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1677, 09, t. 7
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MERCU
nouveau
RE
A L A N T.
Contenant les Nouvelles
du Mois de Septembre 1677.
& plufieurs autres.
70 ME • • • •
A ’
A PARIS,
Ch.ez Pierre Traboüillet, au Palais
au premier Piilier de la Grand’Salle ‘
au Sacrifice d'Abel.
M. D. LXXVII.
^VEC PRIVILEGE DP ROT
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A MONSEIGNEUR
LE DUC
D E
MONTAUSIER,
PAIR DE FRANCE, &c.
Gouverneur de Monfeigneur
Le Dauphin.
MONSEIGNEUR,
\
Quoy que le Mercure Galant
Jemble eflre devenu le Livre
de tout le monde, celuy que je
prens lu liberté de mous offrir
a îj
EPI ST RE.
eft tellement à Pons , que j'ay crû que <vous ne defaprowve- rie^ pas que je luy fijfe porter •voftre lUuftre Nom. Ce qu'il contient de plus relevé regarde i Education de Mmfeigneur le Dauphin. C'esl l'Article le plus étendu, parce qu'il eft im- poftftble de renfermer en peu de paroles le précieux Sujet de tant de veilles de tant de fins ; Et quel autre que Vous, MONSEIGNEUR, a autant de part que (vous en avec^ é cette merveilleufè Education qui nous fait admirer dans ce jeune Prince toutes les qualité^. qtd
E P I S T R E.
le pouvaient rendre digne d'ef
treFils <&Loiiis le Grand?
C eft Vous qui luy infircy les
Vertus qui font particulières
aux Perfonnes de fon Rang.
Ce fi Vous qui le faites entrer
dans les Sentimens Politiques
qui doivent efire U principale
Etude des Souverains ; Et le
par les Mémoires qu'il prend
foin de luy drejfer de fa vie,
C’efl Vous qui luy rendez* ces
fecours fènfibles, & luy apprenez*
ameriterparluy-mefmeles ■
EPI ST RE.
par fa N ai fiance. L'honneur que vous ave^ reçeu pur le choix que cet incomparable Monarque a fait de Pous pour vous confier ce qu'apres Luy U E rance a de plus cher & déplus fié d'au-
E
7
Augufte, a efié fait par d 'autres Rois en différent Siècles aux plus confiderables de l'Etat ; mais ces R ois qui les ont ch o fis n’je fiaient point Loii s XIV, comme ils n'a- v oient pas cette vive four ce de lumières dont il eff éclairé dans tout ce qu'il fait, ils ont pu donner à la faveur, ce que l’expérience nous fiât voir que vous
EPI S T RE.
folide mérité. Cette gloire,
MO N S EIG N E KR , eft fi
Vous, que quoy que toute vofi
tre vie fait une m .tiere inépuisable
d Eloges ; Dire que le
Roy vous a fait Gouverneur
de Monfeigneur le Dauphin,
que les hautes Idées que
vous luy ave^ fait prendre de
ce qu’il eft né, l ont rendu ce
que nous le voyons, c eft dire
plus que les Panégyriques les
E PI S T R E.
feule louange que je marrefte, & quelque liberté que ie prenne de vous prefenter cette Partie du Mercure, je me trouve en mefme temps contraint d’a- ■
vouer que le Mercure ne doit point efirepour Vous. Il efi leu par tout j gÿ on Eéfiime parce qu en faifant connoiftre les merveilles que produit tous les jours la France y il y a peu de Pais Etrangers où il ne donne fùjet de l'admirer 3 Ridais, ^MO NSE1 ONED R, quand il dira que vous efies d'une des plus nobles & plus anciennes Maifons du Royautme, que vous
7-
EPIS T RE.
ave^ l ' Efyrit auffi grand que la naiffance, que voftre Courage les égale l’un & l'autre, CJ que malgré l'attachement que vous aves^touj ours eu pour les Belles Lettres, vous nave\ ' laifééchaper aucune occafion de vous fignoler par les Armes, que dira-t-il qui ne foit connu î dans tous les lieux ou fa bonne ! fortune luy a fait trouver de l'accès ? L’Italie ne vous a t elle r pas veu aux Siégé s de Rofi- gnan & de Cafal donner dés voftre jeune âge des marques de cette Valeur dont la Lor- raine a depuis efié témoin} &
?
1
>
EP IS TRE. que l Alface via pu s'empefi cher en fuite d'admirer, quand <vous trouvant fous le feu Duc de Vveimar d l'Attaque de la Kille & Forterejfe de Brifac, <vous y fifles tout ce quon peut attendre d'un Homme d qui les grandes Occafions infiirent la plus impatiente ardeur de fe difiinguer? fe ne parle ny des autres Siégé s, ny d une infinité de Rencontres qui ont toutes fervy d faire éclater <vofire Courage. fe laiffe la Bataille de Cerne, dans laquelle ruons prîtes de aiofire propre main trois Etendars de Cavalerie. eAyec
id combatif en Allemagne , feul
'SC
II
<b
fit
es
là
EPISTRE.
£ quelle gloire riave^-vous pas
I
Marefcbal de Camp de T Armée que commandait feu Mon fleur le Marefcbal de Guebriant? La Haute & Baffe Al face dont le Roy <vous avoit confié le Corn- mandement, noubliront jamais fi, l'intrépiditéa<uec laquelle vous
es 1 f dont enfin vous ne pufies évi- A ter- d'eftre fait Prifunnier de J guerre, apres ruons eftre exposé h par tout où le plus ptejfant pé-
I
grandes Actions, MO LIS El-
avez* tenu tefte aux Ennemis^ ter- d'eftre fait Prifunnier de guerre, apres ruons eftre exposé
J» 09 if 1
f ril pous appelloit. Voila de j Ç^WR! Nos Hiftoires qui
EPISTRE.
en feront pleines vous répondent de l'Immortalité que •vont awzjî bien méritée, gÿ mes foi- blés exprejfons ne pouvant rien pour voflre gloire, je ne découvre plus dans ce que je me hasarde à vous offrir, qu'un ambitieux motif damour propre, qui me fait fouhaiter que tout le monde fâche la grâce que vous me faites de m honorer de vofire protection, & d'agréer que je me dife avec le %ele le plus refpeéiueux,
* ït ' C • w • V •’ • *' *•* * ’s t’|K i
MONSEIGNEUR,
Voftrè très-humble & très® obeïflànt Serviteur., Pt
N O U VE A U
MERCURE
GALANT,
t o m e nr.
R e n e z - y garde;,
J Madame. Il n’y a
^rien de fi propre à
gafter, que les loiian-
, & vous m’en donnez
fi flateufes, qu’infenme
ges
de
fiblement je pourray en
Tome 77.. A
z LE MERCURE eftre fcduit. Si cela arrive, vous n’y trouverez pas vof- tre compte. J enrrcray clans une présomption que vous aurez peine à vaincre, & il vous en couftera tout au moins des prières pour ces Lettres dont vous me témoignez faire tant de cas. Je veux croire que vous en eftes contente, parce que vous avez de la bonté pour moy-, mais quelque vanité quevoftre approbation me donne, je conferve aflez de raifon pour voir que vous cherchez à me payer du
GALANT. ?
loin que je prens de vous
envoyertousles Mois avec
les Nouvelles/ ordinairesJ,
ce que je puis recouvrer de
plus curieux. ]e ne me pique
point de les aflaifonner
de ce tourfîn & délicat
qui redouble le prix des
choies, & vous perdez vos
fi vous croyez me peçluadçr.
Demeurons donc, s’il
vousplaill, dans les termes
dont nous fommes convenus.
Laiiïez - moy vous
écrire toujours fans façon,
& ne cherchez dans tout ce
4
LE MERCURE que vous recevez de moy,1 que les témoignages dun zcle qui me rend plus fen- fible à l’avantage de vous fatistaire, qu’à l’efperance de m’acquérir la réputation debelEfprit. 11 eft dangereux de l’avoir. Elle engage à une trop fevere exactitude, pour ne laiffer rien pa- roiftre où l’on n’ait mis la dernière main, & cette fu- jetion feroit fâcheufe pour moy que la méditation em- barraffe, & qui prens toujours la voye la plus aifée pour fortir d affaires. Je ne
GALANT. 5
fcav fi c’efi efirc buvais
gouft, mais ce qui eft
commode me femble fi
qui veulent de la commodité
dans l’Amour mefme.
Il s’eft fait une petite Piece
là defÇus qui me met encore
davantage dans leurs
fentimens. Je ne vous puis
dire de qui elle eft. Elle m’a
elle envoyée de Rouen, avec
priere de ne me point
informer du nom de l’Autheur.
Le terroir eft bon
pour les Vers, & il n’en
A iii
6 LE MERCURE
vient gueres de méçhans
decePaïs-là. Voyez fl je me
trompe,en croyant ceux-cy
aflez agréablement tournez
pour vous plaire.
L ’ A M OU R
COMMODE.
£’ bien, mon ex tir facile &
qui partout fe rend,
J’our quatre ou cinq Beauteg. en
mefme temps foùpire.
Entre nous, belle Iris, efl ce un
crime fi grand
Qfijlfaille y trouver tant à dire!
GALANT. 7
Si j'ay dequoy vous enrayer, parce que faime ailleurs en dois-je moins vous plaire, £t pour quelques douceurs qu on me voit partager3
Nefiaureis-je efrevotre affaire!
Rendezypltw de jufiice a ma fin ce- rite.
Si j’en conte en tous lieux/eftfins efire volage,
l'aime tant que l'on m'aime, & cette fermeté (/x/-
Vaut bien qu'avec moy l'on s 'en-,
il efivrayqu absëlà es b eaux y eux Dont mon ame charmée adore la lumière,
Tour finir des jours ennuyeux le riay pas la main meurtrière* ■N A • • • •
A ni]
§ LE MERCURE
2 e cours où je prêtent qu'on fe plaifs a me voir,
le ris, je chante, je folâtre, Et regarde le Defefpoir Comme une vertu de Théâtre.
*
■i •*/ • ♦
C'efi efire, je l'avoue, Amant peu régulier,
'Mais -je fuis tous les maux quels chagrin fait naifire,
JEtficeftla n'aimer qu’en Ecolier, Jdieu me garde d’aimer en Mai- (fire.
Apres tout, le repos efiant un bien fi doux,
Aime-t-on afin qu'on enrage, ’£t pourfécher d'ennuy d’efire éloigné de vous,
Vous en ver ray-je davantage?
CALANT.
•î*
* •
2 ei plaintes fies langueurs, les foii* pirs, les fanpfots,
Me rendront-ils ce que mofle l'abfence,
Et rieft-ilpas plus à propos Quapres V avoir perdu je prenne patience}
•S»
Id Amour de tous les maux, efl le . plus dangereux,
Quand trop d'attachement nous livre à fon caprice,
Et je ne fcache point d'employ fi malheureux,
Que de fefaire Amant d'office, (tranfiort A chaque occafion il faut avec S'arracher les cheveux, fe battre la poitrine,
Eftre tout preft de courir d la mort, Oudumoins en avoir la mine.
io LE MERCURE
Franchement, ce méfier eft des plus fati^n^
2l a mille chagrins qui rarement s'appaifent*
Et ce rieft pas à tort quen nomme extrava^ans
Z es pauvres Dupes qui s'yplaisef
&
-r
aiime par relies qui voudra^ 2 amaie ce ne fut ma méthode 3 2 em'ojfre>& fans fonder comme le tout iray
Jeprens d'abord du plus timode.
■>
IMes voeux ridyat pour tout objet Que de rendre heureux ce que fai- 2>our réüfftr dans ce projet (me^ 2e croy devoir toujours commencer par moy-mefme.
- >•
galant, u
'Ainfi, charmante Iris, fi mon htt* me tir vous plat fi > ^examinèxjien autre cbofè, jiimez^moy (ans prendre intere/l $i de mon coeur quelquautre ainfi que vous difpofie.
% . r
Tant que je vous verray, te Je ray tout à vous,
point de fiouvenir des A b fient es, yous allumerezfieule en des mornes fi don x
Mes 1> offrons les plus ardentes.
• *ÿ
Dans quelque paffe-temp! quevoas vüeilliexfionner, Tydonneray fans le co'inbatrei Et fi vous voulesfibadiner, Je fieray badin comme quatre.
\
♦
/
ïi LE MERCURE
'le nedispa^ quand vont m'aurez^
quitf
ffuattendant que jevous revoyc^
Je n'aide d'un autre cofiè
Daire un nouvel amas de joye.
Mais ces égaremens fâcheux aux
coeurs jaloux5
27 e peuvent ejlre d voflre hontes
Ce quejeferay loin de vous*
27e fera point fur voflre compte9
-Z) ans le temps où tous deux no tu ne
nous verrons pas\
Comme d'aucun plaifir je ne veux
27evous faites point d'embarras
De tous ceux que vous pourrez
GALANT.
>
ijfcl
Recevez des Amans, écoute^ leurs douceurs.,
Et quand de nous revoir l’heure fera venue,
prenons ce que chacun noies aurons fait ailleurs,
Comme chofe non avenue»
T
Sans nous inquiéter de rien, Faifons-nous le mefme vifaçe • Q^efivofre coeur & le mien
Ffloient demeurezfans fartage.
•£»
Comme £ amour tout tranftorté^ levons feray m lie careffes^ l^ous pourre^y répondre en toute fèureté
Par vos plusflateufes tendrejfa*
14 LE MERCURE
JW/ faire des faveurs, c ejln 'e rien
hasarder,
le fris difcret, (ÿ* recevant des
vofires, <" 1
Veus aurerfreau men accorder,
I e n en parlcrayf oint aux autres.
A ces conditions fi je fuisvofre fait,
Belle Iris, vous ri avefyqud dire,
Cherchons en nous aimant B amour,
le plus parfait,
Mais n'aimons jamais que pour
rire.
Si tout le monde fui voit
ces Maximes, l’Amour ne
cauferoit pas tant de malheurs,
& l’emportement
inconGderé d’un Jaloux
lt
e
L
it
x
GALANT. ÏJ
n’auroir pas donné lieu à
l’Avanture que vous allez
entendre.
Une Dame bien faite,
jolie, fpirituelle, enjoüée,
vertueufe dans le fond,
mais ayant l’air du monde,
& trouvant un plaifir fen-
{îble à s'entendre conter
des douceurs, ne pût s’empefcher
de s’abandonner à
fon panchant pendant l’abfence
de fon Mary, que
d’importantes affaires avoient
appelle pour quelques
mois dans le Languedoc.
Il ai m oit fa FemLE
MERCURE
me, & elle meritoit bien
qu’il l'aimait ; mais foie jaloufie,
foie délicateife trop
fcrupuleufe fur le pointd’honneur,
il eftoit fevere
pour ce qui regardoit fa
conduite , & il l’obligeoir
à vivre dans une régularité
un peu éloignée des innocentes
libertez qu’elle auroit
crû pouvoir s’accorder.
Ainfi il ne faut pas
eftre furpris, fi fe voyant
maiftreife de fes aétions
par fon départ, elle n’euft
pas tous
avoit tâ<
GALANT. 17
l’occafion eftoit favorable,
& elle crue qu’il luy dévoie
eftre permis de s’en fervir.
Elle eut pourtant foin d’éviter
l’éclat, & ne voulue
recevoir aucune vifxte chezM
elle-, mais elle avoit des
Amies, ces Amies voyoienc
le beau monde, & l’enjoument
de fon humeur joint
aux agrémens de fa Perfonne,
fit bientoft l'effet
quelle fouhaitoit. On la
vit, elle plût, on luy dit
qu’elle eftoit belle, fans
qu’elle témoignai! s’en fâ-
B
18’ LE MERCURE
cher; les tendres déclarations
fuivirenr, elle les reçeut
en Femme d’efpritqui
veut en profiter fans fe
commettre; & là-dcffus,
grands defleins de s’en faire
médies, Opéra, Feftes galantes,
tout elt rais en ufage,
& c’eft tous les jours
quelque nouveau Divertiffemenr.
Cette maniéré de
vie auffi agréable que comdouceur
merveilleufe , &
jamais Femme ne s’accommoda
mieux de i’abfence
galant.
J9 de fon Mary. Les plus éclairez pourtant en fait de Galanterie , s’apperçeurenc bientoft qu’il n’y avoir que des paroles à efperer d elle. Ils l’en eftimerent davantage, & n’en eurent pas moins d’empreïfement à fe rendre où ils croyoient la devoir trouver. Jufque-là tout alloic le mieux du monde -, mais ce qui gafta tout, ce fut un de ces Meilleurs du bel air, qui fo- tement amoureux d’eux- mefmes fur leurs propres complaifances , s'imagi- B q
• •
I
xo LE MERCURE
nent qu’il n’y a point de
Femmes à 1 épreuve de
leurs douceurs , quand ils
daignent fe donner la peine
d’en conter.
dont une Perruque blonde
Celuy- cy,
y
des Rubans bien compaffez,&
force Point de France
répandu par tout, failoient
le mérité le plus éclatant,
fe tenoit fi fort affuré des
faveurs* de la Belle dont il
s’agit, fur quelques Répontes
enjouees qu il navoit
pas eu l’efprit de comprendre,
qu’il fe hazarda
impur àpoufferles affaires
galant. h un peu trop loin. La Dame i le regarda fierement, chan- ' gea deftile^pricfonférieux, i & rabatit tellement fa va- 1 nité, qu’il en demeura in- confolable. 11 fe croyoit ■ beau, & trop plein du ridicule entêtement qu’il avoir | pour luy, il ne trouvoit pas vray-femblable qu’il fe fuft offert fans qu’on euft accepté le Party. Il examina ! dé plus près les maniérés de la Dame , la vit de belle humeur avec ceux qu’il re- - gardoit comme fes Rivaux;
& fans Longer qu’ils ne luy
zi LE MERCURE avoient pas donné les mef- mes fujets de plainte que luy, imputant à quelque préoccupation de coeur ce qui n’eûoit qu’un effet de fa vertu, il prit confeil de tfa jaloufie, & ne chercha plus qu’à fe vanger de l’aveuglement qu’elle avoir défaire des Heureux à ion
préjudice. Il en trouva l’oc- cafion & plus prompte &
toute autre qu’il ne l’efpe- roit. La Dame eftoic allée
à une Partie de Campagne pour quelques jours avec une Amie. Par malheur
GALANT. m
pour elle, fon Mary revint
inopinément de Languedoc
le lendemain de cette
Partie. 11 fut furpris de ne
la point rencontrer en arrivant.
Celle qui l’avoit
emmenée hors de Paris eftoit
un peu en réputation
de Coquete, Le chagrin le
prit. Il forma des foupçons,
& il y fut confirmé par
l’Amant jaloux, qui ayant
fçeu fon retour, fut des
premiers à le voir. Comme
ils avoient toujours
vefeu enfemble avec affez
de familiarité, le Mary ac
LE MERCURE
luy cacha point la mauvaise
humeur où le mettoit l’imprudente
Promenade de fa
Femme. Cet infidellc Amy
qui ne cherchoit qu’à fe
vanger d’elle, crût qu’il ne
pouvoic prendre mieux fon
temps. Il la juftifie en apparence,
Centrant dans le
détail de toutes les Connoiïfances
qu’elle a faites
depuis fon départ, pour
prévenir, die-il, les médians
contes que d’indifcrets
Zélez luy en pourroient
faire, il les exeufe
d’une maniéré qui la rend
coupable
GALANT. zj coupable de tout ce qu’il feint de vouloir qu’il croye innocent. Le Mary prend feu. Quelques petites railleries que d’autres luy font, & qui ont du raport avec cette première accufation, achèvent de le blefler juf- qu’au vif. Il s’emporte, il fulmine, & il auroit pris quelque re'folution violente, fi fes véritables Amis
n’euflentde'tournéle coup. Tout cequ ils peuvent gagner pourtant, c’ell: qu’en attendant qu’il foit éclaircy des pre'tenduës galanteries Tome 7. C
*6 LE MERCURE de fa Femme, elle ira fe mettre dans un Couvent qu’il leur nomme à douze ou quinze lieues de Paris. Deux Parentes des plus prudes fe chargent de luy porter l’ordre, êcde le faire executer. La Dame qui connoiïToit la feverité de fon Mary,ne balance point à faire ce qu’il fouhaite. La voila dans le Couvenr, dont heureufement pour elle l’Abbeffe eftoit Soeur d’un de ceux qui luy en avoient le plus conté, quoy que ce commerce fuft demeuré
GALANT. 2.7
inconnu à i'Amant jaloux.
Ainfi elle ne manqua pas
de Lettres de faveur pour
tous les Privilèges qui pouvoient
luy eftre accordez.
d ’ une recommandation
particulière. Ses maniérés
eftoient une tres-forte pour
elle, & il ne falloir rien davantage
pour la faire aimer
de tout le Couvent. C’eftoit
une neceffité pour elle
d’y palTcr quelque temps,
elle aimoit les plaiïirs, &
4»
x8 LE MERCURE en peut donner dans la retraite. Elle noua fur tout amitié avec une jeune Veuve Provençale , Pen- fionnaire du Couvent comme elle. Son langage la charma tellement ( il n y en a point de plus agréable pour les Dames ) qu elle s’attacha à l’étudier ; & comme il ne faut que vouloir fortement les chofes pour y réüflir, elle s y rendit fi fçavante en trois mois, qu’on l’eut prife pour une Provençale originaire. Cependant il y en avoit déjà
GALANT.
fix qu elle eftoit réclufe. Sa
fuccombaàla tentation de
venir à Paris incognito paffer
quinze jours avec fes
Amies. L’AbbefTe, quoy
luy accorda ce conge a
l’inftante follicitation de
fon Frere, à qui elle devoit
ce qu’elle elloit. Elle fe
précautionne pour n’eftre
point découverte. Une
Amie avec qui elle concerte
fon delfein, & qui fe
charge de luy faire donner
un Apartement en lieu ou
C iij
5o le mercure elle ne foie connue d’aucun
K
Domeftique, la va prendre à deux lieues de Paris, &la mène chez la Femme d’un
vieux Confeiller, qui ne l’ayant jamais veuc, la reçoit comme une Dame qui arrive nouvellement de Provence. Grande amitié
qui fe lie entr’ellcs. lln’ell parlé que de la belle Provençale, c’eft fous ce nom qu’on fonge à la divertir, Scelle joué h bien fon per- fonnage, que ne voyant que trois ou quatre de fes plus particuliers Amis qui
galant. font avertis de tout, il eft impoffible cjuon ui Coup-
9
51
I
impoftible quon ia foup- çonne de n’eftre pas ce quellefedit. Tout contribue à mettre fon fecret en afturancc. Le quartier où elle loge eft fort éloigné de fon Mary , elle ne fort jamais que mafque'e avec la Femme du Confeiller -, & quand elle fait quelque Partie de promenade avec fon Amie , ce font tous Gens clioifis qui en font, & leur indiferetion n’eft point à craindre pour elle. Trois fernaines fe paflenc
C» • • •
mj
galant.
tereft à tenir cahé. Dans
Son Mary avoir un Procès,
le Confeiller qui la loge en
eft nommé Raportcur- il
luy, & s’adreïfe à un Gentilhomme
avec qui il a fait
connoiflance en Languedoc
, & qu’il fçait eftre le
tout-puiftant dans cette
Maifon. Le Gentilhomme
prend volontiers cette occation
de faire valoir fon
crédit, .& ils vont enfemble
chez le Confeiller le jour
A *' * • •
|4 le mercure
niefme que la faufle Provençale
doit partir. Le
Confeiller s’eftoit enfermé
dans fon Cabinet au retour
GALANT. «ç avec la fauffe Provençale, qui ne s’attendoit à rien moins qu’à une vifite de fon Mary- Jugez de la fur- prife de l'un & de l’autre. Le Mary ne Cçaic où il en eft. 11 regarde, reconnoift fa Femme, & troublé d’une rencontre fi inopinée ,, il oublie fon Procès, & n. e- coute prefque point ce que fon Amy dit en fa faveur. La Dame n’eft pas moins embarafiée de fon cofté-, mais comme elle voit le pas dangereux pour elle, fi elle n’y remédié par Coq
0 LE MERCURE
efprit, elle ne fe de'concerte
point, & parlant Provençal
au Gentilhomme
qu’elle a de'ja veu plufieurs
ianteries qui mettent le
Mary dans un embarras
nouveau. Il demande tout
bas à fonAmy qui elle eft,
& il luy re'pond de fi bonne
foy (comme il le croit)
que c’eft une Dame de
Provence venue à Paris
pour affaires, que fon langage
fervant à confirmer
ce qu’il luy dit, il commence
à croire
GALAMT. 37
5 femblance des traits a pu.
I le tromper, & il ne s’en
II faut guère mefme qu’il ne
r les trouve moins reffemi
blans qu’ils ne luy ont paru
H d’abord. Il s’a
! d’elle, l’examine, luy parle,
'? & le Gentilhomme luy
ayant dit qu’il falloit qu’-
n elle follicitaft pour l'on
a, employer comme fi c’efri
toit fon affaire propre. Elle
11 tient parole, & le ConfeiliC
1er entrant, c’eft elle qui
n commence la follicitationj
mais elle le fait avec tant
<|e grâce & avec une telle
Mary ne peut croire queii
elle cftoit fa Femme , elle
euft pû fe poffeder alfez
ment jufque-là. Il fort tresfatisfait
du Confeiller; &
pour n’avoir aucun ferupule
d’eftre la Dupe de
cette rencontre, il fe refout
d’aller dés le lendemain
trouver fa Femme au
Couvent. Elle y met ordre
Dar la promptitude de fon
retour, & devinant ce qu il
cft capable de faire pont
»
galant.
s’éclaircir, au lieu d’aller
coucher où fon Amie la
devoir mener, elle marche
toute la nuit, & arrive de
très grand matin au Couvent.
L’Abbeffe à qui elle
rend compte de tout, instruit
la Touriere de ce qu’elle
doit dire, fi quelqu’un
îa vient demander. Son
r
Mary fait diligence, & arrive
fïx heures apres elle,
d vient au Parloir. On luy
dit que fa Femme n’a prefque
point quité le Lit depuis
huit jours,à caufe d’une
legere indifpofition, & elle
40 LE MERCURE paroîc un quart-d’heure apres en coiture de Conva- lefcente. La fatigue du voyage, & le manque de dormir pendant toute la nuit paffée, l’avoiènt un peu abatuë. Cela vint le plus à propos du monde. Comme fon Mary ne luy trouva ny les mefmes ajultemens, ny la mefme vivacité de teint qui l’avoit ébloüy le jour precedent dans la Provençale, il fut aifément per- fuadé qu’il y avoit eu de l’erreur dans ce qu’il s’en efloit figuré d’abord- Ce-
pendant il avoir remarqué
tant de mérité dans cette
prétendue Provençale, &
il en eftoit tellement touché,
que fe tenant trop
heureux de pofleder une
Perfonne qui luy rcfTenibloit,
& eftant d’ailleurs
convaincu qu’il y avoit eu
plus d’imprudence que de
cprne dans la conduite de
faFemme,illuyditles choies
les plus touchantes pour
luy faire oublier ce quefix
mois de clôture luy avoient
pu cauferde chagrin. Elle
X
4i LE MERCURE
férieux avec luy, luy fait ks
plaintes en bon accent
François de fon injurieux
procédé, & apres quelques .
feints refus de luy pardonner
fi tort un outrage qui
avoir fait tant de tort à fa
:
44 Lf- ivi r, î\ C U K JC
Bas Languedoc, & je né fçay comment j’oubliay la derniere fois que je vous écrivis, à vous faire part de cette nouvelle. Toute la Province en a témoigne' de la joye -, & comme elle connoîc fon zele pour la Religion, fa fi délité pour le fervice de fon Maiftre • & fon def intéreffemenc pour Je bien public,elle ne doute point que foa Gouvernement ne luy procure toute forte d'avantages. 11 n’y a ri,en de p’us glorieux pour luy, que la maniéré donc il
le
le h lé le h le
&
it
:e
e a .r
1
GALANT. 4J a plu au Roy de le diftin- guer entre un grand nombre dcPre'tendans, pour luy confier un Porte auffi important que celuy dont je vous parle. Aufli faut-il demeurer d’accord que Mr le Marquis de Monta- negre s’ertoit rendu digne de cette preTerence, par rattachement qu’il a toujours eu pour le Service. Apres fes premières Campagnes, il fut Capitaine de Cavalerie au Régiment de Monfieur, dont il eut en fuite l’honneur d ’ eftre
A
X
GALANT. 47
exemple de ranimer les
Siens, que l’inégalité du
nombre avoir effrayez, 11
mit cçt Efcadron en defordre,
& -s’eftant relevé de
deffous fon Cheval qui Fur
tué, il fe défendit longtemps
l’Epée à la main,
mais enfin une nouvelle
bleffure qu’il rcçeuc dans
le corps, le fit tomber pat
terre, & entre les mains de
ceux qui nJen fer oie ne pas
aifément venus à bout, s’il
n’eut effé mis par là hors de
combat. Cette Aélion, &
beaucoup d’autres, ayant
4s LE MERCURE
fait bruit à la Cour, il feroit
parvenu fans - doute aux
Commandemens donc le
mérité de ceux qui luy reffenablent
eft toujours récompenfé,
fi la Paix des
Pyrénées qui fe fît peu de
temps apres ne l’euft force
à fe retirer chez luy. Le
Roy ne l’y voulut pas laiffer
inutile, & on connuft
ï’cftime particulière dont
Sa Majefté l’honoroit, par
aux Etats Generaux de Lan-
■ ' *• T ~
ion. Cet honneur eftoit
GALANT. 4^ grand, mais non pâs au defTus d'une Perfonne de fa naiflance. Il n’y en a guère de plus illuftre, & je vay fatisfaire avec joye à l’ordre que vous me donnez de vous apprendre ce que j’en fçay.
Mr le Marquis de Mon- tanegre prend fon origine de la Maifon d’Urre en Dauphiné, qui partagée en douze Branches il y a plus de deux cens ans, compte dans fes Alliances les Mai- fons de Vefq, d’Ademar, de Bérenger , de CorniHoni&
Tome 7. E
JO LE MERCURE
prefq'ue tout ce qu’il y a de
grandes & anciennes Familles
dans cette Province,
où l’on fçait que la Note
conferver depuis longtemps
dans toute fa pureté.
On trouve parmy lesTitres
de cette Maifon des Vaffaux
de laTerre d’Urre annoblis
il y a cinq cens ans,
par un Privilège particulier
dont certaines Familles
îiné
joiiiffoient en ce temps-là;
& ces mefmes Titres font
connojftre que dés l’an u66i
GALANT.
H y avoir des Chevaliers
de l’Ordre de S. Jean de
Jerufalem dans la Maifon
d’Urre, & qu’un François
d’Urre en prenoit la qualité.
Je ne vous parle point:
d’un Aimé d’Urre , Seigneur
des Teffieres, Grand
Maillre de la. Maifon dit
1 Duc de Lorraine, & dansle
rang & l’alliance de l’ancienne
Chevalerie de Lorraine-,
ny d’un autre des
plus proches de Mr deMoa*
tanegre, quifutLieutenanc
de Roy enProvence, fous le
Régné de Henry II. Nous
Ei;
p LE MERCURE y avons v^u de nos jours commander par Commif- fîon Monfieur le Marquis d’Ayguebonne de la mef- me Maifon d’Urre, qui fut fait Chevalier des Ordres
du Roy en 1646. Se que le Commandement des Armées du Roy en Italie, & le Gouvernement de Cafal,
ont fait affez connoiftre par tout. Ce n’eft pas feulement d® cette llluftreMai- fon que Mr le Marquis de Montanegre tire les avantages de fa naiïTance; il trouve encor dequoyla re;
«
GALANT.
lever par Meflire Pierre de Liberras fon Ayeul maternel, qui réduifit à l’obeif- fancedu Roy HenryIV. la Ville de Marfeille, que la perfidie de quelques Particuliers luy avoir arrachée malgré elle, tandis que ce Grand Prince eftoit occupé au Siégé d’Amiens. Son Aétion fi remarquable dans l'Hiftoire ne s’effacera jamais de la mémoire des Marfeillois, qui noncon- tensde luy avoir érigé une Statue, font celebrer tous les ans un Service en Corps E iij
X
‘ ‘ i Z
54 LE MERCURE de Ville,en reconnoiffance defavaleur & de fa fidelité.
Voila comme les Grands
Hommes ne meurent jamais. Leur nom demeure apres eux, & ils n’ont rien à craindre du temps. 11 eft vray qu’il n’eft pas permis d’eftre grand Homme à tous ceux qui le voudroient devenir. On a beau faire
X * • I »
'de belles Adions, elles font longtemps ignorées, fi on n’eft d’une naiftance à fe faire d’abord remarquer^ mais au moins fi les occa- fions d’une bravoure d’é*
GALANT., 55
clat ne s’offrent pas, l’Efprit
eft une reffource avec la-
. * ' A •
faire figure dans le monde;
& qui ne s’y diftingue par
aucune qualité recommandable,
n’eft à mon avis guère
dïferenr de cet Enfant-
Ours que la feue Reynede
Pologne faifoit élever. Je
ne fçay, Madame, fi vous
en avez entendu parler. 11
fut trouvé dans les Forefts
de Lithuanie, & pouvoir
avoir fept ou huit ans. Toutes
ces maniérés firent préu’il
avoir efténourry
E mj
S6 LE MERCURE par une Ourfe. Les traits de fon vifage eftoient affcz beaux, mais on y voyoit par tout des cicatrices. On ne
fçait û elles venoient des ongles des jeunes Ours fes Frétés avec lefquels il pou* voit s eftre joüé, ou des ronces & des branchages des Bois qu'il craverfoit, quand il fut pris, avec une agilité' merveilleufe. La Reyne à qui on l’apporta, le fit mettre chez les Filles de la Charité
quelle a fondées à Varsovie, & ordonna qu’on en prift tout le foin polfiblc
GALANT. În7
I rer quci^uv
II de fa vie paflee, quand il aue!
a feulement remarquéqu’il
1(l entendoir ,& aucun ufage
de raifonneluyeftvenu. Il
11 monde, & faifoit le Signe
a- de la Croix, parce qu a ce
il. Signe on luy donnoic du
“iî pain, qu’il alloit en fuite dé-
■h vorer en Belle. Il déclii-*
$8 LE MERCURE
roit tout ce qu’il rencontroic
avec les ongles & fes
dents, & n’épargnoit pas
mefmefes habits. Sonplus
grand plaiiir eftoit de grater
la terre, d’y faire des ouvertures,
& de fe fauver dedans.
J’ay voulu fçavoir ce
qu’il eftoit devenu, & on
m’a écrit depuis quinze
jours qu’apres la mort de la
un Evefque de Lithuanie,
qui s’eftoit chargé d'en
prendre foin. Apparent'
ment c’eftoit quelque larGALANT.
59
avoir voulu cacher en l’exil
s’en
P1 fait beaucoup d’autres dans
*1 le monde dont on ne dit
i'; mot , & il n’eft point de
Belle qui n’ait fon heure
dangereufe quand les Amans
s’attachent à l obferoi
ver. Les Prudes mefmes
ne s’en (auvent-pas. Voyez
:( ce qu’un Expert fur cette
e matière en a in
lit ment e’erit depuis peu.
I
60 LE MERCURE
L’horloge des
AMANS.
Pntf la déclaration
Qui marque une fincere & tendre pajjîon,
Quand la Belle deviët refveufe, JL'occaJion fe montre heureufe> Et fi l'Amant a de l'efprit* 11 en doit faire Jon profit.
JL'heure où l'Amat Je raccdmodt Efi toujours une heure commode, On veut fe racquiter du tempsquoH a perdu,
Et la Belle ejlant appaisee, r£e coeur pour fe montrer de bonne* foy rendu y
2doms rend toute entreprife aisée,
s
GALANT. ii
f
Ce moment fi chery des Hommes & des Dieux,
Efi en Chiffres d'amour écrit dedans lesyeux
De celle pour qui l’on foùpire,
Et bienheureux qui l’y peut lire.
•J»
Vne Femme dans le couvoux
Où la met un Mary jaloux9
Aux defirs d "un Amant eji rarement cruelle.
L'occafien de (e vanger
Eft une occasion trop belle,
Et l'heure du Dépit, l'eji fouvent du Berger.
Si parmy la réjoüiffance D'uneFeJîe donnée en quelque beau lardin^
K
tl LE MERCURE
Celle quevous aimez^ lors que moins on y penfe*
S’'éclipfe & difparoijl foudain* SuivezAa* l'amour fe déclaré* Çenefpas fansdeffein quelaEelle s'égare.
O
Vne Fiere veut du refpeïï* Cherche dansfa conduite un Amant ciiconfyell*
Et qui contre la médifance
En tores lieux prenne fa defenceS Son honneur fauve de ces coups Se défendra mal contre vous.
•J*
Celle que le chagrin dévore* Qui ne vit quedas un grdd düeil> Et d'une cendre qu elle adore Semble ri aimer que le cercueil* Quoyquon la croye inconfolahle* dN 'eft pas toujours inexorable•
galant, gj
! \La douleur ri efiant point vertu, PP e fournit que de foi b le s arme s y Et l'amour efmal combatu parla lâppeur&parles larmes.
F Comme fouvent la peine irrite le
{bley
defir,
Pour objet de vos voeux s'il vous plaifi de choifir
Quelque Prude à vos y eux aima-* PP e vous allarmez^oint de fa or an- de froideur,
K
’ty Par vos foins, vos refyeïïs,montre^ ! luv voflre ardeur.
J
luy vofitre ardeur, Et laiffez^ faire au temps , il la rendra traitable^
Elle ne croira pas en avoir moins d'honneur,
Pour donner à l'amour une place en fon coeur.
*5*
<4 LE MERCURE
Je ne fçay fi l’Autheurde ces Vers eft auffi bien fondé enraifon qu’il le croit eftre, mais je fçay que vous en avez beaucoup, d’eftimer autant que vous faites le Compliment que je vous ay envoyé de Mr de Rou- bin. Il en a fait un autre que vous ne ferez pas fâchée de voir. Comme l’A- cadémie Royale d’Arles eft affociéeà celle de Paris, & qu’elle a toujours pris foin d’entretenir avec cet llluf- tre Corps, une correfpon* dance dont elle s’eftinn®
de Roubin pour venir prefenter
an Roy l’Eftampe du
fuperbe Obelifque donc je
vous ay parlé la derniere
fois, elle le chargea d’en
offrir en fuite à Meilleurs
de l’Académie Françoife.
L’A vis leur en ayant efté
donné., ils luy firent direpar
M1 l’Abbé Tallemant le
jeune qui eft prefentement
(caron en élit un nouveau
tous les trois mois) qu’ils
attendoientavec beaucoup
de joye l’honneur qu’il leur
66 LE MERCURE
vouloir Elire, & que quand
il luy plairoit venir à leur
AïTemblée, il y feroit tresbien
reçeu. Sur cette affurance,
ce Député fe rendit
à l’Apartemenr du Louvre
que le Roy leura donné
pour leurs Conférences,
fans les avoir fait avertir du
le plus honorable. & avant
que leur diftribuer les Estampes
de 1’0 belifque qu’il
leur avoit préparées, avec
des copies du Sonnet que
vous avez veu de luy fur ce
fui et, il leur parla en ces
termes
GALANT. 67
A
q|, 1» .
j jourd’huy l'honneur de pa-
æESS/EVRS,
| L'Académie Royale d’Arles qui me procure a«- roifire dans cette llluflre Af- femblée, composée de tout ce qu’il y et de plus grand de
plus au gu fie dans la République des Lettres, <veut en •ufer auprès de la woflre comme une Fille bien née, qui <vient de temps en temps rendre compte de fes occupations de fa conduite à fa Mere, afin de fe conferver dans fa bienveillance. C.’efi pour celat
Fij
Mcffieurs, quelle ma chargé
de vous faire part de ce Juperbe
majeftueux Monument
qui vient d'efire érigé
par fies foins à F honneur de
nofire Invincible Monarque,
& quelle croit pouvoir avec
jufiice compter au nombre de
fes Ouvrages, puis que ceft
elle qui en infpira
dejfein, qui en a J
xe cation, & qui a conduit enfin
fi heureufement l'entrele
premier
ollicité l eprife,
quelle a mérité non
feulement les acclamations
du Public, & les applaudif
femens de la Cour s mais, et
’H.
i
il
u
4
5
„
'1 lebrer fis Victoires par tout
w
GALANT.
qui luy eft encor plus glo. vieux, les complaifances me finie du plus grand Roy de la Terre, Jufiquicy, Mefifieurs, je T avoue, nos Mufis timides & tremblantes .fie défiant de leurs for ce s,n avalent encor rien entrepris de considérable à fa gloire s cedant aux voflres T avantage de ce-
le monde, elles fe contentoient 'n de chanter en fecret quelques Hymnes à fa loüange , de 6ft brûler à fon honneur quel- que grain dfincens, & de ve- > fl nirfimer de temps en temps
• X
yo LE MERCURE quelques Fleurs far le mur- | che-pied de fan Trône ; mais aujourd huy, Mcffieurs, elles portent bien plus haut leur ambition, & «voulant donner des marques plus éclatantes de la grandeur de leur zfat d cet incomparable Monarque , elles «viennent de la) confatcrer un Ouvrage, fa malgré l’injure des Temps, & la «violence mefine des Edemens, eji ajfaré de pourvoir durer autant que Monde. Ne croyez paS neantmoins, Meffieurs, qli " fait te la nature de ceux fa
GALANT. 7Î •vous enfantefitous les jours à qui la beauté du Stile, U fiib limité des Pensées, la force de l'éloquence, la réputation enfin £> le mérité des eAutheurs, font comme autant de garant d'Immortalité. Non, éMeffleurs, celuy dont je parle icy, doit eftre regardé plutoft comme un.
ÏJ',
1
ei 4
% i
I
effort de nos mains, que de i noftre effrit, ou par un beu- pi reux artifice, ayant fait fit- épleer la Nature à l'Art, g/ la matière a la forme, nous qi avons trouvé le fecret de ^fauwer éternellement delOti-
fa LE MERCURE bly. /’ Augufle Nom Louis le Grand, <?» le gravant far le Marbre & far la Granité avec des Caractères ineffaçables. C'efl en quoy, Mef fieurs, je ne ftaurols mm- pefeher de m applaudir en fecret de cette ïoii-drie précaution que nous avons eut pour fa gloire, quand je con- fdere far tout d combien de malheureux accident f->11 fauvent expofev^ les Ouvrages mefmes des plus grands Hommes. Ne face pas effet une déplorable coufa' me, ou plutofl une malheur rétif
GALANT. 7j wufe ne ce fit é, que celle de confier, comme on fait tous les jours, les VeriteTjes plus
toire, a la bonne-foy d'un
r/
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J importantes de noftre Hif-
- 1 /— — — — - - — 1
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Dépositaire aufi faible, aufi
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leger, & aufi pér fiable que le Papier, qu’un Enfant déchire, que le Vent emporte> que les Vers rongent, que Tgau pourrit, que le feu,
confume avec tant de facilité? En <verité, éMefieurs,. je tremble pour l’intereft des Mufes de noftre France, tou- | tes les fois que je m'imagine qu’il ne faudrait qu’une pey
Tome 7. G
74 LE MERCURE
tire étincelle pour embrafer
& réduire en cendres toute
lu Bibliothèque du Louvre,
ment lu . Poflerité du fruit
précieux de tant de Jueurs &
de tant de veilles que vous
confier ec^ au Public > C/ qui
devroient immortalifer vos
Illuflres Noms dans U mémoire
des Hommes,au f bien
vé le moyen de le mettre
couvert de ces injufiiees de
la Fortune, & l Academie
r GALANT. ÿr
"Royale dArles peut dire
lff maintenant avec raijon, de ce
fli grand & fuperbe Livre quk
elle vient de confacrer d fît
gloire, ce que le Poete na dit
autrefois du fien que par vanité:
«
Exegi monumentum ære perennîti-s
Quôdnon imber edax, nec Aquilo
impôtens, &c.
^6 LE MERCURE
toute remplie de fentimens
de refyeiï & de vénération
pour la voflre, & qui ne fouhaite
rien tant au monde que
de fe pouvoir rendre digne
par fes fervices de cette
Adoption glorieufè dont U
vous a plu l'honorer.
Le Compliment, le Sonnet
& les Eftampes de 1’0-
belifque, dont celle qu on
avoir deftinée pour la Salle
de l’Académie, eftoit enrichie
d’une fort belle Bordure
, tout fut reçeu avec
applaudiffement de cette
GALANT. 77 llluftre AlTemblée,au nom de laquelle le Dire&eur remercia Mr de Roubin avec les termes les plus civils, & apres luy avoir donné mille aflurances de l’eftime particulière que la Compagnie avoit toujours eue pour l’AcadémieRoyale d’Arless il fe plaignit obligeamment de ce que ne l’ayant pas averty du jour qu’il avoit choily pour leur faire l’honneur qu’ils recevoient, il luy avoit ofté le moyen de fe préparer à luy répondre avec plus d’ornement, & de ' ' ' • • •
G nj
79
galant. une Libéralité du Roy qui leur donne quarante Jet- tons d’argent pour chaque Seance. Ils font diftribuez à ceux qui s’y rencontrent, & beaucoup d’entre eux fe font honneur de s’y trouver pour les recevoir. Comme les chofes dépendent quelquefois autant de la maniéré dont elles font tournées, que de ce qu elles valent par elles - mefmes, la Ville d’Arles a bien lieu d’eftre fatisfaite, puis que fi le zele qu’elle a pour le Roy luy a fait faire de la dépenfe, ou G mj
So LE MERCURE peut dire que M' de Rou- bin en a relevé le prix. L’Académie qui l’a choifi dans fon Corps pour celte Députation, ne doit pas eftre moins contente d’avoir nommé une Pc», forme dont l’Elprit a fi avantageufe- ment foûtenu la réputation que cette Compagnie s’eft acquife parmy ceux qui connoifient ce que c’eft que les belles Lettres.
Vos Amies fe révolteront peut-eftre contre deux Vers Latins employez dans le Compliment j mais elles
GALANT. Si doivent fonger qu’ils ont bonne grâce avec des Sça- vans, & je me raporre à ce que vous leur direz, fi elles vous en demandent l’explication.
Ces AfTembléesd’Hom- mes choifis pour les belles Connoiïfances, font jugées fi neceflaires dans tous les Etats bien policez, qu’à l’exemple de 1 Academie Françoife,Madame Royale en établit uneàTurin. Les Séances s’en doivent tenir dans l’un de fes Palais, où Son AlteiTe Royale inftitu'c
gi LE MERCURE une autre Académie pour tous les exercices du Corps qui peuvent perfectionner un Gentil-homme. Elle choifît pour cela les plus habiles Maiflres qu’on puiffe trouver. Ce n’eft pas la feule marque que cette grande Princcffe donne à fes Sujets du foin qu’elle a de leurs avantages. La récolté des Grains ayant elle très- médiocre cette année en Piémont, elle n’a pû voir ce que fes Peuples auroient à foufrir de cette difette, fans que fa bonté fe foit
GALANT. intereffée à les fecourir. Les greffes femmes d’argent quelle a répandues pour faire venir des Grains de dehors, ont réparé l’indigence où ils fe trou- voient, &par fa genérofité A Il C * A
accoutumée elle a tait naître pour eux l'abondance au milieu de la fterilité.
Je me réjouis avec vous, Madame, de ce que vous avez des Amies d’un efprit ? ht vif & fi éclairé, qu’elles n’ont point eu befoin de l’Explication que je vous envovayladerniere fois de
I
g4 LE MERCURE
l’Ènigme de la Lettre R.
pour deviner ce que c’cftoir.
Quoy que bien des
Gens ayenc inutilement
tâché d’en venir à bout, je
veux croire qu’elles n’en
ont point elle embarafTées;
&puis qu’elles ont tant de
facilité àdéveloperleschofes
obfcures, demandezleur,
je vous prie, quel peut
cftrc lefens de ces Vers. V
• a
GALANT. 8;
ENIGME
DAns un double & [ombré
parterre
Eclairé de rayons divers,
l'allume une foudaine guerre
Entre deux Amis que je [ers.
l'intereffe dans leurs querelles
Qui [ont mille cris éclatant.
Cependant toute la Diffpute
Finit entre les Combatans,
Parla bigarre culebute
Des refles d'un S que le te affreux
£ru[quement[ortis de leurs creux.
Voila dequoy exercer
LE MERCURE leur laîïïe le plaifir entier de deviner, & ne leur feray point le tort de vous envoyer le mot de l’Enigme. Si elles ne l’attrapent pas, le fecours eft preft. Il ne vous coûtera que la peine de le demander, & vous l’apprendrez dans ma Lettre du Mois prochain. Je voudrois qu’il n’en coûtai! pas davantage pour avoir ce que fait Monfîeur le Duc A
de S. Aignan ; mais comme il n’en garde point de Copies , on n’a de luy que ce que le hazard fait recou-
GALANT. 87
vrer de ceux à qui il peur
l’avoir adrefïe. C’eftparce
moyen que la Ballade qui
fuit m’eft tombe'e entre les
mains.
BALLADE
AU ROY.
orieux Vain^ CH armant &gl
que tir
Quimetteftoutfous voflreEmpire,
Ce qui fe pajfe dans mon coeur
Housvoulez^doncil aprendre, Sire?
Hélas! à toute heure il foàpire*
Et dit accablé de travaux^
Que brûler &ne l'ofer dire^
Efi le plus grand de tous les maux.
SS LE MERCURE
- • \ «jf*
♦
Mon efprit na plus de vigueur, Rien nefi pareil à mon martyre, Et dans l'excès de ma langueur, Je ne fipay ce que je defire.
4
chaque infiant mon mal empire, Tay des laloux, \'ay des Rivauxi Mais brûler & ne l'ofer dire, Eft le plus grand de tous mes maux,
On voit en ma trijle couleur Vn changement que l'on admire, J'excès de ma vive douleur, Tous les plaifirs vient m'interdire- Je ne fcay fi l’on peut décrite Des tourmësquin Üt point d'égdUX) Mais brûler & ne l ’ofer dire Efi le plus grand de tous les maux-
GALANT.
E N V O Y.
Ah! Grad Roy,voit-on rien depire, Entre les pluafiers Animaux, Quel'Homme fiujet à médire. Et brûler (fi ne l’ofier dire, N'efi-cepas le plus grand des maux!
Vous voyez, Madame, que le Génie de Monfieur le Duc de S.Aignan cft univerfel, & que la contrainte des Rimes qui em- barafle dans ces fortes d’Ouvrages, ne luy ofte rien de fa facilité ordinaire à s’exprimer. Il donne toujours fes ordres dans fon
T orne 7. H
V
9o LE MERCURE Gouvernement avec une application qui met les Rades du Havre dans une en-
( • i i * ’ ' 1 *4
tiere feûreté, & les Armateurs ennemis ne fe hazar- dentplus à faireaucune en- treprife de ce cofté-là, depuis que le Roy luy a fait l’honneur de luy donner une Barque longue toute équipée, avec laquelle il empefchera facilement ces Pyratesde troubler le commerce comme ils avoient accoutumé.
Au refte, Madame, doutez tant qu’il vous plaira
GALANT. 9i que le Solitaire dont vous avez appris l’avanture par nia derniere Lettre, ait pa fie fi aveuglement de l’indi- férence à l’Amour, je puis vous affurer qu’il n’y a rien de plus vray que le Procès intenté par le Pere pour faire cafler fon Mariage. S’il y a quelque chofe qui vous blefie dans la Per- fonne qu’il avoir choifie pour faire renoncer fon Fils à l’infenfibilité , vous ne devez point vous en prendre à moy, qui aime mieux vous conter les cho^
H ij
LE MERCURE
lès dans leurs plus véritables
circonftances, que de
les falfifier pour les embellir.
Il en arrive tous les
jours de fi extraordinaires,
que toutes vrayes qu’elles
font, elles femblent quelfemblable.
Ainfi je ne
doute point qu’il ne fe
trouve des Incrédules fur
l'Hifloire de laFauïfe Provençale.
Quoy qu’en vous
fuivre les Mémoires qui
m’en ont efté donnez, vous
aurez peut-cftre peine vous;
GALANT. 95 tnefme à vous perfuader qu’un Mary puifTe parler à fa propre Femme, & s’imaginer qu’elle ne la foit pas. Mais outre le Langage Provençal qui luy devoir eftre inconnu, & les autres par- ticularitez qui établirent le Fait, combien avons- nous veu de Gens fe tromper à la reflemblance des traits?.L’Affaire de Martin Guerre qui a fait autrefois tant de bruit au Parlement
de Touloufe, en eft une preuve inconteftable, & en voicy un exemple fort
MERCURE
«■
94 .LE récent donc je vous vay faire le détail en peu de mots.
Il n’y a qu’un mois ou deux qu’un Milord ayant une Charge fort confidé- rable dans la Maifon du Roy d’Angleterre, eut di- férent avec deux Seigneurs de cette Nation, contre lefquels, fur quelques paroles fâcheufes qui leur ié- chaperent, il fut obligé de mettre l’Epée à la main. Il en demeura un fur la place, & cette mort luy fît pafler promptement la Mer pour
x ... — ■ - — ■ ■ ■ . ■ ■ — —— ■
GALANT.
3) fe mettre à couvert des pourfuices qu ’ il devoir ! craindre. Son Pere quieft un fort grand Seigneur, &
5: très - riche, donna fes or- '' dres fur l’heure en diférens
I
lieux où le Milord pouvoir s’eftre retiré, & il écrivit
i,! entr’autres à un Banquier '(î de Paris de fa connoiffancea
II
pour le prier, G fon Fils s a- A dreffoit à luy, de ne luy re- lt fufer pas lafliftance de fa t Bourfe. La Lettre eft ren- 5 dùë au Banquier, qui le « lendemain reçoit un Billet « du Milord. CeBillet eftoiç
s r i < —* *
K
96 LE MERCURE un avis de fon arrivée à Verfàilles, & un honncfte emprunt de cent Piftoles qu il le prioit de donner au prefent Porteur. Le Banquier qui avoit eu déjà des affaires avec luy dans un Voyage qu’il avoit fait en France, examine 1 écriture, la reconnoift, s’informe de bien des chofesfurlefquel- les on luy répond jufte, & compte aufïi-toft l’argent. Autre Billet à un nommé Goüin, Tailleur Anglois. Le caradere luy eftoit connu , & fur cette caution
CALANT.
caution il accompagne l’Agenc
du Milord chez divers
Marchands. On levé
des Etoffes, on choifit des
Points de France: tout fuir,
Plumes, Perruque , Baudrier,
Rubans; gainraifonnable,&
creditpar tout. La
équipage. Ils fournirent
de nouveau, & celuy qui a
déjà donné du Point de
France, eft le feul quirefufe
fans fçavoir qui le payera.
On luy nomme le Baiy-
Tome 7.
93 LE MERCURE quier. Il le va trouver; prend fa parole, & continue à faire crédit. Cependant le Milord fait fort grand’chere à Verfàilles. Il fe donne les Violpns & les Hautsbois, & fa dépenfc ayant fait bruit, on s’étonne de ne le point voir chez les Perfonnes de qualité d Angleterre qui font à la Cour. Ceux avec qui il eft entre en commerce de plaifîrs luy en demandent la caufe- Il répond qu’il n’eft point de condition à aller chercher les Gens. Cette ré-
GALANT. 99 ponfe fi peu digne de ceiuy qu’il fe difoir eftre,fait fou- pçonner quelque fourberie. On l’obferve, il s’en apperçoit, & trouve à propos de décamper. 11 part de nuit avec fon Agent, & fa fuite ne laiffeplus douter de la vérité. C’eftoit en. effet un faux Milord qui a- voit fi bien copié le véritable, que le Banquier qui luy avoir parlé deux fois n’avoit pu connoiftre qu’il le du- poit. Comme il en avoir tousles traits, il s’eftoit attaché à contrefaire fon écri- lij
Le Mar-
ïoo LE MERCURE ture, & elle eftoit fi femb’a- ble, que tout autre s’y fuft laifle attraper. Marchand de Point de France alla trouver le Banquier. 11 paya les chofes dont il avoit répondu, & les autres Marchands ont pris patience.
Nous avons eu des nouvelles de Conflantinople qui nous apprennent que Mr le Marquis de Nointél noftre Anibafladeur à h Porte, y avoit foûtenu comme il devoir la Dignité de fon cara&ere. Il s’apper- çeutà fa prèmiere Audian-
loi
en voulut
galant. ce du Grand Vifir, que le Sie^e qu’on luy donnoit, n’cfloit point à l’ordinaire vis-à-vis du fien fur le Sofa, qui eft un Tapis en façon d’Eftrade. 11 prendre un autre dont deux Turcsfe faifirent pour l’en empefeher. li le leur arracha des mains,& le mit fur le Sofa,où ils’affir enatten- dant l’arrivée du Grand Vifir qui eftoit alors au Divan. On courut l’avertir de l’action de M. de Nointcl, auquel il envoya dire par Mauro Cordato ion pre-
I. . •
11)
1O1 LE MERCURE
donneroit point Àudiance,
s il n’elloit a (lis hors du
Sofa. M de Nointcl répondit
au Drogman que le
ner de fon Siégé, mais non
pas de faPerfonne, & s’en
alla dans le mefme inftanr.
Le Grand Viflr luy a fait
dire depuis qu’il ne laiïTeroit
pas de luy accorder
comme auparavant toutes
les chofes qui regardoient
le Commerce, fuivant les
Capitulations qui en avoientefté
faites. Ileftcer
GALANT. 1O3
Hj tain que cette entrept ife ne
tj] jnent contre la France. Les
ré. mefmes raifons onr empef-
|s ché d'autres AmbaiTadeurs
J d’aller à l’Audiancc. C’eft
et faire le nouveau
oit une innovation
[ç‘ ceux qu on a veus dans le
xt mefme Employ. 11 paroift
J fort fier , & l'on remarque
m qu’il ne donne pointle Caf-
J fetan auxAmbafiadeurs,ou
. qu’il ne leur donne point de
Verte, & qu’il fe contente
de leur faire prefenter le
Caffé, le Sorbec & le Pâteux,
àVexempledefon Predecefieur.
Comme je ne fuis
pas accouftume' au Sorbec,
&queje ne m’accommode
point du Parfum, j’ay bien
ine à croire
vaille la Collation inpromptu
qu’une Dame donna il
y a quelques jours à deux de
les Amies, & à trois Cavaliers
qui Ce trouvèrent chez
elle. Les Confitures n’y
10$
I
c
I
il
*
’)!
el
1
>«
»
I
GALANT. î. elles donnèrent lieu aux t douceurs qui forent dites aux Belles. Toutes les trois
valent bien qu on leur en conte -, & les Cavaliers ayant de l’cfprit, & fe méfiant de faire des Vers, l Impromptu de la Collation for caufe qu on leur en demanda un a chacun d eux pour celle des Dames que le bazar d luy deftineroit. On tira au fort, & le premier qui prit un Billet ne fot pas fâché de voir qu’il eftoit remply du Nom dune aimable Brune à qui il y avoit
f /
iû6 LE MERCURE
contoit. Il fit pour elle ce
REPROCHE DE N’AIMER
point «iflèz.
C’Eft pour vofîrc interejlplutofi
que pour moy me fine,
K«evousdevexjn’aimer autant que
je vous aime.
Si voffrc amour eftoit évalua mil
Vous yrupleriez^cewdouccurs qM
je goufle,
Vsus vous feriez^ mille plaifirs de
rien.
Pour n'aimer pas aflez voila ce
La Dame qui donnoit la
GALANT. 107
Collation, fut celle pour
qui le fécond eut à faire un
Inpromptu, & il en prit le
fujet fur laprofufionde fes
Confitures.
CONFITURES DONNEES.
r~Y"'Rottveroit-on,Iris,des âmes
_ aflezfures
Pour ne pas adorer & vous & vos
bienfaits ?
Vous iovgiezfa
vins attraits,
jî celle de vos Confitures.
Cependant n’en deplaife a toutes
vos faveurs,
Je me plains au milieu de mes bonnesfortunes:
'a4u lieu de me donner, Iris, tant de
douceurs,
foS LE MERCURE
+
Hélas! dites-m'enquelques-unes.
Vos appas font doux à mesyeux* Vos Confitures à ma beucheî Hais mo coeur mérité bien mieux Quelquautre douceur qui le touche.
Le Nom de la troisième Dame fut tiré par un Cavalier qui ne lavoir jamais veuë avant ce jour là. Elle cil blonde, ale teint vif, & les yeux C perçans, qu’en ayant elle charmé d’abord, il nés’ en falloir ^uere qu’il ne luy eu fl: déjà fait une déclaration en forme. Ce fut ià-deffus qu’il fît ces Vers.
iôs>
galant.
PASSION NAISSANTE.
QVoy déjà d'un amour fi tendre
Je me fins le coeur enflàmé!
Deux beaux yeux dès l'abord ont J ils dû me fiirprendre !
C'eft trop toft en eftre charmé.
Pourquoy ne me pas mieux défendre?
Aimer ois -je autrement quand je ferais aimé?
L’Autheur de ce
Je ne fçay ce qui en arrivera. dernier Inpromptu femble eftre touché tout de bon du mérité de la Dame qui le trouve fort à fon gré. Il
no LE MERCURE
la voit chez elle, luy rend
de grands foins, & ce qui
n’a commence' que par
une Galanterie d’enjoüement,
pourra finir par un
attachement véritable. Ce
font des coups ordinaires
de l’Amour. Il a caufé depuis
peu un des plus bizarres
Incidens dont vous
ayez jamais entendu parler,
& voicy de quelle maniéré.
g. Une jeune Veuve dont
«Ma beauté attiroit des Soupirans,
l’efprit des louanges,
& l’air coquet des railGALANT.
ïft leries, avoit l’adrefTe de [n ménager trois Amans que >i des raifons d’intereft ou de vanitéluy avoient fait choi-' il» fir d’un allez diférentcara- C| dere. L’un eftoit un jeune tî! Etourdy, Marquis à bon itj titre, un peu gueux, mais ai . bien Elit, & fort capable de 31 fe faire aimer. Il avoit l’air ® bon, ne manquoit de rien ai en apparence,&vivoit avec ! tout l’éclat qu’auroit pû )j faire un Homme de fônaif. fance, à qui la Fortune au- u. roit efté plus favorable qu’à sil luy. L’autre elloit un petit
nî. LE MERCURE Vieillard, toujours propre, de bonne humeur, liberal, &. cette derniere qualité
point garde a fes années. Il avoir efté autrefois Bananier s’ettoit méfié en fuite
inconnues, il
& valoir bien qu on nCjprift Banquier, me (le de plus d’une affaire, &paj des voyes inconnues, u avoir trouvé moyen de fe rendre un des plus riches Roturiers du Royaume. Les vifites du Marquis luy faifoientpaffer de méchans momens, fes grands airs nettoient point à fon ufage> &c cftoit quelque chofc^
GALANT. 115. {1 redoutable pourluy,qu’il eftoic contraint de quitcr la place fi-toft qu’il entroit. 11 en avoit fait fes pl la Dame, qui ne s’en in-
a i n t e s a
:
il]
I j
w commodoit pas. Elle tour-
lii noit finement les chofes,. J & deux ou trois paroles
I
»
I flateufes menoient le bon’
I ••5 •• «
I Homme où elle vouloir.
' ** .* • i ' '
y Son troifiéme Amant eftoic J d’une efpece oppofée à l’un» [t Sdil’autre. Il tenoit le mi- 4 lieu entre le Marquis & le aj Banquier. Une Charge cb J Robe le rendoit confidé- y raBle, & il n’avoit rien
Tome 7. K
ii4 LE MERCURE
d’ailleurs qui le fift trop
diftinguer. Point de defaut
remarquable , point de
fes Amis, & fans élévation
ny baiTefle il s’eftoit acquis
la réputation d’honnefte
Homme. La belle Veuve
l’attendoit un foir. Les
jours eftoient longs, & il
ne devoit venir que fort
tard. Une raifon importante
l’obligeoit d’en ufêr
ainfi. Elle avoir un Procès
dont il eftoit Raporteur,
& fi on l’euft veu entrer
chez elle, fes Parties aures,
le Marquis nas revenir H-
GALANT. 11J roient eu droit de le récu- fer. Elle croyoic le petit Vieillard à l’une de fes Terne devoit toft de la
Cour, & fur cette aifurance elle avoir donné le rendez, vous j mais comme les Co- quetes font nées pour les Avantures, le Vieillard entra lors quelle y penfoit le moins. Il'eftoitdans fa propreté ordinaire. Un Habit de Tafetas noir tout chamarré de Dentelle, le Bas de foye bien tiré, Perruque blonde, &wn Rabat d’un K ij
né le mercure Point de France admirable. A peine eut-il dit à la- Veuve que l’impatience de la revoir luy a voit fait précipiter fan retour, qu’on entendit le bruit d’unCar- rolfe à fix Chevaux. Il ar- relia devant fa Maifon, on en defeendit avec grand
O fracas, on heurta fort rudement à la Porte, & l’on entra de plein-pied, fans s’informer fi on cftoit en hu* meur de voir les Gens. La Dame préfta l’oreille, & aü bruit qui fe faifoir, elle n’eut pas de peine à connoiûr®
►
GALANT. ri?
Jes maniérés du Marquis.
£lle s’en trouva embaraf.
nuit
il commcnçoir à faire
le Confeiller dévoie
venir à onze heures, &pour
ne fe point broüiller avec
luy, il falloir fe défaire de
deux Amans. Le Vieillard
n’eftoirpas moins en peine
de fon coft.é, l’heure indue
pour un Homme de fa forte
le pouvoir rendre fufpeét
au Marquis dont il avoir
déjà efluyé quelque brufquerie,
& ne voulant s’evpoferny
àfes emportemens
jaloux^ n.y à fe voit traité, en
IIS LE MERCURE
petit Bourgeois, il témoigna
fon inquiétude à la
Veuve. Elle en fut ravie, &
luy propofa d’entrer dans
un Balcon auprès duquel il
cftoit affis. Le Party luy
plut, il ouvrit promptement
le Balcon , & n’eut
que le temps d’en faire
fermer la Porte apres qu il
s’y fut jette. ,Le Marquis
dit d’abord à la belle Veuve
qu'il n’eftoit venu que pour
elle feule, ayant à fe trouver
le lendemain au lever
du Roy ; que fes Chevaux
cftant fatiguez, il s’cftoiî
GALANT. 1I9 mis dans le Carrofîe d’un Duc de fes A mis qui l’avoir defeendu à fa Porte, & qu’il efperoir qu’elle voudroic bien luy prefterlefîen pour le remener chezluy quand ilferoit temps de la quiter. avoir donné ordre qu’on
C1 Elle y confentit, & apres Ulï 4__4 _.4__ 15»
) . . .
avertift fon Cocher de fe n tenir prefî, elle entra en m converfation avec le Mar- °|quis. Il luy parla de fou oe amour, luy fît quelq ■v: proche de certaines vifîtes
y
quelque re-
;w'*>«**■• vo »unv» ® qu’elle recevoir, & luy demanda fur roue des non-
jxo LE MEPkCU&E velles du petit Banquier qu’on luy falloir le ton dans le monde de luy donner pour Amant. 11 le tourna en ridicule, & adjouta que s’il le rencontroit encore chez elle comme il avoir déjà fait, il ne manqueroic pas à le divertir agréablement. La Dame qui avoir intereft à fe conferver le petit Vieillard,& qui n’ef- tant que Coquete, n’aimoir pas qu’on fift l;e Souverain avec elle, releva fes paroles d’un ton plus haut que Ie ficn, & luy ayant dit qu elle
GALANT. inné
devoir compte de fes
actions à perlonne. Elle
luy témoigna fieremenc
que s’il ne luy rendoit des
foins que dans l’efperance
du droit de maiftrife, il ne
fe pouvoir plus mal adrefiTer.
de prendre aucune autorité
fur les fentimens, qu’il difputeroit
volontiers fon
coeur avec un autre, mais
qu’il y alloitde fa gloire de
ne pas fouffrir un Rival
qu elle ne luy pouvoitdonner
fans fe faire tort à elleLE
MERCURE mefme. Ces jalouües de gloire ne fatisfirent point la belle Veuve. Elle prétendit quelles faifoient voir trop peu de tendrefle , & que fi on en devoir pardonner quelques-unes, ce ne pouvoir eftre que celles qui eftoient caufées par la- niour. 11 feditlà-deflùsdes chofes allez délicates. Le Marquis demeura dans fon chagrin, & ne put s'empêcher de faire connoiftre àla Dame qu il l’eftimoit trop pour la foupçonner de >e- pondre à lapa dion du Ban-
;
GALANT. u5
quier-, mais que fi ces petits
Mcffieurs n’avoientpas
dans leur perfonne dequoy
fe faire aimer comme les
Gens de qualité, ils fe faifoient
fouffrir par de certains
endroits... La Veuve
ne le laiffa pas achever. Sa
fierté luy fit dire quelque
chofe dç choquant pour
luy, qu’il voulut bienendu,
rer d’elle, mais dont il fie
porter la peine à fon RivÆ,
en redoublant les menaces
qu’il avoir déjà faites de le
divertira la oremiere
n4 LE MERCURE le Vieillard qui entendoir tour, trembloit de crainte dans le Balcon où il s’eftoit enfermé; mais il n en fut pasquitepour cela,& pref- que aufli coft il tremblade froid, quoy que la chaleur fut fort grande. Le Ton- nerrequi avoit commences gronder éclata toux-a-coup avec tant de violence qu1’ ne s’eftoit veu temps un pareil orage, fut fuivy de la pluye , quf tombant en abondance eut bientoft .colé 1 Hab1C de tafetas contre la peau de
de long'
GALANT, n; ce pauvre Amanr tranfv. Aprcsqu’elle futun peu diminuée, le Marquis dit qu’il falloir voir fur le Balcon fi clleefcoit encor bien forte. Ces paroles mirent le Vieillard dans de nouvelles frayeurs- La Veuve qui eftoir affife auprès du Balcon, l'entrouvrit fans balancer. Elle avança la main qu’elle retira au fli -toft en le refermant avec précipitation, & difant que la pluye celfoit,mais qu’il faifoit un vent horrible. Elle demanda en mefme temps fi L iij
hé LE MERCURE
on avoit mis les Chevaux à
fon Carroffe. Autre embarras
quelle n’avoit point
préveu. Son Cocher à qui
on avoit dit qu’elle ne fortiroit
point ce foir là, êftoic
allé boire en lieu où il fut
impoffible de le trouver.
Cette nouvelle la defefpere.
Un grand Laquais quelle
avoit, eftoit dans l’accez
d’une greffe fièvre, il ne luy
en reftoit qu’un petit -incapable
de conduire fes Che*
vaux, l’heure s’avançoit, &
Confeiller. Son inqui
?
i
GALANT, ji? paroift LeMarquis qui n’en fçait point la véritable rai- ion , la prie de ne fe point impatienter. 11 l’affurc de nouveau que la leu le envie de la voir 1 a fait venir à Paris, luy dit quec’eftun plai- fir qu'il, ne fçauroit avoir trop long-temps, & en attendant que ion Cocher foitrevenu, il luy demande fi elle veut fe divertir à joiier. Le Vieillard qui écoute tout, ne fçait où il en eft de ce redoublement de difgrace. La pluye l’a- voit enrumé, l’envie de
L. • • • înj
«8 LE MERCURE îoufferle prend, il y refifte autant qu'il peut ; & n o- fant ny fe moucher, ny cracher, nvérernüer, il ne s’en faut guère qu’il n étoufte. La Dame ne paffe pas mieux fon temps que luy. Elle veut fe tirer d'affaire à quelque prix que ce foir,& n’en trouve point d’autre moyen que de déclarer franchement au Marquis que fon Cocher ne rentrant quelquefois que le matin, elle ne prétend point hy laiffer paffer la nuit chez elle, fit fe perdre d’honneur
GALANT. 119
pour luy épargner la fatigue de s’en retourner à pied. Le Marquis répond que fi elle ne luy avoit pas promis fon CarrofTe, il fe fcroit affiné d’un autre, & qu’il n’y a pas lieu de demander qu’un Homme comme luy, qui demeure dans un Quartier tres-éloi- né, traverfe tour Paris au milieu des boucs que la pluye a faites. Ces raifons ne font point reçeuës. Il ira où il luy plaira, mais ab- folument il ne paffera point la nuit chez elle. Ils s’ai-
jjo LE MERCURE griffent tous deux fur cette Difputc, fe lèvent de dcffus leurs Sièges, & fe promènent dans la Chambre en fe
querellant. Le Marquis entre dans uneGarderobe où il voit la Demoifelle delà
Dame. Elle cftoit de leur confidence, & il s’arrefteà luy faire des plaintes de fi Maiftreffe. La Veuve prend cetemps pourtirerle Vieillard du Balcon, elle le mene fur 1 Efcalier, & le conjure prcfque à genoux de la délivrer du Marquis. L expédient quelle en trouve c»
>
'tt
lli
qui reftoit toujours
gis, de paffer pour lu
remener fon Rival.
GALANT. 1}l
de defcendre à l’Ecurie, de
mettre les Chevaux à fon
Carroffe, de s’enveloper
dans un v• ieux M* anteau de*
Maiftre Robert fonCocher
au Loy,
& de
La propofition
luy paroift extravagante
, il la rejette avec
colere, & ne Ponge qu’à s’aller
fecher. Elle ne fe rebute
îDi point, lepreffe, l’cmbaraffe
J à force de raifons -, & fur ce
d qu’il luy oppofe qu’il fera
ptj verferleCarroffe parce qu'il
4 ne le fgaitpas mener, elle
* f '
I -
Kl * ' s J
K- w
fji LE MERCURE luy dit que fes Chevaux font faciles à conduire , & que n'y ayant point d embarras la nuit dans les Rues, il faut qu’il manque d’amour pour elle, s’il s’obftine à la refu- fer. Toutcelaneleperfua- de point. L’impatience la prend , Se elle va jufqu’à le menacer d’aller* dire fut 1 heure au Marquis qu elle vient de le furprendre cache chez elle, épiant fes actions. L’envie de plaire fe mefleàla peur que luy don- nccettemenace. IlfelaiÛe mener à FEcurie, met les
GALANT. ijj
Chevaux au Carrofle le
mieux qu’il peut, & apres
qu’il s’eitenvelope'du yieux
Manteau de Maiftre Robert.
on avertit
que le Cocher eft rentré,
qu’il peut defcendre. Le
Marquis dit adieu à la Dame
allez froidement, fe
jette dans le CarroïTe avec
un air chagrin, & s’eftant
laide conduire par fon, Rival,
il luy donne un Demy-
Loüis d’or en defccndanr.
A peine eftoit-il forty de
chez la Veuve, que leConÎU
LE MERCURE
cher deux uniques Chevaux*
qu’il avoir, prit fon
heure pour l’entretenir. Il
entra fans bruit, ayant laifle
fon CarroiTe au bout de la
Rue pour éloigner le foupçon.
Le petit Vieillard
ramena celuy de la Dame
à laquelle il voulut inutile-
Onluy dit qu’elle dormoit.
11 demanda fi l’on n avoir
l’on ne luy avoit point amené
de Chaife,fuivant l’ordre
qu’il en avoit donné. On
GALANT.
luy répondit qu’on n’avoit
veuperfonne, mais on les
avoit renvoyez de peur
qu’ils ne vident entrer le
Confeiller : De forte qu’apres
avoir fervy de Cocher
àfon Rival, il fut contraint
de s en retourner à pied
fans autre récompenfe de
fes frayeurs & de fes peines,
que celle du Demyqu’il
avoir elle' o
recevoir.
LAvanture efc fort ré- ■ •
cente,&vous connoiffezla
Dame qui s ert fi adroitement
tirée de tant d’em136
le mercure
barras : C’eft celle que vous
rencontrâtes ily a deux ans
chez Madame laComtefle
de *** qui a tant de grâce
à dire des Vers, & qui en dit
Roy, dont vous luy deman
la put donner, parce qu’elle
n’en (çavoit que des endroits
détachez. J’ay enfin
recouvrée la Piece entier?,
qui pour n’eftre pas tout?
nouvelle, n’en mérité pas
moins la curiohté que vouS
••
GALANT. *37
avez déjà eue de la voir,
plie fut faite apres la mort
de Ruyter, & la Défaite de
la Flote Efpagnole devant
paîerme. NT Boyer fait
toujours de très-beaux
Vers, il n’y a perfonne qui
n’en convienne , mais j’en
ay peuveudeluy qui foient
mieux tournez & plus également
foûtenus queceuxcy.
Je vous en laiffe juger
vous-mefme.
Tome 7. M
1
13S LE MERCURE
POUR LE ROY.
.VERS IRREGULIERS.
A FAcadémie Frauçoife.
QVel éclat soffre encore a yeux ébloüif.
Quel bruit fe répand fur la terres Et fait tant d'honneur 4 Louis?
Toujours vainqueur, toujours craint que le Tonnerre^ Ses Ennemis par tout battus oit mèprife^
Toute la Flandre défolée* Toute la Sicile ébranlée*
Æuy ter mort, des ITaiffeaua tibif mez^ embrafeZj
QyeUe riche moiffon de ofci re!t Tour en célébrer la mémoire>
' GALANT. 1J9
Qfaon ne m'impofe point de Loix
Dont la contrainte eft incomode-,
]e ne put5 ajufter ma voix
Sur le ton me far é du Sonnet & de
l'Oàc •'
21efaivons plus ny re^le, ny méthode
Pour châterdefi grands Exploits.
Que riay-je dans l’ardeur dont j’ay
l'ame enflamée,
Ces tranfaports éloquent, ces fca~
v ante s fureurs
Dont les Chantres fameux enfloiet
la Renommée
ft des premiers Héros, & des premiers
Vainqueurs!
Que n’ay-je tout l'encens,, avec
toutes les fleurs,
Dont on vit autrefois couverte &
parfumée
La Rouie des Triomphateurs!
M i j
K
14O LE MERCURE
Majesté neveux point vos faveurs ordinaires,
Ou plut ofi je renonce à vos vaines chimères,
Voftrefiux Apollon, fon fabuleux pouvoir,
Vos fontaines, tous vos mifteres
Abufent trop longtemps no (Ire crédule tfpoir.
Cefiicy que fans vous il me fl permis devoir
1 esfidelles î)épo fit aires.
De T Eloquence & du Scavotr.
Vous donc, mes chers Rivaux, dont F éclat m environne,
Dourniffez^moy cet amas de LâU‘ riers
Dont je veux auj ourdihuy forinci une Couronne
D our l c plus grand des Rtâ & W . Guerriers*
Itâeccne,
à cette voix ( raine,
&qui dans les Confeils du fin
(âge des Rois
jVr trouve rien qüe parfan poids
horte^vous prejje^
Se wefle aux beaux Concerts que
vous deve^former.
x ce zfa infiny qui le brûle fans
ce fa,
poètes, Orateurs, laifazfiuous enfanter.
__
pour vous à qui Loiiis a confie
l'Hifloire
D'une vie abondante en Exploit:
fgnalez^
h 41 LE MERCURE
Pour en Iran (mettre la mémoire j4ux Siècles les plus reculez^ 'Tait es * en un récit & fi de lie & fin- ccre.
Point de vains ornernens, point d'éclat emprunté.
'Ç'eft le plus grand effort que vofire yfrt puiffefaire,
Que d'en mettre en plein jour U fimple vérité.
Paiffez, aux Ennemis , quand tout leur eft contraire, artifice honteux d'un Triomphe inventés
JLaiffezfieur, pour pouvoir confoleT leur mi fer e,
La ridicule vanité
D une Victoire imaginaire.
T) ans un Récit naïf montre z^par quels efforts
TarqueE affauts,parquelles fit - nerailles,
& t
r4-
GALANT. 145
l'épèe à U main nous forcions
des murailles,
Efcaut a veu rougirfes bords}
juels murs foudroyez^tl vit fumer
fes rives}
l nombre il entraîna de morts
e mourans,
Et de quelfang qui couloit en torrens,
Jlvit hajlerfes ondesfugitives.
chantement,
Eend d Armée ennemie étonnée &
e à cent mille bras l ame fr le
mouvement?
faites nous voir l'Ibere & le
Bat ave
~
y
«44 LE MERCURE
Comme on voit à l ’afpett d'un Maijire impèn eux
Vnfoible&malhcurctixEfclave. ilacotcy nous avec quelle chaleur On vit fondre fur nous des Troupes affemblèes,
Puisfefauver cofufes&troublées, St repaffer le Rhin avec tant de frayeur.
Zpefardeappoint par desContes. frivoles
P es Fait sfi .beaux,figlorieux: Sne le Vaincu menace & triomphe en paroles,
£t pAr defaux Exploits s'èleve juf qu'auxCieux,
SP os fimples vérité^ paffent leurs hyperboles.
Comme plongeydans un profond fomweil, ( songeSi
Z-es Ennemis fepaiffent de beaux Mais
y,
7
GALANT.
enfin voicy le réveil Qui va dtffiperces menfinges.
Que riattendaient-ils pas de cet immenfe Corps (mafiées!
De fier es Nations contre notes rails fie fiat oient de voir par leurs communs efforts Toutes nos forces renverfées.
Cependant un Roy feu!fans en tfirè attarmè-,
Fait te fie à l'univers armé.
Il fait plus, d'une main ce Prince redoutable
Combat les efforts dangereuse D'une Lispue fi formidable^ Et de l'autre en Roy généreux^ Par une valeur fecouratble, Il fauve un Peuple malheureux3 Et brife le joug qui Caccable.
Quel efpoir, quel orgueil vous efi encor permis Tome 7.
N
55
le mercure Dans une Guerre fifunefle? Tremblez^fiuperbes Ennemis Ruyter éli ront ce qui vous refie.. Faut-il que ce Ruyter^ l'amc de fis Soldats.^ Faut-il que cette ifiufire te fie. Ce Secours mandié plus craint que ■tous vos brasy Plus redouté que la tcmpefie^ Vous fa [fie four jamais rougir de fon trépas?
Et quenfin ce grad coup nous rende une Conqucfle
Quenv&s ne vous demandions pas 1 Mais ce nefi pas afié^ vofire au- date obflince,
' Parnosfréquens fiiccés honteufi & condamnée^
Dément fies propresyeuxpourtrWr per fa fie r t é :
il faut des veritezjncor plus coïh Vainquantes *
Z
I
G A L A NT.
Des Victoiresplus éclatantes pour furmontcr enfin vofire incrédulité. C AEiraclcs,
pour vous perfuader à force de
Et pour confondre vos Oracles, il faut vous enlever tout l'Empire des Eaux:
I
ilfaut pour vous ofer toute vofire -cfperance,
Avec une intrépide & noble con* fiance.,
Aller jufqu en vos Ports, attaqùéV- vos Kaiffcaux.
il faut que pour jamais deux
F lot es de fol les,
Des V’aijfeaux abyme^, des Gai leres brûlées,
De vofire orgueil puny {oient l’af- freux monument,
Que de l'Onde & du Feu le mélange terrible,
N ü
grandeur (fdù noble
amou R l es
woit fur la Terre^
jamais triompher
Quile rendoient
ces du mono
Et voftre anibiti
imprudent
Remettant dans J es ma
dre & le Trident
JL e rendent la terreur <
148 LE MERCURE
Que le bruyant éclat d'un lon^ em
brafement'
Rende à tout 1‘Univers voftre pert
vifible. (repos
Ouvrez^ enfin les y eux, Ennemis di
J/oyez^quel efl le Fruit devodfe in
jifiie Guerre
Louis trtomi
Lo üis va pour
fur les Flots
jl vivoit glorieux
profond^
Confient de Ca
ce, ont forme une Société
pour le Jeu, qui leur fait
pafl'er agréablement tous
les jours de la Semaine, de
forte qu elle le trouve toute
partagée entre les Ambafîadrices
d’AnHeterre, de
aagne, de
nemarc, &
chacune rechez
régale
uics &
avec des
queurs en
çoit la Compagnie
elle à fon tour, & la
d une Collation de Fi
de Confitures
Vins & des 1
abondance.
Otiov oiif»
îj-l
les ne
G A L AN T. n’aillent pas régulièrement chez les AmbalTadeurs qui n’ont point de Femme, elles ne latflent pas fie s’af- femblcr quelquefois chez Monfieur le Marefohal d’Efirades, & chez Monsieur le Cotnte d’A vaux, qui parla maniéré dont ils les reçoivent, leur font connoifirc que la magnificence cft inféparabl’e fie l’h o n n e fi e t c qu -il s oh t p ou r leur Sexe. Ce dernier leur a donné depuis peu une perte des mieux ordonnées, malgré le peu de temps
N iiij
LE MERCURE
qu il eut à s’y préparer. Il
y avoir AfTemblée à l’ordinaire
chez une des Ambaffàdrices;
& U corrcfpondancc
qui cil prefenremenr
à Nimegue entre les AmbaÆadeurs
de France &
d Efpagnégayant fait agréer
a Madame la Marquife de
los Balbafes une Partie de
1
Officiers qui iu’il fefait de
galant. de Marfeille, que cet Am. baffadeur avoir reçeu chez Juy à fon paflàge de Pologne en France» partagea le plaifir de cette Fefte. Elle
parut avec tout 1 éclat pof- ffble, & il ne s’en faut pas étonner, M'ie Comte d A- vaux eftanr très-commodément logé, meuble magnifiquement, & fervy par les meilleurs foient à Nimegue. Joignez à cela la joye qu il fe fait ne rien épargner pour les Dames , quand les régaler.
O'
il s’agit de
Jeu corn-
Le
mença a trois Tables dass
la Chambre d’audiance qui
eft très-richement meublée.
Quelques Ambaïï'ideurs
y joiierent avec les
Dames. La Marquife de
los Balbafes Ambafladricc
d’Lfpagne, & Soeur du Cotrneftabïe
Col’onna, s’y eftoit
rendue avec la Dih
GALANT. in Le Marquis de los Balba- fes, de la Maifon de Spi- nol’a, y vint avec Dora Ronquillo fort Collègue, & apres qu’on eut allumé plufieurs grands Torche- res meil, queurs
êi Flambeaux de ver- on apporta les Li- 3 les Eaux glacées, les Fruits,. & les Confitures* Le Chocolat fut donné en fuite, & pendant que le Jeu continua, les Violons de Me lueurs les Anibafir- deurs de France le firent entendre dans! Anticham*- bre éclairée de Lu lire s
continua
ij6 LE MERCURE
d’un grand nombre de Bougies.
Plufieurs Perfonnes
considérables de l’un & de
1 autre Sexe, y danfoient
en prefence des Excelle»»
ces qui ne joüoient point.
Le Jeu ayant efté quité à
dix heures du foir, toutes
les Dames entrèrent dans
une Salle, où vis-à-vis du
Bufet il y avoir une Table
a deux retours, & vuide
dans le milieu. Elle fut
fervie avec une propreté
merveilleufe, &il n’y manqua
rien de tout ce que le
Pais & la Saifon purent
GALANT. 157 fournir de plus délicat 8c de plus exquis. Une fi grande profufion de toutes choies iurprit d autant plus, que la Partie n’avoit efté réfoluëque le foir precedent. L’éclat d’un des plus beaux Bufets qu’on puifTe voir, ne fatisfaifoit pas moins la veuë par la riche (Te & par le grand nombre de Baiïins & de Vafesd’un très-beau vermeil, quela délicateiTedes Mets conrentoit la diver- fité des goufts. Il n’y eut aucun ordre de prefeance.
*5§ LE MERCURE
Les Dames & quelques
AmbafTeurs s’affirent à table
aux endroits où chacun
fe trouva apres qu’on fuit
entré dans la Salle. M'le
Comte d’Avauxfe tint preC
que toujours dans levuidç
de la Table où perfonne
n’eftoit affis. Il voulut fervir
les Dames, tandis que
les Pages portoient incefdamment
dur des Soucoupes
de vermeil, des meilleurs
Vins de France & d’Iralie,
& des plus délicicufes
Liqueurs de l’Europe.
Apres le Soupe', toute la
galant
Compagnie
pre
niu
les Am
r les Dames
le furent par
ucre Antichambre, ou
eurs rangs de Chaifes
?es tout autour laiflc
dans le milieu un
e allez grand pour y
èr cômodemenr.Tout
le premier
cupé par
& p
très
nombre d
de Genti
çois, Allemans
Italiens, & des
ci
: ftoït oca
(fadeurs
& les auun
grand
emoifelies &
>mmes Fran-
>Efpagnols,
autres prin-
Nations de l’Eu-
Xs Bourg-cois vinJ6O
LE MERCURE I rent en foule regarder '< l’Affiembléc par les Fenef ■ très. Il leur eftoic nouveau 1 d’en voir une compofe'e de tant de Perfonnes llluftres. Les Ambaffiadriffies, plupart d< qui furent ne firent
ces
acquircr a une plus galante o quis de los MarquifeC fe fit admirer air & dans la
galant.
les grandes
tafetas couttachées
au
àfEfpagnole
Manches de
leur de feu
Infant, diminualient rien
de la grâce qui attira les
louanges de tout le monde.
La Fefte dura jufqu’à une
heure apres minuit. .Chacun
fortit égi
fait de la ma
des maniérés
Mr le
avoit
Avaux, qu
nné fes o-r
i6’i LE MERCURE
inévitable en de
occafions.
Je croy, Madame, que
quand le Nom d’Avaux ne
vous feroit pas connu par
les Grands Hommes qui
l’ont rendu iiluftre, les Lettres
de Voiture vous aujoiens
appris combien if
eft glorieux de le porter.
C’eft une très-ancienne
Famille-, &dés le temps de
Charles IX. Henry de MefmesSeigneur
de Mallafïiie,
eiloit AmbafTàdeur en Eipagne.
Il y a eu depuis dans
cette Maifon des Maiflrc? r • •" • •• •• •
leiliers a niai, ui
nant Civil & Pr<
Marchands, un S
dantdes Finances
taire ro
Le Comte c
potentiaire ■
l’A Semblée
s’cft acquis
gloire da
d’Italie,
Pologne
Inten-
7 Secredre
gu Roy.
< r Avaux Pleniour
la Paix en
de Munfter.
s tes AmbaHades
/Allemagne, de
de Suède & de
Dannernarc. Ccluy qui a
prefentement la mefme
qualité de Plénipotentiaire
à Nimégue cft fon Neveu;
O q
urrem
ne vous
ics jours, li a ai
J eTpritj & quo
jeune encoril
Ambafladeur à
huv cette
n voit
tous
L HJ UvlVU XV* UUVAVl'lUVir
<rneur d’IrvaJ, Prefident
lortier, & Frcrc de KF de
GALANT. i&y
j auray louvcnr oc pai
Nouvelles à vous en
ner. Vous ne ferez c
rmée par la valeur.
Enfin,, Madame, je vous
ns parole, & je vousen^
r que les
t i ng u e n t
ce & par
av déjà mande qu on avoit
fait de luy dans T Académie
Françoife pour fucceder à
Mr Orc-Marefts. fait les
jé'6 LE MERCURE voye ce que je vous avois fait efperer fur la fin de ma Lertre du mois de Juillet, par laquelle je vous promer- tois une des plus belles Pièces d’Eloquence que vous eu fiiez jamais veuesi Nemefçachez point mauvais gré du retardement. Jé vous donne les chofes le plutoft qu’il m’eft pofilble de les avoir-, il n’importe en quel temps, pourveu fit elles foient bonnes; & lé Compliment que Mr Qûp Haut fit au Roy à fon retour 4e Flandre, ne fera pas
GALA N T, 167
moins nouveau pour vous
qu’il l’auroit efté lors qu’il
euft l'honneur de le faire,
puis que perfonne n’en a
rien veu, & qu’on le demande
tous les jours. Il eftoir
alors Directeur del’AcadémieFrançoife,
à laquelle le
Roy fut l’honneur de la recevoir
comme une Complus
haute qualité qui font
du Corps de cette celebrç
x6S LE MERCURE
Compagnie. Sa Majefté
îuy prefta une très favorable
aud’iance, & voicy de
quelle maniéré il luy parla.
«Si* ^**^* <3^5* ’S? îS* .* <$* «$* ?&
COMPLIMENT FAIT AU ROY
par T Académie Françoife, Monfleur
Qainaut Directeur de cette
Compagnie portant la parole*
ï7o LE MERCURE bée aux douceurs du repos pour courir aux fatigues & aux dangers : Elle n a pas Attendu que le Printemps luy revint ouvrir les Champs ou tous les ans elle va cileillir des Palmes nouvelles s l'ardeur de fin courage a fir- monté les obftacles d'une Sai- fin rigoureufi ; fi prévoyante Sagejfe a réparé par d'innombrables précautions flerilité des Hyvers ; & f Prudence a difiute avecf Valeur à qui fi fignaleroiï par de plus grands prodige5.
Du moment, Sire> 4
7
! GALANT.
'°i Renommée eu fl annoncé le Ü jour de vosire Départ, U ,J’ Victoire sémprejfapourvous j accompagner, & la Terreur °ü devança voflre marche. Le premier éclat de la foudre dont vous eftie^ armé, efl tombé fur une Ville fuperbe '* dont rien riavoit pu abatre ft l'orgueil, & toute fiere qu\ ® elle efloit d'avoir bravé les t efforts unis de deux célébrés / Capitaines, elle ne vous a re- W? qu autant qu'il le fallait « pour vous donner T avant a- de l'emporter de vive it force. Ce fut alors que vous-
172, LE MERCURE éprouvâtes heureusement juf- qites a quel point vous aye\ porté ï exactitude de U Discipline Militaire: Vos Soldats combatirent en Héros, tant ils furent tous animer par voftre prefence ; mais Apres avoir renverfé tout ce qui s'eftoit oppofé a l impip tuofité de leur courage, m s’arrefterent par vos ordres dans la chaleur de laVi^oifh & noferent toucher aux fl- ch es dépouilles que le droit de la Guerre leur avoit f vrées. Il ne vous en cout qu'une parole pour emptj-
GALA NT. 173
& de la fawver en mefine’
temps t & vous fuftes bien
moins fatisfait de vous en
rendre le Maiftre, que d'en
devenir le Confer vateur.
Ce grandfuccés a> efléfuivy
d’un autre encore plus
grand., Cÿ qui paroijfoit a»
dejfus de nos plus hautes ef
. VosEeupla font
accourus a ce feclacley ils ont
eflé tranfrorte^ de joye en
voyant fortir les Ennemis
que vous aye^chafe^ d'une
j74 LE MERCURE redoutable Retraite, ils benijfeni tous les jours la Main mifâorieufe qui les ade- livrerfes courfesydes ravages, des incendies dont ils ef- toient fowventfur pris gÿ continuellement menaccg. Ci riefloit qu'à Vous, S ire, qui le Ciel a-voit refermé l'honneur de forcer la Barrieït fatale qui donnait des bornes trop étroites à moftre êwpire> Êf de faire du plus fort B ouïe m art de VEjpagne, un des principaux Remparts de ls France.
Cependant,, comme f enfî
nous décrirons vos travaux,
178 le mercure Quoy que vous ne cejfie\ point d’efire Conquérant, chacune de vos Conquefles eSl toujours achevée d'une maniéré nouvelle & furpre- nante i gÿ les Images fidelles que nous en ferons feront autant de differens Tableaux dont chacun aura fa beaute finguliere.
Apres avoir connu fi avan~ tageufement combien vous efies redouté de vos ênnemis, reconnoijfe^ avec quel excès de tendrejfe & de vénération vous efies aimé & prefqui adoré de vos Sujets. Voytj,
GALANT, i?«) le ravijfement quife montre dans tous les yeux qui vous regardent -, écoute^ les accla - mations qui retentijfent de toutes parts à voStre veu'ê. Il faut toutefois ,Sire, ne vous rien dèguifer, la joye publique ri éclate point tant encore pour le fuccés de vos entreprises, qri en faveur de vofire retour. Ceft ce retour fi ardamment fouhaité qui diffipe nos allarmes : Que nous ferions heureux s il les digfipoit pour toûj ours ! Nous ri avons encore pû confiderer vofire grand Coeur qriavec
7
iSo LE MERCURE une admiration inquiété. Nous riofons prefque vous faire voir de brillans Portraits de la Gloire qui vous engage fifouvent dans le péril y elle ne vous parolfl que trop belle} & ne vous emporte que trop loin.
Mais y grâces à vos Exploits nous devons efierer que nos craintes feront bien- toft finies ; cette Ligue qui fie croyait fiformidable efl frd>‘ pèe elle-mefine de la confier- nation quelle pretendoit jet- ter jufques dans le coeur de vofiire Royaume: Les pl^
GALANT. 18 f
armées & réunies ne peuvent
s empefcher d’efire convaincues
de leur foiblefie contre
invincible: Plus elles vous
ont opposé d’Efiatsyde Princes
, de Rois, plus elles ont
fourny d'ornemens a vos Trophées
3 Cÿ leurs difgraces gÿ
vos Triomphes doivent leur
avoir afiè^ apris que le deffein
de vous faire la Guerre
leur fut bien moins infbiré
par leur jaloufie, que par la
On rien doit point doulit
LE MERCURE
eer, Sire , il ny a plus rien
qui puifie fauve r vos Ennemis,
que le fecours de h Paix,
Vous voulecg bien leur laiffer
encore cet unique & deris
ètonnans de vos armes,
& nous applaudiffons avec
plaifir à vofire modération.
La France ri a plus b efoin que
vous étendiez fis limites: Sa
voir un fi grand Maifire. Le
delà qui nous vous devons,
nous a donné dans un fini
bien tous les biens enfimble,
nous ne luy demandons rien
e,
I -
GALANT, igy nouveau; cefi ajfe^ q^n nous laijfe paifblement joilir de la félicité de vofire Régné. H II fuffit quil ait foin de con-
M fer ver une vie glorieufe oit, H nofire bonheur ef attaché\ M qui vaut plus mille fois que la Conquefte de toute la Terre.
», q beaucoup au Roy. Âuffi
t,
Ce Compliment plue M ne fe contenra-t-il pas de q témoigner d’abord à M‘, Quinaut qu’il en eftoit 9‘| très-fatisfait-, l’ayant reveu quelque temps apres l’au- diance, il eut la bonté de
luy dire une fécondé fois
parler. La réputation qu’il
s’eft acquife par les beaux
s que nous avons
de luy, ne faifoitpas moins
attendre du talent qu il a
de bien exprimer les chofes.
La matière eftoit grande
, & Mr Quinaut fort ca-
Auditeur des Comptes, &
aufli eôimé de fa Compagnie
qu’il l’a toûjours elle
des plus confidérables Per'
fonnes de la Cour.
Apres avoir parlé des
GALANT. j8T
1
ij
ü
10.
ij
ci é
) «
P
ill
’CI
j Hommes de
fons à la bonté de cePrince, &difons qu’aimant à la faire paroiftre pour toutes les Perfonnes confidérables de fa Cour, il a donné à Monfieur leComtedeGoffé la Charge de Grand Pan- netier de France que pofle- doit feu M1 le Comte de Cofféfon Pere, dont je vous ay mandé la mort dans ma première Lettre de cette Année. Ainft, Madame, je ne vous répété point qu il a efté un des plus gahns fon temps, T orne 7. C<
A
186 LE MERCURE
que fes belles qualitez luy
avoient également attire
i’eftime de l’un & de l’autre
inébranlable pour fon Prince.
M le Comte de Colfè
GALANT. 187
traces de fes Anceftrcs, à
qui une haute Naiffance
jointe aux fignalez ferviccs
qu’ils ont de tout temps
rendus à l’Etat,, a fait obtenir
les plus grandes Charges
de la Maifon de nos
Roy s. Celle de Grand Pannecier
de France eft une
des plus anciennes, &il y a
deux cens ans quelle eft
dans la Maifon de Cofle.
Je ferois trop long fi jevoulois
nommer tous les
Grands Hommes qui en
fontfortis-, je vay feulement
vous en faire connoiftrc
N? f
quelques-uns.JeandeCoiTé
Sénéchal de Provence, eftoit
Favory de René d’Anjou,
Roy de Sicile & Comte
de Provence, qui le fit
l'on Ambafladeur auprès
de Louis XI. fon Neveu.
11 eutTadrefle d’accorder
leurs Démefliz, & d’env
pcfcher que la Comté de
Provence ne fuft donnée
de Jean, Seigneur de Briflac
en Anjou, Grand Pannetier
& Fauconnier de France,
accompagna Charles VU*
uefte de Naples,
& fe trouva aux Batailles
d’Aïgnadel & de Marignan,
ou il donna de grandes
marques de courage
& de valeur.
Charles de Colle Marefchal
de France, n‘en fit pas
moins paroiftre en Italie à
la Rencontre des Impériaux
& des Savoyards. Il cffolr
Grand-Maiftre de l’Artil-
Ierie, Gouverneur de Paris
nant General pour le Roy
Henry II. en Piémont. Je
ne vous dis rien de TimqGALANT.
Comte de Cofle d’aujourque
nous fommes
fur le Chapitre des grandes
Maifons du Royaume, je
doy vous entretenir encor
d’une autre.
Je vous appris il y a deux
moisque Monfieur le Marquis
de Foix s’eftoit marié,
Vous apprendrez aujourd’huy
qu’il a elle' reçeu dans
la Charge de Chevalier
d’Honneur de Madame.
? ~ apres avoir eu l’agrément
de Leurs AltefTes Royales
pour en traiter avec Mon-,
Ï91 LE MERCURE fîcur le Comte de Vaillac qui la pofledoir ; & comme jemefouviens que vous ne fuftes pas contente alors de ce que je vous marquay reniement qu’il eftoit d'une des plus grandes Maifo.ns du Royaume, je vay vous en dire quelque chofe de plus particulier. Ileftcer- tain que celle de Foix elt Illuftre par tant d’avanta* ges, qu’il s’en trouve qui aye paru avec plus d e- clat. Elle a pofledé les Comtez de Barcelone, de Carcaffonne, de Befiers^c Foi*;
»
j-igord, &de Caftelbon-, la
Vicomté de Narbonne, la
Duché de Nemours, la
Principauté de Béarn, &le
gon, alliée de ceux de Caftille,
de Hongrie, de Bohême,
& de France - des Em-
’pereurs d'Allemagne ; des
Archiducs d’Auftriche; des
Comtes deTouloufe, d’Urgel,
de Cardonne,d’Artois,
de Comminges, d’Albrer,
de MioïTens & de Caudale*
des Marquis de Levy & de
Tome 7.
*
,,4 LE MERCURE Montferrat -, des Ducs de Bretagne, de Lorraine, d’Orléans, de Bourbon, & de tant d’autres, qu’il ne faut pas s’étonner fi les Grands Hommes qui en font fortis ont toujours tâché de répondre à la gloire de leur naifiancé par celle de leurs actions. Jelaifleun Roger de Foix, qui eftant entré le premier dans Antioche quand elle fut prife d’aflaut par les Chrefliens5 la défendit contre tous les Infidelles aflemblez, & ne fe rendit pas moins fameux
GALANT.
que Godefroy de Bouillon dans la Conquefte de la Terre-Sainte : Un Ray-’ mond,qui ayant fuivy Philippe Augafîe dans la Syrie, fît des cliofes incroyables auSieged’Acre, où il com- batitfeul àfeul le Neveu du Sultan,qu’il tuaàla veuëde deux grandes Armées, & des Rois de France, d’Angleterre & de Jerufalcm; Un Roger-Bernard, dit le Grand; Un Roger-Rotfer qui fit trembler les Sarra- finsen Egypte; & enfin un Gafton, qui s’eftant mom-
R ii
10 LE MERCURE >
<tr.é invincible contre l’Angleterre,
vangea
de la tyrannie des Mores,
& tua de fa main à la telle de
leur Armée Guilhem-Raimond,
Fils d’un de leurs
Rois. Je viens à Jean de
Foix, Gouverneur de Languedoc
pour le Roy Charles
VI. qui ménagea fi bien
les efprits des Peuples, qu il
alfura le repos de cette
grande Province dans un
temps où il y avoir du trouble
de tous collez dans
,’Ellar. Odet de Foix, Vicomte
4e Lautrec, fumons-
I
i
, avoit donne des
de la plus Haute
Italie, où il ren*
Forces des Veni.
<oy deCaftille, &
avec une viftefTe
: peut concevoir.
Nom de
l iij
i97
Villes,
par le
eftoic arie
à Franly
Gafton
Nemours,
General de
deux ans,
marques
Valeur en
verfa les
tiens, du F
du Pape,
qui ne fe
Mais fi le
GALAN
me le Preneur
vangeapar le fa
feuladifgraceq
rive'e devant P;
çoisl. Et avant
deFoix, Duc d<
ayant
l’Arir
J9S LE MERCURE
Foix a tant fait de bruit dans les Armes, il ne s’eft pas rendu moins confiderable dans l’Eglifc. Onaveu un Pierre Cardinal de Foix, Légat du Pape en France, qui délivral’Eglife du Schif- me dont elle eftoit déchirée depuis long temps. On a veu un autre Pierre , auffi Cardinal de Foix, qui par fa prudence diflipa les Troubles duMilanoisj Un Paul de Foix Archevefque de Thouloufe, qui fe montra un des plus fermes appuis delà Religion & de TEftat.
J99
galant. en EcoiTe, en Angleterre & en faite à Rome, où il fut envoyé AmbalTadeurj Et de nos jours,Madame, avec combien de gloire Jean- Roger de Foix a-t-il commandé des Regimens de Cavalerie & d’infanterie en Catalogne, fous M le Mail
s’eft fignale
dlnfanterie refchafae la Mothe-Hou- dancourt ? 11 par la maniéré vigoureufe pont il l’a défendue contre la tyrannie des Efpagnols, & fes grandes avions font allez connues de tout le monde. 11 eftoit Pere de * ‘ • • • •
R mj
afftz connues
«
aoo LE MERCURE Monfieur le Marquis de Foix d’aujourd’huy, qui ayant appris dans cette dernière Guerre, que les Ennemis eftoienc fortis de Puy. cerda pour ravager la Province de Foix dont il elt Gouverneur, vint à eux à la telle de laNoblefle,& leur en ayant ferme' l’entre'e, les repoulfa jufqn’au fond du Rouffillon avec autant de honte pour eux, qu’ils s’ef- roient promis de fuccés dans leur entreprife.
Dans le moment que je vous écris cecy , on
G A L A N T. 2 en m’apprend que Monfieur de Matignon a prefté Serment entre les mains de Sa Majefté pour la Lieutenance de Roy de Normandie. Vous fçavez, Madame, la considération où; il eft dans cette Province, 11 n’a pas moins de naiflan- ce que de mérité, eftant de la Famille de feu M’ IeMa- relchal de Matignon, qui fut un des plus grands Hommes de fon temps, 11 eft allié des plus Illuftres Maifons du Royaume, je veux dire, de celles naefme des Prince?,.
K *4
fox LE MERCURE
Pendant que les uns
entrent dans les grandes
Charges, les autres Portent
du monde; quelque grande
figure qu’on y ait fait, il en
faut partir, comme vous
des fuivans.
Nous avons perdu Monfieur
le Prefident de Maifons,
qui eft mort fort âge
au commencement de ce
mois
1er. Sans cette rePolution
que les extrêmes doulc«rS
luy firent prendre, M
GALANT, xoj meuroir avec luy, & qui a près de fix-vingcs ans, luy auroic pu encore prolonger la vie. Il eftoit magnifique dans fa dépenfe, tres-bon Juge, & fort éclairé dans les Affaires, donc fonâge&fes grands Emplois luy avoienc donné beaucoup d’expe- rience. Il avoir efté Premier Prefidenr de la Cour des Aydes, Sur-Intendant des Finances, & Gouverneur de S.Germain en Laye & de Verfailles. Ils’appel- loit René de Longiieil, eftoit Marquis de xMaifons, &
xb4 LE MERCURE
forroit d’une Illuftre & fore
ancienne Famille. Des l’an
1415- le Chevalier Raoul de
Longüeil fe fîgnala, & fut
tué à la Bataille d’Azincour.
donc l’un fut Prefident
comme luy, & l’autre Evefque
d’Auxerre. Le Prefidenr
époufa une Soeur du
Chancelier de Morvilliers,
ieluy dont je vous mande
vance de fa Charge. C’eft
Mortier de cette Famille.
La feue Revne Mere l’avoit
fait fon Chancelier. 11 eft
honnefte, bon Amy, civil
& entendu dansles Affaires.
Madame de Puifieux,
Soeur de Mr le Grand Prieur
de France, & de feu M1 de
de
Rheims, eft morte icy depuis
quelques jours, fort
ibs LE MERCURE
regretée de tous ceux qui la
connoiffoient. Feu Mr de
Puifieux fon Mary eftoit
Secrétaire d’Etat, & avoit
en mefme temps le Département
de la Guerre & des
Etrangers. Il n’a point eu
d’Emplois qu’il n’ait méritez
& par luy-mefme, & par
1 avantage qu il avoit d eitre
Fils de 1 Illuftre Chancelier
de Sillery, qui ayant
tour ce qu’on peuc fouhatter
dans un excellent Homme
d’Etat, s’eft acquitédes
plus importantes Négotiasions
avec un zele qui n3
ncn ro
t n'avoir
doire po’
cafions
tere, il :
tionqui augmenta
time
i Allemagne,
, & en Suifle;
y qui conclut
le Henry IV.
le Vervins, &
diférentes oc-
Minifr
ép u t a -
Il ny a
inftruit, & il
as leu noftre
ignorer au’il
GALANT, 107
jamais eu pour objet que la
grandeur & la gloire de fon
perfonnc
on avoitaeia
en Italie, e
aux Païs-Ba;
que ce fut h
le Mariage <
Se le Traité i
î ces
d’un long
acquit une
grandes Charges l’ont toujours
rendue tres-conftdérable,
mais elle eft d’une
alliée des meilleures Paancienne
de cette Maifon. Elle 3
donné plufieurs Premiers
Prefidens au Parlement de
Dijon,un Prefident à Mortier,
& un Procureur General
à celuy de Paris, l"3nS
parler des MaiftresdesRe-
& des Confeille^
T galant.
l
jninua point la gloire en y entrant, fon mérité répon- doir à fa naiffance. Elle avoit l’efprit infiniment éclaire, folide, ferme
109
æErat qu’on y a veus. Madame de Puifieux n’en di-
répon
éclairé, fonde, terme, & une éloquence naturelle qui ne manquoit jamais de ! perfuadcr. Elle a efté magnifique dans fa fortune, & , fait paroiftre une confiance admirable lors qu’elle ne s’eft pas veuë etv j état de faire tout ce que Ion? ; grand coeur auroit fouhaité.
Bile a reçeufbuvent&fous
** • • •• * ' • 1 >
Tome 7. S ■
■
pendant la Régence de la
feu Reyne Mere, de glorieufes
marques de leur
bienveillancemais rien
premières Perfonnes de 1E'
tac ont continué jufqu à h
mort à luy donner des preu*
2II
galant.
x • / t • »
ves d’une eftime toute particulière j & fr jamais Femme n’eut tant d’Amis & d’Amies, on peut dire que jamais Femme ne mérita plus d’en avoir. Elle eft morte avec une prefence d’efprit & une fermeté digne de celle quelle a fait éclater dans toutes les actions de la vie y &ceux qui l’ont affiftée dans ces derniers momens, nont pas moins admiré Ion courage à ne fe point étonner de ce qu’ils ont de terrible, que fa pieté pleine de ferveur. à
S ij
» foûme ttre aux
Les Articles précedens
vous avant appris la mort,
& vous ayanr fait connoiftre
le mérité de deux PerFrançoife
dont je vous vaisentretenir
pour m acquiter
de ma parole.
J’avois eu foin de prendre
une Copie de la Pièce
de Vers qu’elle a jugée digne
du Prix, mais je ne vous.
l’envoyeray point,puis que
vous me mandez que vous
l’avez veuë. Je vous entrext4
LE MERCURE
vous ay déjà fait fçavoir
qu’il y en a deux ) & des
ceremonies qui s’obfervent
lejourquon lesdonne. Ils
font chacun de la valeur de
trente Piftoles, & confif
tenc en deux Médaillés
GALANT.
Je juftice qu’on l’a fait paC fer pour le plus Eloquent Homme de fon temps-. Comme l’argent qu’il a laifle pour cela, ne produit pas chaque année un inte- reft aflèz fort pour remplir la valeur du Prix, on ne le donne que tous les deux ans ; & à l imitation de ce Grand Homme, un Académicien d’autant plus ge- f >•! .
nereuxqu il ne veut point le faire connoiftre, a fourny jufqu’icy la mefme fomme pour le prix des Vers. Mcf- fieurs de l’Académie en
LE MERCURE choififfient le Sujet, auffi- bien que de là Profe. Ils en averciffient le Public un ■r an auparavant par quelques1 Affiches; &ceux qui travaillent fur ces matières, font obligez d’envoyer
leurs Pièces dans le dernier jour d’Avril , fans fe nommer, afin que n’én connoif- fant point les Autheurs, ces Meilleurs lès puifient examiner fans aucune préoccupation qui les faffie plu-
Les Prix Ce
roft pancher vers l’un que vers l’autre. fc- donnent publiquement ; & comrne
galant. iî7 gomme ils ont choify le Jour de S. Louis pour en faire ladiftribution, le Roy a commencé cette année d’en augmenter la fblem- nité pour eux, en donnant fes ordres pour leur faire chanter la Méfié en Mufi- que, & prononcer le Pa-
Ainfi la Méfié fut
négyrique de ce Grand Saine.
celebrée ce Jour-là pour leur Compagnie par Mc, 1 Abbé du Pont Chapelain du Louvre. M‘ Oudot qui a fait tant d’agreables cho- fes, y fit admirer fon Génie
Tome 7. T
« fc... .
>-
à-----
le Panégyrique du Saint, &
marqua d’une maniéré fort
ingénieufe tout ce que le
Roy faifoit pour élever un
Corps auffi llluftre que celuy
devant lequel il parloir.
Il euft efîé difficile de luy
dioifir des Auditeurs qui
lé connurent mieux aux
belles Chofes; ôc puis qu il
les fatisfit tous, on ne peut
douter qu’il ne fuft digne
des applaudiffiemens qu il
reçeut. L’aprefdînée on
trnt
où
d’Evelques
la premier
le s'
en déclarer
l’Autheur, il leur en luire
a m.
COÎÏl-
Profe,
eftant
comme uu
Compagnie
bord en
maniéré
llenwiee puoiique,
trouvèrent quantité
Gens de
té. Mr
le jeune,
• de la
qua d’amots
la
dont on s’eftoic
r juger des Pièces
qui avoient mérité le Prix,
& les donna à lire
l’Abbé Reg
mença par <
& perfonne
orefenté pot
>110 LE MERCURE
c• elle de V*, ers. Elle fe trouva
digne de l’approbation
& apres que la lecture en
eut elle' faite,M! l’AbbéTallemantfit
connoiftre qu’on
venoit d’apprendre quelle
eftoit de Mr de la Monnoye
Correcteur des Comptes à
Dijon. Je croy, Madame,
que lesPrix n’ont encor efte
dônez que trois fois, & c’eft
le troifiéme qu'il a déjà remporté
pour les Vers. Il feroit
ont entré en concurrence
avec luy, que Meffieurs de
1
GALANT. ZU f Académie luy donnaient la première Place vacante. Comme la qualité de Juge ne laifleroit plus recevoir fes Ouvrages, les autres auroient plus de courage à travailler. Ces deux Pièces ayant eftéleuës, M'Corde- jnoy qui eft de leur Corps, &Leâ:eur de Monfeigncur le Dauphin, en leut deux autres de Profe fur des Sujets diférens. Elles eftoient d’un PreCident & d’un Avocat de Sortions qu’on ne m’a pu nommer, &avoienc cfté envoyées par l’Acadé-
• • • T nj
üiivies d un Panégyrique
du Roy que fit M'TAbbé
Tallemant, en décrivant
1:
G A 1 A N 1. zs? voir qu il eftoit maiftre de fespenfées,& qu’il ne clier- choit point ce qu’il difdrt. Il s’exprima par des termes fi choifis, & tout ce qu'il dit fut prononcé avec tant de m-ace, qu’il auroit pû faire valoir des chofes médiocres-, mais outre qu’on n’en peut dire fur une fi éclatante matière, jamais il n’y eut Difcours fi élo- Les grandes Actions du Roy furent peintes avec les plus vives couleurs. Tout eftoit également fort, rien d’ennuyeux, rien de f • • • •
T mi
s
quenn
214 LE mercure languiffanr. La joye efioir marquée fur le viiage de fes Auditeurs, & il eut celle de ie voir obligé plus d une fois de s interrompre luy mefme pour laiïfer finir les applaudiffemens qu’il recevoir. Enfin, Madame, fi le Roy ne fe rendoit tous les jours louable par une infinité d’endroits nouveaux qui furprennent
qui lurprennent autant qu ils donnent fujet de l'admirer , je ne croy pas que perfonne ofaft entreprendre de le loiier apres Mr i Abbé Tallemant. Auïfi>
Ccncuert .
CouuRrt .
a r g t u r p . p i e d s .
*4
*
GALANT, quand il eut finy , il eue beau demander, comme on fait ordinairement , fi quelqu’un des Académiciens n’avoit rien à lire, chacun fe leva, dit tout haut, qu* apres ce qu’on
venoit d’entendre, on ne
. pourroit plus rien trouver j de beau, & qu’il en falloir
1 Jpmpiirpr lk
demeurer là.
J’ay bien de la joyey Madame, de voir par vos Remarques fur l’Ouvrage de Mr de la Monnoye, que vous eftes tombée dans mes fentimens. Tous les
ii6 LE MERCURE endroits que vous loiiez m ’ avoient extrêmement plû, & j’ay trouvé comme vous fa Poëfie toute riante. Il eft vray que la matière en eftoit bien favorable, & que l'Educarion de Mon- feigneur le Dauphin qu’on avoit choifie cette annee pour Sujet de la Pièce de Vers, ofroit de grandes idées à l’Efprit. Que cC jeune Prince en a ! & qu d eftoit difficile que la Nature aidée du fecours des plus habiles Maiftres quel3 France luy air pu donner
nce
jnieres années
point de Tapi
il ne voyou
ferie qui en
tuelau’ une.
SALANT. 217
tas en luy un de fes
oeuvres les plus acn’eft
point
l’il n’ignore
rien, on peut adjoûrer fans
ftaterie qu’il excelle dans
tout ce qu’il fcair
fi parfaite con
complis!
lis EL MERCURE
qu’eftanc entré chez M‘
* •
, JL
le champ un Païfage qui
meritoic toutes les louanges
qu’il reçeut. Il a gravé
leChafteau de S. Germain,
dont ayant donné une Eftampe
à Moniteur de S. Aignan,
ce Duc à qui la vivacité
d’Efprit n’a jamais
manqué, fit cet Inpromp*11
t>OUr 1 ilV rendre crrnceS d U®
GALANT, ZZ9
SUR LE CH A S TE AU
de S, Germain,
Gravé par Monfeigneur le Dauphin.
GRavcur Auzufle & fans
.è^at,
Qùafres le Grand Louis tout
l'Vnivers admire,
Quand on vous vernit feindre &
•graver afezjnal,
Quel Cenfeur oferoit y trouver 'à
redire ?
Mais on vous voit brillant comme
un autre Soleil
Effacer le renom de Zifffe &
d'Af elles
VCus trouver t oùjours fans fareil
I
7
%
Mo LE MERCURE
PT' e/lpas une chofe nouvelle. Pour moy je ne fçauroiï à moins d'un Jnpromptuy
Vanter le beau Prefent qu'il v<W plaifi de mefaire\
Pc langage des Dieux> de la haute Vertu
Eft la ré.compenfe ordinaire» Si mo deffeinefun peu téméraire. J'en obtièdray peut-cflre le par 9. Envou* difant d'unevoix aniffl^ Quun jour malgré les coups, poudre, lafumée,
P es où, l'acier luifant^ & lebrtid du Canon, - .
Voua graveregencormieu^ N om
Au Temple de la
Voicy de quelle maniere on a fait parler ce sncft1
F
GALANT. i;4
Chafteau de S. Germain fur
la ni e fin e G rav e ure.
!
e
■
i i
I
II
C3 Tiluy^t iamainnfa^ave^.
Bientôt} par mille Exploits tous
rayonnant de gloire,
St burinant luy-mefme au Temple
de Mémoire3
va dam ce (grand Art eflre un
Maifire achevé.
Vit* * • * ' jr* k *b C* ’■ k
' x t ■ ’ Xi 7k * J» f v y ■ * l» ■ v • • ’ •
. • Ce Quatrain eft de Mr
de Tierceville-Mahaut, à
qui Monfieur le Duc de
Montaufier, qui a pour luy
beaucoup d’eftime & de
bienveillance , avoit fait
voir ce petit Ouvrage de
LE MERCURE j Monfeigneur le Dauphin, j C’eft un Gentilhomme que fon mérité rend allez connu. Quand une infinité de Sonnets., de Madrigaux, & d’autres Pièces galantes qu’on aveu'és de luy, nau- j roient pas fait connoilfrc qu’il a autant de feu que | de délicateffe dans 1 Efphc> j il ne faudroit que l’enten- j drepour en eftreperfuaae‘ | Sa converfation eft f°rt agréable,& oneftaïïiuede ne s ennuyer jamais a* luy. Le foin que dai£?e prendre le Roy de drcfle
I
<
GALANT. x 3 j jes Mémoires de fa main pour l’inftruâion de Mon- feigneur le Dauphin, eft unefenfible marque de labour qu’il a pour fes Peuples, à qui par cette bonté qui luy eft fi naturelle pour eux,.il voudroit laiffer , s’il fe pouvoir, un Succeffeur qui allait encor au delà de fes grandes qualité z. Sa Majefté qui a toû]eurs eu de tres-particulieres confi- dèrations pour toutes les Perfonnes qui ont l’honneur d’eftre de fon Sang, fait élever avec luy Mcf-
Tome y. Y ■
toujeurs
elle ’ i
de leurs avantages.
Efprit femble eftre encor
& ils fe montrent
I
O
le
GALANT que fon extraordinaire valeur. On a veu encor au, près de Monfeigneur Dauphin desEnfansd'honneur d’une grande qualité,, mais qui n’eftoient pas moins confidérables par lès talens qui les accompa- gOoient. Ainfi ce jeune Prince n’ayant jamais veu que de l’Éfpric dans tout cequi l’a environné, eftant fort éclairé de luy-melme, & ayant pour Gouverneur Monfieur le Duc de Mon- taufier, & Monfieur Bof- fuet ancien Evefque de y ij
;
dame qui le rendauiïi peu
complailant pour ceux qui
font mal, qu’il fe montre
zeléPiotedeurde laVcrt'U*
GALANT. >37 H prend toujours le party de 1a Juftice avec une ardeur incroyable, &ne loue que ce qui mérité véritablement d’cftre loué ; mais fes louanges ne font point des paroles, ce font des chofesdefait dont toute la Cour retentit. Vousfçavez qu’il eft de la Maifon de Sainte-Maure, dont l'ancienneté juftifie alfez la grandeur. Dés l’an mil dix il paroift que Goffelin de Sainte-Maure eftoit un des plus grands Seigneurs du Royaume ; & en 1334. on
y
1*5°
a veu un Guillaume de . F • fl t * Jr x ' Sainte-Maure Chancelier
de-France-. Leur Pofterité
qui s’eft divifée en plusieurs
Branches , Se qui
ayant toujours pris de trèsgrandes
Alliances, en a
donné aux plus Iiluftres-
Maifons, s’eft continuée
par vingt degrez de descente
directe de malle en ' ' * . • < * • • ? . ‘4 •
u’à Moniteur
a
malle, ju
Mon taulier leMarce
nom,
;é en Duché, appartient
propre. 11 fut tranfmh
r a près de quatre cens
I
GALANT.
ans à la Maifon de Sainte .
Jdaure par une des Filles
d’un Duc d’Angoulefmei
Je ne vous parleray ny de
fon courage, ny de fa valeur.
La France en a efte
témoin , aufli-bien que 1Italie,
la Lorraine, l’Âlfàcej
& l'Allemagne. Dans les O „
derniers Mouvemens fomentez
par lésEnnemisde
là Couronne ,
ment il maintint dans 1’obeï
(Tance du Roy les Provinces
de Xaintonge &
d’Angoulmois dont il eftoit
Gouverneur ; mais à-
13 T
non
t
t
ï4o LE MERCURE
près avoir rejette avec une
fidelité inviolable les Proo
i
GALANT. 4, eftropic, luy fie rien relâcher de la vigueur avec laquelle il fc fignala dans une fi glorieulè occafion. Le Gouvernement
de Normandie ayant vaquépar la mort de feu MonfieurdeLon- gueville, Sa Majefté l’en gratifia, tant en confidcration de fes fervices, que de ceux qu’He- fl or de Sainte Maure ion Frere ailbéavoir rendus ài’Etar, non feulement en défendant Rofi- gnuidans le Montferrat contre le Marquis de Spinola, mais en pltifieurs autres occafions, SC fur tout dans la Valreline, oùil fut tue en forçant les Bains de Burina, 8ç menant l’A vantgarde de l’Armée que cornmandoit feu Mde Duc de Rohan.
Monfieur l’Evefque dc Con-
Tomey. X
i4t LE MERCURE
dom qui a fucéedé à feu M‘ lé Préfident de Perigny dans la C harge de P récepteur de Mon- feigneur le Dauphin, a prêché longtemps avec un fuccés qui l’a rendu digne de la réputation qu’il s’efl? acquife. Il mene une vie fort exemplaire, 8c n’avant pas moins de pieté que de doctrine , il ne peut inl'pirer à ce jeune Prince que des fentimens conformes au deflein pour lequel le Roy luv a fait l’honneur -«
de le choifir. 11 a beaucoup de douceur, des maniérés aifées 8C infirmantes, qui jointes aux favorables difpofitions qu’il a trouvées dans l’Efprit de cet AugufteDifciple, y font pafler adroitement, 8c fans qu’il ait heu de s’en rebuter. toutes les
GALANT. i4î
connoifiances qui peuvent ellre
de fon employ, Ileftde l’Académie
Françoife, aufïi-bien que
Huet Sous-Précepteur de
cç Prince. C’eft un Homme
d’une fort grande érudition , a
qui nous devons plufieurs Ma.
nuferits des Ouvrages d’Origene,
qui n’a voient jamais efté
publiez. Vous vous plaindriez,
Madame, fi je fmillbis l’Article
de l’Edncation deMonfeigneur
le Dauphin, fans vous parler de
Mr Milet qui en eft le Sous-
Gouverneur. LesNégotiations
dans lefquelles il a efté employé
par M1 le Cardinal de
Mazarin, tant dedans que dehors
le Royaume, font une marque
inçonteftablè de fon met+
4- LE MERCURE rite. II eft Marefchal desCamps & Armées du Koy, & a efté envoyé par Sa Majefté en Allemagne 8c en Pologne, ou il a tres-utilement fervy.
Mr Blondel qui enfeigne les Mathématiques à Monfeigneur le Dauphin, eft auffi Marefchal de Camp. On l'a employé quelque temps aux Indes. lia elle Capitaine de Galere & de Vaif- feau, 8c Envoyé extraordinaire àConftantinople, en Suede, & auprès de l’Ele&eur de Brandebourg. Il a beaucoup de littérature, & a fait plufieurs Livres qui n’en laiflent point douter. Il en a mis au jour quelques autres de Fortifications & de Mathématiques , fort eftimez des T Fran çois & des E t ran gers. 11&
GALANT»
Éravaillé en particulier auprès
du Roy, qui le confidcre. C’cft
juv qui a fait le nouveau Plan
de Paris, & qui a donné les
Defleins des nouvelles Portes,
&du nouveau Rampart en forme
de Cours.
Je ne vous diray rien de M1
Sylveftre, qui a montré à deffigner
à Monfeigneur le Dau,
phin, Sc qui eft un tres-habile
Homme dans fon Art, au fil-bien
que tous les autres Maiftresqur
ont de l’employ auprès de ce
jeune Prince.
Selon l’ordre des chofes, vous
devriez trouver icy un grand
Article de Guerre $ car qui auroit
crû qu’apres nous avoir
JailTé faire une fi glorieufe Campagne,
les Ennemis n’enffenr
z46 le mercure
ofé profiter delà fatigue de nos
Troupes, n’euffent fait tant
d’apprefts & de fi puiffàntes
jonctions, que pour mieux relever
les avantages de laFrance,
en faifantvoir quatre Armées,,
plus forres à la vérité que les
«offres, mais trop foibles encor
pour nous attaquer, tous affaiblis
que nous devions eftre par
nos Conqueftes du Mois de
ars? C’eftojr un Torrent capable
de tout entraîner, fi trouvant
une Digue à l’épreuve de
fa plus redoutable furie, il n’euft
efté contraint de fe renfermer,
ik de confirmer fes inutiles efforts
à bondir contre luy-mefiue
parl’impoffibilité de s’étendre.
Voyez, je vous prie, quelle eftoit
leur Armée de Flandre -
147
galant. trouverez les forces oe
Vous y huit ou neuf Puiflances Souveraines , dont quelques unes fe font autrefois défendues feules contre la France, Se donc les autres ont cfté allez fortes pour fecoüer le joug de l’Efpagne, Si la réduire apres plus de quarante années de guerre, à ceder à des Sujets révoltez l’indépendance qu’ils ufurpoient. Si vous voulez réfléchir fur 1 Armée qu’ils avoient en Allemagne^ quels progrès ne croirez-vous point quelle ait dû faire ? Elle eftoit compofée de ces vieilles Troupes de l’Empereur qui ont fi fouvent batu les Oromans- de ces intrépides Cuiraflicrs dont le feul nom infpire de la terreur: deces Hommes fortis
X iüj
*
LE MERCURE de Familles qui n’ont jamais eu d’autre. habitation que le milieu d un Camp, & qui nez au bruit de la guerre de Mères auffi en- durcies, au travail que leurs Pores, n’ont prefque point vea de Vides que pour les affieger ou les défendre v de Vidages que pour les brûler apres les avoir pillez, ny d’Ennemis que pour les traiter auffi impitoyablement qu’ils traitent les Turcs, pour qui rhabitude de verfer du îàng les a dépouillez de toute forte d’humanité. Ils ne pou- voient eftrè plus avantageufe* ment Contenus quepar les vieilles Troupes de Lorraine, qui ayant appris leur Mortier fous leur défunt Duc, grand & rufé Capitaine s’il en fut jamais,.
GALANT. *49
n’cftoient pas moins accoûtumces
qu’eux aux incendies Sc
au pillage. On fçaitmefmeque
c’eftoit une neceffité pour elles
de chercher à vivre de rapines,
puis qu’elles ont eu rarement
une autre folde. Joignez à cela
qu’ayant combacu par tout fous
leurPrince,ou ayant efté louées
par luy à divers Etats, elles fçavent
tous les Païs, ci qu’ainft
il leur eftoit aifé de ne faire
poinrde fauflesMarches. Il ne
î’eftoit pas moins à l’Armée
des Cercles commandée par le
Prince de Saxe-Eifenach, de
montrer que les forces de tans
d’Erats qui la compofoient ne
s’eftoientpas inutilement unies.
Elle paroiiToit redoutable
eftanc furies bords de fon fais
, &
? ' ■!
* '
elle ne devoir manquer de rien.
Pour celle de Catalogne, nia
derniere Lettre vous a déjà
marqué l’état où elle fe trouyoit,
quand les Espagnols prétendant
faire une grande diverfion
de ce cofté-là , eurent
amafle de nombreu (es Troupes,
d’autant plus confidérables,
qu’elles eftoient formées de la
plus grande partie de la Nobleffe
de leurs-Royaumes, qui
avoit abondance de toutes chofes.
Si vous me demandez ce
que ces quatre grandes A rmées
ont produit, apprenez - le de
nos Ennemis, qui avouent eux-,
mefmes qu’elles n’ont rien fait-
Nous femmes G. accoutumez a
leur voir perdre tout le temps
»
GALANT. z5i commençons à n’en eftre plus furpris - mais qui viendroitd’un nouveau Monde,& apprendroir tout d’un coup que tant de forces liguées de tous coftez contre le R.oy,n’auroient ny empefcbé fes Conqueftes, ny réparé leurs pertes par aucune entreprife avantageufe, ou regarderoit fes triomphes comme des triôphes fabuleux, ou (croit perfuadé que la Francefeule eftaufli puif- fante que le relie de l’Europe enfemble. Nos grands fuccés donnent allez fujet de le croire^ mais quel que foit le courage de nos Troupes,& quelque prudence qui ait accompagné la valeur de nos Généraux, il a fallu , pour les remporter, que le Prince dont les ordres font
LE MERCURE
tout mouvoir, n’en ait jarn^is
donné que de bons5 que le Minière
qui agit fous luy , les ait
toujours fait executer àproposj
que la prévoyance n’ait manqué
en rien ; que les vivres, que
l’argent, que routait eftéfournyjufte
5 &avec tous ces avantages,
nous fommes encor obligez
de reconnoiffrc qu’il y a eu
quelque chofe de plus qu’humain
dans la conduite d’un
*
Prince, dont le Ciel bénit les
armes, & dont il prend vifiblement
foin apres nous l’avoir
donné. Cette vérité vous fera
fenfible, quand vous ayant appris
en peu de mots les rencontres
des Partis , & les divers
mouvemens de toutes les Troupes
ennemies depuis cequejc
Voyez apres eu d’admirer
GALANT vous en écrivis la dernierc fois je vous auray fait remarquer que quatre grandes Armées ont moins fait pendant cette Campagne que la feule Gar- nifon de Maîtric. cela fi on n’a pas
la France, le grand Prince qui la gouverne, les Miniftres qu’il employé, les Commandans de fes Armées, fes Officiers , fes Soldats ; & de dire que fi nous fouliaicons la Paix, ce ne peut eftre que par bonté pour nos Ennemis, puis que la Guerre nous eft une continuelle occasion de Victoires.
Je reprens la Leve'e du Siégé de Charleroy, donr j’ay de nouvelles particularitez à vous dire. A l’arrivée des Ennemis, MHe
î.54 LE MERCURE
Comte de Montai eftoit à che- f val hors de la Place pour les ( obferver. 11 fit brûler quelques c Maifons écartées dont ils au- ( roier r pu fe fervir, & on acheva K une Demv-Lune & des Retran- j chemens pahlTadez à la telle t de deux Digues. Il y en eut t( une autre coupée. Les Aine- seans couvrirent le Quartier du Prince d’Orange par quatre Redoutes. Jamais il n’y eut de £ Lignes fi éloignées d’une Place que celles qu’ils firent. MrJ jj>j Combron Ingénieur, qui s’el- toit chargé d’un Bidet pou )( Mr de Montai, trompa l’Ar- t mce ennemie, & la travera vcftu en Soldat d’un de l^11 St Regimens. Ce Billet marq’ 0 H l’arrivée de Monfieur le k
GALANT. aff
T______________ z-w . ■ V quis de Lonvoys. On tira le
Canon de la Place pour faire
On y témoigna beaucoup de
joye de la venue de ce vigilant
Miniftre, & route noftre Armée
fît éclater celle qu’elle en
refîentir. Sa diligence, & celle
que Monfieur le- Duc de Lu.
xembourg fit faire extraordinairement
à fes Troupes, mides
Ennemis. Mr Chéladet Capitaine
du Régiment de M't de
Montai, les aila rcconnoiftre
avec quarante Maiftres. Il fut
foûtenu de quelques autres, 8c
fe retira apres la décharge qu’il
*f --— w,
Affiegeans reprirent courage,
& firent travailler à leurs LL
i
t;6 LE MERCURE encs avec grand empreflemcnt-, mais cette ardeur leur dura peu. Leurs Bombes & leurs Boulets furent chargez dés le lendemain., ils firent.partir leur Canon &. leurs équipages, & prirent le chemin de Bruxelles. Ils le prirent eux-mefmes un jour apres. Mrle Marquis de Montai Fils du Comte de ce nom, e11 fut avertir Mr le Duc de Luxembourg Sc Mr le Marquis de Louvoys. On ne put joindre les Ennemis, parce que le Pont fur lequel ils avaient gaffe W
5
ambre fe trouva défait. Les Moufquetaires de Mr deLariie2
6
Mr le Comte de Montai, avec les Moufquetaires &. les Grenadiers du Roy, les fuivirenr. Le Reaiment de Montai, &■ L
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GALANT. ij7 £jragons,pa fièrent au gué, mais ce fut inutilement, la peur leur avoir donné des ailles, & jamais fuyards n’en eurent de fi légères. Leur Infanterie ayant pafle le Piéton' avec une diligence incroyable fur deux Ponts qui furent rompus, ils 2as;nerent les Bois, & fe mirent 25 D J
à couvert de la pourfiiite des Noftres. Us avoient tenu Con- feil de guerre avant que de lever Je Siégé, & trois chofes leur en firent prendre la réfolution. Us avoient fçeu le bon état de la Garnifon &: de la Place, Se ne doutoient point que Mr de Montai ne leur en difputaft vigoureufement les approches. La difficulté de recevoir des Convois qui leur eiloient cou-
Tome 7. Y
x58 LE MERCURE pez de tous codez les embaraf- î'oit, & ils ne s’eftoient pas ar-‘ rendus à voir fi.toft arriver nos Troupes. On peut dire à l’a- vanrage du Prince d’Orange, que jamais il n’a conclu à rien de fi judicieux qu’a la Levée de ce Siégé, auquel il ne pouvoir s’opiniâtrer fans faire périr fon .Armée. Dés qu’elle eut efté réfoluë par toutes les voix, on mit en délibération quelles Troupes feraient à l’Arriere- garde. Le Lieutenant General Chauvet, commandant celles de Brunfvic Ôc d’Oinabruc parla le premier, & dit qu’il n’avoit ordre de les expoferque pour un Siégé ou une Bataille. Le Commandant de Munfter s’excufa fur les mcfmes rai fon s j
GALANT. 259-
Si le Prince d’Orange ayant
voulu engager le Duc de Villa-
Hermofa à faire ce que les deux
autres refufoient, il s’en défendit
fur le péril où ferait le
relie des pars du Roy fon
Mailtre, fi fes Troupes eftoient
défaites par les François. Comme
ils ne purent s’accommoder
qu’en tirant au Sort, il tomba
fur le Duc de Villa. Hermofa.
Le chagrin qu’il en eut luy fit
imputer la Levée du Siégé au
Princed’Orange. Ce Prince en
fut piqué, Si pour repoufler
l'injure, il luy dit allez fièrement
, Que s'il avoit autant de
P ran cois dans fes Troupes qu'en
avoient eu fes ^dnceftes, il vien •
droit plus aifèment à bout de fet
mtreprifes. Il eut raifon de fe
! oppofa, & dit que Roy qui feroit libre
x6o LE MERCURE fâcher, on l’infultoit apres luy avoir manqué de parole, en ne luy fourniflanr pas tout ce qu’on luy avoir promis pour le Siégé qui caufoit leur démeflé. Cetre difpute n’empefcha pas ce Prince de propofer le Siégé de Maftric 5 mais le General Efpagnol s’ l’Armée du
p ndant ce Siège, feroit de nouvelles Conqueftes en Flandre. Cependant ces Generaux -ne pouvant fe réfoudre à finir la Campagne fans aucun exploit, attaquèrent la Ville de Bincb. C’eft une de ces Places qui n’ef- tant point fortifiées, font toujours aux moindres Corps de Troupes qui paffènt aux environs. fis firent venir un Mortier
GALANT. 165 gc du Canon, & n’eurent befoin, que de quatre à cinq mille, Hommes pour en forcer foi- xante & dix qui la gardaient. Ils la brulerentpour marque de leur victoire, §c auffi toftMef- ficurs le Duc deVilleroy, de Sourdis, 8c de Chamilly, furent commandez pour aller brûler les Fauxbourgs de Gand, en reprefaille de cet incendie. Cette particularité vous fait voir que les François ne font jamais rien qu’avec juftice,. Sc que s’ils fé portent à quelqu’une des horreurs qui fuivenr la Guerre, ils y font toujours contraints par leurs Ennemis. Voicy comme fe paflçrent les chofes. MrleDuc de Villeroy fut à peine entré dans le P aïs
LE MERCURE
de Vaës,. que le Grand Bailly'
de Gand eftant venu audcvanc
de luy l'aflura du payement
des Conrributions dont, on ek
toit convenu l’année derniere,
Sc luy demanda trois heures
Î>our s’en acquirer. Sa demande
uy fut accordée; &. Mr de
Villeroy, apres avoir attendu
plus de temps qu’il n’avoir promis,
fit mettre le feu à un Chafteau,
Perfonne ne revint ; ce
qui l’obligea à le faire mettre
encor à un des Fauxbourgs de
Gand, & enfin tout s’accommoda
par le retour du Bailly
qui paya la fomme arreftée.
Pendant ce temps, plufieurs
Détachemens a voient efté faits
pour empefcher les courbes des
Ennemis. Mrde Qu i ncy eftoit
GA L A NT. i(?|: d’iin codé, Mrde S. Rhut d’un autre fié Mr le Comte, de S, Geran fous Ath,ayant ordre de s’avancer vers Valenciennes, fi les Ennemis tournoient de ce cofté-là. C’ëft ainfi que Mrde Luxembourg prévoit à tour avec une vigilance merveil- Jeufc. Il s*eftoit avancé luy- mefme avec Mrdela Cardon- niere, à une demy lieuë de Bruxelles 5 & quoy qu'il n’euft pas> dix mille Hommes avec luy, fa prefence mit une telle épouvante dans cette grande Ville, que le Confeil des Bourgue- meftrés s’y aflembla auffitoft. Quelques-uns d’entr’eux fe croyant abandonnez des Efpa- gnols, eftoient d’avis qu’on députait à ce General,mais quatre
164 le mercure mille Hommes des leurs qui te jetterent dans la place, leur firent changer de deflein.
Quoy que les Noftres enflent apperçeu ces Troupes au delà de l’Efcaut, il fut impof- fîble d’aller à elles à caufe de nos Ponts qui n’eftoient pas prefts. Cette courfeeut le lac- ces qui l’avoit fait entreprendre, puis qu'elle divifa les forces des Ennemis. Il y eut quelques coups donnez. Monfieur le Comte de Soldons qui ne voit point de péril où il y a de la gloire à acquérir,y ficparoiftre la boitillante ardeur qu’il ne manque jamais d’avoir dans ces fortes d’occafionsj mais fou courage fut fatal à un Gentil» homme des liens qui le fuit toujours
GALANT. 2jj5 toujours de près, & qui reçeuc un coup de Moufquet à la jambe gauche, qui luy a caflc le petit os entièrement, & le gros à moitié. Comme il eft fort aimé, fon malheur inté- refia les principales Perfonnes de l’Armée, & Mr de la Car- donniere en particulier. Moniteur le Comte de Soiflons qui l’eftime, en fut touché fenfîble- ment, & aida luy-rnefme à le porter dans une Cabane de Paï- fans. Il l’y fit penfer, & voyant que les mouchoirs qu’il donna ne fuffifoienc pas, il déchira jufqu a fa chemife pour le recourir. Comme vous cftes bien- faifante & genereufe , je ne doute point, Madame, que vous ne trouviez ce Prince auffi loua-
Tome 7. Z
M LE MERCURE ble par ces marques de bonté pour une Perfonne qui eft à hiv, qu’il vous le paroift par tant de chofes qui le rendent digne des grands Noms qu il porte. Le Gentilhomme dont je vous parle eft Mr de Malou, qui danfoit d’un fi bel air, & qui chante avec une fi grande juftefle. 11 s’eft diftingué en mille endroits par fes bonnes qualitez*, Sc on ne peut avoir plus d’Amis illuftres qu’il en a, nv plaire à plus d’Amies raifom nables. Cet accident a touche icy beaucoup de Gens, Ma dame laPrinceffe de Carignan qui s’eftoit privée de luy pour donner à Monfieur le Comte de Soiffons,fon Petit-Fils, un Homme allure qui ne l’aban-
GALANT. ag7
donnait jamais, a fait paroiftre
aflez ouvertement l’eftïme qu’elle
en fait, par la douleur qu’,
elle a témoignée de fa bleflure.
Si Bruxelles a eu de la terreur
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d’un cofté, Anvers a tremblé
de l’autre. Mr de Rofamel
ayant efté détaché par Mr de
la Cardonniere avec cent cinquante
Maiftfes pour aller Ravoir
fi les Ennemis n’avoienc
aucunes Troupes en Corps,
s’acquita de cet employ avec
une bravoure fînguliere. U eftoit
obligé de pafier devant un
Fort qui n’eft qu’à demy heure
d’Anvers. Les Ennemis luy demandèrent
le Qui vive? Il répondit,
Qran^e, On s’informa
de quel Régiment il eftoit, il
en nomma un » &fur ce qu’on
t6S LE MERCURE voulut fçavoir ce qu’il alloit faire, il dit qu’il eftoit envoyé par le Prince d’Orange pour porter des nouvelles au Gouverneur d’Anvers. Il fut crû fur fes réponfes, &. les Ennemis l’ayant laifle païTer, il arriva à la Barrière de cette Ville. On luy fit les mefmesqueftions, & apres qu’il eut répondu lesmef- mes chofes qu’il avoit dites a ceux du Fort, la Barrière luy fut ouverte. Il y entra, & fit tuer un Sergent avec trois ou quatre Soldats, & mettre le feu à quelques Batteaux q«i eftoient proches. La Ville fut alarmée. Les Habitans prl* rent les armes, croyant que cet Officier eftoit fujvy de toutes nos Troupes. U fe retira par
U irV ” ~ y
GALANT.
mefme chemin qu’il avoit tenu en venant, 8c demanda à ceux
qui gardoient le Fort , s’ils ne vouloient rien mander au
Prince d’Orange, ou à quelques Officiers de fon Armée. Ils ne mirent aucun obftacle àfon retour, 8c pour les en remercier, jl rangea fa Troupe en Efca- dron au delà du Fort, 8c par unefalve fort gaillarde, il leur fit connoiftre ce qu’il eftoit. Les Ennemis ne font venus â
bouc d’aucun de leurs defteins, quelque peu confidérable qu’il ait efté. Ils vinrent ces derniers jours avec grande diligence pour couper Mrdejoyeufe qui commandoit un Corps feparé, affez éloigné de Mrde Luxembourg, mais ils réüffirentà leur
ifo LE MERCURE ordinaire. Voila jufqu’à au- jourd’huy la Campagne de plandre des Ennemis. Ils l’ont commencée par la perte d’une Bataille , continuée par de redoutables apprefts 8c des menaces d’aflieger nos plus fortes Places, 8c finie par la prompte Levée du Siégé de Charleroy. Le refte delà noftre a efté employé de ce cofté-là, à faire payer des Contributions à tout ce qui refte de Pais aux Efpa- gnols, & à quelques endroits de celuy des Hollandois ; & ces Braves qui dévoient tout prendre, font contraints de fé- parer leurs forces pour couvrir ce qu’ils craignent que nous ne leur emportions. L’Armée de l’Empereur, toute formidable
GALANT. i7l qu’elle eftoit, n’a pas fait de plus grands progrès. Vous l’avez déjà veuë bien au delà de Mouton,Village fans Habitans, dont elle s’eftoit emparée, & qu’elle fut obligée d’abandonner, pourfuivie dans fa retraite, & faifanc toujours quelque perte confidérable. Elle a efté fouvenc réduite à s’arrefter dans fa marche, par la crainte d’eftre attaquée 5 & ces vieux Soldats aguerris n’ont pas crû quelquefois eftre en feûreté dans leurs Quartiers. Ils rompent leurs Ponts par tout où ils paflent, ce n’eft pas chercher le combat. U eft vray que le dépit de fe retirer apres tant de- fatigues inutilement fou ferres,, leur a fait brûler des Eglifesy
111 j
i7i LE MERCURE celle de Boymont en eft une preuve y mais hors les incendies, les moindres chofes leur lont difficiles. Ils n’ont ofé attaquer la Petite-Pierre, ny P hall- bourg. Ils ne peuvent aller en Alfaee fi facilement qu’ils l’a- voient crû. Ils cherchent à vivre, &. Monfieurle Marefchal de Crcquy eft toujours allez près d’eux pour faire avorter tous leurs defteins. Il envoya dernièrement M» d’Enonville Colonel du Régiment des Dragons delaReyne, avec fon Régiment , pour faire fortir du Chafteau de Dimerenxen la Garnifon qui eftoit dedans. Comme elle refufa de fe rendre, Mr le Marefchal détacha deux cens Hommes d’infan-
GALANT. x75
terie commandez par Mr de
Courcelles , qui d’abord qu’il
fur arrive, leur fit enrendre
qu’il avoit deux mille Hommes
de pied avec du Canon, & qu’il
les feroit tous pendre s’ils refiftoient.
Cette adroite menace
les étonna tellement, que fans
examiner s’ils la dévoient craindre,
ils mirêt les armes bas, & fe
rendirent Prifonniers de guerre.
11 y avoit plufieurs Païfans
dans ceChafteau, qui en forti-
* * l rent avec la Garnifon. Mr de
Courcelles s’acquit beaucoup
d’eftime par cette conduite, &c
MrIe Marefchal l’en Iotia fort
en prefence des Officiers Generaux.
Les Ennemis avoient
pris la route de cette Place,
mais ils s’en retournèrent, ap-
!
X74 LE MERCURE prenans que nous en eftions maiftres. Ils s’épargneroient quelquefois bien des peines, s’ils fefaifoient mieux inftruire des
chofes. Un Lieutenant du Régiment d’Auvergne a défait une de leurs Gardes, tué cinquante
Hommes, pris le Commandant , & emmené vingt- cinq Chevaux. Ils ont abandonné la Sarre &. tous leurs def- feins, & marchent dans un Pais ruiné. Il n’y a pas la moitié de l’Armée qui garde fes rangs. En arrivant, pour commencer leur Campagne , le Prince Charles avoir mis fur fes Gui-
dons, N une aut numqtMm. Vous fçavez, Madame, ou vous lé devez fçavoir pour l’apprendre à vos Amies, que ces trois mots
GALANT. i75
Latins fignificntj Maintenant, tu damais, Voicy une façon de Rondeau qu’un Homme d’auflî bonne humeur que fpirituel^ a fait là-deflus.
N Une aut nunquam eft la Devife
Que nos Ennemis avaient prife, Croyât tout rangerfous leurs L oixi Et cependant depuis fix mois Ils n’ont fait aucune entreprife,
pourjuftifierun tel choix, il faudrait quefuries François Quelque Place euft eftè cenquife, N une.
•Jz»
.Apres que le plus grand des Rois En plein Hyver en a pris trois, lAalgrè la gelée ofi la bife^
î76 le mercure X' Allemand & le Hodandois Doivent rougir de leurs Exploits,
Aut nunquam.
Je devrais vous parler icydes Armées de Moniieur le Baron de Monclar, &. de celle des Cercles, à laquelle nous avons fair repafler le Rhin ; mais comme je ne vous en a y encor rien dk dans aucune de mes Lettres, je referve à vous faire un Récit entier de cette Campagne dans ma première, afin que vous en appreniez en mef- me temps le commencement SC la fin. Quant à l’Armée de Catalogne, le repos des Ennemis vous fait mieux voir que tout ce que je vous en pourrais dire, qu’il faut qu’ils ayent efté
GALANT
bien batus, puis qu’apres avoir
amafle tant de forces, ils n’ont
rien entrepris depuis l’avantageuiè
Retraite de Moniteur le
Duc deNavailles. Voyez,Madame,
par ce détail, fi je n’ay
pas eu raifon d’aflurer que la
îèule Garniion de Maftric avoit
plus fait que tant de milliers
d’Hommcs. Elle a brûlé des
Villages dans le Pais d’Elfe,
appartenant au Duc de Neubourg.
Elle en a brûlé dans
celuy de Juliers, avec les Villes
de Zittard & de Tongres, en
reprefailles de Moufon ; car,
remar
quer d'abord, les François repouffent,
mais ne commencent
jamais l’infulte. Mr de Melac
Colonel de Cavalerie, a mis
i7g LE MERCURE suffi le feu à trois Chafteatix des environs de Zittard, fans *• a A ' > • • X-F r » |r f
que le Major General Spaën qui commande un Corps d’Alliez formé feulement pour s’o- poferà la Garnifon deMaftric, ait pû l’empefcher ny rompre fes Partis qui reviennent tous les jours chargez de butin. Tout le Pais de Juliers & de Gueldres l’apprchende, & ce- Juy de Cologne eft d'accord avec elle pour les Contributions.
Les Rencontres de Mer ne nous font pas moins glorieufes que les Attaques de terre. H y a dix ou douze jours qu’une Efcadre d’Ennemis parut devant Fécam, compofée de cinq Frégates Oftendoifes de 36. de
GALANT. l7,
j4.de 18. de 14. Sc de 18. Pièces
de Canon. Elles chaffbient un
Vaifleau nommé le S. George,
de loo.Tonneaux, de 22. Pièces
de Canon ; & de 120. Hommes
d’équipage, commandé par le
Capitaine d’Obier de Dieppe,
appartenant à divers Particuliers,
& fur tout au Sieur Rouxel
de la mefme Ville. On l’avoit
deftiné pour les Indes. Sa charge
montoit à cinquante mille
ccus, & le Baftiment en vaut
trente mille. Son bonheur voulut
qu’il vint échoüer devant
le petit Fort, & que cinquante
jeunes Hommes qui s’y jetterent
auffitoft, fe joignirent à
de S. Aignan avoit donné le
commanÀd e» ment de ces cio- V' / W - -
Ito LE MERCURE quante Hommes de Fécam à Mr Godefroy, qui eft un tres- brave Soldat, 8c qui fit des merveilles en cette occafion. Cependant les cinq F régates ayant le Pavillon François, tirèrent environ cent coups de Canon à ce Vaiffeau, 8c comme c’ef- toient tous Boulets à deux tei- tes, ils coupèrent force cordages 5 8c force Maneuvres avec l’Echelle, donnèrent huit coups dans le corps du Baftiment, emportèrent la cuifle à un Matelot, ôc percerent quelques Maifons des coups qui échaperent. Ces Frégates tinrent en fuite une cfpece de Confeil, apres lequel remettant le Pavillon d’Efp3- gne, elles revinrent furieufe- ment à la charge, 8cquafi à U
portée du piftoler. Le Combat
dura cinq heures, & elles tirèrent
du moins cinq cens coups
de Canon, 8c deux mille de
Moufquet, pendant que ceux
du VailFeau les attendoicnt à
l’abordage, le Sabre à la main,,
& que deux Pièces de Canon,
feules en état de cinq qui font
dans le Fort, leur tirèrent cent
cinquante coups. LeurAmirale
St l’autre grande de 3^., furent
percées de cinq ou fix coups à
J’eau, ce qui les obligea de qui.
ter le Combat l’une apres l’autre,
8c d’eftre longtemps fur le
cofté pour reparer leur dommage.
Tout le mondé fit fon
devoir par les ordres de Mr de
Longueii, qui, quoy que malade,
fit très.-bien de faire dé-
Tome 7. A a
aSx LE MERCURE fendre le Vaifleau avant l’arrr- -vée de Mrde S. Aignan, lequel ayant appris cette nouvelle, jugeant par le lieu où les Frégates demeuraient, qu’elles ne manqueraient point de revenir avec la marée, partit du Havre, gagna Fécam toute la nuit, & en y arrivant le matin, apper- sjeut les deux grandes Frégates fous voile qui revenoient vers le Vaifleau. Comme le péril ne l’a jamais étonné, il y monta par les cordes du dehors, & les Ennemis s’eftant approchez peu à.peu, ils fe tinrent encor quelque temps à la veuë de Fécam , & difparurent tout à- fait en fuite. Alors Mr de S. Aignan, qui vouloit braver les Ennemis dans leur retraite, opina
GALANT.
185 f remettre le Vaiffeau à flot, 6c à ne leur point cacher fa route. Apres qu’il eut tiré tout fon Canon par fon ordre ,, il mit à la voile fur les huit hepres du foir, & ce Dtic ayant repris le chemin le long delà Cofte, arriva au point du-jour au Havre en mefme temps que le Vaiffeau Jugez, M'adame, de la joye des Intércffcz, 6c du Capitaine qui le croyoicnt perdu fans ré- fource. Tous ceux qui ont eu part à cette Aéhion, en ont re- beâucoup de louanges.
Mr l’Abbé de Coffe, Gentilhomme de Marfeille, & Frere d’ün,Capitaine de Cavalerie du mefme nom , entra dés le foi» le Vaifféau pour partager
I
eeu
dans
le plaifir 6c la gloire de cette
Aa ij
xS4 LE MERCURE
défenfe. On a fçeu d’un Capitaine
Anglois arrivé depuis
cette Attaque, qu’il avoit rencontré
les cinq Frégates avec
leurs Maneuvres en grand desordre,
fur tout l’Amirale, qui
avoit plulieurs coups à l’eau,
toutfon Arriéré brifé, & force
Gens hors de combat. Les Ennemis
Ity ont dit que ce qui
leur avoit fait conclure leur retour,
eftoit qu’ilsavoient connu
les Gardes deMr de S. Aignan,
& que s’eftant apptrçeus avec
leur longue veuë, qu’il montoit
luy-mefme dans le Vaifleau, ils
s’eftoient bien imaginez qu’on
n'oublieroir rien pour fa‘défenfe.
Ce témoignage eft bien
glorieux pour ce Duc, qui joignant
la libéralité à tant d’autrès
vertus qui l’accompagnent,
ne fe contenta pas de récompenfer
ceux de l’Equipage par
des louanges, mais leur donna
de l’argent pour s’eftre fi dignement
acquittez de leur devoir.
Ce fut là-deflus qu’un
agréable Efprit de Fécàm fit
ces deux Vers ,, en parlant de
luy à luy-mefme.
]l les, mit en état de ne craindre
plus rien,
Et les rècompenfa dl
leur Bien.
Les principaux Intérefiez ont
efté ravis de la maniéré dont
ce Duc s’eft pris pour fouver
leur Vaiiïeau contre toute apparence,
& niefme contre leur
attentée.
avoir fauve1U
LE MERCURE
C’eft vous entretenir trop- îong - temps de Guerre. Je change de matière , & paffé à un Sujet de Procès qui eft arrivé iey depuis peu , & qui vous parôiftra aflèz extraordinaire. Un Gentilhomme pal-
fant à pied dans la Rue avec deux Laquais, fe fentit couvert d’eau qu’on luy jetta tout-s- coup d’une Feneftre. Il leva les yeux en haut pour voir 1 Au* theur de l’mfulte, & apperçeut un gros Singe qui ayant pris plaifir à l’arrofer, prétendoit encor fe divertir à luy cafler la tefte d’un Pot qu’il tenoit. Le Gentilhomme évita le coup en reculant, ne fut pas moins chagrin de la méchante odeur que contrarièrent fes cheveux
GALANT, zgy en un moment, qu’il avoit efté fiirpris de la fubite inondation. Les Laquais qui mirent leur honneur à vanger leur Maiftre^ ramaflerent les débris du Pot" & penfant les jetter contre ce malicieux Animal quifaifoitdes gambadesen grinçant les dents, ils les jetterent malheureufe- ment de travers contre un grand Miroir qui eftoit attaché àçofté delà Feneftre. LaMail'- treflè du Logis entroit alors das fa Chambre. Elle eftost fuper- ftitieufe & avare. Le bruit du coup l’inftruit de fa perte, Je un Miroir cafte la fait fou’fnr doublement. Elle crie au meurtre. Grande rumeur dans le voi- fmage. Son Cocher fort avec trois Laquais armez de tout ce
z88 LE MERCURE qu’ils peuvent rencontrer ; ils donnent fur ceux du Gentilhomme, qui fe croit obligé de les fecourir. L’un eft renverfé par terre, l’autre a le bras percé d’une Broche , & l’Epée du Maiftre auroit peut-eflre eu peine à le garantir luy-mefme des longues Armes qu’on luy oppofoit, fans un vieux Con- feiller qui les fepare, &c qui in- terpofe fon autorité pour prendre connoiflance de l’affaire. La Dame qui fçait que le Gentilhomme luy parle,vient promptement luy porter fa plainte. Elle ne demande pas feulement qu’on luy payefon Miroir cafle, elle veut qu’on luy réponde de tout ce qui luyMoit arriver de finiftre apres un accident de fi trifte K». \\ ' .
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damné aux defpens
I
II
GALANT, trifie augure. Le Gentilhomme de fon cofté n’a pas de legeres prétentions. Outre fon Laquais percé de la Broche, qu’il faut qu’on luy rende fain & fauf, il fouciént qu’on luy doit faire raifon de l’infection de fa Chevelure. Le Confeiller les écoute, & fans vouloir prononcer, quoy qu’ils le faffènt Arbitre du diférend, il porte h Dame â fe confoler de fon Miroir, Sc le Cavalier â fe mettre en frais d’Eflences pour reparer le def- ordre de fes cheveux. Je ne fcay fi la Dame qui eft un peu obftû née, en voudra demeurer là, mais je croy qu’en bonne juC tice le Singe devroit eftre con- j i x Cependant
le Gentilhomme s’eft di-
Tome 7. B b
29o LE MERCURE verty de fon avanture, en l’écrivant à une Dame qu’il eftime tres-particulierement. On peut croire que cette eftime va loin, ëc que l’intelligence eft forte entr’eux, puis qu’il luy a envoyé fon Portrait comme un préservatif alluré contre le chagrin de fon abfence. Il s’eft fait peindre avec une Couronne fur la telle, pour avoir lieu de luy protefter galamment qu’il n’en veut vne que pour la mettre a fes pieds. La Dame en feroit fort digne, ayant de la beaute, de l’elpnt, alfez de naiflance, pour n’eftrepas embaraffée du rang où un femblable préfent la metri'oit. crains bien pourtant que ce Portrait envoyé ne
metrroit. Je pour-
Affaire au Gentil-
»
fafle une
;
vert en prefence d’u-ne Dame
d’un fort grand mérité, à quj fes
hommages n’ont point déplû,
&qui le confidërant affez pour
luy avoir dit fouvent qu’elle ne
pouvoit vivre fans luy, aura pu
le.chagriner de ce qu’il femble
qu’elle ne foitpas la feule maiftrefle
de fon coeur. Ce Procès
devroit eftre plus redoutable
au Cavalier que celuy du Singe.
Lachofeleregarde. C’eftàluy
mettre ordre. Il a de l'ef.
prit, & comme il entend fort
bien raillerie, je ne doute point
qu’en matière de voeux partagez
, il ne trouve moyen de la
faire entendre aux autres.
Le Mariage de Mademoifelle
Bb’ij
Z3z LE MERCURE mérité eft connu, ayant efté arrefté avecMfdelaLevretiere ▼l <* t * * * » 4 » « *
Gouverneur de Condé, elie y fut menée au commencement de ce Mois, accompagnée de plufîeurs Dames de fes Amies. Il vint au devant d’elle avec cinquante Officiers, Se deux Compagnies de Dragons. Elle entra à Condé au bruit du Canon , toute la Garnifon eftant fous les armes, & les Hayes jon- ! chées de Fleurs. Elle fut haranguée par les Officiers de laVille, & par le Doyen à la tefte de fon Chapitre, &c mariée dés la nuit mefme dans la Chapelle de Mrle Gouverneur. C’eft un Homme qui a tres-bien fervy. Il eft fort bien fait de fa per- fonne, a beaucoup d’efprir SC
195 un grand
délaflent tous les
GALANT, de complaifance , .Equipage, &. une très-bonne Table.
De Condé je retourne encor à Nimégue, où mille plaifirs nouveaux jours ceux qui prennent le foin des grandesAfPaires qui s’y traitent. LeFillesde Mrle Marquis de Spinola, avec les Dames de leur fuite, y reciterent dernièrement un Opéra en Italien. Tous les Ambafladeurs, les Ambafladrices, & tous ceux qui ont caraétere de Miniftre, s’y trouvèrent, à la referve des Ambafladeurs de Brandebourg & de Hollande. Si j’apprens
des particularitez de ce Diver- tiflement, je ne manqueray pas
< y 4
de vous en faire part.
Bb iij
W LE MERCURE
Jequitelaplume, car à moins de prendre cette réfolution tout-à-coup, je voy bien que je ne finirais pas. J’attens le retour du Roy, pour vous faire 'un Journal entier des Divertif- femens de Fontainebleau. Je vous le promets fi remply, qu’il fera nouveau en beaucoup d’endroits pour ceux-mefmes qui ont toujours efté fur les lieux. J’y joindra y un Adieuauxl/Lufeîf dont je fuis certain que vous - ferez tres-contenteauffi-bien que de quantité d’autres Pièces 8c d’agreables Hiftoires, que la grofleur de ma Lettre rn’em- pefche de vous envoyer aujour- d’huy. Pour vous confoler de ce retardement, vous trouverez dans mon paquet la Seconde
G-ALAbFT.
1
Sc l’Autheur ne fë
195 Partie de l’Heroïne Moufque- taire. Je fçay que c’eft vous faire un prefent que vous aimerez. Puis que la première vous a tant plû , celle-cy ne vous doit pas moins divertir. II y a des chofes tres-finement tournées,
peut tirer avec plus d’efprit qu’il fait des matières qui font un peu délicates. Tour ce qui regarde la Baronne de Saint Sauveur , eft fort plaifamment écrit; 8c de la maniéré dont les Avantures de Chriftine-Saint- Aubin font traitées, on n’a pas à fouhaiter qu’elles finiflent fi- toft. Réponfe, s’il vous plaift,. fur l’explication que vos Amies auront donnée à l’Enigme que je leur propofe.
A Parti ce 30. Sept, 167?.
ON donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le pre< rnier jour de chaque Mois fans aucun retardement'. Il fe diftribuëra toujours en blanc chez le Sieur Blageart,. Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques, à l’entrée de la Rue du Plaftrc. Et au Palais, où on le vendra vingt fols relié en Veau , ôc quinze relié en Parchemin.
TABLE DES MATIERES,
L*.Amour Commodeffiftoire
de la fauiïè Tro^ençale,
Ififloire de F Enfant Ours.
ElIdorloge des Atnans. <
Comf1 iment de Monfteur de 7(oubin
de F Académie 7(oy ale d" Arles, d
Méfié urs de l'Academie Françoise
dans la Fille d'Arles.
Acade'mie de beaux Efrit s établie d
Efiftoire du. Faux Milord.
Ee nouveau Grand Fifir veut introduire
de nouvelles maniérés de receyoir
les Ambajfadeurs > dont il ne
peut yen ';rr.
CoUaticn Inpromptu.
Reproche de ri aimer point tfffy-
Confitures données.
*PajJion naijfante.
Jdiftoire de l'Amant (pocher.
Vers Irrégulierspour lelfoy.
*P articularite^ d'un cFfgal donné a
Nimegue par M. le Comte d'A'vattd
*? lenipotentiaire de France.
Complimentfait au ‘Fpypar 1'-Academie
Françoifi , M. guinaut Virée*
JCel^oydonne auFils defeuM- leComte
de QJ?é la Charge de Grand T annetier
de France.
Mon fie uy le Marquis de Foix eft reçeu
Chevalier d>dfonneur de Madame.
Monfieur de Matignon prefte Serment
entre les mains de Sa Maj eftépour
Mort de M. le Freft dent de Mai fin s.
Mort de Madame de T uifieux.
TABLE.
Françoife le jour de la iftribution
des Prix* avec plufieurs p articularite^
qui regardent FEducation de
grandes qualite^de ce Prince.
aM. le Dauphin, fur le Chafteau de
S. Germai fi grave' par ce ?rince.
A utres Fers de M. de TierceVille fur
le mefme Sujet.
Svite des Nouvelles de la Guerre.
Rondeau fur la DeVife que le Prince
Charles fit mettre fur fies Guidons en
approchant deMets.
FneEfeadre de 5. Frégates Oftendoifès
attaque devant Fe'cam un FaiJJeau
Marchandeftime' quatre-y ingt mille
eficus. Il eftftuvé parles h on s ordres
de M. le Duc de S. Aignan.
Ifftoire du Singe.
Mariage de MademoifeUe fjcoüart
d'ÈrouVille, de M. de la Levre*
tiere, Gouverneur de Conde.
Opéra reprefiente' à Nimegue par les
Filles de M. le Marquis de
Fin de là Table.
Extrait du T rhilegedu 7\?y>
PAr Grâce & Privilège du Roy, Donne
à S. Germain en Laye le if.Fev. 167t.
Signé, Par le Roy en fon Confeil, Villet,
Il eft permis au Sieur DAN.de faire iny
primer, vendre & débiter par tel Imprr*
meur & Libraire qu’il voudra choifir, un
Livre intitulé Le Mercure Galant» en
un ou plufieurs Volumes, pendant le temps
de dix années entières , à compter du jour
. que chaque Volume fera achevé d’impnmer
pour la première fois. Et defenfes font
faites à toutes Perfonnes de contrefaire
lefdits Volumes, à peine de fîx mille livres
d’amende, ainfi que plus au long il eft porte
eldites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 27. Février 1671. .
Signé, D.Thierry, Syndic.
Et ledit Sieur Dan. a cédé fon droit de
Privilège à C. Blageart, Imprimeur-Li*
braire, fuivant l’accord faitentr’eux.
?
four la première foù
Oftobre 1677»
nouveau
RE
A L A N T.
Contenant les Nouvelles
du Mois de Septembre 1677.
& plufieurs autres.
70 ME • • • •
A ’
A PARIS,
Ch.ez Pierre Traboüillet, au Palais
au premier Piilier de la Grand’Salle ‘
au Sacrifice d'Abel.
M. D. LXXVII.
^VEC PRIVILEGE DP ROT
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A MONSEIGNEUR
LE DUC
D E
MONTAUSIER,
PAIR DE FRANCE, &c.
Gouverneur de Monfeigneur
Le Dauphin.
MONSEIGNEUR,
\
Quoy que le Mercure Galant
Jemble eflre devenu le Livre
de tout le monde, celuy que je
prens lu liberté de mous offrir
a îj
EPI ST RE.
eft tellement à Pons , que j'ay crû que <vous ne defaprowve- rie^ pas que je luy fijfe porter •voftre lUuftre Nom. Ce qu'il contient de plus relevé regarde i Education de Mmfeigneur le Dauphin. C'esl l'Article le plus étendu, parce qu'il eft im- poftftble de renfermer en peu de paroles le précieux Sujet de tant de veilles de tant de fins ; Et quel autre que Vous, MONSEIGNEUR, a autant de part que (vous en avec^ é cette merveilleufè Education qui nous fait admirer dans ce jeune Prince toutes les qualité^. qtd
E P I S T R E.
le pouvaient rendre digne d'ef
treFils <&Loiiis le Grand?
C eft Vous qui luy infircy les
Vertus qui font particulières
aux Perfonnes de fon Rang.
Ce fi Vous qui le faites entrer
dans les Sentimens Politiques
qui doivent efire U principale
Etude des Souverains ; Et le
par les Mémoires qu'il prend
foin de luy drejfer de fa vie,
C’efl Vous qui luy rendez* ces
fecours fènfibles, & luy apprenez*
ameriterparluy-mefmeles ■
EPI ST RE.
par fa N ai fiance. L'honneur que vous ave^ reçeu pur le choix que cet incomparable Monarque a fait de Pous pour vous confier ce qu'apres Luy U E rance a de plus cher & déplus fié d'au-
E
7
Augufte, a efié fait par d 'autres Rois en différent Siècles aux plus confiderables de l'Etat ; mais ces R ois qui les ont ch o fis n’je fiaient point Loii s XIV, comme ils n'a- v oient pas cette vive four ce de lumières dont il eff éclairé dans tout ce qu'il fait, ils ont pu donner à la faveur, ce que l’expérience nous fiât voir que vous
EPI S T RE.
folide mérité. Cette gloire,
MO N S EIG N E KR , eft fi
Vous, que quoy que toute vofi
tre vie fait une m .tiere inépuisable
d Eloges ; Dire que le
Roy vous a fait Gouverneur
de Monfeigneur le Dauphin,
que les hautes Idées que
vous luy ave^ fait prendre de
ce qu’il eft né, l ont rendu ce
que nous le voyons, c eft dire
plus que les Panégyriques les
E PI S T R E.
feule louange que je marrefte, & quelque liberté que ie prenne de vous prefenter cette Partie du Mercure, je me trouve en mefme temps contraint d’a- ■
vouer que le Mercure ne doit point efirepour Vous. Il efi leu par tout j gÿ on Eéfiime parce qu en faifant connoiftre les merveilles que produit tous les jours la France y il y a peu de Pais Etrangers où il ne donne fùjet de l'admirer 3 Ridais, ^MO NSE1 ONED R, quand il dira que vous efies d'une des plus nobles & plus anciennes Maifons du Royautme, que vous
7-
EPIS T RE.
ave^ l ' Efyrit auffi grand que la naiffance, que voftre Courage les égale l’un & l'autre, CJ que malgré l'attachement que vous aves^touj ours eu pour les Belles Lettres, vous nave\ ' laifééchaper aucune occafion de vous fignoler par les Armes, que dira-t-il qui ne foit connu î dans tous les lieux ou fa bonne ! fortune luy a fait trouver de l'accès ? L’Italie ne vous a t elle r pas veu aux Siégé s de Rofi- gnan & de Cafal donner dés voftre jeune âge des marques de cette Valeur dont la Lor- raine a depuis efié témoin} &
?
1
>
EP IS TRE. que l Alface via pu s'empefi cher en fuite d'admirer, quand <vous trouvant fous le feu Duc de Vveimar d l'Attaque de la Kille & Forterejfe de Brifac, <vous y fifles tout ce quon peut attendre d'un Homme d qui les grandes Occafions infiirent la plus impatiente ardeur de fe difiinguer? fe ne parle ny des autres Siégé s, ny d une infinité de Rencontres qui ont toutes fervy d faire éclater <vofire Courage. fe laiffe la Bataille de Cerne, dans laquelle ruons prîtes de aiofire propre main trois Etendars de Cavalerie. eAyec
id combatif en Allemagne , feul
'SC
II
<b
fit
es
là
EPISTRE.
£ quelle gloire riave^-vous pas
I
Marefcbal de Camp de T Armée que commandait feu Mon fleur le Marefcbal de Guebriant? La Haute & Baffe Al face dont le Roy <vous avoit confié le Corn- mandement, noubliront jamais fi, l'intrépiditéa<uec laquelle vous
es 1 f dont enfin vous ne pufies évi- A ter- d'eftre fait Prifunnier de J guerre, apres ruons eftre exposé h par tout où le plus ptejfant pé-
I
grandes Actions, MO LIS El-
avez* tenu tefte aux Ennemis^ ter- d'eftre fait Prifunnier de guerre, apres ruons eftre exposé
J» 09 if 1
f ril pous appelloit. Voila de j Ç^WR! Nos Hiftoires qui
EPISTRE.
en feront pleines vous répondent de l'Immortalité que •vont awzjî bien méritée, gÿ mes foi- blés exprejfons ne pouvant rien pour voflre gloire, je ne découvre plus dans ce que je me hasarde à vous offrir, qu'un ambitieux motif damour propre, qui me fait fouhaiter que tout le monde fâche la grâce que vous me faites de m honorer de vofire protection, & d'agréer que je me dife avec le %ele le plus refpeéiueux,
* ït ' C • w • V •’ • *' *•* * ’s t’|K i
MONSEIGNEUR,
Voftrè très-humble & très® obeïflànt Serviteur., Pt
N O U VE A U
MERCURE
GALANT,
t o m e nr.
R e n e z - y garde;,
J Madame. Il n’y a
^rien de fi propre à
gafter, que les loiian-
, & vous m’en donnez
fi flateufes, qu’infenme
ges
de
fiblement je pourray en
Tome 77.. A
z LE MERCURE eftre fcduit. Si cela arrive, vous n’y trouverez pas vof- tre compte. J enrrcray clans une présomption que vous aurez peine à vaincre, & il vous en couftera tout au moins des prières pour ces Lettres dont vous me témoignez faire tant de cas. Je veux croire que vous en eftes contente, parce que vous avez de la bonté pour moy-, mais quelque vanité quevoftre approbation me donne, je conferve aflez de raifon pour voir que vous cherchez à me payer du
GALANT. ?
loin que je prens de vous
envoyertousles Mois avec
les Nouvelles/ ordinairesJ,
ce que je puis recouvrer de
plus curieux. ]e ne me pique
point de les aflaifonner
de ce tourfîn & délicat
qui redouble le prix des
choies, & vous perdez vos
fi vous croyez me peçluadçr.
Demeurons donc, s’il
vousplaill, dans les termes
dont nous fommes convenus.
Laiiïez - moy vous
écrire toujours fans façon,
& ne cherchez dans tout ce
4
LE MERCURE que vous recevez de moy,1 que les témoignages dun zcle qui me rend plus fen- fible à l’avantage de vous fatistaire, qu’à l’efperance de m’acquérir la réputation debelEfprit. 11 eft dangereux de l’avoir. Elle engage à une trop fevere exactitude, pour ne laiffer rien pa- roiftre où l’on n’ait mis la dernière main, & cette fu- jetion feroit fâcheufe pour moy que la méditation em- barraffe, & qui prens toujours la voye la plus aifée pour fortir d affaires. Je ne
GALANT. 5
fcav fi c’efi efirc buvais
gouft, mais ce qui eft
commode me femble fi
qui veulent de la commodité
dans l’Amour mefme.
Il s’eft fait une petite Piece
là defÇus qui me met encore
davantage dans leurs
fentimens. Je ne vous puis
dire de qui elle eft. Elle m’a
elle envoyée de Rouen, avec
priere de ne me point
informer du nom de l’Autheur.
Le terroir eft bon
pour les Vers, & il n’en
A iii
6 LE MERCURE
vient gueres de méçhans
decePaïs-là. Voyez fl je me
trompe,en croyant ceux-cy
aflez agréablement tournez
pour vous plaire.
L ’ A M OU R
COMMODE.
£’ bien, mon ex tir facile &
qui partout fe rend,
J’our quatre ou cinq Beauteg. en
mefme temps foùpire.
Entre nous, belle Iris, efl ce un
crime fi grand
Qfijlfaille y trouver tant à dire!
GALANT. 7
Si j'ay dequoy vous enrayer, parce que faime ailleurs en dois-je moins vous plaire, £t pour quelques douceurs qu on me voit partager3
Nefiaureis-je efrevotre affaire!
Rendezypltw de jufiice a ma fin ce- rite.
Si j’en conte en tous lieux/eftfins efire volage,
l'aime tant que l'on m'aime, & cette fermeté (/x/-
Vaut bien qu'avec moy l'on s 'en-,
il efivrayqu absëlà es b eaux y eux Dont mon ame charmée adore la lumière,
Tour finir des jours ennuyeux le riay pas la main meurtrière* ■N A • • • •
A ni]
§ LE MERCURE
2 e cours où je prêtent qu'on fe plaifs a me voir,
le ris, je chante, je folâtre, Et regarde le Defefpoir Comme une vertu de Théâtre.
*
■i •*/ • ♦
C'efi efire, je l'avoue, Amant peu régulier,
'Mais -je fuis tous les maux quels chagrin fait naifire,
JEtficeftla n'aimer qu’en Ecolier, Jdieu me garde d’aimer en Mai- (fire.
Apres tout, le repos efiant un bien fi doux,
Aime-t-on afin qu'on enrage, ’£t pourfécher d'ennuy d’efire éloigné de vous,
Vous en ver ray-je davantage?
CALANT.
•î*
* •
2 ei plaintes fies langueurs, les foii* pirs, les fanpfots,
Me rendront-ils ce que mofle l'abfence,
Et rieft-ilpas plus à propos Quapres V avoir perdu je prenne patience}
•S»
Id Amour de tous les maux, efl le . plus dangereux,
Quand trop d'attachement nous livre à fon caprice,
Et je ne fcache point d'employ fi malheureux,
Que de fefaire Amant d'office, (tranfiort A chaque occafion il faut avec S'arracher les cheveux, fe battre la poitrine,
Eftre tout preft de courir d la mort, Oudumoins en avoir la mine.
io LE MERCURE
Franchement, ce méfier eft des plus fati^n^
2l a mille chagrins qui rarement s'appaifent*
Et ce rieft pas à tort quen nomme extrava^ans
Z es pauvres Dupes qui s'yplaisef
&
-r
aiime par relies qui voudra^ 2 amaie ce ne fut ma méthode 3 2 em'ojfre>& fans fonder comme le tout iray
Jeprens d'abord du plus timode.
■>
IMes voeux ridyat pour tout objet Que de rendre heureux ce que fai- 2>our réüfftr dans ce projet (me^ 2e croy devoir toujours commencer par moy-mefme.
- >•
galant, u
'Ainfi, charmante Iris, fi mon htt* me tir vous plat fi > ^examinèxjien autre cbofè, jiimez^moy (ans prendre intere/l $i de mon coeur quelquautre ainfi que vous difpofie.
% . r
Tant que je vous verray, te Je ray tout à vous,
point de fiouvenir des A b fient es, yous allumerezfieule en des mornes fi don x
Mes 1> offrons les plus ardentes.
• *ÿ
Dans quelque paffe-temp! quevoas vüeilliexfionner, Tydonneray fans le co'inbatrei Et fi vous voulesfibadiner, Je fieray badin comme quatre.
\
♦
/
ïi LE MERCURE
'le nedispa^ quand vont m'aurez^
quitf
ffuattendant que jevous revoyc^
Je n'aide d'un autre cofiè
Daire un nouvel amas de joye.
Mais ces égaremens fâcheux aux
coeurs jaloux5
27 e peuvent ejlre d voflre hontes
Ce quejeferay loin de vous*
27e fera point fur voflre compte9
-Z) ans le temps où tous deux no tu ne
nous verrons pas\
Comme d'aucun plaifir je ne veux
27evous faites point d'embarras
De tous ceux que vous pourrez
GALANT.
>
ijfcl
Recevez des Amans, écoute^ leurs douceurs.,
Et quand de nous revoir l’heure fera venue,
prenons ce que chacun noies aurons fait ailleurs,
Comme chofe non avenue»
T
Sans nous inquiéter de rien, Faifons-nous le mefme vifaçe • Q^efivofre coeur & le mien
Ffloient demeurezfans fartage.
•£»
Comme £ amour tout tranftorté^ levons feray m lie careffes^ l^ous pourre^y répondre en toute fèureté
Par vos plusflateufes tendrejfa*
14 LE MERCURE
JW/ faire des faveurs, c ejln 'e rien
hasarder,
le fris difcret, (ÿ* recevant des
vofires, <" 1
Veus aurerfreau men accorder,
I e n en parlcrayf oint aux autres.
A ces conditions fi je fuisvofre fait,
Belle Iris, vous ri avefyqud dire,
Cherchons en nous aimant B amour,
le plus parfait,
Mais n'aimons jamais que pour
rire.
Si tout le monde fui voit
ces Maximes, l’Amour ne
cauferoit pas tant de malheurs,
& l’emportement
inconGderé d’un Jaloux
lt
e
L
it
x
GALANT. ÏJ
n’auroir pas donné lieu à
l’Avanture que vous allez
entendre.
Une Dame bien faite,
jolie, fpirituelle, enjoüée,
vertueufe dans le fond,
mais ayant l’air du monde,
& trouvant un plaifir fen-
{îble à s'entendre conter
des douceurs, ne pût s’empefcher
de s’abandonner à
fon panchant pendant l’abfence
de fon Mary, que
d’importantes affaires avoient
appelle pour quelques
mois dans le Languedoc.
Il ai m oit fa FemLE
MERCURE
me, & elle meritoit bien
qu’il l'aimait ; mais foie jaloufie,
foie délicateife trop
fcrupuleufe fur le pointd’honneur,
il eftoit fevere
pour ce qui regardoit fa
conduite , & il l’obligeoir
à vivre dans une régularité
un peu éloignée des innocentes
libertez qu’elle auroit
crû pouvoir s’accorder.
Ainfi il ne faut pas
eftre furpris, fi fe voyant
maiftreife de fes aétions
par fon départ, elle n’euft
pas tous
avoit tâ<
GALANT. 17
l’occafion eftoit favorable,
& elle crue qu’il luy dévoie
eftre permis de s’en fervir.
Elle eut pourtant foin d’éviter
l’éclat, & ne voulue
recevoir aucune vifxte chezM
elle-, mais elle avoit des
Amies, ces Amies voyoienc
le beau monde, & l’enjoument
de fon humeur joint
aux agrémens de fa Perfonne,
fit bientoft l'effet
quelle fouhaitoit. On la
vit, elle plût, on luy dit
qu’elle eftoit belle, fans
qu’elle témoignai! s’en fâ-
B
18’ LE MERCURE
cher; les tendres déclarations
fuivirenr, elle les reçeut
en Femme d’efpritqui
veut en profiter fans fe
commettre; & là-dcffus,
grands defleins de s’en faire
médies, Opéra, Feftes galantes,
tout elt rais en ufage,
& c’eft tous les jours
quelque nouveau Divertiffemenr.
Cette maniéré de
vie auffi agréable que comdouceur
merveilleufe , &
jamais Femme ne s’accommoda
mieux de i’abfence
galant.
J9 de fon Mary. Les plus éclairez pourtant en fait de Galanterie , s’apperçeurenc bientoft qu’il n’y avoir que des paroles à efperer d elle. Ils l’en eftimerent davantage, & n’en eurent pas moins d’empreïfement à fe rendre où ils croyoient la devoir trouver. Jufque-là tout alloic le mieux du monde -, mais ce qui gafta tout, ce fut un de ces Meilleurs du bel air, qui fo- tement amoureux d’eux- mefmes fur leurs propres complaifances , s'imagi- B q
• •
I
xo LE MERCURE
nent qu’il n’y a point de
Femmes à 1 épreuve de
leurs douceurs , quand ils
daignent fe donner la peine
d’en conter.
dont une Perruque blonde
Celuy- cy,
y
des Rubans bien compaffez,&
force Point de France
répandu par tout, failoient
le mérité le plus éclatant,
fe tenoit fi fort affuré des
faveurs* de la Belle dont il
s’agit, fur quelques Répontes
enjouees qu il navoit
pas eu l’efprit de comprendre,
qu’il fe hazarda
impur àpoufferles affaires
galant. h un peu trop loin. La Dame i le regarda fierement, chan- ' gea deftile^pricfonférieux, i & rabatit tellement fa va- 1 nité, qu’il en demeura in- confolable. 11 fe croyoit ■ beau, & trop plein du ridicule entêtement qu’il avoir | pour luy, il ne trouvoit pas vray-femblable qu’il fe fuft offert fans qu’on euft accepté le Party. Il examina ! dé plus près les maniérés de la Dame , la vit de belle humeur avec ceux qu’il re- - gardoit comme fes Rivaux;
& fans Longer qu’ils ne luy
zi LE MERCURE avoient pas donné les mef- mes fujets de plainte que luy, imputant à quelque préoccupation de coeur ce qui n’eûoit qu’un effet de fa vertu, il prit confeil de tfa jaloufie, & ne chercha plus qu’à fe vanger de l’aveuglement qu’elle avoir défaire des Heureux à ion
préjudice. Il en trouva l’oc- cafion & plus prompte &
toute autre qu’il ne l’efpe- roit. La Dame eftoic allée
à une Partie de Campagne pour quelques jours avec une Amie. Par malheur
GALANT. m
pour elle, fon Mary revint
inopinément de Languedoc
le lendemain de cette
Partie. 11 fut furpris de ne
la point rencontrer en arrivant.
Celle qui l’avoit
emmenée hors de Paris eftoit
un peu en réputation
de Coquete, Le chagrin le
prit. Il forma des foupçons,
& il y fut confirmé par
l’Amant jaloux, qui ayant
fçeu fon retour, fut des
premiers à le voir. Comme
ils avoient toujours
vefeu enfemble avec affez
de familiarité, le Mary ac
LE MERCURE
luy cacha point la mauvaise
humeur où le mettoit l’imprudente
Promenade de fa
Femme. Cet infidellc Amy
qui ne cherchoit qu’à fe
vanger d’elle, crût qu’il ne
pouvoic prendre mieux fon
temps. Il la juftifie en apparence,
Centrant dans le
détail de toutes les Connoiïfances
qu’elle a faites
depuis fon départ, pour
prévenir, die-il, les médians
contes que d’indifcrets
Zélez luy en pourroient
faire, il les exeufe
d’une maniéré qui la rend
coupable
GALANT. zj coupable de tout ce qu’il feint de vouloir qu’il croye innocent. Le Mary prend feu. Quelques petites railleries que d’autres luy font, & qui ont du raport avec cette première accufation, achèvent de le blefler juf- qu’au vif. Il s’emporte, il fulmine, & il auroit pris quelque re'folution violente, fi fes véritables Amis
n’euflentde'tournéle coup. Tout cequ ils peuvent gagner pourtant, c’ell: qu’en attendant qu’il foit éclaircy des pre'tenduës galanteries Tome 7. C
*6 LE MERCURE de fa Femme, elle ira fe mettre dans un Couvent qu’il leur nomme à douze ou quinze lieues de Paris. Deux Parentes des plus prudes fe chargent de luy porter l’ordre, êcde le faire executer. La Dame qui connoiïToit la feverité de fon Mary,ne balance point à faire ce qu’il fouhaite. La voila dans le Couvenr, dont heureufement pour elle l’Abbeffe eftoit Soeur d’un de ceux qui luy en avoient le plus conté, quoy que ce commerce fuft demeuré
GALANT. 2.7
inconnu à i'Amant jaloux.
Ainfi elle ne manqua pas
de Lettres de faveur pour
tous les Privilèges qui pouvoient
luy eftre accordez.
d ’ une recommandation
particulière. Ses maniérés
eftoient une tres-forte pour
elle, & il ne falloir rien davantage
pour la faire aimer
de tout le Couvent. C’eftoit
une neceffité pour elle
d’y palTcr quelque temps,
elle aimoit les plaiïirs, &
4»
x8 LE MERCURE en peut donner dans la retraite. Elle noua fur tout amitié avec une jeune Veuve Provençale , Pen- fionnaire du Couvent comme elle. Son langage la charma tellement ( il n y en a point de plus agréable pour les Dames ) qu elle s’attacha à l’étudier ; & comme il ne faut que vouloir fortement les chofes pour y réüflir, elle s y rendit fi fçavante en trois mois, qu’on l’eut prife pour une Provençale originaire. Cependant il y en avoit déjà
GALANT.
fix qu elle eftoit réclufe. Sa
fuccombaàla tentation de
venir à Paris incognito paffer
quinze jours avec fes
Amies. L’AbbefTe, quoy
luy accorda ce conge a
l’inftante follicitation de
fon Frere, à qui elle devoit
ce qu’elle elloit. Elle fe
précautionne pour n’eftre
point découverte. Une
Amie avec qui elle concerte
fon delfein, & qui fe
charge de luy faire donner
un Apartement en lieu ou
C iij
5o le mercure elle ne foie connue d’aucun
K
Domeftique, la va prendre à deux lieues de Paris, &la mène chez la Femme d’un
vieux Confeiller, qui ne l’ayant jamais veuc, la reçoit comme une Dame qui arrive nouvellement de Provence. Grande amitié
qui fe lie entr’ellcs. lln’ell parlé que de la belle Provençale, c’eft fous ce nom qu’on fonge à la divertir, Scelle joué h bien fon per- fonnage, que ne voyant que trois ou quatre de fes plus particuliers Amis qui
galant. font avertis de tout, il eft impoffible cjuon ui Coup-
9
51
I
impoftible quon ia foup- çonne de n’eftre pas ce quellefedit. Tout contribue à mettre fon fecret en afturancc. Le quartier où elle loge eft fort éloigné de fon Mary , elle ne fort jamais que mafque'e avec la Femme du Confeiller -, & quand elle fait quelque Partie de promenade avec fon Amie , ce font tous Gens clioifis qui en font, & leur indiferetion n’eft point à craindre pour elle. Trois fernaines fe paflenc
C» • • •
mj
galant.
tereft à tenir cahé. Dans
Son Mary avoir un Procès,
le Confeiller qui la loge en
eft nommé Raportcur- il
luy, & s’adreïfe à un Gentilhomme
avec qui il a fait
connoiflance en Languedoc
, & qu’il fçait eftre le
tout-puiftant dans cette
Maifon. Le Gentilhomme
prend volontiers cette occation
de faire valoir fon
crédit, .& ils vont enfemble
chez le Confeiller le jour
A *' * • •
|4 le mercure
niefme que la faufle Provençale
doit partir. Le
Confeiller s’eftoit enfermé
dans fon Cabinet au retour
GALANT. «ç avec la fauffe Provençale, qui ne s’attendoit à rien moins qu’à une vifite de fon Mary- Jugez de la fur- prife de l'un & de l’autre. Le Mary ne Cçaic où il en eft. 11 regarde, reconnoift fa Femme, & troublé d’une rencontre fi inopinée ,, il oublie fon Procès, & n. e- coute prefque point ce que fon Amy dit en fa faveur. La Dame n’eft pas moins embarafiée de fon cofté-, mais comme elle voit le pas dangereux pour elle, fi elle n’y remédié par Coq
0 LE MERCURE
efprit, elle ne fe de'concerte
point, & parlant Provençal
au Gentilhomme
qu’elle a de'ja veu plufieurs
ianteries qui mettent le
Mary dans un embarras
nouveau. Il demande tout
bas à fonAmy qui elle eft,
& il luy re'pond de fi bonne
foy (comme il le croit)
que c’eft une Dame de
Provence venue à Paris
pour affaires, que fon langage
fervant à confirmer
ce qu’il luy dit, il commence
à croire
GALAMT. 37
5 femblance des traits a pu.
I le tromper, & il ne s’en
II faut guère mefme qu’il ne
r les trouve moins reffemi
blans qu’ils ne luy ont paru
H d’abord. Il s’a
! d’elle, l’examine, luy parle,
'? & le Gentilhomme luy
ayant dit qu’il falloit qu’-
n elle follicitaft pour l'on
a, employer comme fi c’efri
toit fon affaire propre. Elle
11 tient parole, & le ConfeiliC
1er entrant, c’eft elle qui
n commence la follicitationj
mais elle le fait avec tant
<|e grâce & avec une telle
Mary ne peut croire queii
elle cftoit fa Femme , elle
euft pû fe poffeder alfez
ment jufque-là. Il fort tresfatisfait
du Confeiller; &
pour n’avoir aucun ferupule
d’eftre la Dupe de
cette rencontre, il fe refout
d’aller dés le lendemain
trouver fa Femme au
Couvent. Elle y met ordre
Dar la promptitude de fon
retour, & devinant ce qu il
cft capable de faire pont
»
galant.
s’éclaircir, au lieu d’aller
coucher où fon Amie la
devoir mener, elle marche
toute la nuit, & arrive de
très grand matin au Couvent.
L’Abbeffe à qui elle
rend compte de tout, instruit
la Touriere de ce qu’elle
doit dire, fi quelqu’un
îa vient demander. Son
r
Mary fait diligence, & arrive
fïx heures apres elle,
d vient au Parloir. On luy
dit que fa Femme n’a prefque
point quité le Lit depuis
huit jours,à caufe d’une
legere indifpofition, & elle
40 LE MERCURE paroîc un quart-d’heure apres en coiture de Conva- lefcente. La fatigue du voyage, & le manque de dormir pendant toute la nuit paffée, l’avoiènt un peu abatuë. Cela vint le plus à propos du monde. Comme fon Mary ne luy trouva ny les mefmes ajultemens, ny la mefme vivacité de teint qui l’avoit ébloüy le jour precedent dans la Provençale, il fut aifément per- fuadé qu’il y avoit eu de l’erreur dans ce qu’il s’en efloit figuré d’abord- Ce-
pendant il avoir remarqué
tant de mérité dans cette
prétendue Provençale, &
il en eftoit tellement touché,
que fe tenant trop
heureux de pofleder une
Perfonne qui luy rcfTenibloit,
& eftant d’ailleurs
convaincu qu’il y avoit eu
plus d’imprudence que de
cprne dans la conduite de
faFemme,illuyditles choies
les plus touchantes pour
luy faire oublier ce quefix
mois de clôture luy avoient
pu cauferde chagrin. Elle
X
4i LE MERCURE
férieux avec luy, luy fait ks
plaintes en bon accent
François de fon injurieux
procédé, & apres quelques .
feints refus de luy pardonner
fi tort un outrage qui
avoir fait tant de tort à fa
:
44 Lf- ivi r, î\ C U K JC
Bas Languedoc, & je né fçay comment j’oubliay la derniere fois que je vous écrivis, à vous faire part de cette nouvelle. Toute la Province en a témoigne' de la joye -, & comme elle connoîc fon zele pour la Religion, fa fi délité pour le fervice de fon Maiftre • & fon def intéreffemenc pour Je bien public,elle ne doute point que foa Gouvernement ne luy procure toute forte d'avantages. 11 n’y a ri,en de p’us glorieux pour luy, que la maniéré donc il
le
le h lé le h le
&
it
:e
e a .r
1
GALANT. 4J a plu au Roy de le diftin- guer entre un grand nombre dcPre'tendans, pour luy confier un Porte auffi important que celuy dont je vous parle. Aufli faut-il demeurer d’accord que Mr le Marquis de Monta- negre s’ertoit rendu digne de cette preTerence, par rattachement qu’il a toujours eu pour le Service. Apres fes premières Campagnes, il fut Capitaine de Cavalerie au Régiment de Monfieur, dont il eut en fuite l’honneur d ’ eftre
A
X
GALANT. 47
exemple de ranimer les
Siens, que l’inégalité du
nombre avoir effrayez, 11
mit cçt Efcadron en defordre,
& -s’eftant relevé de
deffous fon Cheval qui Fur
tué, il fe défendit longtemps
l’Epée à la main,
mais enfin une nouvelle
bleffure qu’il rcçeuc dans
le corps, le fit tomber pat
terre, & entre les mains de
ceux qui nJen fer oie ne pas
aifément venus à bout, s’il
n’eut effé mis par là hors de
combat. Cette Aélion, &
beaucoup d’autres, ayant
4s LE MERCURE
fait bruit à la Cour, il feroit
parvenu fans - doute aux
Commandemens donc le
mérité de ceux qui luy reffenablent
eft toujours récompenfé,
fi la Paix des
Pyrénées qui fe fît peu de
temps apres ne l’euft force
à fe retirer chez luy. Le
Roy ne l’y voulut pas laiffer
inutile, & on connuft
ï’cftime particulière dont
Sa Majefté l’honoroit, par
aux Etats Generaux de Lan-
■ ' *• T ~
ion. Cet honneur eftoit
GALANT. 4^ grand, mais non pâs au defTus d'une Perfonne de fa naiflance. Il n’y en a guère de plus illuftre, & je vay fatisfaire avec joye à l’ordre que vous me donnez de vous apprendre ce que j’en fçay.
Mr le Marquis de Mon- tanegre prend fon origine de la Maifon d’Urre en Dauphiné, qui partagée en douze Branches il y a plus de deux cens ans, compte dans fes Alliances les Mai- fons de Vefq, d’Ademar, de Bérenger , de CorniHoni&
Tome 7. E
JO LE MERCURE
prefq'ue tout ce qu’il y a de
grandes & anciennes Familles
dans cette Province,
où l’on fçait que la Note
conferver depuis longtemps
dans toute fa pureté.
On trouve parmy lesTitres
de cette Maifon des Vaffaux
de laTerre d’Urre annoblis
il y a cinq cens ans,
par un Privilège particulier
dont certaines Familles
îiné
joiiiffoient en ce temps-là;
& ces mefmes Titres font
connojftre que dés l’an u66i
GALANT.
H y avoir des Chevaliers
de l’Ordre de S. Jean de
Jerufalem dans la Maifon
d’Urre, & qu’un François
d’Urre en prenoit la qualité.
Je ne vous parle point:
d’un Aimé d’Urre , Seigneur
des Teffieres, Grand
Maillre de la. Maifon dit
1 Duc de Lorraine, & dansle
rang & l’alliance de l’ancienne
Chevalerie de Lorraine-,
ny d’un autre des
plus proches de Mr deMoa*
tanegre, quifutLieutenanc
de Roy enProvence, fous le
Régné de Henry II. Nous
Ei;
p LE MERCURE y avons v^u de nos jours commander par Commif- fîon Monfieur le Marquis d’Ayguebonne de la mef- me Maifon d’Urre, qui fut fait Chevalier des Ordres
du Roy en 1646. Se que le Commandement des Armées du Roy en Italie, & le Gouvernement de Cafal,
ont fait affez connoiftre par tout. Ce n’eft pas feulement d® cette llluftreMai- fon que Mr le Marquis de Montanegre tire les avantages de fa naiïTance; il trouve encor dequoyla re;
«
GALANT.
lever par Meflire Pierre de Liberras fon Ayeul maternel, qui réduifit à l’obeif- fancedu Roy HenryIV. la Ville de Marfeille, que la perfidie de quelques Particuliers luy avoir arrachée malgré elle, tandis que ce Grand Prince eftoit occupé au Siégé d’Amiens. Son Aétion fi remarquable dans l'Hiftoire ne s’effacera jamais de la mémoire des Marfeillois, qui noncon- tensde luy avoir érigé une Statue, font celebrer tous les ans un Service en Corps E iij
X
‘ ‘ i Z
54 LE MERCURE de Ville,en reconnoiffance defavaleur & de fa fidelité.
Voila comme les Grands
Hommes ne meurent jamais. Leur nom demeure apres eux, & ils n’ont rien à craindre du temps. 11 eft vray qu’il n’eft pas permis d’eftre grand Homme à tous ceux qui le voudroient devenir. On a beau faire
X * • I »
'de belles Adions, elles font longtemps ignorées, fi on n’eft d’une naiftance à fe faire d’abord remarquer^ mais au moins fi les occa- fions d’une bravoure d’é*
GALANT., 55
clat ne s’offrent pas, l’Efprit
eft une reffource avec la-
. * ' A •
faire figure dans le monde;
& qui ne s’y diftingue par
aucune qualité recommandable,
n’eft à mon avis guère
dïferenr de cet Enfant-
Ours que la feue Reynede
Pologne faifoit élever. Je
ne fçay, Madame, fi vous
en avez entendu parler. 11
fut trouvé dans les Forefts
de Lithuanie, & pouvoir
avoir fept ou huit ans. Toutes
ces maniérés firent préu’il
avoir efténourry
E mj
S6 LE MERCURE par une Ourfe. Les traits de fon vifage eftoient affcz beaux, mais on y voyoit par tout des cicatrices. On ne
fçait û elles venoient des ongles des jeunes Ours fes Frétés avec lefquels il pou* voit s eftre joüé, ou des ronces & des branchages des Bois qu'il craverfoit, quand il fut pris, avec une agilité' merveilleufe. La Reyne à qui on l’apporta, le fit mettre chez les Filles de la Charité
quelle a fondées à Varsovie, & ordonna qu’on en prift tout le foin polfiblc
GALANT. În7
I rer quci^uv
II de fa vie paflee, quand il aue!
a feulement remarquéqu’il
1(l entendoir ,& aucun ufage
de raifonneluyeftvenu. Il
11 monde, & faifoit le Signe
a- de la Croix, parce qu a ce
il. Signe on luy donnoic du
“iî pain, qu’il alloit en fuite dé-
■h vorer en Belle. Il déclii-*
$8 LE MERCURE
roit tout ce qu’il rencontroic
avec les ongles & fes
dents, & n’épargnoit pas
mefmefes habits. Sonplus
grand plaiiir eftoit de grater
la terre, d’y faire des ouvertures,
& de fe fauver dedans.
J’ay voulu fçavoir ce
qu’il eftoit devenu, & on
m’a écrit depuis quinze
jours qu’apres la mort de la
un Evefque de Lithuanie,
qui s’eftoit chargé d'en
prendre foin. Apparent'
ment c’eftoit quelque larGALANT.
59
avoir voulu cacher en l’exil
s’en
P1 fait beaucoup d’autres dans
*1 le monde dont on ne dit
i'; mot , & il n’eft point de
Belle qui n’ait fon heure
dangereufe quand les Amans
s’attachent à l obferoi
ver. Les Prudes mefmes
ne s’en (auvent-pas. Voyez
:( ce qu’un Expert fur cette
e matière en a in
lit ment e’erit depuis peu.
I
60 LE MERCURE
L’horloge des
AMANS.
Pntf la déclaration
Qui marque une fincere & tendre pajjîon,
Quand la Belle deviët refveufe, JL'occaJion fe montre heureufe> Et fi l'Amant a de l'efprit* 11 en doit faire Jon profit.
JL'heure où l'Amat Je raccdmodt Efi toujours une heure commode, On veut fe racquiter du tempsquoH a perdu,
Et la Belle ejlant appaisee, r£e coeur pour fe montrer de bonne* foy rendu y
2doms rend toute entreprife aisée,
s
GALANT. ii
f
Ce moment fi chery des Hommes & des Dieux,
Efi en Chiffres d'amour écrit dedans lesyeux
De celle pour qui l’on foùpire,
Et bienheureux qui l’y peut lire.
•J»
Vne Femme dans le couvoux
Où la met un Mary jaloux9
Aux defirs d "un Amant eji rarement cruelle.
L'occafien de (e vanger
Eft une occasion trop belle,
Et l'heure du Dépit, l'eji fouvent du Berger.
Si parmy la réjoüiffance D'uneFeJîe donnée en quelque beau lardin^
K
tl LE MERCURE
Celle quevous aimez^ lors que moins on y penfe*
S’'éclipfe & difparoijl foudain* SuivezAa* l'amour fe déclaré* Çenefpas fansdeffein quelaEelle s'égare.
O
Vne Fiere veut du refpeïï* Cherche dansfa conduite un Amant ciiconfyell*
Et qui contre la médifance
En tores lieux prenne fa defenceS Son honneur fauve de ces coups Se défendra mal contre vous.
•J*
Celle que le chagrin dévore* Qui ne vit quedas un grdd düeil> Et d'une cendre qu elle adore Semble ri aimer que le cercueil* Quoyquon la croye inconfolahle* dN 'eft pas toujours inexorable•
galant, gj
! \La douleur ri efiant point vertu, PP e fournit que de foi b le s arme s y Et l'amour efmal combatu parla lâppeur&parles larmes.
F Comme fouvent la peine irrite le
{bley
defir,
Pour objet de vos voeux s'il vous plaifi de choifir
Quelque Prude à vos y eux aima-* PP e vous allarmez^oint de fa or an- de froideur,
K
’ty Par vos foins, vos refyeïïs,montre^ ! luv voflre ardeur.
J
luy vofitre ardeur, Et laiffez^ faire au temps , il la rendra traitable^
Elle ne croira pas en avoir moins d'honneur,
Pour donner à l'amour une place en fon coeur.
*5*
<4 LE MERCURE
Je ne fçay fi l’Autheurde ces Vers eft auffi bien fondé enraifon qu’il le croit eftre, mais je fçay que vous en avez beaucoup, d’eftimer autant que vous faites le Compliment que je vous ay envoyé de Mr de Rou- bin. Il en a fait un autre que vous ne ferez pas fâchée de voir. Comme l’A- cadémie Royale d’Arles eft affociéeà celle de Paris, & qu’elle a toujours pris foin d’entretenir avec cet llluf- tre Corps, une correfpon* dance dont elle s’eftinn®
de Roubin pour venir prefenter
an Roy l’Eftampe du
fuperbe Obelifque donc je
vous ay parlé la derniere
fois, elle le chargea d’en
offrir en fuite à Meilleurs
de l’Académie Françoife.
L’A vis leur en ayant efté
donné., ils luy firent direpar
M1 l’Abbé Tallemant le
jeune qui eft prefentement
(caron en élit un nouveau
tous les trois mois) qu’ils
attendoientavec beaucoup
de joye l’honneur qu’il leur
66 LE MERCURE
vouloir Elire, & que quand
il luy plairoit venir à leur
AïTemblée, il y feroit tresbien
reçeu. Sur cette affurance,
ce Député fe rendit
à l’Apartemenr du Louvre
que le Roy leura donné
pour leurs Conférences,
fans les avoir fait avertir du
le plus honorable. & avant
que leur diftribuer les Estampes
de 1’0 belifque qu’il
leur avoit préparées, avec
des copies du Sonnet que
vous avez veu de luy fur ce
fui et, il leur parla en ces
termes
GALANT. 67
A
q|, 1» .
j jourd’huy l'honneur de pa-
æESS/EVRS,
| L'Académie Royale d’Arles qui me procure a«- roifire dans cette llluflre Af- femblée, composée de tout ce qu’il y et de plus grand de
plus au gu fie dans la République des Lettres, <veut en •ufer auprès de la woflre comme une Fille bien née, qui <vient de temps en temps rendre compte de fes occupations de fa conduite à fa Mere, afin de fe conferver dans fa bienveillance. C.’efi pour celat
Fij
Mcffieurs, quelle ma chargé
de vous faire part de ce Juperbe
majeftueux Monument
qui vient d'efire érigé
par fies foins à F honneur de
nofire Invincible Monarque,
& quelle croit pouvoir avec
jufiice compter au nombre de
fes Ouvrages, puis que ceft
elle qui en infpira
dejfein, qui en a J
xe cation, & qui a conduit enfin
fi heureufement l'entrele
premier
ollicité l eprife,
quelle a mérité non
feulement les acclamations
du Public, & les applaudif
femens de la Cour s mais, et
’H.
i
il
u
4
5
„
'1 lebrer fis Victoires par tout
w
GALANT.
qui luy eft encor plus glo. vieux, les complaifances me finie du plus grand Roy de la Terre, Jufiquicy, Mefifieurs, je T avoue, nos Mufis timides & tremblantes .fie défiant de leurs for ce s,n avalent encor rien entrepris de considérable à fa gloire s cedant aux voflres T avantage de ce-
le monde, elles fe contentoient 'n de chanter en fecret quelques Hymnes à fa loüange , de 6ft brûler à fon honneur quel- que grain dfincens, & de ve- > fl nirfimer de temps en temps
• X
yo LE MERCURE quelques Fleurs far le mur- | che-pied de fan Trône ; mais aujourd huy, Mcffieurs, elles portent bien plus haut leur ambition, & «voulant donner des marques plus éclatantes de la grandeur de leur zfat d cet incomparable Monarque , elles «viennent de la) confatcrer un Ouvrage, fa malgré l’injure des Temps, & la «violence mefine des Edemens, eji ajfaré de pourvoir durer autant que Monde. Ne croyez paS neantmoins, Meffieurs, qli " fait te la nature de ceux fa
GALANT. 7Î •vous enfantefitous les jours à qui la beauté du Stile, U fiib limité des Pensées, la force de l'éloquence, la réputation enfin £> le mérité des eAutheurs, font comme autant de garant d'Immortalité. Non, éMeffleurs, celuy dont je parle icy, doit eftre regardé plutoft comme un.
ÏJ',
1
ei 4
% i
I
effort de nos mains, que de i noftre effrit, ou par un beu- pi reux artifice, ayant fait fit- épleer la Nature à l'Art, g/ la matière a la forme, nous qi avons trouvé le fecret de ^fauwer éternellement delOti-
fa LE MERCURE bly. /’ Augufle Nom Louis le Grand, <?» le gravant far le Marbre & far la Granité avec des Caractères ineffaçables. C'efl en quoy, Mef fieurs, je ne ftaurols mm- pefeher de m applaudir en fecret de cette ïoii-drie précaution que nous avons eut pour fa gloire, quand je con- fdere far tout d combien de malheureux accident f->11 fauvent expofev^ les Ouvrages mefmes des plus grands Hommes. Ne face pas effet une déplorable coufa' me, ou plutofl une malheur rétif
GALANT. 7j wufe ne ce fit é, que celle de confier, comme on fait tous les jours, les VeriteTjes plus
toire, a la bonne-foy d'un
r/
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J importantes de noftre Hif-
- 1 /— — — — - - — 1
Zd J •>/
Dépositaire aufi faible, aufi
A
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leger, & aufi pér fiable que le Papier, qu’un Enfant déchire, que le Vent emporte> que les Vers rongent, que Tgau pourrit, que le feu,
confume avec tant de facilité? En <verité, éMefieurs,. je tremble pour l’intereft des Mufes de noftre France, tou- | tes les fois que je m'imagine qu’il ne faudrait qu’une pey
Tome 7. G
74 LE MERCURE
tire étincelle pour embrafer
& réduire en cendres toute
lu Bibliothèque du Louvre,
ment lu . Poflerité du fruit
précieux de tant de Jueurs &
de tant de veilles que vous
confier ec^ au Public > C/ qui
devroient immortalifer vos
Illuflres Noms dans U mémoire
des Hommes,au f bien
vé le moyen de le mettre
couvert de ces injufiiees de
la Fortune, & l Academie
r GALANT. ÿr
"Royale dArles peut dire
lff maintenant avec raijon, de ce
fli grand & fuperbe Livre quk
elle vient de confacrer d fît
gloire, ce que le Poete na dit
autrefois du fien que par vanité:
«
Exegi monumentum ære perennîti-s
Quôdnon imber edax, nec Aquilo
impôtens, &c.
^6 LE MERCURE
toute remplie de fentimens
de refyeiï & de vénération
pour la voflre, & qui ne fouhaite
rien tant au monde que
de fe pouvoir rendre digne
par fes fervices de cette
Adoption glorieufè dont U
vous a plu l'honorer.
Le Compliment, le Sonnet
& les Eftampes de 1’0-
belifque, dont celle qu on
avoir deftinée pour la Salle
de l’Académie, eftoit enrichie
d’une fort belle Bordure
, tout fut reçeu avec
applaudiffement de cette
GALANT. 77 llluftre AlTemblée,au nom de laquelle le Dire&eur remercia Mr de Roubin avec les termes les plus civils, & apres luy avoir donné mille aflurances de l’eftime particulière que la Compagnie avoit toujours eue pour l’AcadémieRoyale d’Arless il fe plaignit obligeamment de ce que ne l’ayant pas averty du jour qu’il avoit choily pour leur faire l’honneur qu’ils recevoient, il luy avoit ofté le moyen de fe préparer à luy répondre avec plus d’ornement, & de ' ' ' • • •
G nj
79
galant. une Libéralité du Roy qui leur donne quarante Jet- tons d’argent pour chaque Seance. Ils font diftribuez à ceux qui s’y rencontrent, & beaucoup d’entre eux fe font honneur de s’y trouver pour les recevoir. Comme les chofes dépendent quelquefois autant de la maniéré dont elles font tournées, que de ce qu elles valent par elles - mefmes, la Ville d’Arles a bien lieu d’eftre fatisfaite, puis que fi le zele qu’elle a pour le Roy luy a fait faire de la dépenfe, ou G mj
So LE MERCURE peut dire que M' de Rou- bin en a relevé le prix. L’Académie qui l’a choifi dans fon Corps pour celte Députation, ne doit pas eftre moins contente d’avoir nommé une Pc», forme dont l’Elprit a fi avantageufe- ment foûtenu la réputation que cette Compagnie s’eft acquife parmy ceux qui connoifient ce que c’eft que les belles Lettres.
Vos Amies fe révolteront peut-eftre contre deux Vers Latins employez dans le Compliment j mais elles
GALANT. Si doivent fonger qu’ils ont bonne grâce avec des Sça- vans, & je me raporre à ce que vous leur direz, fi elles vous en demandent l’explication.
Ces AfTembléesd’Hom- mes choifis pour les belles Connoiïfances, font jugées fi neceflaires dans tous les Etats bien policez, qu’à l’exemple de 1 Academie Françoife,Madame Royale en établit uneàTurin. Les Séances s’en doivent tenir dans l’un de fes Palais, où Son AlteiTe Royale inftitu'c
gi LE MERCURE une autre Académie pour tous les exercices du Corps qui peuvent perfectionner un Gentil-homme. Elle choifît pour cela les plus habiles Maiflres qu’on puiffe trouver. Ce n’eft pas la feule marque que cette grande Princcffe donne à fes Sujets du foin qu’elle a de leurs avantages. La récolté des Grains ayant elle très- médiocre cette année en Piémont, elle n’a pû voir ce que fes Peuples auroient à foufrir de cette difette, fans que fa bonté fe foit
GALANT. intereffée à les fecourir. Les greffes femmes d’argent quelle a répandues pour faire venir des Grains de dehors, ont réparé l’indigence où ils fe trou- voient, &par fa genérofité A Il C * A
accoutumée elle a tait naître pour eux l'abondance au milieu de la fterilité.
Je me réjouis avec vous, Madame, de ce que vous avez des Amies d’un efprit ? ht vif & fi éclairé, qu’elles n’ont point eu befoin de l’Explication que je vous envovayladerniere fois de
I
g4 LE MERCURE
l’Ènigme de la Lettre R.
pour deviner ce que c’cftoir.
Quoy que bien des
Gens ayenc inutilement
tâché d’en venir à bout, je
veux croire qu’elles n’en
ont point elle embarafTées;
&puis qu’elles ont tant de
facilité àdéveloperleschofes
obfcures, demandezleur,
je vous prie, quel peut
cftrc lefens de ces Vers. V
• a
GALANT. 8;
ENIGME
DAns un double & [ombré
parterre
Eclairé de rayons divers,
l'allume une foudaine guerre
Entre deux Amis que je [ers.
l'intereffe dans leurs querelles
Qui [ont mille cris éclatant.
Cependant toute la Diffpute
Finit entre les Combatans,
Parla bigarre culebute
Des refles d'un S que le te affreux
£ru[quement[ortis de leurs creux.
Voila dequoy exercer
LE MERCURE leur laîïïe le plaifir entier de deviner, & ne leur feray point le tort de vous envoyer le mot de l’Enigme. Si elles ne l’attrapent pas, le fecours eft preft. Il ne vous coûtera que la peine de le demander, & vous l’apprendrez dans ma Lettre du Mois prochain. Je voudrois qu’il n’en coûtai! pas davantage pour avoir ce que fait Monfîeur le Duc A
de S. Aignan ; mais comme il n’en garde point de Copies , on n’a de luy que ce que le hazard fait recou-
GALANT. 87
vrer de ceux à qui il peur
l’avoir adrefïe. C’eftparce
moyen que la Ballade qui
fuit m’eft tombe'e entre les
mains.
BALLADE
AU ROY.
orieux Vain^ CH armant &gl
que tir
Quimetteftoutfous voflreEmpire,
Ce qui fe pajfe dans mon coeur
Housvoulez^doncil aprendre, Sire?
Hélas! à toute heure il foàpire*
Et dit accablé de travaux^
Que brûler &ne l'ofer dire^
Efi le plus grand de tous les maux.
SS LE MERCURE
- • \ «jf*
♦
Mon efprit na plus de vigueur, Rien nefi pareil à mon martyre, Et dans l'excès de ma langueur, Je ne fipay ce que je defire.
4
chaque infiant mon mal empire, Tay des laloux, \'ay des Rivauxi Mais brûler & ne l'ofer dire, Eft le plus grand de tous mes maux,
On voit en ma trijle couleur Vn changement que l'on admire, J'excès de ma vive douleur, Tous les plaifirs vient m'interdire- Je ne fcay fi l’on peut décrite Des tourmësquin Üt point d'égdUX) Mais brûler & ne l ’ofer dire Efi le plus grand de tous les maux-
GALANT.
E N V O Y.
Ah! Grad Roy,voit-on rien depire, Entre les pluafiers Animaux, Quel'Homme fiujet à médire. Et brûler (fi ne l’ofier dire, N'efi-cepas le plus grand des maux!
Vous voyez, Madame, que le Génie de Monfieur le Duc de S.Aignan cft univerfel, & que la contrainte des Rimes qui em- barafle dans ces fortes d’Ouvrages, ne luy ofte rien de fa facilité ordinaire à s’exprimer. Il donne toujours fes ordres dans fon
T orne 7. H
V
9o LE MERCURE Gouvernement avec une application qui met les Rades du Havre dans une en-
( • i i * ’ ' 1 *4
tiere feûreté, & les Armateurs ennemis ne fe hazar- dentplus à faireaucune en- treprife de ce cofté-là, depuis que le Roy luy a fait l’honneur de luy donner une Barque longue toute équipée, avec laquelle il empefchera facilement ces Pyratesde troubler le commerce comme ils avoient accoutumé.
Au refte, Madame, doutez tant qu’il vous plaira
GALANT. 9i que le Solitaire dont vous avez appris l’avanture par nia derniere Lettre, ait pa fie fi aveuglement de l’indi- férence à l’Amour, je puis vous affurer qu’il n’y a rien de plus vray que le Procès intenté par le Pere pour faire cafler fon Mariage. S’il y a quelque chofe qui vous blefie dans la Per- fonne qu’il avoir choifie pour faire renoncer fon Fils à l’infenfibilité , vous ne devez point vous en prendre à moy, qui aime mieux vous conter les cho^
H ij
LE MERCURE
lès dans leurs plus véritables
circonftances, que de
les falfifier pour les embellir.
Il en arrive tous les
jours de fi extraordinaires,
que toutes vrayes qu’elles
font, elles femblent quelfemblable.
Ainfi je ne
doute point qu’il ne fe
trouve des Incrédules fur
l'Hifloire de laFauïfe Provençale.
Quoy qu’en vous
fuivre les Mémoires qui
m’en ont efté donnez, vous
aurez peut-cftre peine vous;
GALANT. 95 tnefme à vous perfuader qu’un Mary puifTe parler à fa propre Femme, & s’imaginer qu’elle ne la foit pas. Mais outre le Langage Provençal qui luy devoir eftre inconnu, & les autres par- ticularitez qui établirent le Fait, combien avons- nous veu de Gens fe tromper à la reflemblance des traits?.L’Affaire de Martin Guerre qui a fait autrefois tant de bruit au Parlement
de Touloufe, en eft une preuve inconteftable, & en voicy un exemple fort
MERCURE
«■
94 .LE récent donc je vous vay faire le détail en peu de mots.
Il n’y a qu’un mois ou deux qu’un Milord ayant une Charge fort confidé- rable dans la Maifon du Roy d’Angleterre, eut di- férent avec deux Seigneurs de cette Nation, contre lefquels, fur quelques paroles fâcheufes qui leur ié- chaperent, il fut obligé de mettre l’Epée à la main. Il en demeura un fur la place, & cette mort luy fît pafler promptement la Mer pour
x ... — ■ - — ■ ■ ■ . ■ ■ — —— ■
GALANT.
3) fe mettre à couvert des pourfuices qu ’ il devoir ! craindre. Son Pere quieft un fort grand Seigneur, &
5: très - riche, donna fes or- '' dres fur l’heure en diférens
I
lieux où le Milord pouvoir s’eftre retiré, & il écrivit
i,! entr’autres à un Banquier '(î de Paris de fa connoiffancea
II
pour le prier, G fon Fils s a- A dreffoit à luy, de ne luy re- lt fufer pas lafliftance de fa t Bourfe. La Lettre eft ren- 5 dùë au Banquier, qui le « lendemain reçoit un Billet « du Milord. CeBillet eftoiç
s r i < —* *
K
96 LE MERCURE un avis de fon arrivée à Verfàilles, & un honncfte emprunt de cent Piftoles qu il le prioit de donner au prefent Porteur. Le Banquier qui avoit eu déjà des affaires avec luy dans un Voyage qu’il avoit fait en France, examine 1 écriture, la reconnoift, s’informe de bien des chofesfurlefquel- les on luy répond jufte, & compte aufïi-toft l’argent. Autre Billet à un nommé Goüin, Tailleur Anglois. Le caradere luy eftoit connu , & fur cette caution
CALANT.
caution il accompagne l’Agenc
du Milord chez divers
Marchands. On levé
des Etoffes, on choifit des
Points de France: tout fuir,
Plumes, Perruque , Baudrier,
Rubans; gainraifonnable,&
creditpar tout. La
équipage. Ils fournirent
de nouveau, & celuy qui a
déjà donné du Point de
France, eft le feul quirefufe
fans fçavoir qui le payera.
On luy nomme le Baiy-
Tome 7.
93 LE MERCURE quier. Il le va trouver; prend fa parole, & continue à faire crédit. Cependant le Milord fait fort grand’chere à Verfàilles. Il fe donne les Violpns & les Hautsbois, & fa dépenfc ayant fait bruit, on s’étonne de ne le point voir chez les Perfonnes de qualité d Angleterre qui font à la Cour. Ceux avec qui il eft entre en commerce de plaifîrs luy en demandent la caufe- Il répond qu’il n’eft point de condition à aller chercher les Gens. Cette ré-
GALANT. 99 ponfe fi peu digne de ceiuy qu’il fe difoir eftre,fait fou- pçonner quelque fourberie. On l’obferve, il s’en apperçoit, & trouve à propos de décamper. 11 part de nuit avec fon Agent, & fa fuite ne laiffeplus douter de la vérité. C’eftoit en. effet un faux Milord qui a- voit fi bien copié le véritable, que le Banquier qui luy avoir parlé deux fois n’avoit pu connoiftre qu’il le du- poit. Comme il en avoir tousles traits, il s’eftoit attaché à contrefaire fon écri- lij
Le Mar-
ïoo LE MERCURE ture, & elle eftoit fi femb’a- ble, que tout autre s’y fuft laifle attraper. Marchand de Point de France alla trouver le Banquier. 11 paya les chofes dont il avoit répondu, & les autres Marchands ont pris patience.
Nous avons eu des nouvelles de Conflantinople qui nous apprennent que Mr le Marquis de Nointél noftre Anibafladeur à h Porte, y avoit foûtenu comme il devoir la Dignité de fon cara&ere. Il s’apper- çeutà fa prèmiere Audian-
loi
en voulut
galant. ce du Grand Vifir, que le Sie^e qu’on luy donnoit, n’cfloit point à l’ordinaire vis-à-vis du fien fur le Sofa, qui eft un Tapis en façon d’Eftrade. 11 prendre un autre dont deux Turcsfe faifirent pour l’en empefeher. li le leur arracha des mains,& le mit fur le Sofa,où ils’affir enatten- dant l’arrivée du Grand Vifir qui eftoit alors au Divan. On courut l’avertir de l’action de M. de Nointcl, auquel il envoya dire par Mauro Cordato ion pre-
I. . •
11)
1O1 LE MERCURE
donneroit point Àudiance,
s il n’elloit a (lis hors du
Sofa. M de Nointcl répondit
au Drogman que le
ner de fon Siégé, mais non
pas de faPerfonne, & s’en
alla dans le mefme inftanr.
Le Grand Viflr luy a fait
dire depuis qu’il ne laiïTeroit
pas de luy accorder
comme auparavant toutes
les chofes qui regardoient
le Commerce, fuivant les
Capitulations qui en avoientefté
faites. Ileftcer
GALANT. 1O3
Hj tain que cette entrept ife ne
tj] jnent contre la France. Les
ré. mefmes raifons onr empef-
|s ché d'autres AmbaiTadeurs
J d’aller à l’Audiancc. C’eft
et faire le nouveau
oit une innovation
[ç‘ ceux qu on a veus dans le
xt mefme Employ. 11 paroift
J fort fier , & l'on remarque
m qu’il ne donne pointle Caf-
J fetan auxAmbafiadeurs,ou
. qu’il ne leur donne point de
Verte, & qu’il fe contente
de leur faire prefenter le
Caffé, le Sorbec & le Pâteux,
àVexempledefon Predecefieur.
Comme je ne fuis
pas accouftume' au Sorbec,
&queje ne m’accommode
point du Parfum, j’ay bien
ine à croire
vaille la Collation inpromptu
qu’une Dame donna il
y a quelques jours à deux de
les Amies, & à trois Cavaliers
qui Ce trouvèrent chez
elle. Les Confitures n’y
10$
I
c
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il
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’)!
el
1
>«
»
I
GALANT. î. elles donnèrent lieu aux t douceurs qui forent dites aux Belles. Toutes les trois
valent bien qu on leur en conte -, & les Cavaliers ayant de l’cfprit, & fe méfiant de faire des Vers, l Impromptu de la Collation for caufe qu on leur en demanda un a chacun d eux pour celle des Dames que le bazar d luy deftineroit. On tira au fort, & le premier qui prit un Billet ne fot pas fâché de voir qu’il eftoit remply du Nom dune aimable Brune à qui il y avoit
f /
iû6 LE MERCURE
contoit. Il fit pour elle ce
REPROCHE DE N’AIMER
point «iflèz.
C’Eft pour vofîrc interejlplutofi
que pour moy me fine,
K«evousdevexjn’aimer autant que
je vous aime.
Si voffrc amour eftoit évalua mil
Vous yrupleriez^cewdouccurs qM
je goufle,
Vsus vous feriez^ mille plaifirs de
rien.
Pour n'aimer pas aflez voila ce
La Dame qui donnoit la
GALANT. 107
Collation, fut celle pour
qui le fécond eut à faire un
Inpromptu, & il en prit le
fujet fur laprofufionde fes
Confitures.
CONFITURES DONNEES.
r~Y"'Rottveroit-on,Iris,des âmes
_ aflezfures
Pour ne pas adorer & vous & vos
bienfaits ?
Vous iovgiezfa
vins attraits,
jî celle de vos Confitures.
Cependant n’en deplaife a toutes
vos faveurs,
Je me plains au milieu de mes bonnesfortunes:
'a4u lieu de me donner, Iris, tant de
douceurs,
foS LE MERCURE
+
Hélas! dites-m'enquelques-unes.
Vos appas font doux à mesyeux* Vos Confitures à ma beucheî Hais mo coeur mérité bien mieux Quelquautre douceur qui le touche.
Le Nom de la troisième Dame fut tiré par un Cavalier qui ne lavoir jamais veuë avant ce jour là. Elle cil blonde, ale teint vif, & les yeux C perçans, qu’en ayant elle charmé d’abord, il nés’ en falloir ^uere qu’il ne luy eu fl: déjà fait une déclaration en forme. Ce fut ià-deffus qu’il fît ces Vers.
iôs>
galant.
PASSION NAISSANTE.
QVoy déjà d'un amour fi tendre
Je me fins le coeur enflàmé!
Deux beaux yeux dès l'abord ont J ils dû me fiirprendre !
C'eft trop toft en eftre charmé.
Pourquoy ne me pas mieux défendre?
Aimer ois -je autrement quand je ferais aimé?
L’Autheur de ce
Je ne fçay ce qui en arrivera. dernier Inpromptu femble eftre touché tout de bon du mérité de la Dame qui le trouve fort à fon gré. Il
no LE MERCURE
la voit chez elle, luy rend
de grands foins, & ce qui
n’a commence' que par
une Galanterie d’enjoüement,
pourra finir par un
attachement véritable. Ce
font des coups ordinaires
de l’Amour. Il a caufé depuis
peu un des plus bizarres
Incidens dont vous
ayez jamais entendu parler,
& voicy de quelle maniéré.
g. Une jeune Veuve dont
«Ma beauté attiroit des Soupirans,
l’efprit des louanges,
& l’air coquet des railGALANT.
ïft leries, avoit l’adrefTe de [n ménager trois Amans que >i des raifons d’intereft ou de vanitéluy avoient fait choi-' il» fir d’un allez diférentcara- C| dere. L’un eftoit un jeune tî! Etourdy, Marquis à bon itj titre, un peu gueux, mais ai . bien Elit, & fort capable de 31 fe faire aimer. Il avoit l’air ® bon, ne manquoit de rien ai en apparence,&vivoit avec ! tout l’éclat qu’auroit pû )j faire un Homme de fônaif. fance, à qui la Fortune au- u. roit efté plus favorable qu’à sil luy. L’autre elloit un petit
nî. LE MERCURE Vieillard, toujours propre, de bonne humeur, liberal, &. cette derniere qualité
point garde a fes années. Il avoir efté autrefois Bananier s’ettoit méfié en fuite
inconnues, il
& valoir bien qu on nCjprift Banquier, me (le de plus d’une affaire, &paj des voyes inconnues, u avoir trouvé moyen de fe rendre un des plus riches Roturiers du Royaume. Les vifites du Marquis luy faifoientpaffer de méchans momens, fes grands airs nettoient point à fon ufage> &c cftoit quelque chofc^
GALANT. 115. {1 redoutable pourluy,qu’il eftoic contraint de quitcr la place fi-toft qu’il entroit. 11 en avoit fait fes pl la Dame, qui ne s’en in-
a i n t e s a
:
il]
I j
w commodoit pas. Elle tour-
lii noit finement les chofes,. J & deux ou trois paroles
I
»
I flateufes menoient le bon’
I ••5 •• «
I Homme où elle vouloir.
' ** .* • i ' '
y Son troifiéme Amant eftoic J d’une efpece oppofée à l’un» [t Sdil’autre. Il tenoit le mi- 4 lieu entre le Marquis & le aj Banquier. Une Charge cb J Robe le rendoit confidé- y raBle, & il n’avoit rien
Tome 7. K
ii4 LE MERCURE
d’ailleurs qui le fift trop
diftinguer. Point de defaut
remarquable , point de
fes Amis, & fans élévation
ny baiTefle il s’eftoit acquis
la réputation d’honnefte
Homme. La belle Veuve
l’attendoit un foir. Les
jours eftoient longs, & il
ne devoit venir que fort
tard. Une raifon importante
l’obligeoit d’en ufêr
ainfi. Elle avoir un Procès
dont il eftoit Raporteur,
& fi on l’euft veu entrer
chez elle, fes Parties aures,
le Marquis nas revenir H-
GALANT. 11J roient eu droit de le récu- fer. Elle croyoic le petit Vieillard à l’une de fes Terne devoit toft de la
Cour, & fur cette aifurance elle avoir donné le rendez, vous j mais comme les Co- quetes font nées pour les Avantures, le Vieillard entra lors quelle y penfoit le moins. Il'eftoitdans fa propreté ordinaire. Un Habit de Tafetas noir tout chamarré de Dentelle, le Bas de foye bien tiré, Perruque blonde, &wn Rabat d’un K ij
né le mercure Point de France admirable. A peine eut-il dit à la- Veuve que l’impatience de la revoir luy a voit fait précipiter fan retour, qu’on entendit le bruit d’unCar- rolfe à fix Chevaux. Il ar- relia devant fa Maifon, on en defeendit avec grand
O fracas, on heurta fort rudement à la Porte, & l’on entra de plein-pied, fans s’informer fi on cftoit en hu* meur de voir les Gens. La Dame préfta l’oreille, & aü bruit qui fe faifoir, elle n’eut pas de peine à connoiûr®
►
GALANT. ri?
Jes maniérés du Marquis.
£lle s’en trouva embaraf.
nuit
il commcnçoir à faire
le Confeiller dévoie
venir à onze heures, &pour
ne fe point broüiller avec
luy, il falloir fe défaire de
deux Amans. Le Vieillard
n’eftoirpas moins en peine
de fon coft.é, l’heure indue
pour un Homme de fa forte
le pouvoir rendre fufpeét
au Marquis dont il avoir
déjà efluyé quelque brufquerie,
& ne voulant s’evpoferny
àfes emportemens
jaloux^ n.y à fe voit traité, en
IIS LE MERCURE
petit Bourgeois, il témoigna
fon inquiétude à la
Veuve. Elle en fut ravie, &
luy propofa d’entrer dans
un Balcon auprès duquel il
cftoit affis. Le Party luy
plut, il ouvrit promptement
le Balcon , & n’eut
que le temps d’en faire
fermer la Porte apres qu il
s’y fut jette. ,Le Marquis
dit d’abord à la belle Veuve
qu'il n’eftoit venu que pour
elle feule, ayant à fe trouver
le lendemain au lever
du Roy ; que fes Chevaux
cftant fatiguez, il s’cftoiî
GALANT. 1I9 mis dans le Carrofîe d’un Duc de fes A mis qui l’avoir defeendu à fa Porte, & qu’il efperoir qu’elle voudroic bien luy prefterlefîen pour le remener chezluy quand ilferoit temps de la quiter. avoir donné ordre qu’on
C1 Elle y confentit, & apres Ulï 4__4 _.4__ 15»
) . . .
avertift fon Cocher de fe n tenir prefî, elle entra en m converfation avec le Mar- °|quis. Il luy parla de fou oe amour, luy fît quelq ■v: proche de certaines vifîtes
y
quelque re-
;w'*>«**■• vo »unv» ® qu’elle recevoir, & luy demanda fur roue des non-
jxo LE MEPkCU&E velles du petit Banquier qu’on luy falloir le ton dans le monde de luy donner pour Amant. 11 le tourna en ridicule, & adjouta que s’il le rencontroit encore chez elle comme il avoir déjà fait, il ne manqueroic pas à le divertir agréablement. La Dame qui avoir intereft à fe conferver le petit Vieillard,& qui n’ef- tant que Coquete, n’aimoir pas qu’on fift l;e Souverain avec elle, releva fes paroles d’un ton plus haut que Ie ficn, & luy ayant dit qu elle
GALANT. inné
devoir compte de fes
actions à perlonne. Elle
luy témoigna fieremenc
que s’il ne luy rendoit des
foins que dans l’efperance
du droit de maiftrife, il ne
fe pouvoir plus mal adrefiTer.
de prendre aucune autorité
fur les fentimens, qu’il difputeroit
volontiers fon
coeur avec un autre, mais
qu’il y alloitde fa gloire de
ne pas fouffrir un Rival
qu elle ne luy pouvoitdonner
fans fe faire tort à elleLE
MERCURE mefme. Ces jalouües de gloire ne fatisfirent point la belle Veuve. Elle prétendit quelles faifoient voir trop peu de tendrefle , & que fi on en devoir pardonner quelques-unes, ce ne pouvoir eftre que celles qui eftoient caufées par la- niour. 11 feditlà-deflùsdes chofes allez délicates. Le Marquis demeura dans fon chagrin, & ne put s'empêcher de faire connoiftre àla Dame qu il l’eftimoit trop pour la foupçonner de >e- pondre à lapa dion du Ban-
;
GALANT. u5
quier-, mais que fi ces petits
Mcffieurs n’avoientpas
dans leur perfonne dequoy
fe faire aimer comme les
Gens de qualité, ils fe faifoient
fouffrir par de certains
endroits... La Veuve
ne le laiffa pas achever. Sa
fierté luy fit dire quelque
chofe dç choquant pour
luy, qu’il voulut bienendu,
rer d’elle, mais dont il fie
porter la peine à fon RivÆ,
en redoublant les menaces
qu’il avoir déjà faites de le
divertira la oremiere
n4 LE MERCURE le Vieillard qui entendoir tour, trembloit de crainte dans le Balcon où il s’eftoit enfermé; mais il n en fut pasquitepour cela,& pref- que aufli coft il tremblade froid, quoy que la chaleur fut fort grande. Le Ton- nerrequi avoit commences gronder éclata toux-a-coup avec tant de violence qu1’ ne s’eftoit veu temps un pareil orage, fut fuivy de la pluye , quf tombant en abondance eut bientoft .colé 1 Hab1C de tafetas contre la peau de
de long'
GALANT, n; ce pauvre Amanr tranfv. Aprcsqu’elle futun peu diminuée, le Marquis dit qu’il falloir voir fur le Balcon fi clleefcoit encor bien forte. Ces paroles mirent le Vieillard dans de nouvelles frayeurs- La Veuve qui eftoir affife auprès du Balcon, l'entrouvrit fans balancer. Elle avança la main qu’elle retira au fli -toft en le refermant avec précipitation, & difant que la pluye celfoit,mais qu’il faifoit un vent horrible. Elle demanda en mefme temps fi L iij
hé LE MERCURE
on avoit mis les Chevaux à
fon Carroffe. Autre embarras
quelle n’avoit point
préveu. Son Cocher à qui
on avoit dit qu’elle ne fortiroit
point ce foir là, êftoic
allé boire en lieu où il fut
impoffible de le trouver.
Cette nouvelle la defefpere.
Un grand Laquais quelle
avoit, eftoit dans l’accez
d’une greffe fièvre, il ne luy
en reftoit qu’un petit -incapable
de conduire fes Che*
vaux, l’heure s’avançoit, &
Confeiller. Son inqui
?
i
GALANT, ji? paroift LeMarquis qui n’en fçait point la véritable rai- ion , la prie de ne fe point impatienter. 11 l’affurc de nouveau que la leu le envie de la voir 1 a fait venir à Paris, luy dit quec’eftun plai- fir qu'il, ne fçauroit avoir trop long-temps, & en attendant que ion Cocher foitrevenu, il luy demande fi elle veut fe divertir à joiier. Le Vieillard qui écoute tout, ne fçait où il en eft de ce redoublement de difgrace. La pluye l’a- voit enrumé, l’envie de
L. • • • înj
«8 LE MERCURE îoufferle prend, il y refifte autant qu'il peut ; & n o- fant ny fe moucher, ny cracher, nvérernüer, il ne s’en faut guère qu’il n étoufte. La Dame ne paffe pas mieux fon temps que luy. Elle veut fe tirer d'affaire à quelque prix que ce foir,& n’en trouve point d’autre moyen que de déclarer franchement au Marquis que fon Cocher ne rentrant quelquefois que le matin, elle ne prétend point hy laiffer paffer la nuit chez elle, fit fe perdre d’honneur
GALANT. 119
pour luy épargner la fatigue de s’en retourner à pied. Le Marquis répond que fi elle ne luy avoit pas promis fon CarrofTe, il fe fcroit affiné d’un autre, & qu’il n’y a pas lieu de demander qu’un Homme comme luy, qui demeure dans un Quartier tres-éloi- né, traverfe tour Paris au milieu des boucs que la pluye a faites. Ces raifons ne font point reçeuës. Il ira où il luy plaira, mais ab- folument il ne paffera point la nuit chez elle. Ils s’ai-
jjo LE MERCURE griffent tous deux fur cette Difputc, fe lèvent de dcffus leurs Sièges, & fe promènent dans la Chambre en fe
querellant. Le Marquis entre dans uneGarderobe où il voit la Demoifelle delà
Dame. Elle cftoit de leur confidence, & il s’arrefteà luy faire des plaintes de fi Maiftreffe. La Veuve prend cetemps pourtirerle Vieillard du Balcon, elle le mene fur 1 Efcalier, & le conjure prcfque à genoux de la délivrer du Marquis. L expédient quelle en trouve c»
>
'tt
lli
qui reftoit toujours
gis, de paffer pour lu
remener fon Rival.
GALANT. 1}l
de defcendre à l’Ecurie, de
mettre les Chevaux à fon
Carroffe, de s’enveloper
dans un v• ieux M* anteau de*
Maiftre Robert fonCocher
au Loy,
& de
La propofition
luy paroift extravagante
, il la rejette avec
colere, & ne Ponge qu’à s’aller
fecher. Elle ne fe rebute
îDi point, lepreffe, l’cmbaraffe
J à force de raifons -, & fur ce
d qu’il luy oppofe qu’il fera
ptj verferleCarroffe parce qu'il
4 ne le fgaitpas mener, elle
* f '
I -
Kl * ' s J
K- w
fji LE MERCURE luy dit que fes Chevaux font faciles à conduire , & que n'y ayant point d embarras la nuit dans les Rues, il faut qu’il manque d’amour pour elle, s’il s’obftine à la refu- fer. Toutcelaneleperfua- de point. L’impatience la prend , Se elle va jufqu’à le menacer d’aller* dire fut 1 heure au Marquis qu elle vient de le furprendre cache chez elle, épiant fes actions. L’envie de plaire fe mefleàla peur que luy don- nccettemenace. IlfelaiÛe mener à FEcurie, met les
GALANT. ijj
Chevaux au Carrofle le
mieux qu’il peut, & apres
qu’il s’eitenvelope'du yieux
Manteau de Maiftre Robert.
on avertit
que le Cocher eft rentré,
qu’il peut defcendre. Le
Marquis dit adieu à la Dame
allez froidement, fe
jette dans le CarroïTe avec
un air chagrin, & s’eftant
laide conduire par fon, Rival,
il luy donne un Demy-
Loüis d’or en defccndanr.
A peine eftoit-il forty de
chez la Veuve, que leConÎU
LE MERCURE
cher deux uniques Chevaux*
qu’il avoir, prit fon
heure pour l’entretenir. Il
entra fans bruit, ayant laifle
fon CarroiTe au bout de la
Rue pour éloigner le foupçon.
Le petit Vieillard
ramena celuy de la Dame
à laquelle il voulut inutile-
Onluy dit qu’elle dormoit.
11 demanda fi l’on n avoir
l’on ne luy avoit point amené
de Chaife,fuivant l’ordre
qu’il en avoit donné. On
GALANT.
luy répondit qu’on n’avoit
veuperfonne, mais on les
avoit renvoyez de peur
qu’ils ne vident entrer le
Confeiller : De forte qu’apres
avoir fervy de Cocher
àfon Rival, il fut contraint
de s en retourner à pied
fans autre récompenfe de
fes frayeurs & de fes peines,
que celle du Demyqu’il
avoir elle' o
recevoir.
LAvanture efc fort ré- ■ •
cente,&vous connoiffezla
Dame qui s ert fi adroitement
tirée de tant d’em136
le mercure
barras : C’eft celle que vous
rencontrâtes ily a deux ans
chez Madame laComtefle
de *** qui a tant de grâce
à dire des Vers, & qui en dit
Roy, dont vous luy deman
la put donner, parce qu’elle
n’en (çavoit que des endroits
détachez. J’ay enfin
recouvrée la Piece entier?,
qui pour n’eftre pas tout?
nouvelle, n’en mérité pas
moins la curiohté que vouS
••
GALANT. *37
avez déjà eue de la voir,
plie fut faite apres la mort
de Ruyter, & la Défaite de
la Flote Efpagnole devant
paîerme. NT Boyer fait
toujours de très-beaux
Vers, il n’y a perfonne qui
n’en convienne , mais j’en
ay peuveudeluy qui foient
mieux tournez & plus également
foûtenus queceuxcy.
Je vous en laiffe juger
vous-mefme.
Tome 7. M
1
13S LE MERCURE
POUR LE ROY.
.VERS IRREGULIERS.
A FAcadémie Frauçoife.
QVel éclat soffre encore a yeux ébloüif.
Quel bruit fe répand fur la terres Et fait tant d'honneur 4 Louis?
Toujours vainqueur, toujours craint que le Tonnerre^ Ses Ennemis par tout battus oit mèprife^
Toute la Flandre défolée* Toute la Sicile ébranlée*
Æuy ter mort, des ITaiffeaua tibif mez^ embrafeZj
QyeUe riche moiffon de ofci re!t Tour en célébrer la mémoire>
' GALANT. 1J9
Qfaon ne m'impofe point de Loix
Dont la contrainte eft incomode-,
]e ne put5 ajufter ma voix
Sur le ton me far é du Sonnet & de
l'Oàc •'
21efaivons plus ny re^le, ny méthode
Pour châterdefi grands Exploits.
Que riay-je dans l’ardeur dont j’ay
l'ame enflamée,
Ces tranfaports éloquent, ces fca~
v ante s fureurs
Dont les Chantres fameux enfloiet
la Renommée
ft des premiers Héros, & des premiers
Vainqueurs!
Que n’ay-je tout l'encens,, avec
toutes les fleurs,
Dont on vit autrefois couverte &
parfumée
La Rouie des Triomphateurs!
M i j
K
14O LE MERCURE
Majesté neveux point vos faveurs ordinaires,
Ou plut ofi je renonce à vos vaines chimères,
Voftrefiux Apollon, fon fabuleux pouvoir,
Vos fontaines, tous vos mifteres
Abufent trop longtemps no (Ire crédule tfpoir.
Cefiicy que fans vous il me fl permis devoir
1 esfidelles î)épo fit aires.
De T Eloquence & du Scavotr.
Vous donc, mes chers Rivaux, dont F éclat m environne,
Dourniffez^moy cet amas de LâU‘ riers
Dont je veux auj ourdihuy forinci une Couronne
D our l c plus grand des Rtâ & W . Guerriers*
Itâeccne,
à cette voix ( raine,
&qui dans les Confeils du fin
(âge des Rois
jVr trouve rien qüe parfan poids
horte^vous prejje^
Se wefle aux beaux Concerts que
vous deve^former.
x ce zfa infiny qui le brûle fans
ce fa,
poètes, Orateurs, laifazfiuous enfanter.
__
pour vous à qui Loiiis a confie
l'Hifloire
D'une vie abondante en Exploit:
fgnalez^
h 41 LE MERCURE
Pour en Iran (mettre la mémoire j4ux Siècles les plus reculez^ 'Tait es * en un récit & fi de lie & fin- ccre.
Point de vains ornernens, point d'éclat emprunté.
'Ç'eft le plus grand effort que vofire yfrt puiffefaire,
Que d'en mettre en plein jour U fimple vérité.
Paiffez, aux Ennemis , quand tout leur eft contraire, artifice honteux d'un Triomphe inventés
JLaiffezfieur, pour pouvoir confoleT leur mi fer e,
La ridicule vanité
D une Victoire imaginaire.
T) ans un Récit naïf montre z^par quels efforts
TarqueE affauts,parquelles fit - nerailles,
& t
r4-
GALANT. 145
l'épèe à U main nous forcions
des murailles,
Efcaut a veu rougirfes bords}
juels murs foudroyez^tl vit fumer
fes rives}
l nombre il entraîna de morts
e mourans,
Et de quelfang qui couloit en torrens,
Jlvit hajlerfes ondesfugitives.
chantement,
Eend d Armée ennemie étonnée &
e à cent mille bras l ame fr le
mouvement?
faites nous voir l'Ibere & le
Bat ave
~
y
«44 LE MERCURE
Comme on voit à l ’afpett d'un Maijire impèn eux
Vnfoible&malhcurctixEfclave. ilacotcy nous avec quelle chaleur On vit fondre fur nous des Troupes affemblèes,
Puisfefauver cofufes&troublées, St repaffer le Rhin avec tant de frayeur.
Zpefardeappoint par desContes. frivoles
P es Fait sfi .beaux,figlorieux: Sne le Vaincu menace & triomphe en paroles,
£t pAr defaux Exploits s'èleve juf qu'auxCieux,
SP os fimples vérité^ paffent leurs hyperboles.
Comme plongeydans un profond fomweil, ( songeSi
Z-es Ennemis fepaiffent de beaux Mais
y,
7
GALANT.
enfin voicy le réveil Qui va dtffiperces menfinges.
Que riattendaient-ils pas de cet immenfe Corps (mafiées!
De fier es Nations contre notes rails fie fiat oient de voir par leurs communs efforts Toutes nos forces renverfées.
Cependant un Roy feu!fans en tfirè attarmè-,
Fait te fie à l'univers armé.
Il fait plus, d'une main ce Prince redoutable
Combat les efforts dangereuse D'une Lispue fi formidable^ Et de l'autre en Roy généreux^ Par une valeur fecouratble, Il fauve un Peuple malheureux3 Et brife le joug qui Caccable.
Quel efpoir, quel orgueil vous efi encor permis Tome 7.
N
55
le mercure Dans une Guerre fifunefle? Tremblez^fiuperbes Ennemis Ruyter éli ront ce qui vous refie.. Faut-il que ce Ruyter^ l'amc de fis Soldats.^ Faut-il que cette ifiufire te fie. Ce Secours mandié plus craint que ■tous vos brasy Plus redouté que la tcmpefie^ Vous fa [fie four jamais rougir de fon trépas?
Et quenfin ce grad coup nous rende une Conqucfle
Quenv&s ne vous demandions pas 1 Mais ce nefi pas afié^ vofire au- date obflince,
' Parnosfréquens fiiccés honteufi & condamnée^
Dément fies propresyeuxpourtrWr per fa fie r t é :
il faut des veritezjncor plus coïh Vainquantes *
Z
I
G A L A NT.
Des Victoiresplus éclatantes pour furmontcr enfin vofire incrédulité. C AEiraclcs,
pour vous perfuader à force de
Et pour confondre vos Oracles, il faut vous enlever tout l'Empire des Eaux:
I
ilfaut pour vous ofer toute vofire -cfperance,
Avec une intrépide & noble con* fiance.,
Aller jufqu en vos Ports, attaqùéV- vos Kaiffcaux.
il faut que pour jamais deux
F lot es de fol les,
Des V’aijfeaux abyme^, des Gai leres brûlées,
De vofire orgueil puny {oient l’af- freux monument,
Que de l'Onde & du Feu le mélange terrible,
N ü
grandeur (fdù noble
amou R l es
woit fur la Terre^
jamais triompher
Quile rendoient
ces du mono
Et voftre anibiti
imprudent
Remettant dans J es ma
dre & le Trident
JL e rendent la terreur <
148 LE MERCURE
Que le bruyant éclat d'un lon^ em
brafement'
Rende à tout 1‘Univers voftre pert
vifible. (repos
Ouvrez^ enfin les y eux, Ennemis di
J/oyez^quel efl le Fruit devodfe in
jifiie Guerre
Louis trtomi
Lo üis va pour
fur les Flots
jl vivoit glorieux
profond^
Confient de Ca
ce, ont forme une Société
pour le Jeu, qui leur fait
pafl'er agréablement tous
les jours de la Semaine, de
forte qu elle le trouve toute
partagée entre les Ambafîadrices
d’AnHeterre, de
aagne, de
nemarc, &
chacune rechez
régale
uics &
avec des
queurs en
çoit la Compagnie
elle à fon tour, & la
d une Collation de Fi
de Confitures
Vins & des 1
abondance.
Otiov oiif»
îj-l
les ne
G A L AN T. n’aillent pas régulièrement chez les AmbalTadeurs qui n’ont point de Femme, elles ne latflent pas fie s’af- femblcr quelquefois chez Monfieur le Marefohal d’Efirades, & chez Monsieur le Cotnte d’A vaux, qui parla maniéré dont ils les reçoivent, leur font connoifirc que la magnificence cft inféparabl’e fie l’h o n n e fi e t c qu -il s oh t p ou r leur Sexe. Ce dernier leur a donné depuis peu une perte des mieux ordonnées, malgré le peu de temps
N iiij
LE MERCURE
qu il eut à s’y préparer. Il
y avoir AfTemblée à l’ordinaire
chez une des Ambaffàdrices;
& U corrcfpondancc
qui cil prefenremenr
à Nimegue entre les AmbaÆadeurs
de France &
d Efpagnégayant fait agréer
a Madame la Marquife de
los Balbafes une Partie de
1
Officiers qui iu’il fefait de
galant. de Marfeille, que cet Am. baffadeur avoir reçeu chez Juy à fon paflàge de Pologne en France» partagea le plaifir de cette Fefte. Elle
parut avec tout 1 éclat pof- ffble, & il ne s’en faut pas étonner, M'ie Comte d A- vaux eftanr très-commodément logé, meuble magnifiquement, & fervy par les meilleurs foient à Nimegue. Joignez à cela la joye qu il fe fait ne rien épargner pour les Dames , quand les régaler.
O'
il s’agit de
Jeu corn-
Le
mença a trois Tables dass
la Chambre d’audiance qui
eft très-richement meublée.
Quelques Ambaïï'ideurs
y joiierent avec les
Dames. La Marquife de
los Balbafes Ambafladricc
d’Lfpagne, & Soeur du Cotrneftabïe
Col’onna, s’y eftoit
rendue avec la Dih
GALANT. in Le Marquis de los Balba- fes, de la Maifon de Spi- nol’a, y vint avec Dora Ronquillo fort Collègue, & apres qu’on eut allumé plufieurs grands Torche- res meil, queurs
êi Flambeaux de ver- on apporta les Li- 3 les Eaux glacées, les Fruits,. & les Confitures* Le Chocolat fut donné en fuite, & pendant que le Jeu continua, les Violons de Me lueurs les Anibafir- deurs de France le firent entendre dans! Anticham*- bre éclairée de Lu lire s
continua
ij6 LE MERCURE
d’un grand nombre de Bougies.
Plufieurs Perfonnes
considérables de l’un & de
1 autre Sexe, y danfoient
en prefence des Excelle»»
ces qui ne joüoient point.
Le Jeu ayant efté quité à
dix heures du foir, toutes
les Dames entrèrent dans
une Salle, où vis-à-vis du
Bufet il y avoir une Table
a deux retours, & vuide
dans le milieu. Elle fut
fervie avec une propreté
merveilleufe, &il n’y manqua
rien de tout ce que le
Pais & la Saifon purent
GALANT. 157 fournir de plus délicat 8c de plus exquis. Une fi grande profufion de toutes choies iurprit d autant plus, que la Partie n’avoit efté réfoluëque le foir precedent. L’éclat d’un des plus beaux Bufets qu’on puifTe voir, ne fatisfaifoit pas moins la veuë par la riche (Te & par le grand nombre de Baiïins & de Vafesd’un très-beau vermeil, quela délicateiTedes Mets conrentoit la diver- fité des goufts. Il n’y eut aucun ordre de prefeance.
*5§ LE MERCURE
Les Dames & quelques
AmbafTeurs s’affirent à table
aux endroits où chacun
fe trouva apres qu’on fuit
entré dans la Salle. M'le
Comte d’Avauxfe tint preC
que toujours dans levuidç
de la Table où perfonne
n’eftoit affis. Il voulut fervir
les Dames, tandis que
les Pages portoient incefdamment
dur des Soucoupes
de vermeil, des meilleurs
Vins de France & d’Iralie,
& des plus délicicufes
Liqueurs de l’Europe.
Apres le Soupe', toute la
galant
Compagnie
pre
niu
les Am
r les Dames
le furent par
ucre Antichambre, ou
eurs rangs de Chaifes
?es tout autour laiflc
dans le milieu un
e allez grand pour y
èr cômodemenr.Tout
le premier
cupé par
& p
très
nombre d
de Genti
çois, Allemans
Italiens, & des
ci
: ftoït oca
(fadeurs
& les auun
grand
emoifelies &
>mmes Fran-
>Efpagnols,
autres prin-
Nations de l’Eu-
Xs Bourg-cois vinJ6O
LE MERCURE I rent en foule regarder '< l’Affiembléc par les Fenef ■ très. Il leur eftoic nouveau 1 d’en voir une compofe'e de tant de Perfonnes llluftres. Les Ambaffiadriffies, plupart d< qui furent ne firent
ces
acquircr a une plus galante o quis de los MarquifeC fe fit admirer air & dans la
galant.
les grandes
tafetas couttachées
au
àfEfpagnole
Manches de
leur de feu
Infant, diminualient rien
de la grâce qui attira les
louanges de tout le monde.
La Fefte dura jufqu’à une
heure apres minuit. .Chacun
fortit égi
fait de la ma
des maniérés
Mr le
avoit
Avaux, qu
nné fes o-r
i6’i LE MERCURE
inévitable en de
occafions.
Je croy, Madame, que
quand le Nom d’Avaux ne
vous feroit pas connu par
les Grands Hommes qui
l’ont rendu iiluftre, les Lettres
de Voiture vous aujoiens
appris combien if
eft glorieux de le porter.
C’eft une très-ancienne
Famille-, &dés le temps de
Charles IX. Henry de MefmesSeigneur
de Mallafïiie,
eiloit AmbafTàdeur en Eipagne.
Il y a eu depuis dans
cette Maifon des Maiflrc? r • •" • •• •• •
leiliers a niai, ui
nant Civil & Pr<
Marchands, un S
dantdes Finances
taire ro
Le Comte c
potentiaire ■
l’A Semblée
s’cft acquis
gloire da
d’Italie,
Pologne
Inten-
7 Secredre
gu Roy.
< r Avaux Pleniour
la Paix en
de Munfter.
s tes AmbaHades
/Allemagne, de
de Suède & de
Dannernarc. Ccluy qui a
prefentement la mefme
qualité de Plénipotentiaire
à Nimégue cft fon Neveu;
O q
urrem
ne vous
ics jours, li a ai
J eTpritj & quo
jeune encoril
Ambafladeur à
huv cette
n voit
tous
L HJ UvlVU XV* UUVAVl'lUVir
<rneur d’IrvaJ, Prefident
lortier, & Frcrc de KF de
GALANT. i&y
j auray louvcnr oc pai
Nouvelles à vous en
ner. Vous ne ferez c
rmée par la valeur.
Enfin,, Madame, je vous
ns parole, & je vousen^
r que les
t i ng u e n t
ce & par
av déjà mande qu on avoit
fait de luy dans T Académie
Françoife pour fucceder à
Mr Orc-Marefts. fait les
jé'6 LE MERCURE voye ce que je vous avois fait efperer fur la fin de ma Lertre du mois de Juillet, par laquelle je vous promer- tois une des plus belles Pièces d’Eloquence que vous eu fiiez jamais veuesi Nemefçachez point mauvais gré du retardement. Jé vous donne les chofes le plutoft qu’il m’eft pofilble de les avoir-, il n’importe en quel temps, pourveu fit elles foient bonnes; & lé Compliment que Mr Qûp Haut fit au Roy à fon retour 4e Flandre, ne fera pas
GALA N T, 167
moins nouveau pour vous
qu’il l’auroit efté lors qu’il
euft l'honneur de le faire,
puis que perfonne n’en a
rien veu, & qu’on le demande
tous les jours. Il eftoir
alors Directeur del’AcadémieFrançoife,
à laquelle le
Roy fut l’honneur de la recevoir
comme une Complus
haute qualité qui font
du Corps de cette celebrç
x6S LE MERCURE
Compagnie. Sa Majefté
îuy prefta une très favorable
aud’iance, & voicy de
quelle maniéré il luy parla.
«Si* ^**^* <3^5* ’S? îS* .* <$* «$* ?&
COMPLIMENT FAIT AU ROY
par T Académie Françoife, Monfleur
Qainaut Directeur de cette
Compagnie portant la parole*
ï7o LE MERCURE bée aux douceurs du repos pour courir aux fatigues & aux dangers : Elle n a pas Attendu que le Printemps luy revint ouvrir les Champs ou tous les ans elle va cileillir des Palmes nouvelles s l'ardeur de fin courage a fir- monté les obftacles d'une Sai- fin rigoureufi ; fi prévoyante Sagejfe a réparé par d'innombrables précautions flerilité des Hyvers ; & f Prudence a difiute avecf Valeur à qui fi fignaleroiï par de plus grands prodige5.
Du moment, Sire> 4
7
! GALANT.
'°i Renommée eu fl annoncé le Ü jour de vosire Départ, U ,J’ Victoire sémprejfapourvous j accompagner, & la Terreur °ü devança voflre marche. Le premier éclat de la foudre dont vous eftie^ armé, efl tombé fur une Ville fuperbe '* dont rien riavoit pu abatre ft l'orgueil, & toute fiere qu\ ® elle efloit d'avoir bravé les t efforts unis de deux célébrés / Capitaines, elle ne vous a re- W? qu autant qu'il le fallait « pour vous donner T avant a- de l'emporter de vive it force. Ce fut alors que vous-
172, LE MERCURE éprouvâtes heureusement juf- qites a quel point vous aye\ porté ï exactitude de U Discipline Militaire: Vos Soldats combatirent en Héros, tant ils furent tous animer par voftre prefence ; mais Apres avoir renverfé tout ce qui s'eftoit oppofé a l impip tuofité de leur courage, m s’arrefterent par vos ordres dans la chaleur de laVi^oifh & noferent toucher aux fl- ch es dépouilles que le droit de la Guerre leur avoit f vrées. Il ne vous en cout qu'une parole pour emptj-
GALA NT. 173
& de la fawver en mefine’
temps t & vous fuftes bien
moins fatisfait de vous en
rendre le Maiftre, que d'en
devenir le Confer vateur.
Ce grandfuccés a> efléfuivy
d’un autre encore plus
grand., Cÿ qui paroijfoit a»
dejfus de nos plus hautes ef
. VosEeupla font
accourus a ce feclacley ils ont
eflé tranfrorte^ de joye en
voyant fortir les Ennemis
que vous aye^chafe^ d'une
j74 LE MERCURE redoutable Retraite, ils benijfeni tous les jours la Main mifâorieufe qui les ade- livrerfes courfesydes ravages, des incendies dont ils ef- toient fowventfur pris gÿ continuellement menaccg. Ci riefloit qu'à Vous, S ire, qui le Ciel a-voit refermé l'honneur de forcer la Barrieït fatale qui donnait des bornes trop étroites à moftre êwpire> Êf de faire du plus fort B ouïe m art de VEjpagne, un des principaux Remparts de ls France.
Cependant,, comme f enfî
nous décrirons vos travaux,
178 le mercure Quoy que vous ne cejfie\ point d’efire Conquérant, chacune de vos Conquefles eSl toujours achevée d'une maniéré nouvelle & furpre- nante i gÿ les Images fidelles que nous en ferons feront autant de differens Tableaux dont chacun aura fa beaute finguliere.
Apres avoir connu fi avan~ tageufement combien vous efies redouté de vos ênnemis, reconnoijfe^ avec quel excès de tendrejfe & de vénération vous efies aimé & prefqui adoré de vos Sujets. Voytj,
GALANT, i?«) le ravijfement quife montre dans tous les yeux qui vous regardent -, écoute^ les accla - mations qui retentijfent de toutes parts à voStre veu'ê. Il faut toutefois ,Sire, ne vous rien dèguifer, la joye publique ri éclate point tant encore pour le fuccés de vos entreprises, qri en faveur de vofire retour. Ceft ce retour fi ardamment fouhaité qui diffipe nos allarmes : Que nous ferions heureux s il les digfipoit pour toûj ours ! Nous ri avons encore pû confiderer vofire grand Coeur qriavec
7
iSo LE MERCURE une admiration inquiété. Nous riofons prefque vous faire voir de brillans Portraits de la Gloire qui vous engage fifouvent dans le péril y elle ne vous parolfl que trop belle} & ne vous emporte que trop loin.
Mais y grâces à vos Exploits nous devons efierer que nos craintes feront bien- toft finies ; cette Ligue qui fie croyait fiformidable efl frd>‘ pèe elle-mefine de la confier- nation quelle pretendoit jet- ter jufques dans le coeur de vofiire Royaume: Les pl^
GALANT. 18 f
armées & réunies ne peuvent
s empefcher d’efire convaincues
de leur foiblefie contre
invincible: Plus elles vous
ont opposé d’Efiatsyde Princes
, de Rois, plus elles ont
fourny d'ornemens a vos Trophées
3 Cÿ leurs difgraces gÿ
vos Triomphes doivent leur
avoir afiè^ apris que le deffein
de vous faire la Guerre
leur fut bien moins infbiré
par leur jaloufie, que par la
On rien doit point doulit
LE MERCURE
eer, Sire , il ny a plus rien
qui puifie fauve r vos Ennemis,
que le fecours de h Paix,
Vous voulecg bien leur laiffer
encore cet unique & deris
ètonnans de vos armes,
& nous applaudiffons avec
plaifir à vofire modération.
La France ri a plus b efoin que
vous étendiez fis limites: Sa
voir un fi grand Maifire. Le
delà qui nous vous devons,
nous a donné dans un fini
bien tous les biens enfimble,
nous ne luy demandons rien
e,
I -
GALANT, igy nouveau; cefi ajfe^ q^n nous laijfe paifblement joilir de la félicité de vofire Régné. H II fuffit quil ait foin de con-
M fer ver une vie glorieufe oit, H nofire bonheur ef attaché\ M qui vaut plus mille fois que la Conquefte de toute la Terre.
», q beaucoup au Roy. Âuffi
t,
Ce Compliment plue M ne fe contenra-t-il pas de q témoigner d’abord à M‘, Quinaut qu’il en eftoit 9‘| très-fatisfait-, l’ayant reveu quelque temps apres l’au- diance, il eut la bonté de
luy dire une fécondé fois
parler. La réputation qu’il
s’eft acquife par les beaux
s que nous avons
de luy, ne faifoitpas moins
attendre du talent qu il a
de bien exprimer les chofes.
La matière eftoit grande
, & Mr Quinaut fort ca-
Auditeur des Comptes, &
aufli eôimé de fa Compagnie
qu’il l’a toûjours elle
des plus confidérables Per'
fonnes de la Cour.
Apres avoir parlé des
GALANT. j8T
1
ij
ü
10.
ij
ci é
) «
P
ill
’CI
j Hommes de
fons à la bonté de cePrince, &difons qu’aimant à la faire paroiftre pour toutes les Perfonnes confidérables de fa Cour, il a donné à Monfieur leComtedeGoffé la Charge de Grand Pan- netier de France que pofle- doit feu M1 le Comte de Cofféfon Pere, dont je vous ay mandé la mort dans ma première Lettre de cette Année. Ainft, Madame, je ne vous répété point qu il a efté un des plus gahns fon temps, T orne 7. C<
A
186 LE MERCURE
que fes belles qualitez luy
avoient également attire
i’eftime de l’un & de l’autre
inébranlable pour fon Prince.
M le Comte de Colfè
GALANT. 187
traces de fes Anceftrcs, à
qui une haute Naiffance
jointe aux fignalez ferviccs
qu’ils ont de tout temps
rendus à l’Etat,, a fait obtenir
les plus grandes Charges
de la Maifon de nos
Roy s. Celle de Grand Pannecier
de France eft une
des plus anciennes, &il y a
deux cens ans quelle eft
dans la Maifon de Cofle.
Je ferois trop long fi jevoulois
nommer tous les
Grands Hommes qui en
fontfortis-, je vay feulement
vous en faire connoiftrc
N? f
quelques-uns.JeandeCoiTé
Sénéchal de Provence, eftoit
Favory de René d’Anjou,
Roy de Sicile & Comte
de Provence, qui le fit
l'on Ambafladeur auprès
de Louis XI. fon Neveu.
11 eutTadrefle d’accorder
leurs Démefliz, & d’env
pcfcher que la Comté de
Provence ne fuft donnée
de Jean, Seigneur de Briflac
en Anjou, Grand Pannetier
& Fauconnier de France,
accompagna Charles VU*
uefte de Naples,
& fe trouva aux Batailles
d’Aïgnadel & de Marignan,
ou il donna de grandes
marques de courage
& de valeur.
Charles de Colle Marefchal
de France, n‘en fit pas
moins paroiftre en Italie à
la Rencontre des Impériaux
& des Savoyards. Il cffolr
Grand-Maiftre de l’Artil-
Ierie, Gouverneur de Paris
nant General pour le Roy
Henry II. en Piémont. Je
ne vous dis rien de TimqGALANT.
Comte de Cofle d’aujourque
nous fommes
fur le Chapitre des grandes
Maifons du Royaume, je
doy vous entretenir encor
d’une autre.
Je vous appris il y a deux
moisque Monfieur le Marquis
de Foix s’eftoit marié,
Vous apprendrez aujourd’huy
qu’il a elle' reçeu dans
la Charge de Chevalier
d’Honneur de Madame.
? ~ apres avoir eu l’agrément
de Leurs AltefTes Royales
pour en traiter avec Mon-,
Ï91 LE MERCURE fîcur le Comte de Vaillac qui la pofledoir ; & comme jemefouviens que vous ne fuftes pas contente alors de ce que je vous marquay reniement qu’il eftoit d'une des plus grandes Maifo.ns du Royaume, je vay vous en dire quelque chofe de plus particulier. Ileftcer- tain que celle de Foix elt Illuftre par tant d’avanta* ges, qu’il s’en trouve qui aye paru avec plus d e- clat. Elle a pofledé les Comtez de Barcelone, de Carcaffonne, de Befiers^c Foi*;
»
j-igord, &de Caftelbon-, la
Vicomté de Narbonne, la
Duché de Nemours, la
Principauté de Béarn, &le
gon, alliée de ceux de Caftille,
de Hongrie, de Bohême,
& de France - des Em-
’pereurs d'Allemagne ; des
Archiducs d’Auftriche; des
Comtes deTouloufe, d’Urgel,
de Cardonne,d’Artois,
de Comminges, d’Albrer,
de MioïTens & de Caudale*
des Marquis de Levy & de
Tome 7.
*
,,4 LE MERCURE Montferrat -, des Ducs de Bretagne, de Lorraine, d’Orléans, de Bourbon, & de tant d’autres, qu’il ne faut pas s’étonner fi les Grands Hommes qui en font fortis ont toujours tâché de répondre à la gloire de leur naifiancé par celle de leurs actions. Jelaifleun Roger de Foix, qui eftant entré le premier dans Antioche quand elle fut prife d’aflaut par les Chrefliens5 la défendit contre tous les Infidelles aflemblez, & ne fe rendit pas moins fameux
GALANT.
que Godefroy de Bouillon dans la Conquefte de la Terre-Sainte : Un Ray-’ mond,qui ayant fuivy Philippe Augafîe dans la Syrie, fît des cliofes incroyables auSieged’Acre, où il com- batitfeul àfeul le Neveu du Sultan,qu’il tuaàla veuëde deux grandes Armées, & des Rois de France, d’Angleterre & de Jerufalcm; Un Roger-Bernard, dit le Grand; Un Roger-Rotfer qui fit trembler les Sarra- finsen Egypte; & enfin un Gafton, qui s’eftant mom-
R ii
10 LE MERCURE >
<tr.é invincible contre l’Angleterre,
vangea
de la tyrannie des Mores,
& tua de fa main à la telle de
leur Armée Guilhem-Raimond,
Fils d’un de leurs
Rois. Je viens à Jean de
Foix, Gouverneur de Languedoc
pour le Roy Charles
VI. qui ménagea fi bien
les efprits des Peuples, qu il
alfura le repos de cette
grande Province dans un
temps où il y avoir du trouble
de tous collez dans
,’Ellar. Odet de Foix, Vicomte
4e Lautrec, fumons-
I
i
, avoit donne des
de la plus Haute
Italie, où il ren*
Forces des Veni.
<oy deCaftille, &
avec une viftefTe
: peut concevoir.
Nom de
l iij
i97
Villes,
par le
eftoic arie
à Franly
Gafton
Nemours,
General de
deux ans,
marques
Valeur en
verfa les
tiens, du F
du Pape,
qui ne fe
Mais fi le
GALAN
me le Preneur
vangeapar le fa
feuladifgraceq
rive'e devant P;
çoisl. Et avant
deFoix, Duc d<
ayant
l’Arir
J9S LE MERCURE
Foix a tant fait de bruit dans les Armes, il ne s’eft pas rendu moins confiderable dans l’Eglifc. Onaveu un Pierre Cardinal de Foix, Légat du Pape en France, qui délivral’Eglife du Schif- me dont elle eftoit déchirée depuis long temps. On a veu un autre Pierre , auffi Cardinal de Foix, qui par fa prudence diflipa les Troubles duMilanoisj Un Paul de Foix Archevefque de Thouloufe, qui fe montra un des plus fermes appuis delà Religion & de TEftat.
J99
galant. en EcoiTe, en Angleterre & en faite à Rome, où il fut envoyé AmbalTadeurj Et de nos jours,Madame, avec combien de gloire Jean- Roger de Foix a-t-il commandé des Regimens de Cavalerie & d’infanterie en Catalogne, fous M le Mail
s’eft fignale
dlnfanterie refchafae la Mothe-Hou- dancourt ? 11 par la maniéré vigoureufe pont il l’a défendue contre la tyrannie des Efpagnols, & fes grandes avions font allez connues de tout le monde. 11 eftoit Pere de * ‘ • • • •
R mj
afftz connues
«
aoo LE MERCURE Monfieur le Marquis de Foix d’aujourd’huy, qui ayant appris dans cette dernière Guerre, que les Ennemis eftoienc fortis de Puy. cerda pour ravager la Province de Foix dont il elt Gouverneur, vint à eux à la telle de laNoblefle,& leur en ayant ferme' l’entre'e, les repoulfa jufqn’au fond du Rouffillon avec autant de honte pour eux, qu’ils s’ef- roient promis de fuccés dans leur entreprife.
Dans le moment que je vous écris cecy , on
G A L A N T. 2 en m’apprend que Monfieur de Matignon a prefté Serment entre les mains de Sa Majefté pour la Lieutenance de Roy de Normandie. Vous fçavez, Madame, la considération où; il eft dans cette Province, 11 n’a pas moins de naiflan- ce que de mérité, eftant de la Famille de feu M’ IeMa- relchal de Matignon, qui fut un des plus grands Hommes de fon temps, 11 eft allié des plus Illuftres Maifons du Royaume, je veux dire, de celles naefme des Prince?,.
K *4
fox LE MERCURE
Pendant que les uns
entrent dans les grandes
Charges, les autres Portent
du monde; quelque grande
figure qu’on y ait fait, il en
faut partir, comme vous
des fuivans.
Nous avons perdu Monfieur
le Prefident de Maifons,
qui eft mort fort âge
au commencement de ce
mois
1er. Sans cette rePolution
que les extrêmes doulc«rS
luy firent prendre, M
GALANT, xoj meuroir avec luy, & qui a près de fix-vingcs ans, luy auroic pu encore prolonger la vie. Il eftoit magnifique dans fa dépenfe, tres-bon Juge, & fort éclairé dans les Affaires, donc fonâge&fes grands Emplois luy avoienc donné beaucoup d’expe- rience. Il avoir efté Premier Prefidenr de la Cour des Aydes, Sur-Intendant des Finances, & Gouverneur de S.Germain en Laye & de Verfailles. Ils’appel- loit René de Longiieil, eftoit Marquis de xMaifons, &
xb4 LE MERCURE
forroit d’une Illuftre & fore
ancienne Famille. Des l’an
1415- le Chevalier Raoul de
Longüeil fe fîgnala, & fut
tué à la Bataille d’Azincour.
donc l’un fut Prefident
comme luy, & l’autre Evefque
d’Auxerre. Le Prefidenr
époufa une Soeur du
Chancelier de Morvilliers,
ieluy dont je vous mande
vance de fa Charge. C’eft
Mortier de cette Famille.
La feue Revne Mere l’avoit
fait fon Chancelier. 11 eft
honnefte, bon Amy, civil
& entendu dansles Affaires.
Madame de Puifieux,
Soeur de Mr le Grand Prieur
de France, & de feu M1 de
de
Rheims, eft morte icy depuis
quelques jours, fort
ibs LE MERCURE
regretée de tous ceux qui la
connoiffoient. Feu Mr de
Puifieux fon Mary eftoit
Secrétaire d’Etat, & avoit
en mefme temps le Département
de la Guerre & des
Etrangers. Il n’a point eu
d’Emplois qu’il n’ait méritez
& par luy-mefme, & par
1 avantage qu il avoit d eitre
Fils de 1 Illuftre Chancelier
de Sillery, qui ayant
tour ce qu’on peuc fouhatter
dans un excellent Homme
d’Etat, s’eft acquitédes
plus importantes Négotiasions
avec un zele qui n3
ncn ro
t n'avoir
doire po’
cafions
tere, il :
tionqui augmenta
time
i Allemagne,
, & en Suifle;
y qui conclut
le Henry IV.
le Vervins, &
diférentes oc-
Minifr
ép u t a -
Il ny a
inftruit, & il
as leu noftre
ignorer au’il
GALANT, 107
jamais eu pour objet que la
grandeur & la gloire de fon
perfonnc
on avoitaeia
en Italie, e
aux Païs-Ba;
que ce fut h
le Mariage <
Se le Traité i
î ces
d’un long
acquit une
grandes Charges l’ont toujours
rendue tres-conftdérable,
mais elle eft d’une
alliée des meilleures Paancienne
de cette Maifon. Elle 3
donné plufieurs Premiers
Prefidens au Parlement de
Dijon,un Prefident à Mortier,
& un Procureur General
à celuy de Paris, l"3nS
parler des MaiftresdesRe-
& des Confeille^
T galant.
l
jninua point la gloire en y entrant, fon mérité répon- doir à fa naiffance. Elle avoit l’efprit infiniment éclaire, folide, ferme
109
æErat qu’on y a veus. Madame de Puifieux n’en di-
répon
éclairé, fonde, terme, & une éloquence naturelle qui ne manquoit jamais de ! perfuadcr. Elle a efté magnifique dans fa fortune, & , fait paroiftre une confiance admirable lors qu’elle ne s’eft pas veuë etv j état de faire tout ce que Ion? ; grand coeur auroit fouhaité.
Bile a reçeufbuvent&fous
** • • •• * ' • 1 >
Tome 7. S ■
■
pendant la Régence de la
feu Reyne Mere, de glorieufes
marques de leur
bienveillancemais rien
premières Perfonnes de 1E'
tac ont continué jufqu à h
mort à luy donner des preu*
2II
galant.
x • / t • »
ves d’une eftime toute particulière j & fr jamais Femme n’eut tant d’Amis & d’Amies, on peut dire que jamais Femme ne mérita plus d’en avoir. Elle eft morte avec une prefence d’efprit & une fermeté digne de celle quelle a fait éclater dans toutes les actions de la vie y &ceux qui l’ont affiftée dans ces derniers momens, nont pas moins admiré Ion courage à ne fe point étonner de ce qu’ils ont de terrible, que fa pieté pleine de ferveur. à
S ij
» foûme ttre aux
Les Articles précedens
vous avant appris la mort,
& vous ayanr fait connoiftre
le mérité de deux PerFrançoife
dont je vous vaisentretenir
pour m acquiter
de ma parole.
J’avois eu foin de prendre
une Copie de la Pièce
de Vers qu’elle a jugée digne
du Prix, mais je ne vous.
l’envoyeray point,puis que
vous me mandez que vous
l’avez veuë. Je vous entrext4
LE MERCURE
vous ay déjà fait fçavoir
qu’il y en a deux ) & des
ceremonies qui s’obfervent
lejourquon lesdonne. Ils
font chacun de la valeur de
trente Piftoles, & confif
tenc en deux Médaillés
GALANT.
Je juftice qu’on l’a fait paC fer pour le plus Eloquent Homme de fon temps-. Comme l’argent qu’il a laifle pour cela, ne produit pas chaque année un inte- reft aflèz fort pour remplir la valeur du Prix, on ne le donne que tous les deux ans ; & à l imitation de ce Grand Homme, un Académicien d’autant plus ge- f >•! .
nereuxqu il ne veut point le faire connoiftre, a fourny jufqu’icy la mefme fomme pour le prix des Vers. Mcf- fieurs de l’Académie en
LE MERCURE choififfient le Sujet, auffi- bien que de là Profe. Ils en averciffient le Public un ■r an auparavant par quelques1 Affiches; &ceux qui travaillent fur ces matières, font obligez d’envoyer
leurs Pièces dans le dernier jour d’Avril , fans fe nommer, afin que n’én connoif- fant point les Autheurs, ces Meilleurs lès puifient examiner fans aucune préoccupation qui les faffie plu-
Les Prix Ce
roft pancher vers l’un que vers l’autre. fc- donnent publiquement ; & comrne
galant. iî7 gomme ils ont choify le Jour de S. Louis pour en faire ladiftribution, le Roy a commencé cette année d’en augmenter la fblem- nité pour eux, en donnant fes ordres pour leur faire chanter la Méfié en Mufi- que, & prononcer le Pa-
Ainfi la Méfié fut
négyrique de ce Grand Saine.
celebrée ce Jour-là pour leur Compagnie par Mc, 1 Abbé du Pont Chapelain du Louvre. M‘ Oudot qui a fait tant d’agreables cho- fes, y fit admirer fon Génie
Tome 7. T
« fc... .
>-
à-----
le Panégyrique du Saint, &
marqua d’une maniéré fort
ingénieufe tout ce que le
Roy faifoit pour élever un
Corps auffi llluftre que celuy
devant lequel il parloir.
Il euft efîé difficile de luy
dioifir des Auditeurs qui
lé connurent mieux aux
belles Chofes; ôc puis qu il
les fatisfit tous, on ne peut
douter qu’il ne fuft digne
des applaudiffiemens qu il
reçeut. L’aprefdînée on
trnt
où
d’Evelques
la premier
le s'
en déclarer
l’Autheur, il leur en luire
a m.
COÎÏl-
Profe,
eftant
comme uu
Compagnie
bord en
maniéré
llenwiee puoiique,
trouvèrent quantité
Gens de
té. Mr
le jeune,
• de la
qua d’amots
la
dont on s’eftoic
r juger des Pièces
qui avoient mérité le Prix,
& les donna à lire
l’Abbé Reg
mença par <
& perfonne
orefenté pot
>110 LE MERCURE
c• elle de V*, ers. Elle fe trouva
digne de l’approbation
& apres que la lecture en
eut elle' faite,M! l’AbbéTallemantfit
connoiftre qu’on
venoit d’apprendre quelle
eftoit de Mr de la Monnoye
Correcteur des Comptes à
Dijon. Je croy, Madame,
que lesPrix n’ont encor efte
dônez que trois fois, & c’eft
le troifiéme qu'il a déjà remporté
pour les Vers. Il feroit
ont entré en concurrence
avec luy, que Meffieurs de
1
GALANT. ZU f Académie luy donnaient la première Place vacante. Comme la qualité de Juge ne laifleroit plus recevoir fes Ouvrages, les autres auroient plus de courage à travailler. Ces deux Pièces ayant eftéleuës, M'Corde- jnoy qui eft de leur Corps, &Leâ:eur de Monfeigncur le Dauphin, en leut deux autres de Profe fur des Sujets diférens. Elles eftoient d’un PreCident & d’un Avocat de Sortions qu’on ne m’a pu nommer, &avoienc cfté envoyées par l’Acadé-
• • • T nj
üiivies d un Panégyrique
du Roy que fit M'TAbbé
Tallemant, en décrivant
1:
G A 1 A N 1. zs? voir qu il eftoit maiftre de fespenfées,& qu’il ne clier- choit point ce qu’il difdrt. Il s’exprima par des termes fi choifis, & tout ce qu'il dit fut prononcé avec tant de m-ace, qu’il auroit pû faire valoir des chofes médiocres-, mais outre qu’on n’en peut dire fur une fi éclatante matière, jamais il n’y eut Difcours fi élo- Les grandes Actions du Roy furent peintes avec les plus vives couleurs. Tout eftoit également fort, rien d’ennuyeux, rien de f • • • •
T mi
s
quenn
214 LE mercure languiffanr. La joye efioir marquée fur le viiage de fes Auditeurs, & il eut celle de ie voir obligé plus d une fois de s interrompre luy mefme pour laiïfer finir les applaudiffemens qu’il recevoir. Enfin, Madame, fi le Roy ne fe rendoit tous les jours louable par une infinité d’endroits nouveaux qui furprennent
qui lurprennent autant qu ils donnent fujet de l'admirer , je ne croy pas que perfonne ofaft entreprendre de le loiier apres Mr i Abbé Tallemant. Auïfi>
Ccncuert .
CouuRrt .
a r g t u r p . p i e d s .
*4
*
GALANT, quand il eut finy , il eue beau demander, comme on fait ordinairement , fi quelqu’un des Académiciens n’avoit rien à lire, chacun fe leva, dit tout haut, qu* apres ce qu’on
venoit d’entendre, on ne
. pourroit plus rien trouver j de beau, & qu’il en falloir
1 Jpmpiirpr lk
demeurer là.
J’ay bien de la joyey Madame, de voir par vos Remarques fur l’Ouvrage de Mr de la Monnoye, que vous eftes tombée dans mes fentimens. Tous les
ii6 LE MERCURE endroits que vous loiiez m ’ avoient extrêmement plû, & j’ay trouvé comme vous fa Poëfie toute riante. Il eft vray que la matière en eftoit bien favorable, & que l'Educarion de Mon- feigneur le Dauphin qu’on avoit choifie cette annee pour Sujet de la Pièce de Vers, ofroit de grandes idées à l’Efprit. Que cC jeune Prince en a ! & qu d eftoit difficile que la Nature aidée du fecours des plus habiles Maiftres quel3 France luy air pu donner
nce
jnieres années
point de Tapi
il ne voyou
ferie qui en
tuelau’ une.
SALANT. 217
tas en luy un de fes
oeuvres les plus acn’eft
point
l’il n’ignore
rien, on peut adjoûrer fans
ftaterie qu’il excelle dans
tout ce qu’il fcair
fi parfaite con
complis!
lis EL MERCURE
qu’eftanc entré chez M‘
* •
, JL
le champ un Païfage qui
meritoic toutes les louanges
qu’il reçeut. Il a gravé
leChafteau de S. Germain,
dont ayant donné une Eftampe
à Moniteur de S. Aignan,
ce Duc à qui la vivacité
d’Efprit n’a jamais
manqué, fit cet Inpromp*11
t>OUr 1 ilV rendre crrnceS d U®
GALANT, ZZ9
SUR LE CH A S TE AU
de S, Germain,
Gravé par Monfeigneur le Dauphin.
GRavcur Auzufle & fans
.è^at,
Qùafres le Grand Louis tout
l'Vnivers admire,
Quand on vous vernit feindre &
•graver afezjnal,
Quel Cenfeur oferoit y trouver 'à
redire ?
Mais on vous voit brillant comme
un autre Soleil
Effacer le renom de Zifffe &
d'Af elles
VCus trouver t oùjours fans fareil
I
7
%
Mo LE MERCURE
PT' e/lpas une chofe nouvelle. Pour moy je ne fçauroiï à moins d'un Jnpromptuy
Vanter le beau Prefent qu'il v<W plaifi de mefaire\
Pc langage des Dieux> de la haute Vertu
Eft la ré.compenfe ordinaire» Si mo deffeinefun peu téméraire. J'en obtièdray peut-cflre le par 9. Envou* difant d'unevoix aniffl^ Quun jour malgré les coups, poudre, lafumée,
P es où, l'acier luifant^ & lebrtid du Canon, - .
Voua graveregencormieu^ N om
Au Temple de la
Voicy de quelle maniere on a fait parler ce sncft1
F
GALANT. i;4
Chafteau de S. Germain fur
la ni e fin e G rav e ure.
!
e
■
i i
I
II
C3 Tiluy^t iamainnfa^ave^.
Bientôt} par mille Exploits tous
rayonnant de gloire,
St burinant luy-mefme au Temple
de Mémoire3
va dam ce (grand Art eflre un
Maifire achevé.
Vit* * • * ' jr* k *b C* ’■ k
' x t ■ ’ Xi 7k * J» f v y ■ * l» ■ v • • ’ •
. • Ce Quatrain eft de Mr
de Tierceville-Mahaut, à
qui Monfieur le Duc de
Montaufier, qui a pour luy
beaucoup d’eftime & de
bienveillance , avoit fait
voir ce petit Ouvrage de
LE MERCURE j Monfeigneur le Dauphin, j C’eft un Gentilhomme que fon mérité rend allez connu. Quand une infinité de Sonnets., de Madrigaux, & d’autres Pièces galantes qu’on aveu'és de luy, nau- j roient pas fait connoilfrc qu’il a autant de feu que | de délicateffe dans 1 Efphc> j il ne faudroit que l’enten- j drepour en eftreperfuaae‘ | Sa converfation eft f°rt agréable,& oneftaïïiuede ne s ennuyer jamais a* luy. Le foin que dai£?e prendre le Roy de drcfle
I
<
GALANT. x 3 j jes Mémoires de fa main pour l’inftruâion de Mon- feigneur le Dauphin, eft unefenfible marque de labour qu’il a pour fes Peuples, à qui par cette bonté qui luy eft fi naturelle pour eux,.il voudroit laiffer , s’il fe pouvoir, un Succeffeur qui allait encor au delà de fes grandes qualité z. Sa Majefté qui a toû]eurs eu de tres-particulieres confi- dèrations pour toutes les Perfonnes qui ont l’honneur d’eftre de fon Sang, fait élever avec luy Mcf-
Tome y. Y ■
toujeurs
elle ’ i
de leurs avantages.
Efprit femble eftre encor
& ils fe montrent
I
O
le
GALANT que fon extraordinaire valeur. On a veu encor au, près de Monfeigneur Dauphin desEnfansd'honneur d’une grande qualité,, mais qui n’eftoient pas moins confidérables par lès talens qui les accompa- gOoient. Ainfi ce jeune Prince n’ayant jamais veu que de l’Éfpric dans tout cequi l’a environné, eftant fort éclairé de luy-melme, & ayant pour Gouverneur Monfieur le Duc de Mon- taufier, & Monfieur Bof- fuet ancien Evefque de y ij
;
dame qui le rendauiïi peu
complailant pour ceux qui
font mal, qu’il fe montre
zeléPiotedeurde laVcrt'U*
GALANT. >37 H prend toujours le party de 1a Juftice avec une ardeur incroyable, &ne loue que ce qui mérité véritablement d’cftre loué ; mais fes louanges ne font point des paroles, ce font des chofesdefait dont toute la Cour retentit. Vousfçavez qu’il eft de la Maifon de Sainte-Maure, dont l'ancienneté juftifie alfez la grandeur. Dés l’an mil dix il paroift que Goffelin de Sainte-Maure eftoit un des plus grands Seigneurs du Royaume ; & en 1334. on
y
1*5°
a veu un Guillaume de . F • fl t * Jr x ' Sainte-Maure Chancelier
de-France-. Leur Pofterité
qui s’eft divifée en plusieurs
Branches , Se qui
ayant toujours pris de trèsgrandes
Alliances, en a
donné aux plus Iiluftres-
Maifons, s’eft continuée
par vingt degrez de descente
directe de malle en ' ' * . • < * • • ? . ‘4 •
u’à Moniteur
a
malle, ju
Mon taulier leMarce
nom,
;é en Duché, appartient
propre. 11 fut tranfmh
r a près de quatre cens
I
GALANT.
ans à la Maifon de Sainte .
Jdaure par une des Filles
d’un Duc d’Angoulefmei
Je ne vous parleray ny de
fon courage, ny de fa valeur.
La France en a efte
témoin , aufli-bien que 1Italie,
la Lorraine, l’Âlfàcej
& l'Allemagne. Dans les O „
derniers Mouvemens fomentez
par lésEnnemisde
là Couronne ,
ment il maintint dans 1’obeï
(Tance du Roy les Provinces
de Xaintonge &
d’Angoulmois dont il eftoit
Gouverneur ; mais à-
13 T
non
t
t
ï4o LE MERCURE
près avoir rejette avec une
fidelité inviolable les Proo
i
GALANT. 4, eftropic, luy fie rien relâcher de la vigueur avec laquelle il fc fignala dans une fi glorieulè occafion. Le Gouvernement
de Normandie ayant vaquépar la mort de feu MonfieurdeLon- gueville, Sa Majefté l’en gratifia, tant en confidcration de fes fervices, que de ceux qu’He- fl or de Sainte Maure ion Frere ailbéavoir rendus ài’Etar, non feulement en défendant Rofi- gnuidans le Montferrat contre le Marquis de Spinola, mais en pltifieurs autres occafions, SC fur tout dans la Valreline, oùil fut tue en forçant les Bains de Burina, 8ç menant l’A vantgarde de l’Armée que cornmandoit feu Mde Duc de Rohan.
Monfieur l’Evefque dc Con-
Tomey. X
i4t LE MERCURE
dom qui a fucéedé à feu M‘ lé Préfident de Perigny dans la C harge de P récepteur de Mon- feigneur le Dauphin, a prêché longtemps avec un fuccés qui l’a rendu digne de la réputation qu’il s’efl? acquife. Il mene une vie fort exemplaire, 8c n’avant pas moins de pieté que de doctrine , il ne peut inl'pirer à ce jeune Prince que des fentimens conformes au deflein pour lequel le Roy luv a fait l’honneur -«
de le choifir. 11 a beaucoup de douceur, des maniérés aifées 8C infirmantes, qui jointes aux favorables difpofitions qu’il a trouvées dans l’Efprit de cet AugufteDifciple, y font pafler adroitement, 8c fans qu’il ait heu de s’en rebuter. toutes les
GALANT. i4î
connoifiances qui peuvent ellre
de fon employ, Ileftde l’Académie
Françoife, aufïi-bien que
Huet Sous-Précepteur de
cç Prince. C’eft un Homme
d’une fort grande érudition , a
qui nous devons plufieurs Ma.
nuferits des Ouvrages d’Origene,
qui n’a voient jamais efté
publiez. Vous vous plaindriez,
Madame, fi je fmillbis l’Article
de l’Edncation deMonfeigneur
le Dauphin, fans vous parler de
Mr Milet qui en eft le Sous-
Gouverneur. LesNégotiations
dans lefquelles il a efté employé
par M1 le Cardinal de
Mazarin, tant dedans que dehors
le Royaume, font une marque
inçonteftablè de fon met+
4- LE MERCURE rite. II eft Marefchal desCamps & Armées du Koy, & a efté envoyé par Sa Majefté en Allemagne 8c en Pologne, ou il a tres-utilement fervy.
Mr Blondel qui enfeigne les Mathématiques à Monfeigneur le Dauphin, eft auffi Marefchal de Camp. On l'a employé quelque temps aux Indes. lia elle Capitaine de Galere & de Vaif- feau, 8c Envoyé extraordinaire àConftantinople, en Suede, & auprès de l’Ele&eur de Brandebourg. Il a beaucoup de littérature, & a fait plufieurs Livres qui n’en laiflent point douter. Il en a mis au jour quelques autres de Fortifications & de Mathématiques , fort eftimez des T Fran çois & des E t ran gers. 11&
GALANT»
Éravaillé en particulier auprès
du Roy, qui le confidcre. C’cft
juv qui a fait le nouveau Plan
de Paris, & qui a donné les
Defleins des nouvelles Portes,
&du nouveau Rampart en forme
de Cours.
Je ne vous diray rien de M1
Sylveftre, qui a montré à deffigner
à Monfeigneur le Dau,
phin, Sc qui eft un tres-habile
Homme dans fon Art, au fil-bien
que tous les autres Maiftresqur
ont de l’employ auprès de ce
jeune Prince.
Selon l’ordre des chofes, vous
devriez trouver icy un grand
Article de Guerre $ car qui auroit
crû qu’apres nous avoir
JailTé faire une fi glorieufe Campagne,
les Ennemis n’enffenr
z46 le mercure
ofé profiter delà fatigue de nos
Troupes, n’euffent fait tant
d’apprefts & de fi puiffàntes
jonctions, que pour mieux relever
les avantages de laFrance,
en faifantvoir quatre Armées,,
plus forres à la vérité que les
«offres, mais trop foibles encor
pour nous attaquer, tous affaiblis
que nous devions eftre par
nos Conqueftes du Mois de
ars? C’eftojr un Torrent capable
de tout entraîner, fi trouvant
une Digue à l’épreuve de
fa plus redoutable furie, il n’euft
efté contraint de fe renfermer,
ik de confirmer fes inutiles efforts
à bondir contre luy-mefiue
parl’impoffibilité de s’étendre.
Voyez, je vous prie, quelle eftoit
leur Armée de Flandre -
147
galant. trouverez les forces oe
Vous y huit ou neuf Puiflances Souveraines , dont quelques unes fe font autrefois défendues feules contre la France, Se donc les autres ont cfté allez fortes pour fecoüer le joug de l’Efpagne, Si la réduire apres plus de quarante années de guerre, à ceder à des Sujets révoltez l’indépendance qu’ils ufurpoient. Si vous voulez réfléchir fur 1 Armée qu’ils avoient en Allemagne^ quels progrès ne croirez-vous point quelle ait dû faire ? Elle eftoit compofée de ces vieilles Troupes de l’Empereur qui ont fi fouvent batu les Oromans- de ces intrépides Cuiraflicrs dont le feul nom infpire de la terreur: deces Hommes fortis
X iüj
*
LE MERCURE de Familles qui n’ont jamais eu d’autre. habitation que le milieu d un Camp, & qui nez au bruit de la guerre de Mères auffi en- durcies, au travail que leurs Pores, n’ont prefque point vea de Vides que pour les affieger ou les défendre v de Vidages que pour les brûler apres les avoir pillez, ny d’Ennemis que pour les traiter auffi impitoyablement qu’ils traitent les Turcs, pour qui rhabitude de verfer du îàng les a dépouillez de toute forte d’humanité. Ils ne pou- voient eftrè plus avantageufe* ment Contenus quepar les vieilles Troupes de Lorraine, qui ayant appris leur Mortier fous leur défunt Duc, grand & rufé Capitaine s’il en fut jamais,.
GALANT. *49
n’cftoient pas moins accoûtumces
qu’eux aux incendies Sc
au pillage. On fçaitmefmeque
c’eftoit une neceffité pour elles
de chercher à vivre de rapines,
puis qu’elles ont eu rarement
une autre folde. Joignez à cela
qu’ayant combacu par tout fous
leurPrince,ou ayant efté louées
par luy à divers Etats, elles fçavent
tous les Païs, ci qu’ainft
il leur eftoit aifé de ne faire
poinrde fauflesMarches. Il ne
î’eftoit pas moins à l’Armée
des Cercles commandée par le
Prince de Saxe-Eifenach, de
montrer que les forces de tans
d’Erats qui la compofoient ne
s’eftoientpas inutilement unies.
Elle paroiiToit redoutable
eftanc furies bords de fon fais
, &
? ' ■!
* '
elle ne devoir manquer de rien.
Pour celle de Catalogne, nia
derniere Lettre vous a déjà
marqué l’état où elle fe trouyoit,
quand les Espagnols prétendant
faire une grande diverfion
de ce cofté-là , eurent
amafle de nombreu (es Troupes,
d’autant plus confidérables,
qu’elles eftoient formées de la
plus grande partie de la Nobleffe
de leurs-Royaumes, qui
avoit abondance de toutes chofes.
Si vous me demandez ce
que ces quatre grandes A rmées
ont produit, apprenez - le de
nos Ennemis, qui avouent eux-,
mefmes qu’elles n’ont rien fait-
Nous femmes G. accoutumez a
leur voir perdre tout le temps
»
GALANT. z5i commençons à n’en eftre plus furpris - mais qui viendroitd’un nouveau Monde,& apprendroir tout d’un coup que tant de forces liguées de tous coftez contre le R.oy,n’auroient ny empefcbé fes Conqueftes, ny réparé leurs pertes par aucune entreprife avantageufe, ou regarderoit fes triomphes comme des triôphes fabuleux, ou (croit perfuadé que la Francefeule eftaufli puif- fante que le relie de l’Europe enfemble. Nos grands fuccés donnent allez fujet de le croire^ mais quel que foit le courage de nos Troupes,& quelque prudence qui ait accompagné la valeur de nos Généraux, il a fallu , pour les remporter, que le Prince dont les ordres font
LE MERCURE
tout mouvoir, n’en ait jarn^is
donné que de bons5 que le Minière
qui agit fous luy , les ait
toujours fait executer àproposj
que la prévoyance n’ait manqué
en rien ; que les vivres, que
l’argent, que routait eftéfournyjufte
5 &avec tous ces avantages,
nous fommes encor obligez
de reconnoiffrc qu’il y a eu
quelque chofe de plus qu’humain
dans la conduite d’un
*
Prince, dont le Ciel bénit les
armes, & dont il prend vifiblement
foin apres nous l’avoir
donné. Cette vérité vous fera
fenfible, quand vous ayant appris
en peu de mots les rencontres
des Partis , & les divers
mouvemens de toutes les Troupes
ennemies depuis cequejc
Voyez apres eu d’admirer
GALANT vous en écrivis la dernierc fois je vous auray fait remarquer que quatre grandes Armées ont moins fait pendant cette Campagne que la feule Gar- nifon de Maîtric. cela fi on n’a pas
la France, le grand Prince qui la gouverne, les Miniftres qu’il employé, les Commandans de fes Armées, fes Officiers , fes Soldats ; & de dire que fi nous fouliaicons la Paix, ce ne peut eftre que par bonté pour nos Ennemis, puis que la Guerre nous eft une continuelle occasion de Victoires.
Je reprens la Leve'e du Siégé de Charleroy, donr j’ay de nouvelles particularitez à vous dire. A l’arrivée des Ennemis, MHe
î.54 LE MERCURE
Comte de Montai eftoit à che- f val hors de la Place pour les ( obferver. 11 fit brûler quelques c Maifons écartées dont ils au- ( roier r pu fe fervir, & on acheva K une Demv-Lune & des Retran- j chemens pahlTadez à la telle t de deux Digues. Il y en eut t( une autre coupée. Les Aine- seans couvrirent le Quartier du Prince d’Orange par quatre Redoutes. Jamais il n’y eut de £ Lignes fi éloignées d’une Place que celles qu’ils firent. MrJ jj>j Combron Ingénieur, qui s’el- toit chargé d’un Bidet pou )( Mr de Montai, trompa l’Ar- t mce ennemie, & la travera vcftu en Soldat d’un de l^11 St Regimens. Ce Billet marq’ 0 H l’arrivée de Monfieur le k
GALANT. aff
T______________ z-w . ■ V quis de Lonvoys. On tira le
Canon de la Place pour faire
On y témoigna beaucoup de
joye de la venue de ce vigilant
Miniftre, & route noftre Armée
fît éclater celle qu’elle en
refîentir. Sa diligence, & celle
que Monfieur le- Duc de Lu.
xembourg fit faire extraordinairement
à fes Troupes, mides
Ennemis. Mr Chéladet Capitaine
du Régiment de M't de
Montai, les aila rcconnoiftre
avec quarante Maiftres. Il fut
foûtenu de quelques autres, 8c
fe retira apres la décharge qu’il
*f --— w,
Affiegeans reprirent courage,
& firent travailler à leurs LL
i
t;6 LE MERCURE encs avec grand empreflemcnt-, mais cette ardeur leur dura peu. Leurs Bombes & leurs Boulets furent chargez dés le lendemain., ils firent.partir leur Canon &. leurs équipages, & prirent le chemin de Bruxelles. Ils le prirent eux-mefmes un jour apres. Mrle Marquis de Montai Fils du Comte de ce nom, e11 fut avertir Mr le Duc de Luxembourg Sc Mr le Marquis de Louvoys. On ne put joindre les Ennemis, parce que le Pont fur lequel ils avaient gaffe W
5
ambre fe trouva défait. Les Moufquetaires de Mr deLariie2
6
Mr le Comte de Montai, avec les Moufquetaires &. les Grenadiers du Roy, les fuivirenr. Le Reaiment de Montai, &■ L
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GALANT. ij7 £jragons,pa fièrent au gué, mais ce fut inutilement, la peur leur avoir donné des ailles, & jamais fuyards n’en eurent de fi légères. Leur Infanterie ayant pafle le Piéton' avec une diligence incroyable fur deux Ponts qui furent rompus, ils 2as;nerent les Bois, & fe mirent 25 D J
à couvert de la pourfiiite des Noftres. Us avoient tenu Con- feil de guerre avant que de lever Je Siégé, & trois chofes leur en firent prendre la réfolution. Us avoient fçeu le bon état de la Garnifon &: de la Place, Se ne doutoient point que Mr de Montai ne leur en difputaft vigoureufement les approches. La difficulté de recevoir des Convois qui leur eiloient cou-
Tome 7. Y
x58 LE MERCURE pez de tous codez les embaraf- î'oit, & ils ne s’eftoient pas ar-‘ rendus à voir fi.toft arriver nos Troupes. On peut dire à l’a- vanrage du Prince d’Orange, que jamais il n’a conclu à rien de fi judicieux qu’a la Levée de ce Siégé, auquel il ne pouvoir s’opiniâtrer fans faire périr fon .Armée. Dés qu’elle eut efté réfoluë par toutes les voix, on mit en délibération quelles Troupes feraient à l’Arriere- garde. Le Lieutenant General Chauvet, commandant celles de Brunfvic Ôc d’Oinabruc parla le premier, & dit qu’il n’avoit ordre de les expoferque pour un Siégé ou une Bataille. Le Commandant de Munfter s’excufa fur les mcfmes rai fon s j
GALANT. 259-
Si le Prince d’Orange ayant
voulu engager le Duc de Villa-
Hermofa à faire ce que les deux
autres refufoient, il s’en défendit
fur le péril où ferait le
relie des pars du Roy fon
Mailtre, fi fes Troupes eftoient
défaites par les François. Comme
ils ne purent s’accommoder
qu’en tirant au Sort, il tomba
fur le Duc de Villa. Hermofa.
Le chagrin qu’il en eut luy fit
imputer la Levée du Siégé au
Princed’Orange. Ce Prince en
fut piqué, Si pour repoufler
l'injure, il luy dit allez fièrement
, Que s'il avoit autant de
P ran cois dans fes Troupes qu'en
avoient eu fes ^dnceftes, il vien •
droit plus aifèment à bout de fet
mtreprifes. Il eut raifon de fe
! oppofa, & dit que Roy qui feroit libre
x6o LE MERCURE fâcher, on l’infultoit apres luy avoir manqué de parole, en ne luy fourniflanr pas tout ce qu’on luy avoir promis pour le Siégé qui caufoit leur démeflé. Cetre difpute n’empefcha pas ce Prince de propofer le Siégé de Maftric 5 mais le General Efpagnol s’ l’Armée du
p ndant ce Siège, feroit de nouvelles Conqueftes en Flandre. Cependant ces Generaux -ne pouvant fe réfoudre à finir la Campagne fans aucun exploit, attaquèrent la Ville de Bincb. C’eft une de ces Places qui n’ef- tant point fortifiées, font toujours aux moindres Corps de Troupes qui paffènt aux environs. fis firent venir un Mortier
GALANT. 165 gc du Canon, & n’eurent befoin, que de quatre à cinq mille, Hommes pour en forcer foi- xante & dix qui la gardaient. Ils la brulerentpour marque de leur victoire, §c auffi toftMef- ficurs le Duc deVilleroy, de Sourdis, 8c de Chamilly, furent commandez pour aller brûler les Fauxbourgs de Gand, en reprefaille de cet incendie. Cette particularité vous fait voir que les François ne font jamais rien qu’avec juftice,. Sc que s’ils fé portent à quelqu’une des horreurs qui fuivenr la Guerre, ils y font toujours contraints par leurs Ennemis. Voicy comme fe paflçrent les chofes. MrleDuc de Villeroy fut à peine entré dans le P aïs
LE MERCURE
de Vaës,. que le Grand Bailly'
de Gand eftant venu audcvanc
de luy l'aflura du payement
des Conrributions dont, on ek
toit convenu l’année derniere,
Sc luy demanda trois heures
Î>our s’en acquirer. Sa demande
uy fut accordée; &. Mr de
Villeroy, apres avoir attendu
plus de temps qu’il n’avoir promis,
fit mettre le feu à un Chafteau,
Perfonne ne revint ; ce
qui l’obligea à le faire mettre
encor à un des Fauxbourgs de
Gand, & enfin tout s’accommoda
par le retour du Bailly
qui paya la fomme arreftée.
Pendant ce temps, plufieurs
Détachemens a voient efté faits
pour empefcher les courbes des
Ennemis. Mrde Qu i ncy eftoit
GA L A NT. i(?|: d’iin codé, Mrde S. Rhut d’un autre fié Mr le Comte, de S, Geran fous Ath,ayant ordre de s’avancer vers Valenciennes, fi les Ennemis tournoient de ce cofté-là. C’ëft ainfi que Mrde Luxembourg prévoit à tour avec une vigilance merveil- Jeufc. Il s*eftoit avancé luy- mefme avec Mrdela Cardon- niere, à une demy lieuë de Bruxelles 5 & quoy qu'il n’euft pas> dix mille Hommes avec luy, fa prefence mit une telle épouvante dans cette grande Ville, que le Confeil des Bourgue- meftrés s’y aflembla auffitoft. Quelques-uns d’entr’eux fe croyant abandonnez des Efpa- gnols, eftoient d’avis qu’on députait à ce General,mais quatre
164 le mercure mille Hommes des leurs qui te jetterent dans la place, leur firent changer de deflein.
Quoy que les Noftres enflent apperçeu ces Troupes au delà de l’Efcaut, il fut impof- fîble d’aller à elles à caufe de nos Ponts qui n’eftoient pas prefts. Cette courfeeut le lac- ces qui l’avoit fait entreprendre, puis qu'elle divifa les forces des Ennemis. Il y eut quelques coups donnez. Monfieur le Comte de Soldons qui ne voit point de péril où il y a de la gloire à acquérir,y ficparoiftre la boitillante ardeur qu’il ne manque jamais d’avoir dans ces fortes d’occafionsj mais fou courage fut fatal à un Gentil» homme des liens qui le fuit toujours
GALANT. 2jj5 toujours de près, & qui reçeuc un coup de Moufquet à la jambe gauche, qui luy a caflc le petit os entièrement, & le gros à moitié. Comme il eft fort aimé, fon malheur inté- refia les principales Perfonnes de l’Armée, & Mr de la Car- donniere en particulier. Moniteur le Comte de Soiflons qui l’eftime, en fut touché fenfîble- ment, & aida luy-rnefme à le porter dans une Cabane de Paï- fans. Il l’y fit penfer, & voyant que les mouchoirs qu’il donna ne fuffifoienc pas, il déchira jufqu a fa chemife pour le recourir. Comme vous cftes bien- faifante & genereufe , je ne doute point, Madame, que vous ne trouviez ce Prince auffi loua-
Tome 7. Z
M LE MERCURE ble par ces marques de bonté pour une Perfonne qui eft à hiv, qu’il vous le paroift par tant de chofes qui le rendent digne des grands Noms qu il porte. Le Gentilhomme dont je vous parle eft Mr de Malou, qui danfoit d’un fi bel air, & qui chante avec une fi grande juftefle. 11 s’eft diftingué en mille endroits par fes bonnes qualitez*, Sc on ne peut avoir plus d’Amis illuftres qu’il en a, nv plaire à plus d’Amies raifom nables. Cet accident a touche icy beaucoup de Gens, Ma dame laPrinceffe de Carignan qui s’eftoit privée de luy pour donner à Monfieur le Comte de Soiffons,fon Petit-Fils, un Homme allure qui ne l’aban-
GALANT. ag7
donnait jamais, a fait paroiftre
aflez ouvertement l’eftïme qu’elle
en fait, par la douleur qu’,
elle a témoignée de fa bleflure.
Si Bruxelles a eu de la terreur
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d’un cofté, Anvers a tremblé
de l’autre. Mr de Rofamel
ayant efté détaché par Mr de
la Cardonniere avec cent cinquante
Maiftfes pour aller Ravoir
fi les Ennemis n’avoienc
aucunes Troupes en Corps,
s’acquita de cet employ avec
une bravoure fînguliere. U eftoit
obligé de pafier devant un
Fort qui n’eft qu’à demy heure
d’Anvers. Les Ennemis luy demandèrent
le Qui vive? Il répondit,
Qran^e, On s’informa
de quel Régiment il eftoit, il
en nomma un » &fur ce qu’on
t6S LE MERCURE voulut fçavoir ce qu’il alloit faire, il dit qu’il eftoit envoyé par le Prince d’Orange pour porter des nouvelles au Gouverneur d’Anvers. Il fut crû fur fes réponfes, &. les Ennemis l’ayant laifle païTer, il arriva à la Barrière de cette Ville. On luy fit les mefmesqueftions, & apres qu’il eut répondu lesmef- mes chofes qu’il avoit dites a ceux du Fort, la Barrière luy fut ouverte. Il y entra, & fit tuer un Sergent avec trois ou quatre Soldats, & mettre le feu à quelques Batteaux q«i eftoient proches. La Ville fut alarmée. Les Habitans prl* rent les armes, croyant que cet Officier eftoit fujvy de toutes nos Troupes. U fe retira par
U irV ” ~ y
GALANT.
mefme chemin qu’il avoit tenu en venant, 8c demanda à ceux
qui gardoient le Fort , s’ils ne vouloient rien mander au
Prince d’Orange, ou à quelques Officiers de fon Armée. Ils ne mirent aucun obftacle àfon retour, 8c pour les en remercier, jl rangea fa Troupe en Efca- dron au delà du Fort, 8c par unefalve fort gaillarde, il leur fit connoiftre ce qu’il eftoit. Les Ennemis ne font venus â
bouc d’aucun de leurs defteins, quelque peu confidérable qu’il ait efté. Ils vinrent ces derniers jours avec grande diligence pour couper Mrdejoyeufe qui commandoit un Corps feparé, affez éloigné de Mrde Luxembourg, mais ils réüffirentà leur
ifo LE MERCURE ordinaire. Voila jufqu’à au- jourd’huy la Campagne de plandre des Ennemis. Ils l’ont commencée par la perte d’une Bataille , continuée par de redoutables apprefts 8c des menaces d’aflieger nos plus fortes Places, 8c finie par la prompte Levée du Siégé de Charleroy. Le refte delà noftre a efté employé de ce cofté-là, à faire payer des Contributions à tout ce qui refte de Pais aux Efpa- gnols, & à quelques endroits de celuy des Hollandois ; & ces Braves qui dévoient tout prendre, font contraints de fé- parer leurs forces pour couvrir ce qu’ils craignent que nous ne leur emportions. L’Armée de l’Empereur, toute formidable
GALANT. i7l qu’elle eftoit, n’a pas fait de plus grands progrès. Vous l’avez déjà veuë bien au delà de Mouton,Village fans Habitans, dont elle s’eftoit emparée, & qu’elle fut obligée d’abandonner, pourfuivie dans fa retraite, & faifanc toujours quelque perte confidérable. Elle a efté fouvenc réduite à s’arrefter dans fa marche, par la crainte d’eftre attaquée 5 & ces vieux Soldats aguerris n’ont pas crû quelquefois eftre en feûreté dans leurs Quartiers. Ils rompent leurs Ponts par tout où ils paflent, ce n’eft pas chercher le combat. U eft vray que le dépit de fe retirer apres tant de- fatigues inutilement fou ferres,, leur a fait brûler des Eglifesy
111 j
i7i LE MERCURE celle de Boymont en eft une preuve y mais hors les incendies, les moindres chofes leur lont difficiles. Ils n’ont ofé attaquer la Petite-Pierre, ny P hall- bourg. Ils ne peuvent aller en Alfaee fi facilement qu’ils l’a- voient crû. Ils cherchent à vivre, &. Monfieurle Marefchal de Crcquy eft toujours allez près d’eux pour faire avorter tous leurs defteins. Il envoya dernièrement M» d’Enonville Colonel du Régiment des Dragons delaReyne, avec fon Régiment , pour faire fortir du Chafteau de Dimerenxen la Garnifon qui eftoit dedans. Comme elle refufa de fe rendre, Mr le Marefchal détacha deux cens Hommes d’infan-
GALANT. x75
terie commandez par Mr de
Courcelles , qui d’abord qu’il
fur arrive, leur fit enrendre
qu’il avoit deux mille Hommes
de pied avec du Canon, & qu’il
les feroit tous pendre s’ils refiftoient.
Cette adroite menace
les étonna tellement, que fans
examiner s’ils la dévoient craindre,
ils mirêt les armes bas, & fe
rendirent Prifonniers de guerre.
11 y avoit plufieurs Païfans
dans ceChafteau, qui en forti-
* * l rent avec la Garnifon. Mr de
Courcelles s’acquit beaucoup
d’eftime par cette conduite, &c
MrIe Marefchal l’en Iotia fort
en prefence des Officiers Generaux.
Les Ennemis avoient
pris la route de cette Place,
mais ils s’en retournèrent, ap-
!
X74 LE MERCURE prenans que nous en eftions maiftres. Ils s’épargneroient quelquefois bien des peines, s’ils fefaifoient mieux inftruire des
chofes. Un Lieutenant du Régiment d’Auvergne a défait une de leurs Gardes, tué cinquante
Hommes, pris le Commandant , & emmené vingt- cinq Chevaux. Ils ont abandonné la Sarre &. tous leurs def- feins, & marchent dans un Pais ruiné. Il n’y a pas la moitié de l’Armée qui garde fes rangs. En arrivant, pour commencer leur Campagne , le Prince Charles avoir mis fur fes Gui-
dons, N une aut numqtMm. Vous fçavez, Madame, ou vous lé devez fçavoir pour l’apprendre à vos Amies, que ces trois mots
GALANT. i75
Latins fignificntj Maintenant, tu damais, Voicy une façon de Rondeau qu’un Homme d’auflî bonne humeur que fpirituel^ a fait là-deflus.
N Une aut nunquam eft la Devife
Que nos Ennemis avaient prife, Croyât tout rangerfous leurs L oixi Et cependant depuis fix mois Ils n’ont fait aucune entreprife,
pourjuftifierun tel choix, il faudrait quefuries François Quelque Place euft eftè cenquife, N une.
•Jz»
.Apres que le plus grand des Rois En plein Hyver en a pris trois, lAalgrè la gelée ofi la bife^
î76 le mercure X' Allemand & le Hodandois Doivent rougir de leurs Exploits,
Aut nunquam.
Je devrais vous parler icydes Armées de Moniieur le Baron de Monclar, &. de celle des Cercles, à laquelle nous avons fair repafler le Rhin ; mais comme je ne vous en a y encor rien dk dans aucune de mes Lettres, je referve à vous faire un Récit entier de cette Campagne dans ma première, afin que vous en appreniez en mef- me temps le commencement SC la fin. Quant à l’Armée de Catalogne, le repos des Ennemis vous fait mieux voir que tout ce que je vous en pourrais dire, qu’il faut qu’ils ayent efté
GALANT
bien batus, puis qu’apres avoir
amafle tant de forces, ils n’ont
rien entrepris depuis l’avantageuiè
Retraite de Moniteur le
Duc deNavailles. Voyez,Madame,
par ce détail, fi je n’ay
pas eu raifon d’aflurer que la
îèule Garniion de Maftric avoit
plus fait que tant de milliers
d’Hommcs. Elle a brûlé des
Villages dans le Pais d’Elfe,
appartenant au Duc de Neubourg.
Elle en a brûlé dans
celuy de Juliers, avec les Villes
de Zittard & de Tongres, en
reprefailles de Moufon ; car,
remar
quer d'abord, les François repouffent,
mais ne commencent
jamais l’infulte. Mr de Melac
Colonel de Cavalerie, a mis
i7g LE MERCURE suffi le feu à trois Chafteatix des environs de Zittard, fans *• a A ' > • • X-F r » |r f
que le Major General Spaën qui commande un Corps d’Alliez formé feulement pour s’o- poferà la Garnifon deMaftric, ait pû l’empefcher ny rompre fes Partis qui reviennent tous les jours chargez de butin. Tout le Pais de Juliers & de Gueldres l’apprchende, & ce- Juy de Cologne eft d'accord avec elle pour les Contributions.
Les Rencontres de Mer ne nous font pas moins glorieufes que les Attaques de terre. H y a dix ou douze jours qu’une Efcadre d’Ennemis parut devant Fécam, compofée de cinq Frégates Oftendoifes de 36. de
GALANT. l7,
j4.de 18. de 14. Sc de 18. Pièces
de Canon. Elles chaffbient un
Vaifleau nommé le S. George,
de loo.Tonneaux, de 22. Pièces
de Canon ; & de 120. Hommes
d’équipage, commandé par le
Capitaine d’Obier de Dieppe,
appartenant à divers Particuliers,
& fur tout au Sieur Rouxel
de la mefme Ville. On l’avoit
deftiné pour les Indes. Sa charge
montoit à cinquante mille
ccus, & le Baftiment en vaut
trente mille. Son bonheur voulut
qu’il vint échoüer devant
le petit Fort, & que cinquante
jeunes Hommes qui s’y jetterent
auffitoft, fe joignirent à
de S. Aignan avoit donné le
commanÀd e» ment de ces cio- V' / W - -
Ito LE MERCURE quante Hommes de Fécam à Mr Godefroy, qui eft un tres- brave Soldat, 8c qui fit des merveilles en cette occafion. Cependant les cinq F régates ayant le Pavillon François, tirèrent environ cent coups de Canon à ce Vaiffeau, 8c comme c’ef- toient tous Boulets à deux tei- tes, ils coupèrent force cordages 5 8c force Maneuvres avec l’Echelle, donnèrent huit coups dans le corps du Baftiment, emportèrent la cuifle à un Matelot, ôc percerent quelques Maifons des coups qui échaperent. Ces Frégates tinrent en fuite une cfpece de Confeil, apres lequel remettant le Pavillon d’Efp3- gne, elles revinrent furieufe- ment à la charge, 8cquafi à U
portée du piftoler. Le Combat
dura cinq heures, & elles tirèrent
du moins cinq cens coups
de Canon, 8c deux mille de
Moufquet, pendant que ceux
du VailFeau les attendoicnt à
l’abordage, le Sabre à la main,,
& que deux Pièces de Canon,
feules en état de cinq qui font
dans le Fort, leur tirèrent cent
cinquante coups. LeurAmirale
St l’autre grande de 3^., furent
percées de cinq ou fix coups à
J’eau, ce qui les obligea de qui.
ter le Combat l’une apres l’autre,
8c d’eftre longtemps fur le
cofté pour reparer leur dommage.
Tout le mondé fit fon
devoir par les ordres de Mr de
Longueii, qui, quoy que malade,
fit très.-bien de faire dé-
Tome 7. A a
aSx LE MERCURE fendre le Vaifleau avant l’arrr- -vée de Mrde S. Aignan, lequel ayant appris cette nouvelle, jugeant par le lieu où les Frégates demeuraient, qu’elles ne manqueraient point de revenir avec la marée, partit du Havre, gagna Fécam toute la nuit, & en y arrivant le matin, apper- sjeut les deux grandes Frégates fous voile qui revenoient vers le Vaifleau. Comme le péril ne l’a jamais étonné, il y monta par les cordes du dehors, & les Ennemis s’eftant approchez peu à.peu, ils fe tinrent encor quelque temps à la veuë de Fécam , & difparurent tout à- fait en fuite. Alors Mr de S. Aignan, qui vouloit braver les Ennemis dans leur retraite, opina
GALANT.
185 f remettre le Vaiffeau à flot, 6c à ne leur point cacher fa route. Apres qu’il eut tiré tout fon Canon par fon ordre ,, il mit à la voile fur les huit hepres du foir, & ce Dtic ayant repris le chemin le long delà Cofte, arriva au point du-jour au Havre en mefme temps que le Vaiffeau Jugez, M'adame, de la joye des Intércffcz, 6c du Capitaine qui le croyoicnt perdu fans ré- fource. Tous ceux qui ont eu part à cette Aéhion, en ont re- beâucoup de louanges.
Mr l’Abbé de Coffe, Gentilhomme de Marfeille, & Frere d’ün,Capitaine de Cavalerie du mefme nom , entra dés le foi» le Vaifféau pour partager
I
eeu
dans
le plaifir 6c la gloire de cette
Aa ij
xS4 LE MERCURE
défenfe. On a fçeu d’un Capitaine
Anglois arrivé depuis
cette Attaque, qu’il avoit rencontré
les cinq Frégates avec
leurs Maneuvres en grand desordre,
fur tout l’Amirale, qui
avoit plulieurs coups à l’eau,
toutfon Arriéré brifé, & force
Gens hors de combat. Les Ennemis
Ity ont dit que ce qui
leur avoit fait conclure leur retour,
eftoit qu’ilsavoient connu
les Gardes deMr de S. Aignan,
& que s’eftant apptrçeus avec
leur longue veuë, qu’il montoit
luy-mefme dans le Vaifleau, ils
s’eftoient bien imaginez qu’on
n'oublieroir rien pour fa‘défenfe.
Ce témoignage eft bien
glorieux pour ce Duc, qui joignant
la libéralité à tant d’autrès
vertus qui l’accompagnent,
ne fe contenta pas de récompenfer
ceux de l’Equipage par
des louanges, mais leur donna
de l’argent pour s’eftre fi dignement
acquittez de leur devoir.
Ce fut là-deflus qu’un
agréable Efprit de Fécàm fit
ces deux Vers ,, en parlant de
luy à luy-mefme.
]l les, mit en état de ne craindre
plus rien,
Et les rècompenfa dl
leur Bien.
Les principaux Intérefiez ont
efté ravis de la maniéré dont
ce Duc s’eft pris pour fouver
leur Vaiiïeau contre toute apparence,
& niefme contre leur
attentée.
avoir fauve1U
LE MERCURE
C’eft vous entretenir trop- îong - temps de Guerre. Je change de matière , & paffé à un Sujet de Procès qui eft arrivé iey depuis peu , & qui vous parôiftra aflèz extraordinaire. Un Gentilhomme pal-
fant à pied dans la Rue avec deux Laquais, fe fentit couvert d’eau qu’on luy jetta tout-s- coup d’une Feneftre. Il leva les yeux en haut pour voir 1 Au* theur de l’mfulte, & apperçeut un gros Singe qui ayant pris plaifir à l’arrofer, prétendoit encor fe divertir à luy cafler la tefte d’un Pot qu’il tenoit. Le Gentilhomme évita le coup en reculant, ne fut pas moins chagrin de la méchante odeur que contrarièrent fes cheveux
GALANT, zgy en un moment, qu’il avoit efté fiirpris de la fubite inondation. Les Laquais qui mirent leur honneur à vanger leur Maiftre^ ramaflerent les débris du Pot" & penfant les jetter contre ce malicieux Animal quifaifoitdes gambadesen grinçant les dents, ils les jetterent malheureufe- ment de travers contre un grand Miroir qui eftoit attaché àçofté delà Feneftre. LaMail'- treflè du Logis entroit alors das fa Chambre. Elle eftost fuper- ftitieufe & avare. Le bruit du coup l’inftruit de fa perte, Je un Miroir cafte la fait fou’fnr doublement. Elle crie au meurtre. Grande rumeur dans le voi- fmage. Son Cocher fort avec trois Laquais armez de tout ce
z88 LE MERCURE qu’ils peuvent rencontrer ; ils donnent fur ceux du Gentilhomme, qui fe croit obligé de les fecourir. L’un eft renverfé par terre, l’autre a le bras percé d’une Broche , & l’Epée du Maiftre auroit peut-eflre eu peine à le garantir luy-mefme des longues Armes qu’on luy oppofoit, fans un vieux Con- feiller qui les fepare, &c qui in- terpofe fon autorité pour prendre connoiflance de l’affaire. La Dame qui fçait que le Gentilhomme luy parle,vient promptement luy porter fa plainte. Elle ne demande pas feulement qu’on luy payefon Miroir cafle, elle veut qu’on luy réponde de tout ce qui luyMoit arriver de finiftre apres un accident de fi trifte K». \\ ' .
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damné aux defpens
I
II
GALANT, trifie augure. Le Gentilhomme de fon cofté n’a pas de legeres prétentions. Outre fon Laquais percé de la Broche, qu’il faut qu’on luy rende fain & fauf, il fouciént qu’on luy doit faire raifon de l’infection de fa Chevelure. Le Confeiller les écoute, & fans vouloir prononcer, quoy qu’ils le faffènt Arbitre du diférend, il porte h Dame â fe confoler de fon Miroir, Sc le Cavalier â fe mettre en frais d’Eflences pour reparer le def- ordre de fes cheveux. Je ne fcay fi la Dame qui eft un peu obftû née, en voudra demeurer là, mais je croy qu’en bonne juC tice le Singe devroit eftre con- j i x Cependant
le Gentilhomme s’eft di-
Tome 7. B b
29o LE MERCURE verty de fon avanture, en l’écrivant à une Dame qu’il eftime tres-particulierement. On peut croire que cette eftime va loin, ëc que l’intelligence eft forte entr’eux, puis qu’il luy a envoyé fon Portrait comme un préservatif alluré contre le chagrin de fon abfence. Il s’eft fait peindre avec une Couronne fur la telle, pour avoir lieu de luy protefter galamment qu’il n’en veut vne que pour la mettre a fes pieds. La Dame en feroit fort digne, ayant de la beaute, de l’elpnt, alfez de naiflance, pour n’eftrepas embaraffée du rang où un femblable préfent la metri'oit. crains bien pourtant que ce Portrait envoyé ne
metrroit. Je pour-
Affaire au Gentil-
»
fafle une
;
vert en prefence d’u-ne Dame
d’un fort grand mérité, à quj fes
hommages n’ont point déplû,
&qui le confidërant affez pour
luy avoir dit fouvent qu’elle ne
pouvoit vivre fans luy, aura pu
le.chagriner de ce qu’il femble
qu’elle ne foitpas la feule maiftrefle
de fon coeur. Ce Procès
devroit eftre plus redoutable
au Cavalier que celuy du Singe.
Lachofeleregarde. C’eftàluy
mettre ordre. Il a de l'ef.
prit, & comme il entend fort
bien raillerie, je ne doute point
qu’en matière de voeux partagez
, il ne trouve moyen de la
faire entendre aux autres.
Le Mariage de Mademoifelle
Bb’ij
Z3z LE MERCURE mérité eft connu, ayant efté arrefté avecMfdelaLevretiere ▼l <* t * * * » 4 » « *
Gouverneur de Condé, elie y fut menée au commencement de ce Mois, accompagnée de plufîeurs Dames de fes Amies. Il vint au devant d’elle avec cinquante Officiers, Se deux Compagnies de Dragons. Elle entra à Condé au bruit du Canon , toute la Garnifon eftant fous les armes, & les Hayes jon- ! chées de Fleurs. Elle fut haranguée par les Officiers de laVille, & par le Doyen à la tefte de fon Chapitre, &c mariée dés la nuit mefme dans la Chapelle de Mrle Gouverneur. C’eft un Homme qui a tres-bien fervy. Il eft fort bien fait de fa per- fonne, a beaucoup d’efprir SC
195 un grand
délaflent tous les
GALANT, de complaifance , .Equipage, &. une très-bonne Table.
De Condé je retourne encor à Nimégue, où mille plaifirs nouveaux jours ceux qui prennent le foin des grandesAfPaires qui s’y traitent. LeFillesde Mrle Marquis de Spinola, avec les Dames de leur fuite, y reciterent dernièrement un Opéra en Italien. Tous les Ambafladeurs, les Ambafladrices, & tous ceux qui ont caraétere de Miniftre, s’y trouvèrent, à la referve des Ambafladeurs de Brandebourg & de Hollande. Si j’apprens
des particularitez de ce Diver- tiflement, je ne manqueray pas
< y 4
de vous en faire part.
Bb iij
W LE MERCURE
Jequitelaplume, car à moins de prendre cette réfolution tout-à-coup, je voy bien que je ne finirais pas. J’attens le retour du Roy, pour vous faire 'un Journal entier des Divertif- femens de Fontainebleau. Je vous le promets fi remply, qu’il fera nouveau en beaucoup d’endroits pour ceux-mefmes qui ont toujours efté fur les lieux. J’y joindra y un Adieuauxl/Lufeîf dont je fuis certain que vous - ferez tres-contenteauffi-bien que de quantité d’autres Pièces 8c d’agreables Hiftoires, que la grofleur de ma Lettre rn’em- pefche de vous envoyer aujour- d’huy. Pour vous confoler de ce retardement, vous trouverez dans mon paquet la Seconde
G-ALAbFT.
1
Sc l’Autheur ne fë
195 Partie de l’Heroïne Moufque- taire. Je fçay que c’eft vous faire un prefent que vous aimerez. Puis que la première vous a tant plû , celle-cy ne vous doit pas moins divertir. II y a des chofes tres-finement tournées,
peut tirer avec plus d’efprit qu’il fait des matières qui font un peu délicates. Tour ce qui regarde la Baronne de Saint Sauveur , eft fort plaifamment écrit; 8c de la maniéré dont les Avantures de Chriftine-Saint- Aubin font traitées, on n’a pas à fouhaiter qu’elles finiflent fi- toft. Réponfe, s’il vous plaift,. fur l’explication que vos Amies auront donnée à l’Enigme que je leur propofe.
A Parti ce 30. Sept, 167?.
ON donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le pre< rnier jour de chaque Mois fans aucun retardement'. Il fe diftribuëra toujours en blanc chez le Sieur Blageart,. Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques, à l’entrée de la Rue du Plaftrc. Et au Palais, où on le vendra vingt fols relié en Veau , ôc quinze relié en Parchemin.
TABLE DES MATIERES,
L*.Amour Commodeffiftoire
de la fauiïè Tro^ençale,
Ififloire de F Enfant Ours.
ElIdorloge des Atnans. <
Comf1 iment de Monfteur de 7(oubin
de F Académie 7(oy ale d" Arles, d
Méfié urs de l'Academie Françoise
dans la Fille d'Arles.
Acade'mie de beaux Efrit s établie d
Efiftoire du. Faux Milord.
Ee nouveau Grand Fifir veut introduire
de nouvelles maniérés de receyoir
les Ambajfadeurs > dont il ne
peut yen ';rr.
CoUaticn Inpromptu.
Reproche de ri aimer point tfffy-
Confitures données.
*PajJion naijfante.
Jdiftoire de l'Amant (pocher.
Vers Irrégulierspour lelfoy.
*P articularite^ d'un cFfgal donné a
Nimegue par M. le Comte d'A'vattd
*? lenipotentiaire de France.
Complimentfait au ‘Fpypar 1'-Academie
Françoifi , M. guinaut Virée*
JCel^oydonne auFils defeuM- leComte
de QJ?é la Charge de Grand T annetier
de France.
Mon fie uy le Marquis de Foix eft reçeu
Chevalier d>dfonneur de Madame.
Monfieur de Matignon prefte Serment
entre les mains de Sa Maj eftépour
Mort de M. le Freft dent de Mai fin s.
Mort de Madame de T uifieux.
TABLE.
Françoife le jour de la iftribution
des Prix* avec plufieurs p articularite^
qui regardent FEducation de
grandes qualite^de ce Prince.
aM. le Dauphin, fur le Chafteau de
S. Germai fi grave' par ce ?rince.
A utres Fers de M. de TierceVille fur
le mefme Sujet.
Svite des Nouvelles de la Guerre.
Rondeau fur la DeVife que le Prince
Charles fit mettre fur fies Guidons en
approchant deMets.
FneEfeadre de 5. Frégates Oftendoifès
attaque devant Fe'cam un FaiJJeau
Marchandeftime' quatre-y ingt mille
eficus. Il eftftuvé parles h on s ordres
de M. le Duc de S. Aignan.
Ifftoire du Singe.
Mariage de MademoifeUe fjcoüart
d'ÈrouVille, de M. de la Levre*
tiere, Gouverneur de Conde.
Opéra reprefiente' à Nimegue par les
Filles de M. le Marquis de
Fin de là Table.
Extrait du T rhilegedu 7\?y>
PAr Grâce & Privilège du Roy, Donne
à S. Germain en Laye le if.Fev. 167t.
Signé, Par le Roy en fon Confeil, Villet,
Il eft permis au Sieur DAN.de faire iny
primer, vendre & débiter par tel Imprr*
meur & Libraire qu’il voudra choifir, un
Livre intitulé Le Mercure Galant» en
un ou plufieurs Volumes, pendant le temps
de dix années entières , à compter du jour
. que chaque Volume fera achevé d’impnmer
pour la première fois. Et defenfes font
faites à toutes Perfonnes de contrefaire
lefdits Volumes, à peine de fîx mille livres
d’amende, ainfi que plus au long il eft porte
eldites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 27. Février 1671. .
Signé, D.Thierry, Syndic.
Et ledit Sieur Dan. a cédé fon droit de
Privilège à C. Blageart, Imprimeur-Li*
braire, fuivant l’accord faitentr’eux.
?
four la première foù
Oftobre 1677»
Qualité de la reconnaissance optique de caractères