→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1677, 07, t. 5
Taille
54.80 Mo
Format
Nombre de pages
315
Source
Année de téléchargement
Texte
GALANT.
Contenant les Novvelles
du Mois de Juillet 1677.
èC plusieurs autres.
TOM2 V.
A PARIS,
Chez Théodore Girard, au Palais,
dans la Grand’Salle, â l’Envie.
M. DC. LXXVII.

NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
T O ME V.
a’ t • . * •”> r <*•**’ N f* • •*■ Z**à 4 * ► -’ *, *• x *
4 1 . .* > ’ • r * -: • t > ^9 u 'j < \ ? <*
9 J *
IOI!E vous l’avouë,
|| Madame, j’ay de
W- la joye que les Lettres
que vous rrie permettez
de vous adrcfler ayent
îm (i grand cours dans le
monde ; & l’embarras oà
Tome j. A
i LE MERCURE je me trouve quelquefois pour choifir parmy ce qu’on m’apporte de tous coftez, ce que je croy de plus curieux, pour vous, ne diminue rien du plaifir que je me fais de contenter le Public, en luy faifant parc de ce que je vous envoyé. Je commence par un Sonnée qui n’eft pas dans l’e- xaûe régularité, mais qui ne laiffe pas d’avoir fon a- grément par fes exprefïions naturelles. Une aimable Fille dont la converfation cft un charme pour tous
GALANT.
ceux quila connoiffent particulièrement,
avoir prié
t
un de fes Amis, façon d’Amant,
de luy apprendre
r.Efpagnol, parce qu’elle
avoic entendu dire que
cette Langue avoit je ne
fçay quoy de majeftueux
& de fier qui re'pondoit
a (fez à fon caradere. On
ne refufe rien à ce qu’oa
aime. Il s’engagea volon*.
tiers à ce qu’elle fouhairoit
de luy, & pour l'en mieux
aflurer, il luy envoya ce
Sonnet dés le jour mefrae.
LE MERCURE
SONNET-
PArce que V Efpaqnol ejî une Languefiere3
le vous le dois apprendre i Et bien foity commençons')
Mais ce que je demande a ma b elle Ecoliere,
C'efl de ne fie fervir jamais de met Leçons.
Déjà fl fièrement voflreame indifferente
Oppofe à mon amour qu'il ne faut point aimer,
Que me fine enEfpa^nol^y fuffle savons fçavante^
P'ous auriez^ de la peine a vous mieux exprimer,
je dans nos amours^
galant. 5 Croyesycmoy, le François vaut bien qu’on le préféré la rude fierté d’une Lampe Etrangère. {fie cours,
T)e ce qu’il a de libre empruntons le
Mais que de fin cofié l ’ Eftagiol
fie confiiez
.
Car ne pouvons-nous pas mejler amours,
Et liberté Franpifi, & confiance
Efpaÿielel
Ces quatorzeVers,fi vous ■ nevoulez pas les appeler un Sonnet, font deM1 deFon- renelle ; & comme vous ne me tiendriez pas quite, fi je ne vous envoyois rien davantage de luy, en voicy iZ? . • • •
A HJ .
d’autres qu’il fit il y a quelque
temps, &dont l'enjouement
a paru fort agréable.,
C’eft u nC h i e n q u i e n a fo u rny
la matière,&elle ne femblera
peut - cftre pas aflez
relevée aux délicats • mais
GALANT. 7
ELOGE DE MARQUES,
petit Chien Ârragonnois.
^C avez-vous avec quiy Philis,
ce petit Chien y
P eut avoir de la reflemi lance l
Cày devine^ iïmgez-y b-ien^
Pour percer le mifiere 3 & voue y
faire jourr
Examinez^ Marques, fon humeur^
Mais enfin cette Enigme eft-elh
yous rendez-vous l ilreffemble a
paraifon cloche.
Si jamais on a veu comparaison
clocher.
Efl-ce que de V Amour un Chien
peut approcher?
Oüyda, Philis, il en aproche0
Mais en aprocherce rie fl rien,
teray bien
La furprife que je vous caufeî
Voftre Chien & i Amour,i Amour
& voftre Chien,
C'e/l jusvert,vert jus,meme chofe.
Marquès fer vos genoux a mille
privautés^
Entre vos bras il fe loge à toute
heure.
GALANT.
Et ccfl laque l'Amour établitfa demeure,
Lors qüil efi bien reçeu de vous autres Beautcz^
<&
On voit Marqués fe mettre aifê* ment en colore.
Et s'apaïferfort aifémentî
Connoiflez^vous b" Amour ? voila (on caraEtere^
El fefâche & s'appaife en un même moment.
Afin que vofire Chien ail la laide mieux faite,
Vous le trait e\afie^fru^alemet, Et le pauvre Marqués qui fait toujours dicte,
Subffte je nefiay comment.
L'Amour ne peut che^eus trouver
y oui ne luy fervez^ pas un feui
mets nouriffant^
’£i s'tlne vivoit d*efperancey
le croyqu il mourroit en naijfant.
•S?
Avec ce petit Chien vous folâtre^
fans cejfe,
£n folâtrant^ ce petit Chien vous
mord,
On joue avec l ’ Amour, il badine
d'abordy
Mais en badinant il vous- bl'effe..
•Jc»
'Loin de punir ce petit Animalv
Ne rit-on pas de fes morfaresl
£ncor que de l'Amour on fente les
bleffureSy
A lAmour qui les fait on ne veut
«Jr»
Qn veut qu'un Chienfoit tel que
quand il vient de natire* '
galant. »
mille (oins.
line faut pas en prendre moins
Pour empêcher l* Arnonr de croi*
.*• /5. ■ . . Vous carreffe^f.{arqués parcequil
e(i petits
S'il devenoit trop, grande ildauroit
rien d'aimable^
{An petit Amour divertits
S'il devient troprrâd^ il accable9
Mais fentens q'u e Ma■ rqu> ès' jedût
plaint du mauvais tour
Ah! vous me ruines^ voue gflte^
tout, Poète,
Dit-il, en me faifant rejfembler a.
l "Amour.
•S*
Amour n'efl pas trop bien auprès
s
» LE MERCURE
votu ne le fçavez^ elle Ha toit- jours fiy,
'Et c ejl affez pour perdre fa ten- dreffèy
Que à'avoir -par malheur du rapori avecluy.
•S»
'En mon Itat de Chien j*ay 13ame a feront ente,
le fils heureux far sent bonnes rai fions 5
'fay bien affaire, moy , que vos comparai fions
'tiennent twubler mafortune pre^ fmte.
' ' ♦
Et fi pour reffembler aux Dieux lÆa Màifireffe me difiracie^ A voftre avis , m en trowveray-je . mieux i
non^ cefi trop d ’honneur^ je voue en remercie.
7
I
GALANT. xÿ
** 4
^h! mon pauvre Marqués, ce fe- roit grand' pitié 9
Qgapres avoir quitté pour elle
Pere & Mere, La Patrie aux grands coeurs toujours aimable & chere, Tu te viffes difgracié pour une caufe fi légeret
JVo, cela ne fi peut ,fay valoir tes appas'.
Cher Marquès* ta Maifirefie aime que tu la fiâtes*
Carefle-la, tiens-toy fans cejfe entre fies bras*
En aboyant, en luy donnant tes pattes, (pouras>
Explique - toy le mieux que tu ;
Et loin q^ elle te foit cruelle,
LE MERCURE
Parce quavec V Amour on te voit
• duraport^
Fay que l* Amour trouve çrace
auprès d'elle,
Pure qu'il te rejjemble fifort.
Penfez de ces Vers tout
ce qu’il vous plaira ; vous
elles de méchante humeur
que vous aura pu coufter
leur lecture, & je ne me hazarderois
pas volontiers aprescela,
à vous conter facomte
de *** Je ne fçay
fivousle connoiâcz. lleft
GALANT. ij naturellement Galant, & il a peine à voir une Femme aimable fans luv dire des douceurs, mais il eft délicat fur 1’engagement, & pour le toucher il ne luffic pas toujours d’cftre Belle. Il y a quelque temps que parmy des Dames de là connoilfance qu’il rencontra aux Thuilleries, il en vit une dont la beauté le
furprit. Il demanda quielle eftoit, entra en convention avec elle, luy dit d’obligeantes folies, & luy rendit Vifite le lendemain. La - - - —.—
LE MERCURE Dame le reçeut aufii favorablement quelle l’avoic écouté auxThuilleries. Le Vicomte fait figure dans le beau monde, & elle n’euft pas elle fâchée qu’on leuft crûdelesSoupirans. Il eut quelque aHiduiré pour elle, & il ne la vit pas longtemps fans connoiftre qu’il eftoit aimé; mais toute belle qu'elle eft, elle n’eut point pour luy ce je ne (çay quoy qui pique : Ses maniérés luy déplurent; il luytrouva une luffifance inconfide- rée, un efpric mal tourné^
GALANT. 17 quoy quelle ne foie pas fans efprit ; & comme il celfa de luy dire qu’il l’aimoit dés la quatrième Vifite, il eut ab- folument celle de la voir, fans une jeune Parente qu'il rencontra chez elle, & qui fut tout-à-fait félon Ion coeur. Elle n’eftoit pas fi belle que la Dame , mais elle reparoit ce defaut par des agrémens qui pour un Homme de fon gouft ef- toient bien plus touchans que la Beauté. Elle ne di- {oit rien qui ne fuft jufte & fpirituel, c’cftoic une ma- Tome 5. B
i8 LE MERCÜRÈ niere aifée en toutes cho- les, point de contrainte,; point d'affectation ; Elle chantoit comme un Ange, & toute fa Perfonne plût tellement au Vicomte, que ce ne fut que pour elle feule qu’il continua fes affidui-' tezoù ilia voyoit. Comme elle ne le pouvoir recevoir chez elle, il fe mit affez bien dansfonefprit pour fçavoir quand elle devoir rendre Vifiteà fa Parente, & fi elle n y pouvoit venir de trois jours, il paffoit aufli trois jours fans y venir. Ce man-
GALANT. if que d’emprelTement n’ac- commodoit point la Dame, qui s’eftoit laiflee prendre tout de bon au mérité duVicomte. Elle crut que le trop de fierté quelle luy marquoit en eftoit la caufe, & refolur de s’humanifer pour le mettre avec elle dans une liaifon dont il ne luy fuft pas permis de fe dédire. Elle commença par de petites avances flateufes qui jetterent le Vicomte dans un nouvel embarras. Ce n’eft pas qu'il foit infen- fible aux faveurs des Belles, Bij
au contraire il n y a rien
qu’il ne fa fie pour s’en rendre
digne, mais il veut aimer
pour cela. & à moins
que cet aflaifonnement ne
s’y trouve, les faveurs ne
font rien pour luy. Ainfi
quand il avoir le malheur
defc rencontrer feul avec la
Dame, il ne manquoit jamais
à luy parler de Cambray
, ou de S.Orner. Elle
avoit beau 1 interrompre
pour tourner le difcoursfur
les affaires du coeur, il revenoit
toujours à quelque
attaque de Demy-lunej &
galant. fl la Dame fe montroic quelquefois un peu trop obligeante pour luy, il recevoir cela avec une mo- deftiequila chagrinoit encor plus que les Contes de Guerre qu’il luy faifoit. Cependant la belle humeur où il fe mertoit fi-toft qu’il voyoit entrer l’aimable Parente , caufa un defordre auquel il n’y eut plus moyen deremedier. La Dame ouvrit les yeux, obferva le Vicomte, connut une partie de ce qu il avoir dans le coeur, entra un jour dans
un fi furieux tranfport de
jaloufie conrre fa Parente,
fon. Le Vicomte qui n’en
eftoitpoint averry, fut furpris
de ne la point voir le
lendemain au rendez-vous
quelle luy avoir donné; il y

