Fichier
Nom du fichier
1678, 03 (Gallica)
Taille
54.90 Mo
Format
Nombre de pages
443
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
c5W qA 7^ S 16 7 S
*
A PARIS,
AF PALAIS —a . — — • >
A PARIS,
Chez GUILLAUME DE LUYNE, au Palais; dans la Salle des Merciers, à la Juftice.
CHARLES .DE SERCY, dans la Grande Salle, à la Bonne-Foy couronnée.
- r . ... A ■ Y, . t
ESTIENNE LOYSON, dans la Gallerie des Prifonniers, au Nom de Jefus.
CLAUDE BARBIN , fur le fécond Perron de la Sainte Chapelle.
JEAN GUIGNARD, dans la Grande Salle, à l'image S. Jean.
<
THEODORE GIRARD, dans la Grande Salle, à l’Envie.
La Veuve OLIVIER DE VARENNES,danf la Salle Royale, au Vafe d’Or.
CHARLES OSMONT, dans la Grande Salle, à l’Elcu de France.
Dans la Salle Royale, à l’image S.Lo'diÿ,
M. D. LXXVUI.
AVEC PRIVILEGE DV ROT.
:
A
LE
On Je Jert du Mercure
• * a y
I
EPISTR E.
pour avoir accès auprès de
Vous ; puis que cefi un
Ouvrage public , il efi jujle
qu'il favorife l empreffement
que chacun a de vous y faire
Ja cour. Ce qu’il a fait connoijlre
par tout de l'adrejfe
merveilleufe qui vous fait fi
aydlntageufement .réüffrdans
vos Exercices , a donné l'idée
que vous allezyoir. On ri apû
apprendre avec combien de
force & de vigueur vous
monter les Chevaux les plus
difficiles à efire dompte^ fans
s'imaginer un jufte orgueil
dans ces ^Animaux. On les
I
.1
P
EPISTRE.
a fuit parler fur la gloire
qu’ils ont de fervir a mous
inftruire, Cÿ par une figure
dont l'ufage mous efi connu.
Voicy, ^MONSEIGNEUR,
en quels termes ils doivent
s'efire explique^.
Nous fommes deftinez pour
former un grawd Prince
A porter au Combat de redoutables
coups-
I! n’eft point de Cheval de Cour
ny de Province,
Qui s’ofe comparer à nous. •
Noftreforteft fi beau,qu’aucun
fort ne l’égalej
• • •
a nj
EPIST.RE.
Nous fommes faits d’un poil & d’un fang éprouvé;
Au célébré Pégaze, au fameux Bucéphale,
Nous ferions quirer lepavé. g
Le Pégaze languie aux bords de quelques Rives,
Mal propre pour la Gloire, SC mal propre aux Combats;
Depuis qu’il eft nourry par neuf Filles oifives,
. C’eft tout s'il fçait aller le pas.
L’autre avec ce haut prix où nul ne pût atteindre,
N’auroit pûfoûtenir nos regards courageux :
Pour un fier Animal qui nedé- vroit rien craindre,
Qjellehôced’eftre ombrageux»
EPISTRE.
Exempts de ces defauts, & faits
comme nous fommes,
Nous nous reprocherions de
prendre du repos5
Nous avons épuifé les foins des
plus grands Hommes,
Pour eftré dignes d’un Héros.
Qifil eft grand ce Héros! quoy
que bien jeune encore,
Il fçait pour nous domter tout
l’art des mieux appris-
Nous fommes bien trompez, fï
fon Efprit ignore
Quand nous fautons fous Iuy
d'une fougueufe haleine,
Nul violent effort ne le peut
ébranlerI
EPISTRE.
Sans menace & fans coups , il
nousforce,Scnous mene,
Nous l’entendons a fon parler.
Tout autre en le portant, nous
* peze èc nous accable^
Mais les Enfans des Roys ne
pezent jamais trop,'
Sous un fardeau fi cher on eft
infatigable,
Allaft-on toujours le galop.
On fe trouve animé d’une orgueilleufe
adrefle,
Quand on porte le Fils d’un
Pere triomphant-
Duc Pyrrhus en gronder, chacun
de noflre efpece
Vaut bien du moins unElcphac.
EPISTRE.
S’il le faut couronner du gain
d’une Victoire,
A luy bien obéir nous nous efforcerons
}
Quand il nous montrera le chemin
delà Gloire,
Auflitoft nous l'y porterons.
Qaoy que ces Vers ne fuient
pas de moy, j'ay crû, MON-
7
SEIGNEUR, que <vous ne
def tprouverte^pas la liberté
que je prens de les faire paroiftre
icy. Ils font une marque
de l'admiration que tout
le monde a pour Vous, & je
men fais l'interprété avec
EPISTRE.
• ® .*
beaucoup de pluifir pour voir occafion de vous réite- rer les affurances du profond refoeft avec lequel je fois,
MONSEIGNEUR,
Voftre très-humble, tres- obeïllànt,& rres-fidele Serviteur, D,
LEs Vers qui fervent d’Epiftre
à Monfeigneur le
Dauphin, ont efté envoyez
de Bordeaux, & font de Mr dix
Matha-d’Emery, Autheur de
la Gazete Galante qu’on a veuë
dans le Volume de Février.
L’Autheur du Mercure luy
rend icy la juftice qui luy eft
deuë, & allure qu’il donnera
dans peu les chofes qu’il a promifès
dans fa derniere Lettre.
La matière de la Guerre l’a
mené fi loin, qu’il n’a pu tenir
parole dans celle-cy. Il prie de
nouveau ceux qui luy font
l’honneur de luy écrire, de ne
AV LECTEVR. fe point plaindre de fon filence, 11 a tant d'occupation dans toutes les heures du jour, qu’il doit eftre difpenfé défaire Ké- ponfe. Ce travail demanderoic plus de temps que le Mercure, tant il reçoit de Lettres de tous coftez. Les Enigmes faifant le divertiïTement de beaucoup de Compagnies, il fera obligé à ceux qui les ayant devinées, en voudront bien garder le fecrcc Jufqucs à la fin du Mois, llspu- blient ce qu’ils ont trouvé, 6c il fe pourroit faire que d’autres fe ferviroient de leur fens pour l’envoyer à l’Autheur, comme s’ils l’avoient trouvé eux-mef- mes. Moins le nombre des De- vineur$.fcra grand, plùs on aura de plailîr d’avoir rencontré le
AV LECTEUR.
Mot. On a déjà fait connoiftre qu’il y a beaucoup de Lettres &, de Mémoires dont on ne fe fert point, parce qu’eftant fort difficiles à lire, on n’a pas le temps de les déchifrer. Il faut prendre garde fur tout à bien écrire les Noms propres. Ce manque de précaution a fait déjà faire beaucoup deplaintes pour des chofes qu’on a efté obligé de réparer dans les Volumes fuivans.
Quand on a commencé à travailler au Mercure, non feulement les Figures n’y eftoienc point employées, mais on ne paflbic point neufou dix feuilles d’Impreffion. Il vient prefen- tement des matières en telle abondance, qu’on a eftc con-
AV LECTEVR. traint de 'le groflîr de moitié, afin de fatisfaire le public. Toutes les chofes qui y font gravées eftant faites avec tant précipitation3demandent qu’on employé beaucoup de Gens & d’Ouvriers tout à-la-fois pour le renir toujours preft à jour nommé. Il eftimpoflible.de retrancher les feuilles qui le grof- fïiïent, à caufe de la quantiré d’Articles confidérables dont J’Autheur cft accablé tous les M ois. C’eftcequi le met dans l’impuiflance de le continuer le .Mois prochain que fur le pied de trente fols relié en veau , de vingt-cinq relié en parchemin, & de vingt pris en blanc chez le Sieur Blageart fon Imprimeur 5 mais il aflïire que quel-
tAV lectevr;
que dépenfe qu’il y fade à l’avenir, comme il n’épargnera rien pour donner de plus en plus quelque chofe de curieux pour les Graveures, il n’en augmentera jamais le prix, qui n’eftque fort médiocre pour un Livre de cette gro fleur, quand mefme il n’y auroit aucune Figure, en comparaifon de ce qu'on vend ordinairement les Livres pour lefquels il y a la moitié moins de dépenfe à faire. tèV-. ÿ
On croyoit donner V Extra- I ordinaire 15. d’Avril; maisles I Feftes de Pafques qui appro- 1 client, & qui empefcheront les Ouvriers de travailler , font caufe qu’on le remet au 26. Il . 1 contiendra trois fois autant de maùere qu’un Volume du Mer-
av lectevr; cure -, &c cela ne doit pas eftre' difficile à croire, puis qu'il fera & beaucoup plus gros, & d’un plus petit caraclere. On y trouvera mille chofes curieufes, dont on ne veut point avertir le Le&eur , afin qu’il foit plus agréablement furpris. On y verra que la France n’abonde pas moins en Gens d’Efprit, qu’elle fait en Braves. Tous ceux qui ont écrit touchant le Mercure, & les Ouvrages qu’il a recueillis depuis fon commencement, y ont intereft. Le Public fera étonné des Figures qu’il y verra, & des dépenfes extraordinaires qu’on aura faites pour les y placer. On y trou. : vera dequoy s’exercer l’rfpric avec autant de plaifir qu’on s’en
F
AV LECTEVR. fait à developer les Enigmes, & on peut croire par la qu’il y aura beaucoup à profiter. On promet qu’on y fatjsfera entie- rement ceux qui prefient l’Au- theur depuis tant de Mois fur le Chapitre des Modes. On ne fe contentera pas d’expliquer en quoy elles confident, on ad- joutera des Graveures qui les reprefenteront aux yeux. Enfin ce Livre fera galant, curieux, plein d’érudition, profitable pour former l’Efprit, utile au Public par quantité de chofes. & glorieux à la France. On ne le vendra qu’un Ecu en veau, cinquante-cinq fols en parchemin , & cinquante en blanc, chez ledit Sr Blageart. Quand PAatheur n’y trouvepoitque le 1' 7 • è
AV LECTEUR.
rembourfemenr de fes frais, il fe
tient fi obligé au Public, qu’il
veut bien contribuer de fes
foins tous les crois Mois â kl
fatisfadion qu’il aura d’apprendre
combien les Provinces renferment
de beaux Efprics qu’il
ne connoit pas.
Table des Matières principales
contenues en ce Volume.
A,Trant ■_propos, page l
Lettre de Bretagne y contenant
plu fleur s Nouvelles de cette ‘Province^
5
Echange de T'rîjonniers faits en (fatalogne
apres laBataille d* Epouille s y\l
Lettre de M.*D. T. a Mademoijelle
T.7). tueflée de Trofe & de Ners* 14,
±Air nouveau, dont les Faroles font de
Madame léesboulieres* xq
Mariage de M, le (fbeV aller, d'Aubigne\
de Madem. P tetre,
Nouvelle Avant are de l Opéra,
Monjieur de LauVelle ejl nommé au
Gouvernement de Hatn apres la
mort de M. de 7{iberpre\
Mariage de M. le Marquis de G cuira
B ru lard aVccMadem.d EjpeVilîc G
Loterie Galante* 61
• •
' r- M
29
78
TABLE.-
>, •Wl'^
V Amour fans partage, £6
Lettre de /’ Academie de So/ffons à
M. le Chancelier, y y
LC uy elles Academies de Eeaux Ef prits,
Le Won Mary, (fonte die ayec des entr - a Fie s de Muftque, reprc(entece (far- nayal cbe^une'V apte de Qualité , 84 Welle ambition de bien dancer> 85
Tolice admirable, 86
Voûtes les T articulante^ dit Mariage dit T rince Charles dl Lorraine ayec
Z* Loüairiere de Pologne' 8 S
Air nouveau, 1 o £
Relation de la (fayenne, de laprtfi du
Fort d'Orage, de Z' Lfle de G oréé, &de ce qui Le fl p a fée' à L'abago, ayec toits lesNosdbsOjfciers desVaif]eaux
Les Arts de V LLom me d'épée, ou le D iclionnaire du Gentilhomme*, 1.72
Lfiflaire de Laponie, >7$
Mir age de M. le Vicomte de T au le & rie Madame de S. d&is une Lettre meflée de
de Vers de Madame la Vigtdere
L. d'Alby> 136
Lfypolite, Tro/e egp
TABLE.
Sacre de ALl'Cyefqne de ‘Tiennes >
Alort de AL. Tarit (finfeiller de la
Grand' Chambre y ba ‘Réception
Teux Efitapbes d'une Femme morte
d'amour pour fin Mary, 19 ç
Lfijlolre de la Tame embourbée, 19S
F fie Galante de AL. de Fer duron
Figuier General de Montpellier 21 j
Mort de AL. de Lattnoy^ 211
Mort de AL. de Lfaujjbn'ville Comte
ALort de .Madame la Mar qui fi de
Fers de M.de F a Inay^ à Madame >2^
Trife de pofififfion de la Ficeroyauté
de Sicile far M. le ALareJlhal Tue
de la Feiiillade, 14.1
AL le Comte deTallard eftrecett a Grenoble
Lieutenant de T^oy de Tau*
fbiné, 14 C
Les Lettres de (fiance lier de M. le
our des
XjQ
T A B LE.
Ef.de Gi\ry eft four^eu far Sa Ma- j'efté de la L ieutenance de 7f>y de la (fitadelle de Mets, 2 J1
Mariage de Mademoiselle Ch are ton, CF de M. d'Mi liai n , Confeiller an T arlement ^Seigneur deEaroges, 254, Taroles Italiennes de M.Me'nage, notée sa T^otne, 257
Siégé de Gand, a\ec toutes les ‘Particularité^ Profil CF T la n de la T lace, a\ ec toutes les A ttaques, 161
Lettre du foy à M. le Marefchal'DuC de T7illeroy, '352
Dialogues, Madrigaux, Sonnets, logigrammes fur la frifie de G an d, 342 Sxflication en Mers de la fremiere
Enigme du dernier Molume,ayfecles IComsde tous ceux qui Iont dey i née* 3f9
Sxflication en Mers de la fécondé Enigme, far M le Comte de Clijfon, ; 1 aVec les Moms de tous ceux ’ dey i né les deux,
Enigme, Autre Enigme^
qui ont
3^9
37 o
TABLE.
Pitierfes Explications données à l'E- nigme deTandore, yjt
Explicat ion en Eers du "véritable mot* faite par M. Tlpbe^ 373
ddedee^ Enigme, yj-j
dP i'vertijfèmen s donne^ & promis au Public,
xiir d Poire de dd. Sicard,
• 379
Fin de la Table.
a4vis fourplace ries Figures.
L’Air qui commence par, Le coeur
tout déchiré par un fecrct martyre,
doit regarder la page 17.
L’Air qui commence par, Je ne
rcconnoy plus ma charmante Lizette,
doit regarder la page ioç.
Le Plan de l’Ille de Gorée doit regarder
la page 153.
Le Plan de Tabaço doit regarder
la page 163.
L’Air Italien doit regarder la page*
257«
Le Plan dejpand doit regarder la
page 319.
L’Enigme en Figure, doit regarder
L’Air qui commence par, Du Vin,
du Vin, doit regarder la page 382.
mes foins à
M ’ m’informer exa- élément des Nouvelles, ne fuffifent point. Il fe paffe toujours bien des chofes dont je n’ay point d’affez prompts avis pour vous les pouvoir mander dans le temps, éMars. A
Une Lettre d ’ obligeans
reproches qu’on m’aporte
prefentcment, vous le fera
voir. Lifez-la, Madame.
Elle vous aprendra ce que
vous auriez de'ja fçeu, fi jç
n’avois pas moy-mefmc
ignore ce qu’on m’e'crit.
3
POUR.
L’AVTHE VR
D U
MERCVRE
GALANT.
Pparcmment, Monfieur^,
mous n ' asue^ point de
correfyondance en Bretagne,
puis quevofire Mercure,dont
tout le monde vous efi fi obli*
gé, ne nous a rien dit encor
du Mariage de M' le Comte
de Rjeux. Il méritait bien.
I A ij
d'y avoir place. Le Nom de
Rieux eft trop illustre pour
ne vous eflre pas connu ; Cÿ
celuy dont je vous parle en
foûtient la gloire avec des
avantages fi particuliers3 que
je juge aifément du plaifir
que vous ruons feriez fait de
luy rendre la me fine jufiice
que tant d'bonne fie s Gens
reçoivent de vous. Il a époufé
Mademoifelle de la fiuliennée^
qui edi de tres-bonne
Maifon3 gÿ riche de deux cens
mille êcus. Le Mariage s'efl
fait a Rennes, où Madame
la Marquife de Coetlogon efi
morte depuis peu. Elle ejloit
Femme du Marquis de ce
nom, Gouverneur de Rennes,
& Lieutenant de Roy en Bretagne.
Cette Dame y e si fort
& fa bonté, ne la rendotent
Pas moins conlidérable aue
fes ricbejfes fa naijfance.
Elle a eu la fatisfaciion de
<voir avant fa mort tous fes
En fans très - bien établis.
Mr le Marquis fon Fils esl
reeyu en furvivance, Cÿ s'eft
tion dans les Armées de
Flandre & d ‘ Allemagne'.
A iij
6 MERCVRE M'ï Abbéfin autre Fils, eft DoEleur de Sorbonne, ri a
J
pas moins de pieté que de Jcience. Le Roy luy adonné l'Abbaye de Begarre. Madame la Comtefe de Tourne- mine-Hunaudcis , eft fa Fille ai filée 3 & Madame de Ca- voye, qui a efté Fille de la Reyne, ejl fa cadete. Elles fuivent toutes deux les Cxem- pies de vertu que leur a toujours donnes^ Madame leur Mere. SMonfieur TEvcfque de Quimper leur Oncle, eft Frere de SM" le Marquis de Coetlogon, aujfi-bien que le j
GALANT. 7 Chevalier qui porte ce Nom, & qui eft Capitaine de Vaif- feau à Meffine* Il y a, fou- vent fait parler de fa bravoure. On ne s en étonne
point. Elle eft comme naturelle a ceux de cette Maifon. Vous voule^bien, Monsieur, que j àdjoûte icy qu’on a efté furpris que dans voftre Mercure du Mois d’OEiobre, vous naye^fait aucun Article des Etats tenus en Bretagne, ou CMonfieur le Duc de Chaunes a fi bienfervy le Roy, gÿ conservé les Privilèges de laPro- vince. Tout le monde fait
4
• • • •
A nij
combien il y eft refpeclé
honoré. Cette Ajjemblée fut.
un peu moins remplie de Di-
‘vertijfemens qu'à l’ordinaire,
à caufe de la maladie de Madame
la Duchejfe de Chaunes,
pour laquelle on a en Breta-,
gne une confidérâùon très-,
particulière. CMonfieur le
‘Duc de la Trimoüille préfida
à la Noble [fie avec beaucoup
d’aplaudijfement. Monfieur
ï Esvefque de Saint Brieux y
charma par la force de fon
éloquence, & tenoit une Table
aufli délicate que magnifique.
Monfieur l'Ewfque
-£ JL 9
de Rennes parut pour la première
fois dans cette Ajfemblée,
& mérita l'eflime de
tout le monde par ces maniérés
obligeantes qui femblent
attachées à tous ceux de l' 11-
luflre Maifbn de Lavardin.
Si je vois, Monfieur, que
mes avis vous joient utiles 3
je continueray à vous faire
part des Nouvelles de cette
Province, le fuis3 &c.
Les Complimens que
Monfieur l’Evefque de
Saint Brieux a faits depuis
ues mois au
laReyne, & à Monfieur,
font fi eftimez, qu’il ne
faut point d’autre preuve
de la force & de la délicatefle
de fon Efprit. Vous
fçavez, Madame, que ce
Prélat eft Neveu de feu
Monfieur de Perefixe Archevefque
de Paris, & Frere
de ce Brave de la Ho^uete
O
qui à la tefte desMoufquetaires
entra des premiers
dans Valenciennes. Vous
vous louvenez que les avannous
eûmes la
derniere en
ent fuivis de la
tages que
Campagne
Flandre, fu
Vi&oire que nous remportâmes
en Catalogne au
Combat d’Epoüilles. On
y fit plufieurs Prifonniers
de part & d'autre, & Monfieur
le Marefchal Duc de
Navailles ayant reçeu ordre
d’en faire l’échange,
nomma aufii-toft M1 Héron
Commiflaire ordinaire
des Guerres, ayant le Département
du Rouflilloni
&Mr de laRibertiere, Major
de la Ville & Citadelle
de Perpignan. Le premier
eft unePerfonne d’un mérite
extraordinaire, & fans
aucun intereft que celuy
de faire fa Charge avec
honneur, & d’obliger tout
ce qu’il y a d’honneftes
Gens. L’autre eft un vieil
Officier, qui en diférentes
occafions a donné des marques
de fon zele & de fa
valeur. Tous les deux s’eftant
rendus à Figuieres
avec un Paffieport de Mr le
Comte de Monterey, travaillèrent
quelques jours à
cet échange, & vinrent en
fuite l’arrefter à la Jonquieres,
où il fut figné de
Meilleurs les Commiffiaires.
Autre Article arrelté dans
une folemnelle Aflèmblée.
La Lettre que je vous envoyé
vous l’éclaircira. Elle
eft écrite par un galant
Homme, dont une fort aimable
Fille a touché le
coeur. 11 l’avoit veuë difpofée
à luy donner & à recevoir
de luy un Nom qui
répondit!: à l’eftime particulière
qu’ils ont l’un pour
l’autre, &: c’eft là-defliis
qu’il prend occafion de
feindre ce que vous allez
voir.
E TT
DE MONSIEUR D. P.
A MADEMOISELLE P. B,
L y a longtemps que je
niennuye de vous appeller
Madeinoifelle, & d‘eslre
traité par vous Monfieur.
le fuis ravy que vous vous
fye-z^ aufll ennuyée de ces
noms, &<vous ave-^efié heureusement
intyirée de m 'en
chercher un moins fierieux.
A dire vray, ce terme de
Monfieur tient un peu trop
GALANT, i? du reffeÏÏ, & 'vous pouvez le perdre hardiment pour moy, pourweu que 'vous con- fentie\ a le remplacer par quelque fentiment plus a- greable. Vofire embarras fur ce changement de noms, <ve- noit de la difficulté de m'en choifir un qui fufi joly, & point trop tendre. C'efioit ajfurément une affaires
Mais enfin tout eft termine, Je m’en vay vous caufer une fur- prife extrême,
Ce Nom que vous cherchiez, l’Amour me l’a donné.
Quoy l’Amour? oüy l’Amour luy-mefme.
Qui fe lefuft imagine?
Sans” douce on ne s’attendoic
guere
^ue dans voftre confeil vous
' dufliez l’appeller,
M ais le Fripon fait bien plus
d’une Affaire
Dont il n’eft pas prié de le
rnefler.
gage que vous vous prépare^
déja a le defavoùer de
ce qu'il a fait ; mais je vous
ajfure qu'il en a fort bien ufé,
& vous fçave^ auffl- bien que
moy qu'il a plus d'égard pour
(vous que pour aucune Perfonne
du monde. Voicy comme
cette négociation a efte
traitée.
.Quand il fçeut que vous
vouliez* bien recevoir un
nom, & m’en donner un, il
afiembla tous fes petits Frères
les Amours pour délibérer
là dejfus. Il leurpropofa
d’abord qu'il esloit temps
que nous quitaffions les noms
JfMon(ieur£ÿ deMademoifelle.
On apporta IcsRegifires
de fes Conqueftes^ on Je mit
à les feuilleter. Les Rcgifires
des Conque fie s de F Amour,
vous vous imagintZ-bien que
ce doivent eftre force Billets
galants de toutes les manières.
On trouva, dans les plus
CMars. B
j8 mercvre anciens les noms de Mon Soleil cÿ Ma Chere Ame, Les Amours s éclatèrent de rire.
7
Cependat,nevous endéplaife*
Ces Noms furent trouvez fore tendres & fort doux
Par quelques Amours portans fraife,
Dont nos A yeux fencoient ja- dis les coups.
Ils regretrerent fort l’antique prud’hommie
Qui ne parole plus das nos ans, Et les mors emmiellez de M'a- mour^Ae Mamie,
Dont on fc fervoic au vieux temps.
GALANT. i9
On trouva en fuite dans des R egiftres plus modernes, Mon Cher &Ma Chère-, la-dejfus
Un gros Amour au teintfleury, Qui ne connoifloit point de Beauté rigoureufe, Qui,defolides mets s’eftoit toû- jours nourrv,
Er qui fçavoit duper le plus jaloux Mary,
Et la Mere la plus fâcheufe, Cria tout haut ; Mon Cher Sc Ma Chere font bons,
Ils expriment fort bien, ils font dubelufage,
Pourquoyfeüilleterdavatagej Ordonné qu’on prendra ces Noms.
20 MERjCVR
Tout-beau, luy répondit cer»
tain Amour fevere,
Nos Amans n’en font pas encor
où vouspenfez.
Quoy , viendroient.ils fi-tofl: à
Mon Cher SC Ma Cherei
S’ils y viennent un jour, ce fera
bien afiez.
Vravment, fi j’en eftois le
Maiftre,
Repliqua’le premier, ils double-’
roientle pas,
Vous diriez qu’ils ne font que de
s’entreconnoiftre,
CesAmans-làn’avancentpas.
^Malgré Vavis de cet Amour,
on continua à feuilleter.
On lût les noms de Mon
Berger & Ma Bergerc. C'efl
GALANT. .21 dommage,dit-on, qu’ils/oient trop communs, car ils font fort jolis. En mefme temps on entenditla voix d’un petit Amour, qui dit prefque tout- bas , il y a remede à cela. ■ On fe tourna vers luy, & on le vit qui tachoit a. feperdre dans la foule des Amours où il sefioit toujours tenu caché. Mais on l 'en tira pour luy demander qui il efloit. Il nefioit connu de perfonne.
Saphifionpmie eftoit fp.iriraellc, Le teint fort beau, l’oeil lan- guiflant êcdoux,
La taille petite, mais belle,
En un mot tout fait comme
vous.
Fort timide, car de fa vie
Le pauvre Enfant n’avoit paru
publiquement^
Il rougit en voyant fi belleCompagnie.
Et fa rougeur avoit de l’agrément.
Il dit que oue cflie^fia
Mere s mais que comme cela,
eftoit fiecret, ilprioit fies Freres
les Amours de rien rien
dire, que fi on luy lai/fioit
le temps de reprendre un peu
fies efiprits, il nous donnerait,
d tvous gÿ d moy s entend,,
un nom dont nous aurions
GALANT. faetd'efîre fais faits-. Si-toft qu ilfe fut remis, il adjoût& qu’ il faloit que vous map- pellafie^ Mon Berger, ez/ lu vérité, pourfuivit-il, le nom eft commun, comme vous l'ave^ déjà remarqué, mais voicy le moyen d'empefcber qu'il ne le fat. Il ne l'appellera pas fa Bergere, mais fa Mufette, Çÿ alors Mon Berger gÿ Ma Mufette feront des noms nouveaux. Ma Mufette ? s'écrièrent les Amours. Oüy, ma Mufette, reprit il d'un petit air un peu plus ajfuré. Ma Mere eft
7
*
24 MERCVR
eft une <vvaye Muftette.
Elle eft toute prefte à charmer Et d’elle.mefme elle a tour ce qu’il faut pour plaire,
Mais un Berger eft neceflaire,
Quand il s’agit de l’animer.
Si mon avis, Amours,eftoit fuivy du voftre,
Je croy qu’il faudroit obliger
Et la Mofette & le Berger
A certains devoirs l’un vers
- l’autre. .
Le Berger ne dira rien d’amoureux, de doux,
Sicen’eft avec fa Mofette:
Elle diftinguera fon Berger entre tous,
Et pour tout autre elle fera muette.
Déplus quelque tendreChan- fon,
GALANT.
Que le Berger à fa Mufette infpire,
Elle ne fe pourra dilpenfer de la dire,
N y de le prendre fur fon ton.
7<
7
On fut aff'gfatisfait de la Harangue du petit Amour; & tous Le* Amours fe fépa- rerent apres avoir réfolu qu on vous propoferoit le nom de Mufetre , a moy celuy de Berger.
Si vous acceptczje voflre3 fanges,je vous prie, que le Berger voudroit bien que fa Mufètte ne fe fi fl point employer a des Cban/ons trifies éMars. C
7
26 MERCVRE ny plaintives ,mais feulement à celles ou l’on marque fa re- connoijfance à l'Amour.
7
Quelque agréable Clian- fon que la Mufete faife retentir , elle aura peine à égaler ces belles Paroles de l’incomparable Madame Deshoulieres. Elles ont efté mifes en Air par un Homme de qualité de fes Amis. Vous m’en ferez fçavoir voilre fentiment quand vous en aurez appris la Note.
uvuu ùoj mqfy jnouq) }in<xbçvmu>
X
T i ' *1 ■^hf1 1' -----1----- r
j—M-- îte= , 1
K X
LcCceurlaiLdùichire par^nÇfcret martire demande *point Cbnonrff.Jouston tiran
yael ÿtte Jour tour pour p t/mr fbn Cbne Orqaeiueiu
S h 1 wr.-w*mw
■■■ras ■■k.iaiM v r p^rcn’T i
-
? 1 1 kJ <—h-|ïj
L
de lez ter:/ici affront
— 6_______É_L±J Z_
cji'al fait a mes attraits norme point contre lui/ ta /nain ^iczto zri : case
6,5 ;
r 11'>
luy ta main ^ic-to zri zcuse
GALANT. 2.7
AIR NOUVEAU.
T
âvj E coeur tout déchiré far un fccret martyre,
le ne demande point, Amour,
Que fotüs ton tyrannique empire L'infenfble Tirfis s'engage quel- que jour.
Pour punir fon ante orgueil!eufe T) cl'éternel affront qu'il fait à mes attraits,
N'arme point contre luy ta main viElorieufeS
Sa tendreffe pour moy feroit plut dangereu(e
Que tuu<s les mauxque tu me fait!
Le Mariage de Mr le Chevalier d’Aubigné, Gou- O ’ -4
C ii
verneur deCognac, & Frere
de Madame de Maintenon,
ne s’eft point fait avec la
Perfonne que je vous nommay
dans ma Lettre du
Mois de Décembre , & il
a e'poufé Mademoilelle
Pietre fur la fin de Février.
Elle eft Fille unique de feu
Mr Pietre, Procureur du
Roy de la Ville, & Niece de
Mr le Clerc, Seigneur de
Chafteau des Bois, Gentilhomme
ordinaire chez le
Roy.
Les Avantures continuent
toujours à naiftre
GALANT. 29 aux Reprefentations de l’Opéra. En voicy une qui mérité bien que vous la fçachiez.
Trois Dames de qualité', belles, fpirituelles, & d’un cnjoüement à charmer, apres avoir écoute' pendant tout un jour les douceurs de force Amans qui leur rendoient des foins allez affidus, tombèrent le foir fur leur chapitre-, & comme elles cherchoient moins à faire intrigue qu’à fe divertir, elles plaifanterent fur leurs diférentes décla-
C iii
rations, & fe firent confidence des proteftations les plus emprefiees que chacune d’elles en recevoir. C’eftoit en tous une fidelité inébranlable, des fer- mens de manquer plutoft de vie que de confiance, & une affurance fi pofitive de n’avoir des yeux que pour ce qui caufoit leur attachement , qu’à les entendre, ils efioient les feuls qui eul- fcnt encor fiçeu aimer. Les Dames qui ne fepiquoient pas d’efire fort crédules, prenoient tout cela poux
• -
quoy quelles pûflènt avec
raifon attendre beaucoup
de leur mérite, elles fe défioient
allez des Hommes
pour eftre perfuadées qu’il
n’y avoit que des paroles
dans tout ce qu’on leur
proteftoit. Sur cette penlée,
elles fe firent un plaifir
fie l’éprouver, plus pour
jouir de l’embarras où elles
prétendoient mettre leurs
Amans, que pour les croire
capables de tenir bon contre
une Avanture. Parmy
le grand nombre d’Ado-
C iiij
MERCVRE rateurs quelles s’eftoient faits, elles en choifirent
cinq qui leur avoient paru les plus enflâmez, & ayant imaginé un Billet de rendez-vous, elles empruntèrent
une main inconnue
pour l’écrire , & le firent tenir le lendemain à chacun
des cinq dont elles vouloient tenter la fidelité. Le Billet eftoit con-
çeu en ces termes.
IL y a longtemps que je cherche quelque occafion fu^vornble3 où je vous puifje
.5
GALANT. æ ff faire connoiftre l'eftime particulière que ] ay pour vous,- mais un Mary qui m'obfede rompt toutes mes mefures. f'ejere neantmoins pouvoir me dérober demain Mardy pour quelques heures, J'i- ray a L'Opéra aux troifîémcs Loges, du collé de celle du Roy, & nauray qu'une Suivante pour compagnie. J’y jeray en Cape, un Ruban couleur de feu à ma Coife, & un fur ma telle entre mes Cor- netes. Oblige^ moy de vous y trouver. Peut-eftre ne vous repentirez vous point de vos pas.
7
Ce Billet rendu feparé- ,
ment aux cinq Cavaliers,
fit l’effet que les Dames
avoient attendu. Ils eftoient
naturellement allez
fatisfaits d’eux-mefmes, &
ce Rendez-vous offert justifiant
l’eftime qu’ils faifoient
de leur mérite, ils
réfolurent tous d’en profiler.
Le jour venu, les Da- q
mes allèrent à l’Opéra en.
habit fort négligé. Il ne
leur falloit point un plus
grand déguifement pour *
les cacher, car elles eftoient h
ordinairement fort ma<mi>
D
GALANT. 37 fiques. Elles fe firent mener aux troifiémes Loges., Je ne fçay, Madame, fi vous fçavez que ces Loges n’efiant point féparées les unes des autres comme les
premières, font une efpece de Galerie où chacun prend telle place qu’il veut, avec entière liberté de s’y pro- mener. Les Dames en occupèrent l’entrée, & portèrent a l’autre bout deux Demoiïèlles Confidentes de l’intrigue. L’une avoir
O
le Ruban couleur de feu .qui eftoit marqué par le!
36 mercvre
Billet, & on euft eu peine àchoifir une Personne plus propre au Rôle qu’on luy donnoit à joiier. Les Cavaliers fuivirent de près. Le premier eftant fur le point d’entrer, apperçeut le Carroflè d’une des Darnes
qui retournoit vuide. Il en demanda des nouvelles à un Laquais, & fe crût obligé à des précautions extraordinaires, quand il apprit quelle & fes deux Amies eftoient enfemble à l’Opéra. Il eftoit queftion de fe cacher
GALANT 37
d’elles, & il n’eut pas à refver
longtemps aux moyens
d’en venir à bout. Dés les
premiers pas qu’il fit en
entrant, il apperçeut un
des Intéreffez au Rendezvous.
Celuy-cy croyant en
avoir efté reconnu, olle un
Manchon dont il fe cachoit
d’abord le nez, & plus par
vanité que par confiance,
luy découvre le fujet qui
l'obligeoit au déguifement.
C? O Pour preuve de la bonne
fortune qui l’attendoit, il
luy montre le Billet de l’inconnue,
& luy recomÿ
ME&CVKE
mande de n’en point parler.
L’autre qui en avoit
reçeu un tout femblable,
ne doute plus de la pièce-,
& les Dames qui font de û
bonne heure à l’Opéra, luy
faifant juger que c’elt d’elles
qu’elle vient, il veut
s’en tirer en habile Homme.
Il fouhaite bonne rencontre
à celuy qui le croit
heureux, s’en lépare , le
laifle aller, vifite l’Amphithéatre
&c les Loges balles,
G> 1
& n’y trouvant point les
Belles qui l’ont joué, il
monte aux troifiémes, où
GALANT. 39 H ne doute point qu’il ne les rencontre. En effet, il les découvre en entrant, &les ayant reconnues malgré leur négligence affe- étée, il leur dit qu’ayant p a (le chez e lles pour leur faire une fort agréable confidence , il avoit efté heu- reulement averty quelles eftoient à l’Opéra, qu’il venoit de les y chercher par tout, & que puis qu’il les trouvoit dans un lieu fi
propre à faire naiftre des Avantures, il ne tiendroit qu’à elles de luy voir faire
4o MERCVRE
le Perlonnage d’Avanturier.
11 leur lit fon Billet
en mefme temps. Les Dames
fe mettent à rire. Le
Cavalier en prend avantage
, & leur fait enfin
O T
avouer la piece. 11 apprend
quelle a efté faite à quatre
autres comme à luy, dont
l’un entretient déjà la Belle
au Ruban couleur de feu.
On acbevoit de luy faire
cette confidence, quand il
en voit paroiftre un autre
avec un Manteau d’écarlate
fur le nez. Il fut bientoft
fuivy d’un troifiéme,
rl
G AL A NT. 41 à qui on avoir encor donné mefme Rendez-vous ; &
comme ils ne pouvoient avoir place auprès de la Belle qu’ils reconnoifloient au Ruban marqué, les Dames fe divertifloient agréablement à les voir fe promener embaraffez, en attendant que leur tour fuit venu pour l’Audiance, car la Demoifellequi ne man- quoit pas d’efprit, trouvoit moyen d’éloigner les uns fous prétexte de vouloir dire un mot aux autres pour s’en défaire. Ainfi ^Mars. D
42 MERCVRE
il y en avoit qui fe pro-.
menoient, il y en avoir
qui parlaient, & chacuncroyant
eftre le feul heureux,
attendoit toujours le
temps favorable du tefteà-
tefte. Pendant que la
Belle les amufoit de la lorte,
un de ceux quelle avoir
priez de la quiter un moment,
s’eftant avancé en
refvant jufqu’à l’endroit où
eftoient les Dames, en fut
appelle. Il eftoit d’une
taille aifée à connoiftre, &
il auroit inutilflement voulu
fe cacher. Il fut furpris de
GALANT.
îes voir aux troifiémes Loges; & leurs Habits négligez luy faifant foupçonner du myltcre dans cette Partie, il comprit aux diféren- tes queftions qui luy furent faites, quelles feules luy avoient fait donner le Rendez-vous. Il tâcha à ne fe point déconcerter, & leur dit agréablement qu’il leur eftoit obligé- de luy faire voir l’Opéra à fi bon marché, & en meilleure compagnie qu’il ne F avoir crû. Toute la peine qu’on luy impofa, fut d’aller recon-
D
44-MERCVRE . noiftre un Manteau gris qui s’elloit arrelté à quelques pas de la Demoifelle au Ruban. A peine l’eut-il examiné, que l’appellant par fon nom, il luy demanda la raifon de cet équipage, & s’il avoit honte qu’on le vift dans un lieu où les Gens à bonne fortune efioient fi fouvent mandez. Le Cavalier au Manteau ne pût fi bien feindre, qu’il ne paruft interdit de cette demande. Il donna de méchantes rai- fons à celuy qui luy parloir,
vimLi/aiM i.
& qui le conduifant infen- fiblement vers les Dames, partagea ,1e plaifir qu'elles eurent de fon embarras.
4î
Elles luy firent les mefmes quellions qu’au premier, & leurs éclats de rire qu’elles ne pouvoient contenir, aidèrent à luy faire deviner la mefme chofe. Il
ne leur déguifa point qu’il avoit donne dans le panneau, & leur avoua mefme qu’il avoit trouvé le caractère du Billet tout fem-
blable à celuy d’une Dame qu’il avoit foupçonnée du
fuite reconnoiftre le Manteau
d’écarlate. Celuy qui
en eftoit envelopé avoit
pris place auprès de la Dame,
& profitent de l’erreur
des autres qu’il venoit d’éloigner.
Autre Cavalier
fut député pour la découverte.
Il troubla la confidence
en s’approchant;
& comme il obferva attentivement
les deux prétendus
Amans, le Cavalier qui
commençoit à conter des
douceurs à fon Inconnue,
aima mieux quiter la partie,
GALANT 47 que de laifïèr découvrir qui il elloit. Il fe tira brufque- ment. L’autre le fuivit, & marchant à collé de luy, comme fi ç’euft efté fans deffein, il l’obligea longtemps d’avoir le nez contre la muraille, jufqu’à ce qu’il le réfolut tout-à-coup à fortir des Loges, fans écou- ter les Dames qui l’appel- lerent dans l’inftant qu’il s’échapoit. Leur voix le frapa. Il la reconnut, & jugeant bien quelles n’ef- toient pas là pour le feul plaifir de la Mufique, il
À
48 MERCVRE . voulue fçavoir s’il n’avoit point d’intereft à ce qui les avoit fait monter fi haut. Ainfi il revint un quart- d’heure apres, & fe plaça derrière elles pour les écouter, apres avoir changé de Perruque, de Manteau, & de Chapeau. Ce quilesfur- prit, & qui furprit également tout le monde, ce fut un Mafque qu’il fe mit fur le vifage. Cette nouveauté fît garder le filence aux Dames pendant quelque temps -, mais elles Vexa minèrent de fi près, que la
GALANT. 4ÿ la métamorphofe ne leut fut pas longtemps inconnue. Elles luy dirent quelque cliofe de plailant, qu’il feignit inutilement de ne point comprendre. Il fit de fauffes rcponfes, & voyant qu’une d’entr’elles vouloit ouvrir fon Manteau, afin qu’il ne fuit plus en pouvoir d'e fe cacher, il s’enfuit avec la mefme précipitation qu’il avoit fait la première fois. On attendoit ■le quatrième qu’on 11’avoit pu encor déco T' ’ r toit trouve
livur. Il s’ef- : au Rendcz-
E
To MERCVRE vous avant tous les autres, 8c ménagé de telle maniéré, que làns s’eftre fait remarquer, il avoit entretenu la Belle pendant tout le temps qu elle avoit efté en liberté de l’écouter. Cependant comme il n’eftoit pas d’humeur à s’accommoder de la facilité quelle faifoit voir à prefter l’oreille à tant de monde, & que fon entretien ne luy avoit pas paru aufti fin qu’il 1 ’euft fouhaité, il ne demeura auprès d’elle que jufqu’au troifiéme Aéte de
l’Opéra -, & quelque ordre
qu’il fe fouvint d’aller donner
à fes Gens, l’ayant
obligé de fortir, il fuit reo
. I
connu des Darnes, qui tâchèrent
de l’arrefter. Elles
eurent beau prononcer fon
nom. Il feignit de ne rien
,j entendre, & penla tomber
dans l’Efcalier à force de
fuir. Les Dames en pouffèrent
des éclats de lire qui
attirèrent les regards de
-• toute l’Affèmblée de leur
collé. On joüoit J/zj, &
ceux qui s’y trouvèrent ce
> jour-là n’auront pas de
E ij
il
peine à s’en louvenir. Le lendemain les Cavaliers leur firent vifite. Vous jugez bien, Madame, qu’ils ne furent pas épargnez, & que le Ruban couleur de feu qui les avoit fait courir, fervit d’une agréable matière à la converfation. Ce qu’il y eut de fâcheux pour eux, c’eft que les Dames les reçeurcnt du mefme oeil qu’à l’ordinaire, & ne leur firent paroifire ny colère, ny chagrin de ces fer- mens de confiance violez, pour une fi legere occafion.
GALANTElles
eftoient bien éloignées
de s’en mettre en
peine. Ce font de ces Femmes
qui aiment le monde
fans s’embaraffer d’aucune
intrigue, & dont ceux qui
les voyent ne peuvent efperer
autre avantage que
celuy d’eftrefoufferts.
Je vous ay déjà mandé
la mort de M1 le Marquis
de Riberpré , Gouverneur
des Ville &: Chafteau de
Ham. Vous ne fçauriez
croire combien il y eft regreté.
Il eftoit de la Maifon
deMoüy, & eft mortLieu-
E iij
54 MIRCVRE ,
tenant General des Armées
du Roy. On ne monte
point à ce Polie, qu’on ne
s’en foit rendu digne par
des Aétions d'éclat. Aulfi
M le Marquis de Riberpré
s’eftoic-il fait dillinguer en
beaucoup d’occafions où
fa conduite n ’ avoir pas
moins paru que fon courage;
& fi quelque chofe
peut confoler la Ville de
Ham de la perte qu’elle a
faite d’un Gouverneur qui
luy elloit fi cher, c’eft de
ce que le Roy a nommé
M le Marquis dejauvelle
GALANT.
Commandant des Moufquetaires
Noirs, pour luy
fucceder au Gouvernement
de cette Place. Je ne vous
dernier. Vous le connoiffez,
& mes Lettres vous en
ont entretenue tant de fois,
que je ne pourrais îcy que
vous repeter ce que je vous
en ay déjà écrit. En mefme
temps qu’on m’apprend la
joyeque cette Nomination
a fait naiftre dans toute la
Ville de Ham , on me fait
part d’un Mariage qui s’elt
fait depuis quelques jours
mj
S6 MERCVRE
dans fon voifinale, oùMr O 1 le Marquis de Genlis-Brulard
a e'poufé Mademoifellc
d’Elpeville. Son nom
& fes fervices font egalement
connus. 11 eft Pere
de ces Braves Genlis qui
ont elle' tuez ces dernieres
Campagnes à la telle du
Régiment de la Couronne.
Mademoiselle d’Elpeville
eft de laMailon desBoüelles,
dont la Noblelfe eft
fort ancienne. Elle eft belle,
jeune , & toute pleine
d’efprit.
Avant que de palfer à
GkLMiïT- V7 d’autres Nouvelles, il faut vous avertir d’une erreur, où m’a fait tomber un Mémoire qui ne m’éclaircif- foit pas afTez des chofes. En vous parlant des nouveaux Chevaliers de S. Lazare dans la derniere Lettre que vous avez reçeuë de moy, je vous ay marqué que M' LécofTois de Mon- thelon avoit efté reçeu dans cet Ordre, aulfi-bien que M' Pidou de S. Olon. Ce font deux noms que j’ay confondus, parce qu’on ne les diftinguoit pas aflcz
yS MERCVRE dans l’avis qui m’en a efté donne'. Je vous ay parlé julte au regard de M de Monthelon; mais ilparoift par ce que je vous en ay écrit, qu’il s’appc'le Lé- coflois de Montiielon, & ce font deux Perfonnes di-
férentes, M Lécoffois ef- tant Capitaine dans le Régiment de Normandie.
Il y a quelque temps qu’on me fit aulTi apperce- voir que dans ma Lettre du Mois de Septembre où je vous ay parlé de la prife du Challeau de Dimercn-
G AL ANT., w ken, je m’eftois trompé au nom de M d’Enonville
Colonel du Régiment des Dragons de la Reyne, qui y fut envoyé pour en chaf- ler la Garnifon, & a celuy deM deCourcelles qui luy mena deux cens Hommes
d’infanterie par l’ordre de Monfieur le Marefchal de
Crequy. Ce nom d’Enonville elE mal écrit. Il falloit
vous dire, M le Vicomte de Denonville, qui eft d’une Maifon confidérable de Beauce, & connu pour un des bons Officiers de
fo MERCVRE l’Armée. Ce ne fut point Mr de Courcelles qui luy mena du Secours, mais M deCouvrelles, Gentilhomme de l’Ançoulmois. 11 O
cftoit Major d’infanterie de l’une des Brigades de l’Armée. Il fera difficile, Madame, que je ne tombe pas quelquefois dans des fautes pareilles à cellcs-cy. Ne me les imputez point,, je vous prie. Si dans les Mémoires que je reçois, on prenoit- foin de bien écrire les Noms, je n’aurois jamais à me retraiter.
GALANT. 6r
Je ne vous ay point parlé des Loteries qui fe font tirées dans les derniers jours du Carnaval. Vous fçavez que c’eft un divertiffement qu’on le donne icy tous les Ans, mais vous n’auriez peut-efire pas crû qu’on en pull faire une purement galante. Cependant elle s elf faite le dernier Mois. On fit des Vers pour plufieurs Belles d’un Quartier, & ces Vers ayant du raport avec l’état préfent ou de leur coeur ou de leur fortune, on voulut voir de quelle
maniéré le hazard les dif. tribu croit. Il y a de l’efprit en ce nouveau genre de Loterie ; mais comme elle cil trop particulière, & que les Billets ne peuvent*eltre entendus que des Perfon- nes intérefle'es, je me contente de vous en envoyer trois ou quatre pour vous faire juger de tous les au, très.
Billet povrCandace.
\_^Andace,voflre heure eAvenue, Y ores aüer^aimer comme il faut. Vn Amour tout dt flàme a paru dans la nue,
GALANT. 63 Qui va de vojlre coeur effacer le de^ faut.
Il n'efl p as encor heure indue, Mais vous auriez^ mieux fait de commencer plutoff
Billet pour Iris.
\vous efiiezencor Enfant,
Il vousffouvient que voflreMere Vous dèpeignoit l'Amour comme un affreux Géant
Qui ment oit a un coeur l'averfon entière.
Mais depuis qu un Amant bien fait vous afçeu plaire,
L'Amour pour vous, Iris, n'a rien de dégoûtant,
Et ce Géant affreux dans les yeux de Severe,
He vous épouvante plus tant.
Billet pour Alcefte.
y Ous lai fierez^ p a fier les plus beaux de vos jours}
Alccfle,[ans qoüter les doux fruits des AmoursS
Et quand vow vous verrez^ plus avancée en aqe^
Vous enragere^tout debon^
Et ferezpeut-eftr.e moins fa^ Quoy qu'on le fait alors, ou bien jamais dit-on.
Billet pour Diane.
O / vousvoulez^ueiovoits aime* Diane, aimez^ c eft leplus court. Ce rieft plus à prefent qrion court Apres une rigueur extrême *
On ne voit plus de ces Gens à teint blefine*
GALANT. «5
S'attacher tant auprès d'un Objet
fourd
Qui, laijfe foùpirery & ne fait pat
de mefme.
JDiane, aimez, c efl leplus courty
Sivouwoulez&ue l'onvorie aime.
Il eft naturel de vouloir
eftre aimé pour aimer, &
c’eftlà-deflus que font faits
les Vers qui fuivent.
éMurs,
1 66
SANS PARTAGE.
A
Oae demande*., Iris,
pourquoy je vous
évites
C effets de voue en
étonner.
Voue ave\miSe appas, mon
coeur va trop vifte
Quand il s'agit de fe donner.
JLa liberté me plaift, & voue eftes
aimables
le crains le pouvoir de vos yeux. *
Malheur a qui les voit S on affure
entoue lieux, (b le.
Qvjls ontfait plue d'un Mi feraQuoy
qu'ils femblent promettre à
qui voudroit s offrir*
Comme vous avezf 'ame fiere,
il faut en voeu aimant s'apprêtera
fouffrir.
Ctn'efl peint là mon fait* voeu efies
meurtrière*
Etmoy* j'ay çrâd'peur de mourir.
Mourir pour vous fans doute efl un
fort plein de gloire*
Qui porterait mon nom à la Pofte^
rite**
Maie enfin j'aime à vivre ailleurs
que dans iHiftoire*
Et ne fuis point jaloux de l'Immortalité.
Vn jour peut-eftre* à voue-mefme
contraire^
* ÿ
68 MERCVRE
Vous plaindriexynon tri/le fortl ”
Vous vous reprocheriezyojïre hu*
meurtrop fevere,
Mais cependant je ferais mort.
Voulez-vous de mes vaux vous
ajfurer l ’hommage ?
Ne me refufezfoint une tendre
* pitié, .
Quitez<*tte froideur qui fied mal
à v offre âge,
Vous en vaudrerynieux de moitié.
Le plaifir en efl-ilplus doux?
Croyegymoy^ belle Iris^ le plus léger
martire
Fait entrer ï Amour en couroux.
Fn le chargeât de rudes chaîne s>
GALANT-
Vous l’étoufe^ dans le Berceau, Rien ri eftfi délicat > les fonds & les peines
Idont bientoft mie dans le ttibeatu
Sur tout il faut dans fa naiffance Prendre un air avec luy qui foit fiat eut & doux, la rudefe P étonne .^remply d? innocence
Il hait Les fier es comme wm.
Parla cet Enfant s'intimide, lin eftpoint fait à la rigueur, La douceur fut toùjoursle guide Qui le conduifit dans un coeur.
Si le mien eft d voftre ttfage,
• II fait voeu pour jamais de vivre feue vos loix,
MERCVRE
De ri adorer que vous 3 mais lors que je m'engage, Répondezjnoy de voflre choix.
A ces conditions puis-je eftre voflre affaire ?
le vous parle de bonne foy.
le trouve tout en vous, & ne veux que vous plaire,
Dourezyous trouver tout enmoyl
Nous difèrons beaucoup, ? Amour feul nous é^ale^ le connais le peu que je vaux,
Mais jefçay bien aimer > vous ferez^ fans Rivale, le voudrois efirc [ans Rivaux.
le hais,a dire vray> l'humeur de ces Coquetes
Qui fans prendre jamais aucun attachement
GALANT. 71
Font leur plus doux amufement
De tout ce qu'on leur vient débiter
de fleuret es.
Peut-efire ellesfot peu d? heureux*
Quoy qu'un accueil riant femble
d'un doux fréfage>
Mais comme j'aimeJdns partage
C'ejld’un coeur tout à moy que je
cherche les voeux.
La pluralité m'incommode
'Autant qu'à leurs attraits elle
donne d éclat 5
C'eft l'ufage du temps* mais je fuis
délicat
Sur le chapitre de la Mode*
Vn bien quon ofre à tous ne peut
eftre à pas-un,
le m'en tiens à l'expérience*
72. MERCVRE, JÉt ma famé auflî-toft fajje à l'in- diférencty
Quâd on ne m'aime qu'en ctimun.
Montrezvous donc Amante en vous montrant aimable Vn feu d'amoury Iris y fied bien a . la beauté.
£n faveur de mon feu rendez-vous exorable^
1 •
Peut, efire l'a-t- il mérité.
Comme je fcay que tout ce qui regarde la gloire de Monfieur le Tellier vous plaift, je vous envoyé la Lettre que M1 Gueïin Secrétaire de l’Académie de Soi/Tons, luy a écrite au nom
GALANT. 7? ïiom de fa Compagnie fur fa Promotion à la Charge de Chancelier. Ce fut ce mefme M1 Guérin qu’elle employa pour remercier Mls de l'Académie Fran- çoife de l’avoir reçeuë dans leur Alliance.
T ♦ ♦ -t- -t f
LE T T RE
DE L’A C A D E M I E DE SOISSON S, A Monfeigneur le Chancelier.
M ONSEJGNEVR, Nom cfbérons que Voflre ''Murs. G
Grandeur nous permettra de
me fer des marques de joye d
celles que vous recevez de
tous les endroits du R oyaume
fur vofire Promotion. La
joye en cette conjoncture nefi
pas moins jufte, quelle est
univerfelle & extraordinaire.
En effet, Monjeigneur, cette
Dignité Jupréme qui a jure
la bonne fortune des états en
y maintenant l'ordre gÿ la
difcipline, ne pouroit de l'aveu
de tout le monde eslre
mife en de meilleures mains;
& il ny a aucune forte de
biens que l'on ne doive at7S
tendre de lafainteté de vos intentions, de lafublimité de votre Çfyrit, du long ufage que vous ave^de toutes les Vertus chrétiennes & Politiques. Vous avez par vos foins confervé la France dans la tempefie : vous en aveo^étendu la gloire S? les limites par vos Con- feils ; S? fans parler des autres avantages qu elle tient de Vous t vous luy ave^ donné un Miniftre dont le puijfantgénie peut comme le votre féconder le Roy dans les prodiges de fa rapide va- G ij .
parable. Vous allez. t Monfeigneur,
l'embellir -, vous
allez. 1& fendre la plus heureufe
de toutes les Nations
de la Terre, par voStre ap- .
fruits de fuflice, d y aug- -
menter l'amour de la l7ertu,
d y faire fleurir les Lettres ;
gÿ les belles Connoijfances. ,
GLue fiudroit- il loïier da- -
'vautâge en cette occaflon, ou
les pures, les infaillibles i
.Lumières de Sa Majefté qui •
vous a choijy pour ce haut
Ministère, ou les qualité^,
rares & excellentes qui ont
mérité ce jufîe choix ? Pcuteftre,
Mofeigneur, entreprendrons
nous quelque jour de
traiter ces grandes matières-,
mais aujourd huy nous nous
contenterons de les regarder
avec admiration,J •& de vous
protefer que nous fommes
avec un refpecl également
profond & inviolable,
MONSEIGNEUR,
De l^oftre Grandeur,
Les tres-humbles, tresobeillans,
& tres-zekz
Serviteurs,
Les A cadémiciens de l’A oadem ie
de Soillbns. G n• • j•
78 > MERCVRE
C’eft quelque chofe d'admirable
& de glorieux en
mefme temps pour la France
, que le tumulte des Armes
n’empefche point que
les- Lettres ne fleuriffcnt
toujours avec plus d’éclat.
En effet ; plus les foins de
la Guerre nous donnent
d’occupation, plus on s’attache
à ce qui regarde l’Elprit.
On me mande que
Moniteur l’Evefque d’Evrcux
va établir des Conférences
à Vernon en forme
d'Académie. Il s’en tient
icy de tres-agreables touÆ
T Ij,
vAlmNi. 79 tes les Semaines chez Madame M* * * où fe rendent plufieurs Perlonnes d ’ef- prit, qui la regardant comme une dixiéme Mufe, luy donnent le Nom de leur Protectrice dans les Aflcm- blées, quelle n’a pû refu- ler de leur permettre chez elle. On y lit de petits Ouvrages tant en Vers qu’en Proie. On y parle de tout ce qui peut faire l’entretien des honnclles Gens, & cha- ■ cun y fait part des Nou- veautez qui luy font tombées entre les mains. Cette
G* • • •
111 j
Société qui n’eftoit d’abord
compofée que de cinq ou
fix Perfonnes, groflit tous
les jours par l’envie que
ceux qui ont l’avantage d’y
eftre reçeus, donnent à
leurs Amis de connoiftre
une Dame d’un mérite fi
particulier. Elle a l’efprit
admirablement bien tour- I
né, l’humeur fort complaifante,
la converfation trèsagréable,-&
une fi grande
" facilité à bien écrire, qu’il
ne faut pas s’étonner fi elle '
parle de tout avec autant
de julleflèquelle fait. On
GALANT. Si ne peut trop eftimer le talent quelle a pour la Poë- fie. PlufieursPerfonnes ont quelquefois travaillé avec elle fur une mefme matière propolée pour fe divertir-, & les Ouvrages, quoy qu’écrits de la mefme main que les autres, afin qu’on les puft examiner fans les con- noiftre, ont toûjours emporté le prix. Avouez, Madame, que les Aflemblées qu’elle tient chez elle font honneur à voftre beau Sexe, & que c’eft en porter la ' gloire bien loin, que de
8z
pouvoir mériter la première
place parmy des Hommes
qui paifent dans le monde
pour eitre infiniment éclairez.
Dans les derniers jours
du Carnaval, elle convia
une Compagnie de Gens
choifis à 'qui elle donna
trois Repréientations d’une
petite Comédie. Une Symphonie
fort agréable que
elques Particuliers avoient
préparée pour fon
divertiflèment, formoit les
Entr’Aétes. Vous jugez
bien par là que cette Dame
doit avoir beaucoup d’inGALANT.
83 clination pour la Mufique. Rien ne luy plaift davantage que T harmonie des Inltrumens dont elle touche
quelques - uns avec beaucoup de délicateïfe. Aufli les Concerts ne luy manquent pas, & elle en régale fouvent fa petite Académie, & quelques autres Perfonnes de fa con- noiifance. Tant de Diver- tiflemens où ceux qui ont l’avantage de la voir, fe trouvent heureux d’avoir
part, font regarder fa Mai- fon comme un lieu où tous
'T'Vf&
les Plaifirs raifonnables fe
rencontrent. Chacun s’emprelfe
d’y avoir accès, &
l'on Quartier eft à préfent
plus connu par les Gens
d’efprit lous le nom du
Mont Parnafle, que fous
Sainte Geneviève.
On a auffi reprefenté ce
Carnaval une Comédie intitulée
le Bon Mary, chez
une Perfonne de qualité.
11 y avoit des Entr’Acftes
dé Mufique. Les Paroles
eftoient de Mr de Vaumoriere,
& les Airs de M
GALANT- 8$
B. D. B. dont le merveil- 1 eux génie eft connu pour la Mufique. L’AfTemblée fut de Gens choifis, fort capables d’en connoiftre toutes les beautez. Il s’en eft fait beaucoup d’autres pour le Bal, où l’on n’a pas moins admiré la magnificence ôc la propreté des Mafques, que la grâce qu’ils ont fait paroiftre en dançant. Ce talent de bien dançer eft devenu fi confidérable, qu’un jeune Homme qui ne croyoit pas avoir la jambe allez droite, fe l’eli
fait rompre dans le feul
defTein d’avoir l’air meilleur
quand il fe la feroit
fait raccommoder. Ce qui
contribue fort à faire naiftre
l’envie de courir le Bal,
c’eft qu’on le peut faire
avec toute' forte de feûreté.
L’ordre qu’on donne pour
l’entretenir, auflï-bien que
pour la netteté & la clarté,
eft quelque chofe d’admirable.
Paris eft tous les
jours embelly, & les Rués
trop étroites qu’on continue
d’élargir, le dégagent
des embarras qui eftoient
GALANT. 87 prefque toujours inévitables. Joignez à cela tant de Reglemens de Police donnez avec la plus fage prévoyance, & maintenue avec une fermeté qui fait louer- par tout la jultice du vigilant Magiftrat qui en a le foin, fans que perfonne puifïe avoir aucun fujet de s’en plaindre. La Feiiille qui s ’ imprime tous les Mois , & qui marque le nombre de Morts, de Mariages , & de Baptefmes, fait connoiftre plus qu’aucune autre chofe la gran-
<r
deur de cette Capitale du
Royaume. Cette Feüille
contient auifi le prix, le
poids, & la meiure des choies
les plus neceffaires à la
vie, & empefche les abus
que pourraient commettre
les Vendeurs de mauvaile
Vous aurez fans-doute
appris le Mariage du Prince
Charles de Lorraine avec
la Reyne Doiiairiere de
Pologne, mais vous en pouvez
ignorer les particularû
tcz. En voicy de tres-ailùrees
Ce Prince ayant pris terre à Nuftorh, Village fur le Danube, à une petite demy-heure de Vienne, dépefcha un Gentilhomme à Sa Majellé pour luy donner avis de fon arrivée. Ce Gentilhomme fut renvoyé le lendemain 4. de Février avec une réponfe qui mar- quoit la joye qu’on avoit de cette nouvelle. Comme il apprit par luy que l’Em- pcreur fouhaitoit qu’il vinlt coucher ce mefme jour à Baden, petite Ville à quatre heures de Neuftat, il y fut /Mars. H
5)0 MERCVRE mené dans un petit Car- roïTe qu’on luy avoit préparé à Vienne. Trente Chevaux de polie le pré- cedoient, montez par fes Gentilshommes richement veltus. Ses Pages mar- _ & choient âum devant avec eux. Leur Livrée ertoit de Drap verd à larges bandes de velours cramoify, &: toute parfemée de galons d’argent. Divers Portillons qui ertoient comme leurs Guides, faifoient retentir leurs Cornets par tout. Trois Chailes roulantes à
GALANT 91 la Brandebourg Envoient le petit CarrofTe du Prince. Elles elloient remplies de Noblefle qui s’eftoit avancée pour le falücr. On arriva à Baden dans cet équipage. Le Marquis de Gra- na, le Comte de Buquoy, &plufieurs autres des principaux de la Cour, s’y trouvèrent pour luy rendre leurs devoirs, & l’accompagnèrent le lendemain à Neuftat. Le Prince rencontra en chemin le Grand Ecuyer de la Reyne de Pologne, aulE-bicn que les H ij
E
Comtes d’Harac, de Walltein
, de Mansfeld, & de
Chaffemy bcrgH.’ avec les deux
Capitaines des Gardes du
Corps, que Sa Majefté Impériale
luy envoyoit pour
luy faire compliment. Ils
defcenditent de Carrofle,
s’acquiterent de l’ordre
qu’ils avoiefit, & précédé^
rent le Prince à Neurtat
pour avertir qu’il y arrivoit.
Il arriva dans la Ville
fur les fix heures du loir, &
alladelcendre au Chafteau.
Le Maillre-d’Hoftel & les
Gentils - hommes de la
GALANT. 93 Chambre, le vinrent recevoir hors la Porte. Le Grand Chambellan l’at- tendoit au pied du Degré. Ce fut luy qui le mena dans 1 ’ Apartement de l’Empereur. Le Grand- Mailtre fe trouva dans la première Antichambre; Sc comme il conduiloit le Prince, Sa Majefté Impériale fortit de fa Chambre, & fit deux pas pour le recevoir. Cet honneur elt extraordinaire. Le Prince alla en fuite complimenter l’impératrice régnante, &
m,mercvre . enfin l’impératrice Douairière avec laquelle la Rey ne de Pologne elloit. Il en fut reçeu avec toutes les marques de joye qu’il pouvoir attendre. Apres les premières Cérémonies, l’impératrice' Douairière prenant quelque prétexte de s’éloigner, les laifia tous deux quelque temps en liberté de fe découvrir leurs plus fecrets lentimens. On luy donna un Fauteiiil par tout , & il fut reconduit par les Gentilshommes de l’Empereur, & par les Mi-
A T &
niffires de toutes les Cours
dans un Apartement qu’on
luy avoit préparé à l’Arfenal.
Il pafTa par un Corridor
fait exprès pour la
communication du Chafteau
à cette Mailon. Les
Officiers de l’Empereur fe
prefenterent pour le fervir
à louper, & le lendemain à
difner, mais il garda le Lit
àcaufe d’une incommodité
de pied, & ne mangea
dant la Livrée des Nopccs
qu’on avoit fait faire à
Vienne fut diftribuée. Elle
confiftoit en quatre-vingts
Habits d ’ une fort belle
écarlate;, chamarrez de larges
galons d’or par tout;
des aux Croix de Lorraine
devant &: derrière, avec des
Chifres du nom de laReyne
& du Prince en broderie,
& largG)e s bandes d’or ', &
les Bandolieres de melme-,.
& en douze autres Calaques
pour des Hayducs qui
portoient des Haches couvertes
de Tuniques , & avoient
de longues Robes à
la Polonoile. Sur les huit
heures
GALANT 97 heures du loir, l’Evefque deNeuftat accompagnéde deux Prélats, vint dans la Chapelle du Chafteau pour la Ceremonie du Mariage.
O
Elle eftoit remplie d’Eftra- dcs, de Galeries, &d’Am- phitéatres 'qu’on y avoit fait drefler avec beaucoup de magnificence. Tout cela elloit occupé par un nombre infiny de Perfon- nes fur lefquellcs on voyoit briller l’or & les pierreries avec la plus éclatante pro- fufion. Le Prince & h. Reyne furent conduits ^ars, I
y
98 MERCVRE dans cette Chapelle par Leurs Majeftez Impériales, Inivies des Chevaliers de
la Toilôn, & de tout ce qu’il y avoit de Seigneurs & de Dames du plus haut rang. Ils fe donnèrent la O 1* ’
main, changement de Bague, & ne le firent qu’a- près avoir pris le confente- ment de l’Ejnpereur & des deux Impératrices par de profondes révérences. Le Mariage eftant fait, on le rendit dans l’Apartement de l’Empereur. Il y eut un magnifique Souper, & un
AT A X'ÎT
U A L AN 1 • 99 Concert admirable. Apres quoy, l’Empereur accompagné des Impératrices, conduiïit luy - mefme ces Illullres Mariez à l’Apar- tement qu’on avoit préparé à la Reyne dans l’Ar- fenal. Le Corridor donc j’ay parlé fcrvit de paflage. Il les y lailfa apres leur avoir fouhaité toute forte de bonheur, & s’en retourna avec l’impératrice régnante. L ’ Impératrice Douairière demeura encor un peu de temps avec la Reyne fa Fille, & fe retira.
I
Le Prince elloit dans une
Chambre voifine qui luy
avoir elle deltinée, & attendoit
qu’il luy fuit permis
d’entrer. Le lendemain
il envoya Ion gros
Diamant à la Reyne Ion
Epoufe , " avec un autre
Bijou compofé de fon gros
Saphir, de la greffe Perle,
autrement l’oeuf de PigO eon,*
de deux moins greffes en
forme de Poire, & d’un
Tour de gros Diamans. Le
refte du temps s’ell palfé
en Feftins, en Sérénades,
en Comédies, & en tout ce
GALANT, ioi qui peut contribuer à une grande & folemnelle ré- joiiiflance. Sa Majefté Impenale a défraye' fplendi- dement toutes les Cours, & perfonne ne fe fouvient qu’on ait jamais fait tant d’honneurs à aucun Prince, que celuytde Lorraine en reçoit d’Elle. Il eft traité comme un Archiduc , & mange tous les jours avec l’Empereur. Apres cela, Madame, n’a-t-on .pas rai- fon de dire qu’un Elprit bien fait ne fe doit pas étonner d’un peu de dif-
On ri efipas toujours malheur eux , ■
Etfi le trifiefirt des Armes
Attire quelquefois des revers ri~
qourt uxy
La F or tune par d*autres charmes
Satisfait un coeur généreux.
Ce Prince dot l'Hymen vient d'afi
furerda gloire y
LT a pu de (bnparty mettre encor la
Victoire.
On le fiait à Cokberg^ ortie fiait à
Fribourî
Mais s'il voit fin bonheur moindre
que fin courage,
Ce chagrin touche peu quand on a
l'avantage
D'efire avec tant d'éclat couronné
par L'Amour.
Le plaifir d’aimer eft
grand, mais il a fes peines. Les Vers qui fuivent en font une marque. Ils ont elle envoyez a Madame la Préftdente de la Haye-du- Puis par une Perfonne qui luy eft obligée, & qui lça- chant qu’elle fe connoift parfaitement en Mufique & en Poëfie, a crû luy faire plailîr de les faire mettre en Air. Je ne doute point que vous ne le trouviez aufti agréable qu’il eft nouveau, & vous lailfe juger de l’Autheur des Vers par fon Ouvrage. La Dame que je
■w- • • • •
I lllj
io4 MERCVRE viens de vous nommer eft d’une des meilleures Mai- Ions de Normandie , & proche Parente de Moniteur le Marefchal de Belle- fond. Elle a l’efprit tres- délicat & très-éclairé, & on peur dire d’elle que fon rang l’éleve moins que fes belles qualitez. M1 de la Haye-du-Puis, fon Mary, eft Préfident au Parlement de Rouen. Sa probité & fon exactitude pour les fonctions de fa Charge , luy ont acquis l’eftime de tous ceux qui le connoiffent.
• ■- r
. • »
; •■
«
» * •• . ?
-dM-<
«
W :
» ■*•* • »
«I >- 4-
_ .IL >• r#
'
1 1 ’
'<■ - ■ . . V
■
•’• *u7 1. M7to ’ - *-»— à JJ m
*T
...
<*-• .A
-K
I • V-r
:. ' ■ >
•
trou -pam
Se ne re connais pli mon aimable Josette, Ijngratte loutre J°w
—3
=F=l ±zl B9 jt r-p
Zone recânois^plus JLifet r te l^ncjratir Itlutre jour ItUrtre jourcjuitta nostre trou vi peau
tp£-_44J WhB
| pour al " 1er au bordebvn ruisseau Van z
T
RTZ /
B
dancer
cer au fort
a
pour aller au,bord,d,vn,ruisseaù.dancer
-2 « (0î' ~ |-|~~<~g~r~
dancer
,L
au fon au. son.
: te, Je ne <rcap Jidemon ritiai elle ecou-ta Trop lafleuret ~ te friais de puis ce momentJda±
r r~ r.p
ne frluset : te ~ te Je ne jcctyjide/nonrutcd elle ccou
rj ----
T 1
T-1
te
toi Ve ne reconnoisplus mon CUmazblr Lisette le, nt Kcowuoipplus rnonaimcc - ble Lisette
B kir< ’T MA FFFHH+ti • Nk TT||fh’—
. -Tl 17 - - - U . .1 r.
Ve ne recounoisplus literie ne reconnais plus mon aimab-le lis et lie (J) !
QMJQiïî. ioy Voicy les Paroles donc vous allez trouver les Noces gravées.
AIR NOUVEAU.
1 Ene reconnais plasma charmante r Lyfette.
l'ingrate l'autre jour quita noftre T roupeau
Pour aller au bord d! un Ruifieau J) an fer au fon d'une Mufette. Je ne fçay fide mon Rival Elle écouta trop la fleurette, Mais depuis ce moment fatal le ne reconnois plus ma charmante Lyfete,
Comme les avantages de la France vous couchent
icé MERÇVRE en quelque lieu que nous les remportions, vous voudrez bien me permettre de vous mener au delà des Mers. J’ay à vous parler de la ruine desHabitationsqui appartenoient auxldollan- dois fur la Riviere d’Oüya- pogue, par Mr le Chevalier de Lezy Gouverneur de la Cayenne -, de la prife du Fort d’Orange, & de celle des-lfles de Gorée au Cap- vert, & de Tabago en Amérique. Mais avant que d’entrer dans ce détail, je croy qu’il c*lt bon que je vous
GALANT. 107 apprenne en peu de mors
ce qui s’ell paffé en ces Quartiers-là depuis plu- fieurs années.
La Partie du Continent
de l’Amérique joignant au Bréfil, qui s’étend depuis . la fameufe Riviere des Amazones jufqu’au Fleuve de l’Orenocque, a commencé d’eftre fréquentée par les François du temps de M: le Cardinal de Richen lieu, qui permit à quelques Marchands de Rouen d’y faire des Habitations fous le nom de la Compagnie
A
du Cap de Nort. Elle prit ce nom , parce qu’à deux degrez des Amazones, il y a un Cap fort célébré, que les Nations de l’Europe ont toujours appelle le Cap de Nort. C’eft ce Fleuve de 1 ’ Orenocque qu’on pre'tend pouvoir fer- vir de pafiage pour conquérir l’opulent Royaume de.Guyane, & le Lac de Parime, fi recherché des Efpagnols & des Anglois, & tant vanté par les Relations de Vafter-Raleig, & du Pere Chrillophle d’A-
; GALANT. 109
cuira Jefuite. Cette Compagnie
qui eut feule le Privilège
d’aller dans ces vaftes
Colles, s’elloit contentée
longtemps d’y entretenir
quelques Habitations
compofées d’un petit nombre
de Normands. Ils ne
s’occupoient à rien autre
choie qu’à faire un peu de
Tabac, àpelcher, &à trafiquer
de Lits de coton &:
d’un Bois qui eft propre à
la teinture, avec les Sauvages
de cette Cofte nommée
Galybis. Mais en 1640.
Mr Poncet de Brétigny,
Coufin germain de ML
Poncet Confeiller d’Etat,
& Parent de Mr Seguier
Chancelier de France, s’aflocia
dans cette C-ompader
en ces Cantons en qualité
de Lieutenant General
de Sa Majefté, & y commencer
un Etabliflèment
confidérable de ‘ plus de
trois cens François. Il descendit
en l’Ifle de Cayenne,
feparée de terre-ferme de
deux Bras de Riviere feulement
à quatre degrez de la
Ligne. Il fit conliruire un
QkLklüT. m Fort à l’afpeft de la Mer, fur la Montagne de Sepe- roux , & alla encor établir une autre Habitation à toisante lieues au detïùs,dans la Riviere de Suriname, pour fe rendre maillrc de toute la Code qu’il luy avoir elle permis d’occuper. Cette entreprife n’eut pas tout le fuccés qu’on en devoit efperer. Les Naturels du Pais craignirent une domination étrangère. Ils réfolurent de fe défaire • de ce General, & l’ayant furpris avec quelques Fram
%
ni MERCVRE çois fur un petit RuilTeau,' où l’ardeur d’apprendre de leurs nouvelles l’avoit fait aller, ils fe mirent des deux collez, l’attaquerent dans Ion Canot, & le perçerent de Flèches avec fa Suite, dont il n’échapa qu’un feul de vingt-cinq qui l’avoient accompagné. Cet accident obligea ce qui reftoit de cette nouvelle Colonie , à fe retirer dans les Ifles Fran- çoifes qui font proches de ce Continent.
Les Anglois & les Hol- landois ont étably depuis
GALANT. 113 ce temps-là quelques Habitations dans ces Cofies; & comme les Normands
n’y envoyoient plus deVaif- feaux, il ie forma dans Paris une Compagnie de plu- fieurs Perfonnes de qualité & démérité, qui demandèrent au Roy en 1651. la per- miflion d’y mener de nouveaux Habitans', avec une augmcntationdcPrivileges. Ils firent unedcpenle tres- confidérable de trois Vaii- feaux, & de plus de huit cens Hommes, pour aller encor prendre poffeflion de ^Mars. K
«
la Cayenne. Toutes les fuites
de cet Etablilfement
ont efté funertes. La mort
de Mr l’Abbé de Marivaux
qui fut noyé fous le Pontrouge
en partant de Paris,
fut le premier préfage des
malheurs qui dévoient fuivre
cet Embarquement.
L’aiïàlfinat de M‘ le Marquis
de Royville General,
qui fut fait dans la route
par fes Afïociez, confirnfa
ce funefte augure $ & les
diflentions qui s’élevèrent
dans le Pais apres le débarquement
de la Flote entre
11$
ceux qui eftoient les Chefs
&le Confeil de cette Compagnie
, allèrent fi loin
'"rf
avoir
quinze mois dans une continuelle
divifion, cette Colonie
fe diffipa. M‘ de Bragelonne
Maillre des Re-
, voulut tenter une
fécondé entreprife deux
ans apres, &r périt à la veue
de Belle-Ifle , fans qu’on
puft rien fauver de ce naufrage.
r> « Les Etrangers nos voifins
ont continué leur commerce
dans quelques Riii6
MERCVRE vierçs de ce Continent. Cayenne fut occupée par les Hollandois; Suriname par les Anglois, que ces premiers en chafTerent -, &: Efleguebe , ou Efquipre, vers l’Orenocque, par une Compagnie particulière de Zélande. Mais le Roy qui ne cherche à rendre Ion Régné le plus florilîant qui i fut jamais , que pour l’avantage de fes Peuples, ré- folut de remettre les Fran- I çois en pofTeffion de ce nouveau Monde, & fe re- pofa fur Monfieur Colbert
GALANT. 117 du foin de former cette
grande Compagnie des Indes Occidentales, que ce fidelle & vigilant Miniftre compofa des Perfonnes les plus opulentes des Finances. Les Puiflances fépa- rées de plufieurs Particuliers qui eftoient Seigneurs Proprietaires de quelques- unes des principales Illes de l’Amérique, & entr’au- tres de la Martinique , de S. Chriftophle, & de là Guardeloupe, furent réii-> nies fous une feule autorité. Qn fit faire un Armement
confideïable de plufieurs Vaifleaux, & Mr de Tracy Lieutenant General des Armées du Roy fut choily pour cette Expédition. Chacun Içait l’expérience qu’il a pour les Négotia- tions, &: combien il elt confommé dans l’Art de la Guerre-. Il eut ordre d’aller. reprendre le Polie de Cayenne que nos Voifins ulurpoient injuftement, de repafler par les Illes Fran- çoifes, & d’y faire les Re- glcmens necelfaires pour le trafic & pour le bien de
A T -Wr"T' (.1M M N 1 •
119 ces Peuples qui ne refpi- roient qu’apres une mefme domination, & vouloient
eftre aflurez de la protection de leur Souverain.
M1 de la Barre-le-Febvre
Maiftre des Requelles, <Sc intendant du Bourbon,, nois, fut envoyé avec luy, & on leur donna quelques Troupes réglées de vieux Corps.
Mr de Tracy s’acquita de ce qui luy avoit efté or- clonhé avec toute la prudence & l’activité qu’on pouvoit attendre d’un fi
T7
grand Homme. Il obligea
les Hollandois retranchez
& fortifiez dans Cayenne-,
de l’abandonner fans combat.
Mr de la Barre fut
laifle pour dire le Chef de
♦c ette • nouvelle Colonie.
Mr le Chevalier de Lezy
fon cadet, qui le devoir
féconder dans les foins &
dans les fatigc>ues d’un Etablilfement
de cette importance,
y relia feul apres le
départ de Mr de la Barre,
que le fervice du Roy appella
dans les Illes pour y
commander fes Armes lur
mer
mer & fur terre. Les grandes
Actions qui luy ont
acquis tant de gloire, font
connues de tout le monde.
Elles peuvent eftre mifcs
parmy les plus éclatantes?
de nollre Siecle, foit qu’on
regarde ce qu’il afait dans
l’attaque des Forts de nos
Ennemis, foit qu’on examine
la vigueur avec laquelle
il a défendu nos
Ifles contre toutes leurs
forces de mer.
M1 de Lezy à qui la jaloufie
que les Hollandois
avoient conçeuë de fon apy
^Mars. L
mMERCVRE plication à maintenir là Colonie, attira la difgrace d’eftre attaque' par des Troupes dont le nombre pafïoit de beaucoup celles qu’il leur pouvoit oppofer, fut enfin contraint de qui- ter ce qu’il ne pouvoit défendre • mais Ion bonheur voulut qu’eftant fécondé quelque- temps apres d’une Flote Royale commandée par Monfieur le Comte d’Eftrées Vice-Admirai, il paya fi bien de fa perfonne dans l’attaque du Fort de Cayenne qu’on entreprit
r
Hollandois , qu’il y entra
le premier l’épée à la main,
&fit le Gouverneur prifonnier.
11 fut rétably avec
beaucoup d’avantage dans
le Commandement de
cette 111e. 11 y donne tous
les jours des marques de
fon courage & de la con-
M duite, & l’on a eu nouvelles
depuis peu qu’ayant
fçeu que des Hollandois
commandez par un Gênas
tilhomme Anglois, avoîent
< entrepris des Habitations
tps I allez importantes , foûte-
L ij
«4
ii4 MERCVRE nues de Forts & d’Artille- rie, dans les Rivières d’A- proüaque & Viapocque, vers le CapdeNort, à deux degrez de Cayenne, du collé des Amazones, il y avoit promptement couru, & eftoit venu à bout de les
B
en chalTer, & avoit pris le Fort d’Orange, dans lequel il y avoit leize pièces de Canon, des Munitions, des Marchandifes & des Armes.. Cette Conquefte a efté confidérable, tant par les Canons, les Habitans, les Nègres, lesBelliaux, &
T
1 • 125 les Ultencilles propres aux Sucreries, que par la prife d’un Vaiilèau dont le transport dans Cayenne a plus fortifié la Colonie, qu’on n’euit ofé l’efperer de plusieurs années. Je ne vous en !, fais point le détail, ayant i trop de chofes particulières à vous apprendre de la dernière affaire de Tabago. Je vous diray feulement que ceux qui s’y font figna- ; lez avec Mr le Chevalier de Lezy, font M s de Ferolles, de Guermont, Décloches, de la Sauvagere, & des
Granges. Cette fuite continuelle de Victoires dans tous les lieux où nous com- batons, doit eftre un grand lujet de furprife pour nos Ennemis , & c’eft fort în- juftement qu’ils les veulent rejetter lur le bonheur de la France. Tout ce que le Roy entreprend , eft trop bien imaginé, conduit avec de trop fages précautions , & trop vaillamment exécuté, pour tenir quelque choie du bonheur. Nos favorables fuccés en font l’effet neceffaire-, &
T i. 127
fi nous n’avons nen veu
de pareil dans les autres
Régnés, c’ell parce qu’il
n’y a jamais eu de Monarques
qui ayent approché
d'é Loüis le Grand. La
maniéré dont il concerte
les chofes pour les Affaires
de mer, n’eft pas moins
digne d’admiration que
ce qu’il ordonne fi judicieufement
pour celles de
terre. 11 a toujours lieu
d’en attendre tout par la
vigilance du grand Miles
connoit fi parfaitement,
que les évenemens n’ont
jamais manque' de répondre
à fes confeils. Voyez
ce qui eil arrivé de Tabago.
On ne pouvoir prendre de
plus juiles meluresque celles
qui ont efté priles, ny
exécuter des ordres ae vec
plus de diligence & de fecret.
L un & l’autre eftoit
neceflaire, & il falloit faire
faire dans nos Ports divers
mouvemens à nos Vaif.
féaux pour embarafler les
Hollandois. Ils armoient
pour Mefline, & on n’euft
pu leur faire croire qu’on
GALAHT 129 avoir deffein d’aller de ce colté-là, û on n’euft fuit travailler à un grand Armement. Ils le crûrent, quoy qu’on armait à Brelt &z à Rochefort, eliant per- fuadez que la Provence ne pourroit fournir allez de Matelots pour un Secours fi confidérable , fans les faire venir des Mers du Ponant. Dans cette penfée les Hollandois ne prelfe- rent point 1 ’ Armement qu’ils fembloient avoir ré- folu pour Tabago, & que Tobias devoir comman-
>
I$o MBRCVRE der. Le temps s’écoula. Les Efpagnols ne leur donnèrent point d ’ argent. Ceux - cy ne voulurent point entretenir l’Arme- ment à leurs dépens, & defarmerent. M’ le Marquis de Seignelay fit auffi defarmer nos plus gros Vaifieaux à Breft &. à Ro- chefort, & ce fut ce qui acheva de les tromper. Ils ne doutèrent plus que tous nos préparatifs n’eufient efté faits pour Mefiine. Mais ils ne fçavoient pas que ce Marquis avoit fait
GALANT, igi préparer d’autres Vaifleaux plus légers avec une diligence incroyable. Rien ne leur manquoit. Ils avoient des Munitions, des Hommes, & de l’argent. Leur départ fut un coup de foudre pour les Hollandois. Quoy qu’il n’y ait point de Nation Ci diligente qu’ils le font dans leurs Arméniens, tout ce qu’ils purent faire quand ils le virent devancez, ce fut d’envoyer un grand Convoy pour jetter du (ècours de Vivres & de Munitions de
ijz MERCVRE, guerre dans les Ports qu’ils crûrent pouvoir eftre attaquez. Cependant Mr le Comte d ’ Eftrées Vice-
Admiral de France, partit de la Rade de Brelt le 3. d’Odtobre dernier. Voicy les noms des VaifTeaux
qu’il commandoit, & ceux des Officiers qui les mon- toient.
Le Terrible.
Mr le Vice-Amiral, Mr MericourtCapitaine, Mc de la ChaboffiereCapitaine en fécond, Mr de Bléort Capitaine Volontaire > M s le
Chevalier Darbouville &
de la Boflicre Lieutenans,
Mrde la Roque, & le Chevalier
Defaugers Enfeignes,
Mr Patoulet Commiflaire
General, Mr le Chevalier
d’Hervaux Major, M1 de
Combes Ingénieur.
Le Tonnant.
Mr le Marquis de Grançey
Chef d’Elcadre, Mr de
Mafcarany Capitaine, M19
le Chevalier d’Heure & de
Courcelles Lieutenans, M19
de Bellecroix & Lefcoiiet
Enfeignes, M1 du Guet
Commiflaire ordinaire, M"
de S.Clair Ayde-Major.
i34 MERCVRE
Le Duc.
M‘ le Comte de Sourdis Capitaine, Mrs Gifle & le Chevalier de la Guette Lieutenans, MIS de Bou- lainvilliers & de Rouvre Enfeignes.
Le Prince.
M1 le Marquis d’Infre- ville S. Aubin Capitaine, MIS de-Champigny &Dor- manville Lieutenans, Mrs de Tarte & Cintré, Enfeignes.
Le Belliqueux.
M1 le Comte de Blenac Lieutenant General pour
GALANT, 155 les Ifles, Mr le Chevalier de Nefmond Capitaine, Mr de Lelloille Capitaine en fécond, M‘s de Beatigé & la Chauffée Lieutenans, Mrs deMalaflis & le Chevalier de Courcelles Enfeignes. L'Etoille.
M’Montortier Capitaine, Mr duLaffé Lieutenant, Mrs de Pontac & le Cheva- lier de Parifot Enfeignes. L’Alcion.
Mr Damblimont Capitaine, Mrs Defroches & Ma- chault Lieutenans,Mr Véron & Lempereur Enfeignes.
merçvpoe
L'Hercule.
Mr le Chevalier de Fia- cour Capitaine, Mrs Breugnon & de Lar Lieutenans, Mrs Des-Yleraux & Patou-
I ~ V
let Enfeignes.
Le Brillant.
Mr de laClocheterie Capitaine, Mr du Rivaux Lieutenant, Mr Cerpau Enlei- gne.
Le Bourbon.
Mr le Chevalier deRof- madec Capitaine, M Julien & Pointy Lieutenans, M s Boncour & Lefcoiiet Enfeignes.
L Emerillon.
Mr du Dros Capitaine,
Mr Erpin Enfeigne.
NOMS DES FLUTES
armées en Guerre.
Le Dromadaire.
Mr de Larteloire Capitaine
fur le Grand Eftat,
M Cardaillac Lieutenant,
M Guillierme Enfeigne.
Le Tardif
MrBrevedent Capitaine,
M1 de Courcelles Lieutenant,
de Combes Enfeigne.
éMars. M
I?8 N
NOMS DES BRULOTS.
Le Périlleux.
Mr Eftienne, Capitaine.
La Maline.
M1 Mefiere* Capitaine.
Le Brutal.
M d’Hericourt, Capitaine.
Plus une Flûte pour fervir
d’Hofoital.
Une Cache. •
Je ne vous diray point
par quels lieux ces Vaiffeaux
paflèrent. Il elt certain
que le z6. d’Odobre
ALANT- r?9
ils eftoient fous le Tropique.
Une ancienne coutume
de Mer veut qu’on y
oblerve une Ceremonie
affez particulière pour ceux
qui n’y ont jamais paffé.
Elle s’appelle baptifer ; &
voicy de quelle maniéré
elle fe fait. Le Capitaine
donne quelques Bouteilles
d’Eau-de-vie aux Matelots,
fans quoy ils ont droit de
couper l’Eperon. Ceux qui
ont déjà fait le Voyage
prennent les autres, leur
lient les mains derrière le
dos, & les ayant attachez
M ij
d’Efpagne mêmes ne
i4oMERCVRE pardelfous les épaulés, les élcvent au bout de la Vergue du grand Mail, & les lailfent tomber trois fois dans l’eau. Quelques-uns fe font encor plonger volontairement pour le Roy, pour les Commis du Vail- feau, ou pour leurs Maî- trelïès. Cela fait on leur donne à tous un Verre d’Eau-de-vie , ou de Vin . Les Ofnciers font pas exempts
de cette Ceremonie. Les Matelots leur verfent un peu d’eau fur la telle, ils
I GALANT. 141 leur donnent dequoy boire. Ce Baptefme maritime ef- tant finy, on reprend fa route , & chacun pafTe le relie du jour en réjouïf- fances. Ce fut ainfi qu’on en ufa dans la Flote de M' le Comte d ’Eltrées. On continua d’avancer, & quelques PoifTons volans tombèrent dans les Vaif- féaux. Le 31. d’OiStobre ils fe trouvèrent fur les cinq heures du foir à la veuë du Cap-vert qu’ils doublèrent le lendemain avec un petit vent qui les porta dans le
/
Cap. La petite Ule nommée
Corée que les Hollandois
pofTedoient , n’elloit
qu’à trois lieues de là. Elle
eft feparée de terre-ferme
par un petit bras de mer,
large feulemcjtt d’une demy
lieue, & n’a tout au plus
qu’une lieue entière de circuit.
Il y a deux Forts, l’un
en bas fur la pointe du Nort
où eft la defcente,& l’autre
en haut qui commande le
premier. Mr le Comte
d’Eftrées fit arborer le Pavillon
Hollandois à fon arrivée
pour empefcher les
GALANT. 14? Vaiffeaux ennemis,s’il y en avoit fous les Forts, de
prendre l’épouvante & de fe fauver avant qu’il eult pu les joindre. Ils ne nous eurent pas fi-toft apper- çeus qu’ils mirent leurs Pavillons fur les deux Forts;
mais comme les Noftres ne
purent répondre au Signal qui leur fut fait, parce qu’ris ne le fçavoient pas, ils reconnurent bientoll qu’ils alloient ertre attaquez. Il falloit approcher des Forts pour aller à l’endroit que Mr le Vice - Admirai avoit
14+ MERCVRE choi.fi pour moüiller l’an- chre. 11 y pafla le premier-, & quoy qu’il euft encor fon Pavillon Hollandois, il fut faliié à coups de Canon à balle. Alors tous nosVaif-
fcaux arborèrent la Ban- niere de France & allèrent
mouiller à la portée du Canon fans tirer unfeulcoup. Ils en avoient reçcu la de- fenfe de M1 le Vice-Admi-
ral. Cependant les Hollandois connoiflànt qu’ils ne s’eftoient point mépris,continuèrent à nouscanonner. Le foir M de Bléort Capitaine
GALANT 145 raine de Vai fléau, & NE
de Combes Ingénieur, eurent ordre d’aller faire le
tour de Fille, rcconnoiftre les Forts, & fonder tous les fonds pour choifir les Pof- tes ou l’on mettroit nos Vaifleaux en étatdecanon- ncr à leur tour les Ennemis. On fit armer trois Chaloupes pour les efeorter ; mais comme on découvrit qu’il y avoit fous le Fort deux Barques, & quelques Chaloupes qui nous auroient pu attaquer, on en fit encor armer quatre autres £Ma.rr. N
pour lesfuivre de loin, ob~ lèrver les Baltimens, & les empefcher de fe dérober la nuit, aulfi-bien que les Canots des Negres. Le jour luivant on envoya fommer le Gouverneur dés le matin. Il répondit qu’il avoit pref- té Serment aux Eftats & à la Compagnie , de ne fe rendre point qu’il n’y euft du fang verfé. Cette ré- ponfe donna méchante opinion d’eux, & fut caule qu’on reïblut aulfi-toft r l’Attaque. On fit un Détachement pour s’avancer
vers les Forts &les canoniser de plus près fous les ordres de M‘ le Comte de Sourdis. Les Vaifïèaux détachez furent le Duc, commandé en particulier par ce mefme Comte; le Prince, par AIr de S. Aubin d’In- freville ; l’Etoille, par M1 de Alontortier ; l’Alcion, par M1 d ’ Amblemont; F Hercule, par Alr le Chevalier de Flacour ; la Fluide de Dromadaire armée en guerre, par ML de l’Arte- loire; & le Tardif, par Al', de Brevedent. AI1 Sauvage
N ij
i48 mercvre
Commillaire de l’Artillerie, devoit commander une
Baterie de Canon, & Mr l’Andoüillet une de Bom-
bes.On nomma Mrde Saint Clair pour faire la fonction de Major. Mr le Marquis de Grançey qui fervoic de Marefchal de Camp, eut la conduite & le commandement de la Delcente & de
l’Attaque des Forts -, & Mr le Vice-Admirai devoit s’embarquer avec Mr Pa- toulet pour eftre prefent à cette Delcente. Il fut ar- relié qu'il monteroit le
»
Vaifleau de Mr le Comte de
Sourdis où toutes-les Troupes
avoient ordre de s’affèmbler
en vingt-quatre
Chaloupes, le Vice Admirai
devant donner le mouvement
à la terre & à la mer
félonies occafions quis’offriroient.
Mr le Marquis
de Grançey avoit quatre
cens cinquante Hommes
divifez en deux Corps,avec
deux Compagnies de Grenadiers
de trente-cinq
Hommes chacune. Le premier
Corps eftoit commandé
par M" de Bléort & de
i$o MERCVRE Brevedent. Le fécond par Mrs de Mafcarani & Cha- boifliere ; & les Grenadiers par MrslesChevaliers d’Aire & d’Arbouvillc. Toutcs.îes Chaloupes à la telle def- quelles elloit Mr le Comte d’Eftrées, marchèrent en fi bon ordre, que les Ennemis croyant qu’elles allouent faire la Defcente pour donner l’aflaut, en furent incontinent épouvantez. Ils quiterent le Fort d’en bas apres y avoir encloüé leur Canon, montèrent à ceLuy d’enhaut, & fans batre la
:
GAI -
,ANT. 51 chamade, ny demander à fe rendre, ils ollcrent leur Pavillon, arborèrent celuy de France, & envoyèrent en fuite une Chaloupe à Mr le
Comte d’Eftrées pour le fuplier de les recevoir à rançon. Il ne les voulut point écouter, & fur la menace de les Etire tailler en
pièces s’ils ne mettoient bas les armes, ils fe rendirent à diferetion. Mr le Comte
d’Ellrées accorda la liberté
au Gouverneur. On trouva les deux Forts bien revef tus ôc beaucoup meilleurs
N iiij
iTz MERCVRE qu’on ne l’avoit crû. Le grand avoit fon Rempart de trente pieds d epaifleur, pavé par tout j les Bateries en tres-bon état, quarante deux pièces de Canon, & les Magazins allez bien fournis de toutes chofes pour faire une longue refiltance. Il y avoit foixante & deux Elclaves, cinq mille Cuirs, de l’Eau-de-vie, des Cordages, delà Viande, des Poudres & des Boulets. On en chargea deux Barques que les Ennemis avoient fous leurs Forts, & on mit le
Ptiin de tïole deCjoree
auec ses deuxJorts et
te Combat pue nous auons j
rendu, te premier du mois db
de Tlouemlrr-e 1 b77. d'
GALANT,
refte dans nos VaifTeaux.
Voicy le Plan de cette Ifle
qui vous donnera une plus
parfaite intelligence de
tout ce que je viens de vous
en dire.
Tandis qu’on employoit
deux ou trois cens Hommes
à démolir les Forts, à
brûler les Magazins, & à
faire le degaft de ce qu’on
ne pouvoit emporter, les
Vaifleaux travaillèrent fans
relâche à fe pourvoir d’eau
pour deux mois, afin de
pouvoir aller droit à Tabago.
Cette précaution
femaines qu’il auroit falu
perdre dans l’Ifle de la Martinique,
s’ils n’eu fient pas
fongé à profiter de ce
temps. M‘ le Comte d’Efi.
trées y dépeicha un Brûlot
pour avertir M le Comte
de Blenac Gouverneur &:
Lieutenant General de toutes
les Ifles Françoifes, de
la réfolution qui avoit cité
prife de n’y point aller. On
partit du Cap-vert le neuvième
Novembre , & on
arriva vingt-un jours apres
à la veuë de la Barbadei où
o AI A HT
Wj IUiAI '*1 1 •
ton. avoit donné rendez-
vous à quatre VaiiTeaux qui eftoient à la Martinique. On en apperçeut deux le lendemain, & on apprit que les deux autres quipor- toient plus de cinq cens Hommes pour fervir à terre, ne pouvoient arriver de deux jours. On ne laiftapas de prendre le party de continuer la route, &: d’aller à l ifte de Tabago. LesVaif. féaux y arrivèrent le 6. Décembre , & mouillèrent le foir aflez tard à une Rade qui eft à deux lieues, du
mhrcvre
Fort. Mr le Vice-Admirai voulant cacher fa Defcente, détacha auffitoft cinq à fix cens Hommes fous Mr le Comte de Blenac. M' le Marquis de Grançey avoit une extrême paflion d’eftre du Détachement, mais fa préfence fut jugée necef- laire au Confeil de guerre, & on l’obligea de demeu-
O
rer. On fit quelques Pri- fonniers, & on fçeut d’eux que les Ennemis eftoient fortis pour empefcher la Defcente , mais qu’ayant appris quelle elloit faite,
ils eftoient
Fort. Le 7. & le 8. on mit
à terre le relie des Troupes
avec tout ce qui ell necefiaire
pour une Attaque.
Vous jugez bien, Madame,
que c’elt un attirail presque
infiny, lors qu’il le faut
tranfporter à force de bras,
& fur le dos des Hommes.
Cet embarras dura une
lieue & demie par un chemin
qu’on fut oblige' de
faire avec dès Serpes & des
Cogne'es, & qu’il falut
conduire par des Ravines
& par des Eminences fort
droites. Les Ennemis a- voient ruiné celuy qui fat fait l’année derniere, & les pluyes l’avoient prefque entièrement inondé. Elles ne ceflerent point depuis le Débarquement, & cau- ferent des incommoditez dont les Officiers Generaux ne furent point exempts. Le chemin qu’ils avoienc louvent à faire deux fois en un mefme jour, leur faifoit rencontrer quatre ou cinq Ravines, ou des Rivières débordées, & c’elloit une nccclTité pour eux de fe
GALANT, mettre dans l’eau jufqua la ceinture. Les Troupes campèrent le 9. fur la Hauteur qui n’elt éloignée du Fort que de fix cens pas, & malgré toutes les diffi- cultez que je viens de dire, on ne laifla pas de mener trois Mortiers une licuë & demie, & trois Pièces de Canon à moitié chemin de l’endroit où l’on avoit fait la Dcfcente. On fit une
Baterie pour les Mortiers à trois cens cinquante pas du Fort , laquelle commença à tirer le 11. Com-
me elle avoit efté faite avec
I
diligence, & dans des lieux
couverts par des Arbriffeaux
& par des Cannes
de Sucre, les Ennemis ne
s’en eftoient point apperçeus.
Le n. un de nos Soldats
qui alla fe rendre, leur
ayant appris où elle eftoit,
ils commencèrent à la canonner
dés le lendemain
au matin, & canonnerent
le Camp en mefme temps
avec cinq Pièces de Canon
qu’ils tourneront de ce
codé-là. NT le Vice-Admiral
ayant ce mefme jour
commandé fur les dix heures
qu’on tirailles Bombes,
la troifiéme tomba dans le
Fort au milieu des Poudres
, & fit un effet fi prodigieux
, qu’ elle enleva
Binkes & tous les Officiers
qui difnoient avec luy.
Mr le Vice-Admirai fit
prendre aufiitoft les armes,
& Mr le Comte de Blenac
marcha droit au Fort pour
s’en rendre maiftre auffibien
que des Vaiflèaux, &
empefcher le ralliement
des Ennemis. Le Belliqueux
& le Brillant arrive-
O
rcnt le lendemain avec un
Renfort déplus de fix cens
Hommes. Il ne fe fauva
qu’un Officier. Tous ceux
des Vaideaux furent pris, à
l’exception de Radmus fameux
Çorfairc, qui n’avoit
pas voulu aller difner dans
le Fort, & qui s ’ eftant
eclaapé par les Rochers,
trouva rpoyen de fe jetter
dans une Galiote. Quelques-
uns difent qu’il fe
lauva au travers des Bois.
Je ne vous parle point des
Vaiflèaux que nous avons
OELcwe die Effort et Qdort de ÇfcLoa^o
__^S^£^ZsS'
GALANT, ter les yeux fur le Plan que je vous envoyé. Il vous instruira de tout. Voicy ce que porte une Relation tres-fidelle. Elle vient d’un lieu où l’on ne publie jamais que des veritez. Tous les Officiers ont très-bien ferwy dans cette importante occafion. TMeffieurs de Gran- çey, de Blenac, gÿ Patoulet Commiffiaire General, ont eu beaucoup de part aux fatigues, & on ne peut trop louer leurs foins gÿ leur •zffie, félon leurs diférentes fonctions. Moniteur le
O ij
7
-À i
I64 mercvre Marquis de Grançey fit des chofes incroyables ; fa vigilance fut extraordinaire. Il prefla non feulement le travail par fa préfence & par fes libéralitez, mais il aida mefme à traîner les Mortiers. Il commanda le premier les Troupes fous les ordres de M le Vice- Admiral, & fut relevé par M le Comte de Blenac. On avoit réglé qu’il y au- roit toujours deux Capitaines pendant vingt-quatre heures, pour commander fous les Officiers Ge-
Êi 4B
neraux avec Mr de Brevedent,
qui eftant feul de fon
ordre , n’a point difcontinué
de fervir depuis la Def
cente , & s ’eft tres-bien
acquité de fon employ.
Ces Capitaines furent
Le premier jour, Mrs de
Sourdis & de Bléort.
Le fécond, M's de S. Aubin
& de l’Arteloire.
Le troifiéme, M ' de
Montortier, & de Chaboiifiere.
Le quatrième, Mrs d’Amblemont
& duDrot, qui
venoient relever ces deux
derniers lorsque la Bombe
fit fon effet. M le Chevalier
d’Hervaut a fait voir beaucoup
d’aélivité dans tout le
temps que les Troupes ont
elle à terre, & il ne fe peut
rien adjoûrer aux fatigues
qu’il a eues. M'de Combes
Chef des Ingénieurs, a agy
& d’intelligence. M1 l’Andoiiillet
commandoit la
Batcrje des. Mortiers, comme
je vous l’ay déjà marqué
; & la julteffe avec laquelle
il fit tomber la troifiéme
Bombe dans le Fort,
fait affez connoiftre qu’il
n’yaperfonne qui (oit. plus
habile ny plus entendu que
luy dans Ion me Hier. Mr
Sauvage eftoit deftiné pour
commander l’Artillerie ; &
M‘ Bellaire, les Mineurs.
Si vous elles furprife de
cet effet extraordinaire des
Mortiers dont on s’eff fervy
fi avantageuferaent à
Tabago, vous fçaurez que
l’invention en a efté trouvée
depuis un an par M1
eon,qui en fît d’abord
euve en préfence de
M1 de Louvois. Il eft Fils
de M1 Jaugeon de Mongy
Gentilhomme Auvergnac,
& a fait quantité de découvertes
dans les Matématiques,
qui ont donné
lieu à de tres-utiles fecrets
dont on a déjà veu les expériences,
& que j’auray
une autre fois occafion de
vous expliquer. L’ardeur
qu’il a de travailler à la
gloire de fon Prince , ne
contribue pas peu à le faire
fi aifément venir à bout
de toutes les chofes qu’il
imagine. C’eft une paflion
qui luy eft commune avec
Mrde
GALANT- 169 Mr de Mongy fon Frere, ’ qui à l’âge de vingt-deux \ ans a fait fept Campagnes < en qualité de Volontaire & de Lieutenant, quatre fur terre, & trois fur mer. La derniere eft celle de ' Tabago. Il y fervoit fous I Mr Sauvage , Commiflàire general de l'Artillerie des Vaiffeaux. Quant aux Mortiers dont j’ay commencé à vous parler, ils font II lé- • - gers, qu’un Homme fiiffit pour en porter un avec Ion Affût. 11 n’y a perfonne qui jae les puiffe pointer fans ■| éMars. P
i7o MERÇVRE
avoir befoin d’un quart de
Nonante,ny d’aucun autre
Inftrument de Matématique,
& cette facilité vient
de ce que les degrez d'élévation
font gravez fur leur
Affût, & marquez, quand
on les remue, par un Coin
qui y eft attaché. L’ufage
en eft admirable, particulièrement
pour prendre les
Dehors des Places. On
jette par ce moyen une
douzaine de Grenades tout
à la fois à quatre cens pas
de diftance. Elles font renfermées
dans une Boëte
GALANT. 171 éombuftible , qui brûle tout ce qui eft au lieu où elle tombe, apres avoir jette fes Grenades à plus de '• trente pas tout autour, où elles font leur effet.
Quoy que j’évite autant que je puis de me fervir des . termes qui font particuliers à beaucoup d’Arts, parce qu’ils peuvent n’effre pas connus de tout le monde, s’il m’en échape quelqu’un qui embaraffe vos Amies à qui vous continuez de I faire part de mes Lettres,’ elles en trouvèrent l’expli- P ij
■<
172 ME RC
cation dans un Livre très- curieux, & tout plein d’érudition , qui a efté imprimé depuis quelques jours, & dont le titre eft, Lw Arts de 1‘Homme dêpée, ou le Di- clionnnire du Gentilhomme. Le premier Volume contient l’Art de monter à Cheval j & le fécond, celuy de la Navigation. L’Au- theur s’appelle Mr Guillet. C’elt à luy que nous devons déjà Athènes & Lacédémone, anciennes & nouvelles. Vous fçavez l’ef- pme qu’on en fait, & le
GALANT 175
cours que ces deux Ouvrages
ont eu dans le monde.
On a auffi imprimé une
Hiftoire fort curieufe de la
Laponie, c’eft à dire de la
Partie des Lapons, qui relevé
du Roy de Suede. Elle
eft traduite du Latin de
MrScheffer, que les Allemans
& les Anglois ont
mis d’abord dans leur Langue.
Apres qu’il eut reçeu
ordre de compofer cette
Hiftoire, M1 le Comte de
la Gardie Grand Chancelier
de Suede , luy fournit
tout ce qui luy eftoit necef
174 MERCVRE faire pour une entreprife de cette nature, & il n’oublia rien pour la faire exacte. Il y cil traité amplement de l’origine de ces Peuples, de leurs Moeurs, de leur Religion , de leur Magie, & des chofes rares du Pais. Ce font des nou-
veautez que je vous en- . voyeray, fi vous avez défi fein de les voir. Je vous envoyé cependant les Nouvelles galantes & amou- rcufes qu’on vient de donner au Public. Ce font di- férentcs Avantures ramafi
fées dans une Lettre. Vous
F y trouverez des incidens Jdont la leéture vous diver- ■Et . ' tira. Je vous donne en met
me temps dequoy en faire
faifant part de ce qui a efté
écrit à M l’Abbé de la
Roque par Madame la Vii
guiere d’Alby. C’elt une
Dame d’un mérite.
Tous ceux qui ont
leu la PrinceiTe d’ifambourg,
que nous avons
d’elle, connoiftènt la force
& la délicatelfe de fon Efprit.
Elle s’appelle Ma176
MERCVRE dame de Saliez -, & fi la Proie efi aifée, on n’a pas moins fujet d’admirer le tour naturel quelle donne aux Vers.
il
LETTRE
DE MADAME
LA VIGVIERE D’A L B Y, A Monfieur l’Abbé de la Roque.
VOus croyez^ fans- doute, ^Monfieur, que ceriefi que che^ les Ennemis de cet Etat qu on fait des Con-
G AL ARE 177 quefies en Hyver, & vous fercgfurpris d'entendre dire qu' au milieu mefme de l& France on ait pris quelque chofe dans une fi rigoureufe S ai fin. ' Cependant il efi certain qu'un jeune Gentilhomme fort brave vient d’y emporter une Place de confé- quence, & que fiufint feu de tous cofie^ il l'a réduite à fe rendre fous de fort bonne fie s conditions. Vn Amour qui a contribué a cette victoire > en
a porté la nouvelle, & voicy comment elle efi venue a ma connoijfance.
cette maniéré douce & agréable
qui précédé toujours les
vifions que 'vous favez^ que
les Dieux m envoient quelquefois.
Les Triomphes infaillibles
au Rcy dans cette
nouvelle Campagne, eftoient
le fùjet de ma refoerie, lors
que dans ce tranquille état
je crûs eshe tranfortée dans
un Palais dont les beaute^
font au dejfus de toutes mes
exprejfions. Celuy d’Armide,
1. 179
toient rien en compzrnifon.
Dans cette magnifique Place,
Entre Je Ciel ôc le Parnaffê,
LaDéefle Vénus dans fes bnllans
atours,
Reçoit de temps en temps l’hômage
des Amours.
Là, fans déguifemcnt, fans art,
fans impolture,
Chacun luy ditfon Avanture,
Et l'on y voit les Amours fortunez,
Par fes belles mains courônez,
Recevoir des Leçons del’aimamableDéefie;
Pour augmenter leur joye&Ieur
tendrefle,
Elle donne courage auxAmours
malheureux,
Elle prend foinde les inftruire,
i8o MERCVRE
Et fourient par ces foins tout l’Empire amoureux, QuelaRaifô voudroitdétruire.
Une nuit que le Ciel écclairoit . foiblemenr,
* ? V
Vénus tenoit fon Aflemblée, Tout s’y paffoic tranquilemêt^ Quand foudain elle fut troublée.
Un Amour qui n’aguere eftoit pafleêc rêveur.
Dont mille ennuis troubloienc le coeur,
Par de grands cris fe faifoit faire place;
Onlifoit fur fon front fa joye & fon audace.
Dcefle,difoit-il,des plusvaillans Guerriers
J’efface aujourd’huy la Vic- tiore^
Faites que nulle Amours en admirant
ma gloire,
Me viennent couronner de
Mirthe &c de Lauriers.
Cette Place fi forte & fi bien
défendue,
Que tant d’Amours aflîegeoient
vainement,
Par mon adrefle s’eft rendue,
Et la charmante Iris rend heureux
fon Amant.
Ces derniers mots me Jurprirent
fort. Comme fayots
léefprit occupé des Conquefies
qui font fi ordinaires au R oyt
je croyoïs qu’on alloit parler
de la prife de quelque Ville
de Flandre ou d'A’fice s mais
. ifeMÉRCVRÉ tandis que je me reprochois mon erreur, cet Amour con~ tinuott aïnjy.
Ce n’efl: point pardes artifices, N y par de petites malices, Quei’ay furpris un coeur que la Vertu gardoit,
Et que laraifon defendoit.' Iris a beaucoup de mérité, Elle s’eftoit prefcrite une fage conduite,
Et j ’avois vainement employé mille Amours,
Quand l’Hymen m’offrit fon fecours.
Je l’accepte, luy dis-je, il m’cft fort neceflaire,
Mais renvoyez voftre fuite ordinaire,
GALANT. i8j Et ne gardez pointavec vous Vos repentirs 8c vos dégoûts. Iris me parut toute émeuë Quand l’Hymen s’offrit à fa veuë,
Suivy des Ris, des Jeux Sc des Amours conftans.
C’eftaflez combatu, dit-elle, je me rends,
Amour ménagez bien l’employ queje vous donne, Auxconfeils del’Hymen enfin je m’abandonne,
Guidez fes pas &conduifez-le bien.
Si je confens à tout je ne prens foin de rien.
L’Hymen fort content de la Belle,
Mena l’heureux Daphnisjuf- ques dans fa ruelle,
i84 mercvre
pendant que des Amours dans
cemeftierfçavans,
De la timide Iris dcnoüoient les
Rubans;
Car eftant de pudeur & de
crainte abatuë,
Dans l’excez de fa retenue,
Daphnisauroit perdu cent niomens
précieux
Sans ces Amours officieux,
Qui s’empreflant....
C'eft dit Vénus, en
interrompant cet Amour, je
<vous entens, Daphnis eft
heureux, & 'vous mérite^
d’eflre récompensé de 'voftre
perféwerance. ces mots
elle bâtit des mains, & d’abord
tout fon Palais retentit
GALANT. 185
dç cris d’a,llégreffe. L'on couronna,
cet Amour victorieux,
& la, Déeffeprononça, ces Vers
qui font une efpece d'Epitalame
quelle fait toujours en
faveur des jeunes Maries^
quelle che'rit.
Vivez heureux,v ivez contens,
Etpafiez doucement vos ans
En goûtant les plaifirs d’un heureux
Mariage*
BanniiTez-en les noms de joug
& d’efclavage,
Ce beau Noeud que l’Amour a
forme de fes mains
ünira vos coeurs Sc vos a mes,
Et la lumière de vos fiâmes
Eclaircira vos jours & les rendra
ferains.
&Aars.
I
Tout cecy veutdire, Monfleur,
en langage humain,
comme il me fut expliqué,
qu enfin Moniteur le Vicomte
de Taule apres avoir aimé
Mademoiselle de S. Hypolite
plufieurs années, efi devenu
le plus heureux de tous les
Hommes en l'époufant. fie
ri ignore pas la part que vous
prendre^ a cette nouvelle, &
je mehafîe de vous la donner
pour vous témoigner que je
fuis vofire tres-humble Servante,
LaVigviere d’Alby.
GALANT. 187
Je ne doute point que
vous ne fouhaitiez fouvcnt
de pareilles vifions à l’admirable
Perlonne qui les
explique avec tant de grâce.
La joye de Madame de
S. Hypolite & de Mrle V’
comte de Paule, doit eitre
grande, puis que leur Famille
eftant la mefme, ils
voyent réunir leur fang par
ce qu’ils ont de plus cher
au monde. La Maifon de
Paule eft des plus anciennes
& des plus confidérables
de tout le Languedoc.
Elle a donné en noftre
i88 MERCVRE
Siecle l’Illuftre Antoine de Paille pour Grand-Maiftre à la Religion de Malte.
En vous parlant au commencement dè cette Lettre de M l’Evefque de Rennes qui s’eftoit trouvé pour la première fois à l’Aflèm- blée des Etats de Bretagne, O ' j’ay oublié de vous dire qu’il avoit efté facré depuis peu. On l’appelloit Mr l’Abbé de Beaumanoir de Lavardin, avant que le Roy l’euft nommé à l’Evefché de Dol, & incontinent apres à celuy de Rennes.
GALANT. 189 Il eftDoéteur de Sorbonne, & d’un mérite qui n’éclate pas moins dans îa pieté que dans fes autres qualitez ef- fentielles à un Prélat. Je ne vous diray rien de fa Mailon. L’Hiftoire a pris foin de la diflinguer, & parle (î avantageulement de Mr le Marefchal de La- vardin fon Grand-Pere, qu’il faut n’en avoir aucune connoiffance pour ignorer qu’il palfe pour un des plus grands Hommes de fon temps. Il fut Colonel de l’infanterie Fran- w
I9o MERCVRE çoife, prit Villefranche en Périgord, & Cahor.s & d’Eaufé au Comté d'Armagnac.
Il commanda l’Armée du Roy en Poitou en l’abfence du Duc de Joyeufe , & la Cavalerie- Legere à la Bataille de Courtras. Il fervit au Siégé de Mauleon fous le Duc de Nevers, & à ceux de Paris, de Chartres, & de Roiien, ainli qu’au Combat de Chalteau Giron fous le Comte de Soiflons, & à celuy d’Aumale où il fut bleffé. Il eut le Gouverne-
Chevalier des Ordres &c
Marefchal de France dans
la mefme année. Il fit la
fonction de Grand-Maiftre
au Sacre de Louis XIII. qui
l’envoya Ambaflàdeur Extraordinaire
enAngleterre.
Il mourut au retour de cette
Ambaflàde. Je ne vous
parle point d’un nombre
infiny de grandes Alliances
dans lefquelles cette Maifon
eft entrée, ny des Gouvernemens
de Provinces,
Evefchez, & autres Dignitez
qu’on luy a tpûjours
Germain deMrle Marquis
de Lavardin, aujourd’huy
Lieutenant General au
Gouvernement de la Haute
& Baflè Bretagne. Ce Marquis
eft très - aimé dans
cette Province, & y fert le
Roy fort utilement. Il n’y
a point de Gentilhomme
en France quifçache mieux
tout ce qu’un Homme de
qualité doit fçavoir. Perfonne
ne doute de fa bravoure.
Il en a donné de
GALANT. 193 fort glorieules marques au Combat de S. Godard en Hongrie, à la prife de Cour- tray, à celle de la Franche- Comté en 1668. & à la Guerre faite aux Hollandois
quatre ans apres. Il a épouié Mademoilèlle d’Al- bret, Fille aifnée de Mc, d’Albret Duc de Luynes, Pair de France.
M Paris eft mort depuis quelques jours. Il eftoit Concilier de la Grand’ Chambre. Mr Malo eft monté à fa place. C’eft un fort honnefte Homme, &
* U
&Æ<ws. R,
194
d’une tres-bonne Famille
de Paris.
Je vous ay conté la dernière
fois l’Hiftoire de la
Belle morte d’amour pour
fon Mary.Ceux qui ont crû
quelle n’eltoit pas véritable,
n’ont pas pris la peine
de s’en informer. Elle eft
fçeuë de tant de Gens du
premier rang, que je m’étonne
qu’il y ait des incrédules
fur les particularitez
que je vous en ay dites.
Voicy deux Epitaphes qui
ont efté faits pour elle par
MlLelleron Avocat à Pro- . ? ■ •* * ' : U
vins.
D’une Femme morte d'amour
pour Ion Mary.
P.A fiant, ar refis icy tes pas.
Autre-part tune liras pas
Vne Hiftoire fi merveiUcufe
Que celle quà tes yeux ce marbre
■peut offrir.
Cy ÿjt de fon Epoux me Femme
amoureufe
Que fon chafie amour fit mourir.
Aux Dames elle a fait une leçon
commune
De mourir en Femmes de bien.
Mais elle n'a fuivy /’exemple de
pas une*
Tas une ne fuivra le fien.
R ij.
AUTRE.
ï Q' Corps d'une Belle
Que T Amour d'un Mary rcduifit
au trépas.
Ce qui doit étonner, c eft de voir en
ceV cas ‘ f •
L a première mode nouvelle
Que le beau Sexe ri aime pas.
Cette mode feroit en
effet un peu cruelle à introduire
pour un Sexe qui
contribue tant aux douceurs
de la focieté. Si l’Avanture
euft efté moins extraordinaire
, elle n’auroit
point paru fufpe&e à ceux
GALANT. 197 qui manquent de foy pour les prodiges que peut eau- fer l’amour conjugal. On n’a pas moins douté de l’Hiltoire du Solitaire que beaucoup ont voulu croire une fiction. C’eft celle du Confeiller qui avoit choify la retraite par un principe d’averfion pour les Femmes, & à qui fon Pere envoya une Belle d’une vertu chancelante dont il fut fi charmé, qu’il l’époufa. La chofe eft fi vraye, que le Procès intenté pour la rupture du Mariage doit ef- R. iij
i98 mercvre tre jugé au premier jour dans un des plus célébrés Parlemens de France. Le Fils en pourfuit la validité contre Ion Pere, & fait tellement fon bonheur de la tendreftè de celle qu’on luy veut ofter, qu’il traite de calomnie tout ce qui s’eft publié de l’égarement de la conduite. 11 eft certain qu’il ne faut pas toujours juger fur les apparences. Ce que je vay vous conter en fera foy.
Une Dame eftant dans une Maifon de Campagne
aux environs de Paris, eut
le chaorin de fe voir fans
ceilité abloluë d’y retourner.
Ses Chevaux tombèrent
malades, & elle fut
réduite à fe fervir d’un
Carroffe de loüage qu’elle
fit venir. Elle part. Le Carroffe
s’embourbe à deux
lieues de là. On prend des
Chevaux de Meflager & de
Charetes pour le tirer. On
n’en peut venit about. Les
efforts qu’on fait le brifent,
& laDame fe trouve à pied
I
à l’entrée d’un Village où
elle n’a pas defTein de coucher.
Elle prend le party
d’y laiffer une Demoifelle
& une Femme de chambre
quelle ramenoit avec elle^
comme des affaires pref
fantes l’obligeoient d’eftre
ce jour-là mefme à Paris,
elle fe réfout à demander
place dans le premier Carroffe
qui paffera. Elle n’attend
pas longtemps. Elle
en voit venir un qui s’arrefte
heurcufement à l’endroit
mefme où elle eft.
Ccluy à qui il eftoit, avoit
x. T r s v *
quelque ordre à donner
à un Laquais. Tandis
qu’il luy parle, la Dame
demande Ion nom au Cocher.
Il luy eftoit connu
par la réputation qu’il avoit
acquife dans le monde.
C’eftoit un Confeiller qui
pafToit pour un des plus
bonnettes Hommes de
France. 11 n’avoit que fon
Gendre avec luy, & la
Dame ne balance point à
fe jetter dans le Carroflè
avant qu’on l’ait refermé.
Un procédé fi extraordinaire
la fait regarder. Elle
io2.MER.CVRE eftoit belle, avoit l’air de qualité, beaucoup de jeu- jaeffe, la phyfionomie heu- reufe, & il n’y avoit pas moyen de fe réfoudre à luy faire un compliment incivil. On continue à marcher, & ce qu’il y a de plai- fant, on eftplus d’un quart- d ’ heure à s'examiner & à foûrire , fans que perfonne dife un feul mot. A la fin, le Mailtre du Carroffe rompt le filence, & ayant demandé à la Dame où elle prétend qu’on la mene, elle répond qu’elle n’a
GALANT. 20? point d’autre deflein que celuy d’aller àParis. 11 s’informe du Quartier où elle fouhaite qu’il la conduife, & elle fe défend de s’en expliquer lur ce qu’une Chaife de Place luy en épargnera l’embarras. Autre quart-d’heure defdence. Le Conleiller qui luy trouve de l’efprit, & de cet ef- prit aifé qui ne s’acquiert que par la pratique du monde, nefçait que s’imaginer d’une Femme qui monte dans un Carrofïè fans rien dire, & fe confie
a
à la probité de deux Hommes
qui luy doivent eftre
inconnus. 11 luy fait quelques
nouvelles queftions,
& la prie enfin de ne luy
laifler pas ignorer à qui il
parle. A une Perfonne, rédepuis
trois ans. Quoy,
dit-il, fi jeune, fi belle, &
{ans Mary ? Il vous faudroit
du moins un Galant.
La Dame prend un air fi
férieux à ce mot, & mefle
des termes fi remplis d’aigreur
à l’indignation quelle
en fait paroiftre, que
Confeiller la croit
Femme du monde la plus
vertueufe. Elle fe tailt un.
moment; puis changeant
de ton, &c baillant la voix
comme fi elle ne s’elloit
d ’ abord gendarmée que
pour avoir plus de grâce en
s ’ adouciflant-, Et de Galants,
dit-elle, en manquet-
on? Ces dernieres paroles
font changer de penfée
au Confeiller. Il ne peut
plus croire qu’elle loit autre
qu’une Demoifelle d’intrigue,
qui eftant accoutumée
à prendre lelon l’occa(
ion toute forte de caractères
, a l’adreffe de fe parer
quelquefois d’une vertu
étudiée pour arriver plus
feûrement à fes fins. C’eft
fur cette injurieufe penfée
qu’il continue avec elle
une converlation affez familière.
Elle fe tire de tout
avec efprit, & l’embarafle
tantoft par un ton fier qui
l’empefche de luy dire .tout
ce qu’il croit au defavantagOe
de fa vertu,’ & tarrtoft
par des radouciflemens qui
le confirment de plus en
plus dans l’opinion qu’il a
conçeuë du panchant qu’elle
doit avoir à nouer commerce.
Ils arrivent enfin à
Paris. Le Conleiller veut
apprendre fon Quartier
pour l’y conduire, &le demande
avec des termes malicieux
qui font connoiftre
à la Dame ce qu’il croit
d’elle. LaDame loûric,luy
dit avec beaucoup de grâce
que le croyant trop civil
pour ne la remettre pas jusque
dans fon Apartement,
elle veut avoir du moins un
recevoir, & voyant des
Chailés roulantes, elle fait
arreller pour en choifir
une. Elle donne l’ordre
tout bas au Cocher pour le
lieu où elle veut qu’il la
mené, & apres avoir alluré
le Confeiller qu’il auroit de
fes nouvelles le lendemain,
elle le laiflè fans aucun
autre éclaircilfèment. Le
Confeiller rit de l’Avanture,
en fait le conte chez
Juy, & eft furpris de recevoir
un Billet de la Belle
dés le jour fuivant. Le Billet
elloit tourné de la maniéré
du monde
GALANT. 209 lante. On le prioit de fe laifler conduire par le Porteur, fans s’informer du lieu où il avoit ordre de le mener,, avec proteftation que s’il n’acceptait pas le Rendez-vous, on iroit luy en faire reproche chez luy.. On fait entrer ce Porteur. C’eftoit un Laquais fans Livrée qu’il ne fut pas pof- fible de faire parler. Le Conleiller à qui tout ce myftere eft fufpect, & qui fe pcrfuade que la Dame l’a crû galant fur 1 entretien enjoué qu’il avoit eu avec
JMars. S
elle, luy écritque n’eftant ny
d’un âge ny d’une profe filon
compatibles avec les Rendez-
vous,il ne pouvoit s'accommoder
du Party ; mais
que fi fa vie avanturiere luy
failoit naifire quelque Procès
fur lequel elle eufi: envie
de le venir confulter, il
luy donneroit des conleils
en Homme qui luy efioit
oblige duplaifir quelleluy
avoit fait de prendre une
place dans fon Carrofle
fans la demander. Il crût
l’Avanture finie par cette
rèponfe, & il en rioit le
V
f
9
GALANT, m lendemain avec des Amies de fa Femme qui eftoient venues luy rendre vifitc, quand il fut averty que la Dame au Billet demandoit à luy parler. Les éclats de rire furent grands. On luy applaudit fur l’avantage qu’il avoit de fe voir couru des Belles -, & les Dames fouhaitant eftre témoins de cette entreveuë, on donna l’ordre pour leur en faire avoir le plaifir. La Belle entra dans une propreté merveilleufe. Vous jugez bien qu’on n’avoit
Sij
1
-Xwi
pas aflez d’yeux pour la regarder.
Un Laquais de Livrée
luy portoit la queue,
& à peine eut-elle dit au
Confeiller d’une maniéré
toute aimable, que puis
qu’il n'avoir point voulu
recevoir fes remcrciëmens
chez elle, il eftoit jufte
quelle vinft les faire chez
luy, qu’une des Dames de
la Compagnie s’avança vers
elle en riant, & l’embraflà
fort étroitement^ Cette
belle Perfonne la pria de
la préfenter à la Maiftrefiè
de la Maifon, à qui elle fit
GALANT. 21? Compliment de la meilleure grâce du monde. Le Confeiller ne fçavoir où il en eftoit, non plus que les autres Femmes, qui fur la peinture qu’il leur en avoir faite, avoient attendu toute autre chofe que ce quelles voyoient. C’elfoit en effet la Femme d’un Confeiller de fa mefme Chambre. Sa vertu ne la rendoit pas moins eftimable que fa beau te' -, & fi elle enten- doit raillerie avec fes Amis, il elloit dangereux de fe vouloir établir auprès d’elle
214 MERCVRE fur le pied d’Amant.
Vous avez entendu parler de beaucoup de Feltes, mais il y en a peu qui égalent la galanterie de celle qui s’elt faite à Montpellier au commencement de ce Mois à l’occafion d’un Baptefme. Je ne fçay, Madame , fi vous elles informée de ce qui fe pratique en ce Païs-là dans ces fortes d’occafions. Ceux qui font choifis pour Parrains, font ordinairement prodigues, & on a veu des Gens à qui les dépenfes qu’ils y ont
GALANT. 2iy faites ont confié la plus grande partie de leur Bien. Jugez jufqu’où vont les cbofes, quand l’Amour s’avife d’y prendre part.
Mr Verduron, Viguier general de la Ville que je viens de vous nommer, ai- moit paffionnément depuis fix mois Mademoifelle de Portales Fille du Préfident de ce nom. Elle pafle pour la plus belle Perfonne de cette Province, & vous pouvez croire quelle ne manque point d'Adorateurs. Mr Verduron ne s’eftoit
d
point encor déclaré, foit qu’il ne luy pas efté facile de la trouver feule, foit qu’il euft voulu attendre qu’il le pull faire avec autant d’éclat qu’il avoit d’amour. Un fecret de cette nature gardé fi longtemps, le faifoit foufrir, & voicy par quelle rencontre il fit enfin connoirtre les fenti- mens de fon coeur. Une Dame de fes Amies accoucha, & il fut prié de vouloir tenir l’Enfant fur les Fonts avec la belle Mademoifelle de Portâtes. Jugez de fa
UU 1
' L
. Uf.
GALANT. 217 joyc. Il donna fes ordres pour une magnificence extraordinaire , & le jour dd la Ceremonie eftant arrivé, il fe rendit chez cette aimable Perfonne avec tout ce qu’il y a de plus galant à Montpellier. Elle avoit affemblé fes Amies de fon collé, & leur beauté eftoit fi avantageufement foute- nue par la propreté de leurs Habits, qu’on peut dire qu’il n’y eut jamais rien de fi brillant. On fe mit, félon que le hazard en ordonna, dans quinze ou vingt Car- éMars. T
A
rolfes qui attendoient à la Porte, & le Héros de la Felte mena fa Belle dans une Chaife roulante qu’il avoit fait faire exprès. Elle eftoit étofée d ’ un riche brocard d’or, & on y voyoic en mille endroits les Chi- fres de l’un & de l’autre en- trelaflez de la maniéré du monde la plus galante. La Ceremonie fe fit. Deux Choeurs de Mufique chantèrent, & vingt-quatre Valets vertus des Livrées de Mr Verduron, tenoient des Flambeaux de cire blarn
• • > a J
i'** A T & XI 'T' m/VuAlM 1. 219 che. Apres que le Baptefmc fut fait, on alla fe promener dans un Jardin à un demy-quart de lieue de la Vdle. On fut lurpris des DivertifTemens qu’on y trouva préparez. On s’avança au bord d’un Vivieç, où deux petites Armées Navales commencèrent a combatre enfemble. On ne peut rien s’imaginer de mieux ordonné. Ces petits Bateaux portoient des Emblèmes galants à leurs Ba- nieres. Quelque Hiftoire amoureufe eftoit reprefen-
T ij
220 M1RCVRE tée fur leurs bords ; & les Boucliers des Soldats où
l’on avoit peint un Bandeau, un Arc, un Carquois, & tout ce qui convient à l’Amour, failoient connoif tre ce que Ms Verdufon avoit tenu fi longtemps caché. Les Matelots riche- I
ment vcltus, prirent terre apres quils eurent finy la Bataille. Les uns tenoient un Baflin de Confitures. Les autres, une Corbeille d’Oranges. Ceux-çy, du Rôfloly ; ceux-là, de l’Eau de Grenade, du Sorbec, &:
d’autres Liqueurs délicieufes.
LaColation ne pouvoir
eltre fervie plus galamment.
Auffi fut-elle un
agréable Régal pour les
Dames. On les conduifit
en fuite dans un Cabinet
richement paré. Douze
Luftres de crillal l’éclairoient,
& trois des meilleurs
Muficiens de la Province
y chantèrent. A ce
petit Concert fucceda celuy
d’une Bande fort nombreufe
de Violons. On profita
de l’occafion, on dan ça
jufqu’à la nuit j & comme
222 MERCVRE elle contraignit cette belle Troupe à le féparer, jamais elle ne parut arriver fi promptement.
Les Lettres ont fait une perte fort confidérable dans ce Mois en la Per- fonne de Mr de Launoy, qu’une allez legere indif- polîtion de deux ou trois jours a emporté. 11 eftoit un des plus anciens Docteurs en Théologie de la Maifon de Navarre. Les fçavans Ouvrages qu’il a donnez au Public faifoient fa plus continuelle occupa
GALANT. 22? tion, & l’on peut dire qu’il eft mort en quelque façon la plume à la main , puis qu’un jour auparavant il corrigeoit les Epreuves d’un Livre qu’il a fait pour défendre les Intérefts du Roy. C’eft une Réponfe à un Ecrivain d’Italie, qui depuis quelque temps a fait imprimer un Traité contre le Droit des Princes Séculiers touchant les em- pefchemens de Mariage. Mr de Launoy avoit déjà foûtenu une Doctrine toute contraire dans un Livre
• • • • J 1HJ
publié en 1674.0Ù lesDroits
du Roy, & en mefme temps
de tous les Princes Séculiers,
font fi folidement établis,
que cet Ouvrage peut
eftre regardé comme un O des plus utiles à l’Etat. On
y avoit répondu en Italie,
& comme cette Réponfe
oftoit aux Princes Séculiers
le Droit eflentiel qu’ils ont
fur le Mariage pour rendre
leurs Sujets habiles ou inhabiles
à contracter, ce
grand Homme ne s’eftoit
pas tû, & donnoit fes foins,
quand il eft mort, à l’Impour
réfuter les erreurs de
l’Autheur Italien. Ainfi
tout fon temps a toujours
elle employé ou pour l’Eglife,
ou pour fon Prince,
& on peut 1 ’appeller non
feulement Docteur des
Droits du Roy, mais encor
Défenfeur de Ia jufte Autorite
des Evefajues, Deflruïïeur
des faux Privilèges,
Docteur des Liberté1^ de
l'Eglife Gullicnne. Son defintérefïèment
a efte toujours
admirable. Il a re_
fufé plufieurs Bénéfices, &
mercvre n’a jamais defiré de Pensons , ny voulu que fes Amis en follicitaflènt pour luy. 11 eft mort à l’âge de foixante & feize ans dans l’Hoftel d’Eftrées, où il avoit un Logement depuis fort longtemps. On luy à veu jufqu’aux derniers mo- mens de fa vie une tran- quilité & une douceur dignes de fa pieté & de fa vertu. Il a nommé pour Exécuteur de fon Tefta- ment ,Mr le Camus Premier Prefidenr de la Cour des Aydes, comme une des
' GALANT 227 Perfonnes qu’il confidéroit le plus apres Moniteur le Cardinal d ’ Eftrées fon Bienfaiteur. On ne peut affez louer la genérofité avec laquelle ce Cardinal & toute la Maifon d’Eftrées ont traité ce fçavant Homme. Il a laiifé la moitié de les Livres aux Minimes où il a efté enterré, & l’autre moitié au Séminaire de Laon. Madame de Longueville, Mr le Marquis de Cçeuvres, Mr l’Ab- bé d’Eftrées, & plufieurs autres Perfonnes de la plus
haute qualité , ont donné
des marques de l’affeétion
qu’ils luy portoient par les
derniers honneurs qu’ils
luy ont rendus. M1 l’Evefque
de Rennes n’a pas elle
des moins empreïTez en ce
rencontre à faire voir les
lèntimens que luy avoit
infpirez l’eftime particulière
qu’il avoit pour luy.
Cette mort a elle fuivie
de celle deM de Hauflonville,
Comte de Vaubecourt.
Il eftoit Lieutenant
General des Armées du
Roy, & du Gouvernement
des Evefchez de Mets &
Verdun, & Gouverneur de
Châlons. U avoir efté obligé
de prendre le Nom &
les Armes de la Maifon de
Hauflbnville, par l’adoption
que luy avoit faite
Mr le Baron de Hauflbnville,
Gouverneur de Verdun
& du Pais Verdunois.
Ses fervices ont glorieufement
foûtenu l’avantage
qu ’ il pouvoit tirer de fa
naiflance. Il commença à
les rendre dés l’an i6zo.
Apres avoir efté Capitaine
de Chevanx-Legers, il fur
2^o MERCVRE pourveu en 162.8. du Régiment de Vaubecourt par la Démiffion de Mr fon Pere, apres la mort duquel il eut le Gouvernement de
Châlons. Il avoit eu auparavant ceux de Landrecies, de la Ville , Citadelle & Chafteau de Perpignan, & du Comte' de Rouffillon, eftant pour lors Marefchal des Camps & Armées. En 1641. il fut fait Capitaine de Cent Hommes d’armes
des Ordonnances de Sa Majellé , & en i6yo. Lieu- • tenant General des Armées
4
GALANT. 231
du Roy. Les Divifions arrivées
dans le Royaume, luy
donnèrent lieu de faire
éclater le zele & l’attachechement
tout particulier
qu’il avoit pour le fervice
de fon Maiftre. Il y commanda
des Corps d’Armées
féparez qu’il amena
en fuite en celle de Sa Majefté
dans des conjonctures
fort importantes. Il a
I elté blefle en diférentes
! occafions, & mefme au
’ Siégé de Rofes, apres avoir
i efté traverfé d’un coup de
Moufquet. A peine fou-
1 \
a?z MERGVRE fric - il le premier appareil de fes blelfures, qu’il remonta à Cheval pour retourner auCombat. Il avoir
foixante & quinze ans, & il n’y a rien qui furprenne quand on voit mourir les Gens dans un âge fi avancé. Il n’en eft pas de mefmc d’une jeunePerfonne qu’on plaint toujours, & dont la perte femble fraper plis fenfiblement. C’eft ce que celle de Madame la Mar- quife de Ségnelay vient de nous faire connoiftre. Elle eft morte à dix-neuf anSj
GALANT,
& il ne fe peut rien ad- joûter à l'affliction où en eft toute la Famille. Sa
bonté', fa conduite, & fà pieté, luy gagnoient les coeurs de tous ceux qui la connoiffoient. Elle vivoit
dans une fort grande union avec Madame la Duché lié de Chevreufe & Madame
la Comtelfe de S.Aignan fes deux Belle-Soeurs, & on ne voit guère d’intelligence plus parfaitement établie qu’elle eftoit entre elle & Mr le Marquis de Ségnelay. Moniteur Col- ^Murs. V
bert l’aimoit & l’eftimoit;
mais quoy que fa mort luy
ait elle trcs-lcnfible , il l’a
fuportée en grandHomme.
On ne le paroill pas moins
dans les fortes douleurs,
que dans les grandes allaires,
& il eft mefme plus rare
d’y faire voir de la fermeté.
La Maifon d’Alegre dont
eftoit Madame de Ségnelay
eft une des plus Illuftres
d’Auversne. Yves I. Baron
les plus expérimerytez Capitaines
de loir temps. Il
donna des preuves de Ion
Xi ‘ >
GALAHT. gr courage en la Conquefte deNaples fousCharlesVIII. & du Régné de LoüisXII. il fut fait Lieutenant General des Armées d’Italie. 11 s’y fit renommer avec le Seigneur de Vivarais fon Fils à la Journée d’Agnadel, où ils combatirent avec une ardeur inconcevable. Celle de Ravenne leur fut fatale. Us poufTerent les Ennemis,, & perdirent en- femble la vie dans la chaleur du Combat pour le fervice de leur Prince. De cet Yves I. font fortis les
V ij
2?6 MERCVR.E Barons de Millaud & le Marquis d’Alegre, Grands- Mailtres des Eaux &Forefts de France, Prevolts de Paris, & Chambellans de nos Rois. Ils le lonr alliez avec les Familles de Foix, de Chaunes, de Bourbon-Ca- rency, de Bourbon-Bulter, de Miolens, d’Eltoureville, de Mailly,de Beaufremont, du Prat, Nancoüillet, d’Au- mont, de Laval, çlc Senec- terre, de Hautemcr,Ferva- ques, d’Arcoüa, de Berhu- nes-Settes , & du Fay en Normandie, Comte de Maulevrier.
GALANT. 237
Nous avons aufli perdu
ML l’Abbé de Ris qui eft
mort tres-regreté. 11 ettoit
Frere de feu M' de Ris Premier
Prefident au Parlement
de Rouen. 11 avoit
beaucoup d’elprit, la converfation
douce & aifée, &
tout ce qui rend les bonnettes
Gens propres à faire
une atjreable focieté dans O le monde. Aufli avoit-il
beaucoup d’Amis confidérables
qu’il s’ettoit acquis
par fon mérite.
Son Altettè Royale Madame
a efté indilpofée deCampagne.
Si ce n’eft pas
une gO rande maladie régO lée,' c’eft du moins une langueur
qui n’eft pas moins à craindre
que la Fièvre. Mr de
Valnay dont je vous aydéja
parlé plufieurs fois, a pris
de là occafion de luy préfenter
ces Vers.
PRinceJJe çueri(]e^ c'e/l rameur
qui l'ordonne,
Pour voflre lllujlre Epoux confcrvezjvos
attraits.
Cherche^ vous à changer fes Lauriers
en Cyprès,
Pendant qu aux yeux de tous la
Gloire le couronne]
Vous ne devtzjamaif efperer de
I Si par une douleur que vous voulez^
trop croire,
k Vous laiffeZ' de voi traits affoiblir
la beauté t
M
Si-toflque ce Héros ira trouveriez Gloire.
Si le plu grand des Rois ne nous defendoit pas,
On pourroit pardonner à voftre amour extrême,
Ut craindre quelqt cfois le hasard des Combats,
Car on peut avoir peur de perdre ce qu on aime.
1g.
éMais, Princejj'e, le Ciel conserve voftre Epoux.,
il reviendra toujours plies grand &plus augtfte.
Et puis que vous fyauegque noflre Guerre eft jufte.
Vous connoiffeg aufjï que Dieu combat pour nous.
On
I
GALANT. 241
On a eu nouvelles de
Mefline qui portent que Monfieur le MarefchalD uc
de la Feüillade avoit pris poffeffion de laViceroyauté de Sicile. Le Sénat le vint prendre au Palais pour le conduire à la grande Eglifc dans un Carroffe fuperbe & tout ouvert. Les Rues eftoient bordées d’une infinité de Peuples qui eftoient accourus des envi- rons. Les Dames par une liberté toute finguliere, eurent permifliori de leurs Marys de fe montrer aux éMars. X
I • k '•
242MEF<CVRE
Feneftres dans leurs ajuftemens
Italiens. On les y
voyoit appuyées fur de fort
riches Tapis. Monfieur le
Duc de la Feüillade ellant
arrivé à 1 ’ Fcrlile alla ie
magnifique Prie-Dieu qui
luy eftoit prépare'. 11 y fit
Serment de garder les Privilèges
& Statuts duRoyaumej
&la Ceremonie ne fut
pas plutoll achevée, qu’on
pouflà de longs cris de
avec aes marques
de joye extraordinaires.
GALANT 24.j
On en a fait paroiftre beaucoup à Grenoble à la Réception de Mr le Comte de Tallard Lieutenant de Roy en Dauphiné, & de Madame fa Femme. Vous fçavez fans-doute que ce jeune Comte eft de la Famille de Hoftung, tres-an- i cienne dans cette Province, I çonfidérable par plufieurs grands Emplois, illuftre par des Dignitez relevées, &c alliée aux Mailons de Créquy,de Bonne,de Neuf- ville , de la Rochefoucaut, de Tournon, de la Tour- X ij
244 MERCVRE deBoüillon, de Polignac, de Pic de laMirande, de Gonzagues, de 1 ’Aubef- pine , de Gadagne, & de plufieurs autres -, Que Madame la Marquife de la Baume fa Mere ell une Héroïne célébré par fon Ef- prit, honorée de la bienveillance du Roy , & efti- mée de toute la Cour ; & que Madame la ComtefTe de Tallard , Heritiere de feu Mrde laThivoliere Ion Ayeul maternel, & Fille de Mr le Comte de Vir- , ville, apres s’eflre fignaléc
GALANT. 245 par une grande confiance, pendant que Mr le Comte de Tallard fe fignaloit par fa valeur, fe vit enfin unie avec luy par l’heureux Mariage qui fut fait il y a environ trois mois.
Ce jeune Comte eftant arrivé en polie, & l’avis eftant venu que Madame fa Femme devoit entrer dans Grenoble quelques jours apres, le Corps de Ville luy alla à la rencontre à plus de trois grandes lieues, avec une Cavalcade aufli nom- breufe que magnifique, X iij
MERCVRE par fes Habits & par d’autres ornemens. Le lendemain
M‘ le Comte de Tallard partit pour la rencontrer, & les Dames allèrent fort loin au devant d’elle
dans leurs Car rodes. Hors
de la Porte de France, qui eft celle par où l’on devoit entrer, douze Capitaines des Quartiers occupoient une grande Place, qui eft celle du Cours, où l’on fe promene pendant l’Efté. Ils fe rangèrent par plu- fieurs Lignes, & donnèrent tout le plaifir qu’on pou-
. GALANT. 247 voit attendre d’un bel ordre, & de l’éclat d’une pro- digieufe quantité de Rubans & d’Echarpes. Chaque Compagnie avoit une couleur diférente , & rien n’eftoit plus agréable à la veuë que cette diverfité. Le Frontilpice de la Ville eftoit embelly de plufieurs Emblèmes propres au fujer. Sur le Pont qui eft bafty fur l’ifere, il y avoit un Arc de Triomphe, avec plufieurs Infcriptions accompagnées de diverfes Figures ; & à la Porte de 1 ’ Hoftel où ces
X iiij
248 MERCVRE llluftres Epoux dévoient loger, on en avoit élevé un. autre qui par quelques Emblèmes &par de rares De- vifes en François, en Grec, en Latin, & en I talion, donnèrent de l’occupation aux Sçavans de ce Païs-là. Le Canon & les Boëtes de la Citadelle firent un grand bruit, & pendant toute la journée on continua les ré- joüifiànces publiques. Mr le Comte de Tallard entra au Parlement deux jours apres, & le lendemain à la Chambre des Comptes, où
GALANT- z49
il eut tout fujet d’eftre content
des Difcours cpii luy furent faits. Il y répondit d’une maniéré aulïi fpiri- tuelle que judicieufe. Il a reçeu pendant plufieurs jours les Complimens & les
Harangues des Corps Ec- clefialtiques & de Magif- trature,& de ceux de toutes
les Villes de la Province; &
les civilitez que la Noble fie luy rend l’obligent fouvent à publier que la polkeflè, l’honnefteté, & l’agrément, font des avantages héréditaires parmy les Gentils-
2vo MERCVRE hommes du Dauphiné.
Les Lettres de Moniteur
leTellier ont elle enregif- trees à la Cour des Aydes, comme elles l’ont elle au
Parlement & au Grand Confeil. M' Pajot Ht l’E- loge de ce grand Minillre avec Ion éloquence ordinaire, & montra qu’il elloit non feulement un fane Pere D
de Famille & fîdelle Amy, mais généreux, obligeant, & officieux à tout le monde.
M1 Ravot Avocat General parla aufii. Je ne puis vous dire quel fut lefujet de fon
GALANT. 2Vi Difcours. On doit me l’apprendre, & je vous le feray lçavoir.
M de Givry a efté pour- veu de la Lieutenance de Roy de laCitadelle deMets. C’elt un Gentilhomme fort aimé dans tout le Pais, & qui depuis longtemps y rend des lervices tres-agrea- bles à Sa Majefté.
Vos Amies qui vous obligent à me demander un Article des Modes nouvel- velles, le trouveront dans la Lettre Extraordinaire que je vous prépare pour
MERÇVRE le quinziéme d’Avril. Cependant vous pouvez voir un Modèle de la maniéré dont on s'habilloit il y a quelques mois fur huit Eftampes qui furent données au Public dans ce temps-là. Ce font des Figures qui reprefentent quatre Hommes & quatreFem- mes veftuës à la mode. Il y a un An ou deux qu’il en parut du mefme Autheur, qui furent trouvées admirables ; & comme on fe perfectionne toujours, jugez de ce que doivent eftre
attitudes en font belles, &
l’on voit bien que cela ne
peut venir que d’un galant
Hommequi fçait le monde.
Aufti peut-on affurerqueM1
de S. Jean qui en eft l’Autheur,
le connoit parfaitement.
11 poflede les Lan,
gués, & n’ignore rien de
ce que peut fçavoir un Cavalier
des plus accomplis.
J’ay encor à vous entretenir
de tant de chofes, que
je ne fonge plus à donner
aucun ordre aux Nouvelles
que je vous écris. Comme
je vous les mande à mefure
quelles fe préfentent à ma
mémoire, il fera difficile
que je n’en oublie quelqu’une,
comme j’oubliay
la derniere fois à vous faire
fçavoir le Mariage de Mademoifelle
Charreton. Elle
a époulé M d’Hillain Seigneur
de Baroges, Conleiller
au Parlement de Paris.
M Charreton Ion Pere
eft Doyen desPrefidens de
ce meimeParlement. Vous
fçavez avec quelle approbation
il rend la Juf• rt ice de'U.
GALANT. 2^ puis cinquante - deux ans dans cette première Cour de France. Il delcend d’un Jean Charreton qui y fut reçeu Conleiller en 1404. Et un autre de ce mefme
nom qui vivoit en 1280. prenoit la qualité de Chevalier, Seigneur de la Ter- riere, Bailly de Charollois, n’eft pas le plus ancien de cette noble Famille. Mais
* • •
il eft inutile de chercher li loin des fujets dignes d’éloges dans une Mailon qui en fournit alfez à prefent. Pour en connoilbre l’éclat,
^6 MEPXVRE
il ne faut que jetter les yeux
fur Mr de la Douze-Charreton
Avocat General des
Eaux & Forefts. Son efprit
& fa capacité le font admirer
dans cette Chambre,
& on ne peut fuivre plus
glorieufement qu’il fait les
traces de Mr le Prefident
fon Pere, & de fes Illuftrcs
Anceftres.
Apres plufieurs Airs François,
je vous en envoyé un
Italien. M1 Ménage connu
par toute la terre acaufede
la profonde érudition, a fait
les Paroles. Un de fes Amis
WM
l/T
---------- R
. J_________________________ _____________________
rnicdcnua lamiate ne rdjole aile prime parole cite dcunortmioro,
*------ 4-------- *
*tydue ddtuofido pastore/ù dirnonvuoifajnoreliïdirnon uuoilil more ahi dô.lôzro:$a,Jorteahi
^|J JM J JlJ-iWl 'il
^forteaedi tie^i uedi ucdiuedi la mor :
lorcejiè râdÿârdo e haie
—6~.---- *- —«------- r— 1 I
? s
/
t 4-
za
cheptardojlujqenaidirjnwi mtsti lamertti iwuederntuolt/yrauinucitorrnen - fi Ditrapiu chclejelue durapiackelt
------î=zr;—7—<h < 4 h--------- --------r6
Z
7"
F
• I■ - \irapiu choieJelue durapiu die le
qjscc forte cdxi do lo.rosa
GALANT. 2T7
les a envoyées à Rome, &
elles y ont paru fi belles à
un des plus fameux Maiftres
de Mufique d’Italie,
qu’il a pris plaifir à les noter.
Liiez & chantez.
AIR. ITALIEN.
QP^cfla bella d'amor nemica è
La mia tevera lole. (mia
Aile prime parole
Che d'amor muovo y force fiera il
qua rdo^
L lieve plu che Pardoy
Ne udir i miei me fit lamcnti,
Ne veder vuole i qravi miei îor-
Dura piu che le felvey [menti*.
Cruda piu che le belvey
Del tuo fi do pafiore
S'udir non vuoi Pamore^
j4hi dolorofd farte*
JS edi> vedi la morte.
Si le fens de ces Paroles
échape à l’aimable Blonde
que vous avez auprès de
vous, pour peu qu’elle
veuille s’appliquer plus régulièrement
quelle n’a Elit
jufqu’icy à l’étude de cette
Langue, elle en furmontera
toutes les difficultez
en confultant un Livre
qu’on a imprimé depuis
quelques mois fous le titre
du Miiïftre Italien. La Méthode
en eft aifée par la
GALANT. 2W maniéré dont Mr Vene- roni qui en eft l’Autheur, l’a réduite en Réglés. S’il y en avoit une aufli prompte & auiîi facile pour fe rendre parfait au Lut, je confeillerois fort à cette
belle Perfonne de quiter tout pour en prendre des’ Leçons. Je fus charmé de ce que j’entendis il y a trois jours fur cet admirable Inltrumenr. Ml Deflan- fonnieres le touchoit, & il le touche avec tant de force & de délicateflè tout-en- femble, qu’on peut dire
Yij
2Ï>O
qu’il vaut luy feul un Concert.
C’eft un plaifir qu’il
donne toutes les Semaines
à fes Amis, & à ceux qu’ils
veulent mener chez luy.
Le Jeudy eft le jour qu’il a
choiiy pour cela. Apres avoir
efté écouté avec applaudiflèment
dans toutes
les Cours de l’Europe , il
sert enfin arrefté à Paris,
ou les Ecoliers qu’il perfectionne
font admirer fa maniéré
d’executer tout ce qui
a jamais efté fait de plus
achevé fur le Lut. Pour en
cftre perfuadé , il ne faut
, GALANT. zGi qu’entendre Mademoifelle Ange, qui depuis deux mois quelle a pris Leçon de luy, a tellement augmenté., foit pour la méthode, foit pour la fineiïè du Jeu, qu’il femble quelle ne fe reconnoifle plus elle-mef- me. M‘ Deflanfonnieres s’attache particulièrement à rendre l’ame à tous les Ouvrages de feu M Gautier' de Lyon, par l’air & le mouvement qui leur eft particulier, & il eft aifé de con, noiftre qu’il s’étudie à les imiter dans les Pièces qu’il compoïè.
Je pafle au Siégé de Gand. Je ne le commenceray point lans le finir. On ne compte le tempsque Loiiis le Grand employé à faire des Sieges, que par un petit nombre de jours; & de quelque cofté qu’il tourne les armes, on peut croire pris tout ce qu’on luy voit attaquer. Quoy que ces Sieges durent peu, le récit n’en peut eltre court -, & des Conquelles de cette importance n’ellant deucs ny à la foiblefie des Places, ny à celle de la plus grande
« T Æ Tk z
i • 263
partie de l’Europe armée
de tous collez pour les défendre
, on ne peut nier
qu’il n’y ait quelque chofe
de miraculeux dans ce qui
en fait venir à bout avec
tant de facilité & de promptitude.
Il n’eft jamais arrivé
qu’on ait manqué de
prévoyance, jufqu’à fe laifler
furprendre deux fois de
la mefme forte. Les Campagnes
que fait le Roy en
Hyver depuis plufieurs années
, ne làifToient point
douter aux Ennemis qu’il
11e dull encor partir celle2^
MERCVRE cy dans cette mefme Sai- fon. Ils cftoient préparez à l’attendre en Février avec autant de précaution qu’ils en auroient pu avoir au Mois de Juin. Ainfi il n’ef- toit plus quellion de tromper des Gens qui n’avoient préveu à rien , mais des Ennemis fur leurs gardes. Comme ils eftoient un fort grand nombre d’Alliez, ils dévoient avoir des forces par tout, & il ne falloit pas fonger feulement dans le Cabinet à combatre tant de Puiflances unies, mais à vaincre » 4
Vaincre auffi les Efprits de
tant de grands Politiques
liguez enfemble pour nous
refifter. C’ell: ce que vous
trouverez d ’ autant plus
glorieux au Roy, que pour
en pleine Campagne, &
dans le Cabinet, il faut
quel’Efprit n’aitpas moins
de part au Triomphe que
la Valeur. Trois chofes eitoient
neceflaires pour le
fucce's de nosdernieres entreprifes.
La première, de
faire un Projet qui fuit
aflèz grand pour étonner;
îMars. Z
toute la Terre, & de s’af. furer des moyens de le faire réüffir. La leconde, quoy que dépendante encor du Cabinet, demandoit tout le fçavoir des plus grands & des plus expérimentez Capitaines, pour donner ces ordres fecrets & publics tout-à-la-fois, qui font faire aux Troupes tant de mou- vemens diférens, fans que ny elles ny les Ennemis puiffent pénétrer à quoy elles doivent eftre employées.
Et la troifiçme confiftoit toute en cette
haute valeur qui ne trouve rien de fi difficile dont elle ne vienne à bout en peu de temps. Quoy qu’il lemble que le Cabinet ait peu de part à ce qui regarde ces grandes executions, c’eft à luy pourtant quelles font deuës, par le choix judicieux qu’on y fait des Braves, par la parfaite con- noiffiance qu’on s’attache à y prendre de la bonté des Troupes, par les promptes récompenfes qu’on y ré- i fout, &par l’abondance de toutes chofes. que les déli-
berations qu’on y fait trouvent
moyen de faire fournir.
Ce que je dis à l’avantage
du Cabinet, n’ofte
rien à la valeur des Braves,
puis qu’il les fait choifir
comme tels. On peut dire
qu’il eft lame, qu’il eft la
tefte qui fait mouvoir tous
les bras. Cette tefte ne peut
manquer que tout ne manque,
& les bons ou mauvais
fucce's de'pendent toujours
de la maniéré dont elle
agir.
Le Roy ayant arrcfté les
delfeins de cette CampaGALANT.
gne , prit des mefures qui paroiffoient toutes oppo- fées à celles des Années precedentes. Pour mieux cacher fon fecret, il aflcéta de n’en point faire, contre l’ordinaire de ces fortes de Voyages qu’on laiffe toujours ignorer aux Ennemis. Il fit publier le fien longtemps avant fon départ, & on déclara mefme le lieu où il avoit réfolu d’aller. Ceux qui fe méfient de rai- fonner, & fur tout les Ennemis , crûrent que ce de- part n’eftoit qu’une feinqe.
Le temps leur apprit le
contraire. La franchife de
ce procédé les étonna, mais
ils connurent bientoll que
pour trop fçavoir , ils ne
fçavoient rien. On tremble
depuis Stralbourg jufques
àYpres; & pour alïieger
Gand-, le Roy va à Mets,
Mr de Créquy dans le Brifgau,
& d’autres Troupes
aux environs de Stralbourg.
Toute l’Allemagne eft allarmée.
Caprara vient fe
mettre fous Offembourg
avec un Corps confidérable.
Les Allemans à peine
1
GALANT. 271 entrez dans leurs Quartiers d’Hyver,en fortent. StraC bourg envoyé des Députez au Roy, & les Allemans fe fatiguent inutilement. On n’eft pas moins allarmé en deçà. Luxembourg eft in- I vefty par Ml de Choifeüil, Char lemont par Mr de Cha- feron, & tout ce qui eft ne- ceïfaire fe trouve devant la Place, jufques au Canon &: aux Bombes. Les grands Détachemens de laGarni- fon de Maftric obligent les
O v
Ennemis à pourvoir a la fûreté de Haflel, & le Duc xiij
272 MERCVRE de Villa Hermofa envoyé du Secours à Leven. Pendant
ce temps M‘ de Montai invertit N amuq &pour mieux perfuader qu’on en veut faire le Sieçe, on brûle
O *
tous les Fourrages des en- virons. Mons & Ypres font invertis dans le mefme
temps ; Mons par M1 de Nancré, & Ypres par Mrs de Monbron & de la Trouf le. La plupart de la Cavalerie de Gand fort pour le jctter dans cette derniere Place , & le mefme foir Gand crt invelty par douze
K
GALANT. 273 mille Chevaux, quarante- huit Bataillons,& lept mille Pionniers. Mr de Louvoys fait une diligence incroyable , & les fuit de près. Il avoit déjà eu le plaifir de voir invertir les autres Places,
& d’en entendre le Canon , & on le croyoit bien éloigné de celle-cy, quand il arriva. Tout avoit erté fi bien concerté, que les Troupes qu’on menoit à Gand apres qu’on l’eut invefty, en apprenoient le Siégé en chemin par les Païfans qu ’ ils rencon-
274 MEKCVRE troient. Ce qu’il y a de plus lurprenant, c’eft que dans le mefme temps qu’on 1’inveftir, il fe trouva d’autres Troupes dans les Villages des environs, capables de s’oppofer aux Ennemis, s’ils s’aflèmbloient pour jetter du monde dans la Place. Apres cela il faut que les Nouvellirtes renon- çent aux conjectures, & ne faïTent plus ny railonne- mens ny paris. La crainte des Ennemis qui avoient appréhendé pour tant d’autres Places, avoit efté caule
GALANT. 27î que n’ayant ofé les de'gar- nir, ils ne s’eftoient point mis en Corps pour eftre par tout; & c’elt ce qui donna lieu, comme on l’a- voit crû, de bien fermer lesPalfagesdeGand. Tant de divers mouvemens cau-
lerent plufieurs fortes d’avantages. Ils n’empefche- rent pas feulement les Ennemis de former un Corps, & de rien foupçonner du Siégé de cette Place, mais ils fatiguèrent encor beau-
O
coup.les Allemans. Voicy de quelle maniéré on l’in-
vjG mercvre veftit. Mr le Marefchal de Humieres apres eftre venu jufqu’au Quelnoy par la route duHainaut, fe rendit à Tournay le dernier de Février fur les dix heures du matin. Il en partit une heure apres, & arriva à l’entrée de la nuit à Oude- narde, doit Mr de Chantilly partit fur les cinq heures avec un Pont volant pour jetter lur le grand Efcaut à Mefle. On fit partir dans le mefme temps un femblabîe Pont qui arriva à Deins fur les onze
r
GALANT. 277 heures du foir. M le Marquis de Ranes s’y rendit pour monter droit au Canal de Bruges?& établir fon Pont à Markerke. Ces deux Ponts furent faits avant le jour. Ainfi Gand fe trouva invefty le premier de Mars par MrleMarefchal deHu- mieres avec foixante & dix Efcadrons. Mr de Ranes l’inveftit depuis Droghen jufques au Canal du Sas de Gand; & Mls de Chamilly & de Quinçy , depuis le haut Efcaut jufques à l’autre cofté du Canal. On e'ta-
S
278 MERCVRE blit le melme jour deux Ponts folides fur la Lys & fur le grand Efcaut. Jamais il ne fe fit rien de fi furpre- nant en fi peu de temps. Les Ponts, les Digues, les Saignées, pour fe pouvoir communiquer & fe défendre des inondations, font des chofes que l’avenir ne croira jamais, quand on dira que foixante mille Hommes féparez par trois groffes Rivières, par deux Canaux confidérables, & par une infinité d’autres petits que l’abondance des
GALANT. 279 eaux avoit accrus, fe font vifitez en trois jours fans aucun empefchement, dans un Camp dont la circonva- lation avoit huit lieues de tour. Je le répété encor, c’eft ce que l’avenir ne croira jamais, & cependant ce n’eft que la moindre partie de ce qui doit donner de l’admiration, puis j qu’il n’eft pas moins incroyable que tant d’attirail, tant d’Hommes, tant de Vivres, & tant de Fourrages neceffaires pour tout cela, fe foient tout d’un
coup trouvez devant une
Place, fans que ny la Ville
artiegée, ny les Ennemis,
en aycnt pu rien foupçonner,
le jour mefme qui précéda
l’arrivée des Troupes
qui l’invertirent. J avoue
que je ne vous dis rien qui
(oit vray-femblable j mais
ce que je vous dis ne laiïïè
pas d’ertre vray. Tout ce
qui devoit fervir pour les
Ponts ertoit feparé en pluficurs
endroits -, & ceux qui
avoient ordre de tenir tout
preft, ignoroient à quel
ufage on le vouloic emGALANT.
281 ployer. On avoit fait cuire du Bilcuit longtemps auparavant , parce que les lieux où l’on cuit le Pain font deviner ordinal* renient où l’on doit aller. Mille Chevaux d’équipages eftoient toujours'prefts a- vec leurs Coliers pour marcher du codé qu’on juge- roit à propos. Mr de Lou- voys ne mena aucuns équipages, afin qu’on ne le doutaft pas qu’il dull paf- fer fi avant. On prit mille autres précautions dont je lailTe le détail. Elles nç éMa/rs, K a
font peut-ellre pas fçeuës de ceux-melmes qui ont travaille' pour l’accomplil- fement d’un fi mand dei- fein. La vray - lemblance s’y trouvoit fi peu, que le Duc de Villa Hermofa n’en voulut rien croire. Cinq oufix Courriers luy avoient apporté les nouvelles de toutes les Places inverties dont je vous ay parlé & comme il y avoit donné ordre, il fe promenoit tranquillement à Bruxelles, lors qu ’ un nouveau Courrier luy apprit que Gand eftoit
GALANT. 283 invefty. Il répondit, qu'il ne donnoit pas dans ce panneau. On luy repartit, que c'efioit une nouvelle affûtée. Il dit de nouveau, qu'il ne la croyait pas, parce quelle ne pouvait eslre <vraye. Et voyant que le Courrier conrinuoit à luy tenir le mefme langage, il le me-
C> G> 5 naça de le faire punir, s’il foûtenoit plus longtemps des impolhires. Le Marquis de Bdrgomeinero qui eitoit auprès du Roy d’Angleterre , n’eut pas moins d’incrédulité pour ce Siégé-, Aa ij
& quand le bruit en fut répandu à Londres, il prétendit que ce fuftunevan- terie des François. Cependant on difpofa les Quartiers. Vous les comprendrez plus aifément, quand je vous auray dit un mot des Rivières des environs. L’Efcaut quidécend d’Ou- denarde, s’appelle le petit Efcaut, & le grand eft ce- luy qui de Gand va à Den- dermonde. On le nomme ainG, à caufe de la Lys qu’il reçoit. Le Quartier du Roy eltoit entre le petit & le
GALANT. 2.S?
grand Efcaut. Mr le Marefchal
de Humieres y commandoit
fous les ordres de
SaMajefté. On avoit fait
camper vingt-deux Bataillons
fur cette Ligne. Il y
en avoit une fécondé de
vingt-unEfcadrons derrière O
eux, la plupart de la Maifon
du Roy ; & la troifiéme
eftoit compofée de vingt
autresElcadrons. LesMoufquetaires
& les Grenadiers
à cheval eftoient autour du
Logis du Roy. Le fécond
Quartier qui eftoit celuy de
Mr le Marefchal de Schomberg,
eftant de moindre étendue, n’avoit qu’onze Bataillons derrière vingt- un Elcadrons, & pour troi- fiéme diftance onze Efca- drons. Ce Quartier eftoit fitué entre le ^rand Elcaut
O
&laDurme. Le troifiéme, c’eft à dire celuy de Mr de Luxembourg, renoit depuis la Durme jufques au Canal du Sas de Gand, & avoit vingt-trois Bataillons- fur une Ligne, foûçenus de trente Efcadrons pour fécondé, & de dix-neuf pour troifiéme. Ces trois endroits
eltoient les plus dan- . gereux, & laifloient aux
Ennemis plus de facilité d’entreprendre de nous at- . raquer. Il y avoit encor d’autres Quartiers prefque à couvert. Comme ils ne craignoient point ce qui ;, pouvoir venir du cofté de . Bruges & d’Ypres, ils ef- toicnt moins garnis de Troupes, & on s’eftoit I contenté d’y mettre une feule Ligne meflée de Dragons d’infanterie & de Cavalerie. Le premier alloit du Canal du Sas à celuy de
Bruges, & il n’y avoit que
fix Bataillons mellez avec
huit Efcadrons, moitié Cavalerie
& Dragons. Ml le
Marefchal de Lorge eftoit O pofté depuis le Canal de
Bruges jufques à la Lys,
avec huit Bataillons & huit
Efcadrons ordonnez comme
dans l’autre Quartier-,
& Mrs de Vendofme &
de Maulevrier occupoient
tout l’efpace qui fe trouve
depuis la Lys jufques au
petit Efcaut, avec huit Bataillons
& huit Efcadrons
meflez fur la mefme Ligne.
Le
IVALANT. 289 nt de 1 Artillerie y Lufli, avec quatre Ba- s de Fufiliers. Mr le - Maiftre comman- tte Artillerie,& avoit y M du Mets qui en .ieutenant General. :périence eft connue >ien que celle de Mr Liban qui conduifoit avaux. Avant que de varier de l’ouverture tranchée, il eft bon as dire deux mots de . Cette grande Ville ue'e dans lcsPaïs-Bas. s nomme ainfi,àcaufe Mars. B b
r
MERCVRE
qu’ils font dans un plat Païs
& vers la Mer, ou les Rivières
ont leur pente. Le nom
de Flandres qu’on leur
donne en general, eft le
nom particulier d’une Province.
LesPaïs-Bas Catholiques
font divifez en trois
Bûchez, quatre Comtez,
une Seigneurie, un Evef-
O r*
ch- éT, & un Archevelché,
Fiefs de l’Empire. Bruxelles
Capitale du Brabant, l’eft
de tous les Païs-Bas, & non
de la Comte' de Flandres,
qui n’en connoit point
d’autre que Gand. Plufieurs
Hiftoriens aflurent
que Jules.sCéfar le fit bâtir.
Il eft à quatre lieues ou environ
de le Mer, fur trois
Rivières. Plufieurs Sources
d’eaux vives en font proches.
Elles y entrent, &
s’e'coulent en fuite dans la IMer par le moyen d’un
Canal de quatre lieues de
long. La bouche par où ce
Canal fe dégorge, eft appellée
le Sas de Gand. Il
y a vingt-fix petites Ides &
quatre - vingts . dix Ponts
• dans laVille. Chàtles-quint
y prit naiïfance, &rArchi-
Bb ij
292 IVLIIK
ducheflè Ifabelle, petite*
Fille de ce grandEmpereur,
y fit dreïfer fa Statue fur
une Colomne de marbre,
au milieu d’une Place publique
, tenant une Epée
d’une main , & un Globe
Impérial de 1 autre. Cette
Ville eftoit autrefois fi puifi
fànte, & fes Habitans fi belliqueux
, quelle n’avoit
qu’ à faire paroiftre Ion
Etendard pour faire voir
cinquante mille Hommes
fous les armes. Charlesquint
la jugeoit d’une tresgrande
importance pour le
GALANT. 293
bien, de fes affaires, & cela
parut lors qu’ayant appris
quelle s’eftoit mutinée, il
ne balança point à prendre
la Porte luy quatrième, &
à pafïèr par Paris, pour empefeher
les fuites de la révolté.
Voicy les propres
termes dont fe fert Jean-
Antoine deVeradeFigueroa
Comte de la Roca, dans
l’Hiftoire qu’il a compofée
de cet Empereur. C'harlesqttint
partit en poste d'Efpagne
avec qu itte Gentilshommes
de fa Chambre, &
pajfi au travers de la France
B b iij
294 MERCVRE fins confiderer les chofès qui s'oppofiient à ce dejfein, ne fipichant mefmes de quelle maniéré le Roy <voudroit en ufer. Il alla à Gand, & priva cette Ville de fes Privilèges,
en abolifl'ant la Loy qui luy donnoit pouvoir de créer des Magiftrats. Il l’obligea de faire bâtir une Citadelle à fes defpens. On y a toujours entretenu une Garnifon Espagnole depuis ce temps-là. Voyez, Madame, combien l’envie de fauver Gand fit bazarder à
Cbarles-quint, puis qu’il
pafïà par Paris, où il pouvoit
craindre d’eftre retenu
prilonnier. C’elt ce quieult
pû arriver, s’il eult eu affaire
à un Roy moins généreux
que François I. Je
ne puis m’empefcher d’adjoûter
icy ce que Mathieu
dit de ce Voyage dans fon
Hiltoire de France. Il rapporte
une circonstance qui
répond ailèz à ce qu’a écrit
l’Hiftorien Efpagnol.
pour aller aux Païs - Bas
chiftier la mutinerie de ceux
de Gznd que le Roy riavoit
z96 MERCVRE pas voulu prendre en fa protection. Il fut reçeu avec toutes fortes d’honneurs, la generofité de ces deux Princes fut admirée de tous-, car l’un fe fioit à fon Enne- my qu’il avoit offensé, S? Iautre pré fer oit l’honneur de fa parole au rejfentiment de fes offenses, defquelles il ne luy parla jamais tant qu'il fut en France, & encor ce fut en riant. Parce que perfonne ne l'a écrit, gÿ qùil mérité d'eftre feu, je le rapporte icy. Comme le Roy entrcte* noit la Ducheffe d'Ffiampes
«1
, GALANT. 297
quil aimoit,!.'Empereurfur-
•vint en fit Chambre. Le Roy
luy dit. Moniteur mon
Frere, il faut que vous fçachiez
le confetl que cette
belle Dame me donne. Elle
eft d’avis que je vous retienne
prifonnier jufques à
ce que vous m’ayez rendu
Milan & Naples. Vrayment,
dit T Empereur, Moniteur
mon Frere, elle vous
confeille bien, Quoy que le
Roy eu fi léché ce mot avec la
. liberté Françoifè, néant moins
l'Empereur le reçeutdouteufèment
; & le lendemain layant
les mains pour fouper
avec le Roy, il mit en fa boufein
au pied, de la Ducbejfe
d'èflampes qui tenait la Serviette,
& fia propos, quelle
eut moyen de le relever 3 (ÿ
comme elle luy eut prefente,
Il eft en trop bonne main,
dit l'Empereur, pour l’en
ofter -, il vaut mieux qu’il y
demeure, & que vous le
gardiez pour l’amour de
moy, & je vous en prie.
Ces deux endroits de l’Hiltoire
juftifient allez ce que
GALANT. 299 je vous ay dit de l’importance qu’efioit pour Charles-quint la confervation de Gand. Il y a grande apparence qu’il ne fuit pas venu rifquer fa liberté dans une Cour étrangère, fi la neceflité de ce Voyage ne luy euft paru plus forte que le péril. Je vous ay déjà dit une partie de ce queLoüis le Grand a fait pour conquérir cette Place, il prit d’abord fa route du collé de Mets-, & le dixiéme jour apres y ellre arrivé, il fe trouva devant Gand de fi
?oo MERCVRE bonne heure, qu’on poué . roitn’en compter que neuf- encor le fejour qu’il a fait à Mets, & le temps qu’il a employé à vifiter quelques Places, font - ils compris dans ce peu de jours. Je r... reviens au Siégé. Apres l’établiflement des Quartiers dont je vous ay parlé, on difpofa toutes chofes pour l’ouverture de laTran- ■ chée. On travailla aux Lignes.
On fit venir du Canon. On prépara les Bate- ries. On éleva des Digues pour la communication des
GALANT. 301
Quartiers. On fit dreiTer des Ponts fur les trois Rivières , & l’on eut foin fur tout des Saignées necef- faircs pour faire écouler les eaux. Les inondations a- ml V ** •
voient efté préveuës,& tout fe trouva preft pour s’en ' garantir. Ceux de la Place 1 A ’ ' c
ne crurent point julques au J Mercredy à midy, qu’on
voulait les aifieger. Ils s’i- O t
maginoient que M le Ma- refchal de Humieres & Mr
le Marquis de Cham ly faifoient de leurs co irfes ordinaires dans le Pais de
V
MERCVRE
Vaes & aux environs, pour brûler & piller tout ce qu’ils trouveraient, & ils ne commencèrent a le deiabufer
que lors que toute l’Armée fut devant la Place. Dés que Mr de Chamilly y fut arrivé, il fit attaquer par les Dragons de la Roche- Thulon le Fauxbourg de Mufoté, fur le bord du Canal du Sas, où les Ennemis avoient un petit Fort, & où ils s’elloient poftez encor dans des Moulins. Il les emporta, fit quelques Prifonnicrs, & y mit Mr de
la Roche. Le Roy eftant
arrivé au Camp le 4. avant
midy, Sa Majelté reconnut
la Place. On avoit fommé
la Ville dés le matin, & les
Afliegez ayant répondu
qu’ils eftoient réfolus de le
défendre, commencèrent
d’en donner des marques,
en brûlant un de leurs
Fauxbourgs.
La nuit du 4. au 5. quatre
cens Hommes détachez
du Régiment des Fufiliers,
avec cinq cens des Gardes
Françoifes & Suiiïes, furent
commandez pour aller oc304
MERCVRE cuper un Polie où la Tranchée devoit s’ouvrir, & où l’on vouloit faire un gtand. Epaulement pour fe couvrir du feu du Canon d’un, fort haut Cavalier des Ennemis. Les Gardes Fran- çoifes & Suifles avoient elle portez d’un autre collé. M' de Marans Brigadier & Lieutenant Colonel des Fu- liliers qu’il commandoit, ne fe trouvant qu’à trois cens pas de la Contrefcar- pe, & fe voyant maillre des Polies qu’il avoit eu ordre de prendre, envoya encor
GALANT. m chercher cinq cens Hommes de fon Régiment, & ouvrit la Tranchée -, ce que les Ennemis luy laiflerent faire fort en repos jufques à fept heures du matin qu’ils firent grand feu de leur Canon & de leurs Mouf. quets, dont ils ne tuerent * qu’un Sergent, & blcfferent trois Soldats. Cette Tranchée n’ayant efté ouverte que par hazard,elle la fut dans les formes la nuit du 5. au 6. à la droite par trois Bataillons des Gardes Fran- çoifes , & à la gauche par ^Mars. C c
4
306 MERCVRE deux de Navarre ôc un de Bourgogne. Deux Efca- drons des Gardes du Corps eftoient de garde, & Mrle Marefchal de Humieres, de jour. M' le Grand-Maittre &Mrde Chimilly ffirvoient d’Officiers Generaux. Ils avoient chacun leur Attaque. Mrde Chamilly pouflà la Tienne jufques fur la Con- trefcarpe , ou apres avoir fait un Logement, il infulra le Fort S. Pierre, & l’emporta,quoyqu’il euttquatre Battions, & qu’il cutt pu le défendre longtemps. La
p GALANT. 307 mefme nuit M1' O lier, de Saillant, & quelques autres Officiers & Soldats, ayant efté détachez pour foûtenir les Travailleurs, le Roy voulut voir paffer ce Détachement. Sa Majefté fît diftribuer quelque argent aux Soldats, & dit aux Ôffi- - ciers qu’Elle fe fouviendroit de leurs noms. Le Travail i fut pouffé jufques au pied . d’un grand Ouvrage bien ■ fortifié. Mr de Vauban qui 1 conduifoit la Tranchée, propofa quelque récom-
?o8 MERCVRE
Creil, s’il vouloit hazarder la defcente du Foflë. Le Soldat y defcendit, n’y trouva perlonne, & monta jufq ues au haut d’un Ouvrage couronné. Une Sentinelle qui l’apperçeût, luy ayant demandé le Qui vive? il répondit, Vive le Regi- ment des Gardes du Roy de France , & s’avança l’Épée à la main fur cette Sentinelle, qui ne tira pas feulement un coup , & s’enfuit apres avoir jetté fes Armes. Le Soldat les ramafla, & revint. Les Gardes y en-
GALANT. 309 trerent. Les Gens détachez
païferent par deffus lesPa- liflades, quoy quelles euf- fent plus de dix pieds de haut, ils effuyerent plus de cinquante pas à découvert un aflez grand feu que les Ennemis faifoient de deux
Demy-Lunes, dont il n’y eut de blefie que M1 de Saillant Lieutenant de la Colonelle. Trois Ingénieurs furent bleflèz cette nuit-là, M1 de la Lande au bras, Mr de Brinon au talon , & M' Robert à la cuifle. On fit une Baterie de huit Pie-
au
& monta da
Chafteau où
qui comfa
pointe
1 o i V < 3^! 3.
ces de Canon
rnença à tirer à
du jour, & en démonta une
des Ennemis. Mr de Rubantel
Marefchal de Camp
fut bleffé à la joue en fortant
de la Tranchée. Le
Fort dont j’ay parlé qu’attaqua
Mr de Chamilly, ne
fut pris que le matin, &c les
Soldats montèrent les uns
fur les autres pour y entrer.
Le 6. Sa Majefté fe rendit
uartier des Fufiliers,
s un petit
eftoit loré
GALANT. 3n Mr de Marans, pour découvrir laTranclaée, &ce que faifoient les Ennemis. Le Roy laifla ceux qui l’ac- compagnoient chez Mr de Marans, pour n’eftre pas reconnu, & s’avança juf- qu’à un autre petit Cliaf- teau prelques à la queue de la Tranchée, & qui ef- toit à la portée du Mi. ufl- quet des Ennemis. Le Canon y donnoit beaucoup, & eftropia mefme un des Fufiliers, à qui Sa Majellé fit donner quelque argent. Tous les Soldats bleflèz en
eurent depuis autant.
La nuit du 6. au 7. deux Bataillons des Gardes Suif- fes, un troifiéme Bataillon de Navarre, & le Bataillon du Régiment du Pleffis- O
Praflin, montèrent laTran- chée, les Gardes Suifles à la gauche, & les autres à la droite. Le Marefchal de France de jour eftoit Mrde Schomberg, & les Officiers Generaux Mts de Maule- vrier & de la Motte. La nuit fut tres-fâcheufe ; la pluye & le vent ne difcon- tinuerent point. On ne laiflà
• •
trefcarpe. ML Perot Ingénieur
fut bielle au vilage.
O Le Canon tira tout le 7.
contre la Ville.
Le mefme jour un Boulet
de la Citadelle donna dans
le lieu ou Mr de Chamilly
s’habilloit. Son Valet de
Chambre qui luy préfentoit
fes Habits, fut tué, les
Habits mis en plufieurs
pièces, & un Laquais fort
Le foir du mefme jour,
Mr Solu de Moulineaux,
Lieutenant aux Gardes, eut
Dd
la jambe emportée d’un
coup de Canon en dépendant
de la Tranchée.
La nuit du 7. au 8. deux
Bataillons des Gardes Françc-
ifes montèrent la Tranchée
à la gauche, & deux D ’
du Régiment du Roy à
la droite. Moniteur le Marelchal
de Lorge eftoit de
jour, & fous luy Moniteur
de Tilladet Marefchal de
On étendit les
Logemens qu ’ on avoit
faits fous la Contre fcarpe.
Les Affiegez tirèrent
Moniteur de
GALANT, aiv Montifon Capitaine au Régiment de Picardie, fut blefle à là cuifle.
La nuit du 8. au 9. on n’entreprit pas feulement d’in- fulter le refte des Dehors de la Place qui reftoient à prendre, mais encor de commencer l’ouverture de la Tranchée devant la Citadelle. Les Troupes qui l’ouvrirent, furent deux Bataillons du Régiment Royal, & le Bataillon de Grançey. Celles qui la montèrent du cofté de la Ville, furent un Bataillon Dd ij
^MERCVRE
des Gardes Suiffies, & deux
Bataillons du Régiment
du Roy. Comme l'Attaque
des Demy - Lunes
qu’on devoir faire eftoit
conftdérable, on forma
encor d’autres Bataillons
de ces mefmes Regimens,
On joignit a ces Troupes
tous les Grenadiers de l’Armée,
avec une Compagnie
de la Couronne, & une de
Vermandois. Moniteur le
Marelchal de Lorge eftoit O de jour, &les Officiers Généraux
de garde furent
Monfteur le Duc de Vift
GALANT- 317 leroy Lieutenant General, & M' Ximenes Brigadier. Le Roy qui ne fçait pas feulement gouverner dans le Cabinet, mais dont les lumières & l’expérience font grandes pour ce qui regarde l’exécution, réfolut luyt-mefme l’Attaque qui fe fit cette nuit - la. Les Troupes qui dévoient agir, furent féparées en trois Corps pour monter par chaque face, & par la pointe de l’Ouvrage qu’on devoit attaquer. On avoit mené des Gens avec des Haches
Dd iij
?i8 MERCVRE pour couper une fort grofïe & haute Palillade liée par des linteaux. Le lignai donné, chacun marcha. Les Ennemis jetterent plufîeurs Grenades au bruit des Haches qui coupèrent les Pa- liffades. On monta quelque temps apres afTez bruf- quement,quoy que la De- my-Lune fut fort haute & nullement élabourée du Canon. La maniéré dont les Noftres allèrent aux Ennemis, les épouvanta fi fort, qu’apres avoir efluyé quelques coups, ils abandonne-
. GALANT. ;i9 rent les Ouvrages qu’ils dé- fendoient. Les plus paref. feux qui ne purent le lau- ver, furent tuez ou pris. On pcnla mefme entrer avec eux dans la Ville, mais ils fermèrent la faulfe Porte par où les premiers avoient palfé. Le refte le jetta fous le Pont & Foffé. On peaux,& quelques Officiers & Soldats. Le feu fut égal à l’Attaque des Gardes, mais ils eurent plus de peine à monter, à caufe d’une Fraife paliffadée, outre la
D d iiii
dans le grand prit fept Dra-
I
MERCVRE
Brefine. La troifiéme At- I ta que eftoit faufie, & feulement pour amufer les En- < nemis. M de S. Georges j Brigadier d’infanterie, & Mettre de Camp du Régi- î ment du Roy, leur fit abandonner une Demy-Lune, & y fut legerement bielle à la jambe. Mr de Polaftron
Major du Régiment du j Roy, y fut aulfi bielle en fe ! diftinguant. Plufieurs Pages de Sa Majelté le font i fignalez à ces Attaques à la telle de ce qui fut dé ta- ; ché du Régiment des Gar-
GALANT.
des. Mr' de Fcron & Saint
Z *
Gilles-Lenfant, Pages de la Petite Ecurie, entrèrent des premiers dans cette Demy- Lune qui elloit fi bien frai- fée & paliifadée par le bas, & dans laquelle on ne pût monter qu’en efïuyant le feu des Grenades des Ennemis. M' de S.Gilles defar- ma d’abord une Sentinelle. Les Ennemis avoient fait paroiftre pendant le jour fur le Parapet des Faux emmanchées à revers, mais on ne leur laifla pas le temps de s’en fervir. Mrs de Pou-
;
denas & de Mazerolles Pages
de la Grande Ecurie,
avec plufieurs Volontaires,
entre lefquels eftoit Mr le
Chevalier deCourcelles, fe
trouvèrent à cette entreprile
auprès de M1 le Duc
de Villeroy, qui demeura
un grand quart-d’heure à
la tefte du Travail expofé
aufeuduRampart. Ce Duc
ayant remporté prefque
tout l’honneur de cette
Aéiion,pour ce quiregarde
la valeur & la conduite, on
ne peut luy donner trop de
louanges’, & je ne finiray
GALANT.
point ma Lettre fans vous faire voir ce que le Roy a écrit fur ce fujet. On ne peut obliger une Ville comme Gand à capituler, fans rendre fon Nom immortel. Elle bâtit la Chamade auditolt apres, & demanda trois jours pour a- vertir le Duc de Villa Her- mofa qu’elle fe rendroit, fi elle n’eftoit fecouruê dans ce temps-là. Cette proportion nit rejette'e , & elle accepta la mefme Capitulation qui fut faite il y a dix ans à ceux de Tournay.
MERCVRE
Moniteur de Louvoys entra dans la Villc fur les cinq heures du loir pour y donner ordre à toutes chofes. M1 de Ruban tel y eftoit entré avec les Gardes un peu auparavant. Le Roy en a donné le Commandement à M1 de Monbron fous M1 le Marelchal de Humieres. M d’Ernemont Lieutenant de Roy de Doiiay, a ellé nommé par SaMajefté pour y faire la mefme fonction, & M' Mégron Major de Monpezat pour y fervir en qualité de Major. La prile
de Gand fut fuivie de l’Attaque
de la Citadelle. Mr
de S. Géran qui commandoit
le jour de l’ouverture
de la Tranchée du collé de
la Campagne , fit beaucoup
plus avancer qu’on
n’avoit crû. On l’ouvrit
pareillement du colle' delà
Ville aulfitoll qu’on s’en
fut rendu maillre, & l’on
en prit la Contrefcarpe.
Le n. on fit un Logement
fur une Contregarde , fur
laquelle on dreffa une Bajterie.
Elle rompit un Pont
qui communiquoit à une
526 MERCVRE Demy-Lune. M1S de Ra- nés, d’Albret, & de Sourdis* ont fervy d’Officiers Generaux aux Attaques de cette Citadelle, dont Mr de Cha- milly a fort avancé la prilè. Il demanda permiflion au Roy d’aller perfuader au Gouverneur qu’il fe devoit rendre-, & il y réüflit (i bien, qu’il l’engagea à le faire. La nouvelle en fut apportée à Sa Majellé par Mr de Vil’évra Capitaine des Gardes de M le Duc de Luxembourg. La Capitulation fut, arreltée le foir du n. St le
■
A *E T • ^7 IRoy la figna à une heure
apres minuit. Le Gouverneur
fortit le lendemain à
deux heures apres midy,
avec deux Pièces de Canon,
pour eftre conduit à Anvers.
Ils eftoienthuit à neuf
cens Hommes, & Sa Majefté
les vit pafTer ainfi qu’il
fe pratique en pareille ocicafion.
Ce Gouverneur qui
eftoit âgé de quatre-vingts
un an, luy dit en lafalüant,
Qu’ ayant efté obligé de fè
rendre, il avoit l'avantage
de ri y avoir esté forçé que
i ’ S- 1 •’ i ***-
auroit efté plus longtemps
dans la Place, fi Sa Majesté I
n'eufi pas joint à la force de
fes Armes toute l'adrefle des
plus expérimente^ Capital*
nés. ♦
Sa Majefte'donna laLieutenance
de Roy de la Citadelle
à Mr le Chevalier
du Repaire Capitaine des
Grenadiers du Reciment
O
de Navarre, & envoya en.
mefme temps M le Marcfchal
dé Schomberg prendre
le Fort Rouge qui eft
fur le Canal. On s’en rendit
maiftre fans qu’il rcfifGand-
I ■
A. J**Iean .
B. jf-Nïcoto.
C. tff Jwtniej'.
B .Abbaye if.r Pierre
E. Beÿort.
F <_/? dauueur.
b M
A
- 5" LANT. 329
tall. M1 le Marefchal de
Humieres fut laiffé à Gand
avec un Corps confidérable
de Troupes. Il ne faut
pas quiter cette Ville fans
| vous la faire connoiltre de
pluûeurs maniérés. Vous
en pouvez voir l’élévation,
dans ce Porfl qui vous en
■ marque la beauté j &An
1 jettant les yeux à collé,vous
‘en verrez le Plan avec toui
tes les Attaques. J’ay oublié
à vous dire que la gau-
1 che a fouvent ellé le Polie
, d’honneur, & que les Gar-
, des mefmes y ont monté..
s? I *Mavs. E e
33°
Cela narrive pas ordinal,
rement, & n’eft arrivé pendant
ce Siégé que parce
qu’il y avoit plus d’occaïions
de le fignaler de ce
cofté-là, & plus d’Ouvrages
à prendre. Nos Troupes
eftoiçnt à peine dans
Gand, que le Roy eft party
pourYpres. J’apprens rneime
que la Place eft déjà
prife. Mais, Madame, vous
fçavez, & je vous l’ay déjà
marqué, qu’il faut plus de
temps pour décrire les Conqueftes
du Roy, qu’il n’en
employé à les faire. Ma
GALANT. 3?i Plume, & le Burin dont je me fers préfentement pour vous en donner une double image, n’égalent point leur rapidité, & je fuis contraint de diférer jufqu’au Mois prochain à vous entretenir de ce dernier Siégé. Cependant je m’acquite de ce que je vous ay promis au regard de Mr le Duc de Ville roy. Voicy ce que Sa Majefté a écrit à Monfieur le Marefchal Duc de Vil- leroy lonPere. Cette Sub- fcription eftoit fur la Lettre.
Le ij
*
«î? ’ î? • 2? *S* *î? *2* «$• + 4- + 4- -b •* ♦ -t + +
A MON COUSIN
LE MARESCHAL
DUC. DE VILLE ROY.
r E Duc de yilleroy afait
Attaque des Demy-
Lunes tout ce que l'on peut
defirer> tant pour fa conduite
que pour le courage. Elles ont
efté emportées fort <vigoureufement,
& l'action qùil a
faite a fort avancé la prife
de la Ville, fay efté. bienaife
de vous dire moy-mefme
ce qui s'eft pafé, & que je
uis content de luy autant
ANT. , GALANT 333
qu’on le peut efire. J'cfpere que U Citadelle ne m arr<filera pas longtemps, fÿ que dans peu de jours cette Conque fie fiera parfaite. Vous en fierez plus aifie que perfionne, .car je fifiy le style que nous aveypour le bien de T Etat, &T attachement particulier : que 'vous aney pour m oy.
(filant au [fi perfiuadé de ces deux chtfies là que je le fuis, i nous ne devty pas douter . que je riaye toute l'amitié J pour nous que nous pouney^ defirer. LOUIS.
Au Camp devant la Citadelle ■
de Gand^ leio.Mars 1678*
? 1
i: I
Ce témoignage eft bien glorieux à un Pere , mais
Z? *
il n’eft pas au deflùs du. mérite de Monfieur le Ma- refchal de Villeroy. Je ne vous dis rien de la grandeur de cette Maifon. L’Hiftoire eft pleine des fervices quelle a rendus à l’Etat. Ce fameux de
Villeroy Secrétaire d’Etat, ce Miniftre fi chéry de Henry le Grand, qui fous le Régné de Louis XIIL fut rappelle dans des Affaires d’où il avoit efté quelque temps éloigné par les
b
GALANT. & cabales de ceux qui favori- foient les mal - intention-
nez de ce temps-là, n’a pas peu relevé cette Mailon déjà illuftre. Le Marquis d’Alincour Ion Fils, Chevalier des Ordres du Roy, & Gouverneur du Lyon- i nois, a fait connoiftre par •fl la maniéré dont il s’eft ac-
. > quité des Emplois qui luy > ont efté confiez, que fi le >l Ciel luy eut donné plus de z vie, il auroit efté d’un très- il utile fecours pour l’Etat.
) Cet Homme excellent a 1 fait neantmoins beaucoup
^6 MERC
pour luy, en donnant un
grand nombre d’Enfans,
qui font tous des Gens admirables.
Vous connoilfez
le mérite de Moniteur l’Archevelque
de Lyon, qui
s’eft rendu recommandable
par mille endroits dont
il ne faudrait qu’un.feul
pour acquérir beaucoup de
gloire à un autre. Vous
içavez ce que vaut Mr l’Evefque
de Chartres, & combien
l’Eglife doit a tous les
deux. Pour Moniteur le
Marelchal de Villeroy, il
eft au delfus de toute
louange,
GALANT. 357 loiiange, & je croy qu’en regardant de quelle maniéré il eft traité de Louis
le Grand , dont il a eu l’honneur d’eftre Gouverneur , on achèverait Ion Panégyrique fans qu’il fuft neceftaire de dire autre chofe , fi ce n’eft qu’on y vouluft adjoûter ce qu’il a rendu au Roy pour les bienfaits qu’il en a reçeus, en luy donnant un Fils qui le fert avec tant de gloire, Çz qui s’eft rendu Héros à un âge où. les autres ne fai- foient autrefois que com- ÏM-irs. F f
K mencer à porter les armes.’
Je ne puis m’empefcher
de vous dire aufii un mot
de Mr le Marquis de Chantilly
, à qui vous venez de
voir emporter un Fau^
bourg & deux Forts devant
Gand. Ce fut luy qui fit
cette belle refiflance dans
Grave, qu’on y doit mettre
au nombre des prodiges de
noftre Siecle. Je m’étonne
qu’on n’en ait donné aucun
détail dans les formes.
Ceux qui -en ont les Mémoires,
devroient bien en
faire part au Public. Ce
I
U' GALANT 379 brave Marquis eftFrere de feu M1 le Marquis de Cha- rnilly Lieutenant General, qui a efté fi univerfellemét regreté pour fon mérite, fa douceur, fa fageffe, fa bravoure ftnguliere, ôc fon ef- prit. Vous fçavez qu’il eft ai | mort à la telle duCorps d’Arec: mée qu’il commandoit, par : l’accident des bleffures dot il eftoit couvert, qui fe rouvrirent inopinément. Ce- luy dont je vous parle au- jourd’huy, eft Marelchal de Camp,&Gouverneurd’Ou- denarde.Les Ennemis dont Ff ij
UoMERCVRE
il eft 1 admiration & la terreur, connoilfent Ion Nom à leurs dclpcns. Il a plu- fieurs fois palTé la Riviere fous le Moufquet de Gand, à la veue des Troupes de la Ville, & de la Milice de tout le Pais de Vaës , qui Tattendoient fur le bord' pour luy en difputer le paf lage. Apres avoir fait trois courtes dans ce P aïs-là pour le mettre à contribution, &: l’avoir brûlé jufques à trois fois, il en revint la quatrième avec des O liages. Si la France a beau-
GALANT. î4i Icoup de Heïos, elle ne manque pas de beaux Ef- prits pour écrire ce qui s’y fait. Voicy des Inprom- ptus que vous ne regarderez que comme des Jeux I d’Efprit, ceux-qui les ont faits pouvant nous donner des Ouvrages plus confidé- rables. Si vous avez pris I autrefois plaifir à lire cent I cinquante Epigrammes de ! M de Brébeuf fur une mefme matière , je croy que les Pièces que je vous envoyé fur la prile de Gand vous divertiront d’autant
Ffifi
^MEPXVRE plus, qu’eftant de difcrerites Perfonnes, elles vous doivent rendre curieufe de voir le tour diférent que chacun a donné à des pen- fées qui fe rapportent.
La première de ces Pièces eft un Dialogue d’unElpa- gnol & d’un Flamand fur la marche impréveuë du Roy, de Lorraine en Flandre, & fur la prife de Gand.
L’ESPAGNOL.
DEs nouvelles, Amy, ne mien fçaurois-tu dire*
Me François va, dit-on, du cojlé de l ' Ëmfire,
GALANT. HJ Et laijje cette Année en repos le Flamand.
LE FLAMAND.
Oüy ; Son Roy depuis feu s'eft em~ pare de Gand.
L’ESPAGNOL.
Vrayment tu méfait rire, il eft en Allemagne,
Et tu veux que par Gand il ouvre fa Campagne ?
Gand eftàl en Alface, ou bien au Luxembourg?
■ ' ' ’ - F O - - -
On t'a feut-eftre dit ouTrévcs, ou Strasbourg.
Encor le dire pris, eft - ce aller un peu vifte.
LE FLAMAND.
L'Efpagne, je le fais, en doit eftre interdite'')
Mais il eft pris, c eft Gand, Gand dans le P aïs-B as,
’ F f iiij
Où Le Rcy s3eft trouvé > quoy quon ne l'y cruft pas.
L’ESPAGNOL.
Héy héy te moque lui mafoyy tu me fais rire,
Si tu n expliques mieux ce qui ton Gand veut dire.
LE FLAMAND.
Gand eft Gand, & le Roy depuis deux jours l'a pris.
L’ESPAGNOL.
L'un des deux, mon Amy , tu radotes, ou ris j
En deux lieux à la fois en ne fçau- voit fe rendre,
Et quand on eft à Mets, on ne peut eflre en Flandre.
LE FLAMAND.
JrLe bien vous le voulez^ il eft encor à Met s.
Mais il ne laiffe pas deftre encor icy près. ' '
U PL LAN 1. 34$
L’ESPAGNOL. "
Ecoute-moy, Flamand, voy comme
je raifonne.
Peut-ileftant a, Mets, efirea Gand
en pcrfonne?
Sçais-tu la Carte, toy, qui tobfines
icy l
Sçais-tu bien quel chemin de Gand
jqfqu’à Nancy ?
Examine, & me dy ,fifans fe re-
11 pouroit efire enfemble en Flandre
& vers l'Empire?
LE FLAMAND.
il efi où voue voudrez^ mais je
evoue le redis,
Les trois Epigrammes
qui fuivent (ont de M1 Lelleron
Avocat à Provins.
SUR LA REDUCTION
de Gand.
EPIGRAMME.
Gand^
JDifoient les Efpa^riols^ fe raifians
de la France.
Quel fujet av oient-ils d'en ejlre
réjtüisï
Ils voy oient par expérience^
Que s'il receut du Sort cette grandeur
immense,
C efl quille deflinoit peur la main
de LOF J S.
GALANT, 347
AUT RE. Flamant, enfinvoftre amitié
S'a cquite envers le Roy de
France 3
Voue donnera fa Main un Gand
four récompense
De voue avoir donné Qhaujjure à
voftre Pie.
> AUTRE, P Eut-on plus prudemment commencer
la Campagne!
Z 0 PIS part au fort de c Hyver^
Et pour fe parer du grand air,
il fe munit d'unGand d'Éfpagie.
Ces trois autres font,
l’une, d’un Homme de qualité;
l’autre, d’un Vandômois
; & la deruiere, de
M‘ de Roux,
Espagnols* autrefois vous aviez, Pai romance
De vouloir enfermer Paris dans
* 1 * ' • î •> ■’ >
vofire Gand >
Nais vous ne penfiez, pas quun jour Loüis le Grand
Nettroit Gand, malgré vous, pour Frontière à la France. *
ESpagnolS)parla Paix fauvez^ ce qui vous refle,
La Guerre ne fçauroit que vous efire fune fie ;
L'on vous prend, l'on vous bat lors que vous combatez.
De pouvoir vous vanger quittez^ donc F entreprtfe,
Caries François apres vous avoir dégantez^
Ne manqueront jamais de vous mettre en chemife.
' »
CE Gad que Char le quint vou*
loit qui fut fi grand *
Commence iheur de laCapagncy
Tu pouvois bien penfer^vainefierté
d’ Efpagne,
Que la Main de L OV'IS entrer oit
dam ce Gand.
■ . .... '■ ' »
Ce qui fuit a elle fait à
Tournay par M‘ Briileau.
G^And fuperbe & puiffante en
braves Habitant y
Qui renferme en fesMurs cent mille
X^ombatanSy
T) ont le grand Etendard fi fameux
fur la Terre,
Tes Roy s & des Etats fut jadis la
terreur.
Qui mefme à fes Ducsfit la guerre3
35° Et feule ofa tenir contre un grand
Empereur,
Aujourd'hui quelle voit unis pour
Empereurs, Ducs,Etats,&RoyS,
Et qu'il faut de LO VL S foùtenir
la préfencc,
En quatre jours d'attaque efi fourni
fe à fes Loix.
Lettre de Mr de Villa-
Hermofa au Roy d’Efpa-
SZrr, on ajjtcge Gand,& fa prife
eft certaine,
Car on la prend au depourveuî
Je le vois a regret, mats la prudence
humaine
Ne pouvoit par avoir prêt-eu
Que LO VIS du fl tomber à Gand
par la Loraine.
GALANT.
Extrait d une Lettre d’un Moufquetaire du Roy, du Camp de Gand le 9. Mars 1678.
L Es Aüic\mar choient > &pa- roijfoient fort proches3
Mais dans le temps quon croit mettre Flamherqe au vent.*
Ils s en vont fans rien faire* &les mains dans leurs poches,
Apres avoir p^rdu leur Gand.
\o\cy un Sonnet de Mr l’Abbé Noé,duPonteau de Mer. *
Cl
E” Nvain pour refifler aux armes de la France,
L'Europe en Bataillons épuifç fes Tréfors 5
En vain elle aguerrit fes Villes & fes Forts,
LOVIS les attaquant, brave leur refftance.
Le Bat ave orgueilleux plie fous fi puiffance,
En vain pour l ’éviter il a fait fes efforts > j
Jl a veu Ide fon fana le Rhin enfler fes bords, !
Et de nofircHéroi- fesonder la vaiB lance.
l.
i:
1:
II
L
Murs
I
Ce miracle des Roy s foùmet tout à
fon Bras,
Sa force ef animée'au milieu des
frimas,
4Et brave des Hyvers les fniftres
tempeftes.
je ne îçay qui a raie in
1 Sonnet fuivant, ny les Epi
.grammes qui Eaccompa
ignenc.
Efl il rien qui ne tremble au bruit
de fes Exploits ?
Efpagne, tu ri as plue quà fou (1er
d tes doiats*
O *
Puis qu'il vient d'ajouter tonGand
à fes Conqueftes*
■w
• SUR LA PRISE DE GAND*
Sonnet.
LE Belqe, le Germain, dan$
l'effroy qui les fi# ce,
Evitent la Bataille, (fi redoutent
l'Affautt
Eft-il pour les couvrir un Rempart
a[fe\ haut ?
En eft-il un fi fort que LOFAS
ne menace l
Par cent (fi cent détours courant
de Place en P lace,
H en cherche avec art, (fi trouve
le defauty
JÜ alarme le Rhin pour fur prendre
P Efcaut y
Et quand il eft en Elandre, on le
croit en Alface. ' ,?•
Son Tonnerre enfermé dans un
Ypres, Namur,
Tandù que Gand reçoit le coup de
la tempe fie.
Superbes Ennemis que LOVIS
pouffe à bout,
Ne vous étonne^pas d'une telle
conquefte,
On peut bien eftre d Gand, lors que
T on efl par tout.
NOflre Roypouvoit-il rmx
faire'
allant attaquer le Flamand,
Que de prendre d'abord un Gand
commode &finéceflaire l
Cette précaution fait voir à If*-
nivers
Combien ce qrand Héros eft poli*
tique &(dve>
Car le Gand qu'il a prisy eft de fi
bon ufa^e,
Qfiilpofira fervir d l'Anvers.
Qi*oy^ Gand eft pris? c eft un
revers
Dont l* Efpagne ne peut eftre aifèment
remife >
Mais bienplus^depuis cette prife
Toute i Europe a l'efprit à l'Anvers*
Autrefois les Héros quand ils
a Uoient en guerrey
Se munifloient d'un Gand de ferï
Le noftre qui la fait au mi lieu de
ly H y ver,
En aime mieaxprëdre un depierre.
UN Efpaçndl faifant icy
fejour,
Alla par un beau jour
Se promener aux Tuilleriesï
Mais pajjant par les Ecuries,
Vn alet remarqua qu'ilfe cachoit
la main,
L'arrefia par le bras, & luy dit,
que je voye
Si vous n ave\point quelqueproyeï
Mais l'Efpa^nol honteux, pour
pajfer fon chemin,
Luy montra fes mains dégarnies,
Et luy dit que fon Gand luy vcnoit
d 'eftre pris.
Lié bien, paffe\, dit-il, vous vous
eft es acquis
e droit d'entrer aux Tuilleries.
Vous entendez le plaifant
de cette dernieré Epigramme.
On prétend qu’on
eft obligOe de fe déOcanter
quand on pane par les Ecuries,
& que ceux qui ne le
font pas, y laiflènt leurs
Gands, ou en payent la valeur.
Comme ma Lettre eft
déjà plus longue que je ne
vous en ay encor écrit aucune,
je vay trancher court
fur ce qui regarde les Enigmes.
On a deviné jufte dans
voftre Province pour Us
deux en Vers. L’une eft en
GALANT.
de France, & l’autre une Enseigne
de Muifon. M' Robe de Soiilons a expliqué la première par ce Madrigal.
Courent'mille f
PEndant que nos Héros comme autant de Céfars plans hasards Pour un Baflon de Marefchal de France^
Les Mu [es à leur tour, dans les pai- f blés Arts,
Sans répandre defan^ fans forcer de Ramparts-,
Nom enpropofent unhors de toute apparence.
le l'ay trouvé sâs courir de dâger* ïay feulement combatu quelque doute
* « V f <*
' * ‘ J. •
Qui ma donné plus d'un jour à
C eft U tout cequ’auvray fa Qon- quefte me coûte.
Ceux qui l’ont deviné comme luy, fans avoir deviné celle de 1 ’ Enfeigne, font, Mr de la Veffiere, Mr du Bois Procureur du Roy, de Ham -, Mr Hébert Avocat, du Valois-, M1 duTeil; M Charpentier Commis au Domaine de Languedoc;
- 1 Mr de Valnay Contr'olleur de la Mailon du Roy -, la Ville de Ham en Picardie;
w • ■ 1 i V
Mr Arnoulet de Loche- Fontaine,
f i 5
u<. i
< fl
GALANT. 36i Fontaine, Prefident de la Cour des Monnoyes -, Mr, de Chantoifeau , de Brie- Comte Robert^ MEvrardj Mr d’Argingourt, M1 Gau-
O O \
tliier ; Mademoiselle Portail, Fille du Gouverneur de Brie - Comte - Robert; M‘ Boulanger, de Dinan en Bretagne -, Mr de laBar- •_ mondiere , Secrétaire du Roy, & Procureur du Roy, de Villefranche -, Made- moifelle Vallel, de Rouen; Mr Greaume de Bergero- mare, Avocat du Roy au Ponteau de Mer ; M du £Ma,rs. H h
I
Mata-d’Emery -, M le Lieutenant
General de Meaux;
M Coüet, & M Lagréve,
de Lyon. Plufieurs l’ont expliquée
fur l Or, la Pique,
le Sceptre', & la Pi rre de
Taille. Quant à la fécondé
Enigme, dont le mot eft
une Enfeigne, voicy lExplication
qu’en a faite Mr le
Comte de Cliflon qui demeure
en Aulnis. Son ef.
prit &: fon mérite répondent
à fa nailfance.
Eft une Enfeigne affurèment^
GALANT. 363 Et ne fignfie autre chofe. Du moins c eft là monfentimcnt. Comment cela ? voicy comment.
Le hicn^ le maf tout eft le fujet d'une Enfeigne.
Devant & derrière on y peut Reprefenter tout ce qu on veut 9 Enfers fAnges, Démons, il n eft rien quon ny peigne.
SA w y*
Elle fe plaint avec raifon
Qw fes Parens pour elle ont de la . tyrannie^
Car à peine eft- elle finie,
Qu on la pend cotre une Maifon. Expo fée au vent* à la pluyey Nuit & jour il faut qu*elle efiuye Z es injures delà Saifon.
Quoy qu'ellefoit toujours en veut*
Hh ij
MERCVRE
Puis quelle efl dans la Rue*
De peur de sy méprendre^ on la
cherche avccfoin'y
Et quand on l'atrouvée* on trouve
d'ordinaire '
La chofle dont on a bcfoiny
Ou l'Homme avec lequel on peut
avoir affaire.
Je le dis donc avec raifon y
L'Enigme quel1 on nouspropofe*
Eft une Enfeigne de Maifon*
Et ne fgnifie autre chofe.
Ce mot a efté aufti trouvé
par M' de Fontenay Capitaine-,
Mk Coufinot Abbé
de Noftre-Dame de Sully;
M1 Bâillon ; M‘ Boiflel, du
Pont-Levefque ; Mr TréGALANT.
buchet, d’Auxerre-, MrMal- bet, Directeur des Polies de Champagne j & MrHé- bert deRocmont. D’autres ont prétendu que ce fuft le Papier .; la Monnoye, la Lettre miffive, la Toile, le Canevas a faire de la Tapif feriC; ôc t Imprejfon. Outre ceux que je viens de vous nommer, il y en a eu quantité qui ont trouvé le véritable fens de toutes ces deux Enigmes, & ce font, Mr Baifé -, Mr de S. Amour^ Mr de Dur-Ecu , S1 de la Chategneraye, Gentilhom-
H h iij
_zV A/l
: p
■'1
me du Vexin^ M1 Drévelj M‘ de Bofchar, Chanoine en Normandie -, Mademoi-
felle LoifTeau, de Coulom- miers ; Mademoifelle Pin-
gré j M1 le Boiteux, Chanoine de Sens -, Mr Tar- tonne de Caflcndy, Prefi- dent au Parlement de Provence
j M1 de Soucanie, Avocat à Roye -, Mefde- moifelles Nicolas-, M' de Volonne Gentilhomme de Provence: la BelleBcrgere * 1 •
Provençale-, Un jeune Con- feiller ,qui par de belles Explications en Vers s’eft ra-
GALANT. ^67 commode avec les Mufcs; Mr du Bois Avocat au Parlement
; Les Dames de Richelieu-, M1 l’Abbé Montcl, de Riom; La Dame Invifi- ble -, M1 Potier,Fils du Lieutenant Particulier de Montreuil ; M1 Chibert de Mon- tigny; M BriiTcau Médecin deTournay; M1 l’Agrené de Vruilly; Mademoifelle de la Salle,Coufine duLieu- tenant General de Blois; La nouvelle. Société Cloil-
trée deLyon; M'Hourdaut; Les Députez de la Jeunefle deRheims-, M l’Abbé Vil- H h iiij
MERCVRE
lebaut ; & Mr du Laurens,
Prieur du Bois-Hallebout
V près de Caen.
S’il vous paroit icy bien des noms, vous ferez lur- prife quand je vous diray qu’ils font tirez de plus de huit cens Lettres que j’ay reçeucs , ce qui vous fait connoiitre qu’il s’en faut beaucoup que tout le monde n’ait deviné. Exercez-
vous cependant fur ces deux nouvelles Enigmes. La première cil d’un Abbé dont
vous ne fçaurez le nom que le Mois prochain -, & l’autre
de la Société des Dames
Cloillrées de Lyon.
le me fais aimer conttam-
Sam moyne fcauroit plaire.
Fille de Roturier,
Des plus nobles Galants je reçois les
le ce de aux Fout* & \e commande
aux Sages,
le ne fais rien, & fuis de tout
mefier.
Za Raifon contre moy nef jamais
mon pouvoir.
Je décide à la Cour de toutz fans
rien Çcavoir,
Et malgré les Sçavans * mon fuffrage
l'emporte.
On ne (cawroït compter mes ans.
IM on extrême vieil! cjfe
Egale celle dutemps^
Je plaispourtât par ma jeune fe.
AUTRE ENIGME.
On Corps petit &louid
ri a [pire qu'à. la terre.
Man Chcfgrdd&lcger
s'élève vers les Ci eux.
Ceux qui m aiment le plus, me font
le plies de guerres
Et tant plus je leur plais, plus je
m'éloigne d'eux.
GALANT-. 371 j 11 ne me relie plus avons l parler que de l’Énigme en ? figure. Celle de Pandore citant une des plus belles qui fe loient veués depuis longtemps, a donne' lieu à de tres-belles Explications que vous verrez le 16. du Mois prochain dans ma Lettre extraordinaire? M‘ des Bois Avocat, la appliquée d la Jaloufîe dans le \ Mariage to\x à la Pierre Phi- lojophale ; M'la Croix, Procureur du Roy de Ham, au Départ de Sa Majefté, & a l'Ouverture de la Campagne;
T
372 IVltKLVKtL Un Inconnu , à U Paix re'~ fufée par les Espagnols, duquel refus toute forte de maux font produits 3 M' B ailé, a l'Ecujfon 3 Un Inconnu de Troye, au Soleil 3 Mr Ver- reau de Dijon, aux malheurs du mariage d'une jeune Beauté avec un Vieillard3
Mr du Bois Avocat en Parlement, au Mariage 3 Mef- demoifelles Nicolas, au dé- goufl dans le Mariage3 Mr de Roux, d l'Amour 3 U ne tres- Ipirituelle Demoifelle du Pais du Maine, à la Femmes M‘ Couture , au Carefmes
GALANT.
& d’autres 5 à la Bombe ou Carcaffe * à U Mine * à la Goûte. Cependant ce n eft rien de tout cela5 c eft feulement ce que vous allez voir dans ce Rondeau de M1 Robbe.
C'Eft le Secret en toutfinecefi- faire*
Que ce Tableau reprefente à nos yeux 3
Les miens en ont pénétré le myftereï
Et l'Inventeur en vain le voudrait taire*
ï explique ainfifonfens myftérieux.
Epiméthée eft le vray car altéré
D'un indiferet &inauvai$ Secrétaire*
M
274MERCVR
Qui tarde mal ce trejurpretieux^ I C'efl le Secret.
Qeluy qui veut dedans fon minif-
Ne point <ffiffer dans ce pas péril- ' leux, IJ
Avec grand foin doit fuir le s C11- I gK lieux ï Jj-
Car le moyen que la raifon fuggere | Pour rèüffîr dans quelque grande '
affaire, ' ' - ■ -fe • 1
C'eft le Secret. ' IG
11 n’y a perfonne qui ne foit convaincu des maux 1? quattire un Secret indif- i cretement révélé. C’eft la J Poète de Pandore ouverte. On peut inférer de là le !
GALANT 57> | contraire. Un fage Minière à qui le fecretde Ion I Maiftre n’échape jamais, : caufe Couvent tout le bonheur d’un Etat. Les plus grandes entreprifes y font glor-ieufement exécutées ; & fans chercher l’appuy du raifonnement, il ne faut qu ’ examiner la prife de Gand. Perfonne ne s’eftoit imaginé qu’on duft l’affie- ger , & nous pouvons dire que cette Conquefte eft I un des miracles du Secret. ; Quoy que Mr Robbe ait deviné le véritable fens de
&6 MERCVRE
cette Enigme, il n’eft pas
le premier qui l’ait trouvé.
La gloire en eftdeuë aune
Demoifelle des Galeries
du Louvre, dontl’efprit eft
brillant & vif, & qui peut
dire quelle a pénétré.d’abord
un Secret que beaucoup
d’habiles Gens ont
inutilement cherché. Mr
Drével, M1 Hourdaut, &
M1 de Volonne, l’ont trouvé
comme elle. Ce dernier
eft un jeune Gentilhomme
Provençal, dont le Pere a.
efté Confeiller & Avocat
General au Parlement
• I ■ ' . z , ,
• T.
1
t
| , GALANT- 377 d’Aix. JMedée Cuivra Pan-* dore. Examinez toutes les Figures de cette Enigme, & me mandez ce que vous croyez quelles lignifient. Vous fçavez la Fable. Jalon trahit Medée pour e'poufer Creiile, Fille de Creon Roy de Corinte. Cette malheu- reufe PrincefTe eut envie de porter une des Robes de Medée. Jalon luy en fit donner une. Medée avoit empoilonné cette Robe avant que de l’envoyer.
1 Creüfe n’en fut pas futoft 3 parée, qu’un feu invifible cTkLin. I i
^8MEF.CVPÆ |
la confuma. CreonionPere
accourut pour la fecourir. Il fut confumé du mefme
feu en la touchant ; & Medée fatisfaite de fa van- gcance , s ’enfuit par l’air dans ion Char. Toutes ces. choies vous iont repreien- tées dans cette Figure. Le Char de Medée elt traîne
dans l’air par deux Serp.ens. Jafon la regarde tout fur- pris de la route qu’elle prend pour fuir, & en marque del’effroy, auifi-bien que ceux qui le fuivent. Creon 5c fa Fille font par
GALANT. 379 terre mort ou mourans, & i ce fera à vous à me dire le ? refte par voftre Réponfe. : Vous trouvez U Ducheffe de Cleves dans mon Paquet, i Vous fçavez depuis quel I temps & avec quelle favo- I râble préoccupation tout le monde l’attendoit. Elle a remply cette attente, & je fuis certain que je ne vous pouvois procurer une leéture plus agréable. On continue à remettre les vieilles Pièces
de
parable Mu
1 1) A / (
l’aîné , & fou
de l’incom- Corneille PolyeuEte a.
I.* • •
1 M
5'
cire reprefenté tous ces derniers jours avec une foule & des acclamations extraordinaires. En vérité on peut dire qu’il y a de grands traits de Maiftre dans tout ce qu’il fait, & que jamais Homme n’a fi bien manié toute forte de Sujets. Son raifonnement eft toujours jufte, il ne s’écarte point, il dit prccifémcnt ce qu’il faut dire, & ne vous laifïè jamais rien à fouhaiter. J’apprens que Pjyché a efté mife en Opéra, & que Mr Lully nous le doit donner
LANT. 381
A s
< y <
• JE i.
incontinent apres Pafques, avec tous ces beaux Airs
qui entroient dans les di- vertiflèmens de cette Piece quand la Troupe de feu Moliere la reprelenta devant le Roy. Vous devez eftre lafle de lire. Adieu, Madame. Je fuis toujours voftre, &c.
A Paris ce 31. de Mars z678.
On m’apporte un Air nouveau à boire, que je ne puis me réfoudre à vous garder jufqu’à l’autre Mois. En voicy les Paroles.
AIR A BOIRE-
ï,Ju Vim, du Vin, du Vin. Ah, le maudit Laquais !
Voila trois fais que j'en demade.
Que font-ils l où font-ils l je ne les voy jamais. - *
Qtfoy, faut il encor que j’attede*
Vaine parade, vain Bufet, Quevoftre mode eft dlteftable!
Morbleu,morbleu, vive le Ca- bar et,
On y met le Vin fur la Table,
Et chacun boit quand illuyplaift.
Cet Air dont vous voyez icy la Note, eft du fameux Mr Sicard. Il eft à fa ma-
-I . , *
niere, qui clt toujours
Uu <\>u i Ou ^t/iau wuvwvui
f'vot/ la mais cjuopfaut/lencor jue
<voi[ fa mais quoi/faut il encor que
* X •
i| «
table morbleu <viue le (
r.
î boit quant fl lui/ plaid <
loft cjuant jl luyplaid Pt çhaauxboi
tf-H j>| rrU-HWI
\ Duvin duvin . duvinah le maudit layuais voila iroisjois tfue jen Dit vin, , de mande yueJbniJls, ou font fis ie ne tes
i
Du foin duwndtwndivvinahletnauàhlapab ntaudHlofUi
■i— i N I Mi
b T^-y I ■
nn»?/ (a mais cjuoiffaui/i encor auee 1 (attende *\>aine parade vainbtif fet yue'voetre mode est des tes -•
jo/dilsoujbniilr ie ne le/
vaïz/ie ^a:razde vain bnf z{ei<jue vostre /nozde eft dcstes
a
D
0Q
!
j'7 ; N'Hp^T J 1 n ■
votf ja mais yum/faut il encor jue jat : teh dr
*
Z O
morzbleu morbleu <vi:ue le Cabaret Ion y met le vin fur la
1
Cd-baret lontf met lewin sur la table et chazcun
2
bod fLiantfi luuplaid ft chacunboitd chacun boit ejuantflliu/ plaid punxtf plaist
»c
XSJ
•’/l*' **r~”Z r_
' -Ml "M ”a
. GALANT. 383 pleine de feu, & qui ne manque jamais d ’ avoir quelque chofe d’extraordinaire.
F I N.
ON donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le pre-w mier jour de chaque Mois fans aucun retardement. Il fe diftribuera toujours en blanc chez le Sieur Blageart Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques, à l’entrée de la Rue du Plaftre , au prix de Seize fols. Et au Palais à vingt - cinq fols relié en Veau , <Sc vingt en Parchemin. Les dix Volumes qui contiennent toutes les Nouvelles de l’Année 1677. fe donneront toujours au prix ordinaire, c’eft à dire vingt fols en Veau, <Sc quinze en Parchemin au Palais , & dix fols en blanc chez ledit Sieur Blageart.
x Extrait dit Triyileve du ^oy.
' é e > • <
PAr Grâce $t privilège du Roy, Donne S. Germain en Laye le 31,Décembre 16-j
Signe,Par le R<^y en fon Confeil, Junqtures Il eft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizt de faire imprimer par Mois un Livre intituil MERCURE GALANT, prefenté à Monfei gneur le Dauphin, & tout ce qui concern ledit Mercure, pendant Je temps & efpacet! fix années, à compter du jour que chacun deft Volumes fera achevé d’imprimer pour laptei mierefois: Comme auflî defenfès fopt faite a tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & au rr^ . imprimer, graver & débiter ledit Livr fans le contentement de l’Expofant, ny d’ei extraire aucune Piec ™ planches fer vaut l’ornement dudit Livre, e d’en vendre ft parement, & de donnera lire ledit Livre, 1 tout peine de fix mille livres d’amende, i onrifeation des Exemplaires contrefaits, ain que plus au long il eft porté audit Privilège B
Regiftrcfur le Livre de la Communauté le j Janvier 1678. Signé, E.Coûte? ot, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizt a cédé & tranfporté fon droit de Privilège 8 C. Blageart, Imprimeur-Libraire, pour cl joiiir fuivant l’accord fait entr’eux. ■
Achevé d imprimer four tu première fou
■\ • " le jt&M'àri. i ^7/X
*
A PARIS,
AF PALAIS —a . — — • >
A PARIS,
Chez GUILLAUME DE LUYNE, au Palais; dans la Salle des Merciers, à la Juftice.
CHARLES .DE SERCY, dans la Grande Salle, à la Bonne-Foy couronnée.
- r . ... A ■ Y, . t
ESTIENNE LOYSON, dans la Gallerie des Prifonniers, au Nom de Jefus.
CLAUDE BARBIN , fur le fécond Perron de la Sainte Chapelle.
JEAN GUIGNARD, dans la Grande Salle, à l'image S. Jean.
<
THEODORE GIRARD, dans la Grande Salle, à l’Envie.
La Veuve OLIVIER DE VARENNES,danf la Salle Royale, au Vafe d’Or.
CHARLES OSMONT, dans la Grande Salle, à l’Elcu de France.
Dans la Salle Royale, à l’image S.Lo'diÿ,
M. D. LXXVUI.
AVEC PRIVILEGE DV ROT.
:
A
LE
On Je Jert du Mercure
• * a y
I
EPISTR E.
pour avoir accès auprès de
Vous ; puis que cefi un
Ouvrage public , il efi jujle
qu'il favorife l empreffement
que chacun a de vous y faire
Ja cour. Ce qu’il a fait connoijlre
par tout de l'adrejfe
merveilleufe qui vous fait fi
aydlntageufement .réüffrdans
vos Exercices , a donné l'idée
que vous allezyoir. On ri apû
apprendre avec combien de
force & de vigueur vous
monter les Chevaux les plus
difficiles à efire dompte^ fans
s'imaginer un jufte orgueil
dans ces ^Animaux. On les
I
.1
P
EPISTRE.
a fuit parler fur la gloire
qu’ils ont de fervir a mous
inftruire, Cÿ par une figure
dont l'ufage mous efi connu.
Voicy, ^MONSEIGNEUR,
en quels termes ils doivent
s'efire explique^.
Nous fommes deftinez pour
former un grawd Prince
A porter au Combat de redoutables
coups-
I! n’eft point de Cheval de Cour
ny de Province,
Qui s’ofe comparer à nous. •
Noftreforteft fi beau,qu’aucun
fort ne l’égalej
• • •
a nj
EPIST.RE.
Nous fommes faits d’un poil & d’un fang éprouvé;
Au célébré Pégaze, au fameux Bucéphale,
Nous ferions quirer lepavé. g
Le Pégaze languie aux bords de quelques Rives,
Mal propre pour la Gloire, SC mal propre aux Combats;
Depuis qu’il eft nourry par neuf Filles oifives,
. C’eft tout s'il fçait aller le pas.
L’autre avec ce haut prix où nul ne pût atteindre,
N’auroit pûfoûtenir nos regards courageux :
Pour un fier Animal qui nedé- vroit rien craindre,
Qjellehôced’eftre ombrageux»
EPISTRE.
Exempts de ces defauts, & faits
comme nous fommes,
Nous nous reprocherions de
prendre du repos5
Nous avons épuifé les foins des
plus grands Hommes,
Pour eftré dignes d’un Héros.
Qifil eft grand ce Héros! quoy
que bien jeune encore,
Il fçait pour nous domter tout
l’art des mieux appris-
Nous fommes bien trompez, fï
fon Efprit ignore
Quand nous fautons fous Iuy
d'une fougueufe haleine,
Nul violent effort ne le peut
ébranlerI
EPISTRE.
Sans menace & fans coups , il
nousforce,Scnous mene,
Nous l’entendons a fon parler.
Tout autre en le portant, nous
* peze èc nous accable^
Mais les Enfans des Roys ne
pezent jamais trop,'
Sous un fardeau fi cher on eft
infatigable,
Allaft-on toujours le galop.
On fe trouve animé d’une orgueilleufe
adrefle,
Quand on porte le Fils d’un
Pere triomphant-
Duc Pyrrhus en gronder, chacun
de noflre efpece
Vaut bien du moins unElcphac.
EPISTRE.
S’il le faut couronner du gain
d’une Victoire,
A luy bien obéir nous nous efforcerons
}
Quand il nous montrera le chemin
delà Gloire,
Auflitoft nous l'y porterons.
Qaoy que ces Vers ne fuient
pas de moy, j'ay crû, MON-
7
SEIGNEUR, que <vous ne
def tprouverte^pas la liberté
que je prens de les faire paroiftre
icy. Ils font une marque
de l'admiration que tout
le monde a pour Vous, & je
men fais l'interprété avec
EPISTRE.
• ® .*
beaucoup de pluifir pour voir occafion de vous réite- rer les affurances du profond refoeft avec lequel je fois,
MONSEIGNEUR,
Voftre très-humble, tres- obeïllànt,& rres-fidele Serviteur, D,
LEs Vers qui fervent d’Epiftre
à Monfeigneur le
Dauphin, ont efté envoyez
de Bordeaux, & font de Mr dix
Matha-d’Emery, Autheur de
la Gazete Galante qu’on a veuë
dans le Volume de Février.
L’Autheur du Mercure luy
rend icy la juftice qui luy eft
deuë, & allure qu’il donnera
dans peu les chofes qu’il a promifès
dans fa derniere Lettre.
La matière de la Guerre l’a
mené fi loin, qu’il n’a pu tenir
parole dans celle-cy. Il prie de
nouveau ceux qui luy font
l’honneur de luy écrire, de ne
AV LECTEVR. fe point plaindre de fon filence, 11 a tant d'occupation dans toutes les heures du jour, qu’il doit eftre difpenfé défaire Ké- ponfe. Ce travail demanderoic plus de temps que le Mercure, tant il reçoit de Lettres de tous coftez. Les Enigmes faifant le divertiïTement de beaucoup de Compagnies, il fera obligé à ceux qui les ayant devinées, en voudront bien garder le fecrcc Jufqucs à la fin du Mois, llspu- blient ce qu’ils ont trouvé, 6c il fe pourroit faire que d’autres fe ferviroient de leur fens pour l’envoyer à l’Autheur, comme s’ils l’avoient trouvé eux-mef- mes. Moins le nombre des De- vineur$.fcra grand, plùs on aura de plailîr d’avoir rencontré le
AV LECTEUR.
Mot. On a déjà fait connoiftre qu’il y a beaucoup de Lettres &, de Mémoires dont on ne fe fert point, parce qu’eftant fort difficiles à lire, on n’a pas le temps de les déchifrer. Il faut prendre garde fur tout à bien écrire les Noms propres. Ce manque de précaution a fait déjà faire beaucoup deplaintes pour des chofes qu’on a efté obligé de réparer dans les Volumes fuivans.
Quand on a commencé à travailler au Mercure, non feulement les Figures n’y eftoienc point employées, mais on ne paflbic point neufou dix feuilles d’Impreffion. Il vient prefen- tement des matières en telle abondance, qu’on a eftc con-
AV LECTEVR. traint de 'le groflîr de moitié, afin de fatisfaire le public. Toutes les chofes qui y font gravées eftant faites avec tant précipitation3demandent qu’on employé beaucoup de Gens & d’Ouvriers tout à-la-fois pour le renir toujours preft à jour nommé. Il eftimpoflible.de retrancher les feuilles qui le grof- fïiïent, à caufe de la quantiré d’Articles confidérables dont J’Autheur cft accablé tous les M ois. C’eftcequi le met dans l’impuiflance de le continuer le .Mois prochain que fur le pied de trente fols relié en veau , de vingt-cinq relié en parchemin, & de vingt pris en blanc chez le Sieur Blageart fon Imprimeur 5 mais il aflïire que quel-
tAV lectevr;
que dépenfe qu’il y fade à l’avenir, comme il n’épargnera rien pour donner de plus en plus quelque chofe de curieux pour les Graveures, il n’en augmentera jamais le prix, qui n’eftque fort médiocre pour un Livre de cette gro fleur, quand mefme il n’y auroit aucune Figure, en comparaifon de ce qu'on vend ordinairement les Livres pour lefquels il y a la moitié moins de dépenfe à faire. tèV-. ÿ
On croyoit donner V Extra- I ordinaire 15. d’Avril; maisles I Feftes de Pafques qui appro- 1 client, & qui empefcheront les Ouvriers de travailler , font caufe qu’on le remet au 26. Il . 1 contiendra trois fois autant de maùere qu’un Volume du Mer-
av lectevr; cure -, &c cela ne doit pas eftre' difficile à croire, puis qu'il fera & beaucoup plus gros, & d’un plus petit caraclere. On y trouvera mille chofes curieufes, dont on ne veut point avertir le Le&eur , afin qu’il foit plus agréablement furpris. On y verra que la France n’abonde pas moins en Gens d’Efprit, qu’elle fait en Braves. Tous ceux qui ont écrit touchant le Mercure, & les Ouvrages qu’il a recueillis depuis fon commencement, y ont intereft. Le Public fera étonné des Figures qu’il y verra, & des dépenfes extraordinaires qu’on aura faites pour les y placer. On y trou. : vera dequoy s’exercer l’rfpric avec autant de plaifir qu’on s’en
F
AV LECTEVR. fait à developer les Enigmes, & on peut croire par la qu’il y aura beaucoup à profiter. On promet qu’on y fatjsfera entie- rement ceux qui prefient l’Au- theur depuis tant de Mois fur le Chapitre des Modes. On ne fe contentera pas d’expliquer en quoy elles confident, on ad- joutera des Graveures qui les reprefenteront aux yeux. Enfin ce Livre fera galant, curieux, plein d’érudition, profitable pour former l’Efprit, utile au Public par quantité de chofes. & glorieux à la France. On ne le vendra qu’un Ecu en veau, cinquante-cinq fols en parchemin , & cinquante en blanc, chez ledit Sr Blageart. Quand PAatheur n’y trouvepoitque le 1' 7 • è
AV LECTEUR.
rembourfemenr de fes frais, il fe
tient fi obligé au Public, qu’il
veut bien contribuer de fes
foins tous les crois Mois â kl
fatisfadion qu’il aura d’apprendre
combien les Provinces renferment
de beaux Efprics qu’il
ne connoit pas.
Table des Matières principales
contenues en ce Volume.
A,Trant ■_propos, page l
Lettre de Bretagne y contenant
plu fleur s Nouvelles de cette ‘Province^
5
Echange de T'rîjonniers faits en (fatalogne
apres laBataille d* Epouille s y\l
Lettre de M.*D. T. a Mademoijelle
T.7). tueflée de Trofe & de Ners* 14,
±Air nouveau, dont les Faroles font de
Madame léesboulieres* xq
Mariage de M, le (fbeV aller, d'Aubigne\
de Madem. P tetre,
Nouvelle Avant are de l Opéra,
Monjieur de LauVelle ejl nommé au
Gouvernement de Hatn apres la
mort de M. de 7{iberpre\
Mariage de M. le Marquis de G cuira
B ru lard aVccMadem.d EjpeVilîc G
Loterie Galante* 61
• •
' r- M
29
78
TABLE.-
>, •Wl'^
V Amour fans partage, £6
Lettre de /’ Academie de So/ffons à
M. le Chancelier, y y
LC uy elles Academies de Eeaux Ef prits,
Le Won Mary, (fonte die ayec des entr - a Fie s de Muftque, reprc(entece (far- nayal cbe^une'V apte de Qualité , 84 Welle ambition de bien dancer> 85
Tolice admirable, 86
Voûtes les T articulante^ dit Mariage dit T rince Charles dl Lorraine ayec
Z* Loüairiere de Pologne' 8 S
Air nouveau, 1 o £
Relation de la (fayenne, de laprtfi du
Fort d'Orage, de Z' Lfle de G oréé, &de ce qui Le fl p a fée' à L'abago, ayec toits lesNosdbsOjfciers desVaif]eaux
Les Arts de V LLom me d'épée, ou le D iclionnaire du Gentilhomme*, 1.72
Lfiflaire de Laponie, >7$
Mir age de M. le Vicomte de T au le & rie Madame de S. d&is une Lettre meflée de
de Vers de Madame la Vigtdere
L. d'Alby> 136
Lfypolite, Tro/e egp
TABLE.
Sacre de ALl'Cyefqne de ‘Tiennes >
Alort de AL. Tarit (finfeiller de la
Grand' Chambre y ba ‘Réception
Teux Efitapbes d'une Femme morte
d'amour pour fin Mary, 19 ç
Lfijlolre de la Tame embourbée, 19S
F fie Galante de AL. de Fer duron
Figuier General de Montpellier 21 j
Mort de AL. de Lattnoy^ 211
Mort de AL. de Lfaujjbn'ville Comte
ALort de .Madame la Mar qui fi de
Fers de M.de F a Inay^ à Madame >2^
Trife de pofififfion de la Ficeroyauté
de Sicile far M. le ALareJlhal Tue
de la Feiiillade, 14.1
AL le Comte deTallard eftrecett a Grenoble
Lieutenant de T^oy de Tau*
fbiné, 14 C
Les Lettres de (fiance lier de M. le
our des
XjQ
T A B LE.
Ef.de Gi\ry eft four^eu far Sa Ma- j'efté de la L ieutenance de 7f>y de la (fitadelle de Mets, 2 J1
Mariage de Mademoiselle Ch are ton, CF de M. d'Mi liai n , Confeiller an T arlement ^Seigneur deEaroges, 254, Taroles Italiennes de M.Me'nage, notée sa T^otne, 257
Siégé de Gand, a\ec toutes les ‘Particularité^ Profil CF T la n de la T lace, a\ ec toutes les A ttaques, 161
Lettre du foy à M. le Marefchal'DuC de T7illeroy, '352
Dialogues, Madrigaux, Sonnets, logigrammes fur la frifie de G an d, 342 Sxflication en Mers de la fremiere
Enigme du dernier Molume,ayfecles IComsde tous ceux qui Iont dey i née* 3f9
Sxflication en Mers de la fécondé Enigme, far M le Comte de Clijfon, ; 1 aVec les Moms de tous ceux ’ dey i né les deux,
Enigme, Autre Enigme^
qui ont
3^9
37 o
TABLE.
Pitierfes Explications données à l'E- nigme deTandore, yjt
Explicat ion en Eers du "véritable mot* faite par M. Tlpbe^ 373
ddedee^ Enigme, yj-j
dP i'vertijfèmen s donne^ & promis au Public,
xiir d Poire de dd. Sicard,
• 379
Fin de la Table.
a4vis fourplace ries Figures.
L’Air qui commence par, Le coeur
tout déchiré par un fecrct martyre,
doit regarder la page 17.
L’Air qui commence par, Je ne
rcconnoy plus ma charmante Lizette,
doit regarder la page ioç.
Le Plan de l’Ille de Gorée doit regarder
la page 153.
Le Plan de Tabaço doit regarder
la page 163.
L’Air Italien doit regarder la page*
257«
Le Plan dejpand doit regarder la
page 319.
L’Enigme en Figure, doit regarder
L’Air qui commence par, Du Vin,
du Vin, doit regarder la page 382.
mes foins à
M ’ m’informer exa- élément des Nouvelles, ne fuffifent point. Il fe paffe toujours bien des chofes dont je n’ay point d’affez prompts avis pour vous les pouvoir mander dans le temps, éMars. A
Une Lettre d ’ obligeans
reproches qu’on m’aporte
prefentcment, vous le fera
voir. Lifez-la, Madame.
Elle vous aprendra ce que
vous auriez de'ja fçeu, fi jç
n’avois pas moy-mefmc
ignore ce qu’on m’e'crit.
3
POUR.
L’AVTHE VR
D U
MERCVRE
GALANT.
Pparcmment, Monfieur^,
mous n ' asue^ point de
correfyondance en Bretagne,
puis quevofire Mercure,dont
tout le monde vous efi fi obli*
gé, ne nous a rien dit encor
du Mariage de M' le Comte
de Rjeux. Il méritait bien.
I A ij
d'y avoir place. Le Nom de
Rieux eft trop illustre pour
ne vous eflre pas connu ; Cÿ
celuy dont je vous parle en
foûtient la gloire avec des
avantages fi particuliers3 que
je juge aifément du plaifir
que vous ruons feriez fait de
luy rendre la me fine jufiice
que tant d'bonne fie s Gens
reçoivent de vous. Il a époufé
Mademoifelle de la fiuliennée^
qui edi de tres-bonne
Maifon3 gÿ riche de deux cens
mille êcus. Le Mariage s'efl
fait a Rennes, où Madame
la Marquife de Coetlogon efi
morte depuis peu. Elle ejloit
Femme du Marquis de ce
nom, Gouverneur de Rennes,
& Lieutenant de Roy en Bretagne.
Cette Dame y e si fort
& fa bonté, ne la rendotent
Pas moins conlidérable aue
fes ricbejfes fa naijfance.
Elle a eu la fatisfaciion de
<voir avant fa mort tous fes
En fans très - bien établis.
Mr le Marquis fon Fils esl
reeyu en furvivance, Cÿ s'eft
tion dans les Armées de
Flandre & d ‘ Allemagne'.
A iij
6 MERCVRE M'ï Abbéfin autre Fils, eft DoEleur de Sorbonne, ri a
J
pas moins de pieté que de Jcience. Le Roy luy adonné l'Abbaye de Begarre. Madame la Comtefe de Tourne- mine-Hunaudcis , eft fa Fille ai filée 3 & Madame de Ca- voye, qui a efté Fille de la Reyne, ejl fa cadete. Elles fuivent toutes deux les Cxem- pies de vertu que leur a toujours donnes^ Madame leur Mere. SMonfieur TEvcfque de Quimper leur Oncle, eft Frere de SM" le Marquis de Coetlogon, aujfi-bien que le j
GALANT. 7 Chevalier qui porte ce Nom, & qui eft Capitaine de Vaif- feau à Meffine* Il y a, fou- vent fait parler de fa bravoure. On ne s en étonne
point. Elle eft comme naturelle a ceux de cette Maifon. Vous voule^bien, Monsieur, que j àdjoûte icy qu’on a efté furpris que dans voftre Mercure du Mois d’OEiobre, vous naye^fait aucun Article des Etats tenus en Bretagne, ou CMonfieur le Duc de Chaunes a fi bienfervy le Roy, gÿ conservé les Privilèges de laPro- vince. Tout le monde fait
4
• • • •
A nij
combien il y eft refpeclé
honoré. Cette Ajjemblée fut.
un peu moins remplie de Di-
‘vertijfemens qu'à l’ordinaire,
à caufe de la maladie de Madame
la Duchejfe de Chaunes,
pour laquelle on a en Breta-,
gne une confidérâùon très-,
particulière. CMonfieur le
‘Duc de la Trimoüille préfida
à la Noble [fie avec beaucoup
d’aplaudijfement. Monfieur
ï Esvefque de Saint Brieux y
charma par la force de fon
éloquence, & tenoit une Table
aufli délicate que magnifique.
Monfieur l'Ewfque
-£ JL 9
de Rennes parut pour la première
fois dans cette Ajfemblée,
& mérita l'eflime de
tout le monde par ces maniérés
obligeantes qui femblent
attachées à tous ceux de l' 11-
luflre Maifbn de Lavardin.
Si je vois, Monfieur, que
mes avis vous joient utiles 3
je continueray à vous faire
part des Nouvelles de cette
Province, le fuis3 &c.
Les Complimens que
Monfieur l’Evefque de
Saint Brieux a faits depuis
ues mois au
laReyne, & à Monfieur,
font fi eftimez, qu’il ne
faut point d’autre preuve
de la force & de la délicatefle
de fon Efprit. Vous
fçavez, Madame, que ce
Prélat eft Neveu de feu
Monfieur de Perefixe Archevefque
de Paris, & Frere
de ce Brave de la Ho^uete
O
qui à la tefte desMoufquetaires
entra des premiers
dans Valenciennes. Vous
vous louvenez que les avannous
eûmes la
derniere en
ent fuivis de la
tages que
Campagne
Flandre, fu
Vi&oire que nous remportâmes
en Catalogne au
Combat d’Epoüilles. On
y fit plufieurs Prifonniers
de part & d'autre, & Monfieur
le Marefchal Duc de
Navailles ayant reçeu ordre
d’en faire l’échange,
nomma aufii-toft M1 Héron
Commiflaire ordinaire
des Guerres, ayant le Département
du Rouflilloni
&Mr de laRibertiere, Major
de la Ville & Citadelle
de Perpignan. Le premier
eft unePerfonne d’un mérite
extraordinaire, & fans
aucun intereft que celuy
de faire fa Charge avec
honneur, & d’obliger tout
ce qu’il y a d’honneftes
Gens. L’autre eft un vieil
Officier, qui en diférentes
occafions a donné des marques
de fon zele & de fa
valeur. Tous les deux s’eftant
rendus à Figuieres
avec un Paffieport de Mr le
Comte de Monterey, travaillèrent
quelques jours à
cet échange, & vinrent en
fuite l’arrefter à la Jonquieres,
où il fut figné de
Meilleurs les Commiffiaires.
Autre Article arrelté dans
une folemnelle Aflèmblée.
La Lettre que je vous envoyé
vous l’éclaircira. Elle
eft écrite par un galant
Homme, dont une fort aimable
Fille a touché le
coeur. 11 l’avoit veuë difpofée
à luy donner & à recevoir
de luy un Nom qui
répondit!: à l’eftime particulière
qu’ils ont l’un pour
l’autre, &: c’eft là-defliis
qu’il prend occafion de
feindre ce que vous allez
voir.
E TT
DE MONSIEUR D. P.
A MADEMOISELLE P. B,
L y a longtemps que je
niennuye de vous appeller
Madeinoifelle, & d‘eslre
traité par vous Monfieur.
le fuis ravy que vous vous
fye-z^ aufll ennuyée de ces
noms, &<vous ave-^efié heureusement
intyirée de m 'en
chercher un moins fierieux.
A dire vray, ce terme de
Monfieur tient un peu trop
GALANT, i? du reffeÏÏ, & 'vous pouvez le perdre hardiment pour moy, pourweu que 'vous con- fentie\ a le remplacer par quelque fentiment plus a- greable. Vofire embarras fur ce changement de noms, <ve- noit de la difficulté de m'en choifir un qui fufi joly, & point trop tendre. C'efioit ajfurément une affaires
Mais enfin tout eft termine, Je m’en vay vous caufer une fur- prife extrême,
Ce Nom que vous cherchiez, l’Amour me l’a donné.
Quoy l’Amour? oüy l’Amour luy-mefme.
Qui fe lefuft imagine?
Sans” douce on ne s’attendoic
guere
^ue dans voftre confeil vous
' dufliez l’appeller,
M ais le Fripon fait bien plus
d’une Affaire
Dont il n’eft pas prié de le
rnefler.
gage que vous vous prépare^
déja a le defavoùer de
ce qu'il a fait ; mais je vous
ajfure qu'il en a fort bien ufé,
& vous fçave^ auffl- bien que
moy qu'il a plus d'égard pour
(vous que pour aucune Perfonne
du monde. Voicy comme
cette négociation a efte
traitée.
.Quand il fçeut que vous
vouliez* bien recevoir un
nom, & m’en donner un, il
afiembla tous fes petits Frères
les Amours pour délibérer
là dejfus. Il leurpropofa
d’abord qu'il esloit temps
que nous quitaffions les noms
JfMon(ieur£ÿ deMademoifelle.
On apporta IcsRegifires
de fes Conqueftes^ on Je mit
à les feuilleter. Les Rcgifires
des Conque fie s de F Amour,
vous vous imagintZ-bien que
ce doivent eftre force Billets
galants de toutes les manières.
On trouva, dans les plus
CMars. B
j8 mercvre anciens les noms de Mon Soleil cÿ Ma Chere Ame, Les Amours s éclatèrent de rire.
7
Cependat,nevous endéplaife*
Ces Noms furent trouvez fore tendres & fort doux
Par quelques Amours portans fraife,
Dont nos A yeux fencoient ja- dis les coups.
Ils regretrerent fort l’antique prud’hommie
Qui ne parole plus das nos ans, Et les mors emmiellez de M'a- mour^Ae Mamie,
Dont on fc fervoic au vieux temps.
GALANT. i9
On trouva en fuite dans des R egiftres plus modernes, Mon Cher &Ma Chère-, la-dejfus
Un gros Amour au teintfleury, Qui ne connoifloit point de Beauté rigoureufe, Qui,defolides mets s’eftoit toû- jours nourrv,
Er qui fçavoit duper le plus jaloux Mary,
Et la Mere la plus fâcheufe, Cria tout haut ; Mon Cher Sc Ma Chere font bons,
Ils expriment fort bien, ils font dubelufage,
Pourquoyfeüilleterdavatagej Ordonné qu’on prendra ces Noms.
20 MERjCVR
Tout-beau, luy répondit cer»
tain Amour fevere,
Nos Amans n’en font pas encor
où vouspenfez.
Quoy , viendroient.ils fi-tofl: à
Mon Cher SC Ma Cherei
S’ils y viennent un jour, ce fera
bien afiez.
Vravment, fi j’en eftois le
Maiftre,
Repliqua’le premier, ils double-’
roientle pas,
Vous diriez qu’ils ne font que de
s’entreconnoiftre,
CesAmans-làn’avancentpas.
^Malgré Vavis de cet Amour,
on continua à feuilleter.
On lût les noms de Mon
Berger & Ma Bergerc. C'efl
GALANT. .21 dommage,dit-on, qu’ils/oient trop communs, car ils font fort jolis. En mefme temps on entenditla voix d’un petit Amour, qui dit prefque tout- bas , il y a remede à cela. ■ On fe tourna vers luy, & on le vit qui tachoit a. feperdre dans la foule des Amours où il sefioit toujours tenu caché. Mais on l 'en tira pour luy demander qui il efloit. Il nefioit connu de perfonne.
Saphifionpmie eftoit fp.iriraellc, Le teint fort beau, l’oeil lan- guiflant êcdoux,
La taille petite, mais belle,
En un mot tout fait comme
vous.
Fort timide, car de fa vie
Le pauvre Enfant n’avoit paru
publiquement^
Il rougit en voyant fi belleCompagnie.
Et fa rougeur avoit de l’agrément.
Il dit que oue cflie^fia
Mere s mais que comme cela,
eftoit fiecret, ilprioit fies Freres
les Amours de rien rien
dire, que fi on luy lai/fioit
le temps de reprendre un peu
fies efiprits, il nous donnerait,
d tvous gÿ d moy s entend,,
un nom dont nous aurions
GALANT. faetd'efîre fais faits-. Si-toft qu ilfe fut remis, il adjoût& qu’ il faloit que vous map- pellafie^ Mon Berger, ez/ lu vérité, pourfuivit-il, le nom eft commun, comme vous l'ave^ déjà remarqué, mais voicy le moyen d'empefcber qu'il ne le fat. Il ne l'appellera pas fa Bergere, mais fa Mufette, Çÿ alors Mon Berger gÿ Ma Mufette feront des noms nouveaux. Ma Mufette ? s'écrièrent les Amours. Oüy, ma Mufette, reprit il d'un petit air un peu plus ajfuré. Ma Mere eft
7
*
24 MERCVR
eft une <vvaye Muftette.
Elle eft toute prefte à charmer Et d’elle.mefme elle a tour ce qu’il faut pour plaire,
Mais un Berger eft neceflaire,
Quand il s’agit de l’animer.
Si mon avis, Amours,eftoit fuivy du voftre,
Je croy qu’il faudroit obliger
Et la Mofette & le Berger
A certains devoirs l’un vers
- l’autre. .
Le Berger ne dira rien d’amoureux, de doux,
Sicen’eft avec fa Mofette:
Elle diftinguera fon Berger entre tous,
Et pour tout autre elle fera muette.
Déplus quelque tendreChan- fon,
GALANT.
Que le Berger à fa Mufette infpire,
Elle ne fe pourra dilpenfer de la dire,
N y de le prendre fur fon ton.
7<
7
On fut aff'gfatisfait de la Harangue du petit Amour; & tous Le* Amours fe fépa- rerent apres avoir réfolu qu on vous propoferoit le nom de Mufetre , a moy celuy de Berger.
Si vous acceptczje voflre3 fanges,je vous prie, que le Berger voudroit bien que fa Mufètte ne fe fi fl point employer a des Cban/ons trifies éMars. C
7
26 MERCVRE ny plaintives ,mais feulement à celles ou l’on marque fa re- connoijfance à l'Amour.
7
Quelque agréable Clian- fon que la Mufete faife retentir , elle aura peine à égaler ces belles Paroles de l’incomparable Madame Deshoulieres. Elles ont efté mifes en Air par un Homme de qualité de fes Amis. Vous m’en ferez fçavoir voilre fentiment quand vous en aurez appris la Note.
uvuu ùoj mqfy jnouq) }in<xbçvmu>
X
T i ' *1 ■^hf1 1' -----1----- r
j—M-- îte= , 1
K X
LcCceurlaiLdùichire par^nÇfcret martire demande *point Cbnonrff.Jouston tiran
yael ÿtte Jour tour pour p t/mr fbn Cbne Orqaeiueiu
S h 1 wr.-w*mw
■■■ras ■■k.iaiM v r p^rcn’T i
-
? 1 1 kJ <—h-|ïj
L
de lez ter:/ici affront
— 6_______É_L±J Z_
cji'al fait a mes attraits norme point contre lui/ ta /nain ^iczto zri : case
6,5 ;
r 11'>
luy ta main ^ic-to zri zcuse
GALANT. 2.7
AIR NOUVEAU.
T
âvj E coeur tout déchiré far un fccret martyre,
le ne demande point, Amour,
Que fotüs ton tyrannique empire L'infenfble Tirfis s'engage quel- que jour.
Pour punir fon ante orgueil!eufe T) cl'éternel affront qu'il fait à mes attraits,
N'arme point contre luy ta main viElorieufeS
Sa tendreffe pour moy feroit plut dangereu(e
Que tuu<s les mauxque tu me fait!
Le Mariage de Mr le Chevalier d’Aubigné, Gou- O ’ -4
C ii
verneur deCognac, & Frere
de Madame de Maintenon,
ne s’eft point fait avec la
Perfonne que je vous nommay
dans ma Lettre du
Mois de Décembre , & il
a e'poufé Mademoilelle
Pietre fur la fin de Février.
Elle eft Fille unique de feu
Mr Pietre, Procureur du
Roy de la Ville, & Niece de
Mr le Clerc, Seigneur de
Chafteau des Bois, Gentilhomme
ordinaire chez le
Roy.
Les Avantures continuent
toujours à naiftre
GALANT. 29 aux Reprefentations de l’Opéra. En voicy une qui mérité bien que vous la fçachiez.
Trois Dames de qualité', belles, fpirituelles, & d’un cnjoüement à charmer, apres avoir écoute' pendant tout un jour les douceurs de force Amans qui leur rendoient des foins allez affidus, tombèrent le foir fur leur chapitre-, & comme elles cherchoient moins à faire intrigue qu’à fe divertir, elles plaifanterent fur leurs diférentes décla-
C iii
rations, & fe firent confidence des proteftations les plus emprefiees que chacune d’elles en recevoir. C’eftoit en tous une fidelité inébranlable, des fer- mens de manquer plutoft de vie que de confiance, & une affurance fi pofitive de n’avoir des yeux que pour ce qui caufoit leur attachement , qu’à les entendre, ils efioient les feuls qui eul- fcnt encor fiçeu aimer. Les Dames qui ne fepiquoient pas d’efire fort crédules, prenoient tout cela poux
• -
quoy quelles pûflènt avec
raifon attendre beaucoup
de leur mérite, elles fe défioient
allez des Hommes
pour eftre perfuadées qu’il
n’y avoit que des paroles
dans tout ce qu’on leur
proteftoit. Sur cette penlée,
elles fe firent un plaifir
fie l’éprouver, plus pour
jouir de l’embarras où elles
prétendoient mettre leurs
Amans, que pour les croire
capables de tenir bon contre
une Avanture. Parmy
le grand nombre d’Ado-
C iiij
MERCVRE rateurs quelles s’eftoient faits, elles en choifirent
cinq qui leur avoient paru les plus enflâmez, & ayant imaginé un Billet de rendez-vous, elles empruntèrent
une main inconnue
pour l’écrire , & le firent tenir le lendemain à chacun
des cinq dont elles vouloient tenter la fidelité. Le Billet eftoit con-
çeu en ces termes.
IL y a longtemps que je cherche quelque occafion fu^vornble3 où je vous puifje
.5
GALANT. æ ff faire connoiftre l'eftime particulière que ] ay pour vous,- mais un Mary qui m'obfede rompt toutes mes mefures. f'ejere neantmoins pouvoir me dérober demain Mardy pour quelques heures, J'i- ray a L'Opéra aux troifîémcs Loges, du collé de celle du Roy, & nauray qu'une Suivante pour compagnie. J’y jeray en Cape, un Ruban couleur de feu à ma Coife, & un fur ma telle entre mes Cor- netes. Oblige^ moy de vous y trouver. Peut-eftre ne vous repentirez vous point de vos pas.
7
Ce Billet rendu feparé- ,
ment aux cinq Cavaliers,
fit l’effet que les Dames
avoient attendu. Ils eftoient
naturellement allez
fatisfaits d’eux-mefmes, &
ce Rendez-vous offert justifiant
l’eftime qu’ils faifoient
de leur mérite, ils
réfolurent tous d’en profiler.
Le jour venu, les Da- q
mes allèrent à l’Opéra en.
habit fort négligé. Il ne
leur falloit point un plus
grand déguifement pour *
les cacher, car elles eftoient h
ordinairement fort ma<mi>
D
GALANT. 37 fiques. Elles fe firent mener aux troifiémes Loges., Je ne fçay, Madame, fi vous fçavez que ces Loges n’efiant point féparées les unes des autres comme les
premières, font une efpece de Galerie où chacun prend telle place qu’il veut, avec entière liberté de s’y pro- mener. Les Dames en occupèrent l’entrée, & portèrent a l’autre bout deux Demoiïèlles Confidentes de l’intrigue. L’une avoir
O
le Ruban couleur de feu .qui eftoit marqué par le!
36 mercvre
Billet, & on euft eu peine àchoifir une Personne plus propre au Rôle qu’on luy donnoit à joiier. Les Cavaliers fuivirent de près. Le premier eftant fur le point d’entrer, apperçeut le Carroflè d’une des Darnes
qui retournoit vuide. Il en demanda des nouvelles à un Laquais, & fe crût obligé à des précautions extraordinaires, quand il apprit quelle & fes deux Amies eftoient enfemble à l’Opéra. Il eftoit queftion de fe cacher
GALANT 37
d’elles, & il n’eut pas à refver
longtemps aux moyens
d’en venir à bout. Dés les
premiers pas qu’il fit en
entrant, il apperçeut un
des Intéreffez au Rendezvous.
Celuy-cy croyant en
avoir efté reconnu, olle un
Manchon dont il fe cachoit
d’abord le nez, & plus par
vanité que par confiance,
luy découvre le fujet qui
l'obligeoit au déguifement.
C? O Pour preuve de la bonne
fortune qui l’attendoit, il
luy montre le Billet de l’inconnue,
& luy recomÿ
ME&CVKE
mande de n’en point parler.
L’autre qui en avoit
reçeu un tout femblable,
ne doute plus de la pièce-,
& les Dames qui font de û
bonne heure à l’Opéra, luy
faifant juger que c’elt d’elles
qu’elle vient, il veut
s’en tirer en habile Homme.
Il fouhaite bonne rencontre
à celuy qui le croit
heureux, s’en lépare , le
laifle aller, vifite l’Amphithéatre
&c les Loges balles,
G> 1
& n’y trouvant point les
Belles qui l’ont joué, il
monte aux troifiémes, où
GALANT. 39 H ne doute point qu’il ne les rencontre. En effet, il les découvre en entrant, &les ayant reconnues malgré leur négligence affe- étée, il leur dit qu’ayant p a (le chez e lles pour leur faire une fort agréable confidence , il avoit efté heu- reulement averty quelles eftoient à l’Opéra, qu’il venoit de les y chercher par tout, & que puis qu’il les trouvoit dans un lieu fi
propre à faire naiftre des Avantures, il ne tiendroit qu’à elles de luy voir faire
4o MERCVRE
le Perlonnage d’Avanturier.
11 leur lit fon Billet
en mefme temps. Les Dames
fe mettent à rire. Le
Cavalier en prend avantage
, & leur fait enfin
O T
avouer la piece. 11 apprend
quelle a efté faite à quatre
autres comme à luy, dont
l’un entretient déjà la Belle
au Ruban couleur de feu.
On acbevoit de luy faire
cette confidence, quand il
en voit paroiftre un autre
avec un Manteau d’écarlate
fur le nez. Il fut bientoft
fuivy d’un troifiéme,
rl
G AL A NT. 41 à qui on avoir encor donné mefme Rendez-vous ; &
comme ils ne pouvoient avoir place auprès de la Belle qu’ils reconnoifloient au Ruban marqué, les Dames fe divertifloient agréablement à les voir fe promener embaraffez, en attendant que leur tour fuit venu pour l’Audiance, car la Demoifellequi ne man- quoit pas d’efprit, trouvoit moyen d’éloigner les uns fous prétexte de vouloir dire un mot aux autres pour s’en défaire. Ainfi ^Mars. D
42 MERCVRE
il y en avoit qui fe pro-.
menoient, il y en avoir
qui parlaient, & chacuncroyant
eftre le feul heureux,
attendoit toujours le
temps favorable du tefteà-
tefte. Pendant que la
Belle les amufoit de la lorte,
un de ceux quelle avoir
priez de la quiter un moment,
s’eftant avancé en
refvant jufqu’à l’endroit où
eftoient les Dames, en fut
appelle. Il eftoit d’une
taille aifée à connoiftre, &
il auroit inutilflement voulu
fe cacher. Il fut furpris de
GALANT.
îes voir aux troifiémes Loges; & leurs Habits négligez luy faifant foupçonner du myltcre dans cette Partie, il comprit aux diféren- tes queftions qui luy furent faites, quelles feules luy avoient fait donner le Rendez-vous. Il tâcha à ne fe point déconcerter, & leur dit agréablement qu’il leur eftoit obligé- de luy faire voir l’Opéra à fi bon marché, & en meilleure compagnie qu’il ne F avoir crû. Toute la peine qu’on luy impofa, fut d’aller recon-
D
44-MERCVRE . noiftre un Manteau gris qui s’elloit arrelté à quelques pas de la Demoifelle au Ruban. A peine l’eut-il examiné, que l’appellant par fon nom, il luy demanda la raifon de cet équipage, & s’il avoit honte qu’on le vift dans un lieu où les Gens à bonne fortune efioient fi fouvent mandez. Le Cavalier au Manteau ne pût fi bien feindre, qu’il ne paruft interdit de cette demande. Il donna de méchantes rai- fons à celuy qui luy parloir,
vimLi/aiM i.
& qui le conduifant infen- fiblement vers les Dames, partagea ,1e plaifir qu'elles eurent de fon embarras.
4î
Elles luy firent les mefmes quellions qu’au premier, & leurs éclats de rire qu’elles ne pouvoient contenir, aidèrent à luy faire deviner la mefme chofe. Il
ne leur déguifa point qu’il avoit donne dans le panneau, & leur avoua mefme qu’il avoit trouvé le caractère du Billet tout fem-
blable à celuy d’une Dame qu’il avoit foupçonnée du
fuite reconnoiftre le Manteau
d’écarlate. Celuy qui
en eftoit envelopé avoit
pris place auprès de la Dame,
& profitent de l’erreur
des autres qu’il venoit d’éloigner.
Autre Cavalier
fut député pour la découverte.
Il troubla la confidence
en s’approchant;
& comme il obferva attentivement
les deux prétendus
Amans, le Cavalier qui
commençoit à conter des
douceurs à fon Inconnue,
aima mieux quiter la partie,
GALANT 47 que de laifïèr découvrir qui il elloit. Il fe tira brufque- ment. L’autre le fuivit, & marchant à collé de luy, comme fi ç’euft efté fans deffein, il l’obligea longtemps d’avoir le nez contre la muraille, jufqu’à ce qu’il le réfolut tout-à-coup à fortir des Loges, fans écou- ter les Dames qui l’appel- lerent dans l’inftant qu’il s’échapoit. Leur voix le frapa. Il la reconnut, & jugeant bien quelles n’ef- toient pas là pour le feul plaifir de la Mufique, il
À
48 MERCVRE . voulue fçavoir s’il n’avoit point d’intereft à ce qui les avoit fait monter fi haut. Ainfi il revint un quart- d’heure apres, & fe plaça derrière elles pour les écouter, apres avoir changé de Perruque, de Manteau, & de Chapeau. Ce quilesfur- prit, & qui furprit également tout le monde, ce fut un Mafque qu’il fe mit fur le vifage. Cette nouveauté fît garder le filence aux Dames pendant quelque temps -, mais elles Vexa minèrent de fi près, que la
GALANT. 4ÿ la métamorphofe ne leut fut pas longtemps inconnue. Elles luy dirent quelque cliofe de plailant, qu’il feignit inutilement de ne point comprendre. Il fit de fauffes rcponfes, & voyant qu’une d’entr’elles vouloit ouvrir fon Manteau, afin qu’il ne fuit plus en pouvoir d'e fe cacher, il s’enfuit avec la mefme précipitation qu’il avoit fait la première fois. On attendoit ■le quatrième qu’on 11’avoit pu encor déco T' ’ r toit trouve
livur. Il s’ef- : au Rendcz-
E
To MERCVRE vous avant tous les autres, 8c ménagé de telle maniéré, que làns s’eftre fait remarquer, il avoit entretenu la Belle pendant tout le temps qu elle avoit efté en liberté de l’écouter. Cependant comme il n’eftoit pas d’humeur à s’accommoder de la facilité quelle faifoit voir à prefter l’oreille à tant de monde, & que fon entretien ne luy avoit pas paru aufti fin qu’il 1 ’euft fouhaité, il ne demeura auprès d’elle que jufqu’au troifiéme Aéte de
l’Opéra -, & quelque ordre
qu’il fe fouvint d’aller donner
à fes Gens, l’ayant
obligé de fortir, il fuit reo
. I
connu des Darnes, qui tâchèrent
de l’arrefter. Elles
eurent beau prononcer fon
nom. Il feignit de ne rien
,j entendre, & penla tomber
dans l’Efcalier à force de
fuir. Les Dames en pouffèrent
des éclats de lire qui
attirèrent les regards de
-• toute l’Affèmblée de leur
collé. On joüoit J/zj, &
ceux qui s’y trouvèrent ce
> jour-là n’auront pas de
E ij
il
peine à s’en louvenir. Le lendemain les Cavaliers leur firent vifite. Vous jugez bien, Madame, qu’ils ne furent pas épargnez, & que le Ruban couleur de feu qui les avoit fait courir, fervit d’une agréable matière à la converfation. Ce qu’il y eut de fâcheux pour eux, c’eft que les Dames les reçeurcnt du mefme oeil qu’à l’ordinaire, & ne leur firent paroifire ny colère, ny chagrin de ces fer- mens de confiance violez, pour une fi legere occafion.
GALANTElles
eftoient bien éloignées
de s’en mettre en
peine. Ce font de ces Femmes
qui aiment le monde
fans s’embaraffer d’aucune
intrigue, & dont ceux qui
les voyent ne peuvent efperer
autre avantage que
celuy d’eftrefoufferts.
Je vous ay déjà mandé
la mort de M1 le Marquis
de Riberpré , Gouverneur
des Ville &: Chafteau de
Ham. Vous ne fçauriez
croire combien il y eft regreté.
Il eftoit de la Maifon
deMoüy, & eft mortLieu-
E iij
54 MIRCVRE ,
tenant General des Armées
du Roy. On ne monte
point à ce Polie, qu’on ne
s’en foit rendu digne par
des Aétions d'éclat. Aulfi
M le Marquis de Riberpré
s’eftoic-il fait dillinguer en
beaucoup d’occafions où
fa conduite n ’ avoir pas
moins paru que fon courage;
& fi quelque chofe
peut confoler la Ville de
Ham de la perte qu’elle a
faite d’un Gouverneur qui
luy elloit fi cher, c’eft de
ce que le Roy a nommé
M le Marquis dejauvelle
GALANT.
Commandant des Moufquetaires
Noirs, pour luy
fucceder au Gouvernement
de cette Place. Je ne vous
dernier. Vous le connoiffez,
& mes Lettres vous en
ont entretenue tant de fois,
que je ne pourrais îcy que
vous repeter ce que je vous
en ay déjà écrit. En mefme
temps qu’on m’apprend la
joyeque cette Nomination
a fait naiftre dans toute la
Ville de Ham , on me fait
part d’un Mariage qui s’elt
fait depuis quelques jours
mj
S6 MERCVRE
dans fon voifinale, oùMr O 1 le Marquis de Genlis-Brulard
a e'poufé Mademoifellc
d’Elpeville. Son nom
& fes fervices font egalement
connus. 11 eft Pere
de ces Braves Genlis qui
ont elle' tuez ces dernieres
Campagnes à la telle du
Régiment de la Couronne.
Mademoiselle d’Elpeville
eft de laMailon desBoüelles,
dont la Noblelfe eft
fort ancienne. Elle eft belle,
jeune , & toute pleine
d’efprit.
Avant que de palfer à
GkLMiïT- V7 d’autres Nouvelles, il faut vous avertir d’une erreur, où m’a fait tomber un Mémoire qui ne m’éclaircif- foit pas afTez des chofes. En vous parlant des nouveaux Chevaliers de S. Lazare dans la derniere Lettre que vous avez reçeuë de moy, je vous ay marqué que M' LécofTois de Mon- thelon avoit efté reçeu dans cet Ordre, aulfi-bien que M' Pidou de S. Olon. Ce font deux noms que j’ay confondus, parce qu’on ne les diftinguoit pas aflcz
yS MERCVRE dans l’avis qui m’en a efté donne'. Je vous ay parlé julte au regard de M de Monthelon; mais ilparoift par ce que je vous en ay écrit, qu’il s’appc'le Lé- coflois de Montiielon, & ce font deux Perfonnes di-
férentes, M Lécoffois ef- tant Capitaine dans le Régiment de Normandie.
Il y a quelque temps qu’on me fit aulTi apperce- voir que dans ma Lettre du Mois de Septembre où je vous ay parlé de la prife du Challeau de Dimercn-
G AL ANT., w ken, je m’eftois trompé au nom de M d’Enonville
Colonel du Régiment des Dragons de la Reyne, qui y fut envoyé pour en chaf- ler la Garnifon, & a celuy deM deCourcelles qui luy mena deux cens Hommes
d’infanterie par l’ordre de Monfieur le Marefchal de
Crequy. Ce nom d’Enonville elE mal écrit. Il falloit
vous dire, M le Vicomte de Denonville, qui eft d’une Maifon confidérable de Beauce, & connu pour un des bons Officiers de
fo MERCVRE l’Armée. Ce ne fut point Mr de Courcelles qui luy mena du Secours, mais M deCouvrelles, Gentilhomme de l’Ançoulmois. 11 O
cftoit Major d’infanterie de l’une des Brigades de l’Armée. Il fera difficile, Madame, que je ne tombe pas quelquefois dans des fautes pareilles à cellcs-cy. Ne me les imputez point,, je vous prie. Si dans les Mémoires que je reçois, on prenoit- foin de bien écrire les Noms, je n’aurois jamais à me retraiter.
GALANT. 6r
Je ne vous ay point parlé des Loteries qui fe font tirées dans les derniers jours du Carnaval. Vous fçavez que c’eft un divertiffement qu’on le donne icy tous les Ans, mais vous n’auriez peut-efire pas crû qu’on en pull faire une purement galante. Cependant elle s elf faite le dernier Mois. On fit des Vers pour plufieurs Belles d’un Quartier, & ces Vers ayant du raport avec l’état préfent ou de leur coeur ou de leur fortune, on voulut voir de quelle
maniéré le hazard les dif. tribu croit. Il y a de l’efprit en ce nouveau genre de Loterie ; mais comme elle cil trop particulière, & que les Billets ne peuvent*eltre entendus que des Perfon- nes intérefle'es, je me contente de vous en envoyer trois ou quatre pour vous faire juger de tous les au, très.
Billet povrCandace.
\_^Andace,voflre heure eAvenue, Y ores aüer^aimer comme il faut. Vn Amour tout dt flàme a paru dans la nue,
GALANT. 63 Qui va de vojlre coeur effacer le de^ faut.
Il n'efl p as encor heure indue, Mais vous auriez^ mieux fait de commencer plutoff
Billet pour Iris.
\vous efiiezencor Enfant,
Il vousffouvient que voflreMere Vous dèpeignoit l'Amour comme un affreux Géant
Qui ment oit a un coeur l'averfon entière.
Mais depuis qu un Amant bien fait vous afçeu plaire,
L'Amour pour vous, Iris, n'a rien de dégoûtant,
Et ce Géant affreux dans les yeux de Severe,
He vous épouvante plus tant.
Billet pour Alcefte.
y Ous lai fierez^ p a fier les plus beaux de vos jours}
Alccfle,[ans qoüter les doux fruits des AmoursS
Et quand vow vous verrez^ plus avancée en aqe^
Vous enragere^tout debon^
Et ferezpeut-eftr.e moins fa^ Quoy qu'on le fait alors, ou bien jamais dit-on.
Billet pour Diane.
O / vousvoulez^ueiovoits aime* Diane, aimez^ c eft leplus court. Ce rieft plus à prefent qrion court Apres une rigueur extrême *
On ne voit plus de ces Gens à teint blefine*
GALANT. «5
S'attacher tant auprès d'un Objet
fourd
Qui, laijfe foùpirery & ne fait pat
de mefme.
JDiane, aimez, c efl leplus courty
Sivouwoulez&ue l'onvorie aime.
Il eft naturel de vouloir
eftre aimé pour aimer, &
c’eftlà-deflus que font faits
les Vers qui fuivent.
éMurs,
1 66
SANS PARTAGE.
A
Oae demande*., Iris,
pourquoy je vous
évites
C effets de voue en
étonner.
Voue ave\miSe appas, mon
coeur va trop vifte
Quand il s'agit de fe donner.
JLa liberté me plaift, & voue eftes
aimables
le crains le pouvoir de vos yeux. *
Malheur a qui les voit S on affure
entoue lieux, (b le.
Qvjls ontfait plue d'un Mi feraQuoy
qu'ils femblent promettre à
qui voudroit s offrir*
Comme vous avezf 'ame fiere,
il faut en voeu aimant s'apprêtera
fouffrir.
Ctn'efl peint là mon fait* voeu efies
meurtrière*
Etmoy* j'ay çrâd'peur de mourir.
Mourir pour vous fans doute efl un
fort plein de gloire*
Qui porterait mon nom à la Pofte^
rite**
Maie enfin j'aime à vivre ailleurs
que dans iHiftoire*
Et ne fuis point jaloux de l'Immortalité.
Vn jour peut-eftre* à voue-mefme
contraire^
* ÿ
68 MERCVRE
Vous plaindriexynon tri/le fortl ”
Vous vous reprocheriezyojïre hu*
meurtrop fevere,
Mais cependant je ferais mort.
Voulez-vous de mes vaux vous
ajfurer l ’hommage ?
Ne me refufezfoint une tendre
* pitié, .
Quitez<*tte froideur qui fied mal
à v offre âge,
Vous en vaudrerynieux de moitié.
Le plaifir en efl-ilplus doux?
Croyegymoy^ belle Iris^ le plus léger
martire
Fait entrer ï Amour en couroux.
Fn le chargeât de rudes chaîne s>
GALANT-
Vous l’étoufe^ dans le Berceau, Rien ri eftfi délicat > les fonds & les peines
Idont bientoft mie dans le ttibeatu
Sur tout il faut dans fa naiffance Prendre un air avec luy qui foit fiat eut & doux, la rudefe P étonne .^remply d? innocence
Il hait Les fier es comme wm.
Parla cet Enfant s'intimide, lin eftpoint fait à la rigueur, La douceur fut toùjoursle guide Qui le conduifit dans un coeur.
Si le mien eft d voftre ttfage,
• II fait voeu pour jamais de vivre feue vos loix,
MERCVRE
De ri adorer que vous 3 mais lors que je m'engage, Répondezjnoy de voflre choix.
A ces conditions puis-je eftre voflre affaire ?
le vous parle de bonne foy.
le trouve tout en vous, & ne veux que vous plaire,
Dourezyous trouver tout enmoyl
Nous difèrons beaucoup, ? Amour feul nous é^ale^ le connais le peu que je vaux,
Mais jefçay bien aimer > vous ferez^ fans Rivale, le voudrois efirc [ans Rivaux.
le hais,a dire vray> l'humeur de ces Coquetes
Qui fans prendre jamais aucun attachement
GALANT. 71
Font leur plus doux amufement
De tout ce qu'on leur vient débiter
de fleuret es.
Peut-efire ellesfot peu d? heureux*
Quoy qu'un accueil riant femble
d'un doux fréfage>
Mais comme j'aimeJdns partage
C'ejld’un coeur tout à moy que je
cherche les voeux.
La pluralité m'incommode
'Autant qu'à leurs attraits elle
donne d éclat 5
C'eft l'ufage du temps* mais je fuis
délicat
Sur le chapitre de la Mode*
Vn bien quon ofre à tous ne peut
eftre à pas-un,
le m'en tiens à l'expérience*
72. MERCVRE, JÉt ma famé auflî-toft fajje à l'in- diférencty
Quâd on ne m'aime qu'en ctimun.
Montrezvous donc Amante en vous montrant aimable Vn feu d'amoury Iris y fied bien a . la beauté.
£n faveur de mon feu rendez-vous exorable^
1 •
Peut, efire l'a-t- il mérité.
Comme je fcay que tout ce qui regarde la gloire de Monfieur le Tellier vous plaift, je vous envoyé la Lettre que M1 Gueïin Secrétaire de l’Académie de Soi/Tons, luy a écrite au nom
GALANT. 7? ïiom de fa Compagnie fur fa Promotion à la Charge de Chancelier. Ce fut ce mefme M1 Guérin qu’elle employa pour remercier Mls de l'Académie Fran- çoife de l’avoir reçeuë dans leur Alliance.
T ♦ ♦ -t- -t f
LE T T RE
DE L’A C A D E M I E DE SOISSON S, A Monfeigneur le Chancelier.
M ONSEJGNEVR, Nom cfbérons que Voflre ''Murs. G
Grandeur nous permettra de
me fer des marques de joye d
celles que vous recevez de
tous les endroits du R oyaume
fur vofire Promotion. La
joye en cette conjoncture nefi
pas moins jufte, quelle est
univerfelle & extraordinaire.
En effet, Monjeigneur, cette
Dignité Jupréme qui a jure
la bonne fortune des états en
y maintenant l'ordre gÿ la
difcipline, ne pouroit de l'aveu
de tout le monde eslre
mife en de meilleures mains;
& il ny a aucune forte de
biens que l'on ne doive at7S
tendre de lafainteté de vos intentions, de lafublimité de votre Çfyrit, du long ufage que vous ave^de toutes les Vertus chrétiennes & Politiques. Vous avez par vos foins confervé la France dans la tempefie : vous en aveo^étendu la gloire S? les limites par vos Con- feils ; S? fans parler des autres avantages qu elle tient de Vous t vous luy ave^ donné un Miniftre dont le puijfantgénie peut comme le votre féconder le Roy dans les prodiges de fa rapide va- G ij .
parable. Vous allez. t Monfeigneur,
l'embellir -, vous
allez. 1& fendre la plus heureufe
de toutes les Nations
de la Terre, par voStre ap- .
fruits de fuflice, d y aug- -
menter l'amour de la l7ertu,
d y faire fleurir les Lettres ;
gÿ les belles Connoijfances. ,
GLue fiudroit- il loïier da- -
'vautâge en cette occaflon, ou
les pures, les infaillibles i
.Lumières de Sa Majefté qui •
vous a choijy pour ce haut
Ministère, ou les qualité^,
rares & excellentes qui ont
mérité ce jufîe choix ? Pcuteftre,
Mofeigneur, entreprendrons
nous quelque jour de
traiter ces grandes matières-,
mais aujourd huy nous nous
contenterons de les regarder
avec admiration,J •& de vous
protefer que nous fommes
avec un refpecl également
profond & inviolable,
MONSEIGNEUR,
De l^oftre Grandeur,
Les tres-humbles, tresobeillans,
& tres-zekz
Serviteurs,
Les A cadémiciens de l’A oadem ie
de Soillbns. G n• • j•
78 > MERCVRE
C’eft quelque chofe d'admirable
& de glorieux en
mefme temps pour la France
, que le tumulte des Armes
n’empefche point que
les- Lettres ne fleuriffcnt
toujours avec plus d’éclat.
En effet ; plus les foins de
la Guerre nous donnent
d’occupation, plus on s’attache
à ce qui regarde l’Elprit.
On me mande que
Moniteur l’Evefque d’Evrcux
va établir des Conférences
à Vernon en forme
d'Académie. Il s’en tient
icy de tres-agreables touÆ
T Ij,
vAlmNi. 79 tes les Semaines chez Madame M* * * où fe rendent plufieurs Perlonnes d ’ef- prit, qui la regardant comme une dixiéme Mufe, luy donnent le Nom de leur Protectrice dans les Aflcm- blées, quelle n’a pû refu- ler de leur permettre chez elle. On y lit de petits Ouvrages tant en Vers qu’en Proie. On y parle de tout ce qui peut faire l’entretien des honnclles Gens, & cha- ■ cun y fait part des Nou- veautez qui luy font tombées entre les mains. Cette
G* • • •
111 j
Société qui n’eftoit d’abord
compofée que de cinq ou
fix Perfonnes, groflit tous
les jours par l’envie que
ceux qui ont l’avantage d’y
eftre reçeus, donnent à
leurs Amis de connoiftre
une Dame d’un mérite fi
particulier. Elle a l’efprit
admirablement bien tour- I
né, l’humeur fort complaifante,
la converfation trèsagréable,-&
une fi grande
" facilité à bien écrire, qu’il
ne faut pas s’étonner fi elle '
parle de tout avec autant
de julleflèquelle fait. On
GALANT. Si ne peut trop eftimer le talent quelle a pour la Poë- fie. PlufieursPerfonnes ont quelquefois travaillé avec elle fur une mefme matière propolée pour fe divertir-, & les Ouvrages, quoy qu’écrits de la mefme main que les autres, afin qu’on les puft examiner fans les con- noiftre, ont toûjours emporté le prix. Avouez, Madame, que les Aflemblées qu’elle tient chez elle font honneur à voftre beau Sexe, & que c’eft en porter la ' gloire bien loin, que de
8z
pouvoir mériter la première
place parmy des Hommes
qui paifent dans le monde
pour eitre infiniment éclairez.
Dans les derniers jours
du Carnaval, elle convia
une Compagnie de Gens
choifis à 'qui elle donna
trois Repréientations d’une
petite Comédie. Une Symphonie
fort agréable que
elques Particuliers avoient
préparée pour fon
divertiflèment, formoit les
Entr’Aétes. Vous jugez
bien par là que cette Dame
doit avoir beaucoup d’inGALANT.
83 clination pour la Mufique. Rien ne luy plaift davantage que T harmonie des Inltrumens dont elle touche
quelques - uns avec beaucoup de délicateïfe. Aufli les Concerts ne luy manquent pas, & elle en régale fouvent fa petite Académie, & quelques autres Perfonnes de fa con- noiifance. Tant de Diver- tiflemens où ceux qui ont l’avantage de la voir, fe trouvent heureux d’avoir
part, font regarder fa Mai- fon comme un lieu où tous
'T'Vf&
les Plaifirs raifonnables fe
rencontrent. Chacun s’emprelfe
d’y avoir accès, &
l'on Quartier eft à préfent
plus connu par les Gens
d’efprit lous le nom du
Mont Parnafle, que fous
Sainte Geneviève.
On a auffi reprefenté ce
Carnaval une Comédie intitulée
le Bon Mary, chez
une Perfonne de qualité.
11 y avoit des Entr’Acftes
dé Mufique. Les Paroles
eftoient de Mr de Vaumoriere,
& les Airs de M
GALANT- 8$
B. D. B. dont le merveil- 1 eux génie eft connu pour la Mufique. L’AfTemblée fut de Gens choifis, fort capables d’en connoiftre toutes les beautez. Il s’en eft fait beaucoup d’autres pour le Bal, où l’on n’a pas moins admiré la magnificence ôc la propreté des Mafques, que la grâce qu’ils ont fait paroiftre en dançant. Ce talent de bien dançer eft devenu fi confidérable, qu’un jeune Homme qui ne croyoit pas avoir la jambe allez droite, fe l’eli
fait rompre dans le feul
defTein d’avoir l’air meilleur
quand il fe la feroit
fait raccommoder. Ce qui
contribue fort à faire naiftre
l’envie de courir le Bal,
c’eft qu’on le peut faire
avec toute' forte de feûreté.
L’ordre qu’on donne pour
l’entretenir, auflï-bien que
pour la netteté & la clarté,
eft quelque chofe d’admirable.
Paris eft tous les
jours embelly, & les Rués
trop étroites qu’on continue
d’élargir, le dégagent
des embarras qui eftoient
GALANT. 87 prefque toujours inévitables. Joignez à cela tant de Reglemens de Police donnez avec la plus fage prévoyance, & maintenue avec une fermeté qui fait louer- par tout la jultice du vigilant Magiftrat qui en a le foin, fans que perfonne puifïe avoir aucun fujet de s’en plaindre. La Feiiille qui s ’ imprime tous les Mois , & qui marque le nombre de Morts, de Mariages , & de Baptefmes, fait connoiftre plus qu’aucune autre chofe la gran-
<r
deur de cette Capitale du
Royaume. Cette Feüille
contient auifi le prix, le
poids, & la meiure des choies
les plus neceffaires à la
vie, & empefche les abus
que pourraient commettre
les Vendeurs de mauvaile
Vous aurez fans-doute
appris le Mariage du Prince
Charles de Lorraine avec
la Reyne Doiiairiere de
Pologne, mais vous en pouvez
ignorer les particularû
tcz. En voicy de tres-ailùrees
Ce Prince ayant pris terre à Nuftorh, Village fur le Danube, à une petite demy-heure de Vienne, dépefcha un Gentilhomme à Sa Majellé pour luy donner avis de fon arrivée. Ce Gentilhomme fut renvoyé le lendemain 4. de Février avec une réponfe qui mar- quoit la joye qu’on avoit de cette nouvelle. Comme il apprit par luy que l’Em- pcreur fouhaitoit qu’il vinlt coucher ce mefme jour à Baden, petite Ville à quatre heures de Neuftat, il y fut /Mars. H
5)0 MERCVRE mené dans un petit Car- roïTe qu’on luy avoit préparé à Vienne. Trente Chevaux de polie le pré- cedoient, montez par fes Gentilshommes richement veltus. Ses Pages mar- _ & choient âum devant avec eux. Leur Livrée ertoit de Drap verd à larges bandes de velours cramoify, &: toute parfemée de galons d’argent. Divers Portillons qui ertoient comme leurs Guides, faifoient retentir leurs Cornets par tout. Trois Chailes roulantes à
GALANT 91 la Brandebourg Envoient le petit CarrofTe du Prince. Elles elloient remplies de Noblefle qui s’eftoit avancée pour le falücr. On arriva à Baden dans cet équipage. Le Marquis de Gra- na, le Comte de Buquoy, &plufieurs autres des principaux de la Cour, s’y trouvèrent pour luy rendre leurs devoirs, & l’accompagnèrent le lendemain à Neuftat. Le Prince rencontra en chemin le Grand Ecuyer de la Reyne de Pologne, aulE-bicn que les H ij
E
Comtes d’Harac, de Walltein
, de Mansfeld, & de
Chaffemy bcrgH.’ avec les deux
Capitaines des Gardes du
Corps, que Sa Majefté Impériale
luy envoyoit pour
luy faire compliment. Ils
defcenditent de Carrofle,
s’acquiterent de l’ordre
qu’ils avoiefit, & précédé^
rent le Prince à Neurtat
pour avertir qu’il y arrivoit.
Il arriva dans la Ville
fur les fix heures du loir, &
alladelcendre au Chafteau.
Le Maillre-d’Hoftel & les
Gentils - hommes de la
GALANT. 93 Chambre, le vinrent recevoir hors la Porte. Le Grand Chambellan l’at- tendoit au pied du Degré. Ce fut luy qui le mena dans 1 ’ Apartement de l’Empereur. Le Grand- Mailtre fe trouva dans la première Antichambre; Sc comme il conduiloit le Prince, Sa Majefté Impériale fortit de fa Chambre, & fit deux pas pour le recevoir. Cet honneur elt extraordinaire. Le Prince alla en fuite complimenter l’impératrice régnante, &
m,mercvre . enfin l’impératrice Douairière avec laquelle la Rey ne de Pologne elloit. Il en fut reçeu avec toutes les marques de joye qu’il pouvoir attendre. Apres les premières Cérémonies, l’impératrice' Douairière prenant quelque prétexte de s’éloigner, les laifia tous deux quelque temps en liberté de fe découvrir leurs plus fecrets lentimens. On luy donna un Fauteiiil par tout , & il fut reconduit par les Gentilshommes de l’Empereur, & par les Mi-
A T &
niffires de toutes les Cours
dans un Apartement qu’on
luy avoit préparé à l’Arfenal.
Il pafTa par un Corridor
fait exprès pour la
communication du Chafteau
à cette Mailon. Les
Officiers de l’Empereur fe
prefenterent pour le fervir
à louper, & le lendemain à
difner, mais il garda le Lit
àcaufe d’une incommodité
de pied, & ne mangea
dant la Livrée des Nopccs
qu’on avoit fait faire à
Vienne fut diftribuée. Elle
confiftoit en quatre-vingts
Habits d ’ une fort belle
écarlate;, chamarrez de larges
galons d’or par tout;
des aux Croix de Lorraine
devant &: derrière, avec des
Chifres du nom de laReyne
& du Prince en broderie,
& largG)e s bandes d’or ', &
les Bandolieres de melme-,.
& en douze autres Calaques
pour des Hayducs qui
portoient des Haches couvertes
de Tuniques , & avoient
de longues Robes à
la Polonoile. Sur les huit
heures
GALANT 97 heures du loir, l’Evefque deNeuftat accompagnéde deux Prélats, vint dans la Chapelle du Chafteau pour la Ceremonie du Mariage.
O
Elle eftoit remplie d’Eftra- dcs, de Galeries, &d’Am- phitéatres 'qu’on y avoit fait drefler avec beaucoup de magnificence. Tout cela elloit occupé par un nombre infiny de Perfon- nes fur lefquellcs on voyoit briller l’or & les pierreries avec la plus éclatante pro- fufion. Le Prince & h. Reyne furent conduits ^ars, I
y
98 MERCVRE dans cette Chapelle par Leurs Majeftez Impériales, Inivies des Chevaliers de
la Toilôn, & de tout ce qu’il y avoit de Seigneurs & de Dames du plus haut rang. Ils fe donnèrent la O 1* ’
main, changement de Bague, & ne le firent qu’a- près avoir pris le confente- ment de l’Ejnpereur & des deux Impératrices par de profondes révérences. Le Mariage eftant fait, on le rendit dans l’Apartement de l’Empereur. Il y eut un magnifique Souper, & un
AT A X'ÎT
U A L AN 1 • 99 Concert admirable. Apres quoy, l’Empereur accompagné des Impératrices, conduiïit luy - mefme ces Illullres Mariez à l’Apar- tement qu’on avoit préparé à la Reyne dans l’Ar- fenal. Le Corridor donc j’ay parlé fcrvit de paflage. Il les y lailfa apres leur avoir fouhaité toute forte de bonheur, & s’en retourna avec l’impératrice régnante. L ’ Impératrice Douairière demeura encor un peu de temps avec la Reyne fa Fille, & fe retira.
I
Le Prince elloit dans une
Chambre voifine qui luy
avoir elle deltinée, & attendoit
qu’il luy fuit permis
d’entrer. Le lendemain
il envoya Ion gros
Diamant à la Reyne Ion
Epoufe , " avec un autre
Bijou compofé de fon gros
Saphir, de la greffe Perle,
autrement l’oeuf de PigO eon,*
de deux moins greffes en
forme de Poire, & d’un
Tour de gros Diamans. Le
refte du temps s’ell palfé
en Feftins, en Sérénades,
en Comédies, & en tout ce
GALANT, ioi qui peut contribuer à une grande & folemnelle ré- joiiiflance. Sa Majefté Impenale a défraye' fplendi- dement toutes les Cours, & perfonne ne fe fouvient qu’on ait jamais fait tant d’honneurs à aucun Prince, que celuytde Lorraine en reçoit d’Elle. Il eft traité comme un Archiduc , & mange tous les jours avec l’Empereur. Apres cela, Madame, n’a-t-on .pas rai- fon de dire qu’un Elprit bien fait ne fe doit pas étonner d’un peu de dif-
On ri efipas toujours malheur eux , ■
Etfi le trifiefirt des Armes
Attire quelquefois des revers ri~
qourt uxy
La F or tune par d*autres charmes
Satisfait un coeur généreux.
Ce Prince dot l'Hymen vient d'afi
furerda gloire y
LT a pu de (bnparty mettre encor la
Victoire.
On le fiait à Cokberg^ ortie fiait à
Fribourî
Mais s'il voit fin bonheur moindre
que fin courage,
Ce chagrin touche peu quand on a
l'avantage
D'efire avec tant d'éclat couronné
par L'Amour.
Le plaifir d’aimer eft
grand, mais il a fes peines. Les Vers qui fuivent en font une marque. Ils ont elle envoyez a Madame la Préftdente de la Haye-du- Puis par une Perfonne qui luy eft obligée, & qui lça- chant qu’elle fe connoift parfaitement en Mufique & en Poëfie, a crû luy faire plailîr de les faire mettre en Air. Je ne doute point que vous ne le trouviez aufti agréable qu’il eft nouveau, & vous lailfe juger de l’Autheur des Vers par fon Ouvrage. La Dame que je
■w- • • • •
I lllj
io4 MERCVRE viens de vous nommer eft d’une des meilleures Mai- Ions de Normandie , & proche Parente de Moniteur le Marefchal de Belle- fond. Elle a l’efprit tres- délicat & très-éclairé, & on peur dire d’elle que fon rang l’éleve moins que fes belles qualitez. M1 de la Haye-du-Puis, fon Mary, eft Préfident au Parlement de Rouen. Sa probité & fon exactitude pour les fonctions de fa Charge , luy ont acquis l’eftime de tous ceux qui le connoiffent.
• ■- r
. • »
; •■
«
» * •• . ?
-dM-<
«
W :
» ■*•* • »
«I >- 4-
_ .IL >• r#
'
1 1 ’
'<■ - ■ . . V
■
•’• *u7 1. M7to ’ - *-»— à JJ m
*T
...
<*-• .A
-K
I • V-r
:. ' ■ >
•
trou -pam
Se ne re connais pli mon aimable Josette, Ijngratte loutre J°w
—3
=F=l ±zl B9 jt r-p
Zone recânois^plus JLifet r te l^ncjratir Itlutre jour ItUrtre jourcjuitta nostre trou vi peau
tp£-_44J WhB
| pour al " 1er au bordebvn ruisseau Van z
T
RTZ /
B
dancer
cer au fort
a
pour aller au,bord,d,vn,ruisseaù.dancer
-2 « (0î' ~ |-|~~<~g~r~
dancer
,L
au fon au. son.
: te, Je ne <rcap Jidemon ritiai elle ecou-ta Trop lafleuret ~ te friais de puis ce momentJda±
r r~ r.p
ne frluset : te ~ te Je ne jcctyjide/nonrutcd elle ccou
rj ----
T 1
T-1
te
toi Ve ne reconnoisplus mon CUmazblr Lisette le, nt Kcowuoipplus rnonaimcc - ble Lisette
B kir< ’T MA FFFHH+ti • Nk TT||fh’—
. -Tl 17 - - - U . .1 r.
Ve ne recounoisplus literie ne reconnais plus mon aimab-le lis et lie (J) !
QMJQiïî. ioy Voicy les Paroles donc vous allez trouver les Noces gravées.
AIR NOUVEAU.
1 Ene reconnais plasma charmante r Lyfette.
l'ingrate l'autre jour quita noftre T roupeau
Pour aller au bord d! un Ruifieau J) an fer au fon d'une Mufette. Je ne fçay fide mon Rival Elle écouta trop la fleurette, Mais depuis ce moment fatal le ne reconnois plus ma charmante Lyfete,
Comme les avantages de la France vous couchent
icé MERÇVRE en quelque lieu que nous les remportions, vous voudrez bien me permettre de vous mener au delà des Mers. J’ay à vous parler de la ruine desHabitationsqui appartenoient auxldollan- dois fur la Riviere d’Oüya- pogue, par Mr le Chevalier de Lezy Gouverneur de la Cayenne -, de la prife du Fort d’Orange, & de celle des-lfles de Gorée au Cap- vert, & de Tabago en Amérique. Mais avant que d’entrer dans ce détail, je croy qu’il c*lt bon que je vous
GALANT. 107 apprenne en peu de mors
ce qui s’ell paffé en ces Quartiers-là depuis plu- fieurs années.
La Partie du Continent
de l’Amérique joignant au Bréfil, qui s’étend depuis . la fameufe Riviere des Amazones jufqu’au Fleuve de l’Orenocque, a commencé d’eftre fréquentée par les François du temps de M: le Cardinal de Richen lieu, qui permit à quelques Marchands de Rouen d’y faire des Habitations fous le nom de la Compagnie
A
du Cap de Nort. Elle prit ce nom , parce qu’à deux degrez des Amazones, il y a un Cap fort célébré, que les Nations de l’Europe ont toujours appelle le Cap de Nort. C’eft ce Fleuve de 1 ’ Orenocque qu’on pre'tend pouvoir fer- vir de pafiage pour conquérir l’opulent Royaume de.Guyane, & le Lac de Parime, fi recherché des Efpagnols & des Anglois, & tant vanté par les Relations de Vafter-Raleig, & du Pere Chrillophle d’A-
; GALANT. 109
cuira Jefuite. Cette Compagnie
qui eut feule le Privilège
d’aller dans ces vaftes
Colles, s’elloit contentée
longtemps d’y entretenir
quelques Habitations
compofées d’un petit nombre
de Normands. Ils ne
s’occupoient à rien autre
choie qu’à faire un peu de
Tabac, àpelcher, &à trafiquer
de Lits de coton &:
d’un Bois qui eft propre à
la teinture, avec les Sauvages
de cette Cofte nommée
Galybis. Mais en 1640.
Mr Poncet de Brétigny,
Coufin germain de ML
Poncet Confeiller d’Etat,
& Parent de Mr Seguier
Chancelier de France, s’aflocia
dans cette C-ompader
en ces Cantons en qualité
de Lieutenant General
de Sa Majefté, & y commencer
un Etabliflèment
confidérable de ‘ plus de
trois cens François. Il descendit
en l’Ifle de Cayenne,
feparée de terre-ferme de
deux Bras de Riviere feulement
à quatre degrez de la
Ligne. Il fit conliruire un
QkLklüT. m Fort à l’afpeft de la Mer, fur la Montagne de Sepe- roux , & alla encor établir une autre Habitation à toisante lieues au detïùs,dans la Riviere de Suriname, pour fe rendre maillrc de toute la Code qu’il luy avoir elle permis d’occuper. Cette entreprife n’eut pas tout le fuccés qu’on en devoit efperer. Les Naturels du Pais craignirent une domination étrangère. Ils réfolurent de fe défaire • de ce General, & l’ayant furpris avec quelques Fram
%
ni MERCVRE çois fur un petit RuilTeau,' où l’ardeur d’apprendre de leurs nouvelles l’avoit fait aller, ils fe mirent des deux collez, l’attaquerent dans Ion Canot, & le perçerent de Flèches avec fa Suite, dont il n’échapa qu’un feul de vingt-cinq qui l’avoient accompagné. Cet accident obligea ce qui reftoit de cette nouvelle Colonie , à fe retirer dans les Ifles Fran- çoifes qui font proches de ce Continent.
Les Anglois & les Hol- landois ont étably depuis
GALANT. 113 ce temps-là quelques Habitations dans ces Cofies; & comme les Normands
n’y envoyoient plus deVaif- feaux, il ie forma dans Paris une Compagnie de plu- fieurs Perfonnes de qualité & démérité, qui demandèrent au Roy en 1651. la per- miflion d’y mener de nouveaux Habitans', avec une augmcntationdcPrivileges. Ils firent unedcpenle tres- confidérable de trois Vaii- feaux, & de plus de huit cens Hommes, pour aller encor prendre poffeflion de ^Mars. K
«
la Cayenne. Toutes les fuites
de cet Etablilfement
ont efté funertes. La mort
de Mr l’Abbé de Marivaux
qui fut noyé fous le Pontrouge
en partant de Paris,
fut le premier préfage des
malheurs qui dévoient fuivre
cet Embarquement.
L’aiïàlfinat de M‘ le Marquis
de Royville General,
qui fut fait dans la route
par fes Afïociez, confirnfa
ce funefte augure $ & les
diflentions qui s’élevèrent
dans le Pais apres le débarquement
de la Flote entre
11$
ceux qui eftoient les Chefs
&le Confeil de cette Compagnie
, allèrent fi loin
'"rf
avoir
quinze mois dans une continuelle
divifion, cette Colonie
fe diffipa. M‘ de Bragelonne
Maillre des Re-
, voulut tenter une
fécondé entreprife deux
ans apres, &r périt à la veue
de Belle-Ifle , fans qu’on
puft rien fauver de ce naufrage.
r> « Les Etrangers nos voifins
ont continué leur commerce
dans quelques Riii6
MERCVRE vierçs de ce Continent. Cayenne fut occupée par les Hollandois; Suriname par les Anglois, que ces premiers en chafTerent -, &: Efleguebe , ou Efquipre, vers l’Orenocque, par une Compagnie particulière de Zélande. Mais le Roy qui ne cherche à rendre Ion Régné le plus florilîant qui i fut jamais , que pour l’avantage de fes Peuples, ré- folut de remettre les Fran- I çois en pofTeffion de ce nouveau Monde, & fe re- pofa fur Monfieur Colbert
GALANT. 117 du foin de former cette
grande Compagnie des Indes Occidentales, que ce fidelle & vigilant Miniftre compofa des Perfonnes les plus opulentes des Finances. Les Puiflances fépa- rées de plufieurs Particuliers qui eftoient Seigneurs Proprietaires de quelques- unes des principales Illes de l’Amérique, & entr’au- tres de la Martinique , de S. Chriftophle, & de là Guardeloupe, furent réii-> nies fous une feule autorité. Qn fit faire un Armement
confideïable de plufieurs Vaifleaux, & Mr de Tracy Lieutenant General des Armées du Roy fut choily pour cette Expédition. Chacun Içait l’expérience qu’il a pour les Négotia- tions, &: combien il elt confommé dans l’Art de la Guerre-. Il eut ordre d’aller. reprendre le Polie de Cayenne que nos Voifins ulurpoient injuftement, de repafler par les Illes Fran- çoifes, & d’y faire les Re- glcmens necelfaires pour le trafic & pour le bien de
A T -Wr"T' (.1M M N 1 •
119 ces Peuples qui ne refpi- roient qu’apres une mefme domination, & vouloient
eftre aflurez de la protection de leur Souverain.
M1 de la Barre-le-Febvre
Maiftre des Requelles, <Sc intendant du Bourbon,, nois, fut envoyé avec luy, & on leur donna quelques Troupes réglées de vieux Corps.
Mr de Tracy s’acquita de ce qui luy avoit efté or- clonhé avec toute la prudence & l’activité qu’on pouvoit attendre d’un fi
T7
grand Homme. Il obligea
les Hollandois retranchez
& fortifiez dans Cayenne-,
de l’abandonner fans combat.
Mr de la Barre fut
laifle pour dire le Chef de
♦c ette • nouvelle Colonie.
Mr le Chevalier de Lezy
fon cadet, qui le devoir
féconder dans les foins &
dans les fatigc>ues d’un Etablilfement
de cette importance,
y relia feul apres le
départ de Mr de la Barre,
que le fervice du Roy appella
dans les Illes pour y
commander fes Armes lur
mer
mer & fur terre. Les grandes
Actions qui luy ont
acquis tant de gloire, font
connues de tout le monde.
Elles peuvent eftre mifcs
parmy les plus éclatantes?
de nollre Siecle, foit qu’on
regarde ce qu’il afait dans
l’attaque des Forts de nos
Ennemis, foit qu’on examine
la vigueur avec laquelle
il a défendu nos
Ifles contre toutes leurs
forces de mer.
M1 de Lezy à qui la jaloufie
que les Hollandois
avoient conçeuë de fon apy
^Mars. L
mMERCVRE plication à maintenir là Colonie, attira la difgrace d’eftre attaque' par des Troupes dont le nombre pafïoit de beaucoup celles qu’il leur pouvoit oppofer, fut enfin contraint de qui- ter ce qu’il ne pouvoit défendre • mais Ion bonheur voulut qu’eftant fécondé quelque- temps apres d’une Flote Royale commandée par Monfieur le Comte d’Eftrées Vice-Admirai, il paya fi bien de fa perfonne dans l’attaque du Fort de Cayenne qu’on entreprit
r
Hollandois , qu’il y entra
le premier l’épée à la main,
&fit le Gouverneur prifonnier.
11 fut rétably avec
beaucoup d’avantage dans
le Commandement de
cette 111e. 11 y donne tous
les jours des marques de
fon courage & de la con-
M duite, & l’on a eu nouvelles
depuis peu qu’ayant
fçeu que des Hollandois
commandez par un Gênas
tilhomme Anglois, avoîent
< entrepris des Habitations
tps I allez importantes , foûte-
L ij
«4
ii4 MERCVRE nues de Forts & d’Artille- rie, dans les Rivières d’A- proüaque & Viapocque, vers le CapdeNort, à deux degrez de Cayenne, du collé des Amazones, il y avoit promptement couru, & eftoit venu à bout de les
B
en chalTer, & avoit pris le Fort d’Orange, dans lequel il y avoit leize pièces de Canon, des Munitions, des Marchandifes & des Armes.. Cette Conquefte a efté confidérable, tant par les Canons, les Habitans, les Nègres, lesBelliaux, &
T
1 • 125 les Ultencilles propres aux Sucreries, que par la prife d’un Vaiilèau dont le transport dans Cayenne a plus fortifié la Colonie, qu’on n’euit ofé l’efperer de plusieurs années. Je ne vous en !, fais point le détail, ayant i trop de chofes particulières à vous apprendre de la dernière affaire de Tabago. Je vous diray feulement que ceux qui s’y font figna- ; lez avec Mr le Chevalier de Lezy, font M s de Ferolles, de Guermont, Décloches, de la Sauvagere, & des
Granges. Cette fuite continuelle de Victoires dans tous les lieux où nous com- batons, doit eftre un grand lujet de furprife pour nos Ennemis , & c’eft fort în- juftement qu’ils les veulent rejetter lur le bonheur de la France. Tout ce que le Roy entreprend , eft trop bien imaginé, conduit avec de trop fages précautions , & trop vaillamment exécuté, pour tenir quelque choie du bonheur. Nos favorables fuccés en font l’effet neceffaire-, &
T i. 127
fi nous n’avons nen veu
de pareil dans les autres
Régnés, c’ell parce qu’il
n’y a jamais eu de Monarques
qui ayent approché
d'é Loüis le Grand. La
maniéré dont il concerte
les chofes pour les Affaires
de mer, n’eft pas moins
digne d’admiration que
ce qu’il ordonne fi judicieufement
pour celles de
terre. 11 a toujours lieu
d’en attendre tout par la
vigilance du grand Miles
connoit fi parfaitement,
que les évenemens n’ont
jamais manque' de répondre
à fes confeils. Voyez
ce qui eil arrivé de Tabago.
On ne pouvoir prendre de
plus juiles meluresque celles
qui ont efté priles, ny
exécuter des ordres ae vec
plus de diligence & de fecret.
L un & l’autre eftoit
neceflaire, & il falloit faire
faire dans nos Ports divers
mouvemens à nos Vaif.
féaux pour embarafler les
Hollandois. Ils armoient
pour Mefline, & on n’euft
pu leur faire croire qu’on
GALAHT 129 avoir deffein d’aller de ce colté-là, û on n’euft fuit travailler à un grand Armement. Ils le crûrent, quoy qu’on armait à Brelt &z à Rochefort, eliant per- fuadez que la Provence ne pourroit fournir allez de Matelots pour un Secours fi confidérable , fans les faire venir des Mers du Ponant. Dans cette penfée les Hollandois ne prelfe- rent point 1 ’ Armement qu’ils fembloient avoir ré- folu pour Tabago, & que Tobias devoir comman-
>
I$o MBRCVRE der. Le temps s’écoula. Les Efpagnols ne leur donnèrent point d ’ argent. Ceux - cy ne voulurent point entretenir l’Arme- ment à leurs dépens, & defarmerent. M’ le Marquis de Seignelay fit auffi defarmer nos plus gros Vaifieaux à Breft &. à Ro- chefort, & ce fut ce qui acheva de les tromper. Ils ne doutèrent plus que tous nos préparatifs n’eufient efté faits pour Mefiine. Mais ils ne fçavoient pas que ce Marquis avoit fait
GALANT, igi préparer d’autres Vaifleaux plus légers avec une diligence incroyable. Rien ne leur manquoit. Ils avoient des Munitions, des Hommes, & de l’argent. Leur départ fut un coup de foudre pour les Hollandois. Quoy qu’il n’y ait point de Nation Ci diligente qu’ils le font dans leurs Arméniens, tout ce qu’ils purent faire quand ils le virent devancez, ce fut d’envoyer un grand Convoy pour jetter du (ècours de Vivres & de Munitions de
ijz MERCVRE, guerre dans les Ports qu’ils crûrent pouvoir eftre attaquez. Cependant Mr le Comte d ’ Eftrées Vice-
Admiral de France, partit de la Rade de Brelt le 3. d’Odtobre dernier. Voicy les noms des VaifTeaux
qu’il commandoit, & ceux des Officiers qui les mon- toient.
Le Terrible.
Mr le Vice-Amiral, Mr MericourtCapitaine, Mc de la ChaboffiereCapitaine en fécond, Mr de Bléort Capitaine Volontaire > M s le
Chevalier Darbouville &
de la Boflicre Lieutenans,
Mrde la Roque, & le Chevalier
Defaugers Enfeignes,
Mr Patoulet Commiflaire
General, Mr le Chevalier
d’Hervaux Major, M1 de
Combes Ingénieur.
Le Tonnant.
Mr le Marquis de Grançey
Chef d’Elcadre, Mr de
Mafcarany Capitaine, M19
le Chevalier d’Heure & de
Courcelles Lieutenans, M19
de Bellecroix & Lefcoiiet
Enfeignes, M1 du Guet
Commiflaire ordinaire, M"
de S.Clair Ayde-Major.
i34 MERCVRE
Le Duc.
M‘ le Comte de Sourdis Capitaine, Mrs Gifle & le Chevalier de la Guette Lieutenans, MIS de Bou- lainvilliers & de Rouvre Enfeignes.
Le Prince.
M1 le Marquis d’Infre- ville S. Aubin Capitaine, MIS de-Champigny &Dor- manville Lieutenans, Mrs de Tarte & Cintré, Enfeignes.
Le Belliqueux.
M1 le Comte de Blenac Lieutenant General pour
GALANT, 155 les Ifles, Mr le Chevalier de Nefmond Capitaine, Mr de Lelloille Capitaine en fécond, M‘s de Beatigé & la Chauffée Lieutenans, Mrs deMalaflis & le Chevalier de Courcelles Enfeignes. L'Etoille.
M’Montortier Capitaine, Mr duLaffé Lieutenant, Mrs de Pontac & le Cheva- lier de Parifot Enfeignes. L’Alcion.
Mr Damblimont Capitaine, Mrs Defroches & Ma- chault Lieutenans,Mr Véron & Lempereur Enfeignes.
merçvpoe
L'Hercule.
Mr le Chevalier de Fia- cour Capitaine, Mrs Breugnon & de Lar Lieutenans, Mrs Des-Yleraux & Patou-
I ~ V
let Enfeignes.
Le Brillant.
Mr de laClocheterie Capitaine, Mr du Rivaux Lieutenant, Mr Cerpau Enlei- gne.
Le Bourbon.
Mr le Chevalier deRof- madec Capitaine, M Julien & Pointy Lieutenans, M s Boncour & Lefcoiiet Enfeignes.
L Emerillon.
Mr du Dros Capitaine,
Mr Erpin Enfeigne.
NOMS DES FLUTES
armées en Guerre.
Le Dromadaire.
Mr de Larteloire Capitaine
fur le Grand Eftat,
M Cardaillac Lieutenant,
M Guillierme Enfeigne.
Le Tardif
MrBrevedent Capitaine,
M1 de Courcelles Lieutenant,
de Combes Enfeigne.
éMars. M
I?8 N
NOMS DES BRULOTS.
Le Périlleux.
Mr Eftienne, Capitaine.
La Maline.
M1 Mefiere* Capitaine.
Le Brutal.
M d’Hericourt, Capitaine.
Plus une Flûte pour fervir
d’Hofoital.
Une Cache. •
Je ne vous diray point
par quels lieux ces Vaiffeaux
paflèrent. Il elt certain
que le z6. d’Odobre
ALANT- r?9
ils eftoient fous le Tropique.
Une ancienne coutume
de Mer veut qu’on y
oblerve une Ceremonie
affez particulière pour ceux
qui n’y ont jamais paffé.
Elle s’appelle baptifer ; &
voicy de quelle maniéré
elle fe fait. Le Capitaine
donne quelques Bouteilles
d’Eau-de-vie aux Matelots,
fans quoy ils ont droit de
couper l’Eperon. Ceux qui
ont déjà fait le Voyage
prennent les autres, leur
lient les mains derrière le
dos, & les ayant attachez
M ij
d’Efpagne mêmes ne
i4oMERCVRE pardelfous les épaulés, les élcvent au bout de la Vergue du grand Mail, & les lailfent tomber trois fois dans l’eau. Quelques-uns fe font encor plonger volontairement pour le Roy, pour les Commis du Vail- feau, ou pour leurs Maî- trelïès. Cela fait on leur donne à tous un Verre d’Eau-de-vie , ou de Vin . Les Ofnciers font pas exempts
de cette Ceremonie. Les Matelots leur verfent un peu d’eau fur la telle, ils
I GALANT. 141 leur donnent dequoy boire. Ce Baptefme maritime ef- tant finy, on reprend fa route , & chacun pafTe le relie du jour en réjouïf- fances. Ce fut ainfi qu’on en ufa dans la Flote de M' le Comte d ’Eltrées. On continua d’avancer, & quelques PoifTons volans tombèrent dans les Vaif- féaux. Le 31. d’OiStobre ils fe trouvèrent fur les cinq heures du foir à la veuë du Cap-vert qu’ils doublèrent le lendemain avec un petit vent qui les porta dans le
/
Cap. La petite Ule nommée
Corée que les Hollandois
pofTedoient , n’elloit
qu’à trois lieues de là. Elle
eft feparée de terre-ferme
par un petit bras de mer,
large feulemcjtt d’une demy
lieue, & n’a tout au plus
qu’une lieue entière de circuit.
Il y a deux Forts, l’un
en bas fur la pointe du Nort
où eft la defcente,& l’autre
en haut qui commande le
premier. Mr le Comte
d’Eftrées fit arborer le Pavillon
Hollandois à fon arrivée
pour empefcher les
GALANT. 14? Vaiffeaux ennemis,s’il y en avoit fous les Forts, de
prendre l’épouvante & de fe fauver avant qu’il eult pu les joindre. Ils ne nous eurent pas fi-toft apper- çeus qu’ils mirent leurs Pavillons fur les deux Forts;
mais comme les Noftres ne
purent répondre au Signal qui leur fut fait, parce qu’ris ne le fçavoient pas, ils reconnurent bientoll qu’ils alloient ertre attaquez. Il falloit approcher des Forts pour aller à l’endroit que Mr le Vice - Admirai avoit
14+ MERCVRE choi.fi pour moüiller l’an- chre. 11 y pafla le premier-, & quoy qu’il euft encor fon Pavillon Hollandois, il fut faliié à coups de Canon à balle. Alors tous nosVaif-
fcaux arborèrent la Ban- niere de France & allèrent
mouiller à la portée du Canon fans tirer unfeulcoup. Ils en avoient reçcu la de- fenfe de M1 le Vice-Admi-
ral. Cependant les Hollandois connoiflànt qu’ils ne s’eftoient point mépris,continuèrent à nouscanonner. Le foir M de Bléort Capitaine
GALANT 145 raine de Vai fléau, & NE
de Combes Ingénieur, eurent ordre d’aller faire le
tour de Fille, rcconnoiftre les Forts, & fonder tous les fonds pour choifir les Pof- tes ou l’on mettroit nos Vaifleaux en étatdecanon- ncr à leur tour les Ennemis. On fit armer trois Chaloupes pour les efeorter ; mais comme on découvrit qu’il y avoit fous le Fort deux Barques, & quelques Chaloupes qui nous auroient pu attaquer, on en fit encor armer quatre autres £Ma.rr. N
pour lesfuivre de loin, ob~ lèrver les Baltimens, & les empefcher de fe dérober la nuit, aulfi-bien que les Canots des Negres. Le jour luivant on envoya fommer le Gouverneur dés le matin. Il répondit qu’il avoit pref- té Serment aux Eftats & à la Compagnie , de ne fe rendre point qu’il n’y euft du fang verfé. Cette ré- ponfe donna méchante opinion d’eux, & fut caule qu’on reïblut aulfi-toft r l’Attaque. On fit un Détachement pour s’avancer
vers les Forts &les canoniser de plus près fous les ordres de M‘ le Comte de Sourdis. Les Vaifïèaux détachez furent le Duc, commandé en particulier par ce mefme Comte; le Prince, par AIr de S. Aubin d’In- freville ; l’Etoille, par M1 de Alontortier ; l’Alcion, par M1 d ’ Amblemont; F Hercule, par Alr le Chevalier de Flacour ; la Fluide de Dromadaire armée en guerre, par ML de l’Arte- loire; & le Tardif, par Al', de Brevedent. AI1 Sauvage
N ij
i48 mercvre
Commillaire de l’Artillerie, devoit commander une
Baterie de Canon, & Mr l’Andoüillet une de Bom-
bes.On nomma Mrde Saint Clair pour faire la fonction de Major. Mr le Marquis de Grançey qui fervoic de Marefchal de Camp, eut la conduite & le commandement de la Delcente & de
l’Attaque des Forts -, & Mr le Vice-Admirai devoit s’embarquer avec Mr Pa- toulet pour eftre prefent à cette Delcente. Il fut ar- relié qu'il monteroit le
»
Vaifleau de Mr le Comte de
Sourdis où toutes-les Troupes
avoient ordre de s’affèmbler
en vingt-quatre
Chaloupes, le Vice Admirai
devant donner le mouvement
à la terre & à la mer
félonies occafions quis’offriroient.
Mr le Marquis
de Grançey avoit quatre
cens cinquante Hommes
divifez en deux Corps,avec
deux Compagnies de Grenadiers
de trente-cinq
Hommes chacune. Le premier
Corps eftoit commandé
par M" de Bléort & de
i$o MERCVRE Brevedent. Le fécond par Mrs de Mafcarani & Cha- boifliere ; & les Grenadiers par MrslesChevaliers d’Aire & d’Arbouvillc. Toutcs.îes Chaloupes à la telle def- quelles elloit Mr le Comte d’Eftrées, marchèrent en fi bon ordre, que les Ennemis croyant qu’elles allouent faire la Defcente pour donner l’aflaut, en furent incontinent épouvantez. Ils quiterent le Fort d’en bas apres y avoir encloüé leur Canon, montèrent à ceLuy d’enhaut, & fans batre la
:
GAI -
,ANT. 51 chamade, ny demander à fe rendre, ils ollcrent leur Pavillon, arborèrent celuy de France, & envoyèrent en fuite une Chaloupe à Mr le
Comte d’Eftrées pour le fuplier de les recevoir à rançon. Il ne les voulut point écouter, & fur la menace de les Etire tailler en
pièces s’ils ne mettoient bas les armes, ils fe rendirent à diferetion. Mr le Comte
d’Ellrées accorda la liberté
au Gouverneur. On trouva les deux Forts bien revef tus ôc beaucoup meilleurs
N iiij
iTz MERCVRE qu’on ne l’avoit crû. Le grand avoit fon Rempart de trente pieds d epaifleur, pavé par tout j les Bateries en tres-bon état, quarante deux pièces de Canon, & les Magazins allez bien fournis de toutes chofes pour faire une longue refiltance. Il y avoit foixante & deux Elclaves, cinq mille Cuirs, de l’Eau-de-vie, des Cordages, delà Viande, des Poudres & des Boulets. On en chargea deux Barques que les Ennemis avoient fous leurs Forts, & on mit le
Ptiin de tïole deCjoree
auec ses deuxJorts et
te Combat pue nous auons j
rendu, te premier du mois db
de Tlouemlrr-e 1 b77. d'
GALANT,
refte dans nos VaifTeaux.
Voicy le Plan de cette Ifle
qui vous donnera une plus
parfaite intelligence de
tout ce que je viens de vous
en dire.
Tandis qu’on employoit
deux ou trois cens Hommes
à démolir les Forts, à
brûler les Magazins, & à
faire le degaft de ce qu’on
ne pouvoit emporter, les
Vaifleaux travaillèrent fans
relâche à fe pourvoir d’eau
pour deux mois, afin de
pouvoir aller droit à Tabago.
Cette précaution
femaines qu’il auroit falu
perdre dans l’Ifle de la Martinique,
s’ils n’eu fient pas
fongé à profiter de ce
temps. M‘ le Comte d’Efi.
trées y dépeicha un Brûlot
pour avertir M le Comte
de Blenac Gouverneur &:
Lieutenant General de toutes
les Ifles Françoifes, de
la réfolution qui avoit cité
prife de n’y point aller. On
partit du Cap-vert le neuvième
Novembre , & on
arriva vingt-un jours apres
à la veuë de la Barbadei où
o AI A HT
Wj IUiAI '*1 1 •
ton. avoit donné rendez-
vous à quatre VaiiTeaux qui eftoient à la Martinique. On en apperçeut deux le lendemain, & on apprit que les deux autres quipor- toient plus de cinq cens Hommes pour fervir à terre, ne pouvoient arriver de deux jours. On ne laiftapas de prendre le party de continuer la route, &: d’aller à l ifte de Tabago. LesVaif. féaux y arrivèrent le 6. Décembre , & mouillèrent le foir aflez tard à une Rade qui eft à deux lieues, du
mhrcvre
Fort. Mr le Vice-Admirai voulant cacher fa Defcente, détacha auffitoft cinq à fix cens Hommes fous Mr le Comte de Blenac. M' le Marquis de Grançey avoit une extrême paflion d’eftre du Détachement, mais fa préfence fut jugée necef- laire au Confeil de guerre, & on l’obligea de demeu-
O
rer. On fit quelques Pri- fonniers, & on fçeut d’eux que les Ennemis eftoient fortis pour empefcher la Defcente , mais qu’ayant appris quelle elloit faite,
ils eftoient
Fort. Le 7. & le 8. on mit
à terre le relie des Troupes
avec tout ce qui ell necefiaire
pour une Attaque.
Vous jugez bien, Madame,
que c’elt un attirail presque
infiny, lors qu’il le faut
tranfporter à force de bras,
& fur le dos des Hommes.
Cet embarras dura une
lieue & demie par un chemin
qu’on fut oblige' de
faire avec dès Serpes & des
Cogne'es, & qu’il falut
conduire par des Ravines
& par des Eminences fort
droites. Les Ennemis a- voient ruiné celuy qui fat fait l’année derniere, & les pluyes l’avoient prefque entièrement inondé. Elles ne ceflerent point depuis le Débarquement, & cau- ferent des incommoditez dont les Officiers Generaux ne furent point exempts. Le chemin qu’ils avoienc louvent à faire deux fois en un mefme jour, leur faifoit rencontrer quatre ou cinq Ravines, ou des Rivières débordées, & c’elloit une nccclTité pour eux de fe
GALANT, mettre dans l’eau jufqua la ceinture. Les Troupes campèrent le 9. fur la Hauteur qui n’elt éloignée du Fort que de fix cens pas, & malgré toutes les diffi- cultez que je viens de dire, on ne laifla pas de mener trois Mortiers une licuë & demie, & trois Pièces de Canon à moitié chemin de l’endroit où l’on avoit fait la Dcfcente. On fit une
Baterie pour les Mortiers à trois cens cinquante pas du Fort , laquelle commença à tirer le 11. Com-
me elle avoit efté faite avec
I
diligence, & dans des lieux
couverts par des Arbriffeaux
& par des Cannes
de Sucre, les Ennemis ne
s’en eftoient point apperçeus.
Le n. un de nos Soldats
qui alla fe rendre, leur
ayant appris où elle eftoit,
ils commencèrent à la canonner
dés le lendemain
au matin, & canonnerent
le Camp en mefme temps
avec cinq Pièces de Canon
qu’ils tourneront de ce
codé-là. NT le Vice-Admiral
ayant ce mefme jour
commandé fur les dix heures
qu’on tirailles Bombes,
la troifiéme tomba dans le
Fort au milieu des Poudres
, & fit un effet fi prodigieux
, qu’ elle enleva
Binkes & tous les Officiers
qui difnoient avec luy.
Mr le Vice-Admirai fit
prendre aufiitoft les armes,
& Mr le Comte de Blenac
marcha droit au Fort pour
s’en rendre maiftre auffibien
que des Vaiflèaux, &
empefcher le ralliement
des Ennemis. Le Belliqueux
& le Brillant arrive-
O
rcnt le lendemain avec un
Renfort déplus de fix cens
Hommes. Il ne fe fauva
qu’un Officier. Tous ceux
des Vaideaux furent pris, à
l’exception de Radmus fameux
Çorfairc, qui n’avoit
pas voulu aller difner dans
le Fort, & qui s ’ eftant
eclaapé par les Rochers,
trouva rpoyen de fe jetter
dans une Galiote. Quelques-
uns difent qu’il fe
lauva au travers des Bois.
Je ne vous parle point des
Vaiflèaux que nous avons
OELcwe die Effort et Qdort de ÇfcLoa^o
__^S^£^ZsS'
GALANT, ter les yeux fur le Plan que je vous envoyé. Il vous instruira de tout. Voicy ce que porte une Relation tres-fidelle. Elle vient d’un lieu où l’on ne publie jamais que des veritez. Tous les Officiers ont très-bien ferwy dans cette importante occafion. TMeffieurs de Gran- çey, de Blenac, gÿ Patoulet Commiffiaire General, ont eu beaucoup de part aux fatigues, & on ne peut trop louer leurs foins gÿ leur •zffie, félon leurs diférentes fonctions. Moniteur le
O ij
7
-À i
I64 mercvre Marquis de Grançey fit des chofes incroyables ; fa vigilance fut extraordinaire. Il prefla non feulement le travail par fa préfence & par fes libéralitez, mais il aida mefme à traîner les Mortiers. Il commanda le premier les Troupes fous les ordres de M le Vice- Admiral, & fut relevé par M le Comte de Blenac. On avoit réglé qu’il y au- roit toujours deux Capitaines pendant vingt-quatre heures, pour commander fous les Officiers Ge-
Êi 4B
neraux avec Mr de Brevedent,
qui eftant feul de fon
ordre , n’a point difcontinué
de fervir depuis la Def
cente , & s ’eft tres-bien
acquité de fon employ.
Ces Capitaines furent
Le premier jour, Mrs de
Sourdis & de Bléort.
Le fécond, M's de S. Aubin
& de l’Arteloire.
Le troifiéme, M ' de
Montortier, & de Chaboiifiere.
Le quatrième, Mrs d’Amblemont
& duDrot, qui
venoient relever ces deux
derniers lorsque la Bombe
fit fon effet. M le Chevalier
d’Hervaut a fait voir beaucoup
d’aélivité dans tout le
temps que les Troupes ont
elle à terre, & il ne fe peut
rien adjoûrer aux fatigues
qu’il a eues. M'de Combes
Chef des Ingénieurs, a agy
& d’intelligence. M1 l’Andoiiillet
commandoit la
Batcrje des. Mortiers, comme
je vous l’ay déjà marqué
; & la julteffe avec laquelle
il fit tomber la troifiéme
Bombe dans le Fort,
fait affez connoiftre qu’il
n’yaperfonne qui (oit. plus
habile ny plus entendu que
luy dans Ion me Hier. Mr
Sauvage eftoit deftiné pour
commander l’Artillerie ; &
M‘ Bellaire, les Mineurs.
Si vous elles furprife de
cet effet extraordinaire des
Mortiers dont on s’eff fervy
fi avantageuferaent à
Tabago, vous fçaurez que
l’invention en a efté trouvée
depuis un an par M1
eon,qui en fît d’abord
euve en préfence de
M1 de Louvois. Il eft Fils
de M1 Jaugeon de Mongy
Gentilhomme Auvergnac,
& a fait quantité de découvertes
dans les Matématiques,
qui ont donné
lieu à de tres-utiles fecrets
dont on a déjà veu les expériences,
& que j’auray
une autre fois occafion de
vous expliquer. L’ardeur
qu’il a de travailler à la
gloire de fon Prince , ne
contribue pas peu à le faire
fi aifément venir à bout
de toutes les chofes qu’il
imagine. C’eft une paflion
qui luy eft commune avec
Mrde
GALANT- 169 Mr de Mongy fon Frere, ’ qui à l’âge de vingt-deux \ ans a fait fept Campagnes < en qualité de Volontaire & de Lieutenant, quatre fur terre, & trois fur mer. La derniere eft celle de ' Tabago. Il y fervoit fous I Mr Sauvage , Commiflàire general de l'Artillerie des Vaiffeaux. Quant aux Mortiers dont j’ay commencé à vous parler, ils font II lé- • - gers, qu’un Homme fiiffit pour en porter un avec Ion Affût. 11 n’y a perfonne qui jae les puiffe pointer fans ■| éMars. P
i7o MERÇVRE
avoir befoin d’un quart de
Nonante,ny d’aucun autre
Inftrument de Matématique,
& cette facilité vient
de ce que les degrez d'élévation
font gravez fur leur
Affût, & marquez, quand
on les remue, par un Coin
qui y eft attaché. L’ufage
en eft admirable, particulièrement
pour prendre les
Dehors des Places. On
jette par ce moyen une
douzaine de Grenades tout
à la fois à quatre cens pas
de diftance. Elles font renfermées
dans une Boëte
GALANT. 171 éombuftible , qui brûle tout ce qui eft au lieu où elle tombe, apres avoir jette fes Grenades à plus de '• trente pas tout autour, où elles font leur effet.
Quoy que j’évite autant que je puis de me fervir des . termes qui font particuliers à beaucoup d’Arts, parce qu’ils peuvent n’effre pas connus de tout le monde, s’il m’en échape quelqu’un qui embaraffe vos Amies à qui vous continuez de I faire part de mes Lettres,’ elles en trouvèrent l’expli- P ij
■<
172 ME RC
cation dans un Livre très- curieux, & tout plein d’érudition , qui a efté imprimé depuis quelques jours, & dont le titre eft, Lw Arts de 1‘Homme dêpée, ou le Di- clionnnire du Gentilhomme. Le premier Volume contient l’Art de monter à Cheval j & le fécond, celuy de la Navigation. L’Au- theur s’appelle Mr Guillet. C’elt à luy que nous devons déjà Athènes & Lacédémone, anciennes & nouvelles. Vous fçavez l’ef- pme qu’on en fait, & le
GALANT 175
cours que ces deux Ouvrages
ont eu dans le monde.
On a auffi imprimé une
Hiftoire fort curieufe de la
Laponie, c’eft à dire de la
Partie des Lapons, qui relevé
du Roy de Suede. Elle
eft traduite du Latin de
MrScheffer, que les Allemans
& les Anglois ont
mis d’abord dans leur Langue.
Apres qu’il eut reçeu
ordre de compofer cette
Hiftoire, M1 le Comte de
la Gardie Grand Chancelier
de Suede , luy fournit
tout ce qui luy eftoit necef
174 MERCVRE faire pour une entreprife de cette nature, & il n’oublia rien pour la faire exacte. Il y cil traité amplement de l’origine de ces Peuples, de leurs Moeurs, de leur Religion , de leur Magie, & des chofes rares du Pais. Ce font des nou-
veautez que je vous en- . voyeray, fi vous avez défi fein de les voir. Je vous envoyé cependant les Nouvelles galantes & amou- rcufes qu’on vient de donner au Public. Ce font di- férentcs Avantures ramafi
fées dans une Lettre. Vous
F y trouverez des incidens Jdont la leéture vous diver- ■Et . ' tira. Je vous donne en met
me temps dequoy en faire
faifant part de ce qui a efté
écrit à M l’Abbé de la
Roque par Madame la Vii
guiere d’Alby. C’elt une
Dame d’un mérite.
Tous ceux qui ont
leu la PrinceiTe d’ifambourg,
que nous avons
d’elle, connoiftènt la force
& la délicatelfe de fon Efprit.
Elle s’appelle Ma176
MERCVRE dame de Saliez -, & fi la Proie efi aifée, on n’a pas moins fujet d’admirer le tour naturel quelle donne aux Vers.
il
LETTRE
DE MADAME
LA VIGVIERE D’A L B Y, A Monfieur l’Abbé de la Roque.
VOus croyez^ fans- doute, ^Monfieur, que ceriefi que che^ les Ennemis de cet Etat qu on fait des Con-
G AL ARE 177 quefies en Hyver, & vous fercgfurpris d'entendre dire qu' au milieu mefme de l& France on ait pris quelque chofe dans une fi rigoureufe S ai fin. ' Cependant il efi certain qu'un jeune Gentilhomme fort brave vient d’y emporter une Place de confé- quence, & que fiufint feu de tous cofie^ il l'a réduite à fe rendre fous de fort bonne fie s conditions. Vn Amour qui a contribué a cette victoire > en
a porté la nouvelle, & voicy comment elle efi venue a ma connoijfance.
cette maniéré douce & agréable
qui précédé toujours les
vifions que 'vous favez^ que
les Dieux m envoient quelquefois.
Les Triomphes infaillibles
au Rcy dans cette
nouvelle Campagne, eftoient
le fùjet de ma refoerie, lors
que dans ce tranquille état
je crûs eshe tranfortée dans
un Palais dont les beaute^
font au dejfus de toutes mes
exprejfions. Celuy d’Armide,
1. 179
toient rien en compzrnifon.
Dans cette magnifique Place,
Entre Je Ciel ôc le Parnaffê,
LaDéefle Vénus dans fes bnllans
atours,
Reçoit de temps en temps l’hômage
des Amours.
Là, fans déguifemcnt, fans art,
fans impolture,
Chacun luy ditfon Avanture,
Et l'on y voit les Amours fortunez,
Par fes belles mains courônez,
Recevoir des Leçons del’aimamableDéefie;
Pour augmenter leur joye&Ieur
tendrefle,
Elle donne courage auxAmours
malheureux,
Elle prend foinde les inftruire,
i8o MERCVRE
Et fourient par ces foins tout l’Empire amoureux, QuelaRaifô voudroitdétruire.
Une nuit que le Ciel écclairoit . foiblemenr,
* ? V
Vénus tenoit fon Aflemblée, Tout s’y paffoic tranquilemêt^ Quand foudain elle fut troublée.
Un Amour qui n’aguere eftoit pafleêc rêveur.
Dont mille ennuis troubloienc le coeur,
Par de grands cris fe faifoit faire place;
Onlifoit fur fon front fa joye & fon audace.
Dcefle,difoit-il,des plusvaillans Guerriers
J’efface aujourd’huy la Vic- tiore^
Faites que nulle Amours en admirant
ma gloire,
Me viennent couronner de
Mirthe &c de Lauriers.
Cette Place fi forte & fi bien
défendue,
Que tant d’Amours aflîegeoient
vainement,
Par mon adrefle s’eft rendue,
Et la charmante Iris rend heureux
fon Amant.
Ces derniers mots me Jurprirent
fort. Comme fayots
léefprit occupé des Conquefies
qui font fi ordinaires au R oyt
je croyoïs qu’on alloit parler
de la prife de quelque Ville
de Flandre ou d'A’fice s mais
. ifeMÉRCVRÉ tandis que je me reprochois mon erreur, cet Amour con~ tinuott aïnjy.
Ce n’efl: point pardes artifices, N y par de petites malices, Quei’ay furpris un coeur que la Vertu gardoit,
Et que laraifon defendoit.' Iris a beaucoup de mérité, Elle s’eftoit prefcrite une fage conduite,
Et j ’avois vainement employé mille Amours,
Quand l’Hymen m’offrit fon fecours.
Je l’accepte, luy dis-je, il m’cft fort neceflaire,
Mais renvoyez voftre fuite ordinaire,
GALANT. i8j Et ne gardez pointavec vous Vos repentirs 8c vos dégoûts. Iris me parut toute émeuë Quand l’Hymen s’offrit à fa veuë,
Suivy des Ris, des Jeux Sc des Amours conftans.
C’eftaflez combatu, dit-elle, je me rends,
Amour ménagez bien l’employ queje vous donne, Auxconfeils del’Hymen enfin je m’abandonne,
Guidez fes pas &conduifez-le bien.
Si je confens à tout je ne prens foin de rien.
L’Hymen fort content de la Belle,
Mena l’heureux Daphnisjuf- ques dans fa ruelle,
i84 mercvre
pendant que des Amours dans
cemeftierfçavans,
De la timide Iris dcnoüoient les
Rubans;
Car eftant de pudeur & de
crainte abatuë,
Dans l’excez de fa retenue,
Daphnisauroit perdu cent niomens
précieux
Sans ces Amours officieux,
Qui s’empreflant....
C'eft dit Vénus, en
interrompant cet Amour, je
<vous entens, Daphnis eft
heureux, & 'vous mérite^
d’eflre récompensé de 'voftre
perféwerance. ces mots
elle bâtit des mains, & d’abord
tout fon Palais retentit
GALANT. 185
dç cris d’a,llégreffe. L'on couronna,
cet Amour victorieux,
& la, Déeffeprononça, ces Vers
qui font une efpece d'Epitalame
quelle fait toujours en
faveur des jeunes Maries^
quelle che'rit.
Vivez heureux,v ivez contens,
Etpafiez doucement vos ans
En goûtant les plaifirs d’un heureux
Mariage*
BanniiTez-en les noms de joug
& d’efclavage,
Ce beau Noeud que l’Amour a
forme de fes mains
ünira vos coeurs Sc vos a mes,
Et la lumière de vos fiâmes
Eclaircira vos jours & les rendra
ferains.
&Aars.
I
Tout cecy veutdire, Monfleur,
en langage humain,
comme il me fut expliqué,
qu enfin Moniteur le Vicomte
de Taule apres avoir aimé
Mademoiselle de S. Hypolite
plufieurs années, efi devenu
le plus heureux de tous les
Hommes en l'époufant. fie
ri ignore pas la part que vous
prendre^ a cette nouvelle, &
je mehafîe de vous la donner
pour vous témoigner que je
fuis vofire tres-humble Servante,
LaVigviere d’Alby.
GALANT. 187
Je ne doute point que
vous ne fouhaitiez fouvcnt
de pareilles vifions à l’admirable
Perlonne qui les
explique avec tant de grâce.
La joye de Madame de
S. Hypolite & de Mrle V’
comte de Paule, doit eitre
grande, puis que leur Famille
eftant la mefme, ils
voyent réunir leur fang par
ce qu’ils ont de plus cher
au monde. La Maifon de
Paule eft des plus anciennes
& des plus confidérables
de tout le Languedoc.
Elle a donné en noftre
i88 MERCVRE
Siecle l’Illuftre Antoine de Paille pour Grand-Maiftre à la Religion de Malte.
En vous parlant au commencement dè cette Lettre de M l’Evefque de Rennes qui s’eftoit trouvé pour la première fois à l’Aflèm- blée des Etats de Bretagne, O ' j’ay oublié de vous dire qu’il avoit efté facré depuis peu. On l’appelloit Mr l’Abbé de Beaumanoir de Lavardin, avant que le Roy l’euft nommé à l’Evefché de Dol, & incontinent apres à celuy de Rennes.
GALANT. 189 Il eftDoéteur de Sorbonne, & d’un mérite qui n’éclate pas moins dans îa pieté que dans fes autres qualitez ef- fentielles à un Prélat. Je ne vous diray rien de fa Mailon. L’Hiftoire a pris foin de la diflinguer, & parle (î avantageulement de Mr le Marefchal de La- vardin fon Grand-Pere, qu’il faut n’en avoir aucune connoiffance pour ignorer qu’il palfe pour un des plus grands Hommes de fon temps. Il fut Colonel de l’infanterie Fran- w
I9o MERCVRE çoife, prit Villefranche en Périgord, & Cahor.s & d’Eaufé au Comté d'Armagnac.
Il commanda l’Armée du Roy en Poitou en l’abfence du Duc de Joyeufe , & la Cavalerie- Legere à la Bataille de Courtras. Il fervit au Siégé de Mauleon fous le Duc de Nevers, & à ceux de Paris, de Chartres, & de Roiien, ainli qu’au Combat de Chalteau Giron fous le Comte de Soiflons, & à celuy d’Aumale où il fut bleffé. Il eut le Gouverne-
Chevalier des Ordres &c
Marefchal de France dans
la mefme année. Il fit la
fonction de Grand-Maiftre
au Sacre de Louis XIII. qui
l’envoya Ambaflàdeur Extraordinaire
enAngleterre.
Il mourut au retour de cette
Ambaflàde. Je ne vous
parle point d’un nombre
infiny de grandes Alliances
dans lefquelles cette Maifon
eft entrée, ny des Gouvernemens
de Provinces,
Evefchez, & autres Dignitez
qu’on luy a tpûjours
Germain deMrle Marquis
de Lavardin, aujourd’huy
Lieutenant General au
Gouvernement de la Haute
& Baflè Bretagne. Ce Marquis
eft très - aimé dans
cette Province, & y fert le
Roy fort utilement. Il n’y
a point de Gentilhomme
en France quifçache mieux
tout ce qu’un Homme de
qualité doit fçavoir. Perfonne
ne doute de fa bravoure.
Il en a donné de
GALANT. 193 fort glorieules marques au Combat de S. Godard en Hongrie, à la prife de Cour- tray, à celle de la Franche- Comté en 1668. & à la Guerre faite aux Hollandois
quatre ans apres. Il a épouié Mademoilèlle d’Al- bret, Fille aifnée de Mc, d’Albret Duc de Luynes, Pair de France.
M Paris eft mort depuis quelques jours. Il eftoit Concilier de la Grand’ Chambre. Mr Malo eft monté à fa place. C’eft un fort honnefte Homme, &
* U
&Æ<ws. R,
194
d’une tres-bonne Famille
de Paris.
Je vous ay conté la dernière
fois l’Hiftoire de la
Belle morte d’amour pour
fon Mary.Ceux qui ont crû
quelle n’eltoit pas véritable,
n’ont pas pris la peine
de s’en informer. Elle eft
fçeuë de tant de Gens du
premier rang, que je m’étonne
qu’il y ait des incrédules
fur les particularitez
que je vous en ay dites.
Voicy deux Epitaphes qui
ont efté faits pour elle par
MlLelleron Avocat à Pro- . ? ■ •* * ' : U
vins.
D’une Femme morte d'amour
pour Ion Mary.
P.A fiant, ar refis icy tes pas.
Autre-part tune liras pas
Vne Hiftoire fi merveiUcufe
Que celle quà tes yeux ce marbre
■peut offrir.
Cy ÿjt de fon Epoux me Femme
amoureufe
Que fon chafie amour fit mourir.
Aux Dames elle a fait une leçon
commune
De mourir en Femmes de bien.
Mais elle n'a fuivy /’exemple de
pas une*
Tas une ne fuivra le fien.
R ij.
AUTRE.
ï Q' Corps d'une Belle
Que T Amour d'un Mary rcduifit
au trépas.
Ce qui doit étonner, c eft de voir en
ceV cas ‘ f •
L a première mode nouvelle
Que le beau Sexe ri aime pas.
Cette mode feroit en
effet un peu cruelle à introduire
pour un Sexe qui
contribue tant aux douceurs
de la focieté. Si l’Avanture
euft efté moins extraordinaire
, elle n’auroit
point paru fufpe&e à ceux
GALANT. 197 qui manquent de foy pour les prodiges que peut eau- fer l’amour conjugal. On n’a pas moins douté de l’Hiltoire du Solitaire que beaucoup ont voulu croire une fiction. C’eft celle du Confeiller qui avoit choify la retraite par un principe d’averfion pour les Femmes, & à qui fon Pere envoya une Belle d’une vertu chancelante dont il fut fi charmé, qu’il l’époufa. La chofe eft fi vraye, que le Procès intenté pour la rupture du Mariage doit ef- R. iij
i98 mercvre tre jugé au premier jour dans un des plus célébrés Parlemens de France. Le Fils en pourfuit la validité contre Ion Pere, & fait tellement fon bonheur de la tendreftè de celle qu’on luy veut ofter, qu’il traite de calomnie tout ce qui s’eft publié de l’égarement de la conduite. 11 eft certain qu’il ne faut pas toujours juger fur les apparences. Ce que je vay vous conter en fera foy.
Une Dame eftant dans une Maifon de Campagne
aux environs de Paris, eut
le chaorin de fe voir fans
ceilité abloluë d’y retourner.
Ses Chevaux tombèrent
malades, & elle fut
réduite à fe fervir d’un
Carroffe de loüage qu’elle
fit venir. Elle part. Le Carroffe
s’embourbe à deux
lieues de là. On prend des
Chevaux de Meflager & de
Charetes pour le tirer. On
n’en peut venit about. Les
efforts qu’on fait le brifent,
& laDame fe trouve à pied
I
à l’entrée d’un Village où
elle n’a pas defTein de coucher.
Elle prend le party
d’y laiffer une Demoifelle
& une Femme de chambre
quelle ramenoit avec elle^
comme des affaires pref
fantes l’obligeoient d’eftre
ce jour-là mefme à Paris,
elle fe réfout à demander
place dans le premier Carroffe
qui paffera. Elle n’attend
pas longtemps. Elle
en voit venir un qui s’arrefte
heurcufement à l’endroit
mefme où elle eft.
Ccluy à qui il eftoit, avoit
x. T r s v *
quelque ordre à donner
à un Laquais. Tandis
qu’il luy parle, la Dame
demande Ion nom au Cocher.
Il luy eftoit connu
par la réputation qu’il avoit
acquife dans le monde.
C’eftoit un Confeiller qui
pafToit pour un des plus
bonnettes Hommes de
France. 11 n’avoit que fon
Gendre avec luy, & la
Dame ne balance point à
fe jetter dans le Carroflè
avant qu’on l’ait refermé.
Un procédé fi extraordinaire
la fait regarder. Elle
io2.MER.CVRE eftoit belle, avoit l’air de qualité, beaucoup de jeu- jaeffe, la phyfionomie heu- reufe, & il n’y avoit pas moyen de fe réfoudre à luy faire un compliment incivil. On continue à marcher, & ce qu’il y a de plai- fant, on eftplus d’un quart- d ’ heure à s'examiner & à foûrire , fans que perfonne dife un feul mot. A la fin, le Mailtre du Carroffe rompt le filence, & ayant demandé à la Dame où elle prétend qu’on la mene, elle répond qu’elle n’a
GALANT. 20? point d’autre deflein que celuy d’aller àParis. 11 s’informe du Quartier où elle fouhaite qu’il la conduife, & elle fe défend de s’en expliquer lur ce qu’une Chaife de Place luy en épargnera l’embarras. Autre quart-d’heure defdence. Le Conleiller qui luy trouve de l’efprit, & de cet ef- prit aifé qui ne s’acquiert que par la pratique du monde, nefçait que s’imaginer d’une Femme qui monte dans un Carrofïè fans rien dire, & fe confie
a
à la probité de deux Hommes
qui luy doivent eftre
inconnus. 11 luy fait quelques
nouvelles queftions,
& la prie enfin de ne luy
laifler pas ignorer à qui il
parle. A une Perfonne, rédepuis
trois ans. Quoy,
dit-il, fi jeune, fi belle, &
{ans Mary ? Il vous faudroit
du moins un Galant.
La Dame prend un air fi
férieux à ce mot, & mefle
des termes fi remplis d’aigreur
à l’indignation quelle
en fait paroiftre, que
Confeiller la croit
Femme du monde la plus
vertueufe. Elle fe tailt un.
moment; puis changeant
de ton, &c baillant la voix
comme fi elle ne s’elloit
d ’ abord gendarmée que
pour avoir plus de grâce en
s ’ adouciflant-, Et de Galants,
dit-elle, en manquet-
on? Ces dernieres paroles
font changer de penfée
au Confeiller. Il ne peut
plus croire qu’elle loit autre
qu’une Demoifelle d’intrigue,
qui eftant accoutumée
à prendre lelon l’occa(
ion toute forte de caractères
, a l’adreffe de fe parer
quelquefois d’une vertu
étudiée pour arriver plus
feûrement à fes fins. C’eft
fur cette injurieufe penfée
qu’il continue avec elle
une converlation affez familière.
Elle fe tire de tout
avec efprit, & l’embarafle
tantoft par un ton fier qui
l’empefche de luy dire .tout
ce qu’il croit au defavantagOe
de fa vertu,’ & tarrtoft
par des radouciflemens qui
le confirment de plus en
plus dans l’opinion qu’il a
conçeuë du panchant qu’elle
doit avoir à nouer commerce.
Ils arrivent enfin à
Paris. Le Conleiller veut
apprendre fon Quartier
pour l’y conduire, &le demande
avec des termes malicieux
qui font connoiftre
à la Dame ce qu’il croit
d’elle. LaDame loûric,luy
dit avec beaucoup de grâce
que le croyant trop civil
pour ne la remettre pas jusque
dans fon Apartement,
elle veut avoir du moins un
recevoir, & voyant des
Chailés roulantes, elle fait
arreller pour en choifir
une. Elle donne l’ordre
tout bas au Cocher pour le
lieu où elle veut qu’il la
mené, & apres avoir alluré
le Confeiller qu’il auroit de
fes nouvelles le lendemain,
elle le laiflè fans aucun
autre éclaircilfèment. Le
Confeiller rit de l’Avanture,
en fait le conte chez
Juy, & eft furpris de recevoir
un Billet de la Belle
dés le jour fuivant. Le Billet
elloit tourné de la maniéré
du monde
GALANT. 209 lante. On le prioit de fe laifler conduire par le Porteur, fans s’informer du lieu où il avoit ordre de le mener,, avec proteftation que s’il n’acceptait pas le Rendez-vous, on iroit luy en faire reproche chez luy.. On fait entrer ce Porteur. C’eftoit un Laquais fans Livrée qu’il ne fut pas pof- fible de faire parler. Le Conleiller à qui tout ce myftere eft fufpect, & qui fe pcrfuade que la Dame l’a crû galant fur 1 entretien enjoué qu’il avoit eu avec
JMars. S
elle, luy écritque n’eftant ny
d’un âge ny d’une profe filon
compatibles avec les Rendez-
vous,il ne pouvoit s'accommoder
du Party ; mais
que fi fa vie avanturiere luy
failoit naifire quelque Procès
fur lequel elle eufi: envie
de le venir confulter, il
luy donneroit des conleils
en Homme qui luy efioit
oblige duplaifir quelleluy
avoit fait de prendre une
place dans fon Carrofle
fans la demander. Il crût
l’Avanture finie par cette
rèponfe, & il en rioit le
V
f
9
GALANT, m lendemain avec des Amies de fa Femme qui eftoient venues luy rendre vifitc, quand il fut averty que la Dame au Billet demandoit à luy parler. Les éclats de rire furent grands. On luy applaudit fur l’avantage qu’il avoit de fe voir couru des Belles -, & les Dames fouhaitant eftre témoins de cette entreveuë, on donna l’ordre pour leur en faire avoir le plaifir. La Belle entra dans une propreté merveilleufe. Vous jugez bien qu’on n’avoit
Sij
1
-Xwi
pas aflez d’yeux pour la regarder.
Un Laquais de Livrée
luy portoit la queue,
& à peine eut-elle dit au
Confeiller d’une maniéré
toute aimable, que puis
qu’il n'avoir point voulu
recevoir fes remcrciëmens
chez elle, il eftoit jufte
quelle vinft les faire chez
luy, qu’une des Dames de
la Compagnie s’avança vers
elle en riant, & l’embraflà
fort étroitement^ Cette
belle Perfonne la pria de
la préfenter à la Maiftrefiè
de la Maifon, à qui elle fit
GALANT. 21? Compliment de la meilleure grâce du monde. Le Confeiller ne fçavoir où il en eftoit, non plus que les autres Femmes, qui fur la peinture qu’il leur en avoir faite, avoient attendu toute autre chofe que ce quelles voyoient. C’elfoit en effet la Femme d’un Confeiller de fa mefme Chambre. Sa vertu ne la rendoit pas moins eftimable que fa beau te' -, & fi elle enten- doit raillerie avec fes Amis, il elloit dangereux de fe vouloir établir auprès d’elle
214 MERCVRE fur le pied d’Amant.
Vous avez entendu parler de beaucoup de Feltes, mais il y en a peu qui égalent la galanterie de celle qui s’elt faite à Montpellier au commencement de ce Mois à l’occafion d’un Baptefme. Je ne fçay, Madame , fi vous elles informée de ce qui fe pratique en ce Païs-là dans ces fortes d’occafions. Ceux qui font choifis pour Parrains, font ordinairement prodigues, & on a veu des Gens à qui les dépenfes qu’ils y ont
GALANT. 2iy faites ont confié la plus grande partie de leur Bien. Jugez jufqu’où vont les cbofes, quand l’Amour s’avife d’y prendre part.
Mr Verduron, Viguier general de la Ville que je viens de vous nommer, ai- moit paffionnément depuis fix mois Mademoifelle de Portales Fille du Préfident de ce nom. Elle pafle pour la plus belle Perfonne de cette Province, & vous pouvez croire quelle ne manque point d'Adorateurs. Mr Verduron ne s’eftoit
d
point encor déclaré, foit qu’il ne luy pas efté facile de la trouver feule, foit qu’il euft voulu attendre qu’il le pull faire avec autant d’éclat qu’il avoit d’amour. Un fecret de cette nature gardé fi longtemps, le faifoit foufrir, & voicy par quelle rencontre il fit enfin connoirtre les fenti- mens de fon coeur. Une Dame de fes Amies accoucha, & il fut prié de vouloir tenir l’Enfant fur les Fonts avec la belle Mademoifelle de Portâtes. Jugez de fa
UU 1
' L
. Uf.
GALANT. 217 joyc. Il donna fes ordres pour une magnificence extraordinaire , & le jour dd la Ceremonie eftant arrivé, il fe rendit chez cette aimable Perfonne avec tout ce qu’il y a de plus galant à Montpellier. Elle avoit affemblé fes Amies de fon collé, & leur beauté eftoit fi avantageufement foute- nue par la propreté de leurs Habits, qu’on peut dire qu’il n’y eut jamais rien de fi brillant. On fe mit, félon que le hazard en ordonna, dans quinze ou vingt Car- éMars. T
A
rolfes qui attendoient à la Porte, & le Héros de la Felte mena fa Belle dans une Chaife roulante qu’il avoit fait faire exprès. Elle eftoit étofée d ’ un riche brocard d’or, & on y voyoic en mille endroits les Chi- fres de l’un & de l’autre en- trelaflez de la maniéré du monde la plus galante. La Ceremonie fe fit. Deux Choeurs de Mufique chantèrent, & vingt-quatre Valets vertus des Livrées de Mr Verduron, tenoient des Flambeaux de cire blarn
• • > a J
i'** A T & XI 'T' m/VuAlM 1. 219 che. Apres que le Baptefmc fut fait, on alla fe promener dans un Jardin à un demy-quart de lieue de la Vdle. On fut lurpris des DivertifTemens qu’on y trouva préparez. On s’avança au bord d’un Vivieç, où deux petites Armées Navales commencèrent a combatre enfemble. On ne peut rien s’imaginer de mieux ordonné. Ces petits Bateaux portoient des Emblèmes galants à leurs Ba- nieres. Quelque Hiftoire amoureufe eftoit reprefen-
T ij
220 M1RCVRE tée fur leurs bords ; & les Boucliers des Soldats où
l’on avoit peint un Bandeau, un Arc, un Carquois, & tout ce qui convient à l’Amour, failoient connoif tre ce que Ms Verdufon avoit tenu fi longtemps caché. Les Matelots riche- I
ment vcltus, prirent terre apres quils eurent finy la Bataille. Les uns tenoient un Baflin de Confitures. Les autres, une Corbeille d’Oranges. Ceux-çy, du Rôfloly ; ceux-là, de l’Eau de Grenade, du Sorbec, &:
d’autres Liqueurs délicieufes.
LaColation ne pouvoir
eltre fervie plus galamment.
Auffi fut-elle un
agréable Régal pour les
Dames. On les conduifit
en fuite dans un Cabinet
richement paré. Douze
Luftres de crillal l’éclairoient,
& trois des meilleurs
Muficiens de la Province
y chantèrent. A ce
petit Concert fucceda celuy
d’une Bande fort nombreufe
de Violons. On profita
de l’occafion, on dan ça
jufqu’à la nuit j & comme
222 MERCVRE elle contraignit cette belle Troupe à le féparer, jamais elle ne parut arriver fi promptement.
Les Lettres ont fait une perte fort confidérable dans ce Mois en la Per- fonne de Mr de Launoy, qu’une allez legere indif- polîtion de deux ou trois jours a emporté. 11 eftoit un des plus anciens Docteurs en Théologie de la Maifon de Navarre. Les fçavans Ouvrages qu’il a donnez au Public faifoient fa plus continuelle occupa
GALANT. 22? tion, & l’on peut dire qu’il eft mort en quelque façon la plume à la main , puis qu’un jour auparavant il corrigeoit les Epreuves d’un Livre qu’il a fait pour défendre les Intérefts du Roy. C’eft une Réponfe à un Ecrivain d’Italie, qui depuis quelque temps a fait imprimer un Traité contre le Droit des Princes Séculiers touchant les em- pefchemens de Mariage. Mr de Launoy avoit déjà foûtenu une Doctrine toute contraire dans un Livre
• • • • J 1HJ
publié en 1674.0Ù lesDroits
du Roy, & en mefme temps
de tous les Princes Séculiers,
font fi folidement établis,
que cet Ouvrage peut
eftre regardé comme un O des plus utiles à l’Etat. On
y avoit répondu en Italie,
& comme cette Réponfe
oftoit aux Princes Séculiers
le Droit eflentiel qu’ils ont
fur le Mariage pour rendre
leurs Sujets habiles ou inhabiles
à contracter, ce
grand Homme ne s’eftoit
pas tû, & donnoit fes foins,
quand il eft mort, à l’Impour
réfuter les erreurs de
l’Autheur Italien. Ainfi
tout fon temps a toujours
elle employé ou pour l’Eglife,
ou pour fon Prince,
& on peut 1 ’appeller non
feulement Docteur des
Droits du Roy, mais encor
Défenfeur de Ia jufte Autorite
des Evefajues, Deflruïïeur
des faux Privilèges,
Docteur des Liberté1^ de
l'Eglife Gullicnne. Son defintérefïèment
a efte toujours
admirable. Il a re_
fufé plufieurs Bénéfices, &
mercvre n’a jamais defiré de Pensons , ny voulu que fes Amis en follicitaflènt pour luy. 11 eft mort à l’âge de foixante & feize ans dans l’Hoftel d’Eftrées, où il avoit un Logement depuis fort longtemps. On luy à veu jufqu’aux derniers mo- mens de fa vie une tran- quilité & une douceur dignes de fa pieté & de fa vertu. Il a nommé pour Exécuteur de fon Tefta- ment ,Mr le Camus Premier Prefidenr de la Cour des Aydes, comme une des
' GALANT 227 Perfonnes qu’il confidéroit le plus apres Moniteur le Cardinal d ’ Eftrées fon Bienfaiteur. On ne peut affez louer la genérofité avec laquelle ce Cardinal & toute la Maifon d’Eftrées ont traité ce fçavant Homme. Il a laiifé la moitié de les Livres aux Minimes où il a efté enterré, & l’autre moitié au Séminaire de Laon. Madame de Longueville, Mr le Marquis de Cçeuvres, Mr l’Ab- bé d’Eftrées, & plufieurs autres Perfonnes de la plus
haute qualité , ont donné
des marques de l’affeétion
qu’ils luy portoient par les
derniers honneurs qu’ils
luy ont rendus. M1 l’Evefque
de Rennes n’a pas elle
des moins empreïTez en ce
rencontre à faire voir les
lèntimens que luy avoit
infpirez l’eftime particulière
qu’il avoit pour luy.
Cette mort a elle fuivie
de celle deM de Hauflonville,
Comte de Vaubecourt.
Il eftoit Lieutenant
General des Armées du
Roy, & du Gouvernement
des Evefchez de Mets &
Verdun, & Gouverneur de
Châlons. U avoir efté obligé
de prendre le Nom &
les Armes de la Maifon de
Hauflbnville, par l’adoption
que luy avoit faite
Mr le Baron de Hauflbnville,
Gouverneur de Verdun
& du Pais Verdunois.
Ses fervices ont glorieufement
foûtenu l’avantage
qu ’ il pouvoit tirer de fa
naiflance. Il commença à
les rendre dés l’an i6zo.
Apres avoir efté Capitaine
de Chevanx-Legers, il fur
2^o MERCVRE pourveu en 162.8. du Régiment de Vaubecourt par la Démiffion de Mr fon Pere, apres la mort duquel il eut le Gouvernement de
Châlons. Il avoit eu auparavant ceux de Landrecies, de la Ville , Citadelle & Chafteau de Perpignan, & du Comte' de Rouffillon, eftant pour lors Marefchal des Camps & Armées. En 1641. il fut fait Capitaine de Cent Hommes d’armes
des Ordonnances de Sa Majellé , & en i6yo. Lieu- • tenant General des Armées
4
GALANT. 231
du Roy. Les Divifions arrivées
dans le Royaume, luy
donnèrent lieu de faire
éclater le zele & l’attachechement
tout particulier
qu’il avoit pour le fervice
de fon Maiftre. Il y commanda
des Corps d’Armées
féparez qu’il amena
en fuite en celle de Sa Majefté
dans des conjonctures
fort importantes. Il a
I elté blefle en diférentes
! occafions, & mefme au
’ Siégé de Rofes, apres avoir
i efté traverfé d’un coup de
Moufquet. A peine fou-
1 \
a?z MERGVRE fric - il le premier appareil de fes blelfures, qu’il remonta à Cheval pour retourner auCombat. Il avoir
foixante & quinze ans, & il n’y a rien qui furprenne quand on voit mourir les Gens dans un âge fi avancé. Il n’en eft pas de mefmc d’une jeunePerfonne qu’on plaint toujours, & dont la perte femble fraper plis fenfiblement. C’eft ce que celle de Madame la Mar- quife de Ségnelay vient de nous faire connoiftre. Elle eft morte à dix-neuf anSj
GALANT,
& il ne fe peut rien ad- joûter à l'affliction où en eft toute la Famille. Sa
bonté', fa conduite, & fà pieté, luy gagnoient les coeurs de tous ceux qui la connoiffoient. Elle vivoit
dans une fort grande union avec Madame la Duché lié de Chevreufe & Madame
la Comtelfe de S.Aignan fes deux Belle-Soeurs, & on ne voit guère d’intelligence plus parfaitement établie qu’elle eftoit entre elle & Mr le Marquis de Ségnelay. Moniteur Col- ^Murs. V
bert l’aimoit & l’eftimoit;
mais quoy que fa mort luy
ait elle trcs-lcnfible , il l’a
fuportée en grandHomme.
On ne le paroill pas moins
dans les fortes douleurs,
que dans les grandes allaires,
& il eft mefme plus rare
d’y faire voir de la fermeté.
La Maifon d’Alegre dont
eftoit Madame de Ségnelay
eft une des plus Illuftres
d’Auversne. Yves I. Baron
les plus expérimerytez Capitaines
de loir temps. Il
donna des preuves de Ion
Xi ‘ >
GALAHT. gr courage en la Conquefte deNaples fousCharlesVIII. & du Régné de LoüisXII. il fut fait Lieutenant General des Armées d’Italie. 11 s’y fit renommer avec le Seigneur de Vivarais fon Fils à la Journée d’Agnadel, où ils combatirent avec une ardeur inconcevable. Celle de Ravenne leur fut fatale. Us poufTerent les Ennemis,, & perdirent en- femble la vie dans la chaleur du Combat pour le fervice de leur Prince. De cet Yves I. font fortis les
V ij
2?6 MERCVR.E Barons de Millaud & le Marquis d’Alegre, Grands- Mailtres des Eaux &Forefts de France, Prevolts de Paris, & Chambellans de nos Rois. Ils le lonr alliez avec les Familles de Foix, de Chaunes, de Bourbon-Ca- rency, de Bourbon-Bulter, de Miolens, d’Eltoureville, de Mailly,de Beaufremont, du Prat, Nancoüillet, d’Au- mont, de Laval, çlc Senec- terre, de Hautemcr,Ferva- ques, d’Arcoüa, de Berhu- nes-Settes , & du Fay en Normandie, Comte de Maulevrier.
GALANT. 237
Nous avons aufli perdu
ML l’Abbé de Ris qui eft
mort tres-regreté. 11 ettoit
Frere de feu M' de Ris Premier
Prefident au Parlement
de Rouen. 11 avoit
beaucoup d’elprit, la converfation
douce & aifée, &
tout ce qui rend les bonnettes
Gens propres à faire
une atjreable focieté dans O le monde. Aufli avoit-il
beaucoup d’Amis confidérables
qu’il s’ettoit acquis
par fon mérite.
Son Altettè Royale Madame
a efté indilpofée deCampagne.
Si ce n’eft pas
une gO rande maladie régO lée,' c’eft du moins une langueur
qui n’eft pas moins à craindre
que la Fièvre. Mr de
Valnay dont je vous aydéja
parlé plufieurs fois, a pris
de là occafion de luy préfenter
ces Vers.
PRinceJJe çueri(]e^ c'e/l rameur
qui l'ordonne,
Pour voflre lllujlre Epoux confcrvezjvos
attraits.
Cherche^ vous à changer fes Lauriers
en Cyprès,
Pendant qu aux yeux de tous la
Gloire le couronne]
Vous ne devtzjamaif efperer de
I Si par une douleur que vous voulez^
trop croire,
k Vous laiffeZ' de voi traits affoiblir
la beauté t
M
Si-toflque ce Héros ira trouveriez Gloire.
Si le plu grand des Rois ne nous defendoit pas,
On pourroit pardonner à voftre amour extrême,
Ut craindre quelqt cfois le hasard des Combats,
Car on peut avoir peur de perdre ce qu on aime.
1g.
éMais, Princejj'e, le Ciel conserve voftre Epoux.,
il reviendra toujours plies grand &plus augtfte.
Et puis que vous fyauegque noflre Guerre eft jufte.
Vous connoiffeg aufjï que Dieu combat pour nous.
On
I
GALANT. 241
On a eu nouvelles de
Mefline qui portent que Monfieur le MarefchalD uc
de la Feüillade avoit pris poffeffion de laViceroyauté de Sicile. Le Sénat le vint prendre au Palais pour le conduire à la grande Eglifc dans un Carroffe fuperbe & tout ouvert. Les Rues eftoient bordées d’une infinité de Peuples qui eftoient accourus des envi- rons. Les Dames par une liberté toute finguliere, eurent permifliori de leurs Marys de fe montrer aux éMars. X
I • k '•
242MEF<CVRE
Feneftres dans leurs ajuftemens
Italiens. On les y
voyoit appuyées fur de fort
riches Tapis. Monfieur le
Duc de la Feüillade ellant
arrivé à 1 ’ Fcrlile alla ie
magnifique Prie-Dieu qui
luy eftoit prépare'. 11 y fit
Serment de garder les Privilèges
& Statuts duRoyaumej
&la Ceremonie ne fut
pas plutoll achevée, qu’on
pouflà de longs cris de
avec aes marques
de joye extraordinaires.
GALANT 24.j
On en a fait paroiftre beaucoup à Grenoble à la Réception de Mr le Comte de Tallard Lieutenant de Roy en Dauphiné, & de Madame fa Femme. Vous fçavez fans-doute que ce jeune Comte eft de la Famille de Hoftung, tres-an- i cienne dans cette Province, I çonfidérable par plufieurs grands Emplois, illuftre par des Dignitez relevées, &c alliée aux Mailons de Créquy,de Bonne,de Neuf- ville , de la Rochefoucaut, de Tournon, de la Tour- X ij
244 MERCVRE deBoüillon, de Polignac, de Pic de laMirande, de Gonzagues, de 1 ’Aubef- pine , de Gadagne, & de plufieurs autres -, Que Madame la Marquife de la Baume fa Mere ell une Héroïne célébré par fon Ef- prit, honorée de la bienveillance du Roy , & efti- mée de toute la Cour ; & que Madame la ComtefTe de Tallard , Heritiere de feu Mrde laThivoliere Ion Ayeul maternel, & Fille de Mr le Comte de Vir- , ville, apres s’eflre fignaléc
GALANT. 245 par une grande confiance, pendant que Mr le Comte de Tallard fe fignaloit par fa valeur, fe vit enfin unie avec luy par l’heureux Mariage qui fut fait il y a environ trois mois.
Ce jeune Comte eftant arrivé en polie, & l’avis eftant venu que Madame fa Femme devoit entrer dans Grenoble quelques jours apres, le Corps de Ville luy alla à la rencontre à plus de trois grandes lieues, avec une Cavalcade aufli nom- breufe que magnifique, X iij
MERCVRE par fes Habits & par d’autres ornemens. Le lendemain
M‘ le Comte de Tallard partit pour la rencontrer, & les Dames allèrent fort loin au devant d’elle
dans leurs Car rodes. Hors
de la Porte de France, qui eft celle par où l’on devoit entrer, douze Capitaines des Quartiers occupoient une grande Place, qui eft celle du Cours, où l’on fe promene pendant l’Efté. Ils fe rangèrent par plu- fieurs Lignes, & donnèrent tout le plaifir qu’on pou-
. GALANT. 247 voit attendre d’un bel ordre, & de l’éclat d’une pro- digieufe quantité de Rubans & d’Echarpes. Chaque Compagnie avoit une couleur diférente , & rien n’eftoit plus agréable à la veuë que cette diverfité. Le Frontilpice de la Ville eftoit embelly de plufieurs Emblèmes propres au fujer. Sur le Pont qui eft bafty fur l’ifere, il y avoit un Arc de Triomphe, avec plufieurs Infcriptions accompagnées de diverfes Figures ; & à la Porte de 1 ’ Hoftel où ces
X iiij
248 MERCVRE llluftres Epoux dévoient loger, on en avoit élevé un. autre qui par quelques Emblèmes &par de rares De- vifes en François, en Grec, en Latin, & en I talion, donnèrent de l’occupation aux Sçavans de ce Païs-là. Le Canon & les Boëtes de la Citadelle firent un grand bruit, & pendant toute la journée on continua les ré- joüifiànces publiques. Mr le Comte de Tallard entra au Parlement deux jours apres, & le lendemain à la Chambre des Comptes, où
GALANT- z49
il eut tout fujet d’eftre content
des Difcours cpii luy furent faits. Il y répondit d’une maniéré aulïi fpiri- tuelle que judicieufe. Il a reçeu pendant plufieurs jours les Complimens & les
Harangues des Corps Ec- clefialtiques & de Magif- trature,& de ceux de toutes
les Villes de la Province; &
les civilitez que la Noble fie luy rend l’obligent fouvent à publier que la polkeflè, l’honnefteté, & l’agrément, font des avantages héréditaires parmy les Gentils-
2vo MERCVRE hommes du Dauphiné.
Les Lettres de Moniteur
leTellier ont elle enregif- trees à la Cour des Aydes, comme elles l’ont elle au
Parlement & au Grand Confeil. M' Pajot Ht l’E- loge de ce grand Minillre avec Ion éloquence ordinaire, & montra qu’il elloit non feulement un fane Pere D
de Famille & fîdelle Amy, mais généreux, obligeant, & officieux à tout le monde.
M1 Ravot Avocat General parla aufii. Je ne puis vous dire quel fut lefujet de fon
GALANT. 2Vi Difcours. On doit me l’apprendre, & je vous le feray lçavoir.
M de Givry a efté pour- veu de la Lieutenance de Roy de laCitadelle deMets. C’elt un Gentilhomme fort aimé dans tout le Pais, & qui depuis longtemps y rend des lervices tres-agrea- bles à Sa Majefté.
Vos Amies qui vous obligent à me demander un Article des Modes nouvel- velles, le trouveront dans la Lettre Extraordinaire que je vous prépare pour
MERÇVRE le quinziéme d’Avril. Cependant vous pouvez voir un Modèle de la maniéré dont on s'habilloit il y a quelques mois fur huit Eftampes qui furent données au Public dans ce temps-là. Ce font des Figures qui reprefentent quatre Hommes & quatreFem- mes veftuës à la mode. Il y a un An ou deux qu’il en parut du mefme Autheur, qui furent trouvées admirables ; & comme on fe perfectionne toujours, jugez de ce que doivent eftre
attitudes en font belles, &
l’on voit bien que cela ne
peut venir que d’un galant
Hommequi fçait le monde.
Aufti peut-on affurerqueM1
de S. Jean qui en eft l’Autheur,
le connoit parfaitement.
11 poflede les Lan,
gués, & n’ignore rien de
ce que peut fçavoir un Cavalier
des plus accomplis.
J’ay encor à vous entretenir
de tant de chofes, que
je ne fonge plus à donner
aucun ordre aux Nouvelles
que je vous écris. Comme
je vous les mande à mefure
quelles fe préfentent à ma
mémoire, il fera difficile
que je n’en oublie quelqu’une,
comme j’oubliay
la derniere fois à vous faire
fçavoir le Mariage de Mademoifelle
Charreton. Elle
a époulé M d’Hillain Seigneur
de Baroges, Conleiller
au Parlement de Paris.
M Charreton Ion Pere
eft Doyen desPrefidens de
ce meimeParlement. Vous
fçavez avec quelle approbation
il rend la Juf• rt ice de'U.
GALANT. 2^ puis cinquante - deux ans dans cette première Cour de France. Il delcend d’un Jean Charreton qui y fut reçeu Conleiller en 1404. Et un autre de ce mefme
nom qui vivoit en 1280. prenoit la qualité de Chevalier, Seigneur de la Ter- riere, Bailly de Charollois, n’eft pas le plus ancien de cette noble Famille. Mais
* • •
il eft inutile de chercher li loin des fujets dignes d’éloges dans une Mailon qui en fournit alfez à prefent. Pour en connoilbre l’éclat,
^6 MEPXVRE
il ne faut que jetter les yeux
fur Mr de la Douze-Charreton
Avocat General des
Eaux & Forefts. Son efprit
& fa capacité le font admirer
dans cette Chambre,
& on ne peut fuivre plus
glorieufement qu’il fait les
traces de Mr le Prefident
fon Pere, & de fes Illuftrcs
Anceftres.
Apres plufieurs Airs François,
je vous en envoyé un
Italien. M1 Ménage connu
par toute la terre acaufede
la profonde érudition, a fait
les Paroles. Un de fes Amis
WM
l/T
---------- R
. J_________________________ _____________________
rnicdcnua lamiate ne rdjole aile prime parole cite dcunortmioro,
*------ 4-------- *
*tydue ddtuofido pastore/ù dirnonvuoifajnoreliïdirnon uuoilil more ahi dô.lôzro:$a,Jorteahi
^|J JM J JlJ-iWl 'il
^forteaedi tie^i uedi ucdiuedi la mor :
lorcejiè râdÿârdo e haie
—6~.---- *- —«------- r— 1 I
? s
/
t 4-
za
cheptardojlujqenaidirjnwi mtsti lamertti iwuederntuolt/yrauinucitorrnen - fi Ditrapiu chclejelue durapiackelt
------î=zr;—7—<h < 4 h--------- --------r6
Z
7"
F
• I■ - \irapiu choieJelue durapiu die le
qjscc forte cdxi do lo.rosa
GALANT. 2T7
les a envoyées à Rome, &
elles y ont paru fi belles à
un des plus fameux Maiftres
de Mufique d’Italie,
qu’il a pris plaifir à les noter.
Liiez & chantez.
AIR. ITALIEN.
QP^cfla bella d'amor nemica è
La mia tevera lole. (mia
Aile prime parole
Che d'amor muovo y force fiera il
qua rdo^
L lieve plu che Pardoy
Ne udir i miei me fit lamcnti,
Ne veder vuole i qravi miei îor-
Dura piu che le felvey [menti*.
Cruda piu che le belvey
Del tuo fi do pafiore
S'udir non vuoi Pamore^
j4hi dolorofd farte*
JS edi> vedi la morte.
Si le fens de ces Paroles
échape à l’aimable Blonde
que vous avez auprès de
vous, pour peu qu’elle
veuille s’appliquer plus régulièrement
quelle n’a Elit
jufqu’icy à l’étude de cette
Langue, elle en furmontera
toutes les difficultez
en confultant un Livre
qu’on a imprimé depuis
quelques mois fous le titre
du Miiïftre Italien. La Méthode
en eft aifée par la
GALANT. 2W maniéré dont Mr Vene- roni qui en eft l’Autheur, l’a réduite en Réglés. S’il y en avoit une aufli prompte & auiîi facile pour fe rendre parfait au Lut, je confeillerois fort à cette
belle Perfonne de quiter tout pour en prendre des’ Leçons. Je fus charmé de ce que j’entendis il y a trois jours fur cet admirable Inltrumenr. Ml Deflan- fonnieres le touchoit, & il le touche avec tant de force & de délicateflè tout-en- femble, qu’on peut dire
Yij
2Ï>O
qu’il vaut luy feul un Concert.
C’eft un plaifir qu’il
donne toutes les Semaines
à fes Amis, & à ceux qu’ils
veulent mener chez luy.
Le Jeudy eft le jour qu’il a
choiiy pour cela. Apres avoir
efté écouté avec applaudiflèment
dans toutes
les Cours de l’Europe , il
sert enfin arrefté à Paris,
ou les Ecoliers qu’il perfectionne
font admirer fa maniéré
d’executer tout ce qui
a jamais efté fait de plus
achevé fur le Lut. Pour en
cftre perfuadé , il ne faut
, GALANT. zGi qu’entendre Mademoifelle Ange, qui depuis deux mois quelle a pris Leçon de luy, a tellement augmenté., foit pour la méthode, foit pour la fineiïè du Jeu, qu’il femble quelle ne fe reconnoifle plus elle-mef- me. M‘ Deflanfonnieres s’attache particulièrement à rendre l’ame à tous les Ouvrages de feu M Gautier' de Lyon, par l’air & le mouvement qui leur eft particulier, & il eft aifé de con, noiftre qu’il s’étudie à les imiter dans les Pièces qu’il compoïè.
Je pafle au Siégé de Gand. Je ne le commenceray point lans le finir. On ne compte le tempsque Loiiis le Grand employé à faire des Sieges, que par un petit nombre de jours; & de quelque cofté qu’il tourne les armes, on peut croire pris tout ce qu’on luy voit attaquer. Quoy que ces Sieges durent peu, le récit n’en peut eltre court -, & des Conquelles de cette importance n’ellant deucs ny à la foiblefie des Places, ny à celle de la plus grande
« T Æ Tk z
i • 263
partie de l’Europe armée
de tous collez pour les défendre
, on ne peut nier
qu’il n’y ait quelque chofe
de miraculeux dans ce qui
en fait venir à bout avec
tant de facilité & de promptitude.
Il n’eft jamais arrivé
qu’on ait manqué de
prévoyance, jufqu’à fe laifler
furprendre deux fois de
la mefme forte. Les Campagnes
que fait le Roy en
Hyver depuis plufieurs années
, ne làifToient point
douter aux Ennemis qu’il
11e dull encor partir celle2^
MERCVRE cy dans cette mefme Sai- fon. Ils cftoient préparez à l’attendre en Février avec autant de précaution qu’ils en auroient pu avoir au Mois de Juin. Ainfi il n’ef- toit plus quellion de tromper des Gens qui n’avoient préveu à rien , mais des Ennemis fur leurs gardes. Comme ils eftoient un fort grand nombre d’Alliez, ils dévoient avoir des forces par tout, & il ne falloit pas fonger feulement dans le Cabinet à combatre tant de Puiflances unies, mais à vaincre » 4
Vaincre auffi les Efprits de
tant de grands Politiques
liguez enfemble pour nous
refifter. C’ell: ce que vous
trouverez d ’ autant plus
glorieux au Roy, que pour
en pleine Campagne, &
dans le Cabinet, il faut
quel’Efprit n’aitpas moins
de part au Triomphe que
la Valeur. Trois chofes eitoient
neceflaires pour le
fucce's de nosdernieres entreprifes.
La première, de
faire un Projet qui fuit
aflèz grand pour étonner;
îMars. Z
toute la Terre, & de s’af. furer des moyens de le faire réüffir. La leconde, quoy que dépendante encor du Cabinet, demandoit tout le fçavoir des plus grands & des plus expérimentez Capitaines, pour donner ces ordres fecrets & publics tout-à-la-fois, qui font faire aux Troupes tant de mou- vemens diférens, fans que ny elles ny les Ennemis puiffent pénétrer à quoy elles doivent eftre employées.
Et la troifiçme confiftoit toute en cette
haute valeur qui ne trouve rien de fi difficile dont elle ne vienne à bout en peu de temps. Quoy qu’il lemble que le Cabinet ait peu de part à ce qui regarde ces grandes executions, c’eft à luy pourtant quelles font deuës, par le choix judicieux qu’on y fait des Braves, par la parfaite con- noiffiance qu’on s’attache à y prendre de la bonté des Troupes, par les promptes récompenfes qu’on y ré- i fout, &par l’abondance de toutes chofes. que les déli-
berations qu’on y fait trouvent
moyen de faire fournir.
Ce que je dis à l’avantage
du Cabinet, n’ofte
rien à la valeur des Braves,
puis qu’il les fait choifir
comme tels. On peut dire
qu’il eft lame, qu’il eft la
tefte qui fait mouvoir tous
les bras. Cette tefte ne peut
manquer que tout ne manque,
& les bons ou mauvais
fucce's de'pendent toujours
de la maniéré dont elle
agir.
Le Roy ayant arrcfté les
delfeins de cette CampaGALANT.
gne , prit des mefures qui paroiffoient toutes oppo- fées à celles des Années precedentes. Pour mieux cacher fon fecret, il aflcéta de n’en point faire, contre l’ordinaire de ces fortes de Voyages qu’on laiffe toujours ignorer aux Ennemis. Il fit publier le fien longtemps avant fon départ, & on déclara mefme le lieu où il avoit réfolu d’aller. Ceux qui fe méfient de rai- fonner, & fur tout les Ennemis , crûrent que ce de- part n’eftoit qu’une feinqe.
Le temps leur apprit le
contraire. La franchife de
ce procédé les étonna, mais
ils connurent bientoll que
pour trop fçavoir , ils ne
fçavoient rien. On tremble
depuis Stralbourg jufques
àYpres; & pour alïieger
Gand-, le Roy va à Mets,
Mr de Créquy dans le Brifgau,
& d’autres Troupes
aux environs de Stralbourg.
Toute l’Allemagne eft allarmée.
Caprara vient fe
mettre fous Offembourg
avec un Corps confidérable.
Les Allemans à peine
1
GALANT. 271 entrez dans leurs Quartiers d’Hyver,en fortent. StraC bourg envoyé des Députez au Roy, & les Allemans fe fatiguent inutilement. On n’eft pas moins allarmé en deçà. Luxembourg eft in- I vefty par Ml de Choifeüil, Char lemont par Mr de Cha- feron, & tout ce qui eft ne- ceïfaire fe trouve devant la Place, jufques au Canon &: aux Bombes. Les grands Détachemens de laGarni- fon de Maftric obligent les
O v
Ennemis à pourvoir a la fûreté de Haflel, & le Duc xiij
272 MERCVRE de Villa Hermofa envoyé du Secours à Leven. Pendant
ce temps M‘ de Montai invertit N amuq &pour mieux perfuader qu’on en veut faire le Sieçe, on brûle
O *
tous les Fourrages des en- virons. Mons & Ypres font invertis dans le mefme
temps ; Mons par M1 de Nancré, & Ypres par Mrs de Monbron & de la Trouf le. La plupart de la Cavalerie de Gand fort pour le jctter dans cette derniere Place , & le mefme foir Gand crt invelty par douze
K
GALANT. 273 mille Chevaux, quarante- huit Bataillons,& lept mille Pionniers. Mr de Louvoys fait une diligence incroyable , & les fuit de près. Il avoit déjà eu le plaifir de voir invertir les autres Places,
& d’en entendre le Canon , & on le croyoit bien éloigné de celle-cy, quand il arriva. Tout avoit erté fi bien concerté, que les Troupes qu’on menoit à Gand apres qu’on l’eut invefty, en apprenoient le Siégé en chemin par les Païfans qu ’ ils rencon-
274 MEKCVRE troient. Ce qu’il y a de plus lurprenant, c’eft que dans le mefme temps qu’on 1’inveftir, il fe trouva d’autres Troupes dans les Villages des environs, capables de s’oppofer aux Ennemis, s’ils s’aflèmbloient pour jetter du monde dans la Place. Apres cela il faut que les Nouvellirtes renon- çent aux conjectures, & ne faïTent plus ny railonne- mens ny paris. La crainte des Ennemis qui avoient appréhendé pour tant d’autres Places, avoit efté caule
GALANT. 27î que n’ayant ofé les de'gar- nir, ils ne s’eftoient point mis en Corps pour eftre par tout; & c’elt ce qui donna lieu, comme on l’a- voit crû, de bien fermer lesPalfagesdeGand. Tant de divers mouvemens cau-
lerent plufieurs fortes d’avantages. Ils n’empefche- rent pas feulement les Ennemis de former un Corps, & de rien foupçonner du Siégé de cette Place, mais ils fatiguèrent encor beau-
O
coup.les Allemans. Voicy de quelle maniéré on l’in-
vjG mercvre veftit. Mr le Marefchal de Humieres apres eftre venu jufqu’au Quelnoy par la route duHainaut, fe rendit à Tournay le dernier de Février fur les dix heures du matin. Il en partit une heure apres, & arriva à l’entrée de la nuit à Oude- narde, doit Mr de Chantilly partit fur les cinq heures avec un Pont volant pour jetter lur le grand Efcaut à Mefle. On fit partir dans le mefme temps un femblabîe Pont qui arriva à Deins fur les onze
r
GALANT. 277 heures du foir. M le Marquis de Ranes s’y rendit pour monter droit au Canal de Bruges?& établir fon Pont à Markerke. Ces deux Ponts furent faits avant le jour. Ainfi Gand fe trouva invefty le premier de Mars par MrleMarefchal deHu- mieres avec foixante & dix Efcadrons. Mr de Ranes l’inveftit depuis Droghen jufques au Canal du Sas de Gand; & Mls de Chamilly & de Quinçy , depuis le haut Efcaut jufques à l’autre cofté du Canal. On e'ta-
S
278 MERCVRE blit le melme jour deux Ponts folides fur la Lys & fur le grand Efcaut. Jamais il ne fe fit rien de fi furpre- nant en fi peu de temps. Les Ponts, les Digues, les Saignées, pour fe pouvoir communiquer & fe défendre des inondations, font des chofes que l’avenir ne croira jamais, quand on dira que foixante mille Hommes féparez par trois groffes Rivières, par deux Canaux confidérables, & par une infinité d’autres petits que l’abondance des
GALANT. 279 eaux avoit accrus, fe font vifitez en trois jours fans aucun empefchement, dans un Camp dont la circonva- lation avoit huit lieues de tour. Je le répété encor, c’eft ce que l’avenir ne croira jamais, & cependant ce n’eft que la moindre partie de ce qui doit donner de l’admiration, puis j qu’il n’eft pas moins incroyable que tant d’attirail, tant d’Hommes, tant de Vivres, & tant de Fourrages neceffaires pour tout cela, fe foient tout d’un
coup trouvez devant une
Place, fans que ny la Ville
artiegée, ny les Ennemis,
en aycnt pu rien foupçonner,
le jour mefme qui précéda
l’arrivée des Troupes
qui l’invertirent. J avoue
que je ne vous dis rien qui
(oit vray-femblable j mais
ce que je vous dis ne laiïïè
pas d’ertre vray. Tout ce
qui devoit fervir pour les
Ponts ertoit feparé en pluficurs
endroits -, & ceux qui
avoient ordre de tenir tout
preft, ignoroient à quel
ufage on le vouloic emGALANT.
281 ployer. On avoit fait cuire du Bilcuit longtemps auparavant , parce que les lieux où l’on cuit le Pain font deviner ordinal* renient où l’on doit aller. Mille Chevaux d’équipages eftoient toujours'prefts a- vec leurs Coliers pour marcher du codé qu’on juge- roit à propos. Mr de Lou- voys ne mena aucuns équipages, afin qu’on ne le doutaft pas qu’il dull paf- fer fi avant. On prit mille autres précautions dont je lailTe le détail. Elles nç éMa/rs, K a
font peut-ellre pas fçeuës de ceux-melmes qui ont travaille' pour l’accomplil- fement d’un fi mand dei- fein. La vray - lemblance s’y trouvoit fi peu, que le Duc de Villa Hermofa n’en voulut rien croire. Cinq oufix Courriers luy avoient apporté les nouvelles de toutes les Places inverties dont je vous ay parlé & comme il y avoit donné ordre, il fe promenoit tranquillement à Bruxelles, lors qu ’ un nouveau Courrier luy apprit que Gand eftoit
GALANT. 283 invefty. Il répondit, qu'il ne donnoit pas dans ce panneau. On luy repartit, que c'efioit une nouvelle affûtée. Il dit de nouveau, qu'il ne la croyait pas, parce quelle ne pouvait eslre <vraye. Et voyant que le Courrier conrinuoit à luy tenir le mefme langage, il le me-
C> G> 5 naça de le faire punir, s’il foûtenoit plus longtemps des impolhires. Le Marquis de Bdrgomeinero qui eitoit auprès du Roy d’Angleterre , n’eut pas moins d’incrédulité pour ce Siégé-, Aa ij
& quand le bruit en fut répandu à Londres, il prétendit que ce fuftunevan- terie des François. Cependant on difpofa les Quartiers. Vous les comprendrez plus aifément, quand je vous auray dit un mot des Rivières des environs. L’Efcaut quidécend d’Ou- denarde, s’appelle le petit Efcaut, & le grand eft ce- luy qui de Gand va à Den- dermonde. On le nomme ainG, à caufe de la Lys qu’il reçoit. Le Quartier du Roy eltoit entre le petit & le
GALANT. 2.S?
grand Efcaut. Mr le Marefchal
de Humieres y commandoit
fous les ordres de
SaMajefté. On avoit fait
camper vingt-deux Bataillons
fur cette Ligne. Il y
en avoit une fécondé de
vingt-unEfcadrons derrière O
eux, la plupart de la Maifon
du Roy ; & la troifiéme
eftoit compofée de vingt
autresElcadrons. LesMoufquetaires
& les Grenadiers
à cheval eftoient autour du
Logis du Roy. Le fécond
Quartier qui eftoit celuy de
Mr le Marefchal de Schomberg,
eftant de moindre étendue, n’avoit qu’onze Bataillons derrière vingt- un Elcadrons, & pour troi- fiéme diftance onze Efca- drons. Ce Quartier eftoit fitué entre le ^rand Elcaut
O
&laDurme. Le troifiéme, c’eft à dire celuy de Mr de Luxembourg, renoit depuis la Durme jufques au Canal du Sas de Gand, & avoit vingt-trois Bataillons- fur une Ligne, foûçenus de trente Efcadrons pour fécondé, & de dix-neuf pour troifiéme. Ces trois endroits
eltoient les plus dan- . gereux, & laifloient aux
Ennemis plus de facilité d’entreprendre de nous at- . raquer. Il y avoit encor d’autres Quartiers prefque à couvert. Comme ils ne craignoient point ce qui ;, pouvoir venir du cofté de . Bruges & d’Ypres, ils ef- toicnt moins garnis de Troupes, & on s’eftoit I contenté d’y mettre une feule Ligne meflée de Dragons d’infanterie & de Cavalerie. Le premier alloit du Canal du Sas à celuy de
Bruges, & il n’y avoit que
fix Bataillons mellez avec
huit Efcadrons, moitié Cavalerie
& Dragons. Ml le
Marefchal de Lorge eftoit O pofté depuis le Canal de
Bruges jufques à la Lys,
avec huit Bataillons & huit
Efcadrons ordonnez comme
dans l’autre Quartier-,
& Mrs de Vendofme &
de Maulevrier occupoient
tout l’efpace qui fe trouve
depuis la Lys jufques au
petit Efcaut, avec huit Bataillons
& huit Efcadrons
meflez fur la mefme Ligne.
Le
IVALANT. 289 nt de 1 Artillerie y Lufli, avec quatre Ba- s de Fufiliers. Mr le - Maiftre comman- tte Artillerie,& avoit y M du Mets qui en .ieutenant General. :périence eft connue >ien que celle de Mr Liban qui conduifoit avaux. Avant que de varier de l’ouverture tranchée, il eft bon as dire deux mots de . Cette grande Ville ue'e dans lcsPaïs-Bas. s nomme ainfi,àcaufe Mars. B b
r
MERCVRE
qu’ils font dans un plat Païs
& vers la Mer, ou les Rivières
ont leur pente. Le nom
de Flandres qu’on leur
donne en general, eft le
nom particulier d’une Province.
LesPaïs-Bas Catholiques
font divifez en trois
Bûchez, quatre Comtez,
une Seigneurie, un Evef-
O r*
ch- éT, & un Archevelché,
Fiefs de l’Empire. Bruxelles
Capitale du Brabant, l’eft
de tous les Païs-Bas, & non
de la Comte' de Flandres,
qui n’en connoit point
d’autre que Gand. Plufieurs
Hiftoriens aflurent
que Jules.sCéfar le fit bâtir.
Il eft à quatre lieues ou environ
de le Mer, fur trois
Rivières. Plufieurs Sources
d’eaux vives en font proches.
Elles y entrent, &
s’e'coulent en fuite dans la IMer par le moyen d’un
Canal de quatre lieues de
long. La bouche par où ce
Canal fe dégorge, eft appellée
le Sas de Gand. Il
y a vingt-fix petites Ides &
quatre - vingts . dix Ponts
• dans laVille. Chàtles-quint
y prit naiïfance, &rArchi-
Bb ij
292 IVLIIK
ducheflè Ifabelle, petite*
Fille de ce grandEmpereur,
y fit dreïfer fa Statue fur
une Colomne de marbre,
au milieu d’une Place publique
, tenant une Epée
d’une main , & un Globe
Impérial de 1 autre. Cette
Ville eftoit autrefois fi puifi
fànte, & fes Habitans fi belliqueux
, quelle n’avoit
qu’ à faire paroiftre Ion
Etendard pour faire voir
cinquante mille Hommes
fous les armes. Charlesquint
la jugeoit d’une tresgrande
importance pour le
GALANT. 293
bien, de fes affaires, & cela
parut lors qu’ayant appris
quelle s’eftoit mutinée, il
ne balança point à prendre
la Porte luy quatrième, &
à pafïèr par Paris, pour empefeher
les fuites de la révolté.
Voicy les propres
termes dont fe fert Jean-
Antoine deVeradeFigueroa
Comte de la Roca, dans
l’Hiftoire qu’il a compofée
de cet Empereur. C'harlesqttint
partit en poste d'Efpagne
avec qu itte Gentilshommes
de fa Chambre, &
pajfi au travers de la France
B b iij
294 MERCVRE fins confiderer les chofès qui s'oppofiient à ce dejfein, ne fipichant mefmes de quelle maniéré le Roy <voudroit en ufer. Il alla à Gand, & priva cette Ville de fes Privilèges,
en abolifl'ant la Loy qui luy donnoit pouvoir de créer des Magiftrats. Il l’obligea de faire bâtir une Citadelle à fes defpens. On y a toujours entretenu une Garnifon Espagnole depuis ce temps-là. Voyez, Madame, combien l’envie de fauver Gand fit bazarder à
Cbarles-quint, puis qu’il
pafïà par Paris, où il pouvoit
craindre d’eftre retenu
prilonnier. C’elt ce quieult
pû arriver, s’il eult eu affaire
à un Roy moins généreux
que François I. Je
ne puis m’empefcher d’adjoûter
icy ce que Mathieu
dit de ce Voyage dans fon
Hiltoire de France. Il rapporte
une circonstance qui
répond ailèz à ce qu’a écrit
l’Hiftorien Efpagnol.
pour aller aux Païs - Bas
chiftier la mutinerie de ceux
de Gznd que le Roy riavoit
z96 MERCVRE pas voulu prendre en fa protection. Il fut reçeu avec toutes fortes d’honneurs, la generofité de ces deux Princes fut admirée de tous-, car l’un fe fioit à fon Enne- my qu’il avoit offensé, S? Iautre pré fer oit l’honneur de fa parole au rejfentiment de fes offenses, defquelles il ne luy parla jamais tant qu'il fut en France, & encor ce fut en riant. Parce que perfonne ne l'a écrit, gÿ qùil mérité d'eftre feu, je le rapporte icy. Comme le Roy entrcte* noit la Ducheffe d'Ffiampes
«1
, GALANT. 297
quil aimoit,!.'Empereurfur-
•vint en fit Chambre. Le Roy
luy dit. Moniteur mon
Frere, il faut que vous fçachiez
le confetl que cette
belle Dame me donne. Elle
eft d’avis que je vous retienne
prifonnier jufques à
ce que vous m’ayez rendu
Milan & Naples. Vrayment,
dit T Empereur, Moniteur
mon Frere, elle vous
confeille bien, Quoy que le
Roy eu fi léché ce mot avec la
. liberté Françoifè, néant moins
l'Empereur le reçeutdouteufèment
; & le lendemain layant
les mains pour fouper
avec le Roy, il mit en fa boufein
au pied, de la Ducbejfe
d'èflampes qui tenait la Serviette,
& fia propos, quelle
eut moyen de le relever 3 (ÿ
comme elle luy eut prefente,
Il eft en trop bonne main,
dit l'Empereur, pour l’en
ofter -, il vaut mieux qu’il y
demeure, & que vous le
gardiez pour l’amour de
moy, & je vous en prie.
Ces deux endroits de l’Hiltoire
juftifient allez ce que
GALANT. 299 je vous ay dit de l’importance qu’efioit pour Charles-quint la confervation de Gand. Il y a grande apparence qu’il ne fuit pas venu rifquer fa liberté dans une Cour étrangère, fi la neceflité de ce Voyage ne luy euft paru plus forte que le péril. Je vous ay déjà dit une partie de ce queLoüis le Grand a fait pour conquérir cette Place, il prit d’abord fa route du collé de Mets-, & le dixiéme jour apres y ellre arrivé, il fe trouva devant Gand de fi
?oo MERCVRE bonne heure, qu’on poué . roitn’en compter que neuf- encor le fejour qu’il a fait à Mets, & le temps qu’il a employé à vifiter quelques Places, font - ils compris dans ce peu de jours. Je r... reviens au Siégé. Apres l’établiflement des Quartiers dont je vous ay parlé, on difpofa toutes chofes pour l’ouverture de laTran- ■ chée. On travailla aux Lignes.
On fit venir du Canon. On prépara les Bate- ries. On éleva des Digues pour la communication des
GALANT. 301
Quartiers. On fit dreiTer des Ponts fur les trois Rivières , & l’on eut foin fur tout des Saignées necef- faircs pour faire écouler les eaux. Les inondations a- ml V ** •
voient efté préveuës,& tout fe trouva preft pour s’en ' garantir. Ceux de la Place 1 A ’ ' c
ne crurent point julques au J Mercredy à midy, qu’on
voulait les aifieger. Ils s’i- O t
maginoient que M le Ma- refchal de Humieres & Mr
le Marquis de Cham ly faifoient de leurs co irfes ordinaires dans le Pais de
V
MERCVRE
Vaes & aux environs, pour brûler & piller tout ce qu’ils trouveraient, & ils ne commencèrent a le deiabufer
que lors que toute l’Armée fut devant la Place. Dés que Mr de Chamilly y fut arrivé, il fit attaquer par les Dragons de la Roche- Thulon le Fauxbourg de Mufoté, fur le bord du Canal du Sas, où les Ennemis avoient un petit Fort, & où ils s’elloient poftez encor dans des Moulins. Il les emporta, fit quelques Prifonnicrs, & y mit Mr de
la Roche. Le Roy eftant
arrivé au Camp le 4. avant
midy, Sa Majelté reconnut
la Place. On avoit fommé
la Ville dés le matin, & les
Afliegez ayant répondu
qu’ils eftoient réfolus de le
défendre, commencèrent
d’en donner des marques,
en brûlant un de leurs
Fauxbourgs.
La nuit du 4. au 5. quatre
cens Hommes détachez
du Régiment des Fufiliers,
avec cinq cens des Gardes
Françoifes & Suiiïes, furent
commandez pour aller oc304
MERCVRE cuper un Polie où la Tranchée devoit s’ouvrir, & où l’on vouloit faire un gtand. Epaulement pour fe couvrir du feu du Canon d’un, fort haut Cavalier des Ennemis. Les Gardes Fran- çoifes & Suifles avoient elle portez d’un autre collé. M' de Marans Brigadier & Lieutenant Colonel des Fu- liliers qu’il commandoit, ne fe trouvant qu’à trois cens pas de la Contrefcar- pe, & fe voyant maillre des Polies qu’il avoit eu ordre de prendre, envoya encor
GALANT. m chercher cinq cens Hommes de fon Régiment, & ouvrit la Tranchée -, ce que les Ennemis luy laiflerent faire fort en repos jufques à fept heures du matin qu’ils firent grand feu de leur Canon & de leurs Mouf. quets, dont ils ne tuerent * qu’un Sergent, & blcfferent trois Soldats. Cette Tranchée n’ayant efté ouverte que par hazard,elle la fut dans les formes la nuit du 5. au 6. à la droite par trois Bataillons des Gardes Fran- çoifes , & à la gauche par ^Mars. C c
4
306 MERCVRE deux de Navarre ôc un de Bourgogne. Deux Efca- drons des Gardes du Corps eftoient de garde, & Mrle Marefchal de Humieres, de jour. M' le Grand-Maittre &Mrde Chimilly ffirvoient d’Officiers Generaux. Ils avoient chacun leur Attaque. Mrde Chamilly pouflà la Tienne jufques fur la Con- trefcarpe , ou apres avoir fait un Logement, il infulra le Fort S. Pierre, & l’emporta,quoyqu’il euttquatre Battions, & qu’il cutt pu le défendre longtemps. La
p GALANT. 307 mefme nuit M1' O lier, de Saillant, & quelques autres Officiers & Soldats, ayant efté détachez pour foûtenir les Travailleurs, le Roy voulut voir paffer ce Détachement. Sa Majefté fît diftribuer quelque argent aux Soldats, & dit aux Ôffi- - ciers qu’Elle fe fouviendroit de leurs noms. Le Travail i fut pouffé jufques au pied . d’un grand Ouvrage bien ■ fortifié. Mr de Vauban qui 1 conduifoit la Tranchée, propofa quelque récom-
?o8 MERCVRE
Creil, s’il vouloit hazarder la defcente du Foflë. Le Soldat y defcendit, n’y trouva perlonne, & monta jufq ues au haut d’un Ouvrage couronné. Une Sentinelle qui l’apperçeût, luy ayant demandé le Qui vive? il répondit, Vive le Regi- ment des Gardes du Roy de France , & s’avança l’Épée à la main fur cette Sentinelle, qui ne tira pas feulement un coup , & s’enfuit apres avoir jetté fes Armes. Le Soldat les ramafla, & revint. Les Gardes y en-
GALANT. 309 trerent. Les Gens détachez
païferent par deffus lesPa- liflades, quoy quelles euf- fent plus de dix pieds de haut, ils effuyerent plus de cinquante pas à découvert un aflez grand feu que les Ennemis faifoient de deux
Demy-Lunes, dont il n’y eut de blefie que M1 de Saillant Lieutenant de la Colonelle. Trois Ingénieurs furent bleflèz cette nuit-là, M1 de la Lande au bras, Mr de Brinon au talon , & M' Robert à la cuifle. On fit une Baterie de huit Pie-
au
& monta da
Chafteau où
qui comfa
pointe
1 o i V < 3^! 3.
ces de Canon
rnença à tirer à
du jour, & en démonta une
des Ennemis. Mr de Rubantel
Marefchal de Camp
fut bleffé à la joue en fortant
de la Tranchée. Le
Fort dont j’ay parlé qu’attaqua
Mr de Chamilly, ne
fut pris que le matin, &c les
Soldats montèrent les uns
fur les autres pour y entrer.
Le 6. Sa Majefté fe rendit
uartier des Fufiliers,
s un petit
eftoit loré
GALANT. 3n Mr de Marans, pour découvrir laTranclaée, &ce que faifoient les Ennemis. Le Roy laifla ceux qui l’ac- compagnoient chez Mr de Marans, pour n’eftre pas reconnu, & s’avança juf- qu’à un autre petit Cliaf- teau prelques à la queue de la Tranchée, & qui ef- toit à la portée du Mi. ufl- quet des Ennemis. Le Canon y donnoit beaucoup, & eftropia mefme un des Fufiliers, à qui Sa Majellé fit donner quelque argent. Tous les Soldats bleflèz en
eurent depuis autant.
La nuit du 6. au 7. deux Bataillons des Gardes Suif- fes, un troifiéme Bataillon de Navarre, & le Bataillon du Régiment du Pleffis- O
Praflin, montèrent laTran- chée, les Gardes Suifles à la gauche, & les autres à la droite. Le Marefchal de France de jour eftoit Mrde Schomberg, & les Officiers Generaux Mts de Maule- vrier & de la Motte. La nuit fut tres-fâcheufe ; la pluye & le vent ne difcon- tinuerent point. On ne laiflà
• •
trefcarpe. ML Perot Ingénieur
fut bielle au vilage.
O Le Canon tira tout le 7.
contre la Ville.
Le mefme jour un Boulet
de la Citadelle donna dans
le lieu ou Mr de Chamilly
s’habilloit. Son Valet de
Chambre qui luy préfentoit
fes Habits, fut tué, les
Habits mis en plufieurs
pièces, & un Laquais fort
Le foir du mefme jour,
Mr Solu de Moulineaux,
Lieutenant aux Gardes, eut
Dd
la jambe emportée d’un
coup de Canon en dépendant
de la Tranchée.
La nuit du 7. au 8. deux
Bataillons des Gardes Françc-
ifes montèrent la Tranchée
à la gauche, & deux D ’
du Régiment du Roy à
la droite. Moniteur le Marelchal
de Lorge eftoit de
jour, & fous luy Moniteur
de Tilladet Marefchal de
On étendit les
Logemens qu ’ on avoit
faits fous la Contre fcarpe.
Les Affiegez tirèrent
Moniteur de
GALANT, aiv Montifon Capitaine au Régiment de Picardie, fut blefle à là cuifle.
La nuit du 8. au 9. on n’entreprit pas feulement d’in- fulter le refte des Dehors de la Place qui reftoient à prendre, mais encor de commencer l’ouverture de la Tranchée devant la Citadelle. Les Troupes qui l’ouvrirent, furent deux Bataillons du Régiment Royal, & le Bataillon de Grançey. Celles qui la montèrent du cofté de la Ville, furent un Bataillon Dd ij
^MERCVRE
des Gardes Suiffies, & deux
Bataillons du Régiment
du Roy. Comme l'Attaque
des Demy - Lunes
qu’on devoir faire eftoit
conftdérable, on forma
encor d’autres Bataillons
de ces mefmes Regimens,
On joignit a ces Troupes
tous les Grenadiers de l’Armée,
avec une Compagnie
de la Couronne, & une de
Vermandois. Moniteur le
Marelchal de Lorge eftoit O de jour, &les Officiers Généraux
de garde furent
Monfteur le Duc de Vift
GALANT- 317 leroy Lieutenant General, & M' Ximenes Brigadier. Le Roy qui ne fçait pas feulement gouverner dans le Cabinet, mais dont les lumières & l’expérience font grandes pour ce qui regarde l’exécution, réfolut luyt-mefme l’Attaque qui fe fit cette nuit - la. Les Troupes qui dévoient agir, furent féparées en trois Corps pour monter par chaque face, & par la pointe de l’Ouvrage qu’on devoit attaquer. On avoit mené des Gens avec des Haches
Dd iij
?i8 MERCVRE pour couper une fort grofïe & haute Palillade liée par des linteaux. Le lignai donné, chacun marcha. Les Ennemis jetterent plufîeurs Grenades au bruit des Haches qui coupèrent les Pa- liffades. On monta quelque temps apres afTez bruf- quement,quoy que la De- my-Lune fut fort haute & nullement élabourée du Canon. La maniéré dont les Noftres allèrent aux Ennemis, les épouvanta fi fort, qu’apres avoir efluyé quelques coups, ils abandonne-
. GALANT. ;i9 rent les Ouvrages qu’ils dé- fendoient. Les plus paref. feux qui ne purent le lau- ver, furent tuez ou pris. On pcnla mefme entrer avec eux dans la Ville, mais ils fermèrent la faulfe Porte par où les premiers avoient palfé. Le refte le jetta fous le Pont & Foffé. On peaux,& quelques Officiers & Soldats. Le feu fut égal à l’Attaque des Gardes, mais ils eurent plus de peine à monter, à caufe d’une Fraife paliffadée, outre la
D d iiii
dans le grand prit fept Dra-
I
MERCVRE
Brefine. La troifiéme At- I ta que eftoit faufie, & feulement pour amufer les En- < nemis. M de S. Georges j Brigadier d’infanterie, & Mettre de Camp du Régi- î ment du Roy, leur fit abandonner une Demy-Lune, & y fut legerement bielle à la jambe. Mr de Polaftron
Major du Régiment du j Roy, y fut aulfi bielle en fe ! diftinguant. Plufieurs Pages de Sa Majelté le font i fignalez à ces Attaques à la telle de ce qui fut dé ta- ; ché du Régiment des Gar-
GALANT.
des. Mr' de Fcron & Saint
Z *
Gilles-Lenfant, Pages de la Petite Ecurie, entrèrent des premiers dans cette Demy- Lune qui elloit fi bien frai- fée & paliifadée par le bas, & dans laquelle on ne pût monter qu’en efïuyant le feu des Grenades des Ennemis. M' de S.Gilles defar- ma d’abord une Sentinelle. Les Ennemis avoient fait paroiftre pendant le jour fur le Parapet des Faux emmanchées à revers, mais on ne leur laifla pas le temps de s’en fervir. Mrs de Pou-
;
denas & de Mazerolles Pages
de la Grande Ecurie,
avec plufieurs Volontaires,
entre lefquels eftoit Mr le
Chevalier deCourcelles, fe
trouvèrent à cette entreprile
auprès de M1 le Duc
de Villeroy, qui demeura
un grand quart-d’heure à
la tefte du Travail expofé
aufeuduRampart. Ce Duc
ayant remporté prefque
tout l’honneur de cette
Aéiion,pour ce quiregarde
la valeur & la conduite, on
ne peut luy donner trop de
louanges’, & je ne finiray
GALANT.
point ma Lettre fans vous faire voir ce que le Roy a écrit fur ce fujet. On ne peut obliger une Ville comme Gand à capituler, fans rendre fon Nom immortel. Elle bâtit la Chamade auditolt apres, & demanda trois jours pour a- vertir le Duc de Villa Her- mofa qu’elle fe rendroit, fi elle n’eftoit fecouruê dans ce temps-là. Cette proportion nit rejette'e , & elle accepta la mefme Capitulation qui fut faite il y a dix ans à ceux de Tournay.
MERCVRE
Moniteur de Louvoys entra dans la Villc fur les cinq heures du loir pour y donner ordre à toutes chofes. M1 de Ruban tel y eftoit entré avec les Gardes un peu auparavant. Le Roy en a donné le Commandement à M1 de Monbron fous M1 le Marelchal de Humieres. M d’Ernemont Lieutenant de Roy de Doiiay, a ellé nommé par SaMajefté pour y faire la mefme fonction, & M' Mégron Major de Monpezat pour y fervir en qualité de Major. La prile
de Gand fut fuivie de l’Attaque
de la Citadelle. Mr
de S. Géran qui commandoit
le jour de l’ouverture
de la Tranchée du collé de
la Campagne , fit beaucoup
plus avancer qu’on
n’avoit crû. On l’ouvrit
pareillement du colle' delà
Ville aulfitoll qu’on s’en
fut rendu maillre, & l’on
en prit la Contrefcarpe.
Le n. on fit un Logement
fur une Contregarde , fur
laquelle on dreffa une Bajterie.
Elle rompit un Pont
qui communiquoit à une
526 MERCVRE Demy-Lune. M1S de Ra- nés, d’Albret, & de Sourdis* ont fervy d’Officiers Generaux aux Attaques de cette Citadelle, dont Mr de Cha- milly a fort avancé la prilè. Il demanda permiflion au Roy d’aller perfuader au Gouverneur qu’il fe devoit rendre-, & il y réüflit (i bien, qu’il l’engagea à le faire. La nouvelle en fut apportée à Sa Majellé par Mr de Vil’évra Capitaine des Gardes de M le Duc de Luxembourg. La Capitulation fut, arreltée le foir du n. St le
■
A *E T • ^7 IRoy la figna à une heure
apres minuit. Le Gouverneur
fortit le lendemain à
deux heures apres midy,
avec deux Pièces de Canon,
pour eftre conduit à Anvers.
Ils eftoienthuit à neuf
cens Hommes, & Sa Majefté
les vit pafTer ainfi qu’il
fe pratique en pareille ocicafion.
Ce Gouverneur qui
eftoit âgé de quatre-vingts
un an, luy dit en lafalüant,
Qu’ ayant efté obligé de fè
rendre, il avoit l'avantage
de ri y avoir esté forçé que
i ’ S- 1 •’ i ***-
auroit efté plus longtemps
dans la Place, fi Sa Majesté I
n'eufi pas joint à la force de
fes Armes toute l'adrefle des
plus expérimente^ Capital*
nés. ♦
Sa Majefte'donna laLieutenance
de Roy de la Citadelle
à Mr le Chevalier
du Repaire Capitaine des
Grenadiers du Reciment
O
de Navarre, & envoya en.
mefme temps M le Marcfchal
dé Schomberg prendre
le Fort Rouge qui eft
fur le Canal. On s’en rendit
maiftre fans qu’il rcfifGand-
I ■
A. J**Iean .
B. jf-Nïcoto.
C. tff Jwtniej'.
B .Abbaye if.r Pierre
E. Beÿort.
F <_/? dauueur.
b M
A
- 5" LANT. 329
tall. M1 le Marefchal de
Humieres fut laiffé à Gand
avec un Corps confidérable
de Troupes. Il ne faut
pas quiter cette Ville fans
| vous la faire connoiltre de
pluûeurs maniérés. Vous
en pouvez voir l’élévation,
dans ce Porfl qui vous en
■ marque la beauté j &An
1 jettant les yeux à collé,vous
‘en verrez le Plan avec toui
tes les Attaques. J’ay oublié
à vous dire que la gau-
1 che a fouvent ellé le Polie
, d’honneur, & que les Gar-
, des mefmes y ont monté..
s? I *Mavs. E e
33°
Cela narrive pas ordinal,
rement, & n’eft arrivé pendant
ce Siégé que parce
qu’il y avoit plus d’occaïions
de le fignaler de ce
cofté-là, & plus d’Ouvrages
à prendre. Nos Troupes
eftoiçnt à peine dans
Gand, que le Roy eft party
pourYpres. J’apprens rneime
que la Place eft déjà
prife. Mais, Madame, vous
fçavez, & je vous l’ay déjà
marqué, qu’il faut plus de
temps pour décrire les Conqueftes
du Roy, qu’il n’en
employé à les faire. Ma
GALANT. 3?i Plume, & le Burin dont je me fers préfentement pour vous en donner une double image, n’égalent point leur rapidité, & je fuis contraint de diférer jufqu’au Mois prochain à vous entretenir de ce dernier Siégé. Cependant je m’acquite de ce que je vous ay promis au regard de Mr le Duc de Ville roy. Voicy ce que Sa Majefté a écrit à Monfieur le Marefchal Duc de Vil- leroy lonPere. Cette Sub- fcription eftoit fur la Lettre.
Le ij
*
«î? ’ î? • 2? *S* *î? *2* «$• + 4- + 4- -b •* ♦ -t + +
A MON COUSIN
LE MARESCHAL
DUC. DE VILLE ROY.
r E Duc de yilleroy afait
Attaque des Demy-
Lunes tout ce que l'on peut
defirer> tant pour fa conduite
que pour le courage. Elles ont
efté emportées fort <vigoureufement,
& l'action qùil a
faite a fort avancé la prife
de la Ville, fay efté. bienaife
de vous dire moy-mefme
ce qui s'eft pafé, & que je
uis content de luy autant
ANT. , GALANT 333
qu’on le peut efire. J'cfpere que U Citadelle ne m arr<filera pas longtemps, fÿ que dans peu de jours cette Conque fie fiera parfaite. Vous en fierez plus aifie que perfionne, .car je fifiy le style que nous aveypour le bien de T Etat, &T attachement particulier : que 'vous aney pour m oy.
(filant au [fi perfiuadé de ces deux chtfies là que je le fuis, i nous ne devty pas douter . que je riaye toute l'amitié J pour nous que nous pouney^ defirer. LOUIS.
Au Camp devant la Citadelle ■
de Gand^ leio.Mars 1678*
? 1
i: I
Ce témoignage eft bien glorieux à un Pere , mais
Z? *
il n’eft pas au deflùs du. mérite de Monfieur le Ma- refchal de Villeroy. Je ne vous dis rien de la grandeur de cette Maifon. L’Hiftoire eft pleine des fervices quelle a rendus à l’Etat. Ce fameux de
Villeroy Secrétaire d’Etat, ce Miniftre fi chéry de Henry le Grand, qui fous le Régné de Louis XIIL fut rappelle dans des Affaires d’où il avoit efté quelque temps éloigné par les
b
GALANT. & cabales de ceux qui favori- foient les mal - intention-
nez de ce temps-là, n’a pas peu relevé cette Mailon déjà illuftre. Le Marquis d’Alincour Ion Fils, Chevalier des Ordres du Roy, & Gouverneur du Lyon- i nois, a fait connoiftre par •fl la maniéré dont il s’eft ac-
. > quité des Emplois qui luy > ont efté confiez, que fi le >l Ciel luy eut donné plus de z vie, il auroit efté d’un très- il utile fecours pour l’Etat.
) Cet Homme excellent a 1 fait neantmoins beaucoup
^6 MERC
pour luy, en donnant un
grand nombre d’Enfans,
qui font tous des Gens admirables.
Vous connoilfez
le mérite de Moniteur l’Archevelque
de Lyon, qui
s’eft rendu recommandable
par mille endroits dont
il ne faudrait qu’un.feul
pour acquérir beaucoup de
gloire à un autre. Vous
içavez ce que vaut Mr l’Evefque
de Chartres, & combien
l’Eglife doit a tous les
deux. Pour Moniteur le
Marelchal de Villeroy, il
eft au delfus de toute
louange,
GALANT. 357 loiiange, & je croy qu’en regardant de quelle maniéré il eft traité de Louis
le Grand , dont il a eu l’honneur d’eftre Gouverneur , on achèverait Ion Panégyrique fans qu’il fuft neceftaire de dire autre chofe , fi ce n’eft qu’on y vouluft adjoûter ce qu’il a rendu au Roy pour les bienfaits qu’il en a reçeus, en luy donnant un Fils qui le fert avec tant de gloire, Çz qui s’eft rendu Héros à un âge où. les autres ne fai- foient autrefois que com- ÏM-irs. F f
K mencer à porter les armes.’
Je ne puis m’empefcher
de vous dire aufii un mot
de Mr le Marquis de Chantilly
, à qui vous venez de
voir emporter un Fau^
bourg & deux Forts devant
Gand. Ce fut luy qui fit
cette belle refiflance dans
Grave, qu’on y doit mettre
au nombre des prodiges de
noftre Siecle. Je m’étonne
qu’on n’en ait donné aucun
détail dans les formes.
Ceux qui -en ont les Mémoires,
devroient bien en
faire part au Public. Ce
I
U' GALANT 379 brave Marquis eftFrere de feu M1 le Marquis de Cha- rnilly Lieutenant General, qui a efté fi univerfellemét regreté pour fon mérite, fa douceur, fa fageffe, fa bravoure ftnguliere, ôc fon ef- prit. Vous fçavez qu’il eft ai | mort à la telle duCorps d’Arec: mée qu’il commandoit, par : l’accident des bleffures dot il eftoit couvert, qui fe rouvrirent inopinément. Ce- luy dont je vous parle au- jourd’huy, eft Marelchal de Camp,&Gouverneurd’Ou- denarde.Les Ennemis dont Ff ij
UoMERCVRE
il eft 1 admiration & la terreur, connoilfent Ion Nom à leurs dclpcns. Il a plu- fieurs fois palTé la Riviere fous le Moufquet de Gand, à la veue des Troupes de la Ville, & de la Milice de tout le Pais de Vaës , qui Tattendoient fur le bord' pour luy en difputer le paf lage. Apres avoir fait trois courtes dans ce P aïs-là pour le mettre à contribution, &: l’avoir brûlé jufques à trois fois, il en revint la quatrième avec des O liages. Si la France a beau-
GALANT. î4i Icoup de Heïos, elle ne manque pas de beaux Ef- prits pour écrire ce qui s’y fait. Voicy des Inprom- ptus que vous ne regarderez que comme des Jeux I d’Efprit, ceux-qui les ont faits pouvant nous donner des Ouvrages plus confidé- rables. Si vous avez pris I autrefois plaifir à lire cent I cinquante Epigrammes de ! M de Brébeuf fur une mefme matière , je croy que les Pièces que je vous envoyé fur la prile de Gand vous divertiront d’autant
Ffifi
^MEPXVRE plus, qu’eftant de difcrerites Perfonnes, elles vous doivent rendre curieufe de voir le tour diférent que chacun a donné à des pen- fées qui fe rapportent.
La première de ces Pièces eft un Dialogue d’unElpa- gnol & d’un Flamand fur la marche impréveuë du Roy, de Lorraine en Flandre, & fur la prife de Gand.
L’ESPAGNOL.
DEs nouvelles, Amy, ne mien fçaurois-tu dire*
Me François va, dit-on, du cojlé de l ' Ëmfire,
GALANT. HJ Et laijje cette Année en repos le Flamand.
LE FLAMAND.
Oüy ; Son Roy depuis feu s'eft em~ pare de Gand.
L’ESPAGNOL.
Vrayment tu méfait rire, il eft en Allemagne,
Et tu veux que par Gand il ouvre fa Campagne ?
Gand eftàl en Alface, ou bien au Luxembourg?
■ ' ' ’ - F O - - -
On t'a feut-eftre dit ouTrévcs, ou Strasbourg.
Encor le dire pris, eft - ce aller un peu vifte.
LE FLAMAND.
L'Efpagne, je le fais, en doit eftre interdite'')
Mais il eft pris, c eft Gand, Gand dans le P aïs-B as,
’ F f iiij
Où Le Rcy s3eft trouvé > quoy quon ne l'y cruft pas.
L’ESPAGNOL.
Héy héy te moque lui mafoyy tu me fais rire,
Si tu n expliques mieux ce qui ton Gand veut dire.
LE FLAMAND.
Gand eft Gand, & le Roy depuis deux jours l'a pris.
L’ESPAGNOL.
L'un des deux, mon Amy , tu radotes, ou ris j
En deux lieux à la fois en ne fçau- voit fe rendre,
Et quand on eft à Mets, on ne peut eflre en Flandre.
LE FLAMAND.
JrLe bien vous le voulez^ il eft encor à Met s.
Mais il ne laiffe pas deftre encor icy près. ' '
U PL LAN 1. 34$
L’ESPAGNOL. "
Ecoute-moy, Flamand, voy comme
je raifonne.
Peut-ileftant a, Mets, efirea Gand
en pcrfonne?
Sçais-tu la Carte, toy, qui tobfines
icy l
Sçais-tu bien quel chemin de Gand
jqfqu’à Nancy ?
Examine, & me dy ,fifans fe re-
11 pouroit efire enfemble en Flandre
& vers l'Empire?
LE FLAMAND.
il efi où voue voudrez^ mais je
evoue le redis,
Les trois Epigrammes
qui fuivent (ont de M1 Lelleron
Avocat à Provins.
SUR LA REDUCTION
de Gand.
EPIGRAMME.
Gand^
JDifoient les Efpa^riols^ fe raifians
de la France.
Quel fujet av oient-ils d'en ejlre
réjtüisï
Ils voy oient par expérience^
Que s'il receut du Sort cette grandeur
immense,
C efl quille deflinoit peur la main
de LOF J S.
GALANT, 347
AUT RE. Flamant, enfinvoftre amitié
S'a cquite envers le Roy de
France 3
Voue donnera fa Main un Gand
four récompense
De voue avoir donné Qhaujjure à
voftre Pie.
> AUTRE, P Eut-on plus prudemment commencer
la Campagne!
Z 0 PIS part au fort de c Hyver^
Et pour fe parer du grand air,
il fe munit d'unGand d'Éfpagie.
Ces trois autres font,
l’une, d’un Homme de qualité;
l’autre, d’un Vandômois
; & la deruiere, de
M‘ de Roux,
Espagnols* autrefois vous aviez, Pai romance
De vouloir enfermer Paris dans
* 1 * ' • î •> ■’ >
vofire Gand >
Nais vous ne penfiez, pas quun jour Loüis le Grand
Nettroit Gand, malgré vous, pour Frontière à la France. *
ESpagnolS)parla Paix fauvez^ ce qui vous refle,
La Guerre ne fçauroit que vous efire fune fie ;
L'on vous prend, l'on vous bat lors que vous combatez.
De pouvoir vous vanger quittez^ donc F entreprtfe,
Caries François apres vous avoir dégantez^
Ne manqueront jamais de vous mettre en chemife.
' »
CE Gad que Char le quint vou*
loit qui fut fi grand *
Commence iheur de laCapagncy
Tu pouvois bien penfer^vainefierté
d’ Efpagne,
Que la Main de L OV'IS entrer oit
dam ce Gand.
■ . .... '■ ' »
Ce qui fuit a elle fait à
Tournay par M‘ Briileau.
G^And fuperbe & puiffante en
braves Habitant y
Qui renferme en fesMurs cent mille
X^ombatanSy
T) ont le grand Etendard fi fameux
fur la Terre,
Tes Roy s & des Etats fut jadis la
terreur.
Qui mefme à fes Ducsfit la guerre3
35° Et feule ofa tenir contre un grand
Empereur,
Aujourd'hui quelle voit unis pour
Empereurs, Ducs,Etats,&RoyS,
Et qu'il faut de LO VL S foùtenir
la préfencc,
En quatre jours d'attaque efi fourni
fe à fes Loix.
Lettre de Mr de Villa-
Hermofa au Roy d’Efpa-
SZrr, on ajjtcge Gand,& fa prife
eft certaine,
Car on la prend au depourveuî
Je le vois a regret, mats la prudence
humaine
Ne pouvoit par avoir prêt-eu
Que LO VIS du fl tomber à Gand
par la Loraine.
GALANT.
Extrait d une Lettre d’un Moufquetaire du Roy, du Camp de Gand le 9. Mars 1678.
L Es Aüic\mar choient > &pa- roijfoient fort proches3
Mais dans le temps quon croit mettre Flamherqe au vent.*
Ils s en vont fans rien faire* &les mains dans leurs poches,
Apres avoir p^rdu leur Gand.
\o\cy un Sonnet de Mr l’Abbé Noé,duPonteau de Mer. *
Cl
E” Nvain pour refifler aux armes de la France,
L'Europe en Bataillons épuifç fes Tréfors 5
En vain elle aguerrit fes Villes & fes Forts,
LOVIS les attaquant, brave leur refftance.
Le Bat ave orgueilleux plie fous fi puiffance,
En vain pour l ’éviter il a fait fes efforts > j
Jl a veu Ide fon fana le Rhin enfler fes bords, !
Et de nofircHéroi- fesonder la vaiB lance.
l.
i:
1:
II
L
Murs
I
Ce miracle des Roy s foùmet tout à
fon Bras,
Sa force ef animée'au milieu des
frimas,
4Et brave des Hyvers les fniftres
tempeftes.
je ne îçay qui a raie in
1 Sonnet fuivant, ny les Epi
.grammes qui Eaccompa
ignenc.
Efl il rien qui ne tremble au bruit
de fes Exploits ?
Efpagne, tu ri as plue quà fou (1er
d tes doiats*
O *
Puis qu'il vient d'ajouter tonGand
à fes Conqueftes*
■w
• SUR LA PRISE DE GAND*
Sonnet.
LE Belqe, le Germain, dan$
l'effroy qui les fi# ce,
Evitent la Bataille, (fi redoutent
l'Affautt
Eft-il pour les couvrir un Rempart
a[fe\ haut ?
En eft-il un fi fort que LOFAS
ne menace l
Par cent (fi cent détours courant
de Place en P lace,
H en cherche avec art, (fi trouve
le defauty
JÜ alarme le Rhin pour fur prendre
P Efcaut y
Et quand il eft en Elandre, on le
croit en Alface. ' ,?•
Son Tonnerre enfermé dans un
Ypres, Namur,
Tandù que Gand reçoit le coup de
la tempe fie.
Superbes Ennemis que LOVIS
pouffe à bout,
Ne vous étonne^pas d'une telle
conquefte,
On peut bien eftre d Gand, lors que
T on efl par tout.
NOflre Roypouvoit-il rmx
faire'
allant attaquer le Flamand,
Que de prendre d'abord un Gand
commode &finéceflaire l
Cette précaution fait voir à If*-
nivers
Combien ce qrand Héros eft poli*
tique &(dve>
Car le Gand qu'il a prisy eft de fi
bon ufa^e,
Qfiilpofira fervir d l'Anvers.
Qi*oy^ Gand eft pris? c eft un
revers
Dont l* Efpagne ne peut eftre aifèment
remife >
Mais bienplus^depuis cette prife
Toute i Europe a l'efprit à l'Anvers*
Autrefois les Héros quand ils
a Uoient en guerrey
Se munifloient d'un Gand de ferï
Le noftre qui la fait au mi lieu de
ly H y ver,
En aime mieaxprëdre un depierre.
UN Efpaçndl faifant icy
fejour,
Alla par un beau jour
Se promener aux Tuilleriesï
Mais pajjant par les Ecuries,
Vn alet remarqua qu'ilfe cachoit
la main,
L'arrefia par le bras, & luy dit,
que je voye
Si vous n ave\point quelqueproyeï
Mais l'Efpa^nol honteux, pour
pajfer fon chemin,
Luy montra fes mains dégarnies,
Et luy dit que fon Gand luy vcnoit
d 'eftre pris.
Lié bien, paffe\, dit-il, vous vous
eft es acquis
e droit d'entrer aux Tuilleries.
Vous entendez le plaifant
de cette dernieré Epigramme.
On prétend qu’on
eft obligOe de fe déOcanter
quand on pane par les Ecuries,
& que ceux qui ne le
font pas, y laiflènt leurs
Gands, ou en payent la valeur.
Comme ma Lettre eft
déjà plus longue que je ne
vous en ay encor écrit aucune,
je vay trancher court
fur ce qui regarde les Enigmes.
On a deviné jufte dans
voftre Province pour Us
deux en Vers. L’une eft en
GALANT.
de France, & l’autre une Enseigne
de Muifon. M' Robe de Soiilons a expliqué la première par ce Madrigal.
Courent'mille f
PEndant que nos Héros comme autant de Céfars plans hasards Pour un Baflon de Marefchal de France^
Les Mu [es à leur tour, dans les pai- f blés Arts,
Sans répandre defan^ fans forcer de Ramparts-,
Nom enpropofent unhors de toute apparence.
le l'ay trouvé sâs courir de dâger* ïay feulement combatu quelque doute
* « V f <*
' * ‘ J. •
Qui ma donné plus d'un jour à
C eft U tout cequ’auvray fa Qon- quefte me coûte.
Ceux qui l’ont deviné comme luy, fans avoir deviné celle de 1 ’ Enfeigne, font, Mr de la Veffiere, Mr du Bois Procureur du Roy, de Ham -, Mr Hébert Avocat, du Valois-, M1 duTeil; M Charpentier Commis au Domaine de Languedoc;
- 1 Mr de Valnay Contr'olleur de la Mailon du Roy -, la Ville de Ham en Picardie;
w • ■ 1 i V
Mr Arnoulet de Loche- Fontaine,
f i 5
u<. i
< fl
GALANT. 36i Fontaine, Prefident de la Cour des Monnoyes -, Mr, de Chantoifeau , de Brie- Comte Robert^ MEvrardj Mr d’Argingourt, M1 Gau-
O O \
tliier ; Mademoiselle Portail, Fille du Gouverneur de Brie - Comte - Robert; M‘ Boulanger, de Dinan en Bretagne -, Mr de laBar- •_ mondiere , Secrétaire du Roy, & Procureur du Roy, de Villefranche -, Made- moifelle Vallel, de Rouen; Mr Greaume de Bergero- mare, Avocat du Roy au Ponteau de Mer ; M du £Ma,rs. H h
I
Mata-d’Emery -, M le Lieutenant
General de Meaux;
M Coüet, & M Lagréve,
de Lyon. Plufieurs l’ont expliquée
fur l Or, la Pique,
le Sceptre', & la Pi rre de
Taille. Quant à la fécondé
Enigme, dont le mot eft
une Enfeigne, voicy lExplication
qu’en a faite Mr le
Comte de Cliflon qui demeure
en Aulnis. Son ef.
prit &: fon mérite répondent
à fa nailfance.
Eft une Enfeigne affurèment^
GALANT. 363 Et ne fignfie autre chofe. Du moins c eft là monfentimcnt. Comment cela ? voicy comment.
Le hicn^ le maf tout eft le fujet d'une Enfeigne.
Devant & derrière on y peut Reprefenter tout ce qu on veut 9 Enfers fAnges, Démons, il n eft rien quon ny peigne.
SA w y*
Elle fe plaint avec raifon
Qw fes Parens pour elle ont de la . tyrannie^
Car à peine eft- elle finie,
Qu on la pend cotre une Maifon. Expo fée au vent* à la pluyey Nuit & jour il faut qu*elle efiuye Z es injures delà Saifon.
Quoy qu'ellefoit toujours en veut*
Hh ij
MERCVRE
Puis quelle efl dans la Rue*
De peur de sy méprendre^ on la
cherche avccfoin'y
Et quand on l'atrouvée* on trouve
d'ordinaire '
La chofle dont on a bcfoiny
Ou l'Homme avec lequel on peut
avoir affaire.
Je le dis donc avec raifon y
L'Enigme quel1 on nouspropofe*
Eft une Enfeigne de Maifon*
Et ne fgnifie autre chofe.
Ce mot a efté aufti trouvé
par M' de Fontenay Capitaine-,
Mk Coufinot Abbé
de Noftre-Dame de Sully;
M1 Bâillon ; M‘ Boiflel, du
Pont-Levefque ; Mr TréGALANT.
buchet, d’Auxerre-, MrMal- bet, Directeur des Polies de Champagne j & MrHé- bert deRocmont. D’autres ont prétendu que ce fuft le Papier .; la Monnoye, la Lettre miffive, la Toile, le Canevas a faire de la Tapif feriC; ôc t Imprejfon. Outre ceux que je viens de vous nommer, il y en a eu quantité qui ont trouvé le véritable fens de toutes ces deux Enigmes, & ce font, Mr Baifé -, Mr de S. Amour^ Mr de Dur-Ecu , S1 de la Chategneraye, Gentilhom-
H h iij
_zV A/l
: p
■'1
me du Vexin^ M1 Drévelj M‘ de Bofchar, Chanoine en Normandie -, Mademoi-
felle LoifTeau, de Coulom- miers ; Mademoifelle Pin-
gré j M1 le Boiteux, Chanoine de Sens -, Mr Tar- tonne de Caflcndy, Prefi- dent au Parlement de Provence
j M1 de Soucanie, Avocat à Roye -, Mefde- moifelles Nicolas-, M' de Volonne Gentilhomme de Provence: la BelleBcrgere * 1 •
Provençale-, Un jeune Con- feiller ,qui par de belles Explications en Vers s’eft ra-
GALANT. ^67 commode avec les Mufcs; Mr du Bois Avocat au Parlement
; Les Dames de Richelieu-, M1 l’Abbé Montcl, de Riom; La Dame Invifi- ble -, M1 Potier,Fils du Lieutenant Particulier de Montreuil ; M1 Chibert de Mon- tigny; M BriiTcau Médecin deTournay; M1 l’Agrené de Vruilly; Mademoifelle de la Salle,Coufine duLieu- tenant General de Blois; La nouvelle. Société Cloil-
trée deLyon; M'Hourdaut; Les Députez de la Jeunefle deRheims-, M l’Abbé Vil- H h iiij
MERCVRE
lebaut ; & Mr du Laurens,
Prieur du Bois-Hallebout
V près de Caen.
S’il vous paroit icy bien des noms, vous ferez lur- prife quand je vous diray qu’ils font tirez de plus de huit cens Lettres que j’ay reçeucs , ce qui vous fait connoiitre qu’il s’en faut beaucoup que tout le monde n’ait deviné. Exercez-
vous cependant fur ces deux nouvelles Enigmes. La première cil d’un Abbé dont
vous ne fçaurez le nom que le Mois prochain -, & l’autre
de la Société des Dames
Cloillrées de Lyon.
le me fais aimer conttam-
Sam moyne fcauroit plaire.
Fille de Roturier,
Des plus nobles Galants je reçois les
le ce de aux Fout* & \e commande
aux Sages,
le ne fais rien, & fuis de tout
mefier.
Za Raifon contre moy nef jamais
mon pouvoir.
Je décide à la Cour de toutz fans
rien Çcavoir,
Et malgré les Sçavans * mon fuffrage
l'emporte.
On ne (cawroït compter mes ans.
IM on extrême vieil! cjfe
Egale celle dutemps^
Je plaispourtât par ma jeune fe.
AUTRE ENIGME.
On Corps petit &louid
ri a [pire qu'à. la terre.
Man Chcfgrdd&lcger
s'élève vers les Ci eux.
Ceux qui m aiment le plus, me font
le plies de guerres
Et tant plus je leur plais, plus je
m'éloigne d'eux.
GALANT-. 371 j 11 ne me relie plus avons l parler que de l’Énigme en ? figure. Celle de Pandore citant une des plus belles qui fe loient veués depuis longtemps, a donne' lieu à de tres-belles Explications que vous verrez le 16. du Mois prochain dans ma Lettre extraordinaire? M‘ des Bois Avocat, la appliquée d la Jaloufîe dans le \ Mariage to\x à la Pierre Phi- lojophale ; M'la Croix, Procureur du Roy de Ham, au Départ de Sa Majefté, & a l'Ouverture de la Campagne;
T
372 IVltKLVKtL Un Inconnu , à U Paix re'~ fufée par les Espagnols, duquel refus toute forte de maux font produits 3 M' B ailé, a l'Ecujfon 3 Un Inconnu de Troye, au Soleil 3 Mr Ver- reau de Dijon, aux malheurs du mariage d'une jeune Beauté avec un Vieillard3
Mr du Bois Avocat en Parlement, au Mariage 3 Mef- demoifelles Nicolas, au dé- goufl dans le Mariage3 Mr de Roux, d l'Amour 3 U ne tres- Ipirituelle Demoifelle du Pais du Maine, à la Femmes M‘ Couture , au Carefmes
GALANT.
& d’autres 5 à la Bombe ou Carcaffe * à U Mine * à la Goûte. Cependant ce n eft rien de tout cela5 c eft feulement ce que vous allez voir dans ce Rondeau de M1 Robbe.
C'Eft le Secret en toutfinecefi- faire*
Que ce Tableau reprefente à nos yeux 3
Les miens en ont pénétré le myftereï
Et l'Inventeur en vain le voudrait taire*
ï explique ainfifonfens myftérieux.
Epiméthée eft le vray car altéré
D'un indiferet &inauvai$ Secrétaire*
M
274MERCVR
Qui tarde mal ce trejurpretieux^ I C'efl le Secret.
Qeluy qui veut dedans fon minif-
Ne point <ffiffer dans ce pas péril- ' leux, IJ
Avec grand foin doit fuir le s C11- I gK lieux ï Jj-
Car le moyen que la raifon fuggere | Pour rèüffîr dans quelque grande '
affaire, ' ' - ■ -fe • 1
C'eft le Secret. ' IG
11 n’y a perfonne qui ne foit convaincu des maux 1? quattire un Secret indif- i cretement révélé. C’eft la J Poète de Pandore ouverte. On peut inférer de là le !
GALANT 57> | contraire. Un fage Minière à qui le fecretde Ion I Maiftre n’échape jamais, : caufe Couvent tout le bonheur d’un Etat. Les plus grandes entreprifes y font glor-ieufement exécutées ; & fans chercher l’appuy du raifonnement, il ne faut qu ’ examiner la prife de Gand. Perfonne ne s’eftoit imaginé qu’on duft l’affie- ger , & nous pouvons dire que cette Conquefte eft I un des miracles du Secret. ; Quoy que Mr Robbe ait deviné le véritable fens de
&6 MERCVRE
cette Enigme, il n’eft pas
le premier qui l’ait trouvé.
La gloire en eftdeuë aune
Demoifelle des Galeries
du Louvre, dontl’efprit eft
brillant & vif, & qui peut
dire quelle a pénétré.d’abord
un Secret que beaucoup
d’habiles Gens ont
inutilement cherché. Mr
Drével, M1 Hourdaut, &
M1 de Volonne, l’ont trouvé
comme elle. Ce dernier
eft un jeune Gentilhomme
Provençal, dont le Pere a.
efté Confeiller & Avocat
General au Parlement
• I ■ ' . z , ,
• T.
1
t
| , GALANT- 377 d’Aix. JMedée Cuivra Pan-* dore. Examinez toutes les Figures de cette Enigme, & me mandez ce que vous croyez quelles lignifient. Vous fçavez la Fable. Jalon trahit Medée pour e'poufer Creiile, Fille de Creon Roy de Corinte. Cette malheu- reufe PrincefTe eut envie de porter une des Robes de Medée. Jalon luy en fit donner une. Medée avoit empoilonné cette Robe avant que de l’envoyer.
1 Creüfe n’en fut pas futoft 3 parée, qu’un feu invifible cTkLin. I i
^8MEF.CVPÆ |
la confuma. CreonionPere
accourut pour la fecourir. Il fut confumé du mefme
feu en la touchant ; & Medée fatisfaite de fa van- gcance , s ’enfuit par l’air dans ion Char. Toutes ces. choies vous iont repreien- tées dans cette Figure. Le Char de Medée elt traîne
dans l’air par deux Serp.ens. Jafon la regarde tout fur- pris de la route qu’elle prend pour fuir, & en marque del’effroy, auifi-bien que ceux qui le fuivent. Creon 5c fa Fille font par
GALANT. 379 terre mort ou mourans, & i ce fera à vous à me dire le ? refte par voftre Réponfe. : Vous trouvez U Ducheffe de Cleves dans mon Paquet, i Vous fçavez depuis quel I temps & avec quelle favo- I râble préoccupation tout le monde l’attendoit. Elle a remply cette attente, & je fuis certain que je ne vous pouvois procurer une leéture plus agréable. On continue à remettre les vieilles Pièces
de
parable Mu
1 1) A / (
l’aîné , & fou
de l’incom- Corneille PolyeuEte a.
I.* • •
1 M
5'
cire reprefenté tous ces derniers jours avec une foule & des acclamations extraordinaires. En vérité on peut dire qu’il y a de grands traits de Maiftre dans tout ce qu’il fait, & que jamais Homme n’a fi bien manié toute forte de Sujets. Son raifonnement eft toujours jufte, il ne s’écarte point, il dit prccifémcnt ce qu’il faut dire, & ne vous laifïè jamais rien à fouhaiter. J’apprens que Pjyché a efté mife en Opéra, & que Mr Lully nous le doit donner
LANT. 381
A s
< y <
• JE i.
incontinent apres Pafques, avec tous ces beaux Airs
qui entroient dans les di- vertiflèmens de cette Piece quand la Troupe de feu Moliere la reprelenta devant le Roy. Vous devez eftre lafle de lire. Adieu, Madame. Je fuis toujours voftre, &c.
A Paris ce 31. de Mars z678.
On m’apporte un Air nouveau à boire, que je ne puis me réfoudre à vous garder jufqu’à l’autre Mois. En voicy les Paroles.
AIR A BOIRE-
ï,Ju Vim, du Vin, du Vin. Ah, le maudit Laquais !
Voila trois fais que j'en demade.
Que font-ils l où font-ils l je ne les voy jamais. - *
Qtfoy, faut il encor que j’attede*
Vaine parade, vain Bufet, Quevoftre mode eft dlteftable!
Morbleu,morbleu, vive le Ca- bar et,
On y met le Vin fur la Table,
Et chacun boit quand illuyplaift.
Cet Air dont vous voyez icy la Note, eft du fameux Mr Sicard. Il eft à fa ma-
-I . , *
niere, qui clt toujours
Uu <\>u i Ou ^t/iau wuvwvui
f'vot/ la mais cjuopfaut/lencor jue
<voi[ fa mais quoi/faut il encor que
* X •
i| «
table morbleu <viue le (
r.
î boit quant fl lui/ plaid <
loft cjuant jl luyplaid Pt çhaauxboi
tf-H j>| rrU-HWI
\ Duvin duvin . duvinah le maudit layuais voila iroisjois tfue jen Dit vin, , de mande yueJbniJls, ou font fis ie ne tes
i
Du foin duwndtwndivvinahletnauàhlapab ntaudHlofUi
■i— i N I Mi
b T^-y I ■
nn»?/ (a mais cjuoiffaui/i encor auee 1 (attende *\>aine parade vainbtif fet yue'voetre mode est des tes -•
jo/dilsoujbniilr ie ne le/
vaïz/ie ^a:razde vain bnf z{ei<jue vostre /nozde eft dcstes
a
D
0Q
!
j'7 ; N'Hp^T J 1 n ■
votf ja mais yum/faut il encor jue jat : teh dr
*
Z O
morzbleu morbleu <vi:ue le Cabaret Ion y met le vin fur la
1
Cd-baret lontf met lewin sur la table et chazcun
2
bod fLiantfi luuplaid ft chacunboitd chacun boit ejuantflliu/ plaid punxtf plaist
»c
XSJ
•’/l*' **r~”Z r_
' -Ml "M ”a
. GALANT. 383 pleine de feu, & qui ne manque jamais d ’ avoir quelque chofe d’extraordinaire.
F I N.
ON donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le pre-w mier jour de chaque Mois fans aucun retardement. Il fe diftribuera toujours en blanc chez le Sieur Blageart Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques, à l’entrée de la Rue du Plaftre , au prix de Seize fols. Et au Palais à vingt - cinq fols relié en Veau , <Sc vingt en Parchemin. Les dix Volumes qui contiennent toutes les Nouvelles de l’Année 1677. fe donneront toujours au prix ordinaire, c’eft à dire vingt fols en Veau, <Sc quinze en Parchemin au Palais , & dix fols en blanc chez ledit Sieur Blageart.
x Extrait dit Triyileve du ^oy.
' é e > • <
PAr Grâce $t privilège du Roy, Donne S. Germain en Laye le 31,Décembre 16-j
Signe,Par le R<^y en fon Confeil, Junqtures Il eft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizt de faire imprimer par Mois un Livre intituil MERCURE GALANT, prefenté à Monfei gneur le Dauphin, & tout ce qui concern ledit Mercure, pendant Je temps & efpacet! fix années, à compter du jour que chacun deft Volumes fera achevé d’imprimer pour laptei mierefois: Comme auflî defenfès fopt faite a tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & au rr^ . imprimer, graver & débiter ledit Livr fans le contentement de l’Expofant, ny d’ei extraire aucune Piec ™ planches fer vaut l’ornement dudit Livre, e d’en vendre ft parement, & de donnera lire ledit Livre, 1 tout peine de fix mille livres d’amende, i onrifeation des Exemplaires contrefaits, ain que plus au long il eft porté audit Privilège B
Regiftrcfur le Livre de la Communauté le j Janvier 1678. Signé, E.Coûte? ot, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizt a cédé & tranfporté fon droit de Privilège 8 C. Blageart, Imprimeur-Libraire, pour cl joiiir fuivant l’accord fait entr’eux. ■
Achevé d imprimer four tu première fou
■\ • " le jt&M'àri. i ^7/X
Qualité de la reconnaissance optique de caractères