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1797, 01-03, t. 27, n. 13-18 (29 janvier, 8, 18, 28 février, 10, 20 mars)
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MERCURE
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTERAIRE
( No. 13. )
Décadi 19 Pluviose , lang.
Ce journal , composé de quatre feuilles in-8°.
et quelquefois de cinq , paraît tous les
DÉCADIS . Il contient deux parties ; l'ur
consacrée aux SCIENCES , aux LETTRES et
aux ARTS ; l'autre à la POLITIQUE EXTÉ-
RIEURE , aux séances du CORPS LÉGIS
LATIF , aux NOUVELLES de Paris et des
départemens , ainsi que des ARMÉES de la
République.
Le prix de l'abonnement de ce Journal est
en numéraire de 9 liv . pour trois mois , de 26
Liv . pour six mois et de 39 liv. pour un air. an
CALENDRIER
RÉPUBLICAIN.
PLUIVOS E.
La Lune du mois a 92 jours. Du premier au
croiffent le matin de 45 min. & le foir de 4
30
les jours
min.
Ere Républicaine.
I primedi tre Décade . 21jvend. 1
2 duodi
3tridi.
4 quartidi .
Squintidi .
6 fextidi .
feptidi .
8 odidi
9 nonidi..
10 Decadi...
Ere
Vulgaire
de de la
L.LUN
E.
J. PHASES Zem: Perez midi vrai
H. M. S.
3.20
22 fame . 2
23 Dim. 3
52
N.L 22
24 lundi. 4
25 mardi 5
26 mercle 8
7
27 jeudi. 7h . 3 m.
28 vend. 8
29 Sam. 7
11 primedi ile Décade . lundi. 11
0134 0
30 Dim. 10
12 duodi ..
13 tridi.
2 mardi 12 025
14 quartidi.
Is quintidi .
16 fextidi .
17 feptidi
18 octidi .
19 nonidi...
20 Decadi..
6 fame. 16h. 13 m.
Dim, 17 du foir.
3 merc. 13
4lieudi. 14
P.P. Q.1007
Svend. 15
le 16 43
11 59 49
11 59. 30
11 59.11
11 58 $2
8undi . 18t
Smardi 19
IC merc. 20
11 58 32
II
21 primedi lile Décad. 11 jeudi. 21
22 duodi .
23 tridi
24 quartidi
25 quintidi
26 fextidi ..
27 fepridi.
28 octidi
29 nonidi .
Decadi .
13 fame . 23 ez
14 Dim : 24
Inndi. 25
16mardi. 26
17 merc. 27
18jeudi. 28 le
19 vend .29
20 fam. 130
P.
12 vend . 22
57.33
13
D.
11.56 35
11 56 15
11 55 55
Q.1155 44
19. 11 55 24
II 54 4
1134.25
Jere
135
MERCURE
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTÉRAIRE ;
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
Du décadi to Pluviose , an cinquieme
de la République Française.
Dimanche 29 Janvier 1797 , vieux style. )
TOME XXVII
A PARIS
Au bureau du Mercure , rue des Poitevins ,
n °. 18 ..
TABLE des Matieres Littéraires du Tome XXVI .
ESSAI sur l'aliment des plantes , etc. par M. Ipgennouz...
Fin des féflexions sur les vues ggoénérales sur l'Italie ,
Malthe , etc..
a
Observations sur la lettre de Jacques- le-Fat liste.
your sur
la
derniere
révolution
de
Page 3.
7.
28
32.
34.
65 .
8 .
.89 155 .
99 .
100.
སྙ ན
Lettre au
Pologue ....
Extrait du poëme intitulé les Vages. II. A
Idylles de Théocrite , traduites par J. B. Gail ...
Des prisons de Philadelphie , par un Européen ...
Sur le salon de l'an V ..
Quverture du Lycée républicain .
Note des divers objets arrivés d'Italie .
Sur nos relations commerciales et sur l'Angleterre . 129 , 18.
Epître sur la calomnie , par M. J. Chénier .....
Vers à François ( de Neufchâteau ) , sur son poëme
des Vosges
Spectacles ...
Mémoires de l'académie royale de Suede tomes
XIV , XV et XVI ...
Lettre sur la Religieuse , de Dideroté. Q.T
Les Soirées littéranes , tomes III et IV....
Elémens de chimie de J. A. Chaptal , 3. edition .
144.
169.
165 .
193,321 .
212 .
218.
258.
Second voyage en Afrique , par F. Levaillant ... 264 , 330 .
Traduction du Ier . livre des odes d'Horace , par
P. Didot aîné ...
reflexions d'Helvétius .
Suite des pensées et rel
Sur les lettres manuscrites du P. D. Huet , évêque
d'Avranches ..
Hymne à la beauté , par Delille
Spectacles..
Essais littéraires de l'académie de Padoue , t . III ...
Actes de l'académie des sciences de Sienne , t . VII.
Institut national des sciences et arts séance du
15 nivôse .....
"
Origines gauloises , etc. ou Recherches sur la langue ,
l'origine ou les antiquités des Celt6-Bretons de
l'Armorique, par Latour- d'Auvergne- Corret ..
Lettre sur le jugement que l'auteur des Soirées Liltéraires
a porte sur le philosophe Favorin et J. J.
Roussean.
Chast Ier, de la Veillée du Parnasse, par Lebrun .
279 .
285.
289 .
290 .
293 .
323 .
326.
345 .
354-
357.
3595
Bayerische
Staatsbibliothek
München
No.
13.
MERCURE FRANÇAIS .
DECADI 10 PLUVIOSE , l'an cinquieme dé la République.
( Dimanche 29 Janvier 1797 , vieux style . )
INSTITUT NATIONAL!
Notice des travaux de la classe des Sciences morales
politiques de l'Institut , depuis vendémiaire an Vjusqu'à
nivôse de la même année , lue à la séance publique du
15 nivôse , par TALLEYRAND , l'un des secrétaires de
cette classe.
Le cit, Tracy , membre associé , a communiqué deux
mémoires sur l'analyse de la pensée , ou plutôt sur
la faculté de penser qu'il nomme aussi la faculté de
percevoir. Il demande que la science qui résulte de
ceite analyse soit nommée idéologie , ou science des
ilées , pour la distinguer de l'ancienne métaphysique .
Il avoue que cette science est presque neuve encore ,
et possede peu de vérités constantes et reconnues ,
malgré les ouvrages de plusieurs hommes célebres ;
et quoique , reposant sur des faits , elle soit susceptible
de certitude aussi bien qué les sciences qu'on
nomme exactes . Il en indique pour causes , d'abord
qu'elle n'a jamais été traitée avec méthode et liberté ;
ensuite , que jusqu'à ce jour elle n'a été l'objet direct
des recherches d'aucun corps savant. L'ordre ,
suivant lequel il desirerait que la deuxieme classe de
$
A 2
( 4 )
" l'Institut s'en occupât , consiste , 1º . à faire le dénombrement
des vérités connues ; 2 °. à perfectionner les
instrumens qui sont ici les langues ; 3 ° . à convenir
des observations et des expériences à faire pour
éclaircir les points douteux .
1
Le cit. Tracy, pour remplir lui -même ce plan , présente
dans ces deux mémoires le tableau sommaire
des vérités idéalogiques qu'il regarde comme constantes .
Il établit que la faculté de penser , telle qu'elle est
en nous , se décompose en cinq facultés distinctes
et essentielles : la faculté de sentir , celle de se ressou
venir , celle de juger , celle de vouloir , et enfin celle de se
mouvoir , laquelle lui semble , aussi bien que les autre
partie intégrante de la faculté de penser , et nécessaire
à son action , attendu que la sensation du mouvement
, par opposition à celle de résistance , donne
lieu à exercer notre faculté de comparer ou juger .
I examine ensuite les relations de quatro de ces
sensations avec celle de vouloir , et trouve qu'elles
sont toutes , partie dépendantes , partie indépendantes
de cette derniere . De là il explique la formation
de nos idées en tant que connaissances , et
de nos idées en tant que sentimens et passions . Il
observe que la liberté est la faculté d'agir d'après sa
volonté ; et il en déduit que la liberté et le bonheur
est une même idée considérée suivant le moyen et
suivant la fin .
Le cit. Laromiguiere a présenté des observations sur
le système des opérations de l'entendement : son mémoire
est divisé en deux parties . Dans la premiere il examine
combien il était difficile de découvrir le systême
de Condillac. Il se place dans la supposition où il
1
( ૪ )
1
serait encore inconnu , et il recherche par quelles
suites de réflexions on pourrait être amené à le trouver.
Dans la seconde , il expose ce systême , qu'il
modifie en quelques endroits , et auquel il ajoute
quelques vues nouvelles,
Le cit. Laromiguiere a lu un autre mémoire ayant
pour titre De ce qu'on doit entendre par le mot idée . -
Il a divisé son mémoire en quatre chapitres . Après
avoir présenté dans le Ier , des considérations géné .
rales sur la nécessité de déterminer le sens des mots ,
il fait voir , dans le II , que le mot idée est un de ceux
dont la signification varie le plus chez les différens
auteurs que c'est mal- à-propos qu'on a confondu
l'idée tantôt avec la pensée , tantôt avec la premiere opé
ration de l'entendement , tantôt avec la représentation des
objets , d'autres fois aussi avec la connaissance de certains
objets qu'on ne peut pas se représenter. Dans le
III . chapitre il essaie d'établir que nous n'avons
d'idées qu'autant que nous distinguons les uns des
autres en sorte qu'une sensation se transforme en
idée à l'instant où elle est démêlée des autres sensations
avec lesquelles elle se trouve confondue . Le
IV . chapitre est destiné à la solution de quelques.
questions qui ont embarrassé les métaphysiciens , et
dont toute la difficulté tient anx fausses déterminations
du mot idés.
4
Le cit. Duvillard a communiqué à la classe la solution
d'un problême d'arithmétique politique sur la
conversiou de l'impôt territorial en un droit sur les héri
tages . Il détermine , d'après l'âge des propriétaires ,
1º. quel doit être le rapport exact de ce droit avec
la valeur de l'héritage pour qu'il soit l'équivalent de
A 3
( 6 )
1
l'impôt actuel en comptant l'intérêt à 3.pour 100
2º. quel serait dans ce cas le produit annuel dé
l'impôt territorial . Il résulte de ses calculs qu'il y
aurait avantage pour État dans la conversion proposée
; qu'il y aurait aussi avantage pour les propriétaires
, puisque ce serait un prêt que l'Etat leur
ferait à l'intérêt de 3 pour 100 ; que ce serait un
moyen de répartir , sur les générations futures , uné
portion des sacrifices que celle- ci fait pour leur bienêtre
; qu'au reste , chaque propriétaire restant lễ
maître de choisir entre ces deux manieres d'acquitter
sa contribution , il en pourrait résulter plus de façilité
dans la perception de l'impôt territorial .
Le cit. Antoine Dianyère a fait part d'un mémoire
sur le crédit public et les dettes nationales. Il cherche
à exposer les funestes effets du crédit , et à indiquer
en même tems les moyens pour se f
procurer d'énergiques
ressources , soit pendant la guerre , soit pendant
la paix , suns accroissement d'impôts .
Le cit. Gosselin a terminé la lecture de son mé
moire sur le golphe arabique . Cette dernière partie
rehferme les connaissances successives que les Grecs
et les Romains ont eues de cette mer depuis la conquête
de l'Égypte par Alexandre , jusqu'aux derniers
tems de l'Empire . La carte de Ptolémée , si différente
des nôtres au premier aspect , ramenée à ses
principes élémentaires , indique , d'une manière trèsprécise
, la position des lieux que les anciens ont
fréquentés dans ces parages ; et que l'on a cherchés
vainement jusqu'à nos jours . Un des points les plus
importans à fixer était l'emplacement de l'ancienne
Adulis . Le dit. Gosselin fit voir qu'il y a eu plu7-)
sieurs villes de ce nom qui se sont succédées . Parmi
les preuves multipliées de la retraite de la mer le
long des côtes de l'Arabie , il cite l'ancien port de
Musa qui est aujourd'hui à six lieues du rivage , et
dont il croit que la fondation est de la même antiquité
que la ville de Saba fréquentée par les Hébreux
Y a vingt-huit siecles , il
1.
7
ご
Le cit. Lévesque a lu un mémoire sur les maurs et
usages des Grecs du tems d'Homère. Il remarque que
dans les ouvrages de ce poëte on trouve des traces
de l'origine des sociétés : les hommes ignorant les
causes de tout , et créant autant de puissances supérieures
qu'il existait de phénomenes à expliquer. On
y découvre , ainsi que par l'inspection de la carte
que la Grece a reçu du Nord sa population . Le gouvernement
de ces tems était mêlé de monarchie , d'aristocratie
, de démocratie . Un roi tout-puissant à la
guerre gouvernait pendant la paix par le conseil des
vieillards , et convoquait le peuple quand les affaires.
intéressaient le corps entier de l'État . Les hommes
étaient féroces dans les combats , hospitaliers dans
leur maison ; l'étranger et le pauvre étaient sacrés ,
Toujours on était en guerre , et il n'existait point encore
d'art de la guerre . Les Grecs ne savaient point
assiéger une place : ils n'avaient point de cavalerie ;
ceux qu'on appellait cavaliers combattaient sur des
chars . La marine était absolument dans l'enfance ;
les vaisseaux n'étaient pas encore pontés ; on les
mettait à flot à force de bras ; on les tirait à sec quand
on prenait terre . Les moeurs intérieures étaient simples
. Les rois n'avaient dans leurs palais que des servantes
; leurs domestiques mâles étaient dans les cam-
A 4
( 8 )
:
pagnes ; un chien formait toute leur garde ; leurs
épouses faisaient les habits de la famille leurs filles.
allaient au lavoir ; et eux-mêmes avaient l'oeil sur la
métairie ,
Le cit . Anquetil nous a fait part de trois mémoires ;
T'un sur les Egyptiens , le second sur la nation helvétique
, le troisieme sur le Pérou . —
Dans le premier
, après une description de l'Égypte , de sa situation
, de son fleuve , de ses productions , de ses animaux
, de ses monumens , villes , pyramides , lac
soш, lubirynthe , et de leurs ruines , il entre dans
le détail des moeurs et coutumes , lois , superstitions ,
institutions civiles et religieuses ; il passe de là à l'histoire
, et donne une idée des tems fabuleux , puis des
tems héroïques ; enfin , des tems vrais où commence
ļa suite des rois égyptiens qui ont gouverné l'Égypte
pendant trois siecles. Dans le second mémoire ,
le cit. Anquetil rapporte l'époque des premiers efforts
militaires des Helvétiens au tems de César. Ils étaient
dès-lors ce qu'ils sont maintenant , robustes , laborieux
, guerriers , pleins de bonne , foi , chastes dans
leurs mariages , sobres dans leurs festins . Il les considere
sous le gouvernement de leurs comtes et de
leurs barons , protégés d'abord contre ces petits tyrans
par les empereurs d'Allemagne , lesquels tâcherent
à leur tour de les asservir. L'effet de ces
tentatives fut de les porter à se réunir contre les
efforts de l'Empire germanique qui menaçait de les
écraser. Il marque les dates de ces différentes réunions
qui formerent la ligue helvétique , et décrit les
singularités naturelles , les moeurs , le gouvernement
de chaque canton et de la ligue grise , ainsi
que des
( 9 )
:
Valaisans et autres qui leur sont affiliés . - Dans le
troisieme mémoire il décrit les moyens militaires et
politiques employés par les aventuriers espagnols
pour la conquête du Pérou ; les factions des premiers
conquérans qui se détruisirent les uns les
autres ; l'adresse de la cour d'Espagne pour se saisir
de l'autorité , et pour la conserver ; le gouvernement
des vice -rois , tantôt favorable , tantôt funeste aux
Indiens ; les malheurs , la mort tragique des derniers
Incas , et l'état actuel des Péruviens .
Le cit . Delisle de Sales a lu un mémoire sur Bailly.
Il a exposé ses titres à la renommée comme littérateur
et comme philosophe ; et il a remis à un autre
moment de peindre en lui le citoyen et l'homme.
public . Ce nom , que réclament à tant de titres les
saciétés qui concourent à la splendeur des lettres et
à la gloire des sciences , devait être célébré sans doute
aussi dans cette classe de l'Institut , consacrée aux
progrès de la morale et à la recherche de tout ce
qui peut en fonder le culte parmi les hommes. Eh !
quel homme appartint plus à la morale , dans l'açception
la plus yaste de ce mot , que celui qui au
faîte des honneurs littéraires sut désarmer constamment
l'envie, par sa simplicité , qui , citoyen par tous
ses goûts et par ses vertus long-tems avant la révo
Jution , n'eut besoin d'aucun effort pour se trouver
un de ses plus purs et de ses plus estimables défenseurs
; qui ne se vanta jamais d'aimer la liberté , et
toujours travailla pour elle ; qui , à la tête d'une des
plus grandes administrations , se dévoua sans relâche
à ce qu'il crut être les intérêts du peuple sans jamais
rechercher la popularité : enfin qui , victime de la
( 10 )
plus épouvantable faction qui ait désolé la terre , et
trouvant mille morts au lieu de son supplice , ne se
permit ni une plainte , ni un regret , ni même le
secours de sa propre indignation , et mourut avec co
eburage calme et céleste qui sera long- tems un mòdelé
, malgré les nombreux exemples d'intrépidité
qui ont signale cette longue époque de sang et de
tyrannnie .
Notice des Mémoires de physique , présentés à la classe
des sciences physiques et mathématiques , par ses membres
ou associés , depuis le 15 vendémiaire jusqu'au 15
nivôse de l'an V. Par LACIPEDE , l'un des secrétaires .
Les premiers travaux présentés à la classe pendant
les trois mois qui tiennent de s'écouler ont eu la
chymie pour objet . Les cit . Foutcroy et Vauquelin
ont continué de l'entretenir du grand travail qu'ils
ont entrepris sur les propriétés d'un des agens chymiques
les plus intéressans à connaître , sur les divers
phenomenes que présente l'acile sulphureux dans
les différentes combinaisons dont il est susceptible .
Lorsque la suite de ces recherches sera terminée ,
nous mettrons sous les yeux du public le résultat
de leur ensemble , qui
l'histoire de cet acide , et qui , en complettant une
partie très - curieuse de la chymie , montreront comment
l'on doit desiter de voir perfectionner les autres
branches de cette vaste science .
a
composeront
vé
itablement
**
Le cit . Lamarck a examiné de nouveau les prineipes
généraux sur lesquels s'élevent les théories de
( ( +1 )
la même science dans plusieurs mémoires qu'il a
lus à la classe , il a tourné particulierement son attention
sur le résultat des altérations que la nature
ou l'art peuvent faire subir aux molécules essentielles
des corps composés. Il a considéré les diverses
combinaisons , ainsi que l'union plus ou moins
grande des substances qui concourent à former ces
molécules ; et conduit par ces recherches à s'occuper
des couleurs des objets , il a proposé une échelle
graduée à laquelle il donne le nom d'echelle chromométriqne
, par le moyen de laquelle on pourra
réunit sur des tableaux méthodiques , 2700 nuances
absolument les mêmes dans tous les tems et dans tous
les lieux , et qui par conséquent procurera des instrumens
étendus et comparatifs à l'histoire naturelle ,
et à toutes les sciences dans lesquelles on a besoin
d'indiquer les couleurs avec précision .
Un célebre professeur d'Allemagne , Giztanner ,
avait pensé qu'il fallait modifier un des points de
la théorie moderne , créée par les chymistes français
, et que l'on devait regarder le gaz hydrogene
comme le radical de l'acide muriatique . L'un de nos
associés , le cit . Van Mons , de Bruxelles , a fait paryenir
à la classe une suite d'expériences faites avec
un très - grand soin , et qui , en indiquant les apparences
qui ont pu faire illusion à Giztanner , constatent
de nouveau le point de la théorie française ,
que le professeur étranger avait cru devoir révoquer
en doute .
L'une des matieres les plus précieuses dont les
chymistes des différens âges aient fait l'objet de leurs
méditations , Tor ne se montre presque jamais à là
鳖
( 18 )
**
surface ou dans l'intérieur du globe , qu'au milieu
d'un sable métallique noirâtre et attirak le à l'aimant.
Le cit . Chaptal , associé , a voulu reconnaître la
nature de cette substance . Il l'a ' soumise successivement
à l'action de l'air , de l'eau , du calorique ,
du soufre , du carbone , des acides , des alkalis , des
différens fondans ; et comparant les effets qu'il a
obtenus dans toutes ces épreuves , il croit devoir
regader ce sable magnétique , comme une modification
particuliere du fer , produite par la nature.
Le cit. Chaptal a aussi appliqué la puissance dont
la chymie dispose , à la recherche des qualités des
sucs contenus dans plusieurs végétaux . Il a soumis
particulierement à des essais multipliés , les sucs
gluans de plusieurs euphorbes , ceux d'autres plantes
de la même famille , ou familles différentes ; les décactions
de quelques végétaux à tige ligneuse , et
le lait de plusieurs graines émulsives . Il a extrait ces
sucs par des procédés qu'il a variés , et réunissant
les résultats de ses diverses expériences , il ne se
contente pas de chercher à répandre de nouvelles
lumieres sur l'art de la teinture ; mais il montre la
Jiaison des faits qu'il a observés , avec les premiers ,
développemens de l'embryon végétal . Passant ensuite
à de plus hautes considérations , il expose
l'origine du carbone , l'un des trois principaux élémens
de toutes les substances végétales ; il fait voir
comment ce carbene circule et se dépose dans toutes
les parties de la plante ; et s'appuyant enfin sur leș
ressemblances des produits que ses tentatives lui ont
donnés , avec ceux que l'on obtient lorsqu'on soumet
aux mêmes agens chymiques , le lait et le sang,
( 13 )
ces sucs alimentaires de l'homme et des animaux ,
il va jusqu'à traiter de la maniere dont ces derniers
se nourrissent.
Le cit. Tessier a voulu , ainsi que le cit. Chaptal ,
jetter un nouveau jour sur les principes des vėgės
taux ; et il a eu pour but de ses recherches la plante
la plus utile l'homme , le blé . Il a examiné cette
watiere glutineuse que donne la farine du froment ,
et que l'on a nommée végéto - animale. Il a voulu sa-t
voir dans quelle proportion chaque espece ou vàriété
de froment , contenit ce gluten dont la quantité
plus ou moins grande influe beaucoup sur la
bonté du pain ; et après avoir montré par des expériences
, que la différence des engrais n'avait aucun
rapport avec l'abondance plus ou moins grande de
cette substance glutineuse . il a tracé aux amis de
1 économie rurale , la route qu'il fallait suivre pout
arriver à tous les résultats qu'il a desirés .
S
Le cit. Tenon a donné le précepte et l'example
d'une maniere particuliere d'étudier l'organisation
de l'homme et des animaux . Il a prouvě combien"
il serait avantageux a'examiner la conformation de
chacune de leus parties aux différentes époques de
leur accroissement , de leur perfection , de leur
dépérissement ; et commençant par appliquer cette
méthode à des portions très-dures et cependant trèsvariables
, aux dents des animaux et particulierement
à celles du cheval ; il a decouvert des faits
nouveaux d'autant plus remarquables , qu'ils servent
à rendre raison d'autres faits déja connus , mais di
fe'les à expliquer , et qu'ils doivent conduire à des
principes de physiologie , féconds en conséquence .
( 14 )
1
1
家
*
Ce même animal dont l'organisation a été l'objet
des travaux du cit. Tenon , l'a été aussi de ceux des
cit. Huzard et Gilbert , sous le point de vue de sa
conservation . Le cit, Huzard a lu à ce sujet un mémoire
, dans lequel il expose la nature et les causes
d'une des maladies les plus funestes à cette espece ;
de celle à laquelle on a donné le nom de vertige.
Il a aussi présenté à l'Institut , un travail dont le
gouvernement a ordonné la publication , et qui est
relatif comme son premier ouvrage , à la santé
d'animaux devenus nécessaires à l'homme , expose les ,
caracteres généraux et particuliers , les symptomes
extérieurs et intérieurs , les causes , les progrès et le
traitement d'une maladie inflammatoire qui a attaqué
les bêtes à cornes d'une grande partie des départemens
de l'Est. De la considération de cette maladie
, l'auteur s'élevant à celle des maladies épizootiques
en général , donne , avant de terminer son
mémoire , des vues étendues sur les dangers des
méthodes employées jusqu'à présent pour les guérir ,
ainsi que la simplicité de celles que l'on doit y
substituer.
2
Un ouvrage qui sera l'objet de l'attention de ceux,
qui s'intéressent aux progrès de l'instruction publi
que , et particulierement à ceux de la zoologie ,
vient d'être présenté à la classe par le cit, Cuvier
Sous le nom de tableau élémentaire de l'histoire naturelle
des animaux , cet ouvrage , destiné et à ceux qui
cultivent la science , et à ceux qui la professent , et
à ceux qui l'étudient , offre , dans un ordre métho
dique et nouveau , les vérités les plus remarquables
de celles qui ont servi jusqu'à présent à compose
+
l'histoire des êtres vivans et sensibles , fécondés ,
根
pour ainsi dire , par leurs rapprochemens et par les i
vérités nouvelles auxquelles elles sont alliées .
Nous devons encore dire au public que le cite
Desessart , poursuivant le travail très - considérable
qu'il a entrepris sur la complication de la petite- vi
role avec d'autres maux , a entretenu la classe des
effets que l'emploi du mercure peut avoir dans le
traitement de cette maladie , et qu'en lui annonçant ´›
un nouveau mémoire sur ce point intéressant de 2
l'art de guérir , il a continue de développer devant c
elle le plan de recherches qu'il lui avait déja
exposé. aast
Tels sont les mémoires relatifs aux sciences physiques
, et présentés à la classe par les membres qui
la composent. Mais ses travaux sur ces branches des
connaissances humaines , n'ont pas été bornés aux
ouvrages qu'ils lui ont soumis . Empressée de res
cueillir des vérités nouvelles , ou de faire servir à
l'utilité publique des faits déja connus , elle a charge
deux commissions , la premiere de s'occuper des
moyens de remédier à une maladie qui attaque gra.
fait périr les ormes et d'autres grands arbres ; et la
seconde d'éclairer , par des recherches multipliées
des faits observés en Italie , en Allemagne et en
Angleterre , sur l'action des gaz et sur l'influence de
l'application des métaux relativement à l'irritabilité ,
ainsi qu'a dap sensibilité ; faits connus , dont le cit . "
Guyton lui avait fait le tableau , et pour l'étude
d'une partie desquels le gouvernement: anglais, vient s
de consacrer 2500 liv . stel.
enk
Nous ne croyons pas devoir parler d'un grand :
1
( 16 )
nombre de rapports qui ont occupé les membres de
la classe , et qui , demandés presque tous par l'au
torité publique , et roulant sur des questions d'un
vif intérêt pour les sciences , ou sur des procédés .
très- utiles dans les arts , ont exigé quelquefois d'assez
longs travaux , et ont souvent rappellé , confirmé ou
établi des principes importans .
Mais nous ne pouvons passer sous silence les
différens voyages prolongés , entrepris ou projettés -
sous les auspices du gouvernement , et par des mem
bres de la classe , dans le cours des trois mois qui
viennent de finir.
Pendant que les cit Méchain et Delambre ont
continué de mesurer l'arc du méridien , compiis
entre Dunkerque et Barcelone ; pendant que les cit.
Dolomieu , Gilbert et Parmentier ont répandu , dans
une partie de la France , des semences fécondes de
connaissances en histoire naturelle , en agriculture
et en vétérinaire ; pendant que les cit . Berthollet ,
Monge et Thouin ont observé en Italie , et les grands
phenomenes que la nature y fait naître , et les ruines
augustes et éloquentes dont elle s'y est entourée ,
et les produits ingénieux de l'industrie manufacturiere
, et les ressources variées de l'art d'arroser et
de fertiliser les champs ; le cit. Michaud , associé
de la classe , que ses voyages en Perse avaient depuis
long-tems rendu cher aux natusalistes , venait , au
milieu des tempêtes de l'Océan Atlantique , et malgré
les horreurs d'un funeste naufrage , rapporter à
sa Patrie et à l'Institut national , les richesses de la
science , qu'il a recueillies en parcourant l'immense
continent de l'Amérique septentrionale , depuis les
borde
耀
( 17 )
J
bords glacés de la baie d'Hudson , jusqu'aux rives
fécondes arrosées par le grand fleuve de Mississipi .
Le cit. Broussonnet adressait à l'Institut , et l'exposition
des avantages que les sciences et les arts doivent
retirer d'un voyage dans le Maroc , et le desir
ardent de revoir ces côtes de Barbarie déja parcou
rues par notre collegue Desfontaines , de s'enfoncer
dans le vaste intérieur de l'Afrique , et de conquérir
à la science et au commerce cette partie du monde
jusqu'ici dérobée aux regards curieux des voyageurs
par les déserts brulans qui l'environnent , et qui doit
recéler pour l'ami des sciences naturelles , des trésors
bien plus précieux que l'or renfermé dans son
sein. Notre associé Bruguieres ne cessait d'ént mérer
les productions de la nature dans la Turquie , dans
l'Egypte , et dans d'autres contrées orientales . Et
enfin , la classe chargeait deux de ses membres d'offrir
à la reconnaissance publique , dans un travail
qui va être lu dans cette séance , les efforts heureux
dont le cit . Martin est venu , des bords de l'Amérique
méridionale , faire hommage à l'Institut national
, et qui ont assuré dans la Guyane françaite
la prospérité de ces épiceries devenues si nécessaires
à l'Europe , qui ont successivement enrichi
tant de nations fameuses , et qui , pendant longtems
resserrées dans un étroit Archipel indien
arrachées à cette enceinte trep privilégiée , par le
courage éclairé du célebre Poivre , rendues , pour
ainsi dire , à la nature qui les avait destinées à tous
les climats favorisés du soleil , sont maintenant assez
abondantes dans une de nos colonies , pour que
Tome XXVII.
"
( 18 )
les récoltes qu'elles y donneront suffisent bientôt
à la consommation de la France.
A peine l'Institut national existe -t-il depuis une
année ; et avant peu de tems , une grande partie de
la surface de la terre , aura été parcourue par plusieurs
de ceux qui le composent . Pendant que la
valeur de nos légions triomphantes fait flotter au loin
Féterdard tricolor , ils vont faire entendre les accens
de la science au milieu des glaces amoncelées des
poles et des plages ardentes des contrées équatoriales
, des cataractes retentissantes du nouvéau continent
, et des solitudes silencieuses de l'intérieur de
l'Afrique , des forêts sauvages où l'homme ne pénetre
qu'avec , peine , et des régions depuis long- tems soumises
à sa puissance . Par- tout et la nature et l'art
vont être forcés de répondre à leurs voix , pour la
gloire des sciences et le bonheur du monde . Ah !
puisse la douce paix favoriser , accroître , multiplier
ces généreux efforts ! puisse-t- elle , conduite par la
sagesse, da liberté et la victoire , venir bientôt rani-,
mer les arts , seconder le génie , et consoler l'humanité
!
•
* 300
1
Notice des Mémoires de Mathématiques, par le cit , PRONY.
7
LE cit . Flaugergues , membre associé résidant à
Vivier , a adressé à la classe un mémoire où il traite.
des effets du mouvement de la terre sur les phases
des occultations d'étoiles par la lune. On a remarqué;
que les étoiles paraissaient s'avancer sur le disques
lunaire pendant quelques secondes avant leur occultation
; et Flaugergues , l'année derniere , avait donné
( 19 )
une explication de ce phénomene qu'il attribuait à
la différence des aberrations de l'étoile et de la lune.
Sa théorie avait paru aux géometres et aux astro
nomes de l'Institut plus ingénieuse que solide , et ils
avaient fait part à la classe du résultat de leurs reflexions
et de leur examen ; mais Flaugergues lui
adressait , presqu'en même tems , le mémoire dont
on parle , et qui a mis fin à la discussion ; il y dit
qu'un examen plus approfondi lui a fait reconnaître
que quoiqu'à raison de l'aberration une étoile en
conjonction doive paraître plus avancée que la lune ,
du côté où la terre se meut , néanmoins par une cir
constance particuliere des occultations , l'étoile ne
peut pas paraître plus avancée que le bord de la
lune . Il donne l'explication de cette espece de páradoxe
, et se trouve ainsi d'accord avec ses collégues .
Le cit. Flaugergues a envoyé à la classe un autre
mémoire relatif à une observation curieuse de l'étoile
de Mars ; il a observé , le 18 avril 1796 ( u.st. ) ,
au matin, l'étoile du sagittaire sortant de dessous
le disque de Mars dont elle paraissait toucher le
bord supérieur. Le résultat le plus important de cette
observation est le lieu du noeud qu'il trouve de
í signe , 17º ,25588′ ,, 66 ddiifffféérraanntt,, en moins , de 2 , 2
celui donné par les tables.
10 11
(
de
Le cit. Delambre , l'un des astronomes chargés de
la mesure de l'arc du méridien compris entre les
paralleles de Dunkerque et de Barcelonne , et qui
doit servir à la détermination de l'unité fondamentale
du nouveau systême métrique , a donné le détail
de la suite de ses opérations , jusqu'à l'époque où la
mauvaise saison l'a obligé de se retirer à Evaux , où
B 2
( 20 )
il emploie son hiver à faire des observations astronomiques.
Il résulte de son exposé qu'il a completté,
à partir de Dunkerque , la mesure d'une longueur
de 28Sooo toises de l'arc du méridien, à quoi il faut
ajouter ce que Mechain a fait de son côté , en venant
de Barcelonae , et dont il n'a pas encore rendu compte..
Tout feit espérer que cette grande et mémorable
opération sera terminée dans le cours de l'an VI , et
la République Française aura signalé les premieres
années de son existence par l'établissement d'un systême
métrique dont la formation sera le résultat des
connaissances perfectionnées acquises dans les sciences
physiques et mathématiques , et aura même contribué
à les enrichir de nouvelles découvertes .
1
BOTANIQUE.
Description du STRELITZIA regina , qui vient de fleurir
au jardin des Plantes , par le cit , VENTENAT , membre de
Institut national.
Le
18
E STRELITZIA regina qui avait fleuri il y a deux ans
au jardin botanique de Paris , présente en ce moment
aux yeux des amateurs toute l'élégance et toutes les
richesses de sa fructification . Ses fleurs , parfaitement
développées , permettent au naturaliste d'en saisir
tous les caracteres . Cette superbe plante cst originaire
du cap de Bonne - Espérance . On sait que cette
partie de l'Afrique produit un grand nombre de
végétaux appartenans à la famille des liliacées , et
qu'elle est la patrie des Alethris , des Gladiolus , des
1
"
( 21 )
Ixia , des Morata , des Hamanthus , des Lachenalia , etc.
Le Strelitzia regine fut introduit en Europe l'an 1773 ,
par M. Banks , président de la société royale de
Londres. Ce célebre naturaliste fit dessiner et graver
cette plante , et il en existe une superbe figure dans
l'hortus Kewensis.
,
Le STRÉLITZIA reginæ s'éleve à la hauteur de 4 å
5 pieds. Ses feuilles toutes radicales , et portées sur
de longs pétioles , sont oblongues , très- entieres
ondulées sur leur bord inférieur , coriaces , traver
sées dans leur milieu par une nervure longitudinale ,
épaisse , de laquelle part ent une foule de petites nervûres
transversales , très-fines , comme dans les Bananiers.
La surface de ces feuilles est parfaitement
glabre ; leur couleur est d'un verd pâle cn dessus , et
glauque en dessous ; elles sont persistantes , et sur
une longueur d'un pied , elles présentent près de
cinq pouces de large . Les pétioles qui les soutiennent
sont engaînés , presque comprimés , droits .
glabres , longs de trois pieds et de la grosseur du
pouce. Les fleurs naissent au sommet d'une hampe
droite , cylindrique , plus élevée que les feuilles , et
recouverte de gaînes alternes , distantes , acuminées ,
de couleur verte et purpurine sur leurs bords . Elles
sont d'abord renfermées dans une spathe monophylle ,"
cymbiforme , acuminée , horisontale , de couleur semblable
à celle des gaînes de la hampe , longue de
six pouces , et elles en sortent successivement munies
chacune d'une spathe lancéolée , courte et blan-"
châtre .
Le calyce est à six divisions , dont trois extérieures
et trois intérieures ; les trois extérieures sont grandes ,
·
B 3
( 22 )
presque égales , de couleur jaune et longues environ
de trois pouces deux d'entre elles plus rapprochées,
oblongues , concaves , acuminées et droites forment
une levre supérieure ; la troisieme écartée , canaliculée
, élargie et réfléchie sur les côtés , munie sur le
dos d'une nervure longitudinale , rétrécie dans la partie
supérieure , terminée en pointe , est un peu inclinée
en dehors , et imite une levre inférieure . Les
trois divisions intérieures sont alternes avec les exté
rieures , de couleur bleue et inégales . L'une d'elles
très - courte , conformée en capuchon , contenant une
fiqueur mielleuse , est cachée au fond de la fleur
entre les deux divisions extérieures rapprochées ; les.
deux autres , sortant du même plan que le calyce
extérieur entre les interstices des deux levres , sont
presque de la même longueur que la division extérieure
, écartée , qui les embrasse par le haut ; elles
sont à leur bâse rétrécies , canaliculées et ondulées
sur un bord , munies vers leur milieu d'un appendice
, élargies , toujours ondulées en dessus , et commé
tronquées à leur sommet. Ces deux divisions étant
agglutinees , et presque réunies d'un côté dans leur
longueur , semblent faire corps , et former une gaîne
dans laquelle sont renfermés les organes sexuels . Les
étamines , au nombre de cinq , attachées dans lá, par-,
tie rétrécie , et canaliculée des deux divisions inté
rieures , se prolongeant avec elles , sont recouvertes
savoir deux par le bord d'une division , et les trois .
autres par le bord de la seconde division. Ces cing
étamines sont fertiles , et composées de filamens filiformes
et d'autheres linéaires , droites , très-longues .
Il n'existe point de sisieme étamine ; mais on trouve
4
( 83 )
dans le milieu de l'intérieur de la division conformée
en capuchon , une nervure saillante qui paraît
être le rudiment de cette étamine avortée . Le pistil
est formé d'un ovaire adhérent ( inférieur l' ) , oblong ,
obscurément trigone ; d'un style filiforme , situé sous
le bord de la division intérieure qui ne renferme
que deux étamines , et de trois stigmates subulés , un
pea contournés , étroitement rapprochés , comme
agglutinės et saillans . Le péricarpe , que nous n'avons
pas eu occasion d'observer , est , selon Aiton , une
capsule presque coriace , oblongue , obtuse , obscu
rément trigone , triloculaire , trivalve les semences ',
selon le même auteur , sont nombreuses , disposéés
sur deux rangs , et insérées sur un placenta central.
STRÉLITZIA , du nom de la reine d'Angleterre à qui
ce genre a été dédié .
鼻
On voit par la description du Strelitzia regine que
cette plante , soit par l'élégance de son port , soit par
la grandeur et la beauté de ses fleurs dont la couleur
des divisions extérieures , contraste agréablement
avec celle des divisions intérieures ,ཏེ་ mérite d'être
cultivée avec soin , et d'être recherchée par les amateurs
. Elle appartient à la pentandrie monogynie
du systême sexuel , et elle doit être placée dans la
méthode naturelle tracée par le cit. Jussieu , après
Heliconia. En effet , le caractere énoncé prouve le
rapport de ce' genre avec ceux de l'ordre des Bananiers
, dont il ' reproduit les mêmes parties , mais conformées
différemment ; telles que la spathe générale
renfermant plusieurs fleurs munies chacune d'une
spathe particuliere ; les ssiixx ddiivviissiioonnss dduu calyce, dont
quélques - unes plus interieures ; six étamines ,
intérieuregulinom , si
à
dont
B4
( 24))
une stérile ; un jovaire adhérent, un seul style terminé
quelquefois par trois stigmates , et un fruit à trois
loges polyspermes .
1
L'Heliconia alba LS. doit appartenir , selon l'observation
de Swartz , au genre Strelitzia ; MM. Bouiloub
freres , Espagnols , très -versés dans la botanique et
dans les autres parties de l'histoire naturelle , qui
viennent de quitter l'Angleterre , m'ont appris que
cette plante , dont le port ressemble à celui du
Musa paradisiacal , avait fleuri à Kew en 1796. Aiton ,
directeur de ce jardin , a recueilli une certaine quantité
de la liqueur contenue en assez grande abondance
dans la cavité de la division courté du calyce
intérieur et en employant les procédés ordinaires ,
il est parvenu à en obtenir du sucre.
*
10 HO MORA L E.
De l'influence des passions sur le bonheur des individus
et des nations ; par madame la baronne Staël de
Holstein. Un volume in - 8 ° . A Lausanne , et à Paris ,
chez Fuscha libraire.
QUUAANNDD une lecture , dit la Bruyere , vous éleve
l'esprit , et qu'elle vous inspire des sentimens nobles
et courageux , l'ouvrage est bon et fait de main
d'ouvrier.
།
Si telle est en effet la véritable regle d'après laquelle
on doit juger d'un ouvrage et en apprécier
l'auteur ; si le meilleur livre est celui qui généra
"
( 25 )
lement donne le plus de bons sentimens et de
bonnes idées , qui anime de plus d'enthousiasme
pour tout ce qui est grand , beau et vrai , qui inspire
plus d'amour pour les hommes , plus de respect pou
leurs vertus , plus d'indulgence pour leurs faiblesses
plus de pitié pour leurs douleurs ; si , pour tout dire.
en un mot , le meilleur livre est celui qui , appor
tant à l'honnête homme qui le lit un bon témoignage
de lui-même , lui en fait l'auteur , comme il aime
sa conscience ; c'est à ceux qui , en lisant l'ouvrage.
dont nous allons parler , sauront en recevoir les impressions
, à prononcer ensuite sur le caractere propre
et du livre et de l'auteur.
"
Ce n'est point l'analyse de ce livre que nous effrons
ici à nos lecteurs . On peut analyser un écrit.
rigoureusement philosophique , où l'auteur n'a d'autre
but que de démontrer une ou plusieurs vérités , par,
une suite de propositions identiques qui s'enchaînent
l'une à l'autre , et dont l'identité n'est pas perceptible
au premier aspect. Comme dans un tel ou
vrage , l'auteur ne se propose uniquement que d'en
venir à un résultat absolument , nouveau ou mal
apperçu jusqu'à lui , et d'y venir par la voie la plus
courte , il a besoin d'une marche rigoureuse qui
enchaîne son imagination , et l'empêche de troubler .
les actes de sa pensée , soit en la partageant , soit
en lui donnant une fausse direction . La seule chose
qui l'occupe , et dont il veut occuper les autres ,
c'est l'examen rigoureux du rapport des idées et de
leur convenance ou de leur disconvenance. Il est
donc obligé pour saisir mieux ce rapport , pour
rendre plus sensible cette convenance ou cette ais-
༢
( 26 )
V
convenance , de rapprocher le plus possible les signes
de ces idées , c'est - à - dire , de parler une langue plus
simple et plus précise . Tout ce qui dans de pareilles
matieres serait donné au besoin d'émouvoir , serait
perdu pour le besoin d'instruire . Lorsqu'un livre a
été conçu et exéenté dans cette vue systématique ,
Lorsque toutes les parties ont été disposées de maniere
à s'éclairer et à se soutenir mutuellement , on
peut donc , en suivant à la trace l'esprit de l'auteur,
et le développement de son idée principale ,
en offrir aux autres , dans le même langage , le tableau
général ét méthodique.
2
&
Il n'en est pas de même d'un livre dont l'objet
propre est moins de porter dans l'esprit la lumiere
de la démonstration sur des vérités abstraites de
morale , que de réveiller tout ce qu'il y a de sensible
dans l'ame humaine pour la rendre meilleure , pour
lui donner, par ses propres affections , une direction
plus conforme à ses forces et à ses besoitis ; d'un
livre dù la pensée de l'auteur në se montre jamais
à vous qu'au milieu de toutes les influences de son
ame et de tous les mouvemens de son imagination ;
où il n'y a presque pas nne abstraction de l'esprit
qui ne soit révêtué d'une image , et qui n'aillé éveillér
un sentiment ; où vous ne trouvez pas une page qui
ne vous remplisse d'impressions . Ici comme le but
est différent , les procédés de l'art ne peuvent être
semblables. L'art d'émouvoir a bien sa méthaply
sique , comme l'art d'exposer des idées ; et lorsque
l'effet est produit , et que l'esprit le décomposé par
l'analyse , il y retrouve bien toujours la même direction
de l'entendement ; mais cette liaison est , pour
1
( 8% )
ainsi dire , purement intuitive ; et s'il est facile de
la démêler en soi-même , en écoutant sa sensibilité ,
il est impossible de la rendre perceptible aux
autres .
+
Nous croyons donc que le seul moyen de se faire
une idée juste de l'ouvrage que nous annonçons ,
est d'en chercher dans le livre même , c'est- à- dire ,
dans les impressions qu'il produit , le caractere propre.
Ce n'est pas par ce qu'on montrerait soit de vrai ,
soit d'inexact dans telle ou telle idée , de clair ou
d'obscur dans telle ou telle phrase , qu'on pourrait
croire avoit donné ou reçu à cet égard une opinion
complette et juste. C'est par l'effet des différentes
parties , et sur- tout par l'effet total de l'ensemble ;
c'est par la disposition d'esprit et de coeur où l'on
se trouvera en le lisant et après l'avoir lu , qu'on
pourra le mieux apprécier le but moral et l'utilité
réelle de cet ouvrage ; et alors , on jugera peut- être .
que cet ouvrage est le plus remarquable qu'on ait vu
depuis long- tems , soit pour l'abondance et la nouveauté
des idées , soit pour l'éclat du talent , soit ,
pour cette maniere grande et ferme de voir de haut
et de loin , et pour ce caractere d'ame qui est aux
productions de l'esprit , ce que la physionomie est
à la figure humaine . Alors on dira avec l'auteur luimême
qu'en publiant ce fruit de ses méditations ,
il n'a fait que donner l'idée vraie des habitudes de
sa vie et de la nature de son caractere .
#
}
Le but géneral de cet ouvrage est de prouver que
le bonheur est incompatible avec les passions ; que
si l'absence de ces passions n'assure pas le bonheur ,
elle exempte du moins de grands maux que la-
-
( 28 )
}
philosophie , l'étude , la bienfaisance sont les ressources
qui restent aux ames trop exposées à la
tyrannie des passions .
Le bonheur tel qu'on le souhaite , dit madame de
Staël , est la réunion de tous les contraires . C'est
pour les individus l'espoir sans la crainte , l'activité
sans l'inquiétude , la gloire sans la calomnie , l'amour
sans l'inconstance ; l'imagination qui embellirait à nos
yeux ce qu'on possede , et flétrirait le souvenir de
ce qu'on aurait perdu ; enfin, l'inverse de la nature
morale , le bien de tous les États , de tous les talens ,
de tous les plaisirs , séparé du mal qui les accompagne.
Le bonheur des nations serait aussi de concilier
ensemble la liberté des républiques et le calme
des monarchies , l'émulation des talens et le silence
des factions , l'esprit militaire au- dehors et le respect
des lois au dedans. Le bonheur tel que l'homme le
conçoit , c'est ce qui est impossible en tout gene ; et le
bonheur tel qu'on peut l'obtenir , le bonheur sur
lequel là réflexion et la volonté de l'homme peuvent
agir , ne s'acquiert que par l'étude de tous les moyens
les plus sûrs pour éviter ses grandes peines . C'est à la
recherche de ce but que ce livre est destiné .
-
La premiere partie de l'ouvrage de madame de
Staël , et c'est le volume qu'on publie aujourd'hui ,
a pour objet l'influence des passions sur le bonheur
des individus . La seconde partie traitera de cette
influence sur le bonheur des nations : cette marche
est très-naturelle , et très - conforme à l'ordre des idées
et à l'ordre des choses . Le bonheur des nations n'est
qu'une formule générale et abrégée , qui renferme et
exprime toutes les especes particulieres de bonheur
( 29 )
individuel , et les passions n'agissent sur les Etats
qu'après avoir agi long- tems sur les individus .
>
---
Ce volume est divisé en trois sections . Dans la
premiere , madame de Staël considere l'influence
qu'ont sur le bonheur de l'homme les passions de la
gloite , de l'ambition , de la vanité , de l'amour , du
jeu , de l'avarice , de l'ivresse , de l'envie , de la
vengeance , de l'esprit de parti , du crime. Dans
la seconde , elle analyse les rapports qu'ont avec la
passion ou la raison quelques affections de l'ame ;
telles que l'amitié , la tendresse filiale , paternelle et
conjugale , et la religion. La troisieme offre le
tableau des ressources qu'on trouve aussi , de celles
qui sont indépendantes du sort , et sur- tout de la
volonté des autres hommes , telles que la philosophie,
l'étude , la bienfaisance .
--
*
La seconde partie traitera du sort constitutionnel
des nations . L'esquisse qu'en a tracée madame de
Staël , dans son Introduction , suffit pour faire juger
du caractere de grandeur et d'intérêt qu'elle saura
donner à cet ouvrage, et ceux qui auront lu ce morceau
desireront sans doute autant que ses amis que les ac-/
cidens de la vie ou les peines du coeur, en bornant le
cours de sa destinée , ne laissent pas à un autre le soin
d'accomplir le plan qu'elle s'est proposé " ( pag. 19) .
6.6
66
Je trouverai , dit madame de Staël , la cause de
la naissance , de la durée et de la destruction des
gouvernemens dans la part plus ou moins grande
qu'ils ont faites au besoin d'action qui existe dans
toute société . Ceux qui ont lu avec quelque philosophie
l'histoire de l'homme et des nations , sentirent
bien toute la profondeur et la lumiere de ce résultate
1
( 30 )
Il n'existe plus qu'une grande question , dit
madame de Staël , qui divise encore les pensées ;
savoir , si dans la combinaison des gouvernemens
mixtes , il faut ou non admettre l'hérédité .
Ceux qui pensent avec l'esprit de leur siecle , et non
avec celui des siecles derniers ; qui ne prennent pas
une expérience fausse pour une expérience vraie ; qui
savent ce qui s'est passé avant eux , et ce qui se passe
en ce moment ; qui observeut sans préjugé de nation
, d'âge et d'état , les moeurs actuelles , les lumieres
, les besoins , tous les principes d'action
des nations modernes , ont assez généralement pris
leur pårti sur cette question . Tout ce que dit à cet
égard madame de Staël , prouve parfaitement qu'elle
n'ignore rien de ce qu'on peut alléguer pour ou
contre sur cette matiere . Aussi son opinion en ac•
quiert- elle une plus grande autorité , lorsqu'elle dit
ensuite Les privilégiés héréditaires et ceux qui
ne le sont pas , peuvent être revêtus de noms différens
; mais la division se fait toujours sur ces deux
bâses , l'on se sépare et l'on se rallie , d'après ces
-deux grands motifs d'opposition . Ne serait - il pas
possible que le genre humain , témoin et victime
de ce principe de haine , de ce germe de mort qui a
détruit tant d'Etats , pût chercher et trouver la fin
du combat de l'aristocratie et de la démocratie ; et
qu'au lieu de s'attacher à la combinaison d'une balance
qui , par son avantage même , par la part
qu'elle accorde à la liberté , finit toujours par être
renversée , on examinât si l'idée moderne du systême/
représentatif n'établit pas dans un gouvernement un
soul intérêt , un seul principe de vie .
( 31
Tout ce qu'elle dit ensuite sur les avantages de
systême representatif , de cette veritable aristocratie
de la nature, de ce gouvernement des meilleurs et des
plus éclairés , substitué au gouvernement des plus
nobles et des plus riches ; des effets de l'esprit de
place si différens de l'esprit de corps , et qui donnent
şi bien tout ce que les autres promettent ; de l'influence
des progrès de l'esprit humain sur la simplification
des combinaisons politiques ; tout ca
qu'elle dit à cet égard n'appartient qu'à un esprit
très -étendu et tres-éclairé .
"
Tout invite la France , dit madame de Staël,
rester républicaine.... La France doit persister dans
cette grande expérience , dont le désastre est passé,
dont l'espoir est à venir. Mais peut-on assez inspirer
à l'Europe l'horreur des révolutions ?....... Laissernous
, en France combattre vaincre , souffrir ,
mourir dans nos affections , dans nos penchans les
plus chers , renaître ensuite peut- être pour l'étonnement
et l'admiration du monde . Mais laissez un
siecle passer sur nos destinées ; vous saurez alors si
nous avons acquis la véritable science du bonheur
des hommes ; si le vieillard avait raison , ou si le
jeune homme a mieux disposé de son demain , l'ave
nir. Hélas ! n'êtes-vous pas heureux qu'une nation
toute entiere se soit placée à l'avant garde de l'espace
humaine, pour affronter tous les préjugés , pour essayer
tous les principes ? Attendez , vous , génération
contemporaine ; les proscriptions
nez encore de vous les haines,
et la mort. Nul devoir ne pourrait
exiger de tels sacrifices , et tous les devoirs au contraire
son une loi de les éviter.
1
( 32 )
Il est bien à craindre , dans l'état actuel des hom
mes et des choses en Europe , que ces conseils ne
soient gueres écoutés , et que les ames sensibles
n'aient à cet égard , plus.de voeux à former que d'espérances
à concevoir. Une des plus fortes têtes des
tems modernes , Harrington , a écrit dans le dernier
siecle , que les révolutions politiques ne sont point
au pouvoir des hommes ; qu'elles sent aussi inévi
tables , aussi nécessaires de leur nature , que les
révolutions physiques . D'après cela , les révolutions
politiques seraient , dans l'ordre moral , ce
que la foudre est dans l'ordre physique , un moyen
terrible mais nécessaire de rétablir l'équilibre , lorsqu'on
n'a pas eu la prévoyance de placer des conducteurs.
Le tems , dit Bacon , est le plus grand révolutionnaire
qui existe ; et tous les malheurs des nations
viennent de ce qu'on croit être le maître de ne pas
révolutionner avec lui.
La suite au numéro prochain.
LITTÉRATURE . PHILOSOPHIE.
Euvres complettes d'HELVETIUS ; quatorze volumes in- 18.
A Paris , de l'imprimerie de DIDOT l'aîné , et se vend
chez FIRMIN DIDJT, libraire, rue de Thionville , nº. 116.
HALVÉTIUS
ELVÉTIUS n'a plus besoin d'éloge . Son nom , cher
à la philosophie , aux lettres et à la vertu , appartient
à la vaste république des hommes qui pensent. Ses
auvrages, traduits dans toutes les langues , ont exercé ,
dans tous les pays , la puissance du génie occupé
des
( 38)
des progrès du perfectionnement de la raison , et du
bonheur de l'humanité.
Montesquieu , Voltaire et Rousseau ont été ses
contemporains ; et les deux premiers , ses amis . Tous
trois ont eu , chacun dans un genre différent , une
grande influence sur leur siecle ; mais Helvétius e
produira peut-être une plus grande sur les siecles à
venir. Si ces trois célebres écrivains ont eu sur lui
la supériorité d'un talent marqué d'un coin plus original
et plus fortement imprimé, il a sur eux l'avantagé
d'avoir répandu un plus grand nombre de vérités
, de ces vérités qui n'ont besoin , pour être senties
, hi des formes piquantes du style , ni de ces ni
émotions profondes qui séduisent et ébranlent plus
souvent le coeur et l'imagination , qu'elles n'éclairent
l'esprit , mais qui produisent des effets plus utiles
plus durables , et sur-tout plus indépendans de ces
accessoires auxquels le goût attache un grand prix
mais qui , dépouillés de leur artifice par le travail
d'une analyse sévere , ne laissent qu'un petit nombre.
de résultats pour l'avancement des connaissances
humaines. Ce n'est pas qu'Helvetius n'ait eu , comme
écrivain , le mérite assez rare d'approprier toujours
son style à sa pensée , de réunir le goût à la justesse ,
et l'harmonie à la clarté , mais il a eu , par - dessus
tcut , le mérite plus rare encore de penser profondément.
Mon, 72
Il n'est aucun de ses ouvrages qui ait paru , de
son vivant , et même après sa mort , tels qu'il les avait
composés. Le livre de l'Esprit a toujours été réimprimé
avec les cartons que la prudence de ses amis
obligea d'insérer dans la première édition . C'était
Tome XXVII.
( 34 )
alors l'époque où les philosophes les plus courageux
n'osaient publier que des demi-vérités , et où Montesquieu
lui-même , tout partisan de la monarchie
qu'il était , s'était vu contraint de jetter , à l'exemple
de Tacite , sur son laconisme ordinaire , un voile qui
dérobât ses idées à l'oeil inquiet du despotisme,
$
.I
ཛ॰ ' '
füü
Le livre de l'Homme ne fut imprimé , après la mort
d'Helvétius , que sur une copie envoyée , en 1767 , à
un savant de Nuremberg , qui devait le traduire et le
faire paraître d'abord en allemand , moyen qu'on
avait cru propre à épargner de nouvelles persécutions.
à l'auteur. Le savant mourut avant d'avoir achevé sa
traduction . L'on ne sait comment , sur cette copie , a
été faite en Hollande la premiere édition de cet
ouvrage , qui a servi depuis aux éditions multipliées .
répandues en France et en toute l'Europe , avec les
fautes nombreuses qu'y ont encore ajoutées l'ignorance
et l'avidité des contrefacteurs. Depuis l'envoi .
de cette copie en Allemagne , Helvétius avait corrigé
et perfectionné son ouvrage ; beaucoup de notes en
ont été retranchées ou fondues dans le texte ; des
chapitres entiers ont été refaits ou supprimés.E
Les amis de la raison et de la saine philosophie ,
doivent savoir gré au cit . Laroche , à qui Helvétius:
avait légué ses manuscrits , comme un témoignage de
l'estime et de l'amitié qu'il lui portait , de publier .
aujourd'hui une édition exacte et complette des .
oeuvres de ce grand homme . Elle n'a pas seulement
le
mérite que lui donnent les presses célebres de
Didot l'aîné ; l'éditeur y a joint plusieurs pieces qui
n'ont point encore vu le jour. Tels sont différens
morceaux de poésie , genre qu'Helvétius avait cultivé
( ( و و ا )
avec succès , et dont il voulait faire les aimables de
lassemens de sa vieillesse ; sa correspondance avec
plusieurs des hommes les plus célebres de l'Europe ,
production dont le public est toujours avide , parce
que c'est-là qu'il cherche l'homme encore plus que
l'écrivain , et que dans cet abandon de l'ame et de
T'esprit il aime à saisir les traits qui peignent l'une.
et l'autre , sans aucun de ces ornemens ambitieux que
T'on pourrait appeller la toilette des auteurs des
pensées et réflexions morales , fruit de ses lectures et de
ses méditations , et où Helvétius s'est incins occupe ,
comme Larochefoucault et Labruyers , à peindre
quelques vices du coeur humain , et à en saisir les
plus imperceptibles nuances , qu'à présenter le germe
' d'une foule d'idées profondes , et toujours dirigées vers
les progrès de la raison et le bonheur des hommes ,
sentiment qui a formé le caractere dominant de ses
actions comme de son esprit , et qu'il n'a jamais
perdu de vue dans aucun de ses ouvrages .
Parmi ces différens morceaux , on remarque des
observations infiniment justes sur l'esprit des lois ,
adressées à Montesquieu lui-même et à Saurin , leur
ami commun , ou répandues dans ses réflexions morales ;
d'autres sur la constitution d'Angleterre , qu'il a su
apprécier sans préjugé comme sans enthousiasme ;
d'autres sur la nécessité d'instruire le peuple , dans
un tems où le peuple n'était compté pour rien , mais
où l'auteur prévoyait qu'il ne tarderait pas à être
compté pour tout. En lisant ces différentes pieces ,
dit l'éditeur , on les croirait écrites pendant la révolution
; tant il est vrai qu'un philosophe qui a passé
sa vie à méditer sur les droits des hommes et suf
C ,
( 36 )
est en avant des es erreurs des gouvernemens ,
idées de son siecle , et prévoit les effets qué doit
produire infailliblement le progrès des lumieres et
des véritables principes de l'ordre social. "
La publication des OEuvres complettes d'Helvétiuș ,
que l'on doit compter dans le petit nombre des
livres classiques , est d'autant plus précieuse dans
les circonstances actuelles qu'il existe entre les
ennemis de la liberté et de notre révolution , une
coalition secrette qui s'efforce de rétablir l'empire'
des préjugés , de la superstition et du despotisme ,
sur les débris de la raison et de la philosophie ;
hommes égarés par des passions politiques , qui voudraient
faire reculer leur siecle vers les siecles d'ignorance
et de servitude ! hommes inconséquens, qui
combattent aujourd'hui les principes dont ils étaient
autrefois les plus ardens apologistes ! Il suffirait , pour
leur répondre , de les mettre en opposition avec
eux-mêmes ; mais c'est aux écrits des grands hommes
tels qu'Helvétius , à prémunir les esprits chancelans
contre leurs insinuations perfides , et à fortifier les
hommes libres dans l'amour de l'indépendance et
de la liberté .
POÉSIE.
LE CHAT DU TEINTURIER. ( Fable. )
Le Chat d'un Teinturier , rusé , plein de courage ,
Était l'effroi des rats du voisinage ;
Il les guettait sans cesse alerte et furibond ,
( 37 )
Et vous les croquait sans façon ,
Comme un morceau de lard ou de fromage .
Aussi le drôle avait-il l'embonpoint
D'un reclus qui ne jeûne point ,
Qu'engraisse saintement le don de ne rien faire.
Un soir , le Raminagrobis ,
Troublé dans ses exploits hardis ,
Se laissa choir au fond d'une chaudiere ,
Où se manipulait l'éclatante couleur
A Rome toujours en honneur ,
Qui des rois fastueux releve la parure ,
Et souvent de leur coeur est la vive peinture.
Notre Chat , lors pris en défaut ,
A force d'employer et la griffe et la patte ,
Et de commencer maint saut ,
Sortit de sa prison teint d'un bel écarlate.
La gent souri , trompée à cet aspect nouveau ,
S'approche , se rend familiere ,
Trotte , gambade autour de son museau :
Mais , sous la magnifique peau ,"
Crac , s'élance soudain la griffe meurtriere ,
Qui par douzaine , au moins , vous les plonge au tombeau.
Ennemis acharnés de notre République ,
Au nom de citoyen remplis d'un vain courroux ;
O zélés amateurs de l'éclat monarchique !
Cette fable s'adresse à voux .
Par P. J. B. NONGARET,
ON
ENIGME,
N raconte de moi quantité de merveilles
Je suis fait cependant comme maint animaux ,
Sinon que je n'ai point d'oreilles ;
t
G3
( 38 ).
Est-ce un mal ? On entend de si mauvais propos !
Je fais dans les rochers ma retraite ordinaire :
Je m'avance à pas lents , et toujours gravement ;
Malgré cela je fais la guerre ,
Ennemi redouté d'un insecte volant.
Te rendre ma couleur , lecteur , c'est autre chose.
Je suis brun , jaune , verd , gris , et couleur de rose
Bleu , rouge , violet , noir ou blanc , c'est selon ,
Que te faut-il de plus pour deviner men nom
"
LOGO GRIPHE.
Avic six pieds je vous monte à la tête
J'y porte de vaines terreurs ,
Des noirs chagrins votre ame s'inquietę ,
Charmante Eglé , je fais couler vos pleurs, a
Fuyez l'ennui dont vous êtes la proie
Reprenez les tis et la joie
Qu'autour de vous vous inspirez ,
Par ce moyen vous me dissiperez .
Je ne suis rien qu'un vain phantôme
Dans l'obscure nuit enfanté ;
Je disparais au jour de la gaieté
Sans les secours du docteur Pomme.
Moquez-vous de la faculté ,
Et des grands mots dont elle vous assomme ,
It de moi-même ; en vérité ,
Je ne veux pas que l'on me nomme ,
A peine suis-je une réalité ,
Amusez-vous pour me connaître
A diviser tous !mes ressorts ;
Vous verrez dans mon sein l'élément le plus traitre ;
Et l'enveloppe de nos corps ;
( 3g )
Un insecté dévorant ; unè islé ;
Un passage dans une ville
Une racine ; une ville au midi ;
Ce qu'est un eoeur dans l'innocence ;
Renverséź mes six pieds , je suis dans l'indigence.
C'en est assez , et j'ai fini.
SPECTACLES.
THEATRE DE L'OPERX Comiqui NATIONAL,
7
Le sujet de Lisbeth , opéra , donné dernierement au
théâtre de la rufe Favart , est le
Conte de Florian , déja
$ Commission
,
mis deux autres fois en scéne sous le titre des
naires ; mais l'auteur du nouvel ouvrage a su se l'approprier
par la manière nouvelle dont il a envisagé ce sujet ,
et par des accessoires de son invention . Les deux pre
miers ne l'ont traité que sous le rapport du raccommodement
de la jeune fille séduite avec son ravisseur ; célui - ci
a présenté sa réconciliation avec un pere inflexible , et ce
point de vue offte d'autant plus d'intérêt ,
l'autre s'y que
trouve compris implicitement. L'auteur de Lisbeth , le cit.
Favieres , a imagine de placer dans son drame un personnage
dont le nom seul suffit pour y répandre un nouvel
intérêt ; c'est Gesner , auteur de la mort d'Abel et d'autres
poésies allemandes , Gesner , retiré en Suisse , où la scené
se passe , et qui se trouvé médiateur entre la malheureuse
Lisbeth , abusée par un jeune homme dont elle n'a plus
de nouvelles , et son père qui , imbu des moeurs austéres
du pays qu'il babite , ne veut point distinguer la faiblessé
du crime , et chasse loin de lui cette infortunée , accablée
de sa malédiction . Mais son enfant , exposé sous les ré a ds
de ce pere trop sévere , et qu'il s'empresse d'adopter ,
amene un dénouement satisfaisant..
La musique de cet ouvrage est de Grétry i on y trouve toute
la fraicheur de sa jeunesse , avec la force de l'expérience .
C'est une excellente réponse à ceux qui croiraient que les
nombreux ouvrages de cet homme celebre ont épuisé son
génie . C'est le plaidoyer de Sophocle. Honneur à ce mus
sicien-poëte !
C 4
M4
1
( 40 )
La piece est fort bien jouée en général. Madame Saint-
Aubin sur-tout a été fort applaudie .
La
décoration offre un des sites de ce pays magique
de ces montagnes suisses , qu'un auteur moderne appelle
les grands atelliers de la nature. On n'a pas trouvé qu'ils
fussent rendus avec verité. On a paru plus satisfait.
des
costumes des personnages et ded
tableaux introduits dans
l'ouvrage mênie par le poëte ; quoiqu'ils n'y soient pas
amenés trèsnaturellement
, ils
produisent au moins un effet
agréable.
Cette piece , dont on a demande les deux auteurs , qui
'ont point part , a obtenu le plus grand succès .
A la seconde
représentation , une couronne fut jettée
des loges , avec une piece de vers. On appella les auteurs ;
Grétry parut , amené presque de force
Aubin , qui , aidée de
mademoiselle Carline , plaça sur sa par madame Sainttête
cette couronne bien due à ses talens et à cette suite
de triomphes qui le rendront immortel ,
THEATRE DEST
ARTS.
Encore un nouvel ouvrage de Grétry , encore un nouveau
succès. Après deux ou trois ans de repos , la verve
de ce compositeur inépuisable s'est ranimée avec plus de
vigueur que jamais . Anacréon qu'il vient de mettre en mu
sique pour ce théâtre , peut être mis au nombre de ses
meilleurs ouvrages. Voici le sujet du poëme :
*
&
Anacreon , jetté par une tempête sur l'isle de Samos , y
trouve un jeune homme que les dieux lui avaient annoncé
en songe. C'est Olphide qui , malgré sa naissance obscure ,
a trouve le moyen de charmer Anais , fille de Polycrate ,
tyran de Samos . Un fils est le fruit de leur hymen, secreta
Anacreon veut sauver le pere , la mere et l'enfant dans la
barque qui la conduit sur ce rivage . , Olphide qui y entre
le premier , est emporté par la violence des flots , et laisse ,
malgré lui ,
son fils
et son épouse à la merci des satellites
de Polycrate , qui s'en saisissent ainsi que d'Anacréon, Celuici
se fait connaître au tyrau qui , ami des arts , malgré son
caractere feroce
est épris du mérite de cet homme célebre
; et , en sa faveur , pardonne à sa fille , mais à condition
qu'elle oubliera l'objet de son amour . Polycrate veut
savoir quel est l'enfant qu'Anacreon a pris sous sa garde :
C'est dit celui- ci l'enfant du malheur ; mais en me char
geant de sa destinée , je veux le consacrer au plaisir. Po- *
To
( 41 )
yerate propose d'accomplir son vou , en les retenant l'um
et l'antre dans sa cour. Cet enfant lui plaît tellement qu'il
l'adopte , et le tient sur ses genoux pendant la fête que
le peuple donne , par ses ordres , à son nouvel hôte . Au
milieu de cette fête , Olphide , rejetté par les vents sur le
rivage de Samos , est arrêté par les gardes . La vue de son·
fils sur les genoux de Polycrate le jette dans l'erreur ; il
se croit pardonné et détruit l'effet des
des soins d'Anacreon
en s'avouant le pere de cet enfant que le tyran rejette loin
de lui avec fureur. Le troisieme acte ne contient
changement gradué de cet homme inflexible , ramene de
meilleurs sentimens par les instances d'Anacréon et par les
charmes de son art.
que
le
Cet ouvrage , bien écrit en général , offre plus d'intérêt et
plus de situations qu'on n'en trouve ordinairement dans les
drames destinés à ce théâtre. S'il y a quelques taches réprouvées
par le goût , on y trouve un plus grand nombre de
détails infiniment agréables, L'auteur est le citoyen Gui .
Nous avons déja dit que la musique est digne du meilleur
de Grétry on retrouve presque par- tout la maniere
vraie , sensible , aimable et originale de ce compositeur ces
lebre. Les deux auteurs demandés ont paru .
Depuis long-tems on n'a rien vu de si beau que les costumes
de cet opéra , monté avec le luxe le plus éclatant et
les soins les plus recherchés. Cette magnificence , toujours"
soumise aux lois du goût , fait honneur à l'administration
trop persécutée de ce théâtre.
Les rôles sont parfaitement remplis . Mademoiselle Henri
justifie chaque jour l'opinion favorable que ses débuts ont
donné d'elle .
nous
1
動
Laïs , comme on le pense bten , est chargé du rôle d'Anacréon
, et y déploie un grand talent . Si ce chanteur célebre
était moins près de la perfection , moins digne d'y aspirer ,
ne hasarderions pas des conseils que son succès semble
rendre inutiles . Quelquefois , à ce qu'il nous a semblé , Laïs
oublie que le compositeur n'a jamais oublié de rendre le
chant d'Anacréon toujours aimable . Pourquoi ces éclats qui ne
doivent exprimer , ni colere , ni passious violentes ? Cette
voix , élancée sans motif et par secousses , contraste d'une
maniere trap forte avec les sous radoucis qui conviennent si
bien à la voix de Laïs , quand il en reste le maître . Veut-il
montrer une grande voix , plutôt qu'une belle voix ? Si ,
comme il est plus vraisemblable , il ne veut que faire desi
oppositions , rappellons -jui que des oppositions ne sont pas
( 42 )
des disparates ; que la voix est l'instrument dont il faut le
plus ménager le son ; et que , s'il le prodigue ainsi dans des
situations douces , il ne lui resterait plus d'effets à produire .
dans les excès de la fureur . Nous ne voulons , au surplus ,
qu'attirer l'attention de ce chanteur , justement célebre , sur
cette partie d'un art qu'il connaît d'ailleurs și parfaitement.
ANNONCES.
Jacques-le-Fataliste et son maître par Diderot ; précédé
d'un hommage aux mânes de I auteur, par Meister de Zurich.
Trois volumes in- 18 avec figures .
La Religieuse par Diderot ; deux volumes in 18 avec figures,
A Paris , chez Gueffer le jeune , rue Git- le-Coeur , no . 16 ;
es Knapen fils , rue Saint - André - dès-Arcs , nº . 46.
Mémoires de Gibbon , suivis de quelques ouvrages posthumes et
de quelques lettres du même auteur , recueillis et publiés par lord
Sheffield , traduits de l'anglais . Deux gros volumes in- 8° , imprimés
sur papier carré collé , avec des caractéres de Didot ,
et enrichis d'une silhouette en pied de Gibbon . Prix , 6 liv .
pour Paris ; et 8 liv . 19 sous , franc de port , pour les dépar-·
temens . A Paris , chez le Directeur de la Décade Philosophique ,
rue Therese , butte des Moulins . Il faut affranchir les lettres
et l'argent .
Cet ouvrage , intéressant pour la littératuré en général , est
indispensablement nécessaire à ceux qui possedent l'Histoire
du Déclin et de la Chûle de l'Empire Romain de ce célebre
écrivain .
Rentiers et Inscriptions au grand livre ; par Saint - Aubin , professeur
de legislation aux Ecoles centrales du département de
la Seine. Brochure in - So . Piix , 12 sols . A Paris , chez les
marchands de nouveautés .
Cette petite brochure contient d'excellentes observations
sur la nécessité et les moyens de faire hausser promptement
les inscriptions sur le grand livre , en les recevant en paiement
de biens nationaux , et en abolissaut tous droits de transfert.
Éclair sur l'Association humaine ,• par Fauteur du Livre des
Erreurs et de la Vérité. A Paris , au Cercle- Social , rue du
Théâtre-Français , nº . 4 ; et chez Maret , cour des Fontaines
a palais Égalité . L'an V ( 1797 ) .
Ce sujet intéressant est traité dune maniere particuliere à
l'auteur , connu déja par d'autres productions dans un geure
qui a fait beaucoup de prosélytes.
4
( 43 )
NOUVELLES ÉTRANGER ES.
Li
ÉTATS - UNIS D'AMÉRIQUE.
De Philadelphie , le 16 novembre 1796.
ministre de France , le cit. Adet , a notifié au
secrétaire d'état la suspension de ses fonctions de
plénipotentiaire auprès de notre République , en
conséquence des ordres qu'il en a reçus du Directoire
exécutif de France ,
On voit, par une piece , que le cit. Adet avait publiée
précédemment , les motifs qui ont déterminé le
gouvernement français à cette démarche .
On y dit que la Grande-Bretagne , dans la guerre
qu'elle a poussée contre la République Française ,
n'a cessé de mettre en usage tous les moyens qui sont
en son pouvoir , afin d'ajouter à ce fléau des fléaux
encore plus terribles ...... qu'elle a fait saisir les vaisseaux
neutres , et particulierement ceux des Améri
cains , jusques dans leurs ports , et en a fait enlever
tous les Français et les propriétés françaises qui s'y
trouvaient ; pendant que la France , liée par un traité
avec les Etats- Unis , éprouvait un désavantage réel
par les articles qui l'obligeaient à respecter, à l'égal
des propriétés américaines , les propriétés anglaises à
bord des bâtimens américains ...... que , d'après cela ,
on devait s'attendre que l'Amérique ferait des démarches
pour s'opposer à la violation de sa neutralité
; qu'un des prédécesseurs du soussigné , au mois
de juillet 1793 , présenta des réclamations à ce sujet
au gouvernement des Etats - Unis ; qu'elles furent sans
succès . Cependant la Convention nationale , qui , par
son décret du 9 mai 1793 , avait excepté les vaisseaux
américains de la saisie prononcée contre les proprié(
44 )
tés ennemies trouvées sur les vaisseaux neutres , fut
bientôt obligée de rapporter l'exception favorable
aux Américains ...... Elle statua donc que l'ordre de
saisir les propriétés anglaises , à bord des bâtimens
américains , serait mis à exécution jusqu'à ce que
l'Angleterre eût révoqué , d'une maniere définitive .
le même ordre qu'elle n'avait fait que suspendre par
suite de l'embargo mis par le congrès , le 26 mars 1794.
Mais peu de tems après , la Convention étant instruite
que M. Jay était chargé de faire des réclamations sur
les mesures vexatoires du gouvernement anglais , elle
ordonna , par une loi du 13 nivôse an III , que les
vaisseaux de la République Française respecteraient
les vaisseaux américains ...... La Convention nationale
et le comité de salut public devaient se flatter
que cette conduite franche et loyale déterminerait
les Etats - Unis à mettre tout en usage pour faire cesser
les vexations exercées sur leur commerce au détriment
de la France .
" On fut trompé dans cet espoir , et quoique lẹ
traité de navigation et de commerce entre les Etats-
Unis et la Grande-Bretagne eût été signé six semaines
avant l'époque à laquelle la France adopta les mesures
dont on vient de parler , les Anglais n'abandonnerent
pas le plan qu'ils avaient formé , et ils
continuerent d'arrêter et de conduire dans leurs ports
tous les vaisseaux américains relâchés dans les ports
français , ou en revenant .
" Cette conduite fut l'objet d'une note que le
soussigné adressa au secrétaire d'état le 7 vendémiaire
an IV ( 29 septembre 1795 ) : elle est restée sans réponse
, et les bâtimens américains , relâchés dans les
ports français , ou en revenant , ont continue d'être
saisis par les Anglais ......
Le gouvernement français se trouve donc vis- àvis
de l'Amérique dans des circonstances semblables
à celles de 1795 ; il se voit forcé d'abandoner , à son
égard , et à l'égard des puissances neutres en général
, la conduite généreuse qu'il avait tenue , et de
prendre d'autres mesures ; le blâme en appartient au
( 45 )
}
gouvernement britannique , dont le gouvernement
français a été obligé de suivre la conduite . ,
Du 7 décembre. Le président des Etats - Unis s'ekt
rendu aujourd'hui dans la chambre des représentans.
du congrès , et y a adressé aux deux chambres réunies
un discours , dans lequel il leur a rendu compte
des affaires générales de la panie , ou commencées
ou terminées depuis le jour de leur derniere réunion .
Nous allons citer quelques passages de son discours,
trop long pour être rapporté en entier. La nécessité
d'avoir une force navale pour protéger le commerce ,
a été un des objets sur lequel il a le plus insisté :
Cette nécessité est évidente , a- t-il ajouté , dans les
cas où cet Etat est forcé de faire la guerre. Mais n'avonsnous
pas d'ailleurs appris par notre propre expérience , que
la plus sincere neutrali é n'est pas un préservatif suffisant
contre les dépredations des nations belligérantes ? Pour
assurer le respect à un pavillon neutre , il faut une force
navale , organisee et prête à le venger de toute insulte ou
de toute aggression . : cela peut même prévenir la nécessité
de faire la guerre , en détournant les puissances belligérantes
de commettre de telles violations du droit de neutralité.
D'après les meilleures informations que j'ai pu obte
hir , je suis fondé à croire que notre commerce dans la
Méditerranée , sans une force protectrice , sera toujours
incertain et trouble , et que nos concitoyens seront exposés
aux calamités qu'un grand nombre d'entre eux vient d'essuyer.
Tous ces motifs doivent engager les Etats - Unis à
s'occuper de la création graduelle d'une marine . Les progrès
toujours croissans de leur navigation leur promettent,
pour une époque peu éloignée , un nombre suffisant de m
telots . Ils ont d'ailleurs beaucoup de moyens ' d'exécuter
une telle entreprise . Leur situation particuliere donnera
du poids et de l'influence à une force navale médiocre
qui sera en leur- possession . Il serait donc utile de commencer
sans délai à se pourvoir des matériaux nécessaires
Pour la construction et l'equipement des vaisseaux de guerte
, et de procéder par degrés , à proportion que nos fès-
Sources nous permettront de le faire sans inconvénient ,
de maniere qu'une guerre future en Europe ne trouve pas
( 46 )
notre commerce dans le même état de non protection of
celle- ci l'a trouvé .
Il lui a paru que le Corps législatif devait s'occuper
de l'éducation publique d'une maniere particuliere ;
et il a proposé l'établissement d une université nationale
et d'une académie militaire.
L'assemblée à laquelle je m'adresse 4 a - t-il dit , est
trop éclairée pour ne pas sentir combien l'état florissant
des sciences et des arts dans un pays contribue à sa prospérité
nationale et à sa réputation ..... Entre tous les motifs
qu'on peut alléguér pour l'établissement de cette université ,
il en est un surtout dont l'importance doit frapper tous
les esprits . C'est cette assimilation de principes , d'opinions
et de moeurs de nos concitoyens , par l'éducation commune
d'une partie de nos jeunes gens qui y seraient envoyés
des différens Etats du pays . Plus nos concitoyens pourront
être reudus homogenes dans ces gas particuliers , plus nous
pourrons espérer que notre union sera durable . L'objet
principal d'une telle institution nationale sera d instruire
notre jeunesse de la science du gouvernement. Dans une
république , quelle espece de connaissances peut être aussi
importante ? Et quef devoir plus pressant pour la législa
tion , que d'adopter un plan qui doit communiquer ces
lumieres précieuses à ceux qui doivent être un jour les
gardiens des libertés du bonheur de leur pays. "9
Il fait sentir ensuite les avantages d'une académie
militaire pour le perfectionnement de l'art de la
guerre , considéré comme moyen défensif d'une nation
dont le systême de paix est le systême de politique
générale ; mais qui ne pourrait espérer de
jouir long- tems de ce bonheur si elle ne se préparait
à elle- même les moyens de le protéger contre
les attaques du dehors .
Quant à nos relations extérieures , a- t-il ajouté , pendant
que d'une part quelques obstacles ont été enlevés , et
quelques inconvéniens ont été affaiblis ; d'une autre part ; et
j'en parle ici avec un vif sentiment de peine et de regret ,
quelques évenemens sont arrivés en dernier lieu d'une
rature bien désagréable . Notre commerce a essuyé et essuie
encore des atteintes très fortes dans les Indes occidentales
, de la part des corsaires et agens de la République
Française. Des communications ont été reçues de la
( 47 )
part de son ministre dans ce pays , qui indiquent que
nous devons nous attendre à voir notre commerce troublé
de nouveau par son autorité : ces communications , sous
d'autres rapports , sent fort loin d'être agréables
Mon desir le plus constaut , le plus sincere et le plus
vif , conforme en cela à celui de notre nation , a été de
maintenir une cordiale harmonie , une intelligence parfai
tement amicale avec cette République ; ce desir reste lej
même , et je m'efforcerai de le remplir jusqu'au terme
extrême où il cesserait d'ètre d'accord avec le juste et indispensable
respect que je dois aux droits et à l'honneur
de mon pays . je ne cesserai pas de nourrir l'agréable es
pérance qu'un esprit de justice , de candeur et d'amitié de
la part de la République , en assurera à la fin le succès.
En poursuivaist ces objets , néaunioins je ne puis "bublier
ce qui est dû à la réputation de notre gouvernement et
de la nation , et à mon entiere confiance dans le bon
sens , le patriotisme , la dignités et les courage de mes
concitoyens. Je vous ferai part , dans un message particu
lier , d'une communication plus détaillée sur ce sujet intés
ressant. 19
↑ Il a fini ainsi son discours :
110 R 11300
« La situation où je me trouve maintenant , pour la der
niere fois , au milieu des représentans du peuple des Etats-
Unis , rappelle naturellement cette époque où commença
l'administration de la présente forine de gouvernement. Je
ne puis négliger cette occasion de vous feliciter , ainsi que
mon pays , du succès de cette expérience . Je ne puis m'empêcher
de réitérer mes ferventes prieres au suprême ordonnateur
de l'univers , au souverain arbitre des nations , pour
que les soins de sa providence continuent toujours de s'étendre
aux Etats -Unis , pour que la vertu et le bonheur de
ce peuple se conservent long-tems , et que le gouvernement
insitué par ce peuple pour la protection de sa liberté , puisse
être perpétuel. 29
WASHINGTON .
1
Du 15 décembre. L'élection du nouveau président
des
s est consommée ; M. John Adams a été
appellé , par une majorité de cinq voix , à la magistrature
suprême. M. Adams a pour partisans le plus
grand nombre des propriétaires , et tous ceux qui
craignent pour ce pays une révolution nouvelle il
est ami de Wasingthon . Il a été ministre plenipoten-
:
+
!
( 48 )
aire à Londres , ensuite vice - président des Etats-
Unis et président du sénat . Il est auteur d'un ou
vrage intitulé Défenses des Constitutions américaines .
Le bruit se répand que les villes de Boston , dé
New-Yorcket de Savanah ont éprouvé presqu'en même
tems de violens incendies . Les deux partis s'accusent
réciproquement de ces malheurs qui paraissent être
Poeuvre du crime.
Τι
I
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 15 janvier 1797 .
Le nouvel empereur de Russie a fait , dit - on ,
notifier officiellement au prétendant à la couronne de
France , la mort de sa mere , et son avenement an
trône . C'est M. de Simolin , confirmé , par Paul Ier ;
dans le poste de ministre plénipotentiaire , où l'avait
place Catherine II , qui a dû présenter la lettre de
notification . On ajoute que dans cette lettre on a
scrupuleusement observé le protocole établi dans les
relations directes de monarque à monarque. Rien
' est assurément plus vain , plus insignifiant que
toutes ces formalités de l'étiquette des cours . Cepen-;
dans
il n'est pas douteux , que si elles ont eu lieu
on ne les ait regardées à la cour du prétendant , et
parmi tous ses partisans de toutes les classes , comme
des présages certains de faveurs beaucoup plus réelles,
et beaucoup plus importantes . Nous embrassons avidement
tout ce qui latte nos desirs , nos passions
et il n'est point de chimeres que nè réalise l'espérance.
Les leçons de l'histoire , de l'expérience sont
souvent perdues pour les hommes même les plus
instruits et les plus éclairés . La démarche que Ton
attribue à Paul Ier . , et les formes qetend
l'on
qu'il y a fait mettre , ne présentent rien d'invraisemblable
; mais aussi il s'en faut bien qu'on én
doive conclure que ce monarque soit déterminé à
embrasser la cause du prétendant
et à intervenir à
main armée pour sa défense . Lorsqu'après le traité de
Hiswick, par lequel la France avait reconnu le prince
d'Orange
'(49 )
"
d'Orange comme roi légitime des trois royaumes de
la Grande - Bretagne , Louis XIV continua à traiter en
roi Jacques II , personne même en Angleterre ne s'en
alarma ; et lorsqu'après la mort de ce roi sans Etats ,
le même Louis XIV , donna le même titre à son fils
il n'est pas probable qu'il eût résolu de s'armer pour
conquérir à ce jeune prince le trône , dont il lui conférait
les honneurs dans sa cour. Cette résolution ne
fut que la suite des provocations de l'Angleterre . Le
traitement accordé à Jacques III , comme celui qui
avait été accordé à son pere , n'était donc de la part
du monarque français que courtoisie , déférence pour
le malheur , ou , si on l'aime mieux , ostentation de
générosité . On peut sans doute interpréter ainsi la conconduite
de Paul Ier.; en effet, comme il faut juger des
principes et des sentimens de la plupart des hommes
d'après la position où ils se trouvent et le rang qu'ils
occupent , on peut croire facilement que ce prince ,
quelque philosophie qu'on lui suppose , doit regarder
comme très-malheureux , l'homme privé d'un trône
dont d'anciens usages avaient fait son patrimoine. Le
souvenir de l'accueil qu'il a reçu à la cour de France ,
pourrait même suffire pour expliquer ses égards envers
le second personnage de cette même cour. Mais
l'influence des affections particulieres , telles que la
pitié ou la reconnaissance , si rare , quoique si honorable
dans les relations de la vie commune , est nulle
dans les délibérations politiques , où tout doit être
subordonné à l'intérêt de l'Etat.
Quoi qu'il en soit , la démarche vraie on supposée
de Paul Ier . a ressuscité cette armée russe , qui , depuis
si long- tems , doit marcher contre la France . On
donne le détail de sa composition ; elle forme un
total de soixante mille hommes. On ajoute que la
moitié en sera à la solde de l'Angleterre ; l'autre
moitié , à la solde de l'empereur d'Allemagne . Mais
comment ce prince pourrait- il subvenir à ce surcroît
de dépense lorsque ses finances sont tellement épuisées
, toutes ses ressources tellement taries , que depuis
long-tems il a été obligé de recourir à un papier
, qui peu de tems après de sa cré .tion ne jouissaie
Tome XXVII. D
( 50 )
d'aucun crédit ? La marche des Russes est un fait
faux; nous croyons pouvoir l'assurer , et les arrangemens
que l'on dit avoir été pris par pour l'entretien
de ces troupes auxiliaires ne peuvent que nous confirmer
dans notre opinion à cet égard.
Il a paru dans le courant du mois dernier une
ordonnance du roi de Danemarck , par laquelle il
est permis aux étrangers d'apporter dans ce royaume
toutes marchandises de l'Inde sur leurs vaisseaux .
C'est à la sollicitation des Anglais que cette opération
, extrêmement favorable à leur commerce“ , a été
adoptée . Il en doit résulter la chûte totale de la
compagnie des Indes danoises qui depuis long- tems
n'était pas très florissante . Mais quelque grave que
soit cet inconvénient , on a pensé apparemment qu'il
pouvait être amplement compensé par l'avantage de
faire de Copenhague l'entrepôt commun des marchandises
de l'Inde dans le Nord , avantage qui ne
peut plus être disputé par les Hollandais , dont la
guerre et les agitations intérieures ont suspendu l'activité
commerciale .
Le jeune roi de Suede mene une vie très- retirée
dans le petit château de Haga , situé à une lieue de
Stockholm. Il s'y livre entierement à l'expédition
des affaires , et à l'étude des connaissances qui peuvent
lui être les plus utiles . Il entretient à cet effet
une correspondance avec les membres les plus distingués
de l'université d'Upsal .
ITALIE. De Gênes , le 10 Janvier 1797.
Le traité d'alliance de la cour de Rome avec la cour
impériale est enfu conclu . Il paraît que le pape n'écoutant
que sa haine contre la République Française , et cédant
aux conseils , aux instigations fanatiques de quelques théologiens
, a dédaigné toutes les considérations politiques qui -
eussent sans doute arrêté ceux de ses prédécesseurs qui , comme
princes temporels , unt régné avec le plus de gloire ; mais qui- -
eduque connaît le caractere de Pie VI , sera peu étonné
( 51 )
à
?
de sa conduite dans les circonstances actuelles et même
a pu la prévoir. Voici comment en parlait un homme qui
avait été à portée de l'étudier dans sa vie privée et dans
sa vie publique. Il s'agissait des mesures à prendre pour
le pape se conformer , relativement aux jésuites , engager
aux vues des cours de France et d'Espagne. Il serait
dangereux , disait-il , dans une lettre écrite en 1778 , de
pousser à bout un pape du caractere de Pie VI , dont les
premiers mouvemens sont violens , et qui , animé par des
conseils fanatiques , pourrait se porter d'autant plus aisement
à des déterminations imprudentes , qu'il ne connait:
pas les cours , et qu'il se consolerait peut - être de s'être
attiré des disgraces , par la vaine gloire d'être célébré comme
un martyr de la bonne cause . 99
Mais dans ce moment on compte à Rome sur des succès ,
et l'on n'entrevoit pas la possibilité des disgraces . L'empsreur
promet de joindre aux troupes pontificales un corps
de 10,000 hommes , de fournir des officiers expérimentés
pour suppléer à l'inexpérience militaire des officiers romains
; avec ce double secours en forces et en talens , on
croit pouvoir braver les Français , ou du moins leur opposer
une résistance contre, laquelle se brisera leur courageuse
impétuosité. On compte d'ail'eurs sur l'esprit que l'on s'efforce
d'inspirer aux troupes , et qui doit tripler leur énergie .
Il ne part pas un régiment de Rome que par des sermons ,
par des actes de dévotion on ne l'ait rempli d'un enthousiasme
religieux , dont on se promet les plus grands effets,
Cependant on a vu jusqu'à présent dans cette guerre , que
de tous les enthousiasmes , le plus fertile en miracles , était
celui de la liberté . Au reste , les citadins de Rome se ras
surent , en considérant l'espace qui les sépare du théâtre
de la guerre , quoiqu'ils aient plus d'un exemple qui a dû leur
apprendre que Buonaparte et sa valeureuse armée savent
par leur prodigieuse activité , rapprocher les distances .
Quoi qu'il en soit , c'est au milieu des préparatifs de la
cour de Rome et de la cour impériale d'Allemagne , que
la République Cispadane vient de se former et de se donner
de la consistance , par les premieres opérations de ses représentans
. Ils ont décrété , à l'unanimité , le principe de
l'unité et de l'indivisibilité ; principe dont la scrupuleuse
application doit faire la force de cette république naissante
et assurer son indépendance .
Ꭰ !
>
( 52 )
REPUBLIQUE BATAVE.
De la Haye , le 14 janvier.
Le 23 du mois dernier il fut publié une proclamation sur
l'armement des citoyens . En conséquence de cette nouvelle
disposition , tous les habitans , depuis 15 ans jusqu'à 45 , devront
se pourvoir d'armes , et seront obligés de se rendre sur
les frontieres , de garder les places fortes , et de faire le service
comme le soldat . Cette force bourgeoise sera divisée en
brigades , bataillons , etc. , et soumise à un réglement militaire
et à une stricte discipline. Les individus , au-dessus
de 45 ans paieront une contribution annuelle ; les femmes et
les filles , les domestiques même , n'en seront pas exempts .
Ceux qui n'ayant point atteint l'âge de 45 ans , refuseront
de prêter le serment , et de faire leur déclaration ; ceux qui
en 1787 se sont rendus coupables de pillage ou de mauvais
traitemens envers les patriotes , paieront une triple contribution
..
.....
Į
Les travaux de l'Assemblée nationale qui paraissaient en
quelque sorte suspendus , ont repris une heureuse activité .
Les principes fondamentaux de la République , l'unité , l'indivisibilité
, et la souveraineté du peuple ont été enfin reconnus
et décrétés . On a aussi décrété les conditions requises
pour être admis au droit de voter. La déclaration des droits
et des devoirs de l'homme , proposée par la commission des
VII , ayant été rejettée , le cit . Hartog en prépare use qui
sera mieux adaptée aux convenances , au génie et au caractere
du Peuple Batave.
ANGLETERRE , De Londres , le 14 janvier.
Si l'on en croit les nouvelles parvenues d'Irlande , et consiguées
dans tous nos papiers , les Français n'auraient pas reçu
dans ce royaume l'accueil dont ils avaient pu se flatter , s'ils
y eussent effectué une descente . Il parait que tous les partis
étaient réunis pour les combatire.On dit même que le fameux
Grattam , le chef de l'opposition irlandaise , avait pris les
armes pour servir en qualité de volontaire . Mais peut - être ne
faut-il attribuer ces apparentes dispositions qu'à lincertitude
du succès ; la descente effectuée , les mécontens se voyant
soutenus , auraient peut-être manifesté d'autres sentimens .
Il vient de paraître une ordonnance du conseil du roi ,
( 53 )
pour régler le commerce d'importation et d'exportation du
cap de Bonne-Espérance. La principale disposition porte
qu'aucune espece de marchandise ne pourra y être portée ,
ni en être exportée que par les vaisseaux de la compagnie
des Indes.
Le 11 , le lord maire et le conseil commun de la cité se
rendirent au palais Saint-James , et présenterent au roi une
adresse , pour remercier sa majesté de la communication faite
au parlement des niesures relatives à la déclaration de guerre
de l'Espagne , et l'assurer des dispositions des citoyens de
Londres à concourir aux moyens de soutenir avec vigueur
cette aggression de l'Espagne , qui n'a été provoquée par aucun
motif légitime.
Hier le premier paiement de 10 pour 100 sur le nouvel
emprunt s'est fait à la banque . Quelques-uns des souscrip
teurs ont payé au- delà de ce qu'ils devaient acquitter du montant
de leurs souscriptions.
La princesse de Galles est grosse de nouveau ; ce qui paraît
donner beaucoup de joie au peuple anglais . On peut bien lui
appliquer le mot de Mezeray : Avez-vous peur de manquer de
maître ?
REPUBLIQUE FRANÇAISE .
CORPS LÉGISLATIF.
Séances des deux Conseils , du 25 nivôse au 5 pluviose.
"
L'ordre du jour appelle la discussion sur l'orga
nisation forestiere . Villers applaudit aux vnes générales
qui ont été présentées par la commission ; mais
il pense que les principes qu'elle a développés , n'ont
pas reçu leur application entiere dans le projet qu'elle
a soumis . Ce projet lui paraît incomplet , en ce qu'on
n'y traite qu'imparfaitement de l'aménagement des
forêts , et qu'on y a oublié les bois résineux ; et il
observe qu'il conviendrait peut-être , en retranchant
de l'ordonnance de 1669 , les dispositions qui ne
s'accordent pas avec le régime républicain , de cou-
D 3
( 34 )
server l'ensemble du systême qu'elle établit , et dont
l'expérience a démontré l'utilité . D'autres orateurs
combattent aussi le projet de la commission ; le conseil
devant se former en comité général , ajourne la
discussion.
Cambacérès a fait , le 27 , la 3. lecture de son .
projet de code civil . Le conseil lui en donne acte ,
et ajourne la discussion à tridi de la premiere décade
de pluviose . Il sera question le même jour du projet
relatif aux domaines congéables .
Chiappe presse l'établissement du régime constitutionnel
dans la Corse . Une commission est nommée
pour en présenter les moyens .
Réal fait ensuite adopter une série d'articles sur
le régime hypothécaire .
Le conseil des Anciens approuve , le 25 , la résolution
qui fixe le mode de serment à prêter par les
forc ionnaires publics , le 2 pluviôse prochain ; savoir :
haine à la royauté et à l'anarchie , attachement et
fidélité à la constitution ,
Plusieurs orateurs sont entendus , dans les séances
du 25 et du 27 , dans la discussion sur la résolution
relative aux canaux d'Orléans et de Loing . Après que
Detorcy a eu parlé en sa faveur et Vernier contre ,
Fourcroy a résumé les différentes opinions qui avaient
été émises , et a conclu au rejet. Le conseil a fermé
la discussion et approuvé la résolution .
L'ordre du jour du 28 appellant la discussion sur
la résolution concernant les transactions entre particuliers
, Lafond - Ladebat appuie l'avis de la commission.
Il pense qu'il fallait se horner à poser les
principes propres à résoudre les difficultés qui s'élevent
à cet égard entre les citoyens , et laisser ensuite
aux tribunaux le soin d'en faire application. La
résolution est rejettée .
Dumas fait également rejetter celle qui donnait
une préférence aux défenseurs de la patrie et aux
septuagénaires , pour leur paiement à la trésorerie ,
la commission l'ayant regardée comme destructive
de la propriété , et contraire à l'égalité .
Le conseil reçoit , le 29 , et approuve la résolu(
55 )
tion du 28 nivôse , par laquelle des fonds sont mis
à la disposition des commissions des inspecteurs des.
deux conseils .
Tronchet continue le rapport qu'il avait commencé
hier sur la question intentionnelle. Il releve les vices
des 8 articles qui composent la résolution , et en
exprimant son voeu que l'on révoque les changemens
apportés à la loi du 29 septembre 1791 , il conclut
au rejet. La discussion est ajournée .
Daunou fait adopter , au conseil des Cinq- cents ,
une partie de son projet d'instruction sur les assemblées
primaires , communales et électorales . Ce projet
contient une explication des conditions d'éligibilité
et du droit de suffrage , consacrées par la constitution
, et détermine les formes à suivre dans les délibérations
de chacune de ces assemblées .
La discussion s'ouvre sur le projet présenté par
Favart , dans l'une des dernieres séances , et tendant
à déclarer que toute demande en divorce non encore
intentée , et qui ne serait fondée que sur la simple
allégation d'incompatibilité d'humeur et de caractere ,
est provisoirement suspendue jusqu'après l'adoption
du code civil.
Favart résume d'abord les motifs de ce projet ,
développés dans son rapport . Ne vous y trompez pas ,
dit- il , vous n'avez pas un instant à perdre , si vous
voulez arrêter l'abus odieux que l'on fait du divorce .
Une multitude de réclamations vous ont été adressées
vous y pouvez lire que dans toutes les parties
de la République , on voit des époux qui , oubliant
leur devoir , leur honneur , foulant aux pieds toutes
les bienséances , violent les lois et les obligations les
plus saintes , abandonnent sans remords leurs familles
pour satisfaire des passions honteuses : il est tems de
mettre un terme à cet excès de dépravation .
1
Le rapporteur avait invoqué le témoignage de
l'opinion publique ; Oudot invite l'Assemblée à ne
point prendre pour le langage de l'opinion publique
, ni les plaintes de quelques citoyens , chez qui
le spectacle des abus présens efface le souvenir ou
afaiblit le sentiment des maux passés ; fi les disser-
D 4
( 256 )
tations de quelques écrivains périodiques , ni sup
tout les clameurs de la superstition renaissante . On
fait à Paris , ajoute l'orateur , de l'opinion publique ,
comme on fait du tonnerre à l'Opéra.
A la suite de ce discours , il s'est élevé entre Boissy,
Lecointre et Pons (de Verdun ) , une courte discussion
relative au terme de l'ajournement à prononcer
sur le projet de Favart . Le conseil paraît en général
convaincu de la nécessité de limiter convenablement
la faculté de divorcer pour cause d'incompatibilité
d'humeur ; on prescrira sans doute des délais , des
formalités , des épreuves ; on instituera des tribunaux
de famille ; on , prendra les précautions que
réclament la morale et la sainteté du mariage ; mais
faut-il , en adoptant la suspension proposée par Favart
, se hâter si impatiemment de préjuger une si
grave question , et d'accorder un triomphe provisoire
, bien moins aux amis des bonnes moeurs qu'aux
partisans de certains préjugės ? On aura , ce semble ,
quelque peine à y déterminer le conseil : aujourd hui
il s'est contenté d'ajourner la suite de la discussion
à duodi prochain.
La séance du 29 a été employée à la discussion
du projet d'instruction de Daunou , sur la tenue des
assemblées primaires . Trois résolutions prises à cet
égard méritent sur tout de fixer l'attention . 1º . L'inscription
sur le registre civique , ne sera de rigueur
que pour l'an VI , pourvu que l'on soit porté sur
des rôles autérieurs au 4 brumaire an IV. 2º . Nul
étranger ne sera admis aux prochaines assemblées ,
s'il n'est naturalisé . 3 ° . Ces assemblées ne pourront
point discuter la moralité des candidats , et elles se
Borneront à s'assurer s'ils réunissent les conditions
d'éligibilité prescrites par la constitution .
Le conseil s'est formé , le 30 , en comité général .
Le Directoire exécutif appelle , le 1er ; pluviôse , par
nn message , la sollicitude du conseil sur l'urgente
écessité de rendre une loi qui rétablisse , en numéra
ire métallique , la solde et les masses des défenseurs
de la patrie en activité de service , telles qu'elles
étaient avant la guerre , ainsi que les pensions de
retraite accordées à ceux que leur grand âge et leurs
2
( 57 )
7
blessures ont mis dans l'impossibilité de poursuivre
désormais l'ennemi de la République .
"
Renvoie à une commission spéciale composée de
Fucheville , Gossuin , Rouhier et Savary .
Larue donne la seconde lecture de son projet de
résolution sur la contribution mobiliere , somptuaire
et personnelle.
Mercier, organe d'une commission spéciale , présente
un rapport sur le message du Directoire , qui proposait
d'affecter les bâtimens de la Sorbonne pour une
école de calcographie ( art de graver sur le cuivre ) ,
à l'instar de celle qui existe à Rome. Il fait adopter
les dispositions suivantes :
1º Ordre du jour sur la cession de la Sorbonne ';
20. Ajournement jusqu'à la paix de la question de
savoir si un établissement de ce genre doit être formé
aux frais de la République .
3º . Le renvoi au Directoire d'une proposition faite
par des artistes d'établir une pareille école , sans frais
pour la République .
Bourdon ( de l'Oise ) prend la parole pour une
motion d'ordre . La flûte le Rhinocéros , dit- il , arrivée
à Bordeaux , a apporté à des particuliers des lettres.
des colonies ; de Bordeaux , elles ont été portées à
Toulouse , et de- là sont revenues à Paris .
Le gouvernement doit avoir reçu , par la même
voie des renseignemens sur l'état de Saint-Domingue,
et je ne vois pas pourquoi , depuis trois semaines
environ que le Rhinocéros est arrivé , les bureaux de
la marine ne publient aucune piece sur les colonies .
Je demande qu'il soit fait un message au Directoire
, pour lui témoigner notre étonnement à ce sujet.
Adopté.
On procede au serutin pour le renouvellement du
bureau .
Des commissaires sont nommés pour en faire le
dépouillement.
Le conseil ajourne un projet de résolution sur les
pensions de retraite à accorder aux officiers de la
marine .
De conseil se forme de nouveau en comité général ,
Après la lecture du procès- verbal l'on procede , le
( 58 )
1
1. pluviôse , chez les Anciens , au renouvellement
du bureau . Ligeret est élu président.
Le dépouillement du scrutin a donné , au conseil
des Cinq- cents , pour président , Riou ; et pour secrétaires
, Isos , Perès , Jouanne et Frescheville .
Bourdon ( de l'Oise ) réclame contre l'article de
la derniere loi sur les douanes , qui permet l'exportation
des poils de lapins et de lievres ; il pense
que cet article portera un coup funeste aux fabriques
de Lyon , et en général au commerce de la chapel
lerie .
On demande le renvoi à une commission . Mais
plusieurs membres appuyant la motion de Bourdon ,
le conseil rapporte l'article contre lequel il s'est
élevé .
A une heure , l'Assemblée devient plus nombreuse.
Tous les députés sont en écharpe .
Le président prend la parole : Il y a quatre ans ,
dit-il , que le dernier roi des Français a succombé
sous le glaive de la loi ; c'est le 21 septembre que
la République a été fondée , et le 21 janvier qu'elle
fut consolidée ; c'est ce jour qui doit raffermir votre
union , et faire le désespoir des ennemis communs
qui s'efforcent de vous diviser..
Ce n'est point pour insulter à la cendre d'un
homme qui repose dans la nuit du tombeau , que
l'on célebre cette fête , c'est pour nous réjouir de
la consolidation de la République ; c'est pour rappeller
aux Français qu'ils doivent détester la tyrannie
, et pour qu'ils aient sans cesse présens à la
mémoire les crimes des Louis XI , des Charles IX ,
Henri III , Louis XIV , Louis XVI , et de leurs prédécesseurs.
Royalistes , ne concevez plus de coup : -
bles espérances . Et vous , anarchistes , votre regne
aussi est passé. Haine égale aux partisans des rois
et des tyrans populaires ! haine à Tarquin et à César !
haine à Capet et à Robespierre La République
existera triomphante j'en atteste le courage de
nos bataillons : je vous en atteste , Jourdan , Pichegru
, Hoche , Moreau , Buonaparte , et vous tous
fonctionnaires publics , vous tous amis du gouvernement
républicain et de la constitution de l'an III .
( 39 )
Riou jure ensuite haine à la royauté , à l'anarchie ,
attachement et fidélité à la République et à la constitution
de l'an III . Ce serment est répété par tous
les membres du conseil successivement . Le discours
du président sera imprimé.
La séanee du 2 , du conseil des Anciens , a été
entierement employée à la prestation du serment
prescrit pour ce jour. Après le discours du président
, fait en exécution du décret du Corps législatif
, un secrétaire fait l'appel nominal , et chaque
membre successivement jure haine à la royauté et à
l'anarchie , attachement et fidélité à la République
et à la constitution de l'an III.
Corbel voulait jurer haine à la royauté en France
et à toutes les tyrannies , mais on s'y oppose ; on demande
qu'il se conforme au décret , et Corbel est
obligé de répéter la formule décrétée .
Dupont s'y conforme , mais il ajoute qu'il avoue
l'exception de son collegue Corbel , en faveur de
nos alliés .
Dussaulx fait la même déclaration ; alors Giraud
( de l'Aube ) , craignant que la contagion ne gagne ,
demande à grands cris que Dupont et Dussaulx
soient rappelés à l'ordre .
Dussaulx répond qu'il a exécuté la loi ; mais que ,
maître de son opinion , il déclare qu'il trouve l'opinion
de Corbel sage et politique.
Cette affaire n'a pas de suite . Chaque membre
continue à voter sans observations . On lit même le
serment des secrétaires - rédacteurs , des messagers
d'Etat , des huissiers et des commis du conseil .
L'ordre du jour appellait , le 3 , dans le conseil
des Cinq- cents , la discussion sur le code civil ; mais
On avait annoncé en même tems qu'il devait se former
en comité général : cependant une discussion
assez longue a eu lieu , mais seulement sur la question
de savoir quels titres seraient examiués les premiers
. Comme dans l'ordre établi , le titre sur le
divorce se trouve fort reculé , et que les maux que
cause la disposition de la loi relative à l'incompatibilité
d'humeur , sont urgens , plusieurs membres
ont insisté pour qu'on s'occupe du projet de Favard.
( 60 )
Il a été décidé qu'il sera discuté demain , et le code
civil entamé sextidi.
Le conseil se forme en comité général . Il paraît
que c'est toujours pour les finances .
On reprend , le 4 , la discussion sur le divorce .
Mailhe appuie la suspension proposée par la com
mission. D'autres la combattent. La discussion con
tinuera dans les séances suivantes .
Vacher , organe de la commission chargée d'examiner
la résolution portant établissement du tachigraphe
, en propose le rejet. Selon lui , la résolution
est au moins inutile . Il existe déja une publicité
constitutionnelle des séances du Corps législatif ;
savoir le procès - verbal . A la vérité , il ne contient
pas de dialogues , de débats bruyans ; mais le public
desire- t-il ces détails qui ne peuvent qu'avilir la
représentation nationale ? Si nous ne sommes pas
assez sûrs de nous , ajoute- t- il , pour ne pas craindre
une peinture fidelle , soyons du moins assez discréts
pour n'en pas multiplier les copies ? Essayons de
parler comme nos procès - verbaux ; ce que nous pertrons
en éloquence , nous le gagnerons en dignité.
Ajournement après l'impression.
Daunou a fait adopter , le 5 , au conseil des Cinqcents
, le tableau qui détermine le nombre des députés
à élire par chaque département.
Defermont a fait prendre une résolution qui avait
été discutée en comité secret , sur le paiement des
biens nationaux .
Le conseil s'est ensuite occupé du renouvellement
de la commission des finances . Les nouveaux membres
sont : Cambacérès , Chassey , Treilhard , Monnot,
Guyton- Morveaux , Dubois , Bertrand et Mathieu .
Le conseil des Anciens a entendn , le même jour ,
deux rapports : le premier , sur la résolution concernant
les notaires qui ont exercé des fonctions
administratives et judiciaires , et le second sur celle
relative à deux points de jurisprudence du tribunal
de cassation .
PARIS . Nonidi 9 Pluviose , l'an 5. de la République.
La cérémonie de la prestation de serment de haine à la
( 61
royauté et à l'anarchie , a en lieu duodi dernier ( 21 jauvier ),
dans la ci-devant église de Notre -Dame. La foule était immense.
Le président du Directoire a prononcé un discours
dans lequel il a retracé avec énergie tous les abus de la royauté
et les maux de l'anarchie . Il n'a rien appris aux bons Républi
cains ; mais il a prouvé à ceux de tous les partis qui conçoivent
encore des espérances cri minelles , que le gouvernement était
résolu de les combattre tous , et de faire triompher la Répu
blique. Cette cérémonie n'a excité aucun enthousiasme , mais
elle s'est passée sans trouble . Elle a excité beaucoup de clameurs
de la part des journalistes de parti , et l'on devait s'y
attendre . Cependant , il faut le dire , les nouvelles qui ne
sont que du parti de la liberté , conviennent assez généralementqu'il
ne doit y avoir , dans une République , d'autre com
mémoration solemnelle , que celle qui rappelle sa fondation
car tous les événemens chers à la liberté sont compris dans le
souvenir de cette époque.
1
Le général Malo , accompagné de quelques ordonnances, le
même qui s'était si bien conduit , lors de l'attaque insurrectionnelle
contre le camp de Grenelle , passait il y a quelques jours
derriere les Invalides . Quelques coups de fusil ont été tirés ,
une balle morte est venue frapper et blesser légerement un cavalier
à la cuisse, Il n'en a pas fallu davantage pour exciter de
l'inquiétude sur la cause de cet événement. Quand on a été aux
éclaircissemens , on a appris que c'étaient deux garçons boulangers
qui tiraient imprudemment à la cible dans l'intérieur des
murs des Invalides .
Plusieurs journaux ont publié les deux faits suivans :
Le curé de St. Jacques officiait jeudi dernier dans sa paroisse
, avec la décence et la tranquillité que les bons ministres
du culte catholique savent maintenir par- tout où ils sont
écoutés ; à l'heure où l'on chantait ordinairement le Domine
salonm fac régem , une voix part de la foule , et entonne ce
verset de toute la force de ses poumons . Le peuple reste muet
et interdit : le curé fait fermer ssuurr- le-champ les portes de l'é
glise , envoie chercher un commissaire et main-forte , monte en
chaire , prêche l'union , la paix , et sur-tout le respect aux loix ,
annonce que. celui qui a chantè le Domine salvum fac regem , ne
peut être qu'un ennemi du bien public , et annonce les mesures
qu'il a prises pour s'en assurer. Il est écouté avec calme .
Le commissaire arrive avec la force armée on fait des perquisitions
, on découvre le coupable . Qui était- ce ? Un des
membres du comité révolutionnaire de la section .
Un fait horrible , qui s'est passé au fauxbourg St. Honoré ,.
le 7 de ce mois , fait naître les plus sinistres réflexions . Un
homme , connu dans le quartier pour un terroriste furieux ?
( 62 )
entre chez un boucher , lui demande la viande à 4 sols la
livre ; celui- ci la lui refuse. Cet homme se saisit d'un couperet
qui était devant lui et l'en frappe ; sa femme accourt pour
le défendre , elle est frappée au ventre par ce furieux ; un
voisin , que leurs cris font venir dans la boutique , et qui veut
désarmer l'assassin , est également frappé par lui ; enfin cet
homme est arrêté. Ce matin on l'a trouvé , dans sa prison ,
mort d'un poison qu'il avait pris sur lui et qu'il avait caché . Au
moment où on le conduisait en prison , il ne cessait de se féliciter
d'avoir immolé 3 victimes . On désesper de les sauver.
Les bâtimens de guerre , employés à l'expédition d'Irlande,
sont presque tous rentrés successivement dans nos ports ; on
attend encore deux bâtimens qui cut été séparés de l'armée
navale . La frégate la Tortue est tombée au pouvoir del'ennemi
; il paraît que l'on a perdu de plus un vaisseau rasé de
74 canons. On peut regarder cette expédition comme manquée
, et beaucoup de gens instruits l'avaient prévu ; la tentative
était hasardeuse , dans une saison où la mer est si peu
tenable ; mais si elle eût réussi , on l'aurait mise au nombre des
opérations mémorables de la campagne . Il paraît que son mauvais
succès ne doit pas être attribué aux obstacles que lui opposait
un élément orageux ; un mal -entendu dans l'exécution des
signaux et le peu d'intelligence qui a régné entre les troupes
de débarquement et celles de la marine , en ont été la principale
cause.
Le Rédacteur annonce que l'on fait de grands préparatifs
pour une nouvelle expédition maritime . Il est peu probable
qu'elle ait la même destination que la premiere . Ce qui le
fait présu ner , c'est que le général Hoche , après avoir dé
barqué à Rochefort , s'est rendu sur - le- champ à Paris , et
qu'il a été nommé au commandement en chef de l'armée de
Sambre et Meuse , qui avait été donné provisoirement à Moreau .
Les opérations des armées sur le Rhin sont peu importantes
; la rigueur de la saison les a obligés à une suspension ,
ou convenue , ou forcée ; le fort de Kelh ne s'est rendu , ou
plutôt n'a été évacue , qu'après une résistance de deux mois et
demi. La prise de cette bicoque a coûté aux Autrichiens 15 à
18,000 hommes et 20 millions . Beaucoup de nos écrivains officieux
se sont étonnés de l'opiniâtreté que nous avons mise à défendre
un point si peu important , puisqu'il nous restait d autres
communications avec la rive droite du Rhin ; mais l'événement
a prouvé que cette résistance était très - importante
pour faciliter les opérations de l'armée d'Italie , et empêcher
l'archiduc de faire passer des renforts à Alvinzi .
La tête du pont d'Huningue est actuellement le seul
( 63 )
point où l'on se batte sur le Rhin. Les Autrichiens y por
tent de grandes forces , et les Républicains contiuuent
défendre ce poste avee leur courage ordinaire . On ne sait
pas si , de part et d'autre , les combattans y áttacheront
une grande importance , après la victoire signalée, que vient
de remporter Buonaparte , et qui décide irrévocablement
du sort de l'Italie , La fortune vient encore de couronner
l'activité , l'intelligence et la bravoure de ce général . C'est
au moment que les journaux dévoués à nos ennemis , publiaient
ici dans leurs feuilles , l'évacuation du Milanais , qu'a
retenti tout- à -coup la nouvelle des glorieux et incroyables
succès de l'armée d'Italie . Buonaparte en a tracé les premiers
détails sur le champ de bataille .
ARMÉE D'ITALIE , Extrait d'une lettre du général en chef, au
général Clarke. De Véronne , le 23 nivôse , an V de la
République.
Apeine parti de Roverbella , j'ai su que l'ennemi se présentait
à Véronne . Massena faisait ses dispositions , qui ont été
très-heureuses . Nous avons fait . 600 prisonniers , et nous
avons pris 3 pieces de canon .
Le général Brune a eu sept balles dans ses habits , sans
avoir été touché par aucune . C'est jouer de bonheur.
Nous n'avons eu que 10 hommes tués et 100 blessés.
Signé , BUONAPARTE.
Buonaparte , général eu chef de l'armée d'Italie , au Directoire
exécutif.Au quartier-général de Roverbella , le 28 nivòse , an V.
Citoyens directeurs , il s'est passé , depuis le 23 , des
opérations d'une telle importance , et qui ont si fort multitiplié
les actions militaires , qu'il m'est impossible , avaut
demain , de vous en faire un détail circonstancié ; je me contente
aujourd'hui de vous les annoncer.
Le 23 nivôse , l'ennemi est venu attaquer la division du
général Massena , devant Véronne , ce qui a donné lieu au
combat de Saint- Michel , où nous l'avons battu complettement
; nous lui avons fait 600 prisonniers et pris 3 pieces de
canon. Le même jour , il attaqua la tête de notre ligne de
Montebaldo , et donna lieu au combat de la Corona , où il
a été repoussé ; ous lui avons fait 110 prisonniers .
Le 24 à minuit , la division de l'armée ennemie qui , depuis
le 19 , était établie à Bevilaqua , où elle avait fait replier
l'avant-garde de la division du général Augereau , jetta rapidement
un pont sur l'Adige , à une lieue de Porto-Legano
yis-à-vis Anguiari .
,
Le 24 au matin , l'ennemi fit filer une colonne très -forte
par Montagna et Caprino , et par- là obligea la division du
général Joubert à evacuer la Corona , et à se concentrer à
1
1
3
( 64 )
Rivoli. J'avais prévu ce mouvement , je m'y portai dans la
nuit , et cela donna lieu à la bataille de Rivoli , que nous
avons gagnée les 25 et 26 , après une résistance opiniâtre , et
où nous avons fait à l'ennemi 13,000 prisonniers , pris plusieurs
drapeaux et plusieurs pieces de canon ; le général
Alvinzi , presque seul , a eu beaucoup de peine à se sauver.
Le 25 , le général Guyeux attaqua l'ennemi à Anguiari ,
pour chercher à le culbuter avant qu'il eût entierement effectué
son passage ; il ne réussit pas dans son objet , mais il
fit 300 prisonniers.
Le 26 , le général Augereau attaqua l'ennemi à Anguiari ,
ce qui donna lieu au second combat d'Auguiari ; il lui fit
2000 prisonniers , s'empara de 16 pieces de canon , et
brûla tous ses ponts sur l'Adige ; mais l'ennemi , profirant
de la nuit , défila droit sur Mantoue . Il était déja arrivé à
une portée de canon de cette place ; il attaqua St. - Georges ,
fauxbourg que nous avions retranché avec soin , et ne put
pas l'emporter. J'arrivai dans la nuit avec des renforts , ce
qui donna lieu à la bataille de la Favorite , sur le champ
de, bataille où je vous écris . Les fruits de cette bataille sont
7000 prisonniers , des drapeaux , des canons , tous les bagages
de l'armée , un régiment d'hussards , et un convoi
considérable de grains et de boeufs , que l'ennemi prétendait
faire entrer dans Mantoué . Wurmser a voulu faire une
sortie , pour attaquer l'aile gauche de notre armée ; mais
il a été reçu comme à l'ordinaire , et obligé de rentrer.
Voilà donc , en trois ou quatre jours , la cinquieme armée
de l'empereur entierement détruite .
Nous avons fait 23,000 prisonniers , parmi lesquels un lieutenant
- général , deux genéraux , 6000 hommes tués ou
blessés , 60 pieces de canon , et environ 24 drapeaux . Tous
les bataillons de volontaires de Vienne ont été faits prisonniers
; leurs drapeaux sont brodés des mains de l'impéra-
* trice.
L'armée du général Alvinzi était de près de 50,000 hom+
mes, dont une partie était arrivée en poste de l'intérieur de
l'Autriche.
Du moment que je serai de retour au quartier- général ,
je vous ferai passer une relation détaillée , pour vous faire
connaître les mouvemens militaires qui ont eu lieu , ainsi
que les corps et les individus qui se sont distingués.
Signé , BUONAPARTE .
ERRATA du nº . 12. Page 364 , vers 14 ; au lieu de : Et je te
rends ces mains qui ne sont plus à toi ! lisez ; Et je te tends , etc. !
LINOIR-LAROCHE , Rédacteur.
1.
Extrait du Catalogue des Livres qui se trouvent chez
DES ESSARTS , Libraire , rue du Théâtre Français ,
N.º 9 , au coin de la Place .
Nota. Les ouvrages suivans viennent d'être mis en vente .
OEUVRES MORALES ET GALANTES DE DUCLOS DE L'ACADÉMIE
FRANÇAISE , SUIVIES DE SON VOYAGE EN ITALIE ,
avec le portrait de l'Auteur , dessiné par Cochin , 4 vol . in - 8 ° . , belle
édition , aussi soignée que correcte . On a tiré un petit nombre d'exemplaires
sur papier vélin . Prix des 4 vol . , papier ordinaire , 10
liv. à Paris et 13 liv . 4 s . francs de port dans toute l'étendue de la
République . L'exemplaire en papier vélin , avec le portrait , également
sur papier vélin , se vend 18 liv. à Paris et 21 liv. 4 s . franc de port
pour les Départemens . '
On désiroit depuis long- temps l'édition que nous annonçons des
OEuvres morales et galantes de Duclos . C'est la première fois qu'on a
réuni les ouvrages de ce philosophe aimable. Cependant aucun de
ceux qui composent cette édition n'a eu un succès médiocre. Tous ont
été lus et recherchés avec avidité. On y trouve en effet cette originalité
piquante qui n'appartient qu'aux écrivains du premier ordre , et
qui forme leur cachet . Le philosophe n'y est point un froid dissertateur
; on y trouve un peintre , dont tous les tableaux intéressent et
qui sait embellir tour-à-tour la morale des charmes de la fiction et de
la vérité .
Cette édition est composée des ouvrages suivans :
Considérations sur les moeurs de ce siècle . Peu de livres ont eu un succès
plus brillant et plus soutenu. On y voit la peinture la plus vraie du
coeur humain. Les tableaux qu'il offre attachent au point qu'il est
difficile de quitter cette lecture . On apprend à y connoître les autres
et à s'y connoître soi - même . C'est un des meilleurs livres sur la morale
qui aient paru sur la fin de ce siècle .
• Les Confessions du Comte de *** l'Histoire de la Baronne de Luz , les
Mémoires sur les moeurs , et Acajou sont des romans qu'on aime toujours
à relire . Chacune de ces productions a son genre d'originalité ,
mais toutes sont écrites d'un style charmant. On pourroit peut-être
reprocher à l'auteur de la prétention au bel esprit et une sorte d'afféterie
; mais ces légères taches sont raclietées par tant de beautés , par
un talent si vrai , qu'il est impossible de ne pas placer Duclos au rang
des meilleurs écrivains de notre siècle.
L'édition est terminée par le Voyage de Duclos en Italie.
Il est difficile qu'un ouvrage de ce genre paroisse dans des circons
sances plus favorables que celles où nous nous trouvons . L'Italie , par
le sort des armes , vient de changer son existence politique . Presque
1
6 3 93 1
3
to
18
tous les pays dont Dublos a fait la description en 1767 , n'ont plus la
même forme de gouvernement. On se plaira à comparer leur état
ancien , leurs moeurs , leurs coutumes , avec leur existence actuelle .
Ce qu'il y a de piquant dans les voyages de Duclos , c'est cet esprit
observateur a qui rien n'échappe et qui sait apprécier le bien et le
mal qui s'offre à ses regards . Rome , Naples , Florence , Venise ,
Génes , Turin , Milan , etc. etc. exercent tour- à - tour les pinceaux du
peintre philosophe. Si la lecture de ce voyage laisse quelques regrets ,
c'est que l'auteur n'ait pas donné plus d'étendue à son ouvrage ; mais
il sera toujours recherché par tous les amateurs comme un monument
d'une critique aussi sage qu'utile et d'une philosophie précieuse et
profonde . 1
Comme il y a une sorte de courage à publier de bons livres et à les
offrir à la méditation des ames honnêtes et sensibles , dans un moment
où la littérature n'a plus d'attraits que pour un petit nombre de lecteurs
, nous espérons au moins que ceux qui ont conservé le goût
des beaux arts seconderont notre entreprise .
PROCÈS FAMEUX JUGÉS AVANT ET DEPUIS LA RÉVO
LUTION , contenant les circonstances qui ont accompagné la condamnation
et le supplice des grands criminels et des victimes qui ont péri
sur l'échafaud . 13 v . in- 12 , par Des Essarts . Le 14e . qui est sous presse
paroîtra incessamment. On trouve dans les volumes qui ont paru, entr'au
tres procès ceux de Carrier , de Lebon , de Fouquier de Tinville , de Chabot
, de Bazire , de Despagnac , de Bailly , de la femme du ministre Rolland
, de Camille des Moulins , de la veuve de ce député , de Phelipeaux
, de Loiserolle père , d'Anakarsis Cloots , du général Ronsin
de l'Evêque de Paris , Gobel , de Hébert , connu sous le nom du père
Duchêne , du fameux Procureur de la Commune , Chaumette , etc. etc.
Chaque vol. se vend séparément 2 liv . à Paris , et 3 liv . franc de port ponr les
Départemens.
Le prix de la collection des 13 volumes est de 24 liv.; on se
charge des frais d'emballage et de remettre les paquets à la Messagerie
.
SATYRES ET POESIES DIVERSES DE GILBERT , 1. v . in -8 ° ,
papier ordinaire , 1 liv. 10 s .; pap . velin 3 liv . ponr Paris , et 10 s . de
plus pour les départemens , par la poste .
"
Cette nouvelle édition des oeuvres du jeune Gilbert , qui annonçois
un talent si original et si rare et dont la mort a été si tragique ,
sera recherchée , dans tous les tems , par les amateurs de la belle
poésie. La satyre du 18e . siècle et celle intitulée : Mon Apologie ,
ont eu le plus grand succès.
E
Nota. Il est essentiel d'affranchir les lettres de demande et le port de
l'argent : saus cette précaution elles restent au rebut,
ANACHARSIS ( Voyage du jeune) , 7 v.
in-8°. , reliés , avec atlas ,
Idem. broche ,
7.30
40 1.
3a
Almanach des Muses , collection de
24 années, jusques et compris 1789,bir
rel.
ཨི
15
12
Annales de Tacite , édit. du Louvre ,
3vol. in-12 , r. d. s. tr.
Adèle et Théodore , par Madame
Genlis , 3 vol . in- 12 , rel .
Anecdotes , tirées de l'Histoire de
tous les peuples , 27 vol . rel . , osting81
Amours de Psiché , 1 v . in- 4º . édit.onl
de Saugrain , sup , épreuves
Bibliothèque orientale de d'Herbe- del
lot , nouvelle éd. par Des Essarts ,
6 vol . in - 8 ° . , br.
B.
...
36
24
Id. — de campagne , 10 v. in- 12, r. 30
Buffon (OEuvres de ) , 54 v . in- 12 , br. 150
C.
Cérémonies Religieuses , in- fol. , T.03
en v. d. s. t. avec fig. , par Bernard
Picard.
Causes célèbres , par Des Essarts ,
18 années de 12 v. chacune ,
rel. en 48 vol .
Choix de causes célèbres , 15 vol .
in- 12 , br.
Contes de Bocaće , 10 vol . in -8° . avec
fig. , r.
120
150
336 30
бо
མ。་
Cours de Mathématique , par Bezout,
6 v. in-8°. , br.
36
in- fol. ,
Cours de Mathématique de Bossut
5 vol. in-8°. , br.
D.
Dictionnaire universel de Police
par Des Essarts , 8 vol. in-4 °. , br .
Id. de l'Académie française , 2 vol.
rel .
"
30
9
40
36
Id. de la Martinière , 6 v. in- fol. , r.
Description de l'Arabie
Nieburg , 2 vol . in -4° . , rel .
108
par
21
Dictionnaire des gens de Lettres ,
6 vol. in-8°. , rel.
Id. de la Langue française
Ferraud , 3 v. in-4° . , rel.
-Géographique , par Vosgien , 17.
in-89 . rel.
E.
Encyclopédie , 35 vol . in - fol . , édit.
de 'Paris ,
Essai sur l'Histoire générale des tribunaux
de tous les peuples , par
Des Essarts , 9 vol . in -8° . , br.
Essai sur les
par Voltaire ,
ceurs des Nations ,
Goo 1.
35
vol. in - 8°. , br. 20
12 Emile de J. J. Rousseau , 4 vol. rel.
Elémens d'histoire de France , par
Millot , 3 vol . in- 12 , rel.
rel .
Etudes de la Nature , par Bernardin
de Saint -Pierre , 5vol . in- 12 ,
dor. s. tr.
Essais sur Paris par Sainte-Foi ,
vol . in- 12 , rel. 7
Elite de poésies fugitives , 5 vol . ››
in- 12 , rel.
F.
Fables de la Fontaine , 4 vol. in - 8ª .
rel . fig .
Fabulistes ( les trois ) Esope , Phèdre
et la Fontaine , nouvelle édit. , par
Gail , avec les notes de Chamfort ,
4 v. in-8°. pap . ord . br.
Id. pap. g. r. vét. sat. br.
Faublas , 13 vol . in- 18 , br.
9
21
15
30
12
За
21
3 I
3 1
G. 7
Galatée , édit . de Defer Maison-
Neuve , in-4 . , papier v. , fig. col . 36
Grammaire de Restaut , 1 v. in- 12 , T.
Id. de Wailly , 1 vol . in- 12 , ' rel .
Id. Anglaise , par Syret , 1 vol .
in-89 . , br.
Id. Espagnole , 1 vol . in-8° . , br.
H.
Histoire philosophique de Raynal ,
10 v. in-89 . , avec atlas , r. d . s . tr.
Id. broc.
Histoire de France , par Vely , 20 v.
in- 12 , rel.
Id. de la décadence de l'Empire
Romain , traduit de l'anglais de
Gibbon , 18 v. in - 8° . , rel .
2
54
40
90
42
, par 90 36 Id. de France , par Mézerai , 14 vol.
in- 12 , rel .
40
Id. d'Angleterre , 6 vol. in- 12 , rel.
888
18
a d'Espagne , 5 vol . in-12 , rel.
Militaire des Suisses 8 vol.
in-12 , rel..
Z. de Clarisse , traduite par Letour
10 vol . in-8º. , rel. en veau , neur ,
J.
Oseph , poëme , par Bitaub , 1 vol.
in- 12 , rel.
Crusalem délivrée , 2 v . in- 12 , rel .
L.
■: ' esprit de la Fronde, 5 v . in-12 , rel.
-de Sénèque , 6 v . in- 8°. , rel.
d'Helvétius , 5 v . in-8 ° . , rel .
--
151. 3.
24
60
Id. broc.
راق
20
rel. 16
16
... ob
de la Ligue , 3 vol . in - 12 , rel
Pintrigue du Cabinet , 4 v. in-12 ,
uis XIV , sa Cour et le Régent , *
4 vol . in- 12 , rel .
p. es liaisons dangereuscs , 4 vol . posi·lary
in-12 , rel. f.
Zem. broc .
ettres de Madame de Sévigné ,
8 vol . in-12 , rel .
em, broc
ettres Persannes , 2 v . in-12 , br.
9/0
Provinciales , 4 v . in- 12 , rel.
Péruviennes , 2 v. în- 12 , br .
de Madame de Maintenon, 2 y, r.
M..
ison Rustique , 2 v . in-4 . , rel .
émoires secrets , tirés des archives
des Souverains , 24 vol. rel.
Témoires du Duc de Richelieu , 4 v.
in-8 °. , rel.
-
24
16
4261
A
5
30
-
Id. broc .
de Montesquieu , 5 v. in- 8 °. , r .
de Diderot , 6 v. in- 12 , br.
de Boulanger, 5 vol . in - 8° . , rel .
Id, broc.
de Thomas , 4 vol . in-12 , rel .
de Scarron , 7 vol . in-8 °. , rel.
de Boileau , 2 vol . rel .
de Molière , 8 vol . in- 12 , rel.
de Racine , 3 vol. in- 8°,,
de Hume , 3 vol. in-12 , tel.
30 1.
30
25
30
25
12
30 kt
25
12
6
24
br. 17 A
9
44
rel. 36-
24.
6
36
60
de Mably , 22 vol . in -12 , br,,
de Darnaud 12 vol . in-18,
de Palissot , 7 vol . in-18 , rel.
de Chaulicú , 2 vol . in -12 , rel .
de Lucien , 6 vol . in-8 ° . , rel.
du Comte de Tressan , 12 vol.
in-8°., rel.
choisies de Dorat ,
3 v. br.
P.
Plaute , traduit par Guendeville , 10
vol. in- 12 ,
Pausaunias
, 4 vol . in -8 ° . , rel .
30
24
42
rel. 7 10
72 NO Philosophie ( la ) de la nature , 7 v.
in-8 . , rel.
Ruines de Volney , 1 v . in-8 °. ,
20
Idem
. d'un
Homme
de qualilé
, 8 v . ejcb .
in-12 , rel.
Idem . de Sully , 8 v . in-12 , rel .
21
24
7. éd. de Bastien , 6 v. in- 88 . , cart. 24
Mélanges de Littérature , par
d'Alembert , 4 vol . in -12 , rel.
N.
Nuits d'Yong , 2 vol . in - 12 , rel.
12
6
Numa Pompilius , par Florian , traduit
en anglais , 4 v . in -18 , br. 10
0 .
OEuvres complètes de Voltaire
70 vol . in- 8° . , pap. à 6 liv. , rel .
en veau éc .
"
450
300
d. 92 vol. in- 12 , pap. à 50 s . rel .
en v . d. s. tr .
1d. 92 v. in- 12 , pap. à 30 s . , rel. 210
de J. J. Rousseau , 17 vol . in-4°.
superbe éd. avec fig. , rel. 200
R.
S.
Synonymes
français , par Roubaud ,
4 vol. in-12 , br.
Id. par
Girard , 1 vol . in- 12 , br .
T.
Théâtre de Voltaire , 7 v. in- 12 , br .
br. Id. de Diderot , 2 vol. in- 12 ,
Id. de Sophocle , 2 v . in-8° . r. d . s . t.
V.
Voyage en Angleterre , en Ecosse et
en Irlande , 3 v . in-8 ° . , rel..
Id. de deux Français dans le Nord ,
5 vol. in-8° . , rel.
Id. de le Vaillant , 2 v . in-8°. ,
12
3
14
5
13
18
30
br. 10
Id. de Pallas , 5 vol . in-4° . , rel . d . s.
t. , avec fig. et atlas ,
Id. en Espagne , 2 v . in -8 ° .
Id. Capitaine Cook ( abrégé du ) ,
3 v. in-8°.
84
8
15
Jer . 135.
No.
14.
MERCURE FRANÇAIS .
DECADI 20 PLUVIOSE , l'an cinquieme de la République.
W
( Mercredi 8 février 1797 , vieux style . )
Explications de l'Enigme et Logogriphe du No. 13 .
Le mot de l'Enigme est Caméléon ; celui du Logogriphe est
Vapeur , dans lequel on trouve zau , péau , ver , Ré ( «isle de ) , ^
ruc , rave , Pau , pur , pauvre. *
ACADÉMIES ÉTRANGERE S.
Memorie di Matematica e Fisica d'ella Società italiana , *
etc. etel ; ou Mémoires de Mathématiques et de Physi
sique de la Société italique de Véronne. Tome VI , in-4°
De Véronne , 1793.
Cee recueil est composé d'un grand nombre de ,
mémoires sur différentes questions de géométrie ,,
d'algebre et de physique .
Le premier , du pere Isidore Bernareggi , traite,
de l'usage des fractions décimales dans la multiplication
des nombres.
P Le second , du célebre géometre D. Pietro Paoli ,
est intitulé : Recherches sur l'intégration des équations qui
ne satisfont point aux conditions d'intégralité.
Dans le troisieme , Antoine Cagnoli expose un
nouveau moyen de reconnaître la figure de la terre .
Ce moyen a paru très-ingénieux aux savans`d'Italie
. Nous allons essayer de l'expliquer en peu de
mots. Mais il faut partir de quelques courtes notions
Tome XXVII. E
· ( 66 )
1
sur les parallaxes , et sur l'usage qu'on a fait jusqu'ici
de ce moyen , pour remplir le même objet ( 1 ) .
La parallaxe d'un astre est la distance des points
dans lesquels cet astre se voit , observé du centre de
la terre et d'un point de sa superficie . Si un observateur,
se plaçait au centre de la terre , et un autre à
la superficie , le premier verrait l'astre plus près de
son zenith que le second ; de maniere que la parallaxe
diminue , pour ainsi dire , la hauteur de l'astre sur
l'horison , ou plutôt qu'elle est la mesure de cette®
diminution apparente.
Le triangle formé par le rayon de la terre , appartenant
au point de la superficie où l'on suppose un
des observateurs , et par les deux lignes tirées de
l'astre à l'observateur et au centre de la terre , SO
nomme triangle parallactique : l'angle qui s'ouvre en
partant de l'astre s'appelle angle de la parallaxe , et
le rayon de la terre , bâse de la parallaxe . Il est aisé
de concevoir qu'en diminuant la bâse de ce triangle,
c'est-à-dire le rayon de la terre , on diminue en même
tems aussi l'angle opposé , c'est - à- dire la parallaxe :
et puisque la différence des demi - diametres de la
terre emporté celle des parallaxes et vice versa , la
détermination de l'une dépend de celle de l'autre. >
.
Tel est le raisonnement d'où sont partis Newton ,
Manfredi , Maupertuis , etc. pour arriver à la connaissance
de la vraie figure de la terre par celle de la parallaxe
de la lune, qu'ils ont choisie de préférence , parce
que la lune est de tous les astres celui dont la pa-
( 1 ) Nous ne faisons ici que resserrer l'extrait du Journal
littéraire de Naples .
1
(167 )
rallaxe est la plus considérable à notre égard . Ce
raisonnement , au reste , n'a pas conduit au but des
recherches et des essais. En effet , supposé que l'applattissement
ne passe pas le trois - centieme du demidiametre
, la différence entre la parallaxe à l'équateur
, et celle à la latitude de soixante minutes , n'est
que de neuf secondes or , cette différence est s ;
petite qu'elle s'évanouit dans les erreurs inévitables
commises par les plus habiles observateurs . Notre
auteur observe cependant qu'elle produit encore des
effets sensibles sur la durée de loccultation d'un
astre derriere la lune ; attendu qu'il y a des cas où
la différence d'une seule minute en espace , peut en
produire une de vingt- neuf ou trente secondes en
durée , en prolongeant ou diminuant le tems de l'gccultation.
Pour bien concevoir cela , l'on doit se souvenir
que la durée de l'occultation d'une étoile est proportionnée
à la longueur de l'arc qu'elle décrit der
Fiere le disque de la lune ejeett par conséquent , le
tems en est d'autant plus grand , que l'étoile passe
plus près du centre de cette planete . Supposons que
la direction de l'étoile soit perpendiculaire à la vérticale
de la lune , et qu'en admettant la figurę parfaitement
sphérique de la terre , et par suite la parallaxe
d'une mesure donnée , on trouve , au moyen
des tables et du calcul , que l'étoile doive passer audessous
du centre de la lune à la distance de trois
quarts de rayon par exemple , et qu'en résultat l'occultation
doive durer un nombre déterminé de minutes
si l'on mesure alors avec une montre bien
exacte , le tems de cette occultation ; et s'il se trouve
E 2
( 68 )
moindre que celui du calcul , on conclura que l'étoile
a passé à plus de trois quarts de rayon du centre de
la lune , et que là lune était au- dessus du lieu que
le calcul avait fourni ; d'où il s'ensuivra que la parallaxe
est moindre que celle calculée , et conséquemment
aussi la bâse ou le rayon de la terre phis court dans le
lieu de l'observation ; en d'autres mots , que la terre
est applatie dans ce point. Voilà quelle est la théorie
de Cagnoli. On lui objecte qu'il se trouvera peu
d'occultations qui réunissent toutes les circonstances
exigées mais il suffit qu'il y en ait quelques-unes ;,
si l'on sait en profiter, elles peuvent servir à déterminer
avec plus de précision la véritable figure de la
terre.
Cagnoli trouve que l'occultation d'une étoile ayant
lieu dans les circonstances ci-dessus , et l'étoile passant
à trente secondes de distance du point le plus.
infécieur du disque lunaire , chaque seconde de différence
entre le tems de la durée de l'occultation du
calcul , et celui de l'occultation observée , donne une
différence de cinq cents pieds dans la longueur des
rayons de la terre.
Il serait utile d'essayer cette méthode , avec le
soin qu'exige l'importance de la matiere.
Le mémoire suivant est de Lorgna ; il est intitulé :
Loix inséparables du principe fondamental de Castelli ,
touchant le mouvement et la mesure des eaux courantes.
Les matieres de mathématiques sont terminées par
un mémoire de Pietro Paoli, sur plusieurs problêmes.
( 69 ).
de mécanique. Il y traite de la pression d'un corps
sur divers points d'un plan horisontal et d'un plan
incliné .
Les sujets de physique , de médecine et d'histoire
naturelle occupent onze mémoires.
Nouveau Thermometre à indicateur.
Le pere Giovambatitla de Saint - Martin , décrit un
thermometre à indicateur de son invention. Quoiqu'il
ait quelque raison de regarder cet instrument
comme supérieur à tous ceux du même genre , connus
´jusqu'à ce jour , il convient de bonne - foi que pour
les expériences délicates , le meilleur de tous les thermometres
est le thermometre ordinaire au mercure ,
qui joint à la plus grande sensibilité , cette simplicité
si précieuse dans les instrumens de physique.
Sur un vent chaud d'hiver.
Dans la nuit du 30 janvier 1791 , après plusieurs
jours d'un froid vif , accompagné de neiges abondantes
, il survint tout- à-coup à Belluno , un vent
extrêmement chaud , soufflant du nord . Dans lajournée
du 1er février , la chaleur du vent augmenta beaucoup
: mais après avoir duré 24 heures révolues , il
céda de nouveau la place au froid qui devint plusi
aiguë qu'auparavant. Tel est le phénomene dont
l'abbé Joseph Toaldo rend compte avec beaucoup de
détail . Il rappelle qu'en 1770 , le 25 janvier , on en
avait déja vu un semblable ; et il hasarde ses conjectures
sur la cause qui peut changer ainsi subitement
la température de l'air . Selon lui , ce vent est
( y༠ )
1.
un véritable scirocco réfléchi par les montagnes.: et
ce sciroceo tire , son origine de certaines explosions
brûlantes , auxquelles sont dues également les tremblemens
de terre et les météores enflammés qui accompagnent
toujours les chaleurs imprévues .
Sur la plus grande pesanteur apparente de l'eau électrisée.
La cause de l'élévation de l'aréometre dans l'eau
électrisée positivement , est l'objet d'un second
mémoire du pere Giovambatista de St. -Martin. Ce
phénomene , observé déja par plusieurs physiciens ,
paraît au premier coup-d'oeil dépendre d'une plus
grande gravité spécifique , acquise par l'eau dans son
électrisation . Mais notre auteur présente une suite
d'expériences, d'où il semble résulter que cette élévation,
qui n'a jamais passé quatre-vingt-douze centiemes
de degré de son aréometre , dépend uniquement de
la force expulsive et répulsive , que la tendance à se
répartir également dans tous les corps voisins , produit
dans l'électricité .
Outre les expériences sur l'eau électrisée négativement
, que l'auteur dit n'avoir pas eu la commodité
de faire , il n'eût point été peut- être hors de propos
d'en tenter quelques autres pour déterminer si l'état
du verre dont l'aréometre est composé , et l'air électrisé
qui se trouve dans son intérieur , n'entrent
pour rien dans le phénomene , et s'il aurait égale
ment lieu l'aréometre étant absolument privé d'air ,
ou son intérieur armé de métal à la maniere de la
bouteille de Leyde. Ces expériences et plusieurs
autres semblables auraient sûrement rendu plus com-
23 .
plette la série de celles que l'auteur s'était tracées ;
elles l'auraient mis plus en état d'expliquer un fait
qui mérite encore les recherches des physiciens.
Sur les oppositions d'Uranus.
Dans un très - savant mémoire d'astronomie , le
célebre Slop de Cademberg rend compte des observations
que son fils a calculées , pour déterminer
les oppositions d'Uranus , dans les années 1786 , 8
88 et 89.
Observations sur les conferva irritables .
Des expériences physiques et chymiques sur les conferva
irritables , et sur leur mouvement progressif vers
la lumiere, forment le sujet du premier mémoire d'histoire
naturelle , qui est de l'abbé Joseph Olivi . Les
recherches de l'auteur semblent restituer ces corps
singuliers au regne végétal , dans lequel Adanson ,
leur inventeur , les avait placés , et leur enlever
le caractere animal que leur avaient attribué
Carly , Saussure et Fontana. Cependant l'auteur ne
néglige point de comparer les observations de ces
derniers naturalistes avec les siennes : mais il prouve
que c'est à tort qu'on a donné le nom de tremelles.
aux conferva dont il est question . Il détermine le
nombre et le caractere des especes connues jusqu'à
présent , dont il résume l'histoire en peu de mois ;
et d'après ses remarques , il paraît certain que le
mouvement très - lent , par lequel elles se réunissent
et se dirigent , de concert , vers les lieux éclairés
de la lumiere du soleil , est purement mécanique ,
E 4
( 72 ) !
comme les mouvemens analogues des autres plantes
terrestres , et celui de la matiere verte de Priestley
dont Sennebier avait soupçonné d'abord , et dont
notre auteur a démontré depuis la nature. C'est par
des expériences très-délicates et faites avec la plus
grande exactitude , que ce dernier prouve encore
maintenant que la quantité du mouvement progressif
se proportionne à celle de l'air vital , ou du gaz oxygene
dégagé. Ces expériences méritent sans doute
toute l'attention des savans ; et partant des principes
de Lavoisier, elles présentent un essai d'aréologie des
plantes , qui se rattache naturellement aux théories
pneumatochymiques de Priestley , d'Ingenhouz et
de Sennebier.
Sur la constitution de l'air atmosphérique .
Le comte Morozzo tapporte quelques observations
sur la constitution de l'air atmosphérique , dont l'objet
est de confirmer ce qu'il avait déja avancé dans
le journal de physique en 1784 , et de prouver , par
de nouvelles raisons , que cet air n'est pas composé
de 73 parties de moffette et de 27 d'air vital , comme
l'établissent les chymistes français . Dans son traité
élémentaire de chymie , Lavoisier assure que 73 parties
du fluide aëriforme qui se dégage des substances
animales , par le moyen de l'acide nitreux , et 27 parties
d'air vital retiré de la chaux de mercure , connus
sous le nom de précipité per se , forment , en s'unissant
, un fluide parfaitement semblable à l'air de
l'atmosphere , et qui en a toutes les propriétés .
'Suivant Morozzo , l'union des deux gaz , faire dans
·( 73 )
.
les proportions indiquées , produit un fluidé qui
jouit en effet de quelques propriétés de Fair atmosphérique
, mais qui differe beaucoup de lui par
plusieurs autres .
Depuis quelque tems , la chýmie pneumatique est
attaquée avec une nouvelle force en Italie , en Allemagne
et même en France , où elle a été réduite en
systême. Si ses principes reposent sur des bâses solidess
,, comme nous le pensons , ces attaques ne feront
qu'en rendre la solidité plus évidente et plus
sensible ; et s'il s'est glissé des erreurs dans l'appli
cation trop étendue de quelques faits principaux , il
est de l'intérêt même des chymistes pneumatiques
que ces erreurs soient éclaircies et relevées . Dans les
deux cas , la discussion ne peut que tourner au profit
de la science . Notre opinion particuliere , que nous
sommes d'ailleurs toujours prêts à réformer sur de
nouveaux faits bien concluans , ne nous empêchera
donc point de rendre compte des opinions contraires;
et bien loin d'atténuer les argumens produits en leur
faveur, nous voudrions leur prêter une nouvelle force ,
pour hâter le moment où les objections étant épuisées
, les savans ne pourront plus être divisés sur ce
point essentiel.
1
{
ง
Quoi qu'il en soit du terme et du dernier résultat
de la querelle , on doit convenir qu'il est difficile
d'assigner une constitution générale et fixe à l'air
atmosphérique : elle varie sans cesse suivant les "
lieux , suivant les saisons , et même , à ce qu'il paraît
, suivant les heures du jour ; et dans les expériences
auxquelles cn soumet cet air , il est sans
doute indispensable de tenir compte de toutes les
( 74 )
circonstances qui le modifient , et de cette multitude
de matieres étrangeres qui troublent presque partout
sa pureté.
La suite au numéro prochain .
ÉCONOMIE POLITIQUE.
Voyage en Hollande et sur les frontieres occidentales de
l'Allemagne , fait en 1794 , traduit de l'anglais par
CANTWEL . Deux volumes in- 12 . A Paris , chez BUISSON,
rue Haute-feuille.
ENCORE un voyage ? Eh , pourquoi pas ! ... L'homme
riche voyage , parce qu'il est tourmenté par l'inquiétude
que Celse appelle la maladie des grands , le
besoin de changer de lieu , mutatio loci morbus procerum
; l'homme instruit voyage pour s's'instruire encore
; l'espion des cours voyage pour observer , et
étudier les moyens secrets de force , de défense , etc.
Toutes ces causes dureront long -tems ; nous aurons
donc long-tems des voyageurs , et des récits de
voyage . Le plus mauvais fournira aussi quelque observation
utile ; et c'est au journaliste à l'extraire
du fatras des récits , pour l'offrir au philosophe moraliste
et à l'économe-politique . Nous allons remplir
ce devoir.
Le voyage en Hollande présente peu de choses
neuves, ou intéressantes.-- Quelques - unes des maisons
qui environnent le marché de Rotterdam ont leur
date marquée sur des tuiles vernies ( on dit vernissées
lorsqu'il s'agit de poteries ) : elles furent construites
Y
( 75 )
dans la lengue guerre qui délivra les Provinces du
joug des Espagnols ; dans un tems où on aurait pu
les supposer trop occupés ( lisez , sans doute , occupées )
de résister à l'ennemi, et de chercher des subsistances,
pour songer à construire des bâtimens . C'est toutefois
dans ces circonstances que les Hollandais étendirent
et embellirent leurs villes , qu'ils préparerent
leur pays à devenir le centre de leur commerce , ct
qu'ils commencerent presque toutes les entreprises
qui furent la source de leur étonnante prospérité.
蒙
Si les habitans des campagnes en France marquent
sur leurs maisons et sur leurs granges la date de la
construction , on lira souvent 1794 , 95 , 96. - Dans
un jeu d'arquebuse à Delft , le premier qui frappe
dans la tache blanche d'un bouclier , a sa boisson de
l'année franche de toute imposition ; mais pour rendre
la tâche plus difficile , on suspend par les pattes une
cicogné à une corde qui traverse tout le bouclier .
et qu'en se débattant l'oiseau fait mouvoir sans
cesse.... On la laisse pendre très-proche de terre ,
absolument à l'abri du coup , et probablement sans
intention de lui faire du mal , car les Hollandais n'ont
pas coutume de mêler la cruauté à leurs amusemens....
Belle réflexion de la part d'un Anglais , dont les compatriotes
prennent plaisir à voir des coqs se déchirer,
et leurs concitoyens se frapper et se couvrir de
meurtrissures !
-Telles sont ( dit du gouvernement hollandais
en 1794 , avant l'entrée des Français , notre voyageur )
les principales formes d'un gouvernement qui a con
servé , durant deux siecles , une portion de liberté
civile et religieuse , au moins égale à celle de tout
( 76 )
autre pays de l'Europe , en résistant aux chances de
dissolution que le gouvernement contient en lui
même , et aux moins dangereux projets de destruction
inventés au- dehors par la jalousie d'intérêts arbitraires.
Il est aisé d'appercevoir la délicatesse de
ce gouvernement compliqué ; mais les objections , à
cet égard , ont été jusqu'à présent fondées beaucoup
plus sur des maximes prétendues universelles , que
sur les considérations que la situation particuliere
d'un peuple exige . On ne s'est point assez occupé
de connaître à quel point le succès des mesures de
prospérité politique dépend du caractere et du génie
des peuples qu'on veut en faire jouir . On a négligé
cette étude , parce qu'elle ne présente ni l'éclat , ni
la facilité des spéculations générales , parce qu'elle
ne peut pas donner à ses systêmes l'importance de
ceux qu'on suppose convenables à tous les pays et
à tous les hommes. L'ambition des guerriers est d'étendre
le succès de leurs armes ; celle des écrivains ,
et particulierement des écrivains politiques , est d'étendre
le systême . Il serait plus sage et plus utile
de perfectionner l'application des princip es , que de
l'étendre . Un essai de cette espece conduirait à
l'examen des circonstances de situation et de caractere
national , qui doivent régler cette application .
Une évaluation plus modeste des moyens qu'ont les
hommes pour faire le bien , indiquerait les gradations
qu'ils doivent indispensablement parcourir ,
avant d'atteindre au degré de perfection dont ils sont
capables . Plus d'intégrité dans les vues ferait convenir
que les moyens doivent être aussi honnêtes que
ka En qu'on s'en propose . On tâcherait de calculer ,
.
( 77 )
d'après les moeurs d'un peuple , et son caractere nasional
, le degré de prospérité politique dont il est
susceptible. En négligeant ces considérations , au lieu
de faciliter les progrès , on crée des obstacles , et le
philosophe commence ses expériences pour l'amé.
libration de la société , aussi prématurément qu'un
sculpteur qui voudrait polir sa statue , avant d'ea
avoir formé tous les traits .
On a répété jusqu'à la satiété, les recherches minutieuses
qui ont été faites en France pour découvr
des fleurs-de- lis cachées ; et l'on a reproché amerement
les persécutions dont elles ont été quelquefois
suivies . Le philosophe gémit sur les dernieres ; mais il
rit des premieres , parce qu'il sait que cet excès est de
tous les pays et de tous les tems . A la Haye , tous
les habitans portaient (en 1794) des rubans de couleur
orange , les uns à leur chapeau , les autres à leur
boutonniere . Les pauvres , car il y en a plus à la
Haye qu'ailleurs (résidence de la cour) , avaient toujours
quelque chose de cette couleur : on l'attachait au
bonnet des enfans , et cette pratique était portée à un
excès aussi ridicule que la défense que les magistrats
frent en 1785 de porter ou de montrer , quoi que ce
fût de couleur orange , pas même des fruits ou des
carottes......
-
3
Philippe II avait été si frappé de la beauté du
bois ou parc de la maison de campagne des princes
d'Orange , que dans la campagne de 1574 , il défendit
à ses officiers de le détruire ; et parmi les choses
dont la jouissance ne lui était pas personnelle, c'est
peut- être la seule dont ce destructeur de la race
humaine et de sa propre famille ait ordonné la con(
78 )
servation . Louis XIV ayant probablement entendu
faire l'éloge de cette indulgence , laissa subsister le
mail d'Utrecht , pour servir de monument à sa sensibilité
, dans une invasion sans motif qui coûta la
vie à plus de dix mille hommes .
Nous vimes avec plaisir , dans une occasion ,
les efforts patiens , mais non pas très actifs , des mu
rins hollandais contre les obstacles du vent qui chassait
violemment à la côte. Nous apperçûmes , pour
la premiere fois , ce que depuis nous eûmes souvent
l'occasion d'observer ; que l'industrie hollandaise , si
généralement admirée , en obtiendrait à peine le
nom en Angleterre. En Hollande , l'homme de peine
est rarement oisif; mais je n'en ai jamais vu travailler
fort et ferme , dans l'acception que nous donnons
chez nous à cette expression . Pour la persévérance ,
le soin et la patience , les Hollandais n'ont point
d'égaux ; mais l'adresse , la force et l'activité d'un
matelot ou d'un ouvrier anglais leur sont absolument
inconnues . Vous ne verrez jamais un Hollandais
entreprendre ce qu'exécutent journellement hos
portefaix ; vous ne les verrez pas non plus , à la
vérité , se livrer comme eux au repos durant une
partie de la journée . Les Hollandais ne portent jamais
de fardeaux : à Amsterdam , où les voitures sont
très embarrassantes , pour transporter un bobillon de
vingt pintes , on se sert d'un cheval et d'un traîneau.
La tranquillité des grands en Hollande est vrai
ment étonnante /on traverse des rangées de palais
sans rencontrer une voiture , ou même un domestique
. Les habitans de ces superbes édifices ne sont
( 79 )
1
pas toutes fois occupés moins sérieusement que ceux
dont l'agitation fait beaucoup de tapage ; la diffè .
rence consiste en ce que les premiers se contentent
des jouissances qu'ils peuvent se procurer sans se
donner le mouvement des autres. Ils attendent paisiblement
la fin de l'année qui doit augmenter leurs
richesses , ou au moins la masse de leur argent . Is
savent que chaque jour le produit de l'intérêt accroît
leur principal , et ils laissent couler le tems , dont
le cours fixe exclusivement leur attention , parce que
c'est lui seul qui augmente leurs trésors. L'amour de
l'argent , pour le posséder sans en jouir , est la passion
dominante de tous les Hollandais sans exception
, quels que puissent être à d'autres égards leurs
dispositions et leur caractere : depuis l'enfance jus-;
qu'à la caducité , cette passion est chez eux ardente ,
enracinée , indestructible et universelle .
-
La
-Les terres du duché de Clèves ne sont pas trèsmal
cultivées. Je n'ai jamais , à la vérité, apperçu entre
la culture des pays absolus et celle des pays libres , une
différence marquante qui ne m'aurait pas échappée .
La terre y produit autant qu'ailleurs ; mais l'air hâve
et misérable des habitans atteste qu'ils ne disposent
que d'une faible partie de ses productions .
duchesse de Saxe -Teschen , ci-devant gouvernante
de la Belgique , venait de quitter le château de Poppelsdorff
près de Cologne , où elle s'était retirée
lorsque les Français s'étaient approchés de Bruxelle .
On nous montra ses appartemens . Dans la premiere
piece nous vîmes de petits morceaux de bois peint
répandus sur une table . La réunion de ces fragmens
formait une croix. On nous dit que l'assemblage ,
( 80 )
difficile à retrouver , servait à la princesse d'exercice
pieux et de passe-tems. Le rang et la fortune auraient-
ils donc assez peu d'influence sur le bonheur,
pour que ceux qui les possedent soient réduits à de
si tristes moyens de rendre leur vie supportable ?
Le Goodsberg , district voisin de Cologne , fournit
un sujet de roman ou de drame que nous devons
présenter à nos lecteurs.....Les trois plus hautes des
sept montagnes qui contribuent à enrichir la perspective
de Goodsberg , sont conuues sous les noms
de Drakenfels , Wolkenbourg et Lowenbourg ; chacune
était jadis couronnée par un château , et les
ruines de deux de ces forteresses sont encore visibles ..
On raconte à leur sujet une histoire . Trois freres
ayant formé le projet d'être la souche de trois différentes
familles , se servirent de l'expédient alors en
usage . Chacun des trois construisit une forteresse ,
d'où il faisait des excursions pour rançonner les
habitans de la plaine , et s'approprier , par le droit
du plus fort , le fruit de leur industrie . Les sommets
de Drakenfels , Wolkenbourg et Lowenbourg , où l'on
ne parvient aujourd'hui qu'avec beaucoup de peine
et de fatigue , étaient inaccessibles lorsqu'ils avaient
pour défense un château fortifié . Au moyen des brigandages
que les maîtres des trois châteaux appel
laient des succès à la guerre , ils devinrent les personles
plus opulens et les plus distingués de l'Em- nages
pire.
Ils avaient une soeur nommée Adelaide , célebre
par sa beauté , qui dépendait d'eux depuis la mort
de leur pere . Un jeune chevalier , nommé Roland , '
dont le château était situé sur le bord opposé du'
Rhin .
( 81 )
·
Rhin , lui fit la cour et parvint à s'en faire aimer.
Soit que les frères se fussent flattés de trouver pour
leur soeur un parti plus brillant , ou qu'il y eût entre
eux et Roland quelque vieille inimitié de famille
ils résolurent de ne point lui donner Adelaide , mais
d'éviter aussi ' offensante dureté d'un refus formel .
Ils exigerent de lui qu'il allât servir un certain nombre
d'années dans les guerres de la Palestine , et promirent
d'accueillir sa demande à son retour .
Roland prit congé d'Adelaide , et partit pour la
guerre , où sa valeur lui acquit bientôt de la célébrité
. Adelaide resta dans le château de Drakenfels,
où , constamment occupée de son amant ,
elle attendait
son retour avec impatience ; mais ses freres
avaient résolu d'anéantir son espoir. Un de leurs
vassaux , déguisé en pélerin , vint au château déclarer
qu'il arrivait de la Terre- Sainte , et que le jeune
Roland , dont il avait reçu les derniers soupirs ,
l'avait chargé d'assurer Adelaide qu'il lui était resté
fidele jusqu'à la mort.
༄་ ་ ་ 、,
Trompée par cette supercherie , l'infortunée Adelaïde
résolut de passer sa vie à gémir sur la perte de
Roland. Elle refusa tous les partis qui se présenterent
, et ne voulut plus souffrir d'autre société que
celle de quelques religieuses d'un couvent voisin de
sa résidence . Enfin , le silence de la solitude devenint
nécessaire à la situation de son ame , elle Vou
lut prendre le voile et fonder un couvent . Ses freres
encouragerent fortement un projet qui devait mettre
entre elle et son amant une barriere éternelle . Elle
fit choix d'une isle du Rhin , entre le château de son
fiere et celui de Roland , qu'elle pouvait contemples
Tome XXVII.
761
F
•
( 82 )
alternativement des fenêtres de son monastere. Elle
y passa quelques années , occupée des devoirs de
son état qu'elle remplissait d'une maniere exemplaire
.
Roland revint, et les deux amans découvrirent la
cruelle tromperie qui les séparait pour toujours .
Adelaide resta dans son couvent et succomba bientôt
à sa douleur. Roland imita sa fidélité ; et se vouant
comme elle à la solitude , bâtit , à l'extrémité de son
domaine , un château d'où l'on voyait l'isle du Rhin !
il y languit le reste de sa vie , en nourrissant ses
regrets et sa mélancolie de la triste vue des murs
du couvent où gissait les restes de sa fidelle
amante .
Dans la vallée d'Andernach , entre Cologne et
Coblentz , les angles saillans d'un bord du Rhin rẻ-
pondent en général si exactement aux angles rentrans
de l'autre , qu'ils semblent justifier l'opinion
de ceux qui attribuent leur séparation à un déchi
rement occasionné par un tremblement de terre
où les eaux se sont précipitées et ont formé la
riviere.
On sait aujourd'hui combien Buffon s'est égaré ,
en généralisant le fait particulier des angles correspondans
.
-
1 20%
J.
Ce n'est ni aux agrémens , ni aux ressources
de Coblentz , qu'il faut attribuer le long séjour que
les princes émigrés et la noblesse française ont fait
dans cette ville ' ; mais à l'honorable et généreuse
hospitalité de l'électeur , et à la commodité de la
situation pour recevoir des nouvelles de France , et
entretenir avec les autres pays des relations. L'élec
i.
:
( 83 )
teut tint une cour en faveur de la noblesse française
, et lui continua , par considération , le spectacle
d'une partie du cérémonial dont elle avait
l'habitude . Les Français obtenaient aussi facilement
de l'argent sur des propriétés ou des emplois en France
; ceux qui n'en avaient point apporté , en trouverent
sans peine , et cette ressource encouragea
malheureusement ceux qui en avaient , à conți iuer
leurs dépenses ordinaires . Nous savons d'une maniere
certaine , qu'au commencement de la marche
sur Longwy , on en sollicita d'accepter de l'argent
à quatre pour cent , et que de très - fortes sommes
furent refusées .
ནཆེན། སྙ
Oneforma ici et dans les environs 60 à 70 escadrons
de cavalerie , composée principalement de
ceux qui avaient occupé un rang dans le militaire ;
chaque cavalier se montat et s'équipait à ses dépens
. Nous entendîmes souvent des membres de
cette petite armée parler avec confiance de leur
prochaine arrivée à Paris ; mais les individus qui
débitaient ces anecdotes sont dans l'infortune ,
nous ne pouvons plus nous permettre de les répéter.
I
et
La premiere ville de poste après Coblentz est
Montabaur. Son aspect n'est pas moins sombre
que celui de plusieurs autres endroits , dont nous
avons précédemment donné la description ; et nous
ne pourrions que nous répéter sans cesse , si nous
voulions peindre avec exactitude la misere et la
malpropreté , qui caractérisent en général les villes
d'Allemagne ; nous n'aurions pas même présenté zi
souvent ce repoussant tableau , si la négligence des
1
F 2
( 84 )
autres écrivains à cet égard ne nous avait pas désagréablement
trompé , en nous faisant concevoir des
idées proportionnées à la fausse importance de plusieurs
villes célebres , et cependant très- misérables .
En contemplant les ruines qui environnaient
Mayence , après les sièges de 1792 et 1793 , où la
violence à détruit , en un instant , l'industrie et les
t:avaux d'un grand nombre d'années , un Anglais
doit naturellement penser avec plaisir à la sécurité
que son pays tient de la nature , et se féliciter , en
réfléchissant , que quand même sa nation aurait l'imprudence
de rejetter la sage politique qui devrait la
faire renoncer à tout intérêt sur le continent ( ce
n'est pas celle de M. Pitt ) , à l'exception de ceux
du commerce qu'on peut protéger avec une mariné ,
sa patrie sera toujours à l'abri des invasions , et que
si les énormes frais de la guerre y répandent la pauvreté
, elle n'aura pas du moins à supporter les horreurs
et les dévastations des pays qui en sont le
sanglant théâtre.
Le premier volume de ce voyage est terminé par
le journal des opérations militaires , dont Mayence
fut le théâtre en 1792 et 1793. On trouve à la suitę
une réflexion que nous devons rappeller , et qui ,
étant toute à la louange des Prussiens , doit rejaillir
cependant sur les Français , Voltaire , d'Argens ,
Maupertuis , etc. , dont le séjour à Berlin a contribué
à polir se peuple guerrier.
Les habitans de
Mayence sont asservis à loger la garnison. Par- tout
où il y a des officiers , leurs noms sont écrits avec
de la craie sur la porte , et il est défendu de l'effa
cer , parce qu'il faut que leurs soldats sachent où
( 85 )
les trouver. Une famille que nous visitâmes logeait
quatre officiers et leurs domestiques ; mais il faut
convenir que les officiers , loin d'aggraver cette incommodité
par une conduite irréguliere , étaient
d'une politesse et d'une attention dont on ne saurait
trop faire l'éloge . Jamais , à la verité , nous n'avons
vu des officiers prussiens se comporter autrement
; et nous n'hésitons pas à certifier qu'ils sont
aussi supérieurs à ceux des Autrichiens par l'amabilité
et l'éducation , qu'ils ont la réputation de l'être
par les talens militaires .
( La suite au prochain numéro. )
ÉCONOMIE RURALE.
École d'agriculture pratique , suivant les principes de
M. SARGEY de SUTIERES , par M. de G.... , revue par F....
agriculteur à Geneve . Un volume in- 12 de 307 pages.
Prix , 30 sols , et 40 sols par la poste. 1796.
QuUE dire d'une école pratique d'agriculture publiée
en 1796 , dans laquelle on lit plusieurs pages contre
les étuves des grains , et contre les prairies artificielles
? ... dans laquelle il est encore prescrit de
laisser des jacheres ? ... dans laquelle on parle toujours
des acides de l'air , de la graisse des terres , des
terres latteuses , etc . ? ... dans laquelle enfin il n'est
fait aucune mention de la méthode de planter le
bled ; procédé qui est le complément de la bonne
agriculture du comté de Norfolk , et dont les essais
faits aux environs de Paris , ont parfaitement réussi ?
F 3
( 86 )
4
Ce ne sont, dira - t- on , que les méthodes mises en
pratique par M. de Sutieres , il y a 30 ans , que l'on
redonne au public . Nous le demandons à tous les
cultivateurs , est - il nécessaire de leur rappeller qu'il
faut donner quatre labours aux terres , avant que de
les semer ; former avec la charrue des planches bombées
, au lieu de sillons multipliés ; établir des sang ·
sues , ou des puisards dans les terreins humides ?
chauler les semences ; ne mettre que la quantité
d'engrais qui suffit à chaque terrein ; ne confier à
chaque nature de terre que l'espece et la quantité
de grains qu'elle peut porter ; enfin , enterrer ces
grains avec la herse , et non avec la charrue ? Tels
sontmesprincipes en général, dit M. de Sutieres , pag. 262 .
Veut- on faire rétrograder de 30 ans notre agriculture
? La chose n'est heureusement pas possible ;
car, comme l'a dit avec tant de vérité un des auteurs
de ce journal , la fin de ce siecle marche à grands
pas vers le mieux , et l'Europe avance continuellement
vers les principes .
Voilà la part faite pour les critiques donnons
quelque chose à l'encouragement. On trouve à la
page 102 les observations du célebre minéralogiste
Wallerius , snr l'art d'avancer la vertu multiplicative des
semences ; morceau plein de vues saines et conformes
à la véritable physiologie végétale . Le chap . Ier. présente
un moyen de reconnaître les différentes natures
des terres , par l'inspection des plantes qui y
croissent spontanément. Ce moyen peut suffire pour
P'usage de la plupart des cultivateurs . Mais nous devons
dire pour la consolation des Français qui desirent
la prospérité de leur pays , que plusieurs cul-
1
( 8 % )
tivateurs sont en état aujourd'hui de déterminer ces
différences , par des moyens moins méchaniques , et
quelques-uns même par des procédés chymiques .
+1)
19 A
La charrue de Brie y est gravée , décrite , et recommandée
avec chaleur. On y voit proposé un des
plus sûrs moyens d'éviter les maladies des bestiaux ;
c'est d'isoler ses moutons ses boeufs , ses chevaux
et d'éviter sur-tout dans les routes et les foires l'ap,
proche du bétail étranger. M. de Sutieres donne de
bons préceptes sur la construction et la propreté des
granges , sur la destruction des charansons . On ne
peut être en géneral de son avis sur la préférence
à donner , pour le labourage , aux chevaux sur les
boeufs . Point de regle générale sur cet objet , qui
est subordonné aux localités ..... Et la bêche , si utile
pour labourer , quand on a assez de bras pour pouvoir
s'en servir ..... croirait- on qu'il n'en dit rien !
༈ *
སར
ر د
Ce recueil est terminé par l'indication d'une graine
dont la farine fournirait une excellente poudre à
poudrer ; à laquelle on ne trouverait pas l'onctuosité
reprochée aux farines du marron d'Inde , de la feve
blanche , du bled de Turquie , etc. Cette graine est
la nielle nigella ) qui empoisonne les terres à bled.
Un arpent semé avec cette graine produirait autant
de farine que trois arpens de bled . On retirerait
de cette culture deux avantages ; le premier , de
faire de la poudre supérieure en qualité ; et le
second , de manger le bled qu'on emploie à faire
de la poudre . "
,,
3 7
#
F 4
( S$ )
MORALE..
ZELINCA et les Prétendans de Benarès.
CONTE INDIEN.
7
ZELINCA avait quinze ans . Son pere avait compris
qu'à Benarès sur- tout , il n'est pas bon qu'à cet åge ,
jeune fille soit long - tems sans mari . Zélinca était
belle , et il avait senti bien davantage cette vérité . Un
jour qu'il l'avait trouvée plus rêveuse et plus solitire
, il jugea qu'il était tems de lui expliquer le
dessein où il était de lui donner un époux . A cette
proposition , Zélinca rougit d'abord ; puis elle dit :
Ah ! mon pere , je suis si heureuse avec vous ! que
manque - t-il à mon bonheur ? Laissez - m'en jouir avec
délices ; votre Zélinca n'a rien de plus à desirer .
Son pere avait de l'expérience ; il savait très - bien
qu'à Benarès comme ailleus , le non d'une jeune fille.
qui rougit , se traduit toujours par oui . Je sais apprécier
, lui dit - il avec tendresse , tous les sentimens
de ton coeur ; mais ce coeur ne doit pas parler toujours
pour ton pere. Quand il parlera pour un autre ,
Zélinca , je ne veux pas être le dernier à l'entendre.
Choisis toi -même ton époux ; car c'est pour toi que
tu formes un si charmant lien . Quel que soit l'objet
de ton choix , sois sure de mon approbation ; la
sensible et vertueuse Zélinca ne saurait mal placer
ses affections . Les peres en agissaient ainsi à Benarès ,
et l'on assure que les mariages en étaient plus heureux .
Le pere fit annoncer , dans les petites affiches de
( 89 )
Benares , le projet où il était de marier sa fille selon
son coeur, Le pere était riche , et la fille était belle ;
on peut juger du nombre des prétendans . Le premier
qui se présenta , était le grand Abdeïmul ; son maintien
était grave comme son costume , et l'on voyait
à ses traits , que huit lustres au moins avaient déja
passé sur sa tête . Belle Zélinca , dit -il , mon nom
est assez fameux dans toutes les contrées de l'Inde ;
les livres de Confutzée et de Zoroastre me sont connus
; j'ai commenté le Védam , l'Ezourvedan et le
Bagadgéta. Je possede la langue sacrée ; tous les
mysteres de la nature m'ont été révélés , et je suis
de toutes les académies de l'Orient. Aucun
sage
l'Inde ne peut me le disputer ; vous serez environnée
de l'éclat de ma gloire , et en vous voyant , chacun
dira : c'est la femme du célebre Abdeïmul.
de
Zélinca lui répondit modestement : Vous êtes , je
le sais , le plus grand bramire de l'Inde ; je respecte
fort les livres saints , la langue sacrée et les
académies ; mais tant et de si sublimes connaissances
sont au-dessus de mon esprit. J'ai grand'peur que
de tant de secrets que vous possédez , vous en ayez
négligé un auquel j'attache quelque prix ; et je crains,
excusezma franchise , que vous aimiez trop la renommée
pour aimerjamais assez votre femme... Le grand
Abdeïmul fut congédié avec tous les égards et la
politesse en usage à Benarès ; et il alla faire un livre ,
où il tâcha de prouver que Zélinca était une petite
begueule , laide et sotte ; et son pere , un ennemi
des sciences , et sur- tout de la religion .
Un autre vint c'était le plus riche marchand de
Benares. Sa parure était fastueuse , mais sans goût ;
A
: ( go )
*
les plus beaux diamans étincelaient à ses doigts , et
sa ceinture était moins ornée que surchargée d'une
riple guirlande des perles les plus fines de l'Orient .
Malgré le ton confiant que donne la richesse , on
voyait à son abord qu'il déguisait mal la rudesse et
น
grossiereté de ses manieres. Je n'aurai point re-
'cours , dit- il à Zélinca , à tous les beaux compliment
d'usage ; je pourrais vous comparer aux étoiles , à là
lune et au firmament , comme disent nos petits poëtes
de Benarès ; mais má harangue sera courte . Je m'appelle
Aboulmedor ( ce qui veut dire le Riche ) ; mes
vaisseaux couvrent les mers ; j'ai dix factoreries dans
les différens comptoirs de l'Inde ; je mets à vos pieds
vingt millions de roupies . On sent bien qu'il n'oublia
ni son cuisinier , ni son hôtel , ni ses chevaux
ni sa loge à l'Opéra .
Zélinca répondit toujours avec la même modestie :
Japprécie , comme je le dois , vos offres superbes ;
mais tant de richesses ne sauraient m'éblouir ; si dans
la balancé de nos communes destinées , vous aviez à
choisir entre votre or et le bonheur de Zélinca , je
tremblerais à chaque instant de vous mettre à une
aussi dangereuse épreuve ..... Aboulmédor sortit
avec humeur , er il alla payer un gazettier qui ht
paraître le lendemain , dans le Courier de Benares , un
paragraphe sanglant contre Zélinca et son pere .
2
Un autre vint il était suivi d'un cortège nom-
Breux et d'une foule d'esclaves . C'était le premier
ministre du Zamorín ou de l'empereur de l'Indostan .
Céleste Zélinca , dit il , l'éclat de vos charmes s'est
répandu dans Benarès et l'Indostan , et votre pere
' est pas moins estimé par ses vertus que par sa for
( 91 )
1
tune . Je viens vous offrir le second rang de l'empire ;
vous seriez digne du premier. Je me flatte qu'en
partageant les dignités et les honneurs dont je suis
revêtu , vous serez sensible à une offre et à un sort
qu'envieront vos rivales . Venez jouir de leur humiliation
, de votre triomphe , ainsi que de ma grandeur.
1
Zélinca répondit , avec encore plus de modestie
mais toujours avec la même franchise : Seigneur , je
devrais m'enorgueillir d'avoir attiré vos regards et
fixé votre choix ; mais que ferais -je d'un rang qui
m'exposerait à la jalousie et à la haine de tant de
rivales . Si la fortune inconstante vous en faisait des
cendre unjour, qui pourrait me répondre que l'amour
de Zélinca vous consolât des regrets de l'ambition.
Elle ajouta encore beaucoup de ces jolies choses
dont une fille spirituelle , bien née , et belle , sait
colorer un refus ; mais ce refus n'en blessa pas moins
vivement la vanité du premier ministre ; et il allà
dénoncer au zamorin Zélinca et son père comme del
sujets suspects et mal intentionnés .
" W
Tous les incroyables de Benarès vinrent successivement
grossir la foule des prétendans . Ils parurent
dans un costume si ridicule , et s'exprimerent dans
un langage si nouveau , que Zélinca crut entendre le
gazouillement des colibris ; elle les prit pour des
convalescens qui commencent à reprendre l'usage
de la parole ; elle les plaignit , car elle avait le coeur
bon ; mais elle les congédia de la meilleure grace
du monde... En sortant , chacun d'eux disait : C'est incroyable;
et ils jurerent tous de ne jamais danser avec
Zélinca au bal rouge , ni au bal blanc de Benarès ,
1
( c )
Zelinca commençait à se lasser de tant de recherches
qui lui avaient paru plus importunes qu'agréables
; mais elle en avait tiré une grande leçon pour
son bonheur. Elles était plus résolue que jamais de
n'accorder sa main qu'à celui qui par ses agrémens ,
ses qualités et son amour , serait digne de toute
sa tendresse . Elle voulait aimer , mais en mêmetems
elle voulait être aimée . Qu'est ce que
Thymen sans cette réciprocité de sentimens et d'affections
? Elle en causait dans le jardin avec son pere
qui avait loué sa prudence et sa sagesse , lorsqu'on
vint leur annoncer qu'un jeune Indien les attendait
dans le sallon . Zélinca aurait bien voulu consulter
un instant son miroir sur l'arrangement de
sa toilette qu'elle avait un peu négligée ce jour- là .
Elle n'en eut pas le tems ; mais on se doute bien
qu'un peu de négligence ne faisait rien perdre à
l'éclat de ses charmes . A mesure qu'elle approchait ,
elle reconnut dans l'Indien un jeune homme qu'elle
avait rencontré plusieurs fois dans les promenades de
Benarès , et dont elle avait remarqué la physionomie
douce et expressive , la taille élégante et la parure
modeste .
Fidéïm , c'est ainsi que se nommait le jeune Indien ,
ne put contenir son trouble à la vue de Zélinca ; il
fut quelques instans sans pouvoir : proférer une pa-
Iole . Zélinca s'en apperçut , et déja elle lui tenait
compte de cet embarras . Le jeune Indien avait tout
dit pour elle , avant même d'avoir parlé . Cependant
Fidéïm , après s'être un peu rassuré : « Que puis - je
espérer de ma démarche , dit-il à Zélinca d'une voix
douce et tremblante ? Je n'ai à vous offrir ni la
( 93 )
célébrité , ni les richesses , ni l'éclat des grandeurs.
je ne sais qu'aime .; mais si pour plaire à Zélinca il
fallait acquérir célébrité , grandeur , richesse , Fidéia
saurait tout entreprendre pour mériter son coeur... »
Il ne put en dire davantage . Zélinca qui l'avait va
avec intérêt , ne l'avait pas entendu sans émotion
Elle ne répondit rien ; mais elle tourha vers son pere
des regards si expressifs . qu'ils semblaient lui dire :
Ne voyez - vous pas qu'il sait aimer ; faudra- t-il le
congédier. Le pere de Zélinca qui avait interprété le
silence de sa fille par ses regards , fit au jeune Indien
l'accueil le plus favorable , et lui accorda la permission
de revoir Zélinca . Fidéïm en usa comme un
amant passionné ; il ne pouvait se rassasier du plaisir
d'entretenir sa jeune amante , et chaque jour Zélinca
découvrait en lui de nouveaux droits à sà tendresse .
Le jour était pris pour serrer leur amour d'un lien
solemnel , lorsque le pere de Zélinca reçut du zamorin
l'ordre de paraître sur- le - champ à sa cour. Le grand
Aurengzeb regnait alors sur le Mogol et l'Indostan ;
c'était un prince sévere , mais juste. Le pere de Zélinca
se présente à lui avec confiance , Aurengzeb lui dit
Des plaintes grayes sont parvenues jusqu'à moi , je
me te parlerai, ni des gazettes ni des propos de courtisans
, je sais les apprécier ; mais le bramine Abde mul
t'accuse d'avoir méprisé le culte de Brama; et mon if
ministre, de conspirer contre ma puissance . Qu'as- tu à
répondre? August ezamorin , dit le vieillard, ta puissance
est grande dans l'Orient , mais ta justice égale
ta puissance . J'ai voulu marier ma fille selon son coeur.
Abdéïmul s'est présenté ; il n'a parlé que de sa
science ; ma fille l'a refusé , et il est sorti notre ennemi.
er
( 94 )
Aboulmedor s'est présenté ; il a parlé de ses richesses ;
ma fille les a dédaignées , et il est sorti notre ennemi.
Ton premier ministre s'est présenté , il a parlé de son
crédit et de son rang ; ma fille n'en a pas été touchée ,
et il est sorti notre ennemi . Le jeune Fidéïm s'est
présenté ; il a parlé de son amour , et il s'est fait
écouter. Voilà la vérité . Juges à présent si je suis un
impie et un conspirateur.
Aurengzeb satisfait de cette réponse , prit des reaseignemens
secrets qui en confirmerent l'exactitude .
Il manda de nouveau le pere de Zélinca , et lui dit :
Je te loue d'avoir dit la vérité ; mais je te loue davantage
d'avoir accompli le devoir d'un bon pere . Il ý
a long-tems que je soupçonnais les gazetiers de mensonge
; les prêtres , d'hypocrisie ; et les ministres, de
vengeance : tu viens de m'en donner la preuve . J'ai
besoin d'un homme sage pour m'éclairer de ses
conseils ; reste auprès de moi , tu es digne de ma
confiance .
Le pere de Zélinca se prosterna devant le zamorin,
et lui dit : Je te remercie de tes offres , je ne puis
les accepter. Pour savoir être pere , je n'ai eu besoin
que d'écouter la voix de la nature ; mais pour t'aider
à gouverner un empire , il faut des talens que la nature
seule ne donne pas . Le pere de Zélinca se retira
; il unit bientôt après sa fille à Fidéïm. Tous trois
vécurent obscurs et heureux ; et tout cela parut fort
extraordinaire à Benarès..
( 95 )
i
MÉLANGES.
Suite des Pensées et Réflexions morales d'HELVETICS.
SUR LES FEMME S.
La vertu d'une femme , quoi qu'en puissent dire de
petits philosophes , consiste dans le respect pour
soi-même , et l'amour de la chasteté . Sans doute l'incontinence
publique est l'excès de la corruption dans
une femme , mais ce n'est jamais un vice national.
Ce n'est jamais , dans l'état le plus corrompu , que
le petit et tres - petit nombre se veue à l'inconti
nence publique , à prendre ce mot dans le sens naturel
. La perte de la vertu précede toujours l'incontinence
publique , et n'en est pas toujours suivie.
Une fille qui a un amant, une femme même qui en
a un , sont encore loin d'être des femmes perdues
si elles n'ont d'autre guide que l'amour et la véritable
tendresse . La corruption des femmes consiste ,
à parler correctement, à n'avoir d'autre motif dans
leurs faiblesses que l'amour et la recherche du plai
sir , sans que le goût personnel y influe . Celle qui a
été entraînée par une foule de sentimens vers l'objet
de son amour , celle qui a aimé long- tems avant de
penser au but de l'amour , celle qui n'a cédé aux
desirs de son amant que parce que l'amour dominait
son ame avant d'agir sur ses sens ; elle peut ê
coupable , mais n'est point une femme perdue : elle
aura manqué aux lois de la société , mais elle n'a
point viole celles de la pudeur : elle est assurément
bien loin de l'incontinence publique.
être
Les bons législateurs n'exigent point une certaine
gravité de moeurs ; ils se bornent à établir par des lois
indirectes la pureté des moeurs ; et cela est plus aisé
qu'on ne croit. Avec cette gravité de moeurs la société
domestique est dure , impérieuse , tyrannique , et ce
n'est pas là le but d'une bonne législation , car ce
( 96 )
n'est pas le but de la nature. Que si l'on me demande
comment on établit la pureté des moeurs par
des lois indirectes , je réponds que c'est en favorisant
les mariages et le divorce , en rendant les successions
égales entre freres et soeurs , les charges non héréditaires
et surtout par l'institution nationale bien
éclairée .
SUR LES TRIBUNAUX DOMESTIQUES.
Combien chez les Romains il résultait d'inconvéniens
du tribunal domestique ! 1 ° . La moitié dugenie
humain était en quelque façon esclave : 2 ° . i arbitrale
était introduit , non- seulement dans la punition des
crimes , mais encore dans l'estimation : 3º . les enfans
étaient amenés par degrés à n'honorer que le
pere , parce qu'il avait seul une vraie autorité : 4º . les
femmes n'étaient plus regardées comme les com
pagnes de leurs maris ; et dès - lors on ôtait à la nature
un des plus puissans ressorts pour adoucir les moeurs
des hommes.
Je n'aime point à voir les lois , et moins encore
un tribunal domestique et arbitraire , décider de ce
qu'on se doit à soi-même. C'est l'éducation seule qui
doit nous en instruire . On ne doit être puni qu'au
tant que l'on
manque aux autres . Si l'on ne manque
qu'à soi , on sera puni par les suites nécessaires de
ses fautes .
TROUS
L'adultere soumis à une accusation publique est
le délire de la législation . Le mari ou la femme out
droit de se séparer en pareil cas , parce que la sépa--
ration est faite par l'adultere même. Mais à quoi servent
les punitions en ce genre ? Le crime est si difficile
à prouver , et quand il devient commun iléchappe
si aisément à la punition , il cesse si facilement d'etre
regardé comme un crime , et enfin ce crime est tellement
fait pour l'ombre et le silence , autant vaut ne
pas le rechercher. Il suffit de laisser la liberté du
divorce .
2
SUR L'ÉDUCATION PUBLIQUE .
L'éducation publique et commune est très - favorable
1
( 97 )
1
rable à la liberté . Si l'éducation particuliere s'introduisait
jamais dans une république , je tremblerais
pour sa liberté . Les peres sont timides , parce qu'ils
ont des enfans ; les enfans n'y apprendraient qu'à être
insolens , parce qu'ils seraient toujours entourés de
valets , c'est-à- dire d'esclaves passagers et mercenaires .
Insolens avec eux , ils seraient lâches avec leurs supérieurs
; c'est une conséquence infaillible .
SUR LES MEURS DANS LA MONARCHIE .
Dans une monarchie , presque personne n'est
bon citoyen ; car on n'y cherche généralement que
ses avantages , à l'exclusion des autres . La seule chose
à desires , c'est qu'on les connaisse bien , et qu'on
sache sur-tout qu'il ne faut pas les chercher à l'exclusion
des autres : c'est- là la source de tous les maux
politiques ; c'est au gouvernement à y veiller . Dans
l'état monarchique , comme dans le despotique , tout
tend , tout conspire à l'exclusif ; la faveur est le dieu
qu'on invoque . On n'y est rien qu'en s'approchant
du maître on est donc nécessairement mauvais citoyen.
Comme y serait- on homme de bien ?
POÉSIE.
ALEXIS . Secunde Églogue'de Virgile ; traduction du cit.
FIRMIN DIDOT.
CORIDON ORIDON adorait , sans espoir de retour ,
Eucharis , de son maître et 1 orgueil et l'amour :
Tous les jours ce berger des forêts les plus sombres
Allait chercher au loin les solitaires ombres ;
Là , sa plainte inutile attristait les déserts .
O cruelle Eucharis , tu dédaignes mes vers !
Tu veux donc que j'expire , objet trop inflexible !
Les troupeaux maintenant goûtent l'ombre paisiblė ;
Les buissons au lézard offrent un doux abri ;
Thestyle , aux moissonneurs brûlés par le midi ,
Tome XXVII.
"
G
( 98 )
ནས་ -
Prépare l'ail piquant , et la sauge odorante ;
Pour moi , bravant des cieux la chaleur dévorante ,
Je te cherche , Eucharis ; et de ses tristes sons
La cigale avec moi fatigue les buissons .
O que n'ai-je d'Isis supporté la colere ,
Et ses dédains altiers ! Que n'ai - je aimé Glycere !
Son front n'a pas du tien l'éclat et la fraîcheur ;
Mais dois-tu , belle enfant , compter sur ta blancheur !
La sombre violette avec soin est cueillie ,
Le blanc troëne meurt sar sa tige fletrie .
Tu dédaignes mes voeux ! mais sais - tu qui je suis !
Combien j'ai de troupeaux ! combien de lait exquis !
Mille brebis , d'Enna couvrant les pâturages ,
L'hiver comme l'été , m'offrent de doux laitages :
Je module ces airs qu'Amphion autrefois
Chantait , lorsque ses boeufs , rassemblés à sa voix ,
Gagnaient de l'Hélicon la cime solitaire : .
Enfin mes traits n'ont rien qui doive te déplaire ;
Un jour , les vents en paix laissaient dormir les flots ;
Je me suis contemplé dans le crystal des eaux ,
Et sur moi , si la mer nous peint bien notre image ,
Daphnis , même à tes yeux , n'aurait pas l'avantage.
Viens habiter nos champs , viens sous nos humbles toîts ;
Ensemble nous irons percer l'hôte des beis ,
Ou près de mes chevreaux , guidés par ta houlette ,
Chanter les airs que Pan chantait sur sa musette .
C'est Pan qui , le premier , sut joindre les roseaux ;
Il a soin des bergers , il a soin des troupeaux ;
Ne crains pas d'offenser ta bouche délicate ;
Pour apprendre ces airs que n'eût point fait Comate !
Je possede un hautbois où l'on voit sept tuyaux
Unis et disposés par degrés inégaux ;
Damatas me donna cette flûte champêtre ;
Il me dit en mourant , sois-en le second maître ;
Il le dit , et Gomate en fut jaloux envain .
J'ai trouvé , depuis peu , dans le fond d'un ravin
Deux chevreaux , marquetés de taches les plus belles ;
Chacun d'une brebis épuise les mamelles ;
Je te les garde ; Eglé les veut depuis long-tems ,
Et puisque ton orgueil rebute mes présens ,
Il faudra bien qu'Eglé les obtienne à ta place .
Viens , belle enfant , pour toi les nymphes avec grace
S'empressent d'apporter des corbeilles de lys ;
Viens ; pour toi , de sa main , la charmante Nais
( 99 )
Va cueillir les pavots , la pâ'e violette ,
Et a rose odorante , et l'humble campanette ,
Elle y joint la jonquille ; et variant ces fleurs ,
Mêle aux plus doux parfums les plus belles couleurs ;
Je veux cueillir le coin qu'un duvet doux argente ,
La chataigne sortant de sa robe piquante ;
Et j'ajoute à ce fruit , qu'aimait la belle Iris ,
La
prune , à qui tou choix doit donner plus de prix ;
Myrthe , joins au laurier tes fleurs et ton feuillage !
Vos parfums mariés nous plaisent davantage .
Corydon , tes présens sont vus avec mépris ;
Eh ! s'il faut des p : esens pour toucher Eucharis ,
Avant toi , vil pasteur , Iolas doit lui plaire .
Qu'ai-je fait , malheureux ! dans l'onde la plus claire ,
J'ai fait moi-même entrer les sangliers fangeux ,
Et j'ai livré mes fleurs à l'Autan orageux .
Pourquoi me fair ! Pâris se plut dans les prairies ;
Laissons Pallas aimer les tours qu'elle a bâties ;
Pour nous , aimons les bois ; ils ont su plaire aux dieux .
Le lion sur le loup s'élance furienx ;
Le loup cherche l'agneau ; l'agneau , la marjolaine ;
Moi je te suis ; chacun cede au goût qui l'entraîne .
Vois le soc renversé pendre au joug de ces boeufs ;
L'ombre croît , le jour fuit ; et rien n'éteint mes feux
Ah ! l'Amour sous ses lois permet-il qu'on respite .
Corydon , Corydon , vois quel est ton délire !
Ta vigne attend tes soins pour s'unir aux ormeaux ;
Va , te livranenfin à d'utiles travaux ,
Aux jonas entrelacés joindre l'osier flexible ;
Va ; quelqu'autre Eucharis sera moins insensible.
OBSERVATIONS.
:
Le cit . Firmin Didot nous a permis d'insérer , dans
notre journal , la piece qu'on vient de lire , quoiqu'elle
soit encore sur le métier. Décidé comme il
paraît l'être , à donner en français la traduction de
tous les poëtes bucoliques anciens , il a besoin , dans
le cours de ce long travail , des encouragemens et
des conseils du public . Nos lecteurs nous sauront
gré , sans doute , de leur faire connaître tous les morceaux
que ce jeune traducteur , si intéressant et
comme artiste et comme homme de lettres , vo da
tien laisser échapper de son porte feuille . LES DOLS
G %
( 100 )
:
vers sont assez rares ; et ceux qui promettent de
devenir meilleurs de jour en jour , ont un doubie
intérêt pour les vrais amateurs . On aime à suivre les
progrès d'un bon écrit , comme ceux d'un jeune
homme qui donne de grandes espérances On se plaît
à voir dans quelle progression et par quels moyens
la nature et l'art perfectionnent leurs ouvrages ; et
les méthodes qui peuvent diriger véritablement le
tilent gagnent peut-être beaucoup plus à ce genre ,
de considérations expérimentales , qu'aux réflexions
purement théoriques les plus profondes ou les plus
fines .
Nos lecteurs ont dû remarquer , dans la piece du
cit . Didot , une grande fidélité de traduction , et cette
précision de phrase et de vers qui fait elle - même
partie de la fidélité . Il lui arrive souvent de rendre
le mot par le mot , le vers par le vers ; et quoique
les spondaïques latins aient plusieurs syllabes de
plus que les alexandrins français ; quoique sur- tout
ces spondaïques soient des vers de Virgile , le plus
précis de tous les poëtes . c'est-à - dire , celui qui a
resserré le plus d'impressions dans le moins de mots .
l'églogue française n'a gueres que douze vers de plus
que l'églogue latine ; et rien cependant n'est omis ,
rien n'est tronqué . On a dû voir aussi que la maniere
du cit . Didot est simple et naturelle , ou plutôt qu'il
n'a point de maniere du tout ; ce qui sûrement est
beaucoup plus difficile en français que dans aucune
autre langue , soit à cause du dédain avec lequel il
repousse les choses communes , soit à cause du goût
un peu blâsé de notre public , qui voudrait sans
cesse être réveillé par des traits piquans .
Il nous semble même que le cit. Didot pousse
jusqu'à l'excès , cet amour de la simplicité qu'il a
puisé dans l'étude des anciens . Son stile est en gẻ-
néral correct et pur ; mais il est quelquefois trop
dépourvu d'ornement. Il faut que la richesse soit
naturelle ; mais il faut aussi que la simplicité soitriche
; et la poésie doit tout embellir comme tout
aniner.
Nous croyons encore devoir observer au cit. Didot,
( 101 )
que s'il a toujours bien rendu le sens de son original
, il n'en a peut- être pas toujours reproduit le
mouvement. Le mouvement est à la poésie , ce
qu'est la démarche à la beauté . Et vera incessu patuit
dea. Notre Delille , si bon juge en ce genre , en a
déja fait l'observation . Un ouvrage ne doit pas venir
morceau à morceau ; il doit être conçu dans l'ensemble
et fondu d'un seul jet . Alors le mouvement
en est toujours vrai , la marche en est pour ainsi
dire vivante chaque partie a la couleur qui lui
convient , et chaque ornement est naturel , parce
qu'il est à sa place . Quand on traduit , il faut vouloir
composer ; il faut concevoir et penser comme
son auteur , afin de pouvoir écrire d'une maniere
qui le rappelle . Ainsi donc traduire vers à vers , ou
même paragraphe à paragraphe , ne serait pas une
bonne méthode : on rendrait les pensées et les
images ; mais le lien secret qui les unit , qui leur
prête une vie commune , pourrait manquer alors à
la traduction d'ailleurs la plus fidelle au lieu que
des inexactitudes de détail n'empêchent pas que
celles où le mouvement est bien conservé , ne fassent
sentir le caractere de l'original .
Le cit. Didot nous pardonnera cès remarques ,
dictées par l'intérêt le plus vrai pour les progrès
de son talent . Pour achever avec beaucoup de gloire
le grand ouvrage qu'il vient de commencer , il n'a
besoin que d'apprendre à se servir , de tous ses
moyens.
J
ENIGM E.
E fonds en larmes ,
It durcis sous les armés.
LOGOGRIPHE.
JE jette par- tout l'épouvante .
Qu'on me coupe la tête , hélas ! c'est encore pis .
La moitié de mon corps est un objet qui tente ;
L'autre augmente nos jours , et souvent nos soucis.
平成
G 3
( 102 )
ANNONCE S.
Primedi prochain 21 pluviôse an V. ( jeudi 9 février 1797 ,
v. s . ) , on mettra en vente , à Paris , rue des Poitevins ,
n ° . 18 , la 61. livraison de l'Encyclopédie méthodique ; elle
est composée :
De la 18. partie des planches d Histoire naturelle , contenant
cent planches des Insectes .
Du tome IV , 1ere . partie du dictionnaire de Botanique ;
par le cit . Lamarck .
Du tome VII , 2. partie de l'Histoire naturelle , Insectes.
Le prix de cette livraison est de 33 liv. brochée , et
31 liv. en feuilles .
Le port de chaque livraison est au compte des souscripteurs
.
Les Bataves , par Bitaubé , membre de l'institut national
de France et de l'académie des sciences et belles- lettres de .
Prusse. Un volume in-8 ° . Prix , 3 liv. 12 sous , et 4 liv.
10 sous franc de port. A Paris , chez Garnery , libraire ,
rue Serpente . L'an V. ( 1797.)
Nous reviendrons incessamment sur cette intéressante
production d'un homme de lettres connu avantageusement
par son poëme de Joseph et sa traduction d'Homere.
&
Mirano ou les Sauvages , histoire américaine , traduite de
l'anglais de Richardson , par Théodore - Pierre Bertin . Un
volume in- 18 . Prix , 20 sous , et 24 sous franc de port. A
Paris , chez l'auteur , rue de la Sonnerie , n ° . I ; et Pigoreau
, libraire , place Saint- Germain - l'Auxerrois .
De l'influence des Passions sur le bonheur des individus
et des nations ; par madame la baronne Staël de Holstein.
Seconde édition revue et corrigée. Deux volumes . Prix ,
2 liv. , et 3 liv. frauc de port par la poste. A Paris , chez
Dufart , imprimeur-libraire , rue des Noyers , 1º . 22 ; et
Desenne , libraire , au Palais -Egalité . An V. ( 1796. )
Constitution de la République Française de l'an III , avec
des notes instructives et les lois y relatives , ainsi que celles
qui concernent les assemblées primaires et électorales :
nouvelle édition très soignée . Prix , 1 liv . 10 sous , et
liv . franc de port par la poste . A Paris , chez Dufart ,
mprimeur-libraire , rue des Noyers , no , 22 .
103 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
BARBARIE..
De Tripoly , le 31 octobre ( 10 brumaire ) .
LE cit. Guys , agent de la République Française , a
eu une entrevue avec le pacha , qui , étant occupé à
visiter les chantiers de ses corsaires , l'invita à entrer:
dans sa felouque , où il le fit placer à côté de lui , et
lui fit l'accueil le plus affectueux. Une distinction
aussi nouvelle , sur-tout pour un agent non accrédité ,
prouve combien il honore la République Française ,
dont la gloire et les triomphes , tant millaires que
politiques , s'annoncent avec tant d'éclat dans toutes
les parties du monde .
Il paraît qu'en allié fidele , le gouvernement français
n'a rien négligé pour déterminer les puissances
barbaresques à suivre envers la République Batave ,
le même systême qu'elles ont eu le bon esprit d'adopter
envers la France ; et l'on ajoute que le cit.
Guys a parfaitement réussi à désabuser notre pacha
sur le compte de cette république , sur la situation
de laquelle les ministres étrangers avaient cherché à
l'égarer , jusqu'au point de lui faire révoquer en
doute l'authenticité de ses lettres.
Le même agent a obtenu un délai de quatre mois
à l'exécution de la résolution de courir sur les bâtimens
suédois ; mais ce prince a exigé en entier ler
chargement du bâtiment suédois qu'il avait relâché ;
en outre il demande 200 mille piastres d'Espagne, ou
100 mille et une frégate ou un brick chargé de mu
nitions navales , et 22 mille , tous les trois ans ; il en
demande autant au Danemarck.
Ce prince ayant égard au firman du grand- seigneur ,
G4
( 104. ).
dont le commandant d'un bâtiment prussien était ,
nanti , a cru devoir le relâcher , queiqu'il eût été déclaré
de bonne prise ; mais le capitaine a essuyé plus
d'une avanie.
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 25 janvier 1797.
On mande de Constantinople que l'ambassadeur
français , Aubeit Dubayet , a proposé une alliance
offensive et défensive avec la France. Cette proposition
, à laquelle doivent donner tant de poids , et
les succès de la nouvelle République , et les services
qu'elle a déja rendus à la Poite , et les circunstances
dans lesquelles se trouve cette puissance , circons
tances moins critiques sans doute que lorsque Catherines
vivait encore , mais toujours telles qu'elle ne
peut top multiplier des précautions pour sa défense ','
parce que les sentimens pacifiques qu'annonce maintenant
Paul Ier , peuvent changer , parce que d'ailleurslce
prince n'est pas immortel , et que les cabinets
politiques , dans les Etats monarchiques , n'ont
point de systeme fixe et constant ; parce qu'enfin
Autriches peakedoutable maintenant, sortie des embarrasideda
guerre qu'elle soutient , pourrait rendre
bientôt so voisinage dangereux cette proposition ,"
disons-nous , est maintenant soumise aux délibérations
du divan . Il est présumable qu'elle sera accueillie ,
eHelp seta même avec reconnaissance . En effet , l'alliance
doit être avantageuse aux deux peuples; mais il
nous semble qu'elle le serait plus particulierement aux
Furcs . Après la crise qu'a dû produire l'établissement
de son indépendance , la France , si imposante
par sa position par l'étendue et l'énergie de ses
moyens par le souvenir de ses triomphes , aura pen
à craindre d'être provoquée à la guerre ; et les
maximes de son gouvernement ne lui permettront pas
de la provoquer elle -même , tandis que la Turquie
y est sans cesse exposée , autant par la nature de son
( 105 )
gouvernement , et de celui des peuples qui l'entourent
, que par sa position géographique .
On a répandu dans l'Allemagne une déclaration
faite par M. de Wuckassovich aux directeurs du
cercle du Bas-Rhin , par ordre de l'empereur de
Russie.
" Quoique dans les circonstances actuelles , dit ce chargé
d'affaires russes , l'empereur , son auguste souverain , ne croie
pas devoir mettre à exécution une résolution de feue l'impératrice
, son auguste mere , cependant sa majesté impériale
ne sera pas, attachée avec moins de fidélité et de constance
aux alliances et engagemens que feue l'impératrice a contractés
à l'occasion de la guerre actuelle , et elle est fermément
résolué de les maintenir dans toute leur intégrité ;
ces considérations , de même que l'intérêt et la sollicitude"
que l'empereur n'a pu cesser de prendre pour la prospérité
et le bonheur du corps Germanique , peuvent seules
l'engager à exhorter les Etats et membres qui constituent
l'Empire , à réunir tous leurs efforts à ceux de S. M. l'empereur
, en remplissant envers le chef suprême de l'Empire
les devoirs que la constitution exige et prescrit , attendu ,
que c'est seulement de - là que dépendent le salut et la
prospérité de l'Empire..
Cette déclaration a donné lieu à beaucoup de
commentaires . On a cherché sur-tout à deviner quelle
pouvait être cette résolution de Catherine II , que
Paul Ier , ne croit pas devoir mettre à exécution , quoi-.
qu'il reste fidele aux engagemens contractés par sa
mere à l'occasion de la guerre actuelle . Deux autres
déclarations , dont à la vérité on ne connaît pas le
texte , mais dont on connaît la substance , paraissent
devoir fixer toutes les incertitudes : l'une est adressée
à la cour de Londres , l'autre à la cour de Vienne .
La premiere , dit- on , est d'un laconisme qui approche
de la sécheresse : cependant elle renferme la
promesse vague d'une flotte au printems prochain ,
promesse au reste dont un grand nombre de circonstances
pourraient excuser et même justifier l'inexécution
. Le monarque russe entre dans d'assez longs
détails avec la cour de Vienne . Il lui déclare qu'il a
trouvé son armée si délabrée , si mal organisée , qu'un
(.106. )
corps de 15 mille ou de 20 mille hommes tout au plus
serait le seul secours qu'il pourrait lui offrir ; mais
il ne se dissimule pas combien il serait disproportionné
aux besoins de la guerre . Quant aux subsides ,
l'épuisement , les embarras de ses finances sont tels.
qu'il se trouve dans l'obligation la plus impérieuse
d'user d'une sévere économie , et qu'avec la meilleure
volonté , il prévoit qu'il lui serait bien difficile , pour
ne pas dire impossible , de satisfaire aux engagemens ,
de sa mere.
D'après ces considérations , il croit devoir inviter
la cour de Vienne à revenir à des vues , à des sentimens
de paix , dont il sent le besoin pour lui-même
comme pour son allié . Il annonce que pour parvenir
à faire cesser le fléau de la guerre . il emploiera tous
les bons offices qui peuvent dépendre de lui ; et qu'en
conséquence il a déja écrit au roi de Prusse pour
l'engager à employer sa médiation entre le gouvernement
français et la cour de Vienne ; il ajoute que
la réponse qu'il attend de Berlin aura une influence
décisive sur le parti qu'il aura à prendre.
Les dernieres lettres de Pétersbourg renferment
les détails suivans :
Le feld - maréchal comte de Romanzow est mort à la
spite d'un coup d'apoplexie ; sa charge a été conférée au
comte Iwan Soltikow.
1.
Les peuples du Caucase , qui s'étaient soulevés contre
les Russes , viennent d'essuyer un échec considérable :
rassemblés au nombre de 10,000 hommes d'élite , sous la
conduite du Chan Moutai , ils s'avancerent contre un corps
de 5000 Russes , campé aux environs de Kuban , et qu'i's,
espéraient d'enlever avec d'autant plus de facilité , que la
grande armée russe était éloi née de plus de 50 lieues .
Le 30 septembre , tout le corps de Tartares attaqua, 300
chasseurs russes , postés dans un bois ; ceux- ci sontinrert
Je choc avec tant de fermeté , qu'un régiment d'infanterie
et le tems de tourner les Tartares ; alors la cavalerie éta t
également arrivée , il y eut un carnage horrible . Plus de
2000 Tartares , au nombre desquels furent le fils du Chan
et cinq autres chefs , demeurerent sur le champ de bataille .
Cette défaite a répandu une grande consternation parmi
( 107 )
les peuples du Caucase , et il est fort apparent qu'ils ne
chercheront plus à se mesurer avec les Russes .
1
La cour d'Espagne a fait déclarer aux villes de.
Hambourg , Brêmen et Lubeck , que si elles ne rompaient
point toutes les relations commerciales avec
l'Angleterre , non- seulement on s'emparerait de tous
les vaisseaux des villes anséatiques , mais que l'on
confisquerait aussi les effets de leurs négocians qui
se trouvent en Espagne , et que l'on évalue à une
valeur assez considérable . Nous ignorons encore
quelle résolution ces villes ont prise ou prendront.
Il paraît bien difficile de rompre les relations de commerce
avec l'Angleterre .
On apprend de Berlin que le 13 de ce mois , S. M.
la reine Elisabeth- Christine , née princesse de Brunswich
, veuve de Frédéric-le Grand , tante du roi
régnant , est décédée ici à l'âge de 82 ans. Cette princesse
s'était fait chérir par ses vertus et sa bienfaisance
. Avant- hier, la cour a pris le deuil pour six mois ,
à l'occasion de cet événement.
De Francfort-sur - le- Mein , le 28 Janvier.
Le chef de l'Empire a adressé aux électeurs une
circulaire , dans laquelle il se plaint de la conduite
inconstitutionnelle du roi de Prusse , qui , profitant
des progrès des Français en Allemagne , envahit sur
ses co-états une partie de leurs possessions . L'empereur
ne craint pas de représenter Frédéric- Guillaume
comme l'ennemi bien prononcé de la constitution
germanique . Il n'est pas probable que ces insinuations
hostiles produisent un grand effet , et
arrêtent la décadence de l'influence autrichienne dans
les affaires de l'Allemagne . Les électeurs ecclésiastiques
sont à-peu- près sans moyens ; presque toutes
les autres puissances , si elles ne sont pas ses ennemies
, ont du moins embrassé la neutralité . Il ne lui
reste que l'électeur palatin . Ce prince faible , que
l'âge et les voluptés ont énervé , est une créature de
la cour de Vienne , quoiqu'aucun prince d'Allemagne
( 108 )
A
n'ait autant d'intérêt que lui à voir la puissance de
cette cour réduite à des bornes étroites . On assure
qu'il a répondu à la circulaire impériale en protestant
de son attachemens à la constitution germanique ,
ainsi qu'aux volontés légales de son chef. On ajoute
qu'il a déclaré qu'il était prêt à fournir , pour la campagne
prochaine , l'argent et les troupes nécessaires.
pour soutenir la cause commune .
L'aigreur éclate de part et d'autre entre la cour de
Vienne et celle de Berlin ; on n'en est encore qu'aux
hostilités diplomatiques ; mais il paraît qu'on en a
banni les détours , les ménagemens qui en faisaient
autrefois une science très - compliquée et très- subtile . ::
Le langage du roi de Prusse n'est pas moins âpre que
celui de l'empereur. Il a déclaré dernierement qu'il
regarderait comme lui étant personnelle l'exécution
des menaces que le cabinet impérial a faites contre
ceux de ses co- états d'Allemagne qui avaient traité
séparément avec la République Française . Quel sera
le résultat de cette lutte ? On peut prévoir que la
grandeur de la maison d'Autriche aura le sort de
toutes les grandeurs humaines . Depuis le commencement
de ce siecle elle a toujours décliné . François
II , en s'obstinant a poursuivre la guerre , que son
pere a si follement entreprise , en précipite la ruine .
SUISSE. De Basle , le 19 janvier.
Le résultat de l'examen , par le petit conseil de Basle , de
l'affaire des trois officiers , a été qu'il est constant qu'un corps
d'Autrichiens s'est montré pendant la nuit du 10 au 11 frimaire
, sur le territoire de Basle ; et vu les contradictions sur
la conduite de ces officiers , on a décidé , à la pluralité d'une
voix , qu'ils sortiraient de prison , et qu'ils resteraient suspendus
de leurs fonctions militaires jusqu'à sentence défi-
Ritive.
Le petit conseil a ' chargé le conseil secret de lui donner ,
après en avoir délibéré avec les representans , un préavis sur
toutes les circonstances de la violation du territoire par les
Autrichiens . Ensuite le conseil secret présentera un autre
préavis sur l'opinion à concevoir de la conduite de ces offieiers
, et le jugement à prononcer.
( 109 )
1
D'après une dénonciation faite au gouvernement de Neufchâtel
, sur la conduite d'un capucin de Landeron , ce gouvernement
a adressé aux membres du clergé une exhortation
et l'ordre même de respecter dans les discours publics et
même particuliers , toutes les religions et tous les gouvernemens.
RÉPUBLIQUE BATAVE.
•
De la Haye , le 25 janvier.
Les opérations de la Convention nationale prennent cet
heureux caractere de sagesse et de modération qui doit lui
faire des ennemis de tous les partis extrêmes , mais qui lui
concilie l'estime et l'approbation de tous ceux qui , exempts
de haine et d'envie,, ne sont animés que de l'amour du bien
public . Elle a conservé le droit inaliélable du peuple de concourir
à la nomination des fonctionnaires publics. Mais ce
droit , il l'exercera par des électeurs de son choix . L'amalgame
des dettes qui étaient une conséquence du principe de
l'unité , a été décrété . Quelques anarchistes avaient voulu
provoquer l'établissement d'une assemblée qui aurait exercé
sur la Convention une espece de censure . Leurs mesures ont
été arrêtées . Une proclamation sagement et éloquemment
rédigée , a éclairé le peuple sur les dangers de cet établissement.
-
-
ITALIE . De Gênes , le 20 Janvier 1797. ·
Tandis que la cour de Rome , égarée par l'orgueil et le
fanatisme , adopte des mesures qui doivent être si fatales à
sa puissance temporelle , plus nécessaire qu'elle ne le pense
peut-être au maintien de sa puissance spirituelle , dont elle
affecte d'être si jalouse ; la cour de Naples , éclairée enfin
sur ses véritables intérêts , paraît avoir abandonné de bonne
foi les anciens erremens de sa politique , et être disposée
à en suivre d'absolument contraires . Elle se rapproche de
l'Espagne ; on dit même qu'elle doit envoyer des troupes
au camp de Saint- Roch ; nous ne garantissons point ce fait
mais ce dont nous sommes certains , c'est que les agens
,
de la République Française se louent des facilites qu'ils
éprouvent dans leurs communications avec la cour de Naples
, et de la franchise dont on use envers eux . Les Anglais
ont perdu leur. ascendant , leur influence , et ils en
ont été avertis de la maniere la plus frappante par la joie
( 116 )
que le peuple a manifestée à la nouvelle de la paix , et que
la cour a encouragée par son exemple .
La résolution que tout porte à croire que l'empereur a
prise , de faire une nouvelle campagne , a probablement ,
fait cesser les ménagemens que le gouvernement français ,
desirant sincerement la paix , avait conservés jusqu'alors
pour y parvenir plus sûrement. On assure , que le géral
Buonaparte a déclaré , au nom du Directoire exécutif , aux
Milanais , qu'ils seraient libres et indépendans. Les Milanais
font des préparatifs pou assurer cette révolution , en
joignant aux secours puissans qu'ils doivent attendre des
Français , tous leurs moyens et des forces étrangères . Il
ont accepté , dit- on , de concert avec les villes cispadanes ,
l'offre que leur a fait le Polonais Doubrousky d'un corps
de 15,000 hommes , qu'il s'est engagé de lever trois
mois , et qui sera composé de ceux ses compatriotes
qui ont été forcés d'émigrer. On ajoute que le canton d'Uri
doit leur fournir 2000 hommes . Les derniers succès des
armées françaises , succès dont l'éclat et la rapidité étonnent
l'imagination , dounent une grande consistance à ces arrangemens.
ANGLETERRE. De Londres , le 28 janvier.
Les deux chambres du parlement d'Irlande viennent de
voter une adresse au lord - lieutenant , pour qu'il indique un
jour où l'on puisse offrir à Dieu l'hommage de la reconnaissance
publique , à l'occasion de la derniere délivrance de
ce pays.
дне
Les dernieres nouvelles que nous avons reçues du Bengale
sont assez fâcheuses . Il paraît que les réglemens militaires
notre gouvernement y avait envoyés en dernier lieu , pour
calmer le mécontentement de nos troupes , n'ont pas produit
l'effet qu'on s'en était promis . Il faut que les choses y soient
dans une situation bien critique , pui qu'à la réception de
ces nouvelles , le marquis de Cornwallis a reçu l'ordre de
partir sur-le-champ pour l'Inde , en qualité de gouverneur
général du Bengale . M. Dundas , secrétaire d'Etat , chargé du
département de l'Inde , a ajouté dans la lettre qu'il lui écrivait
à ce sujet , qu'à son refus il serait obligé de partir luimême
pour le Bengale .
On écrit de Yarmouth , en date du 23 , que la mer du Nord
est infestée de corsaires qui ont fait un grand nombre de
prises , parmi lesquelles on croit qu'il y a trois bâtimens de
ce port.
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LÉGISLATIF.
.
Séances des deux Conseils , du 5 au 15 Pluviôse.
Les baux à longues années doivent - ils êt com
pris dans la classe des baux emphitéotiques ou des
baux simples ? Telle est la premiere question prẻ-
sentée dans la séance du 6 du conseil des Cinq - cents ,
par une commission spéciale . De sa décision dépend
la question de savoir , s'ils seront sujets à résiliation.
Le rapporteur propose de les déclarer baux simples.
Plasieurs membres s'opposant au projet , l'ajournement
en est prononcé.
On annonce un message du Directoire qui , avant
que d'être arrivé , cause par avance le plus grand
tumulte de joie , ce qui laisse présager la plus heureuse
nouvelle. En vain les huissiers crient silence ,
et font beaucoup de bruit pour l'obtenir ; en vain le
président invite au calme ; en vain il observe que
le message n'est pas encore sorti des Anciens , et
que le conseil peut , en attendant , s'occuper de
quelqu'objet à l'ordre du jour , rien n'arrête la gaîté
bruyante qui se manifeste des gestes et de la voix .
Enfin le message arrive ; le plus grand silence succede
au plus grand tumulte.
Un secrétaire lit :
Citoyens législateurs , le Directoire se hâte de
vous informer des succès prodigieux que vient d'obtenir
la brave armée d'Italie . Voici le dernier résultat
et la série des actions qui ont eu lieu , depuis le 23
nivôse jusqu'au 26 inclusivement contre l'ennemi
qui s'avançait pour opérer le débloquement de
Mantoue .
-
23,000 prisonniers autrichiens . ( Bravo ! bravo !
bis ! bis !) Le secrétaire reprend : 23,000 prisonniers
, parmi lesquels 3 généraux et tous les batail(
112 )
ر
lons des volontaires de Vienne . ( Nouveaux cris de
joie . ) 6000 ennemis tués ou blessés ; 60 pieces de
canon et 24 drapeaux enlevés , dont un brodé pour
la légion des volontaires , par sa majesté l'impératrice-
reine ; tous les bagages de l'armée saisis , avec
un régiment d'hussards qui était à la tête ; tous les
convois en grains et en boeufs que l'ennemi se proposait
de faire entrer dans Mantoue , lui ont été
également enlevés . D'après d'aussi heureuses nouvelles
, il y a tout lieu d'espérer que la prise de cette
importante forteresse bornera enfin les travaux de
l'invincible armée d'Italie et de son brave général . ››
( Les applaudissemens recommencent . )
On demande que le message soit lu une seconde
fois , ce qui a lieu ; et tous les citoyens présens à la
séance , tant législateurs qu'assistans , se levent par
un mouvement spontané , et redoublent les cris de
vive la République !
Le conseil , au milieu de ce concert vraiment patriotique
, déclare que l'armée d'Italie ne cesse de '
bien mériter de la patrie .
Jean Debry , après une vive sortie contre les détracteurs
de nos armées et de leurs généraux , et en
particulier contre les calomniateurs de Buonaparte ,
de ce héros dont les victoires sont l'unique réponse
aux impudentes déclamations de ses ennemis , demande
que les drapeaux plantés au milieu du camp
des ennemis , à la bataille d'Arcole , par les généraux
Buonaparte et Augereau , soient donnés à ces deux
chefs , comme un témoignage honorable et parlant
de leur courage et de leurs exploits .
Cette proposition est adoptée .
Après d'aussi agréables nouvelles , le président
déclare que la séance est levée .
Le Directoire invite , le 7 , le conseil , par un message
, à s'occuper des moyens de raviver les arts et le
commerce dans la commune de Lyon , et à lui rendre
son ancienne splendeur. Renvoyé à une commission .
Deux motions incidentes , l'une sur les maisons de
jeu , et l'autre sur les colonies , impriment au conseil
une grande agitation et occupent une grande partie
de
( 113 )
de la séance . Il est enfin décidé que le rapport sur le
premier objet sera fait décadi prochain par Pastoret ,
et que le conseil se formera le lendemain en comité
général , pour entendre la lecture des nouvelles pieces
sur les colonies , que Bourdon déclare contraires à
celles précédemment reçues .
On donne lecture , le 8 , de diverses pétitions particuliers
qui sont renvoyées à l'examen de commissions
spéciales .
Ozun
propose de fixer la maison nationale
de St.
Vincent
, à Metz , pour l'établissement
de l'école ?
centrale
du département
de la Moselle. Impression
et ajournement
. 18
La discussion s'ouvre sur le projet de Fermont ,
tendant à décharger les habitans des départemens de
l'Ouest , de leurs contributions arriérées .
Pelet ( de la Losere ) veut qu'il soit fait une distinction
entre les citoyens en état et ceux hors d'état
de payer.
Lecointre rappelle que ces contrées ont été ravagées
par les ordres du gouvernement , à plusieurs
époques ; que leurs habitans ont été dépouillés par
les requisitions multipliées de ses agens , qu'ainsi
ils ont payé leurs contributions plus exactement ,
plus rigoureusement qu'aucun autre département, II
ne pense pas qu'on puisse léser les propriétaires par
un impôt auquel ils ne peuvent satisfaire .
Duprat convient de tous ces faits . Mais il croit la
mesure inconstitutionnelle , en ce que les contributions
doivent être réparties également sur tous les
départemens . Il croit que les départemens de l'Ouest
ne méritent pas seuls cette faveur. Il demande que
le principe soit généralisé .
Goupilleau partage l'avis de Lecointre , et Camus
celui de Duprat.
Delaunay ( d'Angers ) dit que , si l'on exige des
propriétaires le paiement des contributions arriérées ,
ils ne pourront que répondre : prenez les maisons à
moitié démolies , car nous n'avons pas même de
quoi les faire reconstruire . Après quelques débats , le
projet de Fermont est adopté.
Tome XXVII. H
( 114 )
On se forme en comité général.
Dumas fait , le 6 , au conseil des Anciens à l'occasion
de la nouvelle victoire remportée par l'armée
d Italie , un discours dans lequel il expose que
ces nouvelles conquêtes doivent être un moyen
d'échange , et faire concevoir une juste espérance
que l'empereur ne sera plus si difficile sur les conditions
de la paix . Sans doute il avait compté sur
un dernier effort ; mais ses espérances sont détruites ,
et l'armée d'Italie en combattant ses troupes fraiches ,.
va le forcer à demander une paix qu'il n'a pas voulu
accepter.
La séance a été employée à renouveller la commission
des inspecteurs de la salle .
Picaut propose , le
le 7 , de rejetter la résolution
qui
déclare qu il n'y a point d'incompatiblité
entre les
fonctions
de juré de la haute-cour et d'autres fonctions.
Attendu que cette résolution
n'est pas nécessaire
, et que la haute cour a déja rendu un jugement
qui reconnaît
la compatibilité
de ses fonctions
avec d'autres ; qu'elle aurait le danger d'introduire
une loi nouvelle dans le cours d'une instance criminelle
qu'elle est incomplete
en ce qu'elle ne parle
pas des hauts jurés qui sont en même- tems commissaires
du Pouvoir exéutif. Ce qui supposerait
qu'ils
ne pourraient
exercer les fonctions
de haut juré . Le
conseil rejette la résolution .
Il reçoit et approuve celle qui porte que l'armée
d'Italie ne cesse de bien mériter de la patrie , ainsi
que celle qui accorde aux généraux Buonaparte et
Augereau , les drapeaux qu'ils ont portés à la tête
des troupes à Arcole .
Sur le rapport de Lacombe - Saint- Michel , il rejette
la résolution relative à la composition des conseils
de guerre , pour juger les officiers généraux , attendu
qu'en donnant au ministre de la guerre le droit de
ommer l'accusateur et le rapporteur de l'affaire ,
on le rend en quelque sorte juge et partie en mêmetems.
Gilbert - Desmolieres fait , le 9 , au conseil des .
( 115 )
Cinq - cents , la seconde lecture du projet de résolu
lution sur la contribution fonciere ...
༡
Delleville Les bruits les plus étranges et les plus
contradictoires circulent sur les opérations du Directoire
, concernant les radiations des listes d'émigrés .
ce qui doit faire desirer des renseignemens précis ;
je demande qu'il soit fait un nouveau message au
Directoire sur cet objet. Adoptée it
L'ordre du jour appellait la discussion sur le code
civil. Les deux articles suivans sont adoptés
L'enfant a pour pere celui que le mariage désigne
ou celui qui l'adopte.
La présomption de paternité résultant du mariage
cesse , lorsqu'il y a impossibilité physique que l'en
faat soit engendré du pere .
Ozun dé once , le 10 , les excès qui viennent d'être
commis à Toulouse , Peres les attribue aux royalistes
qui ont voulu se venger de ce que la munipalité
de Toulouse n'avait pas été cassée . Il assure qu'ils
tiennent des assemblées clandestines auxquelles ils
appellent des ouvriers qu'ils indemnisent de la perte
de leurs journées . Maille piétend au contraire que les
exclusifs appuyés par les officiers municipaux euxmêmes
sont les seuls auteurs des délits dénoncés et
des trames qui s'ourdissent dans la commune de
Toulouse . Une grande agitation se manifeste dans lę
conseil . On demande que Maille signe les faits qu'il a
déclarés . Plusieurs membres s'y opposent. Le débat se
termine , en convenant qu'il serait fait un message au
Directoire , pour lui demander compte des mesures
qu'il a prises pour rétablir la tranquillité à Toulouse ,
et que les faits exposés de part et d'autre lui seront
communiqués.
On reprend le 9 , au conseil des Andiens , la discussion
sur la résolution relative à deux points de
jurisprudence du tribunal de cassation . Apres avoir
entendu Lacoste qui l'a combattue . le conseil rejette
la résolution . Il approuve ensuite celle du 29 nivôse ,
interprétative de la loi du 9 frimaire dernier , relative
aux patentes.
L'ordre du jour appelle , le 10 , la discussion sur
H 2
( 116 )
la résolution relative aux successions . Le conseil ,
après avoir entendu plusieurs orateurs , prononce un
nouvel ajournement.
Les troubles survenus à Toulouse font également
naître une discussion assez vive. Dupont demandait
la censure du bureau , pour n'avoir fait part au conseil
, de la lettre du représentant Mazade , qu'au bout
de trois jours ; mais sa motion n'a pas eu de suite ,
et il a été seulement arrêté que des renseignemens
seraient demandés au Directoire .
La discussion sur les successions a ensuite continué.
Eschasseriaux l'aîné fait adopter , le 11 ,, par le,
conseil des Cinq -cents son projet de résolution sur
l'organisation de l'imprimerie nationale . Les dépenses
de cet établissement n'excéderont pas cent
mille livres pour l'an V.
Sur le rapport de Dumolard , le président de la
haute-cour de justice fixera l'indemnité à accorder
aux témoins , laquelle ne pourra être moindre de
3 liv. , ni plus forte que 8 liv .
Chapelain soumet à la discussion son projet concernant
le mode à suivre pour la liquidation des
rentes viageres et des usufruits dus aux émigrés et
acquis à la nation . Il propose de les faire liquider
d'après les bâses décrétées les rer. germinal et 23 floréal
an II , sans égard aux décrets postérieurs au 3
juin 1793. Ajournement
La question de la suspension du divorce occupe
une partie de la séance du 12. Bancal prononce un
discours peut-être moins propre à éclaircir la question
qu'à inspirer pour la moralité de l'auteur une vénération
profonde . Bancal ne veut aucune espece de
divorce.
Dumolard rétablissant l'état de la question pense
que la suspension du divorce ne serait , ni inconstitutionnelle
, ni dangereuse.goog
Pons ( de Verdun ) dit que suspendre l'application
d'une loi qu'on n'abroge pas , est un acte peu régulier
, peu réfléchi , et d'une funeste exemple. C'est
user avec imprudence du pouvoir législatif , si ce
( 117 )
n'est pas en excéder les limites , en dénaturant le
caractere.
Le président interrompt cette discussion en invitant
le conseil à entendre la lecture d'un message du
Directoire exécutif. Ce message est d'une grande importance
; on le trouvera ci -après ( art. PARIS . )
La discussion s'ouvre , le 13 , sur le projet de
Chassey , dont voici le texte :
10. Les arrérages des rentes et pensions , et les
intérêts de capitaux exigibles , dont les titres ont une
date antérieure au 1er juillet 1790 , échus à cette
époque et qui peuvent être encore dus , ainsi que
ceux échus depuis le 1er . vendémiaire , an IV , et
qui échoiront à l'avenir , pourront être exigés , dès
la publication de la présente , en numéraire métallique.
2º . Pareillement les arrérages des rentes et pensions
et les intérêts des capitaux exigibles , dont les titres
ont été créés dans l'intervalle du 1er juillet 1790 ,
et du 12 vendémiaire an IV , et qui ont été stipulés
payables en numéraire métallique dans les tems où
il a été permis de stipuler ainsi , échus depuis le 1er.
vendémiaire an IV , et qui échoiront à l'avenir , seront
acquittés en numéraire métallique.
3. Les rentes et autres prestations stipulées en
grains , denrées ou marchandises, continueront d'être
acquittés en nature , aux termes convenus entre les
parties.
4° . Le taux de l'intérêt et les retenues à faire seront
provisoirement réglés suivant que les contractans
l'auront stipulé dans l'acte , et , à défaut d'explication ,
selon les lois qui ont été suivies jusqu'à ce jour..
Duplantier rappelle que le ptincipal motif qui a
déterminé le conseil des Anciens à rejetter la premiere
résolution prise sur cet objet , c'est qu'on
s'était occupé des intérêts et arrérages , avant de
s'occuper des capitaux . Il retrouve le même vice dans
le projet actuel , et demande qu'il ne reparaisse
qu'avec des dispositions précises sur les capitaux dus,
avant de traiter des arrérages échus.
Favart s'y oppose : il fait sentir l'urgente nécessité
H 3
( 118 )
d'une loi sur les transactions , et il fait valoir les besoins
et la misere des rentiers .
Le conseil déclare qu'il y a urgence , et le projet
est mis aux voix article par article , et adopté.
Sur la demande de la commission des financés , le
conseil se forme en comité général.
Le conseil s'est formé , le 14 , en comité général
pour s'occuper des mandats. Il a été résolu que les
mandats cesseront d'avoir cours forcé entre particuliers
.
La discussion est reprise , le 11 , au conseil des
Anciens , sur la résolution concernant les successions.
Goupil a fait un long discours qu'il a terminé en
votant contre la résolution . Le conseil ordonne un
nouvel ajournement .
11Il approuve , le 10 , celle relative à la taxe des témoins
appellés devant la haute- cour.
La discussion s'ouvre , le 13 , sur la résolution concernant
Torganisation de la gendarmerie .
Lacombe Saint - Michel parle contre cette résolution.
Depuis long- tems , dit- il , on n'a fait que des
organisations provisoires . Il est tems d'en faire ure
bonne et derniere . On ajourne la discussion , pour
reprendre celle sur les successions , qui n'est pas ellemême
terminée .
Sur le rapport de Dumolard , il a été arrêté , le 15 ,:
au conseil des Cinq- cents , que les condamnés par
les tribunaux révolutionnaires , dont les jugemens
nont pas été exécutés , pourront se pourvoir au tribunal
de cassation .
La discussion s'engage sur la question de savoir si
les postes et messageries seront affermées ou mises
en régie.
Bion , organe de la commission , dit qu'elle persiste
à croire que la régie intéressée est le projet le
plus utile à la République . Rien de décidé .
Le reste de la séance est employée à la lecture des
pieces relatives à la conspiration .
Le conseil des Anciens a approuvé , 1º . la résolution
qui rapporte l'art . XXX de la loi du 19 vendé
.
( 119 )
miaire an IV , 9. celle concernant les rentes entre
particuliers qui procedent de contrats antérieurs à
l'émission du papier-monnaie.
PARIS. Nonidi 19 Pluviose , l'an 5. de la République.
Deux événemens occupent l'attention publique , et produisent
des impressions diverses , selon la diversité des intérêts
et des passions qui agitent toujours les esprits dans des
tems de révolution .
Le premier n'est qu'un fait particulier , mais s'il est vrai
dans tous ses détails , ce fait particulier se lie à des considérations
d'intérêt public. Celui qui le premier a donné connaissance
au public de ce fait , est le cit . Fiévée , rédacteur
de la Gazette Française , journal connu par un esprit d'opposition
au gouvernement actuel .
Il raconte que le cit . Poncelin , ( ex- abbé , propriétaire
du Courier Rep blicain ) , était à sa campagne près Paris.
Dans la matinée du 7 de ce mois , deux individus vêtus en
uniforme de gendarme se présentent , et lui disent qu'ils
ont un mandat d'amener décerné contre lui . Poncelin les
suit sans défiance , et même sans se faire représenter le mandat
d'amener. On le conduit au Luxembourg , en le faisant
entrer par la cour des Fontaines. Il est introduit dans des
appartemens que l'on dit faire partie de ceux de Parras ,
l'un des membres du Directoire . Là , après un déjeuner et
même un dîner servis dans des vases d'argent , on le maltraite
de la maniere la plus outrageante . L'historien ne
s'explique pas sur le genre de traitement , mais il donne à
entendre , et il est aujourd'hui avéré qu'on lui a fait subir
le plus cruelle fustigation , en lui disant que pour le
punir des calomnies qu'il avait imprimées dans le Courier Republicain
, contre Barras ; après quoi on l'a renvoyé chez lui ,
c'éta
En effet , il avait été imprimé dans le Courier Républicain ,
un fait bien odieux. On y disait que les maisons royales
n'étaient point étrangeres à Barras , qu'il avait été envoyé
Bicêtre pour fausses lettres - de- change , etc.
Les journaux ont parlé diversement de cette aventure
sans contester son résultat. Les uns ont prétendu que
fustigation avait eu lieu sur les marches de l'Odéon , ci - devant
la Comédie française ; d'autres , dans un mauvais lieu ;
d'autres ont persisté à dire que c'est dans l'appartement de
H 4
( 120 )
Barras. Comme le cit. Poncelin a rendu plainte devant le juge
de paix , et que l affaire s'instruit juridiquement , il est naturel
d'attendre les renseignemens ultérieurs , pour en connaître
les véritables circonstances. Au reste , cette affaire
prouve de plus en plus la nécessité d'une loi repressive de
la calomuie ; car quelle ressource reste-t-il au citoyen outragé
, si la société ne lui garantit pas la certitude de trouver
justice devant les tribunaux ,
Le second événement qui a presque fait oublier le premier ,
parce qu'il est d'un intérêt plus directement général , c'est la
découverte d'une nouvelle conspiration qui a tous les caracteres
du royalisme. Le Directoire en a instruit d'abord les deux
conseils dans un message du 12 de ce mois . Voici de quelle
maniere cette conspiration a été découverte .
9
Trois individus se sont présentés chez le cit . Malo, commandant
d'un régiment de dragons , le même qui avait
montré une conduite si ferme dans l'affaire de Grenelle.
Ces individus étaient Dunand , se disant épicier en gros et
ayant deux domiciles ; Berthelot de Lavilleurnois ci -devant
maître des requêtes ; ' l'abbé Brottier , neveu de l'éditeur
de Pline et de Tacite , impliqué deja dans l'affaire de
Lemaître. Ils avaient essayé de corrompre Malo , et par lui
le régiment qu'il commande. Malo eut l'air d'entrer dans
leurs vues , et il avertit le ministre de la police et deux
membres du Directoire . Il leur donna un nouveau rendezvous
chez lui , à l'Ecole Militaire , pour le 11 au matin. Il
fit placer deux personnes pour entendre la conférence . Les
trois individus revinrent et exposerent le plan de la conspiration
. Ils promirent 50,000 écus à Malo , et en passerent
leur engagement par écrit. A un signal convenu , ils furent
arrêtés et conduits à la police par 50 dragons et un juge de
paix qui avait été prévenu . On saisit toutes les pieces qu ils
avaient sur eux ; les scellés furent mis à leur domicile .
Plusieurs personnes impliquées ont été arrêtées.
Dans le même-tems , un baron de Poly cherchait à séduire
le cit . Ramel , commandant des grenadiers de la
garde du Corps legislasif ; il lui avait fait part de ses projets
; ce Poly a également été arrêté . C'était au nom et
pour Louis XVIII , que cette intrigue contre- révolutionnaire
était ourdie .
Nous allons donner quelques détails de la conspiration
d'après les pieces saisies .
On devait poser des corps - de-gardes de gens sûrs à
( 121 )
toutes les barrieres et aux murs de clôture ; ne laisser entrer
que les approvisionnemens et les fidelles attendus , lesquels
répondaient au mot d'ordre convenu ; ne laisser sortir personne
dans les premieres vingt- quatre heures ; s'emparer des
Invalides , de l'Ecole militaire , des magasins des Feuillans ,
des Télégraphes , des Tuileries , du Luxembourg et des
maisons des ministres s'assurer du cours de la riviere audessus
et au- dessous de Paris ; 300 hommes de Versailles ,
de Sèves ou de Paris auraient suffi pour s'emparer de Meudon ;
on se serait aussi emparé des poudrieres d'Essone , de Corbeil
, du donjon de Vincennes , pour en faire une prison ou
pour protéger la retraite en cas de besoin ; les habitans de
Vincennes sont bons , dit la piece on devait établir au
Temple le quartier- général et la résidence des représentans
du roi ; intercepter les ponts ; contenir les fauxbourgs Antoine
et Marceau , par tous les moyens militaires ; établir une bat--
terie à Montmarte , pour contenir Paris et éclairer les routes
du Nord.
,, Si la promesse de l'amnistie ne ramene pas chaque directeur
, mettre leur tête à prix et les déclarer traîtres au
roi et à la patrie ; consigner les membres des deux conseils
dans leurs maisons , sur- tout empêcher leur réunion
et leur inspirer de la terreur ; s'assurer des municipalités ,
des jacobins et des principaux terroristes ; retablir la juridiction
prévôtale et les anciens supplices au premier propos
incendiaire , faire juger prévotalement ; brûler les journaux
jacobius du Pere Duchêne , des Hommes Libres , de la.
Sentinelle , de l'Ami des Lois , du Rédacteur , des Défenseurs de
la Patrie , etc .; arrêter leurs auteurs ; mettre en liberté tous
ceux qui ne seraient pas en prison pour crime ; proclamer
une amnistie au nom du roi ; annoncer la paix comme
prochaine ; ordonner aux juges de paix , aux tribunaux de
continuer provisoirement leurs fonctions au nom du roi :
faire une proclamation honorable pour les armées et amicales
pour les puissances étrangeres ; faire garder honorablement
, mais avec surveillance , les ambassadeurs étrangers
, jusqu'au retour des couriers qui seront expédiés à
leurs cours ; ordonner à tous les fournisseurs et agens dé
continuer leurs services ; faire circuler dans les rues de nombreuses
patrouilles ; ordonner l'ouverture des boutiques
faire un approvisionnement de grenades , c'est le meilleur
moyen de dissiper les attroupemens ; rendre à la gendarmerie
son nom de maréchaussée , et lui donner un chef ; lui
faire faire le service de Paris ; envoyer des proclamations
&
( 129 )
dans les provinces aussi-tôt que le roi aurait été proclamé
à Paris ; déployer la plus grande sévérité contre les roya
listes qui se livreraient à des vengeances dans le moment
où l'indulgence serait proclamée au nom du roi ;
nommer M. Vauvilliers directeur général des approvisionnemens
, que personne ne peut mieux administrer que lui ;
nommer M. Hepin , ancien premier commis , ministre des
affaires étrangeres ; laisser Benezech à l'intérieur ; mettre à
la marine M. de Fleurieu ; à la justice , Siméon ; aux finan,
ces , M. Vignolle des Granges , demeurant rue St. Florentin ,
vis-à-vis l'hôtel de l'Infantado ; au ministere des Indes ,
Barbé-Marbois ; au ministere de la police , laisser Cochon
ou y mettre Portalis . Mais Cochon a voté la mort du roi ,
ce serait trop effaroucher les royalistes . Réunir les anciens
agens de la police et les charger de remonter cette partie ;
abolir sur- le- champ les décades et le comput républicain ;
charger M. de Bar , ancien major de la garde de Paris ,
de recréer cette garde ; ordonner aux anciens intendans
de se rendre dans les provinces ; ordonner à M. Villiere
de reprendre la direction générale des ponts et chaussées ;
être avare du sang francais , et se souvenir qu'aucun gouvernement
n'a le droit de faire mourir que pour l'exemple. "
Voici le résultat des premiers interrogatoires :
Lavilleurnois reconnaît toutes les pieces , mais il prétend
qu'il n'a jamais eu l'intention de renverser le gouvernement
actuel . Seulement , comme il prévoyait que la dissolution en
pouvait être bientôt opérée par quelque mouvement anarchique
, il s'est occupé de la rédaction des plans à suivre dans
cette circonstance , pour le rétablissement de la royauté.
" Brottier ne dénie aucun fait , aucune piece ; mais il refuse
expressément d'indiquer aucun de ses complices ; il ne veut
donner aucun renseignement au -delà de ceux contenus dans
les papiers qu'on a saisis .
,, Dunan a été plus réservé encore ; il ne se souvient
d'aucune des circonstances , sur lesquelles on l'interroge : il
se déclare épicier , âgé de 33 ans , ne dans le département de
la Nievre. Ce personnage est l'objet de beaucoup de conjectures
; on a trouvé sur lui , 10 à 11 mille livres en or , et
un passe-port pour Hambourg , portant faculté d'aller et venir
librement le jour de son arrestation , il s'est présenté plusieurs
hommes armés pour le délivrer ; ce fait est constate
dans les procès-verbaux : on ajoute que ces complices lui témoignaient
de grans égards.
:
( 123 )
>
Conformément à la disposition de plusieurs lois , le Directoire
a nommé une commission militaire pour juger les
prévenus , attendu qu'il s'agit d'embauchage. Nous ferons
connaître la suite de cette conspiration très - compliquée
dans ses détails , mais très - extravagante dans ses moyens .
NOUVELLES OFFICIELLES.
ARMÉE D'ITALIE . Buonaparte , général en chef de l'armée
d'Italie , au Directoire exécutif. Au quartier-général , à
Véronne , le 29 nivôse , an V.
Citoyens directeurs , je m'étais rendu à Bologne avec
2000 hommes , afin de chercher , par ma proximité , à en
imposer à la cour de Rome , et lui faire adopter un systême
pacifique dont cette cour paraît s'éloigner de plus en plus
depuis quelque tems,
J'avais aussi une négociation entamée avec le grand duc de
Toscane , relativement à la garnison de Livourne ,
présence à Bologne terminerait infailliblement .
que maa
Mais le 13 nivôse , la division ennemie qui était à Padoue
se mit en mouvement ; le 19 elle attaqua l'avant - garde du
général Augerau qui était à Bevilaqua , en avant de Porto-
Legnago. Après une escarmouche assez vive , l'adjudantgénéral
Dufaux qui commandait cette avant-garde , se retira
à Saint-Zéno , et le lendemain à Porto-Legnago , après avoir
eu le tems , par sa résistance , de prévenir toute la ligne de la
marche de l'ennemi.
Je fis passer
aussi-tôt sur l'Adige
les 2000 hommes
que
j'avais avec moi à Bologne , et je partis immédiatement après
pour Véronne.
Le 23 , à six heures du matin , les ennemis se présenterent
devant Véronne , et attaquerent l'avant- garde du général
Massena , placée au village de Saint- Michel. Ce général sortit
de Véronne , raugea sa division en bataille , et marcha droits
à l'ennemi , qu'il mit en déroute , lui enleva trois pieces de
canon , et lui fit 600 prisonniers. Les grenadiers de la 75e .
enleverent les pieces à la bayonnette ; ils avaient à leur tête
le général Brune , qui a eu ses habits percés de sept balles .
Le même jour et à la même heure , l'ennemi attaquait la
tête de notre ligne de Montebaldo , défendue par l'infanterie
légere du général Joubert ; le combat fut vif et opiniâtre ;
l'ennemi s'était emparé de la premiere redoute , mais Joubert
se précipita à la tête de ses carabiniers , chassa l'ennemi
qu'il mit en déroute coniplette , et lui fit 110 prisonniers.
Le 24 , l'ennemi jetta brusquement un pout à Anguiari
( 124 )
ety fit passer son avant-garde , à une lieue de Porto-Legnago :
même-tems , le général Joubert m'instruisit qu'une colonne
assez considérable filait par Montagna , et menaçait de tourner
son avant-garde à la Corona . Différens indices me firent
çonnaître le véritable prejet de l'ennemi , et je ne doutai plus
qu'il n'eût envie d'attaquer , avec ses principales forces , ma
ligne de Rivoli , et par-là arriver à Mantoue je fis partir
dans la nuit la plus grande partie de la division du général
Massena , et je me rendis moi-même à Rivoli , où j'arrivai à
deux heures après minuit.
Je fis aussi- tôt reprendre au général Joubert la position
intéressante de Saint-Marco ; je fis garnir le plateau de Rivoli
d'artillerie , et je disposai le tout afin de prendre , à la pointe
du jour , une offensive redoutable , et de marcher moi-même
à l'ennemi.
A la pointe du jour , notre aîle droite et l'aile gauche de
l'ennemi se rencontrerent sur les hauteurs de Saint-Marco ;
le combat fut terrible et opiniâtre ,
Le général joubert , à la tête de la 33. , soutenait son
infanterie légere que commandait le général Vial .
Cependant , M. Alvinzi , qui avait fait ses dispositions le
24 , pour enfermer toute la division du général Joubert ,
continuait d'exécuter son même projet ; il ne se doutait pas
que pendant la nuit j'y étais arrivé avec des renforts assez
considérables pour rendre son opération non- seulement impossible
, mais encore désastreuse pour lui . Notre gauche fut
vivement attaquée , elle plia , et l'ennemi ss porta sur le
centre.
La 14. demi -brigade soutint le choc avec la plus grande
bravoure. Le général Berthier , chef de l'état-major , que j'y
avais laissé , déploya dans cette occasion , la bravoure dont il
a fait si souvent preuve dans cette campagne .
Les Autrichiens , encouragés par leur nombre , redoublaient
d'efforts pour enlever les canons placés devant cette demibrigade
; un capitaine s'élance au- devant de l'ennemi , en
criant : 14. laissørez -vous prendre vos pieces ? En même-tems ,
la 31. que j'avais envoyée pour rallier la gauche , paraît ,
reprend toutes les positions perdues , et conduite par son
général de division Massena , rétablit entierement les affaires .
Cependant il y avait déja trois heures que l'on se battait ,
et l'ennemi ne nous avait pas encore présenté toutes ses forces ...
Une colonne ennemie qui avait longe l'Adige , sous la protection
d'un grand nombre de pieces , marche droit au plateau
de Rivoli pour l'enlever , et par-là menace de tourner la
droite et le centre . J'ordonnai au général de cavalerie Leclercq
( 125 )
<
de se porter pour charger l'ennemi , s'il parvenait à s'emparer
du plateau de Rivoli , et j'envoyai le chef d'escadron Lasalle ,
avec cinquante dragons , prendre en flanc l'infanterie ennemie
qui attaquait le centre , et la charger vigoureusement . Au
même instant le général Joubert avait fait descendre des
hauteurs de Saint- Marco quelques bataillons , qui plongaient
le plateau de Rivoli . L'ennemi qui avait déja pénetré sur le
plateau , attaqué vivement et de tous côtés , laisse un grand
nombre de morts , une partie de son artillerie , et rentre dans
la vallée de l'Adige . A- peu- près au même moment , la colonne
ennemie qui était déja depuis long-tems en marche pour nous
tourner et nous couper toute retraite , se rangea en bataille
sur des pitons derrière nous . J'avais laissé la 75º . en réserve ,
qui non- seu e nent tint cette colonne en re pect , mais encore
en attaqua la gauche qui s'était avancée , et la mit sur- le-champ
en déroute. La 18. demi- brigade arriva sur ces entrefaites ,
dans le tems que le général Rey avait pris position derriere la
colonne qui nous tournait . Je fis aussi -tôt canonner l'ennemi
avec quelques pieces de 12 ; j'ordonnai l'attaque , et en moins
d'un quart d'heure , toute cette colonne composée de plus de
4 mille hommes fut faite prisonniere .
L'ennemi , par-tout en déroute , fut par- tout poursuivi , et
pendant toute la nuit on nous amèna des prisonniers . 1500
hommes qui se sauvaient par Guarda , furent arrêtés par 50
hommes de la 18. , qui du moment qu'ils les eurent reconnus
, marcherent sur eux avec confiauce , et leur ordonnerent
de poser les armes .
L'ennemi était encore maître de la Corona , mais ne pouvait
plus être dangereux ; il fallait s'empresser de marcher
contre la division de M. le général Provera , qui avait passé
l'Adige le 24 , à Anguiari ; je fis filer le général Victor avec
la brave 57. , et rétrograder le général Massena , qui , avec
une partie de sa division , arriva a Roverbella , le 25.
Je laissai l'ordre , en partant , au général Joubert , d'attaquer
, à la pointe du jour , l'ennemi , s'il était assez téméraire
pour rester encore à la Corona .
Le général Murat avait marché toute la nuit avec une demibrigade
d'infanterie légere , et devait paraître , dans la matinée ,
sur les hauteurs de Montebaldo qui dominent la Corona ;
effectivement , après une résistance assez vive , l'ennemi fut
mis en déroute , et ce qui était échappé à la journée de la
veille fut fait prisonnier la cavalerie ne put se sauver
qu'en traversant l'Adige à la nage , et il s'en noya beaucoup.
Nous avons fait , dans les deux journées de Rivoli
13 mille prisonniers , et pris neuf pieces de canon : les géné
( 126 )
raux Sandos et Meyer ont été blessés en combattant vaillamment
à la tête des troupes .
Combat de Saint - Georges ...
·
M. le général Provera , à la têté de 6 mille hommes , arriva
le 26 à midi au fauxbourg de Saint- Georges ; il l'attaqua pendant
toute la journée , mais inutilement le général de brigade
Miolis défendait ce fauxbourg ; le chef de bataillon du
genie , Samson , l'avait fait retrancher avec soin ; le général
Miolis , aussi actif qu'intrepide , loin d'être intimidé des
menaces de l'ennemi , lui réponci : avec du canon , et gagna
ainsi la nuit du 26 au 27 , pendant laquelle j'ordonnai au
général Serrurier d'occuper la Favorite avec la 57. et 18 .
demi- brigades de ligne et toutes les forces disponibles que
l'on put tirer des divisions du blocus ; mais avant de vous
rendre compte de la bataille de la Favorite , qui a eu lieu le
27 , je dois vous parler des deux combats d Anguiari .
Premier combat d'Anguiari..
La division du général Provera , forte de 10 mille hommes ,
avait forcé le passage d'Anguiari ; le général de division
Guieux avait aussi-tôt réuni toutes les forces qu'il avait trouyées
, et avait marché à l'ennemi n'ayant que 1500 hommes
, il ne put pas parvenir à faire repasser la riviere à
l'ennemi ; mais il l'arrêta une partie de la journée , et lui
fit 300 prisonniers.
Deuxieme combat d'Anguiari.
Le général Provera ne perdit pas un instant , et fila sur,
le - champ sur Castellara . Le général Augereau tomba sur
l'arriere-garde de sa division , et après un combat assez vif ,
enleva toute l'arriere - garde de l'ennemi , lui prit 16 pieces
de canon , et lui fit 2000 prisonniers. L'adjudant- général
Dufaux s'y est particulierement distingué par son courage .
Les ge . et 18. régimens de dragons , et le 25. régiment
de chasseurs sy sont particulierement distingués. Le commandant
des hulans se présente devant un escadron du
9. régiment de dragons , et par une de ces fanfaronades
communes aux Autrichiens : Rendez-vous , crie - t- il au régiment.
Le cit. Duvivier fait arrêter son escadron : Si tu es
brave , viens me prendre , crie - t- il au commandant ennemi .
Les deux corps s'arrêtent , et les deux chefs donnerent
un exemple de ces combats que nous décrit avec tant d'agré
ment le Tasse. Le commandant des hulans fut blessé de
deux coups de sabre ; les troupes alors se chargerent , et
les hulans furent faits prisonniers .
Le genéral Provera fila toute la nuit , arriva , comme
j'ai eu l'honneur de vous le dire , à Saint - Georges , et
( 127 )
l'attaqua le 26 ; n'ayant pas pu y entrer , il projetta de
forcer la Favorite , de percer les lignes du blocus , et secondé
par une sortie que devait faire Wurmser , se jetter
dans Mantoue .
•
Bataille de la Favorite.
Le 27 à une
heure
avant
le jour
, les ennemis
attaquerent
la Favorite
, dans
le tems
que Wurmser
fit une sortie
,
et attaqua
les lignes
du blocus
par Saint
-Antoine
; le général
Victor
, à la tête de la 57.
demi
brigade
, culbuta
tout
ce qui se trouva
devant
lui. Wurmser
fut obligé
de
rentrer
dans
Mantoue
presqu'aussi
- tôt qu'il
en était
sorti
,
et leissa
le champ
de bataille
couvert
de morts
et de pri
sonniers
. Le général
Serrurier
fit avancer
alors
le général
Victor
, avec
la 57.
demi
- brigade
, afin
d'acculer
Provera
au fauxbourg
Saint
- Georges
, et par
là le tenir
bloqué
.
Effectivement
, la confusion
et le désordre
étaient
dans
les
rangs
ennemis
; cavalerie
, infanterie
, artillerie
, fout
était
péle-mêle
; la terrible
57.
demi
-brigade
n'était
arrêtée
par
rien
; d'un
côté
elle
prenait
trois
pieces
de canon
, d'un
autre
elle
mettait
à pied
le régiment
des chasseurs
de Herdendy
. Dans
ce moment
, le respectable
général
Provera
demanda
à capituler
; il compta
sur notre
générosité
, et
ne se tromp
pas . Nous
lui accordâmes
la capitulation
dont
vous
trouverez
ci-joint
les articles
: 6000
prisonniers
, parmi
lesquels
tous
les volontaires
de Vienne
, 20 pieces
de canon
furent
le prix
de cette
journée
mémorable
.
L'armée de la République a donc , en quatre jours ,
gagné deux batailles rangées et six combats , fait près de
25,000 prisonniers , parmi lesquels un lieutenant-général et
2 généraux , 12 à 15 colonels , etc. , puis 20 drapeaux ,
60 pieces de canon , et tué ou blessé au moins 6000 hommes.
Je vous demande le grade de général de division pour
le général Victor ; celui de général de brigade pour l'adjudant
- général Vaux toutes les demi - brigades se sont
couver.cs de gloire , et spécialement les 32 ° . , 57. et 18e.
de ligne , que commandait le général Massena , et qui , en
trois jours , ont battu l'ennemi à Saint-Michel , à Rivoli er
à Roverbella. Les légions romaines faisaient , dit - on , 24.
milles par jour ; nos brigades en font 30 , et se battent
dans intervalle .
Le cit. Dessain , chef de la 4. demi-brigade d'infanterie
légere ; Marquis , chef de la 19 .; Fournesy , chef de la
17. , ont été blessés . Les généraux de brigade Vial , Brune,
Bon et l'adjudant- général Argod se sont particulierement
distingues .
( 128 )
Les traits particuliers de bravoure sont trop nombreux
pour être tous cités ici .
Signé , BUONAPARTE .
Idem. Au quartier-général de Véronne , le 1er . pluviôse , an V.
Citoyens directeurs , je vous envoie onze drapeaux pris sur
l'ennemi , aux batailles de Rivoli et de la Favorite . Le citoyen
Bessieres , commandant des guides , qui les porte , est un
officier distingué par sa bravoure et l'honneur qu'il a de coinmander
à une compagnie de braves gens qui ont toujours vu
fuir devant eux la cava erie ennemie , et qui par leur intré
pidité , nous ont rendu , dans la campagne , des services trèsessentie's
. Signé , BUONAPARTE .
ARMÉE DE RHIN ET MOSELLE . Extrait du rapport fait par le
général de division Dufour , au général Ferino , commandant
en chefl'aile droite de l'armée. Huningue , le 10 pluviôse,
an V.
-
Conformément vos intentions , mon cher général , j'ai
ordonné une sortie des ouvrages de la tête du pont d'Huningue
, dans la nuit d'hier ; j'ai concerté cette opération avec
les citoyens Cassagne , chef de brigade et commandant au
fort ; Alise , chef de brigade d'artillerie ; et Poitevin , chef de
bataillon et commandant du génie , tous les trois officiers trèsdistingués
dans l'art militaire et d'un courage bien éprouvé.
L'attaque a eu lieu à quatre heures moins un quart du matin
du 10 ; l'ennemi a été partout culbuté avec beaucoup de
perte . Les volontaires l'ont poursuivi au - deià de sa premiere
parallele , ont encloué plusieurs batteries , canons et obusiers,
ont ramené avec eux deux pieces de 7. Des travailleurs ,
conduits par des officiers du génie , ont comblé une partie de
la troisieme parallele , et ont rapporté plus de 200 outils.
laissés par l'ennemi , ainsi qu'une centaine de fusils . On a
ramené aussi ( ce qui est rare dans une sortie de nuit ) une
quarantaine de prisonniers , dont le chef des travaux. Enfin ,
cette sortie a été des plus heu euses .
Les soldass ont montré le plus grand courage , et les officiers
y ont ajouté beaucoup d'intelligence , nommément les citoyens
Martin , capitaine , et Faggat , lieutenant des grenadiers du
1er. bataillon de la 89. demi- brigade . Beaucoup d'autres se
sont aussi particulierement distingués ; je vous ferai connaître
leurs noms , lorsqu'ils me seront parvenus . Signé , Durour•
LENOIR- LAROCHE , Rédacteur.
Jer .135. No. 15.
MERCURE FRANÇAIS .
DÉCADI 30 PLUVIOSE , l'an cinquieme de la République.
( Samedi 18 Février 1797 , vieux style . )
F
ACADÉMIE S ÉTRANGERE S.
Memorie di Matematica Fisica d'ella Società italiana
, etc, etc.; ou Mémoires de Mathématiques et de Phy- ,
sique de la Société italique de Véronne . Tome VI , in-4°
De Véronne , 1793.
SECOND EXTRAIT.
90
Sur la nouvelle nomenclature chymiquel 1903
Le pere Erménégilde Pini consacre un long mémoire
à combattre la nouvelle théorie et la nouvelle
momenclature chymiques , comme inadmissibles en
minéralogie . Nous ne le suivrons point dans cette
discussion : nous nous contenterons de dire qu'elle
a pour but de prouver que la nouvelle nomencla
ture obscurciteet confond les idées , au lieu de les
éclaircir , et que , dans la nouvelle théorie , que
l'auteur appelle métachymique , parce que , selon lui ,
elle rapporte les faits à des causes abstraites ( 1 ) , les
( 1 ) Jamais pareil reproche ne fut fait plus hors de propos.
Certainement la maniere de philosopher des nouveaux chymistes
est entierement purgée de la mauvaise métaphysique ,
Tome XXVII. I
4
( 130 )
£
:
principes fondamentaux ne sont pas assez démontrés.
En payant un ample tribut d'eloges à Lavoisier
et aux compagnons de ses travaux , il admet leurs
expériences ; mais il rejette plusieurs des conclusions
qu'ils en ont tirées : et quant à la composition
de l'eau , d'oxygene et d'hydrogene , il dit que
ce n'est pas une production véritable , mais un développement
car , selon son opinion , qu'il essaie
de prouver par quelques expériences , ces deux gaz
sont eux-mêmes composés d'eau , mise dans un état
aeriforme ; l'hydrogene , par un principe combustible
ou calorique inflammable ; l'oxygene , par un principe
cause simple de la chaleur , mais non susceptible
de combustion , et qu'il appelle termio . C'est
ainsi qu'il explique les phénomenes de la composition
et décomposition de l'eau , la combustion , etc. ,
qui sont les points les plus essentiels de la nouvelle
théorie.
203134
Sur la conservation des peintures à l'huile.
Dans le mémoire de Lorgna sur la peinture à
l'huile , il y a des détails intéressans pour la science ,
et des vues sur la préparation des couleurs , dont il
paraît que l'art peut tirer quelque fruit. Après avoir
que le critique italien semble supposer ; et si l'on parvient
jamais à les combattre avec avantage , ce ne sera qu'en les
imitant dans leur méthode de faire des expériences et de
raisonner les faits , c'est-à - dire , en philosophant comme
eux .
( 131 ) .
1
fait sentir toute la supériorité de la peinture à l'huild
sur celle à fresque , à la détrempe , au pastel , il ob
serve que la cire punique , dont les anciens se servaient
pour fondre leurs couleurs , étant un vrai savon
, composé de cire et de la substance qui porte
chez eux le nom de nitre , c'est- à-dire de natrum ou
alcali de soude ( 1 ) , leur maniere de peindre differe
beaucoup de la fresque et de la détrempe , et qu'elle
se rapproche de celle à l'huile simple.. C
Ce procédé des anciens le conduit à chercher par
quelle méthode les peintures à l'huile pourraient
être garanties des altérations que le tems deur fait
éprouver , et qui , selon lui , dépendent uniquement
de ce que
la matiere grasse combinée avec les couleurs
, se rancit ; ensorte que toutes les teintes chan - I
gent de caractere , tous les clairs jaunissent , les
contrastes de la lumiere et des ombres cessent d'être
dans de justes rapports , l'harmonie générale s'altere ,
mais principalement l'intensité des obscurs se renforce
, et par conséquent les couleurs , le dessein , le
coloris , les proportions , tout change et se déforme .
Pour remédier à ces inconvéniens , l'auteur , éclairé
par les lumieres de la chymie , propose de combiner
avec l'huile de noix et celle de lin dont se servent
les peintres , le natrum ou alcali minéral . Le mélange
qui en résulte est , dit- il , aussi docile au pinceau que
l'huile même , et il a par- dessus de n'être pas sujet
à se rancir , pourvu qu'il soit fait avec des huiles
d'une bonne qualité . Après beaucoup d'essais qui
( 1 ) L'auteur a publié sur la cire punique , une dissertation
imprimée à Véronne en 1785..
1
I 2
( 132 )
lui ont fait connaître les justes proportions dans
lesquelles les deux substances doivent être combinées
, l'auteur s'est déterminé pour la formule suivante
: TI
!
Prenez de soude pure , deux parties ;
44 de chaux vive , une partie ;
Faites dissoudre dans cinq ou six parties d'eau , et
laissez en digestion pendant quelques minutes : versez
peu-à-peu , huit parties d'huile récente de noix , en
agitant quelque tems le mélange , afin que les diverses
substances s'incorporent uniformément et d'une maniere
complette . Après avoir laissé reposer le tout
pendant huit ou dix jours , on rejette le fluide qui
s'est séparé du savon , et l'on conserve celui- ci pour
l'usage dans un vaisseau bien fermé..
Il s'emploie comme l'huile simple , pour broyer
et fondre les couleurs sur le porphyré.
3
Avec le tems tous les savons durcissent , par la
plus intime combinaison des substances dont ils sont
formés . La même chose arrive à celui de Lorgns . )
Mais lorsqu'il a pris trop de consistance , il suffit d'y
ajouter un peu d'esprit- de- vin ou d'eau ; ce qui doit!
se faire dans le moment même où l'on emploie la
peinture . Par ce moyen , les couches s'étendent avec
facilité , et les teintes viennent bien , du moins à ce
que prétend l'auteur.NTI
91.
Pour confirmer, ses vues par une expérience plus !
décisive , il a fait peindre une tête de jeune homme..
à l'huile composée. Cette tête est de Paolo Cagliari de
Véronne . Lorgna assure que la peinture en a parfaitement
réussi ; et il ajoute que celles faites avec
son savon , sont susceptibles de passer au feu et de
sited
ป
C
( 133 )
recevoir l'émail : il suffirait pour cela d'ajouter dans
la fabrication même du savon , à la quantité d'huile
déterminée ci - dessus , une partie de cire liquéfiée .
On connaît les inconvéniens des peintures à l'huile.
simple ; on ne connaît pas encore ceux des peintures
à l'huile composée. Ce n'est peut-être qu'au bout de
plusieurs siecles qu'on peut juger de l'utilité d'une
pareille innovation . Les personnes instruites savent
que l'altération des peintures à l'huile tient, en grande
partie, à la mauvaise préparation des couleurs . L'art.
de les broyer et de les combiner , exige beaucoup
de frais et de précautions : et voilà pourquoi les
tableaux de Raphaël , de Santi di Tito , du Titien ,
d'André del Sarto n'excitent pas moins encore aujourd'hui
l'admiration des connaisseurs , par la fraîcheur
du coloris , que par la perfection du dessein
et la beauté de l'expression . On sait quelle attention
particuliere ces peintres fameux apportaient .
dans le choix et dans la préparation de leurs couleurs.
Ils ne confiaient le soin de les mêler avec
l'huile , et de les passer sur le porphyre , qu'à des
éleves dont ils étaient sûrs , et qu'ils dirigeaient euxmêmes
dans cette opération .
J
Sur un vomissement urineux extraordinaire.
91
Le seul mémoire de ce recueil qui se rapporte à
la médecine , contient l'histoire d'un vomissement
urineux , compliqué de divers symptômes extraordinaires
, lequel s'est terminé par une fievre aiguë mortelle
au moment où la malade et ses médecins commençaient
à se flatter du plus heureux succès . D'après
13
( 134 )
l'ouverture du cadavre , il paraît que la maladie était
un spasme des ureteres . La vessie a été tronvée vide
et sans la moindre odeur urineuse , Les reins étaient
tuméfiés , enflammés ; mais leur odeur annonçait qu'ils
avaient rempli jusqu'au dernier moment les fonc
tions que la nature leur attribue . Les ureteres étaient
contractés, et l'eau injectée dans l'un et l'autre , par leur
embouchure renale ne se rendait point dans la vessie.Le
droit n'en laissa passer aucune goutte ; et si le gauche
en transmit un peu , ce ne fut qu'à la suite de grand
efforts. L'oblitération de leur canal et la coalition de
es parois s'explique naturellement par la durée des
spasmes , auxquels on sait du reste que ces organes
sont fort sujets , Les douleurs atroces des lombes et
de l'épine , dont les retours continuels forcerent d`administrer
l'opium aux doses les plus fortes , étaient le
symptôme dominant : mais la malade avait aussi
manifesté plusieurs fois une disposition si prochaine
à la rage , que dans l'emploi de ce remede , les médecins
dirigeaient encore leurs vues vers le carac -
tere hydrophobique .
Cette maladie est fameuse en Italie depuis longtems
: Morgagni en parle dans ses Lettres anatomiques ,
et Haller la cite dans sa grande Physiologie . Les faits
en avaient été revoqués en doute du vivant de la
malade , Maria Galvani , véronnaise. Zeviani les confirme
par d'autres exemples d'Ischuries Rebelles ,
accompagnées de vomissemens urineus , et dans
lesquelles l'abus de l'opium avait produit des effets
analogues.
( 135 )
Sur les volcans qui se trouvent dans les environs de
Véronne , Vicence et Trente.
C'est à l'histoire naturelle que se rapportent les
cinq derniers mémoires du recueil .
Le premier a pour objet de constater les traces des
anciens volcans qui se retrouvent encore dans les
Alpes vicentines , trentines et véronnaises . L'auteur
Giovani Arduino , voulant répondre d'une maniere
positive aux allégations d'un minéralogiste étranger
qui niait leur existence , décrit avec exactitude les
anciens crateres , en détermine la place , et cite les
lieux encombrés de matieres volcaniques .
Sur les nerfs olfactifs des oiseaux.
#
Dans le second mémoire , Vincent Malacarne expose
, avec l'exactitude qui lui est propre , la distribution
des nerfs de la premiere paire , et la structure
des organes destinés dans les oiseaux au sens de
l'odorat. Ce mémoire est extrait de son exposition
anatomique du cerveau des oiseaux : il fait partie
du cinquieme traité, Sans entrer dans des détails que
l'esprit de notre journal et la nécessité d'abréger
nous interdisent également , nous nous contenterons
de noter , d'après lui , ou plutôt d'après ses observations
: 1 ° . que les nerfs olfactifs des oiseaux de proie
n'ont point cette plus grande délicatesse que Pline
leur attribue , relativement à ceux de l'homme ;
*". qu'il y a lieu de douter beaucoup de l'opinion
?
I 4
( 136 )
de Buffon , qui prétend que grand nombre d'oiseaux
sont privés de narines , et reçoivent par conséquent
l'impression des odeurs seulement par la bouche,
Sur les volcans des environs de Padoue.
Le troisieme mémoire est de l'abbé Fortis . Arduino
lui avait adréssé les observations dont nous venons
de diré un mot. L'abbé Fortis , dans un voyage fait
avec le comte Nicolo de Rio , l'abbé Olivi et quelques
autres naturalistes , a reconnu aussi de son côté
que les montagnes de Padoue , où l'on avait également
nié toute trace de volcan , étaient au contraire
par-tout remplies de produits volcaniques . La description
qu'il en donne ne laisse aucun doute à cet.
égard . Il a joint à cette description , beaucoup de
remarques intéressantes sur l'état de la culture et de
l'industrie dans tout ce territoire..
เ
Sur les prétendus ossemens des géans .
Dans le quatrieme mémoire , Gaetano combat
savamment les fables adoptées par les anciens ,
et répétées même par quelques modernes , sur l'existence
des géans . Il prouve que les ossemens des
grands animaux peuvent facilement être pris pour
ceux d'hommes d'une stature gigantesque ; que le
fémur , le tibia , l'humerus et les vertebres , qui sont
les os cités en preuve par les physicens infatués
de ces contes , se ressemblent singulierement dans
l'homme et dans plusieurs autres especes ; mais que
l'anatomie comparée en faisant cesser cette con(
137 )
fusion , met à nud tout le ridicule des hypotheses par
lesquelles on explique un fait évidemment faux .
Sur les révolutions, du globe.
Le dernier mémoire est du même pere Ermenegilde
Pini que nous avons déja cité. Il traite des révolutions
du globe produites par l'action des eaux . Sans
se servir de l'autorité divine de l'écriture , il prétend ,
à l'aide de simples observations de zéologie , et des
raisonnemens purement physiques qu'il en tire ,
prouver la nécessité d'un déluge universel : il tâche
aussi de faire voir qu'on explique facilement par là
tous les changemens dont le globe offre encore partout
l'empreinte . C'est peut- être s'y prendre bien
tard pour ressusciter des opinions qui n'ont jamais
pu soutenir un examen sérieux , et qui paraissent aujourd'hui
peu capables de reprendre racine dans l'esprit
des naturalistes et des physiciens.
VOYAGES.
Voyage en Hollande et sur les frontieres occidentales de
l'Allemagne , etc .; traduit de l'anglais par CANTWEL.
Deux volumes in- 89ig ste
DE
raal te
SECOND EXTRAIT.
E Mayence , le voyageur anglais continue sa
route vers la Suisse . Ses descriptions , quoique multipliées
comme les villes des bords du Rhin , inté-
X
( 138 )
1
ressent. Il les entrecoupe souvent de réflexions pleines
de sagacité . En parlant des négocians de Francfort .
dont la conversation est intéressante , parce que le
commerce multiplie les rapports , le voyageur dit...
-La facilité de faire une hårangue , ou de débiter
un discours est assez généralement considérée comme
la preuve de très- grandes facultés intellectuelles , convenables
à toutes circonstances ; il est cependant trèsconnu
dans les pays où les orateurs publics sont
assez nombreux pour en fournir l'observation , que
des hommes peuvent avoir acquis , par l'habitade
de parler en públic , la facilité de s'exprimer avec
élégance , et manquer toutefois de la sagesse et du
discernement nécessaires dans les délibérations ; que
ees hommes peuvent s'être accoutumés à un choix
de mots et à une texture de phrases saillantes , sans
être capables d'extraire un seul rayon de lumieres
du chaos obscur de bien et de mal , que les tems
difficiles présentent aux yeux du politique , et sans
savoir distinguer entre des inconvéniens le moins
funeste , ou indiquer à leurs compatriotes trop con ..
fans une seule vérité utile . Il est aussi absurde d'appré-
' cier les facultés intellectuelles d'un individu qui a
fait de l'art oratoire une étude , par ses succès dans
la pratique de cet art , que de juger de la force corporelle
par celles d'un bras dont l'exercice et l'art
peuvent avoir considérablement augmenté la vigueur.
L'auteur ne manque jamais l'occasion de faire
connaître le véritable caractere des troupes autrichiennes.
Au milieu d'Appenweyer , située près
de Carlsrhue , nous entendimes avec surprise les sons
( 139 )
bruyans de la musique militaire , et nous apperçumes
des troupes qui entraient par la porte opposée ; elles
formaient l'avant-garde de plusieurs régimens autrichiens
qui allaient renforcer l'armée des alliés dans
les Pays - Bas. Notre postillon s'était rangé pour leur
laisser autant de place qu'il lui était possible ; mais
ils marchaient avec si peu d'ordre , qu'ils s'arrêtaient.
quelquefois en grand nombre autour de notre voi
ture , et nous eames tout le tems d'observer que
leur air répondait parfaitement à l'opinion qu'on a
généralement de la soldatesque autrichienne; ils n'ont
du soldat que l'habit et les armes , et pas la moindre
apparence de son activité , ni de sa gaîté ordinaires .
On n'apperçoit pas plus chez eux de traces de la
discipline militaire que de la vivacité de la jeunesse :
ils ont l'air gauche , indolent , cruel et timide ; ils
paraissent se flatter que leurs longues moustaches
imprimeront la terreur. Nous ignorons s'ils paraissent
à leurs ennemis fort redoutables , mais il est certain
qu'ils le sont pour de paisibles voyageurs ; et quoi
que sous les yeux de leurs officiers , lorsque nous
les rencontrâmes , ils eurent beaucoup de peine à
se défendre de nous insulter et de porter les mains
sur notre bagage ,
- Dans une plaine auprès de Bingen , le roi de
Prusse , marchant en 1792 sur Paris , passa en revue .
le corps nombreux des émigrés qui s'étaient joints à
lui, Un gentilhomme qui occupait dans ce corps un
poste supérieur , nous répéta une partie du discours
que le roi leur tint dans cette occasion . Messieurs ,"
soyez tranquilles et satisfaits dans peu de tems je
vous reconduirai dans votre patrie et dans vos mai,
( 140 )
sons.
-
La maniere dont le roi de Prusse les traita
après sa retraite ne répondit pas plus à ce discours ,
que les évenemens n'y avaient répondu. Lorsque
les ordres furent donnés pour la retraite , le roi de
Prusse en donna un second pour le licenciement de
toute l'armée des émigrés , qui composait soixantedix
escadrons de cavalerie et pas un n'eut la liberté
de conserver son cheval ni ses armes. Les Prussiens
étaient seuls pour en faire l'achat , et en conséquence
de cet ordre , des chevaux qui avaient coûté cinquante
louis chacun , furent donnés pour quatre ou
cinq , quelques - uns même pour un louis ; au moyen
de quoi l'armée prussienne se remonta en chevaux
à presqu'aussi bon compte que si elle les eût enleyés
à Dumourier.
Une méprise dans la rédaction des passe - ports
accordés à Mayence pour la Suisse . empêcha notre
voyageur d'y pénétrer. Il s'embarqua sur le Rhin
pour revenir chercher en Hollande quelque bâtiment
qui pût le reconduire en Angleterre . Cette
partie de son voyage ajoute peu à ce qu'il avait déją
dit des mêmes contrées qu'arrose ce beau fleuve .
On y trouve cependant quelques détails intéressans
sur les bois flottés du Rhin , ces masses énormes de
700 jusqu'à 1000 pieds de longueur , et de 50 à 90
pieds de largeur.
Le voyageur , en rendant justice aux travaux de
quelques savans d'Allemagne , fait observer l'ignorance
et l'abrutissement des paysans et de la classe
moyenne de l'Allemagne . Il dit...... Le matérialiste
( expression hasardée , parce qu'on ne s'en sert
que dans les discussions métaphysiques ) n'en aurait
―
( 141 )
point trouvé la cause dans le climat ; le politique
aurait
pu peut- être le présumer , en considérant la
nature du gouvernement arbitraire ; mais cette explication
ne paraît pas satisfaisante , lorsqu'on se rappelle
les rapides progrès que les sciences , les arts , *
le commerce et l'industrie firent en France sous le
regne de Louis XIV qui gouvernait ses Etats plus
despotiquement que la plupart des souverains de
l'Allemagne. La seule maniere d'expliquer cette différence
des effets produite par des causes à- peu- près
semblables , est
peut -être d'observer que la vástě
étendue du territoire de la France , et ses ressources
immenses pour le commerce , faciliterent à Louis XIV
les moyens de satisfaire sa passion pour le faste et
la gloire , et qu'il encouragea les succès ou les moyens
de prospérité de ses sujets , parce que son ambition
avait besoin de leur opulence. L'Allemagne , mor- *
celée en petites souverainetés , ne renferme pas une
seule puissance opulente ; la solde des armées absorbe
presque par - tout la totalité des revenus , et
les riches particuliers y sont très-rares. L'empereur ,
décoré de cinquante six titres différens , ne tire pas
un flotin de sa dignité principale ; c'est au moins
ce que Granvelle , ministre de Charles-Quint , affirma
dans l'assemblée des princes , et son assertion ne
fut point contestée . L'électeur Palatin est presque le
seul souverain d'Allemagne dont les établissemens
politiques et militaires , joints à l'entretien de sa
maison , n'absorbent point les revenus , et quoique
dans un état de société perfectionnée , ou chez les
nations opulentes , ce qu'on appelle patronage ou
récompense soit rarement nécessaire , quoiqu'elle soit
1
( 142 )
même peut- être aussi funeste au bonheur de celui
qui la reçoit , qu'avilissante pour sa dignité ; il n'est
pas moins vrai que tous les pays ont eu des tem
durant lesquels les libéralités du prince , ou des institutions
de récompenses moins arbitaires , ont été
nécessaires pour encourager l'étude et répandre
l'instruction et les sciences . De fortes largesses , dirigées
par le discernement ou même par la vanité ,
épandaient le desir général d'acquérir quelque talent
qui pût mériter l'attention de la cour ; c'est par
cette raison que le despotisme de Louis XIV produisit
des effets fort différens de celui des princes
allemands ses contemporains , dont les extorsions ne
produisirent jamais un revenu suffisant pour qu'ils
pussent contribuer involontairement , par leur faste ,
à répandre parmi leurs sujets le goût des arts et des
sciences .
+
Emmerick rappelle un trait de vertu , que nous,
aimons à retracer à nos lecteurs . Lorsque Philippe II
combattait contre les Provinces Unies , cette ville.
était demeurée neutre . Elle représenta au général
Mendoza que sa neutralité la dispensait de recevoir,
des troupes dans son enceinte. Le général promit
d'avoir égard à ces réclamations . Mais sans égard,
pour sa promesse , il fit bientôt après entrer quatre
cents soldats dans la ville ; il protesta en même- tems
que ce nombre ne serait point augmenté , et il fit
même jurer , en présence des habitans , par le colonel
espagnol qui les commandait , de n'en plus
admettre , quand même ils se présenteraient à la
porte.
Jer $
Mendoza jugeait probablement du colonel par
( 143 )
lui- même , et ne considérait ce serment que comme
un moyen d'éviter la résistance des habitans ; en
conséquence , il ne tarda pas à envoyer de nouvelles
troupes , avec un ordre au colonel de les introduire ;
mais ce loyal Espagnol répondit : མ Quoique le
général m'en ait donné l'exemple , je ne violerai pas
ma foi. ,, .
-
}
Opposerons - nous à ce beau trait d'un militaire
le projet sanguinaire d'un évêque de Munster ? Pour
quoi pas ! La probité naturelle au genre humain
est presque toujours da côté de ceux qui se défen-..
dent. En lisant l'histoire d'un siége , on incline
presque toujours pour ceux qui le soutiennent. A
l'exception des tems où ils furent dominés par quelqu'influence
étrangère , les Hollandais se bornerent
toujours à la guerre défensive , depuis le commen-5
cement de leur incroyable résistance contre-/ Philippe
II , jusqu'au tems où ils furent attaqués , à
l'instigation de Charles H d'Angleterre , par l'évêque
de Munster , qui eut le sang - froid de déclarer as
lord Temple , qu'il avait mûrement réfléchi auk
chances de son entreprise , et que s'il échouait , il
ne s'en embarrassait guère , car il pourrait toujours
aller à Rome acheter un bonnet de cardinal ; mais
qu'il voulait avant, faire un peu parler de lui dans
le monde. 200
曬
Arrivé en Angleterre , le voyageur parcourt les
comtés de Lancastre , te Westmoreland et le Camberland.
Les répétitions des points de vues , les
descriptions de lacs , de villagès , de montagnes
reviennent si souvent , qu'elles peuvent à peine intéresser
un Anglais qui aurait passé les premieres
( 144 )
-
années de sa jeunesse dans ces contrées . Nous n'en
extrairons que deux endroits dont la lecture fera
naître quelques réflexions utiles. La ville de Kendel
, bâtie sur les flancs d'une montagne dont le
sommet domine la principale rue , présente un obélisque
dédié à la liberté et à la révolution de 1688 ,
qui annonce le vou des habitans pour l'indépen- .
dance . Dans un tems où on tâche d'avilir la mémoire
de cette révolution et de détruire la liberté , en lui .
imputant artificieusement les crimes de l'anarchie ,
nous n'avons pas cru devoir passer sous silence un
acte de vénération pour le succès de cet heureux
évenement..
→
Ceux qui auront la curiosité de fréquenter les
environs des lacs écartés , seront frappés de la módeste
simplicité de leurs habitans . Eloignés des
grandes villes et des exemples de l'égoïsme fastueux ,
ils n'occupent leur imagination que de leurs travaux
paisibles . La funeste envie ne les détourne jamais
de leurs affaires pour gémir sur les succès des autres
, ou se réjouir de leurs revers . Ils sont serviables
sans bassesse ; leurs manieres simples et franches ne
sont ni brusques , ni grossieres . On ne leur voit point
faire des révérences hypocrites et rampantes ; leur .
abord présente la modeste assurance de l'homme
libre ; ils ne sont ni importuns ni avides d'un gain
au-dessus de l'ordinale . En recevant leur petite gratification
, les valets d'auberges témoignaient autant
de surprise que de satisfaction . Un enfant qui nous
avait ouvert cinq à six portes , entre Shap et Bamptou
, rougit lorsque nous lui donnâmes quelques
menues monnaies. Ceux qui , sur la route , replaçaient
quelque
( 145 )
quelque dérangement des harrois , ou qui nous rendaient
d'autres petits services , passaient le plus souvent
leur chemin sans nous laisser le tems de les en
remerciet. La confusion de ceux auxquels nous donnâmes
une petite récompense , nous fit présumer
qu'ils la jugeaient trop faible ; mais nous fùmes bientôt
convaincus qu'ils ne s'attendaient point à en
recevoir.
Jab ab 39
okal tut
LITTÉRATURE.
LES BATAVES , par BITAUBÉ , membre de l'Institut national
de France , et de l'Académie royale des sciences et
belles-lettres de Prusse. In-8°. de 399 pages . A Paris ,
chez GARNERY, libraire , rue Serpente; et VARIN, libraire ,
rue du Petit -Pont.
L'AUTEL
PREMIER EXTRAIT.
' AUTEUR du poëme de Joseph , si connu , et toujours
lu avec un nouvel attendrissement , vient de
chanter la formation de la République des Provinces-
Unies..... LES BATAVES : tel est le titre du poëme ,
divisé en dix livres , et écrit en prose. L'auteur en
fixe lui-même les époques dans sa préface . J'ai
,, voulu réunir dans un tableau moral , que l'esprit.
", embrasserait sans peine les événemens les plus
,, mémorables de cette histoire , digne d'être présentée
sous toutes les formes capables d'intéresser
et d'instruire . L'action principale que j'ai choisie ,
" à laquelle toutes les autres sont subordonnées ,
est la fondation de la République des Provinces-
Tome XXVII. K
( 146 )
Unies ; elle se termine à l'union d'Utrecht ; ce qui
la suivit n'est placé dans cet ouvrage que comme
en perspective. Je me suis attaché à conserver le
fond historique et ne me suis permis , en faveur
de mon plan qu'une transposition d'un petit
nombre de faits , soit pour le tems , soit pour le
,, lieu de la scene. Par exemple , je retarde un peu
,, la mort d'Egmont et de Horn ; je prolonge de
quelques mois le commandement que le duc
,, d'Albe avait en chef de l'armée espagnole , ne le
37
99
faisant partir pour Madrid qu'après la fin du siége
,, de Leyde , quoique ce siége ait seulement com-
" mencé par ses ordres . J'ai puisé dans les meilleurs
historicns , tels que de Thou et Grotius . L'arrivée
1
de Guillaume au camp français , les secours que
" lui donna Coligni , sont des faits historiques ; il
" en est de même de l'inondation d'une grande
" partie de la Zélande , et de l'invention des bombes ,
" qu'on place au tems de ces guerres de Flandre . "
Le héros de ce poëme est le fondateur de la République
, Guillaume de Nassau. Voici son portrait
tracé par Grotius , l'ami du vertueux Barneveldt ......
Nul n'égala sa prudence , son activité , sa douceur.
Son ame était grande , ses desseins impénétrables.
Jamais on ne fut plus exempt des vices
,, odieux de la cruauté et de l'avarice . Les sciences
» les moins analogues à ses travaux ordinaires furent
l'objet de ses recherches , et sa mémoire était im-
›› mense . ... » Voilà les bâses sur lesquelles le cit .
Bitaubé a élevé son édifiée poétique , Nous allons
en parcourir la vaste enceinte .
P
Après une invocation à la Liberté , le pocte peint
( 147 )
le Belge et le Batave accables sous le joug de l'implacable
fils de Charles - Quint ; son farouche ministre
Albe triomphant dans les murs de Bruxelles ; Egmont
et Horn dans les fers ; le brave Guillaume de Nassau
courant loin de ces contrées désolées solliciter les
secours du petit nombre d'amis qui restaient encore
à la Liberté. Coligni , le plus généreux de tous , , gle
campe sur les bords de la Loire , s'entretenait avec
le jeune Henri de Navarre ( qui fut depuis Henri IV )
sur le sort de Guillaume et des Bataves. Tout-à- coup
se présentent aux portes du camp les trois Nassau ,
Guillaume , Louis , Adolphe , avec Maurice fils de
Guillaume. Ils sont reçus à bras ouverts. On leur
demande le récit de leurs malheurs . Guillaume commence
ce récit par une courte exposition de l'histoire
des Bataves sous les Romains , sous les ducs
de Bourgogne , et sous l'empire de Charles - Quint .
Ce souverain abdique la couronne ; remet dans
Bruxelles le sceptre à Philippe II , en lui recommandant
les Belges et les Bataves. Mais Philippe tient
une conduite entierement opposée ; il enfreint les
capitulations des Belges ; il s'éloigne de leur pays , et
y laisse , pour exécuter ses noirs desseins , Marguerite ,
le cardinal Granvelle , et le tribunal odieux de l'inquisition.
•
Coligni intercepte des lettres de Philippe à Médicis
; ils se concertaient pour asservir le Belge et le
Français. En vain les peuples opprimés portent des
plaintes à Marguerite , à Philippe ; en vain ceux - ci
leur promettent- ils justice et vengeance contre les
ministres oppresseurs : l'inquisition allume des bûchers
de toute part, et les plus courageux des Belges
K 2
( 148 )
sont jettés dans les fers. Alors Guillaume , Egmont
et Horn rassemblent quelques serviteurs fideles ; ils
jurent d'imiter leurs courageux ancêtres , et de secouer
le joug espagnol . Guillaume va chercher dans
la Germanie des troupes qui lui avaient été promises .
Son éloquence les obtient sur- le- champ , et il les
amene au camp des Bataves sur les bords de la Meuse.
Mais Egmont et Horn n'y sont plus. Aldegonde apprend
à Guillaume que les deux héros et son fiis ,
Buren , ont été arrêtés par l'ordre d'Albe ; les deux
premiers lorsqu'ils allaient lui faire des représentations
, et Buren enlevé par surprise .
Les armées d'Albe et de Guillaume se livrent un
combat sanglant , après lequel l'armée espagnole se
retire à la faveur des ombres de la nuit . Les secours
promis par Coligni arrivent , et les Français réunis
aux Bataves livrent un nouveau combat. Guillaume
resté seul , blessé , se traîne dans une forêt voisine ,
ù il est recueilli par les siens . Un transfuge envoyé
par Albe pour annoncer aux Guises des troupes
espagnoles destinées à accabler Coligni , apprend ce
projet à Guillaume , qui vole au secours de l'amiral ,
son vertueux aini . Là finissent le récit de Guillaume ,
et l'exposition du poëme .
Pendant le séjour des Bataves dans le camp de
Coligni , les Français cherchent à amuser ces généreux
alliés par des fêtes et des jeux . Ceux -ci s'éloignent ,
quelquefois et parcourent les lieux voisins du camp .
Dans une de ces promenades ils sont attirés vers un
temple solitaire, où les génies , créateurs des arts et de la
philosophie , exposent à leurs yeux étonnés le spectacle
des héros et des sages qui ont combattu ou écrit
( 149 )
T
pour la liberté .... Caton , Timoléon , Brutus , Doria ,
Guillaume Tell avec ses compagnons , Everard libérateur
des Frisons , Guillaume de Nassau lui-même.
A cette noble vision succede celle des maux effroyables
que l'anarchie a causés à la France pendant
la révolution . Les hommes célebres par leurs talens
ou leurs vertus viennent chasser les tristes impressions
qu'avait laissées ce triste spectacle... Homere ,
Virgile , les auteurs tragiques et comiques , les histo
riens , les astronomes , Descartes , Newton , etc.
Du haut des Alpes où la Liberté a placé son palais,
cette divinité jette un coup d'oeil sur le Batave
opprimé . Elle s'arme et se transporte dans les contrées
où l'insolent Albe fait élever une statue , qui le représente
foulant aux pieds les Belges et les Bataves
vaincus . Cet outrage acheve d'enflammer la colere
des Bataves , ils
La Liberté s'agitent dans plusieurs cantons.
les contemple avec plaisir. Elle a vu
l'Asie , l'Afrique et l'Amérique espagnole repousser
son culte dans l'Europe même , l'Helvétien
seul lui présenter un hommage digne d'elle , tandis
que l'Anglais , le Germain , le Génois et le Vénitien
n'adoraient rien que son ombre. En France ,
quelques réformés combattent seuls pour elle ; mais
quelle joie lui cause l'avenir préparé pour cette fertile
contrée ..... Le trône des rois renversé , les bastilles
abattues , les Droits de l'Homme proclamés , la
ligue universelle des rois et des prêtres repoussée et
dissoute , ......
La Liberté veut prêter aux Bataves une main favorable
. Elle se transporte dans ces isles fortunées , placées
au centre de l'Océan , entre les deux hémis-
K 3
( 150 )
pheres , où demeure le vieil Ocanor , souverain des
mers. Elle invoque sa protection pour les Bataves ;
et l'ayant obtenue , elle vole vers lele camp de Coligni ;
où elle apprend à Guillaume , dans un songe , que
les provinces de Zélande et de Hollande sarment
contre Philippe . Des envoyés de ces provinces an
noncent cette heureuse nouvelle , et Guillaume avec
les Français réunis aux Bataves s'embarquent à 1
Rochelle ; après avoir fait de tendres adieux à Coligni
et à Henri. Ocanor conduit les navires sur les côtes
de la Hollande. Mais la Tyrannie et son compagnon
inséparable , le Fanatisme , s'opposent à la descente ,
excitent une violente tempête , et poussent le navire
de Guillaume jusqu'aux mers , d'Amérique, 120)
Ocanor apperçoit ce navire précieux , jouet des
vents , il les appaise , il condait Guillaume dans une
isle où vivaient heureux et paisibles des Bataves qui
avaient fui le regne sanguinaire de Philippe , et des
Péruviens échappés à la barbarie des Espagnols . Cer
insulaires préparent un superbe navire pour ramener
Guillaume en Europe ; et deux jeunes amans , Irthur
et Idalyre s'attachent à la suite de Nassau. Le héros
aborde à Vorn en Zélande les guerriers montés
sur sa flotte s'en étaient emparés pendant son ab
sence. A sa voix , la Zélande et la Hollande se déclarent
libres . Leurs cris sont portés parla Tyrannie
aux oreilles de Philippe . Étonné , ce despote ras
semble son conseil ; Grapvelle propose le rétablis
sement de l'inquisition dans les provinces Belgiques ,
et le supplice des principaux chefs . Mais le vieux ,
le juste , le compâtissant Figueroa ose seul parler de
clémence , de respect pour les lois des Belges , des
( 151 )
droits de l'humanité et de tolérance. Granvelle le
combat , persuade Philippe ; et Buren , l'infortuné fils
de Guillaume est prés d'être assassiné par les ordres
du tyran. Figheroa entre dans sa prison , lui apprend
que Philippe voulant enchaîner Guillaume par la
crainte et l'amour paternel , lui rend la vie ; il lui
annonce les succès de son pere et des Bataves .
Albe part pour dompter les Bataves . Il fait précéde
son départ par le supplice des braves Horn et
Egmont. A peine le premier est-il tombé sous la
hache , que l'on amene à Egmont ses fils pour ébran-
Her son courage , et lui proposer de se joindre aux
Espagnols . Mais il meurt sans opprobre , et Sabine ,
sa vertueuse épouse , tombe expirante aux pieds
Paux
"d'Albe , en lui annonçant l'avenir redoutable qui
Tattend . L'épouse de Horn apporte à Guillaume les
cendres de
son mari et un étendard teint du sang
des deux premieres victimes de la liberté .
Avant que les bataillons d'Albe aient pénétré jusqu'à
Guillaume , la Tyrannie et le Fanatisme portent
aux Bataves un coup funeste . Ils invoquent la Tempête
, qui , docile à leurs voix , abandonne le pole
Septentrional , son antique séjour . Elle souleve lès
mers , brise les digues , et submerge en un jour presque
toute la généreuse Zélande . Le fort de Vorn , où
était renfermée l'élite des Bataves , allait subir le
même sort ; lorsqu'Ocanor , dont le destin avait jusques-
là enchaîné puissance 19 , appaise les flots , et
rend le calme aux mers . Cependant Alte se prépare
à assiéger Leyde , le boulevard de la Hollande . Les
Bataves déliberent ; le riche Altamore propose de
s'embarquer , et de se réfugier dans les paisibles isles
K 4
( 152 )
" de l'Océan . Mais Barneveld repousse cet avis pusillanime
. Il est secondé par tous les chefs . Guillaume
charge le poëte et guerrier Douza de défendre Leyde ,
tandis qu'il va combattre la flotte de Philippe. Douza
jure sur les cendres de Horn de ne rendre jamais cette
ville importante. od
te
** *.
L'armée d'Albe marche contre Leyde , et le Génie
de la guerre la contemple savec complaisance . Il
examine attentivement les différens corps dont elle
est composée. Il frémit en voyant les Bataves inondés
dans la moitié de leurs propriétés , attaqués par
les forces incalculables de Philippe Il est près de
se décider en leur faveur ; mais le Destin l'enchaîne
au char de la Tyrannie ; et il doit tout entreprendre
pour elle . L'Etna vomissant des rocs embrasés avec
des torrens de flamme , lançant ses rochers dans le
vaste espace des airs , lui suggere l'idée des foudres
nouvelles , mille fois plus terribles que les canons.
Les mortiers et les bombes sont inventés . Les Bataves
attaquent les Espagnols . Aremberg combat Adolphe ,
frere de Guillaume , et ils meurent percés en même
tems. L'armée d'Albe plie , Guillaume s'est emparé
des canons malgré la valeur de Serbellone . Mais l'explosion
des nouveaux tonnerres porte l'étonnement
dans le coeur des Bataves . Guillaume lui-même est
ébranlé. Bientôt après cependant il les ramene à la
charge , et il parcourt les rangs , suivi de la veuve de
Horn qui porte les cendres révérées . Il parvient à
jetter du secours dans Leyde et se retire ensuite
sur ses vaisseaux ,
Cependant le fils d'Albe prend Harlem d'assaut ,
passe au fil de l'épée les généreux habitans , et apf
153 )
porte à son père les têtes de ces infortunés . Plus
barbare encore , Albe les fait jetter dans l'enceinte
des murs de Leyde . Les assiégés les relevent avec nespect
, et jurent , par ces glorieux restes , de ne jamais
se rendre à l'Espagnol. Albe donne un assaut , et
les femmes de Leyde partagent l'honneur de la défense
avec leurs maris . Les assiégeans font jouer les
mines , lancent des bombes , attaquent un magasin à
poudre que les habitans font sauter. En vain les
assiégés développent un courage au- dessus de tou te
expression . la Famine accourue du sein de la Lybie
et suivie de l'épouvantable Contagion , exercent dans
Leyde des rayages affreux .
1
Les jours de Guillaume sont près d'être tranchés
par un lâche émissaire du fanatisme . Jauregui , digne
soutien de l'inquisition , lui tire un coup de fusil ,
qui le blesse mortellement. Albe fait répandre dans
Leyde que Guillaume a succombé. Les assiégeans ne
pouvant communiquer avec le camp des Bataves ,
emploient une colombe , qui , messagere fidelle , leur
rapporte des nouvelles consolantes avec l'espoir d'un
prompt secours . Guillaume échappé des portes du
trépas, fait percer les digues de la Hollande, pour submerger
les Espagnols , et entre dans Leyde, porté sur
la mer courroucée . Il y dépose Iby des armes , des vivres
et y conduit de nombreuses cohortes . Albe en frémit;
leve le siége , et veut teater, la fortune sur mer. Il
ordonne à l'amiral Bossut d'attaquer les vaisseaux
de Guillaume . Là , se, libre un combat des plus
cruels , mais qui doit décider du sort des Bataves .
La péruvienne Alzaïde immole cent victimes espagnoles
, et se donne la mort , de peur de succomber
+
( 154 )
sous les coups de leurs vengeurs . Irthur périt
en défendant les tristes restes de sa chere Idalyre.
Clazon fait sauter son navire , plutôt que de se rendre
aux Espagnols . Louis , frere de Guillaume , succombe
sous les coups d'Avila . Mais le Batave triomphe , et
Albe fuit avec ses vaisseaux et ses remords .
Guillaume triomphant reçoit les députés de six
provinces Bataves qui viennent unir leur sort à celui
de Zélande et d'Hollande . Utrecht est désigné
pour le lieu où doit se célébrer cette heureuse
réunion . En traversant Leyde , le héros donne pour
récompense à cette ville généreuse , la noble prérogative
d'être le siége du savoir et des talens , et de
former aux sciences et aux vertus la jeunesse Batave.
Une fête brillante consacre dans Utrecht cette
réunion mémorable ; Guillaume jure de ne vivre ét
mourir que pour les Bataves ; le peuple prodigue les
témoignages de reconnaissance aux héros qui l'ac-
2x
compagnent , les ' plus tendres regrets aux restes.
précieux de Louis , d'Irthur , et de tous ceux que
la
Parque a moissonnes . Guillaume a une vision prophétique
. I hit les destinées de la Hollande , les
guerres qu'elle aura à soutenir , la tolérance qu'elle
adoptera , il voit les philosophes persécutés , réfugiés
dans son sein ,.... Il voit enfin le Batave secouer de
nouvelles chaînés , devoir aux Français de nouveaux
secours pour l'aider à conquérir la liberté ; PEscaut
ouvert , une constitution libre , ettuunnee paix éter-
'nelle. Ici finissent la vision de Guillaume et le poëme
des Batais.
Pafted in up.
La suite au numéro prochain.
( 155 )
8
4 no 2142
Almanach de Gottingue pour l'année 1797 i petittinzte.
-
Q
Cher J. C. DIETERICH,
ston ob gab scoralloys
+
UOIQUE nous ne fassions pas mention d'ouvrages
éphémères , tels que les Almanachs ; nous dirons, un
mot de celui- ci . Il s'est long -tems distingué des autres
par les tableaux de toutes les mesures , de tous les
poids et de toutes les monnaies de l'Europe . On y
trouve cette année un abrégé de ces tableaux , les
découvertes et conjectures d'Herschel sur le soleil ,
le récit des cit des principaux evenemens qui ont accom
pagné l'éruption du Vésuve en 1794 , etc. Mais c
qui lui fait assigner une place dans notre journal ,
est l'article suivant : te Nous sommes requis de toute
part de donner additionnellement à notre almanach
de l'année courante le nouveau calendrier français .
Nous voulons bien satisfaire à cette demande , d'autant
plus juste , qu'on se plaint qu'il s'est glissé des
fautes essentielles dans celui qui a eu cours jusqu'à
présent en Allemagne . Pour les présenter aux yeux
du lecteur aussi succinctement que possible , ce qu'on
nous demandeségalement , nous ne ferons que fa
comparaison concentrée de 5 en 5 jours ; toutefois
de façon que chaque premier jour du mois du calendrier
français a été comparé au grégorien plus par
ticulierement , et celui- ci au français à son tour,....
Nous recommandons sur ce sujet un écrit très- instructif
dans le Reichs - Anzeiger , 1795 , no . 152. Je pense
( 156 )
au reste qu'il est très- inconvenant de rendre les
nouvelles dénominations des mois du calendrier français
en allemandes , ou de me servir de celles que la
manie de traduire tout a déja mises à la mode .... ››
Comparons le zele des savans d'Allemagne pour
connaître notre calendrier républicain , à l'affectation
de nos merveilleux , même d'un de nos astronomes
célebres , dans son voyage au Mont-Blanc , de
se servir toujours de l'ancien calendrier ; et jugeons.
એ
POÉSIE.
SUR LA PRISE DE MANTOUE.
ENFIN, NFIN , il est chassé de la belle Italie
Cet Aigle impérial qui bravait le génie
D'un héros invaincu !
Qu'il vole , accompagné de sa honte constante
Cacher , sous les dehors d'une
pompe insolente ,
Son orgueil abattu !
D'un trop long abandon vengé par la victoire
Le berceau de Virgile a recouvré sa gloire
Avec la liberté !
Poursuis malgré l'éclat de tes jeunes années , simul
Tu n'as pas accompli tes hautes destinées ,
Heureux Bonaparté !
Va , cours à l'Eridan associer le Tibre :
2102
Le Capitole antique attend , pour être libre ',
.
Ta force et tes vertus :
La thiare à . briser est un succès facile ;
1195
IMA TAREER
-1
157 )
Mais releve , en dépit de ce peuple imbécile ,
L'image des Brutus.
**** ! }; Vous , qui d'un roi -pontife abhorrze l'esclavage ,
Songez que des Catons c'est le noble héritage
Qu'il vous faut conquérir :
Et , quand la République à vos voeux s'intéresse ,
Sachez , en recueillant les fruits de sa sagesse ,
Les garder ou mourir.✨
T .....
Vers de ROUCHER à sa fille , à l'occasion de quelques fleurs
d'automne qu'elle lui avait envoyées dans sa prison , le
12. novembre 1793.
Ovvous ! én qui la nature déploie
Le jeu bril a at des plus riches couleurs ,
Dans les ennuis où mon ame est en proie ,
A mon secours , quelle main vous envoie ,
Etres charmans , fraîches et tendres fleurs ?
Tant que Zéphir , de sa féconde haleine ,
A varié les graces du printems ;
Tant que l'épi s'est joué dans la plaine ,
Et que des fruits , dont sa corbeille est pleine ,
Pomone encore a mûri les présens .
Libre d'errer dans l'empire de Flore ,
D'en observer , et les moeurss et les lois ,
Vous m'avez vu , quand l'aube allait éclore ,
Jusqu'à l'instant où tout se décolore ,
Linnée en main , vous poursuivre à mon choix .
( 158 )
Quels charms purs ! quelles pures délices
Vous répandiez sur mes rapides jours !
J'étais heureux d'admirer vos caprices ,
Et la corolle , unie à vos calices ,"
Lit nuptial dresse pour vos amours.
If I
J'étais heureux , dans les bois solitaires ,
Au bord des eaux , sur la croupe des monts ;
J'étudiais vos traits , vos caracteres ;
De vos vertus , je sondais les mysteres
Et pénétrais l'énigme de vos noms.
2
Que sais-je encore ? à l'aspect des prodiges
Dont vous frappez les regards curieux ,
L'ame livrée à d'innocens prestiges
Je projettais , amoureux de vos tiges ,
De vous chanter dans la langue des Dieux.
Mais qui dira l'intime jouissance
D'an coeur ouvert au plus doux des plaisirs ,
Quand cette enfant , qui me doit la naissance ,
Ma fille , encor dans l'âge d'innocence ,
Par ses progrès , devançait mes desirs ?
Elle était là , m'accompagnant sans cesse ;
Cherchant , comptant vos pistils maternels ,
Les séparant , par une heureuse adresse ,
De l'étamine , où mûrit la richesse ,
L'amas doré des germes, paternels.
Elle était là , poursuivant la science ,
How
De ses regards , plus perçans que les miens ;
Puis racontant , mais avec defiance ,
Ce qu'avait vu sa jeune expérience ,
Elle en semait nos doctes entretiens .
) : 5 g (
Ivre d'orguei ! ensemble , et de tendresse ,
Comme j'aimais à la suivre des yeux. !
Dans mon délire ( excusable faiblesse )
Je croyais voir un jour , dans ma vieillesse ,
De mon bonheur , plus d'un pere envieux.
Ah ! désormais , sortez de ma mémoire ,,
Tableaux rians , dont je ne jouis plus .
Tableaux cruels ! vous m'invitiez à croire
Que més plaisirs feraient un jour ma gloire ;
Gloire , plaisirs , tous mes voeux sont déçus .
Voilà qu'aux goûts d'une innocente vie
Un sort barbare a succédé moi ;
pour
Dans un donjon , l'injustice me lie ,
Et l'avenir , sur mon ame flétrie ,
Pese , chargé d'un immobile effroi.
Quand du soleil , la brillante lumiere ,
Me luit , obscure , à travers des barreaux ,
Je vois pleurer la vertu prisonniere ;
Sous des verroux , j'entends , la nuit entiere ,
Des malheureux s'irriter de leurs maux .
7:
Adieu , jardins , dont j'espérais encore
Cueillir les dons ; charmans jardins , adieu !
Loin des beautés que ses pas font éclore ,
Il faut languir dans cet horrible lieu ....
Non , je renais à la vie , à l'étude ;
L'aimable aspect des branchages fleuris
Vient éclaircir ma noire solitude ;
Ma fille à su , dans sa sollicitude
M'environner de ces rameaux chéris !
( 160 )
Sa pitié naïve , ingénieuse ,
A trouvé l'art de corriger mon sort :
Ces beaux asters , à tête radieuse ,
Et cette inule , à taille ambitieuse ,
Vont , sous mes doigts , triompher de la mort.
Oh ! quand ces fleurs orneront le parterië ,
Que la science ouvre aux plans desséchés :
Oh ! puisse alōrs ma fille , solitaire ;
Sur ces rameaux , bienfaiteurs de son pere ,
Tenir par fois ses regards attachés.
Puis , les baignant de ses pieuses larmes ,
Leur dire : O vous , qu'en ma jeune saison ,
J'osai cueillir , dans nos grands jours d'alarmes ,
Je vous salue , ô fleurs , de qui les charmes ,
Ont de mon pere adouci la prison .
DISTIQUE en dialogue .
Le moderne COTIN volé.
ONN vient de me voler
Tous mes vers manuscrits .
Que je plains ton malheur !
Que je plains le voleur !
Par LEBRUN.
Ce distique vient d'être bien ridiculement estropié
dans plusieurs journaux qui l'ont imprimé de la
maniere suivante' :
On m'a volé - Je plains votre malheur.
Tous mes vers manuscrits .
Oh ! je plains le voleur .
ENIGME.
( 161 )
ENIGME.
JEUN EUNE IRIS , l'on dirait qu'un bizarre destin
S'est fait un jeu cruel de me rendre funeste.
Jadis je fus fatale à tout le genre humain ,
Et jadis j'allumai la discorde céleste .
Cependant , soit hasard ou bien fatalité ,
Des maux que j'ai causés c'est à tort qu'on m'accuse ;
Mon crime est , belle Iris , celui de la beauté
Sa curiosité doit me servir d'excuse .
Mais pourquoi tant d'efforts pour me justifier ?
Des belles envers moi contemple la conduite ;
Tu ne les vois jamais de moi se méfier ,
Et je leur plais toujours , loin d'en être maudite.
Toi-même très - souvent tu m'accordes l'honneur
De paraître à tes yeux et d'embellir ta table ;
En me faisant , Iris une telle av ur ,
Ah ! c'est tout décider ; je ne suis point coupable.
LOGO GRIPHE.
COMME l'amour j'ai des caprices ,
Je suis aveugle comme lui ,
Comme lui je fais tes délices ,"
Et souvent cause ton ennui .
Je suis sujette à l'inconstance ,
Je fais quelquefois des heureux ,
Je donne à tous de l'espérance .
Tout mortel m'adresse des voeux .
Mon nom , si tu le décompose
Tome XXVII.
91
L
( 162 )
1
Comme moi , peut te contenter ;
Il t'offrira plus d'une chose ,
Dont on est aise de tâter.
Cherche ce qui pourra te plaire ..
Je présente un trône à tes yeux ;
J'y joindrais pour te satisfaire
Le métál le plus précieux ;
2
३
Une pierre tendre ; ... une nuë ;
Un endroit pour cuire ton pain ;
Un bois d'une grande étendue
Ce qui te rend fort de la main ;
Le nom d'une ville de Flandre ;
Gelui d'un assez bon poisson ;
Ce que l'écolier doit attendre
Quand il ne sait pas sa leçon ;
Un fruit qu'on trouve dans la terre ;
Le grand ennemi des lapins ;
Un endroit bâti pour la guerre ;
Le nom qu'on donne aux grands chemins ;
Une partie de ton visage ;
Le plus subtil des élémens .
Je n'en dirai pas davantage ;
Tu me connais depuis long- tems .
Explications de l'Enigme et Logogriphe du Nº. 14 .
Le mot de l'énigme est la Cire à cacheter ; celui du Logogriphe
est @rage , dans lequel on trouve rage , or , âge.
bag
( 163 )
SPECTACLES.
THEATRE DE LA RUE FAYDEA U.
1
•
Par quel hasard la plupart des pieces données nouvellement
sur nos divers théâtres roulent- elles sur la séduction
et présentent- elles le tableau peu Edifiant d'une jeune fille
coupable d'une faiblesse , avec l'enfant qui en est le fruit?
Tel est encore le sujet du major Palmer , opera en trois
áctes , donné avec succès au théâtre de la rue Feydeau .
Nos moeurs doivent- elles s'applaudir beaucoup de ces rapprochemens
extraordinaires ? Au moins dans l'ouvrage dont
nous parlons , la séduction n'est pas traitée avec autant de
légereté que dans d'autres ; la peine ne porte pas sur la
scule victime des passions d'un sexe plus fort et plus ha
bile ; le séducteur n'y est pas présenté sous des couleurs
agréables , et n'en est pas quitte pour offrir une réparation
tardive et les plaintes faibles d'un vain repentir. La mort
des deux coupables condnit l'un à une mort presque assurée
, et causé à l'autre la perte de la raison ; voici le sujet -
Palmer , majer du régiment prussion de . Brown , admis
chez M. Plumenthalt , dans la ville de Bamberg , pour
prix de la confiance qu'on lui a accordé , a séduit sa fille ,
l'innocente et jeune Amalie. Son frere découvre leur liai
son , cherche querelle au major , ils se battent , et Plumenthalt
se perce lui-même du fer de son ennemi. Palme
désespéré , n'osant plus se montrer aux regards d'une me
qu'il a privée de deux enfans , s'enfuit , et Amalie , ab:
donnée , tombe dans un délire qui la prive de toute
raison . Pendant ce tems le régiment de Brown se disti
dans une affaire contre l'armée autrichienne , et le for
Palmer n'y était pas ! il est condamné par le roi Fic
L 2
( 164 )
comme déserteur ; cependant madame Plumenthalt , pour
s'éloigner des lieux où elle a éprouvé tant de malheurs , se
retire en Silésie , où son ami le général Ausbourg lui
achete une maison . Mais la guerre l'y poursuit , et le jour ~
où elle en prend possession , Ausbourg y place un détachement
pour la défendre de toute attaque . Palmer , livré
à ses remords , à la crainte d'être reconnu comme fugitif ,
arrive dans ce même lieu : il y trouve son Amalie et l'enfant
qui a vu le jour depuis son absence ; mais sa victime,
n'est plus en état de le reconnaître , et le bonheur d'embrasser
son enfant lui est interdit . Toute la famille lui dé--
clare qu'il s'est rendu indigne de former jamais les noeuds
qu'il offre de serrer. Amalie ne peut donner la main au
meurtrier de son frere . Mais l'ennemi attaque le château ;
Ausbourg , qui jusqu'ici avait repoussé Palmer , sent qu'il
peut compter sur son courage ; il le met à la tête des paysans
; Palmer , ainsi qu'un brave pandour qui s'est attaché
à lui dans sa fuite , y font des prodiges de valeur ; Palmer
sauve la vie à Ausbourg , et fait décider la victoire cette
action , jointe à l'expression non équivoque de ses remords ,
fléchit cette famille ; Ausbourg , par reconnaissance , intercede
pour lui , et Amalie , qui doit le retour de sa raison
l'effroi que lui causent le tumulte des armes et l'incendie
d'une partie du château , Amalie lui est accordée ; mais il
n'ose prétendre à ce bonheur. Ausbourg , durant l'action ,
a reçu des dépêches de Frédéric ; elles contiennent la sentence
de Palmer , et l'ordre de la mettre sur-le- champ à
exécution. Ce malheureux général se voit obligé de faire
unir lui - même celui dont il tient la conservation de ses
jours . On juge du désespoir d'Amalie : elle allait y succomber
, lorsque le pandour , qui n'a point perdu , pendant le
combat , le souvenir de la fatale sentence est allé se jeter
aux pieds de Frédéric , et lui raconte l'action d'éclat par
laquelle il a réparé sa faute . Ce roi , severe observateur C
L
2
( 165 )
de la discipline , écrit à Ausbourg qu'il demeure inflexible ,
et que la condamnation portée contre Palmer ne peut
être révoquée ; mais qu'il vient d'apprendre qu'un inconnu
vient de sauver l'armée ; qu'il l'en récompense en lui donnant
le titre de baron , sous lequel il servira désormais .
Cette idée ingénieuse , qui amene un dénouement satisfai
sant , a été extrêmement applaudie.
Cet ouvrage , plein d'intérêt , a eu un succés complet.
Le trait de Frédéricc avait déja été traité au théâtre dans la
Discipline du Nord et dans le comte de Waliron ; mais il
s'y trouve placé dans un cadre moins heureux que celui
de ce nouveau drame. Le dialogue en est rapide et plein
de traits , comme tout ce qu'écrit le cit . Pigault- Lebrun ,
qui en est l'auteur. La musique du cit . Bruni est parfaite ,
ment assortie au sujet et digne de la réputation de ce compositeur.
La piece est jouée avec une perfection au-dessus
de tout éloge par mademoiselle Lesage , qui a su rendre
d'une maniere neuve et attachante le délire de la douleur ,
déja employé au théâtre , mais dans des situations moins
førtés. Nous avons déja eu l'occasion de le dire cette
jeune actrice peut prétendre au plus haut rang dans l'art
où elle se distingue de si bonne heure ; le cit. Gavaux
déploie dans cet ouvrage ce talent auquel le public est si
bien accoutumé : le eit . Dessaulx , moins connu , s'est
montré digne de l'être , par une diction noble , pure ,
pleine de chaleur ; les antres rôles n'ont pas été exécutés
avec moins de soin .
"
THEATRE DE LA RUE DE LOUVOIS.
793
751
Une comédie allemande de Richter , qui parut à Vienne ,
en 1777 , sous le titre du Créancier, a fourni le sujet , le fonds ,
et plusieurs scenes de Cécile ou la Reconnaissance .
L 3
( 166 )
L'original'allemand est en trois actes ; limitation française
est réduite à un seul .
Sainville , riche négociant , a éprouvé plusieurs banqueroutes
qui le rendent chagrin et défiant ; il ne veut plus ni
prêter de l'argent , ni faire de grace à ses débiteurs . Un d'entr'eux
, nommé Florival , vient encore à lui manquer pour
60,000 liv. Il se décide à le poursuivre avec la derniere vigueur
, et en donne l'ordre à son caissier.
10
Cécile sa fille , dans un voyage qu'elle a fait , a été attaquée
par des voleurs , délivrée de leurs mains par un jeune
et aimable inconnu , pour lequel elle a conçu une reconnaissance
mêlée d'un sentiment plus tendre .. 17 97
Sou libérateur n'est autre que Florival fils . Ce jeune homme
vient chez Sainville demander du tems et des facilités pour
son pere. Il est éconduit par le négociant ; mais sa fille qui
le voit et le reconnaît , saisit cette occasion d'acquitter la dette
de son coeur. Elle engage ses bijoux , et fait payer les 60,000 1 .
Ce trait généreux se découvre , et trahit l'amour de Cécile
pour le jeune Florival , qui de son côté , comme on s'en doute
bien , n'aime pas moins qu'il est aimé . Sainville consent
leur union .
TAX M but
and it
la
Cette petite piece est un essai du cit . Sourigneur dans I
carriere comique , et cet essai a été heureux . L'amour de la
jeune personne est
ne est un peu romanesque , et sa déclaration un
peu brusque ; mais ces légers défauts sont rachetés par quelques
scenes bien faites , un dialogue naturel , une versification
facile et soutenue . La piece , d'ailleurs bien jouée , est
COKS
très-applaudie.
I I T
も
7 200
( 167 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
f
105213
ÉTATS - UNIS D'AMÉRIQUE .
De Philadelphie , le 15 décembre 1796.
291 J
Nous avons fait connaître précédemment le dis-
Voici
quelques passages du discours
Adams ,
cours prononcé par le président Washington , le 7 de
ce mois , à l'ouverture du sénat . Le 11 , à midi , le
sénat en corps lui porta une adresse en réponse .
vice - président , prononça dans cette occasion . Après
que M.
les complimens d'usage et les remercimens pour les
communications faites à la chambre par le président ,
sur l'état des affaires , M. Adams rappelle les craintes
que la conduite des croiseurs français dans les Indes
occidentales a fait naître , à l'égard du commerce
américain .
Nous nous flattons encore , ajoute- t-il , que la justice
et la considération de nos intérêts mutuels rameneront les
conseils de cette nation à des sentimens plus modérés ;
mais nous connaissons aussi la situation dans laquelle les
evenemens peuvent nous placer , et
n'avons pas négligé
de nous préparer à un systême de conduite compatible
avec la digntté d'une nation respectable , et que la
nécessité peut nous obliger de poursuivre .....
Nous reconnaissons avec vous que les États- Unis ont ,
sous leur gouvernement fédératif , éprouvé un accroissement
rapide de prospérité nous ne pouvons nous dispenser de
les attribuer à notre excellente constitution et à la sagesse
de nos lois ; mais nous manquerions à la justice et à la
reconnaissance , si nous ne faisions hommagé d'une partie
de ces avantages à votre vertu, à votre fermeté et aux talens
que vous avez déployés dans le cours de votre administration
, et qui se sont montrés avec tant d'éclat dans
des circonstances extrêmement délicates et difficiles .
L 4
( 168 )
•
" Lorsque nous nous rappelons les diverses époques de
votre vie publique , si long - tems et si heureusement employées
dans les fonctions les plus difficiles , tant civiles
que militaires , dans les combats que nous avons eu à soutenir
pendant la révolution américaine , et dans les mouvemens
convulsifs que l'Etat a éprouvés encore tout récemment
, nous ne pouvons envisager votre démission sans
vous témoigner notre tendre attachement , et sans que notre
plus vive sollicitude vous accompagne dans votre retraite .
Mais il nous reste en vous perdant , l'idée consolante que
votre exemple influera sur la conduite de vos successeurs ,
et que les Etats-Unis continueront de jouir d'une administation
également sage , juste et énergiquè "
9
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 5 février 1797 .
On ignore encore quel est le résultat des délibérations
du divan sur la proposition qui lui a été faite
d'un traité d'alliance offensive et défensive avec la
République Française . En attendant , tout porte à
croire que les dispositions amicales du grand- seigneur
envers cette puissance , loin d'éprouver quelqu'altération
, se fortifient chaque jour par les soins de M.
Aubert Dubayet . L'ambassedeur nommé pour aller
résider à Paris est peut- être en route en ce moment.
Cependant les préparatifs militaires se ralentissent ,
dit- on , et les travaux sont arrêtés dans l'arsenal de
Constantinople. Mais il ne nous parait pas qu'on
doive en rien conclure contre l'espoir fondé de voir
les propositions de la France accueillies . Ce rallentissement
s'explique par la mort de Catherine II , par
le caractere de son successeur , et par les intentions
pacifiques qu'il a manifestées .
1
Ce prince a donné , comme nous l'avons déja dit .
sa premiere attention au militaire . Il en a sur- tout
réprimé le luxe , que sa mere au contraire, qui, malgré
l'élévation de son génie et la grandeur de ses vues ,
avait conservé beaucoup des goûts frivoles de son
sexe , se plaisait à encourager. Il est très - rare maintenant
, nous mande- t- on de Pétersbourg , de voir les
( 169 )
officiers des gardes en voiture ; ils vont , trois ou
quatre ensemble , en traîneaux très-simples et sans
pelisses. Les nouveaux uniformes ne se distinguent
des anciens , que parce qu'ils ne sont pas garnis de
tresses , et qu'ils sont d'un drap moins fin . Il y a tous
les matins une parade , ordonnée sur un autre pied
qu'autrefois. L'empereur , les grands - ducs , tous les
généraux et officiers y assistent constamment , pour
donner des ordres , publier les promotions , faire les
rapports et infliger les punitions . Les mêmes lettres
de Pétersbourg nous annoncent la mort du maréchal
de Romanzow. Paul Ier. , pour honorer la mémoire
de ce vieux guerrier , que de grands succès ont rendu
célebre , a ordonné que l'armée porterait le deuil
perdant trois jours .
ab
Après avoir rendu la liberté à Kosciusko , l'empereur
de Russie semble chercher à lui faire oublier,
par des égards et des marques d'estime , les tourmens
de sa longue captivité . On assure qu'il a eu une trèslongue
conférence avec lui , à la suite de laquelle il
le présenta lui - même à l'impératrice et à ses enfans ,
en le conduisant par la main.
Kosciusko doit se rendre en Amérique . Mais sa
santé est tellement délabrée , qu'il ne peut maintenant
entreprendre ce voyage . Oncroit qu'il ira´
d'abord en Italie pour chercher à réparer , par l'influence
d'un climat plus doux , et l'usage des bains ,
ses forces épuisées .
L'empereur de Russie vient aussi d'étendre sa générosité
sur le prince Poniatowski , neveu du roi de
Pologne qui se trouve ici depuis un certain tems.
Sa majesté l'a réintégré dans la jouissance de tous
les biens qu'il avait perdus par la révolution de Pologne
. En conséquence , te prince a prêté , mardi
dernier , serment de fidélité entre les mains de l'ambassadeur
de Russie. IF doit se rendre incessamment
à Péterbourg , pour remercier son bienfaiteur ; et ensuite
il ira reprendre possession de ses terres .
De Francfort- sur- le - Mein , le 10 février.
Nous avons reçu la semaine derniere l'agréable
( 170 )
nouvelle , que le Directoire exécutif de France avait
consenti à la neutralité de notre ville pour toute la
durée de la guerre . Il s'agit maintenant d'obtenir la
même faveur du gouvernement autrichien , et l'on
assure que nos magistrats viennent de faire des démarches
à ce sujet près de l'archiduc Charles. La
chancellerie et la caisse militaire devaient être éta- "
blies ici , mais des réclamatious ayant été faites à ce
sujet , on a suspendu l'ordre jusqu'à ce qu'il soit décidé
si nous serons déclarés neutres ou non.
Le roi de Prusse à réclamé pour la troisieme fois ,
près la diete de Ratisbonne , le remboursement des
frais relatifs au siége de Mantoue . On dit que le mémoire
présenté par le comte de Schliez , ministre de
S. M. prussienne , était conçu en termes péremptoires
L'on attend avec impatience la résolution de la diete
sur cette démarche du cabinet de Berlin.
$
*
L'ordre Teutonique , sur les ruines duquel s'est
élevée la maison de Brandebourg ne soutenait ,
depuis plusieurs siecles , son existence , presque
uniquement nominale , que par la dignité de ses
grands -maîtres , et par quelques restes de souveraineté
sur quelques petites villes ou bourgades . Ellingen
dépendait de cet ordre : le roi de Prusse s'en est emparé
, ne laissant a l'ordre que ses propriétés territoriales.
JA 1 Da
Voici comment le ministere prussien rend compte
de cet événement .
Dans diverses feuilles publiques , les événemens qui ont
eu lieu à Ellingen ,, dans les premiers jours de l'année courante
, ont été rapportés , peut-être à dessein , d'une maniere
si fausse et si chargée , qu'il est important de les vérifier.
?? Une déclaration publiée de la part de S. M. le roi de
Prusse , a suffisamment prouvé que la souveraineté de la ville
d'Ellingen appartient à la principauté d'Anspach , quoique les
droits de propriété n'y soient point contestés à l'ordre Teutonique
.
il
T
519
Les fonctionnaires publics et les habitans avaient prêté ,
у a déja long- tems , le serment de fidélité au roi , et c'est
sur-tout lors de la présence des armées françaises dans ces
contrées , qu'ils ont éprouvé et reconnu les effets salutaires
de la protection prussienne.
( 171 )
A
1
Vers la fin de décembre dernier , une commission
chargée de la conscription militaire se rendit à Ellingen .
Les habitans oubliant leur serment et ces bienfaits , s'y refu
serent , et excités par des malveillans , ils se disposerent à la
révolte et à une résistance armée . L'on tâcha même , quoiqu'en
vain , d'attirer dans le complot les habitans de quelques
villages voisins .
Naturellement fallait- il rétablir l'obéaissance et l'ordre ;
un détachement militaire , proportionné au cas , y fut destiné ;
il trouva , à la vérité , les portes d'Ellingen fermées ; mais
la suite des représentations convenables , il entra dans la ville
sans aucune résistance , et sans avoir été obligé de recourir à
des voies de fait .
" Les habitans d'Ellingen ont exprimé leur reconnaissance
de la bonne conduite et de l'exacte discipline des troupes
prussiennes , et avouant leurs torts . en déclarant que leur
résistance n'avait été opérée que par des instigations , ils ont
sollicité leur pardon qui leur a été accordé , et la commission
de la régence , chargée d'examiner juridiquement la chose , a
été rappellée .
99 Les troupes ont également été d'abord retirées , la cons
cription s'est faite fort tranquillement , et les coupables ne
paieront leur erreur que par les frais de l'exécution militaire ,
qui seront toutefois arbitrés légalement par le tribunal compétent.
L'électeur de Cologne , grand - maître de l'ordre
Teutonique , à fait , de son côté , publier la piece
suivante :
66 Maximilien François , etc. , etc. , nous avons vu avec la
plus grande sensibilité par le rapport que vous avez fait à
notre régence , sous la date du 29 du mois dernier , l'attachement
et la fidélité que les sujets du grand bailliage dont l'administration
vous est confiée , et particulierement la bour
geoisie d'Ellingen , ont montrés à l'occasion du nouvel empiétement
que le gouvernement d'Anspach s'est permis , en
voulant introduire la conscription militaire .
dé
Nous regarderons toujours comme un des premiers
devoirs de notre souveraineté , de chercher , par tous les
moyens qui seront en notre pouvoir , et par les voies qui
dérivent de la constitution germanique et des lois particulieres
des cercles de 1 Empire , à préserver nos fideles sujets de
toute oppression et acte de violence étrangere .
Dans le cas où , contre notre attente les moyens que
( 172 )
nous avons déja employés , et ceux que nous emploierons
encore n'opéraient aucun effet , ou bien si la force etrangere
venait à exiger , avec une coaction précipitée , de nos sujets
des choses qui , telles que la conscription et une levée de
recruespour une puissance étrangere , privent peut- être pour
toujours les sujets de leur liberté et de leurs enfans , en les
transpartant dans des contrées éloignées ; alors notre coeur
paternel saignera par le sentiment de l'impuissance où nous
serons d'empêcher efficacement de pareilles violences ; alors
nons devrons laisser à nos fideles sujets le soin de faire ce qu'ils
croiront le plus convenable pour leur liberté personnelle et
leurs droits , dont il s'agit principalement dans ce cas-ci .
" Nous ne pouvons que leur recommander la modération ,
et leur représenter les dangers d'une chaleur prématurée et
impuissante , et d'une exaltation téméraire. C'est ce dont
nous vous chargeons particulierement. Vous ne devez , en
conséquence , ni flatter par de vaines espérances , ni induire
par des promesses sans force . Il faut leur mettre devant les
yeux les suites de la résistance , afin que nos chers sujets
soient en état de
mûrement le degré du danger et des
forces d'une part et de l'autre.
C'est un aveu bien déplorable à faire , que par cette guerre
où l'Empire est engage et où les troupes impériales et d'Empire
se trouvent occupées au loin contre l'ennemi commun
la force , qui fait notre appui et celui du lien constitutionnel,
se trouve paralisée dans un moment que la régence
d'Anspach a choisi de sa propre impulsion . Malgré cela , nous
ne pourrons jamais nous résoudre à abuser de notre dignité
au point de commander nous -mêmes à nos fideles sujets de
se soumettre à une force étrangere et illégale , qui commence
à exercer sa nouvelle autorité , en . privant les sujets subjugués
de leur liberté personnelle , et qui veut les soumettre à
un système de conscription et de recrutement qui lui est particuliert
19 L'on doit espérer et attendre que , lorsque la tranquillité
sera rétablie en Allemagne , les lois et la constitution recou- i
vreront leur ancienne force , et peut-être encore une vigueur
plus efficace , et qu'alors toutes les injustices commises au milieu
de la confusion qui regne maintenant , seront réprimées
comme elles doivent l'être . Mais jusqu'à ce moment , sans
doute , l'anarchie continuerà de régner , et , lorsque la loi est
impuissante, l'on ne peut qu'user de ses propres forces .
Pour déterminer la justesse de l'emploi de ses forces
`il faut mettre dans la balance les dangers et les maux qui se
"
( 173 )
trouvent des deux côtés , ainsi que les moyens que l'on peut
employer dans un cas et dans l'autre. Nous devons laisser
uniquement à nos fideles sujets de décider de quel côté la
balance penche , attendu que , dans cette occasion , il s'agit
principalement de leur liberté personnelle , et qu'ils doivent
connaître mieux que personne la portée de leurs forces. "
16
ITALIE . De Gênes , le 30 Janvier 1797 .
Nous avons reçu de Bologne les détails suivans ,
sur le congrès cispadam
Le congrès s'ouvrit le 27 au matin , composé de 36 reĮrésentans
bolonais , 20 ferrarais , 22 modenais et 22 reggiens.
Après qu'on eut mutuellement exprimé les sentimens
les plus affectueux de bonne-foi et de fraternité , on forma
une députation des quatre provinces , et on élut un président
dans la personne du docteur Charles Facci , de Fer-
Tare . On nomma ensuite des secrétaires et on prit la résolution
qu'on ne voterait pas par scrutin secret , mais par
assis et levé . La séance fut ensuite terminée.
Le soir , à six heures , le congrès se rassembla et fat
séant jusqu'à deux heures de nuit. Plusieurs députés parlerent
avec beaucoup de force et d'éloquence sur le grand
objet de l'union des quatre provinces . Après une longue
discussion , le congrès décréta l'union indivisible de la république
cispadane , et arrêta qu'on formerait un comité
des représentans des quatre provinces , pour discuter et
convenir des moyens les plus propres à cimenter cette union
et à la rendre avantageuse aux quatre peuples.
Dans la séance du 28 , les députés milanais , qui étaient
venus pour fraterniser avec les représentans cispadans
furent introduits dans l'assemblée . Un d'eux prononça un
discours éloquent , auquel le président répondit , en les invitant
à assister à la séance..
Le congrès se déclara ensuite permanent. A trois heures
après-midi , le son des trompettes annonça au peuple que
les séances étaient publiques . En un moment , toutes ies
tribunes de la salle furent remplies de citoyens , Le députe
Fera , de Bologne , étant monté à la tribune , fit un éloquent
discours sur l'union des représentans et sur la présence da
peuple de Reggio , qui ava l'honneur de voir chez lui le
berceau de la nouvelle république. Il invita ensuite les
représentans à renouveller l'acte par lequel la république
avait été déclarée une et indivisible . Tous les représentans
dat ars
1
( 174 )
se levant et agitant leurs chapeaux , approuverent solemnellement
le décret ; et les applaudissemens des spectateurs
se mêlerent à ces démonstrations .
Le 30 , le congrès fit publier une proclamation , adressée
aux quatre peuples , par laquelle il leur faisait part des résolutions
déja prises par leurs représentans .
Le 3 janvier , le congrès a adressé aux citoyens de Bologne
un arrêté , par lequel il leur fait savoir qu'il s'occupe
à faire une constitution qui uunisse sous le même gouvernement
et les mêmes lois les peuples qu'il représente , et qui
assure en même-tems leur commune prospérité. Cette constitution
sera aussi celle des Bolonais . Ces considérations
ont engagé le congrès à décréter que la constitution acceptée
par le peuple de Bologne , avant la réunion , ne sera
pas mise en activité . ,, 1
Nous apprenons de Rome que , dans une congrégation
de cardinaux convoquée pour discuter les
propositions de paix de la République Française ,
ces propositions furent rejettées à la presqu'unanimité.
Il n'y eut que le cardinal Antici , qui a des
idées justes en politique , qui osa faire envisager
les funestes conséquences d'une rupture. Ce
qu'il a prédit , et ce qu'il n'était pas difficile do
prévoir , va se vérifier. Le systême de gouvernement
d'une vaste étendue de pays va changer ; Rome dépouillée
de toutes ses possessions va rester avec ses
reliques , ses indulgences et ses bénédictions , et
même l'on p
-peut croire que ces richesses de la supers
tition ne conserveront pas long- tems leur valeur morale
aux yeux du peuple. En attendant , toutes les
presses sont devenues à Rome des especes d'arsenaux;
on y prépare des armes contre les Français , c'est -
dire fes écrits qui doivent faire lever le peuple en
masse. On assure que le manifeste rédigé par le cardinal
Maury est un modele d'éloquence incendiaire .
Quelques cardinaux ont conseillé à sa sainteté de
l'appeller à la congrégation d'état ; mais on croit
que le pape ne l'appellera qu'après la rupture , ou
pour mieux dire après les hostilités . L'explosion aura
lieu bientôt.
*
RÉPUBLIQUE BATA V E.
De la Haye , le 5 février.
Il est entré , dans le courant de l'an dernier , 875 bâtimens
dans les embouchures de la Meuse ; il en est sorti
874 : l'année précédente il en était entré 366 , et sorti 406.
On vient de lancer trois vaisseaux neufs , l'Olden -Barneweldt
, de 68 ; la Concorde , de 44 ; et le Lieure , corvette . Ce
spectacle avait attiré un concours immense .
63
On a appris que Surinam était bloqué par une flotte anglaise
,
La municipalité de Delft a fait arrêter et poursuit deux
libraires , distributeurs d'une brochure provoquant le rétablissement
du stathoudérat .
L'administration provinciale a cédé au vou du peuple ,"
qui réclamait contre la proclamation du 30 décembre , tendant
à empêcher les assemblées de s'occuper de la nomination
des magistrats : les assemblées de la province sont
convoquées pour le 4 février.
L'assemblée nationale a arrêté les principes fondamentaux
d'une déclaration de droits . L'on s'est vivement disputé
sur la nature de la liberté civile . On a fait entrer la
religion comme bâse de l'ordre social. IlI yy aura deux conseils
formant le corps législatif. Les électeurs ne pourront
être choisis qu'en prouvant une certaine fortune . On ne
pourra être élu représentant que dans et par son district.
Il y a près de soixante - dix articles du plan de constitution
d'arrêtés .
ANGLETERRE. De Londres , le 2 février.
Plusieurs frégates ont reçu ordre de croiser entre la côte de
France et les Dunes , afin de surveiller les mouvemens de
l'escadre française qu'on croit prête à partir à chaque instant
de Dunkerque pour l'expédition depuis long-tems meditée
contre les côtes nord -ouest de notre isle.
Une lettre de Stockholm , durer . janvier , annonce que des
ordres viennent d'être envoyés de Pétersbourg à Revel , pour
contremander l'expédition de la flotte russe , destinée originairement
pour l'Angleterre..
( 176 )
I
Un grand nombre d'amis de la liberté se sont réunis à
Edimbourg , le 26 janvier , pour célébrer l'anniversaire de
la naissance de M. Fox. Après avoir porté les toasts analogues
à la circonstance et à l'esprit de l'assemblée , tels que
les santés de M. Fox , de M. Sheridan , de M. Erskine , de
lord Lauderdale de la vertueuse minorité des deux chambres , on
a porté les deux toasts suivans : Remercimens au général
Fitz Patrick , pour l'humanité qu'il a montrée dans la cause de
l'enfortuné Lafayette . Au général Kosciusko . Puissent les
progrès de la vraie liberté ne s'arrêter que lorsqu'elle sera arrivée´
jusqu'aux Polonais !
-
D'après des lettres récentes de Saint-Domingue , du 7 décembre
, les troupes britanniques se sont réunies aux habitans
de la partie espagnole de l'isle qui ont refusé de se ranger
sous les lois de la République Française pour former une
attaque sur le Cap et sur les Caves . Une division de notre
escadre croisait devant cette place . Don Garcias , qui commandait
les espagnols , dans cette isle , s'est mis à la tête des
rebelles . Après avoir remis aux officiers français les différens
postes que sa cour lui avait ordonné de rendre , il donna sa
démision et se réunit aux propriétaires de l'isle ; il a lui - même
des propriétés considérables dans la colonie . Il a dirigé les
négociations des insurgés avec les Anglais . Les Républicains ,
de leur côté , éprouvent toutes les horreurs de l'anarchie et
des divisions .
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LÉGISLATIF.
Séances des deux Conseils , du 15 au 25 Pluviôse.
་ Le conseil des Cinq -cents a renvoyé à une commission
le message qui lui a été adressé hier par le
Directoire , relatif au mal que font les journaux , et
ordonne l'envoi aux départemens des pieces de la
conspiration .
Dans le conseil des Anciens , Lecouteux , au nom
d'une commission , fait un rapport sur deux différentes
résolutions. La premiere , en date du 5 de ce mois ,
est
( 177 )
est relative aux acquéreurs de domaines nationaux
et au service du département de la guerre .
La seconde est relative à l'entier retirement des
mandats . Il propose de les adopter toutes les deux .
Le conseil les approuve malgré les objections de
Lafond - Ladebat , qui voit dans ces résolutions une
violation de la foi publique . Lorsque ce papier fut
émis on en garantit la solidité ; bientôt on ne le
reçut plus qu'au cours , ce qui facil ta les moyens de
précipiter sa chute. Lafond craint que le reproche
n'en puisse être fait au gouvernement . Enfin ,
jourd'hui on retiré les mandats en leur faisant perdre
99 pour 100 .
&
au-
Johannot arépondu que les inconvéniens de cette
loi seraient moindres que ceux de l'état actuel des
choses . 44,000 percepteurs des deniers publics se
servent des mandats qu'ils ont dans leurs caisses pour
agioter , ils ne le pourront faire . La résolution est
juste parce qu'elle n'emploie pas les moyens de péremption
pour anéantir les mandats ; ils seront toujours
reçus , à la valeur du dernier cours , en paiement
des biens nationaux .
Le conseil reçoit et approuve de suite une résolution
prise hier , portant que les jugemens rendus
par les tribunaux révolutionnaires seront sujets à
cassation .
Sur le rapport de Larmagnac , il approuve une résolution
qui comprend le cit . Brillat- Savarin au
nombre des juges ou suppléans composant le tribunal
de cassation .
Après avoir entendu Detorcy , Durand -Maillane
et Tronchet , dans la discussion sur les successions ,
le conseil ajourne de nouveau .
Pastoret , dans la séance du 17 du conseil des Cinqcents
: Le Directoire vient d'arrêter que les individus
prévenus de la conspiration royale seront traduits
devant un conseil de guerre. Il importe que cette
affaire ait la plus grande publicité , que les formes
soient lentes et solemnelles ; l'intérêt public et l'in
térêt particulier le demandent. Ainsi , je demande
Tome XXVIL M.
( 178 )
1
la formation d'une commission , pour prendre à cet
égard une mesure sage .
9 Viltard : Les prévenus sont des embaucheurs , et
sous ce rapport compris dans l'art . IX de la loi du
13 brumaire dernier, relative au crime d'embauchage .
Ainsi , c'est un délit militaire , dont une commission
militaire doit connaître .
Dumolard vient à l'appui de Pastoret. Il dit que
la constitution défend de distraire les citoyens de
leurs juges naturels. Les conspirateurs de Grenelle
ayant été arrêtés les armes à la main , pouvaient être
justiciables d'un conseil de guerre ; mais ceux -ci ,
conspirateurs comme Baboeuf , quoique dans un sens
inverse , paraissent devoir être renvoyés aux tribunaux
ordinaires .
Berlier observe qu'une plus longue discussion sur
cet objet serait injurieuse au Corps législatif ; et que
la loi étant formelle , elle doit avoir son exécution .
Il propose l'ordre du jour , qui est adopté .
-
On donne , le 18 , lecture de nouvelles pieces relatives
à la conspiration royaliste . La premiere est l'interrogatoire
du cit. Vauvilliers , ex professeur de
langue grecque au collège de France , désigné , par
les commissaires royaux , comme directeur des approvisionnemens
de Paris . Il a dit avoir vu Berthelot
une ou deux fois , mais n'avoir eu aucune liaison ,
aucune correspondance avec lui ; ne connaître l'abbé
Brottier que comme homme de lettres , et n'avoir aucune
idée de Poly . Il a nié être l'auteur de trois brochurés
trouvées chez lui , savoir : 1 ° . Réflexions sur la fête dri
21 janvier; 2 °. Questions sur les sermens ou promesses politiques
en général ; 3 ° . Rapport à S. M. Louis XVIII ,
roi de France et de Navarre ; a déclaré n'avoir rien fait
imprimer depuis six ans , et avoir acheté lesdites brochures
comme un homme de lettres qui rassemble ,
qui confronte les diverses opinions pour et contre ,
qui peuvent servir au tableau des hommes et des
évenemens . Il a reconnu être l'auteur d'un manuscrit
intitulé Idées sommaires et générales d'une assemblée
représentative. Les idées qu'il y a rassemblées ,
a - t-il dit , étaient destinées à servir de travail prépa
( 179 )
ratoire aux opinions et discussions qui pourraient
avoir lieu dans le Corps législatif , où le voeu de ses
concitoyens semblaient l'appeler aux dernieres éléctions
souveraineté du peuple , inviolabilité des représentans
, telles sont les bases principales de cet
ouvrage .
La seconde est l'interrogatoire du général Labarriere
, capitaine au régiment d'artillerie avant la
révolution. Il a dit ne connaître ni Dunan , ni Brottier
, ni Poly , ni Berthelot , et n'avoir jamais éu de
relation directe ni indirecte avec le prétendu
Louis XVIII.
1
"
La troisieme est l'interrogatoire d'Antoine - François
Lachaussée , architecte , qui a déclaré he connaître
aucun des individus qui lui ont nommés
à l'exception de Berthelot avec lequel il a eu affaire ,
à l'occasion de la vente d'un cheval de cabriolet .
La quatrieme est l'interrogatoire de Poly : il ne
roule que sur ses liaisons et sa conduite politique
dans la commune et la société populaire de Troyes .
1
La cinquième est une lettre d'un nommé Gabiot
à Labarrière , dans laquelle il lui dit qu'on a employé
divers moyens pour le séduire , et qu'il a résisté
à tout.
La sixieme est une autre lettre , par laquelle un
anonyme prie Labarriere de faire annonser dans les
journaux une gravure de Marie -Théresse - Charlote ,
fille de Louis XVI , dans son costume de prison .
La septieme est une lettre de Malo au ministre
de la police , contenant une explication sur la radiation
du nom de Dumas . que les conjurés avaient
désigné comme ministre de la guerre.
La huitième est une lettre de Ramel au ministre
de la police ; il se plaint de ce que derniérement ,
à la tribune du conseil des Cinq- cents , Lamarque a
semblé jetter des doutes sur sa véracité ; il se félicite
d'avoir encouru la haine des royalistes et des
anarchistes ; il se promet de faire connaître , dans le
cours du procès , des faits qui lui ont été révélés
par Poly et un nommé Fedouville , qui n'est pas
Mi
1
( 180 )
encore arrêté , lesquels convaincront les incroyables.
de la connexité des deux factions .
La neuvieme et derniere , est une lettre du commissaire
du pouvoir exécutif dans le département
du Morbihan , qui instruit le ministre de la police
des moyens de séduction employés par les chouans ,
vis - à - vis des défenseurs de la patrie , pour les faire
déserter et les engager à aller à Paris .
Le conseil ordonne l'impression de toutes ces
pieces et le renvoi à la commission .
Le conseil a pris , le 19 , deux résolutions portant :
la première , que les assignats de 100 liv . et au- dessous
sont assimilés pour le trentieme de leur valeur ,
quelle que soit leur coupure , aux mandats , dont le
retirement est ordonné par la loi du 16 de ce mois ,
qui pour le surplus leur reste commune . La seconde ,
qu'il ne sera plus imposé de taxe pour l'emprunt
forcé , et que celles imposées pourront , dici au
1er. germinal , être payées , les dix- neuf vingtiemes ,
en inscriptions , ordonnances de ministres ; et le dernier
vingtieme , en numéraire ou mandats au cours.
Dubois - Crance a proposé un message au Directoire
, pour qu'il fasse constater les mesures qu'il a
prises contre les provocateurs à la révolte , et qu'il
soit ordonné aux inspecteurs de la salle de faire
évacuer les tribunes particulieres . La premiere proposition
est adoptée ; mais la seconde , vivement
appuyée par les uns et fortement combattue par les
autres , a été enfin rejettée par l'ordre du jour .
Regnier , rapporteur de la commission chargée
d'examiner la résolution sur les successions , obtient
la parole et dit qu'il n'entreprendra pas de répondre
aux objections qui lui ont été faites , parce qu'il
pense qu'il n'y a rien à ajouter aux solutions données
par le cit. Tronchet ; mais que ce représentant
ayant néanmoins opiné pour le rejet , à cause des
vices qu'il a cru trouver.dans la rédaction des art. 1 ,
II et V , il va prouver qu'elle est conforme aux
principes. Après que Regnier a été entendu , on a
réclamé la clôture de la discussion , et celle - ci étant
fermée , la résolution a été approuvée .
( 181 )
Là discussion de la résolution sur les marchandises
ayant occupé une partie de la séance du 18 et
celle du 19 , a été adoptée . On a entamé de suite
celle relative à l'établissement du journal tachigraphique
elle sera continuée le 20 et jours suivans ,
s'il y a lieu.
T. 1
La discussion sur les délits de la presse , reprise
le 19 , a continué le 20 au conseil des Cinq - cents .
Chassey , dans un discours bien fait , a paru avoir
présenté cette question délicaté sous son vrai point
de vue. Il s'agit , dit-il , de savoir si pour justifier
l'imputation d'un délit , il sera permis au dénoncial
teur de prouver la vérité de l'action . Certès elle mérite
un mûr examen . Je ne sache pas qu'en aucun
pays cette jurisprudence ait été admise . Par- tout on
avait pensé que la vérité du libelle ne pouvait servir
d'excuse , parce que toute accusation doit se faire
sous les yeux de la loi . Tout citoyen à le droit de
dénoncer les délits qui emportent une peine afflic
tive ou infamante , même ceux qui ne méritent qu'unê
correction de police . Ayant la faculté de dénoncr
aux tribunaux , il a également celui de dénoficer à
l'opinion publique , d'après la liberté de la presse .
S'il commence par elle , il devient dénonciateur en
cas de litige. Il suit de là qu'il ne doit être admis à
prouver la vérité que des actions qu'il peut dénoncer .
Siméon demande aussi que l'écrivain ne soit point
admis à faire la preuve des imputations de délits
qui ne sont pas prévus par le code pénal , sans quoi
la dénonciation civique , garantie du gouvernement
républicain , serait absolument nulle . La discussion
est ajournée .
Le conseil des Anciens a entendu , dans sa séance
du 20 , Rabaud - Pommier qui a parlé contre l'établissement
du journal tachigraphique , ainsi que
Dalphonse . Roger Ducos et Comberousse ont , au
contraire , voté en sa faveur. Comme les moyens
présentés de part et d'autre sont à peu près les mêmes
que ceux qu'ont fait valoir les brateurs du conseil
des Cinq cents , nous nous bornerons à annoncer
que la résolution a été rejettée .
M 3
( 182 )
La discussion sur les délits de la presse a oceupé
les séances du 21 et du 22 du conseil des Cinq- cents .
En retranchant les personnalités et les nombreuses
divagations qui ont eu lien , il ne sera ni long , ni
pénible d'en faire connaître le résultat. Couche y a
fait un discours préparé dont voici le précis . Ce
n'est pas quand une imputation est imprimée qu'elle
est calomnie ; c'est quand elle est appuyée sur des
faits faux. La maniere dont est rédigé le projet de
la commission donnerait lieu aux mesures les plus
inquisitoriales, La plupart des articles sont minu
tieux , vagues et sujets à de très- graves inconvéniens .
I admire les recherches scrupuleuses du rapporteur
de la commission ; mais je lui observe qu'en voulant
prévoir et spécifier tous les cas , il a mis tous les
écrivains dans l'impossibilité absolue d'échapper aux
poursuites arbitraires et inquisitoriales des particu
liers et des juges . Il leur a ôté tous les moyens de
faire connaître la vérité , sans s'exposer à des vengoances
sans nombre .
ว Saint- Martin appuie le projet de Chassey. Lahaye
demande qu'on arrête seulement le principe de la
punition des calomniateurs , et qu'on renvoie à une
nouvelle commission l'examen des moyens d'exécution,
Chassey s'étonne que Couchery , en critiquant le
projet de Daunou et le sien , n'ait rien proposé à la
place, I appuie la proposition faite par Siméon,
Cette proposition est enfin adoptée par le conseil
en ces termes : Nul ne pourra être admis à faire la
preuve d'un délit non qualifié par le code pénal , à
moins que cette preuve ne soit par écrit . Est réputée
calomnie , jusqu'à ce qu'elle soit prouvée , toute imputation
imprimée d'une action qualifiée de délit
par les lois.
Le conseil des Anciens a approuvé , le 22 , la résolution
sur le retirement des mandats , et celle qui
n'assujettit les inscriptions à ne payer qu'un franc
pour droit de mutation , d'ici à la fin de l'an V.
Noailles fait , le 23 , un rapport sur la liquidation
des créances exigibles prescrites par les articles 15
( 183 )
et 27 du décret du 24 vendémiaire , an II . II propose
de rapporter ces deux derniers articles et de décider.
qu'à l'avenir les créances que le liquidateur général
fera inscrire sur le grand livre de la dette publique
dans le cours d'un semestre , n'y auront la jouissance
de leur inscription qu'à compter du premier jour du
semestre suivant : les intérêts dus à des capitaux exigibles
pour le tems qui précédera le premier jour du
sémetre suivant , seraient alors cumulés avec le capital
qui les aura produits . Impression , ajournement.
Gossuin fait adopter son projet de résolution sur la
réorganisation des conseils d'administration dans les
troupes de la République :
1º. Ceux des demi -brigades seront composés d'un
chef de brigade , d'un chef de bataillon , d'un capi-,
taine , d'un lieutenant , d'un sous lieutenant , d'un
sergent et de deux soldats .
2º. Ceux des bataillons ou escadrons , d'un com-..
mandant , d'un capitaine , d'un lieutenant , d'un
sous-lieutenant , d'un sergent , d'un caporal et d'un
soldat.
3º. Ils seront en exercice pendant six mois :
4. En seront exclus pendant un an ceux qui ,
depuis le même espace de tems auraient subi une
punition quelconque .
On donne lecture d'un message du Directoire , ainsi
conçu :
" Mantoue s'est rendue le 14 , à dix heures du soir.
La garnison est faite prisonniere de guerre. Le Directoire
fera connaître les articles de la capitulation . La
brave armée d'Italie ne se reposa point après ce brillant
succès ; elle poursuivit l'ennemi jusqu'à Saint-
Michel et lui fit 900 prisonniers . Une autre colonne
entra d'autre part sur le territoire du pape . Les grenadiers
de la légion lombarde artaquerent l'armée du
pape, la tournerent en passant la riviere de .... au gué,
et le moment du choc fut celui de sa déroute ; ils
ont enlevé deux batteries à la bayonnette , fait 1.000
prisonniers , dont 26 officiers , ont tué 4 à 500 hommes ,
pris 8 drapeaux , 14 pieces de canon et 8 caissons ,
car c'est tout ce qu'avait l'ennemi . Les hussards de
M 4
( 184 )
la division Juneau ont chargé la cavalerie papale pendant
dix milles , sans pouvoir l'atteindre. ",
Le conseil a déclaré que la brave armée d'Italie ne
cessait de bien mériter de la patrie , et la séance a
été levée au milieu des cris répétés de vive la République
!
1
On a repris , le 24 , la discussion sur la fixation .
de la contribution fonciere et personnelle . Le conseil
n'a rien décidé .
Le Directoire exécutif envoie les renseignemens.
qui lui ont été demandés sur les troubles occasionnés
, par les prêtres réfractaires , dans le département
du Bas - Phin . Il annonce que ce n'est pas seulement
dans cette partie de la République , mais dans presque
toutes les autres , qu'ils organisent la
guerre civile
. Il sollicite des mesures promptes ét vigoureuses ,
et néanmoins moins séveres que les précédentes ,
parce que leur rigueur a nui à leur exécution . On
nomme une commissiou pour faire un rapport .
Il rend compte en même - tems des motifs de l'arrestation
de certains fournisseurs de l'armée d'Italie ,
accusés de prévarication . Le conseil passe à l'ordre
du jour sur la dénonciation
Celui des Anciens s'est occupé , dans les séances
des 23 et 24 , de la résolution sur la question intentionnelle
. Perrin dit que le conseil des Cinq - cents
a sagement fait de substituer la moralité du fait à la
question intentionnelle . Il n'est pas nécessaire de
poser celle- ci dans beaucoup de circonstances ; et
cependant , si on laissait à la volonté du tribunalde
la poser ou non , il en résulterait un arbitraire
dangereux . Il convenait donc de la remplacer par
celle relative à la moralité du fait .
Loisel est au contraire d'avis que la résolution est
inconstitutionnelle , parce qu'en confondant l'intention
avec la moralité , Ton présente aux jurés une
question complexe . La discussion , est ajournée .
Un message du Directoire annonce au conseil la
prise de Mantoue . Lacombe Saint- Michel dit qu'elle
assure la liberté de l'Italie ; Dumas la regarde comme
le gage le plus certain d'une paix glorieuse avec
( 185 )
'Europe entiere. Leurs discours seront imprimés .
Sur le rapport de Villers , le conseil des Cinqcents
prend , le 25 , une résolution portant , que le
commerce des grains sera entierement libre dans .
l'intérieur de la République.
Pérès ( de la Haute - Garonne ) , après avoir observé
que le moment des élections approche , et qu'il
convient , pour mettre les électeurs à l'abri de la
séduction des riches , de leur fixer une indemnité ,
propose une commission pour la déterminer. Adopté.
La discussion s'ouvre sur les domaines congéables ;
elle est interrompue par un message du Directoire ,
qui envoie de nouvelles pieces relatives à la conspiration.
Le conseil des Anciens a approuvé la résolution
relative à la nouvelle organisation de la gendarmerie .
Il a rejetté celle concernant les reprises faites sur les
ennemis par les troupes de la République.
PARIS . Nonidi 29 Pluviôse , l'an 5º . de la République.
On ne parle plus de l'aventure de Poncelin et fort peu de la
derniere conspiration de Brottier et Lavilleurnois . La prise de
Mantoue , les nouveaux succès de Buonaparte , sa marche
rapide sur Rome ; les événemens extraordinaires qui doivent
en résulter , tout cela absorbe l'attention de ceux qui s'inté-
⚫ ressent vivement à la gloire de la République . Le reste n'est
occupé que 'de spectacles et de bals de toutes les couleurs , et
sous toutes les dénominations , bals rouges , bals blancs , bals
des victimes, bals des pauvres , bals de Richelieu , bals de Wentzel,
bals de Marbeuf, etc. etc. Au milieu de ce tourbillon de nouvelles
ou de plaisirs , à peine songe -t- on aux élections prochaines
qui doivent cependant inflater plus qu'on ne paraît se
le persuader , sur le sort de la Republique et l'affermissement
de la constitution .
Poncelin avait déclaré dans sa plainte , et d'autres avaient
répété pour lui , que les appartemens de Barras étaient le lieu
où s'était passée la scene outrageante de la fustigation . Poncelin
y a été conduit en présence du juge de paix et du ministre
de la police , et après avoir parcouru tous les appartemens
, il a déclaré ne pas les reconnaître . Depuis cet aveu,
l'affaire est tombée insensiblement dans l'oubli ; les journaux
de parti qui en avaient parlé avec le plus de chaleur , ont
gardé tout-à-coup le silence. Quelle est la cause d'un ' aussi
( 186 )
singulier assoupissement ? Poncelin et les siens ont - ils voula
tirer parti d'un accident très - réel et , comme on le pense
très-sensible , en l'attribuant à un membre du Directoire ,
auquel ils ont dû supposer un grand ressentiment , ou bien
leur conscience a -t- elle été éclairée , sur leur erreur , par des
preuves irrésistibles ? C'est ce qu'on n'est gueres tenté d'é- *
claircir ; quoi qu'il en soit , il n'y aura de bien démontré ,
dans cette affaire , que le fait et sa publicité.
a
Chaque jour on découvre de nouvelles pieces relatives
à la conspiration de Lavilleurnois , Brottier et Dunand . Le
maire de Calais a apporté lui-même un porte-feuille venant
'Angleterre , avec 24,000 liv . , en or , le tout à l'adresse
de Dunand , dont on ne connaît point encore le véritable
nom . Le porte- feuille et toutes les autres pieces ont été
renvoyées au conseil de guerre , actuellement saisi de cette
affaire . L'opinion la plus saine et la plus générale s'accorde
assez à regarder ce complot comme un des derniers efforts
du parti du prétendant en France ; efforts misérables et impuissans
, plan étroit , mal concerte , moyens et instrumens
plus misérables encore . Quelle difference dee ce complot
extravagant avec les conspirations de Baboeuf ! tout l'honneur
de la conception reste aux terroristes . Mais il n'en
est . pas moins vrai que les uns comme les autres doivent
être comprimés et punis. On s'étonne peut- être que tant
de journaux soupçonnés de royalisme , aient si mal traité.
cette conspiration . C'est qu'il est des royalistes qui ne sont
point pour les partis violens , et qui veulent arriver à leur.
but par des voies bien autrement détournées . Ceux- ci s'éleveront
toujours contre toute attaque brusque , qui aura
pour objet de renverser à force ouverte le gouvernement.
Ils ne réussiront pas mieux que les autres ; mais ils sont
plus dangereux et méritent d'être plus sérieusement obser
vés . Quoi qu'il en soit , le conseil militaire a déja commencé
d'interroger les principaux prévenus qui sont renfermés au
Temple ; il est probable qu'ils seront jugés pour fait d'em-,
bauchage seulement, quoique le délit principal soit plus grave ..
Si l'on eût pu compter sur l'impartialité d'un jury ordinaire ,
on n'aurait pas divisé sans doute deux délits qui paraissent se
lier ; voilà où conduit l'esprit de prévention ; quand on ou
blie l'intérêt public et les devoirs inflexibles de la justice , on
force quelquefois à s'écarter des regles .
On ne lira pas sans intérêt l'article suivant , extrait du Rédacteur
, et relatif à un général , qui dans l'ancien régime fût
peut- être , à 50 ans , parvenu au grade d'officier de fortune , si
la maîtresse de quelque grand seigneur eût daigné le prendra
sous sa protection.
( 187 )
Aussi - tôt l'arrivée du courier , porteur de la nouvelle offi
cielle de la reddition de Mantoue , les employés des bureaux
du Directoire tinrent conseil entre eux sur les moyens de
payer , à la brave armée d'Italie , leur part de la reconnais .
Since publique. Une pétition présentée au Directoire , il y a
quelques jours , par le cit. Augereau , marchand fruitier , rue
Mouffetard , leur avait appris qu'il est le pere de l'immortel
général de ce nom , digne compagnon de Buonaparte , et
dont la renommée n'a cessé de publier les hauts faits depuis
l'ouverture de la campagne. C'est en la personne de ce respectable
vieillard , âgé de 75 ans , qu'ils déterminent d'honorer
l'armée d'Italie. Une députation dui est envoyée pour le
prier de se rendre à un banquet frugal et fraternel . Un fauteuil
l'attendait au haut de la table , et un bouquet de laurier ,
orné d'un ruban tricolor, lui est présenté au nom de la société .
Des couplets analogues à la fête, et inspirés par l'enthousiasme,
sont chantés pendant le modeste repas , dont la gaieté fit les
plus grands frais . Après le dîner , une nombreuse députation
reconduisit chez lui le vénérable vieillard. Tout le voisinage
était en alarme de ce qu'il avait tardé à revenirjusqu'à 10 heures ;
de bonnes voisines s'étaient imaginé , dans leur inquiétude ,
que le voisin avait été enlevé par quelques ennemis de la
République ; mais l'allégresse fut extrême , quand l'on vit le
bon papa sain et joyeux , reparaître décoré de son bouquet
de laurier. Chacun se dispute le plaisir de l'embrasser , ainsi
que la députation qui l'accompagnait . Le vieillard fait apporter
la goutte nationale , et on ne se sépara pas sans avoir porté
un nouveau toast à la brave armée d'Italie et à la République,
HAUTE-COUR DE JUSTICE . Le 17 pluviô.se.
La maison de justice , quant au général , jouit de la
paix ; mais si l'on entre dans les détails , la mésintelligence
croît avec la certitude d'un jugement. Les accusés sont
aussi tranquilles avec leurs gardiens , qu'ils le sont peu avec
leurs co -accusés. Quatre partis , fortement prononcés , se
montrent les dents et se mesurent avec audace . Les reproches
personnels sont vigoureux , les menaces aussi fermement
prononcées que vivement senties . Le premier de ces
partis est celui de Baboeuf ; avouera tout. Le second est
celui de Germain ; il dira tout et s'il périt , les ex-conventionnels
partageront son échafaud . Le troisieme est celui
des ex-conventionnels ; ils craignent tout et font tout pour
gagner un silence précieux que Germain leur refuse . Enfin ,
le quatrieme est celui de ceux qui sont peu chargés , et
qui aspirent hautement après le débat. Détestés , abhorrés.
par les autres , ils sont continuellement accablés d'injures ,
( 188 )
1
et se voient obliges de prendre des précautions . Ceux qui
ne veulent point de jugement sont résolus d'apporter au
procès toutes les entraves imaginables ; déja les rôles sont
distribués discours éternels , incidens renouvelés , mala
dies et faiblesses en pleine audience , sont les moyens qui
doivent être mis en usage pour gagner du tems . Jusqu'à
ce jour , la sûreté de la maison n'a point été compromise.
Du 18 pluviose . La mésintelligence croît parmi les détela
défiance s'étend , les haines s'accumulent ; déja on
se chante mutuellement , et le doigt ou l'oeil désigne le
personnage du couplet. Quelques-uns ont même déja passé
les chansons ; ceux- là se disputent ou se reprochent ; deux
ont délogé forcément de leurs chambres , et ont été obligés
de s'établir seuls . Plusieurs se disposent à demander l'isolement
ou la séparation . Enfin , plus le débat approche ,
moins l'on s'aime , moins on s'unit : les intérêts ont tout
isolé , tout divisé .
nus ;
*
NOUVELLES OFFICIELLES.
ARMÉE D'ITALIE . Le général en chef de l'armée d'Italie , au
Directoire exécutif. Au quartier -général de Véronne , le
9 pluviôse , an V.
Citoyens directeurs , la division du général Augereau
s'est rendue à Padoue de - là elle a passé la Brenta et
s'est rendue à Citadella , où elle a rencontré l'ennemi , qui
a fui à son approche .
Combat de Carpenedolo .
Le général Massena s'est rendu à Vicenze , de-là à Bassano
, et a poursuivi l'ennemi qui s'est retiré au- delà des
gorges de la Brenta. Il a envoyé le brave général Menard
à sa poursuite ; celui- ci l'a atteint à Carpenedolo , et lui a
fait 800 prisonniers , après un combat assez vif. Les grenadiers
de la 25. demi - brigade ont passé le pont de la
Brenta à la bayonnette , et ont fait une boucherie horrible
de ce qui s'est opposé à leur passage .
Combat d'Avie .
La division du général Joubert est en marche pour suivre
l'ennemi dans les gorges du Tyrol , que la mauvaise saison
rend difficiles . Il a rencontré hier à Avio Farriere - garde
de l'ennemi , et lui a fait 300 prisonniers , après un léger
combat.
La division Rey a accompagné les prisonniers .
Rien de nouveau au blocus de Mantoue.
Signé , BUONAPARTE.
( 189 )
Idem, Au quartier-général de Bologne , le 13 pluviôse , an Y.
Citoyens directeurs , je vous ai rendu compte , par mon
dernier courier , des combats d'Avio et de Carpenedolo .
Les ennemis se retirerent sur Mory et Torbole , appuyant
leur droite au lac et la gauche à l'Adige le général Murat
s'embarqua avec 200 hommes , et vint débarquer à Torbole .
Le général de brigade Vial , à la tête de l'infanterie lé- :
gere , après avoir fait une marche très longue dans les
neiges et dans les montagnes les plus escarpées , tourna la
position des ennemis , et obligea un corps de 450 hemmes
et 12 officiers à se rendre prisonniers . On ne saurait donner
trop d'éloges aux 4. et 17. demi - brigades d'infanterie
légere que conduisait ce brave général ; rien ne les arrêtair
; la nature semblait être d'accord avec nos ennemis ;
le tems était horrible ; mais l'infanterie légere de l'armée
d'Italie n'a pas encore rencontré d'obstacle qu'elle n'ait
vaincu .
Le général Joubert entra à Roderedo ; l'ennemi , quí
avait retranché avec le plus grand soin la gorge de Calliano
, célebre par la victoire que nous y avons remportée
lors de notre premiere entrée dans le Tyrol , parut vouloir
lui disputer l'entrée de Trente.
Le général Béliard chercha à tourner l'ennemi par la
droite , dans le tems que le général de brigade Vial continua
à marcher sur la rive droite de l'Adige , culbuta l'ennemi
, lui fit 300 prisonniers , et arriva à Trente , où il
trouva , dans les hôpitaux de l'ennemi , 2000 malades ou
blessés , qu'il a recommandés à notre humanité , en fuyant.
Nous y avons pris quelques magasins .
Dans le même- tems , le général Massena avait fait marcher
deux demi-brigades pour attaquer l'ennemi , qui occupait
le château de la Scala , entre Feltro et Primolazo .
L'ennemi a fui à son approche , et s'est retiré au - delà de
la Prado , en laissant une partie de ses bagages .
Le général Augereau s'est approché de Trévise ; le chef
d'escadron Duvivier a culbuté la cavalerie ennemie , après
lui avoir enlevé plusieurs postes.
Signé , BUONAPARTE .
Kilmaine , général divisionnaire , commandant de la Lombardie ,
au ministre de la guerre . Milan , le 17 pluviôse , an V.
Citoyen ministre , je profite d'un courier que le général
Buonaparte expédie de la Romagne pour annoncer la
déroute des troupes du pape pour vous annoncer la prise
de Mantoue , que j'ai reçue hier au soir par un courier de
Mantoue même. Je crois nécessaire de vous faire cette an
( 190 )
1
nonce , parce que le général Buonaparte , occupé dans la
Romagne à anéantir les troupes de sa sainteté , aura bien pu
n'avoir pas su cette nouvelle au départ de son courier .
La garnison est prisonniere de guerre , et sera de suite
envoyée en Allemagne , pour être échangée . Je n'ai pas reçu
les articles de la capitulation ; le général en chef les enverra
sûrement par le premier courier. Signé , KILMAINE .
Buonaparte , général en chef de l'armée d'Italie , au Directoire
exécutif. Au quartier -général de Faenza , le 15 pluviòse , an V.
Citoyens directeurs , je vous ai rendu compte hier de
l'arrivée de nos troupes à Trente , le genéral Joubert , arrivé
dans cette ville , envoya aussi- tôt à la poursuite de l'ennemi .
Le général Vial , à la tête de l'infanterie légere , occupa la
ligne du Lawi ; les débris de l'armée autrichienne étaient
de l'autre côté . Le général Vial passa le Lawis à pied , à la tête
de la 29. demi-brigade , poussa l'ennemi jusqu'à Saint-
Michel , lui fit 800 prisonnièrs , et joncha la terre de morts .
La jonction des généraux Massena et Joubert est faite , et le
dernier général occupe la ligne du Lawis qui couvre Trente .
L'aide-de-camp Lambert , l'adjoint Camillon se sont particulierement
distingués .
2 Je me suis attaché à montrer la générosité française vis -à-vis
'de Wurmser , général âgé de 70 ans , envers qui la fortunea
été , cette campagne -ci , très - cruelle , mais qui n'a pas cessé
de montrer une constance et un courage que l'histoire remarquera.
Enveloppé de tous côtés après la bataille de Bassano ,
perdant d'un seul coup une partie du Tyrol et son armée , il
ose espérer de pouvoir se réfugier dans Mantoue , dont il
est éloigné de quatre à cinq journées , passe l'Adige , culbute
une de nos avant-gardes à Cerca , traverse la Molinella , et
arrive dans Mantoue . Enfermé dans cette ville , il a fait deux
ou trois sorties , toutes lui ont été malheureuses , et à toutes
il était à la tête . Mais outre les obstacles très - considérables
que lui présentaient nos lignes de circonvallation , hérissées
de pieces de campagne , qu'il était obligé de surmonter , il
ne pouvait agir qu'avec des soldats décourages par tant de
défaites, et affaiblis par les maladiespestilentielles de Mantone .