deux jours fuivans, & ne
fçaehant que s imaginer de
cechano-emfrit, il chercha
chez une Dame où il fçeuc
qu elle alloit allez louvent.
éçf^Jàque çette aimable
Perfonne luy apprit l’infuite
qu’on luy avoit faite
grin inconcevable, & luy
ayant juré qu’il ne reverroit
jamais fa peu touchante
Parente, il refvoit chez
luy aux moyens qu’il dévoie
tenir pour la rupture,quand
on luy en apporta un Billet.
La Dame s’eftoit avife'e de
fe vouloir plaindre de (à
froideur- mais comme elle
cherchoit toujours plus a
luy plaire qu’à le fâcher,
elle crut que pour ne le pas
M LE MERCURE ches, il Falloir du moins les rendre agréables par leur maniéré ; & s’imaginant que les Vers aurorifoient ceux qui aiment à s’expliquer plus librement que la Profe, elle s’eftoic adreïfe'e a un Homme qui la voyoic quelquefois & qui en fai- foit d affez payables. Tout fut miftere pour luy -, Elle luy dit feulement les cho- fesdont onfe plaignoit, & il fallut qu’il fift les Vers fins fçavoir nyàqui ils dévoient eftre envoyez, ny qui efloit la Dame qui avoir fujet
GALANT. 25
fujet de fe plaindre. Les
voicy tels que le Vicomte
les reçeut.
VOus m'avez^ dit que vous
maimez^
Et je vous l'ay d'abord oüy dire
avec joyes ( croye^
2\Æais que voulez-vous que j'en
Si vous ne me le confirmez}
Le charme efl doux a qui Patedj
Mais croyez^vous que four eftre
content,
Oe rPeft fas tout de dire, il faut
Tome j. c
26 LE MERCURE
>4 convaincre les Gens de ce qu'on
leur proteftcS
Et quand la langue a commence,
O/ au coeur d faire le refle.
Il eft cent petits foins quun Efprit
complaifant
Trouve à faire valoir quand l* amour
efl extrêmes
Et ceftfouvent en fe taifant,
Chfo dit plus fortemët quo aime»
Des regards enfumez^ un foùrlre
fiateur*
Font aux Amans entendre des
mer veille ss
coeur,
Que ce quon dit pour les oreilles, k
GALANT. i7
Le refie, pures bagatelles.
Lors que vous me voyez^ le yrand
raqoufi pour moy,
Quevous me coticzfes nouvelles!
Dites-moy mi lie fois que charmé de
me voir,
Vous ne trouvezpque moy d'aimable
Çur la terre S
A quoy bon me parler de combats
& deqyterre^
Quand/ ay de vous autre chofe i
favoirl
Qf on ait fait quelque exploite!!une
importance extrême,
Vn autre peut me L'expliquer.
Mais un autre que vous, du moins
fans me choquer,
Ne peut me dire, je vous aime..
18 LE MERCURE
C'efi par vous que ces mots font
pourmoy pleins d'appas.
Cependant que faut-il de vous que
Si je vous tens lamain, vous ne la
Quoy que vous ne foye^obfervé de
'Tous efiant dit Amant > vous riofiezjeparoiflre,
Et que chez^yous ï Amour, qui par
tout fait le Maijïre,
Soit enchaîné par le refpecl.
Non, non, vous riaime\point,j en
ay la certitude,
Tay voulu me flater en vain juf
qrid ce jours
Ç A T A M T
voftre amour,
Fut une douceur d9habitude.
d'abord de
C'eft fans vous laiffer enfumer.
Que v offre coeur quad il vous ylaifl
foùpireî
Et vous ne fçavezjtas aimer,
Vousfavc^feulement le dire.
Ces Vers que le Vicomte
auroit trouvez jolis fur toute
autre matière, luy déplurent
fur celle-cy. Il eftoit
déjà de méchante humeur.
Il dit qu’il envoyeroit la
Réponfe ; & pour la rendre
de la mefrne maniéré qu il
avoir reçeu le Billet, il alla
C lij
30 LE MERCURE emprunter le fecours d'un dé fes plus particuliers A- mis. Ce quil y eut de plai- fant,c’eft que c’eftoit celuy mefme qui avoir déjà fait les Vers de la Dame, &qui ayant appris toute fon Hif- toirc par le Vicomte., fut ravy de trouver une occasion fi propre à fe vanger de la fineffe qu’elle luy a- voit faite. Le Vicomte le pria de mefler quelque choie de malicieux dans cette Réponfe} & de la faire aflez piquante pour obliger la 13 a me à ne Souhaiter jamais
GALANT. 31 de le revoir. 11 y confentic d’autant plus volontiers, que la Dame luyayant caché qu’elle cuft interell a l’affaire, il ne devoir pas craindre de fe brouiller a- vec elle, quand mefme elle viendrait à découvrir qu il euft fait les Vers. 11 les apporta une heure apres au Vicomte, qui les envoya dés le jour mefme. Ils ef- toient un peu cavaliers, comme vous 1 allez voir par leur lecture.
Ciij
51 LE MERCURE
CE n'efi pas d'aujourd?huy qu en Chevalier cou?toit l3en ctite auxBelles d importâtes Mais il fait malfeur quelquefois Me faire une agréable avance Sur la trop credule efperance. Que defemblabiés paffe'-droits M* obligeront à la confiance.
Mon coeur à s'enrager jamais ne Ce réfout. J
Et des plus doux attraits fufi la Belle affortie
Qui croit tenter mon humble mode {lie.
Quand ma tiplaifance efià bout* B aime mieux quitter la partie. Que derifquer a gagner tout.
Apparemment la Dame fcle tint pour dit., du moins
r
GALANT. 33
elle dût connoiftre par là
que le Vicomte n’avoit aucune
eftime pour elle. Ijs
ne fe font point veus depuis
ce temps-là; & je tiens les
particularitez de 1 Hiftoire
de celuy qui a fait les Vers.
Quoy que la France foit le
plus ageableféjourque puiffentchoifirlesPerfonnesde
bongouftjtrouvez bon,Madelà
desMers.LesArmesdu
Roy y ont remporté une célébré
Victoire à douze cens
lieues d’icy,vous le fçavez,
& le Combat donné devant
54 LE MERCURE Tabaco3 a tant fait de bruit qu iln eft ignoréde perfon- ne.Mon de Rein n’eftpas de repeter ce que l’Extraordi- naire enadiq je nev-uxque vousbié marquer de quelle confequence eH auxEnne- mis la perte de leurs Vaif- feaux. On a tâché à la dé- guifer, cependant la vérité ne peut eftre long temps cachee, il n’eft point de niiages qu elle ne perce pour fe découvrir. Siï’Ad- ru!!\J Binkes ne demeure pas d accord de tous nos avantages, ce qu’il a écrit
GALANT. h ne fuffic pas pour faire croire que nous ne les ayons pas remportez, Si nous y devons moins ad- joûter de foy qu’à vingt Relations, & qu’à des Lettres de Hollande mefme qui ont efté envoyées à des Particuliers, & qui conviennent toutes de la mefme chofe. Mais pour donner quelque ordre à ce dif- cours, parlons des forces que les Ennemis avoient avant qu’ils fuffent attaquez, examinons la conduite deMonfieur IcComte
LE MERCURE d’Eftrées, voyons ce qu’il a fait avant le Combat, pourquoy il l’adonné, & de quelle maniéré il a com- batu, & faifons en fuite reflexion fur le dommage que doit caufer aux Ennemis la perte qu’ils ont faite fous le Canon melme deleurFor- terefle.
Tous ceux qui ont marque' dans leurs Relations que les Ennemis avoient quatorze Vaifleaux, en ont donné des preuves convainquantes. Ils difent en quatre endroits qu’un Né-
GALANT. ?7 gre & un Pilote qui furent pris avant le Combat, en aïTurerent M1 le Comte d’Eftrées -, que ceux qui débarquèrent pour F Attaque du Fort eftant arrivez fur une hauteur les découvrirent dans la Rade au mefme nombre, & que l’ordre de leur Bataille en demy croiflant, donna lieu aux Noftresd’en faire un compte exad, lors qu’ils allèrent les attaquer. Il eft vray que le Vaiffeau deRaf. mus fameux Corfaire, & une Pinace montée de
38 LE MERCURE
trcntehuirpieces deCanon,
eftoient compris dans les
quatorze VailTeaux; &c’eft
peut-eftre par cette ration
que les Holandoisloûtiennent
qu ils en avoient
moins que ne marquent
nos Relations; mais le nom
ne fait rien à la choie, la
Pinace valoir bien un Vaifleau,
&celuy de Rafmus les
fervoir, quoy qu’il nefuft
pas venu avec eux. Je ne
parle point d’un VaiReau
Portugais qui eftoit dans le
Port, ne fçachantpas s’il a
combatu. Tous ces VailGALANT.
39 féaux eftoient à portée de Moufquet de leur Forr, dont les Canons à fleur
d’eau defendoient l’entrée de la Rade. Il y avoir auprès du Port un Banc qui rendoit la pâlie fi étroite, qu'il n’y pouvoir entrer qu’un Vaifleau de front.
Voila l’eftat des forces
des Ennemis. Voyons les raifons que M1 le Comte d’Eftrées a eues de les attaquer avec dix Vaifleaux feulement, les précautions qu’il a prifes pour réüflir, & fon intrépidité pendant le Combat.
4o LE MERCURE
Ce Vice-Admiral eïlant arrivé à une lieue de l’encrée de laRadedesEnnemis, fit mettre à terre M* de Souches, & Mr le Febvre de Mericour , accompagnez de quelques Habitansdela Martinique, & leur ordonna de tâcher â faire quelques Prifonniers. Us ne prirent qu’un Nègre, qui rapporta ce que j’ay déjà dit, que les Ennemis avoient quatorze Vaifieaux, parce qu’il leur en eftoir arrivé cinq depuis quelques jours. Ce Nègre adjoûta que le
galant.
4Î Fore n’eftoit pas achevé, ce quifit réfoudre M'd'Eftrees à le faire attaquer avant que les Ennemis euffent le temps de fe reconnoiftre. Il fit débarquer quelques Troupes avec Mr le Chevalier de Grand-Fontaine. Il
alla luy-mefmeàterre où il refolut d’occuper les Ennemis du cofté de la Mer, tandis qu’on attaqueroit le Fort, mais une grande Plüye eftant furvenuë , & ayant fait groffir une petite Riviere arreftalesTroupes. t-
Cependant on apprit que le Tome y. D
4t LE MERCURE Fort eftoit achevé. Ml le Vice-Admiral qui eftoit: prefque en mefme temps îur mer & fur terre, & qui eftoit revenu pour faire la diverfionque je vous viens de marquer, débarqua encore une fois & fit conduire duCanon &un Mortier qui ne firent pas tout l’effet qu’il s’en eftoit promis. M'le Comte d’Eftrées ef- tant retourné une fécondé fois dans fon Vaiffeau, envoya Mr Heroüard pour agir de concert avec Mr le Chevalier de Grand-Fon-
• " J
ps
ni
la
ns
n.
re
ui
èt
:s.
'f.
le
1.
Jt
le
1.
GALANT. 45
raine, & s’approcher du
Fort par Tranchée. Les
Ennemis ayant eu le temps
de fe reconnoitïre avant
que d’eftre preffez, & fe
préparant à fe bien défendre
, Mr le Vice-Admiral
quil’apptit fit revenirauffitoft
M'Heroiiard pour raporter
l’eftat des choies
dans un Confeil de Guerre.
44 le mercure fiifoit une diverfîon diî
cofté de la Mer; & fur ce qu on héfiroir à fuivre fon confeil, il fe leva & afliira tellement qu’il réü(Tiroir, qu’on le crût. Il eut ordre de faire deux bonnes Attaques & une fàuffe, & de ne donner que deux heures apres que le Combat de Mer Teroir commencé. Mrle Comte d’Eftrées qui appuya cet Avis, ne le fit pas fans en avoir beaucoup deraifons. Il avoir emporté la Cayenne de la mefme maniéré; il connoiffoic la
terre ce qu’il avoit ordonné,
la viétoire auroit efté
entière, puis que les En46
LE MERCURE nemis ont perdu tous leurs Vaiffeaux, encor qu’ils fuE fent favorifez du Canon de leur Fort.
Si la vigilance de M1 le Vice-Admirai a paru en defcendanr deux fois à terre, il n’en a pas moins fait paroiftre fur Mer, où fon intrépidité s'eft fait remarquer. Onl’aveu apres avoir eflùvé le feu de tous les Vaiffeaux Ennemis & des Bateries du Fort, aborder le Contre-Admiral de Hollande, s’err rendre mai- dire, & attaquer un autre
GALANT. 47 Vaiffeau avec lemefmefuc- cés. On l’a veubleffé dans un Canot, expoféau feu des Ennemis, faire gouverner vers leurs VaifTeaux, pour examiner l’eftat où ils ef- toient. On a veu ce Canot s’enfoncer apres avoir efté percé d’un coupdeCanon. On a veu ce Vice-Admiral dans la Mer; & apres en eftre forty tout trempé & bleflëendeux endroits, on l’a veu appeller une Chaloupe & fe mettre dedans pour aller encor fe meller parmy les Ennemis, & don-
48 LE MERCURE ner les ordres en s’expofant de nouveau aux mefmes dangers qu’il venoit d’éviter.
Si l’attaque de terre n’a pas eflé fi heureufe que celle de Mer,la trop bouillante ardeur de ceux qui dévoient infulter le Fort, & qui l'attaquerent plufloft qu’on ne leur avoit ordon. né, en a efté caufe. La mort de Mr de Bayancour y a suffi beaucoup contribué. Les Milices qu’il comman- doit, & qui portoient les Echelles fe voyant fans
- ’ Chef,
Chef, ne voulurent plus
avancer. Cependant tout
eftoit bien concerte', l’on
eftoit au haut du Parapet, ôc
fans tous ces malheurs que
Mr le Comte d’Eftrées ne
pouvoir prévoir, l’entreprife
de terre auroiteu le fuccés
qu’on en attcndoit, &
auroit fait réüffir celle de


p LE MERCURE
fix cens Hommes & amené
plufieurs Familles, & beaucoup
de Marchandifes &
d’argent pour établir des
Magafins. Ils ont perdu
outre cela plufieurs Nègres
avec leurs Femmes & leurs
Enfans qu’ils avoient embarquez
pour tranfporter
cetteColonie ailleurs Ainfi
en brûlant leurs VaifTeaux,
nous pouvons dire que
nous avons entièrement
ruiné le commencement de
leursHabitations, & mis les
noftres enfeureté; il leur
faut des millions pour fc
GALANT. 5$ rétablir, & pour armer une ü' nouvelle Flote. Plufieurs Lettres de Hollande afTu> Cs rent la mefme chofe, & les Particuliers quifcntent leur es maljoinde le déguifer,ne lrs peuvent s empelcher de ï1, s’en plaindre.
■Cl Les Victoires qui s ob- ’ü tiennentfacilementnefonc pas les plus eftimées. La ut valeur &c la bravoure des ni Vainqueurs ne paroiflent dt que par la forte refrltance I?! de leurs Ennemis, & c’eft ■Ui par cette railon que le fs Combat Naval donné de-
E iii
LE MERCURE
vant Tabaco feroit moins
glorieux aux François s’ils y
avoient perdu moins de
t le Combat Dresde
trente mille coups de Canon
de part & d’autre à portée
de Piftolet. lln’eftrefté
aux Ennemis qu’un feul Capitaine
de VaiïTeau capable
de rendrefervice , tous les
autres ont efté blciTez,ruez
ou brûlez, & leur mort n’a
coufteùn peudefangà nos

& LE MERCURE
Mrs de Léfine, de la Borde &c Heroüart de la Pio- gerie.
Capitaines blejfe^
M1 le Chevalier de Grand JFontaine. C’eft un tres- brave Officier qui a vieiïly dans les Troupes, & qui s’eft trouvé en beaucoup d’occafions périlleufes où il' s’eft toujours fîgnalé.
Mr le Marquis de Villiers- d'O.
M1 le Comte de Blenac, MrsleFebvre,de Méricour, de Montorcicr, & de Maf- carany..
Lieutennns morts.
M'le Chevalier d’Erre.
M1 de laMélirûere. lia
donné des preuves de fon
courage jufques à la more.
MrsTivas, & deBeltechaUi.
LïeiitenMs bleffe^.
Mr le Chevalier d’Hervault.
Mrs deChampigny,
de Martignac & d.e Courcelles.
Ce dernier a efté
bleffé en fe iïgnalant à 1 at-
O
raque du Fore.
Enfeignes morts.
M:le Chevalier MeraulC
Mrs de Viliiers, de S. Privas^
& de Seiche, aine & cadet.



[ GALANT. 6i Et Lieutenans d’infanterie, tt ît
?
la.
ils
ir.
&
n.
es
es
it
le
M" Gafl’an, Kermovan, de Vaintre, Julien, Rehaut, Brignol, & Kercon, font de ce nombre.
Rien ne peut égaler l’intrépidité de Mr Berthier, qui fe jetta à la Mer, & enleva un Canot fous l’Epe- ron d'un VailTeau ennemy.’ Ceux qui fe mirent dedans avec Mr le Comte d’Eflrées furent Mr leChe valier d’Er- bouville Major. Mrle Chevalier d’Hervault qui a apporté au Roy la nouvelle de la défaite des Vaiifeaux
LE MERCURÉ ennemis,&Mr le Chevalier Parifoc Volontaire. Ce dernier a accompagne' M' le Vice-Amiral dans tous les périls où il s’ell trouvé; il a fait admirer ion courage , & a fait dire de luy avec beaucoup de juftice, que de pareils Volontaires valoient bien les plus braves Officiers, & ceux qui font les plus confommez dans le Meftier de la Guerre.
Je croyois ne vous devoir plus rien dire touchant l’Affiaire de Tabaço ; mais
je fuis obligé de rendre jufÜ!
de lire la Lettre qu’il a
e; écrite aux Etats apres le
Combat Naval, &j’ay efté
!y furpris de la trouver feme,
blable à celle que nous a-
’s vons veuë de Mr le Comte
Ji jet. Les Holandois ong
■z voulu nous perfuader que
la- Mr Binkes ne demeuroic
pas d’accord de nos avantages
; ils ont eu leurs raiit
fons pour en ufer de la foris
te j & comme les pertes qui
64 LE MERCURE fe font dans des Pais de commerce font beaucoup plus fenfibles aux Particuliers, que celles où l’Etat eft interefïe, il ne faut pas s’étonner fi on les dé- guife avec tant defoin : on y réiiffit d’abord ; & la vérité qui vient de fi loin, demeure toujours quelque temps cachée.
Songeons au rerour, Madame. Quov que le trajet foit long, vous n’en devez point craindre la fatigue ; & fi vous elles bief- fée de limage de la Mer,
A •
GALANT. vous n’aurez pour la difii- per par quelque agréable Objet, qu’à faire un tour à Verfailles. On y a célébré cette année avec une extraordinaire magnificence les deux jours , deûinez par tout où régné la véritable Religion, aux Pro- ceflions les plus folemnel- les. C’eft un effet de la pieté du Roy, qui ne fe fait pas moins de gloire de foûtenir dignement le Titre qu’il a de Fils aifné de l’Eglife, que le nom de Lovis leGrand que tant Tome c F
66 LE MERCURE de Victoires furprenantes luy ont acquis depuis une fi longue fuite d’anne'es. M Bontemps Gouverneur deVerfailles, dont chacun connoit lezcie pour le fer- vice de Sa Majefté, reçeur l’ordre pour tout ce qui regardoit la pompe de ces deux grandes Journe'es, & il le donna en fuite pour l’execution à Mr Berrin De'- fignateür du Cabinet du Roy. Le Génie de ce dernier vous eft connu,&vous fçavez, Madame, qu’il fe- roit difficile d’en trouver
é7
GALANT.
; un plus inventif. Je ne vous feray point le détail de tour ce qui ornoit le plus lu- perbe & le plus riche Re- pofoir qu’on ait jamais veu. Tout le monde eft informé de la grande quantité de Pièces rares, curieufes, & fans prix, que le Roy avoir avant la guerre-,le nombre en eft encor augmenté de-
; puis ce temps-là, & il n’y a peut-eftre rien qui marque plus la grandeur de la France & la merveilleufe conduite de fon Prince, rien qui foit plus à la gloire Fij
68' LE MERCURE de ceux qui ont fous lay les premiers emplois de l’Etat, que de voir un fi grand- amas de richefles non feulement confervé , mais accru malgré les exceffives dépenfes où l’on eft tous les jours engagé pour la fubfiftance de nos Armées. Parmy tant de Tarerez, on admira for tout une Couronne de Pierreries de deux pieds de diamètre, qui ne put eftre regardée qu’avec un étonnement inconcevable.
Toutes les Courts dans
GALANT.
l'efqucllcs pafïa la Proceffion,
furent ornées d’une
partie des plus belles Ta-.
pifferies du Roy. Mr du
Mets Sur-Intendant de tous
70 LE MERCURE
Le Frufôiw Belli, qui eftoit
au Roy d’Efpagne.
Le Grand Conftantin
de Guifc.
Toutes ces Tentures
font rehauffées d’or. Elles
eftoienr accompagnées de
laChafle d’Olbeins fameux
Peintre Allemand.
Les Tapiïferies modernes
qui parurent le mefme
jour, & qui ont efté faites
fur les Defleins de M' le
Brun, & fabriquées aux
SuifTes.
Toutes les Conqueftes
du Roy en diférentes Pièces
, dans lefquellcs Sa
naturel, avec tous ceux qui
fe font trouvez dans toutes
les Ceremonies, Sicges &
Combats, qu’on admire
dans ces Tentures. Elles
font toutes rehauffées d’or
aulfi-bien que celles qui
fuivent.
Les Batailles d’Alexandre.
Les Veuës des Maifons
Les Saifons*
Et les cinq Sens de Nature,
Ces
GALANT. 75
Cesdernieres ont encor
efté faites fur les DefTeins
Les magnificences qui
parurent huit jours apres*
ne furent pas moins confidérables.
Jamais on n’a
rien veu de fi agréable, ny
de mieux entendu. Tout le
Chafteau fe trouva fuperbement
décoré, toutes les
Feneftres eltoicnc ornées
• Tome 5. G
74 LE MERCURE
Balcons revenus de Tapis
de Perfe à fonds d’or, &
remplis de CaifTes d’Orangens.
Il y en avoir aufti de
lomnes, environnées de
Feftons de Fleurs, & entre
chaque Colomne on voyoit
d’autres CaifTes d’Orangers
» Les meCmes ornemens
regnoient autour de
la Court, & le tout enfemble
produifoit un effet fi
merveilleux,que la veuë en
eftoit charmée.
■GALANT. 7y que le Roy a fait éclater fa pieté par toutes ces magnificences, Monfieur a donné des marques publiques de la tienne, en venant-gagner icy fon Jubilé qu’il n’avoit pu gagner à l’Ar- mée. Il a fait les Stations avec un zele qui a édifié tout le monde. Cependant il s’eft trouvé un Scrupuleux qui luy a donné quelque avis fur la préparation où ce grand Prince fe de- voit mettre pour une aétion fi pieufe. Jugez, Madame,
7<î LE MERCURE
fi le fcrupule a deû l’arrefter.
SUR LE JUBILE’
D E
Son Altesse Royale,
VO/at penfe^donc^ Seigneur^
gagner le luhilé^
Sans reparer l? outrage & l'affront
ffgnalé)
Que par une injufiice étrange
Dont toute !'Europe a parlé,
Voun fiftes au Prince d'Orange
Dans voflre dernier Déwflél
GALANT. 77
He vous fouvient-il pl^ts ttvec quelle furie
Vous fuftes l'attaquer au milieu de fe 5 G ensy
Lefaint jour de Pafques fleurie’) '' Et quelle horrible boucherie
Vous fiftès des pauvres Flamant Qui vouloient défendre fa vie l
pourluy, grâces a fon Cheval, QuiTa plus d'une fois fe couru dam la fuitey
Il eut plus de peur que de maly
Et par une façe conduite, Abandonnant fon bapçaçe & fa fuite,
Il alla repajferd Bruges le Canal.
Mais en cf es-vous moins coupable!
.G iij
I
7? LE MERCURE
Et renvoyer ainfi ce Prince à fa- Maifion,
Confia, dans un état lugubre, pitoyable, „
Sans lay faire aucune rai fin,
PJ’efi-cepas un crime effroyable Dont on ne peut jamais efierer le pardon l
Je ne ffay qu un moyen four voue tirer d* affaire *
JLiavie ni en eft venu d'an ja&e Directeur y
*
Mais à vous direvray fieiqr-eut^ Sa Morale efl un peu fivere, Et la chofi pour un Vainqueur Efi affexydifficile à faire.
lurezgpuefiant vaincu dans quatre ou cinq Combats,
Fious quittere^aux Flamant la Campagne.

tous
G iiij
8o LE MERCURE pour luy Moniteur l’Evef- que de Paderborh .Le fu. frage de ce grand Prélat eft tin titre inconteftable de gloire pour tous ceux à qui il croit qu’il fojt juRe de l’accorder.
Puis que nous fommes revenus à la Bataille de CafFel, il faut que je vous faïTe part de ces Vers qu’a faits Mr Martinet Ayde des Ceremonies, fur les Victoires dcSonAltcfle Royale.
GALANT.
CA s s e l efloit connu parces
grandes journées^
Qui couvrirent d'honneur deux
Te fies couronnées.
Sotu le Nom de P hilippe èqalement
heureux
Si l'on vit triompher ces Princes
généreux,
Superbe de leur Nom, & jaloux de
leur Gloire^
Comme eux d’un pas hardy tu cours
à la Victoires
Tu cherches / ’ Ennemy fans quitter
Saint Orner.
Sans détacher les tiens du pied de
la muraille,
Tu préviens le Secours > tu gagnes
la Bataille^
Et tout couvert de y reviens
d’un pas vainqueur
la Place,
Déjà les Ajjîege^ ont recours à tu
Et ta clemence eftfeùre a qui veut
l3implorer.
De ces fameux Héros tu ranimes loe
cendre T
&n croit en te voyant voir un autr#
Alexandre;;
%
?
GALANT. 8?.
Ta Valeur admirable,& tes Faits v inouïs
pont reconnoiftre en toy le purfang de Louis.
yiens bannir de nos coeuri la crainte & les alarmes y
Au ]/ ainqueur des V’ainqueurs viens confacrer tes armes
D e si) râpe au % ennemis viens charger fes Autels,
Payer d fes grandeurs des Tributs immortels^
Et par un humble aveu de fa haute puijfancey
Signaler & ton %ele & ta recon- noiffance.
Sans elle un coup fatal eufl rompu les accords
Qui tiennent attachez^ ton ame & ton corps s
Eaiffe pour quelques jours refpirçr tort Armee^
$4 LE MERCURE
Et tandis que par tout la prompte
Renommée
Ira femer le bruit de tes travaux
guerriers^
Viens rejpirer toy-mefme a. l'ombre
des Lauriers.
J adjoûte à cesVers une
Devife qui a efté faite pour
Monfieur,& que beaucoup
de Gens d’efprit ont efti-
Lune qui entre dans les
Signes du Soleil, & voicy
les Paroles qui luy fervent
d’ame. Sequitur 'vcfiigU
Fratris. Pardonnez-moy
ces trois mots Latins, MaGALANT.
S; dame. Quand ils feroienc d’une Langue entièrement inconnue pour vous,vous n’auriez befoin pour les entendre, que du dernier de ces fix Vers qui font audef- fous de la Devife.
Tant de Monfires divers ne fcau- voient arreflev
Ce bel Afire dans fa carriers : Mais plein deforce &de lumière* Nous voyons que Çanss'écarter^ liés qu'il paroi fi fur /’ H.emif- phere,
ilfuit fidellement les traces de fon Irere.
Je croy qu’il feroit diffi-
une
nés,
cile de donner à
effet, fuivre les traces du
Grand Lovis , c’eft aller
plus loin que les plus fameux
Conquerans n’ont
jamais elle. Nos beaux Efprits
s’exercent encor tous
les jours
matière, j e ne vous envoyé
point ce qui a elle imprimé,
& qui pourroit n’ellre point
nouveau pour vous. Je
m’arrelle feulement à ce
qui ne peut avoir efté veu
nue de fort peu de Perfonc’eft
oar là aue je
s

SS LE MERCURE encor dix ans, il pafïoit déjà pour un prodige. Il fçavoit parfaitement l’Hiftoire & la Chronologie; les Sciences les plus releve'es luy eftoient familières, & il en donna déslors d’aflez glo- rieufes marques, en confondant plufieurs Perfon- nes qui en prefence d’un grand Prince, s’attachèrent à luy faire des Quef- Eions. Son mérité augmente tous les jours, auffi- bien que fa modeftie, qui l’auroic toujours empefchc de laiffer courir ces Vers,
a*’
n. VERS IRREGULIERS
90 LE MERCURE
Ou du travail que fait T Abeille au Mont Êlimette,
0ferois-je chanter comme en moim de deux mois
Louis a feu ranger trois Villtt fousfes Loix l
Oferois-je conter la fanglantePé* faite
Qui met le Flamand aux aboitr
Et tant de furprenans Exploit^ Où lia uroit paoefuffy le plusfameux Poète ;
Que dans fon heureux Siècle gufie eut autrefois?
"Jponya quelque dejfein que z^ele m engage r
Je connois mon géniene me fiait pas.
Je rientréprendray point de tractï une image
| GALANT. 9I
Oui le peigne attffifier qu’on le voit aux Combats
ait tacher la Victoire incertaine & volage,
£t la rendre confiante à marcher fur fies pas.
&
G efl cependant par fes derniers progrès, >
Que la Frontière déformais
I
dejormais
Verra le Laboureur dans[a fertile terre
3”enrichir tous les ans des trefors de Cerès,
Et fans eftre ail arme des malheurs de laGuerre\
Jouir en feuretè des douceurs de la Paix.
f: .
i Venei^montrer ce front où brille la
>
*
Vi Boire
f
3
Hij
LE MERCURE
Ramenez^ nos beaux jours, ramene^
nos plaifirs^
Revenez^ & fait es-nous croire
Que vous preferezjws defrs
Aux interefis de vojlre gloire.
TLe! quoy tant de travaux avant
qua nos V'erqers
£e Printemps ait rendu leur verdure
ordinaire
Toujours nouveaux dejfeins, toujours
nouveaux dangers.
Grand Roy ménagez^ mieux une
colere:
repos*
»
GALANT.
X l'ardeur que je vois dam un jeune
H éros
Qui cherche à fe montrer dione Fili
d'un tel Pere.
Grand-Maiftre de la Garderobe.
Monfieur de Brçi
a r • a **
V* lieu de jeûner le Cdrefine,
D'efire avecuhvifa^e blèm^
A faire vos Dévotions
Et vacquer a vos Station^
GALANT. ÿ f'ous n'avez^ malgré les hasards, Songé qu'à forcer des Ramparts? j/om avezf)ris trois grandesVilles^ Des Flamans les plue feurs asiles y Mefme votes avezfdit férir Ceux qui vendent les fecourirr j>uny leur audace infolenter Dans une Bataille fanglante, Ce que les plus grands Conquérant .A peine euffent fait en quatre ans, Louis, Z’ame de ces merveilles Qui n eurent jamais dépareillés^ Trouve maintenant a propos Que les corps prennent du repos3 Il a bien voulu leur permettre Quelque féjour pourfe remettre. Luy cependant fait mille tours, L'ame veille, elle agit toujours, Et repaffe far toute chofe, Tendant que le corps fe repofe.
Mais on dit que dans feu de temps
Vous alle\ vous remsttre aux ehiïpty
Efl-ceauNort, eft-cevers l3 Aurore]
Voulez^vous vous mettre fur l'eau,
JEtpaJferla Merfans Vaijfeaui
L'es Dauphins de la Mer Baltique,
Les Baleines du Pôle Arctique,
( Mafoy vous ri aurez^qu' avouloir)
Viendront vos ordres recevoir,
Et fur le Zelandois rivage,
Vous mettront, Canon & Bagage
Ce riefi pasfigrand3chofe enfin,..
Vous avez^ bien paffé le Rhin*.
Cette Barrière fi terrible,
Dont le paffage efi ftpénible,:
Que Rome maifireffe de tout,.
A peine en vint radis a bout.
Ayant Loïùs à vofire tefte,
Vousriaurezrien qui vous arrefie,
A ce Héros tout rèüjjù,
GALA N T. 97 C'cftparlà que ceux dont les veuës Nefont pas ajfe^étendtws* Exaltent au tant fan bonheur Que fa prudence & fa valeur* Mais ce quils difient* ba^ateiïe^ Z ors que les M inif resfi de lies* Dont avec foin on a fait c oix3 Sont au défias de leurs Emplois* Qtfavecque juftice on difienfy* Et la peine & la réc&mpenfe^ Qu on fiait toutes ehofe* prévoir* A tous les accidens pourvoir* Et que jamais on ne viole Le Don facréde fa parole* Avec ces talent merveilleux* llefibtenaifè (Lefre heureux.
Cependant pour trop entrcprëlre ' Vous pourriez^ plus perdre que * prendre:
Il efl vray qu il faut que chacun Contribué au bonheur commun. Tome j. j
98 LE MERCURE On doitfacrifier fa vie A la gloire de fa Patrie. Ainft, Seigneur, malgré les coups Que le Rhin vit tomber fur Vous, Tous les jours une ardeur nouvelle rou fait expoferdeplus belle.
Mais ileft bon.de regarder, Qtfil ne faut pas tout hasarder, Et que les Teftes couronnées Doivent aumoins eftreépargnées. Comment foffreZçVous que le Roy ( le nypenfe point fans ejfrcyfdcs, Soit à toutefcure aux moufqueta- Toujours en bute aux canonadesl Tous, Seigneur, qui matin&foir Avezfe bonheur de le voir, Vousfcave^, & devefuy dire, (Quoyquedej'Dieux fnfar.g il tire, Qu ilfoit le plus grand des Héros,) Qtfil eft pourtant de chair & d’os, Et quil a b foin d’une armure
♦ *
l
G ALAN T. 9^
Si Philippe n en cufi point mis,
jl neuf pas furfes ennemi s
Dans cette Bataille fameufe
Remporté la Vtfloireheureufe,
Et nous verrions dans la douleur
Madame qui rit de bon coeur.
ET'empefehe pas quon ri y demeure•
Le Canon ef encor plus fort,
Turenne en a fenty l'effort,
Et Lotus ffait mieux que perstine.
Ainfi vous deve^tout g fer
Pour iempefeher de s* expo fer.
En ce point ne doit jamais iefre9
Le plus feurefl de revenir,
Rienri a droit de vous retenir
Lors que des Beautezflefolées,
D'ennuis loin de vous accah lé es.
lij
Cet Article feroit mal
finy, fi je n’y joignois ces
Vers qui ont elle chantez
devant te Roy avec une
èntiere fâtisfaction de tous
ce-ux qui ont eu le plaifir
de ks entendre.
Grand Roy, fameux Héros à qui
tout eftfoümis^
Tremblerons-nous toujours comme
vos Ennemis ? * H*1 • • « « ». . .* a f , Jk
*-”* v* *r> ** ». K* v **> *! 4 Ne pourrons- nous jamais .appren •
dre fans alarmes,
L'étonnant fuccès de vosarmes?
CALANT; ici
gaiffe^ Por^eir guctre en cent
' Clu^atS: divers^ ■ ;
Sans vous expofer davantagey
jetais vous ferezjdatoft Maiftre de
r‘j>rmvers^ ?s.
' Y» r.\

Province, puis qu’il vous a
privée du plaifir que vous
auriez reçeu de deux Opéra
de fa compofition qui ont
efté chantez depuis deux
ou trois ans dans une Maifon
particulière,. & dans la
fienne. Le concours y a
efté grand, & ils ont fait
tant de bruit, que le Roy
• » <.. . •
111]
voulu entendre à
Us y ont efté replus
d’une fois,
jefté les a toujours
^coutezavecune attention

io6 LE MERCURE derniers Opéra qui ont eu pour fujet les Amours de Cephule & de l'Aurore> Si les Aventures £ Andromède> font de M' l’Abbé Talle- mant le jeune. 11 meferoit inutile de vous parler de fon mérité &de fon efprit, l’un &l’autrcvous eft connu. Je vous diray feule- ment que fi vous aviez entendu les Vers de ces deux OuvragesdeTheatre,vous connoifhiez qu'ils répondent parfaitement aux belles chofes que vous avez déjà veuës de luy. On y a
GALANT. 107
s remarqué un art merveili
leu...x. .y &Az ce rqtnuti ao forrtt* rc-onnntribué
à les rendre auflï
agréables qu’ils font,c’eft
qu’il a trouvé moyen d’en
retrancher les Perfonnages,
qui n’eftant point interefTez
dans le fujet de la
Piece, ne peuvent jamais
cftre qu’ennuyeux. Je reviens
aux Paroles de M'de
Frontinicre. Elles ontefté
'4
108 L1 * VÉ J » 1 » ■ •
4 ouvert la Mufiaue ia
Elle 1
& cependant elle
encor oue dix. Te
fi en
liez
us |
accompa, |
^neles au- ;
: chanter, (
dont elle i
jouelur
luy prof
Madame
ans au'eli
très qui veulent
avec le Clavefiin
iouë d’une manière qui ne <
Ire imi-* tcw 'e. ** < — Elle t
e des Pièces, & les i
tous les tons qu’on !
olè. Je vous ay dit, t
a quatre i
avec des <
binaires, i
n’en a <
ne fçay 1 (
la voyant, vous ne di- I
Joint ce qu’on a en* <
I
où I on croyoït les Silphes
GALANT. io, eendu dire à un des plus P1 beaux Efprits que nous 3 ayons. 11 la regardoit, & tf: furpris de tous ces mira- : clés, il dit agréablement, 3 qu'il voyait bien que c eftoit q elle, mais qu'avec tout cela, il nen voudrait pas jurer. 01 Si nous eftions au temps
es
& les Çnomes, on pourvoie n’en fuft
T ou t.e's
i
•{ douter que ce
£! une production.
l! celles qui touchent le
2Î Claveflin, & dont le nom- q bré eft grand
K ,
, ont fait ce qu’elles ont pû pour la iur-
Z
1
ho LE MERCURE prendre, & ont eflé en fuite contraintes de l’admirer comme les autres, ou d’at-
X * 5 I
tribucr à la Magie ce quelles nepeuventfaire comme elle.
Je palfe à u»e Avanture qui mérité bien que vous l’appreniez. Un Cavalier qui fe faitappellerMarquis, & que l’on prendroit pour cela, à les airs & à fes maniérés , d'un bout à l’autre des Thuilleries , devint amoureux d’une Dame qui a de la jeunefle, de la beauté & de l’elprit. Il aima, il fa
GALANT. ut
-aimé. Jufques-là il n’y a
it{ qu’honneur, tout eft dans
i'ii les Réglés» mais comme il
]( eftafTez rare que F Amou r
lit kilTe jouir les Amans d’une
L. . • 1 1 • /
I
le relâchement commence
toûjours par quelqu’une
des Parties, le Cavalier
(à la honte de fon Sexe)
commença à fe rallentir;
fcsVifites devinrent moins
frequentes, fes foins moins
cmprefTez; & les Amis de
la Dame qui eftoient en
e'tat de juger fainerqeîitde
la conduite du
longue tranquillité, & que
I I
0!

üii

ni
itt
'ii
0!
ni
fc arquis,
parce
pas
elle à fes
ne s’
comme
éclat de ion mérité, n
rencpas de pcin
cevoir de la diminution de
tend relié. Une de fes
foinde
Ven avertir ( Commiffion
dangereu/e,
plus de haine
que de reconnoiïTance)
y prit pourtant d une
maniéré affezdélicate, il y
eufl eu de
mefme de
dire tout ”
& qui attire
dure te'j à
coup
que les Hommes de ce
temps-cy font faits d’une
étrange maniéré; que les
Femmes font bien folles de
conter fun leur fidelité, &
miîte'au-tres chofes qui ne
font que trop véritables.
Ce fut àpeupresledifcours
Tome j. K
que cette Dame tint à fort
Amie. D'abord cela fe
convint, ou du moins elle
fit femblant d’en convenir,
parce qu’il y avoit un Homme
prefent à cette converfation,
àqui elle ePtoit bien
aife de faire la guerre; mais
enfin la choie fur tout de
nouveau Q fort rebatue apres
fon départ, que U
Dame reOgardant fon Amie
nS
GALANT. n5 ’t tiers fi à fond , & fi elle a- lt voit appris quelque chofe e» du Marquis qui luy en fïft l't craindre pour elle quelque ir| mauvais tour. Cette Ami® répond qu’elle nefçait rien ■t de pofitif, qu’elle fçait fcu- eti liment qu' l a beaucoup de iii vanité, & quelle gageroit dt bien que fi on luy donnoit 2' un Rendez-vousparunBil- li 1er de la part d une Incon- lit nue, il fe feroit une agréait ble affaire d’y courir, & que peut-eflre mefme il ne fe il defen droit pas de la facri- a. ficr}filanouvclleconquefte K ij. /
S
né LE MERCURE avoir du brillant. La Dame qui aimoic le Marquis, prend fortement fon party-, & fur cette conreftation, elle voit entrer une aimable Provinciale de fes intimes Amies, qui n’eftoit que depuis deux jours à Paris. On la fait arbitre du D ifcrend. La Belle, que quelque intrigue particulière n’avoit pas trop bien perfuadée de la probité des Hommes,fe déclaré contre le Marquis. L’affaire corr fiffoit en preuve, & l’expédient en fut trouvé. La

d’une Dame qui avoir difputé
long-temps entre fa
pudeur & le mérité du Cavalier,
& qui apres beaucoup
de refiftance inutile,
n’avoit pu s’empcfcher de
luy donner un Rendezvous
au lendemain dans
FAllée la plus écartée des
Thuilleries, où elle devoir
luy apprendre des choies
fi e,le caraétere, enfin tout
voit dans la Lettre de cet
relit, & croyant tout pofiiblefurlafoy
de fa vanité, il
ne longe
treen état de Elire fine en
plus qu’a Le mer
trée pompeufe & magnifique
dans le coeur d’une Dame
qu’il veut croire tout au
moins Duchefle. La Broderie,
le Point de France,
les Plumes t une Perruque
no LE MERCURE
neuve , enfin rien n’efi
épargné. Un Valet de
chambre a ordre de tenir
gement téméraire fur quelques
Dames qu’il foupçonne
de la Lettre & du
Rendez-vous, il fe couche
& s’endort fur l’agreable
penleedontil fe flâte, qu’il
doit eftre le lendemain le
plus heureux de tous les
Hommes. Ce lendemain
fi defiré arrive, il Ce met
fous les armes , & apres
avoir
cinq fois fort Miroir, & roue
ce qu’il a de Laquais chez
luy, il monte en Carofle, &:
fe fait mener aux Thuilleries.
L’Allée du Rendezvous
eftoit fi bien défirnee
i. 1 > • qu il ne s y pouvoir tromper.
L’aimable Provinciale
arrive un momentapr.es avec
la Dame intereflee:
l’une
donnoitun nouveléclatauz
astémens de fa perfonne.
Tome ç. L.
111 LE MERCURE refoluëde joüer. Ce ne fut pas un leger lujet de chagrin àcettederniere,de voir la diligence de Ion Amant à fe trouver au lieu qui luy avoir efté marqué pour le Rendez-vous. Elle ne doute
plus de ce qu’il eft capable défaire contre elle -, & pour n’eftrepoint détrôpe'e, il ne s’en faut guere quelle ne fouhaite que quelque rencontre impréveue oblige le Marquis à fe retirer. Elle demande un peu de temps à fon Amie pour fe /émettre de l’emption que
GALANT. ,i5 cette avanture luy caufè. Elle l’obferve, & fi le ha- zard fait entrer quelque Dame dans îAllée où il fe promene feul, elle eft au defefpoir de voir avec quelle mifterieufe comptai- fance pour luy-mefme il fe préparé à recevoir rheureu- fe déclaration qu’il attend. Ce font faluts redoublez à chaque perfonne bien faite qui pafte ; & à la maniéré chagrine dont elle voit qu’il fe détourne quand il connoift que ce n’eft point à luy qqfon en veut, elle
• * l y
eft de luy manquer de fidelité.
Enfin limpatiencc la
prend, elle a trop fait pour
n’achever pas. La belle
Provinciale qui n attendoic
que fon confentement pour
s'acquiter de fon rolle, entre
dans l’Allée duMarquis,
avance lentement vers luy,
le regarde, s’arrefte, & atre
ou cinq gracieufes reverences
quelle luy fait,
elle luy demande ce qu il
GALANT. Ily
clarifions fi contraires à la
retenue de fon Sexe. Quoy
que ce qu’elle avoir à dire
fjft concerté, la matière eftoit
délicate, & elle ne put
commmceràlatraiter,fans
fentir un je ne fçay quel
trouble qui méfiait beaucoup
de pudeur à l’effort
qu’elle fembloit faire fur
elle-mefme. Le Marquis
cft charmé de l’embarras
où il la voit. 11 s’applaudir,
réitéré fes reverences, &:
luy faifant deviner qu’il n’ofe
rien dire à caufe qu’il cft
écouté de la Suivante, il ap-
L iij
reconnoifEince. Elles font
fuiv les de la plus infl-ante
priere de luy briffer voir lairnable
perfonne à qui il eft
redevable de tant de bontez.
L’adroite Provinciale
îe'pond que quoy qu’elle
tienne un rang allez confiderable
dans le monde, il
fera difficile qu’il la con*
GALA N T . n7, poilfe, parce qu’ayant toujours aime'la retraite, elle a vefcu jufques là pour fcs plus particulières Amies? que fon mérité la force à ne vouloir plus vivre que pour luy; teque s’il eft difcret, il trouvera en l’aimant toutes
les douceurs qu’on peut ef- perer de la plus fincere cor- refpondance. Tout cela eft dit d’un air modcfte Se etnbaraffé, qui achevant de charmer le pauvre Marquis , redouble l’impatience qu’il a devoir fi fon vifage répond à l’idée qu’il L* • • *
111J
n8 LE MERCURE s’en eft formé. Elleoftefon Loup- & comme elle a beaucoup de brillant, & qu’un peu dé rougeur avoit donné une nouvelle vivacité à fon teint, elle paroift aux yeux du Marquis la plus belle Perfonne qu’il air jamais veuë. Il ne trouve point de termes à luy exprimer fon ravinement. 11 eft charmé, il meurt pour elle, & voudrait eftreen lieu de pouvoir fe jetter à fes genoux pour la remercier comme il doit des favorables fentimens quelle luy
GALANT, ng {éloigne. Elle remet fon {vîafque , & profitant de l’effet qu’ont produit fes charmes, elle luy fait con- noiftre que quoy quelle n’ait pu vaincre le penchant qui luy a fait faire un pas fi dangereux contre l’intereft de fa gloire, elle a une dç- licatefle qui ne luy permet pis de s’accommoder d’un coeur partagé; qu’elle fçaît qu’il a de l’attachement pourune Dame en qui elle veut croire beaucoup de mérité , mais que cet atra- chement eftfi fort incom-

GALANT. Bt jnefles dépare & d’autre de s’aimer éternellement. On prend des mefurcs pour Ce voir. L’aimable Provinciale nomme un lieu connu où le Marquis fe trouvera feuldés le foir mefme entre onze heures & minuit, & où fa Suivante aura foin de le venir prendre pour le mener chez elle à dix pas de là. En mefme temps il entre du monde dans 1 Allée. Elle en prend occafion de fe feparer du Marquis, ofte fon Loup de nouveau, & luy difant un adieu teru
1JX LE MERCURE
dre des yeux, le laifïe le plus
amoureux de tous les Hommes.
Ilarrefte lafaufleSui.
vanteja cojure de luy eftre
favorable, &luy fait entendre
qu’elle n’aura pas lieu
de fe plaindre de fon minqtue
de libéralité. C'eil le
de'nouëmenc de la Pièce.
»?
GALANT. 133 remporte 4ue honte’de l’eftre inutilement. Et puis, Madame, fiez-vous aux Hommes. A parler fince- rement aufli bien dans vof- tre beau Sexe que dans le noftre, il y a toujours à rif- quer -, mais laveuë du péril n’empefche pas qu’on ne s’y expofe, & on ne fe défend pas d’aimer quand on veut. Lacomplaifancejes petits foins, les maniérés tendres , autant d eciieils pour la liberté'. G’eftcequ’a dit fort agréablement 1’11- luftre Madame des Houlie:
ÎJ4 LE mercure
res dans ce Rondeau que
je vous envoyé.
A
RONDEAU
DE MADAME DESHOULIERES
à une de fes Amies.
COntre ï Amour voulez^vM
voua défendre ?
Emfiefchez^vous & de voir &
d'entendre • ' -• •* -
Gens dont Le coeur s'exprime avtf
efprit.
il en eftpeu de ceaenre maudit,
Et trop encor pour mettre un e»r
ai cendre-.
GALANT. 15 J
Quand une fois il nous plaifi de nous rendre
D'amoureux foins, quils prennent un air tendre *
On lit en vain tout ce qu' Ovide écrit 9r t f-
Contre L'Amour.
&
De là raifon on ne doit rien attendre^
Trop de malheurs n'ont feu que trop apprendre
Quelle rieftrien dés que le coeur a<gt>
La feule fuite, Irisyious garantit, C’e/l le party le plus utile àprèdre Contre l'amour.
7
Le génie de Madame
!56 le mercure Deshoulieres n’cft pas borné à ces fortes de petits Ouvrages. Il eft capable de tout, & pour en eftre per- fuadée, examinez je vous
prie cet Idylle qu elle donna il y a quelque temps à fes Amis. Il doit eftre fuivy de quelques autres qu’on me promet d’elle, & donc jenemanqueraypas à vous faire part.
GALANT >37
•* 4- 4- -r
LES MOUTONS»
ï D Y L L E.
HElat) petits Moutons5, que
vous efîes heureux!
yons paiffes^daris nos champs /ransfoucyz
fans a 11 arme s,
Àuffhofl aimez^ qu^amoureux.
Oïi ne vous force point à répandre
des larmes}
y eus ne formerjama# d'inutiles
dcfîrS)
Dans vos tranquilles coeurs l'A*
mour fuit la Nature*
Sans rcffentir fes maux vous avez
fes plaifirs*
Tome j9 M
LE MERCURE ,
Z’Ambition. l’Honneur, Pin.
» •
tereff l'Jinpofture,
Qui fût tat de maux parmy nous, Ne fe rencotrent point chez^ms. Cependant nous avons la raifoik pour partage,
Et vous en ignore^ ufage^ Jnnocens animaux, ri enfy eg point jaloux j
Ce nef pas un grand avantage, Cettefiere rai fin dont on fait tant de bruit.
Contre les Palpions rieftpas un
1 feur remede,
Vn peu deJ^in la trouble,un Enfiint la féduit,
r£t déchirer un coeur qui P appelé à fin aide y
Efl tout/’effet qu elle produit.
Toujours impuiffante &fevert^ Elle s'oppofi à toui\& n e fur rien?
?
G A L A N T. Fjp
$vus la garde de voflre Chien, youï devezj? eau coup moins redouter la colere
Des Loups cruels & raviffans,. Que fous l'autorité d'une telle Chimère,
Nous ne devos craindrtnos fens. Ne vaudroit-il pas mieux vivre comme vous faites,
Dans une douce oyfivetel Ne vaudroit-il pas mieux eflre comme vous eftes,
Dans une heureufe obfcuvité, Que d'avoir fans tranquillité Des Richefes, delà Nai/fince, De r Efprit & delà B eau tel Ces prétendus tréfors dont on fait vanité
Valet moins que- voflre indolëce. Ils nous livrent fans cejfe à des foins criminels.
M ij
14O LE MERCURE
Par eux plus d'un remords nom ron^ey
TTousvoulons les rendre éternels^ Sans frnçer queux & nous paierons comme un fon^e.
il nejîdans ce vafîe Vnivers Rien d'ajfaréy rien de [olide3 Des chofes d'icy bas la Fortune dè-
Selon [es caprices divers (ade\
Tout l'effort de noflre Prudence Ne peut nous dérober au moindre de [es coups.
Paiffez^ MoufdSypaiffJe^fansreiti [ans (cierice,
Malgré la trompeufe apparence y Vous eftes plus heureuxç^plus que nous.
Je ne vous diray rien a l’avantage de cet Idylle, fi- non qu’un des plus grands
GALANT. i4t pîommes que nous ayons, auffi confiderable par fon Efprit que par fa Dignité, apres l’avoir leu plus d’une fois, écrivit ces propres mots au deflous de la Copie qu’on luy en montra.
Ces Vers font de U dernière beauté & dans la dernière jufiejfe ; & quoy que la Morale en fait fine & délicate , & les raifnnemens forts, ily a neantmoins un certain air de tend’efe répandu dans toute la Piece qui la rend tout-à-fait charmante.
ï4i LE MERCURE
Je vous ay déjà mandé,
Madame, que Moniteur le
Duc du Maine eftoit allé
prendre des Eaux à Barrege.
Voicy quelques particularitez
que j’ay fçeues
de fon Voyage. Il eft parcy
accompagné de Madame
de Maintenon, à qui un mérité
extraordinaire foûtenu
de l’efprit & de la beauté
avoit acquis leftime de
tour le monde dés le temps
qu’elle eftoit Femme de
M'Scarron. Sa vertu incorGALANT.
t4s Pcrfonnes aufii bien faites qu’elle eft , fut un charme pour la feue Reyne Mere, qui la voyant fans biens a- pres la mort de fon Mary, luy donnaune penfion con- fiderable. Elle eft de la Maifon d’Aubigny. Ce Nom eft allez connu dans l’Hiftoire, & il auroit fuffy lêul à luy faire mériter l’honneur que Sa Majefté luy a fait de luy confier l’éducation de Moniteur le Duc du Maine. Ce jeune Prince arriva avec elle à Cognac il y a environ un
mois. Mr d’Aubiîiny fon
Frere, qui eft Gouverneur
delà Ville & du Chafteau,
n’oublia rien pour le rece.
voir avec tous les honneurs
deus à une Perfonne de fon
rang. Il fit monter à cheval
cent Gentilshommes
de la Province, avec lefquels
il alla au devant de
luy à plus d’une lieue de
Cognac. Monfieur le Duc
du Maine y entra au bruit
des Boëtes & desMoufquetades
que toute la Bourgeoifie
qui eftoit fous les
armes eaàfonarri-
? vee.
G ALAN T. vee. Il prit beaucoup de plaifir à voir une Compagnie d’Enfans veftus en Aragons, qui firent Garde devant laPorte de fa Chambre, pendant les deux jours qu’il s’arrefta à Cognac. H fe rendit de là à Jonfac, où la Comteffe de ce nom le reçeut&le regala magnifia quementàSouper. ïlconJ tinua fa route le lendemain,’ & vint coucher à Blaye. Ce ne fut pas fans entendre la décharge du Canon, & de toute l’Artillerie du Chaf- «eau. Monfieur le Duc de
Tome j. N


i48 le mercure
divertiflement d’une Traite
qui avoir
e'e avec grand
quinze jours
par les Ecoliers du College
de Guyenne. Mr 1 Abbe
Bardin qui en eft Principal,
& à qui un long ufage du
grand monde a dés longtemps
appris à bien faire
les chofes qui le regardent
avoir pris des mefures fi
juftes, que la belle Aifernblée
de l’un & de 1 autre
Sexe qui fe trouva à ce Spectacle,
en fortit avec une
■extrême fatisfaélion. La
GALANT. I49 propreté des Aéteurs ré- pondoit à la grâce avec laquelle ils s’acquiterent tous de leurs Rôles, ôc on admira fur tout deux En-
fans qui firent un remerciement à Monfieur le Duc
de Roquelaure d’un petit air fier qui fur prit & charma tous ceux qui les entendirent. L’Aifné n’a encor
que fix ans, & ils font tous deux Fils de Monfieur de Seve Intendant de cette Province. Je ne vous dis rien de fon mérité, il vous di connu, & vous n’igno^

QVoy qu'il nous foit fort
qlorienx^
Prince,devque voir en ces lieux,
Noue avions interefi a trou ver des
ob(lactés
N iiij '
ap LE MERCURE
JP our retenir le defir curieux
Qui vous attire à nos SpéÜacles., J7oas conoiffonslefian^ des Demj Dieux,
il eft accoùtumé de tout temps aux Miracles, »
J/ nous n'en venons point étaler à vos yeux.
C'eft d'une trafique Avanture
La tri fie & fi de lie peinture
Que notes avons à vous ofirir. Les rares qualitez^qu en vous chacun admire,
Nous donneraient fans-doute affy àdificaurirÿ
Mais nous ri en difions rien,, pour avoir trop a dire.
JPour parler dignement de vous,. 27ous voulions en ces lieux faire venir la Gloire^
Z
••
CALANT. IJ5
tfâtf&voiu de peine
à nous en croire) plie ri a point de temps à perdre: avecque nous, pour l'Augufie Loüis elle ef toute occupée, plie ne peut le quiter un moment^ pt pour aucun Héros jamais attachement
2/e rendit moins fin aitëto tropée. Si ce grandeonqtterant leuf latffee en pouvoir
De fi donner quelques jours de relâche,
Prince,vous l’attriexyueuê icy vous recevoir,
Mais on peut à ce prix fie paffir de la voir,
Pt cela ri a rien quhvousfâche.
Tandis que je fuis ca
noue, & auquel le Roy
Charles VIIL dit ces paroles
dans l’ardeur du c®nv
le Comte de S.Valier Capitaine
des Gardes de h
Porte du Roy,. &: de M?.
i0 LE MERCURE
î’Abbé de Chevrieres Au.
niônier de Sa Majefté. t
Mr Delrieu qui a acheté , r
;
la Charge de Maiftred’Hoftel
ordinaire du Roy
qu’avoit Mr Sanguin, s’eft
auflî marie'icy dcpuisquelques
jours , & a époufc
Mademoifelle de Mont-
(
i
C A L A N T. jjy
rien luy a fait des Préfens
très - confiderables en le
mariant, & a traite tous les
Conviez dans fa belle Maifon
de S.Clou avec une magnificence
extraordinaire.
Mademoifelle d’Orléans
eft alle'e à Eu, &y
a mené Mademoifelle de
Bréval, dont elle veut prendre
foin à prefent quelle
n’a plus de Mere. Vous
fçavez, Madame, que Mademoifelle
de Bréval eft
Nièce de Monfieur l’Ari5S
LE MERCURE grand brillant dé beauté, une vivacité d’elprit mer- vcilleufe, & toutes lesqua. lirez qu’on peut' fouhaiter dans une Perfonne de fa Radiance. Elle ne pouvoir les faire éclater plus avan- tageufement qu auprès d’une Pr in celle dont la conduite a toujours elle un exemple de pieté & de vertu, & qui par mille preuves de genérofité fe piaift tous les jours a faire voir qu’elle a i’Àme toute Royale, & qu’il n’y a rien de plus élevé que fo° coeur.
I
•GALANT,
Je ne fçay, Madame, fi on vous aura appris que le Koy a donné depuis peu un nouveau Premier Préfixent au Parlement de Bretagne. Monfieur d’Ar- gouge quil’eftoit, s’eft démis volontairement de cette Charge. C’eft un Homme tres-fage, qui ef- toit fort eftiraé de ia feu Reyne Mere, &qui a bien fervy le Roy dans les Etats de Bretagne. Sa Majefté l’a fait Confeiller d’Etat ordinaire, & a mis en (à place Monfieur Phelipeaux
I|6O le mercure de Pontchartrain , qui ef. toit Confeiller au Parle- suent. On ne peut douter de Ton mérité, puis qu’un Employ de cette importance ne fe donne jamais qu’à des Perfonnes qui en ont infiniment. Il eft delà Maifon de la Vrilliere, c’eft à dire d’une des plus grandes & des meilleures Familles de la Robe j on peut mefme adjoûter d’une Famille pieufe, puis que tous ceux de la Maifon de Hodic qui en font, vivent dans une régularité exemplair6
/
galant. J6t dont tout le monde clL édifié. x
Moniteur T Abbé Colbert, qui employé fes meilleures heures à l’étude, & qui en fait fon plus agréable attachement, donna il yaquelquesjoursdes marques de fa haute fuffifance par un excellent Difcours Latin qu’il fit dans la grand’ Salle de Sorbonne, à l’ouverture des Sorbondques. La nombreufe Aflemblée qui s’y trouva, compofée en partie de Cardinaux, de Prélats,&dePérfonnes de la
Tome y. O
font ordinairement cette
élection par la voye d’J
Scrutin •>, mais Monde111
1
GALANT. l’Abbé Colbert, dont le mérité porte pour luy une recômandation toute particulière, a efté éleu de vive voix. Tout le monde le fouhaitoir,&toutle monde le noma en mefme temps. Si vos Provinciaux vous demandent ce que c’eft qu'eftre Prieur de Sorbonne, vous leur pourrez dire,
•Mc
Madame, que c’eft une élection qui fe fair au commencement de chaque Licence, que la Licence dure deux ans- que le Prieur a le premier
rang dans tou-
O O ij
bonne, où il recueille les
fufrages, & conclut-, qu’il
préûde aux Sorboniques,.
enaflîgne le jour, ouvre la
première par une Harangue,
& ferme la derniere
par une autre. Je croy vous
entendre dire en lifant cela?
que n’ayant aucune envie
de vous mettre du nombre
des Bacheliers & des Docteurs,
il ne vous importe
guère de fçavoir ce qui les
regarde ; vous voyez au fit
que je tranche court. Venons
aux Vers que M‘

U6 LB MERCURE
!
SUR LES VICTOIRES
DU ROY.
IE vous l*avais bien dit. Ennemis
de la France,
Que pour vous-la Victoire aurait
peu de confiance,
Et que de Philisbour^ à vos amiï
rendu
Ee pénible fuccés vous ferait cher
vendu,
\Apeine la Campagne aux zéphirs
eft ouverte,
Et trois Villes déjà reparentnefiw
perte >
Vides dont la moindre eufi
pû faire un Etats
7
i
G A LA N T. loYS^qtie chaque Province avoit fin Potentat) prois F'iSes qui pourvoient tente autant d'années,
Si le Ciel a Louis ne les eufi defiinées,
Et commeyf leur prifi ètoit trop peu pour nous,
Jiïont-Caffel vow apprend ce que pefent nos coups.
Louis ria qu'aparoifre, &vos Murailles tombent, lin a qu'a donner Vordre, & vos Héros fuccombent 3
J/ tandis que fa gloire arrefte en d'autres lieux
Il honneur de fa prefence l'effort
de fes yeux,
Il Ange de qui le bras foùtient fin Diadème
V0us terraffe pour luy par un autre luy-mefme^
MS LE MERCURE
EtDieupour luy donner un ferme & digne appuyr
Pie fait qu'un Conquérant de Philippe & de luy.
rj4infiquand leSoleil fur un épate nuagey.
Pour fe faire un fécond^ imprime fon imager
JE eur hauteur eft égale, &leur éclat pareil r
'Noue voyons deux Soleils qui ne font quttn Soleil:
Sotte un double dehors ile(l toujours unique^
Seul maiflre des rayons quai'autre
: il communique^
Et ce brillant portrait qtiilluminentfes foins
Ne briUeroit pae tant, s il luy rejfembloit moins, , „
Jtfate c ejlaffez^ Grand Roy^ c cf ?ffe\àe Conquefes
CALANT.
Idiffe à d’autres faifans celles où tu t'affrejïes :
Quelque jufie bonheur qui Juive \es projets y
pions envions ta v eue à tes nou- veaux Sujets.
ils.bravent tes Drapeaux^ tes Ca* nons lesfouâroyent'
fit pour tout châtiment tu les voie* ils te voyent j
Quel prix de leur défaite^ & que tant de bonté
Rarement accompagne un Vain* queur irrité!
Pour noue, qui ne mettons nofire bien qu'en ta veuëy
Vantpe notes du lon<& temps que nous Pavons perdue,
Du vol qu ils nous en font vien notts faire raifon* (Orifon:
Ramene nos Soleils dcfds nofir@"
Tome j. P
*
£70 le mercure Quand on vient d? entaÿerviiïoire furviftoire,
pn moment de repos fait mieux, aoufter la gloire,
Et je te le redis, nous devenons jaloux t
De ces mefmes bonheurs quit eloi- prient de nous.
S'il faut combatte encor, tu peux de ton V'erfiilles
Forcer des Bafiions, & gagner des Batailles ,
Et tes Pareils, pour vaincre en cd nobles hasards,
F}'ont pat toujours befoin d’y per- ter leurs regards.
Ceft de ton Cabinet qu'il faut qK tu contemples
Quel fruit tes Ennemis tirent de iti Exemples,
Et par quel long tiffu d idufr alitons,
r
GALANT. 1?1 jls fçauront profiter de tes in fi. truffions.
Paffe^, Hèros , paffetfi, venefi courir no s Plaines,
Jtialer. en fix mois l ' effet de fi* ficmainesî
fions fierïe^affexforts pour en ve* vira bout,
Si vous ne irouviefipas nofiregrâd Roy par tout.
Par tout vous trouvererfion ame, & fon ouvrage,
Des Chefs faits de fa main former fur fion courage, (vaillans,
Pleins de fa haute idée, intrépides, damais prefique affaillis, toujours prefique affaillans ',
Par tout de vrais François, £<?/_ dats dés leur enfance, fittacheyau devoir, prompts <è l'obeïffancei
g
Pii
171 LE MERCURE partout enfin des coeurs qui ftavent aujourdlhuy
Refaire partout craindre,&ni craindre que luy.
Sur le zele ■> Grand Roy, de ces âmes guerrières,
Tu feux terepoferdu fioin de tes Frontières,
Attendant que leur brasvainqueur de tes Flamant,
Méfié un nouveau triomphe à tei délafiemens,
Qfitl rèduife d la Paix la Hollande & l'Efpaqne,
Que par un coup de Maiflre ilfir- me ta Campagne,
Et que l'Ai'fi-e jaloux n'en pufifi remporter
Que le fondes Lions que tu vtw de dompter.
GALANT. J7i
CesLions n’ont pû eftre
domptez, qu’il ne nous en
ait couflé un peu de fan g;
duite.
La Femme d’un Capitaine
d’infanterie parut un
conjugal , tant que fon
Mary vefcut. SesVoifins,
fesParenSj&fes Amis, n’efmée.
Le moindre bruit
d’une Bataille, ou d’un
,74 LE MERCURE
Siégé la defefperoitj elle
en poufloit des cris qui faifoient
compaffion à tout le
monde,' & rien n’euft éOgalé
la haute réputation où la
mettoit une Ci jufte tendreffe
, fi elle fuft morte
avant fon Mary-, mais par
malheur pour fa vertu, un
cmin dr Mnnfnner avant
cette paflion fi légitime &
fi violente fe démentit.
Apres avoir pleuré quelques
jours, elle s’ennuya de
pleurer, fes lamentations
ceflcrcnt, & on n’eut pas
GALANT.
la douleur quelle montrait
de fa mort, eftoit beaucoup
moindre que l’artifice qu’elle
avoit eu pour faire
croire qu’elle l’aimoit.
Comme elle ne fe trouva
le monde apres fa morr,
le Service, fes Parens & fes
Amis crûrent qu’il n’y avoit
aucun party à prendre pour
elle, que celuy de fe retirer
dans un Couvent ; mais
elle eftoit bien faite, la re-
P iiij
176 LE MERCURE
traite ne l’accommodoit
pas, & elle jugea plus à
propos de fuivre le confeil
d’une foule de Soupirans,
qui luy perfuaderent fans
peine qu’on ne manquoit
point d’argent quand on
fe vouloir fervir de fa beauté.
Ce fut fur cet. honnefte
G A L A N T. îyy commencer une fi noble carrière, elle jette les yeux
fur un Camarade du pauvre Pe'funr, nommé M1 de la foreft, Officier fubalterne
de fa Compagnie, qui remplaça bientoft l'Epoux, & fut encore plus aimé. Il demeura quelque temps unique & paifible poffefi- feur de la jeune Veuve, &
fa première vertu nous doit faire croire qu’elle n’auroit pas fi-tofl expiré, fi le manque d’argent n'eu fl- troublé tout d’un coup un cômerce fi agréablement
ï7§ LE MERCURE crably. La finance duFan- talïinfutmalheureufemeru
trop toftépuifée, & il fallut malgré la vertu fe réfoudre
à chercher quelque autre refource. Par hazard un
riche Receveur, Homme d’un caraélere fort amoureux, & de maniérés fort liberales, avoit commencé à rendre quelques affidui- tez à la Veuve. Elle avoit de grands charmes pour luy ; mais l’humeur fâ- cheufe du Fantaffin l’obli- geoit d’étouffer dans un grand fecrct les defirs que
GALANT. 179
fa coquetterie luy infpiroit.
Cependant le befoin d’argent
augmentent toujours.
La Veuve en fait paroiftre
fon chagrin au Financier.
£e Financier ouvre la bourfe,
& cette facilité à la tirer
d’embarras, avance fi fort
fes affaires, qu’en peu de
jours il fe voit au comble
de fes fouhaits. Le Fanaux
befoins preflans de la
Maîtreflè , & il comprend
c
i8o LE MERCURE qu’il n’eft pas mauvais pour Ion propre intereft,qu’il aie quelque chofe à partager avec un Financier. La Veuve & luy conviennent donc deleurs Faits, & ileft réfolu que pour ofter à Ni' le Receveur tout fujet de gronderie, &tour pre'texte defufpendre fes libéralitez, le Fantaffin ne paroiftra plus dans la Maifon, & n’y viendra que fecrettemenn M' le Receveur qui croit quefon mérité feul a chafc fon plus redoutable Rival, s’abandonne à toute la joye
O
GALANT. iSi (jueluy caufe foninopinée félicité, perfuadé que fa jvlaîtreffe a bien voulu renoncer à tout pour luy, it n’a plus d’autres foins que Je luy marquer par fes profitions qu’il meritoit cette préférence. Toute la Mai- f@n fe fent en peu de temps de fes bienfaits, rien n’y manque, ce font meubles fur meubles, le Fantaffin y trouve fon compte, & fans plus s’inquiéter de ce qui fe paffe, il vient tous les jours en fecret partager l’argent du Financier, &
rSi LE MERCURE les faveurs de la Veuve. Ce fortuné commerce alloit admirablement bien, & rien n’euft efté égal à tant de profpéritez, fi la Confidente de cette galante paf- fion ne fe fuft malheureu- fement mis en telle de la troubler. C’elloitunevieille Coquette qui demeuroic dans le voifinage, abandonnée tant que lajeunefle luy avoit permis de l’eftre, avide de toutes fortes de gains,& lapremiereFourbe de celles de cette noble Profeflion. Le bonheur de
du receveur, ne râpas
longtemps fans luy
envie ; mais n’ofant
GALANT. iSj
Voifine, Se fur tout l’argent:
rent
faire
confier à fes vieux appas le
foin d’attraper ce qui caufoitfaplus
forte tentation,
elle s’avifa d’une rufe qui
luy réüflît. Elle avoit déjà
voulu plufieurs fois donner
des foupçons de Mr de la
Foreft au pauvre Receveur,
qui s’obftinoit toûjours à
croire qu’on avoit entièrement
rompu avec luy-, elle
luy avoit mefme dit en
riant, que fi elle l’entre1S4
LE MEPkCURE
prenoir, elle n’auroit pas
de peine à luy faire voir
qu’il eftoit la Dupe de l’un
& de l’autre. Elle poufla
enfin la chofe plus loin ; &
un jour que cette ruféc
Confidente fçeut qu’il devoir
apporter mille e'eus a
la Veuve, elle alla l’attendre
dans le temps que M‘
delaForeft efloit feulavec
GALANT. i8y
rut au devant de luy, & luy
montrant le Degré qui conduifoit
au lieu du paifible
Rendez-vous, elle s’enfuit
chez elle, apres l’avoir affiné
qu'il trouveroir la
Veuve avec le Fantaflin
dont il fecroyoit défait. Le
pauvre Receveur avance, &
partagé entre la confiance
& la crain te , il mon toit
tout doucement le Degré,
quand le Diable qui fe
melloit ce jour-là de fes
affaires, luy fait trouver
* 4
une jeune Enfant Nièce de
la Veuve, qui le voyant al-
Tome 5. Q
jgg LE MERCURE 1er au Cabinet où elle avoir veu fa Tante s’enfermer avec la Foreft, barrette tout d’un coup, en luy criant qu’on n’enrroit point quand M1 de la Foreft ef- toit dans le Cabinet avec fa Tante. 11 n’en fallut pas davantage pour percer le coeur du Financier. H f°rt tout ardent de eolere d’une fi funefteMaifon, trop heureux, à ce qu il croit,, dcn avoir fauve fes mille écus.l court au plus vide s’en con- foler avec fa Confidente, qui s’eftanc dés longteIïlPs
GALANT. j87 préparée à cet événement, n’oublie rien de tout- ce qui peut empoifonner ce qu’il penfe déjà de laVeuve. Elle luy conte mille avan- tures qu’il fe feroit bien païTé dejçavoir, & l’amufe fi bien par fes longs dif- cours, qu’elle le retient juf- qu’àdeux heures du matin, dans un temps où la vigilance du Guet n’empef- choic point qu’on ne volait toutes les nuits. Quand le premier defefpoir du malheureux Receveur fut un- peu appaifé, il voulut aller QJi
183 LE MERCURE
chez luy donner quelque repos à fa douleur; mais l’heure eftant fort indue, il ne crût pas que l’obfcurité de la nuit fuit une allez
feure fauvegarde pour fes mille écus, qu’il s’imaginoit avoir fauvez du naufrage. Il les laiffa donc en déport à cette chere Confidente
qui venoit de luy donner tant de marques d’une fin- cere amitié. La perfide qui n'a voit fait jouer toutes ces machines que pour en venir là, reçeut cet argent avec une ioye qui ne fe
lendemain, lors que venant
pour le retirer de lés
mains, elle le traita de visionnaire
& d’infolent, de
luy demander ce qu’elle
prétendoit qu’il ne luyeuft
point donne': elle y adjoûta
mcfme quelques menaces
violentes qui firent craindre
au Receveur une fuite
de plus fâcheufes avantures,
& il fe crût trop heureux
pour éviter l’éclat qui
ne luy pouvoir eftre que
préjudiciable, d’abandonï?
o LE MERCURE
ner pour toujours fes écus,
fa Confidente, & fa Maître
fie.
C’eft trop diférer à vous
entretenir du mérité de
ceux que le Roy a élevez
aux plus confidérables Dignitez
de î’Eglife. Monsieur
l’Evefque d’Ufés, Fils
de Monfieur de la Vriliere
Secrétaire d’Etat, a eu F A rclievefché
de Bourges.
Cette nouvelle élévation
fait voir combien Sa Ma*
je fié cft perfiiadée & de fa
fuffifance pour régler un
grand Diocefe , & de fa
GALANT. i9t pieté pour fervir d’excmpl© aux Peuples qui vont eftre commis à fa conduite.
L'Evefché d'Ufés a efié donné en mefme temps à l’Abbé Poncer, Fils de M‘ Poncet Confeiller d’Etat & du Confeil Royal, & Neveu de feu Monfieur j’Archevefque de Bourses. C’eft quelque chofe d’affez glorieux pour luy, d’entendre dire par tout que les fervices de M' fon Pere, qui comme vous fçavez eft dans une très-haute confédération, n’ont aucune part
*,
quérir. à
Monfieur Félix Evefque s’<
de Digne, a efté nommé à te
l’Evclché de C ha Ions fur $,
Saône. La maniéré edi- i£
fiante dont il prcfche, fait
connoiftre affez ce qu’on æ
doit atte'n dre de fon zeie l'cvc
pour la conduite de fon çc
Troupeau.
On n’eft pas moins per- n’
fuadédeceluydeMTAbbé dr
du Laurens, Grand Prieur h
de l'Ordre de Clugny, que i]C
le Roy
Bellay. Il eft Frere de feu f0)
M' du Laurens Confeiller
s’eftoit fait baftir un Apartement
dans l’Abbaye de
S.Vi&or, où il eft more
depuis deux ans.
Je fçay, Madame, que la
réputation de M1 de Piancour,
Abbé de la Croix,
vousclt connue, & ainli je
ne doute point que vous
n’ayez de lajoye d’appren-
. dre que SaMajefté a rendu
juftice à fon mérité, en le
nommant à l’Evefché de
Mande. C’eft un Polie
I94 LE MERCURE Second Prefident des Etats de la Province. Sa pieté, fa profonde doéh'ine, & fon exaébe régularité à remplir les devoirs que Dieu luy a impofeZjfailoient voir dans fa Perfonne toutes lesqua- litez neceflaires pour faire un tres-digne Prélat; & il y a longtemps que nous le verrions dans cette haute Dignité, s’il avoic voulu écouter les proportions qui luy ont efté faites; mais il a toujours protefte que h cela arrivoit, il y fc*
roit conduit par les feules îj
GALANT.
mains de la Providence.-
& en effet, il n’a prefque
point paru à la Cour^ &
chofe eftoit arreftée en [à
pris quelle fe dull faire. 11
a beaucoup de naiffance, &
eftFrere de M ' le Chevalier
de Piancour, qui eft more
depuis un an à MeHine.,
apres avoir rendu de fore
dont il a efté l’Agent à
Maire pendant trois années.
Il s’eftoic acquité de
cer Employ avec tant de
fidelité & de zele, qu’ayant
i94 le mercure elle rappelle en Cour, il trouva à Marfeille une Lettre de Moniteur le Marquis de Segnelay qui luy falloir Içavoir que Sa Majefte le gratifioit d une Galcre. Il i l’équipa entres peu de téps, & n’épargna rien pour la rendre une des plus confi- j dérables qui puflent eftre employées au fervice de fon Maiftre. Perfonne n i- anore les belles allions qu’il fit à la grande Affaire de Païenne. Son trop de zele luy coufta la vie un peu apres. Il ne voulut point ,
GALANT. i97
abandonner fa Galere, ou
jl y avoir un fort grand
nombre de Malades. Les
fièvres edoient malignes,
jl en fut pris, & mourut
fort regreté de Monfieur
le Marefchal Duc de Vivonne,
& de tout l'Ordre
de Malte, qui avoit pour
luy une eftime tres-parti-
LeRoy quifait tout avec
prudence, &ne répand jamais
fes grâces qu’avec juftice,
a fait l’honneur à
M! l’Abbé de la Berchere,
l’un de fes Aumôniers, de
i98 LE MERCURE le nommer à l’Evefché de Lavaur. Il eft Docteur de Sorbonne ; & quoy qu’il n’ait pas encor trente ans, il eft confommé dans toutes les Sciences qu’on peut rôuhairer dans un grand Prélat. Il a prefché, & toujours avec fticcés ; & fi la foiblcffe de (a voix luy euft pu permettre de continuer , il auroit remply très - dignement les premières Chaires de Paris. Son Grand Pere eft mort Premier Prefident du Parlement de Dijon. La furvi-
GALANT. J9<> vance de cette Charge a- voit efté accordée a Moft. fieur de la Berchere fon Pere, qui 1 ’ exerça quoy qu’il n’euft que vingt fepc ans. Il paffa à celle de Premier Prefident de Greno, blc, parles ordres de la feu Reyne Mere, qui l’hono- roit de fon ellime, & qui crût que fa prefence en cette Province ne feroit pas inutile aux Affaires du Roy pendant la Régence. Cette grande Charge fut exercée apres fa mort,comme elle l’elL encor aujour-
R iiii

