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MERCURE
DE FRANCE;
JO'uttlae
dfô ^téieraéwôj c/cj<5/ciemeJef J?érùf
zédicjépaw une, Société de ge"Óaefettt,eÓ.
Pires acquirit cundo.
POÉSIE.
LA ROSE ET L:E BOUTON.
.FABLE,
tJne Rose, l'orgueil de l'empire de Flore,
Exhalait au loin son odeur;
Les feux brillans du jour et les pleurs de l'aurore,
Ajoutaient à l'éclat de sa vive couleur;
Elle était jeune, fraîche
, et tout charmait en elle,
Alors quelle apparut; le peuple moucheron,
Maint autre insecte encore , et la guêpe cruelle
Et le volage papillon . ;
La gent abeille enfin, chacun à tire fi'ailej
Vient et se pose sur son sein,
Pour faire une piqûre, ou commettre un larcin
194 MERCURE DE FRANCE.
Non loin de là pourtant, un bouton que -Zéphirë,
D" son soufle amoureux, a peine a caressé ;
Jaloux de cette fleur, dont l'éclat l'a blessé,
D'un ton railleur ose lui dire :
Vous êtes ridicule..., il faut en convenir,
Et de vous faire aimer je vous crois incapable
, Sur moi comme sur vous on ne voit point venir,
D'insectes ennemis
,
la troupe formidable.
Quoi ! lui répond la Rose, en me voyant souffrir,
Oses-tu m'insutter/... Ce sont ces avantages
Dont tu me parais si jaloux,
Qui font mes ennemis, qui les excitent tous.
Les insultes et les outrages
De ces méchans, même leurs cruautés,
Sont des hommages
Qu'ils rendent à mes qualités.
* N'est-ce point en effet le parfum que j'exhale
Qui les attire jusqu'à moi
Et cette beauté fatale,
Qu'on ne voit point encor briller en toi,
Et que sans vanité j'étale ,
Les captive, les séduit,
Et me nuit.
Comme sur cette fleur, sur le mérite on glose
Contre lui tout se ligue, insectes, moucherons,
Envieux ennemis
,
abeilles et frôlons
Le mérite est comme la rose.
Par M. J. JUGE.
JEANNE D'ARNOUS.
,,
Ain : à faire. ,1 .~
JEANNE D'Arnous
Ou courez vous seulette
Vous paraissez bien inquiète
Que cherchez vous ?
Fils de mon roi,
Hier j'avais une Je rose , là perdis vers la nuit close , Avec Siffroi.
Jeanne d'Amous
Craignez , ce voisinage,
Pour vos brebis dans ce boccage , "
J'ai vu des loups.
Fils de mon roi,
Je ne crains rien pour elles,
J'ai près de moi les chiens fidelles
De mon Siffroi.
Jeanne d'Arnous,
Vous êtes bien jolie,
Je voudrais bien passer ma vie
Auprès de vous.
Fils de mon roi,
Voire bonté me touche Mais je dois partager la couc,he
De mon SifTroi..,
Jeanne d'Arnous , Siffroi porte les armes , Il doit renoncer à vos charmes,
L'ignorei-vous?
Fils de mon roi,
Je suis Gauloise et fière,
Je me sens l'humeur guerrière
Demon Siffroi.
Jeanne d'Arnous,
César est à nos portes , On a déjà vu ses cohortes,
Que ferei-,vous ?
Fils de mon roi, >':% Je suivrai ta bannière
Ou bien je mourrai , la première .*>
Près de Siffroi.
r SOLtIEa.
LES GRIS.
CHANSON
AIR : Plu1is demande son portrait.
PUISQU'IL faut prendre une couleur,
Si vous voulez m'en croire,
Ne prenons, pour notre bonheur,
La blanche, ni la noire :
La blanche est belle
, est pure., mais
Un rien peut la détruire ;
La noire est trop triste:, et jamais
Ne nous permet de rire.
La bleue est de nos beaux esprits,
La couleur favorite \
L'encre rouge, de maints écrits
Est l'unique mérite..
Pour moi qui ne mets aucun prix
, Au talent de médire,
Mes amis
,
je choisis le Gris
, Pour chanter et ppur rire.
Il est certain habit mesquin,
Que l'on trouve commode ;
Amis, c'est l'habitid'Arlequin,
Il est fort à la mode ::
Il unit bleu, noir
, rouge et blanc ;
Mais s'il faut vous le dire,
# Jamais il ne couvre un coeur franc,
Grimacer n'est pas rire.
Adoucissons de ces couleurs
Les teintes trop changeantes
>* Du bon vient temps gardons les moeurs Quoiqu'un , peu moins brillantes :
Le coeur des esprits trop aigris,
Aisément se déchire ;
Ce n'est que lorsque l'on est gris
Qu'on sait chanter et rire.
Les membres,sans aucun succès
Attaqueront le Ventre :
La Prudence entre deux excès,
Toujours se place au centre,
C'est là, que le sage est assis,
Sans songer à détruire ; Et qu'il permet encore au gris
De chanter et de rire.
Ambitieux réformateur,
Qui brise tes couronnes ; Qui porte un oeil calculateur,
Sur les débris des trônes,
Pour qui la vie à tant de prix
Ta mort est un martyre „ ;
Mais lorsqu'on meurt quand on est gris , C'est qu a force de rire,
! DE BEAONOIR.
CHARADE.
QUAND rassemblés autour de mon dernier,
De nombreux amateurs savourent mon premier.
L'un d'eux politiquant sur un ton trop altier
Fait naitre , un incident digne de mon entier.
ENIGME.
Aux mêmes travaux condamnés,
Par un lien de fer l'un à l'autre enchaînés ,
Deux frères parcourant une même carrière,
Se proposant la même fin
En.ligne perpendiculaire ,
Arrivent à leur but , par contraire chemin.
Ce sort affreux n'est pas commun à tous ; Deux autres frères font un service plus doux ;
Ce sont ceux qu'en cercle l'on mène,
Qu'horizontalement par la ville on promène
» Et qu'on introduit sans façons
Dans toutes les bonnes maisons.
Ils y répandent l'abondance :
Leur service aussitôt reçoit sa récompense ;
Mais pour les premiers employés,
Ils sont, pour tout salaire
, ou pendus ou noyés.
LOGOGRIPHE.
J'AI six pieds ; tu me dois peut-être l'existence s
C'est déjà trop parler, je garde le silence
Sur, toute définition
, Four me bornerà la description
De chaque terme
Que dans mes six pieds je renferme.
Tel l'animal qu'on entend braire Tel l'équivalent de sincère , t
L'arme dont se servait nos aïeux ;
Ce que l'on dit du lard quaud il est vieux.
Le synonyme de figure,
Le synonyine d'échancrure ; Une conjonction, une note au plain-chant ;
»
Ce que font douze mois: un léger vêtement ; Un mot qui répond à famille,
Composant père et fils, composant mère et fille;
Enfin, le nom qu'on donne à la mauvaise tête
Que dans sa fougue rien n'arrête.
MOTS
*
DE LA CHARADE, DE L'ÉNIGME ET DU LOGOGRIPHE,
Insérés dans le dernierNuméro qui aparu le vendredi, ag.ç^>r«, 1.819
»
Le mot de la Charade est DÉPLAIRE,
Celui de l'Enigme est SH.ENCE,
Et celui du Logogriphe est CARNAGE
,
dans le(-Iuel on trouve
crâne, rage, gare, cage , âge
, âne.
SCIENCES.
TRAITÉ DES MALADIES DES ARTICULATIONS, OU. Observations
pathologiques et chirurgicales sur ces maladies;
par M. B. C. BRODIE, membre de la" Société royale
de Londres, etc. ; traduit de l'anglais par Léon, ,
Marchant, docteur en médecine (1).
Si les traités particuliers ont un: avantage réel sur
les traités généraux, c'est, sans contredit, dans les
sciences médicales. Ceux
-
ci n'expriment que des
idées mères
,
des rapports primordiaux
, et des conséquences
tellement absolues ,
qu'il ne serait point toujours
prudent, quelques rigoureuses qu'elles fussent,
d'en faire l'application à la pratique ; ils ne peuvent
admettre que rarement les cas anomaux ; encore ,
dans
ce chapitre
, trouvent-on d'autres anomalies ; ils ne
peuvent s'étendre à des particularités
, à des modifications
d'idées, qui, s'ils s'y prêtaient, sortiraient
nécessairement de leurs limites naturelles, et con-
(i) Uu, vol, in-8. Prix
,
4 6" 5a f. Paris, cliez Plancher, litbraire,
rue Poupée, nu. 7, chez Mongic;
, aine, boulevard Poissonnière
,
n**. t3
, et à la librairie du Mercure
h
fluai des Aug,ustins,
liq. 9,
fondraient tellement les vues générales avec les vues
spéciales , que ce ne serait plus qu'un travail sans
bornes; ce ne serait que cahos et confusion. Ceux-là
y au contraire, les généralités admises, et sous leur influence
, considèrent le sujet dont il peut être question,
comme isolé et comme pouvant être modifié par tout
ce qui aurait sur lui une action directe ou indirecte.
C'est ici où l'on prévoit tout, où l'on dispose les moyens
de parer à tout; c'est ici où l'on doit tenir compte de la
moindre circonstance; c'est ici le cas des observationspratiques,
des exceptions; c'est celui d'invoquer les
analogies, et quelquefois l'empirisme raisonné, mais
avec cette sobriété qui doit nous tenir en garde contre un
moyendont le succès est presque toujours un bonheur.
Tant de détails, tant de soins rendent difficile une bonne monographie, qui seule est le livre de la pratique
médicale. Les traités généraux n'ont jamais fait un bon.
praticien.
Avant les connaissances précises de l'anatomie
, et
les inductions lumineuses de la physiologie
, il était
impossible qu'il pût exister de bons livres ; et ce n'est
guère les anciens que l'on doit prendre pour guide, non qu'ils n'aient été des observateurs habiles, et qu'ils n'aient
laissé des préceptes raisonnables, que la médecine mo- derne a sanctionné par tout ce qu'elle a d'exact, mais
parce qu'ils ne nous conduiraient qu'à tâtons, et qu'il
nous faudrait, comme à eux, un demi-siècle de tique pra- et de réflexions pour nous élever à deux ou trois
vérités générales. Aussi est-ce à l'ignorance où l'on était
de l'anatomie et de la physiologie éclairées l'une par l'autre, qu'il faut rapporter le peu de progrès de la médecine
, avant les heureux efforts des physiologistes
modernes. Ce sont eux qui, par leurs recherches opiniâtres,
ont posé quelques principes basés sur des con'
naissances positives ; ce sont eux qui, parla détermination
précise des organes, de leurs tissus et de leurs
fonctions, ont préparé tous les livres utiles qui ont
paru depuis peu d'années, les maladies du coeur du
docteur Corvisart, les phlegmasies chroniques du docteur
Broussais, tous les travaux de l'anatomie patholo<
gique, et ceux d'un habile chirurgien auglais, de
M. Brodie
, sur les maladies des articulations.
Plein des idées de la physiologie moderne, aux progrès
de laquelle il concourt aujourd'hui, l'auteur des
maladies des articulations, frappé de la nullité de la
science sur ce point de la pathologie; des opinions plus
ou moins erronées qu'en avaient les médecins et les
chirurgiens ; de l'absurdité de la thérapeutique de ces
affections, et de la persévérance aveugle d'une pratique
d'habitude, a appliqué à l'état morbide de ces organes
les découvertes auatomico-physiologiques de W. Hunter
et de Bichat, et a produit un ouvragequi se recommande
seulement aux hommes de l'art qui conçoivent
la science des maladies avec les connaissances indispensables
des organes du corps humain et de leurs
fonctions.
On ne s'était point mépris sur la nature des maladies
des articulations, on les avait bien regar dées comme
des affections inflammatoires ; mais la m arche lente et
et irrégulière, le peu de sensibilité et de réaction des
parties
, et de la très-petite quantité de sang qui y circule
,
avaient fait penser que c'était de ces inflammations
atoniques
, par faiblesse, qui ne pouvaient dépendre
que de la débilité radicale de la constitution surtout de la constitution scrophulcuse. Il , est certain
que ces affections se présentent souvent chez des individus
entachés de cette constitution ; et c'est peut-être
le principal reproche à adresser à l'auteur du livre en
question, que celui de n'avoir pas assez pris en considération
l'idiosyncrasie. En cela, nous sommes de l'avis
du traducteur. Mais il est très vrai, d'un autre côté
que bien des médecins ont exagéré l'influence de cette
idiosyncrasie
: ils n'auraient point exalté leur opinion , si
> en arrêtant leur attention sur la maladie du genou
0,11 du coude
,
ils l'avaient portée sur l'état physiologique
de tout le membre , sur la puissance des fouctions
digestives
, et sur la prédominence de tel tempérament
ou de tel autre. Lorsque le mal est sympathique
ou secondaire
, l'aspect général du malade en dit plus
que le mal lui-même.
M. Brodie, sans parer tout-à-fait à l'objection
, a
consacré un chapitre aux maladies articulaires dépendantes
de l'affection scrophuleuse. Il prouve , par des
observations pratiques et par des inductions physiologiques,
que, dans ce cas, ce n'est ni les ligament, ni les
membranes
,
ni même les cartilages qui sont affectés,
mais bien la substance celluleuse des os dans leurs ex- trémités articulaires. Par ce chapitre, il peut être justifié
du reproche qu'on lui a fait plus haut.
Lorsque l'affection est locale, ce n'est plus, ou bien
rarement, une inflammation indolente ; mais elle est
active
, bien que son développement soit lent et énergique peu ; et si l'on fait attention à toutes les raisons
anatomiques et physiologiques
, on sera quelquefois
étonné de son activité. Qu'elle ait lieu dans les mem- branes synoviales
. ou dans les cartilages, c'est toujours
la même maladie modifiée selon le siége. Un
grand mérile
,
selon moi, est d'avoir pu déterminer le
siège du mal ; et ce n'était pas une petite difficulté que d'assigner à telle forme de l'articulation, la lésion de
tel tissu ; c'est ce qu'a fait M. Brodie. Après avoir lu
son livre, on doit reconnaître et. distinguer 1 inflammation
des membranes synoviales, celle des bourses muqueuses
,
celle des tendons
, celle des cartilages, etc.,
les unes des autres. Celte distinction était plus importante
qu 'on ne pense pour le traitement. D'après ce diagnostic
, on ne confondra jamais l'application des
sangsues avec celle des vèsicatoires ; on se convaincra
que si les frictions sont bonnes dans un cas ,
elles sont
peut-être peu favorables dans un autre ; on verra dans
quelle circonstance on doit préférer la soustraction du
sang par les ventouses
,
à toute autre méthode •, on ap- prendra à apprécier l'utilité des linimens, et à juger du
degré de confiance qu'on doit leur accorder. Ce SQU'
à peu prés là les moyens qu'on indique pour diriger l'inflammation
vers la résolution j ils sont sagement discutés.
011 est cependant étonné de ne point rencontrer,
dans le nombre de ces moyens , les émolliens, dont 011 obtient dans nos hôpitaux des résultats si avantageux.
Si l'inflammationa pris un caractère d'intensité qui l'entraîne
vers la terminaison par suppuration, c'est toujours
avec prudence que l'on se détermine à telle méthode
plutôt qu'à telle autre, pour ouvrir la tumeur et
donnerissue au liquide purulent. Le chirurgien anglais,
après avoir indiqué les signes qui veulent actuellement
l'ouverture de l'abcès, semble préférer la potasse à la
lancette : ici, sa détermination est encore subordonnée
au siége de la maladie. On pense bien que ces maladies
ne peuvent pas toujours se terminer sans en venir à
l'amputation du membre $ il était peu nécessaire de dire
et d'écrire la méthode que l'on devait préférer -, aussi
M. Brodie s'en est-il abstenu.
> Après avoir fait connaître l'inflammation dans toutes
les articulations
, même dans les vertèbres
, ce qui
donne lieu à quelques remarques pathologiques et thé - repeutiques sur le mal vertébal de Pott ; avoir indiqué
son état dans tous ses allures 5 avoir trouvé des vues
d'analogie les plus ingénieuses avec les affections des
autres tissus ; avoir fait des rapprochemens qui pouvaient
jeter quelque jour sur l'état curable ou incurable
du mal •, avoir soutenu les principes déduits par des
observations-pratiques dont il fortifie la théorie ; avoir
mis en usage les ressources de l'anatomie pathologique,
dont ou fait une application conscientieuse et raisonnable
; enfin
,
après avoir arraché ces affections aux
mains routinières de l'empirisme, en les adaptant à
l'anatomie et à la physiologie
,
l'auteur entre dans
quelques considérations sur plusieurs autres affections
des jointures, parmi lesquelles surtout il spécifie l'inflammation
des bourses muqueuses; chose qu'avant lui
personne n'avait fait : elle se manifeste d'une manière
chronique; elle paraît au-dessus des articulations j elle
affecte assez la forme d'un corps rond, et roulant sons
la peau : l'affection que l'on nomme vulgairement
oignon, n'est autre qu'une inflammation lente de la
bourse muqueuse du gros orteil. Ayant tracé son histoire
et fait connaître ses symptômes, il en fixe le traitement,
qui consiste tout simplement, si l'on ne peut
en forcer la résolution, à en faire l'oblation.
Telle est l'idée qu'on doit se faire de l'ouvrage de
M. Brodie, qu'on ne saurait trop recommander à tous
les hommes de l'art, non-seulement sous le rapport de
la science, mais encore sous celui de l'esprit philosophique
qui y régne
-, le merveilleux des mots et le charlatanisme
des remèdes en sont bannis.
Le médecin 11 qui l'on doit la traduction de ce livre,
a ajouté au texte quelques notes qui ne sont pas sans
intérêt : il a fait précéder des réflexions préliminaires
d'une dédicace offerte à un homme que ses talens , ses
connaissances et ses travaux rendent recommandables
aux vrais amis des sciences et de l'humanité, à M. Pru.
nelle
, à cet estimable professeur que la commission
provisoire de l'instruction publique
, en abusant du
pouvoir qui lui est confié, a châtié à cause de l'affection
que les élèves lui portent, et à cause des services
qu'il a rendus à la faculté de Montpellier. Mais c'est
pour avoir donné à notre littérature médicale l'ouvrage
des articulations, que M. Léon Marchant mérite surtout
nos remerdmens et nos félicitations.
P. D. , de la Société médicale de Paris.
Nouvelle Législation de l'Impôt et du Crédit ; par M. GOUGET
- DESLANDRES , ancien membre de la
Cour de Cassation (1).
SECOND ARTICLE.
LES matières que nous avons traitées dans le Mercure
, depuis le treizième Numéro, étaient si urgentes qu'elles ont retardé l'insertion du second article , sur la
NouvelleLégislation de Timpôt. Nous nous empressons de remplir cette lacune et notre engagement.
Il a été dit dans le premier article
,
qu'une ordonnance
du Roi, relative à la caisse d'épargnes pour les
ouvriers et pour les domestiques; ordonnance dont
nous avons parlé avec respect et reconnaissance
avait naturellement conduit à rappeler le travail, neot ules
beau système de finance que l'auteur a produit sous des
rapports à la fois économiques, philantropiques et sur- tout politiques (2). N'en doutons pas, les plans de l'auteur
seront successivement adoptés ; mais il faut du
temps et de la patience ; il faut que tout arrive à sa ma- turité : il n'y a, pour ainsi dire, que quelques instans
d'écoulés, depuis que l'administration publique peut se
reposer ; à peine peut-elle se livrer à ses pensées doit donc : on excuser des retards qui sont involontaires.
Au surplus, ce que ne peut pas entreprendre l'administration
générale, des compagnies, des associations
CI) A Paris, chez Delaunay, libraire, Palais-Royal, galerie
de bois
,
n".248; ; Bluet
, rue Dauphine
, n. 26, l'auteur
,
petite
rue de Valois St.-Honoré
, no. 5 ; chez Mongie, libraire
,
boulevard
Poissonnière, n.. 18, et à la librairie du Mercure, quai des
Augustins, no. 9.
(a) Tou tes les institutions proposées dans l'ouvrage. objet ont pour d'attacher tous les Français à la patrie et au trône.
peuvent vouloir en faire l'objet d'etablissemens particuliers
: alors
,
l'autorité se fait un devoir d'ouvrir
toutes les voies
,
d'aplanir toutes les difficultés, d'accorder
tous les genres de protection.
Il paraît certain qu'une compagnie de grands capitalistes
doit s'occuper de former un établissement pour
assurer les fruits de toutes les propriétés contre la grêle
et contre les épizooties (i). On ne parle point ici du
rôle que doit jouer, dans une si belle entreprise, celui
qui a produit l'idée première et sienne, en posant, il y
a plus de vingt-cinq ans, ce principe, ce devoir d'assurer
les fruits de la terre contre les fléaux qui les détruisent.
On ne dira pas non plus quelle place peut y prédre
M. Barrau, lui qui a justifié ce même principe, l'application, par par les calculs de l'expérience et par une
exécution soutenue du succès dans huit départemens
du midi, et cela pendant huit années (2). Nous ne
sommes point chargés de distribuer des récompenses,
ni d'indiquer des droits 5 mais on assure que cette entreprise
si philantropique, qui sera généralement utile,
et qui va s'élever majestueusement sur des bases solides,
n'oubliera point ceux qui ont obtenu la reconnaissance
publique par des idées généreuses, par de grands travaux
et par des sacrifices sans nombre.
On revient àvec plaisir sur le plan proposé par
M. Gouget
-
Des!andrcs
, pour faire assurer les récoltes.
Quoi de plus grand, quoi de plus patriotique que
l'institution dont il s'agit de jeter les fondemens. Réunir
en une société tous les cultivateurs ; rendre toutes les
récoltes garantes de la production du sol cultivé ; reporter
les fruits de la terre là où ils auront manqué \
(1) Cette matière de l'épizootie se trouve traitée dans la Nouvelle
législation de l'impôt.
(2)e futReguaut de St.-Jean-d'Angély qui, voulant placer
tous les leviers dans la main du gouvernement, a ruiné ï'e'tablissement
utile de M. Barrau.
1
faire que le cultivateur et tous ceux qu'il emploie, aient
sans interruption les moyens de travailler et de cultiver
de nouveau cette terre, mère de tous les hommes; défendre
de la pauvreté une partie des citoyens qui ne
seront plus à la merci de la charité publique ; exiler de
notre belle France la misère qui malheureusement engendre
tous les vices ; y maintenir la distribution du
trayait ; faire de tous les cultivateurs une seule famille toujours plus zélée, toujours plus attachée , au sol rendu
productif; présenter à tous les peuples un nouveau degré
de civilisation
, généreux, noble, supérieur à tout
ce que l'administration publique a pu protéger jusqu'à
présent d'utile et de grand : telle est à la fois la gloire
et la récompensepromises et d'abord à celui qui a conçu
l'idée de l'institution, et ensuite à ceux qui veulent
former cette utile entreprise et s'en rendre les patrons.
Les différens plans d'assurance présentés dans l'ou.
vrage de M. Gouget-Deslandes, forment une partie de
la base d'un vaste système de finances 5 mais ils ne suffisent
pas pour le compléter.
Les autres moyens qu'il propose, et que l'on pourrait
porprement appeler la morale attachée à l'institution
de l'impôt, s'appliquent à toutes les matières qui doivent
former celles du budget.
Ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'aucun impôt;
suivant le système, ne serait, ne devrait et ne pourrait
plus être établi que dans l'intérêtmême du contribuable,
que dans l'espoir de cette assurance qui lui serait donnée,
d'obtenir toujours, en échange des contributions
soit directes, soit indirectes qu'il paie
,
d'obtenir protection
,
sûreté
,
garantie
,
profit et jouissance. \
Ainsi, de l'essence même du système
,
il résulterait
que la rentrée de tous les genres de contributions se
trouverait garantie par un plan pour ainsi dire général
d'assurance qui leur serait direct, et propre à les faire
acquitter sans cautions.
Il serait difficile et trop long de vouloir s'expliquer
sur les différentes matières traitées dans l'ouvrage
; car
l'auteur à embrassé toutes celles qui résident aujour*
d'hui dans nos finances
, en indiquant les moyens pro.
pres à les faire fléchir sous un système uniforme qui
aurait pour objet les avantages qu'il indique.
Cependant, il est nécessaire d'appeler l'attention sur
les matières qui sont traitées dans cet ouvrage avec autant
de patriotisme que de succès:
Par exemple, l'auteur a démontré, par des calculs
et par des raisonnemens les plus judicieux, les plus
touchans (i), que les fonds publics consolidés en rentes
lie sont que des rentes, et ne sont point des capitaux,
par rapport au trésor public ; que le jeu de la bourse ne
peut et ne doit point être la mesure du crédit public,
parce que les rentes ne représentent des capitaux que
pour ceux qui en trafiquent.
C'est à raison de ce commerce, de ce jeu sur la
bourse , que l'auteur qualifie de parasite
,
qu'il a su
s'élever avec force contre ceux qui ne font de bénéfices
que dans un agiotage qui prive les propriétaires ,
les
manufacturiers et les négocians de capitaux qui
,
s'ils
étaient employés là où est leur destination propre et
naturelle
,
doubleraient, tripleraient les richesses des
particuliers
, et augmenteraient les revenus de l'Etat.
Cette matière tracée à grands traits, conduit l'auteur
à s'étendre sur des considérations nouvelles, présentées
en faveur de l'agriculture : on les lit (2) avec l'intérêt
qu'inspire unerédaction pure, entraînante pour le sentiment
, tout y devient religieux par l'inspiration de
tous les devoirs.
En revenant sur cet agiotage si funeste à toutes les
entreprises,l'auteur propose des mesures pour l'anéantir
et pour le faire crouler : ces moyens sont dans l'établissement
des banques départementales ; c'est aussi
(1) Cet art parait fait tout exprès 'pour les circonstances du
moment.
(2) Voir la note qui est à la finde l'article.,
pour faire cesser le désordre causé par l'usure
, qu'il
propose ces institutions bienfaisantes
, qui, pouvant
être établies de plusieurs manières, et sur des plans
différens, doivent cependant produire les mêmes effets
,
et répandre sur la société les mêmes avantages par les
bienfaits de la reproduction.
L'institution des banques dans chaque division territoriale
,
conduit l'auteur à parler des administrations
départementales , et de la volonté de Louis XVI de les
établir partout , comme un moyen certain et durable
pour mieux gouverner dans le plus grand intérêt de la
société, et pour régner surtout avec plus de gloire, plus
de grandeur et plus de satisfaction.
L'auteur compare Louis XVI à Charlemagne, quant
à ses voeux et quant aux moyens qu'il avait pris pour
faire participer le peuple à l'administration des affaires!
publiques.
« Ce Charlemagne, ce grand roi, avait reconnu que
les véritables avantages de l'autorité, n'existeraient que
dans les bornes du pouvoir légitime, parce qu'elles en
marquent toute l'étendue. Si ce prince avait su lier les
grandes institutions qu'il avait créés à une constitution l'ordre merveilleux qu'il avait établit existerait , encore:
mais il éleva à sa véritable grandeur la généreuse
nation à laquelle il commandait; il l'appela à la formation
de la loi et à concourir à établir par elle-même
l'ordre public : ainsi, la grandeur du prince vint de
celle qu'il avait communiquée à la nation.
« Ce siècle de gloire et de prospérité disparut avec
Charlemagne. Les générations et les rois qui se succéderent,
perdirent en même temps gloire et triomphe,
parce qu'on abandonna le culte qui devait consacrer et
sanctifier éternellement cette association des lois avec
les peuples, si respectée par Charlemagne lui-même, et
<tui en avait fait naître le plus parfait gouvernement,
quand il avait reçu son sceptre au milieu des désordres
publics.
« Sans doute, toutes ces institutions, toutes ces corapagnies
d'assurances, celle pour les épargnes des ouvriers
et des domestiques; celle surtout qui aura pour
objet, la garantie contre la grêle, participeront plus
qu'ou ne pense avec l'administration publique, pour
établir le bon ordre dans la société : PACI ! à la paix (1).
« Louis XVI voulait que le peuple s'administra luimême;
voyez les sentimeus de ce roi si pieux envers
les droits du peuple, exprimés si patriotiquement dans
l'arrêt de son conseil d'état du )2. juillet 1778 (a).
Cet arrêt fut le propre ouvrage de cet auguste IllOnarque.
(c Que de choses se trouvent dans ce passage, sur
Charlemagne, que de choses qui se rapportent à nos
événement politiques, même à notre situation actuelle
qui s'améliore tous les jours et si sensiblement aux
yeux de tout le monde à mesure que les liens qui attachent
le roi à la nation et la nation au roi, s'étendent
et se multiplient.
M. Gouget-Deslandresadéveloppé sur l'intéressante
matière d'économie politique qu'il a traitée, des vérités
trop négligées jusqu'à ce jour; il a approfondi par ses
discussions et il a réduit à leur plus simple expression
, plusieurs propositions d'une importance majeure sur
les matières des finances : il a surtout démontré qu'il
n'y avait point encore de système fait et régulier eu
matière d'impôts; que tout était encore mobile, lorsqu'au
contraire, il était si urgent de rendre tout fixe
par une puissante législation sur le système des contri.
butions publiques.
L'auteur a particulièrement le mérite d'avoir présenté
tout ce qu'il a écrit avec un intérêt toujours croissais!.
Ce livre qui se fait lire avec le plus grand intérêt, laisse
au lecteur des jouissances spéculatives, un avenir qui
lui sourit; son ouvrage lui propose, en signe de la terrc
(1) Voir la note à la fin de l'article.
(a) Page aâl de l'ouvrage.
promise, un grand nombre d'institutions auxquelles il
prend une part active. Ce sont toutes ces choses qui
nous porten,t à accorder à l'auteur un sentiment de réconnaissance
qui s'élève à l'estime et qui nous honore
tous les deux.
GOUJON fils.
(0 Ce fut une idée heureuse de M. Gouget Deslandres quand
il donna aux propriétés de la campagne des quatre départemens
environnant Paris
, le signe indicatifde l'assurance par ces quatre
,
P, A, C, 1i
propriété
, assurée, contre; incendie,
qui, réunies, présentent le mot latin PAC! , à la paix.
Cette Compagnie d'Assurance (les quatre départemens environnnant
Paris
,
dont M. Gouget-Deslatidres est le fondateur tenues des statuts aux et de l'ordonnance de Sa Majesté du 17 mars derniers
, a donné le mouvement à tous les départemens du
royaume ,
qui, aujourd'hui
,
s'empressent d'établir, chacun sur leur localité, des compagnies d'assurances mutuelles pour le
même objet.
S'il est permis de dire un mot sur ces Compagniesd'Assurance,
on placera ici quelques réflexions sur le système en général.
Les Assurances mutuelles sont celles qui conviennent le plus
sous tous les rapports.
Cette mutualité unit les hommes par le lien nouveau de cet intérêt, mobilé de toutes les actions. Il semble que l'on soit quel--
que chose de plus entre soi-même, quand on appartient à la
même société. On est moins disposé à se quereller et l'on est plus
porté à s'entendre si l'on est divisé. C'est pour cela que la puissance
publique aurait dû voir dans ces institutions un moyen de
rapprochement pour les opinions : mais, ce système d'union gé- nérale, qu'on devait saisir avec empressement, devenu si nécessaire
aujourd'hui, a été neutralisé par les intérêts d'une concurrence
mal jugée qu'on a fait prévaloir. Le gouvernement ne doit
pas être sans regretter d'avoir autorisé ces concurrencesfâcheuses
qui, en se disputant le terrain
,
jetent parmi les hommes quelque
apparence d'opposition.
Voilà pour la morale et pour la politique.
Maintenant, examinons le fond de la chose sous le rapport de- l'intérêt des sociétaires dans une association mutuelle.
Il est certain
,
il est indubitable même qu'une société mutuelle,
pour l'Assurance contre l'Incendie, n'admet jamais un nouveau sociétaire, sans recevoir avec lui et par sa propre soumission
y
le
gage Je concernant, destiné au paiement proportionné dea indemnités
essentielles qui peuvent peser sur la Compagnie.
Ainsi, chaque sociétaire particulier et tous les sociétaires en général, fixant leur attention sur l'accroissement de la Compagnie
à laquelle ils appartiennent
,
doivent rester sans inquiétude sur
fele capital destiné aux indemnités
,
puisque ce capital est toi/Jours
proportionné à la masse des propriétés reçues au contrat d'association.
Les Compagnies àprime ne peuvent jamais présenter cette certitude,
cette assurance , par conséquent cette confiance, par leurs
assurés., nous disons assurés au lieu de dire sociétaires.
En effet
,
puisque nous en trouvons l'occasion, présentons
au public la véritable idée que l'on doit se faire sur la diffi-'
rence si marquée entre les Sociétés mutuelles et les assurances à
prime.
Les Assurances mutuelles sont indiquées par tout ce qu'on vient
d'en dire d'avantageux; c'est dans ces Compagniesque se trouvent
seulement de véritables sociétaires.
Les Compagnies d'Assurances par prime ne présentent point
de sociétaires. Ils sont des assurés vis-à-vis d'une société de négocions.
Ce sont ces négocians qui sont les véritables sociétaires,
pour une entreprise commerciale. Cette différence n'a jamais été
bien appréciée par le public.
Voici donc ce que le public doit apprendre en saisissant tous les
rapports de cette différence.
Cette différence consiste en ce que, d'après le système des Compagnies
à primes, comparé à ce qu'on vient de dire des Compagnies
mutuelles t
les assurés ne peupent jamais savoir si le fonds
pour l'indemnité qui peut les regarder individuellement et qui
n'est plus partageable entre les assurés, si ce fonds est lui-même
a,ssuré , certain et disponible.
Les assurés peuvent tous avoir cette inquiétude. En effet, l'assuré
près d'une Compagnie d'Assurance à prime, qui vient payer
Cette prime, ne laisse vis-à-vis de celte Compagnie aucun autre
gage. Ce n'est plus sa propriété qui doit à la Compagnie, c'est cette
Compagnie de négocians qui doit à la propriété de l'assuré. Ainsi,
il n'est pas constant pour chaque assuré, nonobstant les caution-
Ilemens ,
les dépôts, etc., il n'est jamais constant qu'il y ait à la
disposition de la compagnie de ces négocians, un capital disponible
,
suffisant et toujours prêt à répondre aux événemens qui
peuvent survenir.
Notez que l'ons'explique avec discrétion
, on n'a pas dit, on nefeût pas dire qu'il n'était pas constant que ce capital n'existait
p,as. ; on a dit seulement qu'il n'étaitjamais constant pour l'assuré
que ce capital existât ; ce qui fait deux choses fort différentes.
Les sociétaires d'une compagnie mutuelle ont au contraire,
cfo-mme» on l'a fait observer pour tous les momens de la durée
de la société, la certitude de l'existence du capital, qui peut devenir
nécessaire pour les événemens, puisque ce capitalarrive par
portion, à chaque acceptation de la nouvelle soumission d'un soclëtllire.
Telles sont les observations raisonnables et raisonnées qui doivent
faite donner la préférence aux compagnies mutuelles corn-*
posées de véritables sociétaires
, sur les compagnies d'assurance à
prime ne présentant que des assurés vis à vis des sociétaires négo dans, faisant - Telle une entreprise purement commerçante. est la différence qui existe entre ces diverses compagnies,
et qu'il était nécessaire de faire connaître pour faire juger de leur
mérite et du degré de confiance que l'on doit aux compagnies
mutuelles, sur les compagnies d'assurrances à prime.
HISTOIRE.
CONSTITUTION DE LA NATION FRANÇAISE, avec un Essai
de Traité historique et politique sur la Charte
, et
un Recueil de pièces corrélatives ; par le comte
LANJUINAIS, pair de France, etc. (1).
Sr l'orgueil, l'ignorance ou les préjugés doutaient
encore, ou feignaient de douter des intentions et de la
volonté du Peuple français, en commençant, en continuant,
en achevant la révolution qui, de 1789 à 1815,
a changé ses institutions et ses lois, et finira par changer
ses moeurs, qu'ils ouvrent le recueil que nous allons
analyser, et qu'ils demeurent convaincus de stupidité,
d'opiniâtreté ou de mauvaise foi.
Deux élémens primitifs et générateurs composent le
matérielde notre révolution : l'attaque et la résistance ; l'attaque, motivée sur de déplorables antécédens qui
partageaient en minorité opprimante et en majorité
asservie, la nation des Francs ; la résistance, dont l'imprudente
témérité redoubla les efforts de l'attaque, balança
ses succès par des succès alternatifs, et ensanglanta
sa victoire. A travers cette lutte entre la raison
(1) Deux volumes in-8. Paris
,
chez Baudoin frères, rue de
Vaugirard, no. 36, et'à la librairie du Mercure, quai des Augustins,
111. g, Prix, t4
, et 16par la poste.
des siècles et quelques passions individuelles, le temps.
déposait en silence les matériaux d'un nouvel édifice
social, dont la philosophie avait jadis tracé le plan
3ont quelques bras vigoureux ont jeté les premières,
fondations, et que l'expérience rendra bientôt aussi
solide que majestueux C'est, si j'ose m'exprimer ainsi,
la description de cet édifice, l'inventaire des parties
dont il se compose, qui forment l'ouvrage de M. Lanjuinais.
Dans cette table raisonnée du grand livre de
notre révolution, ce sage et savant publiciste en a exposé
le moral, analysé la politique et constaté les résultats.
Son travail, que l'esprit de parti a voulu flétris;
du titre de compilation, a été reçu avec reconnaissance
par tout ce qui s'occupe de ces importantes matières : l'homme d'Etat y trouvera des exemples, comme l'écrivain
politique y puisera des doctrines ; et si, parfois
le littérateur demanderait, dans , sa rédaction
,
plus de
précision et d'èlégance, il est impossible que le censeur
le plus sévère y exige plus de méthode et de clarté. Une
revue rapide
, qu.oiqu'exacte, des plus notables parties
de cet excellent livre
, va justifier notre jugement.
Avant 1789
,
la nation française, masse organique,
fermentait sans cesse dans le besoin d'une organisation.
Elle en fit naître où elle en trouva l'occasion dans l'explosion
de cette époque. A dater de cette ère nouvelle,
elle n'a cessé de vouloir se constituer. Ce qu'elle avait
appris que, par l'absence d'une constitution
,
elle avait
été, durant quinze siècles
,
la proie de toutes les tyranmes
; c'est qu'elle n'ignorait pas que la présence d'une
Constitution écrite garantît toutes les libertés.
D'accord sur ce point primordial
,
quel malheur
qu'on eût différé si loug-temps sur les conséquencesj Je ne pense pas que, des factions qui nous ont déchirés
, qui nous partagent encore , il y en ait une assez
stupide pour vouloir ramener l'ancien régime avec ses
abus ; mais, comme je l'ai dit ailleurs (1)"
,,
elle croit
(0 Dans le Discourspréliminaire d'un ouvrage intitulé : Diequ'il
y a de J'adresse à se vanterpar ses avantages. Or,
ces avantages qui existaient en effet, ne pouvaient,
dans le système donné, appartenir qu'au petit nombre
tandis que le plus grand »
, que l'immense majorité
, que
la presque totalité était victime des inconveniens. Voilà
ce que, depuis les écrits lumineux qui éclairèrent le
milieu du dix-huitième siècle ; voilà ce dont l'opinion
publique était pénétrée, et qu'elle exprima avec une
unanime énergie
,
lorsque la faveur des circonstances
lui permit de proclamer sa volonté. Cette volonté souveraine
reconnue, on en soutira
, pour ainsi dire, je
ne sais combien de questions subsidiaires. Le principe,
le besoin, l'efficacité même de l'affranchissement était
incontestable : mais quel devait en être le mode, l'époque
,
la dose ? La dose surtout ; car tout charlatan
politique, érigé en médecin
, voulut, en nous administrant
la liberté
, nous en mesurer la jouissance. De
cette variété de prétentions naquirent les querelles des
partis; et l'on sait qu'elles furent souvent poussées si
loin
, que le peuple, inquiet de retomber dans son ancien
avilissement, s'exagéra les droits de sa nouvelle
délivrance. La turbulente anarchie épouvanta la Ii...
berté ; mais épouvantée à son tour par un despotisme,
peut-être nécessaire, elle sembla ne laisser au fond des
âmes qu'elle avait ravagées, que des remords et des
regrets. Toutefois la révolution, tel que le Nil qui féconde
les champs qu'il submerge
, a déposé dans l'opi.
nion
, avec le besoin d'une constitution
,
celui d'un système
representatif. IL est aujourd'hui reconnu que, sans
sans l'organisation de ce système, il n'y a, il ne peut y
avoir d'indépendance
,
de prospérité
,
d.e liberté. Sur
quelle échelle toutefois se développera ce système que
TlONNAIRE PE L'ANCIEN RÉGIME. Ce livre, remarquable par les
recherches qu'il a exigées, et important par son objet
, a pour
auteur M. Paul D. de L., jeune libéral déjà connu par d'autres
productions. Celle-ci parait depuis quelques jours chez le liboire
Mongie : nous nous proposons d'en rendre un compte
détaillé.
se dispute maintenant la soif du pouvoir, bien plus que
l'enthousiasme de 110s droits?C'est ce que,par les don.
nées du passé, par la statistique du présent, on pourrait
conjecturer de l'avenir. Mais telle n'est point notre
tâche : elle se borne à indiquer, par le trajet sommaire
que nous ferons avec M. Lanjuinais, les jalons qu'il a
plantés sur la route constitutionnelle. Par les progrès
que nous avons faits
, nous jugerons du chemin qui
nous reste à faire.
Neuf Actes constitutionnels ont, depuis 1789 jusqu'en
i8ï5 , marqué tous nos pas et signalé tous nos
efforts vers la jouissance de nos droits : à la Constitution
royale, dite de 1791, ébauche admirable, quoique
défectueuse
,
de l'Assemblée constituante
, a succédé
la Constitution démocratique de 1793 ; essai informe
tentative malheureuse, qu'une faction dominante jeta,
Aux factions abattues, mais non muettes, et qui sembla
leur donner le change pour quelque temps. Cependant
les décemvirs, après avoir jeté sur la statue de la Liberté
un crêpe sanglant, dévoilèrent celle de la Ter.
reur, il laquelle, comme aux Teuthatés de la révolution,
ces Druïdes politiques immolèrent, durant deux
ans, des victimes humaines. Alors il fallut imprimer à
l'anarchie une sorte de régularité, et diriger avec méthode
le long cours des assassinats. Le terrible et cruel
gouvernement révolutionnaire sortit tout sanglant des
cerveaux de Billaud-Varennes et de Saint-Just : il fit,
de la peur, le ressort de la législation, de l'échafaudsa
bâse, des confiscations ses ressources, et du bourreau
sou premier dignitaire. Thermidor et vendémiaire arrêtèrent
successivement ces effusions parricides où l'étranger
voyait, en souriant, couler le sang français. Sur
les ruines apparentes de tous les partis, on essaya la
république. Alors fut organisée la quatrième Constitution
, ou la Constitution directoriale, que la faveur na- tionale n'environna jamais, et que ne purent sauver,
contre les aggressions des factions renaissantes, l'inexpérience,
la faiblesse et l'incapacité. La république périssait
déshonorée
: un guerrier brillant de gloire
, la
couvrit de ses palmes
, et parut la sauver. Que dis-je ?
il ne sauva que la France, et fit périr la liberté. L'ère
de cette première Constitution consulaire fut aussi celle
de la gloire. Cette fièvre d'indépendance qui bouillonnait
dans les veines françaises, il fallait lui donner le
change, et du centre, dont elle troublait les mouvemens,
la porter aux extrémités. A mesure donc que
nos victoires agitaient l'Europe
,
la France devenait
tranquille. Pourquoi l'homme qui savait si bien le pouvoir
, ne voulut-il pas apprendre la liberté ? Soyons
justes
,
cependant ; car Napoléon ne vit plus
, et nous
sommes pour lui la postérité : si, au lieu d'opposer aux
immenses développemens du système continental, l'immensité
de leurs forces, les puissances européennes les
eussent réunies contre l'Angleterre ( contre l'Angleterre
, plus encore leur ennemie qu'elle n'est la rivale
de la France),jamais le chef de la grande Nation n'eût
songé à l'asservir - et du siége consulaire élevé par la
reconnaissance
, à descendre au trône des rois ; nous
n'aurions pas ici à compter une septième Constitution
nommée impériale, ou de 180f. Tout changea graduellement
d'aspect et de destinées. Le despotisme
d'un seul énerva le républicanisme de tous. Le fier démocrate
,
auquel on jeta des cordons, disputa de bassesse
à l'orgueilleux royaliste. Cependant
,
durant te
sommeil de la liberté, l'empire grandissait comme un
géant : victoires et conquêtes au dehors
,
opulence et
prospérité au dedans, tels furent les caractères de cette
création trop énorme pour garder de la consistance
trop rapide , pour avoir de la solidité. Elle s'écroula en
effet sous le double effort d'une coalition de rois et de
la colère des peuples. 1814 vit un phénomène que,
pour la première fois
,
l'histoire présente aux méditations
de la postérité : les nations et leurs gouvernemens
ligués contre un homme. Cet homme tomba
, non
pour avoir humilié les rois
,
mais pour avoir choqué
l'opinion. Cette même opinion, adoucie en faveur d'une
famille long temps proscrite
,
la rappela, pleine d'espérances
et avec amour. Elle ne voulut pas même chicaner
sur l'octroi d'une nouvelle Charte, ou huitième
acte constitutionnel, dans lequel elle se plut à trouver
les plus nobles garanties. L'histoire dira si ces garanties
furent respectées, et plaindra le, monarque que
,ineptie ou la mauvaise foi sacrifièrent à des prétentions
coupables, à des souvenirs insensés. A l'apparition
de cette Charte qui, devenue la transaction entre
les nouveaux et les anciens intérêts, le pacte d'alliance
entre la nation et le monarque , semblait devoir marquer
le terme de la révolution
,
qui eût prévu qu'elle
serait suivie d'une neuvième Constitution
, ce trop fameux
acte additionnel, sous lequel le lion, qui feignait
de sommeiller, laissa voir sa griffe impériale ? Ici se
termine cette longue nomenclature d'essais constitutifs,
dont le nombre et la fréquence ont fait accuser la nation
française de versatilité. C'est faute d'avoir vu
d'assez haut, et d'avoir su lire dans ses intentions
, que
cette imputation lui a été adressée. Sous neuf formes
différentes, il est vrai, le peuple ou ses représentais
ont prétendu circonscrire
,
dans une sphère constitutionnelle
,
l'exercice de leurs droits ; mais leur pensée
primitive, mais leur intention continue ont toujours été
les mêmes ; toujours ils les ont mauifestés par les
mêmes efforts, parce que toujours elles furent arrêtées
par les mêmes obstacles. Indépendance et dignité au
dehors
, tout ce qui, de la liberté, est compatible avec
l'ordre au dehors : voilà les avantages que nous crûmes
trouver dans un système représentatif, reproduit peutêtre
du berceau de la monarchie, et qui ne peut s'organiser
que par l'entière disparition du régime féodal.
Ces deux idées, ont tant de connexité qu'elles n'en
font qu'une, ont dicté les neuf actes que nous venons
d indiquer, et qui, considérés dans leur esprit, n'en
font réellement qu'un seul et unique. Leur rapprochement
dans l'ouvrage de lVl. Lanjuinais, permettant
qu'on les compare dans leurs différences comme dans
leurs analogies, on obtiendra, avec quelqu'étonnement
peut-être, mais avec un haut degré d'évidence, cette
consciencieuse démonstration. Quant aux mobiles remués
par chaque parti pour s'emparer de l'autorité que
pouvait lui valoir chaque détermination constitutionnelle
,
ils sont aussi exposés et classés dans le livre que
nous examinons, et sont assez importans pour faire le
sujet d'un second article.
REGNAULT DE WARIN.
LITTÉRATURE.
FRAGMENT EXTRAIT DES VOYAGES EN EUROPE, EN ASIiii
ET EN AFRIQUE de M. GL. DOMENY DE RIENZI.
« 0 MON AMT ! ô mon frère ! une fièvre brûlante me
dévore -, je sens que ta présence endormirait mes douleurs.
Cher Ariston
,
ô mon Mentor ! viens m'éclairer
de tes lumières et soutenir mon courage chancelant.
Séduit par des récits, entraîné par ton amitié, j'ai
quitté l'Europe pour te suivre dans des contrées lointaines
; tu m'as protégé, tu as défendu mes jours , tu
m'as sauvé de l'esclavage ; je vois en toi Nisus défen-"
dant son jeune ami Euryale Pourquoi ton absence
est-elle si longue ? Es-tu encore à Bakou , où je t'ai
laissé ? as-tu été observer de nouveau les sources toujours
enflammées de Naphta, les rivières du Delta formé
par le Kur et par l'Araxe, les mines de sel où l'on admire
des églises souterraines construites avec la même
matière, et le Stepp aride du Mogan? A peine l'étoile
du matin commence à jeter sa brillante lumière et à régner
seule dans les cieux, ton ami va parcourir les rives
pittoresques du Kara-Sou
, ou les bords délicieux du
lac d'Erivan
,
le calme du cief, la beauté de la nature,
l'harmonie de l'univers l'enchantent. Il le préfère aux
chants de fBeit-EJma
, ces chants d'amour des belles
Syriennes, ou aux chants célestes des harpes éoliennes.
Devant moi se présente ce majestueux Ararat, qu'il me
tarde de parcourir avec toi, et dont les antres mystérieux
nous apprendront peut-être quelques nouveaux
secrets de la géologie et de l'antiquité. Derrière moi
j'aperçois encore ce Caucase dont je rédige ici la description
, et dont je t'envois l'aperçu général qui suit : C'est dans ces contrées imposantes que l'on peut
placer le berceau du genre humain ; de là il se sera répandu
dans la Syrie, la Perse, l'Arabie, la Chine, l'Inde,
l'Egypte, etc. , par la chaîne de l'Ararat, qui lie le Caucase
au Taurus. En effet, dans cette multitudede peuples
qui habitent le Caucase, on trouve le beau type moral
et physique de toutes les nations de l'Europe et de
l'Asie, celui de tous leurs idiomes et de leurs religions:
Là sont tous les climats et tous les terrains; les sommets
granitiques de l'Elbours sont couverts de glaces éter-
Itelles, les vallées calcaires sont brûlantes, les districts
du Schirvan et les bords de la mer Caspienne jouissent
d'une douce température *, là on rencontre toutes sortes
de productions, le cèdre, le cypris
,
le savinier
,
le
dattier, l'épine du Christ, le rhododendron-ponticum,
la vigne, la figue, l'orange, le melon
,
le châtaigner,
la pèche
,
la rose caucasienne et le platane oriental;
toutes les espèces d'animaux, le chameau, ce vaisseau
du désert, l'ours, le tigre
,
la panthère, le lynx, le
schakal, le chamois
,
le boeuf, le porc , de superbes
chevaux, des chèvres élégantes, d'énormes moutons,
des abeilles, des vers à soie, des cerfs et des castors ;
l'aigle
,
le faucon
,
le faisan
,
la perdrix ; une infinité de
volatils
,
de poissons et d'oiseaux magnifiques. Les
restes antiques de la muraille du Caucase, les portes
de ces monts gigantesques, si mal mesurés jusqu'à ce
jour
,
la fameuse expédition des Argonautes ,
qui,
commandés par un héros réparateur, venaient sans
cloute y chercher de l'or; le séjour des Amazones, l'allégorie
de Prométhée, les écrits attribués à Moïse, plusieurs
traditions des Scandinaves
, tout concourt, je le
répète, à me faire trouver dans le Caucase le berceau
du genre humain....
Les Circassiens de la Cabardie, pères des lVlamelucs
, sont d'une taille d'Herculej ils sont hospitaliers,
et leurs moeurs sont semblables à celles des Arabes qui
ont vécu long-temps dans leurs contrées. Les Mingréliens
trafiquent des charmes de leur femme; ils sont
débauchés, ignorans, menteurs et brigands. Les Tartares-
Nogais errent de lande en lande, et campent sous
les tentes comme les Nomades. Les Lesghiens sont braves
comme des Français. Les Dinfars, toujours armés:
eu faveur de la justice
,
donnent une idée de nos anciens
chevaliers : ils ont de grandes vertus ; aussi ont-ils
la gloire et le bonheur de vivre en république.
Les Georgiens sont dignes, par leur amour pour les
lettres et l'étude, de reconquérir les bienfaits de la civilisation,
si toutefois la douce ignorance n'est pas préférable
à cette triste science qui trouble notre vie, et
qu'on achète si chèrement *, les Géorgiennes, les Circassiennes,
les chastes Lesghiennes surtout méritent la
palme de la beauté. A propos de femmes, serais-tu retenu
à Bakou par ton aimable Mehala? La belle Val.
méhi le soupçonne ; moi, je ne le crains pas; non, tu
ne feras pas le contraire de ce que tu exiges de moi.
Reviens donc, mon ami, reviens au plus tôt *, fuyons,
fuyons loin de ces s37rènes
,
puisque nous ne pouvons
opposer un bouclier impénétrable à leurs traits irrésisiibles.
Eh quoi ! nia Valméhi, pourrai-je t'abandonner!
L'Hélène d '.Eijniiltis n'égalait pas ta beauté
,
les grâces
ne te quittent jamais
, ta douce mélancolie est comme
la fleur mystérieuse des déserts ; fille plus belle que le
premier rêve de l'amant, ô ma bieti-aimée ! vois la tristesse
qui me consume , comme l'encens consume le
feu
• et comment oublier ce temps fortuné où je déposais
mes peines dans ton coeur, où je laissais couler mes
larmes sur ces deux seins charmans, allant, venant
4 palpitant sous nia main brûlante, et semblables à deux
belles pêches nées au même jour, du même arbre. J'entrevoyais
ce jour de joie où je ne devais plus être séparé
de mon amie. Alors
,
disais je
,
je fertiliserai
son sein : un enfant beau comme sa mère
,
l'espoir de
mes pensées, réjouira ma Valméhi,et je passerai des
bras de mon amante aux lèvres de mon fils. Je le sens,
les grandes passions sont solitaires; les transporter dans
le désert, c'est leur rendre toute leur violence; mais la
solitude ferait mes délices avec toi. Une cabane et la
liberté, Ariston et Valméhi, je serais trop heureux....
Plus heureux que la jeune épouse qui sent, pour la
première fois
, son fruit tressaillir dans son sein ; plus
heureux.... et cependant je dois te quitter, te quitter
peut-être pour toujours!...
Hélas ! misérable jouet de la fortune
,
naufragé sur
tant de rivages, bientôt éloigné de ce que j'aime, quelle
sera enfin ma destinée ? N'ai-je pas encore épuisé le
malheur ? Ah ! pardonne
, cher Ariston -, non, je tiendrai
mon serment aux dépens de mon bonheur; je suis
prêt, je te suivrai, dût la mort me frapper. Je laisse
mon adorable Lesghienne, mais je ne l'ai pas trompée,
et cette idée me console. Je ne dois point oublier ma
patrie et mes parens ; notre entreprise se présente à
mes yeux, mon courage se ranime ; il est fait, le plus
grand des sacrifices! Allons...
Qui, tu disais vrai, c'est en consacrant notre existence
à notre instruction et au bonheur de nos semblables
, que nous acquérons leur estime et leur amour.
Qui sont ces mortels dont les mains audacieuses élevèrent
les pyramides de Gizeh ? Leur nom est ignoré,
parce que l'orgueil, et non l'utilité
, a dirigé leurs travaux.
Ces masses colossales qui fatiguent le temps, peutêtre
un jour seront réduites en sable ; car le sable est le
débris des corps inorganiques, de même que le sel est le
résultat de la plante et de l'animal. Vois l'Afrique
,
elle
« fut autrefois rïche , populeuse et riante ; elle disparaît
peu à peu sous les envahissemens de ces deux substances
qui la revêtent d'un voile funèbre. La ronce et les épines
couvriront un jour les rives enchanteresses du Rockni',
les bosquets délicieux du Mossala ; mais la renommée
de Hafiz, de Ferdouc, de Saadi et de Djami qui les ont
celébrées, est à l'abri des révolutions.
Cependant quand je considère que l'homme est placé
sur la terre comme sur un grain de sable qui ne tient à
rien
,
suspendu au milieu des airs
, et que si le plus
petit de ces globles effroyables qui traversent l'espace
immense des cieux
,
venait à se déranger et à rencontrer
la terre, la briserait aussitôt, je gémis de notre vanité
et de l'immortalité prétendue de notre gloire. Nous
n'en dissipons pas moins le plus beau temps de notre
vie et les débris de notre fortune à tenter de démêler
les énigmes de la nature, à étudier le système des
mondes, la théorie de notre globe
,
d'où résultent les
élémens philosophiques de thistoire
,
la source du bien
et du mal
,
la cause ,
l'origine et la fin de tout ce qui
est ; nous voulons pénétrer dans l'Asie, parcourir
ensuite la Lysie et l'Ethiopie, qui
,
bouleversées
par la grande catastrophe de la submersion de l'Atlantide,
nous offriront moins de. monuraens, mais
dont il nous importe d'étudier la cosmogonie ; nous
aspirons même à découvrir quelque vérité inconnue ,
à recueillir non pas de l'or, mais la science et la vertu ,
seuls biens qui nous paraissent désirables. L'espérance,
cette nourrice de l'homme, nous soutient au milieu de
nos fatigues, et peut être des hommes curieux ou iiidifférons,
loin de nous accorder leurs éloges, calomnieront
ou critiqueront nos travaux avec amertume.
N'importe , nous subirons notre destinée
, cette loi
éternelle de l'univers ; car en vain contre la destinée on
élèverait un rempart d'airain, en un clin,d'oeil elle briserait
cette impuissante barrière.
Je ne sais si le mal, les fatigues, les peines éprouvées
,
celles qui nous attendent encore, me dégoûtent
de la vie dont elles me découvrent le néant ; depuis
que j'ai perdu une mère adorée, orphelin errant sur ce
globe misérable, malgré l'amour de la patrie et de l'humanité
qui furent mes premiers guides, il me semble
que j'aurai de la peine à revenir dans nos prisons
boueuses de l'Europe. Les douces contrées de l'Asie
et son brillant soleil
,
le séjour pur des montagnes ,
vastes trophées des siècles, palais deta nature, asile de
la liber té
, premier observatoire des cieux, cette terre
parée comme une belle femme uu jour de fête, la vie
du désert surtout ,
ont je ne sais quels charmes pour
moi ; le souvenir de cette liberté dont nous avons joui,
et de l'éloignement des tyrans, me réjouit encore ; je
chéris cette bel!e et grande nature, ce ciel admirable,
ce vêtement oriental que nous portons avec tant de
plaisir, ces langues si nobles et si harmonieuses que
parlaient les hommes des temps anciens
, ces moeurs
patriarchales des tribus, ces plantes plus suaves que le
thoba, qui fout à la fois une source d'eau et un vase de
parfum, le fier montagnard dont la marche triomphale
annonce le Maître de la nature, et sa jeune compagne,
aussi pure que les vierges de Maïna, plus belle que les
filles de Cachemire, et ses enfans qu'il couvre de baisers,
et auxquels il sourit avec orgueil
, et ses nobles coursiers,
et sa tente qu'il déroule comme un vêtement là
où il s'arrête -, car cet enfant de la nature ne bâtit point
de maisons qui ne seront pas pour lui, il ne cultive pas
un champ qu'on peut lui ravir, il redoute l'enceinte des
murailles des villes superbes et corrompues : la vue des
cieux et des montagnes, de l'eau et de l'ombrage, 1 air
et la liberté, des vers et une lyre
, un cheval et des
armes pour se défendre
,
voilà tous ses trésors ; vainqueur
des nations, c'était encore les seuls biens dont
il fut jaloux. Voilà aussi les seuls biens que j'envie -, et
si après avoir terminé notre entreprise, tu veux que
nous allions en France publier nosjobservations. sans y
attendre des louanges exagérées, ou des critiques Íegères,
après avoir rempli nos devoirs, nous viendrons
achever nos jours dans les champs magnifiques de
l'Asie ; nous y verrons sans doute se dissiper celle vague
mélancolie qui nous consume tous deux j 110IIS y goÙterons
le repos au sein de la nature, de la douce hospitalité,,
de l'amitié et de l'amour; car nous y retrouverons
,
je l'espère, ta Mehala
, ma Valmélll toujours
fidèles
,
quoique les flambeaux de l'hymen ne doivent
jamais brûler pour nous. J'aime à me nourrir de pensées, ces elles font mon bonheur.
Adieu, mon frère, ma missive te sera remise par
notre fidèle et brave kaher , je lui ai ordonné de ne re- venir qu'avec toi : je t'attends Je lendemain du pazor
giUllU. Si tu ne venais pas, tâche de me donner de tes
nouvelles , et de me faire parvenir le sommaire de tes
observations. En attendant je répète, en te l'appliquant
cette jolie pensée du , sage et savant Gregorios : 7psichi
me adhelfi tis psichis
, que je traduis ici de fa langue
dans la mienne : Ton âme est la soeur de mon âme.
MÉMOIRES pour servir à l'hisloit-e de la campagne de
1814
,
accompagnés de plans
,
d'ordres de bataille
et de situations ; par F. KOCH
,
chef de bataillon
détat-major (1).
[texte_manquant]
LA campagne de 1814, si mémorable dans nos fastes
militaires ,
avait trouve des historiens en Allenl-,Igtie , en Angleterre -, en un mot, partout ailleurs qu'en
France ; et cependant en est-il aucune, dans notre histoire,
qui soit plus digne de fixer les regards de la pos.
térité ? En effet, quel spectacle plus fait pour exciter
l'admiration
, que celui d'une poignée de braves, joints
à quelques milices inexpérimentées, aux prises avec
* (1) Paris, chez Magimel
,
Ancelin et Pochard, libraires pour
FArt^ militaire, rue Dauphine, no, 9 , et à la librairie du Mercure
, quai des Augustins . no. 9-
toutes les troupes de l'Europe ! Il a paru il est vrai, elæ J815, quelques relations de cette campagne célèbre ;
Mais ce ne sont, pour la plupart, que des compilations
dont chaque page décèle l'ignorance de leurs auteurs
sur le sujet qu'ils ont prétendu traiter, ou l'influence de
l'époque calamiteuse où elles ont été écrites. M. Koch
a voulu réparer cet oubli, et nous n'hésitons pas à placer
ses Mémoires fort au-dessus de tout ce qui a été
publié jusqu'ici sur les évènemens de ]8,4.
Les progrès que l'art de la guerre a faits depuis trente
ajrts, en font une science nouvelle à laquelle il faut être
initié pour pouvoir écrire, avec quelque fruit, sur les
matières militaires ; et les relations de campagne ,
comme les récits de siéges et de batailles, semblent
désormais être exclusivement du domaine des écrivains
militaires., Cette réflexion nous a été suggérée par la
lecture de l'ouvrage de M. Koch, auquel nous nous
empressons de revenir.
La bataille de Leipsick venait de décider du sort de
l'Allemagne, et déjà l'armée française
, vaincue plutôt
par la plus lâche défection que par les armes de ses
ennemis
,
avait mis le Rhin entre elle et les cohortes
étrangères. Cependant les armées russes, prussiennes,
autrichiennes
,
bavaroises, anglaises
, espagnoles, por.
tugaises, inondent de toutes parts le sol de la patrie,
pour la première fois depuis 1793. Napoléon, après
avoir culbuté à Hanau 1 armée austro bavaroise qui
avait voulu lui barrer le passage ,
était revenu en toute
hâte à Paris , pour aviser aux moyens de parer au
danger imminent dont l'empire était menacé. Toutefois
les peuples, las d'une guerre désastreuse et découragés
par l'issue des derniers évènemens militaires, éludèrent
presque partout les mesures ordonnées pour la levée en
masse ; et la conscription
,
malgré tous les efforts que
l'on fit pour sa rigoureuse exécution, ne put être effectuée
qu'en partie, et au milieu des plus grandes difficultés.
Napoléon réussit cependant à organiser à peu
près une autre armée ; mais celle-ci ne comptait plus
cl
<1 ri s les rangs qu'un petit nombre de ces valeureux
soldats qui avaient immortalisé le nom français sur tant
de champs de bataille. Ce n'était plus., à l'exception de
la vieille garde et de quelques troupes venues d'Espagne,
que des corps de nouvelles levées, qui allaient se
trouver , pour leur coup d'essai
,
opposés à l'élite de
toutes les troupes de la coalition. Il faut lire, dans l'ouvrage
même de M. Koch
,
le détail de la bataille de la
Bothière
,
des affaires de Champaubert, de Montrairail
,
de Vauchamp
,
de Moutreau, et de tant d'autre':
qui sont autant de véritables combats de géants. Quel
qu'ait été leur résultat, il est difficile, comme Français,
de ne pas se sentir un mouvement d'orgueil en
lisant les pages qui en retracent les différentes circonstances.
A l'exemple de Frédéric-le-Grand
, en Silésie
Napoléon, , en 1814, se battant à la fois pour son trône
et pour sa liberté, sut, comme le monarque prussien
,
se multiplier avec la plus étonnante rapidité ; et plusieurs
de ses mouvemens, dans cette campagne mémorable,
rappelèrent heureusement le vainqueur de l'Italie.
Mais la mort moissonnait chaque jour un grand
nombre de nos meilleures troupes et de nos meilleurs
généraux. Napoléon ne pouvait pas être partout, et
partout où il n'était pas, il y avait plutôt des revers à
attendre que des succès à espérer. Enfin trahis , accablés
par l'immense supériorité du nombre, nous dûmes
succomber , mais du moins ce ne fut pas sans gloire.
Tel est en substance le récit de la campagne de 1814,
très-fidèlement rapporté dans l'ouvrage de M. Koch. Il
contient aussi, sur le congrès de Châtillon, des particularités
qui prouvent que l'on était aussi peu disposé à
traiter d'une part que de l'autre. Quant aux jugemensque
M. Koch a portés sur différentes opérations, il trouvra
sans doute des contradicteurs, parce qu'en pareille
matière il n'est pas un militaire qui ne se croie
juge compétent, et qu'en effet rien n'est aussi facile
que de juger après l'événement. i, lvl,. C,
LE BOSTON DE FLORE , ou Botanique étêhiènlaire,
« A la bonne heure, on voit clair à ce système ; ii
» résume et coordonne les principes d'une science trop
» ignorée
, et non-seulement il en rend l'étude aussi
» prompte que facile, mais encore il classe d'une ma-
» uiére si méthodique tous les objets qu'elle embrasse,
» que la nature serait en défaut s'il était possible qu'elle
» eût suivi un autre système à la fois plus compliqué
» et moins régulier. » C'est ce que disait devant nous
un personnage distingué, à l'auteur du Boston de Flore,
qui lui expliquait ce jeu
, tout aussi agréable par sa
forme qu'intéressant par son objet. Nous allons met Ire
nos lecteurs à portée de juger du mérite essentiel de
cette jolie production.
Il suffit d'avoir de l'esprit,du goût et du temps à soi,
pour se plaire à examiner les phénomènes de la nature,
et l'on aurait assez de penchant à étudier l'ordre qui
règne dans le charmant système des fleurs, si dès l'abord
on n'était pas rebuté des difficultés sans nombre dont
la science paraît hérissée. Ces difficultés viennent de
cesser comme par enchantement. Il ne faudra pas plus
d'efforts de génie ou de mémoire pour se rendre savant
botaniste
, que pour devenir bon joueur de cartes ; et
assurément c'est bien la première fois que les cartes
auront eu un but aussi noble et aussi utile. Mais, nous dira-t-on, comment un jeu de cartes, un vrai jeu de
cartes peut-il servir à enseigner une science aussi
longue, aussi pénible, aussi obscure que la botanique?
Par un procédé très-ingénieux, fondé sur un hasard de
rapprochement très-inattendu.
Qui croirait, en effet, que l'inventeur des cartes se fut rencontré dans l'ordre distributifqu'il a donné à ces
images frivoles, avec l'ordre élémentaire, classique
adopté par la nature dans la création des fleurs ? C'est
pourtant ce qu'il a fait
,
Substituez aux coeurs les fleurs dites
.
composées ,
aux carreaux, les polypéiales ;
aux trèfles, les. mOllopétales;
aux piques, les fleurs (lites..
, .
périgones. \ oila le fond du jeu de Boston, ainsi que du Boston de
Flore.
Poursuivons: les coeurs, carreaux, trèfles, piques,
présentent quatre séries de dix points en basses cartes.
La nature présente de même quatre séries de fleurs de
dix étamines dans ces quatre divisions. Ce n'est pas
tout, vous distinguez dans ces cartes douze figures ou
matadors, et vous trouvez dans les fleurs douze arranp,
enielis distincts formés par des étamines où le nombre
lie compte plus.
Vous voyez que la nature et l'inventeur des jeux de
cartes n'ont fait que suivre le même ordre
, en l'appliquant
seulement à d'autres objets auxquels nous avons
donné des noms différens. Mais faites-vous expliquer
ce que c'est qne fleurs composées, polypétales, monopétales
et périgones
, comme on vous a fait connaître
ce que c'est que coeur , carreau ,
trèfle et pique
, et il
vous sera tout aussi aisé d'étudier la Botanique que le
Boston, la classification élémentaire de toute espèce
de jeu de cartes étant le même que celles des fleurs.
Qu'on suppose un individu très-instruit d'ailleurs
mais qui n'ait jamais , vu de cartes, il passerait plusieurs,
années à regarder des joueurs muets, qu'il ne devinerait
pas à quoi tient la science de chaque joueur
,
ni quels
sont les rapports des jeux qu'ils ont dans leurs mains,
ni d'après quelles lois ils règlent entre eux la perte et
h gain -, il aurait beau suivre ces mélanges de couleurs
le basses cartes de matadors, il ne connaîtrait ni leur
valeur relative
,
ni leur ordre primitift ni les combinaisons
innombrables, qui en sont le résultat. S'il s'avisait
alors d'imaginer-, à l'égard des cartes, un système
de distribution, ce serait quelque système ridicule
tel, ? par exemple, que de classer ensemble, d'un côté,
les figures, et de l'autre les cartes blanches
1 ou bien il,
ferait autant de classes distinctes des as ,
des clcux, des
trois, etc. , ou bien il associerait l'as de pique, le deux
de coeur, le trois de trèfle
,
le quatre de carreau, etc.,
ou bien il i:e ferait qu'une classe des coeurs avec les carreaux
, parce qu'ils sont rouges, et des piques avec les
trèfles
, parce qu'ils sont noirs
, et ses distributions secondaires
participeraient de ce premier désordre • ou
bien, pour en finir
,
il entremêlerait, en suivant un
arrangement quelconque
,
les basses cartes avec les
flores; et partant de ces belles conceptions élémentaires
qui lui paraîtraient fort judicieuses lorsqu'il voudrait
expliquer la théorie du jeu de piquet ou deboslou,
noire savant serait tout surpris de ne pas pouvoir comprendre
lui-même son explication. Qu'il vienne alors
près de lui le moindre bambin de Paris, il lui dira : Mon
cher étranger
, vous vous cassez la tête pour met tre un
faux système bien compliqué à la place d'un système
bien clair et bien simple ; car ce jeu se compose de
quatre couleurs, qu'on nomme coeur, carreau ,
trèfle
et pique. Chaque couleur a une suite de points que je
vais vous apprendre à compter sur vos doigts; car leur
i ombre croît de un jusqu'à dix, et le jeu se complelte
au moyen de douze figures qui ont leurs signes distinc-
1 ifs ; chaque jeu se joue avec tel ou tel nombre de cartes :
il en résulte des mélanges et des chances à l'infini, auxquelles
vous ne pouvez rien comprendre tant que vous
n'avez pas la principale clé de tous ces jeux
,
qui est la
connaissance primordiale de la distribution élémentaire
des cartes , auxquelles toutes leurs combinaisons ne
cessent pas de se rattacher.
Or, l'enfant qui se rendra familier le boston de Flore,
dira de même à ceux qui voudront acquérir la science
des fleurs : Il n'existe dans la nature que quatre sortes
de fleurs pourvues de séve et d'enveloppe.
Au lieu de coeur, dites.
, .. composées.
Au lieu de cal-reau ,
dites... polypétales.
Au lieu de trèfle
,
dites ... monopétales.
Au lieu de pique, dites .... périgones.
Ensuite, dans ces quatre divisions, les belles cartes
ont 1,2, 3
,
4
>
5
y
6, 7 , 8, 9 et io points. Au lieu
de points, dites étamines.
Enfin, au lieu de roi, dame et valet, nouvelles voyez sur ces cartes le soleil, la lune et la terre, accompagnes
d attributs tirés des douze manières dont les étamines
se présentent dans les fleurs quand elles cessent dy figurer par la progression de leur nombre, et vous reconnaîtrez l'image de l'oeillet, de la rose, du jasmin
, etc., à la couleur de la carte, au nombre de ses points et au signe qu'elle porte, accompagné du nom latin et français de la fleur du nom de sa classe, et enfin
du nom convenu, de même que chez les Arabes, lequel
constitue ce qu on appelle le langage des fleurs.
C est ainsi que celui qui saisit d'un coup d'oeil l'ensemble
des lois naturelles dans une science, trouve le
moyen de les rendre vivement sensibles
, à l'aide de
quelque comparaison où la même analogie se rencontre,
et celle-ci doit paraître d'autant plus heureuse, que cette distribution primitive est la base du système général
des fleurs, et que les deux systèmes classiques de
Tournefort et de Linnée, en se subordonnant à ce sys- tème, forment entre eux une alliance toute nouvelle
qu'on était loin de soupçonner, et que l'auteur, dans
son atlas botanique, dans ses discours à l'Athénée et à
1 'l,nslitut, et dans sa lettre à M. d0 Jussieu
, a parfaitement
démontrée.
Ce jeu paraîtra du i5 au 20 décembre
, pour le$
étrennes
, chez Delaunay
,
libraire
, au Palais-Royal.
Dans le prochain Numéro, nous en donnerons le prix
pour Paris et pour les départemens. Nous croyons cet
ouvrage , où l'utilité se dispute à l'agrément, digne
d'être favorablement accueilli dans les Lycées, les maisons
d'éducation, les écoles d'enseignement mutuel, et
surtout indispensables à toutes les personnes qui ont
des collections d'herbiers, de gravures , etc., et enfin
à quiconque veut savoir ce qu'il apprend quand il s'oc"
cupe de la science botanique.
GOUJON fils.
IDÉES sur les deux Théâtres-Français
, sur l'Ecole
1. royale de Déclamation
, etc. (1).
EN dépit des injures grossières, des plats calembourgs
et des ignobles épigrammes des Cadet Roussel
modernes, c'est une idée féconde en résultats précieux
pour le plus noble des arts, que l'idée d'un second
Théâtre-Français.
Mais pour assurer à jamais le triomphe de cet art ,
pour augmenter, par ce triomphe, les plus pures de
nos jouissances, suHi:-il d'avoir reconstruit l'Odéon
, d'en avoir fait un second temple à Melpoméne , et d'y
avoir réuni plusieurs apôtres capables d'honorer sou
cuiteF
JSon.
Il faut qu'au théâtre les spectateursviennent toujours
chercher, moins un passe-temps agréable , que l'étude
du coeur humain, la plus saine morale en pratique, et
les impérissables trésors de l'instruction.
Il faut que dans les salons et dans les journaux on
s'occupe bien plus des intérêts de la scène française,
que des intrigues, des voyages et des rhumes des comédiens.
Il faut qu'on honore
,
à l'égal des grands poëtes, des
statuaires et des peintres célèbres, ceux qui se consacrent
tout entiers au plus beau , au plus rare, au plus
difficile de tous les talens" suivant l'expression de Voltaire............
Il faut que les ministres d'un Dieu essentiellement
tolérant n'insultent pius au cadavre d'un artiste drama-
(1) Paris, chez Brianchon, libraire. quai:des Augustins, rI.. n,
Ponthieu, libraire
,
Palais-Ptoyal
,
galerie de bois, n. 2oi.
1
tique, en lui refusant et l'entrée de ses tempes
,
et les
prières de la charité chrétienne
, et, pour ainsi dire
jusqu'au pudique vêtement de la sépulture. }
Il faut que le public, enfin plus équitable
, renonce
au droit barbare et grossier d'humilier publiquement
un acteur, et de mêler sur son front, dans la mèn-;e
soirée, souvent sur le plus léger prétexte, la couronne
d'épines à la palme du talent.
Il faut que des juges instruits remplacent au plus tôt
cette tourbe de sots et d'ignorans que nous voyons tous
les jours applaudir les niaiseries du mélodrame
,
les
hurlemens des bâtards de Melpomène, les lourds contre-
sens d'un automate dépourvu d'éducation
,
d'âme
et d'esprit, et , ces ridicules Iravestissemens qui font aujourd'hui
la fortune de Brunet et consorts.
Il faut que le ministère auguste de la critique ne soit
plus exercé par des blancs-becs dont accoucha hier
cette mère Gigogne
, pourvoyeuse eu litre du Vaudeville,
des Variétés et du Boulevard ; petits vautours
affamés de réputation, d'argent surtout, et nés avec la
haine de tout ce qu'ils n'ont pas fait.
Enfin, il faut une école de déclamation ; mais une
école tout autrement fondée, organisée et administrée
que celle dont les promesses ont trop peu souvent répondu
aux espérances des vrais connaisseurs, si rares
aujourd'hui !
En effet, dit l'opuscule dont je m'occupe, que toutes
les conditions soient remplies, auteurs et acteurs tendront
sans cesse à la perfection ; plus honorés
,
ceux-ci
se rendront de plus en plus honorables ; les chds-d'oeuvre
dictés par Meipomène et l'hilie
, seront représentée
avec cet ensemble qui est l'âme des principales condi-
1ions de l'illusion théâtrale ; comme le p;az éclaire sans
blesser l'organe de la vue, de même la critique avertira,
corrigera sans humilier les uns , sans décourager les
autres, et ces acteurs à chevrons qui se méprennent
quelquefois
, et ces jeunes conscrits que trop d'ardeur
peut tromper dans l'emploi de leurs moyens et l'imitalion
des modèles
, surs de rencontrer partout l'inexorable
sens commun et J incorruptible bon goût, l'amphigourique
mélodrame
,
l'ignoble farce
,
l'ordurière
parodie n'oseront plus usurper des hommages hautement
revendiqués par des oeuvres vraiment tragiques
ou comiques ; enfin
,
l'art de la déclamation sera professé
par les émériles des deux Théâtres-Franç lis
, et
dès tors on n'aura plus à craindre la perte des bonnes
tradIlions,
Notre anonyme dcsire fort qu'à l'avenir l'art du co-, médien soit dirigé au profit de la morale et des lumières.
Cet honorable voeu suppose nécessairement celui de
voir prendre la même direction aux oeuvres dramatiques.
Si de pareils souhaits étaient plus hautement manifestés
par les partisans de la morale, MM. Théaulon,
Dartois, Scribe, Delestre, Poirson, Brasier, Dumersan
et compagnie
, se résigneraient sans doute à faire un
plus noble usage de leur esprit le père de famille ne
craindrait pas , pour sa jeune fille
, les dangers d'une
première représentation
• car sur aucun théâtre 011 lie
verrait plus en action la morale des guinguettes
,
de la
rue Vivieune, du bal de Flore et des galeries de bois.
Après ce qu'il vient de lire
,
le lecteur ne sera-t-il pas
tenté de rire
, si j'ajoute que 111011 anonyme s'occupe
aussi de l'excommunication des comédiens. « Cette
excommunication
,
dit-il, a-t-elle jamais existé d'une
manière bien formelle? » A cette question, il fait une
réponse que pourrait bien lui avoir fourni M. Huerne
Lamothe, avocat au parlement en 1761. Quoi qn il en soit, on ne sera peut être pas fâché de connaître certain
passage dun Mémoire publié par cet avocat, eu faveur
de la Comédie-Française. Je le transcris textuellement.
« C'est sous ce cardinal (M. de Noailles) que l'on a
commencé à refuser le Sacrement du mariage, et qu'il
a fallu des ORDRES de la COUR pour FORCER les ministres
d.e l'Eglise à faire cesser un refus si scandaleux.
» C'est donc ce cardinal que la société ( la ComédieFrançaise
) a été contrainte de faire un abonnement
avec l'Eglise ( il est avec le ciel des accommodemens ),
en accordant aux pauvres le quart de ce qui se retire
aux entrées de la Comédie. » ( Aux PAUVRES ).... j'en
conviens; niais «il est vrai qu à monsieurc/z rendais
quelque chose ».
» Jusque dans les premières années du siècle précédent
,
la procession du Saint-Sacrement passait devant
la porte de l'hôtel de la Comédie : là, était un reposoir
aux frais de la société, et sur l'autel était un présent en
argenterie, de la valeur d'environ 3ooo fr.
,
consacré à
l'église de Saint-Sulpice.
» Survinrent quelques années dans lesquelles il arriva
des circonstances fâcheuses, qui mirent la société hors
d'état de faire des frais si considérables. Un reposoir
simple et uni fut substiluéà la magnificence de celui des
années précédentes, et le présent cessa. Deux années
consécutives firent éprouver à l'église de Saint Sulpice
le même sort -, et bientôt après, la procession changea
de roule , et la Comédie fut accablée des peines de l'excommunication,
qui devinrent d'autant plus hardies,
que les ministres ne gardaient plus de mesures.
» Refus du Sacrement de mariage
,
refus du Sacrement
de baptême aux enfans présentés sous le nom
qualificatif de leurs père et mère refus des membres
de la société pour parrains et marraines; refus des Sacremens
à la mort ; refus enfin de la sépulture ecclésiastique.
» Quel contraste cependant dans cette discipline de
l'Eglise ! S'agit-il de recevoir les aumônes des acteurs
et actrices de la Comédie-Française ? l'Eglise les inscrit
au rang df3 ses membres, et ses ministres viennent les
recevoir dans leurs maisons, et de leurs propres maÙzs.
S'agit-il des réparations et des décorations de son
temple, l'Eglise nous met au rang de ses bienfaiteurs.
S'agit-il de donner des aumônes à ses prédicateurs?
l'Eglise nous met au rang de sesfidèles. S agit-il des
rétributions de messes ,
l'Eglise nous écoute, et reçoit
(te lions ses honoraires. S'agit-il enfin de DONATIONS
de , LEGS , etc. ? l'Eglise reçoit ces oeuvres pies , mais
nous exclut de ses bienfaits ! » ..
Sur ce ,
attendu que les prêtres de 1B19 se montrent
les dignes successeurs des prêtres du dix-septième
siècle
,
je conseille à messieurs les comédiens, excepté
en Ai)gleterre
,
où ils sont honorés (voyez la page 5 de
l'ouvrage que j'annonce ) de faire avec eux un traité
éternel, dont la première cause sera : DONNANT
, DONNANT.
Je conseille aussi à ceux du premier Théâtre-
Français de lire attentivement ce petit sommaire, ils y
apprendront les moyens de se guérir de l^ur lésinerio
théâtrale, et de corriger les vices de leur administration.
Quoique je sois certain d'être Intérieurement approuvé
par notre anonyme, il ne me reste plus qu'à lui
demander pardon d'avoir quelquefois mêlé des développeinens
très-succincts à l'analyse de ses deux excellentes
I*cléeï. HENRY.
SPECTACLES.
— Dans le moment où les discussions politiques et
les froids raisonncineus de nos prétendus réformateurs
vont remplir les colonnes des Journaux quotidiens, le
Mercure doit, plus que jamais, devenir le plus ferme
appui de la littérature et de l'art dramatique. A peine
trouvera-t-on chez nos confrères une page à donner au
poëme à la mode, au roman du jour, à la pièce nouvelle
: nous leur consacrerons toutes nos pages ,
sûrs
de trouver, dans l'approbation de nos lecteurs, la plus
douce récompense de nos travaux.
Le Conservatoire, par son utilité, par ses rapports
immédiats avec le théâtre
,
doit d'abord attirer notre
attention. Dépositaire des meilleures traditions , possécant
dexcellens professeurs, on doit exiger de cet
établissement utile, de brillans résultats. Cette année
n'a rien laissé à désirer dans les classes de musique et
de déclamation : le dernier concours surtout a présenté
d'excelleus sujets pour je théâtre
.
dans la tragédie dans et la comédie. C est pour récompenser les progrès
des élèves que, suivant l'usage, ou a procédé jeudi
dernier à la distribution des prix.
Après un discours très-mal prononcé par un dei
directeurs secondaires
,
les noms des Lauréats ont été
proclames au bruit des applaudissement d'une nom- breuse assemblée. Les exercices ont ensuite com- mencés.
Mademoiselle Colombelle a ouvert !a séance par un
morceau de chant, en donnant preuve d'étude et même
de talent, elle ne deviendra jamais chanteuse distinguée.
La beauté de la voix ne consiste pas dans une suite de boutades et de cadences jetées çà et là, et exé.
cutées avec une certaine précision, il faut dela pureté,
du sentiment. Malheureusement, peu d'élèves du Conservatoire
possèdent ces précieuses qualités : pour
prouver ce que j'avance
,
j'aurais seulement à citer
mesdemoiselles Leroux, Tellier ; MM. Bouche
, etc.
L'assemblée a été généralement satisfaite du talent
des exécutans.
M. Tilmant
,
premier prix de violon, a exécuté un
concerto de Kreutzer
, qui a enlevé tout l'auditoire.
Ce jeune homme promet de marcher uu jour sur les
traces des plus illustres professeurs.
Il est des instrumens ingrats qui demandent plus
d'habitude que d'autres
toujours également senti,ese.tLdeonvtiolelsonbceealuletés ne sont pas et le corsont
de ce nombre. Cependant entre les mains de MM. Mar..
cou, et Méric, 011 s'est apperçu qu'ils pouvaient pro- duire des sons aussi purs qu'harmonieux
, et Tassera,
blée leur a vivement témoigné la satisfaction qu'elle
éprouvait. '
Les élèves de déclamation n'ont pas fait d'exercice;
on les avait entendus le jour du concours, ils n'ont fait
qu'assister à la distribution.
Trois élèves donnent de grandes espérauces : Je
ne paierai pas de M. Ligier, il va bientôt débuter
au Français
,
et je ne veux pas pressentir le jugement
du public. Mais quant aux deux débutantes, je saisirai
cette occasion pour faire leur éloge, et leur prédire
les plus brillants succès. Mademoiselle Verueuil
qui se destine aux emplois tragiques, unit à une fignre
aussi douce qu'imposante, une diction pure et sage;
un léger défaut se laisse quelquefois remarquer dans sa prononciation
,
mais sa bonne volonté, le désir de se
faire connaître, font espérer qu'elle se corrigera. Mademoiselle
l'ilzelier, née soubrette, à suivi l'impulsion
de la nature, eu se destinant au théâtre. Son débit
mordant
, sou oeil vif et spirituel, sa tournure gracieuse
et légère
,
font espérer qu'en perdant un jour mademoiselle
Demersoll, on trouvera facilement à remplacer
celle dernière.
Depuis les ISlénechmes, on a souvent traité des sujets
semblables, Le Vaudeville
,
ïOpéra-Comique
, voire
mêmeles boulevards, ont donné quelques pièces
,
dont
l'intrigue était fondée sur des quiproquos de noms,
de personnages, les Deux £Iléricourt, ressemblent
un peu à ce quia déjà été tait ; mais de jolis vers, des
détails agréables, ont désarmé la critique, et la pièce
a obtenu un succès d'estime. L'auteur est mademoiselle
Vaizliove.1 Il fallait bien varier le répertoire de l'Odéon; la
tragédie avait eu les honneurs de l'ouverture
,
la comédie
réclamait la même faveur. MM. Vafflard et Fulgens
,
deux des plus aimables soutiens du Vaudeville
,
se sont déclarés ses avocats; Quelques rigoristes ont
voulu leur disputer la victoire; ornais la majorité du parterre
s'est prononcée en leur faveur. L'analyse de la
pièce fera voir qui des deux avait raison.
D'Harcouct est venu à Paris avec sa jeune épouse ,
pour solliciter auprès du ministre un emploi qu'il croit
avoir mérité par ses services. Un de ses amis d'enfance,
Fréville
,
s'est empressé de le recevoir dans sa maison
et lui , a fait connaître tous les plaisirs que la capitale
peut présenter aux étrangers. C'est dans une réunion que
madame d'Harcourt a fait la connaissance d une intrigante
qui, sous les dehors de t'honnêteté
,
et en se servant
tour à tour des noms de Saint-Ange et de Montdésir,
cache les plus odieux projets, et attire dans sa
maison
,
à laquelle je n'ose ici donner son véritable
nom, les femmes les plus séduisantes et les jeunes gens
les plus riches et les plus distingués de Paris. Malgré la
défense de son mari, madame d'Harcourt, séduite par
madame de Saitit-Ati,,,e
, promet de se rendre à une
soirée que cette dernière doit donner. D'Harcourt, de
son côté, se trouve présenté chez la même personne,
par son ami Fréville, qui veut profiter de cette occasion
pour le faire connaître au frère du ministre. Voilà donc
nos deux époux, sans s'en douter, dans cette infâme
maison. Il est naturel qu'une jolie femme
, et surtout
en pareille circonstance
,
reçoive des hommages; aussi
le protecteur que l'on cherche ne mauque-t-il pas de
faire la cour à la jeune Amène. Peu habituée à de pa- reilles sociétés, cette dernière ne peut s'empêcher d'être
étonnée de la licence qui régne dans la maison de ma- dame de Saint-Ange Elle se repeut déjà d'avoir désobéi
à son mari, quand elle aperçoit le colonel tré Fréville ; il a rencon- et son ami, et comme il a laissé pressentir
qu'il avait quelqu'aVanture galante de commencée, il
prie d'Harcourt de lui improviser quelques vers. Ce
sont justement ces vers que présente Valsain
, en les
accompagnant d'une déclaration aussi tendre que vive.
Effrayée de la position dans laquelle elle se trouve,
Amélie veut fuir; mais elle aperçoit Fréville et son époux, elle n'a que le temps de se cacher pour éviter
les regards
, et pour s'échapper ensuite avec plus do
sûreté, sous la protection de Fréville.
Cette scène, d'un bon comique, a été vivement ap- plaudie. On pense bien que le troisième acte amène des
aveux qui mettent au jour la conduite des deux époux
, et permet de développer un caractère aussi beau que
neuf, celui du colonel V.,ilsain ; il est calqué sur les plus
beaux modèles de la chevalerie, et fait autant d'honneur
à l'esprit qu'aux sentimens de l'auteur.
Lafargue a eu les honneurs de la soirée; cet acteur
n'est déplacé nulle part, et prouve , par ses succès
journaliers
, ce que peuvent le travail et l'étude dans
cette carrière si difficile à parcourir. Quant à mademoiselle
Falcoz
,
qu'elle soit elle même
,
qu'elle n'imite
personne ,
c'est le meilleur conseil que l'on puisse lui
donner.
— La comédie des Comédiens, en cinq actes et en
vers de M. Casimir deLavigne, doit suivre un Moment
.d'imprudetice ; nous verrons ensuite XArtiste Jtmbitieufy
de M. Théaulon. Quelques initiés des coulisses
avancent que M. Théaulon est trop ambitieux
,
de
sauter ainsi du Vaudeville, sur une scène aussi vaste
que celle de l'Odéon ; mais comme on le dit petit, il
faut espérer qu'il ne tombera pas d'aussi haut que tels
et tels cie ses confrère. qui étaient plus grands que lui.
Le XVIIe. Numéro du Mercure a été retardé par
des obstacles qu'il n'était pas au pouvoir des propriétaires
d'écarter aussitôt qu'ils l'aurait désiré. Nous
espérons qu'ils ne se renouvelleront plus, malgré notre
désir bien prononcé d'attaquer les abus partout où nous
les rencontrerons, et de ne jamais varier dans nos
principes, quelques grands intérêts que nous puissions
contrarier Attachement à la Charte,, au Roi; attachement
aux principes libéraux et aux nouvelles institutions.
Guerre à ces souteneurs de vieilles maximes qui
regrettent l'ignoble droit du seigneur, les droits de
chasse, les dîmes et autres turpitudes qu'ils voudraient
rétablir. Honneur aux braves, aux grands hommes dont
la patrie s'honore, et respect aux dames ; tels sont les
sentimens qui animent les rédacteurs du Mercure , et
qu'ils soutiendront en toute occasion ; quandmeme..
DE FRANCE;
JO'uttlae
dfô ^téieraéwôj c/cj<5/ciemeJef J?érùf
zédicjépaw une, Société de ge"Óaefettt,eÓ.
Pires acquirit cundo.
POÉSIE.
LA ROSE ET L:E BOUTON.
.FABLE,
tJne Rose, l'orgueil de l'empire de Flore,
Exhalait au loin son odeur;
Les feux brillans du jour et les pleurs de l'aurore,
Ajoutaient à l'éclat de sa vive couleur;
Elle était jeune, fraîche
, et tout charmait en elle,
Alors quelle apparut; le peuple moucheron,
Maint autre insecte encore , et la guêpe cruelle
Et le volage papillon . ;
La gent abeille enfin, chacun à tire fi'ailej
Vient et se pose sur son sein,
Pour faire une piqûre, ou commettre un larcin
194 MERCURE DE FRANCE.
Non loin de là pourtant, un bouton que -Zéphirë,
D" son soufle amoureux, a peine a caressé ;
Jaloux de cette fleur, dont l'éclat l'a blessé,
D'un ton railleur ose lui dire :
Vous êtes ridicule..., il faut en convenir,
Et de vous faire aimer je vous crois incapable
, Sur moi comme sur vous on ne voit point venir,
D'insectes ennemis
,
la troupe formidable.
Quoi ! lui répond la Rose, en me voyant souffrir,
Oses-tu m'insutter/... Ce sont ces avantages
Dont tu me parais si jaloux,
Qui font mes ennemis, qui les excitent tous.
Les insultes et les outrages
De ces méchans, même leurs cruautés,
Sont des hommages
Qu'ils rendent à mes qualités.
* N'est-ce point en effet le parfum que j'exhale
Qui les attire jusqu'à moi
Et cette beauté fatale,
Qu'on ne voit point encor briller en toi,
Et que sans vanité j'étale ,
Les captive, les séduit,
Et me nuit.
Comme sur cette fleur, sur le mérite on glose
Contre lui tout se ligue, insectes, moucherons,
Envieux ennemis
,
abeilles et frôlons
Le mérite est comme la rose.
Par M. J. JUGE.
JEANNE D'ARNOUS.
,,
Ain : à faire. ,1 .~
JEANNE D'Arnous
Ou courez vous seulette
Vous paraissez bien inquiète
Que cherchez vous ?
Fils de mon roi,
Hier j'avais une Je rose , là perdis vers la nuit close , Avec Siffroi.
Jeanne d'Amous
Craignez , ce voisinage,
Pour vos brebis dans ce boccage , "
J'ai vu des loups.
Fils de mon roi,
Je ne crains rien pour elles,
J'ai près de moi les chiens fidelles
De mon Siffroi.
Jeanne d'Arnous,
Vous êtes bien jolie,
Je voudrais bien passer ma vie
Auprès de vous.
Fils de mon roi,
Voire bonté me touche Mais je dois partager la couc,he
De mon SifTroi..,
Jeanne d'Arnous , Siffroi porte les armes , Il doit renoncer à vos charmes,
L'ignorei-vous?
Fils de mon roi,
Je suis Gauloise et fière,
Je me sens l'humeur guerrière
Demon Siffroi.
Jeanne d'Arnous,
César est à nos portes , On a déjà vu ses cohortes,
Que ferei-,vous ?
Fils de mon roi, >':% Je suivrai ta bannière
Ou bien je mourrai , la première .*>
Près de Siffroi.
r SOLtIEa.
LES GRIS.
CHANSON
AIR : Plu1is demande son portrait.
PUISQU'IL faut prendre une couleur,
Si vous voulez m'en croire,
Ne prenons, pour notre bonheur,
La blanche, ni la noire :
La blanche est belle
, est pure., mais
Un rien peut la détruire ;
La noire est trop triste:, et jamais
Ne nous permet de rire.
La bleue est de nos beaux esprits,
La couleur favorite \
L'encre rouge, de maints écrits
Est l'unique mérite..
Pour moi qui ne mets aucun prix
, Au talent de médire,
Mes amis
,
je choisis le Gris
, Pour chanter et ppur rire.
Il est certain habit mesquin,
Que l'on trouve commode ;
Amis, c'est l'habitid'Arlequin,
Il est fort à la mode ::
Il unit bleu, noir
, rouge et blanc ;
Mais s'il faut vous le dire,
# Jamais il ne couvre un coeur franc,
Grimacer n'est pas rire.
Adoucissons de ces couleurs
Les teintes trop changeantes
>* Du bon vient temps gardons les moeurs Quoiqu'un , peu moins brillantes :
Le coeur des esprits trop aigris,
Aisément se déchire ;
Ce n'est que lorsque l'on est gris
Qu'on sait chanter et rire.
Les membres,sans aucun succès
Attaqueront le Ventre :
La Prudence entre deux excès,
Toujours se place au centre,
C'est là, que le sage est assis,
Sans songer à détruire ; Et qu'il permet encore au gris
De chanter et de rire.
Ambitieux réformateur,
Qui brise tes couronnes ; Qui porte un oeil calculateur,
Sur les débris des trônes,
Pour qui la vie à tant de prix
Ta mort est un martyre „ ;
Mais lorsqu'on meurt quand on est gris , C'est qu a force de rire,
! DE BEAONOIR.
CHARADE.
QUAND rassemblés autour de mon dernier,
De nombreux amateurs savourent mon premier.
L'un d'eux politiquant sur un ton trop altier
Fait naitre , un incident digne de mon entier.
ENIGME.
Aux mêmes travaux condamnés,
Par un lien de fer l'un à l'autre enchaînés ,
Deux frères parcourant une même carrière,
Se proposant la même fin
En.ligne perpendiculaire ,
Arrivent à leur but , par contraire chemin.
Ce sort affreux n'est pas commun à tous ; Deux autres frères font un service plus doux ;
Ce sont ceux qu'en cercle l'on mène,
Qu'horizontalement par la ville on promène
» Et qu'on introduit sans façons
Dans toutes les bonnes maisons.
Ils y répandent l'abondance :
Leur service aussitôt reçoit sa récompense ;
Mais pour les premiers employés,
Ils sont, pour tout salaire
, ou pendus ou noyés.
LOGOGRIPHE.
J'AI six pieds ; tu me dois peut-être l'existence s
C'est déjà trop parler, je garde le silence
Sur, toute définition
, Four me bornerà la description
De chaque terme
Que dans mes six pieds je renferme.
Tel l'animal qu'on entend braire Tel l'équivalent de sincère , t
L'arme dont se servait nos aïeux ;
Ce que l'on dit du lard quaud il est vieux.
Le synonyme de figure,
Le synonyine d'échancrure ; Une conjonction, une note au plain-chant ;
»
Ce que font douze mois: un léger vêtement ; Un mot qui répond à famille,
Composant père et fils, composant mère et fille;
Enfin, le nom qu'on donne à la mauvaise tête
Que dans sa fougue rien n'arrête.
MOTS
*
DE LA CHARADE, DE L'ÉNIGME ET DU LOGOGRIPHE,
Insérés dans le dernierNuméro qui aparu le vendredi, ag.ç^>r«, 1.819
»
Le mot de la Charade est DÉPLAIRE,
Celui de l'Enigme est SH.ENCE,
Et celui du Logogriphe est CARNAGE
,
dans le(-Iuel on trouve
crâne, rage, gare, cage , âge
, âne.
SCIENCES.
TRAITÉ DES MALADIES DES ARTICULATIONS, OU. Observations
pathologiques et chirurgicales sur ces maladies;
par M. B. C. BRODIE, membre de la" Société royale
de Londres, etc. ; traduit de l'anglais par Léon, ,
Marchant, docteur en médecine (1).
Si les traités particuliers ont un: avantage réel sur
les traités généraux, c'est, sans contredit, dans les
sciences médicales. Ceux
-
ci n'expriment que des
idées mères
,
des rapports primordiaux
, et des conséquences
tellement absolues ,
qu'il ne serait point toujours
prudent, quelques rigoureuses qu'elles fussent,
d'en faire l'application à la pratique ; ils ne peuvent
admettre que rarement les cas anomaux ; encore ,
dans
ce chapitre
, trouvent-on d'autres anomalies ; ils ne
peuvent s'étendre à des particularités
, à des modifications
d'idées, qui, s'ils s'y prêtaient, sortiraient
nécessairement de leurs limites naturelles, et con-
(i) Uu, vol, in-8. Prix
,
4 6" 5a f. Paris, cliez Plancher, litbraire,
rue Poupée, nu. 7, chez Mongic;
, aine, boulevard Poissonnière
,
n**. t3
, et à la librairie du Mercure
h
fluai des Aug,ustins,
liq. 9,
fondraient tellement les vues générales avec les vues
spéciales , que ce ne serait plus qu'un travail sans
bornes; ce ne serait que cahos et confusion. Ceux-là
y au contraire, les généralités admises, et sous leur influence
, considèrent le sujet dont il peut être question,
comme isolé et comme pouvant être modifié par tout
ce qui aurait sur lui une action directe ou indirecte.
C'est ici où l'on prévoit tout, où l'on dispose les moyens
de parer à tout; c'est ici où l'on doit tenir compte de la
moindre circonstance; c'est ici le cas des observationspratiques,
des exceptions; c'est celui d'invoquer les
analogies, et quelquefois l'empirisme raisonné, mais
avec cette sobriété qui doit nous tenir en garde contre un
moyendont le succès est presque toujours un bonheur.
Tant de détails, tant de soins rendent difficile une bonne monographie, qui seule est le livre de la pratique
médicale. Les traités généraux n'ont jamais fait un bon.
praticien.
Avant les connaissances précises de l'anatomie
, et
les inductions lumineuses de la physiologie
, il était
impossible qu'il pût exister de bons livres ; et ce n'est
guère les anciens que l'on doit prendre pour guide, non qu'ils n'aient été des observateurs habiles, et qu'ils n'aient
laissé des préceptes raisonnables, que la médecine mo- derne a sanctionné par tout ce qu'elle a d'exact, mais
parce qu'ils ne nous conduiraient qu'à tâtons, et qu'il
nous faudrait, comme à eux, un demi-siècle de tique pra- et de réflexions pour nous élever à deux ou trois
vérités générales. Aussi est-ce à l'ignorance où l'on était
de l'anatomie et de la physiologie éclairées l'une par l'autre, qu'il faut rapporter le peu de progrès de la médecine
, avant les heureux efforts des physiologistes
modernes. Ce sont eux qui, par leurs recherches opiniâtres,
ont posé quelques principes basés sur des con'
naissances positives ; ce sont eux qui, parla détermination
précise des organes, de leurs tissus et de leurs
fonctions, ont préparé tous les livres utiles qui ont
paru depuis peu d'années, les maladies du coeur du
docteur Corvisart, les phlegmasies chroniques du docteur
Broussais, tous les travaux de l'anatomie patholo<
gique, et ceux d'un habile chirurgien auglais, de
M. Brodie
, sur les maladies des articulations.
Plein des idées de la physiologie moderne, aux progrès
de laquelle il concourt aujourd'hui, l'auteur des
maladies des articulations, frappé de la nullité de la
science sur ce point de la pathologie; des opinions plus
ou moins erronées qu'en avaient les médecins et les
chirurgiens ; de l'absurdité de la thérapeutique de ces
affections, et de la persévérance aveugle d'une pratique
d'habitude, a appliqué à l'état morbide de ces organes
les découvertes auatomico-physiologiques de W. Hunter
et de Bichat, et a produit un ouvragequi se recommande
seulement aux hommes de l'art qui conçoivent
la science des maladies avec les connaissances indispensables
des organes du corps humain et de leurs
fonctions.
On ne s'était point mépris sur la nature des maladies
des articulations, on les avait bien regar dées comme
des affections inflammatoires ; mais la m arche lente et
et irrégulière, le peu de sensibilité et de réaction des
parties
, et de la très-petite quantité de sang qui y circule
,
avaient fait penser que c'était de ces inflammations
atoniques
, par faiblesse, qui ne pouvaient dépendre
que de la débilité radicale de la constitution surtout de la constitution scrophulcuse. Il , est certain
que ces affections se présentent souvent chez des individus
entachés de cette constitution ; et c'est peut-être
le principal reproche à adresser à l'auteur du livre en
question, que celui de n'avoir pas assez pris en considération
l'idiosyncrasie. En cela, nous sommes de l'avis
du traducteur. Mais il est très vrai, d'un autre côté
que bien des médecins ont exagéré l'influence de cette
idiosyncrasie
: ils n'auraient point exalté leur opinion , si
> en arrêtant leur attention sur la maladie du genou
0,11 du coude
,
ils l'avaient portée sur l'état physiologique
de tout le membre , sur la puissance des fouctions
digestives
, et sur la prédominence de tel tempérament
ou de tel autre. Lorsque le mal est sympathique
ou secondaire
, l'aspect général du malade en dit plus
que le mal lui-même.
M. Brodie, sans parer tout-à-fait à l'objection
, a
consacré un chapitre aux maladies articulaires dépendantes
de l'affection scrophuleuse. Il prouve , par des
observations pratiques et par des inductions physiologiques,
que, dans ce cas, ce n'est ni les ligament, ni les
membranes
,
ni même les cartilages qui sont affectés,
mais bien la substance celluleuse des os dans leurs ex- trémités articulaires. Par ce chapitre, il peut être justifié
du reproche qu'on lui a fait plus haut.
Lorsque l'affection est locale, ce n'est plus, ou bien
rarement, une inflammation indolente ; mais elle est
active
, bien que son développement soit lent et énergique peu ; et si l'on fait attention à toutes les raisons
anatomiques et physiologiques
, on sera quelquefois
étonné de son activité. Qu'elle ait lieu dans les mem- branes synoviales
. ou dans les cartilages, c'est toujours
la même maladie modifiée selon le siége. Un
grand mérile
,
selon moi, est d'avoir pu déterminer le
siège du mal ; et ce n'était pas une petite difficulté que d'assigner à telle forme de l'articulation, la lésion de
tel tissu ; c'est ce qu'a fait M. Brodie. Après avoir lu
son livre, on doit reconnaître et. distinguer 1 inflammation
des membranes synoviales, celle des bourses muqueuses
,
celle des tendons
, celle des cartilages, etc.,
les unes des autres. Celte distinction était plus importante
qu 'on ne pense pour le traitement. D'après ce diagnostic
, on ne confondra jamais l'application des
sangsues avec celle des vèsicatoires ; on se convaincra
que si les frictions sont bonnes dans un cas ,
elles sont
peut-être peu favorables dans un autre ; on verra dans
quelle circonstance on doit préférer la soustraction du
sang par les ventouses
,
à toute autre méthode •, on ap- prendra à apprécier l'utilité des linimens, et à juger du
degré de confiance qu'on doit leur accorder. Ce SQU'
à peu prés là les moyens qu'on indique pour diriger l'inflammation
vers la résolution j ils sont sagement discutés.
011 est cependant étonné de ne point rencontrer,
dans le nombre de ces moyens , les émolliens, dont 011 obtient dans nos hôpitaux des résultats si avantageux.
Si l'inflammationa pris un caractère d'intensité qui l'entraîne
vers la terminaison par suppuration, c'est toujours
avec prudence que l'on se détermine à telle méthode
plutôt qu'à telle autre, pour ouvrir la tumeur et
donnerissue au liquide purulent. Le chirurgien anglais,
après avoir indiqué les signes qui veulent actuellement
l'ouverture de l'abcès, semble préférer la potasse à la
lancette : ici, sa détermination est encore subordonnée
au siége de la maladie. On pense bien que ces maladies
ne peuvent pas toujours se terminer sans en venir à
l'amputation du membre $ il était peu nécessaire de dire
et d'écrire la méthode que l'on devait préférer -, aussi
M. Brodie s'en est-il abstenu.
> Après avoir fait connaître l'inflammation dans toutes
les articulations
, même dans les vertèbres
, ce qui
donne lieu à quelques remarques pathologiques et thé - repeutiques sur le mal vertébal de Pott ; avoir indiqué
son état dans tous ses allures 5 avoir trouvé des vues
d'analogie les plus ingénieuses avec les affections des
autres tissus ; avoir fait des rapprochemens qui pouvaient
jeter quelque jour sur l'état curable ou incurable
du mal •, avoir soutenu les principes déduits par des
observations-pratiques dont il fortifie la théorie ; avoir
mis en usage les ressources de l'anatomie pathologique,
dont ou fait une application conscientieuse et raisonnable
; enfin
,
après avoir arraché ces affections aux
mains routinières de l'empirisme, en les adaptant à
l'anatomie et à la physiologie
,
l'auteur entre dans
quelques considérations sur plusieurs autres affections
des jointures, parmi lesquelles surtout il spécifie l'inflammation
des bourses muqueuses; chose qu'avant lui
personne n'avait fait : elle se manifeste d'une manière
chronique; elle paraît au-dessus des articulations j elle
affecte assez la forme d'un corps rond, et roulant sons
la peau : l'affection que l'on nomme vulgairement
oignon, n'est autre qu'une inflammation lente de la
bourse muqueuse du gros orteil. Ayant tracé son histoire
et fait connaître ses symptômes, il en fixe le traitement,
qui consiste tout simplement, si l'on ne peut
en forcer la résolution, à en faire l'oblation.
Telle est l'idée qu'on doit se faire de l'ouvrage de
M. Brodie, qu'on ne saurait trop recommander à tous
les hommes de l'art, non-seulement sous le rapport de
la science, mais encore sous celui de l'esprit philosophique
qui y régne
-, le merveilleux des mots et le charlatanisme
des remèdes en sont bannis.
Le médecin 11 qui l'on doit la traduction de ce livre,
a ajouté au texte quelques notes qui ne sont pas sans
intérêt : il a fait précéder des réflexions préliminaires
d'une dédicace offerte à un homme que ses talens , ses
connaissances et ses travaux rendent recommandables
aux vrais amis des sciences et de l'humanité, à M. Pru.
nelle
, à cet estimable professeur que la commission
provisoire de l'instruction publique
, en abusant du
pouvoir qui lui est confié, a châtié à cause de l'affection
que les élèves lui portent, et à cause des services
qu'il a rendus à la faculté de Montpellier. Mais c'est
pour avoir donné à notre littérature médicale l'ouvrage
des articulations, que M. Léon Marchant mérite surtout
nos remerdmens et nos félicitations.
P. D. , de la Société médicale de Paris.
Nouvelle Législation de l'Impôt et du Crédit ; par M. GOUGET
- DESLANDRES , ancien membre de la
Cour de Cassation (1).
SECOND ARTICLE.
LES matières que nous avons traitées dans le Mercure
, depuis le treizième Numéro, étaient si urgentes qu'elles ont retardé l'insertion du second article , sur la
NouvelleLégislation de Timpôt. Nous nous empressons de remplir cette lacune et notre engagement.
Il a été dit dans le premier article
,
qu'une ordonnance
du Roi, relative à la caisse d'épargnes pour les
ouvriers et pour les domestiques; ordonnance dont
nous avons parlé avec respect et reconnaissance
avait naturellement conduit à rappeler le travail, neot ules
beau système de finance que l'auteur a produit sous des
rapports à la fois économiques, philantropiques et sur- tout politiques (2). N'en doutons pas, les plans de l'auteur
seront successivement adoptés ; mais il faut du
temps et de la patience ; il faut que tout arrive à sa ma- turité : il n'y a, pour ainsi dire, que quelques instans
d'écoulés, depuis que l'administration publique peut se
reposer ; à peine peut-elle se livrer à ses pensées doit donc : on excuser des retards qui sont involontaires.
Au surplus, ce que ne peut pas entreprendre l'administration
générale, des compagnies, des associations
CI) A Paris, chez Delaunay, libraire, Palais-Royal, galerie
de bois
,
n".248; ; Bluet
, rue Dauphine
, n. 26, l'auteur
,
petite
rue de Valois St.-Honoré
, no. 5 ; chez Mongie, libraire
,
boulevard
Poissonnière, n.. 18, et à la librairie du Mercure, quai des
Augustins, no. 9.
(a) Tou tes les institutions proposées dans l'ouvrage. objet ont pour d'attacher tous les Français à la patrie et au trône.
peuvent vouloir en faire l'objet d'etablissemens particuliers
: alors
,
l'autorité se fait un devoir d'ouvrir
toutes les voies
,
d'aplanir toutes les difficultés, d'accorder
tous les genres de protection.
Il paraît certain qu'une compagnie de grands capitalistes
doit s'occuper de former un établissement pour
assurer les fruits de toutes les propriétés contre la grêle
et contre les épizooties (i). On ne parle point ici du
rôle que doit jouer, dans une si belle entreprise, celui
qui a produit l'idée première et sienne, en posant, il y
a plus de vingt-cinq ans, ce principe, ce devoir d'assurer
les fruits de la terre contre les fléaux qui les détruisent.
On ne dira pas non plus quelle place peut y prédre
M. Barrau, lui qui a justifié ce même principe, l'application, par par les calculs de l'expérience et par une
exécution soutenue du succès dans huit départemens
du midi, et cela pendant huit années (2). Nous ne
sommes point chargés de distribuer des récompenses,
ni d'indiquer des droits 5 mais on assure que cette entreprise
si philantropique, qui sera généralement utile,
et qui va s'élever majestueusement sur des bases solides,
n'oubliera point ceux qui ont obtenu la reconnaissance
publique par des idées généreuses, par de grands travaux
et par des sacrifices sans nombre.
On revient àvec plaisir sur le plan proposé par
M. Gouget
-
Des!andrcs
, pour faire assurer les récoltes.
Quoi de plus grand, quoi de plus patriotique que
l'institution dont il s'agit de jeter les fondemens. Réunir
en une société tous les cultivateurs ; rendre toutes les
récoltes garantes de la production du sol cultivé ; reporter
les fruits de la terre là où ils auront manqué \
(1) Cette matière de l'épizootie se trouve traitée dans la Nouvelle
législation de l'impôt.
(2)e futReguaut de St.-Jean-d'Angély qui, voulant placer
tous les leviers dans la main du gouvernement, a ruiné ï'e'tablissement
utile de M. Barrau.
1
faire que le cultivateur et tous ceux qu'il emploie, aient
sans interruption les moyens de travailler et de cultiver
de nouveau cette terre, mère de tous les hommes; défendre
de la pauvreté une partie des citoyens qui ne
seront plus à la merci de la charité publique ; exiler de
notre belle France la misère qui malheureusement engendre
tous les vices ; y maintenir la distribution du
trayait ; faire de tous les cultivateurs une seule famille toujours plus zélée, toujours plus attachée , au sol rendu
productif; présenter à tous les peuples un nouveau degré
de civilisation
, généreux, noble, supérieur à tout
ce que l'administration publique a pu protéger jusqu'à
présent d'utile et de grand : telle est à la fois la gloire
et la récompensepromises et d'abord à celui qui a conçu
l'idée de l'institution, et ensuite à ceux qui veulent
former cette utile entreprise et s'en rendre les patrons.
Les différens plans d'assurance présentés dans l'ou.
vrage de M. Gouget-Deslandes, forment une partie de
la base d'un vaste système de finances 5 mais ils ne suffisent
pas pour le compléter.
Les autres moyens qu'il propose, et que l'on pourrait
porprement appeler la morale attachée à l'institution
de l'impôt, s'appliquent à toutes les matières qui doivent
former celles du budget.
Ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'aucun impôt;
suivant le système, ne serait, ne devrait et ne pourrait
plus être établi que dans l'intérêtmême du contribuable,
que dans l'espoir de cette assurance qui lui serait donnée,
d'obtenir toujours, en échange des contributions
soit directes, soit indirectes qu'il paie
,
d'obtenir protection
,
sûreté
,
garantie
,
profit et jouissance. \
Ainsi, de l'essence même du système
,
il résulterait
que la rentrée de tous les genres de contributions se
trouverait garantie par un plan pour ainsi dire général
d'assurance qui leur serait direct, et propre à les faire
acquitter sans cautions.
Il serait difficile et trop long de vouloir s'expliquer
sur les différentes matières traitées dans l'ouvrage
; car
l'auteur à embrassé toutes celles qui résident aujour*
d'hui dans nos finances
, en indiquant les moyens pro.
pres à les faire fléchir sous un système uniforme qui
aurait pour objet les avantages qu'il indique.
Cependant, il est nécessaire d'appeler l'attention sur
les matières qui sont traitées dans cet ouvrage avec autant
de patriotisme que de succès:
Par exemple, l'auteur a démontré, par des calculs
et par des raisonnemens les plus judicieux, les plus
touchans (i), que les fonds publics consolidés en rentes
lie sont que des rentes, et ne sont point des capitaux,
par rapport au trésor public ; que le jeu de la bourse ne
peut et ne doit point être la mesure du crédit public,
parce que les rentes ne représentent des capitaux que
pour ceux qui en trafiquent.
C'est à raison de ce commerce, de ce jeu sur la
bourse , que l'auteur qualifie de parasite
,
qu'il a su
s'élever avec force contre ceux qui ne font de bénéfices
que dans un agiotage qui prive les propriétaires ,
les
manufacturiers et les négocians de capitaux qui
,
s'ils
étaient employés là où est leur destination propre et
naturelle
,
doubleraient, tripleraient les richesses des
particuliers
, et augmenteraient les revenus de l'Etat.
Cette matière tracée à grands traits, conduit l'auteur
à s'étendre sur des considérations nouvelles, présentées
en faveur de l'agriculture : on les lit (2) avec l'intérêt
qu'inspire unerédaction pure, entraînante pour le sentiment
, tout y devient religieux par l'inspiration de
tous les devoirs.
En revenant sur cet agiotage si funeste à toutes les
entreprises,l'auteur propose des mesures pour l'anéantir
et pour le faire crouler : ces moyens sont dans l'établissement
des banques départementales ; c'est aussi
(1) Cet art parait fait tout exprès 'pour les circonstances du
moment.
(2) Voir la note qui est à la finde l'article.,
pour faire cesser le désordre causé par l'usure
, qu'il
propose ces institutions bienfaisantes
, qui, pouvant
être établies de plusieurs manières, et sur des plans
différens, doivent cependant produire les mêmes effets
,
et répandre sur la société les mêmes avantages par les
bienfaits de la reproduction.
L'institution des banques dans chaque division territoriale
,
conduit l'auteur à parler des administrations
départementales , et de la volonté de Louis XVI de les
établir partout , comme un moyen certain et durable
pour mieux gouverner dans le plus grand intérêt de la
société, et pour régner surtout avec plus de gloire, plus
de grandeur et plus de satisfaction.
L'auteur compare Louis XVI à Charlemagne, quant
à ses voeux et quant aux moyens qu'il avait pris pour
faire participer le peuple à l'administration des affaires!
publiques.
« Ce Charlemagne, ce grand roi, avait reconnu que
les véritables avantages de l'autorité, n'existeraient que
dans les bornes du pouvoir légitime, parce qu'elles en
marquent toute l'étendue. Si ce prince avait su lier les
grandes institutions qu'il avait créés à une constitution l'ordre merveilleux qu'il avait établit existerait , encore:
mais il éleva à sa véritable grandeur la généreuse
nation à laquelle il commandait; il l'appela à la formation
de la loi et à concourir à établir par elle-même
l'ordre public : ainsi, la grandeur du prince vint de
celle qu'il avait communiquée à la nation.
« Ce siècle de gloire et de prospérité disparut avec
Charlemagne. Les générations et les rois qui se succéderent,
perdirent en même temps gloire et triomphe,
parce qu'on abandonna le culte qui devait consacrer et
sanctifier éternellement cette association des lois avec
les peuples, si respectée par Charlemagne lui-même, et
<tui en avait fait naître le plus parfait gouvernement,
quand il avait reçu son sceptre au milieu des désordres
publics.
« Sans doute, toutes ces institutions, toutes ces corapagnies
d'assurances, celle pour les épargnes des ouvriers
et des domestiques; celle surtout qui aura pour
objet, la garantie contre la grêle, participeront plus
qu'ou ne pense avec l'administration publique, pour
établir le bon ordre dans la société : PACI ! à la paix (1).
« Louis XVI voulait que le peuple s'administra luimême;
voyez les sentimeus de ce roi si pieux envers
les droits du peuple, exprimés si patriotiquement dans
l'arrêt de son conseil d'état du )2. juillet 1778 (a).
Cet arrêt fut le propre ouvrage de cet auguste IllOnarque.
(c Que de choses se trouvent dans ce passage, sur
Charlemagne, que de choses qui se rapportent à nos
événement politiques, même à notre situation actuelle
qui s'améliore tous les jours et si sensiblement aux
yeux de tout le monde à mesure que les liens qui attachent
le roi à la nation et la nation au roi, s'étendent
et se multiplient.
M. Gouget-Deslandresadéveloppé sur l'intéressante
matière d'économie politique qu'il a traitée, des vérités
trop négligées jusqu'à ce jour; il a approfondi par ses
discussions et il a réduit à leur plus simple expression
, plusieurs propositions d'une importance majeure sur
les matières des finances : il a surtout démontré qu'il
n'y avait point encore de système fait et régulier eu
matière d'impôts; que tout était encore mobile, lorsqu'au
contraire, il était si urgent de rendre tout fixe
par une puissante législation sur le système des contri.
butions publiques.
L'auteur a particulièrement le mérite d'avoir présenté
tout ce qu'il a écrit avec un intérêt toujours croissais!.
Ce livre qui se fait lire avec le plus grand intérêt, laisse
au lecteur des jouissances spéculatives, un avenir qui
lui sourit; son ouvrage lui propose, en signe de la terrc
(1) Voir la note à la fin de l'article.
(a) Page aâl de l'ouvrage.
promise, un grand nombre d'institutions auxquelles il
prend une part active. Ce sont toutes ces choses qui
nous porten,t à accorder à l'auteur un sentiment de réconnaissance
qui s'élève à l'estime et qui nous honore
tous les deux.
GOUJON fils.
(0 Ce fut une idée heureuse de M. Gouget Deslandres quand
il donna aux propriétés de la campagne des quatre départemens
environnant Paris
, le signe indicatifde l'assurance par ces quatre
,
P, A, C, 1i
propriété
, assurée, contre; incendie,
qui, réunies, présentent le mot latin PAC! , à la paix.
Cette Compagnie d'Assurance (les quatre départemens environnnant
Paris
,
dont M. Gouget-Deslatidres est le fondateur tenues des statuts aux et de l'ordonnance de Sa Majesté du 17 mars derniers
, a donné le mouvement à tous les départemens du
royaume ,
qui, aujourd'hui
,
s'empressent d'établir, chacun sur leur localité, des compagnies d'assurances mutuelles pour le
même objet.
S'il est permis de dire un mot sur ces Compagniesd'Assurance,
on placera ici quelques réflexions sur le système en général.
Les Assurances mutuelles sont celles qui conviennent le plus
sous tous les rapports.
Cette mutualité unit les hommes par le lien nouveau de cet intérêt, mobilé de toutes les actions. Il semble que l'on soit quel--
que chose de plus entre soi-même, quand on appartient à la
même société. On est moins disposé à se quereller et l'on est plus
porté à s'entendre si l'on est divisé. C'est pour cela que la puissance
publique aurait dû voir dans ces institutions un moyen de
rapprochement pour les opinions : mais, ce système d'union gé- nérale, qu'on devait saisir avec empressement, devenu si nécessaire
aujourd'hui, a été neutralisé par les intérêts d'une concurrence
mal jugée qu'on a fait prévaloir. Le gouvernement ne doit
pas être sans regretter d'avoir autorisé ces concurrencesfâcheuses
qui, en se disputant le terrain
,
jetent parmi les hommes quelque
apparence d'opposition.
Voilà pour la morale et pour la politique.
Maintenant, examinons le fond de la chose sous le rapport de- l'intérêt des sociétaires dans une association mutuelle.
Il est certain
,
il est indubitable même qu'une société mutuelle,
pour l'Assurance contre l'Incendie, n'admet jamais un nouveau sociétaire, sans recevoir avec lui et par sa propre soumission
y
le
gage Je concernant, destiné au paiement proportionné dea indemnités
essentielles qui peuvent peser sur la Compagnie.
Ainsi, chaque sociétaire particulier et tous les sociétaires en général, fixant leur attention sur l'accroissement de la Compagnie
à laquelle ils appartiennent
,
doivent rester sans inquiétude sur
fele capital destiné aux indemnités
,
puisque ce capital est toi/Jours
proportionné à la masse des propriétés reçues au contrat d'association.
Les Compagnies àprime ne peuvent jamais présenter cette certitude,
cette assurance , par conséquent cette confiance, par leurs
assurés., nous disons assurés au lieu de dire sociétaires.
En effet
,
puisque nous en trouvons l'occasion, présentons
au public la véritable idée que l'on doit se faire sur la diffi-'
rence si marquée entre les Sociétés mutuelles et les assurances à
prime.
Les Assurances mutuelles sont indiquées par tout ce qu'on vient
d'en dire d'avantageux; c'est dans ces Compagniesque se trouvent
seulement de véritables sociétaires.
Les Compagnies d'Assurances par prime ne présentent point
de sociétaires. Ils sont des assurés vis-à-vis d'une société de négocions.
Ce sont ces négocians qui sont les véritables sociétaires,
pour une entreprise commerciale. Cette différence n'a jamais été
bien appréciée par le public.
Voici donc ce que le public doit apprendre en saisissant tous les
rapports de cette différence.
Cette différence consiste en ce que, d'après le système des Compagnies
à primes, comparé à ce qu'on vient de dire des Compagnies
mutuelles t
les assurés ne peupent jamais savoir si le fonds
pour l'indemnité qui peut les regarder individuellement et qui
n'est plus partageable entre les assurés, si ce fonds est lui-même
a,ssuré , certain et disponible.
Les assurés peuvent tous avoir cette inquiétude. En effet, l'assuré
près d'une Compagnie d'Assurance à prime, qui vient payer
Cette prime, ne laisse vis-à-vis de celte Compagnie aucun autre
gage. Ce n'est plus sa propriété qui doit à la Compagnie, c'est cette
Compagnie de négocians qui doit à la propriété de l'assuré. Ainsi,
il n'est pas constant pour chaque assuré, nonobstant les caution-
Ilemens ,
les dépôts, etc., il n'est jamais constant qu'il y ait à la
disposition de la compagnie de ces négocians, un capital disponible
,
suffisant et toujours prêt à répondre aux événemens qui
peuvent survenir.
Notez que l'ons'explique avec discrétion
, on n'a pas dit, on nefeût pas dire qu'il n'était pas constant que ce capital n'existait
p,as. ; on a dit seulement qu'il n'étaitjamais constant pour l'assuré
que ce capital existât ; ce qui fait deux choses fort différentes.
Les sociétaires d'une compagnie mutuelle ont au contraire,
cfo-mme» on l'a fait observer pour tous les momens de la durée
de la société, la certitude de l'existence du capital, qui peut devenir
nécessaire pour les événemens, puisque ce capitalarrive par
portion, à chaque acceptation de la nouvelle soumission d'un soclëtllire.
Telles sont les observations raisonnables et raisonnées qui doivent
faite donner la préférence aux compagnies mutuelles corn-*
posées de véritables sociétaires
, sur les compagnies d'assurance à
prime ne présentant que des assurés vis à vis des sociétaires négo dans, faisant - Telle une entreprise purement commerçante. est la différence qui existe entre ces diverses compagnies,
et qu'il était nécessaire de faire connaître pour faire juger de leur
mérite et du degré de confiance que l'on doit aux compagnies
mutuelles, sur les compagnies d'assurrances à prime.
HISTOIRE.
CONSTITUTION DE LA NATION FRANÇAISE, avec un Essai
de Traité historique et politique sur la Charte
, et
un Recueil de pièces corrélatives ; par le comte
LANJUINAIS, pair de France, etc. (1).
Sr l'orgueil, l'ignorance ou les préjugés doutaient
encore, ou feignaient de douter des intentions et de la
volonté du Peuple français, en commençant, en continuant,
en achevant la révolution qui, de 1789 à 1815,
a changé ses institutions et ses lois, et finira par changer
ses moeurs, qu'ils ouvrent le recueil que nous allons
analyser, et qu'ils demeurent convaincus de stupidité,
d'opiniâtreté ou de mauvaise foi.
Deux élémens primitifs et générateurs composent le
matérielde notre révolution : l'attaque et la résistance ; l'attaque, motivée sur de déplorables antécédens qui
partageaient en minorité opprimante et en majorité
asservie, la nation des Francs ; la résistance, dont l'imprudente
témérité redoubla les efforts de l'attaque, balança
ses succès par des succès alternatifs, et ensanglanta
sa victoire. A travers cette lutte entre la raison
(1) Deux volumes in-8. Paris
,
chez Baudoin frères, rue de
Vaugirard, no. 36, et'à la librairie du Mercure, quai des Augustins,
111. g, Prix, t4
, et 16par la poste.
des siècles et quelques passions individuelles, le temps.
déposait en silence les matériaux d'un nouvel édifice
social, dont la philosophie avait jadis tracé le plan
3ont quelques bras vigoureux ont jeté les premières,
fondations, et que l'expérience rendra bientôt aussi
solide que majestueux C'est, si j'ose m'exprimer ainsi,
la description de cet édifice, l'inventaire des parties
dont il se compose, qui forment l'ouvrage de M. Lanjuinais.
Dans cette table raisonnée du grand livre de
notre révolution, ce sage et savant publiciste en a exposé
le moral, analysé la politique et constaté les résultats.
Son travail, que l'esprit de parti a voulu flétris;
du titre de compilation, a été reçu avec reconnaissance
par tout ce qui s'occupe de ces importantes matières : l'homme d'Etat y trouvera des exemples, comme l'écrivain
politique y puisera des doctrines ; et si, parfois
le littérateur demanderait, dans , sa rédaction
,
plus de
précision et d'èlégance, il est impossible que le censeur
le plus sévère y exige plus de méthode et de clarté. Une
revue rapide
, qu.oiqu'exacte, des plus notables parties
de cet excellent livre
, va justifier notre jugement.
Avant 1789
,
la nation française, masse organique,
fermentait sans cesse dans le besoin d'une organisation.
Elle en fit naître où elle en trouva l'occasion dans l'explosion
de cette époque. A dater de cette ère nouvelle,
elle n'a cessé de vouloir se constituer. Ce qu'elle avait
appris que, par l'absence d'une constitution
,
elle avait
été, durant quinze siècles
,
la proie de toutes les tyranmes
; c'est qu'elle n'ignorait pas que la présence d'une
Constitution écrite garantît toutes les libertés.
D'accord sur ce point primordial
,
quel malheur
qu'on eût différé si loug-temps sur les conséquencesj Je ne pense pas que, des factions qui nous ont déchirés
, qui nous partagent encore , il y en ait une assez
stupide pour vouloir ramener l'ancien régime avec ses
abus ; mais, comme je l'ai dit ailleurs (1)"
,,
elle croit
(0 Dans le Discourspréliminaire d'un ouvrage intitulé : Diequ'il
y a de J'adresse à se vanterpar ses avantages. Or,
ces avantages qui existaient en effet, ne pouvaient,
dans le système donné, appartenir qu'au petit nombre
tandis que le plus grand »
, que l'immense majorité
, que
la presque totalité était victime des inconveniens. Voilà
ce que, depuis les écrits lumineux qui éclairèrent le
milieu du dix-huitième siècle ; voilà ce dont l'opinion
publique était pénétrée, et qu'elle exprima avec une
unanime énergie
,
lorsque la faveur des circonstances
lui permit de proclamer sa volonté. Cette volonté souveraine
reconnue, on en soutira
, pour ainsi dire, je
ne sais combien de questions subsidiaires. Le principe,
le besoin, l'efficacité même de l'affranchissement était
incontestable : mais quel devait en être le mode, l'époque
,
la dose ? La dose surtout ; car tout charlatan
politique, érigé en médecin
, voulut, en nous administrant
la liberté
, nous en mesurer la jouissance. De
cette variété de prétentions naquirent les querelles des
partis; et l'on sait qu'elles furent souvent poussées si
loin
, que le peuple, inquiet de retomber dans son ancien
avilissement, s'exagéra les droits de sa nouvelle
délivrance. La turbulente anarchie épouvanta la Ii...
berté ; mais épouvantée à son tour par un despotisme,
peut-être nécessaire, elle sembla ne laisser au fond des
âmes qu'elle avait ravagées, que des remords et des
regrets. Toutefois la révolution, tel que le Nil qui féconde
les champs qu'il submerge
, a déposé dans l'opi.
nion
, avec le besoin d'une constitution
,
celui d'un système
representatif. IL est aujourd'hui reconnu que, sans
sans l'organisation de ce système, il n'y a, il ne peut y
avoir d'indépendance
,
de prospérité
,
d.e liberté. Sur
quelle échelle toutefois se développera ce système que
TlONNAIRE PE L'ANCIEN RÉGIME. Ce livre, remarquable par les
recherches qu'il a exigées, et important par son objet
, a pour
auteur M. Paul D. de L., jeune libéral déjà connu par d'autres
productions. Celle-ci parait depuis quelques jours chez le liboire
Mongie : nous nous proposons d'en rendre un compte
détaillé.
se dispute maintenant la soif du pouvoir, bien plus que
l'enthousiasme de 110s droits?C'est ce que,par les don.
nées du passé, par la statistique du présent, on pourrait
conjecturer de l'avenir. Mais telle n'est point notre
tâche : elle se borne à indiquer, par le trajet sommaire
que nous ferons avec M. Lanjuinais, les jalons qu'il a
plantés sur la route constitutionnelle. Par les progrès
que nous avons faits
, nous jugerons du chemin qui
nous reste à faire.
Neuf Actes constitutionnels ont, depuis 1789 jusqu'en
i8ï5 , marqué tous nos pas et signalé tous nos
efforts vers la jouissance de nos droits : à la Constitution
royale, dite de 1791, ébauche admirable, quoique
défectueuse
,
de l'Assemblée constituante
, a succédé
la Constitution démocratique de 1793 ; essai informe
tentative malheureuse, qu'une faction dominante jeta,
Aux factions abattues, mais non muettes, et qui sembla
leur donner le change pour quelque temps. Cependant
les décemvirs, après avoir jeté sur la statue de la Liberté
un crêpe sanglant, dévoilèrent celle de la Ter.
reur, il laquelle, comme aux Teuthatés de la révolution,
ces Druïdes politiques immolèrent, durant deux
ans, des victimes humaines. Alors il fallut imprimer à
l'anarchie une sorte de régularité, et diriger avec méthode
le long cours des assassinats. Le terrible et cruel
gouvernement révolutionnaire sortit tout sanglant des
cerveaux de Billaud-Varennes et de Saint-Just : il fit,
de la peur, le ressort de la législation, de l'échafaudsa
bâse, des confiscations ses ressources, et du bourreau
sou premier dignitaire. Thermidor et vendémiaire arrêtèrent
successivement ces effusions parricides où l'étranger
voyait, en souriant, couler le sang français. Sur
les ruines apparentes de tous les partis, on essaya la
république. Alors fut organisée la quatrième Constitution
, ou la Constitution directoriale, que la faveur na- tionale n'environna jamais, et que ne purent sauver,
contre les aggressions des factions renaissantes, l'inexpérience,
la faiblesse et l'incapacité. La république périssait
déshonorée
: un guerrier brillant de gloire
, la
couvrit de ses palmes
, et parut la sauver. Que dis-je ?
il ne sauva que la France, et fit périr la liberté. L'ère
de cette première Constitution consulaire fut aussi celle
de la gloire. Cette fièvre d'indépendance qui bouillonnait
dans les veines françaises, il fallait lui donner le
change, et du centre, dont elle troublait les mouvemens,
la porter aux extrémités. A mesure donc que
nos victoires agitaient l'Europe
,
la France devenait
tranquille. Pourquoi l'homme qui savait si bien le pouvoir
, ne voulut-il pas apprendre la liberté ? Soyons
justes
,
cependant ; car Napoléon ne vit plus
, et nous
sommes pour lui la postérité : si, au lieu d'opposer aux
immenses développemens du système continental, l'immensité
de leurs forces, les puissances européennes les
eussent réunies contre l'Angleterre ( contre l'Angleterre
, plus encore leur ennemie qu'elle n'est la rivale
de la France),jamais le chef de la grande Nation n'eût
songé à l'asservir - et du siége consulaire élevé par la
reconnaissance
, à descendre au trône des rois ; nous
n'aurions pas ici à compter une septième Constitution
nommée impériale, ou de 180f. Tout changea graduellement
d'aspect et de destinées. Le despotisme
d'un seul énerva le républicanisme de tous. Le fier démocrate
,
auquel on jeta des cordons, disputa de bassesse
à l'orgueilleux royaliste. Cependant
,
durant te
sommeil de la liberté, l'empire grandissait comme un
géant : victoires et conquêtes au dehors
,
opulence et
prospérité au dedans, tels furent les caractères de cette
création trop énorme pour garder de la consistance
trop rapide , pour avoir de la solidité. Elle s'écroula en
effet sous le double effort d'une coalition de rois et de
la colère des peuples. 1814 vit un phénomène que,
pour la première fois
,
l'histoire présente aux méditations
de la postérité : les nations et leurs gouvernemens
ligués contre un homme. Cet homme tomba
, non
pour avoir humilié les rois
,
mais pour avoir choqué
l'opinion. Cette même opinion, adoucie en faveur d'une
famille long temps proscrite
,
la rappela, pleine d'espérances
et avec amour. Elle ne voulut pas même chicaner
sur l'octroi d'une nouvelle Charte, ou huitième
acte constitutionnel, dans lequel elle se plut à trouver
les plus nobles garanties. L'histoire dira si ces garanties
furent respectées, et plaindra le, monarque que
,ineptie ou la mauvaise foi sacrifièrent à des prétentions
coupables, à des souvenirs insensés. A l'apparition
de cette Charte qui, devenue la transaction entre
les nouveaux et les anciens intérêts, le pacte d'alliance
entre la nation et le monarque , semblait devoir marquer
le terme de la révolution
,
qui eût prévu qu'elle
serait suivie d'une neuvième Constitution
, ce trop fameux
acte additionnel, sous lequel le lion, qui feignait
de sommeiller, laissa voir sa griffe impériale ? Ici se
termine cette longue nomenclature d'essais constitutifs,
dont le nombre et la fréquence ont fait accuser la nation
française de versatilité. C'est faute d'avoir vu
d'assez haut, et d'avoir su lire dans ses intentions
, que
cette imputation lui a été adressée. Sous neuf formes
différentes, il est vrai, le peuple ou ses représentais
ont prétendu circonscrire
,
dans une sphère constitutionnelle
,
l'exercice de leurs droits ; mais leur pensée
primitive, mais leur intention continue ont toujours été
les mêmes ; toujours ils les ont mauifestés par les
mêmes efforts, parce que toujours elles furent arrêtées
par les mêmes obstacles. Indépendance et dignité au
dehors
, tout ce qui, de la liberté, est compatible avec
l'ordre au dehors : voilà les avantages que nous crûmes
trouver dans un système représentatif, reproduit peutêtre
du berceau de la monarchie, et qui ne peut s'organiser
que par l'entière disparition du régime féodal.
Ces deux idées, ont tant de connexité qu'elles n'en
font qu'une, ont dicté les neuf actes que nous venons
d indiquer, et qui, considérés dans leur esprit, n'en
font réellement qu'un seul et unique. Leur rapprochement
dans l'ouvrage de lVl. Lanjuinais, permettant
qu'on les compare dans leurs différences comme dans
leurs analogies, on obtiendra, avec quelqu'étonnement
peut-être, mais avec un haut degré d'évidence, cette
consciencieuse démonstration. Quant aux mobiles remués
par chaque parti pour s'emparer de l'autorité que
pouvait lui valoir chaque détermination constitutionnelle
,
ils sont aussi exposés et classés dans le livre que
nous examinons, et sont assez importans pour faire le
sujet d'un second article.
REGNAULT DE WARIN.
LITTÉRATURE.
FRAGMENT EXTRAIT DES VOYAGES EN EUROPE, EN ASIiii
ET EN AFRIQUE de M. GL. DOMENY DE RIENZI.
« 0 MON AMT ! ô mon frère ! une fièvre brûlante me
dévore -, je sens que ta présence endormirait mes douleurs.
Cher Ariston
,
ô mon Mentor ! viens m'éclairer
de tes lumières et soutenir mon courage chancelant.
Séduit par des récits, entraîné par ton amitié, j'ai
quitté l'Europe pour te suivre dans des contrées lointaines
; tu m'as protégé, tu as défendu mes jours , tu
m'as sauvé de l'esclavage ; je vois en toi Nisus défen-"
dant son jeune ami Euryale Pourquoi ton absence
est-elle si longue ? Es-tu encore à Bakou , où je t'ai
laissé ? as-tu été observer de nouveau les sources toujours
enflammées de Naphta, les rivières du Delta formé
par le Kur et par l'Araxe, les mines de sel où l'on admire
des églises souterraines construites avec la même
matière, et le Stepp aride du Mogan? A peine l'étoile
du matin commence à jeter sa brillante lumière et à régner
seule dans les cieux, ton ami va parcourir les rives
pittoresques du Kara-Sou
, ou les bords délicieux du
lac d'Erivan
,
le calme du cief, la beauté de la nature,
l'harmonie de l'univers l'enchantent. Il le préfère aux
chants de fBeit-EJma
, ces chants d'amour des belles
Syriennes, ou aux chants célestes des harpes éoliennes.
Devant moi se présente ce majestueux Ararat, qu'il me
tarde de parcourir avec toi, et dont les antres mystérieux
nous apprendront peut-être quelques nouveaux
secrets de la géologie et de l'antiquité. Derrière moi
j'aperçois encore ce Caucase dont je rédige ici la description
, et dont je t'envois l'aperçu général qui suit : C'est dans ces contrées imposantes que l'on peut
placer le berceau du genre humain ; de là il se sera répandu
dans la Syrie, la Perse, l'Arabie, la Chine, l'Inde,
l'Egypte, etc. , par la chaîne de l'Ararat, qui lie le Caucase
au Taurus. En effet, dans cette multitudede peuples
qui habitent le Caucase, on trouve le beau type moral
et physique de toutes les nations de l'Europe et de
l'Asie, celui de tous leurs idiomes et de leurs religions:
Là sont tous les climats et tous les terrains; les sommets
granitiques de l'Elbours sont couverts de glaces éter-
Itelles, les vallées calcaires sont brûlantes, les districts
du Schirvan et les bords de la mer Caspienne jouissent
d'une douce température *, là on rencontre toutes sortes
de productions, le cèdre, le cypris
,
le savinier
,
le
dattier, l'épine du Christ, le rhododendron-ponticum,
la vigne, la figue, l'orange, le melon
,
le châtaigner,
la pèche
,
la rose caucasienne et le platane oriental;
toutes les espèces d'animaux, le chameau, ce vaisseau
du désert, l'ours, le tigre
,
la panthère, le lynx, le
schakal, le chamois
,
le boeuf, le porc , de superbes
chevaux, des chèvres élégantes, d'énormes moutons,
des abeilles, des vers à soie, des cerfs et des castors ;
l'aigle
,
le faucon
,
le faisan
,
la perdrix ; une infinité de
volatils
,
de poissons et d'oiseaux magnifiques. Les
restes antiques de la muraille du Caucase, les portes
de ces monts gigantesques, si mal mesurés jusqu'à ce
jour
,
la fameuse expédition des Argonautes ,
qui,
commandés par un héros réparateur, venaient sans
cloute y chercher de l'or; le séjour des Amazones, l'allégorie
de Prométhée, les écrits attribués à Moïse, plusieurs
traditions des Scandinaves
, tout concourt, je le
répète, à me faire trouver dans le Caucase le berceau
du genre humain....
Les Circassiens de la Cabardie, pères des lVlamelucs
, sont d'une taille d'Herculej ils sont hospitaliers,
et leurs moeurs sont semblables à celles des Arabes qui
ont vécu long-temps dans leurs contrées. Les Mingréliens
trafiquent des charmes de leur femme; ils sont
débauchés, ignorans, menteurs et brigands. Les Tartares-
Nogais errent de lande en lande, et campent sous
les tentes comme les Nomades. Les Lesghiens sont braves
comme des Français. Les Dinfars, toujours armés:
eu faveur de la justice
,
donnent une idée de nos anciens
chevaliers : ils ont de grandes vertus ; aussi ont-ils
la gloire et le bonheur de vivre en république.
Les Georgiens sont dignes, par leur amour pour les
lettres et l'étude, de reconquérir les bienfaits de la civilisation,
si toutefois la douce ignorance n'est pas préférable
à cette triste science qui trouble notre vie, et
qu'on achète si chèrement *, les Géorgiennes, les Circassiennes,
les chastes Lesghiennes surtout méritent la
palme de la beauté. A propos de femmes, serais-tu retenu
à Bakou par ton aimable Mehala? La belle Val.
méhi le soupçonne ; moi, je ne le crains pas; non, tu
ne feras pas le contraire de ce que tu exiges de moi.
Reviens donc, mon ami, reviens au plus tôt *, fuyons,
fuyons loin de ces s37rènes
,
puisque nous ne pouvons
opposer un bouclier impénétrable à leurs traits irrésisiibles.
Eh quoi ! nia Valméhi, pourrai-je t'abandonner!
L'Hélène d '.Eijniiltis n'égalait pas ta beauté
,
les grâces
ne te quittent jamais
, ta douce mélancolie est comme
la fleur mystérieuse des déserts ; fille plus belle que le
premier rêve de l'amant, ô ma bieti-aimée ! vois la tristesse
qui me consume , comme l'encens consume le
feu
• et comment oublier ce temps fortuné où je déposais
mes peines dans ton coeur, où je laissais couler mes
larmes sur ces deux seins charmans, allant, venant
4 palpitant sous nia main brûlante, et semblables à deux
belles pêches nées au même jour, du même arbre. J'entrevoyais
ce jour de joie où je ne devais plus être séparé
de mon amie. Alors
,
disais je
,
je fertiliserai
son sein : un enfant beau comme sa mère
,
l'espoir de
mes pensées, réjouira ma Valméhi,et je passerai des
bras de mon amante aux lèvres de mon fils. Je le sens,
les grandes passions sont solitaires; les transporter dans
le désert, c'est leur rendre toute leur violence; mais la
solitude ferait mes délices avec toi. Une cabane et la
liberté, Ariston et Valméhi, je serais trop heureux....
Plus heureux que la jeune épouse qui sent, pour la
première fois
, son fruit tressaillir dans son sein ; plus
heureux.... et cependant je dois te quitter, te quitter
peut-être pour toujours!...
Hélas ! misérable jouet de la fortune
,
naufragé sur
tant de rivages, bientôt éloigné de ce que j'aime, quelle
sera enfin ma destinée ? N'ai-je pas encore épuisé le
malheur ? Ah ! pardonne
, cher Ariston -, non, je tiendrai
mon serment aux dépens de mon bonheur; je suis
prêt, je te suivrai, dût la mort me frapper. Je laisse
mon adorable Lesghienne, mais je ne l'ai pas trompée,
et cette idée me console. Je ne dois point oublier ma
patrie et mes parens ; notre entreprise se présente à
mes yeux, mon courage se ranime ; il est fait, le plus
grand des sacrifices! Allons...
Qui, tu disais vrai, c'est en consacrant notre existence
à notre instruction et au bonheur de nos semblables
, que nous acquérons leur estime et leur amour.
Qui sont ces mortels dont les mains audacieuses élevèrent
les pyramides de Gizeh ? Leur nom est ignoré,
parce que l'orgueil, et non l'utilité
, a dirigé leurs travaux.
Ces masses colossales qui fatiguent le temps, peutêtre
un jour seront réduites en sable ; car le sable est le
débris des corps inorganiques, de même que le sel est le
résultat de la plante et de l'animal. Vois l'Afrique
,
elle
« fut autrefois rïche , populeuse et riante ; elle disparaît
peu à peu sous les envahissemens de ces deux substances
qui la revêtent d'un voile funèbre. La ronce et les épines
couvriront un jour les rives enchanteresses du Rockni',
les bosquets délicieux du Mossala ; mais la renommée
de Hafiz, de Ferdouc, de Saadi et de Djami qui les ont
celébrées, est à l'abri des révolutions.
Cependant quand je considère que l'homme est placé
sur la terre comme sur un grain de sable qui ne tient à
rien
,
suspendu au milieu des airs
, et que si le plus
petit de ces globles effroyables qui traversent l'espace
immense des cieux
,
venait à se déranger et à rencontrer
la terre, la briserait aussitôt, je gémis de notre vanité
et de l'immortalité prétendue de notre gloire. Nous
n'en dissipons pas moins le plus beau temps de notre
vie et les débris de notre fortune à tenter de démêler
les énigmes de la nature, à étudier le système des
mondes, la théorie de notre globe
,
d'où résultent les
élémens philosophiques de thistoire
,
la source du bien
et du mal
,
la cause ,
l'origine et la fin de tout ce qui
est ; nous voulons pénétrer dans l'Asie, parcourir
ensuite la Lysie et l'Ethiopie, qui
,
bouleversées
par la grande catastrophe de la submersion de l'Atlantide,
nous offriront moins de. monuraens, mais
dont il nous importe d'étudier la cosmogonie ; nous
aspirons même à découvrir quelque vérité inconnue ,
à recueillir non pas de l'or, mais la science et la vertu ,
seuls biens qui nous paraissent désirables. L'espérance,
cette nourrice de l'homme, nous soutient au milieu de
nos fatigues, et peut être des hommes curieux ou iiidifférons,
loin de nous accorder leurs éloges, calomnieront
ou critiqueront nos travaux avec amertume.
N'importe , nous subirons notre destinée
, cette loi
éternelle de l'univers ; car en vain contre la destinée on
élèverait un rempart d'airain, en un clin,d'oeil elle briserait
cette impuissante barrière.
Je ne sais si le mal, les fatigues, les peines éprouvées
,
celles qui nous attendent encore, me dégoûtent
de la vie dont elles me découvrent le néant ; depuis
que j'ai perdu une mère adorée, orphelin errant sur ce
globe misérable, malgré l'amour de la patrie et de l'humanité
qui furent mes premiers guides, il me semble
que j'aurai de la peine à revenir dans nos prisons
boueuses de l'Europe. Les douces contrées de l'Asie
et son brillant soleil
,
le séjour pur des montagnes ,
vastes trophées des siècles, palais deta nature, asile de
la liber té
, premier observatoire des cieux, cette terre
parée comme une belle femme uu jour de fête, la vie
du désert surtout ,
ont je ne sais quels charmes pour
moi ; le souvenir de cette liberté dont nous avons joui,
et de l'éloignement des tyrans, me réjouit encore ; je
chéris cette bel!e et grande nature, ce ciel admirable,
ce vêtement oriental que nous portons avec tant de
plaisir, ces langues si nobles et si harmonieuses que
parlaient les hommes des temps anciens
, ces moeurs
patriarchales des tribus, ces plantes plus suaves que le
thoba, qui fout à la fois une source d'eau et un vase de
parfum, le fier montagnard dont la marche triomphale
annonce le Maître de la nature, et sa jeune compagne,
aussi pure que les vierges de Maïna, plus belle que les
filles de Cachemire, et ses enfans qu'il couvre de baisers,
et auxquels il sourit avec orgueil
, et ses nobles coursiers,
et sa tente qu'il déroule comme un vêtement là
où il s'arrête -, car cet enfant de la nature ne bâtit point
de maisons qui ne seront pas pour lui, il ne cultive pas
un champ qu'on peut lui ravir, il redoute l'enceinte des
murailles des villes superbes et corrompues : la vue des
cieux et des montagnes, de l'eau et de l'ombrage, 1 air
et la liberté, des vers et une lyre
, un cheval et des
armes pour se défendre
,
voilà tous ses trésors ; vainqueur
des nations, c'était encore les seuls biens dont
il fut jaloux. Voilà aussi les seuls biens que j'envie -, et
si après avoir terminé notre entreprise, tu veux que
nous allions en France publier nosjobservations. sans y
attendre des louanges exagérées, ou des critiques Íegères,
après avoir rempli nos devoirs, nous viendrons
achever nos jours dans les champs magnifiques de
l'Asie ; nous y verrons sans doute se dissiper celle vague
mélancolie qui nous consume tous deux j 110IIS y goÙterons
le repos au sein de la nature, de la douce hospitalité,,
de l'amitié et de l'amour; car nous y retrouverons
,
je l'espère, ta Mehala
, ma Valmélll toujours
fidèles
,
quoique les flambeaux de l'hymen ne doivent
jamais brûler pour nous. J'aime à me nourrir de pensées, ces elles font mon bonheur.
Adieu, mon frère, ma missive te sera remise par
notre fidèle et brave kaher , je lui ai ordonné de ne re- venir qu'avec toi : je t'attends Je lendemain du pazor
giUllU. Si tu ne venais pas, tâche de me donner de tes
nouvelles , et de me faire parvenir le sommaire de tes
observations. En attendant je répète, en te l'appliquant
cette jolie pensée du , sage et savant Gregorios : 7psichi
me adhelfi tis psichis
, que je traduis ici de fa langue
dans la mienne : Ton âme est la soeur de mon âme.
MÉMOIRES pour servir à l'hisloit-e de la campagne de
1814
,
accompagnés de plans
,
d'ordres de bataille
et de situations ; par F. KOCH
,
chef de bataillon
détat-major (1).
[texte_manquant]
LA campagne de 1814, si mémorable dans nos fastes
militaires ,
avait trouve des historiens en Allenl-,Igtie , en Angleterre -, en un mot, partout ailleurs qu'en
France ; et cependant en est-il aucune, dans notre histoire,
qui soit plus digne de fixer les regards de la pos.
térité ? En effet, quel spectacle plus fait pour exciter
l'admiration
, que celui d'une poignée de braves, joints
à quelques milices inexpérimentées, aux prises avec
* (1) Paris, chez Magimel
,
Ancelin et Pochard, libraires pour
FArt^ militaire, rue Dauphine, no, 9 , et à la librairie du Mercure
, quai des Augustins . no. 9-
toutes les troupes de l'Europe ! Il a paru il est vrai, elæ J815, quelques relations de cette campagne célèbre ;
Mais ce ne sont, pour la plupart, que des compilations
dont chaque page décèle l'ignorance de leurs auteurs
sur le sujet qu'ils ont prétendu traiter, ou l'influence de
l'époque calamiteuse où elles ont été écrites. M. Koch
a voulu réparer cet oubli, et nous n'hésitons pas à placer
ses Mémoires fort au-dessus de tout ce qui a été
publié jusqu'ici sur les évènemens de ]8,4.
Les progrès que l'art de la guerre a faits depuis trente
ajrts, en font une science nouvelle à laquelle il faut être
initié pour pouvoir écrire, avec quelque fruit, sur les
matières militaires ; et les relations de campagne ,
comme les récits de siéges et de batailles, semblent
désormais être exclusivement du domaine des écrivains
militaires., Cette réflexion nous a été suggérée par la
lecture de l'ouvrage de M. Koch, auquel nous nous
empressons de revenir.
La bataille de Leipsick venait de décider du sort de
l'Allemagne, et déjà l'armée française
, vaincue plutôt
par la plus lâche défection que par les armes de ses
ennemis
,
avait mis le Rhin entre elle et les cohortes
étrangères. Cependant les armées russes, prussiennes,
autrichiennes
,
bavaroises, anglaises
, espagnoles, por.
tugaises, inondent de toutes parts le sol de la patrie,
pour la première fois depuis 1793. Napoléon, après
avoir culbuté à Hanau 1 armée austro bavaroise qui
avait voulu lui barrer le passage ,
était revenu en toute
hâte à Paris , pour aviser aux moyens de parer au
danger imminent dont l'empire était menacé. Toutefois
les peuples, las d'une guerre désastreuse et découragés
par l'issue des derniers évènemens militaires, éludèrent
presque partout les mesures ordonnées pour la levée en
masse ; et la conscription
,
malgré tous les efforts que
l'on fit pour sa rigoureuse exécution, ne put être effectuée
qu'en partie, et au milieu des plus grandes difficultés.
Napoléon réussit cependant à organiser à peu
près une autre armée ; mais celle-ci ne comptait plus
cl
<1 ri s les rangs qu'un petit nombre de ces valeureux
soldats qui avaient immortalisé le nom français sur tant
de champs de bataille. Ce n'était plus., à l'exception de
la vieille garde et de quelques troupes venues d'Espagne,
que des corps de nouvelles levées, qui allaient se
trouver , pour leur coup d'essai
,
opposés à l'élite de
toutes les troupes de la coalition. Il faut lire, dans l'ouvrage
même de M. Koch
,
le détail de la bataille de la
Bothière
,
des affaires de Champaubert, de Montrairail
,
de Vauchamp
,
de Moutreau, et de tant d'autre':
qui sont autant de véritables combats de géants. Quel
qu'ait été leur résultat, il est difficile, comme Français,
de ne pas se sentir un mouvement d'orgueil en
lisant les pages qui en retracent les différentes circonstances.
A l'exemple de Frédéric-le-Grand
, en Silésie
Napoléon, , en 1814, se battant à la fois pour son trône
et pour sa liberté, sut, comme le monarque prussien
,
se multiplier avec la plus étonnante rapidité ; et plusieurs
de ses mouvemens, dans cette campagne mémorable,
rappelèrent heureusement le vainqueur de l'Italie.
Mais la mort moissonnait chaque jour un grand
nombre de nos meilleures troupes et de nos meilleurs
généraux. Napoléon ne pouvait pas être partout, et
partout où il n'était pas, il y avait plutôt des revers à
attendre que des succès à espérer. Enfin trahis , accablés
par l'immense supériorité du nombre, nous dûmes
succomber , mais du moins ce ne fut pas sans gloire.
Tel est en substance le récit de la campagne de 1814,
très-fidèlement rapporté dans l'ouvrage de M. Koch. Il
contient aussi, sur le congrès de Châtillon, des particularités
qui prouvent que l'on était aussi peu disposé à
traiter d'une part que de l'autre. Quant aux jugemensque
M. Koch a portés sur différentes opérations, il trouvra
sans doute des contradicteurs, parce qu'en pareille
matière il n'est pas un militaire qui ne se croie
juge compétent, et qu'en effet rien n'est aussi facile
que de juger après l'événement. i, lvl,. C,
LE BOSTON DE FLORE , ou Botanique étêhiènlaire,
« A la bonne heure, on voit clair à ce système ; ii
» résume et coordonne les principes d'une science trop
» ignorée
, et non-seulement il en rend l'étude aussi
» prompte que facile, mais encore il classe d'une ma-
» uiére si méthodique tous les objets qu'elle embrasse,
» que la nature serait en défaut s'il était possible qu'elle
» eût suivi un autre système à la fois plus compliqué
» et moins régulier. » C'est ce que disait devant nous
un personnage distingué, à l'auteur du Boston de Flore,
qui lui expliquait ce jeu
, tout aussi agréable par sa
forme qu'intéressant par son objet. Nous allons met Ire
nos lecteurs à portée de juger du mérite essentiel de
cette jolie production.
Il suffit d'avoir de l'esprit,du goût et du temps à soi,
pour se plaire à examiner les phénomènes de la nature,
et l'on aurait assez de penchant à étudier l'ordre qui
règne dans le charmant système des fleurs, si dès l'abord
on n'était pas rebuté des difficultés sans nombre dont
la science paraît hérissée. Ces difficultés viennent de
cesser comme par enchantement. Il ne faudra pas plus
d'efforts de génie ou de mémoire pour se rendre savant
botaniste
, que pour devenir bon joueur de cartes ; et
assurément c'est bien la première fois que les cartes
auront eu un but aussi noble et aussi utile. Mais, nous dira-t-on, comment un jeu de cartes, un vrai jeu de
cartes peut-il servir à enseigner une science aussi
longue, aussi pénible, aussi obscure que la botanique?
Par un procédé très-ingénieux, fondé sur un hasard de
rapprochement très-inattendu.
Qui croirait, en effet, que l'inventeur des cartes se fut rencontré dans l'ordre distributifqu'il a donné à ces
images frivoles, avec l'ordre élémentaire, classique
adopté par la nature dans la création des fleurs ? C'est
pourtant ce qu'il a fait
,
Substituez aux coeurs les fleurs dites
.
composées ,
aux carreaux, les polypéiales ;
aux trèfles, les. mOllopétales;
aux piques, les fleurs (lites..
, .
périgones. \ oila le fond du jeu de Boston, ainsi que du Boston de
Flore.
Poursuivons: les coeurs, carreaux, trèfles, piques,
présentent quatre séries de dix points en basses cartes.
La nature présente de même quatre séries de fleurs de
dix étamines dans ces quatre divisions. Ce n'est pas
tout, vous distinguez dans ces cartes douze figures ou
matadors, et vous trouvez dans les fleurs douze arranp,
enielis distincts formés par des étamines où le nombre
lie compte plus.
Vous voyez que la nature et l'inventeur des jeux de
cartes n'ont fait que suivre le même ordre
, en l'appliquant
seulement à d'autres objets auxquels nous avons
donné des noms différens. Mais faites-vous expliquer
ce que c'est qne fleurs composées, polypétales, monopétales
et périgones
, comme on vous a fait connaître
ce que c'est que coeur , carreau ,
trèfle et pique
, et il
vous sera tout aussi aisé d'étudier la Botanique que le
Boston, la classification élémentaire de toute espèce
de jeu de cartes étant le même que celles des fleurs.
Qu'on suppose un individu très-instruit d'ailleurs
mais qui n'ait jamais , vu de cartes, il passerait plusieurs,
années à regarder des joueurs muets, qu'il ne devinerait
pas à quoi tient la science de chaque joueur
,
ni quels
sont les rapports des jeux qu'ils ont dans leurs mains,
ni d'après quelles lois ils règlent entre eux la perte et
h gain -, il aurait beau suivre ces mélanges de couleurs
le basses cartes de matadors, il ne connaîtrait ni leur
valeur relative
,
ni leur ordre primitift ni les combinaisons
innombrables, qui en sont le résultat. S'il s'avisait
alors d'imaginer-, à l'égard des cartes, un système
de distribution, ce serait quelque système ridicule
tel, ? par exemple, que de classer ensemble, d'un côté,
les figures, et de l'autre les cartes blanches
1 ou bien il,
ferait autant de classes distinctes des as ,
des clcux, des
trois, etc. , ou bien il associerait l'as de pique, le deux
de coeur, le trois de trèfle
,
le quatre de carreau, etc.,
ou bien il i:e ferait qu'une classe des coeurs avec les carreaux
, parce qu'ils sont rouges, et des piques avec les
trèfles
, parce qu'ils sont noirs
, et ses distributions secondaires
participeraient de ce premier désordre • ou
bien, pour en finir
,
il entremêlerait, en suivant un
arrangement quelconque
,
les basses cartes avec les
flores; et partant de ces belles conceptions élémentaires
qui lui paraîtraient fort judicieuses lorsqu'il voudrait
expliquer la théorie du jeu de piquet ou deboslou,
noire savant serait tout surpris de ne pas pouvoir comprendre
lui-même son explication. Qu'il vienne alors
près de lui le moindre bambin de Paris, il lui dira : Mon
cher étranger
, vous vous cassez la tête pour met tre un
faux système bien compliqué à la place d'un système
bien clair et bien simple ; car ce jeu se compose de
quatre couleurs, qu'on nomme coeur, carreau ,
trèfle
et pique. Chaque couleur a une suite de points que je
vais vous apprendre à compter sur vos doigts; car leur
i ombre croît de un jusqu'à dix, et le jeu se complelte
au moyen de douze figures qui ont leurs signes distinc-
1 ifs ; chaque jeu se joue avec tel ou tel nombre de cartes :
il en résulte des mélanges et des chances à l'infini, auxquelles
vous ne pouvez rien comprendre tant que vous
n'avez pas la principale clé de tous ces jeux
,
qui est la
connaissance primordiale de la distribution élémentaire
des cartes , auxquelles toutes leurs combinaisons ne
cessent pas de se rattacher.
Or, l'enfant qui se rendra familier le boston de Flore,
dira de même à ceux qui voudront acquérir la science
des fleurs : Il n'existe dans la nature que quatre sortes
de fleurs pourvues de séve et d'enveloppe.
Au lieu de coeur, dites.
, .. composées.
Au lieu de cal-reau ,
dites... polypétales.
Au lieu de trèfle
,
dites ... monopétales.
Au lieu de pique, dites .... périgones.
Ensuite, dans ces quatre divisions, les belles cartes
ont 1,2, 3
,
4
>
5
y
6, 7 , 8, 9 et io points. Au lieu
de points, dites étamines.
Enfin, au lieu de roi, dame et valet, nouvelles voyez sur ces cartes le soleil, la lune et la terre, accompagnes
d attributs tirés des douze manières dont les étamines
se présentent dans les fleurs quand elles cessent dy figurer par la progression de leur nombre, et vous reconnaîtrez l'image de l'oeillet, de la rose, du jasmin
, etc., à la couleur de la carte, au nombre de ses points et au signe qu'elle porte, accompagné du nom latin et français de la fleur du nom de sa classe, et enfin
du nom convenu, de même que chez les Arabes, lequel
constitue ce qu on appelle le langage des fleurs.
C est ainsi que celui qui saisit d'un coup d'oeil l'ensemble
des lois naturelles dans une science, trouve le
moyen de les rendre vivement sensibles
, à l'aide de
quelque comparaison où la même analogie se rencontre,
et celle-ci doit paraître d'autant plus heureuse, que cette distribution primitive est la base du système général
des fleurs, et que les deux systèmes classiques de
Tournefort et de Linnée, en se subordonnant à ce sys- tème, forment entre eux une alliance toute nouvelle
qu'on était loin de soupçonner, et que l'auteur, dans
son atlas botanique, dans ses discours à l'Athénée et à
1 'l,nslitut, et dans sa lettre à M. d0 Jussieu
, a parfaitement
démontrée.
Ce jeu paraîtra du i5 au 20 décembre
, pour le$
étrennes
, chez Delaunay
,
libraire
, au Palais-Royal.
Dans le prochain Numéro, nous en donnerons le prix
pour Paris et pour les départemens. Nous croyons cet
ouvrage , où l'utilité se dispute à l'agrément, digne
d'être favorablement accueilli dans les Lycées, les maisons
d'éducation, les écoles d'enseignement mutuel, et
surtout indispensables à toutes les personnes qui ont
des collections d'herbiers, de gravures , etc., et enfin
à quiconque veut savoir ce qu'il apprend quand il s'oc"
cupe de la science botanique.
GOUJON fils.
IDÉES sur les deux Théâtres-Français
, sur l'Ecole
1. royale de Déclamation
, etc. (1).
EN dépit des injures grossières, des plats calembourgs
et des ignobles épigrammes des Cadet Roussel
modernes, c'est une idée féconde en résultats précieux
pour le plus noble des arts, que l'idée d'un second
Théâtre-Français.
Mais pour assurer à jamais le triomphe de cet art ,
pour augmenter, par ce triomphe, les plus pures de
nos jouissances, suHi:-il d'avoir reconstruit l'Odéon
, d'en avoir fait un second temple à Melpoméne , et d'y
avoir réuni plusieurs apôtres capables d'honorer sou
cuiteF
JSon.
Il faut qu'au théâtre les spectateursviennent toujours
chercher, moins un passe-temps agréable , que l'étude
du coeur humain, la plus saine morale en pratique, et
les impérissables trésors de l'instruction.
Il faut que dans les salons et dans les journaux on
s'occupe bien plus des intérêts de la scène française,
que des intrigues, des voyages et des rhumes des comédiens.
Il faut qu'on honore
,
à l'égal des grands poëtes, des
statuaires et des peintres célèbres, ceux qui se consacrent
tout entiers au plus beau , au plus rare, au plus
difficile de tous les talens" suivant l'expression de Voltaire............
Il faut que les ministres d'un Dieu essentiellement
tolérant n'insultent pius au cadavre d'un artiste drama-
(1) Paris, chez Brianchon, libraire. quai:des Augustins, rI.. n,
Ponthieu, libraire
,
Palais-Ptoyal
,
galerie de bois, n. 2oi.
1
tique, en lui refusant et l'entrée de ses tempes
,
et les
prières de la charité chrétienne
, et, pour ainsi dire
jusqu'au pudique vêtement de la sépulture. }
Il faut que le public, enfin plus équitable
, renonce
au droit barbare et grossier d'humilier publiquement
un acteur, et de mêler sur son front, dans la mèn-;e
soirée, souvent sur le plus léger prétexte, la couronne
d'épines à la palme du talent.
Il faut que des juges instruits remplacent au plus tôt
cette tourbe de sots et d'ignorans que nous voyons tous
les jours applaudir les niaiseries du mélodrame
,
les
hurlemens des bâtards de Melpomène, les lourds contre-
sens d'un automate dépourvu d'éducation
,
d'âme
et d'esprit, et , ces ridicules Iravestissemens qui font aujourd'hui
la fortune de Brunet et consorts.
Il faut que le ministère auguste de la critique ne soit
plus exercé par des blancs-becs dont accoucha hier
cette mère Gigogne
, pourvoyeuse eu litre du Vaudeville,
des Variétés et du Boulevard ; petits vautours
affamés de réputation, d'argent surtout, et nés avec la
haine de tout ce qu'ils n'ont pas fait.
Enfin, il faut une école de déclamation ; mais une
école tout autrement fondée, organisée et administrée
que celle dont les promesses ont trop peu souvent répondu
aux espérances des vrais connaisseurs, si rares
aujourd'hui !
En effet, dit l'opuscule dont je m'occupe, que toutes
les conditions soient remplies, auteurs et acteurs tendront
sans cesse à la perfection ; plus honorés
,
ceux-ci
se rendront de plus en plus honorables ; les chds-d'oeuvre
dictés par Meipomène et l'hilie
, seront représentée
avec cet ensemble qui est l'âme des principales condi-
1ions de l'illusion théâtrale ; comme le p;az éclaire sans
blesser l'organe de la vue, de même la critique avertira,
corrigera sans humilier les uns , sans décourager les
autres, et ces acteurs à chevrons qui se méprennent
quelquefois
, et ces jeunes conscrits que trop d'ardeur
peut tromper dans l'emploi de leurs moyens et l'imitalion
des modèles
, surs de rencontrer partout l'inexorable
sens commun et J incorruptible bon goût, l'amphigourique
mélodrame
,
l'ignoble farce
,
l'ordurière
parodie n'oseront plus usurper des hommages hautement
revendiqués par des oeuvres vraiment tragiques
ou comiques ; enfin
,
l'art de la déclamation sera professé
par les émériles des deux Théâtres-Franç lis
, et
dès tors on n'aura plus à craindre la perte des bonnes
tradIlions,
Notre anonyme dcsire fort qu'à l'avenir l'art du co-, médien soit dirigé au profit de la morale et des lumières.
Cet honorable voeu suppose nécessairement celui de
voir prendre la même direction aux oeuvres dramatiques.
Si de pareils souhaits étaient plus hautement manifestés
par les partisans de la morale, MM. Théaulon,
Dartois, Scribe, Delestre, Poirson, Brasier, Dumersan
et compagnie
, se résigneraient sans doute à faire un
plus noble usage de leur esprit le père de famille ne
craindrait pas , pour sa jeune fille
, les dangers d'une
première représentation
• car sur aucun théâtre 011 lie
verrait plus en action la morale des guinguettes
,
de la
rue Vivieune, du bal de Flore et des galeries de bois.
Après ce qu'il vient de lire
,
le lecteur ne sera-t-il pas
tenté de rire
, si j'ajoute que 111011 anonyme s'occupe
aussi de l'excommunication des comédiens. « Cette
excommunication
,
dit-il, a-t-elle jamais existé d'une
manière bien formelle? » A cette question, il fait une
réponse que pourrait bien lui avoir fourni M. Huerne
Lamothe, avocat au parlement en 1761. Quoi qn il en soit, on ne sera peut être pas fâché de connaître certain
passage dun Mémoire publié par cet avocat, eu faveur
de la Comédie-Française. Je le transcris textuellement.
« C'est sous ce cardinal (M. de Noailles) que l'on a
commencé à refuser le Sacrement du mariage, et qu'il
a fallu des ORDRES de la COUR pour FORCER les ministres
d.e l'Eglise à faire cesser un refus si scandaleux.
» C'est donc ce cardinal que la société ( la ComédieFrançaise
) a été contrainte de faire un abonnement
avec l'Eglise ( il est avec le ciel des accommodemens ),
en accordant aux pauvres le quart de ce qui se retire
aux entrées de la Comédie. » ( Aux PAUVRES ).... j'en
conviens; niais «il est vrai qu à monsieurc/z rendais
quelque chose ».
» Jusque dans les premières années du siècle précédent
,
la procession du Saint-Sacrement passait devant
la porte de l'hôtel de la Comédie : là, était un reposoir
aux frais de la société, et sur l'autel était un présent en
argenterie, de la valeur d'environ 3ooo fr.
,
consacré à
l'église de Saint-Sulpice.
» Survinrent quelques années dans lesquelles il arriva
des circonstances fâcheuses, qui mirent la société hors
d'état de faire des frais si considérables. Un reposoir
simple et uni fut substiluéà la magnificence de celui des
années précédentes, et le présent cessa. Deux années
consécutives firent éprouver à l'église de Saint Sulpice
le même sort -, et bientôt après, la procession changea
de roule , et la Comédie fut accablée des peines de l'excommunication,
qui devinrent d'autant plus hardies,
que les ministres ne gardaient plus de mesures.
» Refus du Sacrement de mariage
,
refus du Sacrement
de baptême aux enfans présentés sous le nom
qualificatif de leurs père et mère refus des membres
de la société pour parrains et marraines; refus des Sacremens
à la mort ; refus enfin de la sépulture ecclésiastique.
» Quel contraste cependant dans cette discipline de
l'Eglise ! S'agit-il de recevoir les aumônes des acteurs
et actrices de la Comédie-Française ? l'Eglise les inscrit
au rang df3 ses membres, et ses ministres viennent les
recevoir dans leurs maisons, et de leurs propres maÙzs.
S'agit-il des réparations et des décorations de son
temple, l'Eglise nous met au rang de ses bienfaiteurs.
S'agit-il de donner des aumônes à ses prédicateurs?
l'Eglise nous met au rang de sesfidèles. S agit-il des
rétributions de messes ,
l'Eglise nous écoute, et reçoit
(te lions ses honoraires. S'agit-il enfin de DONATIONS
de , LEGS , etc. ? l'Eglise reçoit ces oeuvres pies , mais
nous exclut de ses bienfaits ! » ..
Sur ce ,
attendu que les prêtres de 1B19 se montrent
les dignes successeurs des prêtres du dix-septième
siècle
,
je conseille à messieurs les comédiens, excepté
en Ai)gleterre
,
où ils sont honorés (voyez la page 5 de
l'ouvrage que j'annonce ) de faire avec eux un traité
éternel, dont la première cause sera : DONNANT
, DONNANT.
Je conseille aussi à ceux du premier Théâtre-
Français de lire attentivement ce petit sommaire, ils y
apprendront les moyens de se guérir de l^ur lésinerio
théâtrale, et de corriger les vices de leur administration.
Quoique je sois certain d'être Intérieurement approuvé
par notre anonyme, il ne me reste plus qu'à lui
demander pardon d'avoir quelquefois mêlé des développeinens
très-succincts à l'analyse de ses deux excellentes
I*cléeï. HENRY.
SPECTACLES.
— Dans le moment où les discussions politiques et
les froids raisonncineus de nos prétendus réformateurs
vont remplir les colonnes des Journaux quotidiens, le
Mercure doit, plus que jamais, devenir le plus ferme
appui de la littérature et de l'art dramatique. A peine
trouvera-t-on chez nos confrères une page à donner au
poëme à la mode, au roman du jour, à la pièce nouvelle
: nous leur consacrerons toutes nos pages ,
sûrs
de trouver, dans l'approbation de nos lecteurs, la plus
douce récompense de nos travaux.
Le Conservatoire, par son utilité, par ses rapports
immédiats avec le théâtre
,
doit d'abord attirer notre
attention. Dépositaire des meilleures traditions , possécant
dexcellens professeurs, on doit exiger de cet
établissement utile, de brillans résultats. Cette année
n'a rien laissé à désirer dans les classes de musique et
de déclamation : le dernier concours surtout a présenté
d'excelleus sujets pour je théâtre
.
dans la tragédie dans et la comédie. C est pour récompenser les progrès
des élèves que, suivant l'usage, ou a procédé jeudi
dernier à la distribution des prix.
Après un discours très-mal prononcé par un dei
directeurs secondaires
,
les noms des Lauréats ont été
proclames au bruit des applaudissement d'une nom- breuse assemblée. Les exercices ont ensuite com- mencés.
Mademoiselle Colombelle a ouvert !a séance par un
morceau de chant, en donnant preuve d'étude et même
de talent, elle ne deviendra jamais chanteuse distinguée.
La beauté de la voix ne consiste pas dans une suite de boutades et de cadences jetées çà et là, et exé.
cutées avec une certaine précision, il faut dela pureté,
du sentiment. Malheureusement, peu d'élèves du Conservatoire
possèdent ces précieuses qualités : pour
prouver ce que j'avance
,
j'aurais seulement à citer
mesdemoiselles Leroux, Tellier ; MM. Bouche
, etc.
L'assemblée a été généralement satisfaite du talent
des exécutans.
M. Tilmant
,
premier prix de violon, a exécuté un
concerto de Kreutzer
, qui a enlevé tout l'auditoire.
Ce jeune homme promet de marcher uu jour sur les
traces des plus illustres professeurs.
Il est des instrumens ingrats qui demandent plus
d'habitude que d'autres
toujours également senti,ese.tLdeonvtiolelsonbceealuletés ne sont pas et le corsont
de ce nombre. Cependant entre les mains de MM. Mar..
cou, et Méric, 011 s'est apperçu qu'ils pouvaient pro- duire des sons aussi purs qu'harmonieux
, et Tassera,
blée leur a vivement témoigné la satisfaction qu'elle
éprouvait. '
Les élèves de déclamation n'ont pas fait d'exercice;
on les avait entendus le jour du concours, ils n'ont fait
qu'assister à la distribution.
Trois élèves donnent de grandes espérauces : Je
ne paierai pas de M. Ligier, il va bientôt débuter
au Français
,
et je ne veux pas pressentir le jugement
du public. Mais quant aux deux débutantes, je saisirai
cette occasion pour faire leur éloge, et leur prédire
les plus brillants succès. Mademoiselle Verueuil
qui se destine aux emplois tragiques, unit à une fignre
aussi douce qu'imposante, une diction pure et sage;
un léger défaut se laisse quelquefois remarquer dans sa prononciation
,
mais sa bonne volonté, le désir de se
faire connaître, font espérer qu'elle se corrigera. Mademoiselle
l'ilzelier, née soubrette, à suivi l'impulsion
de la nature, eu se destinant au théâtre. Son débit
mordant
, sou oeil vif et spirituel, sa tournure gracieuse
et légère
,
font espérer qu'en perdant un jour mademoiselle
Demersoll, on trouvera facilement à remplacer
celle dernière.
Depuis les ISlénechmes, on a souvent traité des sujets
semblables, Le Vaudeville
,
ïOpéra-Comique
, voire
mêmeles boulevards, ont donné quelques pièces
,
dont
l'intrigue était fondée sur des quiproquos de noms,
de personnages, les Deux £Iléricourt, ressemblent
un peu à ce quia déjà été tait ; mais de jolis vers, des
détails agréables, ont désarmé la critique, et la pièce
a obtenu un succès d'estime. L'auteur est mademoiselle
Vaizliove.1 Il fallait bien varier le répertoire de l'Odéon; la
tragédie avait eu les honneurs de l'ouverture
,
la comédie
réclamait la même faveur. MM. Vafflard et Fulgens
,
deux des plus aimables soutiens du Vaudeville
,
se sont déclarés ses avocats; Quelques rigoristes ont
voulu leur disputer la victoire; ornais la majorité du parterre
s'est prononcée en leur faveur. L'analyse de la
pièce fera voir qui des deux avait raison.
D'Harcouct est venu à Paris avec sa jeune épouse ,
pour solliciter auprès du ministre un emploi qu'il croit
avoir mérité par ses services. Un de ses amis d'enfance,
Fréville
,
s'est empressé de le recevoir dans sa maison
et lui , a fait connaître tous les plaisirs que la capitale
peut présenter aux étrangers. C'est dans une réunion que
madame d'Harcourt a fait la connaissance d une intrigante
qui, sous les dehors de t'honnêteté
,
et en se servant
tour à tour des noms de Saint-Ange et de Montdésir,
cache les plus odieux projets, et attire dans sa
maison
,
à laquelle je n'ose ici donner son véritable
nom, les femmes les plus séduisantes et les jeunes gens
les plus riches et les plus distingués de Paris. Malgré la
défense de son mari, madame d'Harcourt, séduite par
madame de Saitit-Ati,,,e
, promet de se rendre à une
soirée que cette dernière doit donner. D'Harcourt, de
son côté, se trouve présenté chez la même personne,
par son ami Fréville, qui veut profiter de cette occasion
pour le faire connaître au frère du ministre. Voilà donc
nos deux époux, sans s'en douter, dans cette infâme
maison. Il est naturel qu'une jolie femme
, et surtout
en pareille circonstance
,
reçoive des hommages; aussi
le protecteur que l'on cherche ne mauque-t-il pas de
faire la cour à la jeune Amène. Peu habituée à de pa- reilles sociétés, cette dernière ne peut s'empêcher d'être
étonnée de la licence qui régne dans la maison de ma- dame de Saint-Ange Elle se repeut déjà d'avoir désobéi
à son mari, quand elle aperçoit le colonel tré Fréville ; il a rencon- et son ami, et comme il a laissé pressentir
qu'il avait quelqu'aVanture galante de commencée, il
prie d'Harcourt de lui improviser quelques vers. Ce
sont justement ces vers que présente Valsain
, en les
accompagnant d'une déclaration aussi tendre que vive.
Effrayée de la position dans laquelle elle se trouve,
Amélie veut fuir; mais elle aperçoit Fréville et son époux, elle n'a que le temps de se cacher pour éviter
les regards
, et pour s'échapper ensuite avec plus do
sûreté, sous la protection de Fréville.
Cette scène, d'un bon comique, a été vivement ap- plaudie. On pense bien que le troisième acte amène des
aveux qui mettent au jour la conduite des deux époux
, et permet de développer un caractère aussi beau que
neuf, celui du colonel V.,ilsain ; il est calqué sur les plus
beaux modèles de la chevalerie, et fait autant d'honneur
à l'esprit qu'aux sentimens de l'auteur.
Lafargue a eu les honneurs de la soirée; cet acteur
n'est déplacé nulle part, et prouve , par ses succès
journaliers
, ce que peuvent le travail et l'étude dans
cette carrière si difficile à parcourir. Quant à mademoiselle
Falcoz
,
qu'elle soit elle même
,
qu'elle n'imite
personne ,
c'est le meilleur conseil que l'on puisse lui
donner.
— La comédie des Comédiens, en cinq actes et en
vers de M. Casimir deLavigne, doit suivre un Moment
.d'imprudetice ; nous verrons ensuite XArtiste Jtmbitieufy
de M. Théaulon. Quelques initiés des coulisses
avancent que M. Théaulon est trop ambitieux
,
de
sauter ainsi du Vaudeville, sur une scène aussi vaste
que celle de l'Odéon ; mais comme on le dit petit, il
faut espérer qu'il ne tombera pas d'aussi haut que tels
et tels cie ses confrère. qui étaient plus grands que lui.
Le XVIIe. Numéro du Mercure a été retardé par
des obstacles qu'il n'était pas au pouvoir des propriétaires
d'écarter aussitôt qu'ils l'aurait désiré. Nous
espérons qu'ils ne se renouvelleront plus, malgré notre
désir bien prononcé d'attaquer les abus partout où nous
les rencontrerons, et de ne jamais varier dans nos
principes, quelques grands intérêts que nous puissions
contrarier Attachement à la Charte,, au Roi; attachement
aux principes libéraux et aux nouvelles institutions.
Guerre à ces souteneurs de vieilles maximes qui
regrettent l'ignoble droit du seigneur, les droits de
chasse, les dîmes et autres turpitudes qu'ils voudraient
rétablir. Honneur aux braves, aux grands hommes dont
la patrie s'honore, et respect aux dames ; tels sont les
sentimens qui animent les rédacteurs du Mercure , et
qu'ils soutiendront en toute occasion ; quandmeme..
Qualité de la reconnaissance optique de caractères