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1677, 04, t. 2
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LE NOUVEAU
CONTENANT TOUT
ce qui s’ell pafîë de plus curieux
pendant le mois d’Avril de l’année
167 7.
T 6 M E II.
Chez Estienne Loyson, au Palais,
dans la Gallerie des Ptiforiniers,
auNonidelefus.
M. DC. LXXVÏL '
-rf^-EC PRIVILEGE Df ROT. 4
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S
LA COMTESSE
ï
• >
E P I S T R E.
W°p de préfbmption, puis quelle vous renouvellera, ce que 'vous entende^ publier partout Itvec plaifir a la, gloire de Son Altesse Royale. Ainfi, MADAME, ce que j aurais defefieré d'obtenir du peu d'ornemens que fay eflé capable de préfler aux Nouvelles dont fay à vous entretenir, je l attens de la dignité de la matière, (ÿ je ne puis m'empefcher de vous les ofrir avec confiance, quand je voy qu'une des plus importantes regarde ce qui vous interefie le plus, fe ne confédéré en cela ny mafoibleffepour une fi grande entreprife, ny ces lu-
>
J
>
I
E P I S T R E.. mieres merveilleufaes qui vous font dppercevoir des defauts dans ce qu'on donne au Public de plus achevé. Il y d des chofaes qui ne facauroient jamais efire mal dites s il ne faut que les bien façavoiry pour en faire un récit qui produife l admiration qui leur efl deuë ; & les termes les moins relevczyie les peuvent affaiblir, pourveu qu’on faut fidelle dans le dénombrement de leurs circonftances. Telles fant les grandes Actions de MON- SIEUR; êlles n'ont befaoin ny diune éloquence étudiée qui contribue d les faire paroiftrè dans leur jour, nyd une ex âge-
, E P I S T R E.
ration artificieufi qui leurprête i ce qu'elles n auraientpas déliés- j mejmes. Il fa file de dire Simplement de quelle maniéré elles fi fontpafiecs,pour efire afin . de ne rien dire que de furpre- nant s & fi la hante réputation que ce grand Prince s eftacquife par fin courage & par fia valeur, rend tout le monde finfibleàfis avantages, que ne dois-je point attendre de Vous qui luy asvez^ confieré une tendrefie qui ne s efi jamais démentie, & qui a^ve^ touiours regardéJagloire ■ comme la chofie du monde la plus capable de vous toucher? ' <fi!fi> CM A DAME, fi. cette
<
1
EPISTRE.
mon Livre trouverait un accès ’j favorable auprès de ce Prince, ’t fi vous daigniez Iny ™ f^e e Z P
5
»
^tendre(fie ne pouvait avoir un flus'noble objet, elle efi glo- ^rieufement récompenfée par les ^témoignages deftime & de con- hfiderationparticulière que vous ^receve^tous les jours de Son '«Altesse Royale. Ceft par li là que je pourrais niajfurer que
I
r paroiflre quelque fatisficîion. Il efi fiperfuadé de vojlre jufie difcernement pour toutes cho- fes, que ce qui a eu vofire approbation luy femble toujours digne de lafienne. C efi une justice qu il aime àvous rendre, &
epistre.
j.KC toute la France vous rend
a vecluy ■ mais , MADAME,
je ne veux
fentimens, & U ne feroit pas
jufte que je chercha (D l'A^hur
pourroit commettre la vofire.
Quel que puijje eflre le fuccés '
de cet Ouvrage} ilfera toujours
avantageux pour moy3 fi vous
ave^ U bonté de le recevoir
comme unç marque de l'ardente
faffion avec laquelle je fuis,
madame,z V: IL
nouveau
mercure
galanttome
H.
E vous ay promis,
B Madame, de vous
mander le premier
jour de chaque Mois tout
ce qui feferoit pafTé déplus
curieux à Paris pendant le
Mois precedent, & tout ce
Tome z. A
K.
z LE qu’on y refte du
Pais Etrangers. J’ay fait plus que vous n’attendiez demoy, & vousavez reçeu le premier d’Avril, non pas une Lettre, mais le premier Tome du Nouveau Mercure Galant, dans lequel vous avez appris non feulc- menttout ce queParis a produit de plus remarquable depuis le premier Ianvier de l’année courante; mais encor toutes les Nouvelles qui font venues de mille endroits diférens. Ilne s’agit
MERCURE auroit appris du Royaume, & des

galant. 3 doncprefentement, que de vous écrire tout ce qui s’eft pafle depuis le commencement d’Avril-, maisque vous mander de divertiftant, & que peut-il s’eftre fait de cette nature pendant un Mois de Carefme, dont les jours ont efté particulièrement deftinez à la Dévotion? Chacun s’eft privé des DivertifTemens quil avoir accouftumé de prendre. Les Ouvrages Galans n’ont point efté de faifon-, on a peu fait de Mariages. Les Modes nouvelles n’ont
Ai)
4 LE MERCURE
point paru, & elles font demeurées
dans l’efprit des
Coquettes, dans la telle des
Marchands , & dans les
mains de leurs Ouvriers.
Pendant que chacun s’eftoit
interdit tout ce qui
pouvoir contribuer à luy
donner du plaifir, la Dévotion
dujubiléa régné dans
tout Paris ; celle de la
Reyne, & de Monfeigneur
le Dauphin a édifié tout le
monde, & l’exemple de
Moniteur de Paris, & des
plus grands Magillrats qui
ont vifité foixanteEglifes à
galant. 5
pied avec une pieté qui ne
peut atfezeftre eftimée,a
une nouvelle ardeur
nui travailloient à
leur falut avec le plus de
zele. Tandis que nous fommes
fur le Jubilé, trouvez
bon, Madame, que je vous
propofe un Cas de confcience
qui me paroift fort
extraordinaire. On ma
aflùré que la chofe s’eftoit
paffée depuis peu, & il s agitdefçavoirquel
fcrupule
on fe doit faire d’avoir employé
la fraude à s’affurer
une Succeffion qu’on au6
LE MERCURE roit peut-eftre inutilement attendue. Voicy le Fait. Deux Freres Pont demeurez les feuls Heritiers d’un Pere fort riche. La Couflume des Lieux où les Biens font ûtuez elloit fort defavan- tageufeau Cadet. Il avoic plus d elprit que fon Frere, il yoyoit avec chagrin Ces méchantes qualitez réparées par le Droit d’aînefle-, & le connoiflant fufeepti- blede touteforted impref. fions, apres avoir affeélé quelque temps les dehors dune vie toute régulière, il
GALANT. 7
feint tout à'un coup une fi
forte Vocation daller s enfermer
dans un Cloiftre,
qu’il femble qu’il n’y ait
plus ailleurs de bonheur
pour luy. Son Aîné furpris
de fa refolution, luy en demande
la caufe. 11 fc contente
d’abord de luy parler
en general de la vanité des
chofesdu monde, 2c du degouft
que toutes les Perfonnes
raifonnables en devroient
avoir. Ceft tous
les jours un Sermon nouveau
far cette matière, ju
e LE MERCURE
venir des Principes qu'il
écablifloic avec plus d’efprit
que de Dévotion, il deC
gnn en quittant le monde,
c eft celuy de 1 y laiffer em»
baraffe. Ses grimaces vont
fi loin,que le pauvre Aîné
en devient la Dupe, & ce
quil luy dit continuellement
du péril où font ex>
pofez ceux qui ont autanc
fi vivement l’imagination,
qu’il fe met en tefte de fe
reux c^u.e Con Frere, en c^viic—
tant tout pour le Cuivre dans
CaRetraite. Les voila tous
deux dans le Couvent.
Une Comme conCiderable
trouver Ca Vocation merveilleuCe,
tout le monde luy
applaudit; & tandis quon
relâche un peu en Ca faveur
les rigueurs du Novitiat, le
Cadet s’y aflùjettit avec
une Coumifljbn fi auftere,
qu’iln y a point de volonté
chancelante , que Cou
exemple ne raffermift.
IO LE MERCURE
I out celafepaffe au grand contentement des Collatéraux, qui fe tenans déjà maiftres des grands Biens qui leur doivent échoir par la Profeffion des deux Frères, font des Mariages en idée, & jettent les yeux fur les Charges les plus confi- derables. Enfin le grand jour arrive où doivent eftre prononcez ces terribles mots qui ne fe difent qu’une fois, & qui engagent pour tourela vie. Ondon- nele pas àl’Aîné qui faiefes Voeux d’une voix un peu
GALANT. h
tremblante, & cependant
le Cadet pouffe de longs
foûpirs, Se fait voir de certains
élancemens de zele
qui édifient admirablement
l’Aflemblée ; Mais il
n’eft pas plutoft affuré que
Ton Frere ne fçauroit plus
s’en dédire, qu’un Evanoüiffement
de commande
le met hors d’eftat de faire
la mefme chofequeluy. Il
n’en revient qu’avec peine,
il ouvre de grands yeux fans
recouvrer l'ufage de la parole^
malgré qu’on en ait,
it LE MERCURE
de, remettre la Ceremonie à une autre fois. 11 feint pendant quelques jours un fort grand de'plaifir de l’accident qui avoir retardefon bonheur -, & ayant trouve' moyen de sechaper du Couvent, il y. renvoyé fon Habit de Moine, avec un Billet portant alTurance du foin qu il auroit de le payer largement. Il traite pre- fentement d’une Charge, on luy offre une Fille *de naiffance avec beaucoup de Bien, & tout cela, pour a- voir eu 1 adrefle de faire
galant. b prendre un froc à fon Frere. Prononcez, Madame. On ne luy peut difpurer laSuc- ceffion, mais elle ne feroir pasàluy s’il n’avoit pas joiié le perfonnage d’Hypocrite.
Voila prefque toutes les Nouvelles du mois d’Avril que j’aurois à vous mander, fans les grandes Actions du Roy qui fournilfent de la matière en tout temps ; & quoy que les mois de Mars & d’Avril ayent efté remplis d’un grand nombre de vilains jours, ils ont tous efté beaux pour ce Prince,
14 LE mercure
& avant le temps ou les Troupes ont accouftumé de marcher, il a plus fait de C'onqueftes confidérables, que nous n en avonsautre- fois veu faire en Beaucoup de Campagnes heureufes. Ainfi j’aurois tort de dire que je manque de matière; & fi je fuisembaraHe, c’efl: par le grand nombre d’Ac- tions éronnan tes que j’ay à raconter, & parlagrandeur du Sujer. Mais avant que d’entrer dans le détail de ces Nouvelles importantes,jecroy vous devoir en-
galant. iy tretenir de quelques autres, afin de laifl'er aux pre- : rnieresle temps demeurir^ | C’eftun moyen afliiré pour ne vous ric^p mander que de véritable, & pour vous apprendre des particularitez que d’autres ne vous fe- roient peut-eftre pas fça- voir, à moins qu’ils ne prif- fentautantdefoin quemoy de les ramafler. Paflons donc! d’autres Articles, & difons que la Mufique eft malheureufe cette année de toutes maniérés , &que fi quelques Muficiens ont
16 LE MERCURE perdu leur Procès, d’autres ont perdu la vie. Le Sieur Cambert, Maiftre de Mufi- quedelafeuëReyneMere, eft mort à Londres, où fon génie eftoit fort eftimé. Il avoir reçeu force biens- faits du Roy d’Angleterre, & des plus grands Seigneurs de fa Cour, & tout ce qu’ils ont veu de fes Ouvrages, n’a point démenty ce qu’il a fait en France: c’eft à luy que nous devons l’EtablifTement des Opéra que nous voyons aujour- d’huy, la Mufique de ceux
galant.
dcPomone,& des Peines
& des Phifirs de l’Amour,
eftoic de luy -, & depuis ce
temps-là on n’a point vea
de Récitatif en France qui
ait paru nouveau. C’eft ce
mefme Cambertaui a fait
chanter le premier les belles
Voix que nous admirons
tous les jours, & que la Gafcogne
luy avoir fournies;
c’eft dans fes Airs que Mademoifelle
Brigogne a paru
ment charmé tous fes Auditeurs,
que le nom de la
i8 LE MERCURE
petite Climene luy en eft
demeuré, Toutes ces chofes
font connoiftre le mérité
& le malheur du Sieur
Carnbert; mais fi le mérité
de tous ceux qui en ont eftoic
reconnu, la Fortune ne
feroic plus adorée, ou pour
mieux dire on ne croiroit
plus qu’il y en eufb, mais
nousfommes touslesjours
convaincus du contraire
par des Exemples trop éclatans.
La mort a pris aufli
le Sieur le Camus, qui eftoit
GALANT. 19 1 de beaux Airs, & s ils ef- > toient mis enfemble, il y i, en auroit dequoy former it plufieurs Opéra, dans lef- e quels on neverroitpastoû- (1 jours la mefme chofe. La e belle Madame du Bouillon r deCaén, afuivy ces deux t Muficiens. Quand on a $ une fois acquis un Nom qui $ nous couvre de gloire ou de e blâme, le temps en fait rail rement perdre la mémoire, i Madame du Bouillon avoic t efté belle, elle en avoit me- , rite le nom, & quand elle , feroit morte à cent ans, &
zo LE MERCURE qu’elle auroit elle' la plus laide Perfonne de la terre, on auroit toujours dit que la belle Madame du Boiiil- lonferoit morte. L’Amour ne faifant pas moins parler deluy que la Mort, adonné lieu depuis quelque temps à la Piece fuivante. Elle fait du bruit, elle a fes Partions, vous jugerez s’ils ont raifon d’en dire du bien. !
• - * a . ' i
* — galant. 21
LEs Grâces venoient
de laifTerl’Amour entreles
bras du Sommeil, &
fe mocquoicnt de la ftupiditéde
ce Dieu, qui ayant
l’avantage de poiTeder tous
les jours les plus belles Per-
Tonnes du monde, ne leur
dit jamais une parole, tant
il a peur de def-obliger le
Silence qui le loge dans fou
m. LE MERCURE
Palais, quand elles virent arriver inopine'menr l’A- raour. Il avoir fon Bandeau à la main, & laiffoir voir autant de colere dans fes yeux, que dabatemenc fur fon vifage.
Non, dit-il en entrant, je n'enre- viendray pas.*
le l'ay juré* j'abandone le mode.* Fuyons des lieux où Vinjuftice a- bonde,
C'eft trop avoir commerce avec des Ingrats.
Pour prix de mes ligues fatigues ai lesfervir dans leurs intrigues.* O^er tenir de moy mille infolens propos!
GALANT. xj
Chercher fans cejje a me faire in- cartade,
jen en puis plus J en fais malade, promptement., un Lit de Repos.
Les Grâces qui n’ont jamais plus de joye quequand elles font avec l’Amour, ne furent point pareffeufes à le fatisfaire. Elles luy différent un Lit de Rofes, & le dépoiiillerent de fon Carquois, dont il brifa les Flèches devant elles. Il fe coucha en fuite, & en ayant re- çeu mille careffes par lesquelles elles tâchèrent à le confoler de fon chagrin;
a
Recouvrons le repos que trop d’embaras
ni ofle,
Cherchons, dit-il) cherchons de la
tranquilité :
Si je Jouffre ceflvoflrefaute,
Et mon malheur ne vient que de
Par tout où vous mevouler Cuivre,
Comme vousy menez^f les Ris &
les leux,
le ne voy que des Gens affezyontens
de vivre
Le coeur embrasé de mes feux.
Vous faifant demeurer toujours
jeunes & belles.
Ce Privilège gafie tout,
il fait que vous ri aimer, a voir que
vos femblables-,
si
GALANT. zj
rendre un peu traitables,
Je rien fcaurois venir à bout.
Mille Amantes ont beau chercher
de feurs remedes
Aux mauxque vous pourri ezjriaider
à détourner^ (Laides
Vous dédaigiezfès Vieilles & les
Chez qui je tâche à vous mener >
Et cependant fans vous que puis-je
feul pour elle si
Jl rricn faut tous les jours efuyer
cent querelles:
T ay tort quand par dèqyuft on leur
manque de foy^
Je fuis traite Ü'injufle & ri aveugle
& de traifire,
"Et tout celatparcequ 'avecquemoy
Auprès ri elles jamais vous ne vou*
lezdparoijlre.
z6 LE MERCURE
Les Grâces dirent mille chofes obligeantes à l’A- mour pour fe juftifier auprès de luy, & rejetterent leur manque de complai- fance fur fimpoffibilité qu’il y a de prefter quelque agrément, à des Beautez déjafurannées ; car pour les Laides, dirent-elles, vous fçavez que nous ne les fuyons pas toutes. Il y en a quelques-unes fur le chapitre defquelles vous avez affez à vous loiier de nos foins. Nous demeurons d’accord que quand vous
GALANT. 2.7 les allez engager à recon- noiftre voftre pouvoir,nous
ne vous accompagnonspas feules, & que vous faites en forte que la Jeuneïfe fe trouve avec nous-, mais de grâce, ceffez de nous rendre refponfables de vos chagrins -, les plus grands que vous ayez viennent du cofté des Hommes, & ce font pour vous de terribles efprits à gouverner.
il ejlvray,diti,'Amour, qu'ils me causent des peines,
Quinî accablent à tousmomens^ le ne puis ny ferrer,yiy relàchçr leurs ch aine s, C ij
18 LE MERCURE
Que je riaye à fouffrir de leurs dé~ repfleniens.
Si trop de refifiance à leur flhme *
opposée
Leur fait perdre l'eflffir d'une Conquefie aisée,
le ne fuis quunTyran dont ilfaut
s'affranchir s
Et fi la Belle à qui je les enpaqe
Se laiffe un peu trop tofl fléchir, damais elle ri a
du mériter leur
hommage. *
a4infi d'un faux déguifement
Couvrant toutes leurs injufiices. Lors que je m9accommode à leur
tempérament,
Ils (e plaignent in folémment
Qff ils font contraints de fuïvre mes caprices.
Qu ils [oient fourbes, fansfoy, tro- ' peur s, audacieux,
29
GALANT.
Bières, incon[}ans, emporte^.fu- fieux,
De leurs defauts c eft moy feul qu'ils accufent,
Moy qui cherche par tout la concorde eft la paix,
Et qui centfoit ay comble de bienfaits
Ces Lâches, ces Ingrats qui démon ye om abufent.
C’en eft fait, ma refolution eft prife, je romps pour toujours avec eux; & puis que les peines qu’ils fe font eux- mefmes leur font oublier les avantages qu’ils reçoivent de moy, je m’en van- geray hautement, en ne re-
C îij
5o LE MERCURE tournant jamais fur la terre. A ces mots il demanda qu’on le laiffâtrepofer pour le remettre des fatigues qu’il avoit eues avec les Hommes-, & comme les maux des Dieux s’en vont auffi promptement qu’ils viennent, & que leur guéri - fon dépend toujours de leurvolonté, lesGracesne fe mirent pas en peine du Remede qu’il falloir apporter à la Maladie dont il s’eftoit plaint, & elles le laiflerent dormir jufqu’au lendemain, qu’elles ne
GALANT. jï manquèrent pas de fe trouver à fon réveil. Ce repos qu’il avoir pris extraordinairement Ç car il luy eft fort nouveau d'en prendre)
luv avoit mis lur le teint une fraîcheur qui les éblouit. Il leur parut plus potele qu il n avoit accoutume de 1 ef- tre,& elles le trouvèrent fi beau, quelles ne pouvoient fe latte r de luy en faire pa-
roiftre leur admiration.
Ah quel bonheur, dit - il,.de pouvoir à fonai/e
Dormir ainfi tranquillement! le puis £un douxloifir profiter pleinement^ C inj
LE MERCURE
qu il fait [urprenant que le
repos me plaiQe*
Que nay.jepointfouffert, pendant
que fur la Terre
T offrais en vainla paix do.t
fuivre l'Amour!
dfputc, toujours querre:
J ejtoùs a tout calmer employé nuit
& jour,
Mais qu'avons - nous, Immortels
A nous inquiéter corne le Mode irai
Qyant a moy de for mais,prenne Coin
qui voudra
^e5affdres du coeur des H ornes,
Iy renonce, fins moyfoit aimé a ai
po urra.
Ce font des Importuns qu'on ne peut
f^faire,
galant. 53
Et qui d'un Çcntiment toujours contraire au mien,
Trouvant cc qu ils ri ont pas digne feul de leur plaire,
Veulent tout & ne veulent rien.
Trois jours s’écoulèrent de cette forte, pendant lef- quels les Grâces tinrent fi- delle compagnie à T Amour. Comme ce n’eft qu un Enfant, elles avoientle plaifir de le pouvoir baifer fans fcrupule, & c’eftoit entre- elles à qui l'auroitplus fou- vent entre les bras. Ce-
••
pendant Vénus qui avoic fait un voyage en terre, en
34 LE MERCURE
eftoic revenue toute indignée,
de ce qu’au lieu des
honneurs qu’elle avoit
accoutumé d’y recevoir,
elle avoit trouvé fes Temples
deferts.
Par cette oyfivetè que
v otu faire
T)it elle àfon Eils trifiementl
Ma gloire vous eft-elle auj ourdi
buy fi peu chere^
Queyous fuifîèyuoirvofre Mere
impunément*
la Difcorde en ma place en Terre
reverée.
GALANT. 35 le me wy [dns encens quand elle efi adorée',
Et par fes difeours fuborneurs, Elle a tant fait par tout que ma honte eft jurée.
C'ejl trop, ne fouffrez^ pat quelle me pouffe à bout,
Rejne ttezj.es Mortels dans leurs premières chaînes ;
S'il voue en coûte quelques peines, Par elles il ejl beau d'ejlre Maifire de tout.
Vénus eut beau faire des Remontrances , l’Amour s’obftina à vouloir eftre malade, & prétendit que les Hommes ne valoient pas qu’il fe privât pour eux
?6 LE MERCURE du repos qui luy eftoit ne. ceflàire. Il s’en accommo. doit le mieux du monde, & il n avoit jamais rien trouve' de fi doux que de pafler les jours entiers, comme il fai- £oit,à folâtrer avec les Grâces qui ne le quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre compte de ce qui s’eftoit paflefur la Terre depuis fon départ, le trouva qui fe di- vertiïToit avec elles, & le voyant afîis fur les genoux de 1 une}, tandis que l’autre luy tenoitlesmains;
'91
GALANT. 57
Ah vrayment, luy dit-il, vous feayfort bon gré
De tout ce joly badinaqe5
De tels amufemens conviennent à v offre àfte,
friais pour voies efire icy du Monde retiré,
Vous avezfait un beau ménage. Depuis qu il vous a plu de vous en éloiqner,
S^ave^vous quil rie fl rien qui riait changé de face?
L' Int erefifeul env offre place S’efi acquis le droit de regner. Il corrompt dame la plus faine: Qe riefiqu emportement, que trouble, que fureur,
Chacun ne refaire que haine, L es moins méchans fontfurpris de. r erreur
* Qui verslaDifcordeles mene.
$8 LE MERCURE
7 eut s'y laijffentrainer^ on s'ait a*
que.* on fe nuit.
Vouloir efire obligeant, c
une chimere
Que dans les cerveaux creux le
mauvais gou(1 -produit.
Comme on n anuldefrde plairey
On cfl pour le beau Sexe, infolent,
temeraire.
Et la Civilité que tout le monde
fuit)
Cherchant employ par tout ne
ttouve rien à faire.
EAvarice efi le mal le plus commun
de touS)
jL' Epargne efi en crédit y plus de
Modes nouvelles)
Plus dlorncmenS) plus de bijoux.
On ne von qu Envieux 5 dont les
efprits jaloux
Semblentfe nourrir de querelles.
GALANT. 39
»
Perfonne ne fait plus ny Vers, ny
Billets doux, plus d'agréables Bagatelles’) On ne donne ny Bals, ny galants
Rendez^ vous,
Et tous les H'ome.s pour lesBelles Sont devenus de vrais Hiboux,
Que je Cuis ravy de ce de- fordre,dit l’Amour cout ré- joüy ! Voila un renverfe- mentquime charme. Les Hommes vont connoiftre
ce que je vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy je vous prie, que fait l’Amicié? A-t-on confervé
40 LE MERCURE quelque refpeét pour elle? Et l’Hymenéeavec qui j’ef- tois fi Souvent brouillé, fait- il mieux fes affaires feul qu’il ne les faifoit moy ?
avec
J- admitiè, dit Mercure ’a voulu s’insérer
Défaire en terre voflre office', Elle entretient les noeuds quon luy donne à ferrer,
Mais le moindre débat la fait prefque expirer,
Et contre l'Jnterefi, pour peu qu'il l'affoiblqfe,
Sa tiedeurnefeauroit durer. Quat à L'Hymen,par votre absëce
C'eft pis cent fois que ce neftoit,
>
GALANT. 4î A caufe du Dèçoufl P1 ndiffe- rence (alliance,
jîvecquide tout temps elle a fait Toujours quelque divorce entre vous èclàtoitî
Maispourveuqu on $ armât d'un peu de patience,
jipres avoirgrondé rompu l'intelligence^
p'ousvous raccommodiez^ & tout fe remettoit.
j4prefent que la Politique Porte fans vous les Gens à s'unir ' pour toujours^
Dés qu'on s* ejl engagé l'on n'a plus de beaux; jours >
Chacun en mots dolens de fon malheur s explique y
£t les Regrets font la feule Muf- fique.
Qui chezjes Mariez^ a cours.
Tome z. D
4i LE MERCURE
Vousenriezf Voila bien dequoy
rive
P venelle fur un autre ton}
Si vous ne retournez^ xercer voflre
Empire,
Ze Monde (e va perdre* & chacun
en fou pire*
N’importe, repartie l’Amour,
c’eft ce que je demande,
je ne fçaurois trop
punir des Fantafquesj qui
mefaifant tropinjuftemenc
autheur de tous les maux
, n’ont aucune reconVJ
fl» M * * * w “ J
y leur procure. Le Repos
■ m’a fait goûter icy des douceurs
que je n’avois jamais
cer. Mercure le laifla dans
ce fentiment, & quelque
temps s’eftant encor pâlie
fansqueVenus pût obtenir
J de luy qu’il changeai! de re-
) folution, un jour qu il efi
toit fort en train de rire, il
t entendit du bruit qui 1 oblit
gea à tourner la telle pour
fçavoir qui le venoit trou-
• bler dans la Retraite. Le
croiriez-vous, luy dirent
D ij
44 LE MERCURE
les Grâces, c’eft la Raifon,1 voftre plus irréconciliable Ennemie, qui demande à vous parler.
Voila de mes Ingrats où va la mê- difance,
S ecria-t-il tout en couraux-
Parcequil leurplatfid’efir'efotu.
D'aimer la boni eu fi Licence.
Q^i ne fi propre qu'aux Loups - garoux.
Ils ne fcauroient fouffrir, fans s'en faire une offence.
Qïavecque laRaifon je fois d'in- telli^ence
Pour mieux faire jouter mes char* mes les plue doux*
C'efi elle cependât ql'ù me fuivre j'invite.
galant. 4J
Partout où j'ay dejfetn de me rendre vainqueur,
pemprunte fes couleurs pour peindre le Mérité
Qui, doit toucher un noble coeur. C'eft alors qu'a mes traits fe livrât avecjoye
Ce coeur s'en laiffe pénétrer, le luy dois trop pour ne me pas montrer.
La Raifon me demande,il faut que je la voye,
Dépefehe^, qu on la faffe entrer. K ces mots il courut au devant d'elle, & témoigna par l'accueil le plus obligeant l'eftime particulière qu’il enfaifoit. LaRaifonreçeut fes careïTes avec plaifir,
46 LE MERCURE
l’avoir en entrant:
Par ce refte de bienveillance,
Luy dit-e lie, accordera mes em
Le bonheur de voftre pre/ence,
Vous devez^cette complaifance
ai l'appuy que je donne à tous vos
fentimens.
Vousfaavez^que jamais je ne vous
fus contraire,
Que fay toùjours cherche Punion
avec vous,
quelque affaire.
On fe trouveajfezfien de nous.
ÈtouffeZ'Un chagrin qui ne peut que
me nuire.
galant.
47
Nos communs interefts vous y doivent porter:
Vun & l'autre,partout où vous m ofezyondiare,
Nous avons quelque appuy toujours a nous prefier,
Vous me fervegùm'introduire, Et je vous fers a vous faire écouter. Depuis que les Mortels ne vous ont plus pourgtide,
Vous des profiter et eg l ’ennemy déclaré ,
Il ri efi rien fi défiguré,
l'ay beau chercher à leur tenir la bride^
le ne trouve pdf tout qu eryicil dèmefurè,
Quefafleinfupportable, ou beftifè timide ;
Si je quitte un brutdl^ je rencontre un fiupidey
«8 LE MERCURE
Point de coeur généreux,point d'efi prit éclairé.
Pous fieul à tant de maux pouvez^ donner remede,
Par vous la fierté s'adoucit,
P arvous a fie polir,fans emprunter d’autre aide,
L e plus farouche rèüffît.
Revenez^ donc au Monde, où par vofire prefience,
Vous remettrez^ Çoudain la Concorde Cf la Paix,
l'y fioùtiendray par tout la force de vos traits,
Et nous en bannirons l'audace Cf l’infiolence,
Si nous ne nous quittons jamais.
La proportion ne déplut pas a 1 Amour, mais comme il
GALANT. 49 il fut quelque temps (ans répondre, laPerfualionqui eftoit demeurée à la porte, crût qu’il eftoit temps quelle parlât-, & l’Amour ne lavit jpas plutoft s’avancer, que prévenant ce qu’elle pouvoir avoir à luy dire; Arreftez, luy cria-t-il de loin, ce feroit faire tort à l’union qui a efté de tout temps entre la Raifon & moy, que de croire quelle ait befoin de voftre fecours pour me faire entrer dans fes féntimens. Il eft de certains Amours évaporez Tome a. E
p LE MERCURE
qui ne s’en accomoderoient
pas-, mais pour moy
qui fuis ennemy du dére-
Hommes) je n’ay point de
meilleure Amie que la Raices
mots, qu’il apperçeutla
Gloire, qui eftantaccouilumée
àelire reçeuëpar tout
à bras ouverts, crut qu’il ferait
inutile de faire demander
û l’entrée luy fèroitpermife.
L’Amour prit plaifir
à la voir marcher d’un pas
au fit majeftueuxquc fa miGALANT.
51
eftoit altiere. Il la reçeut
fort civilement; &
apres quelle eut répondu
à fes premières honnefte-
Tar où eut-on avoir mérité., luy
dit - elle,
vous vous obftinie^dans ce
honteux repos?
Il n'a jamais ejté d'abfence fi
cruelle:
FiniJJe^ la 5 chacun a l'envy vous
ra ppell é,
Héros.
JP ourles Exploits a éclat quelque
prix que] étale
E ij
LE MERCURE
Et femble moins cueillir quarracher des Lauriers.
Dans leMefiier de Mars l9 Amour efi necejjaire^
Et ccft le feul defir de flaire^
Qui fait les plus fameux Guer* ri ers.
L’Amour fe trouva agréablement flaté de ce que la Gloire luy dit,& il relvoità la réponfe qu’il luy devoir faire, quand il vit entrer tout à la fois, la Beauté, la Confiance, la Galanterie, & les Plaifirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faifoic
GALANT. 55 fouffrir. La Beauté exigera combien il l'uy eftoit hon- tcux de n avoir aucun avantage fur la Laideur , & de n’eftre plus confiderée de perfonne, parce que per- fonne ne fongeoit plus à aimer. Mais ce qui commença debranler l’Amour, ce fut ce que luy dirent les Plaifîrs, qui fe voyoient malheureufement exilez par le retranchement des Feftes Galantes, Se de tout ce qui pouvoir contribuer au Divertiflement des Belles , tous les jeunes Gens E iij
54 LE MERCURE
eftans tombez depuis fon
départ dans une fale Débauche,
qui ne leur laif.
foie trouverdc la joye que
dans la feule brutalité. Ils
parlèrent fi fortement,
& ils furent fi bien fécondez
par les autres qui
avoient le mefme intereft
qu’eux de faire revenir
l’Amour en terre, que
fe laiifanc toucher à leurs
C'eftfait, vous l’emportez^ leur
dit-il, je me rends.
Qd£$y qu'en douceurs pour moy cet le
Retraite abonde,
GALANT. 55
Il faut aller revoir mes injufies
!
Et tâcher de mettre ordre à tous les
Diferens
le Monde-,
puis qu'on leveutainfi, \'y retourne
avec vous,
Mais à condition qutin traitement
Qui jettent fur mon Nom une tacne
trop noire,
Partout où je feray, la Raifon &
- la Gloire
Iront toujours à mes cojle^
I & il
56 LE MERCURE
plut tellement aux Grâces^
quelles jurèrent de ne plus
abandonner l’Amour.
