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LE NOUVEAU
MERCURE
AL AN TContenant
les Nouvelles
du Mois de Novembre 1677.
& plufieurs autres.
TO ME
Chez Guillaume de Luyne, au Palais,
dans la Salle des Merciers,
à la Juftice.
M. D. LXXVII.
AVEC PRIVILEGE DV ROT,
A MONSEIGNEUR
L E
Il ne me faffit pas que le
Mercure ait déjà pris foin de
publier avec quelle joye tout
le monde a veu vos grands Services
récompenfe\ par le nou~
âij
E P I ST RE.
•veau Titre d'honneur que'vous venez. d'acquérirj Jeprens la liberté de m'adrcjjèr aujourd'hui a Kous-mefine, &de méfier ma voix aux acclamations de to ute la Erance, dont les fou- haits vous avaient placé dans le Rang illufire que vous occu- pe7xy dés le moment quil a deû efire remply. Ce fentiment, MO NSE IG HEV R, a efié fi general, quil ne s'efl offert aucune occafion de T expliquer, qu on ne l'ait avidement em- braffée. Toutes les Harangues qui fie fontfaites à l Ouverture des Cours Souveraines, n’ont eu pour objet que ce rare mé-
E P I S T R. E.
rite qui a fait tomber fur Vous le choix de noftre Augufie Monarque pour la premiers Charge de l Etat. Comme il ny en a point de plus importantes , elle demandait un Homme extraor-
dinaire, en qui une longue expérience jointe à la plus haute capacité 3 ne laijfafi à f 'ouhaiter aucune des éminentes Qualité^ quiJe doivent rencontrer dans un grand ëÿ fiage Minifire 3 & a qui la confier plus juflement qu ’à Vous , M 0 N S E I- G N EZl R, qui aveyfil dignement foutenu tous les Emplois qui peuvent fervir de degre^ a l élévation où tous efies?
a jy
E P I S T R E.
Cette continuelle application â
niflere 3 cette prudence contout
ce qui a efié de vofire Miinfyiüible
le fuccés de tout ce
du Grand Prince qui a daigné ,
Je Jervir de vos Confeils 3 enfin
toutes les Allions de vofire Vie
les écouter pour vous trouver
digne de la gloire quevot.s recevez
Elle efl la fuite, ou plutôt
la confirmation de cette
entière confiance que Sa MaEnnemis
ïeftoientà celuyd'Arras
? Comme ilnous efiait d une
très-grande importance de le
confieraer, il fallait y fiire entrer
du Secours. Vofire Cornepistre.
mifflon efioit ample pour tout ce que vous jugeriez ne ce faire au bien de l Etat, & vous pour- veuves avec tant de ponctualité & de prudence auxprejfans befoins des Ajfiege^ & des Generaux de l Armée, que la Place futfecouru'è & les Ennemis défaits. On ne pouvait moins attendre de vojl e vple apres les grands fervices que vous aviet^ déjà rendus au feu R y, qui en commença la récompenfe en vous faifant revenir d'Italie, pour vous faire Secrétaire d’Etat. Je ne parle point, MON- SE1GNEVR, de ces maniérés honnefles & obligeantes qui
F-
MHS
blement cette neufiéme Partie
—
gnere^pas de recevoir favorablement du Mercure} & que vous autres.
E P I S T R E.
la bonté de foufrir que je me
dije mec autant de zele que de
MONSEIGNEUR,
Vcftre très.humble & trèsobeïffant
Serviteur,
D.
NO UVEAUA
MERCURE
GALANT.
TOMy • E IX.
e
Arm y beaucoup
de chofes que vous
me dites qui vous
ont plû dans ma Lettre du
Mois pafle, je fuis bienaife,
Madame, que vous approuviez
l Adieu aux £Mufèx. Ou
A ij
4 LE MERCURE
l’a tellement eftimé icy,
que j’aurois efté fâché fi
vous
dit, &
rois point eu peine
vous pas traiter de
ciale,vous qui avezlegouft
m’en euffiez rien
fçay fi je nantie
toutes chofes, &
ou mauvais. Quoy
que l’Autheur de cette ingénieuse
Satyre me foit encor
inconnu,je me réjouis
d’autant plus de la juftice
qu’on luy rend, que les
cevoir de tous coftcz? 1 en- gageront malgré luy ( fi pourtant il cft auffi fâché qu’il le faitparoiftre ) à n’abandonner pas fi-toft un genre d’écrire, aimé particulièrement de tout le monde, & qui nielle plus qu’aucun autre l’utile avec l'agreable, puis qu’il eft mal-aiféd’entendre blâmer
des defauts qu’onfe reproche à foy-mefme, fans faire
effort pour s’en corriger. Quanta vos Amies qui trouvent mauvais que dans les
« LE MERCURE
Fléchez de l'Amour on ait
prétendu que l’Or euft une
vertu infaillible pour adoucir
la fierté des Belles, voicy
une déclaration en forme
naire, le genre d’Amant
l’eft de mefme. C’eft un
Ruiffeau .qui eft devenu
GALANT. 7
amoureux d’une Prairie.
Unpeud’audiance, je vous
conjure. Tout froid qu’il
eft ( car les Ruifleaux le font
naturellement) il débité fcs
raifons d’affcz bonne grâce
pour mériter que vous lecoûtiez.
Siquelqu un dans
voftre Province eftembaraucune
peine,&que par ces ----~ ~-------- £ ? I !
Torrens qui font du fracas
& dont les eaux fe tarifent
incontinent, il eft aifé d’entendre
ces Amans qui font
d’abord de H ardentes pro-
A. • • •
111J
8 LE MERCURE
réflations, & qui ne fçavent
ce que c’eft que d’aimer avec
confiance.
LE RUISSEAU
AMANT,
A LA PRAIRIE.
J^y fait four vous trouver urt
ajfe^lon^voya^e^
jVLon aimable Prairie 5 enfin je
viens à vous
Recevezjm Ruijjeau dont le fort
le plus doux
Sera de voir fies eaux couler pour
vofire ujaçe.
*
GALANT. $
Q'eft dans cêfeul ejfcoir que fans aucun repas.)
Députe quej'ay quitèma Source, Tay toujours jufqu'icy continue ma courfe,
Toujours rculè me s petits flots*
*S*
D 'un cours précipité f'ay pafle des Prairies
Où tout autre Ruffian s'amufle avec plaifîr ;
le n'ay point (èrpenté dans lés Routes fleuries,
le ri en avais Pas le loijïr.
•$»
Tel que vous me voyez^ ftache^. ne vous dèplaife^
(Car il eft bon de Je faire valoir) Que plus d'une Prairie auroit ejié bien-aife
ÏO LE MERCURE
De me donner pafldge, & de me recevoir.
*
'Malt ceriefloitfaslàmonc'opte,
J'enfufe un feu plue tard arrive dans ce Z ieu,
Et par une fuite aflezf compte,.
Gazouillantfierement, je leur diÇois adieu.
Jlfaut vous dire tout* la feinte efi inutile*
T en trouvons la plupart dignes de mes refus J
Z es unes* entre nous* font d'accès fi facile*
Que tous Ruiffeauxy font les bien venus.
Biles veulent toujours en avoir un grand nombre*
GALANT. «
Etmoy dans le orand nombre auffi- tofi je me fersy
D'autres font dans des lieux unpeu trop découverts,
Et moy j'aime d couler d l'ombre* j 'efiois bien inffiiré de me garder pour vous ;
Vous efles bien mon fait, je fuis affez^ le vofre j
friais au fi,moy reçcu, n'en recevez^ point d'autre.
Car je fuis un Ruifeau jaloux.
cela près,qui nef pas un grand vice,
îay d'afezfonnes qualité 2Te craignez pas que jamais je tarife,
le puis défer les Etez^
>
ii LE MERCURE
7e fcay que certaines Prairies D'unRutffeau comme moy ne s’ac- commedent pas >
Il leur faut ces Torrent qui font tant de fracas,
Mais fort fouvent on voit leurs eaux taries.
$
Mon cours en tout temps efl égal, le fuis tranquille & doux, ne fats point de ravage ;
Déplus, je viens vous faire hommage
D' 'une eau pure comme cri[lal*
«
Il efi telle Prairie > & peut- eftre
A qui le plus petit Ruifleau, Suivant fa pente naturelle^
21 iroit jamais porter deux ^outet dleaur
GALANT. ij
A moins que détourné par un chemin
nouveau*
Elle rien amena fi quelquun jufque
Mais pourvousfonsveus mettre
en frais*
Sans vous fervir d'un pareil artifice*
nent tout exprès
Vous faire ofre de leurfervice^
Et le tout pour vos intérefts.
jiprefentje l'avoue *onv ou s trouve
Vous donnezfiu piaifir aux yeux*
Ma’s avec un Ruifieau* rien rieft
plus véritable*
Que vous envaudrezfieaucoup
mieux.
•S»
De cent Fleurs qui nai[Iront vous
vous verrez^rnée,
le vous enrichiray de ces nouveaux
T réfors.*
Et vous tenant environnée,
Avec mes eaux je muniray vos
bords.
«S»
Repofez^vous fur moy du foin de les
A quoy plus fortement puis-je minprefte
à me fendre,
Pour tacher de vous embrajfer.
errantes
j
GK'LKNT. ij
Et quqnd \auray formé cent Routez
diférenteSy
le fens, je fens mes eaux qui bouillonnent
dejoye,
De les tat retenir à la fin jefuis lar,
EÜesvont fe répandre, &fefaire
11 nef plus temps à vous de n'y
confentir par.
J Le Génie de M'deFontenelle
paroift fi fort dans
toute cette Piece, qu’il n’eft
1 pas befoin de vous dire
t qu’il en eft l’Autheur. lia
' cela de particulier, que
16 LE MERCURE prefqué dans toutes les chofes qu’il fait, il joint la nouveauté de la ma- tiere à l’agrément de fes Vers-, & comme perfonne avant luy n’avoit fongé a comparer un petit Chien à l’Amour, il eft le premier qui ait donnéàunRuifTeau de la fenfibilité “
Prairie. Il faudroit n’eftre pas Homme pour n’en point avoir-, mais elle a quelquefois des effets bien dangereux, &. vous l’allez voir par ce qui eft arrive depuis peu de temps à une
ce pour une
GALANT. i7 aimableHeritiere d’une des meilleures Familles de Rouen. Elle avoir pris de la tendreffie pour un jeune Chevalier qui l’aimoit avec paffion. Soir pour la naif- tànce,foir pour le bien, ils eftoientaflez le fait l’un de 1 autre j & comme l’Amour s en mefloïc, iln’auroit pas etré difficile au Chevalier de Ce rendre heureux, G l’cmploy qu’il avoir à l’Ar- mée ne l'eut} obligé d’attendre à demander l’agré, ment de tes Parens au re- agne, qu’il B
tour de la Camp Tome 9.
aux oreilles de la Demoifelle
qui en fut inconfolable.
Elle pleura, foûpira
mit fi fortement dans l’ef*
les bonnes qualités, &fe le
GALANT.^ r9 paroiftre devant elle à tous motnens. Pour divertir un peu fa douleur, on l’envoya chez une Dame de fes Parentes qui avoir un Chaf- teauau Pais de Caux. C’ef- toit une Veuve d’un efprit fort agréable, & qui ayant encor de la jeuneffle & de la beaute', attiroit chez elle tout ce qu’il y avoir d’hon- neftes Gens dans fon voifi- nage. La belle Affligée y trouva quelque foulage- ment à fes déplaifirs, mais elle n’en pût oublier la cau- fe, Se elle fe déroboit tous
B ij
10 LE MERCURE
les jours pour venir refver
folitairement dans le Jardin
à la perte qu’elle avoitfaite.
Cependant le Chevalie r
n’eftoit pas fi bien mort,
qu’il ne fit connoîftre prefqueaufii
tort qu’il avoir encor
part à la vie. Onvifica
fes Bleffures. Elles furent
quiter l’Arme'e dans le
temps que lesTroupesentroient
en Quartier d’Hyver.
Il revient en NormanGALANT.
iî die. Grande jo-ye pour fes Amis qui l’ont pleuré mort. Il s’informe de (à Maiftref- fe. Onluy apprend où elle eft, & à quelles extrémités fa douleur l’avoit portée. Son amour redouble par la connoiïTance qu’on luy donne de fes déplaifirs. Il meurt d’impatience de la revoir, & luy veut porter luy-mefme la nouvelle de fon re tou r à 1 a v ie. C om me il s’en connoift fortement aimé,il fe fait une joye fen- fible de l’agreable furprife quefaveuë luy doit caufer.
LE MERCURE & fans la faire tirer de l’erreur où le bruit de fa fauïfe mort La mife, il part de Rouen avec un Confciller & un Abbé de fes Amis. , Aucun d’eux ne connoiffoic laDame chezqui elle eftoir, & cela facilite le deffein qu’ils ont de faire paffer pour une rencontre du ha- zard ce qui eft une occafion recherchée. Il pouvoir ef- tre onze heures du foir.
arrivent au Chafteau, feignent d’ignorer à qui ileft, le demandent au Portier qui leur vient ouvrir ; & fur
GALANT.
fa réponfe, ils le prient de
faire dire à la Dame, qu’un
Confeiller du Parlement
qui s’eft égaré en allant à
Dieppe, la fupplie de luy
vouloir donner une Cham-
Confeiller qui peut ou eftre
fon Juge, ou folliciter pour
elle, luy paroift un fecours
envoyé du Ciel. Elle leu
fait faire excufe de ce qu’eftant
déjà couchée, elle eft
contrainte d’attendre ju^
14 LE mercure
qu’ au lendemain à les voir.
Cependant les ordres fe
donnent, & on n’oublie
rien pour les recevoir obligeament.
La nuit fe pafle.
Ils demandent à quelle
heure ils pourront remercier
la Dame de fes bontez.
On 1 eur répond qu’elle
s’habille; & pendant ce
temps , le Confeiller &
rie pour fçavoir fi on a eu
foin de leurs Chevaux. Le
tion des lieux qui font habitez,
GALANT. bitez, & ayant pris garde qu’ils donnent fur le Jardin, il y entre dans l’efpe. rance que fa Maiftreffe pa- roiftri à quelque feneftre. li n y a pas fait trente pas qu il la voit fortir d’une Allée couverte. Elle y ef- toit venue comme elle a- voitaccouftumé de le faire tous les matins, & dans ce moment’elle efTuyoit quelques larmes qu’elle avoit encor données au fouvenir de fa mort. 11 s’avance. Ellel’apperçoitj & comme elle en avoit l’imagination
Tome 9. c
épouvantables,
26 LE MERCURE toute remplie, elle le prend pour fon Phantofme, fait des cris & s’enfuit vers une Salle quelle avoit laiflee ouverte. H court apres elle pour tafeher de l’arrefter, mais fa diligence eft vaine. Elle redouble fes cris, & a plu- toft fermé la Porte qu il ne l’a pû joindre. Cette aeftion eft remarquée d’un Domef- tique qui entroit dans le Jardin. Il en va donneravis à la Dame. Elle defeend dans la Salle, trouve fa belle Pareiite évanouie -, & com-
4
qu on le jour precedent du Confeiller égare' 5 n ait efté un
I
entrée aux
GALANT. i7 me elle eftoit Heritiere, & qu’on avoit déjà fait courir le bruit de quelque projet pour l’enlever, elle nedoute point qu’on n’ait voulu en venir à l’execution, & que ce qu’on luy eft venu dire Con- artifice pour donner une Ravifleurs. Tout la confirme dans cette croyance. On a veu courir un Homme apres la Demoifelle qui ne s’en eft fauvée qu’en s’enfermant., &onla trouve évanouie de
C ij
«
18 LE MERCURE
frayeur. Ses deux Amis qui
s’arreftent avoir leurs Chevaux,
femblent avoir eu
deïfein de fe tenir prefts à
fuir quand il feroit venu à
bout de fo.n cntreprife, &
il n’y a rien autre chofe à
Tandis qu’on prend foin de
la belle Evanoüie, la Dame
envoyé chercher du Secours,
fait armer fes Gens,
& en moins de rien vingt
Hommes, avec des Moufquetons&
des Hdebardes
vont à l’Ecurie, où le Chevalier
eftoit venu rendre
d d $ d
di
GALANT. x9 compte à fes deux Amis de h rencontre qu’il avoir faite. Ils font furpris de fe voir coucher en joue, & d’entendre dire qu’il n’v a point de quartier pour eux s’ils ne fe biffent conduire dansun Cabinet grilléoù h
A Dame a donné ordre qu’on les enferme. Ils ont beau demander la caufe de l in-
if
uûlte qu’on leur fait, & fe 1 plaindre du peu de refpeét I qu’on a pour un Confeiller. ? Ce nom de Confeiller oui Jî___j_r_________j a-‘
1
plaindre du peu de refpeét qu’on a pour un Confeiller.
avoit fait de fi grands effets quand ils arrivèrent, n’efl
C iij
JO LE MERCURE plus d’aucune considération, & ils font à peine dans
le Cabinet où cette Troupe mutine les garde , que la Dame leur vient dire qu’a- pres les avoir fait recevoir chez elle de la maniéré la plus obligeante, elle n au- roit jamais creu qu ils euf fent voulu luy faire l’outrage dont elle pre'tend réparation. Le Confeiller prend la parole, & s’eftanC plaint fans trop d’aigreur de la violence qu’on luy a faite, il adjoûte qu’il ne voit pas de quel mauvais deflein ofi
GALANT. 31 a pu le tenir fufped, quand il vient avec un Abbé dont Je caraétere le doit faire croire incapable d’y prcf- ter la main. La Dame répond que la partie efloit bien faite, & qu’on ne vouloir pas aller loin fans mettre leschofes eneftat dcfe pacifier par le Mariage. Cette réponfe & quelques autres paroles luy font comprendre qu’on les fou- pçonnede n’eftre venus au Chafteau que pour enlever fa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pour- C iiii
p LE MERCURE
quoy on leur impute cedefiein
fur U frayeur qu’il fçaic
que fa veuë a caufée à fa
Maiftrtffe, dit qu'il cftvray
qu’une Demoifclie a pris la
fuite toute effrayée de l’avoir
trouvé dans le Jardin,
mais qu’on la luy faffe voir,
& qu’il eft fort affuré qu’elle
ne le reconnoiftrâ point
pour un Raviffeur. il conjure
la Dame avec tant
d’inftance de luy accorder
quitte pour aller fçavoir fi
ia Parente eft en eftat de
venir. Elle la trouve reveGALANT.
53 nue de fon Evanoüiffe- merit, mais fi interdite de ce qu'elle a veu, que le trouble de fon ame paroift encor peint dans fes regards. Cette belle Per- fonne la prévient, &: d’abord quelle la voit entrer elle luy dit qu’elle ne fçaic comme elle eft demeurée
La
perfuadée que la
vivante apres que l'Otnbre du Chevalier qu’elle a tant aimé luy eft apparue. Dame i -----... A
frayeur qu’elle a eue de la pourfuite d’un RavifTeur a fait égarer fa raifon, la prie
34 LE MERCURE
de la Cuivre, & l’aflure qu -
elle luy fera faire entière
fàtisfa&ion de l’injure qu’elle
a reçeuë. Elle entre
dans le Cabinet fans fçavoir
pourquoy fa prefence
y cft neceïfaire, & elle n’a
pas plutoft jette les yeux
fur le Chevalier, quelle
pouffe de nouveaux cris, &
retombe prefque dans le
mefmeeftat d où elle vient
d’eftre retirée. Le Chevalier
s’approche, & Ce plaint
d’une manière fi tendre du
malheur qu’il a de ne pouvoir
paroiftre devant elle
GALANT. 35 fans l’éfrayer,qu’enfin quoy qu’avec beaucoup de peine, elle trouve aflez de voix pour luy demander s’il peut eftre vray qu’il ne foie pas mort. ré fçait fi elle a donné un or-
11 répond qu’il ne dre abfolu de le mer à ceux qui l’ont amené dans le Cabine t avec des Halebardes & des Moufquetons, mais que fi elle veut bien con- fentir qu’il vive,il vivra tout à elle comme il a fait juf- que là, & toujours dans les fcntimens paflionnez quelle ne condamnoit pas a-
36 LE MERCURE vaut qu’il la quittât pour l’Armée. Il n’en fallut pas davantage pour Etire con- noiftreà la Dame ce qu’elle n’avoit pu démcfl r d’abord. Jugez de G furprife. Elle entend nommer le Chev aller. & voyant h joye éclater fur le vifage de fa Parente , elle tombe dans une confnfion dont elle ne fort que par les chofes a- greables que le Confeiller commence à luy dire fur cette meprife. Elle luy en fait mille exeufes, &feferr pour cela de termes fi obli-
••
GALANT. ,î7 geans,que comme elle ef. toit très-bien faice de fa perfonne,le Confeillers’en laiffe toucher. Elle le prie de remettre fonVoyagede Dieppe, de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu de reparer ce que fon inconfi- derée précipitation luy a- voit fait faire d’injufte. Outre que c’eâoit ce due le Chevalier avoit prétendu, il trouvoit tant d’efpric & d’agrément dans l’aimable Veuve, qu’il ne fut pas fâché de faire pour elle ce E &&
LE MERCURE
qu’un commencemen t d’amour
luy faifôit déjà fecrettement
fouhaiter. Il pafla
donc trois ou quatre jours
dans le Chafteau, & l’entretien
de cette aimable Perfonne
eut de fi doux charmes
pour luy, qu’il n’y paroifloit
pas moins attaché
que le Chevalier l’eftoit à
renouveller à fa MaiftreiTe
les proteftations du plus
tendre amour. L’Abbé s’aperçeuc
de l’engagement
que le Confeiller prenoit
pour la Dame-, & comme il
ne pouvoit fe mettre de la
GALANT. converfation d’aucun cofté fans troubler un teftc-à- tefte, il leur dit enfin en riant qu’il s’ennuyoit défi, trc fans employ, tandis qu’il les voyoit tous quatre fi agréablement occupez. Je ne fçay fi cet avis donna lieu au Confeillcr de s’expliquer ferieufè- menc, mais l'intelligence continua, les affaires fe conclurent, & l’Abbé fut appelle quelque temps a- pres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand Oùy qu’il a fait prononcer à
4o LE MERCURE
ces quatre Amans, les amis
dans un eftat fi heureux,
que pour l’en récom
ils luy fouhaitent tous les
jours une Mitre. Comme
il a tout le mérité qu’il faut
on doit croire que fou
temps viendra, comme il
cft venu depuis quelques
jours pour M‘ l’Abbé Pou-
Evcfque de Tarbes. 11 cft
Doéteur de Sorbonne, &
Fils d’un Prefident du Parlement
de Pau. On ne peut
GALANT. 41
Secrétaire du Clergé qu’il a
faitdansla derniere Aftemblée.
Il s’y eftoit montré,
fi digne d’eftre du nombre
des Prélats qui Ha compofoient,
que fa Nomination
aefté fçeuëavec un applaudiïTemenr
general. Elle a
fuivy celle de jMrl’Abbé de
Sufe à l’EvefcbédeS.Orner.
Vous fçavez,Madame, qu’il
avoit efté facré depuis peu
Evefque de Tarbes. Il eft
Fils de M'IeComte de Sufe,
y
Homme de grande naiffance,
& que fes fervices
ont toujours rendu confi-
Tomeç. D
4t LE MERCURE derable. Moniteur l’Evcf- que de Viviers fon Oncle eft un des plus anciens Prélats du Royaume. Celuy donc je vous parle en a quantité pourA mis qui font de la première qualité, & qu’il s’eft acquis par fa probité & par fa franchife. Son mérité n’a pas moins paru dans plufieurs AfTemblées du Clergé, que faDodrine dans l'Univerfité de Paris. Saphifionomie eft heureu- fe • & fi dans le rang où nous le voyons élevé, on pouvoit tirer quelque gloire des
GALANT. 45
4 roit dequoy eftre fatisfait
ft Je ceux qu’il a reçeus de la
Hf Nature.
1 On peut dire à l’honneur
de Melfieurs les Curez de
rj rendre la jnftice qui leur eft
deuë) qu’ils donnent tous
ai des preuves fi édifiantes, 3c
à de Doctrine & dePieté, que
iiï le Roy choifir Couvent pares
pour les Eve fchez. C’eftce
31 que Sa Majefté vient encor
o de Elire, en nommant
il Tellier Curé de S.Severin
D
GALANT. 4; les grands Emplois font plutoft honte qu’honneur fi on ne les fondent par le mérité, heureux qui en eft libéralement partagé. Je fçay bien que la Coureftun grand Theatre où il paroift avec beaucoup plus d’éclat qu’ailleurs; mais il n‘y eft pas fi fort renfermé qu’il ne fe répande dans les Provinces, & vous conviendrez deceluy de Mr Petit, quand vous aurez leu ce que je vous envoyé de fa façon. C’eft une Epiftre enjouée qu’il adrelfe à Moniteur le
46 LE MERCURE 7
Duc de S.Aignan, qui a
pour luy une eftime tresparticuliere.
Le ftile en eft
libre, & vous y trouverez
un tour aifê qui vous perfuadera
aifément de ce que
j’ay à vous dire à l’avantage
de fon Autheur.
A MONSIEUR
LEDUC DES.AIGNAN.
*’< ~ * • fat N'Efi- il point fait cet Armement
Qui de fuie long temps voua occupe!
Apollon s en plaint hautement
Ainfi^ts Amour leDieu charmante
Quoy
En ce
GALANT. 47
. Et le beau Sexe porte jupe.
Seigneur, neparlerat-on Siccle que de Canon,
Que de prendre d'affaut desViiïes*
Que de punir les Ennemi De leurs maniérés inciviles D'efer fefrotter à Loüis, Le premier Héros de la Terre , Servant au noble Art de laGuerre^ Tout comme celuy qui le fit',. Et dont la gloire retentit Mieuxque le bruit de fonTonnerrd
■ «S»
KToflre Parnaffe eft(ans Laurier-, Mais qui pourvoit ace Guerrier En fournir ajfez^pour fa tefiel Les Mufesmefmes(ontabouti Elles penfent avoir dit tout. Et leur Ghant (urune Conque (te Vient à grandi peine de ce (fer, Que la furprenante nouvelle
48 LE MERCURE Z> 'une autre & pires grande f> plus JLes obligea recommencer. (belle*.
• . V -t* ' ■
Enfin ce Conquérant terrible lajfi Mufes* Chefs & Soldats* Et parce qu'il eft Invincible* Jl ne fe trouve jamais las. Mais tâdisq.u’il tient das la Plaine Ses braves Héros en haleine* Apres bien de triftes bêlas* Mille Belles di fient en larmes* Ah*maudite gloire des Armes* Maudits A fiant s* maudit sCo bats* Que vous nous caufegdetriftefie! Que noies perdons de doux ébats* Et que tant de belle Nobleffe Serait bien mieux entre nos bras! Mais quevouleg-vous davantage*. Grand Monarque* vos Ennemis Me font-ils pas vaincus * fournis:
' De tous coflezj)liant b a va ae ?
Laiffez,
A
i
GALANT. 49
Eaiffegdonc Mars avec fa rag^ Et rendant à l'Amour hommaget Daigne g nous rendre nos Amis, you* n3y perdrez. ri en,digne Prince, 'Non, Grand Roy, vous ri y perdre g* rien,
Nos amours dans chaque Province Feront naiftre des Gens de bien.
Ce feront des Sujets fidelles Dont fe peuplera voftre Cour, Mafles bien fait s, belles Femelles^ T ous En fans de Mar s & d'Amour.
N3ont elles pas raifon, ces Eelles? I e veux vous enprendre à témoin, Vous, qui toujours avec grand foin Fiftesmille chofes pour elles.
E3 Amour ri eft-ilpas plusplaifant Que la Guerre, dont la furie Jamais ri agit qu en décruifant L e trefor des trefrs, la vie ?
I . Tome 9. E
5o LE MERCURE Oüy^ tout compteront rabatu* Seigneur.* l'amoureufe vertu Vaut mieux que la vertu guerriers. Cela ne fe peut contefter^ Car enfin donner la lumière Eft plus noble que de l'ofter.
Quoy qu'il enfoit.* pour fatisfaire Aux juftes plaintes de ces Dieux, Et peur appaifter la colere De mille Dames aux beaux yeux? De ces Rimes qui f^avent plaire ReprenezJ,' agréable employ, Et fur voftre charmante Lyre Dont par tout les tons on admire, Chantez^ L o ü i s yiojireQrand R oy, Enfuite. chantegles tendrejfes
De r Amour le Dieu des douceurs, Et ces vingt ou trente Maiftrejfes Dont vous avezygagné les coeurs.
■*
GALANT. 5i
quel feu qui brille toujours,
& qui Elit connoiftre qu’il
al’efpritnaturellement galant.
Il feroit difficile defavoir
plus délicat. Sa conversation
eft tres-agreable.
11 dit les chofes d’une maniéré
qui donne de la grâce
à ce qui n’en auroic point
dans une autre bouche, &
il eft ce qui s’appelle un véritable
honnefte Homme.
Vous jugez bien, Madame,
E ij
5Z LE MERCURE qu’avec ces qualirez il n’a pas manqué de fe faire d’il- luftres Amis qu’il a en grand nombre. Aufliquoy qu'il foit de Rouen, & qu’il y faffe fon ordinaire de- meure, il eft fort connu a Paris, & on ne peut entretenir de plus longues cor- refpondances qu'il en a eues avec la Maifon de Rambouillet, qui a toujours efté toutefprit. Monteur le Duc deMontaufe qui eft Gouverneur de fa Province, luy a fouvent donné des marques avan-
w 1 * A ♦
l’honneur d'eftre allié de
°) Perfonnes qui ont part au
Miniftere.
11 le Duc de Montaufier, Ma-
"c dame la Ducheffe de Cruf-
3t CJ Ci Pillp ffl-jjnraccouchée
l’honneur de l’y venir vifilu{
ter. On peuc dire qu’elle a
lt! hérité de tout l’Efprit de
lf: feu Madame de Montauli
fier, fi célébré dés fa jeu-
;K nefle , & par le Nom de
A l’incomparable Julie, & par
E iij
54 LE MERCURE les Galantes Lettres que luy écrivoit Voiture, lors quelle n’eftoir encor que Ma- demoifclle deRamboüiîlet. Madame la Duché fie de CrufTol joint à beaucoup dedélicateffe &de vivacité d’efprit,une verru d’autant plus loüable, qu’elle eft éloignée de route forte d’of- tentation. Je ne vous dis rien de Moniteur le Duc de Cruffol. Il eft brave autant qu’on peut l’eftre, & auffi bien faitqu’i 1 y ait perfonne à la Çour. L’ancienneté de fa Maifon eft connue, & il
GALANT. h y en afi peu dans le Royaume qui ayent les avantages quelle a, que je necroirois pas trop dire, quand'jevous alTurerois qu’il peut prétendre à celuyd’eftre Premier Duc. Vous jugez bien, Madame, que j’excepte les Princes du Sang, à qui les Privilèges de leur naiflance donnent toujours des Titres qui ne fçauroient eftre conteftez.
Quand on conteftera quelque chofe, ce ne fera point aflurément la gloire que Monfieur le Duc de £• • • • ,
111)
*
j6 LE MERCURE Luxembourg a fi légitimé-
& mentacquile dans le Commandement qu’il a eu de l’Armée de Flandre. Il en
eft de retour, & a eu l’honneur de falüer le Roy qui l’a reçeu avec des témoignages d’affeébion. dignes de la grandeur de fesfervi- ces. On ne peut montrer plus de coeur, plus de zele &plus de prudence qu’il en a fait paroillre pendant tout le temps de la Campagne. 11 s’eft trouvé à la Bataille de CafTel, 6c il a. toujours efté de jour lors
GALANT. 57
'es Places qui ont efté
par le Roy le font
rendues. Je ne doute point,
Madame, que vous ne
fovez allez inftruite de 1 uoùles
Generaux ne peuvent
s’empefeher de s’expofer
comme les moindres Soldats
; & c’eft dans ces occafions
où l’on voit particulièrement
éclater leur courage
& leur conduite.
C’eft peu que le Roy ait
GALANT. 59 Celles qu’on a envoyées en Quartier dans DunKerque, Bergue, Calais, & dans les autresVilles maritimes font commandées par Mr le Marquis de la Trouffe, Lieutenant General, & Capitaine des Gensd’armesde Monfeigneur le Dauphin-, & celles qui font entre Sambre&Meufe, prennent leurs ordres de M leComre deMontal,auffi Lieutenant General & Gouverneur de Charleroy. On a fait demeurer cinq Bataillons dans Caflcl fous le com.
60 LE MERCURE mandement de M'le Marquis d’Uxelles, Brigadier d Infanterie-, & toutes les Troupes qui hyvernenr dans la Flandre Fran çoife & dans les Païs adjacens, obeiflent à Moniteur le Ma- refchal deHumieres. M'le Marquis de Rannes, Lieutenant General, & Colonel General des Dragons, & Mr de Sainfandoux Maref- chal de Camp & Gouverneur de Tournay, ont efté choifis pour fervir fous luy. Mr le Marquis de Chaferon Lieutenant General coin-
GALANT. éî
mande; fur laMeufe; Mr le
Comte de Bifïy enLorraine;
M‘ le Baron de Monclaren.
Alface, & Moniteur leMarefchal
Duc de Navailles
demeure en Rouftillon,
fion Lieutenant General, &
Mr de la Rabliere Marefchal
de Camp. Voila de
quelle maniéré les Quartiers
d’Hyver ont efté distribuez,
fort glorieufemenc
pour tous ceux que je vous
viens de nommer, puisque
chacun d’eux commande
èt LE MERCURE de Commandemens ne fe donnent qu’à des Perfon- nes tres-confiderables, & dont la prudence, la valeur & la conduite ayent efté éprouvées dans les plus grandes Occaûons.
Le Roy qui trouve toujours celles de récompenfer les Servicesqu’onluy rend, a honoré depuis peu M'le Comte de la Serre, Fils de feu Mc le Marefchal d’Au- beterre Lieutenant General des Armées du Roy, & Gouverneur des Provinces d’A génois & de Cvndo-
GALANT.
mois, de la Charge de fon Lieutenant dans la Haute Guyenne, dont M' le Duc de Bellegarde s’eftoic démis en fa faveur. Toute la Cour qui connoift Mr le Comte de la Serre pour un des meilleurs Officiers du Royaume, luy en a témoigné fa.joye lors qu’il âprefté le Serment encre les mains de Sa Majefté. 11 eft d’une Maifon très confiderable. Mr le Chevalier d Aube- terre eft fon Frere, & M'ie Comte de Jonfac dont les belles qualicez vous ont
64 LE MERCURE fait plaindre la mort, eftoit fon Neveu. Son grand mérité, fon expérience, & fes longs & importans fer- vices pendant plus de tren? teCampagnes, le rendoienc digne de cet Employ qui luy donne le commandement dans la Haute Guyenne , en l’abfence de M1 le Duc de Roquelaure Gouverneur de toute la Province, & de Mr le Marquis d’Ambre Lieutenant General de Sa Majefté dans cette mefme Haute Guyenne.
Je vous ay mandé ks
GALANT. 6y
Honneurs que Moniteur le
Duc du'May ne y avoir reçeus
en allant aux Eaux de
Rarréve. U en eft revenu.
& vous auriez croire
combien la Cour a montré'
de joye du rétabliflement
defaSanté. Ce jeune Prince
foûtient fa nailfance par
' tant d’cfprit & par de fi
grandes qnalitez, qu’il eft
rare de les faire e'elarer au fit
avantageufement qu’il fait
dans un âge fi peu avance'.
Si les Eaux de Bârre'ge lu y
onteftélalutaires, celles de
Bourbon ne l’ont pas moins
Toijie 9. F
66 LE MERCURE
efté à quantité de Belles
qu’on y aveuës. Cette Lettre
qui m’eft tombée entre
les mains, vous en fera fçavoir
le mérité. Jevousl’erv
voye telle qu’on vient de
me ladonner.
MADAME DE***
GALANT. 67 evotis rendre compte de ce qui s’y pajfe , comme vous me l'ave ^ordonné. Lapremiere chofe que ]e fis en arrivant* ce fut de m informer du genre des Maladies qui avaient attiré le beau Monde qu’on dit qui sy trouvait, Ion m apprit qu’a l'exception de quelques Paralifies mal formées , Hommes & Pemmes s’y plaignaient prefque tous de Vapeurs.
Ce Mal de tous les Maux, Mal le plus incommode,
Pourles Hommes jadisn’eftoit point à la mode5
F ij
68 LE MERCURE
Mais on fçait aujourd’huy ce
qu’il nous fait fouffrir,
Comme à toute heure il nous
accable,
mourir,
Si voftre S exe eftoi t un peu plus
charitable,
Nous n’irions pasffloin eflàyer
d’en guérir,
JG? ne manquay pas (& par
•voflre ordre, Madame,} de
demander d’abord des nouvelles
de no sire lllufire Marefchal.
Jefceus que les gaux
ne luy avaient fait que médiocrement
du bien cette an■
1$
et
GALANT. 6g
Mr zAmiot fon Médecin, \ Homme qu'une capacité de- ; puis long-temps éprouvée, \ rend digne de tout le bien ! qùon en dit, en avoit pris des foins fî particuliers, que fes zAmis pourvoient efjerer de le revoir a<vec toute la fanté qu ils luy av oient fou- haitée en partant: ïagréable vie quon mene icy, aura, fans doute contribué à la rétablir. Le leu, la Promena, de, la Converfation, tout
ce'qui peut lier une aimable focieté, font des plaifirs qui ny manquent prefque jamais,
7
C’eft qu’on voie là detres-ftinés
Malades,
Qui fieres de mille Beautez,
Fontdefrequetes incartades
A d’innocentes Libertez.
Au plaifir de les voir le meilleur
temps s’employe.
Comme le charme eft grand,on
s’en donne à coeur joye,
On regarde, on admire, on demeure
enchanté.
Alors aux Maux divers, dont
boire eft le Remede,
GALANT. 71
Se mefle un certain trouble à
qui la raifon cede,
Et mal fur mal n’eft pas fanté.
Avez-vous fuy les dangereux
attraits
Qui, coûtent tant à regarder
de près,
Lors qu’à vos yeux charmezde
fa rencontre,
L’aimable Fortia fe montre^
Ailleursoù lehazard vousaura
pû mener,
•I-
7i LE MERCURE
La belle Marcillac vous vient aflaffiner.
Que de coeurs tous les jours fes charmes luy font prendre, Sansquejamais elle longe à les rendre;
II n’eftoit pas befoin qu’elle quitât la Cour
?ourleur faire un fi méchant
• * *4 1 X • ' *• • ♦ « * ' ”
tour.
le n’ofe en dire rien, c’eft fur fa confciencej
Maisqu’elle craigne enfin qu’en ne la pouffe à bout,
On peut prendre fon temps,!? trouver fansdefenfe,
Et quiconque à voler coni®e elle fe réfout,
Doit croire que malgré toute fa refiftance,
Un coup viendra qui payera tout.
GALANT. 75 i Vous auriez peine à vous imaginer combien la belle Madame ddubal fait envier le bonheur de fion Epoux qui ejl venu aux Eaux avec elle, i Ce font deux moitié^ tres- bten affotties, & fi la Femme . a un mérité extraordinaire3 j on ne peut parler trop avan- tageufèment du Mary. Il efi bienfaitt agréable fÿ firt i confîderé dans la Mai fin de. : Monfieur le Prince. le paffe aux Autres Beaute^ cpu on. [ ity \ & pour m empef'* cher d'y penfer trop en vous en parlant, vous trouverez**
Tome 9. g
74 LE MERCURE
bon, s’il <vous plaift, que je
ne <vous en fujje le Portrait
quen racourcy.
L’incomparable Bourdenois
D or lagorge toute charmâte
Surprend, éblouit, touche,
enchante,
De l’Amour à toute heure épuife
le Carquois.
Heureux qui vit fous de fî belles
Loix,
exempte.
De Vallecour & fon aimable
Soeur,
Des plus brillans attraits l’une
Sc l’autre pourveuc,
Ont bien dequoy plaire à h
veuë,
75
GALANT. 7; Mais ce n’eft pas fans qu’il en coufteau coeur.
Beauregard 8c Befiày par l’é* clac de leurs charmes,
Font aux plus fiers rendre les
, + prives.
Du Fréroy comme Riberpré Quand vous les regardez lonc fore à voftregte,
Mais mal en prend, quoy qu’on y prenne garde,
A qui trop fou vêt les regarde,
Morin, Phelipeaux & de Ris, Par leur propre mence à peu d'au très lembla blés,
OnctoutesdesFilles aimables Que fuivenc la IeunefTe & les leux 8c les Ris.
On eft charmé defe voir avec elles,
-6 LE MERCURE
Mais comme de foy-mefme on
doit fe défier,
Ce n’eft pas tout que de les
trouver Belles,
luftres Amies,
Dont il faut vous dire le nom.
L’une eft Saint-Clair, l’autre
Burgon,
Ce font dans l’amitié deux âmes
affermies,
Et qui font concevoir à qui veut
s’enflâmer,
Ou’il n’eft rien de fi doux
qu’aimer.
«J.
p ourla belle Darnonqu’accom-
Et dont en la voyant chacun de
meure épris,
G A L A N T. 77
On ne doit point eftr'e furpris Si i’Amour marche fur fes
w • > • * *
traces.
Quel aflez ample, aflez riche Marc d’or
Apû payer ce prétieuxTréfor?
t ’
Ii fautencore rendre juftice ' Au mérité des quatre Soeurs. Marpon l’aînée eft Veuve,& (je croy) peu novice Dasl’artd’afllijettir les coeurs. Elle eft bienfaite,aimable Sçforc fpirituelle.
D e V i 11 e d o fa S oe u r fe fa i C a i m er comme elle-,
Et dans l’agreable Becuau
On ne voit rien que de bon & de beau.
Mignon, la plus jeune des quatre
G llj
7.8 LE MERCURE
A des attraits dangereux à
combatre,
Et qui veut tenir côcre,éprouve
à fes defpens
Qu’il perd l’a franchife & fon
temps.
^Apres vous avoir paris
des Belles, faurois un long
article d vous faire, fi je
voulais vous entretenir de
tous les Hommes de mérité
79 Mr de
GALANT.
fonne du Monde.
Pomereùil, & Mr Pique^y font aufli avec Mr le Comte de Bouligneux qui ePi un Homme très-bien fait, {ÿfort ePiimé. Mais ce quon peut appellerleCbarme de nos plus belles Compagnies , c efl un jeune Milord petit- P ils du Duc d'Ormond P'iceroy d ’ Irlande. Il donne la Comedie aux Dames} & on ne peut rien voir de plus galant â fon âge. Ses belles qualité^ ne furprennent point quand on les voit cultivées par M’’ de Montmiral fon Gouver-
i • • • •
G mj
8o LE MERCURE neur. C’eft un Gentilhomme tres-accomply, & fort djgne du choix qu’on a fait de luy pour la conduite du jeune Seigneur dont je <vous parle. Vous fere^ peut- eSlre fur- prife de ce que je ne vous dis rien de Madame la Comtefe de Dona, ny de quantité d'autres belles Dames qui font venues cette année boire des Eaux à Bourbon. Soit-
t «
veneg- vous > je vous prie, que je vous ay feulement promis de vous rendre cow pte de celles que j’y trouve- rois. Je vous tiens parole, & fuis voftre, &c.
8i
GALANT.
Si les Maux dont on a efté chercher le remede dans les Lieux où l’on boit des Eaux, n’ont point em- pefché qu’on ne s’y foie agréablement diverty, il en eft de mefme des grandes Affaires qu’on traite à Nimégue, & qui n’en ont point banny les Plaifirs. Mon fieu r le Marefchal d’Eftrades ayant reçeu chez luy avec fa politeffe ordinaire, des Dames Hol- landoifès que la curiofité de voir l’Affemblée avoit attirées de la Haye, les
'a
St LE MERCURE
a régalées d’un excellent
Concert , compofé de
Luths, de Clavellins, &
de quelques Inftrumens
nouvellement inventez, &
oui reffemblent à un Deflu
s de Violon, mais qui
font infiniment plus propres
à accompagner le
Luth, parce que leur fon
qui imite celuy de la Flûte
douce,fait beaucoup moins
de bruit que celuy du Violon
, de forte qu’il ne couvre
pas le jeu du Luth, &
n’a rien qui crie ny qui foit
aigre comme le fon de la
t
GALANT.
H 1 A. WWVJ
iq fortes d’Inftrumcns paroî-
S[ tronc bientoft en Franc',
li Le Concert avoir efté com-
8; pofé & foûtenu par M1 de
d Soleyzel. C’eft un jeune
iij Gentilhomme qui a fait le
o. Voyage de Nimégue avec
lt Mr d’Avaux*, & qui parmy
J centbellesqualitezj a celles
tt d’eftre fort bon Muficien
iiî & fort bon Homme de
o, cheval. Il eft Fils de M‘
u de Soleyzel, qui eft un
4 des Chefs de l’Académie
J Royale proéhe l’Hoftel de
M Condé, & qui a mis au
84 LE MERCURE jour plufieurs Livres fur les Matières qui regardent fa Xirofeffion. Si ce qui regarde la parc que j’ay au Mercure, pouvoit eftre fu- primé fans faire injuftice aux Spirituels Inconnus qui m’cnvoyent leurs Pièces fans fe nommer, la crainte de me faire accufer de vanité m’empefeheroit de vous faire voir le Sonnet qui fuit, mais il eft trop agréablement tourné pour ne luy pas donner place icy. Il rn’eft venu de Caen- Vous fçavez comme tout
GALANT. Sj
le monde y eft poly,& vous
ne ferez pcut-eftre pas fâchée
de connoiftte qu'on
y cftime les Lettres que je
vous écris.
SONNET
i A’ a ’ al
DZg»z? gp qalant Autheur du
célébré Mercure,
De nos Belles de Ca'èn redoutes^
le couro# x>
Elles brûlent ce Livre en peflant
contre Vous,
J>our les maux qua produits fa
fatale leïiure.
$6 LE MERCURE
De la Guerre,, dit- on, vous faim la peinture^
Avec de certains traits fi char* mans & fi doux*
Que l'on y voit courir les Amans, les Époux
Et c’eft là le fujetqui caufele mur* «$• (mure.
Quoy, direz^vous, fy mets tant de Traitez^ d Amour,
Des Madrigaux galansles Fejltt de la Cour i
Tout cela ne fait rien pour fauvet voftre Livre.
Car quand un Brave y trouve un Roy d'un fi grand Coeur,
El a honte d’aimer, il a honte de vivre,
S'il ri accompagne pas cet Augufie Vainqueur.
GALANT.
Trouvez bon que j’ajoute
à ce Sonnet la Lettre
d’un Solitaire qui ne s’eft
pas défait de l’habitude de
bien e'crire, en fe défaifanc
de la pratique du Monde.
Elle a efté envoyée depuis
peu à un de mes Amis, &
je croy que vous verrez
avec plaifir la jaftice qu’on
y rend à M* le Pays, pour
qui je fçay que vous avez
une eftime particulière.
LE MERCURE
De mon Dcfert prés de Grenoble le 17. d’Octobre 1677.
IL faut arvoùer^ Monfieur, que tout le monde eft obligé d 1 Autheur du Mercure Galant» mais les Solitaires comme moy luy ont une obligation particulière. Ne font ils pas heureux de pouvoir apprendre les ^Affaires de le> Guerre & du Grand Monde jufques au fonds de leur De- fert, de pourvoir pour ainft dire eftre delà Cour fans for-
GALANT. 89
tir de leur village? Depuis
fipt mois qu'il me donne tant
de plaifirs diffierens, je ch ercbe
en mon efirit les moyens
de l'en remercier. Mais corn-
• s * s
me je ridy pas l'avantage
de le connoiflre, je ne puis,
Monfieur, îriadrejfer qu'à
wons qui eriies de fris Amis,
pour vous prier de luy faire
envoyer mon Pacquet. Jl y
trouvera deux petites Pièces
qui ne luy feront peut-ePire
pas inutiles. Son deffein eft
fi beau & fon entreprife fi
loilable, que chacun doit con-
Tome 9. h
?
7
9O LE MERCURE tribiter de fon cofié a la faire durer, fi'ay dans cette Province deux illufire-s Amis dont j'ay foin de recueillir les Vers & les Lettres, & ce font des Ouvrages qui pourraient de temps en temps enrichir le Mercure Galant. Monfieur VAbbé de S. F** & Monfieur le Pays, font afif connus dans le Royaume. fuoy que le premia n ait jamais pu fie réfoudre a faire imprimer fies Oeuvres^ on a veu de luy mille Galanteries manufentes qui font connoifire jufques où va la
9l
lu délicatejfè defon
Pour Moniteur le
Pays, fes Amitie\, Amours
& Amourettes, ont tant fait
de bruit dans le monde, que
fon Nom eft connu de tous
ceux qui fçavent lire. Néantmoins
quand on ne le connoift
que par là, on ignore la plus
artie de fon mérité.
e eroy que je puis dire fans
l’offencer, qu il <vaut encoremieux
que fes Livres, & que
tout ce qu il a imprimé eft
maigre'fon fuccés bien éloigné
de la juftefft de ce qu il
écrit aujourd'huy. L'Au-
Hij
91 LE MERCURE
theur du Mercure Galant en
pourra, juger par les deux
Lettres que je luy envoyé,
fi' en ay encore quelques autres
que je luy fourniray fi
\e (vois paroiftre celles-cy
dans le premier Volume du
Mercure, parce que de là \e
rvées agréables. Cela m’obligera
mefmes à preffet
Monfieur le Pays de me faire
copier quelques-uns de fa
Vers, S? peut-eftre que \e
travaille aux Affaires d’un
GALANT.
95 grand Employ qui ne luy donne gueres le loifîr de penser aux Bagatelles poétiques.
7
L E
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
FA F L E.
A MADEMOISELLE DE M**
IL nous arriva hier de Lisbonne une Barque chargée de Singes de Perroquets. Vous juge 7^ bien , Mademoi- feUe}que je riaypas perdu une
94 LE MERCURE fi belle occafion de <vous tenir parole, f’ay choifi parmy ce grand nombre un Perroquet d’un plumage très -particulier, & une Guenucbe d’une petite(fe fort rare. Ce qutl y a de fâcheux, c eft que le Perroquet ne parle point François, que la Guenuche nef ait point dan fer, Cÿ que me fine elle eft encore habillée à la Portugaise 3 mais vous fe- re^peut-esire bien aife d’efi- tre leur Maiftrejfe en toutes façons. Vos Leçons leur apprendront la belle maniéré- Tous les autres Perroquets
7
?
I
9^ LE MERCURE
envoyant3 d'eftre auprès de
vous leur Interprète. Sans
fça'voir la Langue de lemr
Pays, j ay bientosl compris
leurs dijcours, parce qu’ils
eftoient tendres & amoureux.
Entendre à demy mot fut toujours
mon partage;
Si-toft que l’on parled’amour,
Il n’eft point pour moy de langage
Qui ne (oit clair côme le jour.
Pour vous, ma jeune Demoifelle,
IK : y *
| Quand mefmes en Françoisl’a.
mour ferc d’entretien.,
Malgré tout voftre Efprir, vous
ne répondez rien,
7
■
GALANT.
| gue maternelle;
M Vous voila cependant dans la
belle faifon,
Vous avez quatorze ans, à cet
foy cela s’appelle
N’entendre pas raifon.
N entendre pas l’Amour, ma
J cher de vans rendre radfona[
n.dle , en <vous fiifdnt comprendre
l’Hifioire amoureu-
■ fe de wottre Guenuche & de
iOi woftre Perroauet.
zAuffi-tofi que ces deux
’ts Animaux furent entre
GALANT. 99 à peu près comme il s'expliqua en Morefque.
Ma Mere me donna le jour Dans un Climat de laGuinée, Où le Soleil joint à l’Amour, Enfiâme tout toute l’année.
L'on n’y voit point de Coeur glacé,
N y de Bergere indiferente;
Quand unBergcr eft empreffe La Bêrgere fe môtreardente. Là je vivois jadis en Berger fort
coquet, Aujourd’buyjefuisperroquer, Car,helasi ma Coqueterie, Qu e j e no m m ois G a I ah terie, Choqua le cruel Cupidon, Qui sas m’accorder de pardo, Fit de moy la Méramorpjbofe, Que je vais vous conter en
Profe.
GALANT.
101
gérés, & je témoignais à toutes beaucoup d’amour, mais a la vérité je n en rejfentois gueres. Dans ma converfa- tion, dans mes Chanjbns & dans mes Billets, jeparoijfbù l’Amant du monde le plus ardent, &dans mon cæur]e me fientois fort tranquille’, enfin tout mon amour nef- toit que du caquet. Mais, bêlas! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon efi un Dieu qui punit cruellement le menfonge. Pour
Iiii
•>
• * * X*
ioi LE MERCURE
commencer d fie ranger de
moy , il me fit devenir trop
véritablement amoureux
GALANT. ïoj
de m aimer, elle affetâa tou- ’l tes les petites maniérés d'une qperfionne fort pafiîonnée, g/ q quand elle me vit bien fenfi-
*
«
ti
•‘l.
l't
i
'£
blement touché} elle me fit cent malices & me quitta en- fin pour un autreBerger aujfi laid qu’un vieux Singe,
Dieux; qu’un Berger vivroic content
S’il changeoit suffi-tort que change fon Amante!
Mais,, helas» que de maux nous caufe une In confiante,
Quadonnepeut êtreincôftat!
Idamour que je fentois pour ma petite Ingrate, & la haine- w * • • •
Z > I lllj
GALANT. lOy de la couleur des feuilles qui me couvraient, ma bouche en bec, mes bras en cuijfes, & ainfi du refie de mon Corps. Voila comme je me trousvay Perroquet, & j<? vous jure que je nenay point confier?d de regret.
1 t V*
Ne haïflantpïus mon Rival, Etn’aimât plus mÔInconftate 1 e fens mon Ame plus côtence, D’animerpour toûjoursleCorps d’un Animal,
Qoe celuy d’un Berger, quand l’Amourle tourmente.
R!* •i i * • a • s \
Ma petite Laide ne demeura pas aufii fans chdti-
?
io6 LE MERCURE ment,parce qu' elle riavoit aimé qu'en apparence, & que toute fa tendrejfe n avoit eflé que fîngerie ; ïAmour n ayant point eflé trompépar fes grimaces, voulut punir fon hipocrifie^ comme il avait puny mon libertinage. Il la changea donc en Guenuche;
& comme cesi oit une petite Bergere fort laide & fort malicieufe^ il-ri eut pas beaucoup de peine a faire ce changement.
Depuis cette double &Ae- tamorphofè nous avons vef- cu > ma cMai/lrefe & moy,
GALANT. 107
dans les Solitudes & dans
les Fore fis. Cependant nous
ne fiions pas tout-a-fait Saunages
, S? cela eSl fi <vray
que nous nous fommes lafifie
prendre aux premiers Hommes
qui fie font prefente^
N)'abord on nous mena en
Portugal, où l'humeur de la
Hation ne nous plaijoit gueres,
parce que le caquet &
les fingeries ny ont pas tant
de cours quen France, où
fapprens que nous fbmmes
aujourd’huy. Nous nous y
plaifbns fans doute, parce
que nous avons encore con?
VALANT, ioi
qnet, noflre Hiftoire jufques
icy i c efl à vous, Monflettr»
à nous apprendre le refle.
Dites-nous pourquoy nous
jommes entre vos mains, &
â quoy nous fommes deflinez^
puis que vous nous faites
partir pour un fécond.
Voyage^. A cette question,
fay répondu de cette maniéré.
’k x‘- U v ' * ''V • i V ’ *
Allez trop heureuxAnimaux,
Voicy la fin de tous vos maux:
renez que l’on vous deftine
Pour aller faire les plaifirs
D'une belle & jeune Blôdine,
Qui donne mille ardensdcfirs,
Et qui caufe mille foûpirs
A mille Amans qui n’osêt dire,
Belle, c’ eftfourvous quofoùpire-,
Vou$,Peroquet,&.nuitS<jour,
Vous luy pourrez parler d’amour
$
Sas vous attirer Ion courroux.
Quemôbôheur feroit extrême
Si j’olois parler comme vous!
Vous G uentiche, vos lingeries
Loin de luy d ouer du chagrin,
Là charmeront foir & matin;
O Dieux! quemes Galateries
N 'ont-elles le mefme deltini
C'eft ainfi , Mademoifelle,
que finit lu converfiition que
votive
GALANT. ni fay crû que je devais vous en faire part, gÿ que vous feriez bien aife defeçavoir leurs Aventures, fapourrais bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de i Amour ; mais bêlas, je nofeerois Avec vous morali- fer fur cette matière.
i ( « a ’ f ’
De Marfeille.
A MADAME DE F**
ÎE pars pour Marfeille, & je vous jure , Madame, que j'y vais malgré moy.
m LE MERCURE
Mais,dites-moy, ce beau Portrait,
L’avez-vous fait d’apres nature?
N’avez-vous point feint quelque
trait,
Pour embellirvoftre peinture?
Ce teint blanc, Se ces blonds
cheveux,
Cette main*, ce bras, cette
taille,
Cet Efprit tel que je le veux,
Qui furprend, qui brille, qut
raille,
GALANT. jr5
Enfin cet amas fans éçal
O
De belles qualitez, dont mon
ameeft ravie,
Seroit-iI dans l’Original,
Tel qu’il eft dasvoftre Copie?
Par tout ce que vous m’avez
dit
Vous avez charmé mô Efprit;
VoftreComteffe eft adorable:
Tome 9. K
Mais malgré lesappasdont vous
m’avez charmé,
Si bientoftjen’enfuisjaimé,
Je déclaré d’abord qu’elle n’eft
point aimable.
Je fuis d'un Me£lier,ou
l'on n aime pas a perdre fin
temps. J^ous fiave^, Madame,
que nous autres Gens
d'Affaires nous Jommes fort
inter effez^ & que \amaisnous
ne fai fions d'avances fi nous
ne voyons un profit prompt
afin ré-
Jamais à la groffea van turc
Nous ne mettons foins ny
lbûpirs;
GALANT. nj.
Nous vouions fetireré mefme
dans noftre ufure,
Erprerendonsgagner centpour
cent en plaifirs.
Sans nul fcropule cnGcns fort
fages,
Nous nous faifons payer l’intereft
d’un feul jour,
Et corne tin Juif noftre amour
Ne prefte que fur bons gages.
U7
beaucoup de petits dans
des Maiîbns particulières.
Comme ils n’ont befoinny
deTheatre, ny de Décorations
, ils peuvent paiTer
pour des Concerts, mais ce
font des Concerts fort ditout
ce qu’il y a de Gens curieux.
Le dernier qu’on a
veu paroiflre a pour titre les
^Amours deTiton & de T Aurore.
Les Vers en ont efté
fort eftimez, Mr Oudot
qui les a mis en Mufiqueen.
a reçeu
ges. Je vous ay déjà parié
n8 LE MERCURE
de luy. Il a beaucoup de
talent, & travaillant furune
On en a donné beau*
coup au choix que le Roy a
fait de Madame l’AbbeïTe
GALANT. ir9
de Sainte Menehoud, pour
la gratifier de l’Abbaye
Royale de Farmonûier en
Brie. C’eft une Dame d’un
fort grand mérité, & d’une
exadevertu. Elle eft delà
Maifon d’Uxelles,& Belle-
Soeur de M‘ le Comte de
Beringhen.
L’Abbaye de Sainte Menehoud
a. elle' donne'e à
Ao LE MERCURE
mais outre que la gloire
qu’il s’eft acquife dans cette
importante Charge l’a fait
connoiftre à toute la France,
fon mérité me fournira
d’aflez amples fujets de
vous en entretenir fouvenr.
Sa Majefté à auffidonné
l’Abbaye de Saint Jacques
prés Bourbon , à Madame
de Vaudetartde Bournonvilïe
Perfan. Elle eft d’une
grande Maifon, & le Nom
dePerfan a fait bruit ailleurs
que dans des Couvents.
S’il eft glorieux d’avoir
part aux Grâces que leR°y
GALANT, uf fe plaift à répandre continuellement fur ceux defes Sujets qu’il en trouve dignes, il ne l’eft pas moins de luy pouvoir faire des Prefens qui ne foient pas indignes de luy eltre offerts. C’eft un avantage qu’eut dernièrement Mc l’Abbé le Houx, qui heri-' tant du zele que fa Famille a toujours fait paro.ftre pour fon fervice, & donc elle a donné des preuves & dans les Armées& ailleurs, luy prefenta fon Portrait en mignature. Le Roy le re-
Tome 9. L
m LE MERCURE çeut avec ces témoignages de bonté qui luy gagnent
les coeurs de tous ceux qui ont l’honneur de l’approcher. Ce Portrait cft de la main de M* Bénard. Le Roy eft peint dans un Ovale. Au deffous de luy font quantité de Trophées, qui marquent les Conquef- tes qu’il a faites, tant fur la Hollande, que fur l’Efp*- gnc & l’Empire. Au milieu de ces Trophées on voit un Globe d’azur & trois Fleurs de Lys. A l’un des coftez du Roy il y a une
A '
u4 LE MERCURE lure & l’art en font admirables. Dans le haut eft la Renommée toute de relief. Elle montre le Roy d’une main, & tient une Trompette de l’autre. Un Lambeau d’argent y eft attaché avec des mots Latins qui font connoiftre que fi cet Augufte Monarque eft grand par la gloire que fes belles qualicez luy ontac-
quife, il l’eft encor davantage parfaValeur& parles Conqueftes. Auxcoftezde la Bordure font deux En- fans qui tiennent des Fleurs
B
GALANT. 115 & des Fruits. Il n'y a rien de mieux defliné. On voie la Triple Alliance au bas. Elle paroift foûmife à la France, qui eft reprefenrée par un grand Coq. D’un cofléil tient lAigledel’Em- pire enchaîne7, & de l’autre deuxLyons fuyans le Coq. L’Efpagne eft marquée par l’un, & la Hollande par l’autre fous la forme d’un Lyon Marin. Ce Prefent ne pouvoir eftre plus beau, puis qu’il n’y a rien de plus grand que le Roy, & que c’eft fon Portrait qui le compofe. Il
L iij
cftoit accompagné d’un
Poème fur les Conqueftes
de ce Prince. Comme jamais
Monarque n’eut tant
de gloire que luy, c’cft peu
qu’Arles nous ait fourny
des Obélifques pour graver
fon Nom, & tranfmettre
à la Pofterité les grandes
Allions dont nous n’avions
point encor veu d’exemples;
on a trouvé fous terre
deux Arcs de Triomphe a
Rheims, comme fi les Conqueftes
de Sa Majeftéallant
pus vifte que les mains des
Ouvriers ne pourroient
GALANT. 117 faire pour luy élever des Monumens dignes de luy, la Terre prenoit foin d’en produire, & fe faifoit un avantage de contribuer quelque chofeà luyaifurer l’immortalité qui luy eft deué. M'de Santeiiil,Chanoine de S.Viftor, a fait des Vers Latins là-deffus, que j'aurois tâché de vous faire voir en noftre Langue, Ci j’en avois pû exprimer la force. 11 a le Génie admi- ble pour la Poëlie, auflî- bien que quantité d’autres de cette Maifon, dans la-
L* • • • 111)
LE MERCURE quelle j’ay appris que Mon. Leur le Prefidenc de Bail- leul avoir choifi fa Retraite.
Il ne le pouvoir faire dans une Abbaye, ny plus ancienne ny plus noble. Elle eft remplie de Perfonnes de Qualité’ qui meriteroient qu’on les nommât Comtes de Paris, à l’exemple des Chanoines de Lyon qui
portent le titre de Comtes. La Maifon eft fpacieufe, les Jardins agréables, & la Bi- bliote'que une des plus belles qu’on puifte voir- Elle eft d’autant plus utile»
GALANT, que le Public a la liberté de fe fervir de fes Livres, qui font fortcurieux&en tres- grande quantité. C eft af- furément un fecours fort confidérable pour ceux qui voudroientne rien ignorer-, &c comme il en eft beaucoup qui cherchent particulièrement à s’inftruirede tout ce qui peut eftre une preuve de la grandeur de la France, je croy vous devoir faire remarquer que fi fes Armées de Terre la font aujourd’huy craindre de toute l’Europe , fès forces
I3o LE MERCURE
de Mer ne la rendent pas
moins redoutable. Cela
paroift par le grand nombre
des Vaifleaux qui font
à Breft, à Rochefort & à
Toulon. Je vous envoyé le
Rolle de ceux de ce dernier
Port, en attendant que je
vous puiffe faire part des
deux autres. Celuy-cya
ime a
jamais rie» ne fut fi exaft,
& vous y verrez en diffelement
le nombre des Canons
dont ces Vauieaux
font montez, de combien
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GALANT. 151 1: de Tonneaux ils font, le lieu de leur conftrudion, le NomdesOuvriersquiles ont faits, leur âge, leur du- re'e, & les pieds d’eau que leur charge leur fait prendre,mais encor ce qu’ils onc d’Officiers Mariniers, de Matelots, de Soldats, &les autres chofes qui regardent la Solde & les Vivres par chaque Mois. Si ce dénombrement de Vaif- feaux, d’Equipages&d’Ar- memens n'eft pas du gouft mi de vos fpirituelles Amies, ici l’Avanture que j’ay à vous
I j ay a
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GALANT. ijj
y commencer fes Exercices,
& quand il y vint, on
peut dire qu’il eftoit tout
nouvellement débarqué. Il
avoir des maniérés embarraflees,
& ceux qui prenoient
inrereft en luy, ne le
virent pas longtemps fans
s’appercevoir que l’Etude
ne luy avoir donné que des
Connoiffances mal digérées
qui avoienrbefoind’adouciifement.
Comme il
n’y a point d’Ecole plus propre
à l’acquérir que celle
des Femmes, fes Amis le
menèrent chez quelques
iî4 LE MERCURE Belles. 11 les vit d’abord fansautre defleinqueceluy de rendre fes devoirs à d’aimables Pcrfonnes que fa naiflance engageoit à marquer de la confideration pour luy; mais infenfible. ment il y prit gouft, il eftoit d’âge à aimer , il avoit un coeur; & une grande Brune dont les yeux eftoient les plus dangereux du monde, eut tant de charmes pour luy, qu’il en devint éper- duëment amoureux. La Dame fut furprife de Ie voir plus fouvent chez elle
GALANT. 155 quelle ne l’auroicfouhairéj i tlle eftoic fi bien faite, quelle n’eut pas de peine adevinerqui l’attiroic. Ses affiduitez ayant commencé ï àluy faire connoiftrelapaf- ' fion qu’il avoit pour elle,! i fes regards & quelques foû- pirs mal étouffez acheve- ; rentdel’eninftruire. Cette j conquefte la chagrina, elle I n’eftoit poinc d’un affez
' grand poids pour luy faire honneur, & l’cxpofoit à des importunitez fatiguantes I pour une Perfonne qu’un coeur novice n’accommo-
t ?? | r J
> \ •
I 1
ï36 le mercure doit pas. Elle feignit de n’entendre point les premières déclarations,& pour s’en défaire en le rebutant, elle le railla furquelquesdefauts dont il prertoit peine à fe corriger, & n’oublia pas fur tout à luy faire con- noiftre fon dégouft pour certaines rougeurs qu’il a- voitfur levifage. Ilaimoit la Dame, & vouloir luy plaire à quelque prix que ce fuft. Ce dernier reproche luy donnoit de l’inquiétude. Il crut que fes rougeurs citaient lafeule cMe
GALANT. 137 ÛUi la choquoit, & dans ^impatience d’y trouver quelque remede, il fit confidence de fon fecret à ce- ]uy qui lavoit mené chez elle 3 & qui apprenoit fes Exercices dans la mefme Académie que luy. LeCon- fident avoir veu le monde, il aimoir à faire piece, & fmshefiter, il luy dit que fi ceftoit là le feul obftacle qui l’empelfhaft d’avoir les bonnes grâces de la Belle, il luy répondoit de fon bonheur. 11 adjoûte que ces rougeurs venoient Tome 9. M
15S LE MERCURE
d’une abondance de fang
qu’il eftoit facile de détourner
, qu’il les avoir eues
comme luy, & que pour
éviter la guerre qu’on luy
faifoit, il s’en elloir fait
quitc par des Ventoufes
que ivioucic uum a “
ipirituellemenc entendre,
quand dans l’une de fes Pièces
il a fait dire pourinfulter
un Apotiquaire, qu’on
voyoit bien qu’il n’eftoir
pas accoutumé à parler a
des Vifages. Le Gentilhomme
auffi crédule que
GALANT. 159. jeune , auroit voulu eftre ventoufé dans le mefme inftanc. Il embrafle le Confident avec une joye extraordinaire, & le conjure de ne point différer à faire venir la mefme Perfonnedont il s’eft fervy pour une pareille Opération. On prend jour au lendemain,un Chirurgien a le mot, & deux Amis communs font avertis de l’employ qu’ils doivent avoir dansIaPiece. Le Confident amené le Chirurgien à 1 heure marquée. Le Gentilhomme le prie de M ij
14O LE MERCURE n’épargner point fon fang, &fe couchant furie ventre, il fouffre l’application des Ventoufes qui font uneco- pieufe attradion. Les Scarifications fuivent, on les fait profondes, & apres que le Chirurgien en a recüeilly deux grandes paletes de fang , il remet les Ventoufes, & feignant d'avoir oublié quelque choie de ne* celfaire, il le quitte pour courir jufques chez luy. 11 eft à peine forty de h Chambre, qu’on entend du bruit dans l'Efcalier. C’cf-
'GALANT. 14î voient les deux Amis à qui on avoir appris le miftere. ils entrent malgré le Patient qui veut qu’on ferme la porte, & qui a bien de 1a peine à fe tenir couché fur le cofté. Ils s’informent de ce qui peut l’arrefterauLir, & apres une converfation generale d’un quart d’heure, l’un des deux pafle dans une étroite ruelle fous prétexte d’avoir quelque fecrec à luy dire. L’Amant Ven- toufétournela telle fans fe remuer, & fon Amy le prie inutilement de s’approcher
i4i LE MERCURE un peu dauantagc. Il n’ofe luy dire en termes du galant Voiture, qu’il a pour ne le pas faire, uneraifon fondamentale fur laquelle il ne luy eft pas permis d’apuyer. Il n’écoute qued’un peuloin ce qu’on ne Iuydiroitpas fi on ne cherchoit à l’embar- rafler; & enfin le Confident fait l’officieux en obligeant les nouveaux venus à s’éloigner. Le Chirurgien revient,il ofte les Ventoufes, & laide le Plaintif fcarife dans des douleurs dont il ne fe confole que par l’el-
GALANT.
'4
’45 pejance de n’avoir plus les rougeurs qui bleffcnt les yeux de la Dame. Elle apprend du Confident le tour qu’illuya joüé, & afin qu’il nejoüifTe pas feul duplaifir de cette Avanture, elle envoyé prier le Gentilhomme deluy venirparler le lendemain. Le Meftage luy eftoit trop doux pour ne l’engager pas à fe faire une necef- ficé de cette Vifite. rend chez elle à pied, I cente,. & ne laiffoit aucune voiture commode pour luy.
Il fe car l’Opéranon eftoit trop ré-
i44 LE MERCURE
On le mene dans le Cabitrefle
ne parut fi longue à
un Amant. Il s’en tire le
plutoft qu’il peut, & ce qui
e chagrine, c’eft qu’au
bout de quelques jours, il
s’apperçoit que fes rougeurs
augmentoient au lie11
de diminuer. 11 s’en plaint
à ccluy qui eft caufe du Rerue^
medequna eiiaye^iacç- ponfe eft qu’il feroit bon de recommencer, parce que les Ventoufes n’ont pas efté affez longtemps appliquées. Il s’y feroit refolu fans doute, s'il n’en euft demandé avis à quelqu’un qui luy dit charitablement qu’on luy faifoit piece. Il avoic du coeur, & ayant rencontré le malicieux Confident, il luy fait mettre fé- pée à la main, Comme les difgraces fe fuivent, il ne peut Ci bien fe fervirde foa adreffe,qu’il ne reçoive une
Tome 9. N
ï46 le mercure fort large B tellure dont il eft encor à prefent au Lit. Il eft certain qu’il en guérira., mais il ne l’eft pas que ce nouveau fang qu’il a perdu fafle cefter les rougeurs dont il avoit crû fe défaire.
Voila, Madame, comme on eft quelquefois mal ré- compenfë du temps qu’on employé à fervir les Belles. Ce font des périls qu’on ne court point en fervant noftre Grand Monarque. Comme il ne lailfe jamais de vertu fans récompenfe> il a donné à Mc d’Eurre le
GALANT.
es
»!
lill
If
ai!
fils la Lieutenance de Roy
des Ville Sc Citadelle de
fyfontelimar,en confideratjon
des fervices que M?
d’Eurre fon Pere a rendus
au feu Roy 3 & qu’ils ont
continuez l’un & l’autre
avec un attachetnent qui
femble particulier à ceux
de cette Maifon. Ce dernier
avoit donné fa Démiffion
de la Lieutenance de
Roy des Ville & Citadelle
de Valence dont il avoit
elle gratifié par Sa Majellé
pour plufieurs années de
fervices dans la Charge
N ij
dans fes Armées ou il a reçeu
plufieurs Blclfures, &
Gênas Gentilhomme de
Dauphiné, qui sert fait
aflez Couvent diftinguer
parmy les Gardes du Corps.
Cependant je fuis oblige
de vous dire que j eftois
mal inftruit quand je vous
ay fait fçavoir que Moniteur
le Cardinal d’Eftrées
alloit à Rome en qualité
d’Ambafladeur Extraordigalant.
ne peuvent
149 du Roy, & que par une Julie dUrbain VIII. les Cardinaux prendre le Titre d’Ambaf- fadeur, quoy qu’ils en fal- fent prefque toutes les Pondions.
On m’apprend en mef- me tcmpsque Meilleurs de Renel , de Flamarin, de Beaulieu, & de Forteville, ont cflé reçeus depuis peu de jours Chevaliers de [Ordre de S.Lazare de Jérusalem. Onles doit croire d’autant plus dignes de cet honneur fie de tous les glo- N iij
1JO LE MERCURE
rieux avantages qui le fuivent,
que Monfieurle Marquis
de Louvois,qui a bien
voulu eftre le Chef de cet
Ordre, & s’en faire le Vicaire
General , s’applique
particulièrement à n’y admettre
que des Perfonnes
de naiffànce, de mérité, &
de probité. Rien ne manque
là-defius à ceux que je
viens de vous nommer, &
je me tiendrois affûté de
pouvoir faire leur Eloge
d une maniéré bien délicate
, fi ma Plume I’eftoit
autant que celle de finGALANT,
comparable Madame des |4oulieres,qui nous a donné enfin un fécond Idylle. Vous avez admiré les Moutons 5 admirez les Fleurs. Celles que la Nature produit ne font ordinairement belle? qu’au Printemps, niais en voicy qui le feront en toute fai fon, & que le temps fera toujours obligé de refpeder.
N iiij
trois matins.
GALANT. ijj
oint l'innocente ten*
Que le Printemps fait naiftre entre
Zephire & voies.
Jamais trop de délicateffe
jje mefle d'amertume àvosplus
doux plaifrs.
Que pour à'autres que vous il pouffe
desfoùpirS)
Que loin de vous il folâtre fans
y'ous ne reffentezjfoint la mortelle
lorsque plein d'une ardeur extrême
aime,
Manquer d'empreffement* ou f envaver
ailleurs.
qua paroifre*
Ïj4 LE MERCURE
Plus heureufes que nous, ce n'efl que le trépan
Qui vom fait perdre vos apport Plus heur eufes que nous, v oui niou- re^ pour renaiftre.
T rifles reflétions l inutiles foiï' hait s !
Quâdunefois nous ce fins d'eftre^ Aimables F leurs ,c' eftp ourjamais. Vn redoutable inftant nous détruit fans referve,
On ne voit au delà qu'un obfcur Avenir >
A peine de nos noms un le^er fou- venir
Parmy les H'omm es fe conférée JFgus rentrons pour toujours dans le profond repos
Tf où nous a tire^la Nature, T) ans cette affreufe nuit qui ci fond le Héros
rf.
72
GALANT. i55
rjivecle Lâche & le Parjure^ Et dont de fiers Défi ins par de cruelles Lux
Ne lai fient finir quune fois. Mais helasl pourvouloir revivre La vie eft-elle un bien fi doux l Quand nous ï aimons tant* fim-
qeonsmous
De combien de chagrins fa perte nous délivre ?
Elle riefi qu'un amas de craintes^ de douleurs,
De travaux % de foucis^ de gefines. Sinous voulons qoufler ce qu'elle a de douceurs^
De nos plaifirs on fiait nos peines»
Pour qui connoit les mifieres humaines^
Mourir riefl pas le plus grand* des malheurs.
Cependant, agréables Fleurs^
ij6 LE MERCURE
Et nous ne vous portons envie
Que par où l'on devroitvous envie?
le moins.
nos foins,
A voilez, Madame, que
mes Lettres vous pïairoient
encor plus qu’elles ne font,
ii elles eftoient toujours
remplies de quelque Ouvrage
de J’Illuftre Perfonne
X ~l •
a qui nous devons celuy-cy.
Bile fait apurement honneur
à voftre beau Sexe.
Pour moyje tiens que fon
trop de mérité eft fon feul
GALANT. 157 defaut, car il me femble qu’eftant aufli-bien faite quelle eft, elle ne devroit pas avoir tant d’efprit. Il brille merveilleufement dans ces Vers; outre que l’expre ftion en e ft noble, ils font d’une netteté achevée, &ont un tour aifé & délicat qui fait qu’on entre fans peine dans la penfée, & quelle s’offre d’abord fans embarras. Je ne fçay pourtant fi cet Idylle pourra per- fuader à tout le monde que mourir pour renaiftre ne feroit pas un bonheur pour
Ïj8 LE MERCURE
nous, je veux dire, à nous
regarder de'tachez des fentimens
que nous donne la
Religion. Dumoinsjefçay
bien qu’il paiFeroit pour un
forr grand avantage dans la
Famille de Madame de Torigny,
donc la mort a laific
un fenfible regret à tous
ceux qui la connoifïoient.
Elle eftoit de la Maifonde
Laubefpine, Femme deM‘
de Torignv Prefident en - O X v
la Chambre des Comptes,
& Soeur, comme je croy
vous l’avoir déjà dit dans
lune de mes Lettres, deM1
II!
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GALANT. 159
le Marquis de Verderonne
Gendre de feu M le Chan.
celier Daligre. M de Verderonne
Ion Pere eftoit
Maiftre des Requeftes, &
Chancelier de Monfieur le
Duc d’Orléans Oncle du
Mere qui vit encore, eft
Fille de feu Mr le Bret autrefois
Avocat General |du
n6o LE MERCURE Parlement,qui nous alaifle quantité de beaux Plaidoyers, & un Traité admirable de la Souveraineté. Ce grand Perfonnnage eft mort Doyen du Conlcil du Roy. Mr le Bret de Fla- courtfon petic-Fils, aujour- d’huy Maiftre des Requef- res, foûtient dignement le nom & la gloire que luy a laifleefon iïluftre Ayeul. Je ne vous dis rien de Mfde Torigny le Fils dont je vous parlay quand il fur reçeu Conleiller au Parlement, il eft dans une eftimc gene-
GALANT. i6l rale,& marche fur les pas Jes grands Hommes dont ileftdefcendu,& c’eft une des plus fortes louanges qu’on luy puiffe donner. Feu Madame la Prefidente deTorigny fa Mere avoic dans fa phifionomie je ne fçayquoyde fier & de mo- defte tout enfemble qui at- tiroic la vénération de tout
le monde. Elle eftoit civile, douce, honnefte, fin- cere, obligeante, & la meilleure & plus tendre Parente qui fut jamais. Rien n’approche du refped qu'elle a Tome 9. O
LE MERCURE touj ou rs eu p our Mr 1 e Pre- fident fon Mary. 11 eftoic accompagné d’une amitié folide qui
ne luy laifïcis goufter de joye véritable que quand elle pouvoit ef- tre avec luy. Je dis beaucoup, & ne dis poinc encor allez, puis qu’il y avoit mille charmes répandus en fa Perfonne qui la rendoient un Trefbr ineftimable d ef- prit& d’honneur.
Nous avons auffi perdu 'Madame la Marefchale d’Albrer. Elle eftoit Sce^r
• *
de Mr du PlelTis-Guene-
•
GALANT.. 16 j
gaud. Toute la Guyenne la
fort regretée, elle y eftoit
dansuneconfideration très
particulière,& tout ce qu’il
y a d honneftes Gens dans
cette Province , eftoienc
charmez & de fa bonté' &
refpeéte perfonne, les années
s’écoulent infenhblement,&
fi on peut mefurer
letempSjiln’y a pas moyen
del’arrefter. Les Horloges
qui nous font connoiftre
combien nous avons pafle
d’heures de chaque jour où
nous yivons, ne peuvent
o U♦ •
ï64 LE MERCURE
nous apprendre combien
il nous en relie encorà pa -
fer. On en a prefenté une
au Roy depuis quelques
jours d’une beauté & d’une
invention toute extraordinaire.
Il n’y a rien de mieux
travaillé que cet Ouvrage,
& on ne peut aflez admirer
l’intelligence & l’efprit de
cette ingénieufe Perfonne
V y quien adonnél’idée. Cette
Horloge faite en Globe a
un pied de diamètre, &
forme les heures & les
quarts fur trois Timbres.
Elle cft à Pendule, & en
GALANT. i6j commençant par le bas, on voit les Quarts & les Minutes fur le plus petit de fes Cercles. Les Jours de la Semaine font marquez fur un plus grand, & fur un autre encor plusgrandque ce dernier font les Saifons a- vecles Planètes dans leurs Maifons. LaLuney paroift; C’eftune petite Boule tournante qui en montre tous les jours peu à peu le croif. fant& le déclin,comme on le découvre dans le Ciel. Cette petite Lune fuit le premier mobile qui eft le
i66 LE MERCURE mouvement régulier de vingt-quatre heures, & rétrogradé chaque jour à proportion de ce qu’il faut pour faire fa révolution entière en vingt-neuf jours -i. On voit en mefme temps fon quantième, fon afpeéi avec le Soleil, la Marée & le lieu qu’elle occupe dans les Signes. Le Soleil eft place lùr un plus grand Cercle. L’Heurey eft marquée auffi bien que le Jour de l’Année & le Degré du Signe ou il eft, ayec fon lever & f°n coucher. Tous ces Cercles
GALANT. i67 compofentun peu plus que lamoitié de ce Globe, &en forment Ja partie inferieure. Il n’y a rien dans celle d’enhaut, parce qu’ayant eftéfait poureftrefufpendu comme unLuftre,il auroit efté inutile d’y marquer ce qu’il eufteftéimpoffible de voir. Le premier Cercle eft d’argent, le fécond d’or, 5c ainfi de tous les autres. Le
Soleil eft d’or, grand comme une Piece de Trente fols,pofé fur une double L d’acier cizelé en relief, & bluy. Un des coftez de la
î68 LE MERCURE Lune eft d’argent, & l’autre eft d’or émaillé d’azur avec
de petites Etoilles d’or. Cette Lune eft comme enfermée
à moitié dans une Boete qui eft aufli d’or, émaillée d’azur & parfemée de petites Etoilles du mef- me métal. Un Nuage d’or émaillé la porte. On diroit à fa couleur qu’il eft éclaire du Soleil couchant. L’Aiguille qui montre les Planètes dans leurs Maifons, eft faite d’acier en relief, &
compofée de deux Arcs & d’une Fléché qu’on regarde comme
GALANT. 169 comme les armes d’Apollon. Un Sceptre, un Barton Royal, & une Couronne de France, forment celle qui marque le Jour de la Semai, ne -, & celle qui indique les Quarts, a la figure d’une Fleur de Lys, Il y a des branchages d’acier fort de'- licats qui compofent un Horifon pour cacher le Soleil pendant la nuit fous un voile tranfparent. Lerefte du Globe qu’on peut nom- mer la partie fupe'rieure,eft rendu parfait par uneCalo- te d’argent, fur laquelle on Tome 9. P
I7o LE MERCURE a percé à jour les fix Signes Méridionaux avec les principales Conftellations , & des Etoilles en confufion. Au deftiis de ce Globe pa- roift un Nuage d'argent remply des principaux Vents qui imitent parfaitement le naturel. CeNüage porte un Buifton de Palmes & de Lautiers d’or fur lequel eft pofe'e une Médaillé du Roy en bas relief d’or, & autour de ce Buiftonil y a trois Enfans de ronde bofle, dont l’un met une Couronne de Laurier fur
GALANT. i7i cette Médaillé, l’autre la regarde en foûtenant le Buiflbn,& le troifiéme âfenc une Trompette. Pour le dedans du Globe il eft rem- ply d’environ trois cens Pièces qui forment enfem- ble dix très-beaux Mouve-
partie nouvelle-
mens, dont il y en a la plus grande
ÇJ-g f
ment trouvée par Mc Mar- tinot Horlogeur du Roy, & Inventeur de ce m r-
veilleux Chef d oeuvre. Mr Balain Orfèvre du Roy, & Controllcur des Poinçons deFrance,y a contribué de
P ij
17t LE MERCURE tout ce qui dépendent de fon Art, & le deflus de la Calote eft de fon invention.
Comme on invente tous
lesjours
nouveau
quelque chofe de dans le monde,on
renonce auffi tous lesjours à ce qu’il y a de plus engageant. C’eft ce que fit encor dernièrement Made-
jnoiielle de Vaillac, en prenant l’Habit aux grandes Carmélites, en prefence de Leurs Alteftes Royales Monfieur & Madame, q^1 luy firent l’honneur d’ah
GALAN’
fifter à cette Ceremonie,
accompagnez de quantité
dePerfonnes des plus qualifiées
de la Cour. Elle eft
cadete de cette belle Mademoifelle
de Vaillac, donc le
mérité fait tant de bruit, &
dont on ne peut dire trop
de bien. Si l’une fait fou
bonheur de la Retraite,
l’autre peut faire celuy
d’un des plus honneftes
Hommes du Royaume.
Elle eft aufli bien faite que
belle, fa taille eft grande &
i74 LE MERCURE qui eft un fort grand charme , fa bonté va au delà de tous ceux de fa Perfonne.
Ladé’icatefle quiparoift en celle de Monfeigneur le Dauphin , femble en quelque façon incompatible avec les Exercices violcns. Cependant il a commence à faire voir depuis quelques jours,qu’il a toute la force neceflaire pour lesfuporrer, en montant des Chevaux d’Ecole. Il ne fe contenta pas du premier qu’il monta, nommé Favory, qui eft un Cheval fort adroit, & qui a
*7?
GALANT, beaucoup de fcience & de vigueur, il en monta encor un autre avecl’applaudifie- ment de toute la Cour qui fut furprifedevoir que de's la première fois il fuft fi biens cheval. Monfieur le Comte de Brionne reçeu en furvivancede la Charge de Grand Ecuyer,luy prefenta la Gaule. Le Roy en fut très farisfait. Il demeura prefent à tout le Manege, & ordonna qu’on fift une Loge pour la Reyne. Ainfi les Dames auront la fatis» fadion à l’avenir d’admirer
P iiij
i76 LE MERCURE l’adreffe de ce jeune Prince, & la bonne grâce qu’il a dans tout ce qu’il fait. M" deBournonville & du Pleins , Ecuyers de la grande Ecurie,auront l’honneur de luy enfcinner tour à tour cet Exercice. Le premier eft malade, & je nefçay s’il aura âflez de fantépour luy venir donner fes Leçons pendant fa quinzaine. C'cft un Gentilhomme d’un mérité particulier. Il montre à la grande Ecurie, & le choix du Roy en fait l’Eloge. Ml duPleffisdont le nome ftfi
GALANT. J77 connu, & qui avoir rendu fon Académie G célébré en faifant les meilleurs Ecoliers
de France, a eu l'avantage de mettre Monfei- gneur le Dauphin achevai. M' de laTouche, choifv par le Roy pour luy enfeigner à faire des Armes, eut ce- luy de les luy mettre à la main le mefme jour. Il eft le premier qui ait réduircet Art cnScicnce, & il ne faut
point douter que ce qu’il enfeignera à ce jeune Prince, ne le rende bientoft au flï parfait dans ce qui la regar-
t
i78 LE MERCURE de, qu’il l’eft dans tour ce ( qu’il a déjà appris par les £ foins de Monfieur le Duc c de Montaufier. Cela pa- I roifc par les marques qu’il c donne tous les jours d’ef- ( prit, de jugement & de me- h moire. Deux Exercices de le vigueur commencez dans j le mefme temps, & qui c vont eftre continuez de la t mefme forte, font voir non < feulement la force & l’a- j dreffe naturelle de Monfeî- ( gneur le Dauphin, mais |< l’ardeur qu’il a pour tout ce < qui luy peut fervir à mar- 11
GALANT. 179
«hcr fur les glorieufes traces
qu’il brûle d’impatience
de fuivre. Monfieur le
Prince de Conty qui a efte
clevé avec luy, a commencéauffià
montera clievalle
iSo LE MERCURE derniere Campagne. Apres avoir eu d’abord plufîeurs Avantages versTaormina, on s’empara de quelques Poftes importans auprès de Catania & de Melazzo. On fe rendit maiftre un peu apres de ceux de Jacy, de Mafcary, & de la Motta; Cependant Monfieur le
* ■ 3 /
Marefchal Duc de Vivon- ne, donc la pieté n’eft pas moins grande que le courage, fit jetter à Meflineles Fondemens d’une Eglûe qui doit porter le Nom de S.Loüis, On auroit prisées
GALANT. i8t :i places plus confiderables 'J que celles que je vous viens M Je nommer, fi les Vents, Es qu’on ne gouverne pas aufG ii facilement que les Hom- lj mes nous en euflent permis •J l’approche. Mr de Cafàux it donc la valeur’eft ficonnuë, :il fit attaquer un Corps de deux mille Hommes dans 5 la Plaine de Mafcary. M'de 1! Chaftenay qui comman- 1 doit le Détachement fut e tué d’abord. Mais les Fran- “ çois qui ne font plus rien H d’ordinaire, ne perdent C1 point coeur pour avoir per-
3
jSx LE MERCURE
dduu uunn CCoommmmaannddaanntt,. cCeeuu:x
quifurent de l’Occafionfi
rent auffi-toft plier les Ennemis.
M' de Cafaux les
fuivir, & fit deux cens Prifonniers,
parmy lefquelsil
y eut plufieurs Officiers.
Les Meffinois montrèrent
ne fe peut rien adjoûter a
leur courage. Quelque
tempsapres les Noftres prirent
Belveder aux environs
de Catania. Moniteur le
Duc de Cruffiol voyant la
place de Lieutenant-ColoGALANT,
ig,
cantepar la mort de M1 de
Ahaftenay, propofa M[de
Erégy au Roy pour la remplir.
Il eftoit Capitaine
dans ce Régiment -, & comme
il avoir beaucoup contribué
à la prife de Taormina,
il avoit efté fait dés
ce mefme temps Gouverneur
de la Scalete. Sa Ma184
le mercure
la Lieutenance-Colonelle.
QuelqueProfeflionqu on
ait embraflee, le mérité eft
une forte recommandation
pour obtenir les grâces
de ce grand Monarque
qui va Couvent le chercher
hors de la Cour. Nous le
M1 d’Obeille, qui vient
d’eftre Sacré Evefqued’Orange.
Il eft Doéleur de
Sorbonne, & c’eft à caufe
7 /1 / \
*
- ----------- — —
Prelat.
En vousfaifant le Détail
GALANT. 18; de ce qui s’eftoit pafïe au Mariage de M* le Marquis de Beringhen, il me fou- vient, Madame, que je vous parlay de la beauté de l’Hofteld’Aumont, &dela magnificence des Meubles qui en font les ornemens. Monfieur & Madame y furent il y a quelques jours, accompagnez de quantité dePerfonnes Illuftres de la Cour de l’un & de l’autre Sexe. M’ie Duc d’Aumont les reçeut d’une maniéré qui le rendoit digne de l’honneur qu’ils luy fai- Tome 9. Q_,
186 LE MERCURE foient. Leurs A. Royales prirent grand plaifir à voir les raretez qui fe trouvent dans cet Hoftel -, & apres avoir entendu deux differents Concerts de Clavef- fïns, de Tuorbes, de Luts & de Voix, qu’on avoir difpofez en divers Appar- temens, Elles furent régalées d’un magnifique Souper, fervy d’une façon extraordinaire. La Table el* toit une maniéré de Croif- fànt en demy Odogone. Il y avoir vingt Couverts. Monfieur & Madame pri-
GALANT. 187 remplace àlafacede l’Oc- togone oppofée au Buffet qui eftoit d’une richeffe furprenanre. Les Dames fe placèrent aux deux coïtez de la Table j à fçavoir, Madame la Comteffe deSoif- fons, Madame laDucheffe de Bouillon , Madame la Princeffe de Monaco , Madame la Marefchale de la Mothe Gouvernante des Enfans de France,Madame la Duchcffe de Ventadour, ” Madame la Marefchale de laFerté, Madame la Comteffe de Louvigny, Mada-
188 LE MERCURE
me la Marquife de la Ferté, Madame la Marquife de Beringhen, Mademoifelle de Grançay , & plufieurs autres Dames de la première Qualité. Il y avoir une fécondé Table à dix-
Lorraine,
huit Couverts pour Mon- fieurle Grand, Monlteurle Chevalier de
Moniteur 1’Arclievefque de Rheirns, Moniteur le DucdeVilieroy, Moniteur le Chevalier de Matignon,
O
Moniteur le Marquis de Saucour, & d’autres Per- fonnes du plus haut Rang.
GALANT. 189
Les Apartemens eftoient
éclairez d’un très-grand
nombre de Luftres, & les
Tables furent fervies avec
une propreté admirable.
On ne pouvoit moins attendre
du foin & de la vigilance
du Sieur Renaut,
Maiftre-d’Hoftel de Monfieur
le Duc d’Aumonr.
Pendant le Soupe les Hautbois,
les Violons, les Timbales,
les Tromperes,&
toute forte d’autres Inftrumens,
formèrent un Concert
qui donna un fort
grand plaiiir à Leurs AlI9o
LE MERCURE
tefTes Royales. Auflifor- C
tirent-elles tres-fatisfaites p
& de la magnificence du f3
Repas, & des maniérés de 0
celuy qui ledonnoit. p;
Je ne dois pas oublier à m
Relations, je ne vous ay ir
point parlé de Mr le Comte
devienne,Mettre de Camp
du Régiment de Cavalerie |e
du Roy. Je ne fçay cotü' h
ment fon Nom a pu m e- C(
chaper , puis qu’il eft certain
que pendant cette |c
GALANT.
s’y font fert en Alle-
, -1?1 I Campagne il a donné dés preuves tres-glorieufes de fa valeur dans toutes les Occasions qui paffées. Il __ magne dans l’Armée de Monfieur de Créquy avec une fi ardente paflion defe fignaler, qu’il s’eft toujours trouvé par tout des premiers , & particulièrement au Pa{Tage du Rhin lors que le Prince de Saxe-Eyfenach fut batu, & dans la Rencontre où lesNoftres défirent trente Efcadrons des
Impériaux. 11 eft Fils de
r92 LE MERCURE Moniteur le Duc de la a Vieuville,Chevaiierd Hon- & neur delà Revne, & Gou- H verneurdu Poitou,Frere de 0 Mr le Marquis de la Vieil- î ville, aifné de la Maifon, <| Meftre de Camp du Régi- c ment de Navarre. r1
Je reviens à l’Article lu- T gubre que jecroyois avoir quitté jufqu’au Mois pr°- 1 chain,pour vous apprendre Vl la mort de M1 duTillet- Il ' eftoit Prefident des Re-1 queftes,&Frere du Greffier J de ce nom. Il a laiffie beau- coup de bien, & un Fils qui
JC
ucls
itparvcnu à la
e de
commença par
que juitice
donne cette
mort me fait
a epoule Mademoifelle
Brunet. Il pafle pour un
cres-honnefte Homme. &
on ne luy
ouand on
fouvenir que dans ma dernière
Lettre je ne vous dis
qu’un mot de feu Monfieur
Daligre, Chancelier de
France. 11 eft bon
vous ap
degrezil
plus éminente
l’Eftat. Il
eftre Confeiller au Grand
Confeil, & fut en fuite Sc-
Tome<j. R
î94 LE MERCURE
cretaire du Cabinet, Intendant
de Juftice en Languedoc&
en Normandie, AmbafladeuràVenife,
& Confeiller
d’Eftat. Feu Monteur
le Cardinal de Richelieu
le choifit apres la mort
de Mr le Chancelier Daligre
fon Pere, poureftre du
Confeil de Marine. Onia
veu environ un an Sur-Intendant
des Finances par
CommilTion, apres quoy
SaMajefté le mit du Confeil
Royal des Finances
dont il demeura Directeur
General, jufqu a cequ’Elle
li
h
C
&
h
c
v:
A
ei
r.
» P
U
d
Ci
î
GALANT. i9J
luy envoya les Sceaux, &
luy fit prendre le Tirre de
Chancelier. Sa modération
& fa juftice luy ont attiré
l’admiration de tous ceux
qui donnent le prix aux
chofes fans paffion II eftoit
connu avoir l’efpric
vif & pénétrant dans les
Affaires, & il falloir qu’on
enfuft perfuadé puis qu’on
ye aux
Il avoir
douceur attirante, & beaucoup
d érudition, en forte
que peu de Personnes pof-
R ij
LE MERCURE fedoient mieux que luy les belles Lettres.
Je vous ay déjà dit beaucoup de chofes de Monfieur leTellier que le Roy luy a donné pour Succef- feur. Si-toft qu’il eut pref- té le Serment accoutumé, Meffieurs les Maiftres des Requeftes, les Treforiers de France de Paris, & les Secrétaires du Roy, luy allèrent faire leurs Comph- mens, ces trois Ordres d’Officiers ayant d’autant plus d’obligation de prévenir toutes les autres Com-
i97
galant. pagnies, qu’ils preftenc eux-mefmes le Serment de fidelité au Roy entre les mains des Chanceliers de France, à caufe de l’ancienne Dignité de leurs Charges, & de ce qu’ils fonc Commenfaux de laMaifon? du Roy. M'Taffauc,Doyen desMaiftres desRequeftes porta la parole pour leur Corps, & s’en acquita fore dignement. Mr de Waro- qrner,Chevalier de l’un des; Ordres du Roy, Prefidenc au Bureau, des Finances, Gentilhomme de noble Sc
R iij
19S LE MERCURE
ancienne Maifon des Pays-
Bas, & d’un mérité connu,
parla pourlesTreloriers de
France, & parla à fon ordinaire,
c’eft à dire en termes
aifez & infinuans, qui fcntent
plus fon Homme de
Qualité, qu’un Orateur qui
veut déployer fon éloquence.
11 loiia particulièrement
commeil le devoir,le digne
choix de noftre Augufte
uequi avoit rendu
quieftoicdeuëaux
longs & confiderables fervices
de Monfieur le Chancelier,
auquel il fouh’itade
galant.
199 voir exercer cette grande Charge autant d'années qu’avoit fait feu Monfieur le Chancelier Seguier, afin qu’iljoüiftplus longtemps du plaifir que luy donne- roientles fervices qu’il ren- droitencorà l’Eftat,&ceux qu’on doit attendre du zele qui attache fans relâche Monfieur le Marquis de Louvois à tout ce qui peut contribuer à la gloire de Mr Berrier
fon Maiftre.
Secrétaire du Confeil, & Procureur perpétuel de la Communauté des Sécrétai- • •• • * R mj
zoo LE MERCURE res duRoy, le complimenta pour leur Corps, &tout ce qu’il die fut ïres-cligne d’ef. tre écoute'. Moniteur le
Chancelier répondit à chacun d’eux avec fon honnef- teté ordinaire, & avec cette jufteffe de paroles qui ne luy eft pas moins particulière que naturelle. Moniteur le Procureur General ayant prefen ré fes Lettres deChancelier auParlement afin qu’elles y fuifent enre- giftrées, elles furent leues tout haut, & reçeuës avec un applaudiifement qui ne
fe peut concevoir. On y
voit les grands & importai
fervices que ce Miniftre
a rendus à l’Eftat en Italie
pendan t le Régné du feu
Roy,en France pendant la
Regence, & en fuite fous
Louis le Grand. Parmy tous
les Eloges qui font dans ces
Lettres, je ne puis vous en
taire un fort glorieux à
Moniteur le Chancelier;
ioi LE MERCURE
M‘ le Procureur General fît un Eloge fort court de ce grand Miniftrej mais il dit beaucoup en peu de paroles, & fit voir entre autres chofes que Monfieur le Tellier efioir heureux d’ef- tre né avec toutes les qua- litez qui le rendent fi recommandable ; heureux d’avoir trouvé tantd’occa- fions de s’employer pour l’Eftat ; heureux de fe voir Chef d’une Famille qui fe- condoit fi bien fon zele dans les fervices qu’il ren- doit inceffammenc à fon
A'A ’n
prince ; heureux d’avoir
efté choify pour remplir la
Charge de Chancelier de
France, & de l’avoir eftépar
nement eft la marque la
plus inconreftable du vray
mérité ÿ Et heureux enfin
pardeftus toutes chofes,de
s’eftre montré digne des
Il y a quelques jours que
l’Académie Françoife l’alla
(alüer en Corps. M'I’Abbé
Flechier, Directeur en
charge, luy fit un Compliment
tel qu’on le pouvoir
mieux
e trouver
lirez
MonGeur le Chancelier,
parla du bonheur de fe voir
Pere d’un Fils oui eftoit
vresqu on ne
fans en admi:
& la force, &
tour aux chofes
Î.O4 LL 1VIC1V
del’Homme di
cenfe & oui s
monde qui
exprime le
ScsOraifons Fune-
Chef-d’oeuçauroit
voir
r la netteté
il donne un
il femil
n’appartient qu’à
loiia (ans
1 les quaextraordinaires
de
GALANT
Jes plus hautes Dignitez
de l’Eglife 5 & tombant
Je là fur les fervices de
Monfieur le Marquis de
Louvois, il fit connoiftre
delà maniéré du monde la
plus délicate, que fi Monteur
le Tellier avoit confervé
jufqu’icy une pénétration
d’cfprit qui fembloit
ne devoir plus eftre
de fon âge, Monfieur de
Louvois dés fon entrée aux
Affaires, avoit prévenu par
des connoiffances avancées
cequ’il n’y avoitqu’une
longue expérience qui luy
V
206 LE MERCURE
dût faire acquérir. Comme
c’eft par le mérité feul que
Monfieur le Chancelier
s’eft élevé au nouveau degré
de gloire où nous le
voyons, les voeux de toute
la France avoienten quelque
façon prévenu la juftice
quele Royavoulu luyrendre.
C’eft ce qui a fait dire
fort fpirituellement à M‘
Defcourades.
Illufire le Tellier,
Vbtu efl.es Chancelier,
Le Roy feul a fait cet Ouvrage i
Mais le Royaume entier,
S'il eu fl fa lu prier,
GALANT. .107
Ce que je vous ay dit des
Lettres de Chancelier dont
jvt' le Procureur General a
demandérEnregiftremenr,
Jevroit avoir efté précédé
Je ce quej’avois faitdeïTein
Je vous dire touchant les
Ceremoniesquis’obfervent
àl’Ouverture du Parlement
apres les Vacatios. Plufieurs
les ont aftezexaminéespour
matière eft belle, & tout ce
cette annee
mérité voftre curiofité;
mais je fuis contraint d’at£
o8 LE MERCURE
tendre au Mois prochain à
temps de vous e'crire tout
ce que je voudrois fur un fi
ample fujet. J’avois veu
prendre le chemin des
Quartiers d’Hyver aux Enmettre
auflî le Mercure, & que je
ne vous parlerois pendant
quelques Mois que de Galanteries,
de Comédies &
de Bals-, mais les François
infatigables fous un Prince
quiveille fanscefïe au bien
& à la gloire de fon Eftat,
en
L Â L A 1. 2.0 9.
repos en aucun temps. Ainfi je me vois obligé de les fuivre,.quoy que ce ne puiffe eftre que de loin, & c’eft par cette raifon que je ne pourray vous rendre un compte au (fi exaét que je le voudrois des furprenantes allions par lefquelles ils ont fîny la Campagne.
Apres la glorieufe Journée deCokeberg,les Ennemis demeurèrent fi conf- ternez, qu’ils fe laifTerent battre par divers Partisi Monfieur de Créquy fît donner ordre au Couver
Tome 9. S
I
’v
.i”
-
no LE MERCURE neur de la Petite-Pierre 1 d’en envoyer par derrière 1 l’Armée ennemie qui en fut j incommodée. Il fit aufli f brûleries Fourages de tous | les lieux d’où ils en pou- i voient tirer, & les inquiéta i
* A
tellement,qu’apreslesavoir h battis en gros, on peut dire < ( fi ce n’eft point abufer du < terme) qu’il les bâtit en- t core en détail. Depuis ce 3 temps-là, ils ne fçeurent 1 plus ny ce qu’ils faifoient, j ny ce qu’ils vouloient faire. 1 Ils manquent de Fourages, J «n vont chercher à huit h
GALANT.
lieues., & ces Gens qui dévoient
tour prendre, craignentqu
Sarbruk.
on ne
Ils s'éloignent
peu à peu de noftre Armée.
M‘ Jacquier tombe
malade, tout le monde fait
des voeux pour luy-, mais les
ordres font fi bien donnez,
que les Noftres ne manquant
de rien, ne reçoivent
aucun préjudice de fa maladie.
Monfieur deCréquy
prendle Fouragede quatre
Villages des environs de
Strafbourg. On luy députe
pour luy en faire desplainau
LE MERCURE
tes. Il répond à ceux qui en
font chargez,qu’il faut qu’il
fe ferve de ce qui eft à portée,
qu’ils l’ont bien voulu,
& qu’il empefchera le defordre.
11 envoyé en effet
fes Gardes pour l’empefcher.
Les Ennemis n’ont
que du Bled de Turquie &
de la Paille; & apres avoir
efté chez eux fe rafraifehir
& prendre du monde, des
munitions & de l’argent, ils
viennent fe ruinerde nouveau.
Ils apprennenrqu ôn
a blâmé à Vienne 1 imprudence
qu’ils ont eue d’enoy
, celte
née de
Maifon du
1 Empereur ( dont en cette
Occafion les Cuiraffiers
capable
Pendant qu’ils fongent à
aller prendre leurs Quard’Hyver,
on réfout
d’affieger Fribourg,
cache ce deflcin.
fures font prif
& à l’Armée. R
découvre du Secret,
’en échape. Les Ennemis
croyent qu’on va à Sarbrukj
rien
ii4 LE MERCURE & on fait tout ce qu’il faut pour les entretenir dans cette penfée.Ilsyenvoyent des Troupes. On en fait avancer de Flandre pour les mieux tromper. Admirez cette conduite. Tout agit, tout marche, & rien ne paroift. Avant que d entrer dans les particularitez duSiege,ileft aflez à propos de vousfaire cônoiftre l’importance de la Place. EÜe cftoic autrefois la Capitale du Canton Catholique appelle le Canton de Fribourg. Sa fituation eft en
lu 3»
GALANT, partie fur une Montagne, & en partie fur le panchant de cette Montagne. Riviere de Sana l’environne prefque entière, & luy fert d’un large Fofle, qui fait la féparation d’un grand Fauxbourg. Ce Faux* bourg a fes Portes & fes Murailles, & fe joint à U Ville par trois grands Ponts qui donnent communication de l’un à 1 autre. C’cft du colle' de la Riviere où Fribourg eft au Midy furie panchant de la Montagne. La Montagne eft de l’autre
codé avec des Rochers ef- 1
Muraille au bord de cette [
mefme Riviere , en forte j
qu’il n’y a point à craindre 5
qu’on les pui(Te efcalader.
La Ville ell fpatieufe. C’eft f
un Evefché, & la plus cotv S
fidérable des trois Univer-
{îtez des Terres de 1 Etn-
On 1
d’une maniéré quiTauroit p
rendue imprenable à d’au- C
très qu’à des François. Elle ?
a deux FofTez où il y a des
retenues d’eau <> deux Murailles
avec des Tours, & ?
une
GALANT, u?
une grande Redoute de pierre
plus élevée que la Citadelle,
qui eft de quatre Battions fur la
hauteur. Cette Place a efté
jugée d’une telle conlequence,
que l’ordre eftoit donné de lever
le Siégé de Philiïbourg,
plutoft que de la laifler perdre
fi on l’euft attaquée pendant ce
Siégé. Je ne vous feray point
un long Détail de ceux à qui
elle a appartenu • je vous diray
feulement qu’elle eft prefentement
à l’Empereur, & qu’on ne
peut l’entendre nommer fans le
fouvenir des grands & prodigieux
Exploits qu’a faits autrefois
Monfieur le Prince en Allemagne,
lors qu’il n’eftoiten
Tome 9. T
tant plus importante pour nous,
qu’eftant dans le Pays de l’Emnereur.
il ne Icauroit avancer
fur les Terres qui nous appartiennent,
qu’on n’en faite auffitoft
de met me fur celles qui font
à luy. Joignez à cela que Fribourg
eftant fort grand , on y
peut mettre fept ou huit mille
hommes en Garnifon, dont une
partie fera toujours prefte a la
defendre, -tandis que l’autre
s’étendra dans le P aïs. De
petites Places pareilles à Philifbourg
ne font pas fi avantatereffes
-qui ne pouvant contenir
un -fi grand nombre de
Troupes, ne peuvent faire de fi
grandes executions. D’ailleui"s
Fribourg affine Brifac que les
GALANT.
Ennemis menacent depuis fi longtemps, & â l’avenir ils parleront peut-eftre moins de l’af- fieger
zi9
l’a venir par.
, que de reprendre ce qu’ils ont perdu. Cette Place ne nous met pas feulement en pouvoir de faire contribuer la Suabe* mais elle nous donne moyen d’entrer dans les païs Héréditaires, & ofte à l’Empe- reur une partie confiderable dê fes Revenus, eftant certain que la plufpart des Pendions qu’il donnoit à fes Officiers eftoient afligne'es fur ce qu’il reriroitde Fribourg. Le Pays eft forc remplydeNobIefie,&n’ague- res de Païfans qui ne foienc riches. La Place n’eft commandée par aucune Ville, & elle commande à toutes celles des
T ij
Zio LE MERCURE
environs. Sa prife rompt ïes
mefures des Ennemis, leur fait
quicerleursQuartiersd’Hyver,
& les oblige a en chercher d’autres.
Adioûtez à ces avantanous
eftre rendus
maiftres d’une Place eu
font tous les Magafins dont on
auroit eu beïbin pour le Siégé
de Brifac. Cependant fi les difficultez
augmentent la gloire,
on peut dire qu’il n y a rien
qui égale celle des François.
1 ls ne s’attachent jamais à des
Entréprifes faciles, Scies Places
qu’ils ont attaqué cette année
ont toujourspaffé pour imprenables.
Fribourg l’euft efte
fans-doute pour d’autres Ennemis
que pour eux ; & qu°y
GALANT.
221 que Valenciennes, Cambt.y, gcS.Orner, mille difficultez en dévoient rendre la Prife im- poffible, C’eft une Ville environnée de Défilez qui dévoient empefcher de l’affieger , fi les Impériaux n’euflent pas man. qué de prévoyance; 8c toute place dont on peut empefcher Je Siégé, peut paffer pour im- panchant de la Montagne, pou-
E lie avoir des Mu-
I *' #
& un Commandant qui a tou- ; pafle pour avoir de la. conduite Scdu coeur. L’Hyver
prenable. Sa fcituation for le voir donner lieu de la mieux défendre, nitions de guerre & dé bouché
jours
I
avoir commencé depuis longtemps en ce Païs-là ; il y avoit plus de trois femaines qu’il ef-
T lij
toit couvert de nége, & cependant
on réfout d'invertir Fribourg.
On ne peut dire qu’on
ait prévenu les Ennemis, pour
fe mettre en campagne avant
la Saifon; qu’ils n’avoient point
de Troupes fur pied, & qu’on
eftoit éloigné d’eux. Le contraire
eft connu détour le monde;
les Armées cftoicnr proches
l’une de l’autre, & la leur
eftoit forte quand on a formé
ce defîein. Mais dequoy ne
vient-on point à bout, quand
ce qu’on entreprend eft bien
digéré, & qu’on executc avec
beaucoup de valeur & de conduite
des Ordres envoyez avec
de prudentes reflétions ? Mr
le Marefchal de Créquy apres
avoir donné aux Ennemis la
GALANT,
jaloufie dont je vous ay déjà parlé, fait courir le bruit dans fon Camp, qu’il attend pour le quiter, que le Prince Charles ait décampé. Cependant il parc une heure apres, &. fe rend à grifac avec une diligence incroyable. Il avoit donné ordre qu’on fift un Pont de Bateaux fur le Rhin. Il fur achevé en douze heures par les ordres de MrdeViflac. Cet illuftre General ayant veu que toutes les chofes qu’il avoir eu foin de faire préparer eftoient en état, ordonna un Détachement de quinze Maiftres par Compagnie, & Mb de Lançon Lieutenant General eut ordre de demeurer avec le refte de la Cavalerie dans des Quartiers de-
- j.- , • • • • • •>
T nij
ii4 LE mercure
puis Scheleltar jufquesà B ri fa c. Admirez la conduite de Monteur de Créqoy, Il s’éloigne des Ennemis fans en éloigner fesTroupes. Elles couvrent encor Brifac & Scheleftat, & il ofte aux Ennemis le moyen de faire aucune Entreprife pendant qu’il affiegera Fribourg, en cas qu'ils ne veulent pas tenter de le fecourir. Apres tant d’ordres auffi judicieufement que fecretemont donnez, Mr le Baron de Mondât part à dix heures du foir avec une Brigade de Cavalerie, les Dragons de duFay, &c cinq Bataillons que cotnmandoit Mf d’Aubijoux, afin d’invertir Fribourg, Le refte de l’Arrnée défila à te pointe du jour fur deux Ponts,
GALANT.
gi d’abord que les autres Troupes ordonnées pour cette Expédition eurent pafle, Mrde Créquy fe mit à la telle de la Maifondu Roy. Je vous ay déjà marqué qu’il y avoit des Défilez pour arriver à Fribourg. M'ie Marefchal de Créquy lit couper beaucoup de Bois qui les embaraflerentde telle forre, que les Ennemis n’àuroieot pû les paffer fans beaucoup de peiné, & fans grande perte. Le voila devant Fribourg. Si ceux de la Place furent étonnez de
voir qu’on les affiegeoit, les Aflïegeans ne le furent pas moins, de connoiftre le deflein qu’on avoit pris, lefecret ayant eflé fi bien gardé, qu’ils n’a- voient fçeu jufques-là en quel
LE MERCURE
lieu onlesmenoir. Quand cette
Nouvelle fut publiée à la Cour,
le General Major Harang ( qui
comme vous fçavez avoit elle
pris dans la Journée de Cokberg
) dit qu’il eftoit impoffible
que le Siégé fut véritable, à
moins que l’Armée de l’Empereur
fon Maiftre n’euft- elle
entièrement défaire. Et quand
il apprit qu’on ne s’eftoit point
batu, il admira la merveilleufe
conduite du Roy, la prudence
de fes Miniftres:, Sc l’ardeur
infatigable de fes Generaux*
Toutes les Troupes n'eftant pas
encor arrivées , Monfieur le
Marefchal de Créquy vifira la
Place, lesPoftes & les P-affages
des environs, avant que défaire
GALANT. 2.2.7
Les Ennemis brûlèrent un de leurs Fauxbourgs, & tirèrent plufieurs volées de Canon fur les Troupes les plus avancées., M' d’Aubijoux fe logea avec les cinq Bataillons dans le Faux- bourg' brûlé du cofté de la gorge de la Montagne, où l’on réfolut de faire l’Attaque. Il pouffa méfme un Logement avec cinquante Hommes, à quelques pas du Fofle. Les Ennemis firent un affèz grand feu. Il n’y eut que vingt Soldats tuez Scbleffez , un Capitaine d’Orléans tué, & un de Fèu- quieres bleffe. Le lendemain' le relie des Troupes eftant arrivé, M'ie Marefchal difpofa, les Quartiers dans l’ordre fui- vant, afin que les Troupes ne fouffriffent point,.
118 LE MERCURE
DISPOSITION DES
Quartiers de T Armée devant
Fribourg ie 10. Novembre.
4 % »
i V W • * /» L“ 9 | Z-- *f «• ’ #<• » V • *A» ' ■
M.de Choifeüil,
Monfieurde h Feüillée,
M. de HauteRüille,
Eftoient à V.éndeling, avec les
Brigades
De la Maifon du Roy,
De Bulonde,.
Et de la Ferré.
M- le Marquis de Genlis,
M. le Comte de Roye,
Et M. deBoquemar,
Eftoient à Lehen , avec les
GALANT,
De Vivans,
De Boifdavid,
Et deVendofme.
M. le Bardn deMonclar,
Eftoient à Betzenhuls, avec les
Brigades
De Moreiiil,
De Degas,
Et dejoflau.
M. le Comte de Maulevrier-
Colbert,
Et M. le Comte de Broglio,
Eftoient à Zering , avec les
Brigades
De S. Loup,
De Bertillac,
Et les Dragons de Liftenay
Et de Telle.
l?ao LE MER.CUR
E
M. le Comte deSchomberg eftoit à Herdem , avec les Brigades
l)e Novion, Et de N elle.
- * • '• ** • ’ • v • ’ • • * *tu * • * * *.* *
La Brigade de M. d’Aubi- joux eftoit à Virer, Fauxbourg brûle.
• | • y > * * ■ 4 ' • *k' 1 ' k" “ S • . — w * * * fu 1* ♦ « * ** • « * \l * •
Les Dragons du Roy St de du Fay, eftoient à Ncter ; Et la Brigade de la Valette, à Gun- terftal ôc à Delhurs.
Apres cette difpofirion, il changea l’ordre qui avoit efte donné pour l’ouverture de la Tranchée , & voulut qu’on J’ouvrift de l’autre cofté de la Ville, laiflanc la Montagne à
G ALAN T. t jiï
gauche. Il fit conferver le premier
Logement pour fervir de
faufle Attaque. Lemefme jour
N' le Comte de Schomberg
emporta l’Epée à la main, deux
Redoutes avancées fur la hauteur
du Chafteau. Il eftoit à la
tefte de trois cens Hommes;,
foûtenus des Brigades de,Normandie
&de Nefle.
La Tranchée fut ouverte à
l’entrée de la nuit. Les Officiers"
Generaux eftoient NT le
Comte de Maulevrier-Colbert,
&Mrs de la Feüillée &deBoifdavid,
M ‘le Marquis de Harcour-
ftévron commandoitdeux
Bataillons de Picardie. Deux
autres de Champagne prenoient
les ordres d’un d
cipaux Officiers de ce
t}1 LE MERCURE
Comme les François font in- J trépides & accoutumez à vain- 8 cre, &C qu’on vouloit venir [ promptement à bout de cette f, Entreprife, on ne fuivit point la pratique ordinaire, qui eft p d’ouvrir la Tranchée fort loin p de la Place. Elle fut commen- cée affiez près, Sc on tira une grande Ligne paralelle à la (■ portée du piftolet. Les Batenes L qu’on avoit dreflées la nuit, ti- p rerent àlapoinre du jour. Elles C( ruinèrent des Flancs & des Em- t£ brafures par où les Ennemis p. pouvcient tirer. La Garde de la Cavalerie eftoit commandée E( par Mr deNeuchelles Lieute- p. nant des Gardes du Coips. On perdit quelques Officiers lu- tr balternes. M‘ le Comte de ie
GALANT.
Biïflay un des Lieutenans Generaux
de l’Artillerie, & Mrde
Culan Colonel de Picardie»
furent tuez.
Les Bataillons de Normandie,
Feuquieres, la Marine, & Vau.
becour, relevèrent la Tranchée
Januitdu onze au douze. M,:le
Comtes de Broglio &d’Aubijotix,
eftoientde jour. On prépara
toutes chofes pour la defcente
du Fofle , & on fe con.
tenta de fe loger fur le bord,
parce qu’on le trouva large 6c
difficile à combler. On mit encor
quelques Pièces en barerie
par les foins de M' le Marquis
de la Frefeliere. Elles furent
très-bien fervies, Sc Monfieur
le Marefchal de Créquy paffa
1J4 LE MERCURE
la nuit à fon ordinaire , c’eft à dire dans la Tranchée. Comme
le clair de Lune eftoit grand, nous perdîmes quelques Gens cette nuit-là. M' de la Tillaye Lieutenant Colonel du Régiment de Normandie, Officier d’un mérité fingulier, fut tué. M1 d’A ffonville Ayde de Camp de Mrde Créquy, Se M’deRO' quefeüille Enfeignë defes Gardes, furent blefféz. On fit une Brèche de quarante pas par le haut , apres laquelle on fomma le Gouverneur, qui fier d’avoir appris fon Meftier parmy les Troupes de France, répondit qu’un Homme comme luy ae lé rendoit pas au premier Af- faur.
La Tranchée fur relevée la
G A L AN T.
nuit du douze au treize, par Mr le Comte de Roye, M1 de Boquernar, & Mr le Chevalier
deNovion, avec les Bataillons d’Auvergne, de Bretagne, & de Datnpierre. On travailla à une nouvelle Sape &àune autre Baterie qui voyoic la Brèche à revers, & on élargit les Travaux.
Le treize au foir, les Officiers Generaux qui relevèrent la Tranchée, furent Mrs les Marquis de Genlis, de Renry, & de la Ferté, avec les Bataillons d’Orléans, de la Couronne, Si de la Frefeliere. On avança fort par les Sapes, l’on travailla à une Mine. Monfieur le
Marefchal deCréquy alla luy- mefme reconnoiftre la Brèche
le Mercure
& réfolut de tenter un Logement defTus, ayant reconnu que les Ennemis ne travaillôient point derrière. Des Gens détachez avec des Travailleurs, defeendirent dans le Foffe avec des Echelles, & montèrent âla Brèche à quatre heures. Elle ne fut défendue que par un grand feu que firent les Affie- gez des Maifons qu’ils avoient percées. On la pafla malgré cet obftacle. Ceux qui fe rencontrèrent dans les Rues furent tuez. On approcha de la Porte de la fécondé Envelope. Les Bataillons d’Orléans de la Frefeliere eurent ordre de Mr de Créquy d’entrer par la Brèche pour foûtenir les Gens détachez. le Marquis de
GALANT.
la Ferré & M‘de Tracv fe fai- firent des Portes avancez avec beaucoup d’intrépidité, & y mirent des Soldats. M‘ le Marquis de la Ferté fut blefle en cette occafion. M’ le Marquis de la Frefeliere le fut auffi le mefme jour, en donnant fes ordres avec fon adivité ordinaire, pour faire avancer une Piece de Canon contre la Porte, qui fe trouva bouchée de fumier.
La Tranchée fut relevée par les Regimens de Vendofme, la Ferté, Condé, & la Fére. Les Officiers Generaux eftoienr M’ le Comte de Maulevrier, Mr le Marquis de Bouflairs, Sc Ni1 le Duc de Vendofme. M'de Créquy voulut prefler l’Arta- que de la Ville} &, pour cet ef-
LE MERCURE fée, pendant que le Canon ba- toit en Brèche, il ordonna au Régiment delà Eerté qui avoit la telle de la droite, de faire un Logement fur ie bord du FolTé, & mefine là defeente j & à ce- luy de Vendofme, de faire la mefine chofe fur la gauche. Comme le terrain eftoit tout
pavé, on ne put aifément remuer la terre, & il falut porter avec foy dequoy fe loger. Ilne fuffit pas d’eftre François pour ofer tenter une pareille Entre- prife, il faut eftre né fous le Regnede LoüisXIV. dont l’exemple n’infpire que des prodiges. M' de Laubanie Mâjor du Régiment de la Ferté, y fut bielle d’un autre collé. M1 Ie Comte de Schomberg s’em-
GALANT.
para d’un Ouvrage de terre qui couvrait la Redoute de pierre dont le Chafteau eft commandé
, & un peu apres il fe rendit maiftre de cette Redoute par le moyen de deux Pièces de Canon que les Anglois avoient guindées, dont ils furent bien récompenfez par M!le Maref- chai de Créquy. Le premier coup de Canon emporta la tefte de celuy qui commandoit dans cette Redoute, dont la prile avança fort celle de la Ville. On tenta deux Logemens pour foûtenir celuy qu’on avoit fait auprès du reveftiflement du Foifé.NoftreGeneral nevoulut
pas'les faire achever, parce qu’il faloit aller à découvert, & ef- fuyer le feu du Canon chargé
z4o LE MERCURE
à cartouches. C’eftoit en plein
jour,. & cependant l’ardeur des
Troupes eftoit fi grande, qu’on
eut toutes les peines du monde
à les faire reti*r we r. Le \B ataillon> de Vendofrne fit merveille en
cette occafion. Mr Limbautj
qui en eft Lieutenant Colonel,
y fut blefle. Il eft impofliblede
faire voir plus d’intrépidiré &
plus de conduite qu’en fit paroi
ftre Mr le Duc deVendofine,
le péril ne l’étonnoit point, il
eftoit par tout, il animoic les
Soldats, & l’on peut dire que
fon exemple fervit beaucoup.
Mr de Créquy fir tout difpofer
pour l’Aflaut. Les Ennemis
L'appréhendèrent, 8c bâtirent
la Chamade. Ils envoyèrent
un Oftage, 6c reçurent en fà
galant. ï4I place Mrde Courvaillon Lieu, tenant Colonel de Coudé. La Négotiation dura quelque temps. On permit aux Officiers d’aller voir la Brèche.
Le Gouverneur demanda deux
pièces de Canon * on luy en accorda une, & la fécondé fut
donnée en cou (idcration du Marquis de Baden. Les Articles
ordinaires ayant efté dref- fez, les Ennemis livrèrent une Porte de la Ville, &c une da Chafteau. Il n’eftoit pas neuf heures du matin. La Garnifon qui eftoit encor de quatre cens Chevaux, & de dix-fèpt cens Hommes de pied, forticà midy, & fut conduite à Reinsfeldr. Mrd’OfTonville partit auffitoft par l’ordre de Mrle Marefchal
Tome 9. X
LE MERCURE de Créquy, pour aller rendre compte au Roy du prompt fuc- cés de cette furprenante En- treprifë.
Cette nouvelle Conqueite va fournir aux beauxEfprits une ample matière d’écrire. Voicy ce qui me vient d’eftre envoyé. Lifez, Madame. Ces Vers font dignes de celuy qui les a faits. Vous avez déjà veu de belles chofes de luy, êc vous en conviendrez , quand il me fera permis de vous le nommer.
DE FRIBOURGFait
fur le front des Rois briller
fa Majeftè.
Mais f jamais un Roy dans fa
toute-puiffance
A pu flater fon coeur de cette ref
femhlance,
Ce fi le Roy des François y ce pre^
mier des Mortels^
7
x44 LE MERCURE
Qui tient fous fes Lauriers leurs Palmes étouffées,
De ces faux Demy-Dieux détruit tous les trophées.,
Et prépare une Hiftoire à la Pof- terité,
Qui ne peut efpérer que l'incrédulité.
Lorsque LOTIS patiift dans une paix profonde,
Son ame eft occupée à gouverner le Monde,
Et les foins affidus defonplus doux repos
Guident les mouvement de cent mille Héros.
Ceux qui vont fous fon ~Nom de yüloiie en Tiftoire,
Erillans de fes rayons, & couverts de fa gloire,
Sont toujours agiffans fur la T erre & les Mers,
Va
GALANT. i4J £t craignent le repos plus que tous les dangers.
Créquy, c eftoit affe^ a avoir dans ta Campagne
Arrefle les efforts de ces Roys cT Allemagne,
Et d'avoir fait connoiftre a tant de Souverains
Celuy queveutleCielpourMaiftre des Humains.
Chaque infant, chaque pas valait une Conquefte j
Mais de tant de Lauriers tu veux charger ta Tefle,
Que le Sort de la Guerre avec tous fes bazars
M'ait plus pour toy de foudre, çft t'ègale'aux Ce fars.
L e Siégé de Fribourg, cette haute Entreprife,
A peine eftoit connu, quand on a fceu fa prife >
146 le mercure
Et ceux qui che\ le Prince avoient quelques accès,
S'informant du deffein, ont appris le fuccés.
?
Vy, gloire des François> vyFïèros magnanime,
Seùr de toutnoflre amour, de toute noflre efinie,
EdLàis en vivant pour notes, connais ce que tuvaux3
Et ménage tes jours parmy tant de travaux'^
ETe nous force jamais a regretter un Homme
Que Fabrice envïroït, s'il renaïf foit dans R orne.
Et laijfe profiter les Peuples fans effroy
Des foins d'un grand Sujet fous les Loix d'un Grand Roy*
GALANT. 147
Ce Madrigal d’une Perfonne
de qualité fur le mefme fujer,
mérité bien que vous le voyiez.
Quelques braves que foi et les
Soldats d'Allemagne,
Et ceux qui [ont nourris fous les armes
d’Eftagne,
On ne voit quen Eflé leurs
vaillans Guerriers.
Dans la belle Saifon tout le monde
moiffonne-,
Loüisfcul en Hyver, au Printemps^
dans l’Automne,
Sur l ’ Empire, en tous lieux, fait
cueillir des Lauriers.
C ’ eft affurénient quelque
chofe de fhrprenant, que d'avoir
ajouté Fribourg dans le
commencement de l’Hyver,
X iiij
z4S LE MERCURE auxConqueftes qui avoient efté faites avant lePrintemps.Si-toft qu’il fur pris, Mr le Marefchal de Créquy y fit tracer de nou- ve'lesFortifications. Mr leMâr- quis de Lambert Marefchal de Camp y doit commander, & M* de S.Joli fous luy. Il eftoit Lieutenant de Roy dans Phi- lifbourg. li a de la conduite, &fçait faire valoir les avantagés que donnent les Places de cette importance. Mr de Créquy ne demeura pas longtemps dans celle cy. La Victoire l’appél- lant ailleurs, il y mena la Mai- fon du Roy. Mr le Marquis de Genlis , & Mr le Comte de Broglio, eftant de jour, fe mirent à la telle de l’Armée. Mrle Marqui» de Villars qui corn-
GAG LANT. i4Ç
mandoit trois cens Hommes
avancez, rencontra plufieurs
Regimens de Cavalerie ■> il en
batitl’Arrieregarde,qu’il poursuivit
longtemps avec la mefme
vigueur &. la mefme conduite
qu’il a déjà fait paroiftre
plufieurs fois pendant cette
Campagne,quoy qu’il (dit dans
une grande jeuqefle. Il fit plus
de foixante Prifonniers, entre
Jefquels eftoient deux Capitaines,
& il y eut environ quarante
Dragons tuez. Nous
euifions pouffé nos avantages
plus loin , fi nous n’euffions
point efté dans une gorge de
Montagne où les Troupes
avoient beaucoup de peine à
paffer. Les Ennemis en eurent
plus de temps pour fuir. On
15O LE MERCURE prie en fuite la V il le 8c le Chaf- teau deWalKvik, qui fe rendirent apres avoir efté fommez. On y trouva une grande quantité de toute forte de Provi- fions. Cette Place eft à deux lieues de Fribourg dans une Vallée qui conduit en Suabe.
Je ne puis quiter PA nuée d’Allemagne, fans vous dire que les démeflez du Prince Charles 8c de Monfieur le Duc de Vendofme dont je vous ay parlé, ne regardent que les in- terefts du Roy & de TEmpe- reur. Ils confervent une parfaite eftime 8c une fort grande honnefteté l’un pour Pautre. Monfieur de Vendofme, comme un des plus proches 8c des plus illuftres Parens de la D^-
GALANT. i;i chefle de Lorraine, luy a toû- jours rendu fes devoirs, & l’a vifïtée fouvent à Strafbourg. Si ces Princes s'y rencontraient, ils feraient comme nos Braves de l’une 8c de l’autre Armée, qui apres s’eftre régalez malgré la diverfité du Party, fe bâtent au fortir des Lieux où l’on obferve la Neutralité, comme s’ils ne s’eftoient point connus auparavant.
Pendant qu’on s’eft rendu niaiftre defjribourg, Monfieur le Marefchal de Humieres n’elt pasdemeuréinutileen Flandre. 11 a pris le Chafteau de Boflù. Il auroit falu autrefois faire un Siégé dans les formes pour une pareille Conquefte ; mais les François d’aujourd’huy vont
LE MERCURE
plus vifte, & rien n’eft capable
de les arrefter. ' • **W ' * • S I Il ne me refte plus, Madame,
qu’à vous parler de l’Enjgme
de ma derniere Lettre, dont il
eft vray que vos Amies ont
trouve le mot. Celle de la
Lettre R les devoir empefcher
de croire qu’on en euft
fait une fécondé fur une autre
Lettre de PA'» 1 lphabet, mais je
voy bien qu’elles ne fe laifTent
pas aifémencembarafler, Vous
ne fçauriez vousiOaginer coin*
bien j’ay reçeu d'agreables £ettrès
lâ-deflüs. Je vous en ferois
part, fi elles ne m’eftoient pas
?
r
aÉ
di
tü
C(
m
fi
n’
Di
ni
di
È
A
4i
trop avantageufes. J’en a y une
de quelques Dames de Paris,;
à qui je fuis bien fâché d’avoir
our répon
ni:
fe qu’elles onc
I
!
3c que
P
GALANT.
«erdu la difcretion, pAbbc dont elles me parlent a deviné jufte. Vous voyez par là que l’Enigme a fait faire des gageures. De tres-fpiri. ruelles Provinciales m’ont auflâ écrit de Noyon & de Lyon* mais ce qu’elles m’ont écrit eft fi obligeant pour moy, que je n’ofele rendre public. Les dernières dattent fort ingénieufè- ment de la Ville d’V , & me difeht qu’elles ne fe font pas mal trouvées d’avoir confultc Apollonius au lieu d’Apollon. S’il eft auïfi grand Sorcier qu’elles veulent que je le croyè, je tâdierayd’y trouver accès pour fçivoir qui foc deux bellesCou- fuies de Poitou dontj’ay reçea des Lettres toutes charmantes.
z54 LE MERCURE
Je dis belles, parce quelles me j paroiflent trop galantes pour < n’avoir pas autant de beauté ( qu’elles ont d’agrément à s’ex- < primer. Si j’y puis réüffir, Ma- ] dame, je vous en feray le Por- : trait la première fois que je < vous écriray , Sc je m’imagine 1 que je le feray aftez reffenv 1 blanr. Je fuis déjà convaincu ] qu’elles ont autant d’efprit j qu’on en peut avoir, & à leur i maniéré d’écrire il ne m’eftpas j difficile de connoiftre qu’elles j font de Qualité. <
Je reviens à l’Enigme. Vos
Amies n’ont pas feules deviné ■ qu’elle n’eft rien autre choie , que la Lettre V. Outre toutes ( les Lettres que vous voyez qui m’ont efté écrites là-deflus,
GALANT. ifS
Explicati°
ns en Vers je ne vous
de rendre J’Article trop long,
j} y a entr’autres un Sonnet qui
aefté fait pour des Dames qui
obligèrent un Homme de qualire
qui a longtemps fervy dans
les Armées, à le faire en leur
prefence. Il eft tout plein d’efprit,
Se fait connoiftre fort ingcnieufement
que la Lettre a de
grands avantages, puis qu’elle
fe rencontreau milieu du Nom
du plus grand R.oy de laTerre.
Autre Enigme à propofer
aux belles Personnes à qui vous
faites part de mes Lettres. Elle
eft un peu longue , mais je la
tiens jufte5 Sc vous vous fouviendrez
, s’il vous plaift, que
156 LE MERCURE j’en attens l’explication fur chaque Article. Je vous feray part de celles qu’on me donnera.
ENIGME-
' *$•
JE fuis un i>afle Corps, compose de Parties
Inégalement a[forties•
Avant que j'enfrffe forme
Toutes feparément avoient efléformées.*
Et je ne me trouvé anime
animées.
Que de ce qui fans moy les tenoit
GALANT,
?
Famille
r *57
MtS Membres ont eflé fans nul ordre conftruits*
Point de Tefle en mon Corps ; pour des Brasffen fourmi lie, Par eux jefais ce que je puis, Et pour la naiffance, je fuis
P'illuftre tout en femble & de baffe
Je fais tommes efforts chaque jour pour ^roffr,
Croyant me rendre formidable Mais fi p our la yrofftur on me voit rèüffïr,
Bien loind'eneftri redoutable, Plus jeparoû énorme en épaiffeur,
Pim je me montre faible > & fais voir que fay peur.
Outre quavec le temps met Membres s'agrandirent r
Tome 9. T
2
if
tjS LE MERCURE
•vient de nouveaux 3
Et comme âmes b efoins ce font eux *
quifournirent,
Souvent je les fepare, & me mets
par morceaux.
Chacun de fon coflé marche, agi ,fc
remué)
Et lorsque du repos pour moy C heure
ef venue,
Et au en les rajfcmblant je cherche
à me nourrir,
le Cuis (lmalheureux dans ma di~
Que je ne puis trouver dequey me
Çecourir,
Qu en me hatant contre moymeCme.
•îb
En certain
GALANT. w fi jementens bien avec chaque Partie
Qui compofimon Corps (fi me fait roffrirer,
le puis me racheter la vie.
I ” * ’ .
Quelques foins que j'employé à con~ ferver ce Corps, Quelquefois malgré mes efforts
A s entredéchirer mes Membres fe
' ’,.r; hasardent.
le grand éclat me bleffe, & jamais du Soleil
Les trop brillans rayons contre moy ne fe dardent.
Que je rien fouffre un tourment fans pareil.
Je fuis, Madame, voftre, &ca
A Paris ce ?o. Novembre 16yp.
c-
Y ij
ON donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le pre< tnier jour de chaque Mois fans aucun retardement. Il Te diftribuëra tou* jours en blanc chez le Sieur Blageart, Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques, à l’entrée de la Rue du Plaftre. Et au Palais, où on le vendra vingt fols relié en Veau , quinze relié en Parchemin.
’. ~ ' - ** * f > s » - , - ■« .
Table des Matières contenues en ce Volume.
DE claration damour d'un 7(uif- fie au a une T raine,
Lfifioire de T^oüen.
jtfonfieur l \.A bbé T oudens efi nommé à 1* E^efie hé de Tarbes 9 .Monfieur l bbé de Sufie à celuy de <£. Orner
Monfieur Téïïier Curé de S.Sc- y crin à ce luy de T ignés.
Efifire en Eers a Monfieur le Tue de S.Aignan.
La fieyne 'vient 'Efiter Madame la T u ch efie de (fiufiol fendant fes Couches.
^etour de Monfieur le Tue de Luxem- bourg de l'Armée de Flandres,
Quartiers d* Lfy'ter donnes^ aux Trou* fes du L^oy.
Sa Ma je fié donne la Charge de L ieu^ tenant deficydansla Mante Guyenne
TABLE.
d Monfieur le (Jointe de la Serre, Retour de Mon peur le 'Vue du Maine des Eaux de Earrége.
Lettre en Ter s CE en ^rofe en forme de Legende de Eourbon , dans laquelle il efi parlé de ceux qui y ont eflé prendre des taux penaant l * A utomne.
Concert donne'à Nimégue cbe^ Mon- fleur le Marefchal d* Eftra des > aye £ quelques Tnflrumens nouveaux.
Sonnet contre le Mercure Galant.
Lettre écrite d'un Vefert près de Grenoble,
Le perroquet CE laGuenucbe, Fable, à Mademoifèlle de M,
Lettre Galante à Madame de F»
Amours de Thiton CE de VAurore, petit Opéra reprefenté che^ungrand Minifire.
Le Epy donne l* Abbaye de Farmontief d Madame lA bbejfè de Sainte Me • nehoult, celle de Sainte Menehoult d Madame du Toulay, CE telle de S.lacunes fret r£onrbi>n à
T A B LE.
deVdudetart- 'BGurnonVille'Perfitn.,
•peux Arcs de Triomphe font trouve^
fous terre à fheims, fur lefquels M,
de Santeüil fhanoine de S, Ficlor
fait des Vers.Eloge de cette Maifon.
folle des Faijfèaux du foy à Toulon »
II Amant Vantoitff Ififtoire.
Fils la Lieutenanoe de foy des Fille
Citadelle de Montelimar, &
celle de la Fille & Qitadelle de Falance
à M. de Gênas.
Me fleurs de fenel > de Flamarin, de
'Beaulieu rjF de ForteVillefont reçeus
Chevaliers de lOrdre de S. Lazare,
Ees Fleurs, Idylle de Madame tDefhoulieres.
Mort de Madame de Torigny.
Mort de Madame la Marefchale
d ’ A Ibret.
Tefiription d'une iEorloge extraordinaire
prefente'e au If y & ^[ai doit
ejlre fuff enduit comm e un B ufire.
TABLE.
'Mademofelle de F"aillacprend CLfa^ hit de farmelite.
Monfeigneur le Dauphin monte pour la première fols des Chevaux d'E- cole> apprend àfaire des Armes. I
& qui s'efi pajfe en Sicile pendant cette Campagne.
-Le 7(oy donne à M. de Eregy la Lieutenance Colonelle du Régiment de fru/Jol* Vacante par la mort de M. j de Chafienay.
M. d'Obeille efi fiacre Eyefiqxe d'O- range.
Magnifique ‘fiepas donne d Son AL tefèfoyale par M. le Duc d*An- mont. '
Mort de Jd. le Trefidtnt du Tillec.
Divers Emplois de feu M. d'Aligrty far lefiquels il eftoit part Mi u à la Charge de fihancelier. , I
Complimens faits à M. le Te Hier par Jd.IaJJaut Doyen des Maifires des TfequefieS) M. Faroquier Trefident au Dur eau des Finances , ' M»
terrier Secretaire du Confie il
Mis
table.
Jhf. lt Trocursur General demande L enregiftrément de fis Lettres au Parlement: Ellesyfintleués, <&> il furie fur ce fitjet,
FL I* Abbé F le chier fait fon Compliment au me fine à la tefie de L Academie Françoifie, dont il efi ‘Dire- cleur.
Fers au me fine.
Ce qui s'efipajfe en Allemagne depuis
la Tournée de Dp {berg, U F ri fie de Fribourg, la Défaite d'une Arriéré garde des Ennemis3 la Trife de
Fallf\.
Prifi du fbafieau de DoJJu par M. le Marefchal de ILumiere' -
^eponfi aux Déliés de Taris fie Lyon, de Moyonp'gp de T oit ou, dont E Au- tbeur du Mercure a reçeu des Lettres^
Expli cation de l 'Enigme du S. Tome du Mercure.
\ * w t
Enigme.
Fin de la Table.
j. .. - i. w , J LU:.. >. .)
Tome 9, ■' Z
J
H w
/! HS.
JE prie ceux qui m’ont fait la grâce de
m envoyer des Hiftorietes , des Vers &
d’autres Pièces Galantes, de ne ie point impatienter
s’ils de les-trouvent pas dans ce
Volume. Comme j’en reçois de tous coïtez,
il m’eft impoflible de mettre tout dans le
me fine temps, & je fuis oblige de préférer
ce quia le plus de raport aux Nouvelles, du
Mois dans lequel j’écris 5 mais enfin tou:
le monde aura fon tour, & je n’ofteray à
perfonne la gloire qu’on doit attendre des
agréables choies qu’on me donne pouf
embellir le Mercure '
Ceux qui l’acheteront doivent prendre
garde qu’il ne fait pas d’une Impreffion
contrefaite. On l’imprime .dans pluïièurs
Villes hors du Royaume' & fur tout à Nijnégtre
& à Bruxelles, & l’on envoyé des
Exemplaires contrefaits dans quelques-Provinces
de France. Ils font remplis de quantité
de fautesq comme le font ordinairement
tous les Livres que l’on contrefait
•avec précipitation./ Maté ce n’eft pas
feul défaut qu’ils àyent ; & fi l’on prend la
peine de les examiner } on les trouvera
moins amples que les véritables, parue que
les Etrangers fiipt-iménï-la plus grande partic
de ce qui eft defàvantageux à leur Nation
&. glorieux à la Françp«r » - - ; ■
PAr Grâce & Privilège du Roy, Donne
à S. Germain en Laye le iy. Fev. 1674.
Signé, Par le Roy en fon Confeil, Villit»
Ilèft permis au Sieur Dan. défaire imprimer
, vendre & débiter par tel Imprimeur
& Libraire qu’il voudra choihr , un
Livre intitulé Le Mercure Galant, en
un ou plufîeurs Volumes^ pendant le temps
de dix années entières , à compter du jour
que chaque Volume fera achevé d’imprimer
pour la première fois. Et defenfes font
faites à' toutes Perfonnes de contrefaire
Jef lits Volumes, à peine de fix mille livres
d’amende, ainfi que plus au long il eft porté
efdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
lé 27. Février 1672.
Signé, D .Thierry, Syndic.
Et ledit Sieur Dan. a cédé fon droit de
Privilège à C. Blageart, Imprimeur-Libraire,
fui vaut l’accord fait entr’eux.
Achevé d'imprimer psur Z4 premier? foie
le premier Novembre 1677»
MERCURE
AL AN TContenant
les Nouvelles
du Mois de Novembre 1677.
& plufieurs autres.
TO ME
Chez Guillaume de Luyne, au Palais,
dans la Salle des Merciers,
à la Juftice.
M. D. LXXVII.
AVEC PRIVILEGE DV ROT,
A MONSEIGNEUR
L E
Il ne me faffit pas que le
Mercure ait déjà pris foin de
publier avec quelle joye tout
le monde a veu vos grands Services
récompenfe\ par le nou~
âij
E P I ST RE.
•veau Titre d'honneur que'vous venez. d'acquérirj Jeprens la liberté de m'adrcjjèr aujourd'hui a Kous-mefine, &de méfier ma voix aux acclamations de to ute la Erance, dont les fou- haits vous avaient placé dans le Rang illufire que vous occu- pe7xy dés le moment quil a deû efire remply. Ce fentiment, MO NSE IG HEV R, a efié fi general, quil ne s'efl offert aucune occafion de T expliquer, qu on ne l'ait avidement em- braffée. Toutes les Harangues qui fie fontfaites à l Ouverture des Cours Souveraines, n’ont eu pour objet que ce rare mé-
E P I S T R. E.
rite qui a fait tomber fur Vous le choix de noftre Augufie Monarque pour la premiers Charge de l Etat. Comme il ny en a point de plus importantes , elle demandait un Homme extraor-
dinaire, en qui une longue expérience jointe à la plus haute capacité 3 ne laijfafi à f 'ouhaiter aucune des éminentes Qualité^ quiJe doivent rencontrer dans un grand ëÿ fiage Minifire 3 & a qui la confier plus juflement qu ’à Vous , M 0 N S E I- G N EZl R, qui aveyfil dignement foutenu tous les Emplois qui peuvent fervir de degre^ a l élévation où tous efies?
a jy
E P I S T R E.
Cette continuelle application â
niflere 3 cette prudence contout
ce qui a efié de vofire Miinfyiüible
le fuccés de tout ce
du Grand Prince qui a daigné ,
Je Jervir de vos Confeils 3 enfin
toutes les Allions de vofire Vie
les écouter pour vous trouver
digne de la gloire quevot.s recevez
Elle efl la fuite, ou plutôt
la confirmation de cette
entière confiance que Sa MaEnnemis
ïeftoientà celuyd'Arras
? Comme ilnous efiait d une
très-grande importance de le
confieraer, il fallait y fiire entrer
du Secours. Vofire Cornepistre.
mifflon efioit ample pour tout ce que vous jugeriez ne ce faire au bien de l Etat, & vous pour- veuves avec tant de ponctualité & de prudence auxprejfans befoins des Ajfiege^ & des Generaux de l Armée, que la Place futfecouru'è & les Ennemis défaits. On ne pouvait moins attendre de vojl e vple apres les grands fervices que vous aviet^ déjà rendus au feu R y, qui en commença la récompenfe en vous faifant revenir d'Italie, pour vous faire Secrétaire d’Etat. Je ne parle point, MON- SE1GNEVR, de ces maniérés honnefles & obligeantes qui
F-
MHS
blement cette neufiéme Partie
—
gnere^pas de recevoir favorablement du Mercure} & que vous autres.
E P I S T R E.
la bonté de foufrir que je me
dije mec autant de zele que de
MONSEIGNEUR,
Vcftre très.humble & trèsobeïffant
Serviteur,
D.
NO UVEAUA
MERCURE
GALANT.
TOMy • E IX.
e
Arm y beaucoup
de chofes que vous
me dites qui vous
ont plû dans ma Lettre du
Mois pafle, je fuis bienaife,
Madame, que vous approuviez
l Adieu aux £Mufèx. Ou
A ij
4 LE MERCURE
l’a tellement eftimé icy,
que j’aurois efté fâché fi
vous
dit, &
rois point eu peine
vous pas traiter de
ciale,vous qui avezlegouft
m’en euffiez rien
fçay fi je nantie
toutes chofes, &
ou mauvais. Quoy
que l’Autheur de cette ingénieuse
Satyre me foit encor
inconnu,je me réjouis
d’autant plus de la juftice
qu’on luy rend, que les
cevoir de tous coftcz? 1 en- gageront malgré luy ( fi pourtant il cft auffi fâché qu’il le faitparoiftre ) à n’abandonner pas fi-toft un genre d’écrire, aimé particulièrement de tout le monde, & qui nielle plus qu’aucun autre l’utile avec l'agreable, puis qu’il eft mal-aiféd’entendre blâmer
des defauts qu’onfe reproche à foy-mefme, fans faire
effort pour s’en corriger. Quanta vos Amies qui trouvent mauvais que dans les
« LE MERCURE
Fléchez de l'Amour on ait
prétendu que l’Or euft une
vertu infaillible pour adoucir
la fierté des Belles, voicy
une déclaration en forme
naire, le genre d’Amant
l’eft de mefme. C’eft un
Ruiffeau .qui eft devenu
GALANT. 7
amoureux d’une Prairie.
Unpeud’audiance, je vous
conjure. Tout froid qu’il
eft ( car les Ruifleaux le font
naturellement) il débité fcs
raifons d’affcz bonne grâce
pour mériter que vous lecoûtiez.
Siquelqu un dans
voftre Province eftembaraucune
peine,&que par ces ----~ ~-------- £ ? I !
Torrens qui font du fracas
& dont les eaux fe tarifent
incontinent, il eft aifé d’entendre
ces Amans qui font
d’abord de H ardentes pro-
A. • • •
111J
8 LE MERCURE
réflations, & qui ne fçavent
ce que c’eft que d’aimer avec
confiance.
LE RUISSEAU
AMANT,
A LA PRAIRIE.
J^y fait four vous trouver urt
ajfe^lon^voya^e^
jVLon aimable Prairie 5 enfin je
viens à vous
Recevezjm Ruijjeau dont le fort
le plus doux
Sera de voir fies eaux couler pour
vofire ujaçe.
*
GALANT. $
Q'eft dans cêfeul ejfcoir que fans aucun repas.)
Députe quej'ay quitèma Source, Tay toujours jufqu'icy continue ma courfe,
Toujours rculè me s petits flots*
*S*
D 'un cours précipité f'ay pafle des Prairies
Où tout autre Ruffian s'amufle avec plaifîr ;
le n'ay point (èrpenté dans lés Routes fleuries,
le ri en avais Pas le loijïr.
•$»
Tel que vous me voyez^ ftache^. ne vous dèplaife^
(Car il eft bon de Je faire valoir) Que plus d'une Prairie auroit ejié bien-aife
ÏO LE MERCURE
De me donner pafldge, & de me recevoir.
*
'Malt ceriefloitfaslàmonc'opte,
J'enfufe un feu plue tard arrive dans ce Z ieu,
Et par une fuite aflezf compte,.
Gazouillantfierement, je leur diÇois adieu.
Jlfaut vous dire tout* la feinte efi inutile*
T en trouvons la plupart dignes de mes refus J
Z es unes* entre nous* font d'accès fi facile*
Que tous Ruiffeauxy font les bien venus.
Biles veulent toujours en avoir un grand nombre*
GALANT. «
Etmoy dans le orand nombre auffi- tofi je me fersy
D'autres font dans des lieux unpeu trop découverts,
Et moy j'aime d couler d l'ombre* j 'efiois bien inffiiré de me garder pour vous ;
Vous efles bien mon fait, je fuis affez^ le vofre j
friais au fi,moy reçcu, n'en recevez^ point d'autre.
Car je fuis un Ruifeau jaloux.
cela près,qui nef pas un grand vice,
îay d'afezfonnes qualité 2Te craignez pas que jamais je tarife,
le puis défer les Etez^
>
ii LE MERCURE
7e fcay que certaines Prairies D'unRutffeau comme moy ne s’ac- commedent pas >
Il leur faut ces Torrent qui font tant de fracas,
Mais fort fouvent on voit leurs eaux taries.
$
Mon cours en tout temps efl égal, le fuis tranquille & doux, ne fats point de ravage ;
Déplus, je viens vous faire hommage
D' 'une eau pure comme cri[lal*
«
Il efi telle Prairie > & peut- eftre
A qui le plus petit Ruifleau, Suivant fa pente naturelle^
21 iroit jamais porter deux ^outet dleaur
GALANT. ij
A moins que détourné par un chemin
nouveau*
Elle rien amena fi quelquun jufque
Mais pourvousfonsveus mettre
en frais*
Sans vous fervir d'un pareil artifice*
nent tout exprès
Vous faire ofre de leurfervice^
Et le tout pour vos intérefts.
jiprefentje l'avoue *onv ou s trouve
Vous donnezfiu piaifir aux yeux*
Ma’s avec un Ruifieau* rien rieft
plus véritable*
Que vous envaudrezfieaucoup
mieux.
•S»
De cent Fleurs qui nai[Iront vous
vous verrez^rnée,
le vous enrichiray de ces nouveaux
T réfors.*
Et vous tenant environnée,
Avec mes eaux je muniray vos
bords.
«S»
Repofez^vous fur moy du foin de les
A quoy plus fortement puis-je minprefte
à me fendre,
Pour tacher de vous embrajfer.
errantes
j
GK'LKNT. ij
Et quqnd \auray formé cent Routez
diférenteSy
le fens, je fens mes eaux qui bouillonnent
dejoye,
De les tat retenir à la fin jefuis lar,
EÜesvont fe répandre, &fefaire
11 nef plus temps à vous de n'y
confentir par.
J Le Génie de M'deFontenelle
paroift fi fort dans
toute cette Piece, qu’il n’eft
1 pas befoin de vous dire
t qu’il en eft l’Autheur. lia
' cela de particulier, que
16 LE MERCURE prefqué dans toutes les chofes qu’il fait, il joint la nouveauté de la ma- tiere à l’agrément de fes Vers-, & comme perfonne avant luy n’avoit fongé a comparer un petit Chien à l’Amour, il eft le premier qui ait donnéàunRuifTeau de la fenfibilité “
Prairie. Il faudroit n’eftre pas Homme pour n’en point avoir-, mais elle a quelquefois des effets bien dangereux, &. vous l’allez voir par ce qui eft arrive depuis peu de temps à une
ce pour une
GALANT. i7 aimableHeritiere d’une des meilleures Familles de Rouen. Elle avoir pris de la tendreffie pour un jeune Chevalier qui l’aimoit avec paffion. Soir pour la naif- tànce,foir pour le bien, ils eftoientaflez le fait l’un de 1 autre j & comme l’Amour s en mefloïc, iln’auroit pas etré difficile au Chevalier de Ce rendre heureux, G l’cmploy qu’il avoir à l’Ar- mée ne l'eut} obligé d’attendre à demander l’agré, ment de tes Parens au re- agne, qu’il B
tour de la Camp Tome 9.
aux oreilles de la Demoifelle
qui en fut inconfolable.
Elle pleura, foûpira
mit fi fortement dans l’ef*
les bonnes qualités, &fe le
GALANT.^ r9 paroiftre devant elle à tous motnens. Pour divertir un peu fa douleur, on l’envoya chez une Dame de fes Parentes qui avoir un Chaf- teauau Pais de Caux. C’ef- toit une Veuve d’un efprit fort agréable, & qui ayant encor de la jeuneffle & de la beaute', attiroit chez elle tout ce qu’il y avoir d’hon- neftes Gens dans fon voifi- nage. La belle Affligée y trouva quelque foulage- ment à fes déplaifirs, mais elle n’en pût oublier la cau- fe, Se elle fe déroboit tous
B ij
10 LE MERCURE
les jours pour venir refver
folitairement dans le Jardin
à la perte qu’elle avoitfaite.
Cependant le Chevalie r
n’eftoit pas fi bien mort,
qu’il ne fit connoîftre prefqueaufii
tort qu’il avoir encor
part à la vie. Onvifica
fes Bleffures. Elles furent
quiter l’Arme'e dans le
temps que lesTroupesentroient
en Quartier d’Hyver.
Il revient en NormanGALANT.
iî die. Grande jo-ye pour fes Amis qui l’ont pleuré mort. Il s’informe de (à Maiftref- fe. Onluy apprend où elle eft, & à quelles extrémités fa douleur l’avoit portée. Son amour redouble par la connoiïTance qu’on luy donne de fes déplaifirs. Il meurt d’impatience de la revoir, & luy veut porter luy-mefme la nouvelle de fon re tou r à 1 a v ie. C om me il s’en connoift fortement aimé,il fe fait une joye fen- fible de l’agreable furprife quefaveuë luy doit caufer.
LE MERCURE & fans la faire tirer de l’erreur où le bruit de fa fauïfe mort La mife, il part de Rouen avec un Confciller & un Abbé de fes Amis. , Aucun d’eux ne connoiffoic laDame chezqui elle eftoir, & cela facilite le deffein qu’ils ont de faire paffer pour une rencontre du ha- zard ce qui eft une occafion recherchée. Il pouvoir ef- tre onze heures du foir.
arrivent au Chafteau, feignent d’ignorer à qui ileft, le demandent au Portier qui leur vient ouvrir ; & fur
GALANT.
fa réponfe, ils le prient de
faire dire à la Dame, qu’un
Confeiller du Parlement
qui s’eft égaré en allant à
Dieppe, la fupplie de luy
vouloir donner une Cham-
Confeiller qui peut ou eftre
fon Juge, ou folliciter pour
elle, luy paroift un fecours
envoyé du Ciel. Elle leu
fait faire excufe de ce qu’eftant
déjà couchée, elle eft
contrainte d’attendre ju^
14 LE mercure
qu’ au lendemain à les voir.
Cependant les ordres fe
donnent, & on n’oublie
rien pour les recevoir obligeament.
La nuit fe pafle.
Ils demandent à quelle
heure ils pourront remercier
la Dame de fes bontez.
On 1 eur répond qu’elle
s’habille; & pendant ce
temps , le Confeiller &
rie pour fçavoir fi on a eu
foin de leurs Chevaux. Le
tion des lieux qui font habitez,
GALANT. bitez, & ayant pris garde qu’ils donnent fur le Jardin, il y entre dans l’efpe. rance que fa Maiftreffe pa- roiftri à quelque feneftre. li n y a pas fait trente pas qu il la voit fortir d’une Allée couverte. Elle y ef- toit venue comme elle a- voitaccouftumé de le faire tous les matins, & dans ce moment’elle efTuyoit quelques larmes qu’elle avoit encor données au fouvenir de fa mort. 11 s’avance. Ellel’apperçoitj & comme elle en avoit l’imagination
Tome 9. c
épouvantables,
26 LE MERCURE toute remplie, elle le prend pour fon Phantofme, fait des cris & s’enfuit vers une Salle quelle avoit laiflee ouverte. H court apres elle pour tafeher de l’arrefter, mais fa diligence eft vaine. Elle redouble fes cris, & a plu- toft fermé la Porte qu il ne l’a pû joindre. Cette aeftion eft remarquée d’un Domef- tique qui entroit dans le Jardin. Il en va donneravis à la Dame. Elle defeend dans la Salle, trouve fa belle Pareiite évanouie -, & com-
4
qu on le jour precedent du Confeiller égare' 5 n ait efté un
I
entrée aux
GALANT. i7 me elle eftoit Heritiere, & qu’on avoit déjà fait courir le bruit de quelque projet pour l’enlever, elle nedoute point qu’on n’ait voulu en venir à l’execution, & que ce qu’on luy eft venu dire Con- artifice pour donner une Ravifleurs. Tout la confirme dans cette croyance. On a veu courir un Homme apres la Demoifelle qui ne s’en eft fauvée qu’en s’enfermant., &onla trouve évanouie de
C ij
«
18 LE MERCURE
frayeur. Ses deux Amis qui
s’arreftent avoir leurs Chevaux,
femblent avoir eu
deïfein de fe tenir prefts à
fuir quand il feroit venu à
bout de fo.n cntreprife, &
il n’y a rien autre chofe à
Tandis qu’on prend foin de
la belle Evanoüie, la Dame
envoyé chercher du Secours,
fait armer fes Gens,
& en moins de rien vingt
Hommes, avec des Moufquetons&
des Hdebardes
vont à l’Ecurie, où le Chevalier
eftoit venu rendre
d d $ d
di
GALANT. x9 compte à fes deux Amis de h rencontre qu’il avoir faite. Ils font furpris de fe voir coucher en joue, & d’entendre dire qu’il n’v a point de quartier pour eux s’ils ne fe biffent conduire dansun Cabinet grilléoù h
A Dame a donné ordre qu’on les enferme. Ils ont beau demander la caufe de l in-
if
uûlte qu’on leur fait, & fe 1 plaindre du peu de refpeét I qu’on a pour un Confeiller. ? Ce nom de Confeiller oui Jî___j_r_________j a-‘
1
plaindre du peu de refpeét qu’on a pour un Confeiller.
avoit fait de fi grands effets quand ils arrivèrent, n’efl
C iij
JO LE MERCURE plus d’aucune considération, & ils font à peine dans
le Cabinet où cette Troupe mutine les garde , que la Dame leur vient dire qu’a- pres les avoir fait recevoir chez elle de la maniéré la plus obligeante, elle n au- roit jamais creu qu ils euf fent voulu luy faire l’outrage dont elle pre'tend réparation. Le Confeiller prend la parole, & s’eftanC plaint fans trop d’aigreur de la violence qu’on luy a faite, il adjoûte qu’il ne voit pas de quel mauvais deflein ofi
GALANT. 31 a pu le tenir fufped, quand il vient avec un Abbé dont Je caraétere le doit faire croire incapable d’y prcf- ter la main. La Dame répond que la partie efloit bien faite, & qu’on ne vouloir pas aller loin fans mettre leschofes eneftat dcfe pacifier par le Mariage. Cette réponfe & quelques autres paroles luy font comprendre qu’on les fou- pçonnede n’eftre venus au Chafteau que pour enlever fa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pour- C iiii
p LE MERCURE
quoy on leur impute cedefiein
fur U frayeur qu’il fçaic
que fa veuë a caufée à fa
Maiftrtffe, dit qu'il cftvray
qu’une Demoifclie a pris la
fuite toute effrayée de l’avoir
trouvé dans le Jardin,
mais qu’on la luy faffe voir,
& qu’il eft fort affuré qu’elle
ne le reconnoiftrâ point
pour un Raviffeur. il conjure
la Dame avec tant
d’inftance de luy accorder
quitte pour aller fçavoir fi
ia Parente eft en eftat de
venir. Elle la trouve reveGALANT.
53 nue de fon Evanoüiffe- merit, mais fi interdite de ce qu'elle a veu, que le trouble de fon ame paroift encor peint dans fes regards. Cette belle Per- fonne la prévient, &: d’abord quelle la voit entrer elle luy dit qu’elle ne fçaic comme elle eft demeurée
La
perfuadée que la
vivante apres que l'Otnbre du Chevalier qu’elle a tant aimé luy eft apparue. Dame i -----... A
frayeur qu’elle a eue de la pourfuite d’un RavifTeur a fait égarer fa raifon, la prie
34 LE MERCURE
de la Cuivre, & l’aflure qu -
elle luy fera faire entière
fàtisfa&ion de l’injure qu’elle
a reçeuë. Elle entre
dans le Cabinet fans fçavoir
pourquoy fa prefence
y cft neceïfaire, & elle n’a
pas plutoft jette les yeux
fur le Chevalier, quelle
pouffe de nouveaux cris, &
retombe prefque dans le
mefmeeftat d où elle vient
d’eftre retirée. Le Chevalier
s’approche, & Ce plaint
d’une manière fi tendre du
malheur qu’il a de ne pouvoir
paroiftre devant elle
GALANT. 35 fans l’éfrayer,qu’enfin quoy qu’avec beaucoup de peine, elle trouve aflez de voix pour luy demander s’il peut eftre vray qu’il ne foie pas mort. ré fçait fi elle a donné un or-
11 répond qu’il ne dre abfolu de le mer à ceux qui l’ont amené dans le Cabine t avec des Halebardes & des Moufquetons, mais que fi elle veut bien con- fentir qu’il vive,il vivra tout à elle comme il a fait juf- que là, & toujours dans les fcntimens paflionnez quelle ne condamnoit pas a-
36 LE MERCURE vaut qu’il la quittât pour l’Armée. Il n’en fallut pas davantage pour Etire con- noiftreà la Dame ce qu’elle n’avoit pu démcfl r d’abord. Jugez de G furprife. Elle entend nommer le Chev aller. & voyant h joye éclater fur le vifage de fa Parente , elle tombe dans une confnfion dont elle ne fort que par les chofes a- greables que le Confeiller commence à luy dire fur cette meprife. Elle luy en fait mille exeufes, &feferr pour cela de termes fi obli-
••
GALANT. ,î7 geans,que comme elle ef. toit très-bien faice de fa perfonne,le Confeillers’en laiffe toucher. Elle le prie de remettre fonVoyagede Dieppe, de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu de reparer ce que fon inconfi- derée précipitation luy a- voit fait faire d’injufte. Outre que c’eâoit ce due le Chevalier avoit prétendu, il trouvoit tant d’efpric & d’agrément dans l’aimable Veuve, qu’il ne fut pas fâché de faire pour elle ce E &&
LE MERCURE
qu’un commencemen t d’amour
luy faifôit déjà fecrettement
fouhaiter. Il pafla
donc trois ou quatre jours
dans le Chafteau, & l’entretien
de cette aimable Perfonne
eut de fi doux charmes
pour luy, qu’il n’y paroifloit
pas moins attaché
que le Chevalier l’eftoit à
renouveller à fa MaiftreiTe
les proteftations du plus
tendre amour. L’Abbé s’aperçeuc
de l’engagement
que le Confeiller prenoit
pour la Dame-, & comme il
ne pouvoit fe mettre de la
GALANT. converfation d’aucun cofté fans troubler un teftc-à- tefte, il leur dit enfin en riant qu’il s’ennuyoit défi, trc fans employ, tandis qu’il les voyoit tous quatre fi agréablement occupez. Je ne fçay fi cet avis donna lieu au Confeillcr de s’expliquer ferieufè- menc, mais l'intelligence continua, les affaires fe conclurent, & l’Abbé fut appelle quelque temps a- pres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand Oùy qu’il a fait prononcer à
4o LE MERCURE
ces quatre Amans, les amis
dans un eftat fi heureux,
que pour l’en récom
ils luy fouhaitent tous les
jours une Mitre. Comme
il a tout le mérité qu’il faut
on doit croire que fou
temps viendra, comme il
cft venu depuis quelques
jours pour M‘ l’Abbé Pou-
Evcfque de Tarbes. 11 cft
Doéteur de Sorbonne, &
Fils d’un Prefident du Parlement
de Pau. On ne peut
GALANT. 41
Secrétaire du Clergé qu’il a
faitdansla derniere Aftemblée.
Il s’y eftoit montré,
fi digne d’eftre du nombre
des Prélats qui Ha compofoient,
que fa Nomination
aefté fçeuëavec un applaudiïTemenr
general. Elle a
fuivy celle de jMrl’Abbé de
Sufe à l’EvefcbédeS.Orner.
Vous fçavez,Madame, qu’il
avoit efté facré depuis peu
Evefque de Tarbes. Il eft
Fils de M'IeComte de Sufe,
y
Homme de grande naiffance,
& que fes fervices
ont toujours rendu confi-
Tomeç. D
4t LE MERCURE derable. Moniteur l’Evcf- que de Viviers fon Oncle eft un des plus anciens Prélats du Royaume. Celuy donc je vous parle en a quantité pourA mis qui font de la première qualité, & qu’il s’eft acquis par fa probité & par fa franchife. Son mérité n’a pas moins paru dans plufieurs AfTemblées du Clergé, que faDodrine dans l'Univerfité de Paris. Saphifionomie eft heureu- fe • & fi dans le rang où nous le voyons élevé, on pouvoit tirer quelque gloire des
GALANT. 45
4 roit dequoy eftre fatisfait
ft Je ceux qu’il a reçeus de la
Hf Nature.
1 On peut dire à l’honneur
de Melfieurs les Curez de
rj rendre la jnftice qui leur eft
deuë) qu’ils donnent tous
ai des preuves fi édifiantes, 3c
à de Doctrine & dePieté, que
iiï le Roy choifir Couvent pares
pour les Eve fchez. C’eftce
31 que Sa Majefté vient encor
o de Elire, en nommant
il Tellier Curé de S.Severin
D
GALANT. 4; les grands Emplois font plutoft honte qu’honneur fi on ne les fondent par le mérité, heureux qui en eft libéralement partagé. Je fçay bien que la Coureftun grand Theatre où il paroift avec beaucoup plus d’éclat qu’ailleurs; mais il n‘y eft pas fi fort renfermé qu’il ne fe répande dans les Provinces, & vous conviendrez deceluy de Mr Petit, quand vous aurez leu ce que je vous envoyé de fa façon. C’eft une Epiftre enjouée qu’il adrelfe à Moniteur le
46 LE MERCURE 7
Duc de S.Aignan, qui a
pour luy une eftime tresparticuliere.
Le ftile en eft
libre, & vous y trouverez
un tour aifê qui vous perfuadera
aifément de ce que
j’ay à vous dire à l’avantage
de fon Autheur.
A MONSIEUR
LEDUC DES.AIGNAN.
*’< ~ * • fat N'Efi- il point fait cet Armement
Qui de fuie long temps voua occupe!
Apollon s en plaint hautement
Ainfi^ts Amour leDieu charmante
Quoy
En ce
GALANT. 47
. Et le beau Sexe porte jupe.
Seigneur, neparlerat-on Siccle que de Canon,
Que de prendre d'affaut desViiïes*
Que de punir les Ennemi De leurs maniérés inciviles D'efer fefrotter à Loüis, Le premier Héros de la Terre , Servant au noble Art de laGuerre^ Tout comme celuy qui le fit',. Et dont la gloire retentit Mieuxque le bruit de fonTonnerrd
■ «S»
KToflre Parnaffe eft(ans Laurier-, Mais qui pourvoit ace Guerrier En fournir ajfez^pour fa tefiel Les Mufesmefmes(ontabouti Elles penfent avoir dit tout. Et leur Ghant (urune Conque (te Vient à grandi peine de ce (fer, Que la furprenante nouvelle
48 LE MERCURE Z> 'une autre & pires grande f> plus JLes obligea recommencer. (belle*.
• . V -t* ' ■
Enfin ce Conquérant terrible lajfi Mufes* Chefs & Soldats* Et parce qu'il eft Invincible* Jl ne fe trouve jamais las. Mais tâdisq.u’il tient das la Plaine Ses braves Héros en haleine* Apres bien de triftes bêlas* Mille Belles di fient en larmes* Ah*maudite gloire des Armes* Maudits A fiant s* maudit sCo bats* Que vous nous caufegdetriftefie! Que noies perdons de doux ébats* Et que tant de belle Nobleffe Serait bien mieux entre nos bras! Mais quevouleg-vous davantage*. Grand Monarque* vos Ennemis Me font-ils pas vaincus * fournis:
' De tous coflezj)liant b a va ae ?
Laiffez,
A
i
GALANT. 49
Eaiffegdonc Mars avec fa rag^ Et rendant à l'Amour hommaget Daigne g nous rendre nos Amis, you* n3y perdrez. ri en,digne Prince, 'Non, Grand Roy, vous ri y perdre g* rien,
Nos amours dans chaque Province Feront naiftre des Gens de bien.
Ce feront des Sujets fidelles Dont fe peuplera voftre Cour, Mafles bien fait s, belles Femelles^ T ous En fans de Mar s & d'Amour.
N3ont elles pas raifon, ces Eelles? I e veux vous enprendre à témoin, Vous, qui toujours avec grand foin Fiftesmille chofes pour elles.
E3 Amour ri eft-ilpas plusplaifant Que la Guerre, dont la furie Jamais ri agit qu en décruifant L e trefor des trefrs, la vie ?
I . Tome 9. E
5o LE MERCURE Oüy^ tout compteront rabatu* Seigneur.* l'amoureufe vertu Vaut mieux que la vertu guerriers. Cela ne fe peut contefter^ Car enfin donner la lumière Eft plus noble que de l'ofter.
Quoy qu'il enfoit.* pour fatisfaire Aux juftes plaintes de ces Dieux, Et peur appaifter la colere De mille Dames aux beaux yeux? De ces Rimes qui f^avent plaire ReprenezJ,' agréable employ, Et fur voftre charmante Lyre Dont par tout les tons on admire, Chantez^ L o ü i s yiojireQrand R oy, Enfuite. chantegles tendrejfes
De r Amour le Dieu des douceurs, Et ces vingt ou trente Maiftrejfes Dont vous avezygagné les coeurs.
■*
GALANT. 5i
quel feu qui brille toujours,
& qui Elit connoiftre qu’il
al’efpritnaturellement galant.
Il feroit difficile defavoir
plus délicat. Sa conversation
eft tres-agreable.
11 dit les chofes d’une maniéré
qui donne de la grâce
à ce qui n’en auroic point
dans une autre bouche, &
il eft ce qui s’appelle un véritable
honnefte Homme.
Vous jugez bien, Madame,
E ij
5Z LE MERCURE qu’avec ces qualirez il n’a pas manqué de fe faire d’il- luftres Amis qu’il a en grand nombre. Aufliquoy qu'il foit de Rouen, & qu’il y faffe fon ordinaire de- meure, il eft fort connu a Paris, & on ne peut entretenir de plus longues cor- refpondances qu'il en a eues avec la Maifon de Rambouillet, qui a toujours efté toutefprit. Monteur le Duc deMontaufe qui eft Gouverneur de fa Province, luy a fouvent donné des marques avan-
w 1 * A ♦
l’honneur d'eftre allié de
°) Perfonnes qui ont part au
Miniftere.
11 le Duc de Montaufier, Ma-
"c dame la Ducheffe de Cruf-
3t CJ Ci Pillp ffl-jjnraccouchée
l’honneur de l’y venir vifilu{
ter. On peuc dire qu’elle a
lt! hérité de tout l’Efprit de
lf: feu Madame de Montauli
fier, fi célébré dés fa jeu-
;K nefle , & par le Nom de
A l’incomparable Julie, & par
E iij
54 LE MERCURE les Galantes Lettres que luy écrivoit Voiture, lors quelle n’eftoir encor que Ma- demoifclle deRamboüiîlet. Madame la Duché fie de CrufTol joint à beaucoup dedélicateffe &de vivacité d’efprit,une verru d’autant plus loüable, qu’elle eft éloignée de route forte d’of- tentation. Je ne vous dis rien de Moniteur le Duc de Cruffol. Il eft brave autant qu’on peut l’eftre, & auffi bien faitqu’i 1 y ait perfonne à la Çour. L’ancienneté de fa Maifon eft connue, & il
GALANT. h y en afi peu dans le Royaume qui ayent les avantages quelle a, que je necroirois pas trop dire, quand'jevous alTurerois qu’il peut prétendre à celuyd’eftre Premier Duc. Vous jugez bien, Madame, que j’excepte les Princes du Sang, à qui les Privilèges de leur naiflance donnent toujours des Titres qui ne fçauroient eftre conteftez.
Quand on conteftera quelque chofe, ce ne fera point aflurément la gloire que Monfieur le Duc de £• • • • ,
111)
*
j6 LE MERCURE Luxembourg a fi légitimé-
& mentacquile dans le Commandement qu’il a eu de l’Armée de Flandre. Il en
eft de retour, & a eu l’honneur de falüer le Roy qui l’a reçeu avec des témoignages d’affeébion. dignes de la grandeur de fesfervi- ces. On ne peut montrer plus de coeur, plus de zele &plus de prudence qu’il en a fait paroillre pendant tout le temps de la Campagne. 11 s’eft trouvé à la Bataille de CafTel, 6c il a. toujours efté de jour lors
GALANT. 57
'es Places qui ont efté
par le Roy le font
rendues. Je ne doute point,
Madame, que vous ne
fovez allez inftruite de 1 uoùles
Generaux ne peuvent
s’empefeher de s’expofer
comme les moindres Soldats
; & c’eft dans ces occafions
où l’on voit particulièrement
éclater leur courage
& leur conduite.
C’eft peu que le Roy ait
GALANT. 59 Celles qu’on a envoyées en Quartier dans DunKerque, Bergue, Calais, & dans les autresVilles maritimes font commandées par Mr le Marquis de la Trouffe, Lieutenant General, & Capitaine des Gensd’armesde Monfeigneur le Dauphin-, & celles qui font entre Sambre&Meufe, prennent leurs ordres de M leComre deMontal,auffi Lieutenant General & Gouverneur de Charleroy. On a fait demeurer cinq Bataillons dans Caflcl fous le com.
60 LE MERCURE mandement de M'le Marquis d’Uxelles, Brigadier d Infanterie-, & toutes les Troupes qui hyvernenr dans la Flandre Fran çoife & dans les Païs adjacens, obeiflent à Moniteur le Ma- refchal deHumieres. M'le Marquis de Rannes, Lieutenant General, & Colonel General des Dragons, & Mr de Sainfandoux Maref- chal de Camp & Gouverneur de Tournay, ont efté choifis pour fervir fous luy. Mr le Marquis de Chaferon Lieutenant General coin-
GALANT. éî
mande; fur laMeufe; Mr le
Comte de Bifïy enLorraine;
M‘ le Baron de Monclaren.
Alface, & Moniteur leMarefchal
Duc de Navailles
demeure en Rouftillon,
fion Lieutenant General, &
Mr de la Rabliere Marefchal
de Camp. Voila de
quelle maniéré les Quartiers
d’Hyver ont efté distribuez,
fort glorieufemenc
pour tous ceux que je vous
viens de nommer, puisque
chacun d’eux commande
èt LE MERCURE de Commandemens ne fe donnent qu’à des Perfon- nes tres-confiderables, & dont la prudence, la valeur & la conduite ayent efté éprouvées dans les plus grandes Occaûons.
Le Roy qui trouve toujours celles de récompenfer les Servicesqu’onluy rend, a honoré depuis peu M'le Comte de la Serre, Fils de feu Mc le Marefchal d’Au- beterre Lieutenant General des Armées du Roy, & Gouverneur des Provinces d’A génois & de Cvndo-
GALANT.
mois, de la Charge de fon Lieutenant dans la Haute Guyenne, dont M' le Duc de Bellegarde s’eftoic démis en fa faveur. Toute la Cour qui connoift Mr le Comte de la Serre pour un des meilleurs Officiers du Royaume, luy en a témoigné fa.joye lors qu’il âprefté le Serment encre les mains de Sa Majefté. 11 eft d’une Maifon très confiderable. Mr le Chevalier d Aube- terre eft fon Frere, & M'ie Comte de Jonfac dont les belles qualicez vous ont
64 LE MERCURE fait plaindre la mort, eftoit fon Neveu. Son grand mérité, fon expérience, & fes longs & importans fer- vices pendant plus de tren? teCampagnes, le rendoienc digne de cet Employ qui luy donne le commandement dans la Haute Guyenne , en l’abfence de M1 le Duc de Roquelaure Gouverneur de toute la Province, & de Mr le Marquis d’Ambre Lieutenant General de Sa Majefté dans cette mefme Haute Guyenne.
Je vous ay mandé ks
GALANT. 6y
Honneurs que Moniteur le
Duc du'May ne y avoir reçeus
en allant aux Eaux de
Rarréve. U en eft revenu.
& vous auriez croire
combien la Cour a montré'
de joye du rétabliflement
defaSanté. Ce jeune Prince
foûtient fa nailfance par
' tant d’cfprit & par de fi
grandes qnalitez, qu’il eft
rare de les faire e'elarer au fit
avantageufement qu’il fait
dans un âge fi peu avance'.
Si les Eaux de Bârre'ge lu y
onteftélalutaires, celles de
Bourbon ne l’ont pas moins
Toijie 9. F
66 LE MERCURE
efté à quantité de Belles
qu’on y aveuës. Cette Lettre
qui m’eft tombée entre
les mains, vous en fera fçavoir
le mérité. Jevousl’erv
voye telle qu’on vient de
me ladonner.
MADAME DE***
GALANT. 67 evotis rendre compte de ce qui s’y pajfe , comme vous me l'ave ^ordonné. Lapremiere chofe que ]e fis en arrivant* ce fut de m informer du genre des Maladies qui avaient attiré le beau Monde qu’on dit qui sy trouvait, Ion m apprit qu’a l'exception de quelques Paralifies mal formées , Hommes & Pemmes s’y plaignaient prefque tous de Vapeurs.
Ce Mal de tous les Maux, Mal le plus incommode,
Pourles Hommes jadisn’eftoit point à la mode5
F ij
68 LE MERCURE
Mais on fçait aujourd’huy ce
qu’il nous fait fouffrir,
Comme à toute heure il nous
accable,
mourir,
Si voftre S exe eftoi t un peu plus
charitable,
Nous n’irions pasffloin eflàyer
d’en guérir,
JG? ne manquay pas (& par
•voflre ordre, Madame,} de
demander d’abord des nouvelles
de no sire lllufire Marefchal.
Jefceus que les gaux
ne luy avaient fait que médiocrement
du bien cette an■
1$
et
GALANT. 6g
Mr zAmiot fon Médecin, \ Homme qu'une capacité de- ; puis long-temps éprouvée, \ rend digne de tout le bien ! qùon en dit, en avoit pris des foins fî particuliers, que fes zAmis pourvoient efjerer de le revoir a<vec toute la fanté qu ils luy av oient fou- haitée en partant: ïagréable vie quon mene icy, aura, fans doute contribué à la rétablir. Le leu, la Promena, de, la Converfation, tout
ce'qui peut lier une aimable focieté, font des plaifirs qui ny manquent prefque jamais,
7
C’eft qu’on voie là detres-ftinés
Malades,
Qui fieres de mille Beautez,
Fontdefrequetes incartades
A d’innocentes Libertez.
Au plaifir de les voir le meilleur
temps s’employe.
Comme le charme eft grand,on
s’en donne à coeur joye,
On regarde, on admire, on demeure
enchanté.
Alors aux Maux divers, dont
boire eft le Remede,
GALANT. 71
Se mefle un certain trouble à
qui la raifon cede,
Et mal fur mal n’eft pas fanté.
Avez-vous fuy les dangereux
attraits
Qui, coûtent tant à regarder
de près,
Lors qu’à vos yeux charmezde
fa rencontre,
L’aimable Fortia fe montre^
Ailleursoù lehazard vousaura
pû mener,
•I-
7i LE MERCURE
La belle Marcillac vous vient aflaffiner.
Que de coeurs tous les jours fes charmes luy font prendre, Sansquejamais elle longe à les rendre;
II n’eftoit pas befoin qu’elle quitât la Cour
?ourleur faire un fi méchant
• * *4 1 X • ' *• • ♦ « * ' ”
tour.
le n’ofe en dire rien, c’eft fur fa confciencej
Maisqu’elle craigne enfin qu’en ne la pouffe à bout,
On peut prendre fon temps,!? trouver fansdefenfe,
Et quiconque à voler coni®e elle fe réfout,
Doit croire que malgré toute fa refiftance,
Un coup viendra qui payera tout.
GALANT. 75 i Vous auriez peine à vous imaginer combien la belle Madame ddubal fait envier le bonheur de fion Epoux qui ejl venu aux Eaux avec elle, i Ce font deux moitié^ tres- bten affotties, & fi la Femme . a un mérité extraordinaire3 j on ne peut parler trop avan- tageufèment du Mary. Il efi bienfaitt agréable fÿ firt i confîderé dans la Mai fin de. : Monfieur le Prince. le paffe aux Autres Beaute^ cpu on. [ ity \ & pour m empef'* cher d'y penfer trop en vous en parlant, vous trouverez**
Tome 9. g
74 LE MERCURE
bon, s’il <vous plaift, que je
ne <vous en fujje le Portrait
quen racourcy.
L’incomparable Bourdenois
D or lagorge toute charmâte
Surprend, éblouit, touche,
enchante,
De l’Amour à toute heure épuife
le Carquois.
Heureux qui vit fous de fî belles
Loix,
exempte.
De Vallecour & fon aimable
Soeur,
Des plus brillans attraits l’une
Sc l’autre pourveuc,
Ont bien dequoy plaire à h
veuë,
75
GALANT. 7; Mais ce n’eft pas fans qu’il en coufteau coeur.
Beauregard 8c Befiày par l’é* clac de leurs charmes,
Font aux plus fiers rendre les
, + prives.
Du Fréroy comme Riberpré Quand vous les regardez lonc fore à voftregte,
Mais mal en prend, quoy qu’on y prenne garde,
A qui trop fou vêt les regarde,
Morin, Phelipeaux & de Ris, Par leur propre mence à peu d'au très lembla blés,
OnctoutesdesFilles aimables Que fuivenc la IeunefTe & les leux 8c les Ris.
On eft charmé defe voir avec elles,
-6 LE MERCURE
Mais comme de foy-mefme on
doit fe défier,
Ce n’eft pas tout que de les
trouver Belles,
luftres Amies,
Dont il faut vous dire le nom.
L’une eft Saint-Clair, l’autre
Burgon,
Ce font dans l’amitié deux âmes
affermies,
Et qui font concevoir à qui veut
s’enflâmer,
Ou’il n’eft rien de fi doux
qu’aimer.
«J.
p ourla belle Darnonqu’accom-
Et dont en la voyant chacun de
meure épris,
G A L A N T. 77
On ne doit point eftr'e furpris Si i’Amour marche fur fes
w • > • * *
traces.
Quel aflez ample, aflez riche Marc d’or
Apû payer ce prétieuxTréfor?
t ’
Ii fautencore rendre juftice ' Au mérité des quatre Soeurs. Marpon l’aînée eft Veuve,& (je croy) peu novice Dasl’artd’afllijettir les coeurs. Elle eft bienfaite,aimable Sçforc fpirituelle.
D e V i 11 e d o fa S oe u r fe fa i C a i m er comme elle-,
Et dans l’agreable Becuau
On ne voit rien que de bon & de beau.
Mignon, la plus jeune des quatre
G llj
7.8 LE MERCURE
A des attraits dangereux à
combatre,
Et qui veut tenir côcre,éprouve
à fes defpens
Qu’il perd l’a franchife & fon
temps.
^Apres vous avoir paris
des Belles, faurois un long
article d vous faire, fi je
voulais vous entretenir de
tous les Hommes de mérité
79 Mr de
GALANT.
fonne du Monde.
Pomereùil, & Mr Pique^y font aufli avec Mr le Comte de Bouligneux qui ePi un Homme très-bien fait, {ÿfort ePiimé. Mais ce quon peut appellerleCbarme de nos plus belles Compagnies , c efl un jeune Milord petit- P ils du Duc d'Ormond P'iceroy d ’ Irlande. Il donne la Comedie aux Dames} & on ne peut rien voir de plus galant â fon âge. Ses belles qualité^ ne furprennent point quand on les voit cultivées par M’’ de Montmiral fon Gouver-
i • • • •
G mj
8o LE MERCURE neur. C’eft un Gentilhomme tres-accomply, & fort djgne du choix qu’on a fait de luy pour la conduite du jeune Seigneur dont je <vous parle. Vous fere^ peut- eSlre fur- prife de ce que je ne vous dis rien de Madame la Comtefe de Dona, ny de quantité d'autres belles Dames qui font venues cette année boire des Eaux à Bourbon. Soit-
t «
veneg- vous > je vous prie, que je vous ay feulement promis de vous rendre cow pte de celles que j’y trouve- rois. Je vous tiens parole, & fuis voftre, &c.
8i
GALANT.
Si les Maux dont on a efté chercher le remede dans les Lieux où l’on boit des Eaux, n’ont point em- pefché qu’on ne s’y foie agréablement diverty, il en eft de mefme des grandes Affaires qu’on traite à Nimégue, & qui n’en ont point banny les Plaifirs. Mon fieu r le Marefchal d’Eftrades ayant reçeu chez luy avec fa politeffe ordinaire, des Dames Hol- landoifès que la curiofité de voir l’Affemblée avoit attirées de la Haye, les
'a
St LE MERCURE
a régalées d’un excellent
Concert , compofé de
Luths, de Clavellins, &
de quelques Inftrumens
nouvellement inventez, &
oui reffemblent à un Deflu
s de Violon, mais qui
font infiniment plus propres
à accompagner le
Luth, parce que leur fon
qui imite celuy de la Flûte
douce,fait beaucoup moins
de bruit que celuy du Violon
, de forte qu’il ne couvre
pas le jeu du Luth, &
n’a rien qui crie ny qui foit
aigre comme le fon de la
t
GALANT.
H 1 A. WWVJ
iq fortes d’Inftrumcns paroî-
S[ tronc bientoft en Franc',
li Le Concert avoir efté com-
8; pofé & foûtenu par M1 de
d Soleyzel. C’eft un jeune
iij Gentilhomme qui a fait le
o. Voyage de Nimégue avec
lt Mr d’Avaux*, & qui parmy
J centbellesqualitezj a celles
tt d’eftre fort bon Muficien
iiî & fort bon Homme de
o, cheval. Il eft Fils de M‘
u de Soleyzel, qui eft un
4 des Chefs de l’Académie
J Royale proéhe l’Hoftel de
M Condé, & qui a mis au
84 LE MERCURE jour plufieurs Livres fur les Matières qui regardent fa Xirofeffion. Si ce qui regarde la parc que j’ay au Mercure, pouvoit eftre fu- primé fans faire injuftice aux Spirituels Inconnus qui m’cnvoyent leurs Pièces fans fe nommer, la crainte de me faire accufer de vanité m’empefeheroit de vous faire voir le Sonnet qui fuit, mais il eft trop agréablement tourné pour ne luy pas donner place icy. Il rn’eft venu de Caen- Vous fçavez comme tout
GALANT. Sj
le monde y eft poly,& vous
ne ferez pcut-eftre pas fâchée
de connoiftte qu'on
y cftime les Lettres que je
vous écris.
SONNET
i A’ a ’ al
DZg»z? gp qalant Autheur du
célébré Mercure,
De nos Belles de Ca'èn redoutes^
le couro# x>
Elles brûlent ce Livre en peflant
contre Vous,
J>our les maux qua produits fa
fatale leïiure.
$6 LE MERCURE
De la Guerre,, dit- on, vous faim la peinture^
Avec de certains traits fi char* mans & fi doux*
Que l'on y voit courir les Amans, les Époux
Et c’eft là le fujetqui caufele mur* «$• (mure.
Quoy, direz^vous, fy mets tant de Traitez^ d Amour,
Des Madrigaux galansles Fejltt de la Cour i
Tout cela ne fait rien pour fauvet voftre Livre.
Car quand un Brave y trouve un Roy d'un fi grand Coeur,
El a honte d’aimer, il a honte de vivre,
S'il ri accompagne pas cet Augufie Vainqueur.
GALANT.
Trouvez bon que j’ajoute
à ce Sonnet la Lettre
d’un Solitaire qui ne s’eft
pas défait de l’habitude de
bien e'crire, en fe défaifanc
de la pratique du Monde.
Elle a efté envoyée depuis
peu à un de mes Amis, &
je croy que vous verrez
avec plaifir la jaftice qu’on
y rend à M* le Pays, pour
qui je fçay que vous avez
une eftime particulière.
LE MERCURE
De mon Dcfert prés de Grenoble le 17. d’Octobre 1677.
IL faut arvoùer^ Monfieur, que tout le monde eft obligé d 1 Autheur du Mercure Galant» mais les Solitaires comme moy luy ont une obligation particulière. Ne font ils pas heureux de pouvoir apprendre les ^Affaires de le> Guerre & du Grand Monde jufques au fonds de leur De- fert, de pourvoir pour ainft dire eftre delà Cour fans for-
GALANT. 89
tir de leur village? Depuis
fipt mois qu'il me donne tant
de plaifirs diffierens, je ch ercbe
en mon efirit les moyens
de l'en remercier. Mais corn-
• s * s
me je ridy pas l'avantage
de le connoiflre, je ne puis,
Monfieur, îriadrejfer qu'à
wons qui eriies de fris Amis,
pour vous prier de luy faire
envoyer mon Pacquet. Jl y
trouvera deux petites Pièces
qui ne luy feront peut-ePire
pas inutiles. Son deffein eft
fi beau & fon entreprife fi
loilable, que chacun doit con-
Tome 9. h
?
7
9O LE MERCURE tribiter de fon cofié a la faire durer, fi'ay dans cette Province deux illufire-s Amis dont j'ay foin de recueillir les Vers & les Lettres, & ce font des Ouvrages qui pourraient de temps en temps enrichir le Mercure Galant. Monfieur VAbbé de S. F** & Monfieur le Pays, font afif connus dans le Royaume. fuoy que le premia n ait jamais pu fie réfoudre a faire imprimer fies Oeuvres^ on a veu de luy mille Galanteries manufentes qui font connoifire jufques où va la
9l
lu délicatejfè defon
Pour Moniteur le
Pays, fes Amitie\, Amours
& Amourettes, ont tant fait
de bruit dans le monde, que
fon Nom eft connu de tous
ceux qui fçavent lire. Néantmoins
quand on ne le connoift
que par là, on ignore la plus
artie de fon mérité.
e eroy que je puis dire fans
l’offencer, qu il <vaut encoremieux
que fes Livres, & que
tout ce qu il a imprimé eft
maigre'fon fuccés bien éloigné
de la juftefft de ce qu il
écrit aujourd'huy. L'Au-
Hij
91 LE MERCURE
theur du Mercure Galant en
pourra, juger par les deux
Lettres que je luy envoyé,
fi' en ay encore quelques autres
que je luy fourniray fi
\e (vois paroiftre celles-cy
dans le premier Volume du
Mercure, parce que de là \e
rvées agréables. Cela m’obligera
mefmes à preffet
Monfieur le Pays de me faire
copier quelques-uns de fa
Vers, S? peut-eftre que \e
travaille aux Affaires d’un
GALANT.
95 grand Employ qui ne luy donne gueres le loifîr de penser aux Bagatelles poétiques.
7
L E
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
FA F L E.
A MADEMOISELLE DE M**
IL nous arriva hier de Lisbonne une Barque chargée de Singes de Perroquets. Vous juge 7^ bien , Mademoi- feUe}que je riaypas perdu une
94 LE MERCURE fi belle occafion de <vous tenir parole, f’ay choifi parmy ce grand nombre un Perroquet d’un plumage très -particulier, & une Guenucbe d’une petite(fe fort rare. Ce qutl y a de fâcheux, c eft que le Perroquet ne parle point François, que la Guenuche nef ait point dan fer, Cÿ que me fine elle eft encore habillée à la Portugaise 3 mais vous fe- re^peut-esire bien aife d’efi- tre leur Maiftrejfe en toutes façons. Vos Leçons leur apprendront la belle maniéré- Tous les autres Perroquets
7
?
I
9^ LE MERCURE
envoyant3 d'eftre auprès de
vous leur Interprète. Sans
fça'voir la Langue de lemr
Pays, j ay bientosl compris
leurs dijcours, parce qu’ils
eftoient tendres & amoureux.
Entendre à demy mot fut toujours
mon partage;
Si-toft que l’on parled’amour,
Il n’eft point pour moy de langage
Qui ne (oit clair côme le jour.
Pour vous, ma jeune Demoifelle,
IK : y *
| Quand mefmes en Françoisl’a.
mour ferc d’entretien.,
Malgré tout voftre Efprir, vous
ne répondez rien,
7
■
GALANT.
| gue maternelle;
M Vous voila cependant dans la
belle faifon,
Vous avez quatorze ans, à cet
foy cela s’appelle
N’entendre pas raifon.
N entendre pas l’Amour, ma
J cher de vans rendre radfona[
n.dle , en <vous fiifdnt comprendre
l’Hifioire amoureu-
■ fe de wottre Guenuche & de
iOi woftre Perroauet.
zAuffi-tofi que ces deux
’ts Animaux furent entre
GALANT. 99 à peu près comme il s'expliqua en Morefque.
Ma Mere me donna le jour Dans un Climat de laGuinée, Où le Soleil joint à l’Amour, Enfiâme tout toute l’année.
L'on n’y voit point de Coeur glacé,
N y de Bergere indiferente;
Quand unBergcr eft empreffe La Bêrgere fe môtreardente. Là je vivois jadis en Berger fort
coquet, Aujourd’buyjefuisperroquer, Car,helasi ma Coqueterie, Qu e j e no m m ois G a I ah terie, Choqua le cruel Cupidon, Qui sas m’accorder de pardo, Fit de moy la Méramorpjbofe, Que je vais vous conter en
Profe.
GALANT.
101
gérés, & je témoignais à toutes beaucoup d’amour, mais a la vérité je n en rejfentois gueres. Dans ma converfa- tion, dans mes Chanjbns & dans mes Billets, jeparoijfbù l’Amant du monde le plus ardent, &dans mon cæur]e me fientois fort tranquille’, enfin tout mon amour nef- toit que du caquet. Mais, bêlas! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon efi un Dieu qui punit cruellement le menfonge. Pour
Iiii
•>
• * * X*
ioi LE MERCURE
commencer d fie ranger de
moy , il me fit devenir trop
véritablement amoureux
GALANT. ïoj
de m aimer, elle affetâa tou- ’l tes les petites maniérés d'une qperfionne fort pafiîonnée, g/ q quand elle me vit bien fenfi-
*
«
ti
•‘l.
l't
i
'£
blement touché} elle me fit cent malices & me quitta en- fin pour un autreBerger aujfi laid qu’un vieux Singe,
Dieux; qu’un Berger vivroic content
S’il changeoit suffi-tort que change fon Amante!
Mais,, helas» que de maux nous caufe une In confiante,
Quadonnepeut êtreincôftat!
Idamour que je fentois pour ma petite Ingrate, & la haine- w * • • •
Z > I lllj
GALANT. lOy de la couleur des feuilles qui me couvraient, ma bouche en bec, mes bras en cuijfes, & ainfi du refie de mon Corps. Voila comme je me trousvay Perroquet, & j<? vous jure que je nenay point confier?d de regret.
1 t V*
Ne haïflantpïus mon Rival, Etn’aimât plus mÔInconftate 1 e fens mon Ame plus côtence, D’animerpour toûjoursleCorps d’un Animal,
Qoe celuy d’un Berger, quand l’Amourle tourmente.
R!* •i i * • a • s \
Ma petite Laide ne demeura pas aufii fans chdti-
?
io6 LE MERCURE ment,parce qu' elle riavoit aimé qu'en apparence, & que toute fa tendrejfe n avoit eflé que fîngerie ; ïAmour n ayant point eflé trompépar fes grimaces, voulut punir fon hipocrifie^ comme il avait puny mon libertinage. Il la changea donc en Guenuche;
& comme cesi oit une petite Bergere fort laide & fort malicieufe^ il-ri eut pas beaucoup de peine a faire ce changement.
Depuis cette double &Ae- tamorphofè nous avons vef- cu > ma cMai/lrefe & moy,
GALANT. 107
dans les Solitudes & dans
les Fore fis. Cependant nous
ne fiions pas tout-a-fait Saunages
, S? cela eSl fi <vray
que nous nous fommes lafifie
prendre aux premiers Hommes
qui fie font prefente^
N)'abord on nous mena en
Portugal, où l'humeur de la
Hation ne nous plaijoit gueres,
parce que le caquet &
les fingeries ny ont pas tant
de cours quen France, où
fapprens que nous fbmmes
aujourd’huy. Nous nous y
plaifbns fans doute, parce
que nous avons encore con?
VALANT, ioi
qnet, noflre Hiftoire jufques
icy i c efl à vous, Monflettr»
à nous apprendre le refle.
Dites-nous pourquoy nous
jommes entre vos mains, &
â quoy nous fommes deflinez^
puis que vous nous faites
partir pour un fécond.
Voyage^. A cette question,
fay répondu de cette maniéré.
’k x‘- U v ' * ''V • i V ’ *
Allez trop heureuxAnimaux,
Voicy la fin de tous vos maux:
renez que l’on vous deftine
Pour aller faire les plaifirs
D'une belle & jeune Blôdine,
Qui donne mille ardensdcfirs,
Et qui caufe mille foûpirs
A mille Amans qui n’osêt dire,
Belle, c’ eftfourvous quofoùpire-,
Vou$,Peroquet,&.nuitS<jour,
Vous luy pourrez parler d’amour
$
Sas vous attirer Ion courroux.
Quemôbôheur feroit extrême
Si j’olois parler comme vous!
Vous G uentiche, vos lingeries
Loin de luy d ouer du chagrin,
Là charmeront foir & matin;
O Dieux! quemes Galateries
N 'ont-elles le mefme deltini
C'eft ainfi , Mademoifelle,
que finit lu converfiition que
votive
GALANT. ni fay crû que je devais vous en faire part, gÿ que vous feriez bien aife defeçavoir leurs Aventures, fapourrais bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de i Amour ; mais bêlas, je nofeerois Avec vous morali- fer fur cette matière.
i ( « a ’ f ’
De Marfeille.
A MADAME DE F**
ÎE pars pour Marfeille, & je vous jure , Madame, que j'y vais malgré moy.
m LE MERCURE
Mais,dites-moy, ce beau Portrait,
L’avez-vous fait d’apres nature?
N’avez-vous point feint quelque
trait,
Pour embellirvoftre peinture?
Ce teint blanc, Se ces blonds
cheveux,
Cette main*, ce bras, cette
taille,
Cet Efprit tel que je le veux,
Qui furprend, qui brille, qut
raille,
GALANT. jr5
Enfin cet amas fans éçal
O
De belles qualitez, dont mon
ameeft ravie,
Seroit-iI dans l’Original,
Tel qu’il eft dasvoftre Copie?
Par tout ce que vous m’avez
dit
Vous avez charmé mô Efprit;
VoftreComteffe eft adorable:
Tome 9. K
Mais malgré lesappasdont vous
m’avez charmé,
Si bientoftjen’enfuisjaimé,
Je déclaré d’abord qu’elle n’eft
point aimable.
Je fuis d'un Me£lier,ou
l'on n aime pas a perdre fin
temps. J^ous fiave^, Madame,
que nous autres Gens
d'Affaires nous Jommes fort
inter effez^ & que \amaisnous
ne fai fions d'avances fi nous
ne voyons un profit prompt
afin ré-
Jamais à la groffea van turc
Nous ne mettons foins ny
lbûpirs;
GALANT. nj.
Nous vouions fetireré mefme
dans noftre ufure,
Erprerendonsgagner centpour
cent en plaifirs.
Sans nul fcropule cnGcns fort
fages,
Nous nous faifons payer l’intereft
d’un feul jour,
Et corne tin Juif noftre amour
Ne prefte que fur bons gages.
U7
beaucoup de petits dans
des Maiîbns particulières.
Comme ils n’ont befoinny
deTheatre, ny de Décorations
, ils peuvent paiTer
pour des Concerts, mais ce
font des Concerts fort ditout
ce qu’il y a de Gens curieux.
Le dernier qu’on a
veu paroiflre a pour titre les
^Amours deTiton & de T Aurore.
Les Vers en ont efté
fort eftimez, Mr Oudot
qui les a mis en Mufiqueen.
a reçeu
ges. Je vous ay déjà parié
n8 LE MERCURE
de luy. Il a beaucoup de
talent, & travaillant furune
On en a donné beau*
coup au choix que le Roy a
fait de Madame l’AbbeïTe
GALANT. ir9
de Sainte Menehoud, pour
la gratifier de l’Abbaye
Royale de Farmonûier en
Brie. C’eft une Dame d’un
fort grand mérité, & d’une
exadevertu. Elle eft delà
Maifon d’Uxelles,& Belle-
Soeur de M‘ le Comte de
Beringhen.
L’Abbaye de Sainte Menehoud
a. elle' donne'e à
Ao LE MERCURE
mais outre que la gloire
qu’il s’eft acquife dans cette
importante Charge l’a fait
connoiftre à toute la France,
fon mérité me fournira
d’aflez amples fujets de
vous en entretenir fouvenr.
Sa Majefté à auffidonné
l’Abbaye de Saint Jacques
prés Bourbon , à Madame
de Vaudetartde Bournonvilïe
Perfan. Elle eft d’une
grande Maifon, & le Nom
dePerfan a fait bruit ailleurs
que dans des Couvents.
S’il eft glorieux d’avoir
part aux Grâces que leR°y
GALANT, uf fe plaift à répandre continuellement fur ceux defes Sujets qu’il en trouve dignes, il ne l’eft pas moins de luy pouvoir faire des Prefens qui ne foient pas indignes de luy eltre offerts. C’eft un avantage qu’eut dernièrement Mc l’Abbé le Houx, qui heri-' tant du zele que fa Famille a toujours fait paro.ftre pour fon fervice, & donc elle a donné des preuves & dans les Armées& ailleurs, luy prefenta fon Portrait en mignature. Le Roy le re-
Tome 9. L
m LE MERCURE çeut avec ces témoignages de bonté qui luy gagnent
les coeurs de tous ceux qui ont l’honneur de l’approcher. Ce Portrait cft de la main de M* Bénard. Le Roy eft peint dans un Ovale. Au deffous de luy font quantité de Trophées, qui marquent les Conquef- tes qu’il a faites, tant fur la Hollande, que fur l’Efp*- gnc & l’Empire. Au milieu de ces Trophées on voit un Globe d’azur & trois Fleurs de Lys. A l’un des coftez du Roy il y a une
A '
u4 LE MERCURE lure & l’art en font admirables. Dans le haut eft la Renommée toute de relief. Elle montre le Roy d’une main, & tient une Trompette de l’autre. Un Lambeau d’argent y eft attaché avec des mots Latins qui font connoiftre que fi cet Augufte Monarque eft grand par la gloire que fes belles qualicez luy ontac-
quife, il l’eft encor davantage parfaValeur& parles Conqueftes. Auxcoftezde la Bordure font deux En- fans qui tiennent des Fleurs
B
GALANT. 115 & des Fruits. Il n'y a rien de mieux defliné. On voie la Triple Alliance au bas. Elle paroift foûmife à la France, qui eft reprefenrée par un grand Coq. D’un cofléil tient lAigledel’Em- pire enchaîne7, & de l’autre deuxLyons fuyans le Coq. L’Efpagne eft marquée par l’un, & la Hollande par l’autre fous la forme d’un Lyon Marin. Ce Prefent ne pouvoir eftre plus beau, puis qu’il n’y a rien de plus grand que le Roy, & que c’eft fon Portrait qui le compofe. Il
L iij
cftoit accompagné d’un
Poème fur les Conqueftes
de ce Prince. Comme jamais
Monarque n’eut tant
de gloire que luy, c’cft peu
qu’Arles nous ait fourny
des Obélifques pour graver
fon Nom, & tranfmettre
à la Pofterité les grandes
Allions dont nous n’avions
point encor veu d’exemples;
on a trouvé fous terre
deux Arcs de Triomphe a
Rheims, comme fi les Conqueftes
de Sa Majeftéallant
pus vifte que les mains des
Ouvriers ne pourroient
GALANT. 117 faire pour luy élever des Monumens dignes de luy, la Terre prenoit foin d’en produire, & fe faifoit un avantage de contribuer quelque chofeà luyaifurer l’immortalité qui luy eft deué. M'de Santeiiil,Chanoine de S.Viftor, a fait des Vers Latins là-deffus, que j'aurois tâché de vous faire voir en noftre Langue, Ci j’en avois pû exprimer la force. 11 a le Génie admi- ble pour la Poëlie, auflî- bien que quantité d’autres de cette Maifon, dans la-
L* • • • 111)
LE MERCURE quelle j’ay appris que Mon. Leur le Prefidenc de Bail- leul avoir choifi fa Retraite.
Il ne le pouvoir faire dans une Abbaye, ny plus ancienne ny plus noble. Elle eft remplie de Perfonnes de Qualité’ qui meriteroient qu’on les nommât Comtes de Paris, à l’exemple des Chanoines de Lyon qui
portent le titre de Comtes. La Maifon eft fpacieufe, les Jardins agréables, & la Bi- bliote'que une des plus belles qu’on puifte voir- Elle eft d’autant plus utile»
GALANT, que le Public a la liberté de fe fervir de fes Livres, qui font fortcurieux&en tres- grande quantité. C eft af- furément un fecours fort confidérable pour ceux qui voudroientne rien ignorer-, &c comme il en eft beaucoup qui cherchent particulièrement à s’inftruirede tout ce qui peut eftre une preuve de la grandeur de la France, je croy vous devoir faire remarquer que fi fes Armées de Terre la font aujourd’huy craindre de toute l’Europe , fès forces
I3o LE MERCURE
de Mer ne la rendent pas
moins redoutable. Cela
paroift par le grand nombre
des Vaifleaux qui font
à Breft, à Rochefort & à
Toulon. Je vous envoyé le
Rolle de ceux de ce dernier
Port, en attendant que je
vous puiffe faire part des
deux autres. Celuy-cya
ime a
jamais rie» ne fut fi exaft,
& vous y verrez en diffelement
le nombre des Canons
dont ces Vauieaux
font montez, de combien
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GALANT. 151 1: de Tonneaux ils font, le lieu de leur conftrudion, le NomdesOuvriersquiles ont faits, leur âge, leur du- re'e, & les pieds d’eau que leur charge leur fait prendre,mais encor ce qu’ils onc d’Officiers Mariniers, de Matelots, de Soldats, &les autres chofes qui regardent la Solde & les Vivres par chaque Mois. Si ce dénombrement de Vaif- feaux, d’Equipages&d’Ar- memens n'eft pas du gouft mi de vos fpirituelles Amies, ici l’Avanture que j’ay à vous
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GALANT. ijj
y commencer fes Exercices,
& quand il y vint, on
peut dire qu’il eftoit tout
nouvellement débarqué. Il
avoir des maniérés embarraflees,
& ceux qui prenoient
inrereft en luy, ne le
virent pas longtemps fans
s’appercevoir que l’Etude
ne luy avoir donné que des
Connoiffances mal digérées
qui avoienrbefoind’adouciifement.
Comme il
n’y a point d’Ecole plus propre
à l’acquérir que celle
des Femmes, fes Amis le
menèrent chez quelques
iî4 LE MERCURE Belles. 11 les vit d’abord fansautre defleinqueceluy de rendre fes devoirs à d’aimables Pcrfonnes que fa naiflance engageoit à marquer de la confideration pour luy; mais infenfible. ment il y prit gouft, il eftoit d’âge à aimer , il avoit un coeur; & une grande Brune dont les yeux eftoient les plus dangereux du monde, eut tant de charmes pour luy, qu’il en devint éper- duëment amoureux. La Dame fut furprife de Ie voir plus fouvent chez elle
GALANT. 155 quelle ne l’auroicfouhairéj i tlle eftoic fi bien faite, quelle n’eut pas de peine adevinerqui l’attiroic. Ses affiduitez ayant commencé ï àluy faire connoiftrelapaf- ' fion qu’il avoit pour elle,! i fes regards & quelques foû- pirs mal étouffez acheve- ; rentdel’eninftruire. Cette j conquefte la chagrina, elle I n’eftoit poinc d’un affez
' grand poids pour luy faire honneur, & l’cxpofoit à des importunitez fatiguantes I pour une Perfonne qu’un coeur novice n’accommo-
t ?? | r J
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I 1
ï36 le mercure doit pas. Elle feignit de n’entendre point les premières déclarations,& pour s’en défaire en le rebutant, elle le railla furquelquesdefauts dont il prertoit peine à fe corriger, & n’oublia pas fur tout à luy faire con- noiftre fon dégouft pour certaines rougeurs qu’il a- voitfur levifage. Ilaimoit la Dame, & vouloir luy plaire à quelque prix que ce fuft. Ce dernier reproche luy donnoit de l’inquiétude. Il crut que fes rougeurs citaient lafeule cMe
GALANT. 137 ÛUi la choquoit, & dans ^impatience d’y trouver quelque remede, il fit confidence de fon fecret à ce- ]uy qui lavoit mené chez elle 3 & qui apprenoit fes Exercices dans la mefme Académie que luy. LeCon- fident avoir veu le monde, il aimoir à faire piece, & fmshefiter, il luy dit que fi ceftoit là le feul obftacle qui l’empelfhaft d’avoir les bonnes grâces de la Belle, il luy répondoit de fon bonheur. 11 adjoûte que ces rougeurs venoient Tome 9. M
15S LE MERCURE
d’une abondance de fang
qu’il eftoit facile de détourner
, qu’il les avoir eues
comme luy, & que pour
éviter la guerre qu’on luy
faifoit, il s’en elloir fait
quitc par des Ventoufes
que ivioucic uum a “
ipirituellemenc entendre,
quand dans l’une de fes Pièces
il a fait dire pourinfulter
un Apotiquaire, qu’on
voyoit bien qu’il n’eftoir
pas accoutumé à parler a
des Vifages. Le Gentilhomme
auffi crédule que
GALANT. 159. jeune , auroit voulu eftre ventoufé dans le mefme inftanc. Il embrafle le Confident avec une joye extraordinaire, & le conjure de ne point différer à faire venir la mefme Perfonnedont il s’eft fervy pour une pareille Opération. On prend jour au lendemain,un Chirurgien a le mot, & deux Amis communs font avertis de l’employ qu’ils doivent avoir dansIaPiece. Le Confident amené le Chirurgien à 1 heure marquée. Le Gentilhomme le prie de M ij
14O LE MERCURE n’épargner point fon fang, &fe couchant furie ventre, il fouffre l’application des Ventoufes qui font uneco- pieufe attradion. Les Scarifications fuivent, on les fait profondes, & apres que le Chirurgien en a recüeilly deux grandes paletes de fang , il remet les Ventoufes, & feignant d'avoir oublié quelque choie de ne* celfaire, il le quitte pour courir jufques chez luy. 11 eft à peine forty de h Chambre, qu’on entend du bruit dans l'Efcalier. C’cf-
'GALANT. 14î voient les deux Amis à qui on avoir appris le miftere. ils entrent malgré le Patient qui veut qu’on ferme la porte, & qui a bien de 1a peine à fe tenir couché fur le cofté. Ils s’informent de ce qui peut l’arrefterauLir, & apres une converfation generale d’un quart d’heure, l’un des deux pafle dans une étroite ruelle fous prétexte d’avoir quelque fecrec à luy dire. L’Amant Ven- toufétournela telle fans fe remuer, & fon Amy le prie inutilement de s’approcher
i4i LE MERCURE un peu dauantagc. Il n’ofe luy dire en termes du galant Voiture, qu’il a pour ne le pas faire, uneraifon fondamentale fur laquelle il ne luy eft pas permis d’apuyer. Il n’écoute qued’un peuloin ce qu’on ne Iuydiroitpas fi on ne cherchoit à l’embar- rafler; & enfin le Confident fait l’officieux en obligeant les nouveaux venus à s’éloigner. Le Chirurgien revient,il ofte les Ventoufes, & laide le Plaintif fcarife dans des douleurs dont il ne fe confole que par l’el-
GALANT.
'4
’45 pejance de n’avoir plus les rougeurs qui bleffcnt les yeux de la Dame. Elle apprend du Confident le tour qu’illuya joüé, & afin qu’il nejoüifTe pas feul duplaifir de cette Avanture, elle envoyé prier le Gentilhomme deluy venirparler le lendemain. Le Meftage luy eftoit trop doux pour ne l’engager pas à fe faire une necef- ficé de cette Vifite. rend chez elle à pied, I cente,. & ne laiffoit aucune voiture commode pour luy.
Il fe car l’Opéranon eftoit trop ré-
i44 LE MERCURE
On le mene dans le Cabitrefle
ne parut fi longue à
un Amant. Il s’en tire le
plutoft qu’il peut, & ce qui
e chagrine, c’eft qu’au
bout de quelques jours, il
s’apperçoit que fes rougeurs
augmentoient au lie11
de diminuer. 11 s’en plaint
à ccluy qui eft caufe du Rerue^
medequna eiiaye^iacç- ponfe eft qu’il feroit bon de recommencer, parce que les Ventoufes n’ont pas efté affez longtemps appliquées. Il s’y feroit refolu fans doute, s'il n’en euft demandé avis à quelqu’un qui luy dit charitablement qu’on luy faifoit piece. Il avoic du coeur, & ayant rencontré le malicieux Confident, il luy fait mettre fé- pée à la main, Comme les difgraces fe fuivent, il ne peut Ci bien fe fervirde foa adreffe,qu’il ne reçoive une
Tome 9. N
ï46 le mercure fort large B tellure dont il eft encor à prefent au Lit. Il eft certain qu’il en guérira., mais il ne l’eft pas que ce nouveau fang qu’il a perdu fafle cefter les rougeurs dont il avoit crû fe défaire.
Voila, Madame, comme on eft quelquefois mal ré- compenfë du temps qu’on employé à fervir les Belles. Ce font des périls qu’on ne court point en fervant noftre Grand Monarque. Comme il ne lailfe jamais de vertu fans récompenfe> il a donné à Mc d’Eurre le
GALANT.
es
»!
lill
If
ai!
fils la Lieutenance de Roy
des Ville Sc Citadelle de
fyfontelimar,en confideratjon
des fervices que M?
d’Eurre fon Pere a rendus
au feu Roy 3 & qu’ils ont
continuez l’un & l’autre
avec un attachetnent qui
femble particulier à ceux
de cette Maifon. Ce dernier
avoit donné fa Démiffion
de la Lieutenance de
Roy des Ville & Citadelle
de Valence dont il avoit
elle gratifié par Sa Majellé
pour plufieurs années de
fervices dans la Charge
N ij
dans fes Armées ou il a reçeu
plufieurs Blclfures, &
Gênas Gentilhomme de
Dauphiné, qui sert fait
aflez Couvent diftinguer
parmy les Gardes du Corps.
Cependant je fuis oblige
de vous dire que j eftois
mal inftruit quand je vous
ay fait fçavoir que Moniteur
le Cardinal d’Eftrées
alloit à Rome en qualité
d’Ambafladeur Extraordigalant.
ne peuvent
149 du Roy, & que par une Julie dUrbain VIII. les Cardinaux prendre le Titre d’Ambaf- fadeur, quoy qu’ils en fal- fent prefque toutes les Pondions.
On m’apprend en mef- me tcmpsque Meilleurs de Renel , de Flamarin, de Beaulieu, & de Forteville, ont cflé reçeus depuis peu de jours Chevaliers de [Ordre de S.Lazare de Jérusalem. Onles doit croire d’autant plus dignes de cet honneur fie de tous les glo- N iij
1JO LE MERCURE
rieux avantages qui le fuivent,
que Monfieurle Marquis
de Louvois,qui a bien
voulu eftre le Chef de cet
Ordre, & s’en faire le Vicaire
General , s’applique
particulièrement à n’y admettre
que des Perfonnes
de naiffànce, de mérité, &
de probité. Rien ne manque
là-defius à ceux que je
viens de vous nommer, &
je me tiendrois affûté de
pouvoir faire leur Eloge
d une maniéré bien délicate
, fi ma Plume I’eftoit
autant que celle de finGALANT,
comparable Madame des |4oulieres,qui nous a donné enfin un fécond Idylle. Vous avez admiré les Moutons 5 admirez les Fleurs. Celles que la Nature produit ne font ordinairement belle? qu’au Printemps, niais en voicy qui le feront en toute fai fon, & que le temps fera toujours obligé de refpeder.
N iiij
trois matins.
GALANT. ijj
oint l'innocente ten*
Que le Printemps fait naiftre entre
Zephire & voies.
Jamais trop de délicateffe
jje mefle d'amertume àvosplus
doux plaifrs.
Que pour à'autres que vous il pouffe
desfoùpirS)
Que loin de vous il folâtre fans
y'ous ne reffentezjfoint la mortelle
lorsque plein d'une ardeur extrême
aime,
Manquer d'empreffement* ou f envaver
ailleurs.
qua paroifre*
Ïj4 LE MERCURE
Plus heureufes que nous, ce n'efl que le trépan
Qui vom fait perdre vos apport Plus heur eufes que nous, v oui niou- re^ pour renaiftre.
T rifles reflétions l inutiles foiï' hait s !
Quâdunefois nous ce fins d'eftre^ Aimables F leurs ,c' eftp ourjamais. Vn redoutable inftant nous détruit fans referve,
On ne voit au delà qu'un obfcur Avenir >
A peine de nos noms un le^er fou- venir
Parmy les H'omm es fe conférée JFgus rentrons pour toujours dans le profond repos
Tf où nous a tire^la Nature, T) ans cette affreufe nuit qui ci fond le Héros
rf.
72
GALANT. i55
rjivecle Lâche & le Parjure^ Et dont de fiers Défi ins par de cruelles Lux
Ne lai fient finir quune fois. Mais helasl pourvouloir revivre La vie eft-elle un bien fi doux l Quand nous ï aimons tant* fim-
qeonsmous
De combien de chagrins fa perte nous délivre ?
Elle riefi qu'un amas de craintes^ de douleurs,
De travaux % de foucis^ de gefines. Sinous voulons qoufler ce qu'elle a de douceurs^
De nos plaifirs on fiait nos peines»
Pour qui connoit les mifieres humaines^
Mourir riefl pas le plus grand* des malheurs.
Cependant, agréables Fleurs^
ij6 LE MERCURE
Et nous ne vous portons envie
Que par où l'on devroitvous envie?
le moins.
nos foins,
A voilez, Madame, que
mes Lettres vous pïairoient
encor plus qu’elles ne font,
ii elles eftoient toujours
remplies de quelque Ouvrage
de J’Illuftre Perfonne
X ~l •
a qui nous devons celuy-cy.
Bile fait apurement honneur
à voftre beau Sexe.
Pour moyje tiens que fon
trop de mérité eft fon feul
GALANT. 157 defaut, car il me femble qu’eftant aufli-bien faite quelle eft, elle ne devroit pas avoir tant d’efprit. Il brille merveilleufement dans ces Vers; outre que l’expre ftion en e ft noble, ils font d’une netteté achevée, &ont un tour aifé & délicat qui fait qu’on entre fans peine dans la penfée, & quelle s’offre d’abord fans embarras. Je ne fçay pourtant fi cet Idylle pourra per- fuader à tout le monde que mourir pour renaiftre ne feroit pas un bonheur pour
Ïj8 LE MERCURE
nous, je veux dire, à nous
regarder de'tachez des fentimens
que nous donne la
Religion. Dumoinsjefçay
bien qu’il paiFeroit pour un
forr grand avantage dans la
Famille de Madame de Torigny,
donc la mort a laific
un fenfible regret à tous
ceux qui la connoifïoient.
Elle eftoit de la Maifonde
Laubefpine, Femme deM‘
de Torignv Prefident en - O X v
la Chambre des Comptes,
& Soeur, comme je croy
vous l’avoir déjà dit dans
lune de mes Lettres, deM1
II!
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GALANT. 159
le Marquis de Verderonne
Gendre de feu M le Chan.
celier Daligre. M de Verderonne
Ion Pere eftoit
Maiftre des Requeftes, &
Chancelier de Monfieur le
Duc d’Orléans Oncle du
Mere qui vit encore, eft
Fille de feu Mr le Bret autrefois
Avocat General |du
n6o LE MERCURE Parlement,qui nous alaifle quantité de beaux Plaidoyers, & un Traité admirable de la Souveraineté. Ce grand Perfonnnage eft mort Doyen du Conlcil du Roy. Mr le Bret de Fla- courtfon petic-Fils, aujour- d’huy Maiftre des Requef- res, foûtient dignement le nom & la gloire que luy a laifleefon iïluftre Ayeul. Je ne vous dis rien de Mfde Torigny le Fils dont je vous parlay quand il fur reçeu Conleiller au Parlement, il eft dans une eftimc gene-
GALANT. i6l rale,& marche fur les pas Jes grands Hommes dont ileftdefcendu,& c’eft une des plus fortes louanges qu’on luy puiffe donner. Feu Madame la Prefidente deTorigny fa Mere avoic dans fa phifionomie je ne fçayquoyde fier & de mo- defte tout enfemble qui at- tiroic la vénération de tout
le monde. Elle eftoit civile, douce, honnefte, fin- cere, obligeante, & la meilleure & plus tendre Parente qui fut jamais. Rien n’approche du refped qu'elle a Tome 9. O
LE MERCURE touj ou rs eu p our Mr 1 e Pre- fident fon Mary. 11 eftoic accompagné d’une amitié folide qui
ne luy laifïcis goufter de joye véritable que quand elle pouvoit ef- tre avec luy. Je dis beaucoup, & ne dis poinc encor allez, puis qu’il y avoit mille charmes répandus en fa Perfonne qui la rendoient un Trefbr ineftimable d ef- prit& d’honneur.
Nous avons auffi perdu 'Madame la Marefchale d’Albrer. Elle eftoit Sce^r
• *
de Mr du PlelTis-Guene-
•
GALANT.. 16 j
gaud. Toute la Guyenne la
fort regretée, elle y eftoit
dansuneconfideration très
particulière,& tout ce qu’il
y a d honneftes Gens dans
cette Province , eftoienc
charmez & de fa bonté' &
refpeéte perfonne, les années
s’écoulent infenhblement,&
fi on peut mefurer
letempSjiln’y a pas moyen
del’arrefter. Les Horloges
qui nous font connoiftre
combien nous avons pafle
d’heures de chaque jour où
nous yivons, ne peuvent
o U♦ •
ï64 LE MERCURE
nous apprendre combien
il nous en relie encorà pa -
fer. On en a prefenté une
au Roy depuis quelques
jours d’une beauté & d’une
invention toute extraordinaire.
Il n’y a rien de mieux
travaillé que cet Ouvrage,
& on ne peut aflez admirer
l’intelligence & l’efprit de
cette ingénieufe Perfonne
V y quien adonnél’idée. Cette
Horloge faite en Globe a
un pied de diamètre, &
forme les heures & les
quarts fur trois Timbres.
Elle cft à Pendule, & en
GALANT. i6j commençant par le bas, on voit les Quarts & les Minutes fur le plus petit de fes Cercles. Les Jours de la Semaine font marquez fur un plus grand, & fur un autre encor plusgrandque ce dernier font les Saifons a- vecles Planètes dans leurs Maifons. LaLuney paroift; C’eftune petite Boule tournante qui en montre tous les jours peu à peu le croif. fant& le déclin,comme on le découvre dans le Ciel. Cette petite Lune fuit le premier mobile qui eft le
i66 LE MERCURE mouvement régulier de vingt-quatre heures, & rétrogradé chaque jour à proportion de ce qu’il faut pour faire fa révolution entière en vingt-neuf jours -i. On voit en mefme temps fon quantième, fon afpeéi avec le Soleil, la Marée & le lieu qu’elle occupe dans les Signes. Le Soleil eft place lùr un plus grand Cercle. L’Heurey eft marquée auffi bien que le Jour de l’Année & le Degré du Signe ou il eft, ayec fon lever & f°n coucher. Tous ces Cercles
GALANT. i67 compofentun peu plus que lamoitié de ce Globe, &en forment Ja partie inferieure. Il n’y a rien dans celle d’enhaut, parce qu’ayant eftéfait poureftrefufpendu comme unLuftre,il auroit efté inutile d’y marquer ce qu’il eufteftéimpoffible de voir. Le premier Cercle eft d’argent, le fécond d’or, 5c ainfi de tous les autres. Le
Soleil eft d’or, grand comme une Piece de Trente fols,pofé fur une double L d’acier cizelé en relief, & bluy. Un des coftez de la
î68 LE MERCURE Lune eft d’argent, & l’autre eft d’or émaillé d’azur avec
de petites Etoilles d’or. Cette Lune eft comme enfermée
à moitié dans une Boete qui eft aufli d’or, émaillée d’azur & parfemée de petites Etoilles du mef- me métal. Un Nuage d’or émaillé la porte. On diroit à fa couleur qu’il eft éclaire du Soleil couchant. L’Aiguille qui montre les Planètes dans leurs Maifons, eft faite d’acier en relief, &
compofée de deux Arcs & d’une Fléché qu’on regarde comme
GALANT. 169 comme les armes d’Apollon. Un Sceptre, un Barton Royal, & une Couronne de France, forment celle qui marque le Jour de la Semai, ne -, & celle qui indique les Quarts, a la figure d’une Fleur de Lys, Il y a des branchages d’acier fort de'- licats qui compofent un Horifon pour cacher le Soleil pendant la nuit fous un voile tranfparent. Lerefte du Globe qu’on peut nom- mer la partie fupe'rieure,eft rendu parfait par uneCalo- te d’argent, fur laquelle on Tome 9. P
I7o LE MERCURE a percé à jour les fix Signes Méridionaux avec les principales Conftellations , & des Etoilles en confufion. Au deftiis de ce Globe pa- roift un Nuage d'argent remply des principaux Vents qui imitent parfaitement le naturel. CeNüage porte un Buifton de Palmes & de Lautiers d’or fur lequel eft pofe'e une Médaillé du Roy en bas relief d’or, & autour de ce Buiftonil y a trois Enfans de ronde bofle, dont l’un met une Couronne de Laurier fur
GALANT. i7i cette Médaillé, l’autre la regarde en foûtenant le Buiflbn,& le troifiéme âfenc une Trompette. Pour le dedans du Globe il eft rem- ply d’environ trois cens Pièces qui forment enfem- ble dix très-beaux Mouve-
partie nouvelle-
mens, dont il y en a la plus grande
ÇJ-g f
ment trouvée par Mc Mar- tinot Horlogeur du Roy, & Inventeur de ce m r-
veilleux Chef d oeuvre. Mr Balain Orfèvre du Roy, & Controllcur des Poinçons deFrance,y a contribué de
P ij
17t LE MERCURE tout ce qui dépendent de fon Art, & le deflus de la Calote eft de fon invention.
Comme on invente tous
lesjours
nouveau
quelque chofe de dans le monde,on
renonce auffi tous lesjours à ce qu’il y a de plus engageant. C’eft ce que fit encor dernièrement Made-
jnoiielle de Vaillac, en prenant l’Habit aux grandes Carmélites, en prefence de Leurs Alteftes Royales Monfieur & Madame, q^1 luy firent l’honneur d’ah
GALAN’
fifter à cette Ceremonie,
accompagnez de quantité
dePerfonnes des plus qualifiées
de la Cour. Elle eft
cadete de cette belle Mademoifelle
de Vaillac, donc le
mérité fait tant de bruit, &
dont on ne peut dire trop
de bien. Si l’une fait fou
bonheur de la Retraite,
l’autre peut faire celuy
d’un des plus honneftes
Hommes du Royaume.
Elle eft aufli bien faite que
belle, fa taille eft grande &
i74 LE MERCURE qui eft un fort grand charme , fa bonté va au delà de tous ceux de fa Perfonne.
Ladé’icatefle quiparoift en celle de Monfeigneur le Dauphin , femble en quelque façon incompatible avec les Exercices violcns. Cependant il a commence à faire voir depuis quelques jours,qu’il a toute la force neceflaire pour lesfuporrer, en montant des Chevaux d’Ecole. Il ne fe contenta pas du premier qu’il monta, nommé Favory, qui eft un Cheval fort adroit, & qui a
*7?
GALANT, beaucoup de fcience & de vigueur, il en monta encor un autre avecl’applaudifie- ment de toute la Cour qui fut furprifedevoir que de's la première fois il fuft fi biens cheval. Monfieur le Comte de Brionne reçeu en furvivancede la Charge de Grand Ecuyer,luy prefenta la Gaule. Le Roy en fut très farisfait. Il demeura prefent à tout le Manege, & ordonna qu’on fift une Loge pour la Reyne. Ainfi les Dames auront la fatis» fadion à l’avenir d’admirer
P iiij
i76 LE MERCURE l’adreffe de ce jeune Prince, & la bonne grâce qu’il a dans tout ce qu’il fait. M" deBournonville & du Pleins , Ecuyers de la grande Ecurie,auront l’honneur de luy enfcinner tour à tour cet Exercice. Le premier eft malade, & je nefçay s’il aura âflez de fantépour luy venir donner fes Leçons pendant fa quinzaine. C'cft un Gentilhomme d’un mérité particulier. Il montre à la grande Ecurie, & le choix du Roy en fait l’Eloge. Ml duPleffisdont le nome ftfi
GALANT. J77 connu, & qui avoir rendu fon Académie G célébré en faifant les meilleurs Ecoliers
de France, a eu l'avantage de mettre Monfei- gneur le Dauphin achevai. M' de laTouche, choifv par le Roy pour luy enfeigner à faire des Armes, eut ce- luy de les luy mettre à la main le mefme jour. Il eft le premier qui ait réduircet Art cnScicnce, & il ne faut
point douter que ce qu’il enfeignera à ce jeune Prince, ne le rende bientoft au flï parfait dans ce qui la regar-
t
i78 LE MERCURE de, qu’il l’eft dans tour ce ( qu’il a déjà appris par les £ foins de Monfieur le Duc c de Montaufier. Cela pa- I roifc par les marques qu’il c donne tous les jours d’ef- ( prit, de jugement & de me- h moire. Deux Exercices de le vigueur commencez dans j le mefme temps, & qui c vont eftre continuez de la t mefme forte, font voir non < feulement la force & l’a- j dreffe naturelle de Monfeî- ( gneur le Dauphin, mais |< l’ardeur qu’il a pour tout ce < qui luy peut fervir à mar- 11
GALANT. 179
«hcr fur les glorieufes traces
qu’il brûle d’impatience
de fuivre. Monfieur le
Prince de Conty qui a efte
clevé avec luy, a commencéauffià
montera clievalle
iSo LE MERCURE derniere Campagne. Apres avoir eu d’abord plufîeurs Avantages versTaormina, on s’empara de quelques Poftes importans auprès de Catania & de Melazzo. On fe rendit maiftre un peu apres de ceux de Jacy, de Mafcary, & de la Motta; Cependant Monfieur le
* ■ 3 /
Marefchal Duc de Vivon- ne, donc la pieté n’eft pas moins grande que le courage, fit jetter à Meflineles Fondemens d’une Eglûe qui doit porter le Nom de S.Loüis, On auroit prisées
GALANT. i8t :i places plus confiderables 'J que celles que je vous viens M Je nommer, fi les Vents, Es qu’on ne gouverne pas aufG ii facilement que les Hom- lj mes nous en euflent permis •J l’approche. Mr de Cafàux it donc la valeur’eft ficonnuë, :il fit attaquer un Corps de deux mille Hommes dans 5 la Plaine de Mafcary. M'de 1! Chaftenay qui comman- 1 doit le Détachement fut e tué d’abord. Mais les Fran- “ çois qui ne font plus rien H d’ordinaire, ne perdent C1 point coeur pour avoir per-
3
jSx LE MERCURE
dduu uunn CCoommmmaannddaanntt,. cCeeuu:x
quifurent de l’Occafionfi
rent auffi-toft plier les Ennemis.
M' de Cafaux les
fuivir, & fit deux cens Prifonniers,
parmy lefquelsil
y eut plufieurs Officiers.
Les Meffinois montrèrent
ne fe peut rien adjoûter a
leur courage. Quelque
tempsapres les Noftres prirent
Belveder aux environs
de Catania. Moniteur le
Duc de Cruffiol voyant la
place de Lieutenant-ColoGALANT,
ig,
cantepar la mort de M1 de
Ahaftenay, propofa M[de
Erégy au Roy pour la remplir.
Il eftoit Capitaine
dans ce Régiment -, & comme
il avoir beaucoup contribué
à la prife de Taormina,
il avoit efté fait dés
ce mefme temps Gouverneur
de la Scalete. Sa Ma184
le mercure
la Lieutenance-Colonelle.
QuelqueProfeflionqu on
ait embraflee, le mérité eft
une forte recommandation
pour obtenir les grâces
de ce grand Monarque
qui va Couvent le chercher
hors de la Cour. Nous le
M1 d’Obeille, qui vient
d’eftre Sacré Evefqued’Orange.
Il eft Doéleur de
Sorbonne, & c’eft à caufe
7 /1 / \
*
- ----------- — —
Prelat.
En vousfaifant le Détail
GALANT. 18; de ce qui s’eftoit pafïe au Mariage de M* le Marquis de Beringhen, il me fou- vient, Madame, que je vous parlay de la beauté de l’Hofteld’Aumont, &dela magnificence des Meubles qui en font les ornemens. Monfieur & Madame y furent il y a quelques jours, accompagnez de quantité dePerfonnes Illuftres de la Cour de l’un & de l’autre Sexe. M’ie Duc d’Aumont les reçeut d’une maniéré qui le rendoit digne de l’honneur qu’ils luy fai- Tome 9. Q_,
186 LE MERCURE foient. Leurs A. Royales prirent grand plaifir à voir les raretez qui fe trouvent dans cet Hoftel -, & apres avoir entendu deux differents Concerts de Clavef- fïns, de Tuorbes, de Luts & de Voix, qu’on avoir difpofez en divers Appar- temens, Elles furent régalées d’un magnifique Souper, fervy d’une façon extraordinaire. La Table el* toit une maniéré de Croif- fànt en demy Odogone. Il y avoir vingt Couverts. Monfieur & Madame pri-
GALANT. 187 remplace àlafacede l’Oc- togone oppofée au Buffet qui eftoit d’une richeffe furprenanre. Les Dames fe placèrent aux deux coïtez de la Table j à fçavoir, Madame la Comteffe deSoif- fons, Madame laDucheffe de Bouillon , Madame la Princeffe de Monaco , Madame la Marefchale de la Mothe Gouvernante des Enfans de France,Madame la Duchcffe de Ventadour, ” Madame la Marefchale de laFerté, Madame la Comteffe de Louvigny, Mada-
188 LE MERCURE
me la Marquife de la Ferté, Madame la Marquife de Beringhen, Mademoifelle de Grançay , & plufieurs autres Dames de la première Qualité. Il y avoir une fécondé Table à dix-
Lorraine,
huit Couverts pour Mon- fieurle Grand, Monlteurle Chevalier de
Moniteur 1’Arclievefque de Rheirns, Moniteur le DucdeVilieroy, Moniteur le Chevalier de Matignon,
O
Moniteur le Marquis de Saucour, & d’autres Per- fonnes du plus haut Rang.
GALANT. 189
Les Apartemens eftoient
éclairez d’un très-grand
nombre de Luftres, & les
Tables furent fervies avec
une propreté admirable.
On ne pouvoit moins attendre
du foin & de la vigilance
du Sieur Renaut,
Maiftre-d’Hoftel de Monfieur
le Duc d’Aumonr.
Pendant le Soupe les Hautbois,
les Violons, les Timbales,
les Tromperes,&
toute forte d’autres Inftrumens,
formèrent un Concert
qui donna un fort
grand plaiiir à Leurs AlI9o
LE MERCURE
tefTes Royales. Auflifor- C
tirent-elles tres-fatisfaites p
& de la magnificence du f3
Repas, & des maniérés de 0
celuy qui ledonnoit. p;
Je ne dois pas oublier à m
Relations, je ne vous ay ir
point parlé de Mr le Comte
devienne,Mettre de Camp
du Régiment de Cavalerie |e
du Roy. Je ne fçay cotü' h
ment fon Nom a pu m e- C(
chaper , puis qu’il eft certain
que pendant cette |c
GALANT.
s’y font fert en Alle-
, -1?1 I Campagne il a donné dés preuves tres-glorieufes de fa valeur dans toutes les Occasions qui paffées. Il __ magne dans l’Armée de Monfieur de Créquy avec une fi ardente paflion defe fignaler, qu’il s’eft toujours trouvé par tout des premiers , & particulièrement au Pa{Tage du Rhin lors que le Prince de Saxe-Eyfenach fut batu, & dans la Rencontre où lesNoftres défirent trente Efcadrons des
Impériaux. 11 eft Fils de
r92 LE MERCURE Moniteur le Duc de la a Vieuville,Chevaiierd Hon- & neur delà Revne, & Gou- H verneurdu Poitou,Frere de 0 Mr le Marquis de la Vieil- î ville, aifné de la Maifon, <| Meftre de Camp du Régi- c ment de Navarre. r1
Je reviens à l’Article lu- T gubre que jecroyois avoir quitté jufqu’au Mois pr°- 1 chain,pour vous apprendre Vl la mort de M1 duTillet- Il ' eftoit Prefident des Re-1 queftes,&Frere du Greffier J de ce nom. Il a laiffie beau- coup de bien, & un Fils qui
JC
ucls
itparvcnu à la
e de
commença par
que juitice
donne cette
mort me fait
a epoule Mademoifelle
Brunet. Il pafle pour un
cres-honnefte Homme. &
on ne luy
ouand on
fouvenir que dans ma dernière
Lettre je ne vous dis
qu’un mot de feu Monfieur
Daligre, Chancelier de
France. 11 eft bon
vous ap
degrezil
plus éminente
l’Eftat. Il
eftre Confeiller au Grand
Confeil, & fut en fuite Sc-
Tome<j. R
î94 LE MERCURE
cretaire du Cabinet, Intendant
de Juftice en Languedoc&
en Normandie, AmbafladeuràVenife,
& Confeiller
d’Eftat. Feu Monteur
le Cardinal de Richelieu
le choifit apres la mort
de Mr le Chancelier Daligre
fon Pere, poureftre du
Confeil de Marine. Onia
veu environ un an Sur-Intendant
des Finances par
CommilTion, apres quoy
SaMajefté le mit du Confeil
Royal des Finances
dont il demeura Directeur
General, jufqu a cequ’Elle
li
h
C
&
h
c
v:
A
ei
r.
» P
U
d
Ci
î
GALANT. i9J
luy envoya les Sceaux, &
luy fit prendre le Tirre de
Chancelier. Sa modération
& fa juftice luy ont attiré
l’admiration de tous ceux
qui donnent le prix aux
chofes fans paffion II eftoit
connu avoir l’efpric
vif & pénétrant dans les
Affaires, & il falloir qu’on
enfuft perfuadé puis qu’on
ye aux
Il avoir
douceur attirante, & beaucoup
d érudition, en forte
que peu de Personnes pof-
R ij
LE MERCURE fedoient mieux que luy les belles Lettres.
Je vous ay déjà dit beaucoup de chofes de Monfieur leTellier que le Roy luy a donné pour Succef- feur. Si-toft qu’il eut pref- té le Serment accoutumé, Meffieurs les Maiftres des Requeftes, les Treforiers de France de Paris, & les Secrétaires du Roy, luy allèrent faire leurs Comph- mens, ces trois Ordres d’Officiers ayant d’autant plus d’obligation de prévenir toutes les autres Com-
i97
galant. pagnies, qu’ils preftenc eux-mefmes le Serment de fidelité au Roy entre les mains des Chanceliers de France, à caufe de l’ancienne Dignité de leurs Charges, & de ce qu’ils fonc Commenfaux de laMaifon? du Roy. M'Taffauc,Doyen desMaiftres desRequeftes porta la parole pour leur Corps, & s’en acquita fore dignement. Mr de Waro- qrner,Chevalier de l’un des; Ordres du Roy, Prefidenc au Bureau, des Finances, Gentilhomme de noble Sc
R iij
19S LE MERCURE
ancienne Maifon des Pays-
Bas, & d’un mérité connu,
parla pourlesTreloriers de
France, & parla à fon ordinaire,
c’eft à dire en termes
aifez & infinuans, qui fcntent
plus fon Homme de
Qualité, qu’un Orateur qui
veut déployer fon éloquence.
11 loiia particulièrement
commeil le devoir,le digne
choix de noftre Augufte
uequi avoit rendu
quieftoicdeuëaux
longs & confiderables fervices
de Monfieur le Chancelier,
auquel il fouh’itade
galant.
199 voir exercer cette grande Charge autant d'années qu’avoit fait feu Monfieur le Chancelier Seguier, afin qu’iljoüiftplus longtemps du plaifir que luy donne- roientles fervices qu’il ren- droitencorà l’Eftat,&ceux qu’on doit attendre du zele qui attache fans relâche Monfieur le Marquis de Louvois à tout ce qui peut contribuer à la gloire de Mr Berrier
fon Maiftre.
Secrétaire du Confeil, & Procureur perpétuel de la Communauté des Sécrétai- • •• • * R mj
zoo LE MERCURE res duRoy, le complimenta pour leur Corps, &tout ce qu’il die fut ïres-cligne d’ef. tre écoute'. Moniteur le
Chancelier répondit à chacun d’eux avec fon honnef- teté ordinaire, & avec cette jufteffe de paroles qui ne luy eft pas moins particulière que naturelle. Moniteur le Procureur General ayant prefen ré fes Lettres deChancelier auParlement afin qu’elles y fuifent enre- giftrées, elles furent leues tout haut, & reçeuës avec un applaudiifement qui ne
fe peut concevoir. On y
voit les grands & importai
fervices que ce Miniftre
a rendus à l’Eftat en Italie
pendan t le Régné du feu
Roy,en France pendant la
Regence, & en fuite fous
Louis le Grand. Parmy tous
les Eloges qui font dans ces
Lettres, je ne puis vous en
taire un fort glorieux à
Moniteur le Chancelier;
ioi LE MERCURE
M‘ le Procureur General fît un Eloge fort court de ce grand Miniftrej mais il dit beaucoup en peu de paroles, & fit voir entre autres chofes que Monfieur le Tellier efioir heureux d’ef- tre né avec toutes les qua- litez qui le rendent fi recommandable ; heureux d’avoir trouvé tantd’occa- fions de s’employer pour l’Eftat ; heureux de fe voir Chef d’une Famille qui fe- condoit fi bien fon zele dans les fervices qu’il ren- doit inceffammenc à fon
A'A ’n
prince ; heureux d’avoir
efté choify pour remplir la
Charge de Chancelier de
France, & de l’avoir eftépar
nement eft la marque la
plus inconreftable du vray
mérité ÿ Et heureux enfin
pardeftus toutes chofes,de
s’eftre montré digne des
Il y a quelques jours que
l’Académie Françoife l’alla
(alüer en Corps. M'I’Abbé
Flechier, Directeur en
charge, luy fit un Compliment
tel qu’on le pouvoir
mieux
e trouver
lirez
MonGeur le Chancelier,
parla du bonheur de fe voir
Pere d’un Fils oui eftoit
vresqu on ne
fans en admi:
& la force, &
tour aux chofes
Î.O4 LL 1VIC1V
del’Homme di
cenfe & oui s
monde qui
exprime le
ScsOraifons Fune-
Chef-d’oeuçauroit
voir
r la netteté
il donne un
il femil
n’appartient qu’à
loiia (ans
1 les quaextraordinaires
de
GALANT
Jes plus hautes Dignitez
de l’Eglife 5 & tombant
Je là fur les fervices de
Monfieur le Marquis de
Louvois, il fit connoiftre
delà maniéré du monde la
plus délicate, que fi Monteur
le Tellier avoit confervé
jufqu’icy une pénétration
d’cfprit qui fembloit
ne devoir plus eftre
de fon âge, Monfieur de
Louvois dés fon entrée aux
Affaires, avoit prévenu par
des connoiffances avancées
cequ’il n’y avoitqu’une
longue expérience qui luy
V
206 LE MERCURE
dût faire acquérir. Comme
c’eft par le mérité feul que
Monfieur le Chancelier
s’eft élevé au nouveau degré
de gloire où nous le
voyons, les voeux de toute
la France avoienten quelque
façon prévenu la juftice
quele Royavoulu luyrendre.
C’eft ce qui a fait dire
fort fpirituellement à M‘
Defcourades.
Illufire le Tellier,
Vbtu efl.es Chancelier,
Le Roy feul a fait cet Ouvrage i
Mais le Royaume entier,
S'il eu fl fa lu prier,
GALANT. .107
Ce que je vous ay dit des
Lettres de Chancelier dont
jvt' le Procureur General a
demandérEnregiftremenr,
Jevroit avoir efté précédé
Je ce quej’avois faitdeïTein
Je vous dire touchant les
Ceremoniesquis’obfervent
àl’Ouverture du Parlement
apres les Vacatios. Plufieurs
les ont aftezexaminéespour
matière eft belle, & tout ce
cette annee
mérité voftre curiofité;
mais je fuis contraint d’at£
o8 LE MERCURE
tendre au Mois prochain à
temps de vous e'crire tout
ce que je voudrois fur un fi
ample fujet. J’avois veu
prendre le chemin des
Quartiers d’Hyver aux Enmettre
auflî le Mercure, & que je
ne vous parlerois pendant
quelques Mois que de Galanteries,
de Comédies &
de Bals-, mais les François
infatigables fous un Prince
quiveille fanscefïe au bien
& à la gloire de fon Eftat,
en
L Â L A 1. 2.0 9.
repos en aucun temps. Ainfi je me vois obligé de les fuivre,.quoy que ce ne puiffe eftre que de loin, & c’eft par cette raifon que je ne pourray vous rendre un compte au (fi exaét que je le voudrois des furprenantes allions par lefquelles ils ont fîny la Campagne.
Apres la glorieufe Journée deCokeberg,les Ennemis demeurèrent fi conf- ternez, qu’ils fe laifTerent battre par divers Partisi Monfieur de Créquy fît donner ordre au Couver
Tome 9. S
I
’v
.i”
-
no LE MERCURE neur de la Petite-Pierre 1 d’en envoyer par derrière 1 l’Armée ennemie qui en fut j incommodée. Il fit aufli f brûleries Fourages de tous | les lieux d’où ils en pou- i voient tirer, & les inquiéta i
* A
tellement,qu’apreslesavoir h battis en gros, on peut dire < ( fi ce n’eft point abufer du < terme) qu’il les bâtit en- t core en détail. Depuis ce 3 temps-là, ils ne fçeurent 1 plus ny ce qu’ils faifoient, j ny ce qu’ils vouloient faire. 1 Ils manquent de Fourages, J «n vont chercher à huit h
GALANT.
lieues., & ces Gens qui dévoient
tour prendre, craignentqu
Sarbruk.
on ne
Ils s'éloignent
peu à peu de noftre Armée.
M‘ Jacquier tombe
malade, tout le monde fait
des voeux pour luy-, mais les
ordres font fi bien donnez,
que les Noftres ne manquant
de rien, ne reçoivent
aucun préjudice de fa maladie.
Monfieur deCréquy
prendle Fouragede quatre
Villages des environs de
Strafbourg. On luy députe
pour luy en faire desplainau
LE MERCURE
tes. Il répond à ceux qui en
font chargez,qu’il faut qu’il
fe ferve de ce qui eft à portée,
qu’ils l’ont bien voulu,
& qu’il empefchera le defordre.
11 envoyé en effet
fes Gardes pour l’empefcher.
Les Ennemis n’ont
que du Bled de Turquie &
de la Paille; & apres avoir
efté chez eux fe rafraifehir
& prendre du monde, des
munitions & de l’argent, ils
viennent fe ruinerde nouveau.
Ils apprennenrqu ôn
a blâmé à Vienne 1 imprudence
qu’ils ont eue d’enoy
, celte
née de
Maifon du
1 Empereur ( dont en cette
Occafion les Cuiraffiers
capable
Pendant qu’ils fongent à
aller prendre leurs Quard’Hyver,
on réfout
d’affieger Fribourg,
cache ce deflcin.
fures font prif
& à l’Armée. R
découvre du Secret,
’en échape. Les Ennemis
croyent qu’on va à Sarbrukj
rien
ii4 LE MERCURE & on fait tout ce qu’il faut pour les entretenir dans cette penfée.Ilsyenvoyent des Troupes. On en fait avancer de Flandre pour les mieux tromper. Admirez cette conduite. Tout agit, tout marche, & rien ne paroift. Avant que d entrer dans les particularitez duSiege,ileft aflez à propos de vousfaire cônoiftre l’importance de la Place. EÜe cftoic autrefois la Capitale du Canton Catholique appelle le Canton de Fribourg. Sa fituation eft en
lu 3»
GALANT, partie fur une Montagne, & en partie fur le panchant de cette Montagne. Riviere de Sana l’environne prefque entière, & luy fert d’un large Fofle, qui fait la féparation d’un grand Fauxbourg. Ce Faux* bourg a fes Portes & fes Murailles, & fe joint à U Ville par trois grands Ponts qui donnent communication de l’un à 1 autre. C’cft du colle' de la Riviere où Fribourg eft au Midy furie panchant de la Montagne. La Montagne eft de l’autre
codé avec des Rochers ef- 1
Muraille au bord de cette [
mefme Riviere , en forte j
qu’il n’y a point à craindre 5
qu’on les pui(Te efcalader.
La Ville ell fpatieufe. C’eft f
un Evefché, & la plus cotv S
fidérable des trois Univer-
{îtez des Terres de 1 Etn-
On 1
d’une maniéré quiTauroit p
rendue imprenable à d’au- C
très qu’à des François. Elle ?
a deux FofTez où il y a des
retenues d’eau <> deux Murailles
avec des Tours, & ?
une
GALANT, u?
une grande Redoute de pierre
plus élevée que la Citadelle,
qui eft de quatre Battions fur la
hauteur. Cette Place a efté
jugée d’une telle conlequence,
que l’ordre eftoit donné de lever
le Siégé de Philiïbourg,
plutoft que de la laifler perdre
fi on l’euft attaquée pendant ce
Siégé. Je ne vous feray point
un long Détail de ceux à qui
elle a appartenu • je vous diray
feulement qu’elle eft prefentement
à l’Empereur, & qu’on ne
peut l’entendre nommer fans le
fouvenir des grands & prodigieux
Exploits qu’a faits autrefois
Monfieur le Prince en Allemagne,
lors qu’il n’eftoiten
Tome 9. T
tant plus importante pour nous,
qu’eftant dans le Pays de l’Emnereur.
il ne Icauroit avancer
fur les Terres qui nous appartiennent,
qu’on n’en faite auffitoft
de met me fur celles qui font
à luy. Joignez à cela que Fribourg
eftant fort grand , on y
peut mettre fept ou huit mille
hommes en Garnifon, dont une
partie fera toujours prefte a la
defendre, -tandis que l’autre
s’étendra dans le P aïs. De
petites Places pareilles à Philifbourg
ne font pas fi avantatereffes
-qui ne pouvant contenir
un -fi grand nombre de
Troupes, ne peuvent faire de fi
grandes executions. D’ailleui"s
Fribourg affine Brifac que les
GALANT.
Ennemis menacent depuis fi longtemps, & â l’avenir ils parleront peut-eftre moins de l’af- fieger
zi9
l’a venir par.
, que de reprendre ce qu’ils ont perdu. Cette Place ne nous met pas feulement en pouvoir de faire contribuer la Suabe* mais elle nous donne moyen d’entrer dans les païs Héréditaires, & ofte à l’Empe- reur une partie confiderable dê fes Revenus, eftant certain que la plufpart des Pendions qu’il donnoit à fes Officiers eftoient afligne'es fur ce qu’il reriroitde Fribourg. Le Pays eft forc remplydeNobIefie,&n’ague- res de Païfans qui ne foienc riches. La Place n’eft commandée par aucune Ville, & elle commande à toutes celles des
T ij
Zio LE MERCURE
environs. Sa prife rompt ïes
mefures des Ennemis, leur fait
quicerleursQuartiersd’Hyver,
& les oblige a en chercher d’autres.
Adioûtez à ces avantanous
eftre rendus
maiftres d’une Place eu
font tous les Magafins dont on
auroit eu beïbin pour le Siégé
de Brifac. Cependant fi les difficultez
augmentent la gloire,
on peut dire qu’il n y a rien
qui égale celle des François.
1 ls ne s’attachent jamais à des
Entréprifes faciles, Scies Places
qu’ils ont attaqué cette année
ont toujourspaffé pour imprenables.
Fribourg l’euft efte
fans-doute pour d’autres Ennemis
que pour eux ; & qu°y
GALANT.
221 que Valenciennes, Cambt.y, gcS.Orner, mille difficultez en dévoient rendre la Prife im- poffible, C’eft une Ville environnée de Défilez qui dévoient empefcher de l’affieger , fi les Impériaux n’euflent pas man. qué de prévoyance; 8c toute place dont on peut empefcher Je Siégé, peut paffer pour im- panchant de la Montagne, pou-
E lie avoir des Mu-
I *' #
& un Commandant qui a tou- ; pafle pour avoir de la. conduite Scdu coeur. L’Hyver
prenable. Sa fcituation for le voir donner lieu de la mieux défendre, nitions de guerre & dé bouché
jours
I
avoir commencé depuis longtemps en ce Païs-là ; il y avoit plus de trois femaines qu’il ef-
T lij
toit couvert de nége, & cependant
on réfout d'invertir Fribourg.
On ne peut dire qu’on
ait prévenu les Ennemis, pour
fe mettre en campagne avant
la Saifon; qu’ils n’avoient point
de Troupes fur pied, & qu’on
eftoit éloigné d’eux. Le contraire
eft connu détour le monde;
les Armées cftoicnr proches
l’une de l’autre, & la leur
eftoit forte quand on a formé
ce defîein. Mais dequoy ne
vient-on point à bout, quand
ce qu’on entreprend eft bien
digéré, & qu’on executc avec
beaucoup de valeur & de conduite
des Ordres envoyez avec
de prudentes reflétions ? Mr
le Marefchal de Créquy apres
avoir donné aux Ennemis la
GALANT,
jaloufie dont je vous ay déjà parlé, fait courir le bruit dans fon Camp, qu’il attend pour le quiter, que le Prince Charles ait décampé. Cependant il parc une heure apres, &. fe rend à grifac avec une diligence incroyable. Il avoit donné ordre qu’on fift un Pont de Bateaux fur le Rhin. Il fur achevé en douze heures par les ordres de MrdeViflac. Cet illuftre General ayant veu que toutes les chofes qu’il avoir eu foin de faire préparer eftoient en état, ordonna un Détachement de quinze Maiftres par Compagnie, & Mb de Lançon Lieutenant General eut ordre de demeurer avec le refte de la Cavalerie dans des Quartiers de-
- j.- , • • • • • •>
T nij
ii4 LE mercure
puis Scheleltar jufquesà B ri fa c. Admirez la conduite de Monteur de Créqoy, Il s’éloigne des Ennemis fans en éloigner fesTroupes. Elles couvrent encor Brifac & Scheleftat, & il ofte aux Ennemis le moyen de faire aucune Entreprife pendant qu’il affiegera Fribourg, en cas qu'ils ne veulent pas tenter de le fecourir. Apres tant d’ordres auffi judicieufement que fecretemont donnez, Mr le Baron de Mondât part à dix heures du foir avec une Brigade de Cavalerie, les Dragons de duFay, &c cinq Bataillons que cotnmandoit Mf d’Aubijoux, afin d’invertir Fribourg, Le refte de l’Arrnée défila à te pointe du jour fur deux Ponts,
GALANT.
gi d’abord que les autres Troupes ordonnées pour cette Expédition eurent pafle, Mrde Créquy fe mit à la telle de la Maifondu Roy. Je vous ay déjà marqué qu’il y avoit des Défilez pour arriver à Fribourg. M'ie Marefchal de Créquy lit couper beaucoup de Bois qui les embaraflerentde telle forre, que les Ennemis n’àuroieot pû les paffer fans beaucoup de peiné, & fans grande perte. Le voila devant Fribourg. Si ceux de la Place furent étonnez de
voir qu’on les affiegeoit, les Aflïegeans ne le furent pas moins, de connoiftre le deflein qu’on avoit pris, lefecret ayant eflé fi bien gardé, qu’ils n’a- voient fçeu jufques-là en quel
LE MERCURE
lieu onlesmenoir. Quand cette
Nouvelle fut publiée à la Cour,
le General Major Harang ( qui
comme vous fçavez avoit elle
pris dans la Journée de Cokberg
) dit qu’il eftoit impoffible
que le Siégé fut véritable, à
moins que l’Armée de l’Empereur
fon Maiftre n’euft- elle
entièrement défaire. Et quand
il apprit qu’on ne s’eftoit point
batu, il admira la merveilleufe
conduite du Roy, la prudence
de fes Miniftres:, Sc l’ardeur
infatigable de fes Generaux*
Toutes les Troupes n'eftant pas
encor arrivées , Monfieur le
Marefchal de Créquy vifira la
Place, lesPoftes & les P-affages
des environs, avant que défaire
GALANT. 2.2.7
Les Ennemis brûlèrent un de leurs Fauxbourgs, & tirèrent plufieurs volées de Canon fur les Troupes les plus avancées., M' d’Aubijoux fe logea avec les cinq Bataillons dans le Faux- bourg' brûlé du cofté de la gorge de la Montagne, où l’on réfolut de faire l’Attaque. Il pouffa méfme un Logement avec cinquante Hommes, à quelques pas du Fofle. Les Ennemis firent un affèz grand feu. Il n’y eut que vingt Soldats tuez Scbleffez , un Capitaine d’Orléans tué, & un de Fèu- quieres bleffe. Le lendemain' le relie des Troupes eftant arrivé, M'ie Marefchal difpofa, les Quartiers dans l’ordre fui- vant, afin que les Troupes ne fouffriffent point,.
118 LE MERCURE
DISPOSITION DES
Quartiers de T Armée devant
Fribourg ie 10. Novembre.
4 % »
i V W • * /» L“ 9 | Z-- *f «• ’ #<• » V • *A» ' ■
M.de Choifeüil,
Monfieurde h Feüillée,
M. de HauteRüille,
Eftoient à V.éndeling, avec les
Brigades
De la Maifon du Roy,
De Bulonde,.
Et de la Ferré.
M- le Marquis de Genlis,
M. le Comte de Roye,
Et M. deBoquemar,
Eftoient à Lehen , avec les
GALANT,
De Vivans,
De Boifdavid,
Et deVendofme.
M. le Bardn deMonclar,
Eftoient à Betzenhuls, avec les
Brigades
De Moreiiil,
De Degas,
Et dejoflau.
M. le Comte de Maulevrier-
Colbert,
Et M. le Comte de Broglio,
Eftoient à Zering , avec les
Brigades
De S. Loup,
De Bertillac,
Et les Dragons de Liftenay
Et de Telle.
l?ao LE MER.CUR
E
M. le Comte deSchomberg eftoit à Herdem , avec les Brigades
l)e Novion, Et de N elle.
- * • '• ** • ’ • v • ’ • • * *tu * • * * *.* *
La Brigade de M. d’Aubi- joux eftoit à Virer, Fauxbourg brûle.
• | • y > * * ■ 4 ' • *k' 1 ' k" “ S • . — w * * * fu 1* ♦ « * ** • « * \l * •
Les Dragons du Roy St de du Fay, eftoient à Ncter ; Et la Brigade de la Valette, à Gun- terftal ôc à Delhurs.
Apres cette difpofirion, il changea l’ordre qui avoit efte donné pour l’ouverture de la Tranchée , & voulut qu’on J’ouvrift de l’autre cofté de la Ville, laiflanc la Montagne à
G ALAN T. t jiï
gauche. Il fit conferver le premier
Logement pour fervir de
faufle Attaque. Lemefme jour
N' le Comte de Schomberg
emporta l’Epée à la main, deux
Redoutes avancées fur la hauteur
du Chafteau. Il eftoit à la
tefte de trois cens Hommes;,
foûtenus des Brigades de,Normandie
&de Nefle.
La Tranchée fut ouverte à
l’entrée de la nuit. Les Officiers"
Generaux eftoient NT le
Comte de Maulevrier-Colbert,
&Mrs de la Feüillée &deBoifdavid,
M ‘le Marquis de Harcour-
ftévron commandoitdeux
Bataillons de Picardie. Deux
autres de Champagne prenoient
les ordres d’un d
cipaux Officiers de ce
t}1 LE MERCURE
Comme les François font in- J trépides & accoutumez à vain- 8 cre, &C qu’on vouloit venir [ promptement à bout de cette f, Entreprife, on ne fuivit point la pratique ordinaire, qui eft p d’ouvrir la Tranchée fort loin p de la Place. Elle fut commen- cée affiez près, Sc on tira une grande Ligne paralelle à la (■ portée du piftolet. Les Batenes L qu’on avoit dreflées la nuit, ti- p rerent àlapoinre du jour. Elles C( ruinèrent des Flancs & des Em- t£ brafures par où les Ennemis p. pouvcient tirer. La Garde de la Cavalerie eftoit commandée E( par Mr deNeuchelles Lieute- p. nant des Gardes du Coips. On perdit quelques Officiers lu- tr balternes. M‘ le Comte de ie
GALANT.
Biïflay un des Lieutenans Generaux
de l’Artillerie, & Mrde
Culan Colonel de Picardie»
furent tuez.
Les Bataillons de Normandie,
Feuquieres, la Marine, & Vau.
becour, relevèrent la Tranchée
Januitdu onze au douze. M,:le
Comtes de Broglio &d’Aubijotix,
eftoientde jour. On prépara
toutes chofes pour la defcente
du Fofle , & on fe con.
tenta de fe loger fur le bord,
parce qu’on le trouva large 6c
difficile à combler. On mit encor
quelques Pièces en barerie
par les foins de M' le Marquis
de la Frefeliere. Elles furent
très-bien fervies, Sc Monfieur
le Marefchal de Créquy paffa
1J4 LE MERCURE
la nuit à fon ordinaire , c’eft à dire dans la Tranchée. Comme
le clair de Lune eftoit grand, nous perdîmes quelques Gens cette nuit-là. M' de la Tillaye Lieutenant Colonel du Régiment de Normandie, Officier d’un mérité fingulier, fut tué. M1 d’A ffonville Ayde de Camp de Mrde Créquy, Se M’deRO' quefeüille Enfeignë defes Gardes, furent blefféz. On fit une Brèche de quarante pas par le haut , apres laquelle on fomma le Gouverneur, qui fier d’avoir appris fon Meftier parmy les Troupes de France, répondit qu’un Homme comme luy ae lé rendoit pas au premier Af- faur.
La Tranchée fur relevée la
G A L AN T.
nuit du douze au treize, par Mr le Comte de Roye, M1 de Boquernar, & Mr le Chevalier
deNovion, avec les Bataillons d’Auvergne, de Bretagne, & de Datnpierre. On travailla à une nouvelle Sape &àune autre Baterie qui voyoic la Brèche à revers, & on élargit les Travaux.
Le treize au foir, les Officiers Generaux qui relevèrent la Tranchée, furent Mrs les Marquis de Genlis, de Renry, & de la Ferté, avec les Bataillons d’Orléans, de la Couronne, Si de la Frefeliere. On avança fort par les Sapes, l’on travailla à une Mine. Monfieur le
Marefchal deCréquy alla luy- mefme reconnoiftre la Brèche
le Mercure
& réfolut de tenter un Logement defTus, ayant reconnu que les Ennemis ne travaillôient point derrière. Des Gens détachez avec des Travailleurs, defeendirent dans le Foffe avec des Echelles, & montèrent âla Brèche à quatre heures. Elle ne fut défendue que par un grand feu que firent les Affie- gez des Maifons qu’ils avoient percées. On la pafla malgré cet obftacle. Ceux qui fe rencontrèrent dans les Rues furent tuez. On approcha de la Porte de la fécondé Envelope. Les Bataillons d’Orléans de la Frefeliere eurent ordre de Mr de Créquy d’entrer par la Brèche pour foûtenir les Gens détachez. le Marquis de
GALANT.
la Ferré & M‘de Tracv fe fai- firent des Portes avancez avec beaucoup d’intrépidité, & y mirent des Soldats. M‘ le Marquis de la Ferté fut blefle en cette occafion. M’ le Marquis de la Frefeliere le fut auffi le mefme jour, en donnant fes ordres avec fon adivité ordinaire, pour faire avancer une Piece de Canon contre la Porte, qui fe trouva bouchée de fumier.
La Tranchée fut relevée par les Regimens de Vendofme, la Ferté, Condé, & la Fére. Les Officiers Generaux eftoienr M’ le Comte de Maulevrier, Mr le Marquis de Bouflairs, Sc Ni1 le Duc de Vendofme. M'de Créquy voulut prefler l’Arta- que de la Ville} &, pour cet ef-
LE MERCURE fée, pendant que le Canon ba- toit en Brèche, il ordonna au Régiment delà Eerté qui avoit la telle de la droite, de faire un Logement fur ie bord du FolTé, & mefine là defeente j & à ce- luy de Vendofme, de faire la mefine chofe fur la gauche. Comme le terrain eftoit tout
pavé, on ne put aifément remuer la terre, & il falut porter avec foy dequoy fe loger. Ilne fuffit pas d’eftre François pour ofer tenter une pareille Entre- prife, il faut eftre né fous le Regnede LoüisXIV. dont l’exemple n’infpire que des prodiges. M' de Laubanie Mâjor du Régiment de la Ferté, y fut bielle d’un autre collé. M1 Ie Comte de Schomberg s’em-
GALANT.
para d’un Ouvrage de terre qui couvrait la Redoute de pierre dont le Chafteau eft commandé
, & un peu apres il fe rendit maiftre de cette Redoute par le moyen de deux Pièces de Canon que les Anglois avoient guindées, dont ils furent bien récompenfez par M!le Maref- chai de Créquy. Le premier coup de Canon emporta la tefte de celuy qui commandoit dans cette Redoute, dont la prile avança fort celle de la Ville. On tenta deux Logemens pour foûtenir celuy qu’on avoit fait auprès du reveftiflement du Foifé.NoftreGeneral nevoulut
pas'les faire achever, parce qu’il faloit aller à découvert, & ef- fuyer le feu du Canon chargé
z4o LE MERCURE
à cartouches. C’eftoit en plein
jour,. & cependant l’ardeur des
Troupes eftoit fi grande, qu’on
eut toutes les peines du monde
à les faire reti*r we r. Le \B ataillon> de Vendofrne fit merveille en
cette occafion. Mr Limbautj
qui en eft Lieutenant Colonel,
y fut blefle. Il eft impofliblede
faire voir plus d’intrépidiré &
plus de conduite qu’en fit paroi
ftre Mr le Duc deVendofine,
le péril ne l’étonnoit point, il
eftoit par tout, il animoic les
Soldats, & l’on peut dire que
fon exemple fervit beaucoup.
Mr de Créquy fir tout difpofer
pour l’Aflaut. Les Ennemis
L'appréhendèrent, 8c bâtirent
la Chamade. Ils envoyèrent
un Oftage, 6c reçurent en fà
galant. ï4I place Mrde Courvaillon Lieu, tenant Colonel de Coudé. La Négotiation dura quelque temps. On permit aux Officiers d’aller voir la Brèche.
Le Gouverneur demanda deux
pièces de Canon * on luy en accorda une, & la fécondé fut
donnée en cou (idcration du Marquis de Baden. Les Articles
ordinaires ayant efté dref- fez, les Ennemis livrèrent une Porte de la Ville, &c une da Chafteau. Il n’eftoit pas neuf heures du matin. La Garnifon qui eftoit encor de quatre cens Chevaux, & de dix-fèpt cens Hommes de pied, forticà midy, & fut conduite à Reinsfeldr. Mrd’OfTonville partit auffitoft par l’ordre de Mrle Marefchal
Tome 9. X
LE MERCURE de Créquy, pour aller rendre compte au Roy du prompt fuc- cés de cette furprenante En- treprifë.
Cette nouvelle Conqueite va fournir aux beauxEfprits une ample matière d’écrire. Voicy ce qui me vient d’eftre envoyé. Lifez, Madame. Ces Vers font dignes de celuy qui les a faits. Vous avez déjà veu de belles chofes de luy, êc vous en conviendrez , quand il me fera permis de vous le nommer.
DE FRIBOURGFait
fur le front des Rois briller
fa Majeftè.
Mais f jamais un Roy dans fa
toute-puiffance
A pu flater fon coeur de cette ref
femhlance,
Ce fi le Roy des François y ce pre^
mier des Mortels^
7
x44 LE MERCURE
Qui tient fous fes Lauriers leurs Palmes étouffées,
De ces faux Demy-Dieux détruit tous les trophées.,
Et prépare une Hiftoire à la Pof- terité,
Qui ne peut efpérer que l'incrédulité.
Lorsque LOTIS patiift dans une paix profonde,
Son ame eft occupée à gouverner le Monde,
Et les foins affidus defonplus doux repos
Guident les mouvement de cent mille Héros.
Ceux qui vont fous fon ~Nom de yüloiie en Tiftoire,
Erillans de fes rayons, & couverts de fa gloire,
Sont toujours agiffans fur la T erre & les Mers,
Va
GALANT. i4J £t craignent le repos plus que tous les dangers.
Créquy, c eftoit affe^ a avoir dans ta Campagne
Arrefle les efforts de ces Roys cT Allemagne,
Et d'avoir fait connoiftre a tant de Souverains
Celuy queveutleCielpourMaiftre des Humains.
Chaque infant, chaque pas valait une Conquefte j
Mais de tant de Lauriers tu veux charger ta Tefle,
Que le Sort de la Guerre avec tous fes bazars
M'ait plus pour toy de foudre, çft t'ègale'aux Ce fars.
L e Siégé de Fribourg, cette haute Entreprife,
A peine eftoit connu, quand on a fceu fa prife >
146 le mercure
Et ceux qui che\ le Prince avoient quelques accès,
S'informant du deffein, ont appris le fuccés.
?
Vy, gloire des François> vyFïèros magnanime,
Seùr de toutnoflre amour, de toute noflre efinie,
EdLàis en vivant pour notes, connais ce que tuvaux3
Et ménage tes jours parmy tant de travaux'^
ETe nous force jamais a regretter un Homme
Que Fabrice envïroït, s'il renaïf foit dans R orne.
Et laijfe profiter les Peuples fans effroy
Des foins d'un grand Sujet fous les Loix d'un Grand Roy*
GALANT. 147
Ce Madrigal d’une Perfonne
de qualité fur le mefme fujer,
mérité bien que vous le voyiez.
Quelques braves que foi et les
Soldats d'Allemagne,
Et ceux qui [ont nourris fous les armes
d’Eftagne,
On ne voit quen Eflé leurs
vaillans Guerriers.
Dans la belle Saifon tout le monde
moiffonne-,
Loüisfcul en Hyver, au Printemps^
dans l’Automne,
Sur l ’ Empire, en tous lieux, fait
cueillir des Lauriers.
C ’ eft affurénient quelque
chofe de fhrprenant, que d'avoir
ajouté Fribourg dans le
commencement de l’Hyver,
X iiij
z4S LE MERCURE auxConqueftes qui avoient efté faites avant lePrintemps.Si-toft qu’il fur pris, Mr le Marefchal de Créquy y fit tracer de nou- ve'lesFortifications. Mr leMâr- quis de Lambert Marefchal de Camp y doit commander, & M* de S.Joli fous luy. Il eftoit Lieutenant de Roy dans Phi- lifbourg. li a de la conduite, &fçait faire valoir les avantagés que donnent les Places de cette importance. Mr de Créquy ne demeura pas longtemps dans celle cy. La Victoire l’appél- lant ailleurs, il y mena la Mai- fon du Roy. Mr le Marquis de Genlis , & Mr le Comte de Broglio, eftant de jour, fe mirent à la telle de l’Armée. Mrle Marqui» de Villars qui corn-
GAG LANT. i4Ç
mandoit trois cens Hommes
avancez, rencontra plufieurs
Regimens de Cavalerie ■> il en
batitl’Arrieregarde,qu’il poursuivit
longtemps avec la mefme
vigueur &. la mefme conduite
qu’il a déjà fait paroiftre
plufieurs fois pendant cette
Campagne,quoy qu’il (dit dans
une grande jeuqefle. Il fit plus
de foixante Prifonniers, entre
Jefquels eftoient deux Capitaines,
& il y eut environ quarante
Dragons tuez. Nous
euifions pouffé nos avantages
plus loin , fi nous n’euffions
point efté dans une gorge de
Montagne où les Troupes
avoient beaucoup de peine à
paffer. Les Ennemis en eurent
plus de temps pour fuir. On
15O LE MERCURE prie en fuite la V il le 8c le Chaf- teau deWalKvik, qui fe rendirent apres avoir efté fommez. On y trouva une grande quantité de toute forte de Provi- fions. Cette Place eft à deux lieues de Fribourg dans une Vallée qui conduit en Suabe.
Je ne puis quiter PA nuée d’Allemagne, fans vous dire que les démeflez du Prince Charles 8c de Monfieur le Duc de Vendofme dont je vous ay parlé, ne regardent que les in- terefts du Roy & de TEmpe- reur. Ils confervent une parfaite eftime 8c une fort grande honnefteté l’un pour Pautre. Monfieur de Vendofme, comme un des plus proches 8c des plus illuftres Parens de la D^-
GALANT. i;i chefle de Lorraine, luy a toû- jours rendu fes devoirs, & l’a vifïtée fouvent à Strafbourg. Si ces Princes s'y rencontraient, ils feraient comme nos Braves de l’une 8c de l’autre Armée, qui apres s’eftre régalez malgré la diverfité du Party, fe bâtent au fortir des Lieux où l’on obferve la Neutralité, comme s’ils ne s’eftoient point connus auparavant.
Pendant qu’on s’eft rendu niaiftre defjribourg, Monfieur le Marefchal de Humieres n’elt pasdemeuréinutileen Flandre. 11 a pris le Chafteau de Boflù. Il auroit falu autrefois faire un Siégé dans les formes pour une pareille Conquefte ; mais les François d’aujourd’huy vont
LE MERCURE
plus vifte, & rien n’eft capable
de les arrefter. ' • **W ' * • S I Il ne me refte plus, Madame,
qu’à vous parler de l’Enjgme
de ma derniere Lettre, dont il
eft vray que vos Amies ont
trouve le mot. Celle de la
Lettre R les devoir empefcher
de croire qu’on en euft
fait une fécondé fur une autre
Lettre de PA'» 1 lphabet, mais je
voy bien qu’elles ne fe laifTent
pas aifémencembarafler, Vous
ne fçauriez vousiOaginer coin*
bien j’ay reçeu d'agreables £ettrès
lâ-deflüs. Je vous en ferois
part, fi elles ne m’eftoient pas
?
r
aÉ
di
tü
C(
m
fi
n’
Di
ni
di
È
A
4i
trop avantageufes. J’en a y une
de quelques Dames de Paris,;
à qui je fuis bien fâché d’avoir
our répon
ni:
fe qu’elles onc
I
!
3c que
P
GALANT.
«erdu la difcretion, pAbbc dont elles me parlent a deviné jufte. Vous voyez par là que l’Enigme a fait faire des gageures. De tres-fpiri. ruelles Provinciales m’ont auflâ écrit de Noyon & de Lyon* mais ce qu’elles m’ont écrit eft fi obligeant pour moy, que je n’ofele rendre public. Les dernières dattent fort ingénieufè- ment de la Ville d’V , & me difeht qu’elles ne fe font pas mal trouvées d’avoir confultc Apollonius au lieu d’Apollon. S’il eft auïfi grand Sorcier qu’elles veulent que je le croyè, je tâdierayd’y trouver accès pour fçivoir qui foc deux bellesCou- fuies de Poitou dontj’ay reçea des Lettres toutes charmantes.
z54 LE MERCURE
Je dis belles, parce quelles me j paroiflent trop galantes pour < n’avoir pas autant de beauté ( qu’elles ont d’agrément à s’ex- < primer. Si j’y puis réüffir, Ma- ] dame, je vous en feray le Por- : trait la première fois que je < vous écriray , Sc je m’imagine 1 que je le feray aftez reffenv 1 blanr. Je fuis déjà convaincu ] qu’elles ont autant d’efprit j qu’on en peut avoir, & à leur i maniéré d’écrire il ne m’eftpas j difficile de connoiftre qu’elles j font de Qualité. <
Je reviens à l’Enigme. Vos
Amies n’ont pas feules deviné ■ qu’elle n’eft rien autre choie , que la Lettre V. Outre toutes ( les Lettres que vous voyez qui m’ont efté écrites là-deflus,
GALANT. ifS
Explicati°
ns en Vers je ne vous
de rendre J’Article trop long,
j} y a entr’autres un Sonnet qui
aefté fait pour des Dames qui
obligèrent un Homme de qualire
qui a longtemps fervy dans
les Armées, à le faire en leur
prefence. Il eft tout plein d’efprit,
Se fait connoiftre fort ingcnieufement
que la Lettre a de
grands avantages, puis qu’elle
fe rencontreau milieu du Nom
du plus grand R.oy de laTerre.
Autre Enigme à propofer
aux belles Personnes à qui vous
faites part de mes Lettres. Elle
eft un peu longue , mais je la
tiens jufte5 Sc vous vous fouviendrez
, s’il vous plaift, que
156 LE MERCURE j’en attens l’explication fur chaque Article. Je vous feray part de celles qu’on me donnera.
ENIGME-
' *$•
JE fuis un i>afle Corps, compose de Parties
Inégalement a[forties•
Avant que j'enfrffe forme
Toutes feparément avoient efléformées.*
Et je ne me trouvé anime
animées.
Que de ce qui fans moy les tenoit
GALANT,
?
Famille
r *57
MtS Membres ont eflé fans nul ordre conftruits*
Point de Tefle en mon Corps ; pour des Brasffen fourmi lie, Par eux jefais ce que je puis, Et pour la naiffance, je fuis
P'illuftre tout en femble & de baffe
Je fais tommes efforts chaque jour pour ^roffr,
Croyant me rendre formidable Mais fi p our la yrofftur on me voit rèüffïr,
Bien loind'eneftri redoutable, Plus jeparoû énorme en épaiffeur,
Pim je me montre faible > & fais voir que fay peur.
Outre quavec le temps met Membres s'agrandirent r
Tome 9. T
2
if
tjS LE MERCURE
•vient de nouveaux 3
Et comme âmes b efoins ce font eux *
quifournirent,
Souvent je les fepare, & me mets
par morceaux.
Chacun de fon coflé marche, agi ,fc
remué)
Et lorsque du repos pour moy C heure
ef venue,
Et au en les rajfcmblant je cherche
à me nourrir,
le Cuis (lmalheureux dans ma di~
Que je ne puis trouver dequey me
Çecourir,
Qu en me hatant contre moymeCme.
•îb
En certain
GALANT. w fi jementens bien avec chaque Partie
Qui compofimon Corps (fi me fait roffrirer,
le puis me racheter la vie.
I ” * ’ .
Quelques foins que j'employé à con~ ferver ce Corps, Quelquefois malgré mes efforts
A s entredéchirer mes Membres fe
' ’,.r; hasardent.
le grand éclat me bleffe, & jamais du Soleil
Les trop brillans rayons contre moy ne fe dardent.
Que je rien fouffre un tourment fans pareil.
Je fuis, Madame, voftre, &ca
A Paris ce ?o. Novembre 16yp.
c-
Y ij
ON donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le pre< tnier jour de chaque Mois fans aucun retardement. Il Te diftribuëra tou* jours en blanc chez le Sieur Blageart, Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques, à l’entrée de la Rue du Plaftre. Et au Palais, où on le vendra vingt fols relié en Veau , quinze relié en Parchemin.
’. ~ ' - ** * f > s » - , - ■« .
Table des Matières contenues en ce Volume.
DE claration damour d'un 7(uif- fie au a une T raine,
Lfifioire de T^oüen.
jtfonfieur l \.A bbé T oudens efi nommé à 1* E^efie hé de Tarbes 9 .Monfieur l bbé de Sufie à celuy de <£. Orner
Monfieur Téïïier Curé de S.Sc- y crin à ce luy de T ignés.
Efifire en Eers a Monfieur le Tue de S.Aignan.
La fieyne 'vient 'Efiter Madame la T u ch efie de (fiufiol fendant fes Couches.
^etour de Monfieur le Tue de Luxem- bourg de l'Armée de Flandres,
Quartiers d* Lfy'ter donnes^ aux Trou* fes du L^oy.
Sa Ma je fié donne la Charge de L ieu^ tenant deficydansla Mante Guyenne
TABLE.
d Monfieur le (Jointe de la Serre, Retour de Mon peur le 'Vue du Maine des Eaux de Earrége.
Lettre en Ter s CE en ^rofe en forme de Legende de Eourbon , dans laquelle il efi parlé de ceux qui y ont eflé prendre des taux penaant l * A utomne.
Concert donne'à Nimégue cbe^ Mon- fleur le Marefchal d* Eftra des > aye £ quelques Tnflrumens nouveaux.
Sonnet contre le Mercure Galant.
Lettre écrite d'un Vefert près de Grenoble,
Le perroquet CE laGuenucbe, Fable, à Mademoifèlle de M,
Lettre Galante à Madame de F»
Amours de Thiton CE de VAurore, petit Opéra reprefenté che^ungrand Minifire.
Le Epy donne l* Abbaye de Farmontief d Madame lA bbejfè de Sainte Me • nehoult, celle de Sainte Menehoult d Madame du Toulay, CE telle de S.lacunes fret r£onrbi>n à
T A B LE.
deVdudetart- 'BGurnonVille'Perfitn.,
•peux Arcs de Triomphe font trouve^
fous terre à fheims, fur lefquels M,
de Santeüil fhanoine de S, Ficlor
fait des Vers.Eloge de cette Maifon.
folle des Faijfèaux du foy à Toulon »
II Amant Vantoitff Ififtoire.
Fils la Lieutenanoe de foy des Fille
Citadelle de Montelimar, &
celle de la Fille & Qitadelle de Falance
à M. de Gênas.
Me fleurs de fenel > de Flamarin, de
'Beaulieu rjF de ForteVillefont reçeus
Chevaliers de lOrdre de S. Lazare,
Ees Fleurs, Idylle de Madame tDefhoulieres.
Mort de Madame de Torigny.
Mort de Madame la Marefchale
d ’ A Ibret.
Tefiription d'une iEorloge extraordinaire
prefente'e au If y & ^[ai doit
ejlre fuff enduit comm e un B ufire.
TABLE.
'Mademofelle de F"aillacprend CLfa^ hit de farmelite.
Monfeigneur le Dauphin monte pour la première fols des Chevaux d'E- cole> apprend àfaire des Armes. I
& qui s'efi pajfe en Sicile pendant cette Campagne.
-Le 7(oy donne à M. de Eregy la Lieutenance Colonelle du Régiment de fru/Jol* Vacante par la mort de M. j de Chafienay.
M. d'Obeille efi fiacre Eyefiqxe d'O- range.
Magnifique ‘fiepas donne d Son AL tefèfoyale par M. le Duc d*An- mont. '
Mort de Jd. le Trefidtnt du Tillec.
Divers Emplois de feu M. d'Aligrty far lefiquels il eftoit part Mi u à la Charge de fihancelier. , I
Complimens faits à M. le Te Hier par Jd.IaJJaut Doyen des Maifires des TfequefieS) M. Faroquier Trefident au Dur eau des Finances , ' M»
terrier Secretaire du Confie il
Mis
table.
Jhf. lt Trocursur General demande L enregiftrément de fis Lettres au Parlement: Ellesyfintleués, <&> il furie fur ce fitjet,
FL I* Abbé F le chier fait fon Compliment au me fine à la tefie de L Academie Françoifie, dont il efi ‘Dire- cleur.
Fers au me fine.
Ce qui s'efipajfe en Allemagne depuis
la Tournée de Dp {berg, U F ri fie de Fribourg, la Défaite d'une Arriéré garde des Ennemis3 la Trife de
Fallf\.
Prifi du fbafieau de DoJJu par M. le Marefchal de ILumiere' -
^eponfi aux Déliés de Taris fie Lyon, de Moyonp'gp de T oit ou, dont E Au- tbeur du Mercure a reçeu des Lettres^
Expli cation de l 'Enigme du S. Tome du Mercure.
\ * w t
Enigme.
Fin de la Table.
j. .. - i. w , J LU:.. >. .)
Tome 9, ■' Z
J
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/! HS.
JE prie ceux qui m’ont fait la grâce de
m envoyer des Hiftorietes , des Vers &
d’autres Pièces Galantes, de ne ie point impatienter
s’ils de les-trouvent pas dans ce
Volume. Comme j’en reçois de tous coïtez,
il m’eft impoflible de mettre tout dans le
me fine temps, & je fuis oblige de préférer
ce quia le plus de raport aux Nouvelles, du
Mois dans lequel j’écris 5 mais enfin tou:
le monde aura fon tour, & je n’ofteray à
perfonne la gloire qu’on doit attendre des
agréables choies qu’on me donne pouf
embellir le Mercure '
Ceux qui l’acheteront doivent prendre
garde qu’il ne fait pas d’une Impreffion
contrefaite. On l’imprime .dans pluïièurs
Villes hors du Royaume' & fur tout à Nijnégtre
& à Bruxelles, & l’on envoyé des
Exemplaires contrefaits dans quelques-Provinces
de France. Ils font remplis de quantité
de fautesq comme le font ordinairement
tous les Livres que l’on contrefait
•avec précipitation./ Maté ce n’eft pas
feul défaut qu’ils àyent ; & fi l’on prend la
peine de les examiner } on les trouvera
moins amples que les véritables, parue que
les Etrangers fiipt-iménï-la plus grande partic
de ce qui eft defàvantageux à leur Nation
&. glorieux à la Françp«r » - - ; ■
PAr Grâce & Privilège du Roy, Donne
à S. Germain en Laye le iy. Fev. 1674.
Signé, Par le Roy en fon Confeil, Villit»
Ilèft permis au Sieur Dan. défaire imprimer
, vendre & débiter par tel Imprimeur
& Libraire qu’il voudra choihr , un
Livre intitulé Le Mercure Galant, en
un ou plufîeurs Volumes^ pendant le temps
de dix années entières , à compter du jour
que chaque Volume fera achevé d’imprimer
pour la première fois. Et defenfes font
faites à' toutes Perfonnes de contrefaire
Jef lits Volumes, à peine de fix mille livres
d’amende, ainfi que plus au long il eft porté
efdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
lé 27. Février 1672.
Signé, D .Thierry, Syndic.
Et ledit Sieur Dan. a cédé fon droit de
Privilège à C. Blageart, Imprimeur-Libraire,
fui vaut l’accord fait entr’eux.
Achevé d'imprimer psur Z4 premier? foie
le premier Novembre 1677»
Qualité de la reconnaissance optique de caractères