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1795, 05-07, t. 16, n. 49-60 (24, 29 mai, 3, 8, 13, 18, 23, 28 juin, 3, 8, 13, 18 juillet)
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27.70 Mo
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LIBERTE , ÉGALITÉ.
( Nos . 49 & 0. )
Quintidis & Decadi 10 Prairial.
l'an troifième de la République.
( Dimanche 24 & Vendredi 29 Mai 1795. viens byl. )
MERCURE
FRANÇAIS.
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET
LITTERAIRE
Le prixde l'Abonnement af de toe.
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CALENDRIER
RÉPUBLICAIN.
FLOREAL.
La Luse du moita zo jevs . Du premise au 17 , les jours
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MERCURE
FRANÇAIS
HISTORIQUE ,
POLITIQUE
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PAR UNE SOCIÉTÉ. DE PATRIOTES.
Du Quintidis et Décadi 10 Prairial,
l'an troisieme de la République.
( Dim. 24 et vend. 29 Mai 1795 , vieux style. )
TOME X V I.
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REPUBLIQU
FRANÇAIS
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A
PARIS ,
Au
Bureau du
Mercure , rue des
Poitevins ,
No. 18,
TABLE des matieres littéraires , depuis le 25 mars
jusqu'au 19 mai 1795 , vieux style .
STANCES du citoyen Jauffret sur la naissance de son fils ... page 3 .
Triomphe de la saine philosophie , etc....
Lettre sur l'Accusateur public .
Les charmes de l'enfance , etc. par L. J. Jaueffret..
Du jury des arts...
Du peuple , acceptions de ce mus , etc..
Annonces de livres nouveaux
Vers d'un enfant à son pere....
Charade , Enigme , Logogripke..
Du blanchiment des toiles , etc...
5 .
8 .
33.
36 .
65.
71.
97.
98.
Annonce de géographie et de musique .
Supplément aux crimes des anciens ecmilés de gouvernement,
etc. par J. A. Dulaure , député ....
De la paix dans ses rapports avec les finances , etc...
100 .
101 .
129 .
133.
De la médecine opératoire , par P. Lassus .
Lettre au rédacteur sur le mot Peuple .
Annonce de livres nouveaux .
··
Examen de la constitution de 1793 ..
161.
164.
167.
193.
Euvres de Xenophon , trad, nouvelle par le cit . Gail ...
Notice d'un voyage portugais dans les contrées voisines de
la riviere des Amazonues ..
225.
230,
Suite de l'examen de la constitution de 1793 259.
Annonces de gravures et de musique ..
265.
L'orphelin adopté par sa nourrice , romance de J. Jauffret .
Charade , Enigme...
289.
290.
Notice trouvée dans le portefeuille d'us homme du
monde...
2916
Observations sur le traité des délits des peines , de
Beccaria.. $94.
Suite de l'examen de la constitution de 1793 .
Annonces de livres nouveaux .
3.1.
332.
Appel à l'impartiale postérité , par la citoyenne Roland ,
femme du ministre de l'intérieur. 353. •
Bayerische
Staatsbibliothek
München
( No. 49 et 50. )
MERCURE FRANÇAIS .
4
QUINTIDI 5 et DÉCADI 10 PRAIRIAL, l'an 3. de la République.
( Dimanche 24 et vendredi 29 Mai 1795 , vieux style . )
HISTOIRE POLITIQUE..
APPEL à l'impartiale postérité , par la citoyenne ROLAND ,
femme du ministre de l'intérieur , ou Recueil des écrits
qu'elle a rédigés pendant sa détention aux prisons de l'Abbaye
et de Sainte - Pélagie ; imprimé au profit de sa fille
unique , privée de la fortune de ses pere et mere , dont les
biens sont toujours séquestrés. Premiere et seconde partie ,
avec cette épigraphe : Que ma derniere lettre à ma fille
fixe son attention sur l'objet qui paraît être son devoir
essentiel , et que le souvenir de sa mere l'attache
aux vertus qui consolent de tout ; tirée de
l'écrit intitulé : Mes dernieres pensées. A Paris , chez
LOUVET , libraire , maison d'Egalité , galerie neuve , derriere
le théâtre de la République , nº . 24.
SECOND EXTRAIT.
CETTE seconde partie contient plusieurs articles rela-
0
tifs au premier et au second ministere de Roland , à la
détention de la citoyenne Roland à Sainte - Pélagie , des
observations sur l'acte d'accusation contre les députés ,
par Amar , ses dernieres pensées et tous ces articles
inspirent cet intérêt qu'une femme de sa trempe doit
imprimer à tout ce qui la regarde , à tout ce qu'elle
touche . Son ame y plane avec majesté et avec grace
sur tous les sujets qui viennent s'offrir à elle , et réfléchit
les impressions qu'elle en reçoit avec un éclat et une
force auxquels le sentiment vient souvent mêler ses
charmes . Les deux premiers articles offrent quelques
portraits qu'on a déja vus dans la premiere partie . Le
jugement qu'elle y porte de certaines personnes ne sera
pas peut-être adopté dans toute sa généralité . Il semble
tenir à de certains principes exclusifs et à une certaine
maniere de voir particuliere , qui ne montrent jamais
(4)
*
les choses telles qu'elles sont réellement es sous leurs
véritables dimensions . Mais , comme nous l'avons déja
dit dans la premiere partie , sa vue est plus juste et plus
assurée sur les objets généraux . Voici comme elle envisage
l'état de la France à l'époque de la révolution :
, Elle était comme épuisée d'hommes ; c'est une chose
vraimentsurprenante que leur disette dans cette révolu
tion; il n'y a gueres eu que des pigmées. Ce n'est pas
qu'il manquât desprit , de lumieres , de savoir , dagrémens
, de philosophie , jamais ces ingrédiens n'avaient
été si communs ; mais cette force d'ame que
J. J. Rousseau a si bien définie , le premier áttribut duheros
, soutenue de la justesse d'esprit qui apprécie
chaque chose , de cette étendue de vues qui pénetre
dans l'avenir , dont la réunion constitue le caractere
et compose l'homme supérieur ; on la cherche partout
et on ne la trouve nulle part .
99
Ces qualités en effet sont rarement le partage des
-esprits , même les plus éclairés et les plus familiarisés
avec les idées d'un ordre supérieur. Ordinairement emportés
dans les régions d'un monde intellectuel qui
"n offre pas plus de terme que d'obstacle à leurs combinaisons
, ils s'y livrent à la contemplation des rapports
abstraits avec un calme que rien ne trouble et n'altere ;
c'est ainsi que le Neutonien contemple et apprécie les
rapports et les mouvemens des corps célestes dans un
espace non résistant qui n'ôte rien à la précision de
ses calculs . Mais lorsque la nécessité des choses les ramene
vers le monde réel , qui présente par- tout des
bornes et des résistances , ils y éprouvent tous les désavantages
des esprits qui n'ont point l'habitude de se
mesurer avec elles . C'est bien pis , lorsque des circonstances
fortuites ou inattendues ont amené un nouvel
état de société , qui développe de nouvelles passions
, de nouveaux caracteres , de nouvelles moeurs ,
dans lequel ils n'ont point le secours d'une expérience
qui leur soit propre , alors , faute d'une profonde connaissance
des hommes et des effets qui doivent résulter
dans le corps social , de leurs penchans naturels et de
leurs vices acquis mais long- tems déguisés par la contrainte
des lois , ils restent au - dessous de la position où ils
se trouvent. On peutleur appliquer ce que la cit. Roland ,
dans la premiere partie , dit de Brissot , qu'il connaissa:
tl'nomme , et ne conn : issait point les hommes . Cette
ignorance des hommes est sans doute ce qui a égaré
( 5 )
dans de fausses routes ceux qu'elle appelle ses amis
et qui leur suggérant de fausses mesures , a préparé
eux et autres des maux effroyables , et livré la France
aux brigands dont ils ont été les victimes.
"
5
La chose qui m'ait le plus surpris depuis que l'élé-
" vation de mon mari m'eut donné la faculté de con-
" naître beaucoup de personnes , et particulierement
celles employées dans les grandes aaffffaaiirreess c'est l'u
" niverselle mediocrité ; elle passe tout ce que l'ima-
" gination peut se représenter , et cela dans tous les
» degrés , depuis le commis qui n'a besoin qu
d'u
" esprit juste pour bien saisir une question , de méthode
pour la traiter , d un peu de style pour rédiger les
,, lettres , jusqu'au ministre chargé du gouvernement ,
" au militaire qui doit commander les armées
et
l'ambassadeur fait pour négocier . Jamais sans cette
23 expérience je n'aurais cru mon espece si pauvre , ce
2nn est aussi que de cette époque que j'ai pris de l'assurance
; jusques - là j'étais modeste comme une pensionnaire
de couvent ; je supposais toujours que les
2 gens plus décidés que moi étaient aussi plus habiles .
" Vraiment , je ne m'étonne pas que l'on m'aîmât beaucoup
; on sentait bien que je valais quelque chose ,
et cependant je faisais de bonne- foi les honneurs
l'amour- propre d'autrui .
*
22
2
Le
99
Dans la constitution des êtres sensibles , il est des
qualités et des passions qui se développent ordinairement
avec des affections correspondantes , propres à
les renforcer ou à les modérer. Telle est dans la femme
la pudeur qui naît precisement avec les desirs qu'elle
est destinée à réprimer ; tteells sont le courage qui accompagne
la force , l'orgueil qui suit les talens , qui les
entamme et les les soutient. Par une singularité remarquable
, la citoyenne Roland paraît avoir été exempte
centermer sentiment , qui , par plusieus raiso
doit
avoir plus d'activité dans son sexe . Long - tems renfermée
dans l'intérieurde sa maison et se conformant à l'état de
son mari, qui était homme de lettres , elle s'occupait à
lire ou écrivait sur la morale , la philosophie et l'économie
politique , comme toute autre femme fait de la
broderie , sans penser peut-être qu'il y eût pour elle plus
de gloire à faire l'un que l'autre . D'après ses principes
sur la nécessité d'occuper les femmes elle y voyait
une distraction utile sur- tout à son sexe , propre à
donner le change à sa sensibilité , et lui faire prendre un
A 3
( 6 )
cours favorable au bonheur , ou dy moins à la tranquillité
de l'ame ; peut- être aussi , d'après la maxime
d'un ancien , pensait- elle que l'honneur essentiel des
femmes consiste à être ignorées et à faire peu de bruit.
Quoi qu'il en soit , comme c'est l'ordinaire aux personnes
qui vivent peu dans le monde , elle croyait aux réputations
, et subissait avec docilité le joug des hommes
tranchans et décidés , qui sont d'autant plus communs ,
que les qualités qu'ils voudraient faire supposer en
eux sont plus rares . Lorsque son mari fut placé au ministere
, sa nouvelle situation la mit dans le cas de faire
des comparaisons qui lui apprirent le secret de son
mérite. A portée de voir beaucoup de gens dont le
caractere et l'état font présumer les lumieres, en prenant
leur juste mesure , elle fut aussi à même de connaître
exactement la sienne , et en voyant la pauvreté qui
regnait autour d'elle , elle se trouva fort riche ; elle
laisse entrevoir quelquefois le sentiment qu'elle a de
sa supériorité , et met une noble franchise à la place
de ces ménagemens de la modestie , dans lesquels on
semble ne se dérober aux éloges que pour en mériter
un de plus. Elle parle souvent de la force de son ame.
Elle aurait pu s'en dispenser ; earon la voit évidemment.
D'ailleurs , la force ne se prouve que par les actions
les paroles n'ont jamais rien conclu pour en constater
l'existence . La citoyenne Roland n'a laissé aucun doute
sur la sienne , puisqu'elle a reçu la plus belle couronne
que puisse attendre la vertu .
11.
Il est un article plus délicat , sur lequel elle s'explique
avec la même liberté ; c'est l'aveu de ses talens.
La modestie est une verta commune , mais nécessaire
pour l'usage ordinaire de la vie ; il faut être modeste
comme il faut être vêtu! On est convenu que chacun
voilerait , autant qu'il le pourrait son mérite ou l'opinion
qu'il en a pour ne pas blesser l'orgueil trop sensible
des autres , et qu'on attendrait en silence la place
que l'amour-propre d'autrui voudrait bien nous assigner.
C'était le moyen de rendre moins dangereuse cette lutte
des prétentions réciproques qui tient éveillés tous les
membres de la société ; lutte qui exposerait à chaque
instant à des froissemens pénibles , sans les précautions
qui ont substitué des formes plus polies à l'aspérité naturelle
des caracteres . Mais il est des individus qui
sortent de l'ordre commun , et des circonstancès importantes
devant lesquels les regles s abaissent , pour
( 7 )

laisser un libre essor à la vérité , que peut- être elles
affaibliraient. Plus d'une fois , de grands personnages
ont manifesté la haute opinion qu'ils avaient d'eux -mêmes
et de leurs talens , sans choquer les convenances . La
citoyenne Roland l'a fait d'une maniere très-positive
par un motif qui l'honore , et elle l'a fait à ce que
nous croyons , de maniere à laisser en repos la vanitě
des autres. En s'avouant l'auteur de la fameuse lettre
de Roland au roi , elle croit devoir rendre à son mari
ce que la malignité lui ôtait pour le donner à elle ,
et détromper le public sur l'influence qu'on lui supposait
dans les affaires . Elle rend compte de leurs travaux
communs , et se fait un devoir de dire avec équité
la part de gloire qui revenait à chacun.
Il devint ministre , je ne me mêlai point de l'admi
nistration ; mais s'agissait-il d'une circulaire , d'une
» instruction , d'nn écrit public et important , nous en
conférions suivant la confiance dont nous avions
l'usage , et pénétrée de ses idées , nourrie des
", miennes , je prenais la plume que j'avais plus que
lui le tems de conduire . Ayant tous deux les mêmes
principes et le même esprit , nous finissions par nous
accorder sur le mode , et mon mari n'avait rien à perdre
enpassant par mes mains. Je ne pouvais rien exprimer
", en fait de justice et de raison , qu'il ne fut capable
, de réaliser ou de soutenir par son caractere et sa conduite
, et je peignais mieux qu'il n'aurait dit ce qu'il
avait exécuté ou pouvait promettre de faire . Roland
sans moi n'eût pas été nioins bon administrateur ;
son activité , son savoir sont bien à lui , comme sz
probité. Avec moi , il a produit plus de sensation
parce que je mettais dans ses écrits ce mélange de
force et de douceur , d'autorité de la raison , et de
charmes du sentiment qui n'appartiennent peut - être
qu'à une femme sensible , douée d'une tête saine.
Je faisais avec délices ces morceaux que je jugeais
devoir être utiles , et j'y trouvais plus de plaisir
que si j'en eusse été connue pour l'auteur. Je suis
», avide de bonheur , je l'attache au bien que je fais ,
et je n'ai pas même besoin de gloire ; je ne vois
,, dans ce monde de rôle qui me convienne que
"
qu'à
u
99
TE
celui
de la providence ; je permets aux malins de regatder
cet aveu comme une impertinence , car il doity
ressembler ; mais ceux qui me connaissent n'y verront
rien que de sincere comme moi - même . ,, En cher-
A 4.
* ) ( 81
chant à se rendre un compte exact de l'impression que
fait éprouver ce passage , on ne se trouve pas plus
choqué qu'on le serait du simple énoncé d'une vérité .
D'ailleurs , les ames d'une certaine trempe ont ce privilége
qu'on ne peut pas appliquer à leurs procédés les
principes avec lesquels on juge les actions ordinaires .
ordinaires
Ta
y
2
même se
La qualité qui dominait le plus dans la cit . Roland ,
c'est celle qu'elle a dit , d'après un philosophe célebre ,
constituer principalement le héros , la force d'ame . Aussi
celle de la cit. Roland brille- t- elle du plus grand éclat ,
dans les momens mêmes où le malheur s'efforce de l'accabler
, elle s'éleve alors à une hauteur qui étonne , elle
semble quitter la terre pour voir ramper sous ses pieds
le crime impuissant qui la poursuit , et ne lui laisser que
le desespoir de l'atteindre . Les fers , où les hommes
naires ne savent que gémir , où l'innocent m
trouve souvent anéanti , lui donnent un ressort prodigicux
; elle y est comme sur un trône , où elle exerce
cet empire, qui accompagne par - tout |la vertu , et qui ne
quittait point Diogene , même sur la place où il était
Vendu avec les autres esclaves . On a vu la citoyenne
Roland a Prison de l'
prison de l'Abbaye , et le courage et la philosophie
interessante qu'elle y a développés . Ses ennemis
par un rafinement de cruauté vont un jour lui
fendre la liberté , et la déclarent innocente. pour la
replonger ser un moment après dans une prison plus affreuse
, la faisant ainsi passer subitement d'une situation
agréable a un état horrible" et cherchant dans ce
contraste un nouveau genre de supplice à lui faire
subir. Le vol et le brigandage semblaient devoir , suffire
à de vils scélérats ; ceux qui ont ravagé la France et
tyrannise ses habitans ont cela de particulier , qu'en
s'emparant des dépouilles de leurs victimes ils s'appliquaient
avec une ingénieuse barbarie à multiplier leurs
souffrances, espece de jouissance qui n'appartient peutêtre
qu'aux passions désintéressées quoiqu'atroces ,
telles que la vengeance . Un instinct cruel semblait leur
apprendre qu'une sensation continuée s'amortit par
T'habitude , et que l'agitation rend les douleurs plus
vives et plus déchirantes : ils s'attachaient donc à
secousses aux malheureux
objets sur lesquels leur scélératesse s'acharnait.
Mais leurs efforts vont se perdre sans effet devant la
fermeté stoïque de la citoyenne Roland , comme les
vagues de la mer irritée se brisent aux pieds d'un rocher
immobile .
WL D
cans , ont
donner toujours de nouvelles
( 9 )
Enfermée à Sainte-Pélagie , elle semble n'avoir change
de théâtre que pour y présenter sa vertu sous des aspects
nouveaux comme les objets qui l'environnent et y
développer son ame sous des traits encore plus touchans
. Sa philosophie , quoique forte , a de la souplesse ,
elle se plie aux choses , et pour s'accommoder à toutes
les situations elle ne perd rien de sa dignité ; elle y
gagne au contraire de paraître plus naturelle et plus
vraie. Cependant les prétextes frivolement atroces qu'on
emploie pour la mettre en arrestation l'indignent un
moment. Nous ne pouvons point résister au plaisir de
rapporter encore un passage où sans doute , le lecteur
n'admirera pas moins la sublimité de ses principes , que
la maniere délicate et brillante dont elle exprime ses
affections physiques et morales.
"
99
""
66

4
*
Je me trouvais dans cette disposition où toutes les
" impressions sont plus vives , et leurs effets , plus alar-
12 mans pour la santé , je me couchai sans pouvoir dormis
; il fallait bien rêver. Jamais les états violens ne
sont pour moi de longue durée ; j'ai besoin de me
posséder parce que j'ai l'habitude de me régir. Je
" me trouvai bien dupe d'accorder quelque chose à
mes ennemis en me laissant froisser par l'injustice ;
ils se chargeaient d'un nouvel odieux , et changeaient
2 pey l'état que j'avais su déja ssii bien supporter ; ici
2 comme à l'Abbaye , n'avais- je pas des livres , dutems?
" n'étais - je plus moi -même. ? Véritablement je m'indi-
" gnai presque d'avoir été troublée , et je ne songeai
" plus qu'à user de la vie , à employer mes facultés
aves, cette indépendance qu'une ame forte conserve
" au milieu des fers , et qui trompe ses plus ardens
ennemis. Mais je sentis quil fallait varier mes occu-
" pations , je fis acheter des crayons , et je repris le
dessin que j'avais abandonné depuis si long-tems.
La fermeté ne consiste pas seulement à s'élever audessus
des circonstances par l'effort de sa volonté ,
az mais à s'y maintenir par un régime et des soins convenables
. La sagesse se compose de tous les actes utiles
? à sa conservation et à son exercice . Lorsque des évé-
32, nemens fâcheux ou irritans vienuent me surprendre
je ne me borne pas à rappeller les maximes de la
22 , philosophie pour soutenir mon courage je ménage
22
a
à mon esprit des distractions agréables , et je ne
1 , néglige point les préceptes de Hygiene pour me
conserver dans un juste équilibre . Je distribuai donc
mes journées avec une sorte de régularité . Le matin
j'étudiais l'anglais dans l'excellent essai de Shaftesbury
" sur la vertu , et j'expliquais des vers de Thomson ; la
saine métaphysique de l'un , les descriptions enchantées
de l'autre me transportaient tour à tour dans les
régions intellectuelles et au milieu des scenes les
" plus touchantes de la nature . La raison de Shaftesbury
fortifiait la mienne , ses pensées favorisaient la méditation.
La sensibilité de Thompson , ses tableaux
rians ou sublimes pénétraient mon coeur et charmaient
mon imagination , Je dessinais ensuite jusqu'au diner. ,
Cette philosophie est peut-être la seule qui soit assortie
à un être sensible , faible et borné comme l'homme . Il
est bien plus sûr d'échapper à ses maux en leur donnant
le change , qu'en se roidissant contre eux et se mettant
dans une situation violente que la nature ne lui permet
pas de soutenir long- tems.
Le point de vue le plus beau sous lequel l'humanitė
puisse s'offrir à nos yeux , le plus fait pour toucher et
ravir notre ame , c'est l'alliage heureux d'une raison
courageuse et éclairée , unie à une douce sensibilité . La
force d'ame seule peut bien exciter l'admiration ; mais
elle nous intéresse moins que cette disposition du coeur.
qui nous attendrit sur tous les objets que le sort a placés
près de nous. La premiere est trop rare , trop accidentelle
, a des effets qui se rapportent trop exclusivement
à nous, pour ne pas paraître en quelque sorte étrangere
à notre être. L'autre tient à notre constitution intime ,
et nous est bien plus nécessaire , puisqu'elle est le lien
qui nous attache à tout ce que nous devons chérir , à
tout ce qui environne le fondement de la société et
des douces affections qu'elle fait naître , pour notre
bonheur réciproque . Le stoïcien qui contemple d'un oeil
sec ses maux et ceux des autres , semble n'être plus de
notre espece. Mais on se retrouve , on se reconnaît avec
plaisir dans celui qui , supportant avec fermeté les coups
inévitables de la fortune , sait gémir sur les malheurs
de ses semblables et même s'immoler , s'il le faut , pour
les faire cesser. Les anciens , qui connaissaient la nature
et savaient la peindre , nous ont quelquefois présenté
le véritable héroïsme sous ces traits intéressans . Ce sont
ceux que nous retrace la citoyenne Roland , dans la
prison de Sainte - Pélagie ; elle envisage ses maux présens
et à venir sans en être troublée ; elle délibere
ranquillement sur la maniere de rendre sa vie et sa
( 1)
mort utiles à sa patrie. Mais voyant
que ses ennemis
ne lui laissent aucun espoir de défense , que toutes les issues sont fermées à la vérité , et que le sort qu'on lui
prépare n'aura d'autre effet que de repaître sans fruit
l'atroce curiosité d'un peuple avili , elle prend , comme Caton (1 ) , le parti de quitter volontairement
un monde
où elle n'a plus de bien à faire , et qui n'est plus digne d'elle. Cependant elle tourne avec attendrissement
ses derniers regards sur tous les objets qu'elle a aimės ; la liberté et la patrie opprimées , l'amitié , la reconnais- sance , l'amour filial , viennent tour - à - tour lui faire
éprouver des émotions qu'elle rend , dans ses dernieres
pensées , avec les expressions les plus tendres. Mere
sensible , c'est sur tout à sa fille qu'elle adresse ses re- grets , sa chere Eudora , l'objet de sa tendre sollicitude , ce depôt précieux remis aux mains de l'amitié . En déplorant
le sort qui va priver cet enfant de ses soins maternels , d'après l'opinion qu'elle s'est faite des vrais biens , elle ne croit pas lui laisser un héritage indigne
d'elle , en lui laissant l'exemple de sa vie.
".
Le lecteur verra aussi avec intérêt , dans cette seconde
partie , les observations de la citoyenne Roland sur l'acte
daccusation contre les députés , par Amar ; les notes sur son
procès et l'interrogatoire qui le commence ; son projet de défense.
Quoiqu'elle n'eût pas besoin des ressources d'une
grande éloquence pour réfutet les calomnies absurdes
par lesquelles on s'efforçait de couvrir la violence faite
aux députés et l'attentat commis , dans leur personne ,
contre la souveraineté nationale ; quoique la raison , la
justice et la vérité fussent inutiles contre des assassins
travestis en accusateurs et en juges , on n'en admirera
pas moins la promptitude et la justesse de son esprit ,
sa profondo connaissance des affaires , et sa vive pénětration
; on sera peu surpris que quelques négligences
de style lui soient échappées , si on songe à sa situation
et au tems qu'elle a écrit .
L'estimable éditeur des écrits de la citoyenne Roland
rapporte comment cette femme célebre , qui réunissait
en elle les talens , la philosophie et la beauté , est
tombée sous les coups dès cannibales qui n'ont respecté
ni vertus , ni sexes , ni les deux âges recommandables par
( 1 ) On ignore pourquoi cette résolution n'a pas eu son
effet.
( 12 )
Jeur faiblesse . Elle reçut l'arrêt de sa mort avec joie , et
comme un bienfait qui la délivrait de l'aspect odieux,
de ces monstres , consolant les victimes qu'ils lui avaient
associé , et dissipant en elles , par l'ascendant d'une vertu
calme et facile , et par l'admiration qu'elle excitait , le
sentiment de leurs propres maux , comme la présence et
les puissans accords d'Orphée suspendaient , dans le
Tartare , les tourmens des ombres étonnées .
NOUVELLES ÉTRANGERES.
2
ALLEMAGNE.
9

5mgo De Francfort-sur- le-Mein , le 12 mai.
LA gazette de Berlin continue de peindre l'état de Constantinople
, comme également trist pour le present et affrayant
pour l'avenir . 1 parait que les nouvelles que cette capitale
reçoit des isles où l'on avait envoyé des vaisseaux pour son
approvisionnement sont toujours très fâcheuses . Nombre de
Vaisseaux chargés ont péri par les tempêtes qui ont regué dans
ces mers ; ce qui est cause que la disette des vivres s'y fait
encore sentr, et il en est de même pour les provinces .
D'ailleurs, hydropisie de poitrine du sultan fait des progrès ;.
' est en vain qu'on a essayé de cacher cette maladie au public ;
la présence du prince à la Mosquée , où les ministres l'avaient
dissuadé de venir , n'a que trop confirmé les craintes , La mort
de Selim , dans les circonstances presentes , serait une vraie
calamité , puisque les rênes de l'empire ottoman tomberaient
entre les mains sans expérience d'un jeune prince de 16 ans .
Les lettres de Constantinople qui sont du 10 mars , ajoutent
que
M. Descorches étant alle s'établir dans le ci devant hôtel
de France on forme à ce sujet diverses conjectures . On croit
généralement qu'il espere déployer bien : ôt le caractère d'am
Bassadeur de la République Française , que le divan de sera pas
dernier à reconnaître. M. Descorches se fatte de pouvoir
présenter ses dettres de créance après le ramazau ou carême
des Turcs. Il aura préparé les voics à M. de Verninac , qui
a dû s'embarquer à Venise , pour passer en Dalmatie , et qui
ne tardera probablement pas à arriver dans la capitale de
l'empire ture , pour s'y charger des affaires de la légation
française que son prédécesseur aurait eu la satisfaction et la
gloire de mettre sur un bon pied avant de quitter ses fonctions
.
On trouve par post-scriptum dans ces mêmes lettres : L'arrivée
du dernier courier apportant la nouvelle de la défaite
entiere de l'armée polonaise et de la reddition de Varsovie
sans aucune capitulation , a causé une sensation visible parmi
les différens membres et parties du gouvernement . Elle a donné
lieu à la tenue d'un conseil secret en présence du grandseigneur
; mais on in ignore le résultai . Il paraît seulement
d'après la disposition des esprits que l'inquiétude da gouver
nement sur le partage d'un état qui lui a toujours servi de
contre poits et de barriere à l'égard de ses voisins , aurait
déja éclaté sans la difficulté de maintenir une armée nombreuse
dans une année de mauvaise recolte . 19
On mande de Varsovie en date du 20 avril , que le duc de
Courlande avait prévenu par son abdication l'acte de la diete
de Mittau , qui fait passer sous la souveraineté immédiate de
la Russie , les duchés de Cour.ande et de Semigalte . Le due
dei se retirer dans ses riches possessions , à Sagan , dans la
Silésie prussienne , où il vivra en particulier. On présume que
Catherine lui procurera à l'avenir une indemnité des sacrifices
qu'elle a exiges de iui .
Des lettres de Copenhague du 25 du même mois s'expriment
ainsi Nous venons de recevoir de notre consul à Londres
l'agréable nouvelle , qu'enfin le tribunal de l'amirauté a levé ,
depuis le 24 mars jusqu'au 10 avril le séquestre mis sur les
cargaisons de 63 , navies danois , et que les proprietaires de
ces navires recevront les indemnités qui leur ont été promises
aussi- tôt que les commissaires vérificateurs auront fait les recherches
usitées .
Quant aux 73 autres navires danois qui restent encore
séquestres , la décision de cette affaire est différée jusqu'à ce
que l'on ait reçu les preuves et documeus nécessaires . 1
Même date. Sur la demande qu'en ont faite quelques - uns de
os négocians , il leur a été permis d'exporter à l'étranger la
moisié de l'avoine qu'ils ont en magasins , pourvu qu'ils
prouvent par serme t , que la quantité qu'ils ont déclarée a
the achetee avant le ret , du mois d'avril , pour compte étranger ,
et pour être exportée à l'étranger.
Depuis quelques semaines , nos billets de banque , qui tout
T'hiver se sont soutenus à 25 pour cent contre especes , perdent
un et demi pour cent. L'on espere toutefois que cette baisse
ne sera pas de longue durée .
Par l'effet du changement arrivé aux circonstances de la
guerre relativement à l'Allemagne septentrionale , les troupes
( 14 )
holsteinoise ne quitteront point leurs quartiers habituels , et
les deux bataillons d'infanterie legere qu'on a portés á Elmeshom
et dans les environs y resteront seulement pour
en dé
ourner
les partis
volans
qui essaieraient
d'y faire des incur
sions.
Les gazettes allemandes donnent un démenti positif à la
nouvelle de la mort du maréchal Bender , commandant de
Luxembourg ; mais elles avouent que les troupes de la Répu
blique Française continuent de resserrer encore de plus près
cette place. Un corps de 3000 hommes a formé un camp
face sur le Weissen - Thurm .
en
Ces mêmes gazettes donnent les détails suivans de l'affaire
qui s'est engagée le 30 avril , entre les Français assiégeans
Mayence , et la garnison de cette ville ; ils portent que les
troupes allemandes emporterent un double rang de retranchemens
sur Hardenberg , malgré la résistance la plus opiniâtre
des Français , qui furent enfin contraints de se réfugier
dans le bois de Mombac , abandonnant deux canons et
deux chariots de munitions . La fumée qui avait donné lieu
de croire que le village était incendie , venait du bois . L'attaque
continua, près de Mombac , et fut très-vivement secondée par
les batteries de liste dlugolheim , qui portaient sur les retran
chemens des Français en avant de ce village. L'objet de la
garnison de Mayence , qui était de dégager entierement le
Hardenberg pour établir de nouveaux retranchemens pour sa
sûreté se trouvant rempli , on ne poussa pas plus loin l'entreprise
; mais les Français firent l'après midi une tentative
pour regagner le terrein qu'ils avaient perdu : tous leurs efforts
furent inutiles ; ils perdirent à cette occasion beaucoup de
monde par l'effet des décharges à cartouches . On évalue leur
perte à 2000 hommes , tant tués que blessés ou prisonniers .
Du côté des Allemands , les corps qui ont le plus souffert
sont le bataillon de Klebeck , les grenadiers Mayençais et
Warasdins qui out emporté les retranchemens . Un papier
assure que les Français ont jeuté pendant l'action plusieurs
bombes dans Mayence , où quatre ou cinq maisons ont été
fort endommagées...
Une autre feuille porte la perte des Altemands à 550 hommes
tant toe's que blesses . Ils ont eu 4 officiers tués et 28 blessés
dont quatre sout morts le lendemain . Le régiment de Klebeck a
eu à lui seul 180 ués ou blessés dont 10 officiers, Il est ajouté
dans la même feuille que , pendant l'action , la petite marine
allemande a paru aussi sur la scène ; qu'elle s'est portée à
deux lieues au - dessous de Mayence , pour alarmer et inquiéter
les Français . Ces derniers , craignant sur ce point un passage
du Rhin , y ont porté beaucoup de force et d'artillerie , ce
qui a opéré une diversion avantageuse pour les Allemands.
( x5 )
Ces faibles avantages contre les Français ne changeront vraisemblablemeni
pas les dispositions du cabinet de Vienne à la
paix ,clairementindiquée par des lettres de cette ville du 25 avril .
Comme tout est change aujourd'hui dans la position des
armées , et que celle de l'Empire , avec ce qu'elle reuferme
de nos troupes , occupe le terrein entre le Mein , la Sicg et
le Wipper , tandis que celle de l'empereur s'étend 'depuis
le Mein jusqu'à Băle ; comme , dans un autre côté , le duc de
Saxe- eschen n'a pas pu se résoudre à garder plus long- tems
le commandement en chef de l'armee de S. M. I. , a pris le parti
de donner pour chef aux deux armées , le général d'artillerie ,
comte de Clairfayt.
It se pourrait que le commandement de l'armée de l'empire
me lui eût été conféré qu'ad interim ; mais , quoi qu'il en soit
l'empereur , cette occasion , a nommé M. de Clairfayt général ,
feld- maréchal de ses armées , et cette nomination , qui était
attendue , n'a certainement étonné personne.
pris_nore
Si la nouvelle de la paix particuliere du roi de Prusse a
d'abord surpris nore public , et lui a même donné de l'hu
meur , la réflexion n'a pas tarde à le ramener à d'autres idées ,
et à lui monter quelque chose d'agréable dans cet événement.
Cette paix en effet est un grand acheminement à la
pacifiction générale , qui est devenue l'objet de tons le voeuz.
On dit que l'Espagne a déja fait comme la Prusse , et a
conclu son arrangement particulier ; on dit même que la cour dece
Tarin est à la veille de consommer aussi son accommodement.
Si cela est , il n'y a plus aucune raison de douter que notre
Cour , dont les dispositions furent toujours plus pacifiques qu'on
ne pense , mettra d'autantplus de chaleur dans ses négociations
directes pour la paix , que le corps germanique en général
et chacun des princes et états de l'empire en particulier , se
montrent de plus en plus las et excédés de la guerie . D'ailleurs ,
on n'ignore pas que déja nous avons negocié indirectement ,
et que ce n'a pas été dans l'intention d'amuser seulement le
tapis . L'on présume dans ce moment- ci , que M. le comte
de Lehrbach va être chargé de se rendre à Bâle , pour y
mettre la derniere main au salutaire ouvrage , qui peut-être
été commencé par le ministre Toscan , comte Carletti
et que notre baron Degelmann , qui est en Suisse depuis
long-tems , n'est pas ceusé avoir négligé . Et en tout cas , se
persuaderait- on que la médiation de la cour de Berlin peut
être regardée ici comme nulle , et ne dût pas être employée ?
Au surplus , que M. de Lehebach aille à Bâle , ou n'y aille
pas , nous voyons avec satisfaction que ce digne ministre
ait été fait directeur de la chancellerie de maison , cour et
´état , ayant comme ministre le département des affaires étrangeres
, mais toute fois en sous ordre , aussi long-tems que le
baron de Thugut ne se sera pas entièrement mis en retraite.
( 16 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
CONVENTION NATIONALE.
PRESI ENCE DE VERNIER.
Séance de septidi , 27 Floréal.
Sur le rapport du comité d'instruction publique , la Convention
décrete que les indemnités pour frais de voyages
accordés aux éleves de l'école normale , comprendront leur
arrivée à Paris , et leur retour dans leurs foyers , et qu'il
leur sera accordé cent sous par poste . Ceux des éleves qui
occupaient des places de professeurs dans l'instruction publique
y rentreront , s'ils n'ont pas été remplacés .
Un membre , par motion d'ordre , fait décreter que le comité
de législation rendra compte , toutes les décades , de l'exécu
tion des lois relatives aux émigrés qui oseraient rentrer sur
le territoire de la République.

Genissieux , au nom du même comité , fait adopter qu'avant
de faire les rapports sur les demandes en radiation des listes
des émigrés , il fera imprimer et distribuer une décade d'avance ,
à tous les membres une liste à plusieurs colonnes , contenant
les noms , prénoms , qualités , profession des réclamans ;
celui des départemens , districts et municipalités de leur domicile
et de la situation de leurs biens et le sommaire de
leurs moyens , et que ceux qui n'ont pas réclamé jusqu'à ce
jour en sont exclus , avec défense aux corps administratifs ,
sous peine de forfaiture , de recevoir leur réclamation.
ངོ་ཤྩེ་ན »
*
Vernier , au nom du comité des finances , présente un
nouveau plan de restauration des finances , arrêté par le comité.
Il dit qu'il a profité des vues utiles qui lui ont été communiquées
par ceux des membres qui s'y sont rendus , ou
qui sont répandues dans les projets imprimés ; que ce plan
joint à la clarté la plus grande simplicite ; que toute démonétisation
, sauf celle des assignats à effigie royale , en a été
écartée . Vernier propose ce dilemme à ce sujet ou ces
assignats sont disséminés , ou ils sont accaparés ; dans
mier cas Pinconvénient de les démonétiser est presque nol ;
dans le second l'emploi qu'on en pourra faire est presque à regretter.
Nous ne voyons pas , comme Vernier , que ce soit
un petit inconvénient que de priver le petit rentier déja si
malheureux par la cherté excessive des denrées , ou l'ouvrier
dont le travail ne peut atteindre au prix des commestibles ,
de quelques assignats qu'ils avaient reçus
qu'ils ne
Parce qu
pouvaient
( x7 )
pouvaient pas les refuser , et qui faisaient toute leur ressource
dans des momens aussi difficiles .
Ce plan de finances consiste à faire payer toutes les annuites
dans deux mois , qui produitaient deux milliards ;
l'arriéré des impositions qui en vaudra un et demi , et en
y ajoutant le résultat de la démonétisation qui sera de la
niême somme , le total des assignats qui doivent sortir de
la circulation sera de cinq milliards ; mais pour couvrir les
non - valeurs et les recettes qui pourraient de pas s'effectuer ,
le rapporteur propose de faire rentrer
en même- tems les
enavances
faites aux départemens , districts , communes ,
trepreneurs de manufactures , fabriques et usines , lesquelles
peuvent être calculées à deux milliards , de mettre en activité
fa loterie qui donnera un milliard , et d'adopter les cédules
d'hypotheques dont les trois pour cent d'intérêt anéantiront
l'agiotage . Vernier doune lecture du projet du comité dont
voici les principales dispositions :
1. Les assignals républicains et la monnaie au type de
la République sont la seule monnaie nationale .
2º. L'état et la valeur des domaines nationaux servant de
gage aux assignals serout imprimés , ainsi que le montant des
ventes.
3. Il sera établi une caisse d'hypotheque spéciale .
4º. Il sera déposé la trésorerie nationale pour un milliard
de cédules d'hypotheques , qui serviront de gage aux indem
nites promises aux defenseurs de la patrie .
59. Les assignats seront successivement retirés de la circulation
jusqu'à ce que la masse soit réduite à 4 millards .
6. Tous les assignats de cinq livres et au dessus portant
empreinte de la royauté , cesseront d'avoir cours de monnaie ,
à dater de ce jour ; ils seront , jusqu'au premier vendémiaire
seulement , admissibles en paiement de biens nationaux vendus
ou à vendre , en achats de cédules d'hypotheque et de billets
de loterie.
7. Les acquéreurs de domaines nationaux continueront ,
pendant deux mois , de jouir de la faculté de se libérer par
anticipation ;; passé lequel délai ils ne serous plus admis à
payer qu'au terme.
80, Les contributions arriérées de 1793 et années antérieures
seront acquittées dans le délai d'un mois , au cheflieu
de district , et celles de 1794 , d'ici au premier vendémiaire
prochain , à peine d'une amende du cinquieme en
sus du montant de la contribution .
9. Les prêts et avances faits aux communes , districts
aux négocians ou entrepreneurs , seront remboursés dans le
délai d'un mois , à peine d'une amende semblable .
10. Les loteries décreteés seront mises en activité dans trois
décades .
Tome XVI.
( 18 )
11 ° . Pour accélérer le retirement des assignats , les porteurs
seront autorisés à les échanger , pendant deux mois , contre
des cédules ou promesses de cedules . Cet échange n'aura lieu
que jusqu'à la concurrence de deux milliards à répartir entre.
les departemens.
Plusieurs membres demandent qu'on décrete sur le champ
l'article qui porte démonetisation des assignais à effigie royale ;
Doulcet s'y oppose. Il pense que ce serait décider une ques
tion qui n'a pas été discutée ; savoir , si l'on démonetisera
ou non ; si cette opération violerai : on non la foi publique .
11 desire le retrait des assignats , mais moyennant échange .
Jean - Bon est de son avis ; Lanjuinais appuie la démonétisation
soudaine. Bourdon pense de même et se fonde sur
ce que les agioteurs se jouent du sigue republicain , et qu'il
faut faire retomber sur eux les maux dont ils sont la cause.
Charles Lacroix dit qu'il n'y a pas de tems à perdre , si l'on
veut les atteindre et rendre au papier-monnaie le credit
qu'ils lui ont fait perdre ; un membre observe cependant
que les agioteurs trouveront leur compte dans cette mesure ,
car dans l'hypothese qui est la vraie , que ces assignats soient
disséminés , un citoyen qui en aura jusqu'à deux - mille liv .
n'ira pas acheter un bien national , mais il les vendra au
prix courant , c'est - à - dire , peut - être à un tiers de perte
et l'agioteur qui les aura acquis à vil prix les portera au
trésor public où ils seront reçus pour leur valeur nominale
en paiement d'un domaine national , et il n'en résultera
qu'un nouveau discrédit pour les assignats . Johannot croit
qu'une démonétisation soudaine peut avoir les plus grands
inconvéniens , et il propose de décréter seulement qu'ils serout
démonétisés , et de renvoyer au comité des finances le mode
de la démonétisation .
Bourdon fait part d'une réflexion d'un des membres qui
est instruit que les assignats à face royale sont presque les
seuls qui se trouvent dans la Vendés . I craint qu'une pareille
mesure n'aigrisse les Vendéens .
La discussion se ferme ; Vernier remarque qu'il convient
de substituer dans l'article aux mots assignats à face royale ,
ceux ci , assignals portant empreinte de royauté , parce qu'il y
en a sans effigie et qui ont seulement des fleurs- de-lys . Le
décret est ainsi amendé et adopté comme il suit :
Les assignats de cinq liv. et au - dessus portant l'empreinte
de la royauté cesseront d'avoir cours de monnaies au moment
de la publication du décret. Ils continueront néaumoins d'être
admis , pendant l'espace de trois mois , en paiement des
domaines nationaux à vendre , et d'achats de billets de loterie .
Geux de cinq liv . seront en outre reçus en paiement des
contributions arriérées .
Le surplus du projet sera discuté vingt- quatre heures après
la distribution .
( 19 )
Séance d'octidi , 28 Floréal.
Delcloy , au nom du comité de sûreté générale , propose
pour anéantir les espérances des jacobins de rentrer dans
leur salle , de la convertir en nu marché qui portera le nom
dug thermidor. Adopté.
Un membre demande qu'on envoie des courriers dans les
départemens pour prévenir l'agiotage des caissiers de la Ré
publique qui échangeront à leurs ans les assignats à effigie
royale . Il déclare que ce commerce s'opere à Paris d'une
mauiere scandaleuse , et il conclut à ce que les autorités
constituées vérifient sur- le- champ les caisses ; cette motion
est décrétée .
Le vérificateur - général des assignats demande si la Convention
a entendu démonétiser les assignats républicains qui
portent denx fleurs -de-lys dans la pâte du papier. L'Assem
bice passe à l'ordre du jour , motivé sur ce que le décret
ne démonétise que ceux qui portent des signes extérieurs
de royauté.
Thibaut , au nom dn comité des finances , fait une autre
question relative aux assignats fabriqués en vertu du décret
du 16 octobre 1791 , qui sont de dix liv . , émis par conséquent
avant la suppression de la royauté , mais qui n'en
portent aucun signe extérirur. Il est dééreté qu'ils ne sont
pas compris dans la demonétisation .
renonce
la
On reprend la discussion sur les finances : Bourdon re
à son plan de démonétisation universelle ; mais il propose d'y
substituer un autre mode qu'il croit infaillible . Il dit que
multiplicité des assignats en fait seul le discrédit , que cette
vérité est sentie et reconnue par tous les bons esprits ; aujourd'hui
ils sont à l'or , commé quinze est à un . En 1790 et
1791 , ils étaient au pair. A cette époque , les biens nationaux
furent estimés . Eh bien , il n'y a qu'à décréter que tout portear
d'assignats , en offrant trois fois la valeur de cette estimatien
, deviendra , par ce seul fait , propriétaire du domaine
pour lequel il a fait cette offre , sans qu'il soit besoin d'eneheres
. Bourdon prétend que les ventes faites de cette maniere
seront sinombreuses que dans peu de temns il y aura5,000,000,000 )
retirés de la circulation .
Charlier combat ce projet , dans lequel il ne voit que l'avantage
des acheteurs . Il dit qu'avec cent louis , un particulier
pourrait acheter 50.000 liv . d'assignats , en employer trente
à l'acquisition d'un domaine national , et en conserver encore
vingt dans sa poche. 1
Balan soutient que la proposition de trois à un est infiuiment
trop faible , mais qu'on peut dresser un relevé exact
des ventes faites depuis six mois , ainsi que des estimations ;
on prendra la différence , et l'on dira ; La vente a été égale
B2
7
( 10 )
tant de fois l'estimation . Ainsi , tout citeyen qui voudrs
payer un domaine national à ce taux , entrera sur- le - champ ea
possession . Cette mesure est assez goûtée par l'Assemblée .
Jean - Bon- Saint -André : On veut donner à l'assignat une
valeur effective qui détermine sa valeur nominale ; mais l'on
prend pour type la mesure la plus variable , le plus mobile -
qui existe , les estimations des directoires de district . La vraie
mesure des valeurs doit être le prix du travail calculé sur
celui du froment .
Le projet de Bourdon est renvoyé au comité .
La Convention a reçu la nouvelle officielle de la victoire
remportée sur les Espagnols . C'est le général Pérignon qui
l'a annoncée au comité de salut public , par sa lettre datce
du quartier- général de Figuieres , le 18 floréal .. Le 16 , les
Espagnols avaient fait un mouvement gédéral en se présentant
sur le front de l'armée , et dirigeant leur attaque sur le flanc
droit de la ligne ; mais ils ont bientôt fui en perdant beaucoup
de monde . On leur a fait 150 prisonniers , tuė au moins
1100 hommes . Le nombre de leurs blessés doit être considérable
. { Foyez les Nouvelles officielles . )
Séance de noxidi , 29 Floréal.
Le représentant du peuple Chambon , en missien dans le
département des Bouches - du- Rhône , écrit que les arrivages
des grains continuent dans les divers ports du Midi , et assure
son approvistonnement jusqu'à la récolte. ( Applaudissemens . )
Un membre demande la parole pont faire quelques observations
sur les lois relatives au divorce et à la majorité qui a
été fixée à vingt -un ans ; il pense que les moeurs publiques
en souffrent beaucoup . Ce n'est pas le divorce lui -même qu'il
attaque , c'est un remede utile , et quelquefois même nécessaire
; mais les hommes immeraux en ont fait un moyen de
porter dans les familles l'opprobre et la désolation. Al'égard
de la majorité , il demande qu'elle soit rétablie à vingt- cinq ans .
Il voudrait aussi que la faculte d'adopter ne fût accorde qu'anx
époux qui n'ont pas d'enfans . Ces réflexions n'ont point de
suite , et l'Assemblée passe à l'ordre du jour.
La discussion sur le projet de Dubois - Craucé commence :
Louvet ( du Loiret ) prononce un discours qu'il termine en
demandant la question préable sur ce projet . Il nie que l'impôt
en nature se perçoive dans certaines parties de l'Europe , et
prétend que le despote Louis XIV ne érut pas son autorité
assez étendue pour l'établir dans sou royaume , d'après le
plan que lui en avait tracé Vauban .
Baudin dit que Vauban , quoique vivant sous un despote ,
était homme de bien et éclairé , et que ce n'est point déprecier
ce systême , que de lui en attribuer l'invention . Il
ajoute que les comités en ont voté l'adoption à l'unanimité.

( ax )
de
2
Charlier eraint de voir renouveller cette foule de procès
qui naissaient de la perception des dimes . Il propose un plan
vepte des domaines nationaux qui puisse faire rentrer eenn peu
de tems beaucoup d'assignats .
Bourdon attaque aussi le projet de Dubois - Crancé . Seloa
lai , rien n'est si mauvais que la perception en
en nature et
elle ne remplirait pas les vues de la Convention qui sont de
la substituei aux requisitions , parce qu'en supposant que le
douzieme des blés soit renferme dans les greniers de la Répu
blique , cette quantité ne serait pas encore suffisante pour la
nourriture des habitans des grandes communes et des armées
qui forment plus du douzieme de la population . L'opinant rappelle
ensuite les querelles qui s'élevent entre le cultivateur
et le percepteur de la dime pour l'enlevement de la geibe ,
et peuse qu'il faudrait diviser les terres en neuf classes ,
non en trois , et faire des cadastres ; d'où il conclut que
l'exécution du plan de Dubois - Crancé est impossible ..
et
Merlin ( de Douai ) prétend que ceux qui ont observé les
causes de la révolution , les ont trouvées dans la proposition
faite de lever l'impôt en nature par Calenne , dans l'assemblée
des noiables .
Dubois - Crance remarque qu'à présent on ne leve pas seglement
la donzlenie gerba mais la quatrieme , et qu'il a répondu
à toutes les objections qui ont été faites . La discussion
est renvoyée au lendemain .
Séance de décadi , 30 Floréal .
Le comité d'instruction publique a fait , par l'organe d'un
de ses membres , un rapport tendant à la suppression de
l'institut des orphelins de la patrie que dirigeait Léouard
Bourdon , et l'incorporation de ses éleves à l'école de Liancourt.
L'impression et l'ajournement en sont décrétés .
Charles Lacroix saisit cette occasion pour rappeller à la
Convention qu'elle a décreté que le château de Versailles
serait consacré à un établissement d'instruction publique .
Il dit que tout est prêt ; museum , biblioteque , manege
jardin de botanique , et qu'il importe de fermer la bouche aux
royalistes qui disent que l'on garde la cage pour l'oiseau ,
e: il demande pourquoi ce décret n'est pas exécuté .
Renvoyé au comité d'instruction publique .
Bourdon de l'Oise ) demande aussi que le décret qui
ordonne la restitution des biens des condamnés à leurs parens ,
et qui renvoie au comité de législation pour prononcer sur
le mode et les exceptions , reçoive son exécution , et que
ce comité fasse demain son rapport. Decrété .
Ce jour était consacré aux pétitionnaires . Le premier dénonce
le représentant du peuplé Laplanche , en mission à St. Lo ,
B 3
( ~22 )
qu'il accuse d'avoir dévasté avec le général Scepher la maison
d'un particulier détenu comme suspect dans laquelle on les
avait logés . Nous croyions , " dit le pétitionnaire , mettre la
maison de notre concitoyen sous la garde de toutes les vertus
en y introduisant un fondateur de la liberté . Mais nous reconnûmes
bientôt notre erreur. A peine y furent- ils entrés , que
provisions de toute espece , linge , habits , neubles , bijoux ,
livres , argenterie , voiture , tout disparut ; et comme si l'on
'eût voula insuler à notre misere , tandis que nous étious
forces de ne distribuer à nos concitoyens que quelques onces
de pain noir , le meilleur pain et les vins les plus exquis
étaient prodigués dans cette maison , et donnés même aux
chevaux .
et Le pétitionnaire qui se nomme Vieillard Bois - Martin ,
qui était maire de cette commune à cette époque , cité encore
d'autres faits à la charge de Laplanche .
Le représentant inculpé ponté à la tribune , et se félicite
que son dénonciateur lui donne l'occasión de prouver son
innocence , et de montrer la pureté de sa conduite. Il dit
qu'il a entre les mains les procès -verbaux qui etablissent qwe
l'argenterie trouvée chez ce citoyen a eté portée à la monnaie
, et il ajoute qu'il est bien éloigné de vivre dans l'aisance
, puisque ses indemnités ne lui suffisant pas , il a été
obligé de vendre une portion de maison qui lui appartenait,
Un membre dit que Vieillard est un intrigant. Lehardy
assure qu'il a toujours été le protecteur des infortunes , et
que c'est lui qui prouva l'innocence de cette servante dont
la cause fit tant de bruit , et qui avait été condamnée au feu .
Il pense qu'on doit soumettre à un exameu sa dénonciation
à cause de la moralité de celui qui l'a faite , et parce qu'il
a entendu dire beaucoup de mal de Laplanche , quoiqu'il ne
veuille pas en conclure qu'il soit coupable.
Elle est renvoyée au comité de législation ."
Laporte , au nom du comité de salut public , annonce que
Ja victoire vient encore de se déclarer pour not biaves défenseurs
de l'armée des Pyrénées occidentales . Its ont enlevé un
camp aux Espagnols , avec tous les effets qui s'y trouvaient .
L'ennemi en fuyant a laissé 50 prisonniers , 40 morts . Nous
'n'avons eu que 5 blessés . Il dit aussi que les habitans de
Guipuscoa ont appris avec une vive satisfaction le décret qui
ordonne la réparation des maux qu'ils ont soufferts , et la
punition des coupables , que les états se sont assemblés et
ont terminé par les cris de Vive la République ! vive la
Convention !
Plusieurs membres parlent sur le projet de Dubois- Crancé .
Baudin dit que si l'on conserve la contribution fonciere telle
qu'elle est , il faudra encore émettre 4,000,000,000 d'assi
gnats et conserver le mode des requisitions . Que les con(
23 )
1
tribuables me demanderaient sans doute pas mieux que de
payer en sssignats , mais qu'alors il faudrait les mettre au
cours pour proportionner les rentrées aux dépenses . Il croit
que le seul moyeu est de faire payer l'impôt en nature. La
discussion est ajournée.
Séance de primedi , 1. praivial.
Les événemens affreux qui ont rempli cette séance et
les suivantes sont trop liés à ceux qui se sont passés à
Paris , pour que nous croyions devoir les séparer . On
va en trouver le récit affligeant à l'article Paris .
PARIS. Nonidi 9 Prairial , l'an 3. de la République ..
Encore une de ces crises qui se sont reproduites tant
de fois durant la révolution . Celle - ci est une des plus
tenibles qui ait menacé la représentation nationale . On
verra par le récit des faits et par les pieces que nous
allons rapporter que ce complot , piofondément médité ,
est l'ouvrage de ceux qui veulent le rétablissement du
régime de terreur et de sang qui n'a que trop long- tems
subsisté , la destruction de la liberté et la ruine de la
République . Le pain en a été le prétexte , une partie du
peuple égaré lui a servi d'instrument , et les moteurs
secrets sont évidemment les députés fugitifs . et peut- être
les puissances ennemies qui , à la veille d'être réduites
à accepter des conditions de paix par la dissolution
de la coalition , tentent les derniers efforts pour l'empêcher.
Cette vaste et horrible conspiration a éclaté presque
subitement , sans autres avant - coureurs , que des murmures
, des plaintes et des menaces dont le foyer le
plus ardent était dans les femmes à qui l'on a fait jouer
le principahrôle dans ces affreuses journées. Le primidi ,
dès cinq heures du matin la générale et le tocsin se
firent entendre dans les fauxbourgs Antoine et Marceau;
les rassemblemens se formerent. On répandit parmi le
peuple un acte d'insurrection , et les meneurs firent défendre
à toutes les femmes rassemblées autour des
boulangers de recevoir 1 distribution du pain . En
même tems , le comité de sûreté générale fit battre le
rappel dans les autres sections . Tous les citoyens prient
les armes , et les bataillons se réunirent vers midi autour
de la Convention qui tenait sa séance depuis 11 heures .
B 2
( 24 )
/
Ysabeau , au nom du comité de sûreté générale , donne
lecture d'un placard , affiché et distribué avec profusion ,
de la teneur suivante .
Insurrection du peuple , pour obtenir du pain et reconquérir ses
droits ..
Le peuple , considérant que le gouvernement le fait mourir
inhumainement de faim ; que les promesses qu'il ne cesse de
répéter sont trompeuses et mensougères ;
Considérant que chaque citoyen se trouve réduit à envier
le sort infortuné de ceux que la famine entasse journellement
dans les tombeaux ;
Considérant que le peuple se rend coupable envers luimême
, envers la génération future , s'il ne se hâte d'assurer
sa subsistance et de ressaisir ses droits ;
Considérant que le gouvernement est usurpateur , injuste
et tyrannique , quand il fait arrêter arbitrairerent , transferer
de cachets en cachots , de communes en communes , et massacrer
dans les prisons ceux qui ont assez de courage et de
vertu pour réclamer du pain et les droits communs ;
Considérant qu'un gouvernement usurpateur et tyrannique
ne fonde ses espérances criminelles et sa force que sur la
faiblesse , l'ignorance et la misere du peuple ;
Considéraut qu'un gouvernement aussi atroce ne peut subsister
qu'autant qu'on a la faiblesse de le craindre et de lui
obéir ;
Considérant que la cavalerie que le gouvernement a tiré
de nos armées , pour les affaiblir ', n'a pas voulu prêter le
serment de fidélité à la tyrannie , mais au peuple qu'elle a
juré de défendre ; >
Considérant que les républicains des départemens et des
armées ont les yeux fixés sur Paris , qui deviendrait devant
eux responsable de tout retard :
Considérant que l'insurrection est pour tout un peuple et
pour chaque portion d'un peuple opprimé , le plus sacré des
droits , le plus indispensable des devoirs , un besoin de premiere
nécessité ; 。་
Considérant qu'il appartient à la portion du peuple la plus
voisine des oppresseurs , de les rappeler à leurs devoirs , en
ce que par sa position elle connaît micux la source du mal,
Le peuple arrête ce qui suit :
Art. Ier . Aujourd'hui , sans plus tarder , les citoyens et les
eitoyennes de Paris se porteront en masse à la Convention
Rationale , pour lui demander :
1º . Du pain ;
2º . L'abolition du geuvergement révolutionnaire , dont
1
( 25 )
}
chaque faction abuse tour- à- tour pour rainer , pour affamer :
et pour asservir le peuple ;
3. Pour demander à la Convention nationale la procla
mation et l'établissement , sur- le- champ , de la constitution
démocratique de 1793 ;
49. La destitution du gouvernement actuel , sen rempla
cement instantané par d'autres membres pris dans le sein de
la Convention nationale , et l'arrestation de chacun des
membres qui composent les comités actuels de gouvernement ,
comme coupables du crime de leze -nation , et de tyrannie
envers le peuple ;
5. La mise en liberté , à l'instant , des citoyens détenus ,
pour avoir demandé du pain , et émis leur opinion avec
franchise ;
4
6º. La convocation des assemblées primaires au 25 prai-,
rial prochain , pour le renouvellement de toutes les autorités
qui , jusqu'à cette époque , seront tenues de se comporter et
d'agir constitutionnellement ;
7 °. La convocation de l'Assemblée nationale législative
qui remplacera la Convention pour le 25 messidor prochain ..
II . Pour l'exécution du précédent article et des suivans
il sera conservé envers la représentation nationale , le respect
dû à la majesté du penple français . Il sera pris les mesures
nécessaires pour que la malveillance ne puisse enlever , outrager
, ni engager dans de fausses démarches , les représen
taus du peuple . En conséquence , les barrieres seront à linstant
fermées à cet effet.
12
Les persounes et les propriétés sont mises sons la sauvegarde
du peuple .
Ilf. Ceux des représentans qui se trouverajent entraînés
hors de leur poste , soit en costume on de toute autre ma.
niere , seront sur- le- champ remis au sein de l'Assemblée et
mis sous la sauvegarde du peuple .
IV. Le peuple s'emparera des barrieres , de la rivieré , du
télégraphe , du canon d'alarme , des cloches destinées pour
le tocsin , et des tambours de la garde nationale , afin qu'il
n'en puisse être fait aucun usage .
Des citoyens chargés de l'approvisionnement de Paris ,
auront seuls la permission de sortir de Paris et d'y entreg
tant que durera l'insurrection . Les certificats leur seront dé
livrés par un comité formé d'un commissaire nommé pas
chaque section. Ce comité sera responsable des certificats
qu'il expédiera .
Tour approvisionneur externe se fera reconnaître aux bar
rières en entrant et en sortant.
Les courriers entreront , mais ils ne sortiront point jus
qu'à nouvel ordre .
V. Les canonniers , la gendarmerie , les troupes à pied of
( 26 )
a cheval qui sont dans Paris et aux environs , sont invités ,
de se ranger sous les drapeaux du peuple , et à s'unir avec
lu par les liens de la fraternité , pour reconquérir les droits
communs.
VI . Tout ageut du gouvernement , tout fonetionnaire civil
ou militaire , tout particulier qui tenteraient de s'opposer
aux mesures indiquées dans le présent arrête , seront regardés
comme ennemis du peuple et punis comme tels.
Tout pouvoir non emane du peuple est suspendu . Tout
agent ou fonctionnaire du gouvernement qui n'abdiquera pas
sur-le charp ses fonctions , sera considéré comme participant .
ala tyrannie et traité comme tyran ..

VII. Quiconque proposerait de marcher contre le peuple ,
de l'outrager d'une maniere quelco que , soit en masse , soit
dans un seul de ses membres , sera regardé comme enuemi
de la liberté et puni comme tel.
Vill . Les citoyens et les citoyennes de toutes les sections
indistinctement , partiront de tout pint dans un désordre
fraternel , et sans attendre le mouvement des sections vọisines
, qu'elles feront mancher avec enves , afiu que de gouver ,
nement astucieux et perfide ne puisse plus em museler le
people comme à son ordinaire , et le faire conduise comme
troupeau , par des chefs qui lui sout vendus et qui nous ,
trompent.

{
IX. Le peuple ne se rasseoira point qu'il n'ait assuré la
sbsilcance , le bonheur , le repos et la liberté de tous les
Français .
• X. Le mot de ralliement du people est : du pain et la constilation
démocratique de 1793.
Cúléor que , durant linsurrection , ne portera point ce mot
de rallic meat ´écrita da craie sur son chapeaug sera regarde
domme affumehr 'public et comme Tennemi de la diberté.
Tout drapeau , guidon ou enseigne qui paraitra , devra
Porter également le méme mot de ralliement.
I
3
Tout autre signe ou point de ralliement est absolument
defendu et proser't. 2 L
XI. Il sera fait une adresse à nos freres des départemens
at des armées , pour les instruire des movifs et du succès de
révolution , ainsi que des moyens pris pour assurer le
bonheur national . 16
T
3
* Nota . On ne doute point que le gouvernement u'essaie
d'empêcher l'effet des mesures ci dessus Mais il ne le pourra
pas. Il ne viendra point à bout d'arrêter l'indignation du
peuple et son juste châtiment , quand même il furait sortir de
ses magasins les subsistances qu'il y tient renfermees , et qu'il
réserve pour ses infâmes projets .
Cet acte trouve des applaudissemens dans plusieurs
( 27 )
Y
parties des tribunes . Ysabeau observe au peuple qu'il
sera bientôt détrompé , et qu'on le précipite à son
insu vers sa ruine . Clauzel découvre sa poitrine aux
citoyens des tribunes , et s'écrie : « Ceux qui nous rem
placeront en marchant sur nos cadavres , ne travailleront
pas avec plus de zele au salut du peuple. Citoyens ,
songez-y bien les chefs du mouvement seront punis ,
et le soleil ne se couchera pas sur leurs forfaits . "
Plusieurs membres font observer que le cri de ralliement
est le même que celui du re germinal. Du pain ,
la constitution de 1793 et la liberté des patriotes !
Dans cette conjoncture critique , les comités réunis présentent
et l'Assemblée adopte le décrct suivant.
La Convention nationale, decrete :
Art. 1. La commune de Paris est responsable envers
la République entière de toute atteinte qui pourrait être portée
à la representation nationale ,

2
" II . Tous les citoyens sont collectivement et individuelle
ment requis de se pouer à l'iusiagi et avec leurs armes
chacun, a chef- lieu de la section , pour y recevoi , par Fore
gane de ses chefs , les ordres de la Convention nationale.
" III . Ceux qui , une heure après la publication du présent
décret , ne seront pas rendus à leurs sections sont parti
culierement responsables des, evenemens chaque capitaine
sera tesu , à l'instant même , de constater leur Pprreessence on
Jenr absauce , par appel nominal , et d'en, adresser le résultat
à l'administration de poise , qui en rendra compie dans le
jour au comité de sûreté généraleshor
*
21 IV . Soptrexcopter les cigyens qui auront regu des ordres
sontraires de la part des comités de gouvernement,
» V.Les chels d'altroupersent sont mis hers la loi
enjoint aux bons citoyens de les arrêter , et en cas de résistance
de leur courir sus. 817
,, VI . Sont réputés chefs d'attroupemens les vingt premiers
judividus qui seront anètes marchant à la tête d'un altroupe-
FASHt.
3
יד
VII. La Convention nationale déclare qu'elle n'entend
porter aucune atteinte droits qu'ont les citoyens de lui
présenter des pétitions , lorsque ces pétitions lui seront présentées
en nombre et dans les formes prescrites par les lois .
VIII. Les autorités civiles et militaires sont tenues ,
peine de forfaiture , de se conformer ponctuellement à la loi
du 1er germinal - dernier.
; " IX. La Convention nationale se déclare en permanence
jusqu'à ce que la tranquillité publique soit rétablie dans
Paris .
( 28 )
" X. Les comités de gouvernement sont tenus de lui rendre
compte , d'heure en heure , de la situation de cette commune .
" XI. Le présent décret sera à l'instant publié et affiché
dans Paris , et solemnellement proclamé dans toutes les sec
tions , en à son de caisse , par les autorite chargées de son
exécution . 19
A ce décret succede une proclamation aux citoyens
de Paris , conçue en ces termes :
Proclamations aux citoyens de Paris .
CITOYENS
La Convention nationale , dont le van le plus ardent ,
celui de pourvoir anx besoins du peuple , serait depuis longtems
accompli , si l'action du gouvernement n'eût été emiravée
par les ennemis de la chose publique , croit devoir , dans
če moment de troubles et d'agitation , tracer aux bons citoyens
la route qu'ils ont à suivre , et les devoirs qu'ils ont à
remplir.
Des hommes trop connus par le rôle infâme qu'ils ont
joué sous le regne affreux de la derniere anarchie , ont organisé
la révolte sous le nom d'insurrection ; toutes les demandes
accessoires qu'ils joignent aux demandes de subsistances dounent
lieu de douter si leur objet est de se plaindre de notre
malheureuse position cet égard , ou d'en profiter . Disposes
à armer les besoins qu'ils irritent et qu'ils ont le secret de
frustrer par
les craintes qu'ils entretiennent et par l'éloignement
de la confiance , ils affectent de s's'étonner que les circulations
soient si peu productives .
5 Voilà , citoyens , les hommes auxquels vous devez opposer
la méfiance , dont vous devez repousser les insinuations per
des ou les séditieuses provocations : ils vous offrent l'enseigne
déshonorante et sinistre de la révolte qui mène à la servitude .
Votre courage et votre amour pour la République , votre zelé
actif pour la sûreté des personnes et des propriétés , garantissent
à la représentation nationale que vous ne connaîtrez
de drapeaux que celui qui tant de fois fut honoré par la vic
toire , que vos enfans , vos freres et amis aiment à voir à la tête
des phalanges ; le drapeau tricolor qui dans ces contrées lointaines
, conquises par leur intrépidité , présente à leurs regards
enflammés la précieuse et encourageante image de la
patrie.
" Citoyens , les provocateurs des troubles se gardent bien
de vous dire leurs secrets : ils abhorrent la paix qui pourrait
ramener l'abondance et vivifier l'industrie . Un traité de paix
devait être et fut signé à Bâle , le 16 germinal dernier ; le is
du même mois , ils exciterent une révolte. Des négociations
J
I
( 29 )
suivies avec activité , et prudence onvrent au gouvernement and
perspective heureuse , et lui promettent des résultats satisfaisans
; ces mêmes provocateurs s'efforcent d'étouffer à sa naissaxce
le germe de votre bonheur , et de rompre le fil des opérations
politiques de ceux qui gouvernent,
Citoyens , c'est au moment où vous allez recueillir le
fruit de tant de pénibles sacrifices , c'est au moment où un
gouvernement définitif , seul , remede aux maux présens , va
être donné à la France , sur les bases de la liberté et de l'égalité
; c'est au moment enfin où vous touchez au port que vos
ennemis da dedans et du dehors s'agitent pour exciter des
Drages , et précipiter cette ville et la France contre les écueils
encore ensanglantes par l'anarchie .
Quoi que tente la perfidie , quoi qu'entreprenne l'audace ,
la Convention nationale , qui , par son courage , sera toujours
digne de son poste , ne rouvrira ni les jacobins , ni
le temple. Le génie de la liberté l'enfamme forte de la
confiance de tous les bons citoyens , elle saura remplir aes
destinées et achever honorablement sa carriere .
Il nous est pénible , citoyens , de vous entretenir dans
set instant de tout autre objet que des subsistances . Vos befoins
multipliés et pressans affectent noire sensibilité et occupent
depuis long- tems notre zele ; mais peut-on songer aux malbeurs
d'une disette , sans se reporter sur une désorganisatio
qui en fut la cause ? peut- on songer au mal sans fixer son
attention sur ceux qui voudraient l'aigrir ?
La Convention , de son côté , en redoublant autant qu'il
est possible d'ardeur et de soins , pour pourvoir à vos besoins ,
se livre à la confiance d'être secondée par le patriotisme actif
de tous les bons citoyens , amis des lois , de la liberté et de
la paix , attachés par principes au maintien des propriétés .
Ge legitime espoir double sa force , prépare les succès des
nouvelles mesures du gouvernement en subsistances , et donnera
pour résultat dans la crise actuelle , au besoin , des ressources
abondantes ; a vos ennemis , l'opprobre d'une défaite ; à la
République , l'éclat et l'utilité d'an triomphe.
Cette proclamation est à peine adoptée que des cris
se font entendre de quelques tribunes . Dupain ! du pain !
Le président ( c'était Vernier ) répond avec fermeté que
des violences ne favorisent pas les arrivages. Il se fait
un grand tumulte ; le président se couvre . Plusieurs
représentans sout nommés pour aller éclairer et prému
nir le peuple contre les insinuations de la malveillance .
Le tumulte continue dans la tribune gauche. André
Dumont qui occupe le fauteuil donne ordre de faire
évacuer cette tribune occupée par des femmes en
fureur ; la tribune est évacuée , Fox est nommé com(
30 )
+
mandant général de la force armée , et Delmas pour
la diriger
Cependant vers les quatre heures une foule immense
de femmes enfoncent l'une des portes , et se précipitent
dans la salle ; elles sont bientôt suivies par des hommes
armés ; tous répetent le même cri : Du pain ! du pain !
Ce mot était écrit sur les chapeaux avec de la craie
ainsi que ceux- ci : La constitution de 1793 !
«
L'envoyé de Toscane , l'ambassadeur de Suede et
leur cortege étaient dans la loge des ambassadeurs ;
Dusaulx prend la parole , et dit : Je vous conjure au
milieu de cet horrible tumulte de considérer la contenance
fiere et calme des ministres des puissances étrangeres
et de ceux qui les accompagnent. J'entends dire ,
et je n'en doute pas , qu'ils veulent tous mourir avec
nous. Généreux amis de notre République vainemont
assaillie , vous vivrez et nous triompherons du crime ;
la mémoire de votre généreux dévouement ne sera
point oubliée ; non , jamais . ,, Il demande qu'il soit fait
mention au procès- verbal et au bulletin de la conduite
des ministres et des hommes braves qui les accomagnent.
Cette proposition est décrétée au milieu des
applaudissement qui en imposent un moment à cette
multitude effrénée .
Mais bientôt les plus horribles vociférations recommencent.
Il n'y a plus de délibération , plus de liberté ,
plus d'assemblée . Les factieux sont maîtres de la salle .
Des coups de fusil sont tirés . Un citoyen vêtu de bleu.
est poursuivi à coups de sabre ; le représentant Feraud
tient ce citoyen embrassé , et le monte à la tribune
pour le préserver. Feraud veut parler ; un coup de
fusil ou de pistolet part sur lui ; Feraud descend pour
saisir l'assassin ; il est frappé , blessé ; il se débat avec
vigueur. Plusieurs députés se précipitent pour le secourir
, il n'était plus tems ; il est traîné hors de la salle ,
et son cadavre est livré à une troupe furieuse qui lui
coupe la tête , la promene au bout d'une pique sur la
place du Carrousel et dans les rues voisines de la Convention
, et par un excès de férocité digne des cannibales
, on vient la porter dans le sein même de l'Assem
blée et sous les yeux du président . Boissy- d'Anglas qui
présidait est exposé aux menaces , aux outrages , et court
les plus grands dangers ; il reste ferme et impassible à
son poste.
Cependant un homme de la foule monte à la tribune
( ( 311)
et fait lecture de l'acte d'insurrection que l'on vient de
rapporter. Beaucoup de députés voyant l'asyle de la
représentation nationale indignement violé s'étaient retirés
; il ne restait plus qu'une quarantaine de membres ,
et c'est alors que sont rendus une foule de décrets , toas
dans le sens de l'insurrection .
Romme monte à la tribune : Je demande , dit-il , la mise
en liberté de ceux qui ont été incarcérés depuis le g thermidor.
Ce sont les meilleurs patriotes qu'on a depuis ce jour
jetté dans les prisons. Je demande aussi la mise en liberté de
Dubem , Lecointre et autres députés mis en arrestation le
12 germinal ; qu'il soit fait eu outre des visites domiciliaires ,
à l'effet de constater ce qui se trouve de subsistances chez les
particuliers .
Duroi Je demande le rapport de la loi du 5 ventôse
qui frappe les patriotes , sous le nom de terroristes , et celui
de la loi du 21 germinal , qui ordonne leur désarmement.
Goujeon : Je demande le rappel des représentans an mission
, leur remplacement et l'envoi de couriers extraordinaires
dans les départemens et les armées .
Duquesnoi : Je demande la destitution du comité de sûreté
générale , son renouvellement et l'arrestation des membres
qui le composent. Je demande aussi le renouvellement des
comités civils dans Paris .
Bourbotte Je demande l'arrestation des folliculaires qui
empoisonuent l'esprit public , et qui avilissent et déchirent
chaque jour les plus énergiques représentans du peuple ; que
Thuiot , Cambon et les autres députés qui se sont soustraits
au décret d'arrestation , soient aussi rendus à la liberté , et
que tous les fonctionnaires publics nommés depuis le 9 thermidor
soient destitués.
I
( Il est inutile de dire que chacune de ces . propositions était
accueillie avec enthousiasme par toute l'assistance , et que le
petit nombre de députés restés dans la salie levait ses chapeaux
en signe d'adhésion . j
Legendre et Deleloi se présentent à la tribune , au nom
du comité de sûreté . On prévoit qu'ils vont tenir un autre
langage . Aussi sont- ils couverts d'injures et de huées , et
obliges de se retirer , sans pouvoir obtenir la parole .
Plusieurs voix demandent que Bourbotte , Prieur ( de la
Marne ) , Duroi , Duquesnoy , et quelques autres qu'elles désignent
, soient nommés pour composer à l'instant une commission
extraordinaire , chargée de faire exécuter les me.
sures qui viennent d'être adoptées , et de prendre les autres
mesures qu'ils jugeront couvenables en ce moment. Adopté .
Soubrany J'invite mes collegues nommés pour composer
cette commission à s'assembler , et à prendre des mesures
X
( 32 )
les
tyraus ne fassent un nouveau 12 ger
pour empêcher que
minal contre les patriotes . ( Applaudi par les tribunes et les
gens armés . )
Duroi et ses collegues se levent : Nous remplirons nos
fonctions , dit le premier , au nom de avec le plus
pur sans - culotisme .
Ils partent. Mais , rencontrés par un détachement à la tête
daquel étaient Legendre et Kervélégan , ils s'arrêtent un
combat s'engage : leurs partisans prennent d'abord la fuite ;
ils reviennent ensuite à la charge et obtiennent un succès
momentane. Bomrbotte et Peyssard s'élancent à la tribune :
Victoire ! victoire ! s'écrient - ils .
Cependant le pas de charge se fait entendre . Bientôt une
foule de citoyens , parmi lesquels on remarque beaucoup de
militaires , entre dans la salle , en criant : Vive la Convention !
dehors les factieux ! à bas les jacobins !
Ils déclarent que , si ceux qui depuis plusieurs heures encombrent
la salle de la Convention , et empêchent toute délibération
légale , ne se retirent enfin pour rendre à la Couvention
sa liberté , ils vont employer conure eux les moyens
de force nécessaires .
Aussi-tôt la multitude qui emplissait la salle , effrayée de
cette monace , se retire en désordre par les fenêtres.
Legendre monte le premier à la tribune : Je ne ferai
pas , dit-il , à la Convention nationale l'injure de demander
le rapport des prétendus décrets rendus dans
la soirée ; elle n'existait plus ; elle était anéantie . Je
demande que nous nous occupions des mesures à prendre
contre les factieux.
Thibaudeau Il faut enfin se prononcer contre une
minorité factieuse avec laquelle il n'y a plus d'espoir
de conciliation.
Ce sont ceux qui , à l'instant où vous étiez sous le
joug des révoltés , ont feint de faire décréter une foule
de propositions atroces qui ne tendraient à rien moins
qu'à nous rendre le despotisme de Robespierre et à
exciter par-tout la guerre civile . Ils se sont eux-mêmes
par - là déclarés les complices du tyran que vous avez
abattu et les fauteurs des révoltés qui ont osé vous
assiéger aujourd'hui jusques dans votre propre sein . Je
demande l'arrestation de Romme , Duquesnoy , Duroi
et Bourbotte . Décrété.
Prieur ( de la Marne ) , Soubrany , Gougeon , Peissard ,
Albite aîné , Borie , Lecarpentier, Pinet , Rhull et Fayau
sont successivement aussi décrétés d'arrestation .
On avait demandé l'arrestation de Chatlier et de
Robert
1
( 38 )
Robert Lindet ; mais la Convention a passé à l'ordre
du jour.
Tallien : Je demande le prompt jugement de Pache ,
Bouchotte et des chefs des révoltés . Il faut venger la
mort du brave Feraud , dont ont a osé apporter la tête
ensanglantée jusques dans cette enceinte et devant votre
président. Il revenait de l'armée ; il avait accepté une
mission rès-pénible. Depuis une décade , il travaillait
jour et nuit à assurer l'approvisionnement de Paris .
Sans lui , nous aurions absolument manqué de pain , et
les scélérats l'ont assassiné. 1
Legendre : Je démande que dorénavant nous délibérions
en costume . Si nous l'avions fait aujourd'hui
nous aurions été délivrés deux heures plutôt , parce que
les bons citoyens auraient au premier coup - d'oeil , distingué
le représentant d'avec le révolté . Décrété .
Sur la motion de Bourdon ( de l'Oise ) il est décrété.
que provisoirement , et jusqu'à ce qu'il en ait été autrement
ordonné , il ne sera fabriqué dans la commune de
Paris qu'une seule espece de pain ; qu'on ne pourra
employer de farine qu'à faire du pain , de la bouillie
ou des alimens simples et sans apprêt ; et que les traiteurs
, restaurateurs et pâtissiers verseront la farine
qu'ils ont , dans les magasins et l'agence des subsistances
qui les payera au prix qu'elle leur aura coûté.
9
Sur celle d'André Dumont , il est décrété, 1º . que quintidi
prochain les sections s'assembleront et procéderont au désarmement
et même à l'arrestation des terroristes ; que les
individus arrêtés seront envoyés au comité de sûreté
générale .
2°. Que les femmes ne pourront entrer dans les tribunes
de l'Assemblée jusqu'à ce que le calme soit rétabli , et
que dorénavant, lorsqu'elles y viendront , elles devront
être accompagnées d'un citoyen qui justifiera de sa
carte de sûreté .
Anguis invite l'Assemblée à suspendre la séance jus
qu'à sept heures du matin ; il en est quatre de la nuit .
annonce que le calme paraît en ce moment rétabli
dans Paris. Décrété .
Ainsi se termina à quatre heures du matin du duodi
cette séance qui a vu éclore un si grand nombre d'attentats
à la représentation nationale et à toute espece
de liberté civile et politique . Si les hommes de sang
l'eussent emporté , cent guillotines eussent été dressées
Tome XVI.
( 34
le lendemain, et les massacres auraient recommencé par
milliers .
Quelques heures après, tous les députés artêtés furent
einmenés hors de Paris sous une forte escorte . "
F
A peine les hommes de la veille fulent-ils instruits
de ce qui s'était passé dans la Convention depuis leur
retraite , que la fermentation devint extrême. Le tocsin
sonna de nouveau dans le fauxbourg Antoine , et bientôt
à la commune où des femmes s'étaient emparées
du timbre. La générale et le rappel battirent dans toutes
les sections . Une force armée , plus formidable que la
veille , se rangea autour de las Conventions Les fauxbourgs
arriverent avec des dispositions très - animées .
Cependant on resta en présence toute la journée. La
grande majorité des sections , pleine de dévouement
pour la représentation nationale , étaient résolues à lui
faire un rempart de leur corps. Les autres et sur- tout les
fauxbourgs étaient dans une grande effervescence .
Dans l'Assemblée , la Convention délibérait librement
et avec calme. Les résolutions suivantes sont prises .
.10 Il est enjoint aux municipalités de faire battre sur- lechamp
les grains en gerbes qui se trouvent dans leurs com
munes respectives . Il sera fait dans toute la République un
recensement des grains , ce qu'on en soustrairai : sera confisqué.
Le citoyen qui découvrira des grains caches , ou en
fouis , en recevrale quart en mature . La loi qui déclarait l'argent
marchandise est rapportée.. Ce décret est rendu sur la
motion de Bourden .
20. Sur le rapport fait pas Aubry , au nom des comités de
salut public , de sûreté générale et de la guerre , la Convention,
nomme le général Dubois , commandant en chef des
corps de cavalerie qui se trouvent à Paris.
30. Sur la proposition de Gouly , la Convention décrets
que ceux qui ont assassiné Feraud , et ceux qui ont portéssas
tête au bout d'une pique dans la salle de la représentation
pationale , seront traduits au tribunal qui constatera l'identité
, et les fera exécuter dans le jour.
4. Boissy d'Anglas donné des détails intéressans sur le
caractere , l'ardeur , le patriotisme , la vie politique et privée
du représentant Féraud. La Convention charge le président
d'adresser à la famille de ce représentant une lettre
de consolation .
5. Génissieux propose de décréter qu'aucun membre
sous peine d'être mis hors de la loi , ne pourra faire de motions
dans un moment où la salle serait occupée par des factieux ,
et où la représentation nationale, crait ayilic . Ce projet
( $$ )
t
est décrété en principe , mais renvoyé auff demités pour: Im
rédaction,
60. Un membre demande que Romme soit mis hors de la
loi , attendu qu'il a été pris au moment où il traussait le
peuple . — Gette motion est écartée ; mais la Convention
décrete d'accusation, les membres arrêtés hier et ceux qui ont été en arrestation
les 12 et 16 germinal dernier. Bourdon ( de l'Oise ) demande qu'on en excepte Rhal ,
qui est âgé de 70 ans , qui est hydropique
, et contre lequel il n'a rien été allégué de très- grave pour sa conduite dans
la journée d'hier . Rhul est excepté
.
Un membre demande aussi une exception en faveur de
Frieur de la Marne ) , mais Bourdon ( de l'Oise ) et plasieurs
autres membres attestent que la nuit derniere au moment
où l'on délivrait la Convention , Prieur excita les rebelles
à faire résistance , en leur criant du hast de la tribune : Courage ,
braves sans - culilles , à bas la force armée !
Prieur reste
compris dans le décret .
7. Sur la proposition de Laporte , au nom du comité de
salut públic , la Convention nationale décrete : 1 ° . Toutes
les cloches qui existent dans la commune de Paris seront
brisées et fondues en canons ; 20. la plus volumineuse de ces
cloches sera placée au Palais National , poer servir de tocsin ,
d'après la loi du ir gerainal ; 30 , la cocarde nationale est
le seul signe de raliement : tout autre signe écrit sur des cha
peaux ou sur des bannieres , est expressément défenda ;
4° . quiconque , après la publication de cette loi , sera muni
d'un signe ou d'une devise particuliere , sera désarmé , et
s'il esiste , traite comme rébelle à la loi .
Dans l'intervalle de ces décrets Merlin ( de Douai )
annonce que ce qu'il a dit la veillé au moment de
l'explosion de la révolte , que les factieux voulaient em
pêcher la conclusion de la paix avec les puissances ,
venait de se réaliser . Les représentans du peuple en
Hollande écrivent de la Haye , en date du 27 floreal ,
que la nuit précédente le traité de paix et d'alliance a
été conclu entre la République Française et les Provinces
Unies . Il ajoute que sous peu de jours on apprendra
qu Il a été signé à Bâle un traité qui aura une grande
influence sur la pacification générale .
4
La Convention décrete que ces nouvelles officielles
seront à l'instant proclamées dans Paris par des représentans
du peuple à la tête de la force armée:
On avait d'abord annoncé que les révoltés s'étaient
rassemblés à la maison commune , et s'y étaient constiraés'en
assemblée nationale dupeuple souverain , qu'ils avaient
G &
( 36 )

mis la Convention hors de la loi , ainsi que sept sections
qui avaient entouré la Convention la nuit pré-,
cédente pour la défendre . Mais après des éclaircissemens,
ce fait ne s'est point vérifié.
Plusieurs membres rendant compte des dangers qu'ils
venaient de courir , Legendre a' dit :
La Convention doit des élogès à tous les citoyens qui lui
ont fait un rempart de leurs corps . Ce n'est pas tel ou tel
représentant qui a conru des dangers , c'est la représentation
nationale . Rentrons dans la foule , et laissons le reste à la
postérité. Quand il s'est agi de défendre la Convention ,
de la délivrer , les citoyens de toutes les sections se sont
offerts ; quand on a demandé qui voulait marcher des premiers
au péril , c'est nous , c'est nous , criait on de tous côtés ;
tout le monde voulait matcher. Puisque la Convention na
tiquale a été sauvée , il faut bien qu'il se soit trouvé un
grand nombre de bons républicains , car elle était attaquée,
par un grand nombre de gens pervers . Nous n'avons rien'
fait les uns sans les autres ; e'est la Convention , c'est le
peuple qui a tout fait trop heureux celui qui a eu occasion
d'être chef-de-file . Occupons- nous des moyens de donner du
pain au peupe , d'assurer ses subsistances , de le rendre
heureux , et laissons à l'opinion publique le soin de juger.
Quand un homme à fait son devoir , il n'a fait que son devoir.
La séance a été suspendue quelque tems . Elle l'a reprise
à sept heures du soir .
12
Legendre pré- On entend un roulement de tambours .
side . Il invite ses collegues à rester en place et à garder le
alme le plus profond . Le silence regne dans l'Assemblée.
A huit heures , Rabaud-Pommier , après avoir annoncé .
la Convention , au nom des comités , que les citoyens en
armes autour de la Convention paraissent disposes à prevenir
toute effusion de sang , et à fraterniser , propose de
nommer six représentans du peuple pour porter au milieu
d'eux des paroles de paix propres à concilier tous les esprits.
Cette proposition est adoptée à l'unanimité , et la Convention
nomme les représentans Laloi , Tavau , Mathien ,
Porcher , Boudin , Charles Delacroix , pour remplir cette mis
sion . Ils partent.
Legendre : Si la mesure que vous venez de prendre réussit ,
Pitt et le gouvernement anglais sont perdus. Le mouvement .
qui agite Paris vient de l'étranger : ou vent allumer parmi
us La guerre civile. Si cette mesure ne réussit pas , vous
aurez fait ce que vous deviez faire , et le destin décidera du
mous
Teste .
Laporte , au nom des comités réanis : Les sentimens de
( 37 )
fraternité se rétablissent dans tous les rangs ; dans tous les
bataillons on a juré respect à la représentation nationale..
Les comités , pour mettre le sceau à cette fraternité , vous pro
posent le décret suivant :
La Convention nationale , en déclarant qu'elle continuera
sans relâche à s'occuper des subsistances des citoyens de Paris ,
décrete que sa commission des onze proposera les lois orga
niques de la constitution de 1793 , le quintidi , 25 du présent
mois . Le présent decret sera proclamé à tous les citoyens ,
qui environnent la Convention , publié et affiche dans Paris ,
et envoyé dans les départemens par des couriers extraordinaires..
( Adopté.
Charles Delacroix vient annoncer qu'une députation des
bataillons du Carouzel demande à présenter une adresse . Elle
est admise .
>
L'orateur : Le peuple demande du pain ; le peuple demande
la constitution de 1793 ; le peuple demande l'élargissement
des patriotes mis en arrestation depuis le g thermador. ( Mirmures.
Il n'y en a point s'écrie- t-on . Le peuple
demande la punition des scélérats qui font un infâme trafic de
l'argent et des denrées , qui nous ruine et nous assassine ; le
peuple demande l'exercice de ses droits contenus dans la déclara
tion des droits de l'homme et la constitution de 93 ; le peuple
ami de la Convention , ami de l'humanité et de la justice , ani
de tous les principes de liberté et d'égalité , est prêt à se retirer
au sein de ses familles pour leur porter l'assurance de VOS
sentimens . Mais nous sommes décides à mourir au poste que
nous occupons , plutôt que de rien relâcher de nos demandes..
Je ne crains rien , je suis connu dans ma section , je me
nomme Saint- Gier. Vive la République ! vive la Convention nationals
si elle est amie des principes comme je le crois . Moraiurës
de tous les spectateurs . )
:
Sur la motion de Gossein , le pétitionnaire reçoit du président
l'accolade fraternelle. ( Applaudissemens et murmures.)
Laporte Le calme est retabli sur la place du Carouzel
les bataillons des diverses sections se sont expliqués curéunis
fraternellement , et tel est l'état des choses , que la Convention
peut suspendre ses séances , sans appréhension pous
la tranquillité publique.
*
La séance est suspenducouze heures du soir jusqu'au
lendemain huit heures .
Le lendemain 3 a été plus ealme; c'est l'effet ordinaire
des grands mouvemens qui laissent reposer un instant
La fareur des factieux .
Cejour la Convention a rendu les décrets suivans
er Art . Ist. Tous citoyen , qui baisra de la caisse sans un
ordre pas éorie de Rétat-mapiragéne al pom les objets railtie
( 38 )
on du comité civil de la section pour les objets civils , sera
mis à l'instant en état d'arrestation pour six mois .
II . Tout citoyen qui battra la génerale sans les formalités
prescrites par l'article ci - dessus sera pani de mort.
II. Tout officier de l'état -major - général qui donnera
l'ordre de battre la caisse , sans y être autorisé par la loi on par
les représentans du peuple ayant la direction de la force
armée , sera destitué et puni de six mois de prison .
IV. Tout officier civil qui donnera l'ordre de battre la
caisse pour un autre objet que celui d'une publication autorisée
par la loi , sera destitué et mis en état d'arrestation .
9 V. Tout officier de l'état- major - général ou tout officier
civil qui donnera l'ordre de battre la générale saus y être
autorisé par les représentans du peuple , chargés de la direction
de la force armée , sera pani de mort .
,, VI. La Convention nationale charge la commission de
l'agence des lois de faire , sur-le- champ , publier et afficher
le présent décret dans toutes les rues de Paris.
Delmas , Gillet et Aubri sont chargés de la direction
de la force armée de Paris et de la dix-septime division.
Ils emploieront les officiers qu'ils jugeront les plus
propres au service , et prendront toutes les mesures nécessaires
pour faire respecter les personnes et les propriétés
. Treilhard donne lecture du nouveau traité.
conclu avec la Prusse en exécution d'un article contenu
dans celui qui a été rapporté dans ce journal , et annonçe
en même tems que l'électeur de Saxe , le landgrave
de Hesse- Cassel et celui de Hesse - d'Armstadt y
avaient accepté et retiraient leur contingent fourni à la
Coalition .
Un événement bien remarquable signála cette journée .
Au moment où lon conduisait au supplice sur la place
de Grêve , le scélérat qui avait mis au bout de sa pique
la tête du représentant Feraud , et l'avait promené dans
la salle même de la Convention , une foule d'hommes
et de femmes se précipitent et Fenlevent des mains de
l'exécuteur. Il faut dire que les précautions avaient été
bien négligées pour assurer l'exécution de la loi , car il
n'y avait pas vingt gendarmes pour escorte . S'il y avait
une circonstance où il fût nécessaire de déployer un
grand appareil pour l'exemple , c'était celle- là .
Ce criminel fut emmené en triomphe au fauxbourg
Antoine , et mis sous la sauve- garde des rebelles . Cet
événement se passa au déclin du jour , et la Convention
avait depuis plusieurs heures levé sa séance.
( 59 )
Le 4 , la Convention instruite de ce qui s'était passé
la veille , considérant que les factieux du fauxbourg
Antoine ont , les etalen de ce mois , marché contre
la Convention et braqué contre elle les canons , pour
arracher des décrets qui ne peuvent être que l'ouvrage
de la majorité libre ; considérant que tous ces moyens
ne peuvent servir qu'à éterniser l'anarchie et dissoudre
l'ordre social ; que des représentant ont été assassinės ,
et que leurs assassins ont été délivrés par les révoltés ,
rendit le décret suivant :
1b6e.Art. Per. Les habitans du fanxbourg Antoine seront
sommés , au nom de la loi , de remettre sur l'heure , sous la
main de la justice , les assassins du représentant du peuple
Feraud , et notamment celui qu'ils ont soustrait à l'exécution
da jagement rendu contre lui.
II. Ils seront également sommés de remettre au généralcommandant
tous les canons des trois sections composant le
fauxbourg. 1.
III . En cas de refus d'obéir aux sommations qui seront
faites , le fauxbourg Antoine est , par le refus même , déclaré
en état de rébellion en conséquence , il est ordonné à toutes
les sections de Paris de marcher sous les ordres des géné
taux pour réduire les rebelles par la force , et dès lors toute
distsibution de subsistances dans les trois sections révoltées ,
ecssera d'avoir lier.
9. IV. Le présent décret sera sur- le - champ imprimé , publié ,
affiché et proclamé dans Paris , et envoyé par des courriers
extraordinaires aux départemens et aux armées .
Sur la proposition de Genissieux , il fut décrêté que
les femmes seraient tenues de se retirer dans leur domicile
, et que celles qui , demi-heure après la publication
du décret , seraient attroupées dans les rues au nombre
de plus de cinq , seraient arrêtées et détenues jusqu'au
rétablissement de l'ordre dans Paris .
Dautres mesures furent également prises. Il fut décrété
, 1 ° . que tous individus surpris faisant de fausses
patrouilles , cherchant à suborner les troupes et la garde
nationale , ou portant sur les chapeaux du vêtemens
des signes séditieux proscrits par la loi du 2 de ce mois ,
sera de suite livré à la commission militaire pour être
jugé et fusille sur-le - champ. Les comités de salut pur
blic , de sûreté générale et militaire réunis organiseront ,
sur l'heure , cette commission qui sera composée de
cinq membres .
2º. Que pour éviter toute confusion dans les rues de
r
@ 4
( 40 )
Paris , les citoyens qui n'ont pas été appellés dans leurs
bataillons se retireront dans leur domicile.
Sieyes , de retour de sa mission dans la Hollande ,
a donné lecture du traité d'alliance conclu avec les
Provinces- Unies , dont les conditions sont très - avantageuses.
On le trouvera ci-après à l'article des Nouvelles
officielles .
Déja dans la nuit une cavalerie nombreuse avait investi
toutes les issues du fauxbourg Antoine . Le matin ,
la force armée des sections s'y était réunie ; les habitans du
fauxbourg avaient fait quelques préparatifs de défense ,
et avaient fait des barricades avec des charrettes et des
tonneaux , pour arrêter la cavalerie ; elles furent bientôt
renversées .
Cependant vers six heures du soir , une députation
de la section des Quinze- vingts se présenta pour être
admise à la Convention . Elle fut rejettée , avec assurance
que si les révoltés n'exécutaient pas le décret , le
fauxbourg serait bombardé le lendemain .
Il y a dans ce fauxbourg de bons citoyens qui n'ayant
pas partagé la révolte , ne voulaient pas en partager le
châtiment ; l'esprit de soumission et d'obéissance à la
loi l'emporta ; la section de Popincourt fut la premiere
à remettre ses canons , et sur les huit heures du soir
tous les autres furent remis à la force armée qui était
de plus de 30 mille hommes . Plusieurs chefs des séditieux
ont été signalés et pris , parmi lesquels se trouvent
vingt- six gendarmes , dont neuf à cheval , et un mulâtre
capitaine des canonniers de Popincourt, qui avait braqué
le canon contre la Convention . Une commission militaire
a été chargée de les juger et de les faire fusiller .
On avait dit d'abord que Cambon , Thuriot , Santerre
et Laïs étaient du nombre des prisonniers arrêtés ; mais
le fait n'était pas . Santerre depuis trois jours était à
Chaillot. On était à la recherche de celui qui avait été
enlevé à la justice , et d'autres chefs des rebelles .
+
A neuf heures tous les canons ont été ramenés par
l'armée aux Tuileries , et la Convention a nommé une
députation de plusieurs de ses membres pour témoigner
à la force armée toute sa satisfaction . Cette journée s'est
terminée par des cris de vive la liberté ! vive la république
! vive la Convention !
Durant la nuit , la force armée a continué d'occuper
( 4 )
le fauxbourg Antoine ; on a fait des perquisitions des
chefs des séditieux que les bons citoyens de ce fauxbourg
et les autorités constituées ont désigné eux-mêmes.
Une trentains ont été arrêtés et conduits au comité de
sûreté générale.
La journée du 5 a été employée dans les différentes
sections au désarmement et à l'arrestation de tous ceux
qui ont été désignés et reconnus pour terroristes ; les
septembriseurs n'ont pas été oubliés . Cette mesure
trop long- tems retardée contribuera à ramener l'ordre
et la tranquillité publique dans Paris. Les bons citoyens
que les journées des 1 et 2 prairial avaient jetté dans la
consternation , ont repris toute leur énergie ; de toutes
parts , la joie éclatait sur les visages , et chacun se félici
tait de voir enfin la Convention à la hauteur de sa
dignité et de sa force , seconder par ses mesures de
vigueur les bonnes intentions des citoyens .
En vertu d'un arrêté du comité de salut public , les
sections de la Cité , des Gravilliers et du Panthéon ,
ont été sommées de livrer leurs canons .
La commission militaire , créée par le décret de la
veille , a envoyé à la Convention le jugement qu'elle
a rendu contre un des chefs de la révolte ; en voici le
Contenu :
Au nom de la République Française.
La commission militaire établie en vertu de la loi du
4 de ce mois , a condamné Guillaume Delorme , capitaine
des canonniers de la section de Popincourt , demeurant rue
et cul- de- sac Sébastien , n ° . 7 , faubourg Antoine , à la peine
de mort , comme convaincu d'être auteur et complice de la
conspiration qui a eu lieu les 1 , 2 et 4 de ce mois , et de
la révolte qui en a été la suite , à l'effet de dissoudre la
Convention nationale , et d'assassiner les représentans du
peuple , et d'avoir suborné la garde nationale de sa section .
" Ordonne que le présent jugement sera exécuté aujourd'hui ,
9 heures du matin , sur la place de la Révolution , et qu'il
sera imprimé et affiché par tout où besoin sera .
Paris • 5 prairial , l'an III de la République Française ,
une et indivisible .
Signés les membres de la commission , ROMANET , président
J. M. CAPITAIN , TALMET , LECLERO et ROBHIERE , secrétaires
Le tribunal de cassation et plusieurs sections sont
allées féliciter la Convention de son nouveau triomphe,
Gelle des Piques , qui a repris sen nom de Place- Vendôme
( 42 )
a demandé qu'il soit établi un gouvernement tel que
jamais la révolte ne puisse s'organiser par une petite
fraction du peuple , sous le titre du plus saint des devoirs ,
et de maniere cependant que les citoyens ne soient pas
privés du droit de surveillance collective et individuelle
sur les fonctionnaires et magistrats ; elle desire un gouvernement
qui appelle aux fonctions publiques les citoyens
probes , éclairés et laborieux , et non l'homme
qui ne fait rien , et qui se trouve intéressé au désordre
et au bouleversement.
** Celle des Tuileries a invité la Convention à s'appli
quer à elle -même la mesure épuratoire qu'elle a décrétée
pour les sections ; elle a demandé que ceux qui ayant
été désarmés seront trouvés en armes dans un rassemblement
quelconque , soient considérés comme sédieux
, et que l'on mette sur leur carte désarmé , afin que
l'on puisse les reconnaître. Après avoir exprimé à ces
sections toute sa satisfaction , la Convention à renvoyé
cés pétitions aux comités .
Sur la proposition de Clausel , amendée par plusieurs
membres , et renvoyée aux comités pour être rédigée , le
décret suivant a été rendu .
La Convention nationale après avoir entendu ses , trois comités
, de salut public , de sûreté générale et de législation ,.
décicte :
66 Art ler. Le déeret du 12 germinal qui , par mesure de
sûreté générale , ordonne la déportation de Collot , Billaud ,
Basere et Vadier est rapporté .
1. La Convention nationale décrete d'accusation , Barrere,
Color, Billand et Vadier', et ordonne qu'ils seront traduits
sans délai an tribunal du département de la Charente îufėrieuse
, pour y être jugés ."
Le comité de législation présentera demain la ré
dacion de l'acte d'accusation .

IV. Pache , Andosin sou gendie ; Bouchote , ex- ministre ;
Daubiguý , sen a joint ¦ Clémence , 'dirdevant' employé jau
comité de saine public ; Marchand , idem ; Herou , ci-devant
employé au camiité de sûreté géberale ; Hassenfratzy; et le
général Rossignol serout traduits au tribunal criminel du dipartement
d'Eure et Loir , por y être incessamment jugės . ”
L'article relatif la peine à décerner contre ceux qui
donneraient asyle aux conspirateurs , après quelques dis
cussions , a été rejette . v
Comme beaucoup de coupables chercheront sans doute
à se soustraire à la justice nationale , le comité de surg
X( 43 )
veillance du troisieme, arrondissement a engagé , par une
culaire , les comités civils des sections à n'accorder de
passe -part qu'à ceux qui apporteront de leurs officiers
l'attestation qu'ils se sont bien montrés dans les journées
des 1 , 2 , 3 et 4 prairial .
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
de son comité de sûreté générale , approuve la lettre circulaire
envoyée à tous les comites civils des sections de Paris ,
par le comité de surveillance du troisieme arrondissement ;
décrete que la mesure qui'y est proposée , relativement auk
passe-ports , sera exécuide par tous lesdits comités civils ; et
Cordonne la mention honorable de la conduite du comité de
surveillance du troisieme arrondissement.
Plusieurs membres dénoncent Forestier et Lavallée ,
pour avoir pris part à la conspiration des factieux . Il
ont été décrétés d'arrestation .
Le 6 , la plupart des sections sont venues féliciter la
Convention ,
André Dumont dénonce Massieu et Bassal ; le premier
dée la calomnie et demande que sa conduite soit exa
minée. Décrété . r
Un jeune adjudant , nommé Liébaud , qui avait contribué
à préserver Boissy- d'Anglas de la fureur des factieux
, est présenté à la Convention , et recueille les
applaudissemens dus à son courage.
La section des Gravilliers vient déclarer qu'elle s'est
désarmée elle-même. Celle des Quinze - Vingts , où était
le foyer de la révolte , déclare que les bons citoyens
étaient opprimés depuis le 9 thermidor ; que le parti des
factieux les avaient réduits au silence , en les menaçant
du pillage et de la most : elle a déposé ses armes aux
termes du décret. Elle a remis au commandant de la
force armée stationnée dans son arrondissement , les
meneurs et les instigateurs de la révolte. Elle présente
un jeune canonnier que les brigands voulaient déter
miner à mettre le feu à sa piece , pour établir l'hostilité
et qu'ils n'ont pu porter à ce crime , ni par promesses ,
ni par menaces. ¡
Pierret , au nom du comité de sûreté générale La
conspiration avait des ramifications très - vastes . Elle en
ayait dans le sein de la Convention nationale ; le comité
veille jour et nuit pour les rechercher. Le général
Morgan a déclaré que , le 1er. prairial , vers 4 heures
de l'après-midi , sortant de l'Assemblée pour se rendre
( 44 )
au comité , il fut rencontré par le représentant du peuple
Pautrizel , qui lui dit : Je suis réellement fâché de voir
un aussi brave homme que vous se mettre en avant
pour un parti qui va périr. Le plan est profondément
combiné Cambon et Thuriot sont à la tête . Il est prúdent
de laisser la Convention et le peuple se démêler
entr'eux ; les intermédiaires seront anéantis je suis
fâché que votre zele ait pa vous faire désigner. Le
général Morgan rendit successivement cette conversation
à Delmas , à Sevestre et à Gillet , et vint faire sa déclaration
au comité . Le domestique de Pautrizel a déclaré
aussi que , depuis quelque tems , il venait chez ce
représentant , dans la journée , 30 à 40 individus du
fauxbourg Antoine. Je propose , au nom du comité
Tarrestation de Pautrizel.
Pautrizel cherche à se justifier , et convient des faits
qui lui sont imputés qu'il essaie d'interprêter moins défavorablement
. Il est décrété d'arrestation. Avant d'être
emmené , Clausel l'accuse en face d'avoir dit que la
République Française était une dérision , et qu'il fallait
un roi.
Bourdon ( de l'Oise ) déclare qu'il a des raisons de
croire que Fautrizel n'est pas plus deputé de la Guadeloupe
que Fitt lui-même."
La commune d'Uzès dénonce Vouland comme ayant
porté la terreur et la mort dans ses contrées , et d'avoir
contribué aux exécrables boucheries d'Orange . La péti❤
tion est renvoyée au comité de législation .
Sur la motion de Rovere , les membres composant la
commission dite populaire , établie à Orange , seront
traduits au tribunal criminel du département de Vau
cluse pour y être jugés .
Depuis les derniers événemens on n'entre plus ni aux
Tuileries , ni au Carrouzel . Un camp de 3 mille hommes
de troupes de ligne , dont la majeure partie est en cavalerie
, a été formé dans l'intérieur du jardin ; ce camp
est destiné à protéger les travaux de la Convention. Un
autre sera établi dans la plaine des Sablons.
Par une suite de ces mesures , il n'y aura dans l'en-.
ceinte du Palais -national aucune échoppe ni étalage ,
aucún établissement de traiteur , limonadier ou marchand
de vin . Ceux dont les maisons ont des issues suz
le jardin ou sur la cour seront tenus de les fermer.
Ketvélégan , qui s'était mis avec Legendre à la tête
145 )
de la colonne qui avait chassé les factieux du sanctuaire
de la réprésentation , avait été blessé d'un coup de
sabre. La Convention a appris avec satisfaction que sa
blessure , quoique profonde , n'est pas dangereuse....
Chenier , au nom des comités de gouvernement , fait un
rapport sur les honneurs à rendre à la mémoire du repré
sentant Feraud.
Chenier trace d'abord l'épouvantable tableau que présentait
la Convention au 1er , prairial , quand des forcenés violerent
out ce qu'il y a de sacré , insulterent à la loi et à ses organes,
et mirent le comble à leurs forfaits , en égorgeant a la tribune
un representant du peuple dont ils porterent la tête
Jusques sons les yeux du président.
A l'instant où Chenier à parlé du courage que deux présidens
ont déployé dans cette journée , la saile a retenti d'applaudissemens
à trois reprises . Il propose le projet de décret
suivant :
« Art. Ier, Le 14 prairial , à 11 henres du matin ,
il sera
célébré dans le lieu des séances de la Convention , une fête.
en l'honneur du représentant Feraud , martyr de la liberté.
" II. La Convention et les autorités constituées de Parisį
assisteront à cette cérémonie funebre . Les représentans seront
en costume avec un crêpe au bras gauche,
99 III. Les ambassadeurs qui se trouvent à Paris seront invités
d'y assister.bi
" IV. Chaque section y envetra quatre citoyens choisis
par elle.
5 V. Un représentant prononcera un discours relatif à la
cérémonie.
" VI. Quand elle sera finie , 24 députés se rendront dans
le lieu de la section des Tuileries où le corps du repré
sentant Feraud est inhumé , et ils graveront sur sa tombe
l'inscription suivante : Ici repose le corps du , représentant.
Feraud , assassiné par les révoltés au sein de la représentation
nationale , en invoquant le respect dû aux lois .
" VII. Le comité de salut public se concertera avec celui
des inspecteurs , pour l'exécution du présent décret. .
Legendre demande que les troupes de ligne qui ont si
bien défendu la Convention et la liberté , aient aussi des
députés à cette fête ; qu'il y assiste un officier , un sous- officier
et un soldat de chaque corps. Cette proposition est décrétée
au milieu des applaudissemens .
Louvet est chargé du discours à prononcer à cette
monie.
Le nommé Boucher , qui avait coupé la tête au repré
sentant Feraud , a été arrêté et exécuté sur la place de
( 46 )
la Révolution , ainsi que Jean Quinet qui avait promene
sa tête , et avait êté soustrait par le peuple . Il a été retrouve
au fauxbourg Antoine , rue de Charenton , caché
chez sa soeur. Il a voulu d'abord se tuer d'un coup de
rasoir , puis il s'est précipité du haut de la maison. Il
a été transporté à la Conciergerie et de -là au lieu de
son supplice .
Aucune femme désormais ne pourra assister aux assemblées
politiques . Il était bien étrange que celles qui nei
peuvent exercer aucun droit , exerçassent cependant une
influence de trouble et d'anarchie par-tout où la fureur
des partis les envoyait , ou comme auxiliaires , ou comme
agens principaux .
Ji
Depuis long-tems les bons citoyens se plaignaient de
la désobéissance et du brigandage d'une partie de la
gendarmerie , toujours prête à se ranger sous les drapeaux
des assassins , des terroristes , ou des voleurs dont
ils partageaient les rapines. La Convention a cru devoir
prendre les mesures suivantes : ツ
Art. Ier. Les gendarmes à cheval et ceux de service auprès
des tribunaux , sont cassés et déclarés incapables de servir
dans aucun autre corps.
" II . A compter de cejour , ils cesseront de recevoir aucune
solde.
III. Ils seroit provisoirement remplacés par les citoyens
et les troupes de ligne.
,, IV. L'innocence des individus sera constatée , alors seu
lement ils pourront être replacés dans d'autres corps.
# 99 V. Les gendarmes destitués seront désarmés et obligés
de se rendre dans leurs communes respectives pour rester
sous leur surveillance . ; i
F. Le licenciement et le désarmement se sont effectués
le 6.
ཀློ་་ "8,
་ is Dans la séance du 7 , le comité de sûreté générale
instruit que des femmes , enhardies par l'impunité sed
Findulgence dont on a trop long- tems usé envers elles ,
cherchaient encore à aigrir les esprits et troubler la tranquillité
publique , en se permettant d'arracher la cocarde
nationale , signe de ralliement des amis de la patrie et
de la liberté , le comité a proposé et l'Assemblée a dér
crété que tout individu de l'un et de l'autre sexe qui
sera prévenu d'avoir fait mettre bas ou arraché ou
essayé d'arracher de force la cocarde tricolore , aux ci
147 1
toyens ou citoyennes , sera traduit sur le champ devant
la commission militaire , poury être jugé comme ennemi
de la liberté.
på skledim ment? shirisu mu smonst gibmod
Le représentant du peuple Cadroy , en mission pres les
armées des Alpes et d'Tialle , écrit de Lyon , que ses collegues
qui sont à Marseille fai ont expédié , par un courier
extraordinaire , ' une dépêche portant que , dans la nuit du
30 floréal an rer. prairial , les scélérats réfugiés a Tonion
se sont emparés de l'arsenal de cette place , et que de-là ils
menacent d'exterminer tout ce qui n'est pas montagnard . On
prend des mesures pour mettre Toulon à l'abri des entree
prises de ces factieux . Les citoyens, de Marseille , se levent
pour es punir , et ceux de Lyon , en apprenant cette nous
velle , out offert au représentant du peuple de marcher sur
Toulen , et d'exterminer ces brigands , qui veulent , toujours .
opprimer , toujours massacrer , toujours trahir , et qui ne
deviendront jamais citoyens . La leure de Cadroy, est reavoyée
au comité de salut public .
les
-
957
Les représentans du peuple près l'armée des Alpes et
d'Italie écrivent , du quartier- général de Chambery , en date
du 29 floréal , que cette armée vient de s'honorer par de nou
veaux succes. Elle s'est empare du Col- du-Monu, poste de
la plus grande importance , situé sur an sommet plus élevé
que le mont Saint-Bernard, Nos troupes ont surmenté toutes
les difficultés du terrein ; elles ont bravé dix-huit bouches à
feu . Le nombre des prisonniers ennemis est de 206 , dont
9 officiers parmi lesquels se trouve le major du régiment de
Verceil . Nous avons enlevé les magasins de l'ennemi. Celle
action s'est passée dans la nuit du 22 au 23. Le 24 , la
général piémontais a voulu prendre sa revanche , en attaquant
le mont Saint- Bernard. il a été reçu d'une maniere republi
eaine . Après quatre heures, de combat , il a été forcé de se
retirer avec perte de 24 homme , Noous n'avons eu que é blessés
et. 2 volontaires faits prisauners, Cette dépêche qui contient
le récit de plusieurs traits de bravoure , sera insérée aur
bulletin.
"

21
Ronhier , qui arrive d'une mission pour les subsistances
de Paris , donne connaissance d'une espece de soulèvement
qui a eu lieu à Franciade de la part de plusieurs femmes ,
appuyées de quelques homines . Un adjudant nommé Macé
qui était de l'état - major d'Hentiot , l'un des principaux auteurs
de ce désordre , a été arrêté , ainsi que neuf femmes , que
Rouhier a fait conduire au comité de sûreté générate . Rouhier
fait l'éloge d'un gendarme qui est mort de fatigue en execu
tant ses ordres. Il a fait donner des secours à sa veuve , La
Convention approuve la conduse di représentant , et charge
( 48 )
1
son comité des secours de lui faire un rapport sur la pension à
accorder à cette , veuve.
Boudin raconte un trait de fraternité de la part d'un corps
de troupes de ligne qui est à Paris . Ces Républicains n'ont
pas voulu toucher à leurs rations avant que leurs freres de
Paris , avec lesquels ils étaient stationnés au fauxbourg Antoine ,
n'eussent reçu les leurs , parce qu'ils auraient partagé avec
eux , si ces rations n'eussent pas été distribuées . Mention
honorable , insertion au bulletin .
Une députation d'un corps de canonniers de l'armée de
Sambre et Meuse vient féliciter l'Assemblée. Nous ne connaissons
, disent ces braves volontaires , que la République et la
Convention ; nous sacrifierons tout pour elles . Le président
donne , au nom de la nation , l'accolade à l'un de ces canonniers
, qui la reçoit au nom de l'armée de Sambre et Meuse.
- Le président donne aussi l'accolade à un respectable
vieillard , général de division , qui a montré la plus grande
ardeur dans ces derniers jours de crise .
NOUVELLES OFFICIELLES.
Traité d'alliance conclu entre la République Française et la
République des Provinces - Unies de Hollande.
Art. Ier . La République Française reconnaît la République
des Provinces Unies pour une puissance libre et indépendante
, ainsi que l'abolition du stadthoudérat ; décrété tant
par les états-généraux que par les états particuliers de chaque
province.
II. Il y aura à jamais entre les Républiques Française et
Batave , paix , amitié et bonne intelligence .
III. Il y aura une alliance offensive et défensive jusqu'à
la fin de la guerre , entre les deux républiques , contre tous
leurs ennemis sans exception .
IV. Cette alliance offensive et défensive aura toujours son
effet , toutes les fois qu'une des deux républiques sera en
guerre avec l'Angleterre .
V. Aucune des deux républiques ne pourra faire la paix
avec l'Angleterre ou traiter avec cette puissance • sans le
concours et le consentement de l'autre république.
VI. La République Française ne pourra faire la paix avec
aucune des puissances coalisées , sans y comprendre la Republique
des Provinces-Unies.
VII. La République des Provinces - Unies fournira pour son
contingent,
( 49 )
Contingent , pendant la campagne actuelle , 12 vaisseaux de
ligne et 18 frégates , pour être employés principalement dans
les mers du Nord et de l'Est, Cette force sera augmentée
pour la campagne , prochaine si elle a lieu .

VIII. En outre , la République des Provinces-Unies , si elle
est requise , fournira au moins la moitié des troupes de terre
qu'elle a sur pied .
IX . Les armées et flottes combinées seront commandées par
un général Français .
X. Pour mieux concerter les opérations , un membre de
l'assemblée des états -généraux aura voix délibérative dans le
comité de marine à Paris .
XI. La République des Provinces - Unies rentre dès ce moment
en possession de sa marine et de ses magasins pour ses
forces de terre et de mer ,, et de cette partie de son artillerie ,
dont la République Française n'a pas disposé.
:
XII. La République Française, rend également , dès ce moment
, à la République des Provinces - Unies , tout le territoire
, les pays faisant partie ou dépendaus de cette république
, sauf les exceptions contenues dans les articles suivans .
XIII. La République Française garde comme une juste
indemnité , pour les pays conquis , et conformement à l'article
précédent , les villes et pays ci- après :
1º . La Flandre hollandaise , y compris tout le territoire
situé sur la rive gauche du Hond ou Escaut occidental .
20. Maestricht , Venloo et leurs dépendances , comme aussi
les autres pays et possessions des Provinces-Unies , situés au
sud de Venloo , sur les deux rives de la Meuse .
.
XIV. Il y aura dans la ville et le port de Flessingue
exclusivement , garnison française , tant pendant la guerre
qu'en tems de paix , jusqu'à ce qu'on en convienne différemment
entre les deux nations .
XV. Le port de Fiessingue sera commun , avec pleine,
liberté , aux deux nations . On se conformera à cet égard au
réglement convena entre les parties contractantes , qui sera
annexé au présent traité en forme de supplément.´/
XVI. Au cas de quelques hostilités de la part de quelque
puissance qui attaquerait , soit la République des Provinces-
Unies , soit la République Française , du côté du Rhin ou
de celui de la Zélande , le gouvernement français pourra
placer garnison française dans les villes fortes de Bois- le - Duc ,
Grave et Berg- op-Zoom.
XVII . A la paix générale , la République Française céderz
à celle des Provinces - Unies , telle portion des pays conquia
et cédés à la France , qui égalera en étendue le territoire
réservé dans l'art. X ; cette portion de territoire sera choisie
dans la situation la plus convenable pour déterminer la sépa
ration des limites réciproques.
Tome XVI.
( 50 )
C
XVIII. La République Française continuera , seulement
Pendant la guerre actuelle , à occuper , avec un nombre dé
terminé et convenu entre les deux nations , les forteresses et
positions qu'elle jugera utiles pour la défense du pays .
XIX. La navigation sur le Rhin , la Meuse , l'Escaut , le
Houd et tous ses bras jusqu'à la mer , sera libre aux deux
nations française et batave . Les bâtimens français et ceux des
Provinces Unies y seront reçus sans distinction et aux mêmes
conditions.

XX. La République Française laisse à celle des Provinces-
Unies tous les biens immeubles de la maison d'Orange
comme aussi tous les meubles dont la République Française
ne trouvera pas à propos de disposer.
XXI. La République des Provinces-Unies paiera à la République
Française , pour l'indemniser des frais de la guerre ,
cent millions de florins courans de Hollande , soit en especes ,
soit en bonnes lettres-de- change sur l'étranger , conformément
au mode de paiement convenù entre les deux républiques .
XXII. La République Française interposera ses bons offices
près des puissances avec lesquelles elle sera à même de traiter ,
pour faire
payer aux habitans de la République Batave les
sommes qu'elles leur doivent pour des négociations directes ,
faites avant la guerre actuelle avec ces deux gouvernements .
XXIII. La République des Provinces - Unies s'engage à
n'accorder à aucun émigré français un asyle sur son territoire .
Pareillement la République Française ne souffrira pas sur
son territoire aucun énigré du parti d'Orauge.
XXIV. Le traité actuel n'aura de force qu'après avoir été
ratifié par les parties contractantes ; et les ratifications seront
échangées à Paris en dedans de deux décades , à dater d'aujourd'hui
, ou plutôt si cela se peut.
3.31
Réglement pour déterminer l'usage du port de Flessingue , en
conséquence de l'art. XIV du traité de paix et d'alliance
conclu entre la République Française et celle des Provinces-
Unies.
3
Art . Ier. Les deux nations Française et Batave se servirent
également du port et du bassin de Flessingue pour la construction
, la réparation et l'equipement de leurs vaisseaux .
II. Chaque nation y aura séparément et sans mélange ses
propres arsenaux , magasins , chantiers et ouvriers .
III. Pour faire entrer , dès -à -présent , la nation française
en communauté d'avantages du port de Flessingue , la République
des Provinces - Unies lui cédera sur le bassin le bâtiment
qui sert de magasin à la compagnie des Indes occidentales
; en outre , il lui sera assigné le terrein nécessaire pour
y établir des chantiers et des arsenaux ; et jusqu'à ce qu'elle puisse
en jouir , elle aura l'usage des chantiers actuellement existans .
( 51 )
?
IV. Quant aux acquisitions de nouveaux terreins et constructions
de bâtimens que chaque nation voudrait faire dans
les ports et bassins de Flessingus , pour aggrandir ses propres
magasins , arsenaux et chantiers on en créer de nouveaux ,
les frais de renouvellement on de réparation desdits arsenaux ,
magasins ou chantiers , et les frais qui regardent les construc
tions , réparations et équipemens des vaisseaux respectifs
avec tout ce qui en dépend , resteront à la charge de chaque
nation respective .
V. Les tais de réparations nécessaires aux ports , aux bassins
et aux quais , étant pour l'avantage commun des deux
nations , seront à la charge des deux gouvernemens .
Ces réparations seront arrêtées , ordonnées et conduites par
la direction des Provinces - Unies.
La direction de la République Française est seulement prévenue
des réparations à faire , et se bornera , quand elles seront
achevées , à en constater la confection , et à cu passer le
procès- verbal à son gouvernement , y joint l'état des frais
afin qu'il soit de suite pourvu au remboursement de la moitié
desdits frais .
VI. Il est convenu qu'aucune des deux nations ne mettra ,
dans le port , ni vaisseau amiral , ni vaisseau de garde .

VII. Dans tous les cas où il s'éleverait des contestations
qui ne pourraient être terminées à l'amiable sur l'exécution du
présent réglement , ces contestations seront décidées par cinq
arbitres qui seront nemmés , savoir , deux par la direction
française , deux par la direction batave ; pour le cinquieme ,
chaque direction nommera un neatre , et le sort déterminera ,
entre les deux neutres nommés , celui qui remplira les fonc - ¸.
tions de cinquieme arbitre.
VIII. Le présent réglément sera exécuté suivant sa forme
et teneur , comme faisant partie de l'art . XIV du traité de
paix et d'alliance de ce jour entre la République Française et
celle des Provinces - Enies .
Fait à la Haye , le 27 fioréal , l'an 3e . de la République Française
, une et indivisible .
Sgnes , REWBELL , SIEYES , P. PAULUS , H. LESTEVENON ,
B. MATHIAS , PONS , HUBERT .
Nouveau traité conclu à Basle entre la Prusse ei la République
Française.
La République Française et sa majesté le roi de Prusse ,
ayant stipulé dans le traité de paix et d'amitié conclu entre
elles le 16 germinal dernier ( 3 avril 1795 ) , des clauses seerettes
qui se rapportent à l'art. VII dudit traité , et qui
établissent une ligne de démarcation et de neutralisation dont
le but est d'éloigner le théâtre de la guerre de tout le nord
D 2
( 52 ).
de l'Allemagne , ont jugé convenable d'en expliquer et d'en
arrêter définitivement les conditions par une convention particuliere
.
A cet effet , les plénipotentiaires respectifs des deux hautes
puissances contractantes , savoir :
De la part de la République Française , le citoyen François
Barthélemy , son ambassadeur en Suisse ; et de la part du
roi de Prusse , son ministre d'état , de guerre et du cabinet ,
Charles Auguste , baron de Herdenberg , chevalier de l'Aiglerouge
, de l'Aigle blanc et de Saint- Stanislas , etc. ont arrêté
les articles suivans :
Art. Ier . Afin d'éloigner le théâtre de la guerre des frontieres
des états de sa majesté le roi de Prusse , de conserver
le repos du nord de l'Allemagne , et de rétablir la liberté
entiere du commerce entre cette partie de l'Empire et la
France , comme avant la guerre , la République Française
consent à ne pas pousser les opérations de la guerre , ni
faire entrer ses troupes , soit par terre , soit par mer , dans
les pays et états situés au - delà de la ligne de démarcation
suivante :
Cette ligne comprendra l'Ostfrise et descendra le long de
l'Ems et de l'Aa ou l'Alpha , jusqu'à Munster , prenant
ensuite sa direction sur Coesfeld , Borken , Bockhol jusqu'à
la frontiere du duché de Cleves près de Isselbourg ; suivant
cette frontiere , à Magenporst sur la nouvelle Issel , et remontant
le Rhin jusqu'à Duysbourg ; de - là , longeant la frontiere
du côté de la Marck , sur Werden , Gematk et le long
de la Wipper , à Hombourg , Altenkirchen , Limbourg sur la
Lahn ; le long de cette riviere et de celle qui vient de Idstein ,
sur cette ville , Epstein et Hochst, sur le Mein ; de - là sur
Rauenheim , le long du Landgraben , sur Dornheim , puis ,
en suivant le ruisseau qui traverse cet endroit , jusqu'à la
frontiere du Palatinat ; de - là , eelle du pays de d'Armstadt et
du cercle de Franconie , que la ligne enclavera en entier , à
Eberbac sur le Necker ; continuant le cours de ce fleuve jusqu'à
Wimpfen , ville libre de l'Empire , et prenant de là sur
Lowcustein , Murhard , Hoenstadt , Nærdlingen , ville libre .
de l'Empire et Holzkirch sur Wermiz ; renfermant le comté
de Pappenheim et tout le cercle de Franconie et de la haute Saxe;
le long de la Baviere , du Haut-Palatinat et de la Bohême ,
jusqu'aux frontieres de la Silésie .
II. La République Française regarde comme pays et états
neutres tous ceux qui sont situés derriere cette ligne , ả
condition qu'ils observent de leur côté , une stricte neutralité
, dont le premier point sera de rappeller leurs contingens ,
et de ne contracter aucun nouvel engagement qui pût les
autoriser à fournir des troupes aux puissances en guerre avec
a France .
( 53 )
·
Ceux qui ne rempliront pas cette condition , seront exclus
du bénéfice de la neutralité .
III. Sa majesté le roi de Prusse s'engage à faire observer
cette neutralité à tous les états qui sont situés sur la rive
droite du Mein , et compris dans la ligne de démarcation
sus-mentionnée.
Le roi se charge de la garantie qu'aucunes troupes ennemies
de la France ne passent cette partie de la ligne ou ne
sortent des pays qui y sont compris , pour combattre les
arinées françaises ; et à cet effet , les deux parties contractantes
entretiendront sur des points essentiels , après s'être
concertées entre elles , des corps d'observation suffisans pour
faire respecter cette neutralité .
IV. Le passage des troupes , soit de la République Française
, soit de l'Empire , ou autrichiennes , restera toutefois
libre par les routes conduisant sur la rive droite du Mein ,
par Francfort.
10. Sur Konigstein et Limbourg , vers Cologne ;
sans
20. Sur Friedberg , Wetzlar et Siegen , vers Cologne ;
30. Sur Hadersheim , Wisbaden et Nassau , à Coblentz ;
4 ° . Enfin , sur Hadersheim à Mayence , et vice versâ ;
De même que dans tous les pays situés sur la rive gauche
de cette riviere et dans tout le cercle de Franconie ,
toutefois porter le moindre préjudice à la neutralité de tous
les états et pays renfermés dans la ligne de démarcation .
V. Le comté de Sayn Alterkirchen sur le Westerwald
y compris le petit district de Bondorff au- dessous de Coblentz
étant dans la possession de S. M. le roi de Prusse , jouira
des mêmes sûretés et avantages que ses autres états situés sur
la rive droite du Rhin .
9
VI. La presente convention devra être ratifiée par les parties
contractantes , et les ratifications seront échangées en cette
ville de Bâle dans le terme d'un mois , ou plutôt , s'il est
possible , à compter de ce jour .
En foi de quoi nous soussignés plénipotenuaires de la
République Française et de sa majesté le roi de Prusse , en
veria de nos pleins pouvoirs , avons signés la présente convention
particuliere , et y avons fait apposer nos sceaux res- ›
pectifs .
Fait à Bâle , le 28 floréal , l'an 3e . de la République Française
, 17 mai 1795 ) .
( L. 3. ) Signé , FRANÇOIS BARTHÉLEMY.
( L. S. ) Signé , CHARLES AUCUSTE , baron de Hardenberh.
( 54 )
ነ ARMÉE DES PYRÉNÉES ORIENTALES.
g
Au quartier-général de Fighieres , le 18 floréal , l'an 3º , de la
République Française .
un
Citoyens représentans , le 16 de ce mois , l'envemi a fait
mouvement général , et s'est présenté en force sur le
front de l'armée que je commande . Il a sur-tout dirigé son
attaque sur la brigade commandée par le général Guillaume ,
qui couvre le flanc droit de la ligne.
Quatre colonnes , fortes ensemble d'environ 8000 hommes,
se sont portées du côté de Sistellia , et ont cherché à cerner
les troupes qui défendaient cette partie . Le général Guillaume ,
secondé par la valeur des troupes , a fait les meilleures dispositions
pour faire repentir l'Espagnol de son entreprise . Il
nous rend compte qu'avec 1500 hommes qui sont sous ses
ordres , il a non - seulement repoussé les ennemis , mais qu'il
les a battus et poursuivis pendant deux lieues .
Il a jugé habilement le mouvement imprudent de l'ennemi
qui s'est placé entre des ravins , où il ne lui restait
plns de moyens de communiquer avec les colonnes qui attaquaient
le devant et le derriere de la figne ; il s'est alors decidé
à charger cette coloune , et a batta lui-même la charge
au charge au moyen d'une caisse qu'il a ôtée à un tambour
trop jeune pour suivre la célérité de la marche , et s'est
trouve , par le succès de cette opération , avoir coupé l'ennemi
sur le centre. Les deux bataillons auxquels le général
de division Angerau avait donné ordre de se rendre sur ce
point , ont attaqué la colonne ennemie qui cherchait à prendre
le camp de revers , et elle s'est trouvée elle -même coupée ,
et a été obligée de s'enfuir par un chemin long et pénible ,
par lequel ces troupes auront au moins deux jours de marche
pour revenir au point d'où elles sont parties .
La fuite de l'ennemi s'est effectuée sur trois points ; ils
ont été poursuivis sur la droite jusqu'à Terrade ; sur le centre ,
jusques sur la hauteur d'Estella , et sur la gauche , jusqu'à
Cayandilla ; tous ces points sont au moins à deux lieues de
distance de celui de l'attaque .
" La perte de l'ennemi a été considérable . Le général Guillaume
estime qu'elle va sans exagération , à 800 hommes :
on en a tué sur des arbres où ils croyaient plus aisément
échapper à la bayonuette française .
Nous avons fait So prisonniers , parmi lesquels se trouvent
trois officiers et le colonel Francisco Blanco , commandant
les Miquelets . Le maréchal- de- camp Romana , qui com)
.55 )
mandait en deuxieme cette expédition , a été grievement
"blesse. De notre côté , nous avons eu 15 hommes tués êt
32 blessés.
,, Le général Guillaume me rend compte que les troupes
ont montré leur valeur ordinaire , que les chefs qui les conduisaient
méritent , par leur courage et leur intelligence , les
plus grands éloges .
Le lendemain 17 , j'ordonnai une reconnaissance générale .
C'est avec peine que j'ai vu l'ennemi faire une retraite
aussi précipitée ; j'avais fait des dispositions qui lui auraient
prouvé qu'on ne nous attaquait pas impunément sur aucun
point.
L'armée espagnole n'a pas été plus heureuse dans l'attaque
que dans la defense ; on lui a fait dans les deux jour
nees 150 prisonniers , tué au moins 1100 , et le nombre de
leurs blesses doit être considérable .
Salut et fraternité ,
Signé , PÉRIGNON , général en chef.
ARMÉE DES PYRÉNÉES OCCIDENTALES.
Saint-Sébastien , pays conquis , le 22 floréal , l'an 3e . de la
République Française .
585
Aussitôt que la proclamation du comité aux habitans de
la province de Guipúscoa et votre arrête du..6 flonéal présent
mois , m'ont été conuus par la voie du bulletin de la
Convention nationale , je n'ai pas cru devoir attendre qu'ils
me fussent portés par un courier extraordinaire pour les mettre
a exécution . Je me suis rendu le 20 à Saint- Sébastien ; j'ai
convoqué le 21 tontes les autorités du pays conquis , ainsi que
tous les membres composant la députation des Etats , et Jous
ceux qui , aux termes de leur constitution , avaient droit de
voter dans les assemblées. Réunis tous à la maison- commune ,
je leur ai fait donner lecture , en espagnol , du décret dus 17 germinal
dernier et du rapport qui l'a précédé , de la proclamation
et de votre arrêté du 6 floréal , qui rend à la province du
Guipuscoa tous ses droits politiques et civils .
Je leur ai déclaré , au nom de la Convention , que tout
ce qui avait été etabli jusqu'alors était annulle , et que je les
invitais à reprendre chacun leurs fonctions ; ce qui a été fait
sur-le- champ . Aussi - tôt je les ai requis de dresser procès-verbal
de la séance que je vous envoie ci -joint , dans lequel sont
inserits le décret du 27 germinal dernier , le rapport qui l'a
précédé , la proclamation du 3 , et votre arrêté du 6 floréal ,
すご
( 56 )
afin qu'ils soient imprimés , publiés , affichés et envoyés à toutes
les communes de la Biscaye et du Guipuscoa ; ce qui a été
délibéré et arrêté sur- le - champ ; et l'assemblée se levant spontanément
, cria plusieurs fois Vive la : République Française !
" La joie la plus vive était répandue sur tous les visages ;
cet acte de justice de la Convention nationale et l'arrestation
de tous les voleurs , auteurs des vexations , que j'ai fait conduire
sous bonne et sûre garde à la citadelle de Bayonne , ont
ramené la confiance dans tout le pays , et nous assurent de nombreux
secours pour notre armée , et l'exécution ultérieure de
nos projets . Quoique la province de Biscaye se soit levée en
masse contre nous et qu'on ne puisse communiquer avec
ses habitans que très - difficilement , elle ne tardera pas , par
les mesures que nous avons prises , le général en chef , le
syndie général des étais et moi a connaître ces décrets , la
proclamation et votre arrêté.
?
J'ai nommé quatre citoyens , pour , avec le syndic genéral
des états , faire constater , conformément à l'article III
de votre arrêté , l'état des dommages causés aux habitans de
Guipuscoa , depuis la capitulation du pays.
J'aurai soin de vous instruire , citoyens collegues , de
Feffet que produira cet événement dans la Biscaye .
Şalui cu fraternité ,
י
Signs , CHAUDRON ROUSSEAU , représentant du peuple..
Nota . Depuis Fentrée des Français dans le pays , les
Guipuscoens se servent de l'ère républicaine .
P. S. Dans la séance du 8. la Convention a ratifié les
deux traités passés ; l'un avec la République Batave , et l'autre
avec le roi de Prusser
Les lettres des représentans du peuple à Marseille ont confirme
la nouvelle que les terroristes se sont emparés de l'arsenal
de Toulon à la suite d'une révolte , dans laquelle le
représentant do peuple Brunel a perdu la vie.
La Convention a chargé le comité de salut public de prendre
toutes les mesures pour réduire les rebelles .
Elle a dearété que les députés décrétés d'arrestation dans
la uitdu prairial , seraient traduits à Paris devant la
commission militaire pour y être jugés .
Elle a porté le décret d'arrestation contre les députés Ricord
, Salicetti , Escudier , Laignelot , Panis et Thijon , et
celui d'accusation contre Charbonnier , prévenu d'avoir exeité
la révolte de Toulon.
Elle a décrété que les femmes des députés décrétés d'arrestation
, dont le domicile habituel ne serait point à Paris ,
seraient tenues d'en: sonir dans 24 heures , et de se retirer
dans leurs départemens sous la surveillance du comité de
sureté générale.
( No. 51. )
1
MERCURE FRANÇAIS
QUINTIDI 15. PRAIRIAL , l'an troisieme de la République .
( Mercredi 3 Juin 1795 , vieux style . )
HISTOIRE NATURELLE.
Supplément à l'histoire du Lion de la Ménagerie et de son.
Chien ; par G. TUSCAN.
Nous avons fait connaître dans le N° . de ce journal
du 15 nivôse , l'histoire du Lion de la ménagerie du Muséum
national et de son Chien. L'auteur de cette petite brochure
( 1 ) , où le charme du style ajoute un plus grand
degré d'intérêt aux recherches et aux observations du
naturaliste , a recueilli de nouveaux renseignemens sur
la partie la moins connue de cette histoire , et que luimême
ne pouvait apprendre que de celui qui en a été
témoin . Nos lecteurs nous sauront gré de ne rien retran
cher des détails de ce récit précieux.
Quand nous tracions , dit l'auteur , l'histoire du
Lion et de son Chien , depuis l'époque de leur arrivée .
en France , nous sentions bien qu'il y manquait la partie
la plus intéressante , le tableau de leur enfance ; mais
nous en ignoriens alors les détails . Nous savions seule .
ment que la liberté et les bienfaits avaient pu seuls
changer leurs inclinations naturelles , les rapprocher ,
les unir , et soumettre le plus fort au plus faible. Ce
fut en effet le seul art qu'employa le citoyen Pelletan ,
alors directeur de la compagnie d'Afrique au Sénégal
chez qui le Lion de la ménagerie et son Chien furent
élevés . Voici ce qu'il nous a raconté lui - même de leurs
premieres habitudes , et de l'origine de cette association
qui lia par un sort commun deux êtres d'une nature si
opposée , et leur donna mêmes penchans , mêmes plaisirs ,
mêmes infortunes .
Ce Lion , pris , dans les forêts du Sénégal , me fut
( 1 ) Elle se trouve chez Guchet , rue et maison Serpente , et
au Muséum d'histoire naturelle .
J -Tome XVI.
( 58 )
apporté vers la fin de l'année 1787 il pouvait avoir
trois ou quatre mois ; ce qui fait remonter l'époque
de sa naissance au mois d'avril ou mai de la même
année .
Sa physionomie annonçait de la douceur et de la
bonté. Je lui laissai la plus entiere liberté : je le caressais ,
je le flattais ; il devint à son tour caressant et flatteur .
Il aimait beaucoup et connaissait parfaitement toutes
les personnes de ma maison , dont il ne recevait que de
bons traitemens .
,, Il avait un nom du pays ; on le nommait Waira.
Il entendait ce nom à merveille , venait quand on l'appelait
, et suivait tout aussi fidelement qu'un chien . Libre
dans ses mouvemens et dans ses volontés , il n'obéissaît
pas avec la même souplesse ; mais il ne montra jamais la
plus légere marque d'humeur , soit qu'on l'empêchât
de faire quelque chose qu'il desirait , soit qu'on le
contraignît d'abandonner quelque projet , ou de sortir
de quelque lieu où il ne devait pas rester.
" Sans contrarier inutilement ses desirs , je le laissais
allant et venant par- tout en liberté . Il entrait dans mes
bureaux , se couchait à mes pieds quand je travaillais ,
et à l'heure du dîner , me suivait à la table . Je remar
quais surtout qu'il aimait la société : il allait de préférence
dans les lieux où il trouvait le plus de monde ;
quand on le chassait des bureaux , il allait dans les
cuisines.
,, Ma maison était remplie d'animaux de toute espece ,
et tous étaient libres . Moutons , chiens , chats , singes ,
autruches , oies , canards , dindons , poules , chevaux
perruches , tout cela vivait de bonne intelligence avec
le Lion ; aucun n'en avait peur , aucun n'en recevait
de mal . Leur bonne intelligence et leur confiance mu
tuelle était si bien établie , que dans les nuits d'hiver
qui sont très -fraîches au Sénégal , ils couchaient tous
pêle-mêle et les uns sur les autres dans les écuries avec
les chevaux ; le Lion dormait au milieu , et les negres
qui me servaient allaient également se coucher parmi
eux , pour chercher la chaleur . C'était vraiment un
assemblage curieux que ce monceau d'animaux d'especes
si différentes , reposant paisiblement ensemble . Jamais
aucun accident , aucune rixe , aucune violence n'a troublé
cette singuliere et touchante harmonie .
" A l'âge de huit mois , le Lion , qui jusqu'alors
avait vécu avec tous les êtres qui l'entouraient , ca
( 59 )
bon et paisible commensal , éprouva un nouveau sentiment
plus vif et presque exclusif. Ma chienne mit
bas deux petits , tout a côté du lieu où il se couchait
d'ordinaire : il prit sur le- champ un intérêt très - marqué
à cette nouvelle famille ; il n'en bougeait pas . Dans les
courts intervalles où la chienne s'écartait , il prenait sa
place ; et c'était une chose très - curieuse à observer .
que l'attention qu'avait ce gros animal un peu lourd ,
et dont les mouvemens étaient très - pesants , de ménager
les petits chiens , en les caressant , pour ne pas
les blesser.
,, La chienne n'était point inquiete de voir ses petits
dans les larges pattes du Lion , mais quand elle reve
nait , elie le chassait sans façon , quelquefois en montrant
les dents ; et lui , qui reconnaissait ses droits ,
cédait toujours sans obstination et sans humeur.
" Un des petits chiens mourut le Lion le tint longtems
embrassé , et semblait le regretter. Depuis lors ,
son attachement redoubla pour celui qui restait ; il en
prit un soin plus particulier , il ne le quittait plus ; et
moi , qu'un spectacle si aimable captivait aussi , je puis
dire qu'il concourut autant que sa mere son édu
cation.
,, Il était d'une si grande complaisance pour son
petit ami , qu'il se prêtait à tous ses caprices , se laissant
mordre quelquefois jusqu'au sang , et ne songeant jamais
à se venger. Tout ce qui tenait au chien , avait de l'empire
sur lui sa mere , qui était un peu âgée et n'ai
mait pas à jouer , s'ennuyait souvent d'avoir ces deux
animaux à ses trousses ; alors elle grondait et les chassait
brusquement le Lion docile se retirait .
, Le Chien grandit ainsi , et se fortifia , en partageant
les jeux robustes du Lion : leur attachement devint
mutuel ; ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre . La
nuit , sur- tout , ils couchaient toujours ensemble , le
Chien dans les pattes du Lion , et appuyé sur son ventre ,
Lorsque quelqu'événement les séparait , on sen appercevait
bientôt aux rugissemens de l'un et à la voix plaintive
de l'autre : on les réunissait , et ils étaient contens .
" Voici ce qui me décida à me séparer de ces deux
animaux. Un jour j'entends des cris perçans au - devant
de ma maison ; j'accours , je vois mon lion et un jeune
enfant qui se roulaient ensemble sur le sable ; ce n'était
qu'un jeu . Je prends l'enfant dans mes bras , et je lui
dis : As-tu du mal? - NNoonn. .Tucriais. J'avais peur.
J
E 2
( 60 )
La bonté reconnue du Lion ne put empêcher qu'un
sentiment de frayeur ne s'emparât des enfans et des
femmes de mon voisinage . Je résolus donc de l'envoyer
en France . Il avait quatorze mois , le Chien en avait six ;
ils furent embarqués ensemble . Je pensai qu'il eût été
barbare de les séparer , peut- être difficile et dangereux
d'embarquer le Lion seul. On lui avait fait à bord une
loge , et on avait pris la précaution de lui faire un fort
collier et une chaîne de fer pour l'attacher dans la traversée
. Tout cela fut inutile : le nouvel élément sur
lequel il se trouva ne changea point ses moeurs ; il fut
aussi familier , aussi doux sur le vaisseau qu'à terre ;
on le laissa libre , il couchait et mangeait avec les matelots
.
,, Il débarqua au Havre vers la fin de septembre 1788 .
Sa réputation de douceur était si bien acquise , qu'un
homme se chargea de le mener à Versailles en le tenant
en laisse avec une corde attachée à son collier . Il y
arriva sans accident , et toujours suivi de son fidele
chien , Tel est le récit que nous a fait leur bon et
ancien maître . Nous n'y avons rien retranché , rien
ajouté ; nous avons laissé à la vérité toute sa simplicité ,
pour en conserver tout l'intérêt . G. T.
GRAVURES.
1. J. Brutus , va de face , estampe ovale de 9 pouces de haut
sur 7 pouces trois quarts , dessiné par Molenchou d'après
l'antique , et gravé au burin par P. Audouin , Prix , 10 liv .
AParis , chez l'auteur , rue de la Michaudiere , no . 814 , section
Lepelletier.
Les talens de ce jeune anteur , déja connu par différens ouvrages
, se sont sur- tout déployés dans celui- ci ; an burin préeieux
et måle , un ton vrai et un dessin très - correct doivent lui
attirer l'ap probation du public , amateur des arts .
Jeu de l'amour et de l'hymenée , gravure de 17 pouces sur
13 , orace de vingt - deux vignettes à allégories , Prix , 4 liv . ;
coloriée , 6 liv. 10 sous , et 5 sons de plus franche de port par
la poste . Il faut affranchir les lettres et l'argent . ) A Paris ,
chez Drouhin , éditeur et imprimeur-libraire , rue Christine ,
n°. 2 ; et chez l'auteur , rue Mazarine , nº . 35 .
1
( 61 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
ALLEMAGNE,
De Hambourg , le 5 mai 1795.
A
Tour annonce que la paix conclue entre le roi de
OUT
Prusse et la République Française entraînera bientôt
celle des cercles et co-états de l'Empire germanique :
on est même persuadé que l'Espagne et les petites puis
sances de l'Italie ne manquerent pas de prohter de cette
Occasion pour rentrer dans l'état de calme dont leur
faiblesse leur fait un besoin . Il est un peu plus difficile
de deviner si l'Autriche et les états d'Italie , qui en dépendent
immédiatement , continueront la guerre à l'aide
des forces maritimes et de l'argent de la Grande Bretagne
. Cependant il est probable que la tendance géné
rale de l'Allemagne à la pacification et les paix particulieres
déja faites ameneront également à ce but desiré les
cabinets de Vienne et de S. James , pnisque la derniere
de ces puissances manque d'hommes et l'autre d'argent ,
et que réunies elles n'en feraient qu'une seule , considérable
il est vrai , mais contre laquelle la République
Française , quoique fatiguée , aurait trop d'avantage ;
elle qui a soutenu avec succès et lassé les efforts de
la coalition , au point d'en détacher la pierre angulaire .
D'ailleurs , on a des indices de ces dispositions du
cabinet de Vienne dans la lettre suivante de Ratisbonne ,
en date du 6 mai .
·
Les ambassadeurs de S. M. I. à la diete , ont reçu ordre
de déclarer aux ministres résidans içi , que S. M. était prête
d'entrer en négociations de paix avec la République Française
; que son intention était de préférer , s'il le fallait , le
bien- être de l'mpire au sien propre , et qu'elle aurait uniquement
en vue de lai procurer une paix durable à des condi
tions judicieuses mais que d'un autre côte S. M. devait
exhorter tous ses co- membres de contribuer autant qu'il serait
en leur pouvoir , à ce salutaire ouvrage , et qu'aucuns d'eux ne
s'engageraient dans des négociations partielles avec la République
, qu'à cet égard , S. M. attendait de la part de ses
E 3
( 62 )
co-membres , des déclarations solemnelles , comme elle -même
ferait présenter par le commissaire impérial une déclaration
par laquelle elle mettrait ses vues au grand jour ; qu'au reste
S. M. prussicane , non -sealement comme roi , mais aussi
comme co- membre de l'Empire , l'avait extrêmement ctonné .
En outre , il faut compter pour beaucoup dans les motifs
déterminans l'impérieuse loi de la nécessité , qui , si
elle existe pour la République Française , existe aussi
pour les puissances belligérantes , et sur- tout pour l'Autriche
que regarde la majeure partie du calcul de la not
ci-jointe.
Quelques politiques allemands ont présenté le tableau suivant
des pertes que l'Allemagne a souffertes dans les trois
années de la guerre . Suivant leurs calculs , il y a eu 172 mille
hommes qui ont péri . Les dépenses nationales se sont élèves
à 346 millions neuf cents mille florins . Les revenus des pays
conquis sont de 9 million , deux cents trente mille florius .
Il y a en 277 milions 87,977 florins de contributions ,
pour frais de guerre 243 millions 805.375 oris . Il suit
de ces apperçus que l'Allemagne a perdu par la guerre , en
outre de sa population , une somme de 887 millions 807,352
Alins .
et
Mais tandis que l'Europe se pacifierait d'un côté , le
feu de la guerre pourrait se rallumer d'un autre . On
peut conjecturer , du moins avec assez de raisons ou de
probabilités , qu'en effet la guerre aura lieu si la Russie
et la Grande- Bretagne n'en reviennent pas à des sentimens
de modération qui ne menacent plus la Porte.
Ottomane et le commerce des puissances du Nord , y
compris la Prusse , justement effrayées de l'aggrandissement
de la Russie aux dépens de la Pologne et de l'accaparement
du commerce par l'Angleterre.
De Constantinople , le 24 mars.
On a vu arriver ici ces jours derniers un conrier extraor
dinaire de Stockholm , avec des dép ches adressées à l'envoyé
de Suede . Les divers ministres des puissances étrangeres out
reçu également des couriers . Il circule un bruit dont le tems
seul peut mettre à portée d'apprécier la valeur , c'est que le
traité de subside entre la Porte et la Suede vient d'être rétabli
sur le même pied qu'avant la mort de Gustave 111. Ou ajoute
qu'il y a 'sur le tapis un traité d'alliance offensive et défensive
entre la Porte , la Suede , le Danemarck , la Prusse et la
République Française et la Hollande. En supposant ce traité
véritable , l'objet précis d'une alliance aussi formidable est
encore up mystere. On remarque que le citoyen Descorches ,
( 63 )
ministré de la République Française , a de fréquens entretiens
avec le réis- effendi .
Le célebre Mahmoud , pacha de Scutari , est enfin rentré en
grace avec la Porte , par la médiation du chargé d'affaire du
cabinet de Madrid . Le grand - seigneur lui a accordé un ample
pardon . La condition est de payer tous les tributs arrièrés
les tributs courans ; ce qui doit monter à une somme considé
rable , puisque ce pacha était imposé à un demi - million par
année. Les collecteurs publics du sultan se disposent à passer
en Albanie , où ils recevront ces tributs , Un autre pardon a
été également accordé au pacha Alup , qui lors de l'expédi
tion faite contre les malveillans qui infestaient les environs
d'Andrinople , au lieu de les combattre , se joignità eux avec
un corps de quatre mille Albanois . Alup non- seulement est
rentré en grace , mais il a passé au poste de Beglicibey d'Asie ,
et s'est engagé à payer des sommes considérables et à fournir
de ggros corps de troupes . On conclut de ces divers arrangemens
que la Porte a des vues ultérieures pour chercher à se
debarrasser de ses ennemis intérieurs et auginenter son trésor.
des
A l'appui de toutes ces conjectures viennent encore les
nouvelles suivantes de Stockholm et de Copenhague
avis de cette premiere ville disent qu'on s'y oecupe avec beau
coup d'ardeur d un armement maritime , et que tous les chantiers
travaillent à l'equipement de galeres et de chaloupes canounieres.
L'attention publique est encore plus éveillée par
la
promotion militaire faite le 8 avril dernier ; le gouvernement
a élevé au grade de généraux majors le colonel baron
Wreede , le comte de Horn , le baron de Essen et monsieur
Griepenborg ; on a fait partir le premier en toute diligence
pour la Finlande , et ordonné à plusieurs officiers de marque
d'aller en toute diligence rejoindre leurs corps respectifs .
Le secrétaire d'ambassade de France , M. Frameries , est
enfin arrivé , ainsi que M. Delille , consul général à Gothembourg
, qui s'est transporté dans la capitale .
(
Des lettres de Copenhague du 9 mai , assurent que nou- seulement
la flotte légere de Stockholm doit se mettre en activité
de service , mais même que le gouvernement a fait passer à
Carlscrone l'ordre d'armer huit vaisseaux de ligne et un nombre
proportionné de frégates. Ces lettres ajoutent : Nous ne savons
pas encore si cette année quelques vaisseaux suédois se joindront
à ceux que nous armons et pour lesquels il est arrivé
de Norwege et d'autres provinces , la majeure partie des équipages
dont ils ont besoin , mais il est probable que cette jone
tion aura licu. On sait aussi des lettres de Berlin , que
pår
jamais le départ et l'arrivée des courriers concernant les affaires
du Nord , n'ont été si fréquens : les conférences entre le
-
E 4
( 64 )
ministre prussien et les envoyés de Suede , de Danemarck
et de Russie , se succedent rapidement. D'ailleurs , tout reste
en Prusse sur le pied de guerre ; on fait plus , on presse , avec
beaucoup d'activité , la levée de nouvelles recrues . Nos politiques
concluent de tous ces mouvemens qu'une nouvelle
guerre se prépare dans le nord .
De Francfort-sur- le -Mein , le 16 mai .
Déclaration de S. M. le roi de Prusse à ses très - hauts et hauts
co- états de l'Empire , relativement au traité de paix conclu le
5 avril 1795 avec la République Française . ( Remise à la diete
de Ratisbonne ) .
Sa majesté le roi de Prusse se voit maintenant dans la
situation agréable d'annoncer à ses très - hauts et hauts co - états
de l'Empire , un événement dont les suites heureuses intéressent
de très-près tout l'empire d'Allemagne . La guerre si remplie
d'évenemens , qui trop long- tems pour l'humanité souffrante a
répandu la mort et la dévastation sur une si vaste étendue de
pays , vient enfin d'atteindre son terme pour S. M. Un heureux
traité de paix a été signé entre S. M. et la République
Française , le 5 avril 1795 , et a été ensuite ratifié , Cette paix
procure aux états prussiens le repos et un bien être stable ; elle
offre en même tems à tous les états de l'Empire un chemin
frayé pour obtenir le même avantage , et assure deja à une
grande partie de l'Allemagne protection et sûreté contre les
ravages et les calamités de la guerre, S. M. , animée d'une
jnste confiance que tout l'empire d'Allemagne applaudira à sa
conduite et approuvera ses démarches , ne veut pas différer.
d'expliquer ouvertement les motifs , les intentions et les souhaits
qui l'ont dirigé dans cet ouvre de paix .
,, S. M. , animée dú sentiment le plus pur , espere qu'on
zeconnaîtra que ses motifs ont été dirigés par la nécessite impérieuse
des circonstances , et non par aucunes vues personnelles
et d'intérêt , et que la même sincérité se manifeste dans
la part qu'elle prend à la grande affaire qui agite aujourd'hui
l'Europe. Elle demande aux contemporains , et elle laisse à la
postérité de décider si sa conduite est susceptible de reproche ,
lorsque son intérêt dans cette guerre n'était point immediat ni
personnel , lorsqu'elle y a pris part , sans consulter son avantage
particulier , mais seulement pour justifier de son zele pour
le bien des affaires generales , seulement par un effet du patriotisme
qui l'anime , toutes les fois que la patrie allemande a à
souffrir toutes les fois qu'il s'agit de sa defense et de sa sûreté .
,, Pour atteindre ce but si généreux et si universellement
utile , S. M. a non - seulement très - fidelement et très - complettement
rempli ses engagemens comme allié et état d'Empire ,
( 65 )
mais elle les a surpassés avec une constance sans exemple , et
elle a fait à cet égard tous les sacrifices que les forces des états
prussiens pouvaient comporter. Elle a soutenu pendant trois
années des combats sanglans avec une armée formidable , composée
de troupes d'élite. Elle a entretenu cette armée à une
grande distance de ses états , dans un pays étranger dépourvu
de vivres , et obligée de s'en procurer à un prix excessif. Indépendamment
des entravès et des difficultés sans cesse renaissantes
qu'elle a eues à souffrir , elle a transporté hors de ses
états des trésors qui y sont demeurés , et tout cela pour arrêter
les progrès d'un ennemi aussi redoutable par sa force que par
son bonheur dans la guerre . Pour garantir le territoire de l'AIlemagne
de la rapidité de ce torrent , elle a épuisé tout ce
qu'elle avait de moyens , et elle a employé toute sa force pour
acquérir le difficile mérite d'être , dans les crises les plus dangereuses
, le défenseur et le sauveur de l'Allemagne .
" La postérité s'entretiendra avec les expressions de la gratitude
des efforts des armées prussiennes . Elle racontera que
ce furent les armées prussiennes qui sauverent avec courage
et célérité l'Empire de la premiere incursion du général Custines
, faite à l'improviste , avant que l'on pût s'y attendre ,
avant la déclaration de la guerre ; que ce furent elles qui repousserent
l'ennemi des territoires qu'il avait envahis ; qui
reconquirent Francfort et Mayence, qui réunirent et rassurerent
l'Allemague déja déchiréé et alarmée.
Elle racontera comment les armées prussiennes , pendant
toute la durée des trois campagnes , défendirent la plus grande
partie du Rhin ; comment lorsqu'à droite et à gauche , malheur
sur malheur tombait sur les armes alliés , couvrirent toujours
le Rhiu , et présenterent à l'ennemi un rempart inexpug
nable contre le coeur de l'Allemagne ; comment elles se bâterent
de se rendre là où le danger était imminent , lorsque
par un destin toujours contraire les Pays - Bas furent enlevés
aux alliés , lorsque le nord de l'Empire sans défense était ouver,
aux vainqueurs .
Enfin , elle racontera comment les armées prussiennes
sauverent et garderent , avec les troupes westphaliennes du
roi , toutes les contrées de ce cercle et tous les pays situés
en arriere .
" La postérité n'oubliera pas que pour rendre de si importans
services à la patrie germanique , le sang prussien a été
répandu , a inonde ses frontieres ; que des trésors immenses
ont été prodigués par l'état prussien , et cela dans un tems où
le roi étant engagé dans une multitude d'embarras guerriers ,
était obligé de defendre , avec le reste de son armée , les provinces
opposées de sa monarchie contre les insurrections et les
brigandages des Polonais limitrophes .
» Il était évident pour tout observateur qui avait calculé
( 66 )
la mesure des forces et des moyens des états , que cette
guerre , faite de part et d'autre avec une bravoure si soutenue ,
si dépeuplante , si dévastatrice , et en tout point si ruineuse ,
devenait un grand objet de sollicitude pour le roi , en raison
du trop grand éloiguement de son royaume , ruais sur - tout
en raison de ce que la durée d'une guerre de cette espece
minerait insensiblement ses forces , et le mettrait dans l'impossibilité
de la continuer.
" S. M. s'est ouverte sans détour à differentes fois sur ce
point , à ses hauts alliés et co - états de l'Empire . Cette ouverture
eut lieu particulierement au commencement de l'année
derniere , où elle fut forcée de déclarer à l'Empire qu'il lui
était absolument impossible de porter plus long- tems , sans
secours et assistance , le fardeau d'une guerre qu'elle avait
soutenue jusqu'à ce moment uniquement de ses propres moyens ,
et que si l'Empire ne voulait pas se voir abandonné à son
soit et à sa propre défense par la retraite de la plus grande
partie des troupes prussiennes , il devait se charger de l'entretien
de ces troupes . Mais les propositions tendantes à
cet objet furent reçues presque par-tout dans l'Empire : avec
ane indifférence qui anuonçait des dispositions contraires :
réception qui réellement ne répondait gueres aux bonnes
intentions du roi et à sa protection si importante pour l'Empite
, et qui devait conséquemment faire prendre à S. M.
la résolution de donner dès - lors une suite à cette déclara-
'tion .
Cependant , à la même époque S. M. le roi de la
Grande Bretagne fit des propositions de subsides qui devaient
faire cesser la cause de cette révolution , et fournir à S. M.
les moyens de continuer la guerre . La part qu'elle y avait
prise jusqu'a ce moment était trop le résultat de désintéressé
de ses soins à remplir fidelement toutes ses alliences et ses
engagemens , de son zele loyal à s'opposer autant qu'il serait
possible aux dévastations toujours croissantes des factions
qui désolaient alors la France , et aux horreurs de toute espece
auxquelles elles se livraient ; c'était trop l'ouvrage pur
d'on attachement patriotique à l'Empire d'Allemagne et d'un .
desir profond et brûlant de soutenir de toutes ses forces sa
constitution ébranlée et son bien- être altérė . S. M. prêta
l'oreille aux propositions de l'Angleterre , et l'Empire menacé
continua de jouir de la protection de l'armée prussienne
.
-
Les subsides , qui ne pouvaient cependant être regardés
que comme une assistance très bornée , ne durerent pas longtems
, et bientôt il eesserent d'être fournis , et tout le fardeau
de la guerre retomba de nouveau sur les propres moyens
seuls du roi.
Si , à cette époque , S. M. en conséquence de ses dé(
69 )
J
1
clarations précédentes , eût voulu abandonner l'Empire
lui - même et à ses faibles moyens de défense , son sort eût
pent être été déja décidé d'une maniere déplorable ,
# 21
moment où l'autore de la paix ne brillait point
encore où le malheur se répandait de tous côtés
S
sur
les frontieres de l'Allemagne et dans les pays situés en avant ,
où par -tout de tristes présages et l'exemple des provinces de
l'Empire situées de l'autre côté du Rhin , devaient faire craindre
que la plus grande partie de l'Allemagne , qui se trouvait
sans défense , n'éprouvât le même sort que les Pays - Bas autrichiens
, défendus avec tant d'énergie et cependant envahis
, et les Provinces - Unies menacées de jour en jour du
plus imminent danger.
Cependant le roi demeura encore , dans cette crise extrême,
le défenseur de l'Empire germanique , Bientôt son armée se
porta vers la partie la plus menacée , vers le nord de l'Allemagne,
qui était ouvert , et elle parvint encore à le sauver contre
l'ennemi de l'Empire qui s'avançait avec des forces supérieures
et l'audace que donne la fortune et Phabitude du succès .
,, Mais cette continuation de sacrifices , cette marche d'une
armée nombreuse en Westphalie , les soius si pénibles et
si dispendieux de son approvisionnement dans un pays si
peu frule et déja si épuisé ; ce fut là le dernier effort
possible de la Prusse pour cette guerre . Apiès , trois années
d'émissions.continuelles et presque incalculables d'argent des
états pussiens , après une guerre soutenue sans relâche pendant
trois années consécutives , l'épuisement et la diminution des
troupes , après l'euvahissement par l'ennemi des provinces
prussiennes situées au- delà du Rhin , et après l'influence
sensible de ces circonstances sur la population , l'entretien
et le bien- être des autres provinces , la continuation de la
guerre par ses propres moyens était une chose absolument
impossible.
Et de quel autre côté S. M. pouvait- elle encore se pros
mettre de recevoir de l'assistance et de l'allégement , puis
que l'Empire même u'avait pas voulu prendre sur lui l'approvisionnement
des roupes prussiennes qui combattaient
pour sa défense ? Maintenant encore que ces troupes se
ouva ent exposées , dans la Wesphalie épuisée , au danger
de devoir lutter contre l'ennemi le plus redoutable , la discute
talis même que tous les états voisins et siraes derriere
eles , et dont une partie sont fort considérables , desiraient a
demment leur protection ; ses états ' ont pu en aucune
façon s'entendre entr'eux , nous ne dirons pas pour l'établissement
de magasin , mais même seulement pour la cone
cession d'une exportation sans obstacle pour l'armée . L'on
n'a pas même encore remboursé les frais énormes que le
ar(
68 )
soi a faits lors de la reprise de Mayence ( 1 ) , et dans d'autres
expeditions particulieres de cette nature , où l'armée prassienne
a exécuté avec énergie et succès ce qu'une armée d'Empire
seule pouvait avoir l'obligation de faire ; quoique la caisse
militaire d'Empire existe uniquement pour semblables dépenses
, et que les états de l'Empire aient accorde des contributions
en mois romains si considérables et si réitérées ;
quoique S. M. ait deja présente si souvent ses prétentions
incontestables , dont elle voulait faire déduire les mois romains
qui tombent sur ces états de l ' mpire .
1
Et sur quelle coopération pour la continuation de la
guerie , S. M. pouvait- elle compter pour l'avenir , sur tout
lorsque la masse des forces opposées à l'ennemi de l'Empire
se trouvait si considérablement diminuee par la défection des
Provinces-Unies , et que par- là le coté le plus faible de l'Allemagne
se trouvait ouvert à l'ennemi qui pouvait pénétrer dans
le coeur. De tous côtés , s'offraient les nistes vestiges du malheur
constant des armes alliées , et l'on ne pouvait gueres esperer
un meilleur succès pour l'avenir . S. M. I. elle - même , qui
ayant un intérêt multiplié , pressant et immediat , et pouvant
plus facilement employer de grandes forces , était le directeur
suprême de la guerre ; avait déja témoigne , dans le milieu de
l'année précédente à l'empire d'Allemagne , qu'il n'était plus
en son pouvoir de le sauver sans un secours prompt et convenable
en hommes et en argent. Et que restait- il alors à
attendre de l'Empire même , qui ensuite , lorsque la crise
augmenta , se trouva de plus en plus abandonné à lui - même
et à la faiblesse progressive de ses moyens de défense ; qui
arrêta à la vérité de porter ces moyens jusqu'au quintuple
de l'armement de l'Empire , mais sans pouvoir s'en promettre
plus d'effet que l'armement au triple existant jusqu'alors , attendu
que tant de pays de l'Empire envahis par les Français ne
pouvaient coopérer en aucune maniere , que la plupart des
etats de l'Empire étaient les uns épuisés par des malheurs et
les frais de la guerre , les autres trop faibles par eux mêmes
et nullement armés ; et en général parce que cette guerre ,
comme toutes celles que l'Allemagne a soutenues autrefois ,
a confirmé l'expérience toujours renaissante , que la constitution
guerriere de l'Empire offre maintes defectuosités
qui résultent d'un tont composé de plusieurs parties differeutes ,
et ne peut opérer efficacement par- tout sans l'assistance
d'autres puissances.
( 1 ) Ces frais , d'après un compte fait sur les données les plus
modérées , et déja remis à tous ceux à qui il appartient , se
montent à une somme de 2 millions 89 mille 961 reichsthalers
gros 2 pfenn .

1
( 69
Certainement toutes les considérations que font naître ces
rapports ainsi que d'autres , devinrent plus fortes et plus imposantes
, lorsqu'à l'issue de la derniere campagne , d'un côté
la crise menaçait d'atteindre le degré le plus dangereux , et
que de l'autre il commença à s'élever en France , des ruines
du systême de terreur abattu , un régime plus solide de modé
ration et de douceur , et un sentiment sage du besoin où la
France était elle -même de la paix . Alors , l'Allemagne de son
côté ne pouvait plus former qu'un vau , qu'un desir.
Si , après trois années marquées par la mort et là dévás
tation , les ressources de la guerre se trouvent entierement
épuisées , que tout espoir d'un meilleur succès pour l'avenir
est évanoui ; s'il est de la plus grande évidence que la maig
puissante de la Providence a donné une direction si tranchante
au torrent rapide des armées ennemies , et que toute
tentative pour y opposer une digue soit reconnue inutile
si l'ennemi lui - même ne paraît pas éloigné de donner les
mains à une paix , et qu'il y ait tout espoir d'obtenir davantage
par-la , que par l'opiniâtreté à continuer la guerre.....
Pouvait-il encore rester un choix à faire ? un souverain sage
et humain eût - il voulu voir encore les désastres de la guerre
s'étendre de plus en plus sans mesure et sans but ? Les provinces
déja remplies de désolation n'étaient- elles point encore
assez épuisées ? L'humanité souffrante n'était- elle point assez
abattue ?
,, Sa majesté le roi témoigna en conséquence le voeu si
juste de son coeur , de voir bientôt la tranquillité et la paix
rendue aux états prussiens , et s'il était possible aussi à l'empire
de l'Allemagne . L'Empire sentit aussi lui-même , et témoigna
presqu'universellement ce desir , et il commença à entamer
une délibération formelle à la diete , sur les moyens d'atteindre
un but aussi important . Des cercles entiers d'Empire et plus
sieurs des premiers princes de l'Allemagne s'adresserent aussi
tôt à sa majesté en la priant d'aider de concert avec sa majesté
l'Empereur à procurer à l'Empire une trêve et ensuite la paix .
Par un effet de zele patriotique de plusieurs états pour leur
bien être et celui de l'Empire , on vit bientôt paraître le
conclusum connu de la diete , dans lequel l'Empire témoignait
avec dignité et de la maniere convenable son voeu pour la
paix , et priait le chef suprême de l'Empire d'ouvrir les voies
pour une tentative teudante à la paix , et de daigner , s'en
tendre avec le roi , au sujet de la coopération de sa majesté.
·
*
?
Cette ouverture de sa majesté impériale , comme premiere
et suprême coopération , à laquelle celle du roi ne
pouvait que se réunir , n'a point eu lieu , non plus qu'une
intelligence spéciale avec sa majesté prussienne ; au contraire ,
toutes les démarches ont eu lieu pour que tous les hauts
états fournissent seulement pour la campagne de cette année
( 70 )
leur contribution à l'armement de l'Empire , quelque faible
et quelque peu fructueuse qu'elle puisse être à l'avenir ; et
il y a malheureusement de plus en plus d'apparence que
T'Empire , malgré son inclination si solemnellement témojguée
pour la paix , continuera de rester impliqué dans cette
guerre malheureuse .
Mais sa majesté qui dans une lutte de trois ans a déja
fait pour l'Empire les efforts les plus grands , les sacrifices
les plus inappréciables , ne peut y joindre des impossibilites ;
elle ne peut se sacrifier entierement et livrer à la destruction
ses propres états pour prendre ultérieurement part à une
guerre , dont l'issue la plus favorable possible aurait toujours
pour résultat une négociation pour la paix telle qu'à présent.
Toutes les considerations relatives aux relatious extérieures
et intérieures , tous les engagemens sacrés qui lient
sa majesté au bien- être de ses provinces et de ses sujets qui
soupirent après le repos et la paix , tout ce que sa majesté
doit au bonheur de son propre coeur , exigent impérieusement
d'elle , qu'elle renonce à une guerre dont l'issue në
pourrait être qu'une perte irréparable.
Sa majesté en conséquence n'a pas laissé échapper l'oc
casion que lui présentait la possibilité d'ouvrir et de pousser
des négociations dans la ville de Bâle entre son plénipotentiaire
et un plénipotentiaire Français . Ses bonnes intentions
ont été couronnées d'un heureux succès , et sa majeste pent
maintenant jouir de la douce satisfaction d'avoir donne le
repo's et un nouveau bien- être sans troublés à ses étars:
Mais sa majesté dans cet important événement , a aussi
dirigé sur l'Empire son attention patriotique et så prévoyance ,
autant qu'elle pouvait s'étendre . Elle n'était à la vérité mulicment
dans le cas de négocier pour lui , et de lui procurer
aussi tôt une paix formelle ; car , la premiere ouverture des
voies et intelligence concertées du chef suprême de l'Empire
n'ayant point cu lieu , manquait à sa majesté une autosation
dilecte et déterminée de l'Empire , une légitimation
suffisante envers le gouvernement français , ainsi qu'une connaissance
plus précise des conditions de paix spéciales desi
rées par-tout et applicables par- tout. Cependant , så majesté
dans le sentiment intime de l'état déplorable de l'Empire et
d'après les requisitions qui lui ont été faites à cette époque
par plusieurs hauts états , aa ffait tout ce qui pouvait dépendre
d'alle pour frayer le chemin' par lequel tout l'Empire et tout
les états en particulier pourraient arriver au but d'un sijuste
desira
" A cet effet , il a été aussi stipulé formellement dans
son traité de paix avec la République Française , une clausė
favorable pour tous les états de l'Empire qui , dans le terme
de trois mois , feront des propositions de paix à la Répu
( 7 )
·
blique Française , et en faveur desquels sa majesté interviendra
à ce sujet. En même tems , d'après une disposition particu
liere , il a é´é arrêté pour tout le nord de l'Allemagne une certaine
ligne de neutralité , qui formera une barriere contre
toutes les entreprisess hostiles de quel côté que ce soit , et
assurera , une sûreté et tranquillité entiere , tant aux provinces
prussiennes qu'aux autres de l'Empire situées derriere cette
ligne , sous la condition qu'ils s'abstiendront de toutes hosti
lités directes ou indirectes . Il a été également convenu que
les Français rendraient tous les prisonniers qu'ils ont faits sur
differentes troupes de l'apire qui étaient en campagne avec
l'armée prussienne.
Tels sont les avantages que S. M. peut maintenant offrir
à ses co- états de l'Empire. Elle se flatte que l'importance gé
nérale , du premier point sur- tout , ne manquera pas de faire
sur eux l'impression qu'elle doit produire . On leur ouvre les
voies pour la paix et une réconciliation . Voudront-ils rejetter
sette offre sans faire aucune tentative ?
,, Le roi donne ici l'assurance solemnelle d'étayer de tout
son pouvoir et avec la bonne volonté la plus sincere et
plus cordiale tous ceux qui animes du desir de la paix
voudront s'adresser directement à la France , et qui deman
deront l'appui de S. M. Elle remplira avec zele l'oeuvre
patriotique de fortifier dans toutes les occasions la Repu
blique Française dans ses intentions pacifiques .
,, S. M. se croira trop heureuse , ses voeux les plus are
dens seront remplis , et ce sera pour elle la plus belle récompense
des sacrifices multipliés qu'elle fait jusqu'à présent ,
si ces peines et cet évenement parviennent à répandre plus
au loin les bénédictions de la paix , si les horreurs et les
désastres d'une guerre si terrible sont entierement éloignés
du territoire de la patrie et que le brave citoyen d'Allemagne
, recouvrant le repos et la tranquillité , puisse exercer
au sein du bonheur ses devoirs sociaux ; si même aussi les
autres nations de l'Europe , après des divisions si sanglantes
se reconcilient bientôt entr'elles pour pouvoir atteindre entierement
, au milieu de la tranquillité et de la prospérité de
leurs habitans , le seul but que tous les états doivent se proposer.
" Mais quelque tournure que ces grands objets prennent ,
et si même un sort malheureux réservait encore ultérieurement
la guerre à l'Empire , S. M. ne peut que déclarer ici , uniquement
et d'une maniere précise et formelle , qu'elle se voit
obligée par son traité de paix de renoncer à prendre à l'avenir
aucune part a la guerre , ainsi qu'à toute coopération par
la fourniture d'un contingent ou la remise des mois romains ,
et de tenir dans les bornes de la plus exacte neutralité . S. M.
a certainement rempli dans toute leur mesure et par des sacrifices
inappréciables , pendant les trois campagnes qui ont en
( 72 )
Rea , ses obligations comme etat de l'Empire ; obligations
qu'elle ne méconnaît pas , et auxquelles elle ne se soustraira
jamais elle a même beaucoup plus fait que cesobligations
ne lui imposaient dans une longue série d'années , et que ,
dans le fait , tous les autres hauts co - états de l'Empire n'ont
fait eux -mêmes ; de sorte que , sous ce rapport encore ,. elle
est au- dessus de toute crainte qu'on puisse lui faire un reproche.
En général , S. M. jouit du sentiment intime , bien satisfaisant
pour elle , d'avoir contribué jusqu'au plus haut degre
de la possibilité physique à la prospérité de l'Empire germanique
, au maintien et à l'affermissement de sa constitution et
de sa tramquillité , tant en soutenant avec la plus grande énergie
une guerre de trois ans , qu'en ouvrant , comme elle vient
de le faire , avec un zele patriotique , les voies à une pacification
. S. M. doit maintenant laisser avec confiance au jugement
éclairé de ses très - hauts et hauts co -états de l'Empire ,
de diriger sur cette voie leurs démarches vers le but de la lutte
qui a duré jusqu'à ce moment , le repos et la tranquillité , et
de profiter à cet effet des circonstances favorables que le roi
a fait naître , de l'appui qu'il à offert , et des opérations et principes
raisonnables de la République Française .
On n'a pas beaucoup de nouvelles de Vienne on sait
seulement par des lettres de cette ville du 9 mai , que le
ministre et la chancellerie d'état travaillent jour et nuit , et que
dernierement deux mémoires remis au gouvernement de la
part de deux cours du Nord , donnerent lieu à une conférence
très-longue. La cour est fort mécontente de ce qu'il a été proposé
au baron de Lederer et au comte de Pergen , par le ministere
anglais , de rabattre sur l'emprunt de six millions sterling
les intérêts courants de six pour cent , et une provision
de treize pour cent de sabis : on doute qu'elle accepte ces
conditions onéreuses.
2 4 21
RÉPUBLIQUE
( 73 )
74
RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE
CONVENTION
NATIONALE.
"
PRESIDENCE DE MATHIEU.
-Séance du septidi , 17 Prairial .
Hier soir , il y a eu séance extraordinaire
vellement du bureau Mathieu a été nommé président , les
le
pour enou
secretaires sont "Boursaut , Henri Lariviere et Gamond .
Les consignes sont séveres comme de coutume . Une haie
de canons entoure la
Convention nationale , personne n'entre
dans le jardin , tous les gendarmes désarmés ont passé la
nuit cintrés par la garde nationale . A midi , la séance s'est
ouverte. Nous avons déja donné une partie de ses résultats
dans l'article Paris du numéro précédent , nous nous bernerons
à la compléter,
Les sections continuent de venir féliciter la Convention.
Elles ne demandent pas les honneurs de la séance ,
qu'elles sont trop occupées à désarmer les terroristes et à parce
mettre les furies de guillotine dans
l'impuissance de nuire .
On reprend la discussion sur l'impôt en nature . Jean - Bon-
Saint- André obtient la parole. Il dit ce que plusieurs orateurs
n'avaient pas manqué de relever, et ce dont chacun sait la funeste
expérience , c'est que l'or et l'argent sont devenus très - rares ,
que
l'assignat trop multiplie perd beaucoup , et que par consequent
l'imposition au taux de 1791 , n'est ni juste ni proportionnelle
aux besoins. Il parle d'une échelle de repartition ,
et puis montant
d'échellon en échellon , il araive à un résultat
qui est que i impôt en nature serait trop
dispendieux et devien
drait nuisible a la
République.
P. Clausel rejette aussi le projet de Dubois- Crancé et les
modifications présentées par Charlier , qui voudrait qu'on se
bornât à faire pendant un an l'essai de l'impôt perçu en nature .
Il ne trouve pas d'autre moyen de soulager le peuple et de
le mettre en état d'atteindre au prix des denrées , que de
retirer les assignats de la circulation .
La liste des orateurs étant épuisée ,
l'Assemblée ferme la
discussion . Elle passe à l'ordre du jour sur l'impôt en naet
décrete
que demain à une heure son comité des
finances Ini
presentera un mode de retirer les assignats de la
ture ,
circulation .
Le général Fox à qui les
représentans chargés de la direction
de la force armée de Paris , avaient confié dans le tems des
Tome XVI.
F
(9744)
troubles une partie du commandement , vient le déposer entre
les mains de la Convention ; il déclare que son poste est à
l'armée , et sollicite l'ordre de retourner aux frontieres . Il
consacre à la Convention ainsi qu'à la patrie , son existence
et son bras . Renvoi au comité militaire.
AIR MO IT.
Séance d'octidi , 8 Prairial.
Les cavaliers et hussards de service auprès de la Convention
, continuent de passer la nuit au bivac. Ce matin à dix
heures , on les voyait enveloppés dans leur manteaux , dormant
au milieu de leurs chevaux dont les longes étaient passées
dans leurs bras. Les entours de la salle de la Convention sont
toujours séverement gardés. Ces mesures ne paraissent point
excessives à ceux qui savent que l'on n'en impose aux sédisieux
que par la vigilance et la vigueur des moyens.
Mannot donne lecture d'une lettre du représentant Masnyer ,
trouvée dans les papiers de Fouquier -Thinville , et qui arrache
des larmes à tous les auditeurs ; elle est adressée à ses amis , -
il leur recommande sa mémoire , sa famille et de payer ses
dettes .
1
I
J'ai consacré tous mes jours à la patrie , dit-il ; depuis 8 mois .
la mort est suspendue sur ma tête . Je l'attends sans la braver
et sans la craindre. Je recommande ma mémoire à mes amis . "
Les juges m'ont mis hors la loi , je ne murmure pas et je
leur pardonne ; mais ils devaient savoir que je ne me suis
point enfui . Comment puis je donc être mis hors la loi ? il
faut périr , je ne regrette pas la vie , je ne cesse de faire des
voeux pour la République. Ne désespérons jamais de son
salut. Le tems viendra où vous pourrez relever le temple
de la justice que les brigands ont abattu.
་ ་་་
La Convention voulant jetter quelques fleurs sur la tombe
d'un de ses membres assassiné par la tyrannie , essuyer les
larmes de son épouse et de son pere , ordonne le paiement de
ses indemnités et denses dettes .
Coren- Fustier , au nom du comité des finances , fait décréter
que l'admission des assignats portant l'empreinte de la royauté ,
de cinq livres et au- dessus , démonétisés par le décret du 24
floréal dernier , aura lieu pour le paiement des biens nationi
naux vendus , comme de ceux à vendre.
Thibaut annonce que le plau de finances sera présenté le
lendemain .
Sieyes soumet à la „discussion le traité de paix d'amitié et
d'alliance entre la République Française et celle des Provinces-
Vaies , conclu à la Haye le 27 floréal dernier , ainsi que le
réglement pour l'usage du port de Flessingue. Nous avons
rapporté l'un et l'autre dans le numéro précédent , à l'article
Nouvelles officielles .
Treillard présente à son tour le nouveau traité conclu
( 75 )
Basle le 28 du même mois avec le roi de Prusse sur l'éta
blissement d'une ligne de démarcation entre les états respectifs
et de neutralisation pour les princes d'Allemagne qui y sont
compris .
Tous ces traités sont confirmés et ratifiés
blée.
par
l'Assem
Thibaut , au nom du comité des finances , fait décréter que
les loteries pour le retirement des assignats seront composées
moitié en meubles et immeubles , et moitié en bons au porteur
admissibles en paiement des biens nationaux à vendre . Il annonce
que le prospectus de la premiere loterie paraîtra dans la
décade. Il y aura cinquante lots de maisons , cent cinquante
de meubles et trente - neuf mille hait cent de bons au por
teur . Le nombre des billets sera d'an million à cinquante livres
chacun . Il y aura un billet gagnant sur vingt cinq ; ce qui
fait quarante mille lots .
Doulcet , au nom des comités de salut public et de sûreté
générale , donne lecture de plusieurs dépêches qui confirment
la malheureuse nouvelle de Toulon . Chambon écrit de Marseille
le 1er . prairial que le représentant Brunel a perdu la
vie , après s'être exposé mille fois pour empêcher le pillage
et l'assassinat à Toulon ; que la flotte n'attendait qu'un vent
favorable pour sortir du port , que les rebelles veulent s'en
emparer pour la livrer aux Anglais , qu'ils ont pris le fort
Lamalgue et délivré les détenus . Ces mouvemens ont eu lieu
le 28 floréal.
Chiappe qui s'est échappé de Toulon le 1er. prairial , envoie
le récit de ce qui s'est passé dans cette commune les 28 ,
29 et 30 du mois précédent , les rebelles manifestaient le
dessein de s'opposer à la sortie de l'escadre. Le représentant
Nion ne savait quel parti prendre , il paraissait abattu par la
crainte. Chiappe le détermina à se rendre sur son bord pour
faire sortir l'escadre ; mais le veut était contraire , la sortie
ne put s'effectuer le 30. A sept heures , les révoltés font
battre la générale ; les bons citoyens sont frappés d'épouvante.
On députe vers Chiappe , pour lui demander l'ordre ,
de faire entrer l'escadre dans le port. Donner un pareil ordie
c'était tout perdre ; car plusieurs équipages étaient dans les
mêmes dispositions que les révoltés. Chiappe résiste aux
sollicitations , anx menaces . Il reste exposé , pendant huis
heures , aux plus horribles vociférations , dans la salle même
où était le corps du représentant Bruncl. A une heure da
matin , des officiers municipaux viennent , au
commune , demander la rentrée des équipages . On déclare
nom de la
à Chiappe que les Toulonnais formeront le
armée qui doit marcher sur Paris ; que la troupe se rendra
noyau d'une
d'abord à Marseille , où elle se grossira de ses nombreux partisans
; et qu'avant de sortir du Midi , elle sera forte au moins
F 2
( 76`)·
de vingt-cinq mille hommes ; que celui qui se mettra à la tête de l'expédition , aura des droits à la reconnaissance de
la patrie , puisqu'il l'aura sauvée , et que son nom sera immor-“
talisé . Chiappe , voyant que la raison et la loi n'ont plus
d'empire , songe aux moyens de quitter la ville rebelle . A
quatre heures du matin , il se rend seul et incognito aux barrieres
. On s'oppose à sa sortie . Il retourne chez lui , et
declare , comme représentant du peuple , qu'il veut quitter
Toulon pour se rendre à son poste . Après beaucoup d'ins
tances , on lui donne un bataillon pour proteger sa sortie ; ma's ce bataillon l'abandonne en chemin , et vers la barriere”
il se présente une force armée pour lui fermer le passage.
Il tire son sabre ; ses quatre compagnons en font autant ; `
on les couche en joue , on leur oppose les bayonnettes ; ils
écartent les obstacles , piquent des deux et franchissent la barriere
: un seul est blessé legerement . Chiappe donne des éloges
aux quatre républicains qui ont partagé ses dangers . Il termine
sa dépêche en observant qu'il y a assez de bons citoyens daus
le midi pour contenir les factieux . Il ajoote que les rebelles tenaient leurs conciliabules chez Chabonnier , et disalent hautement
qu'il fallait agit pour la montagne persécutée .
Après la lecture de ces pieces , Doulcet allait proposer les mesures arrêtées par les comites , lorsqu'on lui apporta une
le 3 prairial .
autre dépêche de Chambon , datce de Marseille ,
Une force imposante est en marche sur Toulon , écrit ce représentant.
Mouret est nommé general en chef . L'escadre est
encore dans la grande rade , ce qui est très-important. Notre
collegue Charbonnier , sa famille et celle d'Escudier paraissent
jouer leur rôle parmi les révoltés . — ( Ici la lecture est inters rompue. ) Boursault s'écrie qu'Escudier viens de sortir il
demande qu'on metre les scellés sur ses papiers . Décretė. -Legendie : J'ai vu Laignelot qui a appelle Escudier et Ricord
et ils sout sortis ensemble . Blad : Laiguelot a sssassinė
Un autre membre : Salicetti a des liaisons secrettes à Brest.
dans le Midi ; il confere habituellement avec E endier . ( Bruit . ) — La Convention décrete d'arrestation Escudier , Riserd
Leiguelot et Salicetti : les scellés seront apposés sur leurs
papiers .
-
Doulcet présente un projet qui est décrété , et dont voici les dispositions . 1 ° . Le comité de salut public est chargé de prendre toutes les mesures militaires propres à faire rentrer la ville de Toulon dans l'obéissance . 2 ° . la Convention ap- prouve la conduite des représentans à Marseille , et les investit des mêmes pouvoirs que ceux piès les armées . Ils établiront
une commission militaire pour juger les conspirateurs
de Toulon . 3º . Rouhier se rendra près l'armée navale . 49. le piocureur- général syndic du département
du Var , rendra
compte de l'exécution des lois relatives aux émigrés. .
Bourdon demande la mise hors de la loi de Charbonnier.
Clausel sy oppose , mais il observe qu'en ne frappant pas
les conspirateurs du 12 germinal , l'on a fait naître les mouvemens
du er prairial , que l'on a puni quelques gendarmest
et canonniers égarés , et qu'il faut enfin se prononcer contre
les instigateurs . Il demande que Rhul , Romme, Duroy, Goujon ,
Forestier , Albitte , Bocibotte , Duquesnoy , Prieur de la
Marne , Soubrany et Peyssard , decrétés d'accusation , soient
renvoyés devant la commission militaire . Cette proposition est
décrétée .
Il s'éleve une discussion sur Thirion et Panis ; le premier
est prévenu d'avoir servi de secrétaire pendant que les révoltés
étaient maîtres de la Convention ; et le second , d'avoir
contribué aux massacres des er, et 2 septembre . Ils sont
décrétés d'arrestation , et Charbonnier d'accusation . Ce der
nier sera jugé par la commission militaire de Toulon .
Séance de nonidi , 9 Prairial .
L'an remarque parmi les nombreuses adresses qui sont lues
au commencement de la séance , celle des Lyonnais qui est
énergique , et dans laquelle ils annoncent qu'ils sont disposés
à descendre jusqu'au dernier au tombeau , avant que la Convention
reste saus defenseurs . ( Applaudi. )
Merlin de Douay ) dit que beaucoup de prisonniers de
guerre se sont évadés du lieu de leur détention et se sont
rendus à Paris , sans doute pour favoriser les projets des cons
pira.eurs et fait décréter : 1
Art . 1er . Tout individu fait prisonnier de guerre par
les armées de la Republique , et retenu en France comme tel.
qui , sans permission du gouvernement , sortira du lieu fixé
pour sa détention ou sa résidence , sera puni de six années de
fers s'il est trouvé dans le département de Paris , il sera
puni de mort .
sans
,, II. Tout prisonnier de guerre , même échangé , qui se
trouve actuellement dans le département de Paris ,
ordre expiès du gouvernement , est tenu d'en sortir dans
les vingt -quatre heures de la publication du présent décret.
Passé ce délai , tout contrevenant sera puni de mort .
III. Les peines portées par le présent décret seront appliquées
par une commission militaire de cinq membres , qui
sra établie dans le chef lieu du district de l'arrestation du
contrevenant. Cette commission sera nommée par le général
commandant la division dans l'arrondissement duquel elle
devra tenir ses séances .
Les trois membres chargés de la direction de la force armée
de Paris , jugeant que les circonstances n'exigent plus qu'ils
restent investis de leurs pouvoirs , vennent les remettre à
la Convention , et demandent la mention honorable de la cons
F 3
( 78')
duite des autorités constituées de Paris , des citoyens de la
garde nationale , des troupes de ligne' , cavalerie et infanterie ,
du général Menou et de son état - major , des chefs des différens
corps , des commissaires - ordonnateurs et des commissions
exécutives , qui chacun dans sa partie , ont concouru au rétablissement
de l'ordre.
La mention honorable est adoptée , mais les pouvoirs des
trois membres sont continués .
Guyomard , au nom du comité de sûreté générale , fait
décréter que les sections de Paris termineront dans la séance de
décadi les opérations de désarmement et d'arrestation dent
elles avaient été chargées par un précédent décret.
Henri Lariviere dit que le sang innocent crie vengeance
* contre les membres des anciens comités de gouvernement ,
que la Convention doit être comme la femme de César , même
à l'abri du soup con , et il demande l'arrestation provisoire
de Carnot et de Lindet .
Carnot rappelle qu'il était en guerre perpétuelle avec Robespierre
, qu'il ne s'occupait au comité de salut public que de
la partie militaire , que tout autre objet lui était étranger . Il
' convient d'avoir déclaré à la Convention qu'il ne séparerait
pas sa cause de celle des trois grands coupables , mais il pense
que l'Assemblée a droit de la séparer.
t
Gouly croit qu'il faut étendre la mesure de l'arrestation sur
tous les membres des comités de l'ancien gouvernement . Plusieurs
membres proposent des exceptions en faveur de quelques-
uns . Les inculpés font la plupart leur apologie .
Henri Lariviere leur réplique qu'il n'y a point de scélérat
qui n'ait quelque vertu à publier. On met aux voix successi
vement es arrestations de ces membres ; Robert Lindet , Vouland
Jean -Bon Saint- André , Jagot , Elie Lacoste , Lavicomterie ,
David , Dubarran et Bernard ( de Saintes ) sont décrétés d'arrestation
. Carnot , Prieur ( de la Côte- d'or ) et Louis ( du Bas-
Rhin ) sont exceptés.
Les re
représentans du peuple Dumas et Réal , près les armées
d'Italie et des Alpes , écrivent qu'il y a eu trois actions entre
l'ennem et nous , er que nos freres d'armes ont eu chaque fois
l'avantage . Les Piémontais ont été forcés dans le village de
Tricle . Dans la premiere affaire , nous nous somn es emparés
du poste important du col du Mont ; dans la seconde , nous
avens repoussé du mont Saint - Bernard l'ennemi qui voulait s'y
loger ; dans la troisieme , sa perte est de plus de cinq cents
hommes tués , blessés ou faits prisonniers, et la nôtre n'excede
pas 60 hommes . ( Voyez les Nouvelles officielles . )
Séance de décadi , 10 Praisial .
Merlin ( de Thionville écrit de Strasbourg que l'armée da
Rhin toute entiere est indignée de l'attentat commis le 1er. prai(
79 )
rial sur la représentation nationale , et qu'il n'attend que les
ordres pour la faire marcher contre les révoltés . Applandi,,,
André Dumont , en mission dans les départemens environnans
Paris , fait part d'un arrêté qu'il a pris , et dont il demande
la confirmation . Il porte que tout individu des armées ,
qui aura soustrait ses armes , ou en sera trouvé saisi , sera
conduit à la maison d'arrêt. Il demande que si on trouve la
peine de la déportation trop forte pour ce delit , on inflige du
moins celle de la détention , parce qu'il ne suffit pas de faire
des lois , et qu'il faut encore par des peines justes et séveres
les faire respecter et observer . Renvoi au comité de sûreté
générale .
Balan , au nom du comité des finances , présente un plan de
vente des biens nationaux , qui par les avantages, qu'il présente
aux acheteurs doit favoriser la rentrée des assignats , et par
conséquent faire baisser le prix des denrées. Plus les biens
nationaux se vendent cher , moins les assignats ont de valeur.
En 1790 , ils se vendaient au plus au denier cinquante , c'està-
dire à cinquante fois leur revenu ; aujourd'hui , ils se vendent
jusqu'à cent cinquante fois leur produit annuel. Balan propose
de prendre un terme moyen , et d'en fixer le prix à soixante
et quinze. Son projet est adopté en ces termes :
Art. Ier . Chaque citoyen pourra se faire adjuger , sans
enchere , tel bien national à vendre qu'il desirera , par le
directoire du district où il est situé , si alors la vente n'en
est pas commencée , en se soumettant par écrit sur un registre
à ce destiné , à payer le denier 75 du revenu annuel de
1790 ( vieux style ) pris sur les beaux alors existans , c'est
aire 75 fois ce même revenu certifié véritable pas le fermier.
II. L'adjudication sera faite le même jour que la sour
mission , ou au plus tard dans les deux jours suivans ,,
à la
charge de solder le prix de la vente en trois paiemens égaux
dont le premier sera effectué dans le mois du jour de l'adjudication
, le second un mois après , et le troisieme dans
le cours du troisieme , mais avec les intérêts depuis la jouissance
de l'acquéreur , qui ne pourta entrer en possession
qu'après avoir effectué les deux premiers paiemens .
III. A défaut de paiement à chaque terme indiqué , il
sera déchu de son adjudication , et remboursé de ce qu'il
aura déja donné , déduction faite des trais en bons au por
tenr , delivrés par la trésorerie nationale , et admissibles en
paiement d'autres biens nationaux à vendre .
" IV . Dans le cas où le fermier serait obligé par son bail
au payement de la contribution fonciere , eu tout ou en
partie ou assujetti à quelques autres charges , le montang
ou l'évaluation de son obligation à cet égard sera ajoute
loyer en fermage , pour fixer le prix de la vente nu dedier 55.
·
F4
( 80 )
,, V. Quant aux biens nationaux qui n'étaient pas loués pour
une somme fixée en 1790 , leur revenu sera présumé être
cinq fois le montant du principal de la contribution fonciere
de l'année 1792 , lequel revenu présumé servira de bâse pour
leur vente
au denier 75.
*
.I
" VI. En cas de concurrence , le bien sera adjugé à celai
qui l'aura demandé , et soumissionné le premier aux conditions
ci - dessus ; mais si plusieurs personnes se présentent
en même-tems pour cet objet , le sort décidera entr'elles de
la priorité .
" VII . Les ventes continueront néanmoins d'avoir lieu
suivant les lois précédentes pour ceux des biens nationaux
qui ne se trouveront pas vendus par ce nouveau mode.
VIII. Les ventes seront publiées et affichées tous les deux
mois dans le bulletin de correspondance.
" IX. Tous les assignats provenans des ventes dont il s'agit
seront annulles et brûlés en la forme ordinaire .
Baudin , au nom du comité militaire , appelle l'attention de .
la Convention sur la classe des ouvriers et des indigens , qu'un
travail pénible et assidu dans les circonstances difficiles où
nous sommes peut à peine faire atteindre au prix des denrées' ,
et qui se voient obligés de faire le sacrifice de plusieurs journées
pour monter la garde. Il propose , et la Convention deerete
que ces citoyens pourront se dispenser du service de la
garde nationale , en prévenant l'état-major de leur bataillon ou
section.
dans un
Lesage ( d'Eure et Loir ) ' demande la suppression de la commission
militaire etablie-pourjuger les conspirateurs du 1er , prai- >
rial et jours suivans. Il dit que cette institution , nécessaire
tems de révolte , serait dangereuse pour la liberté
lorsque la tranquillité est rétablie . Il veut que ceux qui n'ont
pas encore été jugés soient renvoyés aux tribunaux ordinaires .
Il est appuyé par Lanjuinais , Louvet , Legendre et Freron ; mais
Lariviere s'y oppose. Il craint que ce calme soit trompeur , et
qu'on ne dise que la Convention a supprimé la commission
lorsqu'elle allait juger ses membres . Bourdon est du même
avis . La motion de Lesage est écartée par la question préalable ."
Séance de primedi , 11 Prairial.
Les représentans du peuple , en mission dans les départemeus
du Midi , font part des préparatifs dirigés contre les
rebelles de Toulon , ils sont tels qu'ils assurent un plein
succès , et que la derniere heure des terroristes sonne dans
le Midi. ( Applaudi ) .
Douze sections de Paris viennent féliciter la Convention ,
quelques-unes demandent la révision de la constitution de
1793 qui leur est suspecte sur- tout depuis qu'elle a servi
de point de ralliement aux rebelles de Paris et de Toulon .
81 .
La section de Bon - Coustil dénonce le député Sergent comme
ayant participé aux massacres du, 2 septembre..
Corenfustier , au nom du comité des finances , propose
la suppression du tribunal révolutionnaire et le renvoi pardevant
les tribunaux criminels compétens des accusations
portées devant le premier , et des procédures commencées
pour faire juger les prévenus conformément au code pénals
Dentzel observe qu'un pareil projet n'est pas de la compétence
du comité des finances , et que le comité de légis
lation peut lui seul le présenter , comme faisant partie de
ses attributions . Il en demande le renvoi à ce comité . De
crété .
Lanjuinais , au nom des
mités de législation , de salut
public et de sûreté générale , fait un rapport sur les difficultés
que l'exécution de la loi du 3 ventôse concernant l'exercice
des cultés , a éprouvées . Il dit que plusieurs autorités constituées
continuent le systême persécuteur des Chaumette et des
Hebert ; que dans les départemens de l'Ouest , le foyer de la
révolte s'est trouvé là où l'athéisme exerçait ses ravages
que la justice , la raison et le voeu public sollicitent l'ouverture
des églises , que la politique est d'accoorrad avec eux , et
que ces édifices ne essseront pas d'être des propriétés natio
nales , de même que les maisons communes en conservant
leur ancienne destination . Il annonce un reglement de polise
sur l'exercice des cultes . Son projet de decret est adopić en
ces termes :
A
1º. Les citoyens des communes et sections de communes
de la République , auront provisoirement le libre usage des
édifices maintenant appartenans à la nation et non aliénés ,
destinés originairement à l'exercice de plusieurs cultes et
dont ils étaient en possession au 1er . vendémiaire , an II.
2º . Ils s'en serviront sous la surveillance des autorités constituées
, tant pour l'exercice de leur culte , que pour les
assemblées ordonnées par la loi.
30. Ces édifices leur seront remis dans l'état où ils se trouvent
, à la charge de les entretenir et réparer sans contribution
forcée .
4. Il ne sera donné qu'un seul édifice pour chacun des
douze arrondissemens de Paris . Le directoire du département
donnera de préférence , ceux qui sont les plus convenables
quant à la centralité ou à l'étendue , et qui sont dans le
meilleur état de conservation .
5. Lorsque les citoyens réclameront concurremment l'usage
d'un édifice pour l'exercice d'un culte différent , ou prétendu
tel , il leur sera commun les municipalités fixeront ,
pour l'exercice de chaque culte , les jours et heures couvenables.
6. Nul ne pourra remplir de ministère dans lesdits édi(
82 )
fices , à moins qu'il ne se soit fait délivrer un acte de sonmission
aux lois de la République.
7. Les ministres qui contreviendront au présent article ,
et les citoyens qui les auront appelés ou admis , seront punis
chacun de mille livres d'amende , par forme de police correctionnelle.
80. Les municipalités et corps administratifs sont chargés
de l'exécution de la présente loi , dont l'insertion au bulletin
servira de promulgation.
Rewbell , qui est resté à la Haye , écrit que les états-généraux
ont ratifié le traité d'alliance et d'amitié conelu avec la République
Française .
Doucet donne les nouvelles qui viennent d'arriver de Toulon .
Les rebelles ont attiré par une perfidie les représentans Guerin
et Poultier dans leurs murs et les y retiennent comme des
Otages . Ils ont ensuite voulu marcher sur Marseille , mais ils
ont été complettement battus , et s'ils ne posent les armies , et
ne rendent les représentans , ils seront bientôt exterminés .
Déja plusieurs de leurs chefs sont arrêtés. La garnison ne
prend aucune part à la révolte . "L'escadre est dans la grande
rade et hors de leur portée. La division de Brest ett dans
Tes meilleurs principes . Celle de Toulon donne quelques inquiétudes
, cependant il y a lieu de croire que tout est en ordre
sur les vaisseaux .
+3
propose de retirer aux représentans détenus les
pouvoirs dont ils sont investis , pour se précautionner contie
l'abus qu'on pourrait faire de leur captivité. Cette proposition
est décrétée .
PARIS . Quartidi , 14 Prairial , 3º . année de la République.
Les événemens qui viennent de se passer , et qui ont
menacé de si près la chose publique , ont enfin ramené
l'esprit public et la Convention au sentiment de leur
véritable intérêt . Chacun de ceux qui ont quelque chose
à perdre s'est convaincu de la nécessité de se rallier à
la représentation nationale , et de défendre leurs propriétés
, leurs foyers , leur famille , des fureurs d'une
populace égarée que des scélérats ont trop long -tems
nourrie de l'espoir du pillage et des idées de meurtre ,
de sang et de massacre . Le désarmement de ces hommes
qui n'ont dans le coeur aucun sentiment de patrie
d'ordre public et de respect pour les lois , s'est effectué
dans toutes les sections , les plus connus d'entre eux par
leurs principes de terrorisme , ou pour avoir pris part
( 83 )
aux affreuses journées de septembre , ont été mis en
arrestation . On en porte le nombre à plus de dix mille .
Il serait extraordinaire qu'il ne se fût pas mêlé dans cetté
mesure de sûreté publique , des soupçons trop légers ,
ou des actes de ressentiment particulier ; mais ces erreurs
ou ces injustices seront bientôt réparées , et il ne restera
dans l'impuissance de nuire que ceux qui doivent véri
tablement y rester.
La Convention , en continuant de s'épurer , acquiert
de nouveaux droits à la confiance . C'est une nécessité
cruelle que celle de porter atteinte à un principe ; mais
cette révolution a fait voir tant d'oubli de principes de
la part de ceux qui devaient les respecter pour euxmêmes
que l'on est entraîné à n'en reconnaître
plus qu'un seul , eelui qui peut mettre promptement
un terme à la révolution . Pendant plusieurs jouss , le
Carrouzel et les Tuileries ont été fermés et gardés
par des corps de cavalerie . Nul n'assistait aux séances
de la Convention que les journalistes et les citoyens
qui en forment la garde . Cette mesure n'a
fait naître aucun mécontentement , parce que chacun
sent qu'elle est nécessaire ; si elle eût été prise
dans toutes les circonstances orageuses , elle aurait prévenu
bien des événemens désastreux ; mais telle est
la nature des choses que l'on ne songe au remede qu'après
l'épreuve de l'expérience . On s'attend que la réaetion
des derniers événemens aura quelqu'influence sur
les lois organiques que prépare la commission des onze ,
et que les bases de l'ordre social seront posées sur des
principes plus sûrs ,et plus conformes à l'intérêt public.
On présume que le travail de la commission paraîtra
avant la fin du mois. Faire vite est très - bon , mais faire
bien est encore mieux .
Le camp qui avait été placé dans les Tuileries vient d'être
transporté dans la plaine des sablons ; il parait qu'il n'y aura
plus de service auprès de la Convention qu'un détachement
tiré du camp , et qui chaque jour sera renouvellé .
Le tribunal révolutionnaire vient d'être supprimé ; les délits
dont la connaissance lui était attribuée seront jugés par les tribunaux
criminels ordinaires. Cependant la coramission mili
taire est toujours en activité , et a condamné plusieurs auteurs
eu complices de la derniere révolte.
Des convois de farine arrivent journellement à Paris , et tong
les moulins des environs de cette commune sont en requisition
pour moudre les grains . Cependant la distribution da
( 84)
pain est toujours à peu près aussi modique. On assure qu'elle
ne sera augmentée que lorsque les subsistances seront assurees
pour un mois .
Les dernieres lettres de Marseille confirment que les rebelles
de Toulon , qui étaient sortis pour se porter sur cette commune
, ont été repousses el défaits par les Marseillais . Les
principaux chefs ont été arrêtés ; ce sont des hommes inconnus ,
qui paraissent avoir été vomis par l'Angleterre . Tout le Midi
se leve contre eux , et une armée de 30 mille hommes marche
pour les réduire . On est assure que l'escadre est dans la
grande rade hors de toute atteinte . L'équipage de la division
de Brest est dans les meilleurs principes , et les mouvemens
qui se sont manifestés dans une partie de la division de Toulon
ne tarderont pas à être réprimes La presque totalité de la
garnison n'a pris aucune part à la révolte .
Des lettres du midi annoncent qu'il vient d'arriverà Livourne
un vaisseau d'Alexandrie , en Egypte , qui a rapporté que la
premiere récolte était déja faite sur les côtes de Barbarie ; qu'elle
a été foit abondante , et que déja plus de 300 bâtimens , chargés
d'orge et de froment , étaient partis pour divers ports de
l'Europe .
venait aussi d'arriver à Livourne plusieurs navires char
gés de grains , venant de Naples et de Sicile . Les lettres qui
nous apprennent ees détails ajoutent que les Français venaient
de prendre un paquebot anglais , allant à Londres , chargé
d'argent. Cinq valises remplies de lettres ont été jettées à la
met par les Anglais .

que
L'extrait d'une lettre de Nantes , du, 3 prairial , porte :
On vous trompe , quand on
VOUS dit les chouans
continuent leurs ravages dans nos cantons . La paix est trèssolidement
faite avec eux , aux mêmes conditions qu'avec
lés vendéens . Ils formeront comme avant une garde territoriale
de deux mille hommes , soldée par la République . En
attendant , ils exercent la police la plus sévere contre ceux
qui , sous le nom de chouans , se permettent quelque vio.
lence sur les grandes routes on dans les petites communes .
On en avait déja fusille plus de 50 qui avaient volé ou assas
sine des voyageurs .
Les vrais chouans vivent en très bonne inteligence avec
les gardes nationales des départemens voisins , et ils se don ent
réciproquement des diners , En venant ici , j'ai reucontré à
Aucenis le bataillon d'Arias qui venait d'installer à Varade
un bataillon de chouans ,, lequel avait démande à y remplacer
celui d'Arras pour la garde des mines . ››
Les émigrés s'agitent beaucoup en Suisse pour tâcher de
faire tourner les événemens au profit du rétablissement de la
( 85 )
royauté constitutionnelle . Voici l'extrait d'une lettre insérée
dans tous les papiers publics , afin que les bons citoyens , à
l'exemple du gouvernement , se tiennent en garde contre de
pareilles maneuvres .
Madame de Staël est partie de Lausanne le 26 floréal.
elle fut le même soir à Yverdunoù elle a logé à l'auberge
jusqu'au 98 , qu'elle a pris par Orbe la route de Paris . Je
sais que le 16 an soir elle avait auprès d'elle Narbonne
Mathieu Montaioreйeyer Jaucouri ; madame de Lachâtre
était aussi vebuer pour cette conférence 2
Av
,, Madame de Staël à son départ pour la France , an eu
encore à Yver un un rendez - vous avcet plusieurs émigrés ,
tels que Narbonke et autres. On assure que peu- a -peu tous
les émigrés de cette classe dispersés dans plusieurs pays
se reuniront au isystême d'un rois constitutionuel. 97-0126.
On apprend de Bruxelles , cu date du 30 floréal , que la
jonction des armées du Rhin , la Moselle et de Sanibre { et
Meuse forme une masse tellement imposante et si bien distri
buée , que tous les projets des généraux autrichiens doivent
être déconcertés,
del
I
Le general Jourdan a établi un point de contact entre son
armée et celle qui fait le siege de Luxembourg. On regarde
Ia disposition actuelle de ce cordon comme une nouvelle
preuuvvee de l'habilete de ce général.
I
Les représentans du peuple out arrêté que les déserteurs
autrichiens qui se trouvent en gi
en grand nombre dans la Belgique
et dans les Pays Basseraient venus de se présenter sans délai ,
devant les antéri és a pour sy faire constater leur boane : cous
duite , sous pente d'ètre arrêtės.mišim di asva
Le gouvernement français vient de donner l'ordre de nétablir
le port de Nieuporten , Flandres et d'en, Lelever surplechamp
les fortifications ebih sli Y
On a mis en requisition à cet effet un grand nombre de pion
niers , de cha pentiers et de maçons, and en
(
La corvette la ´ Muščitě ' selfè''est entrée au port de l'Orfent ;
elle revient de Same- Didque où elle était arrivée le 26 veutose
, après avoir fait en roate deux prises richement chargees
, l'ue anglaise , l'autre spagnole . Le capitaine rend
compte dans u's depêche lesiacneil dráternet qu'il a reçu
au Port - de-Paix et au Cap dont le maine est un ar nommé
Fleury. Malgré les instigations perfides de quelques factieux ;
l'amitié et la concorde reguent entre les citoyens de toutes
couleurs qui sont inviolablement attaches a la République Française
, quoique depuis deux ans qu'ils souviennent une guerre
cruelle et qu'ils supportent la famine , ils n'aient reçu de
France aucune nouvelle positive , aucun secours. Laveaux
( blanc ) , général en chef dans cette colonie , défend la partie
qui est suée entre le Môle et la riviere Salée , daus la depen((
86 )
dance de laquelle se trouve le Port-de-Paix . Le commandant,
Villate , { mulâtre ) , defend la partie située entre cette riviere et ,
le cordon de l'Est , dans la dépendance du Cap : cette partie ;
de la colonie doit son salut à Villate . La partie de l'Ouest comprise
depuis le Môle jusqu'aux portes de Saint- Marc est occupée
et défendue par l'armée sous les ordres du commandant
Toussaint Louverture , noir africain ) Ce commandant se
disposait à faire le siege de Saint -Marc ...
La partie du Sud est aussi vigoureusement défendue par
les republicaius , sous les ordres du commandant Rigaud ,
mulâtres) . Ce général qui a repris le Cap Tiburon et
Léogane , faisait le 12 germinal le siege du Port- au-Prince.
Lors du départ de la Musette , les Anglais se trouvaient circonscrits
daus la possession des villes de Môle , Jérémie ,
Saint-Marc et Port-au-Prince , qu'ils ne paraissent pas , devoir
posseder long - tems . Le fort Dauphin est au pouvoir des
Espagnols . Les corsaires de Saint- Domingue ont fait des prodiges
de valeur leurs riches captures en tout genre oont contribué
à sauver la colonie qui a manqué pendant quelque
tems de munitions de guerre et des choses de premiere neeessité
pour la vie . Dernierement , quatre chaloupes ont pris à
l'abordage , dans les parages du cap Tiburon , une corvette
anglaise de 84 canons de 9 , et de 200 hommes d'équipage.
On voit sur la rade du Cap plusieurs bâtimens anglais et
espagnols , armés de 16 à 18 canons , pris à l'abordage
par de très -petits corsaires français .
1
1
26
Si on croit les gazettes , allemandes , le fameux Luchesini
actuellement ambassadeur de Prusse à la cour de Vienne , doit
se rendre sous peu , avec le même titre , auprès de la République
Française...
1 : b
Les mêmes gazettes prétendent que les ministres de Saxe et
de Baviere ont déclaré à la diete de Ratisbonne , de la part de
leurs princes qu'ils ne souscritaient aucun acte en qualité de
co-états de l'Empire que de concert avec l'empereur?
Une pareille déclaration serait sur- tout surprenante de
de la
part de l'électeur de Saxe , qui a toujours été dévoué à la Prusse,
et qui par conséquent ne doit pas séparer long- tems ses intérêts
des siens .
On mande de Livourne , que l'escadre de d'amial Hottam ,
førte de 17 vaisseaux de ligne et de 7 frégates , a mistà la voile
le 9 mai , pour croiser sur les côtes de France.
6.
Cette nouvelle mérite attention , au moment où les révoltés
ont encore quelques succès dans Toulon; mais ce qui rassure.
c'est la faiblesse de cette escadre à laquelle ne s'est pas jointe ,
comme on l'avait dit , celle de Hood , puisqu'il n'est pas encore
sorti des ports anglais.
( TVoici
une anecdote qu'on peut regarder comme certaine .
Un général potonals , arrivant à Paris , e rend le même jour
05
au théâtre de la rue Feydeau n'étant pas encore instruit des
mesures de sûreté que la prudence conseille ici lorsqu'on se
trouve au milieu de la foule. Il veut payer son billet , il ouvre
et surtout laisse voir un large porte - feuille bientôt
:
ce porte ,
feuille , dans lequel était une somme de vingt mille livres,
n'est plus dans sa poche . Le Polonais se plaint du vol' qui lui
est fait l'oeil perçant de quelques spectateurs distingue le
voleur. Celui- ci veut s'échapper , on court , on l'arrête , il est
reconnu par une personne pour avoir deja exercé ce métier
dans un département : il vent sier en vain , il est confondu, j
mais deja le porte - feuille a passé dans une autre main , Tous,
les spectateurs s'empressent de consoler l'étranger ; l'un d'eux
s'approche , et lui serrant la main : Il ne faut pas , dit-il, que,
vous ne trouviez que le vice dans notre pays . Vous etes étranger,!
je sens la situation dans laquelle vous pouvez être . Je vous offre
la somme que vous avez perdue et tous les secours qu'il est
en mon pouvoir de donner à un homme malheureux que dès ,
lors je considéré comme mon aammii , comme mon concitoyen,z
Voici mon adresse , acceptez-le , et faites-moi goûter le plaisir de
pouvoir vous être utile. Le Polonais refuse avec attendrissement ,
le lendemain il va voir celui qui s'est si généreusement conduit
..
P
son égard; un déjeuner était préparé pour le recevoir. Om
lui fait les mêmes instances que la veille , dans le tête - à-tête
comme en public ; ce n'est qu'avec beaucoup de peine , et en
donnant connaissance de ses ressources , qu'il parvient à fairer
consentir qu'il n'acceptera pas les offres qui lui sont faites
: DC. ༡
of
mit Tsh NOUVELLES
OFFICIELLES
, 10.
L 2.75 22
ARMEE D'ITALIE LT DES ALPES. $ . ser
Nice , le , prairial , » l'an 3º . de la République Françài !:
beños and Citoyens collegues , vous annoncer qu'il y a eu trois
actions entre les troupes de la République , formant fa divi- sion de l'armée des Alpes , ef les ennemis , c'est vous ins
truire qu'elles ont été trois fois victorieuses .
,, Voici le résultat des dépêches du général Moulin au
général d'afmée , Kellermann , qui en ce moment visite lea
avantpostes de la droite avec notre collegue Beffroi .
- Premiere affaire. Le 17 floréal , un corps d'environ
300 Piemontais vint faire une reconnaissance devant le
Mont-Bernard et le fort Mont -Valaisan ; cette disposition
annonçant une attaque prochaine , le général Voillot chargea
l'adjudant général Chambaud de reconnaître , le lendemain 18 ,
les avant-postes de l'ennemi et de se porter sur le village de
la Thuile,
L'ennemi , après une vigoureuse résistance a été fo
dans le village de la Thuile. Il a perdu 200 homines droe
cette action et nous lui avons fait trente prisonniers .
Deuxieme affaire. A notie passage à Chambéri , le général
1
(: 85 ce
Kellermann ayant senti l'importance du col du Mont , avait
doane ordre de s'en emparer aussi tôt que les neiges le permettraient
. Le général de brigade Voillot , chargé de l'expé-.
dition partit la nuit du 22 au 23 floreal avec environ deux
cents Hommes disposes sur trois colonnes . Ce poste important
fut attaqué et enlevé avec une bravoure inconcevable malgré
qu'il fût defendu par trois étages de retranchemens , dixhuit
bouches à feu et lune forte garnison .

5454
" Tous les nagasins ont été pris intacts ; on y a fait deux
ents six prisonniers , parmi lesquels se trouvent neuf, officiers
et le major du regiment de Verceil , qui commandait
durigiment
ce poste .
*
? # Troisieme affaire. Le general Piemontas , que la perte
du col da Mont inquiétait , voulut faire une diversion sur
le Mont- Saint Bernard , et rendie par sa prise no notre conquête ,
de la veille infructueuse .
1 " Le 24 foréal , il y porta avec 2500 hommes , divisés
en plusieurs colonnes. Nos troupes républicaines les repousserent
avec vigueur , et les poursuivirent au pas de charge ,
jusqu'à leurs retranchemens , aves perte pour eux de 30 hommes
et de 14 prisonniers .
1.04.
4.99 Nous avons à regretter dans ces trois actions la perte
d'environ 60 , républicains.
La conduse de nos braves soldats est au dessus de tout,
éloge ; les bataillons qui ont pris part à ces trois affaires sout
le premier batabilen franc , le premier bataillon de la Côte d'or
le cinquiem de Rhône et Loire , fe quatrieme et sixieme
de l'Ain. : tous ont montré la plus grande bravoure ; ils
ont gravi les rochers malgré les neiges et les glaces , et ont
vaincu au milieu des cris de vive a République vive la Cons
vention nationaleȚA 73 C T
Les generaux et les officiers de sont aussi parfaitement
bien conduits . Nous transcrivons ci -après les noms de ceux
qui se sont plus particulierement distingués , et qui nous sont
transmis par les généraux . Nous recommandons leur avanement
au comite de salut public. Vous remarquerez dans
cette liste des traits, de bbravoure et d'humanité.
297
I
Depuis que nous sommes partis de la Convention , citoyens
collegues , nous avons visite, avec le général Kellermann , toute.
la ligne de l'armée des Alpes et d'Italie , depuis Chambér jusqu'a
Savone. Nous avons vu toutes les garnisons , les posses
principaux , les hôpitaux , les magasins . Nous avons activé
toutes les parties du service , les munitions de bouche et de
guerre sont assurées ; le soldat est bien armé , bien nourri
bien ven ; une bonne discipline est observée dans les cau
L'armée est aniimmééee du nmeilleur esprit , pleine de respect t
la plus grande confiance en la Convention nationale ; son deale
ic pius vif est de sceller de son sang le triomphe de la liberté
et de la République.
vêtu
Salut et fraternité. Signés , DUAS , REAL , représentans du peuple.
·( N° 52. ) ~~
Jer . 135.
MERCURE
FRANÇAIS .
DÉCADI 20 PRAIRIAL , l'an troisieme de la République.
( Lundi 8 Juin 1795 , vieux style . )
VOYAGE S. NAVIGATION.
NOTICE sur le voyage d'Entrecasteaux envoyé à la recherche
de la Peyrouse , par Jérôme Lalande.
LE capitaine
d'Entrerasteaux partit de Brest le 28 septembre
1791 , pour aller à la recherche du capitaine
Lapeyrouse , et faire le tour de la nouvelle Hollande , isle
de 5000 lieues de tour, que Cook et Lapeyrouve n'avaient
pu détailler , et qui manquait essentiellement
à la géographie ; il avait les deux gabares , la Recherche
et l'Espérance , de 16 canons et 110 hommes d'équipage
chacunc ; des astronomes , des naturalistes , un jardinier,
un peintre , des instrumens d'astronomie , des horloges
marines , et tout ce qui pouvait rendre ce voyage utile
aux sciences .
Ils firent une relâche à Ténériffe , d'où ils écrivirent
le 13 octobre 1791 , et une au Cap de Bonne- Espérance ,
où l'astronome Bertrand mourut d une chûte ,
on l'a vu dans l'histoire de 1
astronomie pour 1792 ,
que j'ai donnée dans le journal des savans de la même
année .
comme
On partit du Cap le 16 février 1792 , et l'on visita
la nouvelle Guinée , la terre des Arsacides ( le 9 juillet ) ,
la nouvelle Irlande le 17 , et l'on revint à Amboine dans
les Philippines le 6 septembre. On peut voir une lettre
détaillée à ce sujet , du citoyen Fitz , fils du professeur
de
mathématiques ; elle est dans
l'Abréviateur du
28 juillet 1792 et jours suivans .
Après une relâche dun mois à l'isle d'Amboine , le
capitaine
d'Entrecasteaux en repartit le 1 octobre 1792
pour aller faire le tour de la nouvelle Hollande , en commençant
par la partie ouest qui était la moins connue ,
et aller ensuite à la partie du sud. Mais les vents d'est
Tome XVI . G
( go )
et de sud- est l'en écarterent toujours , et firent manquer
cette partie de l'entreprise.
Le 3 décembre 1792 , il parvint au Cap qui est à
l'extrémité sud- ouest de la nouvelle Hollande , et l'on
suivit la côté méridionale jusqu'au 3 janvier ; oa reconnut
environ les deux tiers de cette côte .
Les vents de sud- est et le besoin d'eau l'obligerent
de relâcher , vers le 20 février , au Cap de Diernes , extré
mité sud- est de cette grande isle ; on reconnut de beaux
ports dans cette partie de la côte méridionale . Au bout
de trois semaines on prit le chemin de la nouvelle
Zélande , on visita les isles des Amis , la nouvelle Calédonie
, les isles Salomon ou la terre des Arsacides , le
côté de la Louisiane que Bougainville n'avait pas vu ,
la nouvelle Bretagne , les isles de l'Amirauté .
Toute cette navigation est extrêmement dangereuse ;
il yy aa 1200 lieues de récits ou rochers presqu'à fleur
d'eau , et il est vraisemblable que Lapeyrouse y a péri ,
à moins que ce n'ait été dans la tempête du 31 décembré
1788 qu'il y eut dans la mer des Indes , comme on l'a
cru dans le tem3 . Les mémoires de cette navigation seront
très- importans pour la géographie .
D'Entrecasteaux mourut au mois de juillet 1793 , et
le capitaine Huon qni commandait l'Espérance , était
mort dès le mois de mai . Le capitaine en second de la
Recherche , d'Hesminy d'Auribeau , du département de
Toulon , prit le commandement de l'expédition , et au
mois daoût 1793 il revint à Végio l'une des isles Molucques
; en septembre , à Bouro près d'Amboine ; et le
23 octobre , dans l'isle de Java , à Sourabaya , le plus
petit des trois établissemens hollandais de cette isle.
Les nouvelles qu'on y reçut de la révolution française
exciterent des divisions parmi les Français : d'Auribeau
arbora le pavillon blanc le 19 février 1794 , il livra les ·
deux bâtimens aux Hollandais en se mettant sous leur.
protection ; il s'empara de tous les journaux , cartes ,
mémoires et papiers de l'expédition ; il fit arrêter les
personnes de l'equipage qui n'étaient pas du même
parti que lui ; mais ceux ci obtinrent ensuite du gouverneur
de Batavia la permission de passer à l'Isle - de- France ,
d'où le capitaine Villaumez , alors lieutenant de la marine
marchande , partit avec 28 personnes et les a ramenées
en 74 jours sur la corvette le Léger. Il a un journal
qu'il est parvenu à sauver en distribuant les feuilles dans
des boëtes de thé , et il l'a remis à la commission de la
1
( 91 )
marine . Le gouvernement de l'Isle - de - France a envoyé
-de- F
à Java pour réclamer les bâtimens français , les effets et
les mémoires de cet important voyage , et nous avons
lieu d'espérer qu'on les aura obtenus , et que nous en
jouirons .
Ce pénible et utile voyage a coûté la vie à 36 hommes
sur 215 ; Ventenat est mort à l'Isle - de -France ; l'astronom .
Pierson était mort à Java.
Le naturaliste Riche ( 1 ) , frere du citoyen Prony , célebre
ingénieur , est resté à Java , de même que la Billardiere
, qui est avec le gouverneur hollandais de Samarang.
Le jardinier Lahaye est resté pour veiller sur les arbres
à Pain , apportés des isles des Amis pour l'Isle - de-France .
Le peintre Piron est allé avec le gouverneur de Sourabaya.
Deschamps est le seul naturaliste qui soit resté
avec d'Auribeaù .
Je tiens ces notes du capitaine Villaumez qui est
actuellement à Brest , par l'entremise du citoyen Gouly
de Bourg en Bresse , député de l'Isle - de -France à la
Convention nationale .
ÉCONOMIE DOMESTIQUE,
Panification du riz .
L'on avait prétendu qu'une livre de riz crevé et cinq
livres de farine , pétries ensemble , produisaient , après la
cuisson , douze livres de pain . Le comité de salut public,
frappé du résultat de cette combinaison , chargea la
commission d'agriculture et des arts de faire faire des
expériences comparatives , sur l'exactitude desquelles on
pût compter. Cinq expériences ont été faites avec soin ,
sous la surveillance de la commission , et deux ont été
communiquées par les administrateurs du district de
Pontoise.
Voici le résultat des expériences faites par la commission
:
100 livres de farine de blé , dont on avait extrait
( 1 ) Des lettres venues de l'Isle - de - France , et lues à la société
d'histoire naturelle , apprennent que Riche est actuellement
dans cette colonie.
( 92 )
15 livres de son , et sans aucun mélange de riz , out
donné 136 livres 2 onzes de pain .
100 livres d'un mélange de la même farine et de riz
ont donné , suivant les proportions , 132 livres 11 onces ;
129 livres 10 onces ; 135 livres 9 onces ; 132 livres 2 onces
de pain.
Les deux expériences faites à Pontoise , ont donné ,
pour 100 livres de mélanges , 138 livres 14 onces , et
140 livres de pain .
Ainsi , dans les expériences faites par la commission ,
la premiere , faite avec la seule farine de blé , a lavantage
du produit , puisqu'elle a donné 136 livres 2 onces
de pain .
Les administrateurs du district de Pontoise ont obtenu
un résultat un peu supérieur ; mais cette différence peut
venir de la manipulation ou de la nature de la farine
que les administrateurs n'ont pas éprouvée seule . D ailleurs
, lors même que cet avantage existerait en faveur
du riz mêlé à la farine , il serait plus que compensé par
les frais de la cuisson du riz , et la longueur de la manipulation.
Les expériences de la commission ont d'ailleurs fourni
quelques observations dignes d'être recueillies . Elies
prouvent que la farine , en se mettant en pâte , absorbe
près des neuf vingtiemes de son poids d'eau , et que
l'eau qui reste dans le pain après la cuisson , et qui y
est combinée , de manière à devenir un aliment solide ,
forme les neuf vingt- cinquiemes du poids de la farine ,
c'est-à-dire un peu plus du tiers . Le riz conserve moins
d'eau.
Il reste donc démontré qu'il est plus avantageux de
manger le riz en bouillie : sous cette forme , l'eau concourt
à en augmenter le volume , et à satisfaire la faim .
La qualité nutritive de cet aliment est telle que deux
onces par jour suffiraient long - tems pour nourrir un
homme et le maintenir en santé . Mais nous ne savons
pas le préparer ; et ce mets devient coûteux et peu commode
, à cause de la cherté du bois et de la longueur
de la préparation . En Egypte et en Arabie , où les combustibles
sont de la paille de riz et de la fiente d'animaux
, on ne laisse pas le riz quatre ou cinq heures sur
un fourneau pour qu'il creve. L'on prend une quantité
d'eau double du volume de riz que l'on veut préparer ,
c'est- à - dire deux livres d'eau pour une de riz : on la
fait bouillir , et l'on y plonge le riz : il est crevé en
"
( 93 )
moins de dix minutes ; j'en ai fait l'expérience . L'alis
ment semble y gagner en qualité , et en résultat économique
il devient infiniment plus utile au peuple .
Dans l'expérience que je cite , le riz a été lavé deux
fois pour le nétoyer , avant d'être mis dans l'eau bouillante
, et l'on a laissé l'eau jetter un bouillon , après
que le riz y a été déposé , avant de la retirer du feu .
Voici une maniere d'apprêter le riz , usitée en Asie ,
et donnée par le citoyen Volney ; nous la trouvons dans
le journal de Paris ; elle coïncide avec ce que nous venons
de dire .
" Prenez une mesure quelconque de riz et deux fois
autant d'eau , par exemple , un litron de riz et deux litrons
d'eau ; mettez l'eau dans une casserole sur un feu
très -vif ; faites - la bouillir promptement ; si - tôt qu'elle
bout , jettez- y le riz , mêlez- le avec une cuilliere jusqu'à
ce que l'eau soit épuisée , en la faisant toujours bouillir
; si- tôt qu'elle est épuisée , jettez dans le fond du
riz , de peur qu'il ne brûle , un peu de beurre ou de
graisse ; assaisonnez de poivre ou de sel , et servez bouil
lant. Tout cela doit se faire en un quart- d'heure .
Quelques riz boivent plus , d'autres boivent moins , ce
sont les meilleurs . Jamais , en Asie , un pauvre ne mange
de riz refroidi ; il estime que c'est un poison.
Tous nos riz délayés et trop cuits ne nourrissent point ;
il faut que le riz soit un peu sec et en grain , pour être
nourrissant.
1.
VARIÉTÉ.
CONVERSATION entre le Dimanche et le Décadi.
Le Dimanche. Salut au citoyen Décadi .
Décadi. Soyez-le bien ressuscité , monsieur Dimanche,
Dim. Vous m'avez donc cru mort ?
Déc . A peu près .
Dim. De bons médecins avaient cependant fort bien
jugé que mon accident n'était qu'une léthargie .
Déc. Vous aviez eu un assez long regne pour qu'on
pât croire qu'il touchait à sa fin.
Dim. Il n'en est pas de toutes les choses humaines
somme des hommes. Ceux-ci cessent de vivre parce
G3
( 94 )
qu'ils ont long - tems vécu ; beaucoup de choses durent ,
au contraire , par cela même qu'elles ont beaucoup
duré .
Déc. En ce cas , vous vivrez long- tems ; car je crois
que vous datez du déluge .
Dim. De bien plus loin encore ; je suis né presque
avec la société humaine . La nature , en faisant à l'homme
un besoin du travail , lui a fait un plaisir du repos . Le
premier législateur a destiné six jours à l'un , et le septieme
à l'autre. La religion a consacré ce septieme jour.
Tous les peuples s'en sont fort bien accommodés ; et
au milieu des ruines de tant d'institutions politiques et .
religieuses de toutes les couleurs , j'étais arrivé sain et
sauf jusqu'à la fin du dix - huitieme siecle , lorsque desi
novateurs , audacieux par ignorance , ridiculement pressés
de changer non - seulement toutes les bâses des lois ,
mais encore toutes les mesures du tems , sont venus renverser
mes antiques autels pour vous élever un trône sur
leurs débris .
Déc. Si mes plus ardens défenseurs n'avaient pas péri ,
ce trône serait bien affermi .
Dim. Oui , dans un désert , et sur des hommes redevenus
sauvages .
Déc. Croyez -vous donc que ceux qui vous ont destitué
pour me mettre à votre place n'ont pas eu de bonnes
raisons pour cela ? Une saine politique pouvait- elle s'accommoder
de ce septieme jour qui vous était consacré?
N'étaient-ce pas cinquante - deux jours dans l'année dé--
robés au travail et à l'industrie , tandis que l'institution
décadaire réduit ces cinquante- deux jours à trente- six ?
Dim. Ne parlons pas de politique ; ce n'est pas là notre
fort , ni celui de nos maîtres ; mais transportez dans les
champs un de nos raisonneurs en économie , qu'il se
leve et se couche six jours de suite avec le soleil , que
pendant 13 à 14 heures , chaque jour , il supporte six
mois les ardeurs brûlantes du soleil et six autres mois
le vent , la neige , la pluie et les frimats ; et qu'il me dise
si le jour du repos arrive trop tôt pour lui . Croyez- moi ,
il n'y avait rien de trop dans mes cinquante - deux jours ;
car l'homme le plus laborieux ne s'en contentait pas ,
et en voulant gagner seize jours par le travail et l'industrie
, vous en perdez au contraire trente - six ; car la plupart
des hommes chôment vos trente- six jours et les cinquante
- deux miens .
Dec. Sans doute c'est un grand mal ; car voyez l'usage
( 95 )
que tant d'hommes font de ces jours de relâche. L'ivro
gnerie , la débauche , le jeu , leur font perdre leurs.
moeurs , leur santé et les fruits de leur travail .
Dim . Cela n'est que trop fréquent ; mais heureusement
ce n'est pas le plus grand nombre . La plupart passent
les jours de repos dans des délassemens innocens ; les
familles et les amis se réunissent , et ces réunions favorisent
les affections sociales ; la jeunesse , sur- tout dans
les campagnes . , se livre à des exercices qui fo.tifient le
corps en distraisant des passions . Quelques heures de
la journée sont consacrées aux cérémonies du culte ;
je sais que la plupart de ceux que j'attire dans les églises
ny apportent pas des idées de religion bien saines , ni
des sentimens bien profonds ; mais ils y apportent du
recueillement , et ce recueillement les ramene sur euxmêmes
, leur apprend à sentir leur conscience , les accou
tume à porter sur leurs actions , leurs habitudes , leurs
devoirs , un examen dont la multitude , distraite par
continuel's travaux , ne s'aviserait jamais sans la religion .
Elle adoucit les vices , si elle ne les corrige pas ; elle
porte à des actes de charité et de bienfaisance qui , s'ils
ne sont pas de la vertu , en ont du moins les effets
pour les malheureux qui en sont l'objet. Enfin , malgré
les lieux communs d'impiété qu'ont accumulés vos philosophes
d'hier , vos politiques de hasard , le vrai philosophe
et le vrai politique regarderont toujours la religion
comme la seule bâse solide de le morale du peuple,
et s'occuperont à épurer non à détruire son influence .
de
Déc. L'institution décadaire n'est- elle pas aussi une
institution religieuse et morale , qui remplissait en partie
ces objets ? Ses créateurs n'ont-ils pas reconnu l'existence
de 1 Etre - Suprême et l'immortalité de l'ame ?
Dim . Cela est assurément bien honorable pour Dieu
s'il existe , et cela serait bien honorable pour la République
, s'il n'existait pas ! Quant à l'immortalité de l'ame ,
certe idée salutaire qui établit un commerce entre les
vivans et les morts , et qui aggrandit les pensées de
l'homme en écartant de son imagination l'horreur du
néant , n'est qu'une hypothese stérile , ainsi que l'existence
d'un être suprême , si elle n'est unie à la doctrine
d'un Dieu rémunérateur et vengeur. Un Dieu sans culte ,
une morale sans religion , des fêtes sans les sentimens qui
les rendent touchantes et vénérables , sont des visions
puériles et désastreuses , dignes des têtes aussi immorales
qu'ignorantes où elles ont été conçues.
G 4
( 96 )

Déc. Je vois que vous n'avez pas mal profité des nombreux
sermons que vous avez fait faire ; vous êtes trop
fort en controverse pour moi . Serviteur , monsieur Dimanche
.
Dim . Je vois que les rapports de Marie -Joseph Chenier
ne vous ont pas rendu bien puissant en logique , mais
ce n'est pas votre faute . Au revoi , citoyen Decadi .
NOUVELLES ÉTRANGERES.
LES
ALLE MAGNE.
De Francfort-sur- le- Mein , le 22 mai.
Es voiles les plus épais du mystere enveloppent les opérations
du cabinet de Vienne , dont ils couvrent l'embarras et
l'incertitud , Rien ne transpire au- dehors , et les gens les plus
habitués a conjecturer sont obligés d'y renoncer , ou réduits à
se perdre dans des augurations vagues , insignifiantes et sans
probabilité , faute des données ordinaires pour asseoir leurs
raisonnemens . Des bruit , parfaitement contradictoires se succedent
, se croisent sans cesse : la nouvelle , consiguée dans quelques
feuilles allemandes , de l'arrivée d'un courier expédie de
Paris par le comte Carletri , ministre de la Toscane auprès de la
Republique Française , se trouve formellement démentie daus
la Gazette de la Cour du 6 mai . De plus , on a changé l'ordie
de distribution des dépêches aux couriers apportant des renseignemens
des diff rens corps d'armée ; au lieu de leur donner
les réponses au bureau de la guerre , comme cela se pratiquait
, on les leur remet aujourd'hui , par ordre exprès de
l'empereur , dans la chancellerie intime de son cabinet.
Cependant l'embarras de ce cabinet est au moins une chose
constatée , et les nuages dont il se couvre servent à le faire
remarquer davantage. D'ailleurs , ce qu'on n'apprend pas
Vienne perce dans d'autres endroits . Ou sait , par exemple , que
les mémoirès présentés par les cabinets de Stockholm ei de Copenhague
, tendent à faire rétablir Stanislas sur le trône de la Pologne
, ct réclament pour cette malheureuse contrée la constitu
tion du 3 mai 1791. Le bruit court aussi que le roi de Prusse partage
ces senti nens , et quelqu'étonnant que soit ce bruit , on l'explique
en disant que Frédérie . Guillaume préfere de sacrifier une
( 97 )
partie de son aggrandissement pour empêcher la Russie et l'Autriche
d'ajouter à leurs possessions un lot qui les rendrait encore
plus redoutables, et dont la proportion serait désavantageuse à la
Prusse , qui se trouve d'ailleurs à la veille de jouer un grand
rôle en Europe , et d'y balancer la préponderance de la maison
d'Autriche . Quant à la Perie , on doit se rappeller qu'elle a
déja manifesté des intentions absolument semblables .
Le rapprochement plus étroit que jamais entre la Russie et
l'Autriche , auquel le dernier partage de la Pologne vient de
donner lieu , ne peut qu'avoir inspiré beaucoup de jalousie à
toutes ces diverses puissances , et si l'on considere que l'Autriche
est encore incertaine si la paix avec la République Française
pourra se conclure promptement , il est assez naturel d'imaginer
que la cour de Vienne engagera celle de Petersbourg à
circonscrire ses prétentions sur la Pologne ; parti d'autant plus
raisonnable que les Polonais souffrent en général avec beaucoup
d'impatience le jong é ranger , et en particulier celui de
la Russie . Il ne serait donc pas impossible de voir la Pologne ,
déja effacée de la liste des puissances de l'Europe , y reprendre
une place.
Une autre réflexion se présente encore . Si l'Autriche , pressée
par sa position actuelle vis à - vis de la France , doit s'empresser
de satisfaire les cabinets du Nord , celui de la Prusse et le
divan , les craintes qu'elle a dû concevoir de ces mêmes puissances
ne doivent elles pas lui présenter un motif déterminant
de s'accommoder le plutôt qu'il sera possible avec la République
Française ?
Il se trouve encore des indices de paix dans plusieurs articles
de nouvelles venant de Hambourg et de Ratisbonne , que nous
allons joindre ici . Le fait suivant , à la date du 8 mai , écrit
d'Erlang , doit faire sentir combien les peuples doivent la
desirer , pour être délivrés de ces nombreux émigrés qui
traînent en Allemagne leur misere et leurs vices , et qui , aigris
par le malheur qu'ils se sont attiré , se conduisent avec ceux
qui leur donnent une hospitalité volontaire on forcée comme
de véritablas ennemis , pour ne pas dire des brigands .
Le cercle de Franconie avait cherche à décliner la charge
de recevoir un corps d'émigrés français , qui se dit représenter
le contingent de Holstein . Le ceic e aleguait que ces troupes
pourraient être beaucoup mieux employées à l'armée . Malgré
ces protestations , le corps tâcha d'entrer dans la petite ville de
Sinderingen , pour y prendre ses quartiers de rafraîchissement.
La ville s'y refusa et ferma ses portes ; les émigrés alors se
déterminerent à employer la force , il mirent le feu aux
portes , et comme elles n'ouvraient point assez vite à leur
gré , ils les enfoncerent à coups de hache. Les habitans se
virent ainsi obligés de se rendre à discrétion . Les vainqueurs
userent lachement de leur victoire ; ils chargerent les habitang
( 98 )
de coups , pillerent un grand nombre de maisons , et menaeerent
de brûler l'église , parce qu'on avait sonné le tocsin ;
à la fin , ils se logerent à discrétion .
Un autre paragraphe d'Hambourg , 19 mai , annonce que
puissance la plus en état de les payer renonce à s'en servis.
la
Les émigrés français , à la solde de l'Angleterie , qui
devaient s'embarquer à Stade , reçurent d'abord l'ordre de
rester dans l'électorat de Hanovre ; dej uis ils ont été licenciés ,
avec la liberte de se rendre où ils jugeront à propos .
Les autres choses relatives à la paix faite et à la paix à faire
se trouvent à la date des 12 et 14 mai de Ratisbonne .
A la suite de la déclaration du roi de Prusse concernant
la paix avec la France , le ministre électoral et dictatorial
de Mayence a fait les ouvertures suivantes : Qué le moment
etait arrivé où l'Empire , pour répondre 4 l'invitation de S. M.
Prussienne , doit se déclarer avec précision sur les mesures
ultérieures à prendre relativement au mode à suivre pour
les négociations , et au moyen d'espérer , à cet effet , un
accord constitutionnel ; que S. E. avait , en vertu des ordres
de sa cour , provoqué un décret de commission impériale
sur cet objet ; mais que , vu l'incertitude du succès de cette
demarche , et le besoin pressant d'empêcher des démarches
hostiles altérieures entre les parties belligérantes , le directoire
, quand même le décret de la commission ne serait
pas arrivé le 18 , proposerait le même jour cette matiere ,
en fixant à huit jours l'ouverture des délibérations , ainsi que
cela a eu lieu en 1763 .
Des nouvelles postérieures de Ratisbonne portent que le
commissaire impérial a déja annonce la prochaine arrivée
du décret impérial , et qu'en consequence le ministre électoral
de Mayence a remis sa proposition au 20 de ce mois .
Les ministres de l'empereur à Ratisbonne out sommé les
états des deux hauis colleges de la dicte de déclarer , d'une mamiere
formelle , s'ils voulaient rester dans la voie directe et
constitutionnelle , relativement à l'objet de la paix , et conséquemment
se réunir , d'après la constitution germanique
au chef de l'Empire , dans cette affaire . His leur ont réprésenté
que s'ils se séparaient de l'Empire germanique , ils s'exposeraient
à de grands dangers . Dans le cas où les états de
I'Empire promettraient de faire cause commune avec l'empereur
, les ministres les assurent qu'ils concourront à l'objet
de la paix sans éprouver le moindre désagrément . Il paraît.
qu'en général le cabinet de Vienne a conçu un vif sentiment
de jalousie de la prépondérance que le roi de Prusse
acquise dans l'Empire , dans la conjoncture actuelle .
a
Enfin , des lettres de Vienne du 18 mai présentent le cabinet
autrichien comme décidé à suivre l'impulsion qu'il a reçue , tant
du traité de la Prusse , que des déclarations nombreuses d'états
( 99 )
considérables de l'Allemagne . Il est possible que les conditions
onéreuses mises par l'Angleterre à l'emprunt impérial en aient
dégoûtés l'empereur . Elles semblent eu outre indiquer que le
cabinet de Saint-James n'attache pas la même importance à la
guerre continentale , et que , si l'on n'a pas d'autres secours
lui offrir , il pourrait bien lui- même finir par se rapprocher
de la France . Quoi qu'il en soit de ces conjectures , François II
vient de nommer le vice - président du conseil aulique de l'empie
, Barteinstein , et le directeur général du département des
affaires étrangeres , comte de Lehrbach , pour assister aux négociations
qui vont s'ouvrir à Basle . Le premier y sera de la part de
l'empereur comme chef de l'empire , et l'autre pour veiller aux
interêts particuliers de la maison d'Autriche .
Au reste , les choses en sont toujours à peu près dans le
même état pour Mayence , dont le siége n'avance pas . Les
troupes de la République ont un peu plus de probabilité de
réussir devant Luxembourg.
Toute l'Europe, connaît l'importante découverte faite par
M. Wenceslas Herger , qui a trouvé le sceret de faire servir
les cocons d'une chenille fort connue dans ce pays à la fabrication
d'une étoffe soyeuse et de different usage . Cette invention
lui a vala un privilége exclusif qu'il exploite à Berchtes
dorf , où est établie la fabrique.
Les recherches non interrompues de l'entrepreneur ont
porté cette fabrique a un tel point de perfection , que nous
en voyons sortir trois productions différentes ; l'une , laincuse ,
qui promet de remplacer , en bien des cas , le coton étranger ;
la seconde , soyeuse . qui déja ne le cede plus de beaucoup à
la vraie soie , et se laisse filer et ouvrer comme elle ; enfin ,
la troisieme , une matiere ou étoffe préparée , au moyen d'un
procédé particulier , de la substance même de la chenilie
es qui , prenant fort bien toutes les couleurs , peut être employee
de différentes manieies .
Comme cette invention présente une utilité sensible , l'inventeur
et l'entrepreneur de la fabrique ont présenté de leur
côté aux amis de l'industrie nationale , un plan d'association
à des secours lucratifs . Les fonds que demande l'entreprise
pour s'élever à la hauteur dont elle est digne , seroat formés
par des actions , dont chacune restera bornée à la somme
de 50 florins .
Extrait de la gaxette officielle de Berlin du 1er , mai .
Dimanche , 3 de ce mois , on a publié dans toutes les églises
de cette ville , du haut des chaires , la proclamation suivante ,
par ordre exprès du roi.
La paix ayant été signée , le 5 du mois d'avril , dans la
9)
( 100 )
ville de Basle , entre S. M. le roi de Prusse , d'une part , et la
République Française de l'autre , et ratifiée par ces deux puissances
, de maniere que la guerre est en ce moment heureusement
terminée , on annonce cette nouvelle à tous les sujets
de S. M. , de quelque rang , état ou condition qu'ils puissent
que , pour qu'ils se reglent et prennent leurs mesures en cous
quence ; car telle est la volonté suprême et l'ordre exprès du
soi , notre anguste maître . Que le tout -puissant conserve les
jours de S. M. , ce pere chéri de la patrie , ainsi que ceux
de son auguste maison royale ; qu'il affermisse de plus en plus
le nône de S. M. , en l'environnant de sa gloire , et qu'il nous
fasse jouir , sous son gouvernement sage et bienfaisant , d'une
uanquillité non interrompue et d'un bien- être constant .
HOLLANDE. De la Haye , le 22 mai.
Dans la vue de rétablir dans l'armée hollandaise la discipline
qui depuis quelque tems en a été bannie , le comité de confédération
a publié le 8 de ce mois , une proclamation qui prononce
les peines qui seront infligées à ceux qui se rendront
coupables des délits militaires contre lesquels elle sevit .
En vertu de cette publication , tout soldat qui péchera contre
la subordination , n'exécutera pas les ordres qui lui seront
donnés , et négligera de monter ses gardes , sera mis en
arrestation , sans autre nourriture que du pain et de l'eau ;
celui qui tiendra à son officier des propos injurieux stra
banni ; celui qui le menacera sera chassé avec infamiz , et .
celui qui aura la témérite d'user contre lui de violence sera
fusillé .
Leg , une députation des états -généraux , composée de huit
membres , fut complimenter solemnellement les députés Sieyes
et Rewbell. Cette députation , dont était aussi le greffier
Quarler , se fit précéder par le maître des cérémonies , par
huit messagers d'état , par le huissier de la chambre des étatsgénéraux
, et par les trompettes de l'état .
Par- tout où elle passa , la garnison française et la garnison
hollandaise lui rendirent les honneurs militaires . Les étatsgénéraux
tiorent ce jour- là une séance extraordinaire .
Quelques citoyens d'Amsterdam ont représenté de nouveau
à la municipalité , qu'il était nécessaire , 1 ° . de former une
convention nationale ;
2º. De faire connaître la situation politique et les rapports
de la nation avec la République Française ;
3. De notifier les termes anxquels en est le traité d'al
liance avec la République Française , et ce qui manque encore
pour le conduire à bonne fin ;
4°. De donner également à connaître les autres traités et
( 101 )
liaisons de la République avec les autres puissances de l'Eu
rope ;
5. De mettre à prompte exécution les résolutions des
comités de l'armée de terre et de l'armée navale ;
6. D'atteindre les habitans des autres provinces , à livrer,
comme ceux de la province de Hollande , leur or et leur argent
non monnoyė .
Par ordonnance du comité de marine , il ne sera plus délivre
de passe -ports aux navigateurs , pour mettre en mer .
La province de Frise a insisté auprès des états-généraux
pour que les biens du greffier Fagel fussent mis en séquestre
jusqu'à ce qu'il se soit presente en personne pour repondre
de sa conduite.
Les dérés des représentans de Hollande ont fait rapport
à leurs commettans , qu'en conséquence des bruits qui se
répandaient au sujet de négociations de paix entre l'Angleterre
et la France , nos ministres à Paris avaient reçu l'ordre
d'obtenir du gouvernement français qu'il stipulât dans les
conditions de la paix , la mise en liberté des vaisseaux hollandais
détenus dans les ports d'Angleterre.
ANGLETERRE. De Londres , le 5 mai.
Il s'est tenu snecessivement divers conseils où l'on s'est opé
upé du haut prix des denrées .
Le renchérissement extraordinaire de ces objets continus
à exciter des troubles dans divers lieux .
Une lettre de Blackawton près de Darmouth contient les
details suivans :
A Rotner et à Darmonth , le peuple commence à être
p'us tranquille , mais il n'en est pas de même à Kingsbridge.
Les denrées sont toujours cheres , et nous craignons de voir
manquer au marché le bé , la volaille , le beurre et autres
choses analogues . On annonce que les habitans de Rotner ,
de Barmouth , Medbury et Plymion sont resolus , en cas que
leurs marchés soient vides la semaine prochain , à venir
visiter nos fermes , et à s'emparer de ce dont ils ont besoin
pour les garnir. Nous sommes effrayés de l'avenir , car nous
ignorons combien cet ordre de choses doit durer , et nous
craignons sur- tour que les soldats ne se joignent aux habitans
. Jusqu'à présent , nous n'avons reçu aucune visite ; mais
nous attendons , avec la plus vive impatience , le jour du prochain
marché . Nous sommes déterminés à porter d'ici à
Darmouth tout ce que nous pourrons pour prévenir s'il est
possible toute espece de mouvement .
Les cercles politiques s'occupent beaucoup de la demande
aite par lord Fitz - William de l'examen de sa conduite . Chaque
( 102 )
parti parle avec beaucoup de chaleur de cette démarche pour
l'appuyer ou la blâmer. Les papiers ministériels depuis quelques
jours ne sont remplis que de fongs paragraphes , où l'on soutient
qu'elle est une atteinte à la prerogative de la couronne .
On doit ajouter vingt compagnies et six officiers - généraux.
au corps de la marine .
Plusieurs bâtimens partis en février sont arrivés à la Barbade
avut le 29 mars , la flotte qui les suit porte 4700 hommes .
Ces jours derniers , le bruit d'une paix générale a fait
hausser les fonds de trois pour cent , mais ces bruits ont
bientôt paru sans consistance .
IRLANDE.
Dublin , 27 avril . L'ordre donné mardi dernier par la chambre
des communes , de faire sortir les assistans de la galerie ,
a été renouvellé vendredi. Le colonel Blanquine fit la motion
le mercredi et le jeudi , que la galerie fût ouverte comme
de coutume . Il renouvella cette demande le vendredi , mais
il s'ensuivit un léger débat , qui fut terminé par la permission
donnée à chaque membre d'amener deux personnes dont il
donnerait les noms par écrit et signés de lui.
Un exprès arrivé ici samedi dernier du comté de Leitrim ,
rapporte que l'officier du revenu des deniers publics , accompagné
du magistrat et de onze hommes de la police , vint
de Drumsna dans ce lieu , pour faire une saisie chez un distillateur.
Après que cette opération fut terminée , l'officier du
revenu dout le nom est Burke , ordonna à ces hommes de
la police de détruire quelques pots à aile. Une personne lui )
représeuta les conséquences de ce qu'il ordonnait , et lui
conseilla de se retirer l'officier saisit un pistolet , et répondit
à cette personne en la blessant à mort . La multitude exaspere
mit le feu à la maison où se trouvaient les hommes
de la police , et les tueren à mesure qu'ils se précipitaient
pour sortir . Burke parvint à s'échapper , mais il fut poursuivi
et découvert dans des lieux d'aisance , où il était à
genoux et eu priere . On lui donna le tems de les achever
après quoi il fut mis à mort . La multitude se porta alors à
Drumsna ; elle environna une maison dans laquelle logeait
un magistrat , qui se trouvait fermier de la dime : ce dernier
fut bientôt également tué .
( 103 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAIS
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE MATHIE Ú,
Séance de duodi , 12 Prairial.
Balland , au nom du comité des finances , soumet à la
discussion les différeus amendemens qui avaient ét proposés
lors de l'adoption du décret sur la vente des biens nationaux
à prix fixe , et renvoyés à ce comité . L'un de ces amendemens
consistait à mettre d'abord en vente les biens des émigrés ;
mais plusieurs membres ont fait sentir qu'il était essentiel
et politique de ne mettre aucune distinction entre les biens.
nationaux , puisque la fortune publique repose également sur
tous , et qu'ils sont indistinctement le gage des assignats , et
il a été rejetté . D'autres ont obtenu plus de faveur , et feront
la matiere de quelques articles additionnels que nous ferons
connaître avec la redaction définitive .
1
Bourdon ( de l'Oise ) annonce que cette nouvelle mesure
produit les effets les plus heureux , et qu'on court aujourd'hui
les biens nationaux comme autrefois on courait les bénéfices .
Delcloy au nom du comité de sûreté générale , est venu
faire part du grand secret du patriotisme des jacobins . II
dit qu'en levant les scellés apposés sur leurs papiers l'on y
a trouvé deux pieces importantes qui donnent la mesure de
leur devouement pour la patrie . La premiere est un extrait
dee ses registres du 25 brumahe an II ; l'on y lit : Le comié
de salut public considérant que les sociétés populaires sont
nécessaires à la propagation des bons principes , qu'elles ont
purifié l'opinion publique corrompue par les aristocrates ; cousidérant
qu'elles ont bien mérité de la patrie , arrête qu'il
leur sera donné une somme de cent mille livres prise sur
les cinquante millions assignés au comite de salut public.
Signé , Billand Varenne , Robespierie , Carnot , Barrere ,
Robert Lindet .
La seconde est un projet que la société jacobine de Sedan ,
proposait au comité de salut public de faire convertir en loi .
Voici le préambule : La Convention nationale considérant que
les riches ne valent pas mieux que les nobles , que ceux qui
ont de l'argent ont succédé à ceux qui avaient des parchemins
, et que les uns et les autres veulent également la contrerévolution.
Suit la teneur du décret Décrete que lorsque les
( 104 )
riches refuseront de recevoir quelque loi de la Convention ,
les pauvres s'insurgeront contr'eux , et que pour récompense ,
la moitié de leurs biens , meubles et immeubles leur sera
accordée , et l'autre confisquée au profit de la Republique ."
Delcloy ajoute que les signataires de ce projet sont précisément
ces patriotes par excellence de Sedan dont on demandait
l'élargissement dans les premiers jours de prairial . L'insertion
de ces pieces au bulletin, est décrétée .
Porcher , organe du comité de législation , fait un rapport
sur le tribunal révolutionneire . Il propose sa suppression ;
que les délits dont la connaissance lui était attribuee soient
jugés par les tribunaux criminels des départemens où ils auront
été commis , et que les individus renvoyés devant lui soient
jugés sans recours au tribunal de cassation . Ce projet est
adopté.
Fermond , au nom du comité de salut public , donne des
nouvelles de notre situation à Saint - Domingue . C'est par la
corvette la Muselle qu'elles ont été reçues : il en résulte que
les Anglais ne restent maîtres que du Môte Jérémie et St. Marc .
Les Espagnols tiennent en ore ie fort Dauphin ; mais ils ne
tarderont pas d'en être chassés , et ia colonie est sauvée .
Merlin de Douai ) annonce la ratification par les étatsgénéraux
des Provinces- Units des traités de paix et d'alliance
entr'eux et nous , et qu'une partie des armées du Nord et
de Sambre et Meuse se disposait à marcher sur Paris au premier
bruit des dagers que courait la Convention , pour la
délivrer , s'il en était encore tems , ou la venger , si elle avait
succombé sous les efforts des rebelles .
Merlin ( de Thionville ) , en mission près l'armée du Rhin
et de la Moselle , écrit la même chose , et assure que les
braves qui composent cette armée ne veulent pas de la vie
sans République .
1
Séance de tridi , 13 Prairial .
Un membre annonce , de la part du comité de sûreté générale
, qu'on vient d'arrêter l'assassin du représentant du peuple
Féraud ; on n avait encore saisi que celui qui avait coupé
la tête , et celui qui l'avait portée . O tient à present
le monstre qui a tire le coup de pistolet qui a tué ce représentant.
Versier a reproduit le projet du comité des finances sur
les cédules liypothe a res . It propose de retirer par ce moyen
de la circulation jusqu'à quatre milliards d'assignats . Bourdon
attaque le systême hypothécaire comme devant nuire à la
vente des biens nationaux , suivant le mode qui vient d'être
décrété. Il dit que bientôt il n'y aura plus en France que
deux états , le commerce et l'agriculture , que tous nos soins
doivent se porter sur ces deux sources de prospérité ; qu'à
la
( 105 )
la vérité , le cultivateur est assuré de trouver des fonds pour
l'amélioration de ses domaines à un taux raisonnable à la
faveur des cédules ; mais que le capitaliste retirant par leur
moyen trois pour cent , n'achetera pas des biens ationaux
parce qu'il préférera cet intérêt à celui d'un er demi que lui
porteront ces biens . Il ajoute que ce serait toujours echanger
du papier contre du papier. Nous ignorons si ces raisons
ont fait une impression forte sur l'Assemblée , la discussion
ayant été interrompue par Durand- Maillanne ; mais Bourdon
paraît avoir oublié que le revenu de 1790 de beaucoup de
biens nationaux est fort au- dessous de leur valeur , et qu'ainst
le mode de ces ventes présente de grands avantages . L'empressement
des acquéreurs en est la preuve . Il y a donc lieu
de croire que l'adoption du systême des cedules ne ralentirait
pas les ventes . Ce serait à la vérité toujours du papier ;
mais il y a une graude différence entre un papier-monnaie
et celui qui ne l'est pas .
Durand - Maillanne , au nom du comité de législation ,
présente pour faire le rapport attendu sur les députés contre
lesquels il a été fait des denonciations , et dont l'examen a
été renvoyé à ce comité . Il expose les principes qui l'ont
dirigé dans ce travail penible . Il a pensé qu'il ne devait rien
prononcer , mais se borner à rapp rer les faits , pour mettre
la Convention à même d'asseoir son jugement. Puissions - nous ,
dit-il , profiter des fautes de nos collegues en les réparant !
Puisse , le peuple français , devenir plus éclairé et plus judicieux
dans le choix de ses représentans ! Ceux - là seuls sont
digues de représcuter le peuple français qui ont les vertus
et les talens nécessaires pour soutenir ce grand et honorai
caractère . C'est en vain que nous vondrions établir le regne
de la justice et de la saine morale ; si nous laissions impunis
les exces revoltans de la débauche , les vols et les assassina
qui ont pu être commis par une partie de nos indignes collegues.
Votre comité n'a pas seulement regarde comme innocens
les infortunés qui ont été victimes des passions particulieres
, mais encore les coupables jugés contre les formes
ou égorges sans aucune apparence de jugement. Le nombre
des représentans dénoncés eût été encore plus considérable ,
si les pieces que l'on attend fussent arrivées ; dès qu'elles nous
seront parvenues , nous vous présenterons le complement du
rapport que vous nous avez ordonné de faire .
Le rapporteur nomme ensuite les députés dénoncés , et lit les
pieces à leur charge . Le premier est d'Artigoyte ; effusion de sang ,
dilapidation et depravation de moeurs ; telies sont les bâses de
la dénonciation dirigée contre lui . Nous ne saurons pas notre
journal du recit de toutes les obscenites reprochecs ce député.
est accusé de s'être sèrvi constamment avec les femmes des
expressions les plus sales , d'avoir forcé les meres de conduire
Tome XVI. H
( 106 )
feurs filles à la société populaire pour leur faire entendre une
doctrine abominable sur la prostitution , de s'étie montré à nud
devant tout le monde dans un bai où il avait reuni , par requisi
tion , un grand nombre de femmes et de filles des citoyens les
plus respectables , d'avoir fait garotter et attacher à une crêche
des citoyens qui furent forcés de prendre avec la bouche les alimens
qui y furent placés , d'avoir mis en requisition pour sa
table le beurre , les oeufs , la volaille , le gibier , d'avoir fait
voter par la société populaire d'Auch , une adresse dans laquelle
on demandait la mort de tous les membres du côté dioit ,
et l'on mettait à l'ordre du jour pour le lendemain ces quatre
choses la guillotine , la déportation , la réclusion et la confiscation
.
On demande son arrestation ; elle est décrétée . Cavaignac est
accusé de complicité . Il était président de la sociéte popu-
Jaire d'Auch , lorsque se passaient ces scenes d'infamie . Clausel
parle en sa faveur. Il assure qu'il n'a pas devié de la ligue
des principes depuis le 9 thermidor , et qu'il a des moeurs.
Delmar ajoute que dans les premiers jours de pairial il me
' a pas quité , et a partage tous ses dangers. La Convention
passe à l'ordre du jour sur son arrestaton.
Le rapporteur donne lecture des charges contre Sergent.
en résulte qu'il est signataire de la ciralire expédiée au
nom de la commune de Paris , qui inviat les départemens
imiter l'exemple de Paris dans les massacres des 2 et 3 septembre.
Cene piece est signée de Sergent , Paris , Marat ,
Desforgues et aures administrateurs de la police de Paris ;
que le 1er, prairiai , il ne se lassait pas de battre des mains
et de crier , voilà le peuple que j'aime , et non pas les muscadins.
Plusieurs sections de Paris l'incalpent encore d avoir
brisé les scellés et soustrait des effets précieux pendant qu'il
était à la commune . Son arrestation est prononcée .
Le district de Besançon accuse Lejeune d'avoir fait périr sur l'échafaudun
grand nombre de victimes , et construire une petite
guillotine avec laquelle il coupait le cou à toutes les volailles
qu'on servait sur sa table . Cet instrument de mort est déposé au
comité de legislation . Il est décrété d'arrestation . "
Un représentant du peuple declare que Maure disait , le
premier prairial dans la salle de la Convention , bon , la
patrie est sauvée ! la bonne journée ! les patriotes triompheat ;
mais comme c'est une piece isolée , elle est reuvoyéc au
comité.
Javoques est inculpé d'avoir fait périr beaucoup de patriotes à
Moutbrison , d'avoir dit qu'il ne reconnaissait pour vrais patriates
que ceux qui se sentaient le courage de boire un verre de
sang , et d'avoir poussé à un point extrême la dépravation
des meure et l'obscénité . Mallarmé est aussi d'avoir fait
Verser le sung innocent . Il disait que la majorité du peuple
( 107 )
français était mauvaise . Il faisait beaucoup de dépenses , et
ne payat point , pas même ses chevaux de poste . Il permettait
à son fils d'arracher aux femmes et filles leurs croir
d'or , sous prétexte que c'étaient des sigues de fanatisme.
Ils sont décrétés d'accusation .
Le rapporteur rend cashite compte des dénonciations faites
contre Jean Baptiste Lacoste et Beaudo !. Ils ont créé à Stras
bourg une commission militaire qui a assassiné les meilleurs
patrio es et prodigué les trésors de la nation . Lacoste dit que
Saure et Dentzel sont ses ennemis les plus acharnés , qu'its
sont eux mêmes coupables des abus de pouvoirs les plus révol
tans . Il rappelle ce qu'il a fait à l'armée du Rhin et invoque
le témoignage de la garnison de Landau . Denizel répond que
Lacoste est un scélérat qui pretendait que tous les Alsacien's
étaient des coquias et qu'il en ferait une fricassee . Le prési
dent met aux voix leur arrestation . Elle est adoptée .
Monestier du Puy-de Dôme ) inculpé de dilapidation et
d'effusion de sang innocent , et Allard à qui l'on fait les
mêmes reproches et auxquels on ajoute la protection qu'il
accordait à certains émigrés , sont aussi arrêtés par ordre de la
Convention.
Séance de quartidi , 14 Prairial.
Cette séance était consacrée à célébrer la mémoire de l'infor
tuné Féraud et à jetter quelques fleurs sur son tombeau . La salle
était ornée de gui.landes de feuilles de chêne . Au pied du bureau
un sarcophage portai: le panache , la ceinture et les armes de ce
représentant . Sur les tables des secrétaires étaient deux urnes couveries
de crepes , couronnées de chêne et de lauriers et chargées
d'inscriptions de trophes et d'attributs de la paix . Les députés
avaient leur costume . Les ministres etrangers étaient placés
vis-a- vis le président et les autorités constituées dans les tribunes
; le tout présentait en coup d'oeil imposant. Un grand
silence régnait dans l'Assemblée , et les differens costumes
donnaient à cette réunion de l'éclat et de la maieste,
Blutel en mission dans les ports de l'Ouest , écrit de Roche
fort , qu'en exécution du décret qui ordonne la déportation
de Collot , Billaud et Barrere , les deux premiers ont été conduits
en rade , et qu'une heure après , le navire qui les portait
a fait voile . Fermont annonce que le courtier que le comité
avait envoyé pour coutre-mander leur départ et les traduire
devant le tribunal criminel de la Charente - inférieure , ' n'est
arrivé que le lendemain . On demande pourquoi Barrere n'est
pas parti. Boursault répond que c'est pour la premiere fois
qu'il a oublié de suivre le vent . ( On rit et on applaudit. )
La lettre de Blutel est renvoyée au comité de sûreté géné
Tale .
La cérémonie commence . L'institut national de musique fait
H &
( 108 )
1
retentir la salle d'airs lugubres et analogues . Louvet , chargé de
prononcer le discours en l'honneur de Féraud , paraît à la tribune.
Après son exorde , la musique fait entendre de nouveaux
accens funebres . L'orateur décrit les scenes terribles de la journée
du 1er. prairial . Il peint Féraud succombant sous le fer as assin.
Il rappelle ses dernieres paroles : Plus d'une fois men sein a
été souillé du sang ennemi ; il est couvert de cicatrices ; je
vous abandonne ma vie , frappez , mais respectez le sanctuaire
' des lois. Féraud avait coutume de dire souvent qu'il n'y
avait que la vertu qui pouvait fonder la République L'orateur
peint son héros chassant les Espagnols du département des
Pyrénées , son pays natal ; il le suit sur les bords du Rhin
où il prend Worms , le fort du Rhin , Manheim et Coblentz.
Se rappellant que ce jour est l'anniversaire du 2 juin , Louvet
retrace les crimes de Marat , de Robespierre , de la montagne.
Que sont devenus ces hommes atroces , dit- il ils sont
dans l'abyme du néant , sous l'exécration des contemporains
et des siecles . Terrible exemple pour quiconque serait tenté
de les imiter.
Après avoir donné lecture du dernier discours prononcé
par Féraud à la tribune , à son retour de l'armée du Rhin ,
l'orateur s'adressant à Féraud lui-même : Tu ne verras plus
ton vieux pere , ni les rives fortanées de la Nies et de
l'Adour , ni la vallée d'Aure , ni l'amante qu'on t'avait promise
! Tu ne les verras plus ! jamais ! jamais ! La musique
exécute un air funebre.
-
Féraud vint à la fédération de 1790 : cette fédération
rappelle à l'orateur les sentimens de fraternité qui lizient
les Français au commencement de la révolution : nous qui
savions tant aimer , nous ne savons plus que hair. Des juges
et la mort pour les scélérats. Indulgence , amitié pour les
hommes égarés.... Que j'aimerais à voir , au Champ - de- Mars ,
le Peuple Français célébrer la fête de la réconciliation ! ( Applaudissemeus.
)
1
Louvet parle avec éloge du courage de ses collegues ,
Legendre , Boissy d'Auglas , Delcloy , Anguis , Mathieu ,
Kervélégan , Bergoin et Chenier dans la journée du premier
prairial. Il adresse des complimens aux ambassadeurs des
puissances qui voulurent partager les dangers de la Convention.
Quand les états eunemis , dit- il , voudront établir
avec nous quelques communications , nous ne leur dirous
pas que nous sommes un peaple invincible , nous leur
dirons qu'il peut y avoir quelque péril à combatre un tel
peuple , mais qu'il n'y en a plus à chercher son alliance .
( Applaudissemens . )
Honneur soit rendu à notre président , qui , sommé par
les révoltés de signer leurs pretendus décrets , sous peine
d'avoir la tête coupée , répondit : Je suis representant da
( 109 )
peuple et président de la Convention ; et quoiqu'il fut entouré
d'assassins et de poignards , il ne mit aucun projet à
la délibération , et il ne signa rien . Boissy d'Anglas Je te
voue , au nom de la parrie , des remerciemens qu'elle ne désavouera
pas tu l'as servie ; et tu l'as honorée.
Honneur aussi à Vernier , qui a également présidé dans
cette journée , et qui a montié le même courage au milica
des mêmes dangers .
L'orateur termine en déclarant que la Convention veut
substituer la justice à l'arbitraire , la force des lois à l'anarchie
; qu'elle veut mettre dans sa constitution , bientôt
prête , la garantie de tous contre l'insurrection partielle de
quelques- uns qui ne sont que des séditieux ; la sagesse des
institutions et celle des lois , la démocratie et non la demagogie
, la liberté et non la licence , le gouvernement républicain
et non la tyrannie populaire . Applaudi .
Lanjuinais demande l'impression du discours , la traduction
dans toutes les langues et l'envoi aux départemens et aux
armées . Décreté ..
Thibaudeau propose. que le 3 octobre , jour où le fer
été poué dans les entrailles de la Convention , il soit celébré
une fête en l'honneur des victimes de la tyrannie .
Decreté . Une députation de 94 membres se rend au tombeau
de Feraud pour y graver une ription .
Séance de quintidi , 15 Prairial.
Dussaux , l'un des vingt- quatre membres chargés de graver
sur le tombeau de Féraud l'inscription décretée , rend compte
de l'exécution de leur mission , et prononce un discours à ce
sujet . Il sera inséré au bulletin .
Un membre , au nom du comité des finances , propose la
rédaction definitive du décret sur la vente des domaines nationaux
à prix fixe , rendu le 10 de ce mois , et il soumet en
même tems une difficulté qu'a fait naître le premier article , et
qui porte que chaque citoyen pourra , au moyen de sa sou
mission , se faire adjuger saus enchere le bien qu'il désirera ,
si la veute n'en est pas commencée . On demande quelle est
la formalité qui rend une vente com nencee ; est - ce la simple
soumission d'acquérir moyenuant une somme , ou faut-il
joindre l'affiche ? et dans le cas auquel il n'y aurait pas de
soumission , une enchere est - elle nécessaire pour établir un
commencement de veute ? L'Assemblée se partage sur cette
question ; parmi les membres , les uns sont pour l'affirmative ,
les autres pour la négative . Après quelques débats , il est
décrété qu'ane vente est réputée commencée lorsqu'il y a en
soumission et affiche , et à défaut de soumission lorsqu'il y'a
eu enchere.
y
Le comité des finances demande encore si les chepiels screat
H 3
( 110 )
compris dans les ventes des biens nationaux , à prix fixe . Il
est décrété que la loi du 10 ne parlant que d'immeubles , les
cheptels , en qualité de meubles , seront vendus séparément et
à l'encan.
Enfin , l'art. ro de cette loi porte qu'en cas de concurrence
de la part des soumissionnaires , le sore décidera de celui qui
aura la préférence . Le comité des finances pense que dans ce
cas il serait avantageux pour la nation d'ouvrir des encheres .
Plusieurs membres annoncent que des accapareurs de biens
nationaux se rendent dans les départemens , et feront en peu
de jours des profits immenses . D'autres disent , et Bourdon en
particulier , qu'il y a des membres dans le comité qui cherchent
à faire échouer ce projet , parce qu'il réussit , et qu'il a passé
contre leur avis . Qu'il n'y a pas d'accaparemens lorsqu'on
achete à prix fixe , et que ceux qui ont des assignats peuvent
seuls acquerir. Après quelques debats l'article est maintenu .
: On procede à l'appel nominal pour le renouvellement des
quatre membres qui doivent sortir du comité de salut public ;
les sortans sont : Merlin ( de Douai ) , Fourcroy , Lacombe et
Laporte. Ceux qui les remplacent sont : Henri Lariviere ,
Gamond , Marec et Blad .
Séance de sextidi , 16 Prairial.
Il y a eu hier soir une séance extraordinaire destinée à
renouveller , par quart , le comité de sûreté générale . Les nouyeaux
membres sont : Lhomond , Genevois , Rovere et Boudin.
7 Sieyes , au nom du comite de salut public , annonce, que les
états -généraux des Provinces - Unies ont nommé pour ambassadeurs
extraordinaires auprès de la République deux, de leurs
membres qui sont à Paris , et que ce choix confirme de plus
en plus la bonne intelligence qui ne cessera d'exister entre
elles et nous. il demande qu'ils soient admis demain à 2 heures .
Décrété.
Les représantans du peuple , près l'armée des Pyrénées
occidentales , écrivent de Bayonne que cette armee a applaudi
à la victoire que la Convention a remportée sur les rébelles
le 1er. prairial . Bourdon dit qu'on ne craint plus d'annoncer
qu'un mouvement combiné avec celui du 1er . prairial était
organisé dans cette armée , mais qu'il a ete déjoue et qu'une
éparation y devient par conséquent nécessaire."
Les administrateurs du district de Château -Thierry , écrivent
qu'à la nouvelle du décret du 10 de ce mois concernant la
vente des biens nationaux à prix fixe , tous ceux de leur arrondissement
ont été soumissionnés et vendus en moins de trois
jours , et que la vente s'éleve à 15 ou 16 millions .
Génissienx demande que la discussion sur le mode de restitation
des biens des condamnés à leur famille , soit ouverte
demain. Décrété.
( 111 )
Vernier, au nom du comite des finances , soumet de nons
veau le projet de decret relatif à l'etablissement d'une caisse
hypothécaire ; apès quelques débats il est décrète que le régime
hypothécaire ne sera appliqué qu'aux propriétés des particuliers ,
et qu'à cet effet les conservateurs des hypotheques inscrirout .
sur un registre la valeur de chaque immeuble et les hypotheques
dont il est grevé, et qu'ils délivieront aux particuliers qui vou
dront ouvrir un credit sur eux- mêmes des cedules ou déciarations
d'hypotheques dont la som ue ne pourra excédèr la valeur
des trois quarts des biens hypothéqués .
PARIS . Nonidi 19 Prairiał , l'an 3. de la République.
Le rapport sur la nouvelle constitution était assez généralement
attendu pour le 25. Cette opinion avait pris
sa source dans le décret du 2 de mois , et l'on sait par
quels moyens et dans quelles cisconstances ce décret fut
arraché par une horde de factieux . On a très justement
remarqué dans un de nos papie : s publics, que quand même
ce rapport serait prêt pour 1 époque annoncée , il conviendrait
à la dignité de la Convention de le renvoyer
à une autre ; mais il convient bien davantage à l'intérêt
général que ce plan de gouvernement, qui doit être fondé
sur des bases plus solides que celles adoptées jusqu'à
présent , soit préparé et mai avec la plus grande mé
ditation ; car si après deux constitutions défectueuses
la troisieme trompait encore l'espérance de la nation ,
on aurait quelque raison de désespérer d'en avoir jamais ,
une. Il faut donc ne rien précipiter , et laisser à l'opinion
des écrivains qui s'exercent déja d'une maniere si
utilé , le soin de rassembler le plus de lumiere possible
sur un sujet d'un intérêt si majeur. On assure que Boissyd'Anglas
est chargé de ce rapport important , et l'on croit
que l'époque en est fixée au 8 du mois prochain.
J
ga
Il n'est plus douteux que les derniers événemens n'aient
été dirigés par les agens des débris de la coalition expirante
. On les annonçait chez l'étranger , on en attendait
l'issue avant même qu'ils fussent arrivės . Voici l'extrai
d'une lettre de Soleure du 28 mai , rapportée dans un
de nos papiers les plus accrédités , et dont les rédacteur
garantissent l'authenticité .
46 .... J'ai rencontré ici l'ambassadeur anglais . Il revie
d'une conférence qu'il a eue à Basle avec l'ambassadeur d'as
H4
( 112 )
triche et différens autres agens secrets qui attendaient l'événement
arrivé le 1er . prairial . Il a été joint par un courier
qui lui a apporté la nouvelle que Toulon est aux Anglais .
" Je me suis trouvé à Basie dans la même auberge avec des
gens ouvertement attachés au gouvernement britannique . Ce
sont les intrigans les plus déliés , les plus actiis , les plus infatigables.
Le personnage le plus marquant parmi eux est la comtesse
de Rochechouart-Mortemart . Tous attendent la suite des
événemens.
'' Il doit y avoir en ce moment à Paris des Anglais importans
.... entr'autre le fils d'un lord , qui a , ou doit avoir , la direction d'une troupe de sans - culottes . "
Les événemens n'ont pas eu les suites qu'on attendait ;
Toulon n'est point aux Anglais , et la révolte qu'on y avait
suscitée est déja étouffée . L'agent maritime à Marseille
vient d'écrire à la Convention la note suivante sous la
date du 10 prairial :
Les troupes de la République sont entrées hier à Toulon ;
les révoltés ont posé les armes ; tout est rentre dans le devoir.
Les matelots animés du bien public se préparent à monjer l'es •
cadre pour déclarer une guerre à mort aux perfides Auglais . ,
La France et l'humanité entiere vient de perdre , dans
la personne de Dessault , l'un des plus-habiles chirurgiens
de l'Europe .
Nous avions rapporté dans notre dernier numéro un
article communiqué , où il était question de conférences
en Suisse entre madame de Staël et plusieurs émigrés .
A son arrivée à Paris , elle y a fait la réponse suivante .
Lettre de madame de Staël aux journalistes .
Je vous remercie , messieurs , d'avoir ajouté le mot article
communiqué à l'astucieuse inculpation que l'on vous a demandé
d'insérer dans votre journal ; il contient si souvent des vérités
utiles et courageuses , que j'aurais éprouvé de la peur en y
voyant ma conduite aussi soigneusement dénaturée . Je vais
pour la premiere fois , répondre à une attaque anonyme : c'est
un hommage que je crois dû à l'opinion du pays dans lequel
je reviens habiter après trois ans d'absence . Dans l'article
qu'on vous a envoyé , on a perfidement uni le mensonge à
la vérité , espérant de me rendre un désaveu tout-à- fait impossible
; mais je crois difficile d'embarrasser une personne qui
( 113 )
""
1
s'est tonjours confiée à l'effet tardif , mais sûr , de la parfaite
sincérité. Dans la liste infidelle que l'on vous a donnée des
personnes que l'on supposait en Suisse , il en est avec lesquelles
je suis lice depuis que je vis dans le monde , et je ne pense
pas qu'on osat me faire un crime de n'avoir pas cesse de
voir et d'aimer quelques amis proscrits par la tyrannie de
Robespierre , qui , dans l'asyle auquel ils ont été forcés de
secourir , n'ont jamais pris la moindre part à aucun projet
hostile contre la République Française ; mais il est de la plus
odieuse , comme de la plus ridicule fausseté , que j'aie jamais
eu de conférences politiques , ni un rapport quelconque avee
les affaires publiques , depuis que je demeure en Suisse. La
singuliere célébrité que l'on s'achaine à me donner , le puéril
effioi qu'on veut inspirer pour une femme de 26 ans , qui en
venant joindre son mari , est tout simplement à sa place ,
me forcent à professer mes opinions politiques ; je m'en excuse
d'avance auprès de ceux qui trouveront comme moi qu'il est
bien ridicule que cette profession de foi soit nécessaire . Je
déclare donc que je ne partage point le préjugé qui ferait
tenir à telle forme de constitution par des considérations
étrangeres au bonheur et à la volonté de la nation qui l'adopte ;
que je souhaite sincerement l'établissement de la République
Française sur les bâses sacrées de la justice et de l'humanité
parce qu'il m'est démontre que dans les circonstances actuelles
le gouvernement republican pent seul donner du repos et
de la liberté à la France ; et s'il faut s'abaisser , dans un
tems de trouble , jusqu'à garantir son opinion par son intérêt ,
je demanderai si la femme d'un ambassadeur qui , au nom
du roi de Suede , a reconnu la République Française , sila
femine d'un ambassadeur qui s'est montré si fortement attachée
à la destinée de la France , peut former un desir contraire
à la prospérité de la République ; je demanderai si c'est avee
des intentions bien favorables à la paix si généralement desirée ,
qu'on entoure de soupçons les agens des puissances étran
genes qui donnent les premiers l'exemple de l'union avec la
France ; si ce fantôme de royalistes , constitutionnels , aristocrates
, qu'on évoque du sein des morts ,
n'est pas destiné
à détourner l'attention des ver tables ennemis de la chose
publique ; si le 1er. prairial ce sont les royalistes qui ont
attaqué la Convent on , si ceux qui l'ont défendue ont manifesté
des intentions royalistes , s'il n'est pas enfin prouvé à
Tous les hommes qui ne vivent pas de soupçons nouveaux
et de vites haines , qu'il n'y a plus en France , depuis la
revolution du 9 thermidor que deux partis dont on puisse
compter l'influence ; les amis d'une république juste et libre ,
auxquels tous les Français clairés et patriotes veulent se rallier ;
et les fauteurs d'une anarchie sanguinaire que tous les hommes
doivent repousser.
Signés , NACKER , BARONNE STAEL DE HOLSTEIN .
( 14 )
La pacification avec les chouans avait été suivie de
circonstances si équivoques , qu'on en avait conçu des
soupçons de perfidie. Ces soupçons ne se sont que trop
réalisés ; on a saisi sur un des agens de leurs chefs des
pieces qui prouvent leur insigne trahison. Cette décou
verte a déterminé les représentans du peuple à faire
arrêter Cormatin , général en chef; Boishardi , son adjudant
; Jarry , Coeur-de- roi , Coeur - de lion , Picco in et
deux autres . On les amene à Paris' sous une forté escorte .
Voici le recueil des pieces.
Proclamation des représentans du peuple près les armées des côtes
de Brest et de Cherbourg , et dans les départemens de leurs
arrondissemens.
"
Franç is républicains , lisez lisez ! voyez la bonne foi
trompee trahie , les sermens violés , et la plus épouvantable ,
hypocrisie , à l'ombre des douces paroles de la paix , méditant
la révolte et le massacre .
Hommes sinceres , qui avez posé les armes , par le desir de
voir cesser les maux qui dévoreat ces contrees ,
Vous qui , nagueres enfermes dans les cachots , que echafaud
du terrorisme attendait , qui n'en avez ete retires qi
par le courage de la representation nationale , e qui avez
profité des premiers momens de votre liberte pour souure ,
peut- être pour donner la main aux projets atroces qui vo t
être révelés à la face de la France , ingrats , lisez !
Malheureux habitans, des campagnes , hommes duits par
des scélérats qui ne connaissent de dieu que leur ambition ;
qui ne flattent vos pensées , que pour faire de vous plus
sûrement les instrumens de leurs crimes ; qui , sans foi , as
loi , sans religion , portaient à leurs boutonnieres les marques
de celle que vous professez , afin de mieux vous enchainer
à leurs projets : lisez !
Amis de votre pays , zélés partisans de la liberté , guerriers magnanimes
, vous qui souffrez tant pour assurer enfin le bonheur
du peuple français ; vous qui eteniez votre courage ; yous
qui croyiez que bientôt vous n'auriez plus que des freres à
embrasser , lisez !
Français républicains , chargés de rétablir l'ordre dans ces
contrées , d'y ramener la prospérité , enivrés de l'espoir si
Batteur de leur avoir rendu un service signalé en leur donnant
la paix ; voyez quel est le prix de nos efforts , et jugez
( 115 )
si notre devoir nous impose la loi de prendre des mesures
séveres.
Nous tiendrous à la pacification ; nous l'exécuterons avec
la loyauté qui nous l'avait diciée ; les condicios en seront
fidellement exécutées , la propriété , la sûreté des personnes ,
la liberté du culte seront protégées avec la même vigilance et
une égale force.
Tous les hommes amis de la paix , de l'ordre , de l'union ,
sont nos fieres , Les traites , les parjures , ceux qui veulent
verser le sang des hommes sont seuls nos ennemis .
A Rennes , le 6 prairial , l'an 3e . de la République une
et indivivisible .
Signés , GRENOr , Bollet.
Nota. Les lettres suivantes ont été saisies sur un nommé
Ballé , courier de Cormatin , qui allait à un rassemblement
de Grand - Champ . Il a eté arrêté à Ploërmel , comme prévenu
d'embauchage .
Premiere lettre de Cormalin au soi- disaut comte de Sils ;
Rennes , 21 mai 1795 .
J'ai dans ce département des moyens de toucher de l'argent
; il faut donc que monsieur Guillot revienne le plus tôt
possible , pour que nous puissions vous faire passer des secours .
Envoyez- moi votre signature en blanc , pour former un emprunt
que j'autorise . Il y a quatre signatures , Boishardy , vous
Chantreau et moi . Fiez -vous à nous pour votre blanc . L'on
m'offre des sommes sur ma signature ; mais je ne veux jamais
m'isoler pour de telles affaires . Cependant nous avons besoin
de fonds. Je vous embrasse mille fois . Renvoyez - nous monsieur
Guillot bien vite .
Signé , CORMATIN .
La souscription est :
A Monsieur , Monsieur le comte de Sils , dans le Morbihan .
Pour copie conforme ,
Signés , GUERMEUR , GUEZNO , BRUE.
Pour ampliation ,
Signés , GRENOT , BOLLET .
Seconde lettre de Rosiere et Frotté , aux membres du conseil du
Morbihan , sans date . Armée catholique et royale , division
de Normandie.
-
Messieurs , notre intérêt commun , la même façon de penser
et d'agir , et notre confiance en vous , nous engagent à vous
prier de vouloir bien lier entre nous une correspondance suivie
, qui ne nous laisse rien ignorer de nes positions respectives .
*
1
( 116 )
En conséquence , nous vous envoyons un de nos capitaines
auquel vous pourrez accorder Votre confiance , comme
il a entierement la vôtre. C'est un ancien Vendéen , qui ,
depuis dix huit mois , combat dans son pays avec honneur
et intelligence . Il sera près de vous , messieurs , limerprête
fi lelle de nos sentimens ; et nous vous prions , au nom du roi et du
bien général , de vouloir bien lui communiquer les instructions
que vous croirez nécessaires de nous faire parvenir pour que
nous puissions employer tous nos moyens pour seconder le
noble dévouement dont nous vous savons pénétrés .
, ·
Nous sommes avec le plus vif attachement et la plus sincere
estime , messieurs , vos très humbles et très dévoués
compagnons d'arines et amis .
·
Signés , LOUIS DE LA ROSIERE , le chevalier de MARGHERYE ,
HENRY DE MARGUERYE , chef du canton d`Avranche :, Louis DE
FROTTE
chargé de pouvoirs et d'ordres pour la Normandie.
La suscription de l'enveloppe :
>
A messieurs les membres du conseil de Morbihan .
Pour copie conforme ,
Signés , GUEZNO , GUERMEUR , BRUE .
Pour ampliation ,
F
Signés , GRENOT , BOLLET .
Troisieme lettre de Cormalin aux membres du conseil de Morbihan.
Messieurs , nous connaissons la proclamation dont vous
nous paslez. Neus en avons redouté les effets , et nos craintes
n'ont malheureusement pas été mal fondées .
ne
Toutes les causes , des événemens qui nous aaffligent ,
proviennent sûrement que de ceux qui nous ont juré une
haine eternelle . Nous ne devons pas être surpris de leur
conduite ; il y a long - tems qu'ils nous ont appris à les connaître
mais quels que soient nos sujets de plaintes , quelques
torts qu'ils aient envers nous , que devons - nous faire
dans des circonstances aussi délicates ?
Sougez - vous que nous ne sommes plus un parti isolé ;
que nous tenons à tous les royalistes de la France ; que nos
démarches dépendent d'une décision genérale .
Où nous meneiont
les
moyens que vous semblez
adopter
? à une déclaration
formelle
de guerre qui , ou nécessiterait
nos amis à se battre , et qui le faisant dans ce
moment , n'auront
pas les ressources
suffisantes
, ou qui , s'ils
ne le peuvent
absolument
, laisseront
tomber
sur nous tout
le poids des forces qu'avec
le tems nous pouvons
nous parlager
:
alors quelle terrible
conséquence
! mais
me direz - vous ,
le remede ? j'avoue
que c'est une réponse
épineuse
; mais
je vais vous ouvrir mon coeur.
9
( 117 )
Est- il donc absolument impossible de contenir le peuple
et de le détourner de ces rassemblemens qui effraient les
Républicains ? Je vois que dans bien des cantons on y
réussit ; pourquoi chez vous n'y parviendrait on pas ? Que
s'ensuivrait- il si l'on prenait cette mesure ? Que l'on ôlerajt
d'abord tout prétexte d'excuse aur Républicams , et que leur méfiauce
étant moindre , nos affaires n'éprouveraient pas les entraves qui
nuus genent , et qui finiront peut-être par nous être fansies.
Vous direz qu'il n'y aurait plus d'inconveniens . Je ne me
permettrais pas cette assertion ; mais s'ils ne pouvaient être
que ceux que l'on peut tolerer les choses n'en iraient pas moins
leur train .
En politique , les extrêmes sont les points de vue où l'on
se fixe Les details ne sont rien . Ils n'affectent que ceux qui
voicut momentanément les choses . Quelque malheureuse que
soit la mort de quelques hommes , que sont quelques particuliers
contre la France entiere ?
Voila quelle doit être notre maniere de voir . Quelque do
loureux qu'il soit pour nos coeurs de dissimuler.... nous y sommes
contraints et la nécessité par- tout est 9 une lei irrévocable.
MM. de Bolshardy et de Chantreau sont dans les mêmes
sentimens , et nous invitent à ne pas nous écarter de nos projets
et de nos plans de pacification .
Nous sommes avec l'estime et l'union la plus sacrée .
Signés , CORMATIN , BOISHARDY , DE CHANTREAU , JARRY. '
Pour copie sonforme.
Signés , GUERMEUR , GUEZNO , BRUE .
La souscription de l'enveloppe est :
A messieurs les membres du conseil de Morbihan.
Pour ampliation .
Signés , GRENOT , BOLLET.
Rapport fait par le général de brigade Humbert , aux représenans
du peuple Grenot et Bollet . A Rennes , ce 6 prairial ,
l'au 3. de la Republique Française , une et indivisible.
-
Citoyens représentans , depuis que j'ai été chargé de 1 : mission
d'accompagner les chefs des chouans dans les departemens
insurgés , il a été de mon devoir de vous rendre compte de
la situation et de la disposition des habitans de ces pays ,
ainsi que de la conduite des chefs , et je crois avoir rempli
cette tâche .
Je dois également vous instruire qu'au mépris de la pacifiation
qui aurait dû faire rentrer tous les insurgés dans le
devoir , puisque les chefs ont reconuu la Republique et
promis de ne jamais prendre les armes contre elle ) le désar,
mement a redoublé plus que jamais , et ceux- ci ne m'ont jamais para
y porter remeds , non plus qu'aux mauvais traitemens que l'os
1.
( 118 )
1
fait essuyer , tant aux offices municipaux des campagnes
et autres membres et , soutiens de la République , ou et général
à tout ce qui a été reconnu pour patriote . Cormatio
entr'autres me dit , il y a quelques jours , que , s'il recommengait
la guerre , il couperait tontes les communications , empêcherait
les provisions d'arriver en ville , et qu'en levant le doigt la Bretagne
étail à lui.
Ces propos , ainsi que la conduite qu'il a tenue depuis la
paix , m'ont tellement inspiré de méfiance sur le compte de
Cormatin et des differens accolytes qu'il s'est choisis , qu'en
parcourant depuis les mêmes départemens , j'ai prevenu les
différens chefs que j'ai rencontrés , ainsi que les paysans et
principalement la jeunesse de Rennes et d'autres lieux , que
les étrangers qui se trouvaient dans les chouans et qui s'en
étaient proclames les chefs , ne pouvaient avoir d'aunés des
seins que de satisfaire leur cupidité on ambition parti
culiere , et de sacrifier leur pays pour y' parvenir , qu'ils aient
à s'en méfier , que le spectacle de la Vendée devait leur
servir d'exemple , ainsi que la scélératesse des Anglais , qui
n'ont jamais eu d'autre but que d'allumer parmi nous le
flambeau de la guerre civile .
Salut et fraternité .
Signé , HUMBERT , général de brigade.
Notes sur M. le baron de Cormatin , major- général de l'armée
catholique et royale de Bretagne , données par un ci devant
chouan .
Monsieur le baron de Cormatin , qui fait aujourd'hui tant
de bruit par le monde , et s'erige en protecteur de la Bre
tagne , s'appelle Desotteux fils de monsieur Désotteux ,
saigneur d'un petit village de la province de Bourgogne ,
c'est - à - dire chirurgien de campagne , faisant la barbe et
coupant les cheveux propremeni . Son oncle , chirurgienmajor
au régiment du roi , homme à talent , prit soin de
son éducation , lui ôta des mains la lancette et les razoirs ,
lui ceignit l'épée au côté , et conçut l'idée d'en faire un
militaire :
Rose et Fabert ont ainsi commencé .
Une occasion favorable se présente ; l'oncle , chirurgien ,
venait de retirer d'une maladie dangereuse le baron et la
baronne de Viomesnil . Pour prix de ses soins , il demande
ay baron , qui allait partir pour l'Amérique , une place d'aidede
camp -sous- lieutenant en faveur de son neveu ..
Viomesnil accorde par sentiment de reconnaissance , et
fait expédier le brevet au jeune Désotteux , quoique ce fût
contre les ordonnances d'alors ..
( 119 )
1
Arrivé en Amérique , Désouteux se glisse chez les Lameth ,
s'étude à gagner leur confiance , devient leur bas valet ;
ceux- ci étaient en faveur , et le jeune homme voulait percer.
La paix faite , Désotteux repasse en France à la suite
des Lameth . Lié à leurs opinions , à leurs projets , à leur
fortune , il dat nécessairement marcher sur leurs traces , aussi
les acompagnai -il d'une maniere servile dans tout les sentiers
de l'intrigue , tenant toujours dans ses mains le pan de leur
habit , comme un fidelte caudauaire ..
3
A la revolution , les Lamech prennent parti contre la
cour qui les avait accablés de bienfaits , et gorgés de pensions ;
Désotieux déclame contre la cour. Les Lamech se fout démagogues
furieux , Disottenx se fait démagogue forcené . Les
Lamameth unis aux orléanistes font marcher à Versailles les 5 et 6
octobre une partie de la garde nationale parisienne , précédée
d'une troupe de femmes des halles ; Désotteux , placé à l'avantgarde
sous un h bi de femme , se distingue dans cette journée ,
et mérite , des éloges des menenrs qui l'avaient préparée , IL
avalt , dit - on , au retour cet air triomphant qu'on lui a vu
depuis , en renirant à Rennes , après la signature du traité
conclu à la Mabilais .
Enfin , à force de tours de souplesse et de menées assez
bizarres , qu'il serait trop long de détailler , les Lameth voulant
récompenser ses bons et loyaux services l'envoyerent dans
la division de Meiz , où il fut employé sous la qualité d'aide
maréchal -général des - logis , auprès du marquis de Bouillé.
Cette mission secrete etait celle d'un honnéte agent à qui
on avait confié un titre militaire propre à en cacher le véri
table obje .
Habitué à plier son caractere à tous les changemens de
airconstances qui pouvaient flatter squ ambition , et ses opinions
à celles des hommes dont dépendait son sort , Désotteux
, croyant que la cour allait prendre le dessus , met bas le
bonnet rouge
et se métamorphose subitement en royaliste
avec le marquis de Bouille . Lors du mauvais succès de la
fuite du roi à Varennes , se voyant compromis , il prend le
parti d'émigrer.
A Coblenz , il se brouille , avec les émigrés qui le reconnaissent
pour un transfuge du parti demagogue , et auprès
desquels il ne réussit pas à faire l'avantageux ; il revient en
France , et obtient une place de sous - lieutenant dans la maison
constitutionnelle du 10. Au 10 août , il emigre pour la seconde
fois.
La rage d'intriguer et de jouer un rôle , le porte à aller
offrir ses services aux généraux anglais . Ces derniers , au
travers de son bavardage , ne trouvent en lui qu'un petit brouillon
, un énergumene sans moyens , un charlatan ; ils l'éconduisent.
( 120 )
Rebuté des émigrés , Désouteux tente encore de rentrer en
Frauce , et aborde dans la province de Bretagne . 1
N'y connaissant personne , il s'introduit chez Boishardy , à
l'aide de quelques renseignemens qu'il avait obtenus de M. de
Puisaye.
Boishardy , sur cette recommandation , consent à le prendre
pour son aide - decamp , Survient la trêve avec les républicaius
et les royalistes , Désoiteux s'offre avec ardeur au parti pour
aller uaiter avec les représentaus ; et quoique Boishardy eût
déja et nommé , il parvient à retourner les esprits , et à se
faire charger de la négociation .
C'est depuis cette époque , et à cause de l'intérêt qu'a
presinté la pacifation de la Bretagne , que Désotteux , connu
sous le nom de Cormatiu , est sorti de son obscurité.
Dès lors il a tranché du petit général , s'est mis lui même
sans l'aveu de personne , et par le seul mérite de son impudence
, à la tête du parti royaliste , s'efforçant de persuader.
aux uus comme aux autres qu'il exerçait une grande influence ,
et était doné d une rare capacité .
Il faut demander à MM. de Boishardy et Désils ce qu'ils
pensent de ce saltimbanque , comment ils apprécient ses prétentions
, et sur-tout son caractere .
Il reste à parler de la baronnie de Cormatin . La création
de cette baronnie est de même date que le généralat . Depuis
sa rentrée en Frauce , Désotteux abdiqua prudemment le nom
de ses pères , qui pouvait rappeller le souvenir de ses aucieni es
liaisous jacobinistes , et piit le nom de sa femme , en y
ajoutant la qualité de baron , pour se donner plus de relief
et les airs d'un gentilhomme.
Pendant le tens des conférences tenues à Rennes pour
la paix entre les représentans et les royalistes , un courier
fut depeche par lui en Bourgogne à madame la baronne de
Cormatin qu'il exhortait vivement à venir le joindre , Gette
femme , qui est séparée du baron depuis long-tems , rejetta
la proposition avec le dedain le micox prononcé ; le courier
a inême raporté que Désotteux était tellement exécré dans
son pays qu'il ne pourrait y remettre les pieds , sans courir
les risques d'y périr sous le bâton .
Tel est , en peu de mots , mousieur le général baron de Cormatin
, qui a su , tour a tour , capier et trahir la coufiance
des royalites et des républicains , et qui vraisemblablement
ne trompera plus perso ine , les représentans du piple venaat
de le faire mcttre en état d'arrestation .
( No. 53. )
Jer. 135 .
MERCURE
FRANÇAIS
QUINTIDI 25 PRAIRIAL , l'an troisieme de la République .
Samedi 13 Juin 1795 , vieux style . )
BELLES - LETTRES . ELOQUENCE .
De l'Art oratoire dans les Républiques .
QUELQUE soin que l'on ait pris de réduire l'art ora-
9
toire à des principes fixes et à des regles communes
c'est un secret qu'ont toujours gardé ceux qui l'ont
possédé , lors même qu'ils ont eu l'intention de le
révéler. Cicéron a beaucoup écrit sur la rhétorique , et
Cicéron a laissé peu d'imitateurs chez les Romains . Rien
n'a été plus nuisible aux progrès des beaux arts que
l'esprit d'imitation . C'est de lui que sont nées les différentes
écoles ; et l'on a remarqué que les éleves étaient.
presque toujours inférieurs au maître. Le génie ne veut
point de modele , et s'il aspire à le devenir , il préfere
l'amour- propre de l'artiste à la perfection de l'art.
Les impressions profondes que produisaient de grands
orateurs sur la multitude , ont fait naître l'idée de rechercher
par quels moyens ils avaient pu opérer d'aussi
étonnans prodiges . On a cru , en suivant leur marche
et en décomposant leurs idées , découvrir les ressorts
secrets de leur art , et on a érigé cette analyse en méthode
. On ne s'est pas apperçu que les moyens varient
avec les sujets , les tems , les lieux et les personnes , et
que lors même qu'on est appellé à discuter les mêmes
intérêts , chaque orateur y apporte son caractere , ses
moeurs , ses connaissances , la maniere dont il est affecté ;
en un mot , tous les traits qui marquent son style et son
talent d'un coin particulier.
Nous sommes loin d'en conclure que l'art oratoire
n'ait pas , comme tous les autres arts , ses principes , sa
méthode et son méchanisme , s'il est permis de s'exprimer
ainsi . Nous disons seulement qu'il est dangereux
de se trop asservir à des regles , et que seules elles sont
insuffisantes . Les anciens ont dit : L'on naît potte , et l'on
Tonie XVI.
( 122 )
devient orateur. L'un n'est pas plus vrai que l'autre. La
nature fournit les élémens , et l'étude les combine et les
perfectionne .
Rien n'a été plus soumis à l'influence des gouvernemens
que l'art oratoire . Quand la parole n'est pas iibre
comme la pensée , à quoi bon la cultiver ? Elle ets un
instrument de terreur pour le tyran , ou de lâcheté pour
l'esclave. Elle a été long- tems bornée parmi nous à des
harangues académiques , à d'insipides plaidoyers de
barreau , et à des déclamations religieuses . Si la voix
des Bossuet et des Massillon tonnait quelquefois contre
les abus du pouvoir et les vices des cours , on sait que
ce n'était souvent pour leurs pareils qu'un moyen de
faire acheter leur silence. Il y avait toujours dans ces
sorties véhémentes une vanité sacerdotale que les ministres
de la religion faisaient tourner au profit de leur
puissance. Le philosophe , plus courageux et moins
déclamateur , était obligé de ne montrer de sa pensée
que ce qu'il en fallait pour être deviné ; et cette gêne ,
en donnant si l'on veut plus d'activité et de finesse à
l'esprit , étouffait le véritable talent , et attestait la honte
de la servitude.
Les grands orateurs ne se montrent que dans les rèpubliques.
L'éloquence est une plante vigoureuse qui ne
croît que sur le sol de la liberté . C'est là que la patrie
étant une propriété commune , chacun trouve à la servir
son intérêt et sa récompense. Là , le champ de l'énulation
est sans bornes , comme il est sans obstacle . Polisique
, morale , législation , administration , organisation
sociale , commerce , guerre , paix , négociations , traités ,
tout ce qui peut intéresser l'homme et le citoyen s'offre
à l'ambition et à la carriere du génie . Là , l'éloquence ,
comme la foudre , se forme au milieu des orages ,
nourrit du feu des passions , et n'est jamais plus terrible
que lorsqu'elle éclate du sein des tempêtes.
SC
On n'est point orateur , parce qu'on écrit avec éloquence
. Qui a mis dans son style plus de chaleur , plus
de mouvement , plus de sensibilité , plus de magie que
Rousseau ? où trouve - t - on plus de magnificence , plus
de grandeur plus de richesses , plus de coloris que dans
celui de Buffon ? On dira d'eux que c'étaient de grands
écrivains , mais non de grands orateurs. Ce mot , assez
caractérisé par son étymologie , orator ab oratione , cmporte
toujours l'idée de l'action de la parole sur une
grande assemblée , dans l'objet de déterminer prompte
( 125 )
ment sa volonté et de l'amener par la force du raisonnement
, de la persuasion et de la conviction , au but
que se propose l'orateur .
Il ne suffit pas de parler au peuple pour mériter le
titre d'orateur. Ce titre suppose une réunion de qualités
si dificiles et si étendues , qu'on doit être peu étonné
que le nombre en ait été si petit chez les anciens .
Le talent de la tribune exige d'abord un organe
sonore, une articulation facile , une perception prompte,
une contenance assurée , la déclamation et le geste ap
propriés à la nature du sujet. Quelques - unes de ces qua
lites se fortifient et se perfectionnent par l'habitude ;
aucune ne se donne entierement . Tous ceux que la
nature n'a pas doués de moyens physiques propres à
commander l'attention , que la vue d'une grande assemblée
intimide et déconcerte , dont les idées ont besoin
pour s'ordonner de la méditation du cabinet , et qui ,
comme le disait Rousseau de lui -même , n'ont de l'esprit
qn'un quart - d'euré après les autres ; ceux- là , quelle
que soit d'ailleurs la profondeur de leurs connaissances
et la pureté de leur diction , doivent renoncer aux
succès de la tribune . C'est une arêne qui ne soufffe que
des athletes vigoureux et exercés. Ce n'est pas qu'une
sorte , d'embarras et de timidité soit déplacée dans un
orateur ; Cicéron ne s'en défendit pas toujours ; mais
ce voile léger , dont la modestie s'enveloppe , et qui
n'inspire que plus d'intérêt , ne doit jamais étouffer les
moyens de l'orateur et nuire au développement de son
sujet.
Dans une république où l'orateur est appellé à discuter
toutes sortes de matieres , il n'est pas besoin
de dire qu'il doit avoir des connaissances vastes et
approfondies . Celui qui embrasse et possede tous les
rapports d'un sujet , sera toujours celui qui en parlera
le mieux . Combien de questions restent encore neuves ,
même après avoir été long- tems débattues ! Mettez un
orateur instruit et habile aux psises avec ces discoureurs
superficiels qui prennent la facilité pour le talent ,
qui ne procedent que par tableaux et par apperçus ,
qui parlent bien plus qu'ils ne discutent , et comme
les peintres décorateurs ne cherchent qu'à produire de
l'effet , et vous verrez avec quelle supériorité de talens ,
quelle force de raisonnement , quelle étendue de
lumieres , l'orateur éclairé et profond envisagera la
même question ! comme il découvrira de nouvelles vues ,
1 2
( 124 )
saisira de nouveaux rapprochemens et aggrandira la
carriere que l'autre avait à peine apperçue .
Quelles connaissances doit donc réunir l'orateur ? Nous
répondrons sans hésiter , toutes ; depuis les élémens
de la grammaire , jusqu'aux spéculations philosophiques
les plus élevées . Il faut qu'il ait , pour ainsi dire ,
sous les yeux le tableau des progrès et des combinaisons
de l'esprit humain , et qu'il possede la science des
hommes et des choses .
Qu'on ne se laisse pas effrayer par cette immensité
de connaissances ! Nous ne demandons pas qu'il soit
aussi profond géometre qu'Euler , ni aussi savant que
Bacon ; mais nous disons que rien ne doit lui être
étranger , et qu'il est des choses qu'il doit savoir profondément.
Obligé de pailer souvent sans préparation
sur des sujets inopinés , il ne faut pas que la tribune
le prenne au dépourvu. Ces provisions ne s'amassent
pas en un jour , en une année ; aussi les anciens pensaient-
ils que l'homme doit apprendre toute sa vie .
Mais si un jeune homme , avec des dispositions heureuses
, préparé d'ailleurs par des enseignemens préliminaires
, consacre dix ans de sa jeunesse à l'étude ,
tems , bien employé , pourra suffire pour lui faire acquérir
les connaissances dont il a besoin .
се
La maniere d'économiser le tems dépend beaucoup:
de la maniere d'étudier . Si l'on transporte tout à-coup
un jeune homme sur un point élevé d'où on lui fasse
appercevoir étendue immense de la carriere qu'on veut
lui faire parcourir , il est à craindre que le premier sentiment
qu'il éprouve ne soit celui du découragement.
Le secret est de le mener au but , en lui dérobant les
Toutes qui y conduisent , en lui ménageant des repos ,
et en disposant tellement toutes les issues que celle
qu'il quitte le mene à celle qui le touche , sans l'éloigner
du terme auquel il doit arriver. Souvent dans l'impatience
de tout connaître et de tout savoir , un jeune
homme passe rapidement d'une science à une autre ,
les effleure toutes sans en étudier aucune , et ne laisse
dans sa mémoire qu'un souvenir confus de demi- connaissances
mal digérées , sans suite , sans liaison , sans
rapport entre elles . Cette intempérance est le plus grand
défaut dont l'esprit doive se garantir , elle use ses forces
en divagations stériles , et quand l'âge d'amasser des
connaissances solides et fructueuses est passé , il n'est
plus tems d'y revenir ; on n'appiend bien que dans sa
( 125 )
jeunesse un bon ouvrage sur la méthode d'étudier et
d'ordonner ses connaissances serait un service important
à rendre à l'esprit humain .
Il est encore un autre écueil qui nuit aux progrès de l'art
oratoire , c'est l'empressement de paraitre trop tôt sur le
théâtre des affaires publiques. L'amour-propre sacrifie à
un succès précoce la maturité du talent , et étouffe ainsi le
fruit dans sa fleur . Du moment qu'on est jetté dans la
lice , il n'est plus tems de préparer les armes , il fauty
descendre revêtu de toutes pieces , et prêt à soutenir
les plus rudes combats. On sait que Cicéron ne parut
au barreau qu'à 25 ans , et quoiqu'il eût déja acquis de
vastes connaissances , sachant seul ce qui lui manquait ,
il eut le courage de se dérober aux applaudissemens ,
et retourna à Athenes perfectionner par de nouvelles
études ce beau talent qui le rendit dans la suite l'orateur
le plus parfait et le plus instruit de son siecle .
Quand celui qui se destine à la parole a fait ses provisions
de connaissances , que nous appellerions volon
tiers les matieres premieres de 1 orateur , il s'agit de les
employer , et ce n'est pas la partie la moins difficile.
de l'art oratoire . De même qu'un homme qui sait beau
coup n'est pas toujours capable de faire un livre , ainsi
les connaissances ne suffisent pas pour être en état de
parler au peuple , il faut y joindre l'esprit de conception
qui saisit les rapports d'un sujet , l'esprit de méthode
et d'analyse qui les lie , le style qui les embellit ,
et le revêt des couleurs qui leurs sont propres , l'exercice
et l'action qui fait valoir toutes les autres qualités .
Nous n'avons tant insisté sur l'instruction dans l'orateur
, que parce qu'elle seule lui découvre , par une
méditation rapida , toute l'étendue du sujet et les ressources
pour le traiter. Sans l'esprit de méthode et
d'analyse , qui n'est autre que la véritable logique , l'instruction
n offisait qu'un vaste champ couvert de matériaux
épars et sans ordre. Sans les matériaux que fournit
l'instruction , l'esprit de méthode n'éleverait qu'un
edifice incomplet et mesquin . C'est avec la réunion de
ces deux instrumens que l'orateur forme son plan , lie
ses idées , distribue et combine ses moyens , établit ses
raisonnemens , et produit la conviction ou la persuasion
selon le but qu'il se propose.
Comment s'acquiert l'esprit d'analyse et de méthode ?
En suivant attentivement les leçons de la nature , en
fondant nos idées sur nos sensations , en allant des idées
I 3
( 126
simples aux idées composées , des idées physiques aux
idees abstraites , en les comparant entre elles , en marquant
les intervalles dans leurs rapports , les ressemlances
et les dissemblances , en les généralisant après
les avoir particularisés , en ne jugeant des causes que
par les effets , en rectifiant notre jugement par l'expérience
, en ne prenant jamais pour principes des notions
vagues et des mots que l'on n'entend pas , en s'accoutumant
à ne voir dans les choses que ce que nous
voyons réellement , et en distinguant avec soin la certitude
de la probabilité et la probabilité de la simple
conjecture , afin de ne jamais substituer l'une à l'autre ,
ni prendre une erreur pour une vérité.
C'est par cette seule méthode que l'on peut faire des
progrès assurés dans l'étude du monde physique et du
monde moral ; seulement il importe d'être plus attentif
et plus réservé dans ses jugemens , à mesure que l'on
fait l'application de l'un à l'autre , et que l'on s'éleve
par l'analogie du connu à l'inconnu . Il n'y a que la
méthode, analytique qui distingue l'esprit juste de l'esprit
faux. L'un, sous la direction constante de la nature ,
s est fait une habitude de se rendre compte de ses sensations
et de ses idées , de les comparer , de les analyser ,
et de remplir son entendement de perceptions claires :
et de jugemens vrais ; l'autre fermant l'oreille aux instructions
du maître commun , ne connaissant ni doute
ni
examen , ne considere les objets que sous un seul
côté , au lieu d'observer les choses , les imagine , et marchant
de suppositions fausses en suppositions fausses ,
s'égare d'autant plus que chaque préjugé qu'il se forme
il l'érige en principe ; pour lui , l'art d'abuser des mots
est l'art de raisonner. Aussi est - il plus difficile de ramener
les esprits faux dans la route de la vérité , que d'y
conduire le peuple qui , plus rapproché de la nature par
ses besoins , s'est moins écarté de ses leçons . Son entendement
ne s'étant exercé que sur ce qu'il lui importe
de savoir et de connaître pour sa conservation et son
bonheur , ses idées sont moins étendues , mais elles sont
plus justes . Ses erreurs viennent plus de ce qu'il ignore
que de ce qu'il sait . Cela s'est toujours vérifié dans les
grandes révolutions , où le peuple abandonné à sa propre
logique , qui est celle de la nature , raisonne mieux sur
ses intérêts que ceux qui ont eu à se dépouiller de leurs
préjugés , de leurs habitudes , et de ce qu'ils appellaient
feurs principes. L'obstination de l'amour-propre leur a
( 127 )
été plus nuisible encore que l'influence de leurs pas.
sions.
Si l'orateur veut perfectionner par la pratique l'instru
ment de l'analyse , il doit , en se rendant compte de ses
lectures , se demander , qu'a voulu l'auteur de ce livre ?
quel but s'est-il proposé? Puis , décomposant son dis-
Cours et le dépouillant de toutes les idées accessoires
pour le réduire aux idées fondamentales et aux båses
de ses raisonnemens , il verra s'il a rempli son sujet ,
et comment il l'a rempli. Que de fois il sera étonné ,
après avoir fait subir à un ouvrage cette épreuve rigou
reuse , de ne trouver pour résultat que des idées vagues
et un remplissage insignifiant ! que de livres au bas desquels
il écrira , pour tout jugement ; à refaire.
L'art de bien concevoir son sujet et de le traiter sous
ses véritables points de vue , est donc ce qui caracté
rise , dans l'orateur , l'invention et la disposition . Il est
le fruit de l'analyse.
A l'égard du style oratoire , deux choses sont à con
sidérer d'abord la langue envisagée comme instrument
et signe représentatif des idées , ensuite comme appropriée
dans ses ornemens et dans ses ressources au gene
de l'éloquence .
L'influence des mots sur les idées a fait regretter que
les langues n'aient pas été l'ouvrage des philosophes.
Elles ont eu un maître bien plus sûr , c'est le besoin
qu'ont eu les hommes d'exprimer ce qu'ils sentaient ;
c'est le langage d'action qui a précédé toutes les langues,
et dont la nature a placé les élémens dans notre propre
organisation . Tant que les hommes ont borné leurs
langués à l'expression de leurs premiers besoins et des
impressions dont ils étaient affectés , les signes de leurs
idées ont été simples : il était facile de se faire entendre ,
parce qu'on s'entendait bien soi - même. Mais à mesure
que les rapports entre les idées et les choses se sont
multipliés , que les idées abstraites se sont jointes aux
idées simples , et que les progrès qu'on a faits dans les
arts et dans les sciences ont forcé de recourir à de nouyelles
nomenclatures , alors les langues sont devenues
plus compliquées et plus obscures . Cette obscurité et
cette complication s'est accrue par les relations commerciales
, par les invasions et les conquêtes qui , mêlant
les peuples entre eux , ont confondu leur langage ,
deurs moeurs et leurs idées. L'art de raisonner et de s'entendre
devenant plus difficile , on a voulu y remédier
I. 4
( 128 )
?
par des définitions , et les définitions faites par des
hommes qui ne s'entendaient déja plus , n'ont fait qu'épaissir
les tenebres au lieu de les dissiper. C'est ainsi
que pendant tant de siecles , ceux qui se disaient philosophes
ont corrompu les langues par un jargon inintelligible
, et par des disputes éternelles sur les mots ont
propagé l'erreur sur les choses , jusqu'à ce que les vrais
philosophes , se resaisissant de la vérité par l'analyse
remettent les hommes dans le sentier de la nature
accordent les mots avec les idées , et réparent les atteintes
que les langues ont reçu de l'orgueilleuse ignorance
. Cette révolution commencée par la philosophie
analytique , sera toujours plus facile chez un peuple qui
a secoué la chaîne des préjugés politiques et religieux ,
et a replacé son gouvernement sous les lois immédiares
de la nature .
Ainsi , le premier mérite du style oratoire sera la clarté
dans l'expression qui découle de l'ordre et de la clarté
dans les idées .
Considéré sous son rapport constitutif de l'éloquence ,
le style oratoire prend naturellement sa forme de la
nécessité des choses . Celui qui a à parler durant un
certain espace de tems , dans une grande assemblée , est
obligé par le besoin de soutenir l'attention et de ménager
ses forces , de mettre du repos dans ses phrases ,
de les arrondir et de les enchaîner les unes aux autres .
Le style coupé ne saurait convenir au genre oratoire ;
outre qu'il fatigue l'auditeur par une succession trop
rapide d'idées , de raisonnemens et de tableaux , il ôte
à l'orateur le tems de les bien ordonner , et les moyens
de produire des impressions profondes et durables . En
rendant sa marche plus brusque , plus précipitée , il en
circonscrit les limites , et pour arriver plutôt au but il
le manque. Le style périodique est donc le caractere
distinctif du genre oratoire.
Il n'y a point de style périodique , sans nombre
et sans harmonie . L'harmonie tient beaucoup de la
nature des langues . En est- il qui aient réuni ces avantages
à un plus haut degré que celles de la Grece et
de Rome ? C'est là que par un heureux mélange des
voyelles et des consonnes , par la terminaison sonore
et toujours variée des noms qui se déclinaient et des
différens tems des verbes , par la suppression ou l'emploi
des articles , des auxiliaires , des adverbes , des
pronoms et des particules , selon que la délicatesse

( 129 )
du discours l'exigeait , par la diversité des conjonctions
la fécondité dans les tours , et la hardiesse des constructions
, les orateurs déployaient devant les deux
peuples , dont le goût était le plus difficile et le plus
exercé , toutes les richesses de l'éloquence que fournissaient
les deux langues les plus abondantes et les
plus harmonieuses qui aient jamais existé . Si celle
des Romains nous paraît plus pénible à débrouiller
par la prodigieuse combinaison des membres et dest
inversions de phrases , il est probable que ces difficultés
disparaissaient pour le peuple habitué à la parler dès
l'enfance , et à y trouver le signe et l'expression de
sas idées . Ces verbes principaux , relegués si souvent
à la fin de la phrase , produisaient une suspension qui
aiguisait l'imagination active , des auditeurs , et leurcausait
une sensation d'autant plus agréable , que dans
le hombre de ceux qu'ils s'étaient empressés de deviner ,
Porateur avait choisi le plus propre et le plus élégant.
Il n'est point encore démontré si cette inversion que
nous reprochons à la langue des Romains , n'était pas
plutôt l'ordre naturel de la génération des idées et
de l'expression des sentimens ( 1 ) . Non . quand les
langues grecque et latine n'auraient pas influé si puissamment
sur la formation de la langue française , i
faudrait encore les apprendre pour rechercher dans leurs
grands orateurs , les secrets d'un art dont ils ont possédé
toute la perfection ..
Ne soyons ni enthousiastes , ni détracteurs de la
langue française . On ne peut se dissimuler que si elle
ne réunit pas au même degré cette harmonie et cet
accent prosodique et musical qu'on remarque dans les
langues grecque et latine , elle a par sa clarté et son
abondance l'avantage d'être la langue de la raison , de la
philosophie , et la plus convenable peut - être à un peuple
libre qui s'est débarrassé de toute espece de préjugé.
Que ceux qui ont lu avec quelque soin nos grands écrivains
disent și elle manque de force et de hardiesse dans
Corneille et Bossuet , d'harmonie , de souplesse et de
douceur dans Racine et Fénélon , de grace et de naïveté
dans Lafontaine , de profondeur et de précision dans
Montesquieu , de finesse et d'atticisme dans Voltaire
d'exactitude et de sévérité dans Boileau , de majesté
(1 ) Voyez de la Construction oratoire , par Batteux.
-6
( 136 )
1
dans Buffon , et si l'éloquence n'a pas trouvé dans
Rousseau seul son plus digne et son plus touchant
interprête ? Il n'est aucun genre où l'on ne puisse citer ,
dans la langue française , des modeles de goût et de per
fection . Mais c'est aussi la langue la plus difficile à bien
parler et à bien écrire . Elle a des nuances si imperceptibles
, et pourtant si distinctes dans ses synonymes , une,
si grande délicatesse pour ne point descendre du simple
au trivial , une exactitude si exigeante dans le choix de
l'expression propre , que ce n'est pas même un mérite
médiocre que de la savoir médiocrement.
Puisqu'elle se plie à tous les tons , elle convient au
style oratoire qui les embrasse tous . On conçoit que sa
poétique est très - étendue ; nous ne répéterons point ce
que les livres élémentaires en ont dit. Mais il est une
propriété dans l'expression , une clarté dans le style
un enchaînement dans le discours , un art dans les transitions
, une distribution dans les parties , une variété
dans les tours , une élévation dans les idées , une marche
constante et toujours accélérée vers le but , que
l'on ne
saurait trop recommander à ceux qui veulent obtenir
quelque succès dans la carriere oratoire.
Toutes ces qualités pourraient se confondre en une
seule , la convenance . C'est elle qui , assortissant les
couleurs au sujet , aux circonstances , aux personnes
rend le style oratoire tour - à- tour simple ou élevé , calme
ce qu'il doit taire , et ce qu'il doit dire , et la maniere
dont il le doit , et lui commande les bienséances sur
lesquelles les grandes assemblées se montrent si délicates
et si jalouses. Sans cette adresse , dont l'orateur doit avoir
le sentiment et le tact , il s'expose à manquer le but
qu'il s'était proposé , et à recueillir des marques d improbation
qui l'avertissent trop tard de la faute qu'il a
commise .
ou véhément
, pathétique
ou sévere
, indique
à
( La suite dans un prochain numéro , )
ANNONCE.
Mémoires sur la résolution , ou exposé de ma conduite dans
les affaires et dans les fonctions pabtiques ; par D. J. GARAT.
Un volume in 80. Prix , 10 liv. 10 sous ; et , franc de port pour
les départemens , 11 liv. 15 sous . A Paris , chez J. J. SMITS ,
rue des Marais , nº . g , F. S. G. et chez ? tous les libraires.
Nous reviendrons plus particulierement sur ces mémoires qui
contiennent des détails et des caracteres très - précieux pour
l'histoire.
( 151 )
NOUVELLES ÉTRANGERES
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 15 mai 1795.
LA Porte Ottomane sent enfin l'indispensable nécessité de
se tenir en garde coutre l'esprit d'envahissement du cabinet
de Pétersbourg , et pour se mettre en état d'y résister avec
succès , elle fortifie sa partie faible , c'est - à- dire sa marine destinee
à agir , s'il le faut , dans d'autres mers que la Méditer
ranee , et qu'elle monte en conséquence sur le pied du reste
de la marine européanne , comme on va le voir par les nouvelles
suivantes de la capitale .
Constantinople , 2 avril. On a lancé heureusement à l'eau
un vaisseau de 74 canons construit ici sous la direction de
F'ingénieur français Bran. Le grand- seigneur , accompagné da
gran d- visir et de plusieurs des principaux personnages du divan,
était présent. I témoigna à l'agent de la République Française
son contentement sur l'ouvrage de l'ingénieur Bran . Le
lendemain . ce dernier fut mandé chez le grand - visir , qui le
remercia affectueusement en le décorant d'une superbe pelisse .
On continue toujours à dire que le traité de subside entre
la Porte et la Suede a été renouvellé sur le même pied que
du tems de Gustave III. Il est aussi question toujours d'un
nouveau traité d'alliance entre la France , la Turquie et plasieurs
autres puissances de l'Europe : le tems seul peut mettre
à portée de juger de ces bruits , mais ce qui est certain
dès - d -présent , e'est que le ministre de France a de fréquentes
conférences avec le Reis - Effendi .
On assure que ces préparatifs sont d'accord avec cen
de la Suede , de Danemarck , et même de la Prusse , cette
derniere puissance ouvrant aussi les yeux sur les dangers
qui la menacent de la part de la Russie et de l'Autriche coasées
, dont les liens paraissent se resserrer de jour en jour.
Ce qu'il y a de certain , c'est que le cabinet de Berlin , attentif &
toutes les opérations et les démarches de ceux de Pétersbourg
et de Vienne , qui ont des rapports plus fréquens que jamais ,
se prépare à envoyer un ministre auprès de la Porte Dutomaue
qui va elle - même adopter la méthode inusitée pour
elle , mais utile et peut- être indispensable d'avoir aussi des
( 132 )
1
ambassadeurs , ou pour mieux dire de surveillans auprès des
différentes cours de l'Europe , avec lesquelles l'empire ture.
peut avoir des liaisons ou seulement des rapports de quelque
nature que ce soit.
Les deux articles suivans , de la même date , de Stockholm
et de Copenhague , confirment ce que nous venons de dire
de l'intelligence des cours du nord contre la Russie .
Stockholm , 12 mai . Les armemens maritimes doivent avoir
lieu cette année sur le même pied où ils étaient l'an passé .
L'escadre qui se réunira de nouveau à celle de Danemarck ,
sera composée , ainsi qu'elle le fut , de huit vaisseaux de ligne
et de cinq fregates . C'est le vice- amiral Wachtmeister ou
le contre amiral Puke qui en aura le commandement.
Le voyage du jeune roi pour la Scanie , est enfin décidé .
Il aura lieu ce printems . Deja le général en chef de l'ar
tillerie , Cæderstrom , a pris les devants . Pendant ce voyage
qui sera de six semaines , i ! sera formé un camp dans la
même province . Le corps de troupes qui l'occupera sera
commande par le général Plateu .
Le régent fait assister journellement le jeune roi aux séances
des divers départemens. Dėja depuis quelque tems il s'est
trouvé à celle du collège de la guerre . Avant-hier , il a assisté
pour la premiere fois , à l'assemblée du collège de la chancellerie.
Il doit continuer cette espece de travail pendaut
trois mois , pour se mettre au fait de ce qui concerne l'administration
de la justice et de la police du royaume.
De Copenhague , le 12 mat. Il est aujourd'hui très - décidé que
notre armement maritime de cette année , ainsi qu'on l'a
déja annoncé , n'en restera pas aux quatre vaisseaux de
ligne et aux frégates dont on soignait l'équipement. Le collége
de l'amirauté a effectivement ordre d'armer encore avec toute la
célérité possible quatre autres vaisseaux de ligne . Ces vaisseaux
sont les Trois Couronnes , de 74 cmmons ; l'Etoile - Pelaire ,
de 74 ; le Séeland , de 74 ; et l'Infoedsreten , de 64. Les
commandeurs n'en sont point encore nommés , non plus
que le commandant en chef de l'escadre ; mais on présume ,
au sujet du commandement en chef , qu'il sera donné au viceamiral
Kaas.
Outre ceci , huit vaisseaux de ligne destinés à faire campagne,
six autres non encore nommés , seront tenus prêts à mettre
aussi en mer sans aucun délai , en cas que le besoin vienne
à l'exiger ; et afin que l'on ne se trouve point en peine
pour avoir d'abord les hommes nécessaires à ces équipages
, il a été enjoint à tous les bureaux de péage , de
retenir , sans exception , tous les matelots enrôlés .
On voit par tous les avis précédens , que la France a l'in-
Auence qu'elle doit avoir auprès de la Porte Ottomane . Point
( 133 )
de doute qu'elle n'en ait non plus une très -marquée sur le
cabinet de Berlin son nouvel allié , puisqu'il s'entend aujour
d'hui avec la Suede et le Danemarck , qui n'ont pas cessé d'être
en bonne intelligence avec la République Française . .
Les liaisons récentes de la Prusse avec la Porte ont déja leur
effet très - sensible , puisque , d'après une nouvelle convention
relative aux droits de douane , qui vient d'être arrêtée entre ces
deux puissances , les négocians prussiens seront traités désor
mais dans les ports de la Turquie à l'instar des négocians franais
ou anglais.
De son côté , la Porte Ottomane cherche à multiplier ses
amis ayant appris qu'un grand nombre de Polonais mécon
tens se transportaient sur le territoire de la Moldavie , et que
beaucoup d'autres devaient s'y rendre à leur suite , le divan a
fait passer au hospodar des ordres de les accueillir et de les
bien traiter; mais en même tems ila suivi les regles de la pru
dence , eu insinuant à ces nouveaux hôtes qu'il fallait qu'ils se
tinssent dans la plus grande reserve jusqu'à ce que les circonstances
eussent change ..
Des lettres de Varsovie du 14 mai disent qu'un grand nombre
d'officiers polonais sont passés au service de la France où ils
seront placés dans la cavalerie légere , armé dans laquelle ils
servent avec le plus d'avantage . Elles . ajoutent que l'abbé
Lumchowski , ci - devant membre du conseil suprême , se trouve
en ce monient à Paris ; mais ces deux assertions net sont que
des bruits qui ont besoin d'être confirmés.
Se qui est plus certain , c'est que les couriers sont trèsfréquens
entre Varsovie et Pétersbourg , et même entre cette
derniere ville , Berlin et Vienne : on ne sait pas encore pourquoi
; mais en atendant qu'on l'apprenne , tous les régimens
prussiens sont portés au complet dans la Prusse méridionale .
Le roi tirera un très-bou parti de cette province ; car , d'après
un édit du 24 avril , les fiefs et domaines nobles payeront , à
dater du 1er juin prochain , 24 pour 100 de ce qu'ils ont
payé jusqu'à présent. Le clerge catholique payera 50 pour
100 du produit de ses domaines , et 20 pour 100 des autres
revenus. Cependant les corps ecclésiastiques , et même les in
dividus qui n'ont pas plus de 500 florins polonais de rente ,
sont déchargés de toute imposition . Le sort det habitans de
la campagne sera en général, très- amélioré , ils ne payeront
plus l'impôt sur les peaux de bétail tué , et on réglera leurs
relations avec les seigneurs terziens tout à l'avantage des culti
vateurs , cette portion précieuse des ruembres de la societé .
"
De Francfort - sur- le -Mein , le 26 mai .
Des lettres de la capitale de l'Autriche en date du 19 mai ,
veulent que les bruits de paix soient entierement tumbesa

( 134 )
´et qu'on regarde la campagne comme ouverte , à cela près qu'on
ne pourra porter les grands coups que quand l'approche de
la récolte aura donné des moyens de pourvoir plus sûrement
à la subsistance des troupes..
*
Cependant , cela ne s'accorde gueres avec la note suivante
de Ratisbonne , sous la date du 24 mai , qui dit formellemear :
Hier a eu lieu la présentation à la dictature du décret imperial
de cour , daté de Vienne le 19 de ce mois ; le chef de l'Empire
s'adresse en ces termes à l'assemblée générale des co- etats
en leur présentant les moyens de faire une paix convenable ,
S. M. I. avait d'abord manifesté son intention de tourner
les regards de l'Empire vers la paix si desirée . Elle avait , à
cet effet , fait remettre , le 14 fevrier , par son ambassadeur
Berlin , une note au ministere prussien , dans laquelle on
voit évidemment qu'elle a pour fondement l'ouverture de concert
, consentie dans la décision de la diete , et la bâse de
pacification ratifiée . 1
Dans la réponse reçue le 14 mars , S. M. I. ue s'était
point apperçue de cet allegement et de cette tranquillité qu'elle
avait tant desirée pour l'avancement de la paix.
Dans la situation très différente à plusieurs égards où sont
aujourd'hui les choses , au moyen de la paix separée du roi
de Prusse , S. M. I. pense qu'il est à présent nécessaire que
les électeurs , princes et états d'Empire , entament les conciusions
de la diete de l'Empire sans délai , pour accélérer l'oeuvre
de paix si desirée par l'Empire , et pour déterminer les formes
à adopter ; -
1. Sur une députation d'Empire aussi peu nombreuse
qu'il sera possible.
29. Sur le plein pouvoir général de l'Empire à donner
aux députés qui seront nommes ;
311 30. Sur le plein pouvoir spécial pour leurs sub délégnés ;
" 4° . Enfin , sur l'instruction à donner aux députés de l'Empire
pour leur conduite dans les negociations , en sorte qu'on
y trouve l'union patriotique et aucunes mai
aiques de discordance.
"
S. M. ajoute qu'elle attend avec. un vif desir le résultat
de toutes ses operations .
Cependant , S. M. I. annonce qu'il peut être permis aux
états , en veriu d'une clause ajoutée à la capitulation d'élection
de l'empereur Leopold'en 1790 , d'envoyer leurs propres
ministres , et de nommer leurs deputes , par rapport à l'influence
particuliere qu'ils peuvent avoir dans les négociations .
Dais qu'on devait les exhorter de la part de S. M. I. et de
l'Empire , d'arranger les pleins pouvoirs qu'ils donacraient ,
de maniere qu'on y reconnût la chaîne qui les lie à S. Af. et à
l'Empire , chaîne sur laquelle repose ieur grandeur et leur
¿sûreić.
1
7135 )
S. M. I. observe ensuite que le poids de l'Allemagne dans
la politique , étant fondéer une heureuse unanimité de la
volonté générale de l'Empire , et sur le concert qui existe
entre tous les états et leur chef , elle a la confiance ¿que les
états ne traiteront pas séparément des affaires relatives à la
Fax de Empire , en opposition au contenu en l'art. 8 du
paité de paix de Westphalie , et qu'ils exécuteront le conelm
de l'Empire du 30 avril 1793 , principalement l'art. 8
( ge conclusum , par lequel ils sont engagés , en cas de con◄
tinuation de la guerre , de remplir tous les devoirs que leue
impose leur qualité de membres d'Empire , jusqu'à ce qu'une
p.ix juste , convenable et acceptable soit faite d'une maniere
Constitutionnelle .
La lettre de S. M. I. au ministere de Berlin , du 14 février ,
contient en substance , que S. M. était disposée à entreprendre
des ouvrages de paix , comme chef de l'Empire , mais que rene
contrant plusieurs difficultés , elle souhaiterait de se concerter
avec S. M. le roi de Prusse sur les moyens à adopter , suTS
out depuis que le bruit était général que S. M. le roi devait
faire quelques ouvertures pour la paix. S. M. I. espérait qu'une
connaissance plus précise de la marche de S. M. le roi , pourrait
Jeut- être alléger ses travaux comme chef de l'Empire , au sujet
de la paix.
Le ministre de Berlin répondit que S. M. le roi voyait avec
plaisir que S. M. 1. se déclarait prête à employer ses soins
patriotiques , en sa qualité de chef de l'Empire , pour réaliser
une expression à elle adressée du desir général d'uns trêve
et ensuite d'une paix.
Que S. M. avait envoyé , depuis peu , à Basle , le général
major comte de Goltz , et l'avait chargé de sonder les intentions
de la nation française , touchant la paix et les moyens
de la faire ; mais que sa maladie et sa mort avaient suspenda
les négociations.
Quant à ce qui a rapport à l'Empire , le ministere déclare
qu'il n'avait été bien fait , et qu'on n'avait pu rien faire , attenda
que S. M. le roi avait attendu la ratification impériale 10-
shant le parere d'Empire et les déclarations de S. M. I.
Au reste , une circonstance qui n'avait pas peu servi à
déranger les idées que le public s'était faites au sujet de
la paix , c'est qu'au départ du comte de Lehrbach de Vieune ,
en a dit par-tout qu'il allait à Munich et non à Båle , comme
en l'avait d'abord assuré. Il y a néanmoins encore beaucoup
de personnes qui soutiennent que de Muuich ce ministre se
rendra en Suisse , ce point central des négociations avec la
République Franç ise .
D'ailleurs , des lettres de Vienne , plus récentes de quelques
jours , présentent le baron de Bartenstein , collegue da comie
de Lehrbach , pour les négociations , comme n'attendant plus
( 136 )
pour partir que les écrits de la chancellerie d'état que le
ministre des affaires étrangeres rédige de sa propre main . Ce
dernier travaille avec une assiduite sans exemple , au point
de ne prendre que quatre heures de sommeil.
HOLLANDE. De la Haye , le 1er juin.
Il a été sussis par les représentans François Cochon et
Ramel , à la vente des marchandises et effets contenus
les cargaisons des vaisseaux , russes et portugais , sur les als
il avait été mis embargo dans les ports des Provinces-Uniess
On a mis en commission unc escadre de 35 bâtimens , pour
pouvoir mettre à la voile à la mi-juin . Deux de ces vaisseaux sont
de 74 , quatre de 64 , un de 60 , einq de 54 , un de 44 ,
quatre de 40 , quatre de 36 , et le reste de 24 à 8 canons .
Le 29 du mois dernier , les citoyens Grasveld et de Sister ,
sommés ambassadeurs extraordinaires près la République
Française , ont prêté serment . En prenant congé , le citoyen
Grasveld a prononcé un discours relatif à cette mission . Le
président Hahn a répondu par un autre , où il a dit que la
conséquence du traité passé entre les deux républiques ne
devait pas moins faire changer la face de l'Europe , qu'il ne
le fit dans le siecle passé de la paix de Westphalie .
ITALIE.
Le général Acton , Irlandais d'origine , qui gouverne depuis
plusieurs années le royaume de Naples , sous le nom du prince
régnant , a donné sa démission il y a quelque teins ; mais
cette retraite ne ressemble en rien à celle des minitres disgraciés.
L'ex favori , qui l'est peut -être encore , conserve la
dignité de conseiller -d'état , la grande croix de Saint-Janvier ,
et par dessus le marché ses très - gros appointemens : on ne
connaît pas bien les causes de cette demission . Les uns assignent
des négociations commencées, entre la France et le cabinet
de Naples , les autres l'attribuent au differend survenu entre
ee même cabinet et celui de Stockholm , par rapport au baron
d'Armfeld , qui s'applanira , disent-ils , moyenuant cette satis
faction exigée par la Suede , pour la protection accordée par
'un ministre imprudent à un conspirateur . Ce n'est pas le marquis
de Gallo qui le remplacesa comme on l'avait annoncé
d'abord , mais le prince de Castel Cicalo . Le marquis de Gallo
retournera à son ambassade de Vienne ."
Les lettres de Turin portent que le piace de Piémont a pressé
son pere de négocier avec la France , et que le roi de Sardaigne ,
déterminé pas les instances de son fils , par celles de l'archevêque
de Turin , et plus encore par le sentiment du danger qu'il court
en s'opiniâtrant à continuer la guerre , a en effet entamé des
ouveriores de paix ,
RÉPUBLIQUE
( 137 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE LANJUINAIS,
Séance du septidi , 17 Prairial.
Il y a eu hier soir une seance extraordinaire pour le renouvellement
du bureau . Lanjuinais a été nommé president ; les
secrétaires sont : Maragon , Saint-Martin et Bailly .
Le district de Dinan , département des Côtes du Nord ,
annonce que Duroi , Lecarpentier , Goujon , Soubrany
Bourbonte , Peyssard , Romme et Duquesnoi sont arrivés
dans cette commune , d'où ils sont partis sous une forte
escorte pour se rendre à leur destination. Le peuple de Dinan
qui ne pouvait voir dans Lecarpentier que son plus cruel
ennemi , a cependant conservé sa dignité. Son attitude a été
tranquille et ferme , et il s'est borne a exprimer son vau pour
La Convention et à se féliciter de la chûte des montagnards
qui ont fait son malheur. L'administration offre l'assurance
d'an dévouement sans bornes , et invite la Convention à marcher
d'un pas ferme dans la route que lui a tracée son énergie ,
en frappant saus pitié tous les factieux . Insertion au bulletin .
Jean de Brie dit qu'il n'y a daus tout le Midi qu'un cri
contre les révoltés de Toulon , et que selon toute apparence
dans ce m ment la ville est rendue , que l'abondance regne
dans les ports , et que les seigles sont déja coupés . Applaudi.
Des citoyens de la commune de Lyon viennent à la barre'
retracer le tableau des forfaits reprochés à Javoques , Amar
et Albite . Ces tigres disaient publiquement à ceux qui leur
demandaient des places , il faut les meriter en dénonçant votre
pere , votre meie , ou du moinsles riches que vous connaissez .
11 faut , disait Albitte , deux cents mille têtes de fédéralistes .
Leurs liaisons répondaient à leurs principes , c'était avec des
courtisanes qu'ils passaient leurs momens de loisir. Si Collot
mitraillait , Albite guillotinait .
Genissieux , au nom des comités réunis , présente le projet
de decret sur le mode de restitution des biens des condamnées ,
et les exceptions à faire à la joi qui ordonne cette restitution
. Il expose que la Gouvention , par son® 8ctrêţ” du
14 floral dernier , a maintenu le principe de la confiscation
Tegard des conspirateurs , des émigrés , des fabricateurs
ou distributeurs de faux assignats et de de fausse monnaie ,
et des diapliateurs de la fortune publique ; mais que l'abus
Tome XVI. K
( 138
que l'on a fait des lois révolutionnaires rend impossible de
distinguer par des revisions les innocens des coupables , et
qu'il y a moins d'inconvéniens et plus de justice et de loyauté
à rendre les biens aux familles de quelques coaspirateurs
que de se mettre dans le cas de retenir ceux des innocens ;
qu'en conséquence , eile a décrété que les biens des condamnés
depuis le 10 mars 1793 seraient rendus à leurs familles
sauf les exceptions , et sans qu'il soit besoin de revision de
procédures , et qu'elle a ordonné qu'il lui serait présenté
un projet sur la série de ces exceptions et le mode de rest
tution . Le rapporteur lit ensuite les differeus articles qui ie
composent , dont trois sont décrétés après une legere discus
sion. Ils sont conçus en ces termes :
16 Art. Ier. Toutes confiscations de biens , autres que celles
ci-après maintenues , prononcées depuis le 10 mars 1793 ,
vicax style , par les tribunaux ou commissions révolutionmaires
, populaires et militaires , et même par les tribunaux
ordinaires jugeant révolutionnairement , jusqu'au jour de
l'installation du tribunal révolutionnaire réorganisé en exécution
de la loi du 8 nivôse de l'an III , sont considérées
comme non avenues : les sequestres sont levés ; les époux
survivans et héritier jouiront conformément aux lois .
" II . Sont néanmoins maintenues les confiscations de biens ,
droits et actions de Louis Capet , de sa veave , de sa soeur ,
de Philippe d'Orléans et de la Dubarry.
" III . Sont aussi maintenues les confiscations des biens
de ceux qui ont été mis hors de la loi , à raison de la conspiration
et de la révolte qui ont éclaté le g thermidor,
x
La discussion allait continuer sur les articles suivans lorsque
Doucet demande la parole au nom du comité de salut public.
Il fait part des nouvelles qui viennent d'arriver de Toulon ,
et qui me laissait plus de doute sur nos succès et la réduction
des rebelles . Les troupes de la République sont entrées h'er
16 à Toulon , les révoltés ont déposé les armes . Tout est
røntré dans l'ordre ; les réprésentans s'y rendent aujourd'hui
pour l'y maintenir , et prendre toutes les mesures qu'exigent
jes circonstances. Les ouvriers égarés sont revenus à leurs
atteliers , les matelots à leurs bords , et l'escadre ne tardera
pas de sortir.
A deux heures et demie , les ambassadeurs de Hollande
entraient dans la salle au milieu des plus vifs applaudissemens ,
et entourés des membres du comité de salut public. Sieyes
donne lecture de leurs pouvoirs qui renferment en même
tems la ratification du traité de paix , d'amitié et d'alliance .
L'un des ambassadeurs prononce un discours . Il dit que c'est
aux Français que les Bataves doivent leur retour à la liberté ,
at que les deux nations fraternisant ensemble et unies par
les liens sacrés or indissolubles , ne tarderont pas de pré(
139 )
senter à l'univers étonné , le tableau de l'âge d'or qui n'avait
existé jusqu'à présent que dans les fables de antiquité.
Le président , en leur exprimant la satisfaction de l'Assem
blée de les voir dans son sein , y ajoute le vau que l'alliance
que les deux na ions viennent de contracter soit éternelle ,
qu'elles se confondent , et que celle qui a reçu la liberté de
1 aure ne s'en souvienne que pour la cimenter sans cesse
par les doux lieus de la fajernit . Il leur donne l'accolade .
le.dsicus seront insérés an bulletin , imprimés dans toutes
les lingues , envoyés aux armées , anx départemens et à tous,
Les agens des puissances étrangeres .
Laporte , au nom du comité de sûreté générale , fait décréter
qu'on lui rend a compte de l'esprit pubile des armées sur
Az évenemens du 17. prairial et jours suivaus , et de la conè
duite des représentans en mission auprès d'elles , et qu'il
proposera le rappel de ceux qui n'auront pas pris les mesures
convenables pour exécuter la loi de grande police du 1er
germinal .
S
à ce
6
Séance d'oclidi 42
Laporte , au nom des s de salut public et de législa
tion , propose un artice aditionnel an décret rendu il y
denx jours contre ceux qui se permettent d'arrêter ou de piller
les grains , fariues , et en général les subsistances. Il manquait
décret une peine pioportionnée à la nature de ce delit
qui ne tend à rien moins qu'à faire périr les habitans des pays
auxquels elles sont destinées . Des restitutions , des amendes
la solidarité entre les officiers municipaux , qui les autorisent
eu les tolerent , la responsabilite des habitans aisés de ces
commuves sont sans doute des moyens de répression de ces
abus mais il faut aussi que celui qui n'a rien er qui est
intéressé au pillage soit puni , saus quoi les gens aisés pour
raient devenir souvent la dupe des pauvres. C'est ce cas qui
a été prevu par l'article proposé. Il porte qu'outre les con
damnations at contraintes civiles , les auteurs , fauteurs et
complices des pillages commis seront punis ; s'il y a eu aition
pement non armé , " d'une année de détention , et de mort
si l'auroupement était armé .
ד
Wa membre , au nom du comité des finances , demande
que sur les assignats fabriqués en vertu du décret du 18
pivôse dernier , il soit ouvert un crédit de 3 millions an
comité des inspecteurs de la salle , de 5 à celui de salut
public , de 5oo miile liv . à celui de sûreté générale , de
quinze cent miile liv : à la trésorerie nationale , de cinq millions
à la commission des administrations civiles , police et tribunaux
de 12 gent mille liv. à celle d'instruction publique ,
de 18 cent mille liv. à celle d'agriculture et des arts de
gou millions à celle des approvisionnemens , de 12 millions
K &
( 140 )
do
& celle des travaux publics , de 50 millions à celle des secours
publics , de 106 millions a celle des revenus nationaux ,
6 milious à celle de l'organisation et du mouvement des
armées de terre et de mer , de 30 millions à celle de la
marine et des colonies , de pareille somme à celle des armes
et poudres ; enfin , d'un million à celle des relations exté
rieures. Cette proposition est décretée .
La discussion sur les exceptions a faire au décret qui
ordonne la restitution des biens des condamnés a repiis ,
les articles suivans ont été adoptés .
" Art . IV. Sont par illement maintenues les confiscations
prononcées par les jugemens rendus dans les formes precrites
par la loi du 5 nivâse de l'an 3 , relative à la nou
velle réorganisation du tribunal révolutionnaire supprimés
récemment.
V. Néanmoins toutes les confiscations prononcées jusqu'à
ce jour , et à quelqu'époque que ce soit , pour prétendu
federalisme , ou pour recellement d'individus , sont déclarées
non-avenues .,
" VI. Les confiscations de biens prononcées contre les fanx
monnayeurs , fabricateurs et distributears de faux assignats ,
par des jugemens rendus par les tribunaux ordinaires , dans
les formes precrites par la loi du 10 septembre 1791 , et
autres interprétatives on additionnelles , sont maintenues.
,, VII. Il n'est point dérogé par l'article premier aux
Jais précédentes qui ont décreté la confiscation des
biens des émigrés en conséquence , nonobstant la dispo
sition dudit article premier , sont maintenues les confisca
tions de biens de cceeux dont les noms étaient inscrits sur
la liste des émigrés , et qui ont été condamnés ou exécutés
comme tels , même par des tribunaux révolutionnaires
commission militaire , ou par les tribunaux ordinaires ou
autre jugeant révolutionnairement.
,, VIII. Les parens de ceux qui ont été condamnés on exécutés
pour fait d'émigration , et qui prétendent que leurs noms
ont été inserits mal-à propos sur la liste , pouront se pourvoir
en radiation dans la forme ordinaire ; et si cette radiation
est prononcée , la coufiscation sera sans effet.
,, IX . Les héritiers qui voudront ainsi administrer la preuve
de la nou émigration , serout tenus de présenter leur réclamation
et les certificats de résidence dans le délai de deux mois ,
à peine de déchéance.
99.X. Les parens de ceux qui ont été pris ou arrêtés les
armes à la main , combattant contre les Français , ne pour
ront pas user de la faveur accordée par les articles précé
dous , dans le cas même où le nom de l'individu ne serait
pás inscrit sur la liste des emigrés .
XI. Ler comités de législation et des finances feront
( 141 )
incessamment un rapport sur les secours que la loi du 10 mars
1793 , accorde aux veuves et enfans indigens des condamnés
et dont les biens demeureront confisques aux termes du présent
décret.
* XI. La disposition de l'art . Ier , en ce qu'elle ordonne
la restitution des biens confisqués par des jugemens rendus revo
Imionnairement , ne préjudicie point anx droits , créances
actions et indemnités de la République sur les biens des
regisseurs , fournisseurs , comptables ou dilapidateurs qui
aaront été condamnés révolutionnairement. Lesdits droits ,
ercances , actions et indemnités seront réservés pour être
exercés civilemcnt ; à cet effet , les hypotheques et sequestres
établis avant la condamnation à mort , tiennent et subsistenta
Henlera de même pour les biens des fermiers généraux ;
dans tous les cas où le comité des finances n'aurait pas con
verti , on ne convertirait pas le sequestre en opposition conformément
à la loi du 23 frimaire .
·
Doucet , au nom du comité de salut public , confirme les
nouvelles heureuses de Toulon . Il a fallu livrer un combat
aux terroistes ; il a ducé cinq heures , leur artillerie est
tombéelent notre pouvoir. Ils ont perdu 350 hommes dont
59tés et le reste fait prisonnier. Les gardes nationales , les
troupes , les représentans se sont bien conduits. Doncet proposed
approuver la conduite de ces derniers et les mesures
qu'ils ont prises pour la réduction de Toulon , et de décreter
que les troupes de ligne et les gardes nationales out bien
menité de la patrie . Décrété.
Letourneur propose le décret d'accusation contre Escudier ;
il est adopté . Blad , au nom du même comité , fait part d'un avan -
tage remporté par l'armée des Pyrénées occidentales sur les
Espagnols . Nous leur avons enlevé un camp , leurs tentes
et effets , tué ou fait prisonniers 100 hommes. Insertion aw
bulletin .
Séance de nonidi , 19 Prairial.
Un secrétaire fait lecture d'une lettre du vérificateur en
chef des assignais qui écrit qu'il sera brûlé aujourd'hui pour
size millions de cette monnaie , lesquels réunis à ceux deja
brûlés forment un total de deux milliards six cents - vingt- huit
millious retirés de la circulation .
:
Balan , au nom du comité des finances , expose que la loi
des 10 , 12 et 15 prairial , concernant la vente des biens natio
naux à prix fixe , c'est- à - dire pour soixante- quinze fois la
valeur du revenu de 1799 , produir les effets les plus henreux.
Le nombre des soumissiouaaires esthi grand que les administrations
de district n'y peuvent pas suffire , ce qui facilite
à la nation le moyen d'en tirer un parti encore plus avantageux.
La Convention a décrété que dans le cas de concur
K 3
( 142 )
rence entre plusieurs soumissionnaires , te sort décidersit
entr'eux de la préference ; ne serait - ce pas le cas d'ouvrir des
encheres entr'eux ils le desirent pour la plupart , plutôt
que d'être livres à la chance aveugle du sort . I! en résulte
même un abus , Tel : oumissionnaise pour avoir plus de chances
au tirage de priorité lorsqu'il y a concurrence , fait inscrire ,
par le moyen de prêtienoms , six ou huit fpis sa soumission
pour le même bien . Il faut donc deer.ter qu'il y aura enchere
entre les concurrens Elle produita une rentrée de deux
milliards de plus . Le rapporteur annonce que cet empresses
ment d'acheter a fait aussi connaitre beaucoup de biens na
tionaux qui n'avaient pas te deelárés . Voici les bases du projet
de décret
19. Les sonmissions qui seront faites d'après la loi du 1s
prairial , désigneront spécialement les terres , maisons et do
maines sur lesquels elles porteront. Les soumissions en
termes vagues devront être recommencées , sous peine de
nullité.
20. Si , dans les trois jours de la publication , il ne se présente
qu'un soumissionnaire , le domaine qu'il aura sonmissionné lui
sera adjogé s'il y a plusieurs soumissionnaires , le domaine
sera adjugé au plus offrant , le troisiune jour , à six heures
du soir .
3º . Les soumissions seront reçues , tous les jours , depuis
huit heures du matin jusqu'à midi , et depuis deux heures
jusqu'à six .
4. Le directoire du district annoncera affiches , les et désignera par biens qui auront été soumiss; designera par
5º . Les reventes seront sujectes an droit d'enregistrement.
6º . Les châteaux , hôtels et maisons de plaisance , non
loués en 1790 , seront vendus dans la forme prescrite pour
Fes objets non loués dans la loi des 17 et 15 praivia!.
70. Toples connivences , collusions ou fraudes de la part
des commissaires ou des administrateurs et ageus chargés de
faire les adjudications , seront punis , d'après la rigueur des
lois : toue soumission sera nalle , si le soumissionnaire est
dénoncé directement ou indirectement , etc.
Rewbel dit que la loi du 12 prairil peut opérer la ruins
de la République : elle présente un système désastreux de
finances , car vendre à six cent pour cent de perte c'est vendre
pour rien. Le prix d'acquisition étant de 75 fois le revenu de
1790 , un bien affermé ostensiblement mille livres , sera payé
soixante- quinze mille livres . Or , ceue derniere somme n'èquivaut
qu'à quatre mille livres de 1790. Il faut ajouter à ces
considérations , continue Rewbel , que la plupart des biens
du clergé , des émigrés et de l'ordre de Malthe , étaient loués,
à bas prix , le fermier payant de forts pots- de-vin ; ainsi , l'acquéreur
d'un de ces domaines par la revente d'un sixieme ,
( 143 )
en payera la totalité. Le comité de salut publie , frappé de ees
inconvéniens , a appellé deux commissaires des autres comités
de gouvernement et de celui des finances ; ils travaillent à
perfectionner le système des finances , et sont décidés à attaquer
de frout les erreurs accréditées et à déjouer les cupidités
particulieres. Rewbel demande le rapport de cette loi.
Dubois - Crancé l'appuie , de même que Clausel qui observe
que le nouveau mode de vente qui devait faire baisser le prix
des denrées en rendant du erédit aux assignats ne remplit pas
son objet , puisqu'ils continuent de perdre. Mathieu s'éleve
contre les préopinans . Il trouve la principale cause du discrédit
dans la versatilité des décisions de l'Assemblée . Il assure que
si la nation perd à présent dans le prix des ventes , elle gaguera
à mesure que les assignats seront absorbés . Plusieurs autres
membres parlent pour ou contre cette loi.
Canbicerès déclare qu'on nous a abusés long tems sur l'état
des finances , qu'il faut enfin déchirer le voile , et sur sa motion
, la Convention décrete la suspension de la loi dont il
s'agit , celle des adjudications faites , et le renvoi aux comités
réunis pour présenter un plan de finances .
Boissy - d'Anglas annonce que la Commission des onze fera
son rapport le 8 messidor .
Séance de décadi , 20 Prairial.
Un membre , au nom des comités d'instruction publique
et des domaines , présente un projet de décret tendant à
ne pas destiner le ci devant château de Versailles à l'institut
d'un muséum et d'une école nationale , et à transférer à
Liancourt les éleves de la patrie , enfans des défenseurs morts
sou service , confiés aux soins de Léonard Bourdon . Le
rapporteur annonce qu'il propose une économie de six cents
mille liv .
Charles Delacroix s'élève contre ce projet , et il prétend
que cette dépense est peu de chose pour un état aussi riche
que la France , et réclame l'exécution d'une grande idée
republicaine , dont le but est de convertir en un monument
utile à l'éducation publique , le palais d'une ancienne cour.
Il ajoute que rien n'est pius propre à déjouer les vues dea
royalistes , et à allumer le feu sacré du patriotisme
d'installer dans ce palais de jeunes républicains.
Boursault l'appuie , et s'écrie qu'il semble qu'on attend
le retour de Bourbon et de Lambese , et qu'on veuille leur
réserver un brillant asyle.
Philippe Delville Ne vous parait il pas miraculeux de
former des républicains dans le palais des rois ? Si quelque
chose peut leur imprimer de l'orgueil et dn mépris pour la
liberté , n'est-ce pas le brillant du palais de Versailles ? L'école
des sybarites , des courtisans et des flatteurs conserve encore la
KA
( 144 )
teinte du laxe et de la mollesse . Quals contrastes avec la
simplicité et la frugalité qui sont les elemens des républi
cains ?
Après quelques sutres débats , la Convention décrete le
rapport du décret portant qu'il serait fait dans le château de
Versailles un établissement d'éducation publique , et ordonne
la translation des instituts da Prieuré- Martin et de Popincourt
à Lincourt.
Un membre du comité de législation observe que les travaex
de ce comité sont catraves par le décret du 5 floréal
dernier , qui porte qu'il ne sera prodonee aucune radiation
definitive sur la liste des émigrés que par la Convention
et il en demande le rapport. Adopté .
cet
Les petitionnaires sont admis , et occupent l'Assemblée de
leurs intérêts particuliers. L'ou en distingue cependant un
qui dit que la nation n'a poit assez fait pour Voltaire ,
homme universel . I sollicite pour lui une statue et l'im
pression de ses oeuvres aux frais de la nation . Cette pioposition
est renvoyée au comité d'instruction publiques
Séance de primedi , 21. Prairial. ad ann
*
Les exécuteurs testamentaires du célebre abbé Mably se
présentent à la barre , et eu faisant hommage à la Convention
d'un exemplaire de la derniere édition des oeuvres de ce phi-.
losophe , ils demandent pour lui que place au Panthéon , en
consideration des services qu'il a rendus à l'humanité et à
la liberté , et comme un gage de la reconnaissance nationale .
Le président leur repond que les écrits de Mably ont
rendu ce philosophe cher à tous les sages et à tous les amis.
de l'humanité et de la liberté , et que déja il a un temple,
dans le coeur de tous les vrais républicains.
Dussaux , littérateur lui- même , qui a connu Mably , et qui
peut être était lié avec lui , devait appuyer cette motion . C'est
ce qu'il a fait avec chaleur. Elle a été renvoyée au comité
d'instruction publique.
*
Sevestre , au nom du comité de sûreté génerale : Depuis
quelque tems , le fils de Capet était incommodé par une enflure
au genou droit et au poigaet gauche . Le 1er , floréal", ces
douleurs ayant augmenté , le malade perdit l'appetit , et la
fievre survint. Desaut , officier de santé , et l'un des premiers
chirurgiens de l'Europe , que la nation vient de perdre , fut
charge de le voir et de le soigner . Sa probité et ses talens
repondent des coins qu'il en a pris ; mais la maladie devint
plus grave , et le chirurgien mourut alors, Le comité nomma
le citoyen Pelletau , officier de santé très connu , et le citoyen
Dumangin , premier médecin de l'hospice de santé , pour le
remplacer ; mais le malade a succombé hier à deux heures
après-midi. L'on a dressé des procès verbaux que le comité
(( 451)
m'a chargé de déposer sur le bureau. La Convention décrete
Tinsertion de se rapport au balieta,
Sévestre lit ensuite une lettre des représentans du peuple
près les armées des Alpes et d'Italie , qui annonce que les ter
rotistes avaient essaye de fes soulever , mais que leurs projets
ont échoué , et que des émigres qui s'étaient embarqués
Livourne pour se rendre à Marseille , ont été pris dans la traversée
. On les a conduits à Grasse où ils seront jugés par le
tribunal criminel .
› Cambacerès , au nom du comité de salut public , entre dans
la salle , précède et suivi d'un grand nombre de membres
inscrits des mouvelles qu'il allait annoncer . Il est accueilli par
bes plus vifs: applaudissemens . Il dir que le comite s empresse
d'apprendre à la Convention que Luxembourg est rendu . H
lit en même teins la lettre du général Harry qui a commandé
Le siege . C'est le 19 que la capitulation a ete signée par le
général Bender et lui, Elle porte que la garuison , composée
d'environ dix mille hommes , sortira avec les honneurs de la
guerre , qu'elle déposera sur le glacis , ses armes canons a
Caissons et drapeaux , et qu'elle prêtera serment de ne pas
servir contre la Republique Française ni ses alliés avant d'avoir
été échangée individuellement. Le général Bender demandait
Huit charriots couverts , mais ils ont éte refusés . Les émigrés
français seront tous remis saus exception au pouvoir de l'armée
française , et les habitans qui voudront suivre la garnison seront
Les maîtres d'emporter leurs meubles et effets . ( Voyez les Nou
velles officielles . )
.20m
La Convention décrete que les troupes qui ont fait le siége
de Luxembourg et l'armée de la Moselle qui l'a préparé n'ont
pas cesse de bien mériter de la patrie, L'adjudant général Alix ,
qui a dirigé l'artillerie , qui a foudroyé la piace , et qui a ap
porté la nouvelle de sa reddition , a reçu l'accolade frateracile
du président.
Plusieurs sections de Paris , sont venues, annoncer à la Cone
vention qu'elles allaient remettre leurs canons au dépôt indiqué,
par le comité militaire,.
Genissieux a fait adopter la rédaction définitive du décret,
concernant la restitution des biens aux parens des condamnés .
PARIS . Quartidi , 24 Prairial , 3e, année de la République. ,
Il vient de se commettre , dans cette commune ,
crime atroce ou plutôt une accumulation de crimes que
l'imagination a peine à croire , et qui ajoute un nouveau
trait à l'histoire des grands forfaits .
Benelle , de la section de Popincourt , et membre de
3
( 146 )
Tancien comité révolutionnaire , avait été incarcéré a
moment de la mort de Robespierre . Quelque tems après,
il surprit au comité de sûreté générale l'ordre de sa
sortie.
Devenu libre , ce scélérat conserve le projet de se
venger. Le 2 prairial lui semble une occasion favorable
pour le faire ; mais il était déja désarmé . Son inaction le
fait frémir; il redemande ses armes , on les lui refuse ;
alors, masquant de l'hypocrisie ses desirs et ses desseins ,
il se tient près des autorités constituées pour être a
l'abri de toute inculpation , disait- il ; mais plutôt pour
les immoler , si la Convention eût succombé ; la victoire
le trompe ; c'est la Convention qui triomphe.
Une épuration est autorisée dans toutes les sections .
Ce monstre est accusé d'avoir coopéré au massacre du
septembre , son arrestation est prononcée ; sa bouche
avait promis le matin de venir se défendre de ces inculpations
, son coeur lui conseilla de fuir , il fuit ; mais
avant de se soustraire à la justice , il veut consommer
tous ses crimes. It empoisonne sa femme et quatre de ses
enfans le cinquieme était absent , dirai -je de la maison
paternelle? Le poison est trop lent à son gré, il a recours à
un marteau ; de vingt coups il frappe la tite de sa femme , il
enfrappe aussi celle de ses enfans , et l'on vient à l'instant
de les trouver tous morts.
La mere , étendue sur son lit près d'un de ses enfans.
avant la tête penchée sur celui qu'elle alaitait et qui
n'avait que sept mois , dernier mouvement de la tendresse
maternelle qui n'avait pu désarmer le barbare.
Les cinq cadavres ont offert aux yeux de l'officier de
santé les symptômes du poison qui avait commencé le
meuttre , et de l'instrument qui l'avait consommé , et
qu'on trouva sous le berceau.
L'assassin n'est point encore arrêté . Il ne paraît pas
qu'il soit allé se tuer. Il a emporté en fuyant l'argent
que la nation lui avait confié pour solde des ouvriers
qu'elle emploie , car ce scélérat avait une place .
Le camp des Sablons , et qu'on dit composé , d'environ
12,000 hommes , a éte levé hier pour être tranféré au Troud'Enfer.
On écrit de Saintes que le 14 de ce mois , Barrere est arrivé
dans cette ville , pour être traduit devant le tribunal criminel
de la Charente inférieure , qui doit le juger.
Suivant une lettre d'Arles , les révoltés de Toulon avaient
( 147 )
des complices dans la commune d'Artes , qu'ils menagarent
journellement du pillage . Ils criaient : Vivent la montagne ! les
jacobins la constitution de 1793 ! Ils crachaient au visage des bons
citoyens , en leur disant : Sous trois jours tu verras beau jeu .
A Tarascon , c'étaient les mêmes propos ; à Avignon , les terro-'
ristes se mettaient en train d'élargir les Enveurs de sang. Trois
sceliats d'Arles , traduits de Palis , en vertu d'au décret de
la Convention , au tribunal criminel dn departement du Gard ,
fureut relâchés par les terroristes avignonais , et ils prirent
la route de Toulon ..
Onze chiloupes canonnieres et plusieurs bâtimens de trans
port étaient partis de Teolon pour s'emparer par le Rhône des
communes d'Arles , de Tarascon et d'Avignon . Deja ils étaient
entrés dans le Rhône ; mais la brave garnison de Tur- Saint-
Louis , avec une bonne tillerie , s'opposa à leur passage.
Les bons citoyens d'Arles , en apprenant cette nouvelle
se souleverent d'indiguation . Ils emprisonnerent environ cinquante
provocateurs ; mais fes plus scèterats , premiers instraits
de la non - réussite des Toulonnais , avaient déja pris la fuite
pour aller rejoindre les bâtimens des Toulonnais , qui étaient
amarés à l'embouchure du Rhône .
NOUVELLES OFFICIELLES.
ARMÉE DES PYRÉNÉES.
3
Le général de division Marbot , au comité de salut public!",
« Citoyens représentans , dans ma tournée dans la premiere
division , j'ai cudonné d'eulever un camp que l'ennemi avait
place entre Glossua et Elgoibar ; le mouvement a été exécuté
avec succès,
Persuadé que mes cammaarraaddeess en entendront les détails avee
plaisir , je joins ci le rapport du général Maibot.
Rapport de Topédition du 20 floréal , on 35. de la République
Française.
les
Le camp que l'ennemi avait établi depuis quatre jours ,
sur la haute montagne qui se trouve entre Glossua et Elgoibar.
a cte attaque aujo ' hui , à 5 heures du matin , par
troupe , de la remiere division , marchant sur deux colonnes :
le general Schilt commandant celle de droite , je commandaia
celle de gauche ,
Parvenus avec des peines extrêmes au hant de la montagne,
nous avons été pris par un bionillard si épais , qu'on ne
voyait pas à quaire pas devant soi . L'ardeur des troupes n'a
pas été ralentie par ce fâcheux contre- tems ; il a fallu chercher
à tâtons le camp ennemi. Elles l'ont trouvé ; elles s'y sont
élancé avec cette vivacité et cette valeur qui les a si souvent
conduites à la victoire l'ennemi a fui de toutes parts , et
( 148 )
nous a abandonné tous les effets de campement ; il avait
deja construit de vastes baraques , nous les avons brûlées
et nous avons enlevé tout ce qui s'est trouvé dans le camp.
Le général Raoul , qui avait ordre d'inquiéter l'ennemi
l'a fait avec succès.
& Le résultat de cette journée a fait perdre à l'ennemi un
damp , sur lequel il avait fonde l'espoir de nous causer
beaucoup d'inquiétude : nous lui avons tué caviron 40 hommes ,
fait 50 prisonniers , enlevé toutes ses , tentes et tous ses effets
et nous n'avons eu que 5 blessés , dont 4 très - legerement.
Ce résultat cût été plus satisfaisant , si le brouillard n'eût
favoris la retraite de l'ennemi , qui a été mis dans le plus
grand désordre . Le brouillard était si épais que le général
Schilt , qui S' etait égaré avec une partie de sa colonne , est
alle jusques sur Elgoibar , croyant entrer dans Ascoytia .
licté vigoureusement assailli par l'ennemi ; mais il l'a
chasse au pas de charge , et l'a pousse de position en posi
tion , agres quoi il a fait sa retraite dans le plus grand ordre
Shisans être inquiété.
' ו כ
Les troupes employées à cette expédition se sont conduites
avec valeur ; et ont marche avec beaucoup, up d'orde sur-tout
si l'on fait attention au brouillard cbscur dans lequel nous
avions été enveloppés . Les chasseurs de la demi - brigade des
montagnts bui déployé bes qualités Bridded qui les wat si souvent
distingues dans lala
presenté cette masse e derniere. Les grenadiers nt
qui reverse tout ; mais l'ennemi
a trompé leur ardeur en prenant la fuitoa
Signé , MARBOT , général de division ; MONCEY , général en
Pour copie conforme. Signé , MORAND , général de brigade ,
hef de l'état-major de l'armée.
Certifié conforme . Signé , PACANEL .
39. Cieb
'I ..
Le général de division Hatry , commandant les troupes de la République
Française devant Luxembourg , aux representans du peuple
composant le comité de salut public.
Citoyens representens , je m'empresse de vous annoncer
que la place de Luxembourg est à la République ; la capi
tulation vient d'être signée de part et d'autre ; et aujourd'hui ,
à trois heures , les troupes françaises prendront possession
du fort Sain- Charles , de tout le front exterieur de Sainte-
Marie , ainsi que de l'avancée et de la Porte Neuve . Un tiers de
la garnison sortira de la place le 22 ; le lendemain , un autre
tiers ; le 24 , elle sera entierement évacuée par les Autrichieus .
Je vous fais passer copie de la capitulation .
Le geuerat Jourdan et le représentant du peuple Talot
se sont rendus ici , du moment que je leur ai fait part des
propositions du général Bender. Aussi - tôt à leur arrivée , les
( 149 )
73
articles ont été rédigés et envoyés au commandant de la
place , et nous avons la satisfaction de voir que nous sommes
absolument entrés dans vos vues , et que les réponses faites
aux différens articles proposés sont absolument les mêmes.
que vous m'aviez envoyées par le retour du courier que je
vous ai expédié.
Sous peu de jours , je vous enverrai les drapeaux que
la garnison aura remis , ainsi que l'état des differens. objets
que nous aurons trouvés dans la place ; les munitions de
guerre . et l'artillerie sur tout , doivent y être immenses
à en juger par le feu qu'elle a développe pendant 13 jours .
M
་ ་་་
>
Je ne puis assez vous faire l'eloge de la maniere dont ont
servi les troupes dont le commandement m'est conhe ; officiers
et soldats , tous y ont mis la plus grande activite jour et nuit
et malgré le feu continuel , des plus vifs et de toute espece
que la place faisait , soit sur les travailleurs , soit sur les diffe
rens camps , jamais les travaux n'ont été ralentis un instant
chacun a fait son devoir ."
Le citoyen Alis , qui vous remettra ces dépêches , a fait
depuis le commencement du blocus les fonctions d'adjudantgénéral
chef de l'état-major de l'artillerie : c'est un officier de
merite. Salut et fraternité . Signe , HATRY .
7
P. S. J'invite mes collegues du comité de salut public à
vouloir bien continuer dans son grade ce brave officier , c'est
un acte de justice qu'il merie à tous égards . Signè , TALOT,
Articles de la capitulation proposée par M. le général de Bender
gouverneur de Luxembourg, pour rémettre cette place au pouvoir
des troupes de la République commandées par le général de
division Hatry.
6.Art . ler . La garnison sortira avec les honneurs de la
guerre , ainsi que tout ce qui tient au militaire. Accorde.
" La garnison sortira de la place le sixieme jour après
la signature de la capitulation , avec armes et bagages , caisses ,
chevaux , tambours battans , mêches allumees , drapeaux
deployés , et avec deux pieces d'artillerie de campagne es
autant de caissons de munitions par chaque bataillon .
Réponse . La garnison sortira de la place le roisieme jour
après la signature de la capitulation , avec armés et bagages ,
caisses , chevaux , tambours battans , mêches allumées , dra
peaux déployés , et deux pieces d'artillerie de campagne et
antaut de caissons de munitions par bataillon . Lorsqu'elle
sera icndue sur les glacis de la place , elle déposera ses
armes , drapeaux , pieces d'artillerie , caissons , chevaux
d'artillerie et de cavalerie , prêtera le serment de ne point
servir contre la République Française ou ses alliés , avant
d'avoir été échangée individuellement et grade pour grade ;
elle sera ensuite conduite sur l'aile droite du Rhin , comm
il sera dit dans les articles VII et VIII.
1
" III. Les voitures et chevaux qui , outre cenx dont la gare
( 150 )
nison est pourvue , pourraient encore être nécessaires pour l
transport des bagages , et pour monter les officiers qui n'ont
point leurs chevaux ici , seront fournis , ainsi que les bâteaux
pour passer le Rhin.
Réponse. Les officiers emmeneront les chevaux et équipages.
deux appartenans , et il sera fourni à la garnison tout ce
qui sera nécessaire pour le transport de. ses bagages , soit par
terre , soit par eau , jusqu'à l'endroit pratique pour le passage.
du Rhin .
IV . On accordera également huit charriots converts , c'estd
-dire qu'il ne seront pas visitės . Reponse. Refuse .
!
" V. Les officiers et soldats blessés ou malades , eu étať
d'être transportes , seront aments avec la garnison , et les voi
tures nécessaires à ce transport , fournies Accordé.
,, VI . Les malades qui ne sont pas en état d'être transportés
resteront dans l'hôpital où ils sont , et où ils seront soignés
par les officiers de sauté y attaches . Dès qu'ils pourront être
transportés , ils suivront la garaison , et les voitures et bâteaux
nécessaires leur seront fournis . Accordé : mais ils suivront le
même sort que la garnison .
1 VII. La garnison marchera en trois colonnes sans faire
aucun séjour , raison pour laquelle les marches ne pouriont
pas être plus longues que les marches ordinaires , et il y mura
entre le départ des colonnes un jour d'intervalle . Accorde.
VIII . La garnison sera conduite au lieu da passage du Rhiną
par la route la plus courte , pendant laquelle il lui sera fourni
le pain et la subsistance necessaire , ainsi que le fourage pour
tes chevaux , et il sera permis d'envoyer d'avance un officier
au-delà de cene riviere pour y faire préalablement les diss
positions relatives à sa marche et subsistance ultérieure.
Accordé , mais le passage du Rhin s'effectuera à Coblentz .
IX. Les chefs ou employés des différens corps ou depar
temens militaires , qui , ayant des provisions , papiers et
autres effets à remetre , ne pourront pas partir avec la garnison
, ne seront arrêtés ici qu autant que leur commision l'exigera
, et il leur sera permis de prendre avec eux , outre lent
bagage et propriété , les papiers nécessaires pour rendre
compte de l'objet de leur administration . - Accordé.
,, X. Les prisonniers de guerre pourront être échangés ou
reçus à compte de léchange général des prisonniers .
Répondu. Les prisonniers de guerie seront readus saus
échange.
,, XI . Le culte et l'exercice de la religion scrent maintenus
sur le pied qu'ils existent dans la ville et le pays duché de
Luxembourg et comté de Chiny.
Rejonse. Les habitans de Luxembourg seront comme les
habitans des autres pays conquis , libres d'exercer leur culte .
en se conformant aux lois de la République à ce sujet .
as XII. Pour le maintien de la police , de la sureté des
( 151 )
-
personnes et la conservation des propriétés ; les contributions
lois et coutumes du pays seront conservées , et en consé
quence , les tribunaux et corps administratifs et judiciaires
et autres autorités constituées , seront mainteaus , de même
que les personnes qui les co aposent , dans le même tritement
et sur le pied qu'ils existent.
Réponse. Les habitans de Luxembourg doivent s'en rapporter
ala loyauté française pour leur sûrete personnelle et celle de
leurs propriétés ; mais ils seront gouvernés comme les autres
pays conquis.
,, XIII. Les abbayes , convens , mai ons religieuses , hôpitaux
, écoles et autres établissemens pieux , seront conservés
et resteront en possession de leurs biens , rentes et pensions.
Renvoyé à la réponse de l'article precédent.
" XIV. Les individus des couvens et collèges supprimés
continueront à tirer les peusions qui leur out ete assignées sur
les caisses affectées à leur paiement .
Renvoyé aussi à la réponse de l'article XII.
,, XV. Les capitaux affectés sur les domaines du souverain,
les états , communautés des villes , burgs et villages et autres
corporations seront recon us , et les rentes acquillées confor
mement aux contrats ju- qu'au remboursement des capitaux
qui , non plus que ceux constitués et intérêts à charge des par
ticuliers , ne pourront se faire en assiguats ni autre papier
monnaie . mais en agent sonnant.« !
Répouse. Attendu que par l'art. XII les propriétés sont assurées
, et qu'il ne peut pas être fait de lois particulieres pour
les habitans de Luxembourg , its suivront celles qui sont établies
pour tous les pays conquis.
" XVI. Les dettes contractées , les intérêts et les rentes
échues avant la présente capitulation , ne pourront être acquittés
en assignais ou autre papier-monnaie , mais devront l'être
expeces sonnantes . Renvoyé à l'auicle précédent. "
XVII. Les habitans de toute espece actuellement en cette
ville où y réfugiés , serout , ainsi que ceux de la province ,
protégés coute toute insulte dans leur personne et conservés
daos leurs propriétés , droits , possessions et états , et per-
Bonne ne pourra êne inquiété ni pour les opinions ou actions
qui n'étaient pas defendues par les lois de ces pays , ni pone
se qu'il aura diton fait d'une miniere non contraire auxdites lois .
Réponse. La loyauté et la générosité française répondent
anff , amment à cet article , mais les émigrés français , sans
exception et de queique corps qu'ils puissent se trouver , seront
remis au pouvoir de l'armée française lors de la reddition de
la place .
,, XVIII. Les chasseurs et volontaires qui se sont armés
pour la défense de la ville , seront compris dans l'article
précédent de cette capitulation , à laquelle ils participeren:
comme les bourgeois et habitans.
( 152 )
Réponse. Ils suivront le sort de la garnison A excepté lest
hourgeois et habitans de la ville et pays de Luxembourg vi
qui renireront chez eux après avoir remis teurs armes
• XIX. Les habitans seront , pour autant que les bâtimens
militaires et royaux pourront y sulfi.e , dispensés du logement
des troupes , ainsi que des services et corvées militaires .
Rep nie. Les habitans de Luxembourg suivront les lois et
usages établis dans la République Française .
9 XX. Les habitans de cette province qui s'en sont rétirés
pourront y entrer , sans qu'à cause de leur retraite ils puissent
être recherchés ni dans leurs personnes ni dans leurs pro
priétés. Accordé.
at
29: XXI. Il sera permis à ceux des habitans qui voudront"
aller habiter ailleurs , de sortir de la ville et de la province ,
avec leurs meubles et effets , ou d'en disposer , et de lears
autres propriétés , comme bon leur semblera , et il leur sera'
à cette fin délivré le passaport necessaire , dee même qu'aux
officiers et autres personnes pensionnées , atachées à l'etat
militaire ou civil. Accorde .
XXII. L'équite suppléera enfin à tout ce qu'on aurait pu
oublier dans cette capitulation pour l'avantage de la garnison
et des habitans , et les difficultes qui pourraient survenir dans
les termes de ces articles , ne seront entendues et interprêtées ?,
qu'en leur faveur.
3
99 Réponse. Les articles de la capitulation étant très - élairs , "
celui- ci devient inutile au surpfès la garnison et les habitans
peuvent en rapporter à la Joyante française.
Articles additionnels. Art. Ier . Aussi-tôt apres la signature de la
présente capitulation , la porte neuve, dite Notre -Dame, et le fort
Saint- Charles , seront remis à la garde des troupes Françaises ,
et il sera envoyé de part et d'autre deux officiers supérieurs
en ôtages .
» 11. Tous les plans , cartes et mémoires sur la place
seront remis à un officier de génie qui entrera dans la place
aussi-tôt après la signature de la capitulation. Il y entrera
pareillement un officier d'artillerie et un commissaire des
guerres , afin de prendre une connaissance exacte de toutes
les munitions de guerre et de bouche qui existent , et il en
sera fait un inventaire .
,, III. Le commissaire des guerres prendra connaissance"
de l'état des caisses publiques et militaires , et de celles de
tous les corps qui composent la garnison . Il en constatera la
situation , et elles seront remises fidellement au pouvoir de
la Republique Française .
" IV. Il sera fourui au commissaire des
guerres français
un état nominatif de tous les individus qui composent la
garnison. Luxembourg , ce 7 juin 1795.
Signés , BENDER , gouverncur , ei HATRY , général de division .
( N°1'54. )
Jer . 135.
MERCURE
FRANÇAIS.
DÉCADI 30 PRAIRIAL , l'an troisieme de la République.
( Jeudi 18 Juin 1795 vieux style . )
BELLES LETTRES. ELOQUENCE.
QU'ON
"
Fin de l'Art oratoire dans les Républiques.
Qu'on se garde de prendre le style poétique pour le
style oratoire . S'ils ont quelque chose de commun dans
la grandeur des idées , et l'emploi des figures , ils dif
ferent essentiellement en ce que le premier ne vit
d'images et de fictions , admet plus de hardiesse dans
que
l'expression , plus de richesse dans les détails ,
d'accent dans l'harmonie , et frappe plus l'imagination
plus
qu'il n'intéresse la raison ; tandis que le second plus
réservé dans sa marche , plus austere dans ses moyens.
adoucit les nuances lors même qu'il emploie les mêmes
couleurs , et subordonne tout à l'objet principal , le raisonnement
ou la persuasion. Le poëte et l'orateur touchent
le même instrument , mais sur un ton et un mode
différens .

Le sentiment est l'une des cordes de cet instrument
qui ne raisonne jamais en vain , lorsque l'orateur sait
la manier avec discernement . Lui seul communique la
yie au style , soutient l'intérêt du sujet , et va chercher
au fond de l'ame les mouvemens les plus secrets de
la nature , et les plus touchantes émotions du coeur
humain . C'est le flambeau que Prométhée dérobe au
ciel pour animer sa statue . lei , le précepte est inutile ;
ka theorie peut appercevoir et révéler tous les autres
secrets de l'orateur ; elle n'a point de prise sur le sentiment
; il échappe à l'analyse ; il est tout dans lui - même
et par lui-même. C'est le résultat d'une organisation
sensible et délicate , d'un instinct moral qui a bien sa
méthode de perfectionnement , comme toutes les autres
facultés de l'homme , mais que l'art défigure lorsqu'il
veut s'en servir sans en avoir les élémens . C'est l'organe
musical de l'ame qu'il n'est pas plus au pouvoir de
Tome XVI.
L
( 154 )
T'homme de se donner , que l'organe musical des sons
dont tant de personnes sont privées. On devient philantrope
par principe , par raisonnement , par réflexion ;
il suffit d'avoir considéré la longue chaîne des malheurs
de l'espece humaine , pour desirer et rechercher les
moyens d'en améliorer le sort . Mais s'agit-il de communiquer
aux autres cette philantropie ; de verser dans
les coeurs cet amour ardent de l'humanité , de les disposer
à la clémence , à l'attendrissement , à la pitié , aux
douces impulsions de la nature , et de faire couler de
douces larmes ? Ce n'est plus l'affaire de la raison , c'est
l'ouvrage du sentiment. Le sentiment ne constitue pas
l'éloquence ; mais il n'y a point d'éloquence sans sentiment.
Il se manifeste par une pensée , par un mot ,
par un trait échappé comme sans dessein , par une seule
inflexion de voix , par un contraste , par un simple rapprochement
de situation . C'est une des choses qu'il est
le moins facile de contrefaire , et qui cependant , le
croirait - on , a été assujettie à l'empire de la mode . Il a
été un tems parmi nous où tout était sentimental , romans ,
voyages , comédies , dissertations , éloges , vers , prose ,
jargon des cercles ; il n'est pas jusqu'à l'opéra - comique
qui n'eût aussi la prétention d'être sentimentisé. En voyant
nos spectacles , nos académies , nos sociétés , on'eût cru
que la sensibilité et la vertu étaient à l'ordre de tous
Les jours et de toutes les actions . Et tout cela n'était
qu'une jonglerie et une misérable affectation produites
par les ouvrages de quelques écrivains célebres que la
multitude imitatrice avait voulu singer ( 1) . Il n'appar
tie
qu'aux ames vraiment sensibles d'en connaître et
d'en parler le langage , et d'en avoir une assez haute
idée , pour ne pas le profaner par un culte imposteur ;
elles seules savent distinguer le sentiment faux du sentiment
vrai , comme les oreilles délicates distinguent
dans un concert les tons faux et les dissonances .
Les anciens avaient placé l'action au rang des qualités
les plus essentielles de l'orateur ; c'est du moins celle
( 1 ) Nous nous expliquons d'autant plus franchement sur ce
ridicule , que la révolution qui s'est opérée dans nos idées politiques
en amenera nécessairement une dans les productions
de l'esprit . L'hypocrisie de sentiment ne sera pas plus en hon
neur que l'hypocrisie de principes, La liberté n'aime et ng
souffre que ce qui est vrai.
( ( 455))
qui fait ressortir toutes les autres . Veut - on juger du
pouvoir qu'exerce la délámation ? Il ne faut que comparer
l'impression que nous a causée quelquefois un
grand acteur avec celle d'un acteur médiocre . C'était
le même rôle , les mêmes idées , les mêmes sentimens ,
la même situation ; mais ce n'était plus la même expression
, la même intelligence , la même amie . Tous les
deux semblaient parler une langue différente , et l'on
ne reconnaissait plus la même piece . Il en est de même
du discours oratoire , quoique les genres soient différens
.
L'action dans l'orateur est comme toutes les autres
qualités , en partie l'ouvrage de la nature , en partie
celui de l'art. L'instrument vocal est donné par l'une ,
mais il se fortife , se dirige et se façonné par l'exercice
et les combinaisons de l'autre . On sait que Démosthenes
avait reçu de la nature un organe ingrat , une pronenciation
difficile et un certain bégayement que rendait
encore plus désagréable un haussement d'épaules qui
accompagnait toutes ses périodes . Le Kain parmi nous
avait , dans son début , un organe sourd , dur , peu
flexible et des gestes irréguliers ; et cependant tous les
deux , à force de travaux , de soins et d'exercice , étaient
parvenus à vaincre toutes ces difficultés , et à porter l'art
de la déclamation jusqu'aux effets les plus magiques et
les plus étonnans .
Qu'on ne se laisse donc pas rebutter par les premiers
obstacles que semble opposer la nature ; ils ne sont pas
toujours insurmontables . C'est dans la jeunesse où les
organes plus souples et plus flexibles prennent plus aisément
les formes qu'on leur donne , qu'il faut s'exercer
à la déclamation ; on a remarqué que les jeunes personnes
qui apprenaient la musique étendaient peu à
peu leur voix , et acqueraient , soit dans les cordes
basses , soit dans les cordes aiguës , des tons auxquels le
diapason de leur voix se refusait auparavant. Pourquoi
l'exercice ne produirait- il pas les mêmes effets pour la
déclamation ? Qu'on s'y livre de bonne heure ; qu'on
récite souvent des passages de nos orateurs ; ensuite des
morceaux de plus longue haleine ; qu'on les récite en
gravissant des lieux difficiles , au bruit des fots , des
vents , des orages , afin d'assouplir et de renforcer son
organe , et de s'accoutumer aux mouvemens agités de
la multitude . Cette gymnastique de la parole n'est pas
moins utile que celle du corps.
L
&.
( 156 )
f
Quand le style est périodique et nombreux , la déclamation
est facile ; elle est indiquée par lui. Il n'y a que
le style décousu et haché , froid et sans couleur , qui
soit ingrat au débit. Il existe un si grand rapport entre
T'harmonie du style et l'harmonie musicale , que les
anciens avaient fait entrer la musique comme une partie
essentielle dans l'éducation . Quoiqu'ils lui aient donné
une plus grande extension que nous ne l'avons fait ,
puisqu'ils y comprenaient la grammaire , la thétorique
et même la philosophie , cette extension prouve du
moins de quelle importance était la musique à leurs
yeux , et combien elle influait sur tout ce qui tient aux
affections de l'ame et à l'art de la parole .
Si la musique admet dans le chant tant de modulations
différentes , tant de variété dans ses phrases et
dans ses mouvemens' ; si elle évite avec soin la monotonie
et l'uniformité , la répétition des désinances , à
moins qu'elle n'ajoute à l'expression , pourquoi n'en
serait-il pas de même dans la déclamation? Tous les beaux
arts ne sont-ils pas freres ? On ne peut pas , il est vrai ,
l'écrire et la noter , comme on le fait du chant musical ,
parce qu'elle procede par nuances de tons imperceptibles
; mais elle a pour juge, l'oreille , et pour guide
l'expression. Ces deux régulateurs sont infaillibles .
Démosthenes reçut des leçons du comédien Satyrus ,
et Cicéron de Roscius. La déclamation théâtrale peut
contribuer beaucoup à former la déclamation oratoire ;
mais il serait dangereux de les trop assimiler. Sans parler
de la différence qui existe entre le rythme des vers et
le nombre de la prose , entre l'accent cadensé des uns
qui est pour ainsi dire une sorte de chant , et le récit
plus naturel qui convient à l'autre , différence que nous
avons déja fait remarquer quant au style ; ces deux genres
ne se ressemblent ni par leur nature , ni par leur but ,
par leurs moyens . La scene est un pays d'illusion et
d'enchantement , où tout est aggrandi par l'imagination,
Là , les hommes y parlent un autre langage . Les passions
y prennent un caractere plus prononcé . Les yeux
sont frappés par l'appareil des décorations et des images .
Le spectateur préparé d'avance à de grandes émotions ,
devient plus exigeant. Il s'attend au développement des
grandes impressions que font naître la terreur ou la pitié.
L'acteur est en représentation de toute sa personne ,
ni
de
on este , de son regard et même de son silence . Sa
déclamation doit donc être assortie aux accessoires ,
8157 1
1
somme au fonds du sujet. L'Orateur s'exerce dans u
champ plus vaste , mais moins élevé . Il a plus à prouver
et à convaincre qu'à émouvoir , et quand l'emploi des
grands mouvemens entre dans ses moyens , il s'en sert
avec plus de retenue . ne récite pas les productions
d'autrui , mais les siennes ; le peuple qui le sait dirige
plus son attention sur les choses que sur la maniere . Ici ,
la déclamation n'est que l'accessoire ; elle est tout dans
le comédien . C'est précisément parce que l'orateur a
sur lui cet avantage , que son action doit être plus eirconspecte
, quand même la différence ne résulterait
de tous les caracteres, distinctifs que nous avons in
diqués.
pas
Le genre de la comédie présenterait plus de rappro
chement , pour la déclamation , avec celui de l'orateur ,
si la forme du dialogue plus ou moins pressé , n'établis
sait pas une différence essentielle avec celle du discours
oratoire qui est un monologue prolongé , extrêmement
varié dans ses parties. Mais ce en quoi la déclamation
théâtrale peut être utile à celle de l'crateur , c'est qu'elle
rend sa prononciation plus distincte et plus senere; elle
lui communique de l'élévation et de la grandeur ; par
le langage cadencé des vers , elle lui apprend à mettre
de l'harmonie et de la variété dans l'accent périodique
de ses phrases ; et quoique le goût et le tact doivent être
l'unique juge de la mesure de cet emprunt , son influence
n'en est pas moins réelle et son résultat avantageux .
Tout ce que nous avons dit sur les différentes qua
lités qui composent l'orateur , s'acheve et se perfectionne
par l'habitude . Elle lui donne une investigation plus
prompte de tous ses moyens , une facilité plus grande
à choisir et ordonner ses idées , plus de souplesse dans
le style , plus de fermeté dans la contenance et la déclamation.
Elle lui apprend à mieux juger les effets et
à connaître la tactique des grandes assemblées . Elle
étend et assure sa mémoire , cet instrument si utile à
l'orateur , non cette mémoire servile qui ne rappelle que
des souvenirs plagiaires , mais la mémoire des choses et
cette érudition bien entendue dont l'emploi nourrit le
discours d'applications et de rapprochemens heureux .
C'est par l'habitude seule que l'on acquiert le talent
d'improviser , sans lequel il faut renoncer au titre
d'orateur.
Quoique les anciens nous aient laissé des discours
écrits qui supposent un long travail du cabinet , il ne
LS
1
( +98 )
faut pas croire , ni qu'ils les récitassent à la tribune , le
cahier à la main , méthode qui ête à l'action toute sa
chaleur , et prive l'orateur de l'avantage de maîtriser
son discours d'après les impressions qu'il produit ; ni
qu'ils eussent toujours le tems de les préparer à loisir.
Lorsque Cicéron découvrit la conjuration de Catilina ,
et que , poursuivant sans relâche cet audacieux conspirateur
, il prononça successivement en trois jours , trois
discours au sénat et devant le peuple , aurait- il pu déjouer
si précipitamment cet odieux complot , s'il n'eût
eu le talent de parler sans préparation ? Il a pu travailler
ensuite ses catilinaires pour la perfection de son art , et
le soin de sa renommée , mais assurément il les avait
d'abord improvisées .
Ce talent est le fruit de l'étude , de l'analyse et des
connaissances dont nous avons si fort recommandé l'acquisition.
On s'accoutume d'abord à parler sur des tables
analytiques un peu développées ; insensiblement on les
resserre , on les réduit aux seules divisions et sous- divisions
; enfin , on n'écrit plus que dans sa mémoire , et
après avoir saisi par une méditation prompte tous les
rapports de son sujet , on s'abandonne à l'essor entier
de la parole. Quand on s'est assuré des idées , les mots
arrivent aisément ; le style périodique a cela de favorable
que la phrase que l'on tient appelle la phrase qui
la suit . Ainsi la méthode prêtant à l'orateur son fil secourable
, lui fait parcourir toutes les branches de son
sujet , et le conduit au but , sans avoir négligé aucune
partie. Si l'improvisation jette quelquefois plus de désordre
dans le discours , elle lui donne aussi plus de
mouvement et de vie ; l'inspiration du moment aug- ,
mente la puissance de l'orateur ; ses expressions ca
deviennent plus animées , et ses tours de phrases plus
hardis. C'est alors , qu'armé véritablement des foudres
de la parole , il se livre à l'impétuosité de son génie ,
presse ses raisonnemens , les enfonce pour ainsi dire
dans l'esprit des auditeurs ébranlés , et va remuer au
fond des coeurs les passions , après avoir porté la conviction
dans les ames.
Que les jeunes gens s'exercent donc de bonne heure:
à Part oratoire , non par des amplifications de coilége
et ces compositions vagues qui leur sont prescrites par
le maître . Les sophistes chez les Grecs , les déclamateurs
chez les Romains étaient prêts à parler sur toute sorve
de sujets. Ce n'étaient jamais que des déclamateurs et
( 159 )
1
des sophistes. L'orateur ne veut point de sujets de com
mande. Il faut à son talent un véhicule plus actif et un
intérêt plus réel . Tous ces simulacres de discours lui
déplaisent ; c'est dans la mêlée qu'il aspire à se montrer,
et qu'il peut cueillir des lauriers qui le flattent.
Heureusemnet la révolution qui s'est opérée dans
notre gouvernement ouvre aux jeunes gens une carriere
vaste , où ils peuvent essayer leurs talens . Ils auront les
tribunaux où il est si glorieux et si doux de remplir
les fonctions augustes de défenseur officieux ; les corps
administratifs où s'agitent des questions intéressantes
d'ordre public ; et par- tout la présence du peuple qui
encourage et qui juge . Que d'alimens à la noble ardeur
de la jeunesse républicaine ! que de ressources leur sont
offertes pour mériter de discuter un jour , au sein de
la représentation nationale , les grands intérêts de la
liberté , de la législation et de la politique ! >
On a souvent demandé si l'éloquence n'était pas plus
dangereuse qu'utile , et si la vérité a besoin de tous
ces vains ornemens qui la défigurent . On a raison si par
ornement l'on entend un amas de lieux communs et de
sophismes déclamatoires . Ce n'est pas là de l'éloquence ,
c'est une trompeuse verbosité . L'éloquence n'est autre
que la vérité bien conçue et bien exprimée ; elle est
dans la nature , parce que la raison et toutes les affections
de l'ame viennent d'elle . Il n'est pas plus raisonnable
d'exiger qu'un homme renonce à l'usage de ses
facultés intellectuelles , qu'à celui de ses pieds et de
ses mains . On peut abuser de l'éloquence ! Oui , comme
on abuse d'une plante salutaire pour la tourner en poison
, comme le fer qui protege se change en instrument
homicide dans les mains d'un assassin. Mais à côté de
l'abus il existe , dans le gouvernement d'un peuple.libre
trois garanties bien puissantes ; la moralité de l'orateur ,
l'indépendance des opinions qui fait lever un défenseur
pour la vérité , quand l'erreur trouve le sien ; l'instruc
tion et la conscience du peuple qu'il est difficile de
tromper sur ses véritables intérêts .
Nous ne donnons point ces réflexions comme une
poëtique complette de l'orateur; ce serait la matiere
d'un long, ouvrage qu'il ne faudrait point traiter à la
maniere des rhéteurs . Mais si elles renferment quelques
idées saines et utiles sur un art qui doit devenir de jour
en jour plus cher aux Français , et dont le génie de la
1
L 4
( 160 )
liberté a déja créé plus d'un modele , ce n'est point es
vain que nous aurons écrit ce peu de pages...
-
( Cet article est du cit, LENOIR DELAROCHE. )
ANNONCES.
Bibliotheque physico économique , instructive et amusante
année 1795 ( vienx style ) ou 14. année ; contenant des mémoires
, observations pratiques sur l'économie rurale ; les
nouvelles découvertes les plus intéressantes dans les arts utiles
et agréables ; la description et la figure des nouvelles machines
, des instrumens qu on peut y employer d'après les expériences
des auteurs qui les ont imaginées ;
des recettes
pratiques , procédés , médicamens nouveaux , externes ou internes
, qui peuvent servir aux hommes et aux animaux ;
le moyen d'arrêter ou de prévenir les accidens , d'y remédier ,
de se garantir des fraudes ; de nouvelles vues sur plusieurs
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sur la troisieme édition , par la cit . R.... Quatre volumes in - 12 ,
imprimés sur caracteres de Cicéro - Didot et sur papier carré fin .
Prix , 24 liv . broché ; et 28 liv. 10 sous , franc de port par la
poste , pour les departemens et pour les pays conquis . A Paris ,
shez F. BUISSON , libraire , rue Hautefeuille , no . 20. Од
affranchit le montant et la lettre d'avis.
-
RECUEIL
DE RECHERCHES ET D'OBSERVATIONS
A
Sur les différentes méthodes de traiter les Maladies Vénériennes
et particulièrement sur les effets du remède connu sous le nom de
Rob anti -syphilitique , par LAFFECTEUR , co - propriétaire de co
remède ; in-8 °. de 150 pages d'impression , caractère Didot
présenté à la Convention nationale : se trouve chez l'auteur , à
Paris , rue des Petits- Augustins , nº . 1276 ; prix , 30 s. pour
Paris , et 40 s. franc de port , pour les départemens.
Extrait de la DECADE PHILOSOPHIQUE , LITTÉRAIRE
*T POLITIQUE , du 20 Brumaire de l'an moisième. ( 1)
L'OUVRAGE que nous annonçons intéresse si vivement une partie
de l'humanité souffante , que nous croyons devoir nous empresser d'en
rendre compte. L'auteur paraît avoir fait une étude approfondie de
la matière dont il s'occupe , et la confiance qu'il ne sollicite point ,
mais qu'il inspire , naît des développemens qu'il présente avec le ton
de la vérité , ton qu'il est facile de ne pas confondre avec celui d'une
présomption, suspecte , ou d'une mauvaise'foi criminelle. I écrit en
s'appuyant comme il le dit ini -même , sur l'autorité des faits et de
l'observation.
Guidé par les praticiens les plus estimés , il passe en revue les différentes
méthodes de traiter les maladies vénériennes , il parle sommairement
des unes , et de quelques autres avec les détails qu'exigent l'intérêt
des malades et l'importance de l'objèt .
Il répète , d'après des écrivains connus , qu'on a trouvé des remèdes
contre ce fléau , dans le règne animal , dans le régne végétal et dans le
règne minéral.
pas
Comme le règne animal a fourni peu de ressources , ou des ressources
peu certaines , pour la guérison des maladies vénériennes ; que les
praticiens n'ont été plus heureux dans les combinaisons qu'ils ont
faites de certaines substances , présumées spécifiques dans les trois règnes
; et qu'enfin le mercure et ses différentes préparations ont longtems
obtenu une préférence presque exclusive , le citoyen Laffecteur
s'occupe d'abord particulièrement de ce minéral .
26
Il puise dans les sources respectées par tous les savans en médecine ,
( 1 ) Ce journal est cité ici , parce qu'il jonit de l'estime des gens instruits
comme de l'approbation des gens de goût . Il ne se borne pas aux objets scientiliques
. Il est en même tems consacré a la Littérature , aux Arts , à la Morale ,
à l'Agriculture et à la Politique ; et ces differentes parties y sont traitées de ma
nière à laisser apercevoir qu'il est écrit par des plaines exercées dans ces divers
genres. La Morale s'y montre toujours sous la forme amusante d'un conte , d'un
dialogue , ou d'une allégorie . Des pièces fugitives en prose et en vers , l'analyse
des nouveautes théâtrales , etc. contribuent encore à l'agrément de cet ouvrage ,
qui paraît tous les décadis . C'est au Directeur de ce journal , rue l'hérese , près
la rue Helvétius , à Paris , qu'on s'adresse pour s'y abooner. Le prix est de 28 liv.
pour six mois , et de 55 1. pour l'année , frans de port , dans tous les départemens,
les preuves alarmantes et décisives des cures incomplètes qu'on opère
par le mercure ; des accidens qui résultent de son administration , 'des
inconvéniens de son usage , et des maux incalculables qui en sont la suite.
Il parle , d'après les praticiens les plas célèbres , da mercure et de
ses préparations ; des vertus spécifiques de ce mineral , de l'incertitude
de son action , et de ses inconvéniens , soit qu'on le doune en
frictions , soit qu'on l'administre intérieurement .
Nous ne nous arrêterons pas à faire d'analyse de cette partie de l'ouvrage
du citoyen Laffecteur , qui n'est elle-même qu'une analyse de ce
que les meilleurs auteurs ont écrit sur cet objet ; mais nous invitons
lire attentivement cet article dans son recucil : il est d'un intérêt général
, et l'humanité l'exige .
Si la première partie du recueil du citoyen Laffecteur afflige ceux
qui croient que le incrcure est le seul spécifique contre les maladies yenériennes
, combien est rassurante la certitude qu'il donne , toujours
d'après des autorités irréprochables , que la classe immense des végétaux
est féconde en ressources contre cette cruelle maladie !
"
}
su-
Il affirme et prouve « que cette méthode est douce et sans incon-
» véniens ; que les végétaux guérisseut aussi promptement et aussi sí
rement que le mercure ; qu'ils n'altèrent pas , comme lui , la cons-
» titution des malades ; qu'ils ne dégradent pas les parties constitutives
» des organes ; qu'ils ne portent pas , comme les mercuriaux , le
" trouble dans l'ordre des fonctions animales ; que leur action est
paisible ; qu'elle peut être combinée , modifiée suivant les circonstances
; et qu'enfin il faut les préférer pour le traitement des mala-
39
» dies vénériennes. »
C'est encore dans l'ouvrage du citoyen Laffecteur qu'il faut lire le
développement de ces vérités : il nous a paru sans réplique .
Une objection naturelle se présente ici nécessairement . Pourquoi les
végétaux n'ont -ils pas obtenu la préférence qu'ils méritent sur le mercure
ses préparations ?
est que , dit l'auteur , le traitement par les végétaux exige une
étude des tempéramens , des climats , de la vertu des plantes qui ;
» transportées ou transplantées , ne donnent pas constamment les
» mêmes résultats ; qu'une simple routine , par conséquent , est sou-
» vent en défaut ; que le découragement suit des épreuves incomplètes ,
» que l'homme de l'art , pressé de jouir , rentré dans la route battue
» des traitemens mercuriels ;
» C'est qu'on n'a pas toujours fait le choix heureux des végétaux
» analogues à la constitution des malades ; qu'on n'a pas assez calculé
» les doses auxquelles il fallait les prescrire ; qu'on ne les a pas combinés
, variés à propos ; qu'on n'a pas saisi les circonstances favo-
» rables ou opposées à leurs effets ; en un mot , qu'on a méçoncu ou
» contrarié la marche de la nature et la tendance des humeufs vers
» une évacuation plutôt que vers une autre , ca tentant de la portar
» ailleurs par des efforts inutiles et dangereux .
De ces inattentions et de ces erreurs devaient nécessairement résuiter
une solution peu satisfesante , et le découragement des gens
» de l'art : aussi ont - ils dirigé toutes leurs études , tous leurs efforts
vers une méthode dont ils n'ont jamais pu se dissimuler les dan-
" gers ; que beaucoup ont adoptée à regiet , et que les voeux réunis
""
1
"
des médecins et des malades doivent enfin faire proserire entières,
ment. "
Le citoyen Laffecteur termine cet article par la réflexion suivante :
Existe- t - il un médecin qui n'ait pas gémi plus d'une fois sur l'im
puissance de son art sur les ressources infidelles qu'il lui présente ;
» et qui , dans le désespoir que lui a souvent donné l'état critique de
plusieurs de ses malades , n'ait pas désiré la découverte d'un rem, de
dont les effets fussent assurés et constatés par des épreuves sans rés
" plique. "
"}
On trouve ensuite dans le même recueil , l'historique circonstancié de
certe découverte en médecine , qui remplace , avec des avantages infi«
nis , le mercure et ses préparations .
On y voit avec quelles précautions , quelle sévérité , quelle authen
ticité , ont été faites les épreuves qui devaient constater les vertus de
ce remède , connu sous le nom de Rob anti-syphilitique.
On y lit les actes les moins suspects , les témoignages les plus dé
cisifs en sa faveur , et qui démontrent en outre qu'il ne contient pas
de mercure ; qu'il est uniquement végétal , et qu'il est le spécifique désiré
par les médecins , contre les maladies vénériennes.
C'est un grand nombre de médecins et de chirurgiens connus , qui
affirment ces vérites ; on ne peut pas les révoquer en doute , sur- touc
après que la société de médecine de Paris en a garanti l'authenticité
par son suffrage.
Le citoyen Laffecteur né s'érige point en juge dans sa propre cause;
il n'exige point qu'on le croie sur sa parole : il laisse naître la conviction
du simple énoncé des faits qu'il expose et des preuves qu'il produit.
Mais sachant qu'il a dans ses mains le moyen de sauver les incurables
vénériens , de guérir les malades de cette espèce , à qui on n'ose pas administrer
le mercure , ou à qui on ne Padministre pas sans danger
comme ceux chez qui le vice vénerien est compliqué de scorbut , d'af
fections de poitrine , d'affections nerveuses , de grossesse récente ou
avancée , de dyssenterie , de crachement de sang , d'une disposition
prochaine a la cachexie , au marasme , à l'appauvrissement du sang ,
etc. , il a le courage que lui donne le sentiment de ses forces et de sa
position , et il demande que le Rob anti - syphilitique soit administré ,
dans les hospices nationaux , aux malades vénériens qu'on ne traite
point sans danger par le mercure ; offrant , pour cet usage seulement
de le fournir avec le sacrifice de son bénéfice ordinaire .
Suivent vingt- quatre observations de guérisons opérées par le Rob
anti-syphilitique , qui prouvent , d'une part , à quel degré d'énergie
peuvent parvenir les ravages de cette maladie lorsqu'on la néglige ,
ou lorsqu'on n'emploie , pour la combattre , que les remèdes mercuriaux
; et qui prouvent aussi l'efficacité de ce remède sur les malades
réputés incurables.
Ici , comme dans le cours de son ouvrage , le citoyen Laffecteur ne
se prévant ni de ses connaissances , ni de ses observations personnelles
; celles qu'il transcrit sont extraites des procès -verbaux dressés
par les commissaires de la société de médecine de Paris , ou signés
par des médecins et chirurgiens d'une réputation sans reproches.
Mais il est un genre de maladies vénériennes , dont beaucoup de
personnes sont affectées , sans le savoir : elles sont connues des médecins
, sous le nom de maladies vénériennes chroniques , sans signos
évidens , c'est- à- dire , masquées , dégénérées ou compliquées . Le citoyen
Laffecteur , toujours en puisant dans les sources les moins suspectes , a
Inséré dans son recueil l'extrait analytique d'un traité sur ces maladies ,
qu'on doit consulter avec attention , les femmes sur-tout.
a Cette partie du recueil à pour objet de faire connaître « une maladie
qu'on porte souvent , sans s'en douter ; qui , assoupie pendant plu-
» sieurs années , se développe tout- à-coup avec activité ; qui , dégé
» nérée de sa nature primitive , prend un caractère qui paraît lui être
» étranger ; qui se montre souvent sous l'aspect trompeur de maladies
tout-à -fait différentes ; qui fait des ravages d'autant plus certains
qu'on en méconnaît le principe , qui , déguisée sous toutes sortes
de formés , échappe à la sagacité des maîtres de l'art ; et élude l'action
des médicamens . »
9
Le citoyen Laffecteur présente les preuves de l'existence de ces maladies
, leur description , leur marche , leurs causes , leurs siéges ,
leurs effets , leurs signes , et des vues générales sur la méthode curative
qu'il convient de leur opposer.
Il est impossible , d'après le développement des principes consignés
dans le traité que nous lisons , qu'on administre le mercure contre
les maladies chroniques ; il est même démontré que les végétaux seuls
peuvent sauver ceux qui en sont affligés : plusieurs observations incontestables
ont prouvé qu'elles ne résistaient pas au Rob anti- syphilitique;
on en verra dix exemples remarquables et très-consolans dans leurs résultats
, à la suite de ce traité , auxquels nous renvoyons .
Enfin le citoyen Laffecteur complète et termine son recueil par quelques
observations sur les maladies vénériennes des noirs , sur le pian ,
sur la lèpre . Elles sont extraites de l'ouvrage d'un médecin qui a suivi
pendant plusieurs années les maladies des colonies , et principalement
celles des noirs ; et ce médecin déclare qu'il n'a jamais employé
ie Rob anti-syphilitique sans succès , dans les cas décisifs pour la
guérison des maladies désespérées qu'il a rencontrées aux îles , dans sa
longue pratique .
*
Si nous nous sommes étendus sur le compte que nous venons de rendre
du recueil du citoyen Laffecteur , nous avons eu en vue le bien de
Phumanité , auquel nous croyons coopérer en inspirant le désir de connaître
un ouvrage que nous jugeons , sous tous les rapports , digne d'être
lu par les gens de l'art et les malades ; il est écrit avec sagesse , avec pu
reté , et nous le répétons , avec le ton d'une vérité persuasive , auquel
il est difficile de résister.
DECRET DE LA CONVENTION NATIONALE ,
Prononcé dans la séance du 21 Brumaire de l'an troisième.
Le Citoyen Laffecteur offre à la Convention un Ouvrage intitulé : Recherches
et Observations sur les effets du remède connu sous le nom de RoB ANTI- SYPHI
LITIQUE: Il demande à être employé pour le traitement des incurables veneziens.
La Convention décrète la mention honorable de l'offrande , et renvoie la demande
au comité des Secours publics , pour y statuer et faire un rapport , s'if
y a lien.
( 161 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
LTS
ALLEMAGNE,
De Hambourg , le 28 mai 1795 .
ES lettres de Constantinople du 15 avril annoncent la
consolante nouvelle de l'arrivée des bâtimens chargés de grains
attendus d'Alexandrie . Ces secours viennent bien à propos ,
car la famine commençait à se faire sentir vivement dans la
capitale.
Actuellement qu'on est délivré de la crainte de ce fléau ter
rible , et qu'on a la liberté d'esprit que procure , sinon l'abondance
, du moins la certitude de ne pas mourir de faim . On
en profite pour s'occuper sérieusement d'une partie des améliorations
dont la chose publique a besoin . Par exemple , dans
le nombre des établissemens à l'europeanne , que le divan se
propose de former , on remarque celui d'un nouveau corps de
genie et d'une école italienne et française . La tactique va aussi
être infiniment rapprochée de celle du reste de l'Europe .
Le vaste empire de Perse , après avoir été long- tems en proie
à toutes les horreurs de la guerre civile , vient de tomber en
entier, sous la domination de l'eunuque Aga Mahmed Kan . Le
vainqueur s'est rendu maître de son ennemi Fotfahkan , lui a
fait crever les yeux , l'a confiné à Lehuan , et a transporté le
siége de l'empire d'Ispahan à Chiraz.
Il est vraisemblable , d'après cet état des choses dans la
Perse , que la Porte Ottomane n'a rien à redouter de ce côté ;
ce qui lui ménage plus de forces pour résister à la Russie , ου
inême pour revendiquer sur elle par les armes ce qu'elle a
perdu . D'ailleurs , elle ne sera pas seule dans cette entreprise.
Les cours du Nord et celle de Berlin , feront , selon toute apparence
, en sa faveur une diversion qu'elle peut leur rendre en
attaquant la Russie sur plusieurs points , et notamment du
côté de la Crimée . La Prusse a l'intérêt le plus marqué à ce
que la Russie ne s'aggrandisse pas trop aux dépens de la Pologue
, comme le démontrent les réflexions suivantes , dont la
justesse sera facilement sentie.
Les provinces méridionales de la Pologne , connues sous
le nom d'Ukraine , fournissaient à la Silésie des boeufs , des
( 162 )
cochons , des moutons , etc. Elles nourrissaient les fabricans
et entretenaient les fabriques prussiennes de matieres crues ,
qui travaillées dans ces fabriques , se revendaient en grande
partie en Pologne ou en Allemagne . Ces provinces au pou
voir de la Raisie , une partie du commerce de la Prusse , celui
de la Silesie sur- tout tombe nécessairement ; car ou la Russic
établira des fabriques dans les pays envahis , et enverra ses
marchandises à Cherson , en elle enverra par la mer Noire
les matieres premieres et non ouvrées . Sa domination sur cette
mer lui facilite les moyens de vendre les boufs de Pologne en
viande salée les peaux , elle les fera travailler chez elle ,
ou elle les vendra aux Anglais . Cette nouvelle pente du commerce
de bétail doit avoir une grande influence dans la grande
Pologne , non - seulement sur les fabriques de drap et de cuir ,
mais encore sur l'agriculture .
Mais les effets de cette domination de la Russie en Pologne
ne se borneront pas à la Silésie et à la grande Pologne ; ils
s'étendront à la Prusse orientale , et sur tout au commerce
de Kouisberg. La Lithuanie avait trois débouchés sur la Baltique
, savoir , Riga , Libau et Konisberg . Les palatinats de
Polock , Minsk , une partie de celui de Vilna , et la Semigalle ,
envoyaient leurs productions à Riga en Livonie ; la Courlande
et la Samogitie à Libau et les palatinats de Wilna ,
Troki et Nowogorod , qui sont les plus considérables , envoyaient
les leur à Konisberg. Le commerce se fait à Riga par
1a Dwina , à Libau par terre , et à Konisberg par le Hiemen
C'est à ces trois ports que la Lithuanie fournit du bled , du
lin , du chanvre , du bois de mâture et de construction , de
la potasse , du goudron , etc. Il est clair que si la Russie
reste en possession de ces provinces , le commerce de Konisberg
sera entravé , soit par des défenses d'exportation , soit
par des droits exorbitans ; il peut même être absolument
andanti , si la Russie fait creuser depuis le Hiemen jusqu'à la
Dwina un canal qui , au moyen des rivieres et des lacs de
la Samogitie , auirerait dans les ports de Riga et Libau tout le
commerce de Lithuanies
Il est donc évident que la Russie par la possession de la
Pologne , non - seulement rend nulle la part dévolue au roi de
Prusse , mais détruit même les avantages qu'il retire de la
Silésie et de la Prusse orientale .
Il faut remarquer encore qu'une grande partie de la cavalerie
prussienne est montée sur des chevaux polonais , que
dans aucun endroit de la Pologne on ne trouve si bons qu'en
Ukraine ; enfin , la part de la Russie dans cette nouvelle invasion
de la Pologue , la rend maîtresse d'un pays presqu'aussi
étendu , presqu'aussi peuplé que toutes les possessions plus
siennes prises ensemble.
{
( 163 ))
Les dernieres lettres de Stockholm du 23 mai disent que
ministre de France n'a pas encore eu son audience publique
elle est remise au retour du roi , que le régent son oncle fait
voyager dans les différentes parties du royaume dont il va luï
remettre les rênes ; l'un et l'autre sont incessamment attendus
dans la capitale . La plus grande union regne toujours entre la
Suede et le Danemarck ; elle semble même se resserrer , s'il est
en raison des bruis d'une alliance entre l'Autriche ,
posisie et la Grande
- Bretagne
.
De Francfort-sur- le-Mein" , le 5 juin.
Suivant des lettres de Berlin du 30 mai , le gouvernement
prussien s'occupe , avec une grande attention ; à consolider son
pouvoir dans la partie de la Pologue qui lui est échue , et qui
porte aujourd'hui le nom de Prusse méridionale . Il semble
chercher , autant qu'il est en lui , à amener cette contrée au
régime suivi dans les autres états , pour la fondre , pour ainsi
dire , avec le reste de ses possessions , et lui inspirer le même
esprit . Les mêmes lettres rendent aussi compte de la mort d'un
homme célebre et digne de l'être .
Le 27 de ce mois , vers les 11 heures du soir , mourut ici
à la suite d'une maladie de nerfs , dans la soixante - dixieme annec
de son âge , un des plus grands ministres d'état de toute
l'Europe ; savoir , lé célebre comte de Herzberg ; il a servi sa
patrie pendant près d'un demi-siecle , et jusqu'à la mort du
grand Frédéric II il en avait été le confident intime. Les lettres
perdent en lui an savant du premier ordre , et , à ce que l'on
assure , les savans, un protecteur utile ,
Il était curateur de l'académie des sciences de Berlin , ainsi
que membre de plusieurs autres societes litteraires .
On ne sait trop si l'on doit regarder comme un achemine
ment à la paix les dispositions contenues dans le bulletin suivant
de Wesel , en date du 24 mái .
Nous avons reçu ici un traité daté de Bruxelles le 26 mars
et de Heidelberg le 7 avail , fait entre la commission de rançon
impériale royale et celle de la France , concernant les individus
non combattans des deux parts . Ce traité consiste en cinq
articles dont voici le contenu :
1º . Les individus non combattans ne seront pas considéréscomme
prisonniers de guerre , et seront rendus sans échange .
20. D'après ce principe , les amées respectives devront réci
proquement livrer , aux premiers avant-postes , tous les individas
non combattans faits prisonniers avant les hostilites.
3 Ce principe sera à l'avenir observé scrupuleusement , de
sorre, que les individus non combattans seront livrés , aussi - rôt
que possible , aux avant- postes , des que par leur uniformetour
(1164 )
T'autres témoignages il sera reconnu qu'ils n'ont pas été de
nombre des combattaus.
4. Une copie du présent accord sera envoyée aux chefs des
armées respectives , pour qu'ils donnent ordre de le faire exċenter
sans délai de point en point.
5º. Cet accord sera publié sur - le - champ dans les endroits
⚫ sont les prisonniers , afin que ceux qui ne sont pas des
individus combattans puissent s'annoncer.
par
A ces cinq articles est joint un détail exact de tous les individus
qu'ils concernent , et tout est signé du côté I. R. , "
le lieutenant- colonel de Wackenbourg , et du côté des Français
par Alex. Latour , adjudant- général et chef d'une brigade.

Tout semble entraîner l'empereur vers la paix Plusieurs
membres du corps germanique l'abandonnent , les uns velontairement
les autres entraînés par les circonstances . Par
exemple , les Wurtemburgeois , dumoins s'il faut en croire des
lettres de Stutgard , ont tellement tourmenté leur nouvean
dac pour l'engager à accepter la médiation de la Prusse , qu'ils
sont parvenus à lui faire engager sa parole qu'il l'accepterait
sans délai . Les Français doivent avoir profité de ces dispositions
pour obliger le duc à se déclarer neutre . dans un terme trèscourt.
D'ailleurs , on écrit positivement de Vienne : Personne
ne doute plus à présent que le comte de Lehibach ne soit
allé à Basle pour le grand ouvrage de la paix , et l'on présume
que la diete de Ratisbonne joindra aussi à M. Barteinstein ,
envoyé pour le même objet , une députation particuliere et
eboisie.

agens
Voici ce qu'on ajoute à l'appui de ces conjectures : On
sait très-précisement que M. Hardemberg , ministre prussien ,
est allé à Berlin , et son premier secrétaire parti pour Paris
à l'issue d'une conference tenue à Huningue , entre des
de la France , M. de Wayz , de Hesse - Cassel , un envoyé palatinbaviere
stipulant pour les Allemands . Le départ de ces ambassadeurs
est attribué à des négociations très- avancées avee
l'Aquiche , qu'il s'agit , à ce qu'on prétend , de déterminer à
consentir la cession du territoire voisin d'une place forte de
France. Le correspondant de Newied , sur la foi duquel ondonne
ces nouvelles douteuses , én date du 23 mai , ajoute que
l'ambassadeur français eut ces jours derniers une conférence à
une demi-lieue de Basle avec un officier autrichien .
HOLLANDE .
La Haye , le 31 mai. Avant-hier , une députation du comité
pour les affaires de l'union , vint offrir aux états - généraux le
plan pour l'assemblée générale du peuple de ces provinces , et
la formation d'une garde
( 165 )
Ce plan , que era bientôt rendu public par la voix de l'ime
pression , comprend huit chapitres , divisés chacun en plus
sieurs articles ; le total de ceux- ci est de cent dix - huit.
Le premier chapitre traite de la subdivision du peuple et
du but de cette subdivision ; le second , des citoyens votans
et de leurs opérations ; les troisieme et quatrieme , des représentans
et de leur assemblée ; le cinquieme , des opérations
de la Convention nationale ; le sixième , de la maniere de
consulter ; le septieme , de la responsabilité des membres et
de la forme de procéder à leur égard ; et le huitieme cha
pitre traite de la séparation de la Convention nationale.
En présentant ce plan , le citoyen Van Leyden prononça
le discours suivant :
« H. et P. P.S. , nous nous sommes réjouis avec tous les bona
patriotes , du traité d'alliance entre notre pays et la puissante
République Française . Il nous est agréable d'être délivré de
l'incertitude sur le sort de cette République , et de voir la
liberté et son indépendance fondées sur des bâses solides ,
Actuellement , H. et P. P. S. nous avons la satisfaction de
vous offrir le projet d'après lequel nous pensons que les
citoyens de ces provinces pourrout faire usage du plus beau
droit d'un peuple libre , celui de déterminer la forme de son
gouvernement.
99 V. H. P. ont déja senti , peu de tems après le recous
vrement de notre liberté , que le gouvernement de ces provinces
devait être rétabli , et que pour cet effet le peuple devait
être convoqué en assemblées primaires , et nous avons considéré
comme une marque honorable de confiance que la formation
d'un plan à cet égard eût été remise entre nos mains.
Persuadés que le bonheur permanent de nos concitoyens
dépendait en grande partie de la maniere dont cette premiere
assemblée génerale sera formée , nous avons jugé devoir prendre
le tems nécessaire , afin de pouvoir délibérer mûrement sur
set ,bjet . "
" Si nous n'étions pas assurés du voeu de cette assemblée
et de celui de tout le pays , sur la nécessité de la convocation
d'une assemblée générale , nous croirions de notre devoir de
faire remarquer à V. H. P. que dans les circonstances actuelles
c'est le seul moyen de sauver la patrie . Long-tems nous avons
gémi sous un gouvernement qui méritait à peine le nom de
Constitution . Plusieurs sources de prospérité publique étaient
fermées ; plusieurs droits imprescriptibles étaient anéantis ,
l'intérêt particulier faisait taire l'intérêt général que nous espé
rons voir rétabli . Une assemblée nommée par le peuple achevera
le bel édifice dont V. H. P. ont jetté les fondemens . L'as
griculture et le commerce , ainsi que les manufactures , fleuriront
tous les moyens de subsister seront au pouvoir de
chacun ; chaque citoyen sera maintenu dans la paisible jouis(
166 )
sance de ses droits , et par là l'intérêt de chaque habitant sera
lié à l'intérêt public.
F " Ce sera donc pour tous les habitans de ce pays , un
souvenir agréable de se rappeller les noms des membres de
cette assemblée qui , devançant le voeu du peuple , ont dès le
Commencement de leur direction cherché à effectuer les moyens
de se faire remplacer par uge assemblées qui n'étant point
sujette à la defectuosité de notre soi - disante constitution ,
peat opérer avec plus de force , et fonder sur des bâses iné
branlables le bonheur du peuple .
ab
Les représentans de Hollande viennent de publier l'établissement
d'une banque d'emprunt national au moyen duquel
les particuliers peuvent engager leurs biens et effets avec sûreté
contre de l'argent comptaut , pour les mettre à portée de
satisfaire à la levée extraordinaire qui aura lieu incessamment .
Le reglement consiste en 24 articles , dont voici , la subs
tance
21 BOT la
Le comptoir de la banque sera à . Amsterdam ; l'emprunt
sera ouvert le 1er juillet de cette année ", et durera jusqu'au
1er juillet 1798. Il sera dirigé par six commissaires jares ,
qui auront sous leurs ordres les écrivains et less taneurs de
livres nécessaires . Ces commissaires auront chacun 700 florins
de salaire. On admeusa dans l'emprunt les obligations ,
contrats de rente , lettres- de - change , acceptées à charge des
sept provinces et des pays de la généralité . On admettra aussi
des obligations et lettres - de- change à charge de la compagnie
des Indes orientales et des colléges de l'amirante . -Oa
y admettra pareillement des obligations sur des puissances
étrangeres , et des actions dans les fonds publics des autres
nations , même des biens immeubles et des marchandises
qui ont une valeur courante ; mais on n'y recevra pas les
grains et les comestibles , de quelque nature qu'ils soient.
La banque ne donne pour chaque gage que 80 pour cent
de sa valeur contrainte . Celui qui engage peut faire diviser
les reconnaisauces qu'on lui donne en petites parties , mais
non moindres de 100 florins . L'intérêt du prêt est de 4 pour
cent , payable par celui qui engage mais les prêteurs en
argent out un intérêt annuel de trois pour cent death somme
prêtée.
ANGLETERRE . De Londres , le 22 mai .
Lord Carthampton succede an général Grosbie dans de com
mandement de l'armée d'Irlande ; il a plein pouvoir d'agir
comme il le jugera à propos en cas de trouble .
Nous savons , par un vaisseau américain du Bengale , que la
( 167 )
nouvelle de l'invasion de la Hollande est arrivée au Cap assez
tôt pour que les partisans du statdhouder pussent se garantir
de toute surprise ; mais il n'étaient point en forces pour résister
à une attaque sérieuse .
Le parlement d'Irlande , après avoir rejetté le bill sur les
catholiques semaid) , la adopte un autre bill qui a été présenté
par le chancelier de l'échiquier , et qui défend de proposer
au parlement aucune mesure relative au commerce , à la religion
et à la constitution , avant que ses principes n'aient éte
approuvés par un comité .
Le 17 , l'escadre de l'amiral Harvey, consistant en quatre
vaisseaux de ligne et deux frégates , revint à Portsmouth de
la
Croisiere qu'elle a faite dans la mer du Nord .
Outre une division des gardes à pied , quatre régimens irlandais
et quatre de la garnison de Gibraltar , doivent s'embarquer
incessamment pour les Indes occidentales . 204
10150
Le calme est rétabli en Irlande, Un bruit se répandit įderk
pierement à Dublin , que l'on y travaillait secrettement doka
fabrication de piques. L'on fit , en conséquence , des misites
domiciliaires , particulierement chez les maréchaux mais on
n'y trouva rien qui ressemblât à des piques . On assure que
dans la révolte arrivée dernierement à Roscomon , ila pér
plus de 40 séditieux
Les catholiques d'Irlande veulent faire à M. Grattan unprÉS
sent de 50,000 livres sterling, get ask he
"
On va établir le long des côtes de ce royaume , des campemens
de troupes . L'un de ces camps sera formé de 800
hommes.
non
Le club , dit de Bengale , a donné vendredi dernier une
fête à l'occasion que M. Warren Hastings a été déclaré
coupable ( not guilty . ) Tout ce que le luxe asiatique peut
avoir de plus brillant y a eu lieu ; plus de 600 personnes ont
diné avec le libéré . Il a été offert 60 guinées pour billet d'entrée
comme convive ; mais on ne pouvait plus en obtenir .
La compagnie des Indes va , à ce qu'on assure , faire
M. Hastings une pension de 5000 livres sterling pour les ser
vices qu'il a rendus dans les Indes .
*
Jamais on n'a essuyé dans ce pays une variation du chaud
au froid aussi grande que celle qu'on a ressentie ces jours
derniers jusqu'au 23 , la chaleur était telle , qu'on recherchait
l'ombre ; le 24 , et sur - tout le 25 , le froid était si
grand , qu'on ne pouvait se passer de feu dans les appartemens.
( 168 )
RÉPUBLIQUE
CONVENTION
FRANÇAISE.
NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE LANJUINAIS .
Stance du duodi , 22 Prairial.
La commune de Sedan dénonce le représentant Massieu ,
comme ayant tenu dans ses murs une conduite aussi imiorale
que crnelle .
1
La section des Marchés vient à son tour dénoncer l'ex- général
Santerre , qu'elle accuse d'avoir toujours servi le parti
dominant. Il était dévoué au parti d'Orléans , lorsqu'il dominait.
Il a ensuite servi celui de la commune de Paris dans
les journées des 2 et 3 septembre , et s'il n'a pas trempé šes
mains dans le sang , celui qu'il a laissé répandre ne le rend pas
moins coupable.
Ces dénonciations sont renvoyées au comité de sûreté
générale.
Lehardi , par motion d'ordre , appelle l'attention de l'Assemblée
sur la cherté excessive des denrées de premiere nés
cessité et la progression de leur prix qui devient de plus
en plus effrayante. Il en assigne la cause dans la cupidité de
ceux qui en sont les dépositaires , et ce nombre prodigieux
d'agioieurs qui spéculaut sur les besoins de l'homme , s'interposent
entre le propriétaire des subsistances et le consommateur.
Il propose un projet de décret tendant à ce que la
Convention s'assure de la prochaine récolte , fixe le prix des
grains , et inflige des peines severes contre ceux qui vendraient
au- dessus du prix fixe .
Villers prétend que la cherté actuelle est le fruit des lois
coercitives rendues sons le régime des tyrans que les décla
mations qu'on se permet journellement contre les cultivateurs ,
ne fout qu'encourager la malveillance . Les hommes intéressans
, dit-il , qui cultivent la terre semblent être destinés à
supporter toutes les peines de la nature sans en avoir les
plaisirs . Nous devrions honorer leur fatigues , bien loin de les
couvrir d'opprobres . L'agriculture pour prospérer a besoin
d'être libre , elle doit l'être jusques dans ses écarts . t.chardi ,
selon lui , reproduit le maximum et les requisitions . Il croit
cependant qu'il faut prendre des mesures pour s'assurer de
la récolte prochaine , et il demande la question préalable sur
la metion de Lekardi . Celui-ci insiste sur sou projet et aunonce
4
( 169 ) !
nonce à la Convention qu'après avoir fait souffrir long- tems
le peuple , elle sera forcée d'adopter sa mesure .
Mathieu dit que l'expérience a déja jugé cette mesure d'une
maniere terrible , que la question relative à la modération du
prix des denrées se rattache à celle de l'amélioration des
finances et au mode de retirer les assignats de la circulation ;
qu'il est impossible de forcer le cultivateur à vendre sa denrée
à un prix accessible , lorsqu'on éleve les domaines nationaux
à un prix exorbitant. Lehaidi n'abandonne pas son projet ,
il rappelle que sous l'ancien régime , les prix de tous les
objets de premiere nécessité étaient réglés , que le commerce
n'en était pas rallenti , et que ce n'était qu'à l'extrémité qu'on
permettait une augmentation légere sur la livre de pain . II
demande pourquoi on la voit monter avec indifference à un
taux exorbitant . Il ajoute que les petits propriétaires et les
rentiers ne peuvent plus vivre .
Un membre, que la Convention avait envoyé dans les départemens
qui avoisinent Paris , pour en assurer les subsistances ,
dit qu'il a trouvé dans le district de Montdidier des cultivateurs
honnêtes et patriotes , qui ne lui ont pas vendu le sac
de bled au dessus de trois cents dix livres. II' observe que
c'est la cupidité des marchands qui fait hausser le prix des
denrées .
La motion de Lehardi est écartée par la question préalable
.
la com-
Plusieurs sections de Paris viennent demander que
pagnie de canonniers ,, attachée à chacune d'elles , soit licenciée ,
et que désormais il n'y ait plus de canons dans les sections.
Mention honorable et renvoi aux comités de sûreté générale,
et militaire .
Séance de tridi , 23 Prairial.
Monnor , au nom du comité des finances , fait adopter un
projet de décret sur les déchéances des créanciers de l'état .
porte que ceux des créanciers de la République qui n'ont
fait aucune réclamation ont définitivement déchus de leurs
droits ; ceux qui ont produit des mémoires ou copies collaionnées
et qui ont encouru la déchéancé , fanté d'avoir produit
les originaux de leurs titres , sont autorisés à les produire
et à en compléter la remise d'ici au fer , vendémiaire
prochain . Le même délai est accordé aux personnes qui ont
éclamé auprès du corps legislatif ou des administrations . Ceux
dont les titres auraient été lacérés en exécution de la loi de
frimaire dernier , serout'admis d'en produire le double , dans
le même délais en justifiant par un certificatladthentique de
la remise de leurs pieces.
+1KOL +སུ ། པར་
La Convention voulant venir au secouts des citoyens pen
fortunés qui ont pu ne pas entendre l'esprit de la loi et les
Tome XVI.
· M
( 170 )
distinguer de ceux que leurs moyens et leurs lamieres ont
mis à même de la connaître parfaitement , accorde à tous
les propriétaires de créances exigibles ou constituées , qui
n'ont formé aucune réclamation jusqu'à ce jour , et dont la
liquidation n'excede pas en capital la somme de mille liv , ou
cinq cent liv. d'inscription , la faculté de produire les titres ,
pieces et renseignemens constatant leur répétition envers le
trésor public d'ici au 1er . vendémiaire , sous peine d'être
déchus.
Sevestre , au nom du comité de sûreté générale , propose
la rédaction définitive des faits qui ont motivé le décret d'accu
sation et celle de ce décret du 8 prairial contre les députés
Duroi , Bourbotte , Duquesnoi , Prieur de la Marne )
Peyssard , Romme , Goujon , Albite aîné , Soubrany et
Forestier. La Convention décrete que le tout sera joint à la
séance du 8 , et qu'expédition du procès - verbal de ce jour
sera délivrée au comité de sûreté générale pour être transise
à la commission militaire chargée de juger les prévenus
dont il s'agit,
Génissieux , au nom du comité de legislation , fait rendre
le décret suivant :
Art. er. Les individus , qui par suite ou à l'occasion
des événemens des 31 mai , 1 et 2 juin , auront éte obligés
de fair on de se cacher pour se soustraire à l'oppression sous
Taquelle ils gémissaient , et aux dangers dont étaient menacés
ceux qu'on inculpait de prétendu fédéralisme , d'improbation
desdits événemens , de convocation d'assemblées ou réunion
d'autorités constituées et de sections , de participation ou de
présence auxdites assemblées , d'adhesion à leurs délibérations ,
de conconrs à leur exécution , de levee de force départemen,
tale , ou autres prétend us actes fédératifs , jouiront du bénéfice
de la loi du 12 germinal dernier , relative à ceux qui , par
suite ou à l'occasion des mêmes évéuemens , avaient été mis hors
de la loi.
,, II. Si les individus dont il est parlé dans l'article précédent,
n'ont été compris dans les listes d'émigrés , que posté
rieurement au 31 mai 1793 ( vieux style ) , ils ea seront rayės
sans être tenus de prouver leur residence postericure à cette
époque dans les formes prescrites par les lois generales sur
l'émigration , mais en satisfaisant aux articles II , IV , V
VI et VII suivans . 1
III . La demande en radiation , main- levée du séquestre
et de scellés , sera adressée au directoire du département ,
qui statuera sur l'avis de celui du district da domicile . Les
arrêtés et les pieces à l'appui seront renvoyés au comité de
législation qui prononcera définitivement , en conformité de
la loi du 25 brumaire de l'an III .
IV. Le réclamant ne pourra obtenir cette radiation qu'en
K
( 171 )
pronvant les persécutions et les justes motifs de crainte dont
il est parle en l'article Ier.
19 V. Pour faire la preuve , il suffira de rapporter en original
ou par copie légalement certifiée , soit une dénonciation , soit
un mandat d'arrêt , soit tout autre acte de poursuite , ayant
pour motifou prétexte une des inculpations enoncées en l'article
Jer. et ayant une date certaiue posterieure au 31 maj.
1
VI. Les individus dont il est parié en l'article Ier. , seront
tenus de se coomnformer aux articles III , IV et V , et de faire
déposer leur reclamation avec les pieces à l'appui dans cinq
décades , à compter de la publication de la présente loi ,
an secrétariat du département ou du district ; passé ce délai ,
ils seront inaimisșibles à faire aucune preuve ui réclamation.
,, VII . Le décret du même jour 22 germinal dernier , relatif
à ceux qui avaient , par une disposition vague de celui du
27 mars 1793 , éte mis hors de la loi comme ennemis de la
revolution , a ceux qui , par autre decret du 23 ventôse de
l'an II , étaient déclarés leurs complices , pour les avoir recélés
ou n'avoir pas découvert le lieu de leur retraite , sera exécutés
selon sa forme et teneur , avec cette modification que
ceux qui n'avaient pas été nommément et collectivement , comme
membres d'un corps , mis hors de la loi , s'ils ont été compris
dans une liste d'emigrés posterieurement au 27 mars 1793.
ne pourront en obtenir la radiation , la main-levée du séquestre
et des scelles , quien se conformant aux articles III , IV ,
VI et VII ci-dessus .
,, VIII. Les radiations qui pourraient avoir été faites , les
main -levées qui pourraient avoir été données en verta de
la loi du 22 germinal dont il est parlé en l'article précédent ,
sont declarees nulles et comme non- avenues si les individus
qui les ont obtenues ne sati font auxdits articles III , IV
Vet VI ci - dessus , et ne forment leur demandé dans le délai de
einq décades , à compter de la publication de la présente loi :
passé ce délai , ils seront rétablis sur la liste des émigrés
réputés tels , et leurs bicus sequestrés et vendus conformément
aux lois .
,, IX . Dans deux décades , à compter de l'expiration du
premier delai , accordé par les articles VI , VII et VIII ci- dessus,
ceux qui , pour n avoir pas satisfait aux dispositions de la
presente lei , seront réputes émigrés , sortiront du territoire
de la République , et celui occupé par les armées et si passé
ce délai ils y sont trouvés ils seront punis comme émigrés.
"
99 X. Conformément à la disposition de l'article Ier, d'une
desdites lois du 22 germinal , il n'est point dérogé , à l'égard
des individus dont il est parlé dans lesdites lois et dans la
présente , aux dispositions , tant du code pénal , que des autres
M2
( 172 )
fois existantes , relativement à ceux qui seraient , d'après les
formes preserites , duensent convaincus de crimes contue la
révolution et la liberte. eit
Un membre au nom du comité des finances , expose que le
sanguinaire et le dévastateur, Couthon a fait raser à Lyon la
maison du citoyen Servant , et il propose de l'indemuiser de
cette perie. La Convention décrete qu'il y a lieu d'indemniser
le citoyen Servant de la valeur de sa maison de Lyon , dont la
démolition a été ordonnée par Couthon au mépris des dispo
sitions de l'art. 3 du décret du 21 du premier mois de l'an 2 .
En conséquence , autorise la trésorerie nationale à lui payer
surle vu du présent décret , la somme de cent vingt- cinq mille
cent dix liv . , montant de son estimation , ensemble les inté
rets de ladite somme , à compter du jour de sa dépossession .
La Convention etend ensuite aux départemens du Nord et
du Pas - de- Calais les pouvoirs qu'elle a confiés au représentant
du peuple Merlin ( de Douai ) délégué près la premiere division
militaire.
Séance de quartidi , 24 Prairial.
Faure , par motion d'ordre , découvre un nouvel abus de
Pagiotage qui attaque même les assignats républicains . La trésorerie
a émis des assignats de dix mille livres . Si le porteur
d'un de ces assignats a un paiement à faire d'une somme inférieure
, celui à qui il doit refuse de l'échanger et de lui rendre
son reste , il faut donc qu'il ait recours à un agioteur qui le
lui échange moyennant un bénéfice de trois ou quatre cents liv . ,
ce qui est une usure énorme . Faure s'éleve indirectement contre
l'émission d'assignats d'une si forte somme . Il dit qu'il n'approfondira
point les raisons qu'a eues le comité des finances
de les émettre , qu'il ne présume pas que ce soit par économie
de papier ou dé main - d'oeuvre , ou pour éviter une circulation
trop considérable , connaissant toute la sagacité de ce comité ;
mais il desire qu'on n'ajoute pas à la calamité des assignats ,
celle d'ouvrir la voie au monopole , parce que le commerçant
calculant sans cesse ses risques , ses assurances , ses frais de
quelque nature qu'ils soient , et voulant s'assurer un bénéfice ,
c'est toujours le consommateur qui devient la dupe des spéculations
de l'agiotage et de la faiblesse du gouvernement . Faure
demande qu'il soit décrété qu'un porteur d'effets sera tenu de
recevoir en paiement les assignats de dix mille livres , et d'en
remettre l'appoint à son débiteur , jusqu'à concurrence de
cinq cents liv. et au- dessous .
Cette motion est renvoyée à l'examen de la commission des
finances , qui , comme l'on sait , est composée de deux membres
des trois comités de gouvernement et de deux du comité
des finances.
( 178 ) Les administrateurs du district de Versailles écrivent qu'un
bien national qui en 1790 ne rapportait que mille liv. et qu
avait été estimé cinquante mille , vient d'être vendu trois cents
trente mille liv . D'après les bâses du décret du 10 prairiail në
l'aurait eté que soixante-quinze mille liv.; ce qui démontre la
perte énorme qu'allait faire la nation sur ses biens .
le Quelques membres ne voient dans cette adjudication que
discredit toujours croissant des assignats ; mais il n'en resulte
pas moins que cette somme est retirée de la circulation , et
dont nous que , lorsque nous serons délivrés des six milliards do
sommes surchargés , le prix des denrées reprendra son cours
ordinaire, e par conséquent qu'on atteindra le but qu'on se
propose , en vendant à des conditions plus avantageuses pour
l'état .
commerce
Creuse -Latouche , au nom des comités d'agriculture et des
finances , presente un rapport plein d'érudition et de connaissances
économiques sur le desséchement des étangs . I!
expose les maux qu'a faits à l'agriculture et au
cette mesure- adoptée inconsidérément , que l'ignorance et fa
'fureur de tout changer , sous prétexte d'améliorer ,
exercée dans cette partie leurs favages .
ont auss &
Son projet contient les dispositions suivantes , 10. les étangs
marécageux plus nuisibles à la santé qu'utiles , serout dessechés
; les administrations de district feront constater le nombre
d'etangs de cete sorte qui se trouveront dans leurs ressorts .
go. Autun étang te pourra être dessiche que d'après l'avis du
directoire du département , motivé sur celui du district, 3 ° . Les
étangs non marécageux , qui ont été désséchés ou ensemencés
pourront être remis en cau après la récolte .
Ce projet sera imprimé et distribue , et la discussion s'ouvrira
trois jours après .
\ Sevestre , au nom du comité de sûreté générale , propose
d'exclure de la langue le mot rivolutionnaire , qui rappelle tant
de souvenirs odieux , et que les comités de ce nom s'appellent
désormais comités de surveillance . Adopté.
Roussaut die que trop long- tems un crêpe funebre a couver
la France , et qu'il faut effacer des édifices le mot la mort , e
qu'on le remplace par celui d'humanité.
Dassault l'appuie ; mais Guyomard craint que dans ce mement
où l'on entreprend de royaliser l'opinion , ces change .
mens n'etayent des soupçons , quoique mal fondés .
Blad : N'oublions pas les inscriptions mises sur la porte des
temples , et par lesquelles Kobespierre fit l'honneur à l'Eve
Suprême de le réconnaître ; ni les placards affichés sur les portes
des maisons , ajoute un membre . Toutes ces propositions sont
renvoyées au comite d'instruction publique.
2
3
3 Boudin , au nom du comité militaire , fait le rapport sur
garde nationalasappelle les nombreux services qu'elle a
M 3
( 474 )
rendus dans les premiers tems de la révolution , le besoin qu'a
eu la tyrannie de detruire cette institution pour pouvoir s'é
lever et se soutenir , et propose de la recréer aujourd'hui , que
la Convention est revenue aux vrais principes. Il lit un projet
de decret , dont voici l'analyse : La garde nationale, sera réorganisée
, sans délai , dans toutes les communes de la Repu
blique , et sera composée des citoyens depuis 16 ans jusqu'à
60. Le second article contient les exceptions en faveur de certains
fonctionnaires publics , des indigens et de ceux qui n'ont
pas de domicile . Et le troisieme , le mode d'élection des
officiers.
241
Ce projet sera discuté après l'impression et la distribution..
Séance de quintidi , 25 Prairial.
Le représentant du peuple en mission près les armées des
Alpes et d'Italie , écrit de Toulon que le calme s'y rétablit
de plus en plus , que les armées avaient été travaillées en
tous sens par les pa tisans du terrorisme , mais que nos braves
défenseurs ont su résister à toutes ces insinuations perfides.
Notre escadre est sortie de la rade , et eile va au-devant
de celle des Anglais pour la combattre.
Lozeau , en mission dans le Calvados , confime les perfidies
des chefs des chouans qui signaient une pacification
à Rennes , et organisaient en mome tems , dans ce départe
ment , une insurrection . Ce nouvera complot a échoué
l'esprit de Caen est bon . La presque totalité des citoyens veut
la Republique , mais ils réclament un gouvernement et de
bonnes lois . Il faut donc que la Convention se hâte de décréter
les lois organiques de la constitution de 1793 , et qu'elle e
fasse disparaître les taches jacobites qui ne manqueraient pas
de la paralyser.
ср
Becker rend compte de sa mission à Landau dont l'objet
était de distribuer des secours aux citoyens qui ont souffert
de l'explosion de l'arsenal de cette place , et des mesures qu'il
a prises contre les agens de la commission temporaire chargée de
l'évacuation du Palatinat . Ils ont perçu des sommes considérables
sans donner aucune quittance . Ils ont répandu par-tout la terreur
et l'effroi ; ils ont vexé , torturé des citoyens pour leur arcacher
de l'argent ; ils en ont dévalisés et incarcérés d'autres
pillé les églises , et enlève des effets précieux sans dresser ni
procès- verbal , niinventaire ; Becker a déja fait arrêter environ
quarante de ces agens . La Convention renvoie au comité de
sûreté générale pour prendre contre les autres les mesures qu'il
croira convenables .
Sevestre , au nom du comité des travaux publics , fait décréter
que les débris des piedestaux , et en général tous les signes
et monumens qui rappellent la derniere tyrannie , disparaitront
des rues , places et édifices nationauxi
( 173 )
I
Pierret, au nom du comité de sûreté générale , donne con
naissance de plusieurs pieces qui ont été envoyées par le
représentant du peuple Grenet , en mission près l'armée
de l'Ouest. La premiere de ces pieces est une lettre du nommé
Antoine, Brutus Magné , ci-devant président de la commission
militaire établie à Rennes par les représentans Bourbotte ,
Turreau et Prieur de la Marne ) . Ce Magné avait été tra
duit au tribunal révolutionnaire de Paris , où il fut acquitté
par jugement du 6 ventôse dernier , et renvoyé cependant
comme prévenu de dilapidations , devant le tribunal criminel
du departement d'Isle et Villaine . La lettre de Magné est
adressée au comité de sûreté générale avec cette souscription :
à l'infâme comité de dévastation générale ; elle est datée de la
Maison Marat ( prison ) le 14 prairial , an 3e , de la République
ci- devant une et indivisible , actuellement problématique . Voici
quelques traits de cette production :
-
Monstres ! votre triomphe est complet ! c'en est fait de
ma patrie , je vous livre une nouvelle victine : frappez ,
bourreaux ! il n'est pas de Français qui , mieux que moi
ait mérité votre haine . Votre tribunal contre revolutionnaire
a eu l'imperitie de m'acquitter le 6 ventôse ; il m'a laissé
survivre à la République. J'ai appris avee douleur l'inútilité
des efforts faits par les patriotes pour anéantir le despotisme
thermidorien. Ils ont eu la mal-adresse de ne pas faire maiu- basse
sur les deux comités de gouvernement , sur les mis hors la
loi , les 3 , Tallien , Fréron , Barras , Legendre , Boursault ,
Anguis , Rovere , Clausel , sans oublier les deux Merlin et
tous les assassins de Robespierre. Il est de votre intérêt de
me réunir à ceax que juge votre infâme commission mililitaire
; car je le déclare je saurai vous atteindre , fút- ce dans
trente ans et vous percer le sein avec le poignard de Brutus.
C'est moi qui ai soulevé les républicains contre la bande des
coquins et contre - révolutionnaires qui osent sé nommer Convention
; c'est moi qui suis l'auteur du plan d'insurrection.
Le général Dubois a eu la lâcheté d'accepter le commandement
de la cavalerie dirigée contre le peuple ; il a trahi son pays :
hâtez-vous de me perdre je suis som nevcu ; il n'aurait pas
d'autres bourreau que moi , etc. 99
Les autorités constituées de Rennes , ayant en connaissance
de cette lettre , interrogerent Magné , le 14 prairial , sur les
motifs qui la lui avaient dictée . Magné reconnut son écriture ;
déclara qu'il avait exprimé ses propres sentimens , qu'il avait
envoyé la lettre à la poste par un volontaire qu'i ! refusa de
désigner il ajouta qu'on immolait les meilleurs patriotes ;
que par cette expression patriotes , il entendait les hommes
qu'on appelle terroristes hommes de sang , les braves représentans
montaguards , et notamment Carrier : que , durant sa détention
a Paris , il composa 25 numéros d'un journal intitulé : Opinio
MA
( 176 )
d'un démocrate , journal qui n'a pas été imprimé , mais qu'il
trouvait le moyen de faire passer au comité d'instruction ;-ete
que les membres de ce comité , dont il nene révélera pas les
noms , dût- on le mettre à la torture , adopterent, en entier
son plan d'insurrection .
Pierret , après avoir observé que ce plan est parfaitement
semblable à celui que les factieux lurent à la tribune le 1er. prai
rial , propose un projet qui est adopté en ces termes :
Antoine- Louis -Bernard Magné sera amené devant la commis-,
sion militaire pour y être juge conformément à la loi .
Boursault dit que les lenteurs sont toujours funestes en révolution
, et il demande qu'on se hâte de juger les chefs de la
révolte du 1er . prairial . Clausel annonce que les quatre comités
se sont occupés d'un rapport à ce sujet qu'ils présentéront
incessamment,
Devau demande qu'on rétablisse dans le procès - verbal du
8 du courant, un fait à la charge de Peyssard ; c'est que , lorsque
les défenseurs de la Convention furent momentanément repoussés
de la salle , Peyssard fut le premier qui cria victoire !
Ce fait sera ajouté,
= j
Séance de sextidi , 26 Prairial.
Les représentans du peuple en mission à Brest dénoncent la
société populaire de cette commune , qui s'arroge l'initiative
sur tous les objets d'administration . Son influence est telle que !
l'autorité des corps constitués est presque nulle , et sans le
contre poids de la Convention nationale qu'on n'ose pas encore:
attaquer de front, elle seule ferait mouvoir la machine politique
à son gré dans cette commune . Larsûreté de la ville , sal
garde interieure et extérieure , sa police ses approvisionne
mens , les subsistances de la marine , tout est de son ressort. )
On prend des arrêtes sur ces objeis , on nomme des commis
saires , on fait rendre compte aux fonctionnaires publics . Si
cela continue , des représentans seront forcés de dissoudre cette
société. Renvoi au comité de salut public, stavus at pi
pi
La commission militaire écrit que les députés qui sont en
jugement devant elle , demandent à faire entendre en témoi
gnage beaucoup de leurs collegues ; elle desire savoir ce qu'elle
doit faire .
Genissieux propose de rendre un décret portant autorisa
tion d'appeller , tous les représentans dont le témoignage est
invoqué par les accusés . Cette proposition est adoptée .
Boissy demande de rapport de ce décret ; il dit que c'est éterniser
ce procès , que ce sont des scélérats pris les armes à la
main , que les faits ont été déclarés constans par la Convention ,
et il réclame l'ordre du jour.
Un membre l'appuie ; mais il veut qu'on motive l'ordre du
( 177 )
jour sur ce que la commission a fe droit de faire tout ce qui
peut l'éclairer dans la procédure .
Boursault opine pour l'ordre du jour pur er simple , parce
qu'il semble que la commission veut s'environner de la Convention
pour mettre à l'abri sa responsabilité . L'ordre du jour
est décrété.
Meaule , en mission dans les départemens de la Côte-d'or et
de l'Yonne , envoie une denonciation des six sections de la commune
de Dijon , contre Léonard Bourdon , Pirchelet et Bernard
( de Saintes ) , qu'il reconnaît avee douleur être fondée . Renvoi
au comité de législation .
Sur le rapport du comité de législation , la Convention dé
erere que ceux qui seront nommés à des places judiciaires ou
administratives , et qui auront des motifs légitimes de récla
mation , ne seront point admis à les proposer sans Y joindre
un certificat des autorités constituées , portant qu'ils sont à
leur poste , et celui de deux officiers de santé qui attesteront
qu'ils ne peuvent les remplir .
C
inliqasi
ம்
PARIS . Nonidi 29 Prairial , l'an 3º , de la République.
17
3 .
1.4
38
4.414,08
La partie législatrice des finances est toujours celle
qui occupe la Convention avec le plus d'activité et le,
moins de succès ; c'est qu'il est deux choses qui sont
Independantes du pouvoir des hommes , la crainte et la
confiance ; plus le systême législatif change de forme ,
moins la premiere se dissipe , et la seconde renaît. L'expérience
aurait dâ prouver qu'une succession de décrets
contradictoires en finances influe sur l'opinion d'une
maniere, plus funeste que si omlaissait aller les choses
leur cours ordinairet On a déclaré d'abord que la monmaie
métallique était de la monnaie ; ce n'était pas'la
peine d'un décret , le besoin et l'opinion universelle
des peuples l'avaient décrété depuis long - tems . Mais
parce qu'une multitude d'autres causes ont fait que l'opinion
a attache plus de valeur à la monnaie métallique
qu'au papier , on s'est hâté de démonétiser la monnaie ;
c'était par conséquent la réduire à l'état de marchandise
comme métal , et il est de la nature de toute , marchandise
qu'on la vende et qu'on l'achete . On s'est
encore étonné d'un effet aussi ' simple , et on a fini par
défendre le commerce de la monnaie . Cela n'a pas empêché
que depuis le louis ne se soit vendu plus de
gooliv. , et il fallait s'y attendre ; toutes les lois du monde
( 178 )
1
ne peuvent êter à une chose sa valeur réelle , ni sz
valeur comparative . Cependant depuis deux jours l'argent
a baissé de près d'un tiers . Cette hausse et cette
baisse précipitées n'est souvent qu'un signe trompeu . et
un jeu de spéculation .
L'effet de cette versatilité s'est fait sentir également
relativement au décret qui autorisait la vente sans encheres
des biens nationaux sur le pied du soixante- quinzieme
du produit des baux en 1790. Les soumissions
ont été si multipliées qu'il était aisé de voir combien cette
bâse d'évaluation était avantageuse pour les acheteurs
et nuisible pour la nation. Il a fallu suspendre l'exécution
de ce décret ; il eût mieux valu ne pas l'adopter
avec autant de facilité sur la proposition d'un membre
qui n'avait pas communiqué son plan aux comités , Quoi
qu'il en soft , les comités réunis ont proposé , après un
mur examen , un plan d'amendement à ce décret trop
inconsidérément généreux ; voici les principales dispositions
modificatives qui ont été adoptées dans la séance
d'avant -hier :
T
1º. Les directoires de district enverront à ceux de déparzement
, dans les dix jours au plus tard , l'etat sommaire des
soumissions faites , avec le résultat du montant de leur valeur .
9. Les directoires de deppartement enverront ces ctats à la
commission des revenus nationaux . 3º . Les adjudications faites
en vertu de la lọi des 10 , 12 et 15 praitial , ne vaudront provisoisement
que comme soumissions . 4º . Les soumissions continueront
à être reçues . Tout soumissionnaire pourra poursuivre
l'adjudication à la chaleur des encheres , en prenant
pour premiere enchere le montant de sa so mission . 5º . L'adjudication
sera faité au plus offrant , quinzejours après l'affiche .
6. Lorsque la soumission comprendra plusieurs corps de
fermes , chaque corps de ferme sera vendu séparément , ce qui
pourra se faire le même jour, 7. Le prix de la soumission:
sera soldé un tiers dans le premier mois , le second tiers dans
le deuxieme , et l'autre tiers dans le troisieme mois . Le sur
plus , qui devra parfaire le prix de l'adjudication , sera soldé
en trois paiemens égaux dans les trois mois qui suivront.
On attend incessamment le grand plan du comité des
finances .
Celui de la nouvelle constitution est aussi impatiemment
desiré. On croit toujours que le rapport sera fait
au plus tard le 8 du mois prochain. Déja plusieurs écrits,
commencent à paraître sur une matiere si digne d'occuper
l'attention publique , et il paraît qu'ils seront
( 179 )
:
suivis de beaucoup d'autres. Sous peu de jours un des
rédacteurs de ce journal en publiera un assez étendu
sous le titre De l'Esprit de la Constitution qui convient à
la France , et Examen de celle de 1793. Jamais nos écrivains
politiques n'auront eu un sujet plus intéressant et
plus difficile à traiter . Ce concours d'efforts et de lumieres
nous promet enfin un résultat qui nous garantira probablement
de l'écueil des erreurs passées . Rien n'instruit
plus les peuples comme l'école de l'expérience.
Le calme regne toujours dans cette ville. Les approvisionnemens
des subsistances se font avec plus de succès.
et l'on espere que sous peu la distribution du pain sera
portée à une demi- livre , et qu'elle restera à ce taux jusqu'à
la récolte.
Le camp de 12 mille hommes , qui était à la plaine
des Sablons , a été transféré au trou d'Enfer près Marly.
Les députés décrétés d'accusation sont depuis plusieurs jours
devant la commission militaire . Tous ont été interrogés .
Bourbotte a prétendu que dans la soirée du 1. prairial
accable de fatigues , de chaleur etde faim , il avait bu trois verres
de vin subitement , ce qui avait échauffé son imagination , et
n'avait pas contribué à rendre ses idées lumineuses .
La précision exigée des prévenus dans leurs réponses , est
telle , que le juge les conduit à répondre , oui eu non .
Dans l'interrogatoire de Duroy , ou li a demandé si , en
arrivant à la Convention , le per, prairia , il s'était placé sur
les bas siéges , il a balbutié d'abord , et a fini par répondre
oui .
Interrogé si , à l'arrivée du peuple , il avait changé de
place , il a répondu qu'il s'était fait alors un mouvement dans
la salle , mais enfin , il a été obligé d'avouer qu'il était allé
se placer sur les hauts gradias .
Interrogé s'il avait connaissance du plan de conspiration
il a dit qu'il en avait entendu parler confusement ; mais lui
a - t on objecté , si on a trouvé dans vos papiers des preuves
écrites de votre connivence....
On doit , a - t- il dit , avoir trouvé écrit de ma main un
mémoire rédigé il y a plus de trois mois où je demandais
la mise en liberté des patriotes incarcares le 9ihermidor.
Le président : Rappellez - vous exactementla date de cet écrit?
Elle est précise ; il y a plus de trois mois....
Une preuve que la date est postérieure , c'est que vous y
demandez le rappel à la Convention de Billaud , Collor ce
Barrere , qui n'etaient pas déportés à l'époque s'opposée de
votre mémoire... Là , le prévenu est demeuré confus , et
n'a plus rien dit.
( 180 )
Prieur ( de la Marne ) , un des députés décrétés d'accusation
état parvenu à s'évader ; après avoir erré quelque
temsil était entré au jardin des Plantes , et s était
caché dans un basquet où il s'est tiré un coup de pistolet.
On est accouru au bruit ; on l'a trouvé étendu par
terre , mais sans aucune blessure ; il avait tous les
caracteres d'un esprit aliéné ; on l'a arrêté et conduit au
comitér
Bourdon de l'Oise est parti pour Brest où il doit s'embarquer
pour S. Domingue avec le général de Muy.
2138
On assure qu'aussi -tôt que Pichegru a appris la reddition
de la place de Luxembourg , il avait fait passer le
Rhin à son armée sur quatre colonnes , et qu'il se disposait
à cerner Mayence.
Depuis long-tems le fils du dernier roi , enfermé dans
la tour du Temple , était attaqué d'un vice scrophuleux
et d'une humeur rachitique qui ne lui permettaient plus
de quitter ou son lit ou sa chaise ; cette maladie l'a conduit
par degré dans un état de marasme auquel il a succombé
le 20 de ce mois . La mort de ce jeune prisonnier
a donné lieu aux bruits les plus absurdes , et il fallait
s'y
attendre ; quand une sorte d'importance est attachée
à un personnage politique , la cause naturelle de
sa mort est toujours celle qui obtient le moms croyance.
Il importait de faire taire les soupçons et de constater ,
de la maniere la plus authentique , les détails et les carac
teres non équivoques du genre de maladie quia conduit
cet enfant au tombeau. Voici le procès - verbal d'ouverture
de son corps , fait par les plus habiles chirurgiens et medecins
attachés aux établissemens publics .
Procès- verbal de l'ouverture du corps du défunt Louis Capel , imprimé
par ordre du comité de sûreté générale ; & la tour du Temple , ce
21 praial de lan 3 de la République Française , à 11 heures
et demie du matin.
<
Nous soussignés , Jean- Baptiste-Eugénie Dumangin , médecin
en chef de l'hospice de l'Unité , et Philippe-Jean Pelletan ,
chirurgien en chef du grand hospice de l'Humanité , accompagnés
des citoyens Nicolas, Jeanroy , ancien professeur aux
écoles de médecine de Paris , et Pierre Lassus , professeur de
médecine légale à l'école de santé de Paris , que nous nous
sommes adjoints en vertu d'un arrêté du comité de sûreté
générale de la Convention nationale , date d'hier , et signé
Bergocing , président , Courtois , Gautier , Pierre Guyomard ,
( 181 )
• l'effet de procéder ensemble à l'ouverture du corps du fils de
défunt Louis Capet , et en constater l'état , avons agi ainsi qu'il
suit :
Arrivé tous les quatre à onze heures du matin à la porte
extérieure du Temple , nous y avons été reçus par les commissaires
, qui nous ont introduits dans la tour . Parvenus au
deuxieme étage , nous sommes entrés dans un appartement ,
dans la seconde piese duquel nous avons trouvé dans un lit
le corps mort d'un enfant qui nous a paru âgé d'environ
dix ans , que les commissaires nous out dit être celui du fils
de défunt Louis Capet , et que d'eux d'entre nous ont reconnu
pour être l'enfant auquel ils donnaient des soins depuis quel
ques jours . Les susdits commissaires nous ont déclaré que
cet enfant était décédé la veille vers trois heures de relevée ;
sur quoi nous avons cherché à vérifier les signes de la mort ,
que nous avons trouvé caractérisée par la pâleur universelle , le
froid de toute l'habitude du corps , la roideur des membres.
les youx ternes , les taches violettes ordinaires à la peau du
cadavre , et sur-tout par une putréfaction commencée au ventre ,
au scrotum et au- dedans des cuisses . Nous avons remarqué ,
avant de procéder à l'ouverture du corps , une maigreur générale
qui est celle du marasme . Le ventre était extrêmement
tendu et météorisé . Au côté interne du genou droit ,
avons remarqué une tumeur sans , changement de couleur à la
peau , et une autre tumeur moins volumineuse sur Fos radius .
près le poignet du côté gauche la tumeur du genou contenait
environ deux oncès d'une matiere grisâtre , puriforme
et lymphatique , située entre le perioste et les muscles ; celle
du poignet renfermait une matiere de même nature , mais plus
épaisse.
nous
A l'ouverture du ventre , il s'est écoulé plus d'ane pinte
de sérosité purulente , jaunâtre et très - fétide ; les intestins
étaient météorisés , pâles , adhérens les uns aux autres , ainsi
qu'aux parois de cette cavité ; ils étaient parsemés d'une grande
quantité de tubercules de diverses grosseurs , et qui ont préj
senté à leur ouverture la même matiere que celle contenue
dans les dépôts extérieurs du genou et du poignet. Les intestins
, ouverts dans toute leur longueur , étaient très - saius
intérieurement , et ne contenaient qu'une petite quantité de
matiere billeuse . L'estomac nous a présenté le même état ; il
était adérent à toutes les parties environnantes , pâte au - dehors ,
parsemé de petits tubercules lymphatiques semblables à ceux
de la surface des intestins ; sa membrane interne était saine ,
ainsi que le pyloie et l'esophage ; le foie était adhérent pac
sa convexité au diaphragme , et par sa concavité aux visceresqu'il
recouvre ; sa substance etait saine , son volume ordinaire
; la vésicule du fiel médiocrement remplie d'une bile de
couleur vert foncé . La rate , le pancréas , les reins et la vessie
( 182 )
étaient sains . L'épiploon et la mésentere , dépourvus de graisse ,
étaient remplis de tubercules lymphatiques semblables à ceux
dont il a été parle . De pareilles tumeurs étaient disséminées
dans l'épaisseur du péritoine , recouvrant la face intérieure
du diaphragme ; ce muscle était sain .
aux
Les poumons adhéraient par toute leur surface à la plevre ,
au diaphragme et au péricarde ; lear substance était saine et
aans tubercules ; il y en avait seulement quelques uns
environs de la trachée artere et de l'oesophage : le péricarde
contenait la quantité ordinaire de sérosité ; le coeur était pâle ,
mais dans l'état daturel .
Le cerveau et ses dépendances étaient dans la plus parfaite
intégrité.
Tous les désordres dont nous venons de donner le détail
sont évidemment l'effet d'un vice scrophuleux , existant depuis
long- tems , et auquel on doit attribuer la mort de l'enfant .
Le présent procès - verbal a été fait et clos à Paris , au lieu
susdit , par les soussignés , à quatre heures et demie de relevée ,
les jours et an que dessus.
Signés , J. B. E. DUMANGIN , PH . J. PELLETAN , P. LASSUS ,
N. JEANROY.
Le 22 , à huit heures et demie du soir , deux commissaires
civils et le commissaire de police de la section du Temple se
transporterent à la tour du Temple , pour , en vertu d'un arrêté
du comité de sûreté générale , enlever le corps du fils de
Louis Gapet . Ils le trouverent découvert ; et , en leur présence ,
il fut mis dans un cercueil de bois , et transporté de suite .
au cimetiere de Sainte- Marguerite , rue fauxbourg Antoine ,
où il fut inhumé . Des mesures de sûreté générale out fait escorter
ee convoi , de loin en loin , par des détachemens d'infanterie .
On assure que la soeur du jeune Capet , également
enfermée au Temple , est dans un état qui fait craindre
qu'elle ne suive bientôt son frere au tombeau , si on ne
lui fait pas respirer un air plus salubre. On croit que
des ordres vont être donnés pour la transférer dans quelque
maison de campagne , et qu'on ne tardera pas de la
conduire sur la frontiere , et de la remettre à sa famille .
Il n'y a aucune raison d'état pour prolonger sa captivité ,
et il y en a une d'humanité et de générosité pour rompre
ses fers et la renvoyer à ses parens .
On n'est pas sans inquiétude sur les mouvemens des
chouans. L'arrivée des couriers de la malle de Brest à Paris
a éprouvé plusieurs retards . La derniere fois , il n'est arrivé
qu'au courier expédié de Rennes , par Pontorson et la cidevam
Normandie . Il a appris que Rennes était dans un état
de defense respectable , et que le peuple était armé pour
s'opposer et combattre les chouans . A son départ , on répan183
)
dait que Laval était au pouvoir des royalistes ; mais le fait
n'est pas vrai , Laval est sur la defensive ; seulement toute
communication directe est interkompue entre cette ville et
Rennes , les royalistes étant en force dans la forêt du Pertre
et sur la grande route qui la traverse . A l'arrivée de ce courier
, les députations des ci - devant provinces de Bretagne es
de Normandie ont été convoquées extraordinairement.
On mande d'Auray , département du Morbihan , en date du
19 prairial , que 1200 chouans s'étaient retranchés dans le
camp de Grand- Champ , avec 200 tonneaux de grains et des
armes..
Des troupes républicaines , sorties de Vannes , Pontivy et
autres lieux voisins , commandées par Roman , chef de brigade ,
les ont attaqués.
La plupart des chefs des chouans ont été pris ; le camp
été force ; les provisions ont été enlevées ; et après trois quarts
d'heure de fusillade , un grand nombre de ces chouans a eté
tue. Leur projet était de se porter sur Vannes .
II y a encore eu d'autres actions semblables du côté de
Sainte Anne , de Plumergat , de Plairou ...
Extrait d'une lettre de Port -Malo , du 20 prairial .
Depuis la derniere action qui s'est passée dans le Mor
bihan , où ainsi que le dit le général Hoche dans son adresse
à ses freres aux habitans des campagnes ) le nommé Desile
an de leurs principaux chefs , et trois cents dix de ses com
plices viennent d'expier sous la bayonnette républicaine leur
manque de foi , les chouans ont été complétement battus dans
les deux premieres divisios de l'armée des côtes de Brest sous,
les ordres du général divisionnaire Rey.
" Depuis que ce général a reçu les ordres des représentans
du penple de faire faire des fouilles dans les deux divisions ,
il s'est rendu au camp des grenadiers qui se trouve entre
Lamballe et le Port-Brieux . Il s'est mis en marche à la tête de
ces braves républicains , s'est porté sur le château de la Perché ,
où on lui avait assure que les brigands étaient en force.
&
,, Arrivé en cet endroi , les tirailleurs furent les premiers,
apperçus de l'ennemi , qui it sur eux une décharge , à laquelle
nos courageux republicains répondirent et fondirent sur eux
la bayonnette au bout du fusil , en tuerent une cinquantaine ,
dont un des chefs ; les autres n'ont dû leur salut qu'à la faveur
des bois et fosses dout , le pays est couvert.
Après l'action , les grenadiers sont retournés au château ,
ont trouvé la marmite au feu , une barique de cidre en perce
une grande quantite de provisions et de la viande salée .
99. Depuis cette affaire il y a tous les jours de nouveaux
assauts . On peut apprécier au juste le nombre de ces brie
1
( 184)
gands de chonans qui périssent sous le fer vengeur des répu
blicains .
Dans la deuxieme division , aux ordres du général de
brigade Valteteaux , toutes les munitions et provisions qu'ils
avaient soigneusement cachées dans une forêt , ont été enlevées s
trentaine ont été tués .
Dans ces différenges affaires , pas un républicain n'a été
blessé même le plus légerement. 11 faut esperer que tout le
département des côtes du Nord , confié aux soins du général
Rey , sera bientôt purgé de tous ces brigands , qui depuis la
pacification voulaient s'y établir .
" On s'occupe sérieusement dans ce district au recensement
des grains. Déja on a trouvé dans la partie appellée le Cap ,
une grande quantité de grains enfouis et cachés . 11
Extrait d'une lettre curieuse d'un chef des chouins , datée du 19 mai ,
et adressée à un représentant.
Vous allez donner une constitution , et je doute qu'elle
parle du chef que la presque totalité des provinces de Poitou
et de Bretagne , que la majeure partie de celles de Normandie ,
d'Anjou , du Maine esperent et attendent même ; car je ne sais
par quelle fatalité il passe partout pour constant qu'un article
secret de notre traité promet le rétablissement du fils de l'infortune
Louis XVI , sinon sur le trône de ses ayeux , du moins
la tête de la nation : si leur attente trompée était remplacée
par des subsistances abondantes, par l'anéantissement par échange
d'un numéraire fictif , avili , contre un numéraire réel , ou
contre des effets solides ; si leur culte leur était rendu jusquès
dans les plus petites cérémonies auxquelles les peuples ne sont
point indifférens ; oh ! sans doute , ils seraient peu sensibles
au rétablissement de celui de qui seul ils attendent tant de
biens ; mais comme je crois diffe le que la constitution ne
précede une paix générale ; comme je crois impossible que
les assignats soient retirés de la circulation tant que la guerre
durera ; comme je crois que l'Angleterre nuira encore longtems
aux approvisionnemens , si la guerre avec elle continue ,
je vous avoue que je suis effrayé de l'opinion des peuples des
provinces que je connais .
Vous n'ignorez point que les paysans ne voulaient pas
la paix ; vous vous rappellez leur amour pour le panache blanc ,
et qu'on n'a pu leur faire adopter dans les campagnes les couleurs
de la nation , et ces réflexions vous persuaderont que
ce ne sera pas sans danger que votre constitution sera proposée
à la Bretagne.
1
(La suite au numéro prochain . }
( N° 55+ )
Jer . 135.
MERCURE FRANÇAIS
QUINTIDI 5 MESSIDOR , l'an troisieme de la République.
( Mardi 23 Juin 1795 , vieux style. )
LITTÉRATURE ANCIENNE . HISTOIRE.
J
CONJURATION DE CATILINA contre la république romaine , par
SALLUSTB , nouvellement traduite sur les meilleures éditions
de cet auteur ; avec un discours préliminaire et des notes
littéraires et politiques , par J. B. L. J. BILLECOCO , citoyen
français. Volume in - 16 . A Paris , chez MARADAN , libraire,
rue du Cimetiere - St. - André- des - Arcs , no . 9. Prix , 6 liv. ,
et 7 liv. franc de port par la poste.
L'ELOQUENCE de Cicéron et la plume de Salluste ont
rendu fameuse la conjuration de Catilina ; c'est aux
grands talens et à l'infatigable activité du premier que
la république dut son salut dans ce péril imminent.
Le second en a tracé les détails avec cette énergie de
style et cette élévation de pensée qui l'ont mis au rang
des plus grands historiens de l'antiquité .
$
Il est aisé de découvrir le motif qui a engagé le citoyen
Billecocq à faire passer dans notre langue l'histoire de
cette, conjuration. Ce n'est pas seulement le désir de
rendre , dans une traduction nouvelle , la force , la précision
et le génie de l'original , desir que le succès a
pleinement justifié ; il a été frappé des nombreux raps
prochemens que fournit cette époque de l'histoire romaine
, avec les caracteres de notre révolution , et il
cru qu'il n'était pas inutile de joindre la leçon de l'histoire
à celle de notre propre expérience .
En effet , Salluste fait un tableau si hideux des moeurs,
de Rome , après les proscriptions de Sylla , qu'il était
facile de prévoir la chûte prochaine de la République ;
mais il serait dangereux de se livrer à des analogies.
qui ne sont et ne peuvent jamais être exactes entre des
peuples qui ont existé à une si grande distance des
siecles , et qui ont eu des institutions , des habitudes.
et une position si différentes .
Tome XVI. N
( 186 )
Ce fut après les proscriptions de Sylla que Catilina
conçut son projet de conjuration . Dans une ville si
grande et si corrompae , dit Salluste , Catilina , on le
croira suns peine , avait rassemblé autour de lui une
troupe de libertins et de scélérats dont il se formait
comme un cortège . L'homme sans pudeur , l'adultere ,
le libertin qui avait, dissipé son patrimoine dans les
plaisirs du jeu , de la table ou de la débauche ; le prodigue
qui avait contracté d'énormes dettes pour se soustraire
à la peine de viol ou de quelqu'autre forfait ; en
un mot , tout parricide , tout sacrilege , tout citoyen condamné
ou craignant de l'étre pour ses crimes ; ceux
encore auxquels le patjure et l'assassinat faisaient trouver
un moyen d'existence dans l'effusion du sang de
leurs coucitoyens' ; enfin , tous ceux que tourmentaïent
le besoin , le remords ou le sentiment de leur propre
infamier tous ces hommes , dis -je , étaient les compagnons
, les amis intimes de Catilina . ",
Changez , dit le traducteur dans une note , le tems "
lieu , les personnages , et vous avez vu tout cela . Il est bien
vrai que tout ce qu'il y a eu d'hommes perdus d'intrigues
, de vices et de crimes se sont enròlés tour à tour
sous les drapeaux des chefs de parti . Mais si l'on voulait
établir entre Robespierre et Catilina quelque ressem
blance , nous montreiions qu'il n y en a eu aucune , ni
sous le rapport des moeurs , ni sous celui de l'audace ,
du courage , du crédit que donnait la naissance , ni des
autres moyens qui étaient à la disposition de Catilina.
Robespierre qui marchait à son but par la seule route
de la demagogie , s'est servi de tous les instrumens qui
pouvaient l'aider dans ses projets , sans s'informer ni
de leur m ralité , ni de leur conduite , ni de leurs actions
antérieures . Il avait accordé une amnistie générale
à tous ceux qui voulaient prendre sa livrée ; il ne voyait
pas les personnes , il n'appercevait que les opinions , et
ious lui étaient bons , pourvu qu'ils agissent dans son
sens ; il s'était fait de son systéme une regle politique ;
mais jamais il ne s'est déterminé par des analogies morales
, ni par des goûts et des rapports personnels , au
lieu que Catilina n'était pas seulement un chef de conjurés
, il était aussi un chef de débauche , de vol , de
concussion et de perversité.
Salluste nous apprend que de concert avec Pison il
avait déja tramé une conspiration contre la République ,
avaut celle qui éclata sous le consulat de Cicéron , et
187 )
que leur projet était d'égorger les consuls , Cotta et
Torquatus , dans le capitole , et après s'être emparé euxmêmes
des faisceaux , d'envoyer Pison à la tête d une
armée pour s'assurer des deux Espagnes ; que le complot
ayant été découvert ils en avaient journé 1 exécu
tion , et que ce projet échoua encore par la précipita
tion de Catilina et par l'absence d'un grand nombre de
conjurés. Il paraît bien étrange que le sénat se fût contenté
, suivant Salluste , d'éloigner Pisca en lui accordant
un gouvernement , et qu'il ne prit aucune mesure
à l'égard de Catilina. Cela prouve combien étaient
redoutables ces personnages puissans qui étaient à la
tête de la république , et que le gouvernement n'osaitpunir.
Ce furent ces ménagemens et cette faiblesse envers
les grands conspirateurs qui préparerent dans la
suite la perte de Rome et de la liberté . Cette leçon ,
par exemple , est très -bonne à saisir. Quand le gouvernement
tremble devant quelques citoyens ambitieux et
puissans , il est bientôt renversé par eux.
La seconde conjuration de Catilina fut plus profondément
ourdie que la premiere . Plusieurs membres du
sénat , des patriciens , des chevaliers , des femmes , même
d'une naissance illustre , y étaient entrés , et ils avaient
des complices nombreux dans Rome , hors de Rome et
jusques dans les armées. Catilina , dit Salluste , promit
aux conjurés l'abolition des dettes , la proscription des
riches , les magistratures , le sacerdoce , le pillage et
tout ce qu'entraîne en soi la guerre et l'emportement
da vainqueur. On voit dans le harangue qu'il leur
adresse . qu'il n'oublie pas de leur présenter la liberté
comme le prix de leurs efforts . La liverté ! ce nom auk
guste fut dans tous les tems le prétexte des conspirateurs
, et devint toujours pour eux le plus sûr moyen
de succès. En suivant leur démagogue , dit Gordon
sur Salluste , les partis se jettent avec joie dans l'esclavage
. Ils répetent après lui le cii de liberté , jasqu à ce
qu'il les ait conduits , peut être pour toujours , hors de
la portée de la liberté , se servant de ce nom pour détruireentierement
la chose.
Les conjurés devaient égorger les consuls , une partie
du sénat , allumer l'incendie dans les principaux quartiers
de Rome , et à la faveur des flammes , du tuinulte
et des meurtres , s'emparer de l'autorité . Ce fut une
femme liée avec un des conjurés de qui elle en reçut
la confidence , et qui alla le révéler à Cicéron qui venait
N 2
( 188 )
d'être nommé consul . Cicéron prend toutes ses mesures ,
se procure des preuves écrites de la conjuration , convoque
le sénat , et y dévoile tout le plan des conjurés ,
en face même de Catilina , convoque le peuple et le
harangue , retourne au sénat y rendre compte de tout
ce qu'il a fait , de tout ce qu'il a dit , et répand un nouveau
jour sur la conjuration . Catilina déconcerté sort
la même nuit de Rome. Les principaux complices sont
arrêtés. On délibere dans le sénat sur le parti qu'on doit
prendre à leur égard . Il faut voir dans Salluste avec
quelle astucieuse adresse César , sans oser prendre ouvertement
la défense des coupables , cherche à faire
incliner le sénat au parti de l'indulgence ; mais l'austere
et courageuse énergie de Caton , rendit inutiles les
efforts de César ; les coupables furent condamnés à la
mort et exécutés sur- le - champ : Catilina s'était mis à la
tête d'une armée ; mais Antonius et Petreius marcherent
contre lui , l'attaquerent , le vainquirent et le laisserent
dans le nombre des morts sur le champ de bataille.
Ainsi fut dissipée et punie la conjuration de Catilina
qui aurait ensanglanté Rome et livré la république
aux plus grands dangers , sans le courage et l'activité
de Cicéron . Il a tracé par sa conduite le modele de
cellę que doit suivre tout gouvernement qui se trouve
dans de telles circonstances . C'est par de grands et
prompts exemples que l'on arrête laudace des conspirateurs
. Un jour , une heure de faiblesse et de temporisation
coûtent souvent cher à la liberté et à la tranquillité
publique .
Quoique nous ayons plusieurs traductions estimées
de Salluste , celle du citoyen Billecocq , fidele , élégante.
et énergique , a l'avantage d'avoir été composée au .
milieu des orages d'une grande révolution et sous l'oeil
de l'expérience . Il est des circonstances où , placé
comme le dit le traducteur , entre son siecle et les
siecles qui l'ont précédé , l'observateur compare les
événemens dont il est le témoin avec ceux que l'histoire
lui a transmis ; souvent ce qu'il avait rejetté jusqu'alors.
comme incroyable , prend à ses yeux le caractere de la
vraisemblance ; le présent lui explique le passé , et le
fruit qu'il recueille de cet utile examen est une opi
nion plus saine des hommes et des faits .
Le traducteur se propose de donner successivement
ceux des principaux ouvrages de Salluste qui sont parvenus
jusqu'à nous , tels que l'histoire de la guerre de

( 189 )
Numidie entre Jugurtha et le peuple romain , et deux
lettres du même historien à César sur les moyens d'administrer
la république , lettres trop peu lues , trop peu
méditées peut- être , et dans lesquelles Salluste déploie
une profonde connaissance des besoins d'un état et des
talens nécessaires à ceux qui le gouvernent. Le mérite
de sa traduction du Catilina lui assure d'avance de
nouveaux succès et de nouveaux droits à l'estime et à
la reconnaissance .
BIOGRAPHIE.
Eloge de BARTHELEMY par JÉRÔME LALANDE.
JEAN-JA EAN-JACQUES BARTHELEMY , garde des médailles de la
bibliotheque nationale , l'un des 40 de la ci - devant
académie française , de celle des inscriptions et belleslettres
, de celles de Londres , de Madrid , de Cortone ,
de Pezard , de Hesse - Cassel , de Marseille , etc. , Inaquit
le 20 janvier 1716 à Cassis , petit port des Bouches - du-
Rhône. Sa famille était établie depuis long - tems à
Aubagne , petite ville située entre Marseille et Toulon .
Sa mere accoucha de lui dans un voyage qu'elle fit
Cassis , et le ramena à Aubagne , où il passa le tems
de l'enfance et de sa premiere jeunesse .
Il fit ses études au collège de l'Oratoire à Marseille .
Le P. Raynaud , qui depuis se rendit célebre à Paris par
ses sermons , prit un soin particulier de lui , et seconda
l'ardeur extraordinaire qu'il avait pour létude . Elle se
portait déja sur tous les genres de littérature . Du collége
il passa au séminaire , mais l'évêque était entouré de
jésuites ; il fallut pour lui plaire étudier chez les jésuites .
Les jansénites et les molinistes voulaient en faire un
prosélyte ; il ne prit point parti ; il négligea la théologie ,
il continua au séminaire de se livrer à son goût pour
la littérature , et se livra particulierement à celle des
langues orientales pour laquelle Marseille fournit d'abondans
secours.
I prit des leçons d'un juif pour l'hébreu , d'un maronite
pour le Syriaque , et d'un marchand d'Alexandrie
pour l'arabe .
En 1744 , à l'âge de 29 ans il vint à Paris , il avait
des lettres pour le savant Deboze , de l'académie fan-
N 3
( 190 )
çaise , secrétaire de celle des inscriptions , et garde du
cabinet des méilles. Ce savant l'accueillit , l'examina
et quelques mois après , vers la fin de 1744 , il le fit attacher
au cabinet des médailles .
Un de ses amis de Provence venait d'être nommé à
l'évêché de Beziers , il lui proposa de l'attacher à son
siége , et lui offrit une place de grand- vicaire et d'official
. Barthelemy hésita quelque tems ; la carriere ecclésiastique
tui eût ouve.t de bonne heure la route de la
fortune , elle l'eût fié auprès d'un ami , mais son goût
pour les lettres l'emporta , et ce qui contribua à le décider
ce fut une place qui venait de vaquer à l'académie
des inscriptions , et pour laquelle Deboze lui conseillair
de se presenter ; il y fut en effet nommé en 1745 .
Il se ha de trèl - bonne heure avec Mariette , Malesherbes,
Caylus ; it a fourni à ce dernier un très - grand nombre
d'alticles pour son recueil d'antiquités , de même qu'à
Choiseul Gouffer pour son ouvrage sur la Grece .
Ea 1755 ii ht un voyage en Italie ; c'est là qu'il connut
la ci devant duchesse Choiseul , ambassadrice de France
à Rome . C'est de cette époque que datent et sa fortune
et le bonheur de sa vie . Il n'a plus quitté cette
vertueuse et respectable amie , qui pleurera long - tems
la mort de Barthelemy. Il se lia aussi avec les gens de
lettres et les artistes les plus distingués , le cardinal
Passionnei , le p . Pacciandi Winckelman , Olivieri Bayer
Piranezi , et beaucoup d'autres . Il entretint avec eux une
correspondance toujours active , toujours instructive .
A son retour en 1757 il rendit compte à l'académie
de son voyage et des acquisitions qu'ily avait faites pour
le cabinet des médailles ; ses réflexions sur les anciens.
monumens de Rome sont dans le 28. volume.
Ce recueil , à partir du 21. volume jusqu'au 41º . ,
contient un grand nombre de dissertations de Barthelemy
sur différens points d antiquités ; ses mémoires sont tous
écrits avec la grace et la clarté qui, distinguent ses ouvrages
, et la plupart sont remarquables par des découvertes
importantes , telles que l'alphabet de , Palmyre
qu'il donna en 1754 , et celui des inscriptions phéniciennes
, ou par des explications ingénieuses et savantes,
comme celle de la mozaïque de Palestrine sur laquelle
on avait tant disputé , comme je l'ai raconté dans mon
voyage d'Italie ( Tome VI , page 319 ) ; sa paléographie
numismatique qu'il donna en 1750 dans le : 24 . volume
de l'académie , supposait une seconde partie à laquelle
( 1913 ).
1
travaillait lorsque la mort l'a enlevé à ses utiles
travaux.
Outre ses mémoires académiques il a publié , soit sẻ-
parément , soit dans le journal des Savans , plusieurs dissertations
sur des monumens intéressans , entre autres
sur une inscription en marbre que notre ambassadeur
à Constantinople , Choiseul - Gouffier , lui avait envoyée ,
et qui contient un compte des dépenses publiques d'Athenes
. On a publié dans le magasin encyclopédique
un catalogue de ses livres et de ses mémoires ; ainsi
je ne parlerai ici que du dernier et du plus important
de ses ouvrages .
Ce fut pendant son séjour à Florence qu'il conçut
l'idée d'un voyage en Italie dans le 15. siecle , époque
célebre par la régénération des lettres et des arts . Mais
craignant que ce projet ne le détournât de ses devoirs
et de ses études , il en transporta l'idée au sicele de
Philippe de Macédoine , et de là le Voyage du jeune
Anacharsis qu il entreprit dès 1757 , et qu'il travailla
avec une persévérance surprenante . J'ai toujours été
étonné qu'au milieu des distractions de la brillante
société dans laquelle il vivait , il n'ait jamais perdu de
vue un travail qui exigeait tant de recherches , et où il
y a plus de 20 mille citations .
Ce grand et fameux ouvrage parut en 1788 , et le livre
fut reçu avec enthousiasme ; voici la maniere dont un
académicien célebre en parla dans le journal des Savans
(février 1789 ) .
2
C'est ici , disait M. Gaillard , ( Journal des Savans
février 1789 , ) un de ces grands monumens littéraires
faits pour honorer le siecle qui les produit , et pour
illustrer à jamais leur auteur. M. de Montesquieu , en
publiant l'Esprit des Lois , demandait une grace qu'il
craignait , disait-il , qu'on ne lui accordât pas : cette grace
était une justice , qu'on a eu d'abord en effet quelque
peine à lui accorder ; c'était de ne pas juger par la lecture
d'un moment d'un travail de vingt années ; c'est un
travail de plus de trente ans que M. l'abbé Barthelemy
nous présente aujourd'hui. La plupart des écrivains ,
pressés d'acquérir de la gloire et sur - tout d'en jouir ,
multiplient leurs titres , ont soin d'occuper souvent d'eux
le public , et de ne pas se laisser oublier. M. l'abbé
Barthelemy a eu le courage , pour ainsi dire , de disparaître
pendant plus de trente ans , de se priver des
hommages du public pour les mériter , d'élever lente-
N4
( 192 L
ment en silence un monument unique , mais éternel. Ce
n'est pas que le rang honorable et paisible qu't occupait
dans les lettres , n'eût de quoi flatter un coeur
amoureux de la gloire , et de quoi exciter l'envie : les
respects des savans de i Europe , une grande considération
due également à ses connaissances , à ses talens ,
à son caractere , à ses moeurs , n'étaient pas un avantage
médiocre , ni le partage le moins desirable . On admirait
depuis long-tems le génie inventeur qu'il port it
dans l'érudition , cette sagacité qui saisissait les rapports
des différentes langues , qui retrouvait l'alphabet palmy
énien , qui expliquait la mosaïque de Palestrine ,
cette parfaite connaissance des médailles , ce talent pour
les inscriptions , cette réunion du savoir et de l'esprit
et de l'art d écrire ; mais enfin les gens du monde , et
ceux qui croient seuls faire les réputations , pouvaient
dire quel est donc cet homme que nous voyons si
souvent cité comme un oracle , et , dont les ouvrages ne
nous sont pas familiers ? Ce n'est donc qu'un savant
illustre . Ils sauront désormais que un écrivain
de connaissances ,
mais de lumieres , de philosophie , de sensibilité , de
graces , qui applique ce rare talent d'écrire à des objets
pleins d'intérêt et d'utilité , qui instruit en amusant et
en attachant , qui enrichit son siecle d'un vaste dépôt
de connaissances , et qui lui offre en même tems un
beau et grand modele de style .
également agréable et profond , plein st
Le jeune Anacharsis , descendu de ce philosophe
scythe si fameux , qui vint en Grece du tems de Solon ,
et que la Grece a mis au rang de ses sages , quoiqu'étranger
et réputé barbare , voyage à son tour dans
cette même contrée , vers le milieu du quatrieme siecle
avant l'ère vulgaire . Il converse avec Epaminondas
Phocion , Xénophon , Platon , Aristote , Démosthene.
Cette époque lie le sie le de Periclès à celui d'Alexandre
; fréquente des Athéniens qui avaient vécu avec
Sophocle . Euripide , Aristophane , Thucydide , Socrate ,
Zeuxis et Parrhasius ; il voit paraître les chefs- d'oeuvre
de Fraxiteles , d'Euphranor et de Pamphile , ainsi que
les premiers essais d'Apelle et de Protogene . Il voit
naître Epicure et Menandre ; il avait voyagé précédemment
en Perse , et il y avait connu les amis auxquels
il adresse la relation de son voyage en Grece . Quand
on se rappelle où M. l'abbé Barthelemy a connu , loin
de sa patrie , le ministre brillant et aimable qui la gou(
193 )
verna depuis avec tant d'éclat ( Choiseul ) , et sa vertueuse
compagne ; quand on songe aux douceurs que
leurs bienfaits et leur amitié ont répandues sur la vie
de l'auteur , quel intérêt anime cette ingénieuse et
transparente allégorie , où il signale sa tendresse et sa
reconnaissance d'une maniere si touchante ; combien
même ce voile , ce doux mystere de l'allégorie répand
de décence et de délicatesse sur cet éloge . Vous que
j'eus l'avantage de connaître dans mon voyage de Perse ,
Arsame et Phedime , illustres époux , combien de fois
vos noms ont été sur le point de se mêler à mes récits !
De quel éclat ils brillaient à ma vue , lorsque j'avais à
peindre quelque grande qualité du coeur et de l'esprit ,
lorsque j avais à parler de bienfaits et de reconnaissance !
Vous avez des droits sur cet ouvrage ; je le composai
en partie dans ce beau séjour , dont vous faisiez le plus
bel ornement ; je l'ai achevé loin de la Perse , et toujours
sous vos yeux ; car le souvenir des momens passés
auprès de vous ne s'efface jamais . Il fera le bonheur
du reste de mes jours ; et tout ce que je desire après
ma mort , c'est que , sur la pierre qui couvrira ma cendre ,
on grave profondément ces mots I obtint les bontés
d'Arsame et de Phedime.
Cette douceur de sentimens sans exagération , ces
expressions tendres et aimables , cette inscription , tout
cela est dans le goût de l'antique .
Le voyage de la Grece est précédé d'une introduction
, où Anacharsis présente le tableau de tous les
tems qui précedent celui de son voyage . Au moyen
de cette introduction et de son voyage , on sait tout ce
qu'il est possible et utile de savoir sur la Grece , sur ses
guerres , sur sa politique , tant intérieure qu'extérieure ;
sur ses lois , sur ses moeurs , sur ses arts , etc. , depuis
les premiers tems jusqu'à l'époque où elle est asservie
à Philippe , roi de Macédoine , pere d'Alexandre - le-
Grand. C'est l'ouvrage le plus complet qu'il y ait sur
cette matiere ; c'est par tout la substance la plus pure
de ce que les meilleurs auteurs de tout genre , tant anciens
que modernes , ont écrit sur les divers objets rela- :
tifs à la Grece . Mais il est remarquable encore par cette
rondeur de style , ces belles périodes , ces riches développemens
, ces graces variées qui soutiennent et renouvellent
sans cesse l'attention du lecteur ; nous le répétons
, continue Gaillard , ce livre est un monument de
gloire pour notre siecle , et l'auteur lui - même est un
( 194 )
monument vivant de ce tems heureux , où les Lamotte ,
les Fontenelle , les Mairan , les Foucemagne , mettaient
et dans le commerce des lettres , et dans la société , tant
de décence , de douceur , de raison , de grace et d'amé
nité .
Cet ouvrage fit une sensation générale , lorsqu'il pa
rut ; toute la France était occupée des idées politiques
et des assemblées qui ont amené la révolution. Cependant
toute la France s'occupa d'une lecture qui atta chait
dans tous les genres , et l'on se disait sans l'abbė
Barthelemy , la politique eût fait oublier les belleslettres
; il était le seul qui pât faire diversion à de si
grands intérêts .
:
La science des médailles est une des parties de la
littérature dans lesquelles il était le plus versé ; et personne
en Europe ne l'a possédée au même degré . A la
mort de Deboze , en 1753 , il avait été nominé garde des
médailles . Ce dépôt venait d'être transféré de Versailles.
dans une salle qui tient à la bibliotheque . Il fut chargé
de le déballer , de le mettre en ordre , d'en faire le
catalogue . Ce long et pénible travail l'occupa pendant
plusieurs années ; il eut encore le mérite de l'augmenter
de plus de vingt mille médailles , qu il obtint par son
crédit et ses correspondances , et qui ont porté la collection
française au plus haut degré de perfection . Son
neveu , le citoyen Barthelemy de Courçay , qui le remplace
actuellement dans la place de conservateur des
médailles , a encore augmenté le prix de cette précieuse.
collection ..
Il ne pouvait pas se flatter d'échapper à la proscription
de Robespierre. Le 21 septembre 1793 , il fut envoyé
aux Madelonnettes . On pouvait craindre un anniversaire
des massacres de l'année précédente . Barthelemy
ne fut point ému ; il supporta sa disgrace avec la
sérénité d'un sage . Sa détention ne dura que 16 heures ;
mais il s'est souvent rappellé avec attendrissement les
attentions dont ses compagnons d'iafortune l'avaient
comblé dans sa prison ; et il n'avait point oublié les
preuves d'humanité que les concierges eux-mêmes lui
avaient données .
Barthelemy avait 25,000 liv. de rente en bénéfices ou
en pensions ; il les partageait avec des parens , avec les
indigens , avec de jeunes gens dont il encourageait le
goût pour l'étude. Farmi les parens dont il a développé
les talens , on connaît assez l'ambassadeur en Suisse , à
1
( 195 )
qui la France doit les commençemens d'une paix que
Europe desire avec tant d'impatience . Dans ses vieux
jours la fortune l'abandonna ; il n'en fut ni abattu ni
humilié ; il refusa même la place de bibliothécaire en
1793 , après la mort de Carra et la démission de Champfort
; mais ce qui lui fit une impression profonde , ce fut
la mort de tant de gens de bien , de tant d'hommes de
mérite qui furent égorgés sous le regne de la bête féroce,
de Malesherbes sur-tout , dont le souvenir lui arrachait
toujours des larmes .
Depuis deux ans , sa santé s'altérait sensiblement ; les
forces lui manquaient , ses jambes se refusaient à son
activité ; il allait cependant encore assez souvent , l'hiver
dernier , chez la célebre citoyenne Duboccage , dont la
société l'intéressait depuis 50 ans , et où jusqu'alors il
trouvait une réunion précieuse de gens de lettres . Lorsqu'il
lui fut impossible de sortir , ses amis l'ont visité
constamment tous les jours jusqu'à ses derniers momens ,
et avaient auprès de lui et pour lui une conversation à
laquelle il se livrait avec le plus grand intérêt , lorsqu'elle
roulait sur des objets de littérature . Le cit . Desperrieres
sur-tout a eu pour lui , comme médecin et comme ami ,
des soins qui excitaient toute sa sensibilité .
Le 11 fioréal ( 30 mai ) , à trois heures après - midi , Barthelemy
s'est éteint dans les bras de son neveu , sans se
plaindre , sans souffrir , avec toute sa connaissance , et
venant de faire une lecture d'Horace . Il était âgé de
79 ans , trois mois et dix jours .
Barthelemy était d'une grande et belle stature ; il
avait , par ses avantages exterieurs autant que par sa
réputation , ce qui inspire de la fierté , et il y avait peu
d'hommes aussi modestes ; il poussait jusqu'à l'exagération
la simplicité , la politesse, et le respect , même pour
les gens qui en méritaient le moins ; enfin , depuis 40 ans
que je le connaissais , j'ai vu beaucoup de personnes se
louer de lui , je n'en ai vu aucune qui s'en plaignît ; je
ne puis miexu terminer son éloge.
ANNONCE.
The rie de la terre , par Jean Claude de la Metherie , Trois
volumes in-39 , avec des planches . Prix , 45 liv . , et 50 liv . franc
de port par la poste . A Paris , chez Maradan
, libraire
, rue
da Cimetiere - Saint - André - des Arcs , nº.9 , l'an 3 de la Répu
blique , 1795 vieux style ).
1 1961
NOUVELLES ÉTRANGERES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 25 mai 1795 .
TOUTES OUTES les lettres du Nord nous annoncent que les affaires
de Pologne occupent plus que' jamais les cabinets de cette partie
de l'Europe . On parle beaucoup de la prochaine tenue d'un
congrès à Varsovie , entre MM . d'Asch , Bucholtz et Caché ,
ministres , l'un de Russie , l'autre de Prusse , et le dernier
d'Autriche , et l'on croit que les arrangemens qu'on y prendra
se raccorderont avec ceux du congrès pacificateur entre l'Allemagne
et la France . Ce qu'il y a de sûr , c'est que les Polonais
ne désesperent pas de remonter au rang des puissances
de l'Europe , et leurs raisons pour s'en flatter sont l'intérêt
réel de plusieurs cabinets. Ces raisons sont d'un plus grand
poids encore pour-r -la Prusse que pourttoute autre , même lorsqu'on
mettrait de côté ses justes sujets d'alarmes de voir
l'Ukraine et la Lithuanie dans la possession de la Russie ,
Un nouveau traité de partage sera vraisemblablement , ou
pour mieux dire sûrement , l'appât que cette derniere présentera
à Frédéric -Guillaume ; mais il doit s'en garder en effet ,
ses véritables intérêts lui défendent d'y accéder . Cette puissance
co-partageante , déja maîtresse d'une immense étendue de teiritoire
, cherche moins à en gagner encore en s'étendant qu'à
quitter celui où la nature l'a rélégué . Disons le mot , la Russie
se propose de descendre des hauteurs du pole glacé dans des
contrees moins stériles : elle échangerait volontiers des milliers
de lienes de glace , de sables arides ou de forêts de sapias contre
quelques centaines de lieues , dans les plaines nourricières de la
Pologne . Mais la Russie et la Prusse , devenues limitrophes , deviendraient
nécessairement ennemies . Et quels avantages n'au
alt pas la première dans cette lutte trop inégale ! La conformité
de religion qui existe entre les Russes et les Polonais fournirait
aux Russes des prétextes et des moyens pour rendre
odieux dans ces provinces le gouvernement prussien , qui perdrait
d'ailleurs de son action par une distance de trois cents
heues entre Berlin , la capitale , et les nouvelles frontieres de la
Pologne - prussienne , trop prête à devenir Russe. Hi vaut done
mieux pour Frédéric Guillaume que la Pologne , libre et indépendante
entre les deux états , leur serye de barriere .
( 197 )
Suivant toutes les apparences , Rempire ture ne demeurera
pas étranger au plan concerté entre les cabinets du Nord , pour
réprimer les invasions de la Russie ; c'est du moins ce que
font pressentir des lettres de Constantinople du 25 avril , qui
confirment les heureux changemens qu'un ministere sage a
commencés et continue d'opérer dans l'opinion publique.
La Porte s'est enfin décidée à entretenir des ministres rési
dens auprès des divers cabinets , de l'Europe . Convaincue de
l'utilité qui résulte de cette institution de la politique mo-.
derne , pour la facilité et la rapidité des communications ct
la surveillance des intérêts réciproques , elle a renoncé à cette
fausse grandeur qu'elle a fait consister jusqu'ici à recevoir
des ambassadeurs de toutes les puissances sans leur en envoyer.
Il n'est pas douteux que cette résolution n'influe puissamment
sur le progrès des lumieres en Turquie. Les Ottomans
se familiariseront avec les moeurs , les usages et les connaissances
des Européens , auxquels ils étaient demeurés étrangers
jusqu'à ce jour , et chercheront sans doute à transporter
les sciences et les arts dans leur pays . C'est demain que la
Porte doit nommer les ministres qu'elle enverra aux cabinets
de Berlin et de Vienne . La premiere de ces missions est
vraisemblablement destinée à Ali -Effendi , gendre d'Osman-
Effendi , qui a été nommé hier au ministère de la marine .
Dans peu la Porte s'occupera également du choix d'un ministre
pour Pétersbourg .
Le citoyen Verninac , nouveau ministre de la République
Française , est arrivé ici le 14 de ce mois . Il est accompagné
du citoyen Ruffin , ancien dragoman de France . "
De Francfort-sur - le -Mein , le 10 juin .
Il regne toujours dans les bruits publics , qui dictent souvent
aux gazettes leurs articles , comme aussi souvent les bruits
publics se forment et se répandent d'après les gazettes , une
incertitude , une fluctuation vraiment fatigantes . Les dire du
jour contredisent ceux de la veille , et seront en opposition avec
ceux du lendemain . Au reste , ce balancement de l'opinion
est quelquefois très -voisin du moment où elle va se fixer.
Des lettres de Ratisbonne du 5 juin disent positivement que
les délibérations sur la paix se sont ouvertes le premier de ce
mois il faut pourtant avouer que ces lettres manifestent l'etonnement
où l'on est de ce que plusieurs suffrages sont restés
en suspens faute d'instructions de la part des co- états dont ils
émanent. Quinze votans ont réclamé formellement les bous
offices du roi de Prusse , qui s empressera de les interposer.…………
( 198 )
Ces dispositions à la paix sont confirmées par des lettres de
Vienne qui , annonçant le départ da vice - président du conseil
aulique avec son fils , u'hésitent point à assurer que de Ratisboune
le baron de Bartensteia ira travailler au rétablissement
de la paix entre l'Empire et la France .
"
Ce qui contrebalancerait un peu ces apparences d'une paci
fication prochaine , e est que l'empereur est sûr du contingeat
très -considerable de l'éle - teur de Saxe , qui a déclaré qu'il ne
le fournissait que comme prince de l'Empire , mais qu'en eette
qualité , il le donnait d'une maniere plus exacte et plus com-,
platte que tout autre état en outre l'empereur est parfaitement
d'accord avec la Russie sur la partie de la Pologne
qui doit lui écheoir dans le partage , et il regne entre ses
tronper c celles de son alliée la meilleure intelligence ; de
plus , l'emprunt fait chez les Anglais est accepté , mais seulement
jusqu'à concurrence de 4 millions 600 mile liv . sterl . ,
au lieu de 6 millions . Il faut avouer que cetté diminution semblerait
indiquer , de la pari de la cour de Vienne , l'insuffisance
de ses moyens pour tenir sur pied pendant la campagne deux
cents mille hommes effectifs .
La gazette de Mayence avait annoncé qu'après l'arrivée de
Basle d'un courier chez le général Clerlayt on avait suspendu
un grand projet d'attaque contre les Français qui sont autour.
de cette ville ; depuis , une autre feuille a été requise de démentir
ce bruit.
Il en circule aujourd'hui un autre également démenti par les
ministres autrichiens , et qui ne paraît pas mériter plus de
créance , mais dont il faut rendre compte , parce qu'il est assez
général , c'est que la rive ganeke du Rhin serait abandonnée
aux Français contre les Pays - Bas , à condition que la France
faciliterait l'échange de ces derniers contre la Baviere on ajoute
qu'il y a même une négociation entamée .
1
ANGLETERRE. De Londres , le 29 mai 1795 .
Voici la convention qui a été conclue à Vienne le 4 mai
1795 , eptre majesté le roi de la Grande - Bretagne et
sa majeste impériale .
Coûtme l'empereur et le roi de la Grande - Bretagne sont
également couvaincus l'un et l'autre de la nécessité d'agir
avec vigueur et énergie contre l'ennemi commun , afin de
procurer à leurs états respectifs une paix solide et honorable ,
et de préserver l'Europe da danger dont elle est menacée ;
sa majesté impériale et sa majeste britannique ont jugé convenable
de s'entendre sur les mesures à prendre pour la cam(
199 )
pagne prochaine , et de convenir des stipulations les plus
propres à conduire an but salutaire de leurs vues mentionnées.
F
" A ce propos , leurs majestés ont respectivement nommé
des plénipotentiaires , savoir ; sa majesté impériale son conseiller
intime actuel et ministre des affaires éirangeres , le
baron de Thugut , commandeur de l'ordre de St. Etienne
et sa majesté britannique le chevalier Morton Eden , conseiller
intime de sa majeste , chevalier de l'ordre du Bain , envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire de sadite majesté ,
pres la cour de Vienne ; lesquels , après s'être communiqué
leurs pleins pouvoirs respectifs , sont convenus des articles
suivans :
99 Art . 1er . Afin de seconder les efforts que sa majesté
impériale desire de faire , et afin de lui faciliter les moyens
de faire valoir les ressources que ces états offrent à la cause
commune , sa majesté britannique s'engage à proposer à son
parlement de garantir le paiement régulier à faire de six mois
en six mois des dividendes de la somme de 4,600,000 liv .
sterlings , laquelle somme est on sera levée pour le compte de
sa majesté impériale , aux conditions et de la maniere qui
sont exprimées dans les deux octrois , dont le contenu est -
joiut à la présente convention . Sur quoi sa majesté impériale
engage solemnellement cuvers så majesté britannique à soigner
les paiemens réguliers qui devront avoir lieu en conséquence.
dudit emprunt , tellement que jamais ils ne retombent à la
charge des finances de la Grande- Bretagne .
4
II . En revanche de ce qui a été stipulé dans l'article
précédent , et au moyen de l'emprunt de 4,600,000 livkes
sterlings assuré par la garantie de la Grande Bretagne , sa
majesté impériale pour la campagne prochaine , mettra sur
pied à ses différentes armees un nombre de troupes qui ,
non - seulement montera à 200,000 hommes effectifs , mais que
sa majesté impériale cherchera autant que possible porter
encore au-delà ; et ces troupes agironecontre l'ennemi commun
conformément aux dispositious dout on est convenu dans
un article secret qui fait partie de la présente convention .

99 III . L'empereur verra avec plaisir , que , de la part de
sa majesté bannique , il y ait auprès de ses armées des
officiels de l'état-major ou d'autres personnes de confiauce ,
à qui l'on donnera volontiers tous les renseignemens et toutes.
les notions nécessaires sur l'état et la force des troupes , et
si , pour la facilité et ' accélération de la correspondance et
des communications entre les armées des deux cours , Sa
majesté impériale juge à propos d'envoyer de son côté des
officiers ou d'autres personnes aux armées anglaises ; ils jouifont
, de la part des généraux de sa majesté britannique de
3
( 200 )
Bouté la confiance qui est analogue à l'étroite harmonie qui
existe si heureusement entre les deux cours .
IV. Il est expressément déterminé que la sûreté de l'emprunt
ci - dessus sera établi sur tous les revenus des differens etats
hereditaires de sa majesté impériale . Il sera pris dans chacun
desdits états respectifs , de la part de sa majesté impériale ,
toutes les mesures nécessaires , à l'effet de donner force et
valeur pleine et légale audit emprunt , et à l'obligation du
paiement régulier des dividendes qui' , en consequence de
l'emprunt , devront s'acquitter de six mois en six mois ; de
maniere que si jamais , par quelque cause que ce soit , il
arrivait que l'un ou l'autre des paiemens se trouvât arriéré
après le terme de son échéance , les porteurs des obligations
qui ont déja été ou seront encore contractées de la part de
S. M. 1. pour ledit emprunt , pourront poursuivre juridiquemeni
, dans chacun desdits états , les receveurs et les tresoriers
des revenus de S. M. I. , comme il plaixa aux porteurs
des obligations , et pourront se procurer d'eux et de chacun
d'entr'eux , par voie de justice , tout le montant d'uu paiement
ainsi échu , comme il est permis dans ces états à tous
les particuliers de poursuivre juridiquement d'au res particuliers
et de faire valoir contr'eux leurs justes prétentions . ››
( La suite au numéro prochain . )
IRLANDE.
De Dublin , le 26 mai.
Il est , comme on sait , une secte d'hommes appelés défenders
et dont l'institut est de défendre leurs droits politiques.
Dernierement ils se sont assemblés , au nombre de 3000 ,
dans le comté de Siego , et ont attaqué un corps de troupes .
Ils ont été repoussés vigoureusement , et ils ont laissé une
trentaine des leurs sur la place . Il en a été ainsi à Tyrono ,
où la milice en a attaqué une espece de détachement qui a
été dissipé. Dans une rencontre près de Ballendslot , viugt
cinq defenders ont perdu la vie . Parmi les différens griefs
dont ils demandeut le redressement , on remarque le bas prix
des journées de travail , dont ils se plaigneut , et qui en effet
ne sont pas en proportion du prix des denrées.
Un incendie vient de consumer l'un de nos plus beaux
monumens. C'est le Cliefdenhaus , dépôt de plusieurs chefs
l'oeuvres dans tous les genres. On regrette beaucoup les
superbes tapisseries dont plusieurs dés appartemens étaient
enrichis. Quelques - unes d'entre elles représentaient les ba
ailles du fameux Marlborough.
RÉPUBLIQUE
( 201 )
С
1
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE LANJU INAIS.
Séance de septidi , 27 Prairial.
La commission militaire , devant laquelle se trouvent en jugement
les députés prévenus d'être les auteurs de la révolte
des premiers jours de prairial , écrit à la Convention qu'elle
n'a point prétendu s'en faire une égide , ni rejetter sur eile une
responsabilité qu'elle ne redoute pas , parce qu'elle connaît
sou devoir , mais seulement la prévenir de la demande des
accusés, Insertion au bulletin .
Rewbel , au nom des quaire comités de salut public ,
sûreté générale , legislation et finan es , prend la parole ,
et dit que la Convention , après avoir suspendu l'exécution
de la loi des 10 , 12 et 15 de ce mois relative à la vente
des biens nationaux à prix fixe , et sur les soumissions qui
serout faites , a ch rgé les quatre comités de lai faire un rapport
sur les avantages et les iuconvéniens de cette loi , de maniere
à ne point entraver le prompt retirement des assignats qui
en était le but principal , et vers lequel doivent se diriger
sans cesse les vues des comités . Ils ont reconnu que l'empressement
avec lequelies soumissions out éte faites prouve la
confiance que l'on met dans la révolution , et qu'on ne cherche
pas a distinguer les biens provenans d'émigrés des autres
domaines nationaux ; mais ils ont vu aussi qu' côté des hommeshonnêtes
qui voulaient acheter pour se livrer aux
de la culture , se plaçaient des gens sans moyens et qui
spéculaient sur les profits énormes qu'ils comptaient faire .
Cest leur avidite qu'il faut déjouer. Ceste loj aura toujours
procuré l'avantage de connaître , au moyen des soumissions
faites , etendue de notre gage et de nes ressources , et il en
résultera plus de facilite d'activer les ventes , de ramener
l'assignat à sa véritable destination , et d'en opérer un reti
rement considérable .
travaux
Rewbell presente un projet de décret qu'il annonce n'être
que le préliminaire d'un autre qu'il soumettra incessamment
à la discussion .
Balan s'éleve contre ce projet , et entreprend de prouver
que la loi des 10 , 12 et 15 prairial aurait produit les meil
leurs effets . Elle aurait attaché à la République , un grand
Tome XVI.
1
( 201 )
nombre de citoyens , enleve tout espoir aux émigrés , rendu
les terres plus produétives , en les vendant à industrie particalieres
. Elle cût déchargé la nation de frais immenses de
régie , épargné des dilapidations , grossi les contributions
directes et indirectes ; enfin opéré un grand retirement d'as
signars . Il ajoute que les ennemis de la Convention veillent ,
que leurs espérances renaissent , et que , dût - on faire des
sacrifices , il faut se hâter de vendre et de profiter de l'ardeur
des soumissionnaires . 1 conclut à ce que les amendemens
qu'il a présentés le 19 soient adoptés , puisqu'ils admettaient
la chaleur des encheres.
Johangot : L'opinant est parti de cette idée que la loi du
12 prairial était rapportée ; c'est une erreur , elle n'est que
suspendue . De nombreuses réclamations parvenues aux comités
ont prouvé que cette suspension était nécessaire , que l'opé
ration dilapidait les biens nationaux , que les baux de 1790 ne
représentaient que la moitié de la valeur des biens. Les comités
éclaires sur de si graves inconvéniens , ne se sont occu
pés que du soin de les écarter , en apportant des Dodifications
à la loi rendue . On s'est plû à répandre que l'émission des
assignats était beaucoup plus considérable qu'elle ne l'est
effectivement , et que vos domaines étaient moindres de valeur
que vous ne l'annoncez . Les états des soumissions repandront
la plus grande lumiere , et dissiperont tous les bruits semés
par la malveillance et accueillis par la credulité . Jobannot
demande la priorité pour le projet des comités.
Cambucérès dir qu'il est tems de renoncer à cette malheu
reuse mauie d'abuser du zele de la Convention pour le bien
de la République , en l'entraînant hors du bat et lui faisant
rendre des dercts qu'il fint ensuite modifier ou rapporter ;
que la nation est chargée d'une immeuse quantité d'assignats
qu'il s'agit de retirer de la circulation , mais que la conduite
qu'au voulait lui faire tenir ressemble à celle d'une famille
riche et enderrée qui veut se libérer , et qui , pour y parvevend
ses biens au-dessous de leur valeur. Les gens scuses
diront qu'elle fait mal ses affaires . C'est l'image de la nation ,
si elle executait la loi des 10 et 12 prairia !.
33174
L'orateur ne croit pas que la Convention nationale avec
tous les pouvoirs dont elle est investie puisse aliener les biens
nationaux , sans la chaleur des encheres et saus en connaitre la
valeur,
L'Assemblée ferme la discussion . La priorité est accordée ·
projet des comités , et les articles eu sort successivement
decrités . Nous les donnerons lorsque la rédaction en aura été
définitivement adopice.
Séance d'ectidi , 28 Prairial..
L'adjudant-général Charpentier paraît 4 la barre avec beaus
( 203 )
coup de drapeaux ; ils viennent de Luxembourg , et entrent
au milieu des plus vifs applaudissemens . Charpentier et l'officier
qui l'accompagne , reçoivent l'accolade fraternelle du président
. Ils ont servi l'un et l'autre d'une maniere distinguee
dans le blocus de cette place . Le comite de salut public est
chargé de veiller à leur avancement.
Gillet , au nom de ce comité , donne lecture des lettres
des représentans du peuple près les armées da Nord et de
Sambre et Meuse , et du général de division Hatry, cominan .
dant les troupes devant cette place , que ces officiers out
apportées . Elles portent que la derniere colonne des ennemis
vient de l'évacuer ; que la garnison était composte de 11,396
hommes qui ont mis bas les armes ; que les prises en munitions
de guerre et de bouche sout immenses . On a trouvé dans
la piace 819 bouches à feu et 16,244 fusils. ( Voyez les Nouvelles
officielies.- )
Monnot , au uom du comité des finances , annonce que
diverses réclamations ont été faites à ce comité par les
teurs d'assignats de dix mille livres , relativement aux pertes
porqu'ils
sont forcés de supporter pour les échanger. Le service
de la trésorerie ne permetiant pas que cet échange s'y effectve ,
le comité a doune des ordres pour faire fabriquer des coupures
d'une moindre valeur ; des qu'elles seront prêtes on
établica un bureau à la trésorerie , auquel s'adresseront ceux
qui en voudrout .
Doucet fait un rapport sur la Vendee. Il rend compte de
la trahison de la plupart des chefs qui ont viole la loi des
traités et n'ont feint d'adhérer à la pacification que pour ourdir
plus sûrement leurs trames . Ils out continué d'entretenir des
relations avec l'Angleterre pour opérer la disette et livrer de
territoire français . Tel était leur but . Ils n'etaient pas même
étrangers aux mouvemens des premiers jours de prairial . Le
plus grand nombre des chefs est arrête .
Doucet propose de réduire à trois les représentans du peuple
dans les départemens , afin qu'il y ait plus d'unité et de concert
daus les mesures , et il présente , au nom du comité , Mathieu ,
Guesuo et Bodin . Ils sont adoptés .
Bodiu , au nom du comité militaire , soumet à la discussion
le projet ajourné , il y a quelques jours , sur la réorganisation
de la garde nationale des départemens . Une révolution , dit il ,
quelque heureuse qu'elle paraisse Q'abord', 'u'aura jamais de
resultat salutaire , si l'énergie du peuple ne la soutien et
cette énergie s'égarerait ou tomberait bientôt , si la prudence
du législa ur ne savait l'entretenir et la diriger, Elle gåt en
vain renversé la Bastille , si les départemens réveilles par le
bruit de sa chûte , n'eussent siipultanément répondu , et si
pour protéger la liberté naissante , des bras novices encore
' eussent saisi la bayonnete . De même la victoire du 4 graïrial
Q &
( 204 )
que
se
he garantirait pas la France des faveurs de l'anarchie sang
ċesse renaissante , si la majorité pure de ses habitans en
seirant de nouveau , n'organisait pas ses efforts . Ce l'éta
blissement de la garde nationale fi : en 1789 , sa réorganisation
doit le faire encore 'aujourd'hui. Si la premiere mesure paralysa
les maneuvres combinées et perfides du despotisme d'un
Seul ; contre la seconde se briseront bientôt les efforts anarchiques
de cette multitude lasensée qui voudrait encore envahir
exclusivement là souveraineté du peuple entier . Il n'y a pas
long - témis que Ta vertu du peuple était égarée on copprimée ,
mais aujourd'hui les amis de l'ordre et des lois se pressent
auteur de la Convention , et le véritable patriotisme réparaît
dans tout son éclat. Organisez donc ses forces pour qu'elles
he servent désormais qu'à faire respecter les lois .
Le projet présenté par Bodin est adopté.
gen Séance de nonidi , 29 Prairial.
Le représentant du peuple près les armées des Alpes et
d'halie ecrit de Toulon , que cette commune continue de
jouir de la paix et de la tranquillité . Il a passé en revue la
garnison , et il a reconnu qu'elle était animée du meilleur
esprit. Les témoignages de son attachement à la République
et à la Convention qu'il a recueillis l'ont touché vivement ,
et il lui a promis de lui en faire part.
Merlin ( de Douai ) et Delamarre , en mission dans le département
du Nord , qui , dans leurs dernieres dépêches ,
annonçaient que les entreprises continuelles de la société
Populaire de Lille sur le gouvernement , les mettraient peutètre
dans la nécessité d'en interrompre les séances , écrivent
aujourd'hui que les terroristes qui la dominaient et qui
comptaient sur un 25 praitial out haté cette mesure . Les représentans
ont fait procéder le 22 à la clôture de cette société ,
et chargé l'accusateur pubiic de poursuivre les provocateurs de
Tévolte .
Une loi rendue le 19 prairial 1793 assurait aux auteurs et
artistes la propriete de leurs ouvrages , par des lois repressives
contre les contrefacteurs ; mais les officiers de paix chargés de
Teur execution n'existent plus . La Convention a decrète que
Les juges de paix et les commissaires de police rempliraient
en cette partie les fonctions qui leur étaient attribuées .
Rebeli , au nom des quatre comités réunis , présente un
nouveau plan general ces finances . Il dit que les comités ont
" tire un grand parti d'un mémoire du citoyen Morisse , et
"qu'ils ont cherché le moyen d'opérer un prompt et grand
Pretirement d'assignats , sans secousse trop violente . En 1789 ,
il y avait 2 milliards 700 millions tant en numéraire qu'en
Papier ; il existe aujourd'hui 11 milliards d'assignats ; et un
peu plus d'un milliard en numéraire , ce qui porte la circula(
205 )
tion à 12 milliards. Il faut conclure de là que si le discrédit n'avait
suivi que
la quantité da signe , ce qui se payait 20 sous en 1789
ne devrait se payer aujourd'hui que 6 I .; car il n'y a que six fois
plus de signes qu'en 1789. Il faut encore conclure que le discrédit
qui résulte d'autres causes que celles de l'accroissement
da sigue , est tout entier l'oeuvre de l'agionage et de la malveil
veillance .
Le rapporteur lit son projet de décret; en voici quelques
dispositions :
19. Il y auta une échelle proportionnelle pour les paiemens
et les recettes , calculée sur le progrès de l'émission ou de la
rentrée des assignats . Le premier terme de l'échelle sera à
partir de l'époque où il n'y avait que deux milliards en circu
lation .
20. Les paiemens augmenteront d'un quart en sus , Â pros
portion d'une émission de 500 millious ; ils diminueront pareillement
d'un quart lorsque la masse de la circulation diminuera
par la rentrée de 500 millions , ainsi de suite . Les sómines
intermédiaires , émises ou rentrées , ne produiront ni
tion ni diminution dans l'échelle proportionnelle .
augmenta
39. Les contributions indirectes et foncieres se paieront
dans la même proportion.
4. Les débiteurs de l'état serout admis à se libérer en assignats
aupair dans le délai d'un mois , passé lequel , ils paierout
dans la proportion de l'échelle : les débiteurs pour les biens na .
tionaux auront quarante jours pour se libérer en assignats an
pair . Plusieurs autres dispositions de ce plan concernent les
eréanciers de la République et les contribuables . On
demande l'impression du projet de Rewbel .
Thibant , au nom du comité des finances , expose que le
nombre des employés dans les commissions , agences et administrations
est si cousidérable que la France salarie plus de
commis que l'Europe entiere . Dans la seule commission des
approvisionnemens , il y a cinquante- deux divisions de bureaux
qui contiennent 13073 commis ; il est bien tems de mettre une
reforme dans cette partie , et de rendre à l'agriculture , an
commerce et aux arts une multitude de bras qui sont perdus
pour eux , et presqu'inutiles dans les bureaux dont ils sont
entassés , parce qu'ils ne sont pas exercés dans cette partie . Sur
son rapport , la Convention décrete que les secrétaires commis
dans les commissions et agences seront réduits d'un tiers à
compter du er , thermidor , et dans les adminstrations de
départemens et de district , remis sur le pied où ils étaient au
1er , octobre 1791. Il n'y a d'exception que pour ceux que
la vente des biens nationaux rendra nécessaires . Une partie
des dispositions de ce décret établit des regles pour faire le
triage de ces commis , et fixér leurs indemnités qui consistent
0 3
( 206 )
dans la totalité de leur traitement , le premier mois de
leur retraite , et la moitié pour le second.
Doucet , au nom du comité de salut public , donne des
nouvelles de la nouvelle guerre que nous sommes obligės
de faire aux chouans . Déja l'on avait dissipé des attroupemens
considérables dans les départemens de la Mayenne et du Morbihan
; mais ces succès n'étaient que le prélude de la victoire
compiette que nous venons de remporter sur eux près de
Vaunes . Quinze cents chonans ont péri avee plusieurs de leurs
chefs . Notre perte est presque nulle. ( Voyez les Nouvelles
officielles . )
Sur le rapport de ses comités réunis , l'Assemblée décrete
que désormais les missions des représentans du peuple dans
les departemens auront un objet limité , et qu'ils se confor
meront aux instructions qu'ils recevront des comités de gouvernement.
L'on entend les pétitionnaires .
Séance de décadi , 30 Prairial.
Moleraut , organe des comités de législation , salut publie
et sûreté générale , occupe l'Assemblée de la nécessité urgente
de réprimer les assassinats qui se commettent dans plusieurs
départemens . Les vengeances particulieres ont raisi le glaive
qui n'aurait dû jamais sortir des mains de la justice . Partisans
ou apologistes de ces assassinats , vous dites qu'il y a de
grands crimes à punir dans les hommes de sang ; qui , sans
doute ; mais en imitant leur conduite et pratiquant leur doctrine,
vous en devenez les défenseurs . Vous ne voulez pas souffrir
que le regue de la terreur se retablisse , mais vous le continuez
ce regime abominable , dès que vous ôtez aux tribunaux
la fonction de punir , Laissez donc l'usage des poignards
et de l'assassinat aux chevaliers de ce nom , aux Ronsin
Hébert , Chaumette , Chabot , Robespierra , Carrier , Dumas ,
Fouquier et leurs héritiers sanguinaires.
Le rapporteur présente le projet de décret snivant qui est
adopté :
1. L'homicide volontaire , qualifié de meurtre dans le code
pénal sera pani de mort . )
2º . En cas de meurtre ou assassinat , les prévenus seront
traduits , par les juges de paix ou officiers de police , et , à
leur défaut , par les agens nationaux des communes , devant le
tribunal criminel le plus voisin da lieu où le délit aura été
commis .
30. L'accusateur public poursuivra sans délai les prévenus.
4. S'il pense qu'il n'y a pas lieu à accusation contre un
prévenu , il ne pourra , de son chef , le renvoyer ; mais il en
référera au tribunal qui examinera et dédtidera s'il y a lieu à
accusation .
50. Les jurés prononceront à la pluralité des suffrages .
( 17 )
6º. Les jugemens portant condamnation seront exécutés sans
recours au tribunal de cassation.
70. Il est enjoini anx autorités constituées , à la force armée
et à tous les bons citoyens de prêter main forte à l'exécution
de ce décret .
8. Les autorités civiles ou militaires , convaincues de négligence
, seront destituées et déclarées incapables d'aucune '
fonction publique. 1
Personne , au nom des mêmes comités , dit que ce que la
Convention vient de décréter est pour l'avenir , mais qu'il fact
faire un retour sur le passé et punir les assassinats commis ,
parce que c'est l'impunité des délits qui en amene de nouveaux.
Il propose de rechercher tous ceux qui sout accusés
de vols , dilapidations , concussions , oppressions , prevaricas
tions , abus d'autorité , actes arbitraires et assassinats judiciairesy.
en remontant au 1er septembre 1792. Les prévenus servient
traduits au tribunal criminel de chaque département quijugerait
sans recours à celui de causation , et appliquerait les peines
portées par le code pénal .
Cambacerès et Rewbell combattent ce projet , et reviennent
sur celui de Molérant qui est décrété. Ils trouvent qu'ils violent
l'un et l'autre des fumes conservatrices de l'innocence.
Tallien se joint à eux et demande l'ajournement. Il craint qu'on
ne poursuive ceux qui ont renversé la royauté sous prétexte
d'abus d'autorité ou d'assassinats . La Convention rapporte son
premier decret et renvoie les deux projets à un plus mûr exien
des comités .
Fermond , au nom des mêmes comités , fait décreter des iccours
en faveur des habitans qui ne prendront aucune part à
la nouvelle révolte de, chouans , et des peres coutre les chefs
et leurs complices ; les premiers seront punis de mort,
Séance de primedi , 1. Messidor.
Plusieurs sections de Paris viennent offrir leurs canons , et
demandent la suppression de leur compagule de canonniers .
Elles annoncent qu'elles vont les déposer dans le lieu indiqués
par le comité militaire . Mention honorable , insertion au bulletin
.
Lanjninais , au nom du comité de législation , propose un
projet de décret undant à prolonger de deux mois le délai
accordé aux peres et meres d'emigrés , par la loi du 9 floreal
dernier , pour faire la déclaration de leurs biens , meubles e
immeubles , a l'effet de procéder à la liquidation et au partage ,
pour que la nation retire la portion qui lui revient du chef
des émigrés . Il demande aussi que les directoires de districts
soient autorisés à leur donner provisoirement main - levée des
sequestres et saisies , à la charge par eux de donner bounc et
04
( 2081)
suffisante caution pour tout ce qui peut sur les biens revenir
à la République.
!
L'impression de ce projet est ordonnée , de même que la
discussion après sa distribution .
Lanjuinis annonce qu'il fera le lendemain le rapport sur la
lo: du 17 nivöse , concernant les donations et successions ."
Le meme membre dit que l'administration du département
de Paris s'est occupée , en exécution du décret de la Convention
, du choix des églises dont l'usage doit être laissé aux
ci oyens , dans cette cite , pour l'exercice de leur culte , èt
qu'elle a reconnu la nécessité d'augmenter de trois le nombre
de ces édifices fixé pa le décret , pour les habitans des fauxbourgs
. It propose et la Convention décrete que les églises de
Saint Thomas d'Aquin , St. Sulpice , St. Jacques-du - haut- pas ,
St. Etienne- du - mont , Notre-Dame , St. Médard , St. Roth ,
St. Eustache , St. Germain l'Auxerrois , St. Mery , St. Nicolasdes-
champs , St. Gervais , St. Philippe - du - roule , St. Laurent
et Ste. Marguerite seront destinées à l'exercice des eultes .
Chenier rappelle la perte que vient de faire l'humanité dans
le célebre Dussaut premier chirurgien de l'Hôtel Dieu . Il
fait l'éloge de ses talens et de ses veitus . Il termine en disant
que Dussaut a consacré ses veilles et ses travaux anx indigens
, a laissé sa gloire à sa famille , mais peu ou point de
fortune . Il demande uue pension de deux wille liv . pour
$3 Veuve .
(
Un membre pense que cette famille est au- dessus du besoin ,
et que ce n'est pas le cas d'accorder une peusion . Mathieu,
a répondu qu'il s'agit moins de l'indemniser de sa perte
que t'honorer la mémoire de Dussaut , que d'acquitter la
France et l'humanité à qui il a rendu de grands services .
La pension est accordée .
Quinau , organe de la commission des vingt- un , se présente
à la tribune . Le président déclare que Lebon n'est
pas à Paris , et que suivant la loi , il doit assister au rapport.
Un membre observe que sa présence est nécessaire pour
la discussion , et superflue pour entendre un rapport. Il demande
la parole pour Quinau . Le rapporteur présente une
league série de crimes imputés à Joseph Lebon ; une foule
de témoignages et de pieces coucourent à prouver chacune
des imputations . C'est Arras , c'est Cambray qui furent le
théâtre des sanglantes orgies de ce proconsul aussi cruel ,
mais plus lâche , plus libidineux que Carrier. Il avait établi
dans ces deux communes des tribunaux révolutionnaires
dont il faisait incarcérer les membres quand ils ne servaient
pas ses fureurs avec la plus stricte abnégation . Les jours d'ext • -
cution étaient pour lui des jours de fête il parcourait les
la chemise décoletée , le sabre traînant et criait
l'affaire est expédiée , vous les verrez passer par ici , ils vont
rues ,

( 209 )
da
à l'échafaud . Après l'exécution , il allait dîner avec les juges ,
les jurés et l'executeur . Un jour il faisait subir interrogatoire
à un jeune homme qu'on accusait de fanatisme : la mere d
ce jeune home , qui était presente ; fondait een armes :
Lebon la somme de répondre à une question sur laquelle
' son fils n'avait pas donné assez d'éclaircissemens : cette malheureuse
mere ne peut rien répon re. Lebon lui pose le pistolet
sur la poitrine Elle leve les yeux au cii . Voyez ces
fanatiques , s'écrie Lebon , comme ils sont stupides ; ils s'adressent
toujours là comme s'ils pouvaient en obtenir quelque chose . Le
jeune homme , la mere et ses deux filles expirerent sur l'échafaud.
Il publia un arrêté portant défense aux filles et femmes,
sous peine d'incarceration , de se payer le dimanche : it arrêta
en même tems que l'on raserait les maisons des officiers mus
nicipaux qui ne tiendraient pas la main à l'exécution de sa
volonté.
à
Une mere et sa fille sont amenées devant lui ; on les accusait
de correspondance avec des parens proscrits : il demanda
leurs porte feuilles ; elles hésitent : il se porte sur ciles à coups
de poing , à coups de bâton , il prend les porte - feuilles ; il
n'y trouve rien qui justifie ses soupçons : ce monstre fait
déshabiller en sa presence la jeune fille lui-même il la traîne
en prison . Il la fit mettre en liberté le lendemain.
Se promenant un matin dans les rues d'Arras , il rencontre
une jeune fille , et lui demande où elle va , Qu'est- ce que
a . vous fait ?
La jeune fille ne savait pas qu'elle parlait à Joseph Lebon sa reponse indisposa le proconsul : la jeune fille , son pere , sa mère , ses freres furent incarcérés le len , demain ; tous furent condamnés à mort et exécutés .
Le rapporteur est souvent interrompu par des murmures
d'indignation . On lui crie : c'est assez . Cependant il conti
nue sa pénible tâche , et il conclut en déclarant que l'opinion
de tous les membres de la commission des vingt - un est qu'il
y a lieu à accusation contre Joseph Lebon .
La Convention ordonne que le rapport sera imprimé , dis
tribué , et la discussion ouverte trois jours après .
Rewbell , au nom du comité de salut public : Les journaux
ont annoncé , et les crieurs d'après eux , que le général fichegru
est mort au champ d'honneur devant Mayence , et que celle nouvelie
, qui n'est malheureusement que trop certaine , est parvenue
au comité de salut public . Je suis charge de vous dire
de sa part qu'il n'a point reçu une parcille nouvelle .
った
( 210 )
PARIS. Quartidi , 4 Messidor , 3 ° . année de la République...
Quelques papiers avaient répandu avant hier le bruit
de la mort du général Pichegru devant Mayence , on
citait même le témoignage des comités ; cette nouvelle
donnée sans aucun détail circonstancié , paraissait d'autant
plus extraordinaire que les papiers les plus accrédités
publjaient dans le même tems une suspension
d'armes sur le Rhin entre les troupes ennemies et celles
de la République . Les comités , dont on avait invoqué
le témoignage , ont désavoué cette nouvelle qui a été
imaginée sans doute par cet esprit de malveillance qui
se plaît à semer de loin en loin des nouvelles affligeantes
pour la République . Si l'on a voulu par-là faire l'essai
du degré d'intérêt qu'inspire ce général aux amis de la
liberté , certes il a dû convaincre les mal - intentionnés
de l'estime qu'on lui porte par la douleur qu'ont ressentie
les patriotes .
Le scélérat Denelle , l'empoisonneur et l'assassin de sa
femme et de ses enfans , den : nous avons rapporté les crimes
dans notre feuille , a été arrêté à l'Hôtel Dieu , où il était
entré comme malade .
Une femme , dont il était conau allait vers midi dans
est hospice pour y voir son mari malade . Elle voit un hamme
couché dans un lit voisin , qui prend des précautions pour
n'être pas vu ; la curiosité fait insister cette femme pour le
reconnaître ; il s'apperçoit bientôt que son secret est découvert
; il supplie de ne pas le perdje , sa priere avait été
entendue par un infirmier qui questionne la femme ;
déclare quel est le scéléra¹ . Ón l'arte , on le conduit dans
la salle des fous , où il est mis anx fers , en a attendant que *
la justice en ait disposé autrement.
elle
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que ce malheureux n'a pas
même changé de nom en se présentant à l'hospice .
If a dit cette nuit , à ceux qui l'entouraient , qu'après avoir
commis son crime , il avait fait différentes tenta ives pour se
détruire , qu'il avait mangé une omelette empoisonuće , qu'il
avait pris de l'opiam et quinze grains d'émétique.
Le tableau des horreurs commises par les ennemis de tout
ordre , se charge et se rembrunit chaque jour , depuis les
événemens de la glaciere d'Avignon , jusqu'aux journées des
1er et 2 prairial . On vient de publier la liste sanglante des
victimes immolees dans les massacres de septembre . En voiçi
( 11 )
1 état , tel qu'il fut dressé par le comité de surveillance de
la commane du 10 août.
A l'Abbaye , sur 284 prisonniers , 156 d'égorgés ; 36 péris
dans le fond des cachets .
A Bicêtre , sur 450 , 160 égorgés .
Au Châtelet , sur 269 , 217 égorgés . ་
A la Conciergerie , sur 508 , 75 égorgés , et 233 oubliés et
péris dans les cachois et bas fonds.
A la Force , sur 518 , 169 égorgés.
A la Salpêtriere , sur 270 femmes , 35 d'égorgées ; les filles
furent emmenées.d
Au séminaire Saint-Firmin , sur 91 prêtres , 76 égorgés .
Aux Garmes , sur 150 prêtres , 120 égorgés .
Aux Galériens , sar 76 , 73 égorgés .
Total des victimes , 1143 .
On mande du Havre que le capitaine Soren - Nielfe - Ber-
Hergaard , commandant le sloop danois , l'Ebenezer , venant
d'Altona , arrivé le 22 en cette ville , rapporte que , le 7 mai
ila rencontré , proche Douvres , une fregate anglaise , qui a
visité ses papiers , et après examen , il a été conduit aux Dunes ,
où l'amiral a donné ordre de le conduire à Donvres , où il
est arrive le 9 dudit mois ; on lui fit décharger sa cargaison ,
consistant en 160 barils de riz et 20 fûts amidon ; après quoi
on lui a délivré un passe-port pour se rendre où il le jugerait
à propos.
Il ne lui a été rien payé pour ses marchandises , frêt et
retard. Il a fait toutes les protestations nécessaires .
Il est reparti de Douvres le 5 juin ; il a vu emmener à
Douvres cinq navires dauois et trois américaius , charges de
comestibles.
Le capitaine du navire américain la Polly , venant de Savanah
, a rapporté avoir rencontré , le 19 mai , une frigate
anglaise vingi lienes dans l'ouest d'Ouessant. Après avoir ex :-
miné ses papiers , elle l'a laissé continuer son voyage . Îi a
su que cette frégate avait arrêté et conduit en Angleterre uur
navire anglo- américain , chargé de provisions pour Bordeaux .
Il a aussi rencontre , le 1er juin , sept vaisseaux de ligue auglais
suivant route à l'ouest.
On écrit de Calais qu'un navire américain , chargé de blé
pour la France , a été pris par un lougre apglais , qui l'a con
duit à Douvres , où l'on a fait décharger son blé , qui lui a été
payé. Il a été ensuite renvoyé avec quelques sacs d'avoine qui
étaient à fond de cale , et dont on n'a pas juge à propos de
s'emparer.
Le capitaine Stephen Spargne , du navire américain le
Francklin , rapporte avoir été visité le 4 juin , à la vue d'Oues-
"
( 212 )
sant , par une frégate anglaise , qui avait, repris . nn navire pori
tugais , prís quelques jours auparavant par les Français .
On assure que le comité de salat public vient d'ouvrir des
négociations avec l'Espagne pour l'échange de la fille de
Louis XVI. Un agent de la cour de Madrid , le marquis
d'Yranda , est maintenant à Saint-Sébastien . L'objet apparent
de son voyage a été de réclamer les biens qu'il possede dans
la Cuipuscoa et dans le département des Basses - Pyrénées . Le
representant du peuple Millaud , auquel il s'est adressé , a
satisfait d'abord à la justice de sa demande. On ajoute que
dans la suite de leurs conférences , il a beaucoup été ques
tion de paix.
1
COMMISSION MILITAIRE.
Séance du 29 prairial.
A midi et demi , la commission a condamné à la peine
de mort Romme , Duquesnoy , Duroy , Bourboue , Soubrany
et Goujon , attendu qu'ils sont convaincus de s'être montres
les auteurs , fauteurs et complices des affreux événemens qui
ont eu lieu le 1er . prairial , d'avoir conspiré contre la répu
blique , provoqué la dissolution de la représentation nationale ,
l'assassinat de ses membres , etc. : A l'égard de Peyssard , attendu qu'il n'a pas employé le
même caractere de rébellion , mais qu'il est convaincu , mêmẹ
de son propre aven d'avoir proposé le renouvellement des
autorités constituées , réorganisées depuis le 9 thermidor ,
etc.; la commission l'a condamné à la déportation .
Quant à Forestier , comme rien ne prouve qu'il ait pris
une part active aux événemens du 1er , praivial et jours suivans
, qui est cependant prévenu ' de faits antérieurs an
12 germinal et au er . prairial .
La commission a ordonné qu'il sera conduit dans la maison
d'arrêt , et y demeurera sous la surveillance du comité de
sûreté générale , pour prendre à son égard le parti qu'il croira
convenable.
Après le prononcé du jugement , Goujon a dit : Voici
mon portrait que je vous prie de faire remeure à ma femme.
Duquesnoy Je vous charge de cette lettre ; elle contient
mes adieux à mes amis et à ma femme . Je desire que mon
sang soit le dernier sang innocent qui cople ; puisse - t- il consolider
la République vive la République !
Bourbotte : Les ennemis de la liberté ont seuls demandé
mon sang. Mon dernier vau , mon dernier soupir seront
pour ma patrie .
( 213 )
Les condamnés ont remis sur le bureau leurs porte-feuilles
ane lettre , une carte de député , etc ,
etc.
été
Aussi- tôt que les condamnés à mort ont conduits dans
la prison , ua officier de gendarmerie a apporté un couteau avec lequel on di a que Boarbotie s était suicidé .
On a ensuite annoncé qu'il y en avait cinq qui s'étaient enfonces des conteaux dans le sein ; on a encore apporté
un couteau et une paire de ciscaux .
Le président a donné lecture de l'ordre que la commission
avait donne par écrit au commandant , de fouiller hier soir
et ce matin les accusés , de leur ôter leurs couteaux , ciseaux
et autres instrumens tranchans , de fouiller même dans leurs
its . On croit que les couteaux et ciseaux étaient dans la doublure
de leurs habits .
.
Le commandant du poste a été à l'instant arrêté. Le comité
de sûreté génézie a été instruit de cet evenement .
Duroy , Bourootte et Soubrany ont été mis sur la charette
à une heure .
Duroy disait dans la cour : Voilà les assassins qui jouissent de
leur ouvrage . Que je suis malheureux de m'être manqué !
Ces mains - là étaient eiles faites pour être liées par un
bourreau !.....
Jouissez , messients les aristocrates .... Il s'est répandu en
injures envers plusieurs personnes qui étaient daús la cour .
Soubrany disait : Laissez - moi mourir .
Ces trois derniers ont subi leur jugement sur la place de
la Révolution .
Détails sur la guerre des Chouans ."
On mande de Rennes , le 22 prairial , que le général de
brigade Josuet , informe que les chouans se renforçaient ,
contre la foi des traités , aux châteaux de Grand - Champ et
de Penhoël , et que leurs assemblemens au centre de Morbihan
avaient pour objet de continuer leurs hostilites et de
surprendre les troupes républicaines , s'est avancé contr'eux
sur trois colonnes.

Celle de gauche était commandée par le citoyen Guerin ,
chef d'escadron de gendarmerie ; celle de droite par le citoyen
Bardin , adjoint aux adjudaus - généraux ; la colonne du centre
par le citoyen Bonte , chef du premier bataillon de la douzieme
demi brigade.
Cette petite armée étant arrivée , le 8 à trois heures du
matin , à Grand- Champ , a trouvé deux mille chouans disposés
à se defendre.
L'affaire s'est engagée et a duré deux heures et demie ;
( 214 )
l'avantage est resté aux troupes républicaines qui n'ont pèrdu
que deux hommes dans cette rencontre , quoiqu'ils aient fait
mordre la poussiere à plus de trois cents brigands .
Le comte Desils , général royaliste de tout le Morbihan et
Jean Grand , chef du même parti pour le district du Faouet ,
ont été reconnus parmi les morts .
Dans le même moment , le citoyen Mersey , adjoint , commandait
l'attaque de Penhoël. Vainqueur aussi de son côté ,
il a mis en déroute les chouzus qui s'étaient attroupés dans
ce repaire , et a eu la satisfaction de délivrer quarante- cinq
prisouniers , habitans patriotes ou soldats dont on avait jurė là
mort.
1
Le 11 , un autre rassemblement armé et très - nombreux ,
s'étant formé à Plaudren , avait résolu l'établissement d'un
camp à Saint- Billy.
Instruit de ce projet , le général Josnet marche contr'eux ,
à la tête de trois cents grenadiers et de cent carabiniers
briges.
Les brigands étaient embusqués dans les bois ; on les attaque
avec impétuosité ; trois fois ils sont battus , trois fois , ils
se rallient ; enfin la bayonnette républicaine agit e decide
11 victoire . Deux cents royalistes ont péri dans cette seconde
affaire , et nous n'avons pas eu un seul homma tué ni blessé. *
Le général , en rendant compre de ces deux événemens ,
annonce qu'il se prépare à de nouveaux . Il fait le plus grand
éloge des officiers et soldats dost la valeur a déterminé lá
gloire de ces deux journées , et qui ont eu pour témoins de
leur conduite vraiment républicaine , les commissaires civils
qui les accompagnaient dans cette expédition .
Le 20 du mois dernier , cinq frégates anglaises , auxquelles
se sont joints quatre ou cinq batimens de moindre force ,
venant de Jersey , ont attaque un de nos convois chargé de
charbon de terre et de cuivre , qui sortait de Cherbourg ,
et qui n'était protégé que par deux chaloupes canonnieres .
Uue d'elles , commandée par le capitaine Bosler , a eu la
hardiesse de teuter l'abordage ; mais elle n'a pu y réussir .
Pendant plus de 4 heures , la petite bat erie de Surtainville ,
armée de deux pieces de 24 , et de deux chaloupes canonnieres
, n'ayant chacune qu'un canon de même calibre , ont
répondu au feu de près de 300 pieces de canon , dont une
panie était de 36 livrés de balle.
Vers Sablé , un détachement de cent hommes , composé
de volontaires des Ardennes et du 44. régiment , ayant eté
i pinement attaqué par des chouans , s'est battu avec le plus
grand courage , et est parvenu à repousser les assailans .
Le capitaine Granger , des Ardennes , quoique blesse de
deux coups de feu , et le lieutenant Cajole , aussi grievement
atteint , ont constamment gardé leur poste.
( 215 )
Tous les jours on acquiert de nouvelles preuves sur les
projets perfides de nos ieroces ennemis ,
Des lettres trouvées dans les papiers de Comartin , offrent ,
d'après l'ensemble des indications , le plan bien combine d'une
trahison qui devait rendre les républicains victimes de leur
bonne foi et de la loyauté de leurs sentimens .
Il parait que l'Angleterre , d'accord avec les chefs rebelles ,
s'occupait des moyens de venir les seconder , en faisant , sur
plusieurs points de nos côtes maritimes , des tentatives qui
auraient réussi à l'aide des secours que ceux- ci devaient lui
menager au premier moment où la flotte se serait montrée
dans nos parages. Heureusement que le ciel vengeur des parjures
a découvert la trame criminelle qu'ils méditaient dans
T'ombre du mystere , la ruine de la liberté .
On s'attendait que l'arrestation des chefs coupables produi
rait , dans les departemens insurgés , l'explosion de la vengeance
: c'est ce qui a eu lieu le 7 Boréal .
Toutes les routes interceptées ont empêché le départ des
couriers et des voitures publiques , jusqu'à ce que les communications
fussent assurées .
Deja des mesures sont prises contre des rassemblemens armés ;
elles seront vigourenses et fermes , si ces bandes de brigauds .
se refusent à l'exècation des articles du traité de paix conclu
à la Mabila s .
Suite de l'extrait d'une lettre curieuse d'un chefdes chouans ,
du 19 mai et adressée d'un représentant."
datée
"
" On ne vous a exprimé dans les plaintes de désertion
que notre desir de recueillir les déserteurs ; mais je ne fais
aucun doute qu'un tiers de votre armée ne s'nnît à nous .
Independamment de l'abondance qui regne parmi nous , de
l'espèce de guerre que nous faisons , le soldat aime le metveilleux
pour lut comme pour l'Europe , c'est un prodige
que d'avoir vu une poignée d'hommes arrêter , triompher des
Vainqueurs de l'Europe entiere ; ue soyez donc pas sans inquiétude
sur la guerie , si elle recommence , et craignez que
Votre nouvelle constitution n'irrite le peuple jusqu'à méconmaitre
ses chefs , s'ils résistaient à son opinion . Je vous pro
des difficultes , e je ne me déguise pas , moi , que dans
Paris , vous pouvez aussi contir quelques risques en parlant
d'un chef , sous quelque dénomination que ce soit .
pose
19 Jose : ai donc vous proposer un moyen dont je erois le
résultat in manquable , s'il n'y a pas de danger que mon ignorance
sur la situation actuelle de la France ue me permet pas
de découvrir. I importe qu'à l'anarchie , à la versatilité des
los et du gouvernement , on substitue une constitution active
ei marchantt. Paraissez craindre de décider vous-mêmes de
( 215 )
l'espece de gouvernement qui couvient le mieux au peuple ;
paraissez lui soumettre à - la - feis les quatre régimes dont il en
a déja éprouvé trois . Vous serez bien maîtres de fixer son
opinion , quand il croira ne suivre que la sicane.
99
Q'if choisisse dans ses assemblées primaires entre le
regime ancien , qu'à - coup - sûr il rejettera , entre la constitution
de 1791 , le régime execrable de 1793 , et celui que
vous lui proposerez quoiqu'au fond de mon coeur je desire
un roi , pour qui j'ai verse mon sang , si ce titre est devenu
odieux aux Français , en gémissant de ce changement , je me
garderai bien de heurter l'opinion publique. Le plus grand
bien à faire aux hommes est de détruire toute , semence de
division , d'éloigner, toute cause de verser le sang entre
citoyens.
Eh bien s'il le faut , abolissez la royauté , mais concentrez
le pouvoir exécutif dans les mains d'un seul inamovible
, héréditaire , inviolable , à qui il soit aussi impossible
que la nation nuise , qu'il le serait que lui seul nuisit à la
nation ; que les agens soient bien responsables , non sur des
mots vagues et lonjours éludés , mais dans des cas prévus et spé
cifiés . Donnez à ce pouvoir executif tel nom que vous voudrez ,
pourvu que ce n'en soit pas déja de connus . Les anti - royalistes
ne verront que l'abolition de la royauté dans la creation nouvelle
, tandis que les autres se livreront à l'espérance que
des tems plus favorables ressuscites ont le titre qu'ils préferent
. La géneration passera , et si la constitution & ↑ bonnes,
le gouvernement restera tel que vous l'aurez créé ,
richy soit change , car on sera heureux.qphán o A
sans que
Voilà une partie de mes rêves , monsieur , ce sont aussi
ceux d'un homme de bien qui forme un souhait profoud pour
le bonheur de sa patrie . Puisse - t - elle être heureuse et que
j'expire ce soir , etc.
ANNONCE ,
De l'Esprit de la Constitution qui convient à la France , et examen
de celle de 93 , avec cette épigraphe : La liberté publique
et individuelle ne peut exister sans une garantie suffisante es
réciproque des droits des gouvernés et des fonctions des gouvernans
, et saus l'accord le plus latime de l'esprit de la constitution
et de celui de la legislation . 9 Par J. J. Lenoir de la
Roche. 1 vol. in - 8 ° . Prix , 8 liv . , et g liv . fisuc de port par la
poste . A Paris , chez Agasse , rue des Poitevins , nº . 18 .
f
( N … . 56. ) 56. )
Jeans
.
MERCURE FRANÇAIS.
DÉCADI 10 MESSIDOR , l'an troisieme de la République.
( Dimanche 28 Juin 1795 , vieux style. )
POESI E.
LE TÉLÉGRAPHE DE L'HYMEN.
LE MARI.
La gloire m'enchaîne à des lieuz
Trop éloignés de tes beaux yeux ,
C'est ce qui me désole .
Mais quand mon bras répand l'effroi ,
Mon coeur revole auprès de toi ,
C'est ce qui me console.
L'ÉPOUS I.
Je t'embrasse dans mon sommeil ;
Mon bonheur fuit à mon réveil ,
C'est ce qui me désole.
Mon pinceau charme mes ennuis )
Sous ma main je te reproduis ,
C'est ce qui me console.
LE RI.
Des lauriers communs d'Actéon
Peut-être charges to mon front ,
C'est ce qui me désole.
Mais , sur la foi de tes sermens
Je crois que tu vis sans amans ,
C'est ce qui me console .
Tome XVI.
P
1.218-
*
L'ÉPOUSE.
Orgueilleuse de dominer ,
L'Espagnole veut l'enchaîner ,
' C'est ce qui me désole .
Mais tu chéris la liberté ,
Et tu haïs l'infidélité ,..
C'est ce qui me console .
}
LE MARI.
L'ennemi vient , courons à lui ;
Je ne t'écris
plus d'aujourd'hui ,
C'est ce qui me désole .
Mars , souvent vaincu par l'Amour ,
Doit aussi le vaincre à son tour ,
C'est ce qui me console .
L'ÉPOUSE.
Reviens un instant dans mes bras....
Il fuit , et ne m'écoute pas !
C'est ce qui me désale.
Mais la patrie est en danger ;
C'est d'un heros de la venger .
C'est ce qui me console.
LE MARI.
Du combat j'attive vainqueur
Et je suis blessé par mallenr ,
C'est ce qui me désolé ,
Je boite un pen , mais ce n'est rien ;
La République marche bien ,
C'est ce qui me console.
L'ÉPOU 3 E.
Qu'entends -je ? le sort des combats
A flêtri tes mâies appas ,
C'est ce qui ne devoir.
Si ton corps est cicatrisé ,
Ton nom est immortalisé ,
C'est ce qui me console.
Par le citoyen FERRAND , de la section du Luxembourg,
( 219 )
LÉGISLATION POLITIQUE.
DE L'ESPRIT DE LA CONSTITUTION QUI CONVIENT A LÀ
FRANCE , et examen de celle de 93 ; avec cette épigraphe.
La liberté publique et individuelle ne peut exister
sans une garantie suffisante et éciproque des droits
des gouvernés et des fonctions des gouvernans , et sans
l'accord le plus intime de l'esprit de la constitution et
de ceini de la législation , ParJ. J. LENOIR- LAROCHEL
Un volume in- 8° . Prix 8 liv . , et 9 liv . franc de port par
la poste. A Paris , chez AGASSE , rue des Poitevins , no . 18.
L

A premiere partie de cet ouvrage est consacrée à
l'examen de la constitution de 93. On sait comment , par
qui et dans quelles circonstances elle fut si brusquement
provisée
. Quoiqu'elle soit depuis long- tems jugée
par ceux qui ont calculé les longues erreurs de la révolution
, il est encore pour un grand nombre d'esprits ,
tant de préjugés à détruire , l'exagération des principes
a produit un si grand déplacement dans les idées politiques,
que l'auteur à cru qu'il n'était pas inutile de sou
mettre cette constitution à une analyse severe . Il sera
difficile , après avoir lu ce qu'il en dit , d'oser parler
encore de cette oeuvre de faction , d'erreur et de crime ,
où l'insurrection est érigée en principe , où l'on ne
trouve qu'un mélange de gouvernement démocratique et
de gouvernement représentatif tel qu'il ny a véritablement
ni démocratie , ni représentation , et qui ne présente
aucune espece de garantie ni pour la liberté pu
blique , ni pour le corps législatif , ni pour le gouver
nement.
C'est dans la seconde partie que l'auteur traite de
l'esprit de la constitution qui convient à la France . Il
jette d'abord un coup d'oeil sur les causes qui ont em
pêché l'établissement d'une bonne constitution ; il les
réduit à trois le royalisme qui veut tout ramener à l'au
torité d'un seul , ou absolue , ou constitutionnelle ; l'esprit
d'abstraction qui veut tout régler par les principes
d'une théorie rigoureuse ; l'esprit de démagogie qui veut
tout confier à la puissance aveugle et précipitée de la
multitude. Il pense que parmi ceux qu'on appelle roya
listes i en est beaucoup qui , trompés par le sentiment
P 2
( ૧૨૦ )
qu'ils ont éprouvé à la vue des folies et des désordres
qui ont souillé la révolution , prennent pour des idées
de royauté, ce qui n'est au fond que le desir et le besoin
d'un gouvernement juste et bien ordonné . Donnezleur
, dit- il , une constitution qui leur assure le repos ,
la sûreté , la propriété faites -les jouir d'un gouvernement
où l'arbitraire disparaisse devant la loi ; et croyez
que le jour où tous les Français connaîtront sous quelles
regles ils doivent vivre , et pourront en apprécier la
bonté , sera celui qui verra s'amoindrir le nombre des
royalistes . La profession de foi de l'auteur n'est pas
équivoque sur la royauté ; il regarde avec raison son
rétablissement comme une des plus grandes calamités
de son pays , et comme le signal d'une guerre civile dont
il serait impossible de calculer les suites effrayantes ;
mais il est rassuré par l'impossibilité dans laquelle la
France s'est mise de revenir sur ses pas.
"
Tout est changé , dit- il , l'esprit national n'est plus
le même ; l'éclat du trône , l'illusion du pouvoir monar
chique , ce prestige imposant qui l'environne et le soutient
, et qui agit plus sur les idées morales que la réalité
même du pouvoir , tout cela a disparu. La haine que
l'on porte aux ordres , aux castes privilégiées , le souvenir
récent des maux qu'ils ont faits , la crainte de les
voir renaître plus terribles encore , le sentiment de l'indépendance
et de la liberté qui ne peut s'effacer si
promptement , lors même qu'il n'est encore qu'une opinion
confuse ; le triomphe de nos armées qui n'ont
vaincu que pour la République , un grand nombre de
fortunes particulieres liées à l'état actuel des choses ,"
un mouvement imprimé aux esprits par six ans de révo
lution , et qui a acquis plus de force en raison de sa
pente et de sa vitesse : voilà autant de barrieres qui
s'élevent entre le passé et le présent , et qui doivent
fixer la France à l'état républicain ; car un grand peuple
qui change son gouvernement peut prendre dans la
suite d'autres idées , mais il ne revient pas inopinément
à celles qu'il a détruites . "
L'auteur recherche ensuite quel est le but et les fondemens
de toute constitution , et cette recherche le
conduit à l'examen des droits individuels et des droits
du corps social . Les droits des individus se réduisent
à ces trois mots ; liberté , sûreté , propriété ; car l'égalité
même n'est qu'une conséquence de la liberté . Mais pour
prévenir l'abus que l'on a fait si souvent des mots
( 221 )
liberté et égalité , l'auteur s'attache à les bien définir. I
considere la liberté naturelle , la liberté civile , la liberté
politique. Il fait voir que la source de toutes les erreurs
est venue de ce que l'on a confondu l'égalité naturelle
avec l'égalité civile et politique , et légalité de droits avec
l'égalité de moyens . Il place dans la souveraineté le prin
cipe de tous les droits du corps social ; delà la forma-
Jion de la puissance législative , de la puissance exécutrice
et de l'action du gouvernement , des fonctions judieiaires
, et de tous les ressorts de l'organisation civile et,
politique ; il en conclut que l'objet de toute constitu
tion est d'assurer aux individus , comme au corps social
la jouissance de leurs droits respectifs ..
Passant ensuite à la nature du gouvernement qui convient
à la France , il prouve par sa situation civile
morale et politique , que ce ne peut être un gouver
nement democratique. On a voulu , dit-il , faire une
monarchie mixte lors de la revision de 91 , et il n'y
avait déja plus ni monarchie , ni monarque ; on a
voulu faire une démocratie en 93 , et il n'y avait
pas même encore une république . La monarchie
pouvait convenir à l'ouverture des états - généraux ; elle
ne convenait déja plus à la fin de l'assemblée constituante
; elle conviendrait bien moins aujourd'hui . L'auteur
prouve que la République représentative est le seul
gouvernement dont la France soit susceptible. Or , il
est de l'essence de ce gouvernement , 1 ° . que le peuple
ne puisse rien retenir de l'exercice des pouvoirs qu'il
est obligé de déléguer ; la délégation du pouvoir législatif
doit donc être pure , simple et sans restriction ;
que les délégués
ne soient ni des porteurs de votes , ni des mandataires
tenus de rendre compte de leurs mandats ; la délégation
doit donc être entière, absolue sans condition
et irrévocable
; 3° . que le corps legisla
tif soit indépendant
et inviolable. S'il est de la nature du gouvernement
représentatif
que le peuple distribue à des délégués les différentes
branches de l'exercice de la souveraineté
, ce serait un dépôt dangereux
pour la liberté particuliere
et pour la liberté publique
, si cette distribution
de pouvoirs et de fonctions
n'était combi- née et organisée
de maniere à assurer le jeu de la ma- chine politique
, sans affaiblir aucun de ses ressorts
et sans nuire aux droits et aux rapports réciproques
entr les gouvernés
et les gouvernans
.
La premiere pâse de l'organisation des pouvoirs ou
P 3
( 222 )
fonctions politiques , est dans le droit de suffrage ou
dans les élections . L'auteur le considere sous le rapport
de ceux qui élisent , sous le rapport de ceux qui peuvent
être élus , et sous celui des formes de l'élection . Il pense
que tous les citoyens indistinctement , à l'exception des
mendians et vagabons , doivent voter dans les assemblees
primaires , pourvu qu'ils soient domiciliés et majeurs
; mais la société pour l'intérêt de tous peut et doit
imposer des conditions d'éligibilité . Il ne croit pas que
Ton puisse se passer de corps électoraux . La fonction
de choisir de bons législateurs et de bons magistrats
dit - il , exige , 1. la connaissance des qualités intellec- ,
tuelles et morales que chacun d'eux doit apporter
dans l'ordre de sa gestion ; 2 ° . le talent de discerner
ces qualités dans les hommes , talent qui suppose assez
de rapports habituels avec eux pour bien observer , et
assez de sagacité pour bien juger ; 3 ° . Une droiture et
un désintéressement tels , que les choix soient à l'abri
de l'intrigue et de la corruprion . Or , le peuple ne
trouvera pas constamment en lui- même ces trois instrumens.
Les choix faits par des électeurs lui paraissent
donc plus sages , plus réfléchis , moins susceptibles de
cabales et de précipitation , que s'ils émanaient directement
des assemblées primaires , nécessairement plus
tumultueuses , plus près des intrigues , plus disposées à
l'enthousiasme , et moins à portée de bien juger de la
moralité et des lumieres des candidats .
T
Il établit une échelle de conditions suivant les différens
genres d'éligibilité . La principale est celle de la
propriété. Mais ne doit- on regarder comme telle que la
propriété territoriale ? L'auteur ne le pense pas. D'abord
chaque hommeapporte dans la société sa personne et
toutes les facultés attachées à sa nature d'homme. Voilà
la premiere mise ; elle est commune à tous. L'emploi
des facultés individuelles s'appliquant , ou à la culture
des terres , ou aux différentes especes d'industrie qui
aissent de la reproduction et des besoins de la société ,
il en résulte deux de propriété , l'une foncière ou
immobiliaire , l'autre industrielle ou mobiliaire . La premiere
Occupe sans doute le premier rang ; mais la seconde ne
doit point être considérée comme nulle dans l'admission
à l'exercice des droits politiques , soit parce que ce
serait écarter une classe trop nombreuse , soit parce que
La garantie qui résulte de l'intérêt à la chose publique
se trouve à un bien plus haut degré , par exemple
dans une valeur commerciale ou industrielle de cent
e
Sortes
( 223 )
mille écus , que dans la possession d'un champ de 500 I.
Les constitutions américaines ont été moins rigoureuses ,
quoique faites par un peuple colon ; elles n'ont point
exclu les propriétés mobiliaires et imposables ; seulement
elles ont exigé pour celles - ci une plus forte quotité .
L'auteur pense donc que c'est dans un heureux mélange
des deux classes de propriétaires que se combinent et
se balancent les différens genres d'intérêt à la conservation
et à l'administration de la République .
2
Ainsi , pour être éligible au corps électoral il exige
une certaine contribution immobiliaire ou mobiliaire
une autre pour être éligible aux fonctions administratives
, judiciaires , et une autre pour être membre de
corps législatif ou dépositaire des fonctions exécutives ,
dans une progression plus forte , et qu'il serait aisé de
déterminer.
Quant à l'organisation du corps législatif, l'auteur combat
également , et le projet de le diviser en deux sections
qui se réuniraient en cas d'opposition pour former
un résultat commun , et le systême d'une chambre qur
proposerait les lois , et d'une autre qui les adopteraitoules
rejetterait. Il y trouve cet inconvénient que la premiere
ne serait qu'un comité de travail , et que la véritable
puissance législative résiderait dans la seconde . Ór ,
celle- ci serait une pour les résolutions , et c'est précisément
cette unité qui lui paraît dangereuse . Il craint
que l'opinion ne mette à la longue un différence entre
ces deux chambres ; de là les jalousies et leurs suites
déplorables . La chambre de préparation qui verrait souvent
ses projets rejettés , pourrait chercher à se faire un
parti contre la chambre de résolution ; et si dans des
eirconstances qui mettent en jeu tous les intérêts et
Toutes les passions , la nation venait à se partager, il en
résulterait des secousses qui ébranleraient le corps politique
et rameneraient ces époques affreuses de révo
lutions dont il importe de prévenir le retour.
L'auteur trouve plus analogue à l'égalité politique et
à la nature d'une république représentative , de diviser
Le corps législatif en deux branches composées d'élemens
égaux , soumises aux mêmes conditions d'éligibilité
, dans chacune desquelles les projets de loi pourraient
prendre naissance , et qui auraient une à l'égard
de l'autre un droit négatif réciproque ; par là les rivalites
et les jalousies disparaîtraient ; si l'une des deux branches
refuse son adhésion , il n'y a point de résultat , ou le
P4
( 224 )
projet est ajourné. Si elle consent , le voeu de la légis-,
lature est exprimé ; il y a un résultat certain .
Ici , il examine s il ne serait pas de l'intérêt social
d'ajouter une troisieme garantie à la formation de la loi ,
en accordant au pouvoir exécutif une part à la législa-.
tion , c'est - à- dire le droit de faire des observations sur
les projets de loi passés dans les deux chambres . Il
balance les inconvéniens et les avantages de cette troisieme
garantie , et penche pour son adoption . Il lui
semble que s'il arrivait que les deux chambres fussent
entraînées par un même esprit dans une erreur commune
, il serait bon de trouver encore un surveillant qui
pût servir de modérateur au corps législatif , sans établir
avec lui d'autre lutte que celle de la sagesse et de la
raison ; car si après l'examen des motifs du pouvoir
exécutif , les deux chambres persistaient dans leurs résolutions
à une majorité des deux tiers ou des trois quarts
de voix , le pouvoir exécutif serait obligé d'y acquiescer.
Alors il y aurait une forte présomption que la loi
serait jugée bonne ; c'est cette présomption dont la
société a besoin de s'assurer par tous les moyens que
la prudence peut suggérer. L'auteur a encore pour appui
les constitutions d'Amérique qui n'ont pas balancé à
attribuer au magistrat chargé des fonctions exécutives .
la faculté de consentir ou de suspendre pour un tems
les projets de loi . Il semble en effet que le dépositaire
du pouvoir exécutif, dont les connaissances se sont fortifiées
par l'expérience et la pratique que donne l'administration
d'un vaste état , peut découvrir dans un projet
de loi des causes d'inexécution qui auraient échappé à
l'esprit de théorie qui l'aurait produit.
Pour être admis dans l'une ou l'autre chambre du
corps législatif , il faudrait , selon l'auteur , 1º. avoir les
qualités qui constituent le citoyen français ; 2 ° . un domicile
de cinq ans , sauf les cas de mission pour affaires
de la République , ou pour cause de commerce ; 3 ° . l'âge
de 30 ans accomplis ; 4° . une propriété fonciere ou mobiliaire
imposable à une quotité plus forte que celle
exigée pour être électeur , juge , ou autre fonctionnaire ;
5º. n'être employé dans aucune armée active occupée
à combattre les ennemis de l'état ; 6° . il établit une
exception en faveur de ceux qui auront rempli quelque
fonction publique ; ils seront dispensés de la condition
d'une aussi forte quotité de propriété .
Le corps législatif sera renouyellé en entier tous
( 225 )
les deux ans ; mais les membres pourront être réélus .
En parlant de l'indépendance et de la garantie du corps lé
gislatif, ilveut qu'on interdise toute espece d'approbations
ou improbations de la part du public, et que chaque cham-.
bre fasse évacuer les tribunes quand elle se formera en comité
secret. Il fait sentir l'inutilité ou les dangers d'une
force départementale , et ne pense pas que le corps
législatif doive exercer l'autorité municipale et la haute
police dans la ville où il réside ..
Dans une république vaste , déchirée pendant longtems
par des dissentions civiles , il faut que la puissance:
exécutrice joigne à une grande force une extrême célérité
. Pour cela elle doit être confiée à un seul magistrat."
Tout corps qui délibere ne vaut rien pour agir. Un
conseil n'est qu'un être collectif et moral que l'on n'apperçoit
que dans son ensemble , et que l'on ne retrouve
plus que dans les parties séparées . Les hommes sont plus
frappés par les objets sensibles que par les abstractions
et l'on ne croira pas avoir de puissance exécutrice quand
elle ne sera pas personnifiée .
Les fonctions du pouvoir exécutif doivent être po- ,
sitivement déterminées ; mais elles doivent être indépen
dantes. Il n'y aura jamais de gouvernement si celui qui
en est dépositaire n'est pas à l'abri de la crainte , de la
faiblesse , et de toute espece de condescendance et d'assujettissement
dans l'ordre de ses fonctions . A Athenes ,
les Archontes jouissaient de l'indépendance la plus entiere
tant qu'ils étaient en exercice ; mais en sortant de
place leur conduite était soumise à un examen sévere ,
et ils devenaient alors responsables . On connaît la puissance
dont les consuls étaient revêtus à Rome.
Le magistrat exécutif doit être environné d'un grand
éclat et d'une puissance d'opinion qui augmente son
autorité en le dispensant d'y recourir. Il représente ,
dans l'action habituelle et visible du gouvernement
toute la majorité des lois , et il doit soutenir dans les
relations extérieures la dignité d'un peuple destiné à
occuper le premier rang parmi les peuples de l'Europe .
Il peut arriver que le corps législatif s'ajourne , et que
des événemens imprévus exigent des mesures subites.
qui tiennent à la législation. Il conviendrait donc que
le pouvoir exécutif cur la faculté de faire des réglemens
Provisoires qui n'auraient de durée que jusqu'au moment
de la réunion du corps législatif.
D'après cette théorie dont on n'indique ici que l'ap
( 226 )
perçu , voici à peu près comment l'auteur de cet ouvrage
organise le pouvoir exécutif.
Il
*
L'action du gouvernement est confiée à un gouverneur.
y aura un sous - gouverneur pour le suppléer
dans les cas indiqués. Ni l'un ni l'autre ne seront
nommés par le corps législatif , mais élus par une assemblée
formée de deux membres tirés de chaque assem--
blée électorale des départemens qui se réuniraient à undure
que
centre commun.-
- Lafonetion degouvent à un
quatre ans , il ne peut être réélú qu'après quatre autres .
Le sous-gouverneur est susceptible d'être élu gouverneur.
Le gouverneur peut faire des observations sur
les projets de loi , et les suspendre momentanément en
les renvoyant à un plus ample examen , mais si le corps
législatif insiste après une revision , le gouverneur exécute.
Il ne pourra en aucun tems être responsable du
refus suspensif donné à une loi , ni être accusé par une
chambre ct jugé par l'autre ; mais en sortant de place
il rendra compte de sa conduite et de son administration
à un grand jury national. Dans le cas de haute
trahison , préva ication majeure , complot contre la sûreté
de l'état , ou violation de la constitution , il serait destitué
par le corps électoral qui l'aurait nommé , et mis
en jugement devant le grand jury . Il ne pourrait
jam is commander en personne , ni les armées de terre ,
ni les armées navales , et n'aurait aucune administration
des deniers publics . Il hommerait tous les ministres ,
agens généraux et particuliers , soit dans Fintérieur ,
soit à l'extérieur , etc.
L'auteur trace quelques traits du caractere et des qualités
que devraitréunir celui qui serait chargé des fonctions
exécutives . Il faudrait qu'à une grande fermeté de caractere
, à une sagesse acquise par l'expérience des affaires
et des hommes , il joignît cet esprit conciliateur qui
tempere les passions , assoupit les haines , et sait rallier
tous les intérêts à l'intérêt commun de la liberté , de la
justice et de Terdre ; que son nom n'eût été attaché à
aucun de ces partis qui ont déchiré la République et
laissé dans les coeurs des ressentimens ou des doutes ;
qu'il eût traversé la révolution sans s'être souillé de ses
erreurs , ni fait soupçonner d'ambition et d'inuigues
particulieres ; qu'il eût rendu des services assez essentiels
à la République pour mériter une grande estime ,
sans avoir appellé sur lui des regards inqui ts et jaloux ;
que dans l'ordre de ses connaissances il ne fût étranger
( 227 )
ni aux relations extérieures , dont la science concourt à
maintenir la paix de l'état au dehors , ni aux vues d'ad
'ministration intérieure qui assurent la tranquillité audedans
; en un mot , qu'à des principes de droiture à
toute épreuve , il ajoutât des principes de liberté bons
et sains , et un patriotisme pur et éclairé.
Voilà celui qui , dans les circonstances actuelles , lui
paraîtraît propre à soutenir le fardeau honorable du gouvernement.
Il ne croit pas qu'il fût politique de le choisir
au sein de la Convention , ni d'aller le prendre au
milieu des armées . "
et
Telle est l'analyse des idées fondamentales de l'ouvrage
que nous annonçons. L'auteur l'a publié peu de
jours avant le rapport de la commission des onze ; il ne.
paraît pas même qu'il ait eu connaissance de son plan.
Les principes qui l'ont éclairé dans sa marche sont à
peu de chose près ceux que vient de développer Boissyd'Anglas
; mais les résultats ne sont pas en tout conformes.
His different principalement en ce que , 1º. l'au
teur n'exélut pas des conditions déligibilité la propriété
industrielle ét mobiliaire ; il compose ses deux
chambres d'élémens égaux , et leur donne le droit néga
tif réciproque 30. il accorde au pouvoir exécutif une
part à la législation , et lui donne une action plus fernic
plus indépendante . C'est dans l'ouvrage même da
cit . Lenoir-Laroche qquuee l'on peut trouver les motifs ct.
le développement de ses opinions . Il est peu de questions
relatives aux grands objets qui nous occupent
qui n'y soient discutées avec méthode , clarté et un intérêt
de style que ne comportent pas toujours les matieres
de politique et de gouvernement. S'il avait marchés
constamment sur la même ligne que la commission
son ouvrage serait bon et utile , parce qu'il a creusé
plus profondément les principes constitutionnels . Mais
par cela même qu'il diffefe du projet de constitution ,
son ouvrage est plus digne de fixerl attention publique .
Gest sur un sujet devenu , comme ille dit , une propriété
nationale , quid importe de rassembler le plus de lumieres ,
et de multiplier les moyens d'instruction par la diversite
de vues et de plan sur-tout quand on n'est dirigé
que par le seul desir d'être utile .
up
1
( 228 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
SUIVANT
ALLEMAGNE.
De Harbourg , le 18 juin 1795.
UIVANT des lettres de Constantinople du 6 mai , le ministre
de Prusse , résidant dans cette ville , avait reçu la surveille la
nouvelle de la paix conclue entre son pays et la France : il
en était résulté un entretien avec le réis - effendi. Les autres
membres du corps diplomatique , entr'autres le ministre de
France , ayant reçu copie du traité , ce dernier était alle visiter
dès le lendemain celui de Prusse , et tous deux s'étaient rendus
chez le reis- effendi pour une nouvelle conference . L'agent de
la République dans cette circonstance était encore le citoyen
Descorches ; mais le bruit court que la Porte va reconnaître ,
comme envoyé extraordinaire , le citoyen Verninac de Saint
Maur.
Le grand- seigneur fait mettre tant d'activité dans les arme
mens de terre et de mer que sous trois semaines il aura
So mille hommes prêts à marcher , et 20 caravelles en état
d'agir ; ce qui semblerait annoncer une guerre prochaine contre
la Russie qui aurait pour motif ou pour prétexte les affaires
de la Pologne , et où la Porte pourrait compter sur les secours
réunis des puissances du Nord , et de la Prusse en particulier.
Cependant on ne peut encore prononcer là - dessus , et plusieurs
personnes bien instruites refusent de croire à cette guerre ,
qu'elles ne croient pas la Porte en état de faire avec succès .
Point de doute , au reste , que si la Pologne doit être sacri
fiée , la Turquie ne voit avec plaisir le lot le plus considérable
écheoir dans le partage à la Prusse , dont elle n'a rien à craindre.
Les bruits de guerre et de paix se succedent sans inter
ruption on ne sait auxquels s'arrêter , et l'on ne peut reconnaître
ceux qui sont le plus fondés . On donne toujours comme
certain que depuis le traité entre la Prusse et la République
Française , les cabinets de Vienne , de Pétersbourg et de
Londres , ont fait une alliance offensive et défensive . Ce qui
est encore présenté comme une chose dont on ne doit pas
douter , c'est qu'il y a un projet , qu'on suit avec une grande
activité , d'opposer à cette alliance celle de la Prusse , de la
( 229 )
mettent tout en
Hollande et des puissanees du Nord. Les ennemis de la France
oeuvre pour porter ces dernieres puissances
conserver la neutralité . Il paraît encore qu'il y a une grande
division parmi les membres de l'Empire , au sujet des circons
tances actuelles . Les états situés le long du Rhin , et , parmi
eux , l'électeur de Mayence , desirent beaucoup la paix : il en
est de même de presque toutes les villes impériales . Il est de
toute probabilité que, la diete se réunira pour une neutralité
telle qu'elle a été stipulée par le traité de paix entre la France
et la Prusse .
P. S. M. de Gross , envoyé extraordinaire de Russie &
Hambourg , a notifié au sénat le traité d'alliance nouvellement
conclu entre la Russie et l'Angleterre.,
2
L'événement terrible dont nous allons rendre compte , pourait
bien empêcher le Danemarck de réaliser tout ce qu'on en
attendait pour le maintien de la baalnce politique dans le
nord de l'Europe . Nous ajouterons qu'il est des gens qui n'y
venlent pas voir un simple accident mais un crime conçu et
exécuté par une et peut-être par deux puissances qui y ont un
égal intérêt , et qui n'ont que trop donné de prise aux soupçons
par leur immolite politique .
ཀ་ *
On reçoit dans l'instant les details suivans d'un horrible
incendie qui a écla à Copenhague le 5 juin . na 1
Le feu se manifesta en trois endroits différens de la ville ,
à un quart d'heure de distance l'un de l'autre , ce qui semble
prouver que des incendiaires avaient été employés à cet affreux
concert. Le feu commença le 5 vers quatre heures de l'aprèsmidi
; et le 6 au soir on n'avait pu encore s'en rendre maître
tant sa violence était grande . Ce fut au milieu d'un monceau
de bois , sur l'ancien Holm , que le feu parut d'abord . Il se
communiqua rapidement à un grand magasin rempli de cordages
de voiles et de goudron , et en fit un brâsier immense.
Bientôt les flamêches furent poussées par le vent au-delà da
canal , sur les maisons et les magasins . En peu de tems , toutes
celles qui se trouvent entre le canal et l'hôtel- de - ville furent
embrâsees , ainsi que l'église Saint -Nicolas , dont la tour s'écroula
avec un fracas épouvantable. L'hôtel - de-ville , un des plus
beaux monumens de Copenhague , a été extrêmement endommagé.
Heureusement dans la matinée de cette journée désastreuse
, six vaisseaux de ligne étaient allés en grande rade , et
ils échapperent ainsi au feu .
Les dernieres lettres de Pétersbourg disent que l'impératrice
a fait présent au courrier , porteur de la ratification du traité
conclu entre elle et la Grande - Bretagne , d'une tabatiere
émaillée , richement garnie de diamans et en outre d'une
somme de dix mille roubles : ces lettres après avoir parlé da
prochain envoi d'une escadre Russe dans les ports d'Angleterre
, ajoutent que l'on completie actuellement l'armée de
9
}
( 230 )
2
de troupes. irrégulieres
,, !
terre qui s'élévera , suivant les calculs du bureau de la guerre ,
541,731 hommes de troupes regulieres et à 46,401
la prasifion, affectée de ce
compte il est permis de douter de sa justesse, En effet , il n'esa
guere croyable que la stérile Russie puisse mettre sur pied , et
sur- tout entretenir tant de soldats , à moins d'y joindre les
Polonais du dernier partage qui n'est pas encore terminé .
De Francfort-sur-le-Mein , le 17 juin.

Quelques politiques avaient publié que le roi de Prusse
devait se declarer l'enuemi de la nouvelle république de
Hollande , depuis qu'elle s'était décidée à ne reconnaître plus
de stathouder mais des conjectures semblent dénutes de fondement
; au moins jusqu'à présent Frederic Guillaume n'a t-il
donne aucun signe d'inimitié aux Bataves . Les papiers de
Hollande disent , au contraire , que les représentans français
ont fourni l'assurance à plusieurs membres des étars qne dans
le traité entre la France et la Prusse , il n'y avait aucun article
secret qui tendît à contrarier la forme actuelle du gouverne
ment des Provinces- Unies . Une lettie de Dantzick , du 29 mai ,
apprend encore que le gouvernement prussien a doune ta
liberté pour sept mille lasts de froment du port de cette ville ,
de trois cents cinquanto lasts de celui d'Elbing , et de deux
mille de celui de Kanisberg , destiués pour la ville d'Amsterdam
. Le même jour , ainsi qu'on a po le voir dans quelques
feuillés , l'amirauté déclara au comite des négocians avoir reçu
des ordres de Berlin , d'après lesquels les vaisseaux des Prob
vinces - Unies seront traités en amis , et recevront assistance
usitée : les vaisseaux prussiens doivent jouir des mêmes avan
tages dans les ports bataves. Cette lettre ajoute qu'il y avait
déja un vaisseau chargé de 120 lasts pour Amsterdam .
Des lettres de Ratisbonue , du 4 juin , ne laissent plus de
doute ,sur les dispositions de l'Autriche à faire la paix avec la
République Française. Il semble même que l'empereur soit
tres - fâché d'avoir été prévenu par le roi de Prusse , et que
l'espece d'initiative prise par ce prince , autour duquel les états
du corps germanique , sincerement animés du desir de cesser
une guerre ruineuse , se rallient aujourd'hui , inspire une
sorte de jalousie au chef de l'Empire : on la voit percer dans
le petit manifeste suivant , présenté à la diete par son mimistre
.
A mon avènement au trône , je me suis trouvé entraîné ,
pour mes états héréditaires , dans une guerre désastrueuse ,
à laquelle feu mon pere Léopold II , de glorieuse mémoire ,
a été engagé par les avis et les révolutions du saint empire
romain . Abandonné de mes allies . je vois ines états affaiblis ,
Ries finances épuisées , tandis qu'ils ne se sont occupés que
de leurs propres intérêts. J'ai envoyé mon ministre , le comte

ཙྩཱ
de Lerbach , à Britersen , à l'eller d'y conclure une paix utilę
à mes états héréditaires : je n'ai reçu aucune reponse i mes
ouvertures pacifiques ; mais songeant aux obligations qui me
lient a l'Empire , passant sur l'ingratitude de laquelle mes
allies out pay mes sacrifices , j'ai envoyé encore mon.co
seiller de l'Empire , vice president , baron de Bartensie ,
à Britersin , pour travailer à une paix definitive et aayvaa}n}}
geuse au corps germanique . Je recommande a ceux
des
qui veulent s'air avec mei , de faire passer à cet envoyé Is
résolutions et des pleins pouvoirs en les assurant que coix
qui metient lear pleine confiance,dans l'antique foi autrichienne,
se trouveront beaucoup mieux uraités, que ceux qui par pue
confiance aveugle , se sont jettes dans les bras d'une puissance
parjure .
39
910
1 est en effet bien tems pour l'empereur , et sur tout popour
ses co - étais , d'entrer en accommodement avec la France victo
rieuse . On en jugera par la notice suivante des contributions
et requisitions imposées par les Français en Allemagne .
Cercle de Bourgogne....
Liége , tant en especes que sucre et e
Aix - la - Chapelle , en especeatud pr
En munitions,
En livres et gravereale soin
Logement des troupes p
Saarbrock .
Trêves et Cople
Cleves et Mcurs
Palatiuat du Rhin.
Deux-Ponts, n
Worms.fa
Spire .
Total .
·


$8,000,000 florins .
5.145 5
2.600.000
400,000
100,00
270,000
1,102,300
܀ ,,
३,०५०,१००.....
$30,000
5,231,000
4.70.000
600.000
1,600,000
103,545,000
D'autres objets , non compris sur cette liste font monter le
total à plus de 1deux, seats millions de forins. ey shorse
ANGLETERRE. De Londres ...le 29 mai.
Fin de la convention du /4 mai 1795 , entre sa majesté britannique
eta mjeste impériale .
« Art. V. Si , contre joule allente , il arrivait jamais qu'une
partie quelconque de dividendes échus fussent pour une cause
d'émission de paiemens qui ont été stipules de la part de su
majesté impériale , remboursés par le gouvernement britannique
quest couvenu que ce , psiemens se feront à la banque d'angleterre
, et seulement dans le cas où y seront remis les cou
pons on certificats des dividendes ainsi acquittés .
...
97
Chaque coupon ou chaque certificar qui sera ainsi délivrét
( 232 )
doit servir de sûreté valable et légale , et donner au porteur le
droit de poursuivre en justice tel des receveurs ou trésoriers
des revenus de sa majeste impériale , et dans tel des pays héréditaires
de sadite majesté où il le jugera à propos , et de se pro-
Curer de tous et chacun d'eux le montant entier des sommes
exprimées dans lesdits coupons ou certificats , avec leurs intérêts
à 5 pour 100 par an , à compter du jour du paiement fait
par le gouvernement britannique ; et comme , dans les conditions
qui ont été fixées pour la levée de l'emprunt mentionné ,
l'on est convenu que pour sûreté subsidiaite de l'eraprùnt il
serait déposé à la banque d'Angleterre une somme hypothécaire
d'actions de la banque de Vienne dans la proportion de
quatre à trois de l'emprunt à lever , l'on a de plus arrêté
que dans le cas d'un paiement ainsi fait par le gouvernement
Britannique , le gouverneur et la compagnie de la banque
d'Angleterre seront autorisés à retirer dudit dépôt une
quantité suffisante desdites actions , pour porter au moins à
quatre la proportion de chaque trois qui , de cette maniete ;
auront été payés par le gouvernement britannique.
" Ledit gouvernement pourra faire usage, de ces actions ,
soit comme sûreté , soit comme droit de prétention à la banque
de Vienne , jusqu'au remboursement desdites sommes et de
leurs intérêts , ou aussi les négocier alors jusqu'au montant
qui sera nécessaire pour opérer ce remboursement , comme
ledit gouvernement le jugera plus convenable . Le nombre
des actions ainsi retirées sera échangé contre ou diminué de
la quantité d'actions qui , d'après les dispositions de l'empiant
seront par la suite retirées du dépôt , à proportion de l'extinction
des obligations et du paiement des annuités , comme
cela a été déterminé dans les conditions de l'emprunt mentionné.
" VI . Comme de la part du gouvernement britannique , il a
été fait différentes avances à sa majesté impériale à compte
et sous la forme d'un emprunt , il est convenu que ces avances
seront remboursées à Londres dans le courant de la présente
année , contre rétradition des récépissés donnes par les généraux
commandans en chef de l'armée impériale. Ces avances seront
remboursées en deux parties égales , au plus tard dans les
mois de novembre et de décembre , de maniere que tout
le montant en soit acquitté avant la fin de l'année .
" VII. La présente convention sera incessamment ratifiée
des deux parts , et l'échange des ratifications exaépiées ea
forme due , se fera au plus tard dans le terme des deux mois.
,, En foi de quoi , nous soussigaés plénipotentiaires de
leurs majestés impériale et britannique , avons signé en leur
noma le présent acie , et l'avons muni de nos cachets . "
Ainsi fait à Vienne , le 4 mai 1795.
Signés , le baron de THUGUTH , MORTON EDIN .
RÉPUBLIQUI
(233 )
1

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE LOUVET.
Séance de duodi , 2 Messidur,
Il y a eu hier soir une séance extraordinaire pour le renou
vellement du bureau . Louver a ete nommé president. Les
nouveaux secrétaires sont : Masale , Mariette of Delcloy.
Pierret , au nom du comité de sûrete génerale , est venu
répondre aux plaintes qu'avait faites , dans la séance précédente
, la section du Theâtre Français , relativement à la mise
' en liberté de plusieurs agens du terrorisme de sa section
qu'avait ordonnee ce comite . Des quatre dénoncés , l'un n'est
que provisoirement en liberté , un autre en faite , le troisieine
detent , et le quatrieme u'a ele relâché que sur la réclamation
dé quatre epresentans du peuple , et parce qu'il n'existe
aucht fait matériel contre lui.
Le rapporteur termine en assurant que les plaintes de la
section n'ont ancun fondement , et qu'il faut se defier de la
légereté avec laquelle on Fait souvent des dénonciations excitées
par la passion et la malveillance .
On demandé Piusertion du rapport au bulletin .
"
Legendre s'y oppose , il craint qu'on n'ait l'air de rendre
compte aux sections de la conduite des comités , et dit que la
passion de la vengeance s'est emparée du mot de terroriste
pour l'appliquer aux patriotes , aux hommes chauds et énergiques
qui ont fait là révolution , afin de les perséceter et
de les perdre ; que l'on doit mettre en liberté les citoyens
qui sont peres de famille , auxquels on ne reproche rien de
grave , et que leurs femmes et leurs enfans ne doivent pas
être privés plus long - tems d'eux dans des tems aussi difiiciles
.
Doucet professé les mêmes principes que Legendre , mais
il pense qu'il faut que le public , qui a été instruit de la dénonciation
contre le comité , sache qu'il a fait son devoir qu'il
est également nécessaire de venir promptement au secours
des patriores que l'on persécute . De nombreuses associations
comues sous le nom de compagnies de Jesus , assassinent
dans quelques pays , d'autres tüent moralement et livrent leurs
victimes aux 10yalistes et aux terroristes . Il est tems d'em
pêcher que les patriotes et les hommes purs soient poursuivis
Tome XVI. Q
( 834 )
et incarcérés sous le nom de terroristes , par ceux qui n'osaient
pas porter la cocarde nationale il y a deux
ans , et qui se
disent aujourd'hui les patriotes par excellence.
1
Doucet demande l'impression du rapport . Réal , que les
comités en fassent un sur ces mencurs de sections qui n'ont
jamais rien fait pour la révolution . Ces deux propositions sont
décrétées .
Un secrétaire lit une lettre de Chiappe , représentant du
peuple , écrite de Toulon , qui annonce que Charbonnier
député , a été arrête sur le bord de la mer , où il at en fait
une barque pour se sauver . On l'a conduit au fort de là Malgue,
et il sera traduit devant la commission militaire . Les terroristes
ne pourront se plaindre d'aucune rigueur qui tienne de
la passion , puisqu'il n'a pas été encore repandu une goutte,
de sang et qu'on ne versera que celui que la loi exigera impérieusement.
Lanjuinais , au nom du comité de législation , a fait un
rapport sur la loi du 17 nivôse , sur les donations et succes .
sions , relativement à celles de ses dispositions qui lui donnent
un effet rétroactif. Il a exposé combien d'injustices entraînaient
les effets rétroactifs donnés aux lois qui étant ainsi à
double face , frappaient en même-tems sur le passé et sur l'aven's ,
et en a proposé la révocation en soumettant à l'Asssemblée
un projet de décret conçu en vingt- six articles . La discussion
en est ajournée après l'impression et la distribution .
Rewbel lui succede à la tribune pour ouvrir la discussion
sur le projet de loi concernant la restauration des finances ;
mais Cambacérès observe qu'il est trop tard pour Rentamer,
et il fait décréter que le lend main à une heure , toute affaire
cessante , le rapporteur aura la parole , et qu'on s'en occupera
sans interruption.
Séance de tridi , 3 Messidor.
La municipalité de Lyon sollicite un
établissement en
faveur des sourds et muets semblable à ceux de Paris et de
Bordeaux . Renvoi au comité d'instruction publique.
Rewbel , au nom des quatre comités réunis de salut public ,
sûreté générale , législation et finances , ouvre la discussion
sur le plan des finances qu'il a présenté il y a quelques jours.
Il dit que la scule objection qu'on ait faite contre lui , c'est
qu'il établit une maniere de traiter différente entre la République
et les particuliers , de celle que les particuliers suivent
entr'eux ; mais ceux - ci calculent leurs marchés à volonté
sur les assignats ou sans eux ; au lieu que la nation paie
trente cinq pour un et ne reçoit qu'un peur trente cinq.
Rousseau prend le premier la parole , et dit que la proposition
d'établir une échelle de proportion pour les recettes
et dépenses calculées sur les progrès de l'emission ou de la
4
( 225 )
rentrée des assignats , ressenible au système qui tendait à régler
la valeur de l'assignat sur celle du marc d'argent ; qu'elle`
n'eu differe qu'en ce que le marc d'argent est une mesure
fixa, au lieu que l'échelle de proportion dont il s'agit , n'offrira
qu'une balance dont l'instabilite perpétuelle tournera toujours
au détriment de fassignat ; que la Convention ayant rejetté
le systême desastreux du mire d'argent , doit par le même
motifrepousser celui- ci , puisqu'l tend egalement à faire descendre
l'assignat au dessous de sa valeur et que ce n'est qu'une
dénonétisation déguisée , que l'on ne doit ni ne peut permettre
sans violer toutes les regles de la justice .
La discussion est interrompue . Sieyes obtient la parole au
nom du comité de salut public . I annonce que les ambas
sadeurs extraordinaires de la République des Provinces -Unies
'étant près de se retirer , les états-généraux ont nommé deux
ministres plénipotentiaires pour les remplacer , et qu'ils se
sont présenter hier au comité de salut public . Sieyes
lit les lettres de créance de ces ministres , ( voyez les Nouvelles
officielles ) , et l'Assemblée décrete , sur sa proposition ,
qu'ils seront reçus demain à deux heures dans son sein pour
être reconnus en leur qualité .
On reprend is discussion entamée . Plusieurs membres parlent
encore contre le projet , er reproduisent l'idée de l'impôt en
mature qui serait perçu directement des contribuables euxmêmes
, sans passer par les mains des fermiers . On leur répond
que ce n'est point la question .
Villers : Jusqu'ici on n'a parlé que contre le projet , etje
demande que l'on entende ceux qui veulent parler en faveur.
Le plan d'aujourd'hui ne ressemble en rien à ceux qu'on
vous a proposés jusqu'ici . De quoi s'agit - il ? de faire rentrér
des assignats en grand nombre par un moyen légal et prompt.
De faire payer ce qui est dû à la nation , et voilà ce qu'opérera
le décret que vous allez rendie . On conviendra qu'il
y a eu jusqu'ici une disproportion immense entre la recette
et la dépense. Il faut donc en rétabir la balance ; la mesure
qu'on vous propose n'est pas nouvelle . Elle a été adoptée par
le congrès des Etats - Unis , et ils en ont obtenu le plus grand
succès . Si vous aviez adopté ce moyen à l'instant de la dépré
ciation des assignats , vous n'auriez pas é é obtige d'en tant
émettre, et de faire des dépenses si considerables pour vous ap
provisionner chez l'étranger.
Camba érès : Sile projet ne présente pas un systême général
de regénération pour les finances , du moins il va directe
ment au but que l'on se propose . De quoi est4l question ?
de mettre un terme aux pertes enormes que souffre la nationpar
le discrédit des assignats. Ii faut donc en retirer un grand
nombre , et les réduire a uae quantite qui représente la somme
de sigue représentatif qui était en circulation lors de la pre-
Q &
( 36 )
7
miere émission ; et pour y parvenir , l'on vous propose des
donnerpour base à la valeur des assignats les émissions succes..
sives qui ont été faites . Il me semble qu'il n'y a pas de mesures
plus simples , que c'est la base la moins fragile , et que vous
obtiendrez Ja retirement qui va s'en suivie la reduction si
à desirer dans le prix des denrées qui sont d'une cherté exces
sive. 1
Cambacérès ajote que l'on devrait aussi s'occuper de la
question de savoir s'il ne serait pas utile d'adopter un projet .
de tontine , où les indigens placeraient pour leur villesse ,
les modiques épargues , fruits de leurs travaux , et se ména
geraient ainsi une ressource pour l'âge où ils ne pourront plus
travailler.
Le projet des comités est mis aux voix article par article
et il est adopté ainsi qu'il est rapporté à la fin des séances .
Séance de quartidi , 4 Messidor,
Courtois , au nom du comité de sûreté générale , fait un
rapport sur les crimes commis dans la commune de Beaucaire
par les partisans et les satellites de la derniere tyraunie . Susa
Proposition , la Convention décrete le japport des lois rendues
coutre cette commune , la municipalité , le district, ct,
un grand nombre de citoyens , an mois dejuillet et août 1792 ....
Monnot , au nom du comite des finances , dement le bruit ,
qui s'était repandu que la Convention songs at a demonetiser
les assignars de 409 liv.; il declare qu'il a constamment , rejette
toute espece de demonetisation des assiguais républicains de
quelque coupure qu'ils soient , et il invite les citoyens à ner
point ajouter foi à des bruits que répand la malveillance.
Les ministres plénipotentiaires, des Provinces - Unies entrent
daus la salle au milieu des plas vits applaudissemens . L'un
dux prosence un discours , anquel repond le président ;
voyez à l'article des nouvelles ) . La Convention décrete qu'ils
sont reconnus en cette qualité , que leur discours , la reponse ,
da president et leurs lettres de creance seront imprimées et
inscrées au bulletin .
Tallien , organe des comités de salut, public et de sûreté,
générale , fait décréter le rappei de tous les deputes en mission ,
sauf ceux piès des armées ou des departemens où il y a
quelques mouvemens .
S
Personne , au nom du comité de législation , présente nu
projei de decret tend nt à faire poursuivre par les tribunaux
criminels des départemens , ics prevenas de meurtres et assissina's
commis depuis le 1er . septembre 1792. Les déclara
ons des jurés seraient faites à la pluralité absolue , et les
jugemens sans recours au tribunal de cassation . Boissy d'Auglas
el Rewbel s'élevent contre ces deux articles . His invoquent
( 237 )
Te respect dû à la vie des hommes . Le projet est néanmoins
adopte.
Demain , à midi , Boissy- d'Anglas commencera son rapport
sur les fois organiques de la constitution .
Séance de quintidi , 5 Messidor.
Gossuin , au nom dǝs comités de salut public et militaire ,
fait décréter que le citoyen Raffet , commandant de ia garde
nationale parisienne , sera en même tems commandant temporaire
de Paris .
Boissy-d'Anglas , rapporteur de la commission des orze ,
paraît à la tribune au milien des plus vifs applaudissemens.
Le peuple français , dit- il , n'aspire qu'à jouir dans le calme
des passions du fruit de ses sacrifices et de ses triomphes .
' est à la Convention à réaliser ses espérances . Réunissez donc
toutes les facultés de vos ames , et imposez silence à toutes
les passions particulieres. Les destinces de 25.00000 d'homincs
sont dans vos mains . Vous êtes charges de faire succeder la
Tumiere aux tenebres , les lois à l'anarchie , la liberte à la
licence . Vous avez vaincu les despotes ; la dernière arme à
leur opposer est une bonne constitution . Les tyrans qui nous
ont opprimés nous ont donné en quinze jours un ouvrage
informe qu'ils ont décoré d'un nom sacré , et de la sanction
d'un peuple qui n'était pas libre ; votre commission des Cze
Fa dépouillée de ces dehors perfides . Elle en' a conserve ce
qu'elle renfermait d'utile , modifié ou changé ce qui était
contre la sûreté , la liberté des Français et l'harmonie sociale .
Un peuple constamment délibérant doit perir de misere ,
car il est arraché au commčice et à l'agriculture . Ainsi , les
lois ne doivent pas être soumises à sa sanction . Un pouvoir
exécutif de vingi quatre membres sans force es sans dignité
ne gouverne pas. L'égalité absolue est une chimere . Ce n'est
que par la propriété que l'on s'attache a son pays . Ainsi ,
tous les éligibles doivent posséder une propriete fonciere
quelconqne.
Pour modérer l'impétuosité des délibérations , nous vous
proposérons un corps législatif divisé en deux conseils . Le
conseil des cinq cents et celui des auciens . Ges deux conseils
seront l'ame de la République ; l'un sera l'imagination
et l'autre la raison . Le corps exécutif nome directoire sera
composé de cinq membres , dont le renouvellement aura lieu
tous les ans par cinquieme ; ils auront un costunie , seront
logés au palais national , et jouiloat d'un traitement couvenable
à leur diguité.
13
Il n'y aura qu'nne munipalité par canton ; les grandes cités
seront divisées en plusicuts communes ; Paris tu renfermera
douze . Les districts sont supprimés . Un seulfbunal est ctabli
dans chaque departement ; est divisé en deux sections qui ,
૨૩
( 238 )
ont l'appel l'une sur l'antre. Plus de corps électoraux . Les
assemblées primaires nommetont seules , et à scrutin fermé ;
le scrutin à voix haute detruit la liberte du snffrage . Les
premiers opisans prennent une initiative qui entraîne les suffrages
de cenx qui suivent. La decalation des droits est conservée ,
mais en y faisant quelques changemens ; enfin , s'il y a des
changemens à faire dans Pace constitutionnel , pour qu'ils
s'ope ent sans seconsse le conseil des anciens appellera ane
assemblée de reviseurs , qui ne jouira d'ancen dicit politique ,
et soumettra son travail an corps législatif et à la sanction
du peuple .
4
Après le discours de Boissy d'Anglas , le plan de constitution
est lu par Daunou et par Lesage ( d'Eure et Loire ) .
L'impressionia distribution et l'ajournement au 16 de ce
mois sont décrétés .
Séance de sextidi , 6 Mes idor.
Vernier , au nom du comité de salut public , présente une
loi de police sur le commerce des bestiaux propres à la consommation
. L'achat de ces best aux sera interdit à tous autres
qu'aux approvisionneurs des armées et anx bouchers , et l'on
exigera de ces derniers des acquits à caution .
Impression et ajournement,
Le comité de salut pub ic pour mettre un frein aux spéculations
desastreuses sur les subsistances , fait décréter que
toutes les lois qui permettent de vendre les bleds sur pied
sont rapportees, es marches de cette espece conelus jusqu'à
ce moment sont anuull's .
}
Lanjuinais , au nom de la commission des onze , a présenté
les lois organiques du projet de constitution lu hier. Cette
sorte de réglement construtionel traire de la composition des
assemblées primaires , de la formaation du tablean des citoyens
ayant droit de voter , des elections , des agens generaux , des
fonctions , des deux rédacteurs charges d'écrire les procèsverbanx
des corps legislatifs , et qui seront pris parmi les hommes
les plus exercés dans les lettres et les lois , des écoles centrales
, de l'institut national . Ce projet sera imprimé à la suite
de celni de constitution .
Chenier , organe des comités réunis de salut public et de
sûrete générale , a fait un rapport et présenté un projet de
décret contre les assassinats qui se commettent à Lyon. C'est
un jour de deuil pour la République , dit- il , que celui où
la statue de la loi est couverte d'un voile de sang , où l'homme
qui est dans la prison comme dans un asyle sacré , ne doit
plus attendre un jugement. Faut- il que Lyon , cette commune
déja si malheureuse , soit encore livrée une fois aux assassins .
Les comités sont forcés d'affliger vos coeurs en vous faisant
le tableau de la situation de ceste déplorable cité . Une société
( 239 )
1
de scélérats s'y est organisée sous le nom de compagnie de
Jésus . Elle y répand une terreur plus grande que celle de
Chalier , elle appelle les émigrés , protege leur rentrée , leur
assure nue retraite , force les prisons , et proclam e les proscriptions
. Le 25 prairia ' , des meurtres y ont été commis en grand
nombre . Les uns sont ég rgés dans la nuit , les autres poignardés
en plein jour dans les rues ou dans les prisons , d'autres
enfin , jeués tout vivans dans le Rhône et la Saône . Ces massacres
ont été imités à Nismes , Aix et Tarascon . Les corps
administratifs n'ont montré que de la foiblesse ; Gouchon
envoyé à Lyon sa patrie , pour y calmer les esprits , a failli
être assassiné . Chenier propose un projet de décret conçu en
ees termes :
10. Tous les pouvoirs des corps administratifs de Lyon sont
suspendus .
2º . Le maire , le substitut de l'agent national et l'accusateur
publie du département du Rhône , sont mandes à la barre pour
rendre compte de leur conduite .
30. La police de Lyon est confiée à l'état -major de la
place.
4°. L'état-major de la garde nationale est cassé.
5. Les dix mille fusils destinés à l'armée d'Italie , et distribués
dans Lyon par ordre des représentans du peuple ,
seront rendus sur-le champ pour aller à leur premiere destination.
6. Les auteurs des massacres , les émigrés qui se trouvent
à Lyon , et les assassins , formant la compagnie deJésus , devront
être livrés sous 24 heures pour être jugés par le tribunal de
l'isere .
7. Les individus qui ne sont pas compris dans l'article précédent
, mais qui ne résident pas à Lyon depuis six mois
sont tenus de se retirer sous 24 heures .
80. Les conités de salut public et de sûreté générale prendront
les mesures convenables pour l'exécution du présent
décret.
Ce projet de décret est adopté.
Décret qui établit une échelle de proportion pour les paiemens des
domaines nationaux et des contributions publiques .
PARAGRAPHE Ier .
Art. Ier. Il y aura , dans les cas prévus par le présent
décret , une échelle de proportion pour les paiemens et recettes ,
calculée sur le progrès de l'émission ou de la rentrée des
assignats .
II. Le premier terme de proportion sera fixé à l'époque
(1940 )
où il y a en deux milliards d'assignats en circulation , et
les paiemens seront élevés d'un quart au-dessus de la valeur
nominale des assignats , à partir de l'époque de chaque augmen
tation de cinq cents millions d'assignats dans la circulation .
HI . Les paiemens décroîtront dans la même proportion
du quart , à chaque époque où la masse des assignats en
circulation aura diminué de cinq cents millions .
,, IV . Les somms intermédiaires ou moindres de cinq cents
millions ne produiront ni augmentation ni diminution dans
l'échelle de proportion.
" V. Ce tableau d'échelle proportionnelle sera annexé au
décret.
Il sera continué de deux mois en deux mois .
PARAGRAPHE II.
Application aux impositions directes et indirectes.
" VI. A partir du jour de la publication de la loi , les con
tributions indirectes en sommes fixes , établies avant qu'il
y eût au- delà de deux milliards en circulation , seront perçues,
conformement aux articles précédens , sur le pied de la proportion
de deux milliards à celle de la circulation au moment
du paiement : celles qui se paient en proportion des prix
où valeurs continueront à être perçues suivant le tarif , au
pair.
VII . La contribution foncière sera , pour l'an Ille . , payée
dans la même proportion que les impositions indirectes en
som es fixes , c'est - à -dire dans la proportion des deux milliards
à celle de la circulation au moment du paiement.
Y
,, VIII . Il sera fait distraction de la quote totale de chaque
contribuable , du montant de ce qu'il y est porté pour maison
d'habitation , tant de ville que de campagne , et pour usines
autres que les moulins à bled. Les contribuables ne paieront
la contribution de ces objets qu'avec assignats au pair.
,, IX . Le paiement de cette contribution , pour l'au II . ,
sera fait dans deux termes ; le premier jusqu'à la fin du dernier
des jours complémentaires de cette année , et le second à la
fin de frimaire suivaut .
? PARAGRAPHE 111.
Application à l'arriéré , et mesures pour faire rentrer des assignats.
,, X. Les debiteurs de la République , pour contributions
dites arriérées seront admis à se libérer avec assignals au
pair dans le mois , à compter de la publication de la loi ;
passé lequel délai , ils ne pourront plus le faire que, selon
le de proportion , à partir de l'époque de l'échéance.
XI. L'article précedent aura lieu quand même il y aurait »
:)
1
( 241 )
demande en dégrevement , sauf à tenir compte dans la suite
si la reclamation se trouve fondée . Il aura pareillement lieut
quand les rôles pour les années arriérées ne seraient pas,
asheves les paiemens seront faits en ce cas , sur le pied du
dernier rôle existanr.
,, XII . Il en sera de même des débiteurs de la République
pour des rentes ou prix des baux arriérés non dus en denrées
; à la différence que si les débiteurs ne se liberent dans
le mois , l'échelle de proportion parisa de l'époque da con
trat , ou du premier tetme de l'échelle si le contrat est'antérieu
.
,, XII. Les prêts qu avances faits par la République , dont
les termes de remboursement sont échus , pourront encore être
acquittés en assignats au pair dans le mois , à dater de la
publication de la loi ; passé lequel délai , le paiement devia
être fait selon l'échelle de proportion , à partir du jour du prêt
ou de l'avance , ou du premier terme de l'échelle si le prêt
ou l'avance est antérieur.
,, XIV. II en sera de même des avances remboursables à
termes fixes non encore échus , qui ne seraient pas acquittés
dans le mois de l'échéance.
1
" XV. Si la créance
de la béné
n'était pas liquidée .
de la loi , pourront
les debiteurs , pour profiter du
payer par à-compte dans le mois ; si par liquidation il suke
qu'ils ont payé les trois quarts de leur dette , ils pourront
se libérer pour le restant avec les assignats au pair dansion"
autre délai d'un mois , après la liquidation si l'a compte
n'etait pas des trois quarts , ils ne pourront se libérer du restant
qu'avec assignats selon l'echelle de proportion , à partic
de la date du prêt , ou du premier terme de l'échelle , si le prêt
est antérieur .
,, XVI. Les débiteurs de prix de domaines nationanx envers
la Republique , qui sont en retard de paiement , pourront
aequitter les termes échus dans quinzaine en assignats au pair
passé lequel délai , ils paieront suivant l'échelle de proportion
du jour de l'adjudication à celui du paiement.
XVII Les debiteurs de prix de domaines nationaux envers
la Republique , dont les termes du paiement ne sont pas
échus , pourront se libérer en assignats au pair dans le courant
de quarante jours , à dater de la publication de la loi ; passé
lequel délai , ils paieront suivant l'échelle de proportion du,
jour de l'adjudication à celui du paiement , à dater de la publication
de la présente loi : celles qui accordaient une prime
aux acquéreurs sont rapportees.
PARAGRAPHE I V.
Application aux rentiers , fonctionnaires publics et pensionnaires.
91 XVIII. Les créances de la République , pour renier
T
( 242 )
constituées et viageres , seront payées , pour le dernier se
mestre de l'an 4 , dans la proportion de deux millards en circulation
comparée avec la quantité qui sera en circulation à
l'époque de l'expiration du dit second semestre de l'an 4 ; le
premier semestre de l'an 4 et le dernier semestre de l'an 3
seront payés en assignats au pair
" XIX. Lorsque le gouvernement aura réduit le nombre des
fonctionnaires publics et des employés , le comité des finances
présentera ses vues pour améliorer leur sort . Il en présentera
pareillement au plutôt pour améliorer celui des pensionnaires
les plus infortunés .
PARAGRAPHE V.
L
Renvoi pour imposer les propriétés non sujettes à la contribution
fonciere.
" XX. Le comité des finances est chargé de présenter ses
vues sur un mode d'imposer les propriétés que la contributien.
Fonciere ne peut atteindre .
r
PARAGRAPHE VI.
Application aux baux .
" XXI. Les fermiers ou locataires de maison d'habitation
de ville et de campagne , et d'usines , autres que moulins à
bled appartenans aux citoyens , continueront de payer leur
fermage on loyer avec assignals au pair.

ότ
,, XXII. Les fermiers des autres fonds patrimoniaux ,
ci-devant nationaux , appartenans aux citoyens dont les prix ne
sont stipulés , en denrées y compris les moulins à bled ,
paieront leur fermage pour l'an 3 , en assignats , dans la
proportion de la circulation au moment du bail , à celle du
paiement ou du premier terme de l'échelle si le bail est antérieur.
" XXIII. La Convention nationale charge les comités de
législation et d'agriculture réunis , de présenter incessamment
Teurs vues sur la question de savoir s'il convient d'accorder ,
pour les années suivantes , aux propriétaires et fermiers
de biens ruraux la faculté réciproque de résilier les
baux dont le prix est payable autrement qu'en denrées , et pour
quelle époque cetre résiliation pourrait avoir lieu .
PARIS. Nonidi 9 Messidor , l'an 3º , de la République.
Il a paru il y a quelques jours un mémoire touchant
au nom de la fille du dernier roi , prisonniere au Temple.
( 243 )
"
Le comité de salut public a donné des ordres pour adow.
cir le sort de cette infortunée . Il a nommé deux femmes
respectables par leur douceur et leur moralité , pour être
auprès d'elle ; et elle ira bientôt respirer l'air de la campagne
, en attendant l'issue des négociations ouvertes
avec 1 Espagne.
Nous touchons donc à l'époque si impatiemment desirée
où les Français peuvent se promettre d'avoir une
constitution et un gouvernement . Cette époque ne sau
rait être indifférente aux hommes de tous les partis , s'il
en existe encore ; car tous sont et doivent être fatigués
de la longue absence de toute organisation sociale . Le
rapport de la commission et la lecture de l'acte constitutionnel
se sont faits au milieu du plus grand calme.
Aucun de ces attroupemens si fréquens jadis autour de
la Convention , pas le plus léger mouvement n'a précé
dé , accompagné , ni suivi cette journée digne d'inspirer
un si vif intérêt , tant il est vrai que lorsque le peuple
n'est point excité par des instigations secretes , il reste
dans son état de repos habituel.
On ne saurait appeller trop tôt la méditation publique
sur le travail de la commission dont va dépendre le sort
de la République . Nous allons imprimer textuellement
les titres les plus essentiels du projet de constitution ,
pour que nos lecteurs jugent par eux-mêmes les objections
qui pourront ensuite être faites .
Assemblées primaires.
1º. Les assemblées primaires se composent des citoyens ré
sidans depuis un an dans le même canton .
2º. Nul ne peut se faire remplacer dans les assemblées pri
maires , ni voter pour le même objet dans plus d'une de ces
assemblées.
3° . Le nombre des citoyens ayant le droit de voter dans
chaque assemblée primaire , est de 450 au moins , et de goe au
plus.
4. Cependant , il y a une assemblée primaire , au moins
par canton .
59. Les assemblées primaires se constituent provisoirement
sous la présidence du plus ancien d'âge ; le plus jeune remplit
les fonctions de secrétaire provisoire.
6º . Elles sont définitivement constituées par la nomination
an seruiin d'un président , d'un secrétaire et de trois scrută-
-teurs .
- 70. S'il s'éleve des difficultés sur les qualités requises pour
({8244 ))
Boters, HAssemblée statue provisoirement , sauf le recours aux
tribunaux ordinaires .
80. En tout autre cas , le corps legislatif prononce seul sur
Ja validite des opérations des assemblées primaires .
9. Nul ne peut paraître en armes dans les assemblées primaires.
L
10° . Lear police lear appartient.
110. Ce qui se fait dans une as emblée primaire au - deli de
l'objet de sa convocation et contre les formes déterminées
par la constitution , est nul... 1
12. Les assemblees pr maires se reunissent pour accepter
ou rejeter la constitution , les changemens proposés par les
assemblées de revision ; pour faire les elections qui leur ap:
partiennent suivant la constitution . -
130. Elles s'asse bent de plein droit le premier germinal
de chaque année po
proce fer dans l'ordre indiqué par l'ar
ticle suivant aux elections qui se trouvent à faire .
14° . Elles eisent . 19. Les membres du corps législatif ,
savoir les membres du conseil des anciens ; ensuite ies
membres du conseil des cinq cents ; 2. Les membres du tribunal
de cassation ; 3° . Les membres du jury national ; 4° . Les
présidens , accusateur public et greffier du tribunal criminel de
département ; 59. Les prasidons et juges des tribunaux civils ;
Les administrateurs de département 70. Le président des
administrations municipales de canton ; 89. Les juges de paix
et leurs assesseurs,
15. Les assemblées ne font aucune autre élection que celles
qui leur sont attribuees par l'article precedent.
16º. Toutes les elections se font au so scrutin secrét.
17 ° . Tout citoyen qui est également convaincu d'avoir
vendu ou acheté un suffrage , est exclu des assemblées primaires
pendant vingt-ans ; en cas de recidive , il l'est pour toujours
.
180. Lorsqu'il s'agit de l'élection des fonctionnaires propres
chaque canton , le releve des scrutins se fait an chef- lieu du
canton par la réunion de deux commissaires de chaque
assenrblée primaire .
19. Pour toutes les autres élections , le rélevé des scrutins se
fait au chef-lieu du département par les administrateurs réunis
encséance publique,
20° . Immédiatement après les élections prescrites par l'ar
tiele XIV, il se tiendra des assemblées communales , qui élidont
les agens de chaque commune , et dans les communes aadessus
de 5,000 habitans , les officiers municipaux .
219 bes fonctions publiques sont distinguées en plusieurs
dégreres .
220. Les fonctionnaires publics du premier degré , sont les
administrateuss municipaux de canton communes eu aron-
"
( 245 )

dissemens de communes , les jages de paix , les assesseurs et
les membres des bureaux de conciliation . Toutes ces fonctions
sont exercées gratuitement .
23º . Les fonctionnaires publics du second degré sont les adu
ministrateurs de departement , les membres des tribunaum
civils , les présidens , accusateurs publics et greffiers des tribunaux
criminels . Toutes ces fonctions sont salariées
249. Les fonctions du second degré , exprimées en l'article
XXIII , ne peuvent être deferees qu'aux citoyens qui ont
pendant deux ans , rempli l'une de celles enoncées en l'article
XXII.
$ 259. Les citoyens qui , pendant deux ans , out exercé
P'une des fonctions publiques du second degré, sent seuls
éligibles au corps légistaut lorsquals rebnissent d'ailleurs
toutes les conditions ex gees par la presence constitution ench
269. Les agens generaux d'executiu , les ambassadeursi
les commissaires près les administrations desdepartement es
tribunaux , les secrétaires en chef des mêmes administrations
ou tribunaux , les commissaites della) tresorerie nationale , les
régisseurs et les percepteurs des contributions directes ou indicies
, sont également eligibles au corps legislatif pres
six années d'exercice de lents commissions.
27. Les conditions prescrites par les trois articles précé
dens , ne sout exigées qu'a partir de l'em 9 de la Republique .
Tout citoyen qui a ou qui aura remplijusqu'à cette election
en vertu d'élection, faite dans une assembles electorale du pri
maire , quelque fonction pubique des degres superieurs.
sera éligible sans être astreinta pastes parties degrés ine
férieurs . 9706.1 al tiuel eb 19. A
Pouvoir légi latif.
31
10. Au corps législatif seul appartient l'exercice de la puis
sance legislative .
20. Le corps législatif ne peut , en aucun cas , déléguer à
un ou plusieurs de ses membres ., ni à qui que ce soit , aucune
des fonctions qui lui sont attribuées par la présente constip
turjou.
3. Il ne peut exercer par lui mêmeni par des délégués
le pouvoir exécutif ni autorité judiciaire.
4° . Le corps législatif n'assiste à aucune cérémonie publique ,
et n'y envoie point de députation .
50. Il y a incomptabilité entre la qualité de membre dut
corps législatif et l'exercice d'une autre fonction publique, Leso
juges des tribunaux et les percepteurs des contributions- dis
rectes ou indiretes , qui sont élus membres du corps législatif,
sont remplacés dans leurs premieres foncuous pour le tempat
seulement où ils exercent les fonctions législatives : ils o
preanest en alte celles qu'ils exergaicut auparavant. A l'égardé
246 )
des autres fonctionnaires qui viennent à être élus membres du
corps législatif la lo determiue le mode de leur remplacement
definitif ou temporaire dans leurs premieres functions.
6°. Le corps législatif est composé d'u'un conseil des anciens
et d'un conseil des cinq cents.
7. Les deux conseils résident toujours dans la même
commune .
8. Les membres du corps législatifreçoivent une indemnité ;
elle est la même dans l'un et l'autre conseil .
go...Le directoire exécutif ne peut pas faire passer ou séjourner
aucun corps de troupes dans la distance de six myria
metres de la commune où le corps legislatif tient ses séances , si
ee n'est sur sa réquisition ou avec son autorisation .
100. Il y a près du corps legislatif une garde de citoyens pris
dans la garde nationale de tous les départemens , et choisis par:
leurs freres d'armes . Cette garde ne peut être au - dessous de
douze- cents hommes en activité de service . Le corps legislatif
détermine le mode de ce service et sa durce.
( La suite au numéro prochain. )
Extrait d'une lettre de Ulm , en Allemagne , du 8 juin.
Il est hors de doute que les derniers grands mouvemens
arrivés à Paris out été l'ouvrage de l'Angleterre , de l'Autriche
et des émigrés . C'était un vaste plan préparé depuis bien des
meis , et mieux combiné que tous les precédens complots de
la coalition . Ils étaient tellement sûrs de leurs succès qu'ils
triomphaient d'avance , disant : Voilà le moment de notre
gloire arrivé ; dans quinze jours nous sommes les maîtres de
Paris et de toute la France . Toute l'armée autrichienne était
prête , tous les grands préparatifs avaient été faits , depuis
Larachjusqu'à Coblentz , ainsi qu'à Mayence même . On devait
passer le Rhin pour attaquer les Français de
attendait le signal de la grande opération . Outes parts . On
C'était un conrier
qui devait arriver de Bâle ( 1 ) , et apporter la nouvelle que le grand
coup avait réussi à Paris ; car personne ne mettait en doute:
qu'il reussitait .
|
Le courier arrive dans le quartier- général de Clairfait , ilarrive.
dans la nuit du 29 au 30 mai , mais il apporte la triste nouvelle
queele coup a manqué totalement . Voil des couriers qui partent
comme l'éclair , pour porter aux differens corps d'armée des
Ordres qui changent toutes les dispositions . La conjuration
de Toulon , et la nouvelle revolte des chouans ne serviront
qu'à montrer de quelle énorme étendue avait été le complot.
( 1 ) Par qui ces couriers outils été envoyés ? Quels sont
les agens de ces intelligences ? Les ira- t- on chercher parmi les
ouvriers du fauxbourg-Antoine , ou bien est il permis d'attribuer
tout bonnement ces intelligences et ces moyens aux roya
listes séants à Paris ?
!
( 247 )
Le comité d'émigrés qui a dirigé ione cela a su tirer partide
l'échec même que ses maneuvres ont éprouvé , et son ascendant
sur les cabinets dans lesquels il avait de l'influence s'est
prodigieusement accru , On voit par le fait que ces gens- là
ont un grand nombre de partisans , qui savent manier habi
lement tous les ressorts , et on regrette hautement de n'avoir
pas plus souvent écouté et suivi , leurs conseils .
On s'attendait qu'il se nouerait bientôt une nouvelle trame ;
on ne croyait pas la voir se former sitôt ; mais à peine l'ancien
plan a - t-il échoué , que les émigrés en ont déja imaginé et
combine un autre plus vigoureux que le premier ; j'ai lu le
memoire où ce plan sé trouve développé dans ses plus grands détails ;
il est bien fait , bien frappé , je ne doute pas qu'ils ne soit accepté.:
En voici la substance. 1
D'abord on propose à l'empereur d'Allemagne , ou de faire
une paix très -déshonorante , très -nuisible à ses intérêts , ou en
adoptant le plan d'avoir la perspective des plus grands avantages
en cas de réussite ; et de conserver , en cas qu'il échone
la certitude de ne pas faire pour cela une paix plus défa- ' z
vorable que celle qu'il ferait à présent.
Les émigrés demandent à l'empereur onze millions de florins ,
des munitions , des canons autant qu'il en faut . Les émigrés
de tous les partis vont être appelés au nom de l'empereur
et sous menace de ne trouver d'asyle, nulle part en cas de refus
de se rendre à l'armée de Condé dans un tems fixé. Le comte
d'Artois , Monsieur , etc. doivent s'y rendre également . Si dans
un tems prescrit ces deux princes ne se trouvent pas à l'armée do
Condé , ils vont être déclarés déchus de leurs droits , et Condé
sera proclamé régent ( 1 ) et chef de l'entreprise . Ni les princes,
pi les courtisans des princes , et nommément Broglie , Calonne ,
Bre'euil et autres , le seul Condé est excepté ) , ne peuvent
concerter , ni diriger les mesures . Il sera formé un conseil
d'émigrés , composé des gens les plus capables , lequel au
nom et sous l'autorité de l'empereur , dirigera tous les mone
vemens .
L'armée des émigrés forcera le territoire de la Suisse près
de Basle ; elle s'avancera jusqu'à Bedfort , s'en emparera, RK
s'établira dus le coeur de la Franche- Comté, L'armée impé
iale se tiendra tranquille le long du Rhin , et ne fera que,
les mouvemens nécessaires pour occuper les armées de la
République , afin de les empêcher de se porter vers la Suisse
et la Franche- Comté .
Aussi- tôt que l'armée des émigrés anra forcé le territoire
Snisse , qui est sans défense de ce côté là , l'armée autrichienne
attaquera de toutes parts , et passera le Rhin . Le
régent de France publiera proclamations sur proclamations
dans lesquelles il attestera qu'il ne vient que pour établir la
( 1 ) On voit qu'ils ignorent la mort du fils de Capét .
'(-248')
constitution de git Oh protestera contre les horreurs de l'ânciep
régime ; on entrera'dans ' des idées conformes à la liberté ; on
déclamera beaucoup pour capter les esprits français on s'engagera
de ne pas troubler ni inquiéter les acquéreurs de biens nationaux ,
tant domaines de la couronne , que biens du clergé , biens des émigrész
´on promettera tout ce que l'or tre et la tranquillité future
peuvent exiger on aura des émissaires dans toute la France ; les
ecclésiastiques travailleront par-tout l'esprit du peuple pour lui faire
goûter la constitution de 91 , et lui faire regarder comme l'unique
planches de salul.
De cette mauiere , on se flatte d'établir en très - peu de
tems le foyer d'une armée considérable en Franche -Comté ,
qu'on finira par diriger sur Paris.-
En même tems que les émigrés forceront la Suisse , l'Angleterre
effectuera une descente d'émigrés sur les côtes de
la Bretagne ou de la Normandie. Cette armée , purement
française , ou composée dans l'esprit national , se joindra aux vendéens
ou aux chouans pour marcher sur Paris , par le côté de
FOuest. Un troisieme point , celui du Rhin , sera attaqué
par les Impériaux . Il y aura en même tems des mouvemens
à Paris et dans plusieurs autres parties de la République .
* On espere véussir , d'autant plus que jusqu'à l'époque dụ
plan , les égorgemens dans le Midi de la France réstent orga²
misés , et qu'ainsi un grand nombre de urais patriotes aura ete
enveloppé dans la proscription des terroristes , aura été exter
miné , emprisonné , sera déja en fuite ou paralyse par la
crainte.
Dans le cas où cette vaste entreprise ne serait pas cousonnée
d'un entier succès , les émigrés esperent obtenir une
capitulation semblable à celle de Charelle et consors . L'empereur
faie sa paix , qui ne serait pas plus désavantageuse qu'elle
ne leserait actuellement.
Le plan me parait bien conçu , je ne doute pas qu'il ne"
soit approuvé et accepté par le cabinet de Vienne et par
l'Angleterre. Je serais tenté de croire qu'i¡ l'est déja , car l'armée'
de Condé est à deux lizues de Bile. Condé est autorisé à se
recruter par tous les moyens , et de porter son armée à un
nombre aussi considérable qu'il sera possible . De toutes les
parties de l'Autriche antérieure on charie sur le Danube des
munitions et des canons du plus gros calibre , des provisions
, et le tout est transporté à Guntzbourg en Saabe , situé
sur le Danube , à quelques lieues dici ( de Ulm ) . ' On cou- '
duit même des pieces de siège et des mortiers qui ont été
transportés du fond de la Bohême . Il paraît que Guntzbourg
deviendra le chef-lieu des opérations de l'armée des émigrés.
P. S. L'armée des Pyrenées- Orientales vient de remporter
une victoire contre les Espagnols ; 12 mille Français out battu
20 mille Espagnols , es pris 300 chariots de grains..
( No. 57 )
Jer .133
MERCURE FRANÇAIS
QUINTIDI 15 MESSIDOR , lan troisieme de la République.
( Vendredi 3 Juillet 1795 , vieux style. )
1
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGE de la Chine à la côte Nord- Ouest d'Amérique , faits
dans les années 1788 et 1789 ; précédés de la relation d'un
autre voyage exécuté en 1786 sur le vaisseau le Nootka
parti du Bengale ; d'un recueil d'observations sur la pros
babilité d'un passage Nord- Ouest ; et d'un traité abrégé du
commerce entre la côté Nord- Ouest et la Chine , etc. , etc.;
par le capitaine J. MEARES , commandant le vaisseau la
Felice. Traduit de l'anglais par J. B. L. J. BILLECOCO ,
citoyen français. Trois volumes in- 8° . , avec un volume
format grand in-4º . contenant 28 vues , marines , cartes
géographiques , plans , costumes et portraits , gravés en
taille douce par Nte , graveur des Vues de la Suisse.
Prix, 70 liv . brochés ; et 78 liv . , franc de port par la poste ,
pour les départemens . A Paris , chez F. BUISSON , libraire ,
rue Hautefeuille , nº. 20.
Les voyages entrepris successivement depuis 1764
jusqu'en 1779 , par les capitaines Byron , Wallis , Carteret,
et enfin parlimmortel Cook , ceux de Bougainville , ceux
de notre infortune la Pérouse ont étonné l'univers , et
laissé dans tous les coeurs un sentiment profond de respect
et d'intérêt pour ces intrépides marins . Le nom
du capitaine Meares , dont nous publions aujourd'hui
les voyages , est digne de trouver place à côté de ces
noms fameux. La même audace , le même sang- froid ,
le méme esprit d'observation l'ont accompagné chez des
peuples anthropophages , et au sein des plus affreux
dangers .
Au mois de janvier 1786 il part de Calcutta sur le
vaisseau le Nootka , pour se rendre à la côte Nord- Ouest
d'Amérique. Bientôt il entre dans les mers de Chine
arrive à Entrée -du Prince - Guillaume , séjourne plus
Tome XVI. R
( 250 )
de huit mois parmi les naturels de cette Entrée où il
éprouve toutes les horreurs de la situation la plus déplorable
, visite les isles Sandwich , et le 20 octobre
1787 vient mouiller dans le Typa , port voisin de Macao ,
après un voyage de vingt- un mois.
Trois mois après , c'est - à - dire en janvier 1788 , il
quitte la Chine , ayant sous ses ordres la Felice et l'Iphigénie
. Il confie le commandement de ce dernier vaisseau
au capitaine Douglas , traverse des mers fécondes
en écueils terribles , et relâche à Samboingan , ville de
la domination espagnole . Il y passe quelques semaines ,
se sépare du capitaine Douglas , à qui il trace une route
conforme aux instructions qu'il avait reçues lui-même
des propriétaires communs des deux navires , reste en
mer pendant trois mois , au bout desquels il vient
mouiller heureuse fent dans l'Anse - des - Amis , Entréede
Nootka. Environ un mois après il remet à la voile ,
visite de nouveaux parages , et revient jetter l'ancre
dans le Port- Cox . Il repart , s'abandonne encore une fois
à tous les périls d'une navigation difficile , et après
plusieurs tournées dans les districts voisins de Nootka ,
il quitte cette Entrée , fait route vers les isles Sandwich,
vient toucher à ces isles en octobre 1788 , et rentre enfin
dans la rade de Macao , dès les premiers jours de décembre.
Ici , il laisse au capitaine Douglas le soin de
terminer la relation . de ses voyages . L'expédition de cet
officier en forme le complément. Elle est d'autant plus
intéressante , que l'Iphigénie a reconnu des routes de la
côte d'Amérique qui avaient échappé à l'oeil observateur
du capitaine Cook , et aux recherches de ses illustres
devanciers .
De retour dans sa patrie , le capitaine Meares a luimême
écrit ses voyages . Ici , ce n'est plus seulement le
marin qui transmet ses observations sur le gisement des
côtes , et sur les dangers qui menacent les navigateurs ;
c'est l'historien judicieux , c'est le philosophe éclairé ,
c'est le politique instruit qui rassemble les plus curieux
détails sur les hommes que la nature a rélégués dans ces
climats sauvages , sur leurs moeurs , les productions des
contrées , histoire naturelle , et particulierement sur le
commerce qu'on peut faire entre la côte Nord - Ouest
d Amérique et la Chine . Sous ces différens rapports ,
les voyages du capitaine Meares sont un ouvrage préieux
, qu'il est indispensable de joindre à la collection
des voyages dans le mer du Sud , et qu'on doit regarder
( 251 )
comme une véritable continuation de ceux du capitaine
Cook.
VARIÉTÉS
3
R. LETTRE AU REDAGTE
2
Sur l'inconstance du Peuple et le danger de le faire participer
aux affaires publiques ; et sur la manie de comparer les
tems anciens au tems moderne .
EN Ex observant les différens caracteres qu'a pris successivement
notre révolution sous l'influence des chefs de
parti et des instigateurs du peuple , je me suis reporté
plus d'une fois au tems des anciennes républiques pour
y découvrir des traits de ressemblance qu'offre leur
histoire . Et moi aussi j'ai lu Salluste ; et la conjuration
de Catilina dont vous venez de rendre compte en parlant
de la nouvelle traduction de Billecocq , m'a souvent
fourni plus d'un sujet de méditation . Ce qui m'a
le plus frappe , c'est cette turbulence , cette inconstante
mobilité du peuple et cette propension à devenir le
jouet de tous ceux qui voudront mettre à profit son
ignorance et ses passions. Il me semble que vous auriez
pu saisir quelques rapprochemens qui n'auraient pas
été perdus pour notre instruction , et qui auraient servi
à prouver que le peuple se ressemble par tout , au milieu
des grandes agitations politiques , et que les sansculottes
de Rome differaient peu des sans- culottes de Paris .
Voici ce que dit Salluste du peuple , relativement à la
conjuration de Catilina.
Le peuple entier , toujours avide de nouveauté ,
approuvait les projets de Catilina , et en cela il suivait
son usage ordinaire . En effet , dans un état ceux qui
n'ont rien portent envie aux gens de bien , élevent les
méchans , détestent les anciennes institutions , en desirent,
de nouvelles , s'efforcent d'opérer un changement total
en haine de leur situation personnelle , se nourrissent
de troubles et de séditions , et toujours sans inquiétude ,,
parce que l'indigence na rien à perdre . Ici , cependant ,
d'autres causes entraînaient le peuple de Rome vers sa
ruine . D'abord , tous les hommes pervers qui s'étaient
le plus distingués par leur effronterie et par leur méchanceté
, ceux qui avaient dissipé honteusement leur
R 2
( 32 )
patrimoine , ĉeux enfin que leurs débauches ou quélque
crime avaient fait bannir de leurs familles , tous ces
hommes , dis -je , afffuaient à Rome comme dans une
sentine impure. Plusieurs encore étaient tourmentés par
le souvenir des victoires de Sylla auxquelles de simples
soldats avaient de les uns , l'honneur de siéger dans le
sénat ; d'autres , une opulence qui leur fournissait les
moyens de se nourrir et de se vêtir avec toute la mágnifcence
des rois ; et chacun d'eux , en prenant les armes ,
espérait pour lui -même un sort aussi heureux du succès
de la conjuration. Enfin , la jeunesse accoutumée jusqu'alors
à ne supporter sa misere dans les campagnes
qu'à force de sueurs et de fatigues , avait été corrompue
a Rome par les largesses publiques et particulieres , et
préférait le lâche repos de la ville à un travail ingrat
pénible comme toutes les autres classes , elle vivait des
malheurs publics . D'où je conclus qu'il faut moins s'étonner
si des hommes sans fortune , sans moeurs , et avec
d'aussi belles espérances , confondaient ainsi leurs
propres intérêts avec ceux de la république. J'ajoute
que tous ceux dont Sylla vainqueur avait proscrit les
familles , confisqué les biens , restreint les droits et attaqué
la liberté , attendaient l'événement de cette guerre
dans les mêmes dispositions . Ceux aussi qui se trouvaient
dans un parti opposé au sénat , aimaient mieux voir la
république bouleversée que leur puissance affaiblie.
Ainsi , le même fléau menaçait de nouveau Rome après
un intervalle de plusieurs années ."
Eh bien ce même peuple , dit ensuite Salluste , que
son goût ordinaire pour la nouveauté n'avait que trop
porté à desirer la guerre , change d opinion aussi- tôt que
la conjuration est découverte , deteste les projets de
Catilina , éleve jusqu'au ciel le nom de Cicéron , et
comme échappé à l'esclavage se livre à tous les transports
de sa joie.
Que d'exemples on pourrait citer de cette versatilité
du peuple durant le cours de notre révolution ! le peuple
du 31 mai et du 2 juin était - il le peuple du 1e thermidor
, du 12 germinal et du 4 prairial ? Que d'idoles il
a caressées et brisées tour à tour ! Le résultat moral et
politique que l'on pourrait tirer de l'histoire du peuple ,
c'est qu'on ne peut l'employer comme instrument politique
qu'avec la plus extrême sobriété , que l'on ne doit
compter ni sur son caractere , ni sur son esprit de suite ,
parce qu'il a plus de passions que de principes , que
( 253 )
1
tout gouvernement qui veut exister sans secousses , doit
écarter des affaires la classe malheureusement trop nombreuse
de ceux qui n'ont rien , qu'il faut travailler sans
cesse à l'éclairer , mais qu'il faut le rendre heureux en
dépit de lui-même , et le faire jouir des bienfaits de
l'ordre social , en lui ôtant tous les moyens de le
troubler.
Je pense , comme vous , qu'il ne faut point trop se
livrer à la manie des analogies entre la situation et les
meurs d'un peuple et celles d'un autre , sur- tout quand
il s'agit des tems anciens et des tems modernes , d'une
vieille constitution et d'une constitution nouvelle . Ce
que dit Salluste des moeurs des Romains à l'époque de
la conjuration de Catilina , n'est susceptible d'aucun
rapprochement avec nos moeurs actuelles . Beaucoup
de gens désesperent de l'établissement de la république
en France , parce qu'ils prétendent que la liberté ne
peut naître et vivre au milieu d'une
nationpue
,
corrup- et je les ai entendu souvent citer en preuve
tion de Rome qui entraîna la chûte du gouvernement.
Mais ce qui perdit la liberté à Rome , ce fut bien moins
la corruption des moeurs , que la corruption politique .
Les causes de la décadence des empires et de leur cons-,
titution sont si multipliées , si liées les unes aux autres ,
qu'il serait dangereux de les isoler et de regarder comme
cause principale ce qui n'est quelquefois, que l'effet et
le résultat d'autres causes plus éloignées .
Sans doute que les moeurs agissent sur les gouverne
mens , mais les moeurs sont elles -mêmes altérées , influencées
par une multitude d'accidens étrangers à la
nature et à la forme de ces mêmes gouvernemens . Ce
fut l'extrême puissance et l'extrême richesse des grands
à Rome , qui prépara et consomma son asservissement.
Du moment qu'un proconsul put s'enrichir des dépouilles
de vingt provinces , et revenir jouir tranquillement
à Rome du fruit de ses immenses déprédations
il fut aisé de prévoir ce que deviendraît la liberté et
la république entre des mains qui pouvaient tout cor .
rompre et tout acheter. On brigua les emplois publics
pour avoir un gouvernement , et on ne desirait un gouvernement
que pour en épuiser les trésors . Dès - lors
toutes les places furent mises à l'encan. Il fallut payer
les suffrages et s'endetter par des prodigalités et des
largesses qui n'étaient qu'un prêt de la cupidité au plus
haut intérêt . Les dettes nécessiterent , de plus grandes
R 3
( 254 )
concussions. Quand toutes les richesses du monde furent
transportées à Rome , quand les premiers de l'état joignirent
à leurs propres trésors la facilité de puiser dans
ceux de la république , quand iis purent solder à leurs
frais des armées entieres , avoir des rois , des provinces
et des milliers de Romains pour cliens , que leur restat
-il à faire , que se disputer entr'eux à qui usurperait
la souveraine puissance ? Entre les différentes causes qui
ont contribué à renverser la république romaine , cellelà
occupe le premier rang.
V
On parle de la corruption de nos moeurs , et on veut
la comparer à celle des Romains ; de tout tems il a été
aisé de faire des déclamations , et le tems présent a toujours
servi à faire les honneurs du tems passé . Horace
l'avait dit en fort beaux vers avant nous , et on le redira
encore après quand on voudra gourmander la postėrité.
Mais il y a pour nous une différence qu'il fant
bien saisir , c'est que cette corruption de moeurs est bien
plus dans nos habitudes individuelles que dans les principes
du gouvernement ; car depuis que nous sommes
en révolution , nous n'en avons eu aucun. La corruption
des Romains marqua l'époque de la décrépitude de
leur république . La nôtre a sonné la derniere heure de
la monarchie . Les Romains ne substituerent à leur gouvernement
que la servitude et par conséquent un nouveau
moyen de corruption morale , civile et politique.
Nous , au contraire , en remplaçant le despotisme par la
liberté , nous nous sommes ménagé les moyens de régénérer
les moeurs par la régénération de notre gouvernement.
1
,
Cette transmutation , il est vrai , ne s'est point faite
sans un bouleversement dans toutes les parties du
corps social ; il fallait bien s'y attendre. Chacun s'est
jetté dans l'arêne avec les instrumens dont il était armé ;
le méchant avec ses vices , l'ignorant avec ses erreurs ,
le fou avec ses chimeres ; et comme le mal est toujours
actif et destructeur de sa nature , et que la raison et la
vertu restent sur la défensive , et n'ont même besoin
que de se défendre pour triompher , il en est résulté
que le mal seul s'est fait remarquer , et que le bien ,
s'est enveloppe de sa modestie . Mais je dirais à ces éternels
déclamateurs , que malgré cette longue et sanglante
lutte de l'immoralité , des passions et des erreurs , elles
ont pourtant fini par succomber. La justice et la vérité
ont repris insensiblement leur empire ; les Français ont
( 255 )
."
rougi de leur longue patience à supporter les crimes
d'une poignée de scélérats qui ont déshonoré la nation
la plus connue par la douceur et la politesse de
ses moeurs ; et si la morale individuelle a été souillée
de l'esprit de brigandage et de férocité , la morale publique
désavone cette horrible dépravation . C'est sur
la morale publique qu'il faut apprécier l'esprit dun
peuple , et fonder l'espoir de son gouvernement ; toutes
les infamies qu ont produites l'agiotage et la cupidité
sont une suite du déplacement des choses , et tiennent
à des circonstances extraordinaires et momentanées . Si
l'on calculait bien l'influence qu'ont exercée sur les
moeurs l'état de nos finances , l'abondance du papiermonnaie
, le discrédit dans lequel il est tombé successivement
, les besoins immenses de la guerre , on verrait
que toutes ces causes ne sont que des causes révolutionnaires
dont les effets s évanouiront avec elles . Il
restera un gouvernement neuf , et l'on a constamment
remarqué que l'époque d'une constitution nouvelle
chez un peuple , était toujours marquée par un changement
favorable dans ses moeurs. On ne peut dire encore
jusqu'à quel point celles des Français seront améliorées
, et ce qu'elles ont à espérer des institutions qui
naîtront de la nouvelle forme de leur gouvernement.
Mais si ces institutions sont bien dirigées , si leur gouvernement
est bon , c'est - à - dire s'il leur convient , à
coup sûr ce n'est pas le moment d'aller choisir quelqu'époque
de l'histoire ancienne pour en tirer des inductions
dont l'application est toujours défectueuse ,
parce qu'elle manque de cette convenance de rapports
sans laquelle l'esprit erre dans le vague des hypotheses
, et s'expose à des erreurs fréquentes.A
T
Voilà quelques réflexions que m'ont suggérées la lec
ture de la conjuration de Catilina . et cette fureur de
nos détracteurs modernes de vouloir rapprocher des
tems et des moeurs qui n'ont entr'eux aucune ressem
blance . Laissons les faiseurs d'homélies morales , et sachons
profiter des avantages de notre révolution .
33
ANNONCE.
" 1651
Catéchisme français , ou principe de morale républicaine à
l'usage des écoles primaire . De l'imprimerie de Didot jeune , à
Paris , l'an 3e , in -8° . prix 1 liv. ros. pour toute la Repu .
blique . Chez Fuchs , libraire , quai des Augustins , n . 28.
R4
( 256 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
DES
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 17 juin 1795.
Es lettres de Copenhague , en date du 9 juin , annoncent
que six jours auparavant denx Suédois distingués , les comtes
Steenbock et Moerner s'étaient rendus dans cette ville pour
y faire part au gouvernement de l'arrivée prochaine du jeune
roi de Suede et du duc de Sudermanie , attirés par l'envie de
voir le camp de Scanie. Le roi de Danemarck et le prince héréditaire
se proposaient d'aller au-devant des voyageurs quand
l'incendie arrivé dans la capitale leur a fait un devoir d'y
rester , et en a aussi écarté le régent et son papille . Voici les
nouveaux détails qu'on a reçus sur ce fâcheux événement.
Le terrible incendie dont nous avons rendu compte , a duré
"plus de quarante- quatre heures : c'était avant hier l'après - midi
qu'on est parvenu à l'éteindre . Depuis le canal jusqu'à la tour
de l'Ouest (Westerthore ) tout a été réduit en cendre ; le
nombre des maisons brulées est de 1416 , non compris la
maison de ville , l'arsenal , l'église Saint- Nicolas , et la maison
-de l'amirauté . ' Parmi les maisons re trouvent deux apoticaireries
de la ville , vingt -neuf brasseries , dix - neuf boulangeries
, et deux cents maisons de distillateurs d'eau- de- vie- Plus
de trois mille familles et au-delà de vingt millee personnes sont
restées sans demeure.
Les rues de Friedrischsberg› et de Westerstasse , toutes les
maisons qui bordoient le canal , tout le quartier nommé l'Altestrand
, le marché aux poissons , la grande et la petite rue
de l'église , la moitié de Wimelschast , etc. enfin tous les
quartiers les plus voisins du vieux chantier où le feu se manifesta
d'abord , ont été la proie des flammes. Le prince royal
accourut à l'instant même où le feu commença d'éclater , et ne
cessa d'animer- les travailleurs par son exemple. Il a securu
des malheureux , sans penser au- danger qui le menaçait , es
les a sauvés des flammes prêtes à les engloatir , ou des décombres
de leurs maisons . Il fit aussi, dès la nuit même, dresser
des tentes sur les rempartside la ville . Hier on en a disposé
u bon nombre dans une place située, à l'une des extrémités de
la ville.
( 257 X
7
Le magistrat s'assemble à la maison des postes , et le trim
bunal de police tent ses séances au château de Charlottenbourg.
Pour aider aux malheureux , et accélérer la cuisson da
pain ,
le prince a fait remettre aux boulangers 3,000 tonneaux
de seigle à bas prix . Il a été aussi pris des arrangemens
pour leur fournir une certaine quantité de farine de seigle . Il a
été en outre ordonné aux biasseurs de faire en toute dili →
gence une quantité suffisante de bierre ordinaire .
La perte occasionnée par ce désastre est immense , et Copenhagne
aura besoin de bien du tems pour reprendre le
lustre que deux incendies si terribles , arrivés à peu de distance
l'un de l'autre , viennent de lui rayir.
L'on ne sait pas encore jusqu'où eet événement reculcra les
armemens que le gouvernement continue pour le maintien
de sa neutralité . Il avait résolu d'armer encore six vaisseaux de
ligue en réserve , outre ceux qui ont été déja équipés.. Cea.
six vaisseaux sont le Neptune , de 84 ; ie Shield , le Justicia .
l'Odin , de 74 ; le Mars , de 64 , et le sixieme , aussi de ce
dernier rang. Avauthier les vaisseaux de ligne la Prinses$ e«
Marie et le Holstein , et les frégates la Thetis et Tites ont mis
en rade . ,,
et
L'accession du roi de Suede , en sa qualité de duc de Poméranie
, au de paix conclu entre la Prusse et la France
va être incessamment déclarée à la diete de Ratisbonne ,
l'est peut être déja ainsi que les effets de cette guerre devastatrice
et ruinense vont cesser de peser sur cette belle province , qui
n'aura plus ni mois romaius , ni autres prestations de ce geure
à sa charge.
Suivant des avis des frontieres de Pologne da 8 , les affaires
de ce pays continuent de prendre une tourpure sérieuse . Les
Russes se portent en assez grand nombre sur la Vistule et sur
les frontieres de la Prusse. On présend même qu'ils on: deja
Compu toute communication entre cetje contrée ci la Lithuanir.
Les Prussiens ont soin de leur côté de se renforcer dans les districts
situés sur la rive gauche de la Vistule . On écrit de la capitale
qu'il n'y a plus que 1500 hommes de garnison russe , mail le
camp aux environs de Varsovie doit être porté à 50,000 .
roi vit très - solitaire à Grodno , où une de ses soeurs lui tent
compagnie dans un château dont il ne sort gueres . Son nexcu
Stanislas Poniatowski , de tour d'Italie , va l'y rejoindre.
Quelques changemens qui puissent arriver dans les affaires .
on ne croit pas que le prince détrôné soit tenté d'y prendre
aucune part. Il pourrait cependant en arriver , car le sentiment
qui regne le plus constamment en Pologne , c'est la haine des
Russes ; il est porté jusqu'au fanatisme . On a vu des prêtnes
polonais refuser de prêter leur ministere aux obseques de
quatre magnats pendus lors de la derniere ,révolution , et que
1
( 258 )
les Russes avaient fait exhumer pour leur faire de magnifiques '
funérailles. Plusieurs de ces prêtres ont été jettés dans des
cachois pour les punir de cette désobéissance .
De Francfort- sur- le -Mein , le 20 juin .
Le roi de Prusse s'occupe sérieuse nent de réparer les maux
que la guerre a faits à ses differentes possessions . Conformement
a la proposition de son ministre Heinisz , il a doune des
ordres pour que les chevaux à l'usage des régimens Westphaliens
et des charrois de vivres fussent répartis gratis entre les
habitans du duché de Cleves qui ont le plus souffert .
Nous avions neglige de rendre compte du fat suivant contenu
dans une lettre de Berlin en date du 30 mai ; nous nous
empressons de reparer cette omission , en ajoutant que trois
des principaux chefs de l'émeute ont été pendus et 18 des
séditieux fuilles.
Cette ville vient d'être le théâtre d'une scène qui pouvait
amener de grands événemens . Une partie du peuple soulevée ;
la garde repoussée , mise en fuite ; des soldats blessés ; toute
la garnison sous les armes ; les portes fermées ; l'arsenal et les
autres édifices militaires menaces de destruction et de pillage
la ville entiere d'être brûlée : tel est le tab cau de la situation
où Berlin s'est trouvé depuis le mardi 26 mai jusqu'au vendredi
suivant . La cause de ce grand mouvement a été une simple rize
entre un rémouleur et un compagnon menuisier.
Le premier demeurait dans nú quartier de Berlin rempli de
cabarets ou guinguettes , d'assez nauvais renom . Le troisième
jour de la Pentecôte , elles se trouvaient , suivant Dusage ,
remplies de monde , et principalement de compagnons - ouvriers
etjournaliers , comme etant le rendez vous ordinaire de
la plupart des corps de métiers ou societes . Un compagnon menuisier
, à moitié ivre , alla narguer et insulter l'affleur , qui
était à son travail . Celui- ci , peu endurant , ne peut souffrir ce
procédé ; on en vient aux voies de fait , et d'autres compagnons
accourent prendre part à la querelle. L'affileur a recours à la
garde militaire qui , ne consistant qu'en nois hommies , est
bientôt désarmées et terrassee . Un detachement plus fort survient
ensuite , et arrête quelques - uns des plus muuins ; , mais
aussi- tôt tous les cabarets prennent fait et cause pour les prisonniers
, et tous les compagnons s'arment de pienes et de
bâtons , etc.
Le président de la police , accouru sur les lieux , croît devoir
employer la douceur . Il se rend auprés de la garde , fait
relâcher les détenus et leur pro:net méme satisfaction . On le
remercie par des vivat ! mais la nuit on ne s'en porte pas
moins sur la maison de l'affiléur , qu'on démolit en grande
partie . De gros détachemens militaires en sont témoins , et
n'ayant point d'ordre de repousser la force par la force , après
( 259 )
1
avoir été accueillis de quelques volées de pierres , ils se
retirent ; le president de la police lui - même est maltraité . Une
division de 28 à 30 gerdarmes n'ayant point d'ordre d'agir , de
force , n'en impose pas davantage , et , pour n'être point
lapidée , fait retraite.
Le commandant par intérim , Langlet , se présente avec quelqu'infanterie
pour appaiser le tumulte , mais n'ayant point
d'ordre de repousser les séditieux , et attaqué lui-même , il est
dans la nécessité de faire une espece de capitulation , en verta
de la quelle il se retire sous condition qu'on cessera de démolir
la maison . Déja tout y était ravagé et ruiné ; une maison
voisine avait même commencé d'éprouver le même sort.
9
Il était alors 4 heures du matia ; les portes de la ville
resterent fermées . Les compagnons enhardis menacent , si on
-ne les laisse faire , de mettre le feu en différens quartiers . Le
roi était , suivant sa coûtume , à Charlottenbourg , où l'on
va lui faire part de l'état de la capitale . Il donne ordre de
repousser la force par la force , d'arrêter les principaux mu
tins , et de faire les recherches les plus rigoureuses pour découvrir
ceux qui ont excité cette émeure .
Alors des détachemens se rassemblent de toutes parts . Lappstrasse
( rue où la scène se passait ) est cernée ; les gendarmes
et les hussards sabrent par- tout où ils trouvent résistance . A
dix heures du soir , le tambour bat l'allarme de tous les côtes ;
on crie que le feu est à la ville ; les régimens se rendent à leurs
postes le châtean est étroitement gardé , on n'en laisse sortir
persenne : en est de même de l'arsenal ; on fait les mêmes
dispositions devant le magazin de pontons , toutes les avenues
qui y conduisent sont garnies de troupes , de forts détachemens
sont placés aux édifices publics et aux magasins , tous les pompiers
sont à leurs postes aves leurs pompes .
?
il
La premiere partie de la nuit se passe dans la consternation
et l'incertitude . Il se livre au Marché Nexf une espece de combat
entre les compagnons qui voulaient délivrer leurs camarades
et un détachement de hussards qui parvin : enfin à les
disperser . Les militaires ayant reçu l'ordre de repousser la
force par la force , les mutius ont été mis en fuite , non sans
qu'il y ait eu du sang repandu et beaucoup de blessés . On
en a d'abord arrêté soixante ; il a été fait ensuite des visites
domiciliaires dans la Lapps rasse . Le chef de l'émente , compagnon
tailleur , nommé Schmidt , y a été decouvert et
saisi .
13
Jeudi , les patrouilles et les différentes mesures de police ont
été continuees avec vigueur ;, il n'a éte permis à personne de
sortir de la ville sans passe port. Cependant la tranquillité a
commencé à renaître et les séditieux , frappés d'épouvante ,
se cachent par- tout . Vendredi , 29 , les arrestations se sont
multipliées , et l'on a saisi les chefs de la révolte. Les prisons
( 260 )
ordinaires sont si rempries , qui'l a fallu conduire plusieurs
des détenus à la caserne de Braun . Aujourd'hui le ealme paraît
se raffermir. Ou dit le général Sehwerin mort. 99
Les états du cercle de Franconie ont écrit au roi de Prusse
une lettre de remerciement pour l'intérêt qu'il a pris au bien
être du cercle , à l'occasion de la paix conclue avec la Republique
Française . En général , les co - états de l'Allemagne
se tournent aujourd'hui vers ce prince comme vers le sauveur
du corps germanique , et sans en être le chef il en a toute
l'influence , au grand dépit de la maison d'Autriche , encore
incertaine si elle doit continuer la guerre avec l'aide de la
Grande-Bretagne , ou accéder aussi a la paix que l'on nirait
peut-être par faire sans son intervention , à en juger par les
dernieres feutres de Ratisbonne , du 11 , qui s'expriment
ainsi :
Trêves , Saxe , Brandebourg , Hanovre , Mayence et Cologne
ont déja vôté dans le collége électoral ; 30 voix dans
eclui des privées , et 26 dans le college des villes d'Empire ,
relativement aux négociations de paix. Toutes ces voix sent
pour la paix , et la majorité pour la médiation de la Prusse.
On croit que lundi prochain on clora le protocole..
Du 18. Le suffrage de Spire porte que la France doit se
Contenter des droits et possessions qui lui ont été asssurés par
les traités précédens , entr'ellefet l'Empire. Il pense qu'il ne
doit pas être nommé de députation de Empire ;
mais que
P'on doit remettre a l'empereur les pleins pouvoirs pour entamer
les négociations , avec la réserve que ce dernier instruira
de tems en la diete de leurs progrès.
Hesse d'arg
a , dans une addition , fait des repré
sentations contre l'acceptation éventuelle, du statu quo avant
la guerre .
Hier, seize suffrages ont été insérés au protocole. Le comte
Lherbach est ici depuis quelques jours,
י