Je ne Cçay, Madame, ce
que vous penferez de cette
Galanterie, mais je fuis
gerez pas à la maniéré des
Efprits foibles, que le feul
nom de l’Amour effraye, &
qui nefe contentent pas de
traiter d’inutile tout ce qui
le regarde; mais qui veulent
trouver du crime dans
ces Bagatelles ingénieufes
dont il fournit la matière,
galant.
57
& qu’on lit prefque toujours avec plaifir. Cen’eft pas que je ne fçache qu il y en a quelques-unes dont la Morale n’eft pas à fuivre: ruais fi on vouloir profiter de celle-cy, & n’aimer jamais qu’on n’euft foin de prendre l’appuy de laRai- fon, & de conferver les in- rerefts de la Gloire, quelque condamnable que pa- roifle î Amour aux Scrupuleux, je doute fort que ce fuftunepaflionindigned’u- ne belle Ame, & qu’on dût fe faire une vertu de rejetter
V
JS LE MERCURE ce que la. Société civile en peuc recevoir d'avantages. Mais je n’entreprens point d’en foutenir icy le partv. Je pafle à ce que j ay à vous dire des glorieux Triomphes du Roy, & je commence par la Prile de la Cayenne, qui a depuis peu reconnu le pouvoir de Tes armes viétorieufes. Je vous ay fait part de cette Nouvelle dés le Mois pafle; mais vous n’avez pasefléfa- tisfaite de moy là-deflus; Vous voulez, dites-vous' apprendre les Noms de
GALANT. 5?
tous les Braves qui fefont
ficmalez en cette occahon,
parmylefquels vous croyez
en trouver de voftre connoiflance.
]e m’en fuis informé
avec foin pour vous
fatisfaire, & je me fuis condamné
moy-mefme, de
n’avoir pas fait connoiftre
la valeur de ceux dont les
actions éclatantes font le
plus fouvent ignorées, parce
qu’eftant faites dans des
Pais éloignez, elles n’ont
pour témoins que des yeux
ennemis. VoicylesNoms
de tant de braves Gens qui
6o LE MERCURE n ont pas feulement la fatigue des Sieges à effuyer, mais encor toutes les incommodiez de la Mer, & lafureur desElemens.
TouteslesTrouppes ef- tant débarquées, furent lè- paréesendeux Corps.
Premier Corps. Capitaine.
Monfieur le Comte de Bletiac: Ilaeftéblefted un éclat de Grenade à la ctiifle. Il commandoit fous Monfieur le Comte d’Eftrées, & il a paru infatigable dans le Combat.
GALANT. 61
Lieutenans. M.deMontmoron. M. le Chevalier d’Ar- vaux : Il a commandé un Détachement de cinquante Hommes, & s’cft acquis beaucoup degloire.
M. de Monbant : Il a efté bleiféd’un coup de Pique àlatefte.
M. d’Haire.
M. de Courcelles l’Indien.
Enseignes.
M.de Saint Privait: lia eftéblefle au coude.
M. de Malaflis.
éz LE MERCURE
M. deChavegeon: lia euuncoup de Moulquetau bras.
Volontaires.
M. Cotendon.
M. Defcloches.
M.d’Armanville.- Il a fait la fonélion d’Ayde-Major, & a donne'des preuves d’un grand courage.
Autres Officiers. M. Ferolles.
M. des Granges : Il a efte'blefle d’ un coup de Pique au col, qui nelempef- cha point de combattre.
M. Barol.
GALANT. 63
M. Stenay.
M.le Chevalier deBalce, M. Salbret de Marfilly.
M. Durefort.
Second Corps.
Cap it a in es.
M. Faucher.
M. de Grand-Fontaine: ïl a fait des actions furpre- nantes j & quoy qu’il fuft affez bleffé pour le retirer du Combat, il a toujours donné fes ordres, & pouffé fon Attaque avec une vigueur extraordinaire.
L IEUTENANS.
M. deChampigny.
64 le mercure
M. de Meflinierres : II commandoit une Attaque avec M. le Chevalier de Lezy: Ils ont pris le Gouverneur prifonnier, & quelques Officiers.
M, Poiet.
M. Stinas.
M. Perié.
A . ; * 3 Mtl
Enseignes.
M. Sangers.
M. le Comte d’Aulnay.
M. Merande-Villiers.
M. Coignan de Malmai- fon.
M. Serpin.
M. du Tertre.
GALANT. 6;
Autres Officiers.
M. Naudin.
M. Rigoteau: Il a efté tué.
M. Maifon-Blanche.
M. Lefcoure.
M. Villiers.
M. Guermont.
M. Desjumaux.
M. Brefme.
M. Morienne.
M. Lavaux.
M. Belle-Croix: II a donné des marques d’une intrépidité qu’on ne peut allez admirer.
M. d’Arbouville Major Tomex. F
66 LE MERCURE
d’Efcadre: 11 s’eft acquis
beaucoup de gloire en
cette occasion, & a fait tout
ce qu’on pouvoit attendre
M. de Mxrtignac.
M. le Chevalier Parifot.
M. le Chevalier deLezy:
J’ay marqué dans un autre
endroit les grandes aétions
qu’il a faites.
M.Canchy.
M. Pinet.
M le Clerc.
M Lhonnoré.
M. de l’ifle.
M. de la Boiffiere : Il
GALANT. 67 commandoit une Barque longue qui devoir foûtenir les Chaloupes, & retourner en fuite en Garde a la tefte des grands Vaifleaux, & apres le Combat il eft entré dans la Riviere d’Aproüa- o-ue, avec M Bourdetcom- mandant le Vaifleau nommé la Fée, pour y ruiner le commencement de la Colonie que les Hollandois y ont établie.
M. Panetier: 11 a reçeu deux coups de Moufquec dans la mâchoire dés le commencement del’Atta- F ij
f
ooidats.
M. Machaut. On ne
peut mieux s’acquiter de
fon devoir qu’il a fait à la
telle de trois Chaloupes
qu’il cornnundoir.
M. Patoulet : Il eftoit
Commiflaire General. Il
n a point abandonné M. le
Comte d’Eftrées, & il n’y a
a eu aucun endroit périlleux
ou il ne le foit expofé.
M. la Guerre : Il a efté
GALANT. «9
M. duVignan: Il a efté blefle à la main.
M. Regon: Il a efté tué.
M.Bourdet. Ils’eftrendu maiftre d’une Galliote de cent Tonneaux qui ef- toit chargée deProvifions.
M. Cabaret, Capitaine de Vaiffeau. 11 comman- doit cinq gros Vaiffeaux pour foutenir l’effort de l’Efcadre Hollandoife.
Tous ceux qui nont point eftébleffez n’ont pas fait paroiftre moins de valeur que les autres-, mais ils ont efté plus heureux.
7° LE MERCURE
La Garnifondu Fort que
ces Braves attaquèrent, eftoit
compofée de trois cens
Hommes , foûtenus de
quelques autres Troupes
moins réglées qui avoient
beaucoup contribué aux
Fortifications de la place.
Les Travaux eftoient bien
environnez de PaliflTades;
il y avoit des Cavaliers, &
vingt-fix pièces de Canon
en divers endroits des Retranchemens
qui poufront
& de flanc.
Moniteur le Comte d’EfiGALANT.
71 trées ayant feparéfesTrou- pes en deux Corps, ainli que je vous l’ay marque 6c Si donné fes ordres aux Vaifleaux, pour obliger les Ennemis à faire diverfion de leurs Troupes, marcha la nuit par des Défilez. Cette marche fut fort pénible, le terrain eftoit fablon- neux, la chaleur du jour a- voit altéré 6c fatigué nos Soldats, Se ils ne trouvèrent point d’eau -, mais ils ne laifTerentpas,quoy qu aba- tus de la foif 6c du travail, de faire des chofes extraor-
7* LE MERCURE
dinaires. M. le Comte
d Eftrees avoic ordonné
F* .AÀ'
la*
x t--------- , VUVO LUrent
pouftees avec tant de
vigueur, que tous les Travaux
furent emportez, ce
grand nombre d Attaques
ayant egalement réiifly, ce
qui n eft prefque jamais ar -
cette maniéré, & le Gouverneur
demeura prifonnier
de guerre, avec toute
la Garnifon. On ne peut
affez donner deloüanaes à
M. le Comte d’Eftrées°; il a
fai• t voir non feulem* ent
GALANT. y?
beaucoup de prudence &
de conduite dans les ordres
qu’il a donnez, mais encor
beaucoup de valeur dans
l’execution d’une entreprife
qu’il avoit fi heureufement
mediteX&dontileft
venu à bout en fi peu de
temps, avec une vigueur
qui ne peut trouver d'exemple
que parmy les
François.
Apres vous avoir parlé
d’une Guerre, vous vou-
Tomex. G
74 LE MERCURE dez ce qui fe dit icy des deux Phedres depuis quelles font imprimées. Je vous les ay envoyées l’une &: l’autre, vous les avez leues, & je n’av rien à vous répondre pour fatisfaire àvoftre curiofité fur cet article,(înonqu îln y a aucune Perfonne d efprit qui n’en penfe ce que je fuis fort alluré que vous en penfez. Monfieur Racine eft toujours Monfieur Racine, & fes Vers font trop beaux pour ne pas donner à la lecture le mefme plaifir qu ils
GALANT. 75
donnent à les entendre reciter
au Thearre. Pour
Moniteur Pradon, il avoue
faire faPiece en trois mois,
il n’a pas eu le temps d’en
polir les Vers avec tout le
foin qu’il y auroit apporté
fans cela. C’eft une négligence
forcée, qu’apparemment
il n’aura pas dans le
premier Ouvrage qu’il fera
paroiftre ; mais il n’eft pas
alfuré que cet Ouvrage,
quelque achevé qu’il nous
le donne, ait un fuccés aufii
LE MERCURE Hippolyte. Il y a des occurrences, qui félon qu’elles font plus ou moins favorables, augmentent ou diminuent le prix des chofes; & je tiens que le fecret de faire réüffir celles de cette nature, c'eft d’en faire parler beaucoup, quand mef- me on n’en feroit dire que du mal. Le bruit qui s’en répand excite unecuriofité qui attire de grandes Af- femblées -, & comme le Peuple fe perfuade que les Pièces qui font fuivies doivent eftre bonnes, nous en
GALANT. 77 avons veu Quelquefois de très heureufes qui n ont pas eu l’approbation des Con-, noifTeurs. Ce que je vous dis, Madame, eft une chofe generale, & mon deflein n’eft pas de parler de celle deMonfieurPradon.Quant àfa Préface, dont vous voulez
abfolumentque je vous rende compte, je connois beaucoup deGens a qui elle plaift: il y en a mefme qui latrouvent brillante jufqu’à
ébloiiir, malgré tout ce qu’_ nnnofent certains Criti-
78 LE MERCURE qui ne fçauroient fouffrir qu il s excufe fur ce qu’Eu- ripide n'a point fait le Procès a Seneque, ny Seneque aGarnier, pour avoir traité lamefme matière, à càufe, difent-ils, que ces Poètes ont vefcu dans des Siècles fort éloignez les uns des autres, Se qu ileftinoüy que perfonne foit encor revenu de 1 autre monde pour fe plaindre des injuflicesqu’6 luy a faites apres fa mort; mais quand ils auroient vefcu enfèmble, quand ils au- roienc fait reprefenter deux
-■?
GALANT. 79 Hippolytes en un mefme jour, ces Critiques trop fcrupuleux ne prennent pas garde que Garnier & Sene- que ne devant pas lefucces de leurs premiers Ouvrages à ceux dont ils femblent a- voir doublé le fujet, ont pu. faire tout ce qu il leur a plû, fans donner lieu qu on les accufaftde manquer de re- connoiffance-, &d ailleurs comme on fait toujours honneur à ceux dont on mec les Ouvrages en une autre Langue, fi Euripide avoir eu la liberté de fortir G iiij
8o LE MERCURE d où il eftpour venir trouver Seneque, il ne l’auroit fait que pour le remercier d avoir donne en Latin ce qu’il avoir compofé en Grec; & fur cec exemple, j’ay entendu dire à des Amis de Monfîeur Racine, qu il fe feroit tenu très-redevable à Monfîeur Pra- don, s il avoit fait jouer en Italien, l’Hippo’yte qui nous a elle donne en noflre Langue par l’Hoftel de Bourgogne; mais enfin, Monfîeur Pradon a eu fes raifons que je veux croire
fortbonnes, & je le trouve
loiiable d’avoir reconnu de
fi bonne -foy dans fa Prétraité
ce
du haie
monde
fçait qu’il arriva des
deux Bérénices, mais par
un pur effet de fon choix,
On avoir dit le contraire
face qu’il n‘a point
Sujet par un effe
zard,comme tout
avant que la Piece paruft,
& il a crû que ce déguifenient
démentoit la fincerité
dont il fait profeffion.
Puis que nous fommes
fur le Chapitre des Divertiffemens,
je ne doy pas
Sx LE MERCURE oublier que plulïeurs Per- fonnesde Qualité7 font travailler à de grands Spectacles qu’ils donneront au Public fans qu’on prenne d'argent à la porte, & cela, pour marquer la joye qu’ils ont des grandes Conquêtes du Roy ; c’eft imiter les anciens Romains, & Ces Meilleurs ne peuvent rien faire qui marque plus la grandeur de la France, l’abondance qu’elle a de toutes choies, & le calme dont elle jouit au dedans. Ces fortes de Spectacles
GALANT. 83 font fleurir les beaux Arts, & leur donnent prefque à tous de l’employ : ils font réveillez par la , & 1 émulation fait faire des choies aufquelles on ne donneroit jamais tout le foin qu elles demandent pour eftre parfaites, filon n’avoit point deConcurrent.C’eft ce que nous voyons tous les jours en Italie, où les plus grands Princes, & ceux donc la conduite fert de réglé aux Peuples qui leurfonc commis, ne dédaignent pas de prendre le foin des Opéra.
s4 LE MERCURE On en a veu un à Rome le Carnaval dernier,où leChe- valierBernin avoir travaille'. Je ne vous dis point qu’il y avoit des choies furprenan- tes, vous fçavez ce que ce grand Hommepeut faire.
Au refte,Madame,avant que de reprendre les matières de la Guerre, vous Eçaurez qu’on vous a dit vray, en vous difant que le jeune Marquis dont vous nie demandez des nouvel- lesa eu depuis peu quelque Demeflédejaloufiej &puis que vous voulez que je vous
GALANT. 85 l’explique, en voicy les par- ticularitez. 11 adel’eftime pour une jeune Veuve , & il y a de l’apparence que cette eftime n’eft pas fans tendreffe , puis qu’il a fait une échapée de Jaloux. La Dame eft bien faite de fa perfonne, a beaucoup d’efprit, & une vertu qui rfa jamais efté fujette au fou- pçon. Ces avantages ont dequoy toucher, & on don- neroit fon coeur à moins. Ainfi il ne faut pas s'étonner fi tant de mérité engagea aifément le Marquis.
S6 LE MERCURE
U rendit des/oms; ôc comme il eft difficile d’aimer fans craindre, il fe chagrina des Vffires d un Cavalier il trcuvoit un peu trop affidu chez la Dame. Le Jeu & la Converfa tion y attiroient quantité de Permîmes de 1 un & delautre Sexe; & quoyqueleCavalier y vinïî fans aucun def- fein particulier, il fuffifoit qu il y vinft fouvcnt pour alarmer le Marquis, qui ne manqua pas de s en plain- dre.Cette liberté de s’expliquer déplût àla Dame,elle
D, ît
P e
P
*
&
«L-----------~---------
galant. s7 traita fon chagrin de vilîon, Scies choies en eftoient là, J quand un Accident aulïi nouveau qu impreveu donna lieu à la jaloufie dot vous avez entendu parler. 11 y avoit grande Compagnie dans la Chambre de la Dame, le Cavalier s’y trouva, &n’ayant point voulu s’embarquer au Jeu, ils alfitim- ! prudemment fur fon Epee.
, I Vousfçavez,Madame,que
les petits Couteaux qu’on porte aujourd huy,font plus de parade que de defenfe. Celuy du Cavalier s’eftoic
88 LE MERCURE
• f V tire
lavoir bielle. Je ne vous
puis dire comment cela
seftoitfait; mais il eft cerremis
lonEpee, qu’il fentit
unelegere douleur. Il porta
la main à l’endroit blefTé,
& la raporta pleine de fang.
Il n’en dit mot à perfonne,
& eftant forty poury remédier,
unedemy.foibleftele
prit au milieu de l’Efcalier.
U s y arrefta. Les Gens du
Logis vinrent à luy, ils virent
couler du fang, & l’un
zU z?» a < w» - — H •
GALANT. §9
bas à la Dame qu’il eftoic
bielle, elle crût qu’il auroit
elle attaqué par le Marquis,
Se la crainte d’un plus
grand defordre la fit courir
fur l’Efcalier avec précipitation.
Elle demanda d’a-
» . • « . bord au Cavalier quelle
rencontre l’avoit réduit en
cet eftat. Sa parole eftoit
d’une Perfonne agitée. Il
trouva fon inquiétude obligeante
; & voulant tourner
faBleffure en Galanterie, il
remonta quatre ou cinq
degrez, &luy embrafla les
la remercier
H
-----------_-----------------------,
90 LE MERCURE de fes foins. La foiblelfe entière le prit dans cette pofture. On courut cher- 1 cher de l’eau pour l’en retirer, & la Dame eftant demeurée feule à le foûtenir, le Marquis parut au bas du Degré. Il ne s’attacha qu’à ce qu’il voyoit, & ne le donna point le temps de raifon- ner. Son prétendu Rival eftoitaux pieds de la Dame, qui fembloit luy tendre les bras obligeamment pourle relever, & il n’en falloir pas davantage pour mettre un Jalouxhorsdegarde.Illaifla
galant.
91 échaper quelques paroles emportées, jura de ne revenir jamais, & reprit le chemin delà porte.Un Domef- tique’le voyant preft de for- tir, luy demanda s’ilfçavoit l’accident qui embaraffoit fa Maiftreffe.il s’en fit conter
l’Hiftoire qu’on ne luy piatdirequ’imparfaitemenc, & il en voulutvoir la fuite.
Le Cavalier eftoit revenu de fon évanoiiiffement par l’eau qu’on luy avoit jettée fur levifagje, & on le conduisit à une Chaifepourle remener chez luy. Le Mar- H ij
« » w
!>z LE MERCURE quis confus de fon erreur en fie des excufès à la Dame;
la Dame gronda3 ou du moins voulut gronder. Je ne vousdiray point fi elle fe rendit fort difficile au
raccommodement ; mais enfin ils ont tous deux de l’efprit, tous deux du mérité, ils fe voyent comme auparavant, & il n’eft pas à croire qu’ils fefoient voulu gefner long-temps par d’incommodes formalitez, qui entre perfonnes qui s’efti- ment, ne peuvent jamais eftre bonnes à rien.
GALANT. 9;
Quoy que le Roy ne foie plus à Valenciennes, je ne laifTeray pas d’y retourner; au (fi-bien il va fi vifte qu’il eft impoflîble de le fuivre que de loin. Ses dernieres Conqueftes lailfentàpeine le temps de parler des premières , & on ne fçauroic entreprendre décrire fes grandes Actions, qu’on ne fe trouve accablé par le nombre. Pendant qu’il court à de nouvelles Entre-
prifes avec autant de vigueur que s’il n’avoit encor rien fait, ilfaut que je vous
le mercure dife une aflez agréable particularité quiregarde encor le Siégé de cette première Place. Quand les Dehors furent emportez d’emblée, un des principaux Officiers de la Garnifon, voyant qu’on ne doanoit quartier à perfonne dans la première chaleur de l’Attaque, s’alla jetter entre les bras d’un Officier Gafcon, il fe fit fon Prifonnier, & luv offrit trois
‘ I cens Loüis qu’il avoir lur luy, afin qu’il le gardât. Voicy ce qu’en fon langage le Gafcon repartit à cette
«
galant. 9J offre. Monfieur,pourvoftre w elle efi fauve, car je combats comme le Lyon, je pardonne a celuy qui s'humilies mais pour naous garder, ]dy bien d'autres ch 0fes a faire; le m'en cours a la gloire, vous laijfe <vohs & wofire argent entre les mains de mon Sergent. Voila fes propres paroles aufquelles je n’ay rien changé. Cette aétion eft très- belle, & ceft l Officier qui l’a racontée, & qui a mefme adjoûté, - qu’ayant veu un Homme fi genereux, il le fuivit par
LE MERCURE
tout en qualité de Prifonnier,
aprehendantde tomber
entre des mains moins
amoureufes de la cg>loire.
11 eft confiant que tous
lesGafcons font naturellement
Braves ; mais quoy
qu’on ait beaucoup d’cftime
pour eux, on en auroic
encor davantage s'ils eftoient
auffi môdeïles dans
leurs difcours , qu’ils font
véritablement vaillanslors
qu ils ont occafion de donner
des marques de. leur
courage.
La Policeife e liant le parr
GALANT.
97 tage des François auffi bien que la Valeur, & Meilleurs de Valenciennes, dés le moment qu’ils onc commencé d’eftre fous leur domination, s’eftant propo- fezde les imiter en tour, ils ont affezbien réiifîy, & on l’a remarqué dans le Compliment que le Greffier de de la Ville fît au Roy quand il eut lhonneur de le falüer au nom de tous les Habi- tans. Il luy dit entr autres chofes, Que fi fidelité qùïls dévoient à leur Prince leur eu fi permis d’écouter Tome ?.. I
98 LE MERCURE leur inclination particulière) ils naîtraient pu fe defendre de murmurer de n avoir pas efié les premiers qu’il avait plû à Sa Majefie de mettre au nombre de fès Sujets^Que puisque Ja dernier ePiflioire leur asvoit procuré cet avantage , ils la fupplioient avec toute l’inftance pojfble de ne les laijfer jamais changer de Maijire ; .Quelle trouverait dans leurs coeurs une plus forte caution de l éternelle obeijfance qu'ils luy <voùoient) qu elle ne. la trouver oit dans la Citadelle qu ds
galant. 99
avaient ordre de conflruire;
employer tous leurs foins d
la baflir la plus belle, gÿ la
>rte de toutes celles
des Pais-Bas, non pas de
leurs deniers , mais des propres
deniers du Roy,puis que
tenant tout de fd bonté & de
Ja clemence, ils ne luy poudé]
a à luy-, gÿque l’honneur
de leurs Femmes gÿ de leurs
Filles confère é, gÿ la vie
qu’il leur avait genereufèune
obligation indifpenfdble
ioo LE MERCURE
d’en confacrer tous les mo~ mens a j'on fervice -, ce quils
luy juroient de faire une ardeur qui ne les
avec
rendes
droit jamais
indignes
grâces dont il avoit voulu les combler. Voyez, Madame, ficen’eftpaslà parler bon François pour des Walons, & fi le zele de ces
nouveaux Sujets pouvoit s’expliquer avec plus de reconnoiflance?
Apres la prife de Valenciennes, le Roy écrivit plusieurs Lettres de fa.main. Voicy celle que SaMajcflé
GALANT. 10T envoya à Moniteur le Ma- refchaldelaFerte' pourRe'- pone àlafienne.
'A
*
A MON COUSIN LE DUC de Seneéterre, Pair & Ma- refchal de France.
-» k On Coufin^ je fuis bien 1V sLuift de vous avoir <v ange de Valenciennes : je croy mefme que vous ne fere\pas fâché que comme l'injure que vous y ayez. reçeuë ne vous avoit point fait de tort dans mon efprit, ie n'aye pas poujfé plus loin ma vange an- ce. I'aurois peine d trouver
Iiij
7
101 LE MERCURE
*
d’autres Lieux où l'on put mous manger de U forte, mous y ameg tnis trop bon ordre pendant cette longue fuite d'années où mous ave 7 fi dignement fermy gÿ Moy gÿ l état. Cependant ie prie Dieu quil mous ait, mon Cou fin, en fafainte & digne garde. Au. Camp demant Cambray, le 27. Mars 1677.
Signé, LOZIIS.
Monfieur le Marefchal a- voit écrit au Roy en termes quimarquoientfon refpeét & la reconnoiflance qu’il a-
GALANT. 1OJ voie de tous les biensfaits dontSaMajefté l’avoit ho- noréj & il la remercioit de ce qu’Elle adjoûtoit aux grandes obligations qu’il luy avoir, celle de l avoir vangé de Meilleurs de Va- i lencicnnes.
Il me fouvient,Madame, de vous avoir oüy dire il n’y . a pas longtemps,en parlant de la Valeur de nos Braves d’aujourd’huy, que vous ■ auriez bien voulu fçavoir tout ce qu’ont fait de grand ' nos anciens Marefchaux de i France. Je vais, puis aue
IO4 LE mercure l'occalion s’en prefentef vous parler feulement de Monfieur le Marefchal de la Ferré. Vous ferez fans doute furprile qu’un feul Homme ait pu faire un h grand nombre dations éclatantes pendant le cours d’une feule vie; & vous direz avec toute la terre,que fila mefme Perfonne pouvoir avoir plus d’un Bâton de Marefchal, nous luy en verrions affurément plus d’une douzaine. Lors que l’on attaqua la Rochelle, il eftoit déjà à la telle du Re:
GALANT. ioj gipaenr qui eftoit fous la charge de Monfîeur le Comte de Soldons. Il fer- vit pendant ce Siégé à la conftruflion du Fort Louis, & en fuite en plulieurs endroits contre les Keli- gionnaires. Il fut au Sie^e © . v & de Privas, ou il reçeut un coup de Moufquet au vifa- ge. Il fefignala à l’Attaque duPasdeSuze, au Secours de Cazal, au Siégé de Moyenvic, àceluydeTré- ves, & à la Bataille d’Avei- nes. Le feu Roy le fît Ma- refchalde Camp furlaBre'-
-, ^-.0.
io6 LE MERCURE
che de Hedin, pour avoir
repouiïé par deux fois, &
défait le Secours que le General
Picolomini y vouloir
jetter. Il donna, & remporta
enfuice le fameux
Combat de S. Nicolas, ou
les Ennemis eurent plus de
deux mille Hommes tuez
fur la place, & perdirent
leur Canon. Eftant au Siégé
de Chinay qu’il attaquoit,
& qu’il rangea fous
l’obeiffance du Roy , d
apprit que le Duc de Lorraine,
& 1e General Lamboy,
venoient au fecoursae
GALANT., io7 la Place, & avoient déjà attaqué la Garde; & quoy que blefle à la cuifie d’un coup de Fauconeau, il fe la fit enveloper, & s eftant fait jecter à cheval, il obligea les Ennemis àfe retirer apres une perte confîdera- ble. Il commandoit l’Aifle gauche à la Bataille de R.o- croy, il y fît des avions fur- prenantes, & il y eut deux coups de Piftolet, deux coups d’Epée, & deux Chevaux tuez fous luy. Il fut enfuitefait Gouverneur de Lorraine, puis Lieutenant

108 LE MERCURE General, apres quoy il prit Lonoiiy dans ion Gouvernement, & fauva Courtray en s’y jettant avec deux mille Hommes, qu’il fit paffer à la veuë des Ennemis. 11 fe (mnala au Sieo;e d’Ypres & à la Bataille de LenSjOuil rompit la Cavalerie des Ennemis, & la pourfuivit jufques,à Doiiay, d’où il ramena quinze cens Prifonniers. Il repafla. en fuite enLorraine, enchalfi lesEnnemis avec un Corps moins confiderable, &fau- va Nancy du péril qui le
menaçoit. Il prit quelque
GALANT. to9
1 on crût mortel
Je m’imagine, Madame
qu’en lifant cette Lettre
vous vous eftes de'ja interrompue
vous-mefme plufieursfois,
& que vous avez
dit que j’avois oublie'à vous
eftéfait Marefchal de France:
cependant le Roy ne
luy fit l’honneur de luy en
voyer le Bâton, qu apres la
no LE MERCURE^ prife de Ligny. 11 fut à peine guery du coup qu’il y re- çeut, qu’il reprit les Villes de Chartey fur la Mofelle, Mirecourt 3 Neuchafteau, &remit fous l’obeïfTancedu Roy toutes les Places qui avoient elle prives en Lorraine. Deux ans apres il prit Mouzon avec Moniteur deTurenne-, puisavec un Corps de Troupes qu il comniandoit feul , il ern- pefcha le Duc de Lorraine de fecourir Sainte Mene- houft, & quelque temps a- près il prit Befort en Hy ver?
GALANT. h ï
Se la mefme année , ayant
rejoint Monfieur de Turenne,
il fut à l’Attaque des
Lignes d’Aras, où il entra
des premiers, & où il eut un
Cheval tué fous luy. La
Clermont en Argone. Il
fut l’année fuivante au SieOpc
de Landrccies avec
' Moniteur de Turenne, puis
au fameux PalTape de 1 Efcaut
à la Neufville près
Bouchain. Il facilita quelque
temps apres la prife de
Condé & de S.Guilhain 5 &
ni LE MERCURE
il auroit pris Valenciennes
fans le delHn de Monfîeur
le Prince.
N’admirez - vous pas,
Madame , ce long enchaînement
de bonheur, qui
n’auroit pu durer fi longtemps
, fi ce grand Capitaine
n’euft eu autant de
conduite & de prudence
eue de Valeur. LaFortune
qui n’abandonne gueres
les véritables Braves, fit
GALANT. 115
tes,Montmedy & Gravelines,
& que le FLoy le fit fon
Lieutenant General, lors
qu’il partit pour aller à Marfal.
Je ne parle point des
Convoys Se des Secours
qu’il a défaits, des Quartiersqu’il
aenlevez, & des
Ghafteaux qu’il a pris, le
Détail en feroit trop long.
Peuc-eftremefimeque ceux
qui verront cette Lettre, Se
de belles actions, diront
que je ne vous ay promis
de vous mander que ce qui
fc pillé de nouveau : Mais,
n4 le mercure
Madame, outre que vous
l’avez ïbirhaité , je croy
quelles ne déplairont pas,
& qu’eftant ainfi ramaitées
elles paroiftront afiez curieufes,
pour mériter que je
Le Roy a fait au ffi l’honne
» Jur d’écrire à Madame la
Marefchale d’Eftrées, Se à
diray point que la Lettre de
ce Duc à Sa Majefté fur ce
fujet, eft fi agréablement
GALANT.
tournée, & fi pleine d’efprit,
quelle mérité l’appropation
que tout le monde
luy a donnée. Saleébureen
fera mieux l’Eloge,que tout
ce que je pourrois vous en
écrire à fonavantage, & je
ne veux pas retarder plus
long-temps le plaifir que
vous en attendez.
- V
i, c-ii
et
né LE MERCURE
* » 'A <
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/
: •> < .> i ï ** ■ i' v
LETTRE
DE MONSIEUR. LE DUC
DE S. A I G N A N,
A U R O YGALANT.
117
bien elle s'y efi exposée?
Bon Dieu, S IRE, ne vous
-qjous jamais de faire
tVCïïlblcV VOS SCTVltCHTS
' blâmer Vostre MaJeste’
' dans un temps ou elle refait
' î de juftes loüanges de toute
* laTerre? Pardonne^, SIRE,
e à l'ardeur de mon fae, ces
n8 LE MERCURE
pas moins de rejfeElueufe
tendreffe pour fit Perfànne
Sacrée. Songes^, au nom de
Dieu, S IRE, que plus aious
ejles Grand & Victorieux,
roicnt bien de <voir Vostre
Maje s t e’ Maifirejfe de
tout lUniaiers ; mais , en
<veritè , j ’ aimerois quafi
mieux eflre ajjuré qu'elle le
pût eflre de fon grand Courage.
Si le Ciel accorde a
O
mes Prières, comme je le
a>eux ejfefer, ce que je luy
galant.
119 demande tous les jours avec ferveur, Vosti<e Majesté’ n'aura rien a defirer en fes prolferite'Zy & quand il ne s'agira pour y contribuer, que de prodiguer mon fan g, de hasarder ma <vie, njous connoiftre^ toujours que je fuis fins referye,
SIR E,
• * Z7’ojlre Maj efté9
Le tres-humble, tres-obei/Tan^ & tres-fidelle Sujet,
Le Duc de S.Aignan.
Le Roy luy fit l’honneur de luy envoyer cette Réponfe de fa main.
no LE MERCURE
A MON COUSIN LE DUC de S.Aignan,Pair de France.
MOn Coufn3 Vous ave^ un Art admirable pour me témoigner <voftre joye dans la proscrite de mes Armes. C ' efiait autrefois
par des Eloges , maintenant c'efi par des frayeurs du péril & des fatigues où vous dites que je me fuis expose pour me rendre Maifire de Valenciennes. Mais je n'ay pus de peine d démefier ces diferens mouyemens 3 je les réunis
GALANT. ixi
réunis tous dans le feulprincipe
de woftre 7e le pour ma
Perfonne, & je les reçois avec
un agrément dont <vous
devez^ eflre fatisfait. Cependant
je prie Dieu qu'il vous
ait, mon Coufin, en fa fliinte
Mars 1677-
Signé, LO V IS.
11 court encor une Lettre
qu’on eftime beaucoup;
elle eft de Monfieur le
Comte de Louvigny, à
Monfieur le Marefchal de
Tomez. L
m LE MERCURE
Grammont. Il luy rend
compte de la prife de Valenciennes,
& luy mande
que Monfxeur le Chevalier
de Vcndofme3 & Monfieur
le Comte de S Geran,yont
donné de très - grandes
marques de valeur. 11 y
cette matière ; mais je la
quite un moment dans la
crainte d’oublier à vous
faire part d’un Mariage qui
s’eft fait icy depuis peu
d’une façon toute extraordinaire.
Une fort aimable Fille,
GALANT. u;
suffi fpirituelle que bien
faite, demeurant à Paris,
apres avoir paffié fes premières
années en Gafcogne,
attendoit avec plus de
naiffance que de fortune,
ce qu’il plairoit au Ciel d’ordonner
de fa deftinée. Un
galantHomme dont le bien
répondoit à d’autres qualitez
fort eftimables, la vie
par rencontre chezune Dame
, Amie commune de
tous les deux. Elle luy parut
enjoüée, pleine devivable,
& il trouva fur tour que
H4 LE MERCURE fon accent de Province donnoitunegrace merveil- leufe aux moindres chofcs qu’elle difoit. Il la regarda, luy parlaj ecoura;& le plai- fir qu’il prie à cette première entreveuë, luy en ayant faitfouhaiter une fécondé, il ne luy fut pas difficile d’en trouver l’occafion. La Belle alloit Couvent chez la Dame qu’il connoiflbir. Ils ef- toient fortis fort contens l’un de l’autre fans s’en rien dire, & c’eftoit affiez pour leur faire prendre foin du Rendez-vous. Trois mois
GALANT. 115
fe pafferent à fe voir de
cette forte. Ils devinoienc
& ne fe difoient point la
caufè de leur frequente rencontre.
C’eftoit le hazard
en apparence, & leur volonté
en effet. La Belle continuoit
toujours à eftre enjouée
, P Amant à luy applaudir;
force parties de
S.Clou&d’Opera, mais ce
n’eftoir que voir l’Opera Sc
faire des Promenades à
né LE MERCURE fçavoit que penfer de fon Amant. Elleavoitbeauluy paroiftre toute aimable, il eftoic charmé de fon humeur, loüoit fon accenc Gafcon , & ne fe haftoit point de parler François. Enfin l’heureux moment arriva. Ils eftoient tous deux chez leur Amie ; on y lifoit la Gazette deHollande, & elle marquoit entre autres chofesfurl’Articlede Paris, que Monfieur le ** avoit épouféMademoifelle de** Le joly endroit, dit alors cette agréable Perfonne a-
X
GALANT. 117 vec fon enjouement ordinaire ! Je croyque jcnefe- rois point fafchée de voir mon Nom dans un Article pareilàceluy-cy. L’Amant commençoit à fe laifïer vaincre par l’Etoile. Grande aiTiirance de fa part qu’elle n’avoit qu à luy donner l’ordre, & qu’elle auroit fa- tisfaétion. Mais, adjouta- r-elle, il vous en couteroit de l’argent , & je ne voudrais pas engager les Gens à une dépenfe qui ne tournât point à leur avantage. Autre affurance qu’il ne
• • • • L nij
nS LE MERCURE tiendroit qu’à elle que l’argent ne fuft employé pour luy. La Belle le regarda -, & de cet accenrqui avoir ac- couftumé de le charmer: Expliquez-vous, luy dit- elle: fi vous meparlezpour vous divertir, je vay vous répondre ; fi c’eft férieufe- ment, mon Pere vous répondra. L’Amant acheva d’eftre vaincu, il fit la reve- rence, alla trouver le Pere, la luy demanda (ans s’informer de la fuite, drefla des Articles fort avantageux pour la Belle, & lepoulà
GALANT. 119
nuatre jours apres. Cent
Perfonnes de Qualité ont
efté de la Nopce, & c’eft
le premier Mariage qui fe
foitfaiticy depuis Pafques.
11 n’y a pas fait moins de
bruit que les Vers que je
vous envoyé, & qui ont efte
donnez à Madame la ComteïTe
de Guiche fur fon Jubilé.
On les trouve agréables
, galamment tournez,
& vous n’aurez pas de peine
à croire qu’ils méritent
vous auray dit qu’ils font de
Madame le Camus. Vous
i3o LE MERCURE
connoiftèz la force & la délicatefte
de fon efprir. Tout
Paris en eft informé, toute
la Cour en eft convaincue;
& ccft affez de nommer
Madame le Camus, pour
faire penfer à une Perfonnc
toute admirable.
POUR MADAME
la Comtefle de Guiche.
EN faifant vo(lre Iubilè,
Souvcnez^ousfelleCoteffe^
Lors que vous ferezfi confejfe^
I)e dire que vos yeux nous ont toujours
parlé
G AL A NT. 151
De Pamour & delà tendrejjei
tioïl fbuffre en lamour eux mar~
Que nous ayons dam cet Empire 5
Que ce (ontde vrais boutefeux,
Quiportentpar tout l * incendie}
Que quand on efi regarde d'eux,
On efbrùlè toute fa vie >
Qifavecque leurs douceurs ilsfont
plus dangereux
Que Mars nef au Combat ,& la
Qu ils bleffent tout, Hommes &
& Dieux,
Et ri épargnent jamais perfonne.
J’adjoûte à ces Vers,
ijz LE MERCURE
l’impromptu que la mefme
Madame le Camus fit il y a
quelque temps pour le Portrait
du Roy, en prefence
deplufieurs Dames. Il me
femblevous l’avoir entendu
demander.
t
GALANT. i}5
Lefeul Maiftre de l'Tuivers:
Ha ! je ne doute point que cela ne puijfe eflre.
le veux, -pour commencer, luy dref fer un Autel.
Son air eft tout divin , il n'a rien d'un Mortel, (des,
T out ce qu il faitfont des Mira- Et tout ce qu'il dit des Oracles.
Ses grands Faits jufquà luy fe trouvent inouïs.
Rien n'a jamais eflé qui luy fafî comparable,
Tous les Siècles pajfez^ n'ont rien veu de femhlable.
Les Siècles avenir n'auront point de LO TI S.
Son efprit efl grand & folide, Eclairé, pénétrant, valant & délicat:
En luy la Sageffe-prèfide,
M4 le mercure
Jamais on n'a veu Potentat
Avoir fieu comme
On ny .voit paa un trait qui ne
puifie charmer.
fiance donne,
On ne peut le voyant pempeficher
de l'aimer.
Et pour tout dire enfin, il porte une
Couronne,
Que chacunluyvoudroit donner.
Mes Dames je ne puis achever ce
Portrait,
Mon efipriten eft incapable',
Si j'en conçoy P idée,elle efi inexprimable,
EtMi^nardne l'apasmieuxfiaic»
GALANT.
Enfin, Madame, il eft
temps de vous rendre
compte de la grande Journée
de Cafiel. Mondeftein
n’eft pas de vous rien dire
parles Gazettes, & par les
Extraordinaires , à l'égard,
de la Bataille, je n’entreprends
point d’en faire un
dois laifler & le foin & la
gloire à l’Illuflre Monfieur
cle G** Je croy n’en devoir
rien dire avant qu’il en
aitparlé, &l’ordredans lequel
je pourrois mettre
ijé LE MERCURE tant de grandes chofes a- pres luy, n’approcheroit ny delà noble maniéré dont il les exprime, ny du tour aifc qu’il leur donne en les liant enfemble. Je me conten- teray donc de vous mander par morceaux détachez un nombre infiny de circonf- tances qu’il n’a fans doute pû faire e ntrer dans fcs Relations, parce qu’au lieu des Cahiers qu’il donne, il am roitcfté obligé de prendre le temps de faire des Volumes, ce que l impatience du Public ne luy permet
le
nt
galant. I37
pas. Je vous envoyé donc,
Madame, non pas une Relation
, mais des Extraits
qui pourroienr compofer
une Hiftoire des plus fidelles
& des plus amples,
s’ils eftoient dans l’ordre
qu’il faudroit leur donner
pour en faire un corps.
Vous apprendrez par leur
chacun a parle' de cette fameufe
Bataille, & vous verrez
qu’elles publient toutes
également la Gloire de Son
Altefle Royale j mais c’eft
trop faire languir voftrecu-
Tomez. M
H'
et
ï
te
e leâture de quelle maniéré
C!
U'
«
o.

et
i38 LE MMECURE
riofité, je commence.
Extrait d'une Relation delà
Monfîeur le Prince d’Orange
ayant entrepris le Secours
de S.Orner., &ayant
palfé avec fon Armée le
Canal de Bruges, il s’avança
vers Ypres, Sur la première
nouvelle de fa marche,
Monfîeur de Louvois
fut à Lile; & ce Miniftre
dont la prévoyance ne peut
eftre allez admirée, donna
fes ordres pour faire marGALANT.
139
cher vers F Armée de Mon-
*■
merie de la Maifon du Roy
avec la Cavalerie Legere,
quiapresleSiege de Valenciennes
avoir efté envoyée
en Quartier de rafraifchiffemcnt
dans la Flandre Walonne.
Le Roy envoya aufti
à Monfieur un Détachement
commandé par Monfieur
de la Cardoniere,
compofé de huitBataillons,
deux du Régiment de la
Reyne , deux de Bourgogne,
deux de Lyonois, &
deux de Languedoc.
M ij «
14O LE MERCURE
Le Prince d’Orange marcha à Poperingue d’une maniéré qui fit douter s’il prendroit le chemin de Bergues pour laffieger, ou celuy de S. Orner pour le fecourir.
Le Roy ayant appris que l’Armée ennemie conri- nuoit fa marche, & quelle eftoit plus nom breufe qu’il n’avoit crû, fît partir Mon- fieur de Luxembourg avec quelque Cavalerie Legere, les deux Compagnies de fes Moufquetaires, deux Bataillons des Gardes Fran-
GALANT. ï4i
çoifes, trois du Régiment
Suifle de Stoup, deux du
Maine.
Pendant que le Roy donnoit
fes ordres pour mettre
l’Armée de Monfieur en
bon eftat, Son AiteïTe
Royale fongeoit à fe bien
fervir des Secours que Sa
Majcftéluy donnoit,& en.
voyoitdes Partis pour eftre
informé delà marche &du
deïfein du Prince d’OLe
Vendredv les Ennemis
fe pofterenr devant un
i4i LE MERCURE Ruilfeau où il eftoit difficile de les attaquer, parce que la rive qu'ils occupoient ef- toir beaucoup plus haute que celle qui eftoit du codé de Moniteur.
La Bataille eftant refo- luë, chacun fut à fon porte, Moniteur le Marefchal d’Humieres à la droite, & Moniteur le Duc de Luxembourg à la gauche. Ils laiflerent Moniteur au Corps de Bataille. Moniteur le Marefchal d’Humieres vit que l’Aifle gauche des Ennemis s’avan;
GALANT. 145 çoit, & qu’ils avoient déjà fait pafler le Ruiïfeau à trois mille Hommes de pied j il les chargea & les défit, puis palfant à la telle du Ruif- feau avec la Gendarmerie qui compofoit l’Aifle droite qu’il commandoit, il prit T A iïle gauche des Ennemis en flanc, & apres une allez vigoureufe refiftance, il la défit abfolument. Cependant Monfieur s’avançoit avec fon Corps de Bataille. Celuy des Ennemis eftoit fur le Ruiïfeau, partie d’un «ofté, partie de l’autre, les
Ï44 le mercure
détours du RuilTeau en ces
endroits, ne permettant pas de faire une Ligne droite. La refiftance des Ennemis
fut très-longue & tres-vi- goureufe, Monfieur chargea plufieurs fois à la telle des Efcadrons & des Bataillons-,
& comme il ef- toit toujours au plus fort de la niellée, il eut un Cheval blelîefous luy,&un coup de Moufquet dans fes armes. Plufieurs Perfonnes furent
tuées ou blelfées auprès de luy. Monfieur le Chevalier de Lorraine fut legere- ment
GALANT. 145*
nient blefle au vifage, &
Monfieur le Chevalier de
Nantoüillet à la jambe.
Toutes les Troupes firent
des miracles, animées
par la prefence de Monfieur
: les Moufquetaires du
Roy fe furpafierent euxmefmes,&
perdirent Monfieur
de Moiflac, qui s’eftoit
fi heureufement diftingué
à Valenciennes. Les
Regimens d’Humiercs &
du Maine allèrent plufieurs
fois à la charge.
Ennemis plièrent
enfin; & pendant qu’on les
Tomex. N
i46 le mercure attaquent avec tant de vigueur à la droite &au Corps de Bataille , Monfieur de Luxembourgvouloit pafler le Ruifleau pour prendre en flanc leur gauche ; mais il trouva deux Bataillons retranchez dans l'Edife de
/
Peene, & ne pût fe rendre maiftre de l’Eglife & du Paflàge du Ruifleau , qu’a- pres avoir fait venir du Canon. Dans le temps qu’il voulut charger pour pafler de (on cofté, Monfieur luy manda la Défaite des Ennemis qui fuyoientaban-
GALANT. 147 donnant leur Canon & leur Bagage. Monfieur de Luxembourg qui voyoit les mouvemens que les Ennemis faifoient, manda à Son 'AltcfieRoyale, qu’il défe- roit entièrement le refte des Fuyards. Il paffa la Rivière pour aller apres eux, & les pouffa quelque temps e n taillant en pièces tout ce qui fe fauvoir, & mànda en fuite à Monfieur qui le fai- foit foûtenir de près, qu’il alloit continuer à les pour- fuivre , & que leur Défaite eiloit fi entière. qu’il n’v
148 LE MERCURE avoir pas dix des Ennemis enlemble. 11 fïr paflerceux qu il conduifoit au travers du Bagage de l’Armée ennemie, quiavoitefté abandonné, & les empefcha de s’amuierau pillage. Quand on fe fait obéir en pareille rencontre, il faut qu'on ait bien du pouvoir fur les Troupes.
S’il rfî’eftpermis défaire des Reflexions fur cet Extrait, je diray que le Roy a le premier elle caufe du gain de la Bataille, par les De'tachemens qu’il a faits fi
GALANT. 149 à propos, & que (à prévoyance en routes chofcs n’eft pas moins à admirer, que le courage & l’intrépidité de Monfieur qui s’eft toujours trouvé dans les endroits les plus périlleux.
Extrait d'une autre Relation.
L’Armée eftanc rangée en3 ataille, l’Aille droite où eftoit Monfieur le Mi- refchal d’Humieres, commença à marcher aux Ennemis, Sc pafTa un RuifTeau N iij
i5o LE MERCURE qui eftoit encre eux & nous. Les Moufquetaires commencèrent la charge, & mi- rent pied à terre pour charger deux Bataillons qui ef- toient dans des hayes; ils les en châtièrent vigoureu-
O fement, & les taillèrent en pîeces. Il y eut quelque Défilé à palier pour s’aller mettre en bataille dans un Pays un peu plus découvert où il y avoit beaucoup de FotTez ; ce fut là où on trouva plufieurs Bataillons, & dix ou douze E (cadrons des Ennemis qui eftoient en
GALANT. 151
bataille. La Gendarmerie,
les Brigades de Revel & de
Maurevert,formèrent deux
Lignes. Pendant cetemps
Monfieur ayant appris que
Monfieur le Marefchal
d’Humieres avoir chargé
avec la droite, marcha à la
telle du Corps de Bataille,
& trouva l’infanterie des
Ennemis poftée dans des
hayes fort avantageufes:
nonobftant cela il les fît
fieurs fois, foùtenus de leur
Cavalerie : Ce fut là où
N iiij
,p LE MERCURE Monfieur allaluy-mefine à la charge deux ou crois fois, encourageât par fon exemple les Soldats. Les Ennemis y perdirent beaucoup de monde, la confofion s’ef- tantmifeparmy eux. Monfieur le Mirefch.il d'Hii- mieres chargea à la tefte des EcofTois plufieurs Efca- drons des Gardes du Prince d’Orange-, mais eftans fou- renus de leur Infanterie, il fallut attendre qu’une partie delanoftre euft paflede ce coftélà, pour chaffer la leur qui eftoit retranchée
GALANT. 155 dans des Buiflbns. Un Bataillon de la Reyne eftant arrivé avec Navarre, on chargea les Bataillons qui eftoientdansces hayes. Ils firent grand feu & tinrent
O
ferme quelque temps, mais ils plièrent ayantveu la re- lolution des noftres, La Gendarmerie chargea au fli tort plufieurs Efcadrons qui les reçeurent allez bien; mais ayant elle' pris en flanc par les Cuirafliersde Tilla- det, ils lâchèrent pied & fe retirèrent derrière un petit Ruifleau. Ce fut pour lors
ij4 LE MERCURE que toute leur Armée commençant à filer & à fuir, tout fut mis en déroute.
Monfieur de Luxembourg n’euft pas feulement les Ennemis à combattre, mais il fut encor obligé à fe tenirfur fes gardes, de peur qu’ils ne fe coulaffentdans la meflée pour aller à Saint Orner.
On a fçeu depuis la Bataille, que le Prince d O- range dans fa fuite entra dans laMaifond’un Païfan, a deux lieues d’Ypres,pour prendre un verre d'eau qu’il
GALANT, ijy ne pût boire qu’en s'interrompant par fesfanglots & par fes larmes. Il demanda s’il ne luy eftoit point demeuré de Carofte, &c s’en eftant trouvé un de refte des trois qu’il avoir amenez, il fe jetta dedans comme un Homme defef-
peré.
Tous fes Gardes à pied &à cheval ont fait des merveilles, auffi ont-ils efté tous pris ou tuez : Ses Gardes du Corps furent pris danslapourfuite. Monfieur de Luxembourg, par la rai-
j56 LE MERCURE
fon que je vous a y dite, eut
beaucoup plus de part à
la fin de l aélion qu au commencement:
mais on peut
dire qu’ayant empefchéles
Ennemis de fecourir Saint
Orner ( ce qu’ils avoient
deflèin de faire par fon
cofte) fa grande vigilance
ne luy a pas acquis moins
de gloire pendant le Cornbar,
que fon ardeur à pourfuivreles
Ennemis apres le
gain de la Victoire.
GALANT.
157
Extrait d'une autre Relation.
Les chofes eftant ainfï difpofëes, route l’Armée chargea en mefme temps. Nous trouvâmes une grande refiftance d’abord, & nous fumes repouflez où Son Altefle Royale eftoit. Ayant trouve' un grand Corps d Infanterie pofte' dan,s des hayes d’une e'paift feur extraordinaire, on peu c dire que Monfieur remit l’affaire abfolurnent, car il
]58 LE MERCURE
ramena luy-mefme les Bataillons
à lacharge, rallia la
Cavalerie, & fit charger
fi vigoureufement, qu il
poufla tout ce qu'il trouva
devant luy.
Extrait d'une autre
Relation.
Le premier choc fut tresrude,
lesEnncmis firentde
furieufes décharges par le
front & le flanc, à la faveur
des hayes dont ils cftoient
couverts. Outre l’avantage
du terrain
GALANT. I59 ils eftoient plus forts que nous & nous pouflercnt d’abord. Monfieur r’allialuy- naefme, & envoya fes ordres par les principaux O f- fïciers de faMaifon. Monfieur le Chevalier de Nan- roüillet fit avancer quatre Bataillons Suiffes qui ef- roicnt à la fécondé Ligne: ceux de la première fe voyans foûtenus, prirent courage, & commencèrent à repoufier les Ennemis, lors qu’un de ces quatre Bataillons fut rompu. Monfieur fit auffi-toft mettre en
i6o LE MERCURE
Efcadrons fes Gardes, &
quelques-uns de fes Domeftiques
qui eftoient accourus
lEpéc à la main; &
les animant par fon exemple,
leurinlpira tantdeforce
& tant de courage, que
toutes les Troupes qui eftoient
auprès de luy ayanc
1er, la décharge des Ennemis,
allèrent à eux l’Epée a
la main, & les rompirent.
Monfieur le Chevalier de
Lorraine qui eftoit avec
Monfieur de Luxe mbourg,
s’appercevant que MonGALANT.
Igï
fieur faifoit avancer des
Troupes de la fécondé Ligne,
retourna auprès de
Son Airelle Royale, où remenant
les noilres à la
charge, il eut le bord de fon
Chapeau perce' d’un coup
deMoufquet qui luy fit une
concufion du coite de l’oeil
droic auprès de la temple.
Ce fut dans cette mefme
occafion que Monfieur reçeutun
coup de Moufquet
dans fa CuiraiTe ; que le
Sieur Vaucher l’un de fes
Valets de Chambre, eut un
coup dans lacuilTc, en atca-
Tomea. O
LE MERCURE
chant une Cafaque fur les
armes de ce Prince -, ce fut
là que Monfieur le Chevalier
de Nantoiiillet reçeut
la genoiiilliere qui touchoit
celle de Monfieur, &
que Monfieur Tillet Cadet
aux Gardes eut fon Cheval
blefïe de deux coups derrière
fon AlteiTe Royale.
A noftre droite, les Mouf*
quetaires ayans mis pied a
terre par l’ordre de Mon*
fleur de laCardonniere, a*
voientdéjà mis en de'route
un très - gros Bataillon
GALANT. 165 qu’ils avoient forcé dans deshayes l’Epée à la main, apres en avoir effuyé la décharge, ôc les avoir pouffez dans une Plaine rous botez qu’ils eftoient. Ce fur dans ce mefme temps que les Gensd’armes Ecoffois rencontrèrent les Cuiraftiers ennemis, & lestaillerent en pièces. LesMoufquetaires eftans en fuite remontez à cheval, revinrent dans la mefme Plaine, où ils ef- fuyerent le feu de deux autres Bataillons qui eftoient plus éloignez dans des O ij
i«4 LE MERCURE hayes. Monfieur d’Hu- mieres qui avoir commencé la Bataille, commença, aufli la Déroute des Ennemis, les ayans chargez par le flanc à la telle des E(cadrons de Gendarmerie, des Cuiraflîers, & mefme de l’infanterie. A la gauche, Monfieur de Luxembourg ayant palfé aufli fierement qu’heureufement à la telle des Dragons Dauphins & de Liftenay, foûtenus de quelques Bataillons, prit aufli avec lesEfcadronsde Sourdis la droite desEnne-
- • ’ < ■ X **' T -f f -4^ 4 * *. *
GALANT.
nûs par le flanc. Ce fut de
ce collé que le Chevalier
deSilly, l’un des Chambellans
Se Ayde de Camp de
Monfieur, fut tué, & que
Monfieur le Marquis d’Effiat
qui faifoit travailler à
un Pont, eut la bride de fon
Cheval coupée d’un coup
de Moufquet. Noftre Canon
fut tres-bien fervy par
Frefeliere, qui fit changer
des plafonds à propos, Se
avec une promptitude incroyable.
Nous avions deux cens
LE MERCURE Hommes en Garnifon au Chafteau de CafTel, que les Ennemis n’avoient pas voulu attaquer, efperant les prendre à difcretion, apres avoir gagné la Bataille; mais les deux cens Soldats les bâtirent, conduits par Monfieur de la Motte Ma- refchal de Camp, qui les prit en paffimt, apres s’eftre fignale' dans la Bataille.
Tous les Officiers delà Maifon de Monfieur ont extrêmement fignalé le zélé qu’ils avoient pour la gloire de leur Maiflre.
GALANT. 167 Monfieur le Marquis d’Ef- gatrallia plufieurs fois les Troupes, & les remena à la charge. Monfieur de Nan- toüillet fit donner luy-mef- me les Suilfes. Monfieur de Purnon execura tous les ordres qu’il reçeut, nonob- liant le feu des Ennemis. Monfieur le Marquis de Pluvauxquialloit Sevenoir, paffa à la telle des Gardes au moment qu elles char- geoient, & chargea luy- mefmeavec elles l’épe'e à la main, quoy qu’il fuft à cheval.
i
168 LE MERCURE
J aycrû, Madame, vous devoir envoyer cous les endroits fur lefqueïs j’au- rois pu faire une Relation. La vérité fe rencontre rarement
en une feule, & celuy qui de plufieurs diferentes en compofe une, ne pouvant fans la faire trop longue, trop embaralfée & hors des réglés, rapporter les fentimens de chacun, eft obligé de s’arreller à quelques-uns, ce qu’il ne faitfouvent que par prévention, ou dans le deflein de favorifer quelqu’un, ou
par
GALANT. par d’autres raifons ; c’eft ce qui m’a porté à vous faire part de plufieurs endroits choifis de diverfes Rela- tions, & je croy qu'il n’y a que ce moyen pour faire bien comprendre ce qui s’eftpaffé dans une Bataille; l’un marque les chofes d’une maniéré, l’autre d’une autre, & les uns ont efté témoins de ce que plufieurs n’ont pû voir. Ainfi rien n’eft oublié; &lesdiferens termes dont onfeferrpour exprimer tout ce qu’on, a remarqué,jointsàtoutcelaâ Tomei. p
17o LE MERCURE font que l’un éclaircit ce qu'on a trouvé d’obfcur dans ce que les autres ont écrit, & qu’apres avoir lu tout ce qui s’eft fait fur une Bataille, l’efprit fêla figure de la maniéré qu’elle s’eft donnée, fans qu’il foit pour cela facile à celuy qui en a Conçeu une fi forte idee, d’en bien exprimer toutes les circonftances, en forte que fon imagination les luy reprefente de mefme quelles font arrivées.
Jene voüs parle pointée l’ordre de la Bataille, il eft
GALANT. i71 imprimé, vous l’avez veu, & il n'y a rien de nouveau là-deffus. Ne croyez pourtant pas que je fi ni (Te fi-toft l’Article de la mémorable Journée de CafTel, j’ay trop de chofes à vous raconter de Monfieur. Vous venez de connoiftre que toutes les Relations fe rapportent touchant la gloire que Son Altefle Royale s y eft ac- quife j mais ce n’eft pas af- fez, & ce grand Prince mérité bien un Article particulier. Pour ne rien laifler
I7i LE MERCURE examinons l’eftat de l’Ar- me'e ennemie qui devoir eftre employée toute entière à combatre celle de Monfieur,&vovons ce que celle de Son Alcefte Royale (beaucoup moins forte) avoit à faire. Admirons l’efprit de ce Prince dans le Confeil de Guerre, voyons en fuite tous les ordres qu’il donne,fuivons dedans le Combat, remarquons tout ce qu’il y fait, & parlons de tout ce qui luy a gagne'les coeurs des Ennemis mefmes apres la Bataille, &
Infanterie
nous
fon grand
d’efprit.
in a. 175
admirerons en fuite
coeur, faprefence
a prudence & fa
bonté naturelle. Voila,
Madame, toutes les chofes
dont j’ay encor à vous parler,
touchant Son Alteife
Royale.
L’Armée ennemie eftoit
beaucoup plus forte que la
benne, & fur tout en Infanterie.
Elle eftoit commandéeparun
Prince plein de
coeur & tres-entreprenant,
quoy que malheureux. Son
. eftoic poftée
dans des Vergers entourez
P hj
174 LE MERCURE
de bayes vives & de folfez
pleins d’eau qui ne le pouvoient
palier à cneval, &
où l’on ne pouvoir entrer
que par Défilez-, de forte
que pour la forcer, il falloir
pafler fous le feu du Ca-
& l'attaquer dans des lieux
naturellement retranchez.
Cette Armée qui fe tenoit
tres-afturee de laVittoire,
& qui connoifibit fes forces,
n’eftoit point obligée
àlesdivifer -, ce que Son AlteïTe
Royale eftoit contrainte
de faire, ayant U
GALANT. 175 Tranchée de S.O mer, & les Portes qu’elle avoit gagnez devant cette Place à faire garder, ainfi que huit autres endroits par lefquelsle Secours pouvoit paffer. L’Armée de Monfieur ef- tant affoiblie par les Troupes qu’il fut obligé de laif- fer en tant de diférens Portes, ne diminua en rien l’impatience qu’il avoit de combatte^ & dés qu’il eut appris que les Ennemis a- voient paifé le premier Ruiffeau, il voulut les aller attaquer, & demanda l’A-
P iiij
176 le mercure vis de Meilleurs les Maref- chaux d'Humieres & de Luxembourg , qui voyant la refolutionoû il eftoit d’ex- pofer fa Perfonne, luy firent quelques Objections. Elles auroient embarafte un Prince moins éclairé, & moinsardent pour la gloire des Armes du Roy, & un autre auroit pû quitter le defléin de combatre fans qu’on le pût blâmer, puis que c’eftoit l’AvisduCon- feil. Ce Prince n’avoit pour cela qu’à ne rien dire qui pût détruire les Objections
GALANT. 177 qu’on luy venoit de faire. Il y répondit, Que fi on attendit que les Ennemis eufient pafié le fécond- Ruifieau qui leur refait fils pouvaient dérober quelques marches par derrière, (ÿ jetter du Secours dans S. Orner, qui eftoit leur deJfein le plus important, ce qui ï obligerait à lever le Siégé, gÿ qu’il ne voulait pas que fous fon Commandement les Armes du Roy recyufient un affront qui ne leur efioit point encor arrivé depuis le commencement de la Guerre. Mef-
i78 LE MERCURE
Leurs les Generaux ayans
goufté toutes ces raifons,
répondirent quils ne fyi-
<v oient qu obéir, & Monfieur
s’cftant Iuy-mefme
avancé avecquelques T roupes
pour reconnoiftrc les
Ennemis., donna suffi toft
ceffaires pour les aller attaquer.
C’eft où nous aurons
de la peine à le fuivre,
& où la fumée & le feu nous
empefcheront de remarquer
un grand nombre
d aélionsdont nousne pouvons
GALANT. 179
que nous fçavons. H eft
temps de regarder ce Prince
dans le Combat, il y a
renaply les devoirs de Cajla
donné des ordres, il a
mené à la charge, il a combats
luy-mefme les Ennemis,
il a exhorté les Soldats,
il leur a infpiré de 1 ardeur,
tefte, fon coeur, fon bras,
fonefprit & fon éloquence
ont également agy en cette
occasion. DésquelesErv
neniis faifoient quelques
niouvemensj il donnoit par
)8o LE MERCURE
tout des ordres nouveaux
craint le péril, ny fait voir
£----- - y 1O1L V Vil
un plus grand fang-froid au
milieu des dangers, ce
I rince ne s efHt pas trouve7
embanâflé un feul moment.,
fêle gain de la Bataille. Il a
r allié luy-mefme les Troupes,
& le$ ayant r'animées
par ce qu il leur dit, & par
ion exemple, il les a remenees
plufieurs fois à la charGALANT.
isi ge fans s’étonner du feu des Ennemis qu’il a efluyé a- vecune intrépidité qui ne fe peut exprimer. Ce feu a eftégrand, & l’onn’enpeut douter, puis que la plupart des Officiers qui eftoient autour de fa Perfonne ont
efté bieflez : 11 s’expofoic au mefme malheur, fi le Ciel ne l’en euft garanty. Ce Prince croyoit que ce n'eftoit pas affez de commander le Corps de Bataille, & il falloi tencor pour fatisfaire fon courage, qu’il femift à la teftedesTroupes
181 LE MERCURE
qui avoient plié; il vouloit
mefme y aller fans autres
armes que celles dont il
avoir befoinpour combattre;
mais Monfieur de Morille,
& un de fes Ecuyers,
luy en mirent malgré luy
dans la chaleur du Combat.
Je ne fçay comment il en
put fupporter la fatigue,
puisqu’il eftoit à cheval dés
trois heures du matin, que
la mcflée dura julqu’au foir,
& que les Bataillons des
Ennemis eftoient rafraifchis
par d’autres qui eftoient
à couvert dans des
I
GALANT. iSj Vergers. Mais paffons au lendemain de cette grande Journée, & voyons Mon- fieurapres faViétoire. Ses yeux ne brilloient plus d’un feu guerrier, la douceur y regnoit, il plaignit les malheureux &IesblefTcz, il envoya dans le Champ de Bataille des Médecins , des Chirurgiens, des Remedes, des Vivres & des Chariots pour tranfporrcr ceux qui eftoient encor en eftat d’ef- trefecourus, &il s’eft attiré par là l’eftime & l’amitié des Vainqueurs & des Vaincus.
i84 LE MERCURE
Monfieur l’Abbé Talle-'
mant l’aîné a fait un trèsbeau
Sonnet fur cette grande
humanité que Son Altefle
Royale fit voir le lendemain
du Combat. Je
voudrois vous en faire part,
auffi bien que de ceux de
Monfieur l’Abbé Efprir;
mais je paiïerois de trop
loin les bornes que je me
fuisprefcrites, & je vous les
envoyeray, avec plufieurs
autres Vers fur les Conqueftes
du Roy, faits par
France, la première fois
GALANT. 185
x FAbbé
Cotin,quejefuis contraint
de vous garder,ayec les autres,
je ne puis
cher de vous envoyer aujourd’huy
ces huit Vers de
fa façon.
Tome zl
136 LE MERCURE
A MONSIEUR’
SUR SA VICTOIRE.
Surmonter en tous lieux, la Naturelle Tempss
Prendre Ni lies & Forts, & donner des Batailles,
O à tu domptes l'orgueil de ces fiers Combatans,
If ont ldi Flandre aux abois pleure les funérailles.
Surprendre l'Univers par de s Fait!
inoùis,
Et contraindre l'Efpaçne ^l*Envie à fe'taire,
*
Ün ne peut faire plus > Mais pou- vois tu moins faire
Philippe, Fils de F rance, & Er#6
de Loüisl
GALANT. 187
Toute la France a pris part à cette Victoire; & le jour mefme que Monfieur le Duc de S.Aignan l'aprit, il en témoigna fa joyeàSon Alteffe Royale par une Lettre quevoicy.
LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, à Son Alteffe Royale.
MO NSE IG NE VR,
Je n ofer ois quafi me [1er mu voix nu bruit des acclamations & des louanges qui vous font deues, & que
9 ÿ '
recevez de toutes SMais, SMONSEI-
i83 LE MERCURE
VOUS parts.
GNEVR, mon profond ref peÏÏ powrN ostre Altesse Royale, gÿ fi f ofe y ad- louter ce mut, mon efiime tres-parfaite, me font prendre cette liberté. Voila, M0NSE1GNEVR, deglo- rieufes fuites des premières marques de cette Valeur naif fante dont j avais efié témoin il y a vingt ans au Siégé de Montmedy. le ne doute pas que dans une Action fi glo- rieufe vous ne fiy e-plus fit- tisfait d avoir vaincu pou#
GALANT. i89
le Roy, que d'avoir vaincu
vous - mefme. Triompher,
MONSEIGNEUR,
du refle des Ennemis dont
vous vener de jurmonter
plus queje fais en voftre conservation,
ny ne peut-ellre
avec plus de refye ft que moy,
Le tres-humble, tres-ob.eïiïa.nt
& très-fournis Serviteur,
Le Duc pe S.Aignan,
De Paris le cl' Avril
19o LE MERCURE
Monfieur ayanc reçeu
cette Lettre., y fit de fa main
laRéponfefuivante.
LETTRE DE S. A. R.
à M.le Duc de S. Aignan.
•n < On Coufîn, Vous croique
<vous me donnez^ de celle
que <vous ave\ reçeuë de
l’heureux fùccés qu'eut Dimanche
dernier l’Armée que
le Roy m’a fait l honneur de
causé un moment de
galant.
frt oblige-, de vous prier de croire que fuis,
je MON COUSIN,
Voftrebien bon Coufin, PHILIPPE.
Lcrf. Avril> an Camp de Mont-Caftl*
i9i LE MERCURE
Je ne fuis pas fatisfair, Madame, de vousavoirfait voir les Lettres obligeantes dont le Roy & Monfieur, qui ont une eftime toute particulière pour Monfieur le Duc de S.Aignan, l’ont honore’; j’ay mille chofes à vous dire de ce Duc, mais ce fera pour une autrefois, ma Lettre eft de'ja trop longue, je fuis prefle de vous l’envoyer, & je n’ay pas tout le temps qu’il me faudroir pour bien mettre dans fon jour une fi belle matière.
Puis que je fuis encor fur i’Article
(
$
v
J
J
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c
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v
I ■
GALANT. 195
l’ArticIe de la Bataille de
CafTel, je ne dois pas oublierde
vous faire part d’un
Sonnet qui mérité d’eftre
veu, & dont cette grande
Journe'e a fourny le fujec.
Je vous l'envoye plutoft
eft tombé le premier entre
mes mains, & non pour aucune
autre raifon,mon deffeinn’eftantpas
de donner
félon leur mérité, dont je
vouslai/Te à décider.
Tomez. R

i94 LE MERCURE AU ROY SONNET.
Tandis que triomphant fur U Terre & fur l'Onde, Tufurprends l 'Univers de tes pro- qrez^ fauaaim.)
Et qu avec tant de bruit dans tes jlugyftes mains,
Eclate le Tonnerre en mefme temps quil gronde.
- ,,
Tandis qu'en cette Guerre ou le Ciel te fécondé,
E)u fuperbe Cambray tombent les efforts vains.
Que ta tefie & ton coeur font les Guidesycertains,
Qui conduifent tes pas vers t EM* pire du Monde,
I
GALANT. iP5
yn frere ymereux, par ton exem- ple inftrv.it,
Cherche tes Ennemis, les combat, les détruit,
Et vient mettre à. tes pieds fa bril~ . lante y illoire :
De rencens qu'il mérité il n'eft point fat i fait,
Il veut qu'on te le donne, & fe plus grande gloire,
Eft que tu fois loué de tout ce qu'il a fait.
On dit que ce Sonnet eft du fameux Monfieur de Benferade: je leveuxcroi- re-, mais à moins que les Ouvrages ne me foient R ij
196 le mercure dosnez par ceux mcfmes qui les ont faits, jenediray jamais positivement qu ils foient des Autheurs à qui on les attribué, pour ne point faire la faute dans laquelle je fuis tombé, en donnant à Monfieur Pelif- fon,un Sonnet de Monfieur Cheminer. Le Nom de ce dernier n’eft pas inconnu, & ce que nous avons veu de luy eft fi rendre & fi délicat, qu’il mérité aflurémenc beaucoup de louanges. Retournons ànoftre Sujet.
Monfieur au fli-toft apres
GALANT. i97 la Bataille, fît partirMonfieur le Marquis d’Effiat pour en rendre compte au Roy, & M.Merilleà Madame. Sa Majefté envoya peu de temps apres Monfieur le Marquis de Gefvres, àS.A.R. pourluy en témoigner fon extrême fatisfac- tion, & dépefcha un des Ordinaires de fa Maifon à Madame, avec une Lettre par laquelle il luy mandoir, fiuil fie rejoüijfidt plus du gain de la Bataille, a caufe de la gloire que Monfieur s'y efloit acquife, que pour l'u- R iij
x98 LE MERCURE tilité que Luy &fon Eut en recevaient. Monleigneurle Dauphin fie là- deflus dés le mefme jour une Vifite toute obligeante à Madame. Elle fut fuivie quelques jours apres de celle de la Reyne, qui avoir envoyé d’abord au Roy & à Son Al- tefle Royale, Monfieur le Vicomte de Nantiac, pour leur témoigner la joye quelle reflentoit de cette importante Victoire. Celle de Madame a paru fi grande, qu’il eftimpoflible de l'exprimer, aufli bien que les
GALANT. i99 divers mouvemens qui l’ont agitée pendant deux jours. Elle verfoit des larmes qu’elle donnoit avec plaiGrà lheureufe nouvelle decegrandfuccés-, &dans le plus fort de fa joye, il y avoit des momens où la crainte la tourmenioit. Elle vouloir croire que le Combat n’eftoit pas finy, &que Monfieur eftoit encor au milieu des Ennemis-, & dans ce mélange de frayeur & de joye, de trouble & de plaifir, pour fentir trop de chofes àlafois, elle ne fça- * — • • ô
R nij
xoo LE MERCURE
voit pas bien ce quelle fentoit.
L’efprit de Madenaoifelle
eftoit de mefme,& fon
agitation la faifoit courir
jufques fur l’Efcalier au devant
de tous ceux qui arrivoientdel’Armée.
Ce n’eft pas fans raifon
que j’ay donné le nom de
grande à la Journée de Caffel,
puis que je n’en puis
trouver la fin, & quejen’ay
pas encor commencé à
parler de ceux qui s’y font
fignalez-, lesvoicy.
Je ne vous dis rien de
Meilleurs les Marefchaux
• * ' » •
GALANT, xoi
qui ont commandé les
deux Ailles; vous avez veu
ce qu’ils ont fait, dans ce
que j’ay tiré des plus fidelles
Relations. Les Generaux
font 1 a me des Armées, ce
voir, & quand une Bitaille
Je vous parlerais de
Monfieur le Chevalier de
Loraine, fi-je pouvoisvous
dire tous les endroits par
lefquels je fçay qu’il a part
au fuccés de la mémorable
2OZ LE MERCURE
Journée de Caffel; il yafait
paroiftre cette mefme valeur
que la Hollande & la
Comté ont admirée avec
étonnement, encor qu’elle
fuft occupée contre leurs
Places, & on ne devoit pas
moins attendre du zele
gloire de Son A. Royale.
Monfieur le Prince de
Soubife a montré une fi
grande vigilance, que les
Ennemis qui pouvoient
tenter de fon cofté le Paf-
J
fage du Secours qu’ils vouloient
jetter dans S.Orner,
G A L A N T. 2.05 n’oferent jamais l’entreprendre. Il eft de la Maifon de Rohan. Tout le monde en connoift la grandeur & l’antiquité', & il fuffic de ce Nom pour faire connoift re qu’apres nos Maiftres & ceux de leur Sang, Monfieur deSoubife nevoit pref- que rien au défias de luy. La fagefie, le courage , & la civilité' de ce Prince, ne le font pas moins conflderer que fa bonne mine, dont on ne fe taift pas parmy le beau Sexe.
Monfieur le Comte du
Ennemis en plufieurs endroits.
Son Nom fait connoiftre
la glorieufe Race
dont il eft iorty. La Valeur
qui l’accompagne dans toutes
les occasions de guerre
où il fe trouve, & la manière
dont il conduit lesTroupes
qui font fous fon Commandement,
font voir qu’il eft
le digne Sang de ces grands
Marefchaux de France qui
fe font (ignalez en tant
d'occafions célébrés, &
particulièrement de feu
Monfieur le Marefchal du
GALANT, wj Pie (fis fon Pere. Ses grandes Allions ne font ignorées de perfonne, & l’on n’oublîra jamais le fameux Siégé de Rozes, ny la Bataille deRhetel, qui rétablit les Affaires de France, que la Guerre Civile avoit mifes en defordre.
Monfieur de la Cardo- j niere a fait des allions fur- prenantes^ fon jugement ; &faprefenced’efprit n’ont pas moins contribué au | gain, de la Bataille, que fon grand courage ; il a pâlie par tous les Emplois de la
io6 LE MERCURE
Guerre, fans que fes bleffurcs
Payent jamais empefché
de fe trouver dans
les occafions les plus hazardeules,
ou fa valeur &
fa prudence fe font toujours
également fgnalées. 11 a
fouvcnt lervy à r’alier des
Troupes en defordre, & à
faire paflcr la Viétoire du
coflé cù il s’eft rencontré.
Monfieur d Àlbret a
poufté les Ennemis avec
une vigueur incroyable, &
les a chaflez d’un Pofte ou
ils eftoient en beaucoup
plus grand nombre. Il eft
<
GALANT. i07
I fils de Monfieur de Ponr,
Aîné de la Maifon d’Al-
; brer, & Neveu &: Gendre
du feu Marefchal de ce
■ nom, dont la valeur, la fîi
délité, & la fermeté dans
! les occafions où il a falu
s î foûtenir les interdis du
s Roy & de la Reyne Mere,
J ont paru avec éclat. Mon-
! fleur d’Albret dont je parle
j icy, marche fur les traces;
J il eft bien fait, il a de lef-
J prit, de la bonne mine, &
ù| un air noble qui perfuade
h aifément qu’il eft né des
ft Héros de ce Nom qui ont
to8 LE MERCURE porté autrefois laCouronne de Navarre. Tout ce qu’il a fait depuis la plus grande jeunefle, répond à la grandeur de fanaiiTance.
On ne peut aller chercher les Ennemis avec plus d’ardeur que fît Monfieur le Chevalier de Sourdis. Il pafla des premiers le Ruif- feau qui féparoit les deux Armées, & il a fervy pendant tout le Combat avec une aéliviréfans pareille. il a fouvcnr reçcu desOrdres deMonfieur,que lefeudes Ennemis ne luy a point em-
>- GALANT.
pefché de porter. Il eft Fils de Monfieur le Marquis de Sourdis Chevalier des Ordres du Roy, & Gouverneur d’Orléans & d’Amboife, Petit-Neveu de feu Monfieur le Cardinal de Sourdis & de Monfieur l’Archevefi. que de Bordeaux, fi fameux pour avoir commandé les Armées du Roy fur la Mer
E ' * -■ - *
pendant plufieurs Campagnes fous le Régné de LouisXJII. lia commencé de bonne heure à fairevoir la valeur d’un Soldat déterminé , foûtenuë d’une fort
Tomei. S
iio LE MERCURE grande fageffe, & il ne faut pas s’étonner fi ayant autant d’intelligence qu’il en a au Meftier de la Guerre, on l’y a veu en peu de temps honoré des plus gran ds Emplois.
Monfieur de Revel, Frere de Monfieur de Broglio, s’eft aufli fort diftingué. Il eft d’une Famille toute pleine de coeur, & il a toujours fait des actions dignes de fa naiflance, & de la valeur de fes Peres.
Monfieur le Chevalier Fourbin, & Monfieur le
G A L A N T. m Marquis de Jauvelle, ont comblcu avec une valeur extraordinaire ; mais ils n’ont pas feulement payé de leurs perfonnes, puis que leur exemple a infpiré aux Moufquetaires les avions qu’ils ont faites j 11 eft fans doute fort furprenant que tous botez & l’Epée à la main feulement, ils ayent attaqué & défait des Bataillons herilfez de Piques.
La vigilance de Monfieur
O- • '
deTracy a beaucoup contribué au gain de la Bataille. Voicy ce que l’on dit de
m LE MERCURE
luy dans une Relation.
Monfieur de Tracy amena le
telle diligence, que Jurl'asvit
qu'il eut a B e thune où il devoit
jejowner, que Monfieur
eftoit a la veille de donner une
Bataille,il fit faire encor huit
duifoit, gÿ la fit marcher au
clair de la Lune. C’eft un
fort ancien Officier, & qui
paffiepour un rres-honnefte
Homme- il eft tout couvert
de coups; il adonné
---------------------------7-----------------
GALANT, 115 de Condé, où il eut une jambe calfée-, il reçeuc au Siégé de Tournay un coup dans la tefte quiluy fracaf- foit la bouche 5 il a efté
* •
Major General de l’Armée pendant cinq ans fous Monfieur le Prince en Hollande. &. fous Mofieur de Turenne en Allemagne -, il a efté blcfï’é legeretnent au Siège de Valenciennes, & s’eft fi- I gnalé à la Bataille de Caftel.
Il eft Oncle de Madame la Prefidente de Ncfmond.
On ne peut donner plus de marques d’intrépidité
ir4 LE MERCURE r4
qu’a fait Monfieur deLongueval
qui commande les
Dragons Dauphins-, il a
pafle le premier leRuifleau
qui eftoic entre les Ennemis
ôcnosTroupes, à la telle de
trois mille Dragons. Le
Sieur de Leftelle, fon Marefchal
des Logis, reçeut
quatre coups en cette occafion,
dont il eft mort.
Monfieur de Longueval,
quoyque tres-jeune encor,
eft tres-ancien dans le fervice
; il eft fort aimé de
Monfieur le Prince, qui a
fouvent dit du bien de luy,
GALANT.
l’avoir veu combatte
la Bataille de Senef. Le
Roy luy donna il y a deux
ans le Régiment des Dragons
Dauphins j & le prêtera
à tous ceux qui le demandoient.
L’année dernière
il fut détaché pour
donner fur l’Arriere-garde
du Prince d’Orange, ce
qu’il fit avec beaucoup de
vigueur. Il fut envelopé
par un très-grand nombre
d’Ennemis; Monfieur de
Montai qui eftoit deffus
une hauteur, s’en aperçeut,
& luy ayant envoyé ordre
zi6 LE MERCURE de fe retirer, il fur témoin de la plus judicieufe Retraite & de la .plus belle Action que l’on puifte faire, puis qu’avec tres-peu de Gens il défit une partie des Efcadrons dont il eftoit environné.
Je vous ay déjà parlé de ce qu’a fait Monfieur de Pleuvauls Maiftre de la Garderobe de Monfieur. Il eftoit Capitaine de Chevaux - Légers pendant le Siégé d’Arras-, & fa Compagnie eftantdans la Place, il s y fut jetter avec beaucoup
GALANT. ii7 coup de courage, quoy que Monfieur de Turenne luy en euft reprefenré le danger. Iliediftinguaforttant que dura ce Siégé, & s’acquit beaucoup de gloire à celuy de Maftric, où il re- çeut un coup de Moufquer, en faifant faire un Loce- ment (ur la Contrefcarpe. CetteAéfion fui belle, mais je n ay pas le temps de vous la décrire.
Monfieur le Chevalier deTauriac, Ayde deCamp dcMonfieur, a rallié dix fois les Gensd armes. Monfieur
Tome z. T
2.18 LE MERCURE le Marefchal d Humieres rendit témoignage de fa Valeur à Son Alteffe Royale qui le choifit pour rendre compte au Roy des parti- cularitez de la Bataille, & pour luy porter quarante Drapeaux , & treize Etendards.
Monfieur le Marquis d’Effiat, comme je vous ay déjà dit, avoir efté envoyé d’abord pour donner Avis à Sa Majefté du gain de la Bataille. Je vous parlerois encor de ce Marquis, fij ef- t ois moins p relie de finir, il
GALANT. u9 a du coeur, le court bon , & < -■ <* une délicateffe d’efprit qui ne donne jamais dans le faux-brillant dont tant de mondefe laiiTee'bloüir.
Monfieur le Chevalier de Nantoüillet a fait voir autant de coeur qu’il a d'ef- prit. Ilatoutelareconnoif- fance imaginable des bon- tez que Monfieur a pour luy. Il eft delà Famille de feu Monfieur le Cardinal de Prat, Chancelier de France.
Monfieur de Purnon, premier Maiftre d’Hoftel
ilO LE MERCURE
de Monfieur, & Frere de i
Monfieur de Tracy ,, s eft
pareillement fgnale, &
quoy que (a Charge ne 1 en- j
gageât point à fe trouver à j
la Bataille,il a voulu efTuyer
les mefmes périls que ion !
Maiftre. Monfieur de Merille
en a fait autant fans y
On ne doit pas s'en éton- i
ner, on fçait avec quel zele
il fert Monfieur,^combien j
fidere. Il le mérité, & c’eft
un véritable honnefte
Homme.
GALANT, m
Monfieur le Chevalier deLaufieres, Enfeignedes Gardes de Monfieur., delà Maifon de Themines, a donné des marques d’une grande Valeur, & d’une grande conduite. lia rallié plufieurs fois les Suifles.
Je croy, Madame, que l’on peutaffurer apres cela que la Cour de Monfieur n’eft compofée que de Gens de mérité, de coeur 8c d’efprit. Parlons encor de quelques autres.
Monfieur le Chevalier d’Eftoge Sous-Lieutenant
111 LE MERCURE desGensd armes Anolois a
O eu le bras cafle, & plufieurs autrescoups. Iladonnédes marques d’une grande Valeur.
Monfieur le Marquis de Barrières, qui s’eitoit distingué à Valenciennes,s'eft auïîi fort diftingué dans ce Combat.
Monfieur le Marquis de Livourne qui commandoit les Gensd’armes EcoïTois, dont Monfieur le Maref- chal de Schomberg eftoit autrefois Colonel, a eu deuxChevaux tuezfousluy,
&
G AL ANT. 213 & il n’a pas tenu à fon courage qu’il n’ait efté tué ou prifonnier, s’eftant meflé plufieurs fois par- my les Ennemis. Le bruit de fa Valeur donnera en même temps delajoyeScdela crainte à Monteur le Marquis de Pianeffefon Pere, qui dans les fonctions de M'.ruftrede Savoye, s’eft rendu fi illuftre par fa grande fageffe, par la fidelité qu’il a gardée envers fes Maiftres, & par la pru- denceaveclaquelleila toûjours fait executer leurs ordres. Sa pieté qui l’a détaché de toutes les chofes du monde, le fait vivre prefentement dans la Retraite, d’où leurs AItefTesRoyales l’ont retiré plufieurs fois pour recevoir fes Confeils dans leurs plus prelTantes Affaires.
T* • • . 111J
114 LE mercure
C’cft dans cette Retraite qu’il a compofé ce beau Livre de l’Inftruétion Chreftienne , que Je Pere Bouhours Jefuite a fi bien traduit en noftre Langue. Monfieur leMarquis de Livourne fon Fils, eft Chevalier de l’Ordre de Savoye : il poffèdc tout ce que les Lettres peuvent fournir pour enrichir un efprit: fa prudence, fa fagefie &. fon habileté qui répondent parfaitement à fa naiflance, luy ont fufcité des Ennemis dans fon Pais, qui l’ont forcé à chercher en France un azile que fon mérité luy a bien toft fait obtenir, & qui luy a donné desoccafions qu’il n’auroit peut-eftre pas trouvées ailleurs, de faire voir qu’il n’eft pas moins propre pour
ja Guerre, que pour les Emplois
Politiques.
Monfieur de Kouvray d’Arguency,
Lieutenant de la Venerie,
& Sous-Lieutenant aux
Gardes dans la Colonelle, a
efté tué en donnant des marques
de fa valeur.
Monfieur le Marquis de Laré
Mettre de Camp du Kegiment
de Conty, a chatte les Ennemis
d'un Porte qui leur eftoit fort
avantageux.
le ne vous parle point des
Morts, des Blettez, Sc des Prifonniers
qui font dans la Lifte
qui en a efté donnée au Publicils
font imprimez, Sc cela fuffir.
Encor ces Vers de Monfieur
l’Abbé Cotin, & je ferme mon
Paquet. On les eftime, & ils
116 LE MERCURE
ont eu le bonheur de plaire aune
I’erfonne de la plus haute qualité
, & dont l’efprit n’eft pas
moins relevé que la naiflance.
& le Jubilé de la Reyne.
FRav.ce ne vous allar^.c^^f
Du fort incertain desCombats-,
Mal à. propos on je récrie
Que tout ejl changeant icy bas,
Le Roy combat, '
On redoute peu la furie
Des Rodomonts des Pays-Bat 5
2 e feu, le fang & la tïtrie,
27e font pas toujours leurs ébats,
£t pour les mettre tous à bas,
Le Roy combat, ne prie.
GALANT. 117
Adieu,Madame, je fuis fâché de n’avoir pas le temps de vous entretenir des Sieges de Cam- bray & de S Orner, dont j’ay beaucoup d'Actions particulières, 6c des chofes tres.cu- rieufes à vous faire fçavoir- mais vous voulez que je vous envoyé mù Lettre le premier jour de chaque mois, & pour vous obéir, je fuis obligé de les referver pour la première que je me donneray l’honneur de vous écrire. Ce fera par elle que vous apprendrez les noms 6c le mérite de ceux dont le Roy a récompenfé la Valeur par des Charges Sc par desGou- vernemens, 6c que je vous feray part de quelques Hiftorietes agréables, & de plufieurs Vers
xx8 LE MERCURE
qui fe font faits fur les Con- queftes du Roy, & fur divers Sujets de Galanterie. le fçay qu’il me relie encor l'Article des Modes nouvelles. le ne l’oublicrây pas, non plus que beaucoup d’autres chofes dont je n’ay pu encor vous parler. Ioi?ne/-v cp!!^ fi*
* OU','€‘ j vJma AU paxxv-
ront pendant le mois de May, dignes de vous eftre mandeésy & jugez fi on a eu raifon de vous dire que je vous ay trop promis, quand je me fuis en. gagé à vous envoyer tous les mois une Relation aufli ample que celle cy. Tour ce que je crains, c’eft d’eftre accablé par l’abondance de la matière, & d avoir quelquefois le chagrin que j’ay aujourd’huy d’eftre
X'
GALANT.
obligé de remettre à un autre mois le récit des Actions les
*
plus importantes • mais au moins je vous les,feray fçavoir avec des circonftances & des particularitez qui vous les feront toujours paroiftre nouvelles. A Paris ce 1. May 1677.
I’achevois de dater cette Lettre, lorsqu’il m'efi: venu de toutes parts dequoy en faire encore une suffi longue. le voulois tout referver pour le mois prochain, & ne rien lire que mon Paquet ne fuft party; mais ayant jette les yeux fur une Lettre de Monfieur le Dnc de S. Aignan au Roy, touchant la Prife de Cambray, &. fur la Réponfe de Sa Majelté. I’ay
ijo LE MERCURE cru vous devoir encor envoyer l’une &l i’aùtre.
LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, au Roy.
Ç > ’
-/ me flater que je ri importuner ay pointN. Majesté’ en me donnant /’honneur de luy écrire far les qrand.es & filial èes Victoires qu Elle remporte tous les jours. Sera-t-elle fiatiquée par les marques du *cle d'un fidelle Ser* viteur, au milieu des acclamations publiques ? Et pourquoy trions- pheroit elle , fi elle vouloit qu'on i,e luy difi rien fini fies Conqueflesl D'ailleurs^ SÏREy en vente vo- fire Gloire tri éblouit, voftre Epée
GALANT. z3l
lafe ma Plume, le bruit écia ~
tant que fait la Renommée en publiant
vos Louantes, empefehera
peut * eflre que je ne fois écouté.
taire, c? comment pouvoir éviter
que ma fatisfachon ne paroiffe en
voyant mon .Auyfle Mai frie en
eflat de le devenir de tant de Nations
l leriofe plus parler, S IR E^
fur cette Valeur intrépide,mais
incorrigible, qui a fait encore pis à
Qambray qu' elle ri avait fait a
Valenciennes, & je voy bien que
je fuis defiiné à paffer avec de
cruelles inquiétudes dans la paix
tous les jours que V. MAJESTE’
p a fera dans la guerre. Plufl à
Dieu, SIRE, que vousfufie\ de
retour à Ver failles, vous ri y feriez
pas moins le Vainqueur de la
LE MERCURE
1 landre, que vous le fercz^à la tcfte de vos Armées i & fans porter voM-nicfme la terreur & la mort a vos Ennemis, vofire invincible IN om, fuffiroit pour les fur- - monter. 'Cependant, SIR E, je ne fais quafipar où louer V. Ma-
’f
JESTE : Forcer de toutes parts les meilleures Places, gagner des Ba. tailles,vaincre par tout,n' efire jamais vaincu, & fe voir enfin la CYainte ou B admiration de tout i Pnivers, que peut-on jamais dcftrer davantage? quel bonheur pourra s'égaler au mien, fi votes me faites B honneur de me croire au point où je le fuis toujours,
SIRE,
SDe Fefire JSEaj'fie\
^Le très-humble, tres-obelflant & tres-fiJelle Sujet & Serviteur, Lé Duc de S.Aignan, De Parts le 13. cl'Apvr'tl 1C77.
G A L A N T.
II faut avouer, Madame, que cette Lettre eft d’un ftile bien coulant, & qu’on ne peut rien écrire de plus naturel: Les ex- preffions nejaiflent pas d’en eftre nobles ; nous y voyons beaucoup de chofes en peu de paroles , & dans une Lettre prefque auffi courte qu’un fim- ple Billet, nous remarquons les inquiétudes que les périls où lç R.oy s’expofe tous les jours, produifenc dans le coeur de Monfieur de S. Aignan; nous y découvrons l’excès de fa ten- dreflepour fon Maiftre, s’il eft permis de parler ainfi : La raA pi dite des Conqueftes de ce Prince y eftdépeinte, & nous ylifons un Panégyrique qui en iix lignes nous reprefenre tout
Tome a. V
134 LE MERCURE ce Monarque. Quels Autheurs de profeffion, & quels S ça vans pouroient s’exprimer de la forte, s’ils avoient un pareil Ouvrage à faire ? La nature n’y parleroitpasde mefme, les epi- thetes en rempliroient plus de la moitié $ les comparaifons y regneroient, leur ftile feroit moins concis, 8c leurs expref- fions trop relevées jointes à la profondeur de leurs penfées, rc- pandroient en beauçoup d’endroits une obfcurité qui arref- teroit peut-eftre le Lecteur plus d’une fois. Voyons la Réponfe du Koy, & remarquons en paf- fànr que c’eft la fécondé dont en moins d’un mois Sa M »jefté a honoré Monfieur le Duc de S. Aignan.
4 GALANT. '"t
VS
Réponfe de la main du Roy, à
M. le Duc de S. Aignan.
9 < ■ fl
Coufin, le connois
bien le fonds de vofire
coeur, four douter de vofire joye
dans les favorables fuccès dont il
plaift à Dieu de bénir mes Armes*
le ne fuis pas moins perfuadé de
vos inquiétudes four les fatigues
les accidens où Von eft oblige
de s'expofer en des Expéditions
comme celles-cy. Mais vous jugez^
bien qu'on ne peut réüflîr autrement
5 & apres tout vous conviendrez^
qu il faut toujours faire fon
devoir, du refie fe recommander
a Dieu, le le frie de vous
avoir3 mon Confia en fa feinte &
7
2.J6 LE MERCURE.
dwne & <yirde. A Dunkerque le
2/. d'Avril 1677.
Sizné, LO Kl S.
le ne vous mandera y rien davantage,
& je croy ne pouvoir
mieux finir que par un Nom qui
fait trembler toute laTerre.
FIN.
ON donnera un Tome du Mercure
Galant, le premier jour de
chique Mois fans aucun retardement;.
On le vendra vingt fols relie en Veau
& quinze relié en Parchemin.
IPage 70.ligne n. en forte, lifez-, encore,
Page ig7. ligne 14. acclamations, aP -
plaudiffcmens.^
Table des Matières contenues
en ce Volume.
A Tant-propos.
ïfijloire de l heureux Lfipocrite.
Mott du Sieur Cambert, qui a^oit
ettably les Opéra en France & ™
A ngle terre.
Mort du Sleur le Camus, de la Mufi-
Jtque du 7(oy.
Mort de la belle Madame du 2?oüillon
de Caen.
La Maladie de V Amour, Galanterie
nouvelle, mefle'e de Trofe &de Fers.
P articularite^touchant la prife de la
Cayenne attelés Noms de toua ceux
qui s y fontfignale^.
Difcours fur la Préfacé de la Phedre
du Sieur T radon.
Spectaclesprepare^pourle Public.
Avanture de l'Epe'e.
Generofité d'un Officier Gafcon > lors
33 elle Varangue du Greffier de Valenciennes
au^oy.
Lfeponfe du 3foy à la Lettre de Monfieur
le Marefchal de la Ferte\ fur
la prife de Valenciennes.
Abrégé des belles Allions de ce Mdrejchal.
Le 3(oy écrit à Madame la Marefchale
dVftre'es , fur la Tripe de Valenciennes.
Lettre de Monfieur le Duc de Saint
A ignan au T^oy^fur la prife de Valenciennes.
3(e'ponfe duiT^oy à Monfieur le Duc
S. Aignan.
compte à Monfieur le Marefchal de '
Grammont de laprifè de Valenciennés,
donne de grandes louanges â
Monfieur le Chevalier de Vendofine*
Vers de Madame le Camus pour Ma -
ifoire du Mariage par hasard.
TABLE.
portrait du foy en T^erspar la mefine
Madame le Camus.
Extraits de plufieurs Relations touchant
la 'Bataille de Cajfèl.
• 1 • 9
qu a fait Son Altejfè foyale dans
cette grande Tournée,
Vers de Monfieur l* Abbé Cotin, d
Monfieur^ fur fa Victoire,
Lettre de Monfieur le 'Vue de Saint
Aignan., à Monfieur,
Monfieur le Vue de S, Aignan,
Sonnet de M. de B...
Monfieur le Mar qui s d* Efiat eft entfoya
f Monfieur de Merille à
Madame ^poar leur rendre compte de
la Bataille de faffel.
de Gefvres à Monfieurfur ce fujet*
& écrit à Madame par un de fes
Ordinaires.
en témoignent leur joye à Madame.
TA BLE.
La fieyne envoyé Monfieurle Vinmte
de Mantiac au foy à Monpeur,
four leur témoigner la part quelle
prend à la n fioire de Son Alteffè
TÇoyale.
Moins Eloges de tous ceux qu: fie
fontfignale^ à la 'Bataille de Cafiel.
Lettre de Monfieur le Duc de Saint
Aignan, au poy , fur la prifi de
Cambray.
’Pfponfe delà maindufioy, à Monfieur
le Duc de S.Aignan.
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le