GALANT, wf
vie qu’il a fait paroiftre d’avoir
encor quelques années
pendant lefquelles il
puft le rendre plus digne
des grâces de Sa Majefté
par fon application extraordinaire
à 1 etude-, en ont
fufpendu l’effet jufqu’àun
autre temps.
Tandis que les.Dignités
zot LE MERCURE commencent pour tes uns, elles fin ffcnr pour tes autres; & Monfieur 1e Marquis de Pianeffe, qui a gouverné fi long-temps tes Etats de Savoye & de Piémont fous les ordres de Leurs AltefTes Royales, a- vec un fuccés toujours favorable, malgré tes temps difficiles & tes entreprifes fccretes des Ennemis, eft mort glorieufemenc dans la Solitude, d’où je vous manday il y a quelques
moisqu on 1 avoir
fois retiré, pour fe fervirde
GALANT. 1OJ
prefTans befoins de l'Etat,
pansquelque pouvoir qu’il
ait efté, on l’a toujours veu
facrifier fes interefts pro.
fentiment, à la gloire & à
l’avantage de fes Maiftres.
Je ne vous parle point de là
avec celle de Savoye, cela
eft connu de tout le monde.
Je vous diray feulement
qu’à examiner la maniéré
dont il a vefcu, & les choies
qu’il a écrites, on peur
en quelque forte luy don-
I
»o4 LE MERCURE ner le titre de Saint. On n’a jamais veu plus de pieté, plus de charité, & un plus grand détachement des grandeurs du monde ; il ne s’en laiffoit point éblouir, & il n’auroit pas accepté fi long-temps la premiers place de l’Etat dont ilelloit ne' Sujet, s’il n’euft appris des premiers Chreftiens? qu’apres Dieu, il devoir à fes Maiftres & à fa Patrie,, les foins qu’il s’eft toujours attaché à leur donner.
La matière eft un pea crifte-, comme je
tirer agréable-'
GALANT. iôj quevous aimez tout ce qui vient de Madame le Camus, je croy que ce fera vous en ment, que de vous faite voir deux petites Pièces de fa façon, qui me font tombées depuis peu entre les mains ; l’une eft un Impromptu pour Monfieur le Duc, quelle fit il y a quelque temps en préfence de ce Prince ; & l'autre, un Compliment à Madame la Marefchale de Clerem- baut qui luy avoit rendu office.
2.06 LE MERCURE
IN P RO M PTU
POUR
MONSIEUR LE DUC.
Ses grandes qaalitczfurpajfwft
]è (croit un Prince
incomparable,
par bonheur pour noue il 4
faitfon fcmblable.
GALANT. 107
?
POUR MADAME la ma res ch ale de clerembaut.
MArefchale deClerembaut^ Vous portera vertu fi haûty
Que (Amour en efî en colere.
Il s'en plaignit l'autre jour à fa Mere.
Elle luy du ; mon? ils 9 chacun a (on defaut.
Cette vertu pourtant a fait tomber fur elle
L'heureux choix dont la gloire ef toitdeuê à (on^ele^
Choix qui mil en fs mains le Char* me de la Cour
Cette Princeffe fans fécondé^
D it les yeux pourrot bien un]oviï
T e foùmettre le P ils du plus grand
Roy du monde.
Quant à la Marefchale en pain
de la toucher
Son cmr efl un rocher
Qui fut toujours inacceffible..
U Amour à ce difcours luytépoKma
famé,
P/iaisqu elle ailledu tout au
le ne le puis fouffrir 5 tout aurnoitis
- que fon ame
Soit tendre à la pitié,
Puisqu' on le peut fans blàwt,
1 g (tiî* ap xifTtî.f Coere.Idd*
GALANT.
$i l’Amitié fait faire des Complimens d’un cofté, l’Amour fait faire des Mariages de l’autre, & nous venons de levoir enlaper- fonne de Monfieur le Marquis de Foix, Gouverneur & Lieutenant General pour le Roy en la Province de Foix, qui a e'poufé Made- moifelled’Hendrefon, première Fille d’Honneur de Madame. Elle eft bien faite,de belle taille,& dune très grande Maifon d’Allemagne. Pour Monfieur le Marquis de Foix, je n’ay
Tome 5. S
zio LE MERCURE que faire de vous dire qu'il ( cR d’ une des meilleures c Maifons du Royaume ; le t grand Nom qu’il porte, le d marque affcz. Leurs Al- I teffes Royales, outre leurs P libéralitez accouftumées |t en de pareilles occafions, s’ ont donné à la- Mariée une fi Croix de Diamans de grand p prix, & tous les Habits de a la Noce qui s’eft faite ait e| Palais Royal avec beau- fi coup de magnificence. H y eut Comédie le foir. Les Mariez font prefentement il’ chez Madame la DucheGe
I
GALANT. tu
Princeflc a prefque tous les
jours monté à cheval, &
s’eft Couvent donné le plaifir
de la ChafTe au Cerf,
pendant le Voyage qu’elle
a fait à Villers Côtrets, où
elle a accompagné Moniteur.
J’avois oublié à vous dire
que le Roy avoit donné
l’Abbaye de la Croix à
Moniteur l’Abbé Pellot,
S ij
Elle eft d’un revenu con
fidérable, & d’une tresgrande
beauté. Feu Moniteur
l’Abbé de Piancour,
Oncle de celuy qui vient
d’eftre nommé à l'Evefché
de Mande, l’avoit fait rebaftir
entièrement, & elle
doit la plus grande partie
de fes embelliffemens aux
foins de ce dernier qui n’a
rien épargné pour la rendre
ce qu’elle eft.
Moniteur le Marefchal
de Gramont eft toujours
£ Bayonne. Comme il n’a
point d’autre attachement:
que ce qui regarde le fervice
du Roy, il sert cm-
Fortifications de cette Place
, dans laquelle il a fait
entrer quatre cens Hommes,
tous braves & aguerris,
qu’il a levez dans fes
Terres.
Vous voulez bien, Madame,
que je mefle à ces
Nouvelles les derniers Vers
Zï4 LE MERCURE qu’on m’a donnez de Monfieur le Duc de S. Aignan; ils vous feront connoiftre avec quelle promptitude il vient à bout de tout ce qu’il entreprend. Le Roy luy avoit fait 1 honneur à fon retour du Havre, de luy faire voir les Augmentations qui s’eftoient faites à Verfailles & à Trianon depuis fon départ; & des le foir mefme il prit la liberté de donner à Sa Ma- jefté ces Vers qu’il fit fur les beautezde ces dcuxMai- fons.
GALANT.
E L>O G E
D E
VERSAILLES
ET DE TRIANON.
JE fcavoiï bien, Tirfis, par cent
ïüuflres marques,
(jye notes avions pour R oy le plftë
grand des M'marques >
Qfen guerre comme en paix ileftoit
fans pareil,
Qdon le voyeit brilles'' comme un
autre Soleil,
Et queftant des Guerriers le plus
’ parfait modèle,
Il (e couvrait partout dlune gloire
immortelle^
7a
m
x.g LE MERCURE Mais je nepenfoispas qu'il fufl eft fbn pouvoir
D'affembler les Trefors que nous venons de voir,
Que retournant vainqueur du plus fort des Batailles,
ilffi de Trianon ce qu'il fait de VerfailleSy (fret
Que le plus délicat ne puf rien de- Aux rares ornernens qui s3y font admirer,
Quony pajfaft des Mers ? qu'on y vif far les ondes
Des fuperbes V'aifaaux les cour fa vagabondes r
Quels laffe, le Marbre & ecnf autres Beautés^
JT tinfant à l'envy tous les fens en- - chanter^,
Qu on puf en un moment des pfa* bafas Campagnes
Elever
GALANT.
lie ver des T orrons fercer des
jtf qu enfin de ces lieux le pompeux ornement* ( nement.
j)e tous les Curieux devinft l'éton- /Jais* Tir fis* eufion cru quune humaine puifance
pufi rangé les Saifons fous fon obeïfance*
pour le plaifir des yeux change l'ordre du temps*
P ait des plus grands Hyvers un eternel Printemps*
Et joint plus d'une fois dans une me fine Place*
Au doux émail des pleurs la froi* deur de la glace.
Tous les Siècles paflezfiayant rien veu de tel*
Admirons ce Grand Roy qui ri* rien de mortel*
Tome j. T
zlf
xrg LE MERCURE Mais adjoûtons, Tirjîs, que Cl
Monarque Awgifie, Pouvant tout ce qu’il veut, veut rien que de jupe.
Voicy d’autres Vers que Monfieur de S.Aignanfit pour Madame la Prefi- dente d’Ozembray, qui eftoit venue au Havre pour peu de jours. Elle dévoie partir le lendemain, & voicy ce que cet Illuftre Duc luy donna au fortir d’un Bal où tout le monde eftoit en couleur de feu.
i •i.
GALANT.
x A» «AA» «A A»
JPJ 'C'fc ?F< I G?Z J
»/»v’ »__ W_ St
P O
MADAME LA PRESIDENTE
D’OZEMBRAY. 1
POurquoy noue honorer d'unt
courte vifite,
pourquoy faire éclater icy tant d&
mente *
Avec tant de rigueurs?
C eft avoir peu d'amour pour le
bien de la Fr .neey
Qye de venir troubler les coeurs
Fans un Place d importance*
&
On devrait •vous traiter comme une
k . • —* criminelle.
iiO LE MERCURE
Votes mettre dans les fers comme
ingrate, rebelle;
Et votes pouffer about.
Vous dites qu’avec vous nous n’a.
vons rien à craindre,
Mais vous mettezfefeu par tout,
Et puis, vous partez^sâsl'éteindre.
Voila, Madame, comme
MonGeur le Duc de S. Aignan
fait les honneurs du
Havre d’une maniéré toute
galante & fpirituelle, fans
que cette innocente Galanterie
diminué rien du

LE MERCURE donné encor aucunes nouvelles. A dire vray , Ma- dame, j’ayeflé bien aile d’amafler ce que j’en ay pu apprendre tous les jours de divers endroits, afin d’en faire comme une fuite d’Hilloire plus agréable pour vous. Peut-cftre nief- me y trouverez-vous de la nouveauté, parce qu’il eft impoffible que ceux qul écrivent les chofes dans le temps mefme quelles arrivent, en foient aflezbieu inftrtiits pour les pouvoir publier dans leurs plus ex a-
GALANT. zi3 $cs circonftances. C’eft un fruit qu’on a befoin de laifler meurir,pour en con- noiftre toute la bonté. Il faut du temps pour fçavoir s’il n’y a rien à adjoûter à ce qui fe débité toujours d’abord imparfaitement. Les particularirez qui écha- pent.aux uns, font rapportées un peu apres par les autres, & ilyauroit de l’in- juftice à vouloir priver le Public de la connoiflance des chofes dont le détail ne peut jamais venir avec les premières nouvelles qu’on en reçoit.
iz4 LE mercure
Pendant que plus de vingt PuilTances Souveraines liguées contre nous, amaïToient de toutes parts un nombre infïny de Troupes , celles de France qui avoient déjà pris trois des plus fortes Places de l’Eu- rope3&gagné une Bataille, eftoient dans des Quartiers de rafraîchiflement. On les croyoit fort diminuées par les fatigues de tant de Sieges entrepris dans une faifon rigoureufe, & toutes
GALANT. xTy
(frions de Troupes ennemies
qui fe faifoient de
tous collez. On ne difoic
tien des noftres ; il n’y avoit
pas mefrne d’apparence
que nous pallions eftre
alfez forts pour nous oppofer
au Prince Charles.
Cependant on a veu tout
dun coup,comme par enchantement,
Monfieur le
ti£ LE MERCURE avons en Allemagne. Ces Armées ne manquent de rien, & l’admirable prévoyance du Roy cft fibien fécondée par le zele des Minières qui exécutent fes ordres, que tout ce qui eft neceflaire pour les faire fubfifter s’y trouve toujours en abondance. Voila ce qui nous facilite tant de glorieufes conqucftes, & qui nous fait arrefter fans peine le torrent opp ofé de tant de Troupes. Voyons les mouvemens de ï’Armée de l’Empereur depuis trois
SALANT.
2L7 ^ûis que le Prince Charles qui la commande a fait [ouverture de la Campagne. Elle efroit à trois lieues de Mets dés le commencement de Juin, & dés ce temps-là Monfieur le Marefchal de Créquy commença à la combatre & à la ruiner par fes Partis & par fes divers mouve- mens. Le Prince Charles qui avoir réfoîu de tenter quelque chofe de grand, palfa la Seille la nuit du dix au onze de ce mefme mois* &vint camper du cofté de
US LE MERCURE
noftre General, mais ce ne
fut que pour y voir fon Armée
dans l’extrême necef.
fité de toutes chofes pendant
le long fejour qu’elle
y fit, & pour donner lieu à
un nombre infiny de Partis
de la détruire plus commodément.
Apres que ce
Prince eut achevé de paffer,
M.'de la Fite arriva des
le foir mefme auprès de
Monfieur le Marefchal de
GALANT.
Le Prince Charles qui ne fe feroir pas bazardé à paf- ferla Riviere, s’il euft elle averty de ce Secours, n’en reçeut la nouvelle qu’avec un chagrin mortel. Il vie bien qu’il luy feroic difficile de rien entreprendre, MonfieurdeCréquy eftanc prefque auffi fort que luyj mais comme il luy auroit efté honteux de faire voir qu’il avoir de méchans Ef- pions, ouplutoft qu’il n’en avoir point, il aima mieux faire bonne contenance dansfon Pofte, que de s’en
ip LE MERCURE
retourner fur fes pas. C’eft
où fon Armée a penfé périr,
c’eft où elle a tant
manqué de Fourages, &
tant mangé de Pain poury
& de méchans Gâteaux.
La neceffité y eftoit Ci grande,
qu’on n’en diftribuoit
qu’un pour quatre Soldats.
Il eft mefme fouvent arrive
que le Pain manquant entièrement,
elle n’a mange
que de la Vache. Il eftvray
que l’on y a quelquefois
donné quelques Elcalins
au lieu de Pain ; mais Ci cet
argent a empefché les plus
GALANT. zp
(cditieuxde crier, il n’a pas
empefché de mourir de
faim ceux à qui un fi foible
fecours ne pouvoit faire
trouver dequoy manger.
Tant que le Prince Charles
a demeuré dans ce Pofte^
quatre chofes ont ruiné
fon Armée; la Defertion,
nos Partis, le manque de
Pain, & les Païfans qui prenoient
tous ceux qui s’écarroient
pour en chercher.
Les Marchez & les
Places publiques de Mets
eftoient remplis de leurs
tji LE MERCURE à fort grand marché. Ce fut dans ce temps que Monfieur le Marefchal de Créquy fit faire à fon Armée ce beau mouvement qui embarafTa tant les Ennemis. Il fit fi bien placer fon Canon, qu’il leur tua plus de huit ou neuf cens Hommes, avant qu’on puft entendre lé leur, qui ne fut en état de tirer que plus de trois heures apres le nôftre. Ils firent connoiftre qu’ils n avoient aucun deflcin de fe battre, puis qu'ils repaf- ferentlaSeille. On trouva

ï3+ LE MERCURE temps auparavant, nous coûtèrent auffi quelques Gens. Nous perdîmes M1 de Préfonval Lieutenant Colonel de la Couronne. Quelques Gardes du Corps furent tuez , & deux E- acempts bleffcz , qui font M1 de la Eouchardiere & M' Darmandaris. Depuis ce temps les Ennemis ont fouvenc changé de Pofte3 & Mr le Marefchal de Cre- quy a toujours profite de leurs mouvemens. Ils el- toient vis-à-vis le ViHage d’Arancy, lors que ce
fouvent
mouvemens
vi-
GALANT. 1J5
gilant Marelchal apprit
Convoy. 11 fie un Détachement
commande par Mr
de la Haye Lieutenant General,
pour le furprendre.
On leur tua plus de quatre
cens Hommes, & on leur
prit du moins cent Charettes.
Ceux qui fe fignalerent
en cette occafion,
furent Meilleurs lest Ma* rquis
deGenlis &deRenty,
M‘ le Comte de Moreiiil,
Mr dela Fite, Mr le Comte
d’Aubijoux, Se Mr Marin.
Mr de la Haye y fut tué
Nos Partis ayant continué (
quatre Pièces de noftre t
Canon chargées à carton- ]
ches* les incommodèrent (
fort auprès de Maleroy. j
me on fuivoit leur marche {
avec l'ardeur qui eft ordi- ,
naire aux François, le |
Chevalier d'Eftrades qui |
cftoit Chef d’un Party de L
deux cens Chevaux, apper- j
çeut quelques Troupes de (
leur Arriereearde -, il en fit . —...........& > ,
avertir M1 le Comte de
GALANT.
JJauleyrier - Colbert, qui commandoit l’Aille gauche- 11 s’avança pour examiner la contenance des Ennemis, & les fit a-tra- qucr. Les Regimens de Portia&de Souches firent défaits. On découvrit la queue des Bagages; on y tua plus de deux cens Per- fonnes, on y fie cent Pri- fonniers, & l’on pilla quantité de Chariots. La Femme du Tréforier de l'Ar- mée, qui par malheur Ce trouva là dans fon CarrolTe avec d’autres Femmes, tut


z40 LE MERCURE temps où ils doivent du moins faire voir qu’ils n’ont pas aflèmblé tant de Troupes dans le feul deffein de nous obferver. Le Prince Charles n’auroit pas attendu fi longtemps à fe déclarer, fi M‘ le Maref- chal deCréquy l’euft laiifé plus en repos; mais fa vigilance a toujours détruit ” ta • > n
ce que ce Prince s eltoit propofe-de faire. Quand ils ont efté (eparez, il a tenu des Ponts prefts pour faire pafler fcs Partis-, & dans quelque Camp que les
Ennemis
GALANT. 14l
ont toujours efté fatiguez.
Ses Ordres s’executoient
avec tant de ponctualité,
qnon lésa veus quelquefois
inquiétez en mefme temps
par les Partis de Nancy,
par ceux des Lieux les plus
proches, par les Détachernens
de l’Armée, & par les
Païfans. C’eft ainfi qu’on
fait périr les Troupes les
plus nombreufes, & que
l • -------------O Couvent plus que fi on donnoit
une Bataille. Mf de
Beaufort Marefchal de
-— X
241 LE MERCURE Camp, pouffa une fois leur grande Garde jufques a leurs Tentes. Quatorze Cuirafliers furent pris une autre fois par un Party de vingt-cinq contre vingt- cinq. Un Lieutenant de Fuûliers, fortifié des Paï- fans du Pais Meffin , attaqua & bâtit quelque temps apres un Convoy de Vin &c d’Eau de vie, dont il enfonça tous les Tonneau^ & le Major du Régiment 3 avec très-
de Cominges , peu de Gens, avoit défait quelques jours auparavant
GALANT. 243 quatre-vingts Cuiraffiers, dont la plupart furent faits prifonniefs. Je pourrois vous raconter encor un nombre infiny d’actions devigueur qui onr efté faites par nos Partis-, mais je vous veux feulement parler de deux dont les circonstances font affez curieufes. Le Prince Charles s’en-
F * * *
nuyant de ne rien faire, &: ne voulant pas que l’on s’aperçeut de fon chagrin, réfolut de donner le Bal aux principales Dames de fon Armée. Cela ne dois
Xij
u4 LE MERCURE pas vous étonner, les Aile, mans ne marchent guéres qu’en Famille. Comme il n’eft point de Nation qui n’imite les François en quelque chofe, les Allc- mans pour paroiftre avec plus de galanterie , voulurent avoir de nos Habits les plus à la mode, & le Prince Charles en envoya demander par un Trompeté au Lieutenant de Roy de Mets , lequel par une honnefteté toute Françoife luy envoya auffi toft des Tailleurs, avec les Etofes
*
a
GALANT. 145 les plus nouvelles qu'on puft trouver. Les Habits fe firent, & on commença le Bal. Monfieur de Créquy prit ce temps pour leur donner un autre divertif- fement. 11 envoya quelques Troupes qui donnèrent l’alarme dans l’un de
leurs Quartiers , & qui eurent ordre de fe retirer d’une maniéré qui pût engager les Ennemis à les pour- fuivre. Ses Ordres furent ponctuellement executezj & comme il avoit fait placer plufieurs Canons char-
la plupart de ceux
furent tuez ou bleflez; &
• •
X46 le mercure gcz à cartouches dans un endroit où les Ennemis ne croyoient pas qu ’ il y en euft, qui pourfuivirent nos Gens
I
l’alarme s’eftant répandue dans tout le Camp, le Bal fut tellement troublé, que les Allemans oublièrent leurs Dances,Scnefçcurent plus faire de pas que pour décamper quelques jours apres. Le Canon ne leur fut pas moins fatal le jour que leurs Fourageurs furent enlevez. La plupart des
GALANT. 247 Officiers qui avoienc des Valets au fouràge, s’attroupèrent pour les venir défendre -, mais ils n’oferent avancer, & l’on euft die qu’ils n'eftoient venus que pour eftre témoins de la perte de leurs Chevaux. Ils ne s’en retournèrent pourtant pas tous, & plusieurs furent tuez par noftre- Canon. Vous direz peut-eftre que c’eft n’avoir rien fait, que de n’avoir ny pris de Places, ny gagné de Batailles-, mais apres les premiers avantages que nous avons X iiij
I
LE MERCURE remportez,n’eft-il pas bien glorieux d’empefcher tant de Puiflances unies d’exe- cuter aucune de leurs en- treprifes? De pareils emplois demandent le Capitaine le plus confommé, ils ont dequoy exercer toute Ton expérience, & dequoy le rendre vigilant, citant obligé de faire des mouvemens continuels, & de prendre garde en mef- me temps de n’en faire aucun de faux. C’eft par là qu’on ruine inlenfiblcment les Armées ennemies; mais
GALANT. jl nefuffirpas pour cela d’avoir du coeur, il faut avoir de l’efprit &deradrefTe, & que la telle agiffe plus que le bras.Monfieur deCréciuy a montre depuis trois mois que toutes ces chofes ne hyeftoientpas inconnues, & qu’il fçivoit joindre la conduite & la prudence à la haute valeur dont il a donné des marques dans un nombre infiny d’occa- fions , & dans la diverfité des mouvemens qu’il a faits. Comme il ne s’en eft pas trouvé un de faux*,
1)0 LE MERCURE
on ne peur marcher plus
glorieufement qu’il fait fur
les traces de Monfieur de
Turenne. Il l’a imité en
toutes chofes, & toutes les
Lettres nous aflurent qu’il
ne s'eft pas fait moins aimer
dA ans toutes les Troupes
qu’il commande, qu'il
s'eft fait craindre parmy
celles qui luy font oppoiees.
La fécondé Armée d’Allemagne,
compofée des
Troupes des Cercles, n’a
pas fait glus deprogre'sque
celle du Prince CharlesGALANT.
iP y' de Monclar l’obferve Je près, & M1 le Marquis Je Bligny l’eft allé joindre avec un De'cachement de dix Efcadrons. 11 y a près de trois mois que le Prince d’Orange aflèmble la Tienne, & qu’il attend celle de dix ou douze Alliez qui marche depuis Longtemps. Il a paru jufques icy que toutes ces Troupes nef- toient en campagne que pour arrefter les courfesde la Garnifon de Maftric; ce quelles n‘ont toutefois pu faire. Mr de la Motte avec
i5i LE MERCURE un Détachement, a elle prendre force Belliaux du cofté de Namur; & Monfieur le Duc de Luxembourg a fouragé longtemps julques aux Portes de Bruxelles. Il a envoyé quel- quesTroupes aux environs d’Oudenarde fous le commandement de Meilleurs de la Motte & d’Augen Le Prince d’Orange commença à décamper le q* & Monfieur de Luxembourg le 16. Je ne vous en diray rien davantage dans cette Lettre, quand înefm^
GALANT. z5i
on entreprendroit quelque
chofe avant qu’elle fut fermée,
afin de vous en parler
au long dans la première
que je vous écriray, & de
ne vous en point faire le
détail à deux fois.
Le Roy a donné le Régiment
de 1a Fére qu’avoie
Mr de la Haye , à M‘ le
Marquis deCréquy, âgé de
quinze ans, qui lèrt d’Ayde
de Camp à Monfieur le
Marefchal de Créquy fon
Pere. Ce jeune Marquis
montre déjà tant d’ardeur
iH LE MERCURE
roue ce que fon courage luy à
les jours aux dangers les L
plusévidens. M'deChoily 6
a eu le Commandement de ai
auffi vaqué par la mort de ?i
M1 de la Haye Lieutenant
General. 11 eftoit Gouver- ir
neur de S.Venant, lorsque di
Sa Majellé l’envoya aux a'
IndesenqualitédeViceroy. q
Il entendoit parfaitement li
les Fortifications, & pafToic u.i
pour un Homme tres-fage. in
La Lieutenance de Roy de
Montelimart a eftédonnée
GALANT.
Major des Gardes duCorps.
Les fervices qu’il a rendus,
ont toujours elle agréables
au Roy, & fa Famille eft
connue par des allions de
vigueur.
Je pafle aux Divertiftede
chofe à vous dire, & il
n’y a eu de la nouveauté
que fur le Théâtre des Italiens,
qui nous ont donné
une Piece fort agréable,
intitulée La Propreté Ridicule.
Elle eft meflée de
iy6 le mercure
quelques Entrées qui luy
ment. Le caradere de la
Femme qui eft propre jufqu’à
l’excès, eft tiré fur de
bons Originaux. On l’a
déjà jouée douze ou quinze
fois ; & Arlequin, à fon ordinaire,
y eft un Perfonnage
tres-divertiftant. Les
ComédiensFrançois fe font
contentez de faire revivre
quelques vieilles Pièces qui
avoient fait beaucoup de
bruit dans leur temps, &
on a reveu fur les deux
Théâtres, les yiJionnAÎres
GALANT. 157 Je M des Ma refis, lelodelet WUiftre de M'Scarron, & ledd- Bertrand de Cïgarai de M de Corneille le jeune, qui ertoit autrefois le charme de tout Paris, & qu’on y reprefentoic en mefme temps fur tous les Théâtres.
Il eft temps de fatisfaire la curiofité de vos Belles de Province, & de vous entretenir des Modes nouvelles dont vous m’avez mandé plutieurs fois qu’elles fouhaitoient de trouver quelque Article dans Y
Tome 5.
z5S LE MERCURE les Lettres que je vous envoyé. Ce n’eft pas une affaire peu embaraflante, Se je ne fçay comment j’au- rois pu m’acquiter de ma parole, H je ne me fuffe trouvé dernièrement dans une Ruelle abondante en Perfonnes du bel air. On y railloit un Mary jaloux, lors que je vis entrer une Femme moitié Prétieufe, & moitié Coquette. Que je fuis fatiguée!- dit-elle, apres avoir falüé la Compagnie ; J’ay efté aujour- d huy chez plus de vingt
M9
en
GALANT. Marchands, & je n’en fuis ouéres (ortie plus fçavanre que j’y fuis entrée. Jay reçeu dix Lettres de la Campagne, par lesquelles on me prie de mander les Modes nouvelles , & je ne fçay qu’écrire là-diffus. On n’a jamais veu France ce que l’on voit au- jourd’huy j il n’y a plus de Modes générales, parce qu’il y en a trop de particu- culicres -, à peine trouve- t-on deux Perfonnes vef- tuës de la mefme maniéré, chacun s’habille à fa fan-
Yij
léo LE MERCURE taifie, & l’on ne paroiil plus extravagant comme autrefois, lors qu’on n’eft pas mis comme les autres.. Pour moy, continua-1-elle,, je ne feray point de répon- fe, & je ne finirais jamais, fi je voulois écrire ladive'r- fité des Habillemens de chaque Particulier. Je don- nay d’abord dans fon Cens, pour l’amener apres plus facilement a mon but; & je luy dis en fuite que fi elle vouloir prier toute la Compagnie de s’entretenir fut cette matière, & que cha-
CALANT, ** cun dit les Modes qu’il croyoit les plus generales, jelesécrirois fur l’heure, & qu’ainfi elle trouveront fora Mémoire des Modes tout fait, fans quelle fift autre chofe que dire fon avis. Cette penfée luy plût, chacun promit d’expliquer ce qu ii fçavoit; on me donna de l’encre & du papier, & j’écrivis pour elle & pour moy, ce que vous allez lire touchant les Modes dope on fe fcrt depuis qu’on ne porte plus d’or & d’ar-
X6i LE MERCURE
On parla d’abord des Etofes, ou plutoft on en voulut parler; car à peine eufton entamé ce difcours>, qu’une jeune Beauté prit la parole, & dit que de cinquante Femmes du bel air, à peine en trouvoit-on deux qui portaient des Etoffes; & que hors quelques Taffetas & Tabis découpez & moucherez, gris & chan- geans,qui eftoienr un relire de Mode des Habits d E- tamine & de Serge des Gri- fettes du Printemps, on ne voyoit plus deFemmesvef-
GALANT.
z 6 j tues que de Toilles & de Gazes & elle adjoûta qu’elle les aimoit tellement,, qu’elle avoir voulu voir toutes celles qui avoient elle' faites, & que leur di- verfité & leur beauté ef- toient des chofes admirables. On la pria de parler de toutes celles qu’elle a- voit veuës,
quelle maniéré elle s’en ac- quita.
On fait, depuis que les chaleurs ont commencé, des Manteaux & des Jupes de plufieurs fortes de Ga-
& voicy de
1
Î64 le mercüre zes ; les moindres font les unies, les rayées, & celles qui font à carreaux. Il en a prefque de toutes cou-
I,
Il y en a aufii
y
leurs, méfiées, &fans eftre méfiées. auffi beaucoup de rebrochées, dont les fleurs paroiffent de relief. On en voit fur des fonds bruns couvertes de fleurs de toutes couleurs y & il s’en trouve de mefme fur des fonds blancs qui font le plus bel effet du monde-, d’autres font fur des fonds moucherez, & d’autres font à colomnes.
Les
CALANT.
Les Femmes du grand air qui ont le petit de.üil, en portent de blanches, avec des fleurs noires rebrochées ; & celles qui font plus modeftes, en mettent de noires unies, avec des Jupes de Gaze bleues def- fous. Les Gazes dont les fonds & les fleurs font blanches, fe portent beaucoup plus en Jupes qu’en Man- • teaux. Celles qui font rayées, & qui ont de grandes efpaces entre les rayes, remplies de toutes fortes de fleurs, font très belles;
Tome y. Z
z66 LÉ MERCURE
Mais quelque beauté quayent
toutes ces Gazes,
pourfuivit-elle, je ne defefpere
pas d’en voir encor
de plus extraordinaires,
puis qu’il n’eft point de
jour qu’on n’en remarque
aux Thuilleries d un
de Hein tout nouveau. 11
ble que tous les Manteaux
de Gaze, continua la mefme,
& ils ne font effacez
que par ceux de Points de
France fur de laToille jaune,
qui eftant accompagnez
d’Echclles de mefai2
re-
I
Jupes ; j’en acheray hyer, & cela fut caufe que je m’infor-
us
galant. point, donnent un certain ai de grandeur à ceux qui les porl tent, que les Etofes les remplies d’or & d’argent ne font pas toujours remarquer dans les Perfonnesles plus qualifiées. On voit auffi, adjoûta, t-elle , quelques Manceaux 8c Jupes de Taffetas volans 8c changeans, mais le nombre n’eti eft pas grand. Puis que vous avez parlé des Manceaux, reprit une autre, je vais parler des may de celles qui font les pl„_ àlamode. On en voit encor qui font toutes de Point de France, &d’autres toutes dePointd’An- gleterre ; mais comme elles font extrêmement cheres, le nom-
10
air
plus
^8 LE MERCURE bre n’en eft pas fi grand ; & celles dont on porte le plus, font de Moufleline rayée, avec un Point au bas des plus hauts que l’on puifle trouver. Il y en a auflî beaucoup de Taffetas de toutes fortes de couleurs, fous des Gazes que chacun choifit à fa fantaifie ; mais la plupart les prennent blanches. On en voit depuis quelques jours de Toille découpée, comme on decoupoit leTabis 8c le Satin. Les Femmes qui font un peu fur leretour, & quelques autres encor, portent des Jupes de JJrocard , 8c d’autres Etofes; les unes mettent un petit Point de France en bas, les autres une Dentelle noire. Il y en a qul mettent des Guipures de tou-
GALANT. 169 tes, couleurs 5 mais quand on les plifle, on met des Dentelles de foye douce, fans fonds,, & lans eftre guipées ny gommées. 11 yadiverfes maniérés de mettre ces Dentelles les unes en ont une grande pliflee, & un Pied qui releve ; & les autres deux grandes pliHecs à deux doigts l’une de l’autre, fo toutes deux tombantes.
Quand celle qui avoir parlé desjupes à la mode eut finy fon difeours, on prefla une vieille Fille qui n’avoit ny beauté ny agrément, 8c qui par toutes ces nifons fe retranchoit fur le bel Efprir, de dire quelque chofe fur le fojet de la Converfatiom Elle répondit avec un air dédaigneux, qu’elle nefçavoit pas.
Z iii
i7o LE MERCURE comment on pouvoir perdre Is temps à parler de ces bagatelles, & que cette matière îVeftoit bonne que pour certaines Femmes qui n’auroient jamais rien à dire, fans le fecours de leurs
Habillemens. On luy répondit qu’elle avoit raifon mais que lors qu’on eftoit en compagnie, on ferendoit ridicule, fi l’on ne
faifoit comme les autres, puis qu’il fembloit qu’on les mépri- faft, & qu’on voulut fe diftin- guer j ce qu’un Efprit bien tourné ne devoir jamais faire. Hé bien, reprit-elle brufque- ment, puis que l’efprit de bagatelle régné aujourd’huy , il faut faire comme les autres. Si
je me fuis défendue de parler des Modes nouvelles, ce n’eft
J
GALANT. 171 pas que je les ignore : comme il ne faut point d’efprit pour les apprendre, qu’on n’a befoin que d’avoir des yeux, tout le monde les doit fçavoir, & je croy n’en ignorer aucune. Elle s’arrefta un moment, puis elle entra dans le détail de toutes les Modes dont on n’avoit point encor parle, qu’elle débita avec un torrent de paroles, fans s’ar- refter un moment, ny laifTcr le temps à aucun de la Compagnie de luy répliquer par un feu! mot. Voicy tout ce qu’elle dit.
La plupart des Coëffes que l’on porte à prefent, font à co- lomnes blanchés & fans fonds» on en voir auffi de noires à petites Mouches, de Gazes fort I **7 • * ’ * '
Z inj .
ï7t LE MERCURE claires d’Angleterre fans fonds,, de blanches, de rouffes, & des Cornettes de mefme ces dernières. On ne fait plus de Bonnets frifez, Scl’on met deux petites Cornettes & mne grande.. On fe cordonne de Point de
France & de Rubans de tontes couleurs. Jamais ils n’ont tant efté en régné qu’ils font depuis la Defenfe de l’or & de l’argenr5 &. l’on met tant d’Echelles,qu’il eft impoffible que cette Mode foit longtemps en régné, parce que les Gens de qualité ne manquent jamais de quitter celles qui deviennent trop communes. On porte beaucoup de Gands garnis, & tous les Manteaux font retrouffez avec des Rubans. Toutes, les. Garnitures.
GALANT. x73 font remplies deFerets-, ils font pins courts, plus brillans, Sc mieux travaillez que les ronds que l’on portoic il y a quelques années, & il n’y a rien de plus agréable 5 on en met jufques aux Rubans de Souliers. Les Manches,dont on fe fert à pre- fent, fontde plufieurs maniérés, Il y en a de pliffees, avec du Point en bas. On en voit d’autres qui ne font point pliflees, &qui ont une Dentelle qui relève, avec un petit Pied. Il s’en trouve auffi beaucoup à bouillons. La plupart des Manchettes qui accompagnent ces Manches , font à trois rangs. On porte toujours des Bas de la Chine, & l’on n’en met plus guçres de marbrez» Les Sou-.
z74 LE MERCURE liers lontdephfieurs maniérés. On découpé des Cuirs fur des Etofes de toutes fortes de couleurs Il y en a de moucherez, laflez aux collez avec un petit Molet, 8c de brodez de Soye, Les plus magnifiques font ceux qui font deToille de Marfeillé piquée , & qui font garnis de Dentelle d’Angleterre ou de Point de France, formant une maniéré de Roze antique, comme on en mettoit autrefois fur les Souliers. On en voit aufli de Geais de routes couleurs. Les Eventails les plus ordinaires font de Peaux de Vélin, avec des Bâtons de Calânbourg. Ort les porte toujours grandes, & les belles Peintures font toujours àîàmode.
*7 J
GALANT. i7y
On fait à prefent beaucoup de Points de France fans fonds, Sc des Picots en campannes à tous les beaux Mouchoirs. On en a veu quelques-uns avec de petites Fleurs fur les grandes, que l'on pouroit appeller des Fleurs volantes, n’eftant atta- chées que par le milieu -, mais il n’y a pas d’apparence que cette Mode foit fuivie.
Toutes ceschofes ayant efté dites de fuite, celle qui en fit le récit fe trouva tellement hors d’haleine, qu’apres avoir achevé, elle ne pû.t dire autre chofe-, La Belle qui vouloir mander des Modes en Province, crût en fçavoir allez, & l’onauroit finy cette matière, fi une Perforine de la compagnie n’euflr
ïyè LE MERCURE dit qu’il faloit auffi s’entretenir des maniérés de s’habiller des Hommes N’en foyez point en peine, repartit une Beauté enjouée, j’ay vingt Amans qui àl’envy s’éforeent dcfe mettré bien pour me plaire, & je fçay comment il faut qu’un Homme foit pour eftre à la mode. Elle prononça ces paroles d’un air qui plût à toute l’Aflemblée» On la pria de dire ce qu’elle fçavoit Jà-deffus, ôcfans fe faire preffer, elle començade Morte,
L’ajuftement eft moins ne- ceflaire aux Hommes qu’à la plupart des Femmes, & il cache moins leurs defauts. Un Homme eft toûjours allez pare quand il a bonne mine; il plaift en Habit de Cavalier, & fan&
G A L A N T. zyy ornement- & les Femmes qui ne font point ajuftées, plaifenc rarement , à moins que leur beauté nefoit véritable & toute à elles,. On dira, pourfuivit cette charmante Perionne,que j’aime bien les Hommes, de parler ainfi à leur avantage: Cependant tous mes Amans font également bien auprès de moy, & publient que je fuis la plus cruelle Perfonne du monde. Tant qu’ils parleront ainfi , je ne me plaindray pas d’eux, 5c je croirois qu’on ne me devroit guéres eftimer, s’ils tenoient un autre langage. Le defir qu’ils ont de me plaire, fait qu’ils ne paroiflent devant moy qu’avec une propreté achevée, & tout cela fans avoir d’Etofes
*
27g LE MERCURE
magnifiques. On n’en voit
point prefentement, elles font
prefque toutes unies ■ à peine
en trouve-t-on de foye, & Ton
’ ne porte que des Droguets, des
Etamines des Serges5 mais
quand un Homme eft bien
coëffe & bien chauffé, qu’il a
de beau Linge, une belle Garniture,
8c une belle Verte, il eft
plus paré que s’il eftoit chargé
de Broderie ou de gros Galons
d’or, qui ne feroient que l’cpaiflir.
Les Hommes portent
a prefent des Vertes fort longues,
garnies de Points. Les
plus nouvelles font de Mouflefine
claire rayée, avec de la
Toille jaune deffous,& du Point
déflus. Leurs Chapeaux font
leurs Gands garnis de
GALANT. 179 Rubans étroits, & toute leur Garniture de mefme. Au milieu de ces petits Rubans, ils ont à leur Chapeau, fur leurs Manches, au Noeud de leurs Epées, & quelquefois aux deux coftez deleursCulotesou Rhingraves, des Noeuds de Ruban large, aux deux coftez duquel eft coufuë une Dentelle blanche. Depuis quelques jours on y en met de noire, qu’on fait coudre au milieu du Ruban, de maniéré qu’elle le couvre tout entier. On voit plufieurs Habits avec quantité de rangs d’oeillets • ils n’eftoicnt d’abord que blancs, & aux revers des Manches; on en met prefentement par tout, & ils font de toutes couleurs; on commence mefme à les en-
*
£So LE MERCURE tourerde petits Cordonnets qui font plufieurs figures, comme aux Baudriers. D’abord que l’argent fut défendu, on porta des Cordons de foye aurore, & de foye blanche, qu’on prenoit pour de for & pour de l’argent. On met des Boutons des mef- mes couleurs, & depuis peu on en porte de meflez comme les Garnitures. Les Hommes commencent à devenir magnifiques en Souliers • ils en ont de brodez qui coûtent quatre Louis la paire, mais on en voit encor
A * * •
peu. La Converfation auroit eftc plus longue, fans une vifite férieufe qui furvinr, & qui l’interrompit 5 c’eft pourquoy je prie vos belles Provinciales de fe contenter de ce que je vous envoyé.
GALANT.
Je croy, Madame, que vous eftes dans l’impatience de fça- voir ce qui s’eft parte à la Perte de Sceaux5 il eft temps de fatisfaire voftre curiofiié. Le Roy voulant faire l’honneur à Monfieur Colbert d’y aller voir fa belle Maifon, choi- fit le jour de cette Promenade- & ce fage Miniftreen ayant efté averry, fe prépara à l’y recevoir en zélé Sujet qui attend fon Maiftre, 6c un Maiftre comme le Roy. Il ne chercha point à Eure une de ces Pertes iomp- tueufes dont l’exceffiue dé-
penfe n’attire fouvenr que le defordre , & qui fatisfont plus l’ambition de ceux qui les don. nent, qu’elles ne caufent de plaifir à ceux pour qui on les
Tome 5. A a
181 LE MERCURE fait, La profufion qui s’y trouve femble appartenir qu’aux Souverains 5 & quand on cherche plus à divertir qu’à faire bruit par le fiafte, on s’attache moins à ce qui coûte extraordinaire^ ment, qu’à ce qui doit paroiftre agréable., C 3 eft-- ce que fit Monfieur Colbert avec cette prudence qui accompagne routes fes actions. I l fongea feulement à une Réception bien entendue, & ii voulut que la propreté , le bon ordre , & la di- verfité desplailïrs, tinffent lieu de cette fomptuofité extraordinaire, qu-il n’eut pû jamais porter allez loin, s’il l’eut voulu proportionner à la grâce que lu-y faifoit le plus grand Prince du Monde. Cet heureux jour
GALANT. z8j
venu, il fit affembler tous les
fdabitans dés le matin , leur
apprit le deflein que le Roy
avoit de venir à Sceaux - &
pour augmenter la joye qu’ils
luy en firent paroiftre, &. leur
donner lieu de garder longtemps
le fou venir de l’honneur
que Sa Majefté luy faifôir, il
leur dit qu’ils dévoient payer
une année de Taille au Roy,
mais qu’ils fongeaffent feulement
à trouver dequoy fansfaire
aux fix premiers mois, &
qu’il payeroitle refte pour eux.
Ils fe retirèrent fort fatisfaits,
& fe furent préparer à donner
des marques publiques- de la
joye qu’ils avoient de voir lé
Roy. Ce Prince n’en découvrit
pourtant rieb aux environs
LE
de Sceaux, tout y eftoit tramcjuile,
&c Ton n’eut pas mefme'
dit en entrant dans la Maifôn
de Monfieur Colbert, qu’on
y euft fait aucuns préparatifs
pour la Réception de Leurs
Majeftez. Elles en voulurent
voir d’abord les A-parternens,
dont les Ornemens &c les Mem
blés eftoient dans cette merveilleufe
propreté, qui n’arrefte
pas moins les yeux que Fextraordinaire
magnificence. On fe
promena en fuite, & ce ne fut
pas fans*admirer plufieurs endroits
particuliers du Jardin.
La Promenade fut interrompue
par le Divertiflement du
Prologue de l’Opéra d’Hermione,
apres lequel on acheva
de voir les rarctcz du Jardin»
GALANT.
i
X,es Plaifirs fe rencontrèrent par tout. D’un cofté il y avoir des Voix, des Inftrumens de l’autre ; & le tout eftant court,, agréable, donné à propos, fins eftre attendu, divertiffoic de plus d’une maniéré; point de confufion, & toujours nouvelle furprife. Je ne vous parle point du Souper, tout y eftoit digue de celuy qui le donnoir-, on ne peut rien dire déplus fort pour marquer une extrême propreté , jointe à tout ce que les Mets les mieux. aflaifonnez peuvent avoir de dclicatefle. Monfieur Colbertfervit le Roy & la Reyne ; & Monfeigneur le Dauphin fut fervy par Monsieur le Marquis de Segnelay. Leurs Majeftez s’eftant affifes,
Mademoifelle
î •
Ces
zS6 LE MERCURE &c auprès d’elles Monfeigneur le Dauphin Mademoiielle d’Orléans, Madame la Grand’ Duchefle, & Mademoifelle de Blois • le Roy fit mettre à table plufieurs Damesdont je ne m’engage pas à vous dire les noms félon leur rang. Dames furent Mademoifelle d’Elbeuf, Madame la Duchefle de Richelieu ,, Madame de Be. thune, Madame de Montefpan, Madame la Marefchale de Hu- mieres, Madame la Comteflè de Guiche, Madame deThian- ge, Madame la Marquife de la Ferté, Madame d’Eudicour, Madame Colbert, Madame la Duchefle de Chevreufe, Ma- damela Comteflede S.Aigtnn, Madame la Marquife de Se-
GALANT. 1S7- gnelay , & Mademoifelle Colbert. Toutes ces Dames furent fervies par les Gens de Monfieur Colbert, lé Roy n’ayant voulu donner cet ordre à aucun de fes Officiers. Il y avoir deux autres Tables en d’autres Salles, à l’une defquel- les eftoit Monfieur le Duc, Si à l’autre Monfieur le Prince de Conty, Monfieur de la Roche- fur-Y on fon Frere,& Monfieur le Duc de Vermandois, avec plufieurs autres Perfonnes des plus qualifiées de la Cour. Monfieur le Duc de Chevreufe, & Monfieur le Comte de S. Aft gnan, firent les honneurs de ces deux Tables. Le Soupe fut fuivy d’un Feud’Artifice admirable,qui divertit d’autant plus.
ïS8 LE MERCURE que ce beau Lieu eftant tour remply d’Echos-, le broie que les Boëtes faifoient eftoit redoublé de toutes parts. Ce ne fut pas la feule furprife que caufa ce Feu - il n’y avoit point d’apparence qu’il y en duft avoir dans le lieu où il parut,, & l’étonnement fut grand lors qu’on le vit brûler tout à coup, & qu’il fe fit entendre. Les Villages circonvoifins commence» rent alors à donner des marques de leur allégreffe, & Ton en vit fbrtir enmefme temps un nombre infiny de Fufées Volantes dans toute l’étenduë de l’Ho- rifon qui peut eftre veuë du Chafteau de maniéré qu’on euft dit que kVillage de Sceaux nevouloit pas feulement témoi- ‘ ' - gner
GALANT. iSt gner la joye qu’il reflentoit de voir un fi grand Roy, mais encor que route la Nature vouloir ■contribuer à fes plaifirs.
Le Feu fut à peine finy, que toute la Cour entra dans 1’0- rangerie,oùellefutde nouveau agréablement furprife. Elle trouva dans le mefme endroit oii l’on avoir chanté quelques Airs de T Opéra, un Théâtre magnifique, avec des enfonce- mens admirables. Il paroifibic avoir efté mis là par enchantement, à caufe du peu de temps qu’on avoit eu pour le drefler. Monfieur le Brun y a voir donné fes foins, & rien n’y manquoir. La Phèdre deMonfieurRacine y fut reprefentce, applaudie à fon ordinaire. Cette Fefte
Tome 5. B b
181 LE MEPxCUPvE paruft finie avec la Comédie* èc Monfieur Colbert eut l’a~ * ' S ' K * J i * r */ R • * <4 • I \ f
vantage d’entendre dire à Sa Majefté qu’elle ne s’eftoit jamais plus agréablement divertie. A peine fut-elle hors du Chafteau , qu’elle trouva de nouvelles pertes, & vit briller de nouveaux Feux. Tout eftoit en joye, on dançoit d’un cofté, on chantoit de l’autre. Les Hautbois fe faifoient entendre parmy les cris de Vive le Roy, ëc les Violons fembloient fervir d'Echo à tous ces cris d’ailé- greffe. Ja maison ne vit de Nuit fi bien éclairée-, tous les Arbres eftoient chargez de lumières, & les Chemins eftoient couverts de feüillées. Toutes les Païfannes dantjoient deffousj
GALANT. 283 elles n’avoient rien oublié de tout ce qui les pouvoir rendre propres; & quantité de Bour- geoifes qui vouloient prendre part à la Fefte, s’eftoient méfiées avec elles. Ce fut ainfi que Monfîeur Colbert divertit le Roy par des furprifes agréables, &. des plaifirs toujours re- naiffans les uns des autres. Scs ordres furent executez avec tant de jufteffe & tant d’exadi- tude, que tout divertit également dans cette Fefte, 8c qu’il n’y eut point de confufion. On peut dire qu’elle fut fomptueu- fe fans fafte , 8c abondante en toutes chofes, fans qu’il y eut rien de fuperflu.
Puis que vous me demandez encor des Lettres en Chanfons, B b ij
£S4 le mercure
& que vous les trouvez diverchain.
Je fuis ravy que celle de
Mr Galant ne vous ait pas
moins plu qu’elle a fait à tout
Paris. La Copie dont je vous
ay fait part, avoir paffe parmy
tant de mains, qu’elle n’eftoir
pas conforme à l’Original, 8c
il y avoir mefines quelques Couplets
doubliez. Je fuis obligé
de vous en avertir pour la gloire
de l’Autheur. le ne vous dis
rien des avantages que Mr le
Chevalier de Chafteaurenaud
a remportez fur les Hollandois,
ny de ceux que nous avons eus
en Catalogne, l’efpere vous en
entretenir le Mois prochain, SC
GALANT. 285 • ■- - »
rirez qui n’ont point encor efté 1
evous envoyeray en
mefme temps une des plus, belles
Pièces d’Eloquence dont on
ait oiiy parler depuis plufieurs
années. Toute la Cour en convient;
& toutes les Perfonnes
font de ce fentiment.
A Paria ce jz. luillet 1677.
F 1 N.
Page ri 4. ligne t 4. au lieu de qu’elle luy
fait, A/?tqu’il luyfait. Page ijy. dansla
première ligne, au Rondeau JeMadame des
Houlieres, au lieu de il nousplaift , itfez.. il
leur plaift. Page 4;. ligne 4. Aragous,
bfez. Dragons
ON donnera un Tome du Nouveau
Mercure Galant, le premier
jour de chaque Mois fans aucun
rctardemenr. Ô11 le vendra vingt
fols relié en Veau, 6c quinze relié en
parchemin.
s
de luy apprendra rhfpagnol,
■S* -J» 3» 5^
•J» C* *5^*5» '$* 4? >$♦ ' 4* i*
TABLE DES MATIERES contenues en ce Volume.
Innet de Monfeur de Fontenelle a une de fes A mies qui l'ayoit prie
I J S r > •? s..
€loge de Marques petit Cbïen Arra. gonnoti, du mefme Aatb ?ur,
A'vanture de Mon fie a r le Vicomte de., Combat donne devant la Fortereffe de T'abago^ avec les Noms des Morts &. des IBleffe^ de tous ceux qui s3y font fgnale.
Wsfcr'ption de tout ce qui a paru a Nerfailles aux T méfiions folemn elle s qui s y font faites, avec les Noms de toutes les ‘Tapijferies de la Q>u~ ronne^ d^s grands Tcintres qui
en ont fait les 'Deffins.
Vers furie lubild de fin A/foyale. Autres Versfsrfis Conqueftes. ’VeVifi fur le me fins Sujet*
TABLE.
de M. de Mimur fur les (fit*
es dttJRoy.
Ffijlre en Ters de M. de Ffmboiiillet
à Mo nfieur le T rince de Marfilla c.
• Air de M. de Moliere far des Paroles
de M- de Frontiniere, chantées de*
yant le Tjoy far Madem Jacquier.
Sujet de deux O fer a mis en Mu fi que
■bar le me fine.
Ayanture des 7builleries.
ponde au de Madame rJ2 es-Meulières
à une dé fis Amies.
les Moutons, Idylle delà mefme.
peceftton faite au rnejme j/rmee far
Madame la ds Ion fiée.
Téragedie qui lu y efioït frefaréeà POr~
■ deaux^ où les deux Fils de Mon fie ur
de Seyefie font admirer.
F'ers à la gloire dupoy & de Monfieur
le 7i uc du Maine.
Mariage de M. le Ccinifide Montoifin
CF de Made moi fille de Çbeyricres*
Mariage de M. 7, elrieti^ & de Ma- demoifelle de Bdontrnort.
F"vyage de Bdademoifèlle dOrleam a EugyJe s bonre^pour Bdademoifelle de Bre^al.
w \ M *k A t ' î * ft ï _ 9,
Le fait Bd. d* A rfautes ConfHier
d'EJ?at^ & donne la ( barge de T rentier T rendent de Bretagne à Bd. de dr> 7 °
7 ontcfiartra/fi.
Bd. F Abbé Colbert éleu depuis peu
‘Prieur de Sorbonne > fait un beau Pii J cour s à Couverture des Sorbonh que s.
F~ers de Bd. de Corneille C aifné'fur les Conquejles du 7(oy.
Ffijloire de la VeuVe & de Bd. de U
Forejl. \
Le Boy donne C ArcbeVefcbéde Bourges au Fils de Bd. de la FriUiere: L* Eve Je b é d'Vjè^ à Bd. l'Abbe Poncet^ celuy de Cbaaions fur Saône à Bd. Félix, celuy du Bellay à Bd l'Abbédu Luurens^ ctluy demande à IB.def iancour^ Abbé delà Croix, celuy de Lavant à M. l'Abbé de la Berebere.
f
T A B L E. x t p M / ** . ” > •• J Mo/? de M. le Marquis de Tianejje.
Impromptu four M.Z? Tue, fait par
Madame le Camus en prefence de ce
F rince.
Fers de Madame le Camus, à Madame
la M.arefcbale de Clerambaut.
Mariage deM.le Marquis de Foix,&
de Mademoifelle d'dfendrefin , première
Fille d'dfonneur de Madame,
Le ^oy donne I Abbaye de la Croix à
M.l'kbbe'Fellot.
2ele de M. le Marefcbal de G ramont
pour le fer'Vice du foy.
F loge de Fer failles & de Frianon par
Monjieur le T> uc de S. AJgnan.
Fers à Madame la Trefdente d’O-
^embray, par le mefme.
fe qui s eftpajjé en Allemagne entre
l'hrmée du 7(oy (F celle de b Empereur.
Le Fpy donne le Fegiment de la Fere
au Fils de M leMareJchal de Crequys
le Commun deme nt de Fhion'^iïle à
M. de (ftâfys l* Lieutenance de
foy de Montelimart , à M. de Scrignan.
TABLE. %>i‘VertiJfèmens donne^ au ‘Public. Modes 2^ou\>elles, *P e/cription de la Fejle de Seeaux. Fin de la Tabler
Extrait du Privilège du T^oy, PAr Grs.ee & Privilège du Roy, Donne à S. Germain en Laye le 1y.Fev.r672. Signé, Par le Roy en fon Confeil, Villst, Il eft permis au Sieur Dan. de faire imprimer, vendre & débiter par tel Imprimeur & Libraire qu’il voudra choifir, un Livre intitulé Le Mercure Galant, en lin ou plufieurs Volumes, pendant le temps de dix années entières, à compter du. jour que chaque Volume fera achevé d’imprimer pour la première fois. Et defenfes font faites à toutes Perfonnes de contrefaire Jeflits Volumes, à peine de fix mille livres d’amende, ainfi que plus au long il eft porté cfdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté le 27. Février 1672.
Signé, D.Thierry, Syndic,
Et ledit Sieur Dan. a cédé fon droit de Privilège à C. Blageart, Imprimeur-Libraire, fuivant l’accord fait entr’eux.
Achevé d‘'imprimer pour la première fou le premier Avufi i C77,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le