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1678, 01 (Gallica)
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A PARIS,
Chez GUILLAUME DE LUYNE, su Pilais, dans la Salle des Merciers., à la juftice.
CHARLES DE SERCY,dans la Grande Salle, à la Bonne-Foy couronnée,
ESTIENNE LOYSON, dans la Gallerie des Prifonniers, au Nom de Jefus.
JEAN GUIGNARD, dans la Grande Salle, à 1 Image S. Jean,
CLAUDE BARBIN, fur le fécond Perron de la Sainte Chapelle.
THEODORE GIRARD, dans la Grande S aile, à J’Envie.
La VeuveOLÏVIER DE VARENNES,dans la Salle Royale, au Vafe d’Or.
CHARLES OSMONT, dans la Grande Salle, à l’Efcu.de France.
' *•
Dans la Salle Royale, à l’image S.Louis,
Et en la Boutique de Qoi.net, dans la Gallerie des Prifonniers, al Ange Gabriel.
•
M. D. LXXVIII.
PRIVILEGE DV ROT.
Souffre^ que le Mercure
Galant wow aille enfin rendre
E P I S T R E.
/èj hommage*. Il n'approche de Vous qttavec une certaine crainte qu'il n'auroitpeut-eftre pas en s'approchant de tout au. tre Prince auprès de qui une aujji grande jeunejfe que la vofire laifferoit efyerer un facile accès. Il croiroit que les matières galantes qu’il luy offrirait , feraient de nature a l'occuper ajfe^ agréablement-, mais pour Vous, MONSEIGNEUR , il fait trop que ce qui a du rapport avec vollre âge, n'en a aucun avec vos fen- timens, Çÿ que les chofes qui ne feraient pas indignes d'un jeune Prince, nen font pas pour cela
E P I S T R E.
plus dignes du Fils de Loiiis
le Grand. Auffi, MONSEIGNEUR,
fi ÆMercure rieuft
eu à vous faire c^uedes Prefens
proportionnez. a vos années, il
ri aurait jamais eu la témérité
de s'élever jufquà Vous. Mais
il faut vous l'avouer. Il croit
avoir quelque droit d l’honneur
qu'il reçoit prefentement,
lors qu'il fonge qu’il vous fera
des Prefens tels qu'on les doit
faire aux Héros. Vous juge\
bien, MONSEIGNEVR, que
je parle des glorieufes /Etions
du Roy dont le Mercure ne
fçauroit manquer à efire remply.
Vous y trouverez. chaque
a l•i •j•
E PIS T RE.
Mois quelques traits de l'Histoire
qui luy efl particulièrei
fÿ quel cfl le Héros dont/’Histoire
neuf bien des vuides,fi
elle efloit diftinguée par chaque
Mois ? Cependant il ne s'en
pajfe aucun qui ne fait marqué
par quelque Exploitée ce grand
Prince, &’ le Mercure ne laijfe
vas d'ettreGuerrier remply
de nos Conquefies pendant ces
temps oyfîfs qui Semblaient ne
luy pouvoir fournir que le récit
de quelques Divertifiemens,
gÿ qui nettoient auparavant
deftine^ qu'à rafraifchir nos
Ainfi, MONSEIGNEUR, le
EPISTP.E.
Mercure fera, toujours honoré
des Noms des deux Princes du
Monde, dont l'un execute, gÿ
chojes. Le Nom du Fils accompagnera
toujours T Hiftoire des
Exploits du P en, ce fera la
une marque de l'attachement
avec lequel vous vous étudie^
à imiter un fi grand Modèle.
Toutes les Cours étrangères
apprendront que vous avez,
fans cefe devant les yeux l’Illuftre
Vie de T Incomparable
crainte, MONSEIGNEUR,
pour tous les Ennemis de la
France ! Ils tremblent déjà au
EPISTRE.
feul bruit de cette application continuelle que vousave'xji vos Exercices. Jls frayent que vous ne faites quy e(foyer vottre adreffe & vos forces 5 G? que quand vous les tournerez^ con- treux, il leur en coûtera des Provinces. lis tremblentfî- tofl que la Renommée leur an- nonce que rien n cchape à votre pénétration dans nos Au- theurs anciens ? & ils s'attendent
bien que vous y puifcre\ des Secrets de Politique qui feront un jour funefies a leurs Eflats ; Mais ce qui les allarme le plus, cefi le modèle que vous vouspropofe^ cefontlesVertus
EPIS T RE.
de Louis le Grand, dont
mous eftes & T Heritier & T1-
mitateur. Il fuffiroit d'efire
l'un ou l'autre, gÿ on peut dire
que ce feroit a.JJe^ ou quelles
mous enflent eflé influées parle
fang, ou que moftre ardeur a.
les imiter mous les eufl apprifes.
Mais,MONSEIGNEVR,
quqy que la Nature ait formé
en Vous un Prince digne d'efire
Terre, mous ave^ moulu mériter
un Titre fi glorieux par
Vous- mefme , gÿ mos foins à
cultimer mos rares talens ont
achevé ce que la naifiance feule
avoit commencé fi heureufey
EPIS T RE. ment. Quel honneur ne fe race pas pour le Mercure, fi en n.ous entretenant des Vertus de nofire <Mugufle Monarque, il peut contribuer qutlquecho- fe à cette inclination naturelle que vous ave^pour la Gloire? LOUIS luy fert de Garant quil aura de Mois en Mois des Actions plus éclatantes à vous préparer s & quand mejme et Héros eonfentiroit à borner fis Conqueftes par la Paix, il luy fournirait encor tant d’exemples de juftice àrécompenfer Je s Sujets , fÿ de fagejfe dans la difyenfation des Charges de l état, qu’il ne faudrait que
7
EPISTRE.
les future pour furpafer les Princes les plus Accomplis. Quand vous daignerez^ défendre jufquaux Mu fs du Mercure, elles tacheront d vous dé- lajfer l'efyrtt dans ces heures que vous ne donnerez pas d des Mufs plus férieufs. Il y a déjà, longcemps que vous ave^ commerce avec les Latines, quand la plupart des Sçavans de l'Europe ont travaillé auec tant d'emprejfement d vous les rendre familières, vous ria- viez pas tant befoin de leur fecours qu'ils avaient envie de paroislre avoir quelque part d voftre Education. Pour moy,
71
/
EPI S T RE.
M0NSE1G N EPR, je croiray eflre parfaitement heureux, fi en donnant quelques momens au Mercure, vousvoulefbien jetter quelque fou les yeux fur le profond reftecl avec lequel je fuis & feray toute ma vie,
MONSEIGNEUR,
Voftre tres-humble, tres-obéïflant & rres-fîdcle Serviteur, j : d.
1
E prie ceux qui ont des Parèns ou
J des Amis à l’Armée, de Hipléer à la'
tnodeftie qui les einpclche de me
faire part eux-me fines de tout çe
qu’ils font de remarquable. -Quoy
que j’aye parlé de beaucoup de Braves
depuis un an , 6c que j’aye fait
connoiftre quantité déclarantes Actions
qui feroient demeurées ehfèvelies
fans le Mercure , -je nïapperçois
tous les jours que j’en ay beaucoup
oublié. J’ay déjà dit, & je ne puis
! m’empeicher de le repeter , que ne
pouvant tout lçavoir par moy-mefine,
j’ay befoin du fecours de ceux qui
font informez des chofes, 6c qu’ils
font plus à blâmer que mey, quand
. I leur négligence à m’envoyer un Billet
fur ce qu’ils ont appris deconfidéra-
I ble,eft cairfc que le Mercure ne pu-
I: é
AT L ECT ETR. blie point les A étions dans Ici quelles l’amitié ou l’alliance leur Elit prendre quelque intereft. Il eft fait pour en donner la gloire à ceux qui l'ont méritée, aulïi-bien que pour le divertif- fement du beau Sexe ; 6c comme il eft lû prelquc dans toutes les Cours du Monde, où les merveilles qui le pallcnt en France le font fouhaiter, il eft bon que tout ce que nos Braves font de glorieux y foit connu. Il eft li vray que c’eft un Livre qui va par tout, que je fuis prelié par quantité de Peilonnes du beau monde de donner au Public un Recueil des Lettres que le Mercure m’attire des Provinces &: de plulieurs Pais étrangers. ]c ne prétens point parler de celles qui louent l’Autheur, elles feront toutes luprimées, & l’on m’obligera de ne donner des louanges à l’avenir qu’aux Ouvrages du Mercure où je n’auray autre part que celle de les a- voir ramalFez. Ce font ces fortes de Lettres, 6c celles qui mt font en-
atV LECTEUR.
Voyées fur les Explications des Enig- mes, & fur difcrens endroits du Mercure,qui formeront le Recueil que je p'rétens donner auPublic. J’y joindray fes Avis que je reçois pour ion Embelli Bernent, & pour l’ut il iré de ceux qui prennent plaifir à le lire. J’ay déjà rcçeuun Billet d’une belle Compagnie du Palais Royal qui fouhaite qu’en parlant des Familles Illuftrcs, j’y mette leurs Armes. C’eft ce qui pourra arriver, pourveu que leurs Amis prennent foin de m’en envoyer les Planches. Mais pour revenir aux Lettres qui font voir que chaque Ville a fes beaux Efprits, fur tout parmy le beau Sexe, j’en donne- ray tous les trois Mois un Volume qui fera intitulé Extraordinaire Galant dn Nouveau Mercure. Par là j’aurayl’avantage défaire connoiftré la France à la France, <Sc tous les Beaux Efprits comme je fais tous les Braves. Une feule Lettre mife à la telle de chaque Volume fervira de
LECTEUR.
Réponfe& de Remercxëmens à tous ceux qui ont déjà pris la peine de m’écrire fous le nom duSecretairc des Dames,fur tout àceluy de Saumur, à qui je rends mille gracespour toute fa belleCompagnie,au nom de laquelle il m’a fi fouvent expliqué la fatisfa&ion qu’elle recevoir du Mercure. Je ne parle point dans ce Volume de Janvier de tous ceux qui ont deviné le mot de l’Emgmedu precedent. Comme ils ne fe font point nommez, mais feulement les Villes d’où ils m’ont écrit, ce que j’en dirois pourrait paroi Cire inventé , &' d’ailleurs je n’ay rien qui leur puft faire connoiftrc à cux-mefmes que ce ferait d’eux que je parlerais. Ceux qui ont acheté le dixiéme Volume contrefait, & qui n’y ont point trouvé F Avis que j’ay fait mettre au commencement, font priez pour pluheurs raifons importantes de le lire dans quelqu’un des véritables.
Table des Matières principales
contenues en ce Volume.
ATrant-propos touchant toutes les
Nouvelles renfermées dans les
dix T'olumes du Mercure de l’année
1677. fage I
PComs de quelques 'Bra'ves qui aboient
efté oublie^, p-xj, & les fuitantes.
2>ifcour$ de T Année 1677. d l3 Année
1678. il
Sonnet de M. de la Mon noyé au Tfoy,
16
Rondeau pour Mon[è.igneur le Dauphin^
29
Ce\. qui s eft pafté le premier Tour de
Z’Année à la (ftur^ 31
Wi^ertijfèment que la Cour a pris cet
JFfy^er,
JW. de ‘Bartillac rentre dans Vexercice
de la Charge de Garde du Trefor
• • • &
? i1!
TABLE.
* 1 a • a 4 '
'Difcours fur la nature des Qbelifques* 57
Figure de l'Obelifqne d ' A ries 3 5 8
Inscriptions Françoifes faitesparMef- feurs de F Academie d'Arles* 49 la Fer tu malbettreufe* Lfifoire* 55 La^eritable 'Prairied la fauJJeTrai- ri e fa T^iyale* 9 f
Madrigal pour Mademotfelle de Fau- yineufl y<)
Madrigal pour Madame de Filleregy* 100
Zr jÇoy donne audianee aux Député-^ des Etats d'Artois, 101
'faifons pourquoy Pondit Filles Fo~ reftieres Foref Moire* 107
Mariage de M. le Comte de Fallard de Madem. de la TPvoliere* 111
Mariage dt Lys dota fpfe* 1^4 Mort de M. de S. André Treforier general de la Marine*
Cbajjes de S,Germain, 1^6
Sonnet du Solitaire de S, Maixent en
F oiton, - > •' i48
Fdabliffmcnt d'un: nouvelle Acadé-
TABLE.
mie 7(oyale proche le Palais d'Or-
Paroles de LL de Valnay pour Llonfe
igné tir Le 'Dauphin, mifes en .Air
Rondeau pour le r/(oyy de LL. Petit, 118
par LL. le Teintre*
Le 7(oy honore LL. le (jamus du (Los
de l1 Intendance de Tignerol, i i
Le 7(oy donne de nouvelles lettres Patentes
à LLejjieurs de P Academie
d" Arles pour P augmentation de dix
Gentilshommes dits leur Corps. Noms
desAcadem 'ciens^leurmérité,
LLejJieurs d'Arles donnent un Aodrtement
dans leur pfofiel de Fille à
LL de T A cademie^ j 9 ;
Sujet CP Penfees de la Ifarangue de
TABLE.
M.de Tfoubin à M.lefbancelier,\<)^ Sonnet dit mefme à M, le Chancelier y
>99
Nouvel Etablijfèmentd 'une Académie de 'Beaux E (prits à Coutance^ z 01 Galanterie envoyée à Madame la((om-
tef/e de Montrée( 207
Le foy honore M le Marquée de Feu- quieres d'une T lace de ((onfeiller d'Etat d"e'pée, comme il a^f oit fait M. le Duc de Fitry. T lu fleur s particularité 'fur cnfv(et, Ma if on de Falh elle, ^Air note\ zAir de M. de la Tour* Second Air note\
Di^crfes Explications de FEnigme du
Meù pafe, 2^4.
Rondeau fur 1* Enigme du dixième
Volume du Mercure, 2.2,6
Explication de la mefme Enigme s 239 Ehigme , 14.2
^Autre Enigme 9 246
Enigme en Figure, ibid.
Le foy donne F Abbaye du Mont
1T4-
H9 114-
219 2}O
M’
*55 de la
TABLE.
3*. Quentin a M.Courtin, l+s Sa Majefte nomme à l* Abbaye de
M<*rd> trots* le Tere Ch art on de la Terriere, 150
Z’Abbaye de fharonne eftdonnes à Madame le Majlre Abbejfe de Grandchamto, y *
Mort du Vue de la Force,
Mort de M idarne de Sable, Mort de Madame la Vuchejfè
Vieu^ille,
Mort de Madame la Comtejfè de 7)ru - bec, 26 i
Articles de Guerre > 26}
Départ de M. le Vue de la Feiiiiïade* 167
Diyerfis Charges données par Sa Ma- jefte', 268
£e qui s efl pafe' à la publication des
Lettres de M. le Chancelier, | 17;
Vers de Madame de Villedieu, 177 Anagramme fur le Nom de Mademoiselle, 181
M. de Zuylichem dd. Ffuguenst
lpo
ip i
T A B L E.
y
Mariage de BTaden oifelle de <T. Ai- gnan a^cc dd.lt tAarqu^ de Li'vry, 285
Libres nouveaux, '
'Biyertijffimens donnes^ promis au TubliC) lÿ!
Noms des nouveaux Officiers Generaux y i73
'Bal che^ M. l'E^efque de Strasbourg* Ü *99
L a B ie le T inçon, Fable* j 0 j
Fin de la Table,
J
E vous en ay déjà
priée, Madame, faites
moy la grâce de m’épargner
-, & Tl vous me
voulez perfuader que les
dix Lettres que vous avez
reçeués de moy vous ont
donné autant de fatisfac-
Janvier. A
*
XV
5
.'//i
fa » tir
2
tion que vous m'en témoi-
gnc£, publiez la part que j’y puis avoir, & ne vous attachez qua la màtiere. Il elt certain, à la bien examiner, que la Pollerité aura peine à croire tout ce que ces dix Lettres contiennent. Elles renfèr- ment les Nouvelles de l’Annee 1677. & les grandes chofes qui s’y font faites ne trouveront point de croyance dans les Siècles à venir, parce que les Siècles paffez n’ont rien produit de lemblable. En effet, on
GALANT. 3 ne peut vanter la prife de Troye , qu’on ne fe lou- vienne qu’elle a coûté dix années de Siège aux Héros de l’Antiquité. Voyez les Romains. Ce n’a elté qu’a- pres un fort long temps qu’ils le font rendus maîtres de Cartage ■ &: comme la plus grande partie de la Terre elloit fous leur Domination,
quand ils ont fait des Conqueltes confi- derables, leurs Armées ef- toient remplies de mille Nations fubjuguées qui leur aidoient à vaincre les A ij.
4 MERCVRE
autres -, mais depuis nos
dernieresGuerres, pendant
lefquelles nous avons réduit
des Places qui paroiffoient
prefque imprenables
, nous pouvons dire
que la France n’a vaincu
qu’avec la France, & que
nous l’avons veuë triompher
tout à la fois d’un Empereur
puiflant par des
Royaumes Héréditaires-,
d’un Empire redoutable
par un nombre infiny de
Souverains -, d’un Roy
d’Efpagne craint dans les
deux Mondes, & qui comGALANT.
5 pte des Sujets prefque par tout ; d’une Republique qui a eu la vanité de fe croire aflez floriflànte pour pouvoir devenir l’Arbitre des Rois -, & de quantité d’autres Puiflànces que la jaloufie tient encor pre- (èntenient liguées contre nous. C’eft dans l’année où le Roy a eu les forces de tant de Princes fur les bras, qu’il a fait les chofes les plus étonnantes , & que la Victoire s’ell rendue infé- parable de fes Armes dans tous les lieux où l’on a dé-
A iij
ployé fes Etendarts. Nous
l’avons veu partir en Février,
& emporter en peu
de jours des Places beaucoup
plus fortes que celles
qui coûtoient autrefois des
années. Sa prelènce femble
avoir fait tomber les
Murs de Valenciennes.
Cambrayn’a pû refifterrlà
Citadelle s’elt rendue. Les
Plaines de CaflTel déjà célébrés
par les Victoires de
deux Philippes, ont rougy
prefque aulîi-toU: du fang
de nos Ennemis, & leur
Défaite a réduit S. O mer à
ouvrir fes Portes. Dans ce
mefme temps les Armes
de France triomphoient à
deux.mille lieues de là, Si
nous prenions la Cayenne
auxHollandois. C’ertdans
cette mefme anne'e que nos
François fe font rendus
maiftres de la Scalete, &: de
plufieurs autres Portes de
Sicile ; qu’ils ont défait en
Catalogne toutes les forces
d’Efpagne ramaflëes de ce
cofté-là; qu’ils ont fait lever
le Siégé de Charleroy,
ctably des Contributions
en cent lieux qui n’en a-
A iiij
voient jamais payé, détruit
la grande Armée de l’Empereur,
de l’Empire & dés
autres Alliez, repouffé au
delà du Rhin le Prince de
Saxe - Eyfenach, batu en
fuite & enfermé le mefme
Prince dans une Ifle, triomphé
à la Journée de Cokberg
de l’Elite des Troupes
de l’Empereur, pris Fribourg
& Valkrik dans fes
propres Terres, fait repafler
le Rhin & quiter les
Quartiers d’Hyver à toute
fon Armée contrainte d’abandonner
les Polies qu’-
GALANT. ? elle occupoit fur la Sarre- & cela, dans un temps de neiges & de gelée, & tandis que nous achevions nos Conqueftes en Flandre par la prife de S. Guilain. Ce dénombrement cil fi grand
O qu’il ne paroift prefque pas croyable au bout de l’année à ceux-mefines qui ont tout fçeu, tout veu & tout exécuté ; & comment l’avenir en croira-t-il nos Hilloires, s’il examine le peu de temps , la force des Places, & le nombre des Ennemis? 11 faut fe taire, admirer,
s’étonner. Vous avez toutes
ces merveilles dans les
dix Lettres qui font enfin
une Année entière de ce
Mercure que le Public a fi
favorablement reçeu.Vous
y avez les meilleurs Ouvrages
qui fe foient faits làdeflus,
& la plupart des Harangues
dans lefquelles on
a tâché de peindre ce qui ne
peut jamais eftre que faiblement
ébauché. Je ne
fuis point lurpris que vous
vous foyez fait un plaifir
d’apprendre les particularité
z de tant d’acUons étonnantes,
puis que nos Ennemis
mei'mes qui lifent le
Mercure, font affez juftes
pour ne refufer pas leur admiration
au Roy apres les
Prodiges de cette Campagne,
tant il eft vray que
ce 'grand Prince elt au
O ’ \ deflus mefme de l’Envie.
Comme fon exemple n’a.
pu rien infpirer que d’extraordinaire
à tant de Braves
qui ne refpirent que
pour la gloire, j’ây tâche de
rendrg jultice à tout le
monde, en n’oubliant aucun
de ceux qui ont eu l’avantage
de fe dillinguer.
En cela je n’ay eu égard
qu’au mérité, & n’ay point
regardé s’ils eftoient du
Soldat peut monter aux
plus hauts degrez oùlaValeur
ait droit de prétendre,
& je me fuis d’autant plus
attaché à mettre les belles
A étions de quelques Particuliers
dans leur jour, que
celles des Perlonnes d’une
naiffance élevée ne demeurent
jamais inconnus. Si
ceux qui ont les grands emplois
dans les Armées agiflent
en mefme temps & de la telle & du coeur, ce font les autres qui exécutent, & j’ay crû qu’ils louffriroient volontiers que des Braves qui les ont luivis dans le Combat, fulfent placez apres eux dans le Mercure. Ce n’elt pasque malgré toute îexaétitude qu’on puiflè avoir à recueillir tout ce qui fe paflè de plus éclatant dans ces Occafions importantes qui donnent de la curiofité à tout le monde, il n’éqliape toujours quelques Aétions qui meri-
qui les font, ou plutoll de
leurs Amis, qui voyant des
Braves fi modelles devraient
avoir loin de leur
gloire, & envoyer le Detail
de ce qui fait honneur à la
France, & dont on ne peut
priver la Pofterité fans injullice.
Je vous ay fait tous
les Mois d’aflèz longG?s Articlés
de Guerre, cependant
vous n’avez point tout fçeu,
& ce fera peut-eftre vous
dire aujourd’huy quelque
chofe que vous ignorez,
M
H
parniy ce grand nombre de
Volontaires qui partirent
de Paris & de la Cour, avec
toute la diligence poffible,
pour fe jetter dans Charnos
Troupes en cas qu’il y
euft Combat, Moniteur le
le Duc de Lefdiguieres fut
des plus ardéns. Son extrême
valeur ell connue, &:
l’épreuve que les Hollandois
en ont faite leur a coûté
cher. Vous pouvez m’accufer
de la mefme forte de
n’avoir pas ellé tout-û-fait
MERCVRE exaéf dans la Relation que ma derniere Lettre vous a fait voir du Siégé de S. Gui- lain ; je puis pourtant af. furer que les recherches que j’en ay faites, ont elle extraordinaires. Perfonne n’en avoit aucun Détail entier à Paris, on s’eftoit ex- cufé là-defïùs de le donner
au Public, & il me l’a fallu ramaflèrtle divers endroits-, mais quoy que je vous l’aye envoyé avec des circonf- tances plus véritables que toutes celles d’aucun Siégé dont je vous aye encor par-
GALANT. 17 le, il ne m’a pas efté poffi- ble d’apprendre lesAéîions particulières de tous ceux qui s’y font diftinguez. Je me fouviens de vous avoir dit que Monfieur le Comte de Tonnerre, Aîné de cette llluftre Maifon, y avoit efté bielle -, mais je ne vous ay pas marqué que ce fut en le jettant le premier dans le Folle, où il reçeut un coup de Moulquet dont il eut la joue percée. Il eft jeune, bien fait, & a autant d’ef- prit que de coeur. Pendant qu’on eftoit occupé au Sie- Jiin-yier. B
<rc de cette Place, Mr le
O
Chevalier de Bezons, Fils
du Confeiller d’Eftat de ce
nom, fit une Aétion d’une
allez mande vigueur. Seize
cens Chevaux des Ennemis
ayant voulu pafler la Lis
pour entrer dans la Chaftel- •
lenie de 'Lile, il les repoufla
avec huit cens Hommes,
eut fon Cheval tué fous luy,
& emporta l’avantage d’avoir
fait avorter leurs défileins.
Il femble qu’il ne
pouvoit avoir un moindre
fuccés dans un temps où
les François ont fait voir
. GALANT. i9 des prodiges de tous coûtez. Les Romains don- noient autrefois le nom de leurs Empereurs aux Années remarquables par des Conqueftes extraordinaires, mais celle qui vient de finir devro.it eftre appellée avec bien plus de raifon l’Année de Louis le Grand. Ne croyez pas, Madame,, qu’elle n’ait point tiré vanité de tout ce qui s’eft fait d’héroïque pendant Ion cours. Ecoutez ce quelle en dit à l’Année qui luy fuccede. Le
B ij
mefme qui a donne' la parole
aux Fleurs pour répondre
à Madame des Houlieres,
apris loin de la faire
parler de la maniéré que
vous allez entendre. Il s’apelle
Mr de Roux, & je vous
ay déjà marqué qu’il ell
Provençal.
*$■
E
M. DC. LXXVIL
*
M. DC. LXXVIII.
£ GradL o ü i S, Maifli.e
de la ytfioire,
Ayant comblé mes jours
je bonheur & de gloire,
Je me trouve à regret à lafin de mon
cours,
Soyez^ nouvelle Année, encor plus
glorieuse,
Soyez^encor, s'il fie peut^plue heu-
- reufe. .
Je voue laijje toue mes defirs*
Avccque mes derniers foupirs.
Fiere d'avoir tant veu d 'Aclirt\
martiales,
Tant veu de progrès éclat ans,
le vay pré dre place aux Annales^
Lt braver l'orgueil des vieux
Temps.
L es premiers Héros de la Terre^
D'un courage pareil ne faifoient
point la guerre.
llfembleque Louis des plus rudes
travaux
Faffe (a gloire & (on repos.
Mon Hyver fut d'abord témoin de
fa vaillance r
Ses Lys dans mon Printemps remplirent
tout d'effroyy
Mon Efié vit L'effet des foins de ce
Grand Roy,
Ftmon Automne enfin les fruits de
fa prudence.
G AL A1MT• 23 'Par tout, donnant l'exemple à fes nobles Guerriers,
Ce Héros en tout temps a cüeiUy des Lauriers.
Ses Armes ont couru de Vitloire en Victoire,
Siècles qui me fuivrez^ le pourrez^ voue bien croire!
JDemy-L unes, Foffez^ Murs, Fort s , Rctranchemens,
Ne coûtoiëtquequelquesmomës.
Cambray feul & Valencienner Terniffent la valeur & la gloire anciennes
orgueilleux Saint Orner, les Plaines de Cajjel, Pu fuperbe Fribourg la defence abatuë,.
Charleroy, Saint Guilain, une Flote batti'è,
Mc font un honneur eternel.
Avec ce qui sefi fait de grande de
' difficile 9
EnCatalogie^ àCayëne ^Sicile,
Tout mon cours eftremplyde hauts
faits diferons.
L'ordre du temps me preffie, adieu
nouvelle Annie.
Le Ciel voue a fans doute de (line e
A voir encor des miracles plue
Vous jugez bien, Madame,
que c’eft V Année Françoife
que Mr de Roux a fait
parler, c’eft à dire une Année
qui ne s’interefte qu’à
ce qui regarde la grandeur
du Roy. Elle eft bien certaine
de ne fe point trom»
àl’Année qui lafuit, quand
elle allure qu’elle cftdeiH-
• née à voir encor de plus
grartdeschofes qu’elle n’en
[ a veu. Il fuffit que cet
Incomparable Monarque
veuille entreprendre pertir
fe répondre d’une nouvelle
Victoire , & il nous a tellement
accouftumez aux
Conqueftcs, que fi on admire
toujours celles qu’il
fait, on* ce fie prefque de
s’en étonner. C’eft une
penfée de M1 de la Monnoye.
Voyez le tour fpiri-
Jcm vier. C
ce Sonnet.
AU ROY,
Sonnet.
TOutréforme, Grad Roy,
du bruit de tes progrès,
T u n'appointe? Ennemis
que ton bras ne châtie,
Etmalgré lesRamparts,les Digues,
les Marais,
Ta généré* fe ardeur nef jamais
rallentie.
Les plus braves Guerriers, fi-toft
que tu parais,
FJ'oferoient de leurs Forts tenter
une Sortie,
'Eaprijeà ton afpecifuit l'attaque
de prés*
Et la Place efl conquife aufft tofl
quinveftie. .
C'eftpeu qu'avoir forcé trois Villes
cnunniois.
Tu veux notes étonner par de nouveaux
Exploits *
Mais fans notes étonner tu peux
tout entreprendre.
SI
Que ne devons-nous pas attendre
de ton coeur!
Il faudroit, Grand Héros, pour
nous pouvoir fur prendre^
Que tu puffes combatre^ & n'eftrc
pas Vainqueur.
Voila de fameux exemples
pour noftre Illultre
C ij
Dauphin. On ne peut fe
préparer à les fuivre avec
plus d’ardeur qu en fait paroiltre
ce jeune Prince.
L’adrefle & la force qui le
font tous les jours admirer
dans fes Exercices en font
des marques. Un je ne fçay
quel feu martial qui brille
déjà dans fes yeux, & qui
ne diminue rien delà douceur
de fes traits répond
parfaitement à ce que fon
heureulè naiflànce nous en
fait attendre, & c’elt avec
beaucoup de juftice que
Mr Leileron Avocat a Pro-
71.
GALANT. 29
vins a dit dans le Rondeau
que je vous envoyé.
POUR MONSEIGNEUR
».
LE DAUPHIN,
Rondeau.
’£/? le Dauphin que la
gloire fécondé.)
Son Coeur ef grand y fa
Sagcjfe profonde)
11‘eft doué d'un ÉJfrit merveilleux
il cft de taille égale aux Dcmy-
DicuX)
£tfon vifage en agrément abonde.
C iij
ao mercvPkE
T) ans [es regards, fans que rien fi confonde,
Cupidon rit pendant que Mars y gronde^,
JEtfiquelquun les accorde tous deux C'e/l le Dauphin.
le Dieu du leur nefort jamais de ronde
Qtden l'admirant fout fa Perruque blonde 5
il ne s'écrie, 0 Chef d'oeuvre des Ci eux,
auprès Louis ce qui charme mes yeux,
JEt le fécond miracle de ce monde, C'eft le Dauphin.
On a bien railon de loûtenir que U Roy elt la
1 GALAN1. 31 première des merveilles qu’on y peut voir. Son grand air & la bonne mine le font tellement diftin-
guer, qu’il doit moins àl’e- levation de fon rang,qu’aux avantages de fa Perfonne, les regards qui s’attachent Continuellement fur luy. . On ne pouvoir allez l’admirer le premier Jour de l’An- née. 11 eftoit au milieu des
. Chevaliers de fes Ordres^ & s’il efface en Habit de Cavalier tous ceux qui ont jamais eu la mine guerrière, on peut dire qu’on C iiij
32 MEWCNPÆ n’a jamais rien veu de fima- jeftueux en Habit à manteau. Il en avoit un éclatant, magnifique &: mo- defle tout enfemblej & de quelque maniéré qu’il foie, il ne paroifi pas moins Roy par ce que toute fa Perlonne marque de grand, qu’il l’elt veritablemement par fa naifiance. Les Livrées neuves de fa Maifçn parurent te mefme jour dans un éclat admirable. Quoy que ce ne foir qu’une dépenle ordinaire , elle uendroit lieu de grandes
que les Livrées paifent par
tout pour un ornement
tres-confiderable , qu’on
ne fait jamais aucune Rela-
® I tion d’Entrées publique
fans les marquer. Le nombre
de celles de la Maifon
duRoyeft fi grand, qu’une
infinité de Perfonnes qui
ont voyagé affûtent qu’il a
plus de Pages & de Valets
de pied, qu’on ne trouve
ailleurs d’Ofiiciers couchez
fur l’Etat des plus grands
Monarques de l’Europe. Il
;4MERCVRE y a déjà quelque temps que ces Livrées demeurant toujours les mefmes pour la couleur, changent d’année en année pour ce qui en fait les afTortimens. Depuis que ce changement elléta- bly, le magnifique s’y eft toujours trouvé de plus en plus. Il ne faut point s’en étonner, les chofesfefont avec tant d’ordre & tant de prudence dans la Mailon du Roy, qu’on n’y a jamais rien veu qui ait pu faire remarquer un moment que la France ait elle en guerre.
• GALANT. quoy quelle ait des Ennemis prefque de tous collez àioûtenir.
L’Année ayant recommencé comme dans la plus profonde Paix, & tout ce qui peut marquer la grandeur de nollre Monarque ayant paru à l’ordinaire, cette mefme année a continué par quatreOpéra qu’on reprefente alternativement à S.Germain pour le Diver- tilfement de Leurs Majef- tez. Quoy qu’ils n’y foient pas nouveaux, on n’a pas lailfé de faire de nouvelles
//J
dépenfes pour tout ce qui ferra les reprefenter. Rien n’a efté épargné pour la beauté des Décorations,
les Habits y font aufli bien entendus que magnifiques, & ces grands Spectacles en ont reçeu de merveilleux agrémens.
• r
Tandis que nous fom- mes fur l’article de la dé- penfe, je ne dois pas oublier à vous dire queMrde Bartillat eft rentré dans l’exercice
de la Charge de Garde du Trefor Royal, dont il eftoit forty pour tra-
GALANT. 37 vailler plus facilement à rendre fes comptes. Il avoir eltéTreforierde laMaifon de la Reyne Mere, fort ellimé de cette Princefïè.
lime fouvient, Madame, I quand je vous parlay il y a
quelques mois del’Obelif- que de la Ville d’Arles, que vous me filles les plaintes I de vos Amies qui ne fe I trouvoient point allez é- claircies fur cette matière, I & qui auroient voulu voir l’EHampe qui en avoit elle prcientee au Roy. Je vay les latisfaire fur ces deux
ko
38 MERCVRE
points, ou plutoft elles peuvent
fe fatisfaire elles-mefjnes
fur le premier en conflderant
la fiDgure de cet
Obelitque que j’ay pris
foin de faire graver icy.
Comme c’eftunechofc qui
regarde la gloire de noltre
Incomparable Monarque,
je fuis bien aife de commencer
par là les Embelliffemens
dont le Mercure
peut-elfre capable. On
concevra mieux par l’Infpeétionde
cette Figure,'de
Quelle beauté l’Obelifque
'Arles peut eltre dans une
ObelLfcuj
P<WJV
GALANT. 39 Place publique. Je vous en aydéja marqué la hauteur, qui eft de cinquante- deux pieds, & fa bafe de fept pieds de diamètre tout d’une piece. Vous jugez bien qu’en le voyant élevé on doit voir quelque choie qui contente fort la veuë. Pour ce qui regarde la nature de l’Obelifquej qui eft une efpece de Pyramide, il faut vous dire avecles Geo- metres, que c’eftune figure folide, dont la baie eft contenue par des triangles aifis fur un mefme plan, qui se-
4o MERCVRE lèvent à un point qui leur ell commun. Il y en a de deux fortes , l’une eltlarge & l’autre aiguë. La Pyramide large eft celle dont la hauteur eft pareille à ptu près à la largeur d’un des collez de fa bafe, telle que (ont celles d’Egypte' fi renommées dans les Hilloi- res, &que l’on admire encor aujourd’huy comme une des merveilles du monde. On lesfaifoit ainfi larges
, à caufe qu’citant def- tinées aux Sepulchres des Roys, il falloir rju’rl y eult
vAwMM 1 • 41 des voûtes au dedans -, outre qu’eftant bafties de cette proportion, l’Edifice en devoir eftre bien plus durable. Cette Figure mef- ftie avoit quelque chofe de myfterieux ; & comme ces Peuples renfermoitÿit toutes leurs Veritez fous des Hyerogliphes, c’eftoit par la qu’ils avoient voulu nous donner celuy de la Vie humaine, dont le commencement eftoit reprefenté par la bafe, comme fa fin l’ef- toit par la pointe. La Pyramide aiguë ert celle dont jMrvier. D
42 MERCVRE j’ay à vous parler. Elle doit avoir pour le moins de hauteur quatre fois un des cotez de la bafe pour eltre dans fes juftes dimcnfions- & cclle-cy par Tinllitution des Egyptiens, &par Tubage des^Peuples, s’appelle proprement Obelilque. C’eibrun mot qui fignifie Kayo«enlangagcEgypticn> parce qu’on les conlacroit ordinairement au Soleil que ces Peuples adoroient;. & ce fut par cette raifon que les premiers furent élevez a fa glaire dans la Ville
• à J
GALANT. 4? d’Heliopolis, qui veut dire Cité du Soleil. Ces fortes deMonumens ertoient auffi quelquefois deftinez pour immortalifer la mémoire des Perfonnes extraordinaires , & c’elloit par leur figure haute & lublime qu’on pretendoit laiffer à la Pollerité une plus grande idée de l’élévation de leur gloire. C’eft ainfi (qu’au rapport de Pline) le Roy Ptolomée Philadelphe en fit élever un à l’honneur de la Reyne Arfinoë fa Soeur & fa Femme tout enfem-
D ij
44 MERCVRE file. Il avoit quatre-vingts çoudées de hauteur. On s’en fervoit aufii comme d’un monument eternel que l’on çonfacroit à la gloire des Conquérons a- pres une fignalée Viétoire^ &i c’eft de cette façon que Tacite dit qu’apres la fan- glante Bataille quife donna entre l’Elbe & le Rhin, dans laquelle Germanicus défit eutiererrfcnt lesEnne- mis des Romains, il en fut dre fie un à la gloire du Vainqueur qui portoit ce luperbc Titre.
Des dépouilles des Nations
habitent entre T Elbe & le
Rhin.
L'Armée de ï Empereur Tybere
A eonfacré ce Monument à Mars^
à lupiter & d Auqufle,
Tous ces exemples juftifient
afièz quelaVille d'Arles
ne pouvoir faire un plus
noble & plus digne ufage
deceluyque la Sor t u ne 1 uy
a voulu découvrir, apres l’avoir
tenu caché durant tant
de Siècles, que de l’élever
' comme elle a fait à la gloire
de no lire Invincible Monarque
-, & vous trouverez
46 <
mefme que ç’a elle une
penfée fort heureufe, que
fans s’éloigner de la coûfacroientces
fortes deMonumens
au Soleil, elle ait
pris foin d’ériger celuy-cy
au Roy fous la Figure de ce
bel A lire qu’il a choify
pour Devife, & qui eft fon
véritable Symbole. En vérité,
Madame, il femble
qu’il y ait quelque choie de
mylterieux & qui tient mcfme
du prodige, en tout ce
qui regarde la gloire de
noftre Prince. Faites-y reai
GALANT. 47 flexion, je vous prie. Cet Obclifque elt venu d’Egypte, aufïi bien que ceux que l’on voit à Rome. Tous les autres font remplis de Caraéteres hyeroglifiques, & celuy-cy eft demeuré tout nud & tout uny, comme (i par une heureufe fatalité il eult elfe refervé pour y graver les Viéhoires & les Conqueftes de Louis le Grand. Je ne puis m’empelcher de vous répéter icy les trois derniers Vers d’un Sonnet de Mr Roubin, dont je vous fis
part le mois d’Aoult pafle,
& qui expriment admirablement
cette penfée. Il dit
au Roy en parlant de 1’0-
belifque d’Arles.
Il femble que les ans ne l'ont tant
rtfpeclè^
Qt^afin de préparer une Table
d’attente
Pour y graver ton Nota à la
Pofterité.
Je n’ay pas oublié que
vous vous plaignîtes en ce
temps-là que j’avois fupprimé
les Infcriptions qui
dévoient eftre gravées aux
quatre faces du Piedeftal.
Je
le fis parce quelles eCtoient
Latines j mais afin
que vous ne perdiez rien,
en voicy quatre Françoiles
que Meilleurs de l’Académie
d’Arles avoient jugées
dignes d y eftre miles , Sc
qu on y verroit aujourdhuy
fi on n’eufi jugé à
propos de préférer une
Langue qui ne fçauroit,
7. INSCRIPTION.
Tandis que Louis le Grand
Chaftioitles Hollandois,
QVilvainquoit les Belges, les EfpM
gnols, Ôc-les' Alleinans;
E
Qifil battoitpar tout fes Ennemis, Qu’ji les mettoit en fuite, qu'il diffi- poitleurs Années, Afin que rien-ne fe taife Parmy ce grand bruit d’Armes , de Victoires &: de Triomphes, * ■ On a trouvé l’art de faire parler les Pierres, L’AcademieRoyalc d’Arles leur prête des paroles;
Que la Pofterité le fçache, Cette Illuftre Ville
Selon la couftume des Egyptiens qui dédioient des Monumens au Soleil, A confacré cet Obdifque Au Soleil de la France. ’
II. INSCRIPTION.
A l'immortelle Mémoire De Louis le Grand, Toûjours-Conquérant, toujours Invincible.
La Terreur de fes Ennemis, l’Appuy de fes Alliez,
GALA
Le Soûtien de la Religion,
Le Pere du Peuple,
L’Amour les Délices delà France;
Cet augufteMonument a elle dredé
Pour inftruirelaPofterité
De la gloire & de la félicité de fou
Par le zele & les fouis
De très - noble très - illuttué,
François de Boche,
, M.Romany, A.Agar, SeJeanMam.,
Confüls delà Ville d’Arles,
Ce fuperbe & majeftueux Obelifque,
Relie prétieux de la grandeur des
Romains,
Apres avoir elle enfevely dâs laTerre
L’efpace de feize Siècles,
A efté élevé dans cette Place publique
A l’honneur de Louis le Grand,
Et à l’honneur de la Patrie,
L’an mil dx cens foixante & feize.
IV. INSCRIPTION.
Arrefte Partant
Et conlîdere cet Obclifque, Il eft élève à l'honneur de Louis le Grand,
Le plus aimé, & le plus aimable Roy de la Terre.
Meiure par la hauteur qui aboutit au t Soleil,
La fublimitédelà gloire de cet Au- gufte Monarque.
Juge de ion Immortalité, par la durée de ce Monument, Que fèize Siècles n’ont pû détruire, Et confert?*cn mefine temps Que la Ville d’Arles Ne pouvoit donner à fon Roy U ne marque de fon zele, de fa vénération & de fon amour, Ny plus grande, ny plus durable.
Comme les Infcriptions
GALANT, vî confervent la mémoire de
> ce qui fepafle de plus grand aju monde, on en devroit faire pour toutes les AÜions héroïques qui méritent un
I long fouvenir. Je mets de ce nombre la Retraite de l’admirable Perfonne dont vous me parlez. Il n’y a rien de plusvray qu^jette Retraite ; & pour ne vous laifler rien ignorer des motifs qui l’ont portée à fe : mettre dans un Couvent, il elt bon que je vous apprenne en peu de mots ce qui a précédé le Veuvage
54 MEkÇVRE qui luy en a fait prendre la rélolution. Vous fçavez,
Madame, quelle cil d’une des meilleures Maifons de
Normandie, & tres-bien alliée dans cette Province. Elle y avoir elle élevée Fille avec tous les foins qu’on peut avoir d’une He- ritie«Ê à laquelle une Suc- ceflîon fort considérable ne Içauroit manquer. C’eft aflurément beaucoup qu’- cllre riche & de nailfance, pour s’attirer force Protef- tans; mais quand elle n’au- roit point eu ces avantages,
Ton mérité auroit fuffy pour
la faire aimer. C’elt peu de
dire qu’on ne pouvoit découvrir
en elle aucune mauvaife
qualité',elle avoit toutes
celles qu’on peut fcuhaiter
dans une Perfonne
toute accomplie. Elle eftoit
belle fans fierté, civile
fans abaiflèment, fpirituelle
fans affectation, complaifante
fans contrainte,
& il y avoit un je ne fçay
quel charme de douceur
répandu dans toutes fes
maniérés, qui touchoit le
coeur dés qu’on la voyoïr..
y 6 v
Vous jugez bien, Madame que la Cour fut grolfe en peu de temps. SonPere ef- toit un vieux Gentilhomme quiavoit toujours tenu fa Miifon ouverte à toute la Nobkllè des environs^ & fa Fille ne fut pas plutolf en âged’eftremirie'e, qu’il reçeut plus de vifites que jamais. Il l’aimoit tendrement, elle eltoit unique, & ayant du bien, il rélolut de ne s’en défaire que pour un Party qui l'élevaft. La Belle qui toute charmante quelle elloit, avoit encor
plus de vertu que de beauté,
regloit fes fentimens lur
ceux de ion Pere, & recevant
civilement tous les
Prétendons, elle attendoit
qu’il choifilt pair elle, &
gardoit l’entiere liberté de
me il y a de la fatalité en
toute chofe, & plus en amour
qu en aucune , un
jeune Marquis , qui avoit
alTez de nailfance pour en
prendre le titre , & trop
tenir avantageufement la
qualité, vint palfcr l’AuyS
MERCVRE , tomne dansuneTerre qu’il avoir, voifine de celle du vieux Gentilhomme. Ilfut bientoft informé du bruit
que faifoit fon aimable Fille, qu’il n’avoit point veuë depuis quatre ou cinq ans qu’il s’çlfoit attaché à la Cour. Il avoit un de ces airs qui frapent d’abord. Rien n ’eftoit plus engageant que fon entretien, & tout ce qu’il difoit mar- quoit un efprit fi bien tourné, qu’il elloit diÆcile de le connoiftre fans l'ef-
timer. 11 vit la Belle, la
mé d’efle prefque auflitott qu’il luy eut parlé, elle fentit apres quelques con- verfations, que h le choix de fon Pere tomboit fur luy, elle n’auroit pas be- foin de faire violence à Ion coeur pour l’y foûmettre. Ainfî foit que cette première impreffion ne luy ■paruft pas aflèz dangereufe pour s’y devoir oppofer, foit qu’il luy fut impofïi- ble de faire autrement, elle n’ufa d’aucune précaution contre le p.laifir que luy
donnoient fes vifites, &
ayant pour luy une civilité
ouverte, elle ne prit pas
garde que la réfoluti'on où
elle demeuroit de vouloir
en Fille bien née tout ce
qu’on jugeroit à propos
qu’elle vouluft, ne la defendoit
pas d’un engagement
fccret qu’elle ne feroit
pas toujours en pouvoir
de vaincre. Le Marquis
de fon cofté devint
éperduëment amoureux de
cette belle Perlonne -, mais
connoiflant que le Pere ne
fe réfoudroit à s’en priver
que pour un ctabliiTement
confidérable , il cacha fa
paillon par la crainte d’eftre
banny, & tâcha lculement
de fe rendre agréable
O
à l’un & à l’autre par fes
loins,lans trop raifonnerfur
le peu d’apparence qu’il y
avoit qu’on le miften concurrence
avec quantité de
Part.ys avantageux qui fe
prefentoient. Il réüilit auprès
de la Fille, qui de jour
en jour fentoit redoubler
l’eftime quelle avoit pour
luy. Cet avantage l’auroit
fort confolé de ce qu’il foufroit,
s’il luy eu il elle connu
; niais la Belle elloit fi
refervée avec luy fur lès
fentimens, que comme il
n’ofoit s’expliquer de fon
amour que par fes regards,
il ne pût rien découvrir de
ce panchanr favorable qui
luy donnoit lès vceux en
fecret. Les chofes elloient
en cet état, quand unAmy
d’importance que le Marquis
avoit à la Cour le vint
lurprendre inopinément,
C’eftoit un Comte des plus
qualifiez, bien fait de fa
Perfonne, & d’une conterfit
ion allez aifée pour n’ennuyer pas. Il avoit grand équipage, & du bien à proportion de la dépenfe qu’il raifoit. Le Marquis que la civilité & l’amitié enga- geoient à l’arrefter chez luy quelques jours, n’oublia rien de ce qu’il crût capable de le divertir, & apres une Partie de Chaflè qui fe fit dés le lendemain, il le mena difner chez le vieux Gentilhomme fon voifin, fans luy parler ny de la beauté de fa Fille, ny de l’amour qu’il avoit pour
MEKCVRE elle. Jamais furpril'c ne fut pareille à celle du Comte. 11 la trouva la plus belle Perfonne qu’il eult jamais veuc, & apres l’avoir entretenue quelque temps, il fut fi fort enchanté de Ion
efprit, qu’il avoua que tout ce qui mérité d’eitre admire n’eft pas renfermé toujours à la Cour. Il fortit avec une je ne fçay quelle refverie inquiété, dont il plaifanta le foir avec fon Amy, mais une fécondé vibre qu’il eut impatience de rendre le fit devenir plus
V - - ---
I , GALANT- férieux. Plus il vit, plus il fut touche. Il parla, fe déclara, & comme il elloit
■ riche, & de fort grande qualité, vous pouvez croire que lePere ne balança pas fur cette Alliance. La Belle obéît, & ne le pût faire
1 fans foûpirer en fecret pour le Marquis, dont elle ne doutoit point qu’elle ne fuft fortement aimée. Il fut témoin de ce Mariage, & le fut avec une douleur d’autant plus cruelle, que mille raiîons l’obligeoient à la cacher. Aufli n’y pût-il Janvier. F
refifter longtemps. Il tomba dangercul'ement malade , & le Comte qui brû- loit d’envie de faire voir à la Cour l’aimable Perfonne qu’il avoit époufée, ne voulut point s’éloigner qu’il ne l’euft veu tout à-fait hors de péril. Il ne le quitoit prelque jamais, & menoit quelquefois chez luy la jeune Comtefle, qui n’eut pas de peine à deviner quelle eftoit la feule caulè de fon mal. Ce n’eft pas qu’il échapalt au Marquis la moindre parole qui pull
GALANT. 67
découvrir fa palTion^ mais
fes yeux partaient, & la
Comtefle les avoit entendus
trop fouvent pour s’y
méprendre. Ces Illuftres
Mariez partirent. Le Marquis
guérit, & n’eut pas fitoll
recouvré fes forces,
qu’il quita la Province, &;
le rendit à la Cour.. Le
Comte avoit. lié une fi étroite
amitié avec luy, que
depuis trois ou quatre ans
on lès avoit prelque toujours
veus inséparables,
Ainfi fes vifites purent ef
tre fréquentes à l’ordinai-
Fij
re, fans quelles euflent
rien de fufpeét. Il tâcha
inutilement de fe vaincre.
Tout ce qu’il pût obtenir,
ce fut de le taire. La Comteffe
eft ait toujours ce qu’ il
y avoit au monde de plus
aimable à fes yeux. Il
voyoït, il foufroit, & quoy
qu’il fe fentill confumer
par fa palfion , il aimoit
mieux fouhir, que de ne
point voir. La Comtefle
charmée de Ion refpeét, en
redoubla fon eftime -, mais
comme elle avoit une vertu
fort délicate, ce redouble•
i ment d’eftime luy fit peur;
J &: fans vouloir pénétrer de
quel principe partoit la pitié
qu’elle avoit de fon
malheur, elle rélolut de
fuir tout ce qui pouvoir
l’entretenir dans des fentimens
que lafeverité de fon
devoir trouvoit condamnables.
Il n’y en avoit
point un plus feur moyen
que de s ’ éloigner, Le
Comte avoit une aifez belle
Terre en Languedoc,
elle le preffe de l’y mener.
Il difére, elle le perfécute,
& porte fi haut les avan70
MERCVRE
tages qu’il aura d e lire dans
un Lieu où tout le monde * ‘
luy fera la Cour, qu’il fe
réfolut à la fatisfaire. Ils
partent, ils arrivent à cette
Terre, & c’eft apres un peu
de fejour, que ne voyant
plus le Marquis,.la Comtefle
commence à s’appercevoir
qu elle a plus fait
que de l’eltimer. L’abfence
n’efface point les impreffïons
quelle a crû perdre
en s ’ éloignant, elle s’en
fait une honte, mais fa fcrupuleufe
vertu ne peut l’emporter
fur le panchant qui
GALANT 71' la violente. Le Marquis luy eft préfent à toute heure, & plus elle tâche de l’ou- ■ blier, plus elle fe trouve contrainte de penfer à luy. Il n’eft pas dans un état plus heureux. L’éloignement de cette belle Perfônne le
defefpere. Il n’attend rien d’elle, il eft mefme rélolu de ne luy parler jamais de fon amour, mais le plaifir de la voir luy eft trop fen- fible pour en eftre toujours privé. Il écrit au Comte, iuy fait connoiftre que les Affaires dont il luy a laiffé
î
72 MERCVRE le foin, veulent fapréfence,- &: fçaehant bien qu’il ne •viendra point fans la Femme, il envoyé Lettres fur Lettres, & ne (e lafte point de preffer. Le Comte eft preft de venir, fa Femme trouve des raifons qui le retiennent, l’Amant s’en meurt de douleur, & ne pouvant plus vivre feparé de ce qu’il adore, il prencl le prétexte de quelque Affaire difficile pour aller confulter fon Amy. Jugez de ce que foufre la Corn- teffe en le revoyant. Elle
ne
F
?
tu y mais c’eftaflèzpour en
bleiïèr la délicateftè, quelle
ait à fe reprocher un
fentiment trop favorable
pour un Homme qu’il ne
luy fçauroit eftre permis
d’aimer. Dans cefcrupule,
elle n’a point d’autre foin
que de fuir fa veuë, tandis
qu’il cherche continuellement
à la voir. L’Affaire
qui a elle' le prétexte du
voyage, eft mife en deliberation.
Le Mary demeure
perfuadé qu’il la ruine, s’il
ne retourne à la Cour ; ôc
Janvier.
fortement, qu’il eft queL
ques jours ians prendre
party. Cependant il clfoit
vray qu’il hazardoit tout à
ne venir pas luy-mefme
lolliciter l’Affaire dont il
s’agilfoit. Ainfi il le re'fout
à partir, & un jour que le
Marquis apres s’eltre lafle
à le promener longtemps
feul dans un Bois voifin,
s’elloit venu enfermer dans
un Cabinet où il y avoit un
Lit de repos, le Comte entra
dans la Chambre de fa
Femme qu’une feule cloiGALANT
fon féparoit, & luy dit d’un ton fi ablolu, quil vouloir quelle fe préparait à faccompagner à la Cour, qu'a- pres avoir épuifé toutes les raifons qu elle avoit accoutumé de luy oppofer, elle fe jette à lès genoux, & le conjure par toute la tendreffe qu’il luy a jamais fait paroiltre , de trouver bon qu’ elle attende fon retour dans cette Terre, fans luy demander ce qui peut l’obliger d’enulcr ainfy. Le Comte furpris de cette pricre, la prelfc G ij
1
qu’il fait lonc fi fortes, qu’elle
ne peut plus demeurer
maiftreflè de fon fecret.
Elle commence par les
proteftations du plus fort
amour dont une Femme
puilfe eftre capable pour
un Mary quelle veut aimer
feul au monde j le fuplie
d’examiner la conduite
qu’elle a tenue avec luy
depuis qu’il l’a époufée • &
apres mille afliirances réitérées
d’une inviolable fidelité,
elle luy avoue qu’aGALANT.
77 vant qu’il l’eult jamais vcue, ny quelle puft croire qu’il dull eftre un jour ion* Mary, elle avoit fenty pour le Marquis un panchant qui luy avoit fait louhaiter que fonPere fe vouluft déclarer pour luy. Elle luy fait là-deïfus la jjeinture la plus touchante de ce quelle foufre par la feverité de fa vertu. Elle ajoute quelle n’elloit pas en peine de fe dégager des foi- bleffes qui font quelquefois la fuite de ces aveugles inclinations j que le Marquis
G nj
n’avoit jamais rien connu,
ny ne connoiftroit jamais
rien de ce qui s’eftoit paffe
pour luy dans fon coeur -,
mais qu’enfin la veuë d’un
Homme qu’elle eftimoit »
trop, & quelle feroit obligée
de voir fouvcnt fi elle
retourncit à la Cour, luy
eRoit un reproche que fon
devoir l’obli^eoit de s’é-
O ' 5 pargner -, &: que toute allurée
quelle eRoit de la viéloire,
elle ne pouvoit fe
cacher qu’il y avoit de la
honte pour elle dans le
combat. Je ne vous dis
GhL,Xm. 79 point, Madame, quelle fut la joye du Marquis d’entendre une déclaration fi
favorable. Il croit que la ComtefTe le haït, parce quelle évite toutes les oc- calions de luy parler, & non feulement il apprend hu’il eft aimé d’elle, mais il l’apprend d’une manieie qui le convainc beaucoup plus de laverité de lés fen- timens, que fi elle luy avoit dit àluy-mefme ce que le hazard luy a fait oiiir. Il prefte l’oreille pour prendre fes mefures fur ce que
H1J
8o MERCVRE répondra le Mary. Tant de vertu ne pouvoir que faire un effet avantageux pour la Comtcfffe. LeComte l’em- braffè, luy donne mille louantes, & fe reconnoift
O 5
indigne de la fidelité quelle luy promet,«s’il en demande un autre garand que fa parole. Cependant le départ eft ré'lblu, il veut •quelle vienne, &!a prie de ne point s’embarafTer à fuir Ion Amy. Il la quitte, & le Marquis e liant forty du Cabinet ians cltre veu, fe dérobe hors du Chafteau,
• ' GALANT. 8ï & y rentre un peu apres en préfènce de fon Amy, qu’il empefche par là de foup- çonner qu’il fçache rien de ce qtri s’ell dit. Ils ne laif- fcnt pas d’eûre tous trois embaraflèz en fe raffem- blant. La Femme apres ce qu’elle a dit à fon Mary, n’ofe nrefaue le regarder.
IX O
Le Mary évite de jetter les yeux fur fa Femme, dans la crainte quelle ne prenne les regards pour des reproches de l’aveu qu’elle luy a fait; & le Marquis s’oblerve dans tout ce qu’il dit à l’un
& à l’autre, comme s’ils fça_ voient tous deux qu’il cuit appris leur dermere con- verfation. On part , on vient à la Cour. Les deux Amis continuent à le voir à l’ordinaire, & la Com- teffe qui redouble fon attachement poûr fon Mary, prend en melme temps de plus leûres précautions pour ne le trouver jamais feule avec le Marquis. Il l’aime toujours plus éper- duëment, & ne s’explique avec elle que par des com- plailances relpeétueufes,
GALANT qui luy font connoiftre plus fortement combien il ett digne d’eitre aimé. Ces deux Amans nettoient pas encor affez malheureux. Voyez la fuite de leur dil- grace. Le Comte r tout charmé qu’il ett de l’extraordinaire vertu de la Femme , devient amoureux d’une Belle qui fe fait honneur de fa conquefte. Il luy rend de grandes aff- duitez , & la Comrefle commence à le foupçon- ner de quelque intrigue ptr les froideurs qu’il luy fait
ERC
84. M
paroiftre. Elle diffimule lôn chagrin, & fans fe plaindre de fon changement, elle fait tout ce qu’une ver- tueufe Perfonne peut faire
pour regagner le coeur d’un Mary. Toute fa tendreftè eft inutile. Le Comte s’abandonne
aveuglement à fa paflion, & elle fait tant d’éclat, que la Comteffe qui ne peut plus l'ignorer, fe trouve obligée de luy en témoigner fa douleur. Il rraite la chofe de bagatelle, 6c luy dit, que comme il ne trouvoit point à dire qu’-
GALANT. 8$
elle cuit de l’eftime particulière
pour le Marquis
qu’il luy permettoit de
voir, elle ne devoit point
fe Icandalifer des foins qu’il
rendoit aune forthonnelte
Perlonnc qui avoit la bonté
de les foufrir. La Comtelfe
fe fent piquée jufqu’au vif
de cette réponfe. Elle verïe
quelques larmes, connoit
quelle ne feroit qu’aigrir
les chofes fielleportoit les
plaintes plus loin, & fe relolvant
d’attendre lans éi
dater qu’il arrive quelque
■ changement dans fa for•
X
tune, elle trouve moyen
de nouer une converfation
fccretc avec le Marquis.
Comme c’ell une grâce extraordinaire,
il ne lçaitque
s’en figurer. La Comtefle
luy déclare le panchant
quelle a toujours eu pour
luy, les inutiles combats
quelle a rendus pour en
triompher, les peines où
fa veuë l’expole encor tous
les jours, & elle finit cet
aveu par les lujets que luy
donne fon Mary de n’eftre
pas contente de la fortune.
Le Marquis cil dans un
tranfport de joye qui ne fe
peut concevoir. Il fait dés
protellations à laComteffe
qu’il auroit poufl'écs un peu
loin fi elle ne l’eult inter-
' rompu, pour luy dire que
1 la déclaration dont il fe
montre fi fatisfait, eft in-
-u tereflée, & quelle a une
tuf choie à luy demander pour
; q prix dufecret qu’elle vient
,7b de luy découvrir. Il ne la
;c.d laiffe point achever, ilpro-
.. i met qu’il accordera tout,
. > & s’y engage par les plus
t forts fermens qu’un Amant
. qui ne trouve rien au delfus
de fon bonheur, eft capable de faire à uneMaif trèfle -, mais ce moment de joye luy coufle cher, & il n’a pas longtemps lujet de fe croire heureux. La Com- tefle ajoute que s’il veut luy perfuader qu’il ait une véritable eftime pour elle, il faut qu’il luy en donne des marques, en ne fe préfen- tant jamais à fes yeux. Il s’écrie, il fe plaint de fon injuflice, & elle luy fait de fi preflantes prières de ne refufer pas à fa vertu le fe- cours dont elle a befoin
dans le malheureux état où
elle fe trouve, quil elt enfin
contraint de luy dire
adieu pour toujours , apres
l’avoir conjurée de ne le
bannir pas de fon fouvenir,
fi elle elt capable de le bannir
de fon coeur. Il feint des
affaires qui l’obligent de le
retirer à la Campagne , &
prend party à l’Armée quelque
temps apres. Le Comte
iurpris de ce changement,
ne doute point que ce ne
foit un effet de ce qu’il s’ell
échapé de dire à fa Femme,
& ne fçachant par où fe juf-
Junyier. H
9O MERCVRE s tifier avec fes Amis de l’éclat
que fait fa nouvelle palfion,il en rejette la faute fur la Comteflè, qui ayant pris de l’amour pour Ion Amy, l’a porté à fè vouloir vanner d’elle par l’attachement qui la chagrine. L’éloignement du Marquis fert de prétexte à cette ac- cufation. Le Comte fait
croire qu’il n’a pris employ que parce qu’il luy a défendu de voir fa Femme. La calomnie eft reçeuë, cette aimable Perfonne l’apprend , & comme fà
G A L A NT. 91 vertu en foufre, c’ell le plus fe,nfible coup qu ’ elle ait encor eu à efluyer. Les chofes ne demeurent pas long-temps en cet état. Une maladie violente emporte le Comte en quatre jours. Le Marquis revient, & apres l’aveu favorable qu’on luy a fait, il ne doute point qu’on ne foit dilpofé à le rendre heureux, mais la Comteflè fe facrifie à la feverité de fa vertu. Elle oppole que fi elle confen- toit à 1 epoufer apres les bruits qu’on a fait courir, H ij
elle donnerait lieu de croire
qu’on n’aurait rien dit que
de véritable ; & pour faire
taire la médifance, & épargner
au Marquis le chagrin
qu’il pourrait avoir fi
elle accordoit à un autre ce
qu’elle le trouvoit obligée
de luy refufer, elle luy promet
de renoncer pour jamais
au monde. Elle luy a
tenu parole, & toute jeune
fcc toute belle quelle eft
encor, elle ett entrée dans
un “Couvent où elle avoit
fait'habitude pendant qu’-
clle cftoit en ‘Languedoc,
ques jours.
Avoiiez, Madame, qu’il
eft rare de trouver tant de
vertu dans des occafions
aufli prenantes de ne pas
fu ivre fi fcrupuleufcment
fes maximes. L’Amour eft
une paillon violente qui ne
fe rend pas toujours à la
raifon. Elle tyrannife jufi.
qu’aux Prairies. Celle qui a
répondu fi favorablement
au RuiiTeau, vous l’a fait
connoiftre. Mais l’auriezvous
crû ? Cette Réponfe a
94 ME
E
Fait naiftre un grand di- férent. Il y a une jeune Prairie fort açreable, de
O
dix-fept ou dix-huit ans, à laquelle s’adrefToit le Langage alle'gorique du Ruif- leau. Elle eft dans des lieux couverts où les Vers de ia Rivale ont fait bruit. Elle
les aveus, &fe croyant engagée d’honneur à ne pas laiftèr ufurper fes droits, voicy ce que fa colere luy a dnfté.
GALANT.
*
LA VERITABLE prairie A LA FAUSSE PRAIRIE SA RIVALE.
-to set Rayment, ^aPra^e-i
Le procédé mefemble affeZ nouveau^
Et ce n eftpas manquer d'effronterie,
Que vouloir fur vos bords arrefter * mon Ruiffeau.
T ouf doucement, jevous en prie, Ce deffein n eft ny bon ny beau, Je niinquiété peu que vous foye^ fie trie y
AUe\aiHeurs chercher de H eau,
96 MERCVRE
Voftre Fleuve pompeux avec [es cent Rivières
Qui vous viftte tous les ans, Vous redravos Fleur sprint a nie- Sas que ce [oit à mes de[pens.)res Sipourtat il l'o[e entreprendre, Fen douter ois extrêmement S Fleurs printanières franchement Sont[ort difficiles d rendre.
De vos appas fanezjqu' ofez^vous
• cfyererl
En vain à mon 7? uiffèau vous vous eftes offerte. ' 1
JPourvnoy je fuis jolie & verte, Voye\sil doit meprefterer?
*
Vous dvvc*[ien juger par la vi-
.■ •’/ .hffr " - ‘ ‘ ' ’*t
Dont [es flots faffentdev&tvcus,
• * * .............. . £<^
Que ce ne/i point pourvoi bords
qu il s'emprefiey
Et quil a chezpnoy rende vous.
De vos tapis de Eleurs vous perdez^
L'è tallage 3
Monfidelle Ruifieàu ny roulera
jamais.
Pourqtioyvous efire mi Ce en frais!
Cherchez^ui vous en dédomaçe.
Si toutes les Prairies partaient
de la forte, il y aurait
grand plaifir à les ecoûter.
Vous en trouverez
fans doute à lire deux Mai
drigaux que je vous envoyé.
L’un eft pour Mademoifelle
de Vauvàneuf, fur
Janvier. 1
98 MERCVRE
un Peigne d’Ecaille de Tortue
qu’on luy a donné -, &
l’autre pour Mademoifelle
de Villeregy, qui eft presque
toujours malade. Ils
font tous deux de Mr de
Vaumoriere, fameux par
un grand nombre de belles
Productions d’Elprit, entre
lefquelles on peut compter I
les cinq derniers Volumes
de Faramond, & beaucop
d’autres Ouvrages de Galanterie.
Il n’excelle pas L
moins dans les Sujets férieux
d’Hiftoire ou de Politique.
POUR. MADEMOISELLE
DEVAUVINEUF
Madrigal.
Ous avcT^icfprit, la
beauté,
Mille charmes divers,
une tendre jeuneffe,
Le Scavoir & la qualité,
Avec uneimmenfe richejfe.
Vous ne jetterez^donc lesyeuse
Que fur un de nos Demy-Dieux,
Pour en faire voflre conqueftc.
I ?h Ainjîje n'oftrois afpireraubonheur
D 'avoir place dans voflre Mais vous aurezfuuvent monPre-
coeur,
fent à la tefle.
loo 1
POUR MADEMOISELLE
DE VILLEREGY
Madrigal.
Ve le Ciel vous fut fav
or a b le
Jeune & charmante
Amaùllisl
il vous fema le teint de Lys,
il vous fit de b e auxy eux, un efprit
' admirable.
Mats jaloux de tant de beauté
il vous priva de la fiant é
De peurdevous rendre adorable9
Si ce terme d’adorable
pouuoit eltre reçeu dans la
ofe comme il eft autorifé
pour les Vers, on n’en chercherait
point d’autre pour
exprimer ce que le Roy paroift
à fes Peuples, dont on
peut dire qu’il ne fait pas
moins les delices qu’il eft la
terreur de les Ennemis. Ce
grand Prince donna dernièrement
Audiance aux
Députez des Eftats d’Artois,
& apres les avoir écoutez
favorablement, il
les affura de fa bienveillance
avec une bonté fi
particulière, qu’ils s’en retournèrent
tous charmez.
1
io2 MERCVRE Mr l’Abbé leFebvre, Chanoine & Théologal d’Ar-
O ras porta la parole au nom des trois. Ordres, comme Député du Clergé. Il eft d’une fort bonne Famille de Paris, allié de Meilleurs dcNogent,& d’autres Per- fonnes de confideration. Sa vertu & fon érudition le font eftimer de tous ceux qui le pratiquent, & il a fait paroiftre fon éloquence dans toutes les occa- fions qu’il a eues de fe distinguer. Les lurprenantes Conqueftes que Sa Majefté
I
GALANT. 103 a faites dans fa derniere Campagne, furent le fujet de fa Harangue. 11 parla, mais avec des exprellions tres-vives, de la joye que toute la Province d’Artois avoit, de ne compofer plus qu’un Corps , heurcufe- ment réüny lous fon P.e- gne,&den’eftre plus fepa- rée d’elle-mefme comme elle l’avoit efté à regret pendant un fi grand nombre d’années, llpaflade là aux chofes qu’on l’avoit chargé de remontrer à Sa Majelté, & finit en l'aflu-
I» • • • ■■■■■■■■ 111
io4 ME P
Fant que fi l’Artois portoit dans fes Armes des Fleurs
de Lys fans nombre, il a- voit aufli pour fon Prince un zele lans mefure, & une fidelité fans bornes.
Mr le Comte de Gomie-
courr eftoit Député de la Nobleffe. Il eft d’une des plus llluftres Mailons d’Artois, Parent fort proche de M1 le Prince d’Ilenghien, & Allié desMaifons de Luxembourg , de Montmorency , de Poix, d’Humie- res, d’Hallwin, deCrequy, 4e la Trimoüille, de Be-
GALANT- io?
thune,de Coucy,de Mailly,
de Saint Simon , de Chattillon,
& de plufieurs autres,
tant de France que
■ des Païs-Bas. Il y a plus de
cinq cens ans que le Nom
de (pomiecourt ell: célébré.
Ceux qui Font porté ont
toujours efté dans les
grands Emplois ; & une
marque inconteftable de la
A toujours
eue pour cette Maifon,
c’eft que l’un d’eux
apres avoir eu les plus
grandes Charges de l’Ario6
ME K
Fille de Charles de Blois,
Duc de Bretagne. Ses Defcendans
ont ioûtenu cet
honneur avec tout l’éclat
qui fuit les Gouvernemens. .
&les Ambaiïades. Le Roy
donna l’année derniere
une Compagnie Franche
de Cheuaux-Legers àceluy
dont je vous parle.
Le Député du tiers Eflat
fut M1 Palifot, Chevalier,
Seigneur d’incourt, Concilier-
Penfionnaire de la
Ville d’Arras. Il eft fort
confideré & par fes allian- |
ces & par fon mérité partii
-M
culier. 11 fait voir tant de
probité dans la Charge
qu’il exerce, que tout le
monde luy fouhaite un
Employ plus important,
qui ne luy manquera pas
dans l’occafion.
Enfin, Madame, grâce à
l’envie que vous avez eue
de fçavoir précifement ce
que c’elt que Foreft-Noire
& Ville Foreftiere, dont les
Noms fefont trouvez dans
ma Lettre où je vous ay
parlé de la prife de Fribourg
, je fuis un peu plus
fçavant que je n’ellois fur
io8 MERCVRE cet Article , & voicy ce qu’on m’en a appris. La Foreft-Noire a dix ou douze
lieues d’étenduë du Septentrion au Midy, depuis les environs de Baflé juf- qu’au voilinage de Strasbourg. On luy donne ce Nom, parce eu on prétend que ces Bois-là tirent fur le noir. Celle-cy eft entre la Suabe d’un cofté, & le Brif-
gaw & l'Ortnau de l’autre. Il y a quatre Villes qu’on appelle Foreftieres par la feule raifon quelles ne lont pas éloignées du commen-
GALANT. io9 cernent de la Foreft-Noire. Ces quatre Villes font en Suabe, & fur la Frontière des Suiflès. Elles font partie de l’ancien Domaine de la Mailon d’Autriche. Leur (ituation elt fur le Rhin entre Schaffoul Balle, & leurs noms Rhin - feldt, Lautembouro-- Sec-
2 O
kinghen & Wald’hull.
Je me retraite,Madame. On a trop toit marie Ma- demoifelle de Froifgny & Mr le Comte d’Obigny. Ce Mariage ne s’elt point fait,& je vous en avois don-
Iio MERCVRE né la nouvelle fur la parole de Gens qui n’en efloient pas bien informez. Je vous avois aufli marqué que Mr Caftelan Major des Gardes efloitmort à Gigery, & on m’apprend que ce il en Candie.
Comme il m’elt impof- fible de fçavoir tout par moy-mefme, je ne me fe- ray point une affaire de me dédire toutes les fois qu’on m’aura donné de médians Avis. Ainfi les erreurs d’une Lettre feront toujours réparées par la fuivante, Sc
ceux qui auront par annee
toutes celles que je vous
écris, pourront s'allurer
d’avoir'des Mémoires tresfidelles
de tout ce qui s’y
fera pafle.
Si je vous ay parlé dans
ma derniere d’un Mariage
qui ne s’elt point fait, j’oubliay
à vous apprendre celuy
de Mademoifelle de la
Tivoliere, qui fur la fin du
Mois époufa Mr le Comte
deTallard. Elle eft Fille
de Mr le Comte de Villeville
Gouverneur deMonrclimartX,
& Heritiere uni-*
verfelle de Mr de la Tivoliere,
qui eftoit Lieutenant
des Gensd’armes de la feue
ReyneMere. M1 de Villeville
fon grand Oncle, que
fes fervices & fa fidelité ont
rendu Illuftre, eftoit Grand
Prieur d’Auvergne. Mademoifelle
de la Tivoliere
eft jeune, fort fpirituelle, &
Mr le Comte de Tallard ne
meritoit pas moins qu’une
Perfonne fi accomplie. Il
eft Lieutenant de Roy de
Dauphiné. Il a de l’efprit
& beaucoup de coeur, & il
l’a fait voir en tant d’occa-.
fions, que tout ce que je pourvois dire là-deflus n’a- prendroit rien qui ne fuit connu. .
A propos de Mariage, il s’en eft fait un il y a longtemps qui doit avoir produit ce que vous avez tant admiré dans cette jeune Parente qui elt dans voftre Province depuis un Mois. Ne diriez-vous pas que c’eft pour elle que ce Madrigal a elle fait? Mr Petit » que mes deux demieres Lettres vous ont fait con- i noiltre en eft l’Autheur, ( Janvier. K >
■A
DU LYS
ET DE LA ROSE..
E Lys amoureux de la
Rofey
Apres avoir bien fou-
Obtint le fruit tant defirf
Dot le Dieu desNopces difpofe.
Za Rofe riefioit pas moins Lprife
du Lysr
Ain fi toujours la faix reqna dans
Leur mlnaqe,
Et de leur heureux Mariage
Tint au monde un aimable F ils
De tous deux la parfaite Image.
Cefi le beau teint d'Amarillis.
Comme on ne fait point
mort,, j ay a vous apprendre
celle de Mr de Saint
André, qui avoit la Charge
de Treforier general de la.
Marine que poffedoit feu.
M‘ de PellifTary- 11 eftoit
dans beaucoup de grandes
Affaires , eftimé de tous
ceux qui le connoiffoient
particulièrement, & on
peut dire de luy que fesfervices
efto- ient arOn-eablés.
Tandis, que nos Troupes
le délaffent dans leurs
(
Garnifons, le Roy fait fouvent
un de fes plaifirs de la
Chaffe, & y montre beaucoup
de vigueur. Madame
"luy tient prefque toujours
compagnie. Si elle avoit
vefcu du temps des Amazones
, elle auroit elle' fort
digne de leur commander.
Jamais Princefle ne Hit fi
infatigable, & n’aima tant
les pe'nibles Exercices. Ils
n’ont pas moins de charmes
pour Madame la Princefle
d’Epinoy, qui n’a
guère manque' de ces Parties.
Il y a grande apparence
que nos Ennemis n’ont pas
tant de loifir de fe divertir.
Les apprefts de la Campagne
prochaine les embaraffent
un peu plus que
nous, & s’ils eftoient fages,
ils fuivroient le confeil d’un
galant Homme de Saint
Maixant en Poitou, qui
leur adreffe les Vers qui
fuivent.
Z* J
»& *$■» *i*,2**Ji’ : •$* *î*<4*
eut sunitvainemet four
combatte la France,.
Rien ne peut s'opposer
aux armes de [bn Roy,.
Il porte en mille lieux la terreur &
Et l ’Univers eft plein du bruit de
fta vaillance.
J^ous qui de la Fortune attende^
l'inconftance,
Ennemis orgueilleux [dns parole &
fansfoy,
ylpprenez^que^Qüis ï'amifefoM
fa loy,
Et cherchez te repos dans voftre
obeïjjdncc.
GALANT. n?
sa Vous ridvez^encorveu l'effet d aucun
deffein*
Que quand ce qrand Monarque en
voua prenant la mains
A contre l'Otornan foùtenu-voflre
qloire.
ITe J°y*zj)lu* inqrats^ vous fléchi*
re% Çon coeur.
Il eft fier au combat^ maia apres la.
Viïloire,
Il paroift le Vaincu plutoft que le
Vainqueur.
Quoy que la Guerre
dure depuis fort longtemps,
il y a tant de NoblefTe
en France , que les
Académies Royales qui
i2o ME
font établies à Paris pour
l’inftruire , ne fuffilant
pas, on en a fait depuis
peu une nouvelle proche
le Palais d’Orléans, fous la
protection de Moniteur le
Prince d’Armagnac Grand
Ecuyer de France. Mr le
Chevalier de Villiers en a
la Direction. Les Maiftres
les plus experts de Paris
ont efté choifis pour les
Exercices de cette nouvelle
Académie.* On n’en dbutera
point, quand on fçaura
que M‘ de la Vallée de
Caen en eft l’Ecuyer, &
GALANT, ni
que Mr des Fontaines y elt
Maiitre d’Armes, & y enfeigne
audi à Vol. Ce premier
elt Ecuyer ordinaire
de Mr le Prince, & ce dernier
fait faire des Arme-s
aux Pages de la Chambre
du Roy. M1 Binet y donne
des Leçons de Dante ; &
Mr de Beaulieu, S1 de Placard
, Ingénieur & Cofmographe
ordinaire de Sa
Majefté, n’y montre pas
feulement les Matématiques,
mais audi la Géographie
, 1 ’ Hydographie,
la Marine, la Sphère, & la
Janvier.
Perfpédive. Mr Sylveftre
y enfeigne à dcffiner. Je
vous ay déjà dit dans une
de mes Lettres que c’ell luy
qui a l’honneur de l’apprendre
à Monleigneur le
Dauphin. Ceux qui font
curieux des Langues, y reçoivent
les Leçons de ML
Hollin pour lfAllemand,
& celles de Mr Laget pour
l’Italien & l’Efpagnol.
Si quelqu’un en veut
prendre d’agréables,il peut
aller chez M Prompt, qui
a inventé un Infiniment
nouveau qu’il appelle l’Apollon.
11 a beaucoup de
raport avec le Theorbe,
mais il cil incomparablement
plus touchant- & ce
qu’il a de fort commode.,
c’eft qu’on accorde les Baffes
de l'etcndue du bras,
fans qu’on, loit obligé de
détacher l’Inftn'ment pour
y toucher. 11 eft compofé
de vingt cordes fimples,
l’harmonie en eft douce,
* il accompagne la voix, &.
l’on y joue toute forte de
Pièces fur quelque mode
que ce puifle ellre, fans
changPer l’accord. Sa Mas
n4, MERCVRE ,
jefté qui l’a entendu, a témoigné
qu’elle en avoit
reçeu un fort grand plaifir.
Il eft agréable leul, encor
plus en Partie, & s’accorde
admirablement avec le
Lut, la Viole, le Claveftin,
& toute forte d’Inftrumens.
L’Autheur qui loge dans le
CloiftredeS.Jean en Grève
attire chez luy un grand
nombre de Perfonnes de
qualité tous les Mercredis.
C’eft le jour qu’il a choify
pour jouer publiquement
les charmantes Pièces
a compofées.
F OAL,ATmT • 125*
Cet Article de Mufique
me fait fouvenir qu’il court
icy un Air de la compofition
du fameux M1 le Peintre.
Les Paroles ont elle
faites pour Monfeigneur
le Dauphin, & font de M[
de Valnay Confeiller du
Roy, & Controlleur ordinaire
de la Maifon de Sa
Majerte. Elles font tournées
avec tant d’efprit, que
vous auriez lujet de vous
plaindre , fi un autre que
moy vous en faifoitpart.
L iij
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN:
• *
A Gloire permet qui on
d efire
De régner fur un va fie
Empire3
Et HAmour promet des douceurs
A qui régnera furies Coeurs.
Qui veut apprendre à les gagner
Doit eftrcfait comme vous eftesr
Et qui veut apprendre à regner*
Doit faire tout cequcvous faites.
C’eft faire en peu de
mots l’Eloge d’un Prince
qui eft l’amour de toute la
GALANT. i27
Trance ; mais comment fe-
roit-il autre que tout admirable, eltant Fils d’un Roy que fes merveilleufes lumières dans l’art de régner
ne rendent pas feulement le plus grand des Roys, mais qui poflcde éminemment toutes les
qualitez qui dans celle d’honnefte Homme le peuvent mettre au deifus de
tout ce que le Monde a de plus parfait ? Ce mefme Mr Petit dont je viens de vous faire voir le Mariage du Lys & de la Rofe, a
L. • • •
1UJ
128 MERCVRE #
connu de quel prix eftoit ce
glorieux avantage, quand
il a fait ce Rondeau.
POUR LE ROY,
RONDEAU.
N honnefte Honte eft
bien diÿ'ie d'eftime,
Car la Vertu le gwverne
& l'anime,
Etfuft on Roy, (ans cette qualité
Qui comprend tout, on eft peu respectés
C eft d'un vray Roy la fclide maxime,
il , Si donc par /m Louis le magnanime
GALANT. 129
Eft encensé, l'encens eft légitimé,
Chacun le dit, car c eft, en venté,
Vn honncfte Homme.
11 Ce digne Prince en qui l'efprit fait
lime
Suit la grandeur qui fur fon front
s'exprime,
Dira sas doute, en gardant l*équité,
Quià Roy qui na queÇon autorité,
J.a rai fon veut
fans crime,
Vn honncfte Homme.
Tout le monde fe pique
d’eftre honnclte Homme
à fa maniéré, mais la voix
publique ne tombe pas fur
tous ceux qui prétendent
à une fi avantageufe quai^
o ME R C Vît E lité. Il ne faut quelquefois qu’une fierté trop pouffiéc dans le haut rang, pour faire prendre de méchantes impreffions à ceux qui croyent avoir lujet de s’en plaindre ; & fi vous en voulez un exemple, le voicy en peu de mots. Un Bourgeois de la Haye, mais fort grand Seigneur, (car vous içavez, Ma.lame, qu’en ce Pais-là les Bourgeois ont part au Gouvernement, ) eflant allé complimenter un des plus confidérables Officiers de l'Armée fur
GALANT. 151 quelque avantage qu’ il avoit reçeu, l’Officier qui eftoit dans un Fauteüil, ne
fe leva point, & fe contenta de luy ofter fon chapeau.
Celuy-cy piqué d’une réception fi peü. civile, fortit promptement , & ayant rencontré dans l’Ef- calier une Perfonne de
marque qui luy demanda ce que l’Officier faifôit, il luy répondit qu’il 1 ’avoit Faille dans fa Chambre fans aucune affaire qui l’emba- raffaft, mais qu’il luy con- fcilloit de n’y pas entrer.
MERÇVRE L’autre le preffant de luy en dire la raifon : N’y entrez pas, vous dis-je, luy repliqua-t-il, à moins que vous n’ameniez quelque François avec vous., car autrement je fuis affure' que vous ne luy ferez point lever le Siégé. Vous comprenez la force de cette re'ponfe. Elle fait connoif- tre que nos Ennemis ne manquent pas d’eflime pour nous.
Sa Majefté a fait voir qu’elle honore Mr Camus du Clos de la fiennc, quand
GALANT,
elle luy a donné l’Inten- J
dance de Pignerol. Il partit il y a quelque temps pour s’y rendre. Je ne vous dis rien de fa Famille. Elle cil célébré par quantité d’excellens Hommes qui fe lont diltinguez dans les Armes, dans la Robe, & danslaPrélature, & il n’y a perfonne qui ne foit inf- truit de la gloire quelle tire de ce grand Evefque du Bellay, n renommé par fes Vertus, & fi recommandable par les Ecrits. La confiance particulière
134 MERCVB t; que deux grands Miniftres ont toujours prife en Mef- ficurs Camus pour l'execution des plus illustres Projets du glorieux Monarque qu’ils lervent tant en Italie, en Allemagne, en Hongrie, <3c en Hollande, que dans les Provinces du Royaume & dans les Armées , eft la preuve de leur mérite & de l’aflurance qu’on a du zele parfait qui les attache au leivice de leur Prince. Audi Sa Majefté a depuis longtemps efté fi perfua- dee de cesveritez, qu’elle
les a prelque tous honorez
du Brevet deConleilIer d’Etat,
avant meline qu’ils fuf
lent entrez dans les Charges
éminentes où nous les
O
voyons aujourd’huy. M1
l’Abbé Camus de la Magdelaine,
Doétcur de Sorbonne,
ell l’Aifné de cette
Famille. Il remplit tresdignement
la Charge de
. O \ \ “ __ O * ■
Chancelier - Théologal à
Tours, & il n’y a point de
fa pieté <Sc fa doitrine ne
luy faffent mériter. Il a
pourFreres MrCamusDef
136 mercvre touches, qui avant qu’eftre fait Controlleur general de F Artillerie , a elle Intendant
en Hainaut, & Com- îniflaire general des Suifïès^ Mr Camus du Clos , Chevalier de S.Lazare, que le Roy vient de faite Intendant àPignerol ; M'Camus de Beaulieu,aulfi Chevalier de S.Lazare, Procureur General duConleil Souverain
deRouIfillon,& Intendant de la Jultice, Police-& Finances dans cetteProvince j M' Camus de Morton, Brigadier des Armées du Roy
GALANT. 137 en Sicile -, & Mr Camus Avocat au Grand Confeil. Ce qu’il y a d’admirable dans tous ces Freres, c’eft l’union qui fe rencontre parmy eux, la conformité & la droiture de leurs fen- timens, cette inclination bienfaifante, & ce pan- chant naturel qui les porte à obliger tout le monde, en forte que perfonne n’a jamais eu d’affaire à dé- mcfler avec eux, qu’il n’en foit forty avec des fatisfa- ctions extraordinaires.
Vous devez vous en pro- Ja,nvier. M
î t ■ "M .1
mettre beaucoup d ’ une
Galanterie de M‘ de Fontenelle
que j’ay à vous faire
voir. Je fçay que fon nom
elt une grande recommandation
auprès de vous pour
un Ouvrage. Celuy-cy eft
un Adieu que l’Indiférence
fait à une jeune Perfonne
qui commence à eftre fenfible,
& voicy de quelle
maniéré il la fait parler.
GALANT. 139
L'INDIFEREN CE,
A IRIS,
Ans- doute, belle Iris*
je vous ay bien fervie*
P'ous avei^ jufqu ’ zTy
vefcu tranquillement,
JVAw depuis peu dans voflre train
de vie
l'dppercoy quelque changement.
Cet heureux temps ri eft plus 5 ce
temps fi favorable*
Pour un régné comme le mien.
Ou vous ne ftavies^pas que vous
fuffïer^aimable *
Ou ron ne vous en difoit rien.
M i)
Voies fouffrezjnaintenant des Gens
qui vous le difentî
Sur ce que voies valezftls vous ouvrent
les yeux,
Et depuis quilsvous en inftruifent
Vous envale^vAeme encor mieux.
Vous voye^ chaquejour vo/lre mérite
croiftre,
Pouiquoyfaut-il qu on vous l'ait
découvert ?
Vousvoudre\ éprouver peut- eftre
quey tant de mérité fert.
Vous voudrezyoir fi la tendre(fe
le fauroit point mieux mettre
en oeuvre que moy,
Car il eft, entre nous, dune certaine
. efpece
a4/fc propre à ce doux employa
Cultiver les talens d*une jeune P erfonne3
Animer Ça beauté^ façonner fon
ef^rit.
Ce ri eft pas un meftier à quoy jefois
trop bonnes
L'Amour dit- on^y riüfit.
Diray-\e tout ce que je penfe ?
TA ou s avezjin Tirfs^ Iris^ qui me
dèplaift.
Qui toujours en voftrepréftence,
Quoy que vous dùffîez^ bien prendre
mon interefty
Dit du mal de ï lndifèrence.
2l dit que je ne fuis propre qu avons
Qu il eft mi lie plaifirs que vous pourieT^
outer^
142 MERCVRE
Que je vous fais perdre voflre bel
le fuis laffe de tout cela,
Et fi vous le voulez^ écouter davantage,
De bonne foy je vous quiteray là.
a4u.ffï-bien fifon amour dure,
( Etfrachemet j'en a y grâd' peur) La vi cio ire pour moy ne(i pa# chofe trop (ure,
Tant de foins, devcfiecls, font de mauvais augure,
Et m9 annoncent toujours qu'il faut for tir d'un Coeur,
Encor fi j'avois efpérance
Que de voflre froideur on dufî fc rebuter,
le ne voudroispat vous quitter, Et du moins j'aurais patience.
Mais Tir fi s n eft pat fi-tofllat^
il a de voflre Coeur entreprit la
conqueftei
Puis qu'il s'eft mit ce dejjein dam
la tefie,
le le connais jl rien demordrapas.
lufquà ce qu'à fon point il vous ait
amenée,
P gus obfederfera fon feul employé
C' eft une humeur tellemët obflinèe,
ou qu'on
ije pourquoy.
Qfiilfaut quon l 'aime,
.Ainfi donc j'aime mieux ceder de
bonne grâce,
Que de me voir obligée à ceders
Yofire Coeur eft de plut une efiece
de Place
Que fans beaucoup de peine on ne
figurait garder.
le prèvoy quilfaudroit le defendre
fans ceffe>
T ont le monde l'attaquera.
Il eft plus à propos qu'enfin je vous
le lai fie,
Vous en fierez^ tout ce qu'il vous
plaira.
Quand je m'en feray retirée,
l'en veux chercher quelqu autre où
je demeure enpaixï
Il en eft, & plusieurs, où je fais
affurèe
Qu'on ne m attaquera jamais.
Vous voyez aflez fouvent
des Vers de Ml de Fontenelle,
il faut vous faire
voir de fa Profe. Jette z les
GALANT. i4V yeux, je vous prie, fur cette Carte ; & puis que la Poëfie a tant de charmes pour vous, examinez à loifir de
quelle étendue eft fon Empire. Il eft bon que vous connoifftez la fituation des
Provinces qui' le compo- fent, les Rivières qui le tra- verfent, les Villes & les Bourgs qui font de fa dépendance , & les Mers qui l’environnent, avant que vous liftez les Remarques quil nous a données fur tant de Lieux diferens. L’idée que vous vous en ferez
Jcknvier. N
I46 mercvre
faite en regardant attentivement
la Carte dont il a
drefle le Plan, vous fera
prendre plus de plaifir à la
Defcription d’un Pais habité
par des Gens de toute
efpece. Voicy ce que Ml
de Fontenelle en dit.
lev &ai£trri-rn£*
ProtLurce
des
'PerutetJ J'a+urjrtj
Prenante
d&
• »
Lj mitatwn
Proueu-ca de la
haute Poeure
flUlf
Zzz Poame epup^a
*
PraucrcCe,
D ESCRIPTION
DE L’EMPIRE
DE la POESIE
Et Empire ell un
* grand Pais trespeuplé.
Il eft Aivifé
en Haute &
Baffe Poëfie,comme le font
la plupart de nos Provinces.
La Haute Poëfie eft habitée
par des Gens graves,
mélancoliques, refrognez,
& qui parlent un langage
N ij
1 I
ï48 MERCVRE
qui eft à 1 egard des autres
Provinces de la Poefie, ce
qu’ell le bas Breton pour
le relie de la France. Tous
les Arbres de la Haute
Poche portent leurs telles
j.ufque dans les nues. Les
Chevaux y valent mieux
que ceux qu on nous
amene de Barbarie, puis
qu’ils vont plus ville que
lès vents -, &z pour peu que
les Femmes y foient belles,
il n’y a plus de comparaifon
cntr’elles & le Soleil.
GALANT. 149 delà des hautes Montagnes que vous voyez, eft la Capitale de cette Province, & s’appelle le Poëme Epique. Elle eft baftie fur une terre fablonneufè & ingrate , qu’on ne le donne prefque pas la peine de cultiver. La Ville a plu- fieurs journées de chemin, & elle eft d’une étendue ennuyeufe. On trouve toû- jours à la fortie des Gens qui s’entre tuent ; au lieu que quand on pafïè par le Roman, qui eft le Faux- bourg du Poëme Epique,, N iij
I^O 1^1 aV
& qui eft cepwndant plus grand que la Ville, on ne va jamais jufqu’au bout fans rencontrer des Gens
dans la joye, & qui fe préparent à fe marier.
Les Montagnes de la Tragédie font aufti dans la Province de la Haute P.oe- fie. Ce font des Montagnes
cfcarpées, & où il y a des précipices tres-dange- reux. Aufti la plupart des Gens baftiftènt dans les
Vallées, & s’en trouvent bien. On découvre encor fur ces Montagnes de fore
T
• ÏÎI
belles Ruines de quelques
Villes anciennes , & de
temps en temps on en apporte
les matéreaux dans
les Vallons, pour en faire
des Villes toutes nouvelles,
car on ne bartit prefque
plus fi haut.
La Baffe Poefie tient
beaucoup des Païs-Bas. Ce
ne font que marécages. Le
taie. C’eft une Ville fituce
dans des Etangs très bourbeux.
Les Princes y parlent
comme les Gens de néant,
& tous les Habicans en font
Tabarins nez. La Comédie
eft une Ville dont la fituation
eft beaucoup plus agreable,
mais elle eft trop
voifine du Burlefque, & le
commerce qu’elle a avec
cette Ville luy fait tort.
Remarquezje vous prie,,
dans cette Carte les vaftes
Solitudes qui font entre la
Haute & la Baflè Poéfie..
On les appelle les Deferts
du Bon Sens. Il n’y a point
de Ville dans cette grande
étendue de Pais, mais feulement
quelques Cabanes
affez éloignées les unes des
I GALANT. iu
autres. Le dedans du Pais
eft beau & fertile, mais il ne faut pas s’étonner de ce qu’il y a fi peu de Gens qui s’avifent d’y aller demeurer, c’eft que l’entrée en eft extrêmement rude
de tous coftez, les chemins étroits & difficiles , & on trouve rarement des Guides qui pui fient y fervir de Conducteurs.,
D’ailleurs ce Pais confine avec une Province où tout le monde s’arrefte, parce qu’elle paroift très- agréable, & on ne fe met
iV4 MERCVRE plus en peine de pénétrer jufque dans les Deierts du Bon Sens. C’eft la Province des Penfées fauffes. On n’y marche que fur les Fleurs, tout y rit, tout y paroift enchanté -, mais ce qu’il y a d’incommode, c’eft que la terre n’en ef- tant pas folide, on y enfonce par tout, & on n’y fçauroit tenir pied. L’E- legie en eft la principale Ville. On n’y entend que des Gens plaintifs, mais on diroir qu’ils fe joüent enfe plaignant. La Ville eft
toute environnée de Bois
& de Rochers, où les Habitans
vont le promener
leuls ; ils les prennent pour
Confidens de tous leurs fecrets,
& ils ont tant de peur
d’eftre trahis, qu’ils leur
recommandent louvent le
filence.
Deux Rivières arrofent
le Pais de la Poéfie. L’une
eft la Riviere de la Pâme,
qui prend fa fource au pied
des Montagnes de la Refverie.
Ces Montagnes ont
quelques pointes fi éleve'es,
qu’elles donnent prefqueMEKCVKE
dans les nues. On les appelle
les Pointes des Penîëes
fublimes. Plufieurs y
arrivent à force d’efforts
furnaturels , mais on en
voit tomber une infinité
qui font longtemps à fe
relever, & dont la chute
attire la raillerie de ceux
qui les ont d’abord' admirez
fans les connoiftre. 11
y a de grandes Efplanades
pied de ces Montagnes, &
qui font nommées lesTerraffes
des Penfées baffes.
On y voit toujours un fort
GALANT. iT7 grand nombre de Gens qui le promènent. Au bout de ces Terraflès font les Cavernes des Refveries creu- fes. Ceux qui y defcendent, le font inlenfiblement, & s’envelilfent fi fort dans leurs refveries, qu’ils le trouvent dans ces Cavernes fans ypenfer. Elles font pleines de de'tours qui les embaralTent, & on ne fçau- roit croire la peine qu’ils fe donnent pour en fortir. Sur ces melmes TerralTes font certaines Gens qui ne fe promenant que dans des
iT8 MERCVRE
Chemins faciles, qu’on appelle Chemins des Pen- fécs naturelles, fe moquent egalement & de ceux qui veulent monter aux pointes des Penlées fublimes, & de ceux qui s’arreftent fur l’Ef- planade desPenfées balles. Ils auroient railon , s ’ ils pouvoient ne point s’écarter, mais ils fuccombent prelque auftitoft à la tentation d’entrer dans un Palais fort brillant qui eft pas fort éloigné. C’eft celuy de la Badinerie. A peine y eft-on entré, qu’au
I
>1
i
r GALANT. 159 I lieu de Penfées naturelles i qu’on avoit d’abord, on i n’en a plus que de ram- ? pantes. Ainfi ceux qui n’abandonnent point les Cbe-
1 mins faciles, font les plus raifonnables de tou#. Ils
t ne s’élèventqu’autant qu’il i faut, & le bon fens fe trouve 1 toujours dans leurs penfées.
Outre la Riviere de la Rime qui naift au pied des Montagnes dont je viens de faire la defcription, il y I en a une autre nommée la àl Riviere de la Raifon. Ces
•4
deux Rivières font affez éloignées l’une de l’autre, & comme elles ont un cours tres-diférent, on ne les fçauroit communiquer que par des Canaux qui demandant un fort grand travail -, encor ne peut-on pas tirer ces Canaux de communication en tous lieux, parce qu’il n’y a qu’un bout de la Rivicre de la Rime qui réponde à celle de la Raifon, & de là vient que plufieurs Villes fituées fur la Rime, comme le Virelay, la Ballade, & le Chant
i GALANT 161 ; Royal, ne peuvent avoir ; aucun commerce avec la
Raifon', quelque peine
4*
qu’on y puifle prendre. De plus il faut que ces Canaux patient par lesDeferts du Bon Sens, comme vous le voyez par la Carte, & c’eft un Pais prefque inconnu; La Rime eft une grande Riviere dont le cours eft fort tortueux &
I
1 ( I
inégal, & elle fait des fauts
très - dangereux pour ceux qui fe hazardent à- y navi- cer. Au contraire, le cours de la Riviere delaRaifon;
Janvier. €>
eft fort égal & fort droit, miis c’eft une Riviere qui ne porte pas toute forte de VaifTeatix.
Il y a dans le Pais de la Poéfie une Foreft tres-ob- fcure, & où les rayons du Soleil n’entrent jamais. C’eft la Foreft du Galimatias. Les Arbres en font épais, toufus, & tous entre- laffez les. uns dans les autres. La Foreft eft fi ancienne, qu’on s’eft fait une efpece de Religion de ne point toucher a fes Arbres, & il n’y a pas d’apparence
qu’on ofe jamais la défricher. On s’y cgare aufli- toft qu’on y a fait quelques pas, & on ne fçauroit croire qu’on fe foie égaré. Elle eft pleine d’une infinité de Labyrinthes imperceptibles, dont il n’y aperfonne qui puiflè fortin C’eft dans cette Foreft que fe perd la Riviere de la Raifon.
La grande Province de l’imitation eft fort fterile, & ne produit rien. LesHa- bitans en font tres-pau- vres, & vont glaner dans les Campagnes de leurs O ij
164 MERCVRE Voifins. Il y en a quelques-uns qui s- enrichillènt à ce mellier-là.
La Poëfie ell tres-froide du collé du Septentrion, & par conféquent ce font les Pais les plus peuplez. Là font les Villes de l’A- crolliche,de 1-Anagramme,. &des Bouts-rimez.
•jht
Enfin dans cette Mer qui borne d’un collé les Etats de la Poëfie, ell fille de la Satvre , toute envi-
J *
ronnée de flots amers. On- y trouve bien des Salines,, êc principalement de Sel
noir. La plupart des Ruiileaux
de cette Ifle refTemblent
au Nil. La Source en
eft inconnue-, mais cequ’on
y remarque de particulier,
c’ell ce qu’il n’y en a pas
un d’eau douce.
Une partie de la mefme
Mer s’appelle L’Archipel
des Bagatelles. Ce font
quantité de petites Ifles femées
de collé & d’autre, où
il femble que la Nature fe
joue comme elle fait dans
la Mer Egée. Les principales
font les Ifles des Madrigaux,.
des Chanfons, &:
des Inpromptu. On peut
dire qu’il n’y a rien de plus
léger, puis quelles dotent
routes lur l’eau.
Prenez la peine , Madame,
d’examiner dans la
Carte que je vous envoyé,
de quelle maniéré font
difpofez tous les lieux dont
parle cette Defcription.
Parmy les Villes du Virelay,
de la Ballade, & beaucoup
d’autres, il me femble
qu’on n’a point mis
celle du Rondeau. Vous la
placerez où il vous plaira,
& cependant je croy que
GALANT. 167 vous ne ferez pas fâchée que je place icy trois Rondeaux que j’ay encor recouvrez de ceux que Mrde S. Gilles l’Enfànt, Page du Roy, prefenta l’Hyver paffé àMonfieur le Duc du Maine. Je vous en ay déjà envoyé quelques - uns dont vous m’avez témoigné ef- tre fatisfaite -, & quoy que ce ne foit point par les Vers ■ que ce jeune Gentilhomme I cherche à mériter l’eftime des honflelles Gens, je ne puis trop vous faire con- noiftre fon Efprit, apres
vous avoir entretenue dans une de mes premières Lettres des diverfes Occafions où il a fait paroillre fon c.oeur.. Il prend agréablement le vray ftile du Rondeau,. & l’application de fa. Morale eft heureufe.
/
LES POTS FLOT ANS.. R O N DEA U.
¥> Es Pots caffez font bruit,
oye^ comment.
i Entiers^faim fur l'hu* mide Elément
T) eux. Pots flot oient diferents de firutlurey.
L'un
GALANT-
L'un de Métal relevé d'cncolcurey Sans foin y fans fcury voguoit arro- (raniment.
L'antre de terre al!oit plus humble- ment, J
De fon J^ofin craignant l'autou- chement*
Et d' augmenter far une atteinte dure
Les Pots cafje*.
Du Pot craintif veicy l'enfcigne- ment.
Quand un Petit s'allie tmfrudcmét Avec un Grand four trop haute avanture,
L (Grad en fort en fort borepofiure* Et le Petit paye ordinairement Les Pots caffe^
Jai/rvier. P
DE L’ASNE MALADE,
et des Loups.
RONDEAU.
L rieflpat mort, &ne voudrons
jurer,
fftl rien meurt pat, quon ne
puijfi efperer
De le quérir. 'Naïve repartie
Que fait l ’ Afnonavecque mode fie
Aux Loups gloutons qui vont Baudet
fleurer.
Nousvenos tous,dtfentdls,enterrer
Défunt Baudet. Il faudra différer
Leur dit TAfnon, remette^ la
partie,
Il nefl pat mort.
A donc co vient aux L oupsfoy retirer
Tou t do u cernent yna te non fans murmurer.
< *
Souvent ainfi dans longue maladie,
pour l'Heritier avare, quoy qu'il
die,
Ces quatre mots font durs à digerer,
il ne fi pas mort.
DU COCQ^
ET DU DIAMANT.
) N D E A U,
leux il vaudroit trouver
grain de F rom et
Dans ce Fumier, que
riche Diamant,
Di fit le Coqtranfporté de colere.
Pii
yjz MERÇVRE
D'un tel B y ou queft- ce que je pu fa fit ii e?
Quoyyn en parer! ridicule ornemei!
Vfl (CT
Sur mes Ergots ce brillant agrément Ne peut avoir de prix afiuremevt. Entre les mains d'un feavant Lapidaire
Mieux il vaudroit,
Ab, que le Sort me traite indigrte- ment!
Je meurs de faim près d'un telali~.
ment,
Ain fi l'Avare à foy-mefme contraire^
Languit dans l'or qui ne peut fa- tu faire
Sa foif ardente, (fi qu'il fi]l au -
♦ tremevt
Mieux il vaudroit.
PT ■- s ' >• • Il
.. GALANT. 17?
La profellion de Cava- ’*
lier que Mr de Saint Gilles Lenfant a choifie , n’elt point incompatible avec les foiias de le cultiver l’El- ||
prit. C’elf un avantage fi neceflaire àlaNoblefIe,quc leRoyn’a foufert l’Etablif fement de l’Académie d’Ar- U .les dont je vous ay déjà tant de fois parlé, qu’à condition qu’on n’y recevroit que des Gentilshommes. Les Lettres Patentes qui en furent obtenues en 1668. reglerent d’abord à vingt le nombre de ceux qui la
P iij
174MERCVRE dévoient compofer, & Mr de Roubin vient d’en obtenir de nouvelles par la faveur de Moniteur le Duc
de S. Aiwnan leur Brotec-
X teur,qui permettent a cette Compagnie une Augmentation de dix autres Académiciens, qui feront Gentils hommes comme les premiers , Sa Majeffé ayant bien voulu par cette précaution leur impofer la glo- rieufè neceffité de fe con-
ferver un avantage qui les diltingue de beaucoupd’au- tres Compagnies de ce
GALANT. 175 Royaume. Jugez par là, Madame, fi on n’aura pas un fort grand emprefle- ment pour ces Places, & fi tout ce qu’il y a de plus éclairé parmy la NobleiTe- non feulement de Provence,
mais encor des Provinces circonvoifincs, ne fe fera pas honneur d’entrer dans un Corps où vous ne trouvez que des Perfonnes de mente, foit pour l’efprit, foit pour la naiffance. On y en a déjà reçeu deux depuis les Lettres d'Augmen- tation obteniies. Comme
P iüj
vous avez fçeu bon gré à M'Peliflon, de nous avoir donné dans fon Hiftoîr’e de
l’Académie Françoife les Noms de tous ceux qui la compofent, je croy que vous ferez bien - aife d’apprendre qui font ceux qu’on a reçeus dans l’Académie d’Arles depuis fon Inftitution julqu’à aujour- d’huy. Je n’entreprcns point de vous parler du mérite de chacun en particulier. Je vous diray feulement ce que je puis fçavoir du caraélere de ceux qui me
GALANT. 177 font connus, ou par eux- melmes, ou parleurs Amis,' n’ayant pu encor élire informé que du nom des autres. Les voicy félon l’ordre de leur réception.
M‘ de Gagcron Mejanc. Quoy qu’il ait elle élevé à la Cour de Savoye, où Ion Pere a eu des Emplois fort importans, il ne lai(Te pas de connoiilre admirablement bien toutes les beau- tez de notice Langue, & de la parler tres-purement.
NT de Sabatier. Il a etlé autrefois Page de Moniteur
i78 mercvre de Guife, & le Party de la Et Guerre qu’il a pris au fortir delà, ne l’a point empefché de cultiver toujours le talent qu’il avoit pour les belles Lettres. Il a l’efprit fo- lide, juge fainement des k Ouvrages d’autruy, & en fait luy - mefme de fort beaux.
M1 de Giffon. Il a l’efprit vif & aétif, écrit en . Vers & en Profe avec une facilité admirable, & il en donna autrefois une preu- IL ve extraordinaire , * lors que fur une avanture qui
t arriva pendant un Carna-
/ val qu’il eftoit allé pafler
■ à Avignon, il fit en trois
jours une Comédie dont la
I Repréfentation fut le di-
'■> vertiflement de toute la
4 Noblefïè de la Ville & de
î toute la Cour du Vice-Lé-
• gat. Il y a trois ans qu’il
j parut auffi avec beaucoup
: de gloire dans l’Académie
I Françoife, où ayant efté
s : reçeu, ainfi que M1 le Mari>
quis d’Aymard - Chafteau-
4 renard , en qualité de
I Membres d’un Corps qui
.[ luy eft aflbcié, apres avoir
opiné tous deux dans les Conférences qui s’y tiennent, ils eurent part l’un & l’autre à la dilfribution des Médaillés.
Mr l’Abbé de Barreme. J1 eft Conlciller Clerc au Parlement de Provence.
MrdeCays,Srde laFoflète.
Ml le Marquis de Boche. Il eft de l’Illuftre Maifon des Marquis des Baux, Souverains autrefois de beaucoup de Terres en Provence. Il a efté Major de Brigade de Gendarmerie, & Capitaine de Chevaux-
I
E
i
I
I
GALANT. 181 Légers, &r l’on peut dire de luy qu’il eft tout coeur à la Guerre, & tout elprit à I’Académie.
Mr Bouvet. Il fait de tres- i jolis Vers, & travaille à une Traduûion du Pétrarque. I Mr le Marquis de Ro- [ bias d’Eftoublon. Il eft Aifné de Mr d’Eftoublon .[ Maiftre-d’Hoftel du Roy, > & Fils de feu Mr d’Eftou- [ blon,cet îlluftre Vieillard » qui avoit fervy fous trois { Roys , & qu’on nommoit : à la Cour de Louis XIII.
le Baflompierre de Provence.
Il eft Secrétaire perpétuel de l'Académie. On n'a jamais veu une Perfonne de fa qualité a-, voir tant d’ardeur qu’il en a pour les belles Lettres, lia l’efprit fécond & d’une grande étendue, entend tres-bien le Latin, l’Efpa- gnol & l’Italien, & com- pofe en Vers & en Profe dans ces trois Langues, fans parler de la Françoife, en laquelle il a donné divers Ouvrages que le Public a fort approuvez , mais qui n’ont pas paru fous fon nom.
GALANT. 183
Mr l’Abbé de Boche. Il eft Frere du Marquis de ce nom , & a fait connoiftre
J
dés fa plus tendre jeuneflè le talent qu’il a pour la Chaire , ayant commencé d’y paroiftre à l’âge de vingt ans, comme les Prédicateurs les plus confommez.
Mr de Caftillon, Sénéchal d’Arles.
Mr de Manville. Il eft Avocat du Roy au Siégé d’Arles.
Mr le Marquis d’Aymard Chafteau-renard. Il eft Capitaine dans le Régiment
184 mercvre Royal, où il a lervy avec beaucoup d ’ afliduité &: d’exaéùitude depuis le commencement de la Guerre de Hollande. Il ne s’y eft paf- fé aucune occafion où il ne fe loit trouvé, malgré les bleHures qui l’en auroient pu fouvent difpenfer, fur tout dans les Sièges de Valenciennes , de Cambray, de Saint Orner, &r dans la fameufe Bataille de Caflèl, où ayant eu par tout des Commandemens particuliers , il a toujours eu le bonheur de fe faire dilhn-
GALANT, liguer
par la bravoure & par
là conduite, comme il le
fit il y a quelques années
par fon elprit-, lors qu’il fut
député de l’Académie d’Arles
pour venir remercier le
Roy des Lettres Patentes
de fon Etabliflement. 11
s’acquitade cette Commif
fion avec tant de gloire,
que depuis ce temps-là Sa
Majefté a dit plufieurs fois
à la louange qu’elle n’avoit
jamais efté complimentée
de meilleure grâce, ny plus
fpirituellement. 11 harangua
en luite Mls de l’AcajMivieï\
demie Françoife, pour leur demander 1 ' honneur de leur alliance & de leur af- fociation , apres avoir remercié M le Chancelier Seguier, qui avoit fcellé les Lettres Patentes de fa Compagnie ; mais ce fut toujours avec un fi heureux luccés, que ce dernier luy fit la grâce de l’envoyer vi- fiter par un Gentilhomme, & de luy faire demander les trois Complimens qu’il venoit de faire au Roy, à I’Académie Françoife, & à luy, qui furent eftimez
trois chefs-d’oeuvres.
Mr de S. Veran de Moncalin.
Il eft Confeiller au
Parlement de Touloufe, &
a un talent extraordinaire
auxPerfonnes de fa qualité,
qui s’appliquent rarement
à fe rendre fçavans dans les
Langues mortes. Celuy-cy
eft ft profond dans la Grecque,
qu’il la parle avec autant
de facilité que la Langue
naturelle.
MrdeRoubin. Je ne vous
en diray rien , fon mente
vous eft connu, & je vous
en ay parlé fort au long, en
Qjj
>.,,1
vous envoyant la Harangue qu’il fit au Roy quand il eut l’honneur de luy présenter l’Eftampe de 1’0 bé- lifque dont vous avez la Figure au commencement de cette Lettre.
M' de Chambonas Evef que de Lodeve. Il eft Frere de Mr le Marquis de Chambonas, & Neveu de M l’E- vefque de Viviers. Sa Dignité' fait fon Eloge,, puis que le Roy n’y éleve que des' Perlonnes recommandables par le mérité & par la naiftance.
Mr le Pays. Les galants
Ouvrages qu’il a donnez
au Public l’ont allez fait
connoiltre à toute laFrance.
M de Ranchin. Il elt
ConleiWer au P ai lement de
Touloule,'& a un talent
admirable pour la Poefie.
Toutes les Pièces que nous
avons de luy ont un tour
fi fin & fi délicat, quelles
ne tiennent rien de l’air
qui fcmble attaché à la
Province.
M 1 Abbé de Verdier.
M de Venel. Il elt Confeiller
au Parlement de Provcnce.
M d’Arbaud.
M1 l’Abbé d’Abeille.
Mr de Beaumont des Arlatans.
C’eft un Gentilhomme
d’une grande érudition,
fort fçavanfrdans la
belle Latinité', qui fe conçoit
aux diférens caractères
des Autheurs , & paflè
pour un Critique auffi judicieux
que délicat.
Outre les vingt-deux
Académiciens que je viens
de vous nommer , qui forment
prefentement le
Corps de l’Académie d’Arles,
il y en a d’autres qu’on
GALANT. 191 appelle externes. Ils en font comme lesMembres adoptifs, & entretiennent un étroit commerce avec elles par leurs Lettres &par leurs Ouvrages qu’ils luy communiquent de temps en temps. Ce font,
Le R. Pere Vinay , Minime, eftimé un des plus délicats & des plus élo- quens Prédicateurs de fon Ordre. 11 a prefehé dans les meilleures Chaires de France, avec un applaudif- fement general.
M l’Abbé de Valavoire.
15)2 MERCVRE
M1 du Tremblay.
M de l’Eltang, Confeil- ler au Parlement de Provence.
M‘ Ferrier, Autheur de l’Adieu aux Mules que vous avez veu dans une de mes Lettres.
Quand les huit Places qui relient encor à donner feront remplies, je ne man- queray pas à vous appren*- dre le nom & le mérité de ceux qui auront elle choi- fis. La Ville d’Arles qui met au rang de fes plus glorieux avantages, celuy d’avoir
GALANT 193 cette Académie,
d r avoir
voulant luy donner des marques de ton affection & de fon eftime, & contribuer
à la commodité de fes
Conférences, vient de luy accorder un grand & magnifique Apartement dans cet admirable Hoftel de
Ville quelle a fait baftir,
& dont M1 Manlard célébré
Architecte de Paris, avoit donné le Deffein. Je vous ay déjà dit, Madame, que cette Académie jouit des mefmes Privilèges qui ont efté accordez à M“
Janvier. R
194 MERCVRE de I’Académie Françoife. Monfieur le Tellier qui a toujours fait gloire de protéger ceux qui aiment les belles Lettres, ayant fcellé de la maniéré du monde la plus obligeante, les dernières quelle a obtenues, Mr de Roubin à qui fon peu de fanté n avoit pû permettre de luy prefenter plutolt l’Eftampe de 1’0- bélifque, comme il en a- voit efté chargé depuis long-temps par Mrs de la Ville d’Arles, ny d’cf- tre des premiers à luy faire
■ GALANT. i9î compliment fur fa Promotion à la Charge de Chancelier, luy en alla faire ex- cufe dernièrement, & le remercier en mefme temps au nom de fa Compagnie, des grâces qu’elle venoit d’en recevoir. Son dilcours fut extrêmement aplaudy. Apres qu’il eut épuifé toutes les loüanges que l’Elo- quence peut fournir pour honorer un mente extraordinaire
, il luy dit, mais en termes choifis, au regard de fa nouvelle Dignité, que par cette glorieufe marque
R ij
196 MERCVRE d’eftime nolhre incomparable Monarque qui dif- penfe toujours fes faveurs & fes récompenfes avec le plus équitable difcerne- ment, avoit voulu couronner en fa Perfonne tous fes bienfaits, & mettre, pour ainfi dire, le Sceau à toutes les Grâces qu’il avoit fi libéralement & fi juflement répandues fur toute fon il- luftre Famille. Il conti- tinua par des fbuhaits de le voir jouir de cet honneur autant de temps qu’il en avoit employé à le mériter,
GALANT. 197 & qu’il y en avoir qu’il s’en elloit montré cligne par fes grands & importans lervi- ces qu’il continuoic encor tous les jours de rendre à
l’Etat, avec cette application infatigable, & cette exaéte fidelité qui luy a- voient acquis à fi jufte titre la bienveillance du plus Grand Roy de la Terre, & la vénération de fes Peuples.
Desproteftationsref- peétueufes deferviccs delà fiart de la Compagnie pour aquelle M1 de Roubin portoit la parole , & une
R iij
tres-humble priere de luy
vouloir accorder l’honneur
de la protection, terminèrent
ce difcours que je fouhaiterois
vous pouvoir donner
entier. Vous avoüeriez,
Madame, que quoy
qu’il ne foit pas avantageux
d’eftre le dernier à
parler fur une matière fi
repatüe déjà par. les plus
éloquentes bouches de
France, tant de Complimens
qui ont devancé celuy-
cy, ne'luy ont rien fait
perdît de fa grâce. Je me
contenteray d’y adjoûter
un Sonnet que cet Illultre
M Acade'micien prefenta à
remercîment des Lettres
s* * j Voicy cet heureux jour
tant f'ouhaité,
Qui nous va tous conduire à h lmmortalité,
Et qui comble d'honneur noflre
Troupe naiffante.
i
zoo MERCVRE
•J»
“ M
I&^CHANCELlER/m^gr^ éclatante
Reçoit fon dernier prix de ta rare bontés
JEt tu viens achever nofire Félicité, En fcellant de ta main cette au- ytfie Patente.
•JE»
C'eft toy qui fur la Cire imprimant ce Portrait.*
De qui nous révérons jufques au moindre trait,
As voulu pour jamais fynaler noftre gloire.
•2»
«F
Mais nous fçaurons payer ce Bienfait fouverain,
Enfaifmtque le tien au Temple de Mémoire,
D'un Burin éternel foit qravé fur l'Airain.
‘GALANT.’2of
Voila, Madame, ce que j’ay crû vous devoir apprendre de cette célébré Académie , & je m’en fuis fait une obligation d’autant plus étroite, que ce que je vous en ay déjà fait fçavoir a caufé une loüable émulation à Coutance, où l’on a déjà commencé depuis deux mois à faire des Conférences Académiques, réglées entre un certain nombre de Perfonnes qui s’affemblent toutes les Semaines chez M' de Pierre- ville, Premier Prefident du
♦
PrefidUl. Elles s’ouvrent
par un Difcours que chacun
fait félon le rang qui
luy eltvenu par les Billets.
On parle en fuite de ce qui
paroilt efièntiel à la pureté
de noftre Langue. On y
prend des fujets de Morale,
de Phyfique, d’Hiftoire &
de Géographie, & l’on y
examine les Ouvrages de
ceux qu’on a choifis pour
ces Aflem Liées. Elles pourront
ellre confirmées avec
le temps par l’autorité du
Roy, &lc Mercure aura du
moins l’avantage de n’avoir
GALANT. 2o?
] pas nuy à en faire prendre
1 le deffein.
Vos Amies qui s’intereft
| Jent fi fortement dans, tout
) ce qui regarde l’Efprit, api
prendront cette Nouvelle
; avec joye. Je leur fuis fort
• obligé, auffi-bien qu’à plufieurs
autres Belles, des
Remercîmens & des Galanteries
quelles m’ont envoyé
pour Efirennes. C’eft
trop reconnoiftre le peu
que j’ay fait pour elles , &
l'avantage de leur avoir plu
me devoit eftre une allez
glorieufe récompenfe^
204 MERCVRE
Ce mot d’Eftrennes m’enr
gage à vous parler d’un Cu- 1
pidon qui a elle' envoyé au
commencement de l’An-e
née à Madame laComtefle
de Montrevcl, Femme du
jeune Comte qu’on a connu
lous le nom de M‘ le
Marquis de Sévigny. Elle
eltdclaMailon deLannoy
une des plus illuldres & des
plus anciennes de toute la
Flandre. Son mérité & fa
beauté ont fait bruit lors
quelle eftoit Fille de la
Reyne, & elle auroit encor
une Cour nombreufe, Il
GALANT. 2oV fon attachement pour ce- luy quelle a fait heureux ne failoit pas l’unique fatis- fad ion de fa vie. Il eft de la Maifon de la Baume Montrevel, & petit-Fils de Mr le Comte de Montrevel, Chevalier des Ordres de Sa Majefte', & Lieutenant de Roy en ;Breffe. Il eft fort bien fait de fa Per- fonne, & a fervy non feulement dans ces dernieres Campagnes, mais en Hongrie & en Candie, avec une application extraordinaire. Il a de la bravoure autant
206 merçvre
qu’on en peut avoir, & il V
s’eft diftinguéen mille ren- |
contres. Cependant quel- |
que digne qu’il foit par là 4
de tout le coeur de Madame :
la Comteflè de Montrevel
fa Femme, il le mérité d’ailleurs
par une tendre fie qui
va julqu’aux emprelfemens
d’un Amant. C’eft fur cet
attachement réciproque
que font tournez les Vers
que vous allez voir. Ils accompagnoient
leCupidon
qui fut envoyé pour Eftrennes.
Souvenez-vous,
Madame, que c’eft ce petit
Cupidon qu au nom
-des Amours
ESTRENNES.
Dorable & jeune
Comtelfa
Enl’abfencedevoft
Epoux,
Cet heureux Epoux qui vous aime^ Etquevousaimez^tout demèr/ie> fi bien fait^qu il nous a détrônez^ Nous qui luy livrâmes la Place, On nous ferme la porte au nez^ C' eft ainfique l'o nous red trace. Nais fans vous chagriner^ dites- vous franchement *
St quelqu autre en ufoit d'une façon fi rude^
Seroit- ce pas ingratitude 2 L'appelleriez^ vous autrement2 V’ousfça.vezfiienque le Dieu d'Hymen èe
Ne fut jamais bien d'accord avec nous.
Cependant pour vous faire un deftin qui fuftdouXy
La querelle s'e/l terminée^
Y eus le favez^ je m'en rapporte d vous.
GALANT. ic9 Vous nevousplaiçne\pas\epefe De ce jour pleinement heureux Où ne us fu fines d'intelligence Appliquera remplir vos voeux. Voyons un peu vofilre reconnoif- fiance.
Si vous y>ufie\ un fouverain bon- heur,
Ceft) dites-vous^ l'Hymen qui vous rattirey
Ce Dieu fieul en a tout ïhineur^ Les Amours n'ont rien faitquoy qu'ils put{fient dire,
Vous les chaffies^ de vofilre coeur.
Vn de nous e(l refile par faveurfin- guliere,
Parce qu'on n ofe le chafifier. Si la Nopce finie on eufii pu s'en
On ne l'eufiipas traite de plus douce maniéré, Janvier.
s
Mais Hymen [cul efl un pauvre
Seigneur,
Qyijnd nous Fabandonnons il ne b ai
• que d'une ai [le.
Si quelqu'un de nous nés en me fie.*
C’efi bien a luy vray ment de contenter
un coeur.
2* aurois bien voulu voir, pour venger
nofire injure,
Que l' Amourquivous refte èutquite
ccmme nouss
Soit dit fans vous fâcher, le Dieu
d'Hymen & vous
Eufîezjait à mon fens une trijle
apprehendez^vous point que
dans noftre couroux
Nous l'obligions encore àquiterla
partie l
Quel que (bit fon engagement,
L'H y menée & ï Amourfe brouillent
aifément.
GALANT. 2ii | 'Alors ^ma/oy ^vouspa fer iezfla vie Dans un terrible accablement, “M Plusd'arà eur^plus d'empre(femëty Vous tomberiet^dans le moment WI Dans une morne indifèrence,
Dans un fombre aflbupiflement* Enfin dans certaine indolence '4| Qui de tout ce qui fait les plus char- mans plaifirs, iïjl Vous ofteroit le<çoufty & mefme les defirs.
L Voyez un peu quelle chute effroya^ blés
| Efire inutilement jeuney belle,ado~ rabley
Pour tout le refle de vos jours. Voulez^) ous H éviter? trait etynieux il I les Amours,
L'Epoux que vous aime zavec tant de tendreffe,
| Et qui remplit tout voflre coeur,
s ij
Ne perdra rien de fon bonheur.
Je ne vois rien là qui le bleffe^
Pourmoy je fuisfon ferviteurs
Le noeud qui nous unit ri eft- ce pas
noftre ouvrage 1
Nous ri irons pas legafter aujourcChuy.
Pour ne vous donner point d'om-
On ne parlera que de luy')
Ou fi vous vouLez^qu on Ce taife.
On fe taira^donez^nous feulement
Accès dans v offre Apartement^
Que nous pui (fions entrer & vous
voir à noftre aiÇe,
Pt voler près de vous comme des
Papillons
Qui fe vont en tournant brûler à
la chandelle'^
Que vous en confient-il l c'eft une
£t c eft tout ce que nous voulons.
GALANT. zi3
11 me femble, Madame, qu’un Amour qui fe retranche à des conditions aufli juftes que fait celuy que vous venez d’entendre parler, devroit obtenir ce qu’il demande. Le malheur eft qu’on fe défie toujours de l’Amour, 3c qu’il n’eft pas en réputation de tenir parole. Je ne dois pas oublier que je ne me luis pas encor acquité de celle que je vous donnay en fi- niflant ma derniere Lettre. Il me fouvient que je ne vous dis qu’un mot par
214
apoftille de plufieurs Nouvelles
dont on venoit de
nie faire part. Elles méritent
un peu plus d’éclairciflèment
; & pour commencer
par Moniteur le
Duc de Vitry qui a elle fait
Çonfeiller d’Etat d’épée,
je vous diray qu’il n’y en a
que trois qui puiffent tenir
ce rang dans le mefnie
temps. Moniteur le Marefchal
de Villeroy en eft
un, & la troiliéme place a
cfté remplie par Monfteur
le Marquis de Feuquieres.
Je vous ay alfez parlé de la
GALANT. 2iT
Famille & du mérité de ce dernier dans une autre oc- cafion, pour ne rien ajouter à ce qu’une de mesLet- Itres vous en a déjà appris.
S’il a beaucoup d’intelligence pour tout ce qui regarde Ion Employ, il n’en a pas moins dans les Affaires de la Guerre, ayant donné des preuves de fon
)• d
h
courage én Suede depuis qu’il y eft Ambaffadeur. Il y a trois Confeillers d’Etat d’Eglife, comme il y en a trois d’Epée. Ce font Monfieur 1 ’ Archevefque
de Rouen, Mr l’Evefque
de Chartres, & Mr leDoyen
de Noftre-Dame de Paris.
Monfieur le Duc de Vitry
eft Fils de Nicolas de Lholpital,
Marefchal-Duc de
Vitry, Capitaine des Gardes
du Corps de Loiiis XIII.
Chevalier de fes Ordres, &
Gouverneur de Provence.
Feu Mr le Marefchal de
Lhofpital, qui eft mort
Gouverneur de Paris, eftoit
Ion Oncle. Je ne vous dis
rien de cette Maifon. Elle
eft connue pour une des
plus Illuftres que nous
ayons.
i
el ni
511
) I
m d’Albanie
'GALANT- 217 ayons-, & outre que Jean de Lhofpital Comte de Çhoify , a époufé depuis cent ans une Leonor Stuart, Fille de Jean Stuart Duc il n’y a per- ■ I fonne qui ne fçache qu’elle Si. I elle alliée aux Maifons de T Code, de Ventadour, de Kt. L Briflàc, de la Cliallrc, de lit! Beauveau, delaTrimoüille, 1®* de Rohan, de Marigny,&c.
isfci Efel tisl «tsl
pvWii
F
Tant d’avantages font glo- rieufement foûtenus par Mrle Duc de Vitry dont je vous parle. Il eft Lieutenant General. Ce rang Janvier. T
218 mercvre marque fon courage, com,? .me les grands Emploisfon elprit. Il l’a délicat, éclairé, étendu & ferme. Il eft intelligent dans les Affaires. Il fçait jufqu’à celles du Palais , & les Mufes font de fes Amies. On peut juger par là qu’il n’ignore rien.
Je vous parlay aufti la derniere fois de Mrl’Abbé de Valbelle, à qui le Roy a donné l’Evefché d’Alet j & de Mr de Guilleragues, qui a efté nomméAmbaffadeur àConftantinople. Ce premier eft Fils de ce fameux
GïvTL AVNT* i • 219
Valbelle qui eftoit Lieutenant
General de la Marine,
& qui fous le Régné de
Loüis XIII. & dans les
Guerres de Provence, a
toujours eu tant de conduite
à maintenir la Ville
de Marfeille dans la fidelité
qu’il devoir à fonMaif.
tre, qu’il en a mérité également
l’approbation de la
Cour & de la Province. Il
eft proche Parent de Mr le
Marquis de Valbelle Corncte
des Chevaux-Legers
de la Garde, dont le Pere
a tres-bien fervy dans tou-
T Ü
tes les Guerres de Catalogne
lur la Galere qu’il
çommandoit, & qui fuit
bielle à mort n’eftant âgé
que de. dix-huit ans, dans
le Combat des quinze Galères
de France contre celles
d’Efpagne. Son Ayeul
s’appelloit Cofme de Valbelle,
qui â l’âge de foixante-
dix ans fuit tué fur
la Galere qui portoit fon
nom, apres avoir reçeu
douze blelfures, & fervy
d’exemple à toute l’Armée.
< Il eft encor Neveu de Mr
I le Commandeur de Val22i
belle, qui s’eft fi fort dif- tingué dans les derniers Combats qui fe font donnez fur Mer, & à qui on peut dire que la Ville de Mefline doit en partie fa confervation. Ses Ancef- tres n’ont pas fervy avec moins de fidelité aux Batailles de Serifolles fous François I. & de Coutras fous Henry III. & il s’eft fait peu de grandes Actions ou ceux de ce nom n’ayent eu quelque part. Sa Mai- fon eft fort connue, & les Monuraens quelle a laiflc T iij
222 MERCVRE dans les Abbayes de Mon. trieu & de la Verne dés l’an 1178. font des marques alTez autentiques de fon ancienneté. Mr l’Abbé de Valbelle dont je vous parle eft Agent general du Clergé de France, & la qualité de Doéteur de Sorbonne qu’il a, eft une preuve du mérité qui a fait jetter les yeux fur luy pour l’élever à l’Epifcopat. Mr l’Abbé de Piancour, qui eft aufti Doéteur de Sorbonne, a efté facré Evefque de Mande ces derniers jours. Il fe
prépare à partir pour
Diocefe. La connoifTance
qu’on a de fes belles qualitez
l’.y fait fouhaiter avec
un empreflèment inconceuable.
Quant à M1 de
Guilleragues, il a elle Premier
Prefident de la Cour
des Aydes à Bordeaux, Secrétaire
des Commandémens
de M1 le Prince de
Conty, & Secrétaire delà
Chambre & du Cabinet.
La réputation où il eft pour
ce qui regarde l’Efprit, devroit
m’engager à vous en
faire l’Elogè, mais les Oulllj
vrages que nous avons de
luy en difent plus que je ne
pourrais vous en dire.
Enfin , Madame , j’ay
vous latisfaire,
& je vous envoyé
deux Airs notez que vous
ne regarderez , s ’ il vous
O 7
plaift, que comme un eflay
de ceux que j’auray foin de
vous envoyer tous les Mois.
Voicy les Paroles du premier
que je mets icy fans
les noter, afin que vous les
publiez lire d’abord fans
embarras.
air nouveau.
On Troupeau, Sylvie,
Peut feul t'cnçaqcr.
Tu pajfes la vie
Sansprendre unBerqer,
Soupire, Cruelle,
Pour des foins plut beaux,
Vn Bercer fidelle
Vaut mille Troupeaux.
Cet Air eft d’un Maiftre
eftimé des Perfonnes de la
plus haute qualité, & comme
elles ont le goult bon,
je ne doute point que fes
Ouvrages ne méritent les
éloges qu’elles leur donnent
j mais vous pouvez
vous en éclaircir par vous- I
mehne, jetiez les yeux fur I
la Note. Vous fçavez par- t
faitement la Mufique, &
il ne vous faut qu’un moment
pour connoiftre la j
beauté de celle-cy. I
Je puis vous aflurer.
Madame, que tout eft |
nouveau dans cet Air , ■&
que je ne vous envoyeray i
rien de cette nature qui ait I
efté veu dans le monde
avant que vous le receviez.
C’eft ce qui m’a empefehé
de faire Og rave'r un fort bel
Air de Mr de la Tour, qui
.5'
.J-
3
/
V',
mille troupeaux £tmant fi : ciel : le
ÏHi
? z.h >///• t/e.vJb//u, v/us Aeatra9 v/5î9/2<zv/ f : del: le >aut
p - |
L*,.
cru Z cl -- /‘7 oour ctesfoins plus Ivmw'ivi Clmarit fi Z ilel Z le
6__ . y S 6 iï' \6
--- -----------l
'ruai nulle troupeaux Jou ~ peauec .
______
tu passes la riz e sans prendre'imiBer
-7—1------- - --------- - f I , --------
iïidlc 6 troiyxcuacvn Vfmant
j .
Z on troupeau j'ilzuye peutfeut tenzyayer
-6- - — —¥Y• 6■ ----
troupeaufil zvy:e peut feul tényci yer tu passes la wr.e sans prendre 3>n fer
-+--4 *
i_ J
ijer, Ton ,qer Jou/o/ro
•f ■:1
roui
yen uo?i,yer joupt : re
*»auh mille lroi peaux fou peaux .
GALANT- 227 comme vous fçavez tient i rang parmy les premiers j Mailtres de Mufique. J’ay > déjà entendu parler de cet Air en quelques endroits,&: je prétens que vous puifliez dire que vous aurez chanté la première tout ce que vous trouverez noté dans j mes Lettres, fi ceux qui me le donneront me tiennent parole. Je ne veux pas cependant vous priver des Paroles fur lefquelles M' r de la Tour a travaillé. Elles v vous plairont beaucoup, fi telles vous plaifent autant
. - x.
qu’elles font icy-, mais
comment ne vous plairoient-
elles pas, puis qu’elles
font de l’illuftre Perfonne
qui ne nous donne
jamais rien que d’acheve'?
Elles ont un tour qui vous
feront connoiftre aifément
le merveilleux génie de
Madame des Houlieres.
GALANT. 229
air.
» * * • • • A
-rj- R ris fur la Fougere. Dans un prcffant danger3 fâ A fon temeraire Bercer Di [oit toute en tolère.
ntl
'A' devenu * Tirfis, cet air ref-
□K peclucux^
A Qui^a un parfait Amant eft le vray
| caraïterel
\| Entre deux coeurs , dit-if brûlez^ | •• des mefmes feux*
Il eft certains momens heureux Où, ma Ber^ere,
Il ne faut eflre qu amoureux.
I Voyez, Madame, fi rien peut eftre plus agréablement tourné que ces Paroles. En voicy d’autres
2J0
dont vous allez trouver
l’Air noté. |
AIR N O U VE AU. |
rien ne vous peut
arrefieri ■
ld A moui ce de à la
Gloire.; |
Et vous voule^rne(juiter I
pour courir apres la Valoir ci. ||
Pcd-eUeunPainqueurpliesheureurc
Que la tendrejje ’
D'une Mai/ircjje 1
Qui partage [es feu xi 1
Je prétens que vous me I
ferez un fort grand remer- 1
cicment de cet Air, puis I
qu’il eft de Mr Charpen- 1
de ada jÿioire et*vouj ^oule.
rçy
0 J. f
. _ L±
I
4 *
J
r
1 Quoy rien ne peut ^ous
TPï--------
z ter rostre amourCecle atagloire et'vous voulez /71e juit -
reux aue
elle <rai/iy/tef/rptus heu
±—<9
mais :
Z3?
ter pour courir a prez la ouctio - 1 z
6
--------------Htt~
cz/vj’ ~ j'e
M I N
rages qui ont elle' le charle
de toute la France, 8c
mtr’autres, par l’Air des
Idaures du Malade Imaginaire
, & par tous ceux de
Circé & de l’inconnu. Il a
demeuré longtemps en Italie,
où il voyoit fouvent le
Çhariffimi,qui eftoit le plus
krand Maiftre deMufique
|ue nous ayons eu depuis
ongtemps. Vous avez lu les
Paroles de l’Air de Mr Charpentier
, voyez les notées.
Je pafle à l’Enigme. C’ell
un Jeu d’efprit qu’il lemb
Le que le Mercure ait mis n
à. la. mode. Le «Rondeau;
le Virelay, la Balade, & lesr
Bouts-rimez, n’ont jamais: ■
tant fait de bruit en leur
temps qu’en font les Enig-|i
mes. Elles deviennent le
divertiffement de toute la
France; & le grand nom-lbre.
de Lettres que je rcçoy ■
chaque Mois de ceux qui i.
cherchent à les deviner,;
me fait connoiftre que ce t:
n’elt pas fans plaiGr qu’il»!.-
s’y appliquent. A peine-y
Lettre du Moispafle, da
GALANT. 2^
é laquelle vous trouvâmes
. l’Explication de celle des
Conféderez, que j’en reçeus
encor plufieurs autres
de quelques Provinces é-
’ loignées. 11 n’y en avoit
point qui ne fuit pleine
d’efprit, mais fur tout ceL
les qui en faifoient tomber
1 le fens lur le Melon , la Req
publique de Hollande & une
Fourmilliere , elloient admirables.
Je ferois un lon£
O
Article, fi je vous mandois
tout ce qui m’a efté écrit
de l’Enigme du Mois de
Décembre. Voicy ce qud
Janvier. J
ceux qui n en. ont pas trouvé
le Mot en ont dit, mais
avec tant dé jufteflè pour
le fens qu’ils luy ont donné,
qu’il eft prefque Vers pour
Vers. Mr de la Monnoye
apres l’avoir expliquée fur
Ue véritable, l’a tournée en
fuite fort ingénieufement
fur le Mercure. Une Dame
de Crefpy a crû que c’eftoit
une Quefteufe. M‘ le
Comte de l'Aubefpin qui
a deviné toutes les autres,
a prétendu que ce fuft
Carefme - Prenant -, Mr
l’Abbé Flanc, ï Hyper
GALANT. 235 une jeune Demoifelle de quatorze ans, qui eft tout elprit, en a fait une Explication fi naturelle en faveur de la Tübéreuje, qu’elle m’a prefque perfuadé. J’en ay reçeu une autre en Vers, qui fait voir que ce doit eftrc la Mode. Cependant le véritable Mot elt celuy que vos Amies ont trouvé. Il m’avoit efté envoyé le jour precedent par un Chanoine de Rheims, qui eft le premier qui l’ait deviné j & dés le lendemain on mr ’ apporta çe
MERCyRE
Rondeau, qui l’apprendrai
à ceux qui n’ont pas voulue
le donner la peine de le i
chercher, ou qui l’ont.cherche'
inutilement.
SUR L ENIGME DU X.
Tome du Mercure.
RONDEAU.
’ Eft une Eniqme où
fpf % maints rares Efprits
U; Auront cfiè petit-eflre un
^eu fùrpris.
Pour moy qui fuis Sorcier a la
d ou "aine,
A l'expliquer /employé en vain
ma peine,
Mal-aviféde l'avoir entrepris.
l h
GALANT. 237
M ; . - Pour de couvrir IcsdeJJcinsdcVo ü 1 s
On voit ainfi refiverfe s Ennemis',
'Mais fur ce point la recherche eft
fort vaine,
C'e/l une Enigme,
Si faut-il bien trouver le fens
précis
Pc celle-cy', la Gloire en eft le prix.
^4hl le voicy 5 j'en fuis tout hors
d'haleine.
k L'jltitheur nous veut donner en
bonne Etrenne
j Le Jour de l’An , fi je ïay biens,
1 ■ • ■} x ■>
C'cft une Enigme.
i
*
compris,
I '
Je ne vous parle point
j d’un Solitaire du Pais du
i?8 MERCVRE
Maine, d’un autre de Saint
Giraud, d’une Demoifelle: ’
J ' ' a 1
de Tïoyes, & de quantité'!;,
de Personnes de plufieurs i
Villes difeïentes qui ont
aufli connu que les Vers1
de cette Enigme nefigni- .
fioient rien autre choie que
le premier Jour de V Année. .
En voicy l’Explication par
d’autres Vers dont vous
trouverez le tour auflî aile
qu’agréable. Ils font de
Mr Couture de Caen
I
Ette Enigme fi bien
* tournée
Eft le premier lotir de
V* S'il eft aimé del'un^ de l'autre il
I ne l'eft pas î
G Sur tout il efthay des Vilains^ des
fl Ingrats y
Qui n'ont point de plus grandes
Que quand le temps arrive eu l'on
p v le d' Etrennesy
Au lieu quon voit à ïenruy les
Am ms
S'expliquer tout par leurs pré*
? Et prendre foin de ce qu'ils doivent
faire,
Car il faut profiter du temps
24oMERCVRE
En matière d'amour, plus qucn ; toute autre affaire. I
Tous ceux à qui l'on fait la Couv\ Seroient plus heureux fi ce lour ■ Avoit un peu plus de durée} Mais fon Cadet le lour qui fuit I Z ’attend dans lefilence^ le greffe à minuit.
v f • ■>
Il ne peut plus tenir, fa perte ejl j affurée. 1
Il meurt, mais pour renaiftre enfin une autre fois, J
C'cft à dire apres doutée Mois} | Scs heures efoient là bornées.
Mais comment efî-il vieux l comment chargé d'années l |
En un mot^ tous fes Ans l'un fur | l'autre entaffez^ I
Ce font tous les Siècles paffczf\ ’ 1 I
‘ * «ci 13
Ce
GALANT. 241
Ce n’elt pas la feule Explication qu’on m’a$ envoyée en Vers, mais c’eft lapremiere*que j’ay reçeuc, 1& j’ay crûluy devoir lapré- Iference par cette raifon. 7 Voicy cependant une nou- / velle Enigme filr laquelle 7 vos Amies pourront s’e- x xercer. Elle eft de M Robinet, qui avoit trouvé le ' Mot du premier Jour de s l’Année, &: de qui je te- 1 nois ce que vous avez veu f il y a quelques Mois fur la .i Lettre R.
Janvier.
X
1
•vd
•xr E fuis du Sexe aimé, du Sexe féminin
gfc Mais tous mes membres font du Sexe mafculin.
Sans eftre monjlrueufe ainfi que flufieurs BefteSy.
Pay quatre fois vinqt pieds, fi? quatre fois dix tefles,
Deux fois quarante bras autant d'oreilles, d'yeux.
Pour mes lanytes, Hufage en efi myfléricux.
Comme à moins qu eftre bonne on ne ni en foufre aucune,
Toutes celles que] dy n'aÿffent que four une,
*
k
«I
GALANT- z4?
Qiù d'un grand nombre d'ans pre- cedant mon employa
Quoy que ma propre langue, eftoit née avant moy.
Ce que je compte icy de diverfes parties,
A quatre fois dix Corps les fait voir a ([ortie s 5
Mais ces quatre fois dix, par de f avants accords,
Ne me forment qu'un feul & nu- mer aire Corps.
le me vefts en Manteau, Iufi'au- corps & Soutane,
le porte Habit facré, je porte Habit profane,
Mille honneurs éclatans me mettent en crédit,
Qn me voit Mortier, Mitre, & Pourpre & Saint Efprit,
le fuis également & de plume & d'épée,
244 MERCVRE
Et je puis par les deux enfin efire
occupée j
ïay place tien fouvent dans la
Matfon d'un Grand*
Qui ri a point fon pareil dans fon
fublime ran& >
J'ay qu antité ri En fans* la plupart I -.
en Familles 5
Mais entre tant ri En fans j'ayfeu •
lement deux Filles*
du Scavoir. I
Je compose & m'explique en divers
Idiomes
Tri Ariflote * j'cntens les doriies
Axiomes, I
- • W r •
— C l ' — JL 9--- ô
Sonnet* ?
Satyre * Ode & Rondeau* fortent
de mon Cornet.
GALANT. 247
j "Enfin rien ne me borne en mon genre
d'écrire î
1 Cependant fi demoy je dois icy tout
dire,
Avec tant de talent dont j'acquiers
un grand nom^
J'en fuis à la première &flusfimple
Le^on.
Si cette Enigme embaraife
vos Amies par fa longueur,
elles auront à choifir
de cette autre qui n’eft que
de quatre Vers, & qui a elle
! faite par une belle Perfonne
de Vernon.
I
J A mai s par moy lieux bat ne furent
habitez^
MonCorps eft agijfant fans vie*
Et Von me voit tourner les y eux de
tous coflez^
Quoy que de regarder je n'aye au*
cune envie.
Vous n’en ferez pas quite
pour ces deux Enigmes.
Jettez les yeux fur les diverfes
Figures qui font reprefcntées
dans ce que j’ay
fait graver icy. Elles compofent
un Corps Enigmatique
dont je vous lailfe le
liiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiuiiiiii
lllllllll/lllllliili iiiiiiM mirnrii
.......... . ::
. ..
*•
• ••••’»••• Ut»
• •• • ••• ••€ •
2 i
ic
k ■
GALANT. 427 nom à trouver. Il n’y a rien Ide nouveau en cela, & tous des Ans on expofe en public diférens Tableaux des meilleurs Mailtres, qui font au- jtantd’Enigmes a expliquer.
J’ay grande impatience j de fçavoir quel lens vos Amies auront donné aux Figures qui vous font icy ï rcprefentées. Quoy qu’el- les devinent prelque toû- ( jours fort lieureufement, > ces fortes d ’ Enigmes les i doivent embaraifer un peu » davantage que celles qui [ leur expliquent la nature
X iiij
de la chofe dont on leu
laiffe le Nom à trouvei
Mais c’cft trop vous arrel
ter fur des matières obfcu
res, quand je dois me hâte
de vous apprendre ce qu
je fçay qui vous caufera d
la joye. Le Roy a donn
l’Abbaye de Mont Sain
Quentin en Picardie à K/
Courtin. Il eft Fils de.c
célébré ME Courtin Cor
avez m’eft connue. Voi
la partagez avec tous ceu
qui font cas du veritabl
.249
GALANT. 249 mérité, & vous elfes trop convaincue de fes grandes qualitez pour avoir befoin que je m’étende fur fon Article. Les importantes Négotiations pour lefquel- les il a elle plufieurs fois envoyé Ambalïadeur Extraordinaire en diverfes Cours, font la preuve de fon efprit, de fa prudence, & de fa conduite, vous apprendray rien en vous difant que jamais Homme n’aima fi fort l’équité, & n’eut tant de pieté fans.faite.
& je ne
'Abbaye Régulière de
S. Nicolas de Marcheroux,
de l’Ordre de Prémontre',
dans le Diocefe de Roüen,
a efté donnée au P.François
Antoine Charreton de la
JT*'
Teriere, Chanoine de la
Cathédrale de Pamiers, &
Prieur de S. Jean dé* Falguay.
Il eft Fils d’un Conseiller
d’Etat ordinaire, &
vient d’une des plus anciennes
& des plus nobles
Familles de la Robe. Elle a
donné depuis près de trois
cens ans des Préfidens &
des Confeillers au Parlement
de Paris, fans parler
Intendants & Maiftres des
Comptes, qui en font fortis.
Je finis, cet Article par
Madame le Maifire de
Grandchamp, que Sa Ma.
jefté a nommée al’ Abbaye
de Charonne. Elle eftoit
Prieure de Dofîne enChampagne.
Il y a peu de Filles
d’une vertu & d’une pieté
auïfi généralement reconnues,
& vous conviendrez
de fon mérité, quand vous
2S2 MERCVRE dres avantages eft celuy d’eftre de cette ancienne Famille des le Mailtre, il- luftre par tant de grands Hommes qu’on y a veus Premiers Préfidens, Gardes des Sceaux, Ambafla- deurs, & Cardinaux. Ces marques de l’eltime d’un grand Roy auroient de- quoy fatisfaire, fi la mort ne mettoit pas fin à toute forte d ’ honneurs. Elle nous a enlevé pendant ce Mois-cy Monfieur Je Duc de la Force, Madame la Marquife de Sablé, Ma-
H
•141
'•«Il
fil
f •
Mu '
GALANT. 2^
dame la Ducheflè de Bour,
nonville, & Madame la
ComtefTe de Drubec.
Mr le Duc de la Force a
vefcu près de quatre-vingts
ans. Nompar de Caumont
elt le Nom de fa Maifon.
Il avoit fervy en plufieurs
grandes occafions fous le
Marefchal-Duc de la Force
Ifon Pere, qui fut un des
plus grands Hommes de
. j fonSiecle. C’eltluy qui prit
I Pignerol, défit les Efpa-
7 gnols au Combat de Cari-
■ gnan, contribua à la Levée
du Siégé de Cafal, fe rendit
M
254 MERCVRE . mailtre de Moyenvic, prit la Mothe en Lorraine, fit lever le Siégé de PhiliG. bourg, fecourut Heylde- berg, prit Spire,-défit les Troupes du Prince Charles de Lorraine en plufieurs rencontres, & celles des Comtes Picolomini & de NalTau. Il fut fait Duc & Pair en confidération de tant de fervices, & corn- manda les Armées du Roy en Piémont, en Allemagne & en Flandre. Il fe maria trois fois, & entra par là en plufieurs grandes Alliances.
GALANT.
Madame de Sablé Veuve s » de Moniteur de Laval,Mar- > quis de Sablé, qui fut Fils :i unique du Marefchal de Boiidauphin Gouverneur d’Anjou, eft morte envi- n ron au mefme âge que .1 Monfieur le Duc de la ! Force. Elle choit Fille de , Æ Moniteur le Marefchal de Souvré Gouverneur de J L o ü i s XIII. Premier Gen- i tilhomme de fa Chambre, j & Gouverneur de Tourai- t ne. Elle eut pour Fils M1S I les Marquis de Boifdauphtn . | & de Laval, & Moniteur
^6 MERCVRE l’Évelque de la Rochelle, qui vit encor aujourd’huy. Ces deux premiers ont finy leurs jours en fervant le Roy dans fes Armées, où ils ont fait voir une valeur qui ne démentoit point celle des Illultres Ayeux : dont ils defeendoient, &c le dernier ell regardé par tout comme un de ces grandsPrélats dont la conduite elt l’édification des I Peuples, & l’exemple une leçon parlante à tous ceux qui font dans la mefme Dignité. On remarqua dés
I
I
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GALANT. 257 la plus tendre jeunefle de Madame la Marquife de Sablé tant d’efprit, tant de difcretion t & tant d’agrément dans toutes fes actions , quelle fut admirée de tout ce qu’il y avoit de confidcrable à la Cour, & honorée de . la confiance particulière de Mefdames Filles de France. La douceur de fes moeurs, fon inclination bienfaifante, & fes promptes & vives lumières qui luy*faifoient dé- mefler en un moment les choies les plus embaraf- • Janvier. Y
2j8 MERCVRE fées, luy avoient attiré l’ef- time & l’affleélion de tout
le monde. Il y avoit peu de Perfonnes affligées qui ne trouvaffent en elle de la
eonfolation, chacune félon fa fortune. Elle compâtif. loit à leurs peines, les fou- lageoit par tes paroles, par fes conleils, par fes Amis, &fouvent par fa libéralité. Elle avoit lame d’une Souveraine,
& c’elt ce qui luy avoit fait mériter la bienveillance de Monfieur & de Madame , qui luy en ont fait paroiftre beaucoup
GALANT. 2^ jufqu a la fin de fes jours,, comme fi Leurs Alteffes Royales avoient voulu couronner par leur cltime ce qu’en ont eu pour elle les Perlonnes du Royaume les plus Illuftres en naiflànce,. en fçavoir’ôé en pieté. Cet Elprit fi éclairé qui la ren- doit capable des plus grandes choies, ne l’a quitée qu’avec la vie , & elle a donné jufqu à la mort des marques d’une admirable fageflc & d ’ une lolide vertu.
Madame la Duchelïè de Y ij
Bournonville, Veuve du
Duc de ce nom qui a cfte
Gouverneur de Paris, eltoit
Fille de Monfieur de
la VUuvdle, Chevalier de
l’Ordre , autrefois Sur-Intendant
des Finances, &
Soeur de Monfieùr le Duc
de la Vieuville , Chevalier
J •
d’Honneur de la Reyne, &
Gouverneur de Poitou.
Quand elle nauroit pas eu
toutes les bonnes qualitez
qui la rendoient confidérable,
ellel’auroit toujours
beaucoup elfe' pour eftre
Mere de Madame la Duxheftè
d’Aycn, qu’un .vray
rmente joint à une tresnhaute
vertu, fait aujourb
d’huy regarder comme une
Dame des plus accomplies
de fon Siecle.
Madame laComtefle de
IDrubec eftoit de laMaifon
; j de Choifeul, & Soeur de feu
•: Mr le Marefchal du Pleftis.
Elle a laifïe trois Fils, Mr le
> Comte deDrubec, Mr le
d Marquis de Valfemé qui
i commande les Chevaux-
[ Légers deMonfiçur, & M:
I l’Abbéde Drubec. Ce deri
.i nier a fait plufieurs grandes
allions publiques qui luy
ont acquis beaucoup de réputation.
Ce feroit icy le lieu de
vous parler d’une Belle qui
ell morte d’amour pour Ion
Mary. C’elt une avanture
qui fait bruit, & elle ell
d’autant plus remarquable,
qu’il y a peu de Femmes
qui veuillent mourir à force
d’aimer • mais il me faut
plus de temps qu’il ne
m’en relie pour vous écrire
toutes les c.irconltances
d’une Hiftoire que beaucoup
de Gens croyent Içar
voir, &c qu’ils défigurent
>[ prefque.tous en la raconi
tant. Ainfi, Madame, je la
t remets jufqu’au Mois pro-
> chain , & ne prétens point
/ paffer celuy-cy fans vous
. dire deux mots de Guerre.
Nos Braves fe plaindroient
avec railon , fi je laiflbis
l repofer ma plume tandis
j qu’ils font agir leur valeur.
Mr le Marquis de Bouflairs
fait tous les jours parler de
luy à Fribourg,& on a peine
. à croire ce qui fe dit des
Partis
s’ouvrent paifage dans des
/ V- ' g -i- *Vv. Vf -Z^Azl I
lieux qu’on avoit crûs jufque-
là impénétrables. Mr!'
Blanque Lieutenant Colonel
du* Régiment de
Roiiergue, qui comman- j
doit dernièrement un de
fes Partis, a fait merveilles uà
la telle de deux cens cin- ,
quante Hommes. M'd’Ar- 1
tault Capitaine des Grena-ii
diers, & Mr de Montomer
Capitaine de la Marine, fe ‘
font extrêmement dillinguez-,
ils ont fait quantité
de Prifonniers, défait
toutes les Gardes avancées
des Ennemis, & par là ruiné
i- * tous
G AL A HT- 265 tous leurs deffeins. Les Partis de Maltric continuent de leur collé à faire des prifes-, & deClain- viliers qui commandoit un Party de la Garnifon d’A th, a défait trois cens Hommes qui voulo'ient entrer dans ’ Mons. Les Ennemis em-
a faire fortifier N. Dame
mais
Îployoient tous leurs foins à de Hal -, . plufieurs Perfon- nes y travailloient -,
. quoy que cette Place qui i n’eli pas éloignée de Bru- . < xelles, leur foit de la der- i niere importance, le feul Janvier. T.
• 4
M MERCVRE bruit de la marche de Mr le Marefchal deHumieres, les a oblige^ de le retirer avec autant de précipitation cpi’ils montroient d’ardeur a fe mettre en état de nous refifier. Pendantqu’ils abandonnent leurs Fortifications, nous en faifons de nouvelles à Fribourg, Sche- leftat, &S.Guilain. Il n’appartient qu’à la France de faire tant de chofes à la fois, & de triompher de tant de PuilTances Souveraines. Elle fonge à tout, elle prévoit à tout, & il fuffit qu’-
GALANT. 267 elle entreprenne pour pouvoir le répondre du fuccés. -Moniteur le Marelchal- Duc de la Feüillade eft party pour Toulon.. Il s’y doit embarquer, & paffer de là à Meffine. Il a mené avec luy Mr le Chevalier de Luzancy,& Mrs de Candau, de S.Remy, & de Menevil- lette, Officiers aux Gardes. Comme il fe connoift en Braves, il n’a choify que des Gens capables de le féconder. Je viens d’apprendre prefentement que M1 le Marquis de Bouflairs
a remporté de grands avantages
du collé de laSuabe;
O 7
mais n’eftant pas encor inftruit
des particularitez , je
les referve pour le Mois
prochain. Tous nos Braves
ne meurent pas à l’Armée,
& c’elt affez d’y braver la
mort, pour ne l’y pas rencontrer.
Mr Macline Lieu-
*
tenant de Roy de Maftric,
& Colonel de Piémont,
apres trente - deux années
de fervices, pendant lesquelles
il a elfuyé toute
forte de périls, a finy fes
jours dans fon Lit, & cil
■ mort comme il a vefcu.
M1 Betou qui avoit la Lieutenance
de Roy de Charleroy,
a eu celle de Maltric^
&on a donné le Régiment
de Piémont à Mr Voifin
Capitaine aux Gardes,Frere
de M1 Voifin Avocat General
du Grand Confeil, &
Oncle de Mr Voifin Con~
feiller d’Etat. Mr de Caillavcl
a efté fait Ayde-Major
des Gardes en la place
de feu M1 de Pierrebafïè-,
& M1 le Cher de Romefny
a obtenu la Lieutenance
aux Gardes de Mr de CizyoMERCVRE
, gonne. C’elt par ces ré- ' compenfes que le Roy a voulu faire connoiltre qu’il fe fouvenoit des fervices qu’ils luy avoient rendus en plufieurs Campagnes, où ils ont donné des marques de leur valeur, & principalement au Siégé de S.Guilain. Mr d’Argonys a eu la Lieutenance Colonelle duPlellis. J’ay oublié jufqu’à aujourd’huy à vous dire que lors que MIS de Ruban tel & de Tracy fu- icnt faits Marefchaux de Camp, Mr le Marquis de
GALANT. 271 la Frezeliere Lieutenant General de l’Artillerie, fut aufli nommé par Sa Ma- ' jefté pour le mefme em- ploy. J’ay fi fouvent parlé de luy , & des chofes fur- prenantes qu’il a faites,, qu’il n’y a point d’Offïcier qui vous doive eftre moins inconnu. Mr de la l’ie- gniere-Hebert elf party depuis peu de jours pour aller prendre poffellion du Gouvernement de la Citadelle d’Arras que le Roy luy a donné. Il eft Brigadier des Armées de Sa Ma-
— ....
Z nij
jefté, & Lieutenant Colonel
du Régiment de Piémont.
11 commandoit à
Tongres dans la première
Année de cette Guerre ; &
la maniéré dont il s’elt fignalé
à la défenfc deMaftric,
& particulièrement à
la reprife du Baftion Dauphin
, a fort augmenté la
gloire qu’il s’eftoit déjà acquife
en plufieurs autres
occafions depuis plus de
vingt-cinq années de fervice.
Je vous ay déjà fait fçavoir,
Madame, fur ce qui
GAJÉ <
regarde Moniteur le Tcllier,
que les Lettres de
Chancelier avoient elle enregiltrées,
&j’ay à vous entretenir
aujourd’huy de la
publication de ces mefmes
Lettres qui fut faite il y a
trois jours. M'Pajot, un
des plus célébrés Avocats
du Parlement, parla fur
cette matière avec un applaudiffement
univerfel. 11
dit que c’eftoit particulièrement
dans la mauvaile
fortune que le Sage fe falloir
connoillre ; mais que
Moniteur le Tellier avoit
274 MERCVRE toujours paru tel & dans les profperitez & dans les ad- verfitez, & qu’il n’avoitpas moins remply les devoirs de Magiflrat & d’Homme d’Etat, qu’il avoit glorieu- fement 1 atisfàit à ceux de
Pere par l’éducation de fes
Enfans. Il tomba delà fur
l’Eloçre de Moniteur de O
Louvoys, &: fit voir qu’il cxecutoit les Ordres du
Roy avec un zele fi prompt •& une aétiviré fi ponctuelle , que les chofes fe trou- voient prefque toujours faites dans le mefme temps
J > GALANT. 275 )quelles avoient efté réfo- • jlues. Il n’oublia rien de ce •> qui fe peut dire lur l’ardeur f infatigable de ce Miniftre,. • & ajouta que fi Monfieur file Tellier avoit donné un [ Fds à l’Etat dont les grands J fervices contribuoient tant ; à fa gloire, il en avoit don- : né un autre à l’Eglife dont elle ne droit pas un moindre avantage. Il auroit pouffé cette louange plus loin, fans la prél'ence de Monfieur 1 ’ Archevefque de Rheims qui lecoutoit, & dont il dit qui il crai-
gnoit de faire foufrir là modeftie. L’indifpofition de M1 Talon Premier Avocat General, fut caufe qu’il ne parla point, & ce qu’il doit dire là-deflùs eft remis. Vous ne ferez point fâchée fans-doute d’entendre au- jourd’huy parler la Juftice au lieu de luy. Oyez ce que Madame de Villedieu luy fait dire. Tant d’Ouvrages que nous avons d’elle,écrits avec autant de délicateffe que de netteté, vous donnent une affez forte aflu- rance qu’il ne peut rien
G ALANT 1•277
[ partir d’elle, qui ne foie
t fort digne d’élire écouté.
■6
: EXCLAMATION
de la Juftice fur le choix que
le Roy a fait de Mr leTellier
pour eftre Chancelier de
France.
N fin, grand Jupiter*
voicy le jour heureux*
Ûu depuis fi longtemps
afipiroiët tous mesvoeux.
Je voy l'ordre Eternel qui gouverne
la France*
Remplir pour ce cher lieu ma plus
douce efperance,
Et ta main coduifiant le plus grand
de fies Rois*
278 MERCVRE ;
ZeSa^e le! admimflrer ;
mes Loix. :]i
Déjà quand par les foins que tu
frens de la T erre*
Tu fis nommer fin Fils Minifîre
de la Guerre*
le crus que four m offrir un Empire
nouveau*
T ullué El ofliliue fort oit de fon
. Tombeau. I
l e droit de tout ofer* la licence im -
punie* . |
Qui d'entre les Guerriers fembloit
m'avoir bannie*
a4u feul nom de Loüis, prononcé h
far Louvoy, |1
Gomme Ennemi* vainc tu s'enfuirent '
devant moy>
Je vis fous l'Et endart la flusficrt
jeune(fe | j
Soumettre fes ardeurs aux Loix de
la Sagfle*
Tes Pavillons du Prince & de fon.
General,
Ne fe planter au Camp quapres
mon Tribunal^
Mais que ne vois-je point danr ce
jour fa Int air el
le voy la Loy Civile, la Loy
Militaire,
Ranger fous mefme efprit cesfdeux
divers Eftats,
I Et le Pere & le Fils devenir mes
deux bras.
Tu me les as donnez^, b P rince incomparable
pçane adorable.
Tu joins ce jufle choix à tant de
choix divers.
Oui t'ont
Il Univers.
jamais fur tes choix les lu •
mi ères divines
Prennent du fitin des Dicnx ainfi
leurs oriÿnesî
Qu à, jamais tes projets & dcGuerre
& de Paix*
P toi (fient ainfi remplir mes plus ardcns
(ouhaits^
Pt puffie par fies Voeux la prance
fortunée,
Obtenir fi long-temps la me fine
defiinée,
Que pour un Siecle entier la préférant
aux deux,
le fiuiwe de Louis tous les p.
glorieux.
if
J ajoute à ces Vers un
Anagramme qui a elle'fait
pour Mademoilelle. L’Anagramme
, comme vous
fçavez, elt une Ville de
l’Empire de la Poefie, & la
Carte que vous en avez
veuë vous a fait connoiftre
dans quelle Province elle
cil fi tuée.
Sur le Nom de S. A. R.
Mademoiselle.
MARIE-LOUYSE D’ORLEANS,
LIEN DE ROYALES AMOURS.
ErveiOeufe Princeffe*
aimable &fortunce^,
IT’ous efles ? arncrnet le
fluebeaude nos jours,
pour (lavoir le bonheur de voflre
de/hnety
Janvier. A a
s beaux yeux pour- née.
Ne confultons jamais les Aflres* ny leur cours.
On voit dans v&
qui vous efles On lit dans vofire Nom voftreheureux
Hymenèe^
Puis qtte Lettre pour Lettre on y verra toujours
LIEN DE ROYALES AMOURS..
J’en croirois plutôt! cet Anagramme, cjui promet une Couronne a une Prin- çefle qui eft née pour la porter, que toutes les Prédirions de l’Almanach de Milan, quoy qu’il femble que tout ce qu’il a prédit
GALANT 282 depuis trois ans fait arrivé,. & qu’il ait acquis tant de crédit, qu’il ell devenu à la mode pour les plus belles Ruelles où tout le monde le lit comme un Livre de galanterie. Celuy de cette Année fait voir qu’entre plufieurs grands évene_ mens, le dernier avoit marqué le Mariage du Prince d’Orange. Si unEpitalame Latin pouvoir entrer dans mes Lettres, que prefque toutes les Dames lifent a- près vous, je vous envoyé- rois celuy que Mr de Zuy- Aa ij
*1•' s
LCVRE
liçhem a’ fait fur ce Ma-
riage, On m’en fait efpe- rer une Traduction Fran- çoiic, & vous ferez affûré- ment une des premières qui la verrez. Je croy que je puis loiier l’Autheur de ce bel Ouvrage. Le Roy ne fait point la guerre à 1 ’ Efprit, & il a fouvent donné pcnfion à des Etrangers pour récompenfer des Talens extraordinaires. Ce- luy dont je vous parle eft tres-âsré. C’elt ce fameux
• O
Mrde Zuylichem, à qui feu Mr de Balzac a tant adreflé
Mr Huguens, dont la réputation
eft fi bien établie en
France, & qu’on tient avoir
• efté l’inventeur de la Pendule.
Ce mot de Mariage me
It
fait rapcler celuy de Mon-
! fieur le Marquis de Livry,
:> qui époufi Mademoiselle
I de S. Aignan au commen-
) cernent de cette Année. Il
Îeft d’une ancienne Nobleffe,
qui fe connoit &
, par un Cardinal de laMai-
1 fon, &: par les Charges con-
1 fidérables que fes PrédeeefTeurs
ont toujours eues:
à la Cour. Mr Sanguin fon
Pere eft Premier Maiftred’Hoftel
du Roy ; & l’eftime
particulière dont Sa
Majefté l’honore, retombe
lur M1 le Marquis dcLivry,.
qui eft Meftre de Camp
d’un Régiment de Cava- .
lêrie , & qui s’eft fignale
daqs la Guerre en dirercntes
occafions. Il a dcquoy
plaire par fa Perfonne, &
on ne peur faire des galanteries
aufli à propos qu’il
en a fait pour Mademoi- ,
fclle de S.Aignan depuis
fon Mariage arrefté, fans
eftre naturellement libéral,.
& avoir autant d’efprit que
d’amour. Madame la Mar -
quife de Livry fa Femme
eft belle, bien faite, civile,
obligeante, a de l’efprit,
beaucoup de vertu, & une
grande douceur, quoy que
meflée d’une fierté neccflàire
à celles de fon rang,
qui fait connoiftre en mefme
temps ce quelle eft, &
L’affluence des Perfonnes
font venues complimenter
Monfieur le Duc de S. Ai- .
gnan fur ce Mariage, eft
une marque de la véritable
eftime où fon mérité l’a
mis par tout. Elle eft fi generale
, que comme il a
l'honneur d’appartenir de
fort près aux Revnes de
Portugal & de Pologne, &
a Madame Royale de Savoye
, leurs Réfidens ont
prévenu d’abord leurs intentions
par des civilitez
qu’ils n’ont point douté
qu’il ne leur duft eftre ordonné
de faire. La No pce
fe
fe fitàl’HofieldeS.Aiirnan
laquelle il ne le peut rien
ajouter. Il y eut plufieurs
Tables fervies. La propreté
égala la profufion & la délicateffe
des Mets -, & fi le
goufi fut flaté, les oreilles
ne le furent pas moins par
une fort agréable Mufique.
Il ne faut pas s’étonner de
la fomptuofité de cette
Fefte. Monfieur le Duc
de S.Aignan fait fi bien les
chofes , que tout n’y pouvoit
qu’elf re & magnifique
& bien ordonné.
Je vous envoyé ce qui
s’elt imprimé de nouveau
pendant ce Mois , c’cft à
dire la troifiéme Partie de
l ’ Heroïne Moufquetaire,
qtïe vous trouverez écrite
avec le mefme agrément
que les deux premières, &
la fécondé Partie des Sewarambes.
Ce font des Peuples
que l’Autheur nous
peint afïèz raisonnables
dans leurs maniérés, pour
faire nailtre l’envie de les
aller connoillre de près, fi
c’elloit un Voyage aifé. Il
diverfifie ce qu’ii nous dit
GALANT. 291 de leurs moeurs, cfHiifoires du Pais fort divertiflantes, & vous ne rcgreterez point le temps que vous donnerez à cette lecture.
Pour ce qui regarde le Théâtre, la Troupe de Gué negaud a joué la Dame Médecin de Mr de Mont-
fleury; & celle de l’Hoftel
de Bourgogne, le Comte d Ejjex, que je vous man- day la derniere fois qu’elle
promettoit. Je ne m’eftois point trompé, en vous di- fant qu’il n’y avoit rien de plus touchant que cette Bb ij
Piece. Elle a déjà coulté
bien des larmes à de beaux
yeux, & c’eft une allez forte
marque de fon fuccés. Ce
n’elt pas quelle n’ait eu la
deftinée de tous les Ouvrages
qui ont le mieux réiifly.
On les critique d’abord, &
ceux qui mettent le bel Efprit
à n’approuver jamais
rien, ou qui veulent que
tout ce que leurs Amis
n’ont pas fait foit à rejetter,
ne manquent pas*de
palier Arreft de condamnation
le premier jour.
On en a ufé de la mefme
3
force à l’égard du Comte d’Eflèx. Une douzaine de Vers qu’on a prétendu élire négligez, a fait dite
O O ’ aux uns & aux autres, qu’il feroit encor plus promptement condamné en France, qu’il ne F avoit elle autrefois en Angleterre. On l’a publié, on l’a écrit en Province. Cependant les grandes Affem-
& blées y continuent, & il n’y a pas d’apparence qu’on les voye fi. tort ceflèr. Leurs Alteffes Royales, Monfieur & Madame, ont honoré
B b iij
2MMERCVRE la.Repréfentation de cette Piece de leur préfence j & apres les louanges publiques qu’ils luy ont données, on peut dire quelle n’a befoin d’aucun éloge. La gloire en eft d’autant .plus grande pour Mr de Corneille le jeune, que ne • prévenant jamais les fuf- frages ny par des leétures. ny par des brigues, il peut s’aflurer que ce qui réiiflit de luy mérité toujours de réüflïr. Il eft vray que cet Ouvrage eft admirablemét foûtenu danslaTroupe qui
GALANT.; 2^ le reprefente. On fçait que M,le de Chammellé n’a
jamais de Rôle touchant qu’elle n’y charme, & celuy du Comte d’Eflèx cil jolie d’une maniéré qui luy gagne tous fes Auditeurs.
Cette mefme Troupe nous promet une Tragédie intitulée Lyncée, & une Comédie en trois Aéles lous
le nom des Nouvellifles. Cette Tragédie eft de Mr Abeille. On en parle fort avantageufement, Scjene manqueray point à vous en faire fçavoir le fuccésu
B b iiij
^MERCVRE Les Nouvellifies {ont de l’Autheur de Crijpin Mu- ficien* qui n’a pas moins diverty la Cour que le Peuple , & dont les Repréfen- tations ont eu cet Hyver autant de fuccés que fi la Picce eufb encor eu la grâce de la nouveauté.
On parle du Départ du Roy pour un des premiers jours de l’autre Mois. Sa Majcllé n’a point fait d,e Lieutenans Generaux. Elle a feulement nommé Mon- fieur le Duc de Vendofme, M1 le Marquis de Revel
A T
GALANT. 297
de BroHio, & Mrs de Gour-
1
nay & de Cayac y pour fervir de Marelchaux de
Camp. Mes Lettres vous ont fouvent parle de Mon- ficur le Duc de Vendofme,
& vous n ’ ignorez pas ce que l’ardeur de la gloire peut iur luy, puis qu’il n’a jamais confideré le péril
quand il a trouvé occafion de fe fignaler.
Ceux qui ferviront de Brigadiers de Gendarmerie, de Cavalerie, & de
Dragons cette Campagne, font
MERCVRE
M1. deBtufac.
Mr de Bufca.
Mr de S. Eftéve.
M1 de la Serre.
Mr de Neuchelle Lieutenant
des Gardes duCorps.
M1 le Marquis de Cepeville
Capitaine-Lieutenant
des Chevaux-Legers- de la
Reyne.
Mr de la Roque.
M le Chevalier de Clainvilliers,
Colonel de Cavalerie.
Mr le Marquis de Tefle,
Colonel de Dragons.
Mr Mathieu a auffi elU
GALANT. 299
nommé pour eltre Brigadier
d’infanterie.
»
t
>
Le choix que SaMajefté'
a fait de tous ces Braves,
elt une marque de la connoiflance
qu’il a de leur
valeur -, & comme ils ne
manqueront pas d ’occafions
à la faire paroilh-e
pendant la Campagne,
j’auray fouvent à vous parler
d’eux.
Leur départ diminuera
fort les Alfemblées qui fe
font ordinairement dans
cette Sailon. Il y en eut
une fort grande ces derniers
Ii jours chez Monfieur l’E- ÿ'-'
vefque de Strafbourg, qui. i‘;
donna Bal, Colation, &
J’avois une Hilloire fort
agréable à vous conter, LA
Des Bergers & des Ber- G>
gérés galantes y ont partj
mais ma Lettre eft déjà fi j 7
longue , & je fuis tellement
prefle du temps, que
vous ne l’aurez que dans
celle du Mois de Février.
J’ajoûteray feulement icy,
afin que vous ne vous plaigniez
pas de moy, une petite
Fable dont vous aimei
rez la moralité. Elle eft de
> celuy qui a fait le Conte
de Demofthene.
: LA PIE & LE PINÇON.
| FABLE.
N i°ar la Pie &
le Pinçon
yw S'entretenaient en-
| fcmb le ,&vant oient
leur efpece.
Qui ne fait de quelle façon
La Pie à caqueter s'cmprcffcl
Son interefi encor fe venant là
mefler, "
Vous juqezjiien quelle parla fans
± * S -X 'K.
Car pires que tout l'inter eft fait parler. **fl
Que de fauffes rai font font par elle citées.) . ... I
Et d'un tour différent vainement répétées ! I
Vn tel difours pourroit ennuyer le
L etteur, l j
Et mefme fatiguer t Autheur
Qui doit ri étaler de la chofe I Que le fort. Le voicy. Perfonne prcfque riofe., ^1
Dit la Pie ,• attenter fur nofre libertés H
Dus Les Bois,&parmy les P laines Nous fommes fort en fe lire té. Tandis que les Cages font pleines De Pinçons, feplaignant de leur captivité, Contre vous l'Oifleur exerce fen adreffet * |
JMais il refpetfe noftre efpece.
L e Pinçon Lifté d'écouter,
Répondit de cette maniéré.
De cepaifible état ne foyez^point
Et ria lie plus votes en vanter,
Z 'ignorezyous? voftrepeu de mente
■paît qu'aucun ri attente furvew*
Quand noftre douce voix, invite
A tendre des rets contre nous.
Belles, quand par chagrin une
Prude fans charmes
Viendra vous infulter, & dire fans
raifon
Qu'on la voit à couvert de ces tendres
alarmes
Dont nos coeurs qu'on attaque ont
fouvent à foifons
Si vous avez^dejfein de la confondre,
3o4 MER-GAU
11 ne vous faut que luy répondre Prcfque de la me (me façon Qtfd la Caufeufe a fait nofre Pinçon.
Je fuis, &c.
A Paris ce qi. lanvier 1678,
ON donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le premier jour de chaque Mois fans aucun retardement. Il fe diftribuëra toû- jours en blanc chez le Sieur Blageart , Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques, à l’entrée de la Rue du Plaltre , au prix de Seize lois. Et au Palais à vingt-cinq fols relié en Veau, âc vingt en Parchemin. Les dix Volumes qui contiennent toutes les Nouvelles de l’Année 1677. fe donneront toujours au prix oridinaire, c’eft à dire vingt fols en Veau, & quinze en Parchemin au Palais, & dix fols en blanc chez ledit Sieur Blageart.
[< PXJPILECE
PRIVILEGE DP ROY,
LOUIS par la grâce de Dieu, Roy ' de France & de Navarre : A nos amez & féaux Confeillers les Gens tenans nos Cours de Parlement, Maîtres desRequeftes ordinaires de noftre Hoftel , Baillifs , Senefchaux, & à tous nosjufticiers & Officiers qu'il appartiendra: Salvt. Noftre cher & bien amé Jean Danneav, Ecuyer Sieur de V. Nous a fait remontrer qu’il a cy-devant compofé LE MERCURE GALANT, dequoy il nous avoit plu luy accorder nos Lettres : Mais délirant le pour fui vre plus • régulièrement de Mois en Mois, à caufe de la fatisfadion que le Public en reçoit, & que noftre tres-cher amé Fils Le Davphin veut bien qu’il parroifle tous les Mois fous Ion Nom , (Sc iceluy Danneav voulant par ces rai fon s r embellir de tous les •
Janvier. Ce
Ornemens que luy pourront prefter les Matières dont il traitera, & y a- joûter plufieurs Planches lefquelles l’obligeront à de grandes dépenfes qu’il luy conviendra faire , & def- quelles il ne pourra eftre fi-toft rem- bourfé, attendu le grand nombre qu’il fera obligé d’en faire, à caufe de la longue fuite des Volumes , 11 nous a rres-humblement fuplié de luy vouloir accorder nos Lettres à ce neccf- frires, où.defenfes fu lient faites aux Gwtveurs de graver, faire graver & imprimer , vendre & faire vendre, inelme feparément, aucunes deldites
• Planches qui feront dans les Volumes dudit Nouveau Mercure Galant. A CES CAUSES, délirant favorablement traiter ledit Expofant, Nous luy avons permis & permettons par ces Prefcntês, de faire imprimer par Mois lefdits Volumes fous le Titre de
• Novveav Mercvre Galant, en telles marges, caraéteres, telle Langue, tels V olumes, & autant de fois
qu’il defirera, par tout noftre Royaume, ce par tels de nos Imprimeurs par Nous refervcz que bon luyfeni- blera, & iceux faire vendre & débiter par Mois dans tous les Lieux de noftre obéïffance, pendant le temps & efpace de fix années entières & accomplies , à compter du jour que chacun defdits Volumes fera achevé d’imprimer pour la première fois. Faisons tres-exprellès inhibitions & defenfes à tous Imprimeurs, Libraires, & à toutes Perfonnes de quelque qualité condition qu’elles (oient, de les imprimer, vendre, ny débiter, fans fon contentement, ou de ceux qui auront droit de luy, fous aucun prétexte que ce puillè eftre , comme d’augmentation, correction, changement de Titre, & autres, & mefme d’en vendre i’ousde faillies marques, d’en extraire aucunes Pièces, d’en compofer des Relations, d*cn vendre feparément, d’en mettre piulieurs Volumes enfembley ou en un teul
Ce ij
Volume, d’Jmpreffions étrangères & contrefaites,comme auffi d’en appor, ter, vendre 6c diftribuer de ceux qui pourroient avoir efté contrefaits aux Pais étrangers , aufli fous quelque prétexte que ce foit. Défendons aux Graveurs degraver, faire graver,im-.. primer & vendre, mefime feparément, aucunes des Planches dudit Nouveau Mercure Galant, à peine de fix mille livres d’amende, payables fans déport par chacun des Contrevenans, applicables un tiers à l’Hofpital General, un tiers au Dénonciateur, 6c l’autre à l’Expofànt, 6c de tous defpens, dommages 6c inter efts, 6c con fi (cation des Exemplaires contrefaits. Vovlons que fi aucuns en font trouvez faifis, il foit procédé contr’eux comme s’ils Favoient imprimé. Et d’^vtant que la Lefture dont quelques Libraires font commerce, empefehe le débit 6c le gain-que les autres Libraires en pourroient faire, 6c mefime le recouvrement des frais qu’il convient faire
pour l’Impreftion 6c les Planches, Défendons auldits Libraires d’en donner à lire, fous les inefmes peines, à condition qu’il fera mis deux Exemplaires defdits Ouvrages dans noftre Biblioteque publique, un dans celle de noftre Cabinet qui eft en noftre Chafteau du LouvrK 6c un autre dans celle de noftre tres-cher 6c féal le Sieur Le Tellier, Chevalier, Chancelier de France, avant que de les expo fer en vente, à peine de nullité des Pre- fentes ; du contenu defquelles vous mandons, 6c nous voulons que vous faiïiez jouir dans tous les Lieux de noftreobcïllance ledit Danneav, ou ceux qui auront droit de luy, fans fou- frir qu’il luy foit donné aucun em- pefehement ;• 6c qu’en mettant au commencement ou à la fin de chaque Exemplaire un Extrait des Pre- fentes, elles foient tenues pour bien & deuement lignifiées , 6c qu’aux Copies collationnées par un de nos amez 6c féaux Confeillers 6c Secre-
foires foy y foit ajoûtée comme à
F Original. Commandons en outre
au premier noftre Huiffier ou Sergent
lur ce requis, faire pour l’execution
des Prefentes tous Exploits neceffaires
, fans pour ce demander autre
permiflion ; Car tel est nostre
plaisir: Nonobftant Clameur de
Haro, Chartre Normande, & autres
Lettres à ce contraires. Donne’
à Saint Germain en Laye le trenteuniéme
jour de Décembre,?An de
Grâce mil fix cens foixante & dixfept,
Et de noftre Régné le trentecinquième.
Signé , Parle Roy en
fon Confeil, J v n qv i e r e s.
Rcgiftré lur le Livre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs
de Paris , le 5. Janvier 1678. fuivant
l’Arreft de la Cour de Parlement du
8.Avril 1653. & celuydu
vé du Roy du 27.Février
E. Covterot,
Et ledit Sieur Dannè^ù Ecuyer,
Sieur de V. a cédé & tranfporté (on
droit de Privilège à C.Blageart, Im- I
primeur-Libraire, pour enjoüirfui-
vant l’accord fait entr’eux..
Acheté dimprimer pour la première fois
le 3t. lancier iGjf,
Chez GUILLAUME DE LUYNE, su Pilais, dans la Salle des Merciers., à la juftice.
CHARLES DE SERCY,dans la Grande Salle, à la Bonne-Foy couronnée,
ESTIENNE LOYSON, dans la Gallerie des Prifonniers, au Nom de Jefus.
JEAN GUIGNARD, dans la Grande Salle, à 1 Image S. Jean,
CLAUDE BARBIN, fur le fécond Perron de la Sainte Chapelle.
THEODORE GIRARD, dans la Grande S aile, à J’Envie.
La VeuveOLÏVIER DE VARENNES,dans la Salle Royale, au Vafe d’Or.
CHARLES OSMONT, dans la Grande Salle, à l’Efcu.de France.
' *•
Dans la Salle Royale, à l’image S.Louis,
Et en la Boutique de Qoi.net, dans la Gallerie des Prifonniers, al Ange Gabriel.
•
M. D. LXXVIII.
PRIVILEGE DV ROT.
Souffre^ que le Mercure
Galant wow aille enfin rendre
E P I S T R E.
/èj hommage*. Il n'approche de Vous qttavec une certaine crainte qu'il n'auroitpeut-eftre pas en s'approchant de tout au. tre Prince auprès de qui une aujji grande jeunejfe que la vofire laifferoit efyerer un facile accès. Il croiroit que les matières galantes qu’il luy offrirait , feraient de nature a l'occuper ajfe^ agréablement-, mais pour Vous, MONSEIGNEUR , il fait trop que ce qui a du rapport avec vollre âge, n'en a aucun avec vos fen- timens, Çÿ que les chofes qui ne feraient pas indignes d'un jeune Prince, nen font pas pour cela
E P I S T R E.
plus dignes du Fils de Loiiis
le Grand. Auffi, MONSEIGNEUR,
fi ÆMercure rieuft
eu à vous faire c^uedes Prefens
proportionnez. a vos années, il
ri aurait jamais eu la témérité
de s'élever jufquà Vous. Mais
il faut vous l'avouer. Il croit
avoir quelque droit d l’honneur
qu'il reçoit prefentement,
lors qu'il fonge qu’il vous fera
des Prefens tels qu'on les doit
faire aux Héros. Vous juge\
bien, MONSEIGNEVR, que
je parle des glorieufes /Etions
du Roy dont le Mercure ne
fçauroit manquer à efire remply.
Vous y trouverez. chaque
a l•i •j•
E PIS T RE.
Mois quelques traits de l'Histoire
qui luy efl particulièrei
fÿ quel cfl le Héros dont/’Histoire
neuf bien des vuides,fi
elle efloit diftinguée par chaque
Mois ? Cependant il ne s'en
pajfe aucun qui ne fait marqué
par quelque Exploitée ce grand
Prince, &’ le Mercure ne laijfe
vas d'ettreGuerrier remply
de nos Conquefies pendant ces
temps oyfîfs qui Semblaient ne
luy pouvoir fournir que le récit
de quelques Divertifiemens,
gÿ qui nettoient auparavant
deftine^ qu'à rafraifchir nos
Ainfi, MONSEIGNEUR, le
EPISTP.E.
Mercure fera, toujours honoré
des Noms des deux Princes du
Monde, dont l'un execute, gÿ
chojes. Le Nom du Fils accompagnera
toujours T Hiftoire des
Exploits du P en, ce fera la
une marque de l'attachement
avec lequel vous vous étudie^
à imiter un fi grand Modèle.
Toutes les Cours étrangères
apprendront que vous avez,
fans cefe devant les yeux l’Illuftre
Vie de T Incomparable
crainte, MONSEIGNEUR,
pour tous les Ennemis de la
France ! Ils tremblent déjà au
EPISTRE.
feul bruit de cette application continuelle que vousave'xji vos Exercices. Jls frayent que vous ne faites quy e(foyer vottre adreffe & vos forces 5 G? que quand vous les tournerez^ con- treux, il leur en coûtera des Provinces. lis tremblentfî- tofl que la Renommée leur an- nonce que rien n cchape à votre pénétration dans nos Au- theurs anciens ? & ils s'attendent
bien que vous y puifcre\ des Secrets de Politique qui feront un jour funefies a leurs Eflats ; Mais ce qui les allarme le plus, cefi le modèle que vous vouspropofe^ cefontlesVertus
EPIS T RE.
de Louis le Grand, dont
mous eftes & T Heritier & T1-
mitateur. Il fuffiroit d'efire
l'un ou l'autre, gÿ on peut dire
que ce feroit a.JJe^ ou quelles
mous enflent eflé influées parle
fang, ou que moftre ardeur a.
les imiter mous les eufl apprifes.
Mais,MONSEIGNEVR,
quqy que la Nature ait formé
en Vous un Prince digne d'efire
Terre, mous ave^ moulu mériter
un Titre fi glorieux par
Vous- mefme , gÿ mos foins à
cultimer mos rares talens ont
achevé ce que la naifiance feule
avoit commencé fi heureufey
EPIS T RE. ment. Quel honneur ne fe race pas pour le Mercure, fi en n.ous entretenant des Vertus de nofire <Mugufle Monarque, il peut contribuer qutlquecho- fe à cette inclination naturelle que vous ave^pour la Gloire? LOUIS luy fert de Garant quil aura de Mois en Mois des Actions plus éclatantes à vous préparer s & quand mejme et Héros eonfentiroit à borner fis Conqueftes par la Paix, il luy fournirait encor tant d’exemples de juftice àrécompenfer Je s Sujets , fÿ de fagejfe dans la difyenfation des Charges de l état, qu’il ne faudrait que
7
EPISTRE.
les future pour furpafer les Princes les plus Accomplis. Quand vous daignerez^ défendre jufquaux Mu fs du Mercure, elles tacheront d vous dé- lajfer l'efyrtt dans ces heures que vous ne donnerez pas d des Mufs plus férieufs. Il y a déjà, longcemps que vous ave^ commerce avec les Latines, quand la plupart des Sçavans de l'Europe ont travaillé auec tant d'emprejfement d vous les rendre familières, vous ria- viez pas tant befoin de leur fecours qu'ils avaient envie de paroislre avoir quelque part d voftre Education. Pour moy,
71
/
EPI S T RE.
M0NSE1G N EPR, je croiray eflre parfaitement heureux, fi en donnant quelques momens au Mercure, vousvoulefbien jetter quelque fou les yeux fur le profond reftecl avec lequel je fuis & feray toute ma vie,
MONSEIGNEUR,
Voftre tres-humble, tres-obéïflant & rres-fîdcle Serviteur, j : d.
1
E prie ceux qui ont des Parèns ou
J des Amis à l’Armée, de Hipléer à la'
tnodeftie qui les einpclche de me
faire part eux-me fines de tout çe
qu’ils font de remarquable. -Quoy
que j’aye parlé de beaucoup de Braves
depuis un an , 6c que j’aye fait
connoiftre quantité déclarantes Actions
qui feroient demeurées ehfèvelies
fans le Mercure , -je nïapperçois
tous les jours que j’en ay beaucoup
oublié. J’ay déjà dit, & je ne puis
! m’empeicher de le repeter , que ne
pouvant tout lçavoir par moy-mefine,
j’ay befoin du fecours de ceux qui
font informez des chofes, 6c qu’ils
font plus à blâmer que mey, quand
. I leur négligence à m’envoyer un Billet
fur ce qu’ils ont appris deconfidéra-
I ble,eft cairfc que le Mercure ne pu-
I: é
AT L ECT ETR. blie point les A étions dans Ici quelles l’amitié ou l’alliance leur Elit prendre quelque intereft. Il eft fait pour en donner la gloire à ceux qui l'ont méritée, aulïi-bien que pour le divertif- fement du beau Sexe ; 6c comme il eft lû prelquc dans toutes les Cours du Monde, où les merveilles qui le pallcnt en France le font fouhaiter, il eft bon que tout ce que nos Braves font de glorieux y foit connu. Il eft li vray que c’eft un Livre qui va par tout, que je fuis prelié par quantité de Peilonnes du beau monde de donner au Public un Recueil des Lettres que le Mercure m’attire des Provinces &: de plulieurs Pais étrangers. ]c ne prétens point parler de celles qui louent l’Autheur, elles feront toutes luprimées, & l’on m’obligera de ne donner des louanges à l’avenir qu’aux Ouvrages du Mercure où je n’auray autre part que celle de les a- voir ramalFez. Ce font ces fortes de Lettres, 6c celles qui mt font en-
atV LECTEUR.
Voyées fur les Explications des Enig- mes, & fur difcrens endroits du Mercure,qui formeront le Recueil que je p'rétens donner auPublic. J’y joindray fes Avis que je reçois pour ion Embelli Bernent, & pour l’ut il iré de ceux qui prennent plaifir à le lire. J’ay déjà rcçeuun Billet d’une belle Compagnie du Palais Royal qui fouhaite qu’en parlant des Familles Illuftrcs, j’y mette leurs Armes. C’eft ce qui pourra arriver, pourveu que leurs Amis prennent foin de m’en envoyer les Planches. Mais pour revenir aux Lettres qui font voir que chaque Ville a fes beaux Efprits, fur tout parmy le beau Sexe, j’en donne- ray tous les trois Mois un Volume qui fera intitulé Extraordinaire Galant dn Nouveau Mercure. Par là j’aurayl’avantage défaire connoiftré la France à la France, <Sc tous les Beaux Efprits comme je fais tous les Braves. Une feule Lettre mife à la telle de chaque Volume fervira de
LECTEUR.
Réponfe& de Remercxëmens à tous ceux qui ont déjà pris la peine de m’écrire fous le nom duSecretairc des Dames,fur tout àceluy de Saumur, à qui je rends mille gracespour toute fa belleCompagnie,au nom de laquelle il m’a fi fouvent expliqué la fatisfa&ion qu’elle recevoir du Mercure. Je ne parle point dans ce Volume de Janvier de tous ceux qui ont deviné le mot de l’Emgmedu precedent. Comme ils ne fe font point nommez, mais feulement les Villes d’où ils m’ont écrit, ce que j’en dirois pourrait paroi Cire inventé , &' d’ailleurs je n’ay rien qui leur puft faire connoiftrc à cux-mefmes que ce ferait d’eux que je parlerais. Ceux qui ont acheté le dixiéme Volume contrefait, & qui n’y ont point trouvé F Avis que j’ay fait mettre au commencement, font priez pour pluheurs raifons importantes de le lire dans quelqu’un des véritables.
Table des Matières principales
contenues en ce Volume.
ATrant-propos touchant toutes les
Nouvelles renfermées dans les
dix T'olumes du Mercure de l’année
1677. fage I
PComs de quelques 'Bra'ves qui aboient
efté oublie^, p-xj, & les fuitantes.
2>ifcour$ de T Année 1677. d l3 Année
1678. il
Sonnet de M. de la Mon noyé au Tfoy,
16
Rondeau pour Mon[è.igneur le Dauphin^
29
Ce\. qui s eft pafté le premier Tour de
Z’Année à la (ftur^ 31
Wi^ertijfèment que la Cour a pris cet
JFfy^er,
JW. de ‘Bartillac rentre dans Vexercice
de la Charge de Garde du Trefor
• • • &
? i1!
TABLE.
* 1 a • a 4 '
'Difcours fur la nature des Qbelifques* 57
Figure de l'Obelifqne d ' A ries 3 5 8
Inscriptions Françoifes faitesparMef- feurs de F Academie d'Arles* 49 la Fer tu malbettreufe* Lfifoire* 55 La^eritable 'Prairied la fauJJeTrai- ri e fa T^iyale* 9 f
Madrigal pour Mademotfelle de Fau- yineufl y<)
Madrigal pour Madame de Filleregy* 100
Zr jÇoy donne audianee aux Député-^ des Etats d'Artois, 101
'faifons pourquoy Pondit Filles Fo~ reftieres Foref Moire* 107
Mariage de M. le Comte de Fallard de Madem. de la TPvoliere* 111
Mariage dt Lys dota fpfe* 1^4 Mort de M. de S. André Treforier general de la Marine*
Cbajjes de S,Germain, 1^6
Sonnet du Solitaire de S, Maixent en
F oiton, - > •' i48
Fdabliffmcnt d'un: nouvelle Acadé-
TABLE.
mie 7(oyale proche le Palais d'Or-
Paroles de LL de Valnay pour Llonfe
igné tir Le 'Dauphin, mifes en .Air
Rondeau pour le r/(oyy de LL. Petit, 118
par LL. le Teintre*
Le 7(oy honore LL. le (jamus du (Los
de l1 Intendance de Tignerol, i i
Le 7(oy donne de nouvelles lettres Patentes
à LLejjieurs de P Academie
d" Arles pour P augmentation de dix
Gentilshommes dits leur Corps. Noms
desAcadem 'ciens^leurmérité,
LLejJieurs d'Arles donnent un Aodrtement
dans leur pfofiel de Fille à
LL de T A cademie^ j 9 ;
Sujet CP Penfees de la Ifarangue de
TABLE.
M.de Tfoubin à M.lefbancelier,\<)^ Sonnet dit mefme à M, le Chancelier y
>99
Nouvel Etablijfèmentd 'une Académie de 'Beaux E (prits à Coutance^ z 01 Galanterie envoyée à Madame la((om-
tef/e de Montrée( 207
Le foy honore M le Marquée de Feu- quieres d'une T lace de ((onfeiller d'Etat d"e'pée, comme il a^f oit fait M. le Duc de Fitry. T lu fleur s particularité 'fur cnfv(et, Ma if on de Falh elle, ^Air note\ zAir de M. de la Tour* Second Air note\
Di^crfes Explications de FEnigme du
Meù pafe, 2^4.
Rondeau fur 1* Enigme du dixième
Volume du Mercure, 2.2,6
Explication de la mefme Enigme s 239 Ehigme , 14.2
^Autre Enigme 9 246
Enigme en Figure, ibid.
Le foy donne F Abbaye du Mont
1T4-
H9 114-
219 2}O
M’
*55 de la
TABLE.
3*. Quentin a M.Courtin, l+s Sa Majefte nomme à l* Abbaye de
M<*rd> trots* le Tere Ch art on de la Terriere, 150
Z’Abbaye de fharonne eftdonnes à Madame le Majlre Abbejfe de Grandchamto, y *
Mort du Vue de la Force,
Mort de M idarne de Sable, Mort de Madame la Vuchejfè
Vieu^ille,
Mort de Madame la Comtejfè de 7)ru - bec, 26 i
Articles de Guerre > 26}
Départ de M. le Vue de la Feiiiiïade* 167
Diyerfis Charges données par Sa Ma- jefte', 268
£e qui s efl pafe' à la publication des
Lettres de M. le Chancelier, | 17;
Vers de Madame de Villedieu, 177 Anagramme fur le Nom de Mademoiselle, 181
M. de Zuylichem dd. Ffuguenst
lpo
ip i
T A B L E.
y
Mariage de BTaden oifelle de <T. Ai- gnan a^cc dd.lt tAarqu^ de Li'vry, 285
Libres nouveaux, '
'Biyertijffimens donnes^ promis au TubliC) lÿ!
Noms des nouveaux Officiers Generaux y i73
'Bal che^ M. l'E^efque de Strasbourg* Ü *99
L a B ie le T inçon, Fable* j 0 j
Fin de la Table,
J
E vous en ay déjà
priée, Madame, faites
moy la grâce de m’épargner
-, & Tl vous me
voulez perfuader que les
dix Lettres que vous avez
reçeués de moy vous ont
donné autant de fatisfac-
Janvier. A
*
XV
5
.'//i
fa » tir
2
tion que vous m'en témoi-
gnc£, publiez la part que j’y puis avoir, & ne vous attachez qua la màtiere. Il elt certain, à la bien examiner, que la Pollerité aura peine à croire tout ce que ces dix Lettres contiennent. Elles renfèr- ment les Nouvelles de l’Annee 1677. & les grandes chofes qui s’y font faites ne trouveront point de croyance dans les Siècles à venir, parce que les Siècles paffez n’ont rien produit de lemblable. En effet, on
GALANT. 3 ne peut vanter la prife de Troye , qu’on ne fe lou- vienne qu’elle a coûté dix années de Siège aux Héros de l’Antiquité. Voyez les Romains. Ce n’a elté qu’a- pres un fort long temps qu’ils le font rendus maîtres de Cartage ■ &: comme la plus grande partie de la Terre elloit fous leur Domination,
quand ils ont fait des Conqueltes confi- derables, leurs Armées ef- toient remplies de mille Nations fubjuguées qui leur aidoient à vaincre les A ij.
4 MERCVRE
autres -, mais depuis nos
dernieresGuerres, pendant
lefquelles nous avons réduit
des Places qui paroiffoient
prefque imprenables
, nous pouvons dire
que la France n’a vaincu
qu’avec la France, & que
nous l’avons veuë triompher
tout à la fois d’un Empereur
puiflant par des
Royaumes Héréditaires-,
d’un Empire redoutable
par un nombre infiny de
Souverains -, d’un Roy
d’Efpagne craint dans les
deux Mondes, & qui comGALANT.
5 pte des Sujets prefque par tout ; d’une Republique qui a eu la vanité de fe croire aflez floriflànte pour pouvoir devenir l’Arbitre des Rois -, & de quantité d’autres Puiflànces que la jaloufie tient encor pre- (èntenient liguées contre nous. C’eft dans l’année où le Roy a eu les forces de tant de Princes fur les bras, qu’il a fait les chofes les plus étonnantes , & que la Victoire s’ell rendue infé- parable de fes Armes dans tous les lieux où l’on a dé-
A iij
ployé fes Etendarts. Nous
l’avons veu partir en Février,
& emporter en peu
de jours des Places beaucoup
plus fortes que celles
qui coûtoient autrefois des
années. Sa prelènce femble
avoir fait tomber les
Murs de Valenciennes.
Cambrayn’a pû refifterrlà
Citadelle s’elt rendue. Les
Plaines de CaflTel déjà célébrés
par les Victoires de
deux Philippes, ont rougy
prefque aulîi-toU: du fang
de nos Ennemis, & leur
Défaite a réduit S. O mer à
ouvrir fes Portes. Dans ce
mefme temps les Armes
de France triomphoient à
deux.mille lieues de là, Si
nous prenions la Cayenne
auxHollandois. C’ertdans
cette mefme anne'e que nos
François fe font rendus
maiftres de la Scalete, &: de
plufieurs autres Portes de
Sicile ; qu’ils ont défait en
Catalogne toutes les forces
d’Efpagne ramaflëes de ce
cofté-là; qu’ils ont fait lever
le Siégé de Charleroy,
ctably des Contributions
en cent lieux qui n’en a-
A iiij
voient jamais payé, détruit
la grande Armée de l’Empereur,
de l’Empire & dés
autres Alliez, repouffé au
delà du Rhin le Prince de
Saxe - Eyfenach, batu en
fuite & enfermé le mefme
Prince dans une Ifle, triomphé
à la Journée de Cokberg
de l’Elite des Troupes
de l’Empereur, pris Fribourg
& Valkrik dans fes
propres Terres, fait repafler
le Rhin & quiter les
Quartiers d’Hyver à toute
fon Armée contrainte d’abandonner
les Polies qu’-
GALANT. ? elle occupoit fur la Sarre- & cela, dans un temps de neiges & de gelée, & tandis que nous achevions nos Conqueftes en Flandre par la prife de S. Guilain. Ce dénombrement cil fi grand
O qu’il ne paroift prefque pas croyable au bout de l’année à ceux-mefines qui ont tout fçeu, tout veu & tout exécuté ; & comment l’avenir en croira-t-il nos Hilloires, s’il examine le peu de temps , la force des Places, & le nombre des Ennemis? 11 faut fe taire, admirer,
s’étonner. Vous avez toutes
ces merveilles dans les
dix Lettres qui font enfin
une Année entière de ce
Mercure que le Public a fi
favorablement reçeu.Vous
y avez les meilleurs Ouvrages
qui fe foient faits làdeflus,
& la plupart des Harangues
dans lefquelles on
a tâché de peindre ce qui ne
peut jamais eftre que faiblement
ébauché. Je ne
fuis point lurpris que vous
vous foyez fait un plaifir
d’apprendre les particularité
z de tant d’acUons étonnantes,
puis que nos Ennemis
mei'mes qui lifent le
Mercure, font affez juftes
pour ne refufer pas leur admiration
au Roy apres les
Prodiges de cette Campagne,
tant il eft vray que
ce 'grand Prince elt au
O ’ \ deflus mefme de l’Envie.
Comme fon exemple n’a.
pu rien infpirer que d’extraordinaire
à tant de Braves
qui ne refpirent que
pour la gloire, j’ây tâche de
rendrg jultice à tout le
monde, en n’oubliant aucun
de ceux qui ont eu l’avantage
de fe dillinguer.
En cela je n’ay eu égard
qu’au mérité, & n’ay point
regardé s’ils eftoient du
Soldat peut monter aux
plus hauts degrez oùlaValeur
ait droit de prétendre,
& je me fuis d’autant plus
attaché à mettre les belles
A étions de quelques Particuliers
dans leur jour, que
celles des Perlonnes d’une
naiffance élevée ne demeurent
jamais inconnus. Si
ceux qui ont les grands emplois
dans les Armées agiflent
en mefme temps & de la telle & du coeur, ce font les autres qui exécutent, & j’ay crû qu’ils louffriroient volontiers que des Braves qui les ont luivis dans le Combat, fulfent placez apres eux dans le Mercure. Ce n’elt pasque malgré toute îexaétitude qu’on puiflè avoir à recueillir tout ce qui fe paflè de plus éclatant dans ces Occafions importantes qui donnent de la curiofité à tout le monde, il n’éqliape toujours quelques Aétions qui meri-
qui les font, ou plutoll de
leurs Amis, qui voyant des
Braves fi modelles devraient
avoir loin de leur
gloire, & envoyer le Detail
de ce qui fait honneur à la
France, & dont on ne peut
priver la Pofterité fans injullice.
Je vous ay fait tous
les Mois d’aflèz longG?s Articlés
de Guerre, cependant
vous n’avez point tout fçeu,
& ce fera peut-eftre vous
dire aujourd’huy quelque
chofe que vous ignorez,
M
H
parniy ce grand nombre de
Volontaires qui partirent
de Paris & de la Cour, avec
toute la diligence poffible,
pour fe jetter dans Charnos
Troupes en cas qu’il y
euft Combat, Moniteur le
le Duc de Lefdiguieres fut
des plus ardéns. Son extrême
valeur ell connue, &:
l’épreuve que les Hollandois
en ont faite leur a coûté
cher. Vous pouvez m’accufer
de la mefme forte de
n’avoir pas ellé tout-û-fait
MERCVRE exaéf dans la Relation que ma derniere Lettre vous a fait voir du Siégé de S. Gui- lain ; je puis pourtant af. furer que les recherches que j’en ay faites, ont elle extraordinaires. Perfonne n’en avoit aucun Détail entier à Paris, on s’eftoit ex- cufé là-defïùs de le donner
au Public, & il me l’a fallu ramaflèrtle divers endroits-, mais quoy que je vous l’aye envoyé avec des circonf- tances plus véritables que toutes celles d’aucun Siégé dont je vous aye encor par-
GALANT. 17 le, il ne m’a pas efté poffi- ble d’apprendre lesAéîions particulières de tous ceux qui s’y font diftinguez. Je me fouviens de vous avoir dit que Monfieur le Comte de Tonnerre, Aîné de cette llluftre Maifon, y avoit efté bielle -, mais je ne vous ay pas marqué que ce fut en le jettant le premier dans le Folle, où il reçeut un coup de Moulquet dont il eut la joue percée. Il eft jeune, bien fait, & a autant d’ef- prit que de coeur. Pendant qu’on eftoit occupé au Sie- Jiin-yier. B
<rc de cette Place, Mr le
O
Chevalier de Bezons, Fils
du Confeiller d’Eftat de ce
nom, fit une Aétion d’une
allez mande vigueur. Seize
cens Chevaux des Ennemis
ayant voulu pafler la Lis
pour entrer dans la Chaftel- •
lenie de 'Lile, il les repoufla
avec huit cens Hommes,
eut fon Cheval tué fous luy,
& emporta l’avantage d’avoir
fait avorter leurs défileins.
Il femble qu’il ne
pouvoit avoir un moindre
fuccés dans un temps où
les François ont fait voir
. GALANT. i9 des prodiges de tous coûtez. Les Romains don- noient autrefois le nom de leurs Empereurs aux Années remarquables par des Conqueftes extraordinaires, mais celle qui vient de finir devro.it eftre appellée avec bien plus de raifon l’Année de Louis le Grand. Ne croyez pas, Madame,, qu’elle n’ait point tiré vanité de tout ce qui s’eft fait d’héroïque pendant Ion cours. Ecoutez ce quelle en dit à l’Année qui luy fuccede. Le
B ij
mefme qui a donne' la parole
aux Fleurs pour répondre
à Madame des Houlieres,
apris loin de la faire
parler de la maniéré que
vous allez entendre. Il s’apelle
Mr de Roux, & je vous
ay déjà marqué qu’il ell
Provençal.
*$■
E
M. DC. LXXVIL
*
M. DC. LXXVIII.
£ GradL o ü i S, Maifli.e
de la ytfioire,
Ayant comblé mes jours
je bonheur & de gloire,
Je me trouve à regret à lafin de mon
cours,
Soyez^ nouvelle Année, encor plus
glorieuse,
Soyez^encor, s'il fie peut^plue heu-
- reufe. .
Je voue laijje toue mes defirs*
Avccque mes derniers foupirs.
Fiere d'avoir tant veu d 'Aclirt\
martiales,
Tant veu de progrès éclat ans,
le vay pré dre place aux Annales^
Lt braver l'orgueil des vieux
Temps.
L es premiers Héros de la Terre^
D'un courage pareil ne faifoient
point la guerre.
llfembleque Louis des plus rudes
travaux
Faffe (a gloire & (on repos.
Mon Hyver fut d'abord témoin de
fa vaillance r
Ses Lys dans mon Printemps remplirent
tout d'effroyy
Mon Efié vit L'effet des foins de ce
Grand Roy,
Ftmon Automne enfin les fruits de
fa prudence.
G AL A1MT• 23 'Par tout, donnant l'exemple à fes nobles Guerriers,
Ce Héros en tout temps a cüeiUy des Lauriers.
Ses Armes ont couru de Vitloire en Victoire,
Siècles qui me fuivrez^ le pourrez^ voue bien croire!
JDemy-L unes, Foffez^ Murs, Fort s , Rctranchemens,
Ne coûtoiëtquequelquesmomës.
Cambray feul & Valencienner Terniffent la valeur & la gloire anciennes
orgueilleux Saint Orner, les Plaines de Cajjel, Pu fuperbe Fribourg la defence abatuë,.
Charleroy, Saint Guilain, une Flote batti'è,
Mc font un honneur eternel.
Avec ce qui sefi fait de grande de
' difficile 9
EnCatalogie^ àCayëne ^Sicile,
Tout mon cours eftremplyde hauts
faits diferons.
L'ordre du temps me preffie, adieu
nouvelle Annie.
Le Ciel voue a fans doute de (line e
A voir encor des miracles plue
Vous jugez bien, Madame,
que c’eft V Année Françoife
que Mr de Roux a fait
parler, c’eft à dire une Année
qui ne s’interefte qu’à
ce qui regarde la grandeur
du Roy. Elle eft bien certaine
de ne fe point trom»
àl’Année qui lafuit, quand
elle allure qu’elle cftdeiH-
• née à voir encor de plus
grartdeschofes qu’elle n’en
[ a veu. Il fuffit que cet
Incomparable Monarque
veuille entreprendre pertir
fe répondre d’une nouvelle
Victoire , & il nous a tellement
accouftumez aux
Conqueftcs, que fi on admire
toujours celles qu’il
fait, on* ce fie prefque de
s’en étonner. C’eft une
penfée de M1 de la Monnoye.
Voyez le tour fpiri-
Jcm vier. C
ce Sonnet.
AU ROY,
Sonnet.
TOutréforme, Grad Roy,
du bruit de tes progrès,
T u n'appointe? Ennemis
que ton bras ne châtie,
Etmalgré lesRamparts,les Digues,
les Marais,
Ta généré* fe ardeur nef jamais
rallentie.
Les plus braves Guerriers, fi-toft
que tu parais,
FJ'oferoient de leurs Forts tenter
une Sortie,
'Eaprijeà ton afpecifuit l'attaque
de prés*
Et la Place efl conquife aufft tofl
quinveftie. .
C'eftpeu qu'avoir forcé trois Villes
cnunniois.
Tu veux notes étonner par de nouveaux
Exploits *
Mais fans notes étonner tu peux
tout entreprendre.
SI
Que ne devons-nous pas attendre
de ton coeur!
Il faudroit, Grand Héros, pour
nous pouvoir fur prendre^
Que tu puffes combatre^ & n'eftrc
pas Vainqueur.
Voila de fameux exemples
pour noftre Illultre
C ij
Dauphin. On ne peut fe
préparer à les fuivre avec
plus d’ardeur qu en fait paroiltre
ce jeune Prince.
L’adrefle & la force qui le
font tous les jours admirer
dans fes Exercices en font
des marques. Un je ne fçay
quel feu martial qui brille
déjà dans fes yeux, & qui
ne diminue rien delà douceur
de fes traits répond
parfaitement à ce que fon
heureulè naiflànce nous en
fait attendre, & c’elt avec
beaucoup de juftice que
Mr Leileron Avocat a Pro-
71.
GALANT. 29
vins a dit dans le Rondeau
que je vous envoyé.
POUR MONSEIGNEUR
».
LE DAUPHIN,
Rondeau.
’£/? le Dauphin que la
gloire fécondé.)
Son Coeur ef grand y fa
Sagcjfe profonde)
11‘eft doué d'un ÉJfrit merveilleux
il cft de taille égale aux Dcmy-
DicuX)
£tfon vifage en agrément abonde.
C iij
ao mercvPkE
T) ans [es regards, fans que rien fi confonde,
Cupidon rit pendant que Mars y gronde^,
JEtfiquelquun les accorde tous deux C'e/l le Dauphin.
le Dieu du leur nefort jamais de ronde
Qtden l'admirant fout fa Perruque blonde 5
il ne s'écrie, 0 Chef d'oeuvre des Ci eux,
auprès Louis ce qui charme mes yeux,
JEt le fécond miracle de ce monde, C'eft le Dauphin.
On a bien railon de loûtenir que U Roy elt la
1 GALAN1. 31 première des merveilles qu’on y peut voir. Son grand air & la bonne mine le font tellement diftin-
guer, qu’il doit moins àl’e- levation de fon rang,qu’aux avantages de fa Perfonne, les regards qui s’attachent Continuellement fur luy. . On ne pouvoir allez l’admirer le premier Jour de l’An- née. 11 eftoit au milieu des
. Chevaliers de fes Ordres^ & s’il efface en Habit de Cavalier tous ceux qui ont jamais eu la mine guerrière, on peut dire qu’on C iiij
32 MEWCNPÆ n’a jamais rien veu de fima- jeftueux en Habit à manteau. Il en avoit un éclatant, magnifique &: mo- defle tout enfemblej & de quelque maniéré qu’il foie, il ne paroifi pas moins Roy par ce que toute fa Perlonne marque de grand, qu’il l’elt veritablemement par fa naifiance. Les Livrées neuves de fa Maifçn parurent te mefme jour dans un éclat admirable. Quoy que ce ne foir qu’une dépenle ordinaire , elle uendroit lieu de grandes
que les Livrées paifent par
tout pour un ornement
tres-confiderable , qu’on
ne fait jamais aucune Rela-
® I tion d’Entrées publique
fans les marquer. Le nombre
de celles de la Maifon
duRoyeft fi grand, qu’une
infinité de Perfonnes qui
ont voyagé affûtent qu’il a
plus de Pages & de Valets
de pied, qu’on ne trouve
ailleurs d’Ofiiciers couchez
fur l’Etat des plus grands
Monarques de l’Europe. Il
;4MERCVRE y a déjà quelque temps que ces Livrées demeurant toujours les mefmes pour la couleur, changent d’année en année pour ce qui en fait les afTortimens. Depuis que ce changement elléta- bly, le magnifique s’y eft toujours trouvé de plus en plus. Il ne faut point s’en étonner, les chofesfefont avec tant d’ordre & tant de prudence dans la Mailon du Roy, qu’on n’y a jamais rien veu qui ait pu faire remarquer un moment que la France ait elle en guerre.
• GALANT. quoy quelle ait des Ennemis prefque de tous collez àioûtenir.
L’Année ayant recommencé comme dans la plus profonde Paix, & tout ce qui peut marquer la grandeur de nollre Monarque ayant paru à l’ordinaire, cette mefme année a continué par quatreOpéra qu’on reprefente alternativement à S.Germain pour le Diver- tilfement de Leurs Majef- tez. Quoy qu’ils n’y foient pas nouveaux, on n’a pas lailfé de faire de nouvelles
//J
dépenfes pour tout ce qui ferra les reprefenter. Rien n’a efté épargné pour la beauté des Décorations,
les Habits y font aufli bien entendus que magnifiques, & ces grands Spectacles en ont reçeu de merveilleux agrémens.
• r
Tandis que nous fom- mes fur l’article de la dé- penfe, je ne dois pas oublier à vous dire queMrde Bartillat eft rentré dans l’exercice
de la Charge de Garde du Trefor Royal, dont il eftoit forty pour tra-
GALANT. 37 vailler plus facilement à rendre fes comptes. Il avoir eltéTreforierde laMaifon de la Reyne Mere, fort ellimé de cette Princefïè.
lime fouvient, Madame, I quand je vous parlay il y a
quelques mois del’Obelif- que de la Ville d’Arles, que vous me filles les plaintes I de vos Amies qui ne fe I trouvoient point allez é- claircies fur cette matière, I & qui auroient voulu voir l’EHampe qui en avoit elle prcientee au Roy. Je vay les latisfaire fur ces deux
ko
38 MERCVRE
points, ou plutoft elles peuvent
fe fatisfaire elles-mefjnes
fur le premier en conflderant
la fiDgure de cet
Obelitque que j’ay pris
foin de faire graver icy.
Comme c’eftunechofc qui
regarde la gloire de noltre
Incomparable Monarque,
je fuis bien aife de commencer
par là les Embelliffemens
dont le Mercure
peut-elfre capable. On
concevra mieux par l’Infpeétionde
cette Figure,'de
Quelle beauté l’Obelifque
'Arles peut eltre dans une
ObelLfcuj
P<WJV
GALANT. 39 Place publique. Je vous en aydéja marqué la hauteur, qui eft de cinquante- deux pieds, & fa bafe de fept pieds de diamètre tout d’une piece. Vous jugez bien qu’en le voyant élevé on doit voir quelque choie qui contente fort la veuë. Pour ce qui regarde la nature de l’Obelifquej qui eft une efpece de Pyramide, il faut vous dire avecles Geo- metres, que c’eftune figure folide, dont la baie eft contenue par des triangles aifis fur un mefme plan, qui se-
4o MERCVRE lèvent à un point qui leur ell commun. Il y en a de deux fortes , l’une eltlarge & l’autre aiguë. La Pyramide large eft celle dont la hauteur eft pareille à ptu près à la largeur d’un des collez de fa bafe, telle que (ont celles d’Egypte' fi renommées dans les Hilloi- res, &que l’on admire encor aujourd’huy comme une des merveilles du monde. On lesfaifoit ainfi larges
, à caufe qu’citant def- tinées aux Sepulchres des Roys, il falloir rju’rl y eult
vAwMM 1 • 41 des voûtes au dedans -, outre qu’eftant bafties de cette proportion, l’Edifice en devoir eftre bien plus durable. Cette Figure mef- ftie avoit quelque chofe de myfterieux ; & comme ces Peuples renfermoitÿit toutes leurs Veritez fous des Hyerogliphes, c’eftoit par la qu’ils avoient voulu nous donner celuy de la Vie humaine, dont le commencement eftoit reprefenté par la bafe, comme fa fin l’ef- toit par la pointe. La Pyramide aiguë ert celle dont jMrvier. D
42 MERCVRE j’ay à vous parler. Elle doit avoir pour le moins de hauteur quatre fois un des cotez de la bafe pour eltre dans fes juftes dimcnfions- & cclle-cy par Tinllitution des Egyptiens, &par Tubage des^Peuples, s’appelle proprement Obelilque. C’eibrun mot qui fignifie Kayo«enlangagcEgypticn> parce qu’on les conlacroit ordinairement au Soleil que ces Peuples adoroient;. & ce fut par cette raifon que les premiers furent élevez a fa glaire dans la Ville
• à J
GALANT. 4? d’Heliopolis, qui veut dire Cité du Soleil. Ces fortes deMonumens ertoient auffi quelquefois deftinez pour immortalifer la mémoire des Perfonnes extraordinaires , & c’elloit par leur figure haute & lublime qu’on pretendoit laiffer à la Pollerité une plus grande idée de l’élévation de leur gloire. C’eft ainfi (qu’au rapport de Pline) le Roy Ptolomée Philadelphe en fit élever un à l’honneur de la Reyne Arfinoë fa Soeur & fa Femme tout enfem-
D ij
44 MERCVRE file. Il avoit quatre-vingts çoudées de hauteur. On s’en fervoit aufii comme d’un monument eternel que l’on çonfacroit à la gloire des Conquérons a- pres une fignalée Viétoire^ &i c’eft de cette façon que Tacite dit qu’apres la fan- glante Bataille quife donna entre l’Elbe & le Rhin, dans laquelle Germanicus défit eutiererrfcnt lesEnne- mis des Romains, il en fut dre fie un à la gloire du Vainqueur qui portoit ce luperbc Titre.
Des dépouilles des Nations
habitent entre T Elbe & le
Rhin.
L'Armée de ï Empereur Tybere
A eonfacré ce Monument à Mars^
à lupiter & d Auqufle,
Tous ces exemples juftifient
afièz quelaVille d'Arles
ne pouvoir faire un plus
noble & plus digne ufage
deceluyque la Sor t u ne 1 uy
a voulu découvrir, apres l’avoir
tenu caché durant tant
de Siècles, que de l’élever
' comme elle a fait à la gloire
de no lire Invincible Monarque
-, & vous trouverez
46 <
mefme que ç’a elle une
penfée fort heureufe, que
fans s’éloigner de la coûfacroientces
fortes deMonumens
au Soleil, elle ait
pris foin d’ériger celuy-cy
au Roy fous la Figure de ce
bel A lire qu’il a choify
pour Devife, & qui eft fon
véritable Symbole. En vérité,
Madame, il femble
qu’il y ait quelque choie de
mylterieux & qui tient mcfme
du prodige, en tout ce
qui regarde la gloire de
noftre Prince. Faites-y reai
GALANT. 47 flexion, je vous prie. Cet Obclifque elt venu d’Egypte, aufïi bien que ceux que l’on voit à Rome. Tous les autres font remplis de Caraéteres hyeroglifiques, & celuy-cy eft demeuré tout nud & tout uny, comme (i par une heureufe fatalité il eult elfe refervé pour y graver les Viéhoires & les Conqueftes de Louis le Grand. Je ne puis m’empelcher de vous répéter icy les trois derniers Vers d’un Sonnet de Mr Roubin, dont je vous fis
part le mois d’Aoult pafle,
& qui expriment admirablement
cette penfée. Il dit
au Roy en parlant de 1’0-
belifque d’Arles.
Il femble que les ans ne l'ont tant
rtfpeclè^
Qt^afin de préparer une Table
d’attente
Pour y graver ton Nota à la
Pofterité.
Je n’ay pas oublié que
vous vous plaignîtes en ce
temps-là que j’avois fupprimé
les Infcriptions qui
dévoient eftre gravées aux
quatre faces du Piedeftal.
Je
le fis parce quelles eCtoient
Latines j mais afin
que vous ne perdiez rien,
en voicy quatre Françoiles
que Meilleurs de l’Académie
d’Arles avoient jugées
dignes d y eftre miles , Sc
qu on y verroit aujourdhuy
fi on n’eufi jugé à
propos de préférer une
Langue qui ne fçauroit,
7. INSCRIPTION.
Tandis que Louis le Grand
Chaftioitles Hollandois,
QVilvainquoit les Belges, les EfpM
gnols, Ôc-les' Alleinans;
E
Qifil battoitpar tout fes Ennemis, Qu’ji les mettoit en fuite, qu'il diffi- poitleurs Années, Afin que rien-ne fe taife Parmy ce grand bruit d’Armes , de Victoires &: de Triomphes, * ■ On a trouvé l’art de faire parler les Pierres, L’AcademieRoyalc d’Arles leur prête des paroles;
Que la Pofterité le fçache, Cette Illuftre Ville
Selon la couftume des Egyptiens qui dédioient des Monumens au Soleil, A confacré cet Obdifque Au Soleil de la France. ’
II. INSCRIPTION.
A l'immortelle Mémoire De Louis le Grand, Toûjours-Conquérant, toujours Invincible.
La Terreur de fes Ennemis, l’Appuy de fes Alliez,
GALA
Le Soûtien de la Religion,
Le Pere du Peuple,
L’Amour les Délices delà France;
Cet augufteMonument a elle dredé
Pour inftruirelaPofterité
De la gloire & de la félicité de fou
Par le zele & les fouis
De très - noble très - illuttué,
François de Boche,
, M.Romany, A.Agar, SeJeanMam.,
Confüls delà Ville d’Arles,
Ce fuperbe & majeftueux Obelifque,
Relie prétieux de la grandeur des
Romains,
Apres avoir elle enfevely dâs laTerre
L’efpace de feize Siècles,
A efté élevé dans cette Place publique
A l’honneur de Louis le Grand,
Et à l’honneur de la Patrie,
L’an mil dx cens foixante & feize.
IV. INSCRIPTION.
Arrefte Partant
Et conlîdere cet Obclifque, Il eft élève à l'honneur de Louis le Grand,
Le plus aimé, & le plus aimable Roy de la Terre.
Meiure par la hauteur qui aboutit au t Soleil,
La fublimitédelà gloire de cet Au- gufte Monarque.
Juge de ion Immortalité, par la durée de ce Monument, Que fèize Siècles n’ont pû détruire, Et confert?*cn mefine temps Que la Ville d’Arles Ne pouvoit donner à fon Roy U ne marque de fon zele, de fa vénération & de fon amour, Ny plus grande, ny plus durable.
Comme les Infcriptions
GALANT, vî confervent la mémoire de
> ce qui fepafle de plus grand aju monde, on en devroit faire pour toutes les AÜions héroïques qui méritent un
I long fouvenir. Je mets de ce nombre la Retraite de l’admirable Perfonne dont vous me parlez. Il n’y a rien de plusvray qu^jette Retraite ; & pour ne vous laifler rien ignorer des motifs qui l’ont portée à fe : mettre dans un Couvent, il elt bon que je vous apprenne en peu de mots ce qui a précédé le Veuvage
54 MEkÇVRE qui luy en a fait prendre la rélolution. Vous fçavez,
Madame, quelle cil d’une des meilleures Maifons de
Normandie, & tres-bien alliée dans cette Province. Elle y avoir elle élevée Fille avec tous les foins qu’on peut avoir d’une He- ritie«Ê à laquelle une Suc- ceflîon fort considérable ne Içauroit manquer. C’eft aflurément beaucoup qu’- cllre riche & de nailfance, pour s’attirer force Protef- tans; mais quand elle n’au- roit point eu ces avantages,
Ton mérité auroit fuffy pour
la faire aimer. C’elt peu de
dire qu’on ne pouvoit découvrir
en elle aucune mauvaife
qualité',elle avoit toutes
celles qu’on peut fcuhaiter
dans une Perfonne
toute accomplie. Elle eftoit
belle fans fierté, civile
fans abaiflèment, fpirituelle
fans affectation, complaifante
fans contrainte,
& il y avoit un je ne fçay
quel charme de douceur
répandu dans toutes fes
maniérés, qui touchoit le
coeur dés qu’on la voyoïr..
y 6 v
Vous jugez bien, Madame que la Cour fut grolfe en peu de temps. SonPere ef- toit un vieux Gentilhomme quiavoit toujours tenu fa Miifon ouverte à toute la Nobkllè des environs^ & fa Fille ne fut pas plutolf en âged’eftremirie'e, qu’il reçeut plus de vifites que jamais. Il l’aimoit tendrement, elle eltoit unique, & ayant du bien, il rélolut de ne s’en défaire que pour un Party qui l'élevaft. La Belle qui toute charmante quelle elloit, avoit encor
plus de vertu que de beauté,
regloit fes fentimens lur
ceux de ion Pere, & recevant
civilement tous les
Prétendons, elle attendoit
qu’il choifilt pair elle, &
gardoit l’entiere liberté de
me il y a de la fatalité en
toute chofe, & plus en amour
qu en aucune , un
jeune Marquis , qui avoit
alTez de nailfance pour en
prendre le titre , & trop
tenir avantageufement la
qualité, vint palfcr l’AuyS
MERCVRE , tomne dansuneTerre qu’il avoir, voifine de celle du vieux Gentilhomme. Ilfut bientoft informé du bruit
que faifoit fon aimable Fille, qu’il n’avoit point veuë depuis quatre ou cinq ans qu’il s’çlfoit attaché à la Cour. Il avoit un de ces airs qui frapent d’abord. Rien n ’eftoit plus engageant que fon entretien, & tout ce qu’il difoit mar- quoit un efprit fi bien tourné, qu’il elloit diÆcile de le connoiftre fans l'ef-
timer. 11 vit la Belle, la
mé d’efle prefque auflitott qu’il luy eut parlé, elle fentit apres quelques con- verfations, que h le choix de fon Pere tomboit fur luy, elle n’auroit pas be- foin de faire violence à Ion coeur pour l’y foûmettre. Ainfî foit que cette première impreffion ne luy ■paruft pas aflèz dangereufe pour s’y devoir oppofer, foit qu’il luy fut impofïi- ble de faire autrement, elle n’ufa d’aucune précaution contre le p.laifir que luy
donnoient fes vifites, &
ayant pour luy une civilité
ouverte, elle ne prit pas
garde que la réfoluti'on où
elle demeuroit de vouloir
en Fille bien née tout ce
qu’on jugeroit à propos
qu’elle vouluft, ne la defendoit
pas d’un engagement
fccret qu’elle ne feroit
pas toujours en pouvoir
de vaincre. Le Marquis
de fon cofté devint
éperduëment amoureux de
cette belle Perlonne -, mais
connoiflant que le Pere ne
fe réfoudroit à s’en priver
que pour un ctabliiTement
confidérable , il cacha fa
paillon par la crainte d’eftre
banny, & tâcha lculement
de fe rendre agréable
O
à l’un & à l’autre par fes
loins,lans trop raifonnerfur
le peu d’apparence qu’il y
avoit qu’on le miften concurrence
avec quantité de
Part.ys avantageux qui fe
prefentoient. Il réüilit auprès
de la Fille, qui de jour
en jour fentoit redoubler
l’eftime quelle avoit pour
luy. Cet avantage l’auroit
fort confolé de ce qu’il foufroit,
s’il luy eu il elle connu
; niais la Belle elloit fi
refervée avec luy fur lès
fentimens, que comme il
n’ofoit s’expliquer de fon
amour que par fes regards,
il ne pût rien découvrir de
ce panchanr favorable qui
luy donnoit lès vceux en
fecret. Les chofes elloient
en cet état, quand unAmy
d’importance que le Marquis
avoit à la Cour le vint
lurprendre inopinément,
C’eftoit un Comte des plus
qualifiez, bien fait de fa
Perfonne, & d’une conterfit
ion allez aifée pour n’ennuyer pas. Il avoit grand équipage, & du bien à proportion de la dépenfe qu’il raifoit. Le Marquis que la civilité & l’amitié enga- geoient à l’arrefter chez luy quelques jours, n’oublia rien de ce qu’il crût capable de le divertir, & apres une Partie de Chaflè qui fe fit dés le lendemain, il le mena difner chez le vieux Gentilhomme fon voifin, fans luy parler ny de la beauté de fa Fille, ny de l’amour qu’il avoit pour
MEKCVRE elle. Jamais furpril'c ne fut pareille à celle du Comte. 11 la trouva la plus belle Perfonne qu’il eult jamais veuc, & apres l’avoir entretenue quelque temps, il fut fi fort enchanté de Ion
efprit, qu’il avoua que tout ce qui mérité d’eitre admire n’eft pas renfermé toujours à la Cour. Il fortit avec une je ne fçay quelle refverie inquiété, dont il plaifanta le foir avec fon Amy, mais une fécondé vibre qu’il eut impatience de rendre le fit devenir plus
V - - ---
I , GALANT- férieux. Plus il vit, plus il fut touche. Il parla, fe déclara, & comme il elloit
■ riche, & de fort grande qualité, vous pouvez croire que lePere ne balança pas fur cette Alliance. La Belle obéît, & ne le pût faire
1 fans foûpirer en fecret pour le Marquis, dont elle ne doutoit point qu’elle ne fuft fortement aimée. Il fut témoin de ce Mariage, & le fut avec une douleur d’autant plus cruelle, que mille raiîons l’obligeoient à la cacher. Aufli n’y pût-il Janvier. F
refifter longtemps. Il tomba dangercul'ement malade , & le Comte qui brû- loit d’envie de faire voir à la Cour l’aimable Perfonne qu’il avoit époufée, ne voulut point s’éloigner qu’il ne l’euft veu tout à-fait hors de péril. Il ne le quitoit prelque jamais, & menoit quelquefois chez luy la jeune Comtefle, qui n’eut pas de peine à deviner quelle eftoit la feule caulè de fon mal. Ce n’eft pas qu’il échapalt au Marquis la moindre parole qui pull
GALANT. 67
découvrir fa palTion^ mais
fes yeux partaient, & la
Comtefle les avoit entendus
trop fouvent pour s’y
méprendre. Ces Illuftres
Mariez partirent. Le Marquis
guérit, & n’eut pas fitoll
recouvré fes forces,
qu’il quita la Province, &;
le rendit à la Cour.. Le
Comte avoit. lié une fi étroite
amitié avec luy, que
depuis trois ou quatre ans
on lès avoit prelque toujours
veus inséparables,
Ainfi fes vifites purent ef
tre fréquentes à l’ordinai-
Fij
re, fans quelles euflent
rien de fufpeét. Il tâcha
inutilement de fe vaincre.
Tout ce qu’il pût obtenir,
ce fut de le taire. La Comteffe
eft ait toujours ce qu’ il
y avoit au monde de plus
aimable à fes yeux. Il
voyoït, il foufroit, & quoy
qu’il fe fentill confumer
par fa palfion , il aimoit
mieux fouhir, que de ne
point voir. La Comtefle
charmée de Ion refpeét, en
redoubla fon eftime -, mais
comme elle avoit une vertu
fort délicate, ce redouble•
i ment d’eftime luy fit peur;
J &: fans vouloir pénétrer de
quel principe partoit la pitié
qu’elle avoit de fon
malheur, elle rélolut de
fuir tout ce qui pouvoir
l’entretenir dans des fentimens
que lafeverité de fon
devoir trouvoit condamnables.
Il n’y en avoit
point un plus feur moyen
que de s ’ éloigner, Le
Comte avoit une aifez belle
Terre en Languedoc,
elle le preffe de l’y mener.
Il difére, elle le perfécute,
& porte fi haut les avan70
MERCVRE
tages qu’il aura d e lire dans
un Lieu où tout le monde * ‘
luy fera la Cour, qu’il fe
réfolut à la fatisfaire. Ils
partent, ils arrivent à cette
Terre, & c’eft apres un peu
de fejour, que ne voyant
plus le Marquis,.la Comtefle
commence à s’appercevoir
qu elle a plus fait
que de l’eltimer. L’abfence
n’efface point les impreffïons
quelle a crû perdre
en s ’ éloignant, elle s’en
fait une honte, mais fa fcrupuleufe
vertu ne peut l’emporter
fur le panchant qui
GALANT 71' la violente. Le Marquis luy eft préfent à toute heure, & plus elle tâche de l’ou- ■ blier, plus elle fe trouve contrainte de penfer à luy. Il n’eft pas dans un état plus heureux. L’éloignement de cette belle Perfônne le
defefpere. Il n’attend rien d’elle, il eft mefme rélolu de ne luy parler jamais de fon amour, mais le plaifir de la voir luy eft trop fen- fible pour en eftre toujours privé. Il écrit au Comte, iuy fait connoiftre que les Affaires dont il luy a laiffé
î
72 MERCVRE le foin, veulent fapréfence,- &: fçaehant bien qu’il ne •viendra point fans la Femme, il envoyé Lettres fur Lettres, & ne (e lafte point de preffer. Le Comte eft preft de venir, fa Femme trouve des raifons qui le retiennent, l’Amant s’en meurt de douleur, & ne pouvant plus vivre feparé de ce qu’il adore, il prencl le prétexte de quelque Affaire difficile pour aller confulter fon Amy. Jugez de ce que foufre la Corn- teffe en le revoyant. Elle
ne
F
?
tu y mais c’eftaflèzpour en
bleiïèr la délicateftè, quelle
ait à fe reprocher un
fentiment trop favorable
pour un Homme qu’il ne
luy fçauroit eftre permis
d’aimer. Dans cefcrupule,
elle n’a point d’autre foin
que de fuir fa veuë, tandis
qu’il cherche continuellement
à la voir. L’Affaire
qui a elle' le prétexte du
voyage, eft mife en deliberation.
Le Mary demeure
perfuadé qu’il la ruine, s’il
ne retourne à la Cour ; ôc
Janvier.
fortement, qu’il eft queL
ques jours ians prendre
party. Cependant il clfoit
vray qu’il hazardoit tout à
ne venir pas luy-mefme
lolliciter l’Affaire dont il
s’agilfoit. Ainfi il le re'fout
à partir, & un jour que le
Marquis apres s’eltre lafle
à le promener longtemps
feul dans un Bois voifin,
s’elloit venu enfermer dans
un Cabinet où il y avoit un
Lit de repos, le Comte entra
dans la Chambre de fa
Femme qu’une feule cloiGALANT
fon féparoit, & luy dit d’un ton fi ablolu, quil vouloir quelle fe préparait à faccompagner à la Cour, qu'a- pres avoir épuifé toutes les raifons qu elle avoit accoutumé de luy oppofer, elle fe jette à lès genoux, & le conjure par toute la tendreffe qu’il luy a jamais fait paroiltre , de trouver bon qu’ elle attende fon retour dans cette Terre, fans luy demander ce qui peut l’obliger d’enulcr ainfy. Le Comte furpris de cette pricre, la prelfc G ij
1
qu’il fait lonc fi fortes, qu’elle
ne peut plus demeurer
maiftreflè de fon fecret.
Elle commence par les
proteftations du plus fort
amour dont une Femme
puilfe eftre capable pour
un Mary quelle veut aimer
feul au monde j le fuplie
d’examiner la conduite
qu’elle a tenue avec luy
depuis qu’il l’a époufée • &
apres mille afliirances réitérées
d’une inviolable fidelité,
elle luy avoue qu’aGALANT.
77 vant qu’il l’eult jamais vcue, ny quelle puft croire qu’il dull eftre un jour ion* Mary, elle avoit fenty pour le Marquis un panchant qui luy avoit fait louhaiter que fonPere fe vouluft déclarer pour luy. Elle luy fait là-deïfus la jjeinture la plus touchante de ce quelle foufre par la feverité de fa vertu. Elle ajoute quelle n’elloit pas en peine de fe dégager des foi- bleffes qui font quelquefois la fuite de ces aveugles inclinations j que le Marquis
G nj
n’avoit jamais rien connu,
ny ne connoiftroit jamais
rien de ce qui s’eftoit paffe
pour luy dans fon coeur -,
mais qu’enfin la veuë d’un
Homme qu’elle eftimoit »
trop, & quelle feroit obligée
de voir fouvcnt fi elle
retourncit à la Cour, luy
eRoit un reproche que fon
devoir l’obli^eoit de s’é-
O ' 5 pargner -, &: que toute allurée
quelle eRoit de la viéloire,
elle ne pouvoit fe
cacher qu’il y avoit de la
honte pour elle dans le
combat. Je ne vous dis
GhL,Xm. 79 point, Madame, quelle fut la joye du Marquis d’entendre une déclaration fi
favorable. Il croit que la ComtefTe le haït, parce quelle évite toutes les oc- calions de luy parler, & non feulement il apprend hu’il eft aimé d’elle, mais il l’apprend d’une manieie qui le convainc beaucoup plus de laverité de lés fen- timens, que fi elle luy avoit dit àluy-mefme ce que le hazard luy a fait oiiir. Il prefte l’oreille pour prendre fes mefures fur ce que
H1J
8o MERCVRE répondra le Mary. Tant de vertu ne pouvoir que faire un effet avantageux pour la Comtcfffe. LeComte l’em- braffè, luy donne mille louantes, & fe reconnoift
O 5
indigne de la fidelité quelle luy promet,«s’il en demande un autre garand que fa parole. Cependant le départ eft ré'lblu, il veut •quelle vienne, &!a prie de ne point s’embarafTer à fuir Ion Amy. Il la quitte, & le Marquis e liant forty du Cabinet ians cltre veu, fe dérobe hors du Chafteau,
• ' GALANT. 8ï & y rentre un peu apres en préfènce de fon Amy, qu’il empefche par là de foup- çonner qu’il fçache rien de ce qtri s’ell dit. Ils ne laif- fcnt pas d’eûre tous trois embaraflèz en fe raffem- blant. La Femme apres ce qu’elle a dit à fon Mary, n’ofe nrefaue le regarder.
IX O
Le Mary évite de jetter les yeux fur fa Femme, dans la crainte quelle ne prenne les regards pour des reproches de l’aveu qu’elle luy a fait; & le Marquis s’oblerve dans tout ce qu’il dit à l’un
& à l’autre, comme s’ils fça_ voient tous deux qu’il cuit appris leur dermere con- verfation. On part , on vient à la Cour. Les deux Amis continuent à le voir à l’ordinaire, & la Com- teffe qui redouble fon attachement poûr fon Mary, prend en melme temps de plus leûres précautions pour ne le trouver jamais feule avec le Marquis. Il l’aime toujours plus éper- duëment, & ne s’explique avec elle que par des com- plailances relpeétueufes,
GALANT qui luy font connoiftre plus fortement combien il ett digne d’eitre aimé. Ces deux Amans nettoient pas encor affez malheureux. Voyez la fuite de leur dil- grace. Le Comte r tout charmé qu’il ett de l’extraordinaire vertu de la Femme , devient amoureux d’une Belle qui fe fait honneur de fa conquefte. Il luy rend de grandes aff- duitez , & la Comrefle commence à le foupçon- ner de quelque intrigue ptr les froideurs qu’il luy fait
ERC
84. M
paroiftre. Elle diffimule lôn chagrin, & fans fe plaindre de fon changement, elle fait tout ce qu’une ver- tueufe Perfonne peut faire
pour regagner le coeur d’un Mary. Toute fa tendreftè eft inutile. Le Comte s’abandonne
aveuglement à fa paflion, & elle fait tant d’éclat, que la Comteffe qui ne peut plus l'ignorer, fe trouve obligée de luy en témoigner fa douleur. Il rraite la chofe de bagatelle, 6c luy dit, que comme il ne trouvoit point à dire qu’-
GALANT. 8$
elle cuit de l’eftime particulière
pour le Marquis
qu’il luy permettoit de
voir, elle ne devoit point
fe Icandalifer des foins qu’il
rendoit aune forthonnelte
Perlonnc qui avoit la bonté
de les foufrir. La Comtelfe
fe fent piquée jufqu’au vif
de cette réponfe. Elle verïe
quelques larmes, connoit
quelle ne feroit qu’aigrir
les chofes fielleportoit les
plaintes plus loin, & fe relolvant
d’attendre lans éi
dater qu’il arrive quelque
■ changement dans fa for•
X
tune, elle trouve moyen
de nouer une converfation
fccretc avec le Marquis.
Comme c’ell une grâce extraordinaire,
il ne lçaitque
s’en figurer. La Comtefle
luy déclare le panchant
quelle a toujours eu pour
luy, les inutiles combats
quelle a rendus pour en
triompher, les peines où
fa veuë l’expole encor tous
les jours, & elle finit cet
aveu par les lujets que luy
donne fon Mary de n’eftre
pas contente de la fortune.
Le Marquis cil dans un
tranfport de joye qui ne fe
peut concevoir. Il fait dés
protellations à laComteffe
qu’il auroit poufl'écs un peu
loin fi elle ne l’eult inter-
' rompu, pour luy dire que
1 la déclaration dont il fe
montre fi fatisfait, eft in-
-u tereflée, & quelle a une
tuf choie à luy demander pour
; q prix dufecret qu’elle vient
,7b de luy découvrir. Il ne la
;c.d laiffe point achever, ilpro-
.. i met qu’il accordera tout,
. > & s’y engage par les plus
t forts fermens qu’un Amant
. qui ne trouve rien au delfus
de fon bonheur, eft capable de faire à uneMaif trèfle -, mais ce moment de joye luy coufle cher, & il n’a pas longtemps lujet de fe croire heureux. La Com- tefle ajoute que s’il veut luy perfuader qu’il ait une véritable eftime pour elle, il faut qu’il luy en donne des marques, en ne fe préfen- tant jamais à fes yeux. Il s’écrie, il fe plaint de fon injuflice, & elle luy fait de fi preflantes prières de ne refufer pas à fa vertu le fe- cours dont elle a befoin
dans le malheureux état où
elle fe trouve, quil elt enfin
contraint de luy dire
adieu pour toujours , apres
l’avoir conjurée de ne le
bannir pas de fon fouvenir,
fi elle elt capable de le bannir
de fon coeur. Il feint des
affaires qui l’obligent de le
retirer à la Campagne , &
prend party à l’Armée quelque
temps apres. Le Comte
iurpris de ce changement,
ne doute point que ce ne
foit un effet de ce qu’il s’ell
échapé de dire à fa Femme,
& ne fçachant par où fe juf-
Junyier. H
9O MERCVRE s tifier avec fes Amis de l’éclat
que fait fa nouvelle palfion,il en rejette la faute fur la Comteflè, qui ayant pris de l’amour pour Ion Amy, l’a porté à fè vouloir vanner d’elle par l’attachement qui la chagrine. L’éloignement du Marquis fert de prétexte à cette ac- cufation. Le Comte fait
croire qu’il n’a pris employ que parce qu’il luy a défendu de voir fa Femme. La calomnie eft reçeuë, cette aimable Perfonne l’apprend , & comme fà
G A L A NT. 91 vertu en foufre, c’ell le plus fe,nfible coup qu ’ elle ait encor eu à efluyer. Les chofes ne demeurent pas long-temps en cet état. Une maladie violente emporte le Comte en quatre jours. Le Marquis revient, & apres l’aveu favorable qu’on luy a fait, il ne doute point qu’on ne foit dilpofé à le rendre heureux, mais la Comteflè fe facrifie à la feverité de fa vertu. Elle oppole que fi elle confen- toit à 1 epoufer apres les bruits qu’on a fait courir, H ij
elle donnerait lieu de croire
qu’on n’aurait rien dit que
de véritable ; & pour faire
taire la médifance, & épargner
au Marquis le chagrin
qu’il pourrait avoir fi
elle accordoit à un autre ce
qu’elle le trouvoit obligée
de luy refufer, elle luy promet
de renoncer pour jamais
au monde. Elle luy a
tenu parole, & toute jeune
fcc toute belle quelle eft
encor, elle ett entrée dans
un “Couvent où elle avoit
fait'habitude pendant qu’-
clle cftoit en ‘Languedoc,
ques jours.
Avoiiez, Madame, qu’il
eft rare de trouver tant de
vertu dans des occafions
aufli prenantes de ne pas
fu ivre fi fcrupuleufcment
fes maximes. L’Amour eft
une paillon violente qui ne
fe rend pas toujours à la
raifon. Elle tyrannife jufi.
qu’aux Prairies. Celle qui a
répondu fi favorablement
au RuiiTeau, vous l’a fait
connoiftre. Mais l’auriezvous
crû ? Cette Réponfe a
94 ME
E
Fait naiftre un grand di- férent. Il y a une jeune Prairie fort açreable, de
O
dix-fept ou dix-huit ans, à laquelle s’adrefToit le Langage alle'gorique du Ruif- leau. Elle eft dans des lieux couverts où les Vers de ia Rivale ont fait bruit. Elle
les aveus, &fe croyant engagée d’honneur à ne pas laiftèr ufurper fes droits, voicy ce que fa colere luy a dnfté.
GALANT.
*
LA VERITABLE prairie A LA FAUSSE PRAIRIE SA RIVALE.
-to set Rayment, ^aPra^e-i
Le procédé mefemble affeZ nouveau^
Et ce n eftpas manquer d'effronterie,
Que vouloir fur vos bords arrefter * mon Ruiffeau.
T ouf doucement, jevous en prie, Ce deffein n eft ny bon ny beau, Je niinquiété peu que vous foye^ fie trie y
AUe\aiHeurs chercher de H eau,
96 MERCVRE
Voftre Fleuve pompeux avec [es cent Rivières
Qui vous viftte tous les ans, Vous redravos Fleur sprint a nie- Sas que ce [oit à mes de[pens.)res Sipourtat il l'o[e entreprendre, Fen douter ois extrêmement S Fleurs printanières franchement Sont[ort difficiles d rendre.
De vos appas fanezjqu' ofez^vous
• cfyererl
En vain à mon 7? uiffèau vous vous eftes offerte. ' 1
JPourvnoy je fuis jolie & verte, Voye\sil doit meprefterer?
*
Vous dvvc*[ien juger par la vi-
.■ •’/ .hffr " - ‘ ‘ ' ’*t
Dont [es flots faffentdev&tvcus,
• * * .............. . £<^
Que ce ne/i point pourvoi bords
qu il s'emprefiey
Et quil a chezpnoy rende vous.
De vos tapis de Eleurs vous perdez^
L'è tallage 3
Monfidelle Ruifieàu ny roulera
jamais.
Pourqtioyvous efire mi Ce en frais!
Cherchez^ui vous en dédomaçe.
Si toutes les Prairies partaient
de la forte, il y aurait
grand plaifir à les ecoûter.
Vous en trouverez
fans doute à lire deux Mai
drigaux que je vous envoyé.
L’un eft pour Mademoifelle
de Vauvàneuf, fur
Janvier. 1
98 MERCVRE
un Peigne d’Ecaille de Tortue
qu’on luy a donné -, &
l’autre pour Mademoifelle
de Villeregy, qui eft presque
toujours malade. Ils
font tous deux de Mr de
Vaumoriere, fameux par
un grand nombre de belles
Productions d’Elprit, entre
lefquelles on peut compter I
les cinq derniers Volumes
de Faramond, & beaucop
d’autres Ouvrages de Galanterie.
Il n’excelle pas L
moins dans les Sujets férieux
d’Hiftoire ou de Politique.
POUR. MADEMOISELLE
DEVAUVINEUF
Madrigal.
Ous avcT^icfprit, la
beauté,
Mille charmes divers,
une tendre jeuneffe,
Le Scavoir & la qualité,
Avec uneimmenfe richejfe.
Vous ne jetterez^donc lesyeuse
Que fur un de nos Demy-Dieux,
Pour en faire voflre conqueftc.
I ?h Ainjîje n'oftrois afpireraubonheur
D 'avoir place dans voflre Mais vous aurezfuuvent monPre-
coeur,
fent à la tefle.
loo 1
POUR MADEMOISELLE
DE VILLEREGY
Madrigal.
Ve le Ciel vous fut fav
or a b le
Jeune & charmante
Amaùllisl
il vous fema le teint de Lys,
il vous fit de b e auxy eux, un efprit
' admirable.
Mats jaloux de tant de beauté
il vous priva de la fiant é
De peurdevous rendre adorable9
Si ce terme d’adorable
pouuoit eltre reçeu dans la
ofe comme il eft autorifé
pour les Vers, on n’en chercherait
point d’autre pour
exprimer ce que le Roy paroift
à fes Peuples, dont on
peut dire qu’il ne fait pas
moins les delices qu’il eft la
terreur de les Ennemis. Ce
grand Prince donna dernièrement
Audiance aux
Députez des Eftats d’Artois,
& apres les avoir écoutez
favorablement, il
les affura de fa bienveillance
avec une bonté fi
particulière, qu’ils s’en retournèrent
tous charmez.
1
io2 MERCVRE Mr l’Abbé leFebvre, Chanoine & Théologal d’Ar-
O ras porta la parole au nom des trois. Ordres, comme Député du Clergé. Il eft d’une fort bonne Famille de Paris, allié de Meilleurs dcNogent,& d’autres Per- fonnes de confideration. Sa vertu & fon érudition le font eftimer de tous ceux qui le pratiquent, & il a fait paroiftre fon éloquence dans toutes les occa- fions qu’il a eues de fe distinguer. Les lurprenantes Conqueftes que Sa Majefté
I
GALANT. 103 a faites dans fa derniere Campagne, furent le fujet de fa Harangue. 11 parla, mais avec des exprellions tres-vives, de la joye que toute la Province d’Artois avoit, de ne compofer plus qu’un Corps , heurcufe- ment réüny lous fon P.e- gne,&den’eftre plus fepa- rée d’elle-mefme comme elle l’avoit efté à regret pendant un fi grand nombre d’années, llpaflade là aux chofes qu’on l’avoit chargé de remontrer à Sa Majelté, & finit en l'aflu-
I» • • • ■■■■■■■■ 111
io4 ME P
Fant que fi l’Artois portoit dans fes Armes des Fleurs
de Lys fans nombre, il a- voit aufli pour fon Prince un zele lans mefure, & une fidelité fans bornes.
Mr le Comte de Gomie-
courr eftoit Député de la Nobleffe. Il eft d’une des plus llluftres Mailons d’Artois, Parent fort proche de M1 le Prince d’Ilenghien, & Allié desMaifons de Luxembourg , de Montmorency , de Poix, d’Humie- res, d’Hallwin, deCrequy, 4e la Trimoüille, de Be-
GALANT- io?
thune,de Coucy,de Mailly,
de Saint Simon , de Chattillon,
& de plufieurs autres,
tant de France que
■ des Païs-Bas. Il y a plus de
cinq cens ans que le Nom
de (pomiecourt ell: célébré.
Ceux qui Font porté ont
toujours efté dans les
grands Emplois ; & une
marque inconteftable de la
A toujours
eue pour cette Maifon,
c’eft que l’un d’eux
apres avoir eu les plus
grandes Charges de l’Ario6
ME K
Fille de Charles de Blois,
Duc de Bretagne. Ses Defcendans
ont ioûtenu cet
honneur avec tout l’éclat
qui fuit les Gouvernemens. .
&les Ambaiïades. Le Roy
donna l’année derniere
une Compagnie Franche
de Cheuaux-Legers àceluy
dont je vous parle.
Le Député du tiers Eflat
fut M1 Palifot, Chevalier,
Seigneur d’incourt, Concilier-
Penfionnaire de la
Ville d’Arras. Il eft fort
confideré & par fes allian- |
ces & par fon mérité partii
-M
culier. 11 fait voir tant de
probité dans la Charge
qu’il exerce, que tout le
monde luy fouhaite un
Employ plus important,
qui ne luy manquera pas
dans l’occafion.
Enfin, Madame, grâce à
l’envie que vous avez eue
de fçavoir précifement ce
que c’elt que Foreft-Noire
& Ville Foreftiere, dont les
Noms fefont trouvez dans
ma Lettre où je vous ay
parlé de la prife de Fribourg
, je fuis un peu plus
fçavant que je n’ellois fur
io8 MERCVRE cet Article , & voicy ce qu’on m’en a appris. La Foreft-Noire a dix ou douze
lieues d’étenduë du Septentrion au Midy, depuis les environs de Baflé juf- qu’au voilinage de Strasbourg. On luy donne ce Nom, parce eu on prétend que ces Bois-là tirent fur le noir. Celle-cy eft entre la Suabe d’un cofté, & le Brif-
gaw & l'Ortnau de l’autre. Il y a quatre Villes qu’on appelle Foreftieres par la feule raifon quelles ne lont pas éloignées du commen-
GALANT. io9 cernent de la Foreft-Noire. Ces quatre Villes font en Suabe, & fur la Frontière des Suiflès. Elles font partie de l’ancien Domaine de la Mailon d’Autriche. Leur (ituation elt fur le Rhin entre Schaffoul Balle, & leurs noms Rhin - feldt, Lautembouro-- Sec-
2 O
kinghen & Wald’hull.
Je me retraite,Madame. On a trop toit marie Ma- demoifelle de Froifgny & Mr le Comte d’Obigny. Ce Mariage ne s’elt point fait,& je vous en avois don-
Iio MERCVRE né la nouvelle fur la parole de Gens qui n’en efloient pas bien informez. Je vous avois aufli marqué que Mr Caftelan Major des Gardes efloitmort à Gigery, & on m’apprend que ce il en Candie.
Comme il m’elt impof- fible de fçavoir tout par moy-mefme, je ne me fe- ray point une affaire de me dédire toutes les fois qu’on m’aura donné de médians Avis. Ainfi les erreurs d’une Lettre feront toujours réparées par la fuivante, Sc
ceux qui auront par annee
toutes celles que je vous
écris, pourront s'allurer
d’avoir'des Mémoires tresfidelles
de tout ce qui s’y
fera pafle.
Si je vous ay parlé dans
ma derniere d’un Mariage
qui ne s’elt point fait, j’oubliay
à vous apprendre celuy
de Mademoifelle de la
Tivoliere, qui fur la fin du
Mois époufa Mr le Comte
deTallard. Elle eft Fille
de Mr le Comte de Villeville
Gouverneur deMonrclimartX,
& Heritiere uni-*
verfelle de Mr de la Tivoliere,
qui eftoit Lieutenant
des Gensd’armes de la feue
ReyneMere. M1 de Villeville
fon grand Oncle, que
fes fervices & fa fidelité ont
rendu Illuftre, eftoit Grand
Prieur d’Auvergne. Mademoifelle
de la Tivoliere
eft jeune, fort fpirituelle, &
Mr le Comte de Tallard ne
meritoit pas moins qu’une
Perfonne fi accomplie. Il
eft Lieutenant de Roy de
Dauphiné. Il a de l’efprit
& beaucoup de coeur, & il
l’a fait voir en tant d’occa-.
fions, que tout ce que je pourvois dire là-deflus n’a- prendroit rien qui ne fuit connu. .
A propos de Mariage, il s’en eft fait un il y a longtemps qui doit avoir produit ce que vous avez tant admiré dans cette jeune Parente qui elt dans voftre Province depuis un Mois. Ne diriez-vous pas que c’eft pour elle que ce Madrigal a elle fait? Mr Petit » que mes deux demieres Lettres vous ont fait con- i noiltre en eft l’Autheur, ( Janvier. K >
■A
DU LYS
ET DE LA ROSE..
E Lys amoureux de la
Rofey
Apres avoir bien fou-
Obtint le fruit tant defirf
Dot le Dieu desNopces difpofe.
Za Rofe riefioit pas moins Lprife
du Lysr
Ain fi toujours la faix reqna dans
Leur mlnaqe,
Et de leur heureux Mariage
Tint au monde un aimable F ils
De tous deux la parfaite Image.
Cefi le beau teint d'Amarillis.
Comme on ne fait point
mort,, j ay a vous apprendre
celle de Mr de Saint
André, qui avoit la Charge
de Treforier general de la.
Marine que poffedoit feu.
M‘ de PellifTary- 11 eftoit
dans beaucoup de grandes
Affaires , eftimé de tous
ceux qui le connoiffoient
particulièrement, & on
peut dire de luy que fesfervices
efto- ient arOn-eablés.
Tandis, que nos Troupes
le délaffent dans leurs
(
Garnifons, le Roy fait fouvent
un de fes plaifirs de la
Chaffe, & y montre beaucoup
de vigueur. Madame
"luy tient prefque toujours
compagnie. Si elle avoit
vefcu du temps des Amazones
, elle auroit elle' fort
digne de leur commander.
Jamais Princefle ne Hit fi
infatigable, & n’aima tant
les pe'nibles Exercices. Ils
n’ont pas moins de charmes
pour Madame la Princefle
d’Epinoy, qui n’a
guère manque' de ces Parties.
Il y a grande apparence
que nos Ennemis n’ont pas
tant de loifir de fe divertir.
Les apprefts de la Campagne
prochaine les embaraffent
un peu plus que
nous, & s’ils eftoient fages,
ils fuivroient le confeil d’un
galant Homme de Saint
Maixant en Poitou, qui
leur adreffe les Vers qui
fuivent.
Z* J
»& *$■» *i*,2**Ji’ : •$* *î*<4*
eut sunitvainemet four
combatte la France,.
Rien ne peut s'opposer
aux armes de [bn Roy,.
Il porte en mille lieux la terreur &
Et l ’Univers eft plein du bruit de
fta vaillance.
J^ous qui de la Fortune attende^
l'inconftance,
Ennemis orgueilleux [dns parole &
fansfoy,
ylpprenez^que^Qüis ï'amifefoM
fa loy,
Et cherchez te repos dans voftre
obeïjjdncc.
GALANT. n?
sa Vous ridvez^encorveu l'effet d aucun
deffein*
Que quand ce qrand Monarque en
voua prenant la mains
A contre l'Otornan foùtenu-voflre
qloire.
ITe J°y*zj)lu* inqrats^ vous fléchi*
re% Çon coeur.
Il eft fier au combat^ maia apres la.
Viïloire,
Il paroift le Vaincu plutoft que le
Vainqueur.
Quoy que la Guerre
dure depuis fort longtemps,
il y a tant de NoblefTe
en France , que les
Académies Royales qui
i2o ME
font établies à Paris pour
l’inftruire , ne fuffilant
pas, on en a fait depuis
peu une nouvelle proche
le Palais d’Orléans, fous la
protection de Moniteur le
Prince d’Armagnac Grand
Ecuyer de France. Mr le
Chevalier de Villiers en a
la Direction. Les Maiftres
les plus experts de Paris
ont efté choifis pour les
Exercices de cette nouvelle
Académie.* On n’en dbutera
point, quand on fçaura
que M‘ de la Vallée de
Caen en eft l’Ecuyer, &
GALANT, ni
que Mr des Fontaines y elt
Maiitre d’Armes, & y enfeigne
audi à Vol. Ce premier
elt Ecuyer ordinaire
de Mr le Prince, & ce dernier
fait faire des Arme-s
aux Pages de la Chambre
du Roy. M1 Binet y donne
des Leçons de Dante ; &
Mr de Beaulieu, S1 de Placard
, Ingénieur & Cofmographe
ordinaire de Sa
Majefté, n’y montre pas
feulement les Matématiques,
mais audi la Géographie
, 1 ’ Hydographie,
la Marine, la Sphère, & la
Janvier.
Perfpédive. Mr Sylveftre
y enfeigne à dcffiner. Je
vous ay déjà dit dans une
de mes Lettres que c’ell luy
qui a l’honneur de l’apprendre
à Monleigneur le
Dauphin. Ceux qui font
curieux des Langues, y reçoivent
les Leçons de ML
Hollin pour lfAllemand,
& celles de Mr Laget pour
l’Italien & l’Efpagnol.
Si quelqu’un en veut
prendre d’agréables,il peut
aller chez M Prompt, qui
a inventé un Infiniment
nouveau qu’il appelle l’Apollon.
11 a beaucoup de
raport avec le Theorbe,
mais il cil incomparablement
plus touchant- & ce
qu’il a de fort commode.,
c’eft qu’on accorde les Baffes
de l'etcndue du bras,
fans qu’on, loit obligé de
détacher l’Inftn'ment pour
y toucher. 11 eft compofé
de vingt cordes fimples,
l’harmonie en eft douce,
* il accompagne la voix, &.
l’on y joue toute forte de
Pièces fur quelque mode
que ce puifle ellre, fans
changPer l’accord. Sa Mas
n4, MERCVRE ,
jefté qui l’a entendu, a témoigné
qu’elle en avoit
reçeu un fort grand plaifir.
Il eft agréable leul, encor
plus en Partie, & s’accorde
admirablement avec le
Lut, la Viole, le Claveftin,
& toute forte d’Inftrumens.
L’Autheur qui loge dans le
CloiftredeS.Jean en Grève
attire chez luy un grand
nombre de Perfonnes de
qualité tous les Mercredis.
C’eft le jour qu’il a choify
pour jouer publiquement
les charmantes Pièces
a compofées.
F OAL,ATmT • 125*
Cet Article de Mufique
me fait fouvenir qu’il court
icy un Air de la compofition
du fameux M1 le Peintre.
Les Paroles ont elle
faites pour Monfeigneur
le Dauphin, & font de M[
de Valnay Confeiller du
Roy, & Controlleur ordinaire
de la Maifon de Sa
Majerte. Elles font tournées
avec tant d’efprit, que
vous auriez lujet de vous
plaindre , fi un autre que
moy vous en faifoitpart.
L iij
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN:
• *
A Gloire permet qui on
d efire
De régner fur un va fie
Empire3
Et HAmour promet des douceurs
A qui régnera furies Coeurs.
Qui veut apprendre à les gagner
Doit eftrcfait comme vous eftesr
Et qui veut apprendre à regner*
Doit faire tout cequcvous faites.
C’eft faire en peu de
mots l’Eloge d’un Prince
qui eft l’amour de toute la
GALANT. i27
Trance ; mais comment fe-
roit-il autre que tout admirable, eltant Fils d’un Roy que fes merveilleufes lumières dans l’art de régner
ne rendent pas feulement le plus grand des Roys, mais qui poflcde éminemment toutes les
qualitez qui dans celle d’honnefte Homme le peuvent mettre au deifus de
tout ce que le Monde a de plus parfait ? Ce mefme Mr Petit dont je viens de vous faire voir le Mariage du Lys & de la Rofe, a
L. • • •
1UJ
128 MERCVRE #
connu de quel prix eftoit ce
glorieux avantage, quand
il a fait ce Rondeau.
POUR LE ROY,
RONDEAU.
N honnefte Honte eft
bien diÿ'ie d'eftime,
Car la Vertu le gwverne
& l'anime,
Etfuft on Roy, (ans cette qualité
Qui comprend tout, on eft peu respectés
C eft d'un vray Roy la fclide maxime,
il , Si donc par /m Louis le magnanime
GALANT. 129
Eft encensé, l'encens eft légitimé,
Chacun le dit, car c eft, en venté,
Vn honncfte Homme.
11 Ce digne Prince en qui l'efprit fait
lime
Suit la grandeur qui fur fon front
s'exprime,
Dira sas doute, en gardant l*équité,
Quià Roy qui na queÇon autorité,
J.a rai fon veut
fans crime,
Vn honncfte Homme.
Tout le monde fe pique
d’eftre honnclte Homme
à fa maniéré, mais la voix
publique ne tombe pas fur
tous ceux qui prétendent
à une fi avantageufe quai^
o ME R C Vît E lité. Il ne faut quelquefois qu’une fierté trop pouffiéc dans le haut rang, pour faire prendre de méchantes impreffions à ceux qui croyent avoir lujet de s’en plaindre ; & fi vous en voulez un exemple, le voicy en peu de mots. Un Bourgeois de la Haye, mais fort grand Seigneur, (car vous içavez, Ma.lame, qu’en ce Pais-là les Bourgeois ont part au Gouvernement, ) eflant allé complimenter un des plus confidérables Officiers de l'Armée fur
GALANT. 151 quelque avantage qu’ il avoit reçeu, l’Officier qui eftoit dans un Fauteüil, ne
fe leva point, & fe contenta de luy ofter fon chapeau.
Celuy-cy piqué d’une réception fi peü. civile, fortit promptement , & ayant rencontré dans l’Ef- calier une Perfonne de
marque qui luy demanda ce que l’Officier faifôit, il luy répondit qu’il 1 ’avoit Faille dans fa Chambre fans aucune affaire qui l’emba- raffaft, mais qu’il luy con- fcilloit de n’y pas entrer.
MERÇVRE L’autre le preffant de luy en dire la raifon : N’y entrez pas, vous dis-je, luy repliqua-t-il, à moins que vous n’ameniez quelque François avec vous., car autrement je fuis affure' que vous ne luy ferez point lever le Siégé. Vous comprenez la force de cette re'ponfe. Elle fait connoif- tre que nos Ennemis ne manquent pas d’eflime pour nous.
Sa Majefté a fait voir qu’elle honore Mr Camus du Clos de la fiennc, quand
GALANT,
elle luy a donné l’Inten- J
dance de Pignerol. Il partit il y a quelque temps pour s’y rendre. Je ne vous dis rien de fa Famille. Elle cil célébré par quantité d’excellens Hommes qui fe lont diltinguez dans les Armes, dans la Robe, & danslaPrélature, & il n’y a perfonne qui ne foit inf- truit de la gloire quelle tire de ce grand Evefque du Bellay, n renommé par fes Vertus, & fi recommandable par les Ecrits. La confiance particulière
134 MERCVB t; que deux grands Miniftres ont toujours prife en Mef- ficurs Camus pour l'execution des plus illustres Projets du glorieux Monarque qu’ils lervent tant en Italie, en Allemagne, en Hongrie, <3c en Hollande, que dans les Provinces du Royaume & dans les Armées , eft la preuve de leur mérite & de l’aflurance qu’on a du zele parfait qui les attache au leivice de leur Prince. Audi Sa Majefté a depuis longtemps efté fi perfua- dee de cesveritez, qu’elle
les a prelque tous honorez
du Brevet deConleilIer d’Etat,
avant meline qu’ils fuf
lent entrez dans les Charges
éminentes où nous les
O
voyons aujourd’huy. M1
l’Abbé Camus de la Magdelaine,
Doétcur de Sorbonne,
ell l’Aifné de cette
Famille. Il remplit tresdignement
la Charge de
. O \ \ “ __ O * ■
Chancelier - Théologal à
Tours, & il n’y a point de
fa pieté <Sc fa doitrine ne
luy faffent mériter. Il a
pourFreres MrCamusDef
136 mercvre touches, qui avant qu’eftre fait Controlleur general de F Artillerie , a elle Intendant
en Hainaut, & Com- îniflaire general des Suifïès^ Mr Camus du Clos , Chevalier de S.Lazare, que le Roy vient de faite Intendant àPignerol ; M'Camus de Beaulieu,aulfi Chevalier de S.Lazare, Procureur General duConleil Souverain
deRouIfillon,& Intendant de la Jultice, Police-& Finances dans cetteProvince j M' Camus de Morton, Brigadier des Armées du Roy
GALANT. 137 en Sicile -, & Mr Camus Avocat au Grand Confeil. Ce qu’il y a d’admirable dans tous ces Freres, c’eft l’union qui fe rencontre parmy eux, la conformité & la droiture de leurs fen- timens, cette inclination bienfaifante, & ce pan- chant naturel qui les porte à obliger tout le monde, en forte que perfonne n’a jamais eu d’affaire à dé- mcfler avec eux, qu’il n’en foit forty avec des fatisfa- ctions extraordinaires.
Vous devez vous en pro- Ja,nvier. M
î t ■ "M .1
mettre beaucoup d ’ une
Galanterie de M‘ de Fontenelle
que j’ay à vous faire
voir. Je fçay que fon nom
elt une grande recommandation
auprès de vous pour
un Ouvrage. Celuy-cy eft
un Adieu que l’Indiférence
fait à une jeune Perfonne
qui commence à eftre fenfible,
& voicy de quelle
maniéré il la fait parler.
GALANT. 139
L'INDIFEREN CE,
A IRIS,
Ans- doute, belle Iris*
je vous ay bien fervie*
P'ous avei^ jufqu ’ zTy
vefcu tranquillement,
JVAw depuis peu dans voflre train
de vie
l'dppercoy quelque changement.
Cet heureux temps ri eft plus 5 ce
temps fi favorable*
Pour un régné comme le mien.
Ou vous ne ftavies^pas que vous
fuffïer^aimable *
Ou ron ne vous en difoit rien.
M i)
Voies fouffrezjnaintenant des Gens
qui vous le difentî
Sur ce que voies valezftls vous ouvrent
les yeux,
Et depuis quilsvous en inftruifent
Vous envale^vAeme encor mieux.
Vous voye^ chaquejour vo/lre mérite
croiftre,
Pouiquoyfaut-il qu on vous l'ait
découvert ?
Vousvoudre\ éprouver peut- eftre
quey tant de mérité fert.
Vous voudrezyoir fi la tendre(fe
le fauroit point mieux mettre
en oeuvre que moy,
Car il eft, entre nous, dune certaine
. efpece
a4/fc propre à ce doux employa
Cultiver les talens d*une jeune P erfonne3
Animer Ça beauté^ façonner fon
ef^rit.
Ce ri eft pas un meftier à quoy jefois
trop bonnes
L'Amour dit- on^y riüfit.
Diray-\e tout ce que je penfe ?
TA ou s avezjin Tirfs^ Iris^ qui me
dèplaift.
Qui toujours en voftrepréftence,
Quoy que vous dùffîez^ bien prendre
mon interefty
Dit du mal de ï lndifèrence.
2l dit que je ne fuis propre qu avons
Qu il eft mi lie plaifirs que vous pourieT^
outer^
142 MERCVRE
Que je vous fais perdre voflre bel
le fuis laffe de tout cela,
Et fi vous le voulez^ écouter davantage,
De bonne foy je vous quiteray là.
a4u.ffï-bien fifon amour dure,
( Etfrachemet j'en a y grâd' peur) La vi cio ire pour moy ne(i pa# chofe trop (ure,
Tant de foins, devcfiecls, font de mauvais augure,
Et m9 annoncent toujours qu'il faut for tir d'un Coeur,
Encor fi j'avois efpérance
Que de voflre froideur on dufî fc rebuter,
le ne voudroispat vous quitter, Et du moins j'aurais patience.
Mais Tir fi s n eft pat fi-tofllat^
il a de voflre Coeur entreprit la
conqueftei
Puis qu'il s'eft mit ce dejjein dam
la tefie,
le le connais jl rien demordrapas.
lufquà ce qu'à fon point il vous ait
amenée,
P gus obfederfera fon feul employé
C' eft une humeur tellemët obflinèe,
ou qu'on
ije pourquoy.
Qfiilfaut quon l 'aime,
.Ainfi donc j'aime mieux ceder de
bonne grâce,
Que de me voir obligée à ceders
Yofire Coeur eft de plut une efiece
de Place
Que fans beaucoup de peine on ne
figurait garder.
le prèvoy quilfaudroit le defendre
fans ceffe>
T ont le monde l'attaquera.
Il eft plus à propos qu'enfin je vous
le lai fie,
Vous en fierez^ tout ce qu'il vous
plaira.
Quand je m'en feray retirée,
l'en veux chercher quelqu autre où
je demeure enpaixï
Il en eft, & plusieurs, où je fais
affurèe
Qu'on ne m attaquera jamais.
Vous voyez aflez fouvent
des Vers de Ml de Fontenelle,
il faut vous faire
voir de fa Profe. Jette z les
GALANT. i4V yeux, je vous prie, fur cette Carte ; & puis que la Poëfie a tant de charmes pour vous, examinez à loifir de
quelle étendue eft fon Empire. Il eft bon que vous connoifftez la fituation des
Provinces qui' le compo- fent, les Rivières qui le tra- verfent, les Villes & les Bourgs qui font de fa dépendance , & les Mers qui l’environnent, avant que vous liftez les Remarques quil nous a données fur tant de Lieux diferens. L’idée que vous vous en ferez
Jcknvier. N
I46 mercvre
faite en regardant attentivement
la Carte dont il a
drefle le Plan, vous fera
prendre plus de plaifir à la
Defcription d’un Pais habité
par des Gens de toute
efpece. Voicy ce que Ml
de Fontenelle en dit.
lev &ai£trri-rn£*
ProtLurce
des
'PerutetJ J'a+urjrtj
Prenante
d&
• »
Lj mitatwn
Proueu-ca de la
haute Poeure
flUlf
Zzz Poame epup^a
*
PraucrcCe,
D ESCRIPTION
DE L’EMPIRE
DE la POESIE
Et Empire ell un
* grand Pais trespeuplé.
Il eft Aivifé
en Haute &
Baffe Poëfie,comme le font
la plupart de nos Provinces.
La Haute Poëfie eft habitée
par des Gens graves,
mélancoliques, refrognez,
& qui parlent un langage
N ij
1 I
ï48 MERCVRE
qui eft à 1 egard des autres
Provinces de la Poefie, ce
qu’ell le bas Breton pour
le relie de la France. Tous
les Arbres de la Haute
Poche portent leurs telles
j.ufque dans les nues. Les
Chevaux y valent mieux
que ceux qu on nous
amene de Barbarie, puis
qu’ils vont plus ville que
lès vents -, &z pour peu que
les Femmes y foient belles,
il n’y a plus de comparaifon
cntr’elles & le Soleil.
GALANT. 149 delà des hautes Montagnes que vous voyez, eft la Capitale de cette Province, & s’appelle le Poëme Epique. Elle eft baftie fur une terre fablonneufè & ingrate , qu’on ne le donne prefque pas la peine de cultiver. La Ville a plu- fieurs journées de chemin, & elle eft d’une étendue ennuyeufe. On trouve toû- jours à la fortie des Gens qui s’entre tuent ; au lieu que quand on pafïè par le Roman, qui eft le Faux- bourg du Poëme Epique,, N iij
I^O 1^1 aV
& qui eft cepwndant plus grand que la Ville, on ne va jamais jufqu’au bout fans rencontrer des Gens
dans la joye, & qui fe préparent à fe marier.
Les Montagnes de la Tragédie font aufti dans la Province de la Haute P.oe- fie. Ce font des Montagnes
cfcarpées, & où il y a des précipices tres-dange- reux. Aufti la plupart des Gens baftiftènt dans les
Vallées, & s’en trouvent bien. On découvre encor fur ces Montagnes de fore
T
• ÏÎI
belles Ruines de quelques
Villes anciennes , & de
temps en temps on en apporte
les matéreaux dans
les Vallons, pour en faire
des Villes toutes nouvelles,
car on ne bartit prefque
plus fi haut.
La Baffe Poefie tient
beaucoup des Païs-Bas. Ce
ne font que marécages. Le
taie. C’eft une Ville fituce
dans des Etangs très bourbeux.
Les Princes y parlent
comme les Gens de néant,
& tous les Habicans en font
Tabarins nez. La Comédie
eft une Ville dont la fituation
eft beaucoup plus agreable,
mais elle eft trop
voifine du Burlefque, & le
commerce qu’elle a avec
cette Ville luy fait tort.
Remarquezje vous prie,,
dans cette Carte les vaftes
Solitudes qui font entre la
Haute & la Baflè Poéfie..
On les appelle les Deferts
du Bon Sens. Il n’y a point
de Ville dans cette grande
étendue de Pais, mais feulement
quelques Cabanes
affez éloignées les unes des
I GALANT. iu
autres. Le dedans du Pais
eft beau & fertile, mais il ne faut pas s’étonner de ce qu’il y a fi peu de Gens qui s’avifent d’y aller demeurer, c’eft que l’entrée en eft extrêmement rude
de tous coftez, les chemins étroits & difficiles , & on trouve rarement des Guides qui pui fient y fervir de Conducteurs.,
D’ailleurs ce Pais confine avec une Province où tout le monde s’arrefte, parce qu’elle paroift très- agréable, & on ne fe met
iV4 MERCVRE plus en peine de pénétrer jufque dans les Deierts du Bon Sens. C’eft la Province des Penfées fauffes. On n’y marche que fur les Fleurs, tout y rit, tout y paroift enchanté -, mais ce qu’il y a d’incommode, c’eft que la terre n’en ef- tant pas folide, on y enfonce par tout, & on n’y fçauroit tenir pied. L’E- legie en eft la principale Ville. On n’y entend que des Gens plaintifs, mais on diroir qu’ils fe joüent enfe plaignant. La Ville eft
toute environnée de Bois
& de Rochers, où les Habitans
vont le promener
leuls ; ils les prennent pour
Confidens de tous leurs fecrets,
& ils ont tant de peur
d’eftre trahis, qu’ils leur
recommandent louvent le
filence.
Deux Rivières arrofent
le Pais de la Poéfie. L’une
eft la Riviere de la Pâme,
qui prend fa fource au pied
des Montagnes de la Refverie.
Ces Montagnes ont
quelques pointes fi éleve'es,
qu’elles donnent prefqueMEKCVKE
dans les nues. On les appelle
les Pointes des Penîëes
fublimes. Plufieurs y
arrivent à force d’efforts
furnaturels , mais on en
voit tomber une infinité
qui font longtemps à fe
relever, & dont la chute
attire la raillerie de ceux
qui les ont d’abord' admirez
fans les connoiftre. 11
y a de grandes Efplanades
pied de ces Montagnes, &
qui font nommées lesTerraffes
des Penfées baffes.
On y voit toujours un fort
GALANT. iT7 grand nombre de Gens qui le promènent. Au bout de ces Terraflès font les Cavernes des Refveries creu- fes. Ceux qui y defcendent, le font inlenfiblement, & s’envelilfent fi fort dans leurs refveries, qu’ils le trouvent dans ces Cavernes fans ypenfer. Elles font pleines de de'tours qui les embaralTent, & on ne fçau- roit croire la peine qu’ils fe donnent pour en fortir. Sur ces melmes TerralTes font certaines Gens qui ne fe promenant que dans des
iT8 MERCVRE
Chemins faciles, qu’on appelle Chemins des Pen- fécs naturelles, fe moquent egalement & de ceux qui veulent monter aux pointes des Penlées fublimes, & de ceux qui s’arreftent fur l’Ef- planade desPenfées balles. Ils auroient railon , s ’ ils pouvoient ne point s’écarter, mais ils fuccombent prelque auftitoft à la tentation d’entrer dans un Palais fort brillant qui eft pas fort éloigné. C’eft celuy de la Badinerie. A peine y eft-on entré, qu’au
I
>1
i
r GALANT. 159 I lieu de Penfées naturelles i qu’on avoit d’abord, on i n’en a plus que de ram- ? pantes. Ainfi ceux qui n’abandonnent point les Cbe-
1 mins faciles, font les plus raifonnables de tou#. Ils
t ne s’élèventqu’autant qu’il i faut, & le bon fens fe trouve 1 toujours dans leurs penfées.
Outre la Riviere de la Rime qui naift au pied des Montagnes dont je viens de faire la defcription, il y I en a une autre nommée la àl Riviere de la Raifon. Ces
•4
deux Rivières font affez éloignées l’une de l’autre, & comme elles ont un cours tres-diférent, on ne les fçauroit communiquer que par des Canaux qui demandant un fort grand travail -, encor ne peut-on pas tirer ces Canaux de communication en tous lieux, parce qu’il n’y a qu’un bout de la Rivicre de la Rime qui réponde à celle de la Raifon, & de là vient que plufieurs Villes fituées fur la Rime, comme le Virelay, la Ballade, & le Chant
i GALANT 161 ; Royal, ne peuvent avoir ; aucun commerce avec la
Raifon', quelque peine
4*
qu’on y puifle prendre. De plus il faut que ces Canaux patient par lesDeferts du Bon Sens, comme vous le voyez par la Carte, & c’eft un Pais prefque inconnu; La Rime eft une grande Riviere dont le cours eft fort tortueux &
I
1 ( I
inégal, & elle fait des fauts
très - dangereux pour ceux qui fe hazardent à- y navi- cer. Au contraire, le cours de la Riviere delaRaifon;
Janvier. €>
eft fort égal & fort droit, miis c’eft une Riviere qui ne porte pas toute forte de VaifTeatix.
Il y a dans le Pais de la Poéfie une Foreft tres-ob- fcure, & où les rayons du Soleil n’entrent jamais. C’eft la Foreft du Galimatias. Les Arbres en font épais, toufus, & tous entre- laffez les. uns dans les autres. La Foreft eft fi ancienne, qu’on s’eft fait une efpece de Religion de ne point toucher a fes Arbres, & il n’y a pas d’apparence
qu’on ofe jamais la défricher. On s’y cgare aufli- toft qu’on y a fait quelques pas, & on ne fçauroit croire qu’on fe foie égaré. Elle eft pleine d’une infinité de Labyrinthes imperceptibles, dont il n’y aperfonne qui puiflè fortin C’eft dans cette Foreft que fe perd la Riviere de la Raifon.
La grande Province de l’imitation eft fort fterile, & ne produit rien. LesHa- bitans en font tres-pau- vres, & vont glaner dans les Campagnes de leurs O ij
164 MERCVRE Voifins. Il y en a quelques-uns qui s- enrichillènt à ce mellier-là.
La Poëfie ell tres-froide du collé du Septentrion, & par conféquent ce font les Pais les plus peuplez. Là font les Villes de l’A- crolliche,de 1-Anagramme,. &des Bouts-rimez.
•jht
Enfin dans cette Mer qui borne d’un collé les Etats de la Poëfie, ell fille de la Satvre , toute envi-
J *
ronnée de flots amers. On- y trouve bien des Salines,, êc principalement de Sel
noir. La plupart des Ruiileaux
de cette Ifle refTemblent
au Nil. La Source en
eft inconnue-, mais cequ’on
y remarque de particulier,
c’ell ce qu’il n’y en a pas
un d’eau douce.
Une partie de la mefme
Mer s’appelle L’Archipel
des Bagatelles. Ce font
quantité de petites Ifles femées
de collé & d’autre, où
il femble que la Nature fe
joue comme elle fait dans
la Mer Egée. Les principales
font les Ifles des Madrigaux,.
des Chanfons, &:
des Inpromptu. On peut
dire qu’il n’y a rien de plus
léger, puis quelles dotent
routes lur l’eau.
Prenez la peine , Madame,
d’examiner dans la
Carte que je vous envoyé,
de quelle maniéré font
difpofez tous les lieux dont
parle cette Defcription.
Parmy les Villes du Virelay,
de la Ballade, & beaucoup
d’autres, il me femble
qu’on n’a point mis
celle du Rondeau. Vous la
placerez où il vous plaira,
& cependant je croy que
GALANT. 167 vous ne ferez pas fâchée que je place icy trois Rondeaux que j’ay encor recouvrez de ceux que Mrde S. Gilles l’Enfànt, Page du Roy, prefenta l’Hyver paffé àMonfieur le Duc du Maine. Je vous en ay déjà envoyé quelques - uns dont vous m’avez témoigné ef- tre fatisfaite -, & quoy que ce ne foit point par les Vers ■ que ce jeune Gentilhomme I cherche à mériter l’eftime des honflelles Gens, je ne puis trop vous faire con- noiftre fon Efprit, apres
vous avoir entretenue dans une de mes premières Lettres des diverfes Occafions où il a fait paroillre fon c.oeur.. Il prend agréablement le vray ftile du Rondeau,. & l’application de fa. Morale eft heureufe.
/
LES POTS FLOT ANS.. R O N DEA U.
¥> Es Pots caffez font bruit,
oye^ comment.
i Entiers^faim fur l'hu* mide Elément
T) eux. Pots flot oient diferents de firutlurey.
L'un
GALANT-
L'un de Métal relevé d'cncolcurey Sans foin y fans fcury voguoit arro- (raniment.
L'antre de terre al!oit plus humble- ment, J
De fon J^ofin craignant l'autou- chement*
Et d' augmenter far une atteinte dure
Les Pots cafje*.
Du Pot craintif veicy l'enfcigne- ment.
Quand un Petit s'allie tmfrudcmét Avec un Grand four trop haute avanture,
L (Grad en fort en fort borepofiure* Et le Petit paye ordinairement Les Pots caffe^
Jai/rvier. P
DE L’ASNE MALADE,
et des Loups.
RONDEAU.
L rieflpat mort, &ne voudrons
jurer,
fftl rien meurt pat, quon ne
puijfi efperer
De le quérir. 'Naïve repartie
Que fait l ’ Afnonavecque mode fie
Aux Loups gloutons qui vont Baudet
fleurer.
Nousvenos tous,dtfentdls,enterrer
Défunt Baudet. Il faudra différer
Leur dit TAfnon, remette^ la
partie,
Il nefl pat mort.
A donc co vient aux L oupsfoy retirer
Tou t do u cernent yna te non fans murmurer.
< *
Souvent ainfi dans longue maladie,
pour l'Heritier avare, quoy qu'il
die,
Ces quatre mots font durs à digerer,
il ne fi pas mort.
DU COCQ^
ET DU DIAMANT.
) N D E A U,
leux il vaudroit trouver
grain de F rom et
Dans ce Fumier, que
riche Diamant,
Di fit le Coqtranfporté de colere.
Pii
yjz MERÇVRE
D'un tel B y ou queft- ce que je pu fa fit ii e?
Quoyyn en parer! ridicule ornemei!
Vfl (CT
Sur mes Ergots ce brillant agrément Ne peut avoir de prix afiuremevt. Entre les mains d'un feavant Lapidaire
Mieux il vaudroit,
Ab, que le Sort me traite indigrte- ment!
Je meurs de faim près d'un telali~.
ment,
Ain fi l'Avare à foy-mefme contraire^
Languit dans l'or qui ne peut fa- tu faire
Sa foif ardente, (fi qu'il fi]l au -
♦ tremevt
Mieux il vaudroit.
PT ■- s ' >• • Il
.. GALANT. 17?
La profellion de Cava- ’*
lier que Mr de Saint Gilles Lenfant a choifie , n’elt point incompatible avec les foiias de le cultiver l’El- ||
prit. C’elf un avantage fi neceflaire àlaNoblefIe,quc leRoyn’a foufert l’Etablif fement de l’Académie d’Ar- U .les dont je vous ay déjà tant de fois parlé, qu’à condition qu’on n’y recevroit que des Gentilshommes. Les Lettres Patentes qui en furent obtenues en 1668. reglerent d’abord à vingt le nombre de ceux qui la
P iij
174MERCVRE dévoient compofer, & Mr de Roubin vient d’en obtenir de nouvelles par la faveur de Moniteur le Duc
de S. Aiwnan leur Brotec-
X teur,qui permettent a cette Compagnie une Augmentation de dix autres Académiciens, qui feront Gentils hommes comme les premiers , Sa Majeffé ayant bien voulu par cette précaution leur impofer la glo- rieufè neceffité de fe con-
ferver un avantage qui les diltingue de beaucoupd’au- tres Compagnies de ce
GALANT. 175 Royaume. Jugez par là, Madame, fi on n’aura pas un fort grand emprefle- ment pour ces Places, & fi tout ce qu’il y a de plus éclairé parmy la NobleiTe- non feulement de Provence,
mais encor des Provinces circonvoifincs, ne fe fera pas honneur d’entrer dans un Corps où vous ne trouvez que des Perfonnes de mente, foit pour l’efprit, foit pour la naiffance. On y en a déjà reçeu deux depuis les Lettres d'Augmen- tation obteniies. Comme
P iüj
vous avez fçeu bon gré à M'Peliflon, de nous avoir donné dans fon Hiftoîr’e de
l’Académie Françoife les Noms de tous ceux qui la compofent, je croy que vous ferez bien - aife d’apprendre qui font ceux qu’on a reçeus dans l’Académie d’Arles depuis fon Inftitution julqu’à aujour- d’huy. Je n’entreprcns point de vous parler du mérite de chacun en particulier. Je vous diray feulement ce que je puis fçavoir du caraélere de ceux qui me
GALANT. 177 font connus, ou par eux- melmes, ou parleurs Amis,' n’ayant pu encor élire informé que du nom des autres. Les voicy félon l’ordre de leur réception.
M‘ de Gagcron Mejanc. Quoy qu’il ait elle élevé à la Cour de Savoye, où Ion Pere a eu des Emplois fort importans, il ne lai(Te pas de connoiilre admirablement bien toutes les beau- tez de notice Langue, & de la parler tres-purement.
NT de Sabatier. Il a etlé autrefois Page de Moniteur
i78 mercvre de Guife, & le Party de la Et Guerre qu’il a pris au fortir delà, ne l’a point empefché de cultiver toujours le talent qu’il avoit pour les belles Lettres. Il a l’efprit fo- lide, juge fainement des k Ouvrages d’autruy, & en fait luy - mefme de fort beaux.
M1 de Giffon. Il a l’efprit vif & aétif, écrit en . Vers & en Profe avec une facilité admirable, & il en donna autrefois une preu- IL ve extraordinaire , * lors que fur une avanture qui
t arriva pendant un Carna-
/ val qu’il eftoit allé pafler
■ à Avignon, il fit en trois
jours une Comédie dont la
I Repréfentation fut le di-
'■> vertiflement de toute la
4 Noblefïè de la Ville & de
î toute la Cour du Vice-Lé-
• gat. Il y a trois ans qu’il
j parut auffi avec beaucoup
: de gloire dans l’Académie
I Françoife, où ayant efté
s : reçeu, ainfi que M1 le Mari>
quis d’Aymard - Chafteau-
4 renard , en qualité de
I Membres d’un Corps qui
.[ luy eft aflbcié, apres avoir
opiné tous deux dans les Conférences qui s’y tiennent, ils eurent part l’un & l’autre à la dilfribution des Médaillés.
Mr l’Abbé de Barreme. J1 eft Conlciller Clerc au Parlement de Provence.
MrdeCays,Srde laFoflète.
Ml le Marquis de Boche. Il eft de l’Illuftre Maifon des Marquis des Baux, Souverains autrefois de beaucoup de Terres en Provence. Il a efté Major de Brigade de Gendarmerie, & Capitaine de Chevaux-
I
E
i
I
I
GALANT. 181 Légers, &r l’on peut dire de luy qu’il eft tout coeur à la Guerre, & tout elprit à I’Académie.
Mr Bouvet. Il fait de tres- i jolis Vers, & travaille à une Traduûion du Pétrarque. I Mr le Marquis de Ro- [ bias d’Eftoublon. Il eft Aifné de Mr d’Eftoublon .[ Maiftre-d’Hoftel du Roy, > & Fils de feu Mr d’Eftou- [ blon,cet îlluftre Vieillard » qui avoit fervy fous trois { Roys , & qu’on nommoit : à la Cour de Louis XIII.
le Baflompierre de Provence.
Il eft Secrétaire perpétuel de l'Académie. On n'a jamais veu une Perfonne de fa qualité a-, voir tant d’ardeur qu’il en a pour les belles Lettres, lia l’efprit fécond & d’une grande étendue, entend tres-bien le Latin, l’Efpa- gnol & l’Italien, & com- pofe en Vers & en Profe dans ces trois Langues, fans parler de la Françoife, en laquelle il a donné divers Ouvrages que le Public a fort approuvez , mais qui n’ont pas paru fous fon nom.
GALANT. 183
Mr l’Abbé de Boche. Il eft Frere du Marquis de ce nom , & a fait connoiftre
J
dés fa plus tendre jeuneflè le talent qu’il a pour la Chaire , ayant commencé d’y paroiftre à l’âge de vingt ans, comme les Prédicateurs les plus confommez.
Mr de Caftillon, Sénéchal d’Arles.
Mr de Manville. Il eft Avocat du Roy au Siégé d’Arles.
Mr le Marquis d’Aymard Chafteau-renard. Il eft Capitaine dans le Régiment
184 mercvre Royal, où il a lervy avec beaucoup d ’ afliduité &: d’exaéùitude depuis le commencement de la Guerre de Hollande. Il ne s’y eft paf- fé aucune occafion où il ne fe loit trouvé, malgré les bleHures qui l’en auroient pu fouvent difpenfer, fur tout dans les Sièges de Valenciennes , de Cambray, de Saint Orner, &r dans la fameufe Bataille de Caflèl, où ayant eu par tout des Commandemens particuliers , il a toujours eu le bonheur de fe faire dilhn-
GALANT, liguer
par la bravoure & par
là conduite, comme il le
fit il y a quelques années
par fon elprit-, lors qu’il fut
député de l’Académie d’Arles
pour venir remercier le
Roy des Lettres Patentes
de fon Etabliflement. 11
s’acquitade cette Commif
fion avec tant de gloire,
que depuis ce temps-là Sa
Majefté a dit plufieurs fois
à la louange qu’elle n’avoit
jamais efté complimentée
de meilleure grâce, ny plus
fpirituellement. 11 harangua
en luite Mls de l’AcajMivieï\
demie Françoife, pour leur demander 1 ' honneur de leur alliance & de leur af- fociation , apres avoir remercié M le Chancelier Seguier, qui avoit fcellé les Lettres Patentes de fa Compagnie ; mais ce fut toujours avec un fi heureux luccés, que ce dernier luy fit la grâce de l’envoyer vi- fiter par un Gentilhomme, & de luy faire demander les trois Complimens qu’il venoit de faire au Roy, à I’Académie Françoife, & à luy, qui furent eftimez
trois chefs-d’oeuvres.
Mr de S. Veran de Moncalin.
Il eft Confeiller au
Parlement de Touloufe, &
a un talent extraordinaire
auxPerfonnes de fa qualité,
qui s’appliquent rarement
à fe rendre fçavans dans les
Langues mortes. Celuy-cy
eft ft profond dans la Grecque,
qu’il la parle avec autant
de facilité que la Langue
naturelle.
MrdeRoubin. Je ne vous
en diray rien , fon mente
vous eft connu, & je vous
en ay parlé fort au long, en
Qjj
>.,,1
vous envoyant la Harangue qu’il fit au Roy quand il eut l’honneur de luy présenter l’Eftampe de 1’0 bé- lifque dont vous avez la Figure au commencement de cette Lettre.
M' de Chambonas Evef que de Lodeve. Il eft Frere de Mr le Marquis de Chambonas, & Neveu de M l’E- vefque de Viviers. Sa Dignité' fait fon Eloge,, puis que le Roy n’y éleve que des' Perlonnes recommandables par le mérité & par la naiftance.
Mr le Pays. Les galants
Ouvrages qu’il a donnez
au Public l’ont allez fait
connoiltre à toute laFrance.
M de Ranchin. Il elt
ConleiWer au P ai lement de
Touloule,'& a un talent
admirable pour la Poefie.
Toutes les Pièces que nous
avons de luy ont un tour
fi fin & fi délicat, quelles
ne tiennent rien de l’air
qui fcmble attaché à la
Province.
M 1 Abbé de Verdier.
M de Venel. Il elt Confeiller
au Parlement de Provcnce.
M d’Arbaud.
M1 l’Abbé d’Abeille.
Mr de Beaumont des Arlatans.
C’eft un Gentilhomme
d’une grande érudition,
fort fçavanfrdans la
belle Latinité', qui fe conçoit
aux diférens caractères
des Autheurs , & paflè
pour un Critique auffi judicieux
que délicat.
Outre les vingt-deux
Académiciens que je viens
de vous nommer , qui forment
prefentement le
Corps de l’Académie d’Arles,
il y en a d’autres qu’on
GALANT. 191 appelle externes. Ils en font comme lesMembres adoptifs, & entretiennent un étroit commerce avec elles par leurs Lettres &par leurs Ouvrages qu’ils luy communiquent de temps en temps. Ce font,
Le R. Pere Vinay , Minime, eftimé un des plus délicats & des plus élo- quens Prédicateurs de fon Ordre. 11 a prefehé dans les meilleures Chaires de France, avec un applaudif- fement general.
M l’Abbé de Valavoire.
15)2 MERCVRE
M1 du Tremblay.
M de l’Eltang, Confeil- ler au Parlement de Provence.
M‘ Ferrier, Autheur de l’Adieu aux Mules que vous avez veu dans une de mes Lettres.
Quand les huit Places qui relient encor à donner feront remplies, je ne man- queray pas à vous appren*- dre le nom & le mérité de ceux qui auront elle choi- fis. La Ville d’Arles qui met au rang de fes plus glorieux avantages, celuy d’avoir
GALANT 193 cette Académie,
d r avoir
voulant luy donner des marques de ton affection & de fon eftime, & contribuer
à la commodité de fes
Conférences, vient de luy accorder un grand & magnifique Apartement dans cet admirable Hoftel de
Ville quelle a fait baftir,
& dont M1 Manlard célébré
Architecte de Paris, avoit donné le Deffein. Je vous ay déjà dit, Madame, que cette Académie jouit des mefmes Privilèges qui ont efté accordez à M“
Janvier. R
194 MERCVRE de I’Académie Françoife. Monfieur le Tellier qui a toujours fait gloire de protéger ceux qui aiment les belles Lettres, ayant fcellé de la maniéré du monde la plus obligeante, les dernières quelle a obtenues, Mr de Roubin à qui fon peu de fanté n avoit pû permettre de luy prefenter plutolt l’Eftampe de 1’0- bélifque, comme il en a- voit efté chargé depuis long-temps par Mrs de la Ville d’Arles, ny d’cf- tre des premiers à luy faire
■ GALANT. i9î compliment fur fa Promotion à la Charge de Chancelier, luy en alla faire ex- cufe dernièrement, & le remercier en mefme temps au nom de fa Compagnie, des grâces qu’elle venoit d’en recevoir. Son dilcours fut extrêmement aplaudy. Apres qu’il eut épuifé toutes les loüanges que l’Elo- quence peut fournir pour honorer un mente extraordinaire
, il luy dit, mais en termes choifis, au regard de fa nouvelle Dignité, que par cette glorieufe marque
R ij
196 MERCVRE d’eftime nolhre incomparable Monarque qui dif- penfe toujours fes faveurs & fes récompenfes avec le plus équitable difcerne- ment, avoit voulu couronner en fa Perfonne tous fes bienfaits, & mettre, pour ainfi dire, le Sceau à toutes les Grâces qu’il avoit fi libéralement & fi juflement répandues fur toute fon il- luftre Famille. Il conti- tinua par des fbuhaits de le voir jouir de cet honneur autant de temps qu’il en avoit employé à le mériter,
GALANT. 197 & qu’il y en avoir qu’il s’en elloit montré cligne par fes grands & importans lervi- ces qu’il continuoic encor tous les jours de rendre à
l’Etat, avec cette application infatigable, & cette exaéte fidelité qui luy a- voient acquis à fi jufte titre la bienveillance du plus Grand Roy de la Terre, & la vénération de fes Peuples.
Desproteftationsref- peétueufes deferviccs delà fiart de la Compagnie pour aquelle M1 de Roubin portoit la parole , & une
R iij
tres-humble priere de luy
vouloir accorder l’honneur
de la protection, terminèrent
ce difcours que je fouhaiterois
vous pouvoir donner
entier. Vous avoüeriez,
Madame, que quoy
qu’il ne foit pas avantageux
d’eftre le dernier à
parler fur une matière fi
repatüe déjà par. les plus
éloquentes bouches de
France, tant de Complimens
qui ont devancé celuy-
cy, ne'luy ont rien fait
perdît de fa grâce. Je me
contenteray d’y adjoûter
un Sonnet que cet Illultre
M Acade'micien prefenta à
remercîment des Lettres
s* * j Voicy cet heureux jour
tant f'ouhaité,
Qui nous va tous conduire à h lmmortalité,
Et qui comble d'honneur noflre
Troupe naiffante.
i
zoo MERCVRE
•J»
“ M
I&^CHANCELlER/m^gr^ éclatante
Reçoit fon dernier prix de ta rare bontés
JEt tu viens achever nofire Félicité, En fcellant de ta main cette au- ytfie Patente.
•JE»
C'eft toy qui fur la Cire imprimant ce Portrait.*
De qui nous révérons jufques au moindre trait,
As voulu pour jamais fynaler noftre gloire.
•2»
«F
Mais nous fçaurons payer ce Bienfait fouverain,
Enfaifmtque le tien au Temple de Mémoire,
D'un Burin éternel foit qravé fur l'Airain.
‘GALANT.’2of
Voila, Madame, ce que j’ay crû vous devoir apprendre de cette célébré Académie , & je m’en fuis fait une obligation d’autant plus étroite, que ce que je vous en ay déjà fait fçavoir a caufé une loüable émulation à Coutance, où l’on a déjà commencé depuis deux mois à faire des Conférences Académiques, réglées entre un certain nombre de Perfonnes qui s’affemblent toutes les Semaines chez M' de Pierre- ville, Premier Prefident du
♦
PrefidUl. Elles s’ouvrent
par un Difcours que chacun
fait félon le rang qui
luy eltvenu par les Billets.
On parle en fuite de ce qui
paroilt efièntiel à la pureté
de noftre Langue. On y
prend des fujets de Morale,
de Phyfique, d’Hiftoire &
de Géographie, & l’on y
examine les Ouvrages de
ceux qu’on a choifis pour
ces Aflem Liées. Elles pourront
ellre confirmées avec
le temps par l’autorité du
Roy, &lc Mercure aura du
moins l’avantage de n’avoir
GALANT. 2o?
] pas nuy à en faire prendre
1 le deffein.
Vos Amies qui s’intereft
| Jent fi fortement dans, tout
) ce qui regarde l’Efprit, api
prendront cette Nouvelle
; avec joye. Je leur fuis fort
• obligé, auffi-bien qu’à plufieurs
autres Belles, des
Remercîmens & des Galanteries
quelles m’ont envoyé
pour Efirennes. C’eft
trop reconnoiftre le peu
que j’ay fait pour elles , &
l'avantage de leur avoir plu
me devoit eftre une allez
glorieufe récompenfe^
204 MERCVRE
Ce mot d’Eftrennes m’enr
gage à vous parler d’un Cu- 1
pidon qui a elle' envoyé au
commencement de l’An-e
née à Madame laComtefle
de Montrevcl, Femme du
jeune Comte qu’on a connu
lous le nom de M‘ le
Marquis de Sévigny. Elle
eltdclaMailon deLannoy
une des plus illuldres & des
plus anciennes de toute la
Flandre. Son mérité & fa
beauté ont fait bruit lors
quelle eftoit Fille de la
Reyne, & elle auroit encor
une Cour nombreufe, Il
GALANT. 2oV fon attachement pour ce- luy quelle a fait heureux ne failoit pas l’unique fatis- fad ion de fa vie. Il eft de la Maifon de la Baume Montrevel, & petit-Fils de Mr le Comte de Montrevel, Chevalier des Ordres de Sa Majefte', & Lieutenant de Roy en ;Breffe. Il eft fort bien fait de fa Per- fonne, & a fervy non feulement dans ces dernieres Campagnes, mais en Hongrie & en Candie, avec une application extraordinaire. Il a de la bravoure autant
206 merçvre
qu’on en peut avoir, & il V
s’eft diftinguéen mille ren- |
contres. Cependant quel- |
que digne qu’il foit par là 4
de tout le coeur de Madame :
la Comteflè de Montrevel
fa Femme, il le mérité d’ailleurs
par une tendre fie qui
va julqu’aux emprelfemens
d’un Amant. C’eft fur cet
attachement réciproque
que font tournez les Vers
que vous allez voir. Ils accompagnoient
leCupidon
qui fut envoyé pour Eftrennes.
Souvenez-vous,
Madame, que c’eft ce petit
Cupidon qu au nom
-des Amours
ESTRENNES.
Dorable & jeune
Comtelfa
Enl’abfencedevoft
Epoux,
Cet heureux Epoux qui vous aime^ Etquevousaimez^tout demèr/ie> fi bien fait^qu il nous a détrônez^ Nous qui luy livrâmes la Place, On nous ferme la porte au nez^ C' eft ainfique l'o nous red trace. Nais fans vous chagriner^ dites- vous franchement *
St quelqu autre en ufoit d'une façon fi rude^
Seroit- ce pas ingratitude 2 L'appelleriez^ vous autrement2 V’ousfça.vezfiienque le Dieu d'Hymen èe
Ne fut jamais bien d'accord avec nous.
Cependant pour vous faire un deftin qui fuftdouXy
La querelle s'e/l terminée^
Y eus le favez^ je m'en rapporte d vous.
GALANT. ic9 Vous nevousplaiçne\pas\epefe De ce jour pleinement heureux Où ne us fu fines d'intelligence Appliquera remplir vos voeux. Voyons un peu vofilre reconnoif- fiance.
Si vous y>ufie\ un fouverain bon- heur,
Ceft) dites-vous^ l'Hymen qui vous rattirey
Ce Dieu fieul en a tout ïhineur^ Les Amours n'ont rien faitquoy qu'ils put{fient dire,
Vous les chaffies^ de vofilre coeur.
Vn de nous e(l refile par faveurfin- guliere,
Parce qu'on n ofe le chafifier. Si la Nopce finie on eufii pu s'en
On ne l'eufiipas traite de plus douce maniéré, Janvier.
s
Mais Hymen [cul efl un pauvre
Seigneur,
Qyijnd nous Fabandonnons il ne b ai
• que d'une ai [le.
Si quelqu'un de nous nés en me fie.*
C’efi bien a luy vray ment de contenter
un coeur.
2* aurois bien voulu voir, pour venger
nofire injure,
Que l' Amourquivous refte èutquite
ccmme nouss
Soit dit fans vous fâcher, le Dieu
d'Hymen & vous
Eufîezjait à mon fens une trijle
apprehendez^vous point que
dans noftre couroux
Nous l'obligions encore àquiterla
partie l
Quel que (bit fon engagement,
L'H y menée & ï Amourfe brouillent
aifément.
GALANT. 2ii | 'Alors ^ma/oy ^vouspa fer iezfla vie Dans un terrible accablement, “M Plusd'arà eur^plus d'empre(femëty Vous tomberiet^dans le moment WI Dans une morne indifèrence,
Dans un fombre aflbupiflement* Enfin dans certaine indolence '4| Qui de tout ce qui fait les plus char- mans plaifirs, iïjl Vous ofteroit le<çoufty & mefme les defirs.
L Voyez un peu quelle chute effroya^ blés
| Efire inutilement jeuney belle,ado~ rabley
Pour tout le refle de vos jours. Voulez^) ous H éviter? trait etynieux il I les Amours,
L'Epoux que vous aime zavec tant de tendreffe,
| Et qui remplit tout voflre coeur,
s ij
Ne perdra rien de fon bonheur.
Je ne vois rien là qui le bleffe^
Pourmoy je fuisfon ferviteurs
Le noeud qui nous unit ri eft- ce pas
noftre ouvrage 1
Nous ri irons pas legafter aujourcChuy.
Pour ne vous donner point d'om-
On ne parlera que de luy')
Ou fi vous vouLez^qu on Ce taife.
On fe taira^donez^nous feulement
Accès dans v offre Apartement^
Que nous pui (fions entrer & vous
voir à noftre aiÇe,
Pt voler près de vous comme des
Papillons
Qui fe vont en tournant brûler à
la chandelle'^
Que vous en confient-il l c'eft une
£t c eft tout ce que nous voulons.
GALANT. zi3
11 me femble, Madame, qu’un Amour qui fe retranche à des conditions aufli juftes que fait celuy que vous venez d’entendre parler, devroit obtenir ce qu’il demande. Le malheur eft qu’on fe défie toujours de l’Amour, 3c qu’il n’eft pas en réputation de tenir parole. Je ne dois pas oublier que je ne me luis pas encor acquité de celle que je vous donnay en fi- niflant ma derniere Lettre. Il me fouvient que je ne vous dis qu’un mot par
214
apoftille de plufieurs Nouvelles
dont on venoit de
nie faire part. Elles méritent
un peu plus d’éclairciflèment
; & pour commencer
par Moniteur le
Duc de Vitry qui a elle fait
Çonfeiller d’Etat d’épée,
je vous diray qu’il n’y en a
que trois qui puiffent tenir
ce rang dans le mefnie
temps. Moniteur le Marefchal
de Villeroy en eft
un, & la troiliéme place a
cfté remplie par Monfteur
le Marquis de Feuquieres.
Je vous ay alfez parlé de la
GALANT. 2iT
Famille & du mérité de ce dernier dans une autre oc- cafion, pour ne rien ajouter à ce qu’une de mesLet- Itres vous en a déjà appris.
S’il a beaucoup d’intelligence pour tout ce qui regarde Ion Employ, il n’en a pas moins dans les Affaires de la Guerre, ayant donné des preuves de fon
)• d
h
courage én Suede depuis qu’il y eft Ambaffadeur. Il y a trois Confeillers d’Etat d’Eglife, comme il y en a trois d’Epée. Ce font Monfieur 1 ’ Archevefque
de Rouen, Mr l’Evefque
de Chartres, & Mr leDoyen
de Noftre-Dame de Paris.
Monfieur le Duc de Vitry
eft Fils de Nicolas de Lholpital,
Marefchal-Duc de
Vitry, Capitaine des Gardes
du Corps de Loiiis XIII.
Chevalier de fes Ordres, &
Gouverneur de Provence.
Feu Mr le Marefchal de
Lhofpital, qui eft mort
Gouverneur de Paris, eftoit
Ion Oncle. Je ne vous dis
rien de cette Maifon. Elle
eft connue pour une des
plus Illuftres que nous
ayons.
i
el ni
511
) I
m d’Albanie
'GALANT- 217 ayons-, & outre que Jean de Lhofpital Comte de Çhoify , a époufé depuis cent ans une Leonor Stuart, Fille de Jean Stuart Duc il n’y a per- ■ I fonne qui ne fçache qu’elle Si. I elle alliée aux Maifons de T Code, de Ventadour, de Kt. L Briflàc, de la Cliallrc, de lit! Beauveau, delaTrimoüille, 1®* de Rohan, de Marigny,&c.
isfci Efel tisl «tsl
pvWii
F
Tant d’avantages font glo- rieufement foûtenus par Mrle Duc de Vitry dont je vous parle. Il eft Lieutenant General. Ce rang Janvier. T
218 mercvre marque fon courage, com,? .me les grands Emploisfon elprit. Il l’a délicat, éclairé, étendu & ferme. Il eft intelligent dans les Affaires. Il fçait jufqu’à celles du Palais , & les Mufes font de fes Amies. On peut juger par là qu’il n’ignore rien.
Je vous parlay aufti la derniere fois de Mrl’Abbé de Valbelle, à qui le Roy a donné l’Evefché d’Alet j & de Mr de Guilleragues, qui a efté nomméAmbaffadeur àConftantinople. Ce premier eft Fils de ce fameux
GïvTL AVNT* i • 219
Valbelle qui eftoit Lieutenant
General de la Marine,
& qui fous le Régné de
Loüis XIII. & dans les
Guerres de Provence, a
toujours eu tant de conduite
à maintenir la Ville
de Marfeille dans la fidelité
qu’il devoir à fonMaif.
tre, qu’il en a mérité également
l’approbation de la
Cour & de la Province. Il
eft proche Parent de Mr le
Marquis de Valbelle Corncte
des Chevaux-Legers
de la Garde, dont le Pere
a tres-bien fervy dans tou-
T Ü
tes les Guerres de Catalogne
lur la Galere qu’il
çommandoit, & qui fuit
bielle à mort n’eftant âgé
que de. dix-huit ans, dans
le Combat des quinze Galères
de France contre celles
d’Efpagne. Son Ayeul
s’appelloit Cofme de Valbelle,
qui â l’âge de foixante-
dix ans fuit tué fur
la Galere qui portoit fon
nom, apres avoir reçeu
douze blelfures, & fervy
d’exemple à toute l’Armée.
< Il eft encor Neveu de Mr
I le Commandeur de Val22i
belle, qui s’eft fi fort dif- tingué dans les derniers Combats qui fe font donnez fur Mer, & à qui on peut dire que la Ville de Mefline doit en partie fa confervation. Ses Ancef- tres n’ont pas fervy avec moins de fidelité aux Batailles de Serifolles fous François I. & de Coutras fous Henry III. & il s’eft fait peu de grandes Actions ou ceux de ce nom n’ayent eu quelque part. Sa Mai- fon eft fort connue, & les Monuraens quelle a laiflc T iij
222 MERCVRE dans les Abbayes de Mon. trieu & de la Verne dés l’an 1178. font des marques alTez autentiques de fon ancienneté. Mr l’Abbé de Valbelle dont je vous parle eft Agent general du Clergé de France, & la qualité de Doéteur de Sorbonne qu’il a, eft une preuve du mérité qui a fait jetter les yeux fur luy pour l’élever à l’Epifcopat. Mr l’Abbé de Piancour, qui eft aufti Doéteur de Sorbonne, a efté facré Evefque de Mande ces derniers jours. Il fe
prépare à partir pour
Diocefe. La connoifTance
qu’on a de fes belles qualitez
l’.y fait fouhaiter avec
un empreflèment inconceuable.
Quant à M1 de
Guilleragues, il a elle Premier
Prefident de la Cour
des Aydes à Bordeaux, Secrétaire
des Commandémens
de M1 le Prince de
Conty, & Secrétaire delà
Chambre & du Cabinet.
La réputation où il eft pour
ce qui regarde l’Efprit, devroit
m’engager à vous en
faire l’Elogè, mais les Oulllj
vrages que nous avons de
luy en difent plus que je ne
pourrais vous en dire.
Enfin , Madame , j’ay
vous latisfaire,
& je vous envoyé
deux Airs notez que vous
ne regarderez , s ’ il vous
O 7
plaift, que comme un eflay
de ceux que j’auray foin de
vous envoyer tous les Mois.
Voicy les Paroles du premier
que je mets icy fans
les noter, afin que vous les
publiez lire d’abord fans
embarras.
air nouveau.
On Troupeau, Sylvie,
Peut feul t'cnçaqcr.
Tu pajfes la vie
Sansprendre unBerqer,
Soupire, Cruelle,
Pour des foins plut beaux,
Vn Bercer fidelle
Vaut mille Troupeaux.
Cet Air eft d’un Maiftre
eftimé des Perfonnes de la
plus haute qualité, & comme
elles ont le goult bon,
je ne doute point que fes
Ouvrages ne méritent les
éloges qu’elles leur donnent
j mais vous pouvez
vous en éclaircir par vous- I
mehne, jetiez les yeux fur I
la Note. Vous fçavez par- t
faitement la Mufique, &
il ne vous faut qu’un moment
pour connoiftre la j
beauté de celle-cy. I
Je puis vous aflurer.
Madame, que tout eft |
nouveau dans cet Air , ■&
que je ne vous envoyeray i
rien de cette nature qui ait I
efté veu dans le monde
avant que vous le receviez.
C’eft ce qui m’a empefehé
de faire Og rave'r un fort bel
Air de Mr de la Tour, qui
.5'
.J-
3
/
V',
mille troupeaux £tmant fi : ciel : le
ÏHi
? z.h >///• t/e.vJb//u, v/us Aeatra9 v/5î9/2<zv/ f : del: le >aut
p - |
L*,.
cru Z cl -- /‘7 oour ctesfoins plus Ivmw'ivi Clmarit fi Z ilel Z le
6__ . y S 6 iï' \6
--- -----------l
'ruai nulle troupeaux Jou ~ peauec .
______
tu passes la riz e sans prendre'imiBer
-7—1------- - --------- - f I , --------
iïidlc 6 troiyxcuacvn Vfmant
j .
Z on troupeau j'ilzuye peutfeut tenzyayer
-6- - — —¥Y• 6■ ----
troupeaufil zvy:e peut feul tényci yer tu passes la wr.e sans prendre 3>n fer
-+--4 *
i_ J
ijer, Ton ,qer Jou/o/ro
•f ■:1
roui
yen uo?i,yer joupt : re
*»auh mille lroi peaux fou peaux .
GALANT- 227 comme vous fçavez tient i rang parmy les premiers j Mailtres de Mufique. J’ay > déjà entendu parler de cet Air en quelques endroits,&: je prétens que vous puifliez dire que vous aurez chanté la première tout ce que vous trouverez noté dans j mes Lettres, fi ceux qui me le donneront me tiennent parole. Je ne veux pas cependant vous priver des Paroles fur lefquelles M' r de la Tour a travaillé. Elles v vous plairont beaucoup, fi telles vous plaifent autant
. - x.
qu’elles font icy-, mais
comment ne vous plairoient-
elles pas, puis qu’elles
font de l’illuftre Perfonne
qui ne nous donne
jamais rien que d’acheve'?
Elles ont un tour qui vous
feront connoiftre aifément
le merveilleux génie de
Madame des Houlieres.
GALANT. 229
air.
» * * • • • A
-rj- R ris fur la Fougere. Dans un prcffant danger3 fâ A fon temeraire Bercer Di [oit toute en tolère.
ntl
'A' devenu * Tirfis, cet air ref-
□K peclucux^
A Qui^a un parfait Amant eft le vray
| caraïterel
\| Entre deux coeurs , dit-if brûlez^ | •• des mefmes feux*
Il eft certains momens heureux Où, ma Ber^ere,
Il ne faut eflre qu amoureux.
I Voyez, Madame, fi rien peut eftre plus agréablement tourné que ces Paroles. En voicy d’autres
2J0
dont vous allez trouver
l’Air noté. |
AIR N O U VE AU. |
rien ne vous peut
arrefieri ■
ld A moui ce de à la
Gloire.; |
Et vous voule^rne(juiter I
pour courir apres la Valoir ci. ||
Pcd-eUeunPainqueurpliesheureurc
Que la tendrejje ’
D'une Mai/ircjje 1
Qui partage [es feu xi 1
Je prétens que vous me I
ferez un fort grand remer- 1
cicment de cet Air, puis I
qu’il eft de Mr Charpen- 1
de ada jÿioire et*vouj ^oule.
rçy
0 J. f
. _ L±
I
4 *
J
r
1 Quoy rien ne peut ^ous
TPï--------
z ter rostre amourCecle atagloire et'vous voulez /71e juit -
reux aue
elle <rai/iy/tef/rptus heu
±—<9
mais :
Z3?
ter pour courir a prez la ouctio - 1 z
6
--------------Htt~
cz/vj’ ~ j'e
M I N
rages qui ont elle' le charle
de toute la France, 8c
mtr’autres, par l’Air des
Idaures du Malade Imaginaire
, & par tous ceux de
Circé & de l’inconnu. Il a
demeuré longtemps en Italie,
où il voyoit fouvent le
Çhariffimi,qui eftoit le plus
krand Maiftre deMufique
|ue nous ayons eu depuis
ongtemps. Vous avez lu les
Paroles de l’Air de Mr Charpentier
, voyez les notées.
Je pafle à l’Enigme. C’ell
un Jeu d’efprit qu’il lemb
Le que le Mercure ait mis n
à. la. mode. Le «Rondeau;
le Virelay, la Balade, & lesr
Bouts-rimez, n’ont jamais: ■
tant fait de bruit en leur
temps qu’en font les Enig-|i
mes. Elles deviennent le
divertiffement de toute la
France; & le grand nom-lbre.
de Lettres que je rcçoy ■
chaque Mois de ceux qui i.
cherchent à les deviner,;
me fait connoiftre que ce t:
n’elt pas fans plaiGr qu’il»!.-
s’y appliquent. A peine-y
Lettre du Moispafle, da
GALANT. 2^
é laquelle vous trouvâmes
. l’Explication de celle des
Conféderez, que j’en reçeus
encor plufieurs autres
de quelques Provinces é-
’ loignées. 11 n’y en avoit
point qui ne fuit pleine
d’efprit, mais fur tout ceL
les qui en faifoient tomber
1 le fens lur le Melon , la Req
publique de Hollande & une
Fourmilliere , elloient admirables.
Je ferois un lon£
O
Article, fi je vous mandois
tout ce qui m’a efté écrit
de l’Enigme du Mois de
Décembre. Voicy ce qud
Janvier. J
ceux qui n en. ont pas trouvé
le Mot en ont dit, mais
avec tant dé jufteflè pour
le fens qu’ils luy ont donné,
qu’il eft prefque Vers pour
Vers. Mr de la Monnoye
apres l’avoir expliquée fur
Ue véritable, l’a tournée en
fuite fort ingénieufement
fur le Mercure. Une Dame
de Crefpy a crû que c’eftoit
une Quefteufe. M‘ le
Comte de l'Aubefpin qui
a deviné toutes les autres,
a prétendu que ce fuft
Carefme - Prenant -, Mr
l’Abbé Flanc, ï Hyper
GALANT. 235 une jeune Demoifelle de quatorze ans, qui eft tout elprit, en a fait une Explication fi naturelle en faveur de la Tübéreuje, qu’elle m’a prefque perfuadé. J’en ay reçeu une autre en Vers, qui fait voir que ce doit eftrc la Mode. Cependant le véritable Mot elt celuy que vos Amies ont trouvé. Il m’avoit efté envoyé le jour precedent par un Chanoine de Rheims, qui eft le premier qui l’ait deviné j & dés le lendemain on mr ’ apporta çe
MERCyRE
Rondeau, qui l’apprendrai
à ceux qui n’ont pas voulue
le donner la peine de le i
chercher, ou qui l’ont.cherche'
inutilement.
SUR L ENIGME DU X.
Tome du Mercure.
RONDEAU.
’ Eft une Eniqme où
fpf % maints rares Efprits
U; Auront cfiè petit-eflre un
^eu fùrpris.
Pour moy qui fuis Sorcier a la
d ou "aine,
A l'expliquer /employé en vain
ma peine,
Mal-aviféde l'avoir entrepris.
l h
GALANT. 237
M ; . - Pour de couvrir IcsdeJJcinsdcVo ü 1 s
On voit ainfi refiverfe s Ennemis',
'Mais fur ce point la recherche eft
fort vaine,
C'e/l une Enigme,
Si faut-il bien trouver le fens
précis
Pc celle-cy', la Gloire en eft le prix.
^4hl le voicy 5 j'en fuis tout hors
d'haleine.
k L'jltitheur nous veut donner en
bonne Etrenne
j Le Jour de l’An , fi je ïay biens,
1 ■ • ■} x ■>
C'cft une Enigme.
i
*
compris,
I '
Je ne vous parle point
j d’un Solitaire du Pais du
i?8 MERCVRE
Maine, d’un autre de Saint
Giraud, d’une Demoifelle: ’
J ' ' a 1
de Tïoyes, & de quantité'!;,
de Personnes de plufieurs i
Villes difeïentes qui ont
aufli connu que les Vers1
de cette Enigme nefigni- .
fioient rien autre choie que
le premier Jour de V Année. .
En voicy l’Explication par
d’autres Vers dont vous
trouverez le tour auflî aile
qu’agréable. Ils font de
Mr Couture de Caen
I
Ette Enigme fi bien
* tournée
Eft le premier lotir de
V* S'il eft aimé del'un^ de l'autre il
I ne l'eft pas î
G Sur tout il efthay des Vilains^ des
fl Ingrats y
Qui n'ont point de plus grandes
Que quand le temps arrive eu l'on
p v le d' Etrennesy
Au lieu quon voit à ïenruy les
Am ms
S'expliquer tout par leurs pré*
? Et prendre foin de ce qu'ils doivent
faire,
Car il faut profiter du temps
24oMERCVRE
En matière d'amour, plus qucn ; toute autre affaire. I
Tous ceux à qui l'on fait la Couv\ Seroient plus heureux fi ce lour ■ Avoit un peu plus de durée} Mais fon Cadet le lour qui fuit I Z ’attend dans lefilence^ le greffe à minuit.
v f • ■>
Il ne peut plus tenir, fa perte ejl j affurée. 1
Il meurt, mais pour renaiftre enfin une autre fois, J
C'cft à dire apres doutée Mois} | Scs heures efoient là bornées.
Mais comment efî-il vieux l comment chargé d'années l |
En un mot^ tous fes Ans l'un fur | l'autre entaffez^ I
Ce font tous les Siècles paffczf\ ’ 1 I
‘ * «ci 13
Ce
GALANT. 241
Ce n’elt pas la feule Explication qu’on m’a$ envoyée en Vers, mais c’eft lapremiere*que j’ay reçeuc, 1& j’ay crûluy devoir lapré- Iference par cette raifon. 7 Voicy cependant une nou- / velle Enigme filr laquelle 7 vos Amies pourront s’e- x xercer. Elle eft de M Robinet, qui avoit trouvé le ' Mot du premier Jour de s l’Année, &: de qui je te- 1 nois ce que vous avez veu f il y a quelques Mois fur la .i Lettre R.
Janvier.
X
1
•vd
•xr E fuis du Sexe aimé, du Sexe féminin
gfc Mais tous mes membres font du Sexe mafculin.
Sans eftre monjlrueufe ainfi que flufieurs BefteSy.
Pay quatre fois vinqt pieds, fi? quatre fois dix tefles,
Deux fois quarante bras autant d'oreilles, d'yeux.
Pour mes lanytes, Hufage en efi myfléricux.
Comme à moins qu eftre bonne on ne ni en foufre aucune,
Toutes celles que] dy n'aÿffent que four une,
*
k
«I
GALANT- z4?
Qiù d'un grand nombre d'ans pre- cedant mon employa
Quoy que ma propre langue, eftoit née avant moy.
Ce que je compte icy de diverfes parties,
A quatre fois dix Corps les fait voir a ([ortie s 5
Mais ces quatre fois dix, par de f avants accords,
Ne me forment qu'un feul & nu- mer aire Corps.
le me vefts en Manteau, Iufi'au- corps & Soutane,
le porte Habit facré, je porte Habit profane,
Mille honneurs éclatans me mettent en crédit,
Qn me voit Mortier, Mitre, & Pourpre & Saint Efprit,
le fuis également & de plume & d'épée,
244 MERCVRE
Et je puis par les deux enfin efire
occupée j
ïay place tien fouvent dans la
Matfon d'un Grand*
Qui ri a point fon pareil dans fon
fublime ran& >
J'ay qu antité ri En fans* la plupart I -.
en Familles 5
Mais entre tant ri En fans j'ayfeu •
lement deux Filles*
du Scavoir. I
Je compose & m'explique en divers
Idiomes
Tri Ariflote * j'cntens les doriies
Axiomes, I
- • W r •
— C l ' — JL 9--- ô
Sonnet* ?
Satyre * Ode & Rondeau* fortent
de mon Cornet.
GALANT. 247
j "Enfin rien ne me borne en mon genre
d'écrire î
1 Cependant fi demoy je dois icy tout
dire,
Avec tant de talent dont j'acquiers
un grand nom^
J'en fuis à la première &flusfimple
Le^on.
Si cette Enigme embaraife
vos Amies par fa longueur,
elles auront à choifir
de cette autre qui n’eft que
de quatre Vers, & qui a elle
! faite par une belle Perfonne
de Vernon.
I
J A mai s par moy lieux bat ne furent
habitez^
MonCorps eft agijfant fans vie*
Et Von me voit tourner les y eux de
tous coflez^
Quoy que de regarder je n'aye au*
cune envie.
Vous n’en ferez pas quite
pour ces deux Enigmes.
Jettez les yeux fur les diverfes
Figures qui font reprefcntées
dans ce que j’ay
fait graver icy. Elles compofent
un Corps Enigmatique
dont je vous lailfe le
liiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiuiiiiii
lllllllll/lllllliili iiiiiiM mirnrii
.......... . ::
. ..
*•
• ••••’»••• Ut»
• •• • ••• ••€ •
2 i
ic
k ■
GALANT. 427 nom à trouver. Il n’y a rien Ide nouveau en cela, & tous des Ans on expofe en public diférens Tableaux des meilleurs Mailtres, qui font au- jtantd’Enigmes a expliquer.
J’ay grande impatience j de fçavoir quel lens vos Amies auront donné aux Figures qui vous font icy ï rcprefentées. Quoy qu’el- les devinent prelque toû- ( jours fort lieureufement, > ces fortes d ’ Enigmes les i doivent embaraifer un peu » davantage que celles qui [ leur expliquent la nature
X iiij
de la chofe dont on leu
laiffe le Nom à trouvei
Mais c’cft trop vous arrel
ter fur des matières obfcu
res, quand je dois me hâte
de vous apprendre ce qu
je fçay qui vous caufera d
la joye. Le Roy a donn
l’Abbaye de Mont Sain
Quentin en Picardie à K/
Courtin. Il eft Fils de.c
célébré ME Courtin Cor
avez m’eft connue. Voi
la partagez avec tous ceu
qui font cas du veritabl
.249
GALANT. 249 mérité, & vous elfes trop convaincue de fes grandes qualitez pour avoir befoin que je m’étende fur fon Article. Les importantes Négotiations pour lefquel- les il a elle plufieurs fois envoyé Ambalïadeur Extraordinaire en diverfes Cours, font la preuve de fon efprit, de fa prudence, & de fa conduite, vous apprendray rien en vous difant que jamais Homme n’aima fi fort l’équité, & n’eut tant de pieté fans.faite.
& je ne
'Abbaye Régulière de
S. Nicolas de Marcheroux,
de l’Ordre de Prémontre',
dans le Diocefe de Roüen,
a efté donnée au P.François
Antoine Charreton de la
JT*'
Teriere, Chanoine de la
Cathédrale de Pamiers, &
Prieur de S. Jean dé* Falguay.
Il eft Fils d’un Conseiller
d’Etat ordinaire, &
vient d’une des plus anciennes
& des plus nobles
Familles de la Robe. Elle a
donné depuis près de trois
cens ans des Préfidens &
des Confeillers au Parlement
de Paris, fans parler
Intendants & Maiftres des
Comptes, qui en font fortis.
Je finis, cet Article par
Madame le Maifire de
Grandchamp, que Sa Ma.
jefté a nommée al’ Abbaye
de Charonne. Elle eftoit
Prieure de Dofîne enChampagne.
Il y a peu de Filles
d’une vertu & d’une pieté
auïfi généralement reconnues,
& vous conviendrez
de fon mérité, quand vous
2S2 MERCVRE dres avantages eft celuy d’eftre de cette ancienne Famille des le Mailtre, il- luftre par tant de grands Hommes qu’on y a veus Premiers Préfidens, Gardes des Sceaux, Ambafla- deurs, & Cardinaux. Ces marques de l’eltime d’un grand Roy auroient de- quoy fatisfaire, fi la mort ne mettoit pas fin à toute forte d ’ honneurs. Elle nous a enlevé pendant ce Mois-cy Monfieur Je Duc de la Force, Madame la Marquife de Sablé, Ma-
H
•141
'•«Il
fil
f •
Mu '
GALANT. 2^
dame la Ducheflè de Bour,
nonville, & Madame la
ComtefTe de Drubec.
Mr le Duc de la Force a
vefcu près de quatre-vingts
ans. Nompar de Caumont
elt le Nom de fa Maifon.
Il avoit fervy en plufieurs
grandes occafions fous le
Marefchal-Duc de la Force
Ifon Pere, qui fut un des
plus grands Hommes de
. j fonSiecle. C’eltluy qui prit
I Pignerol, défit les Efpa-
7 gnols au Combat de Cari-
■ gnan, contribua à la Levée
du Siégé de Cafal, fe rendit
M
254 MERCVRE . mailtre de Moyenvic, prit la Mothe en Lorraine, fit lever le Siégé de PhiliG. bourg, fecourut Heylde- berg, prit Spire,-défit les Troupes du Prince Charles de Lorraine en plufieurs rencontres, & celles des Comtes Picolomini & de NalTau. Il fut fait Duc & Pair en confidération de tant de fervices, & corn- manda les Armées du Roy en Piémont, en Allemagne & en Flandre. Il fe maria trois fois, & entra par là en plufieurs grandes Alliances.
GALANT.
Madame de Sablé Veuve s » de Moniteur de Laval,Mar- > quis de Sablé, qui fut Fils :i unique du Marefchal de Boiidauphin Gouverneur d’Anjou, eft morte envi- n ron au mefme âge que .1 Monfieur le Duc de la ! Force. Elle choit Fille de , Æ Moniteur le Marefchal de Souvré Gouverneur de J L o ü i s XIII. Premier Gen- i tilhomme de fa Chambre, j & Gouverneur de Tourai- t ne. Elle eut pour Fils M1S I les Marquis de Boifdauphtn . | & de Laval, & Moniteur
^6 MERCVRE l’Évelque de la Rochelle, qui vit encor aujourd’huy. Ces deux premiers ont finy leurs jours en fervant le Roy dans fes Armées, où ils ont fait voir une valeur qui ne démentoit point celle des Illultres Ayeux : dont ils defeendoient, &c le dernier ell regardé par tout comme un de ces grandsPrélats dont la conduite elt l’édification des I Peuples, & l’exemple une leçon parlante à tous ceux qui font dans la mefme Dignité. On remarqua dés
I
I
’> V
"tj
l
n
l
V V
GALANT. 257 la plus tendre jeunefle de Madame la Marquife de Sablé tant d’efprit, tant de difcretion t & tant d’agrément dans toutes fes actions , quelle fut admirée de tout ce qu’il y avoit de confidcrable à la Cour, & honorée de . la confiance particulière de Mefdames Filles de France. La douceur de fes moeurs, fon inclination bienfaifante, & fes promptes & vives lumières qui luy*faifoient dé- mefler en un moment les choies les plus embaraf- • Janvier. Y
2j8 MERCVRE fées, luy avoient attiré l’ef- time & l’affleélion de tout
le monde. Il y avoit peu de Perfonnes affligées qui ne trouvaffent en elle de la
eonfolation, chacune félon fa fortune. Elle compâtif. loit à leurs peines, les fou- lageoit par tes paroles, par fes conleils, par fes Amis, &fouvent par fa libéralité. Elle avoit lame d’une Souveraine,
& c’elt ce qui luy avoit fait mériter la bienveillance de Monfieur & de Madame , qui luy en ont fait paroiftre beaucoup
GALANT. 2^ jufqu a la fin de fes jours,, comme fi Leurs Alteffes Royales avoient voulu couronner par leur cltime ce qu’en ont eu pour elle les Perlonnes du Royaume les plus Illuftres en naiflànce,. en fçavoir’ôé en pieté. Cet Elprit fi éclairé qui la ren- doit capable des plus grandes choies, ne l’a quitée qu’avec la vie , & elle a donné jufqu à la mort des marques d’une admirable fageflc & d ’ une lolide vertu.
Madame la Duchelïè de Y ij
Bournonville, Veuve du
Duc de ce nom qui a cfte
Gouverneur de Paris, eltoit
Fille de Monfieur de
la VUuvdle, Chevalier de
l’Ordre , autrefois Sur-Intendant
des Finances, &
Soeur de Monfieùr le Duc
de la Vieuville , Chevalier
J •
d’Honneur de la Reyne, &
Gouverneur de Poitou.
Quand elle nauroit pas eu
toutes les bonnes qualitez
qui la rendoient confidérable,
ellel’auroit toujours
beaucoup elfe' pour eftre
Mere de Madame la Duxheftè
d’Aycn, qu’un .vray
rmente joint à une tresnhaute
vertu, fait aujourb
d’huy regarder comme une
Dame des plus accomplies
de fon Siecle.
Madame laComtefle de
IDrubec eftoit de laMaifon
; j de Choifeul, & Soeur de feu
•: Mr le Marefchal du Pleftis.
Elle a laifïe trois Fils, Mr le
> Comte deDrubec, Mr le
d Marquis de Valfemé qui
i commande les Chevaux-
[ Légers deMonfiçur, & M:
I l’Abbéde Drubec. Ce deri
.i nier a fait plufieurs grandes
allions publiques qui luy
ont acquis beaucoup de réputation.
Ce feroit icy le lieu de
vous parler d’une Belle qui
ell morte d’amour pour Ion
Mary. C’elt une avanture
qui fait bruit, & elle ell
d’autant plus remarquable,
qu’il y a peu de Femmes
qui veuillent mourir à force
d’aimer • mais il me faut
plus de temps qu’il ne
m’en relie pour vous écrire
toutes les c.irconltances
d’une Hiftoire que beaucoup
de Gens croyent Içar
voir, &c qu’ils défigurent
>[ prefque.tous en la raconi
tant. Ainfi, Madame, je la
t remets jufqu’au Mois pro-
> chain , & ne prétens point
/ paffer celuy-cy fans vous
. dire deux mots de Guerre.
Nos Braves fe plaindroient
avec railon , fi je laiflbis
l repofer ma plume tandis
j qu’ils font agir leur valeur.
Mr le Marquis de Bouflairs
fait tous les jours parler de
luy à Fribourg,& on a peine
. à croire ce qui fe dit des
Partis
s’ouvrent paifage dans des
/ V- ' g -i- *Vv. Vf -Z^Azl I
lieux qu’on avoit crûs jufque-
là impénétrables. Mr!'
Blanque Lieutenant Colonel
du* Régiment de
Roiiergue, qui comman- j
doit dernièrement un de
fes Partis, a fait merveilles uà
la telle de deux cens cin- ,
quante Hommes. M'd’Ar- 1
tault Capitaine des Grena-ii
diers, & Mr de Montomer
Capitaine de la Marine, fe ‘
font extrêmement dillinguez-,
ils ont fait quantité
de Prifonniers, défait
toutes les Gardes avancées
des Ennemis, & par là ruiné
i- * tous
G AL A HT- 265 tous leurs deffeins. Les Partis de Maltric continuent de leur collé à faire des prifes-, & deClain- viliers qui commandoit un Party de la Garnifon d’A th, a défait trois cens Hommes qui voulo'ient entrer dans ’ Mons. Les Ennemis em-
a faire fortifier N. Dame
mais
Îployoient tous leurs foins à de Hal -, . plufieurs Perfon- nes y travailloient -,
. quoy que cette Place qui i n’eli pas éloignée de Bru- . < xelles, leur foit de la der- i niere importance, le feul Janvier. T.
• 4
M MERCVRE bruit de la marche de Mr le Marefchal deHumieres, les a oblige^ de le retirer avec autant de précipitation cpi’ils montroient d’ardeur a fe mettre en état de nous refifier. Pendantqu’ils abandonnent leurs Fortifications, nous en faifons de nouvelles à Fribourg, Sche- leftat, &S.Guilain. Il n’appartient qu’à la France de faire tant de chofes à la fois, & de triompher de tant de PuilTances Souveraines. Elle fonge à tout, elle prévoit à tout, & il fuffit qu’-
GALANT. 267 elle entreprenne pour pouvoir le répondre du fuccés. -Moniteur le Marelchal- Duc de la Feüillade eft party pour Toulon.. Il s’y doit embarquer, & paffer de là à Meffine. Il a mené avec luy Mr le Chevalier de Luzancy,& Mrs de Candau, de S.Remy, & de Menevil- lette, Officiers aux Gardes. Comme il fe connoift en Braves, il n’a choify que des Gens capables de le féconder. Je viens d’apprendre prefentement que M1 le Marquis de Bouflairs
a remporté de grands avantages
du collé de laSuabe;
O 7
mais n’eftant pas encor inftruit
des particularitez , je
les referve pour le Mois
prochain. Tous nos Braves
ne meurent pas à l’Armée,
& c’elt affez d’y braver la
mort, pour ne l’y pas rencontrer.
Mr Macline Lieu-
*
tenant de Roy de Maftric,
& Colonel de Piémont,
apres trente - deux années
de fervices, pendant lesquelles
il a elfuyé toute
forte de périls, a finy fes
jours dans fon Lit, & cil
■ mort comme il a vefcu.
M1 Betou qui avoit la Lieutenance
de Roy de Charleroy,
a eu celle de Maltric^
&on a donné le Régiment
de Piémont à Mr Voifin
Capitaine aux Gardes,Frere
de M1 Voifin Avocat General
du Grand Confeil, &
Oncle de Mr Voifin Con~
feiller d’Etat. Mr de Caillavcl
a efté fait Ayde-Major
des Gardes en la place
de feu M1 de Pierrebafïè-,
& M1 le Cher de Romefny
a obtenu la Lieutenance
aux Gardes de Mr de CizyoMERCVRE
, gonne. C’elt par ces ré- ' compenfes que le Roy a voulu faire connoiltre qu’il fe fouvenoit des fervices qu’ils luy avoient rendus en plufieurs Campagnes, où ils ont donné des marques de leur valeur, & principalement au Siégé de S.Guilain. Mr d’Argonys a eu la Lieutenance Colonelle duPlellis. J’ay oublié jufqu’à aujourd’huy à vous dire que lors que MIS de Ruban tel & de Tracy fu- icnt faits Marefchaux de Camp, Mr le Marquis de
GALANT. 271 la Frezeliere Lieutenant General de l’Artillerie, fut aufli nommé par Sa Ma- ' jefté pour le mefme em- ploy. J’ay fi fouvent parlé de luy , & des chofes fur- prenantes qu’il a faites,, qu’il n’y a point d’Offïcier qui vous doive eftre moins inconnu. Mr de la l’ie- gniere-Hebert elf party depuis peu de jours pour aller prendre poffellion du Gouvernement de la Citadelle d’Arras que le Roy luy a donné. Il eft Brigadier des Armées de Sa Ma-
— ....
Z nij
jefté, & Lieutenant Colonel
du Régiment de Piémont.
11 commandoit à
Tongres dans la première
Année de cette Guerre ; &
la maniéré dont il s’elt fignalé
à la défenfc deMaftric,
& particulièrement à
la reprife du Baftion Dauphin
, a fort augmenté la
gloire qu’il s’eftoit déjà acquife
en plufieurs autres
occafions depuis plus de
vingt-cinq années de fervice.
Je vous ay déjà fait fçavoir,
Madame, fur ce qui
GAJÉ <
regarde Moniteur le Tcllier,
que les Lettres de
Chancelier avoient elle enregiltrées,
&j’ay à vous entretenir
aujourd’huy de la
publication de ces mefmes
Lettres qui fut faite il y a
trois jours. M'Pajot, un
des plus célébrés Avocats
du Parlement, parla fur
cette matière avec un applaudiffement
univerfel. 11
dit que c’eftoit particulièrement
dans la mauvaile
fortune que le Sage fe falloir
connoillre ; mais que
Moniteur le Tellier avoit
274 MERCVRE toujours paru tel & dans les profperitez & dans les ad- verfitez, & qu’il n’avoitpas moins remply les devoirs de Magiflrat & d’Homme d’Etat, qu’il avoit glorieu- fement 1 atisfàit à ceux de
Pere par l’éducation de fes
Enfans. Il tomba delà fur
l’Eloçre de Moniteur de O
Louvoys, &: fit voir qu’il cxecutoit les Ordres du
Roy avec un zele fi prompt •& une aétiviré fi ponctuelle , que les chofes fe trou- voient prefque toujours faites dans le mefme temps
J > GALANT. 275 )quelles avoient efté réfo- • jlues. Il n’oublia rien de ce •> qui fe peut dire lur l’ardeur f infatigable de ce Miniftre,. • & ajouta que fi Monfieur file Tellier avoit donné un [ Fds à l’Etat dont les grands J fervices contribuoient tant ; à fa gloire, il en avoit don- : né un autre à l’Eglife dont elle ne droit pas un moindre avantage. Il auroit pouffé cette louange plus loin, fans la prél'ence de Monfieur 1 ’ Archevefque de Rheims qui lecoutoit, & dont il dit qui il crai-
gnoit de faire foufrir là modeftie. L’indifpofition de M1 Talon Premier Avocat General, fut caufe qu’il ne parla point, & ce qu’il doit dire là-deflùs eft remis. Vous ne ferez point fâchée fans-doute d’entendre au- jourd’huy parler la Juftice au lieu de luy. Oyez ce que Madame de Villedieu luy fait dire. Tant d’Ouvrages que nous avons d’elle,écrits avec autant de délicateffe que de netteté, vous donnent une affez forte aflu- rance qu’il ne peut rien
G ALANT 1•277
[ partir d’elle, qui ne foie
t fort digne d’élire écouté.
■6
: EXCLAMATION
de la Juftice fur le choix que
le Roy a fait de Mr leTellier
pour eftre Chancelier de
France.
N fin, grand Jupiter*
voicy le jour heureux*
Ûu depuis fi longtemps
afipiroiët tous mesvoeux.
Je voy l'ordre Eternel qui gouverne
la France*
Remplir pour ce cher lieu ma plus
douce efperance,
Et ta main coduifiant le plus grand
de fies Rois*
278 MERCVRE ;
ZeSa^e le! admimflrer ;
mes Loix. :]i
Déjà quand par les foins que tu
frens de la T erre*
Tu fis nommer fin Fils Minifîre
de la Guerre*
le crus que four m offrir un Empire
nouveau*
T ullué El ofliliue fort oit de fon
. Tombeau. I
l e droit de tout ofer* la licence im -
punie* . |
Qui d'entre les Guerriers fembloit
m'avoir bannie*
a4u feul nom de Loüis, prononcé h
far Louvoy, |1
Gomme Ennemi* vainc tu s'enfuirent '
devant moy>
Je vis fous l'Et endart la flusficrt
jeune(fe | j
Soumettre fes ardeurs aux Loix de
la Sagfle*
Tes Pavillons du Prince & de fon.
General,
Ne fe planter au Camp quapres
mon Tribunal^
Mais que ne vois-je point danr ce
jour fa Int air el
le voy la Loy Civile, la Loy
Militaire,
Ranger fous mefme efprit cesfdeux
divers Eftats,
I Et le Pere & le Fils devenir mes
deux bras.
Tu me les as donnez^, b P rince incomparable
pçane adorable.
Tu joins ce jufle choix à tant de
choix divers.
Oui t'ont
Il Univers.
jamais fur tes choix les lu •
mi ères divines
Prennent du fitin des Dicnx ainfi
leurs oriÿnesî
Qu à, jamais tes projets & dcGuerre
& de Paix*
P toi (fient ainfi remplir mes plus ardcns
(ouhaits^
Pt puffie par fies Voeux la prance
fortunée,
Obtenir fi long-temps la me fine
defiinée,
Que pour un Siecle entier la préférant
aux deux,
le fiuiwe de Louis tous les p.
glorieux.
if
J ajoute à ces Vers un
Anagramme qui a elle'fait
pour Mademoilelle. L’Anagramme
, comme vous
fçavez, elt une Ville de
l’Empire de la Poefie, & la
Carte que vous en avez
veuë vous a fait connoiftre
dans quelle Province elle
cil fi tuée.
Sur le Nom de S. A. R.
Mademoiselle.
MARIE-LOUYSE D’ORLEANS,
LIEN DE ROYALES AMOURS.
ErveiOeufe Princeffe*
aimable &fortunce^,
IT’ous efles ? arncrnet le
fluebeaude nos jours,
pour (lavoir le bonheur de voflre
de/hnety
Janvier. A a
s beaux yeux pour- née.
Ne confultons jamais les Aflres* ny leur cours.
On voit dans v&
qui vous efles On lit dans vofire Nom voftreheureux
Hymenèe^
Puis qtte Lettre pour Lettre on y verra toujours
LIEN DE ROYALES AMOURS..
J’en croirois plutôt! cet Anagramme, cjui promet une Couronne a une Prin- çefle qui eft née pour la porter, que toutes les Prédirions de l’Almanach de Milan, quoy qu’il femble que tout ce qu’il a prédit
GALANT 282 depuis trois ans fait arrivé,. & qu’il ait acquis tant de crédit, qu’il ell devenu à la mode pour les plus belles Ruelles où tout le monde le lit comme un Livre de galanterie. Celuy de cette Année fait voir qu’entre plufieurs grands évene_ mens, le dernier avoit marqué le Mariage du Prince d’Orange. Si unEpitalame Latin pouvoir entrer dans mes Lettres, que prefque toutes les Dames lifent a- près vous, je vous envoyé- rois celuy que Mr de Zuy- Aa ij
*1•' s
LCVRE
liçhem a’ fait fur ce Ma-
riage, On m’en fait efpe- rer une Traduction Fran- çoiic, & vous ferez affûré- ment une des premières qui la verrez. Je croy que je puis loiier l’Autheur de ce bel Ouvrage. Le Roy ne fait point la guerre à 1 ’ Efprit, & il a fouvent donné pcnfion à des Etrangers pour récompenfer des Talens extraordinaires. Ce- luy dont je vous parle eft tres-âsré. C’elt ce fameux
• O
Mrde Zuylichem, à qui feu Mr de Balzac a tant adreflé
Mr Huguens, dont la réputation
eft fi bien établie en
France, & qu’on tient avoir
• efté l’inventeur de la Pendule.
Ce mot de Mariage me
It
fait rapcler celuy de Mon-
! fieur le Marquis de Livry,
:> qui époufi Mademoiselle
I de S. Aignan au commen-
) cernent de cette Année. Il
Îeft d’une ancienne Nobleffe,
qui fe connoit &
, par un Cardinal de laMai-
1 fon, &: par les Charges con-
1 fidérables que fes PrédeeefTeurs
ont toujours eues:
à la Cour. Mr Sanguin fon
Pere eft Premier Maiftred’Hoftel
du Roy ; & l’eftime
particulière dont Sa
Majefté l’honore, retombe
lur M1 le Marquis dcLivry,.
qui eft Meftre de Camp
d’un Régiment de Cava- .
lêrie , & qui s’eft fignale
daqs la Guerre en dirercntes
occafions. Il a dcquoy
plaire par fa Perfonne, &
on ne peur faire des galanteries
aufli à propos qu’il
en a fait pour Mademoi- ,
fclle de S.Aignan depuis
fon Mariage arrefté, fans
eftre naturellement libéral,.
& avoir autant d’efprit que
d’amour. Madame la Mar -
quife de Livry fa Femme
eft belle, bien faite, civile,
obligeante, a de l’efprit,
beaucoup de vertu, & une
grande douceur, quoy que
meflée d’une fierté neccflàire
à celles de fon rang,
qui fait connoiftre en mefme
temps ce quelle eft, &
L’affluence des Perfonnes
font venues complimenter
Monfieur le Duc de S. Ai- .
gnan fur ce Mariage, eft
une marque de la véritable
eftime où fon mérité l’a
mis par tout. Elle eft fi generale
, que comme il a
l'honneur d’appartenir de
fort près aux Revnes de
Portugal & de Pologne, &
a Madame Royale de Savoye
, leurs Réfidens ont
prévenu d’abord leurs intentions
par des civilitez
qu’ils n’ont point douté
qu’il ne leur duft eftre ordonné
de faire. La No pce
fe
fe fitàl’HofieldeS.Aiirnan
laquelle il ne le peut rien
ajouter. Il y eut plufieurs
Tables fervies. La propreté
égala la profufion & la délicateffe
des Mets -, & fi le
goufi fut flaté, les oreilles
ne le furent pas moins par
une fort agréable Mufique.
Il ne faut pas s’étonner de
la fomptuofité de cette
Fefte. Monfieur le Duc
de S.Aignan fait fi bien les
chofes , que tout n’y pouvoit
qu’elf re & magnifique
& bien ordonné.
Je vous envoyé ce qui
s’elt imprimé de nouveau
pendant ce Mois , c’cft à
dire la troifiéme Partie de
l ’ Heroïne Moufquetaire,
qtïe vous trouverez écrite
avec le mefme agrément
que les deux premières, &
la fécondé Partie des Sewarambes.
Ce font des Peuples
que l’Autheur nous
peint afïèz raisonnables
dans leurs maniérés, pour
faire nailtre l’envie de les
aller connoillre de près, fi
c’elloit un Voyage aifé. Il
diverfifie ce qu’ii nous dit
GALANT. 291 de leurs moeurs, cfHiifoires du Pais fort divertiflantes, & vous ne rcgreterez point le temps que vous donnerez à cette lecture.
Pour ce qui regarde le Théâtre, la Troupe de Gué negaud a joué la Dame Médecin de Mr de Mont-
fleury; & celle de l’Hoftel
de Bourgogne, le Comte d Ejjex, que je vous man- day la derniere fois qu’elle
promettoit. Je ne m’eftois point trompé, en vous di- fant qu’il n’y avoit rien de plus touchant que cette Bb ij
Piece. Elle a déjà coulté
bien des larmes à de beaux
yeux, & c’eft une allez forte
marque de fon fuccés. Ce
n’elt pas quelle n’ait eu la
deftinée de tous les Ouvrages
qui ont le mieux réiifly.
On les critique d’abord, &
ceux qui mettent le bel Efprit
à n’approuver jamais
rien, ou qui veulent que
tout ce que leurs Amis
n’ont pas fait foit à rejetter,
ne manquent pas*de
palier Arreft de condamnation
le premier jour.
On en a ufé de la mefme
3
force à l’égard du Comte d’Eflèx. Une douzaine de Vers qu’on a prétendu élire négligez, a fait dite
O O ’ aux uns & aux autres, qu’il feroit encor plus promptement condamné en France, qu’il ne F avoit elle autrefois en Angleterre. On l’a publié, on l’a écrit en Province. Cependant les grandes Affem-
& blées y continuent, & il n’y a pas d’apparence qu’on les voye fi. tort ceflèr. Leurs Alteffes Royales, Monfieur & Madame, ont honoré
B b iij
2MMERCVRE la.Repréfentation de cette Piece de leur préfence j & apres les louanges publiques qu’ils luy ont données, on peut dire quelle n’a befoin d’aucun éloge. La gloire en eft d’autant .plus grande pour Mr de Corneille le jeune, que ne • prévenant jamais les fuf- frages ny par des leétures. ny par des brigues, il peut s’aflurer que ce qui réiiflit de luy mérité toujours de réüflïr. Il eft vray que cet Ouvrage eft admirablemét foûtenu danslaTroupe qui
GALANT.; 2^ le reprefente. On fçait que M,le de Chammellé n’a
jamais de Rôle touchant qu’elle n’y charme, & celuy du Comte d’Eflèx cil jolie d’une maniéré qui luy gagne tous fes Auditeurs.
Cette mefme Troupe nous promet une Tragédie intitulée Lyncée, & une Comédie en trois Aéles lous
le nom des Nouvellifles. Cette Tragédie eft de Mr Abeille. On en parle fort avantageufement, Scjene manqueray point à vous en faire fçavoir le fuccésu
B b iiij
^MERCVRE Les Nouvellifies {ont de l’Autheur de Crijpin Mu- ficien* qui n’a pas moins diverty la Cour que le Peuple , & dont les Repréfen- tations ont eu cet Hyver autant de fuccés que fi la Picce eufb encor eu la grâce de la nouveauté.
On parle du Départ du Roy pour un des premiers jours de l’autre Mois. Sa Majcllé n’a point fait d,e Lieutenans Generaux. Elle a feulement nommé Mon- fieur le Duc de Vendofme, M1 le Marquis de Revel
A T
GALANT. 297
de BroHio, & Mrs de Gour-
1
nay & de Cayac y pour fervir de Marelchaux de
Camp. Mes Lettres vous ont fouvent parle de Mon- ficur le Duc de Vendofme,
& vous n ’ ignorez pas ce que l’ardeur de la gloire peut iur luy, puis qu’il n’a jamais confideré le péril
quand il a trouvé occafion de fe fignaler.
Ceux qui ferviront de Brigadiers de Gendarmerie, de Cavalerie, & de
Dragons cette Campagne, font
MERCVRE
M1. deBtufac.
Mr de Bufca.
Mr de S. Eftéve.
M1 de la Serre.
Mr de Neuchelle Lieutenant
des Gardes duCorps.
M1 le Marquis de Cepeville
Capitaine-Lieutenant
des Chevaux-Legers- de la
Reyne.
Mr de la Roque.
M le Chevalier de Clainvilliers,
Colonel de Cavalerie.
Mr le Marquis de Tefle,
Colonel de Dragons.
Mr Mathieu a auffi elU
GALANT. 299
nommé pour eltre Brigadier
d’infanterie.
»
t
>
Le choix que SaMajefté'
a fait de tous ces Braves,
elt une marque de la connoiflance
qu’il a de leur
valeur -, & comme ils ne
manqueront pas d ’occafions
à la faire paroilh-e
pendant la Campagne,
j’auray fouvent à vous parler
d’eux.
Leur départ diminuera
fort les Alfemblées qui fe
font ordinairement dans
cette Sailon. Il y en eut
une fort grande ces derniers
Ii jours chez Monfieur l’E- ÿ'-'
vefque de Strafbourg, qui. i‘;
donna Bal, Colation, &
J’avois une Hilloire fort
agréable à vous conter, LA
Des Bergers & des Ber- G>
gérés galantes y ont partj
mais ma Lettre eft déjà fi j 7
longue , & je fuis tellement
prefle du temps, que
vous ne l’aurez que dans
celle du Mois de Février.
J’ajoûteray feulement icy,
afin que vous ne vous plaigniez
pas de moy, une petite
Fable dont vous aimei
rez la moralité. Elle eft de
> celuy qui a fait le Conte
de Demofthene.
: LA PIE & LE PINÇON.
| FABLE.
N i°ar la Pie &
le Pinçon
yw S'entretenaient en-
| fcmb le ,&vant oient
leur efpece.
Qui ne fait de quelle façon
La Pie à caqueter s'cmprcffcl
Son interefi encor fe venant là
mefler, "
Vous juqezjiien quelle parla fans
± * S -X 'K.
Car pires que tout l'inter eft fait parler. **fl
Que de fauffes rai font font par elle citées.) . ... I
Et d'un tour différent vainement répétées ! I
Vn tel difours pourroit ennuyer le
L etteur, l j
Et mefme fatiguer t Autheur
Qui doit ri étaler de la chofe I Que le fort. Le voicy. Perfonne prcfque riofe., ^1
Dit la Pie ,• attenter fur nofre libertés H
Dus Les Bois,&parmy les P laines Nous fommes fort en fe lire té. Tandis que les Cages font pleines De Pinçons, feplaignant de leur captivité, Contre vous l'Oifleur exerce fen adreffet * |
JMais il refpetfe noftre efpece.
L e Pinçon Lifté d'écouter,
Répondit de cette maniéré.
De cepaifible état ne foyez^point
Et ria lie plus votes en vanter,
Z 'ignorezyous? voftrepeu de mente
■paît qu'aucun ri attente furvew*
Quand noftre douce voix, invite
A tendre des rets contre nous.
Belles, quand par chagrin une
Prude fans charmes
Viendra vous infulter, & dire fans
raifon
Qu'on la voit à couvert de ces tendres
alarmes
Dont nos coeurs qu'on attaque ont
fouvent à foifons
Si vous avez^dejfein de la confondre,
3o4 MER-GAU
11 ne vous faut que luy répondre Prcfque de la me (me façon Qtfd la Caufeufe a fait nofre Pinçon.
Je fuis, &c.
A Paris ce qi. lanvier 1678,
ON donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le premier jour de chaque Mois fans aucun retardement. Il fe diftribuëra toû- jours en blanc chez le Sieur Blageart , Imprimeur-Libraire, Rue S. Jacques, à l’entrée de la Rue du Plaltre , au prix de Seize lois. Et au Palais à vingt-cinq fols relié en Veau, âc vingt en Parchemin. Les dix Volumes qui contiennent toutes les Nouvelles de l’Année 1677. fe donneront toujours au prix oridinaire, c’eft à dire vingt fols en Veau, & quinze en Parchemin au Palais, & dix fols en blanc chez ledit Sieur Blageart.
[< PXJPILECE
PRIVILEGE DP ROY,
LOUIS par la grâce de Dieu, Roy ' de France & de Navarre : A nos amez & féaux Confeillers les Gens tenans nos Cours de Parlement, Maîtres desRequeftes ordinaires de noftre Hoftel , Baillifs , Senefchaux, & à tous nosjufticiers & Officiers qu'il appartiendra: Salvt. Noftre cher & bien amé Jean Danneav, Ecuyer Sieur de V. Nous a fait remontrer qu’il a cy-devant compofé LE MERCURE GALANT, dequoy il nous avoit plu luy accorder nos Lettres : Mais délirant le pour fui vre plus • régulièrement de Mois en Mois, à caufe de la fatisfadion que le Public en reçoit, & que noftre tres-cher amé Fils Le Davphin veut bien qu’il parroifle tous les Mois fous Ion Nom , (Sc iceluy Danneav voulant par ces rai fon s r embellir de tous les •
Janvier. Ce
Ornemens que luy pourront prefter les Matières dont il traitera, & y a- joûter plufieurs Planches lefquelles l’obligeront à de grandes dépenfes qu’il luy conviendra faire , & def- quelles il ne pourra eftre fi-toft rem- bourfé, attendu le grand nombre qu’il fera obligé d’en faire, à caufe de la longue fuite des Volumes , 11 nous a rres-humblement fuplié de luy vouloir accorder nos Lettres à ce neccf- frires, où.defenfes fu lient faites aux Gwtveurs de graver, faire graver & imprimer , vendre & faire vendre, inelme feparément, aucunes deldites
• Planches qui feront dans les Volumes dudit Nouveau Mercure Galant. A CES CAUSES, délirant favorablement traiter ledit Expofant, Nous luy avons permis & permettons par ces Prefcntês, de faire imprimer par Mois lefdits Volumes fous le Titre de
• Novveav Mercvre Galant, en telles marges, caraéteres, telle Langue, tels V olumes, & autant de fois
qu’il defirera, par tout noftre Royaume, ce par tels de nos Imprimeurs par Nous refervcz que bon luyfeni- blera, & iceux faire vendre & débiter par Mois dans tous les Lieux de noftre obéïffance, pendant le temps & efpace de fix années entières & accomplies , à compter du jour que chacun defdits Volumes fera achevé d’imprimer pour la première fois. Faisons tres-exprellès inhibitions & defenfes à tous Imprimeurs, Libraires, & à toutes Perfonnes de quelque qualité condition qu’elles (oient, de les imprimer, vendre, ny débiter, fans fon contentement, ou de ceux qui auront droit de luy, fous aucun prétexte que ce puillè eftre , comme d’augmentation, correction, changement de Titre, & autres, & mefme d’en vendre i’ousde faillies marques, d’en extraire aucunes Pièces, d’en compofer des Relations, d*cn vendre feparément, d’en mettre piulieurs Volumes enfembley ou en un teul
Ce ij
Volume, d’Jmpreffions étrangères & contrefaites,comme auffi d’en appor, ter, vendre 6c diftribuer de ceux qui pourroient avoir efté contrefaits aux Pais étrangers , aufli fous quelque prétexte que ce foit. Défendons aux Graveurs degraver, faire graver,im-.. primer & vendre, mefime feparément, aucunes des Planches dudit Nouveau Mercure Galant, à peine de fix mille livres d’amende, payables fans déport par chacun des Contrevenans, applicables un tiers à l’Hofpital General, un tiers au Dénonciateur, 6c l’autre à l’Expofànt, 6c de tous defpens, dommages 6c inter efts, 6c con fi (cation des Exemplaires contrefaits. Vovlons que fi aucuns en font trouvez faifis, il foit procédé contr’eux comme s’ils Favoient imprimé. Et d’^vtant que la Lefture dont quelques Libraires font commerce, empefehe le débit 6c le gain-que les autres Libraires en pourroient faire, 6c mefime le recouvrement des frais qu’il convient faire
pour l’Impreftion 6c les Planches, Défendons auldits Libraires d’en donner à lire, fous les inefmes peines, à condition qu’il fera mis deux Exemplaires defdits Ouvrages dans noftre Biblioteque publique, un dans celle de noftre Cabinet qui eft en noftre Chafteau du LouvrK 6c un autre dans celle de noftre tres-cher 6c féal le Sieur Le Tellier, Chevalier, Chancelier de France, avant que de les expo fer en vente, à peine de nullité des Pre- fentes ; du contenu defquelles vous mandons, 6c nous voulons que vous faiïiez jouir dans tous les Lieux de noftreobcïllance ledit Danneav, ou ceux qui auront droit de luy, fans fou- frir qu’il luy foit donné aucun em- pefehement ;• 6c qu’en mettant au commencement ou à la fin de chaque Exemplaire un Extrait des Pre- fentes, elles foient tenues pour bien & deuement lignifiées , 6c qu’aux Copies collationnées par un de nos amez 6c féaux Confeillers 6c Secre-
foires foy y foit ajoûtée comme à
F Original. Commandons en outre
au premier noftre Huiffier ou Sergent
lur ce requis, faire pour l’execution
des Prefentes tous Exploits neceffaires
, fans pour ce demander autre
permiflion ; Car tel est nostre
plaisir: Nonobftant Clameur de
Haro, Chartre Normande, & autres
Lettres à ce contraires. Donne’
à Saint Germain en Laye le trenteuniéme
jour de Décembre,?An de
Grâce mil fix cens foixante & dixfept,
Et de noftre Régné le trentecinquième.
Signé , Parle Roy en
fon Confeil, J v n qv i e r e s.
Rcgiftré lur le Livre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs
de Paris , le 5. Janvier 1678. fuivant
l’Arreft de la Cour de Parlement du
8.Avril 1653. & celuydu
vé du Roy du 27.Février
E. Covterot,
Et ledit Sieur Dannè^ù Ecuyer,
Sieur de V. a cédé & tranfporté (on
droit de Privilège à C.Blageart, Im- I
primeur-Libraire, pour enjoüirfui-
vant l’accord fait entr’eux..
Acheté dimprimer pour la première fois
le 3t. lancier iGjf,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères