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1677, 08, t. 6
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LE NOUVEAU
GALANT.
Contenant les Novvelles
du Mois d’Aouft 1677,
& plufîeurs autres.
70 ME
A P A R
phez Guillaume de Luyne, au Palais^
dans la Salle des Merciers,
à la Juftice.
M. DC. LXXVII.
AVEC PRIVILEGE DT ROT,
n YM A
AU LECTEUR.
V E peu de temps qu’on a eu pour im* ; I -/primer ce Volume, à caufe du grand, nombre de Feftes' qui fe font rencontrées' dans ce Mois, a efté caufe qu’il s’eft gliflc quelques fautes d’impreflion. On croit que je Leéteur aura affez d’efprit pour les recon- noiftre, & eftimera allez l’Autheur pour ne ksluy pas imputer } c’eft puurquoy on ne luyen marque que deux des principales, la première eft dans la Page 16. Elle eft contre le fens & la conftitution du Rondeau. Ï1 doit eftre de trois Battons ; le premier de cinq Vers, & le fécond de trois avec le mot redoublé ; & quoy qu’il ne foit pas jmarqué ainfî, le fens nelaifera pas dé s’y trouver, pourveu qu’on le veuille feparer eiï le lifant. La fécondé faute , eft le deuxieme Vers oublié du fécond Quatrain du Sonnet du Solitaire, Page p. ou il faut lire apres le cinquième Vers du Sonnet*
Mes jeux apres la nutt verront naiftr^ le jour.
1 ' ' î
nouveau
T o me yr.
U RE
A N T.
A mais commerce
n’a tant faire! c,
clat que le noftre,
tour Paris en parle, toute la
France s’en entretient, il
fait du bruit juiques dans
les Pais les plus éloignez, &
Tome 6. A
z LE MERCURE cependant la médifance n’en dit tien : ilfatisfait les plus Critiques, & tout le monde en louhaite la continuation & nous en donne fi publiquement des marques, & avec des maniérés ii obligeantes, que nous manquerions de recon- noifTances envers un nombre infiny de Perfonncs du plus haut mérité, fi nous in- terrompionsun commerce qui plaid à tout ce qu’il y a de plus llluftre dans le monde. Apres tant d’ap- plaudifTemens fi fouvcnt
VALANT. |
reïterez, je vay, Madame,
faire de nouveaux efforts,
pour ne vous mander rien
qui ne foir digne de vofli e
curiofité, & je fuis feurque
tout ce qui aura le bonheur
de vous plaire, fera effimé
de toutes les Perfonnes de
bon gouft. Je commence
par un Madrigal dont on
dit icy beaucoup de bien.
Je n’en connoy pas l’Autheur,
mais fon Ouvrage
marque affez qu’il adel'ef.
croire.
Aij
4 LE MERCURE
le berger
£T LE PESCHÊUR.
MADRIGAL.
jjiJputoit i
Des faveurs
gnoit les
Vn Pefcheur
UjV peryer des Cofleaux, contre
un Pefcheur de Loire,
’in jour la gloire
dont i'Amour daiparta^
er.
, difoit-il, f eut-il fe
foula^er,
Lors qu'un tedre amour leprejjel
le veux qu'il ait une Maitreffe.
Liais a-t-il l'heure du Bercer1,
Ah, luydit le Pefcheur, quelle erreur
eft la tienne i
B
galant.
»
7
J
ynBer'tfï a [on heure^unPefcheur ,_..a laficnne.
Car Ion que fur nos bords [curia flouafamines tefe-à-tefe avccque nos Doris,
Qtfau récit de nos feux leur ten. drefe redouble,
Et qu’une confufe langueur
Marque le trouble deleurcoeur* a4lors nous pefchons en eau trouble.
Et c’eji là l'heure du Pefchcur.
Si les Bergers fculs a- voient l’avantage de trouver toûjours l’heure qu’on fouhaite auffi-toft qu’on commence d’aimer, on qui- teroic fouvent des Palais A üj
4 le mercure pour venir habiter leurs Cabanes ; & la plupart de ceux que la Fortune femble avoir mis au deffus des fouhaics, fe croiroienc malheureux^
. J-
& porteroienc envie à leur bonheur. Il n’eft rien qu’un Amant bien paffionné ne fit pour toucher l’objet donc il eft charmé. Rien ne tient dans un coeur plus fortement que FAmour, & le Madrigal qui fuit fait voir qu’il fe trouve des Amans quineveulentpas guérir de - leurs blcfiùres.
GALANT. 7
MADRIGAL
EUelriS' je n'aime qucvotu ;
Quand je ne vous voy rien ne
me femble deux i
Vom adorer toujours eft toute mon
envie :
Glorieux de mon malt je n'en veux
pas puèrir-,
Pourvoie* feule j'aime la vie *
pourquoy me faitesvout mourirl
Voicy un autre Madrigal
que nous devons encor à
l’Amour. 9
A.H.J.J.
J S LE MERCURE
MADRIGAL.
LF.'R.efpeSl & l'sdmour pleine
de glace & de flame,
Se font la guerre dans mon ame,
Et ne fe veulent -point ceder :
IMaisf Beauté charmât e (frare,
Si je ne puis les accorder,
Permettez^ que je les fépare.
Un Amour
fait toujours
cntreprifes-, c’<
perdu qui va bien vifte, &c
qu’il eft bien difficile d’arrefter.
Il pouffe fcs affaires
plus loin qu’on ne eroit dés
fans refpcét
de grandes
ft un Enfant
GALANT. 9
a laifle faire le
ls; & qui veut
empefeher fes progrès, ne
luv doit d’abord rien pardonner.
Je fçay, Madame,
que c’eft voftre fentimenr,
& que vous eftes ennemie
déclarée de ces Amans fans
refpeâdontla trop grande
hardieife déclaré toujours
la guerreà lapudeur.
Je vous ay promis une
Lettre en Chanfons, elles
font toujours fort à la mode,
mais on en trouve rarement
de bonnes. Des raifons
particulières m’empefïo
LE MERCURE
chent de vous envoyer entière
celle dont je pretcndois
vous faire parc. En
voicy quelques Couplets
donc vous devez eftrefatiSw
faite.
Bourée fur F Air de A t<tjante.
D Epais huit jexrs
Tous les Amours
Reviennent habiter le Chaftea*
de yerfailles :
Sçdves^ vous bien pourquoyl
(T eft quils fuivent le Roy.
Apres avoir fournis
Trois des plus fortes failles
GALANT. n
Rend* de nos Ennemi/
Ton* les projets inutiles, pesplaifrsplu* tranquilles Peuvent eftre permis.
%
Sur K Air des Importuns.
Grâce à LciiiS, notu vous baifons. les mains,
Conquérant Grecs, & Conquérant Romains,
Cherchez, ailleurs qui célébré vos. paitsi
Pans un Printèmps Jl fait plus qu'en dix ans Vous ne fiftes jamais.
Les Couplets que vou| allez voir font de la mefme Lettre, mais ils ne fuivent pas ces premiers,
îi LE MERCURE
• #
Sur le Chant de Pou* aye^ belle 7)**^
Si l ’on ofbit aux Epoux Ecrire d'un fille doux, le poufificrois des H e las : Mais^ b cheres Précieufesy Lebon air ne le veut pas.
Sur l’Air de Te ne yeuxpas yous connoifire.
Quelque tendre qu'onpuififie efire* Dés lors que le Sacrement A décidé d'un Peut- efire* Comme par enchantement On voit bientôt difiparoifire Et la Mai finfifie Q" l'Amant,
Sur F Air de ‘Bayons à nous quatre,
D Amour en ménage
Trouve peu d'appas,
On ne le mitonne pas* ,
GALANT.
Puis que les Chanfons
ont tant de charmes pour
vos belles Provinciales, je
croy ne devoir pas quitter
cette matière fans vous
faire encor part de deux qui
font tombées entre mes
mains.L’Airdela première
eft deM'Boifferi lcsParoles
furent faites fur le bruit qui
courut que Monfieur retourneroit
à P Armée peu de
téps apres que ce Prince fur
arrivé à Paris. &c’eftfur ce
ï4 LE MERCURE fujct que l’Autheur feint queMadame s’adrciTe à ce Prince pour luy dire ce qui fuit.
f CVrsrz®
CHANSON.
V Oiis que j'ay veu brûler d'une famé (i belle^
Et qui m'awczfiurè dente garder lafoy,
‘ Ah que c' efi eftre peufidelle,
Quyivmer fl tu la Glaire que moyl
# vofire prompt retour ne.finit m& fouffrance*
P^tjtte va btentofi nte ranier fient fia £oy; °
GALANT. rj
Jh que cefl avoir d’tnct>nflancel
*D'aimer plus la Gloire que moyt
Les deux Couplets qui
fuivent font pour Madame
la Marefchale de Lorge,
L’Air en a elle fait par M‘
Dambroüys.
f fc-4* J .X ' ’ ï : •
CHANSON
VOs charmes, belle Iris, font
aifément connaître
Que H Amour efi toujours le maître9
Et que tous les Guerriers qu'on
redoute le plus*
Sont ceux qu'il a plutoft vaincue.
1S LE MERCÜPxE#
Vaflre lÜuflre Héros , que plfà >■ d'une Victoire
A rendu tout brillant de gloire, Soumis à vos appas, adore dans' v es yeux
Amour le plus puifsat desDieux.
Apres vous avoir divertie par des Vers dont le fens n’eft pas difficile à comprendre, il faut que je vous en envoyé qui ne vous donneront pas moins de plaifir, & qui embarafleront agréablement voftre efprit. C’eff l’effet qu’ils doivent produire-, & celuy qui les a faits
G LAN T. ,7
n’auroit pas atteint le bue
qu’il s’eft propofé, s’il ne
vous faifoit reiver quelque
temps. Pcut-cftre prendrez-
vous tout cela pour un
Enigme^ vous aurez raifon,
&lavoicy.
1E fuis en Liberté, fans fortir
de P ri [an 5 ? •
le fuit au befefpoir, fans pilier
r Efpérance >
Q^°y que dam le Péril7 je fuie en
ad finance >
2eparois enl'Arméc^ &fufy en
Garni (on >
2'ay part fam lâcheté3 wefme à la
Trahifon ;
Tome 6. B
Va
18 LE MERCURE
Je fers à la Richeffe autant qui
la Souffrance >.
Je -prèfîde d la Rime, ainfi qttd Itâ
Raifon,
Et derniers en Faveur, je fuis
fécondé en France.
Comme il nef rien de grand, ny de
rare fans Moy,
Je fuie & dans la Cour, & dans
ï'Efpril du Roy 5
C* eft avec Moy qu'il rit, qu'il s'entretient
*gi£il s'ouvre,
[J'affifle dfon Coucher, fajjifte d
fon Réveil,
Jl me fouffre d T^erfaille * d Saint
Germain, au Louvre,
FÆaus melaiffe d la Porte en entrant
au Confeil.
Je fuis première en-Rang, &der*
niere d la Cour,
J'en vaux deux au Trïllrac, &
fuis bonne d la Prime,
GALANT. w
Jefuistrehinnocente^ & toujours
dans le Crime.
I
l'accompagne P Amour, termine
le Ion r,
le fers à la Peinture, à la Profe,
à la Rime,
Pe cours avec le Cerf & vole avec
l'Autour.
Y '
On me voit en Crédit, fans me voir
en Ejlime y
T oùjours , fansftaffioti, ortme voit
en Amour ;
Au milieu de Paris5 je me trouve
enfermée,
zns quitter un moment
ny P Armée y
En Robe je prèfide^& f entre au
Parlement \
f ayiam tous ïesArrefts une double
Séances
B ij
le fuis toujours pré fente à la moini
dre Ordonnance, '
Et ne me fuis jamais trouvée en
luzement.
Je ne fçay, Madame, fi en
ïifant ces Vers vous en aurez
dévelopé le miftere^Ies
Enigmes font ordinairement
fur un mot comme
tre R. Jamais Ouvrage n’a
tant donné de peine, ou n’a
GALANT. n du moins dû eh tant donner; c’eft fans contredit le plus beau que nous ayons de tous ceux qui mettent l’efprità lagefne, & qu’on ne peut faire qu’avec une application extraordinaire, quelque facilite'qu’on ait a écrire. Il eft de vingr-hflit Vers, & la Lettre R s’y rencontre prefque par tout, de maniéré que chaque mot où elle entre paroift une Enigme particulière à ceux qui ne fçavent pas quelle fait le principal fujcr de la Pièce : c’eft toujours elle
xi LE MERCURE qu’on fait parler. Voicy ce qu’elle die dans le premier Vers de ceux que vous venez de lire.
Je fai* en libertéfins fartir de prifaon.
On ne peut l’accufèr de dire faux, lors qu’elle aflùre elle eft en liberté^ puis qu’elle entre dans ce mot ; & quand elle dit qu’elle ne fort point de prifon, elle parle encor auffi jufte, les Lettres qui compofent le mot de prifan, ne formant fans elle que celuy tepi/bn, de maniéré qu’elle peut dire?
GALANT.
On voit dans les vingt-fept
Vers qui relient, des coqtrarierezfemblables.
Elles
qu’on relit l’Enigme une fécondé
fois, apres en avoir
appris lefujer,quej’av delà
peine à concevoir comment
il s’eft trouvé unePerfonne
qui ait voulu s’appliquer
allez fortement, &
alfezlongtemps,pour faire
un Ouvrage fi rcmply de
difficulrcz.
Voicy d’autres Pièces
LE MERCÜRE
qui doivent moins à l’Efprit.
Il y feroit regardé
comme un defaut s’il y paroifloit
trop-, & le Coeur
doit avoir la meilleure part
aux Ouvrages dont l’Amour
infpire le deïfein.
: vSr$r & : rxu Au
CONTRAINTE
d’un Coeur amoureux.
V ’ un coeur fouffre par la
contrainte !
a4h qu'il eft dJ^ne ae pitié l
S'il commence la moindre plainte,
il en dit trop de la moitié^
Il faut que toujours enluy-mefme
• n
7
Z
GALANT. i; 'Il étouffe milie foùpirs. S'il veut former quelques dejîrs^ il craint-d'alarmer ce quil'ainte. Helar! que faire en ce moment! T eut il eft fourluy qu'un dur mar- tire :
Qffun coeur fouffre qaddil'foûpire* Et qu'il aime trop tendrement!
Rien ne peut mieux fuï- vre ces Vers que le Rondeau que je vous envoyé, puis qu’il exprime encor l’embarras d’un Coeur a- moureux.
c
X6 LE MERCURE
RONDEAU-
TAifezfvous, tendres mouve* mens,
J^aiffez^moy pour quelques momens Tout mon coeur ne fçauroit fujfire Aux tranfportsqueP Amour m inf A ( pire*
P ourle plus parfait de s Amans, A quov fervent ces fentimens!
Dans leurs plus doux emportement^ P a Raifon vient toujours me dire, Taifez^ vous.
Za Cruelle depuis deux ans..., Mais hélas! quels redoublemens Souffre mon amoureux martire ' Mors Bercer paroift., ilfoûpire^ Zs voicy. Vains raifennemens ’BaifexçVous.
»
GALANT. ±7
L’Amour fourniflbit autrefois prefque toute la matière des Vers qui fe fai J foient; mais depuis quelques années les grandes Conqueftes duRoy ont pris fa place, & la plupart de ceux qui en ont écrit, ont cru qu’ils dévoient le iervir de ce langage pour parler plus dignement d’un fi beau Sujet, Nevouséton- nez pas apres cela fi vous avez trouvé dans toutes mes Lettres des Vers à la gloire de ce Monarque. Je vous envoyé encorunSond
C ij
5
xS LE MERCURE net fur ies belles Actions de ce Prince.
AU R O Y.
SONNET.
LEs Siècles à venir ne pourront jamais croire.
noftre Roy vainqueur. les Exploits merveilleux 5
J) es Héros de U Fable .ils croiron t voir l'Hiftoire.
Dans les Faits de Louis pareils à, ceux des Dieux,
£ors qu'à tant d'Ennemis, de Vi- Eloire en ViEloire.
Jlmarche enConquérant.lcs défait en tous lieux •$
GALANT. 19
Quand fur T erre & fur Mer r il
acquiert tant de gloire,
ypc triomphe-t-il pat des T ri ans
yn luflre de fa Vie a dompté dix
Provinces >
Forcé mille Remparts 5. aux yeux
de tous les Princes,
Ârrnez Dour Ce courir le Bat ave
Zeurs efforts impuiffans^ avec cent
mille T eft es,
Fl'ont pu Çauver Cambray des
mains d'un Roy fi grand 5
Bien ne peut que la Paix arriver
fes Conquefles*
Les Poëtes qui ont ck
C
30 LE MERCURE tout temps efté de grands menteurs, ne difent plus que des veritez, lors qu ils parlent des furprenantes Conqueftes du Roy y mais comme ils ne pourroient r i e n i nv e n r e r q u i e u t p I u s d e ce merveilleux qui appro* che de la Fable, les Siècles a venir pourroient bien prendre pour des fixions tout ce qu’ils difentaujour- d’huy de plus véritable. Ce n eft pas leur faute-, pour- quoy le Roy fait-il de fi grandes chofesquc la Pof- teritc aura de 1a peine à les
GALANT. ?î
croire? Pendant que les
beaux Efprits travaillent
pour laiffer apres eux dequoy
la convaincre des
étonnantes merveilles que
nous voyons tous les jours,
vous voulez bien que nous
changions de matière , &
que je vous envoyeunSonnet
qui n’efl ny fur la Galanterie,
nyfur le bonheur
delaFrance, & auquel l’Amour
n’a point de parc.
C’ • • •
mj
/ VN»
v le mercure
Z*
«a
LE SOLITAIRE,
S O N N E T,
S*Eleve qui voudra, par force, ou par adreffe,
Jufiuau fimmet cliffant des qran deurs de la Cour.*
Je prètens, fans quitter mon aimable fipour.*
JLoin du Peuple & du bruit ^rechercher la Sagejfe*
r-2^ fa ns crainte des Grands, fans fafie & fans irifieffe,
Je verray les Sa ifins fi future tour-à-tour.*
Et dans un doux repos f attendra^ Iffildeffe*
GALANT.
a4infi lors que la Mort viendra
rompre le cours
Des bienheureux moment qui conu
pofient mes jours,
le mourray charge d'ans, inconnu
Çoh'taire*
$
Qu un Homme efl malheureux a
l'heure du trépas,
Z ors qu'ayant négligé le [cul bien
ne ce flaire,
il meurt connu de tous, Çp ne Çe
connoijl pas!
tes chofes font belles à
dire, mais l’execution en eft
difficile, & la plupart de
ceux qui font ces fortes
d’Ouvragcs, fongent bien
54 LE MERCURE
moins à quiter le monde,
qu a faire paroiftre leur efprit.
Beaucoup de Gens
parlent âvanrageufement
delà Solirude} & endépeidécouvert
un depuis quelques
jours, dont l'Hiftoire
iherire bien de vous eftre
racontée. 11 eft Fils unique
&feul Heritier d’un Homme
qui peut pafler pour
grand Seigneur dans fa Province.
Il le fit étudieravec
GALANT. 35
•l'Academie. Ce Fils dons
l’humeur eftoit douce, qui
n’aimoit que le repos, & qui
fe faifoit une joye extrême
dit auprès de luy dans le
temps marqué, & voulut
répondre pàrfa diligence à
Fempreffement que ce boïi
Homme avoir de le revoir.
Dés qu’il fut de retour, il
luy propofa une Charge de
Confeiller dans le Parlement
de *** pour l’attacher
plus fortement auprès
de luy. Cer offre fur accepté
avec joye, & la Charge
ayant efté achetée , il y
fut reçeu avec applaudiffement;
il l’a exercée pendant
dix ans avec une intégrité
GALANT. 57 dont nous avons peu veut d’exemples. Il ne faut pas s’en étonner, il eftoit indi- fércnt, & la Province n’a- voit point de Beautezcapa- bles de le toucher. Cen’eft
• 9
pas qu’il euft de mépris pour aucune, & que fonin- diférence aprochâc de celle de beaucoup de jeunes Gens qui ont fi bonne opinion d’eux-mefmes, qu’ils croyent laplûpartdesFemmes indignes deleurs foins. Noftre Solitaire n’avoir point ce defaut, & s’il avoic de l’indifércnce, la caufe
$ LE MERCURE n’çn dévoie eftre attribuée qu’à fon tempérament. Sa froideur pour le Sexe eftoit accompagnée d’une civilité quigagnoit tous les coeurs, & jamais Infcnfible ne l’a fi peu paru. Si quelques Belles qui ne le haiiToientpas, & qui auroient volontiers fait la moitié des avances, cachoient le chagrin qu’elles avoient de luy voir un coeur fi peu capable d’aimer , fon Pere faifoit fans cefle paroiftre le lien. Il le prefloit tous les jours de fe marier, & luy témoigtioir
pufTent
GALANT. #
avec une ardeur inconcevable
le defir qu’il avoit de
voir des Succefleurs qui
empefeher fon
Nom de mourir. Ces difcours
fatiguoient noftre Solitaire,
il ne fongeoit qu’à
fes Livres, il n’aimoir que
fon Cabinet, il y pafToitdes
jours entiers, & ne voyoic
les Dames que lors qu’ils ne
pouvoir civilement s en défendre,
& que le hazard les
faifoit trouver dans des
lieux où il ne les cherchoic
pas: de maniéré qu’on peut
dire qu’au milieu d’une des
I
LE MERCURE plus Galantes Villes de France, & dans un Parlement célébré, il vivoit comme s’il euft efté dans une Solitude. Le calme d’efprit & les douceurs qu’il trou* voit dans cette vie tran- quile, furent méfiées de quelques chagrins. Les cm- preffemens que fon Pere a- voit de le marier, luy firent de la peine: il voulut tâcher à fe vaincre pour luy obeïr, il combatif les defirs qu’il avoir de conferver fa liberté, il fe dit des raifons pour fe faire vouloir ce qu’il ap~
GALANT. 4t
laneceffiré d’entendre tous
les jours les plaintes de fon
Pere, ou de prendre une
Femme, ilréfolut de vendre
fa Charge de Confeiller, &
de fe retirer dans uneMaifon
de Campagne fur les
bords d’une agréable Rivière.
Il pratiqua fecrettement
des Gens pour cela,
conclut promptement fon
marché, & partit auffitoft
r
blée, il y alloit fou vent, &
n’ayant befoin de faire-aucuns
apprefts pour ceVeyâge
, il fit facilement croire
qu’il n’alloit que s’y promener,
quoy qu’il euft deffein
de s’y établir tout-à-fait. A
peine y eft-il arrivé, qui!
s’adonne entièrement à la
leéture des plus beaux Livres,
aux Oeuures de Piete
& à la culture de fon Jardin.
fouhaitoit toujours d avoir
des SuccefTeurs, confulte
GALANT. 45
pour faire retourner fon Fils
dans le monde. On y trouve
de la difficulté, plusieurs
expédients font propofez,
on fe quite fans fe déterminer
a rien On fe raffemI
44 LE MERCURE fait trouver tour ce qu’if fouhaite. On luy promet tour, on exécuté tour, mais fi à propos & avec tant d’a- parence de vérité, que nof- xre Solitaire en eft touché de compaflion, Il eftoir ap- puyéfur le bord d’une Ter- rafle qui regardoit la Ri- : viere, & tenoit un Livre remply de Traitez contre I’Amour. Il le lifoir avec plaifir , s’applaudiflbit de la dureté de fon coeur , &r s’affermiflbit dans la refo- lution qu’il faifoir tous les jours de ne fe laifler japiaii
i
i GALANT. < | éblouir par aucune Beauté, • quelques charmes qu’elle pût avoir, lors que les cris des Bateliers, & d'une jeu- [ ne Fille qui fembloit périr, | luy firent abandonner la levure pour courir au bord de F eau. Il vit une Femme j qui enfortoir, il luy prefen- j ta la main, & la prefla d’en- I trer chez luy pour changer ! de hardes, & pour prendre ' du repos. Il la plaignit pendant le chemin avec une
■ honneftete' qui luy eft naturelle, & luy dit des chofes qui laurpicnç empcfçhée
46 LE MERCURE de croire qu’il eftoit infen- fible, fi elle n’en avoir elle bien avertie. Elle fe contenta de luy repartir qu’elle fe trouvoit bien-heureufe dans fon infortune de rencontrer une Perfonne aufli obligeante que luy. Quand elle fut arrivée dans fon Logis, elle demanda du feu & du Linge pour en changer, parce que lefien eftoit tout mouillé. Noftre Solitaire en fut Iuv-mefme chercher , & il auroit fait l’impoffible pour fa belle Hoftcflè^fàns en ïjavoir la
1
GALANT, 47
raifon. Il eftoit fi troublé
&fî interdit, qu’il ne fçavoit
ce qu il falloir- Il la rc*
gardoit fans parler,.Sc partoit
fans fçavoir ny ce qu’il
difoit, ny ce qu’il luy vouloir
dire. Il luy alluma luymefme
du feu avec un em-
& envoya tous lesGens avec
ordre de ne rien épargner
pour fauver fes Hardes qui
ftotoient fur l’eau. Pendant
qu’il eftoit occupé à
faire du feu, la Belle fe defI
* J
48 LE MERCURE temps une partie des beau- tez qui avoient efté admirées d’un grand nombre de Cavaliers. Elle fe coucha en fuite. Noftre Solirafre s approcha de fon Lit, & voulut l'entretenir ; mais elle luy dit qu’elle cftoit
fort fatigue^, & le pria avec un air modefte & rernply d’une certaine pudeur qui arrache les coeurs, de le retirer & de la IaifTer en repos. II eft vray quelle eftoit lafTe, & le feinr Naufrage 1 avoirprefque autant tour- fnentée qu’auroic fait un
* r->-
véritable
GALANT. 49
véritable péril. Elle dormit
toute
Hofte n’en fit pas de mefme,
il refva à l'A van turc qui
luy eftoit arrivée, & (on
imagination neçefla point
de luy reprefenter la Belle
quin’efioit fortie de l’eau,
que pour luy ravir le repos
dont il joüilToitSoninfenfibilité
l’empefchoit de
croire qu’il aimât véritablement-;
& quand il auroit
efté bien perfuadé de
fà paffion, il n’ofoit fe lavoüerà
luy-mefme; & la
Tome 6. E•
-
jo LE MERCURE
maniéré dont il avoir vefcu
luy faifoit voir tant de
foiblefl'e dans un fi prompt
changement, qu’il ne fçavoit
à quoy fie décerminer.
11 fe leva avec ces cruelles
irréfolutions. llfutàpeine
habillé , qu il envoya fçavoir
de quelle manière fa
belle Hoftcffe avoir pafle la
nuit. 11 apprit au’clle eftoit
éveillée, & qu’elle fe portait
bien. 11 en témoigna de la
joye, & luy envoya demander
la permiffion de la voir.
Ul’obtint; mais à peine futil
entré dans là Chambre.,
dans la Ville la Province, pas éloignée ils eft oient ,
GALANT. Xï qn’il fenticnn batcmentde coeur qui luy préfagea ce qui luy eft arrivé depuis. Il luy trouva de nouveaux charmes, & luy fit des com- plimens fi embarraffez,que la Belle connue bien que cesappas commençoient à faire l’effet que le Pere de noftre Infenfible s’eftoic propofe. Elle le pria de luy donner quelqu’un pour envoyer quérir une Litière Capitale de qui n’eftoir du lieu où & luy dis Eij
p LE MERCURE quelle eftoit -obligée d’y aller inceflamment pour porter des Papiers de con- féqucnce à fa Mere, qui eftoit fur le point d’y voir juger un grand Procès. 11 luy promit tout dans ledefRin de ne luy rien tenir, & fie venir fur l’heure un de fes Gens à qui il commanda d’executer ponctuellement tout ce qu’elle luy diroit; puis illuy défendit en particulier de fuivre aucuns de fes ordres, & le fit cacher afin qu’il ne paruft plus devant elle. 11 mit tout en
GALANT. 55
ufage pour empefcher qu -
elle ne s’ennuyât. Les Repas
furent galans & magnifiques,
& tout parla de Ion
amour avant qu il en dit
rien & qu’il en fut luy mefl
me bien perfuadé. Cependant
fa paffion qui avoir
efté violente des fa naiflance,
l’obligea de s’informer
avec foin des raifons qui
avoient penfé faire périr
une fi aimable Perfon-ne. Il
luy demanda d’où elle cftoit
partie, & pourquoy elle
s’eftoit fiée à des Bateliers
Elle luy renGALANT.
# des dépenfes exceffives aufquelleslefervicede leur Prince les avoit engagées, eftoient caufe quelle ne paroifloit pas dans le monde avec toutl’éclatque de- voit faire une Perfonne de fa naiflance. Ce Récit a- cheva de charmer noliie Solitaire: & fa belle Hof- teffe qui ne devoit demeurer chez luy que pendant quelques jours, s eftantap- perçeue qu il reffenroit un véritable amour, voulut voir jufqucs où les choies pouroient aller. Leurs corv- ' WT-* •••••
E mjj
verlàtions devinrent londe
l’Amant parlèrent fouvent,
fes foins confirmèrent
tout ce qu’ils direnr, &
fes Billets tendres en apprirent
encor davantage.
Ce n’eftoit toutefois pas
allez, il falloir une déclaration
de vive voix & dans Les
formes. Noftre Solitaire
la fit, mais en Amant
bien refolu d’aimer toujours.
Il dira cette adroite
Perfonne ( qui n’avoir
rien oublié de tout cequ’-
avoit crû,
GALANT. 57 pour l’enflamer) qu’il ne tiendroit qu’à elle de le rendre heureux le refte de fes jours, en partageant avec luy le peu de bien que la Fortune luy avoir donné, & qu’il ne demandoit pour re- connoiflance que fes bonnes grâces & fon coeur. 11 luy propofa en fuite de lé- poufer le lendemain. Elle fit d’abord de grandes dif- ficultez, puis elle fe rendit en luy demandant huit jours pour en conférer avec fa Mere. Il ne voulut point confentif à ce retardement,,
r
# LE MERCURE
Elle en témoigna au tant de
chagrin quelle en avoir de
joye, & le laiflà en fuite le
maiftce de la chofc. Il fît
tout préparer pour le lende*
main, & le Mariage Ce fit
dans l’Eglile du lieu, en
prelènce de tous les Paroiffîens.
Cependant le Pere
de noftre Nouveau Marié
qu on n’avoir averty de
rien,(entir redoubler la curiofité
qu’il avoir de fçavoi-r
comment fon ftraragême
avoit réülfy. 11 vint voir
Ion Fils, qu’il trouva d’abord
plus gay qu’à l’ordi>
u- quelque autre. Le Fils l’a F.
'>î furadu contraire, & luy die
it qu’il aimeroit eternelleit
ment celle à qui il avoir
i- donné fon coeur. Vous avez.
6o LE MERCURE Pere, je ne croiray plus rien d’impoffible, puis que vous vous eftes laiiîe toucher. 11 eftvray que se me fuis laifle toucher, & mefme plus que vous ne penfez, luy répliqua ce Fils, puis que voir, aimer & e'poufer, n’ont cflé qu’une mefme choie en moy. Jugez apres cela, pourfuivit-il, fi vous avez raifon d’affurer que je de- viendray fenfible aux charmes d’une autre Femme? Ces paroles rendirent le Pere immobile, & le faifi' rent tellement qu’il de-
cet effet dans le coeur de fon
ner
GALANT. 61 J meura quelque temps fans , pouvoir parler. Le Fils qui J crut que la joye produifoic 1 defon J Pere, adjoura cju il prefferoit plus de luy don- .... des Succeffeurs, qu’il en auroic bien-toft > & qu il croyoit que fa Femme eftoit groffe. Quoy,luy dit lé bon Homme d’une voix tremblante, vous avez e- pouféla Perfonne que vous avez retirée du Naufrage! Oüy mon Pere, luy répondit-il, le Ciel me la envoyée pour m empefclier
•belle à vos volontcz. jA/
* « * <faoeve^-<vous fait, mon Fik,
‘qua've^- vous fait? s’écria
le Vieillard. Ce que vous
avez Ci Couvent fouhaité de
interrompit le Pere avec
des yeux pleins de fureur,
tout ce que jedevois craindre,
&ce qui vous couvrira
d’une infamie éternelle, &
vous rendra l’opprobre de
tout le monde. Je vous pardonne
toutefois, pourfuivit-
ilj à caufe de voftrc
t GALANT.
r? 'ignorance; mais ilfaurqui- ter voftre Femme, il laraut !®| fuir & ne jamais fonger à la rt revoir. De la maniéré que vous parlez, répondit le Fils,il falloir que j’euffe une 111 Soeur qui ne m’eftoit pas connue, & je l’auray fans Ci doute époufée, puis qu’il ■f, n’y a qu’une avanture fem- n« blable qui me puifle obli- r» gcrd’abandonneruneFem- $ me à qui j’ay fi publique- le ment donné ma foy. Tu ;!■ luy en peux manquer,repri t i. le Pere, & ton Mariage fe rc peut rompre, quoy quelle
ig4 LE MERCURE nefoit point ta Soeur. Illuy raconta en fuite toute l’Hif toire du feint Naufrage, & luy dit qu’il avoir prétendu que les charmes & les maniérés engageantes de la Perfonne qui avoir ordre de fe retirer chez luy apres fon malheur apparant,& de luy demander les fecours qu il luy avoir offert de luy- mefme, pourroient peu à peu faire diminuer fon aver- fion pour les Dames-, que c’eftoir tout ce qu’il avoit fouhaité, dans la penfëe que ion coeur eftant devenu
1 G A L A N T. 6y moins farouche, fe pourrott 'i attendrir pour une plus honnefte Perfonne, & qu’il fe feroit alors fi adroite- ment fervy de l’occafion, li qu’il l’auroit fait confentir i àluy donner la main; mais que puis qu’il avoir époufé une Courtifane, il dévoie l’î par toutes fortes de raifons y. demander la rupture de fon i Mariage. Je n’ay point leu :r dans fes yeux ce quelle eG U! toit, dit alors ce Fils avec )if un ton aufTi trifte que tou- ut chant: Ils m’ont paru doux, au je n’ay rien veu que d’aima- Toxne 6. F
£6 LE MERCURE blc dans toute fa Perfonnej & j’ay trouvé des charmes- dans fon efpritqui auroient pû engager des coeurs plus infenfibles que le mien. Tout ce que vous dites peut excufer voftre Mariage, repartit le Pere avec beaucoup de douceur, fans pouvoir vous fervir de pre- empef- cher de le rompre ; mai prefentement,pourfuivit il que vous connoiflez voftre erreur, la raifon... La raifon, s’écria le Fils, je vous ay dit mille & mille fois peadans
texte pour vous
mais •
f
GALA N T. <?7 que vous me prefiiez d’engager mon coeur, qu'elle cC- o 5 1
toit incompatible avec la-
i mour, & que de peur de la perdre je voulois eftre toujours infenfible. Vousfou- haitiez alors de me voir moins raifonnable, & vous me le répétiez tous les jours; cependant vous voulez au- jourd huy qu’avec une paf- fion violente, je confervc toute la raifon que pourroic avoir l’Homme du monde le plus infenfible. Ilenfauc avoir quand l’honneur le veut, répliqua le Pere, & fi Fij
• *
!
• >
éS LE MERCURE tu ne romps ton Mariage, Je te déclaré que je te deL Iieriteray. Je ne voy pasde- quoy vous pouvez vous plaindre, luy répondit le Fils, je n’ay pas cfte cher* cher la Perfonne que j’ay époufée, & vous demeures vous-mefme d’accord que vous me l’avez envoyée. Dés que j’ay fenty que je comniençois à l’aimer, je me fuis fouvenu de vous & de la joye que vous auriez en apprenan t que je ceffois d’eftre infenCble. Ledefir de vous plaire s’eft mis de la
X
GALANT.
partie, il m'a empefché de rcfiftcr fortement aux premiers mouvemens démon, amour, & je me fuis laiffe vaincre quand j’ay ferieufe- ment fait reflexion fur la maniéré dont la Perfonne que j’ay époufée eftoit ve- nuëchez moy.J’ay crû qu’il y avoir de la deftinée dans cette avanture, que nous ef- tions nez l’un pour l’autre, & que je ferois criminel ft j’eftois plus longtemps rebelle à vos volontez, &que les Succefleurs que vous fouhaiciez avec tant d’em-’
70 LE MERCURE prefTement, eftoient peur- eflre deftinez pour eftreûn pur de grands Hommes, 8c que le Public en pouvoir recevoir des avantages confiderables. Ayant examiné toutes ces choies, j’aurois cru faire un crime de ne pas Poivre les motive- ■ mens qui m’eftoient infpi- rez apres une avanture fi extraordinaire & .dans un temps où j'y penfois le moins. Toutes ces raifons ne fatisfirent pas le Pere, il preflà encor fon Fils de çonfentir àfe démarier. Ce
G A L A N T.
dernier s’en eft fait un ferapule
de confcicnee, & le
Pere s’eftpourveu enjuftice
pour faire cafter le Mariage.
Je les trouve tous
deux à plaindre, & je ferois
bi<*n embarafte fi j’avoisà
prononcer là-deïîus. Les
raifonsde l’un &de l’autre
neparoiflenc bonnes, & je
ne trouve que I’Amour de
condamnable, mais il ne
reconnoift point de Juges,
& ne fait jamais que ce qu’il
luy plaift.
Aurefte, Madame, vous
fçaurez que j’ay eu depuis
LE MERCURE peu une longue converfâ- tionavecvoftre aimable & jeune Parente. Vous m’en avez toujours dit beaucoup de bien -, mais j’ay peine à croire que vous connoifliez tout ce qu’elle vaut. Son cfprit augmente tous les jours auffi-bien que fa beauté, 6c il y a dequoy ef- tre charmé de l’un & de l’autre. Jemetrouvay heu- reufement auprès d’elle il y a trois jours à l’Opéra d’Ifis, qu’elle ne voulut point du tout écouter. .Elle aima mieux employer ce
GALANT.
temps à me demander de vos nouvelles. Nous difi mes aflèz de mal de vous, & j’efpere quelle vous en rendra compte. Ce fut quelque chofe de nouveau pour moy de la voir fi peu curieu- fede Mufique, elle qui l'aime avec tant de pafïion, ôc à qui le moindre Concerr tient lieu du plus agréable Divertiflcment. Elle me dit qu’elle neftoit poinc changée là-deflus, mais quelle avoit déjà vcu Ifis dix ou douze fois, quelle ' n’y eftoit venue ce jour-là
Tome 6. G
-4
quelle s’ennuyoit d’entendre
toûjoursla même choie.
Si le Voyage n’eftoit point
fi long, je luy confeillerois
d’aller tous les ans paflerle
Carnaval à Venife, elle y
auroit contentement, & la
diverfité des Ope'ra nou- '
veaux qui s’y reprefencent,
luy fourniroit Couvent de
nouveaux plaiiirs. Il y en a
eu cette année neuf diferensfurcinqTheatres.
J’ay
quelques-uns, qui valent
GALANT. 7f
Ravoir. Elles fcrviront du
moins à vous donner quelque
idée de ces grands
Spectacles, & à vous rendre
prefente en quelque forte
à ce que 1 eloignement des
Lieux ne vous permet point
devoir. •À \ -Z
Le premier de ces O pe'ra
a efté le Totilas de la cotnpofirion
de Mateo Neris.
Il a paru fur leTheatre Grimant
de S. Jean & S. Paul,
avec un fuccés digne de la
beaute' de {'Ouvrage. Chaque
Aéte avoir divers changemens
de Scènes. L’Otu
G ij
1(s LE MERCURE verture du premier fe faifoit par une petite Chambre avec un Lit fur lequel un Enfant dormoir. Cleliepa- roifloit au près de luy tenant un poignard quelle fem- bloit prefte à luy enfoncer dans le fein. La Chambre difparoiÛoic tout-à-coup, & le Theatre reprefentoir une des Places de Rome, environnée de Palais d une ftruéture ad mirable. T o.tila entroit fuivy de fes Troupes, l’Epée & le Flambeau a la main, Trompetes fon~ liantes, avec leurs Enfci-
GALANT. 77 gnes. Ces Palais s’embra- foient les uns apres les autres. Onenvoyoit tomber les pièces à me fore que h flame s’y attachait, mais avec un artifice (i furpre- nant,&qui approchoit tellement de la nature, qu’il n’y avoir perforine qui ne cruft qu’ils brûloient véritablement Le defordrere- gnoit par tou t,& dans cette confufton, Marfia Fille de Servius, cherchant à fe fau- ver des Soldats qui la pour- fuivoient, fe jettoitpar une feneftre,& tomboit éva- G iij
• • •
i
LE MERCURE
noüie entre lesbrasdeTotila
qui la recevoir. LarroifiémeSccne
avoir pour Département
de Clelie j &t
celle de la quatrième eftoit
iineRue oùl’onvoyoir une
Tour, & une des Portes de
Rome en éloignement.
D es Efclaves conduifoient
de loin un Eléphant d'une
grandeur démefurée. Il
fembloit tout couvert d’or,
&ce qui caufa autant d’admiration
que de furprife^
tant arrefté, s'ouvrit au fon
t,
)•
GALANT.
desTrompetes,& fe fepara J' en plufieurs parties, qui firent paroiftre Beliffaire, Le- pide, Cinna, une,Troupe
I
ie le
t.
it
le
fl
r>
I.
r.
a
nombreufe de Soldats avec leurs Armes & leurs Boucliers, des Trompetes, & des Enfeignes dont toute la Scene fut remplie. On y vit du moins cent cinquante Pcrfonnes tout à la fois. Jugez avec quel ordre ils dévoient avoir cfté rangez les uns fur les autres, & avec combien d’adreife il falloir qu’on euft entremeflé les Boucliers, les Armes, les G üij
So LE MERCURE Enfeignes & les Trompe- tes pour former le corps de ce prodigieux Eléphant. Cer Aéle finifToit par une Danfede Cavaliers montez fur de véritables Chevaux.
La première Scene du Second fe païfoit dans la Court d’un Palais, qui fai- foit, place à une Mer. On découuroit la Plage, & l’Armée Navale de Totila, avec la Ville de Rome en éloignement. Des Soldats en fortoient comme en triom- phe,faifant marcher devant eux des Efclavcs& desPri- A
:
GALANT.
i ’ à?* * . /* .
fonniers, tandis que les autres rempliffbient lesVaif- feauxdes Dépouillés & des Tréfors dont ils s’eftoienc enrichis au Sac de cette fa- meufe Ville. Une Tenu perte accompagnée de Tonnerres & d Eclairs les pouffoit contre des EcüeilSy ils s’y brifoienc & s’abT- moient les uns apreslesau- tres. Il n’y avoir rien de mieux reprefenté que ce Naufrage. D’effroyables cris qu’on entendoit retentir, faifoient connoirtre le defcfpoir de ceux qui Ce per
Si LE MERCURE doierit,& on envoyoit une partie qui fe jcttantàla nage, tâchoit de gagner le tord. La derniere Scene avoitun Bois pour Décoration, & elle fe ç>aïïoit dans uneNuitéclairée duneLu- nequife couvroit peuàpeu de nuages, & laiïfoit enfin le Ciel entièrement obfcur- cy. Une Entrée de Soldats attaquez par deux Ours fi- nifïbitl’Aclc.
Le Troifiéme faifoir pa- roiftre d’abord une Plaine où l’Armée des Romains eftoit campée d’un collé, &
GALANT. 81
h( de l’autre on découvroic la
i Ville de Rome avec un
I: Pont fur la Brèche. Des
h( Chariots chargez des Dcls
foient fur ce Pont, ils ch
il. Soient tirez par de verita-
’H blés Chevaux, & BeliïTrire
ij entroit en fuite par cette
r. Biècheavec fes Gensmoni.
vaux vivans. La Scene fuivante
fe reprefentoit dans
i. une Salle d’un riche & maj,
qui fe changeoit çn un
S4 LE MERCURE
Theatre chargé d'un grand
Peuple qui s’y eftoit placé
pour voir le Tournoy des
Quatre Elemens. Ce Tournoy
commençoit par h
Quadrille de Junon qui reprefentantl’Air,
yparoiflbic
fùruneNue. Cibelle comme
Dcefte de la Terre, y
amenoitdansune Machine
force Cavaliers armez, &
difpofczà bienfoûtenir fès
intercfts. La Région du
Feu s’ouvroit en fuite, &on
y voyoit Pluton qui conduifoit
fa Troupe dans une
autre Machine. Neptune
GALANT. Stf
• * 4. • . . » prenoitle party de l’Eau, &
fa Quadrille fortoit .d’une
vaftcMer, donc l’agitation
n’eftoir pas l’objet le moins
agréable aux yeux. Je ne
vous dis rien des Jouftes
qui fe faifoient avec une
adrefle merveilleufe,&qui
eftoient terminées par l’arrivée
de la Paix, qui venoic
en Machine comme ces autres
Divinicez, & qui mettoit
d’accord tous les Combatans-,
ce qui n’erapêchoic
pas que leSpedacle ne finift
parun Combat des Wandales
contre les Romains, &
S6 LE MERCURE par un autre de Pafleurs contre des Bêtes farouches.
Avouez, Madame, que fî!e Totila, fe joüoitàParis, vous ne vous défendriez
pas de quitter la Province
pourqueîques jours. Tant de beau te z meriteroienc
bien de vous attirer, & je croy que vous n’auriez pas moins de curiofite' pour ï'Afiiage, qui a cfté le fécond Ope'ra reprefentc l’Hy ver dernier à Venife fur le mefmeTheatre Grimani.
Le Sujet a elle pris de celuy que le Cavalier Appoloni
S7
GALANT.
tji avoir déjà traité avec tant lit d’applaudiffiement, & les Décorations ontparuadmi- ïti râbles. La première Scène rit e ftoic le Camp d’une Armée ti( entière, où des Soldats fai- at foient l’ouverture par une :ct Danfe Pyrrique, accom- itj pagnée d’une ïimphonie p< merveilleufe. Cette Danfe of eftoit interrompue par lar- ft nt fii
itii Iü;
rivée d’une Prince (Te, fuivic de quelques Officiers Generaux de fon Armée, cous à cheval. On voyoir en fuite une Salle richement parée, dont un Enfer horrible pre-
88 LE MERCURE noit la place. Caronypaf- foitles Ames dans fa Barque. L’Ombre de Cirenc Femme d’Aftiage,s’offroit en Congé à ce Prince, & tout l’Enfer difparoiffoit au moment de fon réveil. Une Prifon fuccedoit à ces divers changemens qui ef- toient fuivis d’une Décoration de Jardins délicieux, d’où les Tours de la Prifon fedécouvroient. Le fécond
• Z* 4*- •
A été s’ouvroit par un* grande Place ornée d’Arcs deTriomphe; & les autres Scenes oftroient une Veu«
GALANT. E?
de Maifons , celle d’une
Coure,Sien fuite tout ceque
le Temple de Diane peut
avoir de plus pompeux dans
fa ftrudure. Un lieu où il
i voit rien lailfé à defirer pour
e, les Délices, faifoit la pre-
1 miere Décoration du Troifiérne
Ade, apres laquelle
d on voyoit un Salon du Pa.
d lais du Roy, qui fe chan-
J geoit en une efpece de Portique,
d où l’on avoir com-
Cl munication au lieu où les
Belles elloient enfermées.
jcment de
1 orne 6.
ço LE MERCURE Théâtre faifoit voir une Salle toute brillante de Crifi taux , & ce magnifique Spe&acle eftoit embellv de Jeux Entrées, outre celle ftes Soldats qui ouvroit le premier Aéte. 11 y en avoir une de Pages au Second , & le tout eftoit terminé par une autre de Démons qui s’enfuyoienx a 1 afpeét d’une Divinité. LeSeigneurJean Bonaventure Viviàni, Maî* trede Chapelle dclEmpereur à Infpruk, ~avo.it pris foin de la Mufique. La compofition en eftoit mer-
GALANT. 91 teilleufe, & l’execution ea avoitçfté entreprife par les premiers Muftciens de l’Europe , & par les plus excel- lens Joueurs d Inftrumens de l'un &r de l’autre Sexe, pour lefquels on avoir fait une dépenfe prodigieufe, car il y avoir telle Mufi- cienne à qui l’on donnoit plus de quatre censPiftoles pour fon Carnaval. C’eft le moyen de ne manquer pas debellesVoix; &ilnefaut pas s’étonner apres des li* beralitez fi accommodantes, fi tant de Perfonnes s’a- H ij
LE MERCURE pliquentàl'envy à fe rendre parfaites dans la Mufique.
Nicomâde en Bithinie, dédié à l'impératrice Eîeonor, a fuivy ccs deux Opéra. Le Do&eur Matlïeo Giannini
r, en avoir fait les Vers, & il a paru fur le Theatre Zane de S.Moife avec un applaüdif- fementfî general,que tous ceux qui l’ont veu reprefen- ter, ont avoué que jamais Pièce n’avoit eu ny tant d’inventions galantes & fines,ny tant de cliofcs capables de plaire &de toucher le gouft des plus délicats-
r
GALANT. qj r« Comme les Machines que . ce grand Sujet demandoit î n’auroient pû s’exécuter >t, dans le petit efpace d’un -t Théâtre ordinaire, on s’efl: hi contenté des Décorations a & des Changerons deSce- ie nés qu’on y afaites les plus il belles & les plus riches Uj qu’on ait jamais veues. Le n. premier A Te finiïToir par is un Balet de Tailleurs de it pierre. Ils tenoientchacun î, leursMarteaux & leurs Ci- i- féaux, & faifoient leurs mouvemens en cadence i, autour d’une Statue de Ni-
94 LE MERCURE coméde, qu’ils fembloient achever en dançant-, niais tout cela d’une maniéré fi bien concertée, qu’on ne pouvoit rien voir de plus jufte. Une Entrée de Pan fans & de Laboureurs avec leursBêchesôdeursHoyaux finiiroitl’Aélefuivanr -, &h fécondé Scene du Troifié- mc eftoit agréablement interrompue par une Danfe de plusieurs Héros, qui fe fouvenantde leurs anciennes amours, prenoient cha- cunun bout des cordons de diyerfes couleurs qui pen-
I
I
GALANT.
! Soient aux branches dun Rftrte éievé au milieu du Théâtre. Il n’y avoit rien i de fidivertiflant quede les ' voirfemefler&fedémefler les uns d’avec les autres, ce qu’ils faifoient de diféren- tes maniérés, & toujours avec une adreiïe qui atti- roit les acclamations de tout le monde. La Mufique de cet Opéra eftoitdutres- excellent Cavalier Charles Grofli, Maiftre de Chapelle de la Sereniflime République. C’eft un des Hommes du monde qui poflede le
i
«
»
I
f
56 LE MERCURE
mieux cette Science. Il na
rien fait qui ne porte les
marques d’une hante capacité.
& fi elle a paru avec
dans l’Opéra deNicomede,
elle n’a pas efté moins admirée
dans celuy A'locale
Reyne d’Armenie, qu’on
a donné encor fur le mefme
ThearreZane avec un trèsgrand
fùccés. Le Doâeur
Moniglia qui en avoir fait
les Vers, en a remporte
beautez de cette Piece. Les
Décorations
GALANT. Décorations furprenoient, les Machines en eftoienc admirables, la Mufique parfaite, & l'execution mer- vcilleufe.
Jules Ce far en Egypte, a Fourny le Sujet du cinquième Opéra qui a cité repre- fentéfurie fameux Theatre
Seigneur Antoine Sartorio, Maiftre de Chapelle du Duc Jean - Frédéric d® Brunfvic & deLunebourg* Tome 6. I
lï
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1:
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iï Vendramino de S.Sauveur. r{ Les Vers eftoient du Sei- ct gneur Buflani, & la Mufi- r’ que de la compofition du r
t if
.t
)i-
LE MERCURE
Duc d’Hanover. Cet Opéra n’a pas efte moins ap- plaudy que celuy à’Antonin & de Ponîpej'An, compofe par les mefmes Autheurs, donné furie mefme Théâtre , & chanté par les plus excellentes Voix. Les Vers, la Muftque, les Décorations, les Machines, tout y eftoit admirable -, & il n en faut point d’autre preuve que le grand concours de monde qui s’y eft toûjours trouvé pour le voir.
11 y en a eu encor deux autres fur un des ancien5
99
I ui lit vous en puis dire ny les Suqui
ont comoole les Vers L
d’un Theatre toutnouveau,
r appelle le Theatre de Saine
1 Ange.
j On n’y a donné cette an-’
née qu’un feul Opéra, qui
111 fait le neufîéme de ceux
dont j’avois à vous parler.
et 11 avoir pour Sujet le Ravl/2
Afèment d'Helene 3 & elloit
r
100 LE MERCURE chanté comme tous les autres par de très-habiles Mu- liciens. La beauté de leurs Voix répondoit parfaitement au profond fçavoir de l’excellent Seigneur Domi- niqae Frefchi, Maiftre de Chapelle à Vicenze, qui en avoir compofé la MufiquC' Je n’ay point fçeu le Nom de l’Autheur des Vers, & tout ce qu’on m’a pu dire, c’cft que la Pièce eftoit remplie d’Incidens en fort grand nombre, & touS également beaux &furprc' prenais. 11 n’y avoir rien
F
bellie de Fontaines vives &
! GALANT, ioi n de fl magnifique que les lu Décorations. On y admi- ü- roit fur tout une Grote qui lti faifoit un des plus agrea- 1 blés ornemens du Palais J d’Oenone. Elle eftoit em- 1 bellie de Fontaines vives & 1( dejetsd’eau naturels-, &fi ni vous voulez bien rappeller ol. l’image de toutes les cho- I fes que je viens de vous e- ■1 baucher legerement, vous J aurez peine à concevoir qu’on feréfolve a faire tant J tant de dépenfes & tant j d’apprefts pour des Speda- J clés qui ne paroiïTent que
101 LE MERCURE
z \
pendant deux mois, & qu’une feule Ville puifle fournir affez de Spectateurs pour fatisfaire aux frais de tant de diferentes Perfon- nes qu’on y employé. Auffi n’abandonne-t on rien au Public de cette nature qui naproche delà perfection. II n y a point de talent af- foupy que l’émulation ne reveille. C’eft à qui emportera le prix fur les autre! On ne fe négligé point parce qu’on craint d’eftre ïurmonté, &que fi on laif- foit échaper quelque choft
V ‘ > * z fl
i
/
GALANT. IQ3 Je bas ou de foible, ce qu’on verroit de plus achevé, enferoit trop aifément appercevoirles defauts. La peine fuivroit incontinent^ & le manque de fuccés de ces Ouvrages négligez en feroit perdre toute la de- penfe. On ne les repre- fente jamais qu en Janvier & Février, c’eft à dire pendant tout le temps du Carnaval. J’ay pris mes mefu- res pour en avoir des nouvelles tous les ans, afin de vous en faire part > & j’ef- pere les avoir beaucoup 1 ni;
IQ4 LE MERCÜR.E
plutoftque je ne les ay eues
cette année. Ce n’eft pas
feulement à Venife que les
Opéra font en régné. 11
s en fait prefque dans toutes
les Villes d’Italie, &les
Troubles dèMeffine n’ont
point empefché qu’on n’y
ait donné ce pompeux DivertifTement
à Monfieurîé
4
I
GALANT. io> 1 Vous feriezbien peu cu- I rieufe, Madame, fi au retour de Venife où je vous ay ! fait faire Voyage fans que \ vous y ayez penfé, vous de'- i daigniez de paffier par la | Ville d’Arles, pour y admi- | rcr l’Obelifque qu’on y I voit, & donc il eft difficile i que vous n’ayez entendu î parler. C’eft un des plus fu- j perbes Monumens que ( nous ayons de i’Anciquité^ I & le feul de cette nature ! qui fort en France. On n’en fçaic point l’Hiftoire au vray, mais il n’y a point à
so<S LE MERCURE
douter qu’il nefoit un refle
de la grandeur desRomains
qui ont habité longtemps
cette Ville. Apparemment
ils l’avoient fait venir d’Egypte
pour le confacrer à la
leurs Impereurs ; & ce qui
donne lieu de le croire, c’eft
qu’il eft de la mefme matière
que ceux de Rome
qu’on a apportez de ce Païs
là, c’eft à dire de Granité
Orientale, qui eft une eft
pece de pierre encore plus
dure & plus précieufe que
le marbre. Sa hauteur eft
GALANT. 107 de cinquante & deux pieds, & fa bafe de fept pieds de diamètre, tout d’une piece. Il fut trouve' dans le Jardin d’un Particulier,auprès des Murs de la Ville qui ne font pas fort éloignez de la Rivière du Rhône. Il eft à croire qu’il y eftoit demeuré depuis fon Débarquement, qui doit s’eftre fait il y a environ feize Siècles, fans qu’il ait jamais fervyà l’ufage auquel il avoir efté d’abord deftiné. Il eftoit cnfevely dans la terre, la pointe un peu découverte.
ïbS LE MERCURE On trouve des Mémoires dans les Archives de la Mab fon de Ville, qui font con- noiftre qucCharles IX.Roy de France paflant par Arles, donna ordre qu’on le déterrât pour le tranfporter ailleurs-, mais foir que la dé- penfe ou la difficulté de l’entreprife le rebutât, il n’acheva point ce qu’il a- voit commencé. C’eft en quoy l’on ne peut affiez louer le zele des Habitans de cette Ville, qui voulant laiffieràlaPJfterité un Monument eternel delavéne-, .
GALANT. 109 nation qu’ils ont pour le Roy, n’ont pû eftre arref» tez par aucun obftacle, & ont fait élever cet Obelif. que à fa gloire dans une de leurs Places publiques, a- vec de magnifiques Inscriptions aux quatre faces defonpied-eftal. Je les fa- prime parce qu elles ne font pas Françoifes, & que le Latin n’eft point de mife parmy les Dames. Pour l'Obelifque je vous en ay déjà marqué la hauteur. O n a mis un Monde fur fa pointe, & il y a un Soleil au
deifus de ce Monde, qui
fait une Devife fans Paroles.
Le pied en eftenfermé,
ment, nypour fa confervation.
MeÆeurs de Roche,
Romany, Agard & Maure,
font les quatre Confulsqui
le firent élever l’année derniere;
& les embelliflemens
qu’on y a faits cellecy
font deûs aux foins de
Meilleurs de Sabatier, de
l’Armeillere, Delofte &
Beuf. Il y en a deux de ce
dernier Nom , tous deux
GALANT. ift Confuls dans le mefme temps. Ce que je vous ay dit des Romains qui ont 'c fait autrefois un fi long fé- M jourdansArles,juïlifieaffez qu’on l’a toujours regardé commeune Ville tres-con- fiderable. En effet il y en a peu dans le Royaume où r.| l’on trouve tant de No- :■ bleffe, & dont les Habitans naiffent avec de plus loüa- c blés inclinations. Ils ai- c ment également les Armes k & les Sciences. L’un&l’ar- c tre fe connoift, & par le x grand nombre d’Officiers
O
su LE MERCURE
d’Armées que cette Ville a
donnez au Roy depuis la
Déclaration de la Guerre,
&: qui font actuellement
dans le Service, & par F Etabliflement
d’uneAcademie
de Belles Lettres, érigée en
j668. fous le bon plaifir de
Sa Majcfté, avec les mef- '
poféedeGens de qualité#
de mérité, qui n’ont pas
moins davantage à (efervit
de l’Epée que de la Plume,
pour objet, ne refufent au:
cun moyen d’en acquérir.
Ils ontMonfieurle Duc de
S.Aignan peur Chef. Ils
n’en pouvoienc choifir un
dont les fentimens euflent
plus de rapport avec ceux
qui leur font naturels, puis
qu’il femble que Mars & les
Mufes ayent fait en luy
une alliance immortelle, &
• >
ïl4 LE MERCURE de leur part, l’Eftampî qu ils ont fait graver de leur Obelifque. Il eftoit digne de cet employ, ayant l’Ef- prit aile & délicat, & capable de tout ce qu’il veut entreprendre. Il n écrit pas moins agréablement en Vers qu’en Profe; & vous | pouvez juger du talent qu il a pour laPoëfîepar ce Son- ; net qu’il a fait furl’Obelif* que dont je vous parle. ï
GALANT. UJ
AU RO Y,
Sur FObelifquè élevé à fa gloire
dans la Ville d’Arles.
S O N N E T.
7ï ... J T> ... J',. J ' r* . 1 • .
rt>
xJ font fameux dtis ïFIfoire y
Qui joins le nom £ Auoyifte^ a. celuy
de Chreftien*
T on Bras qui de la France 'eft le
ferme /oùtien,
- — * A «
T on R egne eftfi chery des Filles de
Mémoire,
Quelles en font par tout leur plus
doux entretiens
Kij
ii6 LE MERCÜRÉ
lamaû D eft in ne fut plu s heureux que le tien :
lie Temps qui détruit tout,, aide mefme à ta Gloire.
• Æ» ■ .
Ce pompeu x Monument de l * Orgueil des Romains r
Qtdaujourd'huy la Fortune aw entre nos mains r
Efi de ces Vérités^ une Preuve éclatante
■
Pu ;s qu'onvoitque les ans ne l'ont tant refpeiïé,
Qtiafin de préparer une Table d "attente,
Pour y graver ton nom a la pof- terite*
Vous voyez,
Madame
que je n'ay pasflaté M‘ de
de Guifè, qui avoit pour luy
une confiderarion toute
hS LE MERCURE voit reçeuë. SaMajellélc- couta tres-favorablemenr, & en a parle' depuis d’une maniéré fi gloricufe pour luy, qu’il n’a befoin d'aucun autre Eloge. Voicy les termes dont ilfe fervit.
i
: «S* * 5
CO M P L 1 M E N T
*
tait au Roy,
En luy prefentant l’Eftampe de 1’0- belifque érigé à fa gloire dans la Ville d’Arles. •
S JR E,
Je viens offrir a Voflrt ^Majefié (M nom de jh ViM
”*-*-* 'fr + ‘* + 'r + +~ + + *
à fa gloire.
GALANT. d* Arles, la Figure deTobe- lifque quelle a fait ériger nouvellement a fa, Cette Ville , Sire, qui fut autrefois un des plus Auguf- tes Théâtres de la magnificence & de la grandeur des Romains, Çÿ qui fe refentant encor aujourdhuy du commerce quelle a eu fi longtemps avec ces grands Hommes, femble en avoir hérité les genereufes inclinations, a toujours esté prévenue de tant d’amour pour les Actions Héroïques, quelle ri a pu voir celles dont V. M.
1
îÏq LE MERCURE "vient de fe fignaler dans ces dernierex Campagnes ,s fans concevoir pour Elle des fenti- mens de vénération, dont elle a voulu donner des marques publiques à toute la France, En effet, Sire, tandis que V. M. de fend fi genereufe- memt nos Frontières contre les efforts de tant dl Ennemis, que par tant de nobles travaux (ÿ tant de gloricu- fes fatigues, elle affurenoflrt repos , & nous fait mefme dans le plus fort de /<* Guerre, joïtir de cette profonde paix9 & de cette doff tranquillité
?
LE MERCURE répandent far tous les François, nous employions tous nos fains ed tous nos efforts pour immortalifer la fienne? Nous finîmes, SiRE,/fo«- vaine us d’un fi jufie & fi légitimé devoir , que ne pouvant rien trouver far la Terre qui méritait de vous efire offert, nous avons fouillé jufques dans le fond de fon fein, pour en tirer cet uugufte Monument que la Providence n avait fans-, doute pris foin d’y tenir cafie durant tant de Siècles, qua- fin que fin Antiquité le ren-
GALANT. n3 difl plus prétitux gÿ plus vénérable , plus digne enfin de ferwir un jour a la gloire du plus grand des Rois. Il eft <vray, Sire, & je veux Ta- 'voüer icy, quun fi grand gÿ fi magnifique dejfein aurait peut - efire demeuré longtemps fans execution, fi cette noble Compagnie qui compofe ‘vofire Academie Royale, gÿ que no fine Ville regarde com- me un de fes plus riches ornement, ne nous euft enhardis à cette entreprife, en nous remontrant qùil ne faut jamais rien trouver d'impof L ij
1 ? A. LE MERCURE
(on zele pour U gloire de
V. M. Comme ces lUuSires
Génies ont pour but l'Immortalité}
lit ont cru que ce
rieftoit point ajfe^de confier
au papier le foin de tranfwiettre
aux Siècles futurs le
Convenir des merveilles de
que le Marbre & le Bronze
fulTent employez à ce grand
voftregloire par un Ouvrage
qui puft durer autant que le
Monde} il eftoit nece*faire
GALANT. 125 que cet Obélifque demeurafi comme un grand Livre toujours ouvert aux yeux de lu Rofierlté, ou vos Allions immortelles fuffent écrites avec des caractères que le temps ne puft effacer. C'eft par la, Sire, que les uns & les autres Je font agréable- mentfiate^ de ce doux effoir, que vous aurie^fa bonté de recevoir ce témoignage de leur ryle avec quelqueJbrte de complaifàncede leur accorder en fuite l’honneur de vofire Augufie & Royale protection. C' efl i unique L üj
né LE MERCURE grâce, Sire, qùils viennent aujourd huy vous demander par ma bouche, & dont peut- eftre Kofire Majeflé ne les trouverait pas tout-à-fait indignes, fi on pouvait lu mériter par les plus profonds fentimens d'un inviolable refiiect, par les fer mens fo- lemnels d’une eterneüe fidélité, gÿ par les voeux ardens qu’ils font tous les jours att Ciel pour la confervation de voflre Perfonne Sacrée, au fi bien que pour la continuation de vos Profil eritez^ de vos Vicloïres.
GALANT. n7
Je ne doute point, Madame, que vous ne joigniez vos applaudiflemensàceux que l’Autheur de ce Compliment a reçeus-, & pour pafTcr d’Arles à Montpellier, je vous diray qu’on y parle fort du Mariage de Mademoifelle de la Verune avec Moniteur de la Quere Capitaine des Vaifteaux. C’eft une Heritiere qu’on tient riche d’un million. Cela eft confidérable-, mais ce qui eft beaucoup plus avantageux pour elle, c’eft que fa fortune, toute g?an- ' A » * y « • • .
L in;
nS LE MERCURE
de qu’elle eft, paroift encor
au de Hou s de fon mérité.
Mr de la Quere luy a
donné plufieurs Feftes. Elles
ont toutes efté d’une
galanterie admirable, mais
fur tout la derniere vous
fera voir que l’inconnu que
vous avez tant aimé fur le
Theatre, & que vous nommiez
fi plaifamment, L'Amuni
qui ne fe trouve point
ailleurs, n’a pas donné un
uence, qu’iiil
n’y ait des Gens qui faifent
gloire de L’imiter. Il ne
qu’aimer pour cela, & voicy
de quelle maniéré M‘ de
la Quere s’y eft pris? Mademoifelle
de la Verune
s’eftoit allée promener un
peu tard avec quelquesunes
de fes Amies & de fes
à dix-huit couverts. La mafutgrande,
&.
merveilieufe..
ijo LE MERCURE Il y eue huit Services difé- rens, &il n’y manqua rien de tout ce qu’on fe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d’elles ne s’atten-
doit à ce Souper, & moins encor à eftre diverties par un Concert admirable de Hautbois qui efioient dans un autre Cabiner. A ces Hautbois fùccederent les
Violons qu’on avoit mis dans le troifiéme ; & ils n’eurent pas plutoft celfè dejoüer,qu’une excellente Mufique le fit entendre du
GALANT.
dernier de ces Cabinets.
Le Souper eftant fîny, la
Table fut couverte de Bouquets
de Fleurs de toutes
les Saifons, & de Rubans
de toutes fortes. Un moment
apres on propoû de
s’aller repofer dans des
Chaifes de commodité qui
eftoient dans le Pavillon,
& ce fut de nouveau un
y. LE MERCURE
dont la lumière leur fit déèouvrir
les apprefts d’un
très-beau Feu d’Artifice
qui dura plus de detnyheure.
Il fut fuivy d’un
nombre infiny de Fulecs
■ •
en l’air de cent diferemes
maniérés, le Nom & les
dclaVcrune. Ce Divertifcontinuerent
de marchef
vers le Pavillon, & furent3
peine affifes dans le VeftiGALANT.
155
Lent la Comedie.
| du derrière de la Tapiflerie, des A&eurs qui leur donne- Ce fut par elle que cette galante p Fefte fe termina: elle ne 1 finit qu’avec la nuit; & cette belle Troupe n’euft 1 pas lieu de regreter les | heures que tant de plaifirs j luy firent de'rober au fom- meil. •
J® Vous voulez bien, Ma- 1 dame, que de Montpellier ÿ je vous raraene à la Cour, tl & que je vous fafle encor une fois part de l’Epiftre qui ® fut envoyc'e par Monfieur
I
134 LE MERCURE
deRamboüillctà Monfîeur
le Prince de Marfillac apres
les dernieres Conqueftes
du Roy. Il manquoit beaucoup
de Versa la Copie qui
eftoit dans ma derniere
Lettre, vous le pourrez facilement
connoiftre en lifant
celle-cy^oilvous trouverez
des agrémens qui
A monseigneur, le PRINCE DE MAR s IL LAC.
E P I S T R E.
AV lieu de jeûner le Carême,
D'eftre avecun vifage blême, A faire vos Dévotions, Et vacquerà vos Stations i Tout ce temps vous avezfait rage
*
ft
■î
it:.
;
I
parmy le frn^ & le carnage, Veus n'avezjnalgre les hasards y Son^equ'à forcer des Remparts^ I Vous ave% pris trois grades Villes, ' Des Flamant les plus feurs utiles, Me frie v ous av e tffait périr Ceux quivenoicnt les fecourir.
■ ■ • < \ 1 v:’“
LE MERCURE pury leur audace infolente, Dans une Bataille fanglantè, Ce que les plus grands Conquérant 273aur oient jamais fait en quatre ans.
le ne flay ce que le Saint Pere Aura jugé de cette affaire, Mais jamais cheffesplus pieux Carême ne fepaffa mieux. La prife de Valencienne, Eft une action fort Chre[tienne. Violer quand on fut de dans 5 Sembloit eftredu Droit des Gens^ L e plus modéré, le plus fage B rafle alors, met tout aupillage- Vos Soldats mieux difciplinez^ Parla feule gloire menez^, Dans une Place ainfi conquife. Entrent comme dans une Eglife, DesDémonsquadils stit aux rhaitih Et quand ils font Vainqueurs , Saints.
GALANT. IJ7
L o ii i s, l'ame de ces merveilles
i Qui n eurent jamais de pareilles, prouve maintenant à propos ty Que les Corps prennent du repos.
1
)
) I
*
ai
I ><
Il a bien voulu leur permettre Quelques fejours pour fe remettre# I uy cependant fait mille tours, Jdame veille^ elle a fit toujours^ Et repaffe fur toute chofe. Pendant que le corps fercpofe. Mats on dit que daspeu de temps Vous alléguons remettre aux chaps. ïï,. Où Diable allez^ vous donc encore* Eft-ce auNordiefcev ers l'Aurore? Vouler^vous vous mettrefur E eau?' Et pajfer la Mer fans Vaiffeau? Les Dauphins de la MerBaltique.. ' Les Baleines du Pble ArEhque, Ma foy\vousriaure^qua vouloir3;
? Viendront vos ordres recevoir * Et fur te Zelandois rivage Tome e,- M?
* —• *•
ijg LE MERCURE
Vous dvezfibien pafié le Rhin,
Cette Barrière fi terrible,
Dont le paflagc eftfi pénible,
Que Rome, maiftrejjede tout,
dl peine en vint jadis à bout.
.Ayant Lotiis à vofire telle,
Vous n awrezjien qui vous arrefît*.
A fes armes tout réüffït5.
Tout luy fuccede\ tout luy rit.
veuès
Tle font pas ajfe \e tendu es
Exaltent autant fon bonheur?
Que fa prudence & fa valeur?
IMaù quand on fait eftre fevere
Sans ceffer toutefois de plaire
Tors qü on fait infpirèraux coeiïti
GALANT. ij<>
Rt que les Minif resfidelles
Dont avec foin on a fait choix,
Sont au deffas de leurs Emplois,
Quavec jxfiiçe on difpenfe
Et la peine & 1% récompenfe,
Qjfpn fait toutes ebofes prévoir,
X tous les accident pourvoir,
Et que jamais on ne viole
le Don facré defaparôle,
^Ivecfes talens merveilleux,
il ef bien aisé deflre heureux.
Cependant par trop entreprendre,
Vous pourriez^ plus perdre que
prendre:
Contribue’ au bonheur commun.
On doit fa cri ferfa vie
^4 la gloire de fa Patrie.
Que le R hin vit tomber fur vous,
Tous les jours une ardeur nouvelle
M ij
& ’V
VJ
ï4o LE MERCUPxE J^ous fait expo fer de plus belle d Mais il efl bon de regarder Qtiil ne faut partout hasarder:* t Et quelesTefles couronnées^ De dvent.au moins eflre épargnées.- Cornentfoüffreg-voas que le Royv (le n'y penfe point fans effroy) Soit à toute heure aux moufque* ta de s.
Toujours en butte aux camonadc(. J^ous^ Seigneur.* qui foir & matin JLc voyezjiud comme la maint Vousfavezfifdcvezfiuy dire* Quoy que des Dieux fonfang il Wt( Encore qu ilfoitun Héros* Qu il efi pourtant de chair & d'oSr Et qu'il abc foin d'une Armure La mieux trempée & la plus dure. Si fon Frere rien eut point linduroit pasdes Ennemis Dans cette Bataille fdmeufi.
nous verrions dans la douleur
Madame qui rit de bon coeur,
jd Armure pourtant la meilleure
jft emp efch e pas quon n'y demeure^,
je Canon eft encore plusfort,
purenne afubyfon effort^
Peuvent en eftre mis en poudre: •
Ainft vous devczjout ofer
pour l’empefcher de s'expofter',
Qui doit toujours eftre le Maiflre,
En ce point ne doit jamais l’eftre,.
Le plus feur eftde revenir,
Bien ri a droit de vous retenir.
Lors que des Bèautexftefolées
Sont par voftre abftence accablées
'■ D’ennuis & de vives douleurs,
■ Et leursb eaux yeux noyezyLe pleurs^
Et la Gloire eft moins belle qti elles.
i41 LE MERCURE L eur C are fine eft un peu trop lon^ Leur Iubiléhors de fiaifon. Pourtant quoyquela Bulle di)fie,, ■Et tous les Canons de l'‘ Efii[ey Ils ne finiront que le jour Qfi elles vous verront de retour.
a
Pendant que nous foraines à la Cour, je dois encor vous dire que le Roy a nommé Monfreur l’Abbé de Beauveau à l’Evefché de
Nantes, fur la Démiffion pure &fimp!c deMoniteur de la Baume le Blanc qui en eftoit Evefque. Cetilluftre Abbé eft recommandable par fon mérité &: par Û
GALANT. 145
naiïÛnce. On a veu dans
fa Maifon des Sénefchaux
d’Anjou, de Provence &de
Lorraine, des Gouverneurs
de Places, desPrefidens des
Comptes, des Chambellans
des Rois Charles VII.
ques d’Arles, d’Angers &
de Nantes. Elle elî alliée
des Maifons de Bourbon 6c
& de Vendofme, & de placeurs
autres des plus llluftres
du Royaume.
Le Roy a pareillement
donné deux Abbayes à
Monïieur le Cardinal de
. Tour ce que je
pourrois dire de ce Prince
âel’Eglife fieroit infiniment
au defi'ous de luy. Sa naifi
fiance eft connue, fion efprit
& fia conduite ont paru
dans les grandes AmbafTades
dont il s’eft acquité avec
tant de fuccés , & fies
maniérés honneftes & encoetirs
de tous
le connoiftent.
ceux qui
Monfieur
d’Ormoy, quatrie'me Fils
de Monfieur Colbert, en
gagna beaucoup dernièrement,
& fie fit admirer d’un
nombre
GALANT. »4ÿ
nombre infiny de Gens de
la première Qualité, qui furent
prefens à l’Aéte de
toute la Philofophie, dédié
à Monfeigneur le Dauphin,
qu’il foûtint dans la Salle
des Cordeliers, Se auquel
M‘ l’Abbé Colbert fon
Frere préfida.On n’a jamais
mérité tant d’applaudifïc.
mens dans un âge fi peu avancé,
que ce jeune Soutenant
en eut ce jour-là d’une
grande & illuftre Aflemi
blée. Ce qu’il difoit ne paroifToit
point un effet de là
mémoire, on eftoit con-
Tome g. N
î46 le mercure
vaincu qu’il l’entendoit, &
que fon efprit & fon jugement
partaient. Voicy des
Vers qui ont eflé faits fur
ce fu jet, & qui font dans
une eftitne generale.
O
ARGUMENT
Propolé â Mr Colbert d’Ormoy,
âpres l’A&e public de Phiiofophie
qu'il a foû tenu, n’ayant que treize
ans, fous Moniteur l’Abbé Colbert
fon Frere.
Aimable Enfant > jeune
veille > -
Vcus ave\ charme tout Paris,
Et lesplus Sages font farpris
GALANT.
*
10’;!
xi
U
U7 Devoftre Aclion fins pareille. En vous l 'Efprit & p Agrément, La Mémoire le luyement. Font une parfaite harmonie : Souffrez^donc q-uavec liberté„ Je propofe à ce beau Génie Encore une difficulté.
<$•
Faites-moy, s'ilvousplaift, comprendre
Par quel coup du Ciel ou du Sort Fous ave^ un Efprit fifort Pans un Corps fi jeune &fi tendre! Eflre Philofophe à treize ans! 2F eft- cepaafe moquer du temps l Vn Enfant fçavoir tant de chofep le le vey, mats ]'ay beau le voir. '' le vous* en demande les caufes „ ’ Et je ny puis rien concevoir'.
1U_ ‘ -J*
Dans tout ce que l'Hiftoire a fi femble "
Và
,48 LE MERCURE Et ramaffe de tous cojlez^ Succès ^prodiges, nouveauté^, le ne voy rien qui vous reflemble. Je cherche dans le cours des temps Quelque phtlofophe à treize ans. En qui je trouve vos lumières. Je rencontre afje^de vieux Fous, Mais pour des Saqes impubères, On nenvit jamais avantvous. fe
Quoy donc,vous aurez fi™ ré- fondre
vivant rà^e de fubertè A toute l’Fnïverftté, Et rien n'aura pù vous confondre. Je foutiens que cette Action Ejl une contradiction, Et voicy comment je raifonne : Voflre Efprit en ce nouveau JJ'a point eu l'exemplequ ildonn Donc il donne cequ'ilnapa^.
GALANT. 149
Avoflre açc parler en Maître De l'Ame & de fes mouvemens ! Voir le fonds des raifonnemens ! Difcourirdes Confies de l’Etre ! Répondrez tout.)& tout prouver l Cela ne fiauroit arriver Que par quelque métempficofe.. Nous rien croyos point parmy nous? Mais enfin, quoy que l'on m’opofe, JTgftreEfprit eft plus vieux quevoUS $
MaE pourquoy ( dit la veix publique )
N'auroit-il pas toujours rai fin, P um qu'il eft de cette Mai fin Où la Science eftdcmeftique? il faut que fur tout il fiitpreft, Eftant Difiiple comme il l'eft, D'un fi docte & fifape Frere. Cleftcequ on-dit de toutes parts?
N iij.
Ijo LE MERCURE
Outre que voftre Illuftre Pere
Eft le Pere mefme des Arts.
»$•
il eft vray j mais je vous confie fie
Que je ne ftauroie concevoir,
Comment fi jeune on peut avoir
Z es plus beaux fruits de lavieilleffe.
Hécomment doncavez-vous fait !
Quel efl ce merveilleux fccret,
De joindre au P rint ëps 'un ’ Au fond
Voila toute ma Qtteflion,
Et je ne croypa* que perforine
En fâche lafalution.
i/x LE MERCURE a pas ofté 1 efprit d’enjouement, & qu’elles ne laiflent échaper aucune occafion i de fe taire des plaifrs de tout ce qui en peut caufer | d innocens, elles longèrent à quelque galanterie qui | leur puft donner part au I DivertiïTement qui fe pré- paroir. Le foin qu’elles eurent de s’en faire inftruire» leur fit découvrir qu’il con- I fiftoit en un grand Repas que le Marquis donnoic à I quelques-uns de fes Amis, | dont on ne leur put dire j gué le nom de trois, & que '
GALANT, k for les cinq heures du foie on le devoir rendre dans U Plaine, où il y avoir un Prix propofé pour celuy qui montrerait le plus d adrefTe à tirer. Heureufement pour elles , les trois Conviez qu’on leur nomma eftoient de leur connoiffance, elles en fçavoient les Intrigues, Il s’agiffoit d’une Fefte qu’on célébrait-, la coû- tume veut qu’on envoyé des Bouquets, & ce fut ce qui leur donna la penfée de ce quelles fé réfolurenc d’executer. Elles entrèrent
1
GALANT. ïjj
LES INCONNUES,
AUX quatre tenans de la Fefte de * * *
Nous croyons r Braves
Tenons, qu il esl de noftre honneftete, ayant la- yantage d'eftre de vos Vol- fines, de contribuer pur quelque Galanterie auplaifir que (vous vous propofe\de donner aujourd hny a tout le Canton, pour y faire plus dignement chommer voftre Fefte j &. comme (vous eftes
«7
*»
?
LE MERCURE
quatre Amis fort unis et
toutes chofès , nous craindrions
de vous donner un
faisions en ce rencontre aucune
diference entre vous.
C’eft ce qui nous oblige à
vous envoyer à chacun un
Bouquet. Conftdere^ - lis
bien 3 & r
doute 3 qu
fonger plus d’une fbis pouf
vous en choifîr de tels. &
nous pouvons 3 ma Soeur &
moy, nous dérober demain
d’une partie de Chajje ou
flot6S fommes engagées, nous
irons voir avec quelques
Amis le cas que vous faites
de nos Prefens. Nous efrerons
que vous ne dédaignepas
de les porter. Sur
Nous avons interefi a n eftre
pas connu'és de tout le monde.
adieu. Ce font vos
Servantes & Amies, Les
Dames du Mont Brillant,
a deux lieues de che^
vous, que vous voifne^ af
if LE MERCURE’ fe\ rarement. Cela foit dit en partant.
Le lendemain de grand matin ces deux belles Compagnes de fortune mirent la Lettre & la Bocte entre les mains d un Homme inconnu qui ne manquoit pas d adreffe. Elles l’inf- truifïrent de ce qu'il avoir a faire pour n eflre pas fui- vy, & luy donnèrent ordre de Iaifler 1 une & l’autre au premier qu il trouveroic des Domeftiques du jeune Marquis. La chofe rciiffit
GALANT. 159
comme on l’avoir projette.
Le Prefent fut rendu
au Marquis, fins qu’on luy
pull dire qui 1 ’envoyoit.
Celuy qui s’en eftoit chargé,
l’avoit donné a un Cocher
pour fon Maiftre, &
Je Cocher ne s’cftoit pas
mis en peine d’en rien apprendre
de pfus. Le Marquis
fe promenoit dans le
Jardin avec fes Amis,
quand ce Prefent luy fut
apporté. C’eftoit le jour de
faFefle. 11 ne douta point
non plus qu’eux, que la
Boëte ne fuit une marque
I«o LE MERCURE de fouvenir de quelqu’une de lès Amies, & dans cette penfée il reçeut avecplaifir les congratulations qu’ils luy en firent ; mais il fut bien furpris, quand ayant jette les yeux fur la Lettre, il vit qu’elle s’adreffoit aux quatre Tenans. La nouveauté de ce'Titre luy fit aifément juger qu’il y avoic là de i’avanture. Il en rit
* ' •
avec fies Amis, la Lettre fut leuë, & le miftere leur en parut fi plaifant, qu’ils eurent impatience d’en voit la fuite. Ainfi quoy qu’ils
GALANT. i6ï duflent craindre de trouver quelque folie dans la Boéte, ils fe hâtèrent de l’ouvrir, fans qu’un trou que fe fît le Marquis par un faux pas fur le pommeau de l’Epée d’un Gentilhomme de la Compagnie , ny le fang qui fortoit de fa blef- fure, les puft rendre moins emprefîez à fatisfaire leur curiofîté. Vous rirezde ces circonftances, mais elles font efîentielles, parce quelles fontvrayes, & je vous conte nuëmenr les choies comme elles font arrivées.
Tome 6. O
i6x LE MERCURE
A l’ouverture de la Boëts les Bouquets parurent. Ils cftoient extraordinaires. Le premier qui en fut tiré, eftoit celuy duMaiftre delà Maifon. Les belles Perfoiu .nés qui les avoient mis par ordre dans la Boëte, luy en avoient voulu faire l’hon* neur. Il confiftoit en un beau Chardon noué d’un Ruban feüille-morre, avec ce Billet attaché autour..
VOila, jeune Marquis, unpetit R éveille matin, jjeur faire penfer
GALANT. voBre defante Maiflrejfe, qui cependant prend toute la
part quelle doit a la magnt' ficence dont vous faites parade en public. C'eft une vertu qui ne manque jamais d'accompagner une belle ame comme la vofire, a laquelle il ne manque rien qu'un peu de véritable amour, que nous vous foubaïtons en bonnes Amies.
On plaifanta fur ce Billet, dont on chercha l'explication. Je ne fçay fi elle fut trouvée, mais je fçay O ij
164 LE MERCURE bien que le fécond Bouquet qu’on tira eftoit pour Monsieur le Comte de*** Il eftoit compofé de Sauge avec un Ruban vert, & ce Billet.
7
GE petit Ruban mert^ cher Comte, ne mous ofle pas tout-a-fait l’efierance de regagner lâ bonnes grâces de mofire Maifirefe, & nous croyons que fi elle efloit perfùadée que mofire tendre (fie fu fi telle qu elle lafou- haite} mous fèrieg heureux & content. E^ere’zjoûjours»
V
X "TOus ne devez, pas eflre
y le moins content de ce
que vofire bonne fortune
•vous envoyé le jaune. qui
de vos amours. Nous ne
vous difons rien de la Rue,
un Homme à bonne fortune
«56 le mercure comme vous en peut quelquefois avoir b efoin. Si vous nen favcc^ pas /’'explication , montre-^-la d. vofire SMaiftrefe. Elle vous dira fins doute que cela ne peut venir que de véritables A- mies, & fort interefées pour vous.
On crue ce Billet malicieux, & chacun luy donna telle interprétation qu’il voulut, fans que le Cavalier qui entendoic raillerie s’en formalifafl. On vint au dernier Bouquet, qui &
GALANT. ié7 trouva une belle Ortie fleurie, noüée d’un Ruban couleur de chair pafle. Le Billet que ce Ruban enfermoir, portoit le nom de Monofleur*** que d’indifpenfa- bles affaires qui luy eftoienc inopinément furvenuës, a- voient empefché de venir au Rendez-vous. A fon defaut, on ne voulut pas laiffer le Bouquet fans Maiftre.&on pria un autre- Comte, & un jeune Chevalier, qui a voient au fli eflé priez de la Fefte, de voir entr eux qui l'accepteroic.
Ils s’en excufercnt l’un &
l’autre, & prétendirent que
les termes du Billet ne conviendroient
pas à ce qui
leur pouvoir ellre arrivé.
On l’ouvrit, & ces paroles
y furent trouvées.
rent longtemps d’entretien
à la Compagnie. On fe mit
à table, & les Tenans ne
manquèrent pas de boire à
la fan te' des Belles In connues
du Mont Brillant. Les •
ordres furent donnez pour
leur apprefter une magnifique
Collation quand elles
viendroient à la Fefie, où
l’on ne douta point que
l’impatience de voirl’efec
Cependant comme ces aimables
Reclufes n’eftoient
pas en pouvoir de fonir de
1 ome 6.
17O LE MERCURE
leur Couvent, l’Avanture
auroit finy là, fi le hazard
qui fe meile prefque de
tout, n’y euft donné ordre.
Le grand chaud commençant
à fe paifer, il y
avoit déjà beaucoup de
monde amaffé dans la Plaine
où l’on devoit tirer pour
le prix. Le Comte & le Cavalier
qui avoient eu part
aux Bouquets, s’y eftoient
raifonnoient enfemble iur
l’incident de la Boéte,
quand ils apperçeurent
deux Dames qui s avauj
• GALANT. iyt çoient au petit galop avec deux Cavaliers, & en équipage à peu près de Chaf, fcrefles. Ils ne doutèrent
> point quelles ne fu fient les | deux Inconnues qu’ils at- i ondoient, & ils fe confia I nièrent dans cette penfée en leur voyant mettre pied p terre, ce quelles firent î pour jouir plus à leur aife du Divertiflemer.r public, j Outre l’intereft particulier |quils avoient à noîier convention avec elles, la ci «Iké feu|e fe obligée,t i leur faire compliment & p y ’ '
1?. LE MERCURE ils le commencèrent par un remerciaient de 1 exactitude qu'elles avoient eue à venir s’acquiter de leur parole. Elles connurent d’abord qu’on le me- prenoit -, mais comme t Mafque lesmettoit en leu- reté, elles fe firent un plai- firde cette méprife,& voulant voir jufqu’où elle po’J- roic aller, elles répondirent d’une maniéré qui détrompa point les deux Tenans. Elles avoientde ici' prit-, un Rôle d Avantu Hères leur parut plaifant
i ne de-
de l’ef'
jouer, & elles n’eurent pas
de peine à le foûtenir. Il
fut dit mille chofes agréables
de part & d’autre. Le
Comte les a (fur a qu’il garderoit
fort foigneufemenx
le Ruban vert, & leur promit
d’cfpcrcr fur leur parole.
Le Cavalier fit avec
elles de fon cofté uneplaifanterie
fur la Rue, & ny la
Rue ny le Ruban vert ne
les purent déconcerter. El les
fe tirèrent de tour par
des réponfes ambiguës ; &
leurs Conducteurs qui ne
partaient point, ne pou-
P iif
i74 LE MERCURE
voient s’empefcher de rire de les voir fournir fi longtemps à un galimatias, où ils eiloient affurez quelles ne comprenoient rien non plus qu’eux. Enfin fur le refus qu’elles firent de fe démafquer, & de venir au Chafteau prendre la Collation qui leur effoit préparée, le Comte & le Ca- . valier crûrent que c’eftoic au Marquis à faire les honneurs de fa Fefte, & ils coururent l’avertir de leur arrivée. Les Dames prirent ce temps pour s’échaperj elles
«
GALANT. 175
n’avoient eudeffiein que de
fe divertir une heure magnito,
& jugeant bien que
le Marquis,ou les feroit luivre,
ou les obferveroit de
fi près, qu’il feroit difficile
qu’il ne les reconnut, elles
aimèrent mieux fe priver
du plaifir quelles avoienc
faire voir quelles avoienc
joiic de faux Perfonnages.
Amfi le Marquis ne les
trouva plus quand il arriva,
& il n’auroit pas fçeu qui
elles eftoient, fans un Gentilhomme
qui furvint, &
P
qui venant de les rencontrer,
leur dit que c’eftoiént
Dame du refte du jour, le
Marquis, quoy qu’étonné
de la promptitude de leur
la galanterie des Bouquets,
& leur rendit vifite le lendemain
avec les trois autres
Intéreficz. Le galima’
tiass’y recommença. Elles
.en rirent quelque temps,
mais enfin elles leur protefterent
fi férieufement
GALANT. 177
avoient ce
it, que les
Tenans furent obligez de
chercher ailleurs leurs Inconnues.
Leur embarras
ne ceffapoint, quelque recherche
q ails H (Te n r d a n s
Je voifinage, jtilqu à ce
qu’eftant allez voir les deux
belles Reclufes au Couvent,
ils connurent à quelques
paroles de Sauge & de
Chardon qui leur échapa,.
que c’eftoient elles qui les
avoient régalez de G beaux
Bouquets. Un grand éclat
de rire dont elles ne purent
i78 LE MERCURE
fe defendre, acheva de les
perfuader. Ils en raillèrent
avec elles, & apres quelques
legcres façons, elles
leur avoüercnt ce qu’ils
n’auroient peur-eftre jamais
fçeu, fi elles fefuflcnt
obftinées à le cacher.
Puis que nous fomnies
encor à la Camuarne. vous
je vous mene à la Chane,
vous y trouverez bonne
Compagnie.
Monfeigneur le Daucelle
des Renards, ayant
GALANT. 175
efté averty qu’il y en avoir
à une petite lieue de Verfailles,
dans le Parc de la
Terre de Joüy, dont Mc
Berthelot cil Seigneur, y
alla prendre ce divertidement
l’un des "premiers
jours de ce mois , accompagné
de Meilleurs les
Princes de Conry, de Monteur
le Duc de Montaufier
fon Gouverneur, de Monteur
le Duc de Curfol, &
de plufieurs Officiers de fa
Maifon. 11 arriva dans ce
Parc, ou M' & MeBerthelot,
avec leur Fils aifné,
J8o le mercure Sous-Lieutenant desChaf- fes de S.Germain, eurent l’honneur de le recevoir. En pafiant devant un Pavillon qui venoit d’eftre bafty fur la Fontaine du Parc, & qu’on commença d'appcller le Pavillon Dauphin , il fut fuplié d’y vouloir entrer avec ceux qui F accompagnement. 11 y trouva une fort belle Collation de toute forte de Fruits, apres laquelle il alla pourfuivre un Renard qui fe fit chafter, mais q-d s’échapa en fe terrant. Ce
GALANT. jSi jeunePrince retourna trois jours apres au melme lieu, & avec la mefme Compagnie. lldefcendit auChaf- reau, s’y promena de tous les codez , & paÛant dans le Salon , il y fut régalé dune Collation magnifique. Il demeura quelque temps à table, & eftanc allé enfuite chaiTer dans le Parc, où l’un de fes Gens tua unLievre, il donna ordre qu’on le portait à Madame Berthelot, qui fai- foit les honneurs de la Maison. Deux jours furent en-
• *
LE MERCURE cor à peine écoulez, qu’il Te fendit pour la troilïéme fois dans ce rtielme Parc,ou Môfieur le Duc du Ludc fe rencontra. Le Fils aifnéde M Berthelot luy prelènra deux grands Barils de Bois de Cedre, remplis de Poudre. Ils eftoient très curieu- fement travaillez, & enrichis d argent cizelé, avec des Dauphins d'argent au deflus. Ce Prelent eft galant pour un Officier des Chaïïes, à un Prince qui aime à chafler. La Collation luy fut fèrvie dans le
GALANT.
; pavillon Dauphin, & pré- i céda le divertiffement de i la Chaffe du Renard, qui ; courut longtemps de parc & d’autre, & s'alla terrer.
i Il falut le bêcher pour le j prendre. Le plaifir en fut • grand} & Monfeigneur le I Dauphin fortit de ce lieu tres-fatisfait.
Voila, \Iadame, vous s entretenir longtemps de bien des chofes, fans vous avoir encor rien dit de nos Affaires de Catalogne. Vous ne devez pas eftre furprife , fi j’ay attendu
ï$4 LE MERCURE jufqu’à aujourd’huy à vous faire part de ce qui s’y eft pafïé depuis l’ouverture de la Campagne. Vous fça- „ vcz que je n’ay pas accoutume de vous parler de ces forces d'Articles par morceaux, & que je ne vous en donne jamais de nouvelles que quand j’en ay aflez amafïe pour en faire un corps. Les Efpagnols a- voient formé le deÛein d’une grande diverfion de ce cofté-là, & cela par politique. Ce Pais eft pluS prè s d’eux, ôclcs avantages
GALANT. i8j cfu’ils fe tenoient a Aurez ct’y remporter , dévoient faire une plusforte impref- fi o n fu r l’e fp r i t d e s P e u pi e s. Us firent des levées dans route s I eu rs P rovih c es,au f- quelles ils donnent le nom» de Royaumes, & choifi- rcntieComte dcMontcrey pourViccroydeCatalogne, & pour General de cette Armée. Il eft adroit, vigilant , & d’une exactitude mervcilleufe à faire bien
‘ % • «, g
fervir fon Prince. Ces grandes levées eftant faites;,. &: la plupart des Nobles ayant
Tome 6. Q
JU le mercure joint l’Armée, partie comme Volontaires , partie comme Officiers, la Cour d’Efpagne en efpera tour, & fe fortifia encor plus dans le defiein de faire quelque entreprife confi- dérable fur les François en Catalogne, pour faire oublier au Peuple de Madrid les Con quelles du Roy en Flandre. Ainfi le Comte de Monterey reçeut ordre de partir en pofte de Sar- ragolfe où il eftoit^ d’aller a Barcelone , d’y arrefter lix Vaillèaux chargez de
! J
GALANT. 187 groupes pour la Sicile, & de les faire fervir en Catalogne. Douze cens Fan- taffins levez dans le Royaume de Grenade , arrivèrent en mefme temps à Barcelone. Le Meftre de Camp de Valence luy mena deux mille Hommes un peu apres-, & d’autres levées faites dans le mefme Royaume & dans l’Anda- loufie,les joignirent pref- Le Corate eftant arrive qu’il devoir Mon Leur le Oïj
que aulïitoft. de Monterey dans l’Armée commander,
Marefchal Duc de Nad
vailles & luy s’envoyèrent
faire de grandes civilircz,
& fe firent dire qu’ils fe
verraient. Ce Comte voiu
lut paroifire le plus civil.
11 fit avancer fes Troupes,,
& marcha du coflé de
GALANT. grande Gar de. Deux jours apresj le Comte de Mon,, terey voulant paffer un De'filé à la veuë de noflre Armée, Monfieur de Na- vailles le fit charger, & le contraignit de fe retirer en de for dre apres une Efcar- jnouche de trois heures» où les £fp beaucoup de monde. Quelque temps apres, Monfieur le Duc de Navailles ayant eti avis que le Comte de Monterey avoit commande huit cens Miquëkts avec urt Détachement de
heures^ pagno’s perdirent
J
I9o LE MERCURE Cavalerie ,, pour nous ofter la communication avec le Lampourda.n , il envoya quelques Troupes fous Mr de la Rabliere Maref- chal de Camp, qui les défit. On tua les deux Comman- dans, & on prit deux autres Officiers. Voila toute la Campagne en peu de mots jufqu’au jour de la grande Défaite des Ennemis dont vous avez entendu parler, & que je vay vous apprendre , avec des particulari- tez que vous n’avez aflure- sncnt point vcuës cnfenk
GALANT. 19» ble. Vous tremblez peut- efire déjà que je ne vous aille faire une longue Relation, que je ne vous-accable d'une infinité de ternies de Guerre, & que je ne vous nomme tous les Villages par où l’on apafie, & tous les Portes qu’on a occupez. Rafiurez - vousr Madame, je ne vous par- leray de la Guerre que d’une maniéré qui n’aura rien d’ennuyeux pour vous, & qui fera tres-intclligible aux Dames à qui vous faires part de mes Lettres. C’ert
*4-
LE MERCURE pour elles particulièrement que j’écris, & je ne feray ce Récit que comme vous le ferrez vous-mefme. S’il n’a pas le tour aifé & naturel que vous luy donneriez, il aura du moins le charme de la brièveté. Fiez-vous-en à moy, je vous prie, & ha- zardez-vous fur ma parole à lire ce que je vous envoyé- Nous eftions entrez en Catalogne malgré les grandes forces que les Ennemis y avoient; nous avions fait chez eux tous les degafts imaginables, confomme leurs
mène nous
entre les
e les Efle
mais nous n aentrer
danslePaïs
GALANT, in
leurs Fourrages, enlevé
leursBeftiaux, & donné en.
mefnie temps aux
le moyen de faire
ment leur récolte
Rouffillon
vions pu
ennemy
ges étroits q
Montap-nes
pagnes
empefeher le retour. En
effet ils s’eftoientdéjafaifis
de quelques-uns en intention
de nous attaquer. Nos
Troupes leur cedoient en
Tome 6. R
ï94 LE mercure nombre. 11 eftoit queftion de fortir des Monts où nous
nouseftions engagez, &ce fat dans cette difficulté qu’éclata la prudence & la conduite de Monfieur le Duc de Navailles. Il envoya fes ordres à Monfieur ✓
le Chevalier d’Aube terre, Gouverneur de Colliou-re, & Lieutenant General des
Armées duRoy, defe rendre
maiftre d’un Pafïàge appelle le Col de BagnoR qu’il fçavoit qu’on avoir deffein de luy fermer. M‘h Chevalier d’Aubeterre par-
GALANT,
ÿt environ a minuit, avec
nifon & des Milices du Pais.
Il trouva que les Ennemis
avoient occupé des Hauteurs
& des Rochers efcarpez.
Il les en chafla avec
une vigueur incroyable, &
fit fuir deux Bataillons qui
venoient à leur fecours.
Le chemin eftant ouvert
i — . ' ’ * v Mr de Navailles commença
à faire marcher dés ce
jour là. Les Ennemis vinnoftre
Canon -, il y eut quelques
efcarmouches, & on
R
LE MERCURE
les recommença le lendemain.
Les Efpagnols en Bataille
voulurent gagner une
Montagne fort haute, mais
on les en empefcha. Cet
obftacle rompit leurs mefures,
& nous occupâmes
une Hauteur qui nous ofta
tout lieu de rien craindre
d’eux. On demeura trois
jours en prefence, & pen'
danttoutce temps onneft
que des efcarmouches. Ofl
chargea trois Efcadrons
ennemis qui avoient pafle
une Riviere, & quieftoien£
foutenus defeptRegimens
GALANT. 197
J’Infanterie. L’avantage
noiis demeura avec perte
pour les Efpagnols de plus
defept cens Hommes qui
furent ou tuez, ou faits prifonniers,
ou mis hors de
combat. Noftre General
n’ayant plus rien à fait®
dans le Pais, fongea à s’en
retirer, & fit marcher les
premiers Bagages. Cette
marche fut dérobée à la
connoiflance des Ennemis,
aufli-bien que celle de toute
l’Armée qui commença
à défiler à minuit. Lorsque
le Comte de Monterey en
LE MERCURE
futaverty, cette nouvelle le
mit au defefpoir, & il marcha
avec tant de précipitation,
qu’il joignit noftre
Arrieregarde. Moniteur de
Navailles avec uneadreïTe
GALANT. 199
Je la Victoire, que dans
l’impatience de combatre,
ils vinrent enfin à bout d’attacher
l’efcarmouche j ce
qu'ils firent avec uneimpétuofité
qui fe peut à peine
concevoir. Us occupèrent
des Hauteurs; rnaislesNoftres
apres les en avoir chafent
d autres,
ît fi bien cet
avantage pendant toute la
journée, qu’ils donneront
lieu aux Bagages d’avancer
beaucoup & de fe mettre en
feuretc. Monfieur de Navailles
ne craignant plus
R
ioo LE MERCURE rien, & ayant fait voir an Comte de Monterey qu’il enfçavoit plus que luy, mit fon Armée en bataille dans le lieu qu’il jugea le plus avantageux, & fie pofter fon Canon de forte qu’il fut très bien fervy, & incommoda fort les Ennemis. Noltre -Ceneral voulut encor gagner une Hauteur; & ce qui paroift incroyable, nos Troupes qui dévoient eftre fatiguées de tant de mouve- mens,ypafferent avec diligence & fans aucune con- fuEon,par un effet des o.>
rent au
très ion ordre
s’engagea
int trois heures
longueur de de
lurent de périr plutoir que
d’abandonner ce dernier
Porte. Les Ennemis vinà
nous en
& le Comtira
e la
Jres que Monfieur de Navailles
donnoit avec une
application & une, prefence
d’efprit qui n’avoient
rien d’égal que fon courage.
Ilanimoit tous les Officiers
à bien faire-, & les Soldats
encouragez par fon exemXO1
LE MERCURE ques, Bataillons contre Bataillons,la Cavalerie de parc & d autre eftant derrière 1 Infanterie, Nos Troupes ne firent aucun méchant mouvement y &c on ne les put obliger à reculer d’un feul pas. La Cavalerie que nous avions fur l’aille gauche fit des merveilles : Elle monta luruneHautdir pref- que inacceffible, &en chaf fa les Ennemis. Celle de la droite alla phifieurs foisàla charge, & en rua grad nombre. L Occafion dura cinq heures & demie,& fe termi-
GARANT, ioj na avec beaucoup de gloire pour le Roy. LcsEfpagnols y ont perdu plus de deux rnille Hommes. On leur a entièrement défait les Re- gimens d’Arragon, de Médina Sidonia& de Monte- leone. Tous les Officiers de ces troisRegimens ont efté tuez, bleffiez, ou faits pri- fonniers. On a fort mal traité ceux de Grenade & de la Cofte, & il y a eu un très-grand nombre de pri- fonnierSjCntre lefquels font plufieursPcrfonnesde qualité, dont quelques-uns.
XÔ4 LE MERCURE comme le Comte de la Fuente,leVicomre de Saint George & leCoîonel Hefte, font morts de leurs blcfTu- res. Cette Atlion eft d autan; plus glorieufe, qu’on a batu ’cs Ennemis dans leur Pâïs, quoy que plus forts, qu onyeftdcmeure'maiftre du Champ de Bataille, qu on leur a pris des Dra* peaux, & tour cela en fe retirant-, ce qui eft une cir- conftance remarquable; car les Retraites font ordinairement dangereufes, &: ©n y eft rarement attaqué
GALANT, qu’on ne foitbatu. LesEf- pagnols n’ont rien entrepris depuis ce temps-là, & voila à quoy ont abouty tous ces grandsArmemens, & toutes ces Levées quia- voient épuifé leurs Royau’ mcs de Grenade & d’Anda- loufie. Je vous ay tenu parole, Madame. Ce Récit n’eft embaraffé d’aucuns Noms dePaffages, & je ne l’ay pas mefme voulu charger de ceux de nos Officiers qui fe font fait remarquer, afin de vous en laiffet plus aifément fuivre le fil. Cela
aoé LE MERCURE ne me doit pas empefcher de leur rendre prefente- mentjuftice; & pour faire honneur aux Etrangers, je vous diray d abord que les Suides & les Allemans ne donnèrent quartier à personne, fur ce qu’un Trompeté des Ennemis vint déclarer qu’ils n’en feroienc point aux Etrangers. Si les François eufTent fuivy cet exemple, il ne feroit guere demeuré d’Efpagnols.
Les Regimens de Sault, de Furftemberg, de Na- vailles, d’Erlac, de Gafîion,
:
GALANT. 107 de la Rabliere, de Lanfon, de Lebret,& de Villeneuve, fe font diftinguez, auffi- bien que les Dragons, que rien n’a efté capable de- branier. Jamais on n’a G généralement bien fait dans aucun Combat. On n’a pas remarqué un feul Soldat qui ait reculé, & on ne fçait qui louer, particulièrement des Officiers, parce qu’ils mentent tous d’égales louanges.
Monfieur le Marefchal Duc de Navailles divilà fes Troupes en plufieurs
aog LE MERCURE
Corps, & quoy qu’il fuft
par tour, il ne lailia pas de
fe mettre à la telle d’un de
x-w -î ces Corps qu’il avoit lijudicieufement
divifez. M'de
la Rabliere Marefchal de
Camp, elloitàla telle d’un
autre, & monta fur une
Hauteur où il bâtit les Ennemis.
Mr de Gaffion Lieutenant
General, pareillement
à la telle d’un Corps,
occupa une autre Hauteur;
I GALANT. 109
coUp de marques de coeur
&dcconduite en cette occafion;
il Commandoit la
Cavalerie. M1 le Marquis
’ d’Apremont Marefchal de
Camp, y fit des merveilles.
Ilcftoit partout. Ce fut luy
?' qui foûtint les premiers
efforts des Ennemis, & qui
commença à leur faire con-
1 toient voulu répondre fi
4 fortement de la Vi&oire.
q La conduite des Bagages
q fut donne'e à Mr d’Urban
q Brigadier d’infanterie. 11
Tome 6. S
It
F
les mit enfeûreté, & revint
en fuite prendre part à la
gloire de cette fameule
Journée. Mr le Marquis de
Villeneuve Colonel de Cavalerie,
apres avoirfoûtenu
les efforts des Ennemis, les
vigoureufemcnr.
Ganges
fbrprenantÊS|
& forma- des Efcadrons,
tout
ne mi s. M1
S. André
ri <rafeu
des EnGALANT,
zn Belîegarde. Ce Marquis agir avec autant de prudence que de courage. 11 mena les Bataillons à la Charge, &fe montra digne du Sang dont il fort. Mrdes Fontaines Lieutenant d’Ar- ullerie, fit tout ce qu’on pouvoir attendre de luy. Son Canon fut bien fervy, & fi à propos, que les Ennemis en foufrirent beaucoup. Toutes les Relations parlent fi avantageufem en t de Mrs de la Rabliere & de Gaflion,qu’on neleurpeuc donner croj^de louanges* S ij
du Col de Bagnols avant
le Combat, montra une
vigueur extraordinaire à
chaffer les Ennemis qui
avoient occupé les Hauteurs
des environs de ce
Paffage, quoy qu’ils fuïfent
beaucoup mieux portez &
en plus grand nombre»
M1 de Raifon Capitaine au
RégO iment de SauleJ, &UIÎ
petit Corps de Suides, exécutèrent
tres-bien fes orGALANT.
lieu, Intendant General de
une Lettre en chifre de
Moniteur le Duc de Natoute
la Milice du Pais avec
le Chevalier d’Aubeterre,
& pour tenir preftes
les Munitions de guerre &
de bouche, & il prit foin
de tout avec une diligence
& une ponctualité qui ne
peuvent eftre aflez eftime'es.
Il chargeaM1 Héron
Com miliaire ordinaire des
Il ne me
«4 LE MERCURE Guerres, & des Convois tant par Terre que parMer, de l’execution de beaucoup de chofes dont il s’acquita tres-fidellemenr.
refte plus qu’à vous dire les noms desMorcs&desBlef- fez, tant d’aétions vigou- reufes n’ayant pu fe faire fans qu’il nous en ait coulle quelque chofe.
Capitaines tuc^.
M Chouerafqui M le Chevalier du Cros, M1 Du- lan.
■ • • .
Capitaines bleffe% Dave'nesj
Mrs Praflon 3
GALANT
Rardonanclie , Maurniay peTubas,Revellas,TronCj Romp, GefleretjBandron, Quantagril, Guafque, Saint Gêniez, Labarte, Sainte- Coulombe, Langlade, Bar- rierejBrouiran^Cliatonyillc Vulaine.
le Marquis de Ville- Colonel de Çava- & Mr de Conflans
Mr neuve le rie,
Major du Regimerir de la Rablierc, ont auffi eflé bleflez.
Je ne vous parle point des Efpagnols morts
blefTez» Ce font noms qui
ou
1
es.
/
né LE MERCURE vous font entièrement inconnus , & d’ailleurs le nombre en eft (i grand, qu’ils ne pourroient que vous ennuyer. Le Comte deMonterey a envoyé' de- manderle Corpsdu Comte de la Fuente par un Trompeté, & dire àMonfieur de Navailles qu’il avoit efté plus heureux que luy. Ce Trompeté le pria en mef- me temps de fa part d’avoir foin de laNobleffed’Efpa- gne qu’il avoit entre fes mains.
Quoy qu’on fafle paiTer l’Amour
GALANT, ny l’Amour pour la plus violence de toutes les Pallions, il faut que la Gloire ait quelque chofe de beaucoup plus fort, puis qu’elle oblige les plus honneftes Gens à préférer les fatigues aux plaifirs, & quelle les arrache fans peine de ce qui leur eft le plus cher, pour les précipiter dans les occafions les plus redoutables. Il eft vray que l’éloignement de ce qu’on aime, n’eft pas également fenfible à tout le monde. Il y en a qui ne trouvent
Tome 6. T
d’en foupirer, & j’en. connois
quelques uns qui s accbmodent
admirablement
bien des Maximes qu’on
nous a données là-deflus
depuis‘quelque temps. Elles
ont elle faites en faveur
d’une aimable Perfonne
qui recevant tous les jours
des reproches de ce qu elle
n’aimoit pas, demanda enfin
des Réglés qui ne luy
laifTalTent aucun embarras
dans l’engagement quon
eherchoit à luy faire pren
dre. Ces Vers luy furenE
k
r
galant. xi, envoyez un peu apres. Je ne vous en puis dire l’Au- theun II nous a voulu ca-
cher fon nom, «Juoy qu’il î(i n y ait que de la gloire pour E| luy a les avouer.
D ’ A M O U R.
V°ulo?s Ornant fè déclaré
h^ueJfins trop contefier, ^rnen^e^deuter: Far une in1“fie défiance,
T ij
tlo LE MERCURE |
Et fur un doute mal fonde,
Qui laffent d'un Amant toute la patience,
On perd fanent un Coeur q» on aurait pofledé. l
Za déclaration
Chacun de fen cofte la oi phfr Amour efl caché, [fallA de douceur.
11 faut aimer & fetaire* yneflame [ans myflere
Ne chatouille point un Coeu ■ 4fm qum fd t"m“ l,! f1” 0„ * **■ ' : * I
yienne de ce repec interre t cours _ I
GALANT. xxt Jl n'en faut pas aimer avec moins de confiance,
Mais il efi bon qu'onfe difpenfe De ces tiiftes langueurs où l'on pajfe fies jours,
Lors que de fe revoir on meurt d'impatience.
Car enfin àquoy bon gémir jufqu au retour l
En aurait on eu moins d'amour Pourriavoir pas poufsé desfoùpirs dam les nues ?
JV on, riimer de la forte, efi du file ancien,
de plus douces loix nos moeurs font defcenduës,
Et je tiens qu'à le prendre bien, J. es peines en amour font des peines perduèsr
Dés que la Belle rien voit rien.
Ta • •
11)
Il faut, quand cet Amour ? ex»
ce fit avec enjouement9
Pt qu'il laiffe le ton trafique
Pour le Theatre & le Roman.
Il n eft rien de plus falataire
Pour un Amant, que de railler.
P Amour eft un Enfant dont le
veut parler*.
2tâa& dés qu'il crie on le fait
taire.
27ous fuivrons toujours la me*
îhode
De cacher noftre pajfzon9
Ne trouvant rienplus intàmodc
Qjfun Amant deprofefilon.
On rit quand on le voit dans
chagrin extrême
GALANT, zz 5
Se mettre avec emprcjfement ,
J)erriere le Fauteuil de la Beauté
qu'il aime,
Four luy parler tout-bar de fin
Chacun fe divertit d une amour
cruel tourment,
Vn Amant bien fenfi ne doitparoiflre
Amant
Quà ce qu'il aime feulement.
Que jam a fo iwftre humeur trahi
noftre ame,
Qgy jamais nos Rivaux ne lifcnt
dam nos yeux
■ tériettx^
Autrefois un Amant eufi pafle pour
zi4 LE MERCURE S'il eiiji veu[on Iris fans changer de couleur.
Maintenant^ Dieu mercy, ny rou* geur, ny pdleur^
Chelles Gens de bon gouftnefont plus en ufage.
L'Amour veut dafecreti fajoye
& fa douleur
Doivent eftre dans noftre coeur,,
£t non pas fur noftre vifage.
*$•
Le dejfein de ceffet de vivre,
Si -toft qu'on fe voit maltraite
U e quelque inhumaine Beauté "N'eft pas à noftre avis un defein fort à fuivre.
\AuJfi nous abrogeons fcufage des poifonsr
JD efendons pour jamais les funcfiet foupçons.
Banni [fins tous les mots de ra& &' d'humeurs fombre s
GALANT, iif
Retenant feulement le Silence &
les Ombres
J?ov,r employer dans nosChâfont.
Que l'amant à la Maiftrefife,
Ny la Maiftreffe à l’amant,
Ne demandent jamais trop d’éclairciffement,
Quelque chagrin qui
Il faut un peu de bonne foy
Peur eftre heureux dans l1 amoureux
miftere.
Je veux vous croire, croyezymov,,
C'eft le mieux que nous pwfiions
faire.
Fuyons fur tout la curiofitè,
En amour il nef rien de pire.
Toujours elle fait voir quelque
infidélité,
Et je comois telAmdt quifoùpire
D'avoir appris certaine vérité
Qri_on riav oit pas voulu luydirfa>
izé LE MERCURE
Enfin de nos amours nouvelles
Bannijfons les tranfportsjaloux* On a tant de plaifir à fie croire fi- délies..
aiquoy bon fe vouloir priver d'uit bien fi doux l
Eft'il fottife èpale à la folblejfe extrême
D 'un Amant toujours alarmé / malpré les ferment de la Jielte
qu'il aime*
Chercher fe cé vaincre luy me fine' De rieftre- point afiessaimé l
Retournons à la Guerre, 'rien n’arrefte les François quand il s’agit de fervir leur Prince, & d’acquérir de la réputation. Vous venez de
GALANT. X17 voir combatre for Terre, voyez à prefent combatre fur Mer. Nous y avons remporté des avantages dont ceux qui ne font pas accoutumez à vaincre tous les jours par tout, feroient plus de bruit que nous.n’en faifons.
Le Capitaine Tobias fors eftimé chezlesHollandois, éprouva il y a quelque temps combien les Armes du Roy font à craindre. Il revenoit de Smirne, & commandoit une Flote compofée de trois gros
xiS LE MERCURE
VaiiTeaux de guerre, de
cinq Navires, & de huit
grandes Fluftes, le tout
extraordinairement riche.
Le VaifTeau qu’il montoit
eft oit de foixante & fix
Pièces de Canon, & chaque
Navire de quarante. 11 fut
rencontré dans la Manche
à la hauteur d’Oiiefïanr,
par M‘ le Chevalier de
Chafteaurenaut Chef d’Elcadre,
qui croifoit de ce
cofte-là. Quoy qu’il n’euft
que quatre Vaifleaux de
gates, cette inégalité ne
GALANT. LÎ9
|a réfolution de 1 attaquer:
Les Ennemis l’attendirent
en bon ordre, & voyant
leurs forces beaucoup au
fiance qui ne leur permettoit
point de douter de la
Vi&oire. Leurs huit Baftiniens
s’eftant mis en ligne,
& les Fluftes fous le venr,
M1 de Chafteaurenaut arriva
fur eux à la petite
I
Le
Mo LE MERCURE le Commandant, qui évita Cx fois 1 abordage. Combat fut long & opiniâtre. Nos Frégates pri- rent quatre grandes Fluftcs chargées d-Huile, de Tabac, & d Indigo, & deux Vaiffeaux Hollandois coulèrent a fond, avec de l’Ar- gent en barre, & pluïîeurs marchandées de grand prix. Leurs autres Vaif- lèauxont eftéfort mal traitez. Us s échaperent à la faveur d une brune qui ernpefcha Mr le Chevalier de Chafteaurenaut de les
GALANT. 151 fuivre. Chacun fçait qu’on ne peut avoir plus de coeur qu’il en fait paroiflre, que le péril ne 1 étonné point, & qu’il n’eft pas feulement bon Soldat & bon Capitaine , mais encor bon Homme de Mer, & fort intelligent dans tout ce qui regardel’employ qu’on luy a donné. Meilleurs les Comtes de Sourdis & de Rofmadec, & M1 Foran Capitaine de Vaiffeaux, fe font extraordinairement diftinguez. Mrs Huet-du Rueaux, de Banville, & de
LE MERCURE
Maifon-neuve, ont donné
des marques de leur courage
tant que le Combat a
duré. M' le Baron d’Audengervat,
Mrs de Moran-
Boifamis & de Sancé Lieutenans,
de Boncour & de
Courbon Enfeignes, de la
Haudiniere & de la Robiniere
Volontaires, & de
BellimontGarde de la Marine,
ont efté bleiTez en fe
fignalant. Les Ennemis
ont perdu beaucoup de
monde, & il ne nous en a
coudé que Mr Mercadet
ils nous ont
GALANT. i?5 Cet avantage n’eft pas je feul que nous ayons eu fur Mer. Mr le Chevalier deBreteiiil qui commande l’Efcadre desGaleresFran- çoifcs en Rouflillon, a enlevé deux Barques d’un Convoy qui vcnoit aux Ef- pagnols, & dont tout le feu de la Moufqueterie des- Ennemis ne put empefeher la prife. Il pourfuivit les autres jufques fous le Ca- non de la Tour de Palmoss
• I
aux Coftes de Catalogne.. B* # ' V • /.* T--" \ / •”/£/:
M‘ le Chevalier de Bourfe- ville fe rendit maiftred une
Tome 6. V
B
^4 LE MERCURE
troifiéme, & on ne peur
nees.
Il ne faut qu’eftre François
pour porter la terreur
en prenant les armes. Un
1 3 • /* Marchand du Havre sellant
plaint qu’un Corfaire
nommé le Capitaine Mauvel,
venoit de luy enlever
une Barque alTez confiderable,
avec le Pilote qn il
avoit deflus, Monfieur le
Duc de S. Aignan détacha
fans perdre temps fix Sol;
GALANT. zî5
failant promptement embarquer
dans des Chaloupes,&
quelques autres dans
un Bateau qui fert à porter
le Bois, afin qu’on les pu fit
prendre pour des Marchands,
ils allèrent joindre
leCorfairequi eftoit encor
M'ancre. M'de Brevedent
Capitaine de Frégate lefeigne
du Port, fe trouvèrent
a cette attaque. 11 y
eut un Combat de Moufqueterie
qui fe fit prefqne
à bout touchant, & qui
Corfaire pendant le Com
t>ac, & qu’il a relâché de
ticularitez.
Je ne vous parle point
d’un petit Corfaire de Saint
Malo, armé de fix Pièces
de Canon, qui s’eftant
rendu maiftre de trois grandes
Finîtes de Dannemarc
chargées de Fromenr, de
Seigle, & de ptuheurs autres
chofes, les a amenées
dans ce Port. Ces fortes de
prifes y font ordinaires, un
autre Corfaire ayant amené
prefque en mefrne temps
un Hollandois, & deux atu
diverfes marchandifes.
Vous voyez, Madame,
que le Roy triomphe de
tous coftez fur Mer, comme
il triomphe par tout
fur Terre. 11 eftvray qu’on
nous imputoit une difgrace
qui donnoit grande joye a
nos Ennemis. On prétendoitque
toutes nos Galeres
avoient efté confomméesa
Civicavechia par un Incendie
dont on n’avoitpû arrefter
la violence. Le bruit
en courut à Naples j & dans
cette
i- cette
il le
5 amener jurques au K où je laiffay Mon
M Mois dernier, or vous en- d tretenir de ce qui s’efl paffé >i entre fon Armée & celle du n| Prince Charles-, mais avant u que de faire ce trajet,, je « crov due vous ferez bien-
d le temps î velle s’y
jurent à 1 d elles prirent trois gros V t féaux à la veuë mefme
es vous
X
z4o LE MERCURE eftime dans le monde, & que le Lazard a fait tomber entre mes mains. Ils font de Moniteur de Ramboüil- let, dont je vous ay déjà parlé dans cette Lettre. Vous le connoiflez , Madame, vous fçavez qu’il eft galant, Si qu’il a beaucoup de délicatcITe dans l’Efprit- Voicy dequoy en faire demeurer d’accord tous ceux qui lepouroient ignorer.
VOus voulez^ qu’on mette en quartiers
1? Empofonneufe **** Et pour fes Crimes fa luftice
Selon
GALANT. i4i Selon vous, manque de Suplice. J-Lc bien l'on efi de vofire avis* Et vos Arrefts’ferontfuivis.
Mais *ctime onditfauves fiesgènes* Z es cacho ts, les fers & les chat fines* Les ÿb et.s, la roué* & le sfeu x* Ne font que pour les Malheureux.
Combien de Dames par le Monde Vivent dans une paix profonde* Qui ne font rien journellement,* Qtfempoifonner impunément l
Vcas qui v ouïe z^tât quon puni fie* C'efi vofire ordinaire exercice. I'ay de vous reçett le Poifton Pour empefcher ma yuerifon* Tous les jours vofire main cruelle M'en donne une dozy nouvelle. Vous eftes en communauté* De Crimes (f d'impunité, Avec ces Empoifonneufes* Qui font d’autant plusdan^ereufes*.
Tome 6. X
?
LE MERCURE Que d'abord leur Poifon efi doux, Et (e faitdefirer de tous, Qu avec une force inconnue El yayne l’oüye & la veué, Qyilfeffe, & les autres fens A la fin rien font pas exempts.
Il ejl d'autant plus redoutable. Qu encor quefon feu nous accable. Il ne termine pas nos jours. Et nouslaiffe fans nul fecours.
' Traîner une vie ennuyeufe. Pire quune mort doulourcufi* Mais s'il ne donne point la mort. Mêlas fin rigoureux effort. De tant de maux nous environne. Qu on la cherche.ou qud fi la doit, Jleft fi fubtil ce Poifon.
Qriil trouble par fois-la rai fin. lufqu'ane faire aucunes plaintes De fies plus (enfibles atteintes. Ju (qu'à refufer de guérir
'fi
A tous, fans épargner perfonne :
Au mépris des plus 'faintes Loix,
plies s'attaquent mefme aux Rois,
Kn nombre infiny leurprefnte
A toute heure la Coupe ardente.
Elles n ont point dé égard au rangt
Elles n en ont pas mefme au fanÿ
Telle fe rit du Fratricide.
£/■ poejje jufqu au Parricide:
L on nefauroit les contenir,
Et l'on devroitbien les punir.
Mais Leur conduite e(l approuvée
Ellesvont la telle levée
R clivent le plus de louantes ï
Et lien loin de les ch a fier, °
Defaire unf maudit Méfier
X ii
»44 LE MERCURE On adore ces Criminelles, pt tous les Iu^es font pour elles.
On feroit déjà rebute De trouver tant d'impunité pour des Crimesfîpuniffables, pj'efloit qu'entre mille Coupables^ Quelquefois pour fe confier, 0tien voit quelqu'une brûler.
Venons aux deux Armées d’Allemagne. J ’e» uferay fur cet Article coin- me j’ay fait fur celuy ée Catalogne. Je laiflerayJe5 dates, qui ne vous feroient pas mieux fçavoir les ch°* fes, &fuprimeray les norns de quantité de Villages, de RuilTeaux, & de RiviercS’
GALANT. 24î
que vous ne vous mettrez
de connoiftre. Je cherche
à eftre court, & à ne vous
dire que ce qui ne vous
peut caufer d’embarras.
Depuis ce que je vous marquay
la derniere fois de ces
Armées, tout a confifte en
quelques Décampemens
qu’elles ont fait l’une &
l’autre, & dans lefquels la
vigilance, la conduire, &la
prévoyance de Montreur le
Marefchal de Créquy ont
toûjours efté ti grandes,
qu’en embaraffant par tout
le mercure le Prince Charles, il a rompu toutes Tes mefures. On n’en peut douter, puis que nous fommes à la fin d. A ou R , fans que ce Prince ait encor rien exécuté. On a feulement envoyé des Partis de part & d’autre. Il n’eft point befoin de vous dire que nous y avons toujours eu l’avantage. Quand les Ennemis ne demeure- roient pas d’accord de leurs Morts & de leurs BldUz, le grand nombre de Prifon- niers que nous avons fait& fur eux, & donc la Ville de
GALANT. 147
Mets eftoit toute remplie
avant qu’ils s’en éloignaffent,
feroit connoiftre ce
qu’ils tâcheroient inutilement
de cacher. LeComte
de Stirum fort eftimé dans
l’Armée du Prince Charles,
eftant à la tefte de quatrevingt
Maiftres choifis, &
de plufieurs Volontaires»
Chapelle Capitaine au Régiment
de Rocqueville,
avec trente Maiftres &
trente Dragons. Ils le pouffèrent.
M; de la Chapelle
tua & blefta vingt des Enx48
LE MERCURE nemis, & fit ce Comte pri- fonnier, avec quaranteun de ceux qui le foûtenoient. Vous admirerez l’intrépi- di'xé de Mr de Langlade i o
Officier de noftre Arme'e, Il alla dans le Camp des Ennemis, fe méfia la nuit parmy eux, prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp, & enleva un petit Corps avancé. Il n’eft pas le feul qui cherche les occafmns de fe fignaler. Tous les François brûlent de combatte, & l'ardeur qu’ils en
GALANT. Z49 font paroiftre va fi loin, que M' le Marefchal de Créquy eft Couvent contraint de Ce fervir de fort autorité pour les retenir. Les Ennemis eftant venus un jour reconnoiftre nofire Camp, on les repoufft jufqu’aux quinze premiers Efcadrons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de Vendôme coraba- tit avec une vigueur incroyable, & Ce méfia juf- qu’à deux fois parray les Cuirafiîers. Cette occafion fut remarquable & par tout
ijo LE MERCURE
ce que je viens de vous en
dire, & par la maniéré dont
Mr le Comte de Broille &
Mrle Marquis de Bouflairs
s’y fignalerent. M‘ le Marquis
deRiveroles ayant eu
fa jambe de bois emportée,
& fon Cheval tue', ne laiifa
pas de combatre vigoureufement,
appuyé fur le tronçon
de fa jambe. O n le remonta,
& il eut le temps de
fe retirer. Cette aélion fat
admirée de tout le monde.
GALA.NT. ip.
davantage, quand apres
cour, ils apcrçeurent Mr de
Créquy campé à une lieue
d’eux, fans qu’il y euft entre
les deux Armées ny Bois,
ny Riviere, ny Défilé. Ils
tirèrent d abord trois coups
de Canon pour -rappeler
leurs Fourrageurs & leurs
Coureurs,&ils furent toute
la nuit & tout le jour en
bataille. 11 y eut plufieurs
efcarmouches, & les grandes
Gardes fe poufferene
deux fois. Les Gardes du
z5z LE MERCURE dcz pour foûtenir la noftre,’ vinrent aux mains, repouf- ferent lesEnnemis, en tue, rent quelques-uns& en firent d’autres prifonniers. Monfieur de Créquy eftoic venu dans ce dernierCamp en Carrelle. Il en defcendit
«
fitoft qu’il fut arrivé, monta à Cheval, fit défiler fon Armée, la campa fort avan- tagenfemenr, & apres avoir employé plus de fix heures a donner fes ordres, il entra dans une Tente où il coucha, &qu’il avoit fait dref- fer à la telle des Chevaux-
GALANT, zjj Légers. Le lendemain il envoya Mr Philberc Capitaine de fes Gardes, dans le Camp des Ennemis, porter à Mr le Marquis de Grana, de la parc de Moniteur le Duc, une Epée enrichie de tres-beaux Dia- mans, en échange de dix Chevaux Croates qu’il luy avoic envoyez depuis quelque temps. 11 fut conduit au Prince Charles, &mené en fuite au Marquis de Grana, qui mit pied à te<re, & luy fit prefenc de fon Cheval. Plufieurs Officiers
i54 LE mercüre Generaux qui eftoientpre- fens, demandèrent à cet Envoyé' quand Mr le Ma- refchal de Cre'quy vouloir combatre. Il leur répondit. £Meflieurs, il ne tient qùà 'vous 3 il riy a, ny Défilé ny Riviere entre les deux Armées 3 & l’on efl prefl à vous bien recevoir. Surquoy un d entr eux ne pût s’cmpef- cher de dire. Ne faifins point les fins3 il ne tient qu'à nous de combatre.
Les Ennemis ayant décampé, & sellant faifis de Moulon, n’y trouvèrent
GALANT. ijj aucun avantage. Monfieur Se Marefchal de Schom- berg qui avoit préveu leur deïtein, en avoit fait fortir Habitans & meubles, & on peut dire mcfme que le Porte eftoit méchant pour çux, puis qu’ils pouvoienc eftre veus dans leur Camp. Ce qui les attira particulièrement en ce lieu-là, fut l’efperance d’y faire pafTer la Meufe à quelques Partis, mais cela ne leur arriva qu’une feule fois-, Monfieur de Créquy traverfa promptement un Bois où jamais
LE MERCURE Armée n’avoit pafï'é, & fa marche fut fi diligente, qu’il rompit toutes leurs mefures. Toutes les Ga-
zetes ont parlé de la promptitude de cette Marche, & la Gazete de Hollande
mefme n’a pu s’en taire. Le Prince Charles apprenant que noftre Armée s’ap prochoit, fit retirer fes Ponts de Bateaux, & vit toutes fes prétentions réduites à cftre dans une Ville fans Fortifications, & ou tout luy manquoit , avec des Troupes en tefte au fi
GA LA NT. zj7 fortes que les Tiennes, & dont une partie eftoit pof- tce fur des Hauteurs qui dé- couvroient dans fon Camp. Il s’y fortifia fans fçavoir pourquoy, puis que Ion Armée dépendant de jour en jour, il fe trouva obligé de décamper quelque temps apres, ayant remplv toutes nos Villes de Deferteurs, Sedan n’en voulant plus recevoir, & nos Partis fai- faut tant de Prifonniers, que les feuls Païfans des environs de Stenay y amenèrent un jour une Com- \ Tome 6. Y
••
ijS LE MERCURE pagnie entière. Ainfi apres avoir fait fortifier les deux bords delà Meufe, creufer le Fofle d’une Redoute, & ordonné de grands Retran- chemens, pour s’alfurer la telle d’un Bois, lé voyant continuellement infulté de tous collez, & l’ayant nouvellement efté d’un Party de Montmedy commande par Mrde laBreteche, qui tua quarante Cavaliers, & emmena cinquante-cinq Chevaux , il abandonna tour, & fit mettre le feu» Moulon, où fes Gardes fi-
GALANT. ft9' jtenr une perte confidera- ble dans les Fauxbourgs. j[ n’y eut pas plus de vingt Maiï’ons brûlées, les Ha- bitans eftant accourus en
foule, & ayant éteint promptement le feu. On ne fçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meflin & Des Fourneaux, deux vieux Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la tefte des Païfans, & les harceloient inceflammenr. Ils avoient laiffé du Canon Se du monde dans la Re-
Y ij
M LE MERCURE doute de Moufon, qu'ifg furent obligez d’abandonner. Ils n’en fortirent pourtant qu’apres avoir envoyé faire excufe des Villages qu’on nous avoit brûlez, & fait punir quelques-uns des Incendiaires. Le procédé eft prudent, nous fommes affez en état de leur rendre le mal qu’ils nous font. Les Ennemis s’efhnt retirez, le Décam- pement de Monfieur de Créquy les furprit & les embaraffi autant que les précedens» Jamais Départ
ne fut fi promptement ordonné,
ny Marche fi-toft
exécutée. On la tint fecrete
à l’ordinaire. L’ordre en
ayant cflé reçeu fur les huit
heures du foir, on fonna le
Guet. Les Gardes avancées
furent biffées, & à dix
heures l’Armée paffa la
Meufe fur plufieurs Ponts
qui y eftoient depuis quelques
jours. On trouva à
trois lieues une grande
Garde des Ennemis fur une
Hauteur. On commença
de la pouffer, mais Moniteur
de Créquy défendit
le mercure qu'on la pouffait jufques dans la Meufe, parce qu’il vouloit établir ion Camp avant que d’entrer dans quelque Aétion. Il choific fes Quartiers ; & cette Garde, & ce qui la foûte- noit, ayant efté en fuite vigoureufement pouffée,. on amena quelques Prifon- nicrs. Voila où les chofes en eftoient il n’y a pas long temps. Ce que je vous manday la derniere fois, joint à ce que je vous c'cris aujourd’huy , eft une Relation fidelle & concife de
------------------ - ~ — i ■ • —
GALANT, toute la Campagne, pour ce qui regarde les divers» îflouvemens dcl’Arméedu: Prince Charles refîe plus qu’à vous dire que pendant fon fejour à Moufon, le Marquis de Grana envoya parunTrom- pete à Mr le Chevalier de Breteiiil Ayde de Camp de Monfieur le Marefchaf de Schombcrg, un fore beau Cheval Turc fùper- bement enharnaché. On l’cftitne plus de deux cens Piftoles. Il luy fît ce Pre- fent fans qu’il le connuIE,
Il ne me*
264 MERCURE &feulement en confidéra- h tion de l’amitié qu’il lia au- j trefois avec fa Famille , quand il vint en France, & . qu’il confirma depuis a Madrid, où il trouva M'de ( Breteiiil fon Frere, qui eft ( prefentement Intendant L en Picardie. Vous fçavez !( fans-doute, Madame, que h ces Meilleurs font dune L des meilleures Familles de [ la Robe, que M‘ leur Pere a efté Controleur des Fi* h nances, 6c qu’apres avoir palfé par tous les Empl°is dignes d’un Homme de fa fuffifan^ 1
GALANT.
feiller d’Etat.
Cependant n’eftes-vous
point furprife des grands
préparatifs qui fe font faits
codé de l'Allemagne, fans
que l’Armée des Alliez ait
encor pu rien execurer?
Cette lenteur, ou plutoÆ
cette impuiiïance, a donne
lieu à ces Vers, que je ne
veux pas diférer à vous faire
voir.
Tome 6.
z&6 LE. MERCURE
P A N E G Y R IQJJ E
DES ALLIEZ.
Hollandais fi vantez^ & fi crains
fur les Ondes,
Allemands qui tcnezj' Empire des
Cefars*
Danois, iffus desGotsqui bravoient
les ha tards.
Nobles Napolitains^Flamansne^
pour la Guerre,
Vous, enfin, dont: le Nom va par
toute la T erre,
Que n aurez vous point fait vota
eflant tous unis l
Sans doute on aura veu
rans punis,
r
GALANT. i«7 &nt Princes détrône^, l'Univers en alarmes,
pe Turc & le Sophy rendre hommage à vos armes.
Dumoins toute l'Europe abandonnant fes Rote,
Doit lesfers à lamain s'eftre offerte à vos L oix :
Car que ne peuvent point tant de Héros enfemble,
Héros au nom de qui tout s'abaiffe, tout tremble,
Héros l effroy dtt Monde, (fi qui toujours yainqueuïs.
Des plus fiers Ennemis placent d'abord les coeurs î
1 e n exapere point i qu’on Hfe vos Hiftoires,
On verra du mefme air étaler vos Vivoires, (repoufiez.
On y verra par tout des Ânfiois "
*- •
Zij
î68 LE MERCURE
Suédois battu, dei TTandis renverfez^
par malheur peur vous ces lüufires Défaites 2?'ont pour tout fondement que vos fades Gazâtes* Et toits vos Armemens, dans leur grand appareil. ,,
Sont de fables BroüiUards e~ carte ls Soleil.
Dfai depuis fa ans, malgè pl& de vinpt Princes,
Nos Troupes ont toujours vejctt dans vos Provinces, r i
Nos Neveux croiront-ils que tan de Potentats Se foient cha rgea foin de nourri nos Soldats,
Trois Rois. quatre Electeurs. Ducs Comtes. Républiques l Jndigies Combat ans. mal^r01 P oiitiques. I
GALANT. 1É9
tant d'arrogance & fi feu de
veitUy
yoiu mcritie\ r affront que vos
armes ont eu.
Louis, le Grand Louis pat fa
Rompt les honteux deffeins d'une
injufic Alliance 5 ( fait,
Jlva dans vos Pats, la Victoire le
£t le coup efl fi prompt qu'il devance
le bruit.
Rtfafiric, Place fi forte (fa fi bien
défendue,
Rfi prefque en mefme temps attaquée
& rendue,
Befançon, Pôle, Gré, Salins,Limbottr^,
Bouchai»,
Aire, Condè, Dinan, luy refirent
en vain
Si
V70 LE MERCURE ïont en prenantfes Loixleurglotrt delafienne.
De fin coftè VwLiWê. ardent à l'imiter*
Conçoit un grand Deffein* & court l'exécuter.
Il combat y met en fuite, & les- Lauriers qu'il gagne*
Dent perdre avec L'honneur Saint- Omer a l'Efpaçne..
Mais pourquiter ï'Efcaut & la Meufe&la Lis*
INofire Augufte Héros plante plat loinfes Lys.
La Sicile obéît à fes grands Capitaines r
La Catalogne voit LL aval lies dans fes Plaines*
Dans l'Amérique* enfin* Cayenne & Tabaco.
Mettent tout en allarme d. Me xi- que. Q~ Cufco^
Z;
T
GALANT. 17» Q'tfipar de fi grands coups, par de yf nobles marques
Qu il s'eft acquis le nom du plus grand des Monarques,
Qu'on publie à l'envy de ce Roy glorieux,
Quffiant feulcontre tousfiltriomphe en tous lieux,
Et qu'entre les Humains avec de tels obfiacles,
luy feul pouvait fournir à faire ces Miracles.
Je vous av déjà tant parlé de Guerre, que je ne vous diray que tres-peu de chofe de là Campagne du Prince d’O- range. Les Troupes des Princes d’Allemagne liguez avec luy, palTent tous les ans fix mois à for tir de leurs Quartiers d’Hy-
Z... • 111;
X
tyx LE MERCUPkE ver , à marcher , à s’afTembler,.
& employent les autres fix mois à reprendre leurs Quartiers, & c’eft là où elles trouvent des
coups à donner, le temps de leur véritable Campagne,parce qu’elles vivent avec rantdedif- cipline, qu’il n’y a perfonne qui ne refufe de les recevoir. Elles ont fait la mefme chofe cette année, Sc elles ont d’autant plus fatigué, qu’ayant prefque toujours marché pour tâter toutes nos Villes de Flandre, elles n’en ont trouvé aucune en aiFez méchant état pour leur permettre de s’y repofer. Ainfi elles arrivèrent devant Charleroy un peu JaflesSc encor étourdies d’avoir fi longtemps tournoyé. LeSiegA de cette place fut formé pref-
GALANT. que auffitoft. Le Prince d’O- range fit avancer fix mille Che- vaux, croyant obliger unepar- ciedela Garnifon à forcir ; mais Mr le Comte de Montai plus fin Sr plus expérimenté que luy3, les laiffa fe promener, & voulue referver fes Gens pour les recevoir de meilleure grâce, C’ef- toit fe mal adreÆer, Mr de Monta! garde bien ce qu’on luy confie, & on a lieu d’en eftre perfïiadé. Il a déjà fait lever deux ou trois Sieges aux Ennemis , & traverfé leur Camp pour fe jerrer dans des Places qu’ils affiegeoient. Auffi fem- bloit-il ne rien fouhaiter avec tant de paffion que d’eftre attaqué, pour avoir la gloire de fe bien défendre. Dans le temps
Marquis dejauvelle qui eftoit
dans Oudenarde, eut ordre de
s’y jetter avec cent cinquante
Moufqueraires de ceux qu’il
commande, & une Compagnie
de Grenadiers à cheval. Il fit
qu’il y arriva en trente heures
fans avoir fait repaiftre qu’une
feule fois. Rien ne fçauroir
mieux marquer le plaifir que
les Moufquetaires fe faifoient
de s’enfermer dans une- Ville
affiegée. Les Ennemis ne dotiv
tant point qu’il ne fe haftaft d’v
venir, parce qu’ils fçavoient?
i ordre qu’il â'voit de fi* tenir
preft d’entrer dans la t cmiere
Place qu’ils affiegeroient, crûs
yent qu apres que ccuc-cy îc- yoic inveitie,, ils auroient encor Je temps de détacher huit cens* Chevaux pour aller au devant de luy mais ils furent trompez dans ce qu’ils s’eftoient voulu perfuader, & quand ils>envoyèrent leur Cavalerie, ils apprirent qffil eftoit entré. Us ne Jaiffèrent pas de fe montrer ré- folus à pouffer leur entreprifé. Us prirent leurs Quartiers le io., de ce mois, ils firent travailler à leurs Lignes, & le 14. ils dé- camperenr. On ne fçait que s’imaginer de cetEe Retraite. Si ce Siégé n’avoir efté qu’une feinte,ils auroient moins avancé leurs Lignes,ou ils auroient entrepris quelque autre Siégé dans te mefme temps, mais ils n’en,
LE MERCURE
ont fait aucun, & tout ce que
nous fçavons, c’eft que fi-toft
qu’ils apprirent que nos Trou,
pes s’affcmbloient}ilsfongeren£
à décamper, firent partir leur
Canon & leur Bagage pendant
deux jours, ôcfe retirèrent fans
falüer Mr de Montai, qui eftoit
fr bien intentionné pour les recevoir.
Admirez, Madame, comme
tout eft prcveu , &, comme en
France on fe tient préparé à
tout. A peine eut-on appris le
départ de Monfieur le Marquis
de Louvois, qu’on fçeur qu’il
eftoit au milieu d’une Armée
de cinquante mille Hommes,
que les Ordres du Roy qu’il
portoit, & qu’il fait fi bien exécuter
„ avoient fait affemblcr fî
H
<
1
i
I
GALANT. 177 «romptement, qu’on euft dit qu’un coup deBagueteles avoit fait fortir tout-à-coup du leia de la Terre. Les Ennemis en furent déconcertez, & ils ne le furent pas moins de la fcrmetc avec laquelle nos Troupes allèrent à eux fans s arrefter, Ce fut fans-doute ce qui les em- pefcha de les attendre. Ils a- voient pris fi mal leurs mefures, qu’en commençant le Siégé de Charleroy, ils manquoient de Vivres & de Fourrages. Leurs Convois dévoient venir de Bruxelles, & ils ne prenoient pas garde que M1 le Baron de Quincy eftoit entr’eux & cette Vole pour leur difputer le paf- fage. Ainfi le Prince d'Orange a efté, ou mal averty de nqs
forces, ou mal affilié desCon'-
fédérez. Moniteur de Louvois
entra le iy, dans Charleroy avec
Monfieur le Marefchal Duc de
Luxembourg. La joye que
M‘ de Montai eut de les recevoir
, fut niellée d’un peu de
chagrin de ce qu’il les recevoir
fi- tort. Il auroit bien voulu que
Je Prince d’Orange luy euïlfait
une plus longue vilite, & il
fe fâchoit d’autant plus de la
promptitude de Ion départ,
qu’il s’cftoit fort difpofé â ne
luy laifler pas ramener tous
ceux qui l’accompagnoient.
On apprit dés qu’il fe fut retiré,
que les Conféderez appréhendoient
tellement les François,
qu’aucuns de leurs Officiers
Generaux ne voulurent
GALANT. 17# foufrir que les Troupes qu’ils commandoient fuflent à l’Ar- rieregarde le jour de leur Dc- .campement. Leurs contefta- tions furent fi grandes fur ce fujer, qu’ils s’en remirent au Sort, qui fe déclara contre les Efpagnols.
Je ne puis finir cet Article, fans donner les loüangcs qui font deuës à MÔfieurle Comte de Marfan, à M effieurs les P rinces d’Harcour & d’Elbeuf, à Monfieur le Comte deSoiflons, & à Monfieur le Chevalier de Savoye. Ils ont efté dans tous les endroits où ils ont crû pouvoir engager les Ennemis à combatre. Ils fuivirent Monfieur le Comte du P leflîs, Mrde Tilladet,5c M' Rofe,qui furent
ïSo LE MERCURE commandez avec trois mille Chevaux pour s’oppofcr aux Convois qui leur dévoient venir de Monts. On n’ofa les en faire fortir , 8c ce fut pourquoy le Prince d’Orange manqua de Vivres prefque dans le mefme temps qu’il eut bloqué(Charle- jroy. La Retraite qu’il fit apres avoir demeuré quatre jours devant cette Place, nous a produit ce Madrigal,
*0*0*0*o*o *0*00* *o*3 AU PRINCE D’ORANGE affiegeant Charleroy. Madrigal.
ATtaquer une Place, où commande Montai!
Montai, dont le grand Pfom fort! un feur -privilège
De voies faire lever le Siégé,
Qtivoas nypenfez, pas, ou vous y
yous perdrez^vos efforts auprès de
Charleroy,
Montai qui le defend, fuff il feuls
Répondre de toutes les Villes.
j4infi comme autrefois pour éviter
fet coups,
DfMtnpez^fuyez^ fauvezyvous.
Mille remercîmens, Madame,
■ de ceux que vous me faites de
ï la part de vos Amies pour le
I Marqués de M! de Fontenelle
que je vous envoyay la derniers
J fois. Je fuis bien aife que vous
i luy ayez fait rendre juftice dans
voftre Province, & fatisferay
Tome 6. A a
avec joye à l’ordre que vous»
nie donnez de ramaffer tout ceque
je pourray trouverde Pièces
Galantes de fa façon. Ne
'croyez pas cependant qu’il ne
/bit propre qu’au Scile badin.
Qaoy qu’il convienne mieux à
don âge que le férieux, voyez,
je vous prie,, comme il fe tire
d’affi.iresquand.il a de grandes
matières â traiter. Ses Amis
1 ay ayantconfeil 1 é de travailler
fur celle que M„de l’Académie’
Brançoife avoient choifie pour
Je Prix qui s’y donne tous les.
deux ans, il leur envoya les Ve»*
qpi fui vent;
GALANT.
SUR L’EDUCATION
de Monfeigneur le Dauphin, &le
foin que prend le ROY de dre lier
luy- mefme les Mémoires de fon
Régné, pour fervir d'in’ftruébion à.
ce jeune Prince-
F RA N C E, de ton pouvoir,
contemple l'étendue,
yoyde tes Ennemis l'Knion eonfondu'èÿ
ils n'ont fait apres-tout parleurs
vains attentats,
Que te donner le droit de dompter
leurs Etats.
florfiant e au dedans, au dehors
redoutée,
Enfin au plus haut point ta grandeur
ef montée.
x84 LE MERCURE
Mais ce rare bonheur, France;, dont tu jouis,
'iroit pa# au delà du Régné de Loüisy
T^n Èmpire chargé des D ans de U V ifloire,
Succomberait un jour fous l'ama& de fi
Si Louis dont les foins embrafent: l'avenir,
Ne te formait un Roy qui fictif l& fou tenir,
if faut. tout un Tiéros pour le fâng\ qu'il po/fëde,
Ü moins quon nef imite en vain ont. luy fiiccedè..
Que le Sceptre efl pénible apres* qu'il l'a porté!’
Fartant d'Etats fournis fin foids. s9efl augmenté î
Ri par unfi grand Roy fes Pfflfi cet conquifeSy
jjitns les mains d'un qrand Roy
* veulent efire remifies.
y eut- efire efioit- ce afifie^pour remplir
cedefiin,.
gneleSangde Lovas nous donnât
un Dauphin.
§orty dune oriÿhe & fi noble & fi
l’Empire.
Que nous l'élirions tous s'il fié de*
voit élire.
'Peuples, le croire hqvousI de cette
mefime main
Dont le Foudre vanneur ne part
jamais en vain.
ifè LE MERCURE
Sous qui l'audace tremble, & i'or. gueils‘humilie,
'Il trace four ce Fils l'Hiiïoire de fa vie,
€e long enchaînement, ce tifu-de hauts Faits.
aucuns moment oyfifs- riinur- rompent jamais*, e nousfigurons point qffilla borne a décrire
Fn Empire nouveau qui greffï no (Ire Empire,
Drapeaux arborevffur ces ferbesEorts*
D ou Cambray defioit nos plus vaillant efforts*
Et d Efpa^nols défaits ces Ca^pU^ ^nes couvertes9
Et la riche Sicile adjoùtée a leurs pertes,
Exploits trop publiez^ & dont il veut laiffer
1
137
galant.
'l'exemple * tous les Rois s'ils l'a* fent embraffer.
Hais les profonds fecrets de fa.' hautefageffe, v
Çen'eflqu’àfon'QKVMWNque cr Héros les laiffe:
fous ces vaftes deffsinsqu execute: un infant,
Et dont il ne. nous vient que le bruit éclatant,
Rts yeux fuis de fan Fils découvrent leur naijfançe.
il les voit lentement meurir dans, le filcnce,
Et recevoir toujours d’infenfbles progrès,
Tant que tout à l'envy réponde d» fuccés,
'Et que de tous cofez^ la Fortune foitmife
Se trouve hors d! état de trahir l’eÿl treprife.,
x8S LE MERCURE
T remblez^ -fiers Efpaynolsi Belges,
reconnoiffez^
Dequoy par ces Leçons voue efies
menace^.
Quand Louis affrontant vos feux
& vos machines,
De vos murs abb alita entaffe les
ruines.
Que rien ne fe dérobe d fan jufe
cour ou x\
mour paternelle,
*1 s'attache à former fon Fils frf
fon modèle.
Dans ce Prefent qu’il fait à Jet
Peuples charme^
Combien d’autres Prefens fe trouvent
renferme f.
il nous donne en luy feul des Victoires
certaines, Jl
GALANT, iss
// nous donne l9 ibere accablé de nos chaînes.
Combien^ heureux Françofc* deve^ vousàLoüis
pour toutes les vertus dont il orne ce Fils!
Mais s'il falloit encor 3 qua ces vertus guerrières,
Z es Mufes, les beaux Artsprétaf- font leurs lumières,
Combien luy deve^vous pour le grand Montaufier,
Qu à ce noble travail il daigne ajjocier!
il efi cent & cent Rois dont peut* ■eflre l'Fiiftoire,
Dans la foule des Rois cacherait la mémoire y
Si de leurs Succcjjeurs V indigne lâcheté, (mérités
Ne leur donnait ï éclat qu'ils vient
Tome 6. B b
y
«
A9o LE MERCURE
Princes de qui les N oms avec gloire furvivent^ (
Parce qu en les compare avec ceux qui les fuivent.
Quelquefois mefme un Roy qui ne fe répond pas
Que £dffez^ longs regrets honorent fen trépas * k
Par un tour politique en fecret fi ménage
D'un indigne Heritier le honteux avantage. (defauts?
Tibere deùt l* Empire à fis heureux Plugufle euft pu £ ailleurs craindre peu de Rivaux,
Mais enfin aux Romains fa vertu fut plus chere,
Quand elle eut le fecours des vices de Tibere.
\
ton éclat)
Niais loin qu'à fes dépens ton qrand
Nom fe foütienne.
mente la tienne.
Animé de ton Sang, formé par tes
L econs*
De Difciple & de Fils réüniffant
les Nomsy
Quelles hautes vertus peut-il faire
p a roiflre^
Quai n'hérité d'un Pere, ou ri apprenne
d'un Maifirei
Le bonheur dont fa main comblera
leurs fouhaitS)
Et par fon bras vainqueur nos En~
nemis en fuite,
Avouez, Madame, qu’il y a
de grandes beautez dans- cette
Piece, que la pompe des Vers
s'y trouve jointe àlafolidité du
Raifonnement, que le tour en
eft noble, la liaifon jufte, Sc
qu’uneTragédie de cette force
ne ferpjt pas indigne de pafl
Lu x k 1 H A • o Jj
joiftre fur nos Théâtres. Cependant cette Piece,toute belle qu’elle eft, n’a point emporté le Prix , & nous devons croire qu’il s’en eft fait une meilleure, puis que Mrs de ['Académie l’ont ainfi jugé, Ces fublimes Efprits ont des lumières infaiU libles qui ne les laiflent point fujets à l’erreur 5 & la Brigue ne pouvant rien auprès d eux., on doit dire de leurs Arrcfts, ils font donnez , ils font juftes’. Préparez-vous, Madame, a recevoir un fort grand plaifir le Mois prochain, quand apres vous avoir entretenu de l’Inf- tution des Prix, & des Ceremonies qui s’obfervent le jour qu’on les donne, je vous feray part de la Piece qui a mente
B b iij
* • •
cetce Année celuv des Vers.
Profe. Vous l’auriez eue’d es
aujourd’huy , fi je Pavois pu
recouvrer. Comme elle l’emporte
fur celle que je vous envoyé,
& dont je fuis afluréque
charmée de fa le&ure. Ce qui
me convainc davantage des furprenantes
beautcz que vous ferez
obligée d'y découvrir, c’eft
cju a la refervede deux ou trois
de ces Meffieurs qui ont donné
leurs.voix à Mx de Fontenelle,
peut.eftre à caufe que leur âge
les rend moins fenfibles au brillant,
qu’à la majefté du Vers,
& à la force de la Penfée, tous
GALANT, z^ déclarez pour la Piece triomphante 5 tant il eft vray que le bon fens eft toûjours un , qu’il eft indifpenfablement le mefme pour toutes les perfonnes extraordinairement éclairées, qu’il nefoufre aucune diverfité de fentimens dans ces Génies élevez qui ont une fupériorité d’Efprit que nous admirons, fans que nous y. puiffions atteindre.
Monfieur le Duc du Maine n’eft point encor de retour. Il eftoit ces jourspaffezà Bagnie- res, où tous les Evefques des environs font venus luy rendre vifîce. Celuy de Comminge alla prendre congé de luy en partant pour la Cour. On s’em- preiTe par tout où il pafle, à luy B b iiij
X
196 LE MERCURE rendre les honneurs qui luy font deûs, & fon efprit & fes promptes & vives reparties font ad- miiées de tout le monde.
n y a ræn d’égal à l’aplau- diflement avec lequel Monfieur le Comte de la Chaife, Frere du R. P. delà Chaife Confefleur ou Roy, a efté reçeu Sénéchal oe la Province de Lyon. Il traita magnifiquement le Pre- fidial de la Ville, & ce fut une jPye generale parmy le Peuple. C elt un Homme qui a de très - , elles qualitez, éc qui ayant ceaucoup de naifiancen’aime a tirer fes plus grands avantages que de fon propre mérité.
Monfieur le Marquis de Saillant Vicomte de Comborg, a acheté de Monfieur le Duc de
GALANT. ±97 Ventadour, la Charge de Se, péchai de Limoufin,
11 ne faut pas que j’oublie à vous parler des deux nouveaux Echevins qui ont efté faits icy. Voicy de quelle maniéré on procédé à cette forte d’éleâion. J4‘ le Prevoft des Marchands,, & Mrs les Echevins, s’aflem- blent dans l’Hoftel de Ville avec tout ce qui en compofe le Corps. Ils font chacun un Dif- cours, & rendent compte de leur adminiftration, apresquoy iis fe retirent, & l’on nomme
quatre Scrutateurs pour examiner fi l’êleâion qui fe doit faire par le Scrutin fe fait dans toutes les formes. Les quatre
qu’on nomma ces derniers jours furent le Prefidenc de la.
xjrê LE MERCURE Falüére, apellé le Grand Scrutateur, M' Potel pour Mrs les Confeillers de Ville, Mr de la Porte pour les Quarteniers, & Mf Levefque Confeiller au Chaftclet pour la Bourgeoifie, Le choix de ces quatre Mef- fieurs eftant fait, on travailla à ' celuy des Echevins par lavoye du Scrutin , comme il fe prati- ■ que encor à Rome dans les grandes Elevions, Mr Alexandre de V-einx Confeillerde ‘ Ville, Se qui a rendu de fort grands fervices dans cette
Charge qu’il exerce depuis longtemps avec une approbation generale, fut deu premier
Echevin en la place de M1 Fa- v’er 5 & M1 Etienne MagueuX Avocat en Parlement, donc le
1
GALANT. 199
ynerite eft aflez connu, fut fait
feCond Echevin en la place de
A/ Galiot. M' de Pomereii.il
Confeiller d’Etat ordinaire,
prefident au Grand Confeil,
& prevoft des Marchands, actout
le Corps de
Ville, les mena en fuite l’un &
l’autre à Verfailles,où ils prefterent
le Serment entre les
mains de Sa Majefté , qui les
vorable. Mr le Prefident de Fa
pal'dére rendit compte au Roy
de ce qui s’eftoitpaffé dans I’EJeélion,
& fit un'Difcours dont
Sa Majefté fut tres-fatisfaite.
Ces nouveaux Echevins vont
s’appliquer à l’embelliffcment
de P-u-is, à l’exemple des préf
500 LE
travailler au Rempart, ils doivent
faire élargir plufieurs
Rues, & nous donner de nontelles
Eaux.
Je n’ay appris aucun Mariage
que celuy de la Fille de M1
Foreft Confeiller auParlement,
qui a époufé depuis peu MJ
Bourlon Maiftre des Comptes.
Il eft jeune, riche, &. d’une
Maifon qu’on tient qui nous a
donné autrefois un Cardinal.
Madame de Choifeiiil, Veuve
de feu M'du Pleffis Secrétaire
d’Etat, mourut dernièrement,
fort regretée de tous ceux qui
connoiffbient fon mérité. Elle
eftoit d’une tres-noble & tresancienne
Famille, dans laquelle
on a veu des Gouverneurs de
?rovince, des Chevaliers de
GALANT. 5oï f Ordre, èc des Marefcbaux de France. Comme elle avoit l’ef- prit tres-éclairé, la lecture fai- foit un de fes plaifirs les plus fenfibles, 8c fa Ruelle eftoit autrefois remplie de tout ce qu’il y avoit d’illuftre 8cdefpi- rituel à la Cotir.
Je finis, Madame, mais ne grondez point, je vous prie, fi je finis fans vous tenir parole fur un fécond Idylle de Madame des Houlieres. Pour vous ap- paifer, je vous envoyé un fécond Rondeau qu’elle a fait d’un ftile fort diférent de celuy que vous avez déjà veu. Il a fait naiftre une grande conteftation pour fçavoir lequel des deux devait eftre préféré. Vous en .entendrez parler au premier
/
X
3oz LE MERCURE jour, Sc vous fçaurez les fenti- mens d’une infinité de Perfon- nes d’efprit que ce diférent a partagées. Jugez-en cependant vous-mefine. Je vous envoyé avec le nouveau , celuy que vous auriez la peine d’aller chercher dans ma Lettre du Mois de Juillet. On m’en avoit donné une Copie fi défigurée, qu’il eft bon que vous le voyiez en meilleur état ; & d’ailleurs s’agiflant de les comparer, il ne les faut pas éloigner l’un de l’autre.
RONDEAU.
C^Ontre l'Amour voule^-vo^ y vous defendre?
Empefcb envoies & de voir & d'entendre
r
l
GA L A N T. joj
Gens dont le coeur s'explique avec efprit.
il en eft peu de ce genre maudit* liais trop encor pour mettre un coeur en cendre.
.« 1F ... /
Quand une fois il leur plaift de nous rendre
•<*
D'amoureux foins, qu'ils prennent un air tendre,
On lit en vain tout ce qü Ovide Contre l'Amour. ( écrit
fa
KP s •
De la Raifon on ne doit rien at* tendre.
Trop de malheurs ri ont feu que trop apprendre
Quelle rieft rien dés que le coeur agit 5
La feule fuite* Iris* nous garantit*
C'eft leparty le plus utile à prendre Contre l'Amour.
LE MERCURE
RONDEAU.
LE bel Efprit au Siecle de >
Marat
Des dons du Ciel paffoit pour le
gros L ot, s
Des grands Seigneurs il dennoit
accointance,
Et qui plus eft, faifoiî bouillir le
Pot.
Or eflpaftè le teps, où d'un bonmot,
Stance, ou Balade, on payait fon
ècot.
Plus n'envoyons qui prennent pour
«S»
A prix d'argent l'Autbeurcomme
GALANT. ;o.
j-ïeureux encor d’avoir telle pitance.
Maints ont le Chef plus remply
que la panfe^
M Fat efr riche, nous voyons
LebelEfprit. (capot
Faites-moy fçavoir pofitivenient
ce que vouspenfez de ces
deux Rondeaux. Je trouve bien
du beau dans l’un & dans Tau.
tre, & ne puis m’empefcher de
faut que Madame des Houlieres
en ait furieufement. Je
me fers d’un étrange terme
pour marquer l’cftime que j’en
fais; mais comme il n’y en a
point qui pûiïent exprimer tout
eluy qui me
Tome 6.
306 LE MERC.GAL.
davantage. Je ne manquera^
point à la faire preffer pour
l'idylle,. & j’efpere que vous
ferez fatisfaire de tout ce que
je vous amaffe pour le Mois
prochain.
Paris ce Aouft 166
%
ON donnera un Tome du Nouveau
Mercure Galant, le pre^
mier jour de chaque Mois fans aucun
retardement. Il fe diftribucratoû-
• jours en blanc chez le Sieur Blageart,
Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques^
à Tentrée de la Rue du Plafïre. Et ait
Palais, ou on le vendra vingt fols
relié en Veau , & quinze relié en
Parchemin,
V i,
■
TABLE DES MATIERES.
2? berger & le Tefibeur 5 Ma^
x . ■• .
L2? 'Berget drigal.
Autre Madrigal,
Madrigal fur l'Amour & le 'Ifeffeff. fragment dune L ettre en fh an J on s. Cbanfon four Madame , dont C Air a eftéfait four MfBoiJft.
Cbanfon four Madame la Marefibale de Lorge, dont l’Air ejl de M, d3 Ambroüy s.
Enigme. '
Contrainte d*un Coeur amoureux* fonde au.
Sonnet au foy. fe Solitaire y Sonnet.
ffijloire du Solitaire.
Sujets de neufOfe'ra qui ont tout effe refrefente^ a Menife de fuis le mois de lancier de la f refente année y avec les Noms de ceux qui ont com- fosé les T te ce s & la Mu fi que : U ^Pejcrifilon des Çbangemens de Ce ij
f
TABLE.
Theatre, de toutes les Machines*
du TÇoy,
Sonnet fur le mefme fit jet preftnté au
d^oy Par drf. dfoubin, de l* Academie
des T elles Lettre s établie a Arles.
Compliment fiait au fioypar le me fine
au nom de la Fille d* Arles , en luy
prefientantl' Sfiampe de l'Obelifique.
Teficription d'une Feflè Galante don*
née à .Montpellierpar M.de la guère
d Mademoifielle de la Ferune ;
Sptfire de M. de famboiüllet.
Le Fpy nomme M. T Abbe' de T eau*
V eau d UC'y efiche de Nantes , fur l^
Le *Fpy donne deux ^Abbayes d M. &
Cardinal de JBon^yi
JM9 d'Ormoy quatrie'me Fils de MM*
fleur Colbert, [butient un Aide de
toute la Fbilofiopbie , de'die’ d Mou*
T A B LT ffoire des quatre Bouquets, ‘feception faite à Mon Jeigneur fe dauphin dans le Chafteau de Ioiïy* par M. 0^ Madame 'Berthelet.
<fout ce qui s* eftp a fs e'eir Catalogne depuis F ouverture de la Campagne^ avec les Noms des Morts des BleJJe^ ttB de ceux qui fe font JL gnafezfâns la derniere Défaite des Ennemis’.
Maximes d" Amouri
Flufieurs avantages remporte^ fur Mer en divers endroits parles JBaiJJeaux de France, depuis le commencement de la Campagne , avec les Noms de tous ceux qui fe font diftingueg^.
Galanterie de M. de T^ambouillet.
^Tout ce qui s eft pu fs é entre B Armée commandée par M. le Marefchal dé (fequy, celle du T rince Charles* depuis la "Relation qui en a efté donnée dans le cinquième Folum^ du Mercure.
Fanegyrique des AUie^.
La Campagne du T rince d'Q range.
X TABLE..
depuis la F ai ai lie de Cafle(
Idadrigal fur la Leyée du Siégé de
(farleroy. J •
Vers de M. de Fonte ne lie, fur l* Education
de Monfiigneur le F a up h in ^
tF lefoin que prend le foy de drejfir
luy-mefine les Mémoires de fin fegne
y pour ficryir d'inftruclion à ce
jeune T rince, (f eft le Sujet qui a-
Voit efté proposé par Mejjieurs de
V Académie pour le Frise des Fers
de cette année.
Von ne urs rendus à M. le F sic du
Maine fans tous les lieux ou ilpajje\
feception de M. le Comte delà (jhaifè
a la Charge de Senefchal de Lion.
M. le Marquis de Saillant acheté celle
de Senefchal du Limofin.
Fout ce qui s* eftpafié dans l3 E le cl ion
des deux nouveaux Scheyins.
Mariage de Mademoifille F or eft (F
de M.Four Ion Maiftre des (fomptes.
Mort de Madame de (jhoifiul, Feuye
de M. du T lejfis Secrétaire d* Etat *
x de Madame 'T>eshoulieres9
, de la Table.
GALANT.
Contenant les Novvelles
du Mois d’Aouft 1677,
& plufîeurs autres.
70 ME
A P A R
phez Guillaume de Luyne, au Palais^
dans la Salle des Merciers,
à la Juftice.
M. DC. LXXVII.
AVEC PRIVILEGE DT ROT,
n YM A
AU LECTEUR.
V E peu de temps qu’on a eu pour im* ; I -/primer ce Volume, à caufe du grand, nombre de Feftes' qui fe font rencontrées' dans ce Mois, a efté caufe qu’il s’eft gliflc quelques fautes d’impreflion. On croit que je Leéteur aura affez d’efprit pour les recon- noiftre, & eftimera allez l’Autheur pour ne ksluy pas imputer } c’eft puurquoy on ne luyen marque que deux des principales, la première eft dans la Page 16. Elle eft contre le fens & la conftitution du Rondeau. Ï1 doit eftre de trois Battons ; le premier de cinq Vers, & le fécond de trois avec le mot redoublé ; & quoy qu’il ne foit pas jmarqué ainfî, le fens nelaifera pas dé s’y trouver, pourveu qu’on le veuille feparer eiï le lifant. La fécondé faute , eft le deuxieme Vers oublié du fécond Quatrain du Sonnet du Solitaire, Page p. ou il faut lire apres le cinquième Vers du Sonnet*
Mes jeux apres la nutt verront naiftr^ le jour.
1 ' ' î
nouveau
T o me yr.
U RE
A N T.
A mais commerce
n’a tant faire! c,
clat que le noftre,
tour Paris en parle, toute la
France s’en entretient, il
fait du bruit juiques dans
les Pais les plus éloignez, &
Tome 6. A
z LE MERCURE cependant la médifance n’en dit tien : ilfatisfait les plus Critiques, & tout le monde en louhaite la continuation & nous en donne fi publiquement des marques, & avec des maniérés ii obligeantes, que nous manquerions de recon- noifTances envers un nombre infiny de Perfonncs du plus haut mérité, fi nous in- terrompionsun commerce qui plaid à tout ce qu’il y a de plus llluftre dans le monde. Apres tant d’ap- plaudifTemens fi fouvcnt
VALANT. |
reïterez, je vay, Madame,
faire de nouveaux efforts,
pour ne vous mander rien
qui ne foir digne de vofli e
curiofité, & je fuis feurque
tout ce qui aura le bonheur
de vous plaire, fera effimé
de toutes les Perfonnes de
bon gouft. Je commence
par un Madrigal dont on
dit icy beaucoup de bien.
Je n’en connoy pas l’Autheur,
mais fon Ouvrage
marque affez qu’il adel'ef.
croire.
Aij
4 LE MERCURE
le berger
£T LE PESCHÊUR.
MADRIGAL.
jjiJputoit i
Des faveurs
gnoit les
Vn Pefcheur
UjV peryer des Cofleaux, contre
un Pefcheur de Loire,
’in jour la gloire
dont i'Amour daiparta^
er.
, difoit-il, f eut-il fe
foula^er,
Lors qu'un tedre amour leprejjel
le veux qu'il ait une Maitreffe.
Liais a-t-il l'heure du Bercer1,
Ah, luydit le Pefcheur, quelle erreur
eft la tienne i
B
galant.
»
7
J
ynBer'tfï a [on heure^unPefcheur ,_..a laficnne.
Car Ion que fur nos bords [curia flouafamines tefe-à-tefe avccque nos Doris,
Qtfau récit de nos feux leur ten. drefe redouble,
Et qu’une confufe langueur
Marque le trouble deleurcoeur* a4lors nous pefchons en eau trouble.
Et c’eji là l'heure du Pefchcur.
Si les Bergers fculs a- voient l’avantage de trouver toûjours l’heure qu’on fouhaite auffi-toft qu’on commence d’aimer, on qui- teroic fouvent des Palais A üj
4 le mercure pour venir habiter leurs Cabanes ; & la plupart de ceux que la Fortune femble avoir mis au deffus des fouhaics, fe croiroienc malheureux^
. J-
& porteroienc envie à leur bonheur. Il n’eft rien qu’un Amant bien paffionné ne fit pour toucher l’objet donc il eft charmé. Rien ne tient dans un coeur plus fortement que FAmour, & le Madrigal qui fuit fait voir qu’il fe trouve des Amans quineveulentpas guérir de - leurs blcfiùres.
GALANT. 7
MADRIGAL
EUelriS' je n'aime qucvotu ;
Quand je ne vous voy rien ne
me femble deux i
Vom adorer toujours eft toute mon
envie :
Glorieux de mon malt je n'en veux
pas puèrir-,
Pourvoie* feule j'aime la vie *
pourquoy me faitesvout mourirl
Voicy un autre Madrigal
que nous devons encor à
l’Amour. 9
A.H.J.J.
J S LE MERCURE
MADRIGAL.
LF.'R.efpeSl & l'sdmour pleine
de glace & de flame,
Se font la guerre dans mon ame,
Et ne fe veulent -point ceder :
IMaisf Beauté charmât e (frare,
Si je ne puis les accorder,
Permettez^ que je les fépare.
Un Amour
fait toujours
cntreprifes-, c’<
perdu qui va bien vifte, &c
qu’il eft bien difficile d’arrefter.
Il pouffe fcs affaires
plus loin qu’on ne eroit dés
fans refpcét
de grandes
ft un Enfant
GALANT. 9
a laifle faire le
ls; & qui veut
empefeher fes progrès, ne
luv doit d’abord rien pardonner.
Je fçay, Madame,
que c’eft voftre fentimenr,
& que vous eftes ennemie
déclarée de ces Amans fans
refpeâdontla trop grande
hardieife déclaré toujours
la guerreà lapudeur.
Je vous ay promis une
Lettre en Chanfons, elles
font toujours fort à la mode,
mais on en trouve rarement
de bonnes. Des raifons
particulières m’empefïo
LE MERCURE
chent de vous envoyer entière
celle dont je pretcndois
vous faire parc. En
voicy quelques Couplets
donc vous devez eftrefatiSw
faite.
Bourée fur F Air de A t<tjante.
D Epais huit jexrs
Tous les Amours
Reviennent habiter le Chaftea*
de yerfailles :
Sçdves^ vous bien pourquoyl
(T eft quils fuivent le Roy.
Apres avoir fournis
Trois des plus fortes failles
GALANT. n
Rend* de nos Ennemi/
Ton* les projets inutiles, pesplaifrsplu* tranquilles Peuvent eftre permis.
%
Sur K Air des Importuns.
Grâce à LciiiS, notu vous baifons. les mains,
Conquérant Grecs, & Conquérant Romains,
Cherchez, ailleurs qui célébré vos. paitsi
Pans un Printèmps Jl fait plus qu'en dix ans Vous ne fiftes jamais.
Les Couplets que vou| allez voir font de la mefme Lettre, mais ils ne fuivent pas ces premiers,
îi LE MERCURE
• #
Sur le Chant de Pou* aye^ belle 7)**^
Si l ’on ofbit aux Epoux Ecrire d'un fille doux, le poufificrois des H e las : Mais^ b cheres Précieufesy Lebon air ne le veut pas.
Sur l’Air de Te ne yeuxpas yous connoifire.
Quelque tendre qu'onpuififie efire* Dés lors que le Sacrement A décidé d'un Peut- efire* Comme par enchantement On voit bientôt difiparoifire Et la Mai finfifie Q" l'Amant,
Sur F Air de ‘Bayons à nous quatre,
D Amour en ménage
Trouve peu d'appas,
On ne le mitonne pas* ,
GALANT.
Puis que les Chanfons
ont tant de charmes pour
vos belles Provinciales, je
croy ne devoir pas quitter
cette matière fans vous
faire encor part de deux qui
font tombées entre mes
mains.L’Airdela première
eft deM'Boifferi lcsParoles
furent faites fur le bruit qui
courut que Monfieur retourneroit
à P Armée peu de
téps apres que ce Prince fur
arrivé à Paris. &c’eftfur ce
ï4 LE MERCURE fujct que l’Autheur feint queMadame s’adrciTe à ce Prince pour luy dire ce qui fuit.
f CVrsrz®
CHANSON.
V Oiis que j'ay veu brûler d'une famé (i belle^
Et qui m'awczfiurè dente garder lafoy,
‘ Ah que c' efi eftre peufidelle,
Quyivmer fl tu la Glaire que moyl
# vofire prompt retour ne.finit m& fouffrance*
P^tjtte va btentofi nte ranier fient fia £oy; °
GALANT. rj
Jh que cefl avoir d’tnct>nflancel
*D'aimer plus la Gloire que moyt
Les deux Couplets qui
fuivent font pour Madame
la Marefchale de Lorge,
L’Air en a elle fait par M‘
Dambroüys.
f fc-4* J .X ' ’ ï : •
CHANSON
VOs charmes, belle Iris, font
aifément connaître
Que H Amour efi toujours le maître9
Et que tous les Guerriers qu'on
redoute le plus*
Sont ceux qu'il a plutoft vaincue.
1S LE MERCÜPxE#
Vaflre lÜuflre Héros , que plfà >■ d'une Victoire
A rendu tout brillant de gloire, Soumis à vos appas, adore dans' v es yeux
Amour le plus puifsat desDieux.
Apres vous avoir divertie par des Vers dont le fens n’eft pas difficile à comprendre, il faut que je vous en envoyé qui ne vous donneront pas moins de plaifir, & qui embarafleront agréablement voftre efprit. C’eff l’effet qu’ils doivent produire-, & celuy qui les a faits
G LAN T. ,7
n’auroit pas atteint le bue
qu’il s’eft propofé, s’il ne
vous faifoit reiver quelque
temps. Pcut-cftre prendrez-
vous tout cela pour un
Enigme^ vous aurez raifon,
&lavoicy.
1E fuis en Liberté, fans fortir
de P ri [an 5 ? •
le fuit au befefpoir, fans pilier
r Efpérance >
Q^°y que dam le Péril7 je fuie en
ad finance >
2eparois enl'Arméc^ &fufy en
Garni (on >
2'ay part fam lâcheté3 wefme à la
Trahifon ;
Tome 6. B
Va
18 LE MERCURE
Je fers à la Richeffe autant qui
la Souffrance >.
Je -prèfîde d la Rime, ainfi qttd Itâ
Raifon,
Et derniers en Faveur, je fuis
fécondé en France.
Comme il nef rien de grand, ny de
rare fans Moy,
Je fuie & dans la Cour, & dans
ï'Efpril du Roy 5
C* eft avec Moy qu'il rit, qu'il s'entretient
*gi£il s'ouvre,
[J'affifle dfon Coucher, fajjifte d
fon Réveil,
Jl me fouffre d T^erfaille * d Saint
Germain, au Louvre,
FÆaus melaiffe d la Porte en entrant
au Confeil.
Je fuis première en-Rang, &der*
niere d la Cour,
J'en vaux deux au Trïllrac, &
fuis bonne d la Prime,
GALANT. w
Jefuistrehinnocente^ & toujours
dans le Crime.
I
l'accompagne P Amour, termine
le Ion r,
le fers à la Peinture, à la Profe,
à la Rime,
Pe cours avec le Cerf & vole avec
l'Autour.
Y '
On me voit en Crédit, fans me voir
en Ejlime y
T oùjours , fansftaffioti, ortme voit
en Amour ;
Au milieu de Paris5 je me trouve
enfermée,
zns quitter un moment
ny P Armée y
En Robe je prèfide^& f entre au
Parlement \
f ayiam tous ïesArrefts une double
Séances
B ij
le fuis toujours pré fente à la moini
dre Ordonnance, '
Et ne me fuis jamais trouvée en
luzement.
Je ne fçay, Madame, fi en
ïifant ces Vers vous en aurez
dévelopé le miftere^Ies
Enigmes font ordinairement
fur un mot comme
tre R. Jamais Ouvrage n’a
tant donné de peine, ou n’a
GALANT. n du moins dû eh tant donner; c’eft fans contredit le plus beau que nous ayons de tous ceux qui mettent l’efprità lagefne, & qu’on ne peut faire qu’avec une application extraordinaire, quelque facilite'qu’on ait a écrire. Il eft de vingr-hflit Vers, & la Lettre R s’y rencontre prefque par tout, de maniéré que chaque mot où elle entre paroift une Enigme particulière à ceux qui ne fçavent pas quelle fait le principal fujcr de la Pièce : c’eft toujours elle
xi LE MERCURE qu’on fait parler. Voicy ce qu’elle die dans le premier Vers de ceux que vous venez de lire.
Je fai* en libertéfins fartir de prifaon.
On ne peut l’accufèr de dire faux, lors qu’elle aflùre elle eft en liberté^ puis qu’elle entre dans ce mot ; & quand elle dit qu’elle ne fort point de prifon, elle parle encor auffi jufte, les Lettres qui compofent le mot de prifan, ne formant fans elle que celuy tepi/bn, de maniéré qu’elle peut dire?
GALANT.
On voit dans les vingt-fept
Vers qui relient, des coqtrarierezfemblables.
Elles
qu’on relit l’Enigme une fécondé
fois, apres en avoir
appris lefujer,quej’av delà
peine à concevoir comment
il s’eft trouvé unePerfonne
qui ait voulu s’appliquer
allez fortement, &
alfezlongtemps,pour faire
un Ouvrage fi rcmply de
difficulrcz.
Voicy d’autres Pièces
LE MERCÜRE
qui doivent moins à l’Efprit.
Il y feroit regardé
comme un defaut s’il y paroifloit
trop-, & le Coeur
doit avoir la meilleure part
aux Ouvrages dont l’Amour
infpire le deïfein.
: vSr$r & : rxu Au
CONTRAINTE
d’un Coeur amoureux.
V ’ un coeur fouffre par la
contrainte !
a4h qu'il eft dJ^ne ae pitié l
S'il commence la moindre plainte,
il en dit trop de la moitié^
Il faut que toujours enluy-mefme
• n
7
Z
GALANT. i; 'Il étouffe milie foùpirs. S'il veut former quelques dejîrs^ il craint-d'alarmer ce quil'ainte. Helar! que faire en ce moment! T eut il eft fourluy qu'un dur mar- tire :
Qffun coeur fouffre qaddil'foûpire* Et qu'il aime trop tendrement!
Rien ne peut mieux fuï- vre ces Vers que le Rondeau que je vous envoyé, puis qu’il exprime encor l’embarras d’un Coeur a- moureux.
c
X6 LE MERCURE
RONDEAU-
TAifezfvous, tendres mouve* mens,
J^aiffez^moy pour quelques momens Tout mon coeur ne fçauroit fujfire Aux tranfportsqueP Amour m inf A ( pire*
P ourle plus parfait de s Amans, A quov fervent ces fentimens!
Dans leurs plus doux emportement^ P a Raifon vient toujours me dire, Taifez^ vous.
Za Cruelle depuis deux ans..., Mais hélas! quels redoublemens Souffre mon amoureux martire ' Mors Bercer paroift., ilfoûpire^ Zs voicy. Vains raifennemens ’BaifexçVous.
»
GALANT. ±7
L’Amour fourniflbit autrefois prefque toute la matière des Vers qui fe fai J foient; mais depuis quelques années les grandes Conqueftes duRoy ont pris fa place, & la plupart de ceux qui en ont écrit, ont cru qu’ils dévoient le iervir de ce langage pour parler plus dignement d’un fi beau Sujet, Nevouséton- nez pas apres cela fi vous avez trouvé dans toutes mes Lettres des Vers à la gloire de ce Monarque. Je vous envoyé encorunSond
C ij
5
xS LE MERCURE net fur ies belles Actions de ce Prince.
AU R O Y.
SONNET.
LEs Siècles à venir ne pourront jamais croire.
noftre Roy vainqueur. les Exploits merveilleux 5
J) es Héros de U Fable .ils croiron t voir l'Hiftoire.
Dans les Faits de Louis pareils à, ceux des Dieux,
£ors qu'à tant d'Ennemis, de Vi- Eloire en ViEloire.
Jlmarche enConquérant.lcs défait en tous lieux •$
GALANT. 19
Quand fur T erre & fur Mer r il
acquiert tant de gloire,
ypc triomphe-t-il pat des T ri ans
yn luflre de fa Vie a dompté dix
Provinces >
Forcé mille Remparts 5. aux yeux
de tous les Princes,
Ârrnez Dour Ce courir le Bat ave
Zeurs efforts impuiffans^ avec cent
mille T eft es,
Fl'ont pu Çauver Cambray des
mains d'un Roy fi grand 5
Bien ne peut que la Paix arriver
fes Conquefles*
Les Poëtes qui ont ck
C
30 LE MERCURE tout temps efté de grands menteurs, ne difent plus que des veritez, lors qu ils parlent des furprenantes Conqueftes du Roy y mais comme ils ne pourroient r i e n i nv e n r e r q u i e u t p I u s d e ce merveilleux qui appro* che de la Fable, les Siècles a venir pourroient bien prendre pour des fixions tout ce qu’ils difentaujour- d’huy de plus véritable. Ce n eft pas leur faute-, pour- quoy le Roy fait-il de fi grandes chofesquc la Pof- teritc aura de 1a peine à les
GALANT. ?î
croire? Pendant que les
beaux Efprits travaillent
pour laiffer apres eux dequoy
la convaincre des
étonnantes merveilles que
nous voyons tous les jours,
vous voulez bien que nous
changions de matière , &
que je vous envoyeunSonnet
qui n’efl ny fur la Galanterie,
nyfur le bonheur
delaFrance, & auquel l’Amour
n’a point de parc.
C’ • • •
mj
/ VN»
v le mercure
Z*
«a
LE SOLITAIRE,
S O N N E T,
S*Eleve qui voudra, par force, ou par adreffe,
Jufiuau fimmet cliffant des qran deurs de la Cour.*
Je prètens, fans quitter mon aimable fipour.*
JLoin du Peuple & du bruit ^rechercher la Sagejfe*
r-2^ fa ns crainte des Grands, fans fafie & fans irifieffe,
Je verray les Sa ifins fi future tour-à-tour.*
Et dans un doux repos f attendra^ Iffildeffe*
GALANT.
a4infi lors que la Mort viendra
rompre le cours
Des bienheureux moment qui conu
pofient mes jours,
le mourray charge d'ans, inconnu
Çoh'taire*
$
Qu un Homme efl malheureux a
l'heure du trépas,
Z ors qu'ayant négligé le [cul bien
ne ce flaire,
il meurt connu de tous, Çp ne Çe
connoijl pas!
tes chofes font belles à
dire, mais l’execution en eft
difficile, & la plupart de
ceux qui font ces fortes
d’Ouvragcs, fongent bien
54 LE MERCURE
moins à quiter le monde,
qu a faire paroiftre leur efprit.
Beaucoup de Gens
parlent âvanrageufement
delà Solirude} & endépeidécouvert
un depuis quelques
jours, dont l'Hiftoire
iherire bien de vous eftre
racontée. 11 eft Fils unique
&feul Heritier d’un Homme
qui peut pafler pour
grand Seigneur dans fa Province.
Il le fit étudieravec
GALANT. 35
•l'Academie. Ce Fils dons
l’humeur eftoit douce, qui
n’aimoit que le repos, & qui
fe faifoit une joye extrême
dit auprès de luy dans le
temps marqué, & voulut
répondre pàrfa diligence à
Fempreffement que ce boïi
Homme avoir de le revoir.
Dés qu’il fut de retour, il
luy propofa une Charge de
Confeiller dans le Parlement
de *** pour l’attacher
plus fortement auprès
de luy. Cer offre fur accepté
avec joye, & la Charge
ayant efté achetée , il y
fut reçeu avec applaudiffement;
il l’a exercée pendant
dix ans avec une intégrité
GALANT. 57 dont nous avons peu veut d’exemples. Il ne faut pas s’en étonner, il eftoit indi- fércnt, & la Province n’a- voit point de Beautezcapa- bles de le toucher. Cen’eft
• 9
pas qu’il euft de mépris pour aucune, & que fonin- diférence aprochâc de celle de beaucoup de jeunes Gens qui ont fi bonne opinion d’eux-mefmes, qu’ils croyent laplûpartdesFemmes indignes deleurs foins. Noftre Solitaire n’avoir point ce defaut, & s’il avoic de l’indifércnce, la caufe
$ LE MERCURE n’çn dévoie eftre attribuée qu’à fon tempérament. Sa froideur pour le Sexe eftoit accompagnée d’une civilité quigagnoit tous les coeurs, & jamais Infcnfible ne l’a fi peu paru. Si quelques Belles qui ne le haiiToientpas, & qui auroient volontiers fait la moitié des avances, cachoient le chagrin qu’elles avoient de luy voir un coeur fi peu capable d’aimer , fon Pere faifoit fans cefle paroiftre le lien. Il le prefloit tous les jours de fe marier, & luy témoigtioir
pufTent
GALANT. #
avec une ardeur inconcevable
le defir qu’il avoit de
voir des Succefleurs qui
empefeher fon
Nom de mourir. Ces difcours
fatiguoient noftre Solitaire,
il ne fongeoit qu’à
fes Livres, il n’aimoir que
fon Cabinet, il y pafToitdes
jours entiers, & ne voyoic
les Dames que lors qu’ils ne
pouvoir civilement s en défendre,
& que le hazard les
faifoit trouver dans des
lieux où il ne les cherchoic
pas: de maniéré qu’on peut
dire qu’au milieu d’une des
I
LE MERCURE plus Galantes Villes de France, & dans un Parlement célébré, il vivoit comme s’il euft efté dans une Solitude. Le calme d’efprit & les douceurs qu’il trou* voit dans cette vie tran- quile, furent méfiées de quelques chagrins. Les cm- preffemens que fon Pere a- voit de le marier, luy firent de la peine: il voulut tâcher à fe vaincre pour luy obeïr, il combatif les defirs qu’il avoir de conferver fa liberté, il fe dit des raifons pour fe faire vouloir ce qu’il ap~
GALANT. 4t
laneceffiré d’entendre tous
les jours les plaintes de fon
Pere, ou de prendre une
Femme, ilréfolut de vendre
fa Charge de Confeiller, &
de fe retirer dans uneMaifon
de Campagne fur les
bords d’une agréable Rivière.
Il pratiqua fecrettement
des Gens pour cela,
conclut promptement fon
marché, & partit auffitoft
r
blée, il y alloit fou vent, &
n’ayant befoin de faire-aucuns
apprefts pour ceVeyâge
, il fit facilement croire
qu’il n’alloit que s’y promener,
quoy qu’il euft deffein
de s’y établir tout-à-fait. A
peine y eft-il arrivé, qui!
s’adonne entièrement à la
leéture des plus beaux Livres,
aux Oeuures de Piete
& à la culture de fon Jardin.
fouhaitoit toujours d avoir
des SuccefTeurs, confulte
GALANT. 45
pour faire retourner fon Fils
dans le monde. On y trouve
de la difficulté, plusieurs
expédients font propofez,
on fe quite fans fe déterminer
a rien On fe raffemI
44 LE MERCURE fait trouver tour ce qu’if fouhaite. On luy promet tour, on exécuté tour, mais fi à propos & avec tant d’a- parence de vérité, que nof- xre Solitaire en eft touché de compaflion, Il eftoir ap- puyéfur le bord d’une Ter- rafle qui regardoit la Ri- : viere, & tenoit un Livre remply de Traitez contre I’Amour. Il le lifoir avec plaifir , s’applaudiflbit de la dureté de fon coeur , &r s’affermiflbit dans la refo- lution qu’il faifoir tous les jours de ne fe laifler japiaii
i
i GALANT. < | éblouir par aucune Beauté, • quelques charmes qu’elle pût avoir, lors que les cris des Bateliers, & d'une jeu- [ ne Fille qui fembloit périr, | luy firent abandonner la levure pour courir au bord de F eau. Il vit une Femme j qui enfortoir, il luy prefen- j ta la main, & la prefla d’en- I trer chez luy pour changer ! de hardes, & pour prendre ' du repos. Il la plaignit pendant le chemin avec une
■ honneftete' qui luy eft naturelle, & luy dit des chofes qui laurpicnç empcfçhée
46 LE MERCURE de croire qu’il eftoit infen- fible, fi elle n’en avoir elle bien avertie. Elle fe contenta de luy repartir qu’elle fe trouvoit bien-heureufe dans fon infortune de rencontrer une Perfonne aufli obligeante que luy. Quand elle fut arrivée dans fon Logis, elle demanda du feu & du Linge pour en changer, parce que lefien eftoit tout mouillé. Noftre Solitaire en fut Iuv-mefme chercher , & il auroit fait l’impoffible pour fa belle Hoftcflè^fàns en ïjavoir la
1
GALANT, 47
raifon. Il eftoit fi troublé
&fî interdit, qu’il ne fçavoit
ce qu il falloir- Il la rc*
gardoit fans parler,.Sc partoit
fans fçavoir ny ce qu’il
difoit, ny ce qu’il luy vouloir
dire. Il luy alluma luymefme
du feu avec un em-
& envoya tous lesGens avec
ordre de ne rien épargner
pour fauver fes Hardes qui
ftotoient fur l’eau. Pendant
qu’il eftoit occupé à
faire du feu, la Belle fe defI
* J
48 LE MERCURE temps une partie des beau- tez qui avoient efté admirées d’un grand nombre de Cavaliers. Elle fe coucha en fuite. Noftre Solirafre s approcha de fon Lit, & voulut l'entretenir ; mais elle luy dit qu’elle cftoit
fort fatigue^, & le pria avec un air modefte & rernply d’une certaine pudeur qui arrache les coeurs, de le retirer & de la IaifTer en repos. II eft vray quelle eftoit lafTe, & le feinr Naufrage 1 avoirprefque autant tour- fnentée qu’auroic fait un
* r->-
véritable
GALANT. 49
véritable péril. Elle dormit
toute
Hofte n’en fit pas de mefme,
il refva à l'A van turc qui
luy eftoit arrivée, & (on
imagination neçefla point
de luy reprefenter la Belle
quin’efioit fortie de l’eau,
que pour luy ravir le repos
dont il joüilToitSoninfenfibilité
l’empefchoit de
croire qu’il aimât véritablement-;
& quand il auroit
efté bien perfuadé de
fà paffion, il n’ofoit fe lavoüerà
luy-mefme; & la
Tome 6. E•
-
jo LE MERCURE
maniéré dont il avoir vefcu
luy faifoit voir tant de
foiblefl'e dans un fi prompt
changement, qu’il ne fçavoit
à quoy fie décerminer.
11 fe leva avec ces cruelles
irréfolutions. llfutàpeine
habillé , qu il envoya fçavoir
de quelle manière fa
belle Hoftcffe avoir pafle la
nuit. 11 apprit au’clle eftoit
éveillée, & qu’elle fe portait
bien. 11 en témoigna de la
joye, & luy envoya demander
la permiffion de la voir.
Ul’obtint; mais à peine futil
entré dans là Chambre.,
dans la Ville la Province, pas éloignée ils eft oient ,
GALANT. Xï qn’il fenticnn batcmentde coeur qui luy préfagea ce qui luy eft arrivé depuis. Il luy trouva de nouveaux charmes, & luy fit des com- plimens fi embarraffez,que la Belle connue bien que cesappas commençoient à faire l’effet que le Pere de noftre Infenfible s’eftoic propofe. Elle le pria de luy donner quelqu’un pour envoyer quérir une Litière Capitale de qui n’eftoir du lieu où & luy dis Eij
p LE MERCURE quelle eftoit -obligée d’y aller inceflamment pour porter des Papiers de con- féqucnce à fa Mere, qui eftoit fur le point d’y voir juger un grand Procès. 11 luy promit tout dans ledefRin de ne luy rien tenir, & fie venir fur l’heure un de fes Gens à qui il commanda d’executer ponctuellement tout ce qu’elle luy diroit; puis illuy défendit en particulier de fuivre aucuns de fes ordres, & le fit cacher afin qu’il ne paruft plus devant elle. 11 mit tout en
GALANT. 55
ufage pour empefcher qu -
elle ne s’ennuyât. Les Repas
furent galans & magnifiques,
& tout parla de Ion
amour avant qu il en dit
rien & qu’il en fut luy mefl
me bien perfuadé. Cependant
fa paffion qui avoir
efté violente des fa naiflance,
l’obligea de s’informer
avec foin des raifons qui
avoient penfé faire périr
une fi aimable Perfon-ne. Il
luy demanda d’où elle cftoit
partie, & pourquoy elle
s’eftoit fiée à des Bateliers
Elle luy renGALANT.
# des dépenfes exceffives aufquelleslefervicede leur Prince les avoit engagées, eftoient caufe quelle ne paroifloit pas dans le monde avec toutl’éclatque de- voit faire une Perfonne de fa naiflance. Ce Récit a- cheva de charmer noliie Solitaire: & fa belle Hof- teffe qui ne devoit demeurer chez luy que pendant quelques jours, s eftantap- perçeue qu il reffenroit un véritable amour, voulut voir jufqucs où les choies pouroient aller. Leurs corv- ' WT-* •••••
E mjj
verlàtions devinrent londe
l’Amant parlèrent fouvent,
fes foins confirmèrent
tout ce qu’ils direnr, &
fes Billets tendres en apprirent
encor davantage.
Ce n’eftoit toutefois pas
allez, il falloir une déclaration
de vive voix & dans Les
formes. Noftre Solitaire
la fit, mais en Amant
bien refolu d’aimer toujours.
Il dira cette adroite
Perfonne ( qui n’avoir
rien oublié de tout cequ’-
avoit crû,
GALANT. 57 pour l’enflamer) qu’il ne tiendroit qu’à elle de le rendre heureux le refte de fes jours, en partageant avec luy le peu de bien que la Fortune luy avoir donné, & qu’il ne demandoit pour re- connoiflance que fes bonnes grâces & fon coeur. 11 luy propofa en fuite de lé- poufer le lendemain. Elle fit d’abord de grandes dif- ficultez, puis elle fe rendit en luy demandant huit jours pour en conférer avec fa Mere. Il ne voulut point confentif à ce retardement,,
r
# LE MERCURE
Elle en témoigna au tant de
chagrin quelle en avoir de
joye, & le laiflà en fuite le
maiftce de la chofc. Il fît
tout préparer pour le lende*
main, & le Mariage Ce fit
dans l’Eglile du lieu, en
prelènce de tous les Paroiffîens.
Cependant le Pere
de noftre Nouveau Marié
qu on n’avoir averty de
rien,(entir redoubler la curiofité
qu’il avoir de fçavoi-r
comment fon ftraragême
avoit réülfy. 11 vint voir
Ion Fils, qu’il trouva d’abord
plus gay qu’à l’ordi>
u- quelque autre. Le Fils l’a F.
'>î furadu contraire, & luy die
it qu’il aimeroit eternelleit
ment celle à qui il avoir
i- donné fon coeur. Vous avez.
6o LE MERCURE Pere, je ne croiray plus rien d’impoffible, puis que vous vous eftes laiiîe toucher. 11 eftvray que se me fuis laifle toucher, & mefme plus que vous ne penfez, luy répliqua ce Fils, puis que voir, aimer & e'poufer, n’ont cflé qu’une mefme choie en moy. Jugez apres cela, pourfuivit-il, fi vous avez raifon d’affurer que je de- viendray fenfible aux charmes d’une autre Femme? Ces paroles rendirent le Pere immobile, & le faifi' rent tellement qu’il de-
cet effet dans le coeur de fon
ner
GALANT. 61 J meura quelque temps fans , pouvoir parler. Le Fils qui J crut que la joye produifoic 1 defon J Pere, adjoura cju il prefferoit plus de luy don- .... des Succeffeurs, qu’il en auroic bien-toft > & qu il croyoit que fa Femme eftoit groffe. Quoy,luy dit lé bon Homme d’une voix tremblante, vous avez e- pouféla Perfonne que vous avez retirée du Naufrage! Oüy mon Pere, luy répondit-il, le Ciel me la envoyée pour m empefclier
•belle à vos volontcz. jA/
* « * <faoeve^-<vous fait, mon Fik,
‘qua've^- vous fait? s’écria
le Vieillard. Ce que vous
avez Ci Couvent fouhaité de
interrompit le Pere avec
des yeux pleins de fureur,
tout ce que jedevois craindre,
&ce qui vous couvrira
d’une infamie éternelle, &
vous rendra l’opprobre de
tout le monde. Je vous pardonne
toutefois, pourfuivit-
ilj à caufe de voftrc
t GALANT.
r? 'ignorance; mais ilfaurqui- ter voftre Femme, il laraut !®| fuir & ne jamais fonger à la rt revoir. De la maniéré que vous parlez, répondit le Fils,il falloir que j’euffe une 111 Soeur qui ne m’eftoit pas connue, & je l’auray fans Ci doute époufée, puis qu’il ■f, n’y a qu’une avanture fem- n« blable qui me puifle obli- r» gcrd’abandonneruneFem- $ me à qui j’ay fi publique- le ment donné ma foy. Tu ;!■ luy en peux manquer,repri t i. le Pere, & ton Mariage fe rc peut rompre, quoy quelle
ig4 LE MERCURE nefoit point ta Soeur. Illuy raconta en fuite toute l’Hif toire du feint Naufrage, & luy dit qu’il avoir prétendu que les charmes & les maniérés engageantes de la Perfonne qui avoir ordre de fe retirer chez luy apres fon malheur apparant,& de luy demander les fecours qu il luy avoir offert de luy- mefme, pourroient peu à peu faire diminuer fon aver- fion pour les Dames-, que c’eftoir tout ce qu’il avoit fouhaité, dans la penfëe que ion coeur eftant devenu
1 G A L A N T. 6y moins farouche, fe pourrott 'i attendrir pour une plus honnefte Perfonne, & qu’il fe feroit alors fi adroite- ment fervy de l’occafion, li qu’il l’auroit fait confentir i àluy donner la main; mais que puis qu’il avoir époufé une Courtifane, il dévoie l’î par toutes fortes de raifons y. demander la rupture de fon i Mariage. Je n’ay point leu :r dans fes yeux ce quelle eG U! toit, dit alors ce Fils avec )if un ton aufTi trifte que tou- ut chant: Ils m’ont paru doux, au je n’ay rien veu que d’aima- Toxne 6. F
£6 LE MERCURE blc dans toute fa Perfonnej & j’ay trouvé des charmes- dans fon efpritqui auroient pû engager des coeurs plus infenfibles que le mien. Tout ce que vous dites peut excufer voftre Mariage, repartit le Pere avec beaucoup de douceur, fans pouvoir vous fervir de pre- empef- cher de le rompre ; mai prefentement,pourfuivit il que vous connoiflez voftre erreur, la raifon... La raifon, s’écria le Fils, je vous ay dit mille & mille fois peadans
texte pour vous
mais •
f
GALA N T. <?7 que vous me prefiiez d’engager mon coeur, qu'elle cC- o 5 1
toit incompatible avec la-
i mour, & que de peur de la perdre je voulois eftre toujours infenfible. Vousfou- haitiez alors de me voir moins raifonnable, & vous me le répétiez tous les jours; cependant vous voulez au- jourd huy qu’avec une paf- fion violente, je confervc toute la raifon que pourroic avoir l’Homme du monde le plus infenfible. Ilenfauc avoir quand l’honneur le veut, répliqua le Pere, & fi Fij
• *
!
• >
éS LE MERCURE tu ne romps ton Mariage, Je te déclaré que je te deL Iieriteray. Je ne voy pasde- quoy vous pouvez vous plaindre, luy répondit le Fils, je n’ay pas cfte cher* cher la Perfonne que j’ay époufée, & vous demeures vous-mefme d’accord que vous me l’avez envoyée. Dés que j’ay fenty que je comniençois à l’aimer, je me fuis fouvenu de vous & de la joye que vous auriez en apprenan t que je ceffois d’eftre infenCble. Ledefir de vous plaire s’eft mis de la
X
GALANT.
partie, il m'a empefché de rcfiftcr fortement aux premiers mouvemens démon, amour, & je me fuis laiffe vaincre quand j’ay ferieufe- ment fait reflexion fur la maniéré dont la Perfonne que j’ay époufée eftoit ve- nuëchez moy.J’ay crû qu’il y avoir de la deftinée dans cette avanture, que nous ef- tions nez l’un pour l’autre, & que je ferois criminel ft j’eftois plus longtemps rebelle à vos volontez, &que les Succefleurs que vous fouhaiciez avec tant d’em-’
70 LE MERCURE prefTement, eftoient peur- eflre deftinez pour eftreûn pur de grands Hommes, 8c que le Public en pouvoir recevoir des avantages confiderables. Ayant examiné toutes ces choies, j’aurois cru faire un crime de ne pas Poivre les motive- ■ mens qui m’eftoient infpi- rez apres une avanture fi extraordinaire & .dans un temps où j'y penfois le moins. Toutes ces raifons ne fatisfirent pas le Pere, il preflà encor fon Fils de çonfentir àfe démarier. Ce
G A L A N T.
dernier s’en eft fait un ferapule
de confcicnee, & le
Pere s’eftpourveu enjuftice
pour faire cafter le Mariage.
Je les trouve tous
deux à plaindre, & je ferois
bi<*n embarafte fi j’avoisà
prononcer là-deïîus. Les
raifonsde l’un &de l’autre
neparoiflenc bonnes, & je
ne trouve que I’Amour de
condamnable, mais il ne
reconnoift point de Juges,
& ne fait jamais que ce qu’il
luy plaift.
Aurefte, Madame, vous
fçaurez que j’ay eu depuis
LE MERCURE peu une longue converfâ- tionavecvoftre aimable & jeune Parente. Vous m’en avez toujours dit beaucoup de bien -, mais j’ay peine à croire que vous connoifliez tout ce qu’elle vaut. Son cfprit augmente tous les jours auffi-bien que fa beauté, 6c il y a dequoy ef- tre charmé de l’un & de l’autre. Jemetrouvay heu- reufement auprès d’elle il y a trois jours à l’Opéra d’Ifis, qu’elle ne voulut point du tout écouter. .Elle aima mieux employer ce
GALANT.
temps à me demander de vos nouvelles. Nous difi mes aflèz de mal de vous, & j’efpere quelle vous en rendra compte. Ce fut quelque chofe de nouveau pour moy de la voir fi peu curieu- fede Mufique, elle qui l'aime avec tant de pafïion, ôc à qui le moindre Concerr tient lieu du plus agréable Divertiflcment. Elle me dit qu’elle neftoit poinc changée là-deflus, mais quelle avoit déjà vcu Ifis dix ou douze fois, quelle ' n’y eftoit venue ce jour-là
Tome 6. G
-4
quelle s’ennuyoit d’entendre
toûjoursla même choie.
Si le Voyage n’eftoit point
fi long, je luy confeillerois
d’aller tous les ans paflerle
Carnaval à Venife, elle y
auroit contentement, & la
diverfité des Ope'ra nou- '
veaux qui s’y reprefencent,
luy fourniroit Couvent de
nouveaux plaiiirs. Il y en a
eu cette année neuf diferensfurcinqTheatres.
J’ay
quelques-uns, qui valent
GALANT. 7f
Ravoir. Elles fcrviront du
moins à vous donner quelque
idée de ces grands
Spectacles, & à vous rendre
prefente en quelque forte
à ce que 1 eloignement des
Lieux ne vous permet point
devoir. •À \ -Z
Le premier de ces O pe'ra
a efté le Totilas de la cotnpofirion
de Mateo Neris.
Il a paru fur leTheatre Grimant
de S. Jean & S. Paul,
avec un fuccés digne de la
beaute' de {'Ouvrage. Chaque
Aéte avoir divers changemens
de Scènes. L’Otu
G ij
1(s LE MERCURE verture du premier fe faifoit par une petite Chambre avec un Lit fur lequel un Enfant dormoir. Cleliepa- roifloit au près de luy tenant un poignard quelle fem- bloit prefte à luy enfoncer dans le fein. La Chambre difparoiÛoic tout-à-coup, & le Theatre reprefentoir une des Places de Rome, environnée de Palais d une ftruéture ad mirable. T o.tila entroit fuivy de fes Troupes, l’Epée & le Flambeau a la main, Trompetes fon~ liantes, avec leurs Enfci-
GALANT. 77 gnes. Ces Palais s’embra- foient les uns apres les autres. Onenvoyoit tomber les pièces à me fore que h flame s’y attachait, mais avec un artifice (i furpre- nant,&qui approchoit tellement de la nature, qu’il n’y avoir perforine qui ne cruft qu’ils brûloient véritablement Le defordrere- gnoit par tou t,& dans cette confufton, Marfia Fille de Servius, cherchant à fe fau- ver des Soldats qui la pour- fuivoient, fe jettoitpar une feneftre,& tomboit éva- G iij
• • •
i
LE MERCURE
noüie entre lesbrasdeTotila
qui la recevoir. LarroifiémeSccne
avoir pour Département
de Clelie j &t
celle de la quatrième eftoit
iineRue oùl’onvoyoir une
Tour, & une des Portes de
Rome en éloignement.
D es Efclaves conduifoient
de loin un Eléphant d'une
grandeur démefurée. Il
fembloit tout couvert d’or,
&ce qui caufa autant d’admiration
que de furprife^
tant arrefté, s'ouvrit au fon
t,
)•
GALANT.
desTrompetes,& fe fepara J' en plufieurs parties, qui firent paroiftre Beliffaire, Le- pide, Cinna, une,Troupe
I
ie le
t.
it
le
fl
r>
I.
r.
a
nombreufe de Soldats avec leurs Armes & leurs Boucliers, des Trompetes, & des Enfeignes dont toute la Scene fut remplie. On y vit du moins cent cinquante Pcrfonnes tout à la fois. Jugez avec quel ordre ils dévoient avoir cfté rangez les uns fur les autres, & avec combien d’adreife il falloir qu’on euft entremeflé les Boucliers, les Armes, les G üij
So LE MERCURE Enfeignes & les Trompe- tes pour former le corps de ce prodigieux Eléphant. Cer Aéle finifToit par une Danfede Cavaliers montez fur de véritables Chevaux.
La première Scene du Second fe païfoit dans la Court d’un Palais, qui fai- foit, place à une Mer. On découuroit la Plage, & l’Armée Navale de Totila, avec la Ville de Rome en éloignement. Des Soldats en fortoient comme en triom- phe,faifant marcher devant eux des Efclavcs& desPri- A
:
GALANT.
i ’ à?* * . /* .
fonniers, tandis que les autres rempliffbient lesVaif- feauxdes Dépouillés & des Tréfors dont ils s’eftoienc enrichis au Sac de cette fa- meufe Ville. Une Tenu perte accompagnée de Tonnerres & d Eclairs les pouffoit contre des EcüeilSy ils s’y brifoienc & s’abT- moient les uns apreslesau- tres. Il n’y avoir rien de mieux reprefenté que ce Naufrage. D’effroyables cris qu’on entendoit retentir, faifoient connoirtre le defcfpoir de ceux qui Ce per
Si LE MERCURE doierit,& on envoyoit une partie qui fe jcttantàla nage, tâchoit de gagner le tord. La derniere Scene avoitun Bois pour Décoration, & elle fe ç>aïïoit dans uneNuitéclairée duneLu- nequife couvroit peuàpeu de nuages, & laiïfoit enfin le Ciel entièrement obfcur- cy. Une Entrée de Soldats attaquez par deux Ours fi- nifïbitl’Aclc.
Le Troifiéme faifoir pa- roiftre d’abord une Plaine où l’Armée des Romains eftoit campée d’un collé, &
GALANT. 81
h( de l’autre on découvroic la
i Ville de Rome avec un
I: Pont fur la Brèche. Des
h( Chariots chargez des Dcls
foient fur ce Pont, ils ch
il. Soient tirez par de verita-
’H blés Chevaux, & BeliïTrire
ij entroit en fuite par cette
r. Biècheavec fes Gensmoni.
vaux vivans. La Scene fuivante
fe reprefentoit dans
i. une Salle d’un riche & maj,
qui fe changeoit çn un
S4 LE MERCURE
Theatre chargé d'un grand
Peuple qui s’y eftoit placé
pour voir le Tournoy des
Quatre Elemens. Ce Tournoy
commençoit par h
Quadrille de Junon qui reprefentantl’Air,
yparoiflbic
fùruneNue. Cibelle comme
Dcefte de la Terre, y
amenoitdansune Machine
force Cavaliers armez, &
difpofczà bienfoûtenir fès
intercfts. La Région du
Feu s’ouvroit en fuite, &on
y voyoit Pluton qui conduifoit
fa Troupe dans une
autre Machine. Neptune
GALANT. Stf
• * 4. • . . » prenoitle party de l’Eau, &
fa Quadrille fortoit .d’une
vaftcMer, donc l’agitation
n’eftoir pas l’objet le moins
agréable aux yeux. Je ne
vous dis rien des Jouftes
qui fe faifoient avec une
adrefle merveilleufe,&qui
eftoient terminées par l’arrivée
de la Paix, qui venoic
en Machine comme ces autres
Divinicez, & qui mettoit
d’accord tous les Combatans-,
ce qui n’erapêchoic
pas que leSpedacle ne finift
parun Combat des Wandales
contre les Romains, &
S6 LE MERCURE par un autre de Pafleurs contre des Bêtes farouches.
Avouez, Madame, que fî!e Totila, fe joüoitàParis, vous ne vous défendriez
pas de quitter la Province
pourqueîques jours. Tant de beau te z meriteroienc
bien de vous attirer, & je croy que vous n’auriez pas moins de curiofite' pour ï'Afiiage, qui a cfté le fécond Ope'ra reprefentc l’Hy ver dernier à Venife fur le mefmeTheatre Grimani.
Le Sujet a elle pris de celuy que le Cavalier Appoloni
S7
GALANT.
tji avoir déjà traité avec tant lit d’applaudiffiement, & les Décorations ontparuadmi- ïti râbles. La première Scène rit e ftoic le Camp d’une Armée ti( entière, où des Soldats fai- at foient l’ouverture par une :ct Danfe Pyrrique, accom- itj pagnée d’une ïimphonie p< merveilleufe. Cette Danfe of eftoit interrompue par lar- ft nt fii
itii Iü;
rivée d’une Prince (Te, fuivic de quelques Officiers Generaux de fon Armée, cous à cheval. On voyoir en fuite une Salle richement parée, dont un Enfer horrible pre-
88 LE MERCURE noit la place. Caronypaf- foitles Ames dans fa Barque. L’Ombre de Cirenc Femme d’Aftiage,s’offroit en Congé à ce Prince, & tout l’Enfer difparoiffoit au moment de fon réveil. Une Prifon fuccedoit à ces divers changemens qui ef- toient fuivis d’une Décoration de Jardins délicieux, d’où les Tours de la Prifon fedécouvroient. Le fécond
• Z* 4*- •
A été s’ouvroit par un* grande Place ornée d’Arcs deTriomphe; & les autres Scenes oftroient une Veu«
GALANT. E?
de Maifons , celle d’une
Coure,Sien fuite tout ceque
le Temple de Diane peut
avoir de plus pompeux dans
fa ftrudure. Un lieu où il
i voit rien lailfé à defirer pour
e, les Délices, faifoit la pre-
1 miere Décoration du Troifiérne
Ade, apres laquelle
d on voyoit un Salon du Pa.
d lais du Roy, qui fe chan-
J geoit en une efpece de Portique,
d où l’on avoir com-
Cl munication au lieu où les
Belles elloient enfermées.
jcment de
1 orne 6.
ço LE MERCURE Théâtre faifoit voir une Salle toute brillante de Crifi taux , & ce magnifique Spe&acle eftoit embellv de Jeux Entrées, outre celle ftes Soldats qui ouvroit le premier Aéte. 11 y en avoir une de Pages au Second , & le tout eftoit terminé par une autre de Démons qui s’enfuyoienx a 1 afpeét d’une Divinité. LeSeigneurJean Bonaventure Viviàni, Maî* trede Chapelle dclEmpereur à Infpruk, ~avo.it pris foin de la Mufique. La compofition en eftoit mer-
GALANT. 91 teilleufe, & l’execution ea avoitçfté entreprife par les premiers Muftciens de l’Europe , & par les plus excel- lens Joueurs d Inftrumens de l'un &r de l’autre Sexe, pour lefquels on avoir fait une dépenfe prodigieufe, car il y avoir telle Mufi- cienne à qui l’on donnoit plus de quatre censPiftoles pour fon Carnaval. C’eft le moyen de ne manquer pas debellesVoix; &ilnefaut pas s’étonner apres des li* beralitez fi accommodantes, fi tant de Perfonnes s’a- H ij
LE MERCURE pliquentàl'envy à fe rendre parfaites dans la Mufique.
Nicomâde en Bithinie, dédié à l'impératrice Eîeonor, a fuivy ccs deux Opéra. Le Do&eur Matlïeo Giannini
r, en avoir fait les Vers, & il a paru fur le Theatre Zane de S.Moife avec un applaüdif- fementfî general,que tous ceux qui l’ont veu reprefen- ter, ont avoué que jamais Pièce n’avoit eu ny tant d’inventions galantes & fines,ny tant de cliofcs capables de plaire &de toucher le gouft des plus délicats-
r
GALANT. qj r« Comme les Machines que . ce grand Sujet demandoit î n’auroient pû s’exécuter >t, dans le petit efpace d’un -t Théâtre ordinaire, on s’efl: hi contenté des Décorations a & des Changerons deSce- ie nés qu’on y afaites les plus il belles & les plus riches Uj qu’on ait jamais veues. Le n. premier A Te finiïToir par is un Balet de Tailleurs de it pierre. Ils tenoientchacun î, leursMarteaux & leurs Ci- i- féaux, & faifoient leurs mouvemens en cadence i, autour d’une Statue de Ni-
94 LE MERCURE coméde, qu’ils fembloient achever en dançant-, niais tout cela d’une maniéré fi bien concertée, qu’on ne pouvoit rien voir de plus jufte. Une Entrée de Pan fans & de Laboureurs avec leursBêchesôdeursHoyaux finiiroitl’Aélefuivanr -, &h fécondé Scene du Troifié- mc eftoit agréablement interrompue par une Danfe de plusieurs Héros, qui fe fouvenantde leurs anciennes amours, prenoient cha- cunun bout des cordons de diyerfes couleurs qui pen-
I
I
GALANT.
! Soient aux branches dun Rftrte éievé au milieu du Théâtre. Il n’y avoit rien i de fidivertiflant quede les ' voirfemefler&fedémefler les uns d’avec les autres, ce qu’ils faifoient de diféren- tes maniérés, & toujours avec une adreiïe qui atti- roit les acclamations de tout le monde. La Mufique de cet Opéra eftoitdutres- excellent Cavalier Charles Grofli, Maiftre de Chapelle de la Sereniflime République. C’eft un des Hommes du monde qui poflede le
i
«
»
I
f
56 LE MERCURE
mieux cette Science. Il na
rien fait qui ne porte les
marques d’une hante capacité.
& fi elle a paru avec
dans l’Opéra deNicomede,
elle n’a pas efté moins admirée
dans celuy A'locale
Reyne d’Armenie, qu’on
a donné encor fur le mefme
ThearreZane avec un trèsgrand
fùccés. Le Doâeur
Moniglia qui en avoir fait
les Vers, en a remporte
beautez de cette Piece. Les
Décorations
GALANT. Décorations furprenoient, les Machines en eftoienc admirables, la Mufique parfaite, & l'execution mer- vcilleufe.
Jules Ce far en Egypte, a Fourny le Sujet du cinquième Opéra qui a cité repre- fentéfurie fameux Theatre
Seigneur Antoine Sartorio, Maiftre de Chapelle du Duc Jean - Frédéric d® Brunfvic & deLunebourg* Tome 6. I
lï
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1:
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iï Vendramino de S.Sauveur. r{ Les Vers eftoient du Sei- ct gneur Buflani, & la Mufi- r’ que de la compofition du r
t if
.t
)i-
LE MERCURE
Duc d’Hanover. Cet Opéra n’a pas efte moins ap- plaudy que celuy à’Antonin & de Ponîpej'An, compofe par les mefmes Autheurs, donné furie mefme Théâtre , & chanté par les plus excellentes Voix. Les Vers, la Muftque, les Décorations, les Machines, tout y eftoit admirable -, & il n en faut point d’autre preuve que le grand concours de monde qui s’y eft toûjours trouvé pour le voir.
11 y en a eu encor deux autres fur un des ancien5
99
I ui lit vous en puis dire ny les Suqui
ont comoole les Vers L
d’un Theatre toutnouveau,
r appelle le Theatre de Saine
1 Ange.
j On n’y a donné cette an-’
née qu’un feul Opéra, qui
111 fait le neufîéme de ceux
dont j’avois à vous parler.
et 11 avoir pour Sujet le Ravl/2
Afèment d'Helene 3 & elloit
r
100 LE MERCURE chanté comme tous les autres par de très-habiles Mu- liciens. La beauté de leurs Voix répondoit parfaitement au profond fçavoir de l’excellent Seigneur Domi- niqae Frefchi, Maiftre de Chapelle à Vicenze, qui en avoir compofé la MufiquC' Je n’ay point fçeu le Nom de l’Autheur des Vers, & tout ce qu’on m’a pu dire, c’cft que la Pièce eftoit remplie d’Incidens en fort grand nombre, & touS également beaux &furprc' prenais. 11 n’y avoir rien
F
bellie de Fontaines vives &
! GALANT, ioi n de fl magnifique que les lu Décorations. On y admi- ü- roit fur tout une Grote qui lti faifoit un des plus agrea- 1 blés ornemens du Palais J d’Oenone. Elle eftoit em- 1 bellie de Fontaines vives & 1( dejetsd’eau naturels-, &fi ni vous voulez bien rappeller ol. l’image de toutes les cho- I fes que je viens de vous e- ■1 baucher legerement, vous J aurez peine à concevoir qu’on feréfolve a faire tant J tant de dépenfes & tant j d’apprefts pour des Speda- J clés qui ne paroiïTent que
101 LE MERCURE
z \
pendant deux mois, & qu’une feule Ville puifle fournir affez de Spectateurs pour fatisfaire aux frais de tant de diferentes Perfon- nes qu’on y employé. Auffi n’abandonne-t on rien au Public de cette nature qui naproche delà perfection. II n y a point de talent af- foupy que l’émulation ne reveille. C’eft à qui emportera le prix fur les autre! On ne fe négligé point parce qu’on craint d’eftre ïurmonté, &que fi on laif- foit échaper quelque choft
V ‘ > * z fl
i
/
GALANT. IQ3 Je bas ou de foible, ce qu’on verroit de plus achevé, enferoit trop aifément appercevoirles defauts. La peine fuivroit incontinent^ & le manque de fuccés de ces Ouvrages négligez en feroit perdre toute la de- penfe. On ne les repre- fente jamais qu en Janvier & Février, c’eft à dire pendant tout le temps du Carnaval. J’ay pris mes mefu- res pour en avoir des nouvelles tous les ans, afin de vous en faire part > & j’ef- pere les avoir beaucoup 1 ni;
IQ4 LE MERCÜR.E
plutoftque je ne les ay eues
cette année. Ce n’eft pas
feulement à Venife que les
Opéra font en régné. 11
s en fait prefque dans toutes
les Villes d’Italie, &les
Troubles dèMeffine n’ont
point empefché qu’on n’y
ait donné ce pompeux DivertifTement
à Monfieurîé
4
I
GALANT. io> 1 Vous feriezbien peu cu- I rieufe, Madame, fi au retour de Venife où je vous ay ! fait faire Voyage fans que \ vous y ayez penfé, vous de'- i daigniez de paffier par la | Ville d’Arles, pour y admi- | rcr l’Obelifque qu’on y I voit, & donc il eft difficile i que vous n’ayez entendu î parler. C’eft un des plus fu- j perbes Monumens que ( nous ayons de i’Anciquité^ I & le feul de cette nature ! qui fort en France. On n’en fçaic point l’Hiftoire au vray, mais il n’y a point à
so<S LE MERCURE
douter qu’il nefoit un refle
de la grandeur desRomains
qui ont habité longtemps
cette Ville. Apparemment
ils l’avoient fait venir d’Egypte
pour le confacrer à la
leurs Impereurs ; & ce qui
donne lieu de le croire, c’eft
qu’il eft de la mefme matière
que ceux de Rome
qu’on a apportez de ce Païs
là, c’eft à dire de Granité
Orientale, qui eft une eft
pece de pierre encore plus
dure & plus précieufe que
le marbre. Sa hauteur eft
GALANT. 107 de cinquante & deux pieds, & fa bafe de fept pieds de diamètre, tout d’une piece. Il fut trouve' dans le Jardin d’un Particulier,auprès des Murs de la Ville qui ne font pas fort éloignez de la Rivière du Rhône. Il eft à croire qu’il y eftoit demeuré depuis fon Débarquement, qui doit s’eftre fait il y a environ feize Siècles, fans qu’il ait jamais fervyà l’ufage auquel il avoir efté d’abord deftiné. Il eftoit cnfevely dans la terre, la pointe un peu découverte.
ïbS LE MERCURE On trouve des Mémoires dans les Archives de la Mab fon de Ville, qui font con- noiftre qucCharles IX.Roy de France paflant par Arles, donna ordre qu’on le déterrât pour le tranfporter ailleurs-, mais foir que la dé- penfe ou la difficulté de l’entreprife le rebutât, il n’acheva point ce qu’il a- voit commencé. C’eft en quoy l’on ne peut affiez louer le zele des Habitans de cette Ville, qui voulant laiffieràlaPJfterité un Monument eternel delavéne-, .
GALANT. 109 nation qu’ils ont pour le Roy, n’ont pû eftre arref» tez par aucun obftacle, & ont fait élever cet Obelif. que à fa gloire dans une de leurs Places publiques, a- vec de magnifiques Inscriptions aux quatre faces defonpied-eftal. Je les fa- prime parce qu elles ne font pas Françoifes, & que le Latin n’eft point de mife parmy les Dames. Pour l'Obelifque je vous en ay déjà marqué la hauteur. O n a mis un Monde fur fa pointe, & il y a un Soleil au
deifus de ce Monde, qui
fait une Devife fans Paroles.
Le pied en eftenfermé,
ment, nypour fa confervation.
MeÆeurs de Roche,
Romany, Agard & Maure,
font les quatre Confulsqui
le firent élever l’année derniere;
& les embelliflemens
qu’on y a faits cellecy
font deûs aux foins de
Meilleurs de Sabatier, de
l’Armeillere, Delofte &
Beuf. Il y en a deux de ce
dernier Nom , tous deux
GALANT. ift Confuls dans le mefme temps. Ce que je vous ay dit des Romains qui ont 'c fait autrefois un fi long fé- M jourdansArles,juïlifieaffez qu’on l’a toujours regardé commeune Ville tres-con- fiderable. En effet il y en a peu dans le Royaume où r.| l’on trouve tant de No- :■ bleffe, & dont les Habitans naiffent avec de plus loüa- c blés inclinations. Ils ai- c ment également les Armes k & les Sciences. L’un&l’ar- c tre fe connoift, & par le x grand nombre d’Officiers
O
su LE MERCURE
d’Armées que cette Ville a
donnez au Roy depuis la
Déclaration de la Guerre,
&: qui font actuellement
dans le Service, & par F Etabliflement
d’uneAcademie
de Belles Lettres, érigée en
j668. fous le bon plaifir de
Sa Majcfté, avec les mef- '
poféedeGens de qualité#
de mérité, qui n’ont pas
moins davantage à (efervit
de l’Epée que de la Plume,
pour objet, ne refufent au:
cun moyen d’en acquérir.
Ils ontMonfieurle Duc de
S.Aignan peur Chef. Ils
n’en pouvoienc choifir un
dont les fentimens euflent
plus de rapport avec ceux
qui leur font naturels, puis
qu’il femble que Mars & les
Mufes ayent fait en luy
une alliance immortelle, &
• >
ïl4 LE MERCURE de leur part, l’Eftampî qu ils ont fait graver de leur Obelifque. Il eftoit digne de cet employ, ayant l’Ef- prit aile & délicat, & capable de tout ce qu’il veut entreprendre. Il n écrit pas moins agréablement en Vers qu’en Profe; & vous | pouvez juger du talent qu il a pour laPoëfîepar ce Son- ; net qu’il a fait furl’Obelif* que dont je vous parle. ï
GALANT. UJ
AU RO Y,
Sur FObelifquè élevé à fa gloire
dans la Ville d’Arles.
S O N N E T.
7ï ... J T> ... J',. J ' r* . 1 • .
rt>
xJ font fameux dtis ïFIfoire y
Qui joins le nom £ Auoyifte^ a. celuy
de Chreftien*
T on Bras qui de la France 'eft le
ferme /oùtien,
- — * A «
T on R egne eftfi chery des Filles de
Mémoire,
Quelles en font par tout leur plus
doux entretiens
Kij
ii6 LE MERCÜRÉ
lamaû D eft in ne fut plu s heureux que le tien :
lie Temps qui détruit tout,, aide mefme à ta Gloire.
• Æ» ■ .
Ce pompeu x Monument de l * Orgueil des Romains r
Qtdaujourd'huy la Fortune aw entre nos mains r
Efi de ces Vérités^ une Preuve éclatante
■
Pu ;s qu'onvoitque les ans ne l'ont tant refpeiïé,
Qtiafin de préparer une Table d "attente,
Pour y graver ton nom a la pof- terite*
Vous voyez,
Madame
que je n'ay pasflaté M‘ de
de Guifè, qui avoit pour luy
une confiderarion toute
hS LE MERCURE voit reçeuë. SaMajellélc- couta tres-favorablemenr, & en a parle' depuis d’une maniéré fi gloricufe pour luy, qu’il n’a befoin d'aucun autre Eloge. Voicy les termes dont ilfe fervit.
i
: «S* * 5
CO M P L 1 M E N T
*
tait au Roy,
En luy prefentant l’Eftampe de 1’0- belifque érigé à fa gloire dans la Ville d’Arles. •
S JR E,
Je viens offrir a Voflrt ^Majefié (M nom de jh ViM
”*-*-* 'fr + ‘* + 'r + +~ + + *
à fa gloire.
GALANT. d* Arles, la Figure deTobe- lifque quelle a fait ériger nouvellement a fa, Cette Ville , Sire, qui fut autrefois un des plus Auguf- tes Théâtres de la magnificence & de la grandeur des Romains, Çÿ qui fe refentant encor aujourdhuy du commerce quelle a eu fi longtemps avec ces grands Hommes, femble en avoir hérité les genereufes inclinations, a toujours esté prévenue de tant d’amour pour les Actions Héroïques, quelle ri a pu voir celles dont V. M.
1
îÏq LE MERCURE "vient de fe fignaler dans ces dernierex Campagnes ,s fans concevoir pour Elle des fenti- mens de vénération, dont elle a voulu donner des marques publiques à toute la France, En effet, Sire, tandis que V. M. de fend fi genereufe- memt nos Frontières contre les efforts de tant dl Ennemis, que par tant de nobles travaux (ÿ tant de gloricu- fes fatigues, elle affurenoflrt repos , & nous fait mefme dans le plus fort de /<* Guerre, joïtir de cette profonde paix9 & de cette doff tranquillité
?
LE MERCURE répandent far tous les François, nous employions tous nos fains ed tous nos efforts pour immortalifer la fienne? Nous finîmes, SiRE,/fo«- vaine us d’un fi jufie & fi légitimé devoir , que ne pouvant rien trouver far la Terre qui méritait de vous efire offert, nous avons fouillé jufques dans le fond de fon fein, pour en tirer cet uugufte Monument que la Providence n avait fans-, doute pris foin d’y tenir cafie durant tant de Siècles, qua- fin que fin Antiquité le ren-
GALANT. n3 difl plus prétitux gÿ plus vénérable , plus digne enfin de ferwir un jour a la gloire du plus grand des Rois. Il eft <vray, Sire, & je veux Ta- 'voüer icy, quun fi grand gÿ fi magnifique dejfein aurait peut - efire demeuré longtemps fans execution, fi cette noble Compagnie qui compofe ‘vofire Academie Royale, gÿ que no fine Ville regarde com- me un de fes plus riches ornement, ne nous euft enhardis à cette entreprife, en nous remontrant qùil ne faut jamais rien trouver d'impof L ij
1 ? A. LE MERCURE
(on zele pour U gloire de
V. M. Comme ces lUuSires
Génies ont pour but l'Immortalité}
lit ont cru que ce
rieftoit point ajfe^de confier
au papier le foin de tranfwiettre
aux Siècles futurs le
Convenir des merveilles de
que le Marbre & le Bronze
fulTent employez à ce grand
voftregloire par un Ouvrage
qui puft durer autant que le
Monde} il eftoit nece*faire
GALANT. 125 que cet Obélifque demeurafi comme un grand Livre toujours ouvert aux yeux de lu Rofierlté, ou vos Allions immortelles fuffent écrites avec des caractères que le temps ne puft effacer. C'eft par la, Sire, que les uns & les autres Je font agréable- mentfiate^ de ce doux effoir, que vous aurie^fa bonté de recevoir ce témoignage de leur ryle avec quelqueJbrte de complaifàncede leur accorder en fuite l’honneur de vofire Augufie & Royale protection. C' efl i unique L üj
né LE MERCURE grâce, Sire, qùils viennent aujourd huy vous demander par ma bouche, & dont peut- eftre Kofire Majeflé ne les trouverait pas tout-à-fait indignes, fi on pouvait lu mériter par les plus profonds fentimens d'un inviolable refiiect, par les fer mens fo- lemnels d’une eterneüe fidélité, gÿ par les voeux ardens qu’ils font tous les jours att Ciel pour la confervation de voflre Perfonne Sacrée, au fi bien que pour la continuation de vos Profil eritez^ de vos Vicloïres.
GALANT. n7
Je ne doute point, Madame, que vous ne joigniez vos applaudiflemensàceux que l’Autheur de ce Compliment a reçeus-, & pour pafTcr d’Arles à Montpellier, je vous diray qu’on y parle fort du Mariage de Mademoifelle de la Verune avec Moniteur de la Quere Capitaine des Vaifteaux. C’eft une Heritiere qu’on tient riche d’un million. Cela eft confidérable-, mais ce qui eft beaucoup plus avantageux pour elle, c’eft que fa fortune, toute g?an- ' A » * y « • • .
L in;
nS LE MERCURE
de qu’elle eft, paroift encor
au de Hou s de fon mérité.
Mr de la Quere luy a
donné plufieurs Feftes. Elles
ont toutes efté d’une
galanterie admirable, mais
fur tout la derniere vous
fera voir que l’inconnu que
vous avez tant aimé fur le
Theatre, & que vous nommiez
fi plaifamment, L'Amuni
qui ne fe trouve point
ailleurs, n’a pas donné un
uence, qu’iiil
n’y ait des Gens qui faifent
gloire de L’imiter. Il ne
qu’aimer pour cela, & voicy
de quelle maniéré M‘ de
la Quere s’y eft pris? Mademoifelle
de la Verune
s’eftoit allée promener un
peu tard avec quelquesunes
de fes Amies & de fes
à dix-huit couverts. La mafutgrande,
&.
merveilieufe..
ijo LE MERCURE Il y eue huit Services difé- rens, &il n’y manqua rien de tout ce qu’on fe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d’elles ne s’atten-
doit à ce Souper, & moins encor à eftre diverties par un Concert admirable de Hautbois qui efioient dans un autre Cabiner. A ces Hautbois fùccederent les
Violons qu’on avoit mis dans le troifiéme ; & ils n’eurent pas plutoft celfè dejoüer,qu’une excellente Mufique le fit entendre du
GALANT.
dernier de ces Cabinets.
Le Souper eftant fîny, la
Table fut couverte de Bouquets
de Fleurs de toutes
les Saifons, & de Rubans
de toutes fortes. Un moment
apres on propoû de
s’aller repofer dans des
Chaifes de commodité qui
eftoient dans le Pavillon,
& ce fut de nouveau un
y. LE MERCURE
dont la lumière leur fit déèouvrir
les apprefts d’un
très-beau Feu d’Artifice
qui dura plus de detnyheure.
Il fut fuivy d’un
nombre infiny de Fulecs
■ •
en l’air de cent diferemes
maniérés, le Nom & les
dclaVcrune. Ce Divertifcontinuerent
de marchef
vers le Pavillon, & furent3
peine affifes dans le VeftiGALANT.
155
Lent la Comedie.
| du derrière de la Tapiflerie, des A&eurs qui leur donne- Ce fut par elle que cette galante p Fefte fe termina: elle ne 1 finit qu’avec la nuit; & cette belle Troupe n’euft 1 pas lieu de regreter les | heures que tant de plaifirs j luy firent de'rober au fom- meil. •
J® Vous voulez bien, Ma- 1 dame, que de Montpellier ÿ je vous raraene à la Cour, tl & que je vous fafle encor une fois part de l’Epiftre qui ® fut envoyc'e par Monfieur
I
134 LE MERCURE
deRamboüillctà Monfîeur
le Prince de Marfillac apres
les dernieres Conqueftes
du Roy. Il manquoit beaucoup
de Versa la Copie qui
eftoit dans ma derniere
Lettre, vous le pourrez facilement
connoiftre en lifant
celle-cy^oilvous trouverez
des agrémens qui
A monseigneur, le PRINCE DE MAR s IL LAC.
E P I S T R E.
AV lieu de jeûner le Carême,
D'eftre avecun vifage blême, A faire vos Dévotions, Et vacquerà vos Stations i Tout ce temps vous avezfait rage
*
ft
■î
it:.
;
I
parmy le frn^ & le carnage, Veus n'avezjnalgre les hasards y Son^equ'à forcer des Remparts^ I Vous ave% pris trois grades Villes, ' Des Flamant les plus feurs utiles, Me frie v ous av e tffait périr Ceux quivenoicnt les fecourir.
■ ■ • < \ 1 v:’“
LE MERCURE pury leur audace infolente, Dans une Bataille fanglantè, Ce que les plus grands Conquérant 273aur oient jamais fait en quatre ans.
le ne flay ce que le Saint Pere Aura jugé de cette affaire, Mais jamais cheffesplus pieux Carême ne fepaffa mieux. La prife de Valencienne, Eft une action fort Chre[tienne. Violer quand on fut de dans 5 Sembloit eftredu Droit des Gens^ L e plus modéré, le plus fage B rafle alors, met tout aupillage- Vos Soldats mieux difciplinez^ Parla feule gloire menez^, Dans une Place ainfi conquife. Entrent comme dans une Eglife, DesDémonsquadils stit aux rhaitih Et quand ils font Vainqueurs , Saints.
GALANT. IJ7
L o ii i s, l'ame de ces merveilles
i Qui n eurent jamais de pareilles, prouve maintenant à propos ty Que les Corps prennent du repos.
1
)
) I
*
ai
I ><
Il a bien voulu leur permettre Quelques fejours pour fe remettre# I uy cependant fait mille tours, Jdame veille^ elle a fit toujours^ Et repaffe fur toute chofe. Pendant que le corps fercpofe. Mats on dit que daspeu de temps Vous alléguons remettre aux chaps. ïï,. Où Diable allez^ vous donc encore* Eft-ce auNordiefcev ers l'Aurore? Vouler^vous vous mettrefur E eau?' Et pajfer la Mer fans Vaiffeau? Les Dauphins de la MerBaltique.. ' Les Baleines du Pble ArEhque, Ma foy\vousriaure^qua vouloir3;
? Viendront vos ordres recevoir * Et fur te Zelandois rivage Tome e,- M?
* —• *•
ijg LE MERCURE
Vous dvezfibien pafié le Rhin,
Cette Barrière fi terrible,
Dont le paflagc eftfi pénible,
Que Rome, maiftrejjede tout,
dl peine en vint jadis à bout.
.Ayant Lotiis à vofire telle,
Vous n awrezjien qui vous arrefît*.
A fes armes tout réüffït5.
Tout luy fuccede\ tout luy rit.
veuès
Tle font pas ajfe \e tendu es
Exaltent autant fon bonheur?
Que fa prudence & fa valeur?
IMaù quand on fait eftre fevere
Sans ceffer toutefois de plaire
Tors qü on fait infpirèraux coeiïti
GALANT. ij<>
Rt que les Minif resfidelles
Dont avec foin on a fait choix,
Sont au deffas de leurs Emplois,
Quavec jxfiiçe on difpenfe
Et la peine & 1% récompenfe,
Qjfpn fait toutes ebofes prévoir,
X tous les accident pourvoir,
Et que jamais on ne viole
le Don facré defaparôle,
^Ivecfes talens merveilleux,
il ef bien aisé deflre heureux.
Cependant par trop entreprendre,
Vous pourriez^ plus perdre que
prendre:
Contribue’ au bonheur commun.
On doit fa cri ferfa vie
^4 la gloire de fa Patrie.
Que le R hin vit tomber fur vous,
Tous les jours une ardeur nouvelle
M ij
& ’V
VJ
ï4o LE MERCUPxE J^ous fait expo fer de plus belle d Mais il efl bon de regarder Qtiil ne faut partout hasarder:* t Et quelesTefles couronnées^ De dvent.au moins eflre épargnées.- Cornentfoüffreg-voas que le Royv (le n'y penfe point fans effroy) Soit à toute heure aux moufque* ta de s.
Toujours en butte aux camonadc(. J^ous^ Seigneur.* qui foir & matin JLc voyezjiud comme la maint Vousfavezfifdcvezfiuy dire* Quoy que des Dieux fonfang il Wt( Encore qu ilfoitun Héros* Qu il efi pourtant de chair & d'oSr Et qu'il abc foin d'une Armure La mieux trempée & la plus dure. Si fon Frere rien eut point linduroit pasdes Ennemis Dans cette Bataille fdmeufi.
nous verrions dans la douleur
Madame qui rit de bon coeur,
jd Armure pourtant la meilleure
jft emp efch e pas quon n'y demeure^,
je Canon eft encore plusfort,
purenne afubyfon effort^
Peuvent en eftre mis en poudre: •
Ainft vous devczjout ofer
pour l’empefcher de s'expofter',
Qui doit toujours eftre le Maiflre,
En ce point ne doit jamais l’eftre,.
Le plus feur eftde revenir,
Bien ri a droit de vous retenir.
Lors que des Bèautexftefolées
Sont par voftre abftence accablées
'■ D’ennuis & de vives douleurs,
■ Et leursb eaux yeux noyezyLe pleurs^
Et la Gloire eft moins belle qti elles.
i41 LE MERCURE L eur C are fine eft un peu trop lon^ Leur Iubiléhors de fiaifon. Pourtant quoyquela Bulle di)fie,, ■Et tous les Canons de l'‘ Efii[ey Ils ne finiront que le jour Qfi elles vous verront de retour.
a
Pendant que nous foraines à la Cour, je dois encor vous dire que le Roy a nommé Monfreur l’Abbé de Beauveau à l’Evefché de
Nantes, fur la Démiffion pure &fimp!c deMoniteur de la Baume le Blanc qui en eftoit Evefque. Cetilluftre Abbé eft recommandable par fon mérité &: par Û
GALANT. 145
naiïÛnce. On a veu dans
fa Maifon des Sénefchaux
d’Anjou, de Provence &de
Lorraine, des Gouverneurs
de Places, desPrefidens des
Comptes, des Chambellans
des Rois Charles VII.
ques d’Arles, d’Angers &
de Nantes. Elle elî alliée
des Maifons de Bourbon 6c
& de Vendofme, & de placeurs
autres des plus llluftres
du Royaume.
Le Roy a pareillement
donné deux Abbayes à
Monïieur le Cardinal de
. Tour ce que je
pourrois dire de ce Prince
âel’Eglife fieroit infiniment
au defi'ous de luy. Sa naifi
fiance eft connue, fion efprit
& fia conduite ont paru
dans les grandes AmbafTades
dont il s’eft acquité avec
tant de fuccés , & fies
maniérés honneftes & encoetirs
de tous
le connoiftent.
ceux qui
Monfieur
d’Ormoy, quatrie'me Fils
de Monfieur Colbert, en
gagna beaucoup dernièrement,
& fie fit admirer d’un
nombre
GALANT. »4ÿ
nombre infiny de Gens de
la première Qualité, qui furent
prefens à l’Aéte de
toute la Philofophie, dédié
à Monfeigneur le Dauphin,
qu’il foûtint dans la Salle
des Cordeliers, Se auquel
M‘ l’Abbé Colbert fon
Frere préfida.On n’a jamais
mérité tant d’applaudifïc.
mens dans un âge fi peu avancé,
que ce jeune Soutenant
en eut ce jour-là d’une
grande & illuftre Aflemi
blée. Ce qu’il difoit ne paroifToit
point un effet de là
mémoire, on eftoit con-
Tome g. N
î46 le mercure
vaincu qu’il l’entendoit, &
que fon efprit & fon jugement
partaient. Voicy des
Vers qui ont eflé faits fur
ce fu jet, & qui font dans
une eftitne generale.
O
ARGUMENT
Propolé â Mr Colbert d’Ormoy,
âpres l’A&e public de Phiiofophie
qu'il a foû tenu, n’ayant que treize
ans, fous Moniteur l’Abbé Colbert
fon Frere.
Aimable Enfant > jeune
veille > -
Vcus ave\ charme tout Paris,
Et lesplus Sages font farpris
GALANT.
*
10’;!
xi
U
U7 Devoftre Aclion fins pareille. En vous l 'Efprit & p Agrément, La Mémoire le luyement. Font une parfaite harmonie : Souffrez^donc q-uavec liberté„ Je propofe à ce beau Génie Encore une difficulté.
<$•
Faites-moy, s'ilvousplaift, comprendre
Par quel coup du Ciel ou du Sort Fous ave^ un Efprit fifort Pans un Corps fi jeune &fi tendre! Eflre Philofophe à treize ans! 2F eft- cepaafe moquer du temps l Vn Enfant fçavoir tant de chofep le le vey, mats ]'ay beau le voir. '' le vous* en demande les caufes „ ’ Et je ny puis rien concevoir'.
1U_ ‘ -J*
Dans tout ce que l'Hiftoire a fi femble "
Và
,48 LE MERCURE Et ramaffe de tous cojlez^ Succès ^prodiges, nouveauté^, le ne voy rien qui vous reflemble. Je cherche dans le cours des temps Quelque phtlofophe à treize ans. En qui je trouve vos lumières. Je rencontre afje^de vieux Fous, Mais pour des Saqes impubères, On nenvit jamais avantvous. fe
Quoy donc,vous aurez fi™ ré- fondre
vivant rà^e de fubertè A toute l’Fnïverftté, Et rien n'aura pù vous confondre. Je foutiens que cette Action Ejl une contradiction, Et voicy comment je raifonne : Voflre Efprit en ce nouveau JJ'a point eu l'exemplequ ildonn Donc il donne cequ'ilnapa^.
GALANT. 149
Avoflre açc parler en Maître De l'Ame & de fes mouvemens ! Voir le fonds des raifonnemens ! Difcourirdes Confies de l’Etre ! Répondrez tout.)& tout prouver l Cela ne fiauroit arriver Que par quelque métempficofe.. Nous rien croyos point parmy nous? Mais enfin, quoy que l'on m’opofe, JTgftreEfprit eft plus vieux quevoUS $
MaE pourquoy ( dit la veix publique )
N'auroit-il pas toujours rai fin, P um qu'il eft de cette Mai fin Où la Science eftdcmeftique? il faut que fur tout il fiitpreft, Eftant Difiiple comme il l'eft, D'un fi docte & fifape Frere. Cleftcequ on-dit de toutes parts?
N iij.
Ijo LE MERCURE
Outre que voftre Illuftre Pere
Eft le Pere mefme des Arts.
»$•
il eft vray j mais je vous confie fie
Que je ne ftauroie concevoir,
Comment fi jeune on peut avoir
Z es plus beaux fruits de lavieilleffe.
Hécomment doncavez-vous fait !
Quel efl ce merveilleux fccret,
De joindre au P rint ëps 'un ’ Au fond
Voila toute ma Qtteflion,
Et je ne croypa* que perforine
En fâche lafalution.
i/x LE MERCURE a pas ofté 1 efprit d’enjouement, & qu’elles ne laiflent échaper aucune occafion i de fe taire des plaifrs de tout ce qui en peut caufer | d innocens, elles longèrent à quelque galanterie qui | leur puft donner part au I DivertiïTement qui fe pré- paroir. Le foin qu’elles eurent de s’en faire inftruire» leur fit découvrir qu’il con- I fiftoit en un grand Repas que le Marquis donnoic à I quelques-uns de fes Amis, | dont on ne leur put dire j gué le nom de trois, & que '
GALANT, k for les cinq heures du foie on le devoir rendre dans U Plaine, où il y avoir un Prix propofé pour celuy qui montrerait le plus d adrefTe à tirer. Heureufement pour elles , les trois Conviez qu’on leur nomma eftoient de leur connoiffance, elles en fçavoient les Intrigues, Il s’agiffoit d’une Fefte qu’on célébrait-, la coû- tume veut qu’on envoyé des Bouquets, & ce fut ce qui leur donna la penfée de ce quelles fé réfolurenc d’executer. Elles entrèrent
1
GALANT. ïjj
LES INCONNUES,
AUX quatre tenans de la Fefte de * * *
Nous croyons r Braves
Tenons, qu il esl de noftre honneftete, ayant la- yantage d'eftre de vos Vol- fines, de contribuer pur quelque Galanterie auplaifir que (vous vous propofe\de donner aujourd hny a tout le Canton, pour y faire plus dignement chommer voftre Fefte j &. comme (vous eftes
«7
*»
?
LE MERCURE
quatre Amis fort unis et
toutes chofès , nous craindrions
de vous donner un
faisions en ce rencontre aucune
diference entre vous.
C’eft ce qui nous oblige à
vous envoyer à chacun un
Bouquet. Conftdere^ - lis
bien 3 & r
doute 3 qu
fonger plus d’une fbis pouf
vous en choifîr de tels. &
nous pouvons 3 ma Soeur &
moy, nous dérober demain
d’une partie de Chajje ou
flot6S fommes engagées, nous
irons voir avec quelques
Amis le cas que vous faites
de nos Prefens. Nous efrerons
que vous ne dédaignepas
de les porter. Sur
Nous avons interefi a n eftre
pas connu'és de tout le monde.
adieu. Ce font vos
Servantes & Amies, Les
Dames du Mont Brillant,
a deux lieues de che^
vous, que vous voifne^ af
if LE MERCURE’ fe\ rarement. Cela foit dit en partant.
Le lendemain de grand matin ces deux belles Compagnes de fortune mirent la Lettre & la Bocte entre les mains d un Homme inconnu qui ne manquoit pas d adreffe. Elles l’inf- truifïrent de ce qu'il avoir a faire pour n eflre pas fui- vy, & luy donnèrent ordre de Iaifler 1 une & l’autre au premier qu il trouveroic des Domeftiques du jeune Marquis. La chofe rciiffit
GALANT. 159
comme on l’avoir projette.
Le Prefent fut rendu
au Marquis, fins qu’on luy
pull dire qui 1 ’envoyoit.
Celuy qui s’en eftoit chargé,
l’avoit donné a un Cocher
pour fon Maiftre, &
Je Cocher ne s’cftoit pas
mis en peine d’en rien apprendre
de pfus. Le Marquis
fe promenoit dans le
Jardin avec fes Amis,
quand ce Prefent luy fut
apporté. C’eftoit le jour de
faFefle. 11 ne douta point
non plus qu’eux, que la
Boëte ne fuit une marque
I«o LE MERCURE de fouvenir de quelqu’une de lès Amies, & dans cette penfée il reçeut avecplaifir les congratulations qu’ils luy en firent ; mais il fut bien furpris, quand ayant jette les yeux fur la Lettre, il vit qu’elle s’adreffoit aux quatre Tenans. La nouveauté de ce'Titre luy fit aifément juger qu’il y avoic là de i’avanture. Il en rit
* ' •
avec fies Amis, la Lettre fut leuë, & le miftere leur en parut fi plaifant, qu’ils eurent impatience d’en voit la fuite. Ainfi quoy qu’ils
GALANT. i6ï duflent craindre de trouver quelque folie dans la Boéte, ils fe hâtèrent de l’ouvrir, fans qu’un trou que fe fît le Marquis par un faux pas fur le pommeau de l’Epée d’un Gentilhomme de la Compagnie , ny le fang qui fortoit de fa blef- fure, les puft rendre moins emprefîez à fatisfaire leur curiofîté. Vous rirezde ces circonftances, mais elles font efîentielles, parce quelles fontvrayes, & je vous conte nuëmenr les choies comme elles font arrivées.
Tome 6. O
i6x LE MERCURE
A l’ouverture de la Boëts les Bouquets parurent. Ils cftoient extraordinaires. Le premier qui en fut tiré, eftoit celuy duMaiftre delà Maifon. Les belles Perfoiu .nés qui les avoient mis par ordre dans la Boëte, luy en avoient voulu faire l’hon* neur. Il confiftoit en un beau Chardon noué d’un Ruban feüille-morre, avec ce Billet attaché autour..
VOila, jeune Marquis, unpetit R éveille matin, jjeur faire penfer
GALANT. voBre defante Maiflrejfe, qui cependant prend toute la
part quelle doit a la magnt' ficence dont vous faites parade en public. C'eft une vertu qui ne manque jamais d'accompagner une belle ame comme la vofire, a laquelle il ne manque rien qu'un peu de véritable amour, que nous vous foubaïtons en bonnes Amies.
On plaifanta fur ce Billet, dont on chercha l'explication. Je ne fçay fi elle fut trouvée, mais je fçay O ij
164 LE MERCURE bien que le fécond Bouquet qu’on tira eftoit pour Monsieur le Comte de*** Il eftoit compofé de Sauge avec un Ruban vert, & ce Billet.
7
GE petit Ruban mert^ cher Comte, ne mous ofle pas tout-a-fait l’efierance de regagner lâ bonnes grâces de mofire Maifirefe, & nous croyons que fi elle efloit perfùadée que mofire tendre (fie fu fi telle qu elle lafou- haite} mous fèrieg heureux & content. E^ere’zjoûjours»
V
X "TOus ne devez, pas eflre
y le moins content de ce
que vofire bonne fortune
•vous envoyé le jaune. qui
de vos amours. Nous ne
vous difons rien de la Rue,
un Homme à bonne fortune
«56 le mercure comme vous en peut quelquefois avoir b efoin. Si vous nen favcc^ pas /’'explication , montre-^-la d. vofire SMaiftrefe. Elle vous dira fins doute que cela ne peut venir que de véritables A- mies, & fort interefées pour vous.
On crue ce Billet malicieux, & chacun luy donna telle interprétation qu’il voulut, fans que le Cavalier qui entendoic raillerie s’en formalifafl. On vint au dernier Bouquet, qui &
GALANT. ié7 trouva une belle Ortie fleurie, noüée d’un Ruban couleur de chair pafle. Le Billet que ce Ruban enfermoir, portoit le nom de Monofleur*** que d’indifpenfa- bles affaires qui luy eftoienc inopinément furvenuës, a- voient empefché de venir au Rendez-vous. A fon defaut, on ne voulut pas laiffer le Bouquet fans Maiftre.&on pria un autre- Comte, & un jeune Chevalier, qui a voient au fli eflé priez de la Fefte, de voir entr eux qui l'accepteroic.
Ils s’en excufercnt l’un &
l’autre, & prétendirent que
les termes du Billet ne conviendroient
pas à ce qui
leur pouvoir ellre arrivé.
On l’ouvrit, & ces paroles
y furent trouvées.
rent longtemps d’entretien
à la Compagnie. On fe mit
à table, & les Tenans ne
manquèrent pas de boire à
la fan te' des Belles In connues
du Mont Brillant. Les •
ordres furent donnez pour
leur apprefter une magnifique
Collation quand elles
viendroient à la Fefie, où
l’on ne douta point que
l’impatience de voirl’efec
Cependant comme ces aimables
Reclufes n’eftoient
pas en pouvoir de fonir de
1 ome 6.
17O LE MERCURE
leur Couvent, l’Avanture
auroit finy là, fi le hazard
qui fe meile prefque de
tout, n’y euft donné ordre.
Le grand chaud commençant
à fe paifer, il y
avoit déjà beaucoup de
monde amaffé dans la Plaine
où l’on devoit tirer pour
le prix. Le Comte & le Cavalier
qui avoient eu part
aux Bouquets, s’y eftoient
raifonnoient enfemble iur
l’incident de la Boéte,
quand ils apperçeurent
deux Dames qui s avauj
• GALANT. iyt çoient au petit galop avec deux Cavaliers, & en équipage à peu près de Chaf, fcrefles. Ils ne doutèrent
> point quelles ne fu fient les | deux Inconnues qu’ils at- i ondoient, & ils fe confia I nièrent dans cette penfée en leur voyant mettre pied p terre, ce quelles firent î pour jouir plus à leur aife du Divertiflemer.r public, j Outre l’intereft particulier |quils avoient à noîier convention avec elles, la ci «Iké feu|e fe obligée,t i leur faire compliment & p y ’ '
1?. LE MERCURE ils le commencèrent par un remerciaient de 1 exactitude qu'elles avoient eue à venir s’acquiter de leur parole. Elles connurent d’abord qu’on le me- prenoit -, mais comme t Mafque lesmettoit en leu- reté, elles fe firent un plai- firde cette méprife,& voulant voir jufqu’où elle po’J- roic aller, elles répondirent d’une maniéré qui détrompa point les deux Tenans. Elles avoientde ici' prit-, un Rôle d Avantu Hères leur parut plaifant
i ne de-
de l’ef'
jouer, & elles n’eurent pas
de peine à le foûtenir. Il
fut dit mille chofes agréables
de part & d’autre. Le
Comte les a (fur a qu’il garderoit
fort foigneufemenx
le Ruban vert, & leur promit
d’cfpcrcr fur leur parole.
Le Cavalier fit avec
elles de fon cofté uneplaifanterie
fur la Rue, & ny la
Rue ny le Ruban vert ne
les purent déconcerter. El les
fe tirèrent de tour par
des réponfes ambiguës ; &
leurs Conducteurs qui ne
partaient point, ne pou-
P iif
i74 LE MERCURE
voient s’empefcher de rire de les voir fournir fi longtemps à un galimatias, où ils eiloient affurez quelles ne comprenoient rien non plus qu’eux. Enfin fur le refus qu’elles firent de fe démafquer, & de venir au Chafteau prendre la Collation qui leur effoit préparée, le Comte & le Ca- . valier crûrent que c’eftoic au Marquis à faire les honneurs de fa Fefte, & ils coururent l’avertir de leur arrivée. Les Dames prirent ce temps pour s’échaperj elles
«
GALANT. 175
n’avoient eudeffiein que de
fe divertir une heure magnito,
& jugeant bien que
le Marquis,ou les feroit luivre,
ou les obferveroit de
fi près, qu’il feroit difficile
qu’il ne les reconnut, elles
aimèrent mieux fe priver
du plaifir quelles avoienc
faire voir quelles avoienc
joiic de faux Perfonnages.
Amfi le Marquis ne les
trouva plus quand il arriva,
& il n’auroit pas fçeu qui
elles eftoient, fans un Gentilhomme
qui furvint, &
P
qui venant de les rencontrer,
leur dit que c’eftoiént
Dame du refte du jour, le
Marquis, quoy qu’étonné
de la promptitude de leur
la galanterie des Bouquets,
& leur rendit vifite le lendemain
avec les trois autres
Intéreficz. Le galima’
tiass’y recommença. Elles
.en rirent quelque temps,
mais enfin elles leur protefterent
fi férieufement
GALANT. 177
avoient ce
it, que les
Tenans furent obligez de
chercher ailleurs leurs Inconnues.
Leur embarras
ne ceffapoint, quelque recherche
q ails H (Te n r d a n s
Je voifinage, jtilqu à ce
qu’eftant allez voir les deux
belles Reclufes au Couvent,
ils connurent à quelques
paroles de Sauge & de
Chardon qui leur échapa,.
que c’eftoient elles qui les
avoient régalez de G beaux
Bouquets. Un grand éclat
de rire dont elles ne purent
i78 LE MERCURE
fe defendre, acheva de les
perfuader. Ils en raillèrent
avec elles, & apres quelques
legcres façons, elles
leur avoüercnt ce qu’ils
n’auroient peur-eftre jamais
fçeu, fi elles fefuflcnt
obftinées à le cacher.
Puis que nous fomnies
encor à la Camuarne. vous
je vous mene à la Chane,
vous y trouverez bonne
Compagnie.
Monfeigneur le Daucelle
des Renards, ayant
GALANT. 175
efté averty qu’il y en avoir
à une petite lieue de Verfailles,
dans le Parc de la
Terre de Joüy, dont Mc
Berthelot cil Seigneur, y
alla prendre ce divertidement
l’un des "premiers
jours de ce mois , accompagné
de Meilleurs les
Princes de Conry, de Monteur
le Duc de Montaufier
fon Gouverneur, de Monteur
le Duc de Curfol, &
de plufieurs Officiers de fa
Maifon. 11 arriva dans ce
Parc, ou M' & MeBerthelot,
avec leur Fils aifné,
J8o le mercure Sous-Lieutenant desChaf- fes de S.Germain, eurent l’honneur de le recevoir. En pafiant devant un Pavillon qui venoit d’eftre bafty fur la Fontaine du Parc, & qu’on commença d'appcller le Pavillon Dauphin , il fut fuplié d’y vouloir entrer avec ceux qui F accompagnement. 11 y trouva une fort belle Collation de toute forte de Fruits, apres laquelle il alla pourfuivre un Renard qui fe fit chafter, mais q-d s’échapa en fe terrant. Ce
GALANT. jSi jeunePrince retourna trois jours apres au melme lieu, & avec la mefme Compagnie. lldefcendit auChaf- reau, s’y promena de tous les codez , & paÛant dans le Salon , il y fut régalé dune Collation magnifique. Il demeura quelque temps à table, & eftanc allé enfuite chaiTer dans le Parc, où l’un de fes Gens tua unLievre, il donna ordre qu’on le portait à Madame Berthelot, qui fai- foit les honneurs de la Maison. Deux jours furent en-
• *
LE MERCURE cor à peine écoulez, qu’il Te fendit pour la troilïéme fois dans ce rtielme Parc,ou Môfieur le Duc du Ludc fe rencontra. Le Fils aifnéde M Berthelot luy prelènra deux grands Barils de Bois de Cedre, remplis de Poudre. Ils eftoient très curieu- fement travaillez, & enrichis d argent cizelé, avec des Dauphins d'argent au deflus. Ce Prelent eft galant pour un Officier des Chaïïes, à un Prince qui aime à chafler. La Collation luy fut fèrvie dans le
GALANT.
; pavillon Dauphin, & pré- i céda le divertiffement de i la Chaffe du Renard, qui ; courut longtemps de parc & d’autre, & s'alla terrer.
i Il falut le bêcher pour le j prendre. Le plaifir en fut • grand} & Monfeigneur le I Dauphin fortit de ce lieu tres-fatisfait.
Voila, \Iadame, vous s entretenir longtemps de bien des chofes, fans vous avoir encor rien dit de nos Affaires de Catalogne. Vous ne devez pas eftre furprife , fi j’ay attendu
ï$4 LE MERCURE jufqu’à aujourd’huy à vous faire part de ce qui s’y eft pafïé depuis l’ouverture de la Campagne. Vous fça- „ vcz que je n’ay pas accoutume de vous parler de ces forces d'Articles par morceaux, & que je ne vous en donne jamais de nouvelles que quand j’en ay aflez amafïe pour en faire un corps. Les Efpagnols a- voient formé le deÛein d’une grande diverfion de ce cofté-là, & cela par politique. Ce Pais eft pluS prè s d’eux, ôclcs avantages
GALANT. i8j cfu’ils fe tenoient a Aurez ct’y remporter , dévoient faire une plusforte impref- fi o n fu r l’e fp r i t d e s P e u pi e s. Us firent des levées dans route s I eu rs P rovih c es,au f- quelles ils donnent le nom» de Royaumes, & choifi- rcntieComte dcMontcrey pourViccroydeCatalogne, & pour General de cette Armée. Il eft adroit, vigilant , & d’une exactitude mervcilleufe à faire bien
‘ % • «, g
fervir fon Prince. Ces grandes levées eftant faites;,. &: la plupart des Nobles ayant
Tome 6. Q
JU le mercure joint l’Armée, partie comme Volontaires , partie comme Officiers, la Cour d’Efpagne en efpera tour, & fe fortifia encor plus dans le defiein de faire quelque entreprife confi- dérable fur les François en Catalogne, pour faire oublier au Peuple de Madrid les Con quelles du Roy en Flandre. Ainfi le Comte de Monterey reçeut ordre de partir en pofte de Sar- ragolfe où il eftoit^ d’aller a Barcelone , d’y arrefter lix Vaillèaux chargez de
! J
GALANT. 187 groupes pour la Sicile, & de les faire fervir en Catalogne. Douze cens Fan- taffins levez dans le Royaume de Grenade , arrivèrent en mefme temps à Barcelone. Le Meftre de Camp de Valence luy mena deux mille Hommes un peu apres-, & d’autres levées faites dans le mefme Royaume & dans l’Anda- loufie,les joignirent pref- Le Corate eftant arrive qu’il devoir Mon Leur le Oïj
que aulïitoft. de Monterey dans l’Armée commander,
Marefchal Duc de Nad
vailles & luy s’envoyèrent
faire de grandes civilircz,
& fe firent dire qu’ils fe
verraient. Ce Comte voiu
lut paroifire le plus civil.
11 fit avancer fes Troupes,,
& marcha du coflé de
GALANT. grande Gar de. Deux jours apresj le Comte de Mon,, terey voulant paffer un De'filé à la veuë de noflre Armée, Monfieur de Na- vailles le fit charger, & le contraignit de fe retirer en de for dre apres une Efcar- jnouche de trois heures» où les £fp beaucoup de monde. Quelque temps apres, Monfieur le Duc de Navailles ayant eti avis que le Comte de Monterey avoit commande huit cens Miquëkts avec urt Détachement de
heures^ pagno’s perdirent
J
I9o LE MERCURE Cavalerie ,, pour nous ofter la communication avec le Lampourda.n , il envoya quelques Troupes fous Mr de la Rabliere Maref- chal de Camp, qui les défit. On tua les deux Comman- dans, & on prit deux autres Officiers. Voila toute la Campagne en peu de mots jufqu’au jour de la grande Défaite des Ennemis dont vous avez entendu parler, & que je vay vous apprendre , avec des particulari- tez que vous n’avez aflure- sncnt point vcuës cnfenk
GALANT. 19» ble. Vous tremblez peut- efire déjà que je ne vous aille faire une longue Relation, que je ne vous-accable d'une infinité de ternies de Guerre, & que je ne vous nomme tous les Villages par où l’on apafie, & tous les Portes qu’on a occupez. Rafiurez - vousr Madame, je ne vous par- leray de la Guerre que d’une maniéré qui n’aura rien d’ennuyeux pour vous, & qui fera tres-intclligible aux Dames à qui vous faires part de mes Lettres. C’ert
*4-
LE MERCURE pour elles particulièrement que j’écris, & je ne feray ce Récit que comme vous le ferrez vous-mefme. S’il n’a pas le tour aifé & naturel que vous luy donneriez, il aura du moins le charme de la brièveté. Fiez-vous-en à moy, je vous prie, & ha- zardez-vous fur ma parole à lire ce que je vous envoyé- Nous eftions entrez en Catalogne malgré les grandes forces que les Ennemis y avoient; nous avions fait chez eux tous les degafts imaginables, confomme leurs
mène nous
entre les
e les Efle
mais nous n aentrer
danslePaïs
GALANT, in
leurs Fourrages, enlevé
leursBeftiaux, & donné en.
mefnie temps aux
le moyen de faire
ment leur récolte
Rouffillon
vions pu
ennemy
ges étroits q
Montap-nes
pagnes
empefeher le retour. En
effet ils s’eftoientdéjafaifis
de quelques-uns en intention
de nous attaquer. Nos
Troupes leur cedoient en
Tome 6. R
ï94 LE mercure nombre. 11 eftoit queftion de fortir des Monts où nous
nouseftions engagez, &ce fat dans cette difficulté qu’éclata la prudence & la conduite de Monfieur le Duc de Navailles. Il envoya fes ordres à Monfieur ✓
le Chevalier d’Aube terre, Gouverneur de Colliou-re, & Lieutenant General des
Armées duRoy, defe rendre
maiftre d’un Pafïàge appelle le Col de BagnoR qu’il fçavoit qu’on avoir deffein de luy fermer. M‘h Chevalier d’Aubeterre par-
GALANT,
ÿt environ a minuit, avec
nifon & des Milices du Pais.
Il trouva que les Ennemis
avoient occupé des Hauteurs
& des Rochers efcarpez.
Il les en chafla avec
une vigueur incroyable, &
fit fuir deux Bataillons qui
venoient à leur fecours.
Le chemin eftant ouvert
i — . ' ’ * v Mr de Navailles commença
à faire marcher dés ce
jour là. Les Ennemis vinnoftre
Canon -, il y eut quelques
efcarmouches, & on
R
LE MERCURE
les recommença le lendemain.
Les Efpagnols en Bataille
voulurent gagner une
Montagne fort haute, mais
on les en empefcha. Cet
obftacle rompit leurs mefures,
& nous occupâmes
une Hauteur qui nous ofta
tout lieu de rien craindre
d’eux. On demeura trois
jours en prefence, & pen'
danttoutce temps onneft
que des efcarmouches. Ofl
chargea trois Efcadrons
ennemis qui avoient pafle
une Riviere, & quieftoien£
foutenus defeptRegimens
GALANT. 197
J’Infanterie. L’avantage
noiis demeura avec perte
pour les Efpagnols de plus
defept cens Hommes qui
furent ou tuez, ou faits prifonniers,
ou mis hors de
combat. Noftre General
n’ayant plus rien à fait®
dans le Pais, fongea à s’en
retirer, & fit marcher les
premiers Bagages. Cette
marche fut dérobée à la
connoiflance des Ennemis,
aufli-bien que celle de toute
l’Armée qui commença
à défiler à minuit. Lorsque
le Comte de Monterey en
LE MERCURE
futaverty, cette nouvelle le
mit au defefpoir, & il marcha
avec tant de précipitation,
qu’il joignit noftre
Arrieregarde. Moniteur de
Navailles avec uneadreïTe
GALANT. 199
Je la Victoire, que dans
l’impatience de combatre,
ils vinrent enfin à bout d’attacher
l’efcarmouche j ce
qu'ils firent avec uneimpétuofité
qui fe peut à peine
concevoir. Us occupèrent
des Hauteurs; rnaislesNoftres
apres les en avoir chafent
d autres,
ît fi bien cet
avantage pendant toute la
journée, qu’ils donneront
lieu aux Bagages d’avancer
beaucoup & de fe mettre en
feuretc. Monfieur de Navailles
ne craignant plus
R
ioo LE MERCURE rien, & ayant fait voir an Comte de Monterey qu’il enfçavoit plus que luy, mit fon Armée en bataille dans le lieu qu’il jugea le plus avantageux, & fie pofter fon Canon de forte qu’il fut très bien fervy, & incommoda fort les Ennemis. Noltre -Ceneral voulut encor gagner une Hauteur; & ce qui paroift incroyable, nos Troupes qui dévoient eftre fatiguées de tant de mouve- mens,ypafferent avec diligence & fans aucune con- fuEon,par un effet des o.>
rent au
très ion ordre
s’engagea
int trois heures
longueur de de
lurent de périr plutoir que
d’abandonner ce dernier
Porte. Les Ennemis vinà
nous en
& le Comtira
e la
Jres que Monfieur de Navailles
donnoit avec une
application & une, prefence
d’efprit qui n’avoient
rien d’égal que fon courage.
Ilanimoit tous les Officiers
à bien faire-, & les Soldats
encouragez par fon exemXO1
LE MERCURE ques, Bataillons contre Bataillons,la Cavalerie de parc & d autre eftant derrière 1 Infanterie, Nos Troupes ne firent aucun méchant mouvement y &c on ne les put obliger à reculer d’un feul pas. La Cavalerie que nous avions fur l’aille gauche fit des merveilles : Elle monta luruneHautdir pref- que inacceffible, &en chaf fa les Ennemis. Celle de la droite alla phifieurs foisàla charge, & en rua grad nombre. L Occafion dura cinq heures & demie,& fe termi-
GARANT, ioj na avec beaucoup de gloire pour le Roy. LcsEfpagnols y ont perdu plus de deux rnille Hommes. On leur a entièrement défait les Re- gimens d’Arragon, de Médina Sidonia& de Monte- leone. Tous les Officiers de ces troisRegimens ont efté tuez, bleffiez, ou faits pri- fonniers. On a fort mal traité ceux de Grenade & de la Cofte, & il y a eu un très-grand nombre de pri- fonnierSjCntre lefquels font plufieursPcrfonnesde qualité, dont quelques-uns.
XÔ4 LE MERCURE comme le Comte de la Fuente,leVicomre de Saint George & leCoîonel Hefte, font morts de leurs blcfTu- res. Cette Atlion eft d autan; plus glorieufe, qu’on a batu ’cs Ennemis dans leur Pâïs, quoy que plus forts, qu onyeftdcmeure'maiftre du Champ de Bataille, qu on leur a pris des Dra* peaux, & tour cela en fe retirant-, ce qui eft une cir- conftance remarquable; car les Retraites font ordinairement dangereufes, &: ©n y eft rarement attaqué
GALANT, qu’on ne foitbatu. LesEf- pagnols n’ont rien entrepris depuis ce temps-là, & voila à quoy ont abouty tous ces grandsArmemens, & toutes ces Levées quia- voient épuifé leurs Royau’ mcs de Grenade & d’Anda- loufie. Je vous ay tenu parole, Madame. Ce Récit n’eft embaraffé d’aucuns Noms dePaffages, & je ne l’ay pas mefme voulu charger de ceux de nos Officiers qui fe font fait remarquer, afin de vous en laiffet plus aifément fuivre le fil. Cela
aoé LE MERCURE ne me doit pas empefcher de leur rendre prefente- mentjuftice; & pour faire honneur aux Etrangers, je vous diray d abord que les Suides & les Allemans ne donnèrent quartier à personne, fur ce qu’un Trompeté des Ennemis vint déclarer qu’ils n’en feroienc point aux Etrangers. Si les François eufTent fuivy cet exemple, il ne feroit guere demeuré d’Efpagnols.
Les Regimens de Sault, de Furftemberg, de Na- vailles, d’Erlac, de Gafîion,
:
GALANT. 107 de la Rabliere, de Lanfon, de Lebret,& de Villeneuve, fe font diftinguez, auffi- bien que les Dragons, que rien n’a efté capable de- branier. Jamais on n’a G généralement bien fait dans aucun Combat. On n’a pas remarqué un feul Soldat qui ait reculé, & on ne fçait qui louer, particulièrement des Officiers, parce qu’ils mentent tous d’égales louanges.
Monfieur le Marefchal Duc de Navailles divilà fes Troupes en plufieurs
aog LE MERCURE
Corps, & quoy qu’il fuft
par tour, il ne lailia pas de
fe mettre à la telle d’un de
x-w -î ces Corps qu’il avoit lijudicieufement
divifez. M'de
la Rabliere Marefchal de
Camp, elloitàla telle d’un
autre, & monta fur une
Hauteur où il bâtit les Ennemis.
Mr de Gaffion Lieutenant
General, pareillement
à la telle d’un Corps,
occupa une autre Hauteur;
I GALANT. 109
coUp de marques de coeur
&dcconduite en cette occafion;
il Commandoit la
Cavalerie. M1 le Marquis
’ d’Apremont Marefchal de
Camp, y fit des merveilles.
Ilcftoit partout. Ce fut luy
?' qui foûtint les premiers
efforts des Ennemis, & qui
commença à leur faire con-
1 toient voulu répondre fi
4 fortement de la Vi&oire.
q La conduite des Bagages
q fut donne'e à Mr d’Urban
q Brigadier d’infanterie. 11
Tome 6. S
It
F
les mit enfeûreté, & revint
en fuite prendre part à la
gloire de cette fameule
Journée. Mr le Marquis de
Villeneuve Colonel de Cavalerie,
apres avoirfoûtenu
les efforts des Ennemis, les
vigoureufemcnr.
Ganges
fbrprenantÊS|
& forma- des Efcadrons,
tout
ne mi s. M1
S. André
ri <rafeu
des EnGALANT,
zn Belîegarde. Ce Marquis agir avec autant de prudence que de courage. 11 mena les Bataillons à la Charge, &fe montra digne du Sang dont il fort. Mrdes Fontaines Lieutenant d’Ar- ullerie, fit tout ce qu’on pouvoir attendre de luy. Son Canon fut bien fervy, & fi à propos, que les Ennemis en foufrirent beaucoup. Toutes les Relations parlent fi avantageufem en t de Mrs de la Rabliere & de Gaflion,qu’on neleurpeuc donner croj^de louanges* S ij
du Col de Bagnols avant
le Combat, montra une
vigueur extraordinaire à
chaffer les Ennemis qui
avoient occupé les Hauteurs
des environs de ce
Paffage, quoy qu’ils fuïfent
beaucoup mieux portez &
en plus grand nombre»
M1 de Raifon Capitaine au
RégO iment de SauleJ, &UIÎ
petit Corps de Suides, exécutèrent
tres-bien fes orGALANT.
lieu, Intendant General de
une Lettre en chifre de
Moniteur le Duc de Natoute
la Milice du Pais avec
le Chevalier d’Aubeterre,
& pour tenir preftes
les Munitions de guerre &
de bouche, & il prit foin
de tout avec une diligence
& une ponctualité qui ne
peuvent eftre aflez eftime'es.
Il chargeaM1 Héron
Com miliaire ordinaire des
Il ne me
«4 LE MERCURE Guerres, & des Convois tant par Terre que parMer, de l’execution de beaucoup de chofes dont il s’acquita tres-fidellemenr.
refte plus qu’à vous dire les noms desMorcs&desBlef- fez, tant d’aétions vigou- reufes n’ayant pu fe faire fans qu’il nous en ait coulle quelque chofe.
Capitaines tuc^.
M Chouerafqui M le Chevalier du Cros, M1 Du- lan.
■ • • .
Capitaines bleffe% Dave'nesj
Mrs Praflon 3
GALANT
Rardonanclie , Maurniay peTubas,Revellas,TronCj Romp, GefleretjBandron, Quantagril, Guafque, Saint Gêniez, Labarte, Sainte- Coulombe, Langlade, Bar- rierejBrouiran^Cliatonyillc Vulaine.
le Marquis de Ville- Colonel de Çava- & Mr de Conflans
Mr neuve le rie,
Major du Regimerir de la Rablierc, ont auffi eflé bleflez.
Je ne vous parle point des Efpagnols morts
blefTez» Ce font noms qui
ou
1
es.
/
né LE MERCURE vous font entièrement inconnus , & d’ailleurs le nombre en eft (i grand, qu’ils ne pourroient que vous ennuyer. Le Comte deMonterey a envoyé' de- manderle Corpsdu Comte de la Fuente par un Trompeté, & dire àMonfieur de Navailles qu’il avoit efté plus heureux que luy. Ce Trompeté le pria en mef- me temps de fa part d’avoir foin de laNobleffed’Efpa- gne qu’il avoit entre fes mains.
Quoy qu’on fafle paiTer l’Amour
GALANT, ny l’Amour pour la plus violence de toutes les Pallions, il faut que la Gloire ait quelque chofe de beaucoup plus fort, puis qu’elle oblige les plus honneftes Gens à préférer les fatigues aux plaifirs, & quelle les arrache fans peine de ce qui leur eft le plus cher, pour les précipiter dans les occafions les plus redoutables. Il eft vray que l’éloignement de ce qu’on aime, n’eft pas également fenfible à tout le monde. Il y en a qui ne trouvent
Tome 6. T
d’en foupirer, & j’en. connois
quelques uns qui s accbmodent
admirablement
bien des Maximes qu’on
nous a données là-deflus
depuis‘quelque temps. Elles
ont elle faites en faveur
d’une aimable Perfonne
qui recevant tous les jours
des reproches de ce qu elle
n’aimoit pas, demanda enfin
des Réglés qui ne luy
laifTalTent aucun embarras
dans l’engagement quon
eherchoit à luy faire pren
dre. Ces Vers luy furenE
k
r
galant. xi, envoyez un peu apres. Je ne vous en puis dire l’Au- theun II nous a voulu ca-
cher fon nom, «Juoy qu’il î(i n y ait que de la gloire pour E| luy a les avouer.
D ’ A M O U R.
V°ulo?s Ornant fè déclaré
h^ueJfins trop contefier, ^rnen^e^deuter: Far une in1“fie défiance,
T ij
tlo LE MERCURE |
Et fur un doute mal fonde,
Qui laffent d'un Amant toute la patience,
On perd fanent un Coeur q» on aurait pofledé. l
Za déclaration
Chacun de fen cofte la oi phfr Amour efl caché, [fallA de douceur.
11 faut aimer & fetaire* yneflame [ans myflere
Ne chatouille point un Coeu ■ 4fm qum fd t"m“ l,! f1” 0„ * **■ ' : * I
yienne de ce repec interre t cours _ I
GALANT. xxt Jl n'en faut pas aimer avec moins de confiance,
Mais il efi bon qu'onfe difpenfe De ces tiiftes langueurs où l'on pajfe fies jours,
Lors que de fe revoir on meurt d'impatience.
Car enfin àquoy bon gémir jufqu au retour l
En aurait on eu moins d'amour Pourriavoir pas poufsé desfoùpirs dam les nues ?
JV on, riimer de la forte, efi du file ancien,
de plus douces loix nos moeurs font defcenduës,
Et je tiens qu'à le prendre bien, J. es peines en amour font des peines perduèsr
Dés que la Belle rien voit rien.
Ta • •
11)
Il faut, quand cet Amour ? ex»
ce fit avec enjouement9
Pt qu'il laiffe le ton trafique
Pour le Theatre & le Roman.
Il n eft rien de plus falataire
Pour un Amant, que de railler.
P Amour eft un Enfant dont le
veut parler*.
2tâa& dés qu'il crie on le fait
taire.
27ous fuivrons toujours la me*
îhode
De cacher noftre pajfzon9
Ne trouvant rienplus intàmodc
Qjfun Amant deprofefilon.
On rit quand on le voit dans
chagrin extrême
GALANT, zz 5
Se mettre avec emprcjfement ,
J)erriere le Fauteuil de la Beauté
qu'il aime,
Four luy parler tout-bar de fin
Chacun fe divertit d une amour
cruel tourment,
Vn Amant bien fenfi ne doitparoiflre
Amant
Quà ce qu'il aime feulement.
Que jam a fo iwftre humeur trahi
noftre ame,
Qgy jamais nos Rivaux ne lifcnt
dam nos yeux
■ tériettx^
Autrefois un Amant eufi pafle pour
zi4 LE MERCURE S'il eiiji veu[on Iris fans changer de couleur.
Maintenant^ Dieu mercy, ny rou* geur, ny pdleur^
Chelles Gens de bon gouftnefont plus en ufage.
L'Amour veut dafecreti fajoye
& fa douleur
Doivent eftre dans noftre coeur,,
£t non pas fur noftre vifage.
*$•
Le dejfein de ceffet de vivre,
Si -toft qu'on fe voit maltraite
U e quelque inhumaine Beauté "N'eft pas à noftre avis un defein fort à fuivre.
\AuJfi nous abrogeons fcufage des poifonsr
JD efendons pour jamais les funcfiet foupçons.
Banni [fins tous les mots de ra& &' d'humeurs fombre s
GALANT, iif
Retenant feulement le Silence &
les Ombres
J?ov,r employer dans nosChâfont.
Que l'amant à la Maiftrefife,
Ny la Maiftreffe à l’amant,
Ne demandent jamais trop d’éclairciffement,
Quelque chagrin qui
Il faut un peu de bonne foy
Peur eftre heureux dans l1 amoureux
miftere.
Je veux vous croire, croyezymov,,
C'eft le mieux que nous pwfiions
faire.
Fuyons fur tout la curiofitè,
En amour il nef rien de pire.
Toujours elle fait voir quelque
infidélité,
Et je comois telAmdt quifoùpire
D'avoir appris certaine vérité
Qri_on riav oit pas voulu luydirfa>
izé LE MERCURE
Enfin de nos amours nouvelles
Bannijfons les tranfportsjaloux* On a tant de plaifir à fie croire fi- délies..
aiquoy bon fe vouloir priver d'uit bien fi doux l
Eft'il fottife èpale à la folblejfe extrême
D 'un Amant toujours alarmé / malpré les ferment de la Jielte
qu'il aime*
Chercher fe cé vaincre luy me fine' De rieftre- point afiessaimé l
Retournons à la Guerre, 'rien n’arrefte les François quand il s’agit de fervir leur Prince, & d’acquérir de la réputation. Vous venez de
GALANT. X17 voir combatre for Terre, voyez à prefent combatre fur Mer. Nous y avons remporté des avantages dont ceux qui ne font pas accoutumez à vaincre tous les jours par tout, feroient plus de bruit que nous.n’en faifons.
Le Capitaine Tobias fors eftimé chezlesHollandois, éprouva il y a quelque temps combien les Armes du Roy font à craindre. Il revenoit de Smirne, & commandoit une Flote compofée de trois gros
xiS LE MERCURE
VaiiTeaux de guerre, de
cinq Navires, & de huit
grandes Fluftes, le tout
extraordinairement riche.
Le VaifTeau qu’il montoit
eft oit de foixante & fix
Pièces de Canon, & chaque
Navire de quarante. 11 fut
rencontré dans la Manche
à la hauteur d’Oiiefïanr,
par M‘ le Chevalier de
Chafteaurenaut Chef d’Elcadre,
qui croifoit de ce
cofte-là. Quoy qu’il n’euft
que quatre Vaifleaux de
gates, cette inégalité ne
GALANT. LÎ9
|a réfolution de 1 attaquer:
Les Ennemis l’attendirent
en bon ordre, & voyant
leurs forces beaucoup au
fiance qui ne leur permettoit
point de douter de la
Vi&oire. Leurs huit Baftiniens
s’eftant mis en ligne,
& les Fluftes fous le venr,
M1 de Chafteaurenaut arriva
fur eux à la petite
I
Le
Mo LE MERCURE le Commandant, qui évita Cx fois 1 abordage. Combat fut long & opiniâtre. Nos Frégates pri- rent quatre grandes Fluftcs chargées d-Huile, de Tabac, & d Indigo, & deux Vaiffeaux Hollandois coulèrent a fond, avec de l’Ar- gent en barre, & pluïîeurs marchandées de grand prix. Leurs autres Vaif- lèauxont eftéfort mal traitez. Us s échaperent à la faveur d une brune qui ernpefcha Mr le Chevalier de Chafteaurenaut de les
GALANT. 151 fuivre. Chacun fçait qu’on ne peut avoir plus de coeur qu’il en fait paroiflre, que le péril ne 1 étonné point, & qu’il n’eft pas feulement bon Soldat & bon Capitaine , mais encor bon Homme de Mer, & fort intelligent dans tout ce qui regardel’employ qu’on luy a donné. Meilleurs les Comtes de Sourdis & de Rofmadec, & M1 Foran Capitaine de Vaiffeaux, fe font extraordinairement diftinguez. Mrs Huet-du Rueaux, de Banville, & de
LE MERCURE
Maifon-neuve, ont donné
des marques de leur courage
tant que le Combat a
duré. M' le Baron d’Audengervat,
Mrs de Moran-
Boifamis & de Sancé Lieutenans,
de Boncour & de
Courbon Enfeignes, de la
Haudiniere & de la Robiniere
Volontaires, & de
BellimontGarde de la Marine,
ont efté bleiTez en fe
fignalant. Les Ennemis
ont perdu beaucoup de
monde, & il ne nous en a
coudé que Mr Mercadet
ils nous ont
GALANT. i?5 Cet avantage n’eft pas je feul que nous ayons eu fur Mer. Mr le Chevalier deBreteiiil qui commande l’Efcadre desGaleresFran- çoifcs en Rouflillon, a enlevé deux Barques d’un Convoy qui vcnoit aux Ef- pagnols, & dont tout le feu de la Moufqueterie des- Ennemis ne put empefeher la prife. Il pourfuivit les autres jufques fous le Ca- non de la Tour de Palmoss
• I
aux Coftes de Catalogne.. B* # ' V • /.* T--" \ / •”/£/:
M‘ le Chevalier de Bourfe- ville fe rendit maiftred une
Tome 6. V
B
^4 LE MERCURE
troifiéme, & on ne peur
nees.
Il ne faut qu’eftre François
pour porter la terreur
en prenant les armes. Un
1 3 • /* Marchand du Havre sellant
plaint qu’un Corfaire
nommé le Capitaine Mauvel,
venoit de luy enlever
une Barque alTez confiderable,
avec le Pilote qn il
avoit deflus, Monfieur le
Duc de S. Aignan détacha
fans perdre temps fix Sol;
GALANT. zî5
failant promptement embarquer
dans des Chaloupes,&
quelques autres dans
un Bateau qui fert à porter
le Bois, afin qu’on les pu fit
prendre pour des Marchands,
ils allèrent joindre
leCorfairequi eftoit encor
M'ancre. M'de Brevedent
Capitaine de Frégate lefeigne
du Port, fe trouvèrent
a cette attaque. 11 y
eut un Combat de Moufqueterie
qui fe fit prefqne
à bout touchant, & qui
Corfaire pendant le Com
t>ac, & qu’il a relâché de
ticularitez.
Je ne vous parle point
d’un petit Corfaire de Saint
Malo, armé de fix Pièces
de Canon, qui s’eftant
rendu maiftre de trois grandes
Finîtes de Dannemarc
chargées de Fromenr, de
Seigle, & de ptuheurs autres
chofes, les a amenées
dans ce Port. Ces fortes de
prifes y font ordinaires, un
autre Corfaire ayant amené
prefque en mefrne temps
un Hollandois, & deux atu
diverfes marchandifes.
Vous voyez, Madame,
que le Roy triomphe de
tous coftez fur Mer, comme
il triomphe par tout
fur Terre. 11 eftvray qu’on
nous imputoit une difgrace
qui donnoit grande joye a
nos Ennemis. On prétendoitque
toutes nos Galeres
avoient efté confomméesa
Civicavechia par un Incendie
dont on n’avoitpû arrefter
la violence. Le bruit
en courut à Naples j & dans
cette
i- cette
il le
5 amener jurques au K où je laiffay Mon
M Mois dernier, or vous en- d tretenir de ce qui s’efl paffé >i entre fon Armée & celle du n| Prince Charles-, mais avant u que de faire ce trajet,, je « crov due vous ferez bien-
d le temps î velle s’y
jurent à 1 d elles prirent trois gros V t féaux à la veuë mefme
es vous
X
z4o LE MERCURE eftime dans le monde, & que le Lazard a fait tomber entre mes mains. Ils font de Moniteur de Ramboüil- let, dont je vous ay déjà parlé dans cette Lettre. Vous le connoiflez , Madame, vous fçavez qu’il eft galant, Si qu’il a beaucoup de délicatcITe dans l’Efprit- Voicy dequoy en faire demeurer d’accord tous ceux qui lepouroient ignorer.
VOus voulez^ qu’on mette en quartiers
1? Empofonneufe **** Et pour fes Crimes fa luftice
Selon
GALANT. i4i Selon vous, manque de Suplice. J-Lc bien l'on efi de vofire avis* Et vos Arrefts’ferontfuivis.
Mais *ctime onditfauves fiesgènes* Z es cacho ts, les fers & les chat fines* Les ÿb et.s, la roué* & le sfeu x* Ne font que pour les Malheureux.
Combien de Dames par le Monde Vivent dans une paix profonde* Qui ne font rien journellement,* Qtfempoifonner impunément l
Vcas qui v ouïe z^tât quon puni fie* C'efi vofire ordinaire exercice. I'ay de vous reçett le Poifton Pour empefcher ma yuerifon* Tous les jours vofire main cruelle M'en donne une dozy nouvelle. Vous eftes en communauté* De Crimes (f d'impunité, Avec ces Empoifonneufes* Qui font d’autant plusdan^ereufes*.
Tome 6. X
?
LE MERCURE Que d'abord leur Poifon efi doux, Et (e faitdefirer de tous, Qu avec une force inconnue El yayne l’oüye & la veué, Qyilfeffe, & les autres fens A la fin rien font pas exempts.
Il ejl d'autant plus redoutable. Qu encor quefon feu nous accable. Il ne termine pas nos jours. Et nouslaiffe fans nul fecours.
' Traîner une vie ennuyeufe. Pire quune mort doulourcufi* Mais s'il ne donne point la mort. Mêlas fin rigoureux effort. De tant de maux nous environne. Qu on la cherche.ou qud fi la doit, Jleft fi fubtil ce Poifon.
Qriil trouble par fois-la rai fin. lufqu'ane faire aucunes plaintes De fies plus (enfibles atteintes. Ju (qu'à refufer de guérir
'fi
A tous, fans épargner perfonne :
Au mépris des plus 'faintes Loix,
plies s'attaquent mefme aux Rois,
Kn nombre infiny leurprefnte
A toute heure la Coupe ardente.
Elles n ont point dé égard au rangt
Elles n en ont pas mefme au fanÿ
Telle fe rit du Fratricide.
£/■ poejje jufqu au Parricide:
L on nefauroit les contenir,
Et l'on devroitbien les punir.
Mais Leur conduite e(l approuvée
Ellesvont la telle levée
R clivent le plus de louantes ï
Et lien loin de les ch a fier, °
Defaire unf maudit Méfier
X ii
»44 LE MERCURE On adore ces Criminelles, pt tous les Iu^es font pour elles.
On feroit déjà rebute De trouver tant d'impunité pour des Crimesfîpuniffables, pj'efloit qu'entre mille Coupables^ Quelquefois pour fe confier, 0tien voit quelqu'une brûler.
Venons aux deux Armées d’Allemagne. J ’e» uferay fur cet Article coin- me j’ay fait fur celuy ée Catalogne. Je laiflerayJe5 dates, qui ne vous feroient pas mieux fçavoir les ch°* fes, &fuprimeray les norns de quantité de Villages, de RuilTeaux, & de RiviercS’
GALANT. 24î
que vous ne vous mettrez
de connoiftre. Je cherche
à eftre court, & à ne vous
dire que ce qui ne vous
peut caufer d’embarras.
Depuis ce que je vous marquay
la derniere fois de ces
Armées, tout a confifte en
quelques Décampemens
qu’elles ont fait l’une &
l’autre, & dans lefquels la
vigilance, la conduire, &la
prévoyance de Montreur le
Marefchal de Créquy ont
toûjours efté ti grandes,
qu’en embaraffant par tout
le mercure le Prince Charles, il a rompu toutes Tes mefures. On n’en peut douter, puis que nous fommes à la fin d. A ou R , fans que ce Prince ait encor rien exécuté. On a feulement envoyé des Partis de part & d’autre. Il n’eft point befoin de vous dire que nous y avons toujours eu l’avantage. Quand les Ennemis ne demeure- roient pas d’accord de leurs Morts & de leurs BldUz, le grand nombre de Prifon- niers que nous avons fait& fur eux, & donc la Ville de
GALANT. 147
Mets eftoit toute remplie
avant qu’ils s’en éloignaffent,
feroit connoiftre ce
qu’ils tâcheroient inutilement
de cacher. LeComte
de Stirum fort eftimé dans
l’Armée du Prince Charles,
eftant à la tefte de quatrevingt
Maiftres choifis, &
de plufieurs Volontaires»
Chapelle Capitaine au Régiment
de Rocqueville,
avec trente Maiftres &
trente Dragons. Ils le pouffèrent.
M; de la Chapelle
tua & blefta vingt des Enx48
LE MERCURE nemis, & fit ce Comte pri- fonnier, avec quaranteun de ceux qui le foûtenoient. Vous admirerez l’intrépi- di'xé de Mr de Langlade i o
Officier de noftre Arme'e, Il alla dans le Camp des Ennemis, fe méfia la nuit parmy eux, prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp, & enleva un petit Corps avancé. Il n’eft pas le feul qui cherche les occafmns de fe fignaler. Tous les François brûlent de combatte, & l'ardeur qu’ils en
GALANT. Z49 font paroiftre va fi loin, que M' le Marefchal de Créquy eft Couvent contraint de Ce fervir de fort autorité pour les retenir. Les Ennemis eftant venus un jour reconnoiftre nofire Camp, on les repoufft jufqu’aux quinze premiers Efcadrons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de Vendôme coraba- tit avec une vigueur incroyable, & Ce méfia juf- qu’à deux fois parray les Cuirafiîers. Cette occafion fut remarquable & par tout
ijo LE MERCURE
ce que je viens de vous en
dire, & par la maniéré dont
Mr le Comte de Broille &
Mrle Marquis de Bouflairs
s’y fignalerent. M‘ le Marquis
deRiveroles ayant eu
fa jambe de bois emportée,
& fon Cheval tue', ne laiifa
pas de combatre vigoureufement,
appuyé fur le tronçon
de fa jambe. O n le remonta,
& il eut le temps de
fe retirer. Cette aélion fat
admirée de tout le monde.
GALA.NT. ip.
davantage, quand apres
cour, ils apcrçeurent Mr de
Créquy campé à une lieue
d’eux, fans qu’il y euft entre
les deux Armées ny Bois,
ny Riviere, ny Défilé. Ils
tirèrent d abord trois coups
de Canon pour -rappeler
leurs Fourrageurs & leurs
Coureurs,&ils furent toute
la nuit & tout le jour en
bataille. 11 y eut plufieurs
efcarmouches, & les grandes
Gardes fe poufferene
deux fois. Les Gardes du
z5z LE MERCURE dcz pour foûtenir la noftre,’ vinrent aux mains, repouf- ferent lesEnnemis, en tue, rent quelques-uns& en firent d’autres prifonniers. Monfieur de Créquy eftoic venu dans ce dernierCamp en Carrelle. Il en defcendit
«
fitoft qu’il fut arrivé, monta à Cheval, fit défiler fon Armée, la campa fort avan- tagenfemenr, & apres avoir employé plus de fix heures a donner fes ordres, il entra dans une Tente où il coucha, &qu’il avoit fait dref- fer à la telle des Chevaux-
GALANT, zjj Légers. Le lendemain il envoya Mr Philberc Capitaine de fes Gardes, dans le Camp des Ennemis, porter à Mr le Marquis de Grana, de la parc de Moniteur le Duc, une Epée enrichie de tres-beaux Dia- mans, en échange de dix Chevaux Croates qu’il luy avoic envoyez depuis quelque temps. 11 fut conduit au Prince Charles, &mené en fuite au Marquis de Grana, qui mit pied à te<re, & luy fit prefenc de fon Cheval. Plufieurs Officiers
i54 LE mercüre Generaux qui eftoientpre- fens, demandèrent à cet Envoyé' quand Mr le Ma- refchal de Cre'quy vouloir combatre. Il leur répondit. £Meflieurs, il ne tient qùà 'vous 3 il riy a, ny Défilé ny Riviere entre les deux Armées 3 & l’on efl prefl à vous bien recevoir. Surquoy un d entr eux ne pût s’cmpef- cher de dire. Ne faifins point les fins3 il ne tient qu'à nous de combatre.
Les Ennemis ayant décampé, & sellant faifis de Moulon, n’y trouvèrent
GALANT. ijj aucun avantage. Monfieur Se Marefchal de Schom- berg qui avoit préveu leur deïtein, en avoit fait fortir Habitans & meubles, & on peut dire mcfme que le Porte eftoit méchant pour çux, puis qu’ils pouvoienc eftre veus dans leur Camp. Ce qui les attira particulièrement en ce lieu-là, fut l’efperance d’y faire pafTer la Meufe à quelques Partis, mais cela ne leur arriva qu’une feule fois-, Monfieur de Créquy traverfa promptement un Bois où jamais
LE MERCURE Armée n’avoit pafï'é, & fa marche fut fi diligente, qu’il rompit toutes leurs mefures. Toutes les Ga-
zetes ont parlé de la promptitude de cette Marche, & la Gazete de Hollande
mefme n’a pu s’en taire. Le Prince Charles apprenant que noftre Armée s’ap prochoit, fit retirer fes Ponts de Bateaux, & vit toutes fes prétentions réduites à cftre dans une Ville fans Fortifications, & ou tout luy manquoit , avec des Troupes en tefte au fi
GA LA NT. zj7 fortes que les Tiennes, & dont une partie eftoit pof- tce fur des Hauteurs qui dé- couvroient dans fon Camp. Il s’y fortifia fans fçavoir pourquoy, puis que Ion Armée dépendant de jour en jour, il fe trouva obligé de décamper quelque temps apres, ayant remplv toutes nos Villes de Deferteurs, Sedan n’en voulant plus recevoir, & nos Partis fai- faut tant de Prifonniers, que les feuls Païfans des environs de Stenay y amenèrent un jour une Com- \ Tome 6. Y
••
ijS LE MERCURE pagnie entière. Ainfi apres avoir fait fortifier les deux bords delà Meufe, creufer le Fofle d’une Redoute, & ordonné de grands Retran- chemens, pour s’alfurer la telle d’un Bois, lé voyant continuellement infulté de tous collez, & l’ayant nouvellement efté d’un Party de Montmedy commande par Mrde laBreteche, qui tua quarante Cavaliers, & emmena cinquante-cinq Chevaux , il abandonna tour, & fit mettre le feu» Moulon, où fes Gardes fi-
GALANT. ft9' jtenr une perte confidera- ble dans les Fauxbourgs. j[ n’y eut pas plus de vingt Maiï’ons brûlées, les Ha- bitans eftant accourus en
foule, & ayant éteint promptement le feu. On ne fçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meflin & Des Fourneaux, deux vieux Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la tefte des Païfans, & les harceloient inceflammenr. Ils avoient laiffé du Canon Se du monde dans la Re-
Y ij
M LE MERCURE doute de Moufon, qu'ifg furent obligez d’abandonner. Ils n’en fortirent pourtant qu’apres avoir envoyé faire excufe des Villages qu’on nous avoit brûlez, & fait punir quelques-uns des Incendiaires. Le procédé eft prudent, nous fommes affez en état de leur rendre le mal qu’ils nous font. Les Ennemis s’efhnt retirez, le Décam- pement de Monfieur de Créquy les furprit & les embaraffi autant que les précedens» Jamais Départ
ne fut fi promptement ordonné,
ny Marche fi-toft
exécutée. On la tint fecrete
à l’ordinaire. L’ordre en
ayant cflé reçeu fur les huit
heures du foir, on fonna le
Guet. Les Gardes avancées
furent biffées, & à dix
heures l’Armée paffa la
Meufe fur plufieurs Ponts
qui y eftoient depuis quelques
jours. On trouva à
trois lieues une grande
Garde des Ennemis fur une
Hauteur. On commença
de la pouffer, mais Moniteur
de Créquy défendit
le mercure qu'on la pouffait jufques dans la Meufe, parce qu’il vouloit établir ion Camp avant que d’entrer dans quelque Aétion. Il choific fes Quartiers ; & cette Garde, & ce qui la foûte- noit, ayant efté en fuite vigoureufement pouffée,. on amena quelques Prifon- nicrs. Voila où les chofes en eftoient il n’y a pas long temps. Ce que je vous manday la derniere fois, joint à ce que je vous c'cris aujourd’huy , eft une Relation fidelle & concife de
------------------ - ~ — i ■ • —
GALANT, toute la Campagne, pour ce qui regarde les divers» îflouvemens dcl’Arméedu: Prince Charles refîe plus qu’à vous dire que pendant fon fejour à Moufon, le Marquis de Grana envoya parunTrom- pete à Mr le Chevalier de Breteiiil Ayde de Camp de Monfieur le Marefchaf de Schombcrg, un fore beau Cheval Turc fùper- bement enharnaché. On l’cftitne plus de deux cens Piftoles. Il luy fît ce Pre- fent fans qu’il le connuIE,
Il ne me*
264 MERCURE &feulement en confidéra- h tion de l’amitié qu’il lia au- j trefois avec fa Famille , quand il vint en France, & . qu’il confirma depuis a Madrid, où il trouva M'de ( Breteiiil fon Frere, qui eft ( prefentement Intendant L en Picardie. Vous fçavez !( fans-doute, Madame, que h ces Meilleurs font dune L des meilleures Familles de [ la Robe, que M‘ leur Pere a efté Controleur des Fi* h nances, 6c qu’apres avoir palfé par tous les Empl°is dignes d’un Homme de fa fuffifan^ 1
GALANT.
feiller d’Etat.
Cependant n’eftes-vous
point furprife des grands
préparatifs qui fe font faits
codé de l'Allemagne, fans
que l’Armée des Alliez ait
encor pu rien execurer?
Cette lenteur, ou plutoÆ
cette impuiiïance, a donne
lieu à ces Vers, que je ne
veux pas diférer à vous faire
voir.
Tome 6.
z&6 LE. MERCURE
P A N E G Y R IQJJ E
DES ALLIEZ.
Hollandais fi vantez^ & fi crains
fur les Ondes,
Allemands qui tcnezj' Empire des
Cefars*
Danois, iffus desGotsqui bravoient
les ha tards.
Nobles Napolitains^Flamansne^
pour la Guerre,
Vous, enfin, dont: le Nom va par
toute la T erre,
Que n aurez vous point fait vota
eflant tous unis l
Sans doute on aura veu
rans punis,
r
GALANT. i«7 &nt Princes détrône^, l'Univers en alarmes,
pe Turc & le Sophy rendre hommage à vos armes.
Dumoins toute l'Europe abandonnant fes Rote,
Doit lesfers à lamain s'eftre offerte à vos L oix :
Car que ne peuvent point tant de Héros enfemble,
Héros au nom de qui tout s'abaiffe, tout tremble,
Héros l effroy dtt Monde, (fi qui toujours yainqueuïs.
Des plus fiers Ennemis placent d'abord les coeurs î
1 e n exapere point i qu’on Hfe vos Hiftoires,
On verra du mefme air étaler vos Vivoires, (repoufiez.
On y verra par tout des Ânfiois "
*- •
Zij
î68 LE MERCURE
Suédois battu, dei TTandis renverfez^
par malheur peur vous ces lüufires Défaites 2?'ont pour tout fondement que vos fades Gazâtes* Et toits vos Armemens, dans leur grand appareil. ,,
Sont de fables BroüiUards e~ carte ls Soleil.
Dfai depuis fa ans, malgè pl& de vinpt Princes,
Nos Troupes ont toujours vejctt dans vos Provinces, r i
Nos Neveux croiront-ils que tan de Potentats Se foient cha rgea foin de nourri nos Soldats,
Trois Rois. quatre Electeurs. Ducs Comtes. Républiques l Jndigies Combat ans. mal^r01 P oiitiques. I
GALANT. 1É9
tant d'arrogance & fi feu de
veitUy
yoiu mcritie\ r affront que vos
armes ont eu.
Louis, le Grand Louis pat fa
Rompt les honteux deffeins d'une
injufic Alliance 5 ( fait,
Jlva dans vos Pats, la Victoire le
£t le coup efl fi prompt qu'il devance
le bruit.
Rtfafiric, Place fi forte (fa fi bien
défendue,
Rfi prefque en mefme temps attaquée
& rendue,
Befançon, Pôle, Gré, Salins,Limbottr^,
Bouchai»,
Aire, Condè, Dinan, luy refirent
en vain
Si
V70 LE MERCURE ïont en prenantfes Loixleurglotrt delafienne.
De fin coftè VwLiWê. ardent à l'imiter*
Conçoit un grand Deffein* & court l'exécuter.
Il combat y met en fuite, & les- Lauriers qu'il gagne*
Dent perdre avec L'honneur Saint- Omer a l'Efpaçne..
Mais pourquiter ï'Efcaut & la Meufe&la Lis*
INofire Augufte Héros plante plat loinfes Lys.
La Sicile obéît à fes grands Capitaines r
La Catalogne voit LL aval lies dans fes Plaines*
Dans l'Amérique* enfin* Cayenne & Tabaco.
Mettent tout en allarme d. Me xi- que. Q~ Cufco^
Z;
T
GALANT. 17» Q'tfipar de fi grands coups, par de yf nobles marques
Qu il s'eft acquis le nom du plus grand des Monarques,
Qu'on publie à l'envy de ce Roy glorieux,
Quffiant feulcontre tousfiltriomphe en tous lieux,
Et qu'entre les Humains avec de tels obfiacles,
luy feul pouvait fournir à faire ces Miracles.
Je vous av déjà tant parlé de Guerre, que je ne vous diray que tres-peu de chofe de là Campagne du Prince d’O- range. Les Troupes des Princes d’Allemagne liguez avec luy, palTent tous les ans fix mois à for tir de leurs Quartiers d’Hy-
Z... • 111;
X
tyx LE MERCUPkE ver , à marcher , à s’afTembler,.
& employent les autres fix mois à reprendre leurs Quartiers, & c’eft là où elles trouvent des
coups à donner, le temps de leur véritable Campagne,parce qu’elles vivent avec rantdedif- cipline, qu’il n’y a perfonne qui ne refufe de les recevoir. Elles ont fait la mefme chofe cette année, Sc elles ont d’autant plus fatigué, qu’ayant prefque toujours marché pour tâter toutes nos Villes de Flandre, elles n’en ont trouvé aucune en aiFez méchant état pour leur permettre de s’y repofer. Ainfi elles arrivèrent devant Charleroy un peu JaflesSc encor étourdies d’avoir fi longtemps tournoyé. LeSiegA de cette place fut formé pref-
GALANT. que auffitoft. Le Prince d’O- range fit avancer fix mille Che- vaux, croyant obliger unepar- ciedela Garnifon à forcir ; mais Mr le Comte de Montai plus fin Sr plus expérimenté que luy3, les laiffa fe promener, & voulue referver fes Gens pour les recevoir de meilleure grâce, C’ef- toit fe mal adreÆer, Mr de Monta! garde bien ce qu’on luy confie, & on a lieu d’en eftre perfïiadé. Il a déjà fait lever deux ou trois Sieges aux Ennemis , & traverfé leur Camp pour fe jerrer dans des Places qu’ils affiegeoient. Auffi fem- bloit-il ne rien fouhaiter avec tant de paffion que d’eftre attaqué, pour avoir la gloire de fe bien défendre. Dans le temps
Marquis dejauvelle qui eftoit
dans Oudenarde, eut ordre de
s’y jetter avec cent cinquante
Moufqueraires de ceux qu’il
commande, & une Compagnie
de Grenadiers à cheval. Il fit
qu’il y arriva en trente heures
fans avoir fait repaiftre qu’une
feule fois. Rien ne fçauroir
mieux marquer le plaifir que
les Moufquetaires fe faifoient
de s’enfermer dans une- Ville
affiegée. Les Ennemis ne dotiv
tant point qu’il ne fe haftaft d’v
venir, parce qu’ils fçavoient?
i ordre qu’il â'voit de fi* tenir
preft d’entrer dans la t cmiere
Place qu’ils affiegeroient, crûs
yent qu apres que ccuc-cy îc- yoic inveitie,, ils auroient encor Je temps de détacher huit cens* Chevaux pour aller au devant de luy mais ils furent trompez dans ce qu’ils s’eftoient voulu perfuader, & quand ils>envoyèrent leur Cavalerie, ils apprirent qffil eftoit entré. Us ne Jaiffèrent pas de fe montrer ré- folus à pouffer leur entreprifé. Us prirent leurs Quartiers le io., de ce mois, ils firent travailler à leurs Lignes, & le 14. ils dé- camperenr. On ne fçait que s’imaginer de cetEe Retraite. Si ce Siégé n’avoir efté qu’une feinte,ils auroient moins avancé leurs Lignes,ou ils auroient entrepris quelque autre Siégé dans te mefme temps, mais ils n’en,
LE MERCURE
ont fait aucun, & tout ce que
nous fçavons, c’eft que fi-toft
qu’ils apprirent que nos Trou,
pes s’affcmbloient}ilsfongeren£
à décamper, firent partir leur
Canon & leur Bagage pendant
deux jours, ôcfe retirèrent fans
falüer Mr de Montai, qui eftoit
fr bien intentionné pour les recevoir.
Admirez, Madame, comme
tout eft prcveu , &, comme en
France on fe tient préparé à
tout. A peine eut-on appris le
départ de Monfieur le Marquis
de Louvois, qu’on fçeur qu’il
eftoit au milieu d’une Armée
de cinquante mille Hommes,
que les Ordres du Roy qu’il
portoit, & qu’il fait fi bien exécuter
„ avoient fait affemblcr fî
H
<
1
i
I
GALANT. 177 «romptement, qu’on euft dit qu’un coup deBagueteles avoit fait fortir tout-à-coup du leia de la Terre. Les Ennemis en furent déconcertez, & ils ne le furent pas moins de la fcrmetc avec laquelle nos Troupes allèrent à eux fans s arrefter, Ce fut fans-doute ce qui les em- pefcha de les attendre. Ils a- voient pris fi mal leurs mefures, qu’en commençant le Siégé de Charleroy, ils manquoient de Vivres & de Fourrages. Leurs Convois dévoient venir de Bruxelles, & ils ne prenoient pas garde que M1 le Baron de Quincy eftoit entr’eux & cette Vole pour leur difputer le paf- fage. Ainfi le Prince d'Orange a efté, ou mal averty de nqs
forces, ou mal affilié desCon'-
fédérez. Moniteur de Louvois
entra le iy, dans Charleroy avec
Monfieur le Marefchal Duc de
Luxembourg. La joye que
M‘ de Montai eut de les recevoir
, fut niellée d’un peu de
chagrin de ce qu’il les recevoir
fi- tort. Il auroit bien voulu que
Je Prince d’Orange luy euïlfait
une plus longue vilite, & il
fe fâchoit d’autant plus de la
promptitude de Ion départ,
qu’il s’cftoit fort difpofé â ne
luy laifler pas ramener tous
ceux qui l’accompagnoient.
On apprit dés qu’il fe fut retiré,
que les Conféderez appréhendoient
tellement les François,
qu’aucuns de leurs Officiers
Generaux ne voulurent
GALANT. 17# foufrir que les Troupes qu’ils commandoient fuflent à l’Ar- rieregarde le jour de leur Dc- .campement. Leurs contefta- tions furent fi grandes fur ce fujer, qu’ils s’en remirent au Sort, qui fe déclara contre les Efpagnols.
Je ne puis finir cet Article, fans donner les loüangcs qui font deuës à MÔfieurle Comte de Marfan, à M effieurs les P rinces d’Harcour & d’Elbeuf, à Monfieur le Comte deSoiflons, & à Monfieur le Chevalier de Savoye. Ils ont efté dans tous les endroits où ils ont crû pouvoir engager les Ennemis à combatre. Ils fuivirent Monfieur le Comte du P leflîs, Mrde Tilladet,5c M' Rofe,qui furent
ïSo LE MERCURE commandez avec trois mille Chevaux pour s’oppofcr aux Convois qui leur dévoient venir de Monts. On n’ofa les en faire fortir , 8c ce fut pourquoy le Prince d’Orange manqua de Vivres prefque dans le mefme temps qu’il eut bloqué(Charle- jroy. La Retraite qu’il fit apres avoir demeuré quatre jours devant cette Place, nous a produit ce Madrigal,
*0*0*0*o*o *0*00* *o*3 AU PRINCE D’ORANGE affiegeant Charleroy. Madrigal.
ATtaquer une Place, où commande Montai!
Montai, dont le grand Pfom fort! un feur -privilège
De voies faire lever le Siégé,
Qtivoas nypenfez, pas, ou vous y
yous perdrez^vos efforts auprès de
Charleroy,
Montai qui le defend, fuff il feuls
Répondre de toutes les Villes.
j4infi comme autrefois pour éviter
fet coups,
DfMtnpez^fuyez^ fauvezyvous.
Mille remercîmens, Madame,
■ de ceux que vous me faites de
ï la part de vos Amies pour le
I Marqués de M! de Fontenelle
que je vous envoyay la derniers
J fois. Je fuis bien aife que vous
i luy ayez fait rendre juftice dans
voftre Province, & fatisferay
Tome 6. A a
avec joye à l’ordre que vous»
nie donnez de ramaffer tout ceque
je pourray trouverde Pièces
Galantes de fa façon. Ne
'croyez pas cependant qu’il ne
/bit propre qu’au Scile badin.
Qaoy qu’il convienne mieux à
don âge que le férieux, voyez,
je vous prie,, comme il fe tire
d’affi.iresquand.il a de grandes
matières â traiter. Ses Amis
1 ay ayantconfeil 1 é de travailler
fur celle que M„de l’Académie’
Brançoife avoient choifie pour
Je Prix qui s’y donne tous les.
deux ans, il leur envoya les Ve»*
qpi fui vent;
GALANT.
SUR L’EDUCATION
de Monfeigneur le Dauphin, &le
foin que prend le ROY de dre lier
luy- mefme les Mémoires de fon
Régné, pour fervir d'in’ftruébion à.
ce jeune Prince-
F RA N C E, de ton pouvoir,
contemple l'étendue,
yoyde tes Ennemis l'Knion eonfondu'èÿ
ils n'ont fait apres-tout parleurs
vains attentats,
Que te donner le droit de dompter
leurs Etats.
florfiant e au dedans, au dehors
redoutée,
Enfin au plus haut point ta grandeur
ef montée.
x84 LE MERCURE
Mais ce rare bonheur, France;, dont tu jouis,
'iroit pa# au delà du Régné de Loüisy
T^n Èmpire chargé des D ans de U V ifloire,
Succomberait un jour fous l'ama& de fi
Si Louis dont les foins embrafent: l'avenir,
Ne te formait un Roy qui fictif l& fou tenir,
if faut. tout un Tiéros pour le fâng\ qu'il po/fëde,
Ü moins quon nef imite en vain ont. luy fiiccedè..
Que le Sceptre efl pénible apres* qu'il l'a porté!’
Fartant d'Etats fournis fin foids. s9efl augmenté î
Ri par unfi grand Roy fes Pfflfi cet conquifeSy
jjitns les mains d'un qrand Roy
* veulent efire remifies.
y eut- efire efioit- ce afifie^pour remplir
cedefiin,.
gneleSangde Lovas nous donnât
un Dauphin.
§orty dune oriÿhe & fi noble & fi
l’Empire.
Que nous l'élirions tous s'il fié de*
voit élire.
'Peuples, le croire hqvousI de cette
mefime main
Dont le Foudre vanneur ne part
jamais en vain.
ifè LE MERCURE
Sous qui l'audace tremble, & i'or. gueils‘humilie,
'Il trace four ce Fils l'Hiiïoire de fa vie,
€e long enchaînement, ce tifu-de hauts Faits.
aucuns moment oyfifs- riinur- rompent jamais*, e nousfigurons point qffilla borne a décrire
Fn Empire nouveau qui greffï no (Ire Empire,
Drapeaux arborevffur ces ferbesEorts*
D ou Cambray defioit nos plus vaillant efforts*
Et d Efpa^nols défaits ces Ca^pU^ ^nes couvertes9
Et la riche Sicile adjoùtée a leurs pertes,
Exploits trop publiez^ & dont il veut laiffer
1
137
galant.
'l'exemple * tous les Rois s'ils l'a* fent embraffer.
Hais les profonds fecrets de fa.' hautefageffe, v
Çen'eflqu’àfon'QKVMWNque cr Héros les laiffe:
fous ces vaftes deffsinsqu execute: un infant,
Et dont il ne. nous vient que le bruit éclatant,
Rts yeux fuis de fan Fils découvrent leur naijfançe.
il les voit lentement meurir dans, le filcnce,
Et recevoir toujours d’infenfbles progrès,
Tant que tout à l'envy réponde d» fuccés,
'Et que de tous cofez^ la Fortune foitmife
Se trouve hors d! état de trahir l’eÿl treprife.,
x8S LE MERCURE
T remblez^ -fiers Efpaynolsi Belges,
reconnoiffez^
Dequoy par ces Leçons voue efies
menace^.
Quand Louis affrontant vos feux
& vos machines,
De vos murs abb alita entaffe les
ruines.
Que rien ne fe dérobe d fan jufe
cour ou x\
mour paternelle,
*1 s'attache à former fon Fils frf
fon modèle.
Dans ce Prefent qu’il fait à Jet
Peuples charme^
Combien d’autres Prefens fe trouvent
renferme f.
il nous donne en luy feul des Victoires
certaines, Jl
GALANT, iss
// nous donne l9 ibere accablé de nos chaînes.
Combien^ heureux Françofc* deve^ vousàLoüis
pour toutes les vertus dont il orne ce Fils!
Mais s'il falloit encor 3 qua ces vertus guerrières,
Z es Mufes, les beaux Artsprétaf- font leurs lumières,
Combien luy deve^vous pour le grand Montaufier,
Qu à ce noble travail il daigne ajjocier!
il efi cent & cent Rois dont peut* ■eflre l'Fiiftoire,
Dans la foule des Rois cacherait la mémoire y
Si de leurs Succcjjeurs V indigne lâcheté, (mérités
Ne leur donnait ï éclat qu'ils vient
Tome 6. B b
y
«
A9o LE MERCURE
Princes de qui les N oms avec gloire furvivent^ (
Parce qu en les compare avec ceux qui les fuivent.
Quelquefois mefme un Roy qui ne fe répond pas
Que £dffez^ longs regrets honorent fen trépas * k
Par un tour politique en fecret fi ménage
D'un indigne Heritier le honteux avantage. (defauts?
Tibere deùt l* Empire à fis heureux Plugufle euft pu £ ailleurs craindre peu de Rivaux,
Mais enfin aux Romains fa vertu fut plus chere,
Quand elle eut le fecours des vices de Tibere.
\
ton éclat)
Niais loin qu'à fes dépens ton qrand
Nom fe foütienne.
mente la tienne.
Animé de ton Sang, formé par tes
L econs*
De Difciple & de Fils réüniffant
les Nomsy
Quelles hautes vertus peut-il faire
p a roiflre^
Quai n'hérité d'un Pere, ou ri apprenne
d'un Maifirei
Le bonheur dont fa main comblera
leurs fouhaitS)
Et par fon bras vainqueur nos En~
nemis en fuite,
Avouez, Madame, qu’il y a
de grandes beautez dans- cette
Piece, que la pompe des Vers
s'y trouve jointe àlafolidité du
Raifonnement, que le tour en
eft noble, la liaifon jufte, Sc
qu’uneTragédie de cette force
ne ferpjt pas indigne de pafl
Lu x k 1 H A • o Jj
joiftre fur nos Théâtres. Cependant cette Piece,toute belle qu’elle eft, n’a point emporté le Prix , & nous devons croire qu’il s’en eft fait une meilleure, puis que Mrs de ['Académie l’ont ainfi jugé, Ces fublimes Efprits ont des lumières infaiU libles qui ne les laiflent point fujets à l’erreur 5 & la Brigue ne pouvant rien auprès d eux., on doit dire de leurs Arrcfts, ils font donnez , ils font juftes’. Préparez-vous, Madame, a recevoir un fort grand plaifir le Mois prochain, quand apres vous avoir entretenu de l’Inf- tution des Prix, & des Ceremonies qui s’obfervent le jour qu’on les donne, je vous feray part de la Piece qui a mente
B b iij
* • •
cetce Année celuv des Vers.
Profe. Vous l’auriez eue’d es
aujourd’huy , fi je Pavois pu
recouvrer. Comme elle l’emporte
fur celle que je vous envoyé,
& dont je fuis afluréque
charmée de fa le&ure. Ce qui
me convainc davantage des furprenantes
beautcz que vous ferez
obligée d'y découvrir, c’eft
cju a la refervede deux ou trois
de ces Meffieurs qui ont donné
leurs.voix à Mx de Fontenelle,
peut.eftre à caufe que leur âge
les rend moins fenfibles au brillant,
qu’à la majefté du Vers,
& à la force de la Penfée, tous
GALANT, z^ déclarez pour la Piece triomphante 5 tant il eft vray que le bon fens eft toûjours un , qu’il eft indifpenfablement le mefme pour toutes les perfonnes extraordinairement éclairées, qu’il nefoufre aucune diverfité de fentimens dans ces Génies élevez qui ont une fupériorité d’Efprit que nous admirons, fans que nous y. puiffions atteindre.
Monfieur le Duc du Maine n’eft point encor de retour. Il eftoit ces jourspaffezà Bagnie- res, où tous les Evefques des environs font venus luy rendre vifîce. Celuy de Comminge alla prendre congé de luy en partant pour la Cour. On s’em- preiTe par tout où il pafle, à luy B b iiij
X
196 LE MERCURE rendre les honneurs qui luy font deûs, & fon efprit & fes promptes & vives reparties font ad- miiées de tout le monde.
n y a ræn d’égal à l’aplau- diflement avec lequel Monfieur le Comte de la Chaife, Frere du R. P. delà Chaife Confefleur ou Roy, a efté reçeu Sénéchal oe la Province de Lyon. Il traita magnifiquement le Pre- fidial de la Ville, & ce fut une jPye generale parmy le Peuple. C elt un Homme qui a de très - , elles qualitez, éc qui ayant ceaucoup de naifiancen’aime a tirer fes plus grands avantages que de fon propre mérité.
Monfieur le Marquis de Saillant Vicomte de Comborg, a acheté de Monfieur le Duc de
GALANT. ±97 Ventadour, la Charge de Se, péchai de Limoufin,
11 ne faut pas que j’oublie à vous parler des deux nouveaux Echevins qui ont efté faits icy. Voicy de quelle maniéré on procédé à cette forte d’éleâion. J4‘ le Prevoft des Marchands,, & Mrs les Echevins, s’aflem- blent dans l’Hoftel de Ville avec tout ce qui en compofe le Corps. Ils font chacun un Dif- cours, & rendent compte de leur adminiftration, apresquoy iis fe retirent, & l’on nomme
quatre Scrutateurs pour examiner fi l’êleâion qui fe doit faire par le Scrutin fe fait dans toutes les formes. Les quatre
qu’on nomma ces derniers jours furent le Prefidenc de la.
xjrê LE MERCURE Falüére, apellé le Grand Scrutateur, M' Potel pour Mrs les Confeillers de Ville, Mr de la Porte pour les Quarteniers, & Mf Levefque Confeiller au Chaftclet pour la Bourgeoifie, Le choix de ces quatre Mef- fieurs eftant fait, on travailla à ' celuy des Echevins par lavoye du Scrutin , comme il fe prati- ■ que encor à Rome dans les grandes Elevions, Mr Alexandre de V-einx Confeillerde ‘ Ville, Se qui a rendu de fort grands fervices dans cette
Charge qu’il exerce depuis longtemps avec une approbation generale, fut deu premier
Echevin en la place de M1 Fa- v’er 5 & M1 Etienne MagueuX Avocat en Parlement, donc le
1
GALANT. 199
ynerite eft aflez connu, fut fait
feCond Echevin en la place de
A/ Galiot. M' de Pomereii.il
Confeiller d’Etat ordinaire,
prefident au Grand Confeil,
& prevoft des Marchands, actout
le Corps de
Ville, les mena en fuite l’un &
l’autre à Verfailles,où ils prefterent
le Serment entre les
mains de Sa Majefté , qui les
vorable. Mr le Prefident de Fa
pal'dére rendit compte au Roy
de ce qui s’eftoitpaffé dans I’EJeélion,
& fit un'Difcours dont
Sa Majefté fut tres-fatisfaite.
Ces nouveaux Echevins vont
s’appliquer à l’embelliffcment
de P-u-is, à l’exemple des préf
500 LE
travailler au Rempart, ils doivent
faire élargir plufieurs
Rues, & nous donner de nontelles
Eaux.
Je n’ay appris aucun Mariage
que celuy de la Fille de M1
Foreft Confeiller auParlement,
qui a époufé depuis peu MJ
Bourlon Maiftre des Comptes.
Il eft jeune, riche, &. d’une
Maifon qu’on tient qui nous a
donné autrefois un Cardinal.
Madame de Choifeiiil, Veuve
de feu M'du Pleffis Secrétaire
d’Etat, mourut dernièrement,
fort regretée de tous ceux qui
connoiffbient fon mérité. Elle
eftoit d’une tres-noble & tresancienne
Famille, dans laquelle
on a veu des Gouverneurs de
?rovince, des Chevaliers de
GALANT. 5oï f Ordre, èc des Marefcbaux de France. Comme elle avoit l’ef- prit tres-éclairé, la lecture fai- foit un de fes plaifirs les plus fenfibles, 8c fa Ruelle eftoit autrefois remplie de tout ce qu’il y avoit d’illuftre 8cdefpi- rituel à la Cotir.
Je finis, Madame, mais ne grondez point, je vous prie, fi je finis fans vous tenir parole fur un fécond Idylle de Madame des Houlieres. Pour vous ap- paifer, je vous envoyé un fécond Rondeau qu’elle a fait d’un ftile fort diférent de celuy que vous avez déjà veu. Il a fait naiftre une grande conteftation pour fçavoir lequel des deux devait eftre préféré. Vous en .entendrez parler au premier
/
X
3oz LE MERCURE jour, Sc vous fçaurez les fenti- mens d’une infinité de Perfon- nes d’efprit que ce diférent a partagées. Jugez-en cependant vous-mefine. Je vous envoyé avec le nouveau , celuy que vous auriez la peine d’aller chercher dans ma Lettre du Mois de Juillet. On m’en avoit donné une Copie fi défigurée, qu’il eft bon que vous le voyiez en meilleur état ; & d’ailleurs s’agiflant de les comparer, il ne les faut pas éloigner l’un de l’autre.
RONDEAU.
C^Ontre l'Amour voule^-vo^ y vous defendre?
Empefcb envoies & de voir & d'entendre
r
l
GA L A N T. joj
Gens dont le coeur s'explique avec efprit.
il en eft peu de ce genre maudit* liais trop encor pour mettre un coeur en cendre.
.« 1F ... /
Quand une fois il leur plaift de nous rendre
•<*
D'amoureux foins, qu'ils prennent un air tendre,
On lit en vain tout ce qü Ovide Contre l'Amour. ( écrit
fa
KP s •
De la Raifon on ne doit rien at* tendre.
Trop de malheurs ri ont feu que trop apprendre
Quelle rieft rien dés que le coeur agit 5
La feule fuite* Iris* nous garantit*
C'eft leparty le plus utile à prendre Contre l'Amour.
LE MERCURE
RONDEAU.
LE bel Efprit au Siecle de >
Marat
Des dons du Ciel paffoit pour le
gros L ot, s
Des grands Seigneurs il dennoit
accointance,
Et qui plus eft, faifoiî bouillir le
Pot.
Or eflpaftè le teps, où d'un bonmot,
Stance, ou Balade, on payait fon
ècot.
Plus n'envoyons qui prennent pour
«S»
A prix d'argent l'Autbeurcomme
GALANT. ;o.
j-ïeureux encor d’avoir telle pitance.
Maints ont le Chef plus remply
que la panfe^
M Fat efr riche, nous voyons
LebelEfprit. (capot
Faites-moy fçavoir pofitivenient
ce que vouspenfez de ces
deux Rondeaux. Je trouve bien
du beau dans l’un & dans Tau.
tre, & ne puis m’empefcher de
faut que Madame des Houlieres
en ait furieufement. Je
me fers d’un étrange terme
pour marquer l’cftime que j’en
fais; mais comme il n’y en a
point qui pûiïent exprimer tout
eluy qui me
Tome 6.
306 LE MERC.GAL.
davantage. Je ne manquera^
point à la faire preffer pour
l'idylle,. & j’efpere que vous
ferez fatisfaire de tout ce que
je vous amaffe pour le Mois
prochain.
Paris ce Aouft 166
%
ON donnera un Tome du Nouveau
Mercure Galant, le pre^
mier jour de chaque Mois fans aucun
retardement. Il fe diftribucratoû-
• jours en blanc chez le Sieur Blageart,
Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques^
à Tentrée de la Rue du Plafïre. Et ait
Palais, ou on le vendra vingt fols
relié en Veau , & quinze relié en
Parchemin,
V i,
■
TABLE DES MATIERES.
2? berger & le Tefibeur 5 Ma^
x . ■• .
L2? 'Berget drigal.
Autre Madrigal,
Madrigal fur l'Amour & le 'Ifeffeff. fragment dune L ettre en fh an J on s. Cbanfon four Madame , dont C Air a eftéfait four MfBoiJft.
Cbanfon four Madame la Marefibale de Lorge, dont l’Air ejl de M, d3 Ambroüy s.
Enigme. '
Contrainte d*un Coeur amoureux* fonde au.
Sonnet au foy. fe Solitaire y Sonnet.
ffijloire du Solitaire.
Sujets de neufOfe'ra qui ont tout effe refrefente^ a Menife de fuis le mois de lancier de la f refente année y avec les Noms de ceux qui ont com- fosé les T te ce s & la Mu fi que : U ^Pejcrifilon des Çbangemens de Ce ij
f
TABLE.
Theatre, de toutes les Machines*
du TÇoy,
Sonnet fur le mefme fit jet preftnté au
d^oy Par drf. dfoubin, de l* Academie
des T elles Lettre s établie a Arles.
Compliment fiait au fioypar le me fine
au nom de la Fille d* Arles , en luy
prefientantl' Sfiampe de l'Obelifique.
Teficription d'une Feflè Galante don*
née à .Montpellierpar M.de la guère
d Mademoifielle de la Ferune ;
Sptfire de M. de famboiüllet.
Le Fpy nomme M. T Abbe' de T eau*
V eau d UC'y efiche de Nantes , fur l^
Le *Fpy donne deux ^Abbayes d M. &
Cardinal de JBon^yi
JM9 d'Ormoy quatrie'me Fils de MM*
fleur Colbert, [butient un Aide de
toute la Fbilofiopbie , de'die’ d Mou*
T A B LT ffoire des quatre Bouquets, ‘feception faite à Mon Jeigneur fe dauphin dans le Chafteau de Ioiïy* par M. 0^ Madame 'Berthelet.
<fout ce qui s* eftp a fs e'eir Catalogne depuis F ouverture de la Campagne^ avec les Noms des Morts des BleJJe^ ttB de ceux qui fe font JL gnafezfâns la derniere Défaite des Ennemis’.
Maximes d" Amouri
Flufieurs avantages remporte^ fur Mer en divers endroits parles JBaiJJeaux de France, depuis le commencement de la Campagne , avec les Noms de tous ceux qui fe font diftingueg^.
Galanterie de M. de T^ambouillet.
^Tout ce qui s eft pu fs é entre B Armée commandée par M. le Marefchal dé (fequy, celle du T rince Charles* depuis la "Relation qui en a efté donnée dans le cinquième Folum^ du Mercure.
Fanegyrique des AUie^.
La Campagne du T rince d'Q range.
X TABLE..
depuis la F ai ai lie de Cafle(
Idadrigal fur la Leyée du Siégé de
(farleroy. J •
Vers de M. de Fonte ne lie, fur l* Education
de Monfiigneur le F a up h in ^
tF lefoin que prend le foy de drejfir
luy-mefine les Mémoires de fin fegne
y pour ficryir d'inftruclion à ce
jeune T rince, (f eft le Sujet qui a-
Voit efté proposé par Mejjieurs de
V Académie pour le Frise des Fers
de cette année.
Von ne urs rendus à M. le F sic du
Maine fans tous les lieux ou ilpajje\
feception de M. le Comte delà (jhaifè
a la Charge de Senefchal de Lion.
M. le Marquis de Saillant acheté celle
de Senefchal du Limofin.
Fout ce qui s* eftpafié dans l3 E le cl ion
des deux nouveaux Scheyins.
Mariage de Mademoifille F or eft (F
de M.Four Ion Maiftre des (fomptes.
Mort de Madame de (jhoifiul, Feuye
de M. du T lejfis Secrétaire d* Etat *
x de Madame 'T>eshoulieres9
, de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères