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A PARIS,
AV PALAIS.
A PARIS,
Chc'z GUI LL AU ME DE LITYNE, au Palais, dans la Salle des Merciers, à la Juftice.
CHARLES DE SERCY, dans la Grande Salle, à la Bonne-Foycouronnée.
ESTIENN.E LOYSON, Aans ta Gallcrie des Prifonniers, au Nom de Jefus.
CLAUDE BARBIN , fur le fécond .Perron de la Sainte Chapelle.
JEAN .GUIGNARD, dans la Grande Salle, à l’image S. Jean.
«A z/S • • H*’ * ’ s. .r 5 w.* ,(. •* • * 1 * • %
THEODORE GIRARD T dans la Grande- Salle, à 1‘Envie.
la VcwOUVÏER DE VARENNES,dans IxS'alle Royale, au Vafed’Or.
CHARLES O-SMONT, dans la Grande Salle, à l’Efcu de France.
Dans fa Salle Royale, à l’image S.Lo’uir
<• r'
m. rr. lxxviii.
PRWILZGR DV ROT,
LE
•A -v» • WM . OXN * SÈ IGNA »FUR
:/. . 'à W-û? ■ ■
Qrs.qM plein de Louis
je^ienste raconter,
quelques traits
de fi <vie,
. •
a 11. •
' ' V > ■ ■ ‘ ■ ■
Sans-doute a ce difcours tu te fens exciter
D'une héroïque jaloufie.
A ta jeune valeur , a tes premiers efforts,
La Flandre auroit offert une illustre matière-,
TMais Loüis les dérobe a ton ardeur guerriere,
Tout ce que TEffagnolperd de Murs g) de Forts,
Tu les pers d’une autre maniéré.
juandtuvoispar unPere Tpre Gand attaque^,
( Ou bien pris, ceft la me/me chofe}
Tu te ptains que pour Luy lu
Victoire endifyofè,
Car ton Bras fans cela ne les
Si tant d'Etats oejoifns font en
noflre puijfance,
in tuportes
tes Exploits.
Ce que Louis a feu rendre
François y
coeur de la France.
QUoy que l’Extraordinaire n’ait point éfté donné dans le temps qu’on l’avoit promis. on prétend n’avoir point manqué de parole. Toute la France ( & mefine la plûpart des Païs Etrangers qui l’imitent en beaucoup de cliofes ) demande qu’on luy apprenne les Modes nouvelles, & on reçoit peu de Lettres qui n’en parlent. Ces» Modes parodient ordinal- . rement dans le changement des Sai- fons, mais les beaux jours n’eftantpas venus cette année avec le Printemps, on n’a point encor qui té les Habits d’Hyver. Comme î’Bxtraordinaire contient le Quartier dé Janvier, on y verra les Modes qui ont régné pendant cette rigoureufè Sailon, afin qu’on pni fié dire que dans les quatre Volumes qu’on aura tous les ans de
PREFACE.
cet Extraordinaire, on aura eu toutes les Modes de l’Année courante. Ce- . pendant on ne veut point donner ce premier Extraordinaire qu’il n’y en ait de toutes nouvelles.. Elles le feront, puis qu’on n’en voit encor que tres-peu, & que fans aucun retarde- . ment cet Extraordinaire fera donné le quinzième de May. L’Autheur ef- pere par là faire fa paix avec plus de cinq cens Perfonncs, beaucoup de Belles & des Villes entières , qui crôyent avoir effe oubliées. A in fi l’on doir s’attendre à voir un .çrand nom-
- F ’ <
bre debelîes Lettres. On y verra que l’occupation que donnent auj ôurd’huy les Enigmes, faifoit celle des plus grands Princes &• des plus beaux Ef- prits de l’Antiquité : Mais comme ces Lettres ferviront à faire voir que les Enigmes qu’on a jufques icy propo- fées dans le Mercure, ont efté trop faciles à deviner, on tâchera d’en donner à l’avenir de plus difficiles. Le Public en auroit efté d'abord rebuté,
PREFACE.
& puis qu’il sert accouftumé à s’en faire un Divercillément agréable, on n’a point prefentement à douter qu’il ne foit bien aile de trouver une diffi- culte qui fera acquérir plus de gloire à ceux qui devineront.
Ceux qui envoy et des Mémoires das les derniers jours du Mois,ne doivent pas fe plaindre s’ils ne les trouvent pas employez. La mefme chofe eft touchant i’Explication des Enigmes. On leur rendroit juftice en iés nommant li on recevoit leurs Lettres plûtoft. Cet oubly forcé fera réparé par l’Ex- traordinaire où leurs Explications le- ront jnifes.
O u s ne fçauriez
croire, Madame,
combien je me
trouve prefentement embarrafle
à vous écrire. Vous
m’avez difpenfé de l’exactitude
du ftile. Je vous dis
fans façon les Nouvelles
dont on me fait part, &:
zAvril, ~ A
n’eftant point aifujetty avecvous
aux termes choifis,
je puis me tirer d’affaire
fort commodément. Cela
va le mieux du monde pour
ce qui regarde la facilité de
noftre commerce, mais il
n’en eft pas de mefme pour
l’abondance des matières
qu’on me fournit. Mes
Lettres grofliïTent chaque
Mois, & elles ne fuffifent
point encor à tout ce qui
m’elt envoyé" de tous cotez.
Ainfi je me trouve dans la
neceflité , ou de fuprimer
quantité' de chofes que je
fuis affuré qui vous pkiroient,
ou de ne les pas
mettre dans le temps qu’on
me les donne. Vous m’avez
caufé cet embarras en
me rendant à la mode.
Voyez, Madame, par ce
Madrigal fi je préfume trop
du cours que vous m’avez
fait avoir dans le monde.
V Mercure nouveau
efi en vain quon
prétend,
lrù, fam aventure on
n'y peut tenir ran^.
4 MERCVRE
Sms la Guerre ou l'Amour on
. ri aura point la gloire
De voir fon Nom .dans[es Ecrits palans,
C’eft leur unique employ de chanter la victoire*
Ou des Soldats ou des Amans >
La Guerre apparemment a pour vous peu de charmes*
Et vous fuyezjes trifies coups.
Vous aimez^ mieux qu en vous rendant les armes
On ne connoiffe point d'autre vainqueur que vous.
Hé bien* fuivez^r Amour* vous ire z^ au Mercure ;
Mais laiffant voftre coeuy capable de fes feux*
Souvenez^vous^ris* que pour une
Avanture
il faut tout au moins e[Ire deux.
GALANT. 5
Quoy qu’en dife ce Madrigal,
il n’eft point beloin
d’elire de concert pour fe
donner le plaifir de produire
une Avanture. Il n’en
naift que trop tous les jours
que les Intercffez ne peuvent
prévoir , & qui ont
quelquefois de fâcbeufes
apparences, quoy que dans
le fond il n’y ait rien de plus
innocent. Ce que vous
allez entendre vous furprendra.
L’incident eft
particulier, & l’Amour n’en
caufa peut-eftre jamais un
plus bizarre.
A ii j
Une Dame demeurée
Veuve allez jeune, ayant
médiocrement de la beauté,
mais beaucoup d enjouement,
& ce qui s’appelle
l’Elprit du monde,
vivoit avec une Soeur d’un
caraétere tout oppofé.
L’une aimoit toutes les
Parties de plaifir, l’autre
cherchoit la retraite; & tandis
que la première ne fongeoit
qu’à paflèr agréablement
Ion temps, celle-cy
faifoit fa joye de la folitude.
Ce n’eft pas qu’elle n’eult
tous les avantages qui peuvent
autorifer une jeune
Perfonne à fouhaiter d’eltre
veuë. Elle avoit de la beauté,
la taille bien prife, l’efprit
doux, & fi elle cuit voulu
fonger au Mariage, elle O Z
ne manquoit pas de Précendans
, mais elle s’elloit mis
la Dévotion en telle, & regardant
toutes les folies de
la vie comme pafTageres,
elle n’y trouvoit rien qui
duft l’attacher. Sa Soeur avec
qui la mort de la Mere
l’avoir obligée à le retirer,
luy faiioit Couvent la guerre
de cette humeur iauvage
A» f ♦ ♦ ni)
qui ne s’accommodoit presque
d’aucundivertiffement,
& dans leurs petites difputes
un Habit deReligieufe
elloit toujours ce qu’elle
luy confeilloit de choifir.
Mais elle connoiffoit les
maux de la dépendance.
Le nom de Fille ne luy paroifloit
point honteux à garder,
& fans fe faire une net
ceffité de la maxime reçeuë
parmy la plufpart de celles
de Ion Sexe, qu’il faut ou fe
marier ou entrer dans un
Couvent, elle eftoit bien
aife de demeurer maillreflè
' GALANT. 9 de fes actions, & de pouvoir tous les jours renouveler volontairement le
• 0 facrifice qu’elle s’elloit re- foluë à faire de ce que le monde a de plus dateur. Elle avoit du Bien, & elle en employoit une partie à foulager les Miférables dans leurs beloins. SaMai- fon leur eftoit toujours ouverte, & elle n’en pouvoir entendre gémir fans s’in- térelfer à leurs fecours. Ces pratiques de vertu & de charité faifoient bruit. Les. Gens, aulfi détrompez des
vanitez du Siècle qu’elle
l’elloit, ne pouvoient allez
loüer là conduite. Mais
ceux qui ne diltinguent
point la véritable Dévotion
de l’Hypocrifie , en faifoient
cent contes defavantageux.
Les uns l’accufoient
d’orgueil, de lailfer
paroiltre ce qui devoir eftre
caché. Les autres difoient
que c’eftoit fa marote
de vouloir qu’on parlait
d’elle fur le pied d’une
Beate ; &r fa Soeur mefme
apprenant qu’elle retiroit
quelquefois des Pauvres
chez elle pendant la nuit,
ne pouvoit s’empefcher de
dire qu’elle aimoit l’ordure
& la faleté. Ces railleries
latrouvoient inébranlable.
Elle écoutoit tout, & ne
s’embarafloit de rien. Elle
auroit toujours vefcu dans
cette louable tranquillité,
fans une difgrace qui luy
arriva d’ou elle devoir l’attendre
le moins. Les deux
Soeurs allèrent rendre vifite
à une Parente qui elloit
intime Amie de l’aifnée.
Cette Parente avoir un
Amant avec qui elle eftoit
brouillée à demy depuis
quelques jours, & le hazard
voulut qu’il le trouvait
chez elle dans le temps
de laVifite. Il vit la belle
Devote. Il en fut charmé,
& ayant commencé à luy
dire quelque douceur, il
elle luy répondit civilement,
ce fut avec une leverité
qui luy fit connoiftre
que ce n’eftoit pas fur
ce ton-là quelle accoutumoit
les Gens à luy parler.
A peine leva-t-elle les yeux
une fois fur luy, & ce n’eult
pas elle' un petit embarras
pour elle s 11 luy eult ralu
dire au fortir de là de quelle
maniéré il elloit fait. Le
Cavalier tout Homme de
Cour qu’il eftoit, en de,
meura prefque déconcerté.
Il s’adreflà à l’Ailnée, qui
luy fit le Portrait de la Cadete
en riant. Cette aufterité
de vertu le furprit • mais
comme les traits de Ion vifage
adoucifloient pour luy
ce qu’elle avoit de trop rude,
il fe fit un point-d’honneur
de réduire cette aimable
PerIfonne à ne le
traiter pas toujours fi fierei4
MERCVRE
C’eftoitun de ces Hommes du grand air, qui lur la foy de leur bonne mine, fe per- lùadentqn’il n’y a point de Belle qui foit capable de leur reülter. 11 noüa aifé- ment commerce avec la Veuve, fous prétexte de la faire Juge des fujets de plainte que luy donnoit là Parente, avec laquelle il rompit entièrement. Les Vifites qu’il rendit à cette Veuve, ne produifirent pourtant point l’effet qu’il en attendoit. Il croyoit que fon aimable Soeur fe-
GALANT, iv roit auprès d’elle, & il ne l’y rencontra qu’une fois ou deux. Encor fuft-ce un bonheur dont cette belle Perfonne l’empefcha toujours de profiter, en fe retirant prelque aufli-toft. Ces difficultez irritèrent fa paffion. Ne la pouvant voir chez elle, il la chercha dans des lieux où il eftoit feûr de la retrouver. Elle avoit fes heures de dévotion publique , & il les pafloit en melme lieu quelle , (ans en retirer d’autre avantage que celuy d’eftre témoin
d’une .modeftie, qui le charmoit malgré fon peu de panchant à eftre dévot. Cependant fon amour aug- mentoit toujours, & l’im- poflibilité prefque vifible de réiiflir, l’engageoit plus fortement à. lapourfuite de cette conquefte. Il n’oloit fe découvrir à fon Aifnée, parce qu’elle eftoit trop Amie de la Dame qu’il abandonnoit, & qui avoit grande peine à fe confoler de cette rupture. A ce defaut il fit agir une Femme de qualité qui affura l’ai-
inable Devote, que fi elle
vouloit avoir de la confidération
pour luy , il feroit
ravy d’époufer une Perfonne
auflî vertueufe qu’il
la connoiffoit. Rien ne luy
pouvoir eftre plus avantageux.
Le Gentilhomme
elloit riche, bienfait, de
bonne Maifon, & elle ne
fut point touchée de ce
que toute autre auroit crû
un fort grand bonheur.
Les refus qu’elle luy fit
fignifier, auroient dû éteindre
la plus violente paf
bon, &ilen arriva tout au-
<sAvril. , B
trement. Le Cavalier qui
n’avoit peut-eftre fait propofer
le Mariage que pour
avoir accès auprès de la
Belle , fe fit une véritable
affaire de réiilfir dans ce
delfein. Il crûrque s’il pouvoir
luy parler luy-mefme,
il luy peindroit fi bien ce
quelle pouvoir gagner en
l’époufant, qu’il viendroir
à bout de fa refiftance -, &
pour en avoir une audiance
infaillible dans un temps
qui la forceroit à l’écouter,
il s’avifa du plus bizarre
expédient dont l’Amour le
{oit peut-ertre jamais fervy.
Son Apartement donnoit
fur la Rue. Il fçavoit quelle
eftoit tres-fenfible au
malheur des Affligez, quelle
en avoit fouvent retiré
chez elle pour avoir entendu
leurs plaintes, & ne
doutant point quelle nexerçalt
la mefme charité
à fon égard, s’il fe me'tamorphoiaft
d’une maniéré
à mériter fa compaffion, il
prit l’Habit d’une pauvre
Femme qui avoit foin de
nettoyer une petite Rue
voiline, fe barbouilla un
B ij
peu le vifage qu’il avoit allez
propre à aucorifer un
déguifement de cette nature’
& dans cet équipage
il alla fe porter à heure indue
fous les Feneltres de la
Belle qu’il vouloit tromper.
La coutume quelle
avoit de méditer le foir
apres avoir fait retirer ceux
qui la fervoient, luy eftoit
connue. Il commença de
jouer fon rôle, pou (Ta quelques
tons plaintifs , & ne
les continua pas longtemps
fins, voir ce qu’il avoit crû.
On ouvrit: la Fcneftrc. On
GALANT. 21 luy fit quelques qweftions, ôc il n’y eut pas fi-toll répondu comme Femme, qu’on s’emprefTa pour le fecourir. La Belle qui avoir envoyé coucher une Fille qui elloit à elle, defcendit en bas fans faire bruit, ap- pella la prétendue Miiéra- ble quelle croyoit devoir palfer la nuit à fa Porte -, & fans regarder autre chofe que fes Habits alfez mal en. ordre pour foûtenir le caractère qu’elle prenoit, la fit monter dans fa Chambre où elle mit tous fes
»
foins à*la foulager. Apres
avoir fait grand feu, elle
alla chercher quelques reftes
allez accommodans
pour une Perfonne qui auroit
eu befoin de manger-,
mais ce n’elloit pas ce qui
amenoit le Cavalier. Tous
ces foins l’embaralfoient ;
& comme il n’avoit aucun
appétit pour ce qui luy eftoit
offert avec tant de charité,
la Belle qui crût que
le repos luy eftoit plus neceflaire
qu ’ aucune autre
chofe, parloit de luy céder
fon Lit, & de fe retirer dans
GALANT 2;
un petit Cabinet ‘où elle
avoir de'ja pafle plus d’une
nuit en de pareilles occafions,
quand le refus qu’en
fit Ion Amant en termes
un peu trop civils pour la
Perfonne que fes Habits
reprefentoient, commença
à luy faire naiftre quelques
foupçons du déguifement.
Elle examina fon vifage
avec plus d’attention qu’elle
n’avoit encor fa t- &c
alors le Gentilhomme fe
jettant à fes genoux, fe fit
connoiftre pour ce qu’il
eftoit, & la conjura de ne
24 MERCVRE point s’offencer du ftrata- géme dont l’envie de luy’ découvrir fes fentimens, l’avoit obligé de fe fervir.. Vous jugez bien, Madame, que toute devote qu’elle eltoit, il luy fut impoflible de voir qu’on luy euft fait une piece de cette nature
fans quelque forte d’emportement. Elle ferma l’oreille aux justifications du Cavalier, & fans vouloir
y
l’entendre un moment,elle le preffoit de fortir avec toute l’indignation dont une pareille injure pouvoit la
Ils
. G AL ANT. 25 ta rendre capable. Mais le Cavalier ne fe haftant pas, & luy proteftant qu’il n’avoir pour elle que des def. feins, que ta plus levere vertu n’euft pu condamner, il s’obllinoit à luy demander quelle l’écoutaft.
ne pûrent fi bien régler leur difpute, qu’il ne leur échapalt quelquefois de parler trop haut. Par malheur pour eux, cette Parente que le Cavalier avoit aimée, eftoit demeurée ce melme foir à coucher avec ta Veuve dont je vous ay eA v vil. C
dit quelle cftoit la plus particulière Amie. La confidence quelles fe failoient ordinairement de tous leurs fecrets , avoit fourny entre elles à une longue conver- fation, & elles s ’alloient mettre au Lit, quand l’une des deux eftant fortie un moment, entendit parler dans la Chambre de la De- vote. Celle-cy appclla l’autre , & ne doutant point que quelque charité' exercée n’euft donné compagnie à la jeune Soeur, elles réfolurent de la furprendre,
GALANT. 27 & entrèrent inopinément où elle eftoit. La veuë de la faufTe Gueufe fit rire les deux Amies, qui ne fè pi- quoient point du tout d’efi. tredevotes. Elles commet cerent à luy faire des quefi- tions. Le Gentilhomme n’y répondit qu’envie détournant, pour tâcher à n’eftre pbint reconnu. La Belle toute interdite vouluft l’enfermer dans fon Cabinet, fous prétexte de he pouvoir fouffrir qu’on raillait les Malheureux. Sa Parente le mit à l’entrée pour s’y op-
28 MERCVRE pofer ; & foit que le delor- dre où elle la vit luy fit croire du miftere dans l’em-
preficment qu’elle témoi- gnoit pour cacher le Cavalier metamorphofé, foit
que l’Amour l’eclairaft en un moment, elle remarqua les traits de Ion Infidelle,
& fit un cry dont la raifon fut bientoft connue. Comme
elle fe perfuada quelle n’avoit elle trahie qu’à caulè du nouvel engagement qu ’ il avoit pris , & que l’équipage où elle le (urprenoit, luy donnoit fu-
GALANT. 29
jet de croire que laDevote
n’eftoit qu’une Hypocrite
qui choififlbit des heures
commodes pour fes plaifirs,
il n’eft rien qu’elle nè
permift contre elle à l’emportement
de fâ palfion.
Le Cavalier eut beau protéger
que cetté belle Perfonne
n’avoit aucune part
au déguifemeht qui fâifoit
foupçônner fon innocence,
rien ne fut capable de là
détromper. Elle pefta, fulmina
, ht le conte de fon
Amant ttavefty pour la
prétendue Beate -, & vous
pouvez croire, Madame,
qu’on ne manque pas à
■ faire d’amples Commen-
I taires fur le Texte, par le
plaifir qu’on trouve toujours
à donner le nom de
grimaflès à la plus folide
Vertu. Il y a déjà longtemps
que les vrais Dévots
foufrent la peine qui n’elt
deuë qu’à ceux qui les contrefont.
La malignité du
Siecle n’y met prefque
point de diférence, & il ne
faut pas s’étonner fi des
apparences d ’ une aufli
d ’ un Cavalier furpris la
nuit en habit de Femme,
ont fait publier que la Belle
n’avoit pas une dévotion
incompatible avec le commerce
des Rendez-vous.
Voila comme ceux-mefmes
qui renoncent le plus
véritablement au monde,
ne peuvent fouvent prévenir
des conjeélures embaraflantes
qui les expofent à
la calomnie. M‘de Santeiiil
qui préfidoit au Bureau
des Finances comme
le plus ancien Tréforier de
France de Paris, s’elt mis
MERCVRE 5 dans la retraite. Quoy qu’il ait toujours vefcu dans une pieté exemplaire , il a cru qu’il ne pouvoir allez fortement fonger à ce qu’il fe de voit à luy-mefine, s’il ne fe démettoit d.e fa Charge. Mr de, Varroquier Chevalier de l’un des Ordres du
Roy, & fécond Prefidenc dans la Compagnie , eft devenu le premier par cette Démiflion. Ce fut luy qui porta la parole à Moniteur le Tellier au nom de ce Corps, quand Sa Majefté le nomma Chancelier de
GALANT. 33 France. Vous vous fouve- nez, Madame, de ce que je vous dis alors & de fa naif- fance & de fon mérite. Vous connoiltrez celuy d’une aimable Demoifelle par ce Sonnet qui m’a elle envoyé de Loudun. Elle y doit avoir la Direétion de quelque Holpital, c’eft là-deffus qu’on a fait les Vers que vous allez lire.
u MERCVRE
S ONNET.
Ve le Ciel, belle Hof
pitaliere.
Eut de pitié des Affli-
Qttandr il,vouernitoùvous logez#
Pour avoir foin de leur mi fret
«J»
Si dans quelque douleur amere
Leur mauvais fri les a plongez#
La main dont ils font foulage z^
Sçait rendre leur peine legere*
fa
Sage O lympe, ilfaut l'avouery
On ne fauroit affezfoüer
Ces bontez^ ces fins charitables.
V;
T
Vous les empefchez^de mourir^
Mais il eft d'autres M fera b le s
Qu'ilfaudrait aujjîfecourir.
Vous elles 11 accoutumée
à voir éclater la jultice
du Roy dans les récompenies
qu’il fait, que vous
ne ferez point lurprife d’aprendre
qu’il ait donné
P Abbaye de Preüilly en
Brie à M1 le Chevalier
Fourbin. Sa valeur vous
ell connue, auffi-bien que
le zele infatigable qui ne
luy laiflè négliger aucune
occafion de montrer l’atMERÇVRE
tachement qu’il a pour le fervice de fon Maiitre ; & je vous en ay parlé tant de fois, que je ne pourrais que vous répéter ce que je vous en ay déjà dit.
Sa Majelté a auffi gratifié MIS le Pelletier & Rofe des Abbayes de S. Vincent de Mets, & de Selangue. Le premier eft Fils de M* le Pelletier Confeiller d’Etat ordinaire, fi connu par fes grands Emplois & par luy-mefme, & qui dans les Fondions de Prévoit des Marchands qu’il a faites fi
GALANT. 37 longtemps avec tant de gloire pour luy, & tant d’avantages pour l’embellif- fement de Paris, a fait voir combien des Sujets qui luy reffemblent lont nécefTai- res à un Etat. M‘ l’Abbé
Rofe eft Neveu du Secrétaire du Cabinet qui porte ce nom , & qui par les fer- vices agréables qu’il rend depuis tant d’années, ne laiflè pas lieu de s’étonner des grâces que Sa Majefté luy accorde. Vous fçavez, Madame, qu’il n’eft pas un des moindres orne mens de
l’Académie Françoife. La
il y occupe fi di-
5, fait l’éloOge de
lôn Efprit.
Je ne doute point que
vous n’en trouviez beaucoup
dans les Vers qui fuivent.
Je les croy de M1
Cordetz. Vous avez veu
fon nom parmy ceux qui
ont deviné les Enigmes. Le
détour qu’il prend eft galant,
& il feroit difficile d’imaginer
une maniéré plus
adroite de faire, une déclaration
d’amour à une Belle,
qu’en s’adreflànt d’abord
GALANT. 39
comme il a fait à un Enfane.
A MADEMOISELLE H.
la Cadette, âgée de quatre
à cinq ans.
Eune Iris que mon coeur
W a dore * p Et dont loue mes fens font
charmez^ }
Chacun me dit quevousm aimez^
Mais je ne le puis croire encore.
Si de ma pajjîon le tendre emprcjfement
M'acquiert le bonheur de vous
plaire^
^imez^moy pabonnement
Tandis que vous lepouvezfaire.
4o MERCVRE
A vofireàqj L'Amour ri efi pat un grand defaut:
Aimez, puis que ce Di eu vous a fi- tofi èmeue.
L e temps reviendra que trop tofi Où vous fire^plus retenue.
S'il efi quelques douceurs que vous vouliez* demoy, Expliquez-vous en sas cotrainte. Puis que je vous donne mafoy3
Vous pottvcz-demander tout le refie fans crainte.
Souffrez^ un tel dtfcours de la part d'un Amante
Voftre âge luy permet de dire ce quil penfc,
Afais dans dix ans en récompenfe Al fe verra réduit à parler autre»
ment.
&
G A L AH T. 41
A MADEMOISELLE H.
FAifnée.
F- , Hilis, fi parlayl'au-
1 tre joùt
A voftre Soeur de mon
amour. A A
Eflant encor Enfant on le fouffrit
fans peiney
Et l'on ne trouva point à redire à
cinq ans
Qtfélle nefufi pas inhumaine
Et voulu/} écouter les voeux de fes
A mans 5
Mais s'il me fufi échapédevousdire
Que c'eftpour vous que je foùpire*
Et que ne pouvant plus vous le diffimuler
•Avril. D
vous parler*
IBien loin d ’avoir de vous fiavoMr
ble audiance*
Dix ans que vous ave^ de plus
Mettent entre elle & vous fi grande
différence*
Que j'euffe offert des voeux qu on
ri auroit point reçcus.
Mais cependant* Philis* vous devie\
bien m entendre*
£t quand je luy fis voir des fienti*
mens fi doux*
N'aviez^ vous pa\ fujetde predre
Kne autre vous me fine pour vous*
V'n efiprit fin comme le voflre
Pouvoit bien remarquer que. fions lenom
d'Iris.
\ w
le ne voulois pas dire une autre
Qae celle quaujourd'huy je traite
de Pbilisi
C b
Ain fi donc , quoy qu Iris ait pu
prendre pour elle
Defi beaux (entimens*
Quelle ait du fe flater de faire de $
Amans
Se connoiffintfi belle,
Si Philis confentoit à recevoir mes
foins, • s
Iris auroit fans doute un Soupirant
de moins.
11 me fouvient,Madame,
que dans ma derniere Lettre
je me contentayde vous
marquer fimplement que
nous avions pris le Fort
d’Orange dans l’Amérique.
Ce qui s’eft pafle dans cette
Aétion, devoit précéder
tous les Articles de Mer
qui vous ont appris que
nous nous eiHons rendus
maiftres^de l’Ifle de Gorée
& deTabago; mais comme
je n avois alors ny le Plan
de ce Fort, ny aucune Relation
exacte de l’avantage ° ,
que nous avons remporte
de ce cofté-là, j’ay remis
plqu’à aujourd’huy ce que
j’ay à vous en dire. Vous
voudrez bien diltinguer les
temps, pour ne confondre
pas l’ordre des Conqueftes
des lieux qui font fi eloiGALANT.
4y gnez de nous. Le Planque j’ay fait dreffer du Fort dont je veux prefentement vous entretenir, vous fera plus aifément concevoir la maniéré dont l’Attaque en a elle' faite. Examinez-le, je vous prie , avant que de rien lire de ce qui en regarde le détail.
Mr le Chevalier de Lezy Gouverneur de Cayenne, n’ayant perdu aucune des occafions qui fe font aflèz f-îvent prefentées, de harceler les Hollandois, & de ruiner les EtablilTemcns
MERCVRE
qu ils ont voulu faire au
Vent de cette Ille, n’eut
pas plutoft reçeu deux
Compagnies d’infanterie
que Monfieur le Comte
d’Eftrées luy envoya de la
Martinique fur le Navire'
de Ml le Chevalier de Machaut,
qu’il appliqua tous
fes foins à chaffer les Ennemis
de la Riviere d’Oyapoco
au Cap d’Orange. Ils
avoient commencé de s’y
établir par l’envoy d’uir
nombre confidérable de
. Vaiffeaux, au mois de Février
1677. Leur deffcin efGALANT.
47 toit de faire une puiflante Colonie , qui félon leurs projets devoit s’emparer de cette 111e au premier Secours qu’ils attendoient in- ceffammenn ils fe rcgar- doient déjà comme les Maillres de toute, cette Colle, dont ils préten- doient faire un fécond Bré- fil. Mais Dieu qui voulut tromper leurs efpérances, fit concevoir à Mr le Chevalier de Lez y le delfein de leur ruine, & il l’exécuta pardesvoyes aufli extraordinaires que fes forces ef-
toient inégales à celles qu’on luy dévoie oppofer. Il prit feulement foixante & dix Soldats à Cayenne, trente Habitans, quelques Ne'gres & Indiens, & pour Officiers Mrs de Ferolles Major, de Quçr montre Cloches Capitaines, & de la Sauvagere Ayde-Major. Ils s’embarquèrent dans dix Canots, & la connoif- fance qu’il avoit des lieux, luy fit juger à propos de s’embarquer auffi luy-mef- me avec eux. Outre qu’attendant beaucoup des Indiens
GALANT. 49 diens pour le fuccés de cette entreprife, il ne dou- toit pas que le pouvoir qu’ils luy avoient laide prendre fur leur efprit, ne fuft d’un grand poids à les faire agir avec vigueur. Arnfi apres qu’il eut laiffé à Mc des Granges premier Capitaine de la Garnifon, leCommandement de fille qu’il couvroit en quelque façon par fa route, il partit le y. de Juillet dernier, & arriva en trois jours avec cette petite Flote à une Habitation d ’ Indiens fur la qA vril. E
yo MERÇVRE
Montagne d’argent. Elle n’elloit qu’à fix lieuës des Ennemis, & on fut affez heureux pour prendre fix Hollandois en ce lieu-là, par le moyen de deux Canots qu’on avait détachez exprès un jour auparavant. Ils rendirent meilleur com*
:
pte de la dilpofition des Ennemis, que n’avoient fait deux Elpions que M.c le Chevalier de Lezy y avoit envoyez quelque temps avant qu’il euft ré- folu de les aller attaquer. Ce qu’ils rapportèrent luy
GALANT.
fit prendre les dernieres mefures pour ce deflèin, quoy que ces Prilonniers luy euflent dit qu’ils croyoient leurs Gens avertis de l’approche des François, & que cinq cens Hommes ne pouvoient les prendre , parce qu ’ ils elioient du moins trois cens qui portoient les armes.
Il fut donc arrellé que M' de Ferolles accompagné de vingt-cinq Hommes, fe jet- teroit dans le Fort du collé de la Riviere, où il n’y avoit ordinairement qu’une Sen- E ij
tinelle, & que Mr de Lczy
donneroit en mefme temps
dans le Bourg du colle' des
terres, pour enveloper les
Ennemis. Cette réfolution
ellant prife, on palfa un
jour en ce lieu-là pour s’y
rafraîchir. Les Canots le
remirent en Mer, & entrèrent
dans la Riviere de
Oyapoco la nuit, à la faveur
de laquelle M1 le Chevalier
de Lezy defeendit à
une demy - lieue du Fort,
avec fes Officiers & les Soldats
qui le dévoient fuivre.
Les Indiens dont il s’elloit
fait accompagner , contribuèrent
fort au prompt
fuccés de cette Expédition.
Non feulement ils luy fervirent
de Guides dans des
Bois pleins d’épines, &
dans des Pais noyez, qu’on
fut obligé de traverler à la
lueur de quelques chandelles
; mais ils luy donnèrent
lieu de fe trouver deux
heures avant le jour avec la
plus grande partie de fon
monde, aux premiers Retranchemens
des Ennemis,
dont il fit ployer la Garde.
Tout ce qui fe rencontra
E iij
54 MERCVRE fut tué. Mr de Ferolles s’ef- toit emparé du Fort dans le mefme temps, & en défen- doit les approches avec des Grenades. Il avoir auparavant fait mettre bas la Sentinelle, & tué le Gouverneur qui ertoit accouru les armes à la main. Plufieurs Hollandois voulurent fe rallier en divers endroits, mais on les chargea Ci promptement, qu ’ ils furent contraints de prendre la fuite. Ils fe fauverent dans les Bois avec les autres, & en fortirent à une
heure de Soleil au nombre
de plus de trois cens, pour
fe venir rendre à dilcre,
tion. Leur confufion fut
grande, quand ils reconnurent
quils avoient efté
pe de François , ayant un
Fort défendu d’une bonne
Palilfade fur un Parapet
formé de la terre d’un larn-e
Folié, avec feize Pièces de
Canon en baterie, d’où les
Vailfeaux nepouvoient approcher
faute d’eau, & qui
elloit environné de Marais
ils fupofoient que leur Fort
elloit inacceflible. 11 s’en
l'auva quelques-uns, mais
en très - petit nombre, au
moyen d’une Barque qui
revenoit de laPefche, dans
laquelle ilsfe jetterent pour
s echaper.
M le Chevalier
apres avoir laide à Mr de
F"* e1 '*r■ o1 lles le foin de ruiner
le Fort & le commencement
de leur Ville, en partit
le lendemain avec les
principaux Plafonniers, &
arriva à Cayenne le 8. jour
apres ion départ. Cette
GALANT. : 57 Ville contenoit déjà une trentaine de Maifons de
charpente couvertes de tuiles , & beaucoup d’autres à la façon du Pais, enfermées d’une Paliflade, avec un Parapet & un bon Folfé. Cette démolition
avant efté faite, M‘ de Fe-
y . J —----------------»
rolles revint avec le relie des Prifonniers dans un
Brigantin qui de Cayenne s’elroit auancé jufques à la Montagne d’argent, à la fuite des Canots ; &: en
plufieurs voyages de ce Bat riment, toute l'Artillerie
5-8 MERCVRE
& les Munirions de guerre
furent apportées à cette
Ifle par les foins de M' de
Cloches. Le pillage auroir
efté plus coniidérable qu’il
ne fut pour les François, ft
Mr le Chevalier_de Lezy
par une génerohté ordinaire
à la Nation, oubliant
les droits de la Guerre, & le
reffentiment d’une Prifon
fort injulte, n’eult laiffé à
ceux qui s’eftoient rendus
une partie de leurs Effets.
Il faut vous tenir icy parole
, puis qu’on me l’a tenue
fur l’Extrait qu’on m’aGALANT.
voit promis du Dilcours que fit Mc I<Svot Avocat General de la Cour des Ay- des, à l’Enregiffrement des Lettres de Moniteur le Chancelier.
11 fit voir d’abord que comme les Hommes ne peuvent fe former une idée de Dieu que par les effets furprenans de fa bonté & de fa puiffance , rien ne pouvoit faire allez dignement connoiltre le plus grand de tous lesRoysque les Aéiions qui rendent fes Peuples heureux par l’au-
6o MERCVRE torité de la Juilice, ou qui les défendent des infultes de leurs Ennemis, quand il fe trouve obligé de prendre les armes. En fuite abandonnant à d’autres l’honneur de loüer noftreInvincible Monarque, par le nombre, la grandeur, & la rapidité des Victoires qu’il a remportées Luy-melme en perlbnne ; & ne laiflànt pas de faire entrevoir avec admiration les choies qu’il n’ofoit toucher, il parla des Anceftres de Moniteur le Tellier, de fa Perfonne, &
des avantages que l’Etat
recevoir de Meilleurs les
Fils. Il regarda fon élévation
à la première Dignité
de la Magiftrature, comme
une récompenfe de la pieté
de fes Anceftres,& des lèrvicesqu’ils
avoient rendus
à la France ; & il prouva
par les Rcgillres de fa Compagnie,
que feu Mr le Telavoit
receu
dans la Cour des Aydes
toutes les marques particulières
& publiques d’eftime
dont elle pouvoit honorer
un mérite extraordimire.
En parlant de toutes les Charges que Moniteur le Chancelier avoit exercées depuis l’Année 1614. il fit remarquer qu’il avoit fait paroillre dans chacune l’expérience d’une Vieille (Te confommée avec toute la force d’une vigouTeufe Jeunefle ; Quj.1 s’elloit attaché dans toutes à rendre fon Maiftre le plus aimé des Roys,& le plus glorieux des Conquérans ■ QuJ il avoit foûtenu lès premiers Emplois avec une Politique fi judicieufe, &. des fuc-
gniré de Secrétaire d’Etat,
pour l’attacher par des
liens plus étroits à fon fervice,
& au bien de fon
Royaume-, Que depuis ce
temps-là il avoir eu la direction
entière des Affaires
les plus fecretes, avec ordre
à plufieurs Ambaffadeurs
de fuivre fes avis en
toutes chofes ; Que dans les
temps les plus difficiles il
s’elloit conduit avec tant
de fageffe & de prudence,
qu’il avoit calmé le dedans
64 MERCVRE du Royaume, renverfé les deflèins & les entreprifes des Ennemis, qui s’eftoient veus obligez à demander la Paix, apres qu’il les avoit réduits à fe repentir d’avoir pris quelque aflurance fur la difcorde & la divifion
des Mal-intentionnez.
Toutes ces chofes qu’il mit dans leur jour avec beaucoup d ’ éloquence, ayant remply fes Auditeurs d’eftime pour une vertu auffi confiante & aufïî durable
que celle de Mon- . ficur le Chancelier, il ex-
4
jour dans lequel le meilleur
de tous les Princes leur
donnoit pour Chef de la
Juilice un Homme qui avoit
toujours préféré leur
bien a fes intérelts particuliers,
& qui dans un temps
oùla maligne influence des
Affres fembloit avoir entièrement
corrompu l’u*-
fàge de leur raifon, avoit
demandé luy-melme Ion
éloignement de la Cour: O > 7
un Homme qui n* droit
point élevé à la plus importante
de toutes les Charr
dAyril. F
✓ l
s
66 ges, ou pour luy-mefme, ou pour la Famille, mais feulement pour faire revivre dans l’elprit des Ma- giftrats l’ordre de laDifci- pline & l’amour de la Juf- tice. Ce fut alors qu’il compara Meilleurs fes Fils à des
Aftres indépendans & du . premier ordre, qui brillent fans celfe fur nos Telles, fans eltre obligez d'em-
O prunter leurs rayons de la fotirce de la Lumière. 11 dit que-le Roy perfuadé ■ qu’un fi grand Homme ne ; pouvoir avoir rien produit
GALANT. 67 où l’on, ne trouvait l’abre-
çré de fes vertus, avoit com- blé de bienfaits Monfieur l’Archevefque de Rheims,Æ^^- pour l’application conti-^/7r’ nuelle qu’il avoit donnée à fe perfeéfionner dans les Sciences fublimes des Prélats
• Que Sa Majeflé ayant pris foin de former Elle^- mefme l’Efprit de Monfieur de Louvoys , l'avoit‘Attendu capable dâ exercer dignement la Charge de Secrétaire d’Etat dans un âge où les autres peuvent s ’ acquiter à peine des
F U
moindres. Emplois ; Que
tant d’ACtions furprenantes
qui nous font tous les
jours admirer ce Grand
Miniftre, elloient une glpr•
iea uf• e• W * fuite des loins du 9
plus: grand, des Roys qui
avoir voulu Luy-mefme
donner la derniere main * à
un Ouvrage que la nature
&.le travail des autres n’auro.
ient jamais fçeu mettre
dans un fi haut point de
perfection;
II. finit en exhortant la
Compagnie à tenir lès yeux
inçeflàmmenf attachez fur
f“ï A T A -J>. TJ"
m L A 1N i ■ 69
Monfieur le Chancelier,,
comme fur le M.odelle le
plus parfait quelle puft fe
propofer, & à faire pour
luy les mefmes vceux que
firent autrefois les I{oleurs
Empereurs*.
Il y. avoir dans tout fon
difeour-s. un air fi naturel;
fi délicat., fi fublime , & fi
loit dans les chofes, foit
dans les maniérés de les
exprimer , & tout ce qu’il
dit elfoit accompagné de
traits d’elprit & d'érudition
MERCVRE femez fi agréablement dans prefque toutes fes périodes, qu’il fut aifé d’y reconnoiftre le merveilleux
génie de feu M1 Ravot fon Pere. Je ne fçay, Madame, fi vous connoiffez allez cette Famille, pour avoir appris qu’il a polfedé longtemps la rnefine Charge d’Avocat General de la Cour des Aydes, & qu’a- pres en avoir fait les fonctions avec beaucoup de zele pour le fervice du Roy, & une extrême application pour le Public, il la remit f -
GALANT 7ï entre les mains de Mr fon Fils, & fut honoré de celle de Premier Préfident au Parlement de Mets. Il l’a exercée jufqu’à fa mort a- vec une eftime toute particulière de Sa Majelté, qui la conferve encor aujour- d’huy entière pour celuy dont je vous parle.
Il eft temps de vous donner à mon ordinaire de- quoy exercer voftre belle voixi Liiez ces Paroles que vous trouverez en fuite notées. Elles ont elté miles en Air par Mr Martin le
Fils. Le mérite du Pere eft connu de tous ceux qui aiment la Mufique -, Sc ce que je vous envoyé du Fils .vous perluadera aifément qu’on a eu raifon d’attendre beaucoup de luy. 11 s’eft acquis de l’eftime par la maniéré dont il joue du Clavellm, de la Baffe & du DefTus de Viole, & il eft à croire qu'il n’en acquerra pas moins en s'appliquant a la compofition des Airs..
CHANSON

£
I
ic/nolr yuef>retendes <vouj par vos chanfclfoyuûrantr ci douæ yucpouaes
—• '7 ii r mj—
£
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Craindre
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jSï vojtreCceurestën J^lame
r...* i i ~
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6
vous niaue'spoas lieu de •vous plaindre U niipp)artir.d^ud- moi/ (pu ne Jais point* ai/ z
L ., . i <>'.-‘.i i « i i-M4.---..... *.,»« .rr<i
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me yui ne jais point ca/rne
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■IHlli...Ilih' 1
Y- ;
-I44Ü-—-■■U-H U

^Ojjî?riol$yque pre'endeyvotM
Par vos Chants lanqyiffans &
doux ?
Que pouveyyous encor ou defîrer,
ou craindre?
Si voftre coeur efl enflante,
Vous n'ave\ pas lieu de vous
plaindre,
il n appartient qu'à moy qui ne
fuis point aimé.
Il n’y a rien de fi intérelie
que l’Amour. Vous
le voyez par les plaintes
continuelles des Amans, &
vous l’allez encor mieux
voir par les Vers qui fui-
*Ayril. »G
vent. S’ils vous plaifent,'
quoy qu’on ne m’en nomme
point l’Autheur, on me
fait efpérer qu’il n’en demeurera
pas là, & qu’on
m’en envoyera de temps en
temps de ce caractère.
L’A M O V R
INTERESSE'.
âât, l'an & jourefipafié.
Apres un fi longtemps, il fi
bon, cernefiemble,
Que du jour qu'entre nous
lamour a commencé,
'Nous fondions à copier enfcmble.
J
4
GALANT. 75
le fris exafi* vous lefcavez^ le fayeray, fi je dois, avec un foin extrême j
Mais aufî, fi vous me devez^ le veux eftre payé de mefme.
(mon tour Comme je ne prètens nulle grace, d le vous le dis avecfranchtfe^
Si y tout bien calculé, vous m'eftes de retour3
P oint de quartier.# oint de remife.
S'agi fiant d'articles defrais, lefcay bienquen tout autre copte Y vouloir avec vous regarder de fi
Ce feroit me couvrir de honte.
Mais en mi fies d'amour la rigueur fe permet,
Gij
C eftun étroit commerce où l'intereft
engage.
Toutfie compte. & qui plus y met
Prétend retirer davantage.
Pendant trois mous entiers, comme
au fieul nom d'amour
Pay penfié, pour ifofer mettre ma
fldme au jour,
P en avais des accès à, me mettre
aux abois.
Faute de leur donner liberté de pa~
roiftres
Et fi quelques fioùpirs niéchapoient
Vous feigniezfie riy lie conoifire.
cette contrainte
T
ïay voulu laynr pourvoies plaire y
regarder comme une douce loy
JLa neceflîtéde me taire.
A la fin vos regards défiant huma-
M'ot permis devons dire, f aime y
ï en ay trouve mes fers à porter plus
Vousï' avezyemarquèvous-meme.
Ce mot a prononcer fi doux,
Quand je vous le difois, me donnoit
tant de joye,
Que je nommois les jours p a fie ^auprès
de vous,
Mais dire, je vous aime, & le dire
toùjours,
Apres tout ce rieft rien que dire,
G». • •
111
£t qui n'a dans [es maux que cc
foiblefe cours,
JV’^ pas trop de fujctderirc.
Mon amour meritoit un peu plus de
bonheurs
Maie pour peu qu'il ofe entreprendre,
Voue luy mettes^ en te fie un fi farouche
honneur,
Qu il ne fiait plus par où s'y
prendre.
Voila ce qui me fait demander qu'à
l'infiant
Nous fa fions un calcul quinte tire
d'affaire.
Si je veux de mes foins eftre payé
comptant,
Toute peine requiert falaire.
Depuis un an entier je vous en ay rendu
A toute heure fa de toute forte9
£t jamais Amant ajjïdu
2/ 'eut une paffion & fi tendre fa fi forte.
Vous me deve^milie famille foù- pirs
Dont j'ayfait P inutile avance y Vn indtgefie amas d'impétueux defirs
Efteuffe^par ma complaifance.
11
Vous me deve\des tranfports3 des langueurs^
Des chagrins 3 des inquiétudes> Et tout ce quun amour qu on nourrit de rigueurs3
Soufre de peines les plus rudes.
U1J
8o
. K C ¥ K
J
Sur esta, j ay rcceu four tout fou- lacement.
De voftre Gand baisé la faveur nompareille*
Et devant mes Rivaux une fois feulement^
Tous mavezyn riant dit trois mots à l'oreille.
le ne veux point le dépuifer, Baifer un Gand d'abord* c cft aller ajfe\vifte>
Mais n' avoir par delà jamais rien à baifer*
défi demeurer an premier pi fie.
Ainficomme fay plus avance que reccu*
Arrêtions* s'il vous plaift, ce qu'il me faut de refte :
Ne voulant que ce qui m efldeu^
le ne croy pas qtïon le contefie.
P eut-e(Ire vous direz^que (on n'a
pas toujours
. Dequoy fat iïfaire fur l'heure,
Et qu'il nef pas nouveau qu apres
mille détours3
Tout d'un coup le plus riche en arriéré
demeure.
P en fcay qui là-defus pourraient
s1 inquiet ers
Mais que cet embarras n'ait rien
qui vous retienne,
Tous avez des trefors capables
d'acquiter
Ei en d'autres de b te s que la miene.
8z MERCVRE.
Et fi je prens de vous plus que je ne dois prendre,
A tout bon compte revenir,
Je feray toujours prefi à rendre.
Je vous ay déjà dit, Madame, que Moniteur Colbert avoit fait l’honneur à l’Académie Royale de Peinture & de Sculpture, d’y venir dilti ibuer les Prix que Sa Majelté y a établis. Voicy ce qui s’y pafla. Il confidéra d’abord les Ouvrages des Etudians qu’on y avoit expofez. C’cftoient trois Tableaux & trois bas Reliefs fur un mcfmelujec.
GALANT.
Adam & Eve s’y voyoient reprelèntez dans la peine dont leur defobeïïTance les
a rendus dignes. Ce grand Miniftre prit féance en fuite; & le Secrétaire luy ayant prefenté l’Ade du jugement des Prix qu’il approuva, il fit appeller ceux qui les dévoient recevoir. Mr Che'ron eut le premier Prix de la Peinture, & Mr Vivien le fécond. Ceux
-----■ —I- —
de la Sculpture furent donnez à M1 l’Aviron & à Mr Huliot. Ils font tous Fran-
>. 1 ■
çois. Cette diftribution ef-
84
^CvR."E tant faite, le melme Secrétaire
reprefentaAM Col- bert les matières & les rai-
fonnemens des Conférences
qui s’eftoient tenues l’Année dernicre dans l’A- cadémie fur les belles Proportions en general, avec les Observations principales du deflèin de l’Hom- me, & beaucoup de choies qui regardent la grandeur des Contours, & la forme & le mouvement des Muf-
cles. Il luy fit voir ce qui s’eftoit dit fur les beautez
de la Figure antique du
GALANT. 8$ Gladiateur, fur fes diverfes manières, & fur la difé* rence du travail de la Seul:
pture. Plusieurs Préceptes pour les bas Reliefs y ef- roient joints avec quelques Queftions fur la Peinture & fur letenduë des Etudes
du Peintre. Cet Examen finit par ce qu’on avoit a^ gité fur deux matières tres- confidérables, l’une de la difpofition des Lumières, & l’autre de l’expreifion des Paillons. Mr le Brun qui avoit fait des Deifeins iur cette derniere, en confidé.
ration d’une recherche fi
ueceflaire & fi curieufa, les
fit voir à Moniteur Colbert,
qui témoigna en dire fort
fatisfait. Ce fage Miniftre
qui cherche tout ce qui
peut augmenter l’amour
des beaux Arts, luy conlèilla
de les faire graver
pour les donner au Public.
Il s’y engagea, & promit
d’y joindre d’autres O bfervations
qu’il a faites fur la
Phyfionomie. Il y a longtemps
que vous elles inftruite
de Ion rare mérite.
La qualité qu’il a de PreGALANT.
87 mier Peintre du Roy vous eft connue ; mais vous ne fçavez peut-elfre pas que d’un confentement uni- verfel il fut éleu Prince de la célébré Académie de Rome, dite de S. Luc, pour l’Année 1676. & confirmé pour 1.677. quoy que ce foit un honneur qu’on n’a jamais fait à d’autres Perfon-
nes abfentes. Le Roy qui aime à rccompenfer le mérite auffi-biendans les Pais
Etrangers que dans fon Royaume, envoyé des Prix
tous les ans à l’Académie
dont je vous parle, & je ne doute point que vous ne {oyez bien-ailé d’apprendre ce qui fe pafla dans la derniere diltribution qui s’en fit. Comme ils dévoient ellre donnez à ceux qui réüfliroient le mieux dans le travail qu’on pro- poléroit à la JeunefTe, Mr Bellori fut nommé pour choifir les Hiftoires qui fe- roient traitées. Aléxandre le Grand coupant le noeud Gordien, fervit de fujet aux Peintres-, & les Sculpteurs eurent celuy du fameux ‘
Dinocrate le préfentant
devant le me fine Alexandre
habillé en Hercule, &
luy portant le Plan du
Mont Athos. Quant aux
Architeéles , un des plus
çelebres Profefleurs en cet
Art, leur donna pour Sujet
la conftruétion d un magnifique
Temple tant en
Geométr'al qu’en Perfpeâ.
if. On prit pour Juges He
leur travail les plus confidérables
de la Compagnie
dans ces divers Arts -, & le
jour du Jugement ellant
arrivé, le Vice-Prince & le
nAvriL H
Secrétaire de l'Académie,
le rendirent avec eux dans
le lieu deftiné à y travailler.
Toute la Jeuneflè
s’y trouva le matin. Les
Prérendans furent fept
Peintres, huit Sculpteurs,
& quatre Architectes -, &
pour connoiftre avec certitude
fi les Ouvrages qu’ils
aportoient elloient de leur
main, on les e'prouva fur le
champ par un eflày à l’improvilte
fur un Sujet donné
de la Création de l’Homme,
pour eftre exécuté tant
en Delfeins qu’en bas Relicfs.
On mit les Architectes
à la mefme épreuve,
& ils achevèrent tous leur
travail avec une merveilleufe
diligence. Apres qu’ils
fie furent retirez, on examina
leurs Ouvrages, & le
Jugement s’en fit dans la
plus rigoureufe exaétitude..
Ils furent expofez dans la
grande Salle de l’Académie
le jour de la dillribution
d*e■ s* •P rix•. Elle eftoit ornée
des quatre fçavantes Histoires
que M.' le Brun a fait
graver, & lur lefquellcs il
avoit exercé auparavant fom
H ü
fameux Pinceau. Il y avoir
encor divers Tableaux de
la main des Académiciens
vivans, & jamais il ne s’eftoit
vcu une fi grande af-
O fluence de monde à cette
Ceremonie. Elle fut telle,
qu’à peine Meilleurs les
Cardinaux Nmi, Rofpigliqfi,
Carpegna, & Spada,
y purent entrer. Mr Bellori
fit d’abord un dilcours
très-éloquent & très-recherché
lur les avantages
des Arts qui failoient l’employ
de l’Académie, & fur
l’eliime que les Roys & les
GALANT. 91 Républiques en avoient toujours marquée. Il parla des honneurs qu’ils leur avoient accordez, exaçrera ? . O
l’utilité que les Villes en recevoient, & paflant des exemples des derniers Siècles à ceux de nos jours , il s’étendit furies traces dont O le Roy fait continuellement fentir les effets aux Académies, & rapporta les termes des Lettres Patentes que Sa Majefté a données pour la jonction qui s’en eft faite. On leût en fuite quantité de Vers à la
94 MERCVRE louange des Arts dont il <?
s’agifloit. Le mérité de c>
M‘ le Brun Prince de cette Académie, fut fort élevé, & l’heure s’avançant infen- fiblement, fit penfer à donner l'es Prix. Ils confiiloicnt en de riches Médaillés d’or; & ceux qui en avoient efté jugez dignes, les reçeurent de la main du Vice-Prince;
Arnaud Bucci de S. Orner, jeune Etudiant de l'Académie
Royale de France, A léxan dre Parifien,&Loiiis Boulogne Etudiant de la mefme Académie, empor-
GALANT 9y terent ceux de la Peinture.
s
Ceux qui eftoient deftinez. pour les Sculpteurs, furent donnez à Simon Hurterel
de la mefme Académie
Françoife, à François Nou- hieri de la Ville d’Ancône, Eleve du S'Guide, êcajesn Thirdon jeune François de la mefme Académie y & ceux des Architeétes, à Simon Seiupagne, à Au- gultin d’Arelier,&: à Claude de Go, tous "trois jeunes Etudians de la mefme Académie
Royale.
Je quite Rome pour vous
apprendre le malheur qu’ont
eu depuis un mois deux
jeunes Amans que vous
plaindrez. Une Belle d’Epernon
qui avoir accoutumé
de palfer à Paris la
; grande partie de l’An-
, y efloit venue l’Eté
dernier • & comme elle
n’avoit pas moins d’efprit
que de beauté, on ne doit
pas élire lurpris fi elle s’attira
un grand nombre d’Adorateurs.
Elle elloit éclairée
furie vray mérite, &ne
pût ellre infenfible a celuy
d’un jeune Protellant qui
l’emporta
GALANT. 97 l’emporta dans fon coeur fur tous les autres. 11 eftoit
bien fait, galant, fpirituel,
& tellement charmé de la
Belle , qu’il ne luy fut pas difficile de la convaincre de
fon amour. Il luy rendoit de très-fréquentes vifites, & paffioit fouvent des journées entières auprès d’elle. Vous fçavez, Madame, à quoy la reconnoiflance o- blige. Elle ne pût recevoir de fi obligeantes preuves de fa tendreffie, fans luy faire connoiftre qu’il ne luy eftoit pas indiférent. tA-vril. I
I
.98 MERCVRE
S’il failoit confifter tout fon bonheur à la voir, elle trou- voit un plaifir fenfible à lecouter. Leurs entretiens avoient toujours de nouveaux charmes pour eux, parce qu’ils ne parloient jamais que de leur amour; & fi des Fâcheux les obli- geoient quelquefois à fe iéparer avant que de s’ef- tre réitéréz les affurances d'une éternelle fidelité, c’eftoit pour eux le fujet d’un chagrin inconcevable. Vous pouvez vous figurer par là jufqu'où l’amour
. GALANT. 99 porta leur douleur, quand la Belle fut obligée de s’en retourner à Epernon. Jamais il n’y eut rien de fi cendre ny de fi touchant que leurs adieux. Les larmes qu’ils verlerent cil abondance , fembloient préfager qu’ils fe quitoient pour toujours. Un coup fi eruel mit l’Amant au de- fefpoir. 11 s’abandonna tellement à fon déplaifir, qu’il fut incontinent fur- pris 'd’une groife fièvre, accompagnée d’un crachement delang prefque con- I ij
‘•â
I
<1
J
{V
4
ïoo
•1
tinuel -, & pour furcroilt dé maux, il apprit que les Pa- rens de là Mailtrelfe la
prelïôienr d’époufer un Lyonnois qui n ’ oublioit rien pour s’en faire aimer. Elle luy avoit juré tant de fois que fon coeur ne feroit jamais qu’à luy, quril ne la pût croire capable de violer les fermens qu’il avoit reçeus. Il voulut pourtant luy en faire paroillre quelque jaloufie-, &c comme il eil difficile d'eftre Amant
làns devenir Poëte, quoy qu’il n’euft jamais fait
de Vers, il fit ceux-cy qu’il
luy envoya.
T Y R S I S,
A
SON AIMABLE SYLVIE.
Antces beaux lieux,ma
Sylvie, où vom efles,
J? Votuquiporterie Printemps
avec votte,
Quand voue voye^ces belles Kialettcs,
Ah! tout au moins fouvene^vous
de nous.
Souvenez^ vous que j’ay le teint
plus blême,
Quand vous voye\ leur aimable
pâleur.
io2 ME RC VRE
Si ce nefloit^ hélas ! que \e vous "
1 aime,
le riaurois fa* auffi peu de couleur, le n'auroù pas enduré tant de peine
Pour-me ré foudre à vous laiffer partir.
le fuis reflé fans poulx &fans haleine.
♦ t < 1 J i
Mon dme'éftoit toute prefeâ fortir^
le vis encor y car l3Amour me fait vivre,
Mais des Mourans je fuis au premier rang*
Et mon coeur fait des efforts pour vous faivre,
Qui ni ont coufé le plus beau de mon fang.
Ce coeur, helas ! fe fait aimer des Bejles
Qui font effort pour vous le débats• chers
U/tUfW i . IOJ
ma Sylvie 3 il eftd.es plus
fit déliés^
Rien icy bru ne peut vous 1'arracher.
Rien icy bas neme répond du voftre.
Comme vos yeuxypeut-eftre il ma
Mais (î r Ingrat me change pour
un autre,
Il payera bien fon infidélité.
La Belle qui entendoit
raillerie, & à qui l’amour
ne fut pas moins favorable
pour luy infpirer un peu de
Facilité à faire des Vers, fuivit
les mouvemens de fon
coeur , & luy répondit de
cette forte.
A SON CHER TYRSI S.
*// eji vray que je fois
ton aimable Sylvie,
CherTyrfis^prens bien
foin de coferver ta vie*
Le temps qui fuit la mort nef fat
le temps d!aimer.
Viensy viens voir dans ces Bois nos
belles Violettes
Quà l'envy les Zephirs qui s en
laiffent charmer^
Par leurs tendres bai fers s'efforcent
d'enflamer.
il rien efl point (finon quelques jeunés
Coquettes)
Qui pu ifie à fon Zéphir refi fier plus
d'un jour.
Ah Tyrfis ! 'ceft ainfi que tu viens
me fur prendre,
Et mon coeur aujourd'huy qui ce de
à ton amour *
Ne me paroi/foit pas fi tofi prefi à
fe rendre.
Sois trifie & languiffani^fois pale
& fans couleur,
Sois un Homme mourdtfdns poulx^
&fans haleine ;
Mais que Sylvie au moins foit toujours
dans ton coeur,
Elle aura foin dans peu de fiulaytr
ta peine.
Cependant elle va chercher l'ombre
des Bois.
Jalonfe de P Amour elle ri a qu'une
envie,
Eüe veut déformais ta fide lie Sylvie
Qua/furé de fon coeur tu luy difes
centfois y
Dam mon plus grand amour fi
je n’a y pu te Cuivre,
Dans mon plus grand malheur
toy feule me fais vivre.
Idèbien, Tyrfis, malgré tesfentimens
jaloux *
Croiras-tu que fins toy rien me
fuft eftre doux l
Cependant les injuftes
Parens de la Belle qui favorifoient
la recherche du
Lyonnois, vouloient abfolument
qu’elle fe réfolut à
l’époufer; & cette perfécution
jointe à l’inquiétude
que luy caufoit la maladie
GALANT. 107 de fon Amant, la fit tomber elle-mefme dans une
fièvre continue qui l’emporta en quatre jours. Jugez de fori defefpoir à une fi funefte nouvelle. Il la
reçeut comme un coup de foudre dont il demeura é- crafè. Son mal redoubla, & comme il n’avoit longé à conferver fa vie que pour celle qu’il aimoit, il ceflà d’en prendre foin quand il s’en vit fi cruellement privé, & mourut prefque dans le mefme temps. Dites apres cela, Madame, que
les Hommes ne fçavent
point aimer, & qu’il ne
faut que huit jours d’abfence
pour les guérir de la
plus violente paillon.
11 en eft que ny l’ardeur
de la Gloire, ny les grandes
Aélions qui y mènent,
ne font point capables de
faire manquer aux proteftations
de n’oublier jamais
ce qu’ils aiment, & on connoit
une Perfonne de qualité
que fa valeur a élevé à
une des plus confidérables
Charges de l’Armée, qui
ayant pris de l’attachement
depuis quatre ans pour une
Dame d’un fort grand mérite,
faitfajoye de luy donner
des marques de fon
fouvcnir au milieu de fes
plus importantes occupations.
Leur réciproque tendrefle
qui n’eit point cachée
aux Gens du grand
monde, a donné lieu à ces
Vers.
,4* *
Es Beautez^quon voit à
la Cour*
Cherchent bien moins tin
tendre amour,
Quun Héros tout couvert de
trio ire,
O
lijied bien à leurs traits de vaincre
des Céfars')
Mais peu comme Fhilis ajjurent
leur v Hto ire
Bar la captivité d'un des Fils du
- Dieu Mars*
Je ne prens point afTez
le party des Hommes pour
décider en leur faveur lur
le mérite de la confiance.
GALANT. in Il eft bon Couvent de ne s’en pas rapporter à leurs fermens -, mais ( & cecy foit dit fans vous chagriner ) il n’yapasauffi toujours feû- reté entière avec celles de
voftre beau Sexe-, & la Lettre qui fuit d’un Amant trompé, vous fera con- noiftre que les Belles n’aiment pas avec un fcrupule fi délicat, quelles s’emba- raffent des Malheureux
A LA PLUS COQUETTE
FEMME DE FRANCE.
Lyn tant de Perjonnes à
qui ce titre convient, qu’il
eft difficile que le Public devine
a qui il s a. dre [Je. Quelques
Amans jaloux foup donneront
que ceft à leur Maif'-
trejje j mais vous ne pouvez
douter que ce ne Jbit d vous,
s'il vous reftoit quelque incertitude,
je riay qu'à vous
dire que fay efté l'Homme
du monde le plus amoureux
GALANT, nj g/ le plus trompé. Ces deux noms que j'ay pris fi fiuvent en vous donnant ce luy de U plus coquette Femme de France , vous empefcheront de nous méconnoifire l'un Çÿ l'autre. Je croy que vous feriez, bien fâchée que l'on puft vous difiuter cette qualité, & que vous fiuffiiriec^ avec peine qu'il y euft une autre Femme quifieufi comme vous rendre un Homme
amoureux & miférable. Vous avez, inventé une fine de coquetterie fériéufe Cÿ ms- deFte qui n elioit point encor
(Avril. K
ii4 MERCVRE
connue, & que vous cachet
fous une apparence fi trompeufe
, que l’on n en découvre
l'artifice que lors quil
a fuit fon effet, Çs? qu'il rieft
pluspoffible de s en défendre,
ïay payé le tribut que vous
doivent tous ceux qui vous
approchent, le
vofire pouvoir, mais je fuis
encor fenfible aux plaifirs de
vous écrire, fins que vous
puijfiez. faire de facrifice de
mes Lettres. Le moyen dont
je me fers efi le feul qui peut
rrien défendre, le ni en ferviray
peut eSire auffi pour
le vous en ay fouvent menacée,
gÿ le Public les verra
fans que je manque à la dif
crction que je vous ay tant
vous mérite^
Comme on n’aime que
pour élire aimé, il ne faut
pas s’étonner fi on cherche
quelquefois à faire lès
conditions. Voyez par ces
Vers que j’ay reçeus de Bordeaux
, fi un Amant qui
craignoit de s’enmmer inutilement,
a eu railon de
faire expliquer fa Belle,
DEMANDE A IRIS.
SErez^ vous pitoyable, ou ferez.-
vous cruelle,
Quand je vous par leroy de l'ardeur
de mes feux <
Ce doute membarajfe, en vou$\
voyant fi bclle^
Et me fait diférerde vous ofrir mes
voeux.
Si vous les refitfez^ ma fortune efi
à plaindre.
Si vous les recevez^ mon fort efl
glorieux >
Mais je n ay pas fujetde craindrer
Si vous avezfie coeur au fit doux que
les yeux.
GALANT. 117
REPONSE D’IRIS.
AMant préfomptueux cher* chez, qui vous écoute,
Vous attendsezj&n^temp.s à parler de vos feux,
Si vous croyez^ me voir éclaircir voflte doute,
Avant que de m'ofrir vos voeux.
, Il
Vous vous déclarez^trop en Ame intèrefiée ,
Et quand je conviendrons que mes yeux fujfent doux,
C'eft vous flater d'une injufte penfée,
De croire que mon coeur fuft de ’ mefme pour vous.
REPLIQUE.
PQurquoy me blâmez^ vous
adorable Climene^
Devons avoir fi toflfait connoiflre
mes Jfeux ?
Z e tendre hommage de mes voeux
Doit-il m attirer vofire hainel
Ah jugez^ mieux par vos rigueurs
Du tri fie fuie t de ma.plainte.
J^oycz^ l'excès de mes trifies lan -
gueurs,
£t de quels maux j'ay l ’ame atteintes
Alors plaignant un malheureux
Amant
Qui jufqüesau tombeau veut vous
eftre fide lie,
Sans • doute vous direz^quune flame
fi belle ■
Mérite un plus doux traitement.
REPONSE D’IRIS.
E parler plus, cruel Ly-
£ N fandre*
Vous triompher^ vofiretonr,
Aliéné ne puis m en défendre,
11 faut cedertoft ou tard d l'
mour*
Il y a eu plufieurs Prétendans
pour la Charge de
Lieutenant-Amiral deDun-
' querque,qui avoit toujours
elle' exercée par commiffion,
& que le Roy n’a érigée
en titre d’Office que
depuis la mort de MrBou~
trouç dernier pourveu. Mr
de la Heltroy a elle du nombre
de ceux qui fe font préfentez
pour la remplir. Il
eftFils deM le Potier Lieutenant
Particulier de Montreüil
fur Mer. Son éloquence
a paru dans plufieurs
Plaidoyers qu’il a
faits depuis, quatre ou cinq
ans qu’il a elfe reçeu Avocat
en Parlement. Feu M1
le Premier Préfident, qui
fâifoit tout avec une fi exacte
juftice, luy a fouvent
donné des louanges-, & fon
mérite luy auroit fait obtenir
l’agrément du Roy pour
«e tte
GALANT 121
cette Charge, fi fon peu
d’âge n’y avoit pas apporté
un obhacle eflêntiel. Ml
le Potier fon Pere, qui eftant
le plus riche de laVilie,
avoit elle en pouvoir de
polfeder les plus confidérables
Emplois, & les avoit
toujours refulez par modeftie,
a fait par la confidération
d’un Fils qui en
elt fi digne, ce qu’il n’avoit
jamais voulu faire pour luymefme.
Il a demandé qu’il
pluft au Roy de le faire
Lieutenant-Amiral deDunquerque
; & les fervices
tAvril. L
i22 MERCVRE qu’il a rendus, & cette admirable intégrité qui eft originaire dans fa Famille, l’ont fait préférer à tous les autres. C’elt à dire, Madame, qu’on peut regarder cette importante Charge comme en dépoli entre lès mains, jufqu’à ce que Sa Majelté luy veuille permettre de s’en défaire en faveur de M’de lg Hellroy fon Fils. Voila ce qu’a produit l’amour de Pere. Il s’engage à travailler plus que jamais dans un temps, où le feul foin de fon repos devroit l’occuper.
GALANT. 123
Ces fortes d’Emplois o- bligent d’autant plus à de grands foins, que les occa- fions de Mer font fréquentes. Les François ne s’y font pas moins craindre que fur terre ; & quand leurs Ennemis ne font plus forts que des deux tiers, ils n’ofent jamais les attendre. Nous en eufmcs encor
une marque dernièrement. Douze gros Vaifleaux de guerre Hollandois, trois Fluftes, deux Frégates, & fix Brûlots, le tout commandé par le meilleur Lij
; I24
: Homme de Mer qu’ils
! ayent, n’oferent combatte
M‘ le Chevalier de Chafjtcaurcnaut,
dont l’Efcadre
'j£^^n’elloit compolce que de
fix Vailfeaux. Ml le Chevalier
de G halle aurenaut
montoit le Courtijan 3 M1 de
la Bréteche, le Bon 3 M1 de
Belliiïèiard, le S. Louis 3 Mr
le Chevalier de Bellefon-
^ajjiÊ, ; M1 de la
Mote-Jenoüiller, le Foudroyant
3 & M‘ de_Réal} le
Superbe. Tous ces Braves
qui ne cherchoient qu’à fe
fienaler, eurent le chagrin O ' O
A T A Kl "F
V.X n U, fl 1K 1
GALANT. 125 de voir fuir leurs Ennemis
apres les avoir attaquez -, & tout ce qu’ils purent, ce fut de mettre le defordre
parmy eux, & de les pour- ïuivre jufqu’à la nuit. Ils leur tuerent des Officiers & des Matelots, & leCanon des Vaiffeaux de noftre Ef- cadre defagréa quatre des plus gros de ceux dont elle entreprit l’attaque. Celuy d’Everfen fut démâté de deux de fes Mâts. M‘ le Chevalier de Chafteau- renaut porta fes feux toute la nuit. C’eft par là qu’on
L iij
126 MERCVRE
fait connoiftre aux Ennemis qu’on ne les fuit pas, & qu’on les invite a venir combatre s’ils en ont envie.
Tandis que nous ïom- mes fur le Chapitre des Vaifleaux, il faut vous dire une Avanture de Mer qui m’a efté mandée de Bretagne.
Mr Bréart S1 de Boi- lage, Capitaine d’une Frégate armée en courlc, ef. tant lorty du Port-Louis avec une petite Flote de Barques chargées de Bled qu’il convoyoït jufques à
GALANT. ,127 Bayonne, fut lùrpris d’une fi rude tempelle à la veuë de cette Ville, qu’il fe trouva obligé de gagner le O, . c>’ £> large pour éviter la Coite qui eft toujours à appréhender pendant le gros temps. L’orage ayant duré deux jours & deux nuits, le pouffa fi près du Portugal, qu’il y relâcha pour faire radouber fon Baftiment.
Si-tolf que le vent luy parut favorable pour fortir, il mit à la voile, dans le def- fein de croifer le long des Colles d’Efpagne ; & à la
L. • • •
111J
128 MER
hauteur de la Galice il apperçeut
deux grands Vaifleaux
qui portoient Pavillon
Turc ou d’Alger. La
crainte de tomber dans l’Ef
clavap-e luv fît ranger la
Colle. Les deux VailTeaux
lapprociierent,& il remarqua
qu’ils avoient chacun
vingt-quatre Pièces de Canon.
La partie n’elloit pas
égale. Sa Frégate clloit
montée feulement de huit,
& il n’y avoit pas d’apparence
qu’il fongeaft à refifter.
La feule rélolution
qu’il eut à prendre, fut d’alA
T s x 1
U AL AN L 129 1er donner aux Coftes de Galice quand il fe vit prell d’ellre abordé. Il y brila, & fut aufli-toft arrefié par lesEfpagnols avec tout Ion équipage. Il évita les ch 11-
1 A 1 / • • -1
nés des Algériens, mais il ne pût fléchir la dureté de ceux qui le prirent,& qui le traitant de Corfaire lur fa commilfionpour mettre en courfe dont ils le trouvèrent faify, luy firent éprouver tour ce que la Prifon a de cruel. N’avoir que du pain,&coucher lur la terre, c’cftoit prefquela moindre
Vous jugez bien, Madame,
que ce mauvais traitement
joint à l’amour qu’on a naturellement
pour la liberté,
luy fit chercher avec loin
des moyens de la recouvrer.
Il luy falut du temps,
mais enfin il en vint à bout.
Onluy fournit dequoy dégarnir
quelques pierres des
murailles de faPrifon. Ses
Matelots qui elloient enfermez
avec luy , prellerent
les mains à ce travail,
& le tout fut fi heureulement
exécuté, qu’à l’aide
de quelques cordes qu’ils s’eltoient fait apporter, ils defcendirent tous par l’ouverture qu’ils firent, & fe rendirent au Port. Six Matelots fe jetterentàlanage, & allèrent chercher deux Chaloupes qu’ils amenèrent à terre. Toutle monde s’y citant embarqué, le Capitaine dont je vous parle vouloir enlever un Navire du Roy qui eltoit dans ce Port; mais tous les Gens s’y oppoferent, dans la crainte de n’y trouver pas les Apparaux dont ils au-
i
132 MERÇVRE roicnt eu beioin pour le conduire. Ainfi on changea ce deffein en celuy de fe rendre maiftre d’une Barque. On s’en approcha. On monta dedans. Les Gens de cette Barque s’éveillèrent au bru r, & voulurent fe mettre en defenfe. On leur prefenta le couteau-, & la mort dont on les menaça s’ils refilloient, les obligea de ceder au nombre. Nos Fugitifs levèrent l’anchre, defcendi- rent une petite Rivière qu ’ ils ne connoiffoient
GALANT, point, avec grande appré- henfion d’échouer ou à la Colle, ou lur quelque Banc de fable, & arrivèrent heu_ roulement en pleine Mer. Ils voulurent mettre à la voile-, mais il y avoit fi peu de vent, qu’il leur fut im- poflible d’avancer. Ils fe crûrent perdus, ne doutant point qu’on n’envoyait apres eux fi-tolt qu’on s’a- percevroitde leur fuite. En effet, ils virent incontinent dix ou douze Chaloupes chargées de Gens armez, qui s’approchèrent à force
de Rames. Leur évahon ne
leur laiifant elperer aucune
grâce des Elpagnols, &
n’ayant point d’armes pour
fe défendre, ils arrefterenr
qu’ils fe tiendroicnt en
pofture de Suplians quand
ils verroient les Chaloupes
aborder leur Barque ; &
que fi-tolt que leurs Ennemis
commenceroient à
y monter, ils fe jetteroient
iur eux & dans leurs Chaloupes
pour les defarmer.
Auffi-bien il valoit autant
mourir en combatant, que
de fe laiïfer ramener dans
une Priion d’où ils n’au- roient lorry que pour aller au fuplice. Le delefpoir fait venir à bout de bien des choies, & cette résolution qu’il leur fit prendre auroit peut-elire eu quelque bon effet, mais le vent qui s’éleva. tout-à-coup les tira d’inquiétude. 11 rut fi fort, que les Chaloupes ne purent luivre, Ainli ils prirent la route de France, & arrivèrent heureufement à la Rochelle, où la Barque qu’ils avoient enlevée fut vendue. avec huit Ton-
136 ME Bu CVRE
neaux de Vin de Ribedani
dont elle elloit chargée, 5c
qui ellle meilleur Vin d’Elpagne.
itMon-J-- Monfieur le Marquis de
fw"/z'"Montal, Fils de Monfieur
le Comte de Montai Lieutenant
General des Armées
du Roy, Commandant General
pour Sa Majellé au
Pais de Hainaut, & Gouverneur
de Charleroy, époufa
dans les derniers
jours du Mois pâlie Made-
^j^aA-moilèlle de Tavanes, Fille
du feu Marquis de ce nom.
La Maifon de Tavanes ell
anciennes de Bouro;oo.ne. r & & Galpard de Saulx, Seigneur
de Tavanes, fut élevé Page
de François!. 11 fervit dans
Foflan lors qu’il fut affiegé
par les Impériaux, eut employ
dans ^Guerre de Provence,
& fe trouva à la défence
de Théroÿanne. 11
fervit aulli aux prifes de
Damvilliers, d’Yvoy, de
Luxembourg, & 1e fignala
aux Batailles de Serizoles &
de Renty. Le Roy le fiv
Chevalier de fes Ordres au
retour de cette derniere.
tAwil. M
i?8
J
198 MERO
Apres la prife de Calais à
I— ' “ - • -
Majeftë le gratifia de la
laquelle il contribua, Sa
I
Lieutenance Generale du
Gouvernement de Bourgogne. L’Hiftoire nous fait connoiftre qu’il ne s’eft pafle aucune occafion pendant lesGucrresCiviles contre les Huguenots, où il n’ait donne des marques de fa valeur. Il fauva l’Armée du Roy près de Pamprou en Poitou, fervit aux Combats de Jarnac & de la Roche-Abeille, &à la Bataille de Moncontour, & fut en.
GALANT. 139 fuite honore' du Ballon de Marcfchal de France. Peu de temps apres on le fit Gouverneur de Provence, & Admirai des Mers du Levant. Jamais Homme n’eut tant de zele pour les Catholiques. Il elloit originaire d’Allemagne, Se avoit elle naturalifé. C’elt vous faire un affez grand eloge de fes Defccndans, que vous dire qu’ils le font tous montrez dignes d’el- tre fortis d’un fi grand Homme. Ils ont fait al- liance.avec les plus confidé-
M ii
140
itL
râbles Maifons du Royaume , &c lont entrez dans
celles de la Baume-Mont-
rével, de Rqchechoüart, de Poiflès, Chabot, Bru- lart, Potier, d’Apres , de Montpefat, d ’ Apchon, d/Albon , Grimaidi, de la Tour-accors, & autres. Le Mariage qui me donne •lieu de vous en parler, s’elt fait auChalleau de la Marche
appartenant à Madame la Marquife de Tavanes. On peut dire qu’il eil rare devoir unir déplus grands mérites. Celuy de Mr le
GALANT. Lu Marquis de Montai eft trop connu par les lervices qu’il rend depuis huit ou dix Campagnes dans les Armées de SaMajefté, pour avoir befoin que je l’exa- gerc. C’eft un Gentilhomme très-bien fait, & qui fuit admirablement les traces de M fon Pcre. Quant à Mademoifelle deTavanes, elle paffe dans la Province pour une Beauté achevée, mais cette beauté n’eft pas le plus grand de fes avantages. Ses belles qualitez ont des charmes qui l’em-
142 MERCVRE portent fur tous les agré- mens de la Perlonne, & quoy qu’elle ioit très riche, il ell certain que la douceur & la délicate lie de fon
Elprit ont toujours elle les plus prelfans motifs qui ayent engagé a fa recherche plufieurs Perfonnes de la première qualité. Que ne peut-on point attendre de tant de vertus jointes enfemble} Il ell impolhble qu’un Sang fi noble des deux collez , ne produife des Héros dignes de la gloire que l’illullre Mr
le Comte de Montai s’jeft
acquilè.
Madame d’Ernoton accoucha
dernièrement de
trois Filles, qui furent nommées
les trois Maries. Elle
eft belle, jeune, fpirituelle,
& Femme de Mr d’Ernoton
•Confeiller de la Quatrième
Je vous envoyé un Sonnet
qui vous obligera fansdoute
à vous déclarer pour
une Mufe naiiTante. Il eft
de M1 le Marquis de Ma- Caule
Marefchal de la Force.
i44 MERCVRE
Sa lecture vous perluadera
de fon Efprit. Il l’a vif &
délicat ; & quoy qu’il n’ait
encor que quinze ans, vous
m'avouerez qu'il tourne
déjà les choies d’une maniéré
tres-fine. Il fut élevé
en Angleterre dés fon bas
âge, & ily apprit la Langue
du Pais qu’il parle avec une
facilité admirable. Il repaffi
en France à dix ans,
& y commença fes Exercices
dans le Chafteau de
la Force en Périgord. Il les
achevé prefentement à Bordeaux
dans le College de
Guyenne,
GALANT. i4î
Guyenne, où il prend des
Leçons dePhilolophie avec
un fuccés merveilleux. Ce
jeune Marquis a fait le
Sonnet que vous allez voir
pour une Demoifelle toute
aimable par fa beauté & par
fon efprit.
SONNET.
PASSION NAISSANTE.
'Où viennent ces chagrins
& ces inquiétudes
Qui femblët avoir pris
l'empire de mon coeur?
tAvril. N
Po.urquoy chercher far tout les tri fies foli aides
Dont le profond filcnce augmente ma langueur!
il
le change malgré moy toutes mes habitudes,
Malgré moy je me livre en proye et la douleur.
Dieux, dots- je refientir des atteintesfi rudes,
Sans que ma raifon puifie adoucir leur rigueur!
/Il
ï éprouve chaque jour quelque nouvelle peine,
l'en cherche le fijet, mais ma recherche cfi vaine,
le refve, \e foûpire, (fi je ne fcay pourquoy. '
tins pour moy de plaifrs^ tout me
nuity tout me ble]fey
Mille troubles confus m accompagnentfans
cejfey
Et tout celay Philisy depuis que je
vous voy.
La belle Perfonne qui a
donné occafion à ces Vers>
y a répondu de cette forte.
^Ortc^de ce chagrin^ Lyfandre*
\fj Et ne fontes qu'à vous quérir*
ï ay le coeur b ienfai fini & tendre y
Efî-ce ajfezjpour vous fe courir ?
J’adjoûte icy quelques
Inpromptu que vous ne
defaprouverez pas.
PROTESTATION A UNE
Belle qui accufoit fon Amant
d’infidélité.
S / Ciel me privoit dujour,
Voue verriez., belle Irie* lafin de
mon amour,
Maie pour efire infideÙe
trop amoureux voue e(leî
trop b elle.
A P H I L I S QU I N E
vouloir pas s’engager à eftre
Confiante.
QVand pour prix de l'amour
quevoue ni avez^fait naifire.
levoue demddeun coeur confiant
Voue me répodezj>ar3 peut-efire\
Ué bien, Philiei je voue en offre
autant.
DECLARATION
d’Indiférence.
Almez^ ou naime\pat^ il mefl
indiferent.
Mon coeur eft revenu de toute fa
On ne le verra plus près de vous
[oùpirant'
A moins que vous 'n'ayez^ pour luy
quelque tendrefe,
Et déformait il aimera
Selon le bien qu'on luy fera.
POUR UNE BELLE QUI
avoit un Amant d’une Religion
contraire à la Tienne.
9 1 ^nt jeferayProteftdt*
Vous ne pouvezfoufrir que mon a~
mour s explique.
N üj
Quelle bigote politique!
Que craiÿicz^vous, Iris! J moins d'efire in confiant\
Selon les Loi si d'Amour on rie fi point Hérétique.
DISPOSITION D’UNE Belle à aimer.
• k
SlvouspourfiuiveZ'de nfaimer, le vous trouve qjficz^ redoutable >
Mon coeur me dit déjà que vous efies aimable y
le devrais bien m'en a II armer*
Mais le moyen ficelas.* le moyen de s'armer
Contre un péril qui paroifiavrea-. bit!
Ces dernières Paroles ont
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, GALANT, iç efté mifes en Air par un fort habile Homme de Rouen, dont l’employ marque af- fez combien on eflperfua- de du talent qu’il a pour la Mufique. Les voicy notées.
Je fuis furpris que vous n’ayez point encor veu l’Hiftoire de Tamerlan. Il y a trois mois qu’elle efl imprimée. Je vous l’envoyé. Elle eft de Mr de Saintyon Secrétaire de feu M1 de Guyfe Jjenry de Lorra ine, qui l’a dédiée au Roy. Ce Livre fut reçeu de toute ’N iiii
MERCVPOE la Cour avec applaudifle- ment quand il eut l’honneur de le préfenter à Sa Majefté. Vous y trouverez quantité de chofes qui vous plairont, (oit pour la maniéré dont elles font tournées, foit pour les recherches curieufes de plu- fieurs particularitez qui ne fe rencontrent pas aifé- ment ailleurs.
On achevé un petit Roman dont on m’a fait voir
une partie. C e il une Nouveauté que je ne manque- ray pas à vous envoyer iî-
roft quelle paroiltra. Elle a elle caufe d’un incident
afTez particulier. L’Au- theur ell Amy d’un fort galant Homme, qu’il pria de luy vouloir faire un Billet tendre pour une Héroïne de fon Roman, & il
luy fit cette priere non- feulement parce qu’il luy connoifloit 1 ’ Eïprit tres- déliçat, mais parce que le fçachant attache' depuis fort longtemps à une tres- aimable Perfonne, il ne doutoit point qu’il nefçeût s ’ expliquer
us
ïU MERCVRE ment, qu’un autre en matière de tendreflè. CetAmy fit le Billet, le mit dans fa poche écrit de fa main, & ayant paffé chez la Belle qui a tous fes loinss, avant que de le porter chez celuy qui lavoir prié de le faire, il le lai-flà tomber par me- garde. La mcfine chofeluy feroit arrivée ailleurs par le peu de précaution qu’il avoir crû devoir prendre pour le cacher. La Belle le ramaffa fans qu’il en vift rien, fortit un moment fur quelque prétexte,, l’alla lire
GALANT. 155 en liberté, & revint pleine d’une jaloufie qui ne devoir pas déplaire à fon Amant. Elle avoit crû qu’il écrivoit à une Rivale. Jugez des re-
O proches. Il les. a effuyez plus d’un jour, quoy que ion innocence parlait pour luy, & je ne fçay mefme û la Belle ne continué point encor à gronder.
Je fuis ravy, Madame, que vous loyez fatisfaite de ce que je vous ay écrit du Siégé de Gand. Avant les Conqueftes de nollre incomparable Monarque, on
n’auroit pas fait un pareil compliment à celles” de voftre Sexe. Elles lifoicnt peu de Relations de Sieges & de Combats ; mais les particularitez qui s’y rencontrent aujourd’huy ont quelque chofe de fi furpre- nant, que les Dames ne peuvent fe défendre d’avoir de la curiofité pour tout ce qui traite dîme matière dont le feul nom leur faifoit peur autrefois. Le plaifir qne vous me témoignez prendre à la leéture de ces grands morceaux
GALANT, 177 d’Hiftoire qui feront l'admiration & l’étonnement
des Siècles à venir, me paye bien de la peine que je me donne à les rama (fer. Ce
font trente Relations que je vous envoyé en une, ou Îdutoft ce font toutes cel- es qui ont elfe écrites fur le mefme fujet. Je tire de l’une ce que je ne trouve point en l’autre, & quoy que j’oublie rarement aucune particularité d’un Siège, il feroit à lôuhaiter pour voftre fatisfaélion que le peu de temps que je puis
ménager chaque Mois pour de fi grandes matières, ne m’obligeait point à reifer- rer beaucoup de chofes qui dcmanderoient plus d’é- tenduë. J’aurois deû vous
marquer la derniere fois ^^fque la fituation de Gand 'ûÿffiWuy fourniifant de grands ;S^-avanta<res pour fa defence, nous ayant mis dans la neceflité d’en faire l’attaque
par l’endroit le plus fortifié, on pouvoir dire à l’égard du Roy, que c’eftoit une très-forte Place qu’il avoit prife. Si le deiftin de
pas eu de trcs-grandes diffîcultez
, on n ’auroit pas
préparé avec tant d’ordre
& de promptitude tout ce
qui eftoit necefïàire pour
le faire réiilfir. Qu’on exaxamine
les grands travaux
qu’il a coûtez, & le peu de
temps qu’on employé à les
faire, on fera obligé d’avoüer
que dans une pareille
occafion, l’Antiquité
ne fe peut vanter d’avoir
jamais rien veu de femblable.
Je ne le dis qu’après
un grand Prince plus
i
connu encor par le nombre
de fies Victoires que par leclat
de fon Sang, quoy qu’il
n’y en ait point en France
de plus Augufte. Il eft certain
que fi les Afliegez eufi
fient efté en pouvoir de faire
une refiltance plus éclatante
& plus opiniâtrée, la
prifie de cette Place auroit
pafle tout ce que les Hiftoires
fabuleules nous racontent
des Sieges les plus
étonnans. Ces prodigieux
préparatifs, & les moyens
de es executer, eftant l’effet
de la prévoyance de la
ALAHT. 161
Ogrande conduite & de l’expe'rience
du Cabinet, il
vaut mieux fe taire que d’afoiblir
ce qui eft au deiTus
de toute forte d’expreffions.
On donna les ordres
pour la marche de nosTroupes,
& les mouvemens quelles
firent fans en fçavoir
la railon un peu auparavant
qu’on afiiegeall Gand, furent
caufe que quatre mille
Hommes qui y avoient
paffé l’Hyver, en for tirent.
Vin^t deux Bataillons Hol- O y landois qui eftoient à Malines,
marchèrent à Haïfel
lAvril. O
fur le mouvement que Aide
Calvo eut ordre défaire.
11 faudroit trop de temps,
pour vous écrire toutes les,
particularitez qui. fe découvrent
de jour en jour
touchant nos lùccés, & qui
font connoiltre que nos
Ennemis imputent injuftement
au bonheur, ce qui
n’eft deû qu'à la valeur &
à la conduite. Admirez ce-
■I !<»•
4
I

r
pendant la bonté du,Roy, '
Gand: pouvoir eltre pris, <
d’affaut. Nolhre Armée fe
fuit enrichie par là en peu j
d’heures, & ce grand PrirnI
1 •
/ • i } GALANT
ce qui veut conquérir les
coeurs des nouveaux Sujets
que fes armes Iuy (oûipetrent,
fit dire à fesHabitans,
que s’ils ne fe rendoient
pas, il ne pouvoir répondre
du pillage, à caufe de la
grandeur de la Ville. Les
avantages que nous
rons de fa prife font tresu
retU
grands, Safituation en rend
la conquelle fi confidérable
, qu’elle rompt toutes
les mefures que-les Ennemis
avoient prifespour ce rite
Campagne. Ils font obligez
de. mettre Garnifon
O ij.
aans dix places qui n en
avoient pas befoin auparavant-.
Il leur Eiur une Armée
pour les remplir, &
ces meimes Places ne laifleront
pas d’eftre inquiétées
par la Garnifon de
Gand. Si fa confervation.
nous oblige d’y en entretenir
une Kg? rande,? nous en
tirerons beaucoup de contributions,
&d’ailleurs nous
oftons aux Ennemis un favorable
Quartier d’Allèmb
1 ée. No us les e rnb ar a ffo ns
pour la communication de
plulieurs Places de Mer, &
de beaucoup d’autres qui
fe trouvent enfermées entre
les noilres. Le Orn and
nombre de Rivières qui
s’unifient à Gand y font
d’une mande utilité. Les
lieux où il y a des Rivières
ne manquent jamais
de rien, & c’eft par cette
railon que cette Ville a
toujours efté appellée la
Mere Nourrice de la Flandre.
On peut juger de
quelle importance le Duc
de Villa-Hermofa l’a jugée
pour le Roy fon Maiftre,
par les termes de fa Lettre
au Gouverneur. Elle a elle
donnée au Public, & vous
fçavez, Madame, qu’il luy.
mandoit que du luccés de
ce Siège dépendoit ou le.
falut, ou la perte entière des
Païs-Bas. La Citadelle en
a efté trouvée beaucoup
meilleure qu’on ne l’avoir
crû. Les Folfez en font larges
& profonds* & nous ne
tirerons pas moins d’avantages
de cette prife, qu’elle
caufe de dommages à nos
Ennemis. Ils font obligez
de rompre tous les jours des
Digues, .d’inonder ; des Pais*
A* V
Z*'
de rafer des Chaltcaux, <V
de lâcher des Hclules. Le
3 1 • 167-
D uc de Villa-Hermofa, qui
comme je vous ay marque
Gonnoifloit 1 ’ importance
de cette Place, n’en eut pas
fi-toft appris.le Siégé,, qu’il
cria Bataille. Il en dre fia
mefme un ordre, & ne doutant
point que la Place ne
pull: fe défendre deux mois,
il crût avoir beaucoup de
temps à s’y préparer. Il eut
la-deflùs une Conférence
à M al i n e s- avec le Prince
diQrange. Ce Prince quia'y‘w'
beaucoup de coeur, &. qui
ell naturellement entreprenant,
demeura d’accord
de fecourir Gand, & dit que
pour en venir à bout, ilralloit
tirer toute l’infanterie
des Places Efpagnoles.
iis , luy dit le Duc de
Villa -Hcrmola , fi on les
dégarnit, les François qui
ne manqueront
point à les afieger- Ils font
en mefme temps par tout, gÿ
ne Uifent échaper aucune
occafion favorable fans en
profiter. Laiflbns donc pren ■
dre répondit le Prince
d Orange, & ces paroles
finirent
font vigilans,
finirent la converfation. Si
tant de pertes ont ollé le
coeur aux Ennemis, elles
leur ont laifle l’efprit. On
le connoit par p lutteurs reparties
agréables. Un Capitaine
Espagnol ayant demandé
Ion congé au Duc —---------- de Villa-Hermofa apres la
prile de Gand. Ne vous
haftec^point, luy dit ce Duc.
Le Roy de France pourra bien
tofl nous renvoyer tous enfèmble
en € [pagne. Le Prince
d-e- -V--a--u-d-e--m--o-,n t ne réjpon^^rdit
pas moins agréablement
à ceux qui luy dizAvril^
P
i7o MERCVRE foient que le Roy d’Elpa- gne l’avoit fait Amiral des Colles de Flandre fans em-
ploy. N’enraiUe^point^cwi répondit-il. Tous les Espagnols qu 'l font en Flandre, auront peut eftre bientoft be- foin de moy pour les remener en Efpagne. Vous voyez par là que nos Ennemis mef- mes demeurent d’accord
que la prile de Gand met tous les Païs-Bas en péril. Quand Sa Majellé partit pour cette conquefte, on fit les Vers que vous allez voir. La crainte que vous
y trouverez marquée, ne
doit pas vous etonner. Le
Roy eft l’amour & les délices
de tous fes Peuples, &
dans de femblables occafions,
il ell naturel de craindre
pour ce qu’on aime.
TOute la T erre eft en effrey
De la marche de ce Grand
Roy.
fes Ennemie fi terrible,
amour quon a four luy fait
trembler les François.
îd Espagnol qui déjà croit fe voir
aux abois.
Tremble devant Loürs, à qui
tout eft poffible'j
Et dan s tout l'Vniv ers qui regarde
fes pas y
Pij
vjz
Avec une frayeur horrible, Ce Prince toujours invincible Eflle feulqui ne tremble pas.
Si ces Vers elloient de faifon dans le temps du départ du Roy^ ceux-cy font fort juftes apres la prife de Gand.
E.Àr vain, fiers Ennemis du plus grand de nos Roy s,
Vous voulegarr efier le Soleil des François.
il court toujours deVitloire en F'iHoire.
Toujoursfur vos Rampars il grave fon HiftoireS
Malgré vous fa valeur comblera nos fouhattS)
J/- GALANT 175 la France farluy vous fera bien
comprendre
Queik fait triompher encor plus
que jamais.
Ayant plus quun Philipp'e, g?
plusquun Alexandre.
Voicy d’autres Vers qui
ont elle faits fur la prife de
cette importante Place.
SUR LA PRISE
DE GA N D.
Ousles AnsfeLoius èternifent
la gloire,
Ft chaque Mois de Mars luy doit
une biliaire.
P iij
i74 MERCVRE
A peine ce Grand Roy fafp end-il quelques jours,
De fa Exploits Guerrier s > le progrès y & le cours,
Que l'ardeur de Héros qui toujours i' ^compagne ,
Le preffe de nouveau de fe mettre en campagne.
Rien ne peut arrefier un f noble defr,
Ny fai fan ny repos ^ny doultur^ny plaijïr j
]l par^ & ce Grand Roy d'un courage intrépide,
Court malgré le dager^ où la Gloire le gytide.
y ne pareille ardeur anime fesGuer* riersy
Et leur marche en tous lieux, eft fécondé en Lauriers.
toujours le fecret régné dans fon Armée
El[es plus grands deffeins trompent
la Renommée.
Ons'apprefte, en le fuit, & loin de
difeourir.
On fe met feulement en état d3obéît.
A ces préparatif, l'Europe cft dans
le doute,
Aucun ne feait encor quelle fera
fa route.
D'eja vers tous les deux, le chemin
ejl frayé.
Cet Auqufte Vainqueur, qui fait
tout [ans rien dire,
Scait comme il faut furprendre &
Quifçauroitfa penfée> & le dejfein
qu'il prend l
il s achemine d Mets, & doit aller
d Gand*
P inj
yjG
Tel arche le Soleil cache fous
une nu'e\
Aux y eux les plus perçans, fa roule
eft inconnue.
Mais l'obfcnritè ccffc, on découvre
fes pas^
Ce fl alors qu'ilparoifl.* où l'on ne
le croit pas.
Ainfi ce Conquérant paffant de
Mets en Flandre^
Arrive devant Gand^ & le force a
fe rendre,
L'Armée en le voyant, redouble
fes efforts,
Et dés les premiers jours, emporte
les Dehors,
Il orque illeufe Cité par d'inutiles
ru fes ,
A l'ardeur des François, oppofe
fes Eclufes,
L'eau coule-fe répad,qf vaqroffîr
l'Efcauty
Sans -pouvoir empefcher qu'on ne
donne l'ajfaut.
Quoy ! tu veux refiftei l quelle audace
eflla tienne 1
Regarde Saint Orner, Cambray,
Valencienne,
£t depuis quelques mois, Fribourg^
& Saint Guilainï
Ces Villes comme toy , refifterent
en vain.
Soùmifes à Loüis , la derniers
Campagne,
HcureuCes maintenant d'avoir
J
quité l'Ffpagne.
Imite cet exemple, écoute cette
voix,
Ta ['cureté confifte à recevoir fes
Loix.
Malgré les Elemens, le Fer, &
le Salpcftre,
Loiiis victorieux, va devenir ton
Maiftre.
Ldaûf il /’tfiy je te vois embraffant
Implorerfa clcmcnce, & fléchirfon
couroux.
Contraint aluy ceder Rampars &
Reconnais fon pouvoir^ reconnois
ta foièleffe^
Et te prépare à voir malgré fes
Ennemis,
Le refie de la Flandre à fes armes
fournie.
Ce Conquérant s'y prend de la
mefme maniéré
Qu il avoit commencé la Capable
dernicre.
Et l'on doit efperer d'une JÎ noble
ardeur,
bonheur.
Onfe trompe en croyant qu'une telle
entreprife
Retardera la Paix que l'on sefioit
promife,
Et que tant de Combats ne finiront
jamais ?
Sz Lo Ci rs fait la Guerre, il avance
la Paix.
Une fi gloricufe Conquefte
a donné auffi occafion
de faire les Vers qui
fuivent.
Autrefois le plus fui fiant
Roy
Aux Citoyens Romains faifioit la
revérence j
A l'univers Rome faifioit la loy.
V'oyeZ'Un feu quelle infaïence,.
Pour ab ai fier fa vanité, <
La molefifie (fila volupté
Succédèrent à fa vaillance.
Z a Gloire ne fut plus l'objet de fon
amcury
Et Mars pajfa dds noffreFrance,
Sachant bien que Loüisj/ re^ne-
Toit un jour.
a4dieu Rome la vénérable ï
Vous riavezjdus tant de renom,
Louis efface voffre nom
Par fa valeur inimitable,
Z a mémoire de vos Ce fars
Court aujourd'hui bien des ha-
On ri admire plus leur Hiftoirc^
Zrfait on dit feulement > vaillant
Peuple Romain,
Que Rome dans toute fa gloire
P'a jamais valu SaintGermain,
SKI . 181
Dans le temps du Départ,
M‘ Robbe fit ce Madrigal
pour Monfeigneur
le Dauphin.
LE Printemps vient à peine
de renaître,
Et mille dejjeins glorieuse
Emportèt noflre Auzufie Maiflre
Déjà bien loin de ces aimables
lieuses
Et cependant la joye & l'abondance^
Z esleuxjes Plaifirsjes Amours 9
Par voflre charmante préfence,
Y retient toujours.
Cecy efl du mefme Mr,
Robbe.
POUR MONSEIGNEUR
IEune Soleil qui brille^
Sur nos Campagnes fleuries..
Et faites de nos Prairies
Des Parterres imaillezj
Quelle Nymphe fi légère
Tiendra contre vos attrait si
Non3 la plus fiere Bergere
Ne s* en défendra jamais.
Vos voeux feront fortune^
Soyezfieur delà Victoire >
Ni aie craignezjsour vofire gloire
De trouver peu de Dapbnez^
Car les refpefh du Tonnerre
Nnjour pour vosfaits guerriers
Ne laijferont fur la Terre
lamaie affezfie Lauriers. ■
du Buiflbn, dont je croy
que la réputation vous elt
connue. Je vous l’envoye.
Les Paroles font d’une Perfonne
de Qualité' qui fit
l’anpafle, Non Printemps,
Çÿf. & Soit le Printemps ffoit
ÏHyver , f it V Automne.
C’eft luy qui a fait prefque
toutes les jolies Paroles qui
fe chantent à Paris. Lifez
celles-cy avant que de jetter
les yeux fur la Note.
IF I
AIR NOUVEAU.
On voue dit tout les Ans
Au retour du Printemps,
Airnez^ jeune Silvie,
JLcs beaux jours de la vie
~Ne durent pas longtemps,
yous riaurezjtat toujours le pouvoir
de charmer,
Et la beauté pajje comme une
Rofe.
IHa pouvons donc, Silvie, haflez?
vous donc d'aimer,
paut-il vous repéter cent fois la
mefme chofeî
C’eft trop diférer à fatisfaire
l’impatience où vous
m’avez témoigné que vous

r L .-.{■-■-i g 1^11 bM Vi t-rFTO
Lim 'vous dd tous les ans au retour du printemps
/vrv:-----------------r Tif:
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elles de voir une Relation
exacte de ce qui s’eftpafle
à Ypres. A peine Gand fe
fut-il rendu , que le Roy' 4WC£ ÇtJ
qui avoit pris des mcfures
pour un autre Siégé, com-g§~*
mença às’enfervir. 11 avoic^tz'.'f
rompu toutes celles desJT'^Jp
Ennemis en allant à Mets
pour afficher Gand . & il
lieu d’eux il pouvoir encor
tromper leur vigilance, 2c
faire faire des mouvemens
à fes Troupes qui les déconcerteroient
de nouveau..
Ypres elloit demeuré comtAvril,
QK
186 MERCVRE me invefty depuis long- ■ temps , & pour en former le Siégé, le Roy fit retirer les Troupes qu’il avoir autour. Cette conduite per- fuada aux Ennemis qu’on n’avoit plus aucun deffein fur cette Place. Sa Majefté fit plus. Elle envoya deux mille Chevaux devant Bruges, & quinze cens devant Dixmude-, ce qui acheva fi bien de faire croire aux Ennemis qu’Ypres eftoit en feûreté, qu’ils en firent for- tir quelque Cavalerie pour la jetter dans Bruges. Les
I
l‘ê
R
«
1
-
GALANT. 187 Troupes du Roy s’en rapprochèrent alors, & on connut par là qu ’ elles ne s’eftoient éloignées que pour ouvrir paflàge à celles qu’on s’imagina bien que les Ennemis en tireroient. Les trois mille cinq cens Chevaux qui s’eftoient venus camper devant Bruges & devant Dixmude par l’ordre de Sa Majefté , y demeurèrent encor quelque temps pour empefeher le Secours que les Gouverneurs de ces deux Places auroient pû envoyer à QJi
• »
Ypres avant que les Quartiers
cufTent efté entièrement
occupez par nos
Troupes., Je ne fçay,
Madame, fi cette Ville
vous eft parfaitement connue.
Le lïazard donne
quelquefois des noms , &
«lie tient le fien d’un Torrent
appelle Ypres, qui
l’a fouvent traverféc. Elle
commençoit à fleurir dés
l’An 960. & elle doit fcs
premiers fondcmens au
Comte Baudouin, Fils du
Comte Arnoult. Elle efl: à
neuf lieues de BruOg es,z & à
G A L A
treize de Gand. GuichaG
din dans fa Defcription des
Païs-Bas,dit qu’elle ne peut
eftre aflie^ce à caufe de Ion
affiete. Le Comte Arnoult
( à ce que rapporte le mefme
Autheur ) luy donna
pour Armoiries, aufli-bien
qu’à Gand & à Bruges, une
double-Croix fous un Manteau
fourre', pour marquer
qu’elles pouvoient garder
IaFlandre,quoy qu’en trouble.
Deux de ces Places qui
font déjà au Roy, peuvent
fervir à la confervation de
toutes les autres qu’il y
r1
poftede. Ypres eft une Vicomte',
& le Siégé d’un
Evefque. Sa Jurifditftion
eft de tres-grande étendue,
& la Ville fort marchande.
Du temps de la Comtefle
Marguerite, on y compta
julques à deux cens mille
Habitans. Cette Ville fut
prife en 1648. par Moniteur
le Prince, & elle fut rcprife
fur nous l’Année fuivante
par l’Archiduc Léopold.
M1 de_Beaujeu la défendoir
alors. Les Ennemis
furent douze jours devant
la Place avant que d’ouvrir
& J & XI "T , r
CjAL/iNi- 19I la Tranchée, & apres qu’ils l’eurent ouverte, elle tint encor vingt - huit jours, quoy qu’elle n’euft point de Citadelle, & quelaGar- nilon fuft à peine de deux mille Hommes. Jugez par là de la gloire de Loiiis le Grand, qui malgré la fureur des Elémens qu’il trouve à combatre, s’en rend le mailtre prefque auflltort qu’il l’afliege , & cela, dans un temps où elle ne manque de rien, & quelle elt fortifiée d’une Citadelle , & défendue par
192 MER
plus de quatre mille Hommes
de Garnifon.
Sa Majerté ayant donné
fes ordres à M1 le
-4e laTroufle pour aller invertir
Ypres, divifa fon Armée
en trois Corps. Celuy
qu ’ elle commandoit, fe
campa du corté de Dixmude
-, celuy de Mr de
Schomberg , du corté de
Poperingue ; & celuy de
leJDucrte Luxembourg,
du corté de Varneton. Le
Roy ayant difpofé les Quartiers,
reconnu la Place, réfolu
les Attaques, & fait
travailler
GALAMT- 193 travailler aux Lignes. La Tranchée fut ouverte contre la Citadelle le Vendre- | dy au foir 18. de Mars, quoy que les Lignes ne fuffent pas achevées. Elle fut commencée de loin, à caule de la fituation de la Citadelle qui- eft affez élevée. Les Officiers Generaux qui la montèrent?1, furent Mvde Maulcvrier-Colbert, Mr le Marquis de Chamilly, Mr de S. Georges. Deux Bataillons des Gardes ef- toient à la droite, & le premier & le dernier de Na-'
vril. R
m -MERCVRE varre à la gauche. On avoit
O
de l’eau julqu’aux genoux dans la Tranchée. Cela fut caule qu’on y fit porter nuit & jour des Faicines par la Cavalerie, qui s’ex- pola avec une intrépidité toute Françoife. Noftre Canon n’eÛoit pas encor arrivé, à caufe du mauvais temps. La Tranchée fut conduite de maniéré, que les deux Boyaux fe joignirent par de grandes tra- verfes que l’on fit principalement pour s’oppofer aux fréquentes Sorties de
(j A L A N I • 19$ la Garnifon. Il fc fit un grand Travail dans les deux Attaques, & la Tranchée fut pouflée jufqu’à deux cens pas de la Contref- carpe, fans que ceux de la Ville s’en apperçeuflenr, faute d’avoir fait des Patrouilles fur leurs glacis. On remarqua des places qui pouvoient eftre fort avantageufes pour faire des Bateries. On réfolut d’en mettre une dans le milieu des deux Tranchées , une autre à la droite, & une troifiéme à la gauche, pour R ij
J
196 mercvre
barre en écharpe les Dehors
de la Place. A la
pointe du jour les Ennemis
commencèrent à faire
grand feu, tant de la Moufqueterie
que du Canon,
qui emporta un Commiffaire
d’Artillerie , blefla
quelques Soldats, avec un
Officier aux Gardes & un
Lieutenant de Navarre, &
emporta un Timbalier de
la Première Compagnie
des Gardes du Corps. Mr
de Chantilly voulant faire
voir à Mr de Dangeau •----------- ------- -£) --------
qu’on cl toit déjà fort a-
£
. GALANT. 177 vancé vers laContrefcarpe, reçeut un coup de Mouf. quet à la telle qui luy fit une grande contufion. Un coup de Canon de la Place donna dans des Tonneaux de Grenades qui eftoient dans le Parc de F Artillerie, & y mit le feu. Cet accident en fit crever un grand nombre, mais il ne fut pas de conféquence, parce que nous en avions plus qu’il n’en falloir pour le Siégé. Perfonnen’en fut tué. Un Officier de F Artillerie qui elloit aumilieu decesTon-
R üj
neaux, fe jetta par terre, &
évita d’en eltre bleffé.
La nuit du 19. au 20. la
Garde de la Tranchée fut
relevée par deux Bataillons
des Gardes Suiflès, un de
Navarre, & celuy du Régiment
de Humieres. Les
Officiers Generaux qui la
montèrent, furent M1 le
Comte du Pleffis, M1 déjà
Motte, & M le Marquis
2 y^d’Uxelles. Six censTra-
" vailleurs elfoient à chaque
Attaque. On ne trouva pas
à propos d’avancer beaucoup
le travail de la TranGALANT.
199
chée, parce que noftre Canon
n’elfoit pas venu. On
travailla feulement à la
rendre plus profonde &
plus large, & l’on pouffa
une grande Ligne fur la
O
droite, en s’approchant de
l’Angle faillant de la Contrefcarpe
d’environ cent
pas. La Place d'Armes
qu’on fit au bout, en avoit
7.'
quarante ou cinquante.
On travailla à une Baterie
de cinq Pièces fur la droite,
& à une de lept fur la gauche.
Toute la nuit fe paffa
dans l’attente de quelque
R. îiij
rr——1
zoeMERCVRE 1
Sortie. Douze ou quinze des Affiegez parurent feulement. Ils s'avancèrent julques fur le glacis de la Contrefcarpe, &c fe retire- ., rent en mefme temps. Ils: crûrent que l’on vouloit attaquer leurs Dehors, & firent un feu de Grenades extraordinaire, mais il n’eut aucun effet.. Leur Canon tira inceffamment, & fut tres-bien fervy. Il tua & bleffa quelques Soldats. M‘ de_Lapara Inge'nieur fut bleffff d’un coup de Moulquet. On travailla
I
P
I V fl
I l'
î
GALANT. 2oi à une Baterie de Mortiers pour jetter des Bombes & des CarcaïTes dans la Citadelle. A
Le Dimanche pendant le jour, M1 de Vau ban Z .‘Exvoyant que le Canon des. ' Ennemis tiroir toujours dans la Tranchée, & mefme dans les Camps voifins, fit travailler à la demy-fape, & ce travail fut avancé-de cent toifes. Le mefme jour un Capitaine de Navarre, dont le nom eftéchapé aux Relations que j’ay veuës, fit une action furprenante.
Iln’avoitque quinze Hommes
avec luy, & avec ce
petit nombre il en chafl'a
deux cens d’un des Fauxbourgs
de la Ville, & les
obligea de fe retirer dans
la Contre lcarpe. Il fut
bleflé en cette occafion.
le Comte d’Auvergne,
Mr Stoup, & M le Chevalier
de Souvré, relevèrent
la Tranchée la nuit du 10.
au zi. avec deux Bataillons
des Gardes, & deux du Régiment
du Roy. On travailla
à découvert aux deux
Attaques, & l’on approcha
GALANT-.^ fi près de la Contrefcarpe à la gauche, que les Aflie- gez jetterent des Grenades dans noltre Tranchée. Ils firent cette nuit-là un très- grand feu. 11 fut de longue durée, &: nous tua ou bleilà vingt-cinq à trente Hommes. Comme leurs glacis elfoient extrêmement roi- des, on fit des Logemens fi proches d’eux, qu’ils ne purent plonger en tirant julques à nous que par ha- zard M de la Filée Ingénieur reçeut un coup de Moufquet à la telle. Les
204 MERCVRE Ennemis perdirent beaucoup de coups , leur Canon ellant tiré trop haut. Ceux de la Ville en tirèrent aulfi dans le Camp à toute volée, qui ne firent aucun mal, & cela s’appelle tirer en l’air.
Le 21. à la pointe du jour, deux de nos Bateries commencèrent à tirer dans les Ouvrages détachez des Ennemis. Noftre Canon fit taire le leur, & leur en démonta quelques Pièces.
La nuit du 21. au 22. Mr /le Duc deJYjlleroy & M.r
UMdliN 1 • 20$
de S. Géran montèrent laJ-z^ > Tranchée avec un Batailé/"'"' Ion des Gardes Françoifes, un des Gardes Suifles, & deux du Régiment du Roy. Le terrain le trouva fi mauvais cette nuit à la Tranchée, qu’on ne pût avancer allez le Travail pour joindre les deux Attaques. Il y avoit deux Mares d’eau à l’endroit des deux Boyaux qui fe dévoient joindre pour fe difpofer à l’Atta- que de la Contrefcarpe. Une de ces Mares qui ef- toit à la droite fut évitée,
io6 MERCVRE
en la laiflànt derrière. Il
elloit plus difficile de faire
la melme choie pour celle
de la gauche, parce qu’elle
elloit plus grande, & quelle
s’étendoit davantage
du collé de la Ville. On fit
charier des Planches à la
Tranchée, pour mettre en
plufieurs endroits. On ne
pouvoit fortir des boues,
mais ces Planches furent
un favorable lecours, & on
en fit porter une fi grande
quantité, qu’on furmonta
toutes les difficultez.
JLe zi. on travailla aux
GALANT. 207 demy-lapes, afin cle faire la communication des deux Attaques, & d’enveloper les Ouvrages des Ennemis par une Place d’Armes défiance à polter les Gens qui dévoient donner dans le Chemin couvert,& les Travailleurs commandez poulie Logement delà Contrefcarpe. Dix-huit Pièces de Canon tirèrent dés le matin. Elles furent fi bien fer- vies , qu’elles ruinèrent la Baterie de la gauche des Afliegez, placée fur un Cavalier qui incommodoit
Mortiers commencèrent
dés fix heures du matin à
jetter des Bombes. Ils en
jetterent cent cinquante
pendant la journée. L’une
tomba fur un monceau de
Grenades, & y mit le feu.
J’ay oublié de marquer que
le 21. en montant la Tranchée,
M1 le Duc de Villejpy
reçeut un coup de Moufquet
dans une des boutonnières
de Ion Juft’aucorps,
La nuit du 12. au 23. les
Officiers Generaux qui relevèrent
la Tranchée, fuGALANT-
209 rent Mr le Prince de Sou- bife~ Mrle Marquis de T il-5 ' ladet,
--------
rl cl/»*
& Mr deMarans, avec deux Bataillons des
Gardes Françoifes, & deux du Régiment Dauphin. On s’appliqua à faire joindre les communications
des deux Attaques.
Le 23. au matin, Mr de Vauban ayant changé de deffein pour celle des deux Attaques a Tendrait des deux Mares d’eau on les laifla devant, au lieu qu’il avoit efté réfolu d’abord qu’on les laifTeroit derrière.
vAvril. S
Cette communication fut
faite à la faveur de noilre
Canon & de la Moufqueterie,
qui firent un tresgrand
feu pendant que l’on
travailla à découvert. Noitre
Canon démonta prefque
tout celuy des Ennemis,
& tua la plus grande
partie de leurs Canonniers.
Leurs Soldats en furent fi
épouvantez, qu’ils n’oferent
quafi tirer toute la
journée. Une nouvelle Baterie
de fix Mortiers tira
le mefme jour. On donna
les ordres pour infulter la
Palilladc & u-agïier la Contreicarpe.
Les Ennemis
s’en doutèrent, & parurent
toute l’aprefdînée avec des
Faux. Ils dirent en les montrant,
qu’ils Içavoient bien
qu’on les devoit attaquer
l’Epée à la main, mais que
ces Faux leur ferviroient à
répondre. Sur les dix heures
du loir de ce melme jour,
un Page de M le Duc de
Vi'ilçroy fut emporté d’un
coup de Canon dans le
Quartier du Roy. On difpofa
toutes choies pour
l’ouverture de la Tranchée
Z12 y-'i
du collé de la Ville.
La nuit du 23. au 24. la.
Tranchée fut ouverte contre
la Ville par les Gardes.
‘X’kw'M' le Chevalier de Sourdis,
r & fyf de Rubantel eftoient
' de jour. On poufla le Travail
jufques à la Paliflade, &
l’on commença d’entrer
dans le Chemin couvert,
où l’on ne trouva perlbnne..
Comme on n’avoitpas ordre
d’aller plus loin, on fe
contenta de fe loger fur le
glacis.Quelques Ingénieurs,
prirent leurs melures pour
I
.1' I
il
I mI
■a * ? x
GALANT. 21? faire le lendemain. Les Ennemis furent fort furpris à la pointe du jour, & firent palïèr beaucoup de monde pour garder leurs Dehors, ce qui commença à divifer leurs forces.
La mefme nuit M1 le Comte de Maulevrier-Col- bert, & Mr d * Albrer, montèrent la Tranchée du collé de la Citadelle. On ruina les Flèches qui eC. toient aux Angles de la Contrefcarpe des Derny-
l Lunes. M1 Pomarin Capi- i taine dans les Dauphins,
4
214 ME RCV RE reçeut une contufion à la telle.
La nuit du 24. au 25. les Officiers Generaux qui relevèrent la Tranchée , furent NT de la Car don nier e, M. le Chevalier dcTilladct, & M‘ de Montigny , avec les Reffimens de la Cou-
O
ronne & d’Allace. On leur donna à chacun des Troupes de Gens choifis, & des Grenadiers à leur telle, pour chaflèr les Ennemis des Dehors. L’Attaque fe fit à trois Rédans par trois cens Hommes à chacun,
partagez par cent cinquante, qui alloient chaque Troupe àfoncoftédes Rédans. Ml de Montazeh U Capitaine de Navarre,avoit la droite, avec les Grenadiers de ce Régiment, & cent Hommes détachez. Les Grenadiers de la Couronne eftoient à la gauche du mefme Rodant avec pareil nombre pour les fecou- rir. Les Grenadiers à cheval eftoient à celuy du milieu, féparez en deux Troupes, dont chacune eftoit aufli foûtenuë de cent Hommes.
cinquante
I
3
216 MERCVRE Le Rédant de la gauche elloit dilpofe de mefme, & le refte des Grenadiers ef- - toient répandus à la telle des Boyaux de chaque Attaque , avec Moufquetaires du Roy chacune, & le Corps partagé en deux devant les rien de cetre referve ne devant fortir qu’en cas qu’on fuft re- pouffé. Les Moulquetaires ellant en marche pour aller à la Tranchée, le Canon de la Citadelle tira fur eux, bleffa legerement un de ces
Bataillons,
G AL ANT. m?. ces Braves, & tua ion Cheval. Le Marefchal deFrancc dejour eftoit M de’Lüxem- bourg, &>le Mot de ralliement, le Roy-. On fortit à la Septième décharge des Bombes, pour forprëhdre davantage les Ennemis, qui fçavoient qu’on fe ièrt ordinairement du Canon. M1 le Prince d’Elbeuf. Mc . le Chevalier de Savoyè, ■ Mr dqBeaumont, & quél- > que s autres Volontaires, le ( dérobèrent de Mr dé Lu- ç xembourg, & vinrent trouver Mr de_ Riotor -, mais sAvril' T
Mr de Luxembourg les alla chercher luy - incline , SC employa jufqu’à la menace, s’ils fe hazardoient à s’é- çhaper. Mr deBeaumont ne laifTa pas de le faire une fécondé fois avec quelques autres, & ils revinrent où eftoit Mrde Riotot.
La feptiéme décharge des Bombes chant faite entre onze heures & minuit , la Paliflade fut attaquée/ avec une vigueur in- Cfièÿabfe!. Plufieurs Volontaires , &. mefme quelques Qfhcicrs qui n ’ eftoient
219
point commandez, fe mirent
à la telle des Grena-
Comte -duEleifis, fut du
nombre de ces derniers.
M1 de Beaumont fe fignala
parmy les autres, aulfi-bietj.
que Mts de Fer on & de
S. Gilles-Lenfant, Pages
de la Petite Ecurie. Les
Ennemis qui fe tcno>icnt
fur leurs gardes, avoient
allumé quantité de Godrons,
& jettoient inceÇ
famment des Feux d’artifice
pour voir clair, de
forte que les Grenadiers
furent découverts d’abord,
& effuyerent un fort grand
feu. Ils foncèrent la Paliffade
du Glacis., & en trouvèrent
une fécondé à un
pied de la Banquette du
Chemin couvert, qu’ils paf
ferent encor, quoy quelle
fuft fort haute. Les Ennemis
apres avoir fait leurs
décharges du Moufquet,
jetterent grand nombre de
Grenades, & lâchèrent le
pied. Ceux qu’on joignit
furent tuez. Plufieurs fe
jetterent dans le Foffé plein
d’eau, où ils fe noyèrent;
& quelques-uns fe fauverent
dans les Demy-Lunes,,
où il. fut impoffible de les
fuivre. Cependant le feu
avoit efté fi grand, que
Mr de Riotot s’ellant trouvé
dangereufement blefle,
auffi-bien que MIS de la
Motte & de la Pommcraye
Marefchaux des Logis, les
Grenadiers demeurèrent
prefque fans Officiers. Ils
tinrent ferme pourtant,,
malgré un très-grand feu
que les Ennemis faifoient
de leurs Demy-Lunes &de
T iij
leur Rampart. Les Aflïegez
reprirent coeur à la
gauche, & tâchèrent de
rentrer dans la Contrelcarpe.
M1 deLuxeYnbourg
qui agiffoit par tout avec
une activité incroyable,
fortit de la Tranchée, ôc
fit marcher un Détachement
des Moufquetaires
blancs commandez par
M' de la Barre Marefchal
des Logis. Mr de Tilladet
fit fornr à la gauche le premier
Détachement de la
fécondé Compagnie, commandé
par MTayac MaGALANT.
2^
relchal des Logis, par M
Çartous Brigadier, & par
M1S Launay & le Chevalier
de Coulombe Sous-Brigadiers.
M1 le Prince d’Elbeuf
qui pendant le Siégé
faifoit la fonction 'd’Ayde
de Camp du Roy, sellant
e'chapé, malgré les foins
de M‘ le Duc de Luxembourg
, fe mit à la telle
d’un petit Détachement dé
Moùlquetaires qui préceé
doit celuy de M‘de la Barre;
Ce Secours s’ellant joiht
aux Grenadiers, ils chalferent
les Ennemis, & fe rentrès
de la Contrefcarpe, où
l’on afiura un Logement.
11 fut fait par les ioins de
Mr de ^Luxembourg, qui
donna de l’argent.aux Soldats
pour les obliger à travailler
plus ville , afin de
garder le terrain qu’ils.avoient
gagné, & fe couvrir
du feu des Demy-Lunes.
Ce fut là que MJ le Prince
d Elbeuf fut- blefle. Il retour
un coup de Moufquet
qui luy cafla le gros os de
là jambe droite, un peu an
défions de la cheville du
GALANT, zzy pied. Il tomba entre les bras de Mrs de Féron & de S. Gilles, quiTavoient toujours fuivy depuis qu’ils l’a- voient rencontré dans la Contrefcarpe. Ils ne S’abandonnèrent point, & le portèrent à la Tranchée à l’aide de Mr d’Alvimar fon Ecuyer. Il y fut panfé. Le Roy l’alla voir le lendemain,, & luy. dit. plufieurs chofes obligeantes-. Ce- Prince n’a pas dix-fept ans,, & il s’elt déjà trouvé à plu- Iieurs Sieges & à trois Batailles. M Tâvac Maref-
226 MERCVRE chai des Logis de la Seconde Compagnie fut tué en cette occaiion , & Sa Majefté marqua la fatis- fiction qu’Elle avoit des fervices de Mr de Sartous Brigadier, en luy donnant la Charge de Ma.relchal des Logis. Les deux Sous-Brigadiers furent bleffez. Le Roy ayant fait fomnier le Marquis de Conflans Gouverneur de la Place, il répondit, Que tout fon Bien efloit déjn À Sa M.ijeflé, gÿ qu'il croyoit y eSlre bientoft luy-mefme > mais qu'il h fu-
plioit de trouver bon qu en
fiiifint Jon devoir, ilpuft fè
rendre digne de fon eflime.
Les prifes des Villes fuivent
ordinairement de pareilles
réponfes, & c’elî le
relie d’un feu qui femble
briller davantage lors qu’il
eft tour prelt à s’éteindre.
En effet, de grandes Demy-
Lunes environnées d’eau^
& un Avant-Foffé devant
le Glacis, n’empefcherent
point les Ennemis de batre
la Chamade auffi-toft que
le jour parut. Ils craignirent
que fi les François feu228
MERCVRE
A r 1 u f lioient une fécondé Attaque , ils ne fuflènt emportez d’aflaut. C’elloit la pen- fée de M.1 de Vauban, qui-
----— w
A1’ iW
(dfa
F
dit qu’ils ne s’eftoient point rendus trop toft; Ils envoyèrent un Officier à la pointe du Baftion. Il demanda a parler à Mr le Chevalier de Tilladet., qui capitula. Le Roy accorda les mefmes Articles qu’il .avoit accordez: à la Ville de Gand compofe'e encor de plus de trois mille Hommes, & de plus de trois cens Officiers
• & la Garnifon
*
V
reformez, fortit le 2.6. Sa
Majeflé mit dâs Ypres cinq
Bataillons,qui furent un de
HumiereSjUn du Régiment
Ducal, & trois de celuy de
Salis, avec le Régiment de ,
i Dragons dePhimarcon. M1
de la Cardonniere prit poffeffion
de la Citadelle pour
le Roy, qui donna le Gouvernemét
de cette nouvelle
Conquefte à Mr leMarquis
de laTrouffe, dont la valeur
& l’adivité Pont connues.
La prife d’Ypres nous
rend mailtres de la Scarpe,
du Lis, de l’Efcaut, & des
MERCVRE principaux Canaux des Païs-
Bas Tant qu’a duré le Siégé, l’abondance a efté dans le Camp. On a toujours vèu la Chauffée qui éft du codé de Lile, couverte de Chariots. Tous les Villages joiiiffoient d’une auffi grande tranquilité qu’en pleine
Paix. Les Beftiaux eftoient
aux Champs. Les Enfans dançoienc, ; & les Artifans travailloient dans leurs
Boutiques avec autant de repos que fi la Guerre euft efté à cent lieues d’eux. Ils n’auroient pas eu ces avan-
xages ( à ce qu’ils difent )
s’ils euflcnt efté aux Ennemis.
Ils publioient hautement
qu’ils le tenoient affurez
que fi un Soldat François
leur faifoit le moindre
tort, ilferoit auflitoftpuny,
& que c’eftoit ce qui les
faifoit venir tous les jours
dans le Camp chargez de
Provifions. Les Ennemis
ont perdu une Doiiane très
confidérable en perdant
Ypres. Les Marchands de
Lile qui eftoient obligez
de leur porter louvent de
l’argent^ fe réjoiiiflent de
uprne ae cette ville, athtant
que les Efpagnols s’en
chagrinent. Pendant qu’~
elle ettoit aux abois, ces
derniers tinrent un grand
Confeil de guerre, où le
D uc de Villa-Hermola ne
fit point appeller le Comte
deRache Mettre de Camp
G-eneral. Il s’en plaignit»
On luy dit que les Eftagnols
'voulaient délibérer par quel
chemin ils s'en retourneraient
en Efpagne, & qu'il n avait
aucun intereft à cette délibération,
puis qu'il eEtait Flamand.
C’ett vous parler

3f9i jdfafüàwn uüjeirûei., fj.Jatu.rje
*8mr==^
{t23v^37
1
— ™
B
j® . ♦<11-.

GALANT. 2^ longtemps d ’ Ypres fans vous en faire voir le Plan, tf/aii-. Le voicy. Si vous avez efté Satisfaite de celuy de Gand^ vous devez l’eftre encor
- 1 * davantage de ce dernier.J TT ° 1 A
Vous y verrez les Attaques
a Cl!
■ qcjLC'j.iiU', i
d’exa&itude, qu’il n’y a‘-~
de la Ville & de la Cita-■ delle, & tout le Campement marque avec tant.
I >
pas-un Elcadron & un Bataillon que vous n’y trouviez nommé. Il ne s’eft fait
r
| aucun mouvement pendant le Siégé où le Roÿ$ m’ait eftépréfent. lia don-, ^AvriL V-
v ••
ï?4 MERCVKE
né fes ordres par tout. Mr /■/Æwide Luxembourg qui l’An- -,‘/Aee derniere & celle-cy s’ell toujours rencontré de jour quand les Places que Sa Majelté a prifes ont cherché à capituler, a joint tant de conduite &: tant d’aélivité à fa valeur ordinaire, qu'on ne peut douter qu ’ il n 'ait beaucoup contribué à leur prile. Mr ?■ rw/f-de Tilladet qui eftoit de jour (jans je rempS qUe cette derniere s’eft rendue, a fait voir beaucoup de telle & de coeur, aulfi-bien que
Mr de Rubantel. Ce dcrnier
demanda permiffion
au Roy de faire un Logement
fur la Contrefcarpe
delà Ville, s’il voyoic jour
à l’entreprife. Il obtint ce
qu’il fouhaitoit, & fit le
Logement. Mr Catinat Capitaine
aux Gardes, & Major
General, a rendu des
, fervices très-agréables. Mr
le Comte d’Hoftel sellant.
, mis a la telle des Grena-
; diers du Régiment de Navarre,
pour donner avec
: eux à l’Attaque de la Comi
trefearpe, comme je vous
MERCVKE ay déjà marqué, il s’y jettas le premier, & fervit d’exemple à ceux qui furent, détachez. Les. Ennemis.
ayant fait alors jouer un> Tourneau > plufieurs des- Nollres fe retirèrent. Quelques-uns furent enlevez, 8c il demeura avec deux Soldats
qui furent tuez auprès de luy.. Il fe défendit avec une Pertuifanne, jufqu’àce quelle luy fut rompue dans. la main par plufieurs coups- de Moulquet tirez à bouts portans, dont l’un le jetta à > larenverfe, & le blelfa à la
- • ’
GALANT.
telle allez favorablement,.
Je ne vous- a y point encor parlé de ce jeune Comte. Quoy qu’il n’ait que dix- neuf ans, il a déjà fait plu- fieurs Campagnes en quantité d’Ayde de Camp de
Mr le Comte .duPleffis. Ilwr«’/<
> n r* 1 / ' \ • • p 1 7^^/z
s elt lignai e a la prne de' Valenciennes & à la Bataille
de Calfèl. Il elt de la > Mailbn de Choileüil 4 .Fils-- de feu M 'le Comte d’Hof- tel, qui elloit Premier Gentilhomme de la Chambre de feu Moniteur le Duc d’Orléanss & Petit-Fils de
M le Comte d’Holtel qui
poflèdoit la mefme Charge,
& qu’on a veu Lieutenant
General & Gouverneur de
Béthune. M1 le Marefchal
Duc du Pleffis-Prallin eftoit
fon Oncle. Les Pages
de Sa Majefté ont auffi fait
leur devoir. Mr de Féron
Page de la Petite Ecurie,
reçeut un coup dans fon
Chapeau,comme il en avoit
déjà reçeu un a Gand. 11
donna avec les Grenadiers
du Roy ; & M” de la Grange,
de Laval, & de Renanfart',
Pages de la mefme
Ecurie, donnèrent avec Ie&
Grenadiers de Navarre.
Un Pere Capucin qui a efté
autrefois Moulquetaire, fit
paroiltre en cette occafion
tout ce qu’un grand zele &:
une extreme
vent produire dans un courage
que la veuë de la mort
n’ébranle point. Il entra
dans la Contrefcarpe en.
mefme temps que M1 de
Riotot, & fe trouva dans
les endroits les plus périlleiiv
on il aiTiila. écralemenr
plufieurs coups dans fon
2'4°
Manteau & dans fa Robe;
qui luy firent des' contufions..
Il eft aifé de croire
qu’il y eut beaucoup de
Blelfez, les Ennemis ayant
mis deux mille Hommes
dans leurs Contrefcarpes.,
M le Chevalier de Cau- | • __________ 1
viïfon Lieutenant aux Gar- '
des, fut bielle d’un coup de
Moufquetj-
Mr d/Atilly Gommant
dant les Chevaux-Legers
de: la Reyne, le fut au vU
fage , Mr de Vauban à là
jambe*, & Mr lé Chevalier
dLfcars eut la main-percée*
Mf de
GALANT. 241
Ml de Plancy-Guene- gaud fut bleffé en fe figna- lant, auffi-bien que Mr de Villeneuve Capitaine
Villeneuve capitaine au. Régiment de la Reyne, & Ingénieur , qui le fut dan- «rereufement.
M‘ Evrard & Répond furent auffi bleffiez. Le pre- t mier ell Lieutenant du Régiment de la Couronne; & l’autre,Officier de ce mef- !t me Régiment.
M le Comte de Limoges, Fils de M1 de Chandenicr, eft mort à Lile de fes blef- fures.
tAvril.
X
M'dcVareil Lieutenant
Colonel du Régiment d’A1-
face, en reçeut une , dont
l’impatience qu’il avoit de
donner fut la caufè.
//, Mr de Seraucour Lieutenant
aux Gardes, a elle tué.
. /cuti. M” de Naugaret & de
*l a"* ■ BoulW fe Lieu‘ t* en* ans au
mefme Corps, ont elle bief
fez.
M1 de Boitiroux Capitaine
des Grenadiers de
Navarre, qui avoit efté
bleffé le fécond jour de la
Tranchée, fut tué dans
* r Y i. 243
Mr de Montafelle Capitaine
des Grenadiers du
Régiment du Roy, fut auffi
tue.
Mr Defcrochets Capitaine
du Régiment Dauphin,&
Volontaire en cette
occafion, & Mr de Singlas
Capitaine du mefme Régiment,
ont elfe blelfez, aufli
bien que MPaigne Capitaine
de DraOg ons*, &' Mr
Ripert Lieutenant de la
Couronne.
Mr de Meulan Capitaine
des Grenadiers de Humieres
, a efté bielle de trois
coups. X ij
MrdeRiotot Capitaine
des Grenadiers à cheval,
l’a effié à la telle.
MrJPiat Capitaine des
Grenadiers du Roy, Mr de
Blecour Capitaine des Grenadiers
de la Couronne, &
M'de Mondefir Lieutenant
des Grenadiers du Roy, ont
elle' auffi bleffiez.
M' d’Ecuillv Lieutenant
des Grenadiers de la
Reyne, a reçeu un coup de
Moufquet.
Mr leJGtigre Capitaine
de Dragons, a eftébleffié.
M’ de la Mothe LieuteGALANT.
24î nant des Grenadiers à cheval, l’a ellé à mort d’un éclat de Grenade à la telle, & d’un coup de Moufquet.
Sept ou huit Moufque- taires blancs, ont elle aulli bleflèz en donnant des marques d’un courage extraordinaire. Voicy les noms des Moufquetaires noirs qui fe font ligna lez, & qui ont elle tuez ou bleftez.
M1 de la Barre Maref- chal des Logis, bielle d’un coup de Moufquet au collé, avecune contulion au bras.
X iij
246 MERCVRS
Mrde Vincheguerre Brigadier, une contufion à la relie d'un coup de Mouf- quet.
Mr du Rollet Sous-Brigadier , blefle à la telle > 7 r
d’un coup de Moulquec.
ML de Viben ellant à la Barrière , y fut tué en fe lîgnalant.
M de S. Didier reçeut un coup de Faux, un coup de Moufquet, & un coup de Grenade. Il fut emporté au Camp, & mourut deux heures apres.
Mr de Plane > blcilc au bras.
GALANT. 247
M1 de la Mamille, blefle d’un coup de Moufquet à la jambe.
Mr Blegier, blefle d’un coup de Moufquet à la main.
Mr de Villepreux a eu un doigt emporté d’un coup de Moufquet.
Mr de Bulfy, blefle d’un coup de Moufquet dans l’épaule.
Mr de Buflèrolle , une contulion a la jambe d’un coup de Moufquet.
M1 Doreau, blefle d’un coup de Moufquet au travers du bras.
Mr de Quevrecour &: Mr de S.Loup, bleflez.
Mr le Chevalier de Vau- breiiil entra dans la Bar- riere, & en chaffa les Ennemis.
Comme les Mufes s’exercent toujours fur de fi grandesA6tions.il s’eftfait O 1 -
quantité deVers fur cette derniere Conquefte, par- my lefquels on a trouvé fort agréable ce que Mr Briffault fupofe que le Duc deVdla-Hermofa a écrit aux Bourgeois d’Ÿpres. La Lettre eft courte, & ne vous
ennuyera pas. Voicy ce
qu’il luy fait dire.
I
due des lâches Gant osa rendus en
Sans doute donneront fins de temps
au Secours,
tSroyc^que je le freffe avec un foin
extrême,
Et quil doit avancer en bonne intention
L e lendemain, ou le jour mefme
De la Capitula lion.
J’àdjoûte deux Sonnets
à cette Lettre. Le premier
elt de M.1 de Poçlagny, &
l’autre de M'Lelleron.
SUR LA PRISE DE GAND
ET D’YPRES.
Sonnet.
ut le monde fe plaint\
OGrand Roy 3 de ta
Vilioire^
Enfin la Renommée efi
laffe de crier
Ta Valeur en fait plut qu on ne
peut publier
Et le pe u qu elle en dit* on ne veut
par le croire.
Xe Parnaffe à fin tour accable de
ta <doire*
GALANT. 251
■k Peur couronner ton front épuifi fin
Lauriers
Et les Mufespartout difintqu'au*
cun Guerrier
JV 'exerça jamais tant leur voix
& leur mémoire.
Pour moy rêvant déjà fur la prifi
de Gand3
l'eflayois de trouver quelque chofe
de grand y
Macs à ce feul Exploit ma Mufe
en vain s'arrête.
Y près fuit, on l 'attaque, il efi pris r
fin efl fait y
Et mon efprit confus par cette autre
Qonquefle,
A peine a-t-il le temps de te faire
un Sonnet.
•S*-
252 M C’
'î* *3? £*'S* *$* r&
Y P R E S
H
.wl
H
.vvj
4y fait tous mes efforts ..rien
doute pas, Grand Roy,
rapide vaillance y
Qu?y $ue îe fce*ffe bien qu'il riefl
point de defence,
Que ne force fans peine un Héros
comrneT oy.
le ri appréhendais pas la rigueur
de ta Loy,
Ta bonté nriexemtoit de craindre
ta v n^cance,
Et faurov fans combat
de F rance ;
GALANT. 253
2rfais euf es-tu gardé quelque eftt- me'four moyl
I
Fîmes Forts attaque^ net'avoient pas fait tcfie,
T on courage en auroit mépnfé la Conquefte,
F ay voulu reh au fer ta gloire en reffiant.
Par tout ce que ma prifea pu fou- frir d'obfia clés,
F ay retardé fix jours le cours de tes miracles, r
Ft je doute qu'une autre en puife faire autant.
Les Vers dont le tour & les nobles cxprefhons donnent fouvent aux Actions
MERCVPÆ qu’on décrit un air pompeux qui les fait paroiftre plus éclatantes, n’ont point allez de force pour bien dépeindre les furprenantes Conquelles du Roy, & ne feront point appeller les Poètes menteurs fur ce qui regardefa gloire. Les prilès des plus importantes Places de la Flandre que ce Grand Prince foûmet en cinq ou fix jours, ne font point des frétions. Ce font des réa- litez qui ne donnent pas moins d ’ admiration que d’étonnement à toute l’£u-
rope-, & les Te Deum lolemnels
qu’on fait chanter
fi fouvent pour rendre grâces
à Dieu de tant de Victoires
, font connoiltre
bout de toutes fes entreprifes.
Je ne vous parle jamais
de ces fortes de Ccré,
monies , parce que je ne
vous en puis rien dire que
vous ne ïçachiez. Il y a eu
cependant une circonftance
particulière dans le Te
Deum qu’on a chante" pour
Ypres, que je ne vous fçaurois
biffer ignorer. Apres que le Parlement fut placé dans le Choeur de l’Eglife de Nollre-Dame, le Grand Maiftre des Ceremonies, qui en avoit reçeu l’ordre exprès du Roy, alla prendre Monfieur le Chancelier dans le petit Archevefché, & l’amena en fa place. C’eft ce qui ne s’eltoit point encor pratiqué en pareille occasion -, mais il ne faut pas s’étonner qu’on fafle des chofes extraordinaires pour des Hommes d’un mérite fi peu commun.
GALANT. 257
Auffi-toft que Gand fut pris, Monlieur le Duc de c><^ c* A ’ • 1 rp r
S. Aignan qui ne laille e-r^vj chaper aucune occafion de faire paroillre au Roy rattachement particulier qu’il a pour la gloire & pour Ion fcrvice, luy témoigna par cette Lettre la joye qu’il reflèntoit de la continuation de fes Conqueftcs.
*$•
-* 4 \ ï
ïAvril.
Y
ï P T T D P
DE MONSIEUR
LE DUC L)E S.AIGNAN,
AU ROY.
S IRE,
Je m eftimerois fort beu- rettx, f je pouvois (tuf-bien inventer de nouveaux termes pour féliciter U. hl.fwr le,grandeur de fesConquefîes, comme glie fait trouver les moyens de les augmenter tous les jours. La gloire de TSla-
S T TtTT'
CjALiAP’1! i • 259 qùence, gÿ celle de la Valeur, font bien diferentes ; la première c on fi si e principalement d riufer point de redites, gÿ
l'autre d prendre de fortes Places, gÿ à gagner des Combats.
Vous efies, SIRE, toujours
femblable à Vous me finies ; défi à dire toujours
Conquérant gÿ Jfifôorieux. Aucun ne <vous a jamais égalé & nul ne <vous égalera jamais. gMais on trouve bien pins de difficulté a ^ous louer que <vous ri en ave^a vous rendre louable. e le me content eray donc d'admirer
O
> •
V. M. dans un refpectueux . filence, & nauray de paroles que pour luy témoigner ma joye des merveilleux effets x de fi prudence ^f) defon cou- .. rage, fins y rien adjouter que - les protestations très fûmi- - fs d’efire à jamais,
SJRE, I
De l^ofire Mdjefa 11
'Lctres-huinble, tres-obeïfiant
& trcs^fidclle Sujet 6c i c } - R
Serviteur,
L.D. D. S. A».
GALANT. 2(Çi
Le Roy luy fit l’honneur
de luy répondre en ces termes.
REPONSE DU ROY.
A M’ le Duc de S. Aijnan.
■n On Coupn , J'ay lu
j_Vi^ofire derniere Lettre
avec la mejme fattsfaciion
que toutes les autres que
vous m'avexécutes en divers
temps fur la profyerité de
mes armes. Vous devez^ mefme
rvous tenir a [Juré par amance
d'un pareil agrément
pour celtes que <vous pourrez ;
ni écrire à l’avenir fur ce fiijet
lé , fçachant qu’il n'y a,
perfonue qui s'interejfe plus
que 'vous à ma foire & d >
mon fer vice C'eft dans cette
confiance que je prie Dieu ».
qu’il vous ait, Mon Cou fin, ...
en fa fainte Sf digne garde.
Au Camp devant T pire* le
2f. Mars 1678- g
Signé, LOUIS.
Il y avoir pour Sufcriptiorr, A ’
Mon Ccufin le Duc de S. Aignari, ,
Pair de f rance. \
' En vous faisant le détail b.
ÜHA TL AA -ÿN, T '"L'f " 2z6J
du Siégé d’.Ypres, j’ay oublié
de vous parler de Mr le
Chevalier deThoury, qui
s’y cil diftingué aux principales
Attaques. 11 eft de
la Maifon de Clermont-
Tonnerre , & lervoit en
, qualité de Volontaire.
Âpres que cette Place eut
elié reçeuë à capituler, ML
delaCardonmere le choifit
pour aller préfenter au Roy
les Oltages. qu’envoya le
Gouverneur. SaMajelténe
s’en eflant pas contentée,
parce qu’on ne donnoit
que deux Capitaines d’Infanterie,
ce Chevalier eut
ordre d’en aller demander
d’autres. 11 n’eft âge que
de vingt-deux ans ; & le
Roy pour luy marquer l’eltime
qu’il fait & de fa nailfance
& de Ion mérite, luy
a donné une Compagnie
de Chevaux - Légers avec
des paroles tres-obligeantes.
On la peut compter
entre ce qu’il y en a de plus
leffes dans les Armées. Elle
eft dans le Régiment de
dont Mr le Chevalier de
Thoury eft Parent, auflibicn
-
GALANT. 2^
bien que de Meilleurs les
Ducs de Luxembourg, d’U-À?T^y
4 4eS2/ de S. Aignaif' & ddL* VT
Noailles, non feulement
du coite de la Maifon de
Clermont dont il eit forty,
mais auifi par fa Bifayeule
Claude de Rolian, qui luy
donne alliance avec tous
les Princes Chreftiens.
le vous ay fait part de
quantité d’Avantures dont
j’ay eu foin de vous éclaircir
les plus eiTentielles particularitez.
L’amour en a
produit une depuis peu que
je ne commenceray à vous
sAvril. Z
^MERCVPÆ dévelo.per aujourd’huy que par fa derniere circonf- tance. Au moins ce que vous y comprendrez ne vous fera pas fufpeét d’eftre inventé, puis que pour le mettre à couvert de quelques pourfuites qui ont pû fembler à craindre, on a eu recours à une Perfonne du plus haut rang. La Lettre qui fuit vous en apprendra davantage. Elle eft écrite par un Inconnu à Moniteur ■.'ka«-le Duc de S. Aignan.
- -p— . j
f • . •
»
Xv J O NSE IG NE U R,
Il riejl pas bien étrange que je vous connoijfe fans ef tre connu de vous. Vota ejies un fort grand Seigneur, je fuis un Gentilbome ajfez^ mal- aisé. Vous eftes, fans parler de voflre Dignité, remarquable par cent beaux endroits qu'il nefl pas permis d’ignorer a quiconque a mis le pied dans le monde, & l'unne peut trouverçbcgmoy qùune médiocrité languijfinte, qui fait qu 'a peine fuis-je diftingué • '
dans mon Village. Je fuis ton-
Z ij
268 MERCVRE tefois fingulier en cecys c'eft, ^onfeigneur, qu’à l'âge de quarante- cinq ans quej'ay fur la tefle, je fuis tout auff fou qu'un Homme de quinze, & fur le tout aufli amoureux que vous l 'eftie\ peut - efire à vingt. Ce qui me fauve un peu du ridicule la - dedans, c'efi que par toutes les apparences du monde, je fuis aimé, puis que la Perfonne que j'aime veut tout abandonner , gÿ paffer en Angleterre avecmoy. C'efi ajfezyvous en dire pour vous faire enten- ■dre que ma paffon n'ejlpasge-
GALANT.
neralement approuvée. Mais
l'Amour ria-t-il pas fes
droits? & quelqu autre les
connoifi-il mieux que vous?
Sur cela, je vous demande
voftre protection, de cent cin -
quante lieuës, & je vous fitplie
tres-humblement, CMonfeigneur,
que nous puijjions
trouver un feur afiLe dans
voftre Gouvernement,attendant
une bonne occafton pour
mettre la Mer entre nous & * 1 « - b
nos Ennemis. Ce qu'il y a de
rare en cette conjoncture, c eft
que je madrejfe à vous qui
ne me connoijjè1^ pas, par pré-
Z.n..i
ference à qù'èîquü fameux
Ingrats qui pourraient me
un
&
de la bizarrerie de mon Etoile.
Pour mon Nom, voua
ne le fqatirez point, CMonjèigneur,
que vous ne m'ayez^
donné le courage de vous le
dire, & voicy comment. Si
cette nouveauté trouve grâce
devant vous, il ne faut que
me le faire favoir en adref
fantvos ordres au Maiflre
de la Pofle de* * * pour les
faire tenir au Chevalier Inconnu.
le les recevray feu••
* '<
I ■
y
; GALANT; rement, gÿ vous entendre^ bientoftparler de moy. Il ne me reéle plus qua vous Jupiter treshumblement, Mon- feigncur, que cette audAcieu- Je Lettre ne vous donne point une idée libertine du très- humble refpeét que je pré- tens vous rendre toute ma vie , gÿ duquel vos bonte^ mefhies ne feraient pas capables de me faire écarter. le fuis une ejpece de Provincial un peu dépaïsé, qui fay ce qu on doit a un Homme du rang que vous tenet^ en Fran -
, & ce qu'on doit encor a
Z iiii
meilleur titre a voftre 'vertu.
Ce feront toujours les fentimenst
Monfeigneur}
De voftre tres-humble & trèsobeïflànt
Serviteur.
Moniteur le Duc de
S. Aignan qui a toujours
elle auffi galant que civil,
n’a pû fe défendre d’accorder
fa protection à cet Inconnu.
Voyez-le par cette
Réponfe.
VOus ne 'vous eftespoint
trompé, Chevalier inconnu
; je fuis Homme à tenter
toutes les avantures qui
ne choquent point le fervice
du Roy , ny la, droite juftice.
Si mon peu de mérite ma
empefché de bien connaître
l’Amour par moy-mefme y je
ri ignore pas quel eftfon pouvoir
dans les quatre Parties
du Monde. La maniéré obligeante
dsnt vous me préféré^
à ces fameux Ingrats de qui
vous me parlez. fi galamment,
eft digne de tous les foins gÿ
de tous les fervices que je
pourrons vous rendre. Y'ene'g.
voir par l'épreuve fi la Renommée
ni aflaté en vous di274
MERCVRE font du bien de moy-, &fi elle vous donnera, lieu de (vous repentir de vofire confiance. Raflure^ le courage peut-efire encor chancelant de vofire fidelle Maiftrefie, fi elle doute de trouver unarjle che-zjnoy, gÿ remarque^ fur l'un de mes Cachets , que. le Havre eft un Port pour les Malheureux r comme un Ecueil pour les Superbes. Apres cela partez^ heureux Couple d'Amans, gÿ vous connoifi- trer^que lorsqu'on a l'hon neur de fervir- la Perfonne dun Grand Royle plus h on-
7
1
GALANT. 27$ ns fie Homme du monde, on deviendrait civil quand on ne leferait pas naturellement- La maniéré dont vous nîé- crive-z^ me fait voir que vous, l'ejles beaucoup-> &fîvoftre Dame a autant de beauté que. vous ave\d'ef>rit, je vous tiens aujfi fortuné d'eslre bien auprès d'elle, que je le. fuis deflre employé par -vous de qui je veux toujours eftre le tres-bumble} &c.
Monfeigneur le Dau- d'hin qui elt merveilleufe- ment bien à cheval, s’y fit
î7« ME R C VRE admirer il y a quelques jours en courant la Bague pour la première fois. Il l’emporta dés la fécondé courte qu’il fit, & j’ay tçeu qu’ayant continué depuis à fe donner ce mefme di- vertiftement, il l’avoit fou- vent emportée plufieurs fois de fuite, avec une a-, drefle qui ne charme pas moins qu’elle furprend.
Je vous envoyé un Sonnet qu’a fait Mr du Mats pour ce jeune Prince. Il eft Secrétaire de Monfieur le Duc de Cru O Premier
GALANT. 277 pair de France, & a du ta- , lent pour la Poëfie. Iln’a- voit pourtant fait jufque-là que de petits Vers qui n’ef- toientveus que de fesAmis. On en parla àMonfeigneur le Dauphin, qui luy ordonna de faire un Sonnet pour luy. Il s’en défendit fur ce que le Sonnet eftant l’ouvrage le plus difficile, il n’a- voit pas affiez d’habitude à faire des Vers pour s’y ha- zarder • mais ce Prince n’ayant point voulu recevoir lès exculès, il fut obligé de luy obéir, & voicy ce
qu’il luy donna avec beaucoup
d’applaudiflèment de
tous ceux qui l’entendirent.
A MONSEIGNEUR
S O N H B T,
Ous rordonne^ Grâd
Prince, il faut vous
fatisfaire,
Excitons noflre veine
& tachons de rimer,
tel commandement a droit de
me ch armer 5
Mais il n efl (as aisé four nn offrit
vulgaire.
•Où predray-je un Sonnet? comment le puû-je faire?
Par mille vains efforts je cherche à ni animer,
Nulle fçavante ardeur ne me vient erffàmer,
Du brillant Dieu des Vers nul
rayonne m éclaire.
Charmant & digne Fils du plus puiffant des Roy s,
Qui prenez^ vos leçons fur fes fa* <meux Exploits,
Et qui brùlez^déja de les mettre en pratique,
Si ma Mufe aujourd'huy pour vous nofe chanter,
Quand vous exercerez^voflre ardeur héroïque,
Serayqe affe\ hardy pour ofer le tenter?
Il a du coeur, on le corme fl.
Mais pour apprendre à vaincre, il
faut qu'il t'accompagne ;
Cet autre Sonnet a
adrefle au Roy fur ce
me Prince,
E jeune Loiiis tout
Parle, Grand Roy, fa
marche étonneral'Ef
pagne.
Tu le voulois tel qu'il pare fl,
vantquil commençâtfa première
Campagne.

QkLhWT. 281 _ ’ * * ■ % * *• * • 5 • • * ’ * • 1 *
7*« gagna* plus jeune quil nef
4 Bien plusd'uneVitloirejlcfi temps qu il en gagne.
Tes foins luy nuifent aujourd'huy^ R etire pour un temps ta tendrejje de luy.
Si tu ne veux pas qu'il commdde*
Accepte fon fervicc au moins en tes projets*
Carnevouloirpas qu'il t'enrêde* C'efi luy faire envier, le fort de tes J Sujets.
Le Madrigal fuivant cft de Mr de Roux,
:T* < ~i ■— ' > -
-t
*
v-lv ril,
Aa
A MONSEIGNEUR
Sur le Retour du Roy.
Rand Prince, le Ciel
débonnaire
Nous fait voir de 7e*
tour vofire Invincible
Pere.
Des Flamant Çub\uyuzfies tropheureux
Ramparts I
Nous av oient trop longtemps déro- •’
hé /es regards»
près que le pial fir quilprendpar- v
my les armes Br
Nous a donné pour luy les plus vives
alarmes.
I W..’-—T .— «
GALANT. 283
Ce Grand Roy fichery des Dieux
Revient d nous victorieux *
A fia valeur tout doit hommage
Riennepeutplus luy refifier.
Tous les Héros pourront admirer
fion couraae^
Mais vousfieulpourrezfi* imiter
La Déclaration du Ruiffeau
qui vous a tant plû, a
fait parler plus d’une Prairie,
&jen’attens pas moins
de l’ingénieufe fiétion qui
a fait donner lé nom de
Mufette à une Belle dans
une Affemblée desAmours.
Le galant & fpirituel Berger.
qui l’a tournée d’une
Aa ij
284MERCVRE
manière fi fine & fi délicate,
a déjà trouvé un Rival.
Voyez par ce qu’il luy
écrit, s’il y a lieu de penfer
que 1 ’ Avanture demeure,
fans fuites.
Sur la Lettre qui a paru de luy,
à Mademoiselle P. B. dans Le
Mercure du mois de Mars.
1
. »
I I*
P
G’ Efi un joly petit Bijou
qu’une Mofette, & vous
ne pouviez^ donner à vofire
-M.ùfiiejjfè un nom qui luy.
■z
■■
GALANT- 2%; eonvinfi mieux, & qui euSi plus de raport à celuy de fin Berger que vous vouliez^ porter,
j a M
Si cen’eftqu’apeller Mofette Celle qui vous fit faire un discours fi charmant,
Soit parler d’elle faiblement, Quand elle peut paffèr pour une Mufe faite.
Ma qualité de Rival ne me permet pas de vous loiler de tout ce que vous ave^dit fur elle, & je ne trouve pas qu’il fuit difficile de bien, chanter fur un f bel Instrument. Pour moy qui n eus
jamais voflre a dre fie, l’inà
chnation que j.e me fins pour
luy ne me feroit pas defifperer
d'en remporter le prix
fùr vous,, fi la voix publique
ne vous l'avoit donné avant
■ . me fine qu'on fieuft s'il ne fi
vous le difiuter. Il efl vray
que c’efi aux Bergers quii
vous refiemb'lent d bien toucher
les Mufettes , gÿ que
ceux d qui elles font chanter
d'auffibelles chofis qu'à voust
Je peuvent vanter d'exceller
voit des G.ens qui fans fie piquer
de le fçavoir fi parfaitement
, ne laijfa/fcntpas de
pouvoir dire d. agréables chofes
fur elles, & che\ qui l'inclination
eufifait ce que l’habitude
feule a peut-eftre fait
che^vous, navoûrie^vous
pas qu ils feroient endroit.de
ne vous le pas ceder ?
II en eft ainfi de nous deux,
Vous eftes plus adroit, & moy
plus amoureux,
Et lecoeurdenoftreMaiftrefle
Quyvoustouchâtesparadrefle
Saify peut-eftre quelque jour
D’ùne moins aveugle rêdrefte,
Rendra juftice à mon amour.
r
vous fafile^ toujours d'elle
ce qüun Berger peut faire de
fa Mufette. Elle ne fera pas
d'humeur a vous fuivre par
tout, à fe lai fer infyirer
tout ce que vous voudrez^
fefpere mefmequelle reconnoiÈira
bientofi qùily eut de
la préemption & de la ternener
le nom de vofire Mufette
7
ger. En ce cas, j ay lieu de
croire qu elle ouvrira lesyeux
me fait foûpirer pour elle, &
7
Cb
ng*
IfL
t'y
Vu*
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7
• t
GALANT. 289 qui borne mes avantages à la quAlité que je prens de fon Serviteur. Peut-efire doute- recevons au peu d'emportement que je vous fais paroif tre que je fois un véritable Rival, & que je combate vos fentimcns par interefi plutofl que par divertiffcment ; mais fçacbe^ que je fuis de ceux qui fe laijjent plus^gouverner à leur raifon qua leur paf fion, S? qui ne fsuffirent patiemment qu'un autre fe dife heureux auprès de leur Maif trejje, que parce qu'ils nen . croyent rien, ou queffetüve- iforiL B b
X
11 ' l?
1
290 MERCVRE ment ils ne defefperent pas d''avoir leuf tour. Pendant que vous ave 7^ faitparoiftre la nofire fous le nom d'une Prairie, S? que vous luy ave^ déclaré vofire amour en qualité de Ruijfeau, j’ay gardé le filence s mais quand j ay veu que le fien vous rendait audacieux & temeraire, j'ay "crû que le titre de fon Amant qui me doit commun avec ■vous, m obligeait a vousparler pour elle pour moy,

f
I '

v «Ci k r
j,
;
!
»
r
I lu
< •
a vous faire remarquer que tout accomply que vous efies, vofire mérité a rnoins contri- ■1 L AVwks
I - »* ,
r GALANT. 291 - bue à luy faire accepter le nom de vottre Mufette, que fa douceur g) le panchant quelle a de vous obliger.
Vous eftes fur ce pied près d’elle,
Qu’elle trouve tout bon ce qui luy vient de vous,
Ménagez bien pourtant une Ha- me libelle,
Et craignez toujoursfon cou- roux*
Une liberté criminelle,
Irrite quelquefois le Juge leplus doux.
Non* mon Rival* ne vous prévale^ pas tant de fa douceur > elle remarquera quelque Rb ij
■ 29z MERCVRE jour elle-mefme quelle a eu trop À indulgence pour vous; Çÿ confuje de l'autorité quelle vous aura lai fié prendre fur fon efirit, loin de vous permettre encor de ï appeller voftre Mufette, & de vous reconnoiftre pour fon Berger, elle s’offencera de la continuation de vos hommages. Cet avis eft plus d'un Amy que d'un Rival, (ÿ quand il vous apprend à vous maintenir dans les bonnes grâces de la Perfonne que nous aimons tous deux, vous aure^ de la peine a croire qu'il
GALANT-293 (vienne de moy, ou du moins (vous chercherez longtemps le motif qui me fait (vous parler de cette forte.
Mais vous ne trou verez jamais Que j’époufe les interefts D’autre en cela que deSilvie, Je fuis jaloux de fon honneur, Et m’en dût-il coufterla vie, Je ne fouffriray pas qu’elle foie malfervie,
De qui fe dit fon Serviteur.
Jlfemble mefme que (vous ayez eu deffein de faire (voir le pouvoir que vous croyez^ vous eftre acquis fur elle, que (voui ne luy ayezdonné B b iij
le nom de vofire Mufette que
pour nous apprendre qu elle
vous appartient, & que vous
elles le Berger qui vous en
ferver^. Pour moy j'aurois
mieux aimé V appcllcr ma
B ergere, gÿ prendre le nom
de fon Chien,puis qu'au moins
elle aurait confier vé par là le
droit de fiupériorité que vous
luy ofie-g.
Elle ferait toujours maiftrefTe,
Et quand je la fervirois bien,
Le moyen qu’elle puft refufer fa
tendrefle
Aux foins affidusde fonChien?
Ce ne fieroit pourtant pas
r
*' ---- - ------- ------——T.-----------
• \V — ’f
ne croy je pas que cet Animal
envifage dans ce an il fait
pourfon Maiflre le bon traite
mon tqu il en doit attendre
pour ï avenir. C'efiplutoft
un attachementgenereuxquil
apourluy .qui l'engage afaire
tout fon bonheur du plaifir
de luy prouver fa fidelité.
C’cft ainfi que j’agis pour la
Belle que j’aime,
Je luy fuis obligé du beau feu
que je Cens,
L’honneur delà fervirm’cft une
gloire extrême,
B b iiij
MERCVRE
Et comme je n’ay point de defirs
pluspreffans,
Que de luy faire aflez connoiftre
Que je la reçois pour mon
Maiftre, ’■ ■ ' À < . I \ >. _
Mon coeur par tant d’amour attaquera
le iïen,
Qu’un jour ma Bergerepeuteftre
Voudra confiderer fonChien.
CMais quoy que cette qualité
de fon Chien ait quelque
chofe de fort fournis, je doute
qu elle me permift de la prendre.
Tout le monde ri a pas
les mefnes privilèges que
. vous, T air dont il me femGALANT.
297 ble quelle me regarde méfait croire que ce qui nous conviendrait le mieux, feroit que je 1'dppellaffema Joye & quelle m'appella.fi fin Chagrin. En effet fie mdp perçois que ma veuë ne luy efi pas moins injuportable que fa prefence m'efi chere. f ay donc tort, puis que je ne fuis pas mieux auprès d'elle, de vous y vouloir faire paffer pour temeraire, gÿ je voy bien que quoy que je fijfe, elle fera toujours vofire CMufet- te , & vous toujours fin Berger.
, MERCVRE
' :'au6i^Jcn^Aonfieur le Marefchal
Duc de la Feüillade arriva i à Toulon au commence-
ment de ce Mois, avec les Troupes que le Roy avoir longtemps entretenues au Secours des Melhnois. Plufieurs Familles de cePaïs-là l’ont voulu accompagner en France. Il elloit monté fur le Monarque , &c fuivy du Pompeux, du S. Michel, dît Lys, du Berman dois, de l’Aimable , & de quantité de Baftimens de charge.
L‘Ajfuré, le Furieux, & le Parfait, arrivèrent quel-
• ^99
ques jour* apres. DixVaiffeaux
ont cite nommez
où Mr de Montauban & '■■t'AAour.
Mr d-- e Ca.l..a. ,ux vont fervir.
Ces VaifTeaux (ont le Monarque
, le Pompeux, l'Affûté,
1 Eclatant, le Fou~
■■. gueux, le Vaillant, le Fleuron
,l'Aquilon, le Sans-pareil,
& l'Heureux.
Le Roy a nommé Moneft
une des plus belles de
France. Il a la naiflànce,
l’ciprit, & toutes les autres
bonnes qualitez qui font 1
neceifaircs pour en foute- -
nir l’honneur, &: re'pondre t
dignement au choix de Sa s
Majelle'.
Quant à ce qui regarde t
le Mariage de Mademoi- Lr
felle Çharreton dont je
vous avez raifon de me dire
qu’il faut qu’on fe toit
trompe' au nom de Mrd’Hillain
Seigneur de Baroges,
parce que ny vous ny vos
Amis, vous ne connoiflèz
aucun Confeiller dans le
Parlement qui porte ce
GALANT. 501 nom. Je vous ay déjà avertie qu’il elloit quelquefois malaifé de ne faire pas ces fortes de fautes par le peu de loin qu’on prend de bien écrire les Noms propres dans les Mémoires qu’on m’envoye. Au lieu de Mr d’Hillain, vous avez dû lire
M1 d’Hillerin, Seigneur de Bazoges,Confeiller & Sous- Doyen de la Cinquième des Enqueftes. Il s’eft acquis beaucoup de réputation dans fa Compagnie, & cil Neveu de feu Ml d’Hillerin,
qui cft mort Confeil-
_ — . 302 MERCVRE I 1er Clerc de la Grand* * i.
Chambre.
J’auray beaucoup de cho- ■ lès à vous dire lùr les Com- ■ plimens qui ont efté faits ; au Roy apres fon retour : par toutes les Compagnies I Souveraines. En attendant : que j’en fois entièrement : informé pour finir ma Let- I tre par cet Article, je vous | fais part de ce qui a elle dit à Leurs Majeltez par Moniteur l’Envoyé de Portugal, I dans les mefmes termes dont il s’eft fervy en leur • parlant. La Langue Elpa-
’1
r
L
/
' GALANT. 3o3 gnole ne vous eft pas moins familière que l’Italienne. Vous expliquerez ces Corn- plimens à vos Amies. Vou cy celuy qu’il fit au Roy, ayant elle conduit à l’Au- diance avec les ceremonies accoutumées.
EJV nombre del Principe mi
Seiïor* doy à y. M, el para - bien de haverfe rccoftdo defta Campana tan gloriofo. Bien en* tcndia el Principe mi Sefior que avia de fer affy , porque fabe que en las acciones de y, M. no tiene
W - • 0 _
parte la Eortuna. El orden ad± mirable con que y. M» fabe dif- poncr fes ait as emprefu, hazg
304 MERCVRE I Los '(uccefibi de la guerra no du- || dofiosy contingentes, fino ciertos t infalibles. Peroyo, Seüor* no doy à K. M, fo lamente el para bien de las vitorias confeguidas, fino tambien y con mucha ration, de \ que entre tant os Laureles efcu- cbaffe V\ M. benignamcnte la platica de la Paz^ p orque con efia accion moftrbV. M. que tient valor para fufpender efie rayoy para embaynar efia efpada ven- cedora. Moflro K. M, que tiene grande amor à fus Pueblos, y mucha piedad y a de fus Enemigos* \ y fina Intente mofirb V\ M. que puede vencerfe à fi mi fino9 vitoria que algun otro Monarca jamas pudo confieguir.
Logre P. M. infinités los trium- foSy que todos efiimarà fumamentt
P
l'T
?
GALANT. 30s
el Principe mi Seiïov, y fus Minifiros
los fabran aplaudir par
todo el manda.
Apres que cet Envoyé
eut ainfi parlé au Roy, il
fut conduit à l’Audiance
de la Reyne , à laquelle il
fit ce Compliment.
E* N nombre de los Principes
,mis Setiores doy à el
parabien de fu venida. Qierto tra
que V\ M. avia de recoçerfè
mumfante, parque poco 0 nada
podian efla ue\ impedir las fombras
de refifencias^ pues todas las
vence el Sol quando Sale 5 y fi el
de un Polo influye en el otro, in-
>0 falible quedava que Ue&ando fe
y. M. à las con qui fias, avia de
&4v ril. C c
la Francia y conocib la Europa
que es verdad en K. M. en efle
(iylo lo que en Los paflados finÿo
la Gentilidad en Palas Diopi de
la Guerra. K. M. ha confeÿtido
efle titulo 3 y los Principes mis
Seiîores eflimaran que le loqre
machos anos entre crccidos tritim-
La délicateflè a fes charmes,
mais il ell quelquefois
dangereux d’en avoir
trop en amour. Deux Perfonnes
d’un fort grand mérite
avoient pris l’un pour
l’autre un attachement
I
S-,
-
tres-particulier. Ils en faifoient
tout leur bonheur,
mais ce bonheur n’eftoit
pas toujours tranquile,
parce que la moindre bagatelle
fuffifoit pour le
troubler. Une civilité trop
complaifante que le Cavalier
auroit eue dans l’occafion
pour quelque Dame,
luy auroit attiré des reproches
de la Belle-, & fi la
Belle euft fait quelque Partie
de Comédie ou de Promenade
fans le Cavalier,
il fe feroit plaint de la préà
fes Rivaux. Ils s’eftoient
promis fur tout de
ne point courir le Bal I ’ua
fans l’autre dans le Carnaval
dernier. La liberté
qui femble ellre plus grande
fous le Mafque ou pour
parler , ou pour écouter,
leur eftoit fufpecte -, & pour
éviter tout fujet de plainte,
ils s’ertoient envasez à fe
rendre, témoVins l’un l’autre
de tout ce qui leur pourroit
arriver en le déguifant.
Cet accord avoir efté fçeu
d’un Rival caché, qui fans
avoir fait connoiltre fa paf
{ion, cherchoit à brouiller les deux Amans pour profiter du defordre. 11 fe fer- vit de la première occafion . qu’il en trouva. La Dame avoit rendu vifite aflèz tard à une Amie qui la retint à fouper. Il en fut témoin, .& ayant remarque' qu’elle n’ avoit pas renvoyé fe.s Gens, parce qu’eftant maî- . treflè d’elle - mefme, elle n’avoit à rendre compte de fes actions à perfonne, il prit ce temps pour cher- ; cher le Cavalier qui ne le foupçonnoit pas d’eflxe fon
510 MERCVRE I Rival. Apres quelque en- . tretien fur plufieurs chofes indifeïentes, ils tombèrent : fur les Divertiffemens de : la Saifon. On n’oublia pas I; les Bals. L’adroit Rival de- ' . manda au Cavalier s’il n’ac- I compagnon pas fa Belle : qui y devoit aller ce foir-là. <, Il feignit d’avoir entendu j parler de cette Partie, fans . qu’on luy eu il nommé ceux : qui en eftoient. Le Cavalier fort furpris, diflimula fon chagrin. Courir le Bal fans l’en avertir, apres ce qui avoit elle arreftc entre
r<n
la Perfonne qu’il aimoit &c
luy, c’elloit un crime de
Leze-Amour qui ne fe pouvoit
pardonner. Il fe dé-
: gage de fon Rival, court
chez fa Belle, l’attend plus
d’une heure, & l’attendant
inutilement fans qu’on luy
puiffe dire où elle eft, il ne
doute point qu’il ne foit
trahy. Il fort, retourne chez
luy, fe déguife, & va dans
un lieu où il y avoit un de
>.i 11 y danfe, fe fait remard
quer, examine tout le monde,
& ne découvrant point
ce qu’il cherche, il fe met
en telle qu’on l’a fuy fi-toit
qu’on l’a reconnu,& qu’on
ell allé joüir d’une converfation
agréable dans quelque
Allèmblée de moindre
éclat. Il va par tout où il
peut aprendre qu’il y en a,
& perdant fes pas & fes
foins par tout, il revient
chez luy avec tous les fentimens
de rage que la plus
forte jaloufie puifle infpirer.
Cependant fon Rival
qui employé des Efpions,
découvre qu’il ell allé au
GALANT.
Bal. C’eftoit par là qu’il avoit crû le broüiller avec
fa Maiftreffe. 11 envoyé quelques Amis au lieu mefme ou elle a elle" retenue à fouper. On met devant elle les plaifirs du Carnaval fur le tapis. On luy pro- pofe une Partie de Mafqucs qu’elle refufe- & comme {ans affectation on luy fait connoiltre que fon Amant eft aile" chercher les Affem. blées, elle fort jaloufe, revient chez elle, & paffe comme luy une tres-mef. chante nuit par l’inquie- zAvril. D d
MERÇVRE. tude d’une prétendue infidélité dont ils fefoupçon- ncnt l’un l’autre, & dont aucun des deux n’efi coupable. Le lendemain dés neuf heures du matin, l’A- mant va trouver fa Belle. J1 cil reçeu d’un air froid qui augmente fa jaloufie. Il fe perfuade que les pro- teftations de quelqueRival le font regarder d’un autre
O oeil qu’on ne le regardoit toujours. Il le plaint. On luy répond d’un air férieux que la plainte luy fied bien. Grands reproches de part
un moment apres qu’il eft
capable de l’oublier au
point qu’il a Eut. Il jure
■que depuis le foir precedent
elle a occupe tout fon
temps fans qu’il ait longé
qu’a elle feule. On rejette
fes fermens. Il offre la
preuve. On l’accepte, parce
qu’on la croit impoflible.
Il s’y foumet, ■& ne voulant
pas fe contenter de la parole,
il demande une Ecri-
Dd ij
MERCVRE j toire & du papier, afin que juftifiant Femploy de tout fon temps par articles, la Belle puiffe examiner à loi- fir de quelle maniéré il a toujours penié à elle , fans qu’aucun autre foin ait pu l’occuper. Il entre dans le Cabinet de la Dame, & y fait plus que d’écrire. Comme il Içavoit fort bien def- finer, il trace une efpece de Cadran marqué dans le haut, quelle doit commencer à lire par ce quelle trouvera écrit entre neuf & dix heures -, & ayant expliqué
V*'
l ■
Lié
'4
GALANT. 317 fur chacune tout ce qu’il a fait depuis le foir, il fort en l’afTurant qu’il ne s’eftoit jamais rendu un compte fi jufle ny fi véritable que celuy qu’il luy laifloit. La Dame qui ne s’attcndoit qu’à un Billet, fut fort fur- prife de trouver le Cadran dont je vous parle. La ma- . niere dont il efloit defllné, luy parut galante, & elle cherchoit par où il falloit quelle commençai!: à lire 1 ce qui efloit écrit tout autour, quand deux ou trois ■' de les Amies la vinrent fur-
Dd iij
yeux. Elles demandèrent à
le voir de près -, & la Dame
qui le crût une galanterie
à luy faire honneur par l’amour
quelle s’imaginoit y
devoir trouver marqué, ne
fe défendit point de la confidence.
On y lût ce que
vous pouvez lire vous mefme
autour des douze heures
du Deffein que je vous
envoyé. La proteftation
d’eltre venu dire adieu pour
jamais, fit rougir la Dame.
Elle croyoit avoir déjà



couru fans elle, il fait gloire
de s’eftre paré pour y aller,
& d’avoir cherché à s’y faire
diltinguer par fa danfe. Elle
ne peut rien comprendre à
fon procédé, & moins encor
à la réfolution qu’il
femble prendre de s’éloigner
d’elle pour toujours.
Elle fait uneplaifanteriede
la chofe en préfence de fes
Amies, en qui elle n’avoit
pas allez de confiance pour
leur découvrir fes jaloux
D d iiij
3zo ME R C VRE chagrins &r fi-toft qu’cite en elt débaraflée, elle court chez une Perfonne qu’elle avoit choifie dés l’abord pour confidente de fa paf- iion. L’Amy le plus intime de fon Amant y vient en mefme temps quelle. Il la voit chagrine, luy en demande la caufe, & elle le prie d’examiner le préfent que luy a fait fon Amy. il commence à lire ce titre tel que vous le voyez gravé dans le Delfein.
Compte d'un Amant rendu a Ja Maiftrejfe de l'employ
GALANT. 321 de Jon temps pendant duuzp heures.
Apparemment, dit - il, cette galanterie lera pleine des plus tendres foins où puiife engager l’Amour. Il continue la lecture, & tout interdit de ce qu’il voit-, Il faut, pourfuit-il, apres avoir leu, qu’il y ait là-dcf- lous quelque miltere caché que nous n’entendions pas, car cela ne peut eftre vray au pied de la lettre. L'Amante marqua avec cette ardeur qui ne fe peut exprimer, & qui eft fi naturelle
322MERCVR.E à ceux qui aiment fortement, le plaifir quelle aurait de s’elire, trompée, & employa des termes fi pref- fans à conjurer cet Amy d’ éclaircir promptement ce qui leur paroiflpit obfcur à l’un & à l’autre , que la Confidente qui l’obfervoitj dit en riant, quelle n’avoit jamais aimé ny voulu aimer -, mais que par l’impatience que fon Amie témoi- gnoit pour le raccommodement, elle en jugeoit le plaifir fi grand, que comme il n’y avoir que l’Amour qui
I
[
I.
il
/"T ft T A KTT ~ .
G A c. A IM I • 32^ le pull cauler, il luy pre- noit envie de connôirtre [ par elle-mefme quelles en : pouvoient eftre les dou- i ceurs. Pluft au Ciel, s’écria l’Amy d’un air plein de joye & tout tranfporté ! Il s'arrêta là, & ces deux mots, ayant fait pénétrer une partie de fes fentimens, on- railla la Confidente fur ce quelle avoit dit, & on ad- joûta qu’afîn que tout le [ plaifir d’aimer luy fuit con- nu, il faudrait que l’Amanc qu’elle aurait, choify eut t foin de fc brouiller fouvenc
luadée 3Z4MERCVRE I avec elle. Je voy bien, rc- | prit-elle avec ion premier ' enjouement, qu’il faut qu’on fe faflè des ragoufts en amour, comme on s’en. I fait ordinairement en toute autre chofe^ &je fuis per- fuadée par ce qui arrive
aujourd’huy , que le raccommodement doit avoir de grandes douceurs. Encor un coup c’clt ce que j’ay envie d’éprouver. On trouva l’avanture plaiiante, qui obligeoit une Infcnfr- ble à prendre le party d’aimer, fur cette maxime que
«Il
GALANT. &
tout devoit eftre charmant ? en amour, jufques aux querelles. Ce qui m’embaraf- fera, pourfuivit la mefme j Perfonne, c’eft que je fens bien que je ne pourray jamais aimer qu’un Homme d’efprit, & que pour m’y j engager, il faudra qu’il me falfe connoiftre à tous mo- . mens qu’il en ait. Mais, luy répondit l’Amy, qui l’ai- moit depuis long-temps fans luy en avoir rien dit jufque-là, vous mettriez un Amant dans un furieux embarras j car enfin fi l’A-
mour permet qu’on étale
la tendrefle & qu’orr dife
mille fois en un quartd’heure,
qu’on aime avec
ne foufre .pas qu’on dife
qu’on a de l’efprit, & moins
encor qu’on le répété autant
de fois qu’il eft obligeant
de repéter à une
Maillrelfe, qu’on fait tout
Ion bonheur de l’aimer.
-Ne vous y trompez point,
répliqua la Confidente.
En difant qu’on a de l’amour,
quoy qu’on ne parle
I. GA’LjaN 1 •
ii| point d ’cfprit, on le
louvent d’une maniéré qui
ne fait pas moins paroifire
d’efprit que d’amour. Xa
Compagnie groflit peu à
peu, & l’Amour qui avoit
> commence d’eftre le lujet
I de la converfation, le fut
> encor dans la fuite. On
parla de Femmes de toute
forte de caractères, de fîeres
qui s’efioient rendues , de
laides qui trouvoient le fecretde
fe faire aimer, d’autres
que leur infidélité ou
leur confiance rendoit rejinarquables
j & le réfultat
fut qu’il n’y avoir rien qui
n’aimafh Cette conversation
ayant inSpiré le deSfein
d’une galanterie à l’Amant
caché de la Confidente
, il Sortit & emporta
ce qu’on luy avoit donné à
lire de Son Amy. Plufieurs
autres Sortirent un peu apres,
Se il ne refta que quelques
Amis particuliers à
qui la Dame & Sa Confidente
ne faiSoient miftere
de rien. Le Rival qui l’avoit
broiiillée avec Son Amant
par les Supofitions du
Bal, eftoit de ce nombre.

GALANT
Il découvrit avec joye que
fa fourbe avoir retilfy, &
ne cherchant qu’à aigrir la
Dame, il appuya fortement
toutes les plaintes qu’elle
faifoit. Le Cavalier entre
dans ce melme temps. Il
venoit fe plaindre à fort
tour à la Confidente chez
qui il ne croyoït pas trouver
fa Maiftreffe La Con-
. fidente l’entreprend, & fur
. les reproches qu’ elle ltry
fait de ce qu’il oie courir
. le Bal fans fa Maiftreffe;
quand fa Maiftrelfe refufe
d’y aller fans lu y , il fe
vril. E e
tourne vers fon Rival. Le
Rival demeure embarafle,,
& le Cavalier jugeant de
fon deifein par cet embarras,
n’oublie rien pour juftifier
fon procédé à la belle
ce que vous croyez avoir
leû de defobligeant, luy
dit-il, vous donne de nouvelles
preuves de mon amour.
Jamais Amant n’en,
a tant montré , & voicy
comment, car il me fouvient
de tout ce que j’ay
/ écrit.
Je fuit venu che\ <vom a
GALANT. neuf heures du foir, & rien fuisforty qtià. dix..
On m'allure que vous avez fait une Partie de Bat Je viens chez vous pour m'en éclaircir. On ne me peut dire où vous elles. Je vous attens une heure inutilement, & perfuadé qu'il y a pour vous d’agreables divertilfemens fans moy,. je fors le plùs jaloux & par conféquent le plus amoureux de tous lès Hommes.
Depuis dix jufqu d, orr^e'^ je me fuis paré’, pour aller au. Bal.
E e. i j ;
MERCVRE
Pour qui me fuis-je donne la peine de changer d ' Habit ’ L’aurois-je fait,
fi je vous enfle trouvée chez vous, & n’a-ce pas efté pour vous chercher’
Depuis onze jufqri d. une, fay taché a me faire diflin- gucrp.tr mu darfe, je ri ny cherche qu'a plaire.
Efl-il défendu à un A-
mant aufli defefperé que jaloux, de le vouloir van- ger en donnant de la ja- loufie ’
Depuis une jufqri à deux, je fais retenu che^moy, g?
/4
X*
• k
4
GALANT. 333 mefuis couché avec réfolution de vous haïr toute ma vie.
Rien ne marque plus un violent amour qu’une réfolution de haine. Si on n’aimoit pas, il ne faudrait point d’effort pour haïr.
Depuis deux jufqu à trois t \.j iy continué dans le mcfme
dejfein.
A-t-on befoin de tant
; de temps pour s’affermir . dans une réfolution qu’on ; prend aifément ’
/’ay dormy depuis trois yjufiues à fept
j’ellois affez accablé
^4 MERCVRE : pour cela ; mais quel fom- meil, & de quels fonges. pleins d’emportement &: de jaloufie n’a-t-il pas efté troublé? Voila ce que j’ap-1 pelle avoir dormy , quoy que je n’en aye pas moins, penfé à vous.
Depuisfept jufques à huit;. je me fuis habillé me fuie affermy dans la réfolution de nions haïr éternellement.
C’eft à dire que je vous ay aimée plus que jamais,, puis qu’il m’a falu faire de. nouveaux efforts pour me perfuader que j’effois ca-pa- ; ble de vous haïr. I
/
ms nuit jujqu a neuf, j'ay cherché des Chevaux de Po^leje Juis venu. vous . . dire adieu pour jamais.
Rien ne prouve tant qu’on aime beaucoup, que ■, d’avoir befoin de fuir pour s ceifer d’aimer. Ainfi jepré- . cens que ce que j’ay écrit ; fait connoillre que per- . fonne n’a jamais tant aimé i que moy, puis que je ne ' fuis point party malgré rou- i tes mes réfolutions, & que celle de haïr dans unAmant qui croit qu’on l’a outragé, v.a au delà de toutes les
marques d ’ amour qu ’ on
puific donner. Hé bien,,
s’écria la Confidente, me
blâmerez-vous de ne vouloir
aimer que des Gens
d’efprit? Ils n’ont jamais
tort, & quand ils feroient
coupables, ils tournent fi
bien les choies, qu’on a la
latisfadion de croire qu’ils
ne le lont pas dés qu'ils ont
parlé. Plus de colcre, raccommodez
- vous -, aulhbien
ne trouverez-vous jamais
voftre compte à vous
broi.ii.ller avec un Amant
qui aura toujours raifon.
U A LA
Que n 'obtient
quand on
Cavalier j
regarda tendrement
on point
ft fournis .?. Le
ia. la Dame le
la
te , & le Rival
eut le déplaifir de voir que
fa fourbe n’avoitfervy qu’à
les mieux unir. L’Amy qui
eftoit forty depuis trois
heures, rentra dans le
temps qu’ils fe faifoient de
nouvelles proteftations de
s’aimer toujours. Il les congratula
de s’ellre fi promptement
raccommodez.
La Confidente voulut revoir
le Cadran qui avoit
sAvril. F f
3$ MERCVRE caufé leur broüillerie. Il
feignit de l’avoir emporté par mégarde, & au lieu de le rendre, il donna un papier où il y avoit une Horloge deftinée. La galanterie furprit. On l’examina, & l’attention qu’on eut à la regarder fut fi grande, qu’on ne fe fouvint plus de ce qu’on luy avoit demande. Vous pouvez examiner vous-melme ce qu’il donna. Voicy l’Horloge erravée. Vous avez à voftre J?
tour dequoy regarder. Le mot de Tout aime fut le pre-


y
GALANT. 339 mier qui frapa. Il eft vray, dit l’Amie à fa Confidente, tout aime, & vous aimerez aufly. Ne vous ay_je pas déjà dit, répondit-elle fort plaifammenr, que j’y eltois toute réfoluë. Chacun s’em- prelfa de lire tout ce qui le trouva écrit dans le Rond où vous voyez douzeCoeurs qui accompagnent les heures. L’invention en parut galante ; & ce qu’on efti- ma particulièrement, c’efi: que fans faire d’application aux paroles qui regardoient chaque Coeur, elles avoient Ff !j
?+o MERCVRE un Cens general qui cliver J tiïloir par luy-melme, quoy qu’on n’en pénétrait pas le myrtere. Cependant ce myftere fut expliqué par celuy qui avoir apporté l’Horloge -, & comme il le fut d’une maniéré un peu fatyrique, rien ne pouvoit eilre plus réjoüifTant. Il commença par ces paroles, je finira.y comme j’ay commencé, & il en fit tomber le fens fur une Dame qui n’ayant jamais eu d’Amans que par les avances, efloit d’un âge à en faire plus que
jamais, fi elle vouloit encor
eftre aimée. Il expliqua
toutes les autres paroles de
fuite aufli malicieufement,
& s’eftant arrefté fans rien
dite fur les dernieres, qui
eftoient, je décroîs l'avoir
b le fiéplutoSl ; Achevez, luy
dit la Maiftreflé de la Maifon
, & nous apprenez à
qui cet Amour s’adreflé.
A vous, Madame, luy répondit-
il. Vous ne vous
attendiez pas à trouver icy
voftre coeur parmy tant
d’autres. Cependant vous
avez témoigné tantoft que.
° -Frir? nj
MERCVRE vous aviez quelque envie d’aimer, & il eft difficile de l’avoir qu’on n’aime déjà. J’ignore qui fera l’Heureux que vous choifirez- mais quel qu’il puifle ellre, je fuis affuré qu’il ne vous aimera jamais tant que je ferois, fi vous vouliez recevoir mes voeux. Ces mots furent prononcez d’une maniéré fi cendre, qu’on jugea bien que la galanterie n’avoit elle inventée que pour donner lieu à cette déclaration. Les A- mans raccommodez ap-
qui avoir veu avorter fa
fourbe ne fçachant fur
quoy jerter fon chagrin;
on veut que tout aime,
dit-il, pour le marquer
dans les quatre coins de
cette Figure, on fait paroiltre
l’Amour qui b le lie
tout ce qui eft dans le Ciel,
dans l’air, fur la terre, &
dans les eaux. En vérité,
continua-t-il, ce feroit
quelque choie de plaifant
à voir, qu’un Oyfeau que
l’Amour auroit percé d’une
U4MERCVÏOE de fes fléchés. Cette raillerie obligea l’Autheur de l’Horloge à répondre, & il dit de û belles choies fur les diférentes amitiez des Animaux, que la fatyre n’alla pas plus loin. Tout ce qu’il rapporta là-deflus eftoit aufli lpirituel qu’agréable, & ce fut par où la Dame fit prefque une neceflité à Ion Amie de le choifir pour Amant, puis qu’elle eftoit réfoluë à aimer , & qu’elle ne vouloit aimer qu’un Homme d’ef- prit. L’ engagement fut
GALANT. ^4-j formé avant qu’on fe le- paralh Les deux Parties en parurent fort fatisfaites, & ce qu’on n’avoit commencé qu’en badinant, fut finy fort férieufement par la dif pofirion fecrete qu’ils a- avoient tous deux depuis longtemps à prendre de 1 ’ attachement 1 ’ un pour l’autre.
Je m’acquite de ce que vous attendez de moy fur les Complimens des Cours Souveraines. En allant féliciter le Roy de fes Con- qucltes, elles ont eu a par-
V K £
m
1er fur les mefmes chofes, fans que leurs Illuftres i Chefs ayent dit les mefmes chofes. Ils avoient tous le mefme Prince à louer, mais il eft louable par tant d’endroits, que chacun ne man- quoit pas de matière difé- rente j & fi les mefmes actions s’ofroient pour fujet dé leurs difcours , tant de merveilleufes circonftan- ces les accompagnent, que chacune auroit pu fuffire feparémcnt au plus étendu Panégyrique. Les fatigues que ce Grand Prince a ef-
venir à bout des
z GALAHT. 347
fuyées en allant de Mets à
Gand en fi peu de jours,
qu’il n’a prefque efté accompagné
deperfonne par
l’impolfibilité de le fuivre-,
la longueur du chemin, &
le mauvais temps qui n’a
point elle capable de l’arreller,
font des chofes qui
rendent cette Conquette
d ’ autant plus glorieufe
pour luy, qu’on peut dire
que c’eft prefque à la feule
préfence quelle elt deuë.
Les grandes Armées peuc
vent
grands deffeins -, mais s’ils
y
font fuivis d’un, heureux
fuccés, il dépend toujours
plus de la prudence de celuy
qui les conduit, que
des riombreufes Troupes
qui les exécutent. Les Hiltoires
font pleines des malheurs
qu’ont eu les Chefs
de ces grandes Armées
quand ils ont mis toute
leur confiance dans leurs
feules forces. Char les-quint
affiegea Mets en perfonne
avec cent Pièces de Canon
& fix-vingts mille Hommes,
& ayant efté contraint
-
349
T
files véritables lumières du
J Cabinet luy avoient manqué,
il ne mérita point à
Ion retour les refpeétueu-
' fes congratulations que
Loiiis leGrand vient de
recevoir. Voicy les pen-
; fées fur lefquelles a roulé
le Compliment de Mr le
ovion
lçavez avec combien d’érclat
il s’acquite des fonétions
de Premier Préfident.
Il a dit, Que la Fable
. nous
j comme efiant la Fille du Fra-j
MERCVR'E vail, (ÿ qu'on en <voyoitut. exemple en Sa MajeSlé. Qu' Hercule n'aurait poin' efié mis au rang des Dieu; . fans les Combats qu'il avot rendus, cÿ que fi l'on corn- ptoit encor aujourd'huy yêi travaux , on comptoit ceux du Roy a plus jufte titre. Que lors que les Herbes nettoient pas encor fur la terre. gÿ qu'on efioit à peine revenu de l'étonnement de fes dernières Conquefles^fans qu'on pufi s’imaginer qu'il fut fi. toSl en état d'en entreprendre de nouvelles, il avoit
7
GALANT. jp faitt rembler le Rhin gÿ la Lis, & que malgré le s Hy ver s, on entendait toujours gronder Jbn Tonnerre fansfavoir où il tomberoit. Vous pouvez vous imaginer, Madame , ce que de pareilles penfées ont pu fournir. Son Compliment fut court, ferré, fort, &: digne d’un grand Magiftrat.
Mr Nicolaï Premier Pré- fident de la Chambre des Comptes,dit, Que le Roy ne furprenoit plus que par la grandeur de fes Actions; Qu on estait accoutumé a luy
voir faire fes Campagnes
dans une fiifon où les Nations
les plus endurcies aux
entreprife s Qu'il a voit amufé
toute l ’ Europe par fon
Noyage de Mets, lors qu’il
esloit venu fndre tout-acoup
fur une Ville qui auroit
effrayé les plus grands Conquérant
par la feule réputation
de fa grandeur, quil
ria voit pas laifé de lafoumettre
en auffi peu de jours
qu il en faudroitpoiir obferver
fa fituation s Que les
V
GALANT-
Armes du Roy s’efloient rendues fi redoutables par tout, que qttoy que les Ennemis viffent prefque leur perte certaine attachée à celle de cette Place, ils navoient pas mefîne ofe former une cntre- prifè pour la fecourir. Il fit enfuite des refie Etions fur les mefùres que Sa Majefiépre- noit pour l'avenir , dit que Jupiter ayant fait tomber une Chaîne du Ciel, tous
1 • ' •
les Dieux 5 unirent contre
\ luy , firent leurs efforts pour £ entraîner> mais que Jupiter les enleva tous par
cAvril.
c’g
y1'
3V4 MERCVB r cette puiffance Jupérieure qu'il avoit fur eux ; Que de mefme la chaîne de la Guerre unifiait en vain tous les Princes contre le Roy, Quilfça- voit leur refifier a tous, & que leur union ne fer voit qu'a donner plus de matière à fis triomphes. Jl adjoûta que tous les Princes de la Terre efiaient corne les Geans, / qui avoient entafié Montagne fur Montagne pour afiïeger Jupiter ; Qu ’ ils mettoient Royaumes fur Royaumes contre le Roy, mais inutile- ment, & que la vertu Tem~
1 x
•"v
GALANT.
portait toujours fur la mul~
Mr le Camus Premier Préfident de la Cour des Aydes, prononça (on Compliment avec cet air hon- nefte & engageant ‘qu’ont tous ceux de cette Famille. 11 dit, Qu ’ il ejloit difficile de décider ce qui devait eau. fer plus d'étonnement, ou de la modération du Roy, ou de lu témérité de fes Ennemis, . qui refufoient les conditions de la Paix apres tant de pertes , tandis que Sa Majefté . confentoit a sarrefier au mi- Gg ij
lieu de fes Victoires, (ÿ à médans
la- feule veue du foulage
ment que la fin de laGuerre
pouvoir. apporter d fies Peuple'-
y .Qu’ainfi on pourvoit
dire que c eftoit avec quelque
forte de regret qu ' il s’efioit
réfolu d faire de nouvelles
Conquefies s fue l'opiniâtreté
défis Ennemis 1'' avoit-,
forcé a ies vaincre encor dansle
commencement de cette
Campagne, quoy qùils dûfveaux
avantages quefes Armes
dévoient remporter fur
— eux ; Que fi quelque chùfè
pouvait fatisfiiire une aufli
grande Ame que celle de Sa
SMajefté, c eftoit la vénération
que les Nations étrangères
avaient connue pour
fon mérùe , & la tendrefe
quitine conduite remplie detant
de Ogloire & de tant de
i bonté, avait fiit naiftre dans
a le coeur de fis Sujets. Il
adjoûta quantité de belles
. ) choies dont je n’ay pu et
Préfident de la Cour des Monnoyes, complimenta le Roy en ces propres termes.
Lors que nous avons 1*honneur de paroifire devant V. TMajefté, fa prefence nous remet en mémoire toutes les Actions qui rendent fin Nom redoutable à toute la Terre.
Des Places forcées en grand nombre, le fameux Paffige du Rhin, & une infinité d’Sx- • tdoits , nous reviennent en
GALANT. foule i & comme fi nous a- vions vefcu dans les tenebres pendantfon abfence, nosyeux s ébloüiffent a la, veué de fa ’Terfijnne environnée de tant de Lauriers.
éMais puis que V- Majefié pour comble de fa gloire, apres, un fecret merveilleux de fes Deffeins qui n ont paru que dans 1 exécution} a réduit
une grande Ville de la plus haute réputation ,
emporté les plus dangereux Ramparts de fes Ennemis ;
apres que de tous ccfte^fes Etats fe trouvent affermis
3^0 MER’CVRE par T éloignement des Frontières , ne pouvant mieux montrer noftre reconnoijjance fg) noftre cep le que pur nos fiûmijftons, nous les rendons, S111E, à V. Majefté, avec le mefme reftecl que toute la, France s'incline devant Elle . pour tant de bienfaits.
M‘ de Pommereiiil Prévoit des; Marchands, ayant elle mené à l’audiance, dit au Roy, Qu il ne pouvoit re- fufer les honneurs du Triomphe dans la Capitale de fon R oyaume, ces honneurs ayant efté
&
valeur, & aux T il es gÿ aux
Antonins dont il égaloit la
modération. Il continua en
exagérant la joye qu’auroit
la Ville au nom de laquelle il
parloit de luy voir élever les
Arcs de Triomphe quêtant de
Conqueftes luy avaient fait
mériter, deJùivrefonChar
dans les Rues de Paris au
bruit des acclamations de fes
Peuples. Ce Compliment
très-fort de luy-melme, reçeut
beaucoup de grâce de
la maniéré dont il fut prononcé.
H h
fidcnt du Gra—n— —d— C*• onf-fee . il,
dit, les Actions de Sa
Majefié efioient fi grandes
prendre ny les loïler autant
qu elles méritaient d' esîre
louées i fifiil (fiait inutile
d'avoir recours a l’Hifioire; |L
fiîon ny trouvait rien de
fiemblable, parce que les
Conque sic s du Roy pajfioient
tout ce qui s'efioit jamaisfiait
de plus éclatant -, & que ce
: donnait
tçnnement, c estait de voir .
V I
s
A
GALA] ntn Jucch aufli heureux td aufli facile de fes entreprifes dans des temps fi rigoureux > mais quil avoit rendu toutes les Saifns de l Année ega^ les 5 £ÿ quon ne pourvoit jamais afle^ admirer qu apres la prifè de S. Guilair* il eufi offert une Suffi enfion d'Armes dans un temps de victoires & de Triomphes Qu il n dppartenoit qu à Luy Joui de je pouvoir vaincre Luy- mefme ; m is que les Ennemis ayant reffie une Paix offerte à des conditions qui marquoient la grandeur de
Hhij
JT. y?
364 MERCVRE ’ fa modération, il avoit fuivy les mouvemens deJd valeur, ô’ que pour reparer le temps perdu , il avoit pris une Place en quatre jours qui efloit l'origine de toute la Grandeur d.’ Effagne; .Que les approches difficiles de cette grande Pille, l'inondation des Eaux arrefiées par une Digue quiparoiffoitplu- toft l'ouvrage de la Nature que de 1 Art, la /ubfifiance d'une Armée de plus de fixante mille Hommes, fff en fuite laprife d'T près, efîoient des chofes fi frprenantes,
y.
GALANT. 3A quelles Miraient peine à trouver créance dans 1'Avenir ;
Qu'il ny avait point de paroles capables de les exprimer , que tout ce qu'on
pouvait faire, ceftoit de les honorer dans un filence nf- peélueuxy & de témoigner en mefme temps une joye & une reconnoijfance publique.
Je ne vous dis rien, Madame,
de tous ces lllultres Chefs de la Juftice. 11 y a longtemps que je vous ay entretenue de chacun d’eux
en particulier, & vous fça- vez que de Magilhats fi
H h iii
connus & dont on parle
tous les jours avec admiration,
on ne pourroit répéter
que les mefmes choies.
Mlsde l’Académie Francoile
allèrent faire leur
Côpliment quelques jours
apres les Cours Souveraines.
Les Ceremonies qui
s’obfervent en ces rencontres
vous font connues aufli
bien que les honneurs
qu’on fait à cet Illuftre
Corps. M Perraut qui en
ellprefentement Directeur
porta la parole en ces termes.
H
U

? \
_ t / 1
* *
GALANT. 367
Q
O/K£,
(Quelques grandes £ÿ mer- ve't'deufes quefoient les nouvelles Conqueftes de Voftre Mijefté, il femble que vos Peuples devroient en eftre moins tranftortcs^de joye Cÿ d ’ admiration 3 accoutume^ qu'ils font a vous voir revenir tous les ans Victorieux de vos Ennemis. Mais outre que les biens les plus ordinaires, lorsqu’ils font urit- verfels, ne manquent jamais de eau fer une allègrefe uni- verfelle, & que la Nature fe H h iiij
362 MERCVRE . réjouit toujours également au retour du Printemps, I quoy qu il revienne couronné des mefmes fleurs, il faut confiderer qu’on ne s'accoutume point aux miracles, fur tout quand ils ont quelque caraïïereparticulier de grandeur qui les diflingue.
Tous les Exploits de Voflre Majefté ont esté des prodiges de Valeur, de Prudence, de Vigilance, & des autres Vertus héroïques, qui apres vous avoir acquis la Victoire , ont combatu entr elles far la part quellesjy avaient, S? dont il
é
’ GALANT.
y en æ toujours eu quelqu'une qui a remporté quelque Avantage fur les Autres. Elles recommencent aujourd'huy cet. te meflne dfpute ,où l'onpeut dire que fi l'on ne faauroit trop Admirer les effets fur- prenins de Ia plus huute Valeur qui fut jamais, êÿ cette maniéré rapide de conquérir qui ri'a point d ' exemples, l’efprit fie perd & f confond dans Ia profondeur de li fige fe qui a confit, qui a préparé, tÿ qui a conduit À leur fin tant de fi grandes cio fes.
Quelque Attention qu'ait
37o MÇRCVRE ’ eu toute P Europe ffr les def I feins de jK M. Clle ne les cl connus qu'au moment de leur exécution. Ces Politiques confomme? qui prétendent voir les effets dans le fein de leurs caufes y & qui croyent que leur prudence pénétré tout r Avenir de me fine que leur ambition embraffe toute la Terre y ri ont feu prévoir ces qui
moientdam leur P ai; mefrne, & fous leurs yeux ; Semblables aux Philofophesqui \ malgré l étude continuelle
prodigieux événement fe préparoient gÿfe for-
I
F
, GALANT, ri
qùils font delu Nature, n’en
connoiffent ny les fecrets ny
les rejforts cacbe^ dont elle
opéré ffr merveilles.
Les Troupes marchent fans
quellesfâchent où elles vont,
ny quelle efi l’expédition
qùon leur demande, contentes
de favoir qu elles vont
vaincre en quelque part que
Ton les meine. LMais lors
que le temps marqué pour
faire éclater voftre puijfance
efi accomply, cinq Tilles font
invefties toutes a la fois par
des Troupes innombrables
qui femblent offre forties de
V'
W MERCVRE | terre avec l*abondance des Vivres & des Munitions qui les accompagnent. La fir- prifie des Ennemis efi incroyable ; mais lors qùils voyent que la Capitale mefime de la Flandre efi attaquée , leur étonnement ri a plus de bornes } Cÿ il efi tel que la Ville efi prefie a fi rendre, qu'ils ne conçoivent pas bien encore qu elle fuit ajfiegée ; Vuftre CMajefié ne tarde guère s d’en achever la conquête pour pajfir à une Place plus digne encor, quoy que moins grande 3 d exeicer fies armes in-
&
. GALANT. tvincibles. Les Affiege^forts d'Hommes gÿ de Ramparts, font toute lu refiflance que de braves Soldats peuvent faire ; mais les attaques font fi vives , les actions de valeur des Affegeans fi extraordinaires & fi fréquentes , qu'ils trouvent quelque forte d ’ honneur d en efire furmonte'g: Et en effet, la gloire du Vainqueur efi fi grande , qu ’ elle fie répand mefme fur ceux qu'elle a ‘vaincus.
Cette gloire, SIRE, ‘vous doit efire d'autant plus pré-
tient toute entière, quelle
ne peut eflre légitimement
que V. M. a employé^ dans
mens qu ’ elle a faits & forme^
Elle-mefme , gÿ que U
prudence des uns & la valeur
des autres nesl que le
fruit de fan Exemple & de
fes Inflructions. Les Princes
font beaucoup auandils choifijfent
des Hommes capables
des Emplois qu'ils leur donnent
Ho sire Majetté fait
GALANT. 37.Ç davantage, Elle leur donne Cÿ les emplois & les qualité^ necejfaires pour y rcù/fir; Elle a une vertu qui les e- leve au defius d'eux-mefi- mes, qui les transformant en d’autres Hommes, leur
* - * v • •
fait faire de fi grandes chofes, qu'ils ont peine à croire apres lexecution que cefioient eux qui les ayentfaites.
Il eli aise de juger quelles fieront les fuites d'une Campagne fi glorieufement commencée : Cependant, SIRE, nous fommes perfiuadev^ que fi Dieu ouvroit les yeux à
vos Ennemis, f) qu en leur
faifant voir leur perte prochaine
& inévitable dans la
continuation de la Guerre, il
difpofaft leur coeur à la Paix;
nous femmes, dis-je, perjùade^
que V. M. bien qu Elle
voye la Victoire qui l'appelle
de tous colley, & qui luyprépare
des Couronnes en tous
les lieux où Elle voudra
tourner fes Armes , auroit
neantmoins la force de s'arrêter
au milieu du cours rapide
de fes Conquêtes, capable
d'entraîner toute Ame
moins grande que la fienne.
NT 377
A /T
GA
VoEire Majefle fait que la gloire dont brillent les Conquérons lors mefme quelle esï parvenue au plus haut point de fa fplendeur , gÿ telle qu’elle éclate aujour- d'huy en f n augufie Per- fonne, nef pourtant qùune portion de la gloire des Grands Roys qui luy reffem- blant. Elle fait que fl la Paix imp.fe quelque repos d fa Valeur elle permettra un plus libre exercice d fès autres Vertus -, df'ajuliicey qui fera mieux encor entendre fa voix lors que le bruit vAvril.
Li
des Armes fera, ce fié ; à fi.
magnificence, qui toute Royale
C? incomprébenfîble qiielle
efi au milieu de la Guerre,
pourra plus facilement encor
laijfer des Monumens
eternels de la grandeur de
fin Régné-, Jur tout à cet.
te Vertu bien- faifante qui
fait le véritable caractère
des Roy s , je veux dire ce
dcflr ardent qu'a Voslre
Majefté de rendre fes Peuples
gy' une pleine abondance.
Voila, S IRE, quelle efi
parfaitement heureux
une entière tranauillité
'/GALANT. 379 l'idée quel' Académie Fran- çoifi je forme de I^oshe Majefléy Elle vous regarde comme un Modelle parfait dont tous les afiecls font admirables , gÿ dont elle s éfor- ce fans ce/fe à tirer dais images fideU.es qui ne périjfent jamais, non feulement pour fat i s faire a la reconnoijjance quelle doit d vos bienfaits d voFtre protection glo- ncufe , mais afin que ces mefme s vertus qui font la félicité prefente de vos Peuples, deviennent encor utiles d la Postérité, parles
^oMERC grands exemples qu'elles donneront aux Princes des Siècles à <venir.
Le Roy témoigna efire très fatisfait de ce Difcours> & il luy donna tant de louanges, que Monfiçur rArchevcfque de Paris dit a M' Perraut qu’il ne pouvoir rien adjouter à ce que Sa Majefté luy en avoit dit. Vous voulez bien, Madame, que je me taife apres de fi glorieux témoigna- c> &
ges.
P/yché dont je vous par-
GALANT. ÿk lay la derniere fois, aefté reprefentée par l'Académie Royale de Mufique. Elle a la mefme deftinée
de rout ce qu’on a veu de ce genre. On y court en foule, & le merveilleux talent de M’ Lully ne paroift pas moins dans cet Opéra que dans tous ceux que nous avons admirez de luy. Ce qu’il y a de lurprenant, c’eft que les Vers ont cité faits & mis en Mufique en trois femaines. Cependant la Mufique ny les Vers n’ont rien qui donne lieu
de s’appércevoir de cette
précipitation de travail • &
la beauté de la Symphonie
& des Airs qui entrent dans
cet Ouvrage, fait connoiftre
plus que jamais que M1
Lully ne peut rien produire
que de parlait.
On fe prépare à l’Hoftel
à joiier bientoft le Beliffiire.
Ce nom eft fameux
& promet beaucoup. La
Piece eft de deuxAutheurs
que je nommeray h-toft
qu’ils confentiront à eftre
connus.1
Madame
'' ' • -
la Marquife de
»
U AL AN. l- a? i Pie nues mourut il y a huit ou dix jours. Elle eftoit fort A vertueufe , & avoit beau- coup d’efprit. Feu Mr le Marquis de Tiennes fon !
Mary., de la Maifon de Broiiilly en Picardie, eftoit Chevalier des Ordres du Roy, & Gouverneur de Pignerol. I
* O
Mr de Breda Cure de S. André' des Arcs, Doyen des Docteurs & des Curez de Paris, mourut quelques jours apres. Son intégrité & fa grande érudition luy ayojent acquis beaucoup
d’eftime. Les Quatre Facuirez
de Paris, qui font
celles de Théologie, du
fÇ), ’ * t î ' a- -W
Droit Canon , de Médecine,
& des Arts, c’eft à dire1
des Bacheliers & Mailtres
és Arts, nomment tour à
tour à cette Cure. Elle clf
- préfentement litigieufe entre
la Faculté du Droit Canon
& la Faculté de Médecine.
La première y a nommé
M'Robert Doéleur de
Sorbonne, Fils du fameux
Avocat qui porte ce nom-
& celle-cy , M' Mathieu
Doéteur,Fils d’un Médecin.
Avocat fi célébré dans le
Barreau.
M Hardy, Sous D-oyeh
des Conieillers duChaftelet,
eft mort auffi depuis
peu. 11 ne fçavoit pas feulement
ce qui regardoit fa
Charge. 11 poflèdoit les
Langues Orientales, & ef,
toit fort eltime' en plufieurs
Pais Etrangers où il avoit
des correfpondances.
Je paffe aux Mercuriales
qui viennent d’eftre faites
au Parlement. On en fait
eAvril. K k.
386 MERCVRE quelques-unes à Pafques, quoy qu’on n’y prelle pas le Serment dans ce temps-là comme on fait à la Saint Martin. Celle de Moniteur le Prcfident _de (^rt&^Novion a elle fur le Tra- '—■—«" '
vail. Il a dit, Que HDieu ayant commencé par faire, tout avoit efié ajfajety au Travail, gÿ que le Trône mefme n enflait pas exempt; Que le Roy travaillait pour la Victoire , & la Victoire pour Luy ; Que les plus grands Hommes qui n'a~ voient rien que de rude, s'ef
Jr- À Vf
_ GALANT. ^7 toient polis pur le truvuili Qu'il donnait entrée aux Sciences, gÿ perfectionnait les heureux txlens ; Quil fallait travailler beAucoup pour connoifire bien lu fuf- tice , & qu on ne pouvait' afl'e\fèfouvenir quelle devait efire comme la Mer, qui rejette tout ce qui efi im- pur-
Le Sujet de la Mercuriale de ML le Procureur General a efté, Que le premier devoir d'un Magifîrat esîoit le fervice de fan R oyt gÿ que nous eflions oblige^ Kkij
Z
de fervir celuy que Dieu nous u donné pour Maifire> gÿ par devoir & par r.econ- noijfance, puis qu'il.travaille fans cejfe pour le bien de fes Sujets. Il a parlé de la fermeté de feu SM' le Premier Préfdent Mo lé pour le fer- vice du Roy dans les temps les plus difficiles. Il a décrit en'fuite les Vertus necejfaires a un parfait Magiftrat, juf- qu à fes Vertus domestiques, & a fait connoiRre quelles efloient toutes enfeu SM' le Premier Préfdent de Lamoignon , & qu'il pojfedoit
y

ante seraitpourmoy sansapjxis la lin z dresse dîme nuu
mai z messe
W\tresscjail le^ruitc/ryasdesajiiansaiwio/jeljue cette bette
yaelyuc tour ne maymu il pas la saison la plus charnt
llU-ll T-.1.1 1 II J, 1
dresse dune ried tresse Jaiïte printaryisdcsa/nansiSi la dùunc ama . rautc
I^U 1H 1W
1 1 ii 1 11 1 ' *r‘_"N±z
ciatlraispour moi/la tén z dresse civru
d [J

<*> • 3— —4

GALANT. 389 une éloquence naturelle* comme on l'avoit 'veu tres- fo wvent.
Ne cherchez plus d’ordre dans ma Lettre. Elle eft déjà longue, & le dernier jour du Mois m’oblige à finir. Je ne veux pourtant pas oublier à vous faire part d’un Air qui eft fort approuvé desConnoifïcurs. Il eft de M Berthet. Je vous laide juger des Paroles.
AIR NOUVEAU.
ÏD/1 t en ire [Je
D'une Maifireffe,
Kk iij
3?o MERCVRE Fait le Printemps Des Amans.
Si la divine Amarante
Quelque jour ne m aimoit pas, La Saifonlàpluecharmante Seroit pourmoy (ans appas,
La tendre [Je
D'une Maiflreje^
Fait le Printemps
Des Amans.
Au moment que cette Belle L1e (ît le don de fa foy, *. La S ai (on la piste cruelle Fut pleine d'attraits pour moy.
La tendreffcy &:c.
Pour lés deux Enigmes
O
en Vers, voicy l’Explication de la première lur les mef- mes Rimes. Elle elE de Mr
Gauthier.
LA Mode efi inconfiante auffi
bien que legere,
Cependant on la fuit par tout fort
conftarnrnenr,
Et je croie quil n efi point d'Am at
Qui fans fini fie court puiffe^\à\cc.
Z' Art ifian qui l'invente efi un
vray Roturier,
27o b les, Riches & Grands luy rendent
des hommages.
Tout luy ce de icy baey & les Eou*
^les
Ce quelle a de crédit vient de chaque
En un mot la Mode eftfi force
Et fi fente de fin
Que contre la Raifon y les Loix &
le Sçavoir,
Elle difpute unrangque toujours
elle emporte.
K k iiij
Sages,
Meftier.
pouvoir,
le
JL‘empire qu'elle exerce cfidepuis
Et quoy qu' enfin fit je te à la
vieillefTô,
On lavait depuis très long temps
Reprendre pour nous plâtre une en.
tiere j uneffe.
Ceux qui ont trouvé ce
Hiefme Mot de la Mode.,
font M1 Lagrenc de Vrilly-,
Mademoifelle de Clerbourg
; Une Belle de
Tlioüars; L’Oedipe Boulonnois
j M de Lefcar,
d’Avignon-, M’ de la Vigne,
de Ntimes -, Mr de
Cohon, Gc n i i lhomme d’A<
fonçon, Chevalier de. l’OrGALANT.
39?
dre du Roy de Portugal;
M1 DogueAvocat à Brie-
Comte-Robert ; Mi Lelleron.;
M' Aubert, Avocat
de Lyon , M’ Guillet, Ecclefiaflique
de Lyon ; M>
de Maurry ; Mademoifelle
déjà Salle, de Blois ; Une
Belle Suiflèfles M'deLardenay;
M‘ du Mont, Avocat
a Chaumont ; Mademoiiei’le
Chreftien, d’Auxerre;
M1 Rolant, Avocat
à Rheims -, M1 BriiTault,.
Médecin de Tournay ; Mr
Malbct, Diredeur des Pof»
594 MERCVRE pine, de Bordeaux; M Dau- villjer de Baffe bourg, Avocat ; M Denys, Chanoine de la Cathédrale d’Orléans -, Télamire, deTroyesi Mr Charpentier, Commis au Domaine de Languedoc; Mr l’Abbé Sanguin, Mr Baifé le jeune ; Mademoiselle ïa Fileufe ; Mr du Plef- fis, Confeiller à Chinon; Les deux Inféparables de la Rue de Mouffy ; Mr de Lantages ; Les Pensionnaires duCloiftre de Lyon;
y ’
Les Beaux Efprits du Canton de Lilej M: le Moine,
de Forefts ; L’agreable Demoifelle
de la Rue de Mouf
fy ; M de Soucanie, Avocat
Thabaud des
-a
fieurs Particuliers.
Baron, de Hoques,
Roy, le Solitaire Tli
M Bafin Chanoine
oyes
erpv
a Koye
Ferrons
Potier de jLauge.
J ’ oubliois à vous
que cette Enigme <
^Mode a efté faite pt
F Abbé de laChapelle
divers fens d<
l’E
, M' Hour
de Rheims
396 MERCVRE M1 djit Laure ns Prieur d> Boishallebout, Mademoi (elle Souchu, Mr Gelan, 3 M^alleron, ont crû qu< c’eftoit la Fortune-, M Bourg de Villiere, Avocat àCofne fur Loire, /’Efîime. M' de Boisgirard, l Heure-, Mademoifelle Çamufet de Rheims, L'Epée 3 M Godefroy le jeune, S‘ de Mau-- buifïon, & M‘ le Jay, la Beauté-, Mr du Eoflèy de Rouen, la Monnaye.
Quant à la fécondé E- / nigme, vous en trouverez le Mot dans le. Sonnet que
f b
Cjt /A. E 1~\ N s. •
■ ’Voicy. Il fut fait autrefois
en envoyant des P'o nnts
à une jeune & belle Perlonne
de la première qualité
, qui clt aujourd’huy
Madame la ’Comteffe de
Poitiers, de la Franche-
Comté.
SONNET.
r) Etits Vylans alle^ auprès dt
cette Bédé,
Qu une douceur charmante accom*
papne toujours*.
Vousy rencontrer Camille petits
Amours, \ , Vi
Qtùfhns ce/Je luy font une par de
fidelle.
Puis que vous defirez^ efire bien reçois d'elle^
11 faut bien galamment leur demander fe cours.
Comme ils pourront jouer avec t vous tous les jours,
ils voudront bien fans doute appuyer v efire zgle.
Ne prenezjtoint d'orgueil fi vous eftes flatez,.
Ne vous rebuteras pour efire rebutez^ (à l'autre:
Za peine & leplaifîrfuccedent l'un
Et quand l 'un de vous mort a fes . pieds tomber oit
Vif-on jamais, bonheurquîfufi égal au voftre,
Puis que fa belle main le refiufi- ter oit l
Ce mefme Mot du Volant
a elle trouvé par beaucoup
de Particuliers , qui
font Mr de Roux > Le Solitaire
de Caen > Un Inconnu
deRheimsi LavilledeHam;
L’Illuftre Fille de Village
d’entre Tours & Saumur;
L’Athis de Thoüars} M1
de Boisgirard -, Mr Godefroy
le jeune, S de Maubuiflon
, Mademoifelle çle
laBorde ; M: l’Abbé Baugy-,
Rouen; Mademoifelle de
Chennevarin, Fille d’un
Auditeur des Comptes de
Normandie . Mr le Roy;
M de -l-a- F--o-l-l-e- d--e--B--a-u-d-e--vi reJ,
de S.Lo; Une Dame du
Pais du Maine . Mr du
Mont ; La Société' Cloiftrée
de Paris . M Mate,
de Roüen ; M' Rotïflèl,
PreltreAumônier ordinaire
du Roy ; Ml Laifne';
MrHourdaut • MrduLaurens,
Prieur du Bois-Hallebout
; M‘ Graflèt , La
Belle Climene ; Mademoiselle
Mariane, près la Place
Royale, Ml Palleron; &
M1 de Leftac, Avocat'en
Parlement.
GALANT. 401
M‘ Panthot, Doéteur
Si Profeffeür en Médecine
à Lyon , a expliqué cetté
Enigme, du Volant,, fur la,
Gibier en plume ; M1 de la
Vigne, de Nifmes, fur un
Awre\ Mademoifelle de
la Salle de Blois, &MrLclleroii,
fur la Fusée ; Mr de
Lardenay, fur le Feu 5 Une
Belle Suiffeflè, fur le Ba_
lon ; Mr Roland, Avocat a
Rheims, fur Bombe ou la,
Fusée Volante^, Mr Dauvillier
de Baffebourg Avocat,
M1 du Tel, Mr deLantages,
fur la mefme Fusée Volante t
«Avril. L1
402. MERCVRE & ’Mr de Soucanie Avocat à Roye, far le Héron.
Voicy les noms de ceux qui ont trouvé le vray Mot de l’une & de l’autre Enm- O me. M' de Mouceaux, de la Rue de Paradis ; La Salamandre du Havre de
• Grâce ; Mr le Chevalier de Maries, de Rouen ; Mr de Prével, de la Place Royale; M dedaCouldre, de Caen; M1 Bernier, de Blois, Médecin à Paris ; Mr deRion- ville , de Mets ; La Belle Angélique ; Le Solitaire de Champagne ; M1 de
I
GALANT. 40g
Saintfrie, Prieur de S. Jo- ! feph ; Mr de Billedeftru, d’Auxerre -, Mademoiielle Loifeau, de Coulommiers-, Mademoiielle le Vignon;
M1 le Comte de l'Aubepin^-/^*- Mademoiielle Raince, de la Rue Chapon ; Mefde- 1 moifelles de Lochefon-^^/?^» -—— —— - A taine ; Mr d ’Auberville;
Le petit Gormont-, Un Gentilhomme de Verdun; Mademoiielle de Rebe- cour, de Loudun; Mr de Rocmont -, M1 Robbe; Mr le Grand, de Troyes ; M’ du
II
Tremblay, de Caen ; Mr
L1 ij
4°4 MERCVRE. 1 Rouflel, Preitre, Aumônier ordinaire du Roy -, Mr Mignot de BufTy, Gentilhomme Lyonnois j Les Dames de Richelieu -, M Seffrie, d’Andely en Véxin • Mr Trigqdet-, Mr Proaudeau, d’Auxerre ; Le Solitaire de Gaën i M.L' Marquis S1 dei Ghevigny , de la Charité fur Loire ; Mr Charpentier-- Mademoifelle Lenfant -, Mademoifelle Nommari- Ajaory, de Poitiers ; M1 l’Abbé de la Tanerie , de
■■ ' ■* "• •"*’ — — —* x
Poitiers-, La Belle Solitaire j M.l’Abbé Montel • Mr du
1
I G ALANT 4 5 Tilieti-, ML.B. desAunais; « M1 desJBoquets-Rabots, du: Ponteau de-Mer y Madame, Vincent, Femme d’un Pro-, cureur en Parlement -, M1 Bonnet, Fermier des Devoirs de Fougères en Bre-, tagne-, Un Chanoine Régulier de l'Abbaye S. Vi- élor ; Une Belle d’Ètamp^Sy M1 l’Abbé Drouin-, Mr\ l’Abbé Boflart, Chanoine, de Vannes; Mademoifelle la Salle , de Blois -, M1 de Boulainvilliers, Chanoine Régulier; MJ d’Hermilly; M." de Florimont, de Caen;
Mr des Bois, Avocat en
Parlement ; M1 Marchand,
Avocat au Préfidial de la
Rochelle.
Je me referve à vous faire
voir dans mes Lettres extraordinaires
les belles Explications
des Enigmes,
dont la plupart font en
Vers, & me contente aujourd’huy
de vous apprendre
les noms de ceux qui
les ont devinees. J’en uleferay
toujours de la mefme
forte à l’avenir , & cependant
je vous envoyé deux
autres Enigmes que vous
GALANT- 407
pourrez propofer à vos
Amies. La première eft de
M de Poclagnis ; & l’autre
de Mr duMatha-d’Emery.
Army les Courtisans j ay
la première place
l'approche de fortprès la
PerÇonne du Roy,
B lento fl une Rivale aufli belle que
moy.
Dans ce lieu plein d'honneur me
Succédé & ni'en chajfe.
Ma beauté .ma faveur, ne durent
pas longtemps,
Mats je deviens bientofiencore plus
charmante.
Comme il rie/i point (ans moy de,
parure éclatante,
Quand on n a que moy feule, onefi
(ans ornement.
AUTRE ENIGME.
prenant beaucoup d'empire,
Sans Te'fle (eftois crainte alors,
Mais- maintenant ] ay honte de
le dire, - |
Ma Te fie vaut mieux quemon
Corps. . ’l
^Medée Enigme en Figures,
a eflé diverfement expliquée.
Mr du Tremblay*
M1' de
Mr de Foilc de
vire de
ont crû
difance -,
le Boulet de C
Bombe ; Un Inconnu de
R he im s -, l ’ Am ouF; ÏW 54^
lamandre du Havre de
Grâce, U Guerre de Flandre-,
Profè fleur
;**v W F -* % t ï a Lyon, les S. ..
Trcbuchct Av
I
I Me
fleurs ;
1 car d’Auxerre, la. fl dm e
Foudre j M‘ de Prével de
J.a Place Royale, une lAin-
' Athys i3
geance f'.itisflïite -,
i de Thoiiars , les Conqueftes
I eA vril. M m
du Roy -, M' de la Vigne de
Nlimes, les Préfens des Ennemis
; M‘ D ogupt^/rf
ou /æ Grenade j M‘ Prévoit
& MrLelleron, le Tonnerre-,
M1 Maury, la France dans
la conjoncture préfente des
affaire s de ce temps 5 Mr le
Baron de Hogues, un Feu
de j oye pour la. prifede Gand^
Mr Colineau , Confcillcr «î _ -—* nj au Siégé Royal de Loches,
la Guerre i Mr deRpcmont
la faloufie ; M: Robbe, la
Guerre d'au jour ci b uy -, M1
Robert, de Châlons en
Champagne, la Vangeance'y
Une Dame du Païs du
Maine, le Triomphe du Vice.,
Mr du Mont, lu P elle ; M1
l’Abbé Sanguin, l'Amour
méprifé, T lndifcretion, ou
la Vangeance-, M1 l’Abbé
Moatel, le Mépris da Gloire,
ou le Sacrifice -, Un Chanoine
Régulier de l’Abbaye
de S. Viélor, la Paufi'e
VImage du Temps-, M1 de
laHouflaye de Roiien, une
Belle d’Etampes, un Ecclefiaftique
duVéxin, Mr
Denys Chanoine de la Cathédrale
d’Orléans, & M1
Mm ij
des Bois Avocat en Parlement,
la Comete ; Les Penfionnaires
du Cloiftre de
Lyon, la France M‘ Hourdaut,
la Jaloufie 5 M‘ l’Abbc:
Drouin, la Foudre -y M1 du
Laure ns, Prieur du Bois-
Halle bout, la Sagejje . NT
de Soucanie Avocat àRoye,
le Triomphe de la France > &
M1 Palleron, /’Envie.
Mr de_Riouville de Mets,
M‘ de Cohon d’Alençon,
MademoifelleLenfant, une
Belle Captive, & un Gentilhomme
de Verdun, qui
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T
l’ont expliquée fur la.
Volante , en ont trouvé le
vray fens. La Robe enflâmée
qui confomme Créon
& Creüfe, marque le Feu
qui fe met d’abord a la
Fufée que Medée reprelente
en travcrïant l’air
dans fon Char, comme la
Fufée s’y éleve rapidement
fi-toft qu’elle a commencé
à eltre embrafée par le Feu.
Les Dragons du Char font
ce que nous appelions des
Serpenteaux -, &c Jafort , &
ceux qui l'accompagnent,
nous figurent les Spééta-
M m iij
+I4MER.GAL. -
teurs des Feux d’artifice.
Le Satyre Marfyas lié à
un Arbre pour y efire écorché
vif, à caufe de l’inlolence
qu’il avoit eue de
prétendre qu ’ il égaloit
Apollon à bien jouer de
la Flûte , efi le fujet de la
nouvelle Enigme que je
vous propofe. Prenez la
peine d’en bien examiner
toutes les Figures, & ne
grondez pas de ce que je
remets juîqu’au 15. de May
la Lettre extraordinaire
que je vous ay promife. Je
fuis, Madame, vofire,&c. .
A Parie ce y>. d'Avril 167 <?.

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ON donnera un Volume du Mercure Galant, le premier jour de chaque Mois fans aucun retardement. Tous les Volumes de l’année 1678. à commencer par celuy de Janvier, nele donneront plus à l’avenir chez le .Sieur Blageart, Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques, à l’entrée de la Rué du Plaftre, qu’au prix de Vingt fols en feuilles, &: au Palais à Trente fols relié en Veau,, & à Vingt-cinq fols en Parchemin. Les dix Volumes de P Année 1677. fe donneront toujours au prix ordinaire, c’eft à dire vingt fols en Veau, & quinze en Parchemin au Palais, & dix fols en blanc chez ledit Sieur B’âge art.
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume.
i
3
G
34
33
39
4*
43
43
AVant-propos, : .r
Madrigal à Irùy
F' Amant réchauffé,
Sonnet a une 7>eUe fui aVoit la T>irec/
ion d3un dfofpital,
Abbayes données par le fyy,
Fers à 7réf ,
Fers à ThilE,
(fe qui s éfl pafïé d la prife du Fort
d* Orange,
Flan du Fort d'Orange,
Extrait de la Ffarangue du Fifcours
que fit M. TfaVot Avocat General
de la Cour des Aydes à TEnregiftrement
des Lettres de M.le chancelier,
fhanfon notée, H 75
F' Amour intereJPe, - 74.
Ce qui s eft paféé dans les Académies
Royales de Teinture cr dcuE
T A B LE.
fture detTaris & de /ome le pour de la difiribution des T rix , le*
Mo ms de ceux qui les ont emporte^ dans l'une & dans Vautre. Sx
Vautre, Mort de deux Amans morts d'amour, z leurs derniers Fers* Madrigal*
Lettre a la plus Çoquette Femme de
116
Iï7 118
1’9
HO
France* 'Demande à Tris* ‘F/ponfe d Fris, ‘Applique* 7(eponfe, - . Le ’^oy donne à M.le Botter la Charge de Lieutenant - Admirai de Dun- querque, IJ?
le Chevalier de Chafleaurenatit donne la chaj/e à F B/cadre d* E -
Surprenante AcFton de M. E reart
Sieur de 'Eois/age'*
.Mariage de M. le Marquis du Montai &> de Mademoi/e lie de Ta \ ânes*
Madame d* Ernoton accouche de trois
Fifres* 145
\erfen*
12.6
TABLE.
Siégé de Gandy
D afion naijfànte , «fozwdT, J4f
L^fponf^ 47
Plupeurs Lnprompt us y 148 1
fbanfony 150
A^anture eau fée par une Lettre de
T^oman, '
Nouvelles Particularité^ touchant le
P lupeurs Pièces de J7'ers fur ce fit jety
171
Vers de M. djobbe à Monfe :gneur le
D> auphin, 1 § 1
A iï ncuyeau, 184.
Siégé d'Ypres, a"? es le s Noms des Morts
& des "BleJJe^ de tous ceux qui
fe f)?;t fgnale^ iXf
P lufeurs Pièces de Vers fur la prife
d'Ypres, 249
Lettre de M. le Duc de S. Aignan au
foy fur laprlfi d'YpreSy 2\S
%(éponfe du Tfoy à M. le Duc de Saint
A gu an, 261
Le 7fy donne une fompagnie de Ch -
y aux Lege-s à M, le Chevalier de
Tbouryy
t a;b lje.
Lettre d'un fhexalter inconnu à M le Duc de S, A ignan, rfy
^e'ponfe de M, le 'Duc de S, Aignait au Chevalier inconnu, iqi
P lu fie urs Sonnets autres Pièces en
d7ers à Monfeigneur le Dauphin, 178
A M T. *P tfù* la Lettre qui a para de bty a Mademoifelle P.D. dans le Mercure du Mois de Mars, 2 S 4.
Arrivée de M, le Duc de la Eeüillade à Toulon,
i W
Le foy nomme M. de ’E’arange'^iUe d l'Ambajfade de Eenife, 299
Compliment fait au foy par V Sn^oyé de P ortugal, 505
Compliment fait à la ‘feyne par le me fine cn'yoye,
Lfiifloire du Cadran & de P iforloge dr Amour, 506
Extraits des ifarang 'e; des fbmpli- rnens faits au foy par le s Cours Sou- y e'aines,
2?8
349
Cfnfliment fa't an foy au nom de
r Academie françoifi par M, Per-
TABLE.
raut Tiretfeur de la mefne Compagnie,
T i'Vertijfemens donne^ & promis art Tublio, 380
JV/brr de Madame la Mar quife de
Tiennes, 581
Mort de M. de Treda Cure de S. André des Arcs, 385
Mort de M, Ffardy Sous-Toyen des
Conjeillers du Chapelet, 38^
MercuriaLes faites au T ar le ment par
M. le T refdent de A'eyion cr dd. le T rot tireur General, 3 85
*Aiïr nouveau, 3 89
Explication de la première Enigme du
.Mois pajfif 5 8 (
Moms de ceux qui l'ont explique^. 381 Explicatio7t de la fécondé Enigme du
Mois paffe, 387
Moins de ceux qui l'ont expliquée^ 389 Monts de ceux qui ont expliqué les
F I N>
deux Enigmes*
392-
Enigme^
397
Autre Enigme,
Enigme en Fig res,
4*4
Extrait du Trryilege du d^oy.
PAr Grâce & Privilège du Roy, Donne à •S, Germain en Laye le 51,Décembre 1677. Signé,Par le Roy en fon Confeil, Junq^ieres. Il eft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitule MERCURE GALANT, prefentc à Monfei- gneur le D auphin, & tout ce qui concerne l'édit Mercure, pendant le temps & efpace de fix années, à compter du jour que chacun defà. Volumes fera achevé d’imprimer pour h première fois: Comme aufli defenfes font faites à tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & autres, d’imprimer, graver & débiter ledit Livre fans le contentement de l’Expofant, ny d’en extraire aucune Piece , ny Planches fervant à l’ornement dudit Livre, mefme d’en vendre te- parément, & de-donnera lire ledit Livre, le tour a peine de fîx mille livres d'amende, & confifcaidon des Exemplaires contrefaits, ainfi que plus au long il cft porté audit Privilège
Regiftré fur le Livre de la Communauté le y. Janvier 1678. Signé, E.Couterot, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé, a cédé & tranfporté fon droit de Privilège à C. Bhgeart, Imprimeur-Libraire, pour en ÿoiiir fu 1 vant l’accord fait entr’eux. ’ ^îche've dimprimer pour la première foù le 30, ^4-vril idpÿ.
1
j4vis pour les Figures.
Le Plan du Fort d’Orange doit regarder la Page 45.
La Chanfon qui commence par Rcffîqnols que fretendez,- vous, doit regarder la Page 73.
La Chanfon qui commence par, Si votes poarjuivez^de ri armer* doit e arder la Page ijo.
La Chanfon qui commence par, L 'on vous dit toits les ans , doit regarder la Page 184.
Le Plan d’Ypres doit regarder la Page 233.
Le Compte dïin Amant rendu â fa MaiftrefTe, doit regarder laPage 318.
L’Horloge d’Amour doit regarder la Page 338.
Lâ Chanfon qui commence par, La Tendreffe, doit regarder la Page 389.
Marfye, Enigme, doit regarder laPage 414.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le