Ce grand nombre d'hommes qui s'attachent toujours à calomnier
le malheur, ne manqueront pas de chercher à persécuter
Wurmser.
Le général Serrurier et les général Wurmser ont dû avoir
hier une conférence pour fixer le jour de l'exécution de la
capitulation , et s'accorder sur les différends qu'il y a entre
l'accordé et le proposé.
Le division du général Victor a couché , le 13 , à Imola ,
( 191 )
premiere ville de l'Etat papai . L'armée de sa sainteté avait
coupé les ponts , et s'était retranchée avec le plus grand soin
sur la riviere de Senio , qu'elle avait bordée de canons. Le
général Lasne , commandant l'avant-garde , apperçut les ennemis
qui commençaient à le canonner ; il ordonna aussi- tôt
aux éclaireurs de la légion Lombarde d'attaquer les tirailleurs
papistes ; le chef de brigade Lahoz , commandant la légion
fombarde , réunit ses grenadiers qu'il fit former en colonne
serrée pour enlever , bayonnette au bout du fusil , les batteries
ennemies. Cette légion , qui voit le feu pour la premiere
fois , s'est couverte de gloire ; elle a enlevé 14 pieces de
canon sous le feu de 3 ou 4,000 hommes retranchés. Pendant
que le feu durait , plusieurs prêtres , un crucifix à la
main , prêchaient ces malheureuses troupes. Nous avons pris
à l'ennemi 14 pieces de canon , 8 drapeaux , 1 , 000 prisonniers
, et tué 4 ou 500 hommes . Le chef de brigade Lahoz a
été légerement blessé . Nous avons eu 40 hommes tués où
blessés.
Nos troupes se porterent aussi -tôt sur Faenza ; elles en
trouverent les portes fermées , toutes les cloches sonnaient
le tocsin , es une populace égarée prétendait en défendre
l'issue . Tous les chefs , notamment l'évêque , s'étaient sauvés ;
denx ou trois coups de canon enfoncerent les portes , et nos
gens entrerent au pas de charge . Les lois de la guerre m'autorisaient
à mettre cette ville infortunée au pillage; mais comment
se résoudre à punir aussi séverément toute une ville
pour le crime de quelques prêtres ! J'ai envoyé chez eux 50
officiers que j'avais fait prisonniers , pour qu'ils allassent
éclairer leurs compatriotes , et leur faire sentir les dangers
qu'une extravagance pareille à celle- ci leur faisait courir. J'ai
fait , ce matin , venir tous les moines , tous les prêtres , je
les ai rappellés aux principes de l'évangile , et j'ai employé
toute l'influence que peuvent avoir la raison et la nécessité
pour les engager à se bien conduire ; ils m'ont paru animés
de bons principes . J'ai envoyé à Ravenue le général des
Camaldules , pour éclairer cette ville , et éviter les malheurs
qu'un plus long aveuglement pourrait produire ; j'ai envoyé à
Cézene , patrie du pape actuel , le pere dom Ignacio , prieur
des bénédictins . A
Le général Victor continua hier sa route , et se rendit maître
de Forli ; je lui ai donné ordre de se porter aujourd'hui à
Cézene. Je vous ai envoyé différentes pieces qui convraincront
l'Europe entiere de la folie de ceux qui conduisent la cour
de Rome. Vous trouvérez ci -joint deux autres affiches , qui
vous convaincront de la démence de ces gens- ci ; il est déplorable
de penser que cet aveuglement coûte le sang des
( 192 )
pauvres peuples , innocens instrumens , et de tout tems vic
times des theologiens . Plusieurs prêtres , et entre autres un
capucin , qui prêchaient l'armée des catholiques , ont été tués
sur le champ de bataille .
-
Signé , BUONAPARTĖ .
Bulletin de l'armée d'Italie. Au quartier-général de Véronne ,
le 12 pluviôse , an V.
Des renseignemens plus précis sur le combat de Carpenetto
, méritent d'être connus de l'armée , pour que les
braves qui s'y sont distingués reçoivent le tribut d'estime
qui leur est dû.
Les gienadiers et éclaireurs de la 25. demi - brigade de
bataille , ayant à leur tête le chef de bataillon Morangier
et le cit . Antier , aide- de- camp du général Menard , y ont
déployé la plns grande valeur ; ce sont eux qui ont franchi
les premiers le pont de Carpenetto , défendu par 2 pieces
de canon et 3000 hommes . Ce sont encore eux qui , après
le passage du pont , ont terrassé l'ennemi , qui se défendait
pas à pas avec la plus grande opiniâtreté .
Le général Menard fait le plus grand éloge des cit . Fau ,
gier , capitaine d'éclaireurs ; Fourtine , adjudant - major ;
Girot , lieutenant des grenadiers , qui tous trois ont été
blessés . Il se loue beaucoup aussi des cit. Bazancourt , capitaine
de grenadiers ; Philippe , sous-lieutenant de grenadiers
; Pille , lieutenant ; Durand , sergent de grenadiers ,
et du nommé Meyssonnier , qui le premier a franchi le
pont.
Le 9 pluviôse , le général Augereau a ordonné une reconnaissance
sur Trévizo . 1
L'adjudant- général Lorcet , à la tête du ge . régiment de
dragons , s'y est rendu ; un corps ennemi à cheval a ét
chargé , en arrivant , par son avant-garde , et il s'est replié
sur un plus fort . Aussi - tôt l'adjudant - général Lorcet a de
nouveau commandé la charge ; mais les Autrichiens n'ont
pas pu résister long - tems à l'impétuosité des dragons du
9. régiment , dirigé par l'intelligence et le sang- froid de
leur intrépide chef, le cit . Duvivier ; l'ennemi a été culbuté
et mis en fuite ; il a eu quelques hommes de tués et
un très -grand nombre de blessés ; nous avons fait en outré
dix prisonniers de guerre et pris douze chevaux . Nous
n'avons eu , de notre part , que trois blessés .
Signé , A. BERTHIER .
LENOIR-LAROCHE , Rédacteur.
Jer . 135.
N '. 16.
MERCURE FRANÇAIS .
DECADI 10 VENTOSE , Ian einquieme de la République.
( Mardi 28 février 1797 , vieux style . )
LITTÉRATURE ÉTRANGER ERSO
Ueber das Kantische princip fur die natur-geschichte , etc.
Sur les principes de Kant en histoire naturelle : Essai
touchant la maniere de traiter cette science philosophis .
quement ; par le docteur CHRISTOPHE Girtanner. Un
volume in- 8° . de 422 pages, A Gottingue , 1796 .
༈ན་
ཀ
Pour pauqu'on soit au fait de ce qui se passe dans le
monde savant , on ne peut ignorer l'espece de révor
lution que la philosophie de Kant fait en Allemagne,
Nous nous sommes proposés plusieurs fois d'en en
tretenir nos lecteurs mais les ouvrages où l'on dit
que cette philosophie est exposée le plus clairement,
ne nous sont point encore parvenus ; et l'impression
qui nous est restée de ceux que nous avons eu l'oc
casion de lire , étant peu d'accord avec l'enthousiasme
d'une grande partie du nord de l'Europe , et, ce qui
nous inspire encore plus de réserve , avec l'admiration
de beaucoup d'hommes véritablement éclairés
nous avons cru devoir attendre des documens ulté
´rieurs , plus étendus sur cet objet . Dans les écrits des
éleves de Kant , nous n'avons gueres jusqu'ici trouvé
d'intelligible , que des choses qui courent les rues
depuis deux mille ans , mais qu'on a rajeunies avec
assez d'artifice par un langage mystérieux et singulier
; et dans le patit nombre d'ouvrages de Kant
Tome XXVII. N
19
( 194 ) *
lui-même qui nous sont tombés entre les mains , nous
avons vu qu'il n'était pas étranger à cette pratique ,
mais qu'il joignait à des idées libérales et philanthropiques
, une imagination forte et brillante , et
cette maniere solemnelle de style , qui , sans être à
beaucoup près le cachet de la vérité , transforme les
opinions en dogme , commande l'assentiment , et
l'obtient presque toujours .
On peut se souvenir d'une lettre du feu roi de
Prusse , datée de Konisberg , où des affaires l'avaient
obligé de s'arrêter quelque tems . Privé de la conversation
de ses amis , et n'entendant parler de personne
avec qui il pût causer , Frédéric prit le parti d'aller
aux sermons d'un prédicateur dont on disait beaucoup
de bien . Ce prédicateur était Kant. Le roi
trouva qu'il méritait une partie de sa réputation.
« C'est , dit-il , l'homme qui débite le plus noblement
des pauvretés . „
Nous ne répondrions pas qu'il n'en fût de la philosophie
de Kant , comme de ses sermons ( 1 ) .
- Au reste, sa morale repose sur la dignité de l'homme
et sur la liberté ; ses principes agitent les esprits , et
leur action se confondant naturellement avec celle
de la révolution française , brise sourdement les fers
de ces généreux germains , si dignes du bonheur.
Graces soient rendues à Kant. Mais cette nation
sensible et réfléchie étant bien plus portée à
l'enthousiasme, qu'on ne le pense communément, on
peut craindre , avec trop de raison , que l'école de
Kant , comme celle de Rousseau , ne fasse presque
( 1 ) Encore une fois , ceci n'est point un jugement ,
n'avons pas les pieces du procès.
( 195 )
autant de mal aux hommes , par des idées fondamentales
très -fausses et par de mauvaises habitudes d'esprit
, que de bien par les idées grandes et belles ,
par les sentimens élevés et bons qu'elle s'attache véritablement
à répandre .
Kant est professeur de philosophie à Konigsberg :
mais il ne s'est pas seulement occupé de métaphysique
et de morale ; il a porté aussi ses regards sur
l'histoire naturelle , et en particulier sur celle de
l'homme. Les philosophes allemands pensent qu'on
ne peut étudier avec fruit l'entendement et les affections
de l'homme , sans connaître préalablement son
organisation , ses facultés , ses besoins , en un mot , sa
nature physique ; et en cela sans doute ils ont grandement
raison. Ils embrassent même ces deux points
de vue du physique et du moral , dans un seul corps
de scienee , désignée sous le nom d'Anthropologie ou
science de l'homme , laquelle s'enseigne avec éclat
dans tous les grands établissemens d'instruction .
Comme Kant écrit d'une maniere obscure , à l'imitation
des sectaires de l'antiquité , et qu'il se sert
d'une langue particuliere afin de mieux séparer ses
adeptes du reste des penseurs , il a fallu l'expliquer ,
le commenter , le traduire en langue vulgaire ; et
comme chaque commentateur conservait toujours
beaucoup de l'esprit et de la maniere du maître , it
a fallu des commentaires sur les commentaires , des
traductions sur les traductions ,
On a commencé , comme de raison , par ce qu'il y
avait de plus ténébreux , par sa métaphysique : on
s'est beaucoup moins embarrassé de ce qui se présentait
sous des formes plus vulgaires et plus simples ,
1
N/2
( 196 )
.
de ce qui pouvait être directement plus utile et s'appliquer
à la pratique de la science . Autant les phi
losophes allemands se sont efforcés de déterminer
ses idées sur l'essence , sur les propriétés et les devoirs des
natures intelligentes , autant ils ont négligé ses vues sur
l'histoire naturelle qu'il a répandues dans trois mémoires
touchant les différentes races d hommes . C'est
ce vide que le docteur Gittanner , déja célebre dans
les sciences physiques et chymiques , cherche à remplir
par l'ouvrage que nous annonçons .
Selon lui , le principe établi par Kant , relativement
aux races d'hommes , est une loi générale qui
s'étend à toute la nature organisée ..
Le livre se divise en deux parties , dont la premiere
expose la théorie, et dont la seconde explique
cette théorie par des exemples , et en démontre l'application
à la pratique ..
Dans la premiere , l'auteur établit ses bases . Il
distingue , avec Kant , la physiographie ou l'histoire
naturelle d'aujourd'hui , de la physiogonie , qui , selon
le même , est la seule véritable histoire naturelle .
Il montre la différence des especes et des races , des
races et des variétés ou des accidens .
Il traite d'abord de l'organisation , de la force
vitale , de la faculté plastique ; il expose ensuite les
diverses théories sur la génération ; ensuite il revient
à la doctrine de Kant.
Cette théorie se trouve renfermée dans les propositions
suivantes :
1º . Tous les animaux et toutes les plantes qui ,
par leur union , produisent des petits , sont de la même
espete . On sait que ce principe est établi depuis
( 197 )
long - tems par Buffon , qui l'a fortifié de beaucoup
d'observations , et de tout l'éclat de son style .
G
2º. Dans toute la création animée , les especes
restent immuables , quoique les individus puissent
subir quelques changemens . Ce principe est en
core établi par Buffon ; mais Buffon l'énonce d'une
maniere plus exacte et plus précise , en considérant
somme des races , les variétés qui se perpétuent.
3. La tige originelle de chaque espece de corps
organisés , contient en elle -même une multitude de
différens rejettons ou d'ébauches naturelles , dont la
force plastique développe tantôt l'une , tantôt l'autre ,
tandis que le reste demeure enveloppé dans ses
langes ; de- là les diverses races , les accidens et les
variétés , qui se rapportent pourtant à une seule et
même tige. C'est- à- dire , en termes plus simples ,
que les especes sont susceptibles d'éprouver des
changemens. Buffon a dit encore cela plus nettement
, et même il en a donné quelques raisons plausibles
, tirées de l'observation des faits relatifs aux
habitudes et à la durée de la vie de chaque espece .
-
1
1
6º. Dans tout ce qui concerne la nature organisée
et la propagation de chaque race , il y a toujours
un but , et tout est disposé pour le remplir. La faculté
d'engendrer est liée , dans chaque espece , à la
nécessité de ne mettre en jeu , dans l'acte de la génération
, que ce qui tend à développer quelqu'une
des ébauches qui se rapportent à cette espece. Si
des effets réguliers supposent un but antérieur , le
but n'est pas moins dans les mouvemens des corps
célestes , soumis aux simples lois de la gravitation , que
dans les phénomenes de la vie animale et végétale ; on
N 3
( 198 )
doit également le reconnaître dans la cristallisation des
sels , et dans les affinités chymiques . En effet , aux
lois de la gravitation , sont liées la figure et la disposition
respective de la terre et des eaux , le retour
des saisons , l'alternative du jour et de la nuit , les
diversités des climats , les regles auxquelles sont
assujetties la reproduction et la végétation des
plantes , la génération des différens animaux , le
sommeil et la veille , et sans doute aussi beaucoup
d'autres phénomenes de l'économie animale . Aux
lois de la cristallisation et des affinités , tient la formation
d'un grand nombre de substances solides ;
et de fluides aëriformes , sans lesquels ni les végétaux ,
ni les animaux ne pourraient exister , et qu'il faut
par conséquent que la philosophie des causes finales
embrasse dans ses vues sur l'organisation , si elle
veut être un peu raisonnable et conséquente . Mais
quoi donc est - ce la peine de vivre à la fin du 18e .
siecle , pour nous ramener encore à cette philosophie
stérile et bornée , pour en faire la bâse d'une science
qui doit puiser toutes ses richesses dans l'observation
des objets et dans l'étude pratique de leurs
rapports !
mat.
-
7º. Chaque race d'êtres organisés , transplantée
sous un autre ciel que celui qui lui est propre , rẻ-
siste à toute altération ultérieure de la part du cli-
Qu'est - ce que cela veut dire ? Les races
transplantées sont - elles ou ne sont- elles point modifiées
par le climat ? Dans le cas de l'affirmative ,
jusqu'à quel point le climat agit -il sur elles ? Quand
cesse - t- il d'agir ? Voilà ce qu'il est curieux de savoir ,
et ce que Kant ne dit pas. Cette résistance dont il
( 199 )
parle est- elle autre chose que la confirmation de
certaines lois établies , qui durent tant que des
causes plus puissantes qu'elles-mêmes ne viennent
pas les changer ? Mais alors , c'est dire que tout
mouvement régulier résiste à sa cessation , tend à se
perpétuer ; rien n'est plus évident , quand il est de
sa nature d'être perpétuable , et qu'il est assez fort
pour vaincre les obstacles . Mais c'est dire , en mots
savans et pompeux , une vraie niaiserie , ou du moins
une grande trivialité .
8. En conséquence , les races préexistantes , pourvu
qu'elles ne se mêlent point avec d'autres , ne peuvent
plus s'éteindre . Voilà une assertion bien positive ,
qui mériterait d'être appuyée sur des faits concluans :
mais malheureusement les observations , et sur- tout
les expériences qui peuvent seules lui donner du
poids , nous manquent encore . L'assertion est donc
prématurée : elle repose uniquement sur des hypotheses
, sur ces raisonnemens à priori dont Kant paraît
faire si grand cas , et qu'il porte dans les sciences
naturelles , comme dans la métaphysique et dans la
morale.
9º. Dans les corps organisés , rien n'est inutile :
il faut absolument y supposer un plan et un but,
si nous voulons soumettre ces corps à des recherches
profitables : l'existence et la certitude de
ce but est une idée fondamentale , qui doit diriger
l'usage pratique de notre raison . Toujours des
causes finales ! Les conditions de l'existence d'un
être sont nécessaires à son existence ; cela est trèscertain
: quand ces conditions changent, ce n'est plus
la même existence ; cela est encore vrai . Mais elle
N4
( 200 )
39
ne cesse pas toujours alors ; elle peut ne faire que
changer. Au reste , nous le répétons , dans tous les
phénomenes quelconques de l'univers , tout ce qui
concourt à les produire est utile , et toutes les circonstances
comptent dans ceux même qui paraissent
les plus mécaniques et les plus grossiers .
11º . L'on ne peut admettre aucune influence de
l'imagination surl'acte de la propagation des especes ,
qui soit capable d'en altérer les produits : on doit
rejetter aussi tout pouvoir de la part de l'homme ,
de produire des changemens artificiels dans le type
originel des especes , ou d'introduire ces changemens
dans la faculté générative , et de les rendre susceptibles
de se perpétuer. Que de questions résolues
par une seule sentence ! Des siecles d'observations
et d'expériences , faites sur un plan uniforme et bien
entendu , ne suffiront peut-stre pas pour nous mettre
en état de les bien poser. Mais les hommes qui
pensent que des rêves raisonnés peuvent expliquer
la nature , ont besoin d'aller plus vite .
4
12° . Dans le mêlange de deux races de la même
espece , le caractere des êtres engendrés est dénaturé
d'une manière réguliere , et ils offrent des signes évidens
de leur nature mitoyenne . Toujours la même
précipitation , toujours des résultats , avant qu'on
ait rassemblé les données du problême ! Plusieurs
faits constans prouvent , au contraire , que rien n'est
plus irrégulier que l'influence du pere et de la mere
de deux races différentes , sur le-e-caractere distinctif
des individus qu'ils produisent ensemble. Il s'en faut
de beaucoup que ceux- ci conservent également des
traits de l'un et de l'autre il n'est pas même cer- :
7
( 201 )
tain qu'ils aient toujours une grande ressemblance
avec l'un des deux . Expérimentons long-tems encore ,
avant d'assigner ses lois à la nature .
13º . En examinant la couleur des corps organisés ,
particulierement celle des hommes , il faut distinguer
soigneusement l'essentiel de l'accidentel , la teinte
propre de la peau , des souillures ou des altérations
superficielles dont elle est susceptible , et qui dépendent
uniquement du climat. Il n'est pas douteux
que si la distinction est possible , elle sera fort utile .
Mais ce n'est point par des raisonnemens , ni par
des vues fondées sur les classifications , qu'on peut
y parvenir. Les classifications sont des méthodes artificielles
pour aider la mémoire : mais elles ne sont
rien de plus ; et sur - tout il faut bien se garder d'y
chercher les secrets de la nature .
Après avoir établi ces points de théorie, ' l'auteur
passe aux applications : c'est l'objet de la seconde
partic.
La suite au numéro prochain.
LITTÉRATURE.
LES BATAVES , þar BITAUBÉ , membre de l'Institut national
de France , et de l'Académie royale des sciences et
belles- lettres de Prusse. In-8° . de 399 pages . A Paris,
chez GARNERY, libraire , rue Serpente; et VARIN, libraire ,
rue du Petit-Pont.
Qua
SECOND EXTRAIT.
QU'IL est doux , au milieu des tumultes révolutionnaires
et des clairons belliqueux , d'entendre
( 202 )
résonner la lyre épique ! L'éloge de la liberté sied
si bien au chantre des moeurs patriarchales !
4 Après avoir offert à nos lecteurs les principaux
traits des Bataves , et leur ensemble , nous allons les
entretenir du mérite littéraire de ce poëme . Le style
est généralement noble , varié selon les images. L'exposition
est simple et naturelle . Les épisodes abondent
et intéressent . Dans le premier livre , on voit
avec admiration quatre cents guerriers belges s'acheminer
deux à deux vers le palais de la Gouvernante
pour réclamer leurs droits violés . Arrivés près d'elle,
ils se taisent encore , et déposent en silence dans ses
mains le code de leurs priviléges et de leurs lois.
Quelle éloquente leçon ! - Sabine , essayant de détourner
son époux Egmont d'aller faire des représentations
au farouche d'Albe , présente un tableau
du Poussin.... Si tu dois me remplacer auprès de
> ces enfans , n'oublie pas que je te les confie . Quel-
» ques pleurs paraissent encore sur la paupiere de
" cette épouse ; et à travers sa douleur luisent des
» rayons d'espérance , comme les feux naissans du
soleil étincellent dans la rosée. Leurs enfans , les
,, yeux attachés sur leur mere , laissent tomber leurs
mains. Il demeure encore au milieu de l'enceinte ;
» il prend le plus jeune de ses fils dans ses bras ;
mais il le dépose aussi- tôt sur le sein de la mere
" désolée , et s'arrache à ces lieux . "
Les Génies , créateurs des arts , des sciences et de
la philosophie , apparaissent dans le III . livre aux
Bataves , et mettent en action les brillantes époques
passées et futures de ces trois bienfaiteurs de l'humanité.
Cet épisode est riche , pompeux , et fait une
( 203 )
heureuse diversion au récit des combats . « Un grand
" homme , il naîtra français ( Descartes ) , ouvrira et
" tracera la route à la plus étonnante des sciences .
" Albion , tu t'enorgueillis justement d'avoir donné
", le jour à celui qui lui succede. Il tient en ses mains
,, la balancé qui doit peser le soleil et les planetes
dans leurs cours. Dėja se composent les élémens
du miroir de la nature ; elle le remettra aux mêmes
" mains : décomposant ce qu'il y a de plus subtil ,
, un rayon de lumiere en sept rayons peignant à
,, l'oeil étonné les couleurs primitives , il portera ses
regards dans le vaste attelier où la nature , de son
pinceau , colore l'univers : et le dernier pas de ce
,, géant dans la carriere qu'il a remplie , y posera
", un terme qu'il est incertain que l'homme franchisse
,, jamais .
""
"
""
Je pourrais annoncer les progrès de l'esprit
,, humain en d'autres sciences ; la foudre arrachée
, a ciel ; le feu , cette ame universelle de la na-
,, ture , évoqué et brillant aux regards ; les élémens
décomposés , l'air invisible coulant en eau ; la conquête
d'une planete , étendant le vaste empire du
" soleil dans les régions célestes ; des récits fabuleux
" réalisés , l'homme naviguant dans les airs ; de nou-
" veaux fanaux animés de la voix de la Renommée ,
" et le rendant comme présent en divers lieux , etc. 11
L'épisode de la Tyrannie et du Fanatisme , dans
le livre Ve . , est beau et hardi. Le conseil que tient
Philippe dans le VI . , et le caractere pacifique , tolérant
de Figheroa , attachent fortement. L'attendrissement
est porté au plus haut degré par le supplice
de généreux Egmont et Horn . La description du
( 204 )
1
1
séjour de la Tempête dans le VII . livre est très -poćtique.
Vers le pole septentrional , séjour téné-
» breux de la Tempête , s'élevent du sein de l'Océan
jusqu'au ciel , d'énormes rochers formés par les
" glaces , et qui , tandis que les monts s'affaissent et
" que les vallées croissent , reposent depuis l'origine
" des siecles sur leurs anciens fondemens . L'oeil de
» l'univers ne les regarde point , ou ne leur jette
" que des regards obliques ; ses rayons , loin de les
,, embrâser , y perdent leur chaleur et la vie ; on y
» voit des forêts de glaces , et s'il y coule une source
» désaltérante , elle est soudain arrêtée en son cours.
" L'alcyon , l'ami des mers , ne dépose point ici ses
19 oeufs , sa chère espérance ; jamais les habitans de
❞ l'air n'y modulerent leurs sons ; l'oiseau même de
„ la nuit frémit en voyant de loin ces lieux où l'on
n'entend que le tumulte horrible des vents et des
lots , et leurs mugissemens discordans . Au milieu
" de ces rochers est creusé un antre profond là
" gronde éternellement la Tempête ; et les bords de
" son empire sont couverts des débris de vaisseaux
, et de cadavres ...
Nous ignorons ce que l'auteur a voulu peindre
par des forêts de glaces . On sait que les végétaux ne
vivent plus dans les régions éternellement glacées .
C'est une belle conception que de faire inventer
les bombes par le génie de la guerre , pour servir
la tyrannie . - On lira avec intérêt l'épisode d'Arodaz
et de Rosalinde , pendant le siége de Leyde ; les
détails de ce siége mémorable , et ceux de l'horrible
famine que souffrirent ses généreux habitans . Enfin
, le beau caractere de Guillaume est parfaite(
205 )
ment soutenu pendant le cours de tout le poëme.
Les jeunes gens qui entrent dans la carriere des
lettres ont tous lu avec avidité le poëme de Joseph.
Ils liront de même cette nouvelle production du
cit. Bitaubé. Ne devons -nous pas faire en leur faveur
quelques observations critiques ? Ne sont - elles pas
nécessaires dans un instant où nous commençons à
abjurer la licence d'écrire et le néologisme , qu'ont
enfanté et favorisé sept années d'orages politiques ?
Soyons plus séveres , parce que la corruption littéraire
a été plus profonde ; et rendons à notre langue
et aux lettres leur pureté premiere ! Ce dessein ne
pourra être improuvé par un aussi bon esprit que
l'auteur des Bataves ; à qui nous avons voué depuis
long- tems estime et respect . L'amour de la liberté
brille dans toutes les pages de ses écrits ; refuserait-il
son assentiment à la critique louable qui , se bornant
religieusement aux ouvrages , se reprocherait éternellement
d'avoir affligé un des martyrs de la liberté
française ?
A
Quoique la fête de la Réunion d'Utrecht forme
un tableau brillant , quoiqu'elle donne lieu au poëte
de dévoiler les fastes glorieux de la Hollande ; il
nous paraît cependant que le poëme devait finir à
la défaite des Espagnols . La liberté des Bataves est
assurée par la fuite des navires de Philippe , et par
la retraite d'Albe. L'acte de la Réunion est , à notre
avis , un complément historique ; mais il n'est pas
nécessaire comme complément poétique. L'Enéïde
finit par la mort de Turnus , et non par la réunion
des Troyens et des Latins .
Quelques critiques observent que le poëme ren(
206 )
ferme trop de visions prophétiques , ou de songes
expositifs de l'avenir. Ce ressort poétique produit
des effets brillans ; mais il faut en user rarement ,
d'autant plus que c'est une licence , et que les licences
doivent se faire excuser par leur rareté.
J
La création d'un nouveau personnage mythologique
, pour commander sur les mers , d'OCANOR ,
était - elle nécessaire ? Si Neptune répugnait au poëte ,
comme divinité trop usuelle , s'il est permis de s'exprimer
ainsi , n'avait -il pas l'Océan ? Spectre mythologique
plus célebre encore chez les philosophes qui
faisaient de l'eau le premier principe de l'univers ,
que chez les peuples religieux . Cette surcharge
était- elle nécessaire ? Dès que le sujet du poëme
n'était point tiré des livres des Chrétiens ou des
Juifs ; dès que le poëte devait faire revivre Homere ,
Virgile , etc. , rien ne s'opposait à l'admission de
l'Océan. Il est d'ailleurs fait mention dans les Bataves
des Dryades , personnages de la mythologie grecque ;
pourquoi préférer Ocanor à l'antique pere des mers
et des fleuves ?
Les isles où Guillaume est transporté sont inconnues
à la plupart des lecteurs . Elles demandaient une
note historique . Plusieurs autres points de géographie
et d'histoire en exigeaient aussi . Un poëme en
prose en est très - susceptible. Il est si facile d'éviter
dans les notes , l'érudition et l'abondance excessive
des commentateurs ; que la crainte de rappeller le
souvenir des philologues ne doit pas interdire des
notes réclamées pour l'intelligence du poëme.
Des lecteurs nous ont demandé ce que devient
Buren , ce fils de Nassau dont Philippe avait ordonné
( 207 )
f
le supplice , que le sensible Figheroa avait sauvé
par ses conseils , et consolé par sa douce éloquence .
Ils ont cru avoir oublié le sort que le poëte lui a
assigné . Nous l'avons cru nous -mêmes ; et nous avons
relu le poëme ; mais nous n'y avons rien trouvé qui
satisfit notre curiosité . Les personnages de la famille
de Guillaume mis en action dans les Bataves , intéressent
presqu'autant que le héros principal. On s'attache
à eux , et l'on desire de les retrouver heureux
à la fin du poëme , s'ils vivent encore . Que devient
Buren ?
Nous allons indiquer quelques passages dans lesquels
nous croyons reconnaître des fautes de style.
Rien ne peut les excuser dans un poëme en prose.
Dégagé des entraves de la versification , l'écrivain
s'expose volontairement à toute la sévérité des critiques
. Quelle pureté de style n'admire-t-on pas dans
Télémaque ? Nous bornerons cette tâche pénible au
Xe livre.
Livre X. , page 328 ..... Le fer de Romero le
frappe , déchire le nerf où se dessine le tableau de
l'univers , et l'éteint dans un noir torrent de sang. »
L'auteur a voulu dire que Romero lui arrache un
cil ; mais l'a - t - il dit ? C'est sur la rétine que se
peignent les objets , et non sur le nerf optique ,
dont elle n'est qu'une expansion. - Ibidem , page 334...
" Son vaisseau , comme avec des aîles de feu , franchit
les plaines liquides . Cette ellipse qui supprime
les mots , conduit par , ou emporte par , n'est- elle pas
vicieuse ? On ne la pardonnerait pas à des vers
""
Ibidem , page 335 .... « En ce moment , l'orbe dẹ
la lune se levait dans les airs . Le globe de la lune
( 208 )
1 .
se leve en parcourant son orbe , ou orbite annuel.
Ibidem , page 337 ..... Tu es tombé noblement ;
le sourire de la victoire est sur tes pâles ièvres. "
Que ces mots pâles lèvres sont durs à prononcer ! La
prose d'un poëme doit être harmonieuse . - Ibidem ,
page 361 ... La Hollande entiere se présente encore
à lui comme un superbe jardin qui , décoré de palais
, de statues , de berceaux et de sources jaillissantes
, se considére dans les long canaux , etc. » Se
considérer est-il français ? est- il synonyme de se regarder
? En un mot , est-ce un verbe réfléchi ? Nous ne
le croyons pas . Ibidem , pag. 363.... « Et si elle est
'contrainte de céder à la destinée qui couronne toutes
les entreprises de cet usurpateur , elle mérita au moins
de le vaincre. La syntaxe exige mérite . — Ibidem ,
pag. 366. Vous paraissez ici dans le lointain ,
Erasme , qui l'as illustrée ; vous , Boerhaave , dont l'écale
s'ouvre à toute l'Europe ; Ruysch , etc. » Il
fallait dire ... Érasme , toi qui l'as illustrée . Ensuite il
fallait dire , toi , Boerhaave ; et non , vous , Boer,
haave , etc. Alr
Nous ne ferons plus remarquer que deux inexactitudes
frappantes ; lune de grammaire ( liu . II, p . 37 ) ...
Et s'arrache à ces lieux. On s'arrache d'un en ,
droit , ou des embussemens d'une épouse. L'autre
est une faute de style ( liv. III , pag. 60 ) ... « Quelle
création le ciseau enfante des chairs ... Cette mé,
taphore est repréhensible . On enfante en multipliant ;
on peut dire , à la rigueur, le pinceau enfante des merveilles
; on dit très-bien l'imagination enfante des
prodiges ; mais le sculpteur abat pour produire ; il
travailie
( 209 )
travaille par soustraction ( s'il est permis de s'expri
mer ainsi ) ... Son ciseau n'enfante point.
Il sera facile à l'auteur de corriger ces fautes et
quelques autres qui sont répandues dans son poëme ;
lorsqu'il en donnera une nouvelle édition..
"
INSTRUCTION PUBLIQUE.
ÉCOLES CENTRALES DU DÉPARTEMENT De la Seine .
Procès-verbal de la rentrée des Écoles centrales du yer bru
maire , an Ve . de la République Française. Parts , de
l'imprimerie du Cercle Social.
GE procès - verbal réunit les quatre discours qui
ont été prononcés à la rentrée de ces Écoles , et dont
l'impression a été oidonnée par l'administation du
département.
L'intérêt, qu'inspire à tous les peres de famille , à
tous les jeunes gens amis du travail , à tous les
hommes zélés pour les sciences et les lettres , l'époque
malheureusement tardive du renouvellement de
l'instruction publique en France , avait attiré à la
rentrée des Écoles centrales un très - grand nombre
d'auditeurs. Ils ont dû être également satisfaits , et de
la solemnité donnée à cette séance par les autorités
constituées , et du talent des professeurs chargés de
parler , au nom de leurs collégues , sur les objets de
l'enseignement , répartis et coordonnés dans les trois
sections qui constituent l'organisation des Écoles
Tome XXVII.
f
O
( 210 )
centrales , et qui offrent chacune trois cours et trois
professeurs.
A l'inspection du plan très -simple de l'instruction.
nouvelle , on reconnaîtra l'ouvrage de cette analyse
qui décompose l'esprit humain , c'est- à - dire qui observe
les opérations de l'entendement , les habitudes
de l'ame et la génération des idées .
Condillac disait : Aussi- tôt que cette analyse est faite ,
le plan de l'instruction est trouvé : on sait du moins par où
on doit commencer , et il n'en faut pas davantage .
On ne peut gueres parler du nouveau cours d'études
sans se rappeller la scholastique , mot qui , comme
on sait , servait à désigner le cours des études et la
méthode qu'on suivait dans les anciennes écoles . Ces
écoles étaient confiées les unes à des ordres religieux
, les autres à ces établissemens connus sous le
nom d'université , nom qui vient , comme l'a dit Voltaire
, de la supposition que ces quatre corps que l'on
nomme facultés faisaient l'université des études ,
c'est-à- dire comprenaient toutes celles que l'on peut
faire . Ces quatre corps dès le treizieme siecle étaient
composés des maîtres en théologie , des maîtres´en
droit , des physiciens ( on appellait alors ainsi les
médecins ) , et enfin les artistes , ou maîtres- ès - arts .
Ces derniers étaient chargés d'enseigner les langues
grecque et latine , ou ce qu'on appellait les humanités.
C'est ce dernier corps que remplacent les
Écoles centrales , et véritablement on conçoit à peine
dans ces derniers tems , des esprits distingués se
soient mépris sur cette partie des anciennes universités
, au point de préférer cette vieille création dù
douzieme siecle dont les statuts furent dressés par un
་
-
( 211 )
légat du saint -siége , et dont les papes jugeaient les
décisions ce qui les rendait les maîtres de l'instrucion
des peuples ) , à ce second dégré de l'instruction
publique en France , à ces Écoles centrales , dont le
plan est évidemment le résultat nécessaire des progrès
de l'esprit humain , ont
Au reste , les écrivains qui font le plus volontiers
ce
rapprochement , ne sont pas ceux qui voient les
vices de ces anciens
établissemens . Ce sont particulierement
ceux qui
désapprouvent les écoles nouvelles.
Tous se croient à cet égard également généreux.
Les premiers ne veulent point insulter à des
débris . Les derniers aiment à répandre de l'intérêt
sur des ruines. La générosité des uns tient plus à la
raison , celle des autres tient plus à
l'imagination .
Mais il faut en convenir , les premiers sont plus.
justes et plus utiles ; et si
l'imagination aime les décombres
et les regrets , il nous semble qu'elle aime
aussi la création et
l'espérance .
1
"
Quoi qu'il en soit , les vices de l'ancien enseignement
étaient reconnus depuis long- tems . Il y a
de 30 ans qu'un des meilleurs esprits de ce siecle
plus
que Condillac a dit la vérité sur cet objet , et l'on
peut lire dans les derniers volumes de son Cours d'Histoise
moderne ,
entrepris , comme on sait , pour l'instruction
du prince de Parme , les chapitres où il fait
l'histoire de la
scholastique , et où il
développe les
obstacles qui
s'opposaient encore aux bonnes études .
" Les
universités sont vieilles , écrivait- il , et elles
" ont les défauts de l'âge je veux dire qu'elles sont
peu faites pour se corriger.... Quand nous sortons
» des écoles , nous avons à oublier beaucoup de
t
( 212 )
" choses frivoles qu'on nous a apprises ; à rapprendre
des choses utiles qu'on croit nous avoir enseignées
; et à étudier les plus nécessaires sur
lesquelles on n'a pas songé à nous donner des
99
39 leçons , " etsub
Montesquieu , long- tems avant Condillac , s'était
égayé sur cet objet dans ses Lettres Persannes. L'université
de Paris , disait- il , est la fille aînée des rois de
France , et très- aînée ; car elle a plus de goo ans ; aussi
reve-t-elle quelquefois,
On voit que les préjugés qui étaient un obstacle
aux bonnes études n'appartenaient pas aux écrivains
distingués , et ne pouvaient être ceux de leurs
nombreux lecteurs . Ces préjugés tenaient à l'esprit
du gouvernement ; et à cet égard on peut remarquer
ici , comme une des singularités de l'esprit humain ,
ce contraste étrange ,dont nous avons trop de preuves ,
qui fait voir chez une nation la vérité dans ses livres ,
et les préjugés dans le gouvernement , et qui , lorsque
la vérité a passé dans les actes du gouvernement
, offre simultanément les préjugés dans les
livres. Toutefois il ne faut pas renoncer à l'espoir
des exceptions .
Une ce ces exceptions , à l'égard de l'instruction
publique même , c'est le caractere des quatre discours
que renferme le procès -verbal dont nous rendons
compte.
Le premier de ces discours est celui du citoyen
Joubert , administrateur du département , faisant
fonction de président . Le cit . Joubert a fait sentir
avec beaucoup de justesse et d'intérêt l'utilité de
l'instruction publique en général , et la nécessité
( 213 )
particuliere dont elle est chez un peuple qui a conquis
sa liberté . Comme interprête de l'administration
de département près du public , if a eu dans son
discours le véritable caractere qui convient à un
magistat du peuple dans les rapports de ses fonctions
avec les citoyens . Comme orateur , il a été naturel
༄ ལྷུར ། ཟླ་ ༩ ཚུན་
sans prétention scientifique , et il a eu des mouvemens
de sensibilité qui font honneur à son ame .
દ
Le citoyen Deparcieux , professeur de physique et
chymie , a prononcé le discours de rentrée au nom
de la section des Sciences . Quelques philosophes
de l'antiquité , dit le cit . Deparcieux , desiraient que
Fes mathématiques fissent partie de la premiere édu
cation des enfans . Ce voeu qu'ils avaient inutilement
formé , les Écoles centrales vont le remplir avec autant
de zele que de succès . Ce professeur célebre
présente dans son discours une esquisse de l'état.
actuel des mathématiques . Il suit rapidement la géométrie
dans ses progrès. Il détaille les bienfaits de
la physique aidée de la géométrie . Il rappelle l'al
fiance que les progrès des lumieres ont amenée de
nos jours entre la chymie et la physique . Les Écoles
centrales , dit le cit. Deparcieux , sont le premier
établissement de l'Europe où l'on ait confondu ces
deux sciences qui s'éclairent mutuellement , et sont
devenues à jamais inséparables .
Le discours du cit. Deparcieux , dont la réputation
affermie depuis long- tems , doit répandre sur
les Écoles centrales cet éclat de renommée qui semble
nécessaire aux établissemens nouveaux , est une nouvelle
preuve de son excellent esprit. On y trouve
cette justesse et cette filiation d'idées que perfec-
I
0 3
( 214 )
tionne l'étude des sciences exactes , et cette élévation
naturelle de sentimens , cette riche simplicité
de diction qu'inspire et qu'entretient l'étude constant
de la nature .
Le troisieme discours a été prononcé par le citoyen
Fontanes , professeur de belles - lettres , et membre de
I'Institur national de France . Le cit . Fontanes est
connu depuis long tems par la traduction en vers de
1 Essai sur l'Homme de Pope , et par plusieurs poëmes,
détachés qui l'ont placé , dans l'opinion des connais
seurs , au nombre des vrais poëtes . Un poëme épique
dont il s'occupe , et dont il a récité des fragmens aux
séances publiques de l'Institut , est une entreprise
imposante que son beau talent autorise , et qui nous
semble devoir intéresser tous ceux qui desirent que
la République Française ait aussi sa gloire littéraire .
Son discours de rentrée a eu pour objet le perfectionnement
des écoles nouvelles , et l'enseignement
des belles -lettres dont il est chargé . Dans la premiere
partie de son discours , l'auteur a donné lieu à une méprise
qui a flatté les passions des uns , et blessé la raison
des autres , Il annonce , en débutant , qu'il veut énoncer
librement son opinion , qu'il ne dissimulera rien sur
le nouveau moue d'enseignement , l'on a cru qu'il
désapprouvait le nouveau mode d'enseignement . On
doit en convenir , cette erreur de ses auditeurs est
un peu sa faute . Il a confondu ce qui est l'objet de
l'éducation et ce qui est l'objet de l'instruction .
Lorsqu'il en est venu au développement du nouveau
mode d'enseignement qu'il loue très -positivement
: Je ne dois , a- t- il dit , je ne veux rien taire. La
méprise d'un auditoire , qui n'embrasse pas toujours
( 215 )
l'ensemble des idées d'un orateur , a été entretenue
par l'importance de ces mots. Mais voici ce qui les
suit. Ce cours celui des langues anciennes ) , ainsi
que plusieurs autres , a besoin d'une chaire de plus . Onsent
que l'appareil de franchise que présentent ces
mots , je ne dois , je ne veux rien taire , rapproché de ,
la simplicité de ce résultat , ce cours a besoin d'une
chaire de plus , n'est point en proportion avec une
vérité de cette espece , et même en général il nous
semble qu'il faut énoncer toutes les vérités utiles
sans le faste de ces préparations.
Dans la seconde partie de ce discours , où le cit.
Fontanes rend compte de la méthode qu'il est convenable
de suivre dans l'enseignement des belleslettres
, il s'est exprimé avec autant de raison que
d'élégance et d'intérêt . Ses idées dans la premiere
ne sont peut-être ni aussi exactes , ni aussi bien liées ,
et elles ont un caractere trop contentieux qu'on ne
trouve plus dans la seconde . Les disciples d'un professeur
, dont les connaissances littéraire ségalent le
goût et le talent , promettent enfin à nos grands.
maîtres , des lecteurs éclairés , et peut-être des successeurs
.
C'est le cit. Lenoir- Laroche , professeur de législation
, qui a prononcé le dernier discours que renferme
ce procès- verbal .
On voit avec intérêt un des hommes qui ont le
mieux possédé le vrai caractere de législateur dans
notre premiere Assemblée constituante , appellé par
le jury d'instruction aux fonctions de professeur de
législation dans les Écoles centrales . C'est au nom de
la troisieme et derniere section de l'enseignement
04
( 216 )
qui embrasse la grammaire générale , l'histoire , et
enfin la législation , que le cit . Lenoir- Laroche a
parlé. Son discours présente d'abord le développement
des obstacles qui se sont opposés au perfec
tionnement des sciences morales et politiques . Il
fait voir successivement que les progrès de ces sciences
ont été subordonnés chez tous les peuples à l'esprit
des gouvernemens , de la législation , et des institutions
religieuses . On remarque dans ce développe
ment les résultats d'un esprit méditatif , des vues
étendues , une suite d'idées justes et profondes. La
derniere partie de son discours est consacrée à carac
tériser l'utilité des cours de cette troisieme section .
It apprécie en homme accoutumé à exercer sa 'pensée
sur plusieurs sciences , la nécessité de la grammaire
générale qu'il regarde comme une véritable
logique appliquée aux regles du langage . Il fait
sentir l'utilité de l'étude de Phistoire qui est pour
1es peuples l'éducation de l'exemple , comme il le dit
luf meme, ce qui nous rappelle ce qu'écrivaitVoltaire ,
Anéantissez l'étude de l'histoire , vous verrez peut- être des
Saints-Barthelemi en France et des Cromwel en Angleterre.
Enfin , il fait observer que la science de la législation
dont l'enseignement lui est confié , a essentiellement
besoin des secours de l'enseignement , parce qu'elle
manque de livres élémentaires ,
Ce discours est l'ouvrage d'un esprit très- philosophique
qui sait répandre sur le sujet qu'il traite
beaucoup d'idées et de lumieres , et qui procede
avec méthode vers un but utile . Il révele aussi ces
sentimens de philanthropie et de bienveillance dont y
nous avons besoin , et qui donnent encore plus de
prix au talent des écrivains .
( Article communiqué. )
( 217 )
PHILOSOPHIE.
Lettre au Rédacteur du Mercure sur une Religion très- ancienne
et très -bizarre.
JE
E vais , citoyen , vous entretenir d'un objet que vous
connaissez sûrement , mais que vous serez peut-être .
bien aise de vous rappeller en ce moment.
Il existe un pays dont le souverain est pontife , et
dont le cinquieme des habitans est prêtre , ou moine.
Ce souverain garde le célibat , comme les autres,
prêtres ; de sorte que son successeur est choisi par
les pontifes ; mais sous l'influence d'un État voisin.
Le souverain qui détermine le choix , tient toujours
à la cour du grand- prêtre un de ses officiers , dont le
pouvoir est très- grand . Ce pouvoir est déguisé sous
les démonstrations les plus éclatantes de respect ,
même de vénération . L'une d'elles sert de voile à un
trait de politique rafinée ; le souverain- dominateur
retient dans sa capitale un des pontifes les plus accrédités
après le souverain - prêtre . Cette captivité honorable
est , dit-on , une consolation pieuse qui dédommage
de l'absence d'un chef révéré .
Il est difficile d'assigner le commencement de cette
théocratie ( gouvernement de Dieu ) ; elle est très - ancienne
, et très - anciens sont aussi les dogmes de la
religion qui en est la bâse, Cette religion a subi peu.
de changemens ; et de toutes celles qui pesent sur
motre globe , c'est elle que l'on croit être de la plus.
haute antiquité. Voici quelques-uns de ses principaux
( 218. )
dogmes... Dieu est une substance unique , mais divisée
en trois personnes : la premiere sans nom ; lá
seconde appellée intelligence ; et la troisieme que l'on
désigne par une dénomination relative aux deux
autres perssonnes . La seconde est morte pour sauver
les hommes ; et elle a été percée de clous.
Les temples des , sectateurs de cette religion sont
ornés de peintures . Ils renferment des statues d'or ;
une de ces idoles représente une femme qu'ils reconnaissent
pour la mere de la seconde personne de
Dieu ; car j'ai oublié de vous dire que cette personne
a voulu être homme , afin de rétablir le salut
des hommes.
Les génies qu'ils peignent dans les lieux de prieres
ont différens caracteres de têtes : les uns sont beaux ;
les autres , hideux et effroyables . Ils sont sans
nombre , et divisés en neuf ordres ; tous esprits sans
corps , plus grands ou plus petits . On en voit entre
autres un jeune , couvert d'une cuirasse , la main
droite armée d'une épée , et menaçant le démon
qu'il tient renversé sous ses pieds . II est regardé
comme le médiateur entre Dieu et les hommes .
Les sectateurs de cette religion accourent des pays
éloignés pour apporter leurs offrandes au grand pontife
, et pour adorer même son palais . Quelquefois
il daigne se montrer aux dévots ; mais c'est à une
fenêtre très-élevée , et pour des momens fort courts .
A sa vue , tous se prosternent , frappent la terre avec
leur front , et se retirent remplis de joie . Elle est
portée à son comble , lorsque le pontife veut bien
les recevoir dans l'intérieur de son palais . Tous ceux.
qui sont présens approchent de son trône , garni de
) ک
219
)
sept coussins . Il leur touche la tête avec ses mains ,
ou avec une frange de soie , selon leur rang et leur
caractere . Les prêtres , les moines et les laïcs d'un
état relevé reçoivent immédiatement l'impositton
des mains ; les nonnes et le vulgaire des laics , à travers
un morceau de drap dont ils couvrent leur
tête .
La mort d'un grand-pontife et le choix de son
successeur sont les événemens les plus importans du
pays. Des milliers de prêtres vivent d'aumônes . On
les voit à certaines époques se répandre dans les
villes et les campagnes , entrer dans toutes les maisons
pour chasser les démons à l'aide d'une eau que
leurs prieres et l'addition de quelque substance mi
nérale rendent , dit- on , sacrée et miraculeuse . Ce
sont les prêtres qui sont chargés du soin des funérailles
; et ce n'est pas une des moins fécondes
sources des aumônes qu'ils reçoivent.
Le grand- pontife distribue et envoie à ceux qu'il
veut honorer , ou dont il desire assurer le salut , des
morceaux de pâte de farine , sur lesquels il a prononcé
des prieres que l'on croit être très-efficaces.
On les avale avec respect et recueillement.
Le chef des prêtres offre à Dieu du pain et du
vin de raisin , mais en petite quantité ; il en mange
le premier et partage ensuite avec les autres prêtres .
Le droit de sanctifier ces offrandes est réservé au
chef , qui opére la sanctification en soufflant sur
elles.
Les moines vivent la plupart dans de vastes monasteres
. Quelques- uns , en petit nombre , sont errans
et quêtent dans les campagnes , dont ils mettent à
( 220 )
contribution les habitans , en les menaçant de la
fureur des démons , s'ils ne leur donnent point
d'aumômes. On les apporte aux habitans des monas
teres , et on les leur offre pour l'expiation des crimes
que chacun leur révele en secret. La vie de ces
derniers se partage entre la récitation presque continue
des prieres , qu'ils accompagnent alternativement
de chants à une voix seule, et de chants à grands
chorus, et la répétition des louanges de Dieu qu'ils
prononcent en tenant successivement de petites
baules enfilées , comme des colliers .
3
Ja me dirai plus qu'un mot des cérémonies reli
gieuses de ce pays. Au.commencement de chaque
mais, les prêtres font une procession avec plusieurs
étendards noirs . Quelques - uns portent des tambours
au son desquels ils chantent divers cantiques . Tous
sont couverts d'un drap lié derriere la tête , qui descend
sur le visage et cache la bouche. Au reste , si
les dogmes et les rits de cette religion sont bisarrės ,
sa morale est douce , bienfaisante et philanthropique
1
La patience vous échappe citoyen rédacteur.
Vous me demandez à quel propos je vous entretiens
de la religion chrétienne , des prêtres catholiques;
des moines ? ..... A quel propos je vous rappelle les
pénitens ? Cette pieuse mascarade catholique , incon
une au nord de la France , mais célebre dans le
midi et sur-tout en Espagne , qui consiste à courir
les rues , couverts de sacs de différentes couleurs ,
pour honorer la divinité ?
Vous vous trompez . J'ai voulu vous parler du Thibet
, du Grand- Lama qui y est le chef d'une religion.
( 221 )
deux fois plus étendue que le catholicisme , malgré
la prétendue universalité de celui- ci . J'ai desiré vous
entretenir de l'empereur de la Chine dont le Grand-
Lama est tributaire , de l'innombrable troupe de
lamas et de gylongs ( autre sorte de moines ) , dont
fourmille le Thibet . Ce sont les dogmes et les cérémonies
du lamisme que je vous ai exposés. Vous
ne me reprocherez pas sans doute la ressemblance
qui se trouve entre le lamisme et le catholicisme .
Peut-être croirez- vous que j'ai chargé le tableau ,
que j'ai forcé les traits. Je ne vous attesterai point
te contraire sur ma parole ; mais je vous inviterai
seulement à parcourir les Voyages au Thibet , faits en
¹1625 et 1626 par le pere d'Andrada ; et en 1774 , 1784
et 1785 par Bogle , Turner et Pourunguir : traduits par
J. P. Parraud et J. B. Billecoq . ( Un volume in- 12 de
204 pages. Paris . )
སྙར་
J
En 1624 , le pere d'Andrada , fésuite portugais ,
entra dans le Thibet par Cachemire. Le desir de
propager le catholicisme le conduisit dans cette
vaste partie de l'Asie , qui est placée entre la Tartarie
, la Chine et le Mogol . Le succès passa ses desirs
. Il plut au souverain , obtint la permission dè
prêcher librement le catholicisme , et un emplacment
pour bâtir un temple. Mais cette condescen
dance du souverain lui coûta la vie . Ayant abandonné
la religion des Lamas pour embrasser celle de Jesus
Christ , avec laquelle il trouvait la sienne parfaite
ment concordante , le Delai Lama , chef de cette
religion , lui suscita un rival qui le combattit et
le tua.
-
Le missionnaire fait observer que la latitude du
( ૧૨૬ )
Thibet n'est que de 32 degrés nord , et que cependant
les froids y sont très -rigoureux et très -longs .
La neige séjourne neuf mois sur la terre . Il attribue
avec raison cette froide température à la hauteur
des montagnes qui traversent le Thibet , et à l'élévation
du plateau entier sur lequel elles reposent.
Il s'étend beaucoup sur le lamisme et ses rapports
avec le catholicisme . C'est de ses aveux que j'ai
tiré la premiere partie de cette lettre. Vous observerez
que les autres relations contenues dans ce recueil
renferment , en petit nombre à la vérité , des
traits de conformité très- frappans , sur la religion.
Leurs auteurs , cherchant à établir des liaisons de
commerce avec les Thibetains , n'ont parlé de ce
objet que d'une maniere détournée .
Tous s'accordent à peindre les Thibetains avec
d'excellentes qualités. Ils sont bons , valeureux ;
mais occupés le plus souvent de prieres et d'actes
religieux .
Le philosophe qui étudie les progrès et les erreurs
de l'esprit humain , lira avec intérêt la relation du
missionnaire . Il lira de même le récit de l'entrevue
de M. Turner, avec le Techou-Lam , ou Grand- Lama
qui n'était âgé que de dix huit mois ; les détails de
l'inauguration de ce jeune souverain pontife ; ceux
que donne sur le lamisme ou chamanisme , sur
ses rapports avec les religions de la Chine et de
l'Inde., etc. , M. Bogle , autre Anglais envoyé par
M. Hastings , gouverneur des possessions anglaises
dans l'Orient .
Quant aux relations commerciales que le gouver
neur cherchait à établir , ses envoyés trouverent que
( 23 )
les marchandises de leur nation y étaient déja parvenues
du Bengale . Les retours se bornent , 1 ° . à de
la poudre d'or , tirée des sables des rivieres qui arrosent
le Thibet , et des mines d'or situées dans les
parties septentrionales , mines que le Lama afferme
à son profit. Cet or n'est jamais converti en monnaies ;
le gouvernement n'en fait point frapper , mais les
marchandises sont évaluées en livres de poudre d'or.
Les Chinois emportent chaque année la plus grande
partie de cet er , en échange des objets manufacturés
qu'ils envoient de Pekin à Lahassa , capitale
du Thibet. Les caravanes emploient deux années à
faire le trajet qui est environ de 600 lieues .... 2º. Au
musc , substance que porte dans une bourse un quadrupede
, habitant des plus hautes montagnes , et
très- difficile à saisir . Les peuples qui vivent dans des
climats brûlans font un grand usage du musc ; et c'est
un objet de commerce rrès- intéressant .... 3°. A la
laine dont on fait les châles , la plus fine étoffe de
laine qui soit fabriquée dans le monde , si estimée
dans l'Orient et si recherchée aujourd'hui en Angleterre
. On n'avait sur cette laine , si renommée pour
sa finesse , que des notions vagues et incertaines ,
avant le voyage de M. Bogle au Thibet . Tous les
châles venant de Cachemire , on reg dait la laine dont
ils sont tissus , comme un produit topique de cette province
de l'empire des Mogols ; les uns disaient que
c'était le poil d'une espece particuliere de chèvre ;
les autres , le poil fin qui se trouve sur la poitrine
du chameau ; ct cent autres absurdités . Mais on sait
aujourd'hui que c'est la laine d'une espece de brebis
du Thibet ; et il y en avais un ou deux individus dans
R
( ex4 )
7
}
le parc de M. Hastings , avant qu'il quittât le Bengale.
Cette espece est petite , he differe des nôtres que
par sa grosse queue et l'extrême finesse de sa toison .
Les Cachemiriens ont des facteurs répandus dans
le Thibet , qui accaparent toute cette laine , pour la
mettre en oeuvre à Cáchemire ... 4 ° . Enfin , les queues
d'une espece de vache qui ne se trouvé qu'au Thibet ,
qui est plus grande que l'espece commune du même
pays. Elle a des cornes courtes , et se distingue moins
par l'absence de la bosse placée sur le dos , que par
sa queue qui est fort grande , garnie de crins longs
et touffus , comme celle des jumens , mais plus fins ,
et beaucoup plus lustrés. Les queues des vaches du
Thibet sont fameuses dans l'Inde , la Perse et dans
tout l'Orient ; où elles se vendent fort cher . On les
monte sur des manches d'argent, et l'on s'en sert pour
chasser les mouches . Il n'est point d'homme aisé dans
l'Inde , qui reste assis dans sa maison , ou qui sorte ,
sans avoir auprès de lui deux serviteurs armés de ces
chasse- mouches . On en voit même sur les monumens
antiques de Persèpolis , attribués aux Perses-
Achéménides .
Je finirai cette lettre en vous disant qu'à l'époque
où les Anglais pénétraient dans le Thibet , un naturaliste
français , le cit . Michault , associé aujourd'hui
de l'Institut national , faisait tous ses préparatifs pour
y entrer. Mais un ordre de M. Dangiviller enjoignit
à ce botaniste de quitter l'Asie , où il avait déja fait
une moisson abondante , pour aller chercher dans
l'Amérique septentrionale des végétaux destinés à
orner le Petit - Trianon . Ainsi fut perdue l'occasion
tant desirée par M. Poivre , d'apporter du Thibet
( 225 ) ·
ou de la Cochinchine le riz sec , c'est-à- dire qui ne
demande d'autre arrosement que la pluie , et l'indigo
verd , deux végétaux qui auraient fait la richesse des
colonies françaises .
POÉSIE.
LE CHIEN DE BASSE-COUR.
FABLE .
On nommait Jacobin un chien de basse - cour , ONN
D'une humeur farouche , intraitable ,
Au poil raz , hérissé , la gueule comme un four ,
Et dont l'aboîment effroyable
Epouvantait les échos d'alentour.
Enchaîné dans sa loge avec soin tout le jour ,
Il menace à grand bruit tout ce qu'il voit paraître ,
Bêtes ou gens
A peine même il reconnaît son maître ;
Lui montre-t - on du pain , il vous montre les dents .
Mais ce chien furieux , à la mine hagarde ,
Avait l'honneur d'être au moins réputé
Chien alerte , de bonne garde ,
D'une extrême fidélité .
Aussi , quand le soleil quittait notre hémisphere
Tous ses liens tombaient , il parcourait l'enclos ,
La cour et le jardin , sans le moindre repos ,
Grondait au moindre bruit à l'égal du tonnerre.
Notre terrible Jacobin
Une nuit , entraîné par la soif ou la faim ,
Ou par le diable , ainsi qu'on va l'entendre .
Dévora les poulets et les tendres agneaux ,
Espoir de la maison , qu'il aurait dû défendre ,
Tome XXVII.
P
( 226 )
Se vautra dans le sang qui coulait à longs
flots .
Le lendemain on vit tout ce carnage ,
Et l'on conuut bientôt l'auteur de tels méfaits ;
Sa gueule encor sanglante attestant ses forfaits ,
1
Contre lui portait témoignage . -
Je vois trop tard qu'il faut que Jacobin
" Soit surveillé sans le moindre relâche ;
( Dit le maître , accourant un bâton à la main )
,, Mais la raison nous prescrit son destin :
,, Et le jour et la nuit qu'on le tienne à l'attache.
Jt
Par le cit . J. B. NOUGARET.
ENIGME.
E n'eus jamais de soeurs , mais j'ai beaucoup de freres ;
Un très- grand nombre aussi de peres et de meres .
Pour t'épargner , lecteur , des détails ennuyeux ,
Écoute bien ceci : Je suis devant tes yeux.
LECTEUR ,
LOGO GRIPHE.
ECTEUR , un bon chrétien médite
Et réfléchit souvent sur moi.
Veux-tu que l'on me décapite !
Pour me chercher , le parasite
Va courir à midi chez toi.
2 1
Encore un mot , et je te quitte .
Mets mon corps et ma tête à bas ,
Pour attraper ma queue , il ne te faut qu'un pas.
Explications de l'Enigme et Logogriphe du No. 15 .
Le mot de l'Enigme est Pomme celui du Logogriphe est
Fortune , dans lequel on trouve trône , or , tuf, nue , four, forêt,
nerf, Furne , tôn , fouet , trufe , furet ,fort , route , front etfeu.
·
( 227 )
י נ
SPECTACLES.
THEATRE DE LA RUE DE LOUVOIS.
On a souvent remarqué que plus les moeurs se corrompent
chez une nation , plus le langage s'épure . Par la même raison ,
à mesure que le nombre des fripens augmente , inoins on
ose parler de friponnerie . C'est presqu'une regle de théâtre
pour la plupart des auteurs actuels , de ne mettre que d'honnêtes
gens sur la scene ; et les acteurs , aussi pour la plupart
appelent un mauvais rôle , celui d'un personnage qui a des
vices ou des ridicules . Quel scandale dans un comite , si l'on
s'avisait d'y lire , pour la premiere fois , Tartuffe ou Turcaret !
On juge , d'après cela , combien les comédies du jour peuvent
être des tableaux fideles de la scoiété . །
La comédie nouvelle , en cinq actes et en vers libres , jouée
à ce théâtre sous le titre de Sint-Elmont et Verseuil , a pour
sujet , pour action principale , un vol de vingt mille écus ;
le voleur est un des personnages de la piece ; et cependant le
tout est arrangé de maniere , que tous les personnages sont les
plus honnêtes gens du monde .
Verseuil a été autrefois le caissier , l'homme de confiance
et l'ami intime de Saint-Elmont , riche financier ; il a été fait
un jour à la caisse un vol de soixante mille francs , dont cn
n'a pu découvrir l'auteur ; le financier en a soupçonné , accusé
son ami de trente ans ; et cet ami , qui n'est pas coupable
s'est laissé déshonorer ; il n'a pu convaincre de son innocence
ni son ami , ni le public ; il a disparu , s est cache , est tombé
dans l'indigence.
Un certain Duval , autrefois commis du caissier , s'est
attaché à lui dans son mauvais sort ; il lui prodigue depuis
dix ans les plus tendres soins , et ne rougit pas de lui servir
dé domestique .
Il y a quinze années que l'histoire du vol est arrivée , lorsque
le hasard fait que la fille de Verseuil et un jeune homme ,
appellé Sainvil , se connaissent et deviennent amoureux l'un
de l'autre .
Mais ce jeune homme se trouve être le fils de Saint-Elmont ;
ce dernier vient pour employer l'autorité paternelle contre
P 2
( 228 )
un amour qu'il désapprouve. It retrouve Verseuil , cet ami
qu'il a perdu , déshonoré , livré à la honte et au désespoir ;
mais il en est quitte pour lui assurer qu'il en a eu bien des
regrets , et que depuis quinze ans , il le cherche pour réparer
1
ses torts envers lui.
Verseuil ne pardonne pas si promptement , d'autant plus
qu'il ne voit pas comment , après quinze ans d'opprobre ,
il sera possible de rétablir sa réputation de probité.
Duval vient le retirer de cet embarras , et faire le dénouement
en apprenant à tout le monde que c'est lui -même qui a
commis le vol ; mais il n'en est pas moins honnête homme ;
il l'a fait pour sauver la vie et l'honneur à son frere , négociant
, qui était sur le point de faire faillite ; depuis il en a eu
bien des remords ; et ce fut pour expier en quelque sorte
son crime , qu'il s'est voué au service du malheureux Verseuil.
Sil a gardé le silence pendant quinze ans , c'était pour
ménager la réputation et le crédit de son frere ; comme celuici
vient enfin de mourir , il croit pouvoir tout révéler. Il est
vrai qu'il ne parle pas de rendre les vingt-mille écus ; mais
il s'impose pour châtiment de fuir désormais la présence de
Verseuil.
Après cette découverte , tout s'arrange , tout s'oublie ; les
deux peres se réconcilient et les deux jeunes gens s'épousent .
Un intérêt de curiosité suspendu jusqu'à la fin , quelques
traits d'une véritable sensibilité , beaucoup de vers sententieux
, ont fait réussir cette piece , qui a été fort applaudie .
Les acteurs l'ont été beaucoup aussi , et ils ont souvent
mérité de l'être ; cependant ne pourrait- on pás les accuser en
général d'un peu d'exagération ? Il est vrai qu'il faut s'en
prendre au public , qui montre un goût décidé pour les cris
et les convulsions . Voltaire a dit qu'au théâtre il valait mieux
frapper fort que frapper juste ; mais il n'a pas dit que pour
frapper fort , il fallait frapper à tort et à travers , comme le
font quelquefois les auteurs et les acteurs d'à présent .
Cette piece est du cit . Ségur le jeune , auteur du Retour du
Mari , et de plusieurs autres ouvrages joués sur différens
théâtres.
ANNONCES.
Le Mine , traduit de l'anglais . Trois volumes in - 12 .
Prix , brochés , 5 liv . et 6 live francs de port par la posté
( 229 )
pour les départemens . -On affranchit l'argent et la lettre
d avis.
Histoire philosophique de la Révolution de France , depuis la
convocation des notables par Louis XVI , jusqu'à la séparation
de la Convention nationale ; par A. Fantin des Odoards.
Nouvelle édition , revue et augmentée par l'auteur . Quatre
volumes in -8°. Prix , 12 liv . et 16 liv. francs de port par
la poste.
De la situation intérieure de la République , par Charles
Theremin. Brochure in - 8 ° . Prix , 30 sous , et 36 sous frane
de port par la
a poste.
Zéphyre , ou le Berceau de Flore , roman imité du gree
par S*** . Un volume in - 18 , avec gravure . Prix , 1 liv. et
1 liv. 5 sous franc de port par la poste.
Ces quatre ouvrages se trouvent à Paris , chez Maradan
Jibraire , rue du Cimetiere -André - des -Arcs , n ° . 9 .
Histoire de l'Assemblée Constituante en France , écrite pour un
citoyen des Etats-Unis de l'Amérique septentrionale , par
Pierre Granié . Un volume in- 8° . A Paris , chez Pougin ,
imprimeur-libraire , rue des Saints - Peres , no . 61 ; Maret et
Desenne , libraires , au Palais - Egalité ; et Déroy , libraire , rue
du Cimetiere Saint-André- des -Arcs , nº . 15. L'an V. ( 1797 ),
La Politique d'Aristote , ou la Science des Gouvernemens
ouvrage traduit du grec avec des notes historiques et critiques
; par le cit . Champagne , directeur de l'institut des
boursiers du collège de l'Egalité . Deux volumes in -8 ° . / A
Paris , chez Laran , libraire , au Palais- Egalité , galerie du
côté de la rue des Bons - Enfans , nº . 181 ; et chez Bailleul ,
imprimeur , au bureau du Journal du Commerce , rue Neuve
St. Augustin , no . 742. L'an V. ( 1797. ) `
Nous rendrons compte successivement de ces différens ouvrages
, parmi lesquels ont doit distinguer la Politique d'Aristote
, production célebre d'un des génies les plus vastes de
l'antiquité , et qui doit être le manuel de tous les législateurs .
J'
P 3
( 230 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
Li
ÉTATS - UNIS D'AMÉRIQUE.
De Philadelphie , le 30 décembre 1796.
E ci- devant duc de Chartres , qui , après la mort
de Philippe Égalité , son pere , aurait hérité , sous la
monarche , du titre de duc d'Orléans , est arrivé ici
de Hambourg , après vingt- sept jours de traversée.
Ss deux freres cadets , qui se sont embarqués à Marseille
, sont en ore attendus. On ne sait pas encore
si ces trois ci - devant princes français prendront la
qualité de citoyens des Etats- Unis , ou si , pour conserver
leurs liaisons avec leur ancienne patrie , ils se
conformeront à l'ordre que le ministre Adet a donné
eu dernier lieu , que tous les citoyens français domiciliés
en Amérique eussent à porter la cocarde
tricolore . Cet ordre a été un des derniers émanés de
ce ministre , avant qu'il suspendît ses fonctions .
ALLEM A GN E.
De Hambourg , le 15 février 1797. མ་ , ས་
Les dernieres lettres de Constantinople renferment
les détails suivans :
Les nouvelles reçues de la Bulgarie sont trèssatisfaisantes
. Akki - Pacha , Beglierbei de Romélie ,
dont le quartier- général est à Sophie , a envoyé un
courier pour annoncer que les séditieux qui infestaient
cette province , et qui avaient été contraints
de se retirer au - delà du mont Argentaro , sont en
grande partie anéantis ou dispersés , de maniere
qu'il leur est impossible de faire de nouvelles incur(
131 )
sions . Akki Pacha commandait en personne le corps
de troupes qui a détruit ces révoltés. Pour ne pas
laisser à ceux qui se sont répandus dans la Servie le
tems de se rallier , on a mis à leurs trousses un corps
de cavalerie commandé par Malick , pacha de Pristina.
On espere voir bientôt se terminer entierement
cette guerre qui a porté la désolation et la mort
dans plusieurs provinces de la Turquie d'Europe. »
Une tempête terrible survenue , il a quelques
jours , dans la met Noire et dans le canal ou Bosphore
força un vaisseau de guerre russè de chercher un abri
dans la baie de Bujuckder. L'avis en fut aussi - tôt
donné à la Porte : le divan tint un conseil extraordinaire
. On pouvait , du premier abord , soupçonner
que c'était une surprise de la part des Russes qui ,
iolant les traités , auraient voulu introduire des
Lâtimens armés dans le canal de Constantinople.
L'affaire ayant été mûrement examinée , il demeura
éident que la seule nécessité avait fait entrer le
vaisseau russe à Bujuckder en conséquence , des
odres furent expédiés sur-le-champ au commandant
d ce port , pour qu'il fournit au bâtiment tous les
Secours et moyens pour remettre à la voile pour sa
destination . ?
t
Ensuite des démarches réitérées de l'ambassadeur
d la cour de Madrid , les deux chevaliers de Malte
qui avaient été faits prisonniers à bord d'un corsaire
maltois , ont été mis en liberté , après avoir donné leur
prole d'honneur de ne pas sortir de la ville.
Le grand- seigneur a fait écrire à Malte pour obenir
la liberté de tous les Turcs qui se trouvent prionniers
dans cette işle ; et lorsque ces derniers auront
té relâchés , les deux chevaliers de Malte pourront
Itourner chez eux .
" Les corsaires de Malte continuent d'infester
Archipel , au grand préjudice du commerce .
Nous avions annoncé précédemment qu'il était
probable que Kosciuszko avant de se rendre dans
les Etats Unis d'Amérique chercherait à réparer le
délabrement de sa santé occasionné par sa longue
P4
( 232 )
captivité , en séjournant pendant quelque tems en
Italie.Mais nous apprenons qu'il est arrivé le 23du mois
dernier de Pétersbourg à Grislchamme , d'où il devait
continuer sa route par Abo à Stockholm , et là
s'embarquer pour la retraite qu'il s'est choisie. On
assure qu'il n'a point accepté tous les bienfaits qui
lui avaient été offerts par Paul Ier . Il a refusé la
terre de 1500 paysans , et la pension de 6000 roubles,
et n'a reçu que l'argent nécessaire pour son voyage .
Ce désintéressement l'honore , et répond parfaitement
à lidée que l'on devait avoir de son caractere.
L'impératrice et les princesses ses filles lui ont remis ,
au moment où il prenait congé d'elles , un souventr
travaillé de leurs propres mains . Ce témoignage célicat
d'intérêt et d'estime n'était pas de nature à
être refusé . Quoique plusieurs des Polonais , ses
compagnons d'infortune , Faient suivi , il en a laissé
un grand nombre à Pétersbourg . Parmi ceux - ci on
distingue le comte Michel Brzostowski , le conte
Tyszenbauss , ci - devant chef des gardes de Lithuanie
; M. Ignace Grabowskyz. Ils attendent l'arrvée
de Stanislas - Auguste. On ignore quel peut être le
motif du voyage de ce monarque détrôné . Touce
que l'on sait , c'est que l'on se dispose à le recevoir
comme s'il jouissait encore de toute la splendeu de
son ancienne fortune . Il doit être logé dans le manifique
palais d'Orlow , dont il fut le prédécesseur cans
les bonnes graces de Catherine II . Au reste , tandis
qu'un des premiers amans connus de cette femme clebre
,va reparaître dans la ville qu'elle remplit pendant si
long -tems du spectacle de ses galanteries comme
de sa gloire , le dernier s'en écarte . Le prince Subw
va en Courlande , où il vivra dans les terres de on
frere. Le rôle qu'il jouait dans la nouvelle cor .
comparé à celui qu'il jouait dans l'ancienne , ne puvait
qu'être infiniment pénible. Il se soustrait sa ement
à cette douloureuse comparaison dont il
vait être sans cesse frappé . Il oubliera dans la retrate
les rêves de l'ambition qui ont occupé sa jeuness :
nous ne parlons pas des rêves de l'amour qui li
convenaient bien mieux ; on ne peut supposer qu'l
( 233 )
les ait connus avec une femme qui était souveraine ,
et qui était dans l'hiver de l'âge .
On commence déja à éprouver eu Russie les effets
de la confiance générale qu'inspirent la modération
et la justice de Paul Ier . Les finances prosperent.
Les bilets de banque qui étaient , il y a près de
quatre mois , à 217 copecks pour un écu d'Allemagne
sont à 165 copecks. Au reste , on en a brûlé,
en présence du sénat , pour sept millions de roubles,
opération qui doit les faire remonter encore trèspromptement.
L'empereur a fait placer devant son palais une
boëte ermée , dans laquelle chacun peut déposer
ses plantes ou ses voeux : si , au bout de trois jours
il ne retoit pas de réponse , il va porter une seconde
requête, et après trois autres jours de silence , une
troisieme ; enfin , si celle ci reste sans effet , il a la
faculté de parler à l'empereur , au moment de la
parade. C'est le grand- duc qui est chargé d'ouvrir
cette bete , et qui fait ainsi , sous les auspices de
son pele , un apprentissage de justice et de bienfaisance.
L'empereur vient aussi d'augmenter la solde des
iuvalides , et va pourvoir aux moyens d'améliorer
leur sort : désormais tous les officiers , et même les
généraux , seront obligés de rester constamment à
leurs corps.
39
•
Le régiment que commandait Paul Ier . , comme
grand- duc , ayant été incorporé dans ses gardes , ceux .
ci commençaient à murmurer. L'empereur est parvenu
à les appaiser en leur disant : Mon régiment
" m'a servi plusieurs années avec fidélité ; je voulais
le récompenser comment pouvais-je mieux le
faire qu'en le réunissant à vous ? J'ai voulu , en
" même-tems , vous donner un témoignage de mon
estime et vous prouver que je regardais comme
" la distinction la plus honorable l'avantage de faire
" partie de mes gardes . Je veux faire de vous des
soldats qui m'honorent , qui s'honorent eu : -
mêmes , qui soient capables de défendre la patrie ;
·( 234 )
» en un mot, je veux faire votre bonheur et celui de
l'empire. "
29
Le jeune roi de Suede continue à s'appliquer à
toutes les parties de l'administration. Il a fait récemment
un voyage à l'université d'Upsal , pour s'instruire
de son état et de ses besoins . Après son retour
, ce sont les prisons qui l'ont occupé . S. M. a
expédié des lettres circulaires à tous les gouverneurs
de province , pour qu'ils eussent à lui envoyer leur
rapport sur l'état où elles se trouvent dans leurs départemens
respectifs , en leur ordonnant d'avoir soin
qu'elles fussent salubres , et que les devoirs de l'humanité
n'y fussent pas blessés , en faisant servir la
détention par elle -même de supplice aux prisonniers.
De Francfort-sur- le- Mein , le 15 février.
L'orgueil de la cour de Vienne se tourmente pour
expliquer les désastres qu'elle vient d'éprouver en
Italie . Dans les rapports qu'elle publie , des divisions
se sont trouvées dans l'impossibilité d'arriver à leur
destination par des obstacles imprévus ; le général Provera
est arrivé quatre heures trop tard ; et d'autres généraux
ont été plus ou moins retardés dans leur marche ,
toujours par des obstacles imprévus . D'un autre côté ,
elle fait répandre qu'elle a beaucoup à se plaindre
de la rivalité ,
ou plutot
de
la des
chefs , et du relâchement de la discipline , qui est
tel que les officiers ne peuvent plus commander ,
parce que Tes soldats ne savent plus obéir , et que
la désertion est devenue aussi commune qu'elle était
rare autrefois . Elle ne peut se résoudre à trouver
T'explication de ses disgraces dans la supériorité du
courage et des talens de son ennemi . Quoi qu'il en
soit , il paraît qu'elle n'a point encore perdu l'espoir
de les réparer , ou du moins d'en arrêter les suites .
De nouveaux bataillons , de nouvelles recrues se
rendent en poste dans cette contrée . Quel sera le
sort de cette sixieme armée qui va se former sur les
( 235 )
ftontieres de l'Italie ? On avait dit que l'archiduc
Charles devait quitter les bords du Rhin pour en
aller prendre le commandement. On se flattait que
le sauveur de l'Allemagne le serait aussi de l'Italie ; et
que sa présence seule suffirait pour rappeler la victoire
, si fidelle aux drapeaux des Français , auprès
des drapeaux autrichiens. Mais les nouvelles les plus
récentes de Vienne nous annoncent que c'est à son
frere , l'archiduc Joseph , à qui probablement on
suppose une influence aussi heureuse , que cette
gloire est destinée . Ce prince , âgé de 21 ans , ne
sera pas abandonné à ses propres conseils . Le général
Mack , dont il fut si souvent question au commencement
de la guerre , et qui depuis paraissait avoir
été oublié , doit être son guide .
Au reste , l'empereur compte beaucoup sur ses
braves et fideles Hongrois . Ils travaillent en effet à lever
et à organiser l'armée de 50.odo hommes qu'ils lui
ont promise . Si ce secours ne suffit pas , il en trouvera
d'un genre nouveau dans l'affection que lui
portent les femmes hongroises , qui , non moins belliqueuses
que leurs maris , et non moins fidelles , sont
disposées à donner les mêmes preuves de dévouement.
Dans le comté de Scharosch , elles ont pris
l'engagement , pour tout le tems que la guerre du-
7 rera avec la France , et que la défense des Etats héréditaires
nécessitera de nouvelles recrues , de s'exer
cer dans le métier des armes , d'entrer en campagne
contre l'ennemi , et de verser leur sang pour le roi
4 pour la patrie. Si en effet ces nouvelles amazones
se présentent, on doit attendre de la galanterie des
Français qu'ils s'attacheront à faire beaucoup de prisonniers
sans coup férir , science qui , comme on le
sait , leur est assez familiere. sig
Si l'on en croit les bruits que le ministere autrichien
fait cireuler , et que les feuilles allemandes
qui lui sont dévouées répetent complaisamment
les ressources pécuniaires pour une nouvelle campagne
sont assurées . On en évalue la dépense à 60
millions de florins. La partie des revenus ordinaires
qui est affectée à la guerre est de 20 millions ; les
( 236 )
า
emprunts sur les biens - fends en produisent environ
10 à 12 , et l'on porte à près de trois le montant des
dons patriotiques : il en faut donc encore, 25 pour
faire face aux dépenses de cette année : or , ce déficit
sera rempli par les contributions de l'Angleterre ,
qui a accordé de nouveau , pour cet objet , 3 millions
de liv. sterlings . On doit admirer la précision de ces
calculs . Il faut observer seulement que l'on n'y fait
pas mention des non valeurs probables.
L'archiduc Charles a fait condamner le prince de
Waldeck à fournir son contingent , dont il se prétendait
exempt , comme compris dans la ligne de
neutralité. Le prince de Waldeck a adressé ses plaintes
au roi de Prusse ; on ne connaît point encore la
réponse de ce monarque. Elle est de la plus grande
importance pour le repos du nord de l'Allemagne .
ITALIE. De Reggio , le 10 Janvier 1797.
Voici la suite des débats du congrès cispadan ,
depuis le 3 jusqu'au 8 de ce mois .
Séance du 3 janvier,
Plusieurs motions sont faites Far divers orateurs.
Beitelani veut qu'on donne la priorité aux plus urgentes.
Aldini , toujours plein de scrupules sur les pouvoirs provi
soires du congrès , veut que son autorité se borne a veiller
d'une maniere simplement abstraite sur l'unité indivisible ; il
croit que l'abus d'une autorité légitime est moins dangereux
que l'usage d'un pouvoir illégitime , etc.
Le congrès s'occupe de la demande faite par le général
Buonaparte , à la junte de défense , de quatre mille paires de
souliers pour les troupes qui doivent se rendre à Bologne. La
contribution est répartie entre les quatre villes
Le congrès adopte pour armes nationales le carquois , avec
quatre flêches et des places vides
flêches et des pour d'autres , entouré
d'une couronne civique et de l'inscription R. C. ( République
Cispadane ) . Quelques députés proposent de remplacer par
R. I. ( République Italienne . )
Le soir du 3 , on décrete l'expédition d'un député à Paris ,
revêtu du caractere diplomatique.
Séance du 4. Le congrès s'occupe de la formation d'un gouvernement
provisoire , de la junte de défense , et des instructions
pour l'envoyé à Paris .
( 237 )
Paradisi propose , mais comme une opinion de l'aide -decamp
Marmont , un comité de gouvernement résidant à Modene
, pour veiller sur les gouvernemens provisoires , qui
seront confirmés sous le nom d'administrations départementales
.
Angelelli fait la motion de suspendre le congrès pour un
mois , et d'arrêter qu'il ne tiendra qu'une séance par mois
qui ne pourra durer moins de trois jours ni plus de six , excepté
les cas d'urgence.
Bellentani demande que la validité du congrès ne consiste
pas dans la présence des deux tiers des députés , mais en un
nombre donné qu'on fixerait .
Plusieurs opinions sont émises sur ce sujet .
Fava soutient que la continuelle permanence du congrès
n'est pas nécessaire .
Bellentani est d'un avis contraire.
Notari dit que le congrès est rassemblé pour trois objets :
pour la déclaration de la sonveraineté du peuple , pour
l'unité indivisible , et pour la constitution . Voulez - vous ,
s'écrie - t-il , dissoudre le congrès avant d'avoir fait ce grand
ouvrage ? Voulez - vous et pouvez -vous déléguer à d'autres
l'autorité que le peuple vous a confiée ? Demandez donc au
peuple qu'il choisisse d'autres députés , si vous ne voulez pas
où si vous ne savez pas le servir.
Aldini parle sur l'avantage de suspendre les séances du
congrès , et de confier le gouvernement à des comités ; ce
qui est décrété à la presqu'unanimité .
Paradisi lit le projet du comité de gouvernement , proposé
par Marmont .
On décrete
un comité pour examiner
ce projet , et l'on
choisit les députés
Aldini , Pasetti , Bertolani
et Paradisi
.
On forine un autre comité , chargé de rédiger
les instructions
à donner
à l'envoyé
de la République
Cispadane
à Paris .
Séance du 5. Le comité rend compte du projet de l'aidede-
camp Marmont. En voici les articles principaux :
Le gouvernement central provisoire sera composé de
einq membres , un par département , excepté Ferrare qui
en aura deux . Il veillera à l'unité , à la défense intérieure
et extérieure , et aux administrations départementales don't
il pourra changer les membres , etc . ,,
Séance du 6. On décrete mention honorable à l'aide - decamp
Marmont , qui prend congé.
( 238 )
Le député Fava , Bolonais , est élu envoyé de la Répu
blique Cispadane à Paris ; et Joseph Rongoni , Ferrarais ,
secrétaire de légation . Fava a réuni 51 voix , et Luosi 45 .
L'envoyé , avant de partir, devia conférer avec le général
Buonaparte , dont on annonce la prochaine arrivée .
Le général Buonaparte arriva à Reggio , le 8 janvier . Ami
de la liberté des peuples , il avait observé avec peine que la
marche du congrès cispadan était en raison inverse de celle
de l'armée française. Il ne pouvait approuver cette masse informe
de principes faux , de sophismes , de prétextes , etc.
qui en arrêtait et même qui en faisait rétregrader la marche
quoique plusieurs députés , parmi lesquels on distingue Rederzini
, fissent tous leurs efforts pour la hâter. Le congrès ,
pour applanir les difficultés , ayant envoyé au général une
députation de laquelle était le citoyen Aldini qui essaya de
justifier ses idées , ou plutôt ses plans , le général leur parla
avec cette liberté qui ne l'ôte pas aux autres , mais qui la rend
plus sûre . Il réfuta les erreurs de plusieurs députés , avec
cette même facilité avec laquelle il repousse et détruit les
armées ennemies . Il conclut , en démontrant la nécessité de
sé constituer bientôt de quelque maniere ; il annulla plusieurs
opérations du congrès , et particulierement le comité
central du gouvernement , et fit suspendie l'envoi d'un ministre
à Paris . II insista sur la facilité qu'avait le congrès de'
se donner bientôt une constitution , s'il ne perdait pas le
tems en discussions inutiles , et s'il ne souffre pas qu'on retarde
le bien , sous prétexte de l'assurer . Des constitutions
libres connues jusqu'à présent , celles des Suisses , des Amé,
ricains et des Français , on pourrait en former une nouvelle ,
adaptée à la condition des peuples qui doivent l'embrasser.
Le général arrêta que le congrès serait transféré à Modene ;
que les députés auraient dix jours de conge , et que les séances
recommenceraient le 20 janvier .
On a lieu d'espérer que cette seconde époque du congrès
cispadan sera plus intéressante que la premiere ; que l'influence
des anciens préjugés ne s'y fera plus sentir ; qu'il y
développera toute l'énergie et tout le zele nécessaire pour
fertiliser le terrain où doit croître et fleurir l'arbre de la
liberté .
De Rome , le 31 janvier.
Le 26 janvier , il ariva ici le soir un courier venant d'u
quartier-général de Véronne , avec des dépêches du général
( 239 )
Buonaparte , pour le ministre français Cacault , et pour le
cardinal Mathei , dont voici la teneur :
-- Au citoyes Cacault . Au quartier-général de Véronne ; le
3 pluviôse , an V.
Vous aurez la complaisance , citoyen ministre , de partit
de Rome six heures après la réception de cette lettre , et
vous viendrez à Bologne. On vous a abreuvé d'humiliations
à Rome , et on a mis tout en usage pour vous en faire sortir
; aujourd'hui , résistez à toutes les instances , partez .
Je serai charmé de vous voir , et de vous assurer des sentimens
d'estime et de considération avec lesquels je suis ,
Signé , BUONAPARTE.
Aussi-tôt après la réception de cette lettre , le cit. Cacault
' écrivit au cardinal , secrétaire d'Etat , le billet suivant , et
partit de Rome .
ÉMINENCE ,
Je suis appellé par ordre du gouvernement français , qui
m'oblige de partir ce soir pour Florence . J'ai l'honneur d'en
prévenir votre éminence en vous renouvellant les expressions
de mon respect Signé , CACAULT.
Réponse du cardinal secrétaire d'Etat.
Le cardinal Busca était loin de s'attendre à la nouvelle
que le très - honorable M. Cacault vient de lui communiquer.
Son départ subit pour Florence ne lui permet rien
autre chose que de l'assurer de sa profonde estime .
Le général Buonaparte au cardinal Mathei.
BUSCA.
Les étrangers qui influencent la cour de Rome ont voulu
et veulent encore perdre ce beau pays . Les paroles de paix
que je vous avais chargé de porter au saint- pere , ont été
étouffées par ces hommes pour qui la gloire de Rome n'est
rien , mais qui sout entierement vendus aux cours, qui les
emploient. Nous touchons au dénouement de cette ridicule
comédie. Vous êtes témoin du prix que j'attachais à la paix ,
et du desir que j'avais de vous épargner les horreurs de
la guerre. Les lettres ci -jointes que je vous envoie , et dont
j'ai les originaux entre les mains , vous convaincront de la
perfidie , de l'aveuglement et de l'étourderie de ceux qu
dirigent actuellement la cour de Rome. Quelque chose qui
puisse arriver , je vous prie , M. le cardinal , d'assurer sa
sainteté qu'elle peut res er à Rome , sans aucune espece d'inquiétude.
Premier ministre de la religion , il trouvera à ce
( 240 )
titre protection pour lui et pour l'Eglise . Assurez également
tous les habitans de Rome , qu'ils trouveront dans l'armée
française des amis qui ne se féliciteront de la victoire qu'au
tant qu'elle pourra améliorer le sort du peuple , et affranchir
l'Italie de la domination des étrangers . Mon soin particulier
sera de ne pas souffrir qu'on apporte aucun changement
à la religion de nos peres .
J
"
Je vous prie , M. le cardinal , d'être assuré que , dans
mon particulier , je me ferai un devoir de vous donner
dans toutes les circonstances , les marques de l'estime et
de l'attachement avec lequel je suis ,
Signé , BUONAPARTE.
Après la réception de ces dépêches , à six heures de la
nuit , M. Cacault partit avec son seerétaire de légation ,
M. Bernard , prenant la route de la Toscane pour se rendre
à Bologne.
RÉPUBLIQUE BATAVE.
De la Haye , le 10 février.
Une émeute considérable vient d'éclater dans la province
de Frise .
Un individu du village de Collumer-Zwaag avait été arrêté
la semaine derniere . On varie sur les causes de cette arrestation
; les uns l'attribuent à des cris séditieux de vive
Orange ! d'autres , à une résistance ouverte au réglement concernant
l'organisation de la garde nationale . Quoi qu'il en
soit , trois cents paysans armés de fusils , de sabres , de faulx ,
de bâtons , de massues , etc. , se présentent devant la maison
d'arrêt ; ils délivrent le prisonnier , et le reconduisent
en triomphe chez lui.
La nouvelle de cette sédition fut à peine parvenue à
Dockum , que soixante- quinze bourgeois de cette ville accoururent
avec une piece de campagne. Ils arrivent à Collum
dans la nuit , et y trouvent tout tranquille. Mais le lendemain
, 4 février , les paysans s'arment au nombre de deux
mille environ ; ils attaquent les soixante- quinze bourgeois ,
qui , trop inférieure au nombre , se retirerent en bon ordre
avec perte d'un blessé . Les paysans les suivent , pressent
indistinctement sur leur chemin toutes les personnes qu'ils
rencontrent ; et , arrivés sur les neuf heures du soir devant
Dockum , somment la ville de leur ouvrir ses portes. Les
habitans , rangés en armes sur le rempart , répondent à coups
dé canon . Cinq des assaillans sont tués , six blessés , le reste ,
saisi de frayeur , cherche son salut dans la fuite .
Le
( 241 )
•
Le général Dumonceau a envoyé de Groningne sur Collum
un détachement de hussards et cinq compagnies d'infanterie ;
mais , selon le rapport de ce général , au comité des affaires
générales de l'union , tout était paisible à leur arrivée . On
dit même que l'administration provinciale de Frise l'a sollicité
de ne plus faire avancer de troupes.
Dans la séance du 26 janvier , l'Assemblée batave a adopté,
plusieurs articles du projet de déclaration des droits entie
autres celui-ci , dont la redaction a été présentée par le citoyen
Schimmel-Penninck.
Les membres de la société civile s'étant , conjointement
ensemble , donné un systême de principes constitutionnels ,
et ne pouvant continuellement être occupés à en déterminer.
l'application , et maintenir les intérêts et l'ordre de la societé ,
nomment des représentans pour faire des lois et ceux- ci
sont , en tout tems , responsables au peuple entier.
On aa renvoyé à la rédaction un autre article portant que
les lois ne pourront jamais s'étendre à des matieres
des objets de conviction intérieure.
qui sont
Dans les séances des 8 et 9 février , on a traité la question de savoir si le Pouvoir exécutif aurait sous lui des ministres ou des comités l'Assemblée
s'est prononcée
, par appet nominal , en faveur des ministres .
ANGLETERRE. De Londres , le 14 février.
13
Le courier de Lisbonne , qui est arrivé le 7 , a apporté plu
sieurs lettres qui annoncent que l'Espagne a retiré ses troupes
de la frontiere du Portugal , depuis environ la mi -janvier,
Cet événement n'a pas peu contribué à calmer les inquiétudes
du Portugal.
•
Le prince de Galles a dit-on's offert d'accepter la place
de lord lieutenant d'Irlande . On suppose que sa présence.
pourrait contribuer à rétablir la tranquilité et l'ordre dans ce
royaume.
Une proclamation du roi , publiée le 4 février , ordonne
des prieres et un jeune public et solemnel dans toute l'Angleterre
, le mercredi 8 mars prochain , à l'effet d'appaiser le
courroux du Tout- Puissant, d'invoquer ses miséricordes pour
les péchés du monarque et de ses sujets , d'obtenir qu'il
daigne répandre ses bénédictions sur les armées de terre et
de mer de la Grande -Bretagne , et enfin que sa céleste faveur
accorde à ce royaume une paix solide et les prospérités qui
l'accompagnent. Les archevêques et évêques sont chargés de
composerpour cet effet une formule de prieres qui sera récitéè
Tome XXVII.
( 242 )
dans toutes les églises , chapelles et autres lieux destinées aux
exercices religieux. 1
Le colonel Frédéric , fils du roi de Corse , Théodore , vient
de mourir. Les restes de cet infortuué gentilhomme furent
déposés , le 6 février , dans l'église de Saint-Anne , auprès
du corps de son pere.
Le cercueil était accompagné de deux
voitures de debil , dans lesquelles se trouvaient MM . Obrien ,
Townsend Wilhi , Magdonell et quelques autres personnes
qui , l'ayant connu et estimé pendant sa vie , se montrerent
jaloux de lui payer ce dernier tribut .
On vient de découvrir une imposture d'un genre peu connu.
Un particulier , nommé Claviere , parent de l'ex- ministre des
finances de France , se presenta dans une de nos administrations
avec une prétendue mission du Directoire de France
et s'y prit avec tant d'adresse , qu'on écouta ses propositions .
Il offrit la paix , sous condition que la Belgique serait reconnue
république indépendante , les conquêtes de l'Italie
resthuées , la Baviere cedée à l'empereur , les anciennes pos
sessions françaises dans les deux Indes restituées , et que l'Angleterre
prêterait au Directoire un capital de 8 millions stert .
M. Claviere n'ayant pu justifier de son caractere , reçut ordre
de sortir de l'Angleterre dans deux fois 24 heures. "
1
Le gouvernement fait faire le long de nos côtes , les préparatifs
d'une vigoureuse défense Un camp de Sooo hommes
vient d'être ordonné pour le mois d'avril dans les environs
de Bury ; trois autres camps vont être formés autour de
Brentwood.
-5
M. Erskine , membre célebre de l'opposition , vient de
publier une brochure intitulée : Des causes et des conséquences
de la guerre actuelle contre la France.
-
M. Burke n'est pas mort , comme l'avaient annoncé plusieurs
gazettes anglaisessa santé paraît se rétablir . On lit
avec avidité une nouvelle production de cet écrivain ; elle a
pour titre : Lettre du très- honorable Edmund Burke à sa grace le
duc de Portland , contenant 54 chefs d'accusation contre le trèshonorable
Charles Fox. Cet ouvrage devient le sujet d'une
contestation judiciaire portée au tribunal de la chancellerie :
Le procès n'existe point entre M. Fox et M. Burke , comme
on pourrait le croire ; mais entre ce dernier et l'imprimeur
Owen qui a publié l'ouvrage sans l'autorisation de l'auteur :
Le procureur- général a déja porté la parole dans cette affaire ,
et il a conclu à ce qu'il fût defendu à Jean Owen de débiter
l'ouvrage dont il s'agit .
}
#
( 243 )
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LÉGISLATIF
1
Séances des deux Conseils , du 25 Pluviôse au 5 Ventôse,
Daunou , organe de la commission chargée du rapport
sur les assemblées primaires , présente les dispositions
suivantes , qui sont adoptées par le conseil ,
10. ne seront pas regardées comme vacantes au 1. germinal
prochain les places des administrateurs suspendus
, si la suspension n'a point été convertie en
destitution ; 2 °, ceux- ci tireront au sort avec leurs
collégues , et leurs remplaçans se retireront.
Richard présente un rapport sur les brigands connus
sous le nom de chauffeurs , qui désolent , pillent
et dévastent les campagnes , après avoir brûlé les
pieds aux propriétaires qui refusent de leur livrer
leur or et leur argent. Il propose contre eux la peine
de mort. Impression et ajournement.
On reprend la discussion sur les délits de la presse
dont plusieurs articles sont adoptés.
Le Directoire fait part de la tentative de procurer
l'évasion des conspirateurs royaux détenus au Temple,
au moyen d'un faux ordre du ministre de la police .
Une pétition de 400 citoyens de la commune de
Toulouse , relative aux derniers troubles qui y sont
survenus occupe la majeure partie de la séance du
27. Les pétitionnaires demandent que l'arrêté d'ordre
du jour concernant les afficiers municipaux soit rapporté
, et la punition ion des auteurs des délits nombreux
qu'ils disent avoir été commis . Sur la motion
de Thibaudeau , la question préalable est adoptée
sur la premiere partie , et le renvoi au Directoire
sur la seconde. 102.E SUC
38531
La discussion sur les délits de la presse a
a été continuée
le 28. Des difficultés qui se sont élevées sur la
rédaction des articles déja convenus , ont déterminé
le renvoi entier du projet à la commission.
mmissio
Q 2
( 244 )
Le conseil des Anciens a approuvé , le 26 , les deux
résolutions relatives aux contributions arriérées des
départemens affligés de la guerre , soit intérieure ,
soit extérieure . Il a aussi adopté celle qui met des
fonds à la disposition de la commission des inspecteurs
de la salle du conseil des Cinq- cents pour l'achevement
de sa nouvelle salle.
Il a rejetté , le 27 , la résolution contenant une
instruction pour les assemblées primaires , et ceile
concernant les fonctionnaires suspendus . La résolution
relative au tableau du nombre des députés à
élire par chaque département, a été ensuite approuvée
sans difficulté.
Le Directoire exécutif envoie au conseil des Cinqcents
, le 29 , 66 liasses de pieces relatives aux troubles
que les prêtres élevent dans les départemens.
Elles sont renvoyées à la commission existante.
A ce paquet est joint un rapport du commissaire
du Directoire près le département de 1 Eure . Après avoir cité les manoeuvres
, à l'aide désquelles
un réfractaire a soulevé tous les ouvriers de son canton
, a fait déserter les atteliers , et fait en public
l'apothéose de Louis le dernier ; il ajoute que le
conseil des Cinq- cents est coupable d'une bien grande
insouciance , puisqu'il ne s'occupe pas des moyens
de repression de ces abus , et il demande au Directoire
quelle conduite il doit tenir.
Rouyer et Duprat s'étonnent que le Directoire
transmette un rapport dans lequel un de ses commissaires
se permet d'avilir la représentation nationale.
*
Boissy - d'Anglas demande qu'il soit fait un message
au Directoire pour savoir quelles mesures il a prises
contre celui qui est désigné dans le rapport de son
commissaire , parce que , quoi qu'on en dise , il existe
des lois suffisantes .
Le conseil arrête que sa commission lui fera son
rapport demain.
23 24
Le message demandé par Boissy- d'Anglas aura lieu,
malgré l'opposition de certains membres , et entre
auties de Roux ( de la Marne ).
( 245 )
Chassey propose de soumettre les députés calomniateurs
à la jurisdiction des tribunaux de police
correctionnelle qni ne pourraient les condamner
qu'à une amende pécuniaire , qui ne pourrait être
moindre de 1000 liv . , ni excéder 6000 liv .
Un membre demande la question préable , motivée
sur ce que la loi doit être égale pour tous , soit
qu'elle protege ou qu'elle punisse .
Un autre ne veut pas qu'on parle des députés dans
cette loi , parce qu'on n'en a pas parlé dans mille
autres lois . Il demande le renvoi à une commission
chargée de faire un rapport sur les moyens d'appliquer
aux députés toutes les lois de la police correctionnelle
.
Berlier partage cette opinion . Il voudrait que
l'action du plaignant fût ajournée après l'expiration
du mandat du député .
Boissy- d'Anglas voulait que l'on suspendît jusqueslà
la discussion du projet sur la calomnie : mais cette
motion a été écartée .
Les membres formant la commission chargée d'examiner
les procès-verbaux d'élection de Saint - Domingue
, sont : Rouzet , Blad , Isoard , Boissy- d'Anglas
et Dumolard ,
L'ordre du jour du 30 appellant le rapport sur les
prêtres réfractaires , Dubrueil expose que des mesures
que le conseil prendra , dépend l'affermissement de
l'ordre social , qu'il importe donc d'éloigner de cette
discussion toute passion , et de n'y apporter que la
sagesse et la raison. Trop de maux ont déja désolé
la France, sans qu'on rouvre leur source par des déterminations
imprudentes , qui ne feraient qu'aigrir les
esprits et donner peut-être un nouvel aliment au fanatisme
.
Mais en évitant cet écueil , il faut craindre aussi
de tomber dans un autre non moins dangereux . Il
faut mettre un frein aux manoeuvres des prêtres séditieux
, qui cherchent à renverser le gouvernement ;
les punir , non parce qu'ils sont prêtres , mais parce
qu'ils violent les lois . Diverses lois ont été rendues
jusqu'ici , mais par leur excessive rigueur , elles ont
Q3
( 246 )
1
3
manqué le but qu'elles devaient atteindre . Il faut leur
en substituer de plus humaines et de plus justes , qui,
mieux exécutées produiront un effet plus salutaire .
Dubreuil entre dans le développement des principes
qui
ont dirigé la commission dont il est l'organe , et
il termine en présentant d'après ces bases , divers
projets de resolution dont le conseil ordonne l'impression
et l'ajournement.
Noailles , organe d'une commission spéciale , fait
le 21 , un rapport sur les individus portés , même
après leur mort , sur des listes d'émigrés . Il propose
de déclarer que les dispositions de l'article III de la
loi du 26 fioréal , relative aux émigres , ne sont pointapplicables
aux citoyens qui , malgré leur mort légalement
constatée , auraient été portés sur des listes
d'émigrés , et d'autoriser leurs héritiers à se pourvoir.
en restitution des biens de ceux injustement postés
sur cette liste , avant le 1er . vendémiaire , an VI .
Impression , ajournement.
Daunou fait adopter une nouvelle rédaction de
l'instruction aux assemblées primaires et primaires et électorales ,
exempte des vices qui ont fait rejetter la premiere par
le conseil des Anciens .
Un article additionnel , proposé par Dumolard
porte que les assemblées primaires et électorales ne
pourront se livrer , de nuit , à aucune délibération ;
elles pourront cependant terminer les serutins commences.
Riou annonce un message du Directoire , arrivé
avant-hier , et dont le bureau avait oublié de donner
communication au conseil .
Par ce message , le Directoire soumet au conseil
la question de savoir si l'intérêt de la société et de
la République , n'autorise pas , dans certaines circonstances
, à remettre les peines encourues par les
grands coupables , lorsqu'ils feraient connaître leurs
complices et contribueraient , par leurs révélations ,
à empêcher l'effet des complots qui pourraient compromettre
la sûreté de l'Etat . Il declare que , dans la
circonstance actuelle , il est de la plus haute importance
de statuer sur cet ohjet sans le moindre
( 247 )
retard . Renvoi à une commission spéciale , qui fera
son rapport demain .
Le Directoire envoie de nouvelles pieces sur la
conspiration . Dans le nombre est un manifeste de
Puysaye, se disant lieutenant- général des armées du roi
et commandant en chef de la province de Bretagne.
Il y proteste de son zele pour le rétablissement de
la royauté , la ruine de la République qu'il représente
comme se débattant au milieu des angoisses de la
mort , et pour le rétablissement de la religion catholique
, apostolique et romaine . Il promet le pardon
aux sujets égarés de Louis XVIII qui montreront leur
repentir , et en donneront des preuves . Enfin il parle
de la faction d'Orléans et de ses efforts pour porter
sur le trône de France un des fils d'Egalité , comme y
ayant des droits en qualité de descendant d'Henri IV.
Sur le rapport de Lacoste , le conseil des Anciens
a approuvé la resolution portant que les sommes
versées dans les caisses des receveurs des consignations,
seront restituées en mêmes especes qu'elles ont
été reçues .
Marragon a fait , le 29 , le rapport sur la résolution
relative au droit de passe. La commission a admis
le principe qui l'a dictée , la nécessité de pourvoir
à l'entretien des routes , mais elle n'a pas cru qu'elle
dût être adoptée , parce qu'elle fixe des droits insuffisans
déterminés d'après des erreurs de calculs sur
les nouvelles mesures et que les exécutions proposées
deviendraient très- onéreuses .
Le Directoire rappelle au conseil des Cinq-cents
l'invitation qu'il lui a faite d'examiner si dans des
circonstances périlleuses il ne convienndrait pas de
commuer les peines en faveur des coupables qui dévoilant
des complots d'une grande importance, auraient
du moins servi la République par leurs aveux .
On conçoit que cette commutation ne devrait avoir
d'effet qu'après la vérification des déclarations du
condamné ou du prévenu . Le conseil arrête que le
rapport sur cette question lui sera fait demain .
On a repris la discussion sur les postes , et messageries.
Garnier a combattu le projet de la commission
, et voté pour le systême de la ferme.
Q4
( 248 )
Le bureau a été ensuite renouvellé . Laloi est élu
président. Les nouveaux secrétaires sont ; Colombel ,
Desmolins , Bachetot et Eloi .
Chassey fait le rapport annoncé hier sur la commutation
des peines en faveur des coupables qui feraient
des révélations importantes.
Cette mesure dit- il , serait une offense aux principes
républicains , et un renouvellement des lettres
de graces que la royauté avait usurpé la faculté d'a
corder. 7
ac-
Aucune loi chez les peuples anciens ou modernes
n'a créé cette institution monstrueuse , et si nous
consentions à l'établir , même pour quelques instans ,
il serait bien difficile encore , impossible peut-être
de déterminer sagement auquel des pouvoirs constitués
appartiendrait l'exercice d'un droit de cette nature.
La commission est donc d'avis de passer à
l'ordre du jour. Chassey propose ensuite en son nom
privé , un message au Directoire , pour lui demander
des renseignemens précis sur les motifs qui ont provoqué
ce message . Le tout est ajourné .
Le conseil des Anciens a renvoyé à une commission
composée de Creuzé - Latouche, Regnier, Portalis ,
Muraire et Picault , la résolution sur les délits de la
presse . Le scrutin pour le renouvellement du bureau
a donné pour président Poulain- Grandpré ; et pour
secrétaires , Richou , Jevardot - Fonbelle , Mollevaut
et Castillon .
Plusieurs résolutions relatives à des intérêts particuliers
ont été rejettées par le conseil dans ses
séances des 2 et 3.
Bouru, en rappellant les motifs qui ont déterminé
la commission dont il était l'organe , a proposé le
rejet de celle concernant les notaires ; savoir qu'elle
est insuffisante , incomplette et dangereuse , ajoute
qu'elle persiste dans son opinion. Le conseil la
rejette .
1
Daunou fait adopter , le 3 , au conseil des Cinqcents
, un projet de résolution qui détermine le mode
de renouvellement des suppléans du tribunal de cassation
, par les assemblées électorales des départe(
$49 )
mens de la Haute-Loire , Loire- Inférieure , Loiret ,
Lot et Garonne , l'Isere , Maine et Loire , Haute-
Marne , Mayenne , Mont- Blanc et Mont-Terrible .)
Camus soumet à la discussion et le conseil adopte
le projet de résolution qui accorde une indemnité
de 29 liv. par mois , jusqu'au 1er , vendémiaire proschain
, à chacun des éleves actuellement existans des
écoles de santé de Paris , Montpellier et Strasbourg.
Le conseil ajourne un projet de Jean - de - Brie ainsi
conçu :
4
10. La loi du 9 mars 1793 est rapportée.
Les obligations contractées avant la publication
de la présente , et qui sont de la nature de celles
sujettes à la contrainte par corps , y seront assujetties
comme par le passé.
30. A l'avenir, la
droit , à moins qu'ite
par corps aura lieu de
n'existe expresse.
4° . Les débiteurs de fermages et ceux de domaines
nationaux non liquidés , seront contraints , sans qu'il
puisse y avoir de stipulation contraire pour les derniers
...
Thibaudeau présente un projet tendant à faire revivre
ce principe sacré que la confiscation des biens
d'un individu n'a pu être que le résultat d'un jugement
légal. Impression , ajournement.
Villers présente , le 5 , un projet de résolution
relatif à l'importation et à l'exportation des grains .
Il a été adopté sauf rédaction.
On a repris la discussion sur les postes et messageries
. Bezard a demandé la réunion à la poste aux
lettres des postes et messageries , et leur mise en
- ferme intéressée . Dumolard voulait qu'avant de
prendre un parti , on comparât le produit des postes
et messageries sous le ministere de Calonne où elles
étaient en régie , avec celui des années où elles
étaient en ferme , et qu'à cet effet l'on demandât des
renseignemens au Directoire ; mais Delaunay s'est
opposé à cette proposition , parce que ce serait donner
au Directoire l'initiative sur cet objet important.
Le conseil a fermé la discussion, et arrêté en principe
que la poste aux lettres serait conservée en régie , et 4
( 250 )
"
les messageries données en ferme séparément et à
Fenchere . 7
Organe d'une commission , Daunou propose ,
le 25 , et fait adopter le projet suivant : 1º , les assemblées
électorales se tiendront dans les communes øà
siégent les administrations centrales ; 2º. sont exceptés
les départemens suivans . L'assemblée électorale
du Cantal se tiendra à Murat ; celle du Pas- de-Calais ,
à Aire ; celle du Var , à Draguignan .
Doulcet fait le rapport sur les élections de Saint-
Domingue il propose la nullité des opérations
faites par les assemblées primaires. Il les regarde
comme frappées des mêmes vices que celles de
Gayenne , parce que Saint Domingue ne s'est divisé
qu'en trois départemens , tandis que la constitution
én a fait quatre , et que d'ailleurs les cantons n'ont
point été distribués ni divisés en assemblées primaires.
Impression et ajournement.
Le Directoire par un message informe le conseil
qu'il y a cent vingt mille individus inserits sur des
listes d'émigrés , dont quinze mille en réclamation ;
que quatre mille cinq cents seulement insistent sur
leur radiation , qu'elle est effectuée pourquinze cents,
ensorte qu'il reste à prononcer sur trois mille ; mais
que cette opération sera désormais beaucoup moins,
lente , attendu que le Directoite a reçules renseignemens
nécessaires .
Par un second message , le Directoire annonce que
d'après les dernieres nouvelles reçues , la situation
de Saint- Domingue est rassurante . )
Le conseil des Anciens , sur la motion de Lacuée ,
renvoie , le 4 , à l'examen d'une commission composée
de Tronchet , Lanjuinais , Lacuée , Regnier et
Goupilleau , la question de savoir si la constitution
autorise les deux sections du Corps législatif à témoigner
sa satisfaction sur un fait , sans le concours
de l'autre conseil . Elle paraît d'autant plus importante
, que le droit d'appel à la barre suppose le
droit de distribuer la censure . aussi bien que les
éloges ; et comme il serait possible que les deux
conseils se contredisent quelquefois , s'ils pouvaient
羞
( 251 )
exprimer isolément leur opinion sur le même fait ,
il est essentiel de prévenir cet inconvénient.
Le conseil a approuvé , le 5 , 1º . la résolution relative
à l'emprunt forcé ; 2 ° . celle concernant l'instruction
pour les assemblées primaires , communales et
électorales ; 3°. celle sur le renouvellement des membres
du tribunal de cassation , et leur paiement.
PARIS. Nonidig ventose , l'an 5º , de la République.
A
Il parait que l'instruction du procès de Lavilleurnois
Brottier , Dunan et consorts , répand la plus grande inquié
tude parmi ceux qui craignent l'éclaircissement de cette cons
piration. On se rappelle que lors de l'arrestation de Dunan
qui parait être un personnage de haute importance
hommes armés avaient cherche à le délivrer. Depuis lors des
personnes se sont présentées au Temple , munies d'un faux
ordre , signé du ministre de la police, pour faire sortir les prisonniers
; la fausseté de l'ordre a été reconnue. Enfin ,
vient d'arrêter 60 personnes armées , dans le quartier du
Temple, qui se proposaient de tenter un coup de main pour
faire évader les prisonniers. Treize prévenus de complicité
dans la conspiration de Lavilleurnois , ont été transférés au
Temple; savoir , sept hommes et six femmes , parmi lesquelles
on cite mademoiselle de Boisguerin , ci-devant chanoinesse.
on
On mande de Mayenne qu'un nommé Chauveau qui avait
tenté de corrompre des grenadiers , et de les enrôler pour
l'armée royale et catholique , a été arrêté. Ce sont les grenadiers
eux-mêmes qui ont dénoncé le complot . On a saisi les
papiers de Chauveau , et l'on assure que ces enrôlemeus
étaient liés à la conspiration de Lavilleurnois .
Cependant M. de Puysaye , qui venait de répandre un manifeste
pour soulever de nouveau les habitans de la Vendée ,
a été arrêté à Laval avec plusieurs de ses complices . On s'est
saisi de ses papiers qui ont été envoyés au Directoire . On dit
qu'on le conduit à Paris .
Le fen a pris dans la maison d'un chandellier , rue Saint-
Honoré près St. Roch. Les flammes se sont communiquées
rapidement de la cave au grenier , et ont rempli l'escalier
avant que les habitans aient pu en sortir . Malgré la promptitude
des secours , plusieurs personnes ont péri dans cet in-
1
( 252 )
Y
cendie, entr'autres un grenadier du Corps législatif qui, après
avoir sauvé deux enfans , a été enseveli sous les décombres
d'un plancher , au moment où il allait en sauver un troisieme.
Les grenadiers et les pompiers se sont distingués par leur zele
et leur intrépidité ordinaires ..
9 Louvet , auteur de la Sentinelle a été condamné par le
tribunal civil , à 500 liv. de dommages -intérêts envers Isidore
Langlois , avec impression et affiche du jugement qui déclare
calomnieuses des imputations faites dans le journal de Louvet;
il existe donc des lois qui répriment la calomnie ? Seront-elles
appliquées aux écrivains de tous les partis ?
Charlier , membre du conseil des Anciens , s'est brûlé
la cervelle dans la nuit du 5 au 6 de ce mois . On s'était
apperçu , depuis quelque tems , qu'il avait la tête absolument
aliénée . Il était allé , à une heure du matin , chez le ministre
de la police ; et n'ayant pu parler qu'au cit. Dossonville ,
l'un des principaux employés , il lui dit que sa maison était
environnée de gens qui voulaient l'arrêter , quoique tout fût
tranquille autour de sa demeure ; il prononça souvent les
mots de conspiration ; on tâcha vainement de le rassurer .
De retour chez lui , il se tira un coup de pistolet. Charlier
avait été de la Convention , et avait siégé sur la montagne .
ne lira pas sans intérêt la lettre suivante que le malheureux
Salle ecrivit à sa femme , au moment où il allait périr ,
victime de la proscription du 31 mai . C'est une piece historique
à ajouter à celles qui sont relatives à cette époque de la
révolution .
On 1
Copie de la lettre écrite par Salle , représentant du peuple , à -
son épouse , au moment de son exécution . Bordeaux , le
30 prairial , an 11.
Quand tu recevras cette lettre , ma bonne amie , je ne
vivrai ..... que dans la mémoire des hommes qui m'aiment.
Quelle charge je te laisse ! trois enfans , et rien pour les
élever ! cependant , console- toi , je ne serai pas mort sans
t'avoir plaint , sans avoir espéré dans ton courage ; et c'est
une de mes consolations de penser que tu voudras bien
vivre à cause de ton innocente famille. Mon amie , je connais
ta sensibilité ; j'aime à croire que tu donneras des pleurs
ameres à la mémoire d'un homme qui voulait te rendre
heureuse , qui faisait son principal plaisir de l'éducation de
ses deux fils et de sa fille chérie . Mais pourrais - tu négliger
de songer que ta seconde pensée leur appartient ! ils sont
privés d'un pere , et ils peuvent du moins , par leurs inno(
253 )
centes caresses , te tenir lieu de celles que je ne puis plus
te donner. Lolotte j'ai tout fait pour me conserver , je
croyais me devoir à toi et sur-tout à mon pays . Il me semblait
que le peuple avait les yeux fascines sur les sentimens.
de ton malheureux mari , qu'il les ouvrirait un jour , et
pourrait apprendre de moi combien ses intérêts métaient
chers ; je croyais devoir vivre aussi pour recueillir , sur le
compte de mes malheureux amis , tous les monumens que
je croyais utiles à leur mémoire ; enfin je devais vivre pour
toi , pour ma famille , pour mes enfans. Le ciel en dispose
autrement. Je meurs sans avoir à me reprocher d'avoir
compromis la sûreté de ma conservation par aucune impru
dence ; ma bonne amie , je meurs tranqu'ille ! J'avais promis
dans ma déclaration à mon département , lors des évenemens
du 31 mai , que je saurais mourir ; au pied de
l'échefaud , je crois pouvoir affirmer que je tiendrai ma promesse.
Mon amie , ne me plains pas ; la mort , à ce qu'il
me semble , n'aura pas pour moi des angoisses bien douloureuses
; j'en ai déja fai l'essai . J'ai été pendant une année
entiere dans des travaux de toute espece ; je n'en ai pas
murmuré ; au moment où l'on m'a saisi , j'ai dix fois présenté
sur mon front un pistolet , qui a trompé mon attente ; je ne
voulais pas être livré vivant. Toutefois j'ai cet avantage d'avoir
bu d'avance tout ce que le calice a d'amer , et il me
senb e que ce moment n'est pas si difficile.
'9
"
Lolotte renferme tes douleurs , et n'inspire à nos
en'ans que des vertus modestes . Il est si difficile de faire
le bien de son pays ! Brutus en poignardant un tyran
Caton en se perçant le sein pour lui échapper , n'ont pas
empêché Rome d'être opprimée . Je crois m'être dévoué
pour le peuple ; si , pour recompense , je reçois la mort ,
j'ai la conscience de mes bonnes intentions ; il est doux
de penser que j'emporte au tombeau ma propre estime ,
et que peut- être un jour l'estime publique me sera rendue. Mon amie si je ne me trompais pas , tu pourrais alors
espérer des moyens suffisans pour élever ta famille. Je te laisse dans la misere quelle douleur pour moi ! et quand
on te laisserait tout ce que je possédais , tu n'aurais pas encore
de pain ; car tu sais , quoi qu'on ait pu dire , que je
n'avais rien. Cependant , Lolotte , que cette considération
ne te jette pas dans le désespoir. Travaille , mon amie
tu le peux ; apprends à tes enfans à travailler , lorsqu'ils seront en âge . O ma chere ! si tu a
pouvais , de cette maniere, éviter d'avoir recours aux étrangers ! Sois , s'il se peut , aussi
fiere que moi ; espere eucore , espere dans celui qui peut
( 254 )
"
tout. Il est ma consolation , au dernier moment. Le genre
humain a reconnu , depuis long-tems , son existence , et
j'ai trop besoin de penser qu'il faut bien que l'ordre existe
quelque part , pour ne pas croire à l'immortalité de mon
ame. Il est grand , juste et bon , ce dieu au tribunal duquel
je vais comparaître ; je lui porte un coeur , sinon exempt
de faiblesse , au moins exempt de crimes et pur d'intention ;
et comme dit si bien Rousseau : qui s'endort dans le sein d'un
pere , n'est pas en souci du réveil .
Baise mes
console ma mere
*
enfans , aime- les , éleve- les , console- toi ,
ma famille ; adieu , adieu pour toujours . ››
Signé , ton bon ami , SALLE.
2
HAUTE- COUR DE JUSTICE . Le 1. ventôse.
Le 29 pluviose , il y avait 21 jurés presens. Un billet
du cit. Jalbert , greffier , les invita nominativement de se
rendre , ce jour à midi , dans la salle qui leur est destinée .
sur
Là , le cit. Paillard , chef du haut-jury , leur donna connaissance
d'une lettre du cit . Gandon , président de la hautecour.
Par cette lettre , le haut-jury était invité à délibérer
la question de savoir , s'il convenait d'ouvrir les debats le
er ventôse , nonobstant l'absence de deux hauts -jurés qui
ont annoncé leur prochaine arrivée .
•
BREAC
Les hauts-jurés ont déclaré que la procédure n'étant nullement
soumise à leur direction , et que l'ouverture des débats
faisant partie de la direction de la procédure , ils ne pouvaient
s'occuper de cet objet.
Le chef du jury a été chargé de rendre cette réponse verbale
au cit. Gandon . Cette premiere opération du jury est un
hommage rendu aux principes .
La séance du 1er . ventôse, s'est ouverte par la prestation du
sérment des deux huissiers nouvellement nommes .
Le cit . Vieillard a annoncé l'arrivée du haut - juré des
Hautes-Alpes , le cit. Marchon . Leur nombre , y compris les
suppléans , se trouvant de 22 , il a requis pour le lendemain
l'ouverture des débats . Jou
que
Le tribunal , considérant que son jugement du 25 pluviose
fixe l'ouverture des débats au 1er, ventôse ; considérant
le nombre des jurés presens lui donne les moyens de commencer
son travail avec certitude , continue sa séance à demain
2 ventôse , pour l'ouverture des débats .
La haute- cour de justice , séante à Vendôme , a tenu sa premiere
audience le 2 de ce mois . Les débats ont été ouverst ,
et Baboeuf a parlé pendant l'espace de trois heures . Son discours
n'a eu pour but que de faire naître des incidens propres
( 255 )
à prolonger l'affaire et à reculer le jugement. Il a cherché
dans les lois existantes , tous les moyens qui pouvaient favoriser
ses prétentions . Il a principalement insisté sur la communication
générale des pieces à chaque prévenu en particulier
, et on a calculé que plusieurs presses , toujours agissantes
, ne pourraient y suffire dans l'espace d'un an . Au milieu
de la loquacité et de linsignifiance de sa défense , ou
Vouvait un homme qui a de grandes ressources dans son esprit
, et une grande energie dans ses conceptions .
Pendant toute la durée de l'audience , Antonelle s'est comporté
avec la plus grande décence , et Amar avec une politesse
étudiée qu'il était impossible de ne pas remarquer.
Au moment où les jurés ont prêté serment devant les juges,
le cit. Agier , nommé suppléant , a dit : Qu'ayant été inscrit
par les prévenus sur une liste de prescription , il devait se
recuser, et s'abstenir de prononcer dans leur jugement.
La haute-cour n'ayant pas cru devoir admettre son excuse,
tous les prévenus se sont levés à la fois , et ont demandé avec
véhémence sa radiation de la liste du jury.
Germain a crié avec fureur , à un écrivain qui prenait des
notes , de ne pas oublier cette circonstance , et de la consigner
dans son journal.
Amar a complimenté le cit. Agier , du ton le plus affectueux
, et lui a adressé les paroles les plus obligeantes sur sa
délicatesse , dont il venait de donner un témoignage si écla
tant.
Quelques prévenus se sont immiscés dans une querelle qui
a eu lieu entre un soldat de la garde et un particulier. Ils se
sont écries : Qu'il était horrible que l'on voulût chasser les
sans-culot s du lieu du jugement.
Germain's'est comporté en homme furieux , et on assure
que ses co- accusés lui en ont fait des plaintes graves , au moment
de leur rentrée dans la prison .
L'audience terminée , les prévenus ont entonné l'Hymne
des Marseillais ; la gravité de leur accusation , ce chant de
victoire , leur contenance ferme et assurée , tout ce spectacle
frappait les esprits d'étonnement et de terreur.
NOUVELLES OFFICIELLES.
ARMÉE D'ITALIE, Le général en chef de l'armée d'Italie , az
Directoire exécutif. Ancône , le 22 pluviose , an V.
Citoyens directeurs , nous avons conquis en peu de jours
la Romagne , le duché d’U bin et la Marche d'Ancône . Nous
avons fait à Ancône 1200 prisonniers de l'armée du pape; ils
t
( 356 )
s'étaient postés habilement sur des hauteurs en avant d'Àncône.
Le général Victor les a enveloppés , et les a tous pris ,
sans- tirer un coup de fusil . L'empereur venait d'envoyer au
pape 3000 très -beaux fusils , que nous avons trouvés dans la
forteresse d'Ancône , avec près de 120 pieces de canon de
gros calibre . Une cinquantaine d'officiers que nous avons fait
prisonniers ont été renvoyés , avec le serment de ne plus
servir le pape . La ville d'Ancône est le seul port qui existe .
depuis Venise , sur l'Adriatique ; il est , sous tous les points.
de vue , très-essentiel pour notre correspondance de Constantinople
; en 24 heures , on va d'ici en Macédoine. Aucun
gouvernement n'est aussi méprisé , par les peuples mêmes
qui lui obéissaient , que celui d'ici . Au premier sentiment
de frayeur que cause l'entrée d'une armée ennemie , a succédé
la joie d'être délivré du plus ridicule des gouver
nemens .
Le 22 , à six heures du soir.
C
P. S. Nous sommes maîtres de Notre-Dame de Lorette,
Signé , BUONAPARTE.
Idem. Au quartier-général d'Ancône , le 23 pluviôse , an V.
Citoyens directeurs , vous trouverez ci -joint la capitulation
de Mantoue ; nos troupes ont occupé la citadelle le 15 ,
et aujourd'hui la vile est entierement évacuée par les Autrichiens.
Je vous enverrai les inventaires de l'artillerie et
du génie , et la revue de la garnison , dès l'instant qu'ils
me seront parvenns . C'est le général Serrurier qui a assiégé
la premiere fois Mantoue ; le général Kilmaine , qui a établi
le deuxieme blocus , a renda de grands services ; c'est lui
qui a ordonné que l'on fortifiât Saint- Georges , qui nous a
SL bien servi depuis . La garnison de Mantoue a mangé 5000
chevaux , ce qui fait que nous en avons fort peu trouvé. Je
pus demande le grade de général de brigade pour le cit
Chasseloup , commandant du génie de l'armée . Il a assiégé
le château de Milan , la ville de Mantoue , et on en était
déja aux batteries de brêche , lorsque j'ordonnai qu'on levât
le siége , il a , dans cette campagne , fait fortifier Peschiera ,
Legnago et Pizzighitonne. Je vous demande le grade de
chef de brigage pour les cit . Samson Maubert ; its l'ont
mérité en rendant des services dans plus de 40 combats ,
et faisant des reconnaissances dangereuses et utiles . Je vous
ai demandé le grade de général de division d artillerie pour
le général Lespinasse. Je vous prie aussi d'employer le général
Dommartin dans l'armée d'Italie .
Vous
Signé , BUONAPARTE ,
LENOIR- LAROCHE , Rédacteur .
Jer . 135 .
N. 17.
MERCURE FRANÇAIS .
DÉCADI 20 VENTOSE , l'an cinquieme de la République .
( Vendredi 10 Mars 1797 , vieux style . )
LITTÉRATURE ÉTRANGERE.
Ueber das Kantische princip fur die natur-geschichte , etc.
Sur les principes de Kant en histoire naturelle : Eşsai
touchant la maniere de traiter cette science philosophi
quement ; par le docteur CHRISTOPHE GIRTANNER . Un
volume in-8° , de 422 pages . A Gottingue , 1796.
GIRTANNER
SECOND EXTRAIT.
IRTANNER Y traite d'abord de l'homme , dont
il admet cinq races différentes
1º. La race des hommes blancs, qui se subdivise en
quatre accidens ou variétés , savoir ; les hommes
couleur de chair, ou les Européens ; les jaune- obscur ,
ou les Indiens du Mogol ; les jaune - brun , ou les
Créoles ; les brun- blanc , ou les Maures .
20. La race des hommes noirs , ou des Negres .
3º. La race des hommes jaune olivâtre , ou des
peuples de l'Indostan .
4º. La race des hommes bruns ou des Malais .
5. Enfin , celle des hommes couleur de canelle ,
u des Américains .
( On ne doit pas être fort difficile sur ces divisions
arbitraires ; mais il ne faut pas non plus que les auteurs
y mettent une grande importance ; il ne faut
Tome XXVII. R
( 258 )
pas qu'ils se persuadent que la science est dans des
distinctions , souvent très -frivoles : ce serait croire
connaître le contenu des livres d'une bibliotheque ,
parce qu'on les a mis en ordre d'après leur format
ou d'après leur titre. Les lecteurs éclairés sentent
d'ailleurs combien la classification du disciple de
Kant présente de difficultés , combien les caracteres
qu'il choisit sont incertains et peu précis . )
Mais revenons .
Girtanner traite en particulier de chaque race et
des variétés de la premiere . Il cherche à prouver ,
d'après Hérodotè , que la variété couleur de chair s'est
autrefois étendue au nord - est jusqu'à Kasan ; et il remarque
, d'après Bruce et Shaw , qu'il existe encore
en Afrique une race de descendans des anciens Vendales
dont la chevelure est blonde. Hérodote et de
Guignes lui prêtent des autorités pour tirer l'induction
que les Mogols ne sont pas une race particuliere
, mais qu'ils remóntent pourtant à une très-haute
antiquité. Il fait quelques remarques sur les Créoles
d'Amérique , d'Afrique et d'Asie , comparés les uns
avec les autres .
L'antiquité, plus haute encore sans doute , de la rac
des hommes noirs ou des Negres , est démontrée pa
le témoignage d'Hérodote , et par les monumens des
ruines de Persépolis .
Le même Hérodote , Diodore et Arien attestent
également celle de la race jaune -olivâtre ou des
Indous ; et les Indous d'Europe , c'est- à- dire les
Bohémiens , sont , suivant l'auteur , la preuve vivante
qu'une race , après avoir reçu son empreinte , résiste ,
sous un autre ciel , à toutes les altérations qu'on
( 259 )
suppose le climat capable de lui faire éprouver .
L'auteur a fait des recherches particulieres sur la
maniere dont se sont peuplées les isles de la mer du
Sud . Il établit que les hommes bruns Y sont venus
d'Asie . C'est une opinion que plusieurs écrivains
français ont énoncée depuis long- tems. Le cit . Fleu
rieu , membre de la deuxieme classe de l'Institut ,
vient de l'appuyer des preuves les plus solides dans un
mémoire aussi plein de saine philosophie que savant
etbien écrit . Les rapports des langues, ceux des moeurs
et des usages , les possibilités géographiques de communication
, tout est discuté , approfondi ; tout concourt
à fortifier la conclusion de l'auteur, qui porte un
toutautre caractere que ll'assertion vague de Girtanner.
Suivant celui -ci , les Negres ont passé de la nouvelle
Hollande dans ces mêmes isles de la mer du
Sud , ils s'y sont répandus , comme les Malais , de
proche en proche . Il trouve la raison pour laquelle
ils ont gagné plus avant du côté du nord et nordouest
, que de celui de l'est , dans la mauvaise construction
de leurs bateaux , et dans leur ignorance de
la navigation , qui ne leur ont pas permis de surmonter
les vens du Rhombe d'est , lesquels soufflent
constamment sur cette grande mer. Mais ce n'est - là
qu'une hypothese , une suite de simples conjectures.
Relativement à la maniere dont l'Amérique s'est
peuplée , Girtanner adopte l'opinion de Kant : il reconnaît
les Américains pour des Mogols d'origine.
Dans les tems anciens , la pointe de l'Amérique tenait
au nord de l'Asie ; de maniere que le cap de
Tschukotskoy et celui du prince de Galles ne faisaient
qu'une seule et même terre. Par l'effet d'une grande
R 2
( 260 )
révolution du globe , qui fut sans doutè un déluge ( 1 ),
plusieurs peuples des régions méridionales de l'Asie ,
se trouverent forcés , ainsi que les animaux , de se
réfugier ou plutôt de se précipiter vers le nord. L'inondation
paraît avoir gagné par degrés et de plus
en plus de ce côté : il est même vraisemblable qu'elle
y a formé dans l'intérieur des terres , une mer dont
les grandes cristallisations salines et les vastes déserts
sablonneux nous offrent encore les traces .-Les hommes
blancs qui se trouvent en Amérique entre le 40º. ét
le 46. dégré de latitude nord , sont considérés , par
l'auteur , comme les restes d'une colonie de Normans
qui dans le onzieme siecle , alla s'établir dans cette
partie du nouveau monde ; et les bisons , ou boeufs
sauvages à Bosse , qu'on y rencontre également
comme les descendans des bêtes à cornes que ces
Européens y transporterent avec eux.
Dans toutes les especes d'animaux la chaleur naturelle
, propre à chaque race , est toujours en rapport
avec la température du climat , auquel la nature les
destine; et ces rapports ne changent jamais.-On n'entend
pas du tout ce que l'auteur a voulu dire par-là .
Chaque animal a son dégré de chaleur qui reste le
même à toutes les températures. Il est vrai que la
quantité qui s'en produit n'est pas la même dans les
différentes especes , ce qui fait qu'elles en peuvent
avoir trop ou trop peu pour vivre commodément , et
même pour exister sous certaines latitudes . Tantôt l'air
froid en enleve plus qu'il ne s'en reforme ; tantôt il
s'en forme plus que l'air chaud ne peut en enlever .
(1) C'est Girtanner qui l'affirme ; ce n'est pas nous .
( 261 )
Dans les deux cas , l'animal périt ou languit. Voilà
le vrai , et le voilà énoncé sans tout ce galimathias
d'harmonies . Les objets qui se rapportent ne sont faits
l'un pour l'autre , que comme le bon vin et le café de
Moka pour l'estomac qu'ils raniment.
Girtanner combat ensuite l'opinion de Buffon qui
pense que la couleur des différentes races d'hommes.
est l'ouvrage du climat : mais les observations et les
expériences nécessaires pour décider la question n'ont
pas été faites encore ; elle reste donc indécise ,
La grosseur des animaux , continue l'auteur , dépend
principalement du climat. Il n'en est pas de
même de celle des hommes on peut citer pour
.preuve , ces Negres géans dont parle Hérodote , les
quels étaient certainement les plus grands de tous
les hommes connus alors . Girtanner parle fort en
détail de la couleur des corps organisés. Il adopte
l'explication de Blumenbach , et la développe , Le
vernis luisant de la peau tient à l'excès d'acide , à
la supersaturation de matiere acidifiante, dite oxygene
par les chymistes français : la teinte noire , à la supersaturation
de bâse du charbon ou de carbone. ( Que
de conjectures vagues et hasardées ! )
ཝཱ
L'influence du climat , celle de la nourriture , celle
de l'éducation sont traitées avec plus de détail encore
: les circonstances des variétés qui se présentent
dans l'espece humaine sont rassemblées avec soin .
Il n'est pas invraisemblable , d'après le témoignage
de Ritschkow et de Falk , que dans le Turquestan, on
trouve des hommes qui ont une véritable queue ; il
paraît même qu'on en a découvert à Borneo et à
Sumatra , qui présentaient le même caractere..
R
( 262 )
Le orang- outang appartient à l'espece du singe : ce
n'est point une race d'hommes .
•
Il faut chercher le berceau de l'espece humaine
sur le plateau exhaussé de l'Asie , au pied des mon
tagnes de Kachemire . De- là viennent les plus grands "
fleuves de cette partie du monde ; la plus grande
élévation habitable de notre globe s'y trouve placée
entre le 32º . et le 50 ° . dégré de latitude , et depuis
le 95. jusqu'au 125. de longitude : là , vivent dans
l'état sauvage , les animaux que l'homme a rendus
domestiques , et croissent les plantes qu'il a perfectionnées
les premieres par la culture : c'est-là que ,
sous le ciel le plus doux , il a pu , sans beaucoup de
peine , élever et nourrir de nombreux troupeaux ,
se mettre à l'abri des injures du tems , et durant des
nuits sereines et douces , observer les nombreuses
étoiles dont le ciel est peuplé. ( Cette opinion n'est
pas à beaucoup près neuve . Plusieurs antiquaires et
naturalistes français l'ont établie sur de bonnes observations
et sur les plus fortes probabilités. )
Ainsi , l'art d'élever les animaux , et la connaissance
des astres qui paraissent de la même antiquité
que le genre humain lui-même , sont nés en Asie .
Le véritable type originel de l'espece ne se trouve
peut-être aujourd'hui nulle part ; cependant on peut
présumes que l'homme blanc-brun est celui qui s'en
rapproche le plus .
Parmi les races d'animaux à mammelles , l'auteur
choisit le cheval , le cochon , le boeuf, le cerf, le
chameau , le chien , le lièvre et le chat : il parle de
chacun en particulier. Il est tenté d'admettre que
tous les animaux à cornes , la giraffe exceptée , appar(
263 )
tiennent à une tige commune. La brebis et la chevre
viennent certainement de la même , puisque les deux
races peuvent se mêler et produire. La chevre et
l'antilope paraissent si semblables , que leur faculté
d'engendrer , en se réunissant , doit être supposée d'avance
( 1 ) , en attendant que l'expérience prouve le
contraire ; l'antilope et le chevreuil , le chevreuil et
la chevre ne sont plus distincts l'un de l'autre ; le
chevreuil et le cerf , le cerf et la chevre sont trèsvoisins
; le boeuf et le cerf se touchent la giraffe
seule fait donc une véritable espece à part.
(Il paraît , d'après les observations les plus récentes ,
que les excroissances frontales de la giraffe ne sont
pas de véritables cornes : ainsi , ce n'est pas là ce qui
peut contrarier la conjecture de l'auteur. Mais il est
difficile de l'accorder avec la regle qu'il établit cidessus
; savoir , que les especes et les races restent
toujours les mêmes , sans que le climat , ni les autres
causes accidentelles puissent les altérer. Comment ,
dans cette hypothese , a - t -il pú provenir , d'une
seule et même tige , des especes et des races qui
different par tant de caracteres essentiels ? )
Parmi les oiseaux , l'espece des pinsons et ses différens
métis , sont traités particulierement et avec
étendue .
La division des plantes est aussi fort détaillée .
L'auteur soutient , avec Beckmann , que le tabac n'est
point une plante indigene d'Amérique , mais qu'elle
( 1 ) En histoire naturelle , rien ne doit être supposé d'avance :
c'est ici pourtant , j'en conviens , une conjecture bien vraisemblable.
R
( 264 )
y fut jadis transplantée d'Asie ; et que l'usage de
fumer est originairement un usage asiatique . ( Tout
cela demandait des preuves , que les faits ne fournissent
pas. Ce ne sont encore ici que des conjec
tures.)
Après quelques remarques générales sur la végétation
, sur le développement des plantes , et sur la
nature de celles qui se trouvent dans les îles de la
iner du Sud , l'auteur cherche à démontrer la néces
sité des insectes pour la fructification des végétaux ;
et il se sert , pour cela , des observations de Sprengel .
Il tâche aussi de faire voir , d'après les expériences
de Kolreuter , dont il donne un court apperçu ,
qu'entre la génération des animaux et celle des plan
tes , l'analogie est complette . Car , de même que
l'homme blanc produit , avec le negre , le mulâtre ;
avec le mulâtre , le tierceron ; avec le tierceron , le
quarteron ; avec le quarteron , le quinteron ; enfin ,
avec le quinteron , un homme entierement blanc
qui ne conserve plus aucune trace du negre , l'un de
ses deux premiers ancêtres : de même , d'après Kolteuter
, le tabac dit nicotiana rustica produit , avec celui
qui porte le nom de nicotiana paniculata , un métis
ou mulâtre ; la nicotiana paniculata avec ce métis .
un tierceron ; avec le tierceron , un quarterón ; avec
le quarteron , un quinteron ; et enfin , une véritable
nicotiana paniculata , qui ne conserve plus aucun vestige
de ce que la nicotiana rustica avait porté dans le
mélange .
Dans un appendice , Girtanner parle assez longuement
des Caraïbes noirs de l'île de Saint - Vincent ,
lesquels , selon lui , sont de vrais métis , issus des
( 265 )
anciens habitans de l'île , les Caraïbes rouges , et
des negres africains , que les barbares d'Europe y ont
traînés. Le gouvernement anglais a , dans ces derniers
tems , donné l'ordre d'enlever tous les individus de
cette race indomptable , et de les conduire à l'île
de Rattan , dans la baie d'Honduras . Mais il est fort
douteux que cet ordre puisse être mis à exécution.
Les Caraïbes noirs ont déja été plusieurs fois battus
par les Anglais ; mais on n'a jamais pu les réduire
sous le joug.
Nous avons cru devoir peser un peu sur cet ouvrage
de Girtanner. Il métite certainement l'attention
des savans , par l'importance de son objet , par
le nom de l'auteur , et sur- tout par celui du philosophe
célebre , dont on nous annonce qu'il developpe
les principes en histoire naturelle. Quoique sa
lecture nous ait fourni un assez grand nombre d'observations
, on doit voir qu'elle pouvait nous en
fournir encore davantage . On voit facilement aussi
qu'il n'y a là rien de neuf , et que les vues partielles
dont ces principes sont appuyés , ne peuvent pas
toujours être regardées comme bien solides et bien
saines.
2
POLITIQUE. CONSTITUTION.
Aux Assemblées primaires et électorales.
SUR LES ÉLECTIONS DE GERMINAL.
FRANÇAIS , le moment approche où vous allez
exercer votre souveraineté . Des bons ou mauvais
) 266 )
choix que vous allez faire vont dépendre les destinées
de la République. Beaucoup de gens s'empres
seront , et peut- être se sont empressés , de préparer
vos suffrages , selon l'intérêt et les passions qui les
animent ; n'écoutez , que les conseils de la raison , de
votre intérêt , de l'intérêt de tous , de l'intérêt de la
République.swat
Qui de vous , dans le cours d'une révolution si
grande , mais si terrible , n'a pas eu à se plaindre ,
ou des hommes , ou des choses ? Qui n'a pas à faire ,
sur l'autel de la Patrie , le sacrifice d'un ressentiment
ou d'une injustice , de ses regrets ou de ses larmes ?
Mais le passé fut-il jamais au pouvoir des hommes ?
C'est dans votre situation présente , c'est dans le
besoin que nous avons tous de l'améliorer , que vous
devez chercher tous les motifs qui doivent vous diriger
dans votre conduite palitique .
Après avoir été jetté d'écucils en écueils , battu
par les tempêtes , le vaisseau de l'État a été enfin
attaché à la constitution républicaine de l'an III .
Cette constitution compte déja six mois d'existence
de plus que celle de 91 ; mais elle a un demi - siecle ,
si on la mesure par sa force et par la grandeur des
événemens qui l'ont illustrée dans une si courte
durée.
Des armées par- tout , triomphantes , des victoires
que la renommée n'a plus le tems de nombrer , la ›
ligue la plus formidable dissoute , des paix glorieuses ,
des alliances utiles , la guerre civile étouffée , l'agriculture
florissante , l'ordre public s'affermissant par
tout malgré les complots , et les efforts de ses ennemis
voilà les prodiges que la France a montrés à
( 267 )
l'Europe étonnée ; et res prodiges , c'est la Répu
blique qui les a enfantés . Sous quelle autre forme
de gouvernement aurait-elle déployé tant de puissance
et acquis tant de gloire ? Quel heureux et
brillant avenir lui promettent ses premieres destinées.
!
Français qui de vous n'a pas tressailli , et de
joie et d'orgueil , au récit de tant d'exploits héroïques
? qui n'a pas été associé au triomphe de nos
guerriers , par la gloire d'un fils , d'un frere , d'un
parent , d'un ami ? On ose vous parler de royalisme !
Eh ! pour quel roi consentiriez - vous à flétrir tant
de lauriers , et à sacrifier de si cheres espérances ? Serait-
ce pour le roi des émigrés ? pour ce prétendant
qui n'a pu supporter les premiers rayons de la liberté ,
à une époque où ces rayons brillaient d'un éclat
pur et serein ? qui n'a pas osé se montrer à la tête
de ceux qui combattaient pour son parti , jouet de
la coalition qui feignait de le servir , et qui , dans
ses proclamations insensées , si elles n'étaient ridicules
, dans les plans de ses émissaires conspirateurs ,
après vous avoir donné la Vendée , vous promet la
servitude et des vengeances ?
Serait-ce pour un d'Orléans , dont le nom a servi
et sert encore de ralliement à un parti justement
abhorré , et qui n'aura pas assez d'une vie entiere
consacrée à la vertu pour faire oublier les crimes de
son pere ? serait- ce pour un prince d'une dynastie
étrangere ? Eh ! où en trouveriez - vous qui n'eût pas
à vous faire expier les principes de votre révolution
et la terreur des trônes ébranlés ? quelle monarchie
vous conviendrait , aujourd'hui que la liberté et l'é-
A
( 268 )
1
galité sont devenues la vie de chaque citoyen et
l'héritage de vos enfans ! Non , vous ne pouvez plus
faire un pas en arriere , sans souiller la gloire de nos
héros , sans perdre le fruit de tant d'épreuves et de
constance , et replonger la France dans les horreurs
d'une nouvelle révolution . Ce n'est pas au milieu
de nouveaux déchiremens et des fureurs des discordes
civiles , que nos finances peuvent se rétablir ,
que le crédit et la confiance peuvent renaître , que
le sort des rentiers peut s'améliorer , que tant de
mécontentemens s'adouciront , que tant de maux
peuvent se réparer.
Qu'ils connaissent mal leurs intérêts , les intérêts
de leur Patrie , ces insensés qui font des voeux pour
le renversement de la République , ou qui osent
conspirer contre son gouvernement ! tant de complots
avortés ou punis , ne les ont-ils pas convaincus
de leur impuissance ? L'arbre de la liberté a poussé
sur notre sol de trop profondes racines pour it e
jamais ébranlé ; ses branches s'étendent dėją , et
couvrent des contrées voisines de leur ombre tutélaire.
Voyez l'Italie , affranchie par les mains de la
victoire , évoquer l'ombre des Scipion et des Émile ,
relever le Capitole , et y replacer la statue de l'indépendance
que dix-huit siecles de tyrannie ou de
superstition avaient abattue . Ces principes libéraux
que n'ont pu détruire les armées de tant de rois ,
sont destinés , par la force irrésistible de leur évidence
, à briser un jour les fers de tous les peuples ;
et si la liberté s'exilait un instant du milieu de vous ,
elle vous reviendrait des contrées heureuses qui l'au
raient accueillie .
( 269 )
1
A Dieu ne plaise que vous alliez porter chez des
nations paisibles l'étendard sanglant des révolutions ;
ces maximes ne sont plus les vôtres ; la liberté doit
être le prix de l'instruction , de l'expérience , et surtout
de la volonté . Mais votre exemple ne sera
perdu , ni pour les rois , ni pour les peuples . Vous
aurez forcé les rois à être justes , s'ils veulent conserver
leur pouvoir , et les peuples vous devront ,
pour quelque tems encore , des lois plus sages et un
gouvernement meilleur.
>
Si les principes de notre révolution ont produït
chez les autres peuples des effets aussi salutaires , les
laisserez-vous , ces principes , périr au milieu de vous,
et n'aurez-vous pas , pour la conservation du gouvernement
dont vous jouissez , et que vous envient
les nations étrangeres , le même zele et la même ardeur
qu'elles mettent à se l'approprier ?
*
*** Confiez donc le dépôt de votre constitution à des
représentans qui sachent le conserver et le défendre :
raais pour le défendre et le conserver , il faut lui
vouer un culte pur et sans réserve . Point de ces faux
amis qui , sous les dehors d'un zelé apparent , cachent
le dessein secret de la détruire ; vous les reconnaîtrez
aisément à leurs discours et à leur conduite équivoques
, à leur indifférence pour le succès et la gloire
de nos armes , à leur empressement à grossir nos
dangers et affaiblir nos ressources , au soin qu'ils
prennent de s'appesantir sans cesse sur les maux de
» la révolution , sur quelques erreurs du Corps législat
f ou du Gouvernement , sans jamais rien louer
de ce qui est bon , de ce qui est utile , de
ce qui est honorable pour la liberté et consolant
pour l'avenir ; à leur affectation à parler toujours de
( 270 )
*
morale , de vertu , de religion , comme si la liberté
était l'ennemie de la religion , de la morale et de
la vertu ; comme si le gouvernement où l'homme
peut le mieux déployer ses facultés et jouir de l'indépendance
de ses opinions , qui a sans cesse en vue
la perfection de l'ordre social , n'était pas fondé sur
les bons sentimens , sur les bonnes actions et sur tous
les rapports moraux établis par la nature .
Les opinions politiques ne peuvent pas mieux se
déguiser que les affections du coeur . L'expérience
d'une révolution qui a eu le tems de montrer les
hommes sous toutes les faces , vous aura appris à
distinguer ceux qui méritent votre confiance .
Pour soutenir la République , il ne faut pas seylement
de bons républicains , il faut encore des
hommes dont les lumieres soient appropriées , aux
besoins de votre situation . L'état de vos finances ne
réclame pas seulement une économie sévere dans
leur emploi , et un ordre exact dans leur organisation
, mais un bon systême d'impôt , un systeme qui
ne nuise ni à la liberté individuelle , ni à l'agriculture
, ni à l'exercice de l'industrie , et qui suffise
néanmoins aux besoins de la République . D'innombrables
lois à revoir , à supprimer , à simplifier, à
accommoder à l'esprit de votre constitution ; des
institutions républicaines à former ; l'éducation publique
à perfectionner ; le commerce et les arts à
favoriser ; toutes les parties de l'administration à
mettre ensemble : tous ces objets appellent des mains
habiles et exercées . Le conseil des Anciens peut
bien rejetter de mauvaises lois ; mais songez que
c'est le conseil des Cinq- cents qui les propose , et
ཝ
3
( 271)
1
que là doivent se trouver tous les élémens de la
législation .
Si les lumieres sont indispensables pour faire de
bonnes lois , c'est la probité et la morale qui dirigent
l'emploi des lumieres. Le tems n'est plus où la qualité
d'honnête homme était un titre de proscription ,
oà l'ignorance en délire et l'exagération des principes
tenaient lieu de patriotisme et absolvaient de tous
les vices et de toutes les immoralités . Les ouragans
ravagent la terre , mais ils ne la fécondent pas .
Pourquoi craindrions - nous de le dire ? l'ignorance
a produit souvent de mauvaises lois ; mais elle n'eut
point ensanglanté la révolution , ni souillé la liberté
de tant d'horreurs , s'il ne se fût rencontré des hommes
encore plus immoraux qu'ignorans .
Placez donc l'intégrité et la vertu à côté du mérite
et de l'instruction. La probité républicaine , c'est
l'amour pur et désintéressé de la chose publique ;
c'est l'esprit conservateur du gouvernement ; c'est
la droiture inaccessible à toutes les faveurs passageres
, à toutes les amorces de l'ambition et de la
cupidité ; c'est le sentiment du juste et de l'honnête ,
ce sentiment qui était empreint si profondément
dans l'ame des Épaminondas , des Phocion , des Ciceron
et des Brutus dans les beaux jours des rẻpubliques
de la Grece et de Rome . Vous avez déja
surpassé ces républiques en grandeur et en courage ;
il vous reste à les égaler en vertu .
- La caution de la moralité de vos représentans :
vous la trouverez dans l'intérêt que donnent la propriété
, l'industrie féconde , le talent actif , l'amour
de l'estime publique , cette propriété de l'opinion à
( 272 )
laquelle les gens de bien attachent tant de prix , et
que cherchent à usurper ceux même qui ne le sont
pas . Écartez , la Patrie vous en conjure , écartez tout
esprit de brigue , de parti , de faction . Les factions !
elles ont déchiré assez long - tems le sein de la République
et recommencé la révolution , Voulez-vous les
étouffer toutes , voulez-vous faire taire et jacobins
et royalistes , et cette nuée d'écrivains qui dépravent
l'esprit public , et ces jongleurs hypocrites , ces charlatans
de dévotion , qui voudraient vous ramener à
la servitude politique par la servitude religieuse ?
Voulez-vous fermer les repaires où se trament tant
de misérables conspirations , ranimer le zele des bons
citoyens et les attacher d'un lien plus fort à votre
gouvernement ? Que vos choix se portent sur les
sinceres amis de la constitution , sur des hommes
probes et éclairés , sur des hommes qui ont su allier
la modération et la justice à la fermeté des principes ,
sur ces patriotes de premiere origine qui n'ont attendu
ni le 31 mai , ni le 9 thermidor , ni le 13 vendémiaire
, ni l'approche des élections , pour aimer
et servir la liberté ; qui ont attaché leur gloire et
leur bonheur à son établissement , et qui l'ont vue
s'élever et prendre un essor plus hardi , avec le ravissement
d'un esprit indépendant et libéral ; qui
n'apperçoivent pas seulement le bonheur de leur
patrie dans la forme de son gouvernement , et sagloire
dans ses triomphes , mais qui , dans l'affermissement
de la révolution française , découvrent l'affranchissement
, et le bonheur futur de l'espece hu
maine . Ah ! croyez qu'il en est encore , qu'il en est
beaucoup de ces hommes étrangers à tous les partis
et dignes de toute votre confiance .
Français !
( 273 )
Français l'acte le plus important que vous allez
remplir , celui duquel vont dépendre les consolations
du passé et les espérances de l'avenir , c'est la composition
des assemblées électorales . Si vous perdez
un instant de vue la conservation du gouvernement
et l'intérêt de la République ; si vous prêtez l'oreille
aux passions et aux intrigues des partis , vous allez
`précipiter la France dans un nouvel abyme . N'avezvous
pas reçu la leçon de l'expérience ? Quand les
démagogues se sont emparés des élections , vous
avez eu des échafauds , la terreur et l'anarchie . Si
les royalistes les maîtrisaient , vous auriez d'autres
excès et toute la fureur des réactions . Mais si le
choix de vos électeurs est dans le sens et l'esprit de
la constitution , ces électeurs vous donneront de.
bons représentans , et ceux- ci ne confierent les rênes
du gouvernement qu'à des mains pures et habiles .
Vos lois en deviendront meilleures , vos magistra
tures seront mieux exercées , et la République marchera
, sans obstacle comme sans secousse , vers la
prospérité et le bonheur. Voilà les bons effets de la
sagesse de vos premieres élections .
Français ! l'Europe est devant vous vos ennemis
et vos amis vous observent , les uns pour vous replonger
dans les fers , et avec vous des nations nombreuses
; les autres , pour vous proclamer leurs libérateurs
et leurs guides, Ah ! soyez- en bien convain-
"
#
l'affermissement de la constitution , la tranquillité
au- dedans , une paix prompte et glorieuse
au dehors , l'amélioration de l'ordre social en ( Europe
, tout est dans les élections de germinal.
1
Tome XXVII.
LENOIR-LAROCHE.
S
( 874 )
"
LITTÉRATURE.
La Sphere , poëme en huit chants ; qui contient les élémens
de la Sphere terrestre avec des principes d'Astronomie
physique , accompagnée de notes , et suivie d'une notice
des poëmes grecs , latins et français , qui traitent de
quelque partie de l'Astronomie , par DOMINIQUE RICARD.
Un volume in -8°. de 500 pages . Prix , broché , 4 liv . ; et
5 liv. 10 sous , franc de port , pour les départemens . On
en a imprimé un petit nombre sur papier vélin , grandraisin
; prix , 12 liv. pour Paris ; et 14 liv . pour les
départemens , port franc. A Paris , chez LECLERE , imprimeur-
libraire , rue Saint- Martin , près la rue aux
Ours . ( 1796. )
ON
PREMIER EXTRAIT.
On s'est étendu sur cette nouveauté plus que
N
sur beaucoup d'autres , et on lui a consacré deux
extraits , parce qu'un poëme , dans notre langue , sur
l'astronomie , d'une certaine étendue , à l'instar d'un
nouvel astre dans le firmament , est un phénomene
dans le monde littéraire , qui inspire de l'intérêt , et
mérite quelque attention. On ne sera donc point
fâché de nous voir revenir deux fois sur ce phénomene
astronomi - poétique ; et saisir cette double
occasion de parler des talens d'un des hommes les
plus estimables de notre littérature .
Le nouveau chantre de l'astronomie en vers , le
cit. Ricard , s'était déja fait connaître avantageusement
, comme prosateur , dans la république des
( 275 )
lettres . Fidele et élégant traducteur des Euvres morales
de Plutarque , accompagnées de notes remplies
d'érudition et de goût ; par cette version , il s'était
déja acquis une célébrité justement méritée .
•
L'histoire de notre poésie française nous offre une
observation digne de remarque ; que dans l'apogée
de sa gloire , sous le regne fécond et brillant de
Louis XIV , le plus grand nombre de nos poëtes
s'adonnerent , et sans fruit , à l'épopée , sur des sujets
héroïques ; et qu'ils n'oserent , Boileau presque seul
excepté , se hasarder sur des objets didactiques . Ce
ne fut qu'après que Boileau , Racine , Corneille , Voltaire
, par une multitude d'expressions hardies , de
tours neufs , de mots trouvés , etc. nous eurent montré
quelles étaient les richesses et les ressources de
la langue française ; qu'après que Moliere , Regnard ,
J.-B. Rousseau , Piron dans sa Métromanie , Gresset
dans son Méchant , eurent prouvé par mille petits
détails difficiles à rendre , même en prose , et supérieurement
exprimés en vers de la maniere la plus
élégante et la plus poétique ; ce ne fut , dis je , que'
d'après ces exemples heureux de difficultés vaincues ,
que nos poëtes plus hardis , abandonnant les sujets
héroïques , oserent s'élancer sur une mér jusqu'alors
peu fréquentée et plus hérissée d'écueils . Malheureusement
, la plupart de nos poëtes qui oserent se
risquer sur cette nouvelle mer , y échouerent . On
pourrait nommer ici un grand nombre de ces poëmes
didactiques , depuis environ quarante ans , presque
tous énumérés et analysés à la fin de nos Almanachs
des Muses , qui n'ont fait que passer , et aujourd'hui
S2
( 276 )
entierement oubliés . Quelques-uns , mais en petit
nombre , plus travaillés que les autres , et plus heureusement
inspirés , se sont montrés avec honneur et
plus d'avantage . Entre ces derniers , on peut citer les
poëmes didactiques de du Resnel , Watelet , Roucher,
le Mierre , Rosset , Saint-Lambert , Fontanes , et quelques
autres . Mais entre tous , le poëte des Jardins e´t
de nos Géorgiques Françaises a su , dans cette lice ,
obtenir les succès les plus brillans et les plus distingués
, à´un dégré auquel il sera difficile à d'autres
de pouvoir atteindre , et qui a laissé bien loin derriere
lui tous ses concurrens .
Une autre considération qui n'est point ici dépla
cée , c'est que les langues grecque , latine , anglaise ,
italienne , et généralement presque toutes , beaucoup
plus flexibles et plus poétiques que la française , se
prêtent mieux aux détails didactiques ; et que dans
ces langues il existe un nombre de très - beaux poëmes
de se genre qui resteront , tandis que la verve et les
talens reconnus d'un grand nombre de nos poëtes
français ont échoué contre de semblables sujets ( 1 ) ,
C'est dans cette carriere effrayante , que le nouveau
chantre de la Sphere ose se montrer . Avant d'entrer
celui
(1) On peut citer , dans la seule langue latine , chez les
modernes , une foule d'excellens poëmes de ce genre ;
de Fracastor ; la Pédotrophie ou la maniere de nourrir et
élever les enfans à la mammelle , par Scevole de Sainte-
Marthe ; l'Art de la Verrerie du pere Brumoi ; les poëmes sur
la Sculpture et la Gravure ; plusieurs sur la Peinture , très- estimables
, et qui feront long- tems les délices des amateurs
d'une belle poésie .
1277 )
en lice , le poëte ne se dissimule point toutes les dif
ficultés qu'il a à surmonter. Il les connaît , il les développe
lui -même dans sa Préface , et elles ne le découragent
point . En effet , “ expliquer le mécha-
" nisme de la sphere , décrire les cercles qui la com-
" posent , et en indiquer les divers usages ; faire
connaître les phases de la lune et ses éclipses , le
» cours du soleil et celui des planettes ; diviser la
" terre en zones , classer les vents , et en marquer les
" différens effets , etc. etc . ,, Quel champ plus ingrat
et plus aride pour notre poésie ? Quels détails plus
difficiles et plus rebelles au mécanisme de la versification
française ? Voilà les difficultés que le poëte
de la Sphere avait à vaincre : on verra qu'il les a heureusement
surmontées .
Chaque chant du nouveau poëme est accompagné
de notes savantes , extraites des meilleurs ouvrages
qui ont traité le même objet , et qui servent à développer
ce qui ne pouvait ou ne devait pas être exprimé
en vers . Le volume est terminé par des extraits
intéressans et bien faits des poëmes grecs , latins et
français , qui n'ont fait qu'effleurer son sujet , ou
plutôt qui n'avaient chanté dans leurs vers que des
parties isolées de l'astronomie . Une critique par-tout
sage , éclairée et pleine de goût , dirige dans ses
jugemens la plume de l'auteur ; et il apprécie à leur
juste valeur , chacun de ces morceaux avec une judícieuse
impartialité . On est surpris que dans cette
derniere énumération , on ne trouve point la belle
ode de l'auteur du poëme de Narcísse ( Malfilatre ) ,
dont le sujet est le Soleil fixe au milieu des Planetes ;
sujet le plus difficile à décrire en vers , et traité de
(
S 3
( 278 )
la maniere la plus chaude , la plus pompeuse et la
plus brillante ; ode qui , dans sa brièveté de six à
huit strophes , vaut seule un long poëme (1).
Nous allons commencer par citer plusieurs frag .
mens pris dans les huit chants du poëme de la Sphere :
ces´morceaux poétiques et bien faits ne pourront
que prévenir en faveur d'un poëte qui mérite de la
( 1 ) Nous croyons faire plaisir à ceux de nos lecteurs qui
ne la connaîtraient point , d'en citer ici une couple de
strophes .
Au milieu d'un vaste fluide
Que la main du Dieu créateur
Versa dans l'abîme du vuide ,
Cet astre unique ( †) est le moteur :
Sur lui-même agité sans cesse ,
Il emporte , il balance , il presse
L'Ether , et les Orbes errans ;
Sans cesse , une force contraire
De cette ondoyante matiere ,
Vers lui repousse les torrens .
Ainsi se forment les orbites
Qui tracent les globes connus :
Ainsi , dans des bornes prescites ,
Volent et Mercure et Venus./´
La Terre suit : Mars , moins rapide ,
D'un air sombre s'avance , et guide
Les pas tardifs de Jupiter :
Et son pere , le vieux Saturne ,
Roule à peine son char nocturne
Sur les bords glacés de l'Ether .
(†) Le Soleil.
( 279 )
reconnaissance. Ils donneront à nos lecteurs une
juste idée de la maniere de l'auteur. Mieux que nous 、
ils leur ferent connaître comment sa muse céleste
ou terrestre , tantôt plane , tantôt s'abaisse , pour
embrasser toute l'étendue d'un sujet qui met à sa
disposition et la terre et les cieux ; sujet aussi vaste
qu'il est fécond et sublime ; mais en même- tems ,
on le répete , aussi difficile et rebelle au mécanisme
de notre versification , que le spectacle des cieux est
imposant et magnifique à l'oeil qui le contemple.
Après ces diverses citations , nous dirons la sensation
que la lecture suivie et entiere de ce poëme
nous a faite , sans prétendre pour cela fixer à cet
égard le jugement du public .
Le poëte de l'Astronomie , parlant des emblêmes
et allégories inventées par les orientaux , adoptées
et embellies par l'imagination des poëtes , puis renouvellées
par plusieurs savans modernes , s'exprime
ainsi :
·
Combien de traits heureux , d'ingénieux emblêmes
Naissent du sein fécond de leurs brillans systêmes !
L'on voit avec transport , dans le livre des cieux ,
L'histoire et les bienfaits de cet art précieux ,
Dont les efforts constans fécondent la nature ,
Et font des vrais trésors la source la plus pure .
Là , ce héros fameux par ses douze travaux ,
Ce demi-Dieu , qui seul dompte tous ses rivaux ,
Est cet astre , le roi de la nature entiere ,
Qui par
les flots dorés de sa vive lumiere`
Eclipse
tous les feux qui brillaient
dans les airs ,
Enfante
des saisons les accidens
divers ;
Et traçant
de son char le cercle de l'anuée
,
S4
( 280 )
Du sage laboureur regle la destinée ;
Lui prescrit chaque mois ses travaux différens ,
Que figuraient du Dieu les emplois éclatans .
Chant IV , page 112.
Voici comment le poëte de la Sphere nous peint
le Soleil parcourant l'écliptique par son mouvement
annuel , et qui s'avance tous lesjours d'un degré vers
F'Orient. Il serait , je pense , difficile d'exprimer d'une
maniere plus poëtique , cette revolution solaire .
Dans ses douzé palais d'immortelle structure ,
Que de sa main puissante a formés la Nature ,
le roi de l'univers , variant son séjour ,
Un mois en chacun d'eux , habite tour- à - tour.
Trente portes d'azur , de leurs voûtes brillantes
Soutiennent les contours . Les Heures diligentes
Les ouvrent au matin' , et chassant le Sommeil
Vont donner aux mortels le signal du réveil .
C'est de - là que Phébus tout brillant de lumiere ,
Chaque jour recommence et finit sa carriere :"
Et chaque jour encór , partant d'un point nouveau ,
Dans un point opposé nous cache son tombeau.
Sans jamais s'écarter de la ligne écliptique
Cerastre constamment poursuit sa marche oblique .
Il lance dans les airs ses rapides rayons ,
Et laisse de son char descendre les Saisons .
Chant VIII , p. 291 .
Le peintre des merveilles des cieux , analyse , dėcompose
, anatomise , si je puis m'exprimer ainsi , les
effets d'un bel arc-en- ciel , et nous explique de la
maniere suivante la théorie de ce phénomene.
Cependant le Soleil a dissipé la nue ,
Et d'un nouvel éclat il brille à notre vue.
, │
( 281 )
Il lance loin de lui , ses flêches dans les airs :
Des globules légers fixent ses traits divers.
Là , tout-à- coup fléchis et brisés dans leur route ,
D'un arc , en se courbant , ils ont tracé la voûte.
Un seul de ses rayons , en sept fils séparé ,
D'autant de feux distincts y paraît coloré' :
Leurs teintes par degrés plus brillantes , moins vives ,
Impriment dans les airs , leurs couleurs primitives
Dont le créateur même a dessiné les traits ,
Qu'il place dans les cieux , comme un gage de paix ,
Quand les vents déchaînés entassant les nuages ,
Semblent nous présager les plus affreux orages .
Chap. VII , p. 247.
L'invention de l'Aérostat , jusqu'ici plus étonnante
qu'unile , n'a pas été omise par le poëte , dont les
airs et la terre sont le domaine . Il commence cette
description par une invocation poétique à Éole , en
faveur de cette nouvelle découverte .
Toi , dont les vents mutins reconnaissent la voix ,
Qui les fais obéir à leurs suprêmes lois ,
Qui d'un sceptre de fer gourmandes leurs caprices ,
Nous les rends , à ton gré , funestes ou propices ;
Daignes de ces mortels seconder les projets ; ,
Commande à tes enfans d'assurer leurs succès :
Que des Autans fougueux l'impétueuse haleine
Sur ce globe léger jamais ne se déchaîne :
Que maîtrisant les airs , un art industrieux
Les guide sûrement au vaste sein des cieux ; .
De l'aurore au couchant , et du midi vers l'Ourse ,
Qu'ils puissent diriger et maintenir leur course .
Comme on voit un vaisseau , protégé par l'aimant ,
Voguer,en liberté sur l'humide élément :
Vains souhaits ! tout trahit des succès éphémeres .
( 282 )
Ce globe , le jouet de tous les vents contraires ,
N'a pu jamais encor qu'étaler à nos yeux
Le spectacle imposant d'un objet merveilleux ;
D'inutiles projets bercer notre espérance ,
Et promener au loin sa mobile inconstance .
Chant VII , p. 251 .
Le poëte instruit de la difficulté pour la peinture
de rendre la beauté des couleurs de la nature ; et
en même tems , pénétré des talens supérieurs de
Vernet dans cette partie , lui adresse cette ingénieuse
apostrophe :
Personne plus que moi , n'admire ton talent.
De l'oeil le plus sévere il force les suffrages ;
Mais aux bornes de l'art , s'arrêtent tes pinceaux ;
Et la Nature seule a vaincu tes tableaux .
Chant VII , p. 246.
On aime , dans les descripsions suivantes , les expressions,
hardies et poétiques qu'on y remarque.
Déja des moissonneurs les nombreuses familles
Entassent les trésors qu'ont coupé leurs faucilles :
Ils reviennent courbés sous l'or de leurs épis .
Et en parlant de la Zone torride
Elle n'offrait par -tout aux pales voyageurs
Qu'un océan de sable , et ses déserts arides .
Ces fragmens sont plus que suffisans pour donner
ane idée générale et avantageuse de la maniere du
poëte de la Sphere . Dans un second article , nous
ferons un résumé général de tout l'ouvrage ; et nous
y joindrons des considérations accessoires , qui allongeraient
trop cet extrait déja assez étendu.
La suite au numéro prochain .
( 283 )
MÉLANGES.
CHANT DE MORT du roi REGNER LODBROG , traduit de
l'ancien danois (1).
REGNER
"
EGNER LODBROG , poëte et fameux guerrier
regnait en Danemarck au commencement du neuvieme
siecle . Après nombre d'exploits et de courses
maritimes dans les pays les plus éloignés , il eut le
malheur de tomber entre les mains d'Ella , roi
d'Écosse , à qui il avait livré une sanglante bataille .
( 1) Cet article nous a été fourni par M. Hwass , jeune Danois,
fils d'un pere très - savant , et déja fort instruit lui -même dans
toutes les parties des sciences physiques et de la littérature . II
nous a fait espérer de nous donner encore différens morceaux
de l'ancienne poésie scandinave : il se propose même
de traduire dans notre langue, tout ce qu'on a pu retrouver de
plus curieux en runique ; et peut-être poussera- t-il ses travaux
dans ce genre , jusqu'à refaire la traduction de l'Edda ,
dont il ne pense pas que l'on ait encore une idée complette.
La connaissance plus approfondie des Runes peut jetter
beaucoup de jour sur les antiquités du nord de l'Europe :
l'on y voit des tableaux , des sentimens , des habitudes ,
un mot , un ensemble de nature physique et morale qui doit
paraître fort singulier aux hommes civilisés de l'époque présente
, et des régions tempérées ; enfin , le philosophe qui
( étudie l'homme ) y trouve bien des sujets de réflexions .
M. Hwass rendra donc un véritable service aux lettres , en
fouillant dans ces anciens monumens de la religion la plu³
fanatique et de la poésie la plus sauvage.
1
(
en
( 284 )
Celui - ci le condamna à périr dans un cachot rempli
de serpens ; et c'est dans les tourmens de cette mort
cruelle , que transporté de l'enthousiasme de la
gloire et du fanatisme de la religion , il composa et
chanta l'Ode dont j'offre ici la traduction.
Ce poëme gothique vraiment curieux , et qui peint
avec énergie les moeurs et la religion des Scandinaves ,
pous a été conservé dans plusieurs chroniques islandaises
. Son langage , son style , sa versification , ne
laissent aucun doute sur son ancienneté. Wormius en
a donné le texte en lettres runiques , avec une traduction
latine et des notes ( 1 ) . Sa traduction est souvent
fort obscure , mais très - exacte , car elle rend le
texte mot pour mot . J'y renvoie ceux qui desirent
connaître cette piece en totalité .
Je n'ai traduit qu'une partie de ce poëme , mais
elle peut servir à donner une idée du reste . Les
mêmes images et les mêmes idées reviennent sans
cesse dans l'original , ce qui joint à l'obscurité qui y
est répandue d'un bout à l'autre , rendrait la traduction
en vers de la totalité inutile , et ennuyeuse pour
la plupart des lecteurs .
Je n'ai pas toujours traduit les strophes entieres ;
je les ai souvent fondues l'une dans l'autre , afin
d'éviter les répétitions , à l'exemple de Mallet qui a
donné une traduction en prose de cette piece , dans
son introduction à l'histoire de Danemarck ( 2) .
(1 ) Voyez Olai Wormii Litteratura runica .
( 2 ) Voyez Mallet , Introd . à l Hist . de Danemarck , seconde
partie , pag. 150 et suiv .
·( 28 )
Cette Ode , dans l'original, est composée de vingtneuf
strophes ; chaque strophe est de dix vers , et
chaque vers de six syllabes . Sa versification nous
fait connaître un genre particulier d'harmonie , ( si
toutefois l'on peut lui donner ce nom ) , qui ne dépend
, ni de la rime , ni de la quantité des syllabes ,
mais de leur nombre et de la disposition des lettres ,
qui retournent régulierement au commencement de
chaque strophe ; ce qui ressemble assez au goût des
acrostiches , que l'on trouve répandu dans les poésies
des Orientaux , et sur- tout des Hébreux . Cette poésie
skaldique ( si je puis m'exprimer ainsi ) est en outre
pleine d'inversions et de transpositions bizarres qui
en rendent souvent la lecture très- difficile . Ceux qui
veulent s'instruire à fond de cette matiere , peuvent
consulter O. Wormius , dans le Supplément à sa Littérature
runique , où ils trouveront que les Shaldes , ou
poëtes scandinaves , employaient jusqu'à 136 - mesures
différentes de vers , dans leurs vüsers , ou chants
héroïques.
L'étude de cette poésie occupait toute la vie d'un
Skalde , et ce n'était qu'avec un génié naturel et un
travail opiniâtre qu'il parvenait à exceller dans son
art. Aussi les Sk.ldes étaient - ils regardés comme des
hommes très nécessaires à l'État . Tous les monumens
historiques du nord sont pleins de témoignages des
honneurs que les peuples et les rois leur rendaient.
On voit dans toutes les chroniques , les rois de Danemarck
, de Norvege et de Suede , accompagnés d'un
ou de plusieurs Skaldes , qu'ils honoraient de leur
confiance , et auxquels ils donnaient les premieres
places dans les festins . Des salles immenses rassem(
286 )
·
blaient les héros , les jours de cérémonie ; c'était là
que les Skaldes chantaient aux sons de la harpe ,
ces chansons guerrieres où ils célébraient le courage
des héros , leur inspiraient le mépris de la mort ,
et décrivaient avec emphase le bonheur des guerriers
dans le palais d'Odin. On ne . faisait aucune expédition
militaire considérable , sans en mener quelques-
uns avec soi . Leurs chants ranimaient le courage
des combattans , et après la victoire ils célébraient
la valeur de ceux qui s'étaient distingués dans
l'action . Un héros ambitionnait souvent la gloire de
tomber dans les combats aux yeux de son Skalde ,
ses derniers regards se tournaient vers lui , et il mourait
content , si le poëte qui devait chanter ses exploits
avait été lé témoin de sa mort. Les Skaldes
étaient les vrais rémunérateurs de la bravoure parmi
les aniens Danois , et beaucoup de guerriers n'entreprenaient
des expéditions périlleuses , que dans l'espoir
d'être loués de leurs Skaldes . Olaf-Tryggeson ,
roi de Norvege , les plaça dans un jour de combat
autour de sa personne , en leur disant avec fierté :
Vous ne chanterez point ce que vous aurez entendu ,
mais ce que vous aurez vu.
Non-seulement les Skaldes étaient honorés et estimės
, mais les chants qu'ils composaient en l'honneur
des rois et des héros leur valaient des présens
considérables ; bien plus ; on leur remettait souvent
la peine des crimes qu'ils avaient commis , à condition
qu'ils demanderaient leur grace en vers . Il nous
reste encore l'ode d'un fameux Skalde , nommé Égill ,
au moyen de laquelle il se racheta d'un meurtre .
Enfin , la poésie était si honorée parmi les anciens
( 287 )
Scandinaves , que la plupart des Skaldes étaient des
hommes de la plus illustre naissance , et que des
princes et des rois même , s'appliquaient très - sérieusement
à cet art. Dans là liste des Skaldes ( Skaldatal
) qui se trouve dans le Supplément de Wormius ,
et qui donne les noms de ceux qui se sont distingués
depuis Regner Lodbrog jusqu'à Valdemar II , on
trouve plus d'une tête couronnée ; et le nombre des
Skaldes célebres se monte à deux cents trente , suivant
le manuscrit islandais dont cette liste est un
extrait.
Le style de la plupart de ces poésies scandinaves
est extrêmement figuré . Les anciens Danois , naturellement
graves et portés à la méditation , avaient
une maniere très-recherchée de rendre leurs pensées .
Leur esprit accoutumé à se recueillir demandait des
objets compliqués , qui lui donnassent une application
vasté et durable . Aussi leurs poésies sont- elles
pleines d'expressions hyperboliques , de comparaisons
sublimes et gigantesques , d'allégories et d'em
blêmes de tous les genres.
Les Skaldes s'étaient fait une langue particuliere ,
dont on ne se servait que pour les vers , on l'appellait
la langue des Ases , c'est-à-dire des Dieux .
Parmi les monumens qui nous sont restés de la
littérature des Skandinaves , se trouve un dictionnaire
poétique ( Skalda ) , à l'usage des poëtes et de
leurs lecteurs . C'est un recueil d'épithetes et de synonymes
tirés des Skaldes les plus célebres ; en un
mot , c'est le gradus ad Parnassum des anciens Danois
. Là se trouve pour chaque idée une expression
poétique , le plus souvent fondée sur quelque fable
1
( 288 )
de l'Edda , ou Mythologie islandaise. On
On y trouve
les mots les plus usités dans leur poésie , et tous les
noms qu'ils donnaient à leurs dieux . On peut juger
de cet ouvrage par les expressions suivantes : Le
ciel est le crâne du géant Ymer ; l'arc - en - ciel , be
pont des dieux ; la mer , le champ des pirates ; la
glace , le plus grand des ponts ; les fleuves , le sang
des vallées ; la terre , le vaisseau qui flotte sur les
âges ; la nuit , le voile des discours ; un combat , la
grêle d'Odin un bain de sang , etc. ( Voyez Edla
Islandica de Resenius , où se trouve le Skalda. ) ·
Il fallait qu'un Skalde connût et sût appliquer
à- propos dans ses poésies , toutes ces expressions
extraordinaires , sublimes et souvent puériles , dont
le nombre et la variété presqu'infinie donnait une
grande difficulté à l'art honorable et lucratif, qu'il
professait...
CHANT DI MORT du roi Regner Lodbrog , traduit de l'ancien
danois.
Nous avons combattu : nos glaives émoussés
Ont engourdi nos bras de carnage lassés ,
Alors que jeune encor , dans les champs de la gloire
J'allai porter la mort et chercher la victoire .
Les bataillons enters , sous mes coups abattus ,
A des loups dévoraus ont servi de pâture :
La mer sanglante au loin roulait son onde impure ,
Et les corbeaux nageaient dans le sang des vaincus .
O plaines d'Helsingie , ô combat mémorable ! ( 1)
Je vous vois , fiers héros , que mon bras redoutable ,
Dans le palais d Odin entassa par milliers ( 2 ) .
Bientôt fendant les flots sur mes vaisseaux rapides ,
Je vis blanchir d'Iffa les rivages arides : (3 )
Le glaive étincelant brisait les boucliers ,
Les casques se heurtaient , et les lances pesantes (4)
Se baignaient dans le sang de leurs hordes tremblantes.
Nous avons combattu , etc. Qui ,
( 289 )
Oui , je vous vois encor , ô rives d'Angleterre l'
Je porte la terreur et la mort dans les rangs ,
Mes dix mille ennemis roulent dans la poussiere ,
Et je marche en vainqueur sur leurs corps expirans .
Le sang ternit l'éclat des brillantes épées ; -
De sang et de sueur nos armes sont trempées ;
Les flêches dans les airs volent én mugissant
Et frappent du guerrier l'armet retentissant .
O combat plein de gloire , ô jour plein d'allégresse ,
Vous valez à mes yeux la plus belle maîtresse .
Nous avons combattu , etc.
Je triomphai le jour où ma lance sanglante.
Envoya chez les morts ce gueriier orgueilleux ,
Ce jeune homme si fier de sa tresse ondoyante ,
Lui , qui semblait un pin sur les monts orageux .
Que ce jour fit verser de pleurs à son amante !
Que ce jour fut pour moi brillant et glorieux !
Tomber dans les combats est le destin d'un brave ( 5 ) ;
Mais mourir sans blessure est la mort d'un esclave .
Nous avons combattu , etc.
Nous naissons dans les camps au bruit guerrier des armes (6) ;
Nos jeux sont les combats , nos plaisirs les alarmes ;
Les cris des combattans , le fracas des coursiers ,
Le sifflement des dards , le choc des boucliers ,
Voilà l'objet des voeux de l'ardente jeunesse ,
C'est par-là qu'un guerrier sait plaire à sa maîtresse.
Nous avons combattu , etc.
Aujourd'hui le Destin renverse mes trophées ;
Quel guerrier a vaincu la puissance des Fées ( 7 ) ?
Je tombe , c'en est fait , c'est le décret du sort.
Ella , rei furieux dont j'éprouve la rage (8) ,
Faible et lâche ennemi , tu me donnes la mort ;
Toi , que je voyais fuir dans les champs du carnage ,
Le jour où culbutant tes bataillons tremblans ,
Je lançai mes vaisseaux dans tes golphes sanglans ;
Ce jour où , pleins de joie , errans sur le rivage ,
Les loups frappaient les airs d'un hurlement sauvage .
Nous avons combattu , etc.
Mon coeur est transporté dé plaisir et d'ivresse ,
Odin ouvre pour moi son palais radieux :
Bientôt , bientôt assis à la table des dieux ,
D'un superbe festin partageant l'allégresse ,
( O destin glorieux , ô sort rempli d'attraits , )
Tome XXVII. T
( 290
J
Dans un crâne ennemi je m'enivre à longs traits !
Valhalla , plaine heureuse à nos guerriers promise (9 ) ,
Dans le camp des héros tù me verras vainqueur :
Vers la salle d'Odin je marche sans terreur ;
Le lâche craint la mort , le brave la méprise .
Nous avons combattu , etc. 3
Mes fils , vous ignorez les tourmens que j'endure ,
Vous ignorez qu'au fond d'une prison obscure
Des serpens venimeux me déchirent le flanc .
Armez , armez vos bras dú fer de la vengeance ,
D'un féroce ennemi détruisez la puissance ,
Remplissez tous ces lieux et d horreur et de sang.
Aslanga daus vos coeurs mit l'ardeur de la guerre ( 10) .
O mes fils , montrez - vous dignes de votre inere !
Nous avons combattu , etc.
En replis tortueux ils roulent , ils s'avancent ,
J'entends autour de moi leurs affreux sifflemens ,
Leurs dards envenimés se dressent et s'élancent ;
Déja , déja je touche à mes derniers momens :
Un serpent dans mon coeur 's introduit et le ronge.
O mes fils , hâtez - vous , et vengez mes tourmens !
Que dans le sang d'Ella votre glaive se plonge !
D'un odieux repos arrachez vos soldats .
Je vois couler le sang , je vois de fiers combats ,
Je vois d'Ella vaincu la fuite et l'épouvante ,
Je vois la mort planer sur la rive fumante !
Nous avons combattu , etc.
Dans cinquante combats , suivis par la victoire ,
J'ai fait briller le ter et fløtter les drapeaux ;
Dans cinquante combats , au comble de ma gloire ,
Mon glaive, s'est rougi dans le sang des héros .
Nourri dans les combats dès ma plus tendre enfance ,
Jamais aucun guerrier n'égala ma vaillance .
Mais je vois approcher les filles du destin ( 11 )
Qui m'ouvrent en chantant la demeure d'Odin.
Je contemple en riant la mort qui m'environne .
Assis au rang des Dieux , des héros et des rois ,
Brillant comine Balder , je monte sur mon trône ( 12) ,
Et je vois l'univers rempli de mes exploits !
Ella des noirs corbeaux est devenu la proie :-
Mes instans sont finis et je meurs plein de joie .
Nous avons combattu , nos glaives émoussés
Out engourdi nos bras de carnage lassés .
Par C. HwASS fils , Danois .
;
( 291 )
NOTES
( 1 ) O plaines d'Helsingie , etc.
L'Helsingie est une province de Suede , sur le golphe
Bothnique.
(2 ) Dans le palais d'Odin , etc.
Le palais d'Odin était situé dans le Valhalla , ou Paradis
des Braves. ( Voyez la note 9 , }, "
Odin était le dieu suprême des anciens Scandinaves ; son
pouvoir s'etendait sur tous les moades . On le nommait.
Alfader ( Pére universel ) . Il était aussi le dieu de la guerre .
Dans la mythologia islandaise , il a toujours quelque épithete
analogue à la guerre ; c'est le dieu terrible , le pere
da carnage , l'incendiaire- le dévastateur , celui qui ranime
le courage , celui qui désigne ceux qui doivent être tués , etc.
Les guerriers allant au combat faisaient vou de lui envoyer
un certain nombre d'aules , qu'ils lui consacraient.
Odin les recevait dans son palais de Valhalla , sa demeure,
ordinaire , où il prodiguait les éloges et les plaisirs
à ceux qui étaient morts les armes à la main. On implo
rait son secours dans toutes les guerres , et l'on croyait
qu'il venait souvent lui - même dans la mêlée , ranimer la
fureur des combattans , frapper ceux qu'il destinait à périr,
et emporter leurs ames dans ses deineures célestes .
( Voyez Mallet , Introduction à l'Histoire de Danemarck , et
l'Edda Islandica de Resenius . )
(3) Je vis blanchir d'Iffa , etc.
Iffa est un pays situé à l'embouchure de la Vistule .
(4) Les casques se heurtaient , etc.
Les armes défensives des anciens Skandinaves étaient :
1. le bouclier ( skiold , en danois ) . Il y en avait de deux
sortes ; les grands , qui couvraient le guerrier tout entier
et le mettait en sûreté contre les traits et les pierres ; et
les petits , de forme ronde , dont ils se servaient pour parer
les coups d'épée . Les plus communs étaient de bois ou de
cuir ; mais les guerriers de distinction en portaient de fer
ou de cuivre , peints ou dorés , souvent même revêtus de
lames d'or et d'argent . 2 ° . Le casque ( hjælm ; les simples
soldats les portaient de cuir , et les officiers de cuivre doré,
T2
( 292 )
3º. La cuirasse ( panser ) ; les anciens Danois s'en servaient
aussi , ainsi que de cottes d'armes , de cuissarts et de brassarts
, mais plus rarement que du bouclier et du casque .
Leurs armes offensives les plus ordinaires étaient l'épée ,
la hache d'armes , l'arc et les fleches. L'épée ( swærd ) était
courte , hécourbée , et pendait à un ceinturon de tuir. La
hache d'armes ( strid-oxe ) était à deux tranchans . L'arc et les
fleches ( bue-og-püle ) était une arme dont les Skandinaves.
faisaient un grand usage dans leurs combats , et au maniement
de laquelle ils passaient pour être fort habiles . Outre ces
armes , ils se servaient encore souvent de javelots ( spyd ) ..
de lances , de frondes , de massues et de poignards.
(5) Tomber dans les combats , etc.
L'indifférence des anciens Skandinaves pour la vie , en leur
inspirant un courage héroïque et le fanatisme de la gloire
leur donnait en même tems un mépris profond pour toute
mort naturelle . Ils regardaient comme une honte et un mal
heur de monrir de maladie ou de vieillesse , et la crainte d'entrer
après une telle mort dans l'enter ( niflheim ) , faisait
qu'ils s'ôtaient souvent eux-mêmes la vie quand ils ne pou
vaient la perdre dans les combats . Le valhalla était réservé
pour ceux -là seuls qui tombaient dans les combats , ou qui
mouraient de mort violente . Le niflheim était un séjour composé
de neuf mondes , destiné à tous ceux qui mouraient de
vieillesse ou de maladie. Hela , ou la mort régnait dans ces
lieux obscurs ; son palais était l'angoisse ; sa table , la famine ;
ses serviteurs, Pattente et la lenteur ; le seuil de sa porte , le
précipice ; son lit , la maigreur ; elle était livide , et ses regards
inspiraient l'horreur et l'effroi.
( Edda des Islandais . )
(6) Nous naissons dans les camps , etc.
Le Skalde donne ici en peu de mots l'histoire de l'éducation
des anciens Skandinaves. Ils ne respiraient que la guerre.
Elle était à la fois , chez eux , la source de l'honneur , des
richesses et du salut . L'éducation , les lois , les préjugés , la
morale , la religion , tout concourait à en faire leur passion
dominante et leur unique objet. Dès leur plus tendre jeunesse
on s'appliquait à en faire des soldats ; on endurcissait leur
corps , on l'accoutumait au froid , à la fatigue , à la faïm ; on
les exerçait à la course, à la chasse, à traverser les plus grands
fleuves à la nage , au maniement des armes . C'est par de tels
moyens que se formaient ces hommes robustes et courageux,
( 293 )
qui furent durant si long-tems la terreur d'une partie de
Europe. Voyez Mallet , Introd. à l'Histoire de Danemarck,
livre IV . )
(7) Quel guerrier a vaincu la puissance des Fées , etc.
Ces Fées , dont il est parlé dans l'Edda des Islandais , étaient
au nombre de trois ; Urda ( le passé ) ,Verandi ( le présent ) ,
et Skulda ( l'avenir ) . Elles étaient soeurs , et leurs fonctions
étaient de présider au tems , et de dispenser les âges des
hommes. Ce sont les parques des Grecs.
(8) Ella , roi furieux , etc.
Ella , entre les mains duquel tomba Regner Lodbrog , et
qui le vit périr si cruellement , était roi d'une partie de l'E
cosse , ou , selon d'autres , d'Angleterre.
(9) Valhalla , plaine heureuse , etc.
était une
Le Valhalla ou Paradis des anciens Skandinaves ,
plaine immense , au milieu de laquelle s'élevait le palais
d'Odin , palais d'une grandeur prodigieuse , destiné aux
héros qui mouraient dans les combats les armes à la main.
C'est- là qu'ils jouissaient , après leur mort , des plaisirs qui
avaient fait leurs délices durant leur vie . Les héros qui sont
" reçus dans le palais d'Odin , ont tous les jours le plaisir
de s'armer , de passer en revue , de se ranger en ordre
de bataille , et de se tailler en pieces les uns les autres ;
,, mais dès que l'heure du repas approche , ils retournent á
cheval tous sains et saufs dans la salle d'Odin , et se mettent
,, à boire et à manger. Quoiqu'il y ait un nombre infini de
❞ héros dans le Valhalla , la chair du sanglier serimner leur
suffit à tous ; chaque jour on le sert , et chaque jour il
, redevient entier. Leur boisson est la bierre et l'hydromel ;
,, une chevre seule, dont le lait est de l'excellent hydromel ,
, en fournit assez pour enivrer tous les héros ; leurs verres
" sont les crânes des ennemis qu'ils ont tués . Odin seul
" assis à une table particuliere , boit du vin pour toute nourriture
; deux loups sont assis à ses deux côtés ; le victorieux
" Odin rassasie lui-même ses deux loups ; et deux corbeaux ,
perchés sur ses deux épaules , lui disent à l'oreille tout ce
" qu'ils ont vu et entendu de nouveau . Une foule de vierges
1 servent les héros à table , et remplissent leurs coupes à mesure
qu'ils les vident. " ( Traduit de l'Edda des Islandais . }
Tels étaient ces plaisirs et cet heureux sort , dont l'espérance
rendait intrépides les anciens Skandinaves , et qui non-
T 3
(294 )
seulement leur faisaient braver , mais même rechercher avec
ardeur la mort la plus cruelle . Voilà la cause de ce courage
et de ce fanatisme guerrier, dont le Chant de Regner Lodbrog
est rempli.
(10) Aslanga , etc.
Aslanga était une bergere de Norvege que le roi Regner
Lodbrog épousa , et dont il eut plusieurs fils qui vengerent
sa mort en faisant subir à Ella le même supplice qu'il avait
fait subir à leur pere.
( 11) Mais je vois approcher les filles du destin , etc.
Ce sont les vierges qui servent à boire aux héros dans la
Valhalla . On les nommait Val- kyrier ( filles des combats ) .*
Elles introduisaient les héros dans la salle d'Odin' , ' avaient
soin des coupes et de la table , et étaient envoyées par Odin
dans les combats , pour marquer ceux qui devaient être tués ,
et pour dispenser la victoire. Elles allaient à cheval choisir
les morts , et régler le carnage , suivies de la plus jeune des
fées qui président au tems , de Skulda ( l'avenir ) .
( 12 ) Brillant comme Balder , etc.
Le dieu Balder , selon l'Edda , était fils d'Odin ' , sage , éloquent
et doué d'une telle majesté que ses regards étaient resplendissans
. C'est l'Apollon des Skandinaves .
VARIÉTÉ.
On m'apprend que le cit. Laharpe vient , dans une
Brochure Apostolique , de dire beaucoup d'injures à
Lenoir-Laroche , au sujet d'un article sur la satire de
Chenier , inséré dans un des derniers Nos , de ce
Journal . L'article est de moi , les injures m'appartiennent
; et je dois les réclamer ,
CABANIS.
Il vient de paraître deux numéros d'une feuille
périoque intitulée l'Esprit Public . Elle mérite d'être
distinguée de la foule de ces productions du jour qui
ne sont assurément ni le thermometre , ni les regu
lateurs de l'esprit public , mais bien de misérables
répertoires de lesprit de parti , et sur- tout de l'esprit
anti-republicain. Sans doute , l'esprit public es: du
ressoit de tous les journaux ; mais il en manquait un
(295 )
qui fût spécialement consacré à bien déterminer les
caracteres de l'esprit public , à rechercher les causes
qui influent sur ses variations , et les moyens de le
ranimer et de le diriger vers l'intérêt commun . Ce sujet
demandait à la fois un observateur profond , un esprit
juste , fin et délicat, et un patriote zélé pour le bonheur
de son pays , et le maintien de son gouvernement .
On trouve la réunion de ces caracteres dans cette
feuille que l'on attribue à un ex - constituant , connu déja
par plusieurs articles intéressans insérés dans divers
journaux et par le Manuel Révolutionnaire dont nous
avons rendu compte dans ce journal , ouvrage dans
lequel il a parlé à tous les partis le langage de la raison ,
de la vérité et du bien public .
Cette feuille dont on doit desirer la continuation ,
se vend , par numéros détachés ou collectivement ,
chez Dupont , imprimeur- libraire , rue de la Loi , et
chez tous les marchands de nouveautés .
Explications de l'Enigme et Logogriphe du No. 16 .
Le mot de l'Enigme est Vers ; celui du Logogriphe est
Trèpas , dans lequel on trouve repas , pas.
ANNONCES. Z
LesFrancs, poëme héroïque en dix chants ; par C. L. Lesur,
membre du Lycée des arts , et de la Société libre des sciencs ,
lettres et arts de Paris . Un volume in-8° . Prix , 3 liv .; et
3 liv . 15 sous franc de port. A Paris , chez l'auteur , quai Voltaire
, nº . 2 ; Maradan , libraire , rue du Cimetiere- Saint-
André , nº . 9 ; et Desenne , au palais Égalité .
Ce poëme , consacré à célébrer la gloire de nos armées
triomphantes , renferme de belles tirades , et annonce du
talent et du patriotisme ; ce qui malheureusement n'est pas
aujourd'hui fort commun.
Du Contral Social , essai par Jacques Louault , cultivateur
au canton de Brie , département de Seine et Marne . Un volume
in -8° . Prix , 50 sous ; et 3 liv . 10 sous hanc de port.
A Paris , chez Knapen pere , libraire -imprimeur , au bas du
pont Saint-Michel ; et Knapen fils , rue Saint-André-des - Arcs ,
n°. 46 , en face de la rue Contrescarpe ; et à Melun , chez
Larbe , libraire- imprimeur du département. Nous reviendrons
sur cet ouvrage qui mérite une analyse approfondie .
Ꭲ 4
1
( 296 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 25 février 1797 .
Il n'est aucune cour qui soit aussi fortement attachée
aux anciennes formalités de son étiquette , que la
cour ottomane , parce que ces formalités sont presque
toutes fondées sur la supériorité qu'elle s'attribue, ou
sur quelques dogmes religieux . La Russie au milieu de
ses triomphes ne put obtenir d'elle qu'elle y apr
portât quelques modifications. Mais elle vient de
montrer autant de condescendance aux représentations
d'un ancien allié , qu'elle avait montré d'inflexibilité
contre les prétentions d'un ennemi vainqueur.
C'était le moyen de faire des sacrifices , peutêtre
devenus nécessaires , sans compromettre sa véritable
dignité , et même sans blesser les préjugés
de son orgueil. Les dernieres lettres de Constantinople
nous rendent compte de l'audience publique
que M. Aubert Dubayet a obtenue du grand-seigneur.
Dans cette cérémonie , l'ambassadeur français a joui
de toutes les distinctions qu'il avait cru devoir demander
, et n'a été assujetti à aucune des formalités.
qu'il a jugées incompatibles avec le caractere de
représentant d'un peuple libre.
Le 17 du mois dernier , il sortit du palais de France ,
accompagné d'un cortege brillant et nombreux , et se rendit ,
aux flambeaux , à Top-Hana , lieu de l'embarquement . La
caïque à sept paires de rames du tchaouchbachi , etait disposée
pour recevoir l'ambassadeur , suivant l'usage , et sa suite traversa
le canal sur un grand nombre de bateaux retenus à
cet effet. Arrivé à Constantinople , le général Aubert Dubayet
fut reçu par le tchaouchbachi , non dans ce kiosk
messéant où les ambassadeurs avaient coutume de se rendre ,
( 297 )
mais dans un autre appartement qui , sans être somptueux
annonçait du moins les intentions bénévoles de la sublime
Porte . On attendait là le point du jour ; il fut annoncé par
une salve d'artillerie des deux frégates qui arborerent en
même tems leur pavois. A ce sigual , le cortege de l'ambassadeur
se remit en marche .
L'ambassadeur , revêtu de son grand uniforme de général
en chef , montait un coursier magnifiquement enharnaché , et
avait à ses côtés une section de la compagnie d'artillerie légere
et ses deux aides - de-camp , les citoyens Caulaincourt et
Castra.
Le cortege entra dans les rues de Constantinoplé , au
milieu d'une foule immense de spectateurs. Parvenu sous
l'olaï-kiosk du sérail ( d'où le grand-seigneur se plaît à considérer
secrettement ces sortes de spectacles ) , l'ambassadeur
fut joint par le grand-visir , qui sortait de son palais avec la
pompe d'usage ; et quoique l'ambassadeur n'eût éprouvé
qu'une attente de dix minutes , il en exprima hautement son
impatience , attendu qu'il avait été réglé , par le troisieme
article du cérémonial , qu'aucun retard ne suspendrait la
marche de son cortege . Les salutations réciproquement faites ,
on marcha droit au sérail , où le grand- visir précéda l'ambassadeur
, avec le prince Ipsilanti , interprête de la sublime
Poste.
Une multitude nombreuse et divers détachemens de milice
turque environnaient la porte impériale , connue sous le nom
de Bab-Humaioun . Après l'avoir passée , on entra dans la
premiere cour , où de nouveaux corps de troupes étaient
rangés sur deux files . La grandeur de l'espace , la forme des
bâtimens et la diversité des costumes offraient le coup- d'oeil
le plus vaste et le plus varié..
+
Un autre spectacle vint succéder à celui - ci quelque tems
après. Au moment où l'on entrait dans la seconde cour , on
vit des bandes confuses de janissaires s'élancer tumultueusement
sur des plats de pilaw , qu'ils se disputerent avec avidité .
Cette scene d'usage est représentée par forme d'amusement ,
et si elle dure trop peu pour les acteurs , on peut dire qu'elle'
ne finit pas trop tôt pour les témoins .
Tout le monde avait mis pied à terre à cette seconde porte
appellée Orta-Cabox , qui ferme l'enceinte où le grand - seigneur
seul peut aller à cheval .
On se dirigea vers la salle du Dôme , ( Coubbé-Alti . ) L'ambassadeur
les maîtres de cérémonie , avec fut introduit
y
toutes les personnes de son cortege qui purent y entrer .
par
(+298 )
1
Quelque tems après , le grand- visir entra dans la même salle
et vint s'asseoir sur un brillant sopha . Les ministres inférieurs
étaient rangés à certaine distance ; l'ambassadeur était placé à
part sur le siége destiné aux personnes de son rang. Après
les civilités ordinaires , le grand-visir ayant jugé quelques
procès pour donner le spectacle d'un civan , un avis fut
expédié à sa hautesse , afin de lui annoncer officiellement
larrivée de l'ambassadeur , qu'elle appercevait elle - même a
travers une grille dorée , au - dessus du sopha du grand-visir.
La réponse ne tarda point à paraître ; elle fut deployée par
le premierministre avec les marques du plus profond respect :
aussi-tôt le signal fut donné pour faire servir le repas d'étiquette.
On avait disposé trois tables ; la premiere pour le grandvisir
et l'ambassadeur ; les deux autres pour le tefterdareffendi
ministre des finances ) , et pour le nichandgi - effendi
( appositeur du chiffre impérial , à côté desquels étaient
placées dix personnes de la suite de l'ambassadeur . Il existe
ordinairement une quatrieme table ; mais celle du capitanpacha
ne fut point servie , une indisposition ayant empêché
ce grand amiral de paraître au divan . Ce fut une privation
sensible pour tous les Français , qui lui rendent avec usure
T'attachement qu'il porte à leur nation .
Le shorbet , l'eau de rose et les parfums ayant suivi ce
banquet ( aussi remarquable par la profusion des mets que par
la rapidité avec laquelle ils se succedent , le grand- visir et
l'ambassadeur se séparerent mom ntanément ) . Ce dernier
accompagné du drogman de la Porte , fut conduit par les
officiers de cérémonie au lieu où les ambassadeurs sont revetus
de la pelisse d'honneur. On lui passa la sienne six autres
pelisses , 8 hérékets et 40 cafetans , especes différentes de
manteanx , furent distribués entre les personnes du cortege
qui avaient été désignées pour recevoir cette marque de
distinction .
::
Le moment approchait où l'ambassadeur allait enfin reccvoir
l'audience du grand-sultan. Une vaste galerie , occupée
par des pages et des eunuques blancs , le conduisit à la
salle du trône . Il y entra libre , comme il convenait à son
caractere ; il ne fut point contenu par les cap.dgi - bachi
( gentilshommes de la chambre ) , et il n'aurait pu comsentir
à l'être , si la sublime Porte , en supprimant pour lui un
usage qui ne subsistera s ns do te pour a cun autre ambassadeur
, ne lui eût donue cet e dermere na: que de
bienveillance et de considération , dont le gouvernement
( 299 )
•
français reconnaitra tout le prix . Avancé près du trône
avec le secrétaire de légation et quatre citoyens libres comme
lui ( 1 ) , l'ambassadeur salua respectueusement le grandseigneur
, à côté duquel paraissaient debout le grand- visir
et le chef des eunuques blancs . L'empereur , environné
des attributs de sa puissance , était assis sur un trône ou
lit de forme antique , dont la broderie était relevée par des
perles fines . Au- dessus s'élevait un dais soutenu par des
colonnes de vermeil , et orné de globes en or où les diamans
brillaient incrustés . Les habits du sultan répondaient
à tant de magnificence , et par-tout la pompe orientale était
déployée dans son plus grand éclat. C'est au milieu de cet
appareil que l'ambassadeur , tout entier à l'objet de sa mission
, porta ainsi la parole au grand-seigneur :
Ambassadeur d'un peuple libre qui combat et triomphe
de l'Europe conjurée , j'ai ordre du Directoire exécutif ,
qui m'envoie vers votre majesté impériale , de lui exprimer
solemnellement la haute estine et l'attachement de
tous les Français . Le Directoire , dans son courage , en
récapitulant le nombre de ses ennemis passés et présens ,
a vu , avec un sentiment délectable , le grand empereur des
Musulmans rester presque seul son fidele et magnanime
ami aussi le destin , en couronnant par la victoire les
efforts généreux des Français , réserve- t-il l'immortalité aux
vertus de votre hautesse . J'ose aujourd'hui lui offrir , comme
ún gage certain de l'affection de la République Française ,
les services d'une compagnie d'artillerie légere , avec ses
cauons et ses obusiers . Je lui offre la rare collection des
talens d'une compagnie d'artistes , qui répandront dans
son empire les arts et les sciences les plus utiles , en mêmetems
que son arsenal offrira aux regards de l'Europe la
science d'un Français et l'habileté des ministres ottomans
qui le dirigent , sous les auspices de votre vertueux grandvisir.
"
Le drogman , qui avait interprété ce discours au grandseigneur
, en transmit aussi - tôt la réponse : clle contenait ,
avec les expressions de l'ancien attachement de sa hautesse
(1 ) Ces quatre citoyens représentaient ensemble le corps.
national , savoir le général Ménant , les militaires ; le
général Pérée , les marius ; le premier député du commer
ce , les negocians ; et un citoyen non fonctionnaire , je
surplus de la nation.
( 300 )
ce ,
pour la France , de nouveaux gages de ses disposi ions à
lui en donner des preuves si justement méritées . L'ambassadeur
fit en ce moment la remise de ses lettres de créans,
qu'il prit des mains du secrétaire de légation , pour les
passer au mir-amel ( chef des capidgi-bachi ] : le grand-visir
les reçut à son tour et les déposa sur le trône . Cet acte
consommé , l'ambassadeur renouvella son salut au grandseigneur
, dont les regards de bienveillance lui répondirent
de la maniere la plus flatteuse ; il sortit de la salle du trône ,
emportant avec lui toute la satisfaction que devait lui inspirer
l'accueil affectueux et distingué du chef suprême de
J'Empire ottoman .
Alors il rejoignit son cortège qui l'attendait dans la premiere
cour , et s'était rangé en ordre , Bientôt un nouveau
spectacle vint couronner les scenes de la journée. On vit
paraître à cheval , au milieu de suites pompeuses , les ministres
, les colonels et tous les grands officiers , qui se
retiraient du sérail . Chacun saluait , en passant , l'ambassadeur
, et en était salué . Le grand- visir sortit le dernier ;
les mêmes salutations furent données et reçues de part et>
d'autre.
Ces différens grouppes ayant successivement défilé , le
cortége de l'ambassadeur se retira de la Parte en repremant
son ordre de marche .
Par-tout l'affluence des spectateurs s'était accrue depuis
le matin la beauté du jour et la nouveauté du spectacle
se réunissaient pour mettre en mouvement la foule qui
remplissait les rues , les places et les boutiques . Ce qui
excita sur-tout la curiosité , ce fut la brillante compagnie
d'artillerie légere , dont la vue était absolument neuve pour
les Turcs. Il s'en fallait bien que cet appareil militaire
produisit la moindre impression défavorable. Ces soldats
étaient des Français ; ces Français , des freres d'armes : sous
ce double rapport , ils ne pouvaient qu'être vus avec beau
coup de plaisir . Aussi , tous les visages portaient-ils l'empreinte
de la satisfaction . Témoin de cette joie commune ,
le cortége revint sur les bords du canal , où l'on devait se
rembarquer. Les efficiers de la Porte qui avaient reconduit
l'ambassadeur , prirent congé de lui en cet endroit ; et son
retour à Top - Hana fut marqué par un nouveau salut des
frégates
Le débarquement terminé , il fallut attendre la campagnie
d'artillerie légere , qui avait été obligée de faire un détour.
Elle parut tout-à- coup , annoncée par ses trompettes , et le
( 301 )
sabre hors du fourreau. Dès qu'elle eut répris son rang,
l'on s'achemina vers le palais de la République , en suivant
1 rue de Péra , séjour des ambassadeurs et de la plupart
des européans. Les spectateurs n'y étaient pas moins nombreux
qu'à Constantinople ; et s'ils n'avaient pas tous la
même disposition à juger favorablement , ils ne purent concevoir
en général qu'une opinion digne des Français , puisque
leur cortége a été constamment présidé par la décence. Il
était une heure après- midi , lorsqu'on rentra au palais. On
se rangea sur la terrasse , et l'ambassadeur avant de quitter
ses concitoyens , satisfit à l'impulsion de son coeur , en leur
payant , dans une courte haraague , le tribut d'eloges qu'is
avaient tous mérité.
Un ambassadeur de Méhémed- Kan , Sophi de
Perse , a été témoin de cette cérémonie . Il était arrivé
quelquesjours auparavant avec une suite nombreuse.
On croit que l'objet de sa mission est de demander à
la Porte des secours contre les Russes , ou du moins
ses bons offices pour la conclusion d'une paix prompte
La Porte a repris ses préparatifs de guerre. On travaille
dans les arsenaux avec autant d'activité que
s'il s'agissait d'ouvrir la campagne au printems prochain.
Les ouvriers que l'on emploie sont presque
tous Européens ; ily a sur- tout beaucoup de Français.
Le capitan-pacha a pris lui-même la surintendance de
ces travaux , et il ne quitte son poste ni jour ni nuit.
On va creuser devant l'arsenal de la marine un
bassin semblable à celui de Toulon , pour la construction
et le radoub des vaisseaux. Il paraît qu'on adoptera
le plan proposé par un ingénieur suédois , de
préférence à ceux que des officiers français avaient
présentés.
&
De Francfort-sur- le- Mein , le 25 février.
La réponse du roi de Prusse aux réclamations du
prince de Valdeck , dont nous avons parlé dans notre
dernier rapport, ést connue . Ce monarque y donne au
réclamant , ainsi qu'à tous les princes et Etats compris
dans la ligne de neutralité , l'assurance de la protection
la plus énergique et la plus active . Les préparatifs
qu'il fait , la force imposante qu'il déploie , l'in-
1
!
( 309 )
time intelligence qui subsiste entre lui et le nouvel
empereur de Russie ne peuvent qu'inspirer beaucoup
de confiance en ses promesses . Aussi voit- on le
nombre de ses cliens s'augmenter chaque jour , et
les anneaux de la coalition germanique contre la
France se détacher successivement . Le duc de Saxe-
Cobourg vient de faire déclarer à la diete de l'Empire
qu'il avait accédé au système de neutralité du cercle ,
de Haute - Saxe .
Les Français ont déja concerté leurs plans d'opérations
en Allemagne . Il paraît que les dernieres
victoires qu'ils ont remportees en Italie et la prise
de Mantoue ont déterminé le Directoire à faire agit
offensivement sur le Bas - Rhin .
Le 22 du mois dernier l'impératrice d'Allemagne
accoucha d'une fille . Le mariage du prince hereditaire
de Hesse - Cassel avec la princesse auguste fille
du roi de Prusse a été célébré , le 13 de ce mois , à
Berlin.
ITALIE. De Modene , le 24 Janvier 1797 .
CONGRÈS CISPADAN .
--
Séance du 23 janvier. Le congrès , ajourné à Modene
repris ses séances , le 23 de ce mois , au milieu des réjouis-
´sances oque causaient les victoires éclatantes des Français . Les
députés du peuple cispadan se rassemblent dans la vaste salle
du palais du ci-devant duc de Modene . Le cit . Ignace
Magnoni est nommé président à la place de cit . Facci . Le
cit. Isacchi demande qu'on mette en exécution les décrets
rendus par le congrès , à Reggio , les 7 , 8 et 9 , et dont
voici les principales dispositions : Qu'on place les armes de
la République dans tous les endroits où l'on voyait ci - devant
celles du prince ; qué le drapeau national rouge , blanc et
verd porte l'empreinte d'un carquois , avec le mot , Liberté
sans revolution ; que tout se fasse au nom de la Republique
Cispadane , et qu'on date du jour qu'elle a été proclamée une
et indivisible ; que l'on fasse le cens personnel de toute la
République Cispadane , en chargeant de cette opération les
gouvernemens provisoires : On fait ensuite la motion de procéder
à la totale abolition des marques de l'esclavage , des
titres de la noblesse et de toute distinction héréditaire .
༨ །
"
( 303 )
"
-
Le cit. Isoloni s'y oppose , en disant que le congrès n'avait
aucune faculté de prononcer contre une ancienne injustice ,
maintenue seulement par le despotisme , et abhorrée et proscrite
tout par le genre humain. La motion est décrétée par
le coagrès , à l'unanimité , au milieu des plus vifs applaudissemens
des spectateurs . On décrete ensuite que le
congrès se bornera , quant à présent , à la scule constitution
, et qu'il ne discutera d'autres motions qu'en cas d'urgence.
Ber olani propose de ne rien décider par rapport à la
constitution , jusqu'à ce que le plan en ait été soumis , par
le moyen de l'impression , à l'examen de tous les citoyens .
Aldini combat cette motion , allégnant pour motif que l'impre
sion du projet pourrait compromettre le comité de constution
. Le congrès , sans avoir aucun égard à cette frivole
opposition , décrete la motion de Bertolani.
-
Compagnoni insiste pour que le congrès s'occupe , en
attendant , de la discussion et approbation des droits de
l'homme et du citoyen.¸- Cette motion est décrétée aprés
une courte discussion à laquelle donnent lieu les députés de
Bologne . On procede ensuite à la lecture du préambule de,
la constitution et de la déclaration des droits et des devoirs .
Aldini demande que , pour la lecture du premier article ,
constitutionnel , le congrès se forme en comité secret .
--
Le président propose la formation de la carte topographique
de la République. Le congrès adopte la proposition , et
charge de l'examen les cit . Pollari , Ghedini , Guidiccini ,
Vandelli , Cassiani et Ré.
RÉPUBLIQUE BATA V E.
De la Haye , le 21 février.
Dans la séance du 11 de ce mois , l'Assemblée nationale a
décrété la composition du Pouvoir exécutif , ainsi qu'il suit :
Le Pouvoir exécutif de la République est confié à un
conseil d'état composé de cinq membres .
Sout seulement eligibles pour membres du conseil d'état ,
ceux qui réunissent les qualités suivantes : 1 °. Etre citoyen
ayant droit de suffrage . 2. Avoir atteint l'âge de 35 ans accomplis
; 30 être né dans cette République ; 4° . et y avoir
eu son domicile pendant les deux dernieres années .
--
Les conditions pour être électeur ont été déterminées dans
la séance du 13. Pour être électeur , il faudra en outre être
proprietaire ou usufruitier d'un bien situé dans la République,
etc. , ou locataire d'un bien situé dans la République , et doni
( 304 )
nant par an un loyer , dans une commune de 2,500 habitans
et au-dessous , 30 flor.; de 2,500 à 5,000 , 50 fl . ; de 5,000
à 15,000 , 75 fl .; de 15,000 à 35,000 , 100 fl . ; de 35,000
à 50,000 , 150 fl .; et au - dessus de 50,000 , 200 fl .
Il a été décrété , dans la séance du 14 , que pour la formation
du conseil d'état la chambre des Anciens fera la nomination
d'un nombre double de candidats . L'élection définitive
appartiendra aux électeurs des assemblées primaires de toute
la République .
ESPAGNE. De Madrid , le 18 février.
Pour obliger les Catalans à payer leurs contributions arriérées
, on a employé des moyens coërcitifs qui touchent
de bien près à la vexation . Ils ont demandé quelques diminutions
pour les indemniser des pertes et des dépenses que
leur a occasionné une guerre à laquelle ils ont contribué
avec beaucoup de zele , et dont leur province a été un des
principaux théâtrés . On n'a eu aucun égard à leurs plaintes .
La rupture avec l'Angleterre , quoiqu'approuvée en général
par l'animosite nationale , a páru , aux Catalans sur-tout
un nouveau fléau qui allait prolonger la stagnation de leur
commerce et de leur industrie . Enfin , pour achever d'aigrir
leurs mécontentemens , une foule d'artisans français
sont venus , depuis peu , apporter à Barcelonne Icur adresse,
et leur activité , et en travaillant mieux et moins cherement
que les artisans du pays , ils sont devenus pour ceux-ci dos
rivaux aussi odieux que redoutables .
C
""
4
Tous ces griefs avaient excité beaucoup de mécontentemens
en Catalogne . Pour les appaiser , le gouvernement
s'était déja porté à quelques condescendances . On sait qu'en
tems de paix , c'est sur les côtes de Catalogne principalement
que les Anglais versent une prodigieuse quantité de
morues . Onn a permis que ces versemens continuassent ,
quoiqu'en les empêchant , on eût tari une des sources les
plus abondantes des profits des Anglais en Espagne. Mais
lorsque , le 13 de ce mois , on apprit que la malle de Barcelonne
n'était point arrivée , et que d'uunn autre côté , on
répandait que les bataillons des Gardes-Walonnes , à l'ex-,
clusion des troupes nationales , avaient reçu l'ordre de marcher
vers cette ville , on put croire que la fermentation
qui y existait avait éclaté par un soufevement. Cependant nos
alarmes sont maintenant presqu'entierement calmées . On sait
que tout est assez tranquille en Catalogne. Les Gardes-Walonnes
, qu'on présumait avoir été envoyées contre elle ,
n'étaient
( 305 )
n'étaient qu'au nombre de 400 , et sont , à ce qu'il paraît ,
uniquement destinées à purger la vieille Castille des bri
gands qui l'infestent. Cette destination expliquerait le soin
qu'on a eu de ne pas mêler de troupes nationales à cette
troupe étrangere .
On infere de quelques changemens qui s'operent dans
les bureaux , que M. de Varela , qui a passé récemment du ministere
de la marine à celui des finances , ne jouit pas d'une
grande faveur. On donne d'honorables retraites à ses créatures
et on remet en place ceux qu'il en avait écartés.
7. Nous apprenons que le roi a pris la résolution de déclarer
la guerre au Portugal . En conséquence , l'ordre vient d'être
donné de lever au plutôt en Castille une armée de 30 mille
hommes , et une de 20 mille en Galice , et de fournir , sans
délai , l'une et l'autre , de l'artillerie nécessaire .
ANGLETERRE. De Londres , le 27 février.
·
La situation de nos affaires , dit le Courier d'aujourd'hui 27 ,
cest devenue véritablement effrayante . La dépréciation , sans
exemple , de nos fonds publics est d'une nature si ala mante
que le gouvernement vient d'être forcé de recourir à dis
mesures extraordinaires . Un messager a été envoyé à Windsor,
avant-hier , pour prier sa majesté d'arriver promptement ici
le lendemain matin . Le roi s'est rendu en conséquence ici
hier matin . Le conseil a été convoqué sur-le- champ au palais
de St. James : huit ministres étaient présens . L'état du crédit
public , la chûte des fonds , la demande du numéraire , etc.
ont été pris en considération , et le résultat de ce conseil a été
de recommander à la banque d'Angleterre de nefaire aucun paic- ,
ment en numéraire , jusqu'à ce qu'on ait pris sur ce sujet l'avis du
parlement.
Une assemblée des principaux banquiers et négocians doit
avoir lieu aujourd'hui , pour prendre en considération l'état
du crédit public , et adopter les résolutions qui paraîtront les
plus convenables à la situation actuelle des choses .
On sait que la banque
de Londres ne peut être dans l'embarras
, sans que les banques des provinces n'en éprouvent
le contre-coup ; aussi voit- on arriver ici tous les jours des
agens de ces banques particulieres , qui viennent exposer leur
triste situation et le péril dont elles sont menacées.
Le Courier du 23 dit que ce jour- là les fonds consolidés
étaient à 51. Cette dépréciation sera encoreplus forte , parce
qu'on sait quele gouvernement a besoin defonds considérables
pour le se vice de l'armée . ⠀
Tome XXVII.. V
( 306 )
1
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LÉGISLATI F.
Séances des deux Conseils , du 5 au 15 Ventôse.
Un prêtre condamné au célibat par les lois civiles
et religieuses de l'ancien régime , avait fait donation
de ses biens à sa niece ; ce prêtre s'est marié depuis
la révolution , il est devenu pere . Il démande si la
naissance de son enfant ne révoque pas sa donation .
La question paraît problématique aux uns et claire
pour les autres. Un membre conclut de ce débat
qu'elle mérite l'examen d'une commission , ce qui
est adopté.
Une assemblée électorale qui nommerait un citoyen
absent , ne pourrait - elle pas nommer un second
citoyen pour le remplacer , dans le cas auquel il
n'accepterait pas ? Telle est la question proposée par
Dumolard . Il observe que ce n'est point faire renaître
les suppléans , défendus par la constitution , puisque
ces secondes nominations ne seraient que conditionnelles
, et n'auraient d'effet que dans l'hypothese de
non acceptation du premier nommé.
Pastoret et Siméon appuient la proposition de
Dumolard ; Guillemardet , Lefranc et Hardi la com
battent. Le conseil passe à l'ordre du jour.
•
3.
Bergier demande , le 7 , qu'il soit nommé une commission
, pour examiner la question , si le domicile
de ceux qui sont chargés d'une fonction publique ,
soit militaire , soit civile , est tellement leur domicile
naturel que ceux qui y rentrent , après avoir
rempli l'une ou l'autre de ces fonctions , pendant le
cours d'une ou plusieurs années , aient le droit de
voter dans l'assemblée primaire de leur canton de
quelque durée qu'ait été leur absence .
"
On la renvoie à l'examen d'une commission composée
de Daunou , Dumolard et Bergier.
Daubermesnil , au nom d'une commission spéciale ,
fait un rapport sur les honneurs à rendre aux défenseurs
de la patric , morts en combattant.
( 307 )
Ces honneurs , selon la commission , doivent être ,
selon la différence des services , ou l'installation du
héros au Panthéon , ou l'inscription de son nom sur
une colonne , appellée colonne de la loi , où l'institution
d'une fête annuelle en son honneur , ou son
oraison funebre .
Bailleul combat ce projet comme insuffisant , et
sujet à une foule d'inconveniens. If en présente un
"autre , qui consiste
principalement à établir dans
chaque administration centrale deux registres , qui
seraient appellés l'un le registre sacré , l'autre le registre
d'opprobre.
Sur le registre sacré seraient inscrits honorablement
les noms de ceux qui seraient morts en combattant
pour la patrie ; 2. les noms de ceux que
leurs blessures mettraient hors d'état de la servir;
3. les noms de ceux faits prisonniers de guerre ;
4° . enfin , les noms de ceux qui , après avoir rempli
honorablement leurs devoirs , auraientt obtenu des
congés définitifs. Ce livre porterait en tête : Aux défenseurs
de la patrie , la patrie reconnaissante .
Sur le registre d'opprobre seraient inscrits les noms
des fuyards ou déserteurs , avec ce titre Aux lâches
qui ont déserté leurs drapeaux , ou abandonné leur patrie. "
Un an après la paix serait élevé également , dans
le chef - lieu de chaque administration centrale , un
édifice public où on inscrirait les noms de ceux qui
se trouveraient portés au livre sacré , avec une pierre
au pied de cet édifice où seraient gravés les chants
'de la Marseillaise et du Depart.
Outre cet édifice public serait élevé , au pied de
la maison nationale de chaque défenseur qui aura
" bien mérité de la patrie , une pierre où il serait fait
mention de son nom , de ses blessures ou de sa mort .
Les défenseurs survivans et honorablement inscrits
au registre sacré , auraient une place distinguée dans
les fêtes publiques.
Les discours de Daubermesnil et de Bailleul seront
imprimés , et leurs projets ajournés après la distribution.
Chasset soumet à la discussion le projet de résolution
, tendant à excépter des peines qu'aurait en-
V 2
( 308 )
courues un prévenu qui révélerait les auteurs , fauteurs
ou complices des crimes dont il est accusé.
Plusieurs orateurs parlent pour ou contre le projet.
Camus observe qu'il est trop important pour ne
pas le mûrir. Lehardi desire qu'il soit resserré , et que
la commission se borne à examiner si le Corps lé
gislatif n'a pas le droit de prendre , à l'égard des
conspirateurs seulement une mesure qui puisse
mettre le gouvernement à portée de connaître tous
les fils d'une conspiration . Cette observation est renvoyée
à la commission.
Girod ( de Nantes fait approuver , le 6 , par le
conseil des Anciens , la résolution qui porte qu'il
ne sera accordé d'indemnité qu'à ceux des jurés d'açcusation
et de jugement qui se déplaceront .
Rallier , au nom d'une commission , propose le rejet
de celle qui fixe les assemblées électorales dans les
chef-lieux de départemens , sauf quelques exceptions,
attendu que ces exceptions donneraient lieu à plusieurs
réclamations de ia part d'autres départemens.
La résolution est rejettée .
Organe d'une commission spéciale , Siméon présente
le 8 , un projet tendant à empêcher l'évasion des
individus détenus dans les maisons de force , soit condamnés
, soit prévenus. Tous ceux à la garde desquels
ils sont confiés seraient personnellement responsables
de leur évasion , et subiraient la peine de deux
années de détention , s ils étaient convaincus de
l'avoir favorisée par négligence ou connivence . Impression
, ajournement.
Sur le rapport de Duchâtel , il est mis 5 millions à
la disposition du ministre des finances , pour acquitter
les dépenses de son département pendant le trimestre
de nivôse à germinal de la présente année.
Gilbert-Desmolieres met sous les yeux du conseil
les détails de la dépense énorme que cause au trésor
public la fabrication des sous. Les dix millions qu'une
joi ordonne de fabriquer coûteront à l'Etat plus de
5 millions , savoir : 3 millions 197 mille 278 livres
15 sous 8 deniers de frais de fabrication , et 2 millions
722 livres 13 sous de frais de fonte de cloches.
Ces observations sont renvoyées à la commission
des finances . "
( 30g )
Doulcet fait adopter son projet de résolution sur
les élections de Saint- Domingue.
1
1. Les nominations faites par une prétendue assemblée
électorale , tenue à Saint- Domingue le 21 fructidor
, an IV , et jours suivans , sont déclarées nulles .
2. Les citoyens que cette assemblée à nommés au
Corps législatif n'y seront point admis.
Sur la motion de Treilhard , une commission présentera
un projet de résolution qui fixe le nombre
des députés que chaque département devra élire pour
chaque conseil.
On a repris , sans rien terminer , la discussion sur
les droits de successibilité des enfans naturels .
On a repris , le 9 , la discussion sur le rétablissement
de la contrainte par corps . Les deux articles
suivans sont adoptés , 1º . la loi du 9 mars 1793 qui
abolissait la contrainte par corps est rapportée ;
g". les obligations qui seront contractées postérieurement
à la promulgation de la présente , et pour
le défaut desquelles les lois antérieures prononçaient
la contrainte par corps , y seront assujetties comme
par le passé.
L'ordre du jour appellant chez les Anciens la discussion
sur la question intentionnelle , Tronchet
répond aux objections qui ont été faites contre le.
rapport de la commission.
Elles sont divisées en cinq parties qui se rapportent
aux différentes questions résolues par la résolution
des Cinq-cents . La premiere et la plus importante
est celle de savoir s'il est nécessaire de maintenir la
question intentionnelle . Le rapporteur continue à
soutenir l'affirmative : c'est au jury seul qu'il appartient
de porter le jugement , et le jugement n'est
complet que lorsque le jury a prononcé sur le fait es
sur l'intention . Le juge n'est chargé que d'appliquer
la peine ; il ne peut l'appliquer avec équité sur la
déclaration d'un fait vague et dépouillé des diverses
circonstances qui en atténuent ou en aggravent la
criminalité.
Détruire la question intentionnelle , c'est exposer
les citoyens à tous les dangers de l'arbitraire sur ce
qu'ils ont de plus précieux , l'honneur et la vie. Le
V 3
( 310 )
jugement d'un jury qui n'aurait point prononcé sur
la question intentionnelle serait , non-seulement incomplet,
mais inconstitutionnel , puisqu'il laisserait
aux juges le choix des différentes peines prononcées
contre un semblable délit , selon les divers degrés
de culpabilité de celui qui l'a commis.
Les lois sur l'institution de la procédure par jury
ent en effet donné aux juges le pouvoir de direction ;
mais elles n'ont point voulu qu'il infiuât sur la prononciation
du jugement , et il est dans l'esprit de
cette institution de restreindre ce pouvoir..
On a dit qu'il y avait des actes dont l'immoralité
était tellement évidente , tellement inséparable drdu
fait en lui- même qu'il était inutile de poser la question
intentionnelle , et que d'ailleurs le texte des lois.
ne portait point que cette question serait posée, dans
tous les jugemens du jury.
Tronchet répond que la constitution défend de
poser des questions complexes , et que ce serait en
poser évidemment une que de faire prononcer lejury.
-la - fois sur le fait et sur sa moralité. Au reste, sily
a des cas où cette question peut devenir inutile , au .
moins n'est elle pas dangereuse , et l'inutilité est préférable
à l'illegal , Le conseil rejette la résolution.
*
Golzart fait prendre une resolution , qui leve la
suspension provisoire de Faction en rescission pour
les contrats de vente. e
Jean Debry prend la parole, au nom d'une commission
spéciale , chargée , par le conseil , de faire un
apport sur les pieces relatives à la conspiration
royaliste , decouverte le 12 pluviose .....
1
L'esprit dans lequel ce rapport est composé , se
manifeste dès les premieres lignes : on y voit éclater
l'intention de ramener la concorde au sein du Corps
législatif, et de gallier tous les Français autour the la
constitution de l'an III . Les pievenus de la conspi-
1ation appartiennent aux tribunaux ; la recherche de
leurs complices doit occuper le Directoice : la seule
fonction du legislateur est d'éclairer l'opinion pyblique
sur les caracteres , les manoeuvres , les projets
des factions enemies de la liberté nationale : telest
le but du , discours de Jean- Debry.
Ua parti habile à se revêtir de tous les masques ,
A
( 3FF )
travaille à diviser les républicains pour les asservir :
ce parti se compose de tout ce qui vivait des abus
monarchiques ou révolutionnaires que la constitution
a détruits . Ce parti est il payé par l'étranger? Je le
crois , dit le rapporteur : des indiscrétions ministeriellés
, échappées au sein du parlement d'Anglétérre
, ont assez dévoilé la part activé que cette puissance
n'a cessé de prendre à nos longs désastres .
Jean- Debry a mis en parallele la faction des anarchistes
et celle qui arbore les couleurs de la royauté.
L'esclavage du peuple est la fin de l'une et de l'autre :
leurs moyens ont toujours été les mêmes ; l'assassinat
des fonctionnaires publics , le massacre de tout
ce qui a servi la révolution : les plans de Baboeuf et
de Lavilleurnoy sont également formés sur ce patron.
L'orateur est persuadé que ce fut pour tuer la liberté ,
qu'on don au peuple français la fievre de la li
cence . Il ne peut voir que des royalistes déguisés ,
dans les agitateurs les plus effrénés de 93 , dans les
Gusman , les Péreyra , les Cloots , étrangers comme
Poly , et comme lui couverts des livrées du jacobinisme.
En Angleterre , après la chûte de Charles Jer. ,
les cavaliers qui avaient été ses plus zélés partisans ,
changerent tout- à-coup de langage ; ils dirent qu'ils
avaient été trompés , qu'ils reconnaissaient dans la
liberté , le bien le plus cher aux humains ; mais qu'ils
la voulaient dans sa plénitude et sans limite . Ils se
livrerent , en effet , aux excès les plus criminels ;
et lorsqu'ensuite Charles II monta sur le trône , ces
mêmes cavaliers se firent , auprès de lui , un mérite
des manoeuvres anarchiques par lesquelles ils avaient
déshonoré la révolution , et provoqué le retour de
la tyrannie ils furent les premiers esclaves de ce
nouveau maître .
Ce trait d'histoire n'est pas le seul dont le rapporteur
ait fait usage , pour expliquer , par d'ingénieux
rapprochemens , ces horribles jeux des passions
humaines qui créent les troubles politiques ,
les éternisent , en multiplient les ravages , et empêchent
de retirer , après de longs malheurs , les fruits
qui pourraient consoler un peuple de tant d'épreuves ,
d'afflictions et de sacrifices . Jean- Debry s'est appliqué
V 4
( 318 )
sar- tout à démontrer que la plus légere atteinte à la
constititution actuelle , r'ouvrirait devant la nation ,
devant tous les partis , l'abyme des calamités révolu
tionnaires. Il n'est point de faction dont le succès
ne fût une proscription pour toutes les autres , et un
grand peril pour elle-même. Il n'y aurait sur - tout ,
au milieu d'un bouleversement nouveau , aucune
chance pour les sectateurs de ces opinions mitoyennes
, qui , voulant allier en quelque sorte la royauté
avec la république , esperent , avec trop d'imprudence ,
damener jamais à de telles transactions les partisans
déterminés de l'une ou de l'autre. La constitution
de 1 an III est la seule digue contre le débordement
des crimes et des vengeances de ces partis extrêmes ,
auxquels toute révolution vaut toujours un triomphe ,
au moins éphémere .
Jean- Debry n'a point contesté l'existence d'une
faction d'Orléans ; mais il a pensé que , pour déjouer
les projets de celui qui ne s'est pas encore montré ,
il y aurait peu de bonne- foi à vouloir laisser faire
celui qui se montre. Environner du soupçon d'orléan
sme tous ceux qui repoussent Louis XVIII , c'est
conspirer pour ce dernier , et calomnier la nation
française , en la représentant comme divisée pour le
choix d'un maître , lorsque ses quatorze armées nous
ont si bien conquis le droit de n'en plus avoir. Des
conspirateurs pour la maison du méprisable Philippe ,
ne trouveront ici aucun défenseur , lorsqu'on aura
saisi entre leurs mains , comme entre celles de Baboeuf
et de Brotier , les preuves et les instrumens de leurs
machinations impies ; que si , avant ce terme , et
dans les tenebres des conjectures , on veut ouvrir
des listes de proscription , Robespierre et les siens
en ont donné l'exemple en 1793 , et il n'y a qu'à
copier tout ce qui a été dit et fait à cette époque
contre ces fédéralistes prétendus , dont le véritable
crime était d'avoir desiré , appellé la république , et
de la vouloir constituer.
Des voeux ardens pour la paix extérieure , comme
pour la concorde entre les Français , ont terminé ce
rapport , qui a duré près d une heure et demic , et
dont nous regrettons de ne pouvoir offrir qu'une si
courte analyse à nos lecteurs . Il a été entendu avec
1
( 313 )
le plus vif intérêt , sans un seul murmure , sans la
moindre interruption ; le conseil en a ordonné unanimement
l'impression et la distribution au nombre
de six exemplaires à chaque membre, On y remarquera
cette fécondité d'idées morales et de sentimens
républicains , ces formes franches et souvent
énergiques qui caractérisent les discours de Jean-
Debry : il a parlé de la liberté , de la révolution , de
la constitution de l'an III , comme on parle des
objets auxquels on a irrévocablement attaché tous
ses voeux , toutes ces espérances .
La discussion s'ouvre , le 9 , au conseil des Anciens
sur la résolution relative au droit de passe . Lacuée
vote avec la commission pour le rejet ; mais il entre
dans quelques détails afin d'indiquer les amélio
rations qu'il serait possible de faire entrer dans un
nouveau projet. Dupont parle aussi contre la résolution.
La discussion est ajournée .
Fourcroy , rapporteur de la commission chargée
de l'examen de la résolution concernant les poudres
et salpêtres , déclare que la commission persiste à
en demander l'adoption. Les magasins sont aujourd'hui
pleins à la vérité ; mais la grande consommation
de salpêtre que nous faisons aux armées , nous
oblige à entretenir cette grande quantité qui paraît
à quelques personnes inépuisables . Donc il est de
l'intérêt public de protéger les rafineries particulieres
.
Fourcroy justifie ensuite successivement les différens
articles de la résolution , qui lui paraissent remplir
le but que l'on a voulu atteindre . Ils sont conformes
à l'ancienne législation sur cette matiere . Ils
doivent être adoptés comme formant un systême de
loi bien ordonné pour assurer cette récolte .
Il répond ensuite aux craintes manifestées sur le
peu de succès des nitrieres artificielles . Il oppose aux
doutes les certitudes acquises par les nombreuses.expériences
des chymistes les plus recommandables ,
tels que Lavoisier , Priestley , Vauquelin , Bertolet ,
les succès des nitrieres artificielles de Suede , de
Prusse de Suisse , de Malte , des Indes , de la Chine .
On continuera la discussion .
Un membre , organe d'une commission , a fait , le
( 314 )
1
irgas conseil des Cinq cents le rapport sur la quest
tien de savoir s'il ne faut pas leverla suspension provisoire
de toute action et toute instance en rescision
des contrats de vente , ou équipollens à vente pour
cause de lésion d'autre moitié , ordonnée par l'ar
tele ll de la loi du 13. fructidor an HI. II a observé
que le papier-monnaie n'ayant plus cours forcé , le
otif qui a fait prononcer cette suspension demeure
sans objet , et il a proposé la levée de cette suspension,
ce qui est adopté.
L'on a ensuite discuté le projet de résolutionpor tant
que les dispositions de l'article III de la loi du 26 floréal
, ne sont point applicables aux individus portés
zur des listes d'émigrés , après leur mort légalement
constatée en France. Lon a considéré que si les lois
sur les émigrés doivent être séverement exécutées ,
elles ne peuvent cependant point atteindre ceux qui
n'existaient plus lorsque leurs noms ont été inscrits
sur des listes d'émigrés. La résolution a été prise
d'après ces principes.
Goupilleau dénonce , le 19 , un écrit ayant pour
titre : Ordo breviarii Lingonensis pro anno 1797. On y
lit, page 10 , ces mots : Omnibus diebus dominicis ac
festis , cantatur , Domine , salvum fac regem demande
que cet écrit soit renvoyé au Directoire pour en poursuivre
l'auteur et l'imprimeur. Adopté .
On reprend la discussion sur le projet d'Escbasseriaux
, concernant l'imprimerie de la République .
Barai Hon et Savary ont présenté quelques observations
contre ce projet. Le conseil s'est formé à deux heures
C comité général pour entendre la suite du rapport
de Marec , commencé hier , sur la situation de Saint-
Dominque . Ce comité a continué le lendemain 3.
Le conseil des Anciens a approuvé la résolution
qui réanit la principauté de Montbelliard au département
du Mont-Terrible . On ouvre , le 12 , la discussion
sur la résolution relative à l'avancement ,
administration et la police du corps de la gendarmerie.
Dumas discute successivement les divers article's
de la résolution , et conclut en demandant son approb- -
tion. Le conseil ordonne l'impression de son discours .
Il approuve ensuite la résolution sur les baux à longues
nnées.
( 315 )
W
Le conseil des Cinq- cents , sur la proposition de
Fabre ( de l'Aude ) , prend deux résolution par lesquelles
583,000 francs sont mis à la disposition des
commissaires de la trésorerie , pour les dépenses de
leur département , et 6600 francs à la disposition du
ministre de la justice , pour les dépenses du bureau
de l envoi des lois et la traduction de ces lois en
italien .
Par une autre résolution , la contribution fonciere
pour l'an V. est fixée à 240 millions , et les contributions
personnelle et somptuaire à 60 millions.
les
Les sols additionnels seront , pour la contribution
fonciete , de 3 sols par franc , et de 5 sols pour
contributions somptuaire et personnelle.
Audouin , par motion d'ordre , expose que le moment
est arrivé de faire exécuter la constitution dans
tous ses articles . Il ne faut pas , dit -il, que les sermens
des magistrats qui lui ont juré fidélité soient
de vaines et désisoires formules . Les hommes exempts
d'esprit de parti nous pardonneront d'avoir entouré
le berceau de la constitution de quelques précautions
extraordinaires ; ils sentiront qu'il y avait du
danger à tuer la révolution tout - à - coup ; il fallait
la laisser mourir d inanition . Mais veut on la paix ?
Veut- on de bons choix dans les prochaines assem
blées primaires ? Veut - on rallier à la République ce
grand nombre d'hommes qui ne craignent que le
retour du régime révolutionnaire ? Il faut faire executer
les lois constitutionnelles ; là est le salut de la
chose publique , comme de tous les citoyens ,
Audouin propose que , dans la séance du 16 , il
soit nommé au scrutin une commission qui , dans le
courant de germinal , présentera le tableau de toutes
les lois contraires à la constitution .
Cette proposition est vivement appuyée et adoptéc
sur- le- champ.
Le conseil s'est ensuite formé de nouveau en comité
général , toujours pour s'occuper des colonies .
Organe d'une commission spéciale , un membre
propose de rapporter la loi du 21 floréal an IV , qui
éloigne de Paris les ex - conventionnels non reclus .
Dumolard observe qu'ils doivent être soumis à cette
loi , ainsi que les autres qu'elle atteint. Cholet pro(
316 )
pose de charger la commission nommée hier , d'examiner
quelles sont les lois qui , contraires à la constitution
, sont dans le cas d'être rapportées . Cette
proposition est adoptée .
On lit quelques nouvelles pieces relatives à la
conspiration de Dunan : Le conseil ordonne ensuite
impression du discours de Maree sur les colonies.
L'ordre du jour du 15 appellant le tirage au sort ,
Treilhard , en exécution de la loi du 20 nivôse , dépose
sur le bureau 167 numéros pour les membres
restans , et 146 pour les sortans ; le conseil procede
ensuite à leur vérification et à l'appel nominal..
* Sur le rapport de Lacoste , le conseil des Anciens
a approuvé la résolution relative aux biens d'émigrés
indivis avec la nation et d'autres propriétaires .
Le tirage au sort s'y est également effectué le 15 et
avec les mêmes formalités.
214
Liste des Députés du Conseil des Cinq - cents qui doivent sortir
au 1er . prairial prochain.
Albert , Andrey , Auger .
Babey , Balland , Balmain , Bancal , Baucheton , Beffroy .
Belley, Berlier, Bertezene, Bézard, Blanqui , Blondel , Bodin ,
Boissy-d'Anglas , Bonet, Bonnemain , Bordas, Borie- Cambort.
Cambacerès , Camboulas , Camus , Carpentier , Casenave ,
Cassanyés , Cavaignac , Cazeneuve , Chabanon , Charrel ,
Chassey, Chastelin, Chauvier, Chauvin, Chiappe, Christiani ,
Cledel , Collombel , Coupé ( de l'Oise ) , Couturier.
Dabray , Daubermesnil , Daunou , Defermont , Delamarre ,
Delaunay, Deleasso, Delecloy , Despinassy , Deville , Dornier
Drouet , Dubois-Crancé , Dubouloz , Dumas , André Dumont ,
Dupuis , Claude Duval y J. P. Duval.
Eschassériaux l'aîné ,
Ferrand , Fleury , Fricot ,
Gamon , Garnot , Gossuin , Goupilleau ( de Montaigu ) ,
Gourdan , Gonzy, Guillerault, Guiter, Guyardin , Guyomard ,
Guyton-Morveau .
Eloy Hourier , Hubert.
Ingrand , Isnard , Isoard.
Jard-Pauvillier , Jeannest-Lanoue , Jouenne .
Karcher.
Laforest , Lakanal , Lanthenas , Lorençot , Lecointe-Puyraveau
, Legot, Lemaillaud , Lémane, Lesage-Senault , Lespihasse
, Littée , J.-B. Louvet , P.-Fl. Louvet , Lozeau.
( 317 )
Mailhe , Maisse , Marboz , Marcoz , Marec , Marfiette ,
Mathieu , Maulde , Méaulle , Mercier , Montégut , Morissót-
Obelin.
Pacros , Pelet de la Lozere ) , Penieres, Pepin, Perrin ( des
Vosges ) , Picqué , Pierret , Pinel , Plazanet , Prost.
Quinette..
Raffron , Réal , Reverchon , Richard , Richaud , Rivery ,
Roberjot , Rouault , Roux ( de la Marne ) , Rouyer , Ruault ,
Ruelle ..
St.-Martin, ( Ardêche ) , St. -Martin ( Valogne ) , Salmon
Saurine , Savorain , Serveau .
Texier , Thabaud , Thibaut , Toudic , Treilhard.
Liste des Députés du Conseil des Anciens qui doivent sortir
au 1er prairial prochain.
Allafort , Amyon .
Bar , Barrot , Belin , Beraud , Besnard , Blanc , Bolot ,
Bonnesoeur , Boucher- Saint- Sauveur , Bouillerot , Bouret ,
Bourgeois.
Cabaroc, Campmartin , Castilhon , Chambon-Latour, Conte,
Corbel, Coren-Fustier, Cornilleau , Courtois , Creuzé- Pascal.
Dandenac aîné , Dandenac jeune , Delcher , Delmas ,
Derazey , Devars , Devérité , Durand-Maillane.
Fourcroy
Garos , Olivier Gérente , Gibergues ; Girard ( de l'Aude }',
Girard-Villars, Giraud ( des , C. du N. ) , Gouly, Goupilleau ( de
Fontenay ) , Guermeur , Guittard. Gumery, Florent Guyot.
Johannbt.
Lanjuinais , Laurent ( de Lot et Garonne ) , Lehault.
Maignien , Mazade , Pierre Michel , Guillaume Michel ,
Mills , Moysset , Musset.
-
Nioche. Plaichard-Choltiere , Poullain -Grandprey
Regnault-Bretel , Reguis , Roy , Rudel .
Sallèles , Sauvé , Serres ( de l'isle de France ) .
Thierriet. Varlet , Vernerey, Vincent , Viquy. --
PARIS , Nonidi 19 ventôse , l'an 5. de la République .
Décadi dernier , le général Augereau a présenté au Directoire
les 60 drapeaux pris sur les Autrichiens à Mantoue.
Ce général a exprime , dans un discours plein de civisme
les sentimens de la brave armée d'Italie , qui , en onze mois ,
a livré 64 combats et 27 batailles. Le président du Directoire
, après lui avoir donné l'accolade fraternelle , lui a remis
le drapeau tricolor que lui a décerné le Corps législatif,
et lui a fait don d'un armure , au nom de la République.
( 318 )
La veille , Augereau avait assisté à un grand dîner ét å
une fête , où s'étaient trouvés plus de 300 députés . Le pere
de ce général qui , comme on sait , est un marchand fruitier
du faubourg St. Marceau , était placé à côté du prési
dent du conseil des Anciens , et son fils à côté de celui
des Cinc- cents . On y a célébré , par des toast et des hymnes
patriotiques , les victoires de nos armées , et sur - tout de
celle d'Italie. Un frere de Buonaparte , âgé de 12 à 13 ans ,
y a reçu également les temoignages de reconnaissance et
d'admiration que l'on doit à ce général , qui , dans une
seule campagne , a égalé la gloire des plus grands capi
taines anciens et modernes.
Depuis le tirage au sort dans les deux conseils , on remarque
que les esprits sont plus calmes , que l'apinion s'épure , et que
tout se prépare pour faire , lors des elections prochaines , des
choix conformes aux veritables intérêts de la Republique . Le
sort a fait so tir , comme on devait s'y attendre , piu i urs
députés qui probablement seront réélus , tels que Boissyd'Anglas
, Daunou , Cambacerès et quelques autres . C'est ce
qui arrivera toutes les fois que des hommes aaront bien mérité
de l'estime publique .
Chenier avait été insulté au théâtre de la République , par un
ancien page d'Orléans , nommé Amédée Kerbourg. Celui- ci
s'était vanté , par une lettre signée de lui et insérée avidement
dans d'infâmes journaux , qu'il avait frappé Chenier d'une
maniere outrageante . Chenier a appellé en duel Amédée
Kerbourg ; ils se sont battus au pistolet , et Chenier a blessé
grievement son adversaire .
On fait sur le Rhin tous les préparatifs pour recommencer
promptement la campagne. Mais la suspension des paiemens,
de la banque d'Angleterre , amenera infailliblement la paix .
Dans peu nous saurons les résultats de cet événement inoui
depuis un siecle .
On assure que les envoyés du pape sont arrivés ici pour
solliciter la ratification des conditions de paix . imposées à sa
sainteté.
NOUVELLES OFFICIELLES.
2
ARMÉE D'ITALIE . Le général en chef de l'armée d'Italie , au
Directoire exécutif. Au quartier-général de Macerata , le
27 pluviose , an V.
Citoyens directeurs , nos troupes seront , j'espere , ce soirà
( 319 )
Foligno , et passeront la journée de demain à se réunir à celles
que j'ai fait marcher par Sienne et Cortone.
Loretto contenait un trésor d'environ trois millions de
livres tournois on nous y a laissé à - peu-près la valeur d'an
million . Je vous envoie la Madona avec toutes les reliques
cette caisse vous sera directemeut adressée , et vous en terez
l'usage que vous croirez convenable : cette Madona est de
bois
霹
La province de Macerata , connue plus communément sout
le nom de Marche d'Ancônes est une des plus belles , et,
sans contredit , une des plus riches des Etats du pape.
Il n'y a rien de nouveau dans le Tyrol , ni sur la Piave,
Du 30 pluviôse , au quartier -général de Tolentino.
Nos troupes se sont emparé de l'Umbrie et du pays de
Perugia ; nous sommes maîtres aussi de la petite province de
Canorino.
Signé , BUONAPARTE.
Idem .
- Du er ventôse.
Citoyens directeurs , je vous enverrai incessamment les
dix drapeaux que nous avons pris au pape dans les différentes
actions qui ont eu lieu contre ses troupes.
Vous trouverez ci-joiut copie de la lettre que m'a écrite le
saint- pere , et de la réponse que je lui ai faite .
Signé , BUONAPARTE,
PIE P P. V I.
Cher fils ; salut et bénédiction apostolique.
V
"
Desirant terminer à l'amiable nos différends actuels avec la
République Française , par la retraite des troupes que vous
commandez , nous envoyons et députons vers vous , comme
nos plénipotentiaires , deux ecclésiastiques , M. le cardinal
Mattei , parfaitement connu de vous , et monseigneur Caleppi ;
et deux seculiers , le duc don Louis Biaschi , notre neveu
et le marqnis Camille Massini , lesquels sont revêtus de nos
pleins pouvoirs pour co certer avec vous , promettre et souscrine
telles conditions que nous espérons justes et raisonnables
, nous obligeant sons notre foi et parole de les approuver
et ratifier en forme speciale , afin qu'elles soient
valides et inviolables en tout tems . Assurés des sentimers de
bienveillance que vous avez manifestés , nous nous sommes
abstenus de tout déplacement de Rome , et par-là vous serez
persuadé combien grande est notre confiance envers vous.
( 120 )
Nous finissons en vous assurant de notre plus grande estime ,
et en vous donnant la paternelle bénediction apostolique .
Donné à Saint- Pierre de Rome , le 12 février 1797 , l'an
22. de notre pontificat.
Pour copie conforme ,
Signé , PIE PP . VI .
Signé , BUONAPARTE .
Buonaparte , général en chef de l'armée d'Italie , à sa sainteté ,
le pape PPiiee VVII.. Au quartier-général de Tolentine , le 1er.
ventôse , an V.
--
Très -saint-pere , je dois remercier votre saintetê des choses
obligeantes contenues dans la lettre qu'elle s'est donnée la
peine de m'écrire .
La paix entre la République Française et votre sainteté vient
d'être signée je me félicite d avoir pu contribuer à son repos
particulier.
J'engage votre sainteté à se méfier des personnes qui sont
à Rome , vendués aux cours ennemies de la France , ou qui
se laissent exclusivement guider par les passions haineuses ,
qui entraînent toujours la perte des Etats .
Toute l'Europe connaît les inclinations pacifiques et les
vertus conciliatrices de votre sainteté . La République Française
sera , j'espere , une des amies les plus vraies de Rome .
J'envoie mon aide -de- camp , chef de brigade , pour exprimer
à votre sainteté l'estime et la vénération parfaite que
J'ai pour sa personne ; et je la prie de croire au desir que
j'ai de lui donner , dans toutes lès occasions , les preuves de
respect et de vénération avec lesquelles j'ai l'honneur d'être
sou très -obéissant serviteur?
Pour copie conforme ,
Signé , BUONAPARTE .
Le général en chef, signé , BUONAPARTE .
Idem. Au Directoire exécutif. - Au quartier-général de Tolentine
, le 1er . ventôse , an V.
:
Citoyens directeurs , la commission des savans a fait une
bonne récolte à Ravenne , Rimini , Pesaro , Ancône , Loretto
et Perugia cela sera incessamment expédié à Paris . Cela
joint à ce qui sera envoyé de Rome , nous aurons tout ce
qu'il y a de beau en Italie , excepté un petit nombre d'objets
qui se trouvent à Turin et à Naples .
Signé , BUONAPARTE.
LENOIR- LAROCHE , Réla teur.
•
Jer . 135.
N® 18 .
MERCURE FRANÇAIS .
DÉCADI 30 VENTÔSE , l'an cinquième de la République .
( Lundi 20 mars 1797 , vieux style. )
LITTÉRATURE ÉTRANGERE.
An account of Indians serpents collected on the coast of
Coromandel , etc. Histoire des serpens de l'Inde , recueil-
? す
ངས lis sur la côte de Coromandel contenant la description
et le dessein de chaque espece , avec des expériences
et des remarques sur l'effet de leurs différens venins ;
par PATR. RUSSEL. Grand in - folio .
CRT
ET ouvrage intéresse également les naturalistes et
toutes les personnes qui s'occupent de l'art de guérir.
Il n'existait pas encore de description détaillée
et systématique des Serpens de l'Inde ; et tout ce
qu'on a dit jusqu'à ce jour , soit touchant les effets
du venin de ceux dont la morsure est véritablement
dangereuse , soit sur les moyens curatifs qu'on emploie
avec succès pour le combattre , est toujours
fort incomplet , souvent très -vague , et quelquefois
même entierement fabuleux .
Il paraît que l'on peut donner une entiere confiance
aux descriptions de Russel , et aux faits qu'il
raconte . Son ouvrage , dédié à la société littéraire
et philosophique de Calcuta , non - seulement est
publié sous les auspices et par les soins de cette
Tome XXVII. X
x
( 328 )
société; mais il a , pour ainsi dire , été composé sous
ses yeux..
Les gravures en couleur dont il est orné , ne sont
gueres moins précieuses que le texte qui les explique :
elles sont exécutées avec un grand sein ; et le naturaliste
y peut étudier les objets par leurs faces extérieures
, à peu de chose près , comme sur la nature
elle-même.
L'auteur n'a pas seulement donné les caracteres
des diverses especes de serpens en général , en distinguant
ceux de ces caracteres qui peuvent être accidentels
, de ceux qui sont constans et certains ; il
s'est attaché sur- tout à faire bien connaître le venin
particulier de chaque espece , à décrire les organes
où il se prépare , les armes qui font la blessure , la
maniere dont il y coule ; enfin , il a rassemblé beaucoup
d'expériences touchant ses effets sur les animaux
, et un nombre mon moins considérable d'ob
servations , que des accidens malheureusement trop
communs , l'ont mis à portée de faire lui- même sur
l'homme, ou de recevoir toutes faites des mains les
plus fidelles et les plus sûres.oda kujune coup
Il décrit quarante especes , la plupart inconnues !,
et qu'il a toutes observées vivantes . Il les rapporte
aux genres hoa , coluber et anguis mais il leur cone
serve on même temsde nom qu'elles ont reçu dans
le pays.
I
Sa description commence par quatre especes de
boa, dont les trois premieres sont vénéneuses ; ce qu
contredit l'opinion que ce genre est tout- à- fait innocent,
opinion assez généralement établie , quoique
le crotalus mutus de Linné , qui doit être rangé parmi
( 323 )
les boa , la rendît déja fort douteuse . La troisieme
espece , le bungarum pam , est remarquable par les
trois petites dents situées dans le fond de la gueule ,
sous celles qui distillent le poison ; elles semblent
en former le supplément , et pouvoir les remplacer
au besoin .
Il y a trente- trois especes qui se rapportent au
coluber. Les quatre premieres sont véneneuses .
C'est avec le venin du serpent à lunettes ou du
lunettier , que la plupart des expériences de Russel
ont été faites .
Les autres especes appartiennent à l'anguis .
Tant que les serpens vivent encore , la couleur et
les taches , ou rayes , en sont les caracteres distinctifs
les plus sûrs .
Les serpens non vénéneux ont à la mâchoire supérieure
trois rangs de dents , deux situés au fond
de la gueule , et un sur le bord de la mâchoire, Au
lieu du troisieme rang , les serpens vénéneux ont les
dents particulieres, au moyen desquelles ils font leurs
morsures , et portent le poison dans le fond de la
plaie . L'endroit qu'elles occupent est en général
très-variable , ainsi que leur forme et leur grosseur :
cependant il y en a deux pour l'ordinaire ; et comme
nous l'avons observé pour le bungarum pam , d'autres
plus petites les entourent à la racine , comme des
especes de rejettons . La glande , ou les glandes qui
filtrent le venin , son réservoir , le conduit qui le porte
au lieu de sa destination , sont décrits avec beaucoup
d'exactitude , et représentés dans les planches d'une
maniere qui rend tout ce mécanisme extrêmement
sensible .
X
1 324 )
7
Les dents vénéneuses sont à- peu - près flottantes et
mobiles en tout sens : mais des fibres musculaires les
redressent et les fixent dans le moment de la morsure
. Le follécule ou réservoir du venin est alors
comprimé , et le venin coule , par un canal membraneux
, dans la raînure de la dent. On voit que la nature
n'a pas à cet égard , beaucoup varié ses moyens ,
Les accidens produits par la morsure des serpens
paraissent assez uniformes chez les hommes et chez
les animaux. Mais pour en évaluer les effets avec
quelque précision , il faut évaluer aussi la force de
l'animal mordu. La même espece de serpent peut
Occasionner des accidens très- divers ; mais les accidens
different sur- tout quant à leur intensité . Il paraît
que le venin du serpent à lunettes est celui qui ,
toutes choses égales d'ailleurs , produit les effets les
plus violens. Cependant il n'a pas toujours été mortel
, il n'a pas même été toujours dangereux dans les
expériences tentées sur les animaux . Celui qu'on
introduit dans les humeurs , par des blessures artificielles,
n'a plus sans doute les mêmes qualités que
pendant la vie du serpent ; il ne peut sur-tout avoir
celles que la colere du reptile lui communique au
moment´de la morsure. Les petits animaux sont plus
vite et plus fortement affectés que les grands , soit
des morsures mêmes , soit des blessures artificielles ;
les oiseaux le sont plus aussi que les quadrupedes .
La premiere morsure est toujours plus dangereuse
que les suivantes ; celle d'un serpent vigoureux et
bien nourri , plus que celle d'un serpent faible , où
qui a long- tems supporté la faim.
L'auteur a constaté , par des expériences directes ,
( 325 )
qué le mangus (1) , pour éviter la mort , n'a pas besoin
de prévenir le serpent. Dans les expériences , la morsure
de ce dernier n'a paru dangereuse , ni pour le
mangus , ni pour aucune des autres especes de serpens
vénéneux des Indes ; ce qui n'est pas d'accord
avec les observations faites sur ceux d'Europe . Le
venin de toutes les especes examinées par l'auteur ,
offre , en sortant de la vésicule qui le contient , absolument
les mêmes apparences ; il a dans toutes la
même couleur et le même dégré de ténacité . Il est
sans goût et sans acrimonie : ce n'est proprement
qu'un simple mucus ( 2) . En se désséchant , il devient
plus tenace ; et quand il est tout-à-fait sec , il se dissout
encore en entier , aussi bien dans l'eau , que dans
l'esprit-de-vin.
Mais ce qu'il y a de plus curieux et de plus intéressant
, c'est le moyen employé par les Indiens pour
του
( 1 ) Le mangus , ou mango , est un animal très - commun dans
le nord de l'Afrique et dans le midi de l'Asie : c'est le lichneumon
des Égyptiens , la mangouste des naturalistes français , le
serpenticida de Rimphius , ete. Il ressemble à la civette ,
plutôt à la genette , et il poursuit avec fureur tous les reptiles
. Kaempfer prétend que la mangouste se guérit de la morsure
des serpens véniméux , par le secours d'une racine appellée
hampadutanah , ou fiel de la terre , et qui porte aussi le
nom de cet animal.... Russel assure que l'ail et l'aristoloche
des Indes ne tuent point , comme on l'avait dit , les serpens
de ce climat.
(2) Il faut que ce ne soit pas un vrai mucus celui - ci nę
se dissout point dans l'esprit -de -vin.
X 1
( 326 )
arrêter les effets des morsures vénéneuses . Sa maniere .
d'agir ou plutôt son utilité , qui ne paraît gueres pouvoir
être révoquée en doute , mérite toute l'attention
des physiologistes et des gens de l'art . Ce moyen
est l'arsenic pris intérieurement , mais l'arsenic à dose
forte ; car les pilules dans lesquelles on l'administre ,
et qui portent le nom de tanschouri , en contiennent
chacune trois quarts de grain ; et souvent on fait
prendre à la fois plusieurs de ses pilules , sans qu'on´
ait jamais observé aucun des accidents dont l'emploi
de l'arsenic aux plus petites doses , est constamment
accompagné dans toute autre circonstance . C'est un
remede dont on se sert également , et avec le même
succès , pour les hommes et pour les animaux ; mais
il faut qu'il soit donné sur-le- champ , attendu que
les mòrsures des serpens vénéneux sont promptement
fatales dans les pays chauds .
Il y a déja long- tems qu'en Europe , on a voulu faire
entrer l'arsenic dans la matiere médicale , et qu'on
l'a proposé , soit en application extérieure , soit même
en préparation interne , dans le traitement de plusieurs
maladies rebelles . On l'a préconisé comme rubéfiant
et épispastique dans les maladies de la peau repercutées
, dans la goutte atonique , et dans certains cas
d'engourdissement du systême cérébral . Des observateurs
dignes de confiance ont assuré s'en être servis
alors avec succès , en dissolution et sous forme de
pédiluve . On a cru sur- tout qu'il pouvait , par différentes
associations , devenir un excellent caustique ,
et produire en cette qualité , des effets particuliers
qu'on ne saurait obtenir des caustiques ordinaires .
Depuis un tems presqu'immémorial , de hardis empi
( 327 )
riques en faisaient usage pour l'extirpation des
loupes. On a pensé que leur audace pouvait être
rendue plus méthodique , et ramenée à des regles sûres .
En conséquence , on a tantôt associé l'arsenie avec
la pierre à cautere ordinaire ; tantôt on l'a combiné
avec les plantes stupéfiantes , telles que la belladona ,
le stramonium , la mandragore ; et dans ces derniéres
préparations , on l'a cru capable d'emporter d'embléc
les squirrës et les cancers, c'est-à-dire d'y faire tomber
subitement en gangrene , toutes les parties dégénéréés
ou squirreuses . Je me suis assuré que c'était le moyen
mis en usage par quelques agyrtes qui passaient , dans
le midi de la France , pour opérer des cures admirables
; et j'ai des raisons de présumér qu'un homme
qui depuis plusieurs années remplit dans Paris , les
journaux et les affiches , de l'histoire de ses miracles ,
se sert aussi de ce même moyen.
Mais des praticiens éclairés , et sur lesquels on peut
faire plus de fonds , ont appliqué , non sans quelque
apparence de succès , la dissolution d'arsenic au traitement
des ulceres cancéreux : ils l'ont employée quelquefois
pure , quelquefois mêlée avec le sue du phytolacca
, de la jusquiame , de la morelle . Odhélius
vient même d'annoncer dans les Mémoires de l'Académie
de Stockholm , la guérison d'un cancer du néz par la
dissolution d'arsenic . Enfin , un médecin allemand
n'a pas craint de le donner à l'intérieur , combiné avec
l'alcali fixe végétal , ou la potasse , pour arrêter les
fievres intermittentes opiniâtres , qui résistent quel
quefois , comme on sait , aux traitemens les plus méthodiques
; et il a cité des faits nombreux à son
appui.
X 4
( :328 )
1
•
Mais les expériences tentées par des observateurs
plus sages rendent l'usage de te remede fort
suspect.
D'abord on a vu que, donné à l'intérieur dans les
fievres intermittentes , il arrêtait , il est vrai , sur-lechamp
les accès , mais qu'il produisait toujours des
maladies consomptives incurables . Stoerck , qu'on ne
peut sûrement pas accuser de timidité , fut bientôt
contraint de laisser là ce perfide fébrifuge . Les malades
sur lesquels il l'avait essayé , tomberent tous
dans l'espece de phthysie qu'on observe chez les
ouvriers employés à l'exploitation des mines de
cobalt. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine , et
moyennant le rappel de la fievre , qu'il parvint à les
sauver. I
•
Dans les applications extérieures aux cancers , ou
autres ulceres pernicieux , l'arsenic occasionné souvent
des accidens graves . Des érosions à la peau suffisent
quelquefois pour rendre les simples pédiluves ,
ou les autres lotions dans lesquelles on le fait en-
-trer , d'un usage dangereux on l'a vu produire alors
des convulsions mortelles. Les dépilatoires mêmes ,
composés , pour l'ordinaire , d'un mélange d'arsenic.
en nature , ou d'orpiment et de chaux vive , ne sont
pas tout-à-fait sans inconvéniens : je connais plusieurs
exemples d'incommodités très-sérieuses produites par
leur application inconsidérée . En un mot , jusqu'à
ce jour , aucune expérience bien sûre et bien faite ne
nous porte à croire que l'arsenic puisse être employé
comme remede , avec cette sécurité que commande
l'intérêt de la vie des hommes.
Ainsi donc , le fait rapporté par Patr . Russel est
( 329 )
extrêmement curieux. Peut- être fournira- t- il quelques
vues sur le traitement de certaines affections
cérébrales fixes , accompagnées d'une grande insensibilité
du canal alimentaire , et contre lesquelles , à
raison de cette circonstance , tous les moyens connus
viennent souvent échouer. Car la surface interne de
ace canal offre l'espace le plus généralement utile ,
pour établir des points d'irritation artificielle , quand
il s'agit de remédier à la concentration ou au mauvais
emploi des forces nerveuses .
Quoique nous ne soyons pas encore assez avancés
dans la connaissance de la nature , pour tenter d'expliquer
la maniere d'agir des remedes , il est cependant
impossible de n'être pas frappé de cette espece
de neutralisation réciproque de deux causes déleteres
, et de ne pas vouloir remonter aux lois du
systême vivant,qui font que l'une de ces causes cesse
d'agir , aussi- tôt que l'autre est appliquée au corps ;
et que cependant celle - ci n'exerce alors son action ,
que pour suspendre l'effet de la précédente , sans
aller jusqu'au point de devenir elle-même destructive
et fatale . Ne semble- t- il pas que les poisons et la
plupart des remedes altérans héroïques , qui peuvent
être considérés véritablement comme des poisons à
différens dégrés , ne détruisent l'impression morbifique
antérieure , qu'en introduisant de nouvelles impressions
qui seraient morbifiques elles - mêmes dans tout
autre cas . C'est du moins d'après cette vue , qui n'avait
point échappé à la sagacité des anciens , qu'Hippocrate
établit sa regle générale aduvaro apa aja
Tabew : Il est impossible que tout sente, ou souffre à-la-fois :
c'est aussi là- dessus qu'était fondée la pratique de
( 330 )
ces prémiers médecins , felative aux fortes diversions
de la sensibilité, dont ils savaient retirer tant d'avantages
dans le traitement des maladies les plus graves
et les plus opiniâtres . La lecture attentive de leurs
écrits le fait voir évidemment , et leurs idées à cet
égard , étaient parfaitement justes. En effet , les plus
utiles moyens de l'art n'agissent , pour l'ordinaire ,
qu'en changeant l'état ou la direction de la sensibihité
; et les remedes mêmes qui paraissent opérer lé
plus mécaniquement , en altérant le dégré de tension
des solides , en changeant le volume et la distribution
des humeurs , ou le plus chymiquement ( 1) , en faisant
subir à ces mêmes humeurs diverses dégénérations et
transformations particulieres directes , n'ont d'action
véritable qu'autant qu'ils peuvent modifier les organes
sensibles. En un mot , tous les effets produits sur le
corps vivant, dépendent de la faculté de sentir ou de
la vie ; et lorsque la sensibilité n'y existe plus, c'est un
assemblage de matiere , qui peut conserver l'empreinte
de san organisation , mais qui désormais est soumis
à de nouvelles lois .
( 1 ) La pierre à cautere et l'arsenic , qui dans certains cas
corrodent les parties animales mortes , ne font pas même
exception ; car on peut s'en servir , en dissolution fortement
saturée , pour conserver ces mêmes parties , comme on se
sert de Fean alumineuse , de l'esprit - de - vin , etc.
( 331 )
BIBLIOGRAPHIE.
Mémoire sur l'état actuel de nos Bibliotheques , lu au Lycée
des Arts , le 30 nivôse , an e . de la République Française
( 19 janvier 1797 , vieux st . ) . Par F. V. MULOT ,
membre du Lycée des Arts , et conservateur d'un des
dépôts nationaux littéraires de Paris . In- 8 ° . , 40 pages.
CE mémoire serait vraiment curieux , si le titre en
était bien rempli , On comptait à Paris , avant la révo-
Iution, dix bibliotheques publiques, dont trois seulement
existent aujourd'hui , savoir ; la bibliotheque
nationale , la bibliotheque mazarine et celle de la
commune. La bibliotheque du Panthéon ne devait
sa publicité qu'à l'honnêteté de MM. de Sainte-
'Genevieve . Depuis la révolution , les bibliotheques
qui ont été créées ou considérablement augmentées .
sont celles du Corps législatif , du Muséum d'histoire
naturelle , de l'École de santé , etc. En traçant l'état
actuel de toutes ces bibliotheques , on eût été sûr
d'exciter un vif intérêt . Il est vrai que le public ne
jouit pas encore de toutes les augmentations qu'elles
ont reçues . Mais ces augmentations sont connues des
conservateurs de nos dépôts littéraires . Avec quelle,
joie les amis des lettres eussent vu la description
d'une partie des richesses littéraires transportées de la
Belgique et de l'Italie ! avec quelle satisfaction ils
eussent appris où se trouvent aujourd'hui les ouvrages
précieux que possédaient les bibliotheques
supprimées personne n'était plus capable de leur
332 )
rendre ce service que le cit . Mulot , conservateur du
dépôt littéraire de la Pitié ; mais à la satisfaction de
décrire de vraies richesses , il a préféré celle de
dénoncer les abus qu'il croit exister dans la distribution
qu'on en fait.
Après avoir rappelié l'utilité des bibliotheques en
général , l'orateur en cite quelques - unes qui dans le
cours de la révolution ont été négligées ou dilapidées
par ceux-mêmes qui devaient les conserver. Il avoue
ensuite que nous possédons encore dans ce genre
des richesses immenses qui pourront réparer une
partie de nos pertes. Elles sont contenues dans les
dépôts littéraires où l'on s'occupe de les utiliser.
Cependant tous les dangers ne sont pas évités ; et
dans l'organisation même des moyens de conservation
, le cit . Mulot craint qu'il ne se soit glissé des
causes de destruction inévitable . Joserai , dit-il
» page 23 , regarder comme une de ces causes , le
99
"
triage ordonné dans tous les dépôts , confiés à des
» mains qui ne sont pas toutes également exercées à
» cette importante opération , et qui semblent quel-
" quefois guidées par un esprit systématique , op-
" posé presque toujours à la bonté des choix . Ce
triage , destiné à séparer les livres utiles , les livres
» rares , les livres précieux , d'une foule d'autres livres
» dont les éditions grossie es sont souvent multipliées
à l'infini sous toute espece de formats , et
. de ceux qui , quoique moins communs , le sont
" encore trop pour la gloire de l'esprit et l'utilité
" du coeur humain ; ce triage semblerait exiger dans
" ceux qui le font les plus amples connaissances , et
" des catalogues régulierement faits , soumis ensuite
23
( 333 )
-» à deux ou trois connaisseurs en bibliographie .
rempliraient bien mieux , et sans aucun risque , le
" but vraiment intéressant qu'on se propose. »
Il est étonnant que le cit . Mulot présente d'une
maniere aussi inexacte une opération sur laquelle il
lui était si facile d'obtenir de justes renseignemens.
Voici ce qu'en disent au ministre de l'intérieur
dans leur dernier rapport , les deux citoyens chargés
de la diriger.
Nous séparons en trois portions la classe de theologie
; nous plaçons dans la premiere les bonnes
, éditions de la Bible , des Peres Grecs et Latins , des
" Conciles , etc. Au recensement général qui sera
fait des collections de ce genre contenues dans
" les différens dépôts , on verra si le nombre des
exemplaires de chacun , surpasse les besoins de
l'instruction publique ; dans ce cas , l'excédent sara
, mis en vente ; dans le cas contraire , tous les exem-
" plaires seront soigneusement conservés .
97
39
" Nous plaçons dans la seconde portion les col-
" lections des théologiens scholastiques et moraux.
" Ces ouvrages n'ayant aujourd'hui presqu'aucune
,, valeur dans le commerce , les mettre en vente , ce
,, serait s'exposer à n'en tirer aucun fruit. Ne vaudrait-
il mieux les conserver encore pendant
pas
un an , et profiter de cet intervalle pour annoncer
,, aux départemens et aux étrangers que la République
est disposée à s'en défaire à des prix mo-
,, dérés ; et qu'en conséquence , elle recevra les soumissions
qui seront faites par des particuliers ou
par des compagnies . ,,
, La troisieme portion contient tous les ouurages
( 334 )
55
de théologie réputés mauvais , ou si communs , que
,, le commerce n'y attache pas de prix . Cette portion
" est la plus considérable ; elle ne peut qu'ètre
","
"
vendue au poids , ou employée à la refonte du
papier. Il est toujours, essentiel de la tirer des
dépôts.
Nous avons commencé par marquer à la craie
tous les ouvrages de théologie . Plus de cent mille
volumes sont ainsi marqués . Mais le classement
" nous a paru nécessaire pour éviter les erreurs . Il
s'opere par le moyen des cartes dont le travial est
" fort avancé dans la plupart des dépôts . En faisant
passer ces cartes sous les yeux de plusieurs personnes
versées dans la bibliographie , on parviendra
sans doute à ne laisser dans la troisieme
" portion que des ouvrages incapables d'exciter les
" regrets des connaisseurs . Quant aux deux premieres ,
" " comme notre dessein est d'en faire dresser des
" notices , il sera encore plus facile d'y éviter toute
erreur préjudiciable , etc. "
Les commissaires parlent ensuite d'un second tirage
qui portera sur les ouvrages de sciences , de littérature
et d'histoire qui se trouvent excéder les besoins
de la République . Cette seconde opération est encore
éloignée .
22
Une autre cause de destruction de nos richesses
littéraires , alléguée par le cit. Mulot , est la formation
des bibliotheques des ministres ; mais l'orateur , au
lieu de présenter un mode de responsabilité pour
les différens ministeres , se contente d'avancer , avec
une malignité qui n'a pas même le mérite de la justesse
, que les ministres de l'ancien régime arrivaient tout
( 335 ))
formés au ministere , et qu'ils pourvoyaient eux-mêmes aus,
délassement de leur esprit. E
Ce mémoire: les bâses de contient des vues sur la réforme que
les bâses de notre constitution prescrivent de faire
dans le systême bibliographique le plus suivi . Le
cit. Mulot voudrait classer tout ce qui tient à la religion
, de maniere qu'on n'en fasse plus l'objet premier
de nos catalogues. Je ne vois pas même la né
cessité de ce déplacement. Car rien n'empêche de
faire de la religion en général , la premiere classe de
notre systême bibliographique . Ses principales sections
seraient les religions naturelle , patriarchale ,
južve , chrétienne , mahométane , chinoise , indienne ,
etc. Cet arrangement quadre parfaitement avec Bos
articles constitutionnels sur la liberté des cultes , et
alors notre systême bibliographique pourrait être
réduit à ces quatre grandes classes : Religion , Sciences
et Arts , Belle's -Lettres et Histoire.
On voit que ce mémoire ne répond pas à son titre ,
il ne répond pas non plus à l'idée que les gens de
lettres avaient conçue des talens littéraires du citoyen
Mulotomy Comblo
HISTOIRE NATURELLE ,
ET
2:
365
ÉCONOMIE POLITIQUE.
Voyages d'un 'Philosophe par PIERRE POIVRE. Nouvelle
édition. In- 12 de 180 pages . L'an yo modlig
Cs titre ambitieus ne doit point être reproché au
modeste Poivre . Les premiers éditeurs de 1768 le
( 336 )
donnerent à ses Observations sur les Moeurs et les Arts
des Peuples de l'Afrique , de l'Asie et de l'Amérique. Les
nouveaux n'ont pas cru devoir le changer ; sans doute
pour ne pas dépayser leurs lecteurs . Ils ont mieux .
mérité de ceux - ci en ajoutant dans cette édition
1º. une notice sur la vie de l'auteur ; 29. ses deux ›
discours aux habitans et au conseil supérieur de
P'Isle- de-France ; 3° la relation d'un voyage aux:
Moluques fait par ses ordres , pour la recherche des
arbres à épiceries . C'est ànces trois morceaux que
nous nous attacheronstaple
3
Né à Lyon en 1719 , Poivre prit le goût du dessin
dans les riches fabriques de cette ville . Ce goût se
fortifia en lui, lorsqu'il se vit destiné à parcourir les
contrées éloignées , par les supérieurs des missions
étrangeres , société de prêtres à laquelle il s'étaita afflié
. Parti pour la Chine , il reçut dans une relâche
qu'il fit avant d'arriver à Canton , une lettre de recommandation
écrite en chinois . Quelle fue sa surprise
de se voir jetter dans une prison par le mandarin
auquel il la présenta. Cette lettre venait d'un
Chinois , qui ayant été offensé par un Européen ;
dénonçait cet Européen , qu'il croyait devoir être le
porteur de l'écrit , à la nation chinoise , en implorant
sa vengeance .
Poivre apprit le chinois pendant sa captivité ;
c'est ainsi que depuis , un des représentans de la
République Française a étudié l'allemand dans sa
prison en Autriche . Le vice-rci de Canton , touché
de ses bonnes qualités , et affligé de la trahison , de
vint son protecteur , et lui donna pour voir l'intérieur
de la Chine , les facilités que l'on refuse à tous
les
(
( 337 )
les Européens. Poivre ne borna pas ses observations
à la Chine ; il voyagea dans la Cochinchine , et revint
à Canton , où il s'embarqua en 1745 pour retourner
en France .
Un vaisseau anglais , supérieur en force à celui qui
portait le jeune Poivre , l'attaqua dans le détroit de
Banca . On se battit avec acharnement. Un boulet
emporta le poignet de notre écrivain , et il perdit
dans cette occasion le journal de tout ce qu'il avait
observé à la Chine , à la Cochinchine , à Macao , avec
des dessins précieux. Ces deux pertes l'affecterent
également. Cependant l'Anglais vainqueur rendit la
liberté à ses prisonniers qu'il ne pouvait nourrir , il
les abandonna à Batavia. Ce fut pendant le séjour
forcé que Poivre fit dans cet établissement hollandais
, qu'il prit des renseignemens sur les arbres à
épiceries , et qu'il forma le projet de les transporter
dans les colonies françaises. Ce noble projet fut la
grande occupation de sa vie . S'il est vrai , que tout
homme célebre peut être caractérisé par une de ses
idées , une de ses découvertes , ou un de ses projets
les plus marquans ; la conquête des arbres à épiceries
formera le caractéristique de Poivre.
De retour en France , après différens relâches dans
le royaume de Siam , à la côte de Malabar , à l'Islede
France , à la côte d'Afrique , à la Martinique , à
l'isle Saint -Eustache chez les Hollandais , il fit connaître
au gouvernement la masse imposante d'observations
qu'il avait faites dans les quatre parties du
monde. Elles avaient eu pour but principal l'agriculture
, d'après l'état de laquelle il avait jugé constamment
le dégré de bonheur de chaque peuple . Mais
Tome XXVII. Y
( 338 )
il n'avait
pas oublié les autres moyens de l'économie
politique , tels que l'administration civile et rurale,
les arts et l'emploi des productions territoriales . Les
moeurs aussi avaient fixé l'attention d'un voyageur ,
pour qui la morale avait été un des premiers sujets
de méditation.
Le gouvernement l'envoya en 1749, en qualité de
ministre de France , à la Cochinchine , pour y établit
une nouvelle branche de commerce . La connaissance
de la langue du pays lui donna de grandes facilités
pour réussir dans sa mission . Il rapporta à l'Isle -de-
France les plantes les plus utiles , entr'autres le poivrier
, le canellier , plusieurs arbres de teinture , ceux
qui fournissent le vernis et les résines , plusieurs
arbres fruitiers ; et enfin , le riz sec. Il faut avoir vu
les visages décolorés et livides des hommes qui cultivent
le riz ordinaire , plante dont la tige baigne.
pendant trois mois dans des eaux croupissantes , pour
sentir le prix de la derniere acquisition . Le riz sec est
cultivé à la Cochinchine sur les montagnes ,
n'exige qu'une chaleur modérée , sans autre irrigation
que les pluies ordinaires . On en fit quelques récoltes
à l'Isle- de - France ; mais après le départ de Poivre ,
l'incurie des Colons les empêcha de surveiller cette
culture , les esclaves l'arroserent comme le riz ordinaire
; et il dégénera entierement.
et il
La compagnie des Indes lui fit faire quelques
voyages à Manille , à Timor , etc. , et il en rapporta
plusieurs fois à l'Isle-de- France les arbres à épiceries .
Mais par une suite du caractere insouciant des Colons ,
on les laissa périr. Poivre revint en France , et se
retira auprès de Lyon dans une maison de campagne,
( 339 )
où il se livra , sans distraction , à la culture des lettres
et des végétaux étrangers . C'est alors qu'il écrivit
pour l'académie de Lyon les deux mémoires intitulés
: Observations sur les Moeurs et les Arts des Peuples de
l'Afrique et de l'Asie. L'académie voulut les faire imprimer
; mais le gouvernement s'y opposa . Cependant
quelques copies passerent chez les libraires
étrangers qui en firent jouir le public.
Depuis que le crédit de la compagnie des Indes
avait arraché aux Isles - de- France et de Bourbon , et
fait mourir dans les cachots de la Bastille , l'infortuné
Labourdonnaie , l'administration de ces isles n'avait
été qu'un tissu d'inepties et de fautes. Le gouvernement
chercha à les réparer , et il y envoya Poivre.
Celui - ci répondit à son attente. Il s'occupa du soin
de propager les comestibles dans les deux isles . Il
fit venir de Madagascar , du cap de Bonne - Espérance
et de l'Inde , tous les animaux domestiques et tous les
végétaux propres à la consommation des habitans et
des navigateurs . Les escadres françaises envoyées
dans l'Inde profiterent souvent des fruits de cette prévoyance
. Voici l'énumération des végetaux : L'arbre
à pain , le mûrier à gros fruit vert de Madagascar ,
l'arbre à huile essentielle de rose , l'arbre à suif , le
thé de Chine , le bois de campêche , le bois immortel ,
toutes les variétés du cocotier , du dattier et du
manglier , l'arbre des quatre épices , le chêne ,
sapin , la vigne , le pommier , le pêcher d'Europe ,
l'avocat des Antilles , le mabolo des Philippines ,
le sagoutier de Moluques , le savonnier de Chine ,
le maran d'lolo , le mahé ou arbre de mâture ,
- le
et
Y 2
( 340 )
le mangoustan dont le fruit est regardé comme le
meilleur de l'Asie et du monde .
· ·
Mais la plus riche acquisition de ce genre que fit
l'Isle de France , et celle dont elle fit part à la
-Guyane française , fut la collection de tous les arbrest
à épiceries . Poivre envoya en 1770 et 1771 de petits bâtimens
aux isles Moluques , et à celles qui les avoisinent.
Les deux expéditions comblerent les voeux
des Colons ; et leurs produits furent cultivés avec
soin dans le jardin de Monplaisir , que Poivre céda
au gouvernement. Après divers changemens d'administration
, qui ont nui souvent aux végétaux
précieux , il est rentré sous la direction du citoyen
Céré , dont les talens sont connus de tous les savans
botanistes ...
En 1775 , Poivre quitta l'administration des deux
isles , et emporta les regrets de tous les habitans .
Cependant Versailles le reçut comme un homme
disgracié. Mais deux ans après son retour , Turgot ,
digne par ses lumieres d'apprécier les administrateurs
probes et intelligens , ouvrit les yeux du gouvernement
. Poivre obtint des témoignages honorables de
satisfaction et une pension . Il se retira ensuite dans
sa campagne chérie près de Lyon , où il vécut heureux
, modeste , et recherché par tous les étrangers
instruits qui passaient dans son voisinage. Il mourut
paisiblement le 6 janvier 1786 , laissant deux filles
et une veuve estimable , qui a épousé le cit. Dupont ,
l'un des représentans du peuple .
Les discours qu'il prononça au commencement de
son administration, et qu'il adressa soit aux Colons ,
soit aux membres du conseil supérieur , nous montrent
((341 )
un philosophe pénétré dès -lors des principes sur
lesquels a été fondée la constitution française . Vous
êtes , disait-il , aux cultivateurs , les colonnes de cet
établissement ; il est fondé sur l'agriculture nourriciere
, et il ne saurait avoir un meilleur fondement .
Les travaux auxquels vous vous livrez sont par toute
la terre les plus nobles et les plus honorables de ceux
qui peuvent occuper l'homme . Par tout ils intéressent
le genre humain , qui , sans eux , ne saurait subsister.
Ici vous exercez , comme tous les cultivateurs du
monde , les fonctions sublimes , non- seulement de
coopérateurs de la Providence , de bienfaiteurs de
l'humanité ; mais de plus , celles de soutiens de la
patrie , de protecteurs de ses établissemensen
Asie.... "
Animé de son esprit ( du gouvernement ) et
dépositaire de sa confiance , je vous offre tous les
secours que vous pouvez réclamer. L'autorité que je
vais exercer , ne sera émployée que pour favoriser
vos travaux. Comme , malgré la droiture de mes intentions
, je pourrais me tromper dans les moyens ,
je compte trouver en vous les lumieres dont j'aurai
besoin pour vous être utile . Je vous demande avec
instance vos conseils , pour porter cette colonie au
plus haut degré d'abondance et de prospérité . Ne
craignez pas , messieurs , de me fatiguer , de m'importuner
; mon tems est à vous. Je ne suis venu ici
que pour servir notre commune patrie , en contribuant
de toutes mes forces à votre bonheur . Instruisezmoi
hardiment de mes erreurs , soyez persuadés
qu'elles seront involontaires .... "
Y 3
( 342 )
Voici ce qu'il pensait sur l'esclavage et les esclaves...
Une isle aussi importante ne pouvait manquer
d'être jalousée par les nations rivales de notre puissance
; elle était exposée à être attaquée à chaque
guerre , et trop éloignée de la métropole pour en
recevoir des secours prompts . Il ne convenait donc
pas d'y multiplier de malheureux esclaves qui ,
n'ayant rien à perdre , et ayant tout à espérer d'une
révolution , ne pouvaient , dans un cas d'attaque į
qu'embarasser ses défenseurs .... Quoi qu'il en soit ,
le mal est fait ; mais heureusement il n'est pas sans'
remede ; vous préviendrez , messieurs , tous les maux
que traîne après soi l'esclavage introduit dans cette
isle , en suivant exactement l'esprit de la loi , qui a
permis aux Français d'avoir des esclaves dans leurs
colonies ( le code noir ) . Cette loi , qui depuis le
dernier siecle seulement , tolere parmi nous un usage
inhumain , anciennement établi chez des peuples
barbares , contre le droit naturel , ne le tolere qu'à
condition que .... La même loi exige encore que le
maître favorise le mariage parmi les esclaves , qu'il
les nourrisse , les habille et les traite avec humanité...
On assure néanmoins qu'il est des maîtres qui nonseulement
ne favorisent pas les mariages , mais qui
s'y 'opposent ; qu'il en est qui ne leur ( aux esclaves }
fournissent d'autre nourriture que les racines caustiques
et insalubres qu'ils leur permettent d'aller
arracher sur les bords des rivieres ; que plusieurs
maîtres les surchargemt sans pitié de travail. Qu'enfin ,
on voit dans l'isle beaucoup de ces malheureux qui
ne sont point habillés , et que l'on en compte , plus
( 343 )
de six cents que les mauvais traitemens ont rendu
fugitifs dans les bois . Si de tels rapports étaient
vrais, ........ nous vous déclarons , messieurs , que dans
ce cas nous ferons valoir toute la sévérité des lois
pour protéger et venger l'humanité outragée . Pourrions-
nous faire un meilleur usage de notre autorité
?…... 99
Sur le luxe .... Si nous examinions les moeurs particulieres
, un luxe étonnant se présente à nos yeux .
Quoi , le luxe ! le luxe le plus scandaleux dans une
isle qui manque de pain ; et qui n'a aucun objet de
commerce . Ah ! messieurs , n'en cherchons pas davan .
tage ; et convenons franchement que si cette colonie
est misérable , si, avant même d'avoir existé , elle est sur
son déclin , elle doit l'attribuer non au physique du
climat , mais à la corruption des moeurs , aux vices
d'une partie des habitans .... 9
C'est dans le même esprit qu'il dit au conseil supérieur.......
“ Point de nation vraiment puissante ,
point d'empire durable , point de trône solidement
établi , point de société florissante , point d'homme
heureux , sans la vertu . Rapportons-nous - en à l'expérience
des siecles passés . L'histoire de toutes les
nations nous les montre constamment heureuses et
puissantes , sous l'empire de la vertu ; faibles , et
bientôt détruites , après l'avoir abandonnée …….. ;,
L'Isle - de - France doit à ces sages principes de
morale et d'économie politique , d'avoir pu se passer
de la métropole pendant la révolution ; et d'avoir été
en état de nuire au commerce de nos ennemis , bien
loin d'avoir eu leurs attaques à craindre .
4
Y
( 344 )
LITTERATURE.
Thus , they from heaven remote to heaven shall move ,
Vith strenght of mind , and tread th'abysse above.
KEIL.
La Sphere , poëme en huit chants , qui contient les élémens
de la Sphere terrestre avec des principes d'Astronomie
physique , accompagnée de notes , et suivi d'une notice
des poëmes grecs , latins et français , qui traitent de
quelque partie de l'Astronomie; par DOMINIQUE RICARD .
Un volume in-8 ° . de 500 pages . Prix , broché , 4 liv .; et
5 liv . 10 sous , franc de port , pour les départemens . On
en a imprimé un petit nombre sur papier vélin , grandraisin
; prix , 12 liv . pour Paris ; et 14 liv . pour les
départemens , portfrane. A Paris , chez LECLERE , imprimeur-
libraire , rue Saint-Martin , près la rue aux
Ours. ( 1796. )
SECOND EXTRAIT..
DANS le premier ( inséré dans le précédent Nº. ) ,
nous avons commencé par offrir à nos lecteurs quelques
détails pour les mettre à portée de juger de la
versification du poëte de la Sphere ; actuellement
nous allons reprendre l'ouvrage en masse . A la lecture
suivie et entiere de ce poëme , voici l'impression
qu'elle nous a faite . D'après un axiôme , et qui
est vrai , qu'un auteur se peint dans ses ouvrages ,
on peut avancer qu'on voit dans celui- ci la plus belle
ame.On y lit une morale pure et sublime qui inspice
Pattrait de la vertu . Avec lui et à sa lecture , on
( 345 )
respire l'amour de ses semblables et de son pays ;
la passion de faire du bien ; le goût des sciences et
des beaux-arts ; en un mot, la pratique de toutes les
vertus sociales qui font le vrai bonheur des hommes.
L'invocation à l'amitié qui commence le VII . chant ,
est belle et touchante : en la lisant , on voudrait être
le frere , le voisin , l'ami du poëte qu'elle a si bien
inspiré.
Quant aux qualités de l'esprit de l'auteur , ce
poëme sur l'Astronomie , le premier d'une certaine
étendue , entrepris dans notre langue et avec succès ,
fet qui pouvait lui faire dire avec une sorte d'orgueil
et quelque vérité :
Avia pieridum perago loca nullius ante
Trita solo :
LUCRET , Lib . IV. }
prouve , dans le poëte , de la hardiesse , du courage
et du génie. On y remarque un plan bien dessiné et
bien rempli , une infinité de détails difficiles à exprimer,
même en prose , bien rendus en vers , et richement
rimés ; des épisodes ingénieux et pleins de sentimens
; une versification généralement soignée ; point
de ces vers durs que l'on reproche à plusieurs de nos
poëtes modernes ; enfin , on y remarque , avec satisfaction
, des coupures de vers , des repos artistement
ménagés qui rompent la monotonie du metre et des
rimes extrêmement fatigantes dans tout poëme de
longue haleine , et sur-tout d'une poésie descriptive ,
non dramatique et dialoguée .
Par cette raison , je ne suis pas de ceux qui regardent
comme un défaut , si dans un poëme d'une
) 346 )
certaine étendue il se rencontre quelques rimes breues
correspondantes à des rimes longues , comme promettre
, naître ; dame , flamme , etc. sur-tout , si ces
rimes , moins exactes , y sont clair semées . C'est une
licence qu'ont prise tous nos plus grands poëtes.
C'est comme une dissonance en musique , qui ajoute
à l'harmonie . C'en est une en poésie , mais qui , dans
une longue série de rimes, y produit une agréable variété
et un délassement pour l'oreille . On dira que
c'est ici une hérésie littéraire : je ne le crois pas : mon
goût jusqu'ici trop difficile à contenter me dit le
contraire.
et
D'après cette analyse du poëme de la Sphere , il
résulte , et l'on pent juger , que si la pratique des
vers artificiels , ingénieusement adaptée aux élémens
des sciences par Buffier et par MM . de Port- Royal ,
a été avantageuse à la jeunesse ; on peut juger qu'un
poëme régulier , d'une diction pure , élégante , et
généralement soignée , a dû remplir le but de l'auteur
, énoncé dans sa Préface d'inspirer à la jeunesse
le goût d'une science abstraite et si rebutante
à cet âge ; de lui en applanir , en vers , la route ,
de la lui rendre même agréable ; d'enlever les épines
aux premiers élémens ; et par le charme de la poésie ,
de les lui rendre faciles à saisir , à se graver d'abord
dans sa mémoire , et à les y retenir un long-tems.
Le chantre de la Sphere a fait plus . Son poëme, composé
en faveur des jeunes gens , non - seulement peut
en les amusant , les instruire ; mais tout son livre offre
à-la - fois et de l'agrément et de l'instruction à bien .
des classes de lecteurs , parmi les personnes déja
faites et les plus instruites.
( 347 )
D'après une lecture suivie et entiere de ce volume,
voilà ce que nous y avons justement admiré . Mais
la même vérité qui nous a dicté ces éloges , nous
force de dire qu'un critique difficile aurait peutêtre
à desirer dans ce poëme , plus de chaleur et de
yerve poétique ; quelques - unes de ces belles comparaisons
d'une certaine étendue , qui font la richesse
et le principal ornement des meilleurs poëmes , et
même des discours oratoires . On dira que les poëmes
didactiques de Virgile et d'Horace n'en offrent pas un
très-grand nombre. Mais ces deux premiers poëtes du
plus beau siecle de la latinité , assez riches d'euxm
mes , n'en avaient pas besoin. Leur langue et leur
canevas , d'ailleurs plus poétiques , exigeaient moins
cette parure empruntée . Mais ici , dans notre langue,
dans un poëme sur la Sphere , d'une beaucoup plus
longue étendne ; sur un sujet si ingrat et si aride ,
c'était, je pense , le cas de s'efforcer de le faire briller.
d'un éclat étranger. L'auteur de l'Anti-Lucrece , et Pope
dans ses Poëmes didactiques , ont usé de cette source
d'ornemens et de beautés épisodiques ; car on l'a dit,
qu'une comparaison est un court épisode , qui sert
tantôt à expliquer , à développer le sens et les difficultés
des préceptes didactiques ; tantôt à en corriger
l'âpreté et la sécheresse , qui les orne et les embellit
; et par-là réveille , rafraîchit et récrée un lecteur
fatigué par le fond d'un sujet scientifique et
abstrait. Ces comparaisons sont dans la poésie , dans
l'art oratoire , ce que font dans une botanique ordinaire
et indigene , quelques plantes rares et exotiques
; elles en augmentent l'agrément et le prix.
Nous remarquons à cet égard , que dans un seul épi(
348 )
sode de deux cents vers d'un nouveau poëme de
l'abbé Delille , que nous aimons à citer ( Amélie et
Volnis ) , on y compte jusqu'à douze comparaisons .
Revenons sur nos pas , on pourrait reprocher à
l'auteur du poëme de la Sphere , un nombre de phrases
beaucoup trop longues en vers ; et dans plusieurs
endroits de son poëme , que les mêmes objets de
FAstronomie, exprimés fortement en cinq à six vers par
quelques -uns de nos poëtes modernes , sont ici aff iblis
, en se trouvant paraphrasés en quinze , vingt- cinq
ou trente vers .
Quoique dans sa Préface , l'auteur de la Sphere ait
eu le soin de prévenir ses lecteurs contre le reproche
suivant , on l'inviterait à retrancher un nombre de
mots techniques nullement faits pour la poésie . Il
n'était échappé à l'auteur de nos Géorgiques françaises ,
dans tout son poëme , que deux expressions de ce
genre , qu'il s'est bien gardé d'y laisser ; auxquels il
a substitué un autre tour et d'autres mots équivalens
; mais plus poétiques . C'était en parlant des
zones , livre I , vers correspondant au 239º . vers latin .
Et terminant l'espace où la ligne écliptique
S'étend obliquement jusqu'au double tropique.
Vers qu'il a corrigés de la maniere suivante :
Et dans son cours brilant bornent l'oblique voie
Où du Dieu des saisons la marche se déploie .
Cette recherche , cette délicatesse de goût qui a
de la peine à se contenter soi -même , exigent sans
doute beaucoup plus de travail ; mais aussi , on a le
mérite de la difficulté vaincue , celui qui constitue
( 349 )
L
3
+
la véritable poésie : alors on grave sur le marbre et sur
l'airain en caracteres impérissables , et l'on écrit pour
la postérité,
Enfin , le dernier reproche qu'on pourrait faire à
l'auteur de la Sphere , est que l'on cherche dans ce
poëme , de ces vers heureux et de génie qui frappent
d'abord l'imagination , et qui se fixent naturellement
dans la mémoire de maniere à n'être jamais oubliés ;
de ces vers qui ne sont point rares dans le poëme
de Roucher , et tels qu'on en trouve , plusieurs dans
ceux de le Mierre , de Rosset , de quelques autres de
nos poëtes modernes , et une foule dans tous les
poëmes de l'abbé de Lille ; tels que ceux ci- après ,
que tout le monde sait par coeur , mais qu'on ne se
lasse point de répéter.
En parlant des astres qui ont une révolution an .
nuelle :
Le ciel devint un livre où la terre étonnée
Lut en lettres de feu l'histoire de l'année .
ROSSET.
}
Le poëte , après avoir peint énergiquement les désastres
de la famille de Louis XIV , s'écrie au départ
pour l'Espagne , de son petit-fils le duc d'Anjou} :
Où va-t-il?
Sa pompe annonce un trône , et ses pleurs un exil .
La lune cause du flux et reflux :
LE MIERRE
Souleve l'Océan , produit du haut des airs ,
Par accès réguliers , cette fievre des mers...
Le même , en ses Fastes .
( 350 )
Le même poëte , dans le même poëme , parlant de
St. Paul :
Tombe persécuteur , et se releve Apôtre .
Ce dernier vers me rappelle celui de la Motte , dans
un sujet chrétien , où décrivant les miracles du
Christ , il dit :
Le muet parle au sourd étonné de l'entendre .
Et enfin celui-ci de le Mierre , un des plus heureux
que je connaisse dans notre langue ; que les
Anglais regardent comme leur devise , et qui fait
toute leur ambition.
Le trident de Neptune est le sceptre du monde.
1
Voilà peut- être tout ce que la critique la plus séyere
pourrait trouver à redire dans ce nouveau poëme ,
qu'on peut améliorer sans doute , comme tout ce
qui sort de la main des hommes ; mais qui , tel qu'il
est , est un des plus beaux présens fait à notre littérature
française .
Je ne puis passer sous silence une chose dont je
crains de parler , et sur laquelle je ne sais si je dois
émettre ici ma façon de penser. L'auteur du poëme
de la Sphere cite , dans ses notes , deux beaux fragmens
d'une Traduction nouvelle des Géorgiques de Virgile . Ce
projet est courageux sans doute , après celle de l'abbé
de Lille , qui brille d'une foule de beautés poétiques,
de vers heureux , de détails charmans .... ; et ce qui
était bien plus difficile encore dans notre langue , et
très-rare chez la plupart des traducteurs en vers , qui
lutte presque vers à vers contre le latin , en harmonie
imitative . La nouvelle traduction dont on parle ,
( 351 )
est , donc une entreprise courageuse , hardie ; mais
est-elle bien louable ? Ces deux morceaux , il est
vrai , se font lire avec intérêt ; ils offrent une versification
fidele , facile ; en un mot , ils sont dignes
d'éloges . Cependant méritent-ils des encouragemens?
Il faut dire la vérité , sur- tout si le poëte est jeune ,
et si son ouvrage n'est pas encore avancé .
et.
Il est dans tous les arts , dans la poësie , dans la
traduction en vers , un dégré de perfection au -delà
duquel il est impossible de s'élever , et imprudent
peut-être de vouloir atteindre. Boileau dans toutes
ses OEuvres osa risquer deux fables déja mises en
vers par le premier de nos fabulistes ; mais il se garda
bien d'entreprendre de les retraduire toutes ,
d'aller rivaliser l'inimitable Lafontaine . Racine à
bien pu , en même tems que le vieux Corneille ,
exposer sur la scene une seconde Bérénice; et dans
la suite , Voltaire une seconde tragédie d'Edipe ; mais
Racine ne tenta point de refaire les chefs - d'oeuvres
du pere du théâtre français ; ni Voltaire , ceux de ses
deux maîtres dramatiques. Le sujet de l'Amphytrion ,
imité d'après les comiques grecs et latins , comme
celui des Menechmės , appartenait égalementà Regnard ,
comme à Moliere ; mais ce dernier ne songea point
à yftoucher , et quand cette idée lui eût souri , il se
fût gardé de s'y livrer par respect pour l'auteur du
Tartuffe , et pour sa propre gloire. Je trouve chez
les Anglais , un fait qui vient à l'appui de l'assertion
que j'avance , et qui doit être une grande leçon pour
ceux qui oseraient courir les mêmes risques . Je veux
parler de la belle traduction en vers des Poëmes
d'Homere par Pope. Cette version , toujours admirée
( 352 )
par les connaisseurs , lue , relue , et mille fois réimprimée
; critiquée , je l'avoue , dans quelques endroits ,
n'a point été exempte d'être rivalisée . Qu'en est-il
arrivé ? Ses nouveaux concurrens n'ont fait que montrer
au grand jour leur propre, faiblesse ; et leur défaite
n'a sevi qu'à rebausser et à rendre plus écla
tante la supériorité du plus habile de tous les traducteurs
en vers que l'on connaisse dans aucune langue .
Au reste , elle est bien loin de moi l'intention de
déprimer , de décourager les heureux essais du nouveau
traducteur des Georgiques mais jeune , il dé .
ploie déja de grands talens ; et pour cela même , il
inspire le plus grand intérêt. Il serait donc à desirer
pour lui - même , au lieu d'aller se consumer vaine
ment sur un travail qui pourrait ne lui laisser que
des regrets , qu'il le dirigeât plus heureusement vers
une fin plus satisfaisante , et qui lui montrât des
succès plus assurés , et les plus brillans . Quel malheur
pour les lettres , si les premiers génies de la
France , au lieu d'avoir atteint , chacun dans leur
genre , le sommet de la gloire et de la perfection ,
se fussent obstinés à se rivaliser les uns les autres !
Tel est mon sentiment que j'ose hasarder , en quoi
je puis me tromper : mais si je me trompe , si c'est
une erreur , je puis du moins protester de la droiture
et de la pureté de mes intentions .
Ce nouvel ouvrage fait honneur aux presses du
cit. Leclerc les exemplaires en papier velin' , plus
soignés encore , sont parfaitement beaux.
E. B.
ÉPITRE
( 353 )
ÉPITRE AUX FEMMES.
Par CONSTANCE D. E. PIPELET. A Paris , chez DESENNE ,
libraire , palais Egalité. An V.
La colere suffit , et vaut un Apollon .
La citoyenne Pipelet a pris ce vers pour épigraphe ,
mais la colere est une passion emportée ( ira furor
brevis est ) qui jette l'ame , pour ainsi dire , hors d'ellemême
; et l'auteur de Sapho , accoutumée à recevoir et
à donner des impressions douces, ne peut éprouver que
du désavantage à sortir de son assiette ordinaire . Le
sujet qui enflamme sa bile est d'ailleurs un peu rebattu
, et , en vérité , il n'est point digne du ton grave
et solemnel qu'elle emploie. Si les femmes manquent
en général d'instruction ou de génie , est- ce sérieusement
qu'elles prétendent en rejetter le blâme sur
un sexe jaloux , orgueilleux , tyrannique , qui a pris
soin
De les claquemurer aux choses du ménage .
de peur que , dans une plus haute sphere , elles ne
vînssent à l'égaler ou à le surpasser. Il faut rire , et
non se fâcher , lorsqu'on soutient une pareille these .
Alors les hommes se prêtent de bonne grace à la
plaisanterie , et applaudissent les premiers aux sarcasmes
de leurs aimables antagonistes . Autrement
ils n'opposent point l'humeur à l'humeur , mais ils
Tome XXVII. Z
( 354 )
s'avisent de raisonner , et ils n'ont pas besoin d'une
forte logique pour triompher.
Nous épargnerons à la citoyenne Pipelet l'ennui
d'une discussion ( 1 ) , mais nous l'inviterons à relire
tout cet admirable V. livre de l'Émile , intitulé : Sophie,
ou la Femme. C'est-là que les conformités et les différences
des deux sexes , leur destination particuliere ,
leurs avantages , leurs devoirs , leurs droits respectifs ,
sont tracés en caracteres simples , vrais et précis . On
n'a jamais rien dit , on ne dira jamais rien de mieux
sur cette matiere ; et c'est peut - être , pour les choses
et pour le style , ce qui est sorti de plus parfait de la
plume de Rousseau . Nous y puiserons quelques ré-
(1) La citoyenne Pipelet n'aime pas les discussions . Voici
comment elle s'exprime dans son Avertissement . « Dans tous
les tems les hommes ont cherché à nous éloigner de l'étude
et de la culture des beaux-arts ; mais aujourd'hui cette opinien
est devenue plus que jamais une espece de mode . Dans quelque
eudroit qu'on aille , de quelque côté qu'on se tourne , on a
l'oreille fatiguée par les discussions qui s'élevent à ce sujet. ›
Nous observerons que , si la citoyenne Pipelet n'eût pas écrit
dans le trouble et la confusion , elle se serait apperçue que sa
premiere phrase est défectueuse , qu'elle n'offre point à l'esprit
le sens que l'auteur a voulu lui imprimer. Quelle est ,
selon elle , l'opinion qui est devenue une espece de mode ?
C'est celle- ci Il faut nous éloigner de l'étude et de la culture
des beaux-arts ; et la construction de la phrase amenę ceci :
Dans tous les tems les hommes ont cherché à nous éloigner , etc.;
ce qui est , non pas une opinion , mais un point de fait à éclaircir.
Quant à la seconde phrase , il faut convenir que cette
maniere de parler, Dans quelque endroit qu'on aille , de quelque
côté qu'on se tourne , etc. , peche un peu contre l'élégance .
( 355 )
ponses à la citoyenne Pipelet , dans le court extrait
que nous allons donner de son Épître ; et sans prétendre
déprécier son talent poétique , la prose du
philosophe ne sera point déplacée à côté de ses plus
beaux vers.
L'auteur débute par une apostrophe véhémente à
son sexe , et d'un ton qui approche du lyrique .
O Femmes , c'est pour vous que j'accorde ma lyre !
O femmes , c'est pour vous qu'en mon brûlant délire ,
Dun usage orgueilleux bravant les vains efforts ,
Je laisse enfin ma voix exprimer mes transports !
Assez et trop long-tems la honteuse ignorance
A jusqu'en vos vieux jours prolongé votre enfance ;
Assez et trop long-tems les hommes égarés
Ont craint de voir en vous des censeurs éclairés ;
Les tems sont arrivés ; la raison vous appelle.
Femmes , réveillez -vous , et soyez dignes d'elle !
Ne croyez-vous pas entendre la muse de l'Opéra ?
Les tems sont arrivés . Cessez , triste chaos , etc.
Ballet des Élémens, )
Vient ensuite un morceau plus tempéré , où des
détails , peu propres à la poésie , sont rendus avec
assez de précision ':
Si la nature a fait deux sexes différens.?
Elle a changé la forme , et non les élémens .
Même loi , même erreur , même ivresse les guide ;
L'un et l'autre propose , exécute ou décide ;
Les charges , les pouvoirs , entre eux deux divisés ,
Par un ordre immuable y restent balancės ;
Tous deux pensent régner , et tous deux obéissent ';
Ensemble ils sont heureux , séparés ils languisent ';
Z &
1:
( 356 )
Tour-d-tour l'un de l'autre enfin guide et soutien ,
Même en se donnant tout ils ne se doivent rien .
Ce sont deux vers qui méritent d'être retenus que
ceux- ci :
Tous deux pensent régner , et tous deux obéissent ;
Ensemble ils sont heureux , séparés ils languissent.
Il n'en est pas de même des deux suivans qui ne
présentent rien de net à l'esprit , et qui ne mettent
la femme et l'homme sur la même ligne que pour les
affranchir de leurs devoirs réciproques .
La femme et l'homme sont faits l'un pour l'autre ,
dit Rousseau , mais leur mutuelle dépendance n'est pas
égale les hommes dépendent des femmes par leurs.
desirs ; les femmes dépendent des hommes et par
leurs desirs et par leurs besoins ; nous subsisterions
plutôt sans elles , qu'elles sans nous . Pour qu'elles
aient le nécessaire , pour qu'elles soient dans leur
état , il faut que nous le leur donnions , que nous
voulions le leur donner , que nous les en estimions .
dignes ; elles dépendent de nos sentimens , du prix
que nous mettons à leur mérite , du cas que nous
faisons de leurs charmes et de leurs vertus . Par la loi
même de la nature , les femmes , tant pour elles que
pour leurs enfans , sont à la merci des jugemens des
hommes : il ne suffit pas qu'elles soient estimables ,
il faut qu'elles soient estimées ; il ne leur suffit pas
d'être belles , il faut qu'elles plaisent ; il ne leur suffit
pas d'être sages , il faut qu'elles soient reconnues pour
telles , etc. etc. De la bonne constitution des meres ,
ajoute-t-il un peu plus bas , dépend d'abord celle
des enfans ; du soin des femmes dépend la premiere
1
( 357 )
x1
éducation des hommes ; des femmes dépendent encore
leurs moeurs , leurs passions , leurs goûts , leurs plaisirs
, leur bonheur même. Ainsi , toute l'éducation
des femmes doit être relative aux hommes. Leur ,
plaire , leur être utile , se faire aimer et honorer d'eux,
les élever jeunes , les soigner grands , les conseiller
les consoler , leur rendre la vie agréable et douce ,
voilà les devoirs des femmes dans tous les tems , et
ce qu'on doit leur apprendre dès leur enfance . "
Ce langage d'une raison supérieure , ne dispose
gueres à écouter les déclamations de la citoyenne
Pipelet contre l'homme tyran , contre l'homme parjure
, qui feint de ne voir dans sa compagne qu'un
objet créé pour son caprice . Cependant nous ne pouyons
nous dispenser de citer les tirades les plus frappantes
, celles sur- tout qui ont un rapport direct au
sujet principal de l'Épître.
Portons-nous sur nos fronts , écrit en trait de flamme ,
L'homme seul doit régner et soumettre la femme ?
Un ascendant secret vient-il nous avertir
Quand il faut admirer , quand il faut obéir ?..
La nature pourtant aux êtres qu'elle opprime
Donne de leur malheur le sentiment intime :
L'agneau sent que le loup veut lui rayir le jour ;
L'oiseau tombe sans force à l'aspect du vautour ..
Disons-le l'homme , enflé d'un orgueil sacrilége ,
Rougit d'être égalé par celle qu'il protége ;
:
Pour ne trouver en nous qu'un être admirateur ,
Sa voix dès le berceau nous condamne à l'erreur ;
Moins fort de ce qu'il sait , que de notre ignorance ,
Il croit qu'il s'aggrandit de notre insuffisance ;
Et sous les yains dehors d'un respect affecté , ·
Z.3
( 358 )
Il ne révere en nous que notre nullité.
C'en est trop ; secouons des chaînes si pesantes ;
Livrons- nous aux transports de nos ames brûlantes
Livrons -nous aux beaux- arts. Eh ! qui pourrait ravir
Le droit de les connaître à qui peut les sentir ?
Laissons l'anatomiste , aveugle en să science ,
D'une fibre avec art calculer la puissance ,
Et du plus ou du moins infèrer sans appel
Que sa femme lui doit un respect êternel.
La nature a des droits qu'il ignore lui-même :
On ne la courbe pas sous le poids d'un systême
Aux mains de la faiblesse elle met la valeur ;
Sur le front du superbe elle écrit la terreur ;
Et dédaignant les mots de sexe et d'apparence ,
Pese dans sa grandeur les dons qu'elle dispense .
Mais quel nouveau transport ! quel changement soudain !
Armé du sentiment l'homme paraît enfin ;
Il nous crie « Arrêtez , femmes , vous êtes meres !
A tout autre plaisir rendez -vous étrangeres !
De l'étude et des arts la douce volupté
Deviendrait un larcin à la maternité . ,
O nature , ô devoir , que c'est mal vous connaître !
L'ingrat,est-il aveugle , ou bien feint-il de l'être ?
Feint-il de ne pas voir qu'en ces premiers instans
Où le ciel à nos voeux accorde des enfans ,
Tout entieres aux soins que leur âge réclame ,
Tout ce qui n'est pas eux ne peut rien sur notre ame ?
Feint-il de ne pas voir que de nouveaux besoins
Nous imposent bientôt de plus glorieux soins
Et que pour diriger une enfance, timide ,
Il faut être à-la- fois son modele et son guide ?
( 359 )
Insensés vous voulez une femme, ignorante ;
Eh bien ! soit ; confondez l'épouse et la servante ;
Voyez-la mesurant ses leçons sur ses goûts
Elever ses enfans pour elle , et non pour vous ;
Voyez-les , dans un monde à les juger habile ,
De leur mere porter la tache indélébile ;
Au sage , à l'étranger , à vos meilleurs amis ,
Rougissez de montrer votre femme et vos fils ;
Dans les épanchemens d'un coeur sensible et tendre ,
Que personne chez vous ne puisse vous comprendre ;
Traînez ailleurs vos jours et votre obscurité ;
On ne vous plaindra pas , vous l'aurez mérité .
It
y a du talent et un certain feu dans ces vers , mais
la citoyenne Pipelet paraît toujours aux prises avec
le Chrisale des femmes savantes , qui pense
.... Qu'une femme en sait toujours assez ,
Quand la capacité de son esprit se hausse
A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chaussé .
Mais c'est avec Rousseau que nous osons , en quelque
sorte , la confronter ; et voici encore un passage
de ce philosophe , écrit sans passion , plein de vérité ,
et qui répond à tout .
Toutes les facultés communes aux deux sexes ne
leur sont pas également partagées ; mais prises en
tout , elles se compensent ; la femme vaut mieux
comme femme ; et moins , comme homme ; par- tout
où elle fait valoir ses droits , elle a l'avantage ; partout
où elle veut usurper les nôtres , elle reste audessous
de nous . On ne peut répondre à cette vérité
générale que par des exceptions ; constante maniere
d'argumenter des galans partisans du beau sexe .
Z 4
( 360 )
,, Cultiver dans les femmes les qualités de l'homme ,
et négliger celles qui leur sont propres , c'est donc
visiblement travailler à leur préjudice : les rusées le
voient trop bien pour en être les dupes ; en tâchant
d'usurper nos avantages , elles n'abandonnent pas les
leurs ; mais il arrive de-là que , ne pouvant bien ménager
les uns et les autres , elles restent au- dessous
de leur portée sans se mettre à la nôtre , et perdent
la moitié de leur prix . Croyez -moi , mere judicieuse ,
ne faites point de votre fille un honnête homme ,
comme pour donner un démenti à la nature , faitesen
une honnête femme , et soyez sûre qu'elle en
vaudra mieux pour elle et pour nous.
,, S'ensuit- il qu'elle doive être élevée dans l'igno .
rance de toute chose , et bornée aux seules fonctions
du ménage ? L'homme fera- t-il sa servante de sa compagne
? Se privera-t-il auprès d'elle du plus grand
charme de la société ? Pour mieux l'asservir l'empêchera-
t-il de rien sentir , de rien connaître ? En ferat-
il un véritable automate ? Non , sans doute ; ` ainsi ne l'a pas dit la nature
, qui donne
aux femmes
un
esprit
si agréable
et si délié
; au contraire
, elle veut
qu'elles
pensent
, qu'elles
jugent
, qu'elles
aiment
,
qu'elles
connaissent
, qu'elles
cultivent
leur
esprit
comme
leur
figure
; ce sont
les armes
qu'elle
leur
donne
pour
suppléer
à la force
qui leur manque
, et
pour
diriger
la nôtre
. Elles
doivent
apprendre
beaucoup
de choses
, mais
seulement
celles
qu'il
leur
convient
de savoir
. ",
Que la citoyenne Pipelet cesse donc de déclamer ,
au nom des femmes , contre une oppression imaginaire
, et de vouloir les transformer toutes en beaux(
361 )
esprits de profession , en virtuoses . Elle connaît àprésent
leur véritable destination et le développement
qu'il convient de donner à leurs facultés . Celles
que tourmente le besoin de la célébrité littéraire ,
et qui réussissent dans leur essor , doivent être mišes
au nombre des exceptions dont parle Rousseau. La
citoyenne Pipelet , récitant publiquement ses vers
au Lycée des arts et au Lycée républicain , est même
une exception parmi les exceptions , et peut-être , malgré
l'agrément de sa figure et le charme d'une voix douce
et flexible , aurait- elle à gagner quelque chose , pour
sa gloire comme pour son talent , à se renfermer davantage
. Qu'elle donne des soeurs à Sapho , hous irons
lui porter nos applaudissemns ; mais qu'elle ne vienae
pas les chercher , et , pour ainsi dire , les provoquer
en se montrant . C'est pour ses ouvrages , et non pour
sa personne , que sont réservés les battemens de mains
du théâtre...
POÉSIE,
Vers à ceux qui préferent une seule chandelle à cinq.
CHACUN
HACUN a son empire aussi bien que son goût.
Mais faut-il pour cela de sanglantes querelles ?
Non , ce serait folie et nous pousser à bout,
Je voudrais sur ma table avoir plusieurs chandelles :
Dans mes prospérités nouvelles
Comme je verrais clair sur tout !
Vous , mes amis , Vous n'en desirez qu'une :
Des rentiers n'en ont pas du tout.
Vous savez , je le vois , borner votre fortune .
Pour moi I obscurité n'eut jamais des appas ;
Avec une chandelle on a lieu de la craindre :
En voulant la moucher souvent oh peut
Et pour la rallumer on est dans l'embarras .
l'éteindre ;
Par le cil. J. B. NOUGARET ,
( 362 )
J
ENIGM E.
E ne fus point , je suis , et ne serai jamais .
Tu peux , mon cher lecteur , me connaître à ces traits .
7
LOGO GRIPHE
"
ATEC
AVEC six pieds l'on m'a fait naître ;
Perchez moi sur les trois premiers ,
Des ressorts de mon petit être
Je tirerai les trois derniers.9
#J
ANNONCES.
Annales de Chymie , par les citoyens Guyton , Monge , Bert
thollet , Fourcroy , Adet , Séguin , Vanquelin , Pelletier ,
C. A. Prieur , Chaptal et Van-Mons . In-8°.; année 1797-
Ier, numéro , 30 janvier. On souscrit , pour l'année , à raison
de 15 liv . pour Paris ; et de 18 liv. , franc de port , pour les
départemens ; et pour six mois , à raison de 7 liv . 10 sous pour
Paris , et 9 liv . pour les départemens . Il en paraîtra un numéro
par mois . On souscrit également , pour les tomes XIX et XX
du même ouvrage , à raison de 7 liv . 10 sous pour Paris , et
de 9 liv . pour les départemens. A Paris , chez Guillaume
imprimeur- libraire , rue du Bacq , no . 940 ; et chez Fuchs ,
libraire , rue des Mathurins , hôtel de Cluni .
I
Essai sur les moyens de procurer à l'Europe une pacification
générale ; par le cit . D***. A Moulins ( Maine ) . An V. Brochure
in-8 . de 72 pages . Prix , 1 liv . 5. sous . A Paris , chez
Aubry , libraire et directeur du cabinet bibliographique , rue
Baillet , no. 2 , près celle de la Monnaie ."
Révélations d'amour par Henrion . Un volume în - 18 . Prix ,
1 liv . , et 1 liv . 4 sous franc de port. A Paris , chez l'auteur ,
rue des Petites - Écuries , no . 44 ; Knapen , fils , rue St. - Andrédes-
Arcs, nº . 46 ; et chez tous les marchands de nouveautés.
et
Histoire de la Révolution de Pologne en 1794 , par un témoin
oculaire . Un volume in 8° . de 300 pages . Prix , 3 liv . ,
4 liv . franc de port. A Paris , chez Magime!, libraire , quai
des Augustins , nº . 73.
1
( 363 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 5 mars 1797.
PARMI toutes les réformes auxquelles se livre l'empereur
de Russie , on doit regarder comme une des
plus utiles la suppression des gouvernemens qui
faisaient sortir 50 millions de roubles par an du trésor
impérial , sans qu'il en résultât aucun avantage pour
le peuple .
Dans un pays d'esclavage , tel que la Russie , mais
dans lequel cependant il existe quelque distinction
de naissance , la classe privilégiée exerce sur toutes
les autres le plus insolent despotisme , et ne daigne ,
apporter dans les relations qu'elle a avec elles aucun
des sentimens de la probité la plus commune . C'estlà
véritablement que la noblesse semble n'être que
le droit de piller impunément. Les seigneurs russes ,
qui permettaient à leurs vassaux d'exercer quelque
industrie , exigeaient de ces malheureux , sous le nom
de capitation , un tribut qui excédait quelquefois ce
qu'ils pouvaient économiser. C'était souvent par des
injures , par des coups de bâton , qu'ils répondaient
aux humbles représentations de leurs créanciers .
Paul Ier. a fait cesser ces désordres . Il a réduit à 5
roubles le taux de la capitation ; et l'accès qu'il a
ouvert aux plaintes de tous ses sujets , par l'établissement
dont nous avons parlé précédemment , a rendu
tous les seigneurs extrêmement affables envers leurs
créanciers .
Ce prince a fait publier une ukase relative au commerce,
par laquelle il permet l'introduction dans ses
Etats , sur des vaisseaux neutres , des boissons cot(
364.)
t
nc
mestibles qu'on était dans l'usage de tirer de France .
Mais les marchandises de luxe sont interdites ; cependant
les certificats qui étaient exigés autrefois ,
seront plus nécessaires ; cette disposition rend la prohibition
illusoiré . Dans cette même ukase , qui rappelle
celle du mois d'avril 1793 , il est défendu aux Russes
de communiquer avec les Français tant que ceux- ci
n'auront pas établi un gouvernement et un ordre légal de
choses. Cette défense et les motifs d'après lesquels
elle est portée pouvaient être compris en 1793. Mais ils
doivent paraître fort étranges aujourd'hui. Cependant
en considérant à quelle distance de la France
Paul Ier . est placé , autant par les principes , les moeurs
et les habitudes , que par la localité même , en se
rappellant par combien d'intermédiaires trompés ,
ou intéressés à le tromper , la connaissance des faits
a pu parvenit jusqu'à lui , peut être parviendra- t- on
à expliquer cominent il ignore que la France à un gouvernement
, ou comment il doute que ce gouvernement
soit légal et régulier. Au reste , on doit remar
quer que le langage qu'il tient est celui de l'Autriche.
Il se peut qu'ayant mécontenté cette puissance
par le refus des secours qu'elle attendait de
lui , il ait voulu du moins ménager son opinion , et
paraître y rester attaché. Quoi qu'il en soit , on doit
croire , qu'instruit par la Prusse , et même par l'Angleterre
, qui par la mission du lord Malmesbury a
solemnellement reconnu la Republique Française , il
renoncera à ces petites tergiversations diplomatiques,
peu analogues au caractere qu'il a annoncé , et que
le rôle qu'il est appellé à jouer sur le théâtre de l'Europe
, doit lui faire dédaigner .
Le couronnement de ce monarque doit avoir lieu
à Moscou dans les premiers jours du mois prochain .
On voit par l'ukase qu'il a publiée pour annoncer
cette cérémonie à ses sujets , qu'il veut y faire participer
son épouse , et faire en quelque sorte consacrer
la dignité de cette princesse aussi bien que la
sienne . Cette circonstance prouve que le souvenir du
regne précédent n'a jetté dans son coeur , ainsi que
quelques personnes l'avaient supposé , ni défiance ,
ni soupçon.
( 365 )
On répand que les mesures prises en 1783 pour
faire respecter la neutralité maritime des cours du
Nord , sur les mers , vont être de nouveau exécutées ;
ce qu'il y a de certain , c'est qu'il existe une grande
activité dans tous les ports de ces puissances . Le
roi de Suede sur - tout paraît porter sa principale
attention sur sa marine .
Tous les obstacles qui ont retardé le mariage de ce'
jeune monarque avec une des grandes- duchesses de
Russie ; ne sont point encore applanis . Le principal
est le changement de religion , sur lequel il paraît
difficile de concilier les deux cours . Paul Ier . consent
à ce changement ; mais il voudrait qu'il ne se fît qu'en
Suede ; Gustave , au contraire , exige qu'il ait lieu en
Russie . On peut deviner les motifs de l'empereur.
On ne devine pas de même ceux du roi de Suede .
Chez un peuple aussi superstitieux que le peuple
russe , une abjuration permise , ordonnée par l'empereur
à sa fille pour un intérêt purement terrestre ,
doit être un grand scandale , qu'il est d'une bonne
politique d'éviter. Mais ce même acte serait en Suede
un sujet d'édification .
De Francfort-sur- le - Mein , le 8 mars .
L'archiduc Charles , après avoir fait une très-courte
apparition en Italie , qui n'a été signalée par d'autres
événemens que quelques revues , est reparti tout-àcoup
pour Vienne . Toutes les gazettes de nos contrées
retentissent des acclamations qui se sont fait
entendre à l'arrivée de ce jeune prince dans la capitale
des Etats héréditaires de la maison d'Autriche ,
et sont remplies de la description des fêtes qui lui
ont été données ; mais ces fêtes ne se sont pas passées
sans quelques désordres , et pour les réprimer
on a été obligé de recourir aux mesures les plus séveres
de la police militaire . L'objet de son voyage
n'était pas au reste de recueillir des félicitations ;
mais de concerter le plan d'une nouvelle campagne .
Dans les rapports qu il a présentés à l'empereur , on
assure que les généraux qui commandaient en Italie
· ( 366 )
ont, été gravement inculpés. C'est une maniere de
se consoler des désastres qu'ils ont éprouvés ; et l'on
pourrait voir sans peine que l'on adoptât cette espere
de consolation , si elle ne donnait pas l'espérance
qu'il suffit de changer les chefs des armées pour en
changer les destinees ; espérance fatale qui prolonge
Thorrible fléau de la guerre.
Cependant aucune puissance ne paraît plus intéressée
à le faire cesser que l'Autriche , en considérant
la position dans laquelle elle se trouve aujourd'hui
. Placée entre un ennemi , dont elle a , par de
nombreuses défaites , appris à connaître les immenses
ressources , le génie , et le courage , et un ancien rival'
jaloux de la considération et de l'influence dont elle
jouissait dans l'empire germanique , et qui profite
habilement de ses embarras pour lui faire perdre cet
antique héritage , ou pour le partager du moins avec
elle , il semble qu'elle devrait aller au devant de
toutes les propositions de paix . L'on assure qu'au
contraire elle persiste à n'en vouloir écouter aucune .
Si l'on en croyait quelques bruits , sa persévérance
aurait une explication simple ; car il faudrait effacer
une partie du tableau que nous avons tracé de sa
situation . On dit en effet que l'on a profité de l'état
d'affaiblissement et de langueur où se trouve le roi
de Prusse , pour l'environner de gens intéressés à le
tromper ; que l'on a semé autour de lui la défiance ,
les craintes , les soupçons , qu'on est parvenu à lui
faire regarder les Français comme des ennemis de son
autorité et de la splendeur de sa maison ; et que ce
monarque alarmé , voit maintenant sa perte dans une
neutralité , dont il a cependant recueilli déja d'immenses
avantages. On ajoute que pour le détermi
ner plus sûrement à s'engager de nouveau dans la
coalition , on a fait briller à ses yeux l'espoir de voir
réunir , avec le consentement de l'Empire . les électorats
ecclésiastiques à ses Etats , à condition toutefois
qu'il fera rentrer l'Autriche dans les possessions
qu'elle a perdues . Quelqu'absurdes que soient ces
bruits , qui supposeraient dans le roi de Prusse autant
de démence que de perfidie , ils ont été accueil(
367 )
lis ; mais on doit croire que ce n'est que parmi ceux
qui auraient un intérêt direct à ce que l'événement
les justifiât. Tous les observateurs , exempts d'esprit'
de parti , les ont rejettés avec dédain .
Mais il est d'autres conjectures , qui ont à leurs
yeux un grand caractere de vraisemblance ; telle est
celle d'une médiation de la part de la Russie . C'est ,
dit-on , le comte de Stackelberg qui est chargé d'en
faire , au nom de Paul Ier. , la proposition aux puissances
belligérantes. Si elle est accueillie , et s'il est
possible que le monarque russe se montre dans les
négociations avec le désintéressement , et , si l'on ose
s'exprimer ainsi , l'impassibilité qui conviennent à un
médiateur , il attachera , de la maniere la plus glorieuse
, son nom à un des plus grands événemens de
l'histoire moderne .
ITALIE. De Bologne , le 28 février.
Un ami de la libertê , prévoyant les obstacles que rencontrerait
l'établissement d'une constitution républicaine en Italie
, si les Italiens étaient chargés eux-mêmes de la faire ,
desirait que le conquérant nous imposât la liberté comme on
impose un joug. Il prétendait que les droits du peuple n'auraient
pas été violés , puisque l'exercice de tous ses droits lui
aurait été assuré par la constitution imposée , et qu'il aurait
eté libre de la changer : il ajoutait que ces procédés auraient
été aussi avantageux à l'Italie qu'à la France , parce qu'on
épargnait à l'une les crises d'une révolution , et parce que
l'autre ne trouvera un allié utile dans les peuples conquis ,
qu'autant qu'ils auront une constitution , et qu'ils formeront
une véritable République .
Tout ce qui se passe aujourd'hui dans les provinces cispadanes,
prouve que cette opinion n'était rien moins qu'absurde .
On a vu d'abord l'aristocratie de Bologne , qui n'avait embrassé
la révolution que dans l'espérance de recouvrer ses anciens
priviléges , se presser de se donner une constitution
sans attendre que Reggio , Modene et Ferrare pussent se
joindre à Bologne . Les aristocrates bolonais espéraient , avec
fondement , que si leur ville restait isolée , ils conserveraient
tout le pouvoir, malgré les formes démocratiques qu'on pour-`
rait adopter. Ils convoquerent les assemblées primaires , et
firent accepter la nouvelle constitution , lorsque le congrès
des peuples cispadans avait déja été fixé à Reggio . Ils se flat(
368 )
taient que les Modenois , les Reggiens , les Ferrarois suivraient
leur exemple , et que les provinces cispadanes ne
seraient liées que par le fédéralisme . La fermété des braves
Reggiens et des autres patriotes éluda les intentions perfides
des aristocrates bolonais . Le congrès décréta l'unité indivisible ,
et empêcha l'établissement de la nouvelle constitution de Bologne
. Les actes du congrès contiennent les preuves de tousles
efforts que les représentans de l'aristocratie ont faits pour,
rendre nul le décret de l'unité . Ils ont épuisé tous les sophismes
, tous les subterfuges , toutes les ruses de la chicaue
et de la mauvaise foi-
Aujourd'hui le grand objet qui occupe les mêmes représentans
, c'est de prévenir la réunion de la Lombardie et des
nouvelles conquêtes avec la république cispadane. C'est
dans cette vue qu'ils se pressent de fabriquer une constitution
quelconque , et de la présenter à l'acceptation du peuple. Ils
esperent que la nouvelle constitution , une fois établie , ils
pourront repousser l'union avec les autres pays , et conserverleur
influence aristocratique . Personne ne peut nier que telles
sont leurs vues , puisque eux -mêmes ne prennent pas la peine
de les cacher.
mes
Le député de Carrara, Lizzoli , à peine arrivé au congrès ,
y debita un discours niaisement sophistique , dans lequel il
soutint qu'il fallait , à l'exemple de la France , se donner
vite une constitution quelconque ; qu'il est question no d'en
avoir une bonne , mais d'en avoir une. En d'autres
cela veut dire que le congrès et le peuple doivent approuver
l'oeuvre aristocratique que présenteront les prétendus Republicains
qui dominent au congrès , et ne pas attendre que la
Lombardie et les pays conquis soient réunis , et envoient
leurs députés au congrès , ce qui ferait perdre la majorité aux
aristocrates cispadans,
Lizzoli , pour prouver son étrange proposition , ne se contente
pas de citer l'exemple de la France , comme si elle
avait fait et établi sa constitution dans l'espace d'un mois .)
Avec la même boune - foi et la même justesse d'esprit , il tire
plusieurs argumens de l'état et des intérêts politiques des
puissances belligérantes . Il soutient que la France ne pouvant
obtenir la paix qu'en accordant des compensations , rendra
la Lombardie ; et que quant aux provinces cispadanes , elle.
n'a aucun intérêt à maintenir leur indépendance , etc. On est
étonné d'un pareil excès d'impudence , lorsque l'on considere
que ce discours a été prononcé le 31 janvier , après les
dernieres victoires décisives des Français ; lorsque Mantone
demandait
( 369 )
demandait déja à capituler , et que Buonaparte marchait en
Romagne . Mais on trouve tout simple ce langage du prétendu
citoyen Lizzoli , lorsqu'on sait qu'il est fils d'un chambellan
du duc de Modene , qu'il faisait assiduement sa cour
à l'archiduc de Milan , et qu'il aspirait à être conseiller de la
régence de Massa .
On espere que le général Buonaparte , de retour de ses
nouvelles conquêtes , intimera au congrès de suspendre ses
travaux constitutionnels . Le projet de constitution que la
majorité du congrès adopterait aujourd'hui serait nécessairement
mauvais ; il serait de plus inutile , puisque les députés
des provinces qui vont se réunir à la République Cispadane ,
ne pourraient pas adopter ce qui ne seraie pas leur ouvrage
, et qu'il faudrait le recommencer , etc.
ANGLETERRE. De Londres , le 4 mars.
Le lord Spencer , l'un des lords de l'amirauté , a envoyé ,
ce matin , au lord maire , la lettre suivante , en date du 3.
J'ai la satisfaction de vous informer que le capitaine
Calder est arrivé en ce moment avec des dépêches de l'amiral
sir John Jervis , datées de la baie de Lagos , le 16 du mois
dernier , qui annoncent que , le 14 , il a rencontré la flotte
espagnole consistant en 27 vaisseaux de ligne , et qu'après
une action d'environ cinq à six heures , il a eu le bonheur
de s'emparer de deux vaisseaux de l'ennemi , de 112 canons ,
d'un de 80 , et d'un de 74. L'escadre anglaise , consistant
en quinze vaisseaux de ligne , n'a éprouvé aucun dommage
considérable , et la perte des officiers et hommes des équipages
n'a pas été grande , etc. "
Les vaisseaux espagnoles qui ont été pris , sont Salvador
del Mundo , de 112 canons ; San -Josef, de 112 ; San-Nicolas
de 84 ; San-Isidoro , de 74 .
D'après la liste envoyée par l'amiral Jervis , il y a eu sur
ces vaisseaux 261 hommes tués , et 342 blessés ; total , 603 .
Parmi les morts est le général don Francisco-Xavier Winthuysen
, chef d'escadre . Les Anglais ont eu 73 hommes
tués , et 227 blessés ; total , 300 .
L'escadre espagnole était composée de 27 vaisseaux , dont
un de 130 canons , six de 112 , un de 84 , et dix-neuf de 74.
La chambre des communes , dans la séance du 4 , a voté
unanimement sur la motion de M. Dundas , .. des remercîmens
à sir John Jervis , chevalier du Bain , pour la brillante
et décisive victoire , obtenue le 14 février par la flotte qui est
sous son commandement. ,,
Tome XXVII. A a
( 370 )
M. Fox , en secondant la motion , du ministre , a dit que .
c'était le plus brillant exploit qui ait jamais honoré la marine
anglaise .
M. Martin a observé que cette victoire prouvait combien il
serait avantageux pour nous que nos opérations fussentbornées
aux affaires de mer.
M. Keene ayant fait ensuite la motion que la chambre
présentât une adresse au roi , pour le prier de donner quel- .
que marque signalée de faveur à sir John Jervis , pour l'habite ,
vaillante et glorieuse conduite avec laquelle la flotte qu'il·
commande a obtenu une si brillante victoire , M. Dundas ,
et ensuite M. Pitt , ont dit à la chambre que présenter une
telle adresse , ce serait faire une sorte d'injure au Pouvoir
exécutif ; ce serait le supposer moins reconnaissant ,
moins attentif et moins prompt à récompenser le mérite que
la chambre même , etc.
Qu
La motion de M. Keene a été retirée , quoique M. Grey eût
observé qu'elle n'était pas sans exemple , et eût rappellé une ,
pareille adresse de la chambre des communes , en 1704 , en
faveur du duc de Marlborough .
Sur la motion de M. Dundas , la chambre a voté ensuite
des remercimens au vice-amiral Thompson , au vice -amiral
Parker , au capitaine Nelson ', et aux autres capitaines de la
flotte de John Jervis . La chambre a passé aussi une résolution ,
par laquelle elle approuve hautement la conduite des équipages
à bord des différens vaisseaux de cette flotte , et charge
les capitaines de ces vaisseaux de les lui faire connaître .
Dans la même séance du 4 , le comité , nommé la veille '
la chambre pour prendre des informations sur les engagemens
de la banque , a fait son rapport , dont voici la
par
substance :
Le 25 février dernier , ces engagemens se montaient d'
13,770,390 liv . sterlings ; et les fonds pour répondre à ces,
engagemens , à 17,597,280 liv. , non compris ce qui est dû par
le gouvernement à la banque , et qui se monte à 11,686,800 l .;
indépendamment de cette dette , la balance en faveur des
fonds de la banque , est par conséquent de 3,826,890 liv . Si
on ajoute la somme due par le gouvernement , la banque paraît
avoir la somme de 15,513,690 liv. sterling au- delà de ce
qu'elle a à payer pour toutes ses
dee
tes .
Tel était l'etat de la banque au 25 février dernier. Le comité
ditt
que depuis ce tems la banque aa ffaaiitt une émission de billets ,
mais sur de bonnes sûretés , etc.
( 371 )
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LEGISLATIF.
1
@
F
Séances des deux Conseils , du 15 au 25 Ventôse.
Dumolard : Plusieurs lettres particulieres annoncent
qu'une escadre française a débarqué , sur les
côtes de la Grande - Bretagne , plusieurs centaines de
forçats tirés des bagnes de Brest et de Rochefort ;
' quel qu'ait été le
succès
de cette entreprise , elle
doit fixer l'attention du législateur. Le ministre de
la marine , le Directoire lui- même ont - ils le droit
de soustraire ou de cominuer la peine qu'ils ont encourue
légalement ? Cette mesure n'est- elle pas profondément
immorale et violatrice du droit des gens ?
Sommes- nous au tems où l'on décrétait la guerre à
mort ; et si nos ennemis sont capables d'atrocités
pareilles , est- ce à nous de les imiter ou de leur en
donner l'exemple? Je présume que si les faits sont vrais,
le gouvernement a été entraîné par le desir ardent
de forcer à la paix le plus perfide et l'éternel ennemi
de la France. Je demande qu'il soit fait au Directoire
un message , tendant à obtenir des renseignemens
sur cet objet. Cette proposition amene une discussion
assez vive , qui se termine néanmoins par son
adoption.
Sur le rapport de Chassey , le conseil arrête que
la résidence requise par l'art XVII de l'acte consti-
' tutionnel , pour voter aux assemblées primaires d'un
canton , ne se perd point par le simple séjour hors
de ce canton , quelle qu'ait été sa durée , s'il n'a été
occasionné que par le service militaire , par l'exercice
de fonctions publiques , ou par l'effet d'une
force majeure.
Réciproquement il ne s'acquiert point
par un pareil séjour , s'il a eu la même cause , En
conséquence , les fonctionnaires publics et militaires
rentrés chez eux par congé y seront admis aux assemblées
primaires , quoiqu'absens depuis plus d'unlan ;
et ils ne pourront voter dans les cantons qu'ils babitent
pour exercer leurs fonctions , qu'autant qu'ils
y auront transféré leur domicile depuis plus d'un
an , en se faisant inscrire sur le registre civique .
A ag
"
( 372 )
83
•
La discussion se rétablit , le 17 , sur le projet de
Chassey , relatif à la proposition faite par le Directoire
, de commuer ou d'atténuer les peines que
pourraient encourir des accusés qui découvriraient
ears complices.
Boissy - d'Anglas réclame la question préalable. La
suite de la discussion est ajournée
Organe d'une commission spéciale , Rouyer présente
un projet tendant à ce que tous les citoyens de
Toulon qui étaient employés dans les armées de la
République , et qui ne se sont point trouvés dans
cette commune , à l'époque de sa prise par les Anglais
, puissent obtenir sur- le -champ la main - levée du
séquestre apposé sur leurs biens , par ordre des représentans
du peuple , alors en mission dans ces
contrées .
Le général Rochambeau renouvelle ses instances
auprès du conseil , pour s'occuper de son sort , et
Je piie de lui assigner des juges . Sur cette derniere
demande , le conseil passe à l'ordre du jour , et ren
voie le surplus de la pétition à la commission existante
.
Une longue discussion s'éleve sur le projet de résolution
concernant l'affaire des freres Basterèche ,
relativement à la contestation de la prise du corsaire
l'Eclair. Après deux heures de débats fort ennuyeux ,
de conseil à rapporté la loi du 28 fructidor dernier,
par laquelle il avait confirmé l'arrêté des représentans
Laignelot et Lequinio , et annullé la décision
du conseil exécutif provisoire , relativement à la prisè
de l'Eclair .
On a ordonné l'impression de divers nouveaux
projets présentés par Chassey , relativement aux
transactions entre particuliers , et l'ajournement à
trois jours.
871
Oudot fait , le 18 , la seconde lecture de son projet
d'organisation de la justice civile..
Treilhard présente , sur les recettes et dépenses de
Tan Vune foule de projets de résolutions et de
tableaux , dont le conseil ordonne l'impression et
l'ajournement . Il n'adopte que celui concernant le
mode de perception d'un second cinquieme sur le
montant des contributions de l'an V , lequel sera
( 373 )
mis en recouvrement dans le mois de germinal prochain.
Parmi les projets ajournés , on en remarque un qui
tend à diminuer les droits de timbre ; et un autre qui
tend à établir une loterie nationale , laquelle devrait
produire une somme de 18 millions .
Organe de la commission des finances , Cambacérès
présente deux projets de résolution , dont le conseil
ordonne l'impression et l'ajournement.
L'un tend à accélérer la vente à l'enchere des bâtimens
nationaux qui ne tiennent pas à des propriétés
rurales , ou ne servent pas à leur exploitation : les
acquéreurs auraient la faculté d'en payer le prix avec
des inscriptions au grand livre de la dette publique .
L'autre est relatif à divers embellissemens à faire
au jardin national des Tuileries et à l'achevement
de la grande galerie du Louvre.
C
Il y aura demain comité général pour entendre un
rapport de la commission des dépenses , par Dubois
( des Vosges ) , sur un message du Directoire .
Le conseil des Anciens ne s'est occupé , dans ses
séances des 16 et 17 ventôse , que de résolutions ielatives
à des intérêts particuliers.
Plusieurs orateurs ont été entendus , le 18 , pour
et contre , dans la discussion relative au rétablissement
de la contrainte par corps . Durand- Maillane l'a
combattue . La discussion étant renvoyée au lendemain
, Bar a soutenu qu'elle était contraire 1º , à
I art. IV de la déclartion des droits , qui dit que nul
ne peut se vendre ni être vendu , et que l'homme qui
se soumet à la contrainte par corps , ne fait pas autre
chose ; 2 °. à l'art , CCCLXII de l'acte constitutionnel ,
portant que la loi ne reconnaît aucun engagement
contraire aux droits de l'homme : or un de ces droits
est sans contredit celui de jouir de sa liberté ; 3 °. à l'article
CXXII , qui dit que nul ne peut être saisi que
pour être traduit devant l'officier de police , et ne
peut être détenu qu'en vertu d'un mandat d'arrêt ,
d'un décret de prise de corps d'un tribunal , ou d'un
jugement de condamnation .
Creuzé- Latouche trouve , dans les dispositions de
ce même article , la réponse aux objections de Bar,
Ara 30
( 374 )
Il établit ensuite qu'elle n'est pas contraire à la cons
titution . Vous avez soumis , dit- il , les soldats à des
regles plus séveres que les autres citoyens , sans
blesser la constitution ; pourquoi ne pourriez - vous
faire également pour le commerce des lois particulieres
? La suite de la discussion est ajournée à demain,
d
Le conseil a ensuite approuvé diverses résolutions :
1° . celle concernant les secours à domicile ; 2 °. celle
pprtant que les prochaines assemblées électorales se
tiendront , sans excepsion , dans chaque chef-lieu de
département ; 3 ° . celle qui ordonne la perception
prochaine d'un second cinquieme des contributions
de l'an V.
Siméon donne , le 19 , au conseil des Cinq - cents ,
la seconde lecture de son projet de résolution sur
les peines à infliger aux gardiens et gendarmes qui ,
par négligence ou autrement , favorisent l'évasion
des détenus confiés à leurs soirs . En conséquence
de son arrêté d'hier , le conseil se forme en comité
général.
Lamarque fait , le 20 , un rapport sur les suspensions
ou annulations de ventes de biens nationaux ,
prononcée par le ministre des finances et le Directoire
. Une foule de réclamations se sont élevées sur
cette
elatiere
; on
peut
les
ranger
en
cinq
classes
.
4
7 Les uns se plaignent que les ventes d'un grand
nombre de maisons nationales ont été suspendues .
Les autres réclament contre la suspension de la
vente des biens nationaux , appartenant aux ci - devaut
chevaliers de Malte..
Un grand nombre de soumissionnaites exposent
qu'après leur soumission et le paiement par eux fait
des trois premiers quarts , leurs ventes ont été suspendues
et même annullées .
La quatrieme classe comprend les suspensions motivées
sur des irrégularités ou vices de forme.
Enfin , une cinquieme classe de suspension a élevé
cette question importante : La loi ayant déclaré nationaux
et aliénables les biens possédés , dans le territoire
de la République , par les princes étrangers
qui se trouvaient en guerre contre elle , ou au service
de ses ennemis , a - t on pu suspendre les ventes sur
des considérations politiques ?
( 375 )
3
Le rapporteur se livre à l'examen des lois relatives
à l'aliénation des domaines nationaux . Il pense
1. que l'on ne pouvait excepter de la vente que
les maisons nationales qui , par une loi , etaient
affectées à quelque service public ; 2 ° . que les biens
des ci - devant chevaliers de Malte , d'après la loi du
19 septembre 1792 , doivent être vendus comme les
autres biens nationaux ; 3° . que les tiers réclamans
ne peuvent prétendre qu'à des indemnités ; 4° . que
des vices de forme ne peuvent être allégués , qu'autant
qu'ils sont le fait des acquéreurs ; 5º . que les lois
des 14 mai et 3 juin 1793 ordonnent formellement le
sequestre et la mise en vente des biens possédés , sur
le térritoire de la République , par les princes étran
gers .
Il soutient que des considérations politiques , ou
des négociations entamées par le gouvernement ,
n'ont pu autoriser l'ajournement de l'exécution de
ces lois.
&
Il examine quelle mesure prendra le Corps législatif.
Si d'une part la constitution lui interdit l'exercice
du pouvoir exécutif ; de l'autre , elle défend au
Directoire de s'immiscer dans les fonctions législatives
, et elle le rend responsable de la suspension
ou de l'inexécution des lois .
Dans les suspensions de ventes qui ont été reconnues
contraires aux lois , la commission n'a point yu
de délit , mais seulement des erreurs , des irrégularites
majeures et de fausses interprétations de la loi ,
qu'il est impossible de laisser subsister. Elle propose
une mesure générale et législative , d'après laquelle,
par la force des lois subsistantes , interprêtées , s'il
le faut , toutes ces suspensions pourront être rapportées
par les autorités de qui elles sont émanées ,
ou rectifiées par les autorités supérieures.
Le rapporteur propose un projet conforme à des
principes. Ajourné.
Dumolard dénonce un arrêté du Directoire , portant
que les prévenus d'émigration sont privés du
droit de voter dans les assemblées primaires. Il dit
que cette faculté appartient à tous ceux que la constitution
n'en dépouille point ; qu'il y a des milliers
A a
( 376 )
de citoyens inscrits à tort sur des listes d'émigrés
qui réclament depuis long tems envain ; qu'on peut
encore en inscrire d'autres , et qu'il ne dépendrait -
ainsi que du Directoire de frapper d'une incapacité
politique ceux qui lui déplairaient. Il demande le
renvoi de cet arrêté à une commission qui l'examinera
. Adopté . Le conseil se forme de nouveau en
comité général.
Paradis propose , le 19 , au conseil des Anciens ,
d'approuver la résolution relative aux fonctionnaires
publics et militaires . La commission a trouvé qu'elle
était conforme à la constitution , et juste dans l'interprétation
qu'elle donne à l'art. XVII de l'acte.
constitutionnel . Il n'est pas convenable de priver du
droit de voter dans les assemblées primaires de leur
domicile , ceux qui ne se sont absentés que pour
remplir des fonctions publiques , ou défendre l'Etat .
Duprat a , le 21 , la parole au nom de la commission
qui a été chargée hier d'examiner l'arrêté du
Directoire , par lequel il a déclaré que les personnes
inscrites sur les listes d'émigrés qui n'ont pas obtenu
leur radiation , ne pouvaient pas voter dans les
assemblées primaires.
Le rapporteur établit que cet arrêté est contraire
aux lois constitutionnelles ; il les lit. 1;
Le respect pour les droits du peuple a dicté cet
article de la constitution , qui veut que les difficultés
sur la capacité politique des citoyens ne puissent
être jugées même par le Corps législatif : à plus forte
raison ne peuvent- elles, l'être par le Directoire exécutif.
C'est au peuple seul , réuni dans les assemblées
primaires , qu'il a été réservé de prononcer sur ces
sortes de difficultés ; et c'est une des bâses les plus
sacrées comme les plus solides de sa liberté .
Duprat discute ensuite le rapport du ministre de
la justice , et s'attache à montrer qu'il n'est fondé ni
en raison , ni en justice , et qu'il n'est nullement conforme
aux dispositions de l'acte constitutionnel .
Cependant il ne propose pas d'annuller l'arrêté ; la
commission a pense que le Directoire s'empresserait
de le rapporter ou de le circonscrire dans les limites
marquées par la constitution .
Duprat propose ensuite un projet de résolution
( 377 )
portant que les citoyens compris dans les articles I et
II de la loi du 16 frimaire an V , ne sont pas exclus
de voter dans les assemblées primaires .
La présente résolution serait portée dans les dé
partemens par des couriers extraordinaires .
Cette derniere disposition excite de vifs murmures ;
on demande la question préalable sur tout le projet.
Villetar a soutenu que l'arrêté du Directoire est
conforme à la loi ; si conforme , dit-il , que cette loi
est rappellée et transcrite en entier dans la proclamation
que le Directoire a faite le gouvernement eût
donc été coupable s'il n'eût pas pris les mesures
nécessaires pour l'exécution de cette loi.
Après de longs débats , et sur la proposition de
Berlier , le conseil a décidé que les prévenus d'émigration
qui ont obtenu leur radiation provisoire
seront admis à voter dans les assemblées primaires .
D'après un rapport de Delleville , il est résolu , le
22 , que tous les membres provisoires des corps judiciaires
et administratifs dans les neuf départemens
réunis , seront renouvellés dans les formes prescrites
par la loi , et que ces fonctionnaires pourront être
réélus, Sur la proposition de Camus le conseil se
forme en comité général .
Cambacérès soumet à la discussion trois projets de
résolution qu'il a présentés il y a quelques jours , et
dont l'objet principal est d'admettre les inscriptions
au grand livre en paiement de maisons nationales.
que le gouvernement serait autorisé à aliéner.
Jourdan s'est fortement opposé au projet de Cambacérès.
""
Boissy , Thibaudeau et plusieurs autres membres
ayant voté pour l'impression de son discours , il en
est résulté de vifs débats , qui se sont terminés par
l'ordre du jour sur l'impression .
La discussion sera continuée demain 24 .
Sur le rapport de Ligeret , le conseil des Anciens
adopte la résolution qui ordonne le remplacement
des membres du dernier tiers du Corps législatif ,
morts ou démissionnaires.
On a repris , le 22 la discussion sur la contrainte
par corps.
Goupil consentirait à ce qu'elle fût admise pour
( 378 )
A
affaires de commerce ; mais il la regarde comme inconstitutionnelle
et injuste , dès qu'elle s'étend à
d'autres . Thibaut parle en sa faveur.
On ajourne au lendemain .
Baudin ayant ledit jour la parole , trouve la résolution
contraire à la constitution et aux principes
d'égalité et de liberté qui lui servent de base . Ce
serait établir un privilege en faveur d'une classe de
citoyens, celle des commerçans , dont on ferait bientôt
un ordre d'autant plus puissant dans l'Etat , qu'il aurait
de grandes richesses . Baudin aimerait mieux voir
établir la contrainte par corps pour toutes les affaires
civiles , que de ne la voir admettre que pour les
affaires commerciales seulement, Il vote contre la
résolution . Regnier pense que ce n'est pas en ce moment,
où la mauvalse foi des débiteurs est de notoriété
publique , qu'il faut abolir la contrainte par corps ,
ou maintenir son abolition.
Plusieurs orateurs ont dit que la résolution était
trop vague ; mais Regnier leur objecte qu'en ce moment
une commission du conseil des Cinq - cents
s'occupe des objets de détails , qu'une loi étendue
rémédiera à tous les inconvéniens que l'on craint.
La contrainte par corps est nécessaire aujourd'hui ,
indispensable même , non pas seulement pour la
prospérité du commerce , mais encore pour sa conservation
.
La contrainte par corps , dans l'origine , n'a pas été
établie pour le tien d'une classe de créanciers , mais
pour l'intérêt général . En effet , un débiteur ne paie
pas son créancier , celui- ci ne peut par- là même payer
lseiosnien, ainsi de suite , de- là il résulte une confusión
, un trouble qui gêne la société entière . Sans
doute la contrainte par corps a ses inconvéniens .
mais ce n'est que par- là que le sage juge . Il met
dans la balance la somme des avantages d'un côté ;
de l'autre , la somme des désavantages , et il juge
par le résultat et dans cette question : il est de fait ,
et l'assentiment de toutes les nations de l'Europe le
prouve , que la contrainte par corps a plus d'avanvantages
que de désavantages. D'après ces considérations
Regnier vote pour l'adoption .
Cornilleau trouve la résolution injuste , en ce
( 379 )
qu'elle frappe le malheur autant que l'escroquerie ;
inexécutable , en ce qu'elle ne peut marcher qu'à
l'aide d'une autre loi qu'on promet. Il vote pour le
rejet. La discussion est interrompue un instant , et le
conseil reçoit et approuve de suite trois résolutions
d'hier. La premiere porte que les départemens réunis
nommeront , cette année , aux places administratives
et judiciaires , dont la nomination appartient au
peuple .
C
La seconde accorde une indemnité de 3 liv . pat
jour , aux électeurs qui seront obligés de se déplacer.
La troisieme porte que la division en départemens
de la Belgique , faite par le comité de salut public ,
est provisoirement maintenue.
爨
Portalis parle ensuite en faveur de la résolution.
Nous donnerons son opinion.
La commission chargée d'examiner s'il ne serait
pas convenable d'accorder une indemnité aux élec
teurs , fait son rapport au conseil des Cinq- cents .
Elle pense qu'il est juste de les dédommager de leur
déplacement , et de les mettre à portée de se rendre
au poste où ils seront appellés par la confiance de
leurs concitoyens , et elle propose à cet effet une indemnité
de 30 sous par jour , et 15 sous par lieue
pour frais de voyage.
Plusieurs membres se récrient sur la modicité ,
Le conseil , en la reconnaissant , arrête que les
électeurs recevront 3 liv. par chaque jour de présence
à l'assemblée électorale , et 15 sous par lieue . Ceux
qui sont domiciliés dans les communes où se tiendront
les assemblées électorales , n'auront droit à aucune
indemnité .
Les articles CCCCIV et DXIV du code des délits
et des peines du 3 brumaire an IV , porte que tout
juré qui ne se rendra pas sur la sommation à lui faite ,
sera condamné à la privation de son droit de suffrage
et d'éligibilité pendant deux ans . Ils donnent lieu
à l'examen de la question , s'ils ne sont pas contraires
à la constitution , et dans le cas d'être rapportés .
La majorité du conseil étant de cet avis , le rapport
est ordonné , et il st en outre décidé que les
jugemens rendus ne pourront être opposés aux jurés
qui seraient dans ce cas .
Les militaires isolés par leurs places des corps de
1
( 380 )
troupes , auront-ils droit de voter dans les assemblées
primaires ? Telle a été la question agitée ensuite
, et résolue en ces termes : Conformément à
T'art , III de la résolution du 16 ventôse , tout individu
attaché au service des armées de terre et de mer , ne
faisant partie d'aucun corps armé , soit en garnison
dans le lieu , soit en rade , ayant d'ailleurs les qualités
requises , pourra voter dans les assemblées primaires
et communales des cantons où il exerce ses
fonctions , s'il y avait précédemment son domicile
au s'il l'y avait transféré , depuis au moins un an ,
par son inscription sur le registre civique de l'administration
municipale,
9
On a repris , le 24 , la discussion sur les projets
présentés par Cambacérès. Ils ont été adoptés après
avoir éprouvé quelques amendemens .
Aujourd'hui 25 , il y a eu une longue discussion
sur la question de savoir si les électeurs qui vont
être nommés seront tenus comme l'a proposé
Fabre , de préter le serment de haine à la royauté .
Cette discussion continuera demain .
Le conseil des Anciens a approuvé , 1. la réso-
Jution relative aux jures qui ne se sont pas rendus
à leur poste; . celle concernant les militaires isolés .
La discussion sur la résolution qui rétablit la contrainte
par corps , a été reprise.
Après que Dupont ( de Nemours ) a été de nouveau
entendu le conseil a fermé la discussion , et la résolution
a été adoptée .
PARIS . Nonidi 29 ventôse , l'an 5. de la République.
Le bruit s'était répandu au commencement de cette décade ,
qu'un envoyé extraordinaire de Londres était arrivé en cette
ville ; cette nouvelle est absolument dénuće de fondement.
On annonce que le cit . Chambonas, ci -devant ministre des
relations étrangeres dans les derniers tems de Louis XVI , est
parti chargé par le Directoire d'une mission particuliere auprès
de la cour de Berlin . On a publié qu'il avait pour objet de demander
les motifs des préparatifs immenses que fait le roi de
Prusse , et qui sont de nature à inquieter le gouvernement
français. Ceux qui donnent cette destination à la mission du
cit. Chambonas , sont les mêmes qui avaient annoncé que le
roi de Prusse était rentré dans la coalition . Il n'est pas probable
que le Directoire ait envoyé un ministre extraordinaire
2
( 381 )
pour un objet que pouvait remplir facilement son ministre
ordinaire à Berlin ; et il est moins probable encore que le roi
de Prusse méconnaisse assez ses véritables intérêts pour se
rengager dans une coalition qui n'aurait pour but que de secourir
la maison d'Autriche qui est son ennemi naturel.
Tout est en mouvement sur le Rhin pour recommencer
de part et d'autres les hostilités . Les généraux français Moreau,
Hoche et autres ont de fréquentes conférences entr'eux , et
des fonds considérables ont été expédiés par la trésorerie
pour nos armées qui sont sur ces frontieres.
Les mêmes préparatifs se font sur les frontieres du Tyrol.
Les armées républicaines y reçoivent journellement de nouveaux
renforts . On annonce quell'archiduc Charles , qui s'était
rendu à Vienne le 19 février , en est reparti le 27 pour se
rendre dans le Tyrol , accompagné du marquis de Bellegarde,
Il y a apparence que Buonaparte aura rejoint également son
armée. Cependant on parle de nouvelles ouvertures de paix
faites le cabinet de Vienne, et que l'on dit être plus acceptables.
par
On apprend que le traité de paix arrêté entre Buonaparte
et les envoyés du pape a été ratifié par sa sainteté . En voici les
principales conditions :
10. Le pape se retire de la coalition . 2 ° . Il fermera ses
ports aux vaisseaux de guerre et aux corsaires dès puissances
armées contre la République , etc. Il renonce àtous ses droi's
sur Avignon et le comtat vénais in , et cede à la République
les légations de Bologne , Ferrare et de la Romagne. 4º. Le
port et la ville d'Ancône resteront à la République jusqu'à la
paix continentale , et le pape payera 30 millions , tant en
numéraire qu'en diamans et autres effets précieux , et en fourniture
de 800 chevaux de cavalerie , et 800 de trait. 6º . Il remettra
les statues , tableaux et autres objets d'art convenus par
le premier armistice . 7 ° . Il fera désavouer , par son ministre
à Paris , l'assassinat de Basseville , et payera 300 mille liv.
pour être réparties entre ceux qui ont souffert de cet attentat.
8°. L'école des arts instituée à Rome pour tous les Français ,
y sera rétablie , et continuera à être dirigée comme avant la
guerre.
*
CONSEIL MILITAIR E.
要
Le conseil militaire a continué ses séances les 25 et 26 de
ce mois .
Le capitaine rapporteur rend compte des interrogatoires
qu'il a fait subir aux divers accusés. Brottier a dit qu'il ne pretendait
pas renverser le gouvernement , mais seulement le
concilier avec les droits et l'autorité légitime de Louis XVIII.
( 382 )
Dunan a d'abord refusé de répondre , en traitant le tribunal
d'incompétent mais sur l'observation du rapporteur , que
ses réponses ne pourraient lui nuire , et qu'il serait toujours,
le maître de faire ses protesta ions en présence. des juges ,
il a consenti à parler . Il a nié tout ce qui peut avoir rapport
à la conspiration , et a soutenu n'avoir été chez le chef de
brigade Malo que pour y conclure un marché d'eau - de -vie .
+
Lavilleur ois a refusé de répondre au rapporteur , en protestant
de l'incompétence du conseil . Il lui a cité l'article de
la constitution , qui porte : Que nul citoyen ne pourra être.
soustrait à ses juges naturels . Il a dit : Qu'il ne cesserait pas
d'invoquer cette constitution , et qu'il ne souffrirait pas qu'elle
fût violée dans sa personne . Je ne répondrai ni au rap-
" porteur , ni au conseil militaire ; si on persiste à vouloir
> me juger , je me pourvoirai en cassation . Lisez l'article
" du code militaire , il porte : Que nul ne pourra être traduit
* devant un conseil de guerre , à moins qu'il ne fasse une
une partie integrante de l'armée , ou qu'il ne soit un embaucheur.
Où sont les soldats que j'ai embauchés ? où sont les
puissances étrangeres pour lesquelles j'ai fait des enrôlemens
? ,
On a lu les interrogatoires subis par Poly , Debar , Labarriere
, Lachaussée et Leveux , qui nient tout ce qui leur est
imputé .
Le 26 , le capitaine - rapporteur a continué la lecture des
interrogatoires . Ils n'offrent aucun intérêt . Ceux des femmes ,
sur- tout , sont très - insignifians ; et on voit avec peine figurer ,
devant un tribunal terrible , des religieuses avec des hommes
qui ont voulu corrompre la fidélité des chefs de la force armee
de Paris . Si elles sont coupables , il existe pour elles d'autres
tribunaux.
Le rapporteur lit un nouvel interrogatoire qu'il a fait subir
à Dunan. Il a dit à cette accusé que toutes les recherches
faites dans le département de la Nievre , dont il se dit natif,
ont été infructueuses , et qu'il n'existe point de famille Duñan .
Cet accusé a répondu que son pere était huissier et protestant ,
et que sa mere accoucha de lui à Saint-Sauve , dans un voyage
que faisaient ses parens , relatif à leur profession , et qu'il
peut se faire qu'ils aient négligé les formalités . On lui a
demandé s'il attendait un porte-feuille de Calais . Ifa répondu
qui . Est-ce le vôtre ? Non. Et on lui a presente celui dans
lequel se trouvait la note signée Louis XVIII , dans laquelle
ce prince reconnaît le chevalier Duverne de Presle et M. Brottier
, pour ses seuls agens à Paris . Il a ajouté ne connaitre
Leveux que pour l'avoir vu une seule fois à Hambourg.
Les autres interrogatoires n'ont présenté aucun intérêt.
(-383 )
HAUTE-COUR DE JUSTICE séante à Vendôme.
Les accusés ne cessent de discourir , d'interrompre et d'injurier
accusateur , témoins , juges et jurés . Voici le procèsverbal
que la Haute- cour a adressé au Corps législatif,
Cejourd'hui 19 ventose , de l'an V de la République Fran
çaise une et indivisible , nous , Yves - Nicolas - Marie Gandon
Charles Pajon , Joseph Colfinhal , Etienne-Vincent Moreau,
et Bruno- Philibert Audier - Massillon , président et juges
composant la haute - cour de justice , étant rentrés dans ia
chambre du conseil , en exécution de l'arrêté pris à l'audience
de cejourd'hui , avons rédigé le procès-verbal qui suit :
7
Depuis l'ouverture des débats , chaque séance a été marquée
par les écarts de plusieurs accusés et de quelques-uns
de leurs défenseurs ; les lois relatives à la haute - cour ne
sont appellées que de prétendues lois ; tous ceux qui ont
concouru aux actes d'accusation , sont qualifiés de tyrans ,
de royalistes , d'ennemis des patriotes , d'oppresseurs du
peuple ; les membres de la haute- cour sont présentés comme
des esclaves employés par le gouvernement , pour égorger
les démocrates et consommer la contre - révolution .
" On était cependant parvenu , avec beaucoup de patience
, à commencer , dans la séance d'hier , qui était la
troisieme , à entendre le commencement de la déposition
du cit. Guillaume , second témoin , lorsque des interpellations
multipliées , tant de la part des accusés que de leurs
défenseurs , lont tellement interrompue , qu'il a été impossible
aux juges et aux jurés d'en saisir les résultats ; la séance
a fini dans cet état de choses.
Les accusateurs nationaux , à l'entrée de celle d'aujourd'hui
, ont cru devoir faire sentir combien il était nécessaire,
de s'occuper du rétablissement de l'ordre dans un débat de
cette importance ; ils ont , en conséquence , conclu à ce
que le cit . Guillaume ne fût point interrompu dans le cours
de sa proposition commencée , et ont requis le tribunal d'en
délibérer.
" Leur discours a été à peine prononcé que le cit. Réal
a demandé la parole , qui lui a été refusée , et la haute- cour
a ordonné qu'elle allait se retirer pour délibérer , et les accusateurs
nationaux et les juges suppléans sont restés dans la
salle d'audience .
" La haute - cour rentrée , a prononcé le jugement dont
l'expédition est ci - jointe : il y a eu un instant de silence , ie
président à fait lui a dit de con.emettre au cit . Guillaume les pieces , et
sa déposition.
( 384 )
Le cit. Real a demandé la parole , elle lui a été refusée
plusieurs des accusés ont formé la même demande , le
président leur a déclaré qu'ils n'auraient la parole qu'après
que le témoin aurait achevé sa déposition.
" Des accusés ont prétendu qu'ils avaient toujours le droit
d'adresser la parole aux jures sans la demander ; ils ont
commencé à parler ; le président les à rappelles à l'ordre
et à l'exécution du jugement qui venait d'être rendu ; il a
été continuellement interrompu par les cris des autres accusés.
Les cit, Réal et Ballyer pere ont également pris la
parole à plusieurs reprises , malgré les efforts du président
pour les en empêcher,
,, Le cit. Bailly , un des accusateurs nationaux , a demandé
et obtenu la parole pour faire des requisitions tendantes au
rétablissement de l'ordre , mais à peine a-t - il commencé son
discours , que sa voix a été couverte par les cris de deux
des défenseurs et d'un grand nombre des accusés. Le président
a fait en vain tous ses efforts pour obtenir le silence
et pour les faire rentret dans l'ordre .
99
Dès que l'accusateur national reprenait la parole , des
cris multipliés couvraient sa voix ; le tumulte allait toujours
en augmentant ; la voix du président et celle des accusateurs
nationaux ne pouvait plus être entendue ; les huissiers
réclamaient en vain le silence , au nom de la loi . Tous les
moyens autor sés par la loi étaient épuisés ; la haute -cour
n'a pu faire cesser ce tumulte scandaleux , qu'en déclarant
qu'elle renvoyait la continuation de la séance au lendemain ,
et qu'elle se retirerait dans la chambre du conseil pour dresser
procès- verbal ; et à l'instant où les membres de la hautecour
se disposaient à se retirer , plusieurs des accusés ont
chanté la strophe de la Marseillaise , Tremblez tyrans, et vous
perfides , en dirigeant le poing fermé vers les membres de la
haute-cour, et ont terminé par le refein : Aux armes , citoyens, etc.
" Les juges étant arrivés dans la chambre du conseil , les
juges suppléans et les accusateurs nationaux sont entrés , et
ont déclaré que le même désordre avait eu lieu pendant que
les juges étaient à délibérer dans la chambre du conseil ;
que les accusateurs nationaux avaient vainement rappelé à
fordre les perturbateurs , et que tous les efforts qu'ils avaient
faits , au nom de la loi , n'avaient fait qu'augmenter l'agitation
et le scandalę .
De tout ce que dessus , nous avons dressé procès -verbal,
qui a été signé par tous les membres de la haute- cour ,
Yes juges suppléans et les accusateurs nationaux . ,,
LENOIR -LAROCHE , Rédacteur,
TABLE
Des
matieres
contenues dans le N°. 13 .
INSTITUT
NATIONAL.
NOTICE OTICE des travaux de la classe des
Sciences morales et
politiques de
l'institut ,
etc.
BOTANIQUE.
Description du
Strelitzia regina .
MORALE.
20
De l'influence des passions sur le bonheur des
individus et des nations , etc.
POESIE.
Le Chat du
Teinturier. [ Fable. ]
ANNONCES.
NOUVELLES
ETRANGERES.
24
36
370
38
39
42
Enigme.
Logogriphe.
SPECTACLES.
Théâtre de
l'Opera
comique .
Etats- Unis
d'Amérique .
Philadelphie.
43
Allemagne.
Hambourg.
48
Angleterre. Londres..
RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE.
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTERAIRE
( No. 13. )
Décadi 19 Pluviose , lang.
Ce journal , composé de quatre feuilles in-8°.
et quelquefois de cinq , paraît tous les
DÉCADIS . Il contient deux parties ; l'ur
consacrée aux SCIENCES , aux LETTRES et
aux ARTS ; l'autre à la POLITIQUE EXTÉ-
RIEURE , aux séances du CORPS LÉGIS
LATIF , aux NOUVELLES de Paris et des
départemens , ainsi que des ARMÉES de la
République.
Le prix de l'abonnement de ce Journal est
en numéraire de 9 liv . pour trois mois , de 26
Liv . pour six mois et de 39 liv. pour un air. an
CALENDRIER
RÉPUBLICAIN.
PLUIVOS E.
La Lune du mois a 92 jours. Du premier au
croiffent le matin de 45 min. & le foir de 4
30
les jours
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Ere Républicaine.
I primedi tre Décade . 21jvend. 1
2 duodi
3tridi.
4 quartidi .
Squintidi .
6 fextidi .
feptidi .
8 odidi
9 nonidi..
10 Decadi...
Ere
Vulgaire
de de la
L.LUN
E.
J. PHASES Zem: Perez midi vrai
H. M. S.
3.20
22 fame . 2
23 Dim. 3
52
N.L 22
24 lundi. 4
25 mardi 5
26 mercle 8
7
27 jeudi. 7h . 3 m.
28 vend. 8
29 Sam. 7
11 primedi ile Décade . lundi. 11
0134 0
30 Dim. 10
12 duodi ..
13 tridi.
2 mardi 12 025
14 quartidi.
Is quintidi .
16 fextidi .
17 feptidi
18 octidi .
19 nonidi...
20 Decadi..
6 fame. 16h. 13 m.
Dim, 17 du foir.
3 merc. 13
4lieudi. 14
P.P. Q.1007
Svend. 15
le 16 43
11 59 49
11 59. 30
11 59.11
11 58 $2
8undi . 18t
Smardi 19
IC merc. 20
11 58 32
II
21 primedi lile Décad. 11 jeudi. 21
22 duodi .
23 tridi
24 quartidi
25 quintidi
26 fextidi ..
27 fepridi.
28 octidi
29 nonidi .
Decadi .
13 fame . 23 ez
14 Dim : 24
Inndi. 25
16mardi. 26
17 merc. 27
18jeudi. 28 le
19 vend .29
20 fam. 130
P.
12 vend . 22
57.33
13
D.
11.56 35
11 56 15
11 55 55
Q.1155 44
19. 11 55 24
II 54 4
1134.25
Jere
135
MERCURE
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTÉRAIRE ;
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
Du décadi to Pluviose , an cinquieme
de la République Française.
Dimanche 29 Janvier 1797 , vieux style. )
TOME XXVII
A PARIS
Au bureau du Mercure , rue des Poitevins ,
n °. 18 ..
TABLE des Matieres Littéraires du Tome XXVI .
ESSAI sur l'aliment des plantes , etc. par M. Ipgennouz...
Fin des féflexions sur les vues ggoénérales sur l'Italie ,
Malthe , etc..
a
Observations sur la lettre de Jacques- le-Fat liste.
your sur
la
derniere
révolution
de
Page 3.
7.
28
32.
34.
65 .
8 .
.89 155 .
99 .
100.
སྙ ན
Lettre au
Pologue ....
Extrait du poëme intitulé les Vages. II. A
Idylles de Théocrite , traduites par J. B. Gail ...
Des prisons de Philadelphie , par un Européen ...
Sur le salon de l'an V ..
Quverture du Lycée républicain .
Note des divers objets arrivés d'Italie .
Sur nos relations commerciales et sur l'Angleterre . 129 , 18.
Epître sur la calomnie , par M. J. Chénier .....
Vers à François ( de Neufchâteau ) , sur son poëme
des Vosges
Spectacles ...
Mémoires de l'académie royale de Suede tomes
XIV , XV et XVI ...
Lettre sur la Religieuse , de Dideroté. Q.T
Les Soirées littéranes , tomes III et IV....
Elémens de chimie de J. A. Chaptal , 3. edition .
144.
169.
165 .
193,321 .
212 .
218.
258.
Second voyage en Afrique , par F. Levaillant ... 264 , 330 .
Traduction du Ier . livre des odes d'Horace , par
P. Didot aîné ...
reflexions d'Helvétius .
Suite des pensées et rel
Sur les lettres manuscrites du P. D. Huet , évêque
d'Avranches ..
Hymne à la beauté , par Delille
Spectacles..
Essais littéraires de l'académie de Padoue , t . III ...
Actes de l'académie des sciences de Sienne , t . VII.
Institut national des sciences et arts séance du
15 nivôse .....
"
Origines gauloises , etc. ou Recherches sur la langue ,
l'origine ou les antiquités des Celt6-Bretons de
l'Armorique, par Latour- d'Auvergne- Corret ..
Lettre sur le jugement que l'auteur des Soirées Liltéraires
a porte sur le philosophe Favorin et J. J.
Roussean.
Chast Ier, de la Veillée du Parnasse, par Lebrun .
279 .
285.
289 .
290 .
293 .
323 .
326.
345 .
354-
357.
3595
Bayerische
Staatsbibliothek
München
No.
13.
MERCURE FRANÇAIS .
DECADI 10 PLUVIOSE , l'an cinquieme dé la République.
( Dimanche 29 Janvier 1797 , vieux style . )
INSTITUT NATIONAL!
Notice des travaux de la classe des Sciences morales
politiques de l'Institut , depuis vendémiaire an Vjusqu'à
nivôse de la même année , lue à la séance publique du
15 nivôse , par TALLEYRAND , l'un des secrétaires de
cette classe.
Le cit, Tracy , membre associé , a communiqué deux
mémoires sur l'analyse de la pensée , ou plutôt sur
la faculté de penser qu'il nomme aussi la faculté de
percevoir. Il demande que la science qui résulte de
ceite analyse soit nommée idéologie , ou science des
ilées , pour la distinguer de l'ancienne métaphysique .
Il avoue que cette science est presque neuve encore ,
et possede peu de vérités constantes et reconnues ,
malgré les ouvrages de plusieurs hommes célebres ;
et quoique , reposant sur des faits , elle soit susceptible
de certitude aussi bien qué les sciences qu'on
nomme exactes . Il en indique pour causes , d'abord
qu'elle n'a jamais été traitée avec méthode et liberté ;
ensuite , que jusqu'à ce jour elle n'a été l'objet direct
des recherches d'aucun corps savant. L'ordre ,
suivant lequel il desirerait que la deuxieme classe de
$
A 2
( 4 )
" l'Institut s'en occupât , consiste , 1º . à faire le dénombrement
des vérités connues ; 2 °. à perfectionner les
instrumens qui sont ici les langues ; 3 ° . à convenir
des observations et des expériences à faire pour
éclaircir les points douteux .
1
Le cit. Tracy, pour remplir lui -même ce plan , présente
dans ces deux mémoires le tableau sommaire
des vérités idéalogiques qu'il regarde comme constantes .
Il établit que la faculté de penser , telle qu'elle est
en nous , se décompose en cinq facultés distinctes
et essentielles : la faculté de sentir , celle de se ressou
venir , celle de juger , celle de vouloir , et enfin celle de se
mouvoir , laquelle lui semble , aussi bien que les autre
partie intégrante de la faculté de penser , et nécessaire
à son action , attendu que la sensation du mouvement
, par opposition à celle de résistance , donne
lieu à exercer notre faculté de comparer ou juger .
I examine ensuite les relations de quatro de ces
sensations avec celle de vouloir , et trouve qu'elles
sont toutes , partie dépendantes , partie indépendantes
de cette derniere . De là il explique la formation
de nos idées en tant que connaissances , et
de nos idées en tant que sentimens et passions . Il
observe que la liberté est la faculté d'agir d'après sa
volonté ; et il en déduit que la liberté et le bonheur
est une même idée considérée suivant le moyen et
suivant la fin .
Le cit. Laromiguiere a présenté des observations sur
le système des opérations de l'entendement : son mémoire
est divisé en deux parties . Dans la premiere il examine
combien il était difficile de découvrir le systême
de Condillac. Il se place dans la supposition où il
1
( ૪ )
1
serait encore inconnu , et il recherche par quelles
suites de réflexions on pourrait être amené à le trouver.
Dans la seconde , il expose ce systême , qu'il
modifie en quelques endroits , et auquel il ajoute
quelques vues nouvelles,
Le cit. Laromiguiere a lu un autre mémoire ayant
pour titre De ce qu'on doit entendre par le mot idée . -
Il a divisé son mémoire en quatre chapitres . Après
avoir présenté dans le Ier , des considérations géné .
rales sur la nécessité de déterminer le sens des mots ,
il fait voir , dans le II , que le mot idée est un de ceux
dont la signification varie le plus chez les différens
auteurs que c'est mal- à-propos qu'on a confondu
l'idée tantôt avec la pensée , tantôt avec la premiere opé
ration de l'entendement , tantôt avec la représentation des
objets , d'autres fois aussi avec la connaissance de certains
objets qu'on ne peut pas se représenter. Dans le
III . chapitre il essaie d'établir que nous n'avons
d'idées qu'autant que nous distinguons les uns des
autres en sorte qu'une sensation se transforme en
idée à l'instant où elle est démêlée des autres sensations
avec lesquelles elle se trouve confondue . Le
IV . chapitre est destiné à la solution de quelques.
questions qui ont embarrassé les métaphysiciens , et
dont toute la difficulté tient anx fausses déterminations
du mot idés.
4
Le cit. Duvillard a communiqué à la classe la solution
d'un problême d'arithmétique politique sur la
conversiou de l'impôt territorial en un droit sur les héri
tages . Il détermine , d'après l'âge des propriétaires ,
1º. quel doit être le rapport exact de ce droit avec
la valeur de l'héritage pour qu'il soit l'équivalent de
A 3
( 6 )
1
l'impôt actuel en comptant l'intérêt à 3.pour 100
2º. quel serait dans ce cas le produit annuel dé
l'impôt territorial . Il résulte de ses calculs qu'il y
aurait avantage pour État dans la conversion proposée
; qu'il y aurait aussi avantage pour les propriétaires
, puisque ce serait un prêt que l'Etat leur
ferait à l'intérêt de 3 pour 100 ; que ce serait un
moyen de répartir , sur les générations futures , uné
portion des sacrifices que celle- ci fait pour leur bienêtre
; qu'au reste , chaque propriétaire restant lễ
maître de choisir entre ces deux manieres d'acquitter
sa contribution , il en pourrait résulter plus de façilité
dans la perception de l'impôt territorial .
Le cit. Antoine Dianyère a fait part d'un mémoire
sur le crédit public et les dettes nationales. Il cherche
à exposer les funestes effets du crédit , et à indiquer
en même tems les moyens pour se f
procurer d'énergiques
ressources , soit pendant la guerre , soit pendant
la paix , suns accroissement d'impôts .
Le cit. Gosselin a terminé la lecture de son mé
moire sur le golphe arabique . Cette dernière partie
rehferme les connaissances successives que les Grecs
et les Romains ont eues de cette mer depuis la conquête
de l'Égypte par Alexandre , jusqu'aux derniers
tems de l'Empire . La carte de Ptolémée , si différente
des nôtres au premier aspect , ramenée à ses
principes élémentaires , indique , d'une manière trèsprécise
, la position des lieux que les anciens ont
fréquentés dans ces parages ; et que l'on a cherchés
vainement jusqu'à nos jours . Un des points les plus
importans à fixer était l'emplacement de l'ancienne
Adulis . Le dit. Gosselin fit voir qu'il y a eu plu7-)
sieurs villes de ce nom qui se sont succédées . Parmi
les preuves multipliées de la retraite de la mer le
long des côtes de l'Arabie , il cite l'ancien port de
Musa qui est aujourd'hui à six lieues du rivage , et
dont il croit que la fondation est de la même antiquité
que la ville de Saba fréquentée par les Hébreux
Y a vingt-huit siecles , il
1.
7
ご
Le cit. Lévesque a lu un mémoire sur les maurs et
usages des Grecs du tems d'Homère. Il remarque que
dans les ouvrages de ce poëte on trouve des traces
de l'origine des sociétés : les hommes ignorant les
causes de tout , et créant autant de puissances supérieures
qu'il existait de phénomenes à expliquer. On
y découvre , ainsi que par l'inspection de la carte
que la Grece a reçu du Nord sa population . Le gouvernement
de ces tems était mêlé de monarchie , d'aristocratie
, de démocratie . Un roi tout-puissant à la
guerre gouvernait pendant la paix par le conseil des
vieillards , et convoquait le peuple quand les affaires.
intéressaient le corps entier de l'État . Les hommes
étaient féroces dans les combats , hospitaliers dans
leur maison ; l'étranger et le pauvre étaient sacrés ,
Toujours on était en guerre , et il n'existait point encore
d'art de la guerre . Les Grecs ne savaient point
assiéger une place : ils n'avaient point de cavalerie ;
ceux qu'on appellait cavaliers combattaient sur des
chars . La marine était absolument dans l'enfance ;
les vaisseaux n'étaient pas encore pontés ; on les
mettait à flot à force de bras ; on les tirait à sec quand
on prenait terre . Les moeurs intérieures étaient simples
. Les rois n'avaient dans leurs palais que des servantes
; leurs domestiques mâles étaient dans les cam-
A 4
( 8 )
:
pagnes ; un chien formait toute leur garde ; leurs
épouses faisaient les habits de la famille leurs filles.
allaient au lavoir ; et eux-mêmes avaient l'oeil sur la
métairie ,
Le cit . Anquetil nous a fait part de trois mémoires ;
T'un sur les Egyptiens , le second sur la nation helvétique
, le troisieme sur le Pérou . —
Dans le premier
, après une description de l'Égypte , de sa situation
, de son fleuve , de ses productions , de ses animaux
, de ses monumens , villes , pyramides , lac
soш, lubirynthe , et de leurs ruines , il entre dans
le détail des moeurs et coutumes , lois , superstitions ,
institutions civiles et religieuses ; il passe de là à l'histoire
, et donne une idée des tems fabuleux , puis des
tems héroïques ; enfin , des tems vrais où commence
ļa suite des rois égyptiens qui ont gouverné l'Égypte
pendant trois siecles. Dans le second mémoire ,
le cit. Anquetil rapporte l'époque des premiers efforts
militaires des Helvétiens au tems de César. Ils étaient
dès-lors ce qu'ils sont maintenant , robustes , laborieux
, guerriers , pleins de bonne , foi , chastes dans
leurs mariages , sobres dans leurs festins . Il les considere
sous le gouvernement de leurs comtes et de
leurs barons , protégés d'abord contre ces petits tyrans
par les empereurs d'Allemagne , lesquels tâcherent
à leur tour de les asservir. L'effet de ces
tentatives fut de les porter à se réunir contre les
efforts de l'Empire germanique qui menaçait de les
écraser. Il marque les dates de ces différentes réunions
qui formerent la ligue helvétique , et décrit les
singularités naturelles , les moeurs , le gouvernement
de chaque canton et de la ligue grise , ainsi
que des
( 9 )
:
Valaisans et autres qui leur sont affiliés . - Dans le
troisieme mémoire il décrit les moyens militaires et
politiques employés par les aventuriers espagnols
pour la conquête du Pérou ; les factions des premiers
conquérans qui se détruisirent les uns les
autres ; l'adresse de la cour d'Espagne pour se saisir
de l'autorité , et pour la conserver ; le gouvernement
des vice -rois , tantôt favorable , tantôt funeste aux
Indiens ; les malheurs , la mort tragique des derniers
Incas , et l'état actuel des Péruviens .
Le cit . Delisle de Sales a lu un mémoire sur Bailly.
Il a exposé ses titres à la renommée comme littérateur
et comme philosophe ; et il a remis à un autre
moment de peindre en lui le citoyen et l'homme.
public . Ce nom , que réclament à tant de titres les
saciétés qui concourent à la splendeur des lettres et
à la gloire des sciences , devait être célébré sans doute
aussi dans cette classe de l'Institut , consacrée aux
progrès de la morale et à la recherche de tout ce
qui peut en fonder le culte parmi les hommes. Eh !
quel homme appartint plus à la morale , dans l'açception
la plus yaste de ce mot , que celui qui au
faîte des honneurs littéraires sut désarmer constamment
l'envie, par sa simplicité , qui , citoyen par tous
ses goûts et par ses vertus long-tems avant la révo
Jution , n'eut besoin d'aucun effort pour se trouver
un de ses plus purs et de ses plus estimables défenseurs
; qui ne se vanta jamais d'aimer la liberté , et
toujours travailla pour elle ; qui , à la tête d'une des
plus grandes administrations , se dévoua sans relâche
à ce qu'il crut être les intérêts du peuple sans jamais
rechercher la popularité : enfin qui , victime de la
( 10 )
plus épouvantable faction qui ait désolé la terre , et
trouvant mille morts au lieu de son supplice , ne se
permit ni une plainte , ni un regret , ni même le
secours de sa propre indignation , et mourut avec co
eburage calme et céleste qui sera long- tems un mòdelé
, malgré les nombreux exemples d'intrépidité
qui ont signale cette longue époque de sang et de
tyrannnie .
Notice des Mémoires de physique , présentés à la classe
des sciences physiques et mathématiques , par ses membres
ou associés , depuis le 15 vendémiaire jusqu'au 15
nivôse de l'an V. Par LACIPEDE , l'un des secrétaires .
Les premiers travaux présentés à la classe pendant
les trois mois qui tiennent de s'écouler ont eu la
chymie pour objet . Les cit . Foutcroy et Vauquelin
ont continué de l'entretenir du grand travail qu'ils
ont entrepris sur les propriétés d'un des agens chymiques
les plus intéressans à connaître , sur les divers
phenomenes que présente l'acile sulphureux dans
les différentes combinaisons dont il est susceptible .
Lorsque la suite de ces recherches sera terminée ,
nous mettrons sous les yeux du public le résultat
de leur ensemble , qui
l'histoire de cet acide , et qui , en complettant une
partie très - curieuse de la chymie , montreront comment
l'on doit desiter de voir perfectionner les autres
branches de cette vaste science .
a
composeront
vé
itablement
**
Le cit . Lamarck a examiné de nouveau les prineipes
généraux sur lesquels s'élevent les théories de
( ( +1 )
la même science dans plusieurs mémoires qu'il a
lus à la classe , il a tourné particulierement son attention
sur le résultat des altérations que la nature
ou l'art peuvent faire subir aux molécules essentielles
des corps composés. Il a considéré les diverses
combinaisons , ainsi que l'union plus ou moins
grande des substances qui concourent à former ces
molécules ; et conduit par ces recherches à s'occuper
des couleurs des objets , il a proposé une échelle
graduée à laquelle il donne le nom d'echelle chromométriqne
, par le moyen de laquelle on pourra
réunit sur des tableaux méthodiques , 2700 nuances
absolument les mêmes dans tous les tems et dans tous
les lieux , et qui par conséquent procurera des instrumens
étendus et comparatifs à l'histoire naturelle ,
et à toutes les sciences dans lesquelles on a besoin
d'indiquer les couleurs avec précision .
Un célebre professeur d'Allemagne , Giztanner ,
avait pensé qu'il fallait modifier un des points de
la théorie moderne , créée par les chymistes français
, et que l'on devait regarder le gaz hydrogene
comme le radical de l'acide muriatique . L'un de nos
associés , le cit . Van Mons , de Bruxelles , a fait paryenir
à la classe une suite d'expériences faites avec
un très - grand soin , et qui , en indiquant les apparences
qui ont pu faire illusion à Giztanner , constatent
de nouveau le point de la théorie française ,
que le professeur étranger avait cru devoir révoquer
en doute .
L'une des matieres les plus précieuses dont les
chymistes des différens âges aient fait l'objet de leurs
méditations , Tor ne se montre presque jamais à là
鳖
( 18 )
**
surface ou dans l'intérieur du globe , qu'au milieu
d'un sable métallique noirâtre et attirak le à l'aimant.
Le cit . Chaptal , associé , a voulu reconnaître la
nature de cette substance . Il l'a ' soumise successivement
à l'action de l'air , de l'eau , du calorique ,
du soufre , du carbone , des acides , des alkalis , des
différens fondans ; et comparant les effets qu'il a
obtenus dans toutes ces épreuves , il croit devoir
regader ce sable magnétique , comme une modification
particuliere du fer , produite par la nature.
Le cit. Chaptal a aussi appliqué la puissance dont
la chymie dispose , à la recherche des qualités des
sucs contenus dans plusieurs végétaux . Il a soumis
particulierement à des essais multipliés , les sucs
gluans de plusieurs euphorbes , ceux d'autres plantes
de la même famille , ou familles différentes ; les décactions
de quelques végétaux à tige ligneuse , et
le lait de plusieurs graines émulsives . Il a extrait ces
sucs par des procédés qu'il a variés , et réunissant
les résultats de ses diverses expériences , il ne se
contente pas de chercher à répandre de nouvelles
lumieres sur l'art de la teinture ; mais il montre la
Jiaison des faits qu'il a observés , avec les premiers ,
développemens de l'embryon végétal . Passant ensuite
à de plus hautes considérations , il expose
l'origine du carbone , l'un des trois principaux élémens
de toutes les substances végétales ; il fait voir
comment ce carbene circule et se dépose dans toutes
les parties de la plante ; et s'appuyant enfin sur leș
ressemblances des produits que ses tentatives lui ont
donnés , avec ceux que l'on obtient lorsqu'on soumet
aux mêmes agens chymiques , le lait et le sang,
( 13 )
ces sucs alimentaires de l'homme et des animaux ,
il va jusqu'à traiter de la maniere dont ces derniers
se nourrissent.
Le cit. Tessier a voulu , ainsi que le cit. Chaptal ,
jetter un nouveau jour sur les principes des vėgės
taux ; et il a eu pour but de ses recherches la plante
la plus utile l'homme , le blé . Il a examiné cette
watiere glutineuse que donne la farine du froment ,
et que l'on a nommée végéto - animale. Il a voulu sa-t
voir dans quelle proportion chaque espece ou vàriété
de froment , contenit ce gluten dont la quantité
plus ou moins grande influe beaucoup sur la
bonté du pain ; et après avoir montré par des expériences
, que la différence des engrais n'avait aucun
rapport avec l'abondance plus ou moins grande de
cette substance glutineuse . il a tracé aux amis de
1 économie rurale , la route qu'il fallait suivre pout
arriver à tous les résultats qu'il a desirés .
S
Le cit. Tenon a donné le précepte et l'example
d'une maniere particuliere d'étudier l'organisation
de l'homme et des animaux . Il a prouvě combien"
il serait avantageux a'examiner la conformation de
chacune de leus parties aux différentes époques de
leur accroissement , de leur perfection , de leur
dépérissement ; et commençant par appliquer cette
méthode à des portions très-dures et cependant trèsvariables
, aux dents des animaux et particulierement
à celles du cheval ; il a decouvert des faits
nouveaux d'autant plus remarquables , qu'ils servent
à rendre raison d'autres faits déja connus , mais di
fe'les à expliquer , et qu'ils doivent conduire à des
principes de physiologie , féconds en conséquence .
( 14 )
1
1
家
*
Ce même animal dont l'organisation a été l'objet
des travaux du cit. Tenon , l'a été aussi de ceux des
cit. Huzard et Gilbert , sous le point de vue de sa
conservation . Le cit, Huzard a lu à ce sujet un mémoire
, dans lequel il expose la nature et les causes
d'une des maladies les plus funestes à cette espece ;
de celle à laquelle on a donné le nom de vertige.
Il a aussi présenté à l'Institut , un travail dont le
gouvernement a ordonné la publication , et qui est
relatif comme son premier ouvrage , à la santé
d'animaux devenus nécessaires à l'homme , expose les ,
caracteres généraux et particuliers , les symptomes
extérieurs et intérieurs , les causes , les progrès et le
traitement d'une maladie inflammatoire qui a attaqué
les bêtes à cornes d'une grande partie des départemens
de l'Est. De la considération de cette maladie
, l'auteur s'élevant à celle des maladies épizootiques
en général , donne , avant de terminer son
mémoire , des vues étendues sur les dangers des
méthodes employées jusqu'à présent pour les guérir ,
ainsi que la simplicité de celles que l'on doit y
substituer.
2
Un ouvrage qui sera l'objet de l'attention de ceux,
qui s'intéressent aux progrès de l'instruction publi
que , et particulierement à ceux de la zoologie ,
vient d'être présenté à la classe par le cit, Cuvier
Sous le nom de tableau élémentaire de l'histoire naturelle
des animaux , cet ouvrage , destiné et à ceux qui
cultivent la science , et à ceux qui la professent , et
à ceux qui l'étudient , offre , dans un ordre métho
dique et nouveau , les vérités les plus remarquables
de celles qui ont servi jusqu'à présent à compose
+
l'histoire des êtres vivans et sensibles , fécondés ,
根
pour ainsi dire , par leurs rapprochemens et par les i
vérités nouvelles auxquelles elles sont alliées .
Nous devons encore dire au public que le cite
Desessart , poursuivant le travail très - considérable
qu'il a entrepris sur la complication de la petite- vi
role avec d'autres maux , a entretenu la classe des
effets que l'emploi du mercure peut avoir dans le
traitement de cette maladie , et qu'en lui annonçant ´›
un nouveau mémoire sur ce point intéressant de 2
l'art de guérir , il a continue de développer devant c
elle le plan de recherches qu'il lui avait déja
exposé. aast
Tels sont les mémoires relatifs aux sciences physiques
, et présentés à la classe par les membres qui
la composent. Mais ses travaux sur ces branches des
connaissances humaines , n'ont pas été bornés aux
ouvrages qu'ils lui ont soumis . Empressée de res
cueillir des vérités nouvelles , ou de faire servir à
l'utilité publique des faits déja connus , elle a charge
deux commissions , la premiere de s'occuper des
moyens de remédier à une maladie qui attaque gra.
fait périr les ormes et d'autres grands arbres ; et la
seconde d'éclairer , par des recherches multipliées
des faits observés en Italie , en Allemagne et en
Angleterre , sur l'action des gaz et sur l'influence de
l'application des métaux relativement à l'irritabilité ,
ainsi qu'a dap sensibilité ; faits connus , dont le cit . "
Guyton lui avait fait le tableau , et pour l'étude
d'une partie desquels le gouvernement: anglais, vient s
de consacrer 2500 liv . stel.
enk
Nous ne croyons pas devoir parler d'un grand :
1
( 16 )
nombre de rapports qui ont occupé les membres de
la classe , et qui , demandés presque tous par l'au
torité publique , et roulant sur des questions d'un
vif intérêt pour les sciences , ou sur des procédés .
très- utiles dans les arts , ont exigé quelquefois d'assez
longs travaux , et ont souvent rappellé , confirmé ou
établi des principes importans .
Mais nous ne pouvons passer sous silence les
différens voyages prolongés , entrepris ou projettés -
sous les auspices du gouvernement , et par des mem
bres de la classe , dans le cours des trois mois qui
viennent de finir.
Pendant que les cit Méchain et Delambre ont
continué de mesurer l'arc du méridien , compiis
entre Dunkerque et Barcelone ; pendant que les cit.
Dolomieu , Gilbert et Parmentier ont répandu , dans
une partie de la France , des semences fécondes de
connaissances en histoire naturelle , en agriculture
et en vétérinaire ; pendant que les cit . Berthollet ,
Monge et Thouin ont observé en Italie , et les grands
phenomenes que la nature y fait naître , et les ruines
augustes et éloquentes dont elle s'y est entourée ,
et les produits ingénieux de l'industrie manufacturiere
, et les ressources variées de l'art d'arroser et
de fertiliser les champs ; le cit. Michaud , associé
de la classe , que ses voyages en Perse avaient depuis
long-tems rendu cher aux natusalistes , venait , au
milieu des tempêtes de l'Océan Atlantique , et malgré
les horreurs d'un funeste naufrage , rapporter à
sa Patrie et à l'Institut national , les richesses de la
science , qu'il a recueillies en parcourant l'immense
continent de l'Amérique septentrionale , depuis les
borde
耀
( 17 )
J
bords glacés de la baie d'Hudson , jusqu'aux rives
fécondes arrosées par le grand fleuve de Mississipi .
Le cit. Broussonnet adressait à l'Institut , et l'exposition
des avantages que les sciences et les arts doivent
retirer d'un voyage dans le Maroc , et le desir
ardent de revoir ces côtes de Barbarie déja parcou
rues par notre collegue Desfontaines , de s'enfoncer
dans le vaste intérieur de l'Afrique , et de conquérir
à la science et au commerce cette partie du monde
jusqu'ici dérobée aux regards curieux des voyageurs
par les déserts brulans qui l'environnent , et qui doit
recéler pour l'ami des sciences naturelles , des trésors
bien plus précieux que l'or renfermé dans son
sein. Notre associé Bruguieres ne cessait d'ént mérer
les productions de la nature dans la Turquie , dans
l'Egypte , et dans d'autres contrées orientales . Et
enfin , la classe chargeait deux de ses membres d'offrir
à la reconnaissance publique , dans un travail
qui va être lu dans cette séance , les efforts heureux
dont le cit . Martin est venu , des bords de l'Amérique
méridionale , faire hommage à l'Institut national
, et qui ont assuré dans la Guyane françaite
la prospérité de ces épiceries devenues si nécessaires
à l'Europe , qui ont successivement enrichi
tant de nations fameuses , et qui , pendant longtems
resserrées dans un étroit Archipel indien
arrachées à cette enceinte trep privilégiée , par le
courage éclairé du célebre Poivre , rendues , pour
ainsi dire , à la nature qui les avait destinées à tous
les climats favorisés du soleil , sont maintenant assez
abondantes dans une de nos colonies , pour que
Tome XXVII.
"
( 18 )
les récoltes qu'elles y donneront suffisent bientôt
à la consommation de la France.
A peine l'Institut national existe -t-il depuis une
année ; et avant peu de tems , une grande partie de
la surface de la terre , aura été parcourue par plusieurs
de ceux qui le composent . Pendant que la
valeur de nos légions triomphantes fait flotter au loin
Féterdard tricolor , ils vont faire entendre les accens
de la science au milieu des glaces amoncelées des
poles et des plages ardentes des contrées équatoriales
, des cataractes retentissantes du nouvéau continent
, et des solitudes silencieuses de l'intérieur de
l'Afrique , des forêts sauvages où l'homme ne pénetre
qu'avec , peine , et des régions depuis long- tems soumises
à sa puissance . Par- tout et la nature et l'art
vont être forcés de répondre à leurs voix , pour la
gloire des sciences et le bonheur du monde . Ah !
puisse la douce paix favoriser , accroître , multiplier
ces généreux efforts ! puisse-t- elle , conduite par la
sagesse, da liberté et la victoire , venir bientôt rani-,
mer les arts , seconder le génie , et consoler l'humanité
!
•
* 300
1
Notice des Mémoires de Mathématiques, par le cit , PRONY.
7
LE cit . Flaugergues , membre associé résidant à
Vivier , a adressé à la classe un mémoire où il traite.
des effets du mouvement de la terre sur les phases
des occultations d'étoiles par la lune. On a remarqué;
que les étoiles paraissaient s'avancer sur le disques
lunaire pendant quelques secondes avant leur occultation
; et Flaugergues , l'année derniere , avait donné
( 19 )
une explication de ce phénomene qu'il attribuait à
la différence des aberrations de l'étoile et de la lune.
Sa théorie avait paru aux géometres et aux astro
nomes de l'Institut plus ingénieuse que solide , et ils
avaient fait part à la classe du résultat de leurs reflexions
et de leur examen ; mais Flaugergues lui
adressait , presqu'en même tems , le mémoire dont
on parle , et qui a mis fin à la discussion ; il y dit
qu'un examen plus approfondi lui a fait reconnaître
que quoiqu'à raison de l'aberration une étoile en
conjonction doive paraître plus avancée que la lune ,
du côté où la terre se meut , néanmoins par une cir
constance particuliere des occultations , l'étoile ne
peut pas paraître plus avancée que le bord de la
lune . Il donne l'explication de cette espece de páradoxe
, et se trouve ainsi d'accord avec ses collégues .
Le cit. Flaugergues a envoyé à la classe un autre
mémoire relatif à une observation curieuse de l'étoile
de Mars ; il a observé , le 18 avril 1796 ( u.st. ) ,
au matin, l'étoile du sagittaire sortant de dessous
le disque de Mars dont elle paraissait toucher le
bord supérieur. Le résultat le plus important de cette
observation est le lieu du noeud qu'il trouve de
í signe , 17º ,25588′ ,, 66 ddiifffféérraanntt,, en moins , de 2 , 2
celui donné par les tables.
10 11
(
de
Le cit. Delambre , l'un des astronomes chargés de
la mesure de l'arc du méridien compris entre les
paralleles de Dunkerque et de Barcelonne , et qui
doit servir à la détermination de l'unité fondamentale
du nouveau systême métrique , a donné le détail
de la suite de ses opérations , jusqu'à l'époque où la
mauvaise saison l'a obligé de se retirer à Evaux , où
B 2
( 20 )
il emploie son hiver à faire des observations astronomiques.
Il résulte de son exposé qu'il a completté,
à partir de Dunkerque , la mesure d'une longueur
de 28Sooo toises de l'arc du méridien, à quoi il faut
ajouter ce que Mechain a fait de son côté , en venant
de Barcelonae , et dont il n'a pas encore rendu compte..
Tout feit espérer que cette grande et mémorable
opération sera terminée dans le cours de l'an VI , et
la République Française aura signalé les premieres
années de son existence par l'établissement d'un systême
métrique dont la formation sera le résultat des
connaissances perfectionnées acquises dans les sciences
physiques et mathématiques , et aura même contribué
à les enrichir de nouvelles découvertes .
1
BOTANIQUE.
Description du STRELITZIA regina , qui vient de fleurir
au jardin des Plantes , par le cit , VENTENAT , membre de
Institut national.
Le
18
E STRELITZIA regina qui avait fleuri il y a deux ans
au jardin botanique de Paris , présente en ce moment
aux yeux des amateurs toute l'élégance et toutes les
richesses de sa fructification . Ses fleurs , parfaitement
développées , permettent au naturaliste d'en saisir
tous les caracteres . Cette superbe plante cst originaire
du cap de Bonne - Espérance . On sait que cette
partie de l'Afrique produit un grand nombre de
végétaux appartenans à la famille des liliacées , et
qu'elle est la patrie des Alethris , des Gladiolus , des
1
"
( 21 )
Ixia , des Morata , des Hamanthus , des Lachenalia , etc.
Le Strelitzia regine fut introduit en Europe l'an 1773 ,
par M. Banks , président de la société royale de
Londres. Ce célebre naturaliste fit dessiner et graver
cette plante , et il en existe une superbe figure dans
l'hortus Kewensis.
,
Le STRÉLITZIA reginæ s'éleve à la hauteur de 4 å
5 pieds. Ses feuilles toutes radicales , et portées sur
de longs pétioles , sont oblongues , très- entieres
ondulées sur leur bord inférieur , coriaces , traver
sées dans leur milieu par une nervure longitudinale ,
épaisse , de laquelle part ent une foule de petites nervûres
transversales , très-fines , comme dans les Bananiers.
La surface de ces feuilles est parfaitement
glabre ; leur couleur est d'un verd pâle cn dessus , et
glauque en dessous ; elles sont persistantes , et sur
une longueur d'un pied , elles présentent près de
cinq pouces de large . Les pétioles qui les soutiennent
sont engaînés , presque comprimés , droits .
glabres , longs de trois pieds et de la grosseur du
pouce. Les fleurs naissent au sommet d'une hampe
droite , cylindrique , plus élevée que les feuilles , et
recouverte de gaînes alternes , distantes , acuminées ,
de couleur verte et purpurine sur leurs bords . Elles
sont d'abord renfermées dans une spathe monophylle ,"
cymbiforme , acuminée , horisontale , de couleur semblable
à celle des gaînes de la hampe , longue de
six pouces , et elles en sortent successivement munies
chacune d'une spathe lancéolée , courte et blan-"
châtre .
Le calyce est à six divisions , dont trois extérieures
et trois intérieures ; les trois extérieures sont grandes ,
·
B 3
( 22 )
presque égales , de couleur jaune et longues environ
de trois pouces deux d'entre elles plus rapprochées,
oblongues , concaves , acuminées et droites forment
une levre supérieure ; la troisieme écartée , canaliculée
, élargie et réfléchie sur les côtés , munie sur le
dos d'une nervure longitudinale , rétrécie dans la partie
supérieure , terminée en pointe , est un peu inclinée
en dehors , et imite une levre inférieure . Les
trois divisions intérieures sont alternes avec les exté
rieures , de couleur bleue et inégales . L'une d'elles
très - courte , conformée en capuchon , contenant une
fiqueur mielleuse , est cachée au fond de la fleur
entre les deux divisions extérieures rapprochées ; les.
deux autres , sortant du même plan que le calyce
extérieur entre les interstices des deux levres , sont
presque de la même longueur que la division extérieure
, écartée , qui les embrasse par le haut ; elles
sont à leur bâse rétrécies , canaliculées et ondulées
sur un bord , munies vers leur milieu d'un appendice
, élargies , toujours ondulées en dessus , et commé
tronquées à leur sommet. Ces deux divisions étant
agglutinees , et presque réunies d'un côté dans leur
longueur , semblent faire corps , et former une gaîne
dans laquelle sont renfermés les organes sexuels . Les
étamines , au nombre de cinq , attachées dans lá, par-,
tie rétrécie , et canaliculée des deux divisions inté
rieures , se prolongeant avec elles , sont recouvertes
savoir deux par le bord d'une division , et les trois .
autres par le bord de la seconde division. Ces cing
étamines sont fertiles , et composées de filamens filiformes
et d'autheres linéaires , droites , très-longues .
Il n'existe point de sisieme étamine ; mais on trouve
4
( 83 )
dans le milieu de l'intérieur de la division conformée
en capuchon , une nervure saillante qui paraît
être le rudiment de cette étamine avortée . Le pistil
est formé d'un ovaire adhérent ( inférieur l' ) , oblong ,
obscurément trigone ; d'un style filiforme , situé sous
le bord de la division intérieure qui ne renferme
que deux étamines , et de trois stigmates subulés , un
pea contournés , étroitement rapprochés , comme
agglutinės et saillans . Le péricarpe , que nous n'avons
pas eu occasion d'observer , est , selon Aiton , une
capsule presque coriace , oblongue , obtuse , obscu
rément trigone , triloculaire , trivalve les semences ',
selon le même auteur , sont nombreuses , disposéés
sur deux rangs , et insérées sur un placenta central.
STRÉLITZIA , du nom de la reine d'Angleterre à qui
ce genre a été dédié .
鼻
On voit par la description du Strelitzia regine que
cette plante , soit par l'élégance de son port , soit par
la grandeur et la beauté de ses fleurs dont la couleur
des divisions extérieures , contraste agréablement
avec celle des divisions intérieures ,ཏེ་ mérite d'être
cultivée avec soin , et d'être recherchée par les amateurs
. Elle appartient à la pentandrie monogynie
du systême sexuel , et elle doit être placée dans la
méthode naturelle tracée par le cit. Jussieu , après
Heliconia. En effet , le caractere énoncé prouve le
rapport de ce' genre avec ceux de l'ordre des Bananiers
, dont il ' reproduit les mêmes parties , mais conformées
différemment ; telles que la spathe générale
renfermant plusieurs fleurs munies chacune d'une
spathe particuliere ; les ssiixx ddiivviissiioonnss dduu calyce, dont
quélques - unes plus interieures ; six étamines ,
intérieuregulinom , si
à
dont
B4
( 24))
une stérile ; un jovaire adhérent, un seul style terminé
quelquefois par trois stigmates , et un fruit à trois
loges polyspermes .
1
L'Heliconia alba LS. doit appartenir , selon l'observation
de Swartz , au genre Strelitzia ; MM. Bouiloub
freres , Espagnols , très -versés dans la botanique et
dans les autres parties de l'histoire naturelle , qui
viennent de quitter l'Angleterre , m'ont appris que
cette plante , dont le port ressemble à celui du
Musa paradisiacal , avait fleuri à Kew en 1796. Aiton ,
directeur de ce jardin , a recueilli une certaine quantité
de la liqueur contenue en assez grande abondance
dans la cavité de la division courté du calyce
intérieur et en employant les procédés ordinaires ,
il est parvenu à en obtenir du sucre.
*
10 HO MORA L E.
De l'influence des passions sur le bonheur des individus
et des nations ; par madame la baronne Staël de
Holstein. Un volume in - 8 ° . A Lausanne , et à Paris ,
chez Fuscha libraire.
QUUAANNDD une lecture , dit la Bruyere , vous éleve
l'esprit , et qu'elle vous inspire des sentimens nobles
et courageux , l'ouvrage est bon et fait de main
d'ouvrier.
།
Si telle est en effet la véritable regle d'après laquelle
on doit juger d'un ouvrage et en apprécier
l'auteur ; si le meilleur livre est celui qui généra
"
( 25 )
lement donne le plus de bons sentimens et de
bonnes idées , qui anime de plus d'enthousiasme
pour tout ce qui est grand , beau et vrai , qui inspire
plus d'amour pour les hommes , plus de respect pou
leurs vertus , plus d'indulgence pour leurs faiblesses
plus de pitié pour leurs douleurs ; si , pour tout dire.
en un mot , le meilleur livre est celui qui , appor
tant à l'honnête homme qui le lit un bon témoignage
de lui-même , lui en fait l'auteur , comme il aime
sa conscience ; c'est à ceux qui , en lisant l'ouvrage.
dont nous allons parler , sauront en recevoir les impressions
, à prononcer ensuite sur le caractere propre
et du livre et de l'auteur.
"
Ce n'est point l'analyse de ce livre que nous effrons
ici à nos lecteurs . On peut analyser un écrit.
rigoureusement philosophique , où l'auteur n'a d'autre
but que de démontrer une ou plusieurs vérités , par,
une suite de propositions identiques qui s'enchaînent
l'une à l'autre , et dont l'identité n'est pas perceptible
au premier aspect. Comme dans un tel ou
vrage , l'auteur ne se propose uniquement que d'en
venir à un résultat absolument , nouveau ou mal
apperçu jusqu'à lui , et d'y venir par la voie la plus
courte , il a besoin d'une marche rigoureuse qui
enchaîne son imagination , et l'empêche de troubler .
les actes de sa pensée , soit en la partageant , soit
en lui donnant une fausse direction . La seule chose
qui l'occupe , et dont il veut occuper les autres ,
c'est l'examen rigoureux du rapport des idées et de
leur convenance ou de leur disconvenance. Il est
donc obligé pour saisir mieux ce rapport , pour
rendre plus sensible cette convenance ou cette ais-
༢
( 26 )
V
convenance , de rapprocher le plus possible les signes
de ces idées , c'est - à - dire , de parler une langue plus
simple et plus précise . Tout ce qui dans de pareilles
matieres serait donné au besoin d'émouvoir , serait
perdu pour le besoin d'instruire . Lorsqu'un livre a
été conçu et exéenté dans cette vue systématique ,
Lorsque toutes les parties ont été disposées de maniere
à s'éclairer et à se soutenir mutuellement , on
peut donc , en suivant à la trace l'esprit de l'auteur,
et le développement de son idée principale ,
en offrir aux autres , dans le même langage , le tableau
général ét méthodique.
2
&
Il n'en est pas de même d'un livre dont l'objet
propre est moins de porter dans l'esprit la lumiere
de la démonstration sur des vérités abstraites de
morale , que de réveiller tout ce qu'il y a de sensible
dans l'ame humaine pour la rendre meilleure , pour
lui donner, par ses propres affections , une direction
plus conforme à ses forces et à ses besoitis ; d'un
livre dù la pensée de l'auteur në se montre jamais
à vous qu'au milieu de toutes les influences de son
ame et de tous les mouvemens de son imagination ;
où il n'y a presque pas nne abstraction de l'esprit
qui ne soit révêtué d'une image , et qui n'aillé éveillér
un sentiment ; où vous ne trouvez pas une page qui
ne vous remplisse d'impressions . Ici comme le but
est différent , les procédés de l'art ne peuvent être
semblables. L'art d'émouvoir a bien sa méthaply
sique , comme l'art d'exposer des idées ; et lorsque
l'effet est produit , et que l'esprit le décomposé par
l'analyse , il y retrouve bien toujours la même direction
de l'entendement ; mais cette liaison est , pour
1
( 8% )
ainsi dire , purement intuitive ; et s'il est facile de
la démêler en soi-même , en écoutant sa sensibilité ,
il est impossible de la rendre perceptible aux
autres .
+
Nous croyons donc que le seul moyen de se faire
une idée juste de l'ouvrage que nous annonçons ,
est d'en chercher dans le livre même , c'est- à- dire ,
dans les impressions qu'il produit , le caractere propre.
Ce n'est pas par ce qu'on montrerait soit de vrai ,
soit d'inexact dans telle ou telle idée , de clair ou
d'obscur dans telle ou telle phrase , qu'on pourrait
croire avoit donné ou reçu à cet égard une opinion
complette et juste. C'est par l'effet des différentes
parties , et sur- tout par l'effet total de l'ensemble ;
c'est par la disposition d'esprit et de coeur où l'on
se trouvera en le lisant et après l'avoir lu , qu'on
pourra le mieux apprécier le but moral et l'utilité
réelle de cet ouvrage ; et alors , on jugera peut- être .
que cet ouvrage est le plus remarquable qu'on ait vu
depuis long- tems , soit pour l'abondance et la nouveauté
des idées , soit pour l'éclat du talent , soit ,
pour cette maniere grande et ferme de voir de haut
et de loin , et pour ce caractere d'ame qui est aux
productions de l'esprit , ce que la physionomie est
à la figure humaine . Alors on dira avec l'auteur luimême
qu'en publiant ce fruit de ses méditations ,
il n'a fait que donner l'idée vraie des habitudes de
sa vie et de la nature de son caractere .
#
}
Le but géneral de cet ouvrage est de prouver que
le bonheur est incompatible avec les passions ; que
si l'absence de ces passions n'assure pas le bonheur ,
elle exempte du moins de grands maux que la-
-
( 28 )
}
philosophie , l'étude , la bienfaisance sont les ressources
qui restent aux ames trop exposées à la
tyrannie des passions .
Le bonheur tel qu'on le souhaite , dit madame de
Staël , est la réunion de tous les contraires . C'est
pour les individus l'espoir sans la crainte , l'activité
sans l'inquiétude , la gloire sans la calomnie , l'amour
sans l'inconstance ; l'imagination qui embellirait à nos
yeux ce qu'on possede , et flétrirait le souvenir de
ce qu'on aurait perdu ; enfin, l'inverse de la nature
morale , le bien de tous les États , de tous les talens ,
de tous les plaisirs , séparé du mal qui les accompagne.
Le bonheur des nations serait aussi de concilier
ensemble la liberté des républiques et le calme
des monarchies , l'émulation des talens et le silence
des factions , l'esprit militaire au- dehors et le respect
des lois au dedans. Le bonheur tel que l'homme le
conçoit , c'est ce qui est impossible en tout gene ; et le
bonheur tel qu'on peut l'obtenir , le bonheur sur
lequel là réflexion et la volonté de l'homme peuvent
agir , ne s'acquiert que par l'étude de tous les moyens
les plus sûrs pour éviter ses grandes peines . C'est à la
recherche de ce but que ce livre est destiné .
-
La premiere partie de l'ouvrage de madame de
Staël , et c'est le volume qu'on publie aujourd'hui ,
a pour objet l'influence des passions sur le bonheur
des individus . La seconde partie traitera de cette
influence sur le bonheur des nations : cette marche
est très-naturelle , et très - conforme à l'ordre des idées
et à l'ordre des choses . Le bonheur des nations n'est
qu'une formule générale et abrégée , qui renferme et
exprime toutes les especes particulieres de bonheur
( 29 )
individuel , et les passions n'agissent sur les Etats
qu'après avoir agi long- tems sur les individus .
>
---
Ce volume est divisé en trois sections . Dans la
premiere , madame de Staël considere l'influence
qu'ont sur le bonheur de l'homme les passions de la
gloite , de l'ambition , de la vanité , de l'amour , du
jeu , de l'avarice , de l'ivresse , de l'envie , de la
vengeance , de l'esprit de parti , du crime. Dans
la seconde , elle analyse les rapports qu'ont avec la
passion ou la raison quelques affections de l'ame ;
telles que l'amitié , la tendresse filiale , paternelle et
conjugale , et la religion. La troisieme offre le
tableau des ressources qu'on trouve aussi , de celles
qui sont indépendantes du sort , et sur- tout de la
volonté des autres hommes , telles que la philosophie,
l'étude , la bienfaisance .
--
*
La seconde partie traitera du sort constitutionnel
des nations . L'esquisse qu'en a tracée madame de
Staël , dans son Introduction , suffit pour faire juger
du caractere de grandeur et d'intérêt qu'elle saura
donner à cet ouvrage, et ceux qui auront lu ce morceau
desireront sans doute autant que ses amis que les ac-/
cidens de la vie ou les peines du coeur, en bornant le
cours de sa destinée , ne laissent pas à un autre le soin
d'accomplir le plan qu'elle s'est proposé " ( pag. 19) .
6.6
66
Je trouverai , dit madame de Staël , la cause de
la naissance , de la durée et de la destruction des
gouvernemens dans la part plus ou moins grande
qu'ils ont faites au besoin d'action qui existe dans
toute société . Ceux qui ont lu avec quelque philosophie
l'histoire de l'homme et des nations , sentirent
bien toute la profondeur et la lumiere de ce résultate
1
( 30 )
Il n'existe plus qu'une grande question , dit
madame de Staël , qui divise encore les pensées ;
savoir , si dans la combinaison des gouvernemens
mixtes , il faut ou non admettre l'hérédité .
Ceux qui pensent avec l'esprit de leur siecle , et non
avec celui des siecles derniers ; qui ne prennent pas
une expérience fausse pour une expérience vraie ; qui
savent ce qui s'est passé avant eux , et ce qui se passe
en ce moment ; qui observeut sans préjugé de nation
, d'âge et d'état , les moeurs actuelles , les lumieres
, les besoins , tous les principes d'action
des nations modernes , ont assez généralement pris
leur pårti sur cette question . Tout ce que dit à cet
égard madame de Staël , prouve parfaitement qu'elle
n'ignore rien de ce qu'on peut alléguer pour ou
contre sur cette matiere . Aussi son opinion en ac•
quiert- elle une plus grande autorité , lorsqu'elle dit
ensuite Les privilégiés héréditaires et ceux qui
ne le sont pas , peuvent être revêtus de noms différens
; mais la division se fait toujours sur ces deux
bâses , l'on se sépare et l'on se rallie , d'après ces
-deux grands motifs d'opposition . Ne serait - il pas
possible que le genre humain , témoin et victime
de ce principe de haine , de ce germe de mort qui a
détruit tant d'Etats , pût chercher et trouver la fin
du combat de l'aristocratie et de la démocratie ; et
qu'au lieu de s'attacher à la combinaison d'une balance
qui , par son avantage même , par la part
qu'elle accorde à la liberté , finit toujours par être
renversée , on examinât si l'idée moderne du systême/
représentatif n'établit pas dans un gouvernement un
soul intérêt , un seul principe de vie .
( 31
Tout ce qu'elle dit ensuite sur les avantages de
systême representatif , de cette veritable aristocratie
de la nature, de ce gouvernement des meilleurs et des
plus éclairés , substitué au gouvernement des plus
nobles et des plus riches ; des effets de l'esprit de
place si différens de l'esprit de corps , et qui donnent
şi bien tout ce que les autres promettent ; de l'influence
des progrès de l'esprit humain sur la simplification
des combinaisons politiques ; tout ca
qu'elle dit à cet égard n'appartient qu'à un esprit
très -étendu et tres-éclairé .
"
Tout invite la France , dit madame de Staël,
rester républicaine.... La France doit persister dans
cette grande expérience , dont le désastre est passé,
dont l'espoir est à venir. Mais peut-on assez inspirer
à l'Europe l'horreur des révolutions ?....... Laissernous
, en France combattre vaincre , souffrir ,
mourir dans nos affections , dans nos penchans les
plus chers , renaître ensuite peut- être pour l'étonnement
et l'admiration du monde . Mais laissez un
siecle passer sur nos destinées ; vous saurez alors si
nous avons acquis la véritable science du bonheur
des hommes ; si le vieillard avait raison , ou si le
jeune homme a mieux disposé de son demain , l'ave
nir. Hélas ! n'êtes-vous pas heureux qu'une nation
toute entiere se soit placée à l'avant garde de l'espace
humaine, pour affronter tous les préjugés , pour essayer
tous les principes ? Attendez , vous , génération
contemporaine ; les proscriptions
nez encore de vous les haines,
et la mort. Nul devoir ne pourrait
exiger de tels sacrifices , et tous les devoirs au contraire
son une loi de les éviter.
1
( 32 )
Il est bien à craindre , dans l'état actuel des hom
mes et des choses en Europe , que ces conseils ne
soient gueres écoutés , et que les ames sensibles
n'aient à cet égard , plus.de voeux à former que d'espérances
à concevoir. Une des plus fortes têtes des
tems modernes , Harrington , a écrit dans le dernier
siecle , que les révolutions politiques ne sont point
au pouvoir des hommes ; qu'elles sent aussi inévi
tables , aussi nécessaires de leur nature , que les
révolutions physiques . D'après cela , les révolutions
politiques seraient , dans l'ordre moral , ce
que la foudre est dans l'ordre physique , un moyen
terrible mais nécessaire de rétablir l'équilibre , lorsqu'on
n'a pas eu la prévoyance de placer des conducteurs.
Le tems , dit Bacon , est le plus grand révolutionnaire
qui existe ; et tous les malheurs des nations
viennent de ce qu'on croit être le maître de ne pas
révolutionner avec lui.
La suite au numéro prochain.
LITTÉRATURE . PHILOSOPHIE.
Euvres complettes d'HELVETIUS ; quatorze volumes in- 18.
A Paris , de l'imprimerie de DIDOT l'aîné , et se vend
chez FIRMIN DIDJT, libraire, rue de Thionville , nº. 116.
HALVÉTIUS
ELVÉTIUS n'a plus besoin d'éloge . Son nom , cher
à la philosophie , aux lettres et à la vertu , appartient
à la vaste république des hommes qui pensent. Ses
auvrages, traduits dans toutes les langues , ont exercé ,
dans tous les pays , la puissance du génie occupé
des
( 38)
des progrès du perfectionnement de la raison , et du
bonheur de l'humanité.
Montesquieu , Voltaire et Rousseau ont été ses
contemporains ; et les deux premiers , ses amis . Tous
trois ont eu , chacun dans un genre différent , une
grande influence sur leur siecle ; mais Helvétius e
produira peut-être une plus grande sur les siecles à
venir. Si ces trois célebres écrivains ont eu sur lui
la supériorité d'un talent marqué d'un coin plus original
et plus fortement imprimé, il a sur eux l'avantagé
d'avoir répandu un plus grand nombre de vérités
, de ces vérités qui n'ont besoin , pour être senties
, hi des formes piquantes du style , ni de ces ni
émotions profondes qui séduisent et ébranlent plus
souvent le coeur et l'imagination , qu'elles n'éclairent
l'esprit , mais qui produisent des effets plus utiles
plus durables , et sur-tout plus indépendans de ces
accessoires auxquels le goût attache un grand prix
mais qui , dépouillés de leur artifice par le travail
d'une analyse sévere , ne laissent qu'un petit nombre.
de résultats pour l'avancement des connaissances
humaines. Ce n'est pas qu'Helvetius n'ait eu , comme
écrivain , le mérite assez rare d'approprier toujours
son style à sa pensée , de réunir le goût à la justesse ,
et l'harmonie à la clarté , mais il a eu , par - dessus
tcut , le mérite plus rare encore de penser profondément.
Mon, 72
Il n'est aucun de ses ouvrages qui ait paru , de
son vivant , et même après sa mort , tels qu'il les avait
composés. Le livre de l'Esprit a toujours été réimprimé
avec les cartons que la prudence de ses amis
obligea d'insérer dans la première édition . C'était
Tome XXVII.
( 34 )
alors l'époque où les philosophes les plus courageux
n'osaient publier que des demi-vérités , et où Montesquieu
lui-même , tout partisan de la monarchie
qu'il était , s'était vu contraint de jetter , à l'exemple
de Tacite , sur son laconisme ordinaire , un voile qui
dérobât ses idées à l'oeil inquiet du despotisme,
$
.I
ཛ॰ ' '
füü
Le livre de l'Homme ne fut imprimé , après la mort
d'Helvétius , que sur une copie envoyée , en 1767 , à
un savant de Nuremberg , qui devait le traduire et le
faire paraître d'abord en allemand , moyen qu'on
avait cru propre à épargner de nouvelles persécutions.
à l'auteur. Le savant mourut avant d'avoir achevé sa
traduction . L'on ne sait comment , sur cette copie , a
été faite en Hollande la premiere édition de cet
ouvrage , qui a servi depuis aux éditions multipliées .
répandues en France et en toute l'Europe , avec les
fautes nombreuses qu'y ont encore ajoutées l'ignorance
et l'avidité des contrefacteurs. Depuis l'envoi .
de cette copie en Allemagne , Helvétius avait corrigé
et perfectionné son ouvrage ; beaucoup de notes en
ont été retranchées ou fondues dans le texte ; des
chapitres entiers ont été refaits ou supprimés.E
Les amis de la raison et de la saine philosophie ,
doivent savoir gré au cit . Laroche , à qui Helvétius:
avait légué ses manuscrits , comme un témoignage de
l'estime et de l'amitié qu'il lui portait , de publier .
aujourd'hui une édition exacte et complette des .
oeuvres de ce grand homme . Elle n'a pas seulement
le
mérite que lui donnent les presses célebres de
Didot l'aîné ; l'éditeur y a joint plusieurs pieces qui
n'ont point encore vu le jour. Tels sont différens
morceaux de poésie , genre qu'Helvétius avait cultivé
( ( و و ا )
avec succès , et dont il voulait faire les aimables de
lassemens de sa vieillesse ; sa correspondance avec
plusieurs des hommes les plus célebres de l'Europe ,
production dont le public est toujours avide , parce
que c'est-là qu'il cherche l'homme encore plus que
l'écrivain , et que dans cet abandon de l'ame et de
T'esprit il aime à saisir les traits qui peignent l'une.
et l'autre , sans aucun de ces ornemens ambitieux que
T'on pourrait appeller la toilette des auteurs des
pensées et réflexions morales , fruit de ses lectures et de
ses méditations , et où Helvétius s'est incins occupe ,
comme Larochefoucault et Labruyers , à peindre
quelques vices du coeur humain , et à en saisir les
plus imperceptibles nuances , qu'à présenter le germe
' d'une foule d'idées profondes , et toujours dirigées vers
les progrès de la raison et le bonheur des hommes ,
sentiment qui a formé le caractere dominant de ses
actions comme de son esprit , et qu'il n'a jamais
perdu de vue dans aucun de ses ouvrages .
Parmi ces différens morceaux , on remarque des
observations infiniment justes sur l'esprit des lois ,
adressées à Montesquieu lui-même et à Saurin , leur
ami commun , ou répandues dans ses réflexions morales ;
d'autres sur la constitution d'Angleterre , qu'il a su
apprécier sans préjugé comme sans enthousiasme ;
d'autres sur la nécessité d'instruire le peuple , dans
un tems où le peuple n'était compté pour rien , mais
où l'auteur prévoyait qu'il ne tarderait pas à être
compté pour tout. En lisant ces différentes pieces ,
dit l'éditeur , on les croirait écrites pendant la révolution
; tant il est vrai qu'un philosophe qui a passé
sa vie à méditer sur les droits des hommes et suf
C ,
( 36 )
est en avant des es erreurs des gouvernemens ,
idées de son siecle , et prévoit les effets qué doit
produire infailliblement le progrès des lumieres et
des véritables principes de l'ordre social. "
La publication des OEuvres complettes d'Helvétiuș ,
que l'on doit compter dans le petit nombre des
livres classiques , est d'autant plus précieuse dans
les circonstances actuelles qu'il existe entre les
ennemis de la liberté et de notre révolution , une
coalition secrette qui s'efforce de rétablir l'empire'
des préjugés , de la superstition et du despotisme ,
sur les débris de la raison et de la philosophie ;
hommes égarés par des passions politiques , qui voudraient
faire reculer leur siecle vers les siecles d'ignorance
et de servitude ! hommes inconséquens, qui
combattent aujourd'hui les principes dont ils étaient
autrefois les plus ardens apologistes ! Il suffirait , pour
leur répondre , de les mettre en opposition avec
eux-mêmes ; mais c'est aux écrits des grands hommes
tels qu'Helvétius , à prémunir les esprits chancelans
contre leurs insinuations perfides , et à fortifier les
hommes libres dans l'amour de l'indépendance et
de la liberté .
POÉSIE.
LE CHAT DU TEINTURIER. ( Fable. )
Le Chat d'un Teinturier , rusé , plein de courage ,
Était l'effroi des rats du voisinage ;
Il les guettait sans cesse alerte et furibond ,
( 37 )
Et vous les croquait sans façon ,
Comme un morceau de lard ou de fromage .
Aussi le drôle avait-il l'embonpoint
D'un reclus qui ne jeûne point ,
Qu'engraisse saintement le don de ne rien faire.
Un soir , le Raminagrobis ,
Troublé dans ses exploits hardis ,
Se laissa choir au fond d'une chaudiere ,
Où se manipulait l'éclatante couleur
A Rome toujours en honneur ,
Qui des rois fastueux releve la parure ,
Et souvent de leur coeur est la vive peinture.
Notre Chat , lors pris en défaut ,
A force d'employer et la griffe et la patte ,
Et de commencer maint saut ,
Sortit de sa prison teint d'un bel écarlate.
La gent souri , trompée à cet aspect nouveau ,
S'approche , se rend familiere ,
Trotte , gambade autour de son museau :
Mais , sous la magnifique peau ,"
Crac , s'élance soudain la griffe meurtriere ,
Qui par douzaine , au moins , vous les plonge au tombeau.
Ennemis acharnés de notre République ,
Au nom de citoyen remplis d'un vain courroux ;
O zélés amateurs de l'éclat monarchique !
Cette fable s'adresse à voux .
Par P. J. B. NONGARET,
ON
ENIGME,
N raconte de moi quantité de merveilles
Je suis fait cependant comme maint animaux ,
Sinon que je n'ai point d'oreilles ;
t
G3
( 38 ).
Est-ce un mal ? On entend de si mauvais propos !
Je fais dans les rochers ma retraite ordinaire :
Je m'avance à pas lents , et toujours gravement ;
Malgré cela je fais la guerre ,
Ennemi redouté d'un insecte volant.
Te rendre ma couleur , lecteur , c'est autre chose.
Je suis brun , jaune , verd , gris , et couleur de rose
Bleu , rouge , violet , noir ou blanc , c'est selon ,
Que te faut-il de plus pour deviner men nom
"
LOGO GRIPHE.
Avic six pieds je vous monte à la tête
J'y porte de vaines terreurs ,
Des noirs chagrins votre ame s'inquietę ,
Charmante Eglé , je fais couler vos pleurs, a
Fuyez l'ennui dont vous êtes la proie
Reprenez les tis et la joie
Qu'autour de vous vous inspirez ,
Par ce moyen vous me dissiperez .
Je ne suis rien qu'un vain phantôme
Dans l'obscure nuit enfanté ;
Je disparais au jour de la gaieté
Sans les secours du docteur Pomme.
Moquez-vous de la faculté ,
Et des grands mots dont elle vous assomme ,
It de moi-même ; en vérité ,
Je ne veux pas que l'on me nomme ,
A peine suis-je une réalité ,
Amusez-vous pour me connaître
A diviser tous !mes ressorts ;
Vous verrez dans mon sein l'élément le plus traitre ;
Et l'enveloppe de nos corps ;
( 3g )
Un insecté dévorant ; unè islé ;
Un passage dans une ville
Une racine ; une ville au midi ;
Ce qu'est un eoeur dans l'innocence ;
Renverséź mes six pieds , je suis dans l'indigence.
C'en est assez , et j'ai fini.
SPECTACLES.
THEATRE DE L'OPERX Comiqui NATIONAL,
7
Le sujet de Lisbeth , opéra , donné dernierement au
théâtre de la rufe Favart , est le
Conte de Florian , déja
$ Commission
,
mis deux autres fois en scéne sous le titre des
naires ; mais l'auteur du nouvel ouvrage a su se l'approprier
par la manière nouvelle dont il a envisagé ce sujet ,
et par des accessoires de son invention . Les deux pre
miers ne l'ont traité que sous le rapport du raccommodement
de la jeune fille séduite avec son ravisseur ; célui - ci
a présenté sa réconciliation avec un pere inflexible , et ce
point de vue offte d'autant plus d'intérêt ,
l'autre s'y que
trouve compris implicitement. L'auteur de Lisbeth , le cit.
Favieres , a imagine de placer dans son drame un personnage
dont le nom seul suffit pour y répandre un nouvel
intérêt ; c'est Gesner , auteur de la mort d'Abel et d'autres
poésies allemandes , Gesner , retiré en Suisse , où la scené
se passe , et qui se trouvé médiateur entre la malheureuse
Lisbeth , abusée par un jeune homme dont elle n'a plus
de nouvelles , et son père qui , imbu des moeurs austéres
du pays qu'il babite , ne veut point distinguer la faiblessé
du crime , et chasse loin de lui cette infortunée , accablée
de sa malédiction . Mais son enfant , exposé sous les ré a ds
de ce pere trop sévere , et qu'il s'empresse d'adopter ,
amene un dénouement satisfaisant..
La musique de cet ouvrage est de Grétry i on y trouve toute
la fraicheur de sa jeunesse , avec la force de l'expérience .
C'est une excellente réponse à ceux qui croiraient que les
nombreux ouvrages de cet homme celebre ont épuisé son
génie . C'est le plaidoyer de Sophocle. Honneur à ce mus
sicien-poëte !
C 4
M4
1
( 40 )
La piece est fort bien jouée en général. Madame Saint-
Aubin sur-tout a été fort applaudie .
La
décoration offre un des sites de ce pays magique
de ces montagnes suisses , qu'un auteur moderne appelle
les grands atelliers de la nature. On n'a pas trouvé qu'ils
fussent rendus avec verité. On a paru plus satisfait.
des
costumes des personnages et ded
tableaux introduits dans
l'ouvrage mênie par le poëte ; quoiqu'ils n'y soient pas
amenés trèsnaturellement
, ils
produisent au moins un effet
agréable.
Cette piece , dont on a demande les deux auteurs , qui
'ont point part , a obtenu le plus grand succès .
A la seconde
représentation , une couronne fut jettée
des loges , avec une piece de vers. On appella les auteurs ;
Grétry parut , amené presque de force
Aubin , qui , aidée de
mademoiselle Carline , plaça sur sa par madame Sainttête
cette couronne bien due à ses talens et à cette suite
de triomphes qui le rendront immortel ,
THEATRE DEST
ARTS.
Encore un nouvel ouvrage de Grétry , encore un nouveau
succès. Après deux ou trois ans de repos , la verve
de ce compositeur inépuisable s'est ranimée avec plus de
vigueur que jamais . Anacréon qu'il vient de mettre en mu
sique pour ce théâtre , peut être mis au nombre de ses
meilleurs ouvrages. Voici le sujet du poëme :
*
&
Anacreon , jetté par une tempête sur l'isle de Samos , y
trouve un jeune homme que les dieux lui avaient annoncé
en songe. C'est Olphide qui , malgré sa naissance obscure ,
a trouve le moyen de charmer Anais , fille de Polycrate ,
tyran de Samos . Un fils est le fruit de leur hymen, secreta
Anacreon veut sauver le pere , la mere et l'enfant dans la
barque qui la conduit sur ce rivage . , Olphide qui y entre
le premier , est emporté par la violence des flots , et laisse ,
malgré lui ,
son fils
et son épouse à la merci des satellites
de Polycrate , qui s'en saisissent ainsi que d'Anacréon, Celuici
se fait connaître au tyrau qui , ami des arts , malgré son
caractere feroce
est épris du mérite de cet homme célebre
; et , en sa faveur , pardonne à sa fille , mais à condition
qu'elle oubliera l'objet de son amour . Polycrate veut
savoir quel est l'enfant qu'Anacreon a pris sous sa garde :
C'est dit celui- ci l'enfant du malheur ; mais en me char
geant de sa destinée , je veux le consacrer au plaisir. Po- *
To
( 41 )
yerate propose d'accomplir son vou , en les retenant l'um
et l'antre dans sa cour. Cet enfant lui plaît tellement qu'il
l'adopte , et le tient sur ses genoux pendant la fête que
le peuple donne , par ses ordres , à son nouvel hôte . Au
milieu de cette fête , Olphide , rejetté par les vents sur le
rivage de Samos , est arrêté par les gardes . La vue de son·
fils sur les genoux de Polycrate le jette dans l'erreur ; il
se croit pardonné et détruit l'effet des
des soins d'Anacreon
en s'avouant le pere de cet enfant que le tyran rejette loin
de lui avec fureur. Le troisieme acte ne contient
changement gradué de cet homme inflexible , ramene de
meilleurs sentimens par les instances d'Anacréon et par les
charmes de son art.
que
le
Cet ouvrage , bien écrit en général , offre plus d'intérêt et
plus de situations qu'on n'en trouve ordinairement dans les
drames destinés à ce théâtre. S'il y a quelques taches réprouvées
par le goût , on y trouve un plus grand nombre de
détails infiniment agréables, L'auteur est le citoyen Gui .
Nous avons déja dit que la musique est digne du meilleur
de Grétry on retrouve presque par- tout la maniere
vraie , sensible , aimable et originale de ce compositeur ces
lebre. Les deux auteurs demandés ont paru .
Depuis long-tems on n'a rien vu de si beau que les costumes
de cet opéra , monté avec le luxe le plus éclatant et
les soins les plus recherchés. Cette magnificence , toujours"
soumise aux lois du goût , fait honneur à l'administration
trop persécutée de ce théâtre.
Les rôles sont parfaitement remplis . Mademoiselle Henri
justifie chaque jour l'opinion favorable que ses débuts ont
donné d'elle .
nous
1
動
Laïs , comme on le pense bten , est chargé du rôle d'Anacréon
, et y déploie un grand talent . Si ce chanteur célebre
était moins près de la perfection , moins digne d'y aspirer ,
ne hasarderions pas des conseils que son succès semble
rendre inutiles . Quelquefois , à ce qu'il nous a semblé , Laïs
oublie que le compositeur n'a jamais oublié de rendre le
chant d'Anacréon toujours aimable . Pourquoi ces éclats qui ne
doivent exprimer , ni colere , ni passious violentes ? Cette
voix , élancée sans motif et par secousses , contraste d'une
maniere trap forte avec les sous radoucis qui conviennent si
bien à la voix de Laïs , quand il en reste le maître . Veut-il
montrer une grande voix , plutôt qu'une belle voix ? Si ,
comme il est plus vraisemblable , il ne veut que faire desi
oppositions , rappellons -jui que des oppositions ne sont pas
( 42 )
des disparates ; que la voix est l'instrument dont il faut le
plus ménager le son ; et que , s'il le prodigue ainsi dans des
situations douces , il ne lui resterait plus d'effets à produire .
dans les excès de la fureur . Nous ne voulons , au surplus ,
qu'attirer l'attention de ce chanteur , justement célebre , sur
cette partie d'un art qu'il connaît d'ailleurs și parfaitement.
ANNONCES.
Jacques-le-Fataliste et son maître par Diderot ; précédé
d'un hommage aux mânes de I auteur, par Meister de Zurich.
Trois volumes in- 18 avec figures .
La Religieuse par Diderot ; deux volumes in 18 avec figures,
A Paris , chez Gueffer le jeune , rue Git- le-Coeur , no . 16 ;
es Knapen fils , rue Saint - André - dès-Arcs , nº . 46.
Mémoires de Gibbon , suivis de quelques ouvrages posthumes et
de quelques lettres du même auteur , recueillis et publiés par lord
Sheffield , traduits de l'anglais . Deux gros volumes in- 8° , imprimés
sur papier carré collé , avec des caractéres de Didot ,
et enrichis d'une silhouette en pied de Gibbon . Prix , 6 liv .
pour Paris ; et 8 liv . 19 sous , franc de port , pour les dépar-·
temens . A Paris , chez le Directeur de la Décade Philosophique ,
rue Therese , butte des Moulins . Il faut affranchir les lettres
et l'argent .
Cet ouvrage , intéressant pour la littératuré en général , est
indispensablement nécessaire à ceux qui possedent l'Histoire
du Déclin et de la Chûle de l'Empire Romain de ce célebre
écrivain .
Rentiers et Inscriptions au grand livre ; par Saint - Aubin , professeur
de legislation aux Ecoles centrales du département de
la Seine. Brochure in - So . Piix , 12 sols . A Paris , chez les
marchands de nouveautés .
Cette petite brochure contient d'excellentes observations
sur la nécessité et les moyens de faire hausser promptement
les inscriptions sur le grand livre , en les recevant en paiement
de biens nationaux , et en abolissaut tous droits de transfert.
Éclair sur l'Association humaine ,• par Fauteur du Livre des
Erreurs et de la Vérité. A Paris , au Cercle- Social , rue du
Théâtre-Français , nº . 4 ; et chez Maret , cour des Fontaines
a palais Égalité . L'an V ( 1797 ) .
Ce sujet intéressant est traité dune maniere particuliere à
l'auteur , connu déja par d'autres productions dans un geure
qui a fait beaucoup de prosélytes.
4
( 43 )
NOUVELLES ÉTRANGER ES.
Li
ÉTATS - UNIS D'AMÉRIQUE.
De Philadelphie , le 16 novembre 1796.
ministre de France , le cit. Adet , a notifié au
secrétaire d'état la suspension de ses fonctions de
plénipotentiaire auprès de notre République , en
conséquence des ordres qu'il en a reçus du Directoire
exécutif de France ,
On voit, par une piece , que le cit. Adet avait publiée
précédemment , les motifs qui ont déterminé le
gouvernement français à cette démarche .
On y dit que la Grande-Bretagne , dans la guerre
qu'elle a poussée contre la République Française ,
n'a cessé de mettre en usage tous les moyens qui sont
en son pouvoir , afin d'ajouter à ce fléau des fléaux
encore plus terribles ...... qu'elle a fait saisir les vaisseaux
neutres , et particulierement ceux des Améri
cains , jusques dans leurs ports , et en a fait enlever
tous les Français et les propriétés françaises qui s'y
trouvaient ; pendant que la France , liée par un traité
avec les Etats- Unis , éprouvait un désavantage réel
par les articles qui l'obligeaient à respecter, à l'égal
des propriétés américaines , les propriétés anglaises à
bord des bâtimens américains ...... que , d'après cela ,
on devait s'attendre que l'Amérique ferait des démarches
pour s'opposer à la violation de sa neutralité
; qu'un des prédécesseurs du soussigné , au mois
de juillet 1793 , présenta des réclamations à ce sujet
au gouvernement des Etats - Unis ; qu'elles furent sans
succès . Cependant la Convention nationale , qui , par
son décret du 9 mai 1793 , avait excepté les vaisseaux
américains de la saisie prononcée contre les proprié(
44 )
tés ennemies trouvées sur les vaisseaux neutres , fut
bientôt obligée de rapporter l'exception favorable
aux Américains ...... Elle statua donc que l'ordre de
saisir les propriétés anglaises , à bord des bâtimens
américains , serait mis à exécution jusqu'à ce que
l'Angleterre eût révoqué , d'une maniere définitive .
le même ordre qu'elle n'avait fait que suspendre par
suite de l'embargo mis par le congrès , le 26 mars 1794.
Mais peu de tems après , la Convention étant instruite
que M. Jay était chargé de faire des réclamations sur
les mesures vexatoires du gouvernement anglais , elle
ordonna , par une loi du 13 nivôse an III , que les
vaisseaux de la République Française respecteraient
les vaisseaux américains ...... La Convention nationale
et le comité de salut public devaient se flatter
que cette conduite franche et loyale déterminerait
les Etats - Unis à mettre tout en usage pour faire cesser
les vexations exercées sur leur commerce au détriment
de la France .
" On fut trompé dans cet espoir , et quoique lẹ
traité de navigation et de commerce entre les Etats-
Unis et la Grande-Bretagne eût été signé six semaines
avant l'époque à laquelle la France adopta les mesures
dont on vient de parler , les Anglais n'abandonnerent
pas le plan qu'ils avaient formé , et ils
continuerent d'arrêter et de conduire dans leurs ports
tous les vaisseaux américains relâchés dans les ports
français , ou en revenant .
" Cette conduite fut l'objet d'une note que le
soussigné adressa au secrétaire d'état le 7 vendémiaire
an IV ( 29 septembre 1795 ) : elle est restée sans réponse
, et les bâtimens américains , relâchés dans les
ports français , ou en revenant , ont continue d'être
saisis par les Anglais ......
Le gouvernement français se trouve donc vis- àvis
de l'Amérique dans des circonstances semblables
à celles de 1795 ; il se voit forcé d'abandoner , à son
égard , et à l'égard des puissances neutres en général
, la conduite généreuse qu'il avait tenue , et de
prendre d'autres mesures ; le blâme en appartient au
( 45 )
}
gouvernement britannique , dont le gouvernement
français a été obligé de suivre la conduite . ,
Du 7 décembre. Le président des Etats - Unis s'ekt
rendu aujourd'hui dans la chambre des représentans.
du congrès , et y a adressé aux deux chambres réunies
un discours , dans lequel il leur a rendu compte
des affaires générales de la panie , ou commencées
ou terminées depuis le jour de leur derniere réunion .
Nous allons citer quelques passages de son discours,
trop long pour être rapporté en entier. La nécessité
d'avoir une force navale pour protéger le commerce ,
a été un des objets sur lequel il a le plus insisté :
Cette nécessité est évidente , a- t-il ajouté , dans les
cas où cet Etat est forcé de faire la guerre. Mais n'avonsnous
pas d'ailleurs appris par notre propre expérience , que
la plus sincere neutrali é n'est pas un préservatif suffisant
contre les dépredations des nations belligérantes ? Pour
assurer le respect à un pavillon neutre , il faut une force
navale , organisee et prête à le venger de toute insulte ou
de toute aggression . : cela peut même prévenir la nécessité
de faire la guerre , en détournant les puissances belligérantes
de commettre de telles violations du droit de neutralité.
D'après les meilleures informations que j'ai pu obte
hir , je suis fondé à croire que notre commerce dans la
Méditerranée , sans une force protectrice , sera toujours
incertain et trouble , et que nos concitoyens seront exposés
aux calamités qu'un grand nombre d'entre eux vient d'essuyer.
Tous ces motifs doivent engager les Etats - Unis à
s'occuper de la création graduelle d'une marine . Les progrès
toujours croissans de leur navigation leur promettent,
pour une époque peu éloignée , un nombre suffisant de m
telots . Ils ont d'ailleurs beaucoup de moyens ' d'exécuter
une telle entreprise . Leur situation particuliere donnera
du poids et de l'influence à une force navale médiocre
qui sera en leur- possession . Il serait donc utile de commencer
sans délai à se pourvoir des matériaux nécessaires
Pour la construction et l'equipement des vaisseaux de guerte
, et de procéder par degrés , à proportion que nos fès-
Sources nous permettront de le faire sans inconvénient ,
de maniere qu'une guerre future en Europe ne trouve pas
( 46 )
notre commerce dans le même état de non protection of
celle- ci l'a trouvé .
Il lui a paru que le Corps législatif devait s'occuper
de l'éducation publique d'une maniere particuliere ;
et il a proposé l'établissement d une université nationale
et d'une académie militaire.
L'assemblée à laquelle je m'adresse 4 a - t-il dit , est
trop éclairée pour ne pas sentir combien l'état florissant
des sciences et des arts dans un pays contribue à sa prospérité
nationale et à sa réputation ..... Entre tous les motifs
qu'on peut alléguér pour l'établissement de cette université ,
il en est un surtout dont l'importance doit frapper tous
les esprits . C'est cette assimilation de principes , d'opinions
et de moeurs de nos concitoyens , par l'éducation commune
d'une partie de nos jeunes gens qui y seraient envoyés
des différens Etats du pays . Plus nos concitoyens pourront
être reudus homogenes dans ces gas particuliers , plus nous
pourrons espérer que notre union sera durable . L'objet
principal d'une telle institution nationale sera d instruire
notre jeunesse de la science du gouvernement. Dans une
république , quelle espece de connaissances peut être aussi
importante ? Et quef devoir plus pressant pour la législa
tion , que d'adopter un plan qui doit communiquer ces
lumieres précieuses à ceux qui doivent être un jour les
gardiens des libertés du bonheur de leur pays. "9
Il fait sentir ensuite les avantages d'une académie
militaire pour le perfectionnement de l'art de la
guerre , considéré comme moyen défensif d'une nation
dont le systême de paix est le systême de politique
générale ; mais qui ne pourrait espérer de
jouir long- tems de ce bonheur si elle ne se préparait
à elle- même les moyens de le protéger contre
les attaques du dehors .
Quant à nos relations extérieures , a- t-il ajouté , pendant
que d'une part quelques obstacles ont été enlevés , et
quelques inconvéniens ont été affaiblis ; d'une autre part ; et
j'en parle ici avec un vif sentiment de peine et de regret ,
quelques évenemens sont arrivés en dernier lieu d'une
rature bien désagréable . Notre commerce a essuyé et essuie
encore des atteintes très fortes dans les Indes occidentales
, de la part des corsaires et agens de la République
Française. Des communications ont été reçues de la
( 47 )
part de son ministre dans ce pays , qui indiquent que
nous devons nous attendre à voir notre commerce troublé
de nouveau par son autorité : ces communications , sous
d'autres rapports , sent fort loin d'être agréables
Mon desir le plus constaut , le plus sincere et le plus
vif , conforme en cela à celui de notre nation , a été de
maintenir une cordiale harmonie , une intelligence parfai
tement amicale avec cette République ; ce desir reste lej
même , et je m'efforcerai de le remplir jusqu'au terme
extrême où il cesserait d'ètre d'accord avec le juste et indispensable
respect que je dois aux droits et à l'honneur
de mon pays . je ne cesserai pas de nourrir l'agréable es
pérance qu'un esprit de justice , de candeur et d'amitié de
la part de la République , en assurera à la fin le succès.
En poursuivaist ces objets , néaunioins je ne puis "bublier
ce qui est dû à la réputation de notre gouvernement et
de la nation , et à mon entiere confiance dans le bon
sens , le patriotisme , la dignités et les courage de mes
concitoyens. Je vous ferai part , dans un message particu
lier , d'une communication plus détaillée sur ce sujet intés
ressant. 19
↑ Il a fini ainsi son discours :
110 R 11300
« La situation où je me trouve maintenant , pour la der
niere fois , au milieu des représentans du peuple des Etats-
Unis , rappelle naturellement cette époque où commença
l'administration de la présente forine de gouvernement. Je
ne puis négliger cette occasion de vous feliciter , ainsi que
mon pays , du succès de cette expérience . Je ne puis m'empêcher
de réitérer mes ferventes prieres au suprême ordonnateur
de l'univers , au souverain arbitre des nations , pour
que les soins de sa providence continuent toujours de s'étendre
aux Etats -Unis , pour que la vertu et le bonheur de
ce peuple se conservent long-tems , et que le gouvernement
insitué par ce peuple pour la protection de sa liberté , puisse
être perpétuel. 29
WASHINGTON .
1
Du 15 décembre. L'élection du nouveau président
des
s est consommée ; M. John Adams a été
appellé , par une majorité de cinq voix , à la magistrature
suprême. M. Adams a pour partisans le plus
grand nombre des propriétaires , et tous ceux qui
craignent pour ce pays une révolution nouvelle il
est ami de Wasingthon . Il a été ministre plenipoten-
:
+
!
( 48 )
aire à Londres , ensuite vice - président des Etats-
Unis et président du sénat . Il est auteur d'un ou
vrage intitulé Défenses des Constitutions américaines .
Le bruit se répand que les villes de Boston , dé
New-Yorcket de Savanah ont éprouvé presqu'en même
tems de violens incendies . Les deux partis s'accusent
réciproquement de ces malheurs qui paraissent être
Poeuvre du crime.
Τι
I
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 15 janvier 1797 .
Le nouvel empereur de Russie a fait , dit - on ,
notifier officiellement au prétendant à la couronne de
France , la mort de sa mere , et son avenement an
trône . C'est M. de Simolin , confirmé , par Paul Ier ;
dans le poste de ministre plénipotentiaire , où l'avait
place Catherine II , qui a dû présenter la lettre de
notification . On ajoute que dans cette lettre on a
scrupuleusement observé le protocole établi dans les
relations directes de monarque à monarque. Rien
' est assurément plus vain , plus insignifiant que
toutes ces formalités de l'étiquette des cours . Cepen-;
dans
il n'est pas douteux , que si elles ont eu lieu
on ne les ait regardées à la cour du prétendant , et
parmi tous ses partisans de toutes les classes , comme
des présages certains de faveurs beaucoup plus réelles,
et beaucoup plus importantes . Nous embrassons avidement
tout ce qui latte nos desirs , nos passions
et il n'est point de chimeres que nè réalise l'espérance.
Les leçons de l'histoire , de l'expérience sont
souvent perdues pour les hommes même les plus
instruits et les plus éclairés . La démarche que Ton
attribue à Paul Ier . , et les formes qetend
l'on
qu'il y a fait mettre , ne présentent rien d'invraisemblable
; mais aussi il s'en faut bien qu'on én
doive conclure que ce monarque soit déterminé à
embrasser la cause du prétendant
et à intervenir à
main armée pour sa défense . Lorsqu'après le traité de
Hiswick, par lequel la France avait reconnu le prince
d'Orange
'(49 )
"
d'Orange comme roi légitime des trois royaumes de
la Grande - Bretagne , Louis XIV continua à traiter en
roi Jacques II , personne même en Angleterre ne s'en
alarma ; et lorsqu'après la mort de ce roi sans Etats ,
le même Louis XIV , donna le même titre à son fils
il n'est pas probable qu'il eût résolu de s'armer pour
conquérir à ce jeune prince le trône , dont il lui conférait
les honneurs dans sa cour. Cette résolution ne
fut que la suite des provocations de l'Angleterre . Le
traitement accordé à Jacques III , comme celui qui
avait été accordé à son pere , n'était donc de la part
du monarque français que courtoisie , déférence pour
le malheur , ou , si on l'aime mieux , ostentation de
générosité . On peut sans doute interpréter ainsi la conconduite
de Paul Ier.; en effet, comme il faut juger des
principes et des sentimens de la plupart des hommes
d'après la position où ils se trouvent et le rang qu'ils
occupent , on peut croire facilement que ce prince ,
quelque philosophie qu'on lui suppose , doit regarder
comme très-malheureux , l'homme privé d'un trône
dont d'anciens usages avaient fait son patrimoine. Le
souvenir de l'accueil qu'il a reçu à la cour de France ,
pourrait même suffire pour expliquer ses égards envers
le second personnage de cette même cour. Mais
l'influence des affections particulieres , telles que la
pitié ou la reconnaissance , si rare , quoique si honorable
dans les relations de la vie commune , est nulle
dans les délibérations politiques , où tout doit être
subordonné à l'intérêt de l'Etat.
Quoi qu'il en soit , la démarche vraie on supposée
de Paul Ier . a ressuscité cette armée russe , qui , depuis
si long- tems , doit marcher contre la France . On
donne le détail de sa composition ; elle forme un
total de soixante mille hommes. On ajoute que la
moitié en sera à la solde de l'Angleterre ; l'autre
moitié , à la solde de l'empereur d'Allemagne . Mais
comment ce prince pourrait- il subvenir à ce surcroît
de dépense lorsque ses finances sont tellement épuisées
, toutes ses ressources tellement taries , que depuis
long-tems il a été obligé de recourir à un papier
, qui peu de tems après de sa cré .tion ne jouissaie
Tome XXVII. D
( 50 )
d'aucun crédit ? La marche des Russes est un fait
faux; nous croyons pouvoir l'assurer , et les arrangemens
que l'on dit avoir été pris par pour l'entretien
de ces troupes auxiliaires ne peuvent que nous confirmer
dans notre opinion à cet égard.
Il a paru dans le courant du mois dernier une
ordonnance du roi de Danemarck , par laquelle il
est permis aux étrangers d'apporter dans ce royaume
toutes marchandises de l'Inde sur leurs vaisseaux .
C'est à la sollicitation des Anglais que cette opération
, extrêmement favorable à leur commerce“ , a été
adoptée . Il en doit résulter la chûte totale de la
compagnie des Indes danoises qui depuis long- tems
n'était pas très florissante . Mais quelque grave que
soit cet inconvénient , on a pensé apparemment qu'il
pouvait être amplement compensé par l'avantage de
faire de Copenhague l'entrepôt commun des marchandises
de l'Inde dans le Nord , avantage qui ne
peut plus être disputé par les Hollandais , dont la
guerre et les agitations intérieures ont suspendu l'activité
commerciale .
Le jeune roi de Suede mene une vie très- retirée
dans le petit château de Haga , situé à une lieue de
Stockholm. Il s'y livre entierement à l'expédition
des affaires , et à l'étude des connaissances qui peuvent
lui être les plus utiles . Il entretient à cet effet
une correspondance avec les membres les plus distingués
de l'université d'Upsal .
ITALIE. De Gênes , le 10 Janvier 1797.
Le traité d'alliance de la cour de Rome avec la cour
impériale est enfu conclu . Il paraît que le pape n'écoutant
que sa haine contre la République Française , et cédant
aux conseils , aux instigations fanatiques de quelques théologiens
, a dédaigné toutes les considérations politiques qui -
eussent sans doute arrêté ceux de ses prédécesseurs qui , comme
princes temporels , unt régné avec le plus de gloire ; mais qui- -
eduque connaît le caractere de Pie VI , sera peu étonné
( 51 )
à
?
de sa conduite dans les circonstances actuelles et même
a pu la prévoir. Voici comment en parlait un homme qui
avait été à portée de l'étudier dans sa vie privée et dans
sa vie publique. Il s'agissait des mesures à prendre pour
le pape se conformer , relativement aux jésuites , engager
aux vues des cours de France et d'Espagne. Il serait
dangereux , disait-il , dans une lettre écrite en 1778 , de
pousser à bout un pape du caractere de Pie VI , dont les
premiers mouvemens sont violens , et qui , animé par des
conseils fanatiques , pourrait se porter d'autant plus aisement
à des déterminations imprudentes , qu'il ne connait:
pas les cours , et qu'il se consolerait peut - être de s'être
attiré des disgraces , par la vaine gloire d'être célébré comme
un martyr de la bonne cause . 99
Mais dans ce moment on compte à Rome sur des succès ,
et l'on n'entrevoit pas la possibilité des disgraces . L'empsreur
promet de joindre aux troupes pontificales un corps
de 10,000 hommes , de fournir des officiers expérimentés
pour suppléer à l'inexpérience militaire des officiers romains
; avec ce double secours en forces et en talens , on
croit pouvoir braver les Français , ou du moins leur opposer
une résistance contre, laquelle se brisera leur courageuse
impétuosité. On compte d'ail'eurs sur l'esprit que l'on s'efforce
d'inspirer aux troupes , et qui doit tripler leur énergie .
Il ne part pas un régiment de Rome que par des sermons ,
par des actes de dévotion on ne l'ait rempli d'un enthousiasme
religieux , dont on se promet les plus grands effets,
Cependant on a vu jusqu'à présent dans cette guerre , que
de tous les enthousiasmes , le plus fertile en miracles , était
celui de la liberté . Au reste , les citadins de Rome se ras
surent , en considérant l'espace qui les sépare du théâtre
de la guerre , quoiqu'ils aient plus d'un exemple qui a dû leur
apprendre que Buonaparte et sa valeureuse armée savent
par leur prodigieuse activité , rapprocher les distances .
Quoi qu'il en soit , c'est au milieu des préparatifs de la
cour de Rome et de la cour impériale d'Allemagne , que
la République Cispadane vient de se former et de se donner
de la consistance , par les premieres opérations de ses représentans
. Ils ont décrété , à l'unanimité , le principe de
l'unité et de l'indivisibilité ; principe dont la scrupuleuse
application doit faire la force de cette république naissante
et assurer son indépendance .
Ꭰ !
>
( 52 )
REPUBLIQUE BATAVE.
De la Haye , le 14 janvier.
Le 23 du mois dernier il fut publié une proclamation sur
l'armement des citoyens . En conséquence de cette nouvelle
disposition , tous les habitans , depuis 15 ans jusqu'à 45 , devront
se pourvoir d'armes , et seront obligés de se rendre sur
les frontieres , de garder les places fortes , et de faire le service
comme le soldat . Cette force bourgeoise sera divisée en
brigades , bataillons , etc. , et soumise à un réglement militaire
et à une stricte discipline. Les individus , au-dessus
de 45 ans paieront une contribution annuelle ; les femmes et
les filles , les domestiques même , n'en seront pas exempts .
Ceux qui n'ayant point atteint l'âge de 45 ans , refuseront
de prêter le serment , et de faire leur déclaration ; ceux qui
en 1787 se sont rendus coupables de pillage ou de mauvais
traitemens envers les patriotes , paieront une triple contribution
..
.....
Į
Les travaux de l'Assemblée nationale qui paraissaient en
quelque sorte suspendus , ont repris une heureuse activité .
Les principes fondamentaux de la République , l'unité , l'indivisibilité
, et la souveraineté du peuple ont été enfin reconnus
et décrétés . On a aussi décrété les conditions requises
pour être admis au droit de voter. La déclaration des droits
et des devoirs de l'homme , proposée par la commission des
VII , ayant été rejettée , le cit . Hartog en prépare use qui
sera mieux adaptée aux convenances , au génie et au caractere
du Peuple Batave.
ANGLETERRE , De Londres , le 14 janvier.
Si l'on en croit les nouvelles parvenues d'Irlande , et consiguées
dans tous nos papiers , les Français n'auraient pas reçu
dans ce royaume l'accueil dont ils avaient pu se flatter , s'ils
y eussent effectué une descente . Il parait que tous les partis
étaient réunis pour les combatire.On dit même que le fameux
Grattam , le chef de l'opposition irlandaise , avait pris les
armes pour servir en qualité de volontaire . Mais peut - être ne
faut-il attribuer ces apparentes dispositions qu'à lincertitude
du succès ; la descente effectuée , les mécontens se voyant
soutenus , auraient peut-être manifesté d'autres sentimens .
Il vient de paraître une ordonnance du conseil du roi ,
( 53 )
pour régler le commerce d'importation et d'exportation du
cap de Bonne-Espérance. La principale disposition porte
qu'aucune espece de marchandise ne pourra y être portée ,
ni en être exportée que par les vaisseaux de la compagnie
des Indes.
Le 11 , le lord maire et le conseil commun de la cité se
rendirent au palais Saint-James , et présenterent au roi une
adresse , pour remercier sa majesté de la communication faite
au parlement des niesures relatives à la déclaration de guerre
de l'Espagne , et l'assurer des dispositions des citoyens de
Londres à concourir aux moyens de soutenir avec vigueur
cette aggression de l'Espagne , qui n'a été provoquée par aucun
motif légitime.
Hier le premier paiement de 10 pour 100 sur le nouvel
emprunt s'est fait à la banque . Quelques-uns des souscrip
teurs ont payé au- delà de ce qu'ils devaient acquitter du montant
de leurs souscriptions.
La princesse de Galles est grosse de nouveau ; ce qui paraît
donner beaucoup de joie au peuple anglais . On peut bien lui
appliquer le mot de Mezeray : Avez-vous peur de manquer de
maître ?
REPUBLIQUE FRANÇAISE .
CORPS LÉGISLATIF.
Séances des deux Conseils , du 25 nivôse au 5 pluviose.
"
L'ordre du jour appelle la discussion sur l'orga
nisation forestiere . Villers applaudit aux vnes générales
qui ont été présentées par la commission ; mais
il pense que les principes qu'elle a développés , n'ont
pas reçu leur application entiere dans le projet qu'elle
a soumis . Ce projet lui paraît incomplet , en ce qu'on
n'y traite qu'imparfaitement de l'aménagement des
forêts , et qu'on y a oublié les bois résineux ; et il
observe qu'il conviendrait peut-être , en retranchant
de l'ordonnance de 1669 , les dispositions qui ne
s'accordent pas avec le régime républicain , de cou-
D 3
( 34 )
server l'ensemble du systême qu'elle établit , et dont
l'expérience a démontré l'utilité . D'autres orateurs
combattent aussi le projet de la commission ; le conseil
devant se former en comité général , ajourne la
discussion.
Cambacérès a fait , le 27 , la 3. lecture de son .
projet de code civil . Le conseil lui en donne acte ,
et ajourne la discussion à tridi de la premiere décade
de pluviose . Il sera question le même jour du projet
relatif aux domaines congéables .
Chiappe presse l'établissement du régime constitutionnel
dans la Corse . Une commission est nommée
pour en présenter les moyens .
Réal fait ensuite adopter une série d'articles sur
le régime hypothécaire .
Le conseil des Anciens approuve , le 25 , la résolution
qui fixe le mode de serment à prêter par les
forc ionnaires publics , le 2 pluviôse prochain ; savoir :
haine à la royauté et à l'anarchie , attachement et
fidélité à la constitution ,
Plusieurs orateurs sont entendus , dans les séances
du 25 et du 27 , dans la discussion sur la résolution
relative aux canaux d'Orléans et de Loing . Après que
Detorcy a eu parlé en sa faveur et Vernier contre ,
Fourcroy a résumé les différentes opinions qui avaient
été émises , et a conclu au rejet. Le conseil a fermé
la discussion et approuvé la résolution .
L'ordre du jour du 28 appellant la discussion sur
la résolution concernant les transactions entre particuliers
, Lafond - Ladebat appuie l'avis de la commission.
Il pense qu'il fallait se horner à poser les
principes propres à résoudre les difficultés qui s'élevent
à cet égard entre les citoyens , et laisser ensuite
aux tribunaux le soin d'en faire application. La
résolution est rejettée .
Dumas fait également rejetter celle qui donnait
une préférence aux défenseurs de la patrie et aux
septuagénaires , pour leur paiement à la trésorerie ,
la commission l'ayant regardée comme destructive
de la propriété , et contraire à l'égalité .
Le conseil reçoit , le 29 , et approuve la résolu(
55 )
tion du 28 nivôse , par laquelle des fonds sont mis
à la disposition des commissions des inspecteurs des.
deux conseils .
Tronchet continue le rapport qu'il avait commencé
hier sur la question intentionnelle. Il releve les vices
des 8 articles qui composent la résolution , et en
exprimant son voeu que l'on révoque les changemens
apportés à la loi du 29 septembre 1791 , il conclut
au rejet. La discussion est ajournée .
Daunou fait adopter , au conseil des Cinq- cents ,
une partie de son projet d'instruction sur les assemblées
primaires , communales et électorales . Ce projet
contient une explication des conditions d'éligibilité
et du droit de suffrage , consacrées par la constitution
, et détermine les formes à suivre dans les délibérations
de chacune de ces assemblées .
La discussion s'ouvre sur le projet présenté par
Favart , dans l'une des dernieres séances , et tendant
à déclarer que toute demande en divorce non encore
intentée , et qui ne serait fondée que sur la simple
allégation d'incompatibilité d'humeur et de caractere ,
est provisoirement suspendue jusqu'après l'adoption
du code civil.
Favart résume d'abord les motifs de ce projet ,
développés dans son rapport . Ne vous y trompez pas ,
dit- il , vous n'avez pas un instant à perdre , si vous
voulez arrêter l'abus odieux que l'on fait du divorce .
Une multitude de réclamations vous ont été adressées
vous y pouvez lire que dans toutes les parties
de la République , on voit des époux qui , oubliant
leur devoir , leur honneur , foulant aux pieds toutes
les bienséances , violent les lois et les obligations les
plus saintes , abandonnent sans remords leurs familles
pour satisfaire des passions honteuses : il est tems de
mettre un terme à cet excès de dépravation .
1
Le rapporteur avait invoqué le témoignage de
l'opinion publique ; Oudot invite l'Assemblée à ne
point prendre pour le langage de l'opinion publique
, ni les plaintes de quelques citoyens , chez qui
le spectacle des abus présens efface le souvenir ou
afaiblit le sentiment des maux passés ; fi les disser-
D 4
( 256 )
tations de quelques écrivains périodiques , ni sup
tout les clameurs de la superstition renaissante . On
fait à Paris , ajoute l'orateur , de l'opinion publique ,
comme on fait du tonnerre à l'Opéra.
A la suite de ce discours , il s'est élevé entre Boissy,
Lecointre et Pons (de Verdun ) , une courte discussion
relative au terme de l'ajournement à prononcer
sur le projet de Favart . Le conseil paraît en général
convaincu de la nécessité de limiter convenablement
la faculté de divorcer pour cause d'incompatibilité
d'humeur ; on prescrira sans doute des délais , des
formalités , des épreuves ; on instituera des tribunaux
de famille ; on , prendra les précautions que
réclament la morale et la sainteté du mariage ; mais
faut-il , en adoptant la suspension proposée par Favart
, se hâter si impatiemment de préjuger une si
grave question , et d'accorder un triomphe provisoire
, bien moins aux amis des bonnes moeurs qu'aux
partisans de certains préjugės ? On aura , ce semble ,
quelque peine à y déterminer le conseil : aujourd hui
il s'est contenté d'ajourner la suite de la discussion
à duodi prochain.
La séance du 29 a été employée à la discussion
du projet d'instruction de Daunou , sur la tenue des
assemblées primaires . Trois résolutions prises à cet
égard méritent sur tout de fixer l'attention . 1º . L'inscription
sur le registre civique , ne sera de rigueur
que pour l'an VI , pourvu que l'on soit porté sur
des rôles autérieurs au 4 brumaire an IV. 2º . Nul
étranger ne sera admis aux prochaines assemblées ,
s'il n'est naturalisé . 3 ° . Ces assemblées ne pourront
point discuter la moralité des candidats , et elles se
Borneront à s'assurer s'ils réunissent les conditions
d'éligibilité prescrites par la constitution .
Le conseil s'est formé , le 30 , en comité général .
Le Directoire exécutif appelle , le 1er ; pluviôse , par
nn message , la sollicitude du conseil sur l'urgente
écessité de rendre une loi qui rétablisse , en numéra
ire métallique , la solde et les masses des défenseurs
de la patrie en activité de service , telles qu'elles
étaient avant la guerre , ainsi que les pensions de
retraite accordées à ceux que leur grand âge et leurs
2
( 57 )
7
blessures ont mis dans l'impossibilité de poursuivre
désormais l'ennemi de la République .
"
Renvoie à une commission spéciale composée de
Fucheville , Gossuin , Rouhier et Savary .
Larue donne la seconde lecture de son projet de
résolution sur la contribution mobiliere , somptuaire
et personnelle.
Mercier, organe d'une commission spéciale , présente
un rapport sur le message du Directoire , qui proposait
d'affecter les bâtimens de la Sorbonne pour une
école de calcographie ( art de graver sur le cuivre ) ,
à l'instar de celle qui existe à Rome. Il fait adopter
les dispositions suivantes :
1º Ordre du jour sur la cession de la Sorbonne ';
20. Ajournement jusqu'à la paix de la question de
savoir si un établissement de ce genre doit être formé
aux frais de la République .
3º . Le renvoi au Directoire d'une proposition faite
par des artistes d'établir une pareille école , sans frais
pour la République .
Bourdon ( de l'Oise ) prend la parole pour une
motion d'ordre . La flûte le Rhinocéros , dit- il , arrivée
à Bordeaux , a apporté à des particuliers des lettres.
des colonies ; de Bordeaux , elles ont été portées à
Toulouse , et de- là sont revenues à Paris .
Le gouvernement doit avoir reçu , par la même
voie des renseignemens sur l'état de Saint-Domingue,
et je ne vois pas pourquoi , depuis trois semaines
environ que le Rhinocéros est arrivé , les bureaux de
la marine ne publient aucune piece sur les colonies .
Je demande qu'il soit fait un message au Directoire
, pour lui témoigner notre étonnement à ce sujet.
Adopté.
On procede au serutin pour le renouvellement du
bureau .
Des commissaires sont nommés pour en faire le
dépouillement.
Le conseil ajourne un projet de résolution sur les
pensions de retraite à accorder aux officiers de la
marine .
De conseil se forme de nouveau en comité général ,
Après la lecture du procès- verbal l'on procede , le
( 58 )
1
1. pluviôse , chez les Anciens , au renouvellement
du bureau . Ligeret est élu président.
Le dépouillement du scrutin a donné , au conseil
des Cinq- cents , pour président , Riou ; et pour secrétaires
, Isos , Perès , Jouanne et Frescheville .
Bourdon ( de l'Oise ) réclame contre l'article de
la derniere loi sur les douanes , qui permet l'exportation
des poils de lapins et de lievres ; il pense
que cet article portera un coup funeste aux fabriques
de Lyon , et en général au commerce de la chapel
lerie .
On demande le renvoi à une commission . Mais
plusieurs membres appuyant la motion de Bourdon ,
le conseil rapporte l'article contre lequel il s'est
élevé .
A une heure , l'Assemblée devient plus nombreuse.
Tous les députés sont en écharpe .
Le président prend la parole : Il y a quatre ans ,
dit-il , que le dernier roi des Français a succombé
sous le glaive de la loi ; c'est le 21 septembre que
la République a été fondée , et le 21 janvier qu'elle
fut consolidée ; c'est ce jour qui doit raffermir votre
union , et faire le désespoir des ennemis communs
qui s'efforcent de vous diviser..
Ce n'est point pour insulter à la cendre d'un
homme qui repose dans la nuit du tombeau , que
l'on célebre cette fête , c'est pour nous réjouir de
la consolidation de la République ; c'est pour rappeller
aux Français qu'ils doivent détester la tyrannie
, et pour qu'ils aient sans cesse présens à la
mémoire les crimes des Louis XI , des Charles IX ,
Henri III , Louis XIV , Louis XVI , et de leurs prédécesseurs.
Royalistes , ne concevez plus de coup : -
bles espérances . Et vous , anarchistes , votre regne
aussi est passé. Haine égale aux partisans des rois
et des tyrans populaires ! haine à Tarquin et à César !
haine à Capet et à Robespierre La République
existera triomphante j'en atteste le courage de
nos bataillons : je vous en atteste , Jourdan , Pichegru
, Hoche , Moreau , Buonaparte , et vous tous
fonctionnaires publics , vous tous amis du gouvernement
républicain et de la constitution de l'an III .
( 39 )
Riou jure ensuite haine à la royauté , à l'anarchie ,
attachement et fidélité à la République et à la constitution
de l'an III . Ce serment est répété par tous
les membres du conseil successivement . Le discours
du président sera imprimé.
La séanee du 2 , du conseil des Anciens , a été
entierement employée à la prestation du serment
prescrit pour ce jour. Après le discours du président
, fait en exécution du décret du Corps législatif
, un secrétaire fait l'appel nominal , et chaque
membre successivement jure haine à la royauté et à
l'anarchie , attachement et fidélité à la République
et à la constitution de l'an III.
Corbel voulait jurer haine à la royauté en France
et à toutes les tyrannies , mais on s'y oppose ; on demande
qu'il se conforme au décret , et Corbel est
obligé de répéter la formule décrétée .
Dupont s'y conforme , mais il ajoute qu'il avoue
l'exception de son collegue Corbel , en faveur de
nos alliés .
Dussaulx fait la même déclaration ; alors Giraud
( de l'Aube ) , craignant que la contagion ne gagne ,
demande à grands cris que Dupont et Dussaulx
soient rappelés à l'ordre .
Dussaulx répond qu'il a exécuté la loi ; mais que ,
maître de son opinion , il déclare qu'il trouve l'opinion
de Corbel sage et politique.
Cette affaire n'a pas de suite . Chaque membre
continue à voter sans observations . On lit même le
serment des secrétaires - rédacteurs , des messagers
d'Etat , des huissiers et des commis du conseil .
L'ordre du jour appellait , le 3 , dans le conseil
des Cinq- cents , la discussion sur le code civil ; mais
On avait annoncé en même tems qu'il devait se former
en comité général : cependant une discussion
assez longue a eu lieu , mais seulement sur la question
de savoir quels titres seraient examiués les premiers
. Comme dans l'ordre établi , le titre sur le
divorce se trouve fort reculé , et que les maux que
cause la disposition de la loi relative à l'incompatibilité
d'humeur , sont urgens , plusieurs membres
ont insisté pour qu'on s'occupe du projet de Favard.
( 60 )
Il a été décidé qu'il sera discuté demain , et le code
civil entamé sextidi.
Le conseil se forme en comité général . Il paraît
que c'est toujours pour les finances .
On reprend , le 4 , la discussion sur le divorce .
Mailhe appuie la suspension proposée par la com
mission. D'autres la combattent. La discussion con
tinuera dans les séances suivantes .
Vacher , organe de la commission chargée d'examiner
la résolution portant établissement du tachigraphe
, en propose le rejet. Selon lui , la résolution
est au moins inutile . Il existe déja une publicité
constitutionnelle des séances du Corps législatif ;
savoir le procès - verbal . A la vérité , il ne contient
pas de dialogues , de débats bruyans ; mais le public
desire- t-il ces détails qui ne peuvent qu'avilir la
représentation nationale ? Si nous ne sommes pas
assez sûrs de nous , ajoute- t- il , pour ne pas craindre
une peinture fidelle , soyons du moins assez discréts
pour n'en pas multiplier les copies ? Essayons de
parler comme nos procès - verbaux ; ce que nous pertrons
en éloquence , nous le gagnerons en dignité.
Ajournement après l'impression.
Daunou a fait adopter , le 5 , au conseil des Cinqcents
, le tableau qui détermine le nombre des députés
à élire par chaque département.
Defermont a fait prendre une résolution qui avait
été discutée en comité secret , sur le paiement des
biens nationaux .
Le conseil s'est ensuite occupé du renouvellement
de la commission des finances . Les nouveaux membres
sont : Cambacérès , Chassey , Treilhard , Monnot,
Guyton- Morveaux , Dubois , Bertrand et Mathieu .
Le conseil des Anciens a entendn , le même jour ,
deux rapports : le premier , sur la résolution concernant
les notaires qui ont exercé des fonctions
administratives et judiciaires , et le second sur celle
relative à deux points de jurisprudence du tribunal
de cassation .
PARIS . Nonidi 9 Pluviose , l'an 5. de la République.
La cérémonie de la prestation de serment de haine à la
( 61
royauté et à l'anarchie , a en lieu duodi dernier ( 21 jauvier ),
dans la ci-devant église de Notre -Dame. La foule était immense.
Le président du Directoire a prononcé un discours
dans lequel il a retracé avec énergie tous les abus de la royauté
et les maux de l'anarchie . Il n'a rien appris aux bons Républi
cains ; mais il a prouvé à ceux de tous les partis qui conçoivent
encore des espérances cri minelles , que le gouvernement était
résolu de les combattre tous , et de faire triompher la Répu
blique. Cette cérémonie n'a excité aucun enthousiasme , mais
elle s'est passée sans trouble . Elle a excité beaucoup de clameurs
de la part des journalistes de parti , et l'on devait s'y
attendre . Cependant , il faut le dire , les nouvelles qui ne
sont que du parti de la liberté , conviennent assez généralementqu'il
ne doit y avoir , dans une République , d'autre com
mémoration solemnelle , que celle qui rappelle sa fondation
car tous les événemens chers à la liberté sont compris dans le
souvenir de cette époque.
1
Le général Malo , accompagné de quelques ordonnances, le
même qui s'était si bien conduit , lors de l'attaque insurrectionnelle
contre le camp de Grenelle , passait il y a quelques jours
derriere les Invalides . Quelques coups de fusil ont été tirés ,
une balle morte est venue frapper et blesser légerement un cavalier
à la cuisse, Il n'en a pas fallu davantage pour exciter de
l'inquiétude sur la cause de cet événement. Quand on a été aux
éclaircissemens , on a appris que c'étaient deux garçons boulangers
qui tiraient imprudemment à la cible dans l'intérieur des
murs des Invalides .
Plusieurs journaux ont publié les deux faits suivans :
Le curé de St. Jacques officiait jeudi dernier dans sa paroisse
, avec la décence et la tranquillité que les bons ministres
du culte catholique savent maintenir par- tout où ils sont
écoutés ; à l'heure où l'on chantait ordinairement le Domine
salonm fac régem , une voix part de la foule , et entonne ce
verset de toute la force de ses poumons . Le peuple reste muet
et interdit : le curé fait fermer ssuurr- le-champ les portes de l'é
glise , envoie chercher un commissaire et main-forte , monte en
chaire , prêche l'union , la paix , et sur-tout le respect aux loix ,
annonce que. celui qui a chantè le Domine salvum fac regem , ne
peut être qu'un ennemi du bien public , et annonce les mesures
qu'il a prises pour s'en assurer. Il est écouté avec calme .
Le commissaire arrive avec la force armée on fait des perquisitions
, on découvre le coupable . Qui était- ce ? Un des
membres du comité révolutionnaire de la section .
Un fait horrible , qui s'est passé au fauxbourg St. Honoré ,.
le 7 de ce mois , fait naître les plus sinistres réflexions . Un
homme , connu dans le quartier pour un terroriste furieux ?
( 62 )
entre chez un boucher , lui demande la viande à 4 sols la
livre ; celui- ci la lui refuse. Cet homme se saisit d'un couperet
qui était devant lui et l'en frappe ; sa femme accourt pour
le défendre , elle est frappée au ventre par ce furieux ; un
voisin , que leurs cris font venir dans la boutique , et qui veut
désarmer l'assassin , est également frappé par lui ; enfin cet
homme est arrêté. Ce matin on l'a trouvé , dans sa prison ,
mort d'un poison qu'il avait pris sur lui et qu'il avait caché . Au
moment où on le conduisait en prison , il ne cessait de se féliciter
d'avoir immolé 3 victimes . On désesper de les sauver.
Les bâtimens de guerre , employés à l'expédition d'Irlande,
sont presque tous rentrés successivement dans nos ports ; on
attend encore deux bâtimens qui cut été séparés de l'armée
navale . La frégate la Tortue est tombée au pouvoir del'ennemi
; il paraît que l'on a perdu de plus un vaisseau rasé de
74 canons. On peut regarder cette expédition comme manquée
, et beaucoup de gens instruits l'avaient prévu ; la tentative
était hasardeuse , dans une saison où la mer est si peu
tenable ; mais si elle eût réussi , on l'aurait mise au nombre des
opérations mémorables de la campagne . Il paraît que son mauvais
succès ne doit pas être attribué aux obstacles que lui opposait
un élément orageux ; un mal -entendu dans l'exécution des
signaux et le peu d'intelligence qui a régné entre les troupes
de débarquement et celles de la marine , en ont été la principale
cause.
Le Rédacteur annonce que l'on fait de grands préparatifs
pour une nouvelle expédition maritime . Il est peu probable
qu'elle ait la même destination que la premiere . Ce qui le
fait présu ner , c'est que le général Hoche , après avoir dé
barqué à Rochefort , s'est rendu sur - le- champ à Paris , et
qu'il a été nommé au commandement en chef de l'armée de
Sambre et Meuse , qui avait été donné provisoirement à Moreau .
Les opérations des armées sur le Rhin sont peu importantes
; la rigueur de la saison les a obligés à une suspension ,
ou convenue , ou forcée ; le fort de Kelh ne s'est rendu , ou
plutôt n'a été évacue , qu'après une résistance de deux mois et
demi. La prise de cette bicoque a coûté aux Autrichiens 15 à
18,000 hommes et 20 millions . Beaucoup de nos écrivains officieux
se sont étonnés de l'opiniâtreté que nous avons mise à défendre
un point si peu important , puisqu'il nous restait d autres
communications avec la rive droite du Rhin ; mais l'événement
a prouvé que cette résistance était très - importante
pour faciliter les opérations de l'armée d'Italie , et empêcher
l'archiduc de faire passer des renforts à Alvinzi .
La tête du pont d'Huningue est actuellement le seul
( 63 )
point où l'on se batte sur le Rhin. Les Autrichiens y por
tent de grandes forces , et les Républicains contiuuent
défendre ce poste avee leur courage ordinaire . On ne sait
pas si , de part et d'autre , les combattans y áttacheront
une grande importance , après la victoire signalée, que vient
de remporter Buonaparte , et qui décide irrévocablement
du sort de l'Italie , La fortune vient encore de couronner
l'activité , l'intelligence et la bravoure de ce général . C'est
au moment que les journaux dévoués à nos ennemis , publiaient
ici dans leurs feuilles , l'évacuation du Milanais , qu'a
retenti tout- à -coup la nouvelle des glorieux et incroyables
succès de l'armée d'Italie . Buonaparte en a tracé les premiers
détails sur le champ de bataille .
ARMÉE D'ITALIE , Extrait d'une lettre du général en chef, au
général Clarke. De Véronne , le 23 nivôse , an V de la
République.
Apeine parti de Roverbella , j'ai su que l'ennemi se présentait
à Véronne . Massena faisait ses dispositions , qui ont été
très-heureuses . Nous avons fait . 600 prisonniers , et nous
avons pris 3 pieces de canon .
Le général Brune a eu sept balles dans ses habits , sans
avoir été touché par aucune . C'est jouer de bonheur.
Nous n'avons eu que 10 hommes tués et 100 blessés.
Signé , BUONAPARTE.
Buonaparte , général eu chef de l'armée d'Italie , au Directoire
exécutif.Au quartier-général de Roverbella , le 28 nivòse , an V.
Citoyens directeurs , il s'est passé , depuis le 23 , des
opérations d'une telle importance , et qui ont si fort multitiplié
les actions militaires , qu'il m'est impossible , avaut
demain , de vous en faire un détail circonstancié ; je me contente
aujourd'hui de vous les annoncer.
Le 23 nivôse , l'ennemi est venu attaquer la division du
général Massena , devant Véronne , ce qui a donné lieu au
combat de Saint- Michel , où nous l'avons battu complettement
; nous lui avons fait 600 prisonniers et pris 3 pieces de
canon. Le même jour , il attaqua la tête de notre ligne de
Montebaldo , et donna lieu au combat de la Corona , où il
a été repoussé ; ous lui avons fait 110 prisonniers .
Le 24 à minuit , la division de l'armée ennemie qui , depuis
le 19 , était établie à Bevilaqua , où elle avait fait replier
l'avant-garde de la division du général Augereau , jetta rapidement
un pont sur l'Adige , à une lieue de Porto-Legano
yis-à-vis Anguiari .
,
Le 24 au matin , l'ennemi fit filer une colonne très -forte
par Montagna et Caprino , et par- là obligea la division du
général Joubert à evacuer la Corona , et à se concentrer à
1
1
3
( 64 )
Rivoli. J'avais prévu ce mouvement , je m'y portai dans la
nuit , et cela donna lieu à la bataille de Rivoli , que nous
avons gagnée les 25 et 26 , après une résistance opiniâtre , et
où nous avons fait à l'ennemi 13,000 prisonniers , pris plusieurs
drapeaux et plusieurs pieces de canon ; le général
Alvinzi , presque seul , a eu beaucoup de peine à se sauver.
Le 25 , le général Guyeux attaqua l'ennemi à Anguiari ,
pour chercher à le culbuter avant qu'il eût entierement effectué
son passage ; il ne réussit pas dans son objet , mais il
fit 300 prisonniers.
Le 26 , le général Augereau attaqua l'ennemi à Anguiari ,
ce qui donna lieu au second combat d'Auguiari ; il lui fit
2000 prisonniers , s'empara de 16 pieces de canon , et
brûla tous ses ponts sur l'Adige ; mais l'ennemi , profirant
de la nuit , défila droit sur Mantoue . Il était déja arrivé à
une portée de canon de cette place ; il attaqua St. - Georges ,
fauxbourg que nous avions retranché avec soin , et ne put
pas l'emporter. J'arrivai dans la nuit avec des renforts , ce
qui donna lieu à la bataille de la Favorite , sur le champ
de, bataille où je vous écris . Les fruits de cette bataille sont
7000 prisonniers , des drapeaux , des canons , tous les bagages
de l'armée , un régiment d'hussards , et un convoi
considérable de grains et de boeufs , que l'ennemi prétendait
faire entrer dans Mantoué . Wurmser a voulu faire une
sortie , pour attaquer l'aile gauche de notre armée ; mais
il a été reçu comme à l'ordinaire , et obligé de rentrer.
Voilà donc , en trois ou quatre jours , la cinquieme armée
de l'empereur entierement détruite .
Nous avons fait 23,000 prisonniers , parmi lesquels un lieutenant
- général , deux genéraux , 6000 hommes tués ou
blessés , 60 pieces de canon , et environ 24 drapeaux . Tous
les bataillons de volontaires de Vienne ont été faits prisonniers
; leurs drapeaux sont brodés des mains de l'impéra-
* trice.
L'armée du général Alvinzi était de près de 50,000 hom+
mes, dont une partie était arrivée en poste de l'intérieur de
l'Autriche.
Du moment que je serai de retour au quartier- général ,
je vous ferai passer une relation détaillée , pour vous faire
connaître les mouvemens militaires qui ont eu lieu , ainsi
que les corps et les individus qui se sont distingués.
Signé , BUONAPARTE .
ERRATA du nº . 12. Page 364 , vers 14 ; au lieu de : Et je te
rends ces mains qui ne sont plus à toi ! lisez ; Et je te tends , etc. !
LINOIR-LAROCHE , Rédacteur.
1.
Extrait du Catalogue des Livres qui se trouvent chez
DES ESSARTS , Libraire , rue du Théâtre Français ,
N.º 9 , au coin de la Place .
Nota. Les ouvrages suivans viennent d'être mis en vente .
OEUVRES MORALES ET GALANTES DE DUCLOS DE L'ACADÉMIE
FRANÇAISE , SUIVIES DE SON VOYAGE EN ITALIE ,
avec le portrait de l'Auteur , dessiné par Cochin , 4 vol . in - 8 ° . , belle
édition , aussi soignée que correcte . On a tiré un petit nombre d'exemplaires
sur papier vélin . Prix des 4 vol . , papier ordinaire , 10
liv. à Paris et 13 liv . 4 s . francs de port dans toute l'étendue de la
République . L'exemplaire en papier vélin , avec le portrait , également
sur papier vélin , se vend 18 liv. à Paris et 21 liv. 4 s . franc de port
pour les Départemens . '
On désiroit depuis long- temps l'édition que nous annonçons des
OEuvres morales et galantes de Duclos . C'est la première fois qu'on a
réuni les ouvrages de ce philosophe aimable. Cependant aucun de
ceux qui composent cette édition n'a eu un succès médiocre. Tous ont
été lus et recherchés avec avidité. On y trouve en effet cette originalité
piquante qui n'appartient qu'aux écrivains du premier ordre , et
qui forme leur cachet . Le philosophe n'y est point un froid dissertateur
; on y trouve un peintre , dont tous les tableaux intéressent et
qui sait embellir tour-à-tour la morale des charmes de la fiction et de
la vérité .
Cette édition est composée des ouvrages suivans :
Considérations sur les moeurs de ce siècle . Peu de livres ont eu un succès
plus brillant et plus soutenu. On y voit la peinture la plus vraie du
coeur humain. Les tableaux qu'il offre attachent au point qu'il est
difficile de quitter cette lecture . On apprend à y connoître les autres
et à s'y connoître soi - même . C'est un des meilleurs livres sur la morale
qui aient paru sur la fin de ce siècle .
• Les Confessions du Comte de *** l'Histoire de la Baronne de Luz , les
Mémoires sur les moeurs , et Acajou sont des romans qu'on aime toujours
à relire . Chacune de ces productions a son genre d'originalité ,
mais toutes sont écrites d'un style charmant. On pourroit peut-être
reprocher à l'auteur de la prétention au bel esprit et une sorte d'afféterie
; mais ces légères taches sont raclietées par tant de beautés , par
un talent si vrai , qu'il est impossible de ne pas placer Duclos au rang
des meilleurs écrivains de notre siècle.
L'édition est terminée par le Voyage de Duclos en Italie.
Il est difficile qu'un ouvrage de ce genre paroisse dans des circons
sances plus favorables que celles où nous nous trouvons . L'Italie , par
le sort des armes , vient de changer son existence politique . Presque
1
6 3 93 1
3
to
18
tous les pays dont Dublos a fait la description en 1767 , n'ont plus la
même forme de gouvernement. On se plaira à comparer leur état
ancien , leurs moeurs , leurs coutumes , avec leur existence actuelle .
Ce qu'il y a de piquant dans les voyages de Duclos , c'est cet esprit
observateur a qui rien n'échappe et qui sait apprécier le bien et le
mal qui s'offre à ses regards . Rome , Naples , Florence , Venise ,
Génes , Turin , Milan , etc. etc. exercent tour- à - tour les pinceaux du
peintre philosophe. Si la lecture de ce voyage laisse quelques regrets ,
c'est que l'auteur n'ait pas donné plus d'étendue à son ouvrage ; mais
il sera toujours recherché par tous les amateurs comme un monument
d'une critique aussi sage qu'utile et d'une philosophie précieuse et
profonde . 1
Comme il y a une sorte de courage à publier de bons livres et à les
offrir à la méditation des ames honnêtes et sensibles , dans un moment
où la littérature n'a plus d'attraits que pour un petit nombre de lecteurs
, nous espérons au moins que ceux qui ont conservé le goût
des beaux arts seconderont notre entreprise .
PROCÈS FAMEUX JUGÉS AVANT ET DEPUIS LA RÉVO
LUTION , contenant les circonstances qui ont accompagné la condamnation
et le supplice des grands criminels et des victimes qui ont péri
sur l'échafaud . 13 v . in- 12 , par Des Essarts . Le 14e . qui est sous presse
paroîtra incessamment. On trouve dans les volumes qui ont paru, entr'au
tres procès ceux de Carrier , de Lebon , de Fouquier de Tinville , de Chabot
, de Bazire , de Despagnac , de Bailly , de la femme du ministre Rolland
, de Camille des Moulins , de la veuve de ce député , de Phelipeaux
, de Loiserolle père , d'Anakarsis Cloots , du général Ronsin
de l'Evêque de Paris , Gobel , de Hébert , connu sous le nom du père
Duchêne , du fameux Procureur de la Commune , Chaumette , etc. etc.
Chaque vol. se vend séparément 2 liv . à Paris , et 3 liv . franc de port ponr les
Départemens.
Le prix de la collection des 13 volumes est de 24 liv.; on se
charge des frais d'emballage et de remettre les paquets à la Messagerie
.
SATYRES ET POESIES DIVERSES DE GILBERT , 1. v . in -8 ° ,
papier ordinaire , 1 liv. 10 s .; pap . velin 3 liv . ponr Paris , et 10 s . de
plus pour les départemens , par la poste .
"
Cette nouvelle édition des oeuvres du jeune Gilbert , qui annonçois
un talent si original et si rare et dont la mort a été si tragique ,
sera recherchée , dans tous les tems , par les amateurs de la belle
poésie. La satyre du 18e . siècle et celle intitulée : Mon Apologie ,
ont eu le plus grand succès.
E
Nota. Il est essentiel d'affranchir les lettres de demande et le port de
l'argent : saus cette précaution elles restent au rebut,
ANACHARSIS ( Voyage du jeune) , 7 v.
in-8°. , reliés , avec atlas ,
Idem. broche ,
7.30
40 1.
3a
Almanach des Muses , collection de
24 années, jusques et compris 1789,bir
rel.
ཨི
15
12
Annales de Tacite , édit. du Louvre ,
3vol. in-12 , r. d. s. tr.
Adèle et Théodore , par Madame
Genlis , 3 vol . in- 12 , rel .
Anecdotes , tirées de l'Histoire de
tous les peuples , 27 vol . rel . , osting81
Amours de Psiché , 1 v . in- 4º . édit.onl
de Saugrain , sup , épreuves
Bibliothèque orientale de d'Herbe- del
lot , nouvelle éd. par Des Essarts ,
6 vol . in - 8 ° . , br.
B.
...
36
24
Id. — de campagne , 10 v. in- 12, r. 30
Buffon (OEuvres de ) , 54 v . in- 12 , br. 150
C.
Cérémonies Religieuses , in- fol. , T.03
en v. d. s. t. avec fig. , par Bernard
Picard.
Causes célèbres , par Des Essarts ,
18 années de 12 v. chacune ,
rel. en 48 vol .
Choix de causes célèbres , 15 vol .
in- 12 , br.
Contes de Bocaće , 10 vol . in -8° . avec
fig. , r.
120
150
336 30
бо
མ。་
Cours de Mathématique , par Bezout,
6 v. in-8°. , br.
36
in- fol. ,
Cours de Mathématique de Bossut
5 vol. in-8°. , br.
D.
Dictionnaire universel de Police
par Des Essarts , 8 vol. in-4 °. , br .
Id. de l'Académie française , 2 vol.
rel .
"
30
9
40
36
Id. de la Martinière , 6 v. in- fol. , r.
Description de l'Arabie
Nieburg , 2 vol . in -4° . , rel .
108
par
21
Dictionnaire des gens de Lettres ,
6 vol. in-8°. , rel.
Id. de la Langue française
Ferraud , 3 v. in-4° . , rel.
-Géographique , par Vosgien , 17.
in-89 . rel.
E.
Encyclopédie , 35 vol . in - fol . , édit.
de 'Paris ,
Essai sur l'Histoire générale des tribunaux
de tous les peuples , par
Des Essarts , 9 vol . in -8° . , br.
Essai sur les
par Voltaire ,
ceurs des Nations ,
Goo 1.
35
vol. in - 8°. , br. 20
12 Emile de J. J. Rousseau , 4 vol. rel.
Elémens d'histoire de France , par
Millot , 3 vol . in- 12 , rel.
rel .
Etudes de la Nature , par Bernardin
de Saint -Pierre , 5vol . in- 12 ,
dor. s. tr.
Essais sur Paris par Sainte-Foi ,
vol . in- 12 , rel. 7
Elite de poésies fugitives , 5 vol . ››
in- 12 , rel.
F.
Fables de la Fontaine , 4 vol. in - 8ª .
rel . fig .
Fabulistes ( les trois ) Esope , Phèdre
et la Fontaine , nouvelle édit. , par
Gail , avec les notes de Chamfort ,
4 v. in-8°. pap . ord . br.
Id. pap. g. r. vét. sat. br.
Faublas , 13 vol . in- 18 , br.
9
21
15
30
12
За
21
3 I
3 1
G. 7
Galatée , édit . de Defer Maison-
Neuve , in-4 . , papier v. , fig. col . 36
Grammaire de Restaut , 1 v. in- 12 , T.
Id. de Wailly , 1 vol . in- 12 , ' rel .
Id. Anglaise , par Syret , 1 vol .
in-89 . , br.
Id. Espagnole , 1 vol . in-8° . , br.
H.
Histoire philosophique de Raynal ,
10 v. in-89 . , avec atlas , r. d . s . tr.
Id. broc.
Histoire de France , par Vely , 20 v.
in- 12 , rel.
Id. de la décadence de l'Empire
Romain , traduit de l'anglais de
Gibbon , 18 v. in - 8° . , rel .
2
54
40
90
42
, par 90 36 Id. de France , par Mézerai , 14 vol.
in- 12 , rel .
40
Id. d'Angleterre , 6 vol. in- 12 , rel.
888
18
a d'Espagne , 5 vol . in-12 , rel.
Militaire des Suisses 8 vol.
in-12 , rel..
Z. de Clarisse , traduite par Letour
10 vol . in-8º. , rel. en veau , neur ,
J.
Oseph , poëme , par Bitaub , 1 vol.
in- 12 , rel.
Crusalem délivrée , 2 v . in- 12 , rel .
L.
■: ' esprit de la Fronde, 5 v . in-12 , rel.
-de Sénèque , 6 v . in- 8°. , rel.
d'Helvétius , 5 v . in-8 ° . , rel .
--
151. 3.
24
60
Id. broc.
راق
20
rel. 16
16
... ob
de la Ligue , 3 vol . in - 12 , rel
Pintrigue du Cabinet , 4 v. in-12 ,
uis XIV , sa Cour et le Régent , *
4 vol . in- 12 , rel .
p. es liaisons dangereuscs , 4 vol . posi·lary
in-12 , rel. f.
Zem. broc .
ettres de Madame de Sévigné ,
8 vol . in-12 , rel .
em, broc
ettres Persannes , 2 v . in-12 , br.
9/0
Provinciales , 4 v . in- 12 , rel.
Péruviennes , 2 v. în- 12 , br .
de Madame de Maintenon, 2 y, r.
M..
ison Rustique , 2 v . in-4 . , rel .
émoires secrets , tirés des archives
des Souverains , 24 vol. rel.
Témoires du Duc de Richelieu , 4 v.
in-8 °. , rel.
-
24
16
4261
A
5
30
-
Id. broc .
de Montesquieu , 5 v. in- 8 °. , r .
de Diderot , 6 v. in- 12 , br.
de Boulanger, 5 vol . in - 8° . , rel .
Id, broc.
de Thomas , 4 vol . in-12 , rel .
de Scarron , 7 vol . in-8 °. , rel.
de Boileau , 2 vol . rel .
de Molière , 8 vol . in- 12 , rel.
de Racine , 3 vol. in- 8°,,
de Hume , 3 vol. in-12 , tel.
30 1.
30
25
30
25
12
30 kt
25
12
6
24
br. 17 A
9
44
rel. 36-
24.
6
36
60
de Mably , 22 vol . in -12 , br,,
de Darnaud 12 vol . in-18,
de Palissot , 7 vol . in-18 , rel.
de Chaulicú , 2 vol . in -12 , rel .
de Lucien , 6 vol . in-8 ° . , rel.
du Comte de Tressan , 12 vol.
in-8°., rel.
choisies de Dorat ,
3 v. br.
P.
Plaute , traduit par Guendeville , 10
vol. in- 12 ,
Pausaunias
, 4 vol . in -8 ° . , rel .
30
24
42
rel. 7 10
72 NO Philosophie ( la ) de la nature , 7 v.
in-8 . , rel.
Ruines de Volney , 1 v . in-8 °. ,
20
Idem
. d'un
Homme
de qualilé
, 8 v . ejcb .
in-12 , rel.
Idem . de Sully , 8 v . in-12 , rel .
21
24
7. éd. de Bastien , 6 v. in- 88 . , cart. 24
Mélanges de Littérature , par
d'Alembert , 4 vol . in -12 , rel.
N.
Nuits d'Yong , 2 vol . in - 12 , rel.
12
6
Numa Pompilius , par Florian , traduit
en anglais , 4 v . in -18 , br. 10
0 .
OEuvres complètes de Voltaire
70 vol . in- 8° . , pap. à 6 liv. , rel .
en veau éc .
"
450
300
d. 92 vol. in- 12 , pap. à 50 s . rel .
en v . d. s. tr .
1d. 92 v. in- 12 , pap. à 30 s . , rel. 210
de J. J. Rousseau , 17 vol . in-4°.
superbe éd. avec fig. , rel. 200
R.
S.
Synonymes
français , par Roubaud ,
4 vol. in-12 , br.
Id. par
Girard , 1 vol . in- 12 , br .
T.
Théâtre de Voltaire , 7 v. in- 12 , br .
br. Id. de Diderot , 2 vol. in- 12 ,
Id. de Sophocle , 2 v . in-8° . r. d . s . t.
V.
Voyage en Angleterre , en Ecosse et
en Irlande , 3 v . in-8 ° . , rel..
Id. de deux Français dans le Nord ,
5 vol. in-8° . , rel.
Id. de le Vaillant , 2 v . in-8°. ,
12
3
14
5
13
18
30
br. 10
Id. de Pallas , 5 vol . in-4° . , rel . d . s.
t. , avec fig. et atlas ,
Id. en Espagne , 2 v . in -8 ° .
Id. Capitaine Cook ( abrégé du ) ,
3 v. in-8°.
84
8
15
Jer . 135.
No.
14.
MERCURE FRANÇAIS .
DECADI 20 PLUVIOSE , l'an cinquieme de la République.
W
( Mercredi 8 février 1797 , vieux style . )
Explications de l'Enigme et Logogriphe du No. 13 .
Le mot de l'Enigme est Caméléon ; celui du Logogriphe est
Vapeur , dans lequel on trouve zau , péau , ver , Ré ( «isle de ) , ^
ruc , rave , Pau , pur , pauvre. *
ACADÉMIES ÉTRANGERE S.
Memorie di Matematica e Fisica d'ella Società italiana , *
etc. etel ; ou Mémoires de Mathématiques et de Physi
sique de la Société italique de Véronne. Tome VI , in-4°
De Véronne , 1793.
Cee recueil est composé d'un grand nombre de ,
mémoires sur différentes questions de géométrie ,,
d'algebre et de physique .
Le premier , du pere Isidore Bernareggi , traite,
de l'usage des fractions décimales dans la multiplication
des nombres.
P Le second , du célebre géometre D. Pietro Paoli ,
est intitulé : Recherches sur l'intégration des équations qui
ne satisfont point aux conditions d'intégralité.
Dans le troisieme , Antoine Cagnoli expose un
nouveau moyen de reconnaître la figure de la terre .
Ce moyen a paru très-ingénieux aux savans`d'Italie
. Nous allons essayer de l'expliquer en peu de
mots. Mais il faut partir de quelques courtes notions
Tome XXVII. E
· ( 66 )
1
sur les parallaxes , et sur l'usage qu'on a fait jusqu'ici
de ce moyen , pour remplir le même objet ( 1 ) .
La parallaxe d'un astre est la distance des points
dans lesquels cet astre se voit , observé du centre de
la terre et d'un point de sa superficie . Si un observateur,
se plaçait au centre de la terre , et un autre à
la superficie , le premier verrait l'astre plus près de
son zenith que le second ; de maniere que la parallaxe
diminue , pour ainsi dire , la hauteur de l'astre sur
l'horison , ou plutôt qu'elle est la mesure de cette®
diminution apparente.
Le triangle formé par le rayon de la terre , appartenant
au point de la superficie où l'on suppose un
des observateurs , et par les deux lignes tirées de
l'astre à l'observateur et au centre de la terre , SO
nomme triangle parallactique : l'angle qui s'ouvre en
partant de l'astre s'appelle angle de la parallaxe , et
le rayon de la terre , bâse de la parallaxe . Il est aisé
de concevoir qu'en diminuant la bâse de ce triangle,
c'est-à-dire le rayon de la terre , on diminue en même
tems aussi l'angle opposé , c'est - à- dire la parallaxe :
et puisque la différence des demi - diametres de la
terre emporté celle des parallaxes et vice versa , la
détermination de l'une dépend de celle de l'autre. >
.
Tel est le raisonnement d'où sont partis Newton ,
Manfredi , Maupertuis , etc. pour arriver à la connaissance
de la vraie figure de la terre par celle de la parallaxe
de la lune, qu'ils ont choisie de préférence , parce
que la lune est de tous les astres celui dont la pa-
( 1 ) Nous ne faisons ici que resserrer l'extrait du Journal
littéraire de Naples .
1
(167 )
rallaxe est la plus considérable à notre égard . Ce
raisonnement , au reste , n'a pas conduit au but des
recherches et des essais. En effet , supposé que l'applattissement
ne passe pas le trois - centieme du demidiametre
, la différence entre la parallaxe à l'équateur
, et celle à la latitude de soixante minutes , n'est
que de neuf secondes or , cette différence est s ;
petite qu'elle s'évanouit dans les erreurs inévitables
commises par les plus habiles observateurs . Notre
auteur observe cependant qu'elle produit encore des
effets sensibles sur la durée de loccultation d'un
astre derriere la lune ; attendu qu'il y a des cas où
la différence d'une seule minute en espace , peut en
produire une de vingt- neuf ou trente secondes en
durée , en prolongeant ou diminuant le tems de l'gccultation.
Pour bien concevoir cela , l'on doit se souvenir
que la durée de l'occultation d'une étoile est proportionnée
à la longueur de l'arc qu'elle décrit der
Fiere le disque de la lune ejeett par conséquent , le
tems en est d'autant plus grand , que l'étoile passe
plus près du centre de cette planete . Supposons que
la direction de l'étoile soit perpendiculaire à la vérticale
de la lune , et qu'en admettant la figurę parfaitement
sphérique de la terre , et par suite la parallaxe
d'une mesure donnée , on trouve , au moyen
des tables et du calcul , que l'étoile doive passer audessous
du centre de la lune à la distance de trois
quarts de rayon par exemple , et qu'en résultat l'occultation
doive durer un nombre déterminé de minutes
si l'on mesure alors avec une montre bien
exacte , le tems de cette occultation ; et s'il se trouve
E 2
( 68 )
moindre que celui du calcul , on conclura que l'étoile
a passé à plus de trois quarts de rayon du centre de
la lune , et que là lune était au- dessus du lieu que
le calcul avait fourni ; d'où il s'ensuivra que la parallaxe
est moindre que celle calculée , et conséquemment
aussi la bâse ou le rayon de la terre phis court dans le
lieu de l'observation ; en d'autres mots , que la terre
est applatie dans ce point. Voilà quelle est la théorie
de Cagnoli. On lui objecte qu'il se trouvera peu
d'occultations qui réunissent toutes les circonstances
exigées mais il suffit qu'il y en ait quelques-unes ;,
si l'on sait en profiter, elles peuvent servir à déterminer
avec plus de précision la véritable figure de la
terre.
Cagnoli trouve que l'occultation d'une étoile ayant
lieu dans les circonstances ci-dessus , et l'étoile passant
à trente secondes de distance du point le plus.
infécieur du disque lunaire , chaque seconde de différence
entre le tems de la durée de l'occultation du
calcul , et celui de l'occultation observée , donne une
différence de cinq cents pieds dans la longueur des
rayons de la terre.
Il serait utile d'essayer cette méthode , avec le
soin qu'exige l'importance de la matiere.
Le mémoire suivant est de Lorgna ; il est intitulé :
Loix inséparables du principe fondamental de Castelli ,
touchant le mouvement et la mesure des eaux courantes.
Les matieres de mathématiques sont terminées par
un mémoire de Pietro Paoli, sur plusieurs problêmes.
( 69 ).
de mécanique. Il y traite de la pression d'un corps
sur divers points d'un plan horisontal et d'un plan
incliné .
Les sujets de physique , de médecine et d'histoire
naturelle occupent onze mémoires.
Nouveau Thermometre à indicateur.
Le pere Giovambatitla de Saint - Martin , décrit un
thermometre à indicateur de son invention. Quoiqu'il
ait quelque raison de regarder cet instrument
comme supérieur à tous ceux du même genre , connus
´jusqu'à ce jour , il convient de bonne - foi que pour
les expériences délicates , le meilleur de tous les thermometres
est le thermometre ordinaire au mercure ,
qui joint à la plus grande sensibilité , cette simplicité
si précieuse dans les instrumens de physique.
Sur un vent chaud d'hiver.
Dans la nuit du 30 janvier 1791 , après plusieurs
jours d'un froid vif , accompagné de neiges abondantes
, il survint tout- à-coup à Belluno , un vent
extrêmement chaud , soufflant du nord . Dans lajournée
du 1er février , la chaleur du vent augmenta beaucoup
: mais après avoir duré 24 heures révolues , il
céda de nouveau la place au froid qui devint plusi
aiguë qu'auparavant. Tel est le phénomene dont
l'abbé Joseph Toaldo rend compte avec beaucoup de
détail . Il rappelle qu'en 1770 , le 25 janvier , on en
avait déja vu un semblable ; et il hasarde ses conjectures
sur la cause qui peut changer ainsi subitement
la température de l'air . Selon lui , ce vent est
( y༠ )
1.
un véritable scirocco réfléchi par les montagnes.: et
ce sciroceo tire , son origine de certaines explosions
brûlantes , auxquelles sont dues également les tremblemens
de terre et les météores enflammés qui accompagnent
toujours les chaleurs imprévues .
Sur la plus grande pesanteur apparente de l'eau électrisée.
La cause de l'élévation de l'aréometre dans l'eau
électrisée positivement , est l'objet d'un second
mémoire du pere Giovambatista de St. -Martin. Ce
phénomene , observé déja par plusieurs physiciens ,
paraît au premier coup-d'oeil dépendre d'une plus
grande gravité spécifique , acquise par l'eau dans son
électrisation . Mais notre auteur présente une suite
d'expériences, d'où il semble résulter que cette élévation,
qui n'a jamais passé quatre-vingt-douze centiemes
de degré de son aréometre , dépend uniquement de
la force expulsive et répulsive , que la tendance à se
répartir également dans tous les corps voisins , produit
dans l'électricité .
Outre les expériences sur l'eau électrisée négativement
, que l'auteur dit n'avoir pas eu la commodité
de faire , il n'eût point été peut- être hors de propos
d'en tenter quelques autres pour déterminer si l'état
du verre dont l'aréometre est composé , et l'air électrisé
qui se trouve dans son intérieur , n'entrent
pour rien dans le phénomene , et s'il aurait égale
ment lieu l'aréometre étant absolument privé d'air ,
ou son intérieur armé de métal à la maniere de la
bouteille de Leyde. Ces expériences et plusieurs
autres semblables auraient sûrement rendu plus com-
23 .
plette la série de celles que l'auteur s'était tracées ;
elles l'auraient mis plus en état d'expliquer un fait
qui mérite encore les recherches des physiciens.
Sur les oppositions d'Uranus.
Dans un très - savant mémoire d'astronomie , le
célebre Slop de Cademberg rend compte des observations
que son fils a calculées , pour déterminer
les oppositions d'Uranus , dans les années 1786 , 8
88 et 89.
Observations sur les conferva irritables .
Des expériences physiques et chymiques sur les conferva
irritables , et sur leur mouvement progressif vers
la lumiere, forment le sujet du premier mémoire d'histoire
naturelle , qui est de l'abbé Joseph Olivi . Les
recherches de l'auteur semblent restituer ces corps
singuliers au regne végétal , dans lequel Adanson ,
leur inventeur , les avait placés , et leur enlever
le caractere animal que leur avaient attribué
Carly , Saussure et Fontana. Cependant l'auteur ne
néglige point de comparer les observations de ces
derniers naturalistes avec les siennes : mais il prouve
que c'est à tort qu'on a donné le nom de tremelles.
aux conferva dont il est question . Il détermine le
nombre et le caractere des especes connues jusqu'à
présent , dont il résume l'histoire en peu de mois ;
et d'après ses remarques , il paraît certain que le
mouvement très - lent , par lequel elles se réunissent
et se dirigent , de concert , vers les lieux éclairés
de la lumiere du soleil , est purement mécanique ,
E 4
( 72 ) !
comme les mouvemens analogues des autres plantes
terrestres , et celui de la matiere verte de Priestley
dont Sennebier avait soupçonné d'abord , et dont
notre auteur a démontré depuis la nature. C'est par
des expériences très-délicates et faites avec la plus
grande exactitude , que ce dernier prouve encore
maintenant que la quantité du mouvement progressif
se proportionne à celle de l'air vital , ou du gaz oxygene
dégagé. Ces expériences méritent sans doute
toute l'attention des savans ; et partant des principes
de Lavoisier, elles présentent un essai d'aréologie des
plantes , qui se rattache naturellement aux théories
pneumatochymiques de Priestley , d'Ingenhouz et
de Sennebier.
Sur la constitution de l'air atmosphérique .
Le comte Morozzo tapporte quelques observations
sur la constitution de l'air atmosphérique , dont l'objet
est de confirmer ce qu'il avait déja avancé dans
le journal de physique en 1784 , et de prouver , par
de nouvelles raisons , que cet air n'est pas composé
de 73 parties de moffette et de 27 d'air vital , comme
l'établissent les chymistes français . Dans son traité
élémentaire de chymie , Lavoisier assure que 73 parties
du fluide aëriforme qui se dégage des substances
animales , par le moyen de l'acide nitreux , et 27 parties
d'air vital retiré de la chaux de mercure , connus
sous le nom de précipité per se , forment , en s'unissant
, un fluide parfaitement semblable à l'air de
l'atmosphere , et qui en a toutes les propriétés .
'Suivant Morozzo , l'union des deux gaz , faire dans
·( 73 )
.
les proportions indiquées , produit un fluidé qui
jouit en effet de quelques propriétés de Fair atmosphérique
, mais qui differe beaucoup de lui par
plusieurs autres .
Depuis quelque tems , la chýmie pneumatique est
attaquée avec une nouvelle force en Italie , en Allemagne
et même en France , où elle a été réduite en
systême. Si ses principes reposent sur des bâses solidess
,, comme nous le pensons , ces attaques ne feront
qu'en rendre la solidité plus évidente et plus
sensible ; et s'il s'est glissé des erreurs dans l'appli
cation trop étendue de quelques faits principaux , il
est de l'intérêt même des chymistes pneumatiques
que ces erreurs soient éclaircies et relevées . Dans les
deux cas , la discussion ne peut que tourner au profit
de la science . Notre opinion particuliere , que nous
sommes d'ailleurs toujours prêts à réformer sur de
nouveaux faits bien concluans , ne nous empêchera
donc point de rendre compte des opinions contraires;
et bien loin d'atténuer les argumens produits en leur
faveur, nous voudrions leur prêter une nouvelle force ,
pour hâter le moment où les objections étant épuisées
, les savans ne pourront plus être divisés sur ce
point essentiel.
1
{
ง
Quoi qu'il en soit du terme et du dernier résultat
de la querelle , on doit convenir qu'il est difficile
d'assigner une constitution générale et fixe à l'air
atmosphérique : elle varie sans cesse suivant les "
lieux , suivant les saisons , et même , à ce qu'il paraît
, suivant les heures du jour ; et dans les expériences
auxquelles cn soumet cet air , il est sans
doute indispensable de tenir compte de toutes les
( 74 )
circonstances qui le modifient , et de cette multitude
de matieres étrangeres qui troublent presque partout
sa pureté.
La suite au numéro prochain .
ÉCONOMIE POLITIQUE.
Voyage en Hollande et sur les frontieres occidentales de
l'Allemagne , fait en 1794 , traduit de l'anglais par
CANTWEL . Deux volumes in- 12 . A Paris , chez BUISSON,
rue Haute-feuille.
ENCORE un voyage ? Eh , pourquoi pas ! ... L'homme
riche voyage , parce qu'il est tourmenté par l'inquiétude
que Celse appelle la maladie des grands , le
besoin de changer de lieu , mutatio loci morbus procerum
; l'homme instruit voyage pour s's'instruire encore
; l'espion des cours voyage pour observer , et
étudier les moyens secrets de force , de défense , etc.
Toutes ces causes dureront long -tems ; nous aurons
donc long-tems des voyageurs , et des récits de
voyage . Le plus mauvais fournira aussi quelque observation
utile ; et c'est au journaliste à l'extraire
du fatras des récits , pour l'offrir au philosophe moraliste
et à l'économe-politique . Nous allons remplir
ce devoir.
Le voyage en Hollande présente peu de choses
neuves, ou intéressantes.-- Quelques - unes des maisons
qui environnent le marché de Rotterdam ont leur
date marquée sur des tuiles vernies ( on dit vernissées
lorsqu'il s'agit de poteries ) : elles furent construites
Y
( 75 )
dans la lengue guerre qui délivra les Provinces du
joug des Espagnols ; dans un tems où on aurait pu
les supposer trop occupés ( lisez , sans doute , occupées )
de résister à l'ennemi, et de chercher des subsistances,
pour songer à construire des bâtimens . C'est toutefois
dans ces circonstances que les Hollandais étendirent
et embellirent leurs villes , qu'ils préparerent
leur pays à devenir le centre de leur commerce , ct
qu'ils commencerent presque toutes les entreprises
qui furent la source de leur étonnante prospérité.
蒙
Si les habitans des campagnes en France marquent
sur leurs maisons et sur leurs granges la date de la
construction , on lira souvent 1794 , 95 , 96. - Dans
un jeu d'arquebuse à Delft , le premier qui frappe
dans la tache blanche d'un bouclier , a sa boisson de
l'année franche de toute imposition ; mais pour rendre
la tâche plus difficile , on suspend par les pattes une
cicogné à une corde qui traverse tout le bouclier .
et qu'en se débattant l'oiseau fait mouvoir sans
cesse.... On la laisse pendre très-proche de terre ,
absolument à l'abri du coup , et probablement sans
intention de lui faire du mal , car les Hollandais n'ont
pas coutume de mêler la cruauté à leurs amusemens....
Belle réflexion de la part d'un Anglais , dont les compatriotes
prennent plaisir à voir des coqs se déchirer,
et leurs concitoyens se frapper et se couvrir de
meurtrissures !
-Telles sont ( dit du gouvernement hollandais
en 1794 , avant l'entrée des Français , notre voyageur )
les principales formes d'un gouvernement qui a con
servé , durant deux siecles , une portion de liberté
civile et religieuse , au moins égale à celle de tout
( 76 )
autre pays de l'Europe , en résistant aux chances de
dissolution que le gouvernement contient en lui
même , et aux moins dangereux projets de destruction
inventés au- dehors par la jalousie d'intérêts arbitraires.
Il est aisé d'appercevoir la délicatesse de
ce gouvernement compliqué ; mais les objections , à
cet égard , ont été jusqu'à présent fondées beaucoup
plus sur des maximes prétendues universelles , que
sur les considérations que la situation particuliere
d'un peuple exige . On ne s'est point assez occupé
de connaître à quel point le succès des mesures de
prospérité politique dépend du caractere et du génie
des peuples qu'on veut en faire jouir . On a négligé
cette étude , parce qu'elle ne présente ni l'éclat , ni
la facilité des spéculations générales , parce qu'elle
ne peut pas donner à ses systêmes l'importance de
ceux qu'on suppose convenables à tous les pays et
à tous les hommes. L'ambition des guerriers est d'étendre
le succès de leurs armes ; celle des écrivains ,
et particulierement des écrivains politiques , est d'étendre
le systême . Il serait plus sage et plus utile
de perfectionner l'application des princip es , que de
l'étendre . Un essai de cette espece conduirait à
l'examen des circonstances de situation et de caractere
national , qui doivent régler cette application .
Une évaluation plus modeste des moyens qu'ont les
hommes pour faire le bien , indiquerait les gradations
qu'ils doivent indispensablement parcourir ,
avant d'atteindre au degré de perfection dont ils sont
capables . Plus d'intégrité dans les vues ferait convenir
que les moyens doivent être aussi honnêtes que
ka En qu'on s'en propose . On tâcherait de calculer ,
.
( 77 )
d'après les moeurs d'un peuple , et son caractere nasional
, le degré de prospérité politique dont il est
susceptible. En négligeant ces considérations , au lieu
de faciliter les progrès , on crée des obstacles , et le
philosophe commence ses expériences pour l'amé.
libration de la société , aussi prématurément qu'un
sculpteur qui voudrait polir sa statue , avant d'ea
avoir formé tous les traits .
On a répété jusqu'à la satiété, les recherches minutieuses
qui ont été faites en France pour découvr
des fleurs-de- lis cachées ; et l'on a reproché amerement
les persécutions dont elles ont été quelquefois
suivies . Le philosophe gémit sur les dernieres ; mais il
rit des premieres , parce qu'il sait que cet excès est de
tous les pays et de tous les tems . A la Haye , tous
les habitans portaient (en 1794) des rubans de couleur
orange , les uns à leur chapeau , les autres à leur
boutonniere . Les pauvres , car il y en a plus à la
Haye qu'ailleurs (résidence de la cour) , avaient toujours
quelque chose de cette couleur : on l'attachait au
bonnet des enfans , et cette pratique était portée à un
excès aussi ridicule que la défense que les magistrats
frent en 1785 de porter ou de montrer , quoi que ce
fût de couleur orange , pas même des fruits ou des
carottes......
-
3
Philippe II avait été si frappé de la beauté du
bois ou parc de la maison de campagne des princes
d'Orange , que dans la campagne de 1574 , il défendit
à ses officiers de le détruire ; et parmi les choses
dont la jouissance ne lui était pas personnelle, c'est
peut- être la seule dont ce destructeur de la race
humaine et de sa propre famille ait ordonné la con(
78 )
servation . Louis XIV ayant probablement entendu
faire l'éloge de cette indulgence , laissa subsister le
mail d'Utrecht , pour servir de monument à sa sensibilité
, dans une invasion sans motif qui coûta la
vie à plus de dix mille hommes .
Nous vimes avec plaisir , dans une occasion ,
les efforts patiens , mais non pas très actifs , des mu
rins hollandais contre les obstacles du vent qui chassait
violemment à la côte. Nous apperçûmes , pour
la premiere fois , ce que depuis nous eûmes souvent
l'occasion d'observer ; que l'industrie hollandaise , si
généralement admirée , en obtiendrait à peine le
nom en Angleterre. En Hollande , l'homme de peine
est rarement oisif; mais je n'en ai jamais vu travailler
fort et ferme , dans l'acception que nous donnons
chez nous à cette expression . Pour la persévérance ,
le soin et la patience , les Hollandais n'ont point
d'égaux ; mais l'adresse , la force et l'activité d'un
matelot ou d'un ouvrier anglais leur sont absolument
inconnues . Vous ne verrez jamais un Hollandais
entreprendre ce qu'exécutent journellement hos
portefaix ; vous ne les verrez pas non plus , à la
vérité , se livrer comme eux au repos durant une
partie de la journée . Les Hollandais ne portent jamais
de fardeaux : à Amsterdam , où les voitures sont
très embarrassantes , pour transporter un bobillon de
vingt pintes , on se sert d'un cheval et d'un traîneau.
La tranquillité des grands en Hollande est vrai
ment étonnante /on traverse des rangées de palais
sans rencontrer une voiture , ou même un domestique
. Les habitans de ces superbes édifices ne sont
( 79 )
1
pas toutes fois occupés moins sérieusement que ceux
dont l'agitation fait beaucoup de tapage ; la diffè .
rence consiste en ce que les premiers se contentent
des jouissances qu'ils peuvent se procurer sans se
donner le mouvement des autres. Ils attendent paisiblement
la fin de l'année qui doit augmenter leurs
richesses , ou au moins la masse de leur argent . Is
savent que chaque jour le produit de l'intérêt accroît
leur principal , et ils laissent couler le tems , dont
le cours fixe exclusivement leur attention , parce que
c'est lui seul qui augmente leurs trésors. L'amour de
l'argent , pour le posséder sans en jouir , est la passion
dominante de tous les Hollandais sans exception
, quels que puissent être à d'autres égards leurs
dispositions et leur caractere : depuis l'enfance jus-;
qu'à la caducité , cette passion est chez eux ardente ,
enracinée , indestructible et universelle .
-
La
-Les terres du duché de Clèves ne sont pas trèsmal
cultivées. Je n'ai jamais , à la vérité, apperçu entre
la culture des pays absolus et celle des pays libres , une
différence marquante qui ne m'aurait pas échappée .
La terre y produit autant qu'ailleurs ; mais l'air hâve
et misérable des habitans atteste qu'ils ne disposent
que d'une faible partie de ses productions .
duchesse de Saxe -Teschen , ci-devant gouvernante
de la Belgique , venait de quitter le château de Poppelsdorff
près de Cologne , où elle s'était retirée
lorsque les Français s'étaient approchés de Bruxelle .
On nous montra ses appartemens . Dans la premiere
piece nous vîmes de petits morceaux de bois peint
répandus sur une table . La réunion de ces fragmens
formait une croix. On nous dit que l'assemblage ,
( 80 )
difficile à retrouver , servait à la princesse d'exercice
pieux et de passe-tems. Le rang et la fortune auraient-
ils donc assez peu d'influence sur le bonheur,
pour que ceux qui les possedent soient réduits à de
si tristes moyens de rendre leur vie supportable ?
Le Goodsberg , district voisin de Cologne , fournit
un sujet de roman ou de drame que nous devons
présenter à nos lecteurs.....Les trois plus hautes des
sept montagnes qui contribuent à enrichir la perspective
de Goodsberg , sont conuues sous les noms
de Drakenfels , Wolkenbourg et Lowenbourg ; chacune
était jadis couronnée par un château , et les
ruines de deux de ces forteresses sont encore visibles ..
On raconte à leur sujet une histoire . Trois freres
ayant formé le projet d'être la souche de trois différentes
familles , se servirent de l'expédient alors en
usage . Chacun des trois construisit une forteresse ,
d'où il faisait des excursions pour rançonner les
habitans de la plaine , et s'approprier , par le droit
du plus fort , le fruit de leur industrie . Les sommets
de Drakenfels , Wolkenbourg et Lowenbourg , où l'on
ne parvient aujourd'hui qu'avec beaucoup de peine
et de fatigue , étaient inaccessibles lorsqu'ils avaient
pour défense un château fortifié . Au moyen des brigandages
que les maîtres des trois châteaux appel
laient des succès à la guerre , ils devinrent les personles
plus opulens et les plus distingués de l'Em- nages
pire.
Ils avaient une soeur nommée Adelaide , célebre
par sa beauté , qui dépendait d'eux depuis la mort
de leur pere . Un jeune chevalier , nommé Roland , '
dont le château était situé sur le bord opposé du'
Rhin .
( 81 )
·
Rhin , lui fit la cour et parvint à s'en faire aimer.
Soit que les frères se fussent flattés de trouver pour
leur soeur un parti plus brillant , ou qu'il y eût entre
eux et Roland quelque vieille inimitié de famille
ils résolurent de ne point lui donner Adelaide , mais
d'éviter aussi ' offensante dureté d'un refus formel .
Ils exigerent de lui qu'il allât servir un certain nombre
d'années dans les guerres de la Palestine , et promirent
d'accueillir sa demande à son retour .
Roland prit congé d'Adelaide , et partit pour la
guerre , où sa valeur lui acquit bientôt de la célébrité
. Adelaide resta dans le château de Drakenfels,
où , constamment occupée de son amant ,
elle attendait
son retour avec impatience ; mais ses freres
avaient résolu d'anéantir son espoir. Un de leurs
vassaux , déguisé en pélerin , vint au château déclarer
qu'il arrivait de la Terre- Sainte , et que le jeune
Roland , dont il avait reçu les derniers soupirs ,
l'avait chargé d'assurer Adelaide qu'il lui était resté
fidele jusqu'à la mort.
༄་ ་ ་ 、,
Trompée par cette supercherie , l'infortunée Adelaïde
résolut de passer sa vie à gémir sur la perte de
Roland. Elle refusa tous les partis qui se présenterent
, et ne voulut plus souffrir d'autre société que
celle de quelques religieuses d'un couvent voisin de
sa résidence . Enfin , le silence de la solitude devenint
nécessaire à la situation de son ame , elle Vou
lut prendre le voile et fonder un couvent . Ses freres
encouragerent fortement un projet qui devait mettre
entre elle et son amant une barriere éternelle . Elle
fit choix d'une isle du Rhin , entre le château de son
fiere et celui de Roland , qu'elle pouvait contemples
Tome XXVII.
761
F
•
( 82 )
alternativement des fenêtres de son monastere. Elle
y passa quelques années , occupée des devoirs de
son état qu'elle remplissait d'une maniere exemplaire
.
Roland revint, et les deux amans découvrirent la
cruelle tromperie qui les séparait pour toujours .
Adelaide resta dans son couvent et succomba bientôt
à sa douleur. Roland imita sa fidélité ; et se vouant
comme elle à la solitude , bâtit , à l'extrémité de son
domaine , un château d'où l'on voyait l'isle du Rhin !
il y languit le reste de sa vie , en nourrissant ses
regrets et sa mélancolie de la triste vue des murs
du couvent où gissait les restes de sa fidelle
amante .
Dans la vallée d'Andernach , entre Cologne et
Coblentz , les angles saillans d'un bord du Rhin rẻ-
pondent en général si exactement aux angles rentrans
de l'autre , qu'ils semblent justifier l'opinion
de ceux qui attribuent leur séparation à un déchi
rement occasionné par un tremblement de terre
où les eaux se sont précipitées et ont formé la
riviere.
On sait aujourd'hui combien Buffon s'est égaré ,
en généralisant le fait particulier des angles correspondans
.
-
1 20%
J.
Ce n'est ni aux agrémens , ni aux ressources
de Coblentz , qu'il faut attribuer le long séjour que
les princes émigrés et la noblesse française ont fait
dans cette ville ' ; mais à l'honorable et généreuse
hospitalité de l'électeur , et à la commodité de la
situation pour recevoir des nouvelles de France , et
entretenir avec les autres pays des relations. L'élec
i.
:
( 83 )
teut tint une cour en faveur de la noblesse française
, et lui continua , par considération , le spectacle
d'une partie du cérémonial dont elle avait
l'habitude . Les Français obtenaient aussi facilement
de l'argent sur des propriétés ou des emplois en France
; ceux qui n'en avaient point apporté , en trouverent
sans peine , et cette ressource encouragea
malheureusement ceux qui en avaient , à conți iuer
leurs dépenses ordinaires . Nous savons d'une maniere
certaine , qu'au commencement de la marche
sur Longwy , on en sollicita d'accepter de l'argent
à quatre pour cent , et que de très - fortes sommes
furent refusées .
ནཆེན། སྙ
Oneforma ici et dans les environs 60 à 70 escadrons
de cavalerie , composée principalement de
ceux qui avaient occupé un rang dans le militaire ;
chaque cavalier se montat et s'équipait à ses dépens
. Nous entendîmes souvent des membres de
cette petite armée parler avec confiance de leur
prochaine arrivée à Paris ; mais les individus qui
débitaient ces anecdotes sont dans l'infortune ,
nous ne pouvons plus nous permettre de les répéter.
I
et
La premiere ville de poste après Coblentz est
Montabaur. Son aspect n'est pas moins sombre
que celui de plusieurs autres endroits , dont nous
avons précédemment donné la description ; et nous
ne pourrions que nous répéter sans cesse , si nous
voulions peindre avec exactitude la misere et la
malpropreté , qui caractérisent en général les villes
d'Allemagne ; nous n'aurions pas même présenté zi
souvent ce repoussant tableau , si la négligence des
1
F 2
( 84 )
autres écrivains à cet égard ne nous avait pas désagréablement
trompé , en nous faisant concevoir des
idées proportionnées à la fausse importance de plusieurs
villes célebres , et cependant très- misérables .
En contemplant les ruines qui environnaient
Mayence , après les sièges de 1792 et 1793 , où la
violence à détruit , en un instant , l'industrie et les
t:avaux d'un grand nombre d'années , un Anglais
doit naturellement penser avec plaisir à la sécurité
que son pays tient de la nature , et se féliciter , en
réfléchissant , que quand même sa nation aurait l'imprudence
de rejetter la sage politique qui devrait la
faire renoncer à tout intérêt sur le continent ( ce
n'est pas celle de M. Pitt ) , à l'exception de ceux
du commerce qu'on peut protéger avec une mariné ,
sa patrie sera toujours à l'abri des invasions , et que
si les énormes frais de la guerre y répandent la pauvreté
, elle n'aura pas du moins à supporter les horreurs
et les dévastations des pays qui en sont le
sanglant théâtre.
Le premier volume de ce voyage est terminé par
le journal des opérations militaires , dont Mayence
fut le théâtre en 1792 et 1793. On trouve à la suitę
une réflexion que nous devons rappeller , et qui ,
étant toute à la louange des Prussiens , doit rejaillir
cependant sur les Français , Voltaire , d'Argens ,
Maupertuis , etc. , dont le séjour à Berlin a contribué
à polir se peuple guerrier.
Les habitans de
Mayence sont asservis à loger la garnison. Par- tout
où il y a des officiers , leurs noms sont écrits avec
de la craie sur la porte , et il est défendu de l'effa
cer , parce qu'il faut que leurs soldats sachent où
( 85 )
les trouver. Une famille que nous visitâmes logeait
quatre officiers et leurs domestiques ; mais il faut
convenir que les officiers , loin d'aggraver cette incommodité
par une conduite irréguliere , étaient
d'une politesse et d'une attention dont on ne saurait
trop faire l'éloge . Jamais , à la verité , nous n'avons
vu des officiers prussiens se comporter autrement
; et nous n'hésitons pas à certifier qu'ils sont
aussi supérieurs à ceux des Autrichiens par l'amabilité
et l'éducation , qu'ils ont la réputation de l'être
par les talens militaires .
( La suite au prochain numéro. )
ÉCONOMIE RURALE.
École d'agriculture pratique , suivant les principes de
M. SARGEY de SUTIERES , par M. de G.... , revue par F....
agriculteur à Geneve . Un volume in- 12 de 307 pages.
Prix , 30 sols , et 40 sols par la poste. 1796.
QuUE dire d'une école pratique d'agriculture publiée
en 1796 , dans laquelle on lit plusieurs pages contre
les étuves des grains , et contre les prairies artificielles
? ... dans laquelle il est encore prescrit de
laisser des jacheres ? ... dans laquelle on parle toujours
des acides de l'air , de la graisse des terres , des
terres latteuses , etc . ? ... dans laquelle enfin il n'est
fait aucune mention de la méthode de planter le
bled ; procédé qui est le complément de la bonne
agriculture du comté de Norfolk , et dont les essais
faits aux environs de Paris , ont parfaitement réussi ?
F 3
( 86 )
4
Ce ne sont, dira - t- on , que les méthodes mises en
pratique par M. de Sutieres , il y a 30 ans , que l'on
redonne au public . Nous le demandons à tous les
cultivateurs , est - il nécessaire de leur rappeller qu'il
faut donner quatre labours aux terres , avant que de
les semer ; former avec la charrue des planches bombées
, au lieu de sillons multipliés ; établir des sang ·
sues , ou des puisards dans les terreins humides ?
chauler les semences ; ne mettre que la quantité
d'engrais qui suffit à chaque terrein ; ne confier à
chaque nature de terre que l'espece et la quantité
de grains qu'elle peut porter ; enfin , enterrer ces
grains avec la herse , et non avec la charrue ? Tels
sontmesprincipes en général, dit M. de Sutieres , pag. 262 .
Veut- on faire rétrograder de 30 ans notre agriculture
? La chose n'est heureusement pas possible ;
car, comme l'a dit avec tant de vérité un des auteurs
de ce journal , la fin de ce siecle marche à grands
pas vers le mieux , et l'Europe avance continuellement
vers les principes .
Voilà la part faite pour les critiques donnons
quelque chose à l'encouragement. On trouve à la
page 102 les observations du célebre minéralogiste
Wallerius , snr l'art d'avancer la vertu multiplicative des
semences ; morceau plein de vues saines et conformes
à la véritable physiologie végétale . Le chap . Ier. présente
un moyen de reconnaître les différentes natures
des terres , par l'inspection des plantes qui y
croissent spontanément. Ce moyen peut suffire pour
P'usage de la plupart des cultivateurs . Mais nous devons
dire pour la consolation des Français qui desirent
la prospérité de leur pays , que plusieurs cul-
1
( 8 % )
tivateurs sont en état aujourd'hui de déterminer ces
différences , par des moyens moins méchaniques , et
quelques-uns même par des procédés chymiques .
+1)
19 A
La charrue de Brie y est gravée , décrite , et recommandée
avec chaleur. On y voit proposé un des
plus sûrs moyens d'éviter les maladies des bestiaux ;
c'est d'isoler ses moutons ses boeufs , ses chevaux
et d'éviter sur-tout dans les routes et les foires l'ap,
proche du bétail étranger. M. de Sutieres donne de
bons préceptes sur la construction et la propreté des
granges , sur la destruction des charansons . On ne
peut être en géneral de son avis sur la préférence
à donner , pour le labourage , aux chevaux sur les
boeufs . Point de regle générale sur cet objet , qui
est subordonné aux localités ..... Et la bêche , si utile
pour labourer , quand on a assez de bras pour pouvoir
s'en servir ..... croirait- on qu'il n'en dit rien !
༈ *
སར
ر د
Ce recueil est terminé par l'indication d'une graine
dont la farine fournirait une excellente poudre à
poudrer ; à laquelle on ne trouverait pas l'onctuosité
reprochée aux farines du marron d'Inde , de la feve
blanche , du bled de Turquie , etc. Cette graine est
la nielle nigella ) qui empoisonne les terres à bled.
Un arpent semé avec cette graine produirait autant
de farine que trois arpens de bled . On retirerait
de cette culture deux avantages ; le premier , de
faire de la poudre supérieure en qualité ; et le
second , de manger le bled qu'on emploie à faire
de la poudre . "
,,
3 7
#
F 4
( S$ )
MORALE..
ZELINCA et les Prétendans de Benarès.
CONTE INDIEN.
7
ZELINCA avait quinze ans . Son pere avait compris
qu'à Benarès sur- tout , il n'est pas bon qu'à cet åge ,
jeune fille soit long - tems sans mari . Zélinca était
belle , et il avait senti bien davantage cette vérité . Un
jour qu'il l'avait trouvée plus rêveuse et plus solitire
, il jugea qu'il était tems de lui expliquer le
dessein où il était de lui donner un époux . A cette
proposition , Zélinca rougit d'abord ; puis elle dit :
Ah ! mon pere , je suis si heureuse avec vous ! que
manque - t-il à mon bonheur ? Laissez - m'en jouir avec
délices ; votre Zélinca n'a rien de plus à desirer .
Son pere avait de l'expérience ; il savait très - bien
qu'à Benarès comme ailleus , le non d'une jeune fille.
qui rougit , se traduit toujours par oui . Je sais apprécier
, lui dit - il avec tendresse , tous les sentimens
de ton coeur ; mais ce coeur ne doit pas parler toujours
pour ton pere. Quand il parlera pour un autre ,
Zélinca , je ne veux pas être le dernier à l'entendre.
Choisis toi -même ton époux ; car c'est pour toi que
tu formes un si charmant lien . Quel que soit l'objet
de ton choix , sois sure de mon approbation ; la
sensible et vertueuse Zélinca ne saurait mal placer
ses affections . Les peres en agissaient ainsi à Benarès ,
et l'on assure que les mariages en étaient plus heureux .
Le pere fit annoncer , dans les petites affiches de
( 89 )
Benares , le projet où il était de marier sa fille selon
son coeur, Le pere était riche , et la fille était belle ;
on peut juger du nombre des prétendans . Le premier
qui se présenta , était le grand Abdeïmul ; son maintien
était grave comme son costume , et l'on voyait
à ses traits , que huit lustres au moins avaient déja
passé sur sa tête . Belle Zélinca , dit -il , mon nom
est assez fameux dans toutes les contrées de l'Inde ;
les livres de Confutzée et de Zoroastre me sont connus
; j'ai commenté le Védam , l'Ezourvedan et le
Bagadgéta. Je possede la langue sacrée ; tous les
mysteres de la nature m'ont été révélés , et je suis
de toutes les académies de l'Orient. Aucun
sage
l'Inde ne peut me le disputer ; vous serez environnée
de l'éclat de ma gloire , et en vous voyant , chacun
dira : c'est la femme du célebre Abdeïmul.
de
Zélinca lui répondit modestement : Vous êtes , je
le sais , le plus grand bramire de l'Inde ; je respecte
fort les livres saints , la langue sacrée et les
académies ; mais tant et de si sublimes connaissances
sont au-dessus de mon esprit. J'ai grand'peur que
de tant de secrets que vous possédez , vous en ayez
négligé un auquel j'attache quelque prix ; et je crains,
excusezma franchise , que vous aimiez trop la renommée
pour aimerjamais assez votre femme... Le grand
Abdeïmul fut congédié avec tous les égards et la
politesse en usage à Benarès ; et il alla faire un livre ,
où il tâcha de prouver que Zélinca était une petite
begueule , laide et sotte ; et son pere , un ennemi
des sciences , et sur- tout de la religion .
Un autre vint c'était le plus riche marchand de
Benares. Sa parure était fastueuse , mais sans goût ;
A
: ( go )
*
les plus beaux diamans étincelaient à ses doigts , et
sa ceinture était moins ornée que surchargée d'une
riple guirlande des perles les plus fines de l'Orient .
Malgré le ton confiant que donne la richesse , on
voyait à son abord qu'il déguisait mal la rudesse et
น
grossiereté de ses manieres. Je n'aurai point re-
'cours , dit- il à Zélinca , à tous les beaux compliment
d'usage ; je pourrais vous comparer aux étoiles , à là
lune et au firmament , comme disent nos petits poëtes
de Benarès ; mais má harangue sera courte . Je m'appelle
Aboulmedor ( ce qui veut dire le Riche ) ; mes
vaisseaux couvrent les mers ; j'ai dix factoreries dans
les différens comptoirs de l'Inde ; je mets à vos pieds
vingt millions de roupies . On sent bien qu'il n'oublia
ni son cuisinier , ni son hôtel , ni ses chevaux
ni sa loge à l'Opéra .
Zélinca répondit toujours avec la même modestie :
Japprécie , comme je le dois , vos offres superbes ;
mais tant de richesses ne sauraient m'éblouir ; si dans
la balancé de nos communes destinées , vous aviez à
choisir entre votre or et le bonheur de Zélinca , je
tremblerais à chaque instant de vous mettre à une
aussi dangereuse épreuve ..... Aboulmédor sortit
avec humeur , er il alla payer un gazettier qui ht
paraître le lendemain , dans le Courier de Benares , un
paragraphe sanglant contre Zélinca et son pere .
2
Un autre vint il était suivi d'un cortège nom-
Breux et d'une foule d'esclaves . C'était le premier
ministre du Zamorín ou de l'empereur de l'Indostan .
Céleste Zélinca , dit il , l'éclat de vos charmes s'est
répandu dans Benarès et l'Indostan , et votre pere
' est pas moins estimé par ses vertus que par sa for
( 91 )
1
tune . Je viens vous offrir le second rang de l'empire ;
vous seriez digne du premier. Je me flatte qu'en
partageant les dignités et les honneurs dont je suis
revêtu , vous serez sensible à une offre et à un sort
qu'envieront vos rivales . Venez jouir de leur humiliation
, de votre triomphe , ainsi que de ma grandeur.
1
Zélinca répondit , avec encore plus de modestie
mais toujours avec la même franchise : Seigneur , je
devrais m'enorgueillir d'avoir attiré vos regards et
fixé votre choix ; mais que ferais -je d'un rang qui
m'exposerait à la jalousie et à la haine de tant de
rivales . Si la fortune inconstante vous en faisait des
cendre unjour, qui pourrait me répondre que l'amour
de Zélinca vous consolât des regrets de l'ambition.
Elle ajouta encore beaucoup de ces jolies choses
dont une fille spirituelle , bien née , et belle , sait
colorer un refus ; mais ce refus n'en blessa pas moins
vivement la vanité du premier ministre ; et il allà
dénoncer au zamorin Zélinca et son père comme del
sujets suspects et mal intentionnés .
" W
Tous les incroyables de Benarès vinrent successivement
grossir la foule des prétendans . Ils parurent
dans un costume si ridicule , et s'exprimerent dans
un langage si nouveau , que Zélinca crut entendre le
gazouillement des colibris ; elle les prit pour des
convalescens qui commencent à reprendre l'usage
de la parole ; elle les plaignit , car elle avait le coeur
bon ; mais elle les congédia de la meilleure grace
du monde... En sortant , chacun d'eux disait : C'est incroyable;
et ils jurerent tous de ne jamais danser avec
Zélinca au bal rouge , ni au bal blanc de Benarès ,
1
( c )
Zelinca commençait à se lasser de tant de recherches
qui lui avaient paru plus importunes qu'agréables
; mais elle en avait tiré une grande leçon pour
son bonheur. Elles était plus résolue que jamais de
n'accorder sa main qu'à celui qui par ses agrémens ,
ses qualités et son amour , serait digne de toute
sa tendresse . Elle voulait aimer , mais en mêmetems
elle voulait être aimée . Qu'est ce que
Thymen sans cette réciprocité de sentimens et d'affections
? Elle en causait dans le jardin avec son pere
qui avait loué sa prudence et sa sagesse , lorsqu'on
vint leur annoncer qu'un jeune Indien les attendait
dans le sallon . Zélinca aurait bien voulu consulter
un instant son miroir sur l'arrangement de
sa toilette qu'elle avait un peu négligée ce jour- là .
Elle n'en eut pas le tems ; mais on se doute bien
qu'un peu de négligence ne faisait rien perdre à
l'éclat de ses charmes . A mesure qu'elle approchait ,
elle reconnut dans l'Indien un jeune homme qu'elle
avait rencontré plusieurs fois dans les promenades de
Benarès , et dont elle avait remarqué la physionomie
douce et expressive , la taille élégante et la parure
modeste .
Fidéïm , c'est ainsi que se nommait le jeune Indien ,
ne put contenir son trouble à la vue de Zélinca ; il
fut quelques instans sans pouvoir : proférer une pa-
Iole . Zélinca s'en apperçut , et déja elle lui tenait
compte de cet embarras . Le jeune Indien avait tout
dit pour elle , avant même d'avoir parlé . Cependant
Fidéïm , après s'être un peu rassuré : « Que puis - je
espérer de ma démarche , dit-il à Zélinca d'une voix
douce et tremblante ? Je n'ai à vous offrir ni la
( 93 )
célébrité , ni les richesses , ni l'éclat des grandeurs.
je ne sais qu'aime .; mais si pour plaire à Zélinca il
fallait acquérir célébrité , grandeur , richesse , Fidéia
saurait tout entreprendre pour mériter son coeur... »
Il ne put en dire davantage . Zélinca qui l'avait va
avec intérêt , ne l'avait pas entendu sans émotion
Elle ne répondit rien ; mais elle tourha vers son pere
des regards si expressifs . qu'ils semblaient lui dire :
Ne voyez - vous pas qu'il sait aimer ; faudra- t-il le
congédier. Le pere de Zélinca qui avait interprété le
silence de sa fille par ses regards , fit au jeune Indien
l'accueil le plus favorable , et lui accorda la permission
de revoir Zélinca . Fidéïm en usa comme un
amant passionné ; il ne pouvait se rassasier du plaisir
d'entretenir sa jeune amante , et chaque jour Zélinca
découvrait en lui de nouveaux droits à sà tendresse .
Le jour était pris pour serrer leur amour d'un lien
solemnel , lorsque le pere de Zélinca reçut du zamorin
l'ordre de paraître sur- le - champ à sa cour. Le grand
Aurengzeb regnait alors sur le Mogol et l'Indostan ;
c'était un prince sévere , mais juste. Le pere de Zélinca
se présente à lui avec confiance , Aurengzeb lui dit
Des plaintes grayes sont parvenues jusqu'à moi , je
me te parlerai, ni des gazettes ni des propos de courtisans
, je sais les apprécier ; mais le bramine Abde mul
t'accuse d'avoir méprisé le culte de Brama; et mon if
ministre, de conspirer contre ma puissance . Qu'as- tu à
répondre? August ezamorin , dit le vieillard, ta puissance
est grande dans l'Orient , mais ta justice égale
ta puissance . J'ai voulu marier ma fille selon son coeur.
Abdéïmul s'est présenté ; il n'a parlé que de sa
science ; ma fille l'a refusé , et il est sorti notre ennemi.
er
( 94 )
Aboulmedor s'est présenté ; il a parlé de ses richesses ;
ma fille les a dédaignées , et il est sorti notre ennemi.
Ton premier ministre s'est présenté , il a parlé de son
crédit et de son rang ; ma fille n'en a pas été touchée ,
et il est sorti notre ennemi . Le jeune Fidéïm s'est
présenté ; il a parlé de son amour , et il s'est fait
écouter. Voilà la vérité . Juges à présent si je suis un
impie et un conspirateur.
Aurengzeb satisfait de cette réponse , prit des reaseignemens
secrets qui en confirmerent l'exactitude .
Il manda de nouveau le pere de Zélinca , et lui dit :
Je te loue d'avoir dit la vérité ; mais je te loue davantage
d'avoir accompli le devoir d'un bon pere . Il ý
a long-tems que je soupçonnais les gazetiers de mensonge
; les prêtres , d'hypocrisie ; et les ministres, de
vengeance : tu viens de m'en donner la preuve . J'ai
besoin d'un homme sage pour m'éclairer de ses
conseils ; reste auprès de moi , tu es digne de ma
confiance .
Le pere de Zélinca se prosterna devant le zamorin,
et lui dit : Je te remercie de tes offres , je ne puis
les accepter. Pour savoir être pere , je n'ai eu besoin
que d'écouter la voix de la nature ; mais pour t'aider
à gouverner un empire , il faut des talens que la nature
seule ne donne pas . Le pere de Zélinca se retira
; il unit bientôt après sa fille à Fidéïm. Tous trois
vécurent obscurs et heureux ; et tout cela parut fort
extraordinaire à Benarès..
( 95 )
i
MÉLANGES.
Suite des Pensées et Réflexions morales d'HELVETICS.
SUR LES FEMME S.
La vertu d'une femme , quoi qu'en puissent dire de
petits philosophes , consiste dans le respect pour
soi-même , et l'amour de la chasteté . Sans doute l'incontinence
publique est l'excès de la corruption dans
une femme , mais ce n'est jamais un vice national.
Ce n'est jamais , dans l'état le plus corrompu , que
le petit et tres - petit nombre se veue à l'inconti
nence publique , à prendre ce mot dans le sens naturel
. La perte de la vertu précede toujours l'incontinence
publique , et n'en est pas toujours suivie.
Une fille qui a un amant, une femme même qui en
a un , sont encore loin d'être des femmes perdues
si elles n'ont d'autre guide que l'amour et la véritable
tendresse . La corruption des femmes consiste ,
à parler correctement, à n'avoir d'autre motif dans
leurs faiblesses que l'amour et la recherche du plai
sir , sans que le goût personnel y influe . Celle qui a
été entraînée par une foule de sentimens vers l'objet
de son amour , celle qui a aimé long- tems avant de
penser au but de l'amour , celle qui n'a cédé aux
desirs de son amant que parce que l'amour dominait
son ame avant d'agir sur ses sens ; elle peut ê
coupable , mais n'est point une femme perdue : elle
aura manqué aux lois de la société , mais elle n'a
point viole celles de la pudeur : elle est assurément
bien loin de l'incontinence publique.
être
Les bons législateurs n'exigent point une certaine
gravité de moeurs ; ils se bornent à établir par des lois
indirectes la pureté des moeurs ; et cela est plus aisé
qu'on ne croit. Avec cette gravité de moeurs la société
domestique est dure , impérieuse , tyrannique , et ce
n'est pas là le but d'une bonne législation , car ce
( 96 )
n'est pas le but de la nature. Que si l'on me demande
comment on établit la pureté des moeurs par
des lois indirectes , je réponds que c'est en favorisant
les mariages et le divorce , en rendant les successions
égales entre freres et soeurs , les charges non héréditaires
et surtout par l'institution nationale bien
éclairée .
SUR LES TRIBUNAUX DOMESTIQUES.
Combien chez les Romains il résultait d'inconvéniens
du tribunal domestique ! 1 ° . La moitié dugenie
humain était en quelque façon esclave : 2 ° . i arbitrale
était introduit , non- seulement dans la punition des
crimes , mais encore dans l'estimation : 3º . les enfans
étaient amenés par degrés à n'honorer que le
pere , parce qu'il avait seul une vraie autorité : 4º . les
femmes n'étaient plus regardées comme les com
pagnes de leurs maris ; et dès - lors on ôtait à la nature
un des plus puissans ressorts pour adoucir les moeurs
des hommes.
Je n'aime point à voir les lois , et moins encore
un tribunal domestique et arbitraire , décider de ce
qu'on se doit à soi-même. C'est l'éducation seule qui
doit nous en instruire . On ne doit être puni qu'au
tant que l'on
manque aux autres . Si l'on ne manque
qu'à soi , on sera puni par les suites nécessaires de
ses fautes .
TROUS
L'adultere soumis à une accusation publique est
le délire de la législation . Le mari ou la femme out
droit de se séparer en pareil cas , parce que la sépa--
ration est faite par l'adultere même. Mais à quoi servent
les punitions en ce genre ? Le crime est si difficile
à prouver , et quand il devient commun iléchappe
si aisément à la punition , il cesse si facilement d'etre
regardé comme un crime , et enfin ce crime est tellement
fait pour l'ombre et le silence , autant vaut ne
pas le rechercher. Il suffit de laisser la liberté du
divorce .
2
SUR L'ÉDUCATION PUBLIQUE .
L'éducation publique et commune est très - favorable
1
( 97 )
1
rable à la liberté . Si l'éducation particuliere s'introduisait
jamais dans une république , je tremblerais
pour sa liberté . Les peres sont timides , parce qu'ils
ont des enfans ; les enfans n'y apprendraient qu'à être
insolens , parce qu'ils seraient toujours entourés de
valets , c'est-à- dire d'esclaves passagers et mercenaires .
Insolens avec eux , ils seraient lâches avec leurs supérieurs
; c'est une conséquence infaillible .
SUR LES MEURS DANS LA MONARCHIE .
Dans une monarchie , presque personne n'est
bon citoyen ; car on n'y cherche généralement que
ses avantages , à l'exclusion des autres . La seule chose
à desires , c'est qu'on les connaisse bien , et qu'on
sache sur-tout qu'il ne faut pas les chercher à l'exclusion
des autres : c'est- là la source de tous les maux
politiques ; c'est au gouvernement à y veiller . Dans
l'état monarchique , comme dans le despotique , tout
tend , tout conspire à l'exclusif ; la faveur est le dieu
qu'on invoque . On n'y est rien qu'en s'approchant
du maître on est donc nécessairement mauvais citoyen.
Comme y serait- on homme de bien ?
POÉSIE.
ALEXIS . Secunde Églogue'de Virgile ; traduction du cit.
FIRMIN DIDOT.
CORIDON ORIDON adorait , sans espoir de retour ,
Eucharis , de son maître et 1 orgueil et l'amour :
Tous les jours ce berger des forêts les plus sombres
Allait chercher au loin les solitaires ombres ;
Là , sa plainte inutile attristait les déserts .
O cruelle Eucharis , tu dédaignes mes vers !
Tu veux donc que j'expire , objet trop inflexible !
Les troupeaux maintenant goûtent l'ombre paisiblė ;
Les buissons au lézard offrent un doux abri ;
Thestyle , aux moissonneurs brûlés par le midi ,
Tome XXVII.
"
G
( 98 )
ནས་ -
Prépare l'ail piquant , et la sauge odorante ;
Pour moi , bravant des cieux la chaleur dévorante ,
Je te cherche , Eucharis ; et de ses tristes sons
La cigale avec moi fatigue les buissons .
O que n'ai-je d'Isis supporté la colere ,
Et ses dédains altiers ! Que n'ai - je aimé Glycere !
Son front n'a pas du tien l'éclat et la fraîcheur ;
Mais dois-tu , belle enfant , compter sur ta blancheur !
La sombre violette avec soin est cueillie ,
Le blanc troëne meurt sar sa tige fletrie .
Tu dédaignes mes voeux ! mais sais - tu qui je suis !
Combien j'ai de troupeaux ! combien de lait exquis !
Mille brebis , d'Enna couvrant les pâturages ,
L'hiver comme l'été , m'offrent de doux laitages :
Je module ces airs qu'Amphion autrefois
Chantait , lorsque ses boeufs , rassemblés à sa voix ,
Gagnaient de l'Hélicon la cime solitaire : .
Enfin mes traits n'ont rien qui doive te déplaire ;
Un jour , les vents en paix laissaient dormir les flots ;
Je me suis contemplé dans le crystal des eaux ,
Et sur moi , si la mer nous peint bien notre image ,
Daphnis , même à tes yeux , n'aurait pas l'avantage.
Viens habiter nos champs , viens sous nos humbles toîts ;
Ensemble nous irons percer l'hôte des beis ,
Ou près de mes chevreaux , guidés par ta houlette ,
Chanter les airs que Pan chantait sur sa musette .
C'est Pan qui , le premier , sut joindre les roseaux ;
Il a soin des bergers , il a soin des troupeaux ;
Ne crains pas d'offenser ta bouche délicate ;
Pour apprendre ces airs que n'eût point fait Comate !
Je possede un hautbois où l'on voit sept tuyaux
Unis et disposés par degrés inégaux ;
Damatas me donna cette flûte champêtre ;
Il me dit en mourant , sois-en le second maître ;
Il le dit , et Gomate en fut jaloux envain .
J'ai trouvé , depuis peu , dans le fond d'un ravin
Deux chevreaux , marquetés de taches les plus belles ;
Chacun d'une brebis épuise les mamelles ;
Je te les garde ; Eglé les veut depuis long-tems ,
Et puisque ton orgueil rebute mes présens ,
Il faudra bien qu'Eglé les obtienne à ta place .
Viens , belle enfant , pour toi les nymphes avec grace
S'empressent d'apporter des corbeilles de lys ;
Viens ; pour toi , de sa main , la charmante Nais
( 99 )
Va cueillir les pavots , la pâ'e violette ,
Et a rose odorante , et l'humble campanette ,
Elle y joint la jonquille ; et variant ces fleurs ,
Mêle aux plus doux parfums les plus belles couleurs ;
Je veux cueillir le coin qu'un duvet doux argente ,
La chataigne sortant de sa robe piquante ;
Et j'ajoute à ce fruit , qu'aimait la belle Iris ,
La
prune , à qui tou choix doit donner plus de prix ;
Myrthe , joins au laurier tes fleurs et ton feuillage !
Vos parfums mariés nous plaisent davantage .
Corydon , tes présens sont vus avec mépris ;
Eh ! s'il faut des p : esens pour toucher Eucharis ,
Avant toi , vil pasteur , Iolas doit lui plaire .
Qu'ai-je fait , malheureux ! dans l'onde la plus claire ,
J'ai fait moi-même entrer les sangliers fangeux ,
Et j'ai livré mes fleurs à l'Autan orageux .
Pourquoi me fair ! Pâris se plut dans les prairies ;
Laissons Pallas aimer les tours qu'elle a bâties ;
Pour nous , aimons les bois ; ils ont su plaire aux dieux .
Le lion sur le loup s'élance furienx ;
Le loup cherche l'agneau ; l'agneau , la marjolaine ;
Moi je te suis ; chacun cede au goût qui l'entraîne .
Vois le soc renversé pendre au joug de ces boeufs ;
L'ombre croît , le jour fuit ; et rien n'éteint mes feux
Ah ! l'Amour sous ses lois permet-il qu'on respite .
Corydon , Corydon , vois quel est ton délire !
Ta vigne attend tes soins pour s'unir aux ormeaux ;
Va , te livranenfin à d'utiles travaux ,
Aux jonas entrelacés joindre l'osier flexible ;
Va ; quelqu'autre Eucharis sera moins insensible.
OBSERVATIONS.
:
Le cit . Firmin Didot nous a permis d'insérer , dans
notre journal , la piece qu'on vient de lire , quoiqu'elle
soit encore sur le métier. Décidé comme il
paraît l'être , à donner en français la traduction de
tous les poëtes bucoliques anciens , il a besoin , dans
le cours de ce long travail , des encouragemens et
des conseils du public . Nos lecteurs nous sauront
gré , sans doute , de leur faire connaître tous les morceaux
que ce jeune traducteur , si intéressant et
comme artiste et comme homme de lettres , vo da
tien laisser échapper de son porte feuille . LES DOLS
G %
( 100 )
:
vers sont assez rares ; et ceux qui promettent de
devenir meilleurs de jour en jour , ont un doubie
intérêt pour les vrais amateurs . On aime à suivre les
progrès d'un bon écrit , comme ceux d'un jeune
homme qui donne de grandes espérances On se plaît
à voir dans quelle progression et par quels moyens
la nature et l'art perfectionnent leurs ouvrages ; et
les méthodes qui peuvent diriger véritablement le
tilent gagnent peut-être beaucoup plus à ce genre ,
de considérations expérimentales , qu'aux réflexions
purement théoriques les plus profondes ou les plus
fines .
Nos lecteurs ont dû remarquer , dans la piece du
cit . Didot , une grande fidélité de traduction , et cette
précision de phrase et de vers qui fait elle - même
partie de la fidélité . Il lui arrive souvent de rendre
le mot par le mot , le vers par le vers ; et quoique
les spondaïques latins aient plusieurs syllabes de
plus que les alexandrins français ; quoique sur- tout
ces spondaïques soient des vers de Virgile , le plus
précis de tous les poëtes . c'est-à - dire , celui qui a
resserré le plus d'impressions dans le moins de mots .
l'églogue française n'a gueres que douze vers de plus
que l'églogue latine ; et rien cependant n'est omis ,
rien n'est tronqué . On a dû voir aussi que la maniere
du cit . Didot est simple et naturelle , ou plutôt qu'il
n'a point de maniere du tout ; ce qui sûrement est
beaucoup plus difficile en français que dans aucune
autre langue , soit à cause du dédain avec lequel il
repousse les choses communes , soit à cause du goût
un peu blâsé de notre public , qui voudrait sans
cesse être réveillé par des traits piquans .
Il nous semble même que le cit. Didot pousse
jusqu'à l'excès , cet amour de la simplicité qu'il a
puisé dans l'étude des anciens . Son stile est en gẻ-
néral correct et pur ; mais il est quelquefois trop
dépourvu d'ornement. Il faut que la richesse soit
naturelle ; mais il faut aussi que la simplicité soitriche
; et la poésie doit tout embellir comme tout
aniner.
Nous croyons encore devoir observer au cit. Didot,
( 101 )
que s'il a toujours bien rendu le sens de son original
, il n'en a peut- être pas toujours reproduit le
mouvement. Le mouvement est à la poésie , ce
qu'est la démarche à la beauté . Et vera incessu patuit
dea. Notre Delille , si bon juge en ce genre , en a
déja fait l'observation . Un ouvrage ne doit pas venir
morceau à morceau ; il doit être conçu dans l'ensemble
et fondu d'un seul jet . Alors le mouvement
en est toujours vrai , la marche en est pour ainsi
dire vivante chaque partie a la couleur qui lui
convient , et chaque ornement est naturel , parce
qu'il est à sa place . Quand on traduit , il faut vouloir
composer ; il faut concevoir et penser comme
son auteur , afin de pouvoir écrire d'une maniere
qui le rappelle . Ainsi donc traduire vers à vers , ou
même paragraphe à paragraphe , ne serait pas une
bonne méthode : on rendrait les pensées et les
images ; mais le lien secret qui les unit , qui leur
prête une vie commune , pourrait manquer alors à
la traduction d'ailleurs la plus fidelle au lieu que
des inexactitudes de détail n'empêchent pas que
celles où le mouvement est bien conservé , ne fassent
sentir le caractere de l'original .
Le cit. Didot nous pardonnera cès remarques ,
dictées par l'intérêt le plus vrai pour les progrès
de son talent . Pour achever avec beaucoup de gloire
le grand ouvrage qu'il vient de commencer , il n'a
besoin que d'apprendre à se servir , de tous ses
moyens.
J
ENIGM E.
E fonds en larmes ,
It durcis sous les armés.
LOGOGRIPHE.
JE jette par- tout l'épouvante .
Qu'on me coupe la tête , hélas ! c'est encore pis .
La moitié de mon corps est un objet qui tente ;
L'autre augmente nos jours , et souvent nos soucis.
平成
G 3
( 102 )
ANNONCE S.
Primedi prochain 21 pluviôse an V. ( jeudi 9 février 1797 ,
v. s . ) , on mettra en vente , à Paris , rue des Poitevins ,
n ° . 18 , la 61. livraison de l'Encyclopédie méthodique ; elle
est composée :
De la 18. partie des planches d Histoire naturelle , contenant
cent planches des Insectes .
Du tome IV , 1ere . partie du dictionnaire de Botanique ;
par le cit . Lamarck .
Du tome VII , 2. partie de l'Histoire naturelle , Insectes.
Le prix de cette livraison est de 33 liv. brochée , et
31 liv. en feuilles .
Le port de chaque livraison est au compte des souscripteurs
.
Les Bataves , par Bitaubé , membre de l'institut national
de France et de l'académie des sciences et belles- lettres de .
Prusse. Un volume in-8 ° . Prix , 3 liv. 12 sous , et 4 liv.
10 sous franc de port. A Paris , chez Garnery , libraire ,
rue Serpente . L'an V. ( 1797.)
Nous reviendrons incessamment sur cette intéressante
production d'un homme de lettres connu avantageusement
par son poëme de Joseph et sa traduction d'Homere.
&
Mirano ou les Sauvages , histoire américaine , traduite de
l'anglais de Richardson , par Théodore - Pierre Bertin . Un
volume in- 18 . Prix , 20 sous , et 24 sous franc de port. A
Paris , chez l'auteur , rue de la Sonnerie , n ° . I ; et Pigoreau
, libraire , place Saint- Germain - l'Auxerrois .
De l'influence des Passions sur le bonheur des individus
et des nations ; par madame la baronne Staël de Holstein.
Seconde édition revue et corrigée. Deux volumes . Prix ,
2 liv. , et 3 liv. frauc de port par la poste. A Paris , chez
Dufart , imprimeur-libraire , rue des Noyers , 1º . 22 ; et
Desenne , libraire , au Palais -Egalité . An V. ( 1796. )
Constitution de la République Française de l'an III , avec
des notes instructives et les lois y relatives , ainsi que celles
qui concernent les assemblées primaires et électorales :
nouvelle édition très soignée . Prix , 1 liv . 10 sous , et
liv . franc de port par la poste . A Paris , chez Dufart ,
mprimeur-libraire , rue des Noyers , no , 22 .
103 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
BARBARIE..
De Tripoly , le 31 octobre ( 10 brumaire ) .
LE cit. Guys , agent de la République Française , a
eu une entrevue avec le pacha , qui , étant occupé à
visiter les chantiers de ses corsaires , l'invita à entrer:
dans sa felouque , où il le fit placer à côté de lui , et
lui fit l'accueil le plus affectueux. Une distinction
aussi nouvelle , sur-tout pour un agent non accrédité ,
prouve combien il honore la République Française ,
dont la gloire et les triomphes , tant millaires que
politiques , s'annoncent avec tant d'éclat dans toutes
les parties du monde .
Il paraît qu'en allié fidele , le gouvernement français
n'a rien négligé pour déterminer les puissances
barbaresques à suivre envers la République Batave ,
le même systême qu'elles ont eu le bon esprit d'adopter
envers la France ; et l'on ajoute que le cit.
Guys a parfaitement réussi à désabuser notre pacha
sur le compte de cette république , sur la situation
de laquelle les ministres étrangers avaient cherché à
l'égarer , jusqu'au point de lui faire révoquer en
doute l'authenticité de ses lettres.
Le même agent a obtenu un délai de quatre mois
à l'exécution de la résolution de courir sur les bâtimens
suédois ; mais ce prince a exigé en entier ler
chargement du bâtiment suédois qu'il avait relâché ;
en outre il demande 200 mille piastres d'Espagne, ou
100 mille et une frégate ou un brick chargé de mu
nitions navales , et 22 mille , tous les trois ans ; il en
demande autant au Danemarck.
Ce prince ayant égard au firman du grand- seigneur ,
G4
( 104. ).
dont le commandant d'un bâtiment prussien était ,
nanti , a cru devoir le relâcher , queiqu'il eût été déclaré
de bonne prise ; mais le capitaine a essuyé plus
d'une avanie.
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 25 janvier 1797.
On mande de Constantinople que l'ambassadeur
français , Aubeit Dubayet , a proposé une alliance
offensive et défensive avec la France. Cette proposition
, à laquelle doivent donner tant de poids , et
les succès de la nouvelle République , et les services
qu'elle a déja rendus à la Poite , et les circunstances
dans lesquelles se trouve cette puissance , circons
tances moins critiques sans doute que lorsque Catherines
vivait encore , mais toujours telles qu'elle ne
peut top multiplier des précautions pour sa défense ','
parce que les sentimens pacifiques qu'annonce maintenant
Paul Ier , peuvent changer , parce que d'ailleurslce
prince n'est pas immortel , et que les cabinets
politiques , dans les Etats monarchiques , n'ont
point de systeme fixe et constant ; parce qu'enfin
Autriches peakedoutable maintenant, sortie des embarrasideda
guerre qu'elle soutient , pourrait rendre
bientôt so voisinage dangereux cette proposition ,"
disons-nous , est maintenant soumise aux délibérations
du divan . Il est présumable qu'elle sera accueillie ,
eHelp seta même avec reconnaissance . En effet , l'alliance
doit être avantageuse aux deux peuples; mais il
nous semble qu'elle le serait plus particulierement aux
Furcs . Après la crise qu'a dû produire l'établissement
de son indépendance , la France , si imposante
par sa position par l'étendue et l'énergie de ses
moyens par le souvenir de ses triomphes , aura pen
à craindre d'être provoquée à la guerre ; et les
maximes de son gouvernement ne lui permettront pas
de la provoquer elle -même , tandis que la Turquie
y est sans cesse exposée , autant par la nature de son
( 105 )
gouvernement , et de celui des peuples qui l'entourent
, que par sa position géographique .
On a répandu dans l'Allemagne une déclaration
faite par M. de Wuckassovich aux directeurs du
cercle du Bas-Rhin , par ordre de l'empereur de
Russie.
" Quoique dans les circonstances actuelles , dit ce chargé
d'affaires russes , l'empereur , son auguste souverain , ne croie
pas devoir mettre à exécution une résolution de feue l'impératrice
, son auguste mere , cependant sa majesté impériale
ne sera pas, attachée avec moins de fidélité et de constance
aux alliances et engagemens que feue l'impératrice a contractés
à l'occasion de la guerre actuelle , et elle est fermément
résolué de les maintenir dans toute leur intégrité ;
ces considérations , de même que l'intérêt et la sollicitude"
que l'empereur n'a pu cesser de prendre pour la prospérité
et le bonheur du corps Germanique , peuvent seules
l'engager à exhorter les Etats et membres qui constituent
l'Empire , à réunir tous leurs efforts à ceux de S. M. l'empereur
, en remplissant envers le chef suprême de l'Empire
les devoirs que la constitution exige et prescrit , attendu ,
que c'est seulement de - là que dépendent le salut et la
prospérité de l'Empire..
Cette déclaration a donné lieu à beaucoup de
commentaires . On a cherché sur-tout à deviner quelle
pouvait être cette résolution de Catherine II , que
Paul Ier , ne croit pas devoir mettre à exécution , quoi-.
qu'il reste fidele aux engagemens contractés par sa
mere à l'occasion de la guerre actuelle . Deux autres
déclarations , dont à la vérité on ne connaît pas le
texte , mais dont on connaît la substance , paraissent
devoir fixer toutes les incertitudes : l'une est adressée
à la cour de Londres , l'autre à la cour de Vienne .
La premiere , dit- on , est d'un laconisme qui approche
de la sécheresse : cependant elle renferme la
promesse vague d'une flotte au printems prochain ,
promesse au reste dont un grand nombre de circonstances
pourraient excuser et même justifier l'inexécution
. Le monarque russe entre dans d'assez longs
détails avec la cour de Vienne . Il lui déclare qu'il a
trouvé son armée si délabrée , si mal organisée , qu'un
(.106. )
corps de 15 mille ou de 20 mille hommes tout au plus
serait le seul secours qu'il pourrait lui offrir ; mais
il ne se dissimule pas combien il serait disproportionné
aux besoins de la guerre . Quant aux subsides ,
l'épuisement , les embarras de ses finances sont tels.
qu'il se trouve dans l'obligation la plus impérieuse
d'user d'une sévere économie , et qu'avec la meilleure
volonté , il prévoit qu'il lui serait bien difficile , pour
ne pas dire impossible , de satisfaire aux engagemens ,
de sa mere.
D'après ces considérations , il croit devoir inviter
la cour de Vienne à revenir à des vues , à des sentimens
de paix , dont il sent le besoin pour lui-même
comme pour son allié . Il annonce que pour parvenir
à faire cesser le fléau de la guerre . il emploiera tous
les bons offices qui peuvent dépendre de lui ; et qu'en
conséquence il a déja écrit au roi de Prusse pour
l'engager à employer sa médiation entre le gouvernement
français et la cour de Vienne ; il ajoute que
la réponse qu'il attend de Berlin aura une influence
décisive sur le parti qu'il aura à prendre.
Les dernieres lettres de Pétersbourg renferment
les détails suivans :
Le feld - maréchal comte de Romanzow est mort à la
spite d'un coup d'apoplexie ; sa charge a été conférée au
comte Iwan Soltikow.
1.
Les peuples du Caucase , qui s'étaient soulevés contre
les Russes , viennent d'essuyer un échec considérable :
rassemblés au nombre de 10,000 hommes d'élite , sous la
conduite du Chan Moutai , ils s'avancerent contre un corps
de 5000 Russes , campé aux environs de Kuban , et qu'i's,
espéraient d'enlever avec d'autant plus de facilité , que la
grande armée russe était éloi née de plus de 50 lieues .
Le 30 septembre , tout le corps de Tartares attaqua, 300
chasseurs russes , postés dans un bois ; ceux- ci sontinrert
Je choc avec tant de fermeté , qu'un régiment d'infanterie
et le tems de tourner les Tartares ; alors la cavalerie éta t
également arrivée , il y eut un carnage horrible . Plus de
2000 Tartares , au nombre desquels furent le fils du Chan
et cinq autres chefs , demeurerent sur le champ de bataille .
Cette défaite a répandu une grande consternation parmi
( 107 )
les peuples du Caucase , et il est fort apparent qu'ils ne
chercheront plus à se mesurer avec les Russes .
1
La cour d'Espagne a fait déclarer aux villes de.
Hambourg , Brêmen et Lubeck , que si elles ne rompaient
point toutes les relations commerciales avec
l'Angleterre , non- seulement on s'emparerait de tous
les vaisseaux des villes anséatiques , mais que l'on
confisquerait aussi les effets de leurs négocians qui
se trouvent en Espagne , et que l'on évalue à une
valeur assez considérable . Nous ignorons encore
quelle résolution ces villes ont prise ou prendront.
Il paraît bien difficile de rompre les relations de commerce
avec l'Angleterre .
On apprend de Berlin que le 13 de ce mois , S. M.
la reine Elisabeth- Christine , née princesse de Brunswich
, veuve de Frédéric-le Grand , tante du roi
régnant , est décédée ici à l'âge de 82 ans. Cette princesse
s'était fait chérir par ses vertus et sa bienfaisance
. Avant- hier, la cour a pris le deuil pour six mois ,
à l'occasion de cet événement.
De Francfort-sur - le- Mein , le 28 Janvier.
Le chef de l'Empire a adressé aux électeurs une
circulaire , dans laquelle il se plaint de la conduite
inconstitutionnelle du roi de Prusse , qui , profitant
des progrès des Français en Allemagne , envahit sur
ses co-états une partie de leurs possessions . L'empereur
ne craint pas de représenter Frédéric- Guillaume
comme l'ennemi bien prononcé de la constitution
germanique . Il n'est pas probable que ces insinuations
hostiles produisent un grand effet , et
arrêtent la décadence de l'influence autrichienne dans
les affaires de l'Allemagne . Les électeurs ecclésiastiques
sont à-peu- près sans moyens ; presque toutes
les autres puissances , si elles ne sont pas ses ennemies
, ont du moins embrassé la neutralité . Il ne lui
reste que l'électeur palatin . Ce prince faible , que
l'âge et les voluptés ont énervé , est une créature de
la cour de Vienne , quoiqu'aucun prince d'Allemagne
( 108 )
A
n'ait autant d'intérêt que lui à voir la puissance de
cette cour réduite à des bornes étroites . On assure
qu'il a répondu à la circulaire impériale en protestant
de son attachemens à la constitution germanique ,
ainsi qu'aux volontés légales de son chef. On ajoute
qu'il a déclaré qu'il était prêt à fournir , pour la campagne
prochaine , l'argent et les troupes nécessaires.
pour soutenir la cause commune .
L'aigreur éclate de part et d'autre entre la cour de
Vienne et celle de Berlin ; on n'en est encore qu'aux
hostilités diplomatiques ; mais il paraît qu'on en a
banni les détours , les ménagemens qui en faisaient
autrefois une science très - compliquée et très- subtile . ::
Le langage du roi de Prusse n'est pas moins âpre que
celui de l'empereur. Il a déclaré dernierement qu'il
regarderait comme lui étant personnelle l'exécution
des menaces que le cabinet impérial a faites contre
ceux de ses co- états d'Allemagne qui avaient traité
séparément avec la République Française . Quel sera
le résultat de cette lutte ? On peut prévoir que la
grandeur de la maison d'Autriche aura le sort de
toutes les grandeurs humaines . Depuis le commencement
de ce siecle elle a toujours décliné . François
II , en s'obstinant a poursuivre la guerre , que son
pere a si follement entreprise , en précipite la ruine .
SUISSE. De Basle , le 19 janvier.
Le résultat de l'examen , par le petit conseil de Basle , de
l'affaire des trois officiers , a été qu'il est constant qu'un corps
d'Autrichiens s'est montré pendant la nuit du 10 au 11 frimaire
, sur le territoire de Basle ; et vu les contradictions sur
la conduite de ces officiers , on a décidé , à la pluralité d'une
voix , qu'ils sortiraient de prison , et qu'ils resteraient suspendus
de leurs fonctions militaires jusqu'à sentence défi-
Ritive.
Le petit conseil a ' chargé le conseil secret de lui donner ,
après en avoir délibéré avec les representans , un préavis sur
toutes les circonstances de la violation du territoire par les
Autrichiens . Ensuite le conseil secret présentera un autre
préavis sur l'opinion à concevoir de la conduite de ces offieiers
, et le jugement à prononcer.
( 109 )
1
D'après une dénonciation faite au gouvernement de Neufchâtel
, sur la conduite d'un capucin de Landeron , ce gouvernement
a adressé aux membres du clergé une exhortation
et l'ordre même de respecter dans les discours publics et
même particuliers , toutes les religions et tous les gouvernemens.
RÉPUBLIQUE BATAVE.
•
De la Haye , le 25 janvier.
Les opérations de la Convention nationale prennent cet
heureux caractere de sagesse et de modération qui doit lui
faire des ennemis de tous les partis extrêmes , mais qui lui
concilie l'estime et l'approbation de tous ceux qui , exempts
de haine et d'envie,, ne sont animés que de l'amour du bien
public . Elle a conservé le droit inaliélable du peuple de concourir
à la nomination des fonctionnaires publics. Mais ce
droit , il l'exercera par des électeurs de son choix . L'amalgame
des dettes qui étaient une conséquence du principe de
l'unité , a été décrété . Quelques anarchistes avaient voulu
provoquer l'établissement d'une assemblée qui aurait exercé
sur la Convention une espece de censure . Leurs mesures ont
été arrêtées . Une proclamation sagement et éloquemment
rédigée , a éclairé le peuple sur les dangers de cet établissement.
-
-
ITALIE . De Gênes , le 20 Janvier 1797. ·
Tandis que la cour de Rome , égarée par l'orgueil et le
fanatisme , adopte des mesures qui doivent être si fatales à
sa puissance temporelle , plus nécessaire qu'elle ne le pense
peut-être au maintien de sa puissance spirituelle , dont elle
affecte d'être si jalouse ; la cour de Naples , éclairée enfin
sur ses véritables intérêts , paraît avoir abandonné de bonne
foi les anciens erremens de sa politique , et être disposée
à en suivre d'absolument contraires . Elle se rapproche de
l'Espagne ; on dit même qu'elle doit envoyer des troupes
au camp de Saint- Roch ; nous ne garantissons point ce fait
mais ce dont nous sommes certains , c'est que les agens
,
de la République Française se louent des facilites qu'ils
éprouvent dans leurs communications avec la cour de Naples
, et de la franchise dont on use envers eux . Les Anglais
ont perdu leur. ascendant , leur influence , et ils en
ont été avertis de la maniere la plus frappante par la joie
( 116 )
que le peuple a manifestée à la nouvelle de la paix , et que
la cour a encouragée par son exemple .
La résolution que tout porte à croire que l'empereur a
prise , de faire une nouvelle campagne , a probablement ,
fait cesser les ménagemens que le gouvernement français ,
desirant sincerement la paix , avait conservés jusqu'alors
pour y parvenir plus sûrement. On assure , que le géral
Buonaparte a déclaré , au nom du Directoire exécutif , aux
Milanais , qu'ils seraient libres et indépendans. Les Milanais
font des préparatifs pou assurer cette révolution , en
joignant aux secours puissans qu'ils doivent attendre des
Français , tous leurs moyens et des forces étrangères . Il
ont accepté , dit- on , de concert avec les villes cispadanes ,
l'offre que leur a fait le Polonais Doubrousky d'un corps
de 15,000 hommes , qu'il s'est engagé de lever trois
mois , et qui sera composé de ceux ses compatriotes
qui ont été forcés d'émigrer. On ajoute que le canton d'Uri
doit leur fournir 2000 hommes . Les derniers succès des
armées françaises , succès dont l'éclat et la rapidité étonnent
l'imagination , dounent une grande consistance à ces arrangemens.
ANGLETERRE. De Londres , le 28 janvier.
Les deux chambres du parlement d'Irlande viennent de
voter une adresse au lord - lieutenant , pour qu'il indique un
jour où l'on puisse offrir à Dieu l'hommage de la reconnaissance
publique , à l'occasion de la derniere délivrance de
ce pays.
дне
Les dernieres nouvelles que nous avons reçues du Bengale
sont assez fâcheuses . Il paraît que les réglemens militaires
notre gouvernement y avait envoyés en dernier lieu , pour
calmer le mécontentement de nos troupes , n'ont pas produit
l'effet qu'on s'en était promis . Il faut que les choses y soient
dans une situation bien critique , pui qu'à la réception de
ces nouvelles , le marquis de Cornwallis a reçu l'ordre de
partir sur-le-champ pour l'Inde , en qualité de gouverneur
général du Bengale . M. Dundas , secrétaire d'Etat , chargé du
département de l'Inde , a ajouté dans la lettre qu'il lui écrivait
à ce sujet , qu'à son refus il serait obligé de partir luimême
pour le Bengale .
On écrit de Yarmouth , en date du 23 , que la mer du Nord
est infestée de corsaires qui ont fait un grand nombre de
prises , parmi lesquelles on croit qu'il y a trois bâtimens de
ce port.
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LÉGISLATIF.
.
Séances des deux Conseils , du 5 au 15 Pluviôse.
Les baux à longues années doivent - ils êt com
pris dans la classe des baux emphitéotiques ou des
baux simples ? Telle est la premiere question prẻ-
sentée dans la séance du 6 du conseil des Cinq - cents ,
par une commission spéciale . De sa décision dépend
la question de savoir , s'ils seront sujets à résiliation.
Le rapporteur propose de les déclarer baux simples.
Plasieurs membres s'opposant au projet , l'ajournement
en est prononcé.
On annonce un message du Directoire qui , avant
que d'être arrivé , cause par avance le plus grand
tumulte de joie , ce qui laisse présager la plus heureuse
nouvelle. En vain les huissiers crient silence ,
et font beaucoup de bruit pour l'obtenir ; en vain le
président invite au calme ; en vain il observe que
le message n'est pas encore sorti des Anciens , et
que le conseil peut , en attendant , s'occuper de
quelqu'objet à l'ordre du jour , rien n'arrête la gaîté
bruyante qui se manifeste des gestes et de la voix .
Enfin le message arrive ; le plus grand silence succede
au plus grand tumulte.
Un secrétaire lit :
Citoyens législateurs , le Directoire se hâte de
vous informer des succès prodigieux que vient d'obtenir
la brave armée d'Italie . Voici le dernier résultat
et la série des actions qui ont eu lieu , depuis le 23
nivôse jusqu'au 26 inclusivement contre l'ennemi
qui s'avançait pour opérer le débloquement de
Mantoue .
-
23,000 prisonniers autrichiens . ( Bravo ! bravo !
bis ! bis !) Le secrétaire reprend : 23,000 prisonniers
, parmi lesquels 3 généraux et tous les batail(
112 )
ر
lons des volontaires de Vienne . ( Nouveaux cris de
joie . ) 6000 ennemis tués ou blessés ; 60 pieces de
canon et 24 drapeaux enlevés , dont un brodé pour
la légion des volontaires , par sa majesté l'impératrice-
reine ; tous les bagages de l'armée saisis , avec
un régiment d'hussards qui était à la tête ; tous les
convois en grains et en boeufs que l'ennemi se proposait
de faire entrer dans Mantoue , lui ont été
également enlevés . D'après d'aussi heureuses nouvelles
, il y a tout lieu d'espérer que la prise de cette
importante forteresse bornera enfin les travaux de
l'invincible armée d'Italie et de son brave général . ››
( Les applaudissemens recommencent . )
On demande que le message soit lu une seconde
fois , ce qui a lieu ; et tous les citoyens présens à la
séance , tant législateurs qu'assistans , se levent par
un mouvement spontané , et redoublent les cris de
vive la République !
Le conseil , au milieu de ce concert vraiment patriotique
, déclare que l'armée d'Italie ne cesse de '
bien mériter de la patrie .
Jean Debry , après une vive sortie contre les détracteurs
de nos armées et de leurs généraux , et en
particulier contre les calomniateurs de Buonaparte ,
de ce héros dont les victoires sont l'unique réponse
aux impudentes déclamations de ses ennemis , demande
que les drapeaux plantés au milieu du camp
des ennemis , à la bataille d'Arcole , par les généraux
Buonaparte et Augereau , soient donnés à ces deux
chefs , comme un témoignage honorable et parlant
de leur courage et de leurs exploits .
Cette proposition est adoptée .
Après d'aussi agréables nouvelles , le président
déclare que la séance est levée .
Le Directoire invite , le 7 , le conseil , par un message
, à s'occuper des moyens de raviver les arts et le
commerce dans la commune de Lyon , et à lui rendre
son ancienne splendeur. Renvoyé à une commission .
Deux motions incidentes , l'une sur les maisons de
jeu , et l'autre sur les colonies , impriment au conseil
une grande agitation et occupent une grande partie
de
( 113 )
de la séance . Il est enfin décidé que le rapport sur le
premier objet sera fait décadi prochain par Pastoret ,
et que le conseil se formera le lendemain en comité
général , pour entendre la lecture des nouvelles pieces
sur les colonies , que Bourdon déclare contraires à
celles précédemment reçues .
On donne lecture , le 8 , de diverses pétitions particuliers
qui sont renvoyées à l'examen de commissions
spéciales .
Ozun
propose de fixer la maison nationale
de St.
Vincent
, à Metz , pour l'établissement
de l'école ?
centrale
du département
de la Moselle. Impression
et ajournement
. 18
La discussion s'ouvre sur le projet de Fermont ,
tendant à décharger les habitans des départemens de
l'Ouest , de leurs contributions arriérées .
Pelet ( de la Losere ) veut qu'il soit fait une distinction
entre les citoyens en état et ceux hors d'état
de payer.
Lecointre rappelle que ces contrées ont été ravagées
par les ordres du gouvernement , à plusieurs
époques ; que leurs habitans ont été dépouillés par
les requisitions multipliées de ses agens , qu'ainsi
ils ont payé leurs contributions plus exactement ,
plus rigoureusement qu'aucun autre département, II
ne pense pas qu'on puisse léser les propriétaires par
un impôt auquel ils ne peuvent satisfaire .
Duprat convient de tous ces faits . Mais il croit la
mesure inconstitutionnelle , en ce que les contributions
doivent être réparties également sur tous les
départemens . Il croit que les départemens de l'Ouest
ne méritent pas seuls cette faveur. Il demande que
le principe soit généralisé .
Goupilleau partage l'avis de Lecointre , et Camus
celui de Duprat.
Delaunay ( d'Angers ) dit que , si l'on exige des
propriétaires le paiement des contributions arriérées ,
ils ne pourront que répondre : prenez les maisons à
moitié démolies , car nous n'avons pas même de
quoi les faire reconstruire . Après quelques débats , le
projet de Fermont est adopté.
Tome XXVII. H
( 114 )
On se forme en comité général.
Dumas fait , le 6 , au conseil des Anciens à l'occasion
de la nouvelle victoire remportée par l'armée
d Italie , un discours dans lequel il expose que
ces nouvelles conquêtes doivent être un moyen
d'échange , et faire concevoir une juste espérance
que l'empereur ne sera plus si difficile sur les conditions
de la paix . Sans doute il avait compté sur
un dernier effort ; mais ses espérances sont détruites ,
et l'armée d'Italie en combattant ses troupes fraiches ,.
va le forcer à demander une paix qu'il n'a pas voulu
accepter.
La séance a été employée à renouveller la commission
des inspecteurs de la salle .
Picaut propose , le
le 7 , de rejetter la résolution
qui
déclare qu il n'y a point d'incompatiblité
entre les
fonctions
de juré de la haute-cour et d'autres fonctions.
Attendu que cette résolution
n'est pas nécessaire
, et que la haute cour a déja rendu un jugement
qui reconnaît
la compatibilité
de ses fonctions
avec d'autres ; qu'elle aurait le danger d'introduire
une loi nouvelle dans le cours d'une instance criminelle
qu'elle est incomplete
en ce qu'elle ne parle
pas des hauts jurés qui sont en même- tems commissaires
du Pouvoir exéutif. Ce qui supposerait
qu'ils
ne pourraient
exercer les fonctions
de haut juré . Le
conseil rejette la résolution .
Il reçoit et approuve celle qui porte que l'armée
d'Italie ne cesse de bien mériter de la patrie , ainsi
que celle qui accorde aux généraux Buonaparte et
Augereau , les drapeaux qu'ils ont portés à la tête
des troupes à Arcole .
Sur le rapport de Lacombe - Saint- Michel , il rejette
la résolution relative à la composition des conseils
de guerre , pour juger les officiers généraux , attendu
qu'en donnant au ministre de la guerre le droit de
ommer l'accusateur et le rapporteur de l'affaire ,
on le rend en quelque sorte juge et partie en mêmetems.
Gilbert - Desmolieres fait , le 9 , au conseil des .
( 115 )
Cinq - cents , la seconde lecture du projet de résolu
lution sur la contribution fonciere ...
༡
Delleville Les bruits les plus étranges et les plus
contradictoires circulent sur les opérations du Directoire
, concernant les radiations des listes d'émigrés .
ce qui doit faire desirer des renseignemens précis ;
je demande qu'il soit fait un nouveau message au
Directoire sur cet objet. Adoptée it
L'ordre du jour appellait la discussion sur le code
civil. Les deux articles suivans sont adoptés
L'enfant a pour pere celui que le mariage désigne
ou celui qui l'adopte.
La présomption de paternité résultant du mariage
cesse , lorsqu'il y a impossibilité physique que l'en
faat soit engendré du pere .
Ozun dé once , le 10 , les excès qui viennent d'être
commis à Toulouse , Peres les attribue aux royalistes
qui ont voulu se venger de ce que la munipalité
de Toulouse n'avait pas été cassée . Il assure qu'ils
tiennent des assemblées clandestines auxquelles ils
appellent des ouvriers qu'ils indemnisent de la perte
de leurs journées . Maille piétend au contraire que les
exclusifs appuyés par les officiers municipaux euxmêmes
sont les seuls auteurs des délits dénoncés et
des trames qui s'ourdissent dans la commune de
Toulouse . Une grande agitation se manifeste dans lę
conseil . On demande que Maille signe les faits qu'il a
déclarés . Plusieurs membres s'y opposent. Le débat se
termine , en convenant qu'il serait fait un message au
Directoire , pour lui demander compte des mesures
qu'il a prises pour rétablir la tranquillité à Toulouse ,
et que les faits exposés de part et d'autre lui seront
communiqués.
On reprend le 9 , au conseil des Andiens , la discussion
sur la résolution relative à deux points de
jurisprudence du tribunal de cassation . Apres avoir
entendu Lacoste qui l'a combattue . le conseil rejette
la résolution . Il approuve ensuite celle du 29 nivôse ,
interprétative de la loi du 9 frimaire dernier , relative
aux patentes.
L'ordre du jour appelle , le 10 , la discussion sur
H 2
( 116 )
la résolution relative aux successions . Le conseil ,
après avoir entendu plusieurs orateurs , prononce un
nouvel ajournement.
Les troubles survenus à Toulouse font également
naître une discussion assez vive. Dupont demandait
la censure du bureau , pour n'avoir fait part au conseil
, de la lettre du représentant Mazade , qu'au bout
de trois jours ; mais sa motion n'a pas eu de suite ,
et il a été seulement arrêté que des renseignemens
seraient demandés au Directoire .
La discussion sur les successions a ensuite continué.
Eschasseriaux l'aîné fait adopter , le 11 ,, par le,
conseil des Cinq -cents son projet de résolution sur
l'organisation de l'imprimerie nationale . Les dépenses
de cet établissement n'excéderont pas cent
mille livres pour l'an V.
Sur le rapport de Dumolard , le président de la
haute-cour de justice fixera l'indemnité à accorder
aux témoins , laquelle ne pourra être moindre de
3 liv. , ni plus forte que 8 liv .
Chapelain soumet à la discussion son projet concernant
le mode à suivre pour la liquidation des
rentes viageres et des usufruits dus aux émigrés et
acquis à la nation . Il propose de les faire liquider
d'après les bâses décrétées les rer. germinal et 23 floréal
an II , sans égard aux décrets postérieurs au 3
juin 1793. Ajournement
La question de la suspension du divorce occupe
une partie de la séance du 12. Bancal prononce un
discours peut-être moins propre à éclaircir la question
qu'à inspirer pour la moralité de l'auteur une vénération
profonde . Bancal ne veut aucune espece de
divorce.
Dumolard rétablissant l'état de la question pense
que la suspension du divorce ne serait , ni inconstitutionnelle
, ni dangereuse.goog
Pons ( de Verdun ) dit que suspendre l'application
d'une loi qu'on n'abroge pas , est un acte peu régulier
, peu réfléchi , et d'une funeste exemple. C'est
user avec imprudence du pouvoir législatif , si ce
( 117 )
n'est pas en excéder les limites , en dénaturant le
caractere.
Le président interrompt cette discussion en invitant
le conseil à entendre la lecture d'un message du
Directoire exécutif. Ce message est d'une grande importance
; on le trouvera ci -après ( art. PARIS . )
La discussion s'ouvre , le 13 , sur le projet de
Chassey , dont voici le texte :
10. Les arrérages des rentes et pensions , et les
intérêts de capitaux exigibles , dont les titres ont une
date antérieure au 1er juillet 1790 , échus à cette
époque et qui peuvent être encore dus , ainsi que
ceux échus depuis le 1er . vendémiaire , an IV , et
qui échoiront à l'avenir , pourront être exigés , dès
la publication de la présente , en numéraire métallique.
2º . Pareillement les arrérages des rentes et pensions
et les intérêts des capitaux exigibles , dont les titres
ont été créés dans l'intervalle du 1er juillet 1790 ,
et du 12 vendémiaire an IV , et qui ont été stipulés
payables en numéraire métallique dans les tems où
il a été permis de stipuler ainsi , échus depuis le 1er.
vendémiaire an IV , et qui échoiront à l'avenir , seront
acquittés en numéraire métallique.
3. Les rentes et autres prestations stipulées en
grains , denrées ou marchandises, continueront d'être
acquittés en nature , aux termes convenus entre les
parties.
4° . Le taux de l'intérêt et les retenues à faire seront
provisoirement réglés suivant que les contractans
l'auront stipulé dans l'acte , et , à défaut d'explication ,
selon les lois qui ont été suivies jusqu'à ce jour..
Duplantier rappelle que le ptincipal motif qui a
déterminé le conseil des Anciens à rejetter la premiere
résolution prise sur cet objet , c'est qu'on
s'était occupé des intérêts et arrérages , avant de
s'occuper des capitaux . Il retrouve le même vice dans
le projet actuel , et demande qu'il ne reparaisse
qu'avec des dispositions précises sur les capitaux dus,
avant de traiter des arrérages échus.
Favart s'y oppose : il fait sentir l'urgente nécessité
H 3
( 118 )
d'une loi sur les transactions , et il fait valoir les besoins
et la misere des rentiers .
Le conseil déclare qu'il y a urgence , et le projet
est mis aux voix article par article , et adopté.
Sur la demande de la commission des financés , le
conseil se forme en comité général.
Le conseil s'est formé , le 14 , en comité général
pour s'occuper des mandats. Il a été résolu que les
mandats cesseront d'avoir cours forcé entre particuliers
.
La discussion est reprise , le 11 , au conseil des
Anciens , sur la résolution concernant les successions.
Goupil a fait un long discours qu'il a terminé en
votant contre la résolution . Le conseil ordonne un
nouvel ajournement .
11Il approuve , le 10 , celle relative à la taxe des témoins
appellés devant la haute- cour.
La discussion s'ouvre , le 13 , sur la résolution concernant
Torganisation de la gendarmerie .
Lacombe Saint - Michel parle contre cette résolution.
Depuis long- tems , dit- il , on n'a fait que des
organisations provisoires . Il est tems d'en faire ure
bonne et derniere . On ajourne la discussion , pour
reprendre celle sur les successions , qui n'est pas ellemême
terminée .
Sur le rapport de Dumolard , il a été arrêté , le 15 ,:
au conseil des Cinq- cents , que les condamnés par
les tribunaux révolutionnaires , dont les jugemens
nont pas été exécutés , pourront se pourvoir au tribunal
de cassation .
La discussion s'engage sur la question de savoir si
les postes et messageries seront affermées ou mises
en régie.
Bion , organe de la commission , dit qu'elle persiste
à croire que la régie intéressée est le projet le
plus utile à la République . Rien de décidé .
Le reste de la séance est employée à la lecture des
pieces relatives à la conspiration .
Le conseil des Anciens a approuvé , 1º . la résolution
qui rapporte l'art . XXX de la loi du 19 vendé
.
( 119 )
miaire an IV , 9. celle concernant les rentes entre
particuliers qui procedent de contrats antérieurs à
l'émission du papier-monnaie.
PARIS. Nonidi 19 Pluviose , l'an 5. de la République.
Deux événemens occupent l'attention publique , et produisent
des impressions diverses , selon la diversité des intérêts
et des passions qui agitent toujours les esprits dans des
tems de révolution .
Le premier n'est qu'un fait particulier , mais s'il est vrai
dans tous ses détails , ce fait particulier se lie à des considérations
d'intérêt public. Celui qui le premier a donné connaissance
au public de ce fait , est le cit . Fiévée , rédacteur
de la Gazette Française , journal connu par un esprit d'opposition
au gouvernement actuel .
Il raconte que le cit . Poncelin , ( ex- abbé , propriétaire
du Courier Rep blicain ) , était à sa campagne près Paris.
Dans la matinée du 7 de ce mois , deux individus vêtus en
uniforme de gendarme se présentent , et lui disent qu'ils
ont un mandat d'amener décerné contre lui . Poncelin les
suit sans défiance , et même sans se faire représenter le mandat
d'amener. On le conduit au Luxembourg , en le faisant
entrer par la cour des Fontaines. Il est introduit dans des
appartemens que l'on dit faire partie de ceux de Parras ,
l'un des membres du Directoire . Là , après un déjeuner et
même un dîner servis dans des vases d'argent , on le maltraite
de la maniere la plus outrageante . L'historien ne
s'explique pas sur le genre de traitement , mais il donne à
entendre , et il est aujourd'hui avéré qu'on lui a fait subir
le plus cruelle fustigation , en lui disant que pour le
punir des calomnies qu'il avait imprimées dans le Courier Republicain
, contre Barras ; après quoi on l'a renvoyé chez lui ,
c'éta
En effet , il avait été imprimé dans le Courier Républicain ,
un fait bien odieux. On y disait que les maisons royales
n'étaient point étrangeres à Barras , qu'il avait été envoyé
Bicêtre pour fausses lettres - de- change , etc.
Les journaux ont parlé diversement de cette aventure
sans contester son résultat. Les uns ont prétendu que
fustigation avait eu lieu sur les marches de l'Odéon , ci - devant
la Comédie française ; d'autres , dans un mauvais lieu ;
d'autres ont persisté à dire que c'est dans l'appartement de
H 4
( 120 )
Barras. Comme le cit. Poncelin a rendu plainte devant le juge
de paix , et que l affaire s'instruit juridiquement , il est naturel
d'attendre les renseignemens ultérieurs , pour en connaître
les véritables circonstances. Au reste , cette affaire
prouve de plus en plus la nécessité d'une loi repressive de
la calomuie ; car quelle ressource reste-t-il au citoyen outragé
, si la société ne lui garantit pas la certitude de trouver
justice devant les tribunaux ,
Le second événement qui a presque fait oublier le premier ,
parce qu'il est d'un intérêt plus directement général , c'est la
découverte d'une nouvelle conspiration qui a tous les caracteres
du royalisme. Le Directoire en a instruit d'abord les deux
conseils dans un message du 12 de ce mois . Voici de quelle
maniere cette conspiration a été découverte .
9
Trois individus se sont présentés chez le cit . Malo, commandant
d'un régiment de dragons , le même qui avait
montré une conduite si ferme dans l'affaire de Grenelle.
Ces individus étaient Dunand , se disant épicier en gros et
ayant deux domiciles ; Berthelot de Lavilleurnois ci -devant
maître des requêtes ; ' l'abbé Brottier , neveu de l'éditeur
de Pline et de Tacite , impliqué deja dans l'affaire de
Lemaître. Ils avaient essayé de corrompre Malo , et par lui
le régiment qu'il commande. Malo eut l'air d'entrer dans
leurs vues , et il avertit le ministre de la police et deux
membres du Directoire . Il leur donna un nouveau rendezvous
chez lui , à l'Ecole Militaire , pour le 11 au matin. Il
fit placer deux personnes pour entendre la conférence . Les
trois individus revinrent et exposerent le plan de la conspiration
. Ils promirent 50,000 écus à Malo , et en passerent
leur engagement par écrit. A un signal convenu , ils furent
arrêtés et conduits à la police par 50 dragons et un juge de
paix qui avait été prévenu . On saisit toutes les pieces qu ils
avaient sur eux ; les scellés furent mis à leur domicile .
Plusieurs personnes impliquées ont été arrêtées.
Dans le même-tems , un baron de Poly cherchait à séduire
le cit . Ramel , commandant des grenadiers de la
garde du Corps legislasif ; il lui avait fait part de ses projets
; ce Poly a également été arrêté . C'était au nom et
pour Louis XVIII , que cette intrigue contre- révolutionnaire
était ourdie .
Nous allons donner quelques détails de la conspiration
d'après les pieces saisies .
On devait poser des corps - de-gardes de gens sûrs à
( 121 )
toutes les barrieres et aux murs de clôture ; ne laisser entrer
que les approvisionnemens et les fidelles attendus , lesquels
répondaient au mot d'ordre convenu ; ne laisser sortir personne
dans les premieres vingt- quatre heures ; s'emparer des
Invalides , de l'Ecole militaire , des magasins des Feuillans ,
des Télégraphes , des Tuileries , du Luxembourg et des
maisons des ministres s'assurer du cours de la riviere audessus
et au- dessous de Paris ; 300 hommes de Versailles ,
de Sèves ou de Paris auraient suffi pour s'emparer de Meudon ;
on se serait aussi emparé des poudrieres d'Essone , de Corbeil
, du donjon de Vincennes , pour en faire une prison ou
pour protéger la retraite en cas de besoin ; les habitans de
Vincennes sont bons , dit la piece on devait établir au
Temple le quartier- général et la résidence des représentans
du roi ; intercepter les ponts ; contenir les fauxbourgs Antoine
et Marceau , par tous les moyens militaires ; établir une bat--
terie à Montmarte , pour contenir Paris et éclairer les routes
du Nord.
,, Si la promesse de l'amnistie ne ramene pas chaque directeur
, mettre leur tête à prix et les déclarer traîtres au
roi et à la patrie ; consigner les membres des deux conseils
dans leurs maisons , sur- tout empêcher leur réunion
et leur inspirer de la terreur ; s'assurer des municipalités ,
des jacobins et des principaux terroristes ; retablir la juridiction
prévôtale et les anciens supplices au premier propos
incendiaire , faire juger prévotalement ; brûler les journaux
jacobius du Pere Duchêne , des Hommes Libres , de la.
Sentinelle , de l'Ami des Lois , du Rédacteur , des Défenseurs de
la Patrie , etc .; arrêter leurs auteurs ; mettre en liberté tous
ceux qui ne seraient pas en prison pour crime ; proclamer
une amnistie au nom du roi ; annoncer la paix comme
prochaine ; ordonner aux juges de paix , aux tribunaux de
continuer provisoirement leurs fonctions au nom du roi :
faire une proclamation honorable pour les armées et amicales
pour les puissances étrangeres ; faire garder honorablement
, mais avec surveillance , les ambassadeurs étrangers
, jusqu'au retour des couriers qui seront expédiés à
leurs cours ; ordonner à tous les fournisseurs et agens dé
continuer leurs services ; faire circuler dans les rues de nombreuses
patrouilles ; ordonner l'ouverture des boutiques
faire un approvisionnement de grenades , c'est le meilleur
moyen de dissiper les attroupemens ; rendre à la gendarmerie
son nom de maréchaussée , et lui donner un chef ; lui
faire faire le service de Paris ; envoyer des proclamations
&
( 129 )
dans les provinces aussi-tôt que le roi aurait été proclamé
à Paris ; déployer la plus grande sévérité contre les roya
listes qui se livreraient à des vengeances dans le moment
où l'indulgence serait proclamée au nom du roi ;
nommer M. Vauvilliers directeur général des approvisionnemens
, que personne ne peut mieux administrer que lui ;
nommer M. Hepin , ancien premier commis , ministre des
affaires étrangeres ; laisser Benezech à l'intérieur ; mettre à
la marine M. de Fleurieu ; à la justice , Siméon ; aux finan,
ces , M. Vignolle des Granges , demeurant rue St. Florentin ,
vis-à-vis l'hôtel de l'Infantado ; au ministere des Indes ,
Barbé-Marbois ; au ministere de la police , laisser Cochon
ou y mettre Portalis . Mais Cochon a voté la mort du roi ,
ce serait trop effaroucher les royalistes . Réunir les anciens
agens de la police et les charger de remonter cette partie ;
abolir sur- le- champ les décades et le comput républicain ;
charger M. de Bar , ancien major de la garde de Paris ,
de recréer cette garde ; ordonner aux anciens intendans
de se rendre dans les provinces ; ordonner à M. Villiere
de reprendre la direction générale des ponts et chaussées ;
être avare du sang francais , et se souvenir qu'aucun gouvernement
n'a le droit de faire mourir que pour l'exemple. "
Voici le résultat des premiers interrogatoires :
Lavilleurnois reconnaît toutes les pieces , mais il prétend
qu'il n'a jamais eu l'intention de renverser le gouvernement
actuel . Seulement , comme il prévoyait que la dissolution en
pouvait être bientôt opérée par quelque mouvement anarchique
, il s'est occupé de la rédaction des plans à suivre dans
cette circonstance , pour le rétablissement de la royauté.
" Brottier ne dénie aucun fait , aucune piece ; mais il refuse
expressément d'indiquer aucun de ses complices ; il ne veut
donner aucun renseignement au -delà de ceux contenus dans
les papiers qu'on a saisis .
,, Dunan a été plus réservé encore ; il ne se souvient
d'aucune des circonstances , sur lesquelles on l'interroge : il
se déclare épicier , âgé de 33 ans , ne dans le département de
la Nievre. Ce personnage est l'objet de beaucoup de conjectures
; on a trouvé sur lui , 10 à 11 mille livres en or , et
un passe-port pour Hambourg , portant faculté d'aller et venir
librement le jour de son arrestation , il s'est présenté plusieurs
hommes armés pour le délivrer ; ce fait est constate
dans les procès-verbaux : on ajoute que ces complices lui témoignaient
de grans égards.
:
( 123 )
>
Conformément à la disposition de plusieurs lois , le Directoire
a nommé une commission militaire pour juger les
prévenus , attendu qu'il s'agit d'embauchage. Nous ferons
connaître la suite de cette conspiration très - compliquée
dans ses détails , mais très - extravagante dans ses moyens .
NOUVELLES OFFICIELLES.
ARMÉE D'ITALIE . Buonaparte , général en chef de l'armée
d'Italie , au Directoire exécutif. Au quartier-général , à
Véronne , le 29 nivôse , an V.
Citoyens directeurs , je m'étais rendu à Bologne avec
2000 hommes , afin de chercher , par ma proximité , à en
imposer à la cour de Rome , et lui faire adopter un systême
pacifique dont cette cour paraît s'éloigner de plus en plus
depuis quelque tems,
J'avais aussi une négociation entamée avec le grand duc de
Toscane , relativement à la garnison de Livourne ,
présence à Bologne terminerait infailliblement .
que maa
Mais le 13 nivôse , la division ennemie qui était à Padoue
se mit en mouvement ; le 19 elle attaqua l'avant - garde du
général Augerau qui était à Bevilaqua , en avant de Porto-
Legnago. Après une escarmouche assez vive , l'adjudantgénéral
Dufaux qui commandait cette avant-garde , se retira
à Saint-Zéno , et le lendemain à Porto-Legnago , après avoir
eu le tems , par sa résistance , de prévenir toute la ligne de la
marche de l'ennemi.
Je fis passer
aussi-tôt sur l'Adige
les 2000 hommes
que
j'avais avec moi à Bologne , et je partis immédiatement après
pour Véronne.
Le 23 , à six heures du matin , les ennemis se présenterent
devant Véronne , et attaquerent l'avant- garde du général
Massena , placée au village de Saint- Michel. Ce général sortit
de Véronne , raugea sa division en bataille , et marcha droits
à l'ennemi , qu'il mit en déroute , lui enleva trois pieces de
canon , et lui fit 600 prisonniers. Les grenadiers de la 75e .
enleverent les pieces à la bayonnette ; ils avaient à leur tête
le général Brune , qui a eu ses habits percés de sept balles .
Le même jour et à la même heure , l'ennemi attaquait la
tête de notre ligne de Montebaldo , défendue par l'infanterie
légere du général Joubert ; le combat fut vif et opiniâtre ;
l'ennemi s'était emparé de la premiere redoute , mais Joubert
se précipita à la tête de ses carabiniers , chassa l'ennemi
qu'il mit en déroute coniplette , et lui fit 110 prisonniers.
Le 24 , l'ennemi jetta brusquement un pout à Anguiari
( 124 )
ety fit passer son avant-garde , à une lieue de Porto-Legnago :
même-tems , le général Joubert m'instruisit qu'une colonne
assez considérable filait par Montagna , et menaçait de tourner
son avant-garde à la Corona . Différens indices me firent
çonnaître le véritable prejet de l'ennemi , et je ne doutai plus
qu'il n'eût envie d'attaquer , avec ses principales forces , ma
ligne de Rivoli , et par-là arriver à Mantoue je fis partir
dans la nuit la plus grande partie de la division du général
Massena , et je me rendis moi-même à Rivoli , où j'arrivai à
deux heures après minuit.
Je fis aussi- tôt reprendre au général Joubert la position
intéressante de Saint-Marco ; je fis garnir le plateau de Rivoli
d'artillerie , et je disposai le tout afin de prendre , à la pointe
du jour , une offensive redoutable , et de marcher moi-même
à l'ennemi.
A la pointe du jour , notre aîle droite et l'aile gauche de
l'ennemi se rencontrerent sur les hauteurs de Saint-Marco ;
le combat fut terrible et opiniâtre ,
Le général joubert , à la tête de la 33. , soutenait son
infanterie légere que commandait le général Vial .
Cependant , M. Alvinzi , qui avait fait ses dispositions le
24 , pour enfermer toute la division du général Joubert ,
continuait d'exécuter son même projet ; il ne se doutait pas
que pendant la nuit j'y étais arrivé avec des renforts assez
considérables pour rendre son opération non- seulement impossible
, mais encore désastreuse pour lui . Notre gauche fut
vivement attaquée , elle plia , et l'ennemi ss porta sur le
centre.
La 14. demi -brigade soutint le choc avec la plus grande
bravoure. Le général Berthier , chef de l'état-major , que j'y
avais laissé , déploya dans cette occasion , la bravoure dont il
a fait si souvent preuve dans cette campagne .
Les Autrichiens , encouragés par leur nombre , redoublaient
d'efforts pour enlever les canons placés devant cette demibrigade
; un capitaine s'élance au- devant de l'ennemi , en
criant : 14. laissørez -vous prendre vos pieces ? En même-tems ,
la 31. que j'avais envoyée pour rallier la gauche , paraît ,
reprend toutes les positions perdues , et conduite par son
général de division Massena , rétablit entierement les affaires .
Cependant il y avait déja trois heures que l'on se battait ,
et l'ennemi ne nous avait pas encore présenté toutes ses forces ...
Une colonne ennemie qui avait longe l'Adige , sous la protection
d'un grand nombre de pieces , marche droit au plateau
de Rivoli pour l'enlever , et par-là menace de tourner la
droite et le centre . J'ordonnai au général de cavalerie Leclercq
( 125 )
<
de se porter pour charger l'ennemi , s'il parvenait à s'emparer
du plateau de Rivoli , et j'envoyai le chef d'escadron Lasalle ,
avec cinquante dragons , prendre en flanc l'infanterie ennemie
qui attaquait le centre , et la charger vigoureusement . Au
même instant le général Joubert avait fait descendre des
hauteurs de Saint- Marco quelques bataillons , qui plongaient
le plateau de Rivoli . L'ennemi qui avait déja pénetré sur le
plateau , attaqué vivement et de tous côtés , laisse un grand
nombre de morts , une partie de son artillerie , et rentre dans
la vallée de l'Adige . A- peu- près au même moment , la colonne
ennemie qui était déja depuis long-tems en marche pour nous
tourner et nous couper toute retraite , se rangea en bataille
sur des pitons derrière nous . J'avais laissé la 75º . en réserve ,
qui non- seu e nent tint cette colonne en re pect , mais encore
en attaqua la gauche qui s'était avancée , et la mit sur- le-champ
en déroute. La 18. demi- brigade arriva sur ces entrefaites ,
dans le tems que le général Rey avait pris position derriere la
colonne qui nous tournait . Je fis aussi -tôt canonner l'ennemi
avec quelques pieces de 12 ; j'ordonnai l'attaque , et en moins
d'un quart d'heure , toute cette colonne composée de plus de
4 mille hommes fut faite prisonniere .
L'ennemi , par-tout en déroute , fut par- tout poursuivi , et
pendant toute la nuit on nous amèna des prisonniers . 1500
hommes qui se sauvaient par Guarda , furent arrêtés par 50
hommes de la 18. , qui du moment qu'ils les eurent reconnus
, marcherent sur eux avec confiauce , et leur ordonnerent
de poser les armes .
L'ennemi était encore maître de la Corona , mais ne pouvait
plus être dangereux ; il fallait s'empresser de marcher
contre la division de M. le général Provera , qui avait passé
l'Adige le 24 , à Anguiari ; je fis filer le général Victor avec
la brave 57. , et rétrograder le général Massena , qui , avec
une partie de sa division , arriva a Roverbella , le 25.
Je laissai l'ordre , en partant , au général Joubert , d'attaquer
, à la pointe du jour , l'ennemi , s'il était assez téméraire
pour rester encore à la Corona .
Le général Murat avait marché toute la nuit avec une demibrigade
d'infanterie légere , et devait paraître , dans la matinée ,
sur les hauteurs de Montebaldo qui dominent la Corona ;
effectivement , après une résistance assez vive , l'ennemi fut
mis en déroute , et ce qui était échappé à la journée de la
veille fut fait prisonnier la cavalerie ne put se sauver
qu'en traversant l'Adige à la nage , et il s'en noya beaucoup.
Nous avons fait , dans les deux journées de Rivoli
13 mille prisonniers , et pris neuf pieces de canon : les géné
( 126 )
raux Sandos et Meyer ont été blessés en combattant vaillamment
à la tête des troupes .
Combat de Saint - Georges ...
·
M. le général Provera , à la têté de 6 mille hommes , arriva
le 26 à midi au fauxbourg de Saint- Georges ; il l'attaqua pendant
toute la journée , mais inutilement le général de brigade
Miolis défendait ce fauxbourg ; le chef de bataillon du
genie , Samson , l'avait fait retrancher avec soin ; le général
Miolis , aussi actif qu'intrepide , loin d'être intimidé des
menaces de l'ennemi , lui réponci : avec du canon , et gagna
ainsi la nuit du 26 au 27 , pendant laquelle j'ordonnai au
général Serrurier d'occuper la Favorite avec la 57. et 18 .
demi- brigades de ligne et toutes les forces disponibles que
l'on put tirer des divisions du blocus ; mais avant de vous
rendre compte de la bataille de la Favorite , qui a eu lieu le
27 , je dois vous parler des deux combats d Anguiari .
Premier combat d'Anguiari..
La division du général Provera , forte de 10 mille hommes ,
avait forcé le passage d'Anguiari ; le général de division
Guieux avait aussi-tôt réuni toutes les forces qu'il avait trouyées
, et avait marché à l'ennemi n'ayant que 1500 hommes
, il ne put pas parvenir à faire repasser la riviere à
l'ennemi ; mais il l'arrêta une partie de la journée , et lui
fit 300 prisonniers.
Deuxieme combat d'Anguiari.
Le général Provera ne perdit pas un instant , et fila sur,
le - champ sur Castellara . Le général Augereau tomba sur
l'arriere-garde de sa division , et après un combat assez vif ,
enleva toute l'arriere - garde de l'ennemi , lui prit 16 pieces
de canon , et lui fit 2000 prisonniers. L'adjudant- général
Dufaux s'y est particulierement distingué par son courage .
Les ge . et 18. régimens de dragons , et le 25. régiment
de chasseurs sy sont particulierement distingués. Le commandant
des hulans se présente devant un escadron du
9. régiment de dragons , et par une de ces fanfaronades
communes aux Autrichiens : Rendez-vous , crie - t- il au régiment.
Le cit. Duvivier fait arrêter son escadron : Si tu es
brave , viens me prendre , crie - t- il au commandant ennemi .
Les deux corps s'arrêtent , et les deux chefs donnerent
un exemple de ces combats que nous décrit avec tant d'agré
ment le Tasse. Le commandant des hulans fut blessé de
deux coups de sabre ; les troupes alors se chargerent , et
les hulans furent faits prisonniers .
Le genéral Provera fila toute la nuit , arriva , comme
j'ai eu l'honneur de vous le dire , à Saint - Georges , et
( 127 )
l'attaqua le 26 ; n'ayant pas pu y entrer , il projetta de
forcer la Favorite , de percer les lignes du blocus , et secondé
par une sortie que devait faire Wurmser , se jetter
dans Mantoue .
•
Bataille de la Favorite.
Le 27 à une
heure
avant
le jour
, les ennemis
attaquerent
la Favorite
, dans
le tems
que Wurmser
fit une sortie
,
et attaqua
les lignes
du blocus
par Saint
-Antoine
; le général
Victor
, à la tête de la 57.
demi
brigade
, culbuta
tout
ce qui se trouva
devant
lui. Wurmser
fut obligé
de
rentrer
dans
Mantoue
presqu'aussi
- tôt qu'il
en était
sorti
,
et leissa
le champ
de bataille
couvert
de morts
et de pri
sonniers
. Le général
Serrurier
fit avancer
alors
le général
Victor
, avec
la 57.
demi
- brigade
, afin
d'acculer
Provera
au fauxbourg
Saint
- Georges
, et par
là le tenir
bloqué
.
Effectivement
, la confusion
et le désordre
étaient
dans
les
rangs
ennemis
; cavalerie
, infanterie
, artillerie
, fout
était
péle-mêle
; la terrible
57.
demi
-brigade
n'était
arrêtée
par
rien
; d'un
côté
elle
prenait
trois
pieces
de canon
, d'un
autre
elle
mettait
à pied
le régiment
des chasseurs
de Herdendy
. Dans
ce moment
, le respectable
général
Provera
demanda
à capituler
; il compta
sur notre
générosité
, et
ne se tromp
pas . Nous
lui accordâmes
la capitulation
dont
vous
trouverez
ci-joint
les articles
: 6000
prisonniers
, parmi
lesquels
tous
les volontaires
de Vienne
, 20 pieces
de canon
furent
le prix
de cette
journée
mémorable
.
L'armée de la République a donc , en quatre jours ,
gagné deux batailles rangées et six combats , fait près de
25,000 prisonniers , parmi lesquels un lieutenant-général et
2 généraux , 12 à 15 colonels , etc. , puis 20 drapeaux ,
60 pieces de canon , et tué ou blessé au moins 6000 hommes.
Je vous demande le grade de général de division pour
le général Victor ; celui de général de brigade pour l'adjudant
- général Vaux toutes les demi - brigades se sont
couver.cs de gloire , et spécialement les 32 ° . , 57. et 18e.
de ligne , que commandait le général Massena , et qui , en
trois jours , ont battu l'ennemi à Saint-Michel , à Rivoli er
à Roverbella. Les légions romaines faisaient , dit - on , 24.
milles par jour ; nos brigades en font 30 , et se battent
dans intervalle .
Le cit. Dessain , chef de la 4. demi-brigade d'infanterie
légere ; Marquis , chef de la 19 .; Fournesy , chef de la
17. , ont été blessés . Les généraux de brigade Vial , Brune,
Bon et l'adjudant- général Argod se sont particulierement
distingues .
( 128 )
Les traits particuliers de bravoure sont trop nombreux
pour être tous cités ici .
Signé , BUONAPARTE .
Idem. Au quartier-général de Véronne , le 1er . pluviôse , an V.
Citoyens directeurs , je vous envoie onze drapeaux pris sur
l'ennemi , aux batailles de Rivoli et de la Favorite . Le citoyen
Bessieres , commandant des guides , qui les porte , est un
officier distingué par sa bravoure et l'honneur qu'il a de coinmander
à une compagnie de braves gens qui ont toujours vu
fuir devant eux la cava erie ennemie , et qui par leur intré
pidité , nous ont rendu , dans la campagne , des services trèsessentie's
. Signé , BUONAPARTE .
ARMÉE DE RHIN ET MOSELLE . Extrait du rapport fait par le
général de division Dufour , au général Ferino , commandant
en chefl'aile droite de l'armée. Huningue , le 10 pluviôse,
an V.
-
Conformément vos intentions , mon cher général , j'ai
ordonné une sortie des ouvrages de la tête du pont d'Huningue
, dans la nuit d'hier ; j'ai concerté cette opération avec
les citoyens Cassagne , chef de brigade et commandant au
fort ; Alise , chef de brigade d'artillerie ; et Poitevin , chef de
bataillon et commandant du génie , tous les trois officiers trèsdistingués
dans l'art militaire et d'un courage bien éprouvé.
L'attaque a eu lieu à quatre heures moins un quart du matin
du 10 ; l'ennemi a été partout culbuté avec beaucoup de
perte . Les volontaires l'ont poursuivi au - deià de sa premiere
parallele , ont encloué plusieurs batteries , canons et obusiers,
ont ramené avec eux deux pieces de 7. Des travailleurs ,
conduits par des officiers du génie , ont comblé une partie de
la troisieme parallele , et ont rapporté plus de 200 outils.
laissés par l'ennemi , ainsi qu'une centaine de fusils . On a
ramené aussi ( ce qui est rare dans une sortie de nuit ) une
quarantaine de prisonniers , dont le chef des travaux. Enfin ,
cette sortie a été des plus heu euses .
Les soldass ont montré le plus grand courage , et les officiers
y ont ajouté beaucoup d'intelligence , nommément les citoyens
Martin , capitaine , et Faggat , lieutenant des grenadiers du
1er. bataillon de la 89. demi- brigade . Beaucoup d'autres se
sont aussi particulierement distingués ; je vous ferai connaître
leurs noms , lorsqu'ils me seront parvenus . Signé , Durour•
LENOIR- LAROCHE , Rédacteur.
Jer .135. No. 15.
MERCURE FRANÇAIS .
DÉCADI 30 PLUVIOSE , l'an cinquieme de la République.
( Samedi 18 Février 1797 , vieux style . )
F
ACADÉMIE S ÉTRANGERE S.
Memorie di Matematica Fisica d'ella Società italiana
, etc, etc.; ou Mémoires de Mathématiques et de Phy- ,
sique de la Société italique de Véronne . Tome VI , in-4°
De Véronne , 1793.
SECOND EXTRAIT.
90
Sur la nouvelle nomenclature chymiquel 1903
Le pere Erménégilde Pini consacre un long mémoire
à combattre la nouvelle théorie et la nouvelle
momenclature chymiques , comme inadmissibles en
minéralogie . Nous ne le suivrons point dans cette
discussion : nous nous contenterons de dire qu'elle
a pour but de prouver que la nouvelle nomencla
ture obscurciteet confond les idées , au lieu de les
éclaircir , et que , dans la nouvelle théorie , que
l'auteur appelle métachymique , parce que , selon lui ,
elle rapporte les faits à des causes abstraites ( 1 ) , les
( 1 ) Jamais pareil reproche ne fut fait plus hors de propos.
Certainement la maniere de philosopher des nouveaux chymistes
est entierement purgée de la mauvaise métaphysique ,
Tome XXVII. I
4
( 130 )
£
:
principes fondamentaux ne sont pas assez démontrés.
En payant un ample tribut d'eloges à Lavoisier
et aux compagnons de ses travaux , il admet leurs
expériences ; mais il rejette plusieurs des conclusions
qu'ils en ont tirées : et quant à la composition
de l'eau , d'oxygene et d'hydrogene , il dit que
ce n'est pas une production véritable , mais un développement
car , selon son opinion , qu'il essaie
de prouver par quelques expériences , ces deux gaz
sont eux-mêmes composés d'eau , mise dans un état
aeriforme ; l'hydrogene , par un principe combustible
ou calorique inflammable ; l'oxygene , par un principe
cause simple de la chaleur , mais non susceptible
de combustion , et qu'il appelle termio . C'est
ainsi qu'il explique les phénomenes de la composition
et décomposition de l'eau , la combustion , etc. ,
qui sont les points les plus essentiels de la nouvelle
théorie.
203134
Sur la conservation des peintures à l'huile.
Dans le mémoire de Lorgna sur la peinture à
l'huile , il y a des détails intéressans pour la science ,
et des vues sur la préparation des couleurs , dont il
paraît que l'art peut tirer quelque fruit. Après avoir
que le critique italien semble supposer ; et si l'on parvient
jamais à les combattre avec avantage , ce ne sera qu'en les
imitant dans leur méthode de faire des expériences et de
raisonner les faits , c'est-à - dire , en philosophant comme
eux .
( 131 ) .
1
fait sentir toute la supériorité de la peinture à l'huild
sur celle à fresque , à la détrempe , au pastel , il ob
serve que la cire punique , dont les anciens se servaient
pour fondre leurs couleurs , étant un vrai savon
, composé de cire et de la substance qui porte
chez eux le nom de nitre , c'est- à-dire de natrum ou
alcali de soude ( 1 ) , leur maniere de peindre differe
beaucoup de la fresque et de la détrempe , et qu'elle
se rapproche de celle à l'huile simple.. C
Ce procédé des anciens le conduit à chercher par
quelle méthode les peintures à l'huile pourraient
être garanties des altérations que le tems deur fait
éprouver , et qui , selon lui , dépendent uniquement
de ce que
la matiere grasse combinée avec les couleurs
, se rancit ; ensorte que toutes les teintes chan - I
gent de caractere , tous les clairs jaunissent , les
contrastes de la lumiere et des ombres cessent d'être
dans de justes rapports , l'harmonie générale s'altere ,
mais principalement l'intensité des obscurs se renforce
, et par conséquent les couleurs , le dessein , le
coloris , les proportions , tout change et se déforme .
Pour remédier à ces inconvéniens , l'auteur , éclairé
par les lumieres de la chymie , propose de combiner
avec l'huile de noix et celle de lin dont se servent
les peintres , le natrum ou alcali minéral . Le mélange
qui en résulte est , dit- il , aussi docile au pinceau que
l'huile même , et il a par- dessus de n'être pas sujet
à se rancir , pourvu qu'il soit fait avec des huiles
d'une bonne qualité . Après beaucoup d'essais qui
( 1 ) L'auteur a publié sur la cire punique , une dissertation
imprimée à Véronne en 1785..
1
I 2
( 132 )
lui ont fait connaître les justes proportions dans
lesquelles les deux substances doivent être combinées
, l'auteur s'est déterminé pour la formule suivante
: TI
!
Prenez de soude pure , deux parties ;
44 de chaux vive , une partie ;
Faites dissoudre dans cinq ou six parties d'eau , et
laissez en digestion pendant quelques minutes : versez
peu-à-peu , huit parties d'huile récente de noix , en
agitant quelque tems le mélange , afin que les diverses
substances s'incorporent uniformément et d'une maniere
complette . Après avoir laissé reposer le tout
pendant huit ou dix jours , on rejette le fluide qui
s'est séparé du savon , et l'on conserve celui- ci pour
l'usage dans un vaisseau bien fermé..
Il s'emploie comme l'huile simple , pour broyer
et fondre les couleurs sur le porphyré.
3
Avec le tems tous les savons durcissent , par la
plus intime combinaison des substances dont ils sont
formés . La même chose arrive à celui de Lorgns . )
Mais lorsqu'il a pris trop de consistance , il suffit d'y
ajouter un peu d'esprit- de- vin ou d'eau ; ce qui doit!
se faire dans le moment même où l'on emploie la
peinture . Par ce moyen , les couches s'étendent avec
facilité , et les teintes viennent bien , du moins à ce
que prétend l'auteur.NTI
91.
Pour confirmer, ses vues par une expérience plus !
décisive , il a fait peindre une tête de jeune homme..
à l'huile composée. Cette tête est de Paolo Cagliari de
Véronne . Lorgna assure que la peinture en a parfaitement
réussi ; et il ajoute que celles faites avec
son savon , sont susceptibles de passer au feu et de
sited
ป
C
( 133 )
recevoir l'émail : il suffirait pour cela d'ajouter dans
la fabrication même du savon , à la quantité d'huile
déterminée ci - dessus , une partie de cire liquéfiée .
On connaît les inconvéniens des peintures à l'huile.
simple ; on ne connaît pas encore ceux des peintures
à l'huile composée. Ce n'est peut-être qu'au bout de
plusieurs siecles qu'on peut juger de l'utilité d'une
pareille innovation . Les personnes instruites savent
que l'altération des peintures à l'huile tient, en grande
partie, à la mauvaise préparation des couleurs . L'art.
de les broyer et de les combiner , exige beaucoup
de frais et de précautions : et voilà pourquoi les
tableaux de Raphaël , de Santi di Tito , du Titien ,
d'André del Sarto n'excitent pas moins encore aujourd'hui
l'admiration des connaisseurs , par la fraîcheur
du coloris , que par la perfection du dessein
et la beauté de l'expression . On sait quelle attention
particuliere ces peintres fameux apportaient .
dans le choix et dans la préparation de leurs couleurs.
Ils ne confiaient le soin de les mêler avec
l'huile , et de les passer sur le porphyre , qu'à des
éleves dont ils étaient sûrs , et qu'ils dirigeaient euxmêmes
dans cette opération .
J
Sur un vomissement urineux extraordinaire.
91
Le seul mémoire de ce recueil qui se rapporte à
la médecine , contient l'histoire d'un vomissement
urineux , compliqué de divers symptômes extraordinaires
, lequel s'est terminé par une fievre aiguë mortelle
au moment où la malade et ses médecins commençaient
à se flatter du plus heureux succès . D'après
13
( 134 )
l'ouverture du cadavre , il paraît que la maladie était
un spasme des ureteres . La vessie a été tronvée vide
et sans la moindre odeur urineuse , Les reins étaient
tuméfiés , enflammés ; mais leur odeur annonçait qu'ils
avaient rempli jusqu'au dernier moment les fonc
tions que la nature leur attribue . Les ureteres étaient
contractés, et l'eau injectée dans l'un et l'autre , par leur
embouchure renale ne se rendait point dans la vessie.Le
droit n'en laissa passer aucune goutte ; et si le gauche
en transmit un peu , ce ne fut qu'à la suite de grand
efforts. L'oblitération de leur canal et la coalition de
es parois s'explique naturellement par la durée des
spasmes , auxquels on sait du reste que ces organes
sont fort sujets , Les douleurs atroces des lombes et
de l'épine , dont les retours continuels forcerent d`administrer
l'opium aux doses les plus fortes , étaient le
symptôme dominant : mais la malade avait aussi
manifesté plusieurs fois une disposition si prochaine
à la rage , que dans l'emploi de ce remede , les médecins
dirigeaient encore leurs vues vers le carac -
tere hydrophobique .
Cette maladie est fameuse en Italie depuis longtems
: Morgagni en parle dans ses Lettres anatomiques ,
et Haller la cite dans sa grande Physiologie . Les faits
en avaient été revoqués en doute du vivant de la
malade , Maria Galvani , véronnaise. Zeviani les confirme
par d'autres exemples d'Ischuries Rebelles ,
accompagnées de vomissemens urineus , et dans
lesquelles l'abus de l'opium avait produit des effets
analogues.
( 135 )
Sur les volcans qui se trouvent dans les environs de
Véronne , Vicence et Trente.
C'est à l'histoire naturelle que se rapportent les
cinq derniers mémoires du recueil .
Le premier a pour objet de constater les traces des
anciens volcans qui se retrouvent encore dans les
Alpes vicentines , trentines et véronnaises . L'auteur
Giovani Arduino , voulant répondre d'une maniere
positive aux allégations d'un minéralogiste étranger
qui niait leur existence , décrit avec exactitude les
anciens crateres , en détermine la place , et cite les
lieux encombrés de matieres volcaniques .
Sur les nerfs olfactifs des oiseaux.
#
Dans le second mémoire , Vincent Malacarne expose
, avec l'exactitude qui lui est propre , la distribution
des nerfs de la premiere paire , et la structure
des organes destinés dans les oiseaux au sens de
l'odorat. Ce mémoire est extrait de son exposition
anatomique du cerveau des oiseaux : il fait partie
du cinquieme traité, Sans entrer dans des détails que
l'esprit de notre journal et la nécessité d'abréger
nous interdisent également , nous nous contenterons
de noter , d'après lui , ou plutôt d'après ses observations
: 1 ° . que les nerfs olfactifs des oiseaux de proie
n'ont point cette plus grande délicatesse que Pline
leur attribue , relativement à ceux de l'homme ;
*". qu'il y a lieu de douter beaucoup de l'opinion
?
I 4
( 136 )
de Buffon , qui prétend que grand nombre d'oiseaux
sont privés de narines , et reçoivent par conséquent
l'impression des odeurs seulement par la bouche,
Sur les volcans des environs de Padoue.
Le troisieme mémoire est de l'abbé Fortis . Arduino
lui avait adréssé les observations dont nous venons
de diré un mot. L'abbé Fortis , dans un voyage fait
avec le comte Nicolo de Rio , l'abbé Olivi et quelques
autres naturalistes , a reconnu aussi de son côté
que les montagnes de Padoue , où l'on avait également
nié toute trace de volcan , étaient au contraire
par-tout remplies de produits volcaniques . La description
qu'il en donne ne laisse aucun doute à cet.
égard . Il a joint à cette description , beaucoup de
remarques intéressantes sur l'état de la culture et de
l'industrie dans tout ce territoire..
เ
Sur les prétendus ossemens des géans .
Dans le quatrieme mémoire , Gaetano combat
savamment les fables adoptées par les anciens ,
et répétées même par quelques modernes , sur l'existence
des géans . Il prouve que les ossemens des
grands animaux peuvent facilement être pris pour
ceux d'hommes d'une stature gigantesque ; que le
fémur , le tibia , l'humerus et les vertebres , qui sont
les os cités en preuve par les physicens infatués
de ces contes , se ressemblent singulierement dans
l'homme et dans plusieurs autres especes ; mais que
l'anatomie comparée en faisant cesser cette con(
137 )
fusion , met à nud tout le ridicule des hypotheses par
lesquelles on explique un fait évidemment faux .
Sur les révolutions, du globe.
Le dernier mémoire est du même pere Ermenegilde
Pini que nous avons déja cité. Il traite des révolutions
du globe produites par l'action des eaux . Sans
se servir de l'autorité divine de l'écriture , il prétend ,
à l'aide de simples observations de zéologie , et des
raisonnemens purement physiques qu'il en tire ,
prouver la nécessité d'un déluge universel : il tâche
aussi de faire voir qu'on explique facilement par là
tous les changemens dont le globe offre encore partout
l'empreinte . C'est peut- être s'y prendre bien
tard pour ressusciter des opinions qui n'ont jamais
pu soutenir un examen sérieux , et qui paraissent aujourd'hui
peu capables de reprendre racine dans l'esprit
des naturalistes et des physiciens.
VOYAGES.
Voyage en Hollande et sur les frontieres occidentales de
l'Allemagne , etc .; traduit de l'anglais par CANTWEL.
Deux volumes in- 89ig ste
DE
raal te
SECOND EXTRAIT.
E Mayence , le voyageur anglais continue sa
route vers la Suisse . Ses descriptions , quoique multipliées
comme les villes des bords du Rhin , inté-
X
( 138 )
1
ressent. Il les entrecoupe souvent de réflexions pleines
de sagacité . En parlant des négocians de Francfort .
dont la conversation est intéressante , parce que le
commerce multiplie les rapports , le voyageur dit...
-La facilité de faire une hårangue , ou de débiter
un discours est assez généralement considérée comme
la preuve de très- grandes facultés intellectuelles , convenables
à toutes circonstances ; il est cependant trèsconnu
dans les pays où les orateurs publics sont
assez nombreux pour en fournir l'observation , que
des hommes peuvent avoir acquis , par l'habitade
de parler en públic , la facilité de s'exprimer avec
élégance , et manquer toutefois de la sagesse et du
discernement nécessaires dans les délibérations ; que
ees hommes peuvent s'être accoutumés à un choix
de mots et à une texture de phrases saillantes , sans
être capables d'extraire un seul rayon de lumieres
du chaos obscur de bien et de mal , que les tems
difficiles présentent aux yeux du politique , et sans
savoir distinguer entre des inconvéniens le moins
funeste , ou indiquer à leurs compatriotes trop con ..
fans une seule vérité utile . Il est aussi absurde d'appré-
' cier les facultés intellectuelles d'un individu qui a
fait de l'art oratoire une étude , par ses succès dans
la pratique de cet art , que de juger de la force corporelle
par celles d'un bras dont l'exercice et l'art
peuvent avoir considérablement augmenté la vigueur.
L'auteur ne manque jamais l'occasion de faire
connaître le véritable caractere des troupes autrichiennes.
Au milieu d'Appenweyer , située près
de Carlsrhue , nous entendimes avec surprise les sons
( 139 )
bruyans de la musique militaire , et nous apperçumes
des troupes qui entraient par la porte opposée ; elles
formaient l'avant-garde de plusieurs régimens autrichiens
qui allaient renforcer l'armée des alliés dans
les Pays - Bas. Notre postillon s'était rangé pour leur
laisser autant de place qu'il lui était possible ; mais
ils marchaient avec si peu d'ordre , qu'ils s'arrêtaient.
quelquefois en grand nombre autour de notre voi
ture , et nous eames tout le tems d'observer que
leur air répondait parfaitement à l'opinion qu'on a
généralement de la soldatesque autrichienne; ils n'ont
du soldat que l'habit et les armes , et pas la moindre
apparence de son activité , ni de sa gaîté ordinaires .
On n'apperçoit pas plus chez eux de traces de la
discipline militaire que de la vivacité de la jeunesse :
ils ont l'air gauche , indolent , cruel et timide ; ils
paraissent se flatter que leurs longues moustaches
imprimeront la terreur. Nous ignorons s'ils paraissent
à leurs ennemis fort redoutables , mais il est certain
qu'ils le sont pour de paisibles voyageurs ; et quoi
que sous les yeux de leurs officiers , lorsque nous
les rencontrâmes , ils eurent beaucoup de peine à
se défendre de nous insulter et de porter les mains
sur notre bagage ,
- Dans une plaine auprès de Bingen , le roi de
Prusse , marchant en 1792 sur Paris , passa en revue .
le corps nombreux des émigrés qui s'étaient joints à
lui, Un gentilhomme qui occupait dans ce corps un
poste supérieur , nous répéta une partie du discours
que le roi leur tint dans cette occasion . Messieurs ,"
soyez tranquilles et satisfaits dans peu de tems je
vous reconduirai dans votre patrie et dans vos mai,
( 140 )
sons.
-
La maniere dont le roi de Prusse les traita
après sa retraite ne répondit pas plus à ce discours ,
que les évenemens n'y avaient répondu. Lorsque
les ordres furent donnés pour la retraite , le roi de
Prusse en donna un second pour le licenciement de
toute l'armée des émigrés , qui composait soixantedix
escadrons de cavalerie et pas un n'eut la liberté
de conserver son cheval ni ses armes. Les Prussiens
étaient seuls pour en faire l'achat , et en conséquence
de cet ordre , des chevaux qui avaient coûté cinquante
louis chacun , furent donnés pour quatre ou
cinq , quelques - uns même pour un louis ; au moyen
de quoi l'armée prussienne se remonta en chevaux
à presqu'aussi bon compte que si elle les eût enleyés
à Dumourier.
Une méprise dans la rédaction des passe - ports
accordés à Mayence pour la Suisse . empêcha notre
voyageur d'y pénétrer. Il s'embarqua sur le Rhin
pour revenir chercher en Hollande quelque bâtiment
qui pût le reconduire en Angleterre . Cette
partie de son voyage ajoute peu à ce qu'il avait déją
dit des mêmes contrées qu'arrose ce beau fleuve .
On y trouve cependant quelques détails intéressans
sur les bois flottés du Rhin , ces masses énormes de
700 jusqu'à 1000 pieds de longueur , et de 50 à 90
pieds de largeur.
Le voyageur , en rendant justice aux travaux de
quelques savans d'Allemagne , fait observer l'ignorance
et l'abrutissement des paysans et de la classe
moyenne de l'Allemagne . Il dit...... Le matérialiste
( expression hasardée , parce qu'on ne s'en sert
que dans les discussions métaphysiques ) n'en aurait
―
( 141 )
point trouvé la cause dans le climat ; le politique
aurait
pu peut- être le présumer , en considérant la
nature du gouvernement arbitraire ; mais cette explication
ne paraît pas satisfaisante , lorsqu'on se rappelle
les rapides progrès que les sciences , les arts , *
le commerce et l'industrie firent en France sous le
regne de Louis XIV qui gouvernait ses Etats plus
despotiquement que la plupart des souverains de
l'Allemagne. La seule maniere d'expliquer cette différence
des effets produite par des causes à- peu- près
semblables , est
peut -être d'observer que la vástě
étendue du territoire de la France , et ses ressources
immenses pour le commerce , faciliterent à Louis XIV
les moyens de satisfaire sa passion pour le faste et
la gloire , et qu'il encouragea les succès ou les moyens
de prospérité de ses sujets , parce que son ambition
avait besoin de leur opulence. L'Allemagne , mor- *
celée en petites souverainetés , ne renferme pas une
seule puissance opulente ; la solde des armées absorbe
presque par - tout la totalité des revenus , et
les riches particuliers y sont très-rares. L'empereur ,
décoré de cinquante six titres différens , ne tire pas
un flotin de sa dignité principale ; c'est au moins
ce que Granvelle , ministre de Charles-Quint , affirma
dans l'assemblée des princes , et son assertion ne
fut point contestée . L'électeur Palatin est presque le
seul souverain d'Allemagne dont les établissemens
politiques et militaires , joints à l'entretien de sa
maison , n'absorbent point les revenus , et quoique
dans un état de société perfectionnée , ou chez les
nations opulentes , ce qu'on appelle patronage ou
récompense soit rarement nécessaire , quoiqu'elle soit
1
( 142 )
même peut- être aussi funeste au bonheur de celui
qui la reçoit , qu'avilissante pour sa dignité ; il n'est
pas moins vrai que tous les pays ont eu des tem
durant lesquels les libéralités du prince , ou des institutions
de récompenses moins arbitaires , ont été
nécessaires pour encourager l'étude et répandre
l'instruction et les sciences . De fortes largesses , dirigées
par le discernement ou même par la vanité ,
épandaient le desir général d'acquérir quelque talent
qui pût mériter l'attention de la cour ; c'est par
cette raison que le despotisme de Louis XIV produisit
des effets fort différens de celui des princes
allemands ses contemporains , dont les extorsions ne
produisirent jamais un revenu suffisant pour qu'ils
pussent contribuer involontairement , par leur faste ,
à répandre parmi leurs sujets le goût des arts et des
sciences .
+
Emmerick rappelle un trait de vertu , que nous,
aimons à retracer à nos lecteurs . Lorsque Philippe II
combattait contre les Provinces Unies , cette ville.
était demeurée neutre . Elle représenta au général
Mendoza que sa neutralité la dispensait de recevoir,
des troupes dans son enceinte. Le général promit
d'avoir égard à ces réclamations . Mais sans égard,
pour sa promesse , il fit bientôt après entrer quatre
cents soldats dans la ville ; il protesta en même- tems
que ce nombre ne serait point augmenté , et il fit
même jurer , en présence des habitans , par le colonel
espagnol qui les commandait , de n'en plus
admettre , quand même ils se présenteraient à la
porte.
Jer $
Mendoza jugeait probablement du colonel par
( 143 )
lui- même , et ne considérait ce serment que comme
un moyen d'éviter la résistance des habitans ; en
conséquence , il ne tarda pas à envoyer de nouvelles
troupes , avec un ordre au colonel de les introduire ;
mais ce loyal Espagnol répondit : མ Quoique le
général m'en ait donné l'exemple , je ne violerai pas
ma foi. ,, .
-
}
Opposerons - nous à ce beau trait d'un militaire
le projet sanguinaire d'un évêque de Munster ? Pour
quoi pas ! La probité naturelle au genre humain
est presque toujours da côté de ceux qui se défen-..
dent. En lisant l'histoire d'un siége , on incline
presque toujours pour ceux qui le soutiennent. A
l'exception des tems où ils furent dominés par quelqu'influence
étrangère , les Hollandais se bornerent
toujours à la guerre défensive , depuis le commen-5
cement de leur incroyable résistance contre-/ Philippe
II , jusqu'au tems où ils furent attaqués , à
l'instigation de Charles H d'Angleterre , par l'évêque
de Munster , qui eut le sang - froid de déclarer as
lord Temple , qu'il avait mûrement réfléchi auk
chances de son entreprise , et que s'il échouait , il
ne s'en embarrassait guère , car il pourrait toujours
aller à Rome acheter un bonnet de cardinal ; mais
qu'il voulait avant, faire un peu parler de lui dans
le monde. 200
曬
Arrivé en Angleterre , le voyageur parcourt les
comtés de Lancastre , te Westmoreland et le Camberland.
Les répétitions des points de vues , les
descriptions de lacs , de villagès , de montagnes
reviennent si souvent , qu'elles peuvent à peine intéresser
un Anglais qui aurait passé les premieres
( 144 )
-
années de sa jeunesse dans ces contrées . Nous n'en
extrairons que deux endroits dont la lecture fera
naître quelques réflexions utiles. La ville de Kendel
, bâtie sur les flancs d'une montagne dont le
sommet domine la principale rue , présente un obélisque
dédié à la liberté et à la révolution de 1688 ,
qui annonce le vou des habitans pour l'indépen- .
dance . Dans un tems où on tâche d'avilir la mémoire
de cette révolution et de détruire la liberté , en lui .
imputant artificieusement les crimes de l'anarchie ,
nous n'avons pas cru devoir passer sous silence un
acte de vénération pour le succès de cet heureux
évenement..
→
Ceux qui auront la curiosité de fréquenter les
environs des lacs écartés , seront frappés de la módeste
simplicité de leurs habitans . Eloignés des
grandes villes et des exemples de l'égoïsme fastueux ,
ils n'occupent leur imagination que de leurs travaux
paisibles . La funeste envie ne les détourne jamais
de leurs affaires pour gémir sur les succès des autres
, ou se réjouir de leurs revers . Ils sont serviables
sans bassesse ; leurs manieres simples et franches ne
sont ni brusques , ni grossieres . On ne leur voit point
faire des révérences hypocrites et rampantes ; leur .
abord présente la modeste assurance de l'homme
libre ; ils ne sont ni importuns ni avides d'un gain
au-dessus de l'ordinale . En recevant leur petite gratification
, les valets d'auberges témoignaient autant
de surprise que de satisfaction . Un enfant qui nous
avait ouvert cinq à six portes , entre Shap et Bamptou
, rougit lorsque nous lui donnâmes quelques
menues monnaies. Ceux qui , sur la route , replaçaient
quelque
( 145 )
quelque dérangement des harrois , ou qui nous rendaient
d'autres petits services , passaient le plus souvent
leur chemin sans nous laisser le tems de les en
remerciet. La confusion de ceux auxquels nous donnâmes
une petite récompense , nous fit présumer
qu'ils la jugeaient trop faible ; mais nous fùmes bientôt
convaincus qu'ils ne s'attendaient point à en
recevoir.
Jab ab 39
okal tut
LITTÉRATURE.
LES BATAVES , par BITAUBÉ , membre de l'Institut national
de France , et de l'Académie royale des sciences et
belles-lettres de Prusse. In-8°. de 399 pages . A Paris ,
chez GARNERY, libraire , rue Serpente; et VARIN, libraire ,
rue du Petit -Pont.
L'AUTEL
PREMIER EXTRAIT.
' AUTEUR du poëme de Joseph , si connu , et toujours
lu avec un nouvel attendrissement , vient de
chanter la formation de la République des Provinces-
Unies..... LES BATAVES : tel est le titre du poëme ,
divisé en dix livres , et écrit en prose. L'auteur en
fixe lui-même les époques dans sa préface . J'ai
,, voulu réunir dans un tableau moral , que l'esprit.
", embrasserait sans peine les événemens les plus
,, mémorables de cette histoire , digne d'être présentée
sous toutes les formes capables d'intéresser
et d'instruire . L'action principale que j'ai choisie ,
" à laquelle toutes les autres sont subordonnées ,
est la fondation de la République des Provinces-
Tome XXVII. K
( 146 )
Unies ; elle se termine à l'union d'Utrecht ; ce qui
la suivit n'est placé dans cet ouvrage que comme
en perspective. Je me suis attaché à conserver le
fond historique et ne me suis permis , en faveur
de mon plan qu'une transposition d'un petit
nombre de faits , soit pour le tems , soit pour le
,, lieu de la scene. Par exemple , je retarde un peu
,, la mort d'Egmont et de Horn ; je prolonge de
quelques mois le commandement que le duc
,, d'Albe avait en chef de l'armée espagnole , ne le
37
99
faisant partir pour Madrid qu'après la fin du siége
,, de Leyde , quoique ce siége ait seulement com-
" mencé par ses ordres . J'ai puisé dans les meilleurs
historicns , tels que de Thou et Grotius . L'arrivée
1
de Guillaume au camp français , les secours que
" lui donna Coligni , sont des faits historiques ; il
" en est de même de l'inondation d'une grande
" partie de la Zélande , et de l'invention des bombes ,
" qu'on place au tems de ces guerres de Flandre . "
Le héros de ce poëme est le fondateur de la République
, Guillaume de Nassau. Voici son portrait
tracé par Grotius , l'ami du vertueux Barneveldt ......
Nul n'égala sa prudence , son activité , sa douceur.
Son ame était grande , ses desseins impénétrables.
Jamais on ne fut plus exempt des vices
,, odieux de la cruauté et de l'avarice . Les sciences
» les moins analogues à ses travaux ordinaires furent
l'objet de ses recherches , et sa mémoire était im-
›› mense . ... » Voilà les bâses sur lesquelles le cit .
Bitaubé a élevé son édifiée poétique , Nous allons
en parcourir la vaste enceinte .
P
Après une invocation à la Liberté , le pocte peint
( 147 )
le Belge et le Batave accables sous le joug de l'implacable
fils de Charles - Quint ; son farouche ministre
Albe triomphant dans les murs de Bruxelles ; Egmont
et Horn dans les fers ; le brave Guillaume de Nassau
courant loin de ces contrées désolées solliciter les
secours du petit nombre d'amis qui restaient encore
à la Liberté. Coligni , le plus généreux de tous , , gle
campe sur les bords de la Loire , s'entretenait avec
le jeune Henri de Navarre ( qui fut depuis Henri IV )
sur le sort de Guillaume et des Bataves. Tout-à- coup
se présentent aux portes du camp les trois Nassau ,
Guillaume , Louis , Adolphe , avec Maurice fils de
Guillaume. Ils sont reçus à bras ouverts. On leur
demande le récit de leurs malheurs . Guillaume commence
ce récit par une courte exposition de l'histoire
des Bataves sous les Romains , sous les ducs
de Bourgogne , et sous l'empire de Charles - Quint .
Ce souverain abdique la couronne ; remet dans
Bruxelles le sceptre à Philippe II , en lui recommandant
les Belges et les Bataves. Mais Philippe tient
une conduite entierement opposée ; il enfreint les
capitulations des Belges ; il s'éloigne de leur pays , et
y laisse , pour exécuter ses noirs desseins , Marguerite ,
le cardinal Granvelle , et le tribunal odieux de l'inquisition.
•
Coligni intercepte des lettres de Philippe à Médicis
; ils se concertaient pour asservir le Belge et le
Français. En vain les peuples opprimés portent des
plaintes à Marguerite , à Philippe ; en vain ceux - ci
leur promettent- ils justice et vengeance contre les
ministres oppresseurs : l'inquisition allume des bûchers
de toute part, et les plus courageux des Belges
K 2
( 148 )
sont jettés dans les fers. Alors Guillaume , Egmont
et Horn rassemblent quelques serviteurs fideles ; ils
jurent d'imiter leurs courageux ancêtres , et de secouer
le joug espagnol . Guillaume va chercher dans
la Germanie des troupes qui lui avaient été promises .
Son éloquence les obtient sur- le- champ , et il les
amene au camp des Bataves sur les bords de la Meuse.
Mais Egmont et Horn n'y sont plus. Aldegonde apprend
à Guillaume que les deux héros et son fiis ,
Buren , ont été arrêtés par l'ordre d'Albe ; les deux
premiers lorsqu'ils allaient lui faire des représentations
, et Buren enlevé par surprise .
Les armées d'Albe et de Guillaume se livrent un
combat sanglant , après lequel l'armée espagnole se
retire à la faveur des ombres de la nuit . Les secours
promis par Coligni arrivent , et les Français réunis
aux Bataves livrent un nouveau combat. Guillaume
resté seul , blessé , se traîne dans une forêt voisine ,
ù il est recueilli par les siens . Un transfuge envoyé
par Albe pour annoncer aux Guises des troupes
espagnoles destinées à accabler Coligni , apprend ce
projet à Guillaume , qui vole au secours de l'amiral ,
son vertueux aini . Là finissent le récit de Guillaume ,
et l'exposition du poëme .
Pendant le séjour des Bataves dans le camp de
Coligni , les Français cherchent à amuser ces généreux
alliés par des fêtes et des jeux . Ceux -ci s'éloignent ,
quelquefois et parcourent les lieux voisins du camp .
Dans une de ces promenades ils sont attirés vers un
temple solitaire, où les génies , créateurs des arts et de la
philosophie , exposent à leurs yeux étonnés le spectacle
des héros et des sages qui ont combattu ou écrit
( 149 )
T
pour la liberté .... Caton , Timoléon , Brutus , Doria ,
Guillaume Tell avec ses compagnons , Everard libérateur
des Frisons , Guillaume de Nassau lui-même.
A cette noble vision succede celle des maux effroyables
que l'anarchie a causés à la France pendant
la révolution . Les hommes célebres par leurs talens
ou leurs vertus viennent chasser les tristes impressions
qu'avait laissées ce triste spectacle... Homere ,
Virgile , les auteurs tragiques et comiques , les histo
riens , les astronomes , Descartes , Newton , etc.
Du haut des Alpes où la Liberté a placé son palais,
cette divinité jette un coup d'oeil sur le Batave
opprimé . Elle s'arme et se transporte dans les contrées
où l'insolent Albe fait élever une statue , qui le représente
foulant aux pieds les Belges et les Bataves
vaincus . Cet outrage acheve d'enflammer la colere
des Bataves , ils
La Liberté s'agitent dans plusieurs cantons.
les contemple avec plaisir. Elle a vu
l'Asie , l'Afrique et l'Amérique espagnole repousser
son culte dans l'Europe même , l'Helvétien
seul lui présenter un hommage digne d'elle , tandis
que l'Anglais , le Germain , le Génois et le Vénitien
n'adoraient rien que son ombre. En France ,
quelques réformés combattent seuls pour elle ; mais
quelle joie lui cause l'avenir préparé pour cette fertile
contrée ..... Le trône des rois renversé , les bastilles
abattues , les Droits de l'Homme proclamés , la
ligue universelle des rois et des prêtres repoussée et
dissoute , ......
La Liberté veut prêter aux Bataves une main favorable
. Elle se transporte dans ces isles fortunées , placées
au centre de l'Océan , entre les deux hémis-
K 3
( 150 )
pheres , où demeure le vieil Ocanor , souverain des
mers. Elle invoque sa protection pour les Bataves ;
et l'ayant obtenue , elle vole vers lele camp de Coligni ;
où elle apprend à Guillaume , dans un songe , que
les provinces de Zélande et de Hollande sarment
contre Philippe . Des envoyés de ces provinces an
noncent cette heureuse nouvelle , et Guillaume avec
les Français réunis aux Bataves s'embarquent à 1
Rochelle ; après avoir fait de tendres adieux à Coligni
et à Henri. Ocanor conduit les navires sur les côtes
de la Hollande. Mais la Tyrannie et son compagnon
inséparable , le Fanatisme , s'opposent à la descente ,
excitent une violente tempête , et poussent le navire
de Guillaume jusqu'aux mers , d'Amérique, 120)
Ocanor apperçoit ce navire précieux , jouet des
vents , il les appaise , il condait Guillaume dans une
isle où vivaient heureux et paisibles des Bataves qui
avaient fui le regne sanguinaire de Philippe , et des
Péruviens échappés à la barbarie des Espagnols . Cer
insulaires préparent un superbe navire pour ramener
Guillaume en Europe ; et deux jeunes amans , Irthur
et Idalyre s'attachent à la suite de Nassau. Le héros
aborde à Vorn en Zélande les guerriers montés
sur sa flotte s'en étaient emparés pendant son ab
sence. A sa voix , la Zélande et la Hollande se déclarent
libres . Leurs cris sont portés parla Tyrannie
aux oreilles de Philippe . Étonné , ce despote ras
semble son conseil ; Grapvelle propose le rétablis
sement de l'inquisition dans les provinces Belgiques ,
et le supplice des principaux chefs . Mais le vieux ,
le juste , le compâtissant Figueroa ose seul parler de
clémence , de respect pour les lois des Belges , des
( 151 )
droits de l'humanité et de tolérance. Granvelle le
combat , persuade Philippe ; et Buren , l'infortuné fils
de Guillaume est prés d'être assassiné par les ordres
du tyran. Figheroa entre dans sa prison , lui apprend
que Philippe voulant enchaîner Guillaume par la
crainte et l'amour paternel , lui rend la vie ; il lui
annonce les succès de son pere et des Bataves .
Albe part pour dompter les Bataves . Il fait précéde
son départ par le supplice des braves Horn et
Egmont. A peine le premier est-il tombé sous la
hache , que l'on amene à Egmont ses fils pour ébran-
Her son courage , et lui proposer de se joindre aux
Espagnols . Mais il meurt sans opprobre , et Sabine ,
sa vertueuse épouse , tombe expirante aux pieds
Paux
"d'Albe , en lui annonçant l'avenir redoutable qui
Tattend . L'épouse de Horn apporte à Guillaume les
cendres de
son mari et un étendard teint du sang
des deux premieres victimes de la liberté .
Avant que les bataillons d'Albe aient pénétré jusqu'à
Guillaume , la Tyrannie et le Fanatisme portent
aux Bataves un coup funeste . Ils invoquent la Tempête
, qui , docile à leurs voix , abandonne le pole
Septentrional , son antique séjour . Elle souleve lès
mers , brise les digues , et submerge en un jour presque
toute la généreuse Zélande . Le fort de Vorn , où
était renfermée l'élite des Bataves , allait subir le
même sort ; lorsqu'Ocanor , dont le destin avait jusques-
là enchaîné puissance 19 , appaise les flots , et
rend le calme aux mers . Cependant Alte se prépare
à assiéger Leyde , le boulevard de la Hollande . Les
Bataves déliberent ; le riche Altamore propose de
s'embarquer , et de se réfugier dans les paisibles isles
K 4
( 152 )
" de l'Océan . Mais Barneveld repousse cet avis pusillanime
. Il est secondé par tous les chefs . Guillaume
charge le poëte et guerrier Douza de défendre Leyde ,
tandis qu'il va combattre la flotte de Philippe. Douza
jure sur les cendres de Horn de ne rendre jamais cette
ville importante. od
te
** *.
L'armée d'Albe marche contre Leyde , et le Génie
de la guerre la contemple savec complaisance . Il
examine attentivement les différens corps dont elle
est composée. Il frémit en voyant les Bataves inondés
dans la moitié de leurs propriétés , attaqués par
les forces incalculables de Philippe Il est près de
se décider en leur faveur ; mais le Destin l'enchaîne
au char de la Tyrannie ; et il doit tout entreprendre
pour elle . L'Etna vomissant des rocs embrasés avec
des torrens de flamme , lançant ses rochers dans le
vaste espace des airs , lui suggere l'idée des foudres
nouvelles , mille fois plus terribles que les canons.
Les mortiers et les bombes sont inventés . Les Bataves
attaquent les Espagnols . Aremberg combat Adolphe ,
frere de Guillaume , et ils meurent percés en même
tems. L'armée d'Albe plie , Guillaume s'est emparé
des canons malgré la valeur de Serbellone . Mais l'explosion
des nouveaux tonnerres porte l'étonnement
dans le coeur des Bataves . Guillaume lui-même est
ébranlé. Bientôt après cependant il les ramene à la
charge , et il parcourt les rangs , suivi de la veuve de
Horn qui porte les cendres révérées . Il parvient à
jetter du secours dans Leyde et se retire ensuite
sur ses vaisseaux ,
Cependant le fils d'Albe prend Harlem d'assaut ,
passe au fil de l'épée les généreux habitans , et apf
153 )
porte à son père les têtes de ces infortunés . Plus
barbare encore , Albe les fait jetter dans l'enceinte
des murs de Leyde . Les assiégés les relevent avec nespect
, et jurent , par ces glorieux restes , de ne jamais
se rendre à l'Espagnol. Albe donne un assaut , et
les femmes de Leyde partagent l'honneur de la défense
avec leurs maris . Les assiégeans font jouer les
mines , lancent des bombes , attaquent un magasin à
poudre que les habitans font sauter. En vain les
assiégés développent un courage au- dessus de tou te
expression . la Famine accourue du sein de la Lybie
et suivie de l'épouvantable Contagion , exercent dans
Leyde des rayages affreux .
1
Les jours de Guillaume sont près d'être tranchés
par un lâche émissaire du fanatisme . Jauregui , digne
soutien de l'inquisition , lui tire un coup de fusil ,
qui le blesse mortellement. Albe fait répandre dans
Leyde que Guillaume a succombé. Les assiégeans ne
pouvant communiquer avec le camp des Bataves ,
emploient une colombe , qui , messagere fidelle , leur
rapporte des nouvelles consolantes avec l'espoir d'un
prompt secours . Guillaume échappé des portes du
trépas, fait percer les digues de la Hollande, pour submerger
les Espagnols , et entre dans Leyde, porté sur
la mer courroucée . Il y dépose Iby des armes , des vivres
et y conduit de nombreuses cohortes . Albe en frémit;
leve le siége , et veut teater, la fortune sur mer. Il
ordonne à l'amiral Bossut d'attaquer les vaisseaux
de Guillaume . Là , se, libre un combat des plus
cruels , mais qui doit décider du sort des Bataves .
La péruvienne Alzaïde immole cent victimes espagnoles
, et se donne la mort , de peur de succomber
+
( 154 )
sous les coups de leurs vengeurs . Irthur périt
en défendant les tristes restes de sa chere Idalyre.
Clazon fait sauter son navire , plutôt que de se rendre
aux Espagnols . Louis , frere de Guillaume , succombe
sous les coups d'Avila . Mais le Batave triomphe , et
Albe fuit avec ses vaisseaux et ses remords .
Guillaume triomphant reçoit les députés de six
provinces Bataves qui viennent unir leur sort à celui
de Zélande et d'Hollande . Utrecht est désigné
pour le lieu où doit se célébrer cette heureuse
réunion . En traversant Leyde , le héros donne pour
récompense à cette ville généreuse , la noble prérogative
d'être le siége du savoir et des talens , et de
former aux sciences et aux vertus la jeunesse Batave.
Une fête brillante consacre dans Utrecht cette
réunion mémorable ; Guillaume jure de ne vivre ét
mourir que pour les Bataves ; le peuple prodigue les
témoignages de reconnaissance aux héros qui l'ac-
2x
compagnent , les ' plus tendres regrets aux restes.
précieux de Louis , d'Irthur , et de tous ceux que
la
Parque a moissonnes . Guillaume a une vision prophétique
. I hit les destinées de la Hollande , les
guerres qu'elle aura à soutenir , la tolérance qu'elle
adoptera , il voit les philosophes persécutés , réfugiés
dans son sein ,.... Il voit enfin le Batave secouer de
nouvelles chaînés , devoir aux Français de nouveaux
secours pour l'aider à conquérir la liberté ; PEscaut
ouvert , une constitution libre , ettuunnee paix éter-
'nelle. Ici finissent la vision de Guillaume et le poëme
des Batais.
Pafted in up.
La suite au numéro prochain.
( 155 )
8
4 no 2142
Almanach de Gottingue pour l'année 1797 i petittinzte.
-
Q
Cher J. C. DIETERICH,
ston ob gab scoralloys
+
UOIQUE nous ne fassions pas mention d'ouvrages
éphémères , tels que les Almanachs ; nous dirons, un
mot de celui- ci . Il s'est long -tems distingué des autres
par les tableaux de toutes les mesures , de tous les
poids et de toutes les monnaies de l'Europe . On y
trouve cette année un abrégé de ces tableaux , les
découvertes et conjectures d'Herschel sur le soleil ,
le récit des cit des principaux evenemens qui ont accom
pagné l'éruption du Vésuve en 1794 , etc. Mais c
qui lui fait assigner une place dans notre journal ,
est l'article suivant : te Nous sommes requis de toute
part de donner additionnellement à notre almanach
de l'année courante le nouveau calendrier français .
Nous voulons bien satisfaire à cette demande , d'autant
plus juste , qu'on se plaint qu'il s'est glissé des
fautes essentielles dans celui qui a eu cours jusqu'à
présent en Allemagne . Pour les présenter aux yeux
du lecteur aussi succinctement que possible , ce qu'on
nous demandeségalement , nous ne ferons que fa
comparaison concentrée de 5 en 5 jours ; toutefois
de façon que chaque premier jour du mois du calendrier
français a été comparé au grégorien plus par
ticulierement , et celui- ci au français à son tour,....
Nous recommandons sur ce sujet un écrit très- instructif
dans le Reichs - Anzeiger , 1795 , no . 152. Je pense
( 156 )
au reste qu'il est très- inconvenant de rendre les
nouvelles dénominations des mois du calendrier français
en allemandes , ou de me servir de celles que la
manie de traduire tout a déja mises à la mode .... ››
Comparons le zele des savans d'Allemagne pour
connaître notre calendrier républicain , à l'affectation
de nos merveilleux , même d'un de nos astronomes
célebres , dans son voyage au Mont-Blanc , de
se servir toujours de l'ancien calendrier ; et jugeons.
એ
POÉSIE.
SUR LA PRISE DE MANTOUE.
ENFIN, NFIN , il est chassé de la belle Italie
Cet Aigle impérial qui bravait le génie
D'un héros invaincu !
Qu'il vole , accompagné de sa honte constante
Cacher , sous les dehors d'une
pompe insolente ,
Son orgueil abattu !
D'un trop long abandon vengé par la victoire
Le berceau de Virgile a recouvré sa gloire
Avec la liberté !
Poursuis malgré l'éclat de tes jeunes années , simul
Tu n'as pas accompli tes hautes destinées ,
Heureux Bonaparté !
Va , cours à l'Eridan associer le Tibre :
2102
Le Capitole antique attend , pour être libre ',
.
Ta force et tes vertus :
La thiare à . briser est un succès facile ;
1195
IMA TAREER
-1
157 )
Mais releve , en dépit de ce peuple imbécile ,
L'image des Brutus.
**** ! }; Vous , qui d'un roi -pontife abhorrze l'esclavage ,
Songez que des Catons c'est le noble héritage
Qu'il vous faut conquérir :
Et , quand la République à vos voeux s'intéresse ,
Sachez , en recueillant les fruits de sa sagesse ,
Les garder ou mourir.✨
T .....
Vers de ROUCHER à sa fille , à l'occasion de quelques fleurs
d'automne qu'elle lui avait envoyées dans sa prison , le
12. novembre 1793.
Ovvous ! én qui la nature déploie
Le jeu bril a at des plus riches couleurs ,
Dans les ennuis où mon ame est en proie ,
A mon secours , quelle main vous envoie ,
Etres charmans , fraîches et tendres fleurs ?
Tant que Zéphir , de sa féconde haleine ,
A varié les graces du printems ;
Tant que l'épi s'est joué dans la plaine ,
Et que des fruits , dont sa corbeille est pleine ,
Pomone encore a mûri les présens .
Libre d'errer dans l'empire de Flore ,
D'en observer , et les moeurss et les lois ,
Vous m'avez vu , quand l'aube allait éclore ,
Jusqu'à l'instant où tout se décolore ,
Linnée en main , vous poursuivre à mon choix .
( 158 )
Quels charms purs ! quelles pures délices
Vous répandiez sur mes rapides jours !
J'étais heureux d'admirer vos caprices ,
Et la corolle , unie à vos calices ,"
Lit nuptial dresse pour vos amours.
If I
J'étais heureux , dans les bois solitaires ,
Au bord des eaux , sur la croupe des monts ;
J'étudiais vos traits , vos caracteres ;
De vos vertus , je sondais les mysteres
Et pénétrais l'énigme de vos noms.
2
Que sais-je encore ? à l'aspect des prodiges
Dont vous frappez les regards curieux ,
L'ame livrée à d'innocens prestiges
Je projettais , amoureux de vos tiges ,
De vous chanter dans la langue des Dieux.
Mais qui dira l'intime jouissance
D'an coeur ouvert au plus doux des plaisirs ,
Quand cette enfant , qui me doit la naissance ,
Ma fille , encor dans l'âge d'innocence ,
Par ses progrès , devançait mes desirs ?
Elle était là , m'accompagnant sans cesse ;
Cherchant , comptant vos pistils maternels ,
Les séparant , par une heureuse adresse ,
De l'étamine , où mûrit la richesse ,
L'amas doré des germes, paternels.
Elle était là , poursuivant la science ,
How
De ses regards , plus perçans que les miens ;
Puis racontant , mais avec defiance ,
Ce qu'avait vu sa jeune expérience ,
Elle en semait nos doctes entretiens .
) : 5 g (
Ivre d'orguei ! ensemble , et de tendresse ,
Comme j'aimais à la suivre des yeux. !
Dans mon délire ( excusable faiblesse )
Je croyais voir un jour , dans ma vieillesse ,
De mon bonheur , plus d'un pere envieux.
Ah ! désormais , sortez de ma mémoire ,,
Tableaux rians , dont je ne jouis plus .
Tableaux cruels ! vous m'invitiez à croire
Que més plaisirs feraient un jour ma gloire ;
Gloire , plaisirs , tous mes voeux sont déçus .
Voilà qu'aux goûts d'une innocente vie
Un sort barbare a succédé moi ;
pour
Dans un donjon , l'injustice me lie ,
Et l'avenir , sur mon ame flétrie ,
Pese , chargé d'un immobile effroi.
Quand du soleil , la brillante lumiere ,
Me luit , obscure , à travers des barreaux ,
Je vois pleurer la vertu prisonniere ;
Sous des verroux , j'entends , la nuit entiere ,
Des malheureux s'irriter de leurs maux .
7:
Adieu , jardins , dont j'espérais encore
Cueillir les dons ; charmans jardins , adieu !
Loin des beautés que ses pas font éclore ,
Il faut languir dans cet horrible lieu ....
Non , je renais à la vie , à l'étude ;
L'aimable aspect des branchages fleuris
Vient éclaircir ma noire solitude ;
Ma fille à su , dans sa sollicitude
M'environner de ces rameaux chéris !
( 160 )
Sa pitié naïve , ingénieuse ,
A trouvé l'art de corriger mon sort :
Ces beaux asters , à tête radieuse ,
Et cette inule , à taille ambitieuse ,
Vont , sous mes doigts , triompher de la mort.
Oh ! quand ces fleurs orneront le parterië ,
Que la science ouvre aux plans desséchés :
Oh ! puisse alōrs ma fille , solitaire ;
Sur ces rameaux , bienfaiteurs de son pere ,
Tenir par fois ses regards attachés.
Puis , les baignant de ses pieuses larmes ,
Leur dire : O vous , qu'en ma jeune saison ,
J'osai cueillir , dans nos grands jours d'alarmes ,
Je vous salue , ô fleurs , de qui les charmes ,
Ont de mon pere adouci la prison .
DISTIQUE en dialogue .
Le moderne COTIN volé.
ONN vient de me voler
Tous mes vers manuscrits .
Que je plains ton malheur !
Que je plains le voleur !
Par LEBRUN.
Ce distique vient d'être bien ridiculement estropié
dans plusieurs journaux qui l'ont imprimé de la
maniere suivante' :
On m'a volé - Je plains votre malheur.
Tous mes vers manuscrits .
Oh ! je plains le voleur .
ENIGME.
( 161 )
ENIGME.
JEUN EUNE IRIS , l'on dirait qu'un bizarre destin
S'est fait un jeu cruel de me rendre funeste.
Jadis je fus fatale à tout le genre humain ,
Et jadis j'allumai la discorde céleste .
Cependant , soit hasard ou bien fatalité ,
Des maux que j'ai causés c'est à tort qu'on m'accuse ;
Mon crime est , belle Iris , celui de la beauté
Sa curiosité doit me servir d'excuse .
Mais pourquoi tant d'efforts pour me justifier ?
Des belles envers moi contemple la conduite ;
Tu ne les vois jamais de moi se méfier ,
Et je leur plais toujours , loin d'en être maudite.
Toi-même très - souvent tu m'accordes l'honneur
De paraître à tes yeux et d'embellir ta table ;
En me faisant , Iris une telle av ur ,
Ah ! c'est tout décider ; je ne suis point coupable.
LOGO GRIPHE.
COMME l'amour j'ai des caprices ,
Je suis aveugle comme lui ,
Comme lui je fais tes délices ,"
Et souvent cause ton ennui .
Je suis sujette à l'inconstance ,
Je fais quelquefois des heureux ,
Je donne à tous de l'espérance .
Tout mortel m'adresse des voeux .
Mon nom , si tu le décompose
Tome XXVII.
91
L
( 162 )
1
Comme moi , peut te contenter ;
Il t'offrira plus d'une chose ,
Dont on est aise de tâter.
Cherche ce qui pourra te plaire ..
Je présente un trône à tes yeux ;
J'y joindrais pour te satisfaire
Le métál le plus précieux ;
2
३
Une pierre tendre ; ... une nuë ;
Un endroit pour cuire ton pain ;
Un bois d'une grande étendue
Ce qui te rend fort de la main ;
Le nom d'une ville de Flandre ;
Gelui d'un assez bon poisson ;
Ce que l'écolier doit attendre
Quand il ne sait pas sa leçon ;
Un fruit qu'on trouve dans la terre ;
Le grand ennemi des lapins ;
Un endroit bâti pour la guerre ;
Le nom qu'on donne aux grands chemins ;
Une partie de ton visage ;
Le plus subtil des élémens .
Je n'en dirai pas davantage ;
Tu me connais depuis long- tems .
Explications de l'Enigme et Logogriphe du Nº. 14 .
Le mot de l'énigme est la Cire à cacheter ; celui du Logogriphe
est @rage , dans lequel on trouve rage , or , âge.
bag
( 163 )
SPECTACLES.
THEATRE DE LA RUE FAYDEA U.
1
•
Par quel hasard la plupart des pieces données nouvellement
sur nos divers théâtres roulent- elles sur la séduction
et présentent- elles le tableau peu Edifiant d'une jeune fille
coupable d'une faiblesse , avec l'enfant qui en est le fruit?
Tel est encore le sujet du major Palmer , opera en trois
áctes , donné avec succès au théâtre de la rue Feydeau .
Nos moeurs doivent- elles s'applaudir beaucoup de ces rapprochemens
extraordinaires ? Au moins dans l'ouvrage dont
nous parlons , la séduction n'est pas traitée avec autant de
légereté que dans d'autres ; la peine ne porte pas sur la
scule victime des passions d'un sexe plus fort et plus ha
bile ; le séducteur n'y est pas présenté sous des couleurs
agréables , et n'en est pas quitte pour offrir une réparation
tardive et les plaintes faibles d'un vain repentir. La mort
des deux coupables condnit l'un à une mort presque assurée
, et causé à l'autre la perte de la raison ; voici le sujet -
Palmer , majer du régiment prussion de . Brown , admis
chez M. Plumenthalt , dans la ville de Bamberg , pour
prix de la confiance qu'on lui a accordé , a séduit sa fille ,
l'innocente et jeune Amalie. Son frere découvre leur liai
son , cherche querelle au major , ils se battent , et Plumenthalt
se perce lui-même du fer de son ennemi. Palme
désespéré , n'osant plus se montrer aux regards d'une me
qu'il a privée de deux enfans , s'enfuit , et Amalie , ab:
donnée , tombe dans un délire qui la prive de toute
raison . Pendant ce tems le régiment de Brown se disti
dans une affaire contre l'armée autrichienne , et le for
Palmer n'y était pas ! il est condamné par le roi Fic
L 2
( 164 )
comme déserteur ; cependant madame Plumenthalt , pour
s'éloigner des lieux où elle a éprouvé tant de malheurs , se
retire en Silésie , où son ami le général Ausbourg lui
achete une maison . Mais la guerre l'y poursuit , et le jour ~
où elle en prend possession , Ausbourg y place un détachement
pour la défendre de toute attaque . Palmer , livré
à ses remords , à la crainte d'être reconnu comme fugitif ,
arrive dans ce même lieu : il y trouve son Amalie et l'enfant
qui a vu le jour depuis son absence ; mais sa victime,
n'est plus en état de le reconnaître , et le bonheur d'embrasser
son enfant lui est interdit . Toute la famille lui dé--
clare qu'il s'est rendu indigne de former jamais les noeuds
qu'il offre de serrer. Amalie ne peut donner la main au
meurtrier de son frere . Mais l'ennemi attaque le château ;
Ausbourg , qui jusqu'ici avait repoussé Palmer , sent qu'il
peut compter sur son courage ; il le met à la tête des paysans
; Palmer , ainsi qu'un brave pandour qui s'est attaché
à lui dans sa fuite , y font des prodiges de valeur ; Palmer
sauve la vie à Ausbourg , et fait décider la victoire cette
action , jointe à l'expression non équivoque de ses remords ,
fléchit cette famille ; Ausbourg , par reconnaissance , intercede
pour lui , et Amalie , qui doit le retour de sa raison
l'effroi que lui causent le tumulte des armes et l'incendie
d'une partie du château , Amalie lui est accordée ; mais il
n'ose prétendre à ce bonheur. Ausbourg , durant l'action ,
a reçu des dépêches de Frédéric ; elles contiennent la sentence
de Palmer , et l'ordre de la mettre sur-le- champ à
exécution. Ce malheureux général se voit obligé de faire
unir lui - même celui dont il tient la conservation de ses
jours . On juge du désespoir d'Amalie : elle allait y succomber
, lorsque le pandour , qui n'a point perdu , pendant le
combat , le souvenir de la fatale sentence est allé se jeter
aux pieds de Frédéric , et lui raconte l'action d'éclat par
laquelle il a réparé sa faute . Ce roi , severe observateur C
L
2
( 165 )
de la discipline , écrit à Ausbourg qu'il demeure inflexible ,
et que la condamnation portée contre Palmer ne peut
être révoquée ; mais qu'il vient d'apprendre qu'un inconnu
vient de sauver l'armée ; qu'il l'en récompense en lui donnant
le titre de baron , sous lequel il servira désormais .
Cette idée ingénieuse , qui amene un dénouement satisfai
sant , a été extrêmement applaudie.
Cet ouvrage , plein d'intérêt , a eu un succés complet.
Le trait de Frédéricc avait déja été traité au théâtre dans la
Discipline du Nord et dans le comte de Waliron ; mais il
s'y trouve placé dans un cadre moins heureux que celui
de ce nouveau drame. Le dialogue en est rapide et plein
de traits , comme tout ce qu'écrit le cit . Pigault- Lebrun ,
qui en est l'auteur. La musique du cit . Bruni est parfaite ,
ment assortie au sujet et digne de la réputation de ce compositeur.
La piece est jouée avec une perfection au-dessus
de tout éloge par mademoiselle Lesage , qui a su rendre
d'une maniere neuve et attachante le délire de la douleur ,
déja employé au théâtre , mais dans des situations moins
førtés. Nous avons déja eu l'occasion de le dire cette
jeune actrice peut prétendre au plus haut rang dans l'art
où elle se distingue de si bonne heure ; le cit. Gavaux
déploie dans cet ouvrage ce talent auquel le public est si
bien accoutumé : le eit . Dessaulx , moins connu , s'est
montré digne de l'être , par une diction noble , pure ,
pleine de chaleur ; les antres rôles n'ont pas été exécutés
avec moins de soin .
"
THEATRE DE LA RUE DE LOUVOIS.
793
751
Une comédie allemande de Richter , qui parut à Vienne ,
en 1777 , sous le titre du Créancier, a fourni le sujet , le fonds ,
et plusieurs scenes de Cécile ou la Reconnaissance .
L 3
( 166 )
L'original'allemand est en trois actes ; limitation française
est réduite à un seul .
Sainville , riche négociant , a éprouvé plusieurs banqueroutes
qui le rendent chagrin et défiant ; il ne veut plus ni
prêter de l'argent , ni faire de grace à ses débiteurs . Un d'entr'eux
, nommé Florival , vient encore à lui manquer pour
60,000 liv. Il se décide à le poursuivre avec la derniere vigueur
, et en donne l'ordre à son caissier.
10
Cécile sa fille , dans un voyage qu'elle a fait , a été attaquée
par des voleurs , délivrée de leurs mains par un jeune
et aimable inconnu , pour lequel elle a conçu une reconnaissance
mêlée d'un sentiment plus tendre .. 17 97
Sou libérateur n'est autre que Florival fils . Ce jeune homme
vient chez Sainville demander du tems et des facilités pour
son pere. Il est éconduit par le négociant ; mais sa fille qui
le voit et le reconnaît , saisit cette occasion d'acquitter la dette
de son coeur. Elle engage ses bijoux , et fait payer les 60,000 1 .
Ce trait généreux se découvre , et trahit l'amour de Cécile
pour le jeune Florival , qui de son côté , comme on s'en doute
bien , n'aime pas moins qu'il est aimé . Sainville consent
leur union .
TAX M but
and it
la
Cette petite piece est un essai du cit . Sourigneur dans I
carriere comique , et cet essai a été heureux . L'amour de la
jeune personne est
ne est un peu romanesque , et sa déclaration un
peu brusque ; mais ces légers défauts sont rachetés par quelques
scenes bien faites , un dialogue naturel , une versification
facile et soutenue . La piece , d'ailleurs bien jouée , est
COKS
très-applaudie.
I I T
も
7 200
( 167 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
f
105213
ÉTATS - UNIS D'AMÉRIQUE .
De Philadelphie , le 15 décembre 1796.
291 J
Nous avons fait connaître précédemment le dis-
Voici
quelques passages du discours
Adams ,
cours prononcé par le président Washington , le 7 de
ce mois , à l'ouverture du sénat . Le 11 , à midi , le
sénat en corps lui porta une adresse en réponse .
vice - président , prononça dans cette occasion . Après
que M.
les complimens d'usage et les remercimens pour les
communications faites à la chambre par le président ,
sur l'état des affaires , M. Adams rappelle les craintes
que la conduite des croiseurs français dans les Indes
occidentales a fait naître , à l'égard du commerce
américain .
Nous nous flattons encore , ajoute- t-il , que la justice
et la considération de nos intérêts mutuels rameneront les
conseils de cette nation à des sentimens plus modérés ;
mais nous connaissons aussi la situation dans laquelle les
evenemens peuvent nous placer , et
n'avons pas négligé
de nous préparer à un systême de conduite compatible
avec la digntté d'une nation respectable , et que la
nécessité peut nous obliger de poursuivre .....
Nous reconnaissons avec vous que les États- Unis ont ,
sous leur gouvernement fédératif , éprouvé un accroissement
rapide de prospérité nous ne pouvons nous dispenser de
les attribuer à notre excellente constitution et à la sagesse
de nos lois ; mais nous manquerions à la justice et à la
reconnaissance , si nous ne faisions hommagé d'une partie
de ces avantages à votre vertu, à votre fermeté et aux talens
que vous avez déployés dans le cours de votre administration
, et qui se sont montrés avec tant d'éclat dans
des circonstances extrêmement délicates et difficiles .
L 4
( 168 )
•
" Lorsque nous nous rappelons les diverses époques de
votre vie publique , si long - tems et si heureusement employées
dans les fonctions les plus difficiles , tant civiles
que militaires , dans les combats que nous avons eu à soutenir
pendant la révolution américaine , et dans les mouvemens
convulsifs que l'Etat a éprouvés encore tout récemment
, nous ne pouvons envisager votre démission sans
vous témoigner notre tendre attachement , et sans que notre
plus vive sollicitude vous accompagne dans votre retraite .
Mais il nous reste en vous perdant , l'idée consolante que
votre exemple influera sur la conduite de vos successeurs ,
et que les Etats-Unis continueront de jouir d'une administation
également sage , juste et énergiquè "
9
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 5 février 1797 .
On ignore encore quel est le résultat des délibérations
du divan sur la proposition qui lui a été faite
d'un traité d'alliance offensive et défensive avec la
République Française . En attendant , tout porte à
croire que les dispositions amicales du grand- seigneur
envers cette puissance , loin d'éprouver quelqu'altération
, se fortifient chaque jour par les soins de M.
Aubert Dubayet . L'ambassedeur nommé pour aller
résider à Paris est peut- être en route en ce moment.
Cependant les préparatifs militaires se ralentissent ,
dit- on , et les travaux sont arrêtés dans l'arsenal de
Constantinople. Mais il ne nous parait pas qu'on
doive en rien conclure contre l'espoir fondé de voir
les propositions de la France accueillies . Ce rallentissement
s'explique par la mort de Catherine II , par
le caractere de son successeur , et par les intentions
pacifiques qu'il a manifestées .
1
Ce prince a donné , comme nous l'avons déja dit .
sa premiere attention au militaire . Il en a sur- tout
réprimé le luxe , que sa mere au contraire, qui, malgré
l'élévation de son génie et la grandeur de ses vues ,
avait conservé beaucoup des goûts frivoles de son
sexe , se plaisait à encourager. Il est très - rare maintenant
, nous mande- t- on de Pétersbourg , de voir les
( 169 )
officiers des gardes en voiture ; ils vont , trois ou
quatre ensemble , en traîneaux très-simples et sans
pelisses. Les nouveaux uniformes ne se distinguent
des anciens , que parce qu'ils ne sont pas garnis de
tresses , et qu'ils sont d'un drap moins fin . Il y a tous
les matins une parade , ordonnée sur un autre pied
qu'autrefois. L'empereur , les grands - ducs , tous les
généraux et officiers y assistent constamment , pour
donner des ordres , publier les promotions , faire les
rapports et infliger les punitions . Les mêmes lettres
de Pétersbourg nous annoncent la mort du maréchal
de Romanzow. Paul Ier. , pour honorer la mémoire
de ce vieux guerrier , que de grands succès ont rendu
célebre , a ordonné que l'armée porterait le deuil
perdant trois jours .
ab
Après avoir rendu la liberté à Kosciusko , l'empereur
de Russie semble chercher à lui faire oublier,
par des égards et des marques d'estime , les tourmens
de sa longue captivité . On assure qu'il a eu une trèslongue
conférence avec lui , à la suite de laquelle il
le présenta lui - même à l'impératrice et à ses enfans ,
en le conduisant par la main.
Kosciusko doit se rendre en Amérique . Mais sa
santé est tellement délabrée , qu'il ne peut maintenant
entreprendre ce voyage . Oncroit qu'il ira´
d'abord en Italie pour chercher à réparer , par l'influence
d'un climat plus doux , et l'usage des bains ,
ses forces épuisées .
L'empereur de Russie vient aussi d'étendre sa générosité
sur le prince Poniatowski , neveu du roi de
Pologne qui se trouve ici depuis un certain tems.
Sa majesté l'a réintégré dans la jouissance de tous
les biens qu'il avait perdus par la révolution de Pologne
. En conséquence , te prince a prêté , mardi
dernier , serment de fidélité entre les mains de l'ambassadeur
de Russie. IF doit se rendre incessamment
à Péterbourg , pour remercier son bienfaiteur ; et ensuite
il ira reprendre possession de ses terres .
De Francfort- sur- le - Mein , le 10 février.
Nous avons reçu la semaine derniere l'agréable
( 170 )
nouvelle , que le Directoire exécutif de France avait
consenti à la neutralité de notre ville pour toute la
durée de la guerre . Il s'agit maintenant d'obtenir la
même faveur du gouvernement autrichien , et l'on
assure que nos magistrats viennent de faire des démarches
à ce sujet près de l'archiduc Charles. La
chancellerie et la caisse militaire devaient être éta- "
blies ici , mais des réclamatious ayant été faites à ce
sujet , on a suspendu l'ordre jusqu'à ce qu'il soit décidé
si nous serons déclarés neutres ou non.
Le roi de Prusse à réclamé pour la troisieme fois ,
près la diete de Ratisbonne , le remboursement des
frais relatifs au siége de Mantoue . On dit que le mémoire
présenté par le comte de Schliez , ministre de
S. M. prussienne , était conçu en termes péremptoires
L'on attend avec impatience la résolution de la diete
sur cette démarche du cabinet de Berlin.
$
*
L'ordre Teutonique , sur les ruines duquel s'est
élevée la maison de Brandebourg ne soutenait ,
depuis plusieurs siecles , son existence , presque
uniquement nominale , que par la dignité de ses
grands -maîtres , et par quelques restes de souveraineté
sur quelques petites villes ou bourgades . Ellingen
dépendait de cet ordre : le roi de Prusse s'en est emparé
, ne laissant a l'ordre que ses propriétés territoriales.
JA 1 Da
Voici comment le ministere prussien rend compte
de cet événement .
Dans diverses feuilles publiques , les événemens qui ont
eu lieu à Ellingen ,, dans les premiers jours de l'année courante
, ont été rapportés , peut-être à dessein , d'une maniere
si fausse et si chargée , qu'il est important de les vérifier.
?? Une déclaration publiée de la part de S. M. le roi de
Prusse , a suffisamment prouvé que la souveraineté de la ville
d'Ellingen appartient à la principauté d'Anspach , quoique les
droits de propriété n'y soient point contestés à l'ordre Teutonique
.
il
T
519
Les fonctionnaires publics et les habitans avaient prêté ,
у a déja long- tems , le serment de fidélité au roi , et c'est
sur-tout lors de la présence des armées françaises dans ces
contrées , qu'ils ont éprouvé et reconnu les effets salutaires
de la protection prussienne.
( 171 )
A
1
Vers la fin de décembre dernier , une commission
chargée de la conscription militaire se rendit à Ellingen .
Les habitans oubliant leur serment et ces bienfaits , s'y refu
serent , et excités par des malveillans , ils se disposerent à la
révolte et à une résistance armée . L'on tâcha même , quoiqu'en
vain , d'attirer dans le complot les habitans de quelques
villages voisins .
Naturellement fallait- il rétablir l'obéaissance et l'ordre ;
un détachement militaire , proportionné au cas , y fut destiné ;
il trouva , à la vérité , les portes d'Ellingen fermées ; mais
la suite des représentations convenables , il entra dans la ville
sans aucune résistance , et sans avoir été obligé de recourir à
des voies de fait .
" Les habitans d'Ellingen ont exprimé leur reconnaissance
de la bonne conduite et de l'exacte discipline des troupes
prussiennes , et avouant leurs torts . en déclarant que leur
résistance n'avait été opérée que par des instigations , ils ont
sollicité leur pardon qui leur a été accordé , et la commission
de la régence , chargée d'examiner juridiquement la chose , a
été rappellée .
99 Les troupes ont également été d'abord retirées , la cons
cription s'est faite fort tranquillement , et les coupables ne
paieront leur erreur que par les frais de l'exécution militaire ,
qui seront toutefois arbitrés légalement par le tribunal compétent.
L'électeur de Cologne , grand - maître de l'ordre
Teutonique , à fait , de son côté , publier la piece
suivante :
66 Maximilien François , etc. , etc. , nous avons vu avec la
plus grande sensibilité par le rapport que vous avez fait à
notre régence , sous la date du 29 du mois dernier , l'attachement
et la fidélité que les sujets du grand bailliage dont l'administration
vous est confiée , et particulierement la bour
geoisie d'Ellingen , ont montrés à l'occasion du nouvel empiétement
que le gouvernement d'Anspach s'est permis , en
voulant introduire la conscription militaire .
dé
Nous regarderons toujours comme un des premiers
devoirs de notre souveraineté , de chercher , par tous les
moyens qui seront en notre pouvoir , et par les voies qui
dérivent de la constitution germanique et des lois particulieres
des cercles de 1 Empire , à préserver nos fideles sujets de
toute oppression et acte de violence étrangere .
Dans le cas où , contre notre attente les moyens que
( 172 )
nous avons déja employés , et ceux que nous emploierons
encore n'opéraient aucun effet , ou bien si la force etrangere
venait à exiger , avec une coaction précipitée , de nos sujets
des choses qui , telles que la conscription et une levée de
recruespour une puissance étrangere , privent peut- être pour
toujours les sujets de leur liberté et de leurs enfans , en les
transpartant dans des contrées éloignées ; alors notre coeur
paternel saignera par le sentiment de l'impuissance où nous
serons d'empêcher efficacement de pareilles violences ; alors
nons devrons laisser à nos fideles sujets le soin de faire ce qu'ils
croiront le plus convenable pour leur liberté personnelle et
leurs droits , dont il s'agit principalement dans ce cas-ci .
" Nous ne pouvons que leur recommander la modération ,
et leur représenter les dangers d'une chaleur prématurée et
impuissante , et d'une exaltation téméraire. C'est ce dont
nous vous chargeons particulierement. Vous ne devez , en
conséquence , ni flatter par de vaines espérances , ni induire
par des promesses sans force . Il faut leur mettre devant les
yeux les suites de la résistance , afin que nos chers sujets
soient en état de
mûrement le degré du danger et des
forces d'une part et de l'autre.
C'est un aveu bien déplorable à faire , que par cette guerre
où l'Empire est engage et où les troupes impériales et d'Empire
se trouvent occupées au loin contre l'ennemi commun
la force , qui fait notre appui et celui du lien constitutionnel,
se trouve paralisée dans un moment que la régence
d'Anspach a choisi de sa propre impulsion . Malgré cela , nous
ne pourrons jamais nous résoudre à abuser de notre dignité
au point de commander nous -mêmes à nos fideles sujets de
se soumettre à une force étrangere et illégale , qui commence
à exercer sa nouvelle autorité , en . privant les sujets subjugués
de leur liberté personnelle , et qui veut les soumettre à
un système de conscription et de recrutement qui lui est particuliert
19 L'on doit espérer et attendre que , lorsque la tranquillité
sera rétablie en Allemagne , les lois et la constitution recou- i
vreront leur ancienne force , et peut-être encore une vigueur
plus efficace , et qu'alors toutes les injustices commises au milieu
de la confusion qui regne maintenant , seront réprimées
comme elles doivent l'être . Mais jusqu'à ce moment , sans
doute , l'anarchie continuerà de régner , et , lorsque la loi est
impuissante, l'on ne peut qu'user de ses propres forces .
Pour déterminer la justesse de l'emploi de ses forces
`il faut mettre dans la balance les dangers et les maux qui se
"
( 173 )
trouvent des deux côtés , ainsi que les moyens que l'on peut
employer dans un cas et dans l'autre. Nous devons laisser
uniquement à nos fideles sujets de décider de quel côté la
balance penche , attendu que , dans cette occasion , il s'agit
principalement de leur liberté personnelle , et qu'ils doivent
connaître mieux que personne la portée de leurs forces. "
16
ITALIE . De Gênes , le 30 Janvier 1797 .
Nous avons reçu de Bologne les détails suivans ,
sur le congrès cispadam
Le congrès s'ouvrit le 27 au matin , composé de 36 reĮrésentans
bolonais , 20 ferrarais , 22 modenais et 22 reggiens.
Après qu'on eut mutuellement exprimé les sentimens
les plus affectueux de bonne-foi et de fraternité , on forma
une députation des quatre provinces , et on élut un président
dans la personne du docteur Charles Facci , de Fer-
Tare . On nomma ensuite des secrétaires et on prit la résolution
qu'on ne voterait pas par scrutin secret , mais par
assis et levé . La séance fut ensuite terminée.
Le soir , à six heures , le congrès se rassembla et fat
séant jusqu'à deux heures de nuit. Plusieurs députés parlerent
avec beaucoup de force et d'éloquence sur le grand
objet de l'union des quatre provinces . Après une longue
discussion , le congrès décréta l'union indivisible de la république
cispadane , et arrêta qu'on formerait un comité
des représentans des quatre provinces , pour discuter et
convenir des moyens les plus propres à cimenter cette union
et à la rendre avantageuse aux quatre peuples.
Dans la séance du 28 , les députés milanais , qui étaient
venus pour fraterniser avec les représentans cispadans
furent introduits dans l'assemblée . Un d'eux prononça un
discours éloquent , auquel le président répondit , en les invitant
à assister à la séance..
Le congrès se déclara ensuite permanent. A trois heures
après-midi , le son des trompettes annonça au peuple que
les séances étaient publiques . En un moment , toutes ies
tribunes de la salle furent remplies de citoyens , Le députe
Fera , de Bologne , étant monté à la tribune , fit un éloquent
discours sur l'union des représentans et sur la présence da
peuple de Reggio , qui ava l'honneur de voir chez lui le
berceau de la nouvelle république. Il invita ensuite les
représentans à renouveller l'acte par lequel la république
avait été déclarée une et indivisible . Tous les représentans
dat ars
1
( 174 )
se levant et agitant leurs chapeaux , approuverent solemnellement
le décret ; et les applaudissemens des spectateurs
se mêlerent à ces démonstrations .
Le 30 , le congrès fit publier une proclamation , adressée
aux quatre peuples , par laquelle il leur faisait part des résolutions
déja prises par leurs représentans .
Le 3 janvier , le congrès a adressé aux citoyens de Bologne
un arrêté , par lequel il leur fait savoir qu'il s'occupe
à faire une constitution qui uunisse sous le même gouvernement
et les mêmes lois les peuples qu'il représente , et qui
assure en même-tems leur commune prospérité. Cette constitution
sera aussi celle des Bolonais . Ces considérations
ont engagé le congrès à décréter que la constitution acceptée
par le peuple de Bologne , avant la réunion , ne sera
pas mise en activité . ,, 1
Nous apprenons de Rome que , dans une congrégation
de cardinaux convoquée pour discuter les
propositions de paix de la République Française ,
ces propositions furent rejettées à la presqu'unanimité.
Il n'y eut que le cardinal Antici , qui a des
idées justes en politique , qui osa faire envisager
les funestes conséquences d'une rupture. Ce
qu'il a prédit , et ce qu'il n'était pas difficile do
prévoir , va se vérifier. Le systême de gouvernement
d'une vaste étendue de pays va changer ; Rome dépouillée
de toutes ses possessions va rester avec ses
reliques , ses indulgences et ses bénédictions , et
même l'on p
-peut croire que ces richesses de la supers
tition ne conserveront pas long- tems leur valeur morale
aux yeux du peuple. En attendant , toutes les
presses sont devenues à Rome des especes d'arsenaux;
on y prépare des armes contre les Français , c'est -
dire fes écrits qui doivent faire lever le peuple en
masse. On assure que le manifeste rédigé par le cardinal
Maury est un modele d'éloquence incendiaire .
Quelques cardinaux ont conseillé à sa sainteté de
l'appeller à la congrégation d'état ; mais on croit
que le pape ne l'appellera qu'après la rupture , ou
pour mieux dire après les hostilités . L'explosion aura
lieu bientôt.
*
RÉPUBLIQUE BATA V E.
De la Haye , le 5 février.
Il est entré , dans le courant de l'an dernier , 875 bâtimens
dans les embouchures de la Meuse ; il en est sorti
874 : l'année précédente il en était entré 366 , et sorti 406.
On vient de lancer trois vaisseaux neufs , l'Olden -Barneweldt
, de 68 ; la Concorde , de 44 ; et le Lieure , corvette . Ce
spectacle avait attiré un concours immense .
63
On a appris que Surinam était bloqué par une flotte anglaise
,
La municipalité de Delft a fait arrêter et poursuit deux
libraires , distributeurs d'une brochure provoquant le rétablissement
du stathoudérat .
L'administration provinciale a cédé au vou du peuple ,"
qui réclamait contre la proclamation du 30 décembre , tendant
à empêcher les assemblées de s'occuper de la nomination
des magistrats : les assemblées de la province sont
convoquées pour le 4 février.
L'assemblée nationale a arrêté les principes fondamentaux
d'une déclaration de droits . L'on s'est vivement disputé
sur la nature de la liberté civile . On a fait entrer la
religion comme bâse de l'ordre social. IlI yy aura deux conseils
formant le corps législatif. Les électeurs ne pourront
être choisis qu'en prouvant une certaine fortune . On ne
pourra être élu représentant que dans et par son district.
Il y a près de soixante - dix articles du plan de constitution
d'arrêtés .
ANGLETERRE. De Londres , le 2 février.
Plusieurs frégates ont reçu ordre de croiser entre la côte de
France et les Dunes , afin de surveiller les mouvemens de
l'escadre française qu'on croit prête à partir à chaque instant
de Dunkerque pour l'expédition depuis long-tems meditée
contre les côtes nord -ouest de notre isle.
Une lettre de Stockholm , durer . janvier , annonce que des
ordres viennent d'être envoyés de Pétersbourg à Revel , pour
contremander l'expédition de la flotte russe , destinée originairement
pour l'Angleterre..
( 176 )
I
Un grand nombre d'amis de la liberté se sont réunis à
Edimbourg , le 26 janvier , pour célébrer l'anniversaire de
la naissance de M. Fox. Après avoir porté les toasts analogues
à la circonstance et à l'esprit de l'assemblée , tels que
les santés de M. Fox , de M. Sheridan , de M. Erskine , de
lord Lauderdale de la vertueuse minorité des deux chambres , on
a porté les deux toasts suivans : Remercimens au général
Fitz Patrick , pour l'humanité qu'il a montrée dans la cause de
l'enfortuné Lafayette . Au général Kosciusko . Puissent les
progrès de la vraie liberté ne s'arrêter que lorsqu'elle sera arrivée´
jusqu'aux Polonais !
-
D'après des lettres récentes de Saint-Domingue , du 7 décembre
, les troupes britanniques se sont réunies aux habitans
de la partie espagnole de l'isle qui ont refusé de se ranger
sous les lois de la République Française pour former une
attaque sur le Cap et sur les Caves . Une division de notre
escadre croisait devant cette place . Don Garcias , qui commandait
les espagnols , dans cette isle , s'est mis à la tête des
rebelles . Après avoir remis aux officiers français les différens
postes que sa cour lui avait ordonné de rendre , il donna sa
démision et se réunit aux propriétaires de l'isle ; il a lui - même
des propriétés considérables dans la colonie . Il a dirigé les
négociations des insurgés avec les Anglais . Les Républicains ,
de leur côté , éprouvent toutes les horreurs de l'anarchie et
des divisions .
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LÉGISLATIF.
Séances des deux Conseils , du 15 au 25 Pluviôse.
་ Le conseil des Cinq -cents a renvoyé à une commission
le message qui lui a été adressé hier par le
Directoire , relatif au mal que font les journaux , et
ordonne l'envoi aux départemens des pieces de la
conspiration .
Dans le conseil des Anciens , Lecouteux , au nom
d'une commission , fait un rapport sur deux différentes
résolutions. La premiere , en date du 5 de ce mois ,
est
( 177 )
est relative aux acquéreurs de domaines nationaux
et au service du département de la guerre .
La seconde est relative à l'entier retirement des
mandats . Il propose de les adopter toutes les deux .
Le conseil les approuve malgré les objections de
Lafond - Ladebat , qui voit dans ces résolutions une
violation de la foi publique . Lorsque ce papier fut
émis on en garantit la solidité ; bientôt on ne le
reçut plus qu'au cours , ce qui facil ta les moyens de
précipiter sa chute. Lafond craint que le reproche
n'en puisse être fait au gouvernement . Enfin ,
jourd'hui on retiré les mandats en leur faisant perdre
99 pour 100 .
&
au-
Johannot arépondu que les inconvéniens de cette
loi seraient moindres que ceux de l'état actuel des
choses . 44,000 percepteurs des deniers publics se
servent des mandats qu'ils ont dans leurs caisses pour
agioter , ils ne le pourront faire . La résolution est
juste parce qu'elle n'emploie pas les moyens de péremption
pour anéantir les mandats ; ils seront toujours
reçus , à la valeur du dernier cours , en paiement
des biens nationaux .
Le conseil reçoit et approuve de suite une résolution
prise hier , portant que les jugemens rendus
par les tribunaux révolutionnaires seront sujets à
cassation .
Sur le rapport de Larmagnac , il approuve une résolution
qui comprend le cit . Brillat- Savarin au
nombre des juges ou suppléans composant le tribunal
de cassation .
Après avoir entendu Detorcy , Durand -Maillane
et Tronchet , dans la discussion sur les successions ,
le conseil ajourne de nouveau .
Pastoret , dans la séance du 17 du conseil des Cinqcents
: Le Directoire vient d'arrêter que les individus
prévenus de la conspiration royale seront traduits
devant un conseil de guerre. Il importe que cette
affaire ait la plus grande publicité , que les formes
soient lentes et solemnelles ; l'intérêt public et l'in
térêt particulier le demandent. Ainsi , je demande
Tome XXVIL M.
( 178 )
1
la formation d'une commission , pour prendre à cet
égard une mesure sage .
9 Viltard : Les prévenus sont des embaucheurs , et
sous ce rapport compris dans l'art . IX de la loi du
13 brumaire dernier, relative au crime d'embauchage .
Ainsi , c'est un délit militaire , dont une commission
militaire doit connaître .
Dumolard vient à l'appui de Pastoret. Il dit que
la constitution défend de distraire les citoyens de
leurs juges naturels. Les conspirateurs de Grenelle
ayant été arrêtés les armes à la main , pouvaient être
justiciables d'un conseil de guerre ; mais ceux -ci ,
conspirateurs comme Baboeuf , quoique dans un sens
inverse , paraissent devoir être renvoyés aux tribunaux
ordinaires .
Berlier observe qu'une plus longue discussion sur
cet objet serait injurieuse au Corps législatif ; et que
la loi étant formelle , elle doit avoir son exécution .
Il propose l'ordre du jour , qui est adopté .
-
On donne , le 18 , lecture de nouvelles pieces relatives
à la conspiration royaliste . La premiere est l'interrogatoire
du cit. Vauvilliers , ex professeur de
langue grecque au collège de France , désigné , par
les commissaires royaux , comme directeur des approvisionnemens
de Paris . Il a dit avoir vu Berthelot
une ou deux fois , mais n'avoir eu aucune liaison ,
aucune correspondance avec lui ; ne connaître l'abbé
Brottier que comme homme de lettres , et n'avoir aucune
idée de Poly . Il a nié être l'auteur de trois brochurés
trouvées chez lui , savoir : 1 ° . Réflexions sur la fête dri
21 janvier; 2 °. Questions sur les sermens ou promesses politiques
en général ; 3 ° . Rapport à S. M. Louis XVIII ,
roi de France et de Navarre ; a déclaré n'avoir rien fait
imprimer depuis six ans , et avoir acheté lesdites brochures
comme un homme de lettres qui rassemble ,
qui confronte les diverses opinions pour et contre ,
qui peuvent servir au tableau des hommes et des
évenemens . Il a reconnu être l'auteur d'un manuscrit
intitulé Idées sommaires et générales d'une assemblée
représentative. Les idées qu'il y a rassemblées ,
a - t-il dit , étaient destinées à servir de travail prépa
( 179 )
ratoire aux opinions et discussions qui pourraient
avoir lieu dans le Corps législatif , où le voeu de ses
concitoyens semblaient l'appeler aux dernieres éléctions
souveraineté du peuple , inviolabilité des représentans
, telles sont les bases principales de cet
ouvrage .
La seconde est l'interrogatoire du général Labarriere
, capitaine au régiment d'artillerie avant la
révolution. Il a dit ne connaître ni Dunan , ni Brottier
, ni Poly , ni Berthelot , et n'avoir jamais éu de
relation directe ni indirecte avec le prétendu
Louis XVIII.
1
"
La troisieme est l'interrogatoire d'Antoine - François
Lachaussée , architecte , qui a déclaré he connaître
aucun des individus qui lui ont nommés
à l'exception de Berthelot avec lequel il a eu affaire ,
à l'occasion de la vente d'un cheval de cabriolet .
La quatrieme est l'interrogatoire de Poly : il ne
roule que sur ses liaisons et sa conduite politique
dans la commune et la société populaire de Troyes .
1
La cinquième est une lettre d'un nommé Gabiot
à Labarrière , dans laquelle il lui dit qu'on a employé
divers moyens pour le séduire , et qu'il a résisté
à tout.
La sixieme est une autre lettre , par laquelle un
anonyme prie Labarriere de faire annonser dans les
journaux une gravure de Marie -Théresse - Charlote ,
fille de Louis XVI , dans son costume de prison .
La septieme est une lettre de Malo au ministre
de la police , contenant une explication sur la radiation
du nom de Dumas . que les conjurés avaient
désigné comme ministre de la guerre.
La huitième est une lettre de Ramel au ministre
de la police ; il se plaint de ce que derniérement ,
à la tribune du conseil des Cinq- cents , Lamarque a
semblé jetter des doutes sur sa véracité ; il se félicite
d'avoir encouru la haine des royalistes et des
anarchistes ; il se promet de faire connaître , dans le
cours du procès , des faits qui lui ont été révélés
par Poly et un nommé Fedouville , qui n'est pas
Mi
1
( 180 )
encore arrêté , lesquels convaincront les incroyables.
de la connexité des deux factions .
La neuvieme et derniere , est une lettre du commissaire
du pouvoir exécutif dans le département
du Morbihan , qui instruit le ministre de la police
des moyens de séduction employés par les chouans ,
vis - à - vis des défenseurs de la patrie , pour les faire
déserter et les engager à aller à Paris .
Le conseil ordonne l'impression de toutes ces
pieces et le renvoi à la commission .
Le conseil a pris , le 19 , deux résolutions portant :
la première , que les assignats de 100 liv . et au- dessous
sont assimilés pour le trentieme de leur valeur ,
quelle que soit leur coupure , aux mandats , dont le
retirement est ordonné par la loi du 16 de ce mois ,
qui pour le surplus leur reste commune . La seconde ,
qu'il ne sera plus imposé de taxe pour l'emprunt
forcé , et que celles imposées pourront , dici au
1er. germinal , être payées , les dix- neuf vingtiemes ,
en inscriptions , ordonnances de ministres ; et le dernier
vingtieme , en numéraire ou mandats au cours.
Dubois - Crance a proposé un message au Directoire
, pour qu'il fasse constater les mesures qu'il a
prises contre les provocateurs à la révolte , et qu'il
soit ordonné aux inspecteurs de la salle de faire
évacuer les tribunes particulieres . La premiere proposition
est adoptée ; mais la seconde , vivement
appuyée par les uns et fortement combattue par les
autres , a été enfin rejettée par l'ordre du jour .
Regnier , rapporteur de la commission chargée
d'examiner la résolution sur les successions , obtient
la parole et dit qu'il n'entreprendra pas de répondre
aux objections qui lui ont été faites , parce qu'il
pense qu'il n'y a rien à ajouter aux solutions données
par le cit. Tronchet ; mais que ce représentant
ayant néanmoins opiné pour le rejet , à cause des
vices qu'il a cru trouver.dans la rédaction des art. 1 ,
II et V , il va prouver qu'elle est conforme aux
principes. Après que Regnier a été entendu , on a
réclamé la clôture de la discussion , et celle - ci étant
fermée , la résolution a été approuvée .
( 181 )
Là discussion de la résolution sur les marchandises
ayant occupé une partie de la séance du 18 et
celle du 19 , a été adoptée . On a entamé de suite
celle relative à l'établissement du journal tachigraphique
elle sera continuée le 20 et jours suivans ,
s'il y a lieu.
T. 1
La discussion sur les délits de la presse , reprise
le 19 , a continué le 20 au conseil des Cinq - cents .
Chassey , dans un discours bien fait , a paru avoir
présenté cette question délicaté sous son vrai point
de vue. Il s'agit , dit-il , de savoir si pour justifier
l'imputation d'un délit , il sera permis au dénoncial
teur de prouver la vérité de l'action . Certès elle mérite
un mûr examen . Je ne sache pas qu'en aucun
pays cette jurisprudence ait été admise . Par- tout on
avait pensé que la vérité du libelle ne pouvait servir
d'excuse , parce que toute accusation doit se faire
sous les yeux de la loi . Tout citoyen à le droit de
dénoncer les délits qui emportent une peine afflic
tive ou infamante , même ceux qui ne méritent qu'unê
correction de police . Ayant la faculté de dénoncr
aux tribunaux , il a également celui de dénoficer à
l'opinion publique , d'après la liberté de la presse .
S'il commence par elle , il devient dénonciateur en
cas de litige. Il suit de là qu'il ne doit être admis à
prouver la vérité que des actions qu'il peut dénoncer .
Siméon demande aussi que l'écrivain ne soit point
admis à faire la preuve des imputations de délits
qui ne sont pas prévus par le code pénal , sans quoi
la dénonciation civique , garantie du gouvernement
républicain , serait absolument nulle . La discussion
est ajournée .
Le conseil des Anciens a entendu , dans sa séance
du 20 , Rabaud - Pommier qui a parlé contre l'établissement
du journal tachigraphique , ainsi que
Dalphonse . Roger Ducos et Comberousse ont , au
contraire , voté en sa faveur. Comme les moyens
présentés de part et d'autre sont à peu près les mêmes
que ceux qu'ont fait valoir les brateurs du conseil
des Cinq cents , nous nous bornerons à annoncer
que la résolution a été rejettée .
M 3
( 182 )
La discussion sur les délits de la presse a oceupé
les séances du 21 et du 22 du conseil des Cinq- cents .
En retranchant les personnalités et les nombreuses
divagations qui ont eu lien , il ne sera ni long , ni
pénible d'en faire connaître le résultat. Couche y a
fait un discours préparé dont voici le précis . Ce
n'est pas quand une imputation est imprimée qu'elle
est calomnie ; c'est quand elle est appuyée sur des
faits faux. La maniere dont est rédigé le projet de
la commission donnerait lieu aux mesures les plus
inquisitoriales, La plupart des articles sont minu
tieux , vagues et sujets à de très- graves inconvéniens .
I admire les recherches scrupuleuses du rapporteur
de la commission ; mais je lui observe qu'en voulant
prévoir et spécifier tous les cas , il a mis tous les
écrivains dans l'impossibilité absolue d'échapper aux
poursuites arbitraires et inquisitoriales des particu
liers et des juges . Il leur a ôté tous les moyens de
faire connaître la vérité , sans s'exposer à des vengoances
sans nombre .
ว Saint- Martin appuie le projet de Chassey. Lahaye
demande qu'on arrête seulement le principe de la
punition des calomniateurs , et qu'on renvoie à une
nouvelle commission l'examen des moyens d'exécution,
Chassey s'étonne que Couchery , en critiquant le
projet de Daunou et le sien , n'ait rien proposé à la
place, I appuie la proposition faite par Siméon,
Cette proposition est enfin adoptée par le conseil
en ces termes : Nul ne pourra être admis à faire la
preuve d'un délit non qualifié par le code pénal , à
moins que cette preuve ne soit par écrit . Est réputée
calomnie , jusqu'à ce qu'elle soit prouvée , toute imputation
imprimée d'une action qualifiée de délit
par les lois.
Le conseil des Anciens a approuvé , le 22 , la résolution
sur le retirement des mandats , et celle qui
n'assujettit les inscriptions à ne payer qu'un franc
pour droit de mutation , d'ici à la fin de l'an V.
Noailles fait , le 23 , un rapport sur la liquidation
des créances exigibles prescrites par les articles 15
( 183 )
et 27 du décret du 24 vendémiaire , an II . II propose
de rapporter ces deux derniers articles et de décider.
qu'à l'avenir les créances que le liquidateur général
fera inscrire sur le grand livre de la dette publique
dans le cours d'un semestre , n'y auront la jouissance
de leur inscription qu'à compter du premier jour du
semestre suivant : les intérêts dus à des capitaux exigibles
pour le tems qui précédera le premier jour du
sémetre suivant , seraient alors cumulés avec le capital
qui les aura produits . Impression , ajournement.
Gossuin fait adopter son projet de résolution sur la
réorganisation des conseils d'administration dans les
troupes de la République :
1º. Ceux des demi -brigades seront composés d'un
chef de brigade , d'un chef de bataillon , d'un capi-,
taine , d'un lieutenant , d'un sous lieutenant , d'un
sergent et de deux soldats .
2º. Ceux des bataillons ou escadrons , d'un com-..
mandant , d'un capitaine , d'un lieutenant , d'un
sous-lieutenant , d'un sergent , d'un caporal et d'un
soldat.
3º. Ils seront en exercice pendant six mois :
4. En seront exclus pendant un an ceux qui ,
depuis le même espace de tems auraient subi une
punition quelconque .
On donne lecture d'un message du Directoire , ainsi
conçu :
" Mantoue s'est rendue le 14 , à dix heures du soir.
La garnison est faite prisonniere de guerre. Le Directoire
fera connaître les articles de la capitulation . La
brave armée d'Italie ne se reposa point après ce brillant
succès ; elle poursuivit l'ennemi jusqu'à Saint-
Michel et lui fit 900 prisonniers . Une autre colonne
entra d'autre part sur le territoire du pape . Les grenadiers
de la légion lombarde artaquerent l'armée du
pape, la tournerent en passant la riviere de .... au gué,
et le moment du choc fut celui de sa déroute ; ils
ont enlevé deux batteries à la bayonnette , fait 1.000
prisonniers , dont 26 officiers , ont tué 4 à 500 hommes ,
pris 8 drapeaux , 14 pieces de canon et 8 caissons ,
car c'est tout ce qu'avait l'ennemi . Les hussards de
M 4
( 184 )
la division Juneau ont chargé la cavalerie papale pendant
dix milles , sans pouvoir l'atteindre. ",
Le conseil a déclaré que la brave armée d'Italie ne
cessait de bien mériter de la patrie , et la séance a
été levée au milieu des cris répétés de vive la République
!
1
On a repris , le 24 , la discussion sur la fixation .
de la contribution fonciere et personnelle . Le conseil
n'a rien décidé .
Le Directoire exécutif envoie les renseignemens.
qui lui ont été demandés sur les troubles occasionnés
, par les prêtres réfractaires , dans le département
du Bas - Phin . Il annonce que ce n'est pas seulement
dans cette partie de la République , mais dans presque
toutes les autres , qu'ils organisent la
guerre civile
. Il sollicite des mesures promptes ét vigoureuses ,
et néanmoins moins séveres que les précédentes ,
parce que leur rigueur a nui à leur exécution . On
nomme une commissiou pour faire un rapport .
Il rend compte en même - tems des motifs de l'arrestation
de certains fournisseurs de l'armée d'Italie ,
accusés de prévarication . Le conseil passe à l'ordre
du jour sur la dénonciation
Celui des Anciens s'est occupé , dans les séances
des 23 et 24 , de la résolution sur la question intentionnelle
. Perrin dit que le conseil des Cinq - cents
a sagement fait de substituer la moralité du fait à la
question intentionnelle . Il n'est pas nécessaire de
poser celle- ci dans beaucoup de circonstances ; et
cependant , si on laissait à la volonté du tribunalde
la poser ou non , il en résulterait un arbitraire
dangereux . Il convenait donc de la remplacer par
celle relative à la moralité du fait .
Loisel est au contraire d'avis que la résolution est
inconstitutionnelle , parce qu'en confondant l'intention
avec la moralité , Ton présente aux jurés une
question complexe . La discussion , est ajournée .
Un message du Directoire annonce au conseil la
prise de Mantoue . Lacombe Saint- Michel dit qu'elle
assure la liberté de l'Italie ; Dumas la regarde comme
le gage le plus certain d'une paix glorieuse avec
( 185 )
'Europe entiere. Leurs discours seront imprimés .
Sur le rapport de Villers , le conseil des Cinqcents
prend , le 25 , une résolution portant , que le
commerce des grains sera entierement libre dans .
l'intérieur de la République.
Pérès ( de la Haute - Garonne ) , après avoir observé
que le moment des élections approche , et qu'il
convient , pour mettre les électeurs à l'abri de la
séduction des riches , de leur fixer une indemnité ,
propose une commission pour la déterminer. Adopté.
La discussion s'ouvre sur les domaines congéables ;
elle est interrompue par un message du Directoire ,
qui envoie de nouvelles pieces relatives à la conspiration.
Le conseil des Anciens a approuvé la résolution
relative à la nouvelle organisation de la gendarmerie .
Il a rejetté celle concernant les reprises faites sur les
ennemis par les troupes de la République.
PARIS . Nonidi 29 Pluviôse , l'an 5º . de la République.
On ne parle plus de l'aventure de Poncelin et fort peu de la
derniere conspiration de Brottier et Lavilleurnois . La prise de
Mantoue , les nouveaux succès de Buonaparte , sa marche
rapide sur Rome ; les événemens extraordinaires qui doivent
en résulter , tout cela absorbe l'attention de ceux qui s'inté-
⚫ ressent vivement à la gloire de la République . Le reste n'est
occupé que 'de spectacles et de bals de toutes les couleurs , et
sous toutes les dénominations , bals rouges , bals blancs , bals
des victimes, bals des pauvres , bals de Richelieu , bals de Wentzel,
bals de Marbeuf, etc. etc. Au milieu de ce tourbillon de nouvelles
ou de plaisirs , à peine songe -t- on aux élections prochaines
qui doivent cependant inflater plus qu'on ne paraît se
le persuader , sur le sort de la Republique et l'affermissement
de la constitution .
Poncelin avait déclaré dans sa plainte , et d'autres avaient
répété pour lui , que les appartemens de Barras étaient le lieu
où s'était passée la scene outrageante de la fustigation . Poncelin
y a été conduit en présence du juge de paix et du ministre
de la police , et après avoir parcouru tous les appartemens
, il a déclaré ne pas les reconnaître . Depuis cet aveu,
l'affaire est tombée insensiblement dans l'oubli ; les journaux
de parti qui en avaient parlé avec le plus de chaleur , ont
gardé tout-à-coup le silence. Quelle est la cause d'un ' aussi
( 186 )
singulier assoupissement ? Poncelin et les siens ont - ils voula
tirer parti d'un accident très - réel et , comme on le pense
très-sensible , en l'attribuant à un membre du Directoire ,
auquel ils ont dû supposer un grand ressentiment , ou bien
leur conscience a -t- elle été éclairée , sur leur erreur , par des
preuves irrésistibles ? C'est ce qu'on n'est gueres tenté d'é- *
claircir ; quoi qu'il en soit , il n'y aura de bien démontré ,
dans cette affaire , que le fait et sa publicité.
a
Chaque jour on découvre de nouvelles pieces relatives
à la conspiration de Lavilleurnois , Brottier et Dunand . Le
maire de Calais a apporté lui-même un porte-feuille venant
'Angleterre , avec 24,000 liv . , en or , le tout à l'adresse
de Dunand , dont on ne connaît point encore le véritable
nom . Le porte- feuille et toutes les autres pieces ont été
renvoyées au conseil de guerre , actuellement saisi de cette
affaire . L'opinion la plus saine et la plus générale s'accorde
assez à regarder ce complot comme un des derniers efforts
du parti du prétendant en France ; efforts misérables et impuissans
, plan étroit , mal concerte , moyens et instrumens
plus misérables encore . Quelle difference dee ce complot
extravagant avec les conspirations de Baboeuf ! tout l'honneur
de la conception reste aux terroristes . Mais il n'en
est . pas moins vrai que les uns comme les autres doivent
être comprimés et punis. On s'étonne peut- être que tant
de journaux soupçonnés de royalisme , aient si mal traité.
cette conspiration . C'est qu'il est des royalistes qui ne sont
point pour les partis violens , et qui veulent arriver à leur.
but par des voies bien autrement détournées . Ceux- ci s'éleveront
toujours contre toute attaque brusque , qui aura
pour objet de renverser à force ouverte le gouvernement.
Ils ne réussiront pas mieux que les autres ; mais ils sont
plus dangereux et méritent d'être plus sérieusement obser
vés . Quoi qu'il en soit , le conseil militaire a déja commencé
d'interroger les principaux prévenus qui sont renfermés au
Temple ; il est probable qu'ils seront jugés pour fait d'em-,
bauchage seulement, quoique le délit principal soit plus grave ..
Si l'on eût pu compter sur l'impartialité d'un jury ordinaire ,
on n'aurait pas divisé sans doute deux délits qui paraissent se
lier ; voilà où conduit l'esprit de prévention ; quand on ou
blie l'intérêt public et les devoirs inflexibles de la justice , on
force quelquefois à s'écarter des regles .
On ne lira pas sans intérêt l'article suivant , extrait du Rédacteur
, et relatif à un général , qui dans l'ancien régime fût
peut- être , à 50 ans , parvenu au grade d'officier de fortune , si
la maîtresse de quelque grand seigneur eût daigné le prendra
sous sa protection.
( 187 )
Aussi - tôt l'arrivée du courier , porteur de la nouvelle offi
cielle de la reddition de Mantoue , les employés des bureaux
du Directoire tinrent conseil entre eux sur les moyens de
payer , à la brave armée d'Italie , leur part de la reconnais .
Since publique. Une pétition présentée au Directoire , il y a
quelques jours , par le cit. Augereau , marchand fruitier , rue
Mouffetard , leur avait appris qu'il est le pere de l'immortel
général de ce nom , digne compagnon de Buonaparte , et
dont la renommée n'a cessé de publier les hauts faits depuis
l'ouverture de la campagne. C'est en la personne de ce respectable
vieillard , âgé de 75 ans , qu'ils déterminent d'honorer
l'armée d'Italie. Une députation dui est envoyée pour le
prier de se rendre à un banquet frugal et fraternel . Un fauteuil
l'attendait au haut de la table , et un bouquet de laurier ,
orné d'un ruban tricolor, lui est présenté au nom de la société .
Des couplets analogues à la fête, et inspirés par l'enthousiasme,
sont chantés pendant le modeste repas , dont la gaieté fit les
plus grands frais . Après le dîner , une nombreuse députation
reconduisit chez lui le vénérable vieillard. Tout le voisinage
était en alarme de ce qu'il avait tardé à revenirjusqu'à 10 heures ;
de bonnes voisines s'étaient imaginé , dans leur inquiétude ,
que le voisin avait été enlevé par quelques ennemis de la
République ; mais l'allégresse fut extrême , quand l'on vit le
bon papa sain et joyeux , reparaître décoré de son bouquet
de laurier. Chacun se dispute le plaisir de l'embrasser , ainsi
que la députation qui l'accompagnait . Le vieillard fait apporter
la goutte nationale , et on ne se sépara pas sans avoir porté
un nouveau toast à la brave armée d'Italie et à la République,
HAUTE-COUR DE JUSTICE . Le 17 pluviô.se.
La maison de justice , quant au général , jouit de la
paix ; mais si l'on entre dans les détails , la mésintelligence
croît avec la certitude d'un jugement. Les accusés sont
aussi tranquilles avec leurs gardiens , qu'ils le sont peu avec
leurs co -accusés. Quatre partis , fortement prononcés , se
montrent les dents et se mesurent avec audace . Les reproches
personnels sont vigoureux , les menaces aussi fermement
prononcées que vivement senties . Le premier de ces
partis est celui de Baboeuf ; avouera tout. Le second est
celui de Germain ; il dira tout et s'il périt , les ex-conventionnels
partageront son échafaud . Le troisieme est celui
des ex-conventionnels ; ils craignent tout et font tout pour
gagner un silence précieux que Germain leur refuse . Enfin ,
le quatrieme est celui de ceux qui sont peu chargés , et
qui aspirent hautement après le débat. Détestés , abhorrés.
par les autres , ils sont continuellement accablés d'injures ,
( 188 )
1
et se voient obliges de prendre des précautions . Ceux qui
ne veulent point de jugement sont résolus d'apporter au
procès toutes les entraves imaginables ; déja les rôles sont
distribués discours éternels , incidens renouvelés , mala
dies et faiblesses en pleine audience , sont les moyens qui
doivent être mis en usage pour gagner du tems . Jusqu'à
ce jour , la sûreté de la maison n'a point été compromise.
Du 18 pluviose . La mésintelligence croît parmi les détela
défiance s'étend , les haines s'accumulent ; déja on
se chante mutuellement , et le doigt ou l'oeil désigne le
personnage du couplet. Quelques-uns ont même déja passé
les chansons ; ceux- là se disputent ou se reprochent ; deux
ont délogé forcément de leurs chambres , et ont été obligés
de s'établir seuls . Plusieurs se disposent à demander l'isolement
ou la séparation . Enfin , plus le débat approche ,
moins l'on s'aime , moins on s'unit : les intérêts ont tout
isolé , tout divisé .
nus ;
*
NOUVELLES OFFICIELLES.
ARMÉE D'ITALIE . Le général en chef de l'armée d'Italie , au
Directoire exécutif. Au quartier -général de Véronne , le
9 pluviôse , an V.
Citoyens directeurs , la division du général Augereau
s'est rendue à Padoue de - là elle a passé la Brenta et
s'est rendue à Citadella , où elle a rencontré l'ennemi , qui
a fui à son approche .
Combat de Carpenedolo .
Le général Massena s'est rendu à Vicenze , de-là à Bassano
, et a poursuivi l'ennemi qui s'est retiré au- delà des
gorges de la Brenta. Il a envoyé le brave général Menard
à sa poursuite ; celui- ci l'a atteint à Carpenedolo , et lui a
fait 800 prisonniers , après un combat assez vif. Les grenadiers
de la 25. demi - brigade ont passé le pont de la
Brenta à la bayonnette , et ont fait une boucherie horrible
de ce qui s'est opposé à leur passage .
Combat d'Avie .
La division du général Joubert est en marche pour suivre
l'ennemi dans les gorges du Tyrol , que la mauvaise saison
rend difficiles . Il a rencontré hier à Avio Farriere - garde
de l'ennemi , et lui a fait 300 prisonniers , après un léger
combat.
La division Rey a accompagné les prisonniers .
Rien de nouveau au blocus de Mantoue.
Signé , BUONAPARTE.
( 189 )
Idem, Au quartier-général de Bologne , le 13 pluviôse , an Y.
Citoyens directeurs , je vous ai rendu compte , par mon
dernier courier , des combats d'Avio et de Carpenedolo .
Les ennemis se retirerent sur Mory et Torbole , appuyant
leur droite au lac et la gauche à l'Adige le général Murat
s'embarqua avec 200 hommes , et vint débarquer à Torbole .
Le général de brigade Vial , à la tête de l'infanterie lé- :
gere , après avoir fait une marche très longue dans les
neiges et dans les montagnes les plus escarpées , tourna la
position des ennemis , et obligea un corps de 450 hemmes
et 12 officiers à se rendre prisonniers . On ne saurait donner
trop d'éloges aux 4. et 17. demi - brigades d'infanterie
légere que conduisait ce brave général ; rien ne les arrêtair
; la nature semblait être d'accord avec nos ennemis ;
le tems était horrible ; mais l'infanterie légere de l'armée
d'Italie n'a pas encore rencontré d'obstacle qu'elle n'ait
vaincu .
Le général Joubert entra à Roderedo ; l'ennemi , quí
avait retranché avec le plus grand soin la gorge de Calliano
, célebre par la victoire que nous y avons remportée
lors de notre premiere entrée dans le Tyrol , parut vouloir
lui disputer l'entrée de Trente.
Le général Béliard chercha à tourner l'ennemi par la
droite , dans le tems que le général de brigade Vial continua
à marcher sur la rive droite de l'Adige , culbuta l'ennemi
, lui fit 300 prisonniers , et arriva à Trente , où il
trouva , dans les hôpitaux de l'ennemi , 2000 malades ou
blessés , qu'il a recommandés à notre humanité , en fuyant.
Nous y avons pris quelques magasins .
Dans le même- tems , le général Massena avait fait marcher
deux demi-brigades pour attaquer l'ennemi , qui occupait
le château de la Scala , entre Feltro et Primolazo .
L'ennemi a fui à son approche , et s'est retiré au - delà de
la Prado , en laissant une partie de ses bagages .
Le général Augereau s'est approché de Trévise ; le chef
d'escadron Duvivier a culbuté la cavalerie ennemie , après
lui avoir enlevé plusieurs postes.
Signé , BUONAPARTE .
Kilmaine , général divisionnaire , commandant de la Lombardie ,
au ministre de la guerre . Milan , le 17 pluviôse , an V.
Citoyen ministre , je profite d'un courier que le général
Buonaparte expédie de la Romagne pour annoncer la
déroute des troupes du pape pour vous annoncer la prise
de Mantoue , que j'ai reçue hier au soir par un courier de
Mantoue même. Je crois nécessaire de vous faire cette an
( 190 )
1
nonce , parce que le général Buonaparte , occupé dans la
Romagne à anéantir les troupes de sa sainteté , aura bien pu
n'avoir pas su cette nouvelle au départ de son courier .
La garnison est prisonniere de guerre , et sera de suite
envoyée en Allemagne , pour être échangée . Je n'ai pas reçu
les articles de la capitulation ; le général en chef les enverra
sûrement par le premier courier. Signé , KILMAINE .
Buonaparte , général en chef de l'armée d'Italie , au Directoire
exécutif. Au quartier -général de Faenza , le 15 pluviòse , an V.
Citoyens directeurs , je vous ai rendu compte hier de
l'arrivée de nos troupes à Trente , le genéral Joubert , arrivé
dans cette ville , envoya aussi- tôt à la poursuite de l'ennemi .
Le général Vial , à la tête de l'infanterie légere , occupa la
ligne du Lawi ; les débris de l'armée autrichienne étaient
de l'autre côté . Le général Vial passa le Lawis à pied , à la tête
de la 29. demi-brigade , poussa l'ennemi jusqu'à Saint-
Michel , lui fit 800 prisonnièrs , et joncha la terre de morts .
La jonction des généraux Massena et Joubert est faite , et le
dernier général occupe la ligne du Lawis qui couvre Trente .
L'aide-de-camp Lambert , l'adjoint Camillon se sont particulierement
distingués .
2 Je me suis attaché à montrer la générosité française vis -à-vis
'de Wurmser , général âgé de 70 ans , envers qui la fortunea
été , cette campagne -ci , très - cruelle , mais qui n'a pas cessé
de montrer une constance et un courage que l'histoire remarquera.
Enveloppé de tous côtés après la bataille de Bassano ,
perdant d'un seul coup une partie du Tyrol et son armée , il
ose espérer de pouvoir se réfugier dans Mantoue , dont il
est éloigné de quatre à cinq journées , passe l'Adige , culbute
une de nos avant-gardes à Cerca , traverse la Molinella , et
arrive dans Mantoue . Enfermé dans cette ville , il a fait deux
ou trois sorties , toutes lui ont été malheureuses , et à toutes
il était à la tête . Mais outre les obstacles très - considérables
que lui présentaient nos lignes de circonvallation , hérissées
de pieces de campagne , qu'il était obligé de surmonter , il
ne pouvait agir qu'avec des soldats décourages par tant de
défaites, et affaiblis par les maladiespestilentielles de Mantone .
Ce grand nombre d'hommes qui s'attachent toujours à calomnier
le malheur, ne manqueront pas de chercher à persécuter
Wurmser.
Le général Serrurier et les général Wurmser ont dû avoir
hier une conférence pour fixer le jour de l'exécution de la
capitulation , et s'accorder sur les différends qu'il y a entre
l'accordé et le proposé.
Le division du général Victor a couché , le 13 , à Imola ,
( 191 )
premiere ville de l'Etat papai . L'armée de sa sainteté avait
coupé les ponts , et s'était retranchée avec le plus grand soin
sur la riviere de Senio , qu'elle avait bordée de canons. Le
général Lasne , commandant l'avant-garde , apperçut les ennemis
qui commençaient à le canonner ; il ordonna aussi- tôt
aux éclaireurs de la légion Lombarde d'attaquer les tirailleurs
papistes ; le chef de brigade Lahoz , commandant la légion
fombarde , réunit ses grenadiers qu'il fit former en colonne
serrée pour enlever , bayonnette au bout du fusil , les batteries
ennemies. Cette légion , qui voit le feu pour la premiere
fois , s'est couverte de gloire ; elle a enlevé 14 pieces de
canon sous le feu de 3 ou 4,000 hommes retranchés. Pendant
que le feu durait , plusieurs prêtres , un crucifix à la
main , prêchaient ces malheureuses troupes. Nous avons pris
à l'ennemi 14 pieces de canon , 8 drapeaux , 1 , 000 prisonniers
, et tué 4 ou 500 hommes . Le chef de brigade Lahoz a
été légerement blessé . Nous avons eu 40 hommes tués où
blessés.
Nos troupes se porterent aussi -tôt sur Faenza ; elles en
trouverent les portes fermées , toutes les cloches sonnaient
le tocsin , es une populace égarée prétendait en défendre
l'issue . Tous les chefs , notamment l'évêque , s'étaient sauvés ;
denx ou trois coups de canon enfoncerent les portes , et nos
gens entrerent au pas de charge . Les lois de la guerre m'autorisaient
à mettre cette ville infortunée au pillage; mais comment
se résoudre à punir aussi séverément toute une ville
pour le crime de quelques prêtres ! J'ai envoyé chez eux 50
officiers que j'avais fait prisonniers , pour qu'ils allassent
éclairer leurs compatriotes , et leur faire sentir les dangers
qu'une extravagance pareille à celle- ci leur faisait courir. J'ai
fait , ce matin , venir tous les moines , tous les prêtres , je
les ai rappellés aux principes de l'évangile , et j'ai employé
toute l'influence que peuvent avoir la raison et la nécessité
pour les engager à se bien conduire ; ils m'ont paru animés
de bons principes . J'ai envoyé à Ravenue le général des
Camaldules , pour éclairer cette ville , et éviter les malheurs
qu'un plus long aveuglement pourrait produire ; j'ai envoyé à
Cézene , patrie du pape actuel , le pere dom Ignacio , prieur
des bénédictins . A
Le général Victor continua hier sa route , et se rendit maître
de Forli ; je lui ai donné ordre de se porter aujourd'hui à
Cézene. Je vous ai envoyé différentes pieces qui convraincront
l'Europe entiere de la folie de ceux qui conduisent la cour
de Rome. Vous trouvérez ci -joint deux autres affiches , qui
vous convaincront de la démence de ces gens- ci ; il est déplorable
de penser que cet aveuglement coûte le sang des
( 192 )
pauvres peuples , innocens instrumens , et de tout tems vic
times des theologiens . Plusieurs prêtres , et entre autres un
capucin , qui prêchaient l'armée des catholiques , ont été tués
sur le champ de bataille .
-
Signé , BUONAPARTĖ .
Bulletin de l'armée d'Italie. Au quartier-général de Véronne ,
le 12 pluviôse , an V.
Des renseignemens plus précis sur le combat de Carpenetto
, méritent d'être connus de l'armée , pour que les
braves qui s'y sont distingués reçoivent le tribut d'estime
qui leur est dû.
Les gienadiers et éclaireurs de la 25. demi - brigade de
bataille , ayant à leur tête le chef de bataillon Morangier
et le cit . Antier , aide- de- camp du général Menard , y ont
déployé la plns grande valeur ; ce sont eux qui ont franchi
les premiers le pont de Carpenetto , défendu par 2 pieces
de canon et 3000 hommes . Ce sont encore eux qui , après
le passage du pont , ont terrassé l'ennemi , qui se défendait
pas à pas avec la plus grande opiniâtreté .
Le général Menard fait le plus grand éloge des cit . Fau ,
gier , capitaine d'éclaireurs ; Fourtine , adjudant - major ;
Girot , lieutenant des grenadiers , qui tous trois ont été
blessés . Il se loue beaucoup aussi des cit. Bazancourt , capitaine
de grenadiers ; Philippe , sous-lieutenant de grenadiers
; Pille , lieutenant ; Durand , sergent de grenadiers ,
et du nommé Meyssonnier , qui le premier a franchi le
pont.
Le 9 pluviôse , le général Augereau a ordonné une reconnaissance
sur Trévizo . 1
L'adjudant- général Lorcet , à la tête du ge . régiment de
dragons , s'y est rendu ; un corps ennemi à cheval a ét
chargé , en arrivant , par son avant-garde , et il s'est replié
sur un plus fort . Aussi - tôt l'adjudant - général Lorcet a de
nouveau commandé la charge ; mais les Autrichiens n'ont
pas pu résister long - tems à l'impétuosité des dragons du
9. régiment , dirigé par l'intelligence et le sang- froid de
leur intrépide chef, le cit . Duvivier ; l'ennemi a été culbuté
et mis en fuite ; il a eu quelques hommes de tués et
un très -grand nombre de blessés ; nous avons fait en outré
dix prisonniers de guerre et pris douze chevaux . Nous
n'avons eu , de notre part , que trois blessés .
Signé , A. BERTHIER .
LENOIR-LAROCHE , Rédacteur.
Jer . 135.
N '. 16.
MERCURE FRANÇAIS .
DECADI 10 VENTOSE , Ian einquieme de la République.
( Mardi 28 février 1797 , vieux style . )
LITTÉRATURE ÉTRANGER ERSO
Ueber das Kantische princip fur die natur-geschichte , etc.
Sur les principes de Kant en histoire naturelle : Essai
touchant la maniere de traiter cette science philosophis .
quement ; par le docteur CHRISTOPHE Girtanner. Un
volume in- 8° . de 422 pages, A Gottingue , 1796 .
༈ན་
ཀ
Pour pauqu'on soit au fait de ce qui se passe dans le
monde savant , on ne peut ignorer l'espece de révor
lution que la philosophie de Kant fait en Allemagne,
Nous nous sommes proposés plusieurs fois d'en en
tretenir nos lecteurs mais les ouvrages où l'on dit
que cette philosophie est exposée le plus clairement,
ne nous sont point encore parvenus ; et l'impression
qui nous est restée de ceux que nous avons eu l'oc
casion de lire , étant peu d'accord avec l'enthousiasme
d'une grande partie du nord de l'Europe , et, ce qui
nous inspire encore plus de réserve , avec l'admiration
de beaucoup d'hommes véritablement éclairés
nous avons cru devoir attendre des documens ulté
´rieurs , plus étendus sur cet objet . Dans les écrits des
éleves de Kant , nous n'avons gueres jusqu'ici trouvé
d'intelligible , que des choses qui courent les rues
depuis deux mille ans , mais qu'on a rajeunies avec
assez d'artifice par un langage mystérieux et singulier
; et dans le patit nombre d'ouvrages de Kant
Tome XXVII. N
19
( 194 ) *
lui-même qui nous sont tombés entre les mains , nous
avons vu qu'il n'était pas étranger à cette pratique ,
mais qu'il joignait à des idées libérales et philanthropiques
, une imagination forte et brillante , et
cette maniere solemnelle de style , qui , sans être à
beaucoup près le cachet de la vérité , transforme les
opinions en dogme , commande l'assentiment , et
l'obtient presque toujours .
On peut se souvenir d'une lettre du feu roi de
Prusse , datée de Konisberg , où des affaires l'avaient
obligé de s'arrêter quelque tems . Privé de la conversation
de ses amis , et n'entendant parler de personne
avec qui il pût causer , Frédéric prit le parti d'aller
aux sermons d'un prédicateur dont on disait beaucoup
de bien . Ce prédicateur était Kant. Le roi
trouva qu'il méritait une partie de sa réputation.
« C'est , dit-il , l'homme qui débite le plus noblement
des pauvretés . „
Nous ne répondrions pas qu'il n'en fût de la philosophie
de Kant , comme de ses sermons ( 1 ) .
- Au reste, sa morale repose sur la dignité de l'homme
et sur la liberté ; ses principes agitent les esprits , et
leur action se confondant naturellement avec celle
de la révolution française , brise sourdement les fers
de ces généreux germains , si dignes du bonheur.
Graces soient rendues à Kant. Mais cette nation
sensible et réfléchie étant bien plus portée à
l'enthousiasme, qu'on ne le pense communément, on
peut craindre , avec trop de raison , que l'école de
Kant , comme celle de Rousseau , ne fasse presque
( 1 ) Encore une fois , ceci n'est point un jugement ,
n'avons pas les pieces du procès.
( 195 )
autant de mal aux hommes , par des idées fondamentales
très -fausses et par de mauvaises habitudes d'esprit
, que de bien par les idées grandes et belles ,
par les sentimens élevés et bons qu'elle s'attache véritablement
à répandre .
Kant est professeur de philosophie à Konigsberg :
mais il ne s'est pas seulement occupé de métaphysique
et de morale ; il a porté aussi ses regards sur
l'histoire naturelle , et en particulier sur celle de
l'homme. Les philosophes allemands pensent qu'on
ne peut étudier avec fruit l'entendement et les affections
de l'homme , sans connaître préalablement son
organisation , ses facultés , ses besoins , en un mot , sa
nature physique ; et en cela sans doute ils ont grandement
raison. Ils embrassent même ces deux points
de vue du physique et du moral , dans un seul corps
de scienee , désignée sous le nom d'Anthropologie ou
science de l'homme , laquelle s'enseigne avec éclat
dans tous les grands établissemens d'instruction .
Comme Kant écrit d'une maniere obscure , à l'imitation
des sectaires de l'antiquité , et qu'il se sert
d'une langue particuliere afin de mieux séparer ses
adeptes du reste des penseurs , il a fallu l'expliquer ,
le commenter , le traduire en langue vulgaire ; et
comme chaque commentateur conservait toujours
beaucoup de l'esprit et de la maniere du maître , it
a fallu des commentaires sur les commentaires , des
traductions sur les traductions ,
On a commencé , comme de raison , par ce qu'il y
avait de plus ténébreux , par sa métaphysique : on
s'est beaucoup moins embarrassé de ce qui se présentait
sous des formes plus vulgaires et plus simples ,
1
N/2
( 196 )
.
de ce qui pouvait être directement plus utile et s'appliquer
à la pratique de la science . Autant les phi
losophes allemands se sont efforcés de déterminer
ses idées sur l'essence , sur les propriétés et les devoirs des
natures intelligentes , autant ils ont négligé ses vues sur
l'histoire naturelle qu'il a répandues dans trois mémoires
touchant les différentes races d hommes . C'est
ce vide que le docteur Gittanner , déja célebre dans
les sciences physiques et chymiques , cherche à remplir
par l'ouvrage que nous annonçons .
Selon lui , le principe établi par Kant , relativement
aux races d'hommes , est une loi générale qui
s'étend à toute la nature organisée ..
Le livre se divise en deux parties , dont la premiere
expose la théorie, et dont la seconde explique
cette théorie par des exemples , et en démontre l'application
à la pratique ..
Dans la premiere , l'auteur établit ses bases . Il
distingue , avec Kant , la physiographie ou l'histoire
naturelle d'aujourd'hui , de la physiogonie , qui , selon
le même , est la seule véritable histoire naturelle .
Il montre la différence des especes et des races , des
races et des variétés ou des accidens .
Il traite d'abord de l'organisation , de la force
vitale , de la faculté plastique ; il expose ensuite les
diverses théories sur la génération ; ensuite il revient
à la doctrine de Kant.
Cette théorie se trouve renfermée dans les propositions
suivantes :
1º . Tous les animaux et toutes les plantes qui ,
par leur union , produisent des petits , sont de la même
espete . On sait que ce principe est établi depuis
( 197 )
long - tems par Buffon , qui l'a fortifié de beaucoup
d'observations , et de tout l'éclat de son style .
G
2º. Dans toute la création animée , les especes
restent immuables , quoique les individus puissent
subir quelques changemens . Ce principe est en
core établi par Buffon ; mais Buffon l'énonce d'une
maniere plus exacte et plus précise , en considérant
somme des races , les variétés qui se perpétuent.
3. La tige originelle de chaque espece de corps
organisés , contient en elle -même une multitude de
différens rejettons ou d'ébauches naturelles , dont la
force plastique développe tantôt l'une , tantôt l'autre ,
tandis que le reste demeure enveloppé dans ses
langes ; de- là les diverses races , les accidens et les
variétés , qui se rapportent pourtant à une seule et
même tige. C'est- à- dire , en termes plus simples ,
que les especes sont susceptibles d'éprouver des
changemens. Buffon a dit encore cela plus nettement
, et même il en a donné quelques raisons plausibles
, tirées de l'observation des faits relatifs aux
habitudes et à la durée de la vie de chaque espece .
-
1
1
6º. Dans tout ce qui concerne la nature organisée
et la propagation de chaque race , il y a toujours
un but , et tout est disposé pour le remplir. La faculté
d'engendrer est liée , dans chaque espece , à la
nécessité de ne mettre en jeu , dans l'acte de la génération
, que ce qui tend à développer quelqu'une
des ébauches qui se rapportent à cette espece. Si
des effets réguliers supposent un but antérieur , le
but n'est pas moins dans les mouvemens des corps
célestes , soumis aux simples lois de la gravitation , que
dans les phénomenes de la vie animale et végétale ; on
N 3
( 198 )
doit également le reconnaître dans la cristallisation des
sels , et dans les affinités chymiques . En effet , aux
lois de la gravitation , sont liées la figure et la disposition
respective de la terre et des eaux , le retour
des saisons , l'alternative du jour et de la nuit , les
diversités des climats , les regles auxquelles sont
assujetties la reproduction et la végétation des
plantes , la génération des différens animaux , le
sommeil et la veille , et sans doute aussi beaucoup
d'autres phénomenes de l'économie animale . Aux
lois de la cristallisation et des affinités , tient la formation
d'un grand nombre de substances solides ;
et de fluides aëriformes , sans lesquels ni les végétaux ,
ni les animaux ne pourraient exister , et qu'il faut
par conséquent que la philosophie des causes finales
embrasse dans ses vues sur l'organisation , si elle
veut être un peu raisonnable et conséquente . Mais
quoi donc est - ce la peine de vivre à la fin du 18e .
siecle , pour nous ramener encore à cette philosophie
stérile et bornée , pour en faire la bâse d'une science
qui doit puiser toutes ses richesses dans l'observation
des objets et dans l'étude pratique de leurs
rapports !
mat.
-
7º. Chaque race d'êtres organisés , transplantée
sous un autre ciel que celui qui lui est propre , rẻ-
siste à toute altération ultérieure de la part du cli-
Qu'est - ce que cela veut dire ? Les races
transplantées sont - elles ou ne sont- elles point modifiées
par le climat ? Dans le cas de l'affirmative ,
jusqu'à quel point le climat agit -il sur elles ? Quand
cesse - t- il d'agir ? Voilà ce qu'il est curieux de savoir ,
et ce que Kant ne dit pas. Cette résistance dont il
( 199 )
parle est- elle autre chose que la confirmation de
certaines lois établies , qui durent tant que des
causes plus puissantes qu'elles-mêmes ne viennent
pas les changer ? Mais alors , c'est dire que tout
mouvement régulier résiste à sa cessation , tend à se
perpétuer ; rien n'est plus évident , quand il est de
sa nature d'être perpétuable , et qu'il est assez fort
pour vaincre les obstacles . Mais c'est dire , en mots
savans et pompeux , une vraie niaiserie , ou du moins
une grande trivialité .
8. En conséquence , les races préexistantes , pourvu
qu'elles ne se mêlent point avec d'autres , ne peuvent
plus s'éteindre . Voilà une assertion bien positive ,
qui mériterait d'être appuyée sur des faits concluans :
mais malheureusement les observations , et sur- tout
les expériences qui peuvent seules lui donner du
poids , nous manquent encore . L'assertion est donc
prématurée : elle repose uniquement sur des hypotheses
, sur ces raisonnemens à priori dont Kant paraît
faire si grand cas , et qu'il porte dans les sciences
naturelles , comme dans la métaphysique et dans la
morale.
9º. Dans les corps organisés , rien n'est inutile :
il faut absolument y supposer un plan et un but,
si nous voulons soumettre ces corps à des recherches
profitables : l'existence et la certitude de
ce but est une idée fondamentale , qui doit diriger
l'usage pratique de notre raison . Toujours des
causes finales ! Les conditions de l'existence d'un
être sont nécessaires à son existence ; cela est trèscertain
: quand ces conditions changent, ce n'est plus
la même existence ; cela est encore vrai . Mais elle
N4
( 200 )
39
ne cesse pas toujours alors ; elle peut ne faire que
changer. Au reste , nous le répétons , dans tous les
phénomenes quelconques de l'univers , tout ce qui
concourt à les produire est utile , et toutes les circonstances
comptent dans ceux même qui paraissent
les plus mécaniques et les plus grossiers .
11º . L'on ne peut admettre aucune influence de
l'imagination surl'acte de la propagation des especes ,
qui soit capable d'en altérer les produits : on doit
rejetter aussi tout pouvoir de la part de l'homme ,
de produire des changemens artificiels dans le type
originel des especes , ou d'introduire ces changemens
dans la faculté générative , et de les rendre susceptibles
de se perpétuer. Que de questions résolues
par une seule sentence ! Des siecles d'observations
et d'expériences , faites sur un plan uniforme et bien
entendu , ne suffiront peut-stre pas pour nous mettre
en état de les bien poser. Mais les hommes qui
pensent que des rêves raisonnés peuvent expliquer
la nature , ont besoin d'aller plus vite .
4
12° . Dans le mêlange de deux races de la même
espece , le caractere des êtres engendrés est dénaturé
d'une manière réguliere , et ils offrent des signes évidens
de leur nature mitoyenne . Toujours la même
précipitation , toujours des résultats , avant qu'on
ait rassemblé les données du problême ! Plusieurs
faits constans prouvent , au contraire , que rien n'est
plus irrégulier que l'influence du pere et de la mere
de deux races différentes , sur le-e-caractere distinctif
des individus qu'ils produisent ensemble. Il s'en faut
de beaucoup que ceux- ci conservent également des
traits de l'un et de l'autre il n'est pas même cer- :
7
( 201 )
tain qu'ils aient toujours une grande ressemblance
avec l'un des deux . Expérimentons long-tems encore ,
avant d'assigner ses lois à la nature .
13º . En examinant la couleur des corps organisés ,
particulierement celle des hommes , il faut distinguer
soigneusement l'essentiel de l'accidentel , la teinte
propre de la peau , des souillures ou des altérations
superficielles dont elle est susceptible , et qui dépendent
uniquement du climat. Il n'est pas douteux
que si la distinction est possible , elle sera fort utile .
Mais ce n'est point par des raisonnemens , ni par
des vues fondées sur les classifications , qu'on peut
y parvenir. Les classifications sont des méthodes artificielles
pour aider la mémoire : mais elles ne sont
rien de plus ; et sur - tout il faut bien se garder d'y
chercher les secrets de la nature .
Après avoir établi ces points de théorie, ' l'auteur
passe aux applications : c'est l'objet de la seconde
partic.
La suite au numéro prochain.
LITTÉRATURE.
LES BATAVES , þar BITAUBÉ , membre de l'Institut national
de France , et de l'Académie royale des sciences et
belles- lettres de Prusse. In-8° . de 399 pages . A Paris,
chez GARNERY, libraire , rue Serpente; et VARIN, libraire ,
rue du Petit-Pont.
Qua
SECOND EXTRAIT.
QU'IL est doux , au milieu des tumultes révolutionnaires
et des clairons belliqueux , d'entendre
( 202 )
résonner la lyre épique ! L'éloge de la liberté sied
si bien au chantre des moeurs patriarchales !
4 Après avoir offert à nos lecteurs les principaux
traits des Bataves , et leur ensemble , nous allons les
entretenir du mérite littéraire de ce poëme . Le style
est généralement noble , varié selon les images. L'exposition
est simple et naturelle . Les épisodes abondent
et intéressent . Dans le premier livre , on voit
avec admiration quatre cents guerriers belges s'acheminer
deux à deux vers le palais de la Gouvernante
pour réclamer leurs droits violés . Arrivés près d'elle,
ils se taisent encore , et déposent en silence dans ses
mains le code de leurs priviléges et de leurs lois.
Quelle éloquente leçon ! - Sabine , essayant de détourner
son époux Egmont d'aller faire des représentations
au farouche d'Albe , présente un tableau
du Poussin.... Si tu dois me remplacer auprès de
> ces enfans , n'oublie pas que je te les confie . Quel-
» ques pleurs paraissent encore sur la paupiere de
" cette épouse ; et à travers sa douleur luisent des
» rayons d'espérance , comme les feux naissans du
soleil étincellent dans la rosée. Leurs enfans , les
,, yeux attachés sur leur mere , laissent tomber leurs
mains. Il demeure encore au milieu de l'enceinte ;
» il prend le plus jeune de ses fils dans ses bras ;
mais il le dépose aussi- tôt sur le sein de la mere
" désolée , et s'arrache à ces lieux . "
Les Génies , créateurs des arts , des sciences et de
la philosophie , apparaissent dans le III . livre aux
Bataves , et mettent en action les brillantes époques
passées et futures de ces trois bienfaiteurs de l'humanité.
Cet épisode est riche , pompeux , et fait une
( 203 )
heureuse diversion au récit des combats . « Un grand
" homme , il naîtra français ( Descartes ) , ouvrira et
" tracera la route à la plus étonnante des sciences .
" Albion , tu t'enorgueillis justement d'avoir donné
", le jour à celui qui lui succede. Il tient en ses mains
,, la balancé qui doit peser le soleil et les planetes
dans leurs cours. Dėja se composent les élémens
du miroir de la nature ; elle le remettra aux mêmes
" mains : décomposant ce qu'il y a de plus subtil ,
, un rayon de lumiere en sept rayons peignant à
,, l'oeil étonné les couleurs primitives , il portera ses
regards dans le vaste attelier où la nature , de son
pinceau , colore l'univers : et le dernier pas de ce
,, géant dans la carriere qu'il a remplie , y posera
", un terme qu'il est incertain que l'homme franchisse
,, jamais .
""
"
""
Je pourrais annoncer les progrès de l'esprit
,, humain en d'autres sciences ; la foudre arrachée
, a ciel ; le feu , cette ame universelle de la na-
,, ture , évoqué et brillant aux regards ; les élémens
décomposés , l'air invisible coulant en eau ; la conquête
d'une planete , étendant le vaste empire du
" soleil dans les régions célestes ; des récits fabuleux
" réalisés , l'homme naviguant dans les airs ; de nou-
" veaux fanaux animés de la voix de la Renommée ,
" et le rendant comme présent en divers lieux , etc. 11
L'épisode de la Tyrannie et du Fanatisme , dans
le livre Ve . , est beau et hardi. Le conseil que tient
Philippe dans le VI . , et le caractere pacifique , tolérant
de Figheroa , attachent fortement. L'attendrissement
est porté au plus haut degré par le supplice
de généreux Egmont et Horn . La description du
( 204 )
1
1
séjour de la Tempête dans le VII . livre est très -poćtique.
Vers le pole septentrional , séjour téné-
» breux de la Tempête , s'élevent du sein de l'Océan
jusqu'au ciel , d'énormes rochers formés par les
" glaces , et qui , tandis que les monts s'affaissent et
" que les vallées croissent , reposent depuis l'origine
" des siecles sur leurs anciens fondemens . L'oeil de
» l'univers ne les regarde point , ou ne leur jette
" que des regards obliques ; ses rayons , loin de les
,, embrâser , y perdent leur chaleur et la vie ; on y
» voit des forêts de glaces , et s'il y coule une source
» désaltérante , elle est soudain arrêtée en son cours.
" L'alcyon , l'ami des mers , ne dépose point ici ses
19 oeufs , sa chère espérance ; jamais les habitans de
❞ l'air n'y modulerent leurs sons ; l'oiseau même de
„ la nuit frémit en voyant de loin ces lieux où l'on
n'entend que le tumulte horrible des vents et des
lots , et leurs mugissemens discordans . Au milieu
" de ces rochers est creusé un antre profond là
" gronde éternellement la Tempête ; et les bords de
" son empire sont couverts des débris de vaisseaux
, et de cadavres ...
Nous ignorons ce que l'auteur a voulu peindre
par des forêts de glaces . On sait que les végétaux ne
vivent plus dans les régions éternellement glacées .
C'est une belle conception que de faire inventer
les bombes par le génie de la guerre , pour servir
la tyrannie . - On lira avec intérêt l'épisode d'Arodaz
et de Rosalinde , pendant le siége de Leyde ; les
détails de ce siége mémorable , et ceux de l'horrible
famine que souffrirent ses généreux habitans . Enfin
, le beau caractere de Guillaume est parfaite(
205 )
ment soutenu pendant le cours de tout le poëme.
Les jeunes gens qui entrent dans la carriere des
lettres ont tous lu avec avidité le poëme de Joseph.
Ils liront de même cette nouvelle production du
cit. Bitaubé. Ne devons -nous pas faire en leur faveur
quelques observations critiques ? Ne sont - elles pas
nécessaires dans un instant où nous commençons à
abjurer la licence d'écrire et le néologisme , qu'ont
enfanté et favorisé sept années d'orages politiques ?
Soyons plus séveres , parce que la corruption littéraire
a été plus profonde ; et rendons à notre langue
et aux lettres leur pureté premiere ! Ce dessein ne
pourra être improuvé par un aussi bon esprit que
l'auteur des Bataves ; à qui nous avons voué depuis
long- tems estime et respect . L'amour de la liberté
brille dans toutes les pages de ses écrits ; refuserait-il
son assentiment à la critique louable qui , se bornant
religieusement aux ouvrages , se reprocherait éternellement
d'avoir affligé un des martyrs de la liberté
française ?
A
Quoique la fête de la Réunion d'Utrecht forme
un tableau brillant , quoiqu'elle donne lieu au poëte
de dévoiler les fastes glorieux de la Hollande ; il
nous paraît cependant que le poëme devait finir à
la défaite des Espagnols . La liberté des Bataves est
assurée par la fuite des navires de Philippe , et par
la retraite d'Albe. L'acte de la Réunion est , à notre
avis , un complément historique ; mais il n'est pas
nécessaire comme complément poétique. L'Enéïde
finit par la mort de Turnus , et non par la réunion
des Troyens et des Latins .
Quelques critiques observent que le poëme ren(
206 )
ferme trop de visions prophétiques , ou de songes
expositifs de l'avenir. Ce ressort poétique produit
des effets brillans ; mais il faut en user rarement ,
d'autant plus que c'est une licence , et que les licences
doivent se faire excuser par leur rareté.
J
La création d'un nouveau personnage mythologique
, pour commander sur les mers , d'OCANOR ,
était - elle nécessaire ? Si Neptune répugnait au poëte ,
comme divinité trop usuelle , s'il est permis de s'exprimer
ainsi , n'avait -il pas l'Océan ? Spectre mythologique
plus célebre encore chez les philosophes qui
faisaient de l'eau le premier principe de l'univers ,
que chez les peuples religieux . Cette surcharge
était- elle nécessaire ? Dès que le sujet du poëme
n'était point tiré des livres des Chrétiens ou des
Juifs ; dès que le poëte devait faire revivre Homere ,
Virgile , etc. , rien ne s'opposait à l'admission de
l'Océan. Il est d'ailleurs fait mention dans les Bataves
des Dryades , personnages de la mythologie grecque ;
pourquoi préférer Ocanor à l'antique pere des mers
et des fleuves ?
Les isles où Guillaume est transporté sont inconnues
à la plupart des lecteurs . Elles demandaient une
note historique . Plusieurs autres points de géographie
et d'histoire en exigeaient aussi . Un poëme en
prose en est très - susceptible. Il est si facile d'éviter
dans les notes , l'érudition et l'abondance excessive
des commentateurs ; que la crainte de rappeller le
souvenir des philologues ne doit pas interdire des
notes réclamées pour l'intelligence du poëme.
Des lecteurs nous ont demandé ce que devient
Buren , ce fils de Nassau dont Philippe avait ordonné
( 207 )
f
le supplice , que le sensible Figheroa avait sauvé
par ses conseils , et consolé par sa douce éloquence .
Ils ont cru avoir oublié le sort que le poëte lui a
assigné . Nous l'avons cru nous -mêmes ; et nous avons
relu le poëme ; mais nous n'y avons rien trouvé qui
satisfit notre curiosité . Les personnages de la famille
de Guillaume mis en action dans les Bataves , intéressent
presqu'autant que le héros principal. On s'attache
à eux , et l'on desire de les retrouver heureux
à la fin du poëme , s'ils vivent encore . Que devient
Buren ?
Nous allons indiquer quelques passages dans lesquels
nous croyons reconnaître des fautes de style.
Rien ne peut les excuser dans un poëme en prose.
Dégagé des entraves de la versification , l'écrivain
s'expose volontairement à toute la sévérité des critiques
. Quelle pureté de style n'admire-t-on pas dans
Télémaque ? Nous bornerons cette tâche pénible au
Xe livre.
Livre X. , page 328 ..... Le fer de Romero le
frappe , déchire le nerf où se dessine le tableau de
l'univers , et l'éteint dans un noir torrent de sang. »
L'auteur a voulu dire que Romero lui arrache un
cil ; mais l'a - t - il dit ? C'est sur la rétine que se
peignent les objets , et non sur le nerf optique ,
dont elle n'est qu'une expansion. - Ibidem , page 334...
" Son vaisseau , comme avec des aîles de feu , franchit
les plaines liquides . Cette ellipse qui supprime
les mots , conduit par , ou emporte par , n'est- elle pas
vicieuse ? On ne la pardonnerait pas à des vers
""
Ibidem , page 335 .... « En ce moment , l'orbe dẹ
la lune se levait dans les airs . Le globe de la lune
( 208 )
1 .
se leve en parcourant son orbe , ou orbite annuel.
Ibidem , page 337 ..... Tu es tombé noblement ;
le sourire de la victoire est sur tes pâles ièvres. "
Que ces mots pâles lèvres sont durs à prononcer ! La
prose d'un poëme doit être harmonieuse . - Ibidem ,
page 361 ... La Hollande entiere se présente encore
à lui comme un superbe jardin qui , décoré de palais
, de statues , de berceaux et de sources jaillissantes
, se considére dans les long canaux , etc. » Se
considérer est-il français ? est- il synonyme de se regarder
? En un mot , est-ce un verbe réfléchi ? Nous ne
le croyons pas . Ibidem , pag. 363.... « Et si elle est
'contrainte de céder à la destinée qui couronne toutes
les entreprises de cet usurpateur , elle mérita au moins
de le vaincre. La syntaxe exige mérite . — Ibidem ,
pag. 366. Vous paraissez ici dans le lointain ,
Erasme , qui l'as illustrée ; vous , Boerhaave , dont l'écale
s'ouvre à toute l'Europe ; Ruysch , etc. » Il
fallait dire ... Érasme , toi qui l'as illustrée . Ensuite il
fallait dire , toi , Boerhaave ; et non , vous , Boer,
haave , etc. Alr
Nous ne ferons plus remarquer que deux inexactitudes
frappantes ; lune de grammaire ( liu . II, p . 37 ) ...
Et s'arrache à ces lieux. On s'arrache d'un en ,
droit , ou des embussemens d'une épouse. L'autre
est une faute de style ( liv. III , pag. 60 ) ... « Quelle
création le ciseau enfante des chairs ... Cette mé,
taphore est repréhensible . On enfante en multipliant ;
on peut dire , à la rigueur, le pinceau enfante des merveilles
; on dit très-bien l'imagination enfante des
prodiges ; mais le sculpteur abat pour produire ; il
travailie
( 209 )
travaille par soustraction ( s'il est permis de s'expri
mer ainsi ) ... Son ciseau n'enfante point.
Il sera facile à l'auteur de corriger ces fautes et
quelques autres qui sont répandues dans son poëme ;
lorsqu'il en donnera une nouvelle édition..
"
INSTRUCTION PUBLIQUE.
ÉCOLES CENTRALES DU DÉPARTEMENT De la Seine .
Procès-verbal de la rentrée des Écoles centrales du yer bru
maire , an Ve . de la République Française. Parts , de
l'imprimerie du Cercle Social.
GE procès - verbal réunit les quatre discours qui
ont été prononcés à la rentrée de ces Écoles , et dont
l'impression a été oidonnée par l'administation du
département.
L'intérêt, qu'inspire à tous les peres de famille , à
tous les jeunes gens amis du travail , à tous les
hommes zélés pour les sciences et les lettres , l'époque
malheureusement tardive du renouvellement de
l'instruction publique en France , avait attiré à la
rentrée des Écoles centrales un très - grand nombre
d'auditeurs. Ils ont dû être également satisfaits , et de
la solemnité donnée à cette séance par les autorités
constituées , et du talent des professeurs chargés de
parler , au nom de leurs collégues , sur les objets de
l'enseignement , répartis et coordonnés dans les trois
sections qui constituent l'organisation des Écoles
Tome XXVII.
f
O
( 210 )
centrales , et qui offrent chacune trois cours et trois
professeurs.
A l'inspection du plan très -simple de l'instruction.
nouvelle , on reconnaîtra l'ouvrage de cette analyse
qui décompose l'esprit humain , c'est- à - dire qui observe
les opérations de l'entendement , les habitudes
de l'ame et la génération des idées .
Condillac disait : Aussi- tôt que cette analyse est faite ,
le plan de l'instruction est trouvé : on sait du moins par où
on doit commencer , et il n'en faut pas davantage .
On ne peut gueres parler du nouveau cours d'études
sans se rappeller la scholastique , mot qui , comme
on sait , servait à désigner le cours des études et la
méthode qu'on suivait dans les anciennes écoles . Ces
écoles étaient confiées les unes à des ordres religieux
, les autres à ces établissemens connus sous le
nom d'université , nom qui vient , comme l'a dit Voltaire
, de la supposition que ces quatre corps que l'on
nomme facultés faisaient l'université des études ,
c'est-à- dire comprenaient toutes celles que l'on peut
faire . Ces quatre corps dès le treizieme siecle étaient
composés des maîtres en théologie , des maîtres´en
droit , des physiciens ( on appellait alors ainsi les
médecins ) , et enfin les artistes , ou maîtres- ès - arts .
Ces derniers étaient chargés d'enseigner les langues
grecque et latine , ou ce qu'on appellait les humanités.
C'est ce dernier corps que remplacent les
Écoles centrales , et véritablement on conçoit à peine
dans ces derniers tems , des esprits distingués se
soient mépris sur cette partie des anciennes universités
, au point de préférer cette vieille création dù
douzieme siecle dont les statuts furent dressés par un
་
-
( 211 )
légat du saint -siége , et dont les papes jugeaient les
décisions ce qui les rendait les maîtres de l'instrucion
des peuples ) , à ce second dégré de l'instruction
publique en France , à ces Écoles centrales , dont le
plan est évidemment le résultat nécessaire des progrès
de l'esprit humain , ont
Au reste , les écrivains qui font le plus volontiers
ce
rapprochement , ne sont pas ceux qui voient les
vices de ces anciens
établissemens . Ce sont particulierement
ceux qui
désapprouvent les écoles nouvelles.
Tous se croient à cet égard également généreux.
Les premiers ne veulent point insulter à des
débris . Les derniers aiment à répandre de l'intérêt
sur des ruines. La générosité des uns tient plus à la
raison , celle des autres tient plus à
l'imagination .
Mais il faut en convenir , les premiers sont plus.
justes et plus utiles ; et si
l'imagination aime les décombres
et les regrets , il nous semble qu'elle aime
aussi la création et
l'espérance .
1
"
Quoi qu'il en soit , les vices de l'ancien enseignement
étaient reconnus depuis long- tems . Il y a
de 30 ans qu'un des meilleurs esprits de ce siecle
plus
que Condillac a dit la vérité sur cet objet , et l'on
peut lire dans les derniers volumes de son Cours d'Histoise
moderne ,
entrepris , comme on sait , pour l'instruction
du prince de Parme , les chapitres où il fait
l'histoire de la
scholastique , et où il
développe les
obstacles qui
s'opposaient encore aux bonnes études .
" Les
universités sont vieilles , écrivait- il , et elles
" ont les défauts de l'âge je veux dire qu'elles sont
peu faites pour se corriger.... Quand nous sortons
» des écoles , nous avons à oublier beaucoup de
t
( 212 )
" choses frivoles qu'on nous a apprises ; à rapprendre
des choses utiles qu'on croit nous avoir enseignées
; et à étudier les plus nécessaires sur
lesquelles on n'a pas songé à nous donner des
99
39 leçons , " etsub
Montesquieu , long- tems avant Condillac , s'était
égayé sur cet objet dans ses Lettres Persannes. L'université
de Paris , disait- il , est la fille aînée des rois de
France , et très- aînée ; car elle a plus de goo ans ; aussi
reve-t-elle quelquefois,
On voit que les préjugés qui étaient un obstacle
aux bonnes études n'appartenaient pas aux écrivains
distingués , et ne pouvaient être ceux de leurs
nombreux lecteurs . Ces préjugés tenaient à l'esprit
du gouvernement ; et à cet égard on peut remarquer
ici , comme une des singularités de l'esprit humain ,
ce contraste étrange ,dont nous avons trop de preuves ,
qui fait voir chez une nation la vérité dans ses livres ,
et les préjugés dans le gouvernement , et qui , lorsque
la vérité a passé dans les actes du gouvernement
, offre simultanément les préjugés dans les
livres. Toutefois il ne faut pas renoncer à l'espoir
des exceptions .
Une ce ces exceptions , à l'égard de l'instruction
publique même , c'est le caractere des quatre discours
que renferme le procès -verbal dont nous rendons
compte.
Le premier de ces discours est celui du citoyen
Joubert , administrateur du département , faisant
fonction de président . Le cit . Joubert a fait sentir
avec beaucoup de justesse et d'intérêt l'utilité de
l'instruction publique en général , et la nécessité
( 213 )
particuliere dont elle est chez un peuple qui a conquis
sa liberté . Comme interprête de l'administration
de département près du public , if a eu dans son
discours le véritable caractere qui convient à un
magistat du peuple dans les rapports de ses fonctions
avec les citoyens . Comme orateur , il a été naturel
༄ ལྷུར ། ཟླ་ ༩ ཚུན་
sans prétention scientifique , et il a eu des mouvemens
de sensibilité qui font honneur à son ame .
દ
Le citoyen Deparcieux , professeur de physique et
chymie , a prononcé le discours de rentrée au nom
de la section des Sciences . Quelques philosophes
de l'antiquité , dit le cit . Deparcieux , desiraient que
Fes mathématiques fissent partie de la premiere édu
cation des enfans . Ce voeu qu'ils avaient inutilement
formé , les Écoles centrales vont le remplir avec autant
de zele que de succès . Ce professeur célebre
présente dans son discours une esquisse de l'état.
actuel des mathématiques . Il suit rapidement la géométrie
dans ses progrès. Il détaille les bienfaits de
la physique aidée de la géométrie . Il rappelle l'al
fiance que les progrès des lumieres ont amenée de
nos jours entre la chymie et la physique . Les Écoles
centrales , dit le cit. Deparcieux , sont le premier
établissement de l'Europe où l'on ait confondu ces
deux sciences qui s'éclairent mutuellement , et sont
devenues à jamais inséparables .
Le discours du cit. Deparcieux , dont la réputation
affermie depuis long- tems , doit répandre sur
les Écoles centrales cet éclat de renommée qui semble
nécessaire aux établissemens nouveaux , est une nouvelle
preuve de son excellent esprit. On y trouve
cette justesse et cette filiation d'idées que perfec-
I
0 3
( 214 )
tionne l'étude des sciences exactes , et cette élévation
naturelle de sentimens , cette riche simplicité
de diction qu'inspire et qu'entretient l'étude constant
de la nature .
Le troisieme discours a été prononcé par le citoyen
Fontanes , professeur de belles - lettres , et membre de
I'Institur national de France . Le cit . Fontanes est
connu depuis long tems par la traduction en vers de
1 Essai sur l'Homme de Pope , et par plusieurs poëmes,
détachés qui l'ont placé , dans l'opinion des connais
seurs , au nombre des vrais poëtes . Un poëme épique
dont il s'occupe , et dont il a récité des fragmens aux
séances publiques de l'Institut , est une entreprise
imposante que son beau talent autorise , et qui nous
semble devoir intéresser tous ceux qui desirent que
la République Française ait aussi sa gloire littéraire .
Son discours de rentrée a eu pour objet le perfectionnement
des écoles nouvelles , et l'enseignement
des belles -lettres dont il est chargé . Dans la premiere
partie de son discours , l'auteur a donné lieu à une méprise
qui a flatté les passions des uns , et blessé la raison
des autres , Il annonce , en débutant , qu'il veut énoncer
librement son opinion , qu'il ne dissimulera rien sur
le nouveau moue d'enseignement , l'on a cru qu'il
désapprouvait le nouveau mode d'enseignement . On
doit en convenir , cette erreur de ses auditeurs est
un peu sa faute . Il a confondu ce qui est l'objet de
l'éducation et ce qui est l'objet de l'instruction .
Lorsqu'il en est venu au développement du nouveau
mode d'enseignement qu'il loue très -positivement
: Je ne dois , a- t- il dit , je ne veux rien taire. La
méprise d'un auditoire , qui n'embrasse pas toujours
( 215 )
l'ensemble des idées d'un orateur , a été entretenue
par l'importance de ces mots. Mais voici ce qui les
suit. Ce cours celui des langues anciennes ) , ainsi
que plusieurs autres , a besoin d'une chaire de plus . Onsent
que l'appareil de franchise que présentent ces
mots , je ne dois , je ne veux rien taire , rapproché de ,
la simplicité de ce résultat , ce cours a besoin d'une
chaire de plus , n'est point en proportion avec une
vérité de cette espece , et même en général il nous
semble qu'il faut énoncer toutes les vérités utiles
sans le faste de ces préparations.
Dans la seconde partie de ce discours , où le cit.
Fontanes rend compte de la méthode qu'il est convenable
de suivre dans l'enseignement des belleslettres
, il s'est exprimé avec autant de raison que
d'élégance et d'intérêt . Ses idées dans la premiere
ne sont peut-être ni aussi exactes , ni aussi bien liées ,
et elles ont un caractere trop contentieux qu'on ne
trouve plus dans la seconde . Les disciples d'un professeur
, dont les connaissances littéraire ségalent le
goût et le talent , promettent enfin à nos grands.
maîtres , des lecteurs éclairés , et peut-être des successeurs
.
C'est le cit. Lenoir- Laroche , professeur de législation
, qui a prononcé le dernier discours que renferme
ce procès- verbal .
On voit avec intérêt un des hommes qui ont le
mieux possédé le vrai caractere de législateur dans
notre premiere Assemblée constituante , appellé par
le jury d'instruction aux fonctions de professeur de
législation dans les Écoles centrales . C'est au nom de
la troisieme et derniere section de l'enseignement
04
( 216 )
qui embrasse la grammaire générale , l'histoire , et
enfin la législation , que le cit . Lenoir- Laroche a
parlé. Son discours présente d'abord le développement
des obstacles qui se sont opposés au perfec
tionnement des sciences morales et politiques . Il
fait voir successivement que les progrès de ces sciences
ont été subordonnés chez tous les peuples à l'esprit
des gouvernemens , de la législation , et des institutions
religieuses . On remarque dans ce développe
ment les résultats d'un esprit méditatif , des vues
étendues , une suite d'idées justes et profondes. La
derniere partie de son discours est consacrée à carac
tériser l'utilité des cours de cette troisieme section .
It apprécie en homme accoutumé à exercer sa 'pensée
sur plusieurs sciences , la nécessité de la grammaire
générale qu'il regarde comme une véritable
logique appliquée aux regles du langage . Il fait
sentir l'utilité de l'étude de Phistoire qui est pour
1es peuples l'éducation de l'exemple , comme il le dit
luf meme, ce qui nous rappelle ce qu'écrivaitVoltaire ,
Anéantissez l'étude de l'histoire , vous verrez peut- être des
Saints-Barthelemi en France et des Cromwel en Angleterre.
Enfin , il fait observer que la science de la législation
dont l'enseignement lui est confié , a essentiellement
besoin des secours de l'enseignement , parce qu'elle
manque de livres élémentaires ,
Ce discours est l'ouvrage d'un esprit très- philosophique
qui sait répandre sur le sujet qu'il traite
beaucoup d'idées et de lumieres , et qui procede
avec méthode vers un but utile . Il révele aussi ces
sentimens de philanthropie et de bienveillance dont y
nous avons besoin , et qui donnent encore plus de
prix au talent des écrivains .
( Article communiqué. )
( 217 )
PHILOSOPHIE.
Lettre au Rédacteur du Mercure sur une Religion très- ancienne
et très -bizarre.
JE
E vais , citoyen , vous entretenir d'un objet que vous
connaissez sûrement , mais que vous serez peut-être .
bien aise de vous rappeller en ce moment.
Il existe un pays dont le souverain est pontife , et
dont le cinquieme des habitans est prêtre , ou moine.
Ce souverain garde le célibat , comme les autres,
prêtres ; de sorte que son successeur est choisi par
les pontifes ; mais sous l'influence d'un État voisin.
Le souverain qui détermine le choix , tient toujours
à la cour du grand- prêtre un de ses officiers , dont le
pouvoir est très- grand . Ce pouvoir est déguisé sous
les démonstrations les plus éclatantes de respect ,
même de vénération . L'une d'elles sert de voile à un
trait de politique rafinée ; le souverain- dominateur
retient dans sa capitale un des pontifes les plus accrédités
après le souverain - prêtre . Cette captivité honorable
est , dit-on , une consolation pieuse qui dédommage
de l'absence d'un chef révéré .
Il est difficile d'assigner le commencement de cette
théocratie ( gouvernement de Dieu ) ; elle est très - ancienne
, et très - anciens sont aussi les dogmes de la
religion qui en est la bâse, Cette religion a subi peu.
de changemens ; et de toutes celles qui pesent sur
motre globe , c'est elle que l'on croit être de la plus.
haute antiquité. Voici quelques-uns de ses principaux
( 218. )
dogmes... Dieu est une substance unique , mais divisée
en trois personnes : la premiere sans nom ; lá
seconde appellée intelligence ; et la troisieme que l'on
désigne par une dénomination relative aux deux
autres perssonnes . La seconde est morte pour sauver
les hommes ; et elle a été percée de clous.
Les temples des , sectateurs de cette religion sont
ornés de peintures . Ils renferment des statues d'or ;
une de ces idoles représente une femme qu'ils reconnaissent
pour la mere de la seconde personne de
Dieu ; car j'ai oublié de vous dire que cette personne
a voulu être homme , afin de rétablir le salut
des hommes.
Les génies qu'ils peignent dans les lieux de prieres
ont différens caracteres de têtes : les uns sont beaux ;
les autres , hideux et effroyables . Ils sont sans
nombre , et divisés en neuf ordres ; tous esprits sans
corps , plus grands ou plus petits . On en voit entre
autres un jeune , couvert d'une cuirasse , la main
droite armée d'une épée , et menaçant le démon
qu'il tient renversé sous ses pieds . II est regardé
comme le médiateur entre Dieu et les hommes .
Les sectateurs de cette religion accourent des pays
éloignés pour apporter leurs offrandes au grand pontife
, et pour adorer même son palais . Quelquefois
il daigne se montrer aux dévots ; mais c'est à une
fenêtre très-élevée , et pour des momens fort courts .
A sa vue , tous se prosternent , frappent la terre avec
leur front , et se retirent remplis de joie . Elle est
portée à son comble , lorsque le pontife veut bien
les recevoir dans l'intérieur de son palais . Tous ceux.
qui sont présens approchent de son trône , garni de
) ک
219
)
sept coussins . Il leur touche la tête avec ses mains ,
ou avec une frange de soie , selon leur rang et leur
caractere . Les prêtres , les moines et les laïcs d'un
état relevé reçoivent immédiatement l'impositton
des mains ; les nonnes et le vulgaire des laics , à travers
un morceau de drap dont ils couvrent leur
tête .
La mort d'un grand-pontife et le choix de son
successeur sont les événemens les plus importans du
pays. Des milliers de prêtres vivent d'aumônes . On
les voit à certaines époques se répandre dans les
villes et les campagnes , entrer dans toutes les maisons
pour chasser les démons à l'aide d'une eau que
leurs prieres et l'addition de quelque substance mi
nérale rendent , dit- on , sacrée et miraculeuse . Ce
sont les prêtres qui sont chargés du soin des funérailles
; et ce n'est pas une des moins fécondes
sources des aumônes qu'ils reçoivent.
Le grand- pontife distribue et envoie à ceux qu'il
veut honorer , ou dont il desire assurer le salut , des
morceaux de pâte de farine , sur lesquels il a prononcé
des prieres que l'on croit être très-efficaces.
On les avale avec respect et recueillement.
Le chef des prêtres offre à Dieu du pain et du
vin de raisin , mais en petite quantité ; il en mange
le premier et partage ensuite avec les autres prêtres .
Le droit de sanctifier ces offrandes est réservé au
chef , qui opére la sanctification en soufflant sur
elles.
Les moines vivent la plupart dans de vastes monasteres
. Quelques- uns , en petit nombre , sont errans
et quêtent dans les campagnes , dont ils mettent à
( 220 )
contribution les habitans , en les menaçant de la
fureur des démons , s'ils ne leur donnent point
d'aumômes. On les apporte aux habitans des monas
teres , et on les leur offre pour l'expiation des crimes
que chacun leur révele en secret. La vie de ces
derniers se partage entre la récitation presque continue
des prieres , qu'ils accompagnent alternativement
de chants à une voix seule, et de chants à grands
chorus, et la répétition des louanges de Dieu qu'ils
prononcent en tenant successivement de petites
baules enfilées , comme des colliers .
3
Ja me dirai plus qu'un mot des cérémonies reli
gieuses de ce pays. Au.commencement de chaque
mais, les prêtres font une procession avec plusieurs
étendards noirs . Quelques - uns portent des tambours
au son desquels ils chantent divers cantiques . Tous
sont couverts d'un drap lié derriere la tête , qui descend
sur le visage et cache la bouche. Au reste , si
les dogmes et les rits de cette religion sont bisarrės ,
sa morale est douce , bienfaisante et philanthropique
1
La patience vous échappe citoyen rédacteur.
Vous me demandez à quel propos je vous entretiens
de la religion chrétienne , des prêtres catholiques;
des moines ? ..... A quel propos je vous rappelle les
pénitens ? Cette pieuse mascarade catholique , incon
une au nord de la France , mais célebre dans le
midi et sur-tout en Espagne , qui consiste à courir
les rues , couverts de sacs de différentes couleurs ,
pour honorer la divinité ?
Vous vous trompez . J'ai voulu vous parler du Thibet
, du Grand- Lama qui y est le chef d'une religion.
( 221 )
deux fois plus étendue que le catholicisme , malgré
la prétendue universalité de celui- ci . J'ai desiré vous
entretenir de l'empereur de la Chine dont le Grand-
Lama est tributaire , de l'innombrable troupe de
lamas et de gylongs ( autre sorte de moines ) , dont
fourmille le Thibet . Ce sont les dogmes et les cérémonies
du lamisme que je vous ai exposés. Vous
ne me reprocherez pas sans doute la ressemblance
qui se trouve entre le lamisme et le catholicisme .
Peut-être croirez- vous que j'ai chargé le tableau ,
que j'ai forcé les traits. Je ne vous attesterai point
te contraire sur ma parole ; mais je vous inviterai
seulement à parcourir les Voyages au Thibet , faits en
¹1625 et 1626 par le pere d'Andrada ; et en 1774 , 1784
et 1785 par Bogle , Turner et Pourunguir : traduits par
J. P. Parraud et J. B. Billecoq . ( Un volume in- 12 de
204 pages. Paris . )
སྙར་
J
En 1624 , le pere d'Andrada , fésuite portugais ,
entra dans le Thibet par Cachemire. Le desir de
propager le catholicisme le conduisit dans cette
vaste partie de l'Asie , qui est placée entre la Tartarie
, la Chine et le Mogol . Le succès passa ses desirs
. Il plut au souverain , obtint la permission dè
prêcher librement le catholicisme , et un emplacment
pour bâtir un temple. Mais cette condescen
dance du souverain lui coûta la vie . Ayant abandonné
la religion des Lamas pour embrasser celle de Jesus
Christ , avec laquelle il trouvait la sienne parfaite
ment concordante , le Delai Lama , chef de cette
religion , lui suscita un rival qui le combattit et
le tua.
-
Le missionnaire fait observer que la latitude du
( ૧૨૬ )
Thibet n'est que de 32 degrés nord , et que cependant
les froids y sont très -rigoureux et très -longs .
La neige séjourne neuf mois sur la terre . Il attribue
avec raison cette froide température à la hauteur
des montagnes qui traversent le Thibet , et à l'élévation
du plateau entier sur lequel elles reposent.
Il s'étend beaucoup sur le lamisme et ses rapports
avec le catholicisme . C'est de ses aveux que j'ai
tiré la premiere partie de cette lettre. Vous observerez
que les autres relations contenues dans ce recueil
renferment , en petit nombre à la vérité , des
traits de conformité très- frappans , sur la religion.
Leurs auteurs , cherchant à établir des liaisons de
commerce avec les Thibetains , n'ont parlé de ce
objet que d'une maniere détournée .
Tous s'accordent à peindre les Thibetains avec
d'excellentes qualités. Ils sont bons , valeureux ;
mais occupés le plus souvent de prieres et d'actes
religieux .
Le philosophe qui étudie les progrès et les erreurs
de l'esprit humain , lira avec intérêt la relation du
missionnaire . Il lira de même le récit de l'entrevue
de M. Turner, avec le Techou-Lam , ou Grand- Lama
qui n'était âgé que de dix huit mois ; les détails de
l'inauguration de ce jeune souverain pontife ; ceux
que donne sur le lamisme ou chamanisme , sur
ses rapports avec les religions de la Chine et de
l'Inde., etc. , M. Bogle , autre Anglais envoyé par
M. Hastings , gouverneur des possessions anglaises
dans l'Orient .
Quant aux relations commerciales que le gouver
neur cherchait à établir , ses envoyés trouverent que
( 23 )
les marchandises de leur nation y étaient déja parvenues
du Bengale . Les retours se bornent , 1 ° . à de
la poudre d'or , tirée des sables des rivieres qui arrosent
le Thibet , et des mines d'or situées dans les
parties septentrionales , mines que le Lama afferme
à son profit. Cet or n'est jamais converti en monnaies ;
le gouvernement n'en fait point frapper , mais les
marchandises sont évaluées en livres de poudre d'or.
Les Chinois emportent chaque année la plus grande
partie de cet er , en échange des objets manufacturés
qu'ils envoient de Pekin à Lahassa , capitale
du Thibet. Les caravanes emploient deux années à
faire le trajet qui est environ de 600 lieues .... 2º. Au
musc , substance que porte dans une bourse un quadrupede
, habitant des plus hautes montagnes , et
très- difficile à saisir . Les peuples qui vivent dans des
climats brûlans font un grand usage du musc ; et c'est
un objet de commerce rrès- intéressant .... 3°. A la
laine dont on fait les châles , la plus fine étoffe de
laine qui soit fabriquée dans le monde , si estimée
dans l'Orient et si recherchée aujourd'hui en Angleterre
. On n'avait sur cette laine , si renommée pour
sa finesse , que des notions vagues et incertaines ,
avant le voyage de M. Bogle au Thibet . Tous les
châles venant de Cachemire , on reg dait la laine dont
ils sont tissus , comme un produit topique de cette province
de l'empire des Mogols ; les uns disaient que
c'était le poil d'une espece particuliere de chèvre ;
les autres , le poil fin qui se trouve sur la poitrine
du chameau ; ct cent autres absurdités . Mais on sait
aujourd'hui que c'est la laine d'une espece de brebis
du Thibet ; et il y en avais un ou deux individus dans
R
( ex4 )
7
}
le parc de M. Hastings , avant qu'il quittât le Bengale.
Cette espece est petite , he differe des nôtres que
par sa grosse queue et l'extrême finesse de sa toison .
Les Cachemiriens ont des facteurs répandus dans
le Thibet , qui accaparent toute cette laine , pour la
mettre en oeuvre à Cáchemire ... 4 ° . Enfin , les queues
d'une espece de vache qui ne se trouvé qu'au Thibet ,
qui est plus grande que l'espece commune du même
pays. Elle a des cornes courtes , et se distingue moins
par l'absence de la bosse placée sur le dos , que par
sa queue qui est fort grande , garnie de crins longs
et touffus , comme celle des jumens , mais plus fins ,
et beaucoup plus lustrés. Les queues des vaches du
Thibet sont fameuses dans l'Inde , la Perse et dans
tout l'Orient ; où elles se vendent fort cher . On les
monte sur des manches d'argent, et l'on s'en sert pour
chasser les mouches . Il n'est point d'homme aisé dans
l'Inde , qui reste assis dans sa maison , ou qui sorte ,
sans avoir auprès de lui deux serviteurs armés de ces
chasse- mouches . On en voit même sur les monumens
antiques de Persèpolis , attribués aux Perses-
Achéménides .
Je finirai cette lettre en vous disant qu'à l'époque
où les Anglais pénétraient dans le Thibet , un naturaliste
français , le cit . Michault , associé aujourd'hui
de l'Institut national , faisait tous ses préparatifs pour
y entrer. Mais un ordre de M. Dangiviller enjoignit
à ce botaniste de quitter l'Asie , où il avait déja fait
une moisson abondante , pour aller chercher dans
l'Amérique septentrionale des végétaux destinés à
orner le Petit - Trianon . Ainsi fut perdue l'occasion
tant desirée par M. Poivre , d'apporter du Thibet
( 225 ) ·
ou de la Cochinchine le riz sec , c'est-à- dire qui ne
demande d'autre arrosement que la pluie , et l'indigo
verd , deux végétaux qui auraient fait la richesse des
colonies françaises .
POÉSIE.
LE CHIEN DE BASSE-COUR.
FABLE .
On nommait Jacobin un chien de basse - cour , ONN
D'une humeur farouche , intraitable ,
Au poil raz , hérissé , la gueule comme un four ,
Et dont l'aboîment effroyable
Epouvantait les échos d'alentour.
Enchaîné dans sa loge avec soin tout le jour ,
Il menace à grand bruit tout ce qu'il voit paraître ,
Bêtes ou gens
A peine même il reconnaît son maître ;
Lui montre-t - on du pain , il vous montre les dents .
Mais ce chien furieux , à la mine hagarde ,
Avait l'honneur d'être au moins réputé
Chien alerte , de bonne garde ,
D'une extrême fidélité .
Aussi , quand le soleil quittait notre hémisphere
Tous ses liens tombaient , il parcourait l'enclos ,
La cour et le jardin , sans le moindre repos ,
Grondait au moindre bruit à l'égal du tonnerre.
Notre terrible Jacobin
Une nuit , entraîné par la soif ou la faim ,
Ou par le diable , ainsi qu'on va l'entendre .
Dévora les poulets et les tendres agneaux ,
Espoir de la maison , qu'il aurait dû défendre ,
Tome XXVII.
P
( 226 )
Se vautra dans le sang qui coulait à longs
flots .
Le lendemain on vit tout ce carnage ,
Et l'on conuut bientôt l'auteur de tels méfaits ;
Sa gueule encor sanglante attestant ses forfaits ,
1
Contre lui portait témoignage . -
Je vois trop tard qu'il faut que Jacobin
" Soit surveillé sans le moindre relâche ;
( Dit le maître , accourant un bâton à la main )
,, Mais la raison nous prescrit son destin :
,, Et le jour et la nuit qu'on le tienne à l'attache.
Jt
Par le cit . J. B. NOUGARET.
ENIGME.
E n'eus jamais de soeurs , mais j'ai beaucoup de freres ;
Un très- grand nombre aussi de peres et de meres .
Pour t'épargner , lecteur , des détails ennuyeux ,
Écoute bien ceci : Je suis devant tes yeux.
LECTEUR ,
LOGO GRIPHE.
ECTEUR , un bon chrétien médite
Et réfléchit souvent sur moi.
Veux-tu que l'on me décapite !
Pour me chercher , le parasite
Va courir à midi chez toi.
2 1
Encore un mot , et je te quitte .
Mets mon corps et ma tête à bas ,
Pour attraper ma queue , il ne te faut qu'un pas.
Explications de l'Enigme et Logogriphe du No. 15 .
Le mot de l'Enigme est Pomme celui du Logogriphe est
Fortune , dans lequel on trouve trône , or , tuf, nue , four, forêt,
nerf, Furne , tôn , fouet , trufe , furet ,fort , route , front etfeu.
·
( 227 )
י נ
SPECTACLES.
THEATRE DE LA RUE DE LOUVOIS.
On a souvent remarqué que plus les moeurs se corrompent
chez une nation , plus le langage s'épure . Par la même raison ,
à mesure que le nombre des fripens augmente , inoins on
ose parler de friponnerie . C'est presqu'une regle de théâtre
pour la plupart des auteurs actuels , de ne mettre que d'honnêtes
gens sur la scene ; et les acteurs , aussi pour la plupart
appelent un mauvais rôle , celui d'un personnage qui a des
vices ou des ridicules . Quel scandale dans un comite , si l'on
s'avisait d'y lire , pour la premiere fois , Tartuffe ou Turcaret !
On juge , d'après cela , combien les comédies du jour peuvent
être des tableaux fideles de la scoiété . །
La comédie nouvelle , en cinq actes et en vers libres , jouée
à ce théâtre sous le titre de Sint-Elmont et Verseuil , a pour
sujet , pour action principale , un vol de vingt mille écus ;
le voleur est un des personnages de la piece ; et cependant le
tout est arrangé de maniere , que tous les personnages sont les
plus honnêtes gens du monde .
Verseuil a été autrefois le caissier , l'homme de confiance
et l'ami intime de Saint-Elmont , riche financier ; il a été fait
un jour à la caisse un vol de soixante mille francs , dont cn
n'a pu découvrir l'auteur ; le financier en a soupçonné , accusé
son ami de trente ans ; et cet ami , qui n'est pas coupable
s'est laissé déshonorer ; il n'a pu convaincre de son innocence
ni son ami , ni le public ; il a disparu , s est cache , est tombé
dans l'indigence.
Un certain Duval , autrefois commis du caissier , s'est
attaché à lui dans son mauvais sort ; il lui prodigue depuis
dix ans les plus tendres soins , et ne rougit pas de lui servir
dé domestique .
Il y a quinze années que l'histoire du vol est arrivée , lorsque
le hasard fait que la fille de Verseuil et un jeune homme ,
appellé Sainvil , se connaissent et deviennent amoureux l'un
de l'autre .
Mais ce jeune homme se trouve être le fils de Saint-Elmont ;
ce dernier vient pour employer l'autorité paternelle contre
P 2
( 228 )
un amour qu'il désapprouve. It retrouve Verseuil , cet ami
qu'il a perdu , déshonoré , livré à la honte et au désespoir ;
mais il en est quitte pour lui assurer qu'il en a eu bien des
regrets , et que depuis quinze ans , il le cherche pour réparer
1
ses torts envers lui.
Verseuil ne pardonne pas si promptement , d'autant plus
qu'il ne voit pas comment , après quinze ans d'opprobre ,
il sera possible de rétablir sa réputation de probité.
Duval vient le retirer de cet embarras , et faire le dénouement
en apprenant à tout le monde que c'est lui -même qui a
commis le vol ; mais il n'en est pas moins honnête homme ;
il l'a fait pour sauver la vie et l'honneur à son frere , négociant
, qui était sur le point de faire faillite ; depuis il en a eu
bien des remords ; et ce fut pour expier en quelque sorte
son crime , qu'il s'est voué au service du malheureux Verseuil.
Sil a gardé le silence pendant quinze ans , c'était pour
ménager la réputation et le crédit de son frere ; comme celuici
vient enfin de mourir , il croit pouvoir tout révéler. Il est
vrai qu'il ne parle pas de rendre les vingt-mille écus ; mais
il s'impose pour châtiment de fuir désormais la présence de
Verseuil.
Après cette découverte , tout s'arrange , tout s'oublie ; les
deux peres se réconcilient et les deux jeunes gens s'épousent .
Un intérêt de curiosité suspendu jusqu'à la fin , quelques
traits d'une véritable sensibilité , beaucoup de vers sententieux
, ont fait réussir cette piece , qui a été fort applaudie .
Les acteurs l'ont été beaucoup aussi , et ils ont souvent
mérité de l'être ; cependant ne pourrait- on pás les accuser en
général d'un peu d'exagération ? Il est vrai qu'il faut s'en
prendre au public , qui montre un goût décidé pour les cris
et les convulsions . Voltaire a dit qu'au théâtre il valait mieux
frapper fort que frapper juste ; mais il n'a pas dit que pour
frapper fort , il fallait frapper à tort et à travers , comme le
font quelquefois les auteurs et les acteurs d'à présent .
Cette piece est du cit . Ségur le jeune , auteur du Retour du
Mari , et de plusieurs autres ouvrages joués sur différens
théâtres.
ANNONCES.
Le Mine , traduit de l'anglais . Trois volumes in - 12 .
Prix , brochés , 5 liv . et 6 live francs de port par la posté
( 229 )
pour les départemens . -On affranchit l'argent et la lettre
d avis.
Histoire philosophique de la Révolution de France , depuis la
convocation des notables par Louis XVI , jusqu'à la séparation
de la Convention nationale ; par A. Fantin des Odoards.
Nouvelle édition , revue et augmentée par l'auteur . Quatre
volumes in -8°. Prix , 12 liv . et 16 liv. francs de port par
la poste.
De la situation intérieure de la République , par Charles
Theremin. Brochure in - 8 ° . Prix , 30 sous , et 36 sous frane
de port par la
a poste.
Zéphyre , ou le Berceau de Flore , roman imité du gree
par S*** . Un volume in - 18 , avec gravure . Prix , 1 liv. et
1 liv. 5 sous franc de port par la poste.
Ces quatre ouvrages se trouvent à Paris , chez Maradan
Jibraire , rue du Cimetiere -André - des -Arcs , n ° . 9 .
Histoire de l'Assemblée Constituante en France , écrite pour un
citoyen des Etats-Unis de l'Amérique septentrionale , par
Pierre Granié . Un volume in- 8° . A Paris , chez Pougin ,
imprimeur-libraire , rue des Saints - Peres , no . 61 ; Maret et
Desenne , libraires , au Palais - Egalité ; et Déroy , libraire , rue
du Cimetiere Saint-André- des -Arcs , nº . 15. L'an V. ( 1797 ),
La Politique d'Aristote , ou la Science des Gouvernemens
ouvrage traduit du grec avec des notes historiques et critiques
; par le cit . Champagne , directeur de l'institut des
boursiers du collège de l'Egalité . Deux volumes in -8 ° . / A
Paris , chez Laran , libraire , au Palais- Egalité , galerie du
côté de la rue des Bons - Enfans , nº . 181 ; et chez Bailleul ,
imprimeur , au bureau du Journal du Commerce , rue Neuve
St. Augustin , no . 742. L'an V. ( 1797. ) `
Nous rendrons compte successivement de ces différens ouvrages
, parmi lesquels ont doit distinguer la Politique d'Aristote
, production célebre d'un des génies les plus vastes de
l'antiquité , et qui doit être le manuel de tous les législateurs .
J'
P 3
( 230 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
Li
ÉTATS - UNIS D'AMÉRIQUE.
De Philadelphie , le 30 décembre 1796.
E ci- devant duc de Chartres , qui , après la mort
de Philippe Égalité , son pere , aurait hérité , sous la
monarche , du titre de duc d'Orléans , est arrivé ici
de Hambourg , après vingt- sept jours de traversée.
Ss deux freres cadets , qui se sont embarqués à Marseille
, sont en ore attendus. On ne sait pas encore
si ces trois ci - devant princes français prendront la
qualité de citoyens des Etats- Unis , ou si , pour conserver
leurs liaisons avec leur ancienne patrie , ils se
conformeront à l'ordre que le ministre Adet a donné
eu dernier lieu , que tous les citoyens français domiciliés
en Amérique eussent à porter la cocarde
tricolore . Cet ordre a été un des derniers émanés de
ce ministre , avant qu'il suspendît ses fonctions .
ALLEM A GN E.
De Hambourg , le 15 février 1797. མ་ , ས་
Les dernieres lettres de Constantinople renferment
les détails suivans :
Les nouvelles reçues de la Bulgarie sont trèssatisfaisantes
. Akki - Pacha , Beglierbei de Romélie ,
dont le quartier- général est à Sophie , a envoyé un
courier pour annoncer que les séditieux qui infestaient
cette province , et qui avaient été contraints
de se retirer au - delà du mont Argentaro , sont en
grande partie anéantis ou dispersés , de maniere
qu'il leur est impossible de faire de nouvelles incur(
131 )
sions . Akki Pacha commandait en personne le corps
de troupes qui a détruit ces révoltés. Pour ne pas
laisser à ceux qui se sont répandus dans la Servie le
tems de se rallier , on a mis à leurs trousses un corps
de cavalerie commandé par Malick , pacha de Pristina.
On espere voir bientôt se terminer entierement
cette guerre qui a porté la désolation et la mort
dans plusieurs provinces de la Turquie d'Europe. »
Une tempête terrible survenue , il a quelques
jours , dans la met Noire et dans le canal ou Bosphore
força un vaisseau de guerre russè de chercher un abri
dans la baie de Bujuckder. L'avis en fut aussi - tôt
donné à la Porte : le divan tint un conseil extraordinaire
. On pouvait , du premier abord , soupçonner
que c'était une surprise de la part des Russes qui ,
iolant les traités , auraient voulu introduire des
Lâtimens armés dans le canal de Constantinople.
L'affaire ayant été mûrement examinée , il demeura
éident que la seule nécessité avait fait entrer le
vaisseau russe à Bujuckder en conséquence , des
odres furent expédiés sur-le-champ au commandant
d ce port , pour qu'il fournit au bâtiment tous les
Secours et moyens pour remettre à la voile pour sa
destination . ?
t
Ensuite des démarches réitérées de l'ambassadeur
d la cour de Madrid , les deux chevaliers de Malte
qui avaient été faits prisonniers à bord d'un corsaire
maltois , ont été mis en liberté , après avoir donné leur
prole d'honneur de ne pas sortir de la ville.
Le grand- seigneur a fait écrire à Malte pour obenir
la liberté de tous les Turcs qui se trouvent prionniers
dans cette işle ; et lorsque ces derniers auront
té relâchés , les deux chevaliers de Malte pourront
Itourner chez eux .
" Les corsaires de Malte continuent d'infester
Archipel , au grand préjudice du commerce .
Nous avions annoncé précédemment qu'il était
probable que Kosciuszko avant de se rendre dans
les Etats Unis d'Amérique chercherait à réparer le
délabrement de sa santé occasionné par sa longue
P4
( 232 )
captivité , en séjournant pendant quelque tems en
Italie.Mais nous apprenons qu'il est arrivé le 23du mois
dernier de Pétersbourg à Grislchamme , d'où il devait
continuer sa route par Abo à Stockholm , et là
s'embarquer pour la retraite qu'il s'est choisie. On
assure qu'il n'a point accepté tous les bienfaits qui
lui avaient été offerts par Paul Ier . Il a refusé la
terre de 1500 paysans , et la pension de 6000 roubles,
et n'a reçu que l'argent nécessaire pour son voyage .
Ce désintéressement l'honore , et répond parfaitement
à lidée que l'on devait avoir de son caractere.
L'impératrice et les princesses ses filles lui ont remis ,
au moment où il prenait congé d'elles , un souventr
travaillé de leurs propres mains . Ce témoignage célicat
d'intérêt et d'estime n'était pas de nature à
être refusé . Quoique plusieurs des Polonais , ses
compagnons d'infortune , Faient suivi , il en a laissé
un grand nombre à Pétersbourg . Parmi ceux - ci on
distingue le comte Michel Brzostowski , le conte
Tyszenbauss , ci - devant chef des gardes de Lithuanie
; M. Ignace Grabowskyz. Ils attendent l'arrvée
de Stanislas - Auguste. On ignore quel peut être le
motif du voyage de ce monarque détrôné . Touce
que l'on sait , c'est que l'on se dispose à le recevoir
comme s'il jouissait encore de toute la splendeu de
son ancienne fortune . Il doit être logé dans le manifique
palais d'Orlow , dont il fut le prédécesseur cans
les bonnes graces de Catherine II . Au reste , tandis
qu'un des premiers amans connus de cette femme clebre
,va reparaître dans la ville qu'elle remplit pendant si
long -tems du spectacle de ses galanteries comme
de sa gloire , le dernier s'en écarte . Le prince Subw
va en Courlande , où il vivra dans les terres de on
frere. Le rôle qu'il jouait dans la nouvelle cor .
comparé à celui qu'il jouait dans l'ancienne , ne puvait
qu'être infiniment pénible. Il se soustrait sa ement
à cette douloureuse comparaison dont il
vait être sans cesse frappé . Il oubliera dans la retrate
les rêves de l'ambition qui ont occupé sa jeuness :
nous ne parlons pas des rêves de l'amour qui li
convenaient bien mieux ; on ne peut supposer qu'l
( 233 )
les ait connus avec une femme qui était souveraine ,
et qui était dans l'hiver de l'âge .
On commence déja à éprouver eu Russie les effets
de la confiance générale qu'inspirent la modération
et la justice de Paul Ier . Les finances prosperent.
Les bilets de banque qui étaient , il y a près de
quatre mois , à 217 copecks pour un écu d'Allemagne
sont à 165 copecks. Au reste , on en a brûlé,
en présence du sénat , pour sept millions de roubles,
opération qui doit les faire remonter encore trèspromptement.
L'empereur a fait placer devant son palais une
boëte ermée , dans laquelle chacun peut déposer
ses plantes ou ses voeux : si , au bout de trois jours
il ne retoit pas de réponse , il va porter une seconde
requête, et après trois autres jours de silence , une
troisieme ; enfin , si celle ci reste sans effet , il a la
faculté de parler à l'empereur , au moment de la
parade. C'est le grand- duc qui est chargé d'ouvrir
cette bete , et qui fait ainsi , sous les auspices de
son pele , un apprentissage de justice et de bienfaisance.
L'empereur vient aussi d'augmenter la solde des
iuvalides , et va pourvoir aux moyens d'améliorer
leur sort : désormais tous les officiers , et même les
généraux , seront obligés de rester constamment à
leurs corps.
39
•
Le régiment que commandait Paul Ier . , comme
grand- duc , ayant été incorporé dans ses gardes , ceux .
ci commençaient à murmurer. L'empereur est parvenu
à les appaiser en leur disant : Mon régiment
" m'a servi plusieurs années avec fidélité ; je voulais
le récompenser comment pouvais-je mieux le
faire qu'en le réunissant à vous ? J'ai voulu , en
" même-tems , vous donner un témoignage de mon
estime et vous prouver que je regardais comme
" la distinction la plus honorable l'avantage de faire
" partie de mes gardes . Je veux faire de vous des
soldats qui m'honorent , qui s'honorent eu : -
mêmes , qui soient capables de défendre la patrie ;
·( 234 )
» en un mot, je veux faire votre bonheur et celui de
l'empire. "
29
Le jeune roi de Suede continue à s'appliquer à
toutes les parties de l'administration. Il a fait récemment
un voyage à l'université d'Upsal , pour s'instruire
de son état et de ses besoins . Après son retour
, ce sont les prisons qui l'ont occupé . S. M. a
expédié des lettres circulaires à tous les gouverneurs
de province , pour qu'ils eussent à lui envoyer leur
rapport sur l'état où elles se trouvent dans leurs départemens
respectifs , en leur ordonnant d'avoir soin
qu'elles fussent salubres , et que les devoirs de l'humanité
n'y fussent pas blessés , en faisant servir la
détention par elle -même de supplice aux prisonniers.
De Francfort-sur- le- Mein , le 15 février.
L'orgueil de la cour de Vienne se tourmente pour
expliquer les désastres qu'elle vient d'éprouver en
Italie . Dans les rapports qu'elle publie , des divisions
se sont trouvées dans l'impossibilité d'arriver à leur
destination par des obstacles imprévus ; le général Provera
est arrivé quatre heures trop tard ; et d'autres généraux
ont été plus ou moins retardés dans leur marche ,
toujours par des obstacles imprévus . D'un autre côté ,
elle fait répandre qu'elle a beaucoup à se plaindre
de la rivalité ,
ou plutot
de
la des
chefs , et du relâchement de la discipline , qui est
tel que les officiers ne peuvent plus commander ,
parce que Tes soldats ne savent plus obéir , et que
la désertion est devenue aussi commune qu'elle était
rare autrefois . Elle ne peut se résoudre à trouver
T'explication de ses disgraces dans la supériorité du
courage et des talens de son ennemi . Quoi qu'il en
soit , il paraît qu'elle n'a point encore perdu l'espoir
de les réparer , ou du moins d'en arrêter les suites .
De nouveaux bataillons , de nouvelles recrues se
rendent en poste dans cette contrée . Quel sera le
sort de cette sixieme armée qui va se former sur les
( 235 )
ftontieres de l'Italie ? On avait dit que l'archiduc
Charles devait quitter les bords du Rhin pour en
aller prendre le commandement. On se flattait que
le sauveur de l'Allemagne le serait aussi de l'Italie ; et
que sa présence seule suffirait pour rappeler la victoire
, si fidelle aux drapeaux des Français , auprès
des drapeaux autrichiens. Mais les nouvelles les plus
récentes de Vienne nous annoncent que c'est à son
frere , l'archiduc Joseph , à qui probablement on
suppose une influence aussi heureuse , que cette
gloire est destinée . Ce prince , âgé de 21 ans , ne
sera pas abandonné à ses propres conseils . Le général
Mack , dont il fut si souvent question au commencement
de la guerre , et qui depuis paraissait avoir
été oublié , doit être son guide .
Au reste , l'empereur compte beaucoup sur ses
braves et fideles Hongrois . Ils travaillent en effet à lever
et à organiser l'armée de 50.odo hommes qu'ils lui
ont promise . Si ce secours ne suffit pas , il en trouvera
d'un genre nouveau dans l'affection que lui
portent les femmes hongroises , qui , non moins belliqueuses
que leurs maris , et non moins fidelles , sont
disposées à donner les mêmes preuves de dévouement.
Dans le comté de Scharosch , elles ont pris
l'engagement , pour tout le tems que la guerre du-
7 rera avec la France , et que la défense des Etats héréditaires
nécessitera de nouvelles recrues , de s'exer
cer dans le métier des armes , d'entrer en campagne
contre l'ennemi , et de verser leur sang pour le roi
4 pour la patrie. Si en effet ces nouvelles amazones
se présentent, on doit attendre de la galanterie des
Français qu'ils s'attacheront à faire beaucoup de prisonniers
sans coup férir , science qui , comme on le
sait , leur est assez familiere. sig
Si l'on en croit les bruits que le ministere autrichien
fait cireuler , et que les feuilles allemandes
qui lui sont dévouées répetent complaisamment
les ressources pécuniaires pour une nouvelle campagne
sont assurées . On en évalue la dépense à 60
millions de florins. La partie des revenus ordinaires
qui est affectée à la guerre est de 20 millions ; les
( 236 )
า
emprunts sur les biens - fends en produisent environ
10 à 12 , et l'on porte à près de trois le montant des
dons patriotiques : il en faut donc encore, 25 pour
faire face aux dépenses de cette année : or , ce déficit
sera rempli par les contributions de l'Angleterre ,
qui a accordé de nouveau , pour cet objet , 3 millions
de liv. sterlings . On doit admirer la précision de ces
calculs . Il faut observer seulement que l'on n'y fait
pas mention des non valeurs probables.
L'archiduc Charles a fait condamner le prince de
Waldeck à fournir son contingent , dont il se prétendait
exempt , comme compris dans la ligne de
neutralité. Le prince de Waldeck a adressé ses plaintes
au roi de Prusse ; on ne connaît point encore la
réponse de ce monarque. Elle est de la plus grande
importance pour le repos du nord de l'Allemagne .
ITALIE. De Reggio , le 10 Janvier 1797.
Voici la suite des débats du congrès cispadan ,
depuis le 3 jusqu'au 8 de ce mois .
Séance du 3 janvier,
Plusieurs motions sont faites Far divers orateurs.
Beitelani veut qu'on donne la priorité aux plus urgentes.
Aldini , toujours plein de scrupules sur les pouvoirs provi
soires du congrès , veut que son autorité se borne a veiller
d'une maniere simplement abstraite sur l'unité indivisible ; il
croit que l'abus d'une autorité légitime est moins dangereux
que l'usage d'un pouvoir illégitime , etc.
Le congrès s'occupe de la demande faite par le général
Buonaparte , à la junte de défense , de quatre mille paires de
souliers pour les troupes qui doivent se rendre à Bologne. La
contribution est répartie entre les quatre villes
Le congrès adopte pour armes nationales le carquois , avec
quatre flêches et des places vides
flêches et des pour d'autres , entouré
d'une couronne civique et de l'inscription R. C. ( République
Cispadane ) . Quelques députés proposent de remplacer par
R. I. ( République Italienne . )
Le soir du 3 , on décrete l'expédition d'un député à Paris ,
revêtu du caractere diplomatique.
Séance du 4. Le congrès s'occupe de la formation d'un gouvernement
provisoire , de la junte de défense , et des instructions
pour l'envoyé à Paris .
( 237 )
Paradisi propose , mais comme une opinion de l'aide -decamp
Marmont , un comité de gouvernement résidant à Modene
, pour veiller sur les gouvernemens provisoires , qui
seront confirmés sous le nom d'administrations départementales
.
Angelelli fait la motion de suspendre le congrès pour un
mois , et d'arrêter qu'il ne tiendra qu'une séance par mois
qui ne pourra durer moins de trois jours ni plus de six , excepté
les cas d'urgence.
Bellentani demande que la validité du congrès ne consiste
pas dans la présence des deux tiers des députés , mais en un
nombre donné qu'on fixerait .
Plusieurs opinions sont émises sur ce sujet .
Fava soutient que la continuelle permanence du congrès
n'est pas nécessaire .
Bellentani est d'un avis contraire.
Notari dit que le congrès est rassemblé pour trois objets :
pour la déclaration de la sonveraineté du peuple , pour
l'unité indivisible , et pour la constitution . Voulez - vous ,
s'écrie - t-il , dissoudre le congrès avant d'avoir fait ce grand
ouvrage ? Voulez - vous et pouvez -vous déléguer à d'autres
l'autorité que le peuple vous a confiée ? Demandez donc au
peuple qu'il choisisse d'autres députés , si vous ne voulez pas
où si vous ne savez pas le servir.
Aldini parle sur l'avantage de suspendre les séances du
congrès , et de confier le gouvernement à des comités ; ce
qui est décrété à la presqu'unanimité .
Paradisi lit le projet du comité de gouvernement , proposé
par Marmont .
On décrete
un comité pour examiner
ce projet , et l'on
choisit les députés
Aldini , Pasetti , Bertolani
et Paradisi
.
On forine un autre comité , chargé de rédiger
les instructions
à donner
à l'envoyé
de la République
Cispadane
à Paris .
Séance du 5. Le comité rend compte du projet de l'aidede-
camp Marmont. En voici les articles principaux :
Le gouvernement central provisoire sera composé de
einq membres , un par département , excepté Ferrare qui
en aura deux . Il veillera à l'unité , à la défense intérieure
et extérieure , et aux administrations départementales don't
il pourra changer les membres , etc . ,,
Séance du 6. On décrete mention honorable à l'aide - decamp
Marmont , qui prend congé.
( 238 )
Le député Fava , Bolonais , est élu envoyé de la Répu
blique Cispadane à Paris ; et Joseph Rongoni , Ferrarais ,
secrétaire de légation . Fava a réuni 51 voix , et Luosi 45 .
L'envoyé , avant de partir, devia conférer avec le général
Buonaparte , dont on annonce la prochaine arrivée .
Le général Buonaparte arriva à Reggio , le 8 janvier . Ami
de la liberté des peuples , il avait observé avec peine que la
marche du congrès cispadan était en raison inverse de celle
de l'armée française. Il ne pouvait approuver cette masse informe
de principes faux , de sophismes , de prétextes , etc.
qui en arrêtait et même qui en faisait rétregrader la marche
quoique plusieurs députés , parmi lesquels on distingue Rederzini
, fissent tous leurs efforts pour la hâter. Le congrès ,
pour applanir les difficultés , ayant envoyé au général une
députation de laquelle était le citoyen Aldini qui essaya de
justifier ses idées , ou plutôt ses plans , le général leur parla
avec cette liberté qui ne l'ôte pas aux autres , mais qui la rend
plus sûre . Il réfuta les erreurs de plusieurs députés , avec
cette même facilité avec laquelle il repousse et détruit les
armées ennemies . Il conclut , en démontrant la nécessité de
sé constituer bientôt de quelque maniere ; il annulla plusieurs
opérations du congrès , et particulierement le comité
central du gouvernement , et fit suspendie l'envoi d'un ministre
à Paris . II insista sur la facilité qu'avait le congrès de'
se donner bientôt une constitution , s'il ne perdait pas le
tems en discussions inutiles , et s'il ne souffre pas qu'on retarde
le bien , sous prétexte de l'assurer . Des constitutions
libres connues jusqu'à présent , celles des Suisses , des Amé,
ricains et des Français , on pourrait en former une nouvelle ,
adaptée à la condition des peuples qui doivent l'embrasser.
Le général arrêta que le congrès serait transféré à Modene ;
que les députés auraient dix jours de conge , et que les séances
recommenceraient le 20 janvier .
On a lieu d'espérer que cette seconde époque du congrès
cispadan sera plus intéressante que la premiere ; que l'influence
des anciens préjugés ne s'y fera plus sentir ; qu'il y
développera toute l'énergie et tout le zele nécessaire pour
fertiliser le terrain où doit croître et fleurir l'arbre de la
liberté .
De Rome , le 31 janvier.
Le 26 janvier , il ariva ici le soir un courier venant d'u
quartier-général de Véronne , avec des dépêches du général
( 239 )
Buonaparte , pour le ministre français Cacault , et pour le
cardinal Mathei , dont voici la teneur :
-- Au citoyes Cacault . Au quartier-général de Véronne ; le
3 pluviôse , an V.
Vous aurez la complaisance , citoyen ministre , de partit
de Rome six heures après la réception de cette lettre , et
vous viendrez à Bologne. On vous a abreuvé d'humiliations
à Rome , et on a mis tout en usage pour vous en faire sortir
; aujourd'hui , résistez à toutes les instances , partez .
Je serai charmé de vous voir , et de vous assurer des sentimens
d'estime et de considération avec lesquels je suis ,
Signé , BUONAPARTE.
Aussi-tôt après la réception de cette lettre , le cit. Cacault
' écrivit au cardinal , secrétaire d'Etat , le billet suivant , et
partit de Rome .
ÉMINENCE ,
Je suis appellé par ordre du gouvernement français , qui
m'oblige de partir ce soir pour Florence . J'ai l'honneur d'en
prévenir votre éminence en vous renouvellant les expressions
de mon respect Signé , CACAULT.
Réponse du cardinal secrétaire d'Etat.
Le cardinal Busca était loin de s'attendre à la nouvelle
que le très - honorable M. Cacault vient de lui communiquer.
Son départ subit pour Florence ne lui permet rien
autre chose que de l'assurer de sa profonde estime .
Le général Buonaparte au cardinal Mathei.
BUSCA.
Les étrangers qui influencent la cour de Rome ont voulu
et veulent encore perdre ce beau pays . Les paroles de paix
que je vous avais chargé de porter au saint- pere , ont été
étouffées par ces hommes pour qui la gloire de Rome n'est
rien , mais qui sout entierement vendus aux cours, qui les
emploient. Nous touchons au dénouement de cette ridicule
comédie. Vous êtes témoin du prix que j'attachais à la paix ,
et du desir que j'avais de vous épargner les horreurs de
la guerre. Les lettres ci -jointes que je vous envoie , et dont
j'ai les originaux entre les mains , vous convaincront de la
perfidie , de l'aveuglement et de l'étourderie de ceux qu
dirigent actuellement la cour de Rome. Quelque chose qui
puisse arriver , je vous prie , M. le cardinal , d'assurer sa
sainteté qu'elle peut res er à Rome , sans aucune espece d'inquiétude.
Premier ministre de la religion , il trouvera à ce
( 240 )
titre protection pour lui et pour l'Eglise . Assurez également
tous les habitans de Rome , qu'ils trouveront dans l'armée
française des amis qui ne se féliciteront de la victoire qu'au
tant qu'elle pourra améliorer le sort du peuple , et affranchir
l'Italie de la domination des étrangers . Mon soin particulier
sera de ne pas souffrir qu'on apporte aucun changement
à la religion de nos peres .
J
"
Je vous prie , M. le cardinal , d'être assuré que , dans
mon particulier , je me ferai un devoir de vous donner
dans toutes les circonstances , les marques de l'estime et
de l'attachement avec lequel je suis ,
Signé , BUONAPARTE.
Après la réception de ces dépêches , à six heures de la
nuit , M. Cacault partit avec son seerétaire de légation ,
M. Bernard , prenant la route de la Toscane pour se rendre
à Bologne.
RÉPUBLIQUE BATAVE.
De la Haye , le 10 février.
Une émeute considérable vient d'éclater dans la province
de Frise .
Un individu du village de Collumer-Zwaag avait été arrêté
la semaine derniere . On varie sur les causes de cette arrestation
; les uns l'attribuent à des cris séditieux de vive
Orange ! d'autres , à une résistance ouverte au réglement concernant
l'organisation de la garde nationale . Quoi qu'il en
soit , trois cents paysans armés de fusils , de sabres , de faulx ,
de bâtons , de massues , etc. , se présentent devant la maison
d'arrêt ; ils délivrent le prisonnier , et le reconduisent
en triomphe chez lui.
La nouvelle de cette sédition fut à peine parvenue à
Dockum , que soixante- quinze bourgeois de cette ville accoururent
avec une piece de campagne. Ils arrivent à Collum
dans la nuit , et y trouvent tout tranquille. Mais le lendemain
, 4 février , les paysans s'arment au nombre de deux
mille environ ; ils attaquent les soixante- quinze bourgeois ,
qui , trop inférieure au nombre , se retirerent en bon ordre
avec perte d'un blessé . Les paysans les suivent , pressent
indistinctement sur leur chemin toutes les personnes qu'ils
rencontrent ; et , arrivés sur les neuf heures du soir devant
Dockum , somment la ville de leur ouvrir ses portes. Les
habitans , rangés en armes sur le rempart , répondent à coups
dé canon . Cinq des assaillans sont tués , six blessés , le reste ,
saisi de frayeur , cherche son salut dans la fuite .
Le
( 241 )
•
Le général Dumonceau a envoyé de Groningne sur Collum
un détachement de hussards et cinq compagnies d'infanterie ;
mais , selon le rapport de ce général , au comité des affaires
générales de l'union , tout était paisible à leur arrivée . On
dit même que l'administration provinciale de Frise l'a sollicité
de ne plus faire avancer de troupes.
Dans la séance du 26 janvier , l'Assemblée batave a adopté,
plusieurs articles du projet de déclaration des droits entie
autres celui-ci , dont la redaction a été présentée par le citoyen
Schimmel-Penninck.
Les membres de la société civile s'étant , conjointement
ensemble , donné un systême de principes constitutionnels ,
et ne pouvant continuellement être occupés à en déterminer.
l'application , et maintenir les intérêts et l'ordre de la societé ,
nomment des représentans pour faire des lois et ceux- ci
sont , en tout tems , responsables au peuple entier.
On aa renvoyé à la rédaction un autre article portant que
les lois ne pourront jamais s'étendre à des matieres
des objets de conviction intérieure.
qui sont
Dans les séances des 8 et 9 février , on a traité la question de savoir si le Pouvoir exécutif aurait sous lui des ministres ou des comités l'Assemblée
s'est prononcée
, par appet nominal , en faveur des ministres .
ANGLETERRE. De Londres , le 14 février.
13
Le courier de Lisbonne , qui est arrivé le 7 , a apporté plu
sieurs lettres qui annoncent que l'Espagne a retiré ses troupes
de la frontiere du Portugal , depuis environ la mi -janvier,
Cet événement n'a pas peu contribué à calmer les inquiétudes
du Portugal.
•
Le prince de Galles a dit-on's offert d'accepter la place
de lord lieutenant d'Irlande . On suppose que sa présence.
pourrait contribuer à rétablir la tranquilité et l'ordre dans ce
royaume.
Une proclamation du roi , publiée le 4 février , ordonne
des prieres et un jeune public et solemnel dans toute l'Angleterre
, le mercredi 8 mars prochain , à l'effet d'appaiser le
courroux du Tout- Puissant, d'invoquer ses miséricordes pour
les péchés du monarque et de ses sujets , d'obtenir qu'il
daigne répandre ses bénédictions sur les armées de terre et
de mer de la Grande -Bretagne , et enfin que sa céleste faveur
accorde à ce royaume une paix solide et les prospérités qui
l'accompagnent. Les archevêques et évêques sont chargés de
composerpour cet effet une formule de prieres qui sera récitéè
Tome XXVII.
( 242 )
dans toutes les églises , chapelles et autres lieux destinées aux
exercices religieux. 1
Le colonel Frédéric , fils du roi de Corse , Théodore , vient
de mourir. Les restes de cet infortuué gentilhomme furent
déposés , le 6 février , dans l'église de Saint-Anne , auprès
du corps de son pere.
Le cercueil était accompagné de deux
voitures de debil , dans lesquelles se trouvaient MM . Obrien ,
Townsend Wilhi , Magdonell et quelques autres personnes
qui , l'ayant connu et estimé pendant sa vie , se montrerent
jaloux de lui payer ce dernier tribut .
On vient de découvrir une imposture d'un genre peu connu.
Un particulier , nommé Claviere , parent de l'ex- ministre des
finances de France , se presenta dans une de nos administrations
avec une prétendue mission du Directoire de France
et s'y prit avec tant d'adresse , qu'on écouta ses propositions .
Il offrit la paix , sous condition que la Belgique serait reconnue
république indépendante , les conquêtes de l'Italie
resthuées , la Baviere cedée à l'empereur , les anciennes pos
sessions françaises dans les deux Indes restituées , et que l'Angleterre
prêterait au Directoire un capital de 8 millions stert .
M. Claviere n'ayant pu justifier de son caractere , reçut ordre
de sortir de l'Angleterre dans deux fois 24 heures. "
1
Le gouvernement fait faire le long de nos côtes , les préparatifs
d'une vigoureuse défense Un camp de Sooo hommes
vient d'être ordonné pour le mois d'avril dans les environs
de Bury ; trois autres camps vont être formés autour de
Brentwood.
-5
M. Erskine , membre célebre de l'opposition , vient de
publier une brochure intitulée : Des causes et des conséquences
de la guerre actuelle contre la France.
-
M. Burke n'est pas mort , comme l'avaient annoncé plusieurs
gazettes anglaisessa santé paraît se rétablir . On lit
avec avidité une nouvelle production de cet écrivain ; elle a
pour titre : Lettre du très- honorable Edmund Burke à sa grace le
duc de Portland , contenant 54 chefs d'accusation contre le trèshonorable
Charles Fox. Cet ouvrage devient le sujet d'une
contestation judiciaire portée au tribunal de la chancellerie :
Le procès n'existe point entre M. Fox et M. Burke , comme
on pourrait le croire ; mais entre ce dernier et l'imprimeur
Owen qui a publié l'ouvrage sans l'autorisation de l'auteur :
Le procureur- général a déja porté la parole dans cette affaire ,
et il a conclu à ce qu'il fût defendu à Jean Owen de débiter
l'ouvrage dont il s'agit .
}
#
( 243 )
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LÉGISLATIF
1
Séances des deux Conseils , du 25 Pluviôse au 5 Ventôse,
Daunou , organe de la commission chargée du rapport
sur les assemblées primaires , présente les dispositions
suivantes , qui sont adoptées par le conseil ,
10. ne seront pas regardées comme vacantes au 1. germinal
prochain les places des administrateurs suspendus
, si la suspension n'a point été convertie en
destitution ; 2 °, ceux- ci tireront au sort avec leurs
collégues , et leurs remplaçans se retireront.
Richard présente un rapport sur les brigands connus
sous le nom de chauffeurs , qui désolent , pillent
et dévastent les campagnes , après avoir brûlé les
pieds aux propriétaires qui refusent de leur livrer
leur or et leur argent. Il propose contre eux la peine
de mort. Impression et ajournement.
On reprend la discussion sur les délits de la presse
dont plusieurs articles sont adoptés.
Le Directoire fait part de la tentative de procurer
l'évasion des conspirateurs royaux détenus au Temple,
au moyen d'un faux ordre du ministre de la police .
Une pétition de 400 citoyens de la commune de
Toulouse , relative aux derniers troubles qui y sont
survenus occupe la majeure partie de la séance du
27. Les pétitionnaires demandent que l'arrêté d'ordre
du jour concernant les afficiers municipaux soit rapporté
, et la punition ion des auteurs des délits nombreux
qu'ils disent avoir été commis . Sur la motion
de Thibaudeau , la question préalable est adoptée
sur la premiere partie , et le renvoi au Directoire
sur la seconde. 102.E SUC
38531
La discussion sur les délits de la presse a
a été continuée
le 28. Des difficultés qui se sont élevées sur la
rédaction des articles déja convenus , ont déterminé
le renvoi entier du projet à la commission.
mmissio
Q 2
( 244 )
Le conseil des Anciens a approuvé , le 26 , les deux
résolutions relatives aux contributions arriérées des
départemens affligés de la guerre , soit intérieure ,
soit extérieure . Il a aussi adopté celle qui met des
fonds à la disposition de la commission des inspecteurs
de la salle du conseil des Cinq- cents pour l'achevement
de sa nouvelle salle.
Il a rejetté , le 27 , la résolution contenant une
instruction pour les assemblées primaires , et ceile
concernant les fonctionnaires suspendus . La résolution
relative au tableau du nombre des députés à
élire par chaque département, a été ensuite approuvée
sans difficulté.
Le Directoire exécutif envoie au conseil des Cinqcents
, le 29 , 66 liasses de pieces relatives aux troubles
que les prêtres élevent dans les départemens.
Elles sont renvoyées à la commission existante.
A ce paquet est joint un rapport du commissaire
du Directoire près le département de 1 Eure . Après avoir cité les manoeuvres
, à l'aide désquelles
un réfractaire a soulevé tous les ouvriers de son canton
, a fait déserter les atteliers , et fait en public
l'apothéose de Louis le dernier ; il ajoute que le
conseil des Cinq- cents est coupable d'une bien grande
insouciance , puisqu'il ne s'occupe pas des moyens
de repression de ces abus , et il demande au Directoire
quelle conduite il doit tenir.
Rouyer et Duprat s'étonnent que le Directoire
transmette un rapport dans lequel un de ses commissaires
se permet d'avilir la représentation nationale.
*
Boissy - d'Anglas demande qu'il soit fait un message
au Directoire pour savoir quelles mesures il a prises
contre celui qui est désigné dans le rapport de son
commissaire , parce que , quoi qu'on en dise , il existe
des lois suffisantes .
Le conseil arrête que sa commission lui fera son
rapport demain.
23 24
Le message demandé par Boissy- d'Anglas aura lieu,
malgré l'opposition de certains membres , et entre
auties de Roux ( de la Marne ).
( 245 )
Chassey propose de soumettre les députés calomniateurs
à la jurisdiction des tribunaux de police
correctionnelle qni ne pourraient les condamner
qu'à une amende pécuniaire , qui ne pourrait être
moindre de 1000 liv . , ni excéder 6000 liv .
Un membre demande la question préable , motivée
sur ce que la loi doit être égale pour tous , soit
qu'elle protege ou qu'elle punisse .
Un autre ne veut pas qu'on parle des députés dans
cette loi , parce qu'on n'en a pas parlé dans mille
autres lois . Il demande le renvoi à une commission
chargée de faire un rapport sur les moyens d'appliquer
aux députés toutes les lois de la police correctionnelle
.
Berlier partage cette opinion . Il voudrait que
l'action du plaignant fût ajournée après l'expiration
du mandat du député .
Boissy- d'Anglas voulait que l'on suspendît jusqueslà
la discussion du projet sur la calomnie : mais cette
motion a été écartée .
Les membres formant la commission chargée d'examiner
les procès-verbaux d'élection de Saint - Domingue
, sont : Rouzet , Blad , Isoard , Boissy- d'Anglas
et Dumolard ,
L'ordre du jour du 30 appellant le rapport sur les
prêtres réfractaires , Dubrueil expose que des mesures
que le conseil prendra , dépend l'affermissement de
l'ordre social , qu'il importe donc d'éloigner de cette
discussion toute passion , et de n'y apporter que la
sagesse et la raison. Trop de maux ont déja désolé
la France, sans qu'on rouvre leur source par des déterminations
imprudentes , qui ne feraient qu'aigrir les
esprits et donner peut-être un nouvel aliment au fanatisme
.
Mais en évitant cet écueil , il faut craindre aussi
de tomber dans un autre non moins dangereux . Il
faut mettre un frein aux manoeuvres des prêtres séditieux
, qui cherchent à renverser le gouvernement ;
les punir , non parce qu'ils sont prêtres , mais parce
qu'ils violent les lois . Diverses lois ont été rendues
jusqu'ici , mais par leur excessive rigueur , elles ont
Q3
( 246 )
1
3
manqué le but qu'elles devaient atteindre . Il faut leur
en substituer de plus humaines et de plus justes , qui,
mieux exécutées produiront un effet plus salutaire .
Dubreuil entre dans le développement des principes
qui
ont dirigé la commission dont il est l'organe , et
il termine en présentant d'après ces bases , divers
projets de resolution dont le conseil ordonne l'impression
et l'ajournement.
Noailles , organe d'une commission spéciale , fait
le 21 , un rapport sur les individus portés , même
après leur mort , sur des listes d'émigrés . Il propose
de déclarer que les dispositions de l'article III de la
loi du 26 fioréal , relative aux émigres , ne sont pointapplicables
aux citoyens qui , malgré leur mort légalement
constatée , auraient été portés sur des listes
d'émigrés , et d'autoriser leurs héritiers à se pourvoir.
en restitution des biens de ceux injustement postés
sur cette liste , avant le 1er . vendémiaire , an VI .
Impression , ajournement.
Daunou fait adopter une nouvelle rédaction de
l'instruction aux assemblées primaires et primaires et électorales ,
exempte des vices qui ont fait rejetter la premiere par
le conseil des Anciens .
Un article additionnel , proposé par Dumolard
porte que les assemblées primaires et électorales ne
pourront se livrer , de nuit , à aucune délibération ;
elles pourront cependant terminer les serutins commences.
Riou annonce un message du Directoire , arrivé
avant-hier , et dont le bureau avait oublié de donner
communication au conseil .
Par ce message , le Directoire soumet au conseil
la question de savoir si l'intérêt de la société et de
la République , n'autorise pas , dans certaines circonstances
, à remettre les peines encourues par les
grands coupables , lorsqu'ils feraient connaître leurs
complices et contribueraient , par leurs révélations ,
à empêcher l'effet des complots qui pourraient compromettre
la sûreté de l'Etat . Il declare que , dans la
circonstance actuelle , il est de la plus haute importance
de statuer sur cet ohjet sans le moindre
( 247 )
retard . Renvoi à une commission spéciale , qui fera
son rapport demain .
Le Directoire envoie de nouvelles pieces sur la
conspiration . Dans le nombre est un manifeste de
Puysaye, se disant lieutenant- général des armées du roi
et commandant en chef de la province de Bretagne.
Il y proteste de son zele pour le rétablissement de
la royauté , la ruine de la République qu'il représente
comme se débattant au milieu des angoisses de la
mort , et pour le rétablissement de la religion catholique
, apostolique et romaine . Il promet le pardon
aux sujets égarés de Louis XVIII qui montreront leur
repentir , et en donneront des preuves . Enfin il parle
de la faction d'Orléans et de ses efforts pour porter
sur le trône de France un des fils d'Egalité , comme y
ayant des droits en qualité de descendant d'Henri IV.
Sur le rapport de Lacoste , le conseil des Anciens
a approuvé la resolution portant que les sommes
versées dans les caisses des receveurs des consignations,
seront restituées en mêmes especes qu'elles ont
été reçues .
Marragon a fait , le 29 , le rapport sur la résolution
relative au droit de passe. La commission a admis
le principe qui l'a dictée , la nécessité de pourvoir
à l'entretien des routes , mais elle n'a pas cru qu'elle
dût être adoptée , parce qu'elle fixe des droits insuffisans
déterminés d'après des erreurs de calculs sur
les nouvelles mesures et que les exécutions proposées
deviendraient très- onéreuses .
Le Directoire rappelle au conseil des Cinq-cents
l'invitation qu'il lui a faite d'examiner si dans des
circonstances périlleuses il ne convienndrait pas de
commuer les peines en faveur des coupables qui dévoilant
des complots d'une grande importance, auraient
du moins servi la République par leurs aveux .
On conçoit que cette commutation ne devrait avoir
d'effet qu'après la vérification des déclarations du
condamné ou du prévenu . Le conseil arrête que le
rapport sur cette question lui sera fait demain .
On a repris la discussion sur les postes , et messageries.
Garnier a combattu le projet de la commission
, et voté pour le systême de la ferme.
Q4
( 248 )
Le bureau a été ensuite renouvellé . Laloi est élu
président. Les nouveaux secrétaires sont ; Colombel ,
Desmolins , Bachetot et Eloi .
Chassey fait le rapport annoncé hier sur la commutation
des peines en faveur des coupables qui feraient
des révélations importantes.
Cette mesure dit- il , serait une offense aux principes
républicains , et un renouvellement des lettres
de graces que la royauté avait usurpé la faculté d'a
corder. 7
ac-
Aucune loi chez les peuples anciens ou modernes
n'a créé cette institution monstrueuse , et si nous
consentions à l'établir , même pour quelques instans ,
il serait bien difficile encore , impossible peut-être
de déterminer sagement auquel des pouvoirs constitués
appartiendrait l'exercice d'un droit de cette nature.
La commission est donc d'avis de passer à
l'ordre du jour. Chassey propose ensuite en son nom
privé , un message au Directoire , pour lui demander
des renseignemens précis sur les motifs qui ont provoqué
ce message . Le tout est ajourné .
Le conseil des Anciens a renvoyé à une commission
composée de Creuzé - Latouche, Regnier, Portalis ,
Muraire et Picault , la résolution sur les délits de la
presse . Le scrutin pour le renouvellement du bureau
a donné pour président Poulain- Grandpré ; et pour
secrétaires , Richou , Jevardot - Fonbelle , Mollevaut
et Castillon .
Plusieurs résolutions relatives à des intérêts particuliers
ont été rejettées par le conseil dans ses
séances des 2 et 3.
Bouru, en rappellant les motifs qui ont déterminé
la commission dont il était l'organe , a proposé le
rejet de celle concernant les notaires ; savoir qu'elle
est insuffisante , incomplette et dangereuse , ajoute
qu'elle persiste dans son opinion. Le conseil la
rejette .
1
Daunou fait adopter , le 3 , au conseil des Cinqcents
, un projet de résolution qui détermine le mode
de renouvellement des suppléans du tribunal de cassation
, par les assemblées électorales des départe(
$49 )
mens de la Haute-Loire , Loire- Inférieure , Loiret ,
Lot et Garonne , l'Isere , Maine et Loire , Haute-
Marne , Mayenne , Mont- Blanc et Mont-Terrible .)
Camus soumet à la discussion et le conseil adopte
le projet de résolution qui accorde une indemnité
de 29 liv. par mois , jusqu'au 1er , vendémiaire proschain
, à chacun des éleves actuellement existans des
écoles de santé de Paris , Montpellier et Strasbourg.
Le conseil ajourne un projet de Jean - de - Brie ainsi
conçu :
4
10. La loi du 9 mars 1793 est rapportée.
Les obligations contractées avant la publication
de la présente , et qui sont de la nature de celles
sujettes à la contrainte par corps , y seront assujetties
comme par le passé.
30. A l'avenir, la
droit , à moins qu'ite
par corps aura lieu de
n'existe expresse.
4° . Les débiteurs de fermages et ceux de domaines
nationaux non liquidés , seront contraints , sans qu'il
puisse y avoir de stipulation contraire pour les derniers
...
Thibaudeau présente un projet tendant à faire revivre
ce principe sacré que la confiscation des biens
d'un individu n'a pu être que le résultat d'un jugement
légal. Impression , ajournement.
Villers présente , le 5 , un projet de résolution
relatif à l'importation et à l'exportation des grains .
Il a été adopté sauf rédaction.
On a repris la discussion sur les postes et messageries
. Bezard a demandé la réunion à la poste aux
lettres des postes et messageries , et leur mise en
- ferme intéressée . Dumolard voulait qu'avant de
prendre un parti , on comparât le produit des postes
et messageries sous le ministere de Calonne où elles
étaient en régie , avec celui des années où elles
étaient en ferme , et qu'à cet effet l'on demandât des
renseignemens au Directoire ; mais Delaunay s'est
opposé à cette proposition , parce que ce serait donner
au Directoire l'initiative sur cet objet important.
Le conseil a fermé la discussion, et arrêté en principe
que la poste aux lettres serait conservée en régie , et 4
( 250 )
"
les messageries données en ferme séparément et à
Fenchere . 7
Organe d'une commission , Daunou propose ,
le 25 , et fait adopter le projet suivant : 1º , les assemblées
électorales se tiendront dans les communes øà
siégent les administrations centrales ; 2º. sont exceptés
les départemens suivans . L'assemblée électorale
du Cantal se tiendra à Murat ; celle du Pas- de-Calais ,
à Aire ; celle du Var , à Draguignan .
Doulcet fait le rapport sur les élections de Saint-
Domingue il propose la nullité des opérations
faites par les assemblées primaires. Il les regarde
comme frappées des mêmes vices que celles de
Gayenne , parce que Saint Domingue ne s'est divisé
qu'en trois départemens , tandis que la constitution
én a fait quatre , et que d'ailleurs les cantons n'ont
point été distribués ni divisés en assemblées primaires.
Impression et ajournement.
Le Directoire par un message informe le conseil
qu'il y a cent vingt mille individus inserits sur des
listes d'émigrés , dont quinze mille en réclamation ;
que quatre mille cinq cents seulement insistent sur
leur radiation , qu'elle est effectuée pourquinze cents,
ensorte qu'il reste à prononcer sur trois mille ; mais
que cette opération sera désormais beaucoup moins,
lente , attendu que le Directoite a reçules renseignemens
nécessaires .
Par un second message , le Directoire annonce que
d'après les dernieres nouvelles reçues , la situation
de Saint- Domingue est rassurante . )
Le conseil des Anciens , sur la motion de Lacuée ,
renvoie , le 4 , à l'examen d'une commission composée
de Tronchet , Lanjuinais , Lacuée , Regnier et
Goupilleau , la question de savoir si la constitution
autorise les deux sections du Corps législatif à témoigner
sa satisfaction sur un fait , sans le concours
de l'autre conseil . Elle paraît d'autant plus importante
, que le droit d'appel à la barre suppose le
droit de distribuer la censure . aussi bien que les
éloges ; et comme il serait possible que les deux
conseils se contredisent quelquefois , s'ils pouvaient
羞
( 251 )
exprimer isolément leur opinion sur le même fait ,
il est essentiel de prévenir cet inconvénient.
Le conseil a approuvé , le 5 , 1º . la résolution relative
à l'emprunt forcé ; 2 ° . celle concernant l'instruction
pour les assemblées primaires , communales et
électorales ; 3°. celle sur le renouvellement des membres
du tribunal de cassation , et leur paiement.
PARIS. Nonidig ventose , l'an 5º , de la République.
A
Il parait que l'instruction du procès de Lavilleurnois
Brottier , Dunan et consorts , répand la plus grande inquié
tude parmi ceux qui craignent l'éclaircissement de cette cons
piration. On se rappelle que lors de l'arrestation de Dunan
qui parait être un personnage de haute importance
hommes armés avaient cherche à le délivrer. Depuis lors des
personnes se sont présentées au Temple , munies d'un faux
ordre , signé du ministre de la police, pour faire sortir les prisonniers
; la fausseté de l'ordre a été reconnue. Enfin ,
vient d'arrêter 60 personnes armées , dans le quartier du
Temple, qui se proposaient de tenter un coup de main pour
faire évader les prisonniers. Treize prévenus de complicité
dans la conspiration de Lavilleurnois , ont été transférés au
Temple; savoir , sept hommes et six femmes , parmi lesquelles
on cite mademoiselle de Boisguerin , ci-devant chanoinesse.
on
On mande de Mayenne qu'un nommé Chauveau qui avait
tenté de corrompre des grenadiers , et de les enrôler pour
l'armée royale et catholique , a été arrêté. Ce sont les grenadiers
eux-mêmes qui ont dénoncé le complot . On a saisi les
papiers de Chauveau , et l'on assure que ces enrôlemeus
étaient liés à la conspiration de Lavilleurnois .
Cependant M. de Puysaye , qui venait de répandre un manifeste
pour soulever de nouveau les habitans de la Vendée ,
a été arrêté à Laval avec plusieurs de ses complices . On s'est
saisi de ses papiers qui ont été envoyés au Directoire . On dit
qu'on le conduit à Paris .
Le fen a pris dans la maison d'un chandellier , rue Saint-
Honoré près St. Roch. Les flammes se sont communiquées
rapidement de la cave au grenier , et ont rempli l'escalier
avant que les habitans aient pu en sortir . Malgré la promptitude
des secours , plusieurs personnes ont péri dans cet in-
1
( 252 )
Y
cendie, entr'autres un grenadier du Corps législatif qui, après
avoir sauvé deux enfans , a été enseveli sous les décombres
d'un plancher , au moment où il allait en sauver un troisieme.
Les grenadiers et les pompiers se sont distingués par leur zele
et leur intrépidité ordinaires ..
9 Louvet , auteur de la Sentinelle a été condamné par le
tribunal civil , à 500 liv. de dommages -intérêts envers Isidore
Langlois , avec impression et affiche du jugement qui déclare
calomnieuses des imputations faites dans le journal de Louvet;
il existe donc des lois qui répriment la calomnie ? Seront-elles
appliquées aux écrivains de tous les partis ?
Charlier , membre du conseil des Anciens , s'est brûlé
la cervelle dans la nuit du 5 au 6 de ce mois . On s'était
apperçu , depuis quelque tems , qu'il avait la tête absolument
aliénée . Il était allé , à une heure du matin , chez le ministre
de la police ; et n'ayant pu parler qu'au cit. Dossonville ,
l'un des principaux employés , il lui dit que sa maison était
environnée de gens qui voulaient l'arrêter , quoique tout fût
tranquille autour de sa demeure ; il prononça souvent les
mots de conspiration ; on tâcha vainement de le rassurer .
De retour chez lui , il se tira un coup de pistolet. Charlier
avait été de la Convention , et avait siégé sur la montagne .
ne lira pas sans intérêt la lettre suivante que le malheureux
Salle ecrivit à sa femme , au moment où il allait périr ,
victime de la proscription du 31 mai . C'est une piece historique
à ajouter à celles qui sont relatives à cette époque de la
révolution .
On 1
Copie de la lettre écrite par Salle , représentant du peuple , à -
son épouse , au moment de son exécution . Bordeaux , le
30 prairial , an 11.
Quand tu recevras cette lettre , ma bonne amie , je ne
vivrai ..... que dans la mémoire des hommes qui m'aiment.
Quelle charge je te laisse ! trois enfans , et rien pour les
élever ! cependant , console- toi , je ne serai pas mort sans
t'avoir plaint , sans avoir espéré dans ton courage ; et c'est
une de mes consolations de penser que tu voudras bien
vivre à cause de ton innocente famille. Mon amie , je connais
ta sensibilité ; j'aime à croire que tu donneras des pleurs
ameres à la mémoire d'un homme qui voulait te rendre
heureuse , qui faisait son principal plaisir de l'éducation de
ses deux fils et de sa fille chérie . Mais pourrais - tu négliger
de songer que ta seconde pensée leur appartient ! ils sont
privés d'un pere , et ils peuvent du moins , par leurs inno(
253 )
centes caresses , te tenir lieu de celles que je ne puis plus
te donner. Lolotte j'ai tout fait pour me conserver , je
croyais me devoir à toi et sur-tout à mon pays . Il me semblait
que le peuple avait les yeux fascines sur les sentimens.
de ton malheureux mari , qu'il les ouvrirait un jour , et
pourrait apprendre de moi combien ses intérêts métaient
chers ; je croyais devoir vivre aussi pour recueillir , sur le
compte de mes malheureux amis , tous les monumens que
je croyais utiles à leur mémoire ; enfin je devais vivre pour
toi , pour ma famille , pour mes enfans. Le ciel en dispose
autrement. Je meurs sans avoir à me reprocher d'avoir
compromis la sûreté de ma conservation par aucune impru
dence ; ma bonne amie , je meurs tranqu'ille ! J'avais promis
dans ma déclaration à mon département , lors des évenemens
du 31 mai , que je saurais mourir ; au pied de
l'échefaud , je crois pouvoir affirmer que je tiendrai ma promesse.
Mon amie , ne me plains pas ; la mort , à ce qu'il
me semble , n'aura pas pour moi des angoisses bien douloureuses
; j'en ai déja fai l'essai . J'ai été pendant une année
entiere dans des travaux de toute espece ; je n'en ai pas
murmuré ; au moment où l'on m'a saisi , j'ai dix fois présenté
sur mon front un pistolet , qui a trompé mon attente ; je ne
voulais pas être livré vivant. Toutefois j'ai cet avantage d'avoir
bu d'avance tout ce que le calice a d'amer , et il me
senb e que ce moment n'est pas si difficile.
'9
"
Lolotte renferme tes douleurs , et n'inspire à nos
en'ans que des vertus modestes . Il est si difficile de faire
le bien de son pays ! Brutus en poignardant un tyran
Caton en se perçant le sein pour lui échapper , n'ont pas
empêché Rome d'être opprimée . Je crois m'être dévoué
pour le peuple ; si , pour recompense , je reçois la mort ,
j'ai la conscience de mes bonnes intentions ; il est doux
de penser que j'emporte au tombeau ma propre estime ,
et que peut- être un jour l'estime publique me sera rendue. Mon amie si je ne me trompais pas , tu pourrais alors
espérer des moyens suffisans pour élever ta famille. Je te laisse dans la misere quelle douleur pour moi ! et quand
on te laisserait tout ce que je possédais , tu n'aurais pas encore
de pain ; car tu sais , quoi qu'on ait pu dire , que je
n'avais rien. Cependant , Lolotte , que cette considération
ne te jette pas dans le désespoir. Travaille , mon amie
tu le peux ; apprends à tes enfans à travailler , lorsqu'ils seront en âge . O ma chere ! si tu a
pouvais , de cette maniere, éviter d'avoir recours aux étrangers ! Sois , s'il se peut , aussi
fiere que moi ; espere eucore , espere dans celui qui peut
( 254 )
"
tout. Il est ma consolation , au dernier moment. Le genre
humain a reconnu , depuis long-tems , son existence , et
j'ai trop besoin de penser qu'il faut bien que l'ordre existe
quelque part , pour ne pas croire à l'immortalité de mon
ame. Il est grand , juste et bon , ce dieu au tribunal duquel
je vais comparaître ; je lui porte un coeur , sinon exempt
de faiblesse , au moins exempt de crimes et pur d'intention ;
et comme dit si bien Rousseau : qui s'endort dans le sein d'un
pere , n'est pas en souci du réveil .
Baise mes
console ma mere
*
enfans , aime- les , éleve- les , console- toi ,
ma famille ; adieu , adieu pour toujours . ››
Signé , ton bon ami , SALLE.
2
HAUTE- COUR DE JUSTICE . Le 1. ventôse.
Le 29 pluviose , il y avait 21 jurés presens. Un billet
du cit. Jalbert , greffier , les invita nominativement de se
rendre , ce jour à midi , dans la salle qui leur est destinée .
sur
Là , le cit. Paillard , chef du haut-jury , leur donna connaissance
d'une lettre du cit . Gandon , président de la hautecour.
Par cette lettre , le haut-jury était invité à délibérer
la question de savoir , s'il convenait d'ouvrir les debats le
er ventôse , nonobstant l'absence de deux hauts -jurés qui
ont annoncé leur prochaine arrivée .
•
BREAC
Les hauts-jurés ont déclaré que la procédure n'étant nullement
soumise à leur direction , et que l'ouverture des débats
faisant partie de la direction de la procédure , ils ne pouvaient
s'occuper de cet objet.
Le chef du jury a été chargé de rendre cette réponse verbale
au cit. Gandon . Cette premiere opération du jury est un
hommage rendu aux principes .
La séance du 1er . ventôse, s'est ouverte par la prestation du
sérment des deux huissiers nouvellement nommes .
Le cit . Vieillard a annoncé l'arrivée du haut - juré des
Hautes-Alpes , le cit. Marchon . Leur nombre , y compris les
suppléans , se trouvant de 22 , il a requis pour le lendemain
l'ouverture des débats . Jou
que
Le tribunal , considérant que son jugement du 25 pluviose
fixe l'ouverture des débats au 1er, ventôse ; considérant
le nombre des jurés presens lui donne les moyens de commencer
son travail avec certitude , continue sa séance à demain
2 ventôse , pour l'ouverture des débats .
La haute- cour de justice , séante à Vendôme , a tenu sa premiere
audience le 2 de ce mois . Les débats ont été ouverst ,
et Baboeuf a parlé pendant l'espace de trois heures . Son discours
n'a eu pour but que de faire naître des incidens propres
( 255 )
à prolonger l'affaire et à reculer le jugement. Il a cherché
dans les lois existantes , tous les moyens qui pouvaient favoriser
ses prétentions . Il a principalement insisté sur la communication
générale des pieces à chaque prévenu en particulier
, et on a calculé que plusieurs presses , toujours agissantes
, ne pourraient y suffire dans l'espace d'un an . Au milieu
de la loquacité et de linsignifiance de sa défense , ou
Vouvait un homme qui a de grandes ressources dans son esprit
, et une grande energie dans ses conceptions .
Pendant toute la durée de l'audience , Antonelle s'est comporté
avec la plus grande décence , et Amar avec une politesse
étudiée qu'il était impossible de ne pas remarquer.
Au moment où les jurés ont prêté serment devant les juges,
le cit. Agier , nommé suppléant , a dit : Qu'ayant été inscrit
par les prévenus sur une liste de prescription , il devait se
recuser, et s'abstenir de prononcer dans leur jugement.
La haute-cour n'ayant pas cru devoir admettre son excuse,
tous les prévenus se sont levés à la fois , et ont demandé avec
véhémence sa radiation de la liste du jury.
Germain a crié avec fureur , à un écrivain qui prenait des
notes , de ne pas oublier cette circonstance , et de la consigner
dans son journal.
Amar a complimenté le cit. Agier , du ton le plus affectueux
, et lui a adressé les paroles les plus obligeantes sur sa
délicatesse , dont il venait de donner un témoignage si écla
tant.
Quelques prévenus se sont immiscés dans une querelle qui
a eu lieu entre un soldat de la garde et un particulier. Ils se
sont écries : Qu'il était horrible que l'on voulût chasser les
sans-culot s du lieu du jugement.
Germain's'est comporté en homme furieux , et on assure
que ses co- accusés lui en ont fait des plaintes graves , au moment
de leur rentrée dans la prison .
L'audience terminée , les prévenus ont entonné l'Hymne
des Marseillais ; la gravité de leur accusation , ce chant de
victoire , leur contenance ferme et assurée , tout ce spectacle
frappait les esprits d'étonnement et de terreur.
NOUVELLES OFFICIELLES.
ARMÉE D'ITALIE, Le général en chef de l'armée d'Italie , az
Directoire exécutif. Ancône , le 22 pluviose , an V.
Citoyens directeurs , nous avons conquis en peu de jours
la Romagne , le duché d’U bin et la Marche d'Ancône . Nous
avons fait à Ancône 1200 prisonniers de l'armée du pape; ils
t
( 356 )
s'étaient postés habilement sur des hauteurs en avant d'Àncône.
Le général Victor les a enveloppés , et les a tous pris ,
sans- tirer un coup de fusil . L'empereur venait d'envoyer au
pape 3000 très -beaux fusils , que nous avons trouvés dans la
forteresse d'Ancône , avec près de 120 pieces de canon de
gros calibre . Une cinquantaine d'officiers que nous avons fait
prisonniers ont été renvoyés , avec le serment de ne plus
servir le pape . La ville d'Ancône est le seul port qui existe .
depuis Venise , sur l'Adriatique ; il est , sous tous les points.
de vue , très-essentiel pour notre correspondance de Constantinople
; en 24 heures , on va d'ici en Macédoine. Aucun
gouvernement n'est aussi méprisé , par les peuples mêmes
qui lui obéissaient , que celui d'ici . Au premier sentiment
de frayeur que cause l'entrée d'une armée ennemie , a succédé
la joie d'être délivré du plus ridicule des gouver
nemens .
Le 22 , à six heures du soir.
C
P. S. Nous sommes maîtres de Notre-Dame de Lorette,
Signé , BUONAPARTE.
Idem. Au quartier-général d'Ancône , le 23 pluviôse , an V.
Citoyens directeurs , vous trouverez ci -joint la capitulation
de Mantoue ; nos troupes ont occupé la citadelle le 15 ,
et aujourd'hui la vile est entierement évacuée par les Autrichiens.
Je vous enverrai les inventaires de l'artillerie et
du génie , et la revue de la garnison , dès l'instant qu'ils
me seront parvenns . C'est le général Serrurier qui a assiégé
la premiere fois Mantoue ; le général Kilmaine , qui a établi
le deuxieme blocus , a renda de grands services ; c'est lui
qui a ordonné que l'on fortifiât Saint- Georges , qui nous a
SL bien servi depuis . La garnison de Mantoue a mangé 5000
chevaux , ce qui fait que nous en avons fort peu trouvé. Je
pus demande le grade de général de brigade pour le cit
Chasseloup , commandant du génie de l'armée . Il a assiégé
le château de Milan , la ville de Mantoue , et on en était
déja aux batteries de brêche , lorsque j'ordonnai qu'on levât
le siége , il a , dans cette campagne , fait fortifier Peschiera ,
Legnago et Pizzighitonne. Je vous demande le grade de
chef de brigage pour les cit . Samson Maubert ; its l'ont
mérité en rendant des services dans plus de 40 combats ,
et faisant des reconnaissances dangereuses et utiles . Je vous
ai demandé le grade de général de division d artillerie pour
le général Lespinasse. Je vous prie aussi d'employer le général
Dommartin dans l'armée d'Italie .
Vous
Signé , BUONAPARTE ,
LENOIR- LAROCHE , Rédacteur .
Jer . 135 .
N. 17.
MERCURE FRANÇAIS .
DÉCADI 20 VENTOSE , l'an cinquieme de la République .
( Vendredi 10 Mars 1797 , vieux style . )
LITTÉRATURE ÉTRANGERE.
Ueber das Kantische princip fur die natur-geschichte , etc.
Sur les principes de Kant en histoire naturelle : Eşsai
touchant la maniere de traiter cette science philosophi
quement ; par le docteur CHRISTOPHE GIRTANNER . Un
volume in-8° , de 422 pages . A Gottingue , 1796.
GIRTANNER
SECOND EXTRAIT.
IRTANNER Y traite d'abord de l'homme , dont
il admet cinq races différentes
1º. La race des hommes blancs, qui se subdivise en
quatre accidens ou variétés , savoir ; les hommes
couleur de chair, ou les Européens ; les jaune- obscur ,
ou les Indiens du Mogol ; les jaune - brun , ou les
Créoles ; les brun- blanc , ou les Maures .
20. La race des hommes noirs , ou des Negres .
3º. La race des hommes jaune olivâtre , ou des
peuples de l'Indostan .
4º. La race des hommes bruns ou des Malais .
5. Enfin , celle des hommes couleur de canelle ,
u des Américains .
( On ne doit pas être fort difficile sur ces divisions
arbitraires ; mais il ne faut pas non plus que les auteurs
y mettent une grande importance ; il ne faut
Tome XXVII. R
( 258 )
pas qu'ils se persuadent que la science est dans des
distinctions , souvent très -frivoles : ce serait croire
connaître le contenu des livres d'une bibliotheque ,
parce qu'on les a mis en ordre d'après leur format
ou d'après leur titre. Les lecteurs éclairés sentent
d'ailleurs combien la classification du disciple de
Kant présente de difficultés , combien les caracteres
qu'il choisit sont incertains et peu précis . )
Mais revenons .
Girtanner traite en particulier de chaque race et
des variétés de la premiere . Il cherche à prouver ,
d'après Hérodotè , que la variété couleur de chair s'est
autrefois étendue au nord - est jusqu'à Kasan ; et il remarque
, d'après Bruce et Shaw , qu'il existe encore
en Afrique une race de descendans des anciens Vendales
dont la chevelure est blonde. Hérodote et de
Guignes lui prêtent des autorités pour tirer l'induction
que les Mogols ne sont pas une race particuliere
, mais qu'ils remóntent pourtant à une très-haute
antiquité. Il fait quelques remarques sur les Créoles
d'Amérique , d'Afrique et d'Asie , comparés les uns
avec les autres .
L'antiquité, plus haute encore sans doute , de la rac
des hommes noirs ou des Negres , est démontrée pa
le témoignage d'Hérodote , et par les monumens des
ruines de Persépolis .
Le même Hérodote , Diodore et Arien attestent
également celle de la race jaune -olivâtre ou des
Indous ; et les Indous d'Europe , c'est- à- dire les
Bohémiens , sont , suivant l'auteur , la preuve vivante
qu'une race , après avoir reçu son empreinte , résiste ,
sous un autre ciel , à toutes les altérations qu'on
( 259 )
suppose le climat capable de lui faire éprouver .
L'auteur a fait des recherches particulieres sur la
maniere dont se sont peuplées les isles de la mer du
Sud . Il établit que les hommes bruns Y sont venus
d'Asie . C'est une opinion que plusieurs écrivains
français ont énoncée depuis long- tems. Le cit . Fleu
rieu , membre de la deuxieme classe de l'Institut ,
vient de l'appuyer des preuves les plus solides dans un
mémoire aussi plein de saine philosophie que savant
etbien écrit . Les rapports des langues, ceux des moeurs
et des usages , les possibilités géographiques de communication
, tout est discuté , approfondi ; tout concourt
à fortifier la conclusion de l'auteur, qui porte un
toutautre caractere que ll'assertion vague de Girtanner.
Suivant celui -ci , les Negres ont passé de la nouvelle
Hollande dans ces mêmes isles de la mer du
Sud , ils s'y sont répandus , comme les Malais , de
proche en proche . Il trouve la raison pour laquelle
ils ont gagné plus avant du côté du nord et nordouest
, que de celui de l'est , dans la mauvaise construction
de leurs bateaux , et dans leur ignorance de
la navigation , qui ne leur ont pas permis de surmonter
les vens du Rhombe d'est , lesquels soufflent
constamment sur cette grande mer. Mais ce n'est - là
qu'une hypothese , une suite de simples conjectures.
Relativement à la maniere dont l'Amérique s'est
peuplée , Girtanner adopte l'opinion de Kant : il reconnaît
les Américains pour des Mogols d'origine.
Dans les tems anciens , la pointe de l'Amérique tenait
au nord de l'Asie ; de maniere que le cap de
Tschukotskoy et celui du prince de Galles ne faisaient
qu'une seule et même terre. Par l'effet d'une grande
R 2
( 260 )
révolution du globe , qui fut sans doutè un déluge ( 1 ),
plusieurs peuples des régions méridionales de l'Asie ,
se trouverent forcés , ainsi que les animaux , de se
réfugier ou plutôt de se précipiter vers le nord. L'inondation
paraît avoir gagné par degrés et de plus
en plus de ce côté : il est même vraisemblable qu'elle
y a formé dans l'intérieur des terres , une mer dont
les grandes cristallisations salines et les vastes déserts
sablonneux nous offrent encore les traces .-Les hommes
blancs qui se trouvent en Amérique entre le 40º. ét
le 46. dégré de latitude nord , sont considérés , par
l'auteur , comme les restes d'une colonie de Normans
qui dans le onzieme siecle , alla s'établir dans cette
partie du nouveau monde ; et les bisons , ou boeufs
sauvages à Bosse , qu'on y rencontre également
comme les descendans des bêtes à cornes que ces
Européens y transporterent avec eux.
Dans toutes les especes d'animaux la chaleur naturelle
, propre à chaque race , est toujours en rapport
avec la température du climat , auquel la nature les
destine; et ces rapports ne changent jamais.-On n'entend
pas du tout ce que l'auteur a voulu dire par-là .
Chaque animal a son dégré de chaleur qui reste le
même à toutes les températures. Il est vrai que la
quantité qui s'en produit n'est pas la même dans les
différentes especes , ce qui fait qu'elles en peuvent
avoir trop ou trop peu pour vivre commodément , et
même pour exister sous certaines latitudes . Tantôt l'air
froid en enleve plus qu'il ne s'en reforme ; tantôt il
s'en forme plus que l'air chaud ne peut en enlever .
(1) C'est Girtanner qui l'affirme ; ce n'est pas nous .
( 261 )
Dans les deux cas , l'animal périt ou languit. Voilà
le vrai , et le voilà énoncé sans tout ce galimathias
d'harmonies . Les objets qui se rapportent ne sont faits
l'un pour l'autre , que comme le bon vin et le café de
Moka pour l'estomac qu'ils raniment.
Girtanner combat ensuite l'opinion de Buffon qui
pense que la couleur des différentes races d'hommes.
est l'ouvrage du climat : mais les observations et les
expériences nécessaires pour décider la question n'ont
pas été faites encore ; elle reste donc indécise ,
La grosseur des animaux , continue l'auteur , dépend
principalement du climat. Il n'en est pas de
même de celle des hommes on peut citer pour
.preuve , ces Negres géans dont parle Hérodote , les
quels étaient certainement les plus grands de tous
les hommes connus alors . Girtanner parle fort en
détail de la couleur des corps organisés. Il adopte
l'explication de Blumenbach , et la développe , Le
vernis luisant de la peau tient à l'excès d'acide , à
la supersaturation de matiere acidifiante, dite oxygene
par les chymistes français : la teinte noire , à la supersaturation
de bâse du charbon ou de carbone. ( Que
de conjectures vagues et hasardées ! )
ཝཱ
L'influence du climat , celle de la nourriture , celle
de l'éducation sont traitées avec plus de détail encore
: les circonstances des variétés qui se présentent
dans l'espece humaine sont rassemblées avec soin .
Il n'est pas invraisemblable , d'après le témoignage
de Ritschkow et de Falk , que dans le Turquestan, on
trouve des hommes qui ont une véritable queue ; il
paraît même qu'on en a découvert à Borneo et à
Sumatra , qui présentaient le même caractere..
R
( 262 )
Le orang- outang appartient à l'espece du singe : ce
n'est point une race d'hommes .
•
Il faut chercher le berceau de l'espece humaine
sur le plateau exhaussé de l'Asie , au pied des mon
tagnes de Kachemire . De- là viennent les plus grands "
fleuves de cette partie du monde ; la plus grande
élévation habitable de notre globe s'y trouve placée
entre le 32º . et le 50 ° . dégré de latitude , et depuis
le 95. jusqu'au 125. de longitude : là , vivent dans
l'état sauvage , les animaux que l'homme a rendus
domestiques , et croissent les plantes qu'il a perfectionnées
les premieres par la culture : c'est-là que ,
sous le ciel le plus doux , il a pu , sans beaucoup de
peine , élever et nourrir de nombreux troupeaux ,
se mettre à l'abri des injures du tems , et durant des
nuits sereines et douces , observer les nombreuses
étoiles dont le ciel est peuplé. ( Cette opinion n'est
pas à beaucoup près neuve . Plusieurs antiquaires et
naturalistes français l'ont établie sur de bonnes observations
et sur les plus fortes probabilités. )
Ainsi , l'art d'élever les animaux , et la connaissance
des astres qui paraissent de la même antiquité
que le genre humain lui-même , sont nés en Asie .
Le véritable type originel de l'espece ne se trouve
peut-être aujourd'hui nulle part ; cependant on peut
présumes que l'homme blanc-brun est celui qui s'en
rapproche le plus .
Parmi les races d'animaux à mammelles , l'auteur
choisit le cheval , le cochon , le boeuf, le cerf, le
chameau , le chien , le lièvre et le chat : il parle de
chacun en particulier. Il est tenté d'admettre que
tous les animaux à cornes , la giraffe exceptée , appar(
263 )
tiennent à une tige commune. La brebis et la chevre
viennent certainement de la même , puisque les deux
races peuvent se mêler et produire. La chevre et
l'antilope paraissent si semblables , que leur faculté
d'engendrer , en se réunissant , doit être supposée d'avance
( 1 ) , en attendant que l'expérience prouve le
contraire ; l'antilope et le chevreuil , le chevreuil et
la chevre ne sont plus distincts l'un de l'autre ; le
chevreuil et le cerf , le cerf et la chevre sont trèsvoisins
; le boeuf et le cerf se touchent la giraffe
seule fait donc une véritable espece à part.
(Il paraît , d'après les observations les plus récentes ,
que les excroissances frontales de la giraffe ne sont
pas de véritables cornes : ainsi , ce n'est pas là ce qui
peut contrarier la conjecture de l'auteur. Mais il est
difficile de l'accorder avec la regle qu'il établit cidessus
; savoir , que les especes et les races restent
toujours les mêmes , sans que le climat , ni les autres
causes accidentelles puissent les altérer. Comment ,
dans cette hypothese , a - t -il pú provenir , d'une
seule et même tige , des especes et des races qui
different par tant de caracteres essentiels ? )
Parmi les oiseaux , l'espece des pinsons et ses différens
métis , sont traités particulierement et avec
étendue .
La division des plantes est aussi fort détaillée .
L'auteur soutient , avec Beckmann , que le tabac n'est
point une plante indigene d'Amérique , mais qu'elle
( 1 ) En histoire naturelle , rien ne doit être supposé d'avance :
c'est ici pourtant , j'en conviens , une conjecture bien vraisemblable.
R
( 264 )
y fut jadis transplantée d'Asie ; et que l'usage de
fumer est originairement un usage asiatique . ( Tout
cela demandait des preuves , que les faits ne fournissent
pas. Ce ne sont encore ici que des conjec
tures.)
Après quelques remarques générales sur la végétation
, sur le développement des plantes , et sur la
nature de celles qui se trouvent dans les îles de la
iner du Sud , l'auteur cherche à démontrer la néces
sité des insectes pour la fructification des végétaux ;
et il se sert , pour cela , des observations de Sprengel .
Il tâche aussi de faire voir , d'après les expériences
de Kolreuter , dont il donne un court apperçu ,
qu'entre la génération des animaux et celle des plan
tes , l'analogie est complette . Car , de même que
l'homme blanc produit , avec le negre , le mulâtre ;
avec le mulâtre , le tierceron ; avec le tierceron , le
quarteron ; avec le quarteron , le quinteron ; enfin ,
avec le quinteron , un homme entierement blanc
qui ne conserve plus aucune trace du negre , l'un de
ses deux premiers ancêtres : de même , d'après Kolteuter
, le tabac dit nicotiana rustica produit , avec celui
qui porte le nom de nicotiana paniculata , un métis
ou mulâtre ; la nicotiana paniculata avec ce métis .
un tierceron ; avec le tierceron , un quarterón ; avec
le quarteron , un quinteron ; et enfin , une véritable
nicotiana paniculata , qui ne conserve plus aucun vestige
de ce que la nicotiana rustica avait porté dans le
mélange .
Dans un appendice , Girtanner parle assez longuement
des Caraïbes noirs de l'île de Saint - Vincent ,
lesquels , selon lui , sont de vrais métis , issus des
( 265 )
anciens habitans de l'île , les Caraïbes rouges , et
des negres africains , que les barbares d'Europe y ont
traînés. Le gouvernement anglais a , dans ces derniers
tems , donné l'ordre d'enlever tous les individus de
cette race indomptable , et de les conduire à l'île
de Rattan , dans la baie d'Honduras . Mais il est fort
douteux que cet ordre puisse être mis à exécution.
Les Caraïbes noirs ont déja été plusieurs fois battus
par les Anglais ; mais on n'a jamais pu les réduire
sous le joug.
Nous avons cru devoir peser un peu sur cet ouvrage
de Girtanner. Il métite certainement l'attention
des savans , par l'importance de son objet , par
le nom de l'auteur , et sur- tout par celui du philosophe
célebre , dont on nous annonce qu'il developpe
les principes en histoire naturelle. Quoique sa
lecture nous ait fourni un assez grand nombre d'observations
, on doit voir qu'elle pouvait nous en
fournir encore davantage . On voit facilement aussi
qu'il n'y a là rien de neuf , et que les vues partielles
dont ces principes sont appuyés , ne peuvent pas
toujours être regardées comme bien solides et bien
saines.
2
POLITIQUE. CONSTITUTION.
Aux Assemblées primaires et électorales.
SUR LES ÉLECTIONS DE GERMINAL.
FRANÇAIS , le moment approche où vous allez
exercer votre souveraineté . Des bons ou mauvais
) 266 )
choix que vous allez faire vont dépendre les destinées
de la République. Beaucoup de gens s'empres
seront , et peut- être se sont empressés , de préparer
vos suffrages , selon l'intérêt et les passions qui les
animent ; n'écoutez , que les conseils de la raison , de
votre intérêt , de l'intérêt de tous , de l'intérêt de la
République.swat
Qui de vous , dans le cours d'une révolution si
grande , mais si terrible , n'a pas eu à se plaindre ,
ou des hommes , ou des choses ? Qui n'a pas à faire ,
sur l'autel de la Patrie , le sacrifice d'un ressentiment
ou d'une injustice , de ses regrets ou de ses larmes ?
Mais le passé fut-il jamais au pouvoir des hommes ?
C'est dans votre situation présente , c'est dans le
besoin que nous avons tous de l'améliorer , que vous
devez chercher tous les motifs qui doivent vous diriger
dans votre conduite palitique .
Après avoir été jetté d'écucils en écueils , battu
par les tempêtes , le vaisseau de l'État a été enfin
attaché à la constitution républicaine de l'an III .
Cette constitution compte déja six mois d'existence
de plus que celle de 91 ; mais elle a un demi - siecle ,
si on la mesure par sa force et par la grandeur des
événemens qui l'ont illustrée dans une si courte
durée.
Des armées par- tout , triomphantes , des victoires
que la renommée n'a plus le tems de nombrer , la ›
ligue la plus formidable dissoute , des paix glorieuses ,
des alliances utiles , la guerre civile étouffée , l'agriculture
florissante , l'ordre public s'affermissant par
tout malgré les complots , et les efforts de ses ennemis
voilà les prodiges que la France a montrés à
( 267 )
l'Europe étonnée ; et res prodiges , c'est la Répu
blique qui les a enfantés . Sous quelle autre forme
de gouvernement aurait-elle déployé tant de puissance
et acquis tant de gloire ? Quel heureux et
brillant avenir lui promettent ses premieres destinées.
!
Français qui de vous n'a pas tressailli , et de
joie et d'orgueil , au récit de tant d'exploits héroïques
? qui n'a pas été associé au triomphe de nos
guerriers , par la gloire d'un fils , d'un frere , d'un
parent , d'un ami ? On ose vous parler de royalisme !
Eh ! pour quel roi consentiriez - vous à flétrir tant
de lauriers , et à sacrifier de si cheres espérances ? Serait-
ce pour le roi des émigrés ? pour ce prétendant
qui n'a pu supporter les premiers rayons de la liberté ,
à une époque où ces rayons brillaient d'un éclat
pur et serein ? qui n'a pas osé se montrer à la tête
de ceux qui combattaient pour son parti , jouet de
la coalition qui feignait de le servir , et qui , dans
ses proclamations insensées , si elles n'étaient ridicules
, dans les plans de ses émissaires conspirateurs ,
après vous avoir donné la Vendée , vous promet la
servitude et des vengeances ?
Serait-ce pour un d'Orléans , dont le nom a servi
et sert encore de ralliement à un parti justement
abhorré , et qui n'aura pas assez d'une vie entiere
consacrée à la vertu pour faire oublier les crimes de
son pere ? serait- ce pour un prince d'une dynastie
étrangere ? Eh ! où en trouveriez - vous qui n'eût pas
à vous faire expier les principes de votre révolution
et la terreur des trônes ébranlés ? quelle monarchie
vous conviendrait , aujourd'hui que la liberté et l'é-
A
( 268 )
1
galité sont devenues la vie de chaque citoyen et
l'héritage de vos enfans ! Non , vous ne pouvez plus
faire un pas en arriere , sans souiller la gloire de nos
héros , sans perdre le fruit de tant d'épreuves et de
constance , et replonger la France dans les horreurs
d'une nouvelle révolution . Ce n'est pas au milieu
de nouveaux déchiremens et des fureurs des discordes
civiles , que nos finances peuvent se rétablir ,
que le crédit et la confiance peuvent renaître , que
le sort des rentiers peut s'améliorer , que tant de
mécontentemens s'adouciront , que tant de maux
peuvent se réparer.
Qu'ils connaissent mal leurs intérêts , les intérêts
de leur Patrie , ces insensés qui font des voeux pour
le renversement de la République , ou qui osent
conspirer contre son gouvernement ! tant de complots
avortés ou punis , ne les ont-ils pas convaincus
de leur impuissance ? L'arbre de la liberté a poussé
sur notre sol de trop profondes racines pour it e
jamais ébranlé ; ses branches s'étendent dėją , et
couvrent des contrées voisines de leur ombre tutélaire.
Voyez l'Italie , affranchie par les mains de la
victoire , évoquer l'ombre des Scipion et des Émile ,
relever le Capitole , et y replacer la statue de l'indépendance
que dix-huit siecles de tyrannie ou de
superstition avaient abattue . Ces principes libéraux
que n'ont pu détruire les armées de tant de rois ,
sont destinés , par la force irrésistible de leur évidence
, à briser un jour les fers de tous les peuples ;
et si la liberté s'exilait un instant du milieu de vous ,
elle vous reviendrait des contrées heureuses qui l'au
raient accueillie .
( 269 )
1
A Dieu ne plaise que vous alliez porter chez des
nations paisibles l'étendard sanglant des révolutions ;
ces maximes ne sont plus les vôtres ; la liberté doit
être le prix de l'instruction , de l'expérience , et surtout
de la volonté . Mais votre exemple ne sera
perdu , ni pour les rois , ni pour les peuples . Vous
aurez forcé les rois à être justes , s'ils veulent conserver
leur pouvoir , et les peuples vous devront ,
pour quelque tems encore , des lois plus sages et un
gouvernement meilleur.
>
Si les principes de notre révolution ont produït
chez les autres peuples des effets aussi salutaires , les
laisserez-vous , ces principes , périr au milieu de vous,
et n'aurez-vous pas , pour la conservation du gouvernement
dont vous jouissez , et que vous envient
les nations étrangeres , le même zele et la même ardeur
qu'elles mettent à se l'approprier ?
*
*** Confiez donc le dépôt de votre constitution à des
représentans qui sachent le conserver et le défendre :
raais pour le défendre et le conserver , il faut lui
vouer un culte pur et sans réserve . Point de ces faux
amis qui , sous les dehors d'un zelé apparent , cachent
le dessein secret de la détruire ; vous les reconnaîtrez
aisément à leurs discours et à leur conduite équivoques
, à leur indifférence pour le succès et la gloire
de nos armes , à leur empressement à grossir nos
dangers et affaiblir nos ressources , au soin qu'ils
prennent de s'appesantir sans cesse sur les maux de
» la révolution , sur quelques erreurs du Corps législat
f ou du Gouvernement , sans jamais rien louer
de ce qui est bon , de ce qui est utile , de
ce qui est honorable pour la liberté et consolant
pour l'avenir ; à leur affectation à parler toujours de
( 270 )
*
morale , de vertu , de religion , comme si la liberté
était l'ennemie de la religion , de la morale et de
la vertu ; comme si le gouvernement où l'homme
peut le mieux déployer ses facultés et jouir de l'indépendance
de ses opinions , qui a sans cesse en vue
la perfection de l'ordre social , n'était pas fondé sur
les bons sentimens , sur les bonnes actions et sur tous
les rapports moraux établis par la nature .
Les opinions politiques ne peuvent pas mieux se
déguiser que les affections du coeur . L'expérience
d'une révolution qui a eu le tems de montrer les
hommes sous toutes les faces , vous aura appris à
distinguer ceux qui méritent votre confiance .
Pour soutenir la République , il ne faut pas seylement
de bons républicains , il faut encore des
hommes dont les lumieres soient appropriées , aux
besoins de votre situation . L'état de vos finances ne
réclame pas seulement une économie sévere dans
leur emploi , et un ordre exact dans leur organisation
, mais un bon systême d'impôt , un systeme qui
ne nuise ni à la liberté individuelle , ni à l'agriculture
, ni à l'exercice de l'industrie , et qui suffise
néanmoins aux besoins de la République . D'innombrables
lois à revoir , à supprimer , à simplifier, à
accommoder à l'esprit de votre constitution ; des
institutions républicaines à former ; l'éducation publique
à perfectionner ; le commerce et les arts à
favoriser ; toutes les parties de l'administration à
mettre ensemble : tous ces objets appellent des mains
habiles et exercées . Le conseil des Anciens peut
bien rejetter de mauvaises lois ; mais songez que
c'est le conseil des Cinq- cents qui les propose , et
ཝ
3
( 271)
1
que là doivent se trouver tous les élémens de la
législation .
Si les lumieres sont indispensables pour faire de
bonnes lois , c'est la probité et la morale qui dirigent
l'emploi des lumieres. Le tems n'est plus où la qualité
d'honnête homme était un titre de proscription ,
oà l'ignorance en délire et l'exagération des principes
tenaient lieu de patriotisme et absolvaient de tous
les vices et de toutes les immoralités . Les ouragans
ravagent la terre , mais ils ne la fécondent pas .
Pourquoi craindrions - nous de le dire ? l'ignorance
a produit souvent de mauvaises lois ; mais elle n'eut
point ensanglanté la révolution , ni souillé la liberté
de tant d'horreurs , s'il ne se fût rencontré des hommes
encore plus immoraux qu'ignorans .
Placez donc l'intégrité et la vertu à côté du mérite
et de l'instruction. La probité républicaine , c'est
l'amour pur et désintéressé de la chose publique ;
c'est l'esprit conservateur du gouvernement ; c'est
la droiture inaccessible à toutes les faveurs passageres
, à toutes les amorces de l'ambition et de la
cupidité ; c'est le sentiment du juste et de l'honnête ,
ce sentiment qui était empreint si profondément
dans l'ame des Épaminondas , des Phocion , des Ciceron
et des Brutus dans les beaux jours des rẻpubliques
de la Grece et de Rome . Vous avez déja
surpassé ces républiques en grandeur et en courage ;
il vous reste à les égaler en vertu .
- La caution de la moralité de vos représentans :
vous la trouverez dans l'intérêt que donnent la propriété
, l'industrie féconde , le talent actif , l'amour
de l'estime publique , cette propriété de l'opinion à
( 272 )
laquelle les gens de bien attachent tant de prix , et
que cherchent à usurper ceux même qui ne le sont
pas . Écartez , la Patrie vous en conjure , écartez tout
esprit de brigue , de parti , de faction . Les factions !
elles ont déchiré assez long - tems le sein de la République
et recommencé la révolution , Voulez-vous les
étouffer toutes , voulez-vous faire taire et jacobins
et royalistes , et cette nuée d'écrivains qui dépravent
l'esprit public , et ces jongleurs hypocrites , ces charlatans
de dévotion , qui voudraient vous ramener à
la servitude politique par la servitude religieuse ?
Voulez-vous fermer les repaires où se trament tant
de misérables conspirations , ranimer le zele des bons
citoyens et les attacher d'un lien plus fort à votre
gouvernement ? Que vos choix se portent sur les
sinceres amis de la constitution , sur des hommes
probes et éclairés , sur des hommes qui ont su allier
la modération et la justice à la fermeté des principes ,
sur ces patriotes de premiere origine qui n'ont attendu
ni le 31 mai , ni le 9 thermidor , ni le 13 vendémiaire
, ni l'approche des élections , pour aimer
et servir la liberté ; qui ont attaché leur gloire et
leur bonheur à son établissement , et qui l'ont vue
s'élever et prendre un essor plus hardi , avec le ravissement
d'un esprit indépendant et libéral ; qui
n'apperçoivent pas seulement le bonheur de leur
patrie dans la forme de son gouvernement , et sagloire
dans ses triomphes , mais qui , dans l'affermissement
de la révolution française , découvrent l'affranchissement
, et le bonheur futur de l'espece hu
maine . Ah ! croyez qu'il en est encore , qu'il en est
beaucoup de ces hommes étrangers à tous les partis
et dignes de toute votre confiance .
Français !
( 273 )
Français l'acte le plus important que vous allez
remplir , celui duquel vont dépendre les consolations
du passé et les espérances de l'avenir , c'est la composition
des assemblées électorales . Si vous perdez
un instant de vue la conservation du gouvernement
et l'intérêt de la République ; si vous prêtez l'oreille
aux passions et aux intrigues des partis , vous allez
`précipiter la France dans un nouvel abyme . N'avezvous
pas reçu la leçon de l'expérience ? Quand les
démagogues se sont emparés des élections , vous
avez eu des échafauds , la terreur et l'anarchie . Si
les royalistes les maîtrisaient , vous auriez d'autres
excès et toute la fureur des réactions . Mais si le
choix de vos électeurs est dans le sens et l'esprit de
la constitution , ces électeurs vous donneront de.
bons représentans , et ceux- ci ne confierent les rênes
du gouvernement qu'à des mains pures et habiles .
Vos lois en deviendront meilleures , vos magistra
tures seront mieux exercées , et la République marchera
, sans obstacle comme sans secousse , vers la
prospérité et le bonheur. Voilà les bons effets de la
sagesse de vos premieres élections .
Français ! l'Europe est devant vous vos ennemis
et vos amis vous observent , les uns pour vous replonger
dans les fers , et avec vous des nations nombreuses
; les autres , pour vous proclamer leurs libérateurs
et leurs guides, Ah ! soyez- en bien convain-
"
#
l'affermissement de la constitution , la tranquillité
au- dedans , une paix prompte et glorieuse
au dehors , l'amélioration de l'ordre social en ( Europe
, tout est dans les élections de germinal.
1
Tome XXVII.
LENOIR-LAROCHE.
S
( 874 )
"
LITTÉRATURE.
La Sphere , poëme en huit chants ; qui contient les élémens
de la Sphere terrestre avec des principes d'Astronomie
physique , accompagnée de notes , et suivie d'une notice
des poëmes grecs , latins et français , qui traitent de
quelque partie de l'Astronomie , par DOMINIQUE RICARD.
Un volume in -8°. de 500 pages . Prix , broché , 4 liv . ; et
5 liv. 10 sous , franc de port , pour les départemens . On
en a imprimé un petit nombre sur papier vélin , grandraisin
; prix , 12 liv. pour Paris ; et 14 liv . pour les
départemens , port franc. A Paris , chez LECLERE , imprimeur-
libraire , rue Saint- Martin , près la rue aux
Ours . ( 1796. )
ON
PREMIER EXTRAIT.
On s'est étendu sur cette nouveauté plus que
N
sur beaucoup d'autres , et on lui a consacré deux
extraits , parce qu'un poëme , dans notre langue , sur
l'astronomie , d'une certaine étendue , à l'instar d'un
nouvel astre dans le firmament , est un phénomene
dans le monde littéraire , qui inspire de l'intérêt , et
mérite quelque attention. On ne sera donc point
fâché de nous voir revenir deux fois sur ce phénomene
astronomi - poétique ; et saisir cette double
occasion de parler des talens d'un des hommes les
plus estimables de notre littérature .
Le nouveau chantre de l'astronomie en vers , le
cit. Ricard , s'était déja fait connaître avantageusement
, comme prosateur , dans la république des
( 275 )
lettres . Fidele et élégant traducteur des Euvres morales
de Plutarque , accompagnées de notes remplies
d'érudition et de goût ; par cette version , il s'était
déja acquis une célébrité justement méritée .
•
L'histoire de notre poésie française nous offre une
observation digne de remarque ; que dans l'apogée
de sa gloire , sous le regne fécond et brillant de
Louis XIV , le plus grand nombre de nos poëtes
s'adonnerent , et sans fruit , à l'épopée , sur des sujets
héroïques ; et qu'ils n'oserent , Boileau presque seul
excepté , se hasarder sur des objets didactiques . Ce
ne fut qu'après que Boileau , Racine , Corneille , Voltaire
, par une multitude d'expressions hardies , de
tours neufs , de mots trouvés , etc. nous eurent montré
quelles étaient les richesses et les ressources de
la langue française ; qu'après que Moliere , Regnard ,
J.-B. Rousseau , Piron dans sa Métromanie , Gresset
dans son Méchant , eurent prouvé par mille petits
détails difficiles à rendre , même en prose , et supérieurement
exprimés en vers de la maniere la plus
élégante et la plus poétique ; ce ne fut , dis je , que'
d'après ces exemples heureux de difficultés vaincues ,
que nos poëtes plus hardis , abandonnant les sujets
héroïques , oserent s'élancer sur une mér jusqu'alors
peu fréquentée et plus hérissée d'écueils . Malheureusement
, la plupart de nos poëtes qui oserent se
risquer sur cette nouvelle mer , y échouerent . On
pourrait nommer ici un grand nombre de ces poëmes
didactiques , depuis environ quarante ans , presque
tous énumérés et analysés à la fin de nos Almanachs
des Muses , qui n'ont fait que passer , et aujourd'hui
S2
( 276 )
entierement oubliés . Quelques-uns , mais en petit
nombre , plus travaillés que les autres , et plus heureusement
inspirés , se sont montrés avec honneur et
plus d'avantage . Entre ces derniers , on peut citer les
poëmes didactiques de du Resnel , Watelet , Roucher,
le Mierre , Rosset , Saint-Lambert , Fontanes , et quelques
autres . Mais entre tous , le poëte des Jardins e´t
de nos Géorgiques Françaises a su , dans cette lice ,
obtenir les succès les plus brillans et les plus distingués
, à´un dégré auquel il sera difficile à d'autres
de pouvoir atteindre , et qui a laissé bien loin derriere
lui tous ses concurrens .
Une autre considération qui n'est point ici dépla
cée , c'est que les langues grecque , latine , anglaise ,
italienne , et généralement presque toutes , beaucoup
plus flexibles et plus poétiques que la française , se
prêtent mieux aux détails didactiques ; et que dans
ces langues il existe un nombre de très - beaux poëmes
de se genre qui resteront , tandis que la verve et les
talens reconnus d'un grand nombre de nos poëtes
français ont échoué contre de semblables sujets ( 1 ) ,
C'est dans cette carriere effrayante , que le nouveau
chantre de la Sphere ose se montrer . Avant d'entrer
celui
(1) On peut citer , dans la seule langue latine , chez les
modernes , une foule d'excellens poëmes de ce genre ;
de Fracastor ; la Pédotrophie ou la maniere de nourrir et
élever les enfans à la mammelle , par Scevole de Sainte-
Marthe ; l'Art de la Verrerie du pere Brumoi ; les poëmes sur
la Sculpture et la Gravure ; plusieurs sur la Peinture , très- estimables
, et qui feront long- tems les délices des amateurs
d'une belle poésie .
1277 )
en lice , le poëte ne se dissimule point toutes les dif
ficultés qu'il a à surmonter. Il les connaît , il les développe
lui -même dans sa Préface , et elles ne le découragent
point . En effet , “ expliquer le mécha-
" nisme de la sphere , décrire les cercles qui la com-
" posent , et en indiquer les divers usages ; faire
connaître les phases de la lune et ses éclipses , le
» cours du soleil et celui des planettes ; diviser la
" terre en zones , classer les vents , et en marquer les
" différens effets , etc. etc . ,, Quel champ plus ingrat
et plus aride pour notre poésie ? Quels détails plus
difficiles et plus rebelles au mécanisme de la versification
française ? Voilà les difficultés que le poëte
de la Sphere avait à vaincre : on verra qu'il les a heureusement
surmontées .
Chaque chant du nouveau poëme est accompagné
de notes savantes , extraites des meilleurs ouvrages
qui ont traité le même objet , et qui servent à développer
ce qui ne pouvait ou ne devait pas être exprimé
en vers . Le volume est terminé par des extraits
intéressans et bien faits des poëmes grecs , latins et
français , qui n'ont fait qu'effleurer son sujet , ou
plutôt qui n'avaient chanté dans leurs vers que des
parties isolées de l'astronomie . Une critique par-tout
sage , éclairée et pleine de goût , dirige dans ses
jugemens la plume de l'auteur ; et il apprécie à leur
juste valeur , chacun de ces morceaux avec une judícieuse
impartialité . On est surpris que dans cette
derniere énumération , on ne trouve point la belle
ode de l'auteur du poëme de Narcísse ( Malfilatre ) ,
dont le sujet est le Soleil fixe au milieu des Planetes ;
sujet le plus difficile à décrire en vers , et traité de
(
S 3
( 278 )
la maniere la plus chaude , la plus pompeuse et la
plus brillante ; ode qui , dans sa brièveté de six à
huit strophes , vaut seule un long poëme (1).
Nous allons commencer par citer plusieurs frag .
mens pris dans les huit chants du poëme de la Sphere :
ces´morceaux poétiques et bien faits ne pourront
que prévenir en faveur d'un poëte qui mérite de la
( 1 ) Nous croyons faire plaisir à ceux de nos lecteurs qui
ne la connaîtraient point , d'en citer ici une couple de
strophes .
Au milieu d'un vaste fluide
Que la main du Dieu créateur
Versa dans l'abîme du vuide ,
Cet astre unique ( †) est le moteur :
Sur lui-même agité sans cesse ,
Il emporte , il balance , il presse
L'Ether , et les Orbes errans ;
Sans cesse , une force contraire
De cette ondoyante matiere ,
Vers lui repousse les torrens .
Ainsi se forment les orbites
Qui tracent les globes connus :
Ainsi , dans des bornes prescites ,
Volent et Mercure et Venus./´
La Terre suit : Mars , moins rapide ,
D'un air sombre s'avance , et guide
Les pas tardifs de Jupiter :
Et son pere , le vieux Saturne ,
Roule à peine son char nocturne
Sur les bords glacés de l'Ether .
(†) Le Soleil.
( 279 )
reconnaissance. Ils donneront à nos lecteurs une
juste idée de la maniere de l'auteur. Mieux que nous 、
ils leur ferent connaître comment sa muse céleste
ou terrestre , tantôt plane , tantôt s'abaisse , pour
embrasser toute l'étendue d'un sujet qui met à sa
disposition et la terre et les cieux ; sujet aussi vaste
qu'il est fécond et sublime ; mais en même- tems ,
on le répete , aussi difficile et rebelle au mécanisme
de notre versification , que le spectacle des cieux est
imposant et magnifique à l'oeil qui le contemple.
Après ces diverses citations , nous dirons la sensation
que la lecture suivie et entiere de ce poëme
nous a faite , sans prétendre pour cela fixer à cet
égard le jugement du public .
Le poëte de l'Astronomie , parlant des emblêmes
et allégories inventées par les orientaux , adoptées
et embellies par l'imagination des poëtes , puis renouvellées
par plusieurs savans modernes , s'exprime
ainsi :
·
Combien de traits heureux , d'ingénieux emblêmes
Naissent du sein fécond de leurs brillans systêmes !
L'on voit avec transport , dans le livre des cieux ,
L'histoire et les bienfaits de cet art précieux ,
Dont les efforts constans fécondent la nature ,
Et font des vrais trésors la source la plus pure .
Là , ce héros fameux par ses douze travaux ,
Ce demi-Dieu , qui seul dompte tous ses rivaux ,
Est cet astre , le roi de la nature entiere ,
Qui par
les flots dorés de sa vive lumiere`
Eclipse
tous les feux qui brillaient
dans les airs ,
Enfante
des saisons les accidens
divers ;
Et traçant
de son char le cercle de l'anuée
,
S4
( 280 )
Du sage laboureur regle la destinée ;
Lui prescrit chaque mois ses travaux différens ,
Que figuraient du Dieu les emplois éclatans .
Chant IV , page 112.
Voici comment le poëte de la Sphere nous peint
le Soleil parcourant l'écliptique par son mouvement
annuel , et qui s'avance tous lesjours d'un degré vers
F'Orient. Il serait , je pense , difficile d'exprimer d'une
maniere plus poëtique , cette revolution solaire .
Dans ses douzé palais d'immortelle structure ,
Que de sa main puissante a formés la Nature ,
le roi de l'univers , variant son séjour ,
Un mois en chacun d'eux , habite tour- à - tour.
Trente portes d'azur , de leurs voûtes brillantes
Soutiennent les contours . Les Heures diligentes
Les ouvrent au matin' , et chassant le Sommeil
Vont donner aux mortels le signal du réveil .
C'est de - là que Phébus tout brillant de lumiere ,
Chaque jour recommence et finit sa carriere :"
Et chaque jour encór , partant d'un point nouveau ,
Dans un point opposé nous cache son tombeau.
Sans jamais s'écarter de la ligne écliptique
Cerastre constamment poursuit sa marche oblique .
Il lance dans les airs ses rapides rayons ,
Et laisse de son char descendre les Saisons .
Chant VIII , p. 291 .
Le peintre des merveilles des cieux , analyse , dėcompose
, anatomise , si je puis m'exprimer ainsi , les
effets d'un bel arc-en- ciel , et nous explique de la
maniere suivante la théorie de ce phénomene.
Cependant le Soleil a dissipé la nue ,
Et d'un nouvel éclat il brille à notre vue.
, │
( 281 )
Il lance loin de lui , ses flêches dans les airs :
Des globules légers fixent ses traits divers.
Là , tout-à- coup fléchis et brisés dans leur route ,
D'un arc , en se courbant , ils ont tracé la voûte.
Un seul de ses rayons , en sept fils séparé ,
D'autant de feux distincts y paraît coloré' :
Leurs teintes par degrés plus brillantes , moins vives ,
Impriment dans les airs , leurs couleurs primitives
Dont le créateur même a dessiné les traits ,
Qu'il place dans les cieux , comme un gage de paix ,
Quand les vents déchaînés entassant les nuages ,
Semblent nous présager les plus affreux orages .
Chap. VII , p. 247.
L'invention de l'Aérostat , jusqu'ici plus étonnante
qu'unile , n'a pas été omise par le poëte , dont les
airs et la terre sont le domaine . Il commence cette
description par une invocation poétique à Éole , en
faveur de cette nouvelle découverte .
Toi , dont les vents mutins reconnaissent la voix ,
Qui les fais obéir à leurs suprêmes lois ,
Qui d'un sceptre de fer gourmandes leurs caprices ,
Nous les rends , à ton gré , funestes ou propices ;
Daignes de ces mortels seconder les projets ; ,
Commande à tes enfans d'assurer leurs succès :
Que des Autans fougueux l'impétueuse haleine
Sur ce globe léger jamais ne se déchaîne :
Que maîtrisant les airs , un art industrieux
Les guide sûrement au vaste sein des cieux ; .
De l'aurore au couchant , et du midi vers l'Ourse ,
Qu'ils puissent diriger et maintenir leur course .
Comme on voit un vaisseau , protégé par l'aimant ,
Voguer,en liberté sur l'humide élément :
Vains souhaits ! tout trahit des succès éphémeres .
( 282 )
Ce globe , le jouet de tous les vents contraires ,
N'a pu jamais encor qu'étaler à nos yeux
Le spectacle imposant d'un objet merveilleux ;
D'inutiles projets bercer notre espérance ,
Et promener au loin sa mobile inconstance .
Chant VII , p. 251 .
Le poëte instruit de la difficulté pour la peinture
de rendre la beauté des couleurs de la nature ; et
en même tems , pénétré des talens supérieurs de
Vernet dans cette partie , lui adresse cette ingénieuse
apostrophe :
Personne plus que moi , n'admire ton talent.
De l'oeil le plus sévere il force les suffrages ;
Mais aux bornes de l'art , s'arrêtent tes pinceaux ;
Et la Nature seule a vaincu tes tableaux .
Chant VII , p. 246.
On aime , dans les descripsions suivantes , les expressions,
hardies et poétiques qu'on y remarque.
Déja des moissonneurs les nombreuses familles
Entassent les trésors qu'ont coupé leurs faucilles :
Ils reviennent courbés sous l'or de leurs épis .
Et en parlant de la Zone torride
Elle n'offrait par -tout aux pales voyageurs
Qu'un océan de sable , et ses déserts arides .
Ces fragmens sont plus que suffisans pour donner
ane idée générale et avantageuse de la maniere du
poëte de la Sphere . Dans un second article , nous
ferons un résumé général de tout l'ouvrage ; et nous
y joindrons des considérations accessoires , qui allongeraient
trop cet extrait déja assez étendu.
La suite au numéro prochain .
( 283 )
MÉLANGES.
CHANT DE MORT du roi REGNER LODBROG , traduit de
l'ancien danois (1).
REGNER
"
EGNER LODBROG , poëte et fameux guerrier
regnait en Danemarck au commencement du neuvieme
siecle . Après nombre d'exploits et de courses
maritimes dans les pays les plus éloignés , il eut le
malheur de tomber entre les mains d'Ella , roi
d'Écosse , à qui il avait livré une sanglante bataille .
( 1) Cet article nous a été fourni par M. Hwass , jeune Danois,
fils d'un pere très - savant , et déja fort instruit lui -même dans
toutes les parties des sciences physiques et de la littérature . II
nous a fait espérer de nous donner encore différens morceaux
de l'ancienne poésie scandinave : il se propose même
de traduire dans notre langue, tout ce qu'on a pu retrouver de
plus curieux en runique ; et peut-être poussera- t-il ses travaux
dans ce genre , jusqu'à refaire la traduction de l'Edda ,
dont il ne pense pas que l'on ait encore une idée complette.
La connaissance plus approfondie des Runes peut jetter
beaucoup de jour sur les antiquités du nord de l'Europe :
l'on y voit des tableaux , des sentimens , des habitudes ,
un mot , un ensemble de nature physique et morale qui doit
paraître fort singulier aux hommes civilisés de l'époque présente
, et des régions tempérées ; enfin , le philosophe qui
( étudie l'homme ) y trouve bien des sujets de réflexions .
M. Hwass rendra donc un véritable service aux lettres , en
fouillant dans ces anciens monumens de la religion la plu³
fanatique et de la poésie la plus sauvage.
1
(
en
( 284 )
Celui - ci le condamna à périr dans un cachot rempli
de serpens ; et c'est dans les tourmens de cette mort
cruelle , que transporté de l'enthousiasme de la
gloire et du fanatisme de la religion , il composa et
chanta l'Ode dont j'offre ici la traduction.
Ce poëme gothique vraiment curieux , et qui peint
avec énergie les moeurs et la religion des Scandinaves ,
pous a été conservé dans plusieurs chroniques islandaises
. Son langage , son style , sa versification , ne
laissent aucun doute sur son ancienneté. Wormius en
a donné le texte en lettres runiques , avec une traduction
latine et des notes ( 1 ) . Sa traduction est souvent
fort obscure , mais très - exacte , car elle rend le
texte mot pour mot . J'y renvoie ceux qui desirent
connaître cette piece en totalité .
Je n'ai traduit qu'une partie de ce poëme , mais
elle peut servir à donner une idée du reste . Les
mêmes images et les mêmes idées reviennent sans
cesse dans l'original , ce qui joint à l'obscurité qui y
est répandue d'un bout à l'autre , rendrait la traduction
en vers de la totalité inutile , et ennuyeuse pour
la plupart des lecteurs .
Je n'ai pas toujours traduit les strophes entieres ;
je les ai souvent fondues l'une dans l'autre , afin
d'éviter les répétitions , à l'exemple de Mallet qui a
donné une traduction en prose de cette piece , dans
son introduction à l'histoire de Danemarck ( 2) .
(1 ) Voyez Olai Wormii Litteratura runica .
( 2 ) Voyez Mallet , Introd . à l Hist . de Danemarck , seconde
partie , pag. 150 et suiv .
·( 28 )
Cette Ode , dans l'original, est composée de vingtneuf
strophes ; chaque strophe est de dix vers , et
chaque vers de six syllabes . Sa versification nous
fait connaître un genre particulier d'harmonie , ( si
toutefois l'on peut lui donner ce nom ) , qui ne dépend
, ni de la rime , ni de la quantité des syllabes ,
mais de leur nombre et de la disposition des lettres ,
qui retournent régulierement au commencement de
chaque strophe ; ce qui ressemble assez au goût des
acrostiches , que l'on trouve répandu dans les poésies
des Orientaux , et sur- tout des Hébreux . Cette poésie
skaldique ( si je puis m'exprimer ainsi ) est en outre
pleine d'inversions et de transpositions bizarres qui
en rendent souvent la lecture très- difficile . Ceux qui
veulent s'instruire à fond de cette matiere , peuvent
consulter O. Wormius , dans le Supplément à sa Littérature
runique , où ils trouveront que les Shaldes , ou
poëtes scandinaves , employaient jusqu'à 136 - mesures
différentes de vers , dans leurs vüsers , ou chants
héroïques.
L'étude de cette poésie occupait toute la vie d'un
Skalde , et ce n'était qu'avec un génié naturel et un
travail opiniâtre qu'il parvenait à exceller dans son
art. Aussi les Sk.ldes étaient - ils regardés comme des
hommes très nécessaires à l'État . Tous les monumens
historiques du nord sont pleins de témoignages des
honneurs que les peuples et les rois leur rendaient.
On voit dans toutes les chroniques , les rois de Danemarck
, de Norvege et de Suede , accompagnés d'un
ou de plusieurs Skaldes , qu'ils honoraient de leur
confiance , et auxquels ils donnaient les premieres
places dans les festins . Des salles immenses rassem(
286 )
·
blaient les héros , les jours de cérémonie ; c'était là
que les Skaldes chantaient aux sons de la harpe ,
ces chansons guerrieres où ils célébraient le courage
des héros , leur inspiraient le mépris de la mort ,
et décrivaient avec emphase le bonheur des guerriers
dans le palais d'Odin. On ne . faisait aucune expédition
militaire considérable , sans en mener quelques-
uns avec soi . Leurs chants ranimaient le courage
des combattans , et après la victoire ils célébraient
la valeur de ceux qui s'étaient distingués dans
l'action . Un héros ambitionnait souvent la gloire de
tomber dans les combats aux yeux de son Skalde ,
ses derniers regards se tournaient vers lui , et il mourait
content , si le poëte qui devait chanter ses exploits
avait été lé témoin de sa mort. Les Skaldes
étaient les vrais rémunérateurs de la bravoure parmi
les aniens Danois , et beaucoup de guerriers n'entreprenaient
des expéditions périlleuses , que dans l'espoir
d'être loués de leurs Skaldes . Olaf-Tryggeson ,
roi de Norvege , les plaça dans un jour de combat
autour de sa personne , en leur disant avec fierté :
Vous ne chanterez point ce que vous aurez entendu ,
mais ce que vous aurez vu.
Non-seulement les Skaldes étaient honorés et estimės
, mais les chants qu'ils composaient en l'honneur
des rois et des héros leur valaient des présens
considérables ; bien plus ; on leur remettait souvent
la peine des crimes qu'ils avaient commis , à condition
qu'ils demanderaient leur grace en vers . Il nous
reste encore l'ode d'un fameux Skalde , nommé Égill ,
au moyen de laquelle il se racheta d'un meurtre .
Enfin , la poésie était si honorée parmi les anciens
( 287 )
Scandinaves , que la plupart des Skaldes étaient des
hommes de la plus illustre naissance , et que des
princes et des rois même , s'appliquaient très - sérieusement
à cet art. Dans là liste des Skaldes ( Skaldatal
) qui se trouve dans le Supplément de Wormius ,
et qui donne les noms de ceux qui se sont distingués
depuis Regner Lodbrog jusqu'à Valdemar II , on
trouve plus d'une tête couronnée ; et le nombre des
Skaldes célebres se monte à deux cents trente , suivant
le manuscrit islandais dont cette liste est un
extrait.
Le style de la plupart de ces poésies scandinaves
est extrêmement figuré . Les anciens Danois , naturellement
graves et portés à la méditation , avaient
une maniere très-recherchée de rendre leurs pensées .
Leur esprit accoutumé à se recueillir demandait des
objets compliqués , qui lui donnassent une application
vasté et durable . Aussi leurs poésies sont- elles
pleines d'expressions hyperboliques , de comparaisons
sublimes et gigantesques , d'allégories et d'em
blêmes de tous les genres.
Les Skaldes s'étaient fait une langue particuliere ,
dont on ne se servait que pour les vers , on l'appellait
la langue des Ases , c'est-à-dire des Dieux .
Parmi les monumens qui nous sont restés de la
littérature des Skandinaves , se trouve un dictionnaire
poétique ( Skalda ) , à l'usage des poëtes et de
leurs lecteurs . C'est un recueil d'épithetes et de synonymes
tirés des Skaldes les plus célebres ; en un
mot , c'est le gradus ad Parnassum des anciens Danois
. Là se trouve pour chaque idée une expression
poétique , le plus souvent fondée sur quelque fable
1
( 288 )
de l'Edda , ou Mythologie islandaise. On
On y trouve
les mots les plus usités dans leur poésie , et tous les
noms qu'ils donnaient à leurs dieux . On peut juger
de cet ouvrage par les expressions suivantes : Le
ciel est le crâne du géant Ymer ; l'arc - en - ciel , be
pont des dieux ; la mer , le champ des pirates ; la
glace , le plus grand des ponts ; les fleuves , le sang
des vallées ; la terre , le vaisseau qui flotte sur les
âges ; la nuit , le voile des discours ; un combat , la
grêle d'Odin un bain de sang , etc. ( Voyez Edla
Islandica de Resenius , où se trouve le Skalda. ) ·
Il fallait qu'un Skalde connût et sût appliquer
à- propos dans ses poésies , toutes ces expressions
extraordinaires , sublimes et souvent puériles , dont
le nombre et la variété presqu'infinie donnait une
grande difficulté à l'art honorable et lucratif, qu'il
professait...
CHANT DI MORT du roi Regner Lodbrog , traduit de l'ancien
danois.
Nous avons combattu : nos glaives émoussés
Ont engourdi nos bras de carnage lassés ,
Alors que jeune encor , dans les champs de la gloire
J'allai porter la mort et chercher la victoire .
Les bataillons enters , sous mes coups abattus ,
A des loups dévoraus ont servi de pâture :
La mer sanglante au loin roulait son onde impure ,
Et les corbeaux nageaient dans le sang des vaincus .
O plaines d'Helsingie , ô combat mémorable ! ( 1)
Je vous vois , fiers héros , que mon bras redoutable ,
Dans le palais d Odin entassa par milliers ( 2 ) .
Bientôt fendant les flots sur mes vaisseaux rapides ,
Je vis blanchir d'Iffa les rivages arides : (3 )
Le glaive étincelant brisait les boucliers ,
Les casques se heurtaient , et les lances pesantes (4)
Se baignaient dans le sang de leurs hordes tremblantes.
Nous avons combattu , etc. Qui ,
( 289 )
Oui , je vous vois encor , ô rives d'Angleterre l'
Je porte la terreur et la mort dans les rangs ,
Mes dix mille ennemis roulent dans la poussiere ,
Et je marche en vainqueur sur leurs corps expirans .
Le sang ternit l'éclat des brillantes épées ; -
De sang et de sueur nos armes sont trempées ;
Les flêches dans les airs volent én mugissant
Et frappent du guerrier l'armet retentissant .
O combat plein de gloire , ô jour plein d'allégresse ,
Vous valez à mes yeux la plus belle maîtresse .
Nous avons combattu , etc.
Je triomphai le jour où ma lance sanglante.
Envoya chez les morts ce gueriier orgueilleux ,
Ce jeune homme si fier de sa tresse ondoyante ,
Lui , qui semblait un pin sur les monts orageux .
Que ce jour fit verser de pleurs à son amante !
Que ce jour fut pour moi brillant et glorieux !
Tomber dans les combats est le destin d'un brave ( 5 ) ;
Mais mourir sans blessure est la mort d'un esclave .
Nous avons combattu , etc.
Nous naissons dans les camps au bruit guerrier des armes (6) ;
Nos jeux sont les combats , nos plaisirs les alarmes ;
Les cris des combattans , le fracas des coursiers ,
Le sifflement des dards , le choc des boucliers ,
Voilà l'objet des voeux de l'ardente jeunesse ,
C'est par-là qu'un guerrier sait plaire à sa maîtresse.
Nous avons combattu , etc.
Aujourd'hui le Destin renverse mes trophées ;
Quel guerrier a vaincu la puissance des Fées ( 7 ) ?
Je tombe , c'en est fait , c'est le décret du sort.
Ella , rei furieux dont j'éprouve la rage (8) ,
Faible et lâche ennemi , tu me donnes la mort ;
Toi , que je voyais fuir dans les champs du carnage ,
Le jour où culbutant tes bataillons tremblans ,
Je lançai mes vaisseaux dans tes golphes sanglans ;
Ce jour où , pleins de joie , errans sur le rivage ,
Les loups frappaient les airs d'un hurlement sauvage .
Nous avons combattu , etc.
Mon coeur est transporté dé plaisir et d'ivresse ,
Odin ouvre pour moi son palais radieux :
Bientôt , bientôt assis à la table des dieux ,
D'un superbe festin partageant l'allégresse ,
( O destin glorieux , ô sort rempli d'attraits , )
Tome XXVII. T
( 290
J
Dans un crâne ennemi je m'enivre à longs traits !
Valhalla , plaine heureuse à nos guerriers promise (9 ) ,
Dans le camp des héros tù me verras vainqueur :
Vers la salle d'Odin je marche sans terreur ;
Le lâche craint la mort , le brave la méprise .
Nous avons combattu , etc. 3
Mes fils , vous ignorez les tourmens que j'endure ,
Vous ignorez qu'au fond d'une prison obscure
Des serpens venimeux me déchirent le flanc .
Armez , armez vos bras dú fer de la vengeance ,
D'un féroce ennemi détruisez la puissance ,
Remplissez tous ces lieux et d horreur et de sang.
Aslanga daus vos coeurs mit l'ardeur de la guerre ( 10) .
O mes fils , montrez - vous dignes de votre inere !
Nous avons combattu , etc.
En replis tortueux ils roulent , ils s'avancent ,
J'entends autour de moi leurs affreux sifflemens ,
Leurs dards envenimés se dressent et s'élancent ;
Déja , déja je touche à mes derniers momens :
Un serpent dans mon coeur 's introduit et le ronge.
O mes fils , hâtez - vous , et vengez mes tourmens !
Que dans le sang d'Ella votre glaive se plonge !
D'un odieux repos arrachez vos soldats .
Je vois couler le sang , je vois de fiers combats ,
Je vois d'Ella vaincu la fuite et l'épouvante ,
Je vois la mort planer sur la rive fumante !
Nous avons combattu , etc.
Dans cinquante combats , suivis par la victoire ,
J'ai fait briller le ter et fløtter les drapeaux ;
Dans cinquante combats , au comble de ma gloire ,
Mon glaive, s'est rougi dans le sang des héros .
Nourri dans les combats dès ma plus tendre enfance ,
Jamais aucun guerrier n'égala ma vaillance .
Mais je vois approcher les filles du destin ( 11 )
Qui m'ouvrent en chantant la demeure d'Odin.
Je contemple en riant la mort qui m'environne .
Assis au rang des Dieux , des héros et des rois ,
Brillant comine Balder , je monte sur mon trône ( 12) ,
Et je vois l'univers rempli de mes exploits !
Ella des noirs corbeaux est devenu la proie :-
Mes instans sont finis et je meurs plein de joie .
Nous avons combattu , nos glaives émoussés
Out engourdi nos bras de carnage lassés .
Par C. HwASS fils , Danois .
;
( 291 )
NOTES
( 1 ) O plaines d'Helsingie , etc.
L'Helsingie est une province de Suede , sur le golphe
Bothnique.
(2 ) Dans le palais d'Odin , etc.
Le palais d'Odin était situé dans le Valhalla , ou Paradis
des Braves. ( Voyez la note 9 , }, "
Odin était le dieu suprême des anciens Scandinaves ; son
pouvoir s'etendait sur tous les moades . On le nommait.
Alfader ( Pére universel ) . Il était aussi le dieu de la guerre .
Dans la mythologia islandaise , il a toujours quelque épithete
analogue à la guerre ; c'est le dieu terrible , le pere
da carnage , l'incendiaire- le dévastateur , celui qui ranime
le courage , celui qui désigne ceux qui doivent être tués , etc.
Les guerriers allant au combat faisaient vou de lui envoyer
un certain nombre d'aules , qu'ils lui consacraient.
Odin les recevait dans son palais de Valhalla , sa demeure,
ordinaire , où il prodiguait les éloges et les plaisirs
à ceux qui étaient morts les armes à la main. On implo
rait son secours dans toutes les guerres , et l'on croyait
qu'il venait souvent lui - même dans la mêlée , ranimer la
fureur des combattans , frapper ceux qu'il destinait à périr,
et emporter leurs ames dans ses deineures célestes .
( Voyez Mallet , Introduction à l'Histoire de Danemarck , et
l'Edda Islandica de Resenius . )
(3) Je vis blanchir d'Iffa , etc.
Iffa est un pays situé à l'embouchure de la Vistule .
(4) Les casques se heurtaient , etc.
Les armes défensives des anciens Skandinaves étaient :
1. le bouclier ( skiold , en danois ) . Il y en avait de deux
sortes ; les grands , qui couvraient le guerrier tout entier
et le mettait en sûreté contre les traits et les pierres ; et
les petits , de forme ronde , dont ils se servaient pour parer
les coups d'épée . Les plus communs étaient de bois ou de
cuir ; mais les guerriers de distinction en portaient de fer
ou de cuivre , peints ou dorés , souvent même revêtus de
lames d'or et d'argent . 2 ° . Le casque ( hjælm ; les simples
soldats les portaient de cuir , et les officiers de cuivre doré,
T2
( 292 )
3º. La cuirasse ( panser ) ; les anciens Danois s'en servaient
aussi , ainsi que de cottes d'armes , de cuissarts et de brassarts
, mais plus rarement que du bouclier et du casque .
Leurs armes offensives les plus ordinaires étaient l'épée ,
la hache d'armes , l'arc et les fleches. L'épée ( swærd ) était
courte , hécourbée , et pendait à un ceinturon de tuir. La
hache d'armes ( strid-oxe ) était à deux tranchans . L'arc et les
fleches ( bue-og-püle ) était une arme dont les Skandinaves.
faisaient un grand usage dans leurs combats , et au maniement
de laquelle ils passaient pour être fort habiles . Outre ces
armes , ils se servaient encore souvent de javelots ( spyd ) ..
de lances , de frondes , de massues et de poignards.
(5) Tomber dans les combats , etc.
L'indifférence des anciens Skandinaves pour la vie , en leur
inspirant un courage héroïque et le fanatisme de la gloire
leur donnait en même tems un mépris profond pour toute
mort naturelle . Ils regardaient comme une honte et un mal
heur de monrir de maladie ou de vieillesse , et la crainte d'entrer
après une telle mort dans l'enter ( niflheim ) , faisait
qu'ils s'ôtaient souvent eux-mêmes la vie quand ils ne pou
vaient la perdre dans les combats . Le valhalla était réservé
pour ceux -là seuls qui tombaient dans les combats , ou qui
mouraient de mort violente . Le niflheim était un séjour composé
de neuf mondes , destiné à tous ceux qui mouraient de
vieillesse ou de maladie. Hela , ou la mort régnait dans ces
lieux obscurs ; son palais était l'angoisse ; sa table , la famine ;
ses serviteurs, Pattente et la lenteur ; le seuil de sa porte , le
précipice ; son lit , la maigreur ; elle était livide , et ses regards
inspiraient l'horreur et l'effroi.
( Edda des Islandais . )
(6) Nous naissons dans les camps , etc.
Le Skalde donne ici en peu de mots l'histoire de l'éducation
des anciens Skandinaves. Ils ne respiraient que la guerre.
Elle était à la fois , chez eux , la source de l'honneur , des
richesses et du salut . L'éducation , les lois , les préjugés , la
morale , la religion , tout concourait à en faire leur passion
dominante et leur unique objet. Dès leur plus tendre jeunesse
on s'appliquait à en faire des soldats ; on endurcissait leur
corps , on l'accoutumait au froid , à la fatigue , à la faïm ; on
les exerçait à la course, à la chasse, à traverser les plus grands
fleuves à la nage , au maniement des armes . C'est par de tels
moyens que se formaient ces hommes robustes et courageux,
( 293 )
qui furent durant si long-tems la terreur d'une partie de
Europe. Voyez Mallet , Introd. à l'Histoire de Danemarck,
livre IV . )
(7) Quel guerrier a vaincu la puissance des Fées , etc.
Ces Fées , dont il est parlé dans l'Edda des Islandais , étaient
au nombre de trois ; Urda ( le passé ) ,Verandi ( le présent ) ,
et Skulda ( l'avenir ) . Elles étaient soeurs , et leurs fonctions
étaient de présider au tems , et de dispenser les âges des
hommes. Ce sont les parques des Grecs.
(8) Ella , roi furieux , etc.
Ella , entre les mains duquel tomba Regner Lodbrog , et
qui le vit périr si cruellement , était roi d'une partie de l'E
cosse , ou , selon d'autres , d'Angleterre.
(9) Valhalla , plaine heureuse , etc.
était une
Le Valhalla ou Paradis des anciens Skandinaves ,
plaine immense , au milieu de laquelle s'élevait le palais
d'Odin , palais d'une grandeur prodigieuse , destiné aux
héros qui mouraient dans les combats les armes à la main.
C'est- là qu'ils jouissaient , après leur mort , des plaisirs qui
avaient fait leurs délices durant leur vie . Les héros qui sont
" reçus dans le palais d'Odin , ont tous les jours le plaisir
de s'armer , de passer en revue , de se ranger en ordre
de bataille , et de se tailler en pieces les uns les autres ;
,, mais dès que l'heure du repas approche , ils retournent á
cheval tous sains et saufs dans la salle d'Odin , et se mettent
,, à boire et à manger. Quoiqu'il y ait un nombre infini de
❞ héros dans le Valhalla , la chair du sanglier serimner leur
suffit à tous ; chaque jour on le sert , et chaque jour il
, redevient entier. Leur boisson est la bierre et l'hydromel ;
,, une chevre seule, dont le lait est de l'excellent hydromel ,
, en fournit assez pour enivrer tous les héros ; leurs verres
" sont les crânes des ennemis qu'ils ont tués . Odin seul
" assis à une table particuliere , boit du vin pour toute nourriture
; deux loups sont assis à ses deux côtés ; le victorieux
" Odin rassasie lui-même ses deux loups ; et deux corbeaux ,
perchés sur ses deux épaules , lui disent à l'oreille tout ce
" qu'ils ont vu et entendu de nouveau . Une foule de vierges
1 servent les héros à table , et remplissent leurs coupes à mesure
qu'ils les vident. " ( Traduit de l'Edda des Islandais . }
Tels étaient ces plaisirs et cet heureux sort , dont l'espérance
rendait intrépides les anciens Skandinaves , et qui non-
T 3
(294 )
seulement leur faisaient braver , mais même rechercher avec
ardeur la mort la plus cruelle . Voilà la cause de ce courage
et de ce fanatisme guerrier, dont le Chant de Regner Lodbrog
est rempli.
(10) Aslanga , etc.
Aslanga était une bergere de Norvege que le roi Regner
Lodbrog épousa , et dont il eut plusieurs fils qui vengerent
sa mort en faisant subir à Ella le même supplice qu'il avait
fait subir à leur pere.
( 11) Mais je vois approcher les filles du destin , etc.
Ce sont les vierges qui servent à boire aux héros dans la
Valhalla . On les nommait Val- kyrier ( filles des combats ) .*
Elles introduisaient les héros dans la salle d'Odin' , ' avaient
soin des coupes et de la table , et étaient envoyées par Odin
dans les combats , pour marquer ceux qui devaient être tués ,
et pour dispenser la victoire. Elles allaient à cheval choisir
les morts , et régler le carnage , suivies de la plus jeune des
fées qui président au tems , de Skulda ( l'avenir ) .
( 12 ) Brillant comme Balder , etc.
Le dieu Balder , selon l'Edda , était fils d'Odin ' , sage , éloquent
et doué d'une telle majesté que ses regards étaient resplendissans
. C'est l'Apollon des Skandinaves .
VARIÉTÉ.
On m'apprend que le cit. Laharpe vient , dans une
Brochure Apostolique , de dire beaucoup d'injures à
Lenoir-Laroche , au sujet d'un article sur la satire de
Chenier , inséré dans un des derniers Nos , de ce
Journal . L'article est de moi , les injures m'appartiennent
; et je dois les réclamer ,
CABANIS.
Il vient de paraître deux numéros d'une feuille
périoque intitulée l'Esprit Public . Elle mérite d'être
distinguée de la foule de ces productions du jour qui
ne sont assurément ni le thermometre , ni les regu
lateurs de l'esprit public , mais bien de misérables
répertoires de lesprit de parti , et sur- tout de l'esprit
anti-republicain. Sans doute , l'esprit public es: du
ressoit de tous les journaux ; mais il en manquait un
(295 )
qui fût spécialement consacré à bien déterminer les
caracteres de l'esprit public , à rechercher les causes
qui influent sur ses variations , et les moyens de le
ranimer et de le diriger vers l'intérêt commun . Ce sujet
demandait à la fois un observateur profond , un esprit
juste , fin et délicat, et un patriote zélé pour le bonheur
de son pays , et le maintien de son gouvernement .
On trouve la réunion de ces caracteres dans cette
feuille que l'on attribue à un ex - constituant , connu déja
par plusieurs articles intéressans insérés dans divers
journaux et par le Manuel Révolutionnaire dont nous
avons rendu compte dans ce journal , ouvrage dans
lequel il a parlé à tous les partis le langage de la raison ,
de la vérité et du bien public .
Cette feuille dont on doit desirer la continuation ,
se vend , par numéros détachés ou collectivement ,
chez Dupont , imprimeur- libraire , rue de la Loi , et
chez tous les marchands de nouveautés .
Explications de l'Enigme et Logogriphe du No. 16 .
Le mot de l'Enigme est Vers ; celui du Logogriphe est
Trèpas , dans lequel on trouve repas , pas.
ANNONCES. Z
LesFrancs, poëme héroïque en dix chants ; par C. L. Lesur,
membre du Lycée des arts , et de la Société libre des sciencs ,
lettres et arts de Paris . Un volume in-8° . Prix , 3 liv .; et
3 liv . 15 sous franc de port. A Paris , chez l'auteur , quai Voltaire
, nº . 2 ; Maradan , libraire , rue du Cimetiere- Saint-
André , nº . 9 ; et Desenne , au palais Égalité .
Ce poëme , consacré à célébrer la gloire de nos armées
triomphantes , renferme de belles tirades , et annonce du
talent et du patriotisme ; ce qui malheureusement n'est pas
aujourd'hui fort commun.
Du Contral Social , essai par Jacques Louault , cultivateur
au canton de Brie , département de Seine et Marne . Un volume
in -8° . Prix , 50 sous ; et 3 liv . 10 sous hanc de port.
A Paris , chez Knapen pere , libraire -imprimeur , au bas du
pont Saint-Michel ; et Knapen fils , rue Saint-André-des - Arcs ,
n°. 46 , en face de la rue Contrescarpe ; et à Melun , chez
Larbe , libraire- imprimeur du département. Nous reviendrons
sur cet ouvrage qui mérite une analyse approfondie .
Ꭲ 4
1
( 296 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 25 février 1797 .
Il n'est aucune cour qui soit aussi fortement attachée
aux anciennes formalités de son étiquette , que la
cour ottomane , parce que ces formalités sont presque
toutes fondées sur la supériorité qu'elle s'attribue, ou
sur quelques dogmes religieux . La Russie au milieu de
ses triomphes ne put obtenir d'elle qu'elle y apr
portât quelques modifications. Mais elle vient de
montrer autant de condescendance aux représentations
d'un ancien allié , qu'elle avait montré d'inflexibilité
contre les prétentions d'un ennemi vainqueur.
C'était le moyen de faire des sacrifices , peutêtre
devenus nécessaires , sans compromettre sa véritable
dignité , et même sans blesser les préjugés
de son orgueil. Les dernieres lettres de Constantinople
nous rendent compte de l'audience publique
que M. Aubert Dubayet a obtenue du grand-seigneur.
Dans cette cérémonie , l'ambassadeur français a joui
de toutes les distinctions qu'il avait cru devoir demander
, et n'a été assujetti à aucune des formalités.
qu'il a jugées incompatibles avec le caractere de
représentant d'un peuple libre.
Le 17 du mois dernier , il sortit du palais de France ,
accompagné d'un cortege brillant et nombreux , et se rendit ,
aux flambeaux , à Top-Hana , lieu de l'embarquement . La
caïque à sept paires de rames du tchaouchbachi , etait disposée
pour recevoir l'ambassadeur , suivant l'usage , et sa suite traversa
le canal sur un grand nombre de bateaux retenus à
cet effet. Arrivé à Constantinople , le général Aubert Dubayet
fut reçu par le tchaouchbachi , non dans ce kiosk
messéant où les ambassadeurs avaient coutume de se rendre ,
( 297 )
mais dans un autre appartement qui , sans être somptueux
annonçait du moins les intentions bénévoles de la sublime
Porte . On attendait là le point du jour ; il fut annoncé par
une salve d'artillerie des deux frégates qui arborerent en
même tems leur pavois. A ce sigual , le cortege de l'ambassadeur
se remit en marche .
L'ambassadeur , revêtu de son grand uniforme de général
en chef , montait un coursier magnifiquement enharnaché , et
avait à ses côtés une section de la compagnie d'artillerie légere
et ses deux aides - de-camp , les citoyens Caulaincourt et
Castra.
Le cortege entra dans les rues de Constantinoplé , au
milieu d'une foule immense de spectateurs. Parvenu sous
l'olaï-kiosk du sérail ( d'où le grand-seigneur se plaît à considérer
secrettement ces sortes de spectacles ) , l'ambassadeur
fut joint par le grand-visir , qui sortait de son palais avec la
pompe d'usage ; et quoique l'ambassadeur n'eût éprouvé
qu'une attente de dix minutes , il en exprima hautement son
impatience , attendu qu'il avait été réglé , par le troisieme
article du cérémonial , qu'aucun retard ne suspendrait la
marche de son cortege . Les salutations réciproquement faites ,
on marcha droit au sérail , où le grand- visir précéda l'ambassadeur
, avec le prince Ipsilanti , interprête de la sublime
Poste.
Une multitude nombreuse et divers détachemens de milice
turque environnaient la porte impériale , connue sous le nom
de Bab-Humaioun . Après l'avoir passée , on entra dans la
premiere cour , où de nouveaux corps de troupes étaient
rangés sur deux files . La grandeur de l'espace , la forme des
bâtimens et la diversité des costumes offraient le coup- d'oeil
le plus vaste et le plus varié..
+
Un autre spectacle vint succéder à celui - ci quelque tems
après. Au moment où l'on entrait dans la seconde cour , on
vit des bandes confuses de janissaires s'élancer tumultueusement
sur des plats de pilaw , qu'ils se disputerent avec avidité .
Cette scene d'usage est représentée par forme d'amusement ,
et si elle dure trop peu pour les acteurs , on peut dire qu'elle'
ne finit pas trop tôt pour les témoins .
Tout le monde avait mis pied à terre à cette seconde porte
appellée Orta-Cabox , qui ferme l'enceinte où le grand - seigneur
seul peut aller à cheval .
On se dirigea vers la salle du Dôme , ( Coubbé-Alti . ) L'ambassadeur
les maîtres de cérémonie , avec fut introduit
y
toutes les personnes de son cortege qui purent y entrer .
par
(+298 )
1
Quelque tems après , le grand- visir entra dans la même salle
et vint s'asseoir sur un brillant sopha . Les ministres inférieurs
étaient rangés à certaine distance ; l'ambassadeur était placé à
part sur le siége destiné aux personnes de son rang. Après
les civilités ordinaires , le grand-visir ayant jugé quelques
procès pour donner le spectacle d'un civan , un avis fut
expédié à sa hautesse , afin de lui annoncer officiellement
larrivée de l'ambassadeur , qu'elle appercevait elle - même a
travers une grille dorée , au - dessus du sopha du grand-visir.
La réponse ne tarda point à paraître ; elle fut deployée par
le premierministre avec les marques du plus profond respect :
aussi-tôt le signal fut donné pour faire servir le repas d'étiquette.
On avait disposé trois tables ; la premiere pour le grandvisir
et l'ambassadeur ; les deux autres pour le tefterdareffendi
ministre des finances ) , et pour le nichandgi - effendi
( appositeur du chiffre impérial , à côté desquels étaient
placées dix personnes de la suite de l'ambassadeur . Il existe
ordinairement une quatrieme table ; mais celle du capitanpacha
ne fut point servie , une indisposition ayant empêché
ce grand amiral de paraître au divan . Ce fut une privation
sensible pour tous les Français , qui lui rendent avec usure
T'attachement qu'il porte à leur nation .
Le shorbet , l'eau de rose et les parfums ayant suivi ce
banquet ( aussi remarquable par la profusion des mets que par
la rapidité avec laquelle ils se succedent , le grand- visir et
l'ambassadeur se séparerent mom ntanément ) . Ce dernier
accompagné du drogman de la Porte , fut conduit par les
officiers de cérémonie au lieu où les ambassadeurs sont revetus
de la pelisse d'honneur. On lui passa la sienne six autres
pelisses , 8 hérékets et 40 cafetans , especes différentes de
manteanx , furent distribués entre les personnes du cortege
qui avaient été désignées pour recevoir cette marque de
distinction .
::
Le moment approchait où l'ambassadeur allait enfin reccvoir
l'audience du grand-sultan. Une vaste galerie , occupée
par des pages et des eunuques blancs , le conduisit à la
salle du trône . Il y entra libre , comme il convenait à son
caractere ; il ne fut point contenu par les cap.dgi - bachi
( gentilshommes de la chambre ) , et il n'aurait pu comsentir
à l'être , si la sublime Porte , en supprimant pour lui un
usage qui ne subsistera s ns do te pour a cun autre ambassadeur
, ne lui eût donue cet e dermere na: que de
bienveillance et de considération , dont le gouvernement
( 299 )
•
français reconnaitra tout le prix . Avancé près du trône
avec le secrétaire de légation et quatre citoyens libres comme
lui ( 1 ) , l'ambassadeur salua respectueusement le grandseigneur
, à côté duquel paraissaient debout le grand- visir
et le chef des eunuques blancs . L'empereur , environné
des attributs de sa puissance , était assis sur un trône ou
lit de forme antique , dont la broderie était relevée par des
perles fines . Au- dessus s'élevait un dais soutenu par des
colonnes de vermeil , et orné de globes en or où les diamans
brillaient incrustés . Les habits du sultan répondaient
à tant de magnificence , et par-tout la pompe orientale était
déployée dans son plus grand éclat. C'est au milieu de cet
appareil que l'ambassadeur , tout entier à l'objet de sa mission
, porta ainsi la parole au grand-seigneur :
Ambassadeur d'un peuple libre qui combat et triomphe
de l'Europe conjurée , j'ai ordre du Directoire exécutif ,
qui m'envoie vers votre majesté impériale , de lui exprimer
solemnellement la haute estine et l'attachement de
tous les Français . Le Directoire , dans son courage , en
récapitulant le nombre de ses ennemis passés et présens ,
a vu , avec un sentiment délectable , le grand empereur des
Musulmans rester presque seul son fidele et magnanime
ami aussi le destin , en couronnant par la victoire les
efforts généreux des Français , réserve- t-il l'immortalité aux
vertus de votre hautesse . J'ose aujourd'hui lui offrir , comme
ún gage certain de l'affection de la République Française ,
les services d'une compagnie d'artillerie légere , avec ses
cauons et ses obusiers . Je lui offre la rare collection des
talens d'une compagnie d'artistes , qui répandront dans
son empire les arts et les sciences les plus utiles , en mêmetems
que son arsenal offrira aux regards de l'Europe la
science d'un Français et l'habileté des ministres ottomans
qui le dirigent , sous les auspices de votre vertueux grandvisir.
"
Le drogman , qui avait interprété ce discours au grandseigneur
, en transmit aussi - tôt la réponse : clle contenait ,
avec les expressions de l'ancien attachement de sa hautesse
(1 ) Ces quatre citoyens représentaient ensemble le corps.
national , savoir le général Ménant , les militaires ; le
général Pérée , les marius ; le premier député du commer
ce , les negocians ; et un citoyen non fonctionnaire , je
surplus de la nation.
( 300 )
ce ,
pour la France , de nouveaux gages de ses disposi ions à
lui en donner des preuves si justement méritées . L'ambassadeur
fit en ce moment la remise de ses lettres de créans,
qu'il prit des mains du secrétaire de légation , pour les
passer au mir-amel ( chef des capidgi-bachi ] : le grand-visir
les reçut à son tour et les déposa sur le trône . Cet acte
consommé , l'ambassadeur renouvella son salut au grandseigneur
, dont les regards de bienveillance lui répondirent
de la maniere la plus flatteuse ; il sortit de la salle du trône ,
emportant avec lui toute la satisfaction que devait lui inspirer
l'accueil affectueux et distingué du chef suprême de
J'Empire ottoman .
Alors il rejoignit son cortège qui l'attendait dans la premiere
cour , et s'était rangé en ordre , Bientôt un nouveau
spectacle vint couronner les scenes de la journée. On vit
paraître à cheval , au milieu de suites pompeuses , les ministres
, les colonels et tous les grands officiers , qui se
retiraient du sérail . Chacun saluait , en passant , l'ambassadeur
, et en était salué . Le grand- visir sortit le dernier ;
les mêmes salutations furent données et reçues de part et>
d'autre.
Ces différens grouppes ayant successivement défilé , le
cortége de l'ambassadeur se retira de la Parte en repremant
son ordre de marche .
Par-tout l'affluence des spectateurs s'était accrue depuis
le matin la beauté du jour et la nouveauté du spectacle
se réunissaient pour mettre en mouvement la foule qui
remplissait les rues , les places et les boutiques . Ce qui
excita sur-tout la curiosité , ce fut la brillante compagnie
d'artillerie légere , dont la vue était absolument neuve pour
les Turcs. Il s'en fallait bien que cet appareil militaire
produisit la moindre impression défavorable. Ces soldats
étaient des Français ; ces Français , des freres d'armes : sous
ce double rapport , ils ne pouvaient qu'être vus avec beau
coup de plaisir . Aussi , tous les visages portaient-ils l'empreinte
de la satisfaction . Témoin de cette joie commune ,
le cortége revint sur les bords du canal , où l'on devait se
rembarquer. Les efficiers de la Porte qui avaient reconduit
l'ambassadeur , prirent congé de lui en cet endroit ; et son
retour à Top - Hana fut marqué par un nouveau salut des
frégates
Le débarquement terminé , il fallut attendre la campagnie
d'artillerie légere , qui avait été obligée de faire un détour.
Elle parut tout-à- coup , annoncée par ses trompettes , et le
( 301 )
sabre hors du fourreau. Dès qu'elle eut répris son rang,
l'on s'achemina vers le palais de la République , en suivant
1 rue de Péra , séjour des ambassadeurs et de la plupart
des européans. Les spectateurs n'y étaient pas moins nombreux
qu'à Constantinople ; et s'ils n'avaient pas tous la
même disposition à juger favorablement , ils ne purent concevoir
en général qu'une opinion digne des Français , puisque
leur cortége a été constamment présidé par la décence. Il
était une heure après- midi , lorsqu'on rentra au palais. On
se rangea sur la terrasse , et l'ambassadeur avant de quitter
ses concitoyens , satisfit à l'impulsion de son coeur , en leur
payant , dans une courte haraague , le tribut d'eloges qu'is
avaient tous mérité.
Un ambassadeur de Méhémed- Kan , Sophi de
Perse , a été témoin de cette cérémonie . Il était arrivé
quelquesjours auparavant avec une suite nombreuse.
On croit que l'objet de sa mission est de demander à
la Porte des secours contre les Russes , ou du moins
ses bons offices pour la conclusion d'une paix prompte
La Porte a repris ses préparatifs de guerre. On travaille
dans les arsenaux avec autant d'activité que
s'il s'agissait d'ouvrir la campagne au printems prochain.
Les ouvriers que l'on emploie sont presque
tous Européens ; ily a sur- tout beaucoup de Français.
Le capitan-pacha a pris lui-même la surintendance de
ces travaux , et il ne quitte son poste ni jour ni nuit.
On va creuser devant l'arsenal de la marine un
bassin semblable à celui de Toulon , pour la construction
et le radoub des vaisseaux. Il paraît qu'on adoptera
le plan proposé par un ingénieur suédois , de
préférence à ceux que des officiers français avaient
présentés.
&
De Francfort-sur- le- Mein , le 25 février.
La réponse du roi de Prusse aux réclamations du
prince de Valdeck , dont nous avons parlé dans notre
dernier rapport, ést connue . Ce monarque y donne au
réclamant , ainsi qu'à tous les princes et Etats compris
dans la ligne de neutralité , l'assurance de la protection
la plus énergique et la plus active . Les préparatifs
qu'il fait , la force imposante qu'il déploie , l'in-
1
!
( 309 )
time intelligence qui subsiste entre lui et le nouvel
empereur de Russie ne peuvent qu'inspirer beaucoup
de confiance en ses promesses . Aussi voit- on le
nombre de ses cliens s'augmenter chaque jour , et
les anneaux de la coalition germanique contre la
France se détacher successivement . Le duc de Saxe-
Cobourg vient de faire déclarer à la diete de l'Empire
qu'il avait accédé au système de neutralité du cercle ,
de Haute - Saxe .
Les Français ont déja concerté leurs plans d'opérations
en Allemagne . Il paraît que les dernieres
victoires qu'ils ont remportees en Italie et la prise
de Mantoue ont déterminé le Directoire à faire agit
offensivement sur le Bas - Rhin .
Le 22 du mois dernier l'impératrice d'Allemagne
accoucha d'une fille . Le mariage du prince hereditaire
de Hesse - Cassel avec la princesse auguste fille
du roi de Prusse a été célébré , le 13 de ce mois , à
Berlin.
ITALIE. De Modene , le 24 Janvier 1797 .
CONGRÈS CISPADAN .
--
Séance du 23 janvier. Le congrès , ajourné à Modene
repris ses séances , le 23 de ce mois , au milieu des réjouis-
´sances oque causaient les victoires éclatantes des Français . Les
députés du peuple cispadan se rassemblent dans la vaste salle
du palais du ci-devant duc de Modene . Le cit . Ignace
Magnoni est nommé président à la place de cit . Facci . Le
cit. Isacchi demande qu'on mette en exécution les décrets
rendus par le congrès , à Reggio , les 7 , 8 et 9 , et dont
voici les principales dispositions : Qu'on place les armes de
la République dans tous les endroits où l'on voyait ci - devant
celles du prince ; qué le drapeau national rouge , blanc et
verd porte l'empreinte d'un carquois , avec le mot , Liberté
sans revolution ; que tout se fasse au nom de la Republique
Cispadane , et qu'on date du jour qu'elle a été proclamée une
et indivisible ; que l'on fasse le cens personnel de toute la
République Cispadane , en chargeant de cette opération les
gouvernemens provisoires : On fait ensuite la motion de procéder
à la totale abolition des marques de l'esclavage , des
titres de la noblesse et de toute distinction héréditaire .
༨ །
"
( 303 )
"
-
Le cit. Isoloni s'y oppose , en disant que le congrès n'avait
aucune faculté de prononcer contre une ancienne injustice ,
maintenue seulement par le despotisme , et abhorrée et proscrite
tout par le genre humain. La motion est décrétée par
le coagrès , à l'unanimité , au milieu des plus vifs applaudissemens
des spectateurs . On décrete ensuite que le
congrès se bornera , quant à présent , à la scule constitution
, et qu'il ne discutera d'autres motions qu'en cas d'urgence.
Ber olani propose de ne rien décider par rapport à la
constitution , jusqu'à ce que le plan en ait été soumis , par
le moyen de l'impression , à l'examen de tous les citoyens .
Aldini combat cette motion , allégnant pour motif que l'impre
sion du projet pourrait compromettre le comité de constution
. Le congrès , sans avoir aucun égard à cette frivole
opposition , décrete la motion de Bertolani.
-
Compagnoni insiste pour que le congrès s'occupe , en
attendant , de la discussion et approbation des droits de
l'homme et du citoyen.¸- Cette motion est décrétée aprés
une courte discussion à laquelle donnent lieu les députés de
Bologne . On procede ensuite à la lecture du préambule de,
la constitution et de la déclaration des droits et des devoirs .
Aldini demande que , pour la lecture du premier article ,
constitutionnel , le congrès se forme en comité secret .
--
Le président propose la formation de la carte topographique
de la République. Le congrès adopte la proposition , et
charge de l'examen les cit . Pollari , Ghedini , Guidiccini ,
Vandelli , Cassiani et Ré.
RÉPUBLIQUE BATA V E.
De la Haye , le 21 février.
Dans la séance du 11 de ce mois , l'Assemblée nationale a
décrété la composition du Pouvoir exécutif , ainsi qu'il suit :
Le Pouvoir exécutif de la République est confié à un
conseil d'état composé de cinq membres .
Sout seulement eligibles pour membres du conseil d'état ,
ceux qui réunissent les qualités suivantes : 1 °. Etre citoyen
ayant droit de suffrage . 2. Avoir atteint l'âge de 35 ans accomplis
; 30 être né dans cette République ; 4° . et y avoir
eu son domicile pendant les deux dernieres années .
--
Les conditions pour être électeur ont été déterminées dans
la séance du 13. Pour être électeur , il faudra en outre être
proprietaire ou usufruitier d'un bien situé dans la République,
etc. , ou locataire d'un bien situé dans la République , et doni
( 304 )
nant par an un loyer , dans une commune de 2,500 habitans
et au-dessous , 30 flor.; de 2,500 à 5,000 , 50 fl . ; de 5,000
à 15,000 , 75 fl .; de 15,000 à 35,000 , 100 fl . ; de 35,000
à 50,000 , 150 fl .; et au - dessus de 50,000 , 200 fl .
Il a été décrété , dans la séance du 14 , que pour la formation
du conseil d'état la chambre des Anciens fera la nomination
d'un nombre double de candidats . L'élection définitive
appartiendra aux électeurs des assemblées primaires de toute
la République .
ESPAGNE. De Madrid , le 18 février.
Pour obliger les Catalans à payer leurs contributions arriérées
, on a employé des moyens coërcitifs qui touchent
de bien près à la vexation . Ils ont demandé quelques diminutions
pour les indemniser des pertes et des dépenses que
leur a occasionné une guerre à laquelle ils ont contribué
avec beaucoup de zele , et dont leur province a été un des
principaux théâtrés . On n'a eu aucun égard à leurs plaintes .
La rupture avec l'Angleterre , quoiqu'approuvée en général
par l'animosite nationale , a páru , aux Catalans sur-tout
un nouveau fléau qui allait prolonger la stagnation de leur
commerce et de leur industrie . Enfin , pour achever d'aigrir
leurs mécontentemens , une foule d'artisans français
sont venus , depuis peu , apporter à Barcelonne Icur adresse,
et leur activité , et en travaillant mieux et moins cherement
que les artisans du pays , ils sont devenus pour ceux-ci dos
rivaux aussi odieux que redoutables .
C
""
4
Tous ces griefs avaient excité beaucoup de mécontentemens
en Catalogne . Pour les appaiser , le gouvernement
s'était déja porté à quelques condescendances . On sait qu'en
tems de paix , c'est sur les côtes de Catalogne principalement
que les Anglais versent une prodigieuse quantité de
morues . Onn a permis que ces versemens continuassent ,
quoiqu'en les empêchant , on eût tari une des sources les
plus abondantes des profits des Anglais en Espagne. Mais
lorsque , le 13 de ce mois , on apprit que la malle de Barcelonne
n'était point arrivée , et que d'uunn autre côté , on
répandait que les bataillons des Gardes-Walonnes , à l'ex-,
clusion des troupes nationales , avaient reçu l'ordre de marcher
vers cette ville , on put croire que la fermentation
qui y existait avait éclaté par un soufevement. Cependant nos
alarmes sont maintenant presqu'entierement calmées . On sait
que tout est assez tranquille en Catalogne. Les Gardes-Walonnes
, qu'on présumait avoir été envoyées contre elle ,
n'étaient
( 305 )
n'étaient qu'au nombre de 400 , et sont , à ce qu'il paraît ,
uniquement destinées à purger la vieille Castille des bri
gands qui l'infestent. Cette destination expliquerait le soin
qu'on a eu de ne pas mêler de troupes nationales à cette
troupe étrangere .
On infere de quelques changemens qui s'operent dans
les bureaux , que M. de Varela , qui a passé récemment du ministere
de la marine à celui des finances , ne jouit pas d'une
grande faveur. On donne d'honorables retraites à ses créatures
et on remet en place ceux qu'il en avait écartés.
7. Nous apprenons que le roi a pris la résolution de déclarer
la guerre au Portugal . En conséquence , l'ordre vient d'être
donné de lever au plutôt en Castille une armée de 30 mille
hommes , et une de 20 mille en Galice , et de fournir , sans
délai , l'une et l'autre , de l'artillerie nécessaire .
ANGLETERRE. De Londres , le 27 février.
·
La situation de nos affaires , dit le Courier d'aujourd'hui 27 ,
cest devenue véritablement effrayante . La dépréciation , sans
exemple , de nos fonds publics est d'une nature si ala mante
que le gouvernement vient d'être forcé de recourir à dis
mesures extraordinaires . Un messager a été envoyé à Windsor,
avant-hier , pour prier sa majesté d'arriver promptement ici
le lendemain matin . Le roi s'est rendu en conséquence ici
hier matin . Le conseil a été convoqué sur-le- champ au palais
de St. James : huit ministres étaient présens . L'état du crédit
public , la chûte des fonds , la demande du numéraire , etc.
ont été pris en considération , et le résultat de ce conseil a été
de recommander à la banque d'Angleterre de nefaire aucun paic- ,
ment en numéraire , jusqu'à ce qu'on ait pris sur ce sujet l'avis du
parlement.
Une assemblée des principaux banquiers et négocians doit
avoir lieu aujourd'hui , pour prendre en considération l'état
du crédit public , et adopter les résolutions qui paraîtront les
plus convenables à la situation actuelle des choses .
On sait que la banque
de Londres ne peut être dans l'embarras
, sans que les banques des provinces n'en éprouvent
le contre-coup ; aussi voit- on arriver ici tous les jours des
agens de ces banques particulieres , qui viennent exposer leur
triste situation et le péril dont elles sont menacées.
Le Courier du 23 dit que ce jour- là les fonds consolidés
étaient à 51. Cette dépréciation sera encoreplus forte , parce
qu'on sait quele gouvernement a besoin defonds considérables
pour le se vice de l'armée . ⠀
Tome XXVII.. V
( 306 )
1
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LÉGISLATI F.
Séances des deux Conseils , du 5 au 15 Ventôse.
Un prêtre condamné au célibat par les lois civiles
et religieuses de l'ancien régime , avait fait donation
de ses biens à sa niece ; ce prêtre s'est marié depuis
la révolution , il est devenu pere . Il démande si la
naissance de son enfant ne révoque pas sa donation .
La question paraît problématique aux uns et claire
pour les autres. Un membre conclut de ce débat
qu'elle mérite l'examen d'une commission , ce qui
est adopté.
Une assemblée électorale qui nommerait un citoyen
absent , ne pourrait - elle pas nommer un second
citoyen pour le remplacer , dans le cas auquel il
n'accepterait pas ? Telle est la question proposée par
Dumolard . Il observe que ce n'est point faire renaître
les suppléans , défendus par la constitution , puisque
ces secondes nominations ne seraient que conditionnelles
, et n'auraient d'effet que dans l'hypothese de
non acceptation du premier nommé.
Pastoret et Siméon appuient la proposition de
Dumolard ; Guillemardet , Lefranc et Hardi la com
battent. Le conseil passe à l'ordre du jour.
•
3.
Bergier demande , le 7 , qu'il soit nommé une commission
, pour examiner la question , si le domicile
de ceux qui sont chargés d'une fonction publique ,
soit militaire , soit civile , est tellement leur domicile
naturel que ceux qui y rentrent , après avoir
rempli l'une ou l'autre de ces fonctions , pendant le
cours d'une ou plusieurs années , aient le droit de
voter dans l'assemblée primaire de leur canton de
quelque durée qu'ait été leur absence .
"
On la renvoie à l'examen d'une commission composée
de Daunou , Dumolard et Bergier.
Daubermesnil , au nom d'une commission spéciale ,
fait un rapport sur les honneurs à rendre aux défenseurs
de la patric , morts en combattant.
( 307 )
Ces honneurs , selon la commission , doivent être ,
selon la différence des services , ou l'installation du
héros au Panthéon , ou l'inscription de son nom sur
une colonne , appellée colonne de la loi , où l'institution
d'une fête annuelle en son honneur , ou son
oraison funebre .
Bailleul combat ce projet comme insuffisant , et
sujet à une foule d'inconveniens. If en présente un
"autre , qui consiste
principalement à établir dans
chaque administration centrale deux registres , qui
seraient appellés l'un le registre sacré , l'autre le registre
d'opprobre.
Sur le registre sacré seraient inscrits honorablement
les noms de ceux qui seraient morts en combattant
pour la patrie ; 2. les noms de ceux que
leurs blessures mettraient hors d'état de la servir;
3. les noms de ceux faits prisonniers de guerre ;
4° . enfin , les noms de ceux qui , après avoir rempli
honorablement leurs devoirs , auraientt obtenu des
congés définitifs. Ce livre porterait en tête : Aux défenseurs
de la patrie , la patrie reconnaissante .
Sur le registre d'opprobre seraient inscrits les noms
des fuyards ou déserteurs , avec ce titre Aux lâches
qui ont déserté leurs drapeaux , ou abandonné leur patrie. "
Un an après la paix serait élevé également , dans
le chef - lieu de chaque administration centrale , un
édifice public où on inscrirait les noms de ceux qui
se trouveraient portés au livre sacré , avec une pierre
au pied de cet édifice où seraient gravés les chants
'de la Marseillaise et du Depart.
Outre cet édifice public serait élevé , au pied de
la maison nationale de chaque défenseur qui aura
" bien mérité de la patrie , une pierre où il serait fait
mention de son nom , de ses blessures ou de sa mort .
Les défenseurs survivans et honorablement inscrits
au registre sacré , auraient une place distinguée dans
les fêtes publiques.
Les discours de Daubermesnil et de Bailleul seront
imprimés , et leurs projets ajournés après la distribution.
Chasset soumet à la discussion le projet de résolution
, tendant à excépter des peines qu'aurait en-
V 2
( 308 )
courues un prévenu qui révélerait les auteurs , fauteurs
ou complices des crimes dont il est accusé.
Plusieurs orateurs parlent pour ou contre le projet.
Camus observe qu'il est trop important pour ne
pas le mûrir. Lehardi desire qu'il soit resserré , et que
la commission se borne à examiner si le Corps lé
gislatif n'a pas le droit de prendre , à l'égard des
conspirateurs seulement une mesure qui puisse
mettre le gouvernement à portée de connaître tous
les fils d'une conspiration . Cette observation est renvoyée
à la commission.
Girod ( de Nantes fait approuver , le 6 , par le
conseil des Anciens , la résolution qui porte qu'il
ne sera accordé d'indemnité qu'à ceux des jurés d'açcusation
et de jugement qui se déplaceront .
Rallier , au nom d'une commission , propose le rejet
de celle qui fixe les assemblées électorales dans les
chef-lieux de départemens , sauf quelques exceptions,
attendu que ces exceptions donneraient lieu à plusieurs
réclamations de ia part d'autres départemens.
La résolution est rejettée .
Organe d'une commission spéciale , Siméon présente
le 8 , un projet tendant à empêcher l'évasion des
individus détenus dans les maisons de force , soit condamnés
, soit prévenus. Tous ceux à la garde desquels
ils sont confiés seraient personnellement responsables
de leur évasion , et subiraient la peine de deux
années de détention , s ils étaient convaincus de
l'avoir favorisée par négligence ou connivence . Impression
, ajournement.
Sur le rapport de Duchâtel , il est mis 5 millions à
la disposition du ministre des finances , pour acquitter
les dépenses de son département pendant le trimestre
de nivôse à germinal de la présente année.
Gilbert-Desmolieres met sous les yeux du conseil
les détails de la dépense énorme que cause au trésor
public la fabrication des sous. Les dix millions qu'une
joi ordonne de fabriquer coûteront à l'Etat plus de
5 millions , savoir : 3 millions 197 mille 278 livres
15 sous 8 deniers de frais de fabrication , et 2 millions
722 livres 13 sous de frais de fonte de cloches.
Ces observations sont renvoyées à la commission
des finances . "
( 30g )
Doulcet fait adopter son projet de résolution sur
les élections de Saint- Domingue.
1
1. Les nominations faites par une prétendue assemblée
électorale , tenue à Saint- Domingue le 21 fructidor
, an IV , et jours suivans , sont déclarées nulles .
2. Les citoyens que cette assemblée à nommés au
Corps législatif n'y seront point admis.
Sur la motion de Treilhard , une commission présentera
un projet de résolution qui fixe le nombre
des députés que chaque département devra élire pour
chaque conseil.
On a repris , sans rien terminer , la discussion sur
les droits de successibilité des enfans naturels .
On a repris , le 9 , la discussion sur le rétablissement
de la contrainte par corps . Les deux articles
suivans sont adoptés , 1º . la loi du 9 mars 1793 qui
abolissait la contrainte par corps est rapportée ;
g". les obligations qui seront contractées postérieurement
à la promulgation de la présente , et pour
le défaut desquelles les lois antérieures prononçaient
la contrainte par corps , y seront assujetties comme
par le passé.
L'ordre du jour appellant chez les Anciens la discussion
sur la question intentionnelle , Tronchet
répond aux objections qui ont été faites contre le.
rapport de la commission.
Elles sont divisées en cinq parties qui se rapportent
aux différentes questions résolues par la résolution
des Cinq-cents . La premiere et la plus importante
est celle de savoir s'il est nécessaire de maintenir la
question intentionnelle . Le rapporteur continue à
soutenir l'affirmative : c'est au jury seul qu'il appartient
de porter le jugement , et le jugement n'est
complet que lorsque le jury a prononcé sur le fait es
sur l'intention . Le juge n'est chargé que d'appliquer
la peine ; il ne peut l'appliquer avec équité sur la
déclaration d'un fait vague et dépouillé des diverses
circonstances qui en atténuent ou en aggravent la
criminalité.
Détruire la question intentionnelle , c'est exposer
les citoyens à tous les dangers de l'arbitraire sur ce
qu'ils ont de plus précieux , l'honneur et la vie. Le
V 3
( 310 )
jugement d'un jury qui n'aurait point prononcé sur
la question intentionnelle serait , non-seulement incomplet,
mais inconstitutionnel , puisqu'il laisserait
aux juges le choix des différentes peines prononcées
contre un semblable délit , selon les divers degrés
de culpabilité de celui qui l'a commis.
Les lois sur l'institution de la procédure par jury
ent en effet donné aux juges le pouvoir de direction ;
mais elles n'ont point voulu qu'il infiuât sur la prononciation
du jugement , et il est dans l'esprit de
cette institution de restreindre ce pouvoir..
On a dit qu'il y avait des actes dont l'immoralité
était tellement évidente , tellement inséparable drdu
fait en lui- même qu'il était inutile de poser la question
intentionnelle , et que d'ailleurs le texte des lois.
ne portait point que cette question serait posée, dans
tous les jugemens du jury.
Tronchet répond que la constitution défend de
poser des questions complexes , et que ce serait en
poser évidemment une que de faire prononcer lejury.
-la - fois sur le fait et sur sa moralité. Au reste, sily
a des cas où cette question peut devenir inutile , au .
moins n'est elle pas dangereuse , et l'inutilité est préférable
à l'illegal , Le conseil rejette la résolution.
*
Golzart fait prendre une resolution , qui leve la
suspension provisoire de Faction en rescission pour
les contrats de vente. e
Jean Debry prend la parole, au nom d'une commission
spéciale , chargée , par le conseil , de faire un
apport sur les pieces relatives à la conspiration
royaliste , decouverte le 12 pluviose .....
1
L'esprit dans lequel ce rapport est composé , se
manifeste dès les premieres lignes : on y voit éclater
l'intention de ramener la concorde au sein du Corps
législatif, et de gallier tous les Français autour the la
constitution de l'an III . Les pievenus de la conspi-
1ation appartiennent aux tribunaux ; la recherche de
leurs complices doit occuper le Directoice : la seule
fonction du legislateur est d'éclairer l'opinion pyblique
sur les caracteres , les manoeuvres , les projets
des factions enemies de la liberté nationale : telest
le but du , discours de Jean- Debry.
Ua parti habile à se revêtir de tous les masques ,
A
( 3FF )
travaille à diviser les républicains pour les asservir :
ce parti se compose de tout ce qui vivait des abus
monarchiques ou révolutionnaires que la constitution
a détruits . Ce parti est il payé par l'étranger? Je le
crois , dit le rapporteur : des indiscrétions ministeriellés
, échappées au sein du parlement d'Anglétérre
, ont assez dévoilé la part activé que cette puissance
n'a cessé de prendre à nos longs désastres .
Jean- Debry a mis en parallele la faction des anarchistes
et celle qui arbore les couleurs de la royauté.
L'esclavage du peuple est la fin de l'une et de l'autre :
leurs moyens ont toujours été les mêmes ; l'assassinat
des fonctionnaires publics , le massacre de tout
ce qui a servi la révolution : les plans de Baboeuf et
de Lavilleurnoy sont également formés sur ce patron.
L'orateur est persuadé que ce fut pour tuer la liberté ,
qu'on don au peuple français la fievre de la li
cence . Il ne peut voir que des royalistes déguisés ,
dans les agitateurs les plus effrénés de 93 , dans les
Gusman , les Péreyra , les Cloots , étrangers comme
Poly , et comme lui couverts des livrées du jacobinisme.
En Angleterre , après la chûte de Charles Jer. ,
les cavaliers qui avaient été ses plus zélés partisans ,
changerent tout- à-coup de langage ; ils dirent qu'ils
avaient été trompés , qu'ils reconnaissaient dans la
liberté , le bien le plus cher aux humains ; mais qu'ils
la voulaient dans sa plénitude et sans limite . Ils se
livrerent , en effet , aux excès les plus criminels ;
et lorsqu'ensuite Charles II monta sur le trône , ces
mêmes cavaliers se firent , auprès de lui , un mérite
des manoeuvres anarchiques par lesquelles ils avaient
déshonoré la révolution , et provoqué le retour de
la tyrannie ils furent les premiers esclaves de ce
nouveau maître .
Ce trait d'histoire n'est pas le seul dont le rapporteur
ait fait usage , pour expliquer , par d'ingénieux
rapprochemens , ces horribles jeux des passions
humaines qui créent les troubles politiques ,
les éternisent , en multiplient les ravages , et empêchent
de retirer , après de longs malheurs , les fruits
qui pourraient consoler un peuple de tant d'épreuves ,
d'afflictions et de sacrifices . Jean- Debry s'est appliqué
V 4
( 318 )
sar- tout à démontrer que la plus légere atteinte à la
constititution actuelle , r'ouvrirait devant la nation ,
devant tous les partis , l'abyme des calamités révolu
tionnaires. Il n'est point de faction dont le succès
ne fût une proscription pour toutes les autres , et un
grand peril pour elle-même. Il n'y aurait sur - tout ,
au milieu d'un bouleversement nouveau , aucune
chance pour les sectateurs de ces opinions mitoyennes
, qui , voulant allier en quelque sorte la royauté
avec la république , esperent , avec trop d'imprudence ,
damener jamais à de telles transactions les partisans
déterminés de l'une ou de l'autre. La constitution
de 1 an III est la seule digue contre le débordement
des crimes et des vengeances de ces partis extrêmes ,
auxquels toute révolution vaut toujours un triomphe ,
au moins éphémere .
Jean- Debry n'a point contesté l'existence d'une
faction d'Orléans ; mais il a pensé que , pour déjouer
les projets de celui qui ne s'est pas encore montré ,
il y aurait peu de bonne- foi à vouloir laisser faire
celui qui se montre. Environner du soupçon d'orléan
sme tous ceux qui repoussent Louis XVIII , c'est
conspirer pour ce dernier , et calomnier la nation
française , en la représentant comme divisée pour le
choix d'un maître , lorsque ses quatorze armées nous
ont si bien conquis le droit de n'en plus avoir. Des
conspirateurs pour la maison du méprisable Philippe ,
ne trouveront ici aucun défenseur , lorsqu'on aura
saisi entre leurs mains , comme entre celles de Baboeuf
et de Brotier , les preuves et les instrumens de leurs
machinations impies ; que si , avant ce terme , et
dans les tenebres des conjectures , on veut ouvrir
des listes de proscription , Robespierre et les siens
en ont donné l'exemple en 1793 , et il n'y a qu'à
copier tout ce qui a été dit et fait à cette époque
contre ces fédéralistes prétendus , dont le véritable
crime était d'avoir desiré , appellé la république , et
de la vouloir constituer.
Des voeux ardens pour la paix extérieure , comme
pour la concorde entre les Français , ont terminé ce
rapport , qui a duré près d une heure et demic , et
dont nous regrettons de ne pouvoir offrir qu'une si
courte analyse à nos lecteurs . Il a été entendu avec
1
( 313 )
le plus vif intérêt , sans un seul murmure , sans la
moindre interruption ; le conseil en a ordonné unanimement
l'impression et la distribution au nombre
de six exemplaires à chaque membre, On y remarquera
cette fécondité d'idées morales et de sentimens
républicains , ces formes franches et souvent
énergiques qui caractérisent les discours de Jean-
Debry : il a parlé de la liberté , de la révolution , de
la constitution de l'an III , comme on parle des
objets auxquels on a irrévocablement attaché tous
ses voeux , toutes ces espérances .
La discussion s'ouvre , le 9 , au conseil des Anciens
sur la résolution relative au droit de passe . Lacuée
vote avec la commission pour le rejet ; mais il entre
dans quelques détails afin d'indiquer les amélio
rations qu'il serait possible de faire entrer dans un
nouveau projet. Dupont parle aussi contre la résolution.
La discussion est ajournée .
Fourcroy , rapporteur de la commission chargée
de l'examen de la résolution concernant les poudres
et salpêtres , déclare que la commission persiste à
en demander l'adoption. Les magasins sont aujourd'hui
pleins à la vérité ; mais la grande consommation
de salpêtre que nous faisons aux armées , nous
oblige à entretenir cette grande quantité qui paraît
à quelques personnes inépuisables . Donc il est de
l'intérêt public de protéger les rafineries particulieres
.
Fourcroy justifie ensuite successivement les différens
articles de la résolution , qui lui paraissent remplir
le but que l'on a voulu atteindre . Ils sont conformes
à l'ancienne législation sur cette matiere . Ils
doivent être adoptés comme formant un systême de
loi bien ordonné pour assurer cette récolte .
Il répond ensuite aux craintes manifestées sur le
peu de succès des nitrieres artificielles . Il oppose aux
doutes les certitudes acquises par les nombreuses.expériences
des chymistes les plus recommandables ,
tels que Lavoisier , Priestley , Vauquelin , Bertolet ,
les succès des nitrieres artificielles de Suede , de
Prusse de Suisse , de Malte , des Indes , de la Chine .
On continuera la discussion .
Un membre , organe d'une commission , a fait , le
( 314 )
1
irgas conseil des Cinq cents le rapport sur la quest
tien de savoir s'il ne faut pas leverla suspension provisoire
de toute action et toute instance en rescision
des contrats de vente , ou équipollens à vente pour
cause de lésion d'autre moitié , ordonnée par l'ar
tele ll de la loi du 13. fructidor an HI. II a observé
que le papier-monnaie n'ayant plus cours forcé , le
otif qui a fait prononcer cette suspension demeure
sans objet , et il a proposé la levée de cette suspension,
ce qui est adopté.
L'on a ensuite discuté le projet de résolutionpor tant
que les dispositions de l'article III de la loi du 26 floréal
, ne sont point applicables aux individus portés
zur des listes d'émigrés , après leur mort légalement
constatée en France. Lon a considéré que si les lois
sur les émigrés doivent être séverement exécutées ,
elles ne peuvent cependant point atteindre ceux qui
n'existaient plus lorsque leurs noms ont été inscrits
sur des listes d'émigrés. La résolution a été prise
d'après ces principes.
Goupilleau dénonce , le 19 , un écrit ayant pour
titre : Ordo breviarii Lingonensis pro anno 1797. On y
lit, page 10 , ces mots : Omnibus diebus dominicis ac
festis , cantatur , Domine , salvum fac regem demande
que cet écrit soit renvoyé au Directoire pour en poursuivre
l'auteur et l'imprimeur. Adopté .
On reprend la discussion sur le projet d'Escbasseriaux
, concernant l'imprimerie de la République .
Barai Hon et Savary ont présenté quelques observations
contre ce projet. Le conseil s'est formé à deux heures
C comité général pour entendre la suite du rapport
de Marec , commencé hier , sur la situation de Saint-
Dominque . Ce comité a continué le lendemain 3.
Le conseil des Anciens a approuvé la résolution
qui réanit la principauté de Montbelliard au département
du Mont-Terrible . On ouvre , le 12 , la discussion
sur la résolution relative à l'avancement ,
administration et la police du corps de la gendarmerie.
Dumas discute successivement les divers article's
de la résolution , et conclut en demandant son approb- -
tion. Le conseil ordonne l'impression de son discours .
Il approuve ensuite la résolution sur les baux à longues
nnées.
( 315 )
W
Le conseil des Cinq- cents , sur la proposition de
Fabre ( de l'Aude ) , prend deux résolution par lesquelles
583,000 francs sont mis à la disposition des
commissaires de la trésorerie , pour les dépenses de
leur département , et 6600 francs à la disposition du
ministre de la justice , pour les dépenses du bureau
de l envoi des lois et la traduction de ces lois en
italien .
Par une autre résolution , la contribution fonciere
pour l'an V. est fixée à 240 millions , et les contributions
personnelle et somptuaire à 60 millions.
les
Les sols additionnels seront , pour la contribution
fonciete , de 3 sols par franc , et de 5 sols pour
contributions somptuaire et personnelle.
Audouin , par motion d'ordre , expose que le moment
est arrivé de faire exécuter la constitution dans
tous ses articles . Il ne faut pas , dit -il, que les sermens
des magistrats qui lui ont juré fidélité soient
de vaines et désisoires formules . Les hommes exempts
d'esprit de parti nous pardonneront d'avoir entouré
le berceau de la constitution de quelques précautions
extraordinaires ; ils sentiront qu'il y avait du
danger à tuer la révolution tout - à - coup ; il fallait
la laisser mourir d inanition . Mais veut on la paix ?
Veut- on de bons choix dans les prochaines assem
blées primaires ? Veut - on rallier à la République ce
grand nombre d'hommes qui ne craignent que le
retour du régime révolutionnaire ? Il faut faire executer
les lois constitutionnelles ; là est le salut de la
chose publique , comme de tous les citoyens ,
Audouin propose que , dans la séance du 16 , il
soit nommé au scrutin une commission qui , dans le
courant de germinal , présentera le tableau de toutes
les lois contraires à la constitution .
Cette proposition est vivement appuyée et adoptéc
sur- le- champ.
Le conseil s'est ensuite formé de nouveau en comité
général , toujours pour s'occuper des colonies .
Organe d'une commission spéciale , un membre
propose de rapporter la loi du 21 floréal an IV , qui
éloigne de Paris les ex - conventionnels non reclus .
Dumolard observe qu'ils doivent être soumis à cette
loi , ainsi que les autres qu'elle atteint. Cholet pro(
316 )
pose de charger la commission nommée hier , d'examiner
quelles sont les lois qui , contraires à la constitution
, sont dans le cas d'être rapportées . Cette
proposition est adoptée .
On lit quelques nouvelles pieces relatives à la
conspiration de Dunan : Le conseil ordonne ensuite
impression du discours de Maree sur les colonies.
L'ordre du jour du 15 appellant le tirage au sort ,
Treilhard , en exécution de la loi du 20 nivôse , dépose
sur le bureau 167 numéros pour les membres
restans , et 146 pour les sortans ; le conseil procede
ensuite à leur vérification et à l'appel nominal..
* Sur le rapport de Lacoste , le conseil des Anciens
a approuvé la résolution relative aux biens d'émigrés
indivis avec la nation et d'autres propriétaires .
Le tirage au sort s'y est également effectué le 15 et
avec les mêmes formalités.
214
Liste des Députés du Conseil des Cinq - cents qui doivent sortir
au 1er . prairial prochain.
Albert , Andrey , Auger .
Babey , Balland , Balmain , Bancal , Baucheton , Beffroy .
Belley, Berlier, Bertezene, Bézard, Blanqui , Blondel , Bodin ,
Boissy-d'Anglas , Bonet, Bonnemain , Bordas, Borie- Cambort.
Cambacerès , Camboulas , Camus , Carpentier , Casenave ,
Cassanyés , Cavaignac , Cazeneuve , Chabanon , Charrel ,
Chassey, Chastelin, Chauvier, Chauvin, Chiappe, Christiani ,
Cledel , Collombel , Coupé ( de l'Oise ) , Couturier.
Dabray , Daubermesnil , Daunou , Defermont , Delamarre ,
Delaunay, Deleasso, Delecloy , Despinassy , Deville , Dornier
Drouet , Dubois-Crancé , Dubouloz , Dumas , André Dumont ,
Dupuis , Claude Duval y J. P. Duval.
Eschassériaux l'aîné ,
Ferrand , Fleury , Fricot ,
Gamon , Garnot , Gossuin , Goupilleau ( de Montaigu ) ,
Gourdan , Gonzy, Guillerault, Guiter, Guyardin , Guyomard ,
Guyton-Morveau .
Eloy Hourier , Hubert.
Ingrand , Isnard , Isoard.
Jard-Pauvillier , Jeannest-Lanoue , Jouenne .
Karcher.
Laforest , Lakanal , Lanthenas , Lorençot , Lecointe-Puyraveau
, Legot, Lemaillaud , Lémane, Lesage-Senault , Lespihasse
, Littée , J.-B. Louvet , P.-Fl. Louvet , Lozeau.
( 317 )
Mailhe , Maisse , Marboz , Marcoz , Marec , Marfiette ,
Mathieu , Maulde , Méaulle , Mercier , Montégut , Morissót-
Obelin.
Pacros , Pelet de la Lozere ) , Penieres, Pepin, Perrin ( des
Vosges ) , Picqué , Pierret , Pinel , Plazanet , Prost.
Quinette..
Raffron , Réal , Reverchon , Richard , Richaud , Rivery ,
Roberjot , Rouault , Roux ( de la Marne ) , Rouyer , Ruault ,
Ruelle ..
St.-Martin, ( Ardêche ) , St. -Martin ( Valogne ) , Salmon
Saurine , Savorain , Serveau .
Texier , Thabaud , Thibaut , Toudic , Treilhard.
Liste des Députés du Conseil des Anciens qui doivent sortir
au 1er prairial prochain.
Allafort , Amyon .
Bar , Barrot , Belin , Beraud , Besnard , Blanc , Bolot ,
Bonnesoeur , Boucher- Saint- Sauveur , Bouillerot , Bouret ,
Bourgeois.
Cabaroc, Campmartin , Castilhon , Chambon-Latour, Conte,
Corbel, Coren-Fustier, Cornilleau , Courtois , Creuzé- Pascal.
Dandenac aîné , Dandenac jeune , Delcher , Delmas ,
Derazey , Devars , Devérité , Durand-Maillane.
Fourcroy
Garos , Olivier Gérente , Gibergues ; Girard ( de l'Aude }',
Girard-Villars, Giraud ( des , C. du N. ) , Gouly, Goupilleau ( de
Fontenay ) , Guermeur , Guittard. Gumery, Florent Guyot.
Johannbt.
Lanjuinais , Laurent ( de Lot et Garonne ) , Lehault.
Maignien , Mazade , Pierre Michel , Guillaume Michel ,
Mills , Moysset , Musset.
-
Nioche. Plaichard-Choltiere , Poullain -Grandprey
Regnault-Bretel , Reguis , Roy , Rudel .
Sallèles , Sauvé , Serres ( de l'isle de France ) .
Thierriet. Varlet , Vernerey, Vincent , Viquy. --
PARIS , Nonidi 19 ventôse , l'an 5. de la République .
Décadi dernier , le général Augereau a présenté au Directoire
les 60 drapeaux pris sur les Autrichiens à Mantoue.
Ce général a exprime , dans un discours plein de civisme
les sentimens de la brave armée d'Italie , qui , en onze mois ,
a livré 64 combats et 27 batailles. Le président du Directoire
, après lui avoir donné l'accolade fraternelle , lui a remis
le drapeau tricolor que lui a décerné le Corps législatif,
et lui a fait don d'un armure , au nom de la République.
( 318 )
La veille , Augereau avait assisté à un grand dîner ét å
une fête , où s'étaient trouvés plus de 300 députés . Le pere
de ce général qui , comme on sait , est un marchand fruitier
du faubourg St. Marceau , était placé à côté du prési
dent du conseil des Anciens , et son fils à côté de celui
des Cinc- cents . On y a célébré , par des toast et des hymnes
patriotiques , les victoires de nos armées , et sur - tout de
celle d'Italie. Un frere de Buonaparte , âgé de 12 à 13 ans ,
y a reçu également les temoignages de reconnaissance et
d'admiration que l'on doit à ce général , qui , dans une
seule campagne , a égalé la gloire des plus grands capi
taines anciens et modernes.
Depuis le tirage au sort dans les deux conseils , on remarque
que les esprits sont plus calmes , que l'apinion s'épure , et que
tout se prépare pour faire , lors des elections prochaines , des
choix conformes aux veritables intérêts de la Republique . Le
sort a fait so tir , comme on devait s'y attendre , piu i urs
députés qui probablement seront réélus , tels que Boissyd'Anglas
, Daunou , Cambacerès et quelques autres . C'est ce
qui arrivera toutes les fois que des hommes aaront bien mérité
de l'estime publique .
Chenier avait été insulté au théâtre de la République , par un
ancien page d'Orléans , nommé Amédée Kerbourg. Celui- ci
s'était vanté , par une lettre signée de lui et insérée avidement
dans d'infâmes journaux , qu'il avait frappé Chenier d'une
maniere outrageante . Chenier a appellé en duel Amédée
Kerbourg ; ils se sont battus au pistolet , et Chenier a blessé
grievement son adversaire .
On fait sur le Rhin tous les préparatifs pour recommencer
promptement la campagne. Mais la suspension des paiemens,
de la banque d'Angleterre , amenera infailliblement la paix .
Dans peu nous saurons les résultats de cet événement inoui
depuis un siecle .
On assure que les envoyés du pape sont arrivés ici pour
solliciter la ratification des conditions de paix . imposées à sa
sainteté.
NOUVELLES OFFICIELLES.
2
ARMÉE D'ITALIE . Le général en chef de l'armée d'Italie , au
Directoire exécutif. Au quartier-général de Macerata , le
27 pluviose , an V.
Citoyens directeurs , nos troupes seront , j'espere , ce soirà
( 319 )
Foligno , et passeront la journée de demain à se réunir à celles
que j'ai fait marcher par Sienne et Cortone.
Loretto contenait un trésor d'environ trois millions de
livres tournois on nous y a laissé à - peu-près la valeur d'an
million . Je vous envoie la Madona avec toutes les reliques
cette caisse vous sera directemeut adressée , et vous en terez
l'usage que vous croirez convenable : cette Madona est de
bois
霹
La province de Macerata , connue plus communément sout
le nom de Marche d'Ancônes est une des plus belles , et,
sans contredit , une des plus riches des Etats du pape.
Il n'y a rien de nouveau dans le Tyrol , ni sur la Piave,
Du 30 pluviôse , au quartier -général de Tolentino.
Nos troupes se sont emparé de l'Umbrie et du pays de
Perugia ; nous sommes maîtres aussi de la petite province de
Canorino.
Signé , BUONAPARTE.
Idem .
- Du er ventôse.
Citoyens directeurs , je vous enverrai incessamment les
dix drapeaux que nous avons pris au pape dans les différentes
actions qui ont eu lieu contre ses troupes.
Vous trouverez ci-joiut copie de la lettre que m'a écrite le
saint- pere , et de la réponse que je lui ai faite .
Signé , BUONAPARTE,
PIE P P. V I.
Cher fils ; salut et bénédiction apostolique.
V
"
Desirant terminer à l'amiable nos différends actuels avec la
République Française , par la retraite des troupes que vous
commandez , nous envoyons et députons vers vous , comme
nos plénipotentiaires , deux ecclésiastiques , M. le cardinal
Mattei , parfaitement connu de vous , et monseigneur Caleppi ;
et deux seculiers , le duc don Louis Biaschi , notre neveu
et le marqnis Camille Massini , lesquels sont revêtus de nos
pleins pouvoirs pour co certer avec vous , promettre et souscrine
telles conditions que nous espérons justes et raisonnables
, nous obligeant sons notre foi et parole de les approuver
et ratifier en forme speciale , afin qu'elles soient
valides et inviolables en tout tems . Assurés des sentimers de
bienveillance que vous avez manifestés , nous nous sommes
abstenus de tout déplacement de Rome , et par-là vous serez
persuadé combien grande est notre confiance envers vous.
( 120 )
Nous finissons en vous assurant de notre plus grande estime ,
et en vous donnant la paternelle bénediction apostolique .
Donné à Saint- Pierre de Rome , le 12 février 1797 , l'an
22. de notre pontificat.
Pour copie conforme ,
Signé , PIE PP . VI .
Signé , BUONAPARTE .
Buonaparte , général en chef de l'armée d'Italie , à sa sainteté ,
le pape PPiiee VVII.. Au quartier-général de Tolentine , le 1er.
ventôse , an V.
--
Très -saint-pere , je dois remercier votre saintetê des choses
obligeantes contenues dans la lettre qu'elle s'est donnée la
peine de m'écrire .
La paix entre la République Française et votre sainteté vient
d'être signée je me félicite d avoir pu contribuer à son repos
particulier.
J'engage votre sainteté à se méfier des personnes qui sont
à Rome , vendués aux cours ennemies de la France , ou qui
se laissent exclusivement guider par les passions haineuses ,
qui entraînent toujours la perte des Etats .
Toute l'Europe connaît les inclinations pacifiques et les
vertus conciliatrices de votre sainteté . La République Française
sera , j'espere , une des amies les plus vraies de Rome .
J'envoie mon aide -de- camp , chef de brigade , pour exprimer
à votre sainteté l'estime et la vénération parfaite que
J'ai pour sa personne ; et je la prie de croire au desir que
j'ai de lui donner , dans toutes lès occasions , les preuves de
respect et de vénération avec lesquelles j'ai l'honneur d'être
sou très -obéissant serviteur?
Pour copie conforme ,
Signé , BUONAPARTE .
Le général en chef, signé , BUONAPARTE .
Idem. Au Directoire exécutif. - Au quartier-général de Tolentine
, le 1er . ventôse , an V.
:
Citoyens directeurs , la commission des savans a fait une
bonne récolte à Ravenne , Rimini , Pesaro , Ancône , Loretto
et Perugia cela sera incessamment expédié à Paris . Cela
joint à ce qui sera envoyé de Rome , nous aurons tout ce
qu'il y a de beau en Italie , excepté un petit nombre d'objets
qui se trouvent à Turin et à Naples .
Signé , BUONAPARTE.
LENOIR- LAROCHE , Réla teur.
•
Jer . 135.
N® 18 .
MERCURE FRANÇAIS .
DÉCADI 30 VENTÔSE , l'an cinquième de la République .
( Lundi 20 mars 1797 , vieux style. )
LITTÉRATURE ÉTRANGERE.
An account of Indians serpents collected on the coast of
Coromandel , etc. Histoire des serpens de l'Inde , recueil-
? す
ངས lis sur la côte de Coromandel contenant la description
et le dessein de chaque espece , avec des expériences
et des remarques sur l'effet de leurs différens venins ;
par PATR. RUSSEL. Grand in - folio .
CRT
ET ouvrage intéresse également les naturalistes et
toutes les personnes qui s'occupent de l'art de guérir.
Il n'existait pas encore de description détaillée
et systématique des Serpens de l'Inde ; et tout ce
qu'on a dit jusqu'à ce jour , soit touchant les effets
du venin de ceux dont la morsure est véritablement
dangereuse , soit sur les moyens curatifs qu'on emploie
avec succès pour le combattre , est toujours
fort incomplet , souvent très -vague , et quelquefois
même entierement fabuleux .
Il paraît que l'on peut donner une entiere confiance
aux descriptions de Russel , et aux faits qu'il
raconte . Son ouvrage , dédié à la société littéraire
et philosophique de Calcuta , non - seulement est
publié sous les auspices et par les soins de cette
Tome XXVII. X
x
( 328 )
société; mais il a , pour ainsi dire , été composé sous
ses yeux..
Les gravures en couleur dont il est orné , ne sont
gueres moins précieuses que le texte qui les explique :
elles sont exécutées avec un grand sein ; et le naturaliste
y peut étudier les objets par leurs faces extérieures
, à peu de chose près , comme sur la nature
elle-même.
L'auteur n'a pas seulement donné les caracteres
des diverses especes de serpens en général , en distinguant
ceux de ces caracteres qui peuvent être accidentels
, de ceux qui sont constans et certains ; il
s'est attaché sur- tout à faire bien connaître le venin
particulier de chaque espece , à décrire les organes
où il se prépare , les armes qui font la blessure , la
maniere dont il y coule ; enfin , il a rassemblé beaucoup
d'expériences touchant ses effets sur les animaux
, et un nombre mon moins considérable d'ob
servations , que des accidens malheureusement trop
communs , l'ont mis à portée de faire lui- même sur
l'homme, ou de recevoir toutes faites des mains les
plus fidelles et les plus sûres.oda kujune coup
Il décrit quarante especes , la plupart inconnues !,
et qu'il a toutes observées vivantes . Il les rapporte
aux genres hoa , coluber et anguis mais il leur cone
serve on même temsde nom qu'elles ont reçu dans
le pays.
I
Sa description commence par quatre especes de
boa, dont les trois premieres sont vénéneuses ; ce qu
contredit l'opinion que ce genre est tout- à- fait innocent,
opinion assez généralement établie , quoique
le crotalus mutus de Linné , qui doit être rangé parmi
( 323 )
les boa , la rendît déja fort douteuse . La troisieme
espece , le bungarum pam , est remarquable par les
trois petites dents situées dans le fond de la gueule ,
sous celles qui distillent le poison ; elles semblent
en former le supplément , et pouvoir les remplacer
au besoin .
Il y a trente- trois especes qui se rapportent au
coluber. Les quatre premieres sont véneneuses .
C'est avec le venin du serpent à lunettes ou du
lunettier , que la plupart des expériences de Russel
ont été faites .
Les autres especes appartiennent à l'anguis .
Tant que les serpens vivent encore , la couleur et
les taches , ou rayes , en sont les caracteres distinctifs
les plus sûrs .
Les serpens non vénéneux ont à la mâchoire supérieure
trois rangs de dents , deux situés au fond
de la gueule , et un sur le bord de la mâchoire, Au
lieu du troisieme rang , les serpens vénéneux ont les
dents particulieres, au moyen desquelles ils font leurs
morsures , et portent le poison dans le fond de la
plaie . L'endroit qu'elles occupent est en général
très-variable , ainsi que leur forme et leur grosseur :
cependant il y en a deux pour l'ordinaire ; et comme
nous l'avons observé pour le bungarum pam , d'autres
plus petites les entourent à la racine , comme des
especes de rejettons . La glande , ou les glandes qui
filtrent le venin , son réservoir , le conduit qui le porte
au lieu de sa destination , sont décrits avec beaucoup
d'exactitude , et représentés dans les planches d'une
maniere qui rend tout ce mécanisme extrêmement
sensible .
X
1 324 )
7
Les dents vénéneuses sont à- peu - près flottantes et
mobiles en tout sens : mais des fibres musculaires les
redressent et les fixent dans le moment de la morsure
. Le follécule ou réservoir du venin est alors
comprimé , et le venin coule , par un canal membraneux
, dans la raînure de la dent. On voit que la nature
n'a pas à cet égard , beaucoup varié ses moyens ,
Les accidens produits par la morsure des serpens
paraissent assez uniformes chez les hommes et chez
les animaux. Mais pour en évaluer les effets avec
quelque précision , il faut évaluer aussi la force de
l'animal mordu. La même espece de serpent peut
Occasionner des accidens très- divers ; mais les accidens
different sur- tout quant à leur intensité . Il paraît
que le venin du serpent à lunettes est celui qui ,
toutes choses égales d'ailleurs , produit les effets les
plus violens. Cependant il n'a pas toujours été mortel
, il n'a pas même été toujours dangereux dans les
expériences tentées sur les animaux . Celui qu'on
introduit dans les humeurs , par des blessures artificielles,
n'a plus sans doute les mêmes qualités que
pendant la vie du serpent ; il ne peut sur-tout avoir
celles que la colere du reptile lui communique au
moment´de la morsure. Les petits animaux sont plus
vite et plus fortement affectés que les grands , soit
des morsures mêmes , soit des blessures artificielles ;
les oiseaux le sont plus aussi que les quadrupedes .
La premiere morsure est toujours plus dangereuse
que les suivantes ; celle d'un serpent vigoureux et
bien nourri , plus que celle d'un serpent faible , où
qui a long- tems supporté la faim.
L'auteur a constaté , par des expériences directes ,
( 325 )
qué le mangus (1) , pour éviter la mort , n'a pas besoin
de prévenir le serpent. Dans les expériences , la morsure
de ce dernier n'a paru dangereuse , ni pour le
mangus , ni pour aucune des autres especes de serpens
vénéneux des Indes ; ce qui n'est pas d'accord
avec les observations faites sur ceux d'Europe . Le
venin de toutes les especes examinées par l'auteur ,
offre , en sortant de la vésicule qui le contient , absolument
les mêmes apparences ; il a dans toutes la
même couleur et le même dégré de ténacité . Il est
sans goût et sans acrimonie : ce n'est proprement
qu'un simple mucus ( 2) . En se désséchant , il devient
plus tenace ; et quand il est tout-à-fait sec , il se dissout
encore en entier , aussi bien dans l'eau , que dans
l'esprit-de-vin.
Mais ce qu'il y a de plus curieux et de plus intéressant
, c'est le moyen employé par les Indiens pour
του
( 1 ) Le mangus , ou mango , est un animal très - commun dans
le nord de l'Afrique et dans le midi de l'Asie : c'est le lichneumon
des Égyptiens , la mangouste des naturalistes français , le
serpenticida de Rimphius , ete. Il ressemble à la civette ,
plutôt à la genette , et il poursuit avec fureur tous les reptiles
. Kaempfer prétend que la mangouste se guérit de la morsure
des serpens véniméux , par le secours d'une racine appellée
hampadutanah , ou fiel de la terre , et qui porte aussi le
nom de cet animal.... Russel assure que l'ail et l'aristoloche
des Indes ne tuent point , comme on l'avait dit , les serpens
de ce climat.
(2) Il faut que ce ne soit pas un vrai mucus celui - ci nę
se dissout point dans l'esprit -de -vin.
X 1
( 326 )
arrêter les effets des morsures vénéneuses . Sa maniere .
d'agir ou plutôt son utilité , qui ne paraît gueres pouvoir
être révoquée en doute , mérite toute l'attention
des physiologistes et des gens de l'art . Ce moyen
est l'arsenic pris intérieurement , mais l'arsenic à dose
forte ; car les pilules dans lesquelles on l'administre ,
et qui portent le nom de tanschouri , en contiennent
chacune trois quarts de grain ; et souvent on fait
prendre à la fois plusieurs de ses pilules , sans qu'on´
ait jamais observé aucun des accidents dont l'emploi
de l'arsenic aux plus petites doses , est constamment
accompagné dans toute autre circonstance . C'est un
remede dont on se sert également , et avec le même
succès , pour les hommes et pour les animaux ; mais
il faut qu'il soit donné sur-le- champ , attendu que
les mòrsures des serpens vénéneux sont promptement
fatales dans les pays chauds .
Il y a déja long- tems qu'en Europe , on a voulu faire
entrer l'arsenic dans la matiere médicale , et qu'on
l'a proposé , soit en application extérieure , soit même
en préparation interne , dans le traitement de plusieurs
maladies rebelles . On l'a préconisé comme rubéfiant
et épispastique dans les maladies de la peau repercutées
, dans la goutte atonique , et dans certains cas
d'engourdissement du systême cérébral . Des observateurs
dignes de confiance ont assuré s'en être servis
alors avec succès , en dissolution et sous forme de
pédiluve . On a cru sur- tout qu'il pouvait , par différentes
associations , devenir un excellent caustique ,
et produire en cette qualité , des effets particuliers
qu'on ne saurait obtenir des caustiques ordinaires .
Depuis un tems presqu'immémorial , de hardis empi
( 327 )
riques en faisaient usage pour l'extirpation des
loupes. On a pensé que leur audace pouvait être
rendue plus méthodique , et ramenée à des regles sûres .
En conséquence , on a tantôt associé l'arsenie avec
la pierre à cautere ordinaire ; tantôt on l'a combiné
avec les plantes stupéfiantes , telles que la belladona ,
le stramonium , la mandragore ; et dans ces derniéres
préparations , on l'a cru capable d'emporter d'embléc
les squirrës et les cancers, c'est-à-dire d'y faire tomber
subitement en gangrene , toutes les parties dégénéréés
ou squirreuses . Je me suis assuré que c'était le moyen
mis en usage par quelques agyrtes qui passaient , dans
le midi de la France , pour opérer des cures admirables
; et j'ai des raisons de présumér qu'un homme
qui depuis plusieurs années remplit dans Paris , les
journaux et les affiches , de l'histoire de ses miracles ,
se sert aussi de ce même moyen.
Mais des praticiens éclairés , et sur lesquels on peut
faire plus de fonds , ont appliqué , non sans quelque
apparence de succès , la dissolution d'arsenic au traitement
des ulceres cancéreux : ils l'ont employée quelquefois
pure , quelquefois mêlée avec le sue du phytolacca
, de la jusquiame , de la morelle . Odhélius
vient même d'annoncer dans les Mémoires de l'Académie
de Stockholm , la guérison d'un cancer du néz par la
dissolution d'arsenic . Enfin , un médecin allemand
n'a pas craint de le donner à l'intérieur , combiné avec
l'alcali fixe végétal , ou la potasse , pour arrêter les
fievres intermittentes opiniâtres , qui résistent quel
quefois , comme on sait , aux traitemens les plus méthodiques
; et il a cité des faits nombreux à son
appui.
X 4
( :328 )
1
•
Mais les expériences tentées par des observateurs
plus sages rendent l'usage de te remede fort
suspect.
D'abord on a vu que, donné à l'intérieur dans les
fievres intermittentes , il arrêtait , il est vrai , sur-lechamp
les accès , mais qu'il produisait toujours des
maladies consomptives incurables . Stoerck , qu'on ne
peut sûrement pas accuser de timidité , fut bientôt
contraint de laisser là ce perfide fébrifuge . Les malades
sur lesquels il l'avait essayé , tomberent tous
dans l'espece de phthysie qu'on observe chez les
ouvriers employés à l'exploitation des mines de
cobalt. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine , et
moyennant le rappel de la fievre , qu'il parvint à les
sauver. I
•
Dans les applications extérieures aux cancers , ou
autres ulceres pernicieux , l'arsenic occasionné souvent
des accidens graves . Des érosions à la peau suffisent
quelquefois pour rendre les simples pédiluves ,
ou les autres lotions dans lesquelles on le fait en-
-trer , d'un usage dangereux on l'a vu produire alors
des convulsions mortelles. Les dépilatoires mêmes ,
composés , pour l'ordinaire , d'un mélange d'arsenic.
en nature , ou d'orpiment et de chaux vive , ne sont
pas tout-à-fait sans inconvéniens : je connais plusieurs
exemples d'incommodités très-sérieuses produites par
leur application inconsidérée . En un mot , jusqu'à
ce jour , aucune expérience bien sûre et bien faite ne
nous porte à croire que l'arsenic puisse être employé
comme remede , avec cette sécurité que commande
l'intérêt de la vie des hommes.
Ainsi donc , le fait rapporté par Patr . Russel est
( 329 )
extrêmement curieux. Peut- être fournira- t- il quelques
vues sur le traitement de certaines affections
cérébrales fixes , accompagnées d'une grande insensibilité
du canal alimentaire , et contre lesquelles , à
raison de cette circonstance , tous les moyens connus
viennent souvent échouer. Car la surface interne de
ace canal offre l'espace le plus généralement utile ,
pour établir des points d'irritation artificielle , quand
il s'agit de remédier à la concentration ou au mauvais
emploi des forces nerveuses .
Quoique nous ne soyons pas encore assez avancés
dans la connaissance de la nature , pour tenter d'expliquer
la maniere d'agir des remedes , il est cependant
impossible de n'être pas frappé de cette espece
de neutralisation réciproque de deux causes déleteres
, et de ne pas vouloir remonter aux lois du
systême vivant,qui font que l'une de ces causes cesse
d'agir , aussi- tôt que l'autre est appliquée au corps ;
et que cependant celle - ci n'exerce alors son action ,
que pour suspendre l'effet de la précédente , sans
aller jusqu'au point de devenir elle-même destructive
et fatale . Ne semble- t- il pas que les poisons et la
plupart des remedes altérans héroïques , qui peuvent
être considérés véritablement comme des poisons à
différens dégrés , ne détruisent l'impression morbifique
antérieure , qu'en introduisant de nouvelles impressions
qui seraient morbifiques elles - mêmes dans tout
autre cas . C'est du moins d'après cette vue , qui n'avait
point échappé à la sagacité des anciens , qu'Hippocrate
établit sa regle générale aduvaro apa aja
Tabew : Il est impossible que tout sente, ou souffre à-la-fois :
c'est aussi là- dessus qu'était fondée la pratique de
( 330 )
ces prémiers médecins , felative aux fortes diversions
de la sensibilité, dont ils savaient retirer tant d'avantages
dans le traitement des maladies les plus graves
et les plus opiniâtres . La lecture attentive de leurs
écrits le fait voir évidemment , et leurs idées à cet
égard , étaient parfaitement justes. En effet , les plus
utiles moyens de l'art n'agissent , pour l'ordinaire ,
qu'en changeant l'état ou la direction de la sensibihité
; et les remedes mêmes qui paraissent opérer lé
plus mécaniquement , en altérant le dégré de tension
des solides , en changeant le volume et la distribution
des humeurs , ou le plus chymiquement ( 1) , en faisant
subir à ces mêmes humeurs diverses dégénérations et
transformations particulieres directes , n'ont d'action
véritable qu'autant qu'ils peuvent modifier les organes
sensibles. En un mot , tous les effets produits sur le
corps vivant, dépendent de la faculté de sentir ou de
la vie ; et lorsque la sensibilité n'y existe plus, c'est un
assemblage de matiere , qui peut conserver l'empreinte
de san organisation , mais qui désormais est soumis
à de nouvelles lois .
( 1 ) La pierre à cautere et l'arsenic , qui dans certains cas
corrodent les parties animales mortes , ne font pas même
exception ; car on peut s'en servir , en dissolution fortement
saturée , pour conserver ces mêmes parties , comme on se
sert de Fean alumineuse , de l'esprit - de - vin , etc.
( 331 )
BIBLIOGRAPHIE.
Mémoire sur l'état actuel de nos Bibliotheques , lu au Lycée
des Arts , le 30 nivôse , an e . de la République Française
( 19 janvier 1797 , vieux st . ) . Par F. V. MULOT ,
membre du Lycée des Arts , et conservateur d'un des
dépôts nationaux littéraires de Paris . In- 8 ° . , 40 pages.
CE mémoire serait vraiment curieux , si le titre en
était bien rempli , On comptait à Paris , avant la révo-
Iution, dix bibliotheques publiques, dont trois seulement
existent aujourd'hui , savoir ; la bibliotheque
nationale , la bibliotheque mazarine et celle de la
commune. La bibliotheque du Panthéon ne devait
sa publicité qu'à l'honnêteté de MM. de Sainte-
'Genevieve . Depuis la révolution , les bibliotheques
qui ont été créées ou considérablement augmentées .
sont celles du Corps législatif , du Muséum d'histoire
naturelle , de l'École de santé , etc. En traçant l'état
actuel de toutes ces bibliotheques , on eût été sûr
d'exciter un vif intérêt . Il est vrai que le public ne
jouit pas encore de toutes les augmentations qu'elles
ont reçues . Mais ces augmentations sont connues des
conservateurs de nos dépôts littéraires . Avec quelle,
joie les amis des lettres eussent vu la description
d'une partie des richesses littéraires transportées de la
Belgique et de l'Italie ! avec quelle satisfaction ils
eussent appris où se trouvent aujourd'hui les ouvrages
précieux que possédaient les bibliotheques
supprimées personne n'était plus capable de leur
332 )
rendre ce service que le cit . Mulot , conservateur du
dépôt littéraire de la Pitié ; mais à la satisfaction de
décrire de vraies richesses , il a préféré celle de
dénoncer les abus qu'il croit exister dans la distribution
qu'on en fait.
Après avoir rappelié l'utilité des bibliotheques en
général , l'orateur en cite quelques - unes qui dans le
cours de la révolution ont été négligées ou dilapidées
par ceux-mêmes qui devaient les conserver. Il avoue
ensuite que nous possédons encore dans ce genre
des richesses immenses qui pourront réparer une
partie de nos pertes. Elles sont contenues dans les
dépôts littéraires où l'on s'occupe de les utiliser.
Cependant tous les dangers ne sont pas évités ; et
dans l'organisation même des moyens de conservation
, le cit . Mulot craint qu'il ne se soit glissé des
causes de destruction inévitable . Joserai , dit-il
» page 23 , regarder comme une de ces causes , le
99
"
triage ordonné dans tous les dépôts , confiés à des
» mains qui ne sont pas toutes également exercées à
» cette importante opération , et qui semblent quel-
" quefois guidées par un esprit systématique , op-
" posé presque toujours à la bonté des choix . Ce
triage , destiné à séparer les livres utiles , les livres
» rares , les livres précieux , d'une foule d'autres livres
» dont les éditions grossie es sont souvent multipliées
à l'infini sous toute espece de formats , et
. de ceux qui , quoique moins communs , le sont
" encore trop pour la gloire de l'esprit et l'utilité
" du coeur humain ; ce triage semblerait exiger dans
" ceux qui le font les plus amples connaissances , et
" des catalogues régulierement faits , soumis ensuite
23
( 333 )
-» à deux ou trois connaisseurs en bibliographie .
rempliraient bien mieux , et sans aucun risque , le
" but vraiment intéressant qu'on se propose. »
Il est étonnant que le cit . Mulot présente d'une
maniere aussi inexacte une opération sur laquelle il
lui était si facile d'obtenir de justes renseignemens.
Voici ce qu'en disent au ministre de l'intérieur
dans leur dernier rapport , les deux citoyens chargés
de la diriger.
Nous séparons en trois portions la classe de theologie
; nous plaçons dans la premiere les bonnes
, éditions de la Bible , des Peres Grecs et Latins , des
" Conciles , etc. Au recensement général qui sera
fait des collections de ce genre contenues dans
" les différens dépôts , on verra si le nombre des
exemplaires de chacun , surpasse les besoins de
l'instruction publique ; dans ce cas , l'excédent sara
, mis en vente ; dans le cas contraire , tous les exem-
" plaires seront soigneusement conservés .
97
39
" Nous plaçons dans la seconde portion les col-
" lections des théologiens scholastiques et moraux.
" Ces ouvrages n'ayant aujourd'hui presqu'aucune
,, valeur dans le commerce , les mettre en vente , ce
,, serait s'exposer à n'en tirer aucun fruit. Ne vaudrait-
il mieux les conserver encore pendant
pas
un an , et profiter de cet intervalle pour annoncer
,, aux départemens et aux étrangers que la République
est disposée à s'en défaire à des prix mo-
,, dérés ; et qu'en conséquence , elle recevra les soumissions
qui seront faites par des particuliers ou
par des compagnies . ,,
, La troisieme portion contient tous les ouurages
( 334 )
55
de théologie réputés mauvais , ou si communs , que
,, le commerce n'y attache pas de prix . Cette portion
" est la plus considérable ; elle ne peut qu'ètre
","
"
vendue au poids , ou employée à la refonte du
papier. Il est toujours, essentiel de la tirer des
dépôts.
Nous avons commencé par marquer à la craie
tous les ouvrages de théologie . Plus de cent mille
volumes sont ainsi marqués . Mais le classement
" nous a paru nécessaire pour éviter les erreurs . Il
s'opere par le moyen des cartes dont le travial est
" fort avancé dans la plupart des dépôts . En faisant
passer ces cartes sous les yeux de plusieurs personnes
versées dans la bibliographie , on parviendra
sans doute à ne laisser dans la troisieme
" portion que des ouvrages incapables d'exciter les
" regrets des connaisseurs . Quant aux deux premieres ,
" " comme notre dessein est d'en faire dresser des
" notices , il sera encore plus facile d'y éviter toute
erreur préjudiciable , etc. "
Les commissaires parlent ensuite d'un second tirage
qui portera sur les ouvrages de sciences , de littérature
et d'histoire qui se trouvent excéder les besoins
de la République . Cette seconde opération est encore
éloignée .
22
Une autre cause de destruction de nos richesses
littéraires , alléguée par le cit. Mulot , est la formation
des bibliotheques des ministres ; mais l'orateur , au
lieu de présenter un mode de responsabilité pour
les différens ministeres , se contente d'avancer , avec
une malignité qui n'a pas même le mérite de la justesse
, que les ministres de l'ancien régime arrivaient tout
( 335 ))
formés au ministere , et qu'ils pourvoyaient eux-mêmes aus,
délassement de leur esprit. E
Ce mémoire: les bâses de contient des vues sur la réforme que
les bâses de notre constitution prescrivent de faire
dans le systême bibliographique le plus suivi . Le
cit. Mulot voudrait classer tout ce qui tient à la religion
, de maniere qu'on n'en fasse plus l'objet premier
de nos catalogues. Je ne vois pas même la né
cessité de ce déplacement. Car rien n'empêche de
faire de la religion en général , la premiere classe de
notre systême bibliographique . Ses principales sections
seraient les religions naturelle , patriarchale ,
južve , chrétienne , mahométane , chinoise , indienne ,
etc. Cet arrangement quadre parfaitement avec Bos
articles constitutionnels sur la liberté des cultes , et
alors notre systême bibliographique pourrait être
réduit à ces quatre grandes classes : Religion , Sciences
et Arts , Belle's -Lettres et Histoire.
On voit que ce mémoire ne répond pas à son titre ,
il ne répond pas non plus à l'idée que les gens de
lettres avaient conçue des talens littéraires du citoyen
Mulotomy Comblo
HISTOIRE NATURELLE ,
ET
2:
365
ÉCONOMIE POLITIQUE.
Voyages d'un 'Philosophe par PIERRE POIVRE. Nouvelle
édition. In- 12 de 180 pages . L'an yo modlig
Cs titre ambitieus ne doit point être reproché au
modeste Poivre . Les premiers éditeurs de 1768 le
( 336 )
donnerent à ses Observations sur les Moeurs et les Arts
des Peuples de l'Afrique , de l'Asie et de l'Amérique. Les
nouveaux n'ont pas cru devoir le changer ; sans doute
pour ne pas dépayser leurs lecteurs . Ils ont mieux .
mérité de ceux - ci en ajoutant dans cette édition
1º. une notice sur la vie de l'auteur ; 29. ses deux ›
discours aux habitans et au conseil supérieur de
P'Isle- de-France ; 3° la relation d'un voyage aux:
Moluques fait par ses ordres , pour la recherche des
arbres à épiceries . C'est ànces trois morceaux que
nous nous attacheronstaple
3
Né à Lyon en 1719 , Poivre prit le goût du dessin
dans les riches fabriques de cette ville . Ce goût se
fortifia en lui, lorsqu'il se vit destiné à parcourir les
contrées éloignées , par les supérieurs des missions
étrangeres , société de prêtres à laquelle il s'étaita afflié
. Parti pour la Chine , il reçut dans une relâche
qu'il fit avant d'arriver à Canton , une lettre de recommandation
écrite en chinois . Quelle fue sa surprise
de se voir jetter dans une prison par le mandarin
auquel il la présenta. Cette lettre venait d'un
Chinois , qui ayant été offensé par un Européen ;
dénonçait cet Européen , qu'il croyait devoir être le
porteur de l'écrit , à la nation chinoise , en implorant
sa vengeance .
Poivre apprit le chinois pendant sa captivité ;
c'est ainsi que depuis , un des représentans de la
République Française a étudié l'allemand dans sa
prison en Autriche . Le vice-rci de Canton , touché
de ses bonnes qualités , et affligé de la trahison , de
vint son protecteur , et lui donna pour voir l'intérieur
de la Chine , les facilités que l'on refuse à tous
les
(
( 337 )
les Européens. Poivre ne borna pas ses observations
à la Chine ; il voyagea dans la Cochinchine , et revint
à Canton , où il s'embarqua en 1745 pour retourner
en France .
Un vaisseau anglais , supérieur en force à celui qui
portait le jeune Poivre , l'attaqua dans le détroit de
Banca . On se battit avec acharnement. Un boulet
emporta le poignet de notre écrivain , et il perdit
dans cette occasion le journal de tout ce qu'il avait
observé à la Chine , à la Cochinchine , à Macao , avec
des dessins précieux. Ces deux pertes l'affecterent
également. Cependant l'Anglais vainqueur rendit la
liberté à ses prisonniers qu'il ne pouvait nourrir , il
les abandonna à Batavia. Ce fut pendant le séjour
forcé que Poivre fit dans cet établissement hollandais
, qu'il prit des renseignemens sur les arbres à
épiceries , et qu'il forma le projet de les transporter
dans les colonies françaises. Ce noble projet fut la
grande occupation de sa vie . S'il est vrai , que tout
homme célebre peut être caractérisé par une de ses
idées , une de ses découvertes , ou un de ses projets
les plus marquans ; la conquête des arbres à épiceries
formera le caractéristique de Poivre.
De retour en France , après différens relâches dans
le royaume de Siam , à la côte de Malabar , à l'Islede
France , à la côte d'Afrique , à la Martinique , à
l'isle Saint -Eustache chez les Hollandais , il fit connaître
au gouvernement la masse imposante d'observations
qu'il avait faites dans les quatre parties du
monde. Elles avaient eu pour but principal l'agriculture
, d'après l'état de laquelle il avait jugé constamment
le dégré de bonheur de chaque peuple . Mais
Tome XXVII. Y
( 338 )
il n'avait
pas oublié les autres moyens de l'économie
politique , tels que l'administration civile et rurale,
les arts et l'emploi des productions territoriales . Les
moeurs aussi avaient fixé l'attention d'un voyageur ,
pour qui la morale avait été un des premiers sujets
de méditation.
Le gouvernement l'envoya en 1749, en qualité de
ministre de France , à la Cochinchine , pour y établit
une nouvelle branche de commerce . La connaissance
de la langue du pays lui donna de grandes facilités
pour réussir dans sa mission . Il rapporta à l'Isle -de-
France les plantes les plus utiles , entr'autres le poivrier
, le canellier , plusieurs arbres de teinture , ceux
qui fournissent le vernis et les résines , plusieurs
arbres fruitiers ; et enfin , le riz sec. Il faut avoir vu
les visages décolorés et livides des hommes qui cultivent
le riz ordinaire , plante dont la tige baigne.
pendant trois mois dans des eaux croupissantes , pour
sentir le prix de la derniere acquisition . Le riz sec est
cultivé à la Cochinchine sur les montagnes ,
n'exige qu'une chaleur modérée , sans autre irrigation
que les pluies ordinaires . On en fit quelques récoltes
à l'Isle- de - France ; mais après le départ de Poivre ,
l'incurie des Colons les empêcha de surveiller cette
culture , les esclaves l'arroserent comme le riz ordinaire
; et il dégénera entierement.
et il
La compagnie des Indes lui fit faire quelques
voyages à Manille , à Timor , etc. , et il en rapporta
plusieurs fois à l'Isle-de- France les arbres à épiceries .
Mais par une suite du caractere insouciant des Colons ,
on les laissa périr. Poivre revint en France , et se
retira auprès de Lyon dans une maison de campagne,
( 339 )
où il se livra , sans distraction , à la culture des lettres
et des végétaux étrangers . C'est alors qu'il écrivit
pour l'académie de Lyon les deux mémoires intitulés
: Observations sur les Moeurs et les Arts des Peuples de
l'Afrique et de l'Asie. L'académie voulut les faire imprimer
; mais le gouvernement s'y opposa . Cependant
quelques copies passerent chez les libraires
étrangers qui en firent jouir le public.
Depuis que le crédit de la compagnie des Indes
avait arraché aux Isles - de- France et de Bourbon , et
fait mourir dans les cachots de la Bastille , l'infortuné
Labourdonnaie , l'administration de ces isles n'avait
été qu'un tissu d'inepties et de fautes. Le gouvernement
chercha à les réparer , et il y envoya Poivre.
Celui - ci répondit à son attente. Il s'occupa du soin
de propager les comestibles dans les deux isles . Il
fit venir de Madagascar , du cap de Bonne - Espérance
et de l'Inde , tous les animaux domestiques et tous les
végétaux propres à la consommation des habitans et
des navigateurs . Les escadres françaises envoyées
dans l'Inde profiterent souvent des fruits de cette prévoyance
. Voici l'énumération des végetaux : L'arbre
à pain , le mûrier à gros fruit vert de Madagascar ,
l'arbre à huile essentielle de rose , l'arbre à suif , le
thé de Chine , le bois de campêche , le bois immortel ,
toutes les variétés du cocotier , du dattier et du
manglier , l'arbre des quatre épices , le chêne ,
sapin , la vigne , le pommier , le pêcher d'Europe ,
l'avocat des Antilles , le mabolo des Philippines ,
le sagoutier de Moluques , le savonnier de Chine ,
le maran d'lolo , le mahé ou arbre de mâture ,
- le
et
Y 2
( 340 )
le mangoustan dont le fruit est regardé comme le
meilleur de l'Asie et du monde .
· ·
Mais la plus riche acquisition de ce genre que fit
l'Isle de France , et celle dont elle fit part à la
-Guyane française , fut la collection de tous les arbrest
à épiceries . Poivre envoya en 1770 et 1771 de petits bâtimens
aux isles Moluques , et à celles qui les avoisinent.
Les deux expéditions comblerent les voeux
des Colons ; et leurs produits furent cultivés avec
soin dans le jardin de Monplaisir , que Poivre céda
au gouvernement. Après divers changemens d'administration
, qui ont nui souvent aux végétaux
précieux , il est rentré sous la direction du citoyen
Céré , dont les talens sont connus de tous les savans
botanistes ...
En 1775 , Poivre quitta l'administration des deux
isles , et emporta les regrets de tous les habitans .
Cependant Versailles le reçut comme un homme
disgracié. Mais deux ans après son retour , Turgot ,
digne par ses lumieres d'apprécier les administrateurs
probes et intelligens , ouvrit les yeux du gouvernement
. Poivre obtint des témoignages honorables de
satisfaction et une pension . Il se retira ensuite dans
sa campagne chérie près de Lyon , où il vécut heureux
, modeste , et recherché par tous les étrangers
instruits qui passaient dans son voisinage. Il mourut
paisiblement le 6 janvier 1786 , laissant deux filles
et une veuve estimable , qui a épousé le cit. Dupont ,
l'un des représentans du peuple .
Les discours qu'il prononça au commencement de
son administration, et qu'il adressa soit aux Colons ,
soit aux membres du conseil supérieur , nous montrent
((341 )
un philosophe pénétré dès -lors des principes sur
lesquels a été fondée la constitution française . Vous
êtes , disait-il , aux cultivateurs , les colonnes de cet
établissement ; il est fondé sur l'agriculture nourriciere
, et il ne saurait avoir un meilleur fondement .
Les travaux auxquels vous vous livrez sont par toute
la terre les plus nobles et les plus honorables de ceux
qui peuvent occuper l'homme . Par tout ils intéressent
le genre humain , qui , sans eux , ne saurait subsister.
Ici vous exercez , comme tous les cultivateurs du
monde , les fonctions sublimes , non- seulement de
coopérateurs de la Providence , de bienfaiteurs de
l'humanité ; mais de plus , celles de soutiens de la
patrie , de protecteurs de ses établissemensen
Asie.... "
Animé de son esprit ( du gouvernement ) et
dépositaire de sa confiance , je vous offre tous les
secours que vous pouvez réclamer. L'autorité que je
vais exercer , ne sera émployée que pour favoriser
vos travaux. Comme , malgré la droiture de mes intentions
, je pourrais me tromper dans les moyens ,
je compte trouver en vous les lumieres dont j'aurai
besoin pour vous être utile . Je vous demande avec
instance vos conseils , pour porter cette colonie au
plus haut degré d'abondance et de prospérité . Ne
craignez pas , messieurs , de me fatiguer , de m'importuner
; mon tems est à vous. Je ne suis venu ici
que pour servir notre commune patrie , en contribuant
de toutes mes forces à votre bonheur . Instruisezmoi
hardiment de mes erreurs , soyez persuadés
qu'elles seront involontaires .... "
Y 3
( 342 )
Voici ce qu'il pensait sur l'esclavage et les esclaves...
Une isle aussi importante ne pouvait manquer
d'être jalousée par les nations rivales de notre puissance
; elle était exposée à être attaquée à chaque
guerre , et trop éloignée de la métropole pour en
recevoir des secours prompts . Il ne convenait donc
pas d'y multiplier de malheureux esclaves qui ,
n'ayant rien à perdre , et ayant tout à espérer d'une
révolution , ne pouvaient , dans un cas d'attaque į
qu'embarasser ses défenseurs .... Quoi qu'il en soit ,
le mal est fait ; mais heureusement il n'est pas sans'
remede ; vous préviendrez , messieurs , tous les maux
que traîne après soi l'esclavage introduit dans cette
isle , en suivant exactement l'esprit de la loi , qui a
permis aux Français d'avoir des esclaves dans leurs
colonies ( le code noir ) . Cette loi , qui depuis le
dernier siecle seulement , tolere parmi nous un usage
inhumain , anciennement établi chez des peuples
barbares , contre le droit naturel , ne le tolere qu'à
condition que .... La même loi exige encore que le
maître favorise le mariage parmi les esclaves , qu'il
les nourrisse , les habille et les traite avec humanité...
On assure néanmoins qu'il est des maîtres qui nonseulement
ne favorisent pas les mariages , mais qui
s'y 'opposent ; qu'il en est qui ne leur ( aux esclaves }
fournissent d'autre nourriture que les racines caustiques
et insalubres qu'ils leur permettent d'aller
arracher sur les bords des rivieres ; que plusieurs
maîtres les surchargemt sans pitié de travail. Qu'enfin ,
on voit dans l'isle beaucoup de ces malheureux qui
ne sont point habillés , et que l'on en compte , plus
( 343 )
de six cents que les mauvais traitemens ont rendu
fugitifs dans les bois . Si de tels rapports étaient
vrais, ........ nous vous déclarons , messieurs , que dans
ce cas nous ferons valoir toute la sévérité des lois
pour protéger et venger l'humanité outragée . Pourrions-
nous faire un meilleur usage de notre autorité
?…... 99
Sur le luxe .... Si nous examinions les moeurs particulieres
, un luxe étonnant se présente à nos yeux .
Quoi , le luxe ! le luxe le plus scandaleux dans une
isle qui manque de pain ; et qui n'a aucun objet de
commerce . Ah ! messieurs , n'en cherchons pas davan .
tage ; et convenons franchement que si cette colonie
est misérable , si, avant même d'avoir existé , elle est sur
son déclin , elle doit l'attribuer non au physique du
climat , mais à la corruption des moeurs , aux vices
d'une partie des habitans .... 9
C'est dans le même esprit qu'il dit au conseil supérieur.......
“ Point de nation vraiment puissante ,
point d'empire durable , point de trône solidement
établi , point de société florissante , point d'homme
heureux , sans la vertu . Rapportons-nous - en à l'expérience
des siecles passés . L'histoire de toutes les
nations nous les montre constamment heureuses et
puissantes , sous l'empire de la vertu ; faibles , et
bientôt détruites , après l'avoir abandonnée …….. ;,
L'Isle - de - France doit à ces sages principes de
morale et d'économie politique , d'avoir pu se passer
de la métropole pendant la révolution ; et d'avoir été
en état de nuire au commerce de nos ennemis , bien
loin d'avoir eu leurs attaques à craindre .
4
Y
( 344 )
LITTERATURE.
Thus , they from heaven remote to heaven shall move ,
Vith strenght of mind , and tread th'abysse above.
KEIL.
La Sphere , poëme en huit chants , qui contient les élémens
de la Sphere terrestre avec des principes d'Astronomie
physique , accompagnée de notes , et suivi d'une notice
des poëmes grecs , latins et français , qui traitent de
quelque partie de l'Astronomie; par DOMINIQUE RICARD .
Un volume in-8 ° . de 500 pages . Prix , broché , 4 liv .; et
5 liv . 10 sous , franc de port , pour les départemens . On
en a imprimé un petit nombre sur papier vélin , grandraisin
; prix , 12 liv . pour Paris ; et 14 liv . pour les
départemens , portfrane. A Paris , chez LECLERE , imprimeur-
libraire , rue Saint-Martin , près la rue aux
Ours. ( 1796. )
SECOND EXTRAIT..
DANS le premier ( inséré dans le précédent Nº. ) ,
nous avons commencé par offrir à nos lecteurs quelques
détails pour les mettre à portée de juger de la
versification du poëte de la Sphere ; actuellement
nous allons reprendre l'ouvrage en masse . A la lecture
suivie et entiere de ce poëme , voici l'impression
qu'elle nous a faite . D'après un axiôme , et qui
est vrai , qu'un auteur se peint dans ses ouvrages ,
on peut avancer qu'on voit dans celui- ci la plus belle
ame.On y lit une morale pure et sublime qui inspice
Pattrait de la vertu . Avec lui et à sa lecture , on
( 345 )
respire l'amour de ses semblables et de son pays ;
la passion de faire du bien ; le goût des sciences et
des beaux-arts ; en un mot, la pratique de toutes les
vertus sociales qui font le vrai bonheur des hommes.
L'invocation à l'amitié qui commence le VII . chant ,
est belle et touchante : en la lisant , on voudrait être
le frere , le voisin , l'ami du poëte qu'elle a si bien
inspiré.
Quant aux qualités de l'esprit de l'auteur , ce
poëme sur l'Astronomie , le premier d'une certaine
étendue , entrepris dans notre langue et avec succès ,
fet qui pouvait lui faire dire avec une sorte d'orgueil
et quelque vérité :
Avia pieridum perago loca nullius ante
Trita solo :
LUCRET , Lib . IV. }
prouve , dans le poëte , de la hardiesse , du courage
et du génie. On y remarque un plan bien dessiné et
bien rempli , une infinité de détails difficiles à exprimer,
même en prose , bien rendus en vers , et richement
rimés ; des épisodes ingénieux et pleins de sentimens
; une versification généralement soignée ; point
de ces vers durs que l'on reproche à plusieurs de nos
poëtes modernes ; enfin , on y remarque , avec satisfaction
, des coupures de vers , des repos artistement
ménagés qui rompent la monotonie du metre et des
rimes extrêmement fatigantes dans tout poëme de
longue haleine , et sur-tout d'une poésie descriptive ,
non dramatique et dialoguée .
Par cette raison , je ne suis pas de ceux qui regardent
comme un défaut , si dans un poëme d'une
) 346 )
certaine étendue il se rencontre quelques rimes breues
correspondantes à des rimes longues , comme promettre
, naître ; dame , flamme , etc. sur-tout , si ces
rimes , moins exactes , y sont clair semées . C'est une
licence qu'ont prise tous nos plus grands poëtes.
C'est comme une dissonance en musique , qui ajoute
à l'harmonie . C'en est une en poésie , mais qui , dans
une longue série de rimes, y produit une agréable variété
et un délassement pour l'oreille . On dira que
c'est ici une hérésie littéraire : je ne le crois pas : mon
goût jusqu'ici trop difficile à contenter me dit le
contraire.
et
D'après cette analyse du poëme de la Sphere , il
résulte , et l'on pent juger , que si la pratique des
vers artificiels , ingénieusement adaptée aux élémens
des sciences par Buffier et par MM . de Port- Royal ,
a été avantageuse à la jeunesse ; on peut juger qu'un
poëme régulier , d'une diction pure , élégante , et
généralement soignée , a dû remplir le but de l'auteur
, énoncé dans sa Préface d'inspirer à la jeunesse
le goût d'une science abstraite et si rebutante
à cet âge ; de lui en applanir , en vers , la route ,
de la lui rendre même agréable ; d'enlever les épines
aux premiers élémens ; et par le charme de la poésie ,
de les lui rendre faciles à saisir , à se graver d'abord
dans sa mémoire , et à les y retenir un long-tems.
Le chantre de la Sphere a fait plus . Son poëme, composé
en faveur des jeunes gens , non - seulement peut
en les amusant , les instruire ; mais tout son livre offre
à-la - fois et de l'agrément et de l'instruction à bien .
des classes de lecteurs , parmi les personnes déja
faites et les plus instruites.
( 347 )
D'après une lecture suivie et entiere de ce volume,
voilà ce que nous y avons justement admiré . Mais
la même vérité qui nous a dicté ces éloges , nous
force de dire qu'un critique difficile aurait peutêtre
à desirer dans ce poëme , plus de chaleur et de
yerve poétique ; quelques - unes de ces belles comparaisons
d'une certaine étendue , qui font la richesse
et le principal ornement des meilleurs poëmes , et
même des discours oratoires . On dira que les poëmes
didactiques de Virgile et d'Horace n'en offrent pas un
très-grand nombre. Mais ces deux premiers poëtes du
plus beau siecle de la latinité , assez riches d'euxm
mes , n'en avaient pas besoin. Leur langue et leur
canevas , d'ailleurs plus poétiques , exigeaient moins
cette parure empruntée . Mais ici , dans notre langue,
dans un poëme sur la Sphere , d'une beaucoup plus
longue étendne ; sur un sujet si ingrat et si aride ,
c'était, je pense , le cas de s'efforcer de le faire briller.
d'un éclat étranger. L'auteur de l'Anti-Lucrece , et Pope
dans ses Poëmes didactiques , ont usé de cette source
d'ornemens et de beautés épisodiques ; car on l'a dit,
qu'une comparaison est un court épisode , qui sert
tantôt à expliquer , à développer le sens et les difficultés
des préceptes didactiques ; tantôt à en corriger
l'âpreté et la sécheresse , qui les orne et les embellit
; et par-là réveille , rafraîchit et récrée un lecteur
fatigué par le fond d'un sujet scientifique et
abstrait. Ces comparaisons sont dans la poésie , dans
l'art oratoire , ce que font dans une botanique ordinaire
et indigene , quelques plantes rares et exotiques
; elles en augmentent l'agrément et le prix.
Nous remarquons à cet égard , que dans un seul épi(
348 )
sode de deux cents vers d'un nouveau poëme de
l'abbé Delille , que nous aimons à citer ( Amélie et
Volnis ) , on y compte jusqu'à douze comparaisons .
Revenons sur nos pas , on pourrait reprocher à
l'auteur du poëme de la Sphere , un nombre de phrases
beaucoup trop longues en vers ; et dans plusieurs
endroits de son poëme , que les mêmes objets de
FAstronomie, exprimés fortement en cinq à six vers par
quelques -uns de nos poëtes modernes , sont ici aff iblis
, en se trouvant paraphrasés en quinze , vingt- cinq
ou trente vers .
Quoique dans sa Préface , l'auteur de la Sphere ait
eu le soin de prévenir ses lecteurs contre le reproche
suivant , on l'inviterait à retrancher un nombre de
mots techniques nullement faits pour la poésie . Il
n'était échappé à l'auteur de nos Géorgiques françaises ,
dans tout son poëme , que deux expressions de ce
genre , qu'il s'est bien gardé d'y laisser ; auxquels il
a substitué un autre tour et d'autres mots équivalens
; mais plus poétiques . C'était en parlant des
zones , livre I , vers correspondant au 239º . vers latin .
Et terminant l'espace où la ligne écliptique
S'étend obliquement jusqu'au double tropique.
Vers qu'il a corrigés de la maniere suivante :
Et dans son cours brilant bornent l'oblique voie
Où du Dieu des saisons la marche se déploie .
Cette recherche , cette délicatesse de goût qui a
de la peine à se contenter soi -même , exigent sans
doute beaucoup plus de travail ; mais aussi , on a le
mérite de la difficulté vaincue , celui qui constitue
( 349 )
L
3
+
la véritable poésie : alors on grave sur le marbre et sur
l'airain en caracteres impérissables , et l'on écrit pour
la postérité,
Enfin , le dernier reproche qu'on pourrait faire à
l'auteur de la Sphere , est que l'on cherche dans ce
poëme , de ces vers heureux et de génie qui frappent
d'abord l'imagination , et qui se fixent naturellement
dans la mémoire de maniere à n'être jamais oubliés ;
de ces vers qui ne sont point rares dans le poëme
de Roucher , et tels qu'on en trouve , plusieurs dans
ceux de le Mierre , de Rosset , de quelques autres de
nos poëtes modernes , et une foule dans tous les
poëmes de l'abbé de Lille ; tels que ceux ci- après ,
que tout le monde sait par coeur , mais qu'on ne se
lasse point de répéter.
En parlant des astres qui ont une révolution an .
nuelle :
Le ciel devint un livre où la terre étonnée
Lut en lettres de feu l'histoire de l'année .
ROSSET.
}
Le poëte , après avoir peint énergiquement les désastres
de la famille de Louis XIV , s'écrie au départ
pour l'Espagne , de son petit-fils le duc d'Anjou} :
Où va-t-il?
Sa pompe annonce un trône , et ses pleurs un exil .
La lune cause du flux et reflux :
LE MIERRE
Souleve l'Océan , produit du haut des airs ,
Par accès réguliers , cette fievre des mers...
Le même , en ses Fastes .
( 350 )
Le même poëte , dans le même poëme , parlant de
St. Paul :
Tombe persécuteur , et se releve Apôtre .
Ce dernier vers me rappelle celui de la Motte , dans
un sujet chrétien , où décrivant les miracles du
Christ , il dit :
Le muet parle au sourd étonné de l'entendre .
Et enfin celui-ci de le Mierre , un des plus heureux
que je connaisse dans notre langue ; que les
Anglais regardent comme leur devise , et qui fait
toute leur ambition.
Le trident de Neptune est le sceptre du monde.
1
Voilà peut- être tout ce que la critique la plus séyere
pourrait trouver à redire dans ce nouveau poëme ,
qu'on peut améliorer sans doute , comme tout ce
qui sort de la main des hommes ; mais qui , tel qu'il
est , est un des plus beaux présens fait à notre littérature
française .
Je ne puis passer sous silence une chose dont je
crains de parler , et sur laquelle je ne sais si je dois
émettre ici ma façon de penser. L'auteur du poëme
de la Sphere cite , dans ses notes , deux beaux fragmens
d'une Traduction nouvelle des Géorgiques de Virgile . Ce
projet est courageux sans doute , après celle de l'abbé
de Lille , qui brille d'une foule de beautés poétiques,
de vers heureux , de détails charmans .... ; et ce qui
était bien plus difficile encore dans notre langue , et
très-rare chez la plupart des traducteurs en vers , qui
lutte presque vers à vers contre le latin , en harmonie
imitative . La nouvelle traduction dont on parle ,
( 351 )
est , donc une entreprise courageuse , hardie ; mais
est-elle bien louable ? Ces deux morceaux , il est
vrai , se font lire avec intérêt ; ils offrent une versification
fidele , facile ; en un mot , ils sont dignes
d'éloges . Cependant méritent-ils des encouragemens?
Il faut dire la vérité , sur- tout si le poëte est jeune ,
et si son ouvrage n'est pas encore avancé .
et.
Il est dans tous les arts , dans la poësie , dans la
traduction en vers , un dégré de perfection au -delà
duquel il est impossible de s'élever , et imprudent
peut-être de vouloir atteindre. Boileau dans toutes
ses OEuvres osa risquer deux fables déja mises en
vers par le premier de nos fabulistes ; mais il se garda
bien d'entreprendre de les retraduire toutes ,
d'aller rivaliser l'inimitable Lafontaine . Racine à
bien pu , en même tems que le vieux Corneille ,
exposer sur la scene une seconde Bérénice; et dans
la suite , Voltaire une seconde tragédie d'Edipe ; mais
Racine ne tenta point de refaire les chefs - d'oeuvres
du pere du théâtre français ; ni Voltaire , ceux de ses
deux maîtres dramatiques. Le sujet de l'Amphytrion ,
imité d'après les comiques grecs et latins , comme
celui des Menechmės , appartenait égalementà Regnard ,
comme à Moliere ; mais ce dernier ne songea point
à yftoucher , et quand cette idée lui eût souri , il se
fût gardé de s'y livrer par respect pour l'auteur du
Tartuffe , et pour sa propre gloire. Je trouve chez
les Anglais , un fait qui vient à l'appui de l'assertion
que j'avance , et qui doit être une grande leçon pour
ceux qui oseraient courir les mêmes risques . Je veux
parler de la belle traduction en vers des Poëmes
d'Homere par Pope. Cette version , toujours admirée
( 352 )
par les connaisseurs , lue , relue , et mille fois réimprimée
; critiquée , je l'avoue , dans quelques endroits ,
n'a point été exempte d'être rivalisée . Qu'en est-il
arrivé ? Ses nouveaux concurrens n'ont fait que montrer
au grand jour leur propre, faiblesse ; et leur défaite
n'a sevi qu'à rebausser et à rendre plus écla
tante la supériorité du plus habile de tous les traducteurs
en vers que l'on connaisse dans aucune langue .
Au reste , elle est bien loin de moi l'intention de
déprimer , de décourager les heureux essais du nouveau
traducteur des Georgiques mais jeune , il dé .
ploie déja de grands talens ; et pour cela même , il
inspire le plus grand intérêt. Il serait donc à desirer
pour lui - même , au lieu d'aller se consumer vaine
ment sur un travail qui pourrait ne lui laisser que
des regrets , qu'il le dirigeât plus heureusement vers
une fin plus satisfaisante , et qui lui montrât des
succès plus assurés , et les plus brillans . Quel malheur
pour les lettres , si les premiers génies de la
France , au lieu d'avoir atteint , chacun dans leur
genre , le sommet de la gloire et de la perfection ,
se fussent obstinés à se rivaliser les uns les autres !
Tel est mon sentiment que j'ose hasarder , en quoi
je puis me tromper : mais si je me trompe , si c'est
une erreur , je puis du moins protester de la droiture
et de la pureté de mes intentions .
Ce nouvel ouvrage fait honneur aux presses du
cit. Leclerc les exemplaires en papier velin' , plus
soignés encore , sont parfaitement beaux.
E. B.
ÉPITRE
( 353 )
ÉPITRE AUX FEMMES.
Par CONSTANCE D. E. PIPELET. A Paris , chez DESENNE ,
libraire , palais Egalité. An V.
La colere suffit , et vaut un Apollon .
La citoyenne Pipelet a pris ce vers pour épigraphe ,
mais la colere est une passion emportée ( ira furor
brevis est ) qui jette l'ame , pour ainsi dire , hors d'ellemême
; et l'auteur de Sapho , accoutumée à recevoir et
à donner des impressions douces, ne peut éprouver que
du désavantage à sortir de son assiette ordinaire . Le
sujet qui enflamme sa bile est d'ailleurs un peu rebattu
, et , en vérité , il n'est point digne du ton grave
et solemnel qu'elle emploie. Si les femmes manquent
en général d'instruction ou de génie , est- ce sérieusement
qu'elles prétendent en rejetter le blâme sur
un sexe jaloux , orgueilleux , tyrannique , qui a pris
soin
De les claquemurer aux choses du ménage .
de peur que , dans une plus haute sphere , elles ne
vînssent à l'égaler ou à le surpasser. Il faut rire , et
non se fâcher , lorsqu'on soutient une pareille these .
Alors les hommes se prêtent de bonne grace à la
plaisanterie , et applaudissent les premiers aux sarcasmes
de leurs aimables antagonistes . Autrement
ils n'opposent point l'humeur à l'humeur , mais ils
Tome XXVII. Z
( 354 )
s'avisent de raisonner , et ils n'ont pas besoin d'une
forte logique pour triompher.
Nous épargnerons à la citoyenne Pipelet l'ennui
d'une discussion ( 1 ) , mais nous l'inviterons à relire
tout cet admirable V. livre de l'Émile , intitulé : Sophie,
ou la Femme. C'est-là que les conformités et les différences
des deux sexes , leur destination particuliere ,
leurs avantages , leurs devoirs , leurs droits respectifs ,
sont tracés en caracteres simples , vrais et précis . On
n'a jamais rien dit , on ne dira jamais rien de mieux
sur cette matiere ; et c'est peut - être , pour les choses
et pour le style , ce qui est sorti de plus parfait de la
plume de Rousseau . Nous y puiserons quelques ré-
(1) La citoyenne Pipelet n'aime pas les discussions . Voici
comment elle s'exprime dans son Avertissement . « Dans tous
les tems les hommes ont cherché à nous éloigner de l'étude
et de la culture des beaux-arts ; mais aujourd'hui cette opinien
est devenue plus que jamais une espece de mode . Dans quelque
eudroit qu'on aille , de quelque côté qu'on se tourne , on a
l'oreille fatiguée par les discussions qui s'élevent à ce sujet. ›
Nous observerons que , si la citoyenne Pipelet n'eût pas écrit
dans le trouble et la confusion , elle se serait apperçue que sa
premiere phrase est défectueuse , qu'elle n'offre point à l'esprit
le sens que l'auteur a voulu lui imprimer. Quelle est ,
selon elle , l'opinion qui est devenue une espece de mode ?
C'est celle- ci Il faut nous éloigner de l'étude et de la culture
des beaux-arts ; et la construction de la phrase amenę ceci :
Dans tous les tems les hommes ont cherché à nous éloigner , etc.;
ce qui est , non pas une opinion , mais un point de fait à éclaircir.
Quant à la seconde phrase , il faut convenir que cette
maniere de parler, Dans quelque endroit qu'on aille , de quelque
côté qu'on se tourne , etc. , peche un peu contre l'élégance .
( 355 )
ponses à la citoyenne Pipelet , dans le court extrait
que nous allons donner de son Épître ; et sans prétendre
déprécier son talent poétique , la prose du
philosophe ne sera point déplacée à côté de ses plus
beaux vers.
L'auteur débute par une apostrophe véhémente à
son sexe , et d'un ton qui approche du lyrique .
O Femmes , c'est pour vous que j'accorde ma lyre !
O femmes , c'est pour vous qu'en mon brûlant délire ,
Dun usage orgueilleux bravant les vains efforts ,
Je laisse enfin ma voix exprimer mes transports !
Assez et trop long-tems la honteuse ignorance
A jusqu'en vos vieux jours prolongé votre enfance ;
Assez et trop long-tems les hommes égarés
Ont craint de voir en vous des censeurs éclairés ;
Les tems sont arrivés ; la raison vous appelle.
Femmes , réveillez -vous , et soyez dignes d'elle !
Ne croyez-vous pas entendre la muse de l'Opéra ?
Les tems sont arrivés . Cessez , triste chaos , etc.
Ballet des Élémens, )
Vient ensuite un morceau plus tempéré , où des
détails , peu propres à la poésie , sont rendus avec
assez de précision ':
Si la nature a fait deux sexes différens.?
Elle a changé la forme , et non les élémens .
Même loi , même erreur , même ivresse les guide ;
L'un et l'autre propose , exécute ou décide ;
Les charges , les pouvoirs , entre eux deux divisés ,
Par un ordre immuable y restent balancės ;
Tous deux pensent régner , et tous deux obéissent ';
Ensemble ils sont heureux , séparés ils languisent ';
Z &
1:
( 356 )
Tour-d-tour l'un de l'autre enfin guide et soutien ,
Même en se donnant tout ils ne se doivent rien .
Ce sont deux vers qui méritent d'être retenus que
ceux- ci :
Tous deux pensent régner , et tous deux obéissent ;
Ensemble ils sont heureux , séparés ils languissent.
Il n'en est pas de même des deux suivans qui ne
présentent rien de net à l'esprit , et qui ne mettent
la femme et l'homme sur la même ligne que pour les
affranchir de leurs devoirs réciproques .
La femme et l'homme sont faits l'un pour l'autre ,
dit Rousseau , mais leur mutuelle dépendance n'est pas
égale les hommes dépendent des femmes par leurs.
desirs ; les femmes dépendent des hommes et par
leurs desirs et par leurs besoins ; nous subsisterions
plutôt sans elles , qu'elles sans nous . Pour qu'elles
aient le nécessaire , pour qu'elles soient dans leur
état , il faut que nous le leur donnions , que nous
voulions le leur donner , que nous les en estimions .
dignes ; elles dépendent de nos sentimens , du prix
que nous mettons à leur mérite , du cas que nous
faisons de leurs charmes et de leurs vertus . Par la loi
même de la nature , les femmes , tant pour elles que
pour leurs enfans , sont à la merci des jugemens des
hommes : il ne suffit pas qu'elles soient estimables ,
il faut qu'elles soient estimées ; il ne leur suffit pas
d'être belles , il faut qu'elles plaisent ; il ne leur suffit
pas d'être sages , il faut qu'elles soient reconnues pour
telles , etc. etc. De la bonne constitution des meres ,
ajoute-t-il un peu plus bas , dépend d'abord celle
des enfans ; du soin des femmes dépend la premiere
1
( 357 )
x1
éducation des hommes ; des femmes dépendent encore
leurs moeurs , leurs passions , leurs goûts , leurs plaisirs
, leur bonheur même. Ainsi , toute l'éducation
des femmes doit être relative aux hommes. Leur ,
plaire , leur être utile , se faire aimer et honorer d'eux,
les élever jeunes , les soigner grands , les conseiller
les consoler , leur rendre la vie agréable et douce ,
voilà les devoirs des femmes dans tous les tems , et
ce qu'on doit leur apprendre dès leur enfance . "
Ce langage d'une raison supérieure , ne dispose
gueres à écouter les déclamations de la citoyenne
Pipelet contre l'homme tyran , contre l'homme parjure
, qui feint de ne voir dans sa compagne qu'un
objet créé pour son caprice . Cependant nous ne pouyons
nous dispenser de citer les tirades les plus frappantes
, celles sur- tout qui ont un rapport direct au
sujet principal de l'Épître.
Portons-nous sur nos fronts , écrit en trait de flamme ,
L'homme seul doit régner et soumettre la femme ?
Un ascendant secret vient-il nous avertir
Quand il faut admirer , quand il faut obéir ?..
La nature pourtant aux êtres qu'elle opprime
Donne de leur malheur le sentiment intime :
L'agneau sent que le loup veut lui rayir le jour ;
L'oiseau tombe sans force à l'aspect du vautour ..
Disons-le l'homme , enflé d'un orgueil sacrilége ,
Rougit d'être égalé par celle qu'il protége ;
:
Pour ne trouver en nous qu'un être admirateur ,
Sa voix dès le berceau nous condamne à l'erreur ;
Moins fort de ce qu'il sait , que de notre ignorance ,
Il croit qu'il s'aggrandit de notre insuffisance ;
Et sous les yains dehors d'un respect affecté , ·
Z.3
( 358 )
Il ne révere en nous que notre nullité.
C'en est trop ; secouons des chaînes si pesantes ;
Livrons- nous aux transports de nos ames brûlantes
Livrons -nous aux beaux- arts. Eh ! qui pourrait ravir
Le droit de les connaître à qui peut les sentir ?
Laissons l'anatomiste , aveugle en să science ,
D'une fibre avec art calculer la puissance ,
Et du plus ou du moins infèrer sans appel
Que sa femme lui doit un respect êternel.
La nature a des droits qu'il ignore lui-même :
On ne la courbe pas sous le poids d'un systême
Aux mains de la faiblesse elle met la valeur ;
Sur le front du superbe elle écrit la terreur ;
Et dédaignant les mots de sexe et d'apparence ,
Pese dans sa grandeur les dons qu'elle dispense .
Mais quel nouveau transport ! quel changement soudain !
Armé du sentiment l'homme paraît enfin ;
Il nous crie « Arrêtez , femmes , vous êtes meres !
A tout autre plaisir rendez -vous étrangeres !
De l'étude et des arts la douce volupté
Deviendrait un larcin à la maternité . ,
O nature , ô devoir , que c'est mal vous connaître !
L'ingrat,est-il aveugle , ou bien feint-il de l'être ?
Feint-il de ne pas voir qu'en ces premiers instans
Où le ciel à nos voeux accorde des enfans ,
Tout entieres aux soins que leur âge réclame ,
Tout ce qui n'est pas eux ne peut rien sur notre ame ?
Feint-il de ne pas voir que de nouveaux besoins
Nous imposent bientôt de plus glorieux soins
Et que pour diriger une enfance, timide ,
Il faut être à-la- fois son modele et son guide ?
( 359 )
Insensés vous voulez une femme, ignorante ;
Eh bien ! soit ; confondez l'épouse et la servante ;
Voyez-la mesurant ses leçons sur ses goûts
Elever ses enfans pour elle , et non pour vous ;
Voyez-les , dans un monde à les juger habile ,
De leur mere porter la tache indélébile ;
Au sage , à l'étranger , à vos meilleurs amis ,
Rougissez de montrer votre femme et vos fils ;
Dans les épanchemens d'un coeur sensible et tendre ,
Que personne chez vous ne puisse vous comprendre ;
Traînez ailleurs vos jours et votre obscurité ;
On ne vous plaindra pas , vous l'aurez mérité .
It
y a du talent et un certain feu dans ces vers , mais
la citoyenne Pipelet paraît toujours aux prises avec
le Chrisale des femmes savantes , qui pense
.... Qu'une femme en sait toujours assez ,
Quand la capacité de son esprit se hausse
A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chaussé .
Mais c'est avec Rousseau que nous osons , en quelque
sorte , la confronter ; et voici encore un passage
de ce philosophe , écrit sans passion , plein de vérité ,
et qui répond à tout .
Toutes les facultés communes aux deux sexes ne
leur sont pas également partagées ; mais prises en
tout , elles se compensent ; la femme vaut mieux
comme femme ; et moins , comme homme ; par- tout
où elle fait valoir ses droits , elle a l'avantage ; partout
où elle veut usurper les nôtres , elle reste audessous
de nous . On ne peut répondre à cette vérité
générale que par des exceptions ; constante maniere
d'argumenter des galans partisans du beau sexe .
Z 4
( 360 )
,, Cultiver dans les femmes les qualités de l'homme ,
et négliger celles qui leur sont propres , c'est donc
visiblement travailler à leur préjudice : les rusées le
voient trop bien pour en être les dupes ; en tâchant
d'usurper nos avantages , elles n'abandonnent pas les
leurs ; mais il arrive de-là que , ne pouvant bien ménager
les uns et les autres , elles restent au- dessous
de leur portée sans se mettre à la nôtre , et perdent
la moitié de leur prix . Croyez -moi , mere judicieuse ,
ne faites point de votre fille un honnête homme ,
comme pour donner un démenti à la nature , faitesen
une honnête femme , et soyez sûre qu'elle en
vaudra mieux pour elle et pour nous.
,, S'ensuit- il qu'elle doive être élevée dans l'igno .
rance de toute chose , et bornée aux seules fonctions
du ménage ? L'homme fera- t-il sa servante de sa compagne
? Se privera-t-il auprès d'elle du plus grand
charme de la société ? Pour mieux l'asservir l'empêchera-
t-il de rien sentir , de rien connaître ? En ferat-
il un véritable automate ? Non , sans doute ; ` ainsi ne l'a pas dit la nature
, qui donne
aux femmes
un
esprit
si agréable
et si délié
; au contraire
, elle veut
qu'elles
pensent
, qu'elles
jugent
, qu'elles
aiment
,
qu'elles
connaissent
, qu'elles
cultivent
leur
esprit
comme
leur
figure
; ce sont
les armes
qu'elle
leur
donne
pour
suppléer
à la force
qui leur manque
, et
pour
diriger
la nôtre
. Elles
doivent
apprendre
beaucoup
de choses
, mais
seulement
celles
qu'il
leur
convient
de savoir
. ",
Que la citoyenne Pipelet cesse donc de déclamer ,
au nom des femmes , contre une oppression imaginaire
, et de vouloir les transformer toutes en beaux(
361 )
esprits de profession , en virtuoses . Elle connaît àprésent
leur véritable destination et le développement
qu'il convient de donner à leurs facultés . Celles
que tourmente le besoin de la célébrité littéraire ,
et qui réussissent dans leur essor , doivent être mišes
au nombre des exceptions dont parle Rousseau. La
citoyenne Pipelet , récitant publiquement ses vers
au Lycée des arts et au Lycée républicain , est même
une exception parmi les exceptions , et peut-être , malgré
l'agrément de sa figure et le charme d'une voix douce
et flexible , aurait- elle à gagner quelque chose , pour
sa gloire comme pour son talent , à se renfermer davantage
. Qu'elle donne des soeurs à Sapho , hous irons
lui porter nos applaudissemns ; mais qu'elle ne vienae
pas les chercher , et , pour ainsi dire , les provoquer
en se montrant . C'est pour ses ouvrages , et non pour
sa personne , que sont réservés les battemens de mains
du théâtre...
POÉSIE,
Vers à ceux qui préferent une seule chandelle à cinq.
CHACUN
HACUN a son empire aussi bien que son goût.
Mais faut-il pour cela de sanglantes querelles ?
Non , ce serait folie et nous pousser à bout,
Je voudrais sur ma table avoir plusieurs chandelles :
Dans mes prospérités nouvelles
Comme je verrais clair sur tout !
Vous , mes amis , Vous n'en desirez qu'une :
Des rentiers n'en ont pas du tout.
Vous savez , je le vois , borner votre fortune .
Pour moi I obscurité n'eut jamais des appas ;
Avec une chandelle on a lieu de la craindre :
En voulant la moucher souvent oh peut
Et pour la rallumer on est dans l'embarras .
l'éteindre ;
Par le cil. J. B. NOUGARET ,
( 362 )
J
ENIGM E.
E ne fus point , je suis , et ne serai jamais .
Tu peux , mon cher lecteur , me connaître à ces traits .
7
LOGO GRIPHE
"
ATEC
AVEC six pieds l'on m'a fait naître ;
Perchez moi sur les trois premiers ,
Des ressorts de mon petit être
Je tirerai les trois derniers.9
#J
ANNONCES.
Annales de Chymie , par les citoyens Guyton , Monge , Bert
thollet , Fourcroy , Adet , Séguin , Vanquelin , Pelletier ,
C. A. Prieur , Chaptal et Van-Mons . In-8°.; année 1797-
Ier, numéro , 30 janvier. On souscrit , pour l'année , à raison
de 15 liv . pour Paris ; et de 18 liv. , franc de port , pour les
départemens ; et pour six mois , à raison de 7 liv . 10 sous pour
Paris , et 9 liv . pour les départemens . Il en paraîtra un numéro
par mois . On souscrit également , pour les tomes XIX et XX
du même ouvrage , à raison de 7 liv . 10 sous pour Paris , et
de 9 liv . pour les départemens. A Paris , chez Guillaume
imprimeur- libraire , rue du Bacq , no . 940 ; et chez Fuchs ,
libraire , rue des Mathurins , hôtel de Cluni .
I
Essai sur les moyens de procurer à l'Europe une pacification
générale ; par le cit . D***. A Moulins ( Maine ) . An V. Brochure
in-8 . de 72 pages . Prix , 1 liv . 5. sous . A Paris , chez
Aubry , libraire et directeur du cabinet bibliographique , rue
Baillet , no. 2 , près celle de la Monnaie ."
Révélations d'amour par Henrion . Un volume în - 18 . Prix ,
1 liv . , et 1 liv . 4 sous franc de port. A Paris , chez l'auteur ,
rue des Petites - Écuries , no . 44 ; Knapen , fils , rue St. - Andrédes-
Arcs, nº . 46 ; et chez tous les marchands de nouveautés.
et
Histoire de la Révolution de Pologne en 1794 , par un témoin
oculaire . Un volume in 8° . de 300 pages . Prix , 3 liv . ,
4 liv . franc de port. A Paris , chez Magime!, libraire , quai
des Augustins , nº . 73.
1
( 363 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 5 mars 1797.
PARMI toutes les réformes auxquelles se livre l'empereur
de Russie , on doit regarder comme une des
plus utiles la suppression des gouvernemens qui
faisaient sortir 50 millions de roubles par an du trésor
impérial , sans qu'il en résultât aucun avantage pour
le peuple .
Dans un pays d'esclavage , tel que la Russie , mais
dans lequel cependant il existe quelque distinction
de naissance , la classe privilégiée exerce sur toutes
les autres le plus insolent despotisme , et ne daigne ,
apporter dans les relations qu'elle a avec elles aucun
des sentimens de la probité la plus commune . C'estlà
véritablement que la noblesse semble n'être que
le droit de piller impunément. Les seigneurs russes ,
qui permettaient à leurs vassaux d'exercer quelque
industrie , exigeaient de ces malheureux , sous le nom
de capitation , un tribut qui excédait quelquefois ce
qu'ils pouvaient économiser. C'était souvent par des
injures , par des coups de bâton , qu'ils répondaient
aux humbles représentations de leurs créanciers .
Paul Ier. a fait cesser ces désordres . Il a réduit à 5
roubles le taux de la capitation ; et l'accès qu'il a
ouvert aux plaintes de tous ses sujets , par l'établissement
dont nous avons parlé précédemment , a rendu
tous les seigneurs extrêmement affables envers leurs
créanciers .
Ce prince a fait publier une ukase relative au commerce,
par laquelle il permet l'introduction dans ses
Etats , sur des vaisseaux neutres , des boissons cot(
364.)
t
nc
mestibles qu'on était dans l'usage de tirer de France .
Mais les marchandises de luxe sont interdites ; cependant
les certificats qui étaient exigés autrefois ,
seront plus nécessaires ; cette disposition rend la prohibition
illusoiré . Dans cette même ukase , qui rappelle
celle du mois d'avril 1793 , il est défendu aux Russes
de communiquer avec les Français tant que ceux- ci
n'auront pas établi un gouvernement et un ordre légal de
choses. Cette défense et les motifs d'après lesquels
elle est portée pouvaient être compris en 1793. Mais ils
doivent paraître fort étranges aujourd'hui. Cependant
en considérant à quelle distance de la France
Paul Ier . est placé , autant par les principes , les moeurs
et les habitudes , que par la localité même , en se
rappellant par combien d'intermédiaires trompés ,
ou intéressés à le tromper , la connaissance des faits
a pu parvenit jusqu'à lui , peut être parviendra- t- on
à expliquer cominent il ignore que la France à un gouvernement
, ou comment il doute que ce gouvernement
soit légal et régulier. Au reste , on doit remar
quer que le langage qu'il tient est celui de l'Autriche.
Il se peut qu'ayant mécontenté cette puissance
par le refus des secours qu'elle attendait de
lui , il ait voulu du moins ménager son opinion , et
paraître y rester attaché. Quoi qu'il en soit , on doit
croire , qu'instruit par la Prusse , et même par l'Angleterre
, qui par la mission du lord Malmesbury a
solemnellement reconnu la Republique Française , il
renoncera à ces petites tergiversations diplomatiques,
peu analogues au caractere qu'il a annoncé , et que
le rôle qu'il est appellé à jouer sur le théâtre de l'Europe
, doit lui faire dédaigner .
Le couronnement de ce monarque doit avoir lieu
à Moscou dans les premiers jours du mois prochain .
On voit par l'ukase qu'il a publiée pour annoncer
cette cérémonie à ses sujets , qu'il veut y faire participer
son épouse , et faire en quelque sorte consacrer
la dignité de cette princesse aussi bien que la
sienne . Cette circonstance prouve que le souvenir du
regne précédent n'a jetté dans son coeur , ainsi que
quelques personnes l'avaient supposé , ni défiance ,
ni soupçon.
( 365 )
On répand que les mesures prises en 1783 pour
faire respecter la neutralité maritime des cours du
Nord , sur les mers , vont être de nouveau exécutées ;
ce qu'il y a de certain , c'est qu'il existe une grande
activité dans tous les ports de ces puissances . Le
roi de Suede sur - tout paraît porter sa principale
attention sur sa marine .
Tous les obstacles qui ont retardé le mariage de ce'
jeune monarque avec une des grandes- duchesses de
Russie ; ne sont point encore applanis . Le principal
est le changement de religion , sur lequel il paraît
difficile de concilier les deux cours . Paul Ier . consent
à ce changement ; mais il voudrait qu'il ne se fît qu'en
Suede ; Gustave , au contraire , exige qu'il ait lieu en
Russie . On peut deviner les motifs de l'empereur.
On ne devine pas de même ceux du roi de Suede .
Chez un peuple aussi superstitieux que le peuple
russe , une abjuration permise , ordonnée par l'empereur
à sa fille pour un intérêt purement terrestre ,
doit être un grand scandale , qu'il est d'une bonne
politique d'éviter. Mais ce même acte serait en Suede
un sujet d'édification .
De Francfort-sur- le - Mein , le 8 mars .
L'archiduc Charles , après avoir fait une très-courte
apparition en Italie , qui n'a été signalée par d'autres
événemens que quelques revues , est reparti tout-àcoup
pour Vienne . Toutes les gazettes de nos contrées
retentissent des acclamations qui se sont fait
entendre à l'arrivée de ce jeune prince dans la capitale
des Etats héréditaires de la maison d'Autriche ,
et sont remplies de la description des fêtes qui lui
ont été données ; mais ces fêtes ne se sont pas passées
sans quelques désordres , et pour les réprimer
on a été obligé de recourir aux mesures les plus séveres
de la police militaire . L'objet de son voyage
n'était pas au reste de recueillir des félicitations ;
mais de concerter le plan d'une nouvelle campagne .
Dans les rapports qu il a présentés à l'empereur , on
assure que les généraux qui commandaient en Italie
· ( 366 )
ont, été gravement inculpés. C'est une maniere de
se consoler des désastres qu'ils ont éprouvés ; et l'on
pourrait voir sans peine que l'on adoptât cette espere
de consolation , si elle ne donnait pas l'espérance
qu'il suffit de changer les chefs des armées pour en
changer les destinees ; espérance fatale qui prolonge
Thorrible fléau de la guerre.
Cependant aucune puissance ne paraît plus intéressée
à le faire cesser que l'Autriche , en considérant
la position dans laquelle elle se trouve aujourd'hui
. Placée entre un ennemi , dont elle a , par de
nombreuses défaites , appris à connaître les immenses
ressources , le génie , et le courage , et un ancien rival'
jaloux de la considération et de l'influence dont elle
jouissait dans l'empire germanique , et qui profite
habilement de ses embarras pour lui faire perdre cet
antique héritage , ou pour le partager du moins avec
elle , il semble qu'elle devrait aller au devant de
toutes les propositions de paix . L'on assure qu'au
contraire elle persiste à n'en vouloir écouter aucune .
Si l'on en croyait quelques bruits , sa persévérance
aurait une explication simple ; car il faudrait effacer
une partie du tableau que nous avons tracé de sa
situation . On dit en effet que l'on a profité de l'état
d'affaiblissement et de langueur où se trouve le roi
de Prusse , pour l'environner de gens intéressés à le
tromper ; que l'on a semé autour de lui la défiance ,
les craintes , les soupçons , qu'on est parvenu à lui
faire regarder les Français comme des ennemis de son
autorité et de la splendeur de sa maison ; et que ce
monarque alarmé , voit maintenant sa perte dans une
neutralité , dont il a cependant recueilli déja d'immenses
avantages. On ajoute que pour le détermi
ner plus sûrement à s'engager de nouveau dans la
coalition , on a fait briller à ses yeux l'espoir de voir
réunir , avec le consentement de l'Empire . les électorats
ecclésiastiques à ses Etats , à condition toutefois
qu'il fera rentrer l'Autriche dans les possessions
qu'elle a perdues . Quelqu'absurdes que soient ces
bruits , qui supposeraient dans le roi de Prusse autant
de démence que de perfidie , ils ont été accueil(
367 )
lis ; mais on doit croire que ce n'est que parmi ceux
qui auraient un intérêt direct à ce que l'événement
les justifiât. Tous les observateurs , exempts d'esprit'
de parti , les ont rejettés avec dédain .
Mais il est d'autres conjectures , qui ont à leurs
yeux un grand caractere de vraisemblance ; telle est
celle d'une médiation de la part de la Russie . C'est ,
dit-on , le comte de Stackelberg qui est chargé d'en
faire , au nom de Paul Ier. , la proposition aux puissances
belligérantes. Si elle est accueillie , et s'il est
possible que le monarque russe se montre dans les
négociations avec le désintéressement , et , si l'on ose
s'exprimer ainsi , l'impassibilité qui conviennent à un
médiateur , il attachera , de la maniere la plus glorieuse
, son nom à un des plus grands événemens de
l'histoire moderne .
ITALIE. De Bologne , le 28 février.
Un ami de la libertê , prévoyant les obstacles que rencontrerait
l'établissement d'une constitution républicaine en Italie
, si les Italiens étaient chargés eux-mêmes de la faire ,
desirait que le conquérant nous imposât la liberté comme on
impose un joug. Il prétendait que les droits du peuple n'auraient
pas été violés , puisque l'exercice de tous ses droits lui
aurait été assuré par la constitution imposée , et qu'il aurait
eté libre de la changer : il ajoutait que ces procédés auraient
été aussi avantageux à l'Italie qu'à la France , parce qu'on
épargnait à l'une les crises d'une révolution , et parce que
l'autre ne trouvera un allié utile dans les peuples conquis ,
qu'autant qu'ils auront une constitution , et qu'ils formeront
une véritable République .
Tout ce qui se passe aujourd'hui dans les provinces cispadanes,
prouve que cette opinion n'était rien moins qu'absurde .
On a vu d'abord l'aristocratie de Bologne , qui n'avait embrassé
la révolution que dans l'espérance de recouvrer ses anciens
priviléges , se presser de se donner une constitution
sans attendre que Reggio , Modene et Ferrare pussent se
joindre à Bologne . Les aristocrates bolonais espéraient , avec
fondement , que si leur ville restait isolée , ils conserveraient
tout le pouvoir, malgré les formes démocratiques qu'on pour-`
rait adopter. Ils convoquerent les assemblées primaires , et
firent accepter la nouvelle constitution , lorsque le congrès
des peuples cispadans avait déja été fixé à Reggio . Ils se flat(
368 )
taient que les Modenois , les Reggiens , les Ferrarois suivraient
leur exemple , et que les provinces cispadanes ne
seraient liées que par le fédéralisme . La fermété des braves
Reggiens et des autres patriotes éluda les intentions perfides
des aristocrates bolonais . Le congrès décréta l'unité indivisible ,
et empêcha l'établissement de la nouvelle constitution de Bologne
. Les actes du congrès contiennent les preuves de tousles
efforts que les représentans de l'aristocratie ont faits pour,
rendre nul le décret de l'unité . Ils ont épuisé tous les sophismes
, tous les subterfuges , toutes les ruses de la chicaue
et de la mauvaise foi-
Aujourd'hui le grand objet qui occupe les mêmes représentans
, c'est de prévenir la réunion de la Lombardie et des
nouvelles conquêtes avec la république cispadane. C'est
dans cette vue qu'ils se pressent de fabriquer une constitution
quelconque , et de la présenter à l'acceptation du peuple. Ils
esperent que la nouvelle constitution , une fois établie , ils
pourront repousser l'union avec les autres pays , et conserverleur
influence aristocratique . Personne ne peut nier que telles
sont leurs vues , puisque eux -mêmes ne prennent pas la peine
de les cacher.
mes
Le député de Carrara, Lizzoli , à peine arrivé au congrès ,
y debita un discours niaisement sophistique , dans lequel il
soutint qu'il fallait , à l'exemple de la France , se donner
vite une constitution quelconque ; qu'il est question no d'en
avoir une bonne , mais d'en avoir une. En d'autres
cela veut dire que le congrès et le peuple doivent approuver
l'oeuvre aristocratique que présenteront les prétendus Republicains
qui dominent au congrès , et ne pas attendre que la
Lombardie et les pays conquis soient réunis , et envoient
leurs députés au congrès , ce qui ferait perdre la majorité aux
aristocrates cispadans,
Lizzoli , pour prouver son étrange proposition , ne se contente
pas de citer l'exemple de la France , comme si elle
avait fait et établi sa constitution dans l'espace d'un mois .)
Avec la même boune - foi et la même justesse d'esprit , il tire
plusieurs argumens de l'état et des intérêts politiques des
puissances belligérantes . Il soutient que la France ne pouvant
obtenir la paix qu'en accordant des compensations , rendra
la Lombardie ; et que quant aux provinces cispadanes , elle.
n'a aucun intérêt à maintenir leur indépendance , etc. On est
étonné d'un pareil excès d'impudence , lorsque l'on considere
que ce discours a été prononcé le 31 janvier , après les
dernieres victoires décisives des Français ; lorsque Mantone
demandait
( 369 )
demandait déja à capituler , et que Buonaparte marchait en
Romagne . Mais on trouve tout simple ce langage du prétendu
citoyen Lizzoli , lorsqu'on sait qu'il est fils d'un chambellan
du duc de Modene , qu'il faisait assiduement sa cour
à l'archiduc de Milan , et qu'il aspirait à être conseiller de la
régence de Massa .
On espere que le général Buonaparte , de retour de ses
nouvelles conquêtes , intimera au congrès de suspendre ses
travaux constitutionnels . Le projet de constitution que la
majorité du congrès adopterait aujourd'hui serait nécessairement
mauvais ; il serait de plus inutile , puisque les députés
des provinces qui vont se réunir à la République Cispadane ,
ne pourraient pas adopter ce qui ne seraie pas leur ouvrage
, et qu'il faudrait le recommencer , etc.
ANGLETERRE. De Londres , le 4 mars.
Le lord Spencer , l'un des lords de l'amirauté , a envoyé ,
ce matin , au lord maire , la lettre suivante , en date du 3.
J'ai la satisfaction de vous informer que le capitaine
Calder est arrivé en ce moment avec des dépêches de l'amiral
sir John Jervis , datées de la baie de Lagos , le 16 du mois
dernier , qui annoncent que , le 14 , il a rencontré la flotte
espagnole consistant en 27 vaisseaux de ligne , et qu'après
une action d'environ cinq à six heures , il a eu le bonheur
de s'emparer de deux vaisseaux de l'ennemi , de 112 canons ,
d'un de 80 , et d'un de 74. L'escadre anglaise , consistant
en quinze vaisseaux de ligne , n'a éprouvé aucun dommage
considérable , et la perte des officiers et hommes des équipages
n'a pas été grande , etc. "
Les vaisseaux espagnoles qui ont été pris , sont Salvador
del Mundo , de 112 canons ; San -Josef, de 112 ; San-Nicolas
de 84 ; San-Isidoro , de 74 .
D'après la liste envoyée par l'amiral Jervis , il y a eu sur
ces vaisseaux 261 hommes tués , et 342 blessés ; total , 603 .
Parmi les morts est le général don Francisco-Xavier Winthuysen
, chef d'escadre . Les Anglais ont eu 73 hommes
tués , et 227 blessés ; total , 300 .
L'escadre espagnole était composée de 27 vaisseaux , dont
un de 130 canons , six de 112 , un de 84 , et dix-neuf de 74.
La chambre des communes , dans la séance du 4 , a voté
unanimement sur la motion de M. Dundas , .. des remercîmens
à sir John Jervis , chevalier du Bain , pour la brillante
et décisive victoire , obtenue le 14 février par la flotte qui est
sous son commandement. ,,
Tome XXVII. A a
( 370 )
M. Fox , en secondant la motion , du ministre , a dit que .
c'était le plus brillant exploit qui ait jamais honoré la marine
anglaise .
M. Martin a observé que cette victoire prouvait combien il
serait avantageux pour nous que nos opérations fussentbornées
aux affaires de mer.
M. Keene ayant fait ensuite la motion que la chambre
présentât une adresse au roi , pour le prier de donner quel- .
que marque signalée de faveur à sir John Jervis , pour l'habite ,
vaillante et glorieuse conduite avec laquelle la flotte qu'il·
commande a obtenu une si brillante victoire , M. Dundas ,
et ensuite M. Pitt , ont dit à la chambre que présenter une
telle adresse , ce serait faire une sorte d'injure au Pouvoir
exécutif ; ce serait le supposer moins reconnaissant ,
moins attentif et moins prompt à récompenser le mérite que
la chambre même , etc.
Qu
La motion de M. Keene a été retirée , quoique M. Grey eût
observé qu'elle n'était pas sans exemple , et eût rappellé une ,
pareille adresse de la chambre des communes , en 1704 , en
faveur du duc de Marlborough .
Sur la motion de M. Dundas , la chambre a voté ensuite
des remercimens au vice-amiral Thompson , au vice -amiral
Parker , au capitaine Nelson ', et aux autres capitaines de la
flotte de John Jervis . La chambre a passé aussi une résolution ,
par laquelle elle approuve hautement la conduite des équipages
à bord des différens vaisseaux de cette flotte , et charge
les capitaines de ces vaisseaux de les lui faire connaître .
Dans la même séance du 4 , le comité , nommé la veille '
la chambre pour prendre des informations sur les engagemens
de la banque , a fait son rapport , dont voici la
par
substance :
Le 25 février dernier , ces engagemens se montaient d'
13,770,390 liv . sterlings ; et les fonds pour répondre à ces,
engagemens , à 17,597,280 liv. , non compris ce qui est dû par
le gouvernement à la banque , et qui se monte à 11,686,800 l .;
indépendamment de cette dette , la balance en faveur des
fonds de la banque , est par conséquent de 3,826,890 liv . Si
on ajoute la somme due par le gouvernement , la banque paraît
avoir la somme de 15,513,690 liv. sterling au- delà de ce
qu'elle a à payer pour toutes ses
dee
tes .
Tel était l'etat de la banque au 25 février dernier. Le comité
ditt
que depuis ce tems la banque aa ffaaiitt une émission de billets ,
mais sur de bonnes sûretés , etc.
( 371 )
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CORPS LEGISLATIF.
1
@
F
Séances des deux Conseils , du 15 au 25 Ventôse.
Dumolard : Plusieurs lettres particulieres annoncent
qu'une escadre française a débarqué , sur les
côtes de la Grande - Bretagne , plusieurs centaines de
forçats tirés des bagnes de Brest et de Rochefort ;
' quel qu'ait été le
succès
de cette entreprise , elle
doit fixer l'attention du législateur. Le ministre de
la marine , le Directoire lui- même ont - ils le droit
de soustraire ou de cominuer la peine qu'ils ont encourue
légalement ? Cette mesure n'est- elle pas profondément
immorale et violatrice du droit des gens ?
Sommes- nous au tems où l'on décrétait la guerre à
mort ; et si nos ennemis sont capables d'atrocités
pareilles , est- ce à nous de les imiter ou de leur en
donner l'exemple? Je présume que si les faits sont vrais,
le gouvernement a été entraîné par le desir ardent
de forcer à la paix le plus perfide et l'éternel ennemi
de la France. Je demande qu'il soit fait au Directoire
un message , tendant à obtenir des renseignemens
sur cet objet. Cette proposition amene une discussion
assez vive , qui se termine néanmoins par son
adoption.
Sur le rapport de Chassey , le conseil arrête que
la résidence requise par l'art XVII de l'acte consti-
' tutionnel , pour voter aux assemblées primaires d'un
canton , ne se perd point par le simple séjour hors
de ce canton , quelle qu'ait été sa durée , s'il n'a été
occasionné que par le service militaire , par l'exercice
de fonctions publiques , ou par l'effet d'une
force majeure.
Réciproquement il ne s'acquiert point
par un pareil séjour , s'il a eu la même cause , En
conséquence , les fonctionnaires publics et militaires
rentrés chez eux par congé y seront admis aux assemblées
primaires , quoiqu'absens depuis plus d'unlan ;
et ils ne pourront voter dans les cantons qu'ils babitent
pour exercer leurs fonctions , qu'autant qu'ils
y auront transféré leur domicile depuis plus d'un
an , en se faisant inscrire sur le registre civique .
A ag
"
( 372 )
83
•
La discussion se rétablit , le 17 , sur le projet de
Chassey , relatif à la proposition faite par le Directoire
, de commuer ou d'atténuer les peines que
pourraient encourir des accusés qui découvriraient
ears complices.
Boissy - d'Anglas réclame la question préalable. La
suite de la discussion est ajournée
Organe d'une commission spéciale , Rouyer présente
un projet tendant à ce que tous les citoyens de
Toulon qui étaient employés dans les armées de la
République , et qui ne se sont point trouvés dans
cette commune , à l'époque de sa prise par les Anglais
, puissent obtenir sur- le -champ la main - levée du
séquestre apposé sur leurs biens , par ordre des représentans
du peuple , alors en mission dans ces
contrées .
Le général Rochambeau renouvelle ses instances
auprès du conseil , pour s'occuper de son sort , et
Je piie de lui assigner des juges . Sur cette derniere
demande , le conseil passe à l'ordre du jour , et ren
voie le surplus de la pétition à la commission existante
.
Une longue discussion s'éleve sur le projet de résolution
concernant l'affaire des freres Basterèche ,
relativement à la contestation de la prise du corsaire
l'Eclair. Après deux heures de débats fort ennuyeux ,
de conseil à rapporté la loi du 28 fructidor dernier,
par laquelle il avait confirmé l'arrêté des représentans
Laignelot et Lequinio , et annullé la décision
du conseil exécutif provisoire , relativement à la prisè
de l'Eclair .
On a ordonné l'impression de divers nouveaux
projets présentés par Chassey , relativement aux
transactions entre particuliers , et l'ajournement à
trois jours.
871
Oudot fait , le 18 , la seconde lecture de son projet
d'organisation de la justice civile..
Treilhard présente , sur les recettes et dépenses de
Tan Vune foule de projets de résolutions et de
tableaux , dont le conseil ordonne l'impression et
l'ajournement . Il n'adopte que celui concernant le
mode de perception d'un second cinquieme sur le
montant des contributions de l'an V , lequel sera
( 373 )
mis en recouvrement dans le mois de germinal prochain.
Parmi les projets ajournés , on en remarque un qui
tend à diminuer les droits de timbre ; et un autre qui
tend à établir une loterie nationale , laquelle devrait
produire une somme de 18 millions .
Organe de la commission des finances , Cambacérès
présente deux projets de résolution , dont le conseil
ordonne l'impression et l'ajournement.
L'un tend à accélérer la vente à l'enchere des bâtimens
nationaux qui ne tiennent pas à des propriétés
rurales , ou ne servent pas à leur exploitation : les
acquéreurs auraient la faculté d'en payer le prix avec
des inscriptions au grand livre de la dette publique .
L'autre est relatif à divers embellissemens à faire
au jardin national des Tuileries et à l'achevement
de la grande galerie du Louvre.
C
Il y aura demain comité général pour entendre un
rapport de la commission des dépenses , par Dubois
( des Vosges ) , sur un message du Directoire .
Le conseil des Anciens ne s'est occupé , dans ses
séances des 16 et 17 ventôse , que de résolutions ielatives
à des intérêts particuliers.
Plusieurs orateurs ont été entendus , le 18 , pour
et contre , dans la discussion relative au rétablissement
de la contrainte par corps . Durand- Maillane l'a
combattue . La discussion étant renvoyée au lendemain
, Bar a soutenu qu'elle était contraire 1º , à
I art. IV de la déclartion des droits , qui dit que nul
ne peut se vendre ni être vendu , et que l'homme qui
se soumet à la contrainte par corps , ne fait pas autre
chose ; 2 °. à l'art , CCCLXII de l'acte constitutionnel ,
portant que la loi ne reconnaît aucun engagement
contraire aux droits de l'homme : or un de ces droits
est sans contredit celui de jouir de sa liberté ; 3 °. à l'article
CXXII , qui dit que nul ne peut être saisi que
pour être traduit devant l'officier de police , et ne
peut être détenu qu'en vertu d'un mandat d'arrêt ,
d'un décret de prise de corps d'un tribunal , ou d'un
jugement de condamnation .
Creuzé- Latouche trouve , dans les dispositions de
ce même article , la réponse aux objections de Bar,
Ara 30
( 374 )
Il établit ensuite qu'elle n'est pas contraire à la cons
titution . Vous avez soumis , dit- il , les soldats à des
regles plus séveres que les autres citoyens , sans
blesser la constitution ; pourquoi ne pourriez - vous
faire également pour le commerce des lois particulieres
? La suite de la discussion est ajournée à demain,
d
Le conseil a ensuite approuvé diverses résolutions :
1° . celle concernant les secours à domicile ; 2 °. celle
pprtant que les prochaines assemblées électorales se
tiendront , sans excepsion , dans chaque chef-lieu de
département ; 3 ° . celle qui ordonne la perception
prochaine d'un second cinquieme des contributions
de l'an V.
Siméon donne , le 19 , au conseil des Cinq - cents ,
la seconde lecture de son projet de résolution sur
les peines à infliger aux gardiens et gendarmes qui ,
par négligence ou autrement , favorisent l'évasion
des détenus confiés à leurs soirs . En conséquence
de son arrêté d'hier , le conseil se forme en comité
général.
Lamarque fait , le 20 , un rapport sur les suspensions
ou annulations de ventes de biens nationaux ,
prononcée par le ministre des finances et le Directoire
. Une foule de réclamations se sont élevées sur
cette
elatiere
; on
peut
les
ranger
en
cinq
classes
.
4
7 Les uns se plaignent que les ventes d'un grand
nombre de maisons nationales ont été suspendues .
Les autres réclament contre la suspension de la
vente des biens nationaux , appartenant aux ci - devaut
chevaliers de Malte..
Un grand nombre de soumissionnaites exposent
qu'après leur soumission et le paiement par eux fait
des trois premiers quarts , leurs ventes ont été suspendues
et même annullées .
La quatrieme classe comprend les suspensions motivées
sur des irrégularités ou vices de forme.
Enfin , une cinquieme classe de suspension a élevé
cette question importante : La loi ayant déclaré nationaux
et aliénables les biens possédés , dans le territoire
de la République , par les princes étrangers
qui se trouvaient en guerre contre elle , ou au service
de ses ennemis , a - t on pu suspendre les ventes sur
des considérations politiques ?
( 375 )
3
Le rapporteur se livre à l'examen des lois relatives
à l'aliénation des domaines nationaux . Il pense
1. que l'on ne pouvait excepter de la vente que
les maisons nationales qui , par une loi , etaient
affectées à quelque service public ; 2 ° . que les biens
des ci - devant chevaliers de Malte , d'après la loi du
19 septembre 1792 , doivent être vendus comme les
autres biens nationaux ; 3° . que les tiers réclamans
ne peuvent prétendre qu'à des indemnités ; 4° . que
des vices de forme ne peuvent être allégués , qu'autant
qu'ils sont le fait des acquéreurs ; 5º . que les lois
des 14 mai et 3 juin 1793 ordonnent formellement le
sequestre et la mise en vente des biens possédés , sur
le térritoire de la République , par les princes étran
gers .
Il soutient que des considérations politiques , ou
des négociations entamées par le gouvernement ,
n'ont pu autoriser l'ajournement de l'exécution de
ces lois.
&
Il examine quelle mesure prendra le Corps législatif.
Si d'une part la constitution lui interdit l'exercice
du pouvoir exécutif ; de l'autre , elle défend au
Directoire de s'immiscer dans les fonctions législatives
, et elle le rend responsable de la suspension
ou de l'inexécution des lois .
Dans les suspensions de ventes qui ont été reconnues
contraires aux lois , la commission n'a point yu
de délit , mais seulement des erreurs , des irrégularites
majeures et de fausses interprétations de la loi ,
qu'il est impossible de laisser subsister. Elle propose
une mesure générale et législative , d'après laquelle,
par la force des lois subsistantes , interprêtées , s'il
le faut , toutes ces suspensions pourront être rapportées
par les autorités de qui elles sont émanées ,
ou rectifiées par les autorités supérieures.
Le rapporteur propose un projet conforme à des
principes. Ajourné.
Dumolard dénonce un arrêté du Directoire , portant
que les prévenus d'émigration sont privés du
droit de voter dans les assemblées primaires. Il dit
que cette faculté appartient à tous ceux que la constitution
n'en dépouille point ; qu'il y a des milliers
A a
( 376 )
de citoyens inscrits à tort sur des listes d'émigrés
qui réclament depuis long tems envain ; qu'on peut
encore en inscrire d'autres , et qu'il ne dépendrait -
ainsi que du Directoire de frapper d'une incapacité
politique ceux qui lui déplairaient. Il demande le
renvoi de cet arrêté à une commission qui l'examinera
. Adopté . Le conseil se forme de nouveau en
comité général.
Paradis propose , le 19 , au conseil des Anciens ,
d'approuver la résolution relative aux fonctionnaires
publics et militaires . La commission a trouvé qu'elle
était conforme à la constitution , et juste dans l'interprétation
qu'elle donne à l'art. XVII de l'acte.
constitutionnel . Il n'est pas convenable de priver du
droit de voter dans les assemblées primaires de leur
domicile , ceux qui ne se sont absentés que pour
remplir des fonctions publiques , ou défendre l'Etat .
Duprat a , le 21 , la parole au nom de la commission
qui a été chargée hier d'examiner l'arrêté du
Directoire , par lequel il a déclaré que les personnes
inscrites sur les listes d'émigrés qui n'ont pas obtenu
leur radiation , ne pouvaient pas voter dans les
assemblées primaires.
Le rapporteur établit que cet arrêté est contraire
aux lois constitutionnelles ; il les lit. 1;
Le respect pour les droits du peuple a dicté cet
article de la constitution , qui veut que les difficultés
sur la capacité politique des citoyens ne puissent
être jugées même par le Corps législatif : à plus forte
raison ne peuvent- elles, l'être par le Directoire exécutif.
C'est au peuple seul , réuni dans les assemblées
primaires , qu'il a été réservé de prononcer sur ces
sortes de difficultés ; et c'est une des bâses les plus
sacrées comme les plus solides de sa liberté .
Duprat discute ensuite le rapport du ministre de
la justice , et s'attache à montrer qu'il n'est fondé ni
en raison , ni en justice , et qu'il n'est nullement conforme
aux dispositions de l'acte constitutionnel .
Cependant il ne propose pas d'annuller l'arrêté ; la
commission a pense que le Directoire s'empresserait
de le rapporter ou de le circonscrire dans les limites
marquées par la constitution .
Duprat propose ensuite un projet de résolution
( 377 )
portant que les citoyens compris dans les articles I et
II de la loi du 16 frimaire an V , ne sont pas exclus
de voter dans les assemblées primaires .
La présente résolution serait portée dans les dé
partemens par des couriers extraordinaires .
Cette derniere disposition excite de vifs murmures ;
on demande la question préalable sur tout le projet.
Villetar a soutenu que l'arrêté du Directoire est
conforme à la loi ; si conforme , dit-il , que cette loi
est rappellée et transcrite en entier dans la proclamation
que le Directoire a faite le gouvernement eût
donc été coupable s'il n'eût pas pris les mesures
nécessaires pour l'exécution de cette loi.
Après de longs débats , et sur la proposition de
Berlier , le conseil a décidé que les prévenus d'émigration
qui ont obtenu leur radiation provisoire
seront admis à voter dans les assemblées primaires .
D'après un rapport de Delleville , il est résolu , le
22 , que tous les membres provisoires des corps judiciaires
et administratifs dans les neuf départemens
réunis , seront renouvellés dans les formes prescrites
par la loi , et que ces fonctionnaires pourront être
réélus, Sur la proposition de Camus le conseil se
forme en comité général .
Cambacérès soumet à la discussion trois projets de
résolution qu'il a présentés il y a quelques jours , et
dont l'objet principal est d'admettre les inscriptions
au grand livre en paiement de maisons nationales.
que le gouvernement serait autorisé à aliéner.
Jourdan s'est fortement opposé au projet de Cambacérès.
""
Boissy , Thibaudeau et plusieurs autres membres
ayant voté pour l'impression de son discours , il en
est résulté de vifs débats , qui se sont terminés par
l'ordre du jour sur l'impression .
La discussion sera continuée demain 24 .
Sur le rapport de Ligeret , le conseil des Anciens
adopte la résolution qui ordonne le remplacement
des membres du dernier tiers du Corps législatif ,
morts ou démissionnaires.
On a repris , le 22 la discussion sur la contrainte
par corps.
Goupil consentirait à ce qu'elle fût admise pour
( 378 )
A
affaires de commerce ; mais il la regarde comme inconstitutionnelle
et injuste , dès qu'elle s'étend à
d'autres . Thibaut parle en sa faveur.
On ajourne au lendemain .
Baudin ayant ledit jour la parole , trouve la résolution
contraire à la constitution et aux principes
d'égalité et de liberté qui lui servent de base . Ce
serait établir un privilege en faveur d'une classe de
citoyens, celle des commerçans , dont on ferait bientôt
un ordre d'autant plus puissant dans l'Etat , qu'il aurait
de grandes richesses . Baudin aimerait mieux voir
établir la contrainte par corps pour toutes les affaires
civiles , que de ne la voir admettre que pour les
affaires commerciales seulement, Il vote contre la
résolution . Regnier pense que ce n'est pas en ce moment,
où la mauvalse foi des débiteurs est de notoriété
publique , qu'il faut abolir la contrainte par corps ,
ou maintenir son abolition.
Plusieurs orateurs ont dit que la résolution était
trop vague ; mais Regnier leur objecte qu'en ce moment
une commission du conseil des Cinq - cents
s'occupe des objets de détails , qu'une loi étendue
rémédiera à tous les inconvéniens que l'on craint.
La contrainte par corps est nécessaire aujourd'hui ,
indispensable même , non pas seulement pour la
prospérité du commerce , mais encore pour sa conservation
.
La contrainte par corps , dans l'origine , n'a pas été
établie pour le tien d'une classe de créanciers , mais
pour l'intérêt général . En effet , un débiteur ne paie
pas son créancier , celui- ci ne peut par- là même payer
lseiosnien, ainsi de suite , de- là il résulte une confusión
, un trouble qui gêne la société entière . Sans
doute la contrainte par corps a ses inconvéniens .
mais ce n'est que par- là que le sage juge . Il met
dans la balance la somme des avantages d'un côté ;
de l'autre , la somme des désavantages , et il juge
par le résultat et dans cette question : il est de fait ,
et l'assentiment de toutes les nations de l'Europe le
prouve , que la contrainte par corps a plus d'avanvantages
que de désavantages. D'après ces considérations
Regnier vote pour l'adoption .
Cornilleau trouve la résolution injuste , en ce
( 379 )
qu'elle frappe le malheur autant que l'escroquerie ;
inexécutable , en ce qu'elle ne peut marcher qu'à
l'aide d'une autre loi qu'on promet. Il vote pour le
rejet. La discussion est interrompue un instant , et le
conseil reçoit et approuve de suite trois résolutions
d'hier. La premiere porte que les départemens réunis
nommeront , cette année , aux places administratives
et judiciaires , dont la nomination appartient au
peuple .
C
La seconde accorde une indemnité de 3 liv . pat
jour , aux électeurs qui seront obligés de se déplacer.
La troisieme porte que la division en départemens
de la Belgique , faite par le comité de salut public ,
est provisoirement maintenue.
爨
Portalis parle ensuite en faveur de la résolution.
Nous donnerons son opinion.
La commission chargée d'examiner s'il ne serait
pas convenable d'accorder une indemnité aux élec
teurs , fait son rapport au conseil des Cinq- cents .
Elle pense qu'il est juste de les dédommager de leur
déplacement , et de les mettre à portée de se rendre
au poste où ils seront appellés par la confiance de
leurs concitoyens , et elle propose à cet effet une indemnité
de 30 sous par jour , et 15 sous par lieue
pour frais de voyage.
Plusieurs membres se récrient sur la modicité ,
Le conseil , en la reconnaissant , arrête que les
électeurs recevront 3 liv. par chaque jour de présence
à l'assemblée électorale , et 15 sous par lieue . Ceux
qui sont domiciliés dans les communes où se tiendront
les assemblées électorales , n'auront droit à aucune
indemnité .
Les articles CCCCIV et DXIV du code des délits
et des peines du 3 brumaire an IV , porte que tout
juré qui ne se rendra pas sur la sommation à lui faite ,
sera condamné à la privation de son droit de suffrage
et d'éligibilité pendant deux ans . Ils donnent lieu
à l'examen de la question , s'ils ne sont pas contraires
à la constitution , et dans le cas d'être rapportés .
La majorité du conseil étant de cet avis , le rapport
est ordonné , et il st en outre décidé que les
jugemens rendus ne pourront être opposés aux jurés
qui seraient dans ce cas .
Les militaires isolés par leurs places des corps de
1
( 380 )
troupes , auront-ils droit de voter dans les assemblées
primaires ? Telle a été la question agitée ensuite
, et résolue en ces termes : Conformément à
T'art , III de la résolution du 16 ventôse , tout individu
attaché au service des armées de terre et de mer , ne
faisant partie d'aucun corps armé , soit en garnison
dans le lieu , soit en rade , ayant d'ailleurs les qualités
requises , pourra voter dans les assemblées primaires
et communales des cantons où il exerce ses
fonctions , s'il y avait précédemment son domicile
au s'il l'y avait transféré , depuis au moins un an ,
par son inscription sur le registre civique de l'administration
municipale,
9
On a repris , le 24 , la discussion sur les projets
présentés par Cambacérès. Ils ont été adoptés après
avoir éprouvé quelques amendemens .
Aujourd'hui 25 , il y a eu une longue discussion
sur la question de savoir si les électeurs qui vont
être nommés seront tenus comme l'a proposé
Fabre , de préter le serment de haine à la royauté .
Cette discussion continuera demain .
Le conseil des Anciens a approuvé , 1. la réso-
Jution relative aux jures qui ne se sont pas rendus
à leur poste; . celle concernant les militaires isolés .
La discussion sur la résolution qui rétablit la contrainte
par corps , a été reprise.
Après que Dupont ( de Nemours ) a été de nouveau
entendu le conseil a fermé la discussion , et la résolution
a été adoptée .
PARIS . Nonidi 29 ventôse , l'an 5. de la République.
Le bruit s'était répandu au commencement de cette décade ,
qu'un envoyé extraordinaire de Londres était arrivé en cette
ville ; cette nouvelle est absolument dénuće de fondement.
On annonce que le cit . Chambonas, ci -devant ministre des
relations étrangeres dans les derniers tems de Louis XVI , est
parti chargé par le Directoire d'une mission particuliere auprès
de la cour de Berlin . On a publié qu'il avait pour objet de demander
les motifs des préparatifs immenses que fait le roi de
Prusse , et qui sont de nature à inquieter le gouvernement
français. Ceux qui donnent cette destination à la mission du
cit. Chambonas , sont les mêmes qui avaient annoncé que le
roi de Prusse était rentré dans la coalition . Il n'est pas probable
que le Directoire ait envoyé un ministre extraordinaire
2
( 381 )
pour un objet que pouvait remplir facilement son ministre
ordinaire à Berlin ; et il est moins probable encore que le roi
de Prusse méconnaisse assez ses véritables intérêts pour se
rengager dans une coalition qui n'aurait pour but que de secourir
la maison d'Autriche qui est son ennemi naturel.
Tout est en mouvement sur le Rhin pour recommencer
de part et d'autres les hostilités . Les généraux français Moreau,
Hoche et autres ont de fréquentes conférences entr'eux , et
des fonds considérables ont été expédiés par la trésorerie
pour nos armées qui sont sur ces frontieres.
Les mêmes préparatifs se font sur les frontieres du Tyrol.
Les armées républicaines y reçoivent journellement de nouveaux
renforts . On annonce quell'archiduc Charles , qui s'était
rendu à Vienne le 19 février , en est reparti le 27 pour se
rendre dans le Tyrol , accompagné du marquis de Bellegarde,
Il y a apparence que Buonaparte aura rejoint également son
armée. Cependant on parle de nouvelles ouvertures de paix
faites le cabinet de Vienne, et que l'on dit être plus acceptables.
par
On apprend que le traité de paix arrêté entre Buonaparte
et les envoyés du pape a été ratifié par sa sainteté . En voici les
principales conditions :
10. Le pape se retire de la coalition . 2 ° . Il fermera ses
ports aux vaisseaux de guerre et aux corsaires dès puissances
armées contre la République , etc. Il renonce àtous ses droi's
sur Avignon et le comtat vénais in , et cede à la République
les légations de Bologne , Ferrare et de la Romagne. 4º. Le
port et la ville d'Ancône resteront à la République jusqu'à la
paix continentale , et le pape payera 30 millions , tant en
numéraire qu'en diamans et autres effets précieux , et en fourniture
de 800 chevaux de cavalerie , et 800 de trait. 6º . Il remettra
les statues , tableaux et autres objets d'art convenus par
le premier armistice . 7 ° . Il fera désavouer , par son ministre
à Paris , l'assassinat de Basseville , et payera 300 mille liv.
pour être réparties entre ceux qui ont souffert de cet attentat.
8°. L'école des arts instituée à Rome pour tous les Français ,
y sera rétablie , et continuera à être dirigée comme avant la
guerre.
*
CONSEIL MILITAIR E.
要
Le conseil militaire a continué ses séances les 25 et 26 de
ce mois .
Le capitaine rapporteur rend compte des interrogatoires
qu'il a fait subir aux divers accusés. Brottier a dit qu'il ne pretendait
pas renverser le gouvernement , mais seulement le
concilier avec les droits et l'autorité légitime de Louis XVIII.
( 382 )
Dunan a d'abord refusé de répondre , en traitant le tribunal
d'incompétent mais sur l'observation du rapporteur , que
ses réponses ne pourraient lui nuire , et qu'il serait toujours,
le maître de faire ses protesta ions en présence. des juges ,
il a consenti à parler . Il a nié tout ce qui peut avoir rapport
à la conspiration , et a soutenu n'avoir été chez le chef de
brigade Malo que pour y conclure un marché d'eau - de -vie .
+
Lavilleur ois a refusé de répondre au rapporteur , en protestant
de l'incompétence du conseil . Il lui a cité l'article de
la constitution , qui porte : Que nul citoyen ne pourra être.
soustrait à ses juges naturels . Il a dit : Qu'il ne cesserait pas
d'invoquer cette constitution , et qu'il ne souffrirait pas qu'elle
fût violée dans sa personne . Je ne répondrai ni au rap-
" porteur , ni au conseil militaire ; si on persiste à vouloir
> me juger , je me pourvoirai en cassation . Lisez l'article
" du code militaire , il porte : Que nul ne pourra être traduit
* devant un conseil de guerre , à moins qu'il ne fasse une
une partie integrante de l'armée , ou qu'il ne soit un embaucheur.
Où sont les soldats que j'ai embauchés ? où sont les
puissances étrangeres pour lesquelles j'ai fait des enrôlemens
? ,
On a lu les interrogatoires subis par Poly , Debar , Labarriere
, Lachaussée et Leveux , qui nient tout ce qui leur est
imputé .
Le 26 , le capitaine - rapporteur a continué la lecture des
interrogatoires . Ils n'offrent aucun intérêt . Ceux des femmes ,
sur- tout , sont très - insignifians ; et on voit avec peine figurer ,
devant un tribunal terrible , des religieuses avec des hommes
qui ont voulu corrompre la fidélité des chefs de la force armee
de Paris . Si elles sont coupables , il existe pour elles d'autres
tribunaux.
Le rapporteur lit un nouvel interrogatoire qu'il a fait subir
à Dunan. Il a dit à cette accusé que toutes les recherches
faites dans le département de la Nievre , dont il se dit natif,
ont été infructueuses , et qu'il n'existe point de famille Duñan .
Cet accusé a répondu que son pere était huissier et protestant ,
et que sa mere accoucha de lui à Saint-Sauve , dans un voyage
que faisaient ses parens , relatif à leur profession , et qu'il
peut se faire qu'ils aient négligé les formalités . On lui a
demandé s'il attendait un porte-feuille de Calais . Ifa répondu
qui . Est-ce le vôtre ? Non. Et on lui a presente celui dans
lequel se trouvait la note signée Louis XVIII , dans laquelle
ce prince reconnaît le chevalier Duverne de Presle et M. Brottier
, pour ses seuls agens à Paris . Il a ajouté ne connaitre
Leveux que pour l'avoir vu une seule fois à Hambourg.
Les autres interrogatoires n'ont présenté aucun intérêt.
(-383 )
HAUTE-COUR DE JUSTICE séante à Vendôme.
Les accusés ne cessent de discourir , d'interrompre et d'injurier
accusateur , témoins , juges et jurés . Voici le procèsverbal
que la Haute- cour a adressé au Corps législatif,
Cejourd'hui 19 ventose , de l'an V de la République Fran
çaise une et indivisible , nous , Yves - Nicolas - Marie Gandon
Charles Pajon , Joseph Colfinhal , Etienne-Vincent Moreau,
et Bruno- Philibert Audier - Massillon , président et juges
composant la haute - cour de justice , étant rentrés dans ia
chambre du conseil , en exécution de l'arrêté pris à l'audience
de cejourd'hui , avons rédigé le procès-verbal qui suit :
7
Depuis l'ouverture des débats , chaque séance a été marquée
par les écarts de plusieurs accusés et de quelques-uns
de leurs défenseurs ; les lois relatives à la haute - cour ne
sont appellées que de prétendues lois ; tous ceux qui ont
concouru aux actes d'accusation , sont qualifiés de tyrans ,
de royalistes , d'ennemis des patriotes , d'oppresseurs du
peuple ; les membres de la haute- cour sont présentés comme
des esclaves employés par le gouvernement , pour égorger
les démocrates et consommer la contre - révolution .
" On était cependant parvenu , avec beaucoup de patience
, à commencer , dans la séance d'hier , qui était la
troisieme , à entendre le commencement de la déposition
du cit. Guillaume , second témoin , lorsque des interpellations
multipliées , tant de la part des accusés que de leurs
défenseurs , lont tellement interrompue , qu'il a été impossible
aux juges et aux jurés d'en saisir les résultats ; la séance
a fini dans cet état de choses.
Les accusateurs nationaux , à l'entrée de celle d'aujourd'hui
, ont cru devoir faire sentir combien il était nécessaire,
de s'occuper du rétablissement de l'ordre dans un débat de
cette importance ; ils ont , en conséquence , conclu à ce
que le cit . Guillaume ne fût point interrompu dans le cours
de sa proposition commencée , et ont requis le tribunal d'en
délibérer.
" Leur discours a été à peine prononcé que le cit. Réal
a demandé la parole , qui lui a été refusée , et la haute- cour
a ordonné qu'elle allait se retirer pour délibérer , et les accusateurs
nationaux et les juges suppléans sont restés dans la
salle d'audience .
" La haute - cour rentrée , a prononcé le jugement dont
l'expédition est ci - jointe : il y a eu un instant de silence , ie
président à fait lui a dit de con.emettre au cit . Guillaume les pieces , et
sa déposition.
( 384 )
Le cit. Real a demandé la parole , elle lui a été refusée
plusieurs des accusés ont formé la même demande , le
président leur a déclaré qu'ils n'auraient la parole qu'après
que le témoin aurait achevé sa déposition.
" Des accusés ont prétendu qu'ils avaient toujours le droit
d'adresser la parole aux jures sans la demander ; ils ont
commencé à parler ; le président les à rappelles à l'ordre
et à l'exécution du jugement qui venait d'être rendu ; il a
été continuellement interrompu par les cris des autres accusés.
Les cit, Réal et Ballyer pere ont également pris la
parole à plusieurs reprises , malgré les efforts du président
pour les en empêcher,
,, Le cit. Bailly , un des accusateurs nationaux , a demandé
et obtenu la parole pour faire des requisitions tendantes au
rétablissement de l'ordre , mais à peine a-t - il commencé son
discours , que sa voix a été couverte par les cris de deux
des défenseurs et d'un grand nombre des accusés. Le président
a fait en vain tous ses efforts pour obtenir le silence
et pour les faire rentret dans l'ordre .
99
Dès que l'accusateur national reprenait la parole , des
cris multipliés couvraient sa voix ; le tumulte allait toujours
en augmentant ; la voix du président et celle des accusateurs
nationaux ne pouvait plus être entendue ; les huissiers
réclamaient en vain le silence , au nom de la loi . Tous les
moyens autor sés par la loi étaient épuisés ; la haute -cour
n'a pu faire cesser ce tumulte scandaleux , qu'en déclarant
qu'elle renvoyait la continuation de la séance au lendemain ,
et qu'elle se retirerait dans la chambre du conseil pour dresser
procès- verbal ; et à l'instant où les membres de la hautecour
se disposaient à se retirer , plusieurs des accusés ont
chanté la strophe de la Marseillaise , Tremblez tyrans, et vous
perfides , en dirigeant le poing fermé vers les membres de la
haute-cour, et ont terminé par le refein : Aux armes , citoyens, etc.
" Les juges étant arrivés dans la chambre du conseil , les
juges suppléans et les accusateurs nationaux sont entrés , et
ont déclaré que le même désordre avait eu lieu pendant que
les juges étaient à délibérer dans la chambre du conseil ;
que les accusateurs nationaux avaient vainement rappelé à
fordre les perturbateurs , et que tous les efforts qu'ils avaient
faits , au nom de la loi , n'avaient fait qu'augmenter l'agitation
et le scandalę .
De tout ce que dessus , nous avons dressé procès -verbal,
qui a été signé par tous les membres de la haute- cour ,
Yes juges suppléans et les accusateurs nationaux . ,,
LENOIR -LAROCHE , Rédacteur,
TABLE
Des
matieres
contenues dans le N°. 13 .
INSTITUT
NATIONAL.
NOTICE OTICE des travaux de la classe des
Sciences morales et
politiques de
l'institut ,
etc.
BOTANIQUE.
Description du
Strelitzia regina .
MORALE.
20
De l'influence des passions sur le bonheur des
individus et des nations , etc.
POESIE.
Le Chat du
Teinturier. [ Fable. ]
ANNONCES.
NOUVELLES
ETRANGERES.
24
36
370
38
39
42
Enigme.
Logogriphe.
SPECTACLES.
Théâtre de
l'Opera
comique .
Etats- Unis
d'Amérique .
Philadelphie.
43
Allemagne.
Hambourg.
48
Angleterre. Londres..
RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères