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LE NOUVEAU
GALANT.
CONTENANT LES
Nouvellesdu mois de May 1677.
& plufieurs autres.
TOME III.
Chez Guillaume DE LiiYNE.au Palais,
dans la SalledesMerciers,a la Iuftice.
M. DC. LXXVIL*
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE ST AIGNAN»
PAIR DE FRANCE.
^ONSEJGNEKH,
Cefl tftre bien hardy de 'Vous
adrejfter une Èpiftreà vous qui
fta.ites tous-les jours des Lettres
admirables, qui écrive^avec
une délicatejfte dont fi peu de
a. ij
EPIS T RE.
Perjbnnes peuvent approcher. Ce n efl point aujf comme bel C^rit que je prens cette liberté. Les matières dont traite le Mercure luy ont déjà donné entrée prefque dans toutes les Cours de l'Europe. le cherche à l'y faire re semoir agréablement 3 & je n en puis trouver un moyen plus Jeuri que de luy faire porter <voftre 1 lia Lire Nom. Ce Nom eft connu par tout, MO NSE I- GNEVR, il ri y a, point de lieu, quelque reculé quil fait, ou ’ l on demande qui mous eftes, & je ne puis douter que le Mercure ri y trouve une tres-favo-
epistre.
^able réception,fi wons me permette^ de publier que le dej- fain vous en a plu > que fa lecture vous a diverty, & que ceft particulièrement farvofire approbation que je me fuis cnhar- dy a le pourfuivre. De quel poids ne fara-t-elle point auprès des Critiques, cette glo- rieufe approbation dont vous fouffre^que je me flate? Dira- t-on que vous manque^ de lumières pour juger fainement des chofes, Vous, MONSEIGNEUR, qui efles reconnu de tout le monde pour un Çfprit tout éclairé, qui pojfedec^ a Hj
É PI S T R E, éminemment ce qùil y a de plus belles Connoijfances, & dont les jugemens règlent fi foulent ceux de l'Academie Francoife 3 établie pour mettre h Langue dans fa plus exacte purete ? Ne croyez pas, MONSEIGNEUR, que ce jufte témoignage que je rends de vous à la vérité, Coït un
commencement des louanges que je me préparé a vous ner. La matière eft un peu trop ample& de quelque cofté que qe me tournajje je m en trouver ois bien-to$l accablé. En effet) que n aurois-je point 4
Y
i
E P I S T R E.
dire de cette inflgnel^aleur dont vous avez. tant de fois donne de fl éclatantes marques ? Elle pa- roiftra afez.ailleursdansleflm- ple Récit que je me referve à faire de vos grandes Actions, & j'adjouteray feulement icy qu- elle nevous eflpas moins unbien héréditaire, que cette merveil- leufe adrefe de corps que vous avez. toujours eue en partage. Nous le voyons par la Charge de Me être de Camp de la Cavalerie Legere qui ne s efl jamais donnée quaux vrais Braves, gÿ dans laquelle feu Monfleur le Comte de S. Aignan voflre
*
EPI S T RE.
Pere s'acquit autrefois une fi haute réputation ; du cofiede
l adrefie, ne fut-il pas lefécond Ajfaillant fous le Prince de Conty au grand Caroufel de Louis XIII, comme vous l'a- <vcge(léfous le Roy à celuy dont il plut a Sa Majefléde fe donner le magnifique Divertiffe- ment. Avec quel avantage ny parufies - vous pas, & quels yeux manquante s-vous d'attirer dans une occafion fi propre a faire voir la grâce toute particulière que vous ave-g dans ces nobles Exercices qui font fi necefiaires aux Personnes de
epistre.
« •
mefmc des Fils de Rois qui,
n ont pas quelquefois dédaigne
de -venir prendre des Leçons fous
nos meilleurs M.iifires? T en a
t- U aucun où mous n excelliez?
ou plutd t, MONSEIGNEUR,
ne peut-on pas dire que mous
eflesuntverfel,&que U Galanterie
eft tellement née avec mous
4
Une mous fujfitpas de fçayoir
exécuter. Combien de Speffi icles
inventez.cn un moment pour
E PI S TRE.
vivacité de ce merveilleux Génie
qu on ne faurait ajfe^ eftimer!
Onsyfouvient encor avec
plaifirde celuy de l JfieEnchantPfi
C* 7? „ 7 „ > > *
finsfurprife, & ddt l Invention
ne demandaitpas moins une Atouteguerriere,
qu un êfirit
véritablement galant. Mais à
quoym arreiïay je, MO NSE IGNENR?
Lefttme h confiance
dont le Roy mous a toujours
honoré, ne font, elle s pas
de ce mente extraordinaire
qui parle fi avantageufement
pour mous. En mous confiant la
EPISTRE.
Place dont il vous a fait Gouverneur , il vous a mis entre les mains une des Clefs de fin Royaumes & cegrandDépoflne juflifie-t-il pas avec toute la gloire qui vous eftdeu'è combien vos longs fervices ïontperfua- dé fortement de voflre fidelité? Voila beaucoup de chofes, MONSEIGNEVR, qui feraient un long Panégyrique pour un autre-, on fercit ajfuré- nent épuifé ; & fi on adjuûtoit en finiflant qu’on en auroit en - cor bien d’autres a dire, ce ferait une flaterie qui ferviroit d’embellijfement à la Lettre. &
i
EPI ST RE.
4
ces mitres cbofes ne fer oient que ce qui auroit efté déjà dit; mais il n en efi pas ainf de vous, & le Mercure <va faire <voir par l ’ Article qui <v ous regarde, que f j ay fait icy une legere ébauche de ^vofire Portrait, ça cfte feulement pour prendre l'occafion de faire connoifîre à tout le monde avec combien de p afon S5 de respect je fuis,
.‘MONSEIGNEUR,
Voftre trcs-humble & très- obeïfTanr Serviteur. D*
NOUVEAU
M
G
E
A
T 0
O
RCU RE
L A N T
M B HT.
1 U s m’en dites,
trop. Madame, on
» s’oblige foy même
en obligeant une Perfonne
auffi fpirituelle que vous;
& la peine que j'ay à vous
amalîei des Nouveautez ne
Tome 3. A
i
--------------------------------------------------usa
Z LE MERCURE vaut pas les remercimens que vous m’en faites. Ileft aïfé d’eftre officieux pour une Amie devoftre importance, & le zele que je vous ay voüé m’ayant toujours fait chercher avec ardeur les occafions de vous en donner des marques, je vous fuis plus redevable de voftre curiofité, que vous ne me l’eftes du foin que je prens de la fatisfaire. Si ce que jevous envoyé mérité le nom de Prefent que vous luy donnez, j’ay lajoye de vous en pouvoir faire de
GALANT. j considérables. Ils le &- roient moins, s'ils cfloient tous de mon propre fonds: je me fers pour cela du bien d’autruy, & ce qu’il y ad a- vantageux pour moy, ceft que ceux à qui je prens, ne m’obligent point à refti- tuer, il fuffit que je déclaré ce que je leur ay pris. Ifô font contens que vous en joüiffiez, & nous fommes tous fatisfaits. Je vous ay marqué dans la fin de ma derniere Lettre, que j’efeois accablé par l’abondance de la matière^ j’en ay encor A ij
4 LE MERCURE
en ne vous envoyant pas
ma Lettre dans le temps
que je vous ay promis, ou
de ne vous pas mander tout
ce que je croy digne de voftre
curiofité. L’embarras
eu je fuis nem’empefehéra
pas pourtant de commencer
par où j’ayfiny ma dernière,
& de vous entretenir
encor delà Bataille. Jepuis
bien vous parler deux fois
d’une chofe dont on parlera
éternellement, & dont
galant. 5 e on découvre tous les jours 11 des circonftances qui aug- e mentent la gloire que Son s Alteffe Royale s’y eft ac- s quife. Elle eut trois BataiL j les à foûtenir dans la fa- t meufe Journée de Caftel,
- puis que les Bataillons de
s fon Armée eurent non feu- i ment à combattre ceux qui
eftoient dans la Plaine, & ceux qui venoient apres • s’eftre rafraîchis, mais
; qu'ils effuyerent au (Ti le feu
: de tous ceux qui eftoient à
couvert dans les hayes ; ce qui fait voir que fi les deux A iij
6 LE MERCURE Armées euflent cfté en pleine Campagne , celle de France, quoy que beaucoup moins forte, auroit triomphé fans que la victoire y euft efté difpuréeun feul moment. Je me fens obligé de vous dire à l’avantage des Suides, dont per- fonne n a parlé jufques icy, , qu ils y ont acquis beaucoup de gloire ; Que les Gensd’armes Anglois & Ecoflois chargèrent trois fois enfemble , & que les Anglois furent une quatrième fois a la charge , &
GALANT. *7
fe meflerent avec les G ardeur
Prince d O range qui
eftoitàleur tefte. Permettez-
moy dadjouter a ce
quelque particularité des
Moufquetaires, on nen
peut parler trop fouvent^
mais ce que j’ay à vous en
dire, prouvera ce que j ay
déjà marqué touchant le
nombre des Bataillons ennemis
dont fi falloir qu un
pour cette raifon que les
Moufquetaires mirent pied
à terre, & non feulement ils
défirent les Bataillons qui
A. _
111)
8 LE MERCURE les avoient obligez de corn- barre a pied, mais en remontant à cheval ils ef- fuyerentune déchargé qui leur fut faite par de nouvelles Troupes, & qui tua ïoixanre de leurs Chevaux. Ce fut là où Monfieur de Moilfac fut tué. Le feul nom des Moulqtjeraires naît le defordre dans un Bataillon Hollandois. Un Officier qui eftoità la telle les voyant venir l’Epée à la main d une contenance toute fîere, s’écria en ces propres termes. Uousfont.
galant. 9
mes perdus, ce font les M'offris
que Je me trouve fus
leurs pattes. Ces paroles ne
leur font pas defavantageufes;
puis qu’on les rcncontroit
fi Couvent, c’eft une
tout. Auflî cesHollandois
en furent tellement épouvantez,
qu’apres une feule
décharge qu’ils firent, ils
jetterent leurs armes pour
eftre moins embarraifez en
On ne peut refufer au
Princed’Orange les loüan10
LE MERCURE
ges quiluyfontdeuës. Dés qu il vit le defordre parmy fes Troupes, & qu’il tftoit impofiible de les rallier, il fit débander toute fon Infanterie dans des hayes, de peur que les chemins qui lont fort ferrez & méchans ne l’arreftaïTent dans fa re- - iraite. Cet ordre qu’il donna a propos, empefeha la perte du relie de fon Armée. IlferetiraàYpreSjOÙ
11
eut quelque Déméléavec le Prince de Nafiau , chacun des deux voulant que 1 autre fut caufe du malheur
GALANT. n
qui leur eftoit arrive-, mais
ils s’en dévoient plûtoft
duite, & à la valeur de Son
Alrefle Royale.
Puis que vous regardez
les Lettres que je vous écris
comme une Hiftoire journalière,
& que vous m’affurezque
plufieurs en font
de mefme, je croy eftre
obligé d’y mettre les Noms
de beaucoup d’Officiers
qui ont efté bleflez ou tuez
enfe fignalant, & dont je
ne vous ay point encor
ii LE MERCURE
M. le Comte de Carie,
Enfeigne des Gensd’armes
Ecoflois, bielle & prilonnier.
M. du PaïTage, Marefchal
des Logis au mefme
Corps.
M. le Chevalier de la
Guette, Capitaine-Lieutenant
des Gensd’armes Anglois,
bielle & prifonnier
dans le mefme Corps.
M.leChevalierdeCroly,
Enfeigne.
M. Obrien, Marefchal
des Logis.
galant. !3
M. le Marquis de Mongon,
Sous-Lieutenanc des
Gensd'armes de Bourgoville.
Capitaine-Lieutenant
des Chevaux-Legers de la
Reyne.
M. le Marquis de Vi'ilarceaux,
Sous-Lieutenanc des
Chevaux LegersDauphins.
M.Lanjon, Sous-Lieutenant
des Gensd’armes
d’Anjou.
M. de Refuge, Capitaine
aux Gardes, blefle & prifonnier.
U ' LE mercure
M Maliffis , Capitaine
au mefme Corps.
ne au melme Corps.
M. le Sage.
M. de Varenne.
Monheur de Fourrille,
tous trois Lieutenans au
mefme Corps.
M. de Beaumont Sous-
> au mefme
M. de Nonant, Enfeigne
au mefme Corps.
M. de Villechauve, Lieutenant
Colonel du Régiment
du Roy, & Brigadier
d’infanterie. °
GALANT. 15
M. des Farges, Lieutenant-
Colonel duRegiment
delaReyne.
M. Laufier, Major du
Régiment des VaiïFeaux.
M. de l’Etoille, Lieutenant-
Colonel duRegiment
M. Des-Dames, Major
duRegiment de Humieres.
M .de la Meloniere3Lieutenant-
Colonel du Régiment
d’Anjou.
M. le Marquis de Genlis,
Colonel du Régiment de la
Couronne.
M. le Marquis d’Are-fur
16 LE MERCURE.
Tille, Filsaîne'deMonfrcur le Comte de Tavanes, Capitaine au mefme Corps.
M. Zegber, Major du Régiment de Greder.
M. le Comte de S. Luc, Moufauetaire.
M. le Marquis de la Grange,Guidon des Gensd’armes Ecofiois.
M. Mâcher, Guidon des Gensd’armes Anglois.
M. Rirdan , Marefchal . des Logis au mefme Corps.
M. Corder, Marefchal desLogisdes Gensd’armes dcBourgocme.
w O
*
M.le Chevalier deBeauvaux
, Capitaine ~ Lieutenant
des Gensd’armes de
Monfieur.
M. le Marquis de Villacerf,
Capitaine dans le Régiment
de Tilladet.
M. de la Boifliere, Capitaine
auxGardes.
M. de Crean, Lieutenant
Colonel du Régiment
de Humieres.
M. Sigoville, Major du
Régiment du Maine.
MonfieurCh*clar, Major
du Régiment d’Anjou.
M. de Villars, Lieute-
Tome 5. B
JS LE MERCURE
nant-Colonel duRegB iment
Royal Italien.
M Bouron, Lieutenant:
aux Gardes, efl: le feul des
Prifonniers qui n’ait point
eftéblefle. On peut juger
par là de 1 ardeur avec laquelle
nos Troupes ont
combattu. Tous les Officiers
fe font fignalez, foit
Ennemis, foit en ralliant
leurs Troupes, & l’on ne
peut rien adjoûteràce que
les Bleflez &lesPrifon niers
ont fait. Vous voulez bien,
Madame, que je vous en
GALANT. ij> tretienne du mérité & delà valeur d’une partie de ces Officiers. J’elpere avec le temps vous parler des autres, & jecroyque puisque vous fouffrez que mes Lettres deviennent publiques apres que vous les avez leucs, on prendra à 1 avenir plus de foin de m’informer du mérité de ceux qui fe feront diftinguez dans les grandes occafions.
Monfieur le Chevalier delà Guette a combattu a- vec beaucoup de vigueur-, mais ayant eu un Cheval B ij
xo LE MERCURE
tué fous luy, il ne put s’empefcher
de tomber entre
les mains des Ennemis.
La Famille de Monfieur
le Marquis de Villarceaux
vous eft connue. Son
Grand Pere eftoitConfeiL
1er d’Eftat, & Monfieur le
Marquis de Villarceaux fon
Pere a toujours paffé pour
brave, galant & bien fait. Il
fert encore le Roy dans la
Venerie, & celuy donc je
vous parle a la furvivance
decetteCharge, lleftaufli
Sous-Lieutenant des ChevauxLe^
Oers Dauphins, &
GALANT. xi
donnant des marques de
fon courage.
Monfieur de Refuge Caveu
du Confeiller de la
Grand’Chambre qui porte
le mefme nom, & dont la
probité eft fi connue.Monfieur
de Refuge fon Pere a
efté Lieutenant General en
Italie fous le Prince Thomas,
qui connoifiant fon
grand mérité, fouhaita de
î’avoiraupresdeluy. Monfieur
le Marquis de Refuge
LE MERCURE prit & de coeur. Il fçait parfaitement bien l’Hiftoire. Ileftoit àMaftriK avec fon Régiment, lors qu’il fut af- fiegé par Moiteur le Prince d’Orange. Il y fit connoi- ftre de quelle Famille il ef- toit. LeCapitaineauxGardes dont j’ay commencé à vous parler,a fait voir dans cette derniere occafion ain- fi qu’en beaucoup d’autres, qu’il eft digne du Nom qu’il porte. On ne peut avoir plus de mérité qu’en a Madame de Refuge leurMere, ce qui le connoift par l’ef-
GALANT. Z3
time particulière, & la forte
Monfieur de Fourrille
eft Fils du Lieutenant Colonel
des Gardes. Il n’a pas
moins de delicarefte d’efprit,
que de véritable valeur,
& l’on ne fçauroit douter
de la fatisfaeftion que le
Roy a reçeue de fes fervi.-
ces, puis qu’il luy a donné la
Charge de Capitaine aux
Gardes q l’avoit Monfieur
delà Boiffiere.
Monfieur de Genlis,
quoy que jeune encor, eft
*4 LE MERCURE Colonel du Régiment de la Couronne. On aveu mourir trois de fes Freres à la tefte deceRegitnenr; mais les Gens de coeur loin d’ap- prehender la mort,portent fouvent envie à ceux qui la trouvent au Lit d’honneur, llert Neveu de Moniteur le Marquis de Genlis, Lieute- nantGeneral.
Moniteur le Marquis d’Are-fur-Tille , Fils aine de Moniteur le Comte de Tavancs,ert d’une des plus llluftres Familles de Bourgogne. On a ven des Ma- refchaux
GALANT. zj
refchaux de France dans fa
Maifon, & il n’a pas efté
blcflefans vendre bien cher
aux Ennemis le peu de fang
qu’il a répandu.
On a peu connu de Gens
plus intrépides que Monfieur
de Moiffiac Cornete
des Moufquetaires blancs.
Il avoir donné en Candie
des marques d'une grande
valeur, & s’eftoit fignalé
dans le Régiment des Gardes
dont il eftoit Officier,
avant que Sa Majefté euft
reconnu fes ferviccs, en le
failant Cornete des Mouf-
C
• f
zô LE MERCURE quetaires. Il entra le fécond dans Valenciennes, & apres avoir pouffé les Ennemis â la Bataille de Caf- fel, combatant à la telle des Moufquecaires, il a elle tué en remontant à cheval.
Monfieur le Comte de Carfe,FilsaînédeMonfieur le Marquis de Gordes, eft mort à Ypres, des bleffures qu’ilavoit reçeuësà la mefme Bataille. Il eft de la ■ Maifon de Simiannes, qui eft une des plus considérables de Provence, & fon
GALANT. 2.7 GrandPere eftoitCapitaine des Gardes du Corps fous LoüisXIlI. On ne peut a- voir plus d’efprir qu’en avoir ce Comte, quoy qu’il nefuftâgé que de vingt ôc deux ans- & nous avons admire’ detres-beaux Ouvrages aufquels il avoir beaucoup de part.
Moniteur de Creil, Capitaine aux Gardes, mérite bien de trouver la place icy. Les Ennemis ayant fondu fur fon Bataillon qu ilsmi- rent d’abord en defordre, il le rallia avec beaucoup de C ij
18 LE MERCURE
courage, & le mitplufieurs
fois en eftat de les foûtenir.
J’oubliois à vous parler
de Monfieur de la Tournelle,
Capitaine au Régiment
Royal des Vailfeaux,
qui fut blefle en allant dire
au Commandant du Bataillon
qu’il falloir attaquer
les trois des Ennemis qu’il
avoit en telle. Ce fut la
première aâion du Combat,
ce Bataillon de quatre
cens Hommes ayant
pafiele premier le RuilTeau,
& rompu fur une hauteur
les trois Bataillons qu il efGALANT-
19 toit allé chercher. Monfieur de la Tournelle s eft fignalé depuis dix-fept ans en toutes les occafions ou fon Régiment a efté employé. 11 fut blefle a Bou- chain, & il l’avoit efté auparavant à Senef, ou il mérita d’eftre diftingué par Monfieur le Prince.
Je croy vous devoir dire encor que je me fuis trompé, en vous marquant que Monfieur de Tracy eftoit à la Bataille. Ce font quelques Relations qui m ont fait faire cette faute-, mais C iij
l
30 LE MERCURE
il eftoit facile de fe méprendre,
puis que le Secours
qu’il avoit amené a combatu.
11 ne me refte plus pour
vous tenir parole, qu'à vous
envoyer les Vers dont je
vous aydéja parlé, mais je
vous avertis que je ne prêtons
point eftre garant de
ce qui ne vous y plaira pas,
s’il arrive que vous y trouviez
quelque chofe à condamner.
Ce n’eft point à
moy à le? examiner quand
ils viennent d’un Autheur
GALANT. 31 nuis de la réputation par d’autres Ouvrages. Si je vous en envoyé de médiocres fans vous nommer ceux qui les auront faits, je veux bien vous en efti e ref ponfable: & cependant je paffè au Sonnet de Monfieur rAbbéTallemantl’ai- né, Que je vous ay promis. 11 eft de l’Academie Françoise, & fon ESprit eft connu par des Ouvrages d une autre confiderationque des Sonnets. 11 a fait des Traductions qui ont eu 1 avan* tase déplaire au Roy, & d C 111)
Lr ' ’ >
5- LE MERCURE nous a délivrez du vieux langage d’Amior, par celle qu il nous a donnée de Plutarque.
A MONSIEUR,
Sur la Victoire qu'il a rempor- îaBa^°nhUma“itC'aPres
SONNET,
OV célébré par tout vos belles Actionsy
Z a France retentit du bruit de ’vojtre gloires
£i de cettegrande
jAi/toire^ faire l'entretien de mille Nations. N
f galant.
Vofire rare Valeur nous donne la
Victoire^ ,
Et la Pofierité ne pourra jamais
croire.
Que l'on ait triomphé de tant de
Surmonter à la fois l'Efpaÿîe & la
Hollande,
Ce n'eft pas tout l'honneur que
vofire coeur demande:
S'il a paru terrible3 il veut paroi*
fire humain.
Tel qui vous vit plus fier que le
Te jour que vofire Brasfit tant de
funérailles,
a point vende k a.
doux, le lendemain.
Je croy, Madame, qu’il
feroit difficile de trouver
des Vers plus coulans, &
que danslcurdouceurdont
chacun demeure d’accord,
vous remarquez celle de
l’efpric de l’Illuftre Autheur
à qui nous les devons.
onnetque vous ve- :
nez de voir, vous a fait connoiftrc
l’ardeur du zele de
Monfieur l’Abbe' Tallemantpour
la gloire de Son
Alcefle Royale, celuy de ?
Monfieur l’Abbe Efpric ne
vous en fera pas moins paGALANT.
5f
A MONSIEUR.
Sur la Bataille de Caflel, & la
prife de S. Orner.
SONNET.
ATtaquerSaintOmer.&d'une
noble audace
Aller remplir d'effroy le Camp des
Ennemie,
Zes combatre. les vaincre, (ÿ* les
ayant fournis.
Deux fois viïlorieux entrer dans
cette Place. ■
(trace,
Leur faire aimer le jou& où fon
Bras les a mis,
LE MERCURE
Remplir tous les Emplois à fia
Valeur commis,
y trace.
veusl' Antiquité,
U'allaient que pas à pas à l'immortalité^
IIs efloient couronnez^ apres de longues
peines.
Philippe va plus vifie,
courage eft tel,
Qpe paffant les Exploits des plus
grands Capitaines,
Dés fin premier Triomphe il fie
rend Immortel.
Je nay rien à vous dire
davantage, ceSonnetparle
GALANT. 37 aftez-, Monfieur l’Abbe Ef- prit vous eft connu, & vous îçavez qu il a fait d’autres Ouvrages qui luy ont ac- quis àjufte titre beaucoup de réputation.
Tout le monde s’eft in- tereftë à la gloire de Son Al- tefte Royale, & les Dames < ■ ’ y ont auflî voulu prendre part. Voicy 'es Vers que Madame le Camus luy a prcfentez.
S. • /
LE grand Philippe Auyifte & celuy de Valois.
Èi Philippe le Bel, tous Mois Rois des François >
3s LE MERCURE
Ont près du MontCajfel emporté
, la Victoires
Mais avec plus d’éclat Philippe de Bourbon,
Portant corne eux le me fine Nom, Vient d'efireau me fine heu couron* né par la Gloire.
Vous avezfiéja v eu trois fois,
Ffia<gïols,È la maris,H clan dois, Près de ce Mont fameux défaire vofire Armée,
Par nos redoutables François. La Picloire avec eux efi trop ac- coufiumée,
Qÿite^ vofire arrogance, elle efi bien réprimée
Par tant de glorieux Exploits é Ce Mont CaJJel a veu Son Altcffe E oya l e
F aire des efforts plusqu humains,
A^iràc ta tefie & des mains,
GALANT. 59
J-Iiros,qui difputiezj,' Empire des
Rom a in sy
Vous ne fifie s poes mieux dans les
_ Champs de Pharfale.
N'en (oyons point furpris depuis
que le Soleil
Eclaire furnofire Hemi^here^
Il ne s* efi rien veu de pareil
N nofireQrand Monarque^ Philippe
efi fon Erere.
Avouez, Madame, que
ces Vers ne font pas indignes
du Héros qui les a reçeus,
qu’ils ont un tour facile
, qu’il eft rare de trouver
dans ce qu’on travaille
40 LE MERCURE avec trop d’étude, & que pour leur donner voftre approbation, vous n’avez pas befoin de confulter l'eftime que vous avez pour Madame ie Camus, qui foûtient fi noblement les avantages de vofire beau Sexe. &
Voicy deux autres Sonnets pour Leurs AltefTes Royales. Ils font de Monfieur Robinet, qui travaille à la Gazette depuis trente- cinq ans, & qui a fait fcul . tous les Extraordinaires que nous avons veus jufques à 1 année derniere. Ils luy
GALANT. 4*
ont acquis beaucoup d eitime,
& le Public luy a ren-
A MONSIEUR*
SUK SES VICTOIRES.
Sonnet.
QVe tu nous parois Grand
dans la Lice de Mars,
Oùtoti Coeur & ton Bras moiffoii'
nent tant de Gloire!
Où faisant le Meflier du premier
des Ce fars, >
On te voit remporter Viïloire fur
JT'i Gloire!
Tomej. j D
- —* . t s
LE MERCURE
Ta Kaient fait trouver dant les
affreux H. iz^ars,
Tu fais fa des débris dl Hommes
&de Remparts,
Tôy-mefine te bafiir un Temple de
Mémoire. '
Apre< tes grands Exploit s,brillant
victorieux,
Vien recevoir l 'honneur qu on doit
aux demy-Dieux,
Vien jouir du Triomphe & fi doux
Tes Mules, à T envy, te chantent .
dans leurs Vers,
Et font voler ton Nom aux bouts
de l’ Vnivers,
Avec le Nom fameux d’un Roy
*
GALANT. «
A MADAME,
SurlesVi&oires,&fiirIeKetour de Monsieur.
SONNET.
GA&nant une Bataille,&forçant une Ville, Philippe fe découvre à nos yeux tout entier:
C'ejlun p rince,à laCour,d'humeur douce & civile,
Qui dans fon air galant ne mejle rien de fier.
•fa
dans le Champ de Mars} Philippe Achille^ jl prend l'air & le front d'un terrible Guerrier.
d y
44 LE MERCURE
D'un intrépide Coeur ^d'une Ame tranquille
ils avance au Combat^ (fi charge le premier.
Grande P rince fie , il vient tout éclatant de gloire5
Son front efi couronné des mains de la F'içtoire^
IMais c efi peu quan Triomphe & fi noble & fi beau^
Ordonnez^que ? Amour rendantfon heur extrême.
Pour difgne F eu de joye allume fin Fïambeau,
Eidun Myrthe charmant couron~ nezfie vous me (me.
Tous ces Vers, & beaucoup d autres encor, furen c
GALANT.
prefentezà Monfieur quelques
jours apres fonarrivée
à Paris. Ce Prince avant
que de partir pour fe rendre
encette Ville, avoit efté au
devantde SaMajefté àTeroüanne.
Le Roy le tint
un demy quart d’heure eriïbraifé,
& luy témoigna une
fi grande tendrefie , que
toute la Cour fut charmée
de l’air & de la maniéré a
vec laquelle ce Monarque
lereçeut. Le lendemain de
fon arrivée à Paris, laReyne
le vint vifiter avant que
d’aller aux Carmélites ; &
46 LE MERCURE Leurs AltefTcs Royales furent en fuite dîner avec elle.
Vous avez impatience fans-doute que je vienne aux particularisez des deux derniers Sieges qui ont ac. quis tant de gloire aux Armes du Roy. J’en ay re- cueilly de tres-fîdelles Mémoires : mais, Madame, avant que de vous en faire part, il faut que je vous conte une Avanture qui a mis de lafroideur entre des Gens qui fembloinr ne devoir jamais eftre broüil-
GALANT. 47 lez. Vous connoiffez une des Parties intereiTées, & voicy comme le tout s’eft pafle. Une fort aimable Marquife, qui valoir bien l’attachement entier d'un honnefte Homme , avoit étably une amitié de confiance & d’eftime avec un Cavalier qui la meritoit. Il JL <■
joignoit à beaucoup ael- prit le don d’eftre aufli galant qu’aucun autre qui ait jamais eu de la complaisance pour le beau Sexe-, & une des conditions de leur amitié fut qu’ils ne fe
4? le mercure
cacheroient rien l’un à l’autre.
Cependant il eur du
panchant pour une jeune
Veuve qui avoir autant de
naiflânce que de mérité;
ce panchantapprochoit un
peu de l’amour, & il en
fit miftere à la Marquife, '
La belle Veuve qui aimoit
les Gens d’efprir, n'eut
point de chagrin de fes
vifices ; tout ce qui flate
plaift, il luy dit des douceurs,
& elle ne crût pas ■
mer. Le Cavalier qui fçavoit
que les Femmes fè
laiflenc
GALANT. 49 laiflcnt toucher par tout ce qui fe fait de bonne grâce, fe montre emprefle à la divertir. Il lavent régaler, tâche à la tirer de chez elle, luy propofe d’agréables parties, mais tout cela inutilement. La Belle eftoit fcrupuleufe, elle haïlTbic 1 éclat, & ne vouloir point donner à parler. Une de fes Amies,qui l’eftoitaufli du Cavalier, trouva moyen de concilier les chofes. Elle convincqu’il emprunteroit quelque Maifon à une lieue de Paris, fans dire pour qui, Tome j. E
jo LE MERCURE qu’il luy apporteroit un Billet portant ordre auCon- cierge de recevoir quatre r Dames à l’exclufion de tous autres ( car la belle Veuve vouloir des Témoins qui éloignaflent l’idée d’un Rendez-vous trop particulier) qu’il prendroit fes me- ' fures pour le Régal, & qu’il ne fe fcandalifcroit pas fi on luy en témoignoit de la furprife , & mefme un peu de colere> félon que le cas ' échéeroit. La Veuve efioit fiere, & ne foudroie pas volontiers qu’on fe mift en
GALANT. 51 frais pour elle. Tourcelafe faifoit fous prerexte de promenade, & elle ne devoit rien fçavoir de plus. Il n’en falloir pas dire davantage au Cavalier. Il arrefte le jour, envoyé le Billet, donne lesordres pour le Régal; & afin de faire les chofes plus galamment, il fe réfout à ne s’y trouver que fur la fin. Cela luydonnoit lieu de deiavoiier qu’il fuft l’Autheur de la Belle, Sc on ne 1 ’auroit pas moins crû pourcela.Le jour choifi arrive ; le Concierge avoir
Eij
LE MERCURE
efté avertyparlon Maiftre,
de ne laitier entrer que les
quatre Darnes qui luy mon- •
treroient un Billet de fa
main. Pour le Cavalier il
avoit tout pouvoir, & de's le
jour precedent il -avoir difpoféce
qui efboit neceflaire
à Ion deflein ; mais nar mal- 7 < .
fe trouva ce jour là mefme
dans un engagement indifpenfablede
monterenCarotfe
à dix heures du matin, '
revenir
Son Amie écrit prompte
ment au Cavalier de remet
galant. h tre la partie au lendemain, de faire changer le Billet d’entrée qu’on luy renvoyé (carie jour y eftoit marque) & d’eftre affeuré quil ny auroit plus de changement. On donne la Lettre à un Laquais-, le Laquais perd la Lettre en la portant-, de peur d’eftre batu, il revient dire qu’il l’a donnée au Portier , parce que le Cavalier venoit de fortir. La Veuve & fon Amie partent^ le Cavalier va chezla Marquife. Onl'y veut retenir à dîner, il s’excufe fur un embaras
E 11J
r
54 LE MERCURE d affaires chagrinantesqtfil ne peut remettre, & il at- tend impatiemment que le Loir arrive pour voir le fuc- cés de fon Régal, 11 eft à peine lorty, quela Suivante de la Marquile vient dire en riant à Et Maiflreffe, quelle avoir bien des non- veües ?. coaK-, nouvelles eftoient elle dans la Rue, qu’il avoir laiffé tomber un Billet, * quelle l’avoitramaffé, que’ çe Billet s’adreifoir au Cavalier, & que le deïlus eftoic
qu’un
Laquais tnarchoit devant
GALANT. 55
d'une écriture de Femme.
LaMarquife l’ouvre, trouve
l’ordre au Concierge de
recevoir quatre Femmes ce
jour là, &reconnoift feulement
la main de celuy qui
l'avoir écrit. C eftoit un
Confeiller d’un âge allez
avancé, & en réputation
d’une avarice çoniommée,
11 venoit quelquefois chez
elle, fa Maifon de Campagne
luy eftoit connue, & il
ne reftoit plus qu a découvrir
pour qui la partie fe faifoit.
Elle réfléchit fur le
0 LE MERCURE avoir fait de dîner avec elle, fur les preffantes affaires qui luy en avoient fervy d excide,& rapportant cela au Billet perdu, elle ne doute point qu’on ne luy faffe fineffc de quelque Intrigue. L eclairciffement neluy en fçauroit rien coûter. Elle dîne promptement , va prendre trois de fes Amies, monte en Car- roffe, fort de Paris, & les mène a la Mailon du Conseiller. On la refufe fur l’ordre reçeu de ne laiffer entrer perfonne. Elle fou-
GALANT. 57
rit, dit que l’ordre ne doit
pafeftre pour elle, montre
le Billet-, grandes excufes,
tout luy eft ouvert, & le
n’eft là que pour luy obeïr.
Ce début contente allez la
Marquife, elle entre dans
le Jardin avec fes Amies,
leur fait faire quelques
tours d’Allée, & les ayant
conviées à safleoir dans
un Cabinet deverdurc (car
puis qu’on la lailfoit maiftrelfe
de laMaifon, c’eftoit
à elle à en faire les honneurs)
elles n’ont pas plû;
S LE MERCURE toft pris place, qu’elles entendent des Voix toiftes charmantes foutenuës de Theorbes & de Claveflîns. La Marquife regarde les Dames, elles ne fçavenc toutes que penfer, la réception eft merveilleufe, &
y ces préparatifs n’ont pas efte faits en vain. Apres que cette agréable Mufi- que a cefîe, elles Ce lèvent & prennent une autre Alle'e qui fe terminoit dans un petit Bois.; elles y entrent. Autre divertiftement. C’eft un Concert merveilleux de
GALANT. 59 Mufetes, de Flûtes douces, & de Hautbois. Cela va le mieux du monde ; mais il faut voir à quoy tout aboutira. Le plus grand étonnement des Dames eft de ne voir perfontie qui s’inté- reffe à cette Fefte. Elles fortent du Jardin j le Concierge qui les attend a îa porte, les prie de vouloir entrer dans la Salle, & elles y trouvent une Collation fervie avec une magnificence qui ne fepeut exprimer. La Marquife qui avoit efté bien-aife de jouir des
60 LE MERCURE Hautbois «Se de la Mufique, ufe de quelque referve fur 1 article de la Collation. Elle dit qu’alfurément on Te méprenoit, que tant dapprells n’avoient point efte faits pour, elle ; & on luy protefte tant de fois qu’autre quelle n’entreroit dans la Maifon de tout le jour, quelle eft obligée de ne coûte point que cette mé- prife ne foit l’effet du Billet
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i -------------------- ^K^XX^VV
ie rendre. Quoy qu’elle doute point que cette me- foie perdu, & qu elle voye clairement que le Régal vient du Cavalier, qui comme
f
GALANT. j’ay dit etoit fort galant, elle prie qu’au moins on luy apprenne à qui elle eft obligée d’une honnefteté fi furprenante. Acelapoint d’autre téponfe que de la prier de s’affeoir. Voila donc les Dames à table-, elles mangent toujours à bon compte, au hazard de ce qui peut arriver; & les Violons qui les viennent divertir pendant la Collation, font l’achevement de la Fefte. Enfin le Cavalier arrive, on luy dit qu’il y a quatre Dames à table, il
V ' • Z
LE
MERCURE.
62.
entend les Violons} & n ayant point à douter que ce ne foit Ça belle Veuve, ■ il fe prépare à luy faire la guerre de la maniéré la plus enjouée, de ce qu’elle luy a fait finefie du Régal qu’on luy donnoit. Il entre dans la Salle en criant, -voila,qui eft bien, honnefte, & n’a pas achevé ce peu de mots, que reconnoiffant la Mar- quile , il croit eftre tombé des nues,&ne rien voir de ’ tout ce qu’il voir. La Mar- quifel obferve,fe confirme aans ce qu elle croit par le
GALANT. 63 trouble où il eft, & feignant de n’y rien penetrer ; que je fuis ravie de vous voir, luy dit elle! par quel privilège efles-vousicy ? caron n’y laiffe entrer aujour- dhuy perfonne. Venez, mettez-vous auprès de moy-, Monfieur le Confeil- ler qui me reçoit avec la magnificence que vous voyez, voudra bien que je vous fafte prendre part à la Fefte. Ces paroles jettent le Cavalier dans un embarras
nouveau. 11 nefçait file Confeiller le joue, ou fi c’eft
64 LE MERCURE
laVeqve qui luy fait pièce;
& ne pouvant deviner par
quelle avantureil trouve la •
Marquife dans un lieu où il
nel’attendoirpaSjil tâche à
luy cacher fa furpr.ife, pour
ne
qu elle peut ignorer; mais
il a beau fe vouloir mettre
de bonne humeur, là gayeté
pa-roift forcée, & la malicieufe
Marquife fe fait un
■ * a #
1 ------------’ UC
defordre. S’il refveun moment,
elle veut qu’il foit jaloux
de ce qu’un autre que
luy la re'gale d’une maniéré
GALANT. 65 fi galante, & lnv dit plai- famment, qu’il faut qu'liait de bons Efpions, pour avoir eftéavercy de tout.fi à point nommé. Il répond qu’a- press’eftre tiré de fon affaire chagrine qui n’alloit pas comme il foûhaitoit, il a- voit appris qu’on luy avoit veu prendre la route de cette Maifon où ils s’ef- toient fouvent promenez enlèmble, q Cil l’y eftoit venu chercher,& qu il avoit eu bien de la peine à fe faire ouvrir.La Marquifc feint de croire ce qu il luy dit, & luy
Tome F
£6 LE MERCURE
parlant à demy bas, mais
allez haut pour eftre entendue
des Dames-, n’admi- ■
rez-vous pas, luy dit-elle,
l’amour?
car il faut de rieceffité que
Monfieur le Confeiller
m aime (ans me l’avoirofé
dire. Voyez de quelle maniéré
il me fait recevoir
chezluy. Il eft le plus avare
de tous les Hommes, & ;ependât
il n’y a point de profufion
pareille à la fienne.
Nous avons efté déjà régalées
dans le Jardin de Voix,
de Hautbois,&deConccrts;
GALANT. 67 c’eft une galanterie achevée , & je croy que je l’ai- meray s’il continue. Le Cavalier perdoit patience, & il fut tenté vingt fois de s’expliquer, dans la penfée que fon fecret eftoit découvert ; mais il pouvoir ne l’cf- tre pas, & c’eftoit allez pour le retenir. Le jour s’abaif- foit, on remonte en Car- roffe, Le Cavalier prend, place dans celuy delà Marquife, qui le mene fouper ç chez elle, & ne le laiffe for- tir qu’à minuit. Ce n’eftoic point afTez, la Piece pou-
F ij
68 LE MERCURE voie eftre pouflee plus loin, &. c’eft à quoy îaMarquife ne manque pas. Elle fçait par le Billet perdu, que les Dames inconnues s’atten- doienr à eftre régalées le lendemain. Elle fonge à mettre le Cavalier hors d’état de s’éclaircir,& par con- féquent de fàtisfaire les Belles. Elle luy envoyé pour cela de fort bon matin deux de fes Amis qui larreftenr, jufqu’à ce qu’elle paffe chez luy elle- malgre' qu’il en ait, elle
mefme, & fût fi bien, que
Y
GALANT. 69 l’engage pour tour le refte du jour. Ce n’eft pas fans plaifanter plus d’une fois îur la prétendue galanterie du Confeiller. Mais tandis que la Marquife fe divertit agréablement, on s’ennuye chez la belle Veuve de n’avoir point de nouvelles du Cavalier. L’heure de la promenade fe paftanr, on s’imagine qu’il s’eft piqué de ce qu’on avoir remis la Partie ; on le traite de bizarre, & on protefte fort qu’on ne luy donnera jamais lieu d’exercer fa me-
70 LE MERCURE chante humeur. 11 rend vifite le lendemain, débute par quelque plainte; & la > belle Veuve qui ne luy explique rien, fe contente de luy répondre fort froidement. Son Amie plus impatiente, le querelle de les avoir fait attendre tout le jour ; la chofe s’éclaircir, on fait venir le Laquais. Le Laquais foûtient qu’il a donné le Billet à fon Portier; & alors le Cavalier ne doute plus qu’il n’ait elle remis entre les mains de la Marquife, quoy qu’il ne
GALANT. 7r fçache comment. Il conjure la belle Veuve de choi- fir tel autre jour quil luy plaira, & il n’en peut rien obtenir. Il retourne chez la Marquife, qui luy demande s’il a fait fa paix avec les Belles qu’il a manqué à régaler le jour precedent. Il fe plaint de fa maniéré d’agir avec luy ; elleluy reproche le fecret qu’il luy a fait de fes Intrigues contre les loix
O de leur amitié. Ils fe fepa- rent en grondant, & je croy qu’ils grondent enco^ prefentement. J’ay fçeu
71 LE MERCUKE toutes les circonftancesde 1 Hiftoire, d’un des plus particuliers Amis du Ca- i valier. La Marquife veut qu’il luy nomme la Dame pour qui fe faifoit la Fefte, & le Cavalier veut eftre dif- cret. Voila l’obftacle du raccommodement.
Venons au Siégé de Cam- Je croy, Madame, qu’il n’eft pas befoin de fouvenir que eft une des plus de la Gaule
bray.
vous faire cette Ville anciennes
Belgique,quelle fut baftie du temps de Servius Tullius fîxie'ipe
GALANT. 75
fixieme Roy des Romains,
& qu’il a toujours efié fi
difficile de la prendre à
force ouverte fans y perdre
beaucoup de monde, que
quand le fécond de nos
Rois s’en rendit le Maiftre,
ce ne fut qu’apres y avoir
veu périr cinquante-trois
mille Hommes de part &
d’autre. Si cette grande
Ville efloit fi forte dés le
temps de Clodion, on pouvoir
la croire imprenable
depuis que Charles Quint
y eut Elit bâtir cette redoutable
Citadelle dont il n y a
Tome 3. G
74 LE MERCURE
avec
étonnement. Nous avons
perdu cette Place il y a qua- ,
tre-vingts deux ans. Les Ef-
1595. Monfieur le Duc de
Rhetelois fe jetta dedans j
par l’ordre de Monfieur le
Duc de Nevers fon Pere.
Le Marefchal de Balagny
quiy comtnandoit enavoit
efté déclaré Prince -, & ne
croyez pas, Madame, qu -
elle fuft alors attaquée de ■
la maniéré qu’elle vient de
l ettre par le Roy. Cette
vigueur n’appartient qu’aux
GALANT. 75 François, & il eft difficile de les vaincre, fi on ne joint l’a- dreffie à la force. Quand les Efpagnols méditèrent cette Conquefte, le Roy- Henry IV. qui avoit des affaires chez luy , eftoit à Fontaine - Françoile où il tailloir de la befogne aux Ennemis qui vouloient paf- fer en Bourgogne ; mais ce n’eftoir point allez que ce Grand Prince fufthors d’état de venir fecourir Cam- bray il y avoit des François dedans, & les Efpagnols craignît qu’ils nefif-
G ij
/
1(t LE MERCURE
tance qui en auroit pu emnant
lieu au Secours de s’affembler,
s’aviferenr d’un
ftratagémequi leur réüffir.
Le prix du Bled eftoit diminué
de beaucoup par l’abondance
de l'année, ils
fçavoicnt qu’il y en auoic
de grandes provifions dans
la Place, & ils pratiquèrent
adroitement des Particuliers
qui en donnoientplus
qu'il ne valoit. La veuc
d’un gainconfiderable tenta
l’avarice de Madame de
GALANT. 77 Balagny, qui au déçeu de fon Mary en vendit la plus grande partie en divers temps; & quand on en eut en quelque façon épuifë la Place,le Comte de Fuentes la vint affieger. LimpofTi- bilité d’attendre du Secours parce que les Vivres manquèrent incontinent aux Affiegez, les obligea de fe rendre, & on tient qu’il en pritun fi grand faififfement à Madame de Balagny,qu - elle mourut dans le moment que fon Mary fignoit la Capitulation. Toutes ces i •••
G 11
78 LE MERCURE chofes relevenc de beaucoup la gloire du Roy, & tous accouftumez que nous Tommes à voir autant de Miracles qu’il fait deCon- queftes, nous ne concevons qu’avec peine qu’en fi peu de temps, & fans aucune perte confiderable, il ait pu réduire une Ville qu'i a coûté autrefois tant de milliers d’Hommes, fortifiée d’une Citadelle qui en devoir au moins retarder la prife de plufieurs mois, & quel Efpagne ne nousavoit oftee que par furpriïe,pen”
GALANT. 79 dantquerinvincible Henry qui en eftoit fort éloigné, avoit ailleurs de prenantes Guerres à fourenir. Mais fuivons noftre Grand Monarque, il ne fait que de Valenciennes, & il eft déjà devant Cambray.
Avant que d entrer dans le détail de ce Siégé, je croy VOUS devoir nommer tous ceux qui ont alternativement monté la Tranchée, afin d’éviter une répétition de Noms qui feroit en- nuyeufe, & grofliroit trop ma Lettre.
mj
So LE MERCURE
■Mdrefch.iux de France.
M. le Marefchal de
Schomberg.
M. le Marefchal de la
M. le Duc de Luxembourg.
Lientenans Generaux,
M. le Marquis de Rend.
M. de la Cardoniere,
M. le Comte d’Auver-
.e.
M. le Duc de Villeroy,
M. le Prince Palatin de
BirKenfeld.
GALANT. Si M. le Comte deS.Geran. M. le Marquis de Tdla- det. i
M. le Chevalier de Til- ladet.
M. le Marquis de Jau- velle.
Brigadiers de Cavalerie, M. de la Fuite.
M.deBuzenval. M.lcComrede Tallard. M. d’Auger.
M. de Joflàn. Brigadiers d'Infanterie.
M.de Ruban tel.
M. de Tracy.
M.IeMarquis d’Uxelles.
Sx LE MERCURE
M. de Villechauve.
Aydes de Camp du> Roy,
M. le Chevalier de Vendofme.
M. le Prince d'Harcourt;
M. uis
verny. >
M. IcMarquis deCavois*
jeau.
Pendant qu’on travailloic
aux Lignes, les Ennemis
firent une Sortie, mais
ils furent repoufiez jufques
à la PalifTade par Monfieur
Roze Brigadier de CavaleGALANT.
Sj rie, qui fut blefle en cette occafion d'un coup de Moufquct à lacuifTe.
Le Roy vifitoit & pref- foit fans celle les Travaux, & apres qu’on eut achevé les Lignes de circonvala- tion & de contrevalation, qui furent faites par les Païfans de Picardie, il ordonna l’ouverture de la Tranchée. Elle fe fît la nuit du 19 au jo de Mars; Sa Majefté y demeura longtemps, & fit avancer le Travail. Le feu des Ennemis fut médiocre, &
v4
S4 LE mercure leur Canon ne lira que le matin.
La nuit du 30 au 31.
Les Ennemis firent grand feu. On avança beaucoup le Travail, on ne perdit ny Soldats, ny Officiers. Monfieur delaSalle le Fils Officier aux Gardes fut bleffié.
La nuit du 31 au 1 d’Avril
On avança beaucoup. Les Ennemis firent grand feu de Grenades, & furent fort incommodez par nof- tre Canon.
La nuit du 1 au z d'Avril On fit un Logement
GALANT. 85 fur la Contrefcarpe ; mais la droite commandée par Monfieur le Marefchal de laFeüillade , & par Monfieur leComte d’Auvergne, poufla fi avant, quelle força la Demy-lune & la partie droite de l’Ouvrage couronné. On ne jugea pas à propos d’y demeurer, parce qu’on craignoit les Mines. Monfieur le Marquis de Tilladet quicommandoità la gauche, planta des Piquets pour faire fon Logement; mais on fe contenta de fe retrancher fur la Con-
I
86 LE MERCURE trefcarpe, comme il avoir cftc rélolu. Les Ennemis montrèrent quelque vigueur, tuerent & bleflcrenc quelques-uns des noftres, & furent encore plus vi- goureufement repouflez. On leur prit un Capitaine & un Officier, avec quatorze Soldats: le reftele fauva
• - F
par des Caponnieres.
La nuit du z au $
Trois coups deCanon fer- virent de Signal pour attaquer deux Demy lunes entre la Citadelle & un Château qu’on emporta,Sur les
GALANT. 87
onze heures du matin on
attacha le Mineur. Montait
blefle en allant le voir
attacher, & les Affîegez
ccflerent de tirer. Plufîeurs
Lettres marquent une circonftance
que je n’oferois
aflurer, mais que je croy
pouvoir vous écrire. Elles
difent que Monfieur le
Comte d’Auvergne fît ce
qui n’eftoit point encore arrivé
à la Guerre, qu’il bâtit
luy-mefme la Chamade,
voyant que la confternation
des Ennemis les era88
LE MERCURE pefchoit de fonger à ce qu’ils dévoient faire, &que L-tcft qu’ils parurent fur . les Remparts, il leur dit, dfifiil efioit temps quilsfon- geafient au fialut de la, Ville, puis que le Mineur y efiant attaché on la forcerait, & qu ’ ils dévoient craindre quon ne la traittdtplus impitoyablement que Valenciennes , fi elle eftoit prifie parafant. OnentraenNe- gociarion, & l’on conclut une T lève qui dura vingt- quatre heures. Ilyeurplu- ficurs contcllationsJcsEn-
GALANT. S9 nemis pretendans demeurer nuiftres d’un grand Billion qui les voyoit à revers & qui donnoic fur toute leur efplanade. Mais cet Article neputeftre décidé en leur faveur, parce que c’eftoit un Baftion de la Ville, &que tout ce qui en dépendent dévoie demeurer au Roy.
11 y eut encore une autre conreftation, & le Gouverneur demandaque les Femmes de Qualité fortifient, au (fi bien que celles des petits Officiers & des Sol-
Tome 5. H
50 LE MERCURE dats avec un Pafleporr, & qu elles fuïTent conduites à Mons avec leur Bagage. * Le Roy re'pondic qu’il don' neroit aux Femmes de Qualité un Quartier tel qu’elles voudroient dans la Ville, avec une Garde fuffifante pour leur feureté -, mais que pour les autres qu’on faifoit monter au nombre de douze cens, elles pou- voient entrer dans la Citadelle, auiïî bien que les Bleflez. Il y a des Lettres quiafTurencque SaMajefté permit à huit Femmes de
GALANT. 91
confédération de fe retirer
àMons. Les Ennemis eurent
deux jours entiers pour
fonger à leurs affaires, ils
s’en fervirent pour tirer de
. la Ville tout ce qui pouvoir
eftre utile à leur defence, &
le conduire dans la Cita-
»
delle. Le Gouverneur ordonna
» tous les Cavaliers
de tuer leurs Chevaux, &
denen referverque dix par
Compagnie. Les Cavaliers
ne purent s’y réfoudre, &
l’Executeur delà Haute Juftice
eut ordre défaire cette
91 LE MERCURE quelle quatre mille Hommes commandez par de bons Officiers, fans com- ter les Officiers Reformez, tous réfo’us de fe bien défendre & de tenir au moins trois mois, entrèrent dans la Citadelle, ayant abandonné à la clemence du Roy douze cens Femmes de leur Garnifon ; ce qui donna lieu à l’Avanturefui- vante.
Une de nos Vedettes fe trouvant pendant la Trêve fi près de celle des Ennemis, qu’il ne leur effoit pas
i
GALANT. 95 difficile de s’entre-parler, le François dit à l’Efpagnol, Qu il ne fçanjoit ce quil al- loit faire , de s'enfermer dans U Citadelle, puis que le Roy ri asv oitp as permis quils emmenajfent leurs Femmes, que les François eFiant maiftres de la Tille, il trouverait
a fon retour qu'on y aurait bien fait des affaires. L’Efpagnol entra en de fi grandes appréhendons, qu’ayant jette fon Mouf- quet, il fe rendit aux nof- tres, & ne voulut point entrer dans la Citadelle.
94
LE MERCURE
Le Greffier de la Ville, & le Prévoit de la Cathédrale, fe rendirent auprès Monfieur deS.Poüange,& en ayant reçeu la Capitulation par laquelle les Habi- tansferoient traitez comme ceux de Lile , & le Cierge comme celuy de Tournay, la Trêve eftant expirée, on livra le cinquième du mois, à cinq heures apres midy, unePorte à nosT rompes , lefquelles fe faifirent de tous les Portes à mefure que les Ennemis les aban- donnoient pour fe retirer dans la Citadelle.
GALANT. 95
La vigilance, les fatigues &l’intrépidité du Roy,ne fe peuvent exprimer. 11 fut à la Tranchée deux heures apres quelle fuft ouverte, & s’avança luy quatrième jufqu’à la tefte du Travail. Quelquesjours auparavant un Boulet de Canon avoit pafte auprès du Sieur de Givry, Ecuyer de la petite Ecurie, qui n’eftoit pas loin deSaMajefté.
Le Roy ne fut pas plu- toft maiftre de Cambray, quelePrevoftde la Cathédrale, qui eft en réputation
95
LE MERCURE d’un Homme d’efprit, vint de la part de tout’le Clergé, prier Sa Majefté d’entrer . dans la Ville, ce qu’elle ne fit qu’apres la prife de la Citadelle. Quittons un'moment cette matière, & pour vous- délafler de la guerre, paflons au chapitre de l’A* mour. Voicy des Versqu’il a fait faire: ils ont un tour noble qui marque les privilèges de leur fource,& vous n’en avez jamais trouvé de ' bons, fi vous n’eftes contente de ceux-cv.
Je
GALANT. 97
IEfois vieux, Belle Iris, ceft un
mal incurable.
De jour en jour il croiff d'heure en
heure il accable,
La mortfeule en guérit, maie fi de
jour en jour
il me rend plus mal propre à grofflr
vofire Cour,
le tire enfin ce fruit de ma décrépitude,
Que je vous voy fans trouble &
Sans batement de coeur, & que ma
liberté
Près de tous vos attraits efi toute
en feureté.
des années
Pneame dont vos loixregfoient les
deftinées.
Tomej. I
98 LE MERCURE
U on que je fois encor bien defacceu* iumé
Des douceurs que prodigue un coeur vray ment charmés
A ce tribut flatcur la bienfeance oblige,
Le Mérité l'impofe) & la Beauté l'exil
DTula^e n en difpenfe, & fùt-on aux abois,
Il faut en fuir la veuë, ou luy payer fes droits-, .
Mais ne me ranççezffoint', alors que / en foupire,
JParmy les Soupirant dont il vota plaift de rire.
Eccutezjnet foùpirs fans les conter à rien,
Je fuis de ces Mourant qui (e portent fort bien,
Je vis aupret de vous dans une paix profonde,
GALANT. 99
]E.t doute, quand. ] en fors, ft vous
efies au Monde.
Avec le coeur feut-efire il efi mal
/
le me fine charme,
fld'offrent mefiv.es fer ils , me donnent
me fine alarme,
Et je riefpererois aucune guérifion^
Si l'àge efioit che^ voue mon feul
contrefoifion.
Maùs oraces au bonheur de ma
trifie avanture,
A peine ay-je loifir d'y fentir ma
blejffure.
Grâces à Amans dont ch
vous on je rit^
Dès que vofire oeil m'y bleffe, un
autre oeil my guérit.
too LE MERCURE
Souffrezjque je nienflate^ & qrià
• mon tour je cede
Au chagrinant Rival qui comme
eux vous o b fie de,
tous de ferter
vofire Cour,
Et ri ofevousparler ny ri Himen ry
d'amour.
Vous le dites du moins, & voulez^
qrion le croye,
Et mon refie ri amour vous en croit
avec joyeï
Jefayplus, je le voy fans en eftre
jaloux,
A vofire tour m en croyezyvous?
Que penfez-vous, Madame,
de cette galanterie?
L’Autheur qui prétend que
fes vieilles années luy ont
GALANT. ) loi
acquis l’avantage d’aimer
fi commodément, & qui
s’explique d’une maniéré u
agréable, ne mérité-t-il
pas d’eftre particulièrement
confidere de la Dame?
11 eft rare de pouvoir
confcrver dans unage aufli
avancé que celuy qu il fe
donne, le feu d’efprit qu’il
fait paroiftre encor dans
ces Vers-, & le vieux Martian
que vous avez tant
admiré dans 1 admirable
Pulchérie du grand Corneille,
nauroit pas parlé
loi LE MERCURE, voulu s’éloigner du fé- rieur.
A l’heure qu’il efl-, on m’apporte une Lettre qui meritebiende vous eftre envoyée, & qui efl: une efpece davanturepour moy. C’eft a vous, Madame, à qui je dois les choies obligeantes que vous y verrez. Si vous xi aviez pas ïoufferc que les Nouvelles que j’ay foin de vous envoyer tous les mois, priflentleTitre de Mercure Galant pour courir le monde, apres qu elles ont efté jufqu’à vous, je n’aurois
GALANT. 103 ■ pas reçeu un témoignage fi avantageux de 1 approbation que leur donne le Public. J’ignore le nom de la Perfonne qui me fait la grâce de m écrire-, je fçay feulement celuy de la Dame dont on me parle, ôc vous voudrez bien que je vous le taife. Tout ce que je me croy permis de vous en dire, c’eft qu elle eft d'un mérite generale- ment reconnu, & qu alla- rément vous entendrez parler d’elle plus d’une fois dans le Mercure.
I iuj
1O4 LE MERCURE
LET T RE d'un inconnu, A L’A UT H EUR
DU MERCURE GALANT.
IE fers de Secrétaire à une belle Dame, qui fouhaite, Monfîeur,que je vous mande l extrême fatisfaElwn que luy a donnée la leiïure des deux premiers Tomes de vof tre Mercure Galant. Je consens avec elle que cefl un Ouvrage très-utile, mefme
'V'Xf
x- <7
GALANT, ioj glorieux pour lu France s qu'il féru encor plus recherché quelque jour qu'il ne Tefi aujourd'hui, quoy qùil foit afe\ difficile d'en avoir des premiers, & que dans un Siecle éloigné du nofire, il fer vira de Titre à quantité de Familles dont vous faites connoifire & la nobleffi & T antiquité : mais à vous dire les chofes comme elles font, je croy qüily a un peu d'in~ terefi méfié aux louanges que vous donne la Dame dont je vous parle. Elle a une de- mangeaifon terrible de voir
io6 LE MERCURE
fin Nom parmy ceux d qui
vous donnez^ place dans le
Mercure ; Çÿ comme elle fiait
qu il a un fort grandfùccés,
qu'il court déjà dans toutes
les Villes de France, gÿ mefme
plus loin, elle n’en fait
point lafine, elle fier oit ravie
de courir le Monde avec luy.
C efi efire Coureufie, il eft
mode pas la réputation d'une
Femme s cependant elle croiroit
ri ypas haczyrder lafien*
ne, au contraire, efiant aufii
perfuadée quelle efi qu'on ne
pourra plus d l'avenir faire
7
GALANT. 107 preuve de valeur, de beaute, Êÿ de bel edfrrit, fi l'on riefi dans le Mercure , elle feroit au defèfioir que 'vous ou- bliafifiez. d parler d’elle. Quelque envie pourtant quelle en ait, elle dit fort plaifàmment quelle ne fë^ roit pas peu embarafiee d vous marquer fon bel endroit, quelle ne fait par où fe prendre pour le trouver-; çÿ que ce qui la confie, cefi quelle l'apprendra de vous par la connoijfince infufè que vous devez. avoir de tout le monde, veu U maniéré dont
108
LE MERCURE
'vous parlez de mille Gens. Iugezfi elle a raifon en cela; elle s appelle Madame U Marquife de*** & d pre. fent que vous fiçavez fin nom, je croy que vous ne chercherez pas longtemps ce bel endroit qu elle a tant de peine d découvrir. Sa naifi fiance, fia beauté, fin efirit, fi fidelité pour fies Amis, voila bien de beaux endroits au lieu dun. Choifijfêz; de quelque cofté que vous'voîis tourniez fir fion chapitre, vous ne parlerez point a faux. Elle efiere que comme
A
f
I <
L-.
GALANT. 109 les Hommes ont leurs Hf- toriens, vous ne dédaignerez point d'eftre quelque jour celuy des Femmes,^ qu apres avoir rendu a nos Braves la juftice que vous leur devez dans cette Campagne, vous eftimerezajjezies Belles pour en vouloir faire une reveu'è. Sa mode fie V empejch e de fe mettre de ce nombre, je m en rapporte à vous, Çÿ tiens cependant que les Hommes ne vous font pas peu obligez- le les trouve bien plus a leur aife reliezenVeau dans v offre Livre, que d avoir a cou-
i
9
fi
>* ' *
no LE MERCURE rir en feuilles volantes dans les autres nouvelles que les Dames lifent rarement, l'en connoy qui ont eu bien de la, joye d apprendre dans le Mercure les b elle s Actions de leurs Amans, quelles ne li- foientpoint ailleurs, ou quelles y voyaient marquées, fans qu il y cufi rien de leurs autres belles qualité^ Ceux qui fe font difiingue^ a Valenciennes & à la Bataille de Caf 'el, vous doivent un re- merciment} & ,il efi à croire que vous n'oubliere^pas les autres qui fe font fignale\ a
GALANT. in Cambhay & a s .Orner. Prenez, jy garde, je cannois une Demoifelle avec qui vous au- rïe^unfort grand démeflé, fi cvdus ne parliez^ pus de fon Amant. Ce que je remarque de particulier, c eft que vous accoûtume'zje monde d n efire pas fiché d’entendre dire du bien de fon prochain, cela efi affez^nouveau, car nofire panchant eft àlafatyre. Vous ne defobligezj>erfonne > & ce que vous dites d'avantageux pour ceux que vous louez., eft fondéfur des chofes fi véritables, que comme vous les
m LE MERCURE citez., elles ne peuvent pajfer pour des flateries. Continuez, Monfieur, je vous enfollicite pour les Belles, & je ne doute point que vous n'en foye\ follicitéd'ailleurs par tout ce qu'il y a de plus honnefics Gens en France.
Et par apoftilleil yad’une écriture de Femme.
—r, * • ~" • ** \ O
Ne croyez,pas, Monfieur, un Extravagant qui ne vous écrit que des folies fur l'article qui nie regarde. J’ay amené la mode de jouer les
7
GALANT, iij (innées du Mercure, comme on joue les Loges pour la Comédie, gÿ il veutfe vanger de ce qu'il l ’a perdu pour un an contre deux Dames contre moy, qui nous en divertirons a[è.s dépens. tAinfine changez, pas ledejfein de lepowfuivre, car ce feroit autant de perdu pour nous.
Je vous avoue, Madame, que la leéhire de cette Lettre m’a donne' du plaifir-, je la trouve bien e'erite, & jevoudrois en pouvoir imiter le ftile dans toutes ceL
Tome 3. K
«4 LE MERCURE les que vous me faites l’honneur de fouhaiter de moy ; mais pour pafTer de la Profe aux Vers, & vous parler de l’Amour Noyé, je ne fuis point furpris qu’on vous en ait dit du bien, je vous l’envoye. C’eft une tres-jolie bagatelle. Comme elle a plû icy à tout le monde, je ne doute pas qu’elle ne foit de voftre goût; & afin que vous en receviez plus de plaifir,. il faut vous en expliquer le fujet. On s’eftoic entretenu de toutes chofes dans
GALANT, u;
une fort agréable Compagnie
» on y avoit mefme un
ne donner pas fur le prochain?
On ne fçavoit plus
que faire j la pluye empefchoit
la promenade -, &
comme le badinage eft
quelquefois de faifon, on
s’avifa de badiner. Le Jeu
de l’Amour Noyé fut le divertifTement
qu’on choiGt.
On nomme deux Amans
aux Belles, qui en noyenc
l’un en faveur de l’autre.
Il y en avoit quelques-unes
v6 LE MERCURE dans cette petite Aflem- ble'e , qui valoient bien qu’on fouhaitaft d’èn eftre choify, & il arriva qu’une des plus enjouées noya juf- qu’à douze fois un des deux Amans qu'on luy donna. Ce fut cette jeune Per- fonne qui a les cheveux d’un fi beau blond, dont le vifage & la taille font fi fort à vofire gré, & que vous dites que Madame la Marquife de*** a raifon d’appeller fon petit Ange. Voila la Noyeufe. Je ne vous puis dire quel eft le
GALANT. 117 Noyé-,' je fçay feulement que les Vers font- de Monfieur de Fontenelle, qui à l’âge de vingt ans a déjà plus d’acquis qu’on n’en a Qrdinairement à quarante. 11 eft de Rouen, il y demeure ; & plufieurs Per- fonnes de la plus haute qualité qui l’ont veu icy, a- voüenr que c’eft un meurtre que de le laifler dans la Province. Il n’y a point de Science fur. laquelle il ne raifonne folidement; mais il le fait d’une maniéré ai- fée, & qui n’a rien de la ru-
n8 le mercure defle des Sçavans de pro- feffion. 11 n’aime les belles Connoifïances que pour s’en fervir en honnefte Homme. Il a l’efprit fin, galant, délicat-, & pour vous le faire connoiftre par un endroit qui vous fera tres-connu, il eft Neveu de Meilleurs Corneille.
L’AMOUR NOYE’.
PHilis plonge oit l'Amour dans l’eau.*
Id Amour (e (auvent a la nage> il revendit fur le rivage, ' Philis le flongeoit de nouveau.
GALANT. 119
Cruelle, difiit-il, vous qui m'avez^
fait naiftre,
file las'.pourquoy me noyez^vousl
jfi-ce que vous voulez^m empef-
&
affaire faite,
le ne vousferois pas pourtant de
def honneur s
aiulieude me noyer, donne^-nioy
pour retraite
Vn petit coin de vofire coeur.
le vous répons qui il feroit impofl
à me cacher 5
Comme onfiait qu'il me fut toujours
inacceljzble >
no LE MERCURE
Philis ne l'en voulut pas croire, Ce n'eft pas qu apres toutl''avis ne fuft fort bon 5
Pour reponfcelle le fit boire,
Mais boire plus que de raifon.
Tel qu'un petit Barbet quà l eM fon Maiftre envoyé,
Bt qui de ce péril dés qu il eft
• échappé,
Revient à fon Mai/lre avec joye Tout déboutant & tout trempe}
Tel l'Amour s'expo fiant a des ri- gueurs nouvelles,
A peine fiorty du danger, Rcvenoit vers Pbilis, en fiecoüant
. A f
Quoy qu'il Çceuft que Philis alloü le replonger.
7
Ses
GALANT.
ni
Ses forces cependant à la fin s'è- puiferent,
jl eftoit las de faire des plongeons, jlfe rendit^ & les bras luy manquèrent
Il falut quil coulaft àfonds..
&
Le croira-t^oniPhilis enfui ravie, Car elle le noy oit pour la douzième fois:
Elle hérita de l ' Arc, des Traits & du Carquois^
Dont elle s'eft fort bien frvie.
(revoir
P ourle petit Amour, je ne -puis con- Qfià la nage onge fois ilfoitforty d'affaire y
Sans beaucoup de vigueur cela ne fe peut fa ire,
Le pauvre Enfant n'en devoit guère avoiry
Tome 3.
L
ux LE MERCURE
Il fut toujours mal nourry par fa
Mère.
viande lepere,
A peine fut-il né^ quon le févra
dy e Ct o ir.
C'eufi bien e(lé i ’Amour le plus. ro*
bufie
Que Von eufi veu de memoite
d'Amour.
Epitaphe de J’Amotir.
Cy <rjft V Amour, Philis a voulu
fon trépas,
Ida noyé de fes mains, on rien fait
GALANT. u5
Quoy que fous ceT ombeau fon petit;
Corps repofe^
Qjfiil fufl-mort tout-à-fait je rien répondrois pas.
Souvent il ri efipas mort' bien qu il paroijfe l’'efire,
Quand on riypenfe plus il fort de fon Cercueil'
Il ne luy faut que deux mots, un coup d'oeil*
Quelquefois rien pour le faire re- naiflre.
Vous vous fouvenez je croy, Madame, qu’il y a déjà quelque remps que la Ville deCambray eft prifè: je n’ay pas crû devoir palier suffi roft apres fa réduction L ij
n4 LE MERCURE
au Siegedela Citadelle. Le
Roy dont le grand coeur ne
trouve rien de trop difficile,
luy donna vingt, quaà
une vigoureufe refillance,
& j’ay pris ce temps
pour délaffier vofire efprir,
& vous faire lire des Pièces
suffi galantes qu'agreables,
ticularitez que j’ay a vous
en dire. Voicy les Noms
des Officiers Generaux,qui
tant qu’a duré ce Siégé, ont
tour à tour monté la Tranchée.
*
galant.
Marefchaux de France-
M. le Marefchal de
Schomberg.
M. le Marefchal de la
Fcüillade.
M.leMarefchal deLorge
Lïeutenans Generaux.
M. le Comte d’Auvergne.
M. le Duc deVilleroy.
M. le Marquis deRenel.
Marefchaux deCawp.
M. le Prince Palatin de
Biricenfeld.
M.leComtedcS.Geran.
M. le Marquis de Tillau6
LE MERCURE
M. le Chevalier de Tilladet.
l’une fur la naiffiance, &
l’autre fur le temps qu’il y a
qu’ils font Officiers Gene-
* taux j mais ce n’eft pas à
GALANT. 117
moy à décider fur la premierc,
& je ne fuis pas allez
informé de la fécondé;
c’eft pourquoy toutes les
fois que j en parleray,le hazard
ordonnera de leur
rang. Je ne vous naarcjue
point icv les Noms desAydes
de Camp du Roy , je
vous les ay déjà fait connoiftre.
Peuc-eftre ferez-vous
moins
d’Officiers Generaux au
Siégé de la Citadelle qu il
n’y en avoit à celuy de la
Ville; mais les grands Dé12.8
LE MERCURE judicicufement pour envoyer au devant du Prince d Orange, en (ont caufè. Sa Majefte' qui ne fait rien quavec une prudence ad- mirab'e, ordonna quelques jours apres qu il n y auroic plusqu un Officier General de jour. Voyons les agir fous les ordres de ce Grand Prince.
Læ nuit au j au 6 d'Avril
Le Roy fit ouvrir la Tran* chéeàl’Efplanadede la Citadelle, & commencerune Attaque par dehors. On ne fit cette nuit que gabion-
• ner les avenues des Rues, &
GALANT. u?
fie auff un petit Logement
adroit & à gauche au bout
des deux Rues qui aboutiffoient
à l’Efplanade. La
mefme Tranchée qui avoit
déjà fervy pour l’attaque de
la Ville, fut encore poufTéc
dehors à la gauche contre
la Citadelle.
La nuit du 6 au 7
Les Suiffes travaillèrent
toute la nuit dans la Ville à
pouffer leurs Logemens.
Sortie, & vinrent jufques à
t
ïjo LE MERCURE l’endroit où Monfieur de Vigny prenoit fes mefures pour loger fes Mortiers. Comme il fe vit au milieu d’eux, il les fuivit avec beaucoup de prefence d'ef- prirjufquesà leur Contref- carpe, où apres qu’ils fe furent retirez, il fe coula le long de la muraille du Rempart de la Ville. Les Suiffes le prirent pour un Rendu, & il fut conduit aux Officiers, qui le reconnurent d’abord. On pouffa cette nuit-là les Travaux fort près du Glacis de la
GALANT. iji Contrefcarpe. Les Aflîe- gez firent deux Sorties : ils pouffèrent quelques Travailleurs que les Offi- ciersremenerentauffi tort. Deux de nos Batteries fe trouvèrent le matin en eftat de tirer, quoy queplufieurs de nos Travailleurs euffent efté tuez par le Canon des
> * * Ennemis qui eftoit monte fur des Cavaliers fort élevez, & qui découvroit tout ce qui fe palfoit dans la Plaine. Il tua Monfieur diamants, Commiffaire de l’Artillerie qui eftoit en
rtt
LE MERCURE grande réputation, & emporta le bras d’un autre, donc la force du coup fit tomber le Chapeau, qu’il rama (Ta froidement. Moniteur de Sautour Lieutenant
aux Gardes quialloic vifiter les Travaux, & venoit à cheval du Camp, eut ce mefme jour les deux bras emportez d’un coup de Canon dont il mourut trois heures apres. Monfieur le Comte d’Auvergne courut auffi grand hazard de la vie, un Boulet ayant emporté un Gabion derrière lequel 4» »
GALANT. 133 il eftoir. Il fut couvert de pierres & de terre , il eue une contufion à la telle, quelques e'grarignures au vifage ; & la fièvre l’ayant pris, le Roy luy fit donner laLitiere pour le conduire àlaplus prochaine Ville.
La nuit du 7 au 8
La Tranchée du colle' de la Ville fut pouflee par les Gardes à quarante pas delà Contrefcarpe. Monfieur ütl
té cl
de Catinal qui en ell Major General , ordonna à Monfieur de Beauregard, &à Monfieur d’Anglure Capi-
1J4 le mercure
taines au mefme Corps, de
pendre douze ou quinze
de leurs meilleurs Soldats,
avec un bon Sergent pour
foûtenir leurs Sapeurs. Les
Ennemis fortirent au nombre
de trente ou quarante
du cofté de Moniteur le
Marquis d’Anglure.Le Sergent
détaché avec ce petit
nombre de Soldats les attendit,
& leur fît une décharge
fi à propos, qu’il en
jetta plusieurs par terre, les
autres fe retirèrent dans
leurs PalifTades. Ils tentèrent
la mefme chofe à la
GALANT. i3> gauche, & ils eurent un pareil fucce's. On fit un Logement fur le Baftion attache'! la Ville. On drefia le matin une Baterie de huit pièces de Canon au Logement qu’on avoir fait fur le mefme Baftion de l’attaque de la Ville. Onmitenellat la Baterie des Mortiers. Monfieur de Megnac, CommiïTairede T Artillerie, fut tué.
La miit du S au y
On acheva la communication de toutes les Sapes; la Tranchée du collé de
/
LE MERCURE
l’Efplanade fut avancée
auffi bien que celle qui eft
du cofté de la Campagne.
L’on pratiqua deux Bateries,
l une fur le Baftion du
Moulin à la gauche de Fattaque
de la Ville, de dix pièces
de Canon fous MonfieurTiberçOeau&
raurrefur
le Ballion de Sainte Barbe,
de fept- pièces à la droite
vers la Porte de France fous
Monfieur d’Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pof-
Monficur Tiberpeau découvroit
toute la Porte &
GALANT. 137 le Pont de la Citadelle a la Ville, avec tonte la face du Baftion neuf; & la Baterie de Monfieur d’Alinville voyoit l’autre face du Baf- tion neuf, & celle du Bastion qui regarde la Porte du Secours. Al’Attaquede Picardie hors de la Ville, on avança une autre Baterie qui démonta une partie du Canon des Ennemis. Une de nos Bombes eftant tom - be'e dans la Citadelle fur un tas de Grenades, le feu s’y prit & fit un grand fracas-, cellesquelesEnnemis jctce- Tome 3. M
i3S LE MERCURE rent eftoient fi petites & fi foibles,qu’en tombant elles fe caflbient fur le pavé. Les Affiegez ne craignoient rien tant que de certains Manequins remplis de pierres de routes groffeurs, que l’on met dans des Mortiers faits exprès, & qui font plus longs que fes autres: ces pierres s’écartent en l’air, & brifent en tombant tout ce qu’elles rencontrent; les bleflures en font dangereufes,& la gangrené s’y metbientoft.
GALANT 159
La nuit d.u 9 au 10
9 On fie trois Bateries, on
travailla dans le Fofie pour
s’approcher de la pointe du
Baftion de la Place. Monfieur
Faucher Ingénieur,
allant vifiter les Sapes où
les Ennemis jettoient une
infinité de Grenades, rea
dans la tefte. On acheva
la communication de la
droite à la gauche entre les
deux Tranchées qui embraient
deux Battions exI4o
LE MERCURE
faire la décente du FofTé; .
mais comme tout y eftoic
plein de Caponieres & de
Fourneaux, le Roy voulut
ménager fon monde. Sa
Majefté vit jetter des Bombes
& des Carcaffes, elles
mirent le feu dans un Maoui
obligea les Ennemis à
fe retirer dans leurs Cazernates.
MonfieurleTillier
Commiffaire de l’Artillerie
fut tué i’apreffînée.
Le dixiéme au matin,
Monfieur le Duc de VilleGALANT.
I4t roy revenant de la Tranchée, & s’en allant au Camp par la Porte de Noftre- Dame, dont le chemin ef- toit battu de quelques Pièces de la Citadelle que nof- tre Canon n’avoic pû démonter, on dit à Monfieur le Marquis de Renel, qui cftoit avec Monfieur le Marquis d’Arcy, que Moniteur le DucdeVilleroy ve- noit derrière luy; il fe retourna pour aller au devant, & voyant en mefme temps mettre le feu au Canon, il dit, Voila qui efi
f4i LE MERCURE pour nous, & le Boulet luy donna auifi-toil dans le
milieu du corps.
La nuit du zo au u
On pouffa les Sapes à la droite, & l’on fit des communications: les Aflîegez fortirent à la gauche & firent plier nos Travailleurs; mais Meilleurs les Marquis de Tilladet & d Uxelles les raflurerent & repoufTerent les Ennemis. A mefme temps Meilleurs de Chape' reux &: de Courtcvin. Capitaines détachez de Picardie, prirentune grande De;
GALANT. Ï45
nly-lune reveftuë & trest>
ien cazematée, avec des
créneaux à trois gueules qui
defendoient le FofTé , &
deux grandes Caponieres.
Nos Soldats eftant entrez
dans les Cazemates avec
de vigueur, fuincommodez
du
feu qui s’y mit par le moyen
des Poudres que les Ennemis
y avoient laiflees, &
dont ils avoient fait des
traînées. On fit un Logement
à la gorge de la Demy
lune qui venoitd’eftre prife,
&TondrefTa deux Bateries
beaucoup
rent fort
i44 LE MERCURE à l’attaque gauche pour barre une Demy-lune du corps'de la Citadelle.
La nuit du n au iz
Le Roy ayant réfolu de faire attaquer toute laCon- trefearpe du cofté de l’Ef- planade, & de faire faire un Logement fur le bord du Fofle a la gauche hors de la Ville, les Suiïfes montèrent la Tranchée, & l’on fit des Détachemens de deux cens Hommes des Gardes Françoiles, du Régiment duRoy, du Régiment Dan- phinj de ccluy de Picardie, &
• U
GALANT. 145 de celuy des Fufeliers. Les Capitaines détachez des Gardes eftoient M. d’Ave-
zan, qui devoir eftre foû- tenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas de be-
foin. Môfieur le Chevalier deTilladet eftoit le Maref-
chal de Camp de jour; il y avoir un Brigadier à la gauche. Môfieur lePrince d’EL
beuf eftoit Ayde de Camp du Roy.L’ordre eftoit donné pour minuir, & on eftoit convenu qu ’ au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau
Tome 3. N
I4<; LE MERCURE devoir tirer, on feroit con- noiftre par un Vive le Roy a, ceux des autres Attaques, que nous eftions maiftres de la Contrelcarpe. Plufieurs voulurent eftre de la partie comme Volontaires, & entr’autres Monfieur le Marquis d’Anglure, qui montra autant d’impatience en attendant le Signal, que s’il n’euft pas déjà eu toute la réputation qu’il a fi juftement méritée. Les autres eftoientMonfieur le Chevalier de Courtenay, Monfieur le Marquis de
GALANT. 147 Malofe Neveu de Monfieur le Marefchal de Lor- ge , Monfieur le Vicomte de Meaux petit-Fils de Monfieur le Duc d’Orvaî, Monfieur le Vicomte de Corbeil Fils de Monfieur le Comte deBregy, Monfieur le Chevalier de Fc uquieres, Monfieur le Comte de la Vauguyon , Monfieur le Jay Filsde Monfieur le Pre- fidentle Jay, Monfieur le Chevalier d’Arnoulj&Mef- fieurs Boify, de Rouvray, deVauroiiy, Parfait, Gou- Ion, Tilly, Asfeld Suédois,
ï48 LE MERCURE
& pïufieursautres. Le Roy
eftoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir 1 Attaque.
Le dernier coup de
Canon ayant tiré, on marcha
dans un grand filence
jufques à la Contrefcarpe.
On y fut à peine arrivé, que
les Soldats firent un grand
verre pleines de poudre,
qui ne manquent jamais de
s’alumer en les jettanr. On
força tout ce qu’on rencorp
rra, & l’on marcha en fai"
I
GALANT. J49
fant toujours un fort grand
feu jufques à une guerite du
Rempart de la Ville qui
aboutit furie FofTé de la Citadelle.
Les Ennemis qui
n’ofoient lever la tefte fur
leurs Battions, ny fur leur
courtine, biffèrent à nos
Travailleurs tout le temps
d’avancer leur Travail fans
beaucoup de rifque. Les
Affichez fe contenroienc
tomboient difficilement
dans le chemin couvert, à
caufe de la largeur du Fofle.
Ils s’appcrçcurent de leur
ijo LE MERCURE
peu a errer, <x voyant que le
feu des noftres qui avoit
déjà duré trois heures fe ralentiflbit
par le manquement
de munitions, par la
lafficude des Soldats, & par
la chaleur des Moufquets
qui commençoient à s’échauffer
beaucoup, ils firent
de leur courtine & de
la face de leur Baftion un
feu de Moufaueterie fi
quon ne fçauroit s’imaginer
qu’avec peine cointre
achevé. il le fut
GALANT. 151
mais on y perdit du
Chevaliers de Courtenay &
d’Arnoul furent blefTez,
auffi-bien que Meffieurs de
Rouvray, le Jay, Boify,
Vauroüy, Parfait, & le Fils
de MonGeur le Colonel
LoKtnan. Il y eut un Sous-
Lieutenant de Catinal tue.
Le Roy dit qu il n avoir jamais
veu un G grand feu.
Le douzième pendant le
jour on fie un trou a coups
de Canon à la face du Baftion,
à la gauche de laVille,
iji LE MERCURE
Lu nuit du iz au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du cofté de celle des Gardes. A la gauche on fit une Baterie dans le FofTé de la Ville qui bâtit la mu- raille qui le fepare d’avec celuvde la Citadelle, & qui devoir foûtenir le Mineur qu’on avoir attachéàla face du B illion oppofé à ce- luy de la Ville. Cette Baterie eftoit foutenuë par un Détachement des Grenadiers à cheval delaMaifon du Roy/tous Gens d’élite,
GALANT. 153
Riotot. Le Mineur travailla
fible , & il avoit prefque
tout difpofé, quand les Enque
foupçon, envoyèrent
la nuit un Colonel Espagnol
nomme' Couvaruvias pour
reconnoiftre ce qui fc paffoitdansle
Foïïe. Son Bonnet
fut emporté d’une
moufquetade.
La nuit du 13 au 14
On élargitles Logemens
&les Places d’armes à l’attaque
droite. On travailla
U4 LE MERCURE
àcinqBateries à la gauche,
& l’on fut occupé à faire en
deux endroits la Defcente
dans le Fo(Té,&à dreflcrun
Logement pour leMineur,
avec une Baterie de quatre
Pièces. Le feu des Ennemis
fut fort rrand nendant toute
la nuit.
'Le 14 au matin
f Les Bateries pour t
Baftion de la gauche, &
celles duFoffépour favorifer'
le Mineur, tirèrent fur
lesfneuf heures,&fur les dix
on attaqua hors de la Ville
une Demy-lune de terre à
GALANT. 155 la pauche du Baftion. L’im - patience de ceux qui ef- toienr deftinezpour l’attaquer fut fi grande qu’ils ne purent attendre l’heure qui avoir efté marquée. Cette Demy-lune fut auffi-toft emportéejquoy qu’elle fuit reveftué par la gorge. On prit quelques Ennemis a- vec un Officier. Monfieur Parifot Ingénieur eftoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy+ lune, & mefme au delà s’il cftoit poflible, afin qu’on
I
156 le mercure
puft y mettre plus demonde,
& que les noftres en fuffenr
entièrement maiftres.
C’eftoic un moyen d éviter
les Fourneaux qui font ordinairement
aux angles où
l’on a accouftumé de faire
les Logemens. On fit avancer
lesT ravailleurs avec
leurs gabions, fafcines &
aurres outils. Ils travaillèrent
pendant trois quarts
d’heures à la faveur d’un
fort grand feu de nos Gens
détachez, & de celuy qu’on
failoit de nos Travaux: cevi
r
GALANT. 157 V rent quantité deGrenades,
Ct
te
2.
te
e-
M
M
& réfolurent de nous chaf- fcr. Un Régiment Irlan- dois, avec plusieurs Offi- ciers reformez, Contenus dés Officiers Espagnols, fut commandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau fur la gorge de Detny- lune,pour s'en faciliter l’entrée, & parurent fur leurs Battions & fur leur Courtine, en faifant un feu extraordinaire. Il fut fi vio-
Mi lent, que nos Soldats qui s- nettoient plus en état de e- leur répondre par unauffi
ij8 LE MERCURE
grand, à caufe de celuÿ
qu’ils avoient déjà fait, furent
obligez de fe retirer,
le Logement n’ayant piï
eftre achevé Les Affegez
defccndirent pour ruiner la
teftede nos Travaux-, mais
Monfieur le Duc de Villeroy
foûtint leur premier
effort, & les obligea de
rentrer, de forte qu’ils fe
contentèrent de reprendre
ce qu’ils avoient perdu.
Meilleurs d’Erouville,Dorc
Neveu de Monfieur de
Feuquieres , & Parifot
Ingénieur, furent bleffcz.
GALANT. i59
Monfieur le Duc de Villeroy
fe tint toujours dans
un Porte avance', où il efune
fermeté inébranlable.
Monfieur de Rubantel
donna des marques d une
grande intrépidité , & fe
tint dans la Demy-lune
tant qu’on la put garder.
Monfieur le Marquis d’Uielles
y donna des marques
de fon courage & de
fa conduite. Les autres qui
fe fignalerent,furentMonfieur
le Marquis de Dan160
LE MERCURE
geau & Monfieur le Marquis
de Palaifeau, Fils de
Monfieur le Marefchalde
Clerambault, Monfieur le
Chevalier deBevron-d’Harcour,
Meffieursles Vicomtes
de Meaux &r deCorbeil,
Monfieur des CrochetsCapitaine
au Régiment Dauphin,
Meffieurs d’Agicour,
Goulon Ingénieur, & Affeld
Suédois. Plufieurs autres
le diftinguerenc encor;
je vous les feray connoiftre
quand j en auray appris les
noms. Les Ennemis firent
une perte confidéiable, &
GALANT. i6t j’on n’en peut douter, puis qU’ils demandèrent eux- jnefmes une trêve pour retirer leurs Morts. Elle com- niença à deux heures apres niidy, & dura une demy- heure, ou trois quarts- d’heure. On leur apprit pendant ce temps, que les trois Décharges que nous avions faites il yavoit deux jours, eftoient en réjoüif- fance de la Visftoire que Monfieur avoic remportée fur le Prince d’Orange. Monfieur le Duc de Vil- leroy & Monfieur le Mar-
Tome 5. O
162. LE MERCURE quis de Dangeau, eurent un entretien avec le Colonel Couvaruvias qui ef- toit fur le Baftion fous lequel le Mineur eftoit attaché, & Monfieur le Duc de Villeroy ne fit point de dificultéde luy en montrer le trou.
La nuit du 14. au 1,f A l’Attaque de la droite, on fit un Logement à la gorge de la .Demy-lune qui couvre la Porte de la Citadelle. A la gauche, on travailla à un Logement de la Contrefcarpe d’une De-
GALANT. 16J -jny.hine. On ne perdit qu’un Homme cette nuit- là.
La nuit du if au 16
On fe rendit maiftre de la Demy-lune que les Ennemis avoient reprife^ & tous ceux qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magne Capitaine au Régiment Dauphin fut blefle, & l’on pratiqua un Logement à la pointe. A la droite on plaça trois Bate- ries à l’angle de la face du Baftion neuf. Elles furent dreflees par l’ordre de O ij
^4 LE MERCURE Monfieur du Mets, & par les foins de Monfieur d’A- linville, & firent un fi effroyable feu, & une brèche fi confidérable,que les Ennemis furent contraints de retirer leur Canon en arriéré, dans la crainte qu’ils eurent que le Baftion contre lequel ces Bateries don- noient, ne s’èboulaft, & n’entrainaft leur Artillerie dans leFolfé. Ils avancèrent des Chevaux de frife pour garder leur Brèche.
Le
Le Mineur eftant atta-
G A L A N T. ché au Baftion neuf, & la Mine en état de faire fon effet, on fir dire au Gouverneur que le Roy avoir bien voulu qu il fuft averty de 1 état des chofes ; qu’il devoir fe rendre, puis que le Canon avoir déjà fait une brèche affez grande pour monter à l'Affaut, & que la Mine eftoit prefte àjoiier; que s’il s’opiniâtroit davantage, Sa Majefté auroit le déplaifir de fe voir contrainte à le forcer par les armes j qu’ayant donné affez de marques de valeur ôc
>66 LE MERCURE de refiftance, il ne dévoie point refufer la Compoiî- tion qu’Elle eftoit prefte a luy donner -, qu’Elle offroic de faire voir à ceux qu’il luy voudroit envoyer, que les chofcs eftoient en la maniéré qu’on les difoif, & que fi apres cela il s’obfti- noit à fe defendre, il ne devoir point efperer d’autre party que celuy de fe rendre à diferetion. Le Gouverneur répondit à cela, apres avoir tenu Confeil, qu’il eftoit bien oblige a b bonté du Roy -, mais qu il
GALA’NT. t67 croyoit qu’eftant le plus généreux Prince du mon. de, il ne feroit pas fâché qu’il fift fon devoir, puis qu’en fe défendant bien, la conquefte en feroit plus glorieufe pour les armes de Sa Majefté-, que cependant il ofoit l’aflurer qu’il ne fe voyoitpas encor en état de pouvoir eftre fi-toft réduit à rendre la Place, puis que quand le Baftion où eftoit attaché le Mineur, feroit fauté, il luy reftoit trois Battions qu’il défendroit comme autant deCitadel- t ê
r*
i68 LE MERCURE les. Le Gouverneur apres cette réponfe, régala & fit boire du Vin d’Efpagne à ceux qui T eftoient venu fommer. Le Roy commanda auffitoft qu’on relevait la Tranchée, & quon retirait les Bateries & les Corps de Garde qui eftoient proche des Fourneaux, de peur qu’ils n’en fuifent endommagez. On mit en fuite le feu à laMine, qui fit tout l’effet que 1 on pouvoir fouhairer,mais fans beaucoup de bruit, ayant fait en éboulant une brèche au J
GALANT. 169
Baftion depuis le haut jufo-
it encore avec le Canon.
Monfieur le Marefchal
de la Feiiillade qui cornmandoit
les Attaques le
jour que la Mine joua, ne
voulant point hazarder un
A (faut fans eft re affût é fi les
Ennemis eftoient retranchez
dans la gorge du Baf.
tion, refolut d’en faire reconnoiftrefétat.
11 demanda
au Major des Gardes à
quides Lieutenans c’eftoit
à marcher-, & ayant fçcu
que c’eftoit à Monfieur de
Tome 3. P
I7o LE MERCURE Boifl'elau, il adjoûta que c’eftoit fon Homme, & qu’on le fift venir. 11 luy commanda de monter fur le haut du Baftion pour re- conneiftre fi les Ennemis eftoient retranchez, & voir leur contenance, luy donna trente Grenadiers des Gardes pour le foutenir, & le fît accompagner du Neveu de Monfieur de Vau- ban, & ne
î Ion Ingénieurs, afin qn1!s puffent tousenfemble rendre un fidellc rapport de 1 état des Ennemis. Mon-
GALANT. J7t fleur de Boiflelau fe mit à la telle de ces Gens décachez avec Monfieur Solus Sous- Lieutenant aux Gardes, ôc Monfieur des CrochetsCa- pitaine du Régiment Dauphin. Le chemin eftoit fi difficile, & la terre fi molle, que ce ne fut pas fans beaucoup de peine qu’ils montèrent fur le Baftion. Ils ap- perçeurent un peticRetran- chement à dix pas d’eux, ou il y avoit cinquante Grenadiers des Ennemis qui leur Hrentun très-grand feu,qui ncmpefcha pourtant pas
P ij
♦
17x LE MERCURE qu’ils n’examinalTent chacun de leur collé ce qu il y avoir à remarquer. Monfieur de Boiflelau cômanda aux trente Grenadiers quil avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Logement des Ennemis : ils el- toient retranchez à la gorge de leur Baftion, & avoient un Parapet fort élevé au deflus du petit Retranchement où eftoientlcurs Grenadiers. Ils firent un M* continuel de moufqueterie, & jetterent une fi gran quantité de Grenades, qu£
GALANT. 173 ]e Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien quequelquesSoldats.Mon- fjeur des Crochets futblef- fe & Monfieur d e Boiffe- laixeut un coup de Grenade fur l’épaule, qui alla faire fon effet plus loin fans le bleffer. Monfieur le Marefchal de la Feüillade at- tendoit au pied de la Brèche-, niais voyant queMon- fieurdeBoiffelau qui elloit monté deffus, y avoir demeuré près d’un quart d’heure fans luy venir faire fon rapport, il luy envoya | P hj
374 LE MERCURE
dire deux fois de defcendre.
Il exécuta cet ordre,
ayant fait retirer devant luy
les Morts & les BlefTez. 11
rendit compte à Monfieur
delaFeüillade de l’état des
On n’entreprit rien.
Le 17
O n fît dans la Demy-lune
reveftuë, unLogemen t tout
du long de la face droite
afin d’y poller des Gens
G AL AN T. i7i
faire feu fur la Brèche.
On dreïfa une Baterie à
portiers dans cette mefme
Demy-lune, & au bas de la
Brèche, une autre Baterie
pour tirer des pierres. Noftre
Canon fit une brèche de
plus de quarante pas au Balnon
de la droite-, mais il fe
trouva une muraille derrière.
On crût que les Ennemisvouloient
fouffrir un
Aïfaut, mais ils ne 1 attendirent
pas, & jugeant bien
cez, puis que trente Hommes
avoient pu monter fur
P iiij
T76 le mercure
leur Baftion , le Gouverneur
qui ne donnoir plus les
ordresque dans une Cazemate,
& à la clarté d’une
Bougie, fit batre la Chamade.
On ‘courut en porter
la Nouvelle au Roy. Il
eftoit à la Mefle : & il entendit
dire que le feu avoit
pris à fon Quartier, & qu’on
battoit la Chamade, fans
donner aucune marque
qu’il euft rien entendu que
la Meffe ne fuft achevée.
On donna des Oftages de
part & d’autre, &c la Négociation
dura deux heures. • —
GALANT. 177
LesEnnemis envoyèrent le
Comte de Tilly General de
leur Cavalerie, le Colonel
Couvaruvas Efpagnol, & le
Colonel Buts , pour traiter
des Articles de la Capitulation.
Ils en propoferent
quelques-uns, & fe remirent
enfin entièrement à la
generofité du Roy, fans
rien exiger que ce qu’il luy
plairoit de leur accorder.
Cette foûmiffion leur fur
avantageufe, puis qu’il leur
fut permis de faire fortir
leur Infanterie par la Bre'-
che, Tambour battant,
i78 LE MERCURE
Mcfche allumée par les
deux bouts, Enfeignes déployées
, & leur Cavalerie
en ordre de Gens de Guerre
par la Porte du Secours,
pour eftre conduits à Bruxelles,
avec deux pièces de
Canon, deux Mortiers, &
cinquante Chariots, pour
porter ceux de leurs Malades
qui pouvoient eftre
tranfportez. Le Roy leur
promit déplus d’établir un
Hofpital pour ceux qu’ils
nepour,oient emmener, &
qu’il donneroic permiftion
à quelques-uns de leurs
GALANT. 179 Officiers d’en venir prendre foin, & de demeurer dans la Ville. Le Gouverneur nommé Dom Pedro de Savala for tir à la queue de fa Cavalerie, couché dans fon Caroile, parce qu’il avoir efté bleffé. Le Roy luy dit quelques paroles obligeantes fur fesbleffares; à quoy il répondit:. Ah, Sucrés Majeélé, quun Rencontre comme celuy-cy mawoit fait faire de folies dans un fae moins avancée!
O
Mais grâces a lé expérience de quelques années, j''ay bien
j8o LE MERCURE connu le Prince à qui nous avions à faire, & trouvé qu il valait mieux fabir le joug de bonne grâce , que de prodiguer inutilement lefang des Noflrespur une plus longue r efifiance. Il fortit de la Citadelle environ fix cens Dragons & Cravates, dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy. L’Infanterie Efpagnole parut fort bonne: elle com- pofoit deuxvieillesTerces, l’une de Canarie, & l’autre de Couvaruvias. Les Fan- taffins avoient tous des
GALANT. is<
Rondaches, de groftes Piquets.
Leurs Soldats Hol-
Undois eftoient bons,quoy
qu’âgez; mais les Wajons
eftoient trop jeunes, & la
plupart nus. Jls fortirent
environ deux mille quatre
cens Hommes. Il y avoit
beaucoup de Negres dans
le Régiment de Canarie.
Le lendemain 19. le Roy
alla faire chanter\cTeDeum
Cambray,où tout le Clergé
le reçeut à la Porte. C’eft
une des plus belles Eglifes
jSx le mercure de l’Europe ; il y a deux jth bez, donc l’un eft tout de cuivre,& très bien travaille'. La Porte du Choeur eft de la mefme matière, & toute cizele'e. Son Horloge fonne à routes les heures & demy heures, un Carillon en mu- fique. Outre le Tréfor de l’Eglife, il y a encor celuy de Noftre-Damc de Grâce, dont la Chapelle qui eft dans la mefme Cathédrale, eft tres-magnifique. Son Tabernacle eft d’argent ci- zelé, &e'clairéà tou te heure par vingt Lampes d’un fort
GALANT.
grand prix. Il y a neuf Paroifles dans la Ville, & Jes iMonafteres à proportion. LesBâtimens en iont aflcz beaux, aufti-bien que les Rues. Sa Place d’armes eft d’une grandeur extraordinaire, & capable de contenir toute la Garnifon en bataille.
Apres le Roy
fut voir tous les Travaux, & vifiter la Citadelle. Un OfficierEfpagnol qui avoir eftéblefle,& qui parut tres- galant Homme à quelques François quil’entretinrcnr,
LE MERCURE
Citadelle il y avoit eu plus
de nulle Hommes tuez ou
bleflez.
Voila, Madame, ce que
j’ay tiré de fept ou huit Relations,
& de plus de vingt
Lettres, & je l’ay fait avec
tant d’cxaélitude, que je
n'a-y rien voulu mettre dans
ce Journal, qui n’ait elle
marque' par plus d une Perfonne;
cependant je ne
laifle pas de craindre d’avoir
manqué en quelques
endroits à l’égard des dattes.
Je n’ay toutefois rien
GALANT. 185 à me reprocher là-deïfus. Ceux qui font des Relations, font le plus fouvent fi peu d'accord entr’eux, que fi ce Journal fe trouvent jufte, je croy que ce feroit le premier.
Le Gouverneur de Cam- bray n’eut pas pluroft fait bacre la Chamade , que Monfieur le Comte de Gramont partit pour en apporter la première nouvelle à laReyne, qui luy fît prefent quelques jours a- pres d’une Boëiie de Dia- mans de grand prix. Mon-
Tome 5. Q__
1S6 LE MERCURE {leur Mouret Valet deGar- dérobé du Roy, vint en fuite apporter à cette Prin- cefle les Particularitez de ce qui s’elloit pafle depuis le départ de Monfieur le Comte de Gramont , & les Ordres pour faire chanter icy le Te Deum. Je ne vous en parle point, n’ayant pas accoutumé de vous mander de ces Nouvelles que l’allégrefTe des Peuples rend publiques, à moins quelles ne foient accompagnées de circonftances particulières. C’eft par
GALANT. î87
cette raifort que je vous
diray quelque chofe de ce
Feu qu’on y a fait pour fe
réjouir de la prife de Cambray,
en reprefentoic la
Citadelle. Elle fut attaquée
& défendue-, on y
jetta des Bombes & des
Carcaïfes; & les Dames
virent fans crainte, ce qu’elles
ne pouroient bien
voir fans péril dans un véritable
Siégé. Je croy que
nous aurons brentoft le
mefme avantage,. & que
des Tableaux & des Ta)
88 LE MERCURE piflferies, qu’on ne pourra trop admirer, nous repre- fenteroat tout ce qui s’elt pafle devant Cambray, puis que l’Illuftre Monfieur le Brun, & Meilleurs le Nau> tre & Vandermeullc, ont eRé furies lieux en faire les Deifeins. Nous verrons un Siégé plus fameux que ce- luy de Troye, qu Achille Se tous les Roys delaGrece ne purent prendre qu’en dix ans avec tant de milliers d'Hommes, & dont ils ne feroienc peur-eRre jamais venus à bout avec
•z
A
N T. 189 nombre de fi les rufes
G AL un fi grand Combatans , qu’ils employèrent ne leur euflent efté favorables. Ce n’eft point par ces voyes que le Roy fait de fi grandes Conqueftes. Ses lumières naturelles, fa longue expérience au Meftier de la Guerre, fa judicieufe conduite, fa grande prévoyance, fes foins vigilans, & fes fatigues, font les feules chofes qu’il employé pour faire réiiflïr en tout temps fes glorieufesEntre- prifes. Jamais Monarque
»
190 LE MERCURE n’a tant donné d’Ordres luy-mefme4 ny tant pafle de journées à cheval, que ce Prince a fait devant Cambray ; il vifitoit tout, il agifloit inceflamment, il ordonnoit de toutes cho« fes, il eftoit par tout; & puis qu’il a tout fait, on ne peut entrer dans un détail dont chaque particularité demanderoit un Volume entier.
Un Prince fi grand & fi judicieux, ne pouvant faire choix pour le fervir, que de Perfonnes d’un mérite ex-
• W » a •
GALANT. 19I traordinaire, on ne peut douter de celuy de Mef. Heurs les Marefchaux de France qui ontagy fous fes Ordres pendant les Sieges qu ’ il a entrepris cette Campagne-, c’eft pour- quoy je n’en diray que peu de chofe. L’Hiftoire parle déjà allez de Monfieur le Marefchal de Schomberg. Apres s’eftre acquis beaucoup de gloire avant la Paix des Pyrénées par tout où il avoir combatu, il fut commander en Portugal-, & quoy que fes Troupes fuf-
LE MERCURE fent beaucoup moins nom- breufes que celles des Ef- pagnols, il ne lailfa pas de les batre fouvent, &: d’emporter beaucoup de Places; ce qui a fait dire de luy avec beaucoup de juftice, que c’eft un Homme de telle, de coeur, & d’exécution. Quelques jours apres que laTranchée fut ouverte devant la Citadelle de Cambray, les Ennemis ayant fait une Sortie, ce Marefchal qui fe trouva à la Garde de la Cavalerie, les chargea luy-mefme le Piftolet à la main?
GALANT. )95 main, & les fit rentrer dans leurs Paliffades. Il auroit couche' toutes les nuitsdans laTranchée, fi SaMajefté vovant toutes les fatigues qu’il fe donnoit, ne luy eufc fouvent ordonné de fe retirer.
Ilmefoiivient, Madame, que je vous ay déjà parlé plufieurs fois delà Famille de Monfieur le Marefchal delaFeüillade,&du mérité particulier de ce Duc. Vous fçavez ce qu’il a fair en Hongrie,en Candie, & en France, & je puis vous aflu-
Tomej. R.
I94 LE mercure rer qu’il a continué à donner pendant cette Campagne des marques de fa valeur & de fon grand zele pour la gloire du Roy. Lun & l’autre ont paru devant la Citadelle de Cambray, & je vous ay marqué qu il at- tendoit luy-mefme au pied de la Brèche la réponfe de ceux qu’il y avoit fait monter pour reconnoiftrelétat des Ennemis. Quelques jours auparavant un Boulet de Canon avoit paffé fous le ventre de fon Cheval, & ü avoit penfé en eftre tue.
GALANT. rgy
Monfieur le Marefchal deLorge a beaucoup contribué à la prife de la Con- trefcarpe. Il eft de la Mai- fon.de Duras, qui eft une des plus I luftres deGuien, ne. U afervy très-utilement le Roy en Italie. On ne peut s’attacher avec une plus grande application au meftier de la Guerre, & il a fi bien étudié ce grand Art fous feu Monfieur de Turenne fon Oncle, qu’il en met toutes les maniérés en pratique lors que l'occafion s’en prefente. La fameufe
R ij
J96 le mercure
Retraite qu’il fit apres la
mort de ce grand Homme,
à la veuë d’une Armée beaucoup
plus forte que la benne,
fait beaucoup mieux fon
Eloge, que tout ce que j'en
pouroisdire.
Je ne parle point icydes
Officiers Generaux, ils fe
font montrez dignes du
choix de Sa Majellé, & jc
ne fero's en vous entretenant
de leurs adions paffies
que vous repeter ce que je
vous ay déjà dit en d’autres
endroits A l’égard de Canr
bray, on ne peut douter
I
GALANT. 197 qu’ils n’ayent fait voir & beaucoup de conduite & beaucoup de valeur, puis qu’ils ont tour à tour monté ^Tranchée, & que dans les occafions les plus perilleu- fes ils ont les premiers ef- fuyé le feu des Ennemis à la'tefte des Troupes qu’ils commandoient.
Monfieur lePrince d’El- beuf, Ayde de Camp du Roy, a fait voir une ardeur fi bouillante , que fi on ne l’euft Couvent retenu de force, il fe feroit expofé à tous les périls du Siégé. Mon- R nj
i98 LE MERCURE
fieur le Comte d’Auvergne
ne voulant point le laitier
aller à 1 attaque des deux
Demy dunes, ce Prince fit
ce qu’il put pour fe de'rober
de luy , & rien ne leputetnpefcherd’
y venir à la fin de
l’attaque; mais le péril fe
trouva alors plus grand,
tirèrent de leurs Remparts
que lors que leurs Gens fade
tirer fur eux.
Prince y demeura tant
qu’on fît le Logement, &
fut pendant tout ce temps
GALANT- 199 expofé au feu des Ennemis. Heftoic au fli à l’attaque de jaConcrefcarpe.
Monfieur-le Chevalier de Feuquieres qui s eft dift tingué au Siégé de la Citadelle, eft Fils de Monfieur le Marquis de Feuquieres Gouverneur de Verdun, Se AtnbafTadcur enSuede,pe- tit-Fils du fameux Marquis de Feuquieres, qui a commandé fi long-temps les Armées du feuRoy en Ade- magne: l’Hiftoireeftremplie de fes Victoires, & des fameufesNegotiations qu il -*■ • ' ~ . • • • • /
R m)
zoo le mercure a faites auprès de la plus grande partie des Princes Etrangers. Le Chevalier dont nous parlons eft bien fait, & il donne tous les jours de nouvelles marques de fa valeur.
La mort de Monfieur le Marquis de Renel ne me doit pas empefcher de parier de luy, & je croy devoir rendre juftice à (a mémoire. Sa Valeur, eftoit connue, il avoir des Amis du premier rang, & il eftoit aime de {on Maiftre. Ce n eft pas d aujourd’huyque
GALANT, zoi IeTitrede Marquiseft dans fa Famille, &: l’Hiftoirc nous parle d'un Marquis de Renel Gouverneur de Vitryqui fut tué en 1615 en voulant empefcher la jonction de fix cens Réiftres à l’Armée des Princes. On ne peut douter de la No- blefledecette Famille, puis quelle defcend de la Mai- fon d’Amboife, fi connue dans toutes nos Hiftoires. La douleur que Madame la Marquife de Renel fent en cor tous les jous de la perte quelle a faite , feroic diffi-
±02, LE MERCURE
cile à exprimer. Elle aimoit
celuy qu'elle pleure avec
une tendrefle inconcevable-,
mais cette tendrefle
ne facrifiât toutes chofes,
afin qu’il puft fervir fon
Prince en Homme de fa
Monfieurle Vicomte de
Meaux, Fils de Monfieuf
de Bethune, &petit-Fils de
Monfieur le Duc d’Orval,
s’efl trouvé dans toutes les
occafions de vigueur ; &
GALANT. xoj
le feul Siégé dont nous
parlonsjufqii’à fix coups,
dont heureufement pour
luy il a elle quite pour
quelques contufions. Monfieur
le Duc d’Orval dont
je vous parle, eft Fils de
Monfieur le Duc de Sully,
Favory de Henry IV.
Monfieurle Comte delà
Vauguyon s’eft fignale' en
entrant le troifie'me dans la
Contrefcarpe. Il a efté
Chambellan de Monfieur.
Il eft d’une très bonne Famille
de Poitou, &fon Pere
a eu des Emplois confiio4
LE MERCURE derables dansles Indes,
Monfieur le Vicomte de CorbeiljFilsde Monfieurle Comte de Bregy , Lieutenant General, &: autrefois Ambafladeur Extraordinaire en Pologne, sert trouvé à toutes les attaques de la Citadelle deCambray, & ne s’y eft pas trouvé des derniers. Il eftfimodefte la~deflus,& donnée tant de loüanges à tous ceux qui s’y font fignalez, qu’il femble qu il ne croye pas en mériter: cependant il eft impof- fible de raifonner de la ma-
GALANT, xo;
niere qu’il fait fur tout ce
quis’y eft pafle de plus particulier.
fans avoir efté expofé
aux plus grands périls.
Il fçait le meftier de la
Guerre,il entend les Fortifications,
& il en parle auffi
jufte que Madame la Comen
dire davantage,fçachant
nu’elle cache avec rrand
foin toutes les belles productions
de fon efprit, &
quelle ne fe réloutqu’avec
peine aies communiquer à
ceux à qui elle fe confie le
zo6 LE"MERCURE
plus. Elle a l’efprit brillant
& lolide tout enfemble,
ble à tout ce qu’elle" dit,
qu on ne fort jamais d’avec
elle fans eftre charmé de
la converlation. Elle eft
genereufe, & fert fes Amis
avec une ardeur qu’on ne
peut’ alfcz loüer. Jugez,
Madame, fi ce n eft pas avec
raifon que tant de belles
qualitez luy onr acquis
1 cftime particulière de
Leurs Airelles Royales;
maislczele qui m’emporte
en parlant d'une Perfonne
GALANT. ao7 qui a tant de mérité, me fait oublier que je fuis encor devantlaCitadelle de Cam- bray, ou du moins que j’y dois eftre. Il eft temps d’en fortir fi je veux vous mander d’autres Nouvelles. A- chevons donc en' deux mots, & difons que les Pages du Roy ont tous fait voir une valeur digne de la naiftance qu’il faut avoir pour obtenir un Pofte fi a- vantageux. 11 s’en trouvoit tous les jours deux à latefte des Bataillons qui mon- toient les Gardes des Tran-
zo8 LE MERCURE chées-, Sa Majefté l’avoit ordonnéainfi pour les em- pefcherd’y aller tous. Cependant il eftoit fouvent difficile de les retenir.
Je vous parlercis icy de Monfieur du Mets, fi je n’eftois accablé par la matière. C’eft Un Article que je fuis obligé de remettre à une autre fois, & de finir en vous difant qu’il ne mérite pas moins de loüan^es pour fa vigilance & (es foins, que Monfieur de Vauban pour les grands & prodigieux Travaux qu’il a fait faire, &
GALANT. io9
qu’il a fi bien conduits-,
ayant particulièrement recherché
les moyens dépargner
le fang , en quoy il a
parfaitement re'üfty.
Je commence à m’appercevoir
que le Siégé de
Cambray m’a mene' plus
loinquejenel’avoiscrû. Le
Détail que j’ay à vous faire
de celuy de S.Orner, & de
laprifeduFort aux Vaches,
ne fera guere moins long,
& cette raifon m’oblige à
O
chain. 11 eft bon d’ailleurs
de chercher à vous divertir
S
no LE MERCURE par la diverfité des matières, & de ne vous point tant parler de Guerre dans une mefme Lettre; celle-cyeft déjà alfez ample, & je croy que vous ne murmurerez point de ce retardement-, quand je vousauray allurée que tout ce que je vous promets de ce dernier Siégé ne vous fera pas moins nouveau, qu’il vous le paroif- troitaujourd’huy,n’y ayant perfonnequivous erapuilfë mander autant de particu- laritez que moy. Ilfaudroit pour cela qu'on vouluft f£
•>
V • *
GALANT. Ht donner la peine de compo- fer un Journal fur un grand nombre de Relations, & je puis me vanter d’en avoir d’originales dont on n’a lai- fé échaper aucunes copies. C’elt fur cette affurance que je difere ce quejay à vous en dire, & que je paffe à quelques Vers qui ont efté faits fur les Conqueftes du Roy. En voicy de Monfieur Boyer.
zix LE MERCURE
POUR LE ROY.
SONNET.
A Peine le Soleil diflipoit les frimats*
Quflnaveu ^Loiiis la Valeur triomphante*
La Flandre defolée* &fes meilleurs Soldats
Arroufer de leur San^ l'Hlerbe à peine naijfante.
Luy feula changé l'art des Sieves* des Combats*
Dont jadis la met ode efl oit dou° teufe & lente.
Ce lupiter qui repne & qui tonne icy bas*
Lance en toute faifon fa foudre impatiente.
GALANT. 1I?
Ses Exploits font toujours auJd
prompts qu éclatant.
du temps,
En vain pour luy nos voeux appellent
la P~itioire.
& Ce Héros dont l'ardeurne s arrefle
jamais.
la Gloire,
Que Ça rapidité devance nos fouhaits.
Les deux Sonnets qui fuivent
font de Monfieur Robinet
qui a fait autrefois la
MuieHiftorique, dédiée à
Madame.
ai4 LE MERCURE
AU ROY,
SUR. SES CONQUESTES.
S O N N E T.
Miraculeux Héros, J^ain* queur inimitable,
Par tes fameux Exploits, tu te fais admirer.
A quel grand Conquérant te peut- on comparer^ ji
Dont la gloire ne code a ton redoutable?
Tu ries plus qu'a toy-mefme du* jourd'huy comparable.
L'Alexandre orgueilleux qui feft adorer^
Se verroit'S'il vivoity réduit à pirer.
GALANT, iij
J)’ e(Ire moins grand quetoy, d'eftre
moins adorable.
ans
1 Rivaux*
ye put entrer dam Tyr qu'en fix
Quoy que Tyr valut moins qu'une
Mieux que Cefar^ tu ri as qu'à ve~
nir & qu'à voir*
Les Victoires* pour toy*fe trouvent
toujours prefies*
Trois Vides en un mois tombent
iJ»
2J6 LE MERCURE
r ■'
A
- ----------- ---------------------- ■— ■— ■ ■ ■ ■
POUR LE ROY. SONNET.
ADmirons ce Grand Roy ^toujours victorieux,
Admirons ce Héros,fi dign e qu on /’admire.
Regardés fon grand air, tel efi celuy des Dieux,
Dont comme leur pareil, il partage l* Empire.
Jl efi fage, vaillant, jufie, laborieux,
Son grand coeur pour la Gloire in* cefiament foùpire.
Toutes fes allions le rendent glorieux,
Et l' Ht foire aura peine à nous liï bien décrire,
St
GALANT. zi7
Se privant du reposas éloionant des faifirs,
Vers cette Gloire aufere il tourne fes defirs >
Et durant l'EJyyer mefme il ou* vre la Campagne.
La Victoire aufitoft fe trouve à fes coflezj
Elle luy fait prcfent de trois grandes Cites^
Et la ife à deviner les fuites al'Ef paqne:
Les Sonnets par Echo deviennent tellement à la mode, que j’ay crû que vous ne feriez pas fâchée de voir celuy-cy.
Tome 3. t
£1S LE MERCURE
fait accroire, Croire,
la Gloire en Hyver faivoit- elle fes part Pas;
Auprès du Grand Louis auroit d Non. lm iuiïe,vaillant, y Fable.
F, ~ '_
M
GALANT. iI9 Des plus fameux Guerriers,eft une bagatelle Telle
Qfils auraient tous perdu devant ce grand Vainqueur Coeur. À
Voyons-le qui jamais dans fon foin vigilant, “ £enr,
Toùjours pour entajfer merveille fur merveille, V cil le
donc e[t au deffics de no [Ire Demy-Dieu?
Veille.
y/7T Dieu»
Voicy d’autres Vers qui méritent bien détenir leur place icy.
Tij
no LE MERCURE
POUR MONSIEUR,
Sur la Bataille du Mont-Caflel.
AV bruit desgrâds Expleitsque font duxChamps de Miars
Deux Chefs qu’à ce Combat mef- me chaleur entraîne,
La Viiïoire fur eux tourne tottsfes regards:
Puis furfes aifleï d'or dans les airs fe promené,
Et partageant entre eux la gloire & les hasards,
Balance êf demeure incertaine.
Mars l'un fe diftinguant par cent efforts guerriers,
Et l'emportant fur l'autre auxycu^ de la Vfâoire,
La Vitloire ne fiait que croire,
GALANT. lu
Elle qui pour Louis garde tous fes Lauriers-
Sicenefipas Louis, dit-elle fefi fon Frere^
le le conois à cequilviët dé faire, Elle part, & dlun vol qui ri efiplies incertain.
Dans le Camp de Philippe elle fe précipite,
Luyprefenteaufiï^tofiles Lauriers qud mérité,
Et le couronne de fa main.
Je ne vous demande point vofire fentiment fur ce Madrigal, vous elles de trop bon goût pour ne le pas approuver. Jl eft encor de Monfieur Boyer, fameux T HJ
I
Z22, LE MERCURE par quantité de belles Pièces de Tlieatre qui luy ont fait mériter une place dans l’Académie Françoife, qu’il a toujours occupée parmy les beaux Efprits. Les Vers admirables, & les grands évenemens dont elles font remplies, leur feroient faire plus de bruit quelles ne font aujourd’huy, quoy que tous les Gens éclairez en parlent avec beaucoup deftime, fi nous eftions encor au temps où les Ouvrages de cette nature fai- ioient d’eux-mefmes leur
/
GALANT, xi?
bon ou mauvais fùccés.
Au refte, Madame, je
m’eftois bien imaginé que
préfentj en vousenvoyant
la derniere fois
les Lettres que Monfieur
le Duc de S. Aignan avoir
écrites au Roy } & a Sou
ritent fans-doute tout ce
que vous m’en dites d avantageux,
& jevay fatisfaire
avec bien de lajoye à
l’ordre que vous me donnez
de vous faire çonnoiftre
en peu de mots par
-_. • • • •
214 LE mercur
quels^degrez il eft parvenu
à la haute élévation de
gloire où nous le voyons.
Monfieur le Duc de
S.Aignan apres avoir fait
deux Campagnes dans une
•res-grande jeunefte., eut
une Compagnie de Cavalerie
en 1634. 11 fe trouva
en 163J lro ua i1v- rl>>u-c- ae
Rohan dans le Quartier dé
Steimbrun en Alface, lors
qu’il fut attaqué par les
Colonels Uriel & Mercy,
qui furent repouffiez; & il
feroit difficile de vous dire
combien il reçeut de loüanGALANT,
ny
ges dans cette Occafîon &
par le General, & partons
les Officiers des Troupes.
Il n’acquit pas moins de
gloire en la fameufe Retraite
de Mayence fous le
Duc Bernard de Veymar &
le Cardinal de la Valette,
fur tout au Combatde Vauüêvfângês
qui fut tres-ffio.
rieux à la France, par le fuccés
& par la grande inégalité
du nombre. Dix Camil
eut toujours l’aprobation
entière des Généraux, conu6
LE MERCURE
avoir déjà juftement conçeuë
de fa haute valeur &
de fa conduite. L’année
1648 ayant efté fatale à ce
Royaume par les Guerres
civiles & par les divifions,
Monfieur le Duc de S. Aignan
mena au Roy en 1649
quatre cens Gentilshom-'
nies, que leur affeéHon
pour fa Perfonne avoir attachez
à fa fortune , avec
GALANT. 117
des Bateaux, malgré la rigueur
de la faifon, & força
tout ce qui luy voulut faire
obftacle-, ce qui fit admirer
tout-enfemblc &fon
crédit auprès de la Noblefle,
& fon zele au fervice
de Sa Majefté. Il fut
Premier Gentilhomme de
laChambre àlafinde cette
mefme année, & Lieutenant
General ; puis ayant
efte envoyé en Berry pour
Corps d’Armée
y commander avec un
, il prit la
Tour de Bourges en 1650,
le Fort ddee BB iluuggyy,, plufieu rs
xi8 LE MERCURE autres Places, & maintint toutes les Villes de cette Province en leur devoir. Il demeura une année entière dans cet employ, & il y joignit toujours le refpeét deû au rang & au mérite de Son AltefTe Serenifiîme Monfieur le Prince, avec i’oxâvte fidelité qu’il devoit au Roy , traitant dix-huit Prifonniers confidérables, faits en une mefme occa- fion, avec toute la civilité poflible. Il fuivit Sa Ma- jefté aux Sieges de Sainte Menehoud & de Mont-
GALANT. 2.19 medy, apres avoir entrepris, comme Volontaire, une Mine à celuy deChaf. teau-Porcien,qui reiiffit & qui avança la prife de cette Place. Le Roy luy a confie' depuis le Gouvernement important du Havre de Grâce, dans lequel eftant menace' par le grand Armement des Hollandois en 1674, & par divers Avis, de quelque Defcente fur fes Coftes, il mit fur pied en tres-peu de jours, dans une étendue de treize lieuës de long feulement, & de
ijo LE MERCURE
cinq de large, quinze cens
Chevaux, & près de quatorze
mille Hommes de
Z
pied, avec l’équipage de
quatre Pièces de Canon,
les Certes & les Villes ne
laiflant pas d’eftre bien
gardées; ce qui cuft paru
très - furprenant fous un
autre moins aimé de laNobleflc
& du Peuple, & qui
fut confirmé par le Commiffaire
des Guerres qui en
fit la fécondé Reveue. 1
a joint le Sçavoir à la Valeur,
eftant de l’Académie
Françoife, ftProtedeur de
GALANT. i5i
celle d’Arles; & il réüiïit
fi bien en tout ce qu’il entreprend,
mefme pour les
exercices du Corps, qu’il
en a acquis l’eftime de Sa
du Public. Je nevousdiray
point,Madame, qu’il a autant
d’Amis qu’il y a d’honneftes
Gens en France.
Vous fçavez que fa civilité
luy gagne tous les Coeurs,
obligeante, qu’il tient la
journée perdue, quand il
n’y trouve pas 1
de s'employer pc
XJi LE MERCURE qu’un. Sa modeftie fouf- friroit fans-doute, fi j’entrois dans un plus grand de'tail des belles Actions qu'il a faites, & fi je parlois de fes bleffures en grand nombre, & de fes Combats particuliers,dont il efttoû- jours forty avec un entier avantage. C’eft par cette raifon que je ne parleray qu’en paffiant de l une des plus éclatantes & des plus glorieufes A étions qu’il foitpoffible de faire. 11 eft difficile que vous l'ignoriez, puis que le bruit s’én
GALANT. x35
n’en ait parlé avec autant
d’admiration que de furprife.
Monfieur le Duc de
S. Aignan eftoit feul-, quatre
Hommes eurent la lâcheté
de fe fervirdecet avantage
. Il ne s’étonna
point, & fon courage
fut fi bien fécondé de
fon adreife, qu ’ il en tua
trois, & mit le quatrième
en fuite. C’eft dequoy je
ne doute point que l’Hiftoire
ne faffe foy quelque
jour, aufti-bien que lesRe-
Tome 5.
zu LE MERCURE gillres du Parlement ; & peut eftre n’oubliera-t-elle pas ce qu’il a fait encor depuis peu en faveur d'un brave Officier, contre lequel n’ayant pas voulu re- fufer de tirer J’Epée par rencontre, encor qu’il fuit fous fa charge, il le bleifa
' O '
& le defarma. Le Roy fut en colere de la témérité de cet Officier; & la générosité naturelle de Monfieur le Dac de S. Aignan l’obligea à fe venir jetteràfes pieds, pour en obtenir non feulement la Grâce de ce
GALANT.
Gentilhomme en qui il
avoit reconnu de lavaleur,
mais encor fon rétabliffement
en fa Charge, que
toute Royale
Voila, Madame, mais
fort en petit, le Portrait de
. cet Illuftre Duc. Je vous
en laiïfe examiner tous les
traits, vous en trouverez
beaucoup qui marquent le
don particulier qu’il a de
fe faire aimer de tout le
monde ; & cependant je
pafle à ceux dont le Roy a
V ij
récompenfé la valeur.
Le Gouvernement de
Mezieres a efté donné à I
Monfieur de Lançon , &
celuy de Sainte Menehoud
à Monfieur de Neuchelle,
tous deux Lieutenans des
Gardes du Corps de Sa
Majefté. Leurs Charges
prouvent leur mérite : elles
le vendoient autre-fois;
mais il y a douze ou quinze !
ans que le Roy voulant avoir
auprès de faPerfonne !
ceux qui avoient pafte toute
leur vie dans fes TrouGALANT.
157 ferviccs. Il a continué à mefure qu’elles ont vaqué, à les remplir des plus braves & des plus anciens Officiers -, de maniéré qu’il n’y en a aucun dans ce Corps qui ne foit capable des plus grands Emplois militaires.
Le Roy a donné le Gouvernement de Cambray à Monfieur deCezan, Major du Régiment des Gardes, &auieftoit Gouverneur de Condé. C’eft un ancien Officier, qui par fes longs ferviccs s’eft rendu digne
LE MERCURE
de cet honneur.
Monfieur Dreux, quiavoit
laLieutenance de Roy
dansBouchain, a eu celle de
Cambray, & Monfieur Parifot
la Majorité. Il se faut'
que lire le détail du Siégé
de cette Place pour conaoiftre
fon mérite.
la Citadelle de Cambray a
efté donné à Monfieur de
Choify très-habile Ingénieur;
& la Lieutenance de
Roy à Monfieur duFrefne,
qui eftoit Major de Bouchain.
GALANT. tjg
Monfieur de h Levretiere
, Commandant de
Limbourg, a efté nommé
au Gouvernement deCondéj
& Monfieur de S. Geniers
à celuy de S. Orner.
llcommandoitdansDoüay
Il eft Frere de Monfieur le
Marefchal de Navaillès. Il
a donné en beaucoup d’occafions
de grandes preuves
de valeur, & il ne dfaut
quele voirpour remarquer
auffitoft qu’il a reçeu des
coups tres-dangereux.
Monfieur RaoulTec CaRochepaire
Ingénieur,
1 aue le Commande-
14O LE MERCURE pitaine dansNavarre,a efté fait Lieutenant de Roy de S. Orner; & la Majorité a efté donnée à Monfieur de air
ment de Doiiay à Monfieur le Marquis de Pierrefite, qui afervy longtemps dans l’infanterie à la telle du Régiment du Roy.
Monfieur de Rouvray, Lieutenant de la Venerie, ayant efté tué dans la Journée de CalTel, le Roy a pourveu de cette Charge Monfieur de la Motte Exempt
GALANT. 24ï Exempt des Gardes du Corps. C’eft un cres-hon- nefteHomme, dont on a veu avec joye le mérite ré- compenfé. Il fut blefle à la Bataille de Senef, & il ne sert trouvé dans aucune occafion où il n’ait donné beaucoup de marques de courage.
Monfieur de la Cardo- niere a eu la Charge de Meftre de Camp General delaCavalerieLegere, vacante par la mort de Monfieur le Marquis de Renel. Je vous ay parlé de fon mé-
Tome 3. X
Z4i LE MERCURE rite dans mes dernieres Lettres , & vous voyez que je vous ay dit vray, puis que le Roy l’a reconnu.
Les Pages du Roy s eftanr fignalcz dans.lcsoccafions les plus périlleufes, Sa Ma- jefté pour commencer a leur en témoigner fa latis- faétion, a donné à M.de Boifdennemets leur Doyen ' uneEnfeigne aux Gardes.
Le Roy a fait Monfieur du Peré, Lieutenant Colonel du Régiment Lyonois, en luy difanr, G)ùil ne pun- voit remettre cette Charge en
lefifi bien fervir. On ne peut
faire un préfent de meilleure
grâce ; & des paroles
fi obligeantes, prononcées
par un fi grand Prince, doivent
cauier plus de joye à
un galant Homme, que
tout
ce voir-, aufli en onr-elles
donné beaucoup à Monfieur
du Peré. C’eft un tresancien
Officier, quoyque
jeune encor. 11 a commencé
à porter les armes
dés 1’âge de treize ans; 3c
i44 LE MERCURE il s'eft fignalé dans toutes les occafions où le Régiment Lyonois s’eft trouvé. Onfçait combien de gloire ce Régiment s’eft acquis, & qu’il a fait des chofes incroyables.
Monfieur le Duc de Vil- leroy s’eftantexpofé depuis plufieurs années aux périls les plus évid.ens, & ayant mérité d’eftre Lieutenant General dans un âge ouïes antres commencent à peine à faire parler d’eux , Sa Majefté a voulu encor re- connoiftre l’ardeur avec
GALANT. i4î laquelle il a fervy cette Campagne, & luy a donné unePenfion de douze mille livres de rente, en attendant qu’il luy fafle autrement connoiftre combien il eftfatisfait de luy.
Je n’ay appris aucun Mariage de Perfonnes de remarque , que celuy de Monfieur de Bragelonne Confeiller au Parlement, qui aépoufé Mademoifelle Chanlatte. 11 eft en réputation d’un fort bon Juge, & Fils de Monfieur de Bragelonne Premier Prefident X iij
au
LE MERCURE
Parlement de Mets.
Cette Famille eft une des
plus grandes & des plus
confidérables de Paris.
Monfieur de Bailleul, Fils
de Monfieur de Bailleul
Prefident à Mortier , &
petit-Fils d’un autre Prefident
à Mortier, Sur-Intendant
des Finances, & Miniftre
d’Etat fous la Régence
de la feue Reyne
Mere du Roy, a efté reçeu
depuis peu Confeiller au
Parlement. On ne peut,
donner plus de marques de
fuffifance qu’il en a donné
GALANT. 1+7
dans les examens qui luy
ont efté faits. On n'en a
point efté furpris, & il n a
fait que confirmer l’opinion
avantagcufc qu’il avoit
fait concevoir de luy
par fes Plaidoyez, dans lefquels
il s’eftoit fait fouvent
admirer àlaGrand Chambre
& ailleurs, depuis cinq
ou fix ans qu il frequenroit
le Barreau en qualité d’Avocat.
Monfieur de Bretonvilliers
a efté auifi reçeu dans
le mefme temps Conlèiïler
au Parlement. On ne peut
248 LE MERCURE douter qu il ne loir tres- digne de cette Charge, a- pres qu’il a exerce' pendant deuxans celle de Confeiller au Chaftelet avec toute la capacité qui peut rendre un Juge recommandable.
Monfieur le Prefident Nicolai a perdu Monfieur le Marquis de Coulainville, qui eft mort (dit-on) d’une veine qu il s eftoit rompue par la violence d’une toux. Tout le monde a efté luy faire compliment fur la perte de ce Fils, qui eftoit civil, honncfte, obligeant,
& qu’il regardoit comme
devant pofleder apres luy
la Charge de Premier Prefident
de la Chambre des
Comptes, qu’il exerce avec
tant de gloire, eftantlehuitie'mc
de fon Nom à qui elle
eft venue de Pere en Fils.
Il a rappelle' incontinent de
l’ArméeMôfieur le Comte
d’Yvore, fon fécond Fils,
qu’il oblige à quiter l’Epée
pour prendre le party de la
Robe. Il a infiniment de
l’cfpritquoyque tres-jeune,
dit les chofesd’une maniéré
aifée,& on ne doute point
qu'il n’aitquelque jour pour
ble & vive éloquence qui
eft naturelle & comme
héréditaire dans cette
illuftre & grande Famille.
Il ne faut pas que j’oublie à
vous dire quelle eft venue
en France par un Chancelier
de Naples que Charles
VIII y emmena comme
un Homme rare, & qu’il
honoroit d’une eftimeparticuliere.
On a aufli efté faire
Compliment à Monfieur
l’Archevefque de Paris fur
mort de Madame laMarquiié
de Breval fa Bellefceur.
Elle eftoit de la Maifon
de Fortia, & n’avoic
prefque point eu de fanté
depuis la perte de Monfieur
le Marquis de Chanvalon
fon Fils unique, qui
eftoit Cornete desChevaux-
Legers de la Garde
du Roy, & qui fut tué à la
Bataille de Senef, apres
avoir efté longtemps aux
mains avec le Commandant
des Cuiralfiers de
l’Empereur, & emporté la
Cornete de fa Compagnie.
^z LE MERCURE
L’Evefché de Chaalons eft vacant par la mort de Monfieur de Maupeou, qui avoit efté Aumônier du Roy. Ce Prélat eftoit d’une probité & d’une bonté extraordinaire, tres-fidelle & très - paflionné pour fes Amis. Il avoit perdu plufieurs Freres au fervice de
• •
Sa Majefté dans le Régiment des Gardes, où ils s’eftoient tous diftinguez par des actions éclatantes de valeur, comme la plupart de ceux qui portent ce Nom ontfait& font encor
GALANT.
tous les jours, dans les Tribunaux où ilspréfident avec une intégrité digne de fervir d’exemple à tous ceux qui veulent entrer dans les Emplois de la Robe.
II eft furvenu icy un Difé- rend dont je voudrois bien que vous m’euffiez fait fçavoir vof. tre penfée. Un Cavalier qui ne manque pas de mérite, avoir efté dix fois chez une fort belle
Dame fans la trouver. Il luy parle enfin chez une de fes A- mies, à qui elle rendoit vifite comme luy. Elle luy fait des reproches obligeans de fa né- gligenceà la voir5 & fureequ’il oppofe qu’il luy feroit inutile de l’aller chercher, puis qu’on ne la rencontroit jamais; Veila
--------------------------------------------------------------------SI
i;4 LE MERCURE mon Bracelet, luy dit-elle, ra- ■portez^-le - moy demain à telle heure i & fi vous ne me trouvez^ f.u, il efi à vous. Le Bracelet eftoit de prix, & il n’y a pas d’apparence qu’elle euft voulu le rilquer. Cependant on luy propolc le lendemain une Partie de divertiflement pour fout le jour-, elle l’accepte, vadifner en Ville, & ne fe fou vient point de l’engagement -où elle s’eft mife. Le Cavalier a de fon collé des affaires importantes qu'il ne peut remettre, & qui l’empefchent d’aller chez elle; ils conviennent tous deux de leurs Faits, 6e c’eft là deflus qu’il faut prononcer. Le Cavalier foûtient que puis qu elle a manqué à la parole qu'elle
GALANT. 2.55
Jny avoir donnée dé l’attendre, le Bracelet doit eftre à luy ; &c afin qu’on ne le foupçonne pas de le vouloir garder par un mouvement d’avarice, il ofre à la Dame de luy en rendre deux fois la valeur en autres Bijoux. La Dame avoue que s’il eftoit venu chez elle, il n’y auroit point de conteftation ; mais comme il demeure d’accord de n’y avoir pas efté, elle demande obftinément fon Bracelet, & ne veut rien recevoir en échange. Parlez, Madame, ils vous connoiflenc tous deux pour la Perfonne du monde la plus équitable, &: je ne doute point qu’ils ne fe foûmettenc volontiers au jugement que vous rendrez.
Z56 le mercure
Je penfois finir icy 5 mais,
Madame, je ferois fâché que
vous appriffiez par d’autres que
par moy de quelle maniéré
Monfieur le Duc de Roquelaure
a efté reçeu à Bordeaux.
Le Gouvernement de Guyenne
qu’il a plû âu Roy de luy confier,
eft une marque du mérite
extraordinaire qui luy a fait
obtenir cette glorieufe récompenfe
de fes fervices- & il y a.
tant de chofes à dire deluv, que
comme j’auray occafion de vous
en parler plus d’une fois, je ne
grofliray point aujourd’huy ma
Lettre de ce qui ne peur eftre
ignoré que par ceux qui n’ont
aucun commerce dans le mode.
On ne peut exprimer lajoye
quifc répandit dans toute cette
GALANT. 157 grande Province, futoft qu’on y fçeut qu’il en avoir efté nom, mé Gouverneur ; il y eftoit dans une fort haute eftirne Scpour fa nailTance, & pour les qualitez particulières de fa Perfonne. Il arriva à Blaye le 8 de May, où il reçeut les Complimens de Meilleurs les Jurats de Bordeaux, portez parla bouche de Monfieur Chiquet Jurât & ancien Avocat, accompagné de Monfieur de Jean Procureur Syndic de la Maifon de Ville. Le lendemain il fe rendit au Port dudit Blaye à cinq heures du matin, & apres y avoir reçeu tous les honneurs poffibles par Monfieur de Monbleru Commandant dans la Place, il monta dans là Maifon Navale
Tome 3. Y
i58 LE MERCURE qui luy avoir efté envoyée par lesjurats, & fur les dix heures il arriva à Bordeaux au bruit de tout le Canon du Chafteau Trompette, Sc des Vaiffeaux. Monfieur le Comte de Mon- taigu Gouverneur du Chafteau & Lieutenant General de la Province, le vint recevoir fur le Port, où il luy prefenta les Jurats, à la tefte defquels fe trouva Monfieur de la Lande, qui harangua d’une maniéré a faire connoiftre qu’un G«ntil- homme n’eft pas moins propre à eftre bon Orateur que bon Capitaine. On ne luy avoir point préparé d’Entrée, parce qu’il n’en avoit point voulu, pour n’eftre pas à chirge au Public > mais quelque précau-
GALANT.
tion qu’il euft prife pour cacher
fon arrivée, elle fut fçeuë incontinent
de tout le Peuple, qui
accourut en foule fur le Port,
& on peut dire que jamais Gouverneur
n’a efté reçeu avec
plus d’acclamations. De là,
voulant rendre les honneurs
deûs au Prélat de cette grande
Ville, il fut conduit à l’Archevefché-,
apres quoy il alla difner
au Chafteau Trompette, où
Monfieur de Montaigu le régala
avec une magnificence
admirable. Vous fçavez, Madame,
que Monfieur le Comte
de Montaigu eft un Homme
d’un fort grand mérite, & que
fa naiflance ne le rend pas
moins illuftre, qu’un grand
nombre de belles Alliances qui
i6o LE MERCURE
font dans fa Maifon. Il a efté Cornette des Chevaux-Legers de la Garde du Roy.Sc Gouverneur de Rocroy ; Sc apres avoir mérité par de grands fervicesla confiance de Sa Majefté & de la feuë Reyne Mere dans des occafions très - importantes, il a efté choify par le Roy pour l’un de fes Lieutenans dans le Gouvernement de Guyenne, Sc. pour Gouverneur du Chaf- teau Trompette. Cet Employ marque plus que toute autre chofe l’eftime particulière dont il a toujours efté honoré pat fon Maiftre. Tout le monde fçait l’importance de ce Pofte, ëî l’on a veu dans les derniers temps de quelle conféquence il eft d’y avoir un Homme donc
GALANT. z6i la fagefle, la fidelité, & l’expérience, mettent en feûreté une Province qui a toujours efté en bute aux plus puiflans Ennemis du Royaume. C’eft où Monfieur de Montaigu a voulu chercher du repos pour fe dé- lafler des longues fatigues qu’il a eues à effuyer dans les Armées, ne jugeant pas que l’âge, ny mefme lespenfées qu’ondoie avoir dans un certain temps pour l’autre vie, le pâflent dif- penfer de rendre jufqu’au dernier foupir les fervices qu’il croît devoir à un Prince qui luy a toujours donné des marques de fa bonté.
Apres ces premiers devoirs rendus à Monfieur le Duc de Roquelaure , toute la femaine
LE MERCURE fe pafla à recevoir les Harangues de tous les Corps, entre lefquelles celles de Monfieur le Doyen de la Cathédrale, & de Monfieur de Meftivier Prefi- dent à la Cour des Aydes, ont efté fort eftiméès, ainfi que celles de Monfieur le Lieutenant General du Prefidial de Bordeaux , & du Juge-Mage d’Auche. Monfieur le Duc s'embarqua le 14. du mefme mois pour aller à Marmande fe faire recevoir au Parlement.
Adieu, Madame. Sans la gro fleur extraordinaire de ma Lettre, vous auriez dés aujour- d’huy leComplimentque Monfieur Charpentier a fair â Monfieur le Cardinal d’Eftrées, au nom de ^Académie Françoifej
GALANT. 165 je vous le refervepour le Mois prochain , ainfi que plufieurs autres chofes curieufesqui ifonc pu trouver place icy.
4 Parti le premier Juin 1677.
/ Z
ON donnera un Tome du Mercure Galant, le premier jour de chaque Mois-fans aucun retardement- On le vendra vingt fols relié enVeau^ & quinze relié en Parchemin.
Page 95. au lieu de puis quelle Roy n avoir pas' v ou u foufrtr qu'ils emmenaf/ent leurs femmes, liiez puis quonnj avoit pas voul» recevoir leurs femmes»
Extrait du Triyilcge du T^oy.
PAr Grâce & Privilège du Roy,
Donné à S.Germain en Layc le.
15. Fev. 1671. Signé, Par le Roy en
fon Confeil Villet. Il eft permis au
Sieur Dam. de faire imprimer, vendre
& débiter par tel Imprimeur & Libraire
qu’il voudra choifir, un Livre
intitulé Le Mercure Galant, en
un ouplufieurs Volumes, pendant le
temps de dix ans entiers, à compter du
jour que chaque Volume fera achevé
d’imprimer pour le première fois. Et
defenfes font faites de contrefaire lefd.
Volumes, à peine de fix mille livres
d'amende, ainfi que plus au long il eft
porté efdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 17. Février 1671,
Signé , D.Thierry, Syndic.
^tchc'vè d'imprimer pour la première fou
Je premier lum 1677 •
GALANT.
CONTENANT LES
Nouvellesdu mois de May 1677.
& plufieurs autres.
TOME III.
Chez Guillaume DE LiiYNE.au Palais,
dans la SalledesMerciers,a la Iuftice.
M. DC. LXXVIL*
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE ST AIGNAN»
PAIR DE FRANCE.
^ONSEJGNEKH,
Cefl tftre bien hardy de 'Vous
adrejfter une Èpiftreà vous qui
fta.ites tous-les jours des Lettres
admirables, qui écrive^avec
une délicatejfte dont fi peu de
a. ij
EPIS T RE.
Perjbnnes peuvent approcher. Ce n efl point aujf comme bel C^rit que je prens cette liberté. Les matières dont traite le Mercure luy ont déjà donné entrée prefque dans toutes les Cours de l'Europe. le cherche à l'y faire re semoir agréablement 3 & je n en puis trouver un moyen plus Jeuri que de luy faire porter <voftre 1 lia Lire Nom. Ce Nom eft connu par tout, MO NSE I- GNEVR, il ri y a, point de lieu, quelque reculé quil fait, ou ’ l on demande qui mous eftes, & je ne puis douter que le Mercure ri y trouve une tres-favo-
epistre.
^able réception,fi wons me permette^ de publier que le dej- fain vous en a plu > que fa lecture vous a diverty, & que ceft particulièrement farvofire approbation que je me fuis cnhar- dy a le pourfuivre. De quel poids ne fara-t-elle point auprès des Critiques, cette glo- rieufe approbation dont vous fouffre^que je me flate? Dira- t-on que vous manque^ de lumières pour juger fainement des chofes, Vous, MONSEIGNEUR, qui efles reconnu de tout le monde pour un Çfprit tout éclairé, qui pojfedec^ a Hj
É PI S T R E, éminemment ce qùil y a de plus belles Connoijfances, & dont les jugemens règlent fi foulent ceux de l'Academie Francoife 3 établie pour mettre h Langue dans fa plus exacte purete ? Ne croyez pas, MONSEIGNEUR, que ce jufte témoignage que je rends de vous à la vérité, Coït un
commencement des louanges que je me préparé a vous ner. La matière eft un peu trop ample& de quelque cofté que qe me tournajje je m en trouver ois bien-to$l accablé. En effet) que n aurois-je point 4
Y
i
E P I S T R E.
dire de cette inflgnel^aleur dont vous avez. tant de fois donne de fl éclatantes marques ? Elle pa- roiftra afez.ailleursdansleflm- ple Récit que je me referve à faire de vos grandes Actions, & j'adjouteray feulement icy qu- elle nevous eflpas moins unbien héréditaire, que cette merveil- leufe adrefe de corps que vous avez. toujours eue en partage. Nous le voyons par la Charge de Me être de Camp de la Cavalerie Legere qui ne s efl jamais donnée quaux vrais Braves, gÿ dans laquelle feu Monfleur le Comte de S. Aignan voflre
*
EPI S T RE.
Pere s'acquit autrefois une fi haute réputation ; du cofiede
l adrefie, ne fut-il pas lefécond Ajfaillant fous le Prince de Conty au grand Caroufel de Louis XIII, comme vous l'a- <vcge(léfous le Roy à celuy dont il plut a Sa Majefléde fe donner le magnifique Divertiffe- ment. Avec quel avantage ny parufies - vous pas, & quels yeux manquante s-vous d'attirer dans une occafion fi propre a faire voir la grâce toute particulière que vous ave-g dans ces nobles Exercices qui font fi necefiaires aux Personnes de
epistre.
« •
mefmc des Fils de Rois qui,
n ont pas quelquefois dédaigne
de -venir prendre des Leçons fous
nos meilleurs M.iifires? T en a
t- U aucun où mous n excelliez?
ou plutd t, MONSEIGNEUR,
ne peut-on pas dire que mous
eflesuntverfel,&que U Galanterie
eft tellement née avec mous
4
Une mous fujfitpas de fçayoir
exécuter. Combien de Speffi icles
inventez.cn un moment pour
E PI S TRE.
vivacité de ce merveilleux Génie
qu on ne faurait ajfe^ eftimer!
Onsyfouvient encor avec
plaifirde celuy de l JfieEnchantPfi
C* 7? „ 7 „ > > *
finsfurprife, & ddt l Invention
ne demandaitpas moins une Atouteguerriere,
qu un êfirit
véritablement galant. Mais à
quoym arreiïay je, MO NSE IGNENR?
Lefttme h confiance
dont le Roy mous a toujours
honoré, ne font, elle s pas
de ce mente extraordinaire
qui parle fi avantageufement
pour mous. En mous confiant la
EPISTRE.
Place dont il vous a fait Gouverneur , il vous a mis entre les mains une des Clefs de fin Royaumes & cegrandDépoflne juflifie-t-il pas avec toute la gloire qui vous eftdeu'è combien vos longs fervices ïontperfua- dé fortement de voflre fidelité? Voila beaucoup de chofes, MONSEIGNEVR, qui feraient un long Panégyrique pour un autre-, on fercit ajfuré- nent épuifé ; & fi on adjuûtoit en finiflant qu’on en auroit en - cor bien d’autres a dire, ce ferait une flaterie qui ferviroit d’embellijfement à la Lettre. &
i
EPI ST RE.
4
ces mitres cbofes ne fer oient que ce qui auroit efté déjà dit; mais il n en efi pas ainf de vous, & le Mercure <va faire <voir par l ’ Article qui <v ous regarde, que f j ay fait icy une legere ébauche de ^vofire Portrait, ça cfte feulement pour prendre l'occafion de faire connoifîre à tout le monde avec combien de p afon S5 de respect je fuis,
.‘MONSEIGNEUR,
Voftre trcs-humble & très- obeïfTanr Serviteur. D*
NOUVEAU
M
G
E
A
T 0
O
RCU RE
L A N T
M B HT.
1 U s m’en dites,
trop. Madame, on
» s’oblige foy même
en obligeant une Perfonne
auffi fpirituelle que vous;
& la peine que j'ay à vous
amalîei des Nouveautez ne
Tome 3. A
i
--------------------------------------------------usa
Z LE MERCURE vaut pas les remercimens que vous m’en faites. Ileft aïfé d’eftre officieux pour une Amie devoftre importance, & le zele que je vous ay voüé m’ayant toujours fait chercher avec ardeur les occafions de vous en donner des marques, je vous fuis plus redevable de voftre curiofité, que vous ne me l’eftes du foin que je prens de la fatisfaire. Si ce que jevous envoyé mérité le nom de Prefent que vous luy donnez, j’ay lajoye de vous en pouvoir faire de
GALANT. j considérables. Ils le &- roient moins, s'ils cfloient tous de mon propre fonds: je me fers pour cela du bien d’autruy, & ce qu’il y ad a- vantageux pour moy, ceft que ceux à qui je prens, ne m’obligent point à refti- tuer, il fuffit que je déclaré ce que je leur ay pris. Ifô font contens que vous en joüiffiez, & nous fommes tous fatisfaits. Je vous ay marqué dans la fin de ma derniere Lettre, que j’efeois accablé par l’abondance de la matière^ j’en ay encor A ij
4 LE MERCURE
en ne vous envoyant pas
ma Lettre dans le temps
que je vous ay promis, ou
de ne vous pas mander tout
ce que je croy digne de voftre
curiofité. L’embarras
eu je fuis nem’empefehéra
pas pourtant de commencer
par où j’ayfiny ma dernière,
& de vous entretenir
encor delà Bataille. Jepuis
bien vous parler deux fois
d’une chofe dont on parlera
éternellement, & dont
galant. 5 e on découvre tous les jours 11 des circonftances qui aug- e mentent la gloire que Son s Alteffe Royale s’y eft ac- s quife. Elle eut trois BataiL j les à foûtenir dans la fa- t meufe Journée de Caftel,
- puis que les Bataillons de
s fon Armée eurent non feu- i ment à combattre ceux qui
eftoient dans la Plaine, & ceux qui venoient apres • s’eftre rafraîchis, mais
; qu'ils effuyerent au (Ti le feu
: de tous ceux qui eftoient à
couvert dans les hayes ; ce qui fait voir que fi les deux A iij
6 LE MERCURE Armées euflent cfté en pleine Campagne , celle de France, quoy que beaucoup moins forte, auroit triomphé fans que la victoire y euft efté difpuréeun feul moment. Je me fens obligé de vous dire à l’avantage des Suides, dont per- fonne n a parlé jufques icy, , qu ils y ont acquis beaucoup de gloire ; Que les Gensd’armes Anglois & Ecoflois chargèrent trois fois enfemble , & que les Anglois furent une quatrième fois a la charge , &
GALANT. *7
fe meflerent avec les G ardeur
Prince d O range qui
eftoitàleur tefte. Permettez-
moy dadjouter a ce
quelque particularité des
Moufquetaires, on nen
peut parler trop fouvent^
mais ce que j’ay à vous en
dire, prouvera ce que j ay
déjà marqué touchant le
nombre des Bataillons ennemis
dont fi falloir qu un
pour cette raifon que les
Moufquetaires mirent pied
à terre, & non feulement ils
défirent les Bataillons qui
A. _
111)
8 LE MERCURE les avoient obligez de corn- barre a pied, mais en remontant à cheval ils ef- fuyerentune déchargé qui leur fut faite par de nouvelles Troupes, & qui tua ïoixanre de leurs Chevaux. Ce fut là où Monfieur de Moilfac fut tué. Le feul nom des Moulqtjeraires naît le defordre dans un Bataillon Hollandois. Un Officier qui eftoità la telle les voyant venir l’Epée à la main d une contenance toute fîere, s’écria en ces propres termes. Uousfont.
galant. 9
mes perdus, ce font les M'offris
que Je me trouve fus
leurs pattes. Ces paroles ne
leur font pas defavantageufes;
puis qu’on les rcncontroit
fi Couvent, c’eft une
tout. Auflî cesHollandois
en furent tellement épouvantez,
qu’apres une feule
décharge qu’ils firent, ils
jetterent leurs armes pour
eftre moins embarraifez en
On ne peut refufer au
Princed’Orange les loüan10
LE MERCURE
ges quiluyfontdeuës. Dés qu il vit le defordre parmy fes Troupes, & qu’il tftoit impofiible de les rallier, il fit débander toute fon Infanterie dans des hayes, de peur que les chemins qui lont fort ferrez & méchans ne l’arreftaïTent dans fa re- - iraite. Cet ordre qu’il donna a propos, empefeha la perte du relie de fon Armée. IlferetiraàYpreSjOÙ
11
eut quelque Déméléavec le Prince de Nafiau , chacun des deux voulant que 1 autre fut caufe du malheur
GALANT. n
qui leur eftoit arrive-, mais
ils s’en dévoient plûtoft
duite, & à la valeur de Son
Alrefle Royale.
Puis que vous regardez
les Lettres que je vous écris
comme une Hiftoire journalière,
& que vous m’affurezque
plufieurs en font
de mefme, je croy eftre
obligé d’y mettre les Noms
de beaucoup d’Officiers
qui ont efté bleflez ou tuez
enfe fignalant, & dont je
ne vous ay point encor
ii LE MERCURE
M. le Comte de Carie,
Enfeigne des Gensd’armes
Ecoflois, bielle & prilonnier.
M. du PaïTage, Marefchal
des Logis au mefme
Corps.
M. le Chevalier de la
Guette, Capitaine-Lieutenant
des Gensd’armes Anglois,
bielle & prifonnier
dans le mefme Corps.
M.leChevalierdeCroly,
Enfeigne.
M. Obrien, Marefchal
des Logis.
galant. !3
M. le Marquis de Mongon,
Sous-Lieutenanc des
Gensd'armes de Bourgoville.
Capitaine-Lieutenant
des Chevaux-Legers de la
Reyne.
M. le Marquis de Vi'ilarceaux,
Sous-Lieutenanc des
Chevaux LegersDauphins.
M.Lanjon, Sous-Lieutenant
des Gensd’armes
d’Anjou.
M. de Refuge, Capitaine
aux Gardes, blefle & prifonnier.
U ' LE mercure
M Maliffis , Capitaine
au mefme Corps.
ne au melme Corps.
M. le Sage.
M. de Varenne.
Monheur de Fourrille,
tous trois Lieutenans au
mefme Corps.
M. de Beaumont Sous-
> au mefme
M. de Nonant, Enfeigne
au mefme Corps.
M. de Villechauve, Lieutenant
Colonel du Régiment
du Roy, & Brigadier
d’infanterie. °
GALANT. 15
M. des Farges, Lieutenant-
Colonel duRegiment
delaReyne.
M. Laufier, Major du
Régiment des VaiïFeaux.
M. de l’Etoille, Lieutenant-
Colonel duRegiment
M. Des-Dames, Major
duRegiment de Humieres.
M .de la Meloniere3Lieutenant-
Colonel du Régiment
d’Anjou.
M. le Marquis de Genlis,
Colonel du Régiment de la
Couronne.
M. le Marquis d’Are-fur
16 LE MERCURE.
Tille, Filsaîne'deMonfrcur le Comte de Tavanes, Capitaine au mefme Corps.
M. Zegber, Major du Régiment de Greder.
M. le Comte de S. Luc, Moufauetaire.
M. le Marquis de la Grange,Guidon des Gensd’armes Ecofiois.
M. Mâcher, Guidon des Gensd’armes Anglois.
M. Rirdan , Marefchal . des Logis au mefme Corps.
M. Corder, Marefchal desLogisdes Gensd’armes dcBourgocme.
w O
*
M.le Chevalier deBeauvaux
, Capitaine ~ Lieutenant
des Gensd’armes de
Monfieur.
M. le Marquis de Villacerf,
Capitaine dans le Régiment
de Tilladet.
M. de la Boifliere, Capitaine
auxGardes.
M. de Crean, Lieutenant
Colonel du Régiment
de Humieres.
M. Sigoville, Major du
Régiment du Maine.
MonfieurCh*clar, Major
du Régiment d’Anjou.
M. de Villars, Lieute-
Tome 5. B
JS LE MERCURE
nant-Colonel duRegB iment
Royal Italien.
M Bouron, Lieutenant:
aux Gardes, efl: le feul des
Prifonniers qui n’ait point
eftéblefle. On peut juger
par là de 1 ardeur avec laquelle
nos Troupes ont
combattu. Tous les Officiers
fe font fignalez, foit
Ennemis, foit en ralliant
leurs Troupes, & l’on ne
peut rien adjoûteràce que
les Bleflez &lesPrifon niers
ont fait. Vous voulez bien,
Madame, que je vous en
GALANT. ij> tretienne du mérité & delà valeur d’une partie de ces Officiers. J’elpere avec le temps vous parler des autres, & jecroyque puisque vous fouffrez que mes Lettres deviennent publiques apres que vous les avez leucs, on prendra à 1 avenir plus de foin de m’informer du mérité de ceux qui fe feront diftinguez dans les grandes occafions.
Monfieur le Chevalier delà Guette a combattu a- vec beaucoup de vigueur-, mais ayant eu un Cheval B ij
xo LE MERCURE
tué fous luy, il ne put s’empefcher
de tomber entre
les mains des Ennemis.
La Famille de Monfieur
le Marquis de Villarceaux
vous eft connue. Son
Grand Pere eftoitConfeiL
1er d’Eftat, & Monfieur le
Marquis de Villarceaux fon
Pere a toujours paffé pour
brave, galant & bien fait. Il
fert encore le Roy dans la
Venerie, & celuy donc je
vous parle a la furvivance
decetteCharge, lleftaufli
Sous-Lieutenant des ChevauxLe^
Oers Dauphins, &
GALANT. xi
donnant des marques de
fon courage.
Monfieur de Refuge Caveu
du Confeiller de la
Grand’Chambre qui porte
le mefme nom, & dont la
probité eft fi connue.Monfieur
de Refuge fon Pere a
efté Lieutenant General en
Italie fous le Prince Thomas,
qui connoifiant fon
grand mérité, fouhaita de
î’avoiraupresdeluy. Monfieur
le Marquis de Refuge
LE MERCURE prit & de coeur. Il fçait parfaitement bien l’Hiftoire. Ileftoit àMaftriK avec fon Régiment, lors qu’il fut af- fiegé par Moiteur le Prince d’Orange. Il y fit connoi- ftre de quelle Famille il ef- toit. LeCapitaineauxGardes dont j’ay commencé à vous parler,a fait voir dans cette derniere occafion ain- fi qu’en beaucoup d’autres, qu’il eft digne du Nom qu’il porte. On ne peut avoir plus de mérité qu’en a Madame de Refuge leurMere, ce qui le connoift par l’ef-
GALANT. Z3
time particulière, & la forte
Monfieur de Fourrille
eft Fils du Lieutenant Colonel
des Gardes. Il n’a pas
moins de delicarefte d’efprit,
que de véritable valeur,
& l’on ne fçauroit douter
de la fatisfaeftion que le
Roy a reçeue de fes fervi.-
ces, puis qu’il luy a donné la
Charge de Capitaine aux
Gardes q l’avoit Monfieur
delà Boiffiere.
Monfieur de Genlis,
quoy que jeune encor, eft
*4 LE MERCURE Colonel du Régiment de la Couronne. On aveu mourir trois de fes Freres à la tefte deceRegitnenr; mais les Gens de coeur loin d’ap- prehender la mort,portent fouvent envie à ceux qui la trouvent au Lit d’honneur, llert Neveu de Moniteur le Marquis de Genlis, Lieute- nantGeneral.
Moniteur le Marquis d’Are-fur-Tille , Fils aine de Moniteur le Comte de Tavancs,ert d’une des plus llluftres Familles de Bourgogne. On a ven des Ma- refchaux
GALANT. zj
refchaux de France dans fa
Maifon, & il n’a pas efté
blcflefans vendre bien cher
aux Ennemis le peu de fang
qu’il a répandu.
On a peu connu de Gens
plus intrépides que Monfieur
de Moiffiac Cornete
des Moufquetaires blancs.
Il avoir donné en Candie
des marques d'une grande
valeur, & s’eftoit fignalé
dans le Régiment des Gardes
dont il eftoit Officier,
avant que Sa Majefté euft
reconnu fes ferviccs, en le
failant Cornete des Mouf-
C
• f
zô LE MERCURE quetaires. Il entra le fécond dans Valenciennes, & apres avoir pouffé les Ennemis â la Bataille de Caf- fel, combatant à la telle des Moufquecaires, il a elle tué en remontant à cheval.
Monfieur le Comte de Carfe,FilsaînédeMonfieur le Marquis de Gordes, eft mort à Ypres, des bleffures qu’ilavoit reçeuësà la mefme Bataille. Il eft de la ■ Maifon de Simiannes, qui eft une des plus considérables de Provence, & fon
GALANT. 2.7 GrandPere eftoitCapitaine des Gardes du Corps fous LoüisXIlI. On ne peut a- voir plus d’efprir qu’en avoir ce Comte, quoy qu’il nefuftâgé que de vingt ôc deux ans- & nous avons admire’ detres-beaux Ouvrages aufquels il avoir beaucoup de part.
Moniteur de Creil, Capitaine aux Gardes, mérite bien de trouver la place icy. Les Ennemis ayant fondu fur fon Bataillon qu ilsmi- rent d’abord en defordre, il le rallia avec beaucoup de C ij
18 LE MERCURE
courage, & le mitplufieurs
fois en eftat de les foûtenir.
J’oubliois à vous parler
de Monfieur de la Tournelle,
Capitaine au Régiment
Royal des Vailfeaux,
qui fut blefle en allant dire
au Commandant du Bataillon
qu’il falloir attaquer
les trois des Ennemis qu’il
avoit en telle. Ce fut la
première aâion du Combat,
ce Bataillon de quatre
cens Hommes ayant
pafiele premier le RuilTeau,
& rompu fur une hauteur
les trois Bataillons qu il efGALANT-
19 toit allé chercher. Monfieur de la Tournelle s eft fignalé depuis dix-fept ans en toutes les occafions ou fon Régiment a efté employé. 11 fut blefle a Bou- chain, & il l’avoit efté auparavant à Senef, ou il mérita d’eftre diftingué par Monfieur le Prince.
Je croy vous devoir dire encor que je me fuis trompé, en vous marquant que Monfieur de Tracy eftoit à la Bataille. Ce font quelques Relations qui m ont fait faire cette faute-, mais C iij
l
30 LE MERCURE
il eftoit facile de fe méprendre,
puis que le Secours
qu’il avoit amené a combatu.
11 ne me refte plus pour
vous tenir parole, qu'à vous
envoyer les Vers dont je
vous aydéja parlé, mais je
vous avertis que je ne prêtons
point eftre garant de
ce qui ne vous y plaira pas,
s’il arrive que vous y trouviez
quelque chofe à condamner.
Ce n’eft point à
moy à le? examiner quand
ils viennent d’un Autheur
GALANT. 31 nuis de la réputation par d’autres Ouvrages. Si je vous en envoyé de médiocres fans vous nommer ceux qui les auront faits, je veux bien vous en efti e ref ponfable: & cependant je paffè au Sonnet de Monfieur rAbbéTallemantl’ai- né, Que je vous ay promis. 11 eft de l’Academie Françoise, & fon ESprit eft connu par des Ouvrages d une autre confiderationque des Sonnets. 11 a fait des Traductions qui ont eu 1 avan* tase déplaire au Roy, & d C 111)
Lr ' ’ >
5- LE MERCURE nous a délivrez du vieux langage d’Amior, par celle qu il nous a donnée de Plutarque.
A MONSIEUR,
Sur la Victoire qu'il a rempor- îaBa^°nhUma“itC'aPres
SONNET,
OV célébré par tout vos belles Actionsy
Z a France retentit du bruit de ’vojtre gloires
£i de cettegrande
jAi/toire^ faire l'entretien de mille Nations. N
f galant.
Vofire rare Valeur nous donne la
Victoire^ ,
Et la Pofierité ne pourra jamais
croire.
Que l'on ait triomphé de tant de
Surmonter à la fois l'Efpaÿîe & la
Hollande,
Ce n'eft pas tout l'honneur que
vofire coeur demande:
S'il a paru terrible3 il veut paroi*
fire humain.
Tel qui vous vit plus fier que le
Te jour que vofire Brasfit tant de
funérailles,
a point vende k a.
doux, le lendemain.
Je croy, Madame, qu’il
feroit difficile de trouver
des Vers plus coulans, &
que danslcurdouceurdont
chacun demeure d’accord,
vous remarquez celle de
l’efpric de l’Illuftre Autheur
à qui nous les devons.
onnetque vous ve- :
nez de voir, vous a fait connoiftrc
l’ardeur du zele de
Monfieur l’Abbe' Tallemantpour
la gloire de Son
Alcefle Royale, celuy de ?
Monfieur l’Abbe Efpric ne
vous en fera pas moins paGALANT.
5f
A MONSIEUR.
Sur la Bataille de Caflel, & la
prife de S. Orner.
SONNET.
ATtaquerSaintOmer.&d'une
noble audace
Aller remplir d'effroy le Camp des
Ennemie,
Zes combatre. les vaincre, (ÿ* les
ayant fournis.
Deux fois viïlorieux entrer dans
cette Place. ■
(trace,
Leur faire aimer le jou& où fon
Bras les a mis,
LE MERCURE
Remplir tous les Emplois à fia
Valeur commis,
y trace.
veusl' Antiquité,
U'allaient que pas à pas à l'immortalité^
IIs efloient couronnez^ apres de longues
peines.
Philippe va plus vifie,
courage eft tel,
Qpe paffant les Exploits des plus
grands Capitaines,
Dés fin premier Triomphe il fie
rend Immortel.
Je nay rien à vous dire
davantage, ceSonnetparle
GALANT. 37 aftez-, Monfieur l’Abbe Ef- prit vous eft connu, & vous îçavez qu il a fait d’autres Ouvrages qui luy ont ac- quis àjufte titre beaucoup de réputation.
Tout le monde s’eft in- tereftë à la gloire de Son Al- tefte Royale, & les Dames < ■ ’ y ont auflî voulu prendre part. Voicy 'es Vers que Madame le Camus luy a prcfentez.
S. • /
LE grand Philippe Auyifte & celuy de Valois.
Èi Philippe le Bel, tous Mois Rois des François >
3s LE MERCURE
Ont près du MontCajfel emporté
, la Victoires
Mais avec plus d’éclat Philippe de Bourbon,
Portant corne eux le me fine Nom, Vient d'efireau me fine heu couron* né par la Gloire.
Vous avezfiéja v eu trois fois,
Ffia<gïols,È la maris,H clan dois, Près de ce Mont fameux défaire vofire Armée,
Par nos redoutables François. La Picloire avec eux efi trop ac- coufiumée,
Qÿite^ vofire arrogance, elle efi bien réprimée
Par tant de glorieux Exploits é Ce Mont CaJJel a veu Son Altcffe E oya l e
F aire des efforts plusqu humains,
A^iràc ta tefie & des mains,
GALANT. 59
J-Iiros,qui difputiezj,' Empire des
Rom a in sy
Vous ne fifie s poes mieux dans les
_ Champs de Pharfale.
N'en (oyons point furpris depuis
que le Soleil
Eclaire furnofire Hemi^here^
Il ne s* efi rien veu de pareil
N nofireQrand Monarque^ Philippe
efi fon Erere.
Avouez, Madame, que
ces Vers ne font pas indignes
du Héros qui les a reçeus,
qu’ils ont un tour facile
, qu’il eft rare de trouver
dans ce qu’on travaille
40 LE MERCURE avec trop d’étude, & que pour leur donner voftre approbation, vous n’avez pas befoin de confulter l'eftime que vous avez pour Madame ie Camus, qui foûtient fi noblement les avantages de vofire beau Sexe. &
Voicy deux autres Sonnets pour Leurs AltefTes Royales. Ils font de Monfieur Robinet, qui travaille à la Gazette depuis trente- cinq ans, & qui a fait fcul . tous les Extraordinaires que nous avons veus jufques à 1 année derniere. Ils luy
GALANT. 4*
ont acquis beaucoup d eitime,
& le Public luy a ren-
A MONSIEUR*
SUK SES VICTOIRES.
Sonnet.
QVe tu nous parois Grand
dans la Lice de Mars,
Oùtoti Coeur & ton Bras moiffoii'
nent tant de Gloire!
Où faisant le Meflier du premier
des Ce fars, >
On te voit remporter Viïloire fur
JT'i Gloire!
Tomej. j D
- —* . t s
LE MERCURE
Ta Kaient fait trouver dant les
affreux H. iz^ars,
Tu fais fa des débris dl Hommes
&de Remparts,
Tôy-mefine te bafiir un Temple de
Mémoire. '
Apre< tes grands Exploit s,brillant
victorieux,
Vien recevoir l 'honneur qu on doit
aux demy-Dieux,
Vien jouir du Triomphe & fi doux
Tes Mules, à T envy, te chantent .
dans leurs Vers,
Et font voler ton Nom aux bouts
de l’ Vnivers,
Avec le Nom fameux d’un Roy
*
GALANT. «
A MADAME,
SurlesVi&oires,&fiirIeKetour de Monsieur.
SONNET.
GA&nant une Bataille,&forçant une Ville, Philippe fe découvre à nos yeux tout entier:
C'ejlun p rince,à laCour,d'humeur douce & civile,
Qui dans fon air galant ne mejle rien de fier.
•fa
dans le Champ de Mars} Philippe Achille^ jl prend l'air & le front d'un terrible Guerrier.
d y
44 LE MERCURE
D'un intrépide Coeur ^d'une Ame tranquille
ils avance au Combat^ (fi charge le premier.
Grande P rince fie , il vient tout éclatant de gloire5
Son front efi couronné des mains de la F'içtoire^
IMais c efi peu quan Triomphe & fi noble & fi beau^
Ordonnez^que ? Amour rendantfon heur extrême.
Pour difgne F eu de joye allume fin Fïambeau,
Eidun Myrthe charmant couron~ nezfie vous me (me.
Tous ces Vers, & beaucoup d autres encor, furen c
GALANT.
prefentezà Monfieur quelques
jours apres fonarrivée
à Paris. Ce Prince avant
que de partir pour fe rendre
encette Ville, avoit efté au
devantde SaMajefté àTeroüanne.
Le Roy le tint
un demy quart d’heure eriïbraifé,
& luy témoigna une
fi grande tendrefie , que
toute la Cour fut charmée
de l’air & de la maniéré a
vec laquelle ce Monarque
lereçeut. Le lendemain de
fon arrivée à Paris, laReyne
le vint vifiter avant que
d’aller aux Carmélites ; &
46 LE MERCURE Leurs AltefTcs Royales furent en fuite dîner avec elle.
Vous avez impatience fans-doute que je vienne aux particularisez des deux derniers Sieges qui ont ac. quis tant de gloire aux Armes du Roy. J’en ay re- cueilly de tres-fîdelles Mémoires : mais, Madame, avant que de vous en faire part, il faut que je vous conte une Avanture qui a mis de lafroideur entre des Gens qui fembloinr ne devoir jamais eftre broüil-
GALANT. 47 lez. Vous connoiffez une des Parties intereiTées, & voicy comme le tout s’eft pafle. Une fort aimable Marquife, qui valoir bien l’attachement entier d'un honnefte Homme , avoit étably une amitié de confiance & d’eftime avec un Cavalier qui la meritoit. Il JL <■
joignoit à beaucoup ael- prit le don d’eftre aufli galant qu’aucun autre qui ait jamais eu de la complaisance pour le beau Sexe-, & une des conditions de leur amitié fut qu’ils ne fe
4? le mercure
cacheroient rien l’un à l’autre.
Cependant il eur du
panchant pour une jeune
Veuve qui avoir autant de
naiflânce que de mérité;
ce panchantapprochoit un
peu de l’amour, & il en
fit miftere à la Marquife, '
La belle Veuve qui aimoit
les Gens d’efprir, n'eut
point de chagrin de fes
vifices ; tout ce qui flate
plaift, il luy dit des douceurs,
& elle ne crût pas ■
mer. Le Cavalier qui fçavoit
que les Femmes fè
laiflenc
GALANT. 49 laiflcnt toucher par tout ce qui fe fait de bonne grâce, fe montre emprefle à la divertir. Il lavent régaler, tâche à la tirer de chez elle, luy propofe d’agréables parties, mais tout cela inutilement. La Belle eftoit fcrupuleufe, elle haïlTbic 1 éclat, & ne vouloir point donner à parler. Une de fes Amies,qui l’eftoitaufli du Cavalier, trouva moyen de concilier les chofes. Elle convincqu’il emprunteroit quelque Maifon à une lieue de Paris, fans dire pour qui, Tome j. E
jo LE MERCURE qu’il luy apporteroit un Billet portant ordre auCon- cierge de recevoir quatre r Dames à l’exclufion de tous autres ( car la belle Veuve vouloir des Témoins qui éloignaflent l’idée d’un Rendez-vous trop particulier) qu’il prendroit fes me- ' fures pour le Régal, & qu’il ne fe fcandalifcroit pas fi on luy en témoignoit de la furprife , & mefme un peu de colere> félon que le cas ' échéeroit. La Veuve efioit fiere, & ne foudroie pas volontiers qu’on fe mift en
GALANT. 51 frais pour elle. Tourcelafe faifoit fous prerexte de promenade, & elle ne devoit rien fçavoir de plus. Il n’en falloir pas dire davantage au Cavalier. Il arrefte le jour, envoyé le Billet, donne lesordres pour le Régal; & afin de faire les chofes plus galamment, il fe réfout à ne s’y trouver que fur la fin. Cela luydonnoit lieu de deiavoiier qu’il fuft l’Autheur de la Belle, Sc on ne 1 ’auroit pas moins crû pourcela.Le jour choifi arrive ; le Concierge avoir
Eij
LE MERCURE
efté avertyparlon Maiftre,
de ne laitier entrer que les
quatre Darnes qui luy mon- •
treroient un Billet de fa
main. Pour le Cavalier il
avoit tout pouvoir, & de's le
jour precedent il -avoir difpoféce
qui efboit neceflaire
à Ion deflein ; mais nar mal- 7 < .
fe trouva ce jour là mefme
dans un engagement indifpenfablede
monterenCarotfe
à dix heures du matin, '
revenir
Son Amie écrit prompte
ment au Cavalier de remet
galant. h tre la partie au lendemain, de faire changer le Billet d’entrée qu’on luy renvoyé (carie jour y eftoit marque) & d’eftre affeuré quil ny auroit plus de changement. On donne la Lettre à un Laquais-, le Laquais perd la Lettre en la portant-, de peur d’eftre batu, il revient dire qu’il l’a donnée au Portier , parce que le Cavalier venoit de fortir. La Veuve & fon Amie partent^ le Cavalier va chezla Marquife. Onl'y veut retenir à dîner, il s’excufe fur un embaras
E 11J
r
54 LE MERCURE d affaires chagrinantesqtfil ne peut remettre, & il at- tend impatiemment que le Loir arrive pour voir le fuc- cés de fon Régal, 11 eft à peine lorty, quela Suivante de la Marquile vient dire en riant à Et Maiflreffe, quelle avoir bien des non- veües ?. coaK-, nouvelles eftoient elle dans la Rue, qu’il avoir laiffé tomber un Billet, * quelle l’avoitramaffé, que’ çe Billet s’adreifoir au Cavalier, & que le deïlus eftoic
qu’un
Laquais tnarchoit devant
GALANT. 55
d'une écriture de Femme.
LaMarquife l’ouvre, trouve
l’ordre au Concierge de
recevoir quatre Femmes ce
jour là, &reconnoift feulement
la main de celuy qui
l'avoir écrit. C eftoit un
Confeiller d’un âge allez
avancé, & en réputation
d’une avarice çoniommée,
11 venoit quelquefois chez
elle, fa Maifon de Campagne
luy eftoit connue, & il
ne reftoit plus qu a découvrir
pour qui la partie fe faifoit.
Elle réfléchit fur le
0 LE MERCURE avoir fait de dîner avec elle, fur les preffantes affaires qui luy en avoient fervy d excide,& rapportant cela au Billet perdu, elle ne doute point qu’on ne luy faffe fineffc de quelque Intrigue. L eclairciffement neluy en fçauroit rien coûter. Elle dîne promptement , va prendre trois de fes Amies, monte en Car- roffe, fort de Paris, & les mène a la Mailon du Conseiller. On la refufe fur l’ordre reçeu de ne laiffer entrer perfonne. Elle fou-
GALANT. 57
rit, dit que l’ordre ne doit
pafeftre pour elle, montre
le Billet-, grandes excufes,
tout luy eft ouvert, & le
n’eft là que pour luy obeïr.
Ce début contente allez la
Marquife, elle entre dans
le Jardin avec fes Amies,
leur fait faire quelques
tours d’Allée, & les ayant
conviées à safleoir dans
un Cabinet deverdurc (car
puis qu’on la lailfoit maiftrelfe
de laMaifon, c’eftoit
à elle à en faire les honneurs)
elles n’ont pas plû;
S LE MERCURE toft pris place, qu’elles entendent des Voix toiftes charmantes foutenuës de Theorbes & de Claveflîns. La Marquife regarde les Dames, elles ne fçavenc toutes que penfer, la réception eft merveilleufe, &
y ces préparatifs n’ont pas efte faits en vain. Apres que cette agréable Mufi- que a cefîe, elles Ce lèvent & prennent une autre Alle'e qui fe terminoit dans un petit Bois.; elles y entrent. Autre divertiftement. C’eft un Concert merveilleux de
GALANT. 59 Mufetes, de Flûtes douces, & de Hautbois. Cela va le mieux du monde ; mais il faut voir à quoy tout aboutira. Le plus grand étonnement des Dames eft de ne voir perfontie qui s’inté- reffe à cette Fefte. Elles fortent du Jardin j le Concierge qui les attend a îa porte, les prie de vouloir entrer dans la Salle, & elles y trouvent une Collation fervie avec une magnificence qui ne fepeut exprimer. La Marquife qui avoit efté bien-aife de jouir des
60 LE MERCURE Hautbois «Se de la Mufique, ufe de quelque referve fur 1 article de la Collation. Elle dit qu’alfurément on Te méprenoit, que tant dapprells n’avoient point efte faits pour, elle ; & on luy protefte tant de fois qu’autre quelle n’entreroit dans la Maifon de tout le jour, quelle eft obligée de ne coûte point que cette mé- prife ne foit l’effet du Billet
k
i -------------------- ^K^XX^VV
ie rendre. Quoy qu’elle doute point que cette me- foie perdu, & qu elle voye clairement que le Régal vient du Cavalier, qui comme
f
GALANT. j’ay dit etoit fort galant, elle prie qu’au moins on luy apprenne à qui elle eft obligée d’une honnefteté fi furprenante. Acelapoint d’autre téponfe que de la prier de s’affeoir. Voila donc les Dames à table-, elles mangent toujours à bon compte, au hazard de ce qui peut arriver; & les Violons qui les viennent divertir pendant la Collation, font l’achevement de la Fefte. Enfin le Cavalier arrive, on luy dit qu’il y a quatre Dames à table, il
V ' • Z
LE
MERCURE.
62.
entend les Violons} & n ayant point à douter que ce ne foit Ça belle Veuve, ■ il fe prépare à luy faire la guerre de la maniéré la plus enjouée, de ce qu’elle luy a fait finefie du Régal qu’on luy donnoit. Il entre dans la Salle en criant, -voila,qui eft bien, honnefte, & n’a pas achevé ce peu de mots, que reconnoiffant la Mar- quile , il croit eftre tombé des nues,&ne rien voir de ’ tout ce qu’il voir. La Mar- quifel obferve,fe confirme aans ce qu elle croit par le
GALANT. 63 trouble où il eft, & feignant de n’y rien penetrer ; que je fuis ravie de vous voir, luy dit elle! par quel privilège efles-vousicy ? caron n’y laiffe entrer aujour- dhuy perfonne. Venez, mettez-vous auprès de moy-, Monfieur le Confeil- ler qui me reçoit avec la magnificence que vous voyez, voudra bien que je vous fafte prendre part à la Fefte. Ces paroles jettent le Cavalier dans un embarras
nouveau. 11 nefçait file Confeiller le joue, ou fi c’eft
64 LE MERCURE
laVeqve qui luy fait pièce;
& ne pouvant deviner par
quelle avantureil trouve la •
Marquife dans un lieu où il
nel’attendoirpaSjil tâche à
luy cacher fa furpr.ife, pour
ne
qu elle peut ignorer; mais
il a beau fe vouloir mettre
de bonne humeur, là gayeté
pa-roift forcée, & la malicieufe
Marquife fe fait un
■ * a #
1 ------------’ UC
defordre. S’il refveun moment,
elle veut qu’il foit jaloux
de ce qu’un autre que
luy la re'gale d’une maniéré
GALANT. 65 fi galante, & lnv dit plai- famment, qu’il faut qu'liait de bons Efpions, pour avoir eftéavercy de tout.fi à point nommé. Il répond qu’a- press’eftre tiré de fon affaire chagrine qui n’alloit pas comme il foûhaitoit, il a- voit appris qu’on luy avoit veu prendre la route de cette Maifon où ils s’ef- toient fouvent promenez enlèmble, q Cil l’y eftoit venu chercher,& qu il avoit eu bien de la peine à fe faire ouvrir.La Marquifc feint de croire ce qu il luy dit, & luy
Tome F
£6 LE MERCURE
parlant à demy bas, mais
allez haut pour eftre entendue
des Dames-, n’admi- ■
rez-vous pas, luy dit-elle,
l’amour?
car il faut de rieceffité que
Monfieur le Confeiller
m aime (ans me l’avoirofé
dire. Voyez de quelle maniéré
il me fait recevoir
chezluy. Il eft le plus avare
de tous les Hommes, & ;ependât
il n’y a point de profufion
pareille à la fienne.
Nous avons efté déjà régalées
dans le Jardin de Voix,
de Hautbois,&deConccrts;
GALANT. 67 c’eft une galanterie achevée , & je croy que je l’ai- meray s’il continue. Le Cavalier perdoit patience, & il fut tenté vingt fois de s’expliquer, dans la penfée que fon fecret eftoit découvert ; mais il pouvoir ne l’cf- tre pas, & c’eftoit allez pour le retenir. Le jour s’abaif- foit, on remonte en Car- roffe, Le Cavalier prend, place dans celuy delà Marquife, qui le mene fouper ç chez elle, & ne le laiffe for- tir qu’à minuit. Ce n’eftoic point afTez, la Piece pou-
F ij
68 LE MERCURE voie eftre pouflee plus loin, &. c’eft à quoy îaMarquife ne manque pas. Elle fçait par le Billet perdu, que les Dames inconnues s’atten- doienr à eftre régalées le lendemain. Elle fonge à mettre le Cavalier hors d’état de s’éclaircir,& par con- féquent de fàtisfaire les Belles. Elle luy envoyé pour cela de fort bon matin deux de fes Amis qui larreftenr, jufqu’à ce qu’elle paffe chez luy elle- malgre' qu’il en ait, elle
mefme, & fût fi bien, que
Y
GALANT. 69 l’engage pour tour le refte du jour. Ce n’eft pas fans plaifanter plus d’une fois îur la prétendue galanterie du Confeiller. Mais tandis que la Marquife fe divertit agréablement, on s’ennuye chez la belle Veuve de n’avoir point de nouvelles du Cavalier. L’heure de la promenade fe paftanr, on s’imagine qu’il s’eft piqué de ce qu’on avoir remis la Partie ; on le traite de bizarre, & on protefte fort qu’on ne luy donnera jamais lieu d’exercer fa me-
70 LE MERCURE chante humeur. 11 rend vifite le lendemain, débute par quelque plainte; & la > belle Veuve qui ne luy explique rien, fe contente de luy répondre fort froidement. Son Amie plus impatiente, le querelle de les avoir fait attendre tout le jour ; la chofe s’éclaircir, on fait venir le Laquais. Le Laquais foûtient qu’il a donné le Billet à fon Portier; & alors le Cavalier ne doute plus qu’il n’ait elle remis entre les mains de la Marquife, quoy qu’il ne
GALANT. 7r fçache comment. Il conjure la belle Veuve de choi- fir tel autre jour quil luy plaira, & il n’en peut rien obtenir. Il retourne chez la Marquife, qui luy demande s’il a fait fa paix avec les Belles qu’il a manqué à régaler le jour precedent. Il fe plaint de fa maniéré d’agir avec luy ; elleluy reproche le fecret qu’il luy a fait de fes Intrigues contre les loix
O de leur amitié. Ils fe fepa- rent en grondant, & je croy qu’ils grondent enco^ prefentement. J’ay fçeu
71 LE MERCUKE toutes les circonftancesde 1 Hiftoire, d’un des plus particuliers Amis du Ca- i valier. La Marquife veut qu’il luy nomme la Dame pour qui fe faifoit la Fefte, & le Cavalier veut eftre dif- cret. Voila l’obftacle du raccommodement.
Venons au Siégé de Cam- Je croy, Madame, qu’il n’eft pas befoin de fouvenir que eft une des plus de la Gaule
bray.
vous faire cette Ville anciennes
Belgique,quelle fut baftie du temps de Servius Tullius fîxie'ipe
GALANT. 75
fixieme Roy des Romains,
& qu’il a toujours efié fi
difficile de la prendre à
force ouverte fans y perdre
beaucoup de monde, que
quand le fécond de nos
Rois s’en rendit le Maiftre,
ce ne fut qu’apres y avoir
veu périr cinquante-trois
mille Hommes de part &
d’autre. Si cette grande
Ville efloit fi forte dés le
temps de Clodion, on pouvoir
la croire imprenable
depuis que Charles Quint
y eut Elit bâtir cette redoutable
Citadelle dont il n y a
Tome 3. G
74 LE MERCURE
avec
étonnement. Nous avons
perdu cette Place il y a qua- ,
tre-vingts deux ans. Les Ef-
1595. Monfieur le Duc de
Rhetelois fe jetta dedans j
par l’ordre de Monfieur le
Duc de Nevers fon Pere.
Le Marefchal de Balagny
quiy comtnandoit enavoit
efté déclaré Prince -, & ne
croyez pas, Madame, qu -
elle fuft alors attaquée de ■
la maniéré qu’elle vient de
l ettre par le Roy. Cette
vigueur n’appartient qu’aux
GALANT. 75 François, & il eft difficile de les vaincre, fi on ne joint l’a- dreffie à la force. Quand les Efpagnols méditèrent cette Conquefte, le Roy- Henry IV. qui avoit des affaires chez luy , eftoit à Fontaine - Françoile où il tailloir de la befogne aux Ennemis qui vouloient paf- fer en Bourgogne ; mais ce n’eftoir point allez que ce Grand Prince fufthors d’état de venir fecourir Cam- bray il y avoit des François dedans, & les Efpagnols craignît qu’ils nefif-
G ij
/
1(t LE MERCURE
tance qui en auroit pu emnant
lieu au Secours de s’affembler,
s’aviferenr d’un
ftratagémequi leur réüffir.
Le prix du Bled eftoit diminué
de beaucoup par l’abondance
de l'année, ils
fçavoicnt qu’il y en auoic
de grandes provifions dans
la Place, & ils pratiquèrent
adroitement des Particuliers
qui en donnoientplus
qu'il ne valoit. La veuc
d’un gainconfiderable tenta
l’avarice de Madame de
GALANT. 77 Balagny, qui au déçeu de fon Mary en vendit la plus grande partie en divers temps; & quand on en eut en quelque façon épuifë la Place,le Comte de Fuentes la vint affieger. LimpofTi- bilité d’attendre du Secours parce que les Vivres manquèrent incontinent aux Affiegez, les obligea de fe rendre, & on tient qu’il en pritun fi grand faififfement à Madame de Balagny,qu - elle mourut dans le moment que fon Mary fignoit la Capitulation. Toutes ces i •••
G 11
78 LE MERCURE chofes relevenc de beaucoup la gloire du Roy, & tous accouftumez que nous Tommes à voir autant de Miracles qu’il fait deCon- queftes, nous ne concevons qu’avec peine qu’en fi peu de temps, & fans aucune perte confiderable, il ait pu réduire une Ville qu'i a coûté autrefois tant de milliers d’Hommes, fortifiée d’une Citadelle qui en devoir au moins retarder la prife de plufieurs mois, & quel Efpagne ne nousavoit oftee que par furpriïe,pen”
GALANT. 79 dantquerinvincible Henry qui en eftoit fort éloigné, avoit ailleurs de prenantes Guerres à fourenir. Mais fuivons noftre Grand Monarque, il ne fait que de Valenciennes, & il eft déjà devant Cambray.
Avant que d entrer dans le détail de ce Siégé, je croy VOUS devoir nommer tous ceux qui ont alternativement monté la Tranchée, afin d’éviter une répétition de Noms qui feroit en- nuyeufe, & grofliroit trop ma Lettre.
mj
So LE MERCURE
■Mdrefch.iux de France.
M. le Marefchal de
Schomberg.
M. le Marefchal de la
M. le Duc de Luxembourg.
Lientenans Generaux,
M. le Marquis de Rend.
M. de la Cardoniere,
M. le Comte d’Auver-
.e.
M. le Duc de Villeroy,
M. le Prince Palatin de
BirKenfeld.
GALANT. Si M. le Comte deS.Geran. M. le Marquis de Tdla- det. i
M. le Chevalier de Til- ladet.
M. le Marquis de Jau- velle.
Brigadiers de Cavalerie, M. de la Fuite.
M.deBuzenval. M.lcComrede Tallard. M. d’Auger.
M. de Joflàn. Brigadiers d'Infanterie.
M.de Ruban tel.
M. de Tracy.
M.IeMarquis d’Uxelles.
Sx LE MERCURE
M. de Villechauve.
Aydes de Camp du> Roy,
M. le Chevalier de Vendofme.
M. le Prince d'Harcourt;
M. uis
verny. >
M. IcMarquis deCavois*
jeau.
Pendant qu’on travailloic
aux Lignes, les Ennemis
firent une Sortie, mais
ils furent repoufiez jufques
à la PalifTade par Monfieur
Roze Brigadier de CavaleGALANT.
Sj rie, qui fut blefle en cette occafion d'un coup de Moufquct à lacuifTe.
Le Roy vifitoit & pref- foit fans celle les Travaux, & apres qu’on eut achevé les Lignes de circonvala- tion & de contrevalation, qui furent faites par les Païfans de Picardie, il ordonna l’ouverture de la Tranchée. Elle fe fît la nuit du 19 au jo de Mars; Sa Majefté y demeura longtemps, & fit avancer le Travail. Le feu des Ennemis fut médiocre, &
v4
S4 LE mercure leur Canon ne lira que le matin.
La nuit du 30 au 31.
Les Ennemis firent grand feu. On avança beaucoup le Travail, on ne perdit ny Soldats, ny Officiers. Monfieur delaSalle le Fils Officier aux Gardes fut bleffié.
La nuit du 31 au 1 d’Avril
On avança beaucoup. Les Ennemis firent grand feu de Grenades, & furent fort incommodez par nof- tre Canon.
La nuit du 1 au z d'Avril On fit un Logement
GALANT. 85 fur la Contrefcarpe ; mais la droite commandée par Monfieur le Marefchal de laFeüillade , & par Monfieur leComte d’Auvergne, poufla fi avant, quelle força la Demy-lune & la partie droite de l’Ouvrage couronné. On ne jugea pas à propos d’y demeurer, parce qu’on craignoit les Mines. Monfieur le Marquis de Tilladet quicommandoità la gauche, planta des Piquets pour faire fon Logement; mais on fe contenta de fe retrancher fur la Con-
I
86 LE MERCURE trefcarpe, comme il avoir cftc rélolu. Les Ennemis montrèrent quelque vigueur, tuerent & bleflcrenc quelques-uns des noftres, & furent encore plus vi- goureufement repouflez. On leur prit un Capitaine & un Officier, avec quatorze Soldats: le reftele fauva
• - F
par des Caponnieres.
La nuit du z au $
Trois coups deCanon fer- virent de Signal pour attaquer deux Demy lunes entre la Citadelle & un Château qu’on emporta,Sur les
GALANT. 87
onze heures du matin on
attacha le Mineur. Montait
blefle en allant le voir
attacher, & les Affîegez
ccflerent de tirer. Plufîeurs
Lettres marquent une circonftance
que je n’oferois
aflurer, mais que je croy
pouvoir vous écrire. Elles
difent que Monfieur le
Comte d’Auvergne fît ce
qui n’eftoit point encore arrivé
à la Guerre, qu’il bâtit
luy-mefme la Chamade,
voyant que la confternation
des Ennemis les era88
LE MERCURE pefchoit de fonger à ce qu’ils dévoient faire, &que L-tcft qu’ils parurent fur . les Remparts, il leur dit, dfifiil efioit temps quilsfon- geafient au fialut de la, Ville, puis que le Mineur y efiant attaché on la forcerait, & qu ’ ils dévoient craindre quon ne la traittdtplus impitoyablement que Valenciennes , fi elle eftoit prifie parafant. OnentraenNe- gociarion, & l’on conclut une T lève qui dura vingt- quatre heures. Ilyeurplu- ficurs contcllationsJcsEn-
GALANT. S9 nemis pretendans demeurer nuiftres d’un grand Billion qui les voyoit à revers & qui donnoic fur toute leur efplanade. Mais cet Article neputeftre décidé en leur faveur, parce que c’eftoit un Baftion de la Ville, &que tout ce qui en dépendent dévoie demeurer au Roy.
11 y eut encore une autre conreftation, & le Gouverneur demandaque les Femmes de Qualité fortifient, au (fi bien que celles des petits Officiers & des Sol-
Tome 5. H
50 LE MERCURE dats avec un Pafleporr, & qu elles fuïTent conduites à Mons avec leur Bagage. * Le Roy re'pondic qu’il don' neroit aux Femmes de Qualité un Quartier tel qu’elles voudroient dans la Ville, avec une Garde fuffifante pour leur feureté -, mais que pour les autres qu’on faifoit monter au nombre de douze cens, elles pou- voient entrer dans la Citadelle, auiïî bien que les Bleflez. Il y a des Lettres quiafTurencque SaMajefté permit à huit Femmes de
GALANT. 91
confédération de fe retirer
àMons. Les Ennemis eurent
deux jours entiers pour
fonger à leurs affaires, ils
s’en fervirent pour tirer de
. la Ville tout ce qui pouvoir
eftre utile à leur defence, &
le conduire dans la Cita-
»
delle. Le Gouverneur ordonna
» tous les Cavaliers
de tuer leurs Chevaux, &
denen referverque dix par
Compagnie. Les Cavaliers
ne purent s’y réfoudre, &
l’Executeur delà Haute Juftice
eut ordre défaire cette
91 LE MERCURE quelle quatre mille Hommes commandez par de bons Officiers, fans com- ter les Officiers Reformez, tous réfo’us de fe bien défendre & de tenir au moins trois mois, entrèrent dans la Citadelle, ayant abandonné à la clemence du Roy douze cens Femmes de leur Garnifon ; ce qui donna lieu à l’Avanturefui- vante.
Une de nos Vedettes fe trouvant pendant la Trêve fi près de celle des Ennemis, qu’il ne leur effoit pas
i
GALANT. 95 difficile de s’entre-parler, le François dit à l’Efpagnol, Qu il ne fçanjoit ce quil al- loit faire , de s'enfermer dans U Citadelle, puis que le Roy ri asv oitp as permis quils emmenajfent leurs Femmes, que les François eFiant maiftres de la Tille, il trouverait
a fon retour qu'on y aurait bien fait des affaires. L’Efpagnol entra en de fi grandes appréhendons, qu’ayant jette fon Mouf- quet, il fe rendit aux nof- tres, & ne voulut point entrer dans la Citadelle.
94
LE MERCURE
Le Greffier de la Ville, & le Prévoit de la Cathédrale, fe rendirent auprès Monfieur deS.Poüange,& en ayant reçeu la Capitulation par laquelle les Habi- tansferoient traitez comme ceux de Lile , & le Cierge comme celuy de Tournay, la Trêve eftant expirée, on livra le cinquième du mois, à cinq heures apres midy, unePorte à nosT rompes , lefquelles fe faifirent de tous les Portes à mefure que les Ennemis les aban- donnoient pour fe retirer dans la Citadelle.
GALANT. 95
La vigilance, les fatigues &l’intrépidité du Roy,ne fe peuvent exprimer. 11 fut à la Tranchée deux heures apres quelle fuft ouverte, & s’avança luy quatrième jufqu’à la tefte du Travail. Quelquesjours auparavant un Boulet de Canon avoit pafte auprès du Sieur de Givry, Ecuyer de la petite Ecurie, qui n’eftoit pas loin deSaMajefté.
Le Roy ne fut pas plu- toft maiftre de Cambray, quelePrevoftde la Cathédrale, qui eft en réputation
95
LE MERCURE d’un Homme d’efprit, vint de la part de tout’le Clergé, prier Sa Majefté d’entrer . dans la Ville, ce qu’elle ne fit qu’apres la prife de la Citadelle. Quittons un'moment cette matière, & pour vous- délafler de la guerre, paflons au chapitre de l’A* mour. Voicy des Versqu’il a fait faire: ils ont un tour noble qui marque les privilèges de leur fource,& vous n’en avez jamais trouvé de ' bons, fi vous n’eftes contente de ceux-cv.
Je
GALANT. 97
IEfois vieux, Belle Iris, ceft un
mal incurable.
De jour en jour il croiff d'heure en
heure il accable,
La mortfeule en guérit, maie fi de
jour en jour
il me rend plus mal propre à grofflr
vofire Cour,
le tire enfin ce fruit de ma décrépitude,
Que je vous voy fans trouble &
Sans batement de coeur, & que ma
liberté
Près de tous vos attraits efi toute
en feureté.
des années
Pneame dont vos loixregfoient les
deftinées.
Tomej. I
98 LE MERCURE
U on que je fois encor bien defacceu* iumé
Des douceurs que prodigue un coeur vray ment charmés
A ce tribut flatcur la bienfeance oblige,
Le Mérité l'impofe) & la Beauté l'exil
DTula^e n en difpenfe, & fùt-on aux abois,
Il faut en fuir la veuë, ou luy payer fes droits-, .
Mais ne me ranççezffoint', alors que / en foupire,
JParmy les Soupirant dont il vota plaift de rire.
Eccutezjnet foùpirs fans les conter à rien,
Je fuis de ces Mourant qui (e portent fort bien,
Je vis aupret de vous dans une paix profonde,
GALANT. 99
]E.t doute, quand. ] en fors, ft vous
efies au Monde.
Avec le coeur feut-efire il efi mal
/
le me fine charme,
fld'offrent mefiv.es fer ils , me donnent
me fine alarme,
Et je riefpererois aucune guérifion^
Si l'àge efioit che^ voue mon feul
contrefoifion.
Maùs oraces au bonheur de ma
trifie avanture,
A peine ay-je loifir d'y fentir ma
blejffure.
Grâces à Amans dont ch
vous on je rit^
Dès que vofire oeil m'y bleffe, un
autre oeil my guérit.
too LE MERCURE
Souffrezjque je nienflate^ & qrià
• mon tour je cede
Au chagrinant Rival qui comme
eux vous o b fie de,
tous de ferter
vofire Cour,
Et ri ofevousparler ny ri Himen ry
d'amour.
Vous le dites du moins, & voulez^
qrion le croye,
Et mon refie ri amour vous en croit
avec joyeï
Jefayplus, je le voy fans en eftre
jaloux,
A vofire tour m en croyezyvous?
Que penfez-vous, Madame,
de cette galanterie?
L’Autheur qui prétend que
fes vieilles années luy ont
GALANT. ) loi
acquis l’avantage d’aimer
fi commodément, & qui
s’explique d’une maniéré u
agréable, ne mérité-t-il
pas d’eftre particulièrement
confidere de la Dame?
11 eft rare de pouvoir
confcrver dans unage aufli
avancé que celuy qu il fe
donne, le feu d’efprit qu’il
fait paroiftre encor dans
ces Vers-, & le vieux Martian
que vous avez tant
admiré dans 1 admirable
Pulchérie du grand Corneille,
nauroit pas parlé
loi LE MERCURE, voulu s’éloigner du fé- rieur.
A l’heure qu’il efl-, on m’apporte une Lettre qui meritebiende vous eftre envoyée, & qui efl: une efpece davanturepour moy. C’eft a vous, Madame, à qui je dois les choies obligeantes que vous y verrez. Si vous xi aviez pas ïoufferc que les Nouvelles que j’ay foin de vous envoyer tous les mois, priflentleTitre de Mercure Galant pour courir le monde, apres qu elles ont efté jufqu’à vous, je n’aurois
GALANT. 103 ■ pas reçeu un témoignage fi avantageux de 1 approbation que leur donne le Public. J’ignore le nom de la Perfonne qui me fait la grâce de m écrire-, je fçay feulement celuy de la Dame dont on me parle, ôc vous voudrez bien que je vous le taife. Tout ce que je me croy permis de vous en dire, c’eft qu elle eft d'un mérite generale- ment reconnu, & qu alla- rément vous entendrez parler d’elle plus d’une fois dans le Mercure.
I iuj
1O4 LE MERCURE
LET T RE d'un inconnu, A L’A UT H EUR
DU MERCURE GALANT.
IE fers de Secrétaire à une belle Dame, qui fouhaite, Monfîeur,que je vous mande l extrême fatisfaElwn que luy a donnée la leiïure des deux premiers Tomes de vof tre Mercure Galant. Je consens avec elle que cefl un Ouvrage très-utile, mefme
'V'Xf
x- <7
GALANT, ioj glorieux pour lu France s qu'il féru encor plus recherché quelque jour qu'il ne Tefi aujourd'hui, quoy qùil foit afe\ difficile d'en avoir des premiers, & que dans un Siecle éloigné du nofire, il fer vira de Titre à quantité de Familles dont vous faites connoifire & la nobleffi & T antiquité : mais à vous dire les chofes comme elles font, je croy qüily a un peu d'in~ terefi méfié aux louanges que vous donne la Dame dont je vous parle. Elle a une de- mangeaifon terrible de voir
io6 LE MERCURE
fin Nom parmy ceux d qui
vous donnez^ place dans le
Mercure ; Çÿ comme elle fiait
qu il a un fort grandfùccés,
qu'il court déjà dans toutes
les Villes de France, gÿ mefme
plus loin, elle n’en fait
point lafine, elle fier oit ravie
de courir le Monde avec luy.
C efi efire Coureufie, il eft
mode pas la réputation d'une
Femme s cependant elle croiroit
ri ypas haczyrder lafien*
ne, au contraire, efiant aufii
perfuadée quelle efi qu'on ne
pourra plus d l'avenir faire
7
GALANT. 107 preuve de valeur, de beaute, Êÿ de bel edfrrit, fi l'on riefi dans le Mercure , elle feroit au defèfioir que 'vous ou- bliafifiez. d parler d’elle. Quelque envie pourtant quelle en ait, elle dit fort plaifàmment quelle ne fë^ roit pas peu embarafiee d vous marquer fon bel endroit, quelle ne fait par où fe prendre pour le trouver-; çÿ que ce qui la confie, cefi quelle l'apprendra de vous par la connoijfince infufè que vous devez. avoir de tout le monde, veu U maniéré dont
108
LE MERCURE
'vous parlez de mille Gens. Iugezfi elle a raifon en cela; elle s appelle Madame U Marquife de*** & d pre. fent que vous fiçavez fin nom, je croy que vous ne chercherez pas longtemps ce bel endroit qu elle a tant de peine d découvrir. Sa naifi fiance, fia beauté, fin efirit, fi fidelité pour fies Amis, voila bien de beaux endroits au lieu dun. Choifijfêz; de quelque cofté que vous'voîis tourniez fir fion chapitre, vous ne parlerez point a faux. Elle efiere que comme
A
f
I <
L-.
GALANT. 109 les Hommes ont leurs Hf- toriens, vous ne dédaignerez point d'eftre quelque jour celuy des Femmes,^ qu apres avoir rendu a nos Braves la juftice que vous leur devez dans cette Campagne, vous eftimerezajjezies Belles pour en vouloir faire une reveu'è. Sa mode fie V empejch e de fe mettre de ce nombre, je m en rapporte à vous, Çÿ tiens cependant que les Hommes ne vous font pas peu obligez- le les trouve bien plus a leur aife reliezenVeau dans v offre Livre, que d avoir a cou-
i
9
fi
>* ' *
no LE MERCURE rir en feuilles volantes dans les autres nouvelles que les Dames lifent rarement, l'en connoy qui ont eu bien de la, joye d apprendre dans le Mercure les b elle s Actions de leurs Amans, quelles ne li- foientpoint ailleurs, ou quelles y voyaient marquées, fans qu il y cufi rien de leurs autres belles qualité^ Ceux qui fe font difiingue^ a Valenciennes & à la Bataille de Caf 'el, vous doivent un re- merciment} & ,il efi à croire que vous n'oubliere^pas les autres qui fe font fignale\ a
GALANT. in Cambhay & a s .Orner. Prenez, jy garde, je cannois une Demoifelle avec qui vous au- rïe^unfort grand démeflé, fi cvdus ne parliez^ pus de fon Amant. Ce que je remarque de particulier, c eft que vous accoûtume'zje monde d n efire pas fiché d’entendre dire du bien de fon prochain, cela efi affez^nouveau, car nofire panchant eft àlafatyre. Vous ne defobligezj>erfonne > & ce que vous dites d'avantageux pour ceux que vous louez., eft fondéfur des chofes fi véritables, que comme vous les
m LE MERCURE citez., elles ne peuvent pajfer pour des flateries. Continuez, Monfieur, je vous enfollicite pour les Belles, & je ne doute point que vous n'en foye\ follicitéd'ailleurs par tout ce qu'il y a de plus honnefics Gens en France.
Et par apoftilleil yad’une écriture de Femme.
—r, * • ~" • ** \ O
Ne croyez,pas, Monfieur, un Extravagant qui ne vous écrit que des folies fur l'article qui nie regarde. J’ay amené la mode de jouer les
7
GALANT, iij (innées du Mercure, comme on joue les Loges pour la Comédie, gÿ il veutfe vanger de ce qu'il l ’a perdu pour un an contre deux Dames contre moy, qui nous en divertirons a[è.s dépens. tAinfine changez, pas ledejfein de lepowfuivre, car ce feroit autant de perdu pour nous.
Je vous avoue, Madame, que la leéhire de cette Lettre m’a donne' du plaifir-, je la trouve bien e'erite, & jevoudrois en pouvoir imiter le ftile dans toutes ceL
Tome 3. K
«4 LE MERCURE les que vous me faites l’honneur de fouhaiter de moy ; mais pour pafTer de la Profe aux Vers, & vous parler de l’Amour Noyé, je ne fuis point furpris qu’on vous en ait dit du bien, je vous l’envoye. C’eft une tres-jolie bagatelle. Comme elle a plû icy à tout le monde, je ne doute pas qu’elle ne foit de voftre goût; & afin que vous en receviez plus de plaifir,. il faut vous en expliquer le fujet. On s’eftoic entretenu de toutes chofes dans
GALANT, u;
une fort agréable Compagnie
» on y avoit mefme un
ne donner pas fur le prochain?
On ne fçavoit plus
que faire j la pluye empefchoit
la promenade -, &
comme le badinage eft
quelquefois de faifon, on
s’avifa de badiner. Le Jeu
de l’Amour Noyé fut le divertifTement
qu’on choiGt.
On nomme deux Amans
aux Belles, qui en noyenc
l’un en faveur de l’autre.
Il y en avoit quelques-unes
v6 LE MERCURE dans cette petite Aflem- ble'e , qui valoient bien qu’on fouhaitaft d’èn eftre choify, & il arriva qu’une des plus enjouées noya juf- qu’à douze fois un des deux Amans qu'on luy donna. Ce fut cette jeune Per- fonne qui a les cheveux d’un fi beau blond, dont le vifage & la taille font fi fort à vofire gré, & que vous dites que Madame la Marquife de*** a raifon d’appeller fon petit Ange. Voila la Noyeufe. Je ne vous puis dire quel eft le
GALANT. 117 Noyé-,' je fçay feulement que les Vers font- de Monfieur de Fontenelle, qui à l’âge de vingt ans a déjà plus d’acquis qu’on n’en a Qrdinairement à quarante. 11 eft de Rouen, il y demeure ; & plufieurs Per- fonnes de la plus haute qualité qui l’ont veu icy, a- voüenr que c’eft un meurtre que de le laifler dans la Province. Il n’y a point de Science fur. laquelle il ne raifonne folidement; mais il le fait d’une maniéré ai- fée, & qui n’a rien de la ru-
n8 le mercure defle des Sçavans de pro- feffion. 11 n’aime les belles Connoifïances que pour s’en fervir en honnefte Homme. Il a l’efprit fin, galant, délicat-, & pour vous le faire connoiftre par un endroit qui vous fera tres-connu, il eft Neveu de Meilleurs Corneille.
L’AMOUR NOYE’.
PHilis plonge oit l'Amour dans l’eau.*
Id Amour (e (auvent a la nage> il revendit fur le rivage, ' Philis le flongeoit de nouveau.
GALANT. 119
Cruelle, difiit-il, vous qui m'avez^
fait naiftre,
file las'.pourquoy me noyez^vousl
jfi-ce que vous voulez^m empef-
&
affaire faite,
le ne vousferois pas pourtant de
def honneur s
aiulieude me noyer, donne^-nioy
pour retraite
Vn petit coin de vofire coeur.
le vous répons qui il feroit impofl
à me cacher 5
Comme onfiait qu'il me fut toujours
inacceljzble >
no LE MERCURE
Philis ne l'en voulut pas croire, Ce n'eft pas qu apres toutl''avis ne fuft fort bon 5
Pour reponfcelle le fit boire,
Mais boire plus que de raifon.
Tel qu'un petit Barbet quà l eM fon Maiftre envoyé,
Bt qui de ce péril dés qu il eft
• échappé,
Revient à fon Mai/lre avec joye Tout déboutant & tout trempe}
Tel l'Amour s'expo fiant a des ri- gueurs nouvelles,
A peine fiorty du danger, Rcvenoit vers Pbilis, en fiecoüant
. A f
Quoy qu'il Çceuft que Philis alloü le replonger.
7
Ses
GALANT.
ni
Ses forces cependant à la fin s'è- puiferent,
jl eftoit las de faire des plongeons, jlfe rendit^ & les bras luy manquèrent
Il falut quil coulaft àfonds..
&
Le croira-t^oniPhilis enfui ravie, Car elle le noy oit pour la douzième fois:
Elle hérita de l ' Arc, des Traits & du Carquois^
Dont elle s'eft fort bien frvie.
(revoir
P ourle petit Amour, je ne -puis con- Qfià la nage onge fois ilfoitforty d'affaire y
Sans beaucoup de vigueur cela ne fe peut fa ire,
Le pauvre Enfant n'en devoit guère avoiry
Tome 3.
L
ux LE MERCURE
Il fut toujours mal nourry par fa
Mère.
viande lepere,
A peine fut-il né^ quon le févra
dy e Ct o ir.
C'eufi bien e(lé i ’Amour le plus. ro*
bufie
Que Von eufi veu de memoite
d'Amour.
Epitaphe de J’Amotir.
Cy <rjft V Amour, Philis a voulu
fon trépas,
Ida noyé de fes mains, on rien fait
GALANT. u5
Quoy que fous ceT ombeau fon petit;
Corps repofe^
Qjfiil fufl-mort tout-à-fait je rien répondrois pas.
Souvent il ri efipas mort' bien qu il paroijfe l’'efire,
Quand on riypenfe plus il fort de fon Cercueil'
Il ne luy faut que deux mots, un coup d'oeil*
Quelquefois rien pour le faire re- naiflre.
Vous vous fouvenez je croy, Madame, qu’il y a déjà quelque remps que la Ville deCambray eft prifè: je n’ay pas crû devoir palier suffi roft apres fa réduction L ij
n4 LE MERCURE
au Siegedela Citadelle. Le
Roy dont le grand coeur ne
trouve rien de trop difficile,
luy donna vingt, quaà
une vigoureufe refillance,
& j’ay pris ce temps
pour délaffier vofire efprir,
& vous faire lire des Pièces
suffi galantes qu'agreables,
ticularitez que j’ay a vous
en dire. Voicy les Noms
des Officiers Generaux,qui
tant qu’a duré ce Siégé, ont
tour à tour monté la Tranchée.
*
galant.
Marefchaux de France-
M. le Marefchal de
Schomberg.
M. le Marefchal de la
Fcüillade.
M.leMarefchal deLorge
Lïeutenans Generaux.
M. le Comte d’Auvergne.
M. le Duc deVilleroy.
M. le Marquis deRenel.
Marefchaux deCawp.
M. le Prince Palatin de
Biricenfeld.
M.leComtedcS.Geran.
M. le Marquis de Tillau6
LE MERCURE
M. le Chevalier de Tilladet.
l’une fur la naiffiance, &
l’autre fur le temps qu’il y a
qu’ils font Officiers Gene-
* taux j mais ce n’eft pas à
GALANT. 117
moy à décider fur la premierc,
& je ne fuis pas allez
informé de la fécondé;
c’eft pourquoy toutes les
fois que j en parleray,le hazard
ordonnera de leur
rang. Je ne vous naarcjue
point icv les Noms desAydes
de Camp du Roy , je
vous les ay déjà fait connoiftre.
Peuc-eftre ferez-vous
moins
d’Officiers Generaux au
Siégé de la Citadelle qu il
n’y en avoit à celuy de la
Ville; mais les grands Dé12.8
LE MERCURE judicicufement pour envoyer au devant du Prince d Orange, en (ont caufè. Sa Majefte' qui ne fait rien quavec une prudence ad- mirab'e, ordonna quelques jours apres qu il n y auroic plusqu un Officier General de jour. Voyons les agir fous les ordres de ce Grand Prince.
Læ nuit au j au 6 d'Avril
Le Roy fit ouvrir la Tran* chéeàl’Efplanadede la Citadelle, & commencerune Attaque par dehors. On ne fit cette nuit que gabion-
• ner les avenues des Rues, &
GALANT. u?
fie auff un petit Logement
adroit & à gauche au bout
des deux Rues qui aboutiffoient
à l’Efplanade. La
mefme Tranchée qui avoit
déjà fervy pour l’attaque de
la Ville, fut encore poufTéc
dehors à la gauche contre
la Citadelle.
La nuit du 6 au 7
Les Suiffes travaillèrent
toute la nuit dans la Ville à
pouffer leurs Logemens.
Sortie, & vinrent jufques à
t
ïjo LE MERCURE l’endroit où Monfieur de Vigny prenoit fes mefures pour loger fes Mortiers. Comme il fe vit au milieu d’eux, il les fuivit avec beaucoup de prefence d'ef- prirjufquesà leur Contref- carpe, où apres qu’ils fe furent retirez, il fe coula le long de la muraille du Rempart de la Ville. Les Suiffes le prirent pour un Rendu, & il fut conduit aux Officiers, qui le reconnurent d’abord. On pouffa cette nuit-là les Travaux fort près du Glacis de la
GALANT. iji Contrefcarpe. Les Aflîe- gez firent deux Sorties : ils pouffèrent quelques Travailleurs que les Offi- ciersremenerentauffi tort. Deux de nos Batteries fe trouvèrent le matin en eftat de tirer, quoy queplufieurs de nos Travailleurs euffent efté tuez par le Canon des
> * * Ennemis qui eftoit monte fur des Cavaliers fort élevez, & qui découvroit tout ce qui fe palfoit dans la Plaine. Il tua Monfieur diamants, Commiffaire de l’Artillerie qui eftoit en
rtt
LE MERCURE grande réputation, & emporta le bras d’un autre, donc la force du coup fit tomber le Chapeau, qu’il rama (Ta froidement. Moniteur de Sautour Lieutenant
aux Gardes quialloic vifiter les Travaux, & venoit à cheval du Camp, eut ce mefme jour les deux bras emportez d’un coup de Canon dont il mourut trois heures apres. Monfieur le Comte d’Auvergne courut auffi grand hazard de la vie, un Boulet ayant emporté un Gabion derrière lequel 4» »
GALANT. 133 il eftoir. Il fut couvert de pierres & de terre , il eue une contufion à la telle, quelques e'grarignures au vifage ; & la fièvre l’ayant pris, le Roy luy fit donner laLitiere pour le conduire àlaplus prochaine Ville.
La nuit du 7 au 8
La Tranchée du colle' de la Ville fut pouflee par les Gardes à quarante pas delà Contrefcarpe. Monfieur ütl
té cl
de Catinal qui en ell Major General , ordonna à Monfieur de Beauregard, &à Monfieur d’Anglure Capi-
1J4 le mercure
taines au mefme Corps, de
pendre douze ou quinze
de leurs meilleurs Soldats,
avec un bon Sergent pour
foûtenir leurs Sapeurs. Les
Ennemis fortirent au nombre
de trente ou quarante
du cofté de Moniteur le
Marquis d’Anglure.Le Sergent
détaché avec ce petit
nombre de Soldats les attendit,
& leur fît une décharge
fi à propos, qu’il en
jetta plusieurs par terre, les
autres fe retirèrent dans
leurs PalifTades. Ils tentèrent
la mefme chofe à la
GALANT. i3> gauche, & ils eurent un pareil fucce's. On fit un Logement fur le Baftion attache'! la Ville. On drefia le matin une Baterie de huit pièces de Canon au Logement qu’on avoir fait fur le mefme Baftion de l’attaque de la Ville. Onmitenellat la Baterie des Mortiers. Monfieur de Megnac, CommiïTairede T Artillerie, fut tué.
La miit du S au y
On acheva la communication de toutes les Sapes; la Tranchée du collé de
/
LE MERCURE
l’Efplanade fut avancée
auffi bien que celle qui eft
du cofté de la Campagne.
L’on pratiqua deux Bateries,
l une fur le Baftion du
Moulin à la gauche de Fattaque
de la Ville, de dix pièces
de Canon fous MonfieurTiberçOeau&
raurrefur
le Ballion de Sainte Barbe,
de fept- pièces à la droite
vers la Porte de France fous
Monfieur d’Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pof-
Monficur Tiberpeau découvroit
toute la Porte &
GALANT. 137 le Pont de la Citadelle a la Ville, avec tonte la face du Baftion neuf; & la Baterie de Monfieur d’Alinville voyoit l’autre face du Baf- tion neuf, & celle du Bastion qui regarde la Porte du Secours. Al’Attaquede Picardie hors de la Ville, on avança une autre Baterie qui démonta une partie du Canon des Ennemis. Une de nos Bombes eftant tom - be'e dans la Citadelle fur un tas de Grenades, le feu s’y prit & fit un grand fracas-, cellesquelesEnnemis jctce- Tome 3. M
i3S LE MERCURE rent eftoient fi petites & fi foibles,qu’en tombant elles fe caflbient fur le pavé. Les Affiegez ne craignoient rien tant que de certains Manequins remplis de pierres de routes groffeurs, que l’on met dans des Mortiers faits exprès, & qui font plus longs que fes autres: ces pierres s’écartent en l’air, & brifent en tombant tout ce qu’elles rencontrent; les bleflures en font dangereufes,& la gangrené s’y metbientoft.
GALANT 159
La nuit d.u 9 au 10
9 On fie trois Bateries, on
travailla dans le Fofie pour
s’approcher de la pointe du
Baftion de la Place. Monfieur
Faucher Ingénieur,
allant vifiter les Sapes où
les Ennemis jettoient une
infinité de Grenades, rea
dans la tefte. On acheva
la communication de la
droite à la gauche entre les
deux Tranchées qui embraient
deux Battions exI4o
LE MERCURE
faire la décente du FofTé; .
mais comme tout y eftoic
plein de Caponieres & de
Fourneaux, le Roy voulut
ménager fon monde. Sa
Majefté vit jetter des Bombes
& des Carcaffes, elles
mirent le feu dans un Maoui
obligea les Ennemis à
fe retirer dans leurs Cazernates.
MonfieurleTillier
Commiffaire de l’Artillerie
fut tué i’apreffînée.
Le dixiéme au matin,
Monfieur le Duc de VilleGALANT.
I4t roy revenant de la Tranchée, & s’en allant au Camp par la Porte de Noftre- Dame, dont le chemin ef- toit battu de quelques Pièces de la Citadelle que nof- tre Canon n’avoic pû démonter, on dit à Monfieur le Marquis de Renel, qui cftoit avec Monfieur le Marquis d’Arcy, que Moniteur le DucdeVilleroy ve- noit derrière luy; il fe retourna pour aller au devant, & voyant en mefme temps mettre le feu au Canon, il dit, Voila qui efi
f4i LE MERCURE pour nous, & le Boulet luy donna auifi-toil dans le
milieu du corps.
La nuit du zo au u
On pouffa les Sapes à la droite, & l’on fit des communications: les Aflîegez fortirent à la gauche & firent plier nos Travailleurs; mais Meilleurs les Marquis de Tilladet & d Uxelles les raflurerent & repoufTerent les Ennemis. A mefme temps Meilleurs de Chape' reux &: de Courtcvin. Capitaines détachez de Picardie, prirentune grande De;
GALANT. Ï45
nly-lune reveftuë & trest>
ien cazematée, avec des
créneaux à trois gueules qui
defendoient le FofTé , &
deux grandes Caponieres.
Nos Soldats eftant entrez
dans les Cazemates avec
de vigueur, fuincommodez
du
feu qui s’y mit par le moyen
des Poudres que les Ennemis
y avoient laiflees, &
dont ils avoient fait des
traînées. On fit un Logement
à la gorge de la Demy
lune qui venoitd’eftre prife,
&TondrefTa deux Bateries
beaucoup
rent fort
i44 LE MERCURE à l’attaque gauche pour barre une Demy-lune du corps'de la Citadelle.
La nuit du n au iz
Le Roy ayant réfolu de faire attaquer toute laCon- trefearpe du cofté de l’Ef- planade, & de faire faire un Logement fur le bord du Fofle a la gauche hors de la Ville, les Suiïfes montèrent la Tranchée, & l’on fit des Détachemens de deux cens Hommes des Gardes Françoiles, du Régiment duRoy, du Régiment Dan- phinj de ccluy de Picardie, &
• U
GALANT. 145 de celuy des Fufeliers. Les Capitaines détachez des Gardes eftoient M. d’Ave-
zan, qui devoir eftre foû- tenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas de be-
foin. Môfieur le Chevalier deTilladet eftoit le Maref-
chal de Camp de jour; il y avoir un Brigadier à la gauche. Môfieur lePrince d’EL
beuf eftoit Ayde de Camp du Roy.L’ordre eftoit donné pour minuir, & on eftoit convenu qu ’ au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau
Tome 3. N
I4<; LE MERCURE devoir tirer, on feroit con- noiftre par un Vive le Roy a, ceux des autres Attaques, que nous eftions maiftres de la Contrelcarpe. Plufieurs voulurent eftre de la partie comme Volontaires, & entr’autres Monfieur le Marquis d’Anglure, qui montra autant d’impatience en attendant le Signal, que s’il n’euft pas déjà eu toute la réputation qu’il a fi juftement méritée. Les autres eftoientMonfieur le Chevalier de Courtenay, Monfieur le Marquis de
GALANT. 147 Malofe Neveu de Monfieur le Marefchal de Lor- ge , Monfieur le Vicomte de Meaux petit-Fils de Monfieur le Duc d’Orvaî, Monfieur le Vicomte de Corbeil Fils de Monfieur le Comte deBregy, Monfieur le Chevalier de Fc uquieres, Monfieur le Comte de la Vauguyon , Monfieur le Jay Filsde Monfieur le Pre- fidentle Jay, Monfieur le Chevalier d’Arnoulj&Mef- fieurs Boify, de Rouvray, deVauroiiy, Parfait, Gou- Ion, Tilly, Asfeld Suédois,
ï48 LE MERCURE
& pïufieursautres. Le Roy
eftoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir 1 Attaque.
Le dernier coup de
Canon ayant tiré, on marcha
dans un grand filence
jufques à la Contrefcarpe.
On y fut à peine arrivé, que
les Soldats firent un grand
verre pleines de poudre,
qui ne manquent jamais de
s’alumer en les jettanr. On
força tout ce qu’on rencorp
rra, & l’on marcha en fai"
I
GALANT. J49
fant toujours un fort grand
feu jufques à une guerite du
Rempart de la Ville qui
aboutit furie FofTé de la Citadelle.
Les Ennemis qui
n’ofoient lever la tefte fur
leurs Battions, ny fur leur
courtine, biffèrent à nos
Travailleurs tout le temps
d’avancer leur Travail fans
beaucoup de rifque. Les
Affichez fe contenroienc
tomboient difficilement
dans le chemin couvert, à
caufe de la largeur du Fofle.
Ils s’appcrçcurent de leur
ijo LE MERCURE
peu a errer, <x voyant que le
feu des noftres qui avoit
déjà duré trois heures fe ralentiflbit
par le manquement
de munitions, par la
lafficude des Soldats, & par
la chaleur des Moufquets
qui commençoient à s’échauffer
beaucoup, ils firent
de leur courtine & de
la face de leur Baftion un
feu de Moufaueterie fi
quon ne fçauroit s’imaginer
qu’avec peine cointre
achevé. il le fut
GALANT. 151
mais on y perdit du
Chevaliers de Courtenay &
d’Arnoul furent blefTez,
auffi-bien que Meffieurs de
Rouvray, le Jay, Boify,
Vauroüy, Parfait, & le Fils
de MonGeur le Colonel
LoKtnan. Il y eut un Sous-
Lieutenant de Catinal tue.
Le Roy dit qu il n avoir jamais
veu un G grand feu.
Le douzième pendant le
jour on fie un trou a coups
de Canon à la face du Baftion,
à la gauche de laVille,
iji LE MERCURE
Lu nuit du iz au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du cofté de celle des Gardes. A la gauche on fit une Baterie dans le FofTé de la Ville qui bâtit la mu- raille qui le fepare d’avec celuvde la Citadelle, & qui devoir foûtenir le Mineur qu’on avoir attachéàla face du B illion oppofé à ce- luy de la Ville. Cette Baterie eftoit foutenuë par un Détachement des Grenadiers à cheval delaMaifon du Roy/tous Gens d’élite,
GALANT. 153
Riotot. Le Mineur travailla
fible , & il avoit prefque
tout difpofé, quand les Enque
foupçon, envoyèrent
la nuit un Colonel Espagnol
nomme' Couvaruvias pour
reconnoiftre ce qui fc paffoitdansle
Foïïe. Son Bonnet
fut emporté d’une
moufquetade.
La nuit du 13 au 14
On élargitles Logemens
&les Places d’armes à l’attaque
droite. On travailla
U4 LE MERCURE
àcinqBateries à la gauche,
& l’on fut occupé à faire en
deux endroits la Defcente
dans le Fo(Té,&à dreflcrun
Logement pour leMineur,
avec une Baterie de quatre
Pièces. Le feu des Ennemis
fut fort rrand nendant toute
la nuit.
'Le 14 au matin
f Les Bateries pour t
Baftion de la gauche, &
celles duFoffépour favorifer'
le Mineur, tirèrent fur
lesfneuf heures,&fur les dix
on attaqua hors de la Ville
une Demy-lune de terre à
GALANT. 155 la pauche du Baftion. L’im - patience de ceux qui ef- toienr deftinezpour l’attaquer fut fi grande qu’ils ne purent attendre l’heure qui avoir efté marquée. Cette Demy-lune fut auffi-toft emportéejquoy qu’elle fuit reveftué par la gorge. On prit quelques Ennemis a- vec un Officier. Monfieur Parifot Ingénieur eftoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy+ lune, & mefme au delà s’il cftoit poflible, afin qu’on
I
156 le mercure
puft y mettre plus demonde,
& que les noftres en fuffenr
entièrement maiftres.
C’eftoic un moyen d éviter
les Fourneaux qui font ordinairement
aux angles où
l’on a accouftumé de faire
les Logemens. On fit avancer
lesT ravailleurs avec
leurs gabions, fafcines &
aurres outils. Ils travaillèrent
pendant trois quarts
d’heures à la faveur d’un
fort grand feu de nos Gens
détachez, & de celuy qu’on
failoit de nos Travaux: cevi
r
GALANT. 157 V rent quantité deGrenades,
Ct
te
2.
te
e-
M
M
& réfolurent de nous chaf- fcr. Un Régiment Irlan- dois, avec plusieurs Offi- ciers reformez, Contenus dés Officiers Espagnols, fut commandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau fur la gorge de Detny- lune,pour s'en faciliter l’entrée, & parurent fur leurs Battions & fur leur Courtine, en faifant un feu extraordinaire. Il fut fi vio-
Mi lent, que nos Soldats qui s- nettoient plus en état de e- leur répondre par unauffi
ij8 LE MERCURE
grand, à caufe de celuÿ
qu’ils avoient déjà fait, furent
obligez de fe retirer,
le Logement n’ayant piï
eftre achevé Les Affegez
defccndirent pour ruiner la
teftede nos Travaux-, mais
Monfieur le Duc de Villeroy
foûtint leur premier
effort, & les obligea de
rentrer, de forte qu’ils fe
contentèrent de reprendre
ce qu’ils avoient perdu.
Meilleurs d’Erouville,Dorc
Neveu de Monfieur de
Feuquieres , & Parifot
Ingénieur, furent bleffcz.
GALANT. i59
Monfieur le Duc de Villeroy
fe tint toujours dans
un Porte avance', où il efune
fermeté inébranlable.
Monfieur de Rubantel
donna des marques d une
grande intrépidité , & fe
tint dans la Demy-lune
tant qu’on la put garder.
Monfieur le Marquis d’Uielles
y donna des marques
de fon courage & de
fa conduite. Les autres qui
fe fignalerent,furentMonfieur
le Marquis de Dan160
LE MERCURE
geau & Monfieur le Marquis
de Palaifeau, Fils de
Monfieur le Marefchalde
Clerambault, Monfieur le
Chevalier deBevron-d’Harcour,
Meffieursles Vicomtes
de Meaux &r deCorbeil,
Monfieur des CrochetsCapitaine
au Régiment Dauphin,
Meffieurs d’Agicour,
Goulon Ingénieur, & Affeld
Suédois. Plufieurs autres
le diftinguerenc encor;
je vous les feray connoiftre
quand j en auray appris les
noms. Les Ennemis firent
une perte confidéiable, &
GALANT. i6t j’on n’en peut douter, puis qU’ils demandèrent eux- jnefmes une trêve pour retirer leurs Morts. Elle com- niença à deux heures apres niidy, & dura une demy- heure, ou trois quarts- d’heure. On leur apprit pendant ce temps, que les trois Décharges que nous avions faites il yavoit deux jours, eftoient en réjoüif- fance de la Visftoire que Monfieur avoic remportée fur le Prince d’Orange. Monfieur le Duc de Vil- leroy & Monfieur le Mar-
Tome 5. O
162. LE MERCURE quis de Dangeau, eurent un entretien avec le Colonel Couvaruvias qui ef- toit fur le Baftion fous lequel le Mineur eftoit attaché, & Monfieur le Duc de Villeroy ne fit point de dificultéde luy en montrer le trou.
La nuit du 14. au 1,f A l’Attaque de la droite, on fit un Logement à la gorge de la .Demy-lune qui couvre la Porte de la Citadelle. A la gauche, on travailla à un Logement de la Contrefcarpe d’une De-
GALANT. 16J -jny.hine. On ne perdit qu’un Homme cette nuit- là.
La nuit du if au 16
On fe rendit maiftre de la Demy-lune que les Ennemis avoient reprife^ & tous ceux qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magne Capitaine au Régiment Dauphin fut blefle, & l’on pratiqua un Logement à la pointe. A la droite on plaça trois Bate- ries à l’angle de la face du Baftion neuf. Elles furent dreflees par l’ordre de O ij
^4 LE MERCURE Monfieur du Mets, & par les foins de Monfieur d’A- linville, & firent un fi effroyable feu, & une brèche fi confidérable,que les Ennemis furent contraints de retirer leur Canon en arriéré, dans la crainte qu’ils eurent que le Baftion contre lequel ces Bateries don- noient, ne s’èboulaft, & n’entrainaft leur Artillerie dans leFolfé. Ils avancèrent des Chevaux de frife pour garder leur Brèche.
Le
Le Mineur eftant atta-
G A L A N T. ché au Baftion neuf, & la Mine en état de faire fon effet, on fir dire au Gouverneur que le Roy avoir bien voulu qu il fuft averty de 1 état des chofes ; qu’il devoir fe rendre, puis que le Canon avoir déjà fait une brèche affez grande pour monter à l'Affaut, & que la Mine eftoit prefte àjoiier; que s’il s’opiniâtroit davantage, Sa Majefté auroit le déplaifir de fe voir contrainte à le forcer par les armes j qu’ayant donné affez de marques de valeur ôc
>66 LE MERCURE de refiftance, il ne dévoie point refufer la Compoiî- tion qu’Elle eftoit prefte a luy donner -, qu’Elle offroic de faire voir à ceux qu’il luy voudroit envoyer, que les chofcs eftoient en la maniéré qu’on les difoif, & que fi apres cela il s’obfti- noit à fe defendre, il ne devoir point efperer d’autre party que celuy de fe rendre à diferetion. Le Gouverneur répondit à cela, apres avoir tenu Confeil, qu’il eftoit bien oblige a b bonté du Roy -, mais qu il
GALA’NT. t67 croyoit qu’eftant le plus généreux Prince du mon. de, il ne feroit pas fâché qu’il fift fon devoir, puis qu’en fe défendant bien, la conquefte en feroit plus glorieufe pour les armes de Sa Majefté-, que cependant il ofoit l’aflurer qu’il ne fe voyoitpas encor en état de pouvoir eftre fi-toft réduit à rendre la Place, puis que quand le Baftion où eftoit attaché le Mineur, feroit fauté, il luy reftoit trois Battions qu’il défendroit comme autant deCitadel- t ê
r*
i68 LE MERCURE les. Le Gouverneur apres cette réponfe, régala & fit boire du Vin d’Efpagne à ceux qui T eftoient venu fommer. Le Roy commanda auffitoft qu’on relevait la Tranchée, & quon retirait les Bateries & les Corps de Garde qui eftoient proche des Fourneaux, de peur qu’ils n’en fuifent endommagez. On mit en fuite le feu à laMine, qui fit tout l’effet que 1 on pouvoir fouhairer,mais fans beaucoup de bruit, ayant fait en éboulant une brèche au J
GALANT. 169
Baftion depuis le haut jufo-
it encore avec le Canon.
Monfieur le Marefchal
de la Feiiillade qui cornmandoit
les Attaques le
jour que la Mine joua, ne
voulant point hazarder un
A (faut fans eft re affût é fi les
Ennemis eftoient retranchez
dans la gorge du Baf.
tion, refolut d’en faire reconnoiftrefétat.
11 demanda
au Major des Gardes à
quides Lieutenans c’eftoit
à marcher-, & ayant fçcu
que c’eftoit à Monfieur de
Tome 3. P
I7o LE MERCURE Boifl'elau, il adjoûta que c’eftoit fon Homme, & qu’on le fift venir. 11 luy commanda de monter fur le haut du Baftion pour re- conneiftre fi les Ennemis eftoient retranchez, & voir leur contenance, luy donna trente Grenadiers des Gardes pour le foutenir, & le fît accompagner du Neveu de Monfieur de Vau- ban, & ne
î Ion Ingénieurs, afin qn1!s puffent tousenfemble rendre un fidellc rapport de 1 état des Ennemis. Mon-
GALANT. J7t fleur de Boiflelau fe mit à la telle de ces Gens décachez avec Monfieur Solus Sous- Lieutenant aux Gardes, ôc Monfieur des CrochetsCa- pitaine du Régiment Dauphin. Le chemin eftoit fi difficile, & la terre fi molle, que ce ne fut pas fans beaucoup de peine qu’ils montèrent fur le Baftion. Ils ap- perçeurent un peticRetran- chement à dix pas d’eux, ou il y avoit cinquante Grenadiers des Ennemis qui leur Hrentun très-grand feu,qui ncmpefcha pourtant pas
P ij
♦
17x LE MERCURE qu’ils n’examinalTent chacun de leur collé ce qu il y avoir à remarquer. Monfieur de Boiflelau cômanda aux trente Grenadiers quil avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Logement des Ennemis : ils el- toient retranchez à la gorge de leur Baftion, & avoient un Parapet fort élevé au deflus du petit Retranchement où eftoientlcurs Grenadiers. Ils firent un M* continuel de moufqueterie, & jetterent une fi gran quantité de Grenades, qu£
GALANT. 173 ]e Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien quequelquesSoldats.Mon- fjeur des Crochets futblef- fe & Monfieur d e Boiffe- laixeut un coup de Grenade fur l’épaule, qui alla faire fon effet plus loin fans le bleffer. Monfieur le Marefchal de la Feüillade at- tendoit au pied de la Brèche-, niais voyant queMon- fieurdeBoiffelau qui elloit monté deffus, y avoir demeuré près d’un quart d’heure fans luy venir faire fon rapport, il luy envoya | P hj
374 LE MERCURE
dire deux fois de defcendre.
Il exécuta cet ordre,
ayant fait retirer devant luy
les Morts & les BlefTez. 11
rendit compte à Monfieur
delaFeüillade de l’état des
On n’entreprit rien.
Le 17
O n fît dans la Demy-lune
reveftuë, unLogemen t tout
du long de la face droite
afin d’y poller des Gens
G AL AN T. i7i
faire feu fur la Brèche.
On dreïfa une Baterie à
portiers dans cette mefme
Demy-lune, & au bas de la
Brèche, une autre Baterie
pour tirer des pierres. Noftre
Canon fit une brèche de
plus de quarante pas au Balnon
de la droite-, mais il fe
trouva une muraille derrière.
On crût que les Ennemisvouloient
fouffrir un
Aïfaut, mais ils ne 1 attendirent
pas, & jugeant bien
cez, puis que trente Hommes
avoient pu monter fur
P iiij
T76 le mercure
leur Baftion , le Gouverneur
qui ne donnoir plus les
ordresque dans une Cazemate,
& à la clarté d’une
Bougie, fit batre la Chamade.
On ‘courut en porter
la Nouvelle au Roy. Il
eftoit à la Mefle : & il entendit
dire que le feu avoit
pris à fon Quartier, & qu’on
battoit la Chamade, fans
donner aucune marque
qu’il euft rien entendu que
la Meffe ne fuft achevée.
On donna des Oftages de
part & d’autre, &c la Négociation
dura deux heures. • —
GALANT. 177
LesEnnemis envoyèrent le
Comte de Tilly General de
leur Cavalerie, le Colonel
Couvaruvas Efpagnol, & le
Colonel Buts , pour traiter
des Articles de la Capitulation.
Ils en propoferent
quelques-uns, & fe remirent
enfin entièrement à la
generofité du Roy, fans
rien exiger que ce qu’il luy
plairoit de leur accorder.
Cette foûmiffion leur fur
avantageufe, puis qu’il leur
fut permis de faire fortir
leur Infanterie par la Bre'-
che, Tambour battant,
i78 LE MERCURE
Mcfche allumée par les
deux bouts, Enfeignes déployées
, & leur Cavalerie
en ordre de Gens de Guerre
par la Porte du Secours,
pour eftre conduits à Bruxelles,
avec deux pièces de
Canon, deux Mortiers, &
cinquante Chariots, pour
porter ceux de leurs Malades
qui pouvoient eftre
tranfportez. Le Roy leur
promit déplus d’établir un
Hofpital pour ceux qu’ils
nepour,oient emmener, &
qu’il donneroic permiftion
à quelques-uns de leurs
GALANT. 179 Officiers d’en venir prendre foin, & de demeurer dans la Ville. Le Gouverneur nommé Dom Pedro de Savala for tir à la queue de fa Cavalerie, couché dans fon Caroile, parce qu’il avoir efté bleffé. Le Roy luy dit quelques paroles obligeantes fur fesbleffares; à quoy il répondit:. Ah, Sucrés Majeélé, quun Rencontre comme celuy-cy mawoit fait faire de folies dans un fae moins avancée!
O
Mais grâces a lé expérience de quelques années, j''ay bien
j8o LE MERCURE connu le Prince à qui nous avions à faire, & trouvé qu il valait mieux fabir le joug de bonne grâce , que de prodiguer inutilement lefang des Noflrespur une plus longue r efifiance. Il fortit de la Citadelle environ fix cens Dragons & Cravates, dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy. L’Infanterie Efpagnole parut fort bonne: elle com- pofoit deuxvieillesTerces, l’une de Canarie, & l’autre de Couvaruvias. Les Fan- taffins avoient tous des
GALANT. is<
Rondaches, de groftes Piquets.
Leurs Soldats Hol-
Undois eftoient bons,quoy
qu’âgez; mais les Wajons
eftoient trop jeunes, & la
plupart nus. Jls fortirent
environ deux mille quatre
cens Hommes. Il y avoit
beaucoup de Negres dans
le Régiment de Canarie.
Le lendemain 19. le Roy
alla faire chanter\cTeDeum
Cambray,où tout le Clergé
le reçeut à la Porte. C’eft
une des plus belles Eglifes
jSx le mercure de l’Europe ; il y a deux jth bez, donc l’un eft tout de cuivre,& très bien travaille'. La Porte du Choeur eft de la mefme matière, & toute cizele'e. Son Horloge fonne à routes les heures & demy heures, un Carillon en mu- fique. Outre le Tréfor de l’Eglife, il y a encor celuy de Noftre-Damc de Grâce, dont la Chapelle qui eft dans la mefme Cathédrale, eft tres-magnifique. Son Tabernacle eft d’argent ci- zelé, &e'clairéà tou te heure par vingt Lampes d’un fort
GALANT.
grand prix. Il y a neuf Paroifles dans la Ville, & Jes iMonafteres à proportion. LesBâtimens en iont aflcz beaux, aufti-bien que les Rues. Sa Place d’armes eft d’une grandeur extraordinaire, & capable de contenir toute la Garnifon en bataille.
Apres le Roy
fut voir tous les Travaux, & vifiter la Citadelle. Un OfficierEfpagnol qui avoir eftéblefle,& qui parut tres- galant Homme à quelques François quil’entretinrcnr,
LE MERCURE
Citadelle il y avoit eu plus
de nulle Hommes tuez ou
bleflez.
Voila, Madame, ce que
j’ay tiré de fept ou huit Relations,
& de plus de vingt
Lettres, & je l’ay fait avec
tant d’cxaélitude, que je
n'a-y rien voulu mettre dans
ce Journal, qui n’ait elle
marque' par plus d une Perfonne;
cependant je ne
laifle pas de craindre d’avoir
manqué en quelques
endroits à l’égard des dattes.
Je n’ay toutefois rien
GALANT. 185 à me reprocher là-deïfus. Ceux qui font des Relations, font le plus fouvent fi peu d'accord entr’eux, que fi ce Journal fe trouvent jufte, je croy que ce feroit le premier.
Le Gouverneur de Cam- bray n’eut pas pluroft fait bacre la Chamade , que Monfieur le Comte de Gramont partit pour en apporter la première nouvelle à laReyne, qui luy fît prefent quelques jours a- pres d’une Boëiie de Dia- mans de grand prix. Mon-
Tome 5. Q__
1S6 LE MERCURE {leur Mouret Valet deGar- dérobé du Roy, vint en fuite apporter à cette Prin- cefle les Particularitez de ce qui s’elloit pafle depuis le départ de Monfieur le Comte de Gramont , & les Ordres pour faire chanter icy le Te Deum. Je ne vous en parle point, n’ayant pas accoutumé de vous mander de ces Nouvelles que l’allégrefTe des Peuples rend publiques, à moins quelles ne foient accompagnées de circonftances particulières. C’eft par
GALANT. î87
cette raifort que je vous
diray quelque chofe de ce
Feu qu’on y a fait pour fe
réjouir de la prife de Cambray,
en reprefentoic la
Citadelle. Elle fut attaquée
& défendue-, on y
jetta des Bombes & des
Carcaïfes; & les Dames
virent fans crainte, ce qu’elles
ne pouroient bien
voir fans péril dans un véritable
Siégé. Je croy que
nous aurons brentoft le
mefme avantage,. & que
des Tableaux & des Ta)
88 LE MERCURE piflferies, qu’on ne pourra trop admirer, nous repre- fenteroat tout ce qui s’elt pafle devant Cambray, puis que l’Illuftre Monfieur le Brun, & Meilleurs le Nau> tre & Vandermeullc, ont eRé furies lieux en faire les Deifeins. Nous verrons un Siégé plus fameux que ce- luy de Troye, qu Achille Se tous les Roys delaGrece ne purent prendre qu’en dix ans avec tant de milliers d'Hommes, & dont ils ne feroienc peur-eRre jamais venus à bout avec
•z
A
N T. 189 nombre de fi les rufes
G AL un fi grand Combatans , qu’ils employèrent ne leur euflent efté favorables. Ce n’eft point par ces voyes que le Roy fait de fi grandes Conqueftes. Ses lumières naturelles, fa longue expérience au Meftier de la Guerre, fa judicieufe conduite, fa grande prévoyance, fes foins vigilans, & fes fatigues, font les feules chofes qu’il employé pour faire réiiflïr en tout temps fes glorieufesEntre- prifes. Jamais Monarque
»
190 LE MERCURE n’a tant donné d’Ordres luy-mefme4 ny tant pafle de journées à cheval, que ce Prince a fait devant Cambray ; il vifitoit tout, il agifloit inceflamment, il ordonnoit de toutes cho« fes, il eftoit par tout; & puis qu’il a tout fait, on ne peut entrer dans un détail dont chaque particularité demanderoit un Volume entier.
Un Prince fi grand & fi judicieux, ne pouvant faire choix pour le fervir, que de Perfonnes d’un mérite ex-
• W » a •
GALANT. 19I traordinaire, on ne peut douter de celuy de Mef. Heurs les Marefchaux de France qui ontagy fous fes Ordres pendant les Sieges qu ’ il a entrepris cette Campagne-, c’eft pour- quoy je n’en diray que peu de chofe. L’Hiftoire parle déjà allez de Monfieur le Marefchal de Schomberg. Apres s’eftre acquis beaucoup de gloire avant la Paix des Pyrénées par tout où il avoir combatu, il fut commander en Portugal-, & quoy que fes Troupes fuf-
LE MERCURE fent beaucoup moins nom- breufes que celles des Ef- pagnols, il ne lailfa pas de les batre fouvent, &: d’emporter beaucoup de Places; ce qui a fait dire de luy avec beaucoup de juftice, que c’eft un Homme de telle, de coeur, & d’exécution. Quelques jours apres que laTranchée fut ouverte devant la Citadelle de Cambray, les Ennemis ayant fait une Sortie, ce Marefchal qui fe trouva à la Garde de la Cavalerie, les chargea luy-mefme le Piftolet à la main?
GALANT. )95 main, & les fit rentrer dans leurs Paliffades. Il auroit couche' toutes les nuitsdans laTranchée, fi SaMajefté vovant toutes les fatigues qu’il fe donnoit, ne luy eufc fouvent ordonné de fe retirer.
Ilmefoiivient, Madame, que je vous ay déjà parlé plufieurs fois delà Famille de Monfieur le Marefchal delaFeüillade,&du mérité particulier de ce Duc. Vous fçavez ce qu’il a fair en Hongrie,en Candie, & en France, & je puis vous aflu-
Tomej. R.
I94 LE mercure rer qu’il a continué à donner pendant cette Campagne des marques de fa valeur & de fon grand zele pour la gloire du Roy. Lun & l’autre ont paru devant la Citadelle de Cambray, & je vous ay marqué qu il at- tendoit luy-mefme au pied de la Brèche la réponfe de ceux qu’il y avoit fait monter pour reconnoiftrelétat des Ennemis. Quelques jours auparavant un Boulet de Canon avoit paffé fous le ventre de fon Cheval, & ü avoit penfé en eftre tue.
GALANT. rgy
Monfieur le Marefchal deLorge a beaucoup contribué à la prife de la Con- trefcarpe. Il eft de la Mai- fon.de Duras, qui eft une des plus I luftres deGuien, ne. U afervy très-utilement le Roy en Italie. On ne peut s’attacher avec une plus grande application au meftier de la Guerre, & il a fi bien étudié ce grand Art fous feu Monfieur de Turenne fon Oncle, qu’il en met toutes les maniérés en pratique lors que l'occafion s’en prefente. La fameufe
R ij
J96 le mercure
Retraite qu’il fit apres la
mort de ce grand Homme,
à la veuë d’une Armée beaucoup
plus forte que la benne,
fait beaucoup mieux fon
Eloge, que tout ce que j'en
pouroisdire.
Je ne parle point icydes
Officiers Generaux, ils fe
font montrez dignes du
choix de Sa Majellé, & jc
ne fero's en vous entretenant
de leurs adions paffies
que vous repeter ce que je
vous ay déjà dit en d’autres
endroits A l’égard de Canr
bray, on ne peut douter
I
GALANT. 197 qu’ils n’ayent fait voir & beaucoup de conduite & beaucoup de valeur, puis qu’ils ont tour à tour monté ^Tranchée, & que dans les occafions les plus perilleu- fes ils ont les premiers ef- fuyé le feu des Ennemis à la'tefte des Troupes qu’ils commandoient.
Monfieur lePrince d’El- beuf, Ayde de Camp du Roy, a fait voir une ardeur fi bouillante , que fi on ne l’euft Couvent retenu de force, il fe feroit expofé à tous les périls du Siégé. Mon- R nj
i98 LE MERCURE
fieur le Comte d’Auvergne
ne voulant point le laitier
aller à 1 attaque des deux
Demy dunes, ce Prince fit
ce qu’il put pour fe de'rober
de luy , & rien ne leputetnpefcherd’
y venir à la fin de
l’attaque; mais le péril fe
trouva alors plus grand,
tirèrent de leurs Remparts
que lors que leurs Gens fade
tirer fur eux.
Prince y demeura tant
qu’on fît le Logement, &
fut pendant tout ce temps
GALANT- 199 expofé au feu des Ennemis. Heftoic au fli à l’attaque de jaConcrefcarpe.
Monfieur-le Chevalier de Feuquieres qui s eft dift tingué au Siégé de la Citadelle, eft Fils de Monfieur le Marquis de Feuquieres Gouverneur de Verdun, Se AtnbafTadcur enSuede,pe- tit-Fils du fameux Marquis de Feuquieres, qui a commandé fi long-temps les Armées du feuRoy en Ade- magne: l’Hiftoireeftremplie de fes Victoires, & des fameufesNegotiations qu il -*■ • ' ~ . • • • • /
R m)
zoo le mercure a faites auprès de la plus grande partie des Princes Etrangers. Le Chevalier dont nous parlons eft bien fait, & il donne tous les jours de nouvelles marques de fa valeur.
La mort de Monfieur le Marquis de Renel ne me doit pas empefcher de parier de luy, & je croy devoir rendre juftice à (a mémoire. Sa Valeur, eftoit connue, il avoir des Amis du premier rang, & il eftoit aime de {on Maiftre. Ce n eft pas d aujourd’huyque
GALANT, zoi IeTitrede Marquiseft dans fa Famille, &: l’Hiftoirc nous parle d'un Marquis de Renel Gouverneur de Vitryqui fut tué en 1615 en voulant empefcher la jonction de fix cens Réiftres à l’Armée des Princes. On ne peut douter de la No- blefledecette Famille, puis quelle defcend de la Mai- fon d’Amboife, fi connue dans toutes nos Hiftoires. La douleur que Madame la Marquife de Renel fent en cor tous les jous de la perte quelle a faite , feroic diffi-
±02, LE MERCURE
cile à exprimer. Elle aimoit
celuy qu'elle pleure avec
une tendrefle inconcevable-,
mais cette tendrefle
ne facrifiât toutes chofes,
afin qu’il puft fervir fon
Prince en Homme de fa
Monfieurle Vicomte de
Meaux, Fils de Monfieuf
de Bethune, &petit-Fils de
Monfieur le Duc d’Orval,
s’efl trouvé dans toutes les
occafions de vigueur ; &
GALANT. xoj
le feul Siégé dont nous
parlonsjufqii’à fix coups,
dont heureufement pour
luy il a elle quite pour
quelques contufions. Monfieur
le Duc d’Orval dont
je vous parle, eft Fils de
Monfieur le Duc de Sully,
Favory de Henry IV.
Monfieurle Comte delà
Vauguyon s’eft fignale' en
entrant le troifie'me dans la
Contrefcarpe. Il a efté
Chambellan de Monfieur.
Il eft d’une très bonne Famille
de Poitou, &fon Pere
a eu des Emplois confiio4
LE MERCURE derables dansles Indes,
Monfieur le Vicomte de CorbeiljFilsde Monfieurle Comte de Bregy , Lieutenant General, &: autrefois Ambafladeur Extraordinaire en Pologne, sert trouvé à toutes les attaques de la Citadelle deCambray, & ne s’y eft pas trouvé des derniers. Il eftfimodefte la~deflus,& donnée tant de loüanges à tous ceux qui s’y font fignalez, qu’il femble qu il ne croye pas en mériter: cependant il eft impof- fible de raifonner de la ma-
GALANT, xo;
niere qu’il fait fur tout ce
quis’y eft pafle de plus particulier.
fans avoir efté expofé
aux plus grands périls.
Il fçait le meftier de la
Guerre,il entend les Fortifications,
& il en parle auffi
jufte que Madame la Comen
dire davantage,fçachant
nu’elle cache avec rrand
foin toutes les belles productions
de fon efprit, &
quelle ne fe réloutqu’avec
peine aies communiquer à
ceux à qui elle fe confie le
zo6 LE"MERCURE
plus. Elle a l’efprit brillant
& lolide tout enfemble,
ble à tout ce qu’elle" dit,
qu on ne fort jamais d’avec
elle fans eftre charmé de
la converlation. Elle eft
genereufe, & fert fes Amis
avec une ardeur qu’on ne
peut’ alfcz loüer. Jugez,
Madame, fi ce n eft pas avec
raifon que tant de belles
qualitez luy onr acquis
1 cftime particulière de
Leurs Airelles Royales;
maislczele qui m’emporte
en parlant d'une Perfonne
GALANT. ao7 qui a tant de mérité, me fait oublier que je fuis encor devantlaCitadelle de Cam- bray, ou du moins que j’y dois eftre. Il eft temps d’en fortir fi je veux vous mander d’autres Nouvelles. A- chevons donc en' deux mots, & difons que les Pages du Roy ont tous fait voir une valeur digne de la naiftance qu’il faut avoir pour obtenir un Pofte fi a- vantageux. 11 s’en trouvoit tous les jours deux à latefte des Bataillons qui mon- toient les Gardes des Tran-
zo8 LE MERCURE chées-, Sa Majefté l’avoit ordonnéainfi pour les em- pefcherd’y aller tous. Cependant il eftoit fouvent difficile de les retenir.
Je vous parlercis icy de Monfieur du Mets, fi je n’eftois accablé par la matière. C’eft Un Article que je fuis obligé de remettre à une autre fois, & de finir en vous difant qu’il ne mérite pas moins de loüan^es pour fa vigilance & (es foins, que Monfieur de Vauban pour les grands & prodigieux Travaux qu’il a fait faire, &
GALANT. io9
qu’il a fi bien conduits-,
ayant particulièrement recherché
les moyens dépargner
le fang , en quoy il a
parfaitement re'üfty.
Je commence à m’appercevoir
que le Siégé de
Cambray m’a mene' plus
loinquejenel’avoiscrû. Le
Détail que j’ay à vous faire
de celuy de S.Orner, & de
laprifeduFort aux Vaches,
ne fera guere moins long,
& cette raifon m’oblige à
O
chain. 11 eft bon d’ailleurs
de chercher à vous divertir
S
no LE MERCURE par la diverfité des matières, & de ne vous point tant parler de Guerre dans une mefme Lettre; celle-cyeft déjà alfez ample, & je croy que vous ne murmurerez point de ce retardement-, quand je vousauray allurée que tout ce que je vous promets de ce dernier Siégé ne vous fera pas moins nouveau, qu’il vous le paroif- troitaujourd’huy,n’y ayant perfonnequivous erapuilfë mander autant de particu- laritez que moy. Ilfaudroit pour cela qu'on vouluft f£
•>
V • *
GALANT. Ht donner la peine de compo- fer un Journal fur un grand nombre de Relations, & je puis me vanter d’en avoir d’originales dont on n’a lai- fé échaper aucunes copies. C’elt fur cette affurance que je difere ce quejay à vous en dire, & que je paffe à quelques Vers qui ont efté faits fur les Conqueftes du Roy. En voicy de Monfieur Boyer.
zix LE MERCURE
POUR LE ROY.
SONNET.
A Peine le Soleil diflipoit les frimats*
Quflnaveu ^Loiiis la Valeur triomphante*
La Flandre defolée* &fes meilleurs Soldats
Arroufer de leur San^ l'Hlerbe à peine naijfante.
Luy feula changé l'art des Sieves* des Combats*
Dont jadis la met ode efl oit dou° teufe & lente.
Ce lupiter qui repne & qui tonne icy bas*
Lance en toute faifon fa foudre impatiente.
GALANT. 1I?
Ses Exploits font toujours auJd
prompts qu éclatant.
du temps,
En vain pour luy nos voeux appellent
la P~itioire.
& Ce Héros dont l'ardeurne s arrefle
jamais.
la Gloire,
Que Ça rapidité devance nos fouhaits.
Les deux Sonnets qui fuivent
font de Monfieur Robinet
qui a fait autrefois la
MuieHiftorique, dédiée à
Madame.
ai4 LE MERCURE
AU ROY,
SUR. SES CONQUESTES.
S O N N E T.
Miraculeux Héros, J^ain* queur inimitable,
Par tes fameux Exploits, tu te fais admirer.
A quel grand Conquérant te peut- on comparer^ ji
Dont la gloire ne code a ton redoutable?
Tu ries plus qu'a toy-mefme du* jourd'huy comparable.
L'Alexandre orgueilleux qui feft adorer^
Se verroit'S'il vivoity réduit à pirer.
GALANT, iij
J)’ e(Ire moins grand quetoy, d'eftre
moins adorable.
ans
1 Rivaux*
ye put entrer dam Tyr qu'en fix
Quoy que Tyr valut moins qu'une
Mieux que Cefar^ tu ri as qu'à ve~
nir & qu'à voir*
Les Victoires* pour toy*fe trouvent
toujours prefies*
Trois Vides en un mois tombent
iJ»
2J6 LE MERCURE
r ■'
A
- ----------- ---------------------- ■— ■— ■ ■ ■ ■
POUR LE ROY. SONNET.
ADmirons ce Grand Roy ^toujours victorieux,
Admirons ce Héros,fi dign e qu on /’admire.
Regardés fon grand air, tel efi celuy des Dieux,
Dont comme leur pareil, il partage l* Empire.
Jl efi fage, vaillant, jufie, laborieux,
Son grand coeur pour la Gloire in* cefiament foùpire.
Toutes fes allions le rendent glorieux,
Et l' Ht foire aura peine à nous liï bien décrire,
St
GALANT. zi7
Se privant du reposas éloionant des faifirs,
Vers cette Gloire aufere il tourne fes defirs >
Et durant l'EJyyer mefme il ou* vre la Campagne.
La Victoire aufitoft fe trouve à fes coflezj
Elle luy fait prcfent de trois grandes Cites^
Et la ife à deviner les fuites al'Ef paqne:
Les Sonnets par Echo deviennent tellement à la mode, que j’ay crû que vous ne feriez pas fâchée de voir celuy-cy.
Tome 3. t
£1S LE MERCURE
fait accroire, Croire,
la Gloire en Hyver faivoit- elle fes part Pas;
Auprès du Grand Louis auroit d Non. lm iuiïe,vaillant, y Fable.
F, ~ '_
M
GALANT. iI9 Des plus fameux Guerriers,eft une bagatelle Telle
Qfils auraient tous perdu devant ce grand Vainqueur Coeur. À
Voyons-le qui jamais dans fon foin vigilant, “ £enr,
Toùjours pour entajfer merveille fur merveille, V cil le
donc e[t au deffics de no [Ire Demy-Dieu?
Veille.
y/7T Dieu»
Voicy d’autres Vers qui méritent bien détenir leur place icy.
Tij
no LE MERCURE
POUR MONSIEUR,
Sur la Bataille du Mont-Caflel.
AV bruit desgrâds Expleitsque font duxChamps de Miars
Deux Chefs qu’à ce Combat mef- me chaleur entraîne,
La Viiïoire fur eux tourne tottsfes regards:
Puis furfes aifleï d'or dans les airs fe promené,
Et partageant entre eux la gloire & les hasards,
Balance êf demeure incertaine.
Mars l'un fe diftinguant par cent efforts guerriers,
Et l'emportant fur l'autre auxycu^ de la Vfâoire,
La Vitloire ne fiait que croire,
GALANT. lu
Elle qui pour Louis garde tous fes Lauriers-
Sicenefipas Louis, dit-elle fefi fon Frere^
le le conois à cequilviët dé faire, Elle part, & dlun vol qui ri efiplies incertain.
Dans le Camp de Philippe elle fe précipite,
Luyprefenteaufiï^tofiles Lauriers qud mérité,
Et le couronne de fa main.
Je ne vous demande point vofire fentiment fur ce Madrigal, vous elles de trop bon goût pour ne le pas approuver. Jl eft encor de Monfieur Boyer, fameux T HJ
I
Z22, LE MERCURE par quantité de belles Pièces de Tlieatre qui luy ont fait mériter une place dans l’Académie Françoife, qu’il a toujours occupée parmy les beaux Efprits. Les Vers admirables, & les grands évenemens dont elles font remplies, leur feroient faire plus de bruit quelles ne font aujourd’huy, quoy que tous les Gens éclairez en parlent avec beaucoup deftime, fi nous eftions encor au temps où les Ouvrages de cette nature fai- ioient d’eux-mefmes leur
/
GALANT, xi?
bon ou mauvais fùccés.
Au refte, Madame, je
m’eftois bien imaginé que
préfentj en vousenvoyant
la derniere fois
les Lettres que Monfieur
le Duc de S. Aignan avoir
écrites au Roy } & a Sou
ritent fans-doute tout ce
que vous m’en dites d avantageux,
& jevay fatisfaire
avec bien de lajoye à
l’ordre que vous me donnez
de vous faire çonnoiftre
en peu de mots par
-_. • • • •
214 LE mercur
quels^degrez il eft parvenu
à la haute élévation de
gloire où nous le voyons.
Monfieur le Duc de
S.Aignan apres avoir fait
deux Campagnes dans une
•res-grande jeunefte., eut
une Compagnie de Cavalerie
en 1634. 11 fe trouva
en 163J lro ua i1v- rl>>u-c- ae
Rohan dans le Quartier dé
Steimbrun en Alface, lors
qu’il fut attaqué par les
Colonels Uriel & Mercy,
qui furent repouffiez; & il
feroit difficile de vous dire
combien il reçeut de loüanGALANT,
ny
ges dans cette Occafîon &
par le General, & partons
les Officiers des Troupes.
Il n’acquit pas moins de
gloire en la fameufe Retraite
de Mayence fous le
Duc Bernard de Veymar &
le Cardinal de la Valette,
fur tout au Combatde Vauüêvfângês
qui fut tres-ffio.
rieux à la France, par le fuccés
& par la grande inégalité
du nombre. Dix Camil
eut toujours l’aprobation
entière des Généraux, conu6
LE MERCURE
avoir déjà juftement conçeuë
de fa haute valeur &
de fa conduite. L’année
1648 ayant efté fatale à ce
Royaume par les Guerres
civiles & par les divifions,
Monfieur le Duc de S. Aignan
mena au Roy en 1649
quatre cens Gentilshom-'
nies, que leur affeéHon
pour fa Perfonne avoir attachez
à fa fortune , avec
GALANT. 117
des Bateaux, malgré la rigueur
de la faifon, & força
tout ce qui luy voulut faire
obftacle-, ce qui fit admirer
tout-enfemblc &fon
crédit auprès de la Noblefle,
& fon zele au fervice
de Sa Majefté. Il fut
Premier Gentilhomme de
laChambre àlafinde cette
mefme année, & Lieutenant
General ; puis ayant
efte envoyé en Berry pour
Corps d’Armée
y commander avec un
, il prit la
Tour de Bourges en 1650,
le Fort ddee BB iluuggyy,, plufieu rs
xi8 LE MERCURE autres Places, & maintint toutes les Villes de cette Province en leur devoir. Il demeura une année entière dans cet employ, & il y joignit toujours le refpeét deû au rang & au mérite de Son AltefTe Serenifiîme Monfieur le Prince, avec i’oxâvte fidelité qu’il devoit au Roy , traitant dix-huit Prifonniers confidérables, faits en une mefme occa- fion, avec toute la civilité poflible. Il fuivit Sa Ma- jefté aux Sieges de Sainte Menehoud & de Mont-
GALANT. 2.19 medy, apres avoir entrepris, comme Volontaire, une Mine à celuy deChaf. teau-Porcien,qui reiiffit & qui avança la prife de cette Place. Le Roy luy a confie' depuis le Gouvernement important du Havre de Grâce, dans lequel eftant menace' par le grand Armement des Hollandois en 1674, & par divers Avis, de quelque Defcente fur fes Coftes, il mit fur pied en tres-peu de jours, dans une étendue de treize lieuës de long feulement, & de
ijo LE MERCURE
cinq de large, quinze cens
Chevaux, & près de quatorze
mille Hommes de
Z
pied, avec l’équipage de
quatre Pièces de Canon,
les Certes & les Villes ne
laiflant pas d’eftre bien
gardées; ce qui cuft paru
très - furprenant fous un
autre moins aimé de laNobleflc
& du Peuple, & qui
fut confirmé par le Commiffaire
des Guerres qui en
fit la fécondé Reveue. 1
a joint le Sçavoir à la Valeur,
eftant de l’Académie
Françoife, ftProtedeur de
GALANT. i5i
celle d’Arles; & il réüiïit
fi bien en tout ce qu’il entreprend,
mefme pour les
exercices du Corps, qu’il
en a acquis l’eftime de Sa
du Public. Je nevousdiray
point,Madame, qu’il a autant
d’Amis qu’il y a d’honneftes
Gens en France.
Vous fçavez que fa civilité
luy gagne tous les Coeurs,
obligeante, qu’il tient la
journée perdue, quand il
n’y trouve pas 1
de s'employer pc
XJi LE MERCURE qu’un. Sa modeftie fouf- friroit fans-doute, fi j’entrois dans un plus grand de'tail des belles Actions qu'il a faites, & fi je parlois de fes bleffures en grand nombre, & de fes Combats particuliers,dont il efttoû- jours forty avec un entier avantage. C’eft par cette raifon que je ne parleray qu’en paffiant de l une des plus éclatantes & des plus glorieufes A étions qu’il foitpoffible de faire. 11 eft difficile que vous l'ignoriez, puis que le bruit s’én
GALANT. x35
n’en ait parlé avec autant
d’admiration que de furprife.
Monfieur le Duc de
S. Aignan eftoit feul-, quatre
Hommes eurent la lâcheté
de fe fervirdecet avantage
. Il ne s’étonna
point, & fon courage
fut fi bien fécondé de
fon adreife, qu ’ il en tua
trois, & mit le quatrième
en fuite. C’eft dequoy je
ne doute point que l’Hiftoire
ne faffe foy quelque
jour, aufti-bien que lesRe-
Tome 5.
zu LE MERCURE gillres du Parlement ; & peut eftre n’oubliera-t-elle pas ce qu’il a fait encor depuis peu en faveur d'un brave Officier, contre lequel n’ayant pas voulu re- fufer de tirer J’Epée par rencontre, encor qu’il fuit fous fa charge, il le bleifa
' O '
& le defarma. Le Roy fut en colere de la témérité de cet Officier; & la générosité naturelle de Monfieur le Dac de S. Aignan l’obligea à fe venir jetteràfes pieds, pour en obtenir non feulement la Grâce de ce
GALANT.
Gentilhomme en qui il
avoit reconnu de lavaleur,
mais encor fon rétabliffement
en fa Charge, que
toute Royale
Voila, Madame, mais
fort en petit, le Portrait de
. cet Illuftre Duc. Je vous
en laiïfe examiner tous les
traits, vous en trouverez
beaucoup qui marquent le
don particulier qu’il a de
fe faire aimer de tout le
monde ; & cependant je
pafle à ceux dont le Roy a
V ij
récompenfé la valeur.
Le Gouvernement de
Mezieres a efté donné à I
Monfieur de Lançon , &
celuy de Sainte Menehoud
à Monfieur de Neuchelle,
tous deux Lieutenans des
Gardes du Corps de Sa
Majefté. Leurs Charges
prouvent leur mérite : elles
le vendoient autre-fois;
mais il y a douze ou quinze !
ans que le Roy voulant avoir
auprès de faPerfonne !
ceux qui avoient pafte toute
leur vie dans fes TrouGALANT.
157 ferviccs. Il a continué à mefure qu’elles ont vaqué, à les remplir des plus braves & des plus anciens Officiers -, de maniéré qu’il n’y en a aucun dans ce Corps qui ne foit capable des plus grands Emplois militaires.
Le Roy a donné le Gouvernement de Cambray à Monfieur deCezan, Major du Régiment des Gardes, &auieftoit Gouverneur de Condé. C’eft un ancien Officier, qui par fes longs ferviccs s’eft rendu digne
LE MERCURE
de cet honneur.
Monfieur Dreux, quiavoit
laLieutenance de Roy
dansBouchain, a eu celle de
Cambray, & Monfieur Parifot
la Majorité. Il se faut'
que lire le détail du Siégé
de cette Place pour conaoiftre
fon mérite.
la Citadelle de Cambray a
efté donné à Monfieur de
Choify très-habile Ingénieur;
& la Lieutenance de
Roy à Monfieur duFrefne,
qui eftoit Major de Bouchain.
GALANT. tjg
Monfieur de h Levretiere
, Commandant de
Limbourg, a efté nommé
au Gouvernement deCondéj
& Monfieur de S. Geniers
à celuy de S. Orner.
llcommandoitdansDoüay
Il eft Frere de Monfieur le
Marefchal de Navaillès. Il
a donné en beaucoup d’occafions
de grandes preuves
de valeur, & il ne dfaut
quele voirpour remarquer
auffitoft qu’il a reçeu des
coups tres-dangereux.
Monfieur RaoulTec CaRochepaire
Ingénieur,
1 aue le Commande-
14O LE MERCURE pitaine dansNavarre,a efté fait Lieutenant de Roy de S. Orner; & la Majorité a efté donnée à Monfieur de air
ment de Doiiay à Monfieur le Marquis de Pierrefite, qui afervy longtemps dans l’infanterie à la telle du Régiment du Roy.
Monfieur de Rouvray, Lieutenant de la Venerie, ayant efté tué dans la Journée de CalTel, le Roy a pourveu de cette Charge Monfieur de la Motte Exempt
GALANT. 24ï Exempt des Gardes du Corps. C’eft un cres-hon- nefteHomme, dont on a veu avec joye le mérite ré- compenfé. Il fut blefle à la Bataille de Senef, & il ne sert trouvé dans aucune occafion où il n’ait donné beaucoup de marques de courage.
Monfieur de la Cardo- niere a eu la Charge de Meftre de Camp General delaCavalerieLegere, vacante par la mort de Monfieur le Marquis de Renel. Je vous ay parlé de fon mé-
Tome 3. X
Z4i LE MERCURE rite dans mes dernieres Lettres , & vous voyez que je vous ay dit vray, puis que le Roy l’a reconnu.
Les Pages du Roy s eftanr fignalcz dans.lcsoccafions les plus périlleufes, Sa Ma- jefté pour commencer a leur en témoigner fa latis- faétion, a donné à M.de Boifdennemets leur Doyen ' uneEnfeigne aux Gardes.
Le Roy a fait Monfieur du Peré, Lieutenant Colonel du Régiment Lyonois, en luy difanr, G)ùil ne pun- voit remettre cette Charge en
lefifi bien fervir. On ne peut
faire un préfent de meilleure
grâce ; & des paroles
fi obligeantes, prononcées
par un fi grand Prince, doivent
cauier plus de joye à
un galant Homme, que
tout
ce voir-, aufli en onr-elles
donné beaucoup à Monfieur
du Peré. C’eft un tresancien
Officier, quoyque
jeune encor. 11 a commencé
à porter les armes
dés 1’âge de treize ans; 3c
i44 LE MERCURE il s'eft fignalé dans toutes les occafions où le Régiment Lyonois s’eft trouvé. Onfçait combien de gloire ce Régiment s’eft acquis, & qu’il a fait des chofes incroyables.
Monfieur le Duc de Vil- leroy s’eftantexpofé depuis plufieurs années aux périls les plus évid.ens, & ayant mérité d’eftre Lieutenant General dans un âge ouïes antres commencent à peine à faire parler d’eux , Sa Majefté a voulu encor re- connoiftre l’ardeur avec
GALANT. i4î laquelle il a fervy cette Campagne, & luy a donné unePenfion de douze mille livres de rente, en attendant qu’il luy fafle autrement connoiftre combien il eftfatisfait de luy.
Je n’ay appris aucun Mariage de Perfonnes de remarque , que celuy de Monfieur de Bragelonne Confeiller au Parlement, qui aépoufé Mademoifelle Chanlatte. 11 eft en réputation d’un fort bon Juge, & Fils de Monfieur de Bragelonne Premier Prefident X iij
au
LE MERCURE
Parlement de Mets.
Cette Famille eft une des
plus grandes & des plus
confidérables de Paris.
Monfieur de Bailleul, Fils
de Monfieur de Bailleul
Prefident à Mortier , &
petit-Fils d’un autre Prefident
à Mortier, Sur-Intendant
des Finances, & Miniftre
d’Etat fous la Régence
de la feue Reyne
Mere du Roy, a efté reçeu
depuis peu Confeiller au
Parlement. On ne peut,
donner plus de marques de
fuffifance qu’il en a donné
GALANT. 1+7
dans les examens qui luy
ont efté faits. On n'en a
point efté furpris, & il n a
fait que confirmer l’opinion
avantagcufc qu’il avoit
fait concevoir de luy
par fes Plaidoyez, dans lefquels
il s’eftoit fait fouvent
admirer àlaGrand Chambre
& ailleurs, depuis cinq
ou fix ans qu il frequenroit
le Barreau en qualité d’Avocat.
Monfieur de Bretonvilliers
a efté auifi reçeu dans
le mefme temps Conlèiïler
au Parlement. On ne peut
248 LE MERCURE douter qu il ne loir tres- digne de cette Charge, a- pres qu’il a exerce' pendant deuxans celle de Confeiller au Chaftelet avec toute la capacité qui peut rendre un Juge recommandable.
Monfieur le Prefident Nicolai a perdu Monfieur le Marquis de Coulainville, qui eft mort (dit-on) d’une veine qu il s eftoit rompue par la violence d’une toux. Tout le monde a efté luy faire compliment fur la perte de ce Fils, qui eftoit civil, honncfte, obligeant,
& qu’il regardoit comme
devant pofleder apres luy
la Charge de Premier Prefident
de la Chambre des
Comptes, qu’il exerce avec
tant de gloire, eftantlehuitie'mc
de fon Nom à qui elle
eft venue de Pere en Fils.
Il a rappelle' incontinent de
l’ArméeMôfieur le Comte
d’Yvore, fon fécond Fils,
qu’il oblige à quiter l’Epée
pour prendre le party de la
Robe. Il a infiniment de
l’cfpritquoyque tres-jeune,
dit les chofesd’une maniéré
aifée,& on ne doute point
qu'il n’aitquelque jour pour
ble & vive éloquence qui
eft naturelle & comme
héréditaire dans cette
illuftre & grande Famille.
Il ne faut pas que j’oublie à
vous dire quelle eft venue
en France par un Chancelier
de Naples que Charles
VIII y emmena comme
un Homme rare, & qu’il
honoroit d’une eftimeparticuliere.
On a aufli efté faire
Compliment à Monfieur
l’Archevefque de Paris fur
mort de Madame laMarquiié
de Breval fa Bellefceur.
Elle eftoit de la Maifon
de Fortia, & n’avoic
prefque point eu de fanté
depuis la perte de Monfieur
le Marquis de Chanvalon
fon Fils unique, qui
eftoit Cornete desChevaux-
Legers de la Garde
du Roy, & qui fut tué à la
Bataille de Senef, apres
avoir efté longtemps aux
mains avec le Commandant
des Cuiralfiers de
l’Empereur, & emporté la
Cornete de fa Compagnie.
^z LE MERCURE
L’Evefché de Chaalons eft vacant par la mort de Monfieur de Maupeou, qui avoit efté Aumônier du Roy. Ce Prélat eftoit d’une probité & d’une bonté extraordinaire, tres-fidelle & très - paflionné pour fes Amis. Il avoit perdu plufieurs Freres au fervice de
• •
Sa Majefté dans le Régiment des Gardes, où ils s’eftoient tous diftinguez par des actions éclatantes de valeur, comme la plupart de ceux qui portent ce Nom ontfait& font encor
GALANT.
tous les jours, dans les Tribunaux où ilspréfident avec une intégrité digne de fervir d’exemple à tous ceux qui veulent entrer dans les Emplois de la Robe.
II eft furvenu icy un Difé- rend dont je voudrois bien que vous m’euffiez fait fçavoir vof. tre penfée. Un Cavalier qui ne manque pas de mérite, avoir efté dix fois chez une fort belle
Dame fans la trouver. Il luy parle enfin chez une de fes A- mies, à qui elle rendoit vifite comme luy. Elle luy fait des reproches obligeans de fa né- gligenceà la voir5 & fureequ’il oppofe qu’il luy feroit inutile de l’aller chercher, puis qu’on ne la rencontroit jamais; Veila
--------------------------------------------------------------------SI
i;4 LE MERCURE mon Bracelet, luy dit-elle, ra- ■portez^-le - moy demain à telle heure i & fi vous ne me trouvez^ f.u, il efi à vous. Le Bracelet eftoit de prix, & il n’y a pas d’apparence qu’elle euft voulu le rilquer. Cependant on luy propolc le lendemain une Partie de divertiflement pour fout le jour-, elle l’accepte, vadifner en Ville, & ne fe fou vient point de l’engagement -où elle s’eft mife. Le Cavalier a de fon collé des affaires importantes qu'il ne peut remettre, & qui l’empefchent d’aller chez elle; ils conviennent tous deux de leurs Faits, 6e c’eft là deflus qu’il faut prononcer. Le Cavalier foûtient que puis qu elle a manqué à la parole qu'elle
GALANT. 2.55
Jny avoir donnée dé l’attendre, le Bracelet doit eftre à luy ; &c afin qu’on ne le foupçonne pas de le vouloir garder par un mouvement d’avarice, il ofre à la Dame de luy en rendre deux fois la valeur en autres Bijoux. La Dame avoue que s’il eftoit venu chez elle, il n’y auroit point de conteftation ; mais comme il demeure d’accord de n’y avoir pas efté, elle demande obftinément fon Bracelet, & ne veut rien recevoir en échange. Parlez, Madame, ils vous connoiflenc tous deux pour la Perfonne du monde la plus équitable, &: je ne doute point qu’ils ne fe foûmettenc volontiers au jugement que vous rendrez.
Z56 le mercure
Je penfois finir icy 5 mais,
Madame, je ferois fâché que
vous appriffiez par d’autres que
par moy de quelle maniéré
Monfieur le Duc de Roquelaure
a efté reçeu à Bordeaux.
Le Gouvernement de Guyenne
qu’il a plû âu Roy de luy confier,
eft une marque du mérite
extraordinaire qui luy a fait
obtenir cette glorieufe récompenfe
de fes fervices- & il y a.
tant de chofes à dire deluv, que
comme j’auray occafion de vous
en parler plus d’une fois, je ne
grofliray point aujourd’huy ma
Lettre de ce qui ne peur eftre
ignoré que par ceux qui n’ont
aucun commerce dans le mode.
On ne peut exprimer lajoye
quifc répandit dans toute cette
GALANT. 157 grande Province, futoft qu’on y fçeut qu’il en avoir efté nom, mé Gouverneur ; il y eftoit dans une fort haute eftirne Scpour fa nailTance, & pour les qualitez particulières de fa Perfonne. Il arriva à Blaye le 8 de May, où il reçeut les Complimens de Meilleurs les Jurats de Bordeaux, portez parla bouche de Monfieur Chiquet Jurât & ancien Avocat, accompagné de Monfieur de Jean Procureur Syndic de la Maifon de Ville. Le lendemain il fe rendit au Port dudit Blaye à cinq heures du matin, & apres y avoir reçeu tous les honneurs poffibles par Monfieur de Monbleru Commandant dans la Place, il monta dans là Maifon Navale
Tome 3. Y
i58 LE MERCURE qui luy avoir efté envoyée par lesjurats, & fur les dix heures il arriva à Bordeaux au bruit de tout le Canon du Chafteau Trompette, Sc des Vaiffeaux. Monfieur le Comte de Mon- taigu Gouverneur du Chafteau & Lieutenant General de la Province, le vint recevoir fur le Port, où il luy prefenta les Jurats, à la tefte defquels fe trouva Monfieur de la Lande, qui harangua d’une maniéré a faire connoiftre qu’un G«ntil- homme n’eft pas moins propre à eftre bon Orateur que bon Capitaine. On ne luy avoir point préparé d’Entrée, parce qu’il n’en avoit point voulu, pour n’eftre pas à chirge au Public > mais quelque précau-
GALANT.
tion qu’il euft prife pour cacher
fon arrivée, elle fut fçeuë incontinent
de tout le Peuple, qui
accourut en foule fur le Port,
& on peut dire que jamais Gouverneur
n’a efté reçeu avec
plus d’acclamations. De là,
voulant rendre les honneurs
deûs au Prélat de cette grande
Ville, il fut conduit à l’Archevefché-,
apres quoy il alla difner
au Chafteau Trompette, où
Monfieur de Montaigu le régala
avec une magnificence
admirable. Vous fçavez, Madame,
que Monfieur le Comte
de Montaigu eft un Homme
d’un fort grand mérite, & que
fa naiflance ne le rend pas
moins illuftre, qu’un grand
nombre de belles Alliances qui
i6o LE MERCURE
font dans fa Maifon. Il a efté Cornette des Chevaux-Legers de la Garde du Roy.Sc Gouverneur de Rocroy ; Sc apres avoir mérité par de grands fervicesla confiance de Sa Majefté & de la feuë Reyne Mere dans des occafions très - importantes, il a efté choify par le Roy pour l’un de fes Lieutenans dans le Gouvernement de Guyenne, Sc. pour Gouverneur du Chaf- teau Trompette. Cet Employ marque plus que toute autre chofe l’eftime particulière dont il a toujours efté honoré pat fon Maiftre. Tout le monde fçait l’importance de ce Pofte, ëî l’on a veu dans les derniers temps de quelle conféquence il eft d’y avoir un Homme donc
GALANT. z6i la fagefle, la fidelité, & l’expérience, mettent en feûreté une Province qui a toujours efté en bute aux plus puiflans Ennemis du Royaume. C’eft où Monfieur de Montaigu a voulu chercher du repos pour fe dé- lafler des longues fatigues qu’il a eues à effuyer dans les Armées, ne jugeant pas que l’âge, ny mefme lespenfées qu’ondoie avoir dans un certain temps pour l’autre vie, le pâflent dif- penfer de rendre jufqu’au dernier foupir les fervices qu’il croît devoir à un Prince qui luy a toujours donné des marques de fa bonté.
Apres ces premiers devoirs rendus à Monfieur le Duc de Roquelaure , toute la femaine
LE MERCURE fe pafla à recevoir les Harangues de tous les Corps, entre lefquelles celles de Monfieur le Doyen de la Cathédrale, & de Monfieur de Meftivier Prefi- dent à la Cour des Aydes, ont efté fort eftiméès, ainfi que celles de Monfieur le Lieutenant General du Prefidial de Bordeaux , & du Juge-Mage d’Auche. Monfieur le Duc s'embarqua le 14. du mefme mois pour aller à Marmande fe faire recevoir au Parlement.
Adieu, Madame. Sans la gro fleur extraordinaire de ma Lettre, vous auriez dés aujour- d’huy leComplimentque Monfieur Charpentier a fair â Monfieur le Cardinal d’Eftrées, au nom de ^Académie Françoifej
GALANT. 165 je vous le refervepour le Mois prochain , ainfi que plufieurs autres chofes curieufesqui ifonc pu trouver place icy.
4 Parti le premier Juin 1677.
/ Z
ON donnera un Tome du Mercure Galant, le premier jour de chaque Mois-fans aucun retardement- On le vendra vingt fols relié enVeau^ & quinze relié en Parchemin.
Page 95. au lieu de puis quelle Roy n avoir pas' v ou u foufrtr qu'ils emmenaf/ent leurs femmes, liiez puis quonnj avoit pas voul» recevoir leurs femmes»
Extrait du Triyilcge du T^oy.
PAr Grâce & Privilège du Roy,
Donné à S.Germain en Layc le.
15. Fev. 1671. Signé, Par le Roy en
fon Confeil Villet. Il eft permis au
Sieur Dam. de faire imprimer, vendre
& débiter par tel Imprimeur & Libraire
qu’il voudra choifir, un Livre
intitulé Le Mercure Galant, en
un ouplufieurs Volumes, pendant le
temps de dix ans entiers, à compter du
jour que chaque Volume fera achevé
d’imprimer pour le première fois. Et
defenfes font faites de contrefaire lefd.
Volumes, à peine de fix mille livres
d'amende, ainfi que plus au long il eft
porté efdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 17. Février 1671,
Signé , D.Thierry, Syndic.
^tchc'vè d'imprimer pour la première fou
Je premier lum 1677 •
Qualité de la reconnaissance optique de caractères