pontoilt ; La Belle du
Mont Parnafle 5 Le Solitaire de
Pontoife; L’Amant convercy,
de Troye**; Les Réformateurs
de Bretagne :i & l_e fidelle Ber- ger des Rives de Seine.
Je vous envoyé deux nouvelles
Enigmes , donr la première
eft de Mr Gardien Secrétaire
du Roy.
Z 1
•w EfùisnèKoy^evûsEfilave)
J? le fuis je JuisdeT'
fô nier, ' ‘ -
D£s r intrigue&particulier,
En mefmc temps timide (ÿ- brave.
le puis fans voix me faire entendre9
Quand je fuis petit je fûts grand,
sïffezjareinent on me prend)
.Avec un fonds inépmfable y
l'ay toujours depreffans befoins,
Chezjnoy tout fefait fans témoins*
le fuis un témoin redoutable.
I GALANT.
Quelquefois une ame bien faite
Me payerait de tout fin bien,*
Trèsfiuvent je ne confie rien^
Et ne fuis point à qui macheté.
T) eux fats unfont deux> sas rmfiere*
C’efi des nombres /’ordre communs
MaisqtP enfin deux ne fitfiet qu'un*
C'efi la ma principale affaire. 'J
AUTRE ENIGME.
Mon CW efi tnfenfible & dur &
partagé. .
Il ne s'efi jamais affligé
Septembre. G g
354 MERCVRE
Zte me voir aux ardeurs du Soleil
Chacun me trouvedt/poféc*
Quand il v eut me toucher^ à le bien
rerevoir,
Ne dirwt-on jw d me voir*
Qu'à reÿter je fuis defini*# *
Nature m'ayant couronnée!
lorsque j'aqy^ c eftlentement
On noferoit honneftement
Seflaindre du mal que je donne,
A quelques-uns je faut du hien^
Etje commence dEftrehonne^
’JLorsque je medifpofe à ne valoir
fins rien.
Je viens à l’Enigme de la
Sracuc de Mcmnon. Voicy les
divers le ns qu’elle a reçeus, &
les noms de ceux qui les ont
donnez. Mefficurs de PrunepAI
A NT ville, Capicaine au Régiment de Champagne $ Geoffroy le périr, de Loches , Boucher, de Grenoble, PAjboloqie, & la. bonne Av amure î De Chanval-
Ion , l' Horoscope en Vers ; Le Mauvilleu de Chauven;deSoif- fons- Le Secrétaire de la Ville de Colommiers en Br ie ; Le Jaloux de la gloire desTouran- geaux 5 Se la Salamandre en li- bertéj le Parlement & le Confètl du Roy j De Yenvaî, S'de Sainte Marie ; Sc Novion dePomelor, le T'erre ardent^ & le Miroir? Le Triton d’Yport, le Miroir enchanté en Vers -, L’Amant convcrty de Troyes, en Vers5 Voifin de Bariere, d’auprès. Fran cartel . Le bon Clerc du bon Maiftre de Mufique de
Gg B
MERCVRE
Châlons fur Saône - Rofine ÔC Clindor » le Coq 5 Tuifand Avocat à Dijon', la^Wam- noyés Panthoc ,Zc Arbitre de la Paix ; Geoffroy raifnéjÆ/ Ennemte fournis sfau fes 9 Sieur de 1a Chapelle, la flanque j Boulain Capiraine dans Picardie, le Sceau à fceüers Merville, de Dieppe, les Oy- .féaux 5 Le petit Bon de la Bonne, les Favorte des Princes 5 Les trois Demoifelles du Grenier aux Pois de SenÜSj SclaSocieté des bons En fa ns de la Rue Saint Pierre, le Pins Le Solitaire de Poncoife , ?<9r, en Vers 5 Ba- jet de Mariflcl, P Eloquences Perry I * aifhé , la Pendants L'Infante Cecile , le Point dit Jciir> & les trois Bergeres de
Monniagny ., la Paix.
Il y a beaucoup de ces Mors
qui félon les réglés ne doivent
point entrer dans l’explication
de ces Enigpes. Ceux qui en
voudront fçavoir la raifon 3 la
trouveront dans les fçavantes
Zc rpirituellles Lettres de M’
l’Abbéde la-Valt fur les Enigmes
en Figurés. Ces Lettres feront
parmy les autres Ouvrages
qui doivent compofer l’Extra.
ordinaire que je vous envoyeray
dansjquinze jours. Meilleurs
de la Touche, de Saumur;
Maze,de Rouen5 Bataille, Sr
deMefnardj Neveu Defbourrée;
Scie Courrier, de Caen,
qui ont expliqué la Sraruë de
Memnon fur l*Almanach^ ne fe
font pas fort éloignez .du vray
fens, puis qiùl n’eft autre que
U Cadran Salaire, trouvé par
MeHïeurs l’Abbc Palleau, Chanoine
de la Sainte Chapelle de
Dijon; Lejeune Ba^be^de Rennes;
Du MeCnil ; Le Bourg,
Medecm à Caen ; Malbet, Directeur
des Portes de Champagne;
Bruneau, Avocat; Miconet;
Lamy de Vigneu ; Duhamel
, Précepteur des Enfans
de M£ le Marquis de Cany;
Thabaud des Ferrons ; Les
trois Matadors ; Les Reformateurs
de Bretagne ; Le Solitaire
de Rennes. Madame le Brun;
MademoîlèlleClaric^Genoife;
& la belle Voix du Quartier
de S.Sauveur. Meffieurs Paillot
Lieutenant à Troves; Lefcarde
Voifvenel ; Geoffroy le jeune,
He Loches. Rault, de Rouen- ponnect de Vaux5 Chafteau- Chinon - Chevalier, Tréforier de S'Urbaîn; VefttcrjdeTroyesj & Linos, Pont expliqué enVers fur ce mefme Mordu Cadran,
Rien ne reprefente plus na- turellement le Cadran Solaire que la Statue de Memnon. Elle ne rendoir jamais Tes Oracles que quand elle eftoit frapée des rayons du Soleil. Le Cadran ne fçauroir marquer que les heures ,s’il n’eftoir éclairé de cct Aftre. LeVieiUard qui montre U Sracuëeftle Temps qui réglé fes Heures. Le doigt qu’il avance peut paffer pour l’Aiguille du Cadran, h vous n’aimez mieux l’appliquer au bras étendu de la Statue qui produiroic l'om-
MERCVRE
v bre. Les Perfonnes qui obfer- vent l’aétion du Vieillard, font ceux qui viennent confulcer le Cadran pour fçavoir quelle heure il eft. Le Globe que la Statue a fous les pieds, eft la Sphere où font marquez les divers Cercles & les .differens mouvemens du Soleil, imitez par le Cadran.
Daphné fuyant devant Apollon, vous fervira de nouvelle Enigme. Vous fçavez qu’elle eftoie Fille du Fleuve Pence,& qu’eftant un jour pourfuivie de ce Dieu qu’elle dédaîguoir, elle euft cédé à la violence, lï elle n’euft efté tout d’un coup changée en Laurier. Il n’y a que deux Figures dans ce Tableau, & elles vous doivent moins embas
DAPHNE ENIGME
embaraflur , que s’il y en avoit
un plus grand nombre.
H eft ctntps de vous apprendre
les Divcrufllmcns de Fontainebleau.
Il s’y firune Courfe de
Bague un des premiers jours de
ce mois, en prefencedu Roy, de
la Reyne , & de route la Cour.
Ceux qui coururent , furent
Monfeigneur le Dauphin, Mcffieursles
Princes de Contvi &~ de• la Roche fur Yon,M1 le Comte
de B'rionne , M1 lu Prince.de
Caumcrcy , M le Marquis de
B”lleronds , Mr le Comte de
Tonnerre, Mr de Boulignuux,
& Mr le Chevalier de Mailly.
Le Prix ffloit une Efcharpe
magnifique que donroit le Roy.
Chuctin courut trois Courtes,
M* le Prince de la Roche (ur_
Septembre.
36z mercvre Yon emporta le prix, ayant fait deux dedans & une atteinte. Ce jeune Prince n*a pas moins de vivacité d’efpric que d'a. dre [Te.
Le jour de la Naiflance du Roy il y eut un grand Bal. Toute la Cour eftoit parée de Pierreries, & il ne le pouvoir rien voir de plus éclatant.
Il y a eu treize Parties de Chafle an Cerf feulement. Ily en eut une enrr’aurres où on laifla courre le Cerf au lieu nommé ArclofTe. Le Roy eut toute la fatisfaction poffible de cette Chufle , à caufe du beau Païs que ce Cerf prit, & de la maniéré que les grands Chiens Typourfuivirenc, Apres pluficurs autres Chaffes , on
[aifla courre un Cerf devant le &oy, dans le Buiflon de la Boifliere, qui eft un Buiflbnde deux lieues. Ce Cerf ne fit que forcir dans la Brande,& retourna dans le mefme Buiffbn, où il fe fie chaffer pendant deux grofles heures, ■& donna le plus' grand plaîfrr do monde, malgré un orage &: un tonnerre épouvantable. Onpeucdireque l’on n’a jamais c h a fie avec fi grand" bruit 5 ny avec tant de régularité qu’oo a fait dans routes ces Chaflcs- &cela, par lesordres de Sa Majefté.
Il va eu plofieursCivfiesde' Sanglier. Dans l’une’ il fe trouva deux gros Cerfs enfermez dans les Toilles an BoilTonde U Boiffiere. Le Roy eut le 4
pLofir d*un tuer un à coups de
F«fil, & SaMajeftc empcfcha
par là qu'il ne fift un très-grand
dclordre. Elle fit lever lesToilles
pour donner la vie au fécond,
apres qu'on eut rué quatre Sangliers
qui eftoient dedans. Comme
Elle fe promenoit un jour
dans le chemin de Morec, un
gros Sanglier qui eftoit couché
fous un Arbre, prés de la Portieredefon
Caroffe, partir. Plufieurs
Perfonnes de Qualité qui
accompagnoicnt le Roy , le
pouflerenc fous la Futaye , &
particulièrement Mr le Comte
de Marfàn qui luy fit tourner
la refte. Cela donna lieu à Mf
le Chevalier de Loraine qui
montoir un Cheval de Sa Majeftc
, d’y arriver avec AT k
GALANT.
Marquis d’Effiac,ôcun Ecuyer deMonfieur/ Ils pafièrent fur le Sanglier, Sc luy donnèrent quelques coups d’épée ; apres quoy le Sanglier choifit Mr le Chevalier de Loraine encre vingt Perfonnes qui y arrivèrent. Il bleffafon Cheval, qui donna un G furieux coup de pied fur la tefte du Sanglier, qu’il demeura tout érourdy. Ce coup fur caufe qu’on eut moins de peine à le tuer.
Une autre Chaffc de Sanglier qui fe fit dans le Parquer coufta la vie à trois gros Sangliers. Dés que le fécond, qui eftoit beaucoup plus gros que les deux autres, parut dans le Parc , il 1 fut pourfuivy des Chiens, Si chacun voulut aller H h iij
366 MERCVR.
à luy l’epée à la main. 11 Ce de- fenditavec rantdefurie, qu’ilfe rendit redoutable, llrenverfa
Hommes & Chevaux, en bleffà quelques-uns, & tua ou eftropia plus de quinze Chiens. Le Sieur Brécourt joua une afTez longue Sceneavec luy. Il le bleflad’un coup d’épée en Pabordanr. Ce coup ne îervit qu'à l’irriter, & fut caufe qu’il s’attacha à luy, J! vintplufieursfoisà la charge contrefonCheval, prit le Sieur Brécourt a la Botte, 6e le tint longtemps (ans le bleHer que legerenient. Mais enfin il luy donna un coup d’épée jufqtfà la g'fde, qui le mit hors d’état 'do le Edre craindre davant?çe. Il n’avoir jamais joué un Rôle plus grand ny plus honorable
GALANT. 367
devant le Roy5 &c fi les plus
fameux Acteurs que nous vante
l’Anriquité revenoient au monde,
il (croit difficile qu’ils fe
tiraffent mieux d’une Scene où
il y auroir du fang d verfer.
Celle-cy fe paffa. route aux
yeux du Roy, qui eut la bonté
de demanderait Sieut Brécourt
s’il n’eftoit point blefle, &. de
dire qu’j 1 n’avoir jamais vu donner
un fi furieux coup d’épée,
Plufieurs Dames eftoicnt ce
jour-ld d la C ha fie , Sc fort magnifiquement
habillées cnChafferefles.
Celles qui courent ordinairement
le Cerfavec le Roy
& Madame, font Madame de
Bouillon, Madame la Princefle
d’Êpinoy, Mademoilelle de
Grancé,& Mcfæoifellcs des
Adrets & Poitiers.
$68 MERCVPkE
On s’cft fouvenc dclafle de
Fagreable fatigue delà Chatfes
par le divertiffernent de la Comédie.
La Troupe Italienne
pour donner plus de plaifir au
pendant fon fejour à Fontainebleau
, avoit mandé un
Aéteur nouveau & une Adlrice
nouvelle Ils font venus d’Italie
, & ont eu l’honneur de divertir
plufîeurs fois Leurs Maj
citez.
Mr le Marefchal de Bellefond
a eu permiffion de revenir
â la Cour. Comme je fçay que
vous l’eliimez beaucoup, je
croy vous donner une nouvelle
fort agréable.
Apres un Article'de plaifirs,
il faut vous en faire un de
trifteÆe. M; Foucaut Marquis
GALANT/ de S. Germain Beaupré, Gouverneur de la Haute 8c Baffe M arche,eft mort en fa foixancc Kunziéme année. Comme il y apeuqueje vousay parlé deluy à l’occafion du Mariage de Mr le Marquis de S. Germain fon Fils , reçeu à la furvivance de fon Gouvernement, je ne vous en diray pas davantage.
Nous avons auflî perdu M* de ’Flavacourt, un des Lieuce- tans Generaux pour le Roy eu Normandie, & Gouverneur de Gifors. Il cftoit Frere duCom- mandeur de ce nom , dont je vous appris la mort il y a quelques mois. Mf le Marquis de Flavacourt fon Fils avoit la furvivance. Il s’en eftoie rendu digne par de longs ferviccsâ
ayantfait ïèizcCampagncs dans
la Cavalerie,
MrRouher Intendant en Poitou
, & Frere de celuy qui a l’intendance
de Provence, eft mort
suffi. Il eftoit fort eftimê. Vous
pouvez juger de là combien il
eft regreté.
Le Roy a nommé A41 Licres,
Doyen de l'Lghfe Cathédrale
de S. O*uer, à l’Evcïche d’Ypres,
qui eftoit vacant, SaMaiefté
en rrnanrlanrainfi nr-i. . w - W £ -- «J >w VI * 4 V V 1 v
ces fur Tes nouveaux Sujets, fait
voir qu’Elle neconlîdere que le
mérité. Elle n'a pas moins degard.
aux fcrviccs des Gens qui
ont facrifié leur vie dans tes
Armées, ôcc'eft par cette rai'on
qu’EUeadonné 1 Abbayed’Orbias
à ftTde Guichelm, Neveu
' GALANT. 371 de Mr le Chevalier d'Efclain- villiers, tué au Combat donné devant Mons le 14. du dernier mois. M1 le Chevalier de
Montchevreüil a eu le Régiment du Roy qu’avoit feu Mr
le Marquis de S.Georges, tué dans le mefrne Combat. 11
eftoic déjà Lieutenant-Colonel de ce Régiment. On peut voir par là que le Roy récompenfe le mérite dans toute forte de Profcffions, & qu’il reconnoit également la pieté & la valeur.
Il s’eftfait plufieurs agréables Parties de Vendanges. Je n’ay point aujourd’huy le temps de vous en parler, & ne puisque vous faire voir ces Vers furie retour d’une Saifon fouhairce de
372MERCVRE tant de G ^ns. Ils ont efté mis en Air par M'BefTanr de Poitiers.
AIR NOUVEAU.
I
4
A. À//?., n eftes-votes pas écran- ge< ?
quoyy toujours ? Amour? qnoy* toujours le Printemps?
_2V’entendray-je dam tou-s nos C vamps
e s hanter leurs loUan^es?
Croycz^moyïlatflc^ la le Printemps
& l'Amour,
£t chantons tour à tour
Le retour des Vendanges ilrï'eftpoint defibeau retour,
J’oubliois à vous dire que le Mariage arreftc il y avoit déjà quelque temps entre M£leDuc
f F
i
4
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i 1 i
*
pce ’ 11X * Cardinaux aarn - vçnç
1
Mis, Amis, n’eftes-vous pas e- Hé quoy? toujours VAmour,quoy toujours le Prin- temps ? bTentendray*
f
ftranges?
cer,Quecha- ter leurs loü- an- ges ? ges? Croyez-moy, laifllz-
------^1—
~rr
zjtz-OEv—___ Fît;
ges ? ges? Croycz-moy,laifiez4àle
n’eftes-vous pas eftranges? Hé quoy? toujours T Amour,quoy toujours
je dans to’jios chips Que chan-
N’entedray-jedâs to’nos chips Que chan-
».;
>MI •—4».
LL.
J----- -V„—~----------- l-i£j 44.------ -
là le Printemps &1’ Amour, Et chantons,chantons tour à tour le retour des vcndan- ges, Il n’eft point de fi beau re-tour, tour.
«____i 1 • i
Z—2E 3=M
Printemps & l\Amour,Etchantos,chan- tons tour à tour le re- lourdes vendanges ? 11 n’eft point de fi beau rr-tour. tour.
EESSANT*
de Villars & Mademoiléllc de Mefoieres, Fille d'Hooneur de Madame, s’tft fait depuis trois femaines avec l'agrément de Leurs Airelles Royales. Mrde Villars eft forty d'une Branche de la Mailon de Brancas, l’une des plus anciennes & des plus illuftresduRoyaumedeNaples, La plupart de ceux qui font deC ccndus decetre Mailon, ont demeuré en France, à Rome, ëcà Avignon. B affile de Brancas,
O •
Marefchal d’un Pape Clemenc, fut le premier qui prit les ince- refis de la France. 11 fuivic le Party de Louis 1, Duc d’Anjou, Roy de Sicile, & apres la more il s’attacha à Philipe de France, Duc de Bourgogne. On compte fix Cardinaux dans cette
374 MERCVRE Maiion, dont TEghie a reçeu des fcrvices cresconfîdérables, & fur tout aux Conciles de
Confiance, & de Pife. Elle s’eft alliée en France aux Maifons
d’A goût-de Sanlr. d’Ancezune, de Grimaldi, d’Ôraifon, d’Ey- mont, de Porcellet, d*Efcalin5 de Monteil - de Grignan, de Joyeufe, d’Eftrées, d’Ampus, de Lenoncourr, 2cc. André de Brancas, Gouverneur du Havre, &l*un des Lieutenanspour le Roy en Normandie, fur nommé Admirai de France par Henry IV. George de Brancas fon Frere, Duc de Villars, luy fucceda au Gouvernement du Havre. De ce Duc de Viliars, & deJuhenne-Hyppolite d'Ef- trées là Femme, Soeur de Fran-
cois-Annibal d’Eftrees, Marquis
de Cocuvres, Comte de
Nanteüiî, Marefchal deFrance,
font forris Charles Comte de
Brancas, Chevalier d’Honneur
de la feu Reyne Mcre; Marie
de Brancas, Femme de Henry
de Caftelane, Marquis d’Ampus;
Ôc Loiiis de Br.mcas, Duc
de Villars, qui vient d’epoufer
Mademoifelle de Mefniercs.
Elle eft très-bien faite, &c a
beaucoup de mirice, Sa Maifon
vojs eft connue par ce que je
vous en ày dit la dernière fois.
Comme on ne va parler dans
voftre Province que de la Paix
ratifiée avec la Hollande , il
faut vous dire qu’elle fut hyer
publiée icy, & quelle doit l’avoir
cfté auifi à la Haye, la
»
576 MER'CVRE . rnelnie jour ayant elle choify pour les deuxpoblicanÔs. On y obferva les Ceremonies accoutumées.
Les Trompetes Tambours^
Hautbois de la Grande
EcurieduRoyJè firent entendre dans toute U «Marthe, mais ils
firent beaucoup moins de bruit que Jes acclamations de le Rty. Les Peuples eftanr ju£ temenr perhiadez que ce grand prince ne fait rien que pour la gloire de la France,ont moins peufle ces acclamations par le bcloin qu'ils ont crû avoir de la Paix, que par la juftice qu’ils rendent à toutes les Actions de
noftre incomparable Monarque. Quand il partir en 1671. pour la première Campagne de cette Guerre, les mefmes cris
577 de joye fe firent entendre, Sc
on donnera toujours les mefrnes
applaudiflcmens â tout ce qu’il
luy plaira de faire. LaMarche
eftoit compofcedes principaux
Officiers de Mrs du Chaftelet,
5c du Corps de Ville, cous en
Robe de ceremonie, â cheval ëc
en bouffes, accompagnez des
500. Archers de la Ville, & du
Guet. Les Huifliers du CbaC
telet niarchoicnt à pied. Les
Trompetcs^Tambours,^ Hautbois,
eftoient âla telle de tout.
Les Hérauts les fui voient, je
ne vous parle point de leur habillement,
il eft connu de roue
le monde. Le Sieur le Lievre,
au titre de Touraine, reprefenranr
le Roy d’Armes Montjoye
S. Denys, à caufe que cette
Charge eft vacance, commença
la publication de la Paix devant
le Palais desTuilleries. Elle fut
faite en fuite tour à cour dans
• cous les lieux accoutumez par
les cinq Hérauts d’armes, qui
font les Sieurs de Chaume, au
titre de Normandie le Blanc
de Bornât, au titre de Xainton.
ge 5 de Bellegarde , au titre de
Picardie* le Roy, au titre de
Rouffillonj Scd’Aubiny,au titre
de Charrolois.Je ne douce point
. que la joye n’ait efté grande en
Hollande. Les Peuples y doivent
eftre fort fatisfaits de 1a
fermeté de leurs MagOiftrats à
ne s’cftre point lailïc éblouir
par des offres fpétieufes, qui
tendoienr à lesempefchcr d’accepter
celles du Roy, & qui ne
GALANT.
les euflcnt pas garantis de tons Jes maux que caufe la Guerre, Cette Paix en enfantera beaucoup
d’autres, Elle a déjà produit celle d’Efpagne, 6c nous avons tout lien d’efperer qu’elles feront bientoft fuivies de
celle de toure l’Allemagne &c des Couronnes du Non.' Les Souverains qui font en guerre de ce collé -là, méritent afinrément de grandes louanges. On les a veus tour à tour malheureux
fans perdre courage 5 mais la Viéloire qui a volé fucceffi- vcment dans chaque Party, n’a efté confiante ny pour les uns ny pour les autres, comme elle l’a efté pour Loiiis le G kand, & c’eft par cette raifon qu’ils doivent entendre à la Paix pour
38û MERCVRE conferver le fan^ de leurs Peu-
O
pies, Ainfi je veux croire que nous la verrons bientoft generale. Ce fera alors qu’au lieu de Plans de Villes gravez, je vous envoyeray mille choies curieu- fes que me fourniront les beaux Arts qui fleurifleoc en France avec tant d’éclat. J'y joindray celles que j'efpere recevoir de beaucoup de Royaumes Etrangers 5 & mes Lettres eftant plus diversifiées, ne vous plairont peut-eftre pas moins avec ces agrémeos nouveaux, qu’elles vous ont plu. par les récits des Sieges & des Batailles. Cependant je croy ne pouvoir mieux finir celle-cy, qu’en vous parlant encor du grand Prince, donc je vous ay pailé en la
GALANT/ commençant.J’emprunte pour cela les Vers que luy adreHe Mc Broflard Confeiller de Bourg en Br elfe»
Ht ros fameux, qui de tous les Guerriers
Efacez^iuwurd’buy la gbrr^
T)orme\ft l'ombre des Lauriers*- Et goufte^ en repds les fruits de la Htcloire.
Enfin vos Ennemis s'ajuftent à vos Loix^
'G* eft affez pour vaut faitsfaire. Pourquoy voua fatiguer par de nouveaux exploits?
Qufid on eft le plus grâddesRole^ Que refte- t-il à faire?
Je fuis,Sec.
A Paris le30. de Sept, z^ r<F.
Par apoftilîe,Madame, je vay vous échîr. cir pleinement fur le mot de Parfit dont nous avons <11 ja parlé. Vos Amis qui prétendent qu’il ait vieilly depuis Régnier fi; Balzac, n’ont pas veu ce qu’en écrit M. Ménage au 84. Chapitre de la première Partie de fes Obfeivations impnméc en 2671, Il dit, en parlant des noms qu’on doit prononcer en 0, & non pas en out qu'il faut dire chofe, & non pas cJouje^ Porfil, & non pas Poarfil, Cela fait voir qu’il n’a point cru qu’on püft recevoir Profil, Cependant il cft certain que les Peintres & les Sculpteurs fe fervent toujours de ccderniermocfoit en parlant, icjt en écrivant j & c’eft fans doute par cette raifon qu’une partie des Illuftres qui com- pofent l’Ac?demie Françoife, prend ce party, fè perfuadant que c’e^l à ceux qui font habiles dans les Arts à déterminer les mots qui leur font propres. Les autres (car j’ay fait proposer ta Qneft’on dans une de leurs Aflemblécs ) tiennent obftinémtm pour Parfitt Sc ils conviennent tous en- femble qu’on peut employer indiféiem- ment l’un & l’autre mot. Ainfï, Madame, vos Amis diront Profit & me permettront de garder pc>/7queje luv pré&re, lans que je vous en puifle donner de ratfon.
Extrait dit- ‘Pri'vilege du 7^oy.
PAr Grâce & Privilège du Roy, Donné à
S. Germain en Layéle p.Dccembre 1677.
Signe,Par le Roy en fon Confeil, Junqjier.es.
Il eft permis à J. D, Ecuyer, Sieur fe Vizé,
de f.irc imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, prcfencé à Monfeu
gneur le Dauphin, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & efface de
lix années, à compter du jour que chacun defd.
Volumes fera achevé d’imprimer pour la première
fois:' Comme auflî defenfes font faites
à tous Libraires, Imprimeurs., Graveurs & autres,
d'imprimer, graver & debirer ledit Livre
fans le contentement de l’Fxpofant, ny d’en
extraire aucune Pièce, ny Planches ferrant à
l'ornement dudit Livre, mefme d’en vendre feparément,
& de donnera lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d’amende, &
confîicationdes Exemplaires contrefaits,ainfi
que plus au long il eft porté audit Privilège
Rcgiftréfur te Livre de la Communauté le y.
Janvier 1^78. Signé, E.Couterot, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Visé,
a cédé & tranfportc ion droit de Privilège à
C. Bligeart, Imprimeur-Libraire, pour en
joUir fuivant l’accord fait entr’eux.
rftlie'vè d imprimer pour la première foi*
le jp. Septembre ifyf.
( 4
ïK
t
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». ' u »
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t
1*
Avis pGsrf lacer les Figures.
L’Air qui commence par , On fonfre
quand. ok aime bien, doit regarder la
pagej9.
Le Maufolée de feu Monfieur le Marefchaldu
Pleflis,doit regarder la page 1Ç9.
L’Air qui commence par, pues que
fiat chus nous affemble en ce jour_> don regarder
la page 10^.
Les Dcvifes doivent regarder h page 179,
L'Air qui commence par, Oitmpe eft de
retour a-usc d‘ nouveaux charmes, doit regarder
1a page zzé.
Le Plan du lort de Kell doic regarder
laprgejfr.
L’Euigmc en figure don regarder la page
360.
L’Air qui commence per, .Amis, n'eftes-
■vous pas étranges i doit regarder la page
371'
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le