Du 13. On espere que le conclusum de la diete concernant
les négociations de paix , pourra être rédige incessamment.
Dans le collège électoral , Mayence , Cologue , Saxe et Brandebourg
ont vêté pour la médiation du roi de Prusse ; dans
celui des princes , sur cinquante suffrages , quarante ont vôté
de même , et trois autres se sont déclarés pour la majorité :
en sorte qu'il n'y a , jusqu'à présent , que douze voix pour
que les négociations soient, abandonnées à l'empereur.
Une lettre de Wallendar du 13 juin , rend compie de la maniere
suivante des dispositions adoptées pour la retraite de la
garnison de Luxembourg qui rentre bien en Allemagne , mais ,
qui ne doit pas servir avant qu'il ait été fait un échange , ou
de prisonniers français effectifs , ou de garnisons rentrées sur
le territoire de la République , aux mêmes conditions .
La garnison de Luxembourg passera le Rhin & Coblentz .
1 261 )
com
sur trois colonnes , les 17 , 18 , 19 de ce mois . La premiere
colonne conduite par le feld maréchal Bender et le généralmajor
Sebottendorf , est attendue le 17 au Thal. Elle est e
posée des trois bataillons de Bender , formant 67 officiers et
2,305 hommes ; un bataillon de Klebeck , 17 officiers , 550
hommes ; des hussards d'archidac Ferdinand , 10 officiers es
3oc hommes ; croates , 212 hommes ; corps du génie , 1
officiers et 28 hommes ; mineurs , 4 officiers , 49 hommes. Le
général Moi el conduit la seconde colonne : elle comprend
bataillous de Huff , 48 officiers et 1782 hommes un bas
taillon de Clairfayt , 10 officiers et 322 hommes , 3 officiers
de la caisse militaire , 2 du commissariat. La troisieme do
lowne , sous la conduite du feld maréchal lieutenant Schroder,
est composée de 2 bataillons de Mitrowski , 43 officiers et
1628 hommes ; un bataillon de Wurtemberg , 13 officiers et
345 hommes ; un bataillon de Murra , 11 officiers et 359
hommes ; artillerie , 26 officiers et 525 hommes les dragone
de l'archiduc Joseph , 11 officiers et 293 hommes.
Suivant des lettres de Vienne du 9 juin , il paraît que c'est
du côté de l'Italie que l'empereur a dessein de faire de grandes
opérations pendant cette campagne ; il est décidé que la guerre
sera offensive , et qu'on fera tout au monde pour chasser
les Français des états du roi de Sardaigne. Dėja plusieurs
bataillons de jeunes bourgeois de la capitale , exercés aux
évolutions militaires , vont se mettre en marche pour joindre
l'armée . Quant à celle du Rhin , sa cavalerie légère sera ren
forcée de 1200 chevaux de remonte qu'on attend de la Hongrie.
On assure aussi que de grands préparatifs ont lieu en Bohême ,
et l'on en augure l'arrivée ou le passage d'un corps très - constdérable
, ce qui prête quelque viaisemblance au bruit qui court
que Catherine II fait marcher un corps d'armée vers l'Alles
magne . Ce qu'il y a de sûr , c'est qu'il va et vient beaucoup
de couriers entre Vienne , Berlin et Pétersbourg , mais sur-tout
entre Vienne et Pétersbourg ; d'où l'on comelut que ces deux
dernieres cours sont occupées en ce moment de projets d'une
importance majeure.
En attendant , les Français , encourages par la reddition
de Luxembourg , prennent une posture plus menaçante vis - à- vis
de Mayence. Leur armée a été renforcée dernierement par
de nouvelles troupes , et en particulier par des hussards . Elle
avait été affaiblie par la désertion . Le 10 au soir , ils ont
lancé près de Hochtsheim un aérostat , ce qui fait conjecturer
quelque dessein.
C'est le lieutenant général comte de Kalkrenthe qui com
mande le cordon prussien posté depuis l'Embs jusqu'à notre
ville . Il aura ici son quartier -général , et il est déja arrivé
depuis le 11.
C
( 262 . )
ITALI Ε.
د ن ا ت
Des lettres du Milan , do 8 juin , disent qu'il vient d'être
publié une invitation de porter à la monnoie toutes les
matieres d'or et d'argent qui ne sont pas indispensables . On a
de plus ordonné sous des peines très séveres de ne pas laisser
manquer de chevaux pour les transports militaires . Il a été aussi
distribué à l'armée imperiale uu mois de paye extraordinaire ,
suivant l'usage , an commencement d'une campagne , ce qui
ne laisse guère douter que celle - ci ne s'ouvre bientôt .
On écrit de Gênes , en date du 4 juin , que les armées respectives
s'approchent insensiblement Les Français ont porté des
forces considérables à Ormée , et le quartier general Autrichien
est attendu à Dego, mouvement qui fait croire qu'au premier jour
on aura la nouvelle de quelque attaque serieuse . Au reste , il
Continue d'arriver dans ce port , ainsi que dans celui de Livourne,
une grande quantité de bâtimens chargés de grains , et Ton
apprend par des lettres de cette derniere ville
en date du
5 juin , que l'escadre napolitaine , composée des vaisseaux de
ligne , le Guiscard , le Tancrede , le Samnite et le Parthenope , y est attendue avec un convoi considérable de vaisseaux mar- chands .
Rome , 3 juin .
12
Des députés du nouveau parlement corse , et un commissaire
de la cour de Loudres , ont débarqué à Civita- Vecchia is
viennent traiter avec le pape au sujet du nouveau réglement des
affaires ecclésiastiques , etabli par le parlement corse . Il est
probable que plusieurs articles , bien qu'opposés aux pratiques
et aux systêmes généraux , seront approuvés à Rome en faveur
des circonstances particulieres ou ses trouve la Corse on:
croit au moins qu'ils ne recevront ni approbation ni improbation
expresse . La réduction des évêchés à trois , proposée par
le parlement , n'éprouvera pas de difficulté à ce qu'on présume
. Mais l'on croit que le pape s'opposera de toutes ses
forces au projet du parlement qui consiste à assigner aux
évêques une pension et à leur retirer leurs biens . Sans doute
la cour de Rome
que tout ce qui lui sera possible pour que,
le clergé corse reste propriétaire . Elle a sous les yeux , le
spectacle de la différence du credit et de la consistance qu'ob
tiennent chez les divers peuples les prêtres qui ont continué depuis
la réforme à demeurer possesseurs de propriétés terriennes,
de dîmes , etc. et ceux qui sont réduits à la condition de salaries
. On croit que le cabinet de Saint -James pourra bien à
cet égard , seconder les vues de Rome . On sait quel parti ,
en Angleterre , la couronne a su , dan's fous les temps
fer
tirer
"
( 263 )
3
5
de la haute église . Les prérogatives qu'a le roi de nommer à une
foule de places et d'emplois ecclésiastiques auxquels sont at
tachés au grand revenu et tous les avantages de la proprieté
est une des plus sûres ressources de son influence dans la
Grande- Bretagne. Ce sera , sans doute , un spectacle assez singulier
de voir , peut - être dans peu , Georges III , dont la
croyance est condamnée par l'eglise de Rome , se réunir à
celui qui se dit le successeur de St. Pierre le vicaire de Jésus-
Christ pour défendre le clergé catholique. , de ses voir
avancer peut être tous deux dans des bulles fulminantes , ou
de gracieux messages , que la réforme qu'on médite est un
attentat contre la foi , une véritable hérésie .
"
ESPAGNE ET PORTUGA L.
Suivant des lettres de Lisbonne , des premiers jours de
mai , l'escadre portugaise venait de désarmer ; on avait donné
des congés à tous les officiers de marine anglaise qui y étaient
employés , en leur conservant leurs brevets et la demipale
. Le commerce de ce pays commençait aussi à reprendre
quelqu'activité. Plusieurs convois de bâtimens marchands
richement chargés étaient entrés dans le port , de cette capi
tale , et il en était parti au commencement d'avril , sous l'escorte
de trois frégates , un convoi de 48 bâtimens pour les
poris d'Amérique et d'Asie .
La lettre suivante de Madrid , sous la date du 15 mai
semble annoncer que cette puissance n'est pas éloignée de se
retirer de la coalition .
La nouvelle de la paix conclue entre la France et la Prusse
a excité ici une joie univeiselle . Notre premier ministre , le
duc d'Alcudia , eu a montre sa satisfaction à plusieurs ministres
étrangers résidans ici . Avant -hier , le ministre extraor
dinaire des états - généraux a remis au duc d'Alcudia la nole
suivante.
Monsieur le duc .
I
C'est d'après les ordres exprès de L. H. P. les étatsgénéraux
des Provinces Unies que j'ai l'honneur de m'adresser
à votre excelledee et de lui annoncer :
" Que L. H. P. ont aboli la charge du stadthoudýr , de
capitaine- amiral général , dans toutes ses fonctions et dans
tous ses rapports , et que tous ceux qui ont été dans le cas de
faire le sement de fidelité audit stadthouder , capitaine et
amiral général , en sont relevés .
" Il m'est en outre ordonné , monsieur le duc , d'y ajouter, e
je m'en charge avec plaisir bien sensible , que L. H.P. , ainsi
que la nation entiere , desilent de vivre en paix et bonne har1
( @Bq )
monie avec routes les puissances et spécialement, avec sa majëstë
Catholique .
J'ai l'honneur d'êtré , etc.
Signé , van der Cocs.
Aranjuez , le 13 mai 1795 .
Le ministre a fait hier la réponse suivante à cette note .
Monsieur.
"
J'ai informé le roi de votre note d'hier , par laquelle võn
m'avez bien voula communiquer au nom des états- généraux
des Provinces Unies , qu'ils ont aboli la charge de stadthouder ,
capitaine et amiral - géneral , dans toutes ses fonctions et dans
tous ses rspports , et que les états ainsi que la nation entiere ,
desirent de vivre en paix avec toutes les puissances , et spécialement
avec S. M.
" Le roi a appris avec la plus vive satisfaction , cette nouvelle
marque de la continuation de l'amitié des états - généraux
et de la nation hollandaise , et il est de même résolu d'y
répondre de sa part avec fidélité et constance , dans tout ce
qui dépendra de lui , et vous monsieur , il continuera d'accorder
sa protection ; en conséquence il se flatte que la bonne
harmonie ne sera pas rompue , quelques grandes que puissent
tre les adversités de l'un et de l'autre pays .
" Je vous répete à cette occasion les assurances du parfait
attachement que je vous ai voné , et que je ne desire rien
de plus que de vous en donner en toutes occassions de nouvelles
preuves ; sur ce , je prie Dieu , etc. 19
Signé , duc d'Alcudia .
Aranjuez , le 24 mai 1795 .
On attend sous peu de jours , dans cette capitale , unambassadeur
britannique , mais selon toutes les apparences il n'y
era pas accueilli comme sa prédécesseur ; aussi doute t-on
si l'Angleterre sera bien dans le cas de tirer un grand avane.,
tagge de notre marine , puisque l'amiral de Langara est retourné
avec son escadre à Mahon ( dans l'isle de Minorque ) ,
et ne les vaisseaux qui la composent s'en retourneront probablement
partie dans le port de Carthagène , partie dans celui
de Gadix.
RÉPUBLIQUE
( 265
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONA L E,
PRÉSIDENCE DE LOUVÉT.
Séance du septidi , 7 Messidor.
Les représentans du peuple en mission près les armées du
Nord et de Sambre et Meuse , du Rhin et de la Moselle
écrivent à la Convention nationale , du 28 praivial , qu'ils ont
planté la veille , sur la place d'armes de Luxembourg , l'arbre
de la liberté couronné du drapeau tricolor . Cette cérémonie
s'est exécutée avec la plus grande solemnité dans cette impor
tante conquête ; toute la garnison , après avoir traversé les rues,
s'est rangée sur trois rangs autour de la place . Les canonniers
, précedes d'une musique guerriere , portaient l'arbre,
Une foule immense etait accourue . L'arbre s'éleva au bruit de
l'artillerie , et dans le même instant se précipitait l'aigle impérial.
La fête a été terminée par une proclamation lue par uu
des representans et par les cris de vive la République vivent
les Français ! La lettre finit en disant que nous comptons déja
des partisans nombreux à Luxembourg , parce que l'on voit
que le soldat infatigable dans les combats est paisible et discipliné
après la victoire , et force ainsi le vaincu à l'estimer et à
lui donner la confiance .
Mention honorable , insertion au bulletin.
Un des secrétaires fait lecture d'une lettre des administras
teurs du district de Chartres , qui annoncent que des hommes
cupides , qui se proposent de spéculer sur les besoins du
peuple , et de lui faire payer encore bien cher le pain qui le
doit nourrir , veulent acheter la récolte sur pied , et en offrent
un prix exorbitant . Les habitans qui voient qu'au milieu de
l'abondante récolte qui se prépare l'agiotage les forcera de
périr de misere , mettent leur confiance dans la Convention ,
et attendent qu'elle prendra des mesures severes et capables
de reprimer de pareils abus.
Renvoyé au comité de salut public.
Guyomard dénonce les manauvres de quelques émigrés qui ,
Teutres furtivement en France , se rendent à Paris où ils obtiennem
des certificats de résidence à neuf temoins , Ce sont
leurs anciens domestiques ou des fournisseurs qui certifient
pour eux. Guyomard propose différens moyens de parer à cet
inconvenientų ©
Tome XVI.
( 265 )
Leur examen est renvoyé aux comités de législation et de
sûreté générale .
Vernier , au nom du comité des finances , fait un rapport
sur le théâtre de la citoyenne Montansier, occupé depuis quelque
tems par l'Opéra . I observe qu'il en coûterait beaucoup de
rétablir celui - ci dans son ancien local à la porte St. Martin ,
toutes les décorations et les machines , ayant été transportées
dans celui de la rue de la Loi , et il en couclat qu'il est plus
avantageux pour la nation de faire l'acquisition du théâtre de
la citoyenne Montansier.
Cette proposition est décrétée .
Une manufacture d'horlogerie s'est élevée à Besançon . Ses
progrès subits annoncent qu'elle ne tardera pas de rivaliser
avec celles de Geneve et de Suisse ; mais elle a besoin d'encou
ragement. La Convention a déja rendu plusieurs fois des décrets
cn sa faveur , mais les circonstances n'ont pas permis sans doute
qu'ils obtinssent une entiere exécution .
Boissy d'Anglas , au nom des comités d'instruction publique
et des arts et de celui des finances , fait décréter que les indem
nités qui avaient été accordées aux entrepreneurs leur seront
payées , et que la nation entretiendra , à ses frais , deux cents
éleves tires des familles des défenseurs de la patrie.
Le même décret porte établissement à Versailles d'une horlogerie
automatique . Cent éleves y seront aussi formés au
frais de la nation , les chefs jouiront gratuitement pendant
quinze ans d'une maison nationale , et on leur fa les avances
convenables en matieres d'or et d'argent.
Bailleul appelle l'attention de l'Assemblée sur les individus
incarcérés par suite des dernieres mesures . Il pense qu'il
faut faire un triage , et meure en liberté ceux qui n'ont été
qu'égarés ou qui sont innocens .
Mailhe dit que c'est dans les registres des ci- devant comités
revolutionnaires qu'il faut chercher les coupables . Il convient
que dans plusieurs départemens du Midi , le royalisme leve
une tête audacieuse mais il croit qu'il y a de l'exagération
dans les tableaux qu'on en fait . Il demande le reuvoi
de la motion de Bailleul aux comités. Décrété .
Séance d'octidi , 8 Messider.
Le problême des longitudes a occupé jusqu'à ce jour un
grand nombre de savans qui ont trouvé pour le résoudre des
méthodes plus ou moins approximatives , mais qui n'ont pas
encore le degré de perfection auquel il est possible de parvenir.
Un horloger de Paris , Ferdinand Berthoud , a avancé
les progrès de l'art . Ses montres ont été fort utiles aux savaus
qui ont entrepris des voyages autour du globe . Grégoire ,
su nom des comités d'instruction publique de marine et des
finances , ¶fait sentir la nécessité , pour la prospérité du com
"
( 267 )
merce , d'avoir un établissement modelé sur celui d'Angleterre
où l'on s'occupe de ce travail , et il fait décréter qu'il y
aura à Paris un bureau de longitude composé de savans et
artistes , chargés de la rédaction de l'ouvrage intitulé Connaissance
des tems , et ayant sous sa direction l'Observatoire
de Paris et les autres de la République .
Gillet , au nom du comité de salut public annonce que
le 26 du mois dernier vingt mille Espagnols ont attaqué
douze mille de nos soldats de l'armée des Pyrénées orientales
qui protégeaient un fourage général . L'affaire , qui a
duré dix heures , a été des plus vives . L'ennemi a été complétement
battu. Il a perdu environ douze cents hommes .
Notre perte est de quatre- vingt-cinq tués et deux cents et
quelques blessés . ( Voyez Nouvelles officielles . )
Applaudissemens et insertion au bulletin .
Le reste de la séance a été entiérement employé à la discussion
des lois relatives au régime hypothécaire . Tout a été
décrété aujourd'hui , sauf quelques articles amendés ou renvoyés
à un nouvel examen .
Nous avons omis un décret important rendu sur le rapport
du comité de salut public , qui porte prohibition de
toutes les ventes de grains en vert et pendant par racines ,
sous peine de confiscation et annullation de celles qui pourraient
avoir été faites .
Séance de nonidi , 9 Messidor.
Aubry , au nom du comité militaire , soumet à la discussion
un projet de décret sur la formation d'une légion composée d'infanterie
et de cavalerie , dans laquelle entreraient les gendarmes
des divisions supprimées qui , au moyen de l'épuration qui
s'opererait parmi eux , seraient jugés dignes de servir de nouveau
la République . Cette légion se nommera légion ´de police ,
et aura pour destination de faire le service des tribunaux
des prisons , des ports et des barrieres de Paris . Elle allégera
ainsi le fardeau de la garde nationale , qui est devenu
bien pénible pour elle , quoiqu'elle n'ait suivi jusqu'à present
que son zele , saus même consulter ses forces . Ce nouveau
corps est formé de deux demi- brigades d'infanterie formant
trente bataillons , et d'une brigade de cavalerie de quatre escadrons.
Ce projet est décrété .
La caisse des invalides de la marine avait été réunie à la
trésorerie nationale , en vertu d'un décret présenté par Cambon .
Le service en a beaucoup souffert ; les interessés ont éprouvé
des pertes , et sur - tout des retards . Ils réclament contre
cette reunion , et leurs plaintes méritent d'autant plus d'être
écoutées que les fonds de cette caisse ne sont pas pris s
le trésor national , mais le fruit d'une bonne administration
qui remonte à plus de cent ans . Ces observations présen
S
sur
( 268 )
tées par le comité des finances ne pouvaient manquer d'être
accueillies par l'Assemblée qui a decréte le rapport de son
décret.
Des cultivateurs annoncent à la Convention qu'une moisson
abondante approche de sa maturité . Le sarrasin qu'on ne
cueille qu'à la fin d'août est deja en germe . Le séigle est
prêt de tomber sous la faucille du moissonneur ; le froment
est en lait ; l'orge commence à jaunir et l'avoine est en grains .
Forestier , condamné à la réclusion par jugement de la
commission militaire , écrit à la Convention pour lui demander
sa liberté. Il se fonde sur ce qu'on n'a rien produit de concluant
et de positif au tribunal contre lui . Renvoyé au comité
de législation.
Vernies a soumis la rédaction de plusieurs articles du réglement
concernant le régime hypothécaire , qui avaient été reuvoyés
à un nouvel examen du comité.
Elle est adoptée.
Séance de décadi 10 Messider. "
Personne , au nom du comité de législation , présente la
rédaction du décret tendant à accorder un nouveau délai de
deux mois aux peres et meret d'émigrés , pour faire la décla
ration de leurs biens , meubles et immeubles en exécution de
la loi du 9 Boréal .
Elle offre quelques difficultés dont l'examen est renvoyé au
lendemain..
Guyomard , par motion d'ordre , observe que les adresses
de felicitation remplissent tous les jours en partie le bulletin ,
el qu'elles ne peuvent plus être du même intérêt à cause de
leur nombre , et parce qu'elles offrent communemeut le même
fonds de peusées . Il croit qu'il importe bicu plus aux progrès
de l'esprit public de répandre par cette voie des lumieres dans
le peuple qui en a un si grand besoin , et sur sa proposition
la Convention décrete qu'au lieu d'insérer dans le bulletin
les adresses de felicitation , on y insérera un choix de pensées
et de maximes puisées dans les meilleurs ouvrages des amis
de l'humanité éi des defenseurs de la souveraineté nationale ,
tels que ceux de Rousseau et de Mably , sous le titre d'Esprit
des grands hommes propres à diriger l'esprit public . Le comité
d'instruction publique est charge de l'execution de ce déeret.
Merlin ( de Douai ) et Delamarre , en mission dans les
départemens du Nord et du Pas - de - Calais , rendent comple
d'un fait qui vient de se passer à Arras , et qui , sous la
main d'un malveillant ou d'un écrivain à gages , pourrait se
revêtir de couleurs fausses , quoiqu'il ne soit rien en lui même .
La commune a posté le prix du pain du peuple de dix sops
à vingt . Des femmes se sont attroupées autour de la maison
des representans en criaut : Da pain à diu sous ! Elles ont
( 269 )
demandé à être entendues ; mais Merlin et Lamarre ont répondu
qu'ils ne recevraient aucune pétition avant que l'attroupement
fût séparé. Bientôt après est survenu un peloton de
cavalerie qui a tout dissipé comme un éclair , et la tranquillité
s'est rétablie.
Sur le rapport du comité d'instruction publique , la Convention
décrete que les travaux commencés dans les bâtimens
destinés aux écoles centrales , et ordonnés pr les représentans
chargés de l'organisation de ces écoles , seront suspendus dans
Leute la République , à la réception du decret.
Séance de primedi , 11 Messidor.
Thibaut , au nom du comité des finances et de celui de
salut public , s'éleve avec force contre les agioteurs qui ont
converti en licence , la liberté du commerce , qui vendent
aujourd'hui dix pour cent de plus , les mêmes marchandises
sorties des mêmes magasins , sans qu'il y ait aucun pretexte
de renchérissement. I annonce que l'etat estimatif des domaiues
nationaux sur lesquels sont hypothéqués les assignats ,
sera bientôt counu de tout le monde , que le comité publiera
le bilan de la nation pour mettre à découvert les dilapidateurs
de la fortune publique . Thibaut présente ensuite deux projets
de décrets . L'un est un emprunt d'nu milliard à trois pour
cent d'intérêt , et l'autre une tontine dont les actions seraient
de mille livres , divisées en coupous de 500 et 200 liv . Il y
aurait seize classes chacune de cinq ans . Chaque classe renfermerait
quatre mille actions et un tirage de 800 primes de
mille livres chacune. Ce projet est ajourné.
Personne , au nom du comité de législation , fait adopter
la rédaction du décret relatif à la déclaration à faire par les
peres et meres d'émigrés ,
Lanjuinais demande la parole , et dit , que ce ne sont pas
des modifications , qu'il faut mettre à un décret immoral et
injuste , mais avoir le courage de le rapporter ; qu'il dépouille
ees peres et meres parce que leurs enfans ont émigré , comme
s'ils étaient responsables des actions de leurs enfans majeurs
on de leurs filles mariées ; qu'il est tems que la fortune pablique
ne se compose pas d'usurpations , et que la loi du
9 floréal , qui ouvre les successions de ceux qui sont encore
en vie , qui arrache à leur vieillesse les secours dont ils ont
besoin , et cela sans aucun indice de complicité , est attroec
dans son principe et dans ses conséquences .
Lanjuinais demande le rapport de ce te loi . Guyomard s'y
oppose , et soutient que sur 100 peres d'émigrés , il y en a
99 complices de l'émigration de leurs enfans et qu'ils leurs
feront passer ce qu'on leur laissera .
Boissy- d'Anglas appuie Lanjuinais . Il trouve sa motion sage
et conforme aux principes de l'équité . Il pense que la justice
$ 3
( 270 )
peut seule donner de la stabilité aux opérations de la Convention
. Il propose le renvoi au comité de législation . Il est
décrété.
PARIS . Quartidi , 14 Messidor , 3e , année de la République.
On présume que la discussion sur le projet de constitution
ne s'ouvrira pas sextidi prochain , comme la Convention
l'avait fixée . Le peu de tems qui s'est écoulé depuis
l'impression de ce projet , 1 importance de la matiere , le
grand nombre d'ouvrages ou d'observations qui se publient
soit par la voie des journaux , soit directement
toutannonce que l'opinion publiques exerce avec activité
sur un sujet aussi intéressant , et que la Convention a
besoin de recueillir et de méditer les différentes vues
qui sont proposées . Malgré la soif que nous avons tous
d'un gouvernement , il ne faut rien faire par lassitude ,
ni par dégoût. Une constitution n'est pas destinée à
n'avoir que l'existence d'un jour , d'une année , et
l'exemple de celles qui ont été faites jusqu'à ce jour
doit convaincre de la nécessité de ne rien précipiter
à cet égard. Quoique le projet qu'adoptera la Convention
doive être soumis à la délibération des assemblées
primaires , il vaut mieux préparer le travail avec toute
la maturité qu'il exige que de le livrer à des débats et
à des oppositions qui rendraient les résultats plus difficiles
et plus lents . Laissez à faire le moins possible
aux assemblées primaires , et pour cela procédez avec
réflexion , pesez les inconvéniens , et faites que votre
Ouvrage atteigne la plus grande perfection avant que de
le présenter à la sanction du peuple.
"
Il paraît que l'on est assez généralement d'accord
sur les principales bâses du projet de la commission
des onze et c'est sans contredit le meilleur plan qui
ait été conçu et proposé jusqu'ici par les assemblées
constituantes . Mais on se demande si les lois organiques
, qui reglent la forme des élections , sont bien
intelligibles ; si le mode d'élection , par assemblées
primaires , n'offre pas plus d'inconvéniens , que celui
fait par des corps électoraux ; si la condition exclusive
de la propriété fonciere , ne rendrait pas éligibles
tous les intrigans et tous les dilapidateurs qui se sont
engraissés de la fortune publique , et ont fait des acqui(
271 )
sitions territoriales , et si tous les hommes estimables
qui ont préféré une vertueuse médiocrité à ces moyens
honteux de s'enrichir , ne seraient pas injustement privés
de l'exercice d'aucun droit politique ; si cette condition
de propriété fonciere ne ferait pas hausser considérablement
le prix des terres , et avec lui celui des
denrées , et avec les denrées celui de la main- d'oeuvre ,
d'où naîtrait par conséquent l'impossibilité de soutenir
la concurrence avec les fabriques étrangeres ; si en augmentant
le nombre des propriétaires fonciers , on ne
multiplie pas la division des terres , et si par là on
n'affaiblit pas les moyens de culture et le produit qui
se porte au marché , le seul qui constitue véritablement
la richesse agricole et la ressource des, consommateurs ,
enfin , si le pouvoir législatif nomme et accusable par
le corps législatif jouira jamais d'assez d'indépendance
et de force dans l'action du gouvernement qui lui est,.
confié . Toutes ces questions , et d'autres encore , méritent
sans doute d'être examinées et discutées avec maturité
, et il serait difficile à l'homme le plus exercé dans
l'art social , de se hasarder à prononcer légèrement ,
sur des objets de cette importance . On s'attend donc
que la Convention prendra tout le tems nécessaire
pour résoudre des problêmes dont l'examen et la solution
doivent influer sur le repos et la félicité d'un grand
peuple , ainsi que des générations à venir.
Madame de Tourel , ci- devant gouvernante des enfans de
France , et madame Chanteraine , ci - devant femme de chambre
de Marie Antoinette d'Autriche , ont été nommées par le
comité de salut public pour rester auprès de la fille de
Louis XVI.
La Convention nationale vient de déclarer par un décret ,
qu'au même instant où les représentans du peuple ( Camus ,
Quinette , Lamarque , Banca! ) , le ministre ( Bournonville ) ,
les ambassadeurs français ( Semonville et Maret ) , et les personnes
de la suite , livrés ou détenus au mépris du droit des
gens , auront été rendus à la liberté et seront parvenus aux
limites du territoire français , la fille de Louis Gapet sera remise
aux personnes que le gouvernement Autrichien aura désignées
pour la recevoir et les autres individus de la famille
des Bourbons auront aussi la faculté de sortir du territoire
de la République . Le comité de salut public est chargé de
prendre les mesures nécessaires pour la notification de so
décret.
SA
( 272 )
NOUVELLES OFFICIELLES.
ARMÉE DES PYRÉNÉES ORIENTALES .
Relation de l'affaire du 26 prairial , 3. année républicaine , faite
par le général en chef Scherer.
Je vous rends compte , citoyens représentans , du combat
qui eu lieu le 26 de ce mois , à l'occasion du fourrage genéral
fait en avant de notie camp.
,, La nuit de 25 au 26 , quatre colonnes d'infanterie et de
cavalerie se porterent jusqués sur les bords de la Fluvia , pour
y occuper les positions propres à couvrir le fourrage prémédité .
Les deux colonnes de gauche , commandées par le général de
division Haquin , ayant sous ses ordres les generaux de brigade
Rouget et Baunel , arriverent à deux heures du matin dans
Icurs positions respectives . Quinze cents hommes aux ordres
du général de brigade Ronget , avec quatre pieces d'artillerie
légere et trois cents hommes de cavalerie occuperent les
villages de Saint-Pierre Pescador et de Torreillas . La cavalerie
se plaça dans la plaine près de Villa - Colomba . Seize cents
hommes que commandait le général Bannet , tinrent les buis
et les hauteurs de Saint- Michel . Ce corps était soutenu
par cent hommes de cavalerie et quatre pieces d'artillerie
légere.
Les deux colonnes de droite , commandées par les généraux
de brigade Bevan et Bon , se porterent également ,
pendant la nuit , sur les bords de la Flavia . ile du général
Bevan , forte de dix huit cents hommes , avec quatre pieces
d'artillerie légere et cent chevaux , occupa les hauteurs des
Pontons ; celle aux ordres du général Bon , toute composée
de chasseurs an nombre de mille , et cent chevaux , s'empara
des hauteurs d'Espinavessa.
,, Pendant la marche en avant des quatre colonnes , l'on fit
quelques prisonniers et on enleva à l'ennemi quelques bêtes à
cornes . L'ennemi ne s'opposa point à cette marche , et se tint
destiere les bords de la Fluvia jusques vers les huit heures du
matin , qu'il fit approcher , entre Saint Michel et le village de
Torreillas , plusieurs bataillons d'infanterie , et environ mille à
denze cents hommes de cavalerie . Celle - ci passa un instant
après la Fluvia , sous la protection de son artillerie et le feu de
son infanterie .
11 La cavalerie ennemie Sontenue de quelques bataillons
fit alors deux attaques , l'une dirigée sur le général Baunel ; la
inquante troisieme demi- brigade et le feu de l'artillerie re(
275 )
pousserent fortement les ennemis qui repasserent en désordre
la Fluvia.
" Pendant que cette attaque s'effectuait la cavalerie ennemie
, soutenue par de l'infanteris légere , se porta dans la
plaine ente Torreillas et Saint Michel ; la tête de cette cava
Îerie fut chargée à l'instant par la nôtre , et fut repoussée . La
compagnie des carabiniers du huitieme régiment d'infanterie
legere , placée à Toreilias , seconda avec valeur cette charge,
et vint fuiller la cavalerie espagnole jusques dans ses rangs
mais , tandis que notre cavalerie poursuivait l'ennemi , une
forte colonne de cavalerie endemic vint attaquer la nôtre em
flanc , et la força à se retirer avec quelque désordre , à l'exception
du chef d'escadron Pinon , du quinzieme régiment de
dragons , qui , avec soixante hommes de son régiment , exécuta
de sang froid et avec ordre sa retraite , et passa à travers la
cavalerie enaemie .
,, Le chef de brigade Bougon , qui commandait cette cavaleie
, reçut alors une contusion au genou ; le général divisionnaire
Dugua se mit à la tête de la cavalerie , et la reforma
avec promptitude. l'ordonnai dans ce moment au général de
brigade Guillat de faire avancer trois bataillons des quatre qui
étaient en réserve sur les hauteurs de Rimardt ; et au moment
où le général Dugua se disposait à marcher aux ennemis en
bataille , j'ordonnai à un bataillon , placé près de Villa Coloraba
, d'en hant , de se former en colonne d'attaque , de
marcher an pas de charge sur le village de Torreillas pour se
conder la charge de la cavalerie .
› L'ennemi , quoique très - supérieur en force , u'attendit
point cette attaque , et se retira précipitamment derriere lk
Huvia.
L'ennemi , se voyant repoussé aux différentes attaques qu'il
avait faites sur les colonues de gauche , dirigea alors tous ses
efforts sur les deux colonnes de droite ; quinze à vingt mille
hommes d'infanterie , quinze cents chevaux avec plusieurs
pieces d'artillerie , vinrent attaquer le village et les hauteurs
des Pontons , ainsi que celles d'Espinavessa . Nos troupes ayant
été obligées d'évacuer le village des Pontons , par l'immense
superiorité de l'ensemi , se replierent sur les hauteurs et d'ennemi
, s'étendant alors au pied des hauteurs , les fi attaquere
par un corps considerable d'infanterie en même tems qu'il dirigeait
deux colonnes d'infanterie et de cavaleriepour envelopper
les troupes placées sur les hauteurs .
Notre artillerie legere , ainsi que l'infanterie , firent an fea
soutenu de près de trois quarts- d'heure , qui cependant ne
put arrêter l'impetuosité de l'ennemi , malgre le feu à mitraille
gai fut exécuté sur lui à portée de pistolet. Le général de
brigade Bevan , se voyant prêt à être entouré , ordonna la
( 274 )
retraite ; mais les pieces d'artillerie légere ayant des chemins
trèsdifficiles à parcourir , et un caisson ayant sauté , sa retraite
devint d'autant plus difficile , que des' prolonges se cassereni
, des affûts et des roues furent mis en pieces , l'attillerie
tomba dans des ravins , d'où il ne fut plus possible de la resirer
le général Bevan se replia sur les hauteurs de Boucassas
.
"
Pendant que l'ennemi attaquait ainsi avec des forces supérieures
le général Bevan , une forte colonne d'infanterie et
de cavalerie , avec quelques pieces d'artillerie légere , vint se
présenter devant le corps du général Bon , attaqua vers midi
ses avant-postes , commandés par l'adjudant génèral Rusca ,
qui sontint cette attaque avec la plus grande vigueur.
Quelques compagnies du bataillon des Vengeurs et de eelui
de la Drôme , que le général Bon avait laissées sur son flane
gauche pour empêcher l'ennemi de le tourner , firent reculer
précipitamment la cavalerie ennemie qui cherchait à les inquieter.
Les ennemis commencerent alors sur le front du général
Bon à exécuter un feu de bataillon ; cette provocation ne resta
pas impanic : le général ayant réuni et formé ses troupes en
bataille dans la plaine , fit battre la charge , et marcha droit à
T'ennemi : cette marche ne l'ayant pas ébranlé , il ordonna
ensuite à la troupe de croiser la bayonnette à la portée du pistolet
, et de charger au pas de course ; en un instant toute la
ligne ennemie fut renversée ; la cavalerie françaises , que le
général avait placée en ' secofide ligne , se precipita sur les
fuyards , et réunis avec les braves chasseurs du général Bon , en
ft un massacre épouvantable .
" Les bois et les ravins sauverent les débris de cette colonne
qui de reparut plus de la journée .
Le général divisionnaire Augereau , qui auparavant l'ataque
dirigée sur le général Bevan , s'était porté sur la brigade
du général Bon , entendant le feu de sa gauche , y accourut ;
et à l'aide de quelques renforts qu'il tira de son camp , commandés
par l'adjudant général Defieux , il remarcha aux ennemis
, et les repoussa jusques sur les hauteurs des Pontons .
" lustruit de l'accident arrivé à la brigade du général Bevan ,
j'avais ordonné aux généraux Paint et Bannel de marcher avec
3,500 hommes au secours de cette brigade . La distance des
lieux ne permit pas à ces deux généraux d'arriver assez à tems
pour empêcher la retraite du général Bevan ; mais l'apparition
de ce corps servit à contenir les ennemis , et vers les quatre
heures du soir , le général Angereau étant parvenu à regagner
les hauteurs , et sa jonction étant à peu près faite avec les gééraux
Paint et Baunel , il s'en suivit un combat d'artillerie et
de meusquéterie qui dura près d'une heure , parce que nos
troupes , par l'inégalité du terrain , ne pouvait charger à la
bayonnette.
( 275 )
L'ennemi enfin , lassé
par la vigoureuse résistance de nos
troupes , repassa la Fluvia après avoir essuyé une perte considérable
en tués et blessés sur le dernier point où il fut
attaqué.
" Vers les huit heures du soir , l'objet du fourrage général
étant rempli , après avoir fait rentrer dans le camp de Rimords
prés de 300 chariots chargés de blé , j'ordonnai la retraite du
cordon des troupes qui avaient servi à le protéger ; ce qui
s'effectua sans être aucunement inquiété par l'ennemi .
" Le général Rouget couvrit parfaitement le fourrage qui
était spécialement confié à ses soins . Le huitieme bataillon d'infanterie
légere se comporta avec une bravoure digne d'éloges
lors de la charge de la cavalerie espagnole.
Le général de division Hacquin se loue beaucoup de la
valeur et de l'intrépidité des troupes aux ordres des généraux
Bannel et Paint , qui repousserent constamment l'ennemi.
Le général de division Augereau fait l'éloge des troupes
confiées au général Bon , qui ont combattu dans cette journée
avec la plus brillante valeur .
" L'intrépidité , le sang- froid et les bonnes dispositions du
général Bon , secondés par l'adjudant général Rusca , et les
chefs des bataillons Geoffroy et Lambert , sont au-dessus de
tout éloge .
" J'estime que l'ennemi , fort de 25,000 hommes d'infanterie
et près de 3,000 de cavalerie , à perdu 1000 à 1200 hommes
tant tués que blessés , parmi lesquels beaucoup d'officiers ; car
il y eut 24 de tués sur le champ de bataille , à la seule attaque
du géneral Bon , outre quelques prisonniers.
Notre perte
dans une allaire où 12,000 hommes ont
combattu contre 28,000 pendant dix heures d'un combat partiel
, se monte à 85 hommes tués et 297 blessés ; et sans l'accident
arrivé aux quatre pieces d'artillerie legere , dont les
hommes , les chevaux , avant- trains et presque tons les cais
sons ont été conservés , nous n'aurions rien à regretter que la
perte des braves qui ont combattu dans cette journée , qui fait
honneur à l'intelligence des généraux et à la bravoure des
troupes.
Signé SCHERER , général en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales .
Nous croyons satisfaire l'impatience de nos lecteurs ,
en continuant à leur donner la suite des principaux
titres du projet de constitution .
Conseil des Anciens .
119. Le conseil des anciens est composé de deux cents cinquante
membres.
1
( 276 )
12. Il est renouvellé tous les deux ans par moitié : seo membres
sont quatre années en fonctions . Ils peuvent être réélus de
suite ; après quoi il faudra un intervalle de deux ans pour qu'ils
puissent être réélus de nouveau .
13° . Chaque département coucourt , à raison de sa popula
tion seulement , à la nomination des membres du conseil des
anciens.
4. Tous les dix ans , le corps législatif , d'après les états de
population qui lui sont envoyés , determine le nombre des
membres du conseil des anciens que chaque département doit
fournir. Aucun changement ne peut être fait dans ce nombre ,
durant cet intervalle.
15º . Les membres du conseil des anciens sont nommés par
les citoyens de chaque département , réunis en assemblées primaires
.
169 Nul ne peut être élu membre du conseil des anciens
■'il n'est âgé de 40 ans accomplis ; si de plus il n'est marié on
venf ; s'il n'a pas habité le territoire de la République pen
dant les 15 années qui auront immédiatement précédé l'election.
si enfin il ne possede pas une propriété foncière quelconque
depuis un an an moins .
2017. Les membres nouvellement élus au conseil des anciens
se reuniront , le premier du mois prairial , au lieu qui aura
été indiqué par le corps législatif précédent , on dans le lien
même de ses dernieres séances , s'il n'en a pas désigné un
autre.
18. Si , pendant la premiere quinzaine , la moitié des
membres nouvellement élus au conseil des anciens ne s'est
pas réunie , les présens ne pourront s'occuper d'aucun acte
législatif ; mais ils enjoindront aux membres absens de se
sendre à leurs fonctions sans delai .
19. Les nembres qui ne se sont pas rendus dans le délai
d'ou mois , sout panis d'une amende égale à la valeur de
1500 myriagrammes ( environ 300 quintaux ) de bled , s'ils
ne proposent pas une excuse qui soit jugée legitime par le
conseil des anciens .
20. Aussi - tôt que les membres du conseil des anciens sent
réunis au nombre de 188 , on , après l'expiration de la premiere
quinzaine , quelque soit le nombre des membres réunis ,
ils verifient les pouvoirs des membres nouvellement élus , et
tous ensemble ils se constituent conseil des anciens , et se
pomment un président et des secretaires .
21 ° . Les fonctions du président et des secrétaires ne peuvent
excéder la durée d'un mois .
Conseil des cinq cents.
22°. Le conseil des cinq cents est iuvariablement fixé à ce
nombre .
( 77 )
3. Les dispositions contenues dans les articles XII , XIII ,
XIV , XV , XVII , XVIII , XIX et XXI relatifs à l'organisation
du conseil des anciens , sont communes au conseil
des cinq cents .
24° . Pour être élu membre du conseil des cinq cents
il faut être âgé de trente ans accomplis , avoir habité le
territoire de la République pendant les dix années qui anront
immediatement précede l'election , et posséder , depuis un au
au moins , nne propriété fonciere quelconque . La condition
d'habitation exigee par le présent article , et celle prescritè
par l'article XVI du present titre ne concernent point les
citoyens qui sont sortis avec mission du gouvernement .
25° . Aussi-tôt que 376 membres sont réunis , ou après
l'expiration de la premiere quinzaine , quelque soit leur
nombre , ils verifient les pouvoirs des membres nouvellement
élus , et tous ensemble se constituent conseil des cinq cents.
Des fonctions du corps législatif.
26. La proposition des lois appartient exclusivement as
conseil des cinq cents.
970. Il appartient exclusivement au conseil des anciens
d'approuver ou de rejetter les propositions du conseil des
cinq cents .
28. Le conseil des cinq cents et le conseil des anciens
ont respectivement le droit de police dans le lieu de feurs
séances , et dans l'enceinte qu'ils ont déterminée.
290 Ils ont respectivement le droit de discipline sur leurs
membrea . Mais ils ne peuvent prononcer de punition plus
forte que la censure , les arrêts pour huit jours , et la prison
pour trois.
30°. La police et la surveillance de l'administration dépar
tementale et municipale de la commune où le corps legislatif
tient ses séances , appartienneut au conseil des anciens.
Il peut , en tout ou en partie , déléguer au directoire exécutif
cette police et cette surveilance , ou les exercer directement
, selon qu'il le juge convenable .
31 °. Le conseil des anciens peut changer la résidence du
corps legislatif. indique en ce cas un nouveau lieu et l'époque
à laquelle les deux conseils sont tenus de s'y rendre.
32° . Les séances du conseil des cinq cents sont publiques.
Les assistans ne peuvent excéder en nombie la moitie des
membres de l'Assemblée. Les procès - verbaux des séances sont
imprimés.
33°. Le conseil des cinq cents , sur la demande de cent
membres , peut se former et délibérer en conseil général et
secret.
34º. Aucune résolution ne peut être prise en comité général
'( 278 )
qu'à l'appel nominal . Cet appel est imprimé aussi -tôt que
le conseil des cinq cents a déclaré que la nécessité du secret
n'existe plus .
35 ° . Le conseil des cinq cents ne peut créer dans son sein
aucun comité permanent ; sculement , lorsqu'une matiere lui
paraît susceptible d'un examen préparatoire , il nomme palmi
ses membres une commission spéciale qui se renferme uniquement
dans l'objet de sa formation . Cette commission est
dissoute aussi - tôt que le conseil a statué sur l'objet dont elle
était chargée.
36. Aucune proposition ne peut être délibérée ni résolue
dans le conseil des cinq cents , s'il n'a été fait trois lectures
de la proposition à un intervalle de dix jours , et si elle
n'a été imprimée à l'avance .
37 ° . Le conseil des anciens doit refuser d'approuver les
résolutions dont le préambule n'atteste pas l'observation des
formes établies .
Si quelque résolution non revêtue de ces formes venait à
être approuvée par le conseil des anciens , le directoire éxécutif
ne peut la sceller ni promulguer comme loi , et sa responsabilite
à cet égard dure six années .
38° . Sont exemptées des formes prescrites ci - dessus , les
propositions reconnues urgentes par une déclaration préalable
da conseil des cinq cents . Cette déclaration énoncera les
motifs de l'urgence , et il en sera fait mention dans le préambule .
39° . Les dispositions précédentes sont commuues
seil des anciens .
au con-
40° . Aucune proposition de loi ne peut prendre naissance
dans le conseil des anciens .
41 ° . Aussi- tôt qu'une résolution du conseil des cinq cents
'lui sera parvenue , le président dounera sur-le- champ lecture
du préambule .
42 ° . Si la proposition a été déclarée urgente par le conseil
des cinq cents , le conseil des anciens délibérera pour
approuver ou rejetter l'acte d'urgence .
4. Si le conseil des anciens rejette l'acte d'urgence ,
aucune délibération ne sera prise sur le fonds de la résolu
tion .
44. Si la résolution n'est pas précédée d'un acte d'urgence
, il sera fait trois lectures à trois intervalles , dont
chacun ne pourra être moindre de cinq jours .
45 ° . Le décret par lequel le conseil des anciens en aura
reconnu l'urgence , sera motivé et mentionné dans le préambule
de la loi.
46° . La proposition de la loi faite par le conseil des cinq
cents s'entend de tous les articles d'un même projet ; le conseil
des anciens doit les rejetter ou les approuver tous cusemble.
( 279 )
47° . Quand le conseil des anciens a rejetté un projet de
loi , ce même projet ne peut plus lui être présenté qu'après :
g années révolues . Cependant le conseil des cinq cents peut,
dans cet intervalle , présenter un projet de loi qui contienne
des articles faisant partie d'un projet de loi déja rejettė,
Pouvoir exécutif.
1º. Le pouvoir exécutif est délégué à un directoire de cing
membres nommés par le corps, legislatif,
་ ་
2º . Le conseil des cinq cents forme une liste triple da
nombre des membres du directoire qui sont à nommer, et
la présente au conseil des anciens qui choisit dans cene
liste.
30. Les membres du directoire doivent être âgés de 40 ans
au moins .
4° . Ils ne peuvent être pris que parmi les citoyens qui ont
éte membres du corps législatif ou agens généraux d'exécution
.
La disposition du présent article ne sera observée qu'à commencer
de l'an IX de la République .
59. Les membres du corps législatif ne peuvent être élus
membres du directoire ni pendant la durée de leurs fonctions
législatives , ni pendant la premiere année après l'expiration
de ces mêmes fonctions .
6°. Le directoire est partiellement renouvellé par l'élection
d'un nouveau membre chaque année. Le sort decidera , peadant
les 4 premieres années , de la sortie successive de crom
qui auront été nommés la premiere fois .
70. Aucun des membres sortans ne peut être réélu qu'après
un intervalle de 5 ans .
So. En cas de mort , de destitution , ou démission d'un des
membres du directoire , son successeur est élu par le corps
législatif , dans dix jours pour tout délai .
*
go . Chaque membre du directoire le préside à son tour
durant trois mois seulement. Le president a la signature et
la garde du sceau .
en la
1o . Les lois et les actes du corps législatif sont, adressés
au directoire personne de son président.
11 ° . Le directoire ne peut délibérer , s'il n'y a trois membres
présens au moins.
12. Il se choisit hors de son sein un secrétaire qui contresigne
les expéditions et rédige les délibérations sur un
registre où chaque membre a le droit de faire insc 、ire son
avis motivé.
130. Le directoire pourvoit , d'après les lois , à la sûreté
extérieure et intérieure de la République .
14° . Il dispose de la force armée sans , qu'en aucun cas
( 280 )
9
Le directoire collectivement , ni aucun des membres , puisse
la commander ni pendant le tems de ses fonctions directoriales
, mi pendant les deux années qui suivent immédiatement
l'expiration de ces mêmes fonctions .
15° . Le directoire nomme les généraux en chef.
16º . Il ne peut les choisir parmi les parens ou alliés de ses
membres , dans les degrés exprimés par les articles antérieurs .
17. Il surveille et assure l'execution des lois dans les administrations
et tribunaux , par des commissions à sa Gommination.
18. Il nomme , hors de son sein , les agens généraux d'exécution
.
19. Les agens généraux d'exécutión correspondent immédiatement
avec les autorités qui leur sont subordonnées .
20°. Le corps législatif détermine le nombre et les fonctions
des agens généraux d'exécution .
21. Ces agens ne forment point un conseil .
22°. Le directoire nomme tous les receveurs des impositions
directes.
23 ° . Il nomme les préposés en chef aux régies des contributions
indirectes , et à l'administration des domaines nationaux.
24°. Les préposés en chef , tant de la régie des postes que
de toutes celles des contributions indirectes , ont la nomination
des employés de leurs bureaux et de ceux des départemens .
et 25° . Le directoire surveille la fabrication des monnaies ,
momme les officiers chargés d'exerver cette surveillance .
26° . Aucun membre du directore ne peut serur du territoire
de la République , que deux ans après la cessation de
ses fonctions.
Il est tenu , pendant cet intervalle , de justifier au corps
législatif de sa résidence.
279. Le directoire est responsable de l'inexécution des lois
et des abus qu'il ne dénonce pas .
28. Ses agens sont respectivement responsables , tant de
l'inexéu cion des lois qui leur sont transurises , que de celle
des arrêtés da directoire.
corrup-
29° . Les membres du directoire sont traduit en jagement
par le corps legislatif , pour fait de trahison , de
tion , de dilapidation des deuters publics , et pour tout crime
sapital relatif à leur gestion.
30°. Ils sont justiciables pour les délits ordinaires et privés ;
néanmoins its ne peuvent être arrêtés , hors les cas de flagrant
délit , ni traduits en jugement , saus l'autorisation du corps législatif.
( La suite au numéro prochain. }
(
( N. 58. )
Jen 135
MERCURE FRANÇAIS ,
DÉCADI 20 MESSIDOR , l'an troisieme de la République.
( Mercredi 8 Juillet 1795 , vieux style . )
LITTÉRATURE ÉTRANGERE.
RENSEIGNEMENS SUR L'AMÉRIQUE , rassemblés par THOMAS
COOPER , ci - devant de Manchester , traduits de l'anglais ,
avec une carte. Un volume in - 8° . Prix , 15 liv . , et 16 liv.
10 sous franc de port par la poste. A Paris , chez MARADAN,
libraire, rue du Cimetiere - Saint- André- des - Arcs , nº. g..
QUAND UAND il se fait des émigrations fréquentes d'un
peuple chez un autre , c'est un signe infaillible que le
premier est mal , et que la position du second offre dé
plus grands avantages . Du moment que les Anglo- Américains
ont eu une constitution libre , tous les yeux ,
tous les desirs des Européens se sont tournés vers cette
terre qui promettait la liberté et le bonheur. On a vu
successivement un grand nombre de familles abandonner
l'Allemagne , l'Ecosse , l'Irlande et l'Angleterre , et
transporter sur ce nouveau continent leurs dieux domestiques
. La France depuis la révolution a eu aussi ses
désetteurs ; mais parmi ces derniers , il en est peu qui
aient émigré en Amérique ; la haine et la soif des vengeances
les retenait en Europe , et ils aimaient mieux
conspirer contre leur patrie que de s'en faire une nouvelle.
Chose étrange ceux qui ont fui l'égalité dans
leur patrie , allaient habiter des pays où cette égalité .
regne dans tout son empire,
C'est par des motifs bien différens que Thomas Cooper .
et ses compatriotes ont quitté l'Angleterre . Ils ne trouvaient
ni assez de liberté , ni assez d'égalité dans leur
patrie ; et trop sages , trop humains pour vouloit la troubler
, ils ont passé dans un autre hémisphere où ils pour
ront jouir en paix de ces biens qui leur sont si chers.
C'est en avril 1793 , que Thomas Cooper s'embarqua
pour l'Amérique , et il tevint en février 1794. L'objet
de son voyage avait été d'examiner.si l'Amerique était
Tome XVI. T
7
{ 282 )
un pays convenable à l'établissement d'une personne
douée , comme lui , d'une petite fortune , et chargée
d'une nombreuse famille . De retour en Angleterre , il
fut accablé de questions sur l'état physique , moral et
politique des contrées américaines qu'il venait de parcourir.
C'est pour répondre à ces questions qu'il composa
, avant de repartir , l'ouvrage dont nous annonçons
la ir duction .
L'auteur y discute avec soia toutes les raisons générales
qui peuvent engager à passer en Amérique. Tous
les motifs tirés du prix des terres , des denrées et des
travaux , de la constitution politique , des lois , du climat
, etc., qui peuvent faire pencher pour un état plutôt,
que pour l'autre .
Après vous avoir amenés à ne plus balancer qu'entre
l'état de New - York et la Pensylvanie , il vous donne
sur ces états les détails les plus satisfaisans ; agriculture ,
transports , moyens d'industrie , il a tout examiné et
rend compte de tout avec sagacité et intelligence . Il
pousse l'exactitude jusqu à donner le prix de toutes les
denrées dans les différens lieux où l'on pourrait être le
plus tenté de s'établir ; le taux des auberges , en un
mot , tous les renseignemens qui peuvent faire juger
de la cherté de la vie et des ressources offertes aux
colons. Il décrit de la maniere la plus circonstanciée les
maisons rustiques et les plantations américaines ; il cite
toutes les manufactures , tous les métiers , toutes les professions
qui peuvent réussir dans ce pays ; il donne toutes
les instructions nécessaires sur la traversée d'Europe en
Amérique ; enfin , en faveur des commerçans , il a placé
à la suite de ses lettres un prix courant de Philadelphic
et un autre de Londres ; diverses tables du change et
du cours des monnaies dans les Etats - Unis ; des droits
d'importations que paient en Amérique les diverses
marchandises ; un état de sa population , etc. Pour compléter
l'ouvrage , M. Cooper y a joint la constitution
des Etats - Unis ; le dernier chapitre d'un ouvrage non
encore imprimé et composé à Philadelphie , et un petit
écrit du célebre Franklin destiné à l'instruction de ceux
qui peuvent desirer de passer en Amérique .
C'est dans la seconde lettre que se trouvent les détails
les plus intéressans sur l'état de la société en Amérique
, sur la population de ses grandes villes , sur les
moeurs , le gouvernement , la situation des arts et des
lettres et la politique américaine . Si l'on veut prendre
( 283 )
une idée générale de l'état actuel des Américains , voici
de quelle maniere Thomas Cooper en trace le tableau .
On ne peut trouver que peu à dire au gouvernement
américain , tant pour les principes que pour la
pratique ; nous avons très - peu de taxes à payer , et ces
taxes , d'une nécessité absolue , sont d'ailleurs fort modérées
. Nous n'avons point d'animosités de religion :
c'est un sujet sur lequel on n'interroge personne . Nous
en avons peu , au sujet des hommes publics et des mesures
politiques ; l'irritation actuelle des esprits dans la
Grande- Bretagne , et les discordes sociales produites
par les idées politiques sont inconnues parmi nous .
Le gouvernement est le gouvernement du peuple , et
n'agit que pour le peuple. Nous n'avons ni dimes , ni
lois pour la chasse , et nos lois d'accise ne portent que
sur les liqueurs spiritueuses et ne ressemblent aux
vôtres que par le nom. Il n'y a point ici d'hommes d'un
rang élevé ; il n'y en a que peu d'une très - grande fortune
; les riches n'y ont pas le pouvoir d'opprimer ceux
qui sont moins riches qu'eux , car la pauvreté , telle
qu'elle existe en Angleterre , y est presqu inconnue .
Aussi les rues ne sont- elles pas pleines de mendians
je n'en ai vu qu'un seul pendant le séjour que j'y ai
fait , encore était - il Anglais . Vous ne voyez pas en Amé
rique le contraste dégoûtant et triste , si commun
Europe , du vice , de la saleté , des haillons et de la misere
dans le voisinage immédiat des folies les plus extravagantes
et de l'ostentation du luxe le plus inutile . La
masse du peuple n'est pas non plus aussi dépravée que
dans la Grande - Bretagne . Les rixes sont rares et les
défis à coups de poing inconnus dans nos rues . Nous
n'avons point de force armée pour tenir le peuple en
respect. Les vols sont très - rares . Je n'ai pas entendu
parler d'un seul vol fait la nuit avec effraction , pendant
les fievres de Philadelphie , quoiqu'aucun de ceux
qui pouvaient quitter la ville n'y fût resté . ,,
en
Le plus grand des avantages sur lesquels l'auteur
insiste le plus , c'est la facilité de pourvoir à l'établis
sement d'une nombreuse famille .
En Angleterre , dit- il , un jeune homme a recours
à la débauche , parce qu'il craint les charges d'un établissement
et l'extravagance très probable d'une épouse .
Le célibat est un article de prudence ; on le loue ouvertement
, et on le pratique autant que la voix de la
nature le permet. L'homme marié , dont les passions
T 2
( 284 )
ont été plus fortes , dont le sentiment moral était moins
étouffé , ou que son intérêt avait porté à l'union conjugale
, ne sait si la naissance de chaque enfant n'est pas
un nouveau malheur , et regarde sa postérité avec une
affection douloureuse , qui envemine quelques - uns des
instans les plus délicieux de la vie .
: ,, En Amérique , et sur- tout hors des grandes villes ,
aucun homme dont les desirs sont modérés ne peut être
inquiet sur le sort de sa famille . A la campagne , où habite
la masse du peuple , chacun sent que l'augmentation de
sa famille est une augmentation de ses richesses . Et comment
un cultivateur craindrait - il de ne pouvoir établir ses
enfans aussi agréablement qu'ils ont vécu , dans un pays
où la terre est à si bas prix et si fertile , où la société
est fondée sur les bases les plus égales , et où l'augmentation
prodigieuse de la population , produite par des
causes naturelles ou accidentelles et par l'amélioration
de toutes les parties de l'état , fournia un débouché
à tout le superfu de ses denrées , sans présenter cet
attrait dangereux et continuel vers les dépenses d'un
luxe inutile , et ces rivalités extravagantes , si communes
et si ruineuses , dans votre pays ?
" Dans la Grande - Bretagne , des efforts continuels ,
une industrie infatigable ef sans relâche , la privation
journaliere des agrémens de la vie , une économie attentive
, inquiete et minutieuse , sont presque des devoirs
pour l'homme d'une fortune médiocre , dans l'état
mitoyen de la société ; encore les probabilités d'un
succés définitif sont - elles contre lui , s'il est chargé
d'une nombreuse famille . En Angleterre , en calculant
sur les chances ordinaires , aucun homme n'a le droit
d'attendre la réussite de cinq ou six enfans .
En Amérique , c'est autre chose . Vous pouvez raisonnablement
compter sur un établisement convenable ,
selon votre état dans la société , pour tous les membres
de votre famille , quelque nombreuse qu'elle soit . Je
déclare que je ne connais rien , dans votre pays , qu'on
puisse comparer au bonheur de soulager d'un pareil
poids le coeur d'un pere de famille . On le sent dans
des occasions qui se présentent tous les jours , et j'ai
vu avec plaisir la physionomie des émigrans européens
s'épanouir , en Amérique , par cette réflexion délicieuse ,
capable seule de consoler de la perte même de nos amis
et de celle de notre patrie.
Les mêmes difficultés se présentent, presqu'au même
( 285 )

point , chez vous aux personnes qui menent une vie
aisée et que vous placez dans la classe des riches .
Chaque rang marche de si près sur les traces de celui
qui le précede , qu'en général les dépenses excedent
toujours les revenus , et peut - être l'embarras que cause
une nombreuse famille est- il encore plus grand dans la
derniere clas se que j'ai citée . Les nombreuses gradations
des rangs , en Angleterre , engagent sans cesse à
des dépenses superflues , et la tentation est presqu insurmontable
. Chez nous un homme est apprécié plus
équitablement , et dans nos campagnes américaines on le
juge moins sur ce qu'il semble que sur ce qu'il est . Dans
nos grandes villes on retrouve quelque chose qui se
rapproche des moeurs de l'Europe , quelques uns des
mauvais effets de l'inégalité des fortunes , mais rien de
semblable à ce que souffre un habitant de l'ancien
monde , et la masse du peuple , en Amérique , est encore
à-peu- près intacte . Voilà ce qui nous délivre de
la pauvrete factice , et ce qui répand universellement
les commodités et les agrémens ordinaires de la vie .
Cooper considere ensuite les Americains sous le rap
port des progrès des sciences et des lettres.
et
Certainement , dit- il , on trouve en Amérique autant
de talens qu'en Europe ; la société y est , en com
paraison , peu nombreuse et encore dans l enfance ,
cependant, malgré l'ancienneté de la Grande- Bretagne
et son expérience , malgré la multitude de ses établis
semens favorables à l'instruction , malgré la supériorité
de sa réputation et ses progrès gigantesques , dans les
sciences et les connaissances de toute espece , le nou
veau monde , encore adolescent , vous a enseigné la
guerre par Washington , et la philosophie par Franklin ;
Rittenhouse occupe un rang parmi vos mathématiciens
et vos astronomes ; vos diplomates se sont éclipses devant
les raisonnemens de Jefferson , et les derniers
comme les plus subtils de vos philosophes politiques ,
sont soupçonnés de n'être que les disciples de Paine et
de Barlow , dont les connaissances sont évidemment le
produit de l'école américaine . Mais si les talens des
Américains égalent les vôtres , leurs occasions et leurs
moyens d'instruction sont bien inférieurs à ce que votre
pays offre dans ce genre. Leurs bibliotheques sont mesquines
; leurs collections ne possedent gueres que des
livres modernes , et ne renferment pas les moyens de
remonter à l'histoire des différentes questions . Ce défaut
T 3
( 286 )

est vivement senti par les hommes de lettres , et il faudra
plusieurs années pour y remédier ; cependant l'état
convulsif de l'Europe , et la prospérité croissante de
l'Amérique contribueront rapidement à améliorer notre
position à cet égard .
" Une autre circonstance encore a tendu jusqu'ici à
retarder le progrès des lettres pasmi nous . La guerre
avait appauvri beaucoup dindividus , aussi bien que
la nation ; et par conséquent , la nécessité jointe à l'in
dustrie habituelle et à l'économie des habitans les conduisit
à des entreprises de commerce , et leur attention
fut consacrée toute entiere à l'augmentation de leurs
fortunes , plutôt qu'à la culture de leur esprit . Mais avant
qu'il soit long- tems , une nouvelle génération s'élevera ,
et déja même elle s'éleve , qui , délivrée par les travaux
de celle qui l'aura précédée , des soins journaliers dés
affaires , sentira le besoin de s'occuper , prendra le
goût de la littérature et de la philosophie , et les beauxarts
, les sciences utiles trouveront en Amérique des
sectateurs aussi nombreux et aussi heureux qu'en Europe
. A présent même , les lettrés de l'ancien continent
trouveraient facilement des sociétés de leur goût , dans
les grandes villes de l'Amérique , particulierement à Philadelphie
. "
Le tableau le plus intéressant que trace l'auteur est
celui de l'état de la politique en Amérique et des sentimens
du peuple de ce pays pour la Grande- Bretagne .
Nous avons parmi nous , dit- il , une demi - douzaine .
de gens suspects de royalisme , sans y comprendre quelques
Anglais établis dans les grandes villes , et que les
Américains regardent comme des gens prévenus , sans
raison , contre leur gouvernement , et infectés d'une
espece de maladie du pays .
Tout le reste des Américains tient pour les idées
républicaines , mais ils sont partagés en deux classes ;
l'une penche plutôt vers l'extension que vers la limitation
des pouvoirs législatif et exécutif ; plutôt vers les
idées anglaises que vers les françaises ; elle voudrait introduire
et étendre des systêmes de fonds publics , de
manufactures et de commerce . Dans cette classe sont
compris presque tous les officiers du pouvoir exécutif ,
M. Washington à leur tête ; la majorité des membres
des sénats et la plus grande partie des riches commerçans
des grandes villes. Ce parti est nommé celui des
fédéralistes , en partie parce qu'ils furent les principaux
( 287 )
auteurs et promoteurs du gouvernement fédéral actuel
et de la constitution de 1787 , et en partie à cause des
lettres ingénieuses écrites par M. Hamilton en faveur
de ce gouvernement , et dont le recueil était intitulé :
le Fédéraliste.
" L'autre parti se nomme celui des anti - fédéralistes ;
ee n'est pas qu'ils soient ennemis du gouvernement
fédéral , ou qu'ils desirent , comme les Français , la république
une et indivisible ; mais ce nom leur a été
donné par opposition à celui de l'autre parti . Les antifédéralistes
, dens le tems où la constitution actuelle de
l'Amérique se discutait , étaient ennemis de l'extension '
des pouvoirs donnés au gouvernement , et auraient desiré
de voir retourner plus souvent au peuple l'autorité"
qu'il délégue à ses mandataires en fonctions . Ce parti
désapprouve les salaires considérables accordés aux officiers
du gouvernement , l'air de réprésentation et de
supériorité qu'ils se donnent , sans même excepter de
leur nombre le président Washington , dont la façon
de vivre , et les manieres froides , réservées et cérémo-"
nieuses , ont contrebalancé , dit - on , à un certain point
l'effet de ses grands talens et de ses importans services.
Les anti - fédéralistes penchent aussi plutôt vers la théorie
politique des Français , mais non pas vers leur pratique
, et ils sont ennemis de ce qu'ils appellent , dans
votre nation , l'esprit monopoleur et l'arrogance insultante
de la supériorité . L'animosité contre la Grande-
Bretagne a été prodigieusement augmentée par le rôle
que votre pays est supposé avoir joué en fomentant la
guerre avec les sauvages , en excitant les hostilités des
Algériens , en saisissant les vaisseaux et mettant des entraves
au commerce des négocians américains , en refusant
ou en négligeant de rendre les postes sur les lacs ,
ou de faire des réparations pour le vol des negres. La
conduite de votre cour a certainement donné de la
force au parti anti - fédéral , dans lequel on doit placer
à présent la majorité du peuple et la majorité de la
chambre des représentans . On doit sincerement desirer
qu'il soit possible d'adopter promptement des termes
d'arrangement à l'amiable. Peut - être la réputation qura
M. Jay d'être un fédéraliste , contribuera -t- elle à hâtei ,
plutôt qu'à retarder cet heureux événement dans la s
tuation actuelle de nos deux pays .
D'après ce que vous venez de lire ,
facilement que les fédéralistes sont ceux
nse
Vous pe
qui occupen
re
Ꭲ 4
( 288 ) .
les places du gouvernement américain , à l'exclusion
des anti -fédéralistes . Cela est vrai à un certain point ,
mais non pas généralement : nous sommes plus modérés
que vous.
Cooper examine une question qui doit nous intéresser
, puisqu'elle nous est directement relative . Le
rétablissement de la paix en Europe rendrait- il la France
préférable aux Etats -Unis ? Sans hésiter il répond que
non. Quelque haute approbation , dit- il , que j'accorde
à un grand nombre de changemens fait par les Français ,
tant dans la théorie que dans la pratique du gouverne-
' ment , il m'est impossible d'approuver l'injustice féroce
d'une partie de leur conduite . " Ici l'auteur fait un
tableau malheureusement trop vrai de toutes les horreurs
commises sous la tyrannie des anarchistes . Peutêtre
aurait- il adouci ses traits s'il eût écrit après l'é-
"
X
poque
du 9 thermidor
. Malgré
l'aspect
justement
défa-
,
vorable
sous lequel
les Français
s'offraient
alors
à ses yeux
,
qn voit qu'il ne désespérait
pas de leur régénération
mais il la regardait
comme
éloignée
. C'est , continuet-
il , un peuple
prodigieux
, mais plus fait , selon
moi ,
pour
être admiré
de loin que pour qu'un
homme
paisible
aille résider
dans son sein . Il est vrai , pour parler
leur langage
, qu ils sont à la hauteur
de leur situation
; mais
l'objet
de mes recherches
c'est le bonheur
dans le sein
de mes parens
et de mes amis , dans des lieux
où les
liens
particuliers
de la société
soient
inviolables
, où je
puisse
déraisonner
et obtenir
mon pardon
, différer
impunément
de mon voisin
, en religion
et en politique
,
et avoir
le tems
de revenir
de mes opinions
erronées
,
sans l'intervention
orthodoxe
de la guillotine
ou de la
corde
. Tous
ces avantages
pourront
être un jour
ceux
de la France
, mais je crains
que ce ne soit pas avant
que la génération
actuelle
ait disparu
. "
"
Ce sera à la sagesse de notre, gouvernement à accélérer
l'époque où nous pourrons offrir aux étrangers ces
avantages , en commençant nous -mêmes par en jouir.
Nous avons pour motif d'encouragement l'exemple des
Américains. En Amérique même , dit Cooper , la fin
de la guerre fut une époque extrêmement désagréable
pour l'étranger qui aurait voulu s'y fixer. On y vit dominer
pendant quelque tems de violens préjugés politiques
, l'intolérance des opinions , les animosités per-,
sonnelles et particulieres , des moeurs feroces , le peu de
sûreté des droits , la pauvreté individuelle et nationale ,
(( 289 ) )
des contentions politiques sans fin , parce qu'il se for
mait autant de partis qu'on pouvait faire de subdivi
sions dans chaque question politique , l'injustice dans
la taxation des émigrans et tous les maux d'un gouver
nement non encore établi . A présent il n'en reste que
peu ou point de traces . Mais les Américains sont un
peuple beaucoup plus froid que les Français , et je
crains que tous ces maux ne regnènt bien plus long- tems
chez les derniers . "
Tâchons de mettre à profit les leçons que nous donnent
les vrais amis de la liberté . Nous n'avons écouté
que les fous , et nous avons laissé faire les scélérats ; il
est tems de faire taire les uns , de réprimer les autres ,
et de nous rendre dignes de l'estime et de la prédilection
des nations éclairées de l'Europe ..
C Indépendamment des citations que nous avons rapportées
, l'ouvrage de Thomas Cooper est rempli de renseignemens
très -étendus sur les différentes parties de
l'économie politique dans les Etats-Unis , et sous tous
les rapports il est fait pour instruire et piquer la curiosité
publique.
ANNONCES.
Projet de constitution pour la République Française , présenté
à la Convention nationale , le 5 messidor de l'an troisieme de
la République , par Boissy- d'Anglas , rapporteur de la commission
des onze ; suivi du projet de lois relatives à la constitu
tion . Grand in 8 ° . Prix , 3 liv . pour Paris ; et 3 liv. 10 sous
frane de port , pour les départemens.
A Paris , au bureau central d'annonce et de correspondance
pour la librairie , rue des Peres , fauxbourg Germain , no . 9 .
où l'on trouve aussi toutes lesquouveautés .
"
La vérité à la commission des onze ; brochure in 8°. de 54 pag.
A Paris , chez Desenne , imprimeur- libraire , maison Egalité ,
nº . 1er.
Lettres sur la Religion ; par de Salignac Delamotte-Fénélon .
Un volume in-8 ° . Prix , 5 liv . 10 sous pour Paris ; et 6 1. , franc
de port , pour les départemens . A Paris , chez Morin , libraire
et commissionnaire , rue Christine , nº . 12 . Get ouvrage
doit être recherché par tous les amis des moeurs , de la vérité
et de la saine philosophie . Pour tout éloge , il suffit de dire
qu'il est de l'immortel auteur de Télémaque.
-
( 290 )
NOUVELLES ÉTRANGERES.
I
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 22 juin 1795 .
L paraît , d'après des lettres de Constantinople du 9 mai ,
que la capitale de ce vaste empire a été agitée par des divisions
entre deux anciens corps de milices , dont le plus fameux , les
Jenaissaires , ne veut point se prêter à la nouvelle tactique ,
et que cette ville est encore inquiette sur ses subsistances .
Malgré la quantité considérable de grains arrivés d'Egypte
dans le cours du mois dernier , et qui avait servi dans beaucoup
de lieux à rendre le people tranquille , anjourd'hui la disette
des vivres commence à se faire sentir de nouveau . Deja il
a fallu diminuer le poids du principal aliment qu'on distribue
au peuple . C'est à la difficulté des transports qu'on attribue
cette circonstance malheureuse . Il y a beaucoup de grains à
Alexandrie et dans la Syrie , mais on rencontre de grands
obstacles lorsqu'il s'agit d'en former des expéditions . Dans
l'archipel , les bâtimens destinés pour cette capitale deviennent
souvent la proie des corsaires maltois . Il se fait en outre un
grand nombre d'achats à un prix exessif pour différens ports
d'Europe le divan s'occupe néanmoins avec beaucoup d'ardear
des moyens de maintenir ici le calme , et de procurer
l'abondance . Suivant une évaluation qui paraît exacte , la consommation
journaliere de Constantinople est de 12 mille kilo ,
ce qui équivaut à 6 mille sacs.
:
Les differends élevés entre le Topigis et les Jannissaires sont
appaisés . Le grand seigneur a promis à ces derniers de ne point
reformer leur.corps ; il a augmenté leur paye ét a répandu
beaucoup d'argent parmi les troupes . Il est résulté de ces
moyens , au moins quant à présent , une apparente réconci
liation .
D'après le nouveau plan que le gouvernement s'est proposé,
il a fait choix de deux minisires qu'il doit envoyer l'un auprès
du cabinet de Vienne , l'autre auprès du cabinet de Berlin .
Ibraim-Bey, déja secrétaire du Kiain Bey , on aga des Jannissaires
, qui jouit d'une grande considération dans le divan ,
doit remplir la premiere de ces missions : la seconde a été dévolue
à Ali - Effendi , qu'on regarde comme très - versé dans les
( 291 )
affaires politiques , puisqu'il a toujours exercé les premiers
emplois dans la chancellerie d'état . Ces deux ministres se disposent
à partir , pour leur destination , et déployeront le caractere
d'envoyés extraordinaires .
Ces jours derniers , le citoyen Verninac , arrivé ici depuis
pen , notifia à la Forte la conclusion de la paix qui a eu lieu
entre la France et la Prusse. Cette nouvelle fut reçue du sultan
avec de grandes démonstrations de joie . On croit que , sous
peu , l'envoyé français sera recounu ici comme ministre de la
République .
Le 6 de ce mois , le sultan déposa le prince de Moldavie
Suzzo , et lui donna pour successeur Callimachy , qui était
dejt interprête de la Porte. Cette derniere place a été donnée à
Alexandre Morusy , frere de l'hospodar actuel de Wallachie .
On ne peut se dissimuler que ces dissentions entre les nouvelles
troupes et les anciennes , qui ne sont peut- être appaisées
que pour le moment , et cette disette qui travaille une ville où
le peuple se porte si facilement à la violence , ne puissent em
pêcher la Porte Ottomane, de secourir efficacement la coalition
qui paraît vouloir se former dans le Nord contre la Russie ;
car on ne saurait gueres se mêler des affaires des autres , quand
on en a chez soi d'aussi sérieuses .
D'ailleurs , le Danemarck qui serait entré dans cette ligne
aura bien de la peine à se remettre de l'incendie de sa capitale.
Voici les derniers détails donnés par des lettres de Copenhague
du 9 juin
Au départ du dernier courier , les flammes , aprés trente
heures de ravages , avaient bien été coupées , et avaient cessé
d'être trop allarmantes , pour les parties de la ville qui étaient
restées intactes ; mais le feu n'était pourtant pas entièrement
éteint , et il continuait encore d'embraser plusieurs endroits
à la fois . Ce n'est qu'au bout de plus de quarante - huit heures;
de furie , et entre quatre et cing heures de l'après - midi du dimanche
, que l'on a pu enfin songer à se reposer un peu des
fatigues excessives qu'il a fallu lui consacrer , au milieu des
dangers , des pleurs et des gémissemens .
La
perte causée
par cet embrasement
, est estimée
aller å
?
douze, millions d'écus ; l'on compte treize cent soixante- trois
maisons ou édifices qui ont été réduites en cendres ; le
nombre des rues détruites , va à quarante - cinq ; plus de trois
mille familles et près de vingt mille personnes , se sont trouque
le ciel pour couverture .
véés n'avoir
Ce n'a été qu'aux moyens d'efforts prodigieux , que l'on est
parvenu à garantir de l'attaque du feu , l'église de Notre - Dame;
qui , si elle eût éprouvée le sort de celle de Saint - Nicolas ,
aurait immanquablement produit le même effet , en portant
la désolation à une grande circonférence , et peut- être même,
sur le reste de la capitale .
( 292 )
L'église allemande de Saint Pierre , a aussi été préservée
et par conséquent toute la rue , appellée Nozleretrasse ; c'est
à la rue Saint- Pierre que l'on a mis des bornes aux progrès des
flaumes , pendant que , d'un autre côte , elles allaient s'ar-
-rêter d'elles - mêmes au Westerwall , c'est -à - dire , au rempart
de l'Ouest.
Outre plusieurs maisons de négocians , l'hôtel - de - ville et la
maison des orphelins , etc .; le relevé des principaux bâțimens
Incendies presente l'école latine , un couvent deux pharmacies
, vingt - quatre brasseries ,, cinq rafineries de sucre
quarante grande boutiques de marchands , dix neuf bulangeries
, deux cents laboratoires pour la distillation dde l'eau -devie
, le magasin principal de la marine et l'amirauté. Une
partie des habitans privés de leurs demeures , campent actuellement
sur le rempart et dans les places publiques , où l'on
avait aussi entasse pêle mêle tous les effets que l'on avait pu
arracher à la voracité du feu : on leur a fonrni des tentes
tirées de l'arsenal .
On dit que la citadelle et les casernes seront évacuées par les
troupes , afin de pouvoir y loger provisoirement les habitans
les plus pauvres ; la garnison pendant ce tems , ira camper au
Nordo felda , où il y a déja trois mille tente . de tendues.
• Il a été pris des mesures afin que , dans la cherie actuelle
des grains , le pain ne vienne pas à manquer à ceux qui ont
moins de moyens de s'en donuer le gouvernement a fait remettre
trois mille tonneaux de seigle aux boulangers ; il a également
pourvu à ce que les brasseurs fournissent la bierre que
de besoin.
Les affaires des différens départemens sont suivies comme
d'ordinaire , et ont sur - tout pour objet ies moyens de secourir
efficacement les malheureux que la misere presse davantage.
Le voyage du prince- royal en Scanie , est contre-maude , et
les manoeuvres d'été n'auront point lieu pour les troupes ; les
corps nationaux ont reçu l'ordre de s'en retourner chez eux ;
cependant , il n'y aura ricu de changé à l'armement maritime ,
et toute l'escadre est à la rade depuis hier.
Par une imprudence , le feu avait pris au vaisseau de ligne
l'Indigenat ; mais il a été éteint sur le champ .
L'en ignore encore parfaitemen comment l'incendie de la
ville a d'abord éte produit , puisqu'il était rigoureusement defendu
d'approcher avec des maiieres combustibles du lieu où le
feu a éclaté le roi a nommé une commission pour faire des
recherches à ce sujet.
Le prince héréditaire Frédéric , a donné à quelques incendiés
son palais d'Amalienbourg , pour demeure provisoire le duc
d'Augustenbourg , dès que la nouvelle de l'incendie lui parvint,,
envoya ici une estafette avec l'ordre d'ouvrir son palais , pour
servir d'asyle à ceux qui n'auraient point de retraite . Le prince
1
( 293 )
héréditaire Frédéric ' , fait travailler les officiers de sa cuisine à
alimenter à ses frais les bouches affamées qui viennent y chercher
des secours .
Le magistrat , eonformément aux ordres du roi , tient ses
séances au bureau général des postes , et le tribunal de police
siége au château de Charlottenbourg . Le premier de ces corps
a invite les habitans de la ville et des fauxbourg à loner à ceux
qui n'ont point de logemens , tout ce qu'ils pourraient en
avoir de este dans leurs maisons , et à l'annoncer incessamment
par des affiches .
Des lettres de Stockholm , de la même date , annoncent l'arrivée
du jeune roi et du duc régent en Scanie , où depuis le
30 mai il y a tous les jours , au camp dans la plaine de Bonary,
des exercices ou des manoeuvres .
Une chose fâcheuse pour la Suede , et en quelque maniere
inexplicable , c'est que malgré la baisse avantageuse du cours
du charge , malgré tous les arrangemens économiques et les
circonstances favorables pour le commerce et la navigation ,
le prix des marchandises et des denrées s'accroît dous une
proportion effrayante . L'administration suprême a changé le
coliége de commerce d'en chercher la cause , et de lui prés
senter les moyens d'y remédier.
1
De Francfort- sur-le-Mein , le 27 juin .
On paraît redouter ici une rupture prochaine entre l'em
pereur et le roi de Prusse , et il est certain que l'événement
arrivé depuis peu à Mulheim , dans le Palatinat , pourrait la
hâter. Le général de Clerfayt avait fait acquisition d'une assez
grande quantité de grains pour pourvoir aux besoins de son
armée au passage par Mulheim , les Prussiens ont arrêté ces
transports qu'ils ont prétendu être tirés de leur pays . Le détachement
antrichien a envoyé un courier au général pour savoir
s'il fallait les revendiquer de vive force . On ne sait pas encore
quelles suites cette affaire pourrait avoir .
On apprend de Ratisbonne que la majorité des voix est décidement
pour la paix , et que c'est au roi de Prusse que les
co- états s'accordent à donner l'initiative des négociations . L'électeur
de Hanovre , roi d'Angleterre , est d'avis , comme on
l'imagine bien , de les confier à l'empereur , et ne dit pas un
mot daus son vote de l'intervention du cabinet de Berlin . Nous
donnerons cette piece .
Le ministre de Suede près la diete , vient de déclarer au
nom du roi , comme duc de la Pomeranie septentrionale
qu'il se joint purement et simplement à la paix faite par
( 294 )
nouveaux mois
le roi de Prusse ; que par conséquent il n'était plus question
de contingent , et que le paiement des nou
romains devenait inutile. Voici cette piece importante :
Déclaration de sa majesté le roi de Suede à la diete du
Saint- Empire , du 12 juin 1795.
Sa majesté , pénétrée de l'attachement le plus sincere pourle
corps germanique , n'a pu le voir engagé sans un déplaisir
extrême , dans la guerre qu'il soutient et continue depuis
trois ans.
Les malheurs dont l'Empire a été menacé , les souffrances
qu'il a éprouvées , la perte d'une infinité de guerriers , victimes
des combats , la dévastation qui s'en est suivie , tous
ces maux inseparables du fléau de la guerre , ont affecté
douloureusement sa majesté.
" C'est avec un regret amer qu'elle se retrace combien il
eût été possible d'éviter tant de malheurs , si , par une juste
estimation des choses , par une discassion sage sur les limi
trophes respectifs , on cût réglé amicalement les differens qu'on
a commis au sort des armes .
Une partie très - modique des frais immenses que la guerre
a occasionné aurait été suffisante pour dédommager ces princes
de l'Empire , dont les offenses ont été déclarées la cause de
la guerre et dont l'inde nnité était considérée comme son
but , et cette guerre n'a eu d'autre effet de
porter que
lation dans les domaines de ces mêmes princes , et de
répandre en même- tems sur l'Allemagne des calamités sans
nombre.
la déso-
Sa majesté , comme prince de l'Empire , se crut obligé
dès l'origine , de rappeller à la diete le prix inestimable de
la paix et lorsqu'elle eut été violée , elle recommanda à la
sagesse du chef de l'Empire , l'importance des mesures qui
pouvait accelerer son retour . Elle excita , sur le même sujet ,
l'attention de ses co- états par diverses représentations , déposées
au proces - verbal et consignées aux archives de la diete ."
,, Dans de certains intervalles , la chance de la guerre a
varié ; mais finalement , les armées allemandes succomberent
. On en augmenta le nombre sans changer la défaveur
du sort , et saus parvenir à recouvrer les pertes dėja
faites . Un état souverain , limitrophe de l'Empire , fat envahi ,
et l'Allemagne septentrionale a couru risque de l'être à son
tour .
" Telle fut la crise qui menaçait le corps germanique ,
lorsque sa majesté le roi de Prusse ,, touché de la calamité pu
blique , négocia et conclut sa paix avec la France , frayant par
( 295 )
cet exemple la route à la reconciliation de l'Allemagne en
tiere .
Sa majesté le roi de Suede s'étant déterminé à reconnaître
la République Française , n'hésite pas d'accéder , en qualité
de duc de Pomeranie , à ladite paix . Elle envisage par consé
quent les prestations et les exigences de la guerre comme venant
à cesser , se dispense d'y contribuer , et retire son contingent.
sur
En remplissant ainsi les obligations les plus précieuses à
un souverain , elie avise à la fois à la conservation comme aux
intérêts des habitans de la Pomeranis . Elle nourrit enfin le
consolaut espoir de voir dans pen l'Allemagne entiere jouir
des bénédictions de la paix ; elle le fonde , cet espoir
le contenu du décret imperial , préparatoire à la pacification
adressée à la diete en date du 19 mai . Sa majesté le trouve
dicté par cet esprit de paix qui doit animer le chef d'un
grand empire. "
Le feld-maréchal de Bender est depuis le 19 juin au soir dans
notre ville. La garnison de Luxembourg qu'il commandait a
dû passer le Rhiu le 17 , 18 et 19 à Coblentz , où le général
Pichegru était attendu le 16. On présume que son projet ,
ainsi que celui de son collégue Jourdan , est de passer ce fleuve
aux environs de Dusseldorf , et l'on se fonde dans cette opinion
sur les rassemblemeus considérables de troupes françaises
qui se font à Cologne et au dessous de cette ville ; mais les délibérations
de la diete de Ratisbonne préviendront probablement
toute hostilité sur la rive droite du Rhin .
On parle même déja beaucoup d'un prochain armistice entre
le corps Germanique et la France , et i on prétend que s'il a
lien , la forteresse de Mayence sera déclarée neutre et confiée à
lagarde des troupes prussiennes . C'est le prince héréditaire de
Hohenlohe qui vient de prendre le commandement de ces
troupes. Le général Kalkreuth est appellé à Berlin où l'on croit
que le roi lui conférera un gouvernement dans la Prusse
méridionale.
D'un autre côté , le bruit se répand que les Autrichiens vont
porter leurs principales forces dans le Brisgaw , et qu'ils établirout
même incessamment un camp de 60 mille homines près
de Strasbourg ; en un mot , tout porte à croire que le Brisgaw et
l'Alsace deviendront le théâtre de la campagne qui va s'ouvrir,
ITALI E.
Des lettres de Livourne du 18 juin , donnent comme signe
d'une pacification prochaine entre la France et l'Espagne , que
( 296 )
le dernier courier expédié par cette puissance à en ordre de
changer la route qu'il a tenue depuis le commencement de la
guerre. Arrivé à Barcelonne il s'embarqua pour Gênes , au lieu
de faire voile pour Livourne comme auparavant.
On écrit de Naples que les procédures contre les prévenus
de conspiration sont continuees avec beaucoup d'activité par la
juncte d'état . Ce tribunal enveloppe toujours ses opérations de
mystere. Il a encore fait arrêter un grand nombre de personnes ,
parmi lesquelles on n'est pas médiocrement étonné de voir
beaucoup de membres du clergé , soit régulier, soit séculier.
Le roi et sa cour sont venus de Caserte à Naples , pour y
assister aux cérémonies de la fete del corpus Domini ; l'inséparable
Acton , qui paraît toujours diriger los affaires quoiqu'il
ait quitté la place de premier ministre , était de la partie .
Les derniers avis de Milan , du 15 juin , portent que le 10
toute l'armée autrichienne d'Italie devait se trouver sur les
confins des états de Gênes , où l'on avait déja envoyé 40 pieces
de grosse artillerie , ce qui faisait attendre des événemens majeurs.
Ces troupes sont commandées par le général Devins qui
avait expédié au sénat de Gênes le colonel Brentano , pour lui
notifier la prochaine entrée de l'armée sur le territoire neutre
de la république .
Cette nouvelle est confirmée par des lettres de Gênes , du
20 juin , qui s'expriment ainsi :
Ces jours derniers , le colonel autrichien Brentano a présenté
la lettre suivante , écrite à notre gouvernement par le
général de Vins , commandant de l'armée autrichienne .
Les armées françaises , sans aucun égard pour la neutra
lité adoptée par la serenissime republique de Gênes , sont entrés
dans sou territoire paí la riviere du Ponent , d'où ils menacent
d'une prochaine invasion , non seulement le Piémont ,
mais la Lombardie autrichienne . Sa majesté l'empereur s'est
donc vu forcé d'augmenter son armée d'Italie pour mettre à
couvert ses propres états . Sa majesté m'ayant confié le commandement
de son armée , je me trouve dans une situation
telle que , pour mettre ses états en sûreté , je suis obligé d'entrer
également , à la tête de l'armée impériale , sur les terres
de la sérénissime république pour en chasser l ennemi et mettre
les possessions autrichiennes hors d'état d'être insultées . La
sérénissime république sentira la nécessité de la démarche que
ma propre conservation m'oblige de faire . De telles mesures
assureront , non - seulement la sûreté des états autrich ens , mais
encore nous aurons la consolation de reudre la tranquillité à
la sérenissime épublique . Je me flatte donc qu'elle voudra bien
donner au moins aux troupes autrichiennes la même assistanee
qu'elle a donnée aux troupes françaises , et qu'elle leur fournira
( 297 )
1
nira , en payant , tout ce que peut fournir le pays pour l'entretien
de l'armée . De mou côte , je promets à la séréuissime
république , nou - seulement de faire observer la plus exacte
discipline militaire ; mais en cas de quelques excès , la satisfaction
la plus prompte , et autant qu'il sera possible , le redressement
des griefs .
Signé , le baron. DE VINS ,
Réponse du gouvernement génois.
La sérénissime république ayant adopté dans la guerre
actuelle , et publiée avec l'agrément de toutes les puissances
belligérantes une parfaite neutralité , elle devait se flatter que
son territoire serait préservé de l'entrée des troupes de ces
puissanees , qui est l'objet et le métite d'un état neutre ; mais
la république se trouvant voisine d'un état actuellement en
guerre , elle n'a pu se préserver de l'entree des troupes étraumais
cela a toujours été regardé par le
ment comme une violation de cette neutralité , et il n'a pas
manque de faire les protestations nécessaires et d'opposer les
réservés de ses droits de neutralité contre une force supégeres
;
rieure .
2
gouverne
Le sérénissime gouvernement ne doit donc pas considérer
le projet déja effectué ) que le signor baron de Vins a bien
voulu communiquer au secrétaire d'état , d'autant plus que le
projet de l'armee autrichienne étant d'entrer dans le territoire
génois pour chasser les Français , cet état deviendrait inevitablement
le théâtre de la guerre , motif pressant qui détermine
le gouvernement à ne se rendre qu'à la force majeure .
en
,, Tels sont les sentimens du sérénissime gouvernement que
le soussigné est obligé de signifier au signor baron de Vins ,
réponse à sa lettre ; et en considération de ces sentimens , on
espere que le signor baron perdra de vue les projets indiqués
dans sa lettre , et pour cela on vient d'expédier encore uu
courier au ministre plénipotentiaine de la république auprès de
la cour de Vienne , pour lui ordonner de faire des repsësentations
sur ce point à la cour impériale . Cependant le gouverne
ment est très- reconnaissant des égards que le signor baron de
Vins veut bien témoigner à la république et au peuple génois . "
Tome XVI. V
7
( 298 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION, NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE LOUVET.
Séance du duodi , 12 Messidor.
La commune de Montauban dénonce les représentans qui ,
en mission dans le département du Lot , out organisé la terreur
. Elle accuse Beaudot , l'un d'eux , d'être monté un jour
sur l'autel de la patrie pour haranguer le peuple en ces termes :
Tu as renversé la noblesse et le clergé , mais il reste encore
d'autres ennemis à exterminer ; ce sont les riches . Il faut que
le riche devienne pauvre , et le pauvre riche . Il faut tout renverser.
Elle prétend que Beaudot a mis cette morale en pratique
, eu dilapidant un million pour payer ses plaisirs et
remplir ses desseins , et que Jean-Bon - Saint- André a imité son
exemple .
Renvoi au comité de législation .
Lahaye demande , par motion d'ordre , l'abolition des certificats
de civisme nécessaires pour remplir des fonctions publiques
et pour toucher ses rentes viageres ou pensions. Il
les appelle des brevets d'ineptie dont Chaumette avait fait un
principe d'état , et dit que les honnêtes gens n'étant pas curieux
d'aller au milieu des loups hurler le brigandage et donner
des preuves de coquinisme , beaucoup n'ont point de certifi
cats de civisme , et qu'à présent que la loyauté sert de brevet
et le talent remplace la maîtrise , tout citoyen doit avoir le
droit d'exercer telle ou telle place sans certificat de civisme ,
ou de toucher sa pension saus remplir cette formalité .
L'impression de la motion est décrétée .
Dufay donne des nouvelles de St. Domingue qui confirment
nos succès dans cette colonie , et il déclare qu'il est charge
de dénoncer les assemblées coloniales qui l'ont perdue . Il est
interrompu par plusieurs membres qui disent que c'est au
comité de salut public et non à la Convention que l'opinant
doit parler de ces objets , dont la publicité est dangereuse .
Bailleul se plaint des dépenses énormes qu'occasionne l'im .
pression des débats entre Santhonax et ses dénonciateurs ; il
veut qu'on les termine .
Charlier affirme que Ja vérité y est noyée dans cinq volumes
de bavardage . Il demande la suspension de l'impression .
Thibaut l'appuie . Cette proposition est adoptée .
( 299 )
Treilhard , au nom des comités de salut public et de sûreté
générale :
2
La volonté du peuple français , ses triomphes et l'opinion
du monde entier sanctionnent en France la République . Le
moment est donc venu où vous pouvez fixer vos regards sur
la fille du dernier roi des Français et les membres de cette
famille . La sûreté de l'état vous prescrivait leur réclusion
mais vous êtes aujourd'hui trop forts pour continuer cette
mesure ; et puisque le hasard, a voulu atiacher des considérations
politiques à cette famille , vos comités vous proposent
de faire servir un acte d'humanité à la reparation d'une grande
injustice . La plus odieuse et la plus noire des trahisons a livré
des représentans du peuple et un ministre de la République
à une puissance ennemie . Cette puissance , par la violation
du droit des nations , a fait arrêter sur un territoire neutre
et retient encore des ambassadeurs du peuple français . Elle
est l'alliée des Bourbons . Nous lui proposons l'échange des
Bourbons contr'eux . Le comité a pensé que ce ne devait
pas être l'objet d'une négociation , et qu'il suffisait de transmettre
cette déclaratión aux généraux autrichiens pour qu'ils
en instruisent leur gouvernement .
Treilhard présente , d'après ces vues , un projet de décret
qui est adopté à l'unanimité.
Lanjuinais , au nom du comité de législation , propose le
rapport de la loi du 22 août 1793 , relative aux parens des
religionnaires fugitifs , et qui blesse leurs droits quant au mode
de recueillir leurs successions .
Impression du projet et ouverture de la discussion aussitôt
après la distribution .
Le citoyen Lecoz , membre de l'Assemblée législative , fait
hommage d'une brochure in - 8 ° . intitulée : Accord de la religion
catholique avec le gouvernement républicain . Mention honorable
et renvoi au comité d'instruction publique.
Le citoyen Monblanc , qui présente une piece de vers
sur la prise de Luxembourg , obtient la même mention et le
renvoi au même comité .
Séance de tridi , 13 Messidor.
Un membre , au nom du comité d'instruction publique ,
fait un rapport sur les écoles primaires et la rédaction des
livres élémentaires dont il exprime le desir et le besoin de
hâter la confection . Il termine en demandant la suppression
du bulletin , comme occasionnant à la République d'énormes
et d'inutiles dépenses . Lanjuinais l'appuie ; Mailhe s'oppose
par le motif que c'est le seul papier qui parvienne aux petites
communes , et qui les éclaire par conséquent sur l'esprit
public. On renvoie la question à un nouvel examen du
comité.
V 2
( 300 )
Le président consulte l'Assemblée pour savoir quelle
heure elle entendra demain Joseph Lebon . L'Assemblée fixe
l'heure de midi.
Genissieux , au nom du comité de législation , présente
trois projets de décrets . Le premier relatif à la confiscation
des biens des prêtres déportés ; le second , au personnel de
ces prêtres dont des jugemens ou arrêtés ont ordonné la
déportation ou la réclusion ; et le troisieme , sur la police
qui doit réprimer les abus qui naissent du libre exercice des
cultes.
Le comité , dit - il , aura le courage de peser les véritables
principes ; le serment n'ajoute rien à l'expression , à
la promesse ou à la déclaration de l'homme de bien. Il n'est
point un frein pour le scélérat . Lorsqu'il s'agit d'exiger d'un
individu la déclaration de ce qui se passe au fond de son
coeur , de dire quelles sont ses opinions religieuses ou politiques
, et de lui faire promettre d'y persévérer , exiger de
lui un sermeat , c'est une tyrannie . Ma pensée , mes opinions
sont à moi , je n'en suis comptable qu'à la divinité .
Mes actions seules appartiennent à la société . Indifférentes
le gouvernement n'y donne aucune attention ; bonnes , il les
approuve ou les récompense ; mauvaises , il les punit. Et
d'ailleurs , dans quel embarras ne jette - t - on pas l'homme timorė
à qui l'on veut faire déclarer avec serment ses opinions religieuses
ou politiques ? Si elles ne sont pas formées , que
voulez-vous qu'il déclare ? Et si elles lui ont été inspirées par
les préjugés de l'éducation , par les impressions des objets
sur ses sens , ou par les circonstances , qui vous dit qu'l n'en
changera pas ? Pourquoi donc l'exposer à se mettre en contradiction
avec lui-même , ou à devenir parjure ?
"
C'est la serment exigé des prêtres , continue Genissieux ,
qui a jetté les fondemens de la Vendée et de la plupart des dissensions
civiles. Ce fut en persécuttant les prêtres constitutionels
qui s'étaient exposés à tant de dangers et de périls pour
défendre la cause de la liberté et en les forçant à la ridicule
formalité de la déprétrisation , qu'on ôta au peuple toute moralité
et qu'on le priva de toute espece de consolation . Le rapporteur
s'occupant ensuite de la confiscation , qui était un des
objets de son discours , dit qu'elle est aussi impolitique qu'injuste
, parce que la plupart des ecclésiastiques étant sortis de
families pauvies , on privait leurs parens de leurs biens en les
en dépouillant eux- mêmes , et l'on en fesait des ennemis de la
révolution. Quant aux délits dont ils se sont rendus coupables ,
ce n'est pas comme prêtres qu'ils ont du être punis ; mais
comme perturbateurs de l'ordre public. Ceux qui les ont
connus ont du être rangés dans la classe des rebelles et des
conspirateurs. Genissieux termine en demandant l'exécution
sévere des dispositions pénales conteuues dans la loi du 11 prai
( 301 )
rial pour reprimer les abus qui se glissent déja dans l'exercice
des cultes .
Le discours de Genissieux a été quelquefois interrompu par
des murmares . Un membre dit qu'on veut ressusciter le fanatisme
. Un autre , que certains prêtres défendent d'entrer dans
les églises avec la cocarde nationale . Lanjainais annonce qu'il
s'occupe d'un réglement de police ecclesiastique . La Convention
ajourne la discussion des projets de Genissieux après la
discussion de la constitution .
Doulcet , au nom du comité de salut public , rend compté
du combat naval qui vient d'avoir lieu entre les Anglais et nous ,
près de Brest . Notre flotte était sortie pour aller débloquer
quelques vaisseaux retenus à Belle - Isle par la flotte Anglaise .
La jonction était opérée et nos vaisseaux étaient sur le point
d'entrer dans la rade , lorsqu'une tempête les a dispersés et
éloignés des côtes de trente lieues ; mais dans l'intervalle la
flotte Anglaise a pris les devauts : il a fallu la combattre avec un
grand désavantage pour parvenir à rentrer , et il en est résulté
une perte de trois de nos vaisseaux , dont un a pris feu . L'imperitie
et l'insubordination de quelques - uns de nos marins qui
n'ont pas répondu aux signaux est en partie cause de ce malheureux
événement .
Doulcet propose à la Convention de confirmer la nomination
qu'a faite le comité de Tallien et de Blad qui sont partis sur le
champ pour Brest , afin de prendre toutes les mesures que les
circonstances exigeront ; faire lever en masse tous les citoyens
en état de porter les armes , et empêcher la descente des émigrés
qu'avaient les Anglais sur leurs bords , et qui paraît avoir
été l'objet de cette expédition .
Séance de quartidi , 14 Messidor.
Lahaye demande la suppression de la commission militaire ,
établie à Paris pour juger les auteurs et complices de la conspiration
des premiers jours de prairial . Il dit qu'elle ne doit pas
survivre à l'événement qui l'a fait naître , et de prendre garde
de devenir les exécuteurs testamentaires de Robespierre , qui
disait d'un ton prophétique le 8 thermidor : que la Convention
serait entraînée par le torrent du gouvernement militaire . La
motion de Lahaye est renvoyée aux comités réunis .
Fermond , au nom du comité de salut public . L'administration
de la marine exige une grande expérience . Le citoyen
Dalbarade , commissaire dans cette partie , est un bon militaire
et un bon patriote ; mais il faut à la tête de la marine un homme
consommé en ce genre . Le citoyen Rhedon , administrateur
général du port de Brest , qui réunit à une longue expérience
beaucoup de talens et d'activité , et dont une longue captivité
'a fait que ranimer le zele , a paru être celui qui convenait
V 3
( 30% )
aux circonstances difficiles où nous sommes , le comité vous
le propose pour commissaire de la marine et des colonies .
Cette proposition est adoptée.
Joseph Lebon paraît à la tribune , sa contenance n'annonce
pas un homme convaincu de son innocence . Il prend cependant
bientôt les dehors de la fermeté , et dit : Je ne viens point défendre
le gouvernement que vous avez proscrit le 9 thermidor ,
ni justifier les mesures qu'il a commandées , et dont j'ai été un
des exécuteurs . Ma cause est celle de la Convention . J'ai obéi
à ses décrets et aux arrêtés des comités qu'elle avait établis . Si
j'aicté entraîné par l'enthousiasme révolutionnaire ,quel patriote
n'en a pas été atteint ? ne l'avez - vous pas partagé vous - mêmes
qui me poursuivez ? vots tous qui devez me juger , je ne demande
point grace ; ce n'est pas la mort que je crains , mais le
deshonneur. Mon principai dénonciateur est Gufroy , qui a
été mon ami et mon conseil , et qui pour faire oublier ce qu'il
a fait lui-même a mendjé de toutes parts des dénonciations
contre moi.
Après cet exorde , Lebon demande à l'Assemblée quel ordre
elle veut qu'il suive dans sa défense ; elle répond que ce
sera celui qui lui paraîtra le plus convenable .
2
L'accusé entre en matiere , et répond à chacun des griefs
compris dans le rapport de la commission . I nie la création
des commissions révolutionnaires ; il nie les assassinats
les prostitutions , les incarcérations arbitraires ; il dit qu'il
agissait dans des communes environnées par l'ennemi , travaillées
gourdement par l'aristocratie . Il se rejette sur le malheur
des tems , sur la force des circonstances , sur des ordres reçus ,
sur son aveugle soumission aux décrets . I dit qu'on l'a
accusé tour-à - tour d'être partisan de la force départementale ,
ami de Roland , federaliste , modéré , hébertiste . Il s'applaudit
d'être persécuté. On m'accuse d'avoir voulu détruire le commerce
. Cette accusation est bien mal- adroite , car je n'entends
absolument rien au commerce. Comment et pourquoi
détruire ce que l'on ne connaît point.
N'est-il pas iuconcevable , ajoute-t -il , qu'on m'accuse d'avoir '
suivi votre exemple , d'avoir imité votre conduite ? Pouvais -je
blâmer alors ce que vous blâmez aujourd'hui ? Pouvais -je
être froid quand vous étiez brûlans ? On a extrait , avec affectation
, des passages de mes lettres ; mais il n'y a rien daus
ces passages qui n'ait été dit et applaudi dans cette enceinte ;
ce sont des maximes que vous répandiez alors avec profu
sion. On disait alors : Ceux-là veulent renverser les échafauds
qui ont peur d'y monter. Ce qui constituera la République , c'est
la destruction de tous ceux qui s'y opposent .
Guffroy , mon dénonciateur , a été le plus ardent perséeuteur
de la représentation nationale ; il a imaginé des crimes.
pour me les imputer. Ce n'est qu'en vous que j'ai placé mon
( 303 )
espoir . Après l'horrible réputation de scélératesse qu'on m'a
donnée , quel est le tribunal qui pourrait m'absoudre , si
vous m'accusiez ? Où aller , dans l'état où je suis ? Avec un
nem qu'on a rendu si odieux , je ne puis aller dans le plus
petit village sans y être chargé de malédictions . On est venu
me chercher au Plessis , et l'on m'a fait escorter par dix cava,
liers et trente fantassins tout le monde sur la route demandait
ce que c'était c'est Joseph Lebon , et l'on m'accablait
d'outrages. Un jour , dans la même prison , un déserteur autrichien
s'approche de moi ; il ne me connaissait pas ; on lui
dit c'est Joseph Lebon : il recule et se sauve en jettaut un
cri d'horreur. On lui avait raconté tout récemment l'histoire
de la femine aux vingt- cinq liv . , cette histoire qui n'a
pu être sortie que de l'imagination atroce de món dénonciateur.
Ce Gaffroy publizit les plus grandes atrocités dans son
journal intitulé Rougff. Dès le mois de juillet 1793 , avant
l'institution du gouvernement révolutionnaire , elant alors
membre du comite de sûreté générale , il écrivait que Charlotte
Corday avait été fanatisée par Lanjuinais , armée par Pétion
et Buzot , Il demandait qu'il fût établi à Paris trois censeurs.
dans chaque rue , afin d'arrêter les malveillans , et dėjouer
les intrigues brissotines , buzotines , rolandins , girondines ,
louvetines. I ose m'accuser , moi , moi qui n'ai frappé que
les vieux , vieux , vieux , les vieux ennemis invétérés de la révolation
, moi qui me suis vu f rcé de faire arrêter les gens
sur leur mine , parce que j'étais dans des villes que les sristocrates
voulaient livrer aux Autrichiens , et lui Guffroy demandait
qu'ici à Paris , la guillotine fût en permanence , qu'il
y eût soixante guillotines ambulantes .
On demande que Guffroy soit mis en arrestation . La Convention
décrete seulement que les pieces à la charge de Guffroy
soient remises au comité de législation qui doit faire dans.
la décade un rapport sur les représentans inculpés .
La discussion de l'affaire de Joseph Lebon est ajournée
au 17 de ce mois .
Séance de quintidi , 15 Messider.
Une députation de la section Lepelletier vient faire part de
l'arrêté pris par l'assemblée générale dans la derniere séance ,
et qui porte que la section , instruite que les buveurs de sang
et les assassins relevent par- tour la tête , que grand nombre
d'entre eux sont réarmés et vomis dans la société , considérant
que remettre aux comités civils le soin de juger les motifs
qui ont déterminé l'exéution de la loi du 1er, prairial , c'est
faciliter à ces hommes les moyens d'annuller les discusions
des assemblées générales ; que rendre les armes aux terroristes ,
c'est semer des fermens de guerre civile , et mettre sous les
V 4
( 304 )
poignards les citoyens courageux qui les ont démasqués au
moment où la patrie était en danger , arrête que la Convention
sera invitée d'ordonner que les réclamations de ce genre
seront renvoyées aux assemblees générales .
Renvoi au comité de sûrete genérale .
Sur le rapport du comite des finances la Convention décrete
que la trésorerie nationale ouvrira un crédit de 1,500 millions
à la commission des approvisionnemens , de go millions
à celle des secours publics , de 15 millions à celle des postes
et messageries , de 40 millions à celle des armées , de 100 millions
à celle de la mariné et des colonies , de 40 millions à
celle des armes et poudres .
Le même comité fait ensuite décréter que les pensionnaires
de l'état qui ne pouvaient cumuler plusieurs pensions que jusqu'à
la concurrence de mille livres pourront le faire jusqu'à
trois mille livres , et que si elles excedent , elles seront réduites
à cette sommc . Ce décret n'est que provisoire .
Gouly , au nom des comités réunis de la marine et de législation
, présente plusieurs projets de décrets relatifs à la réor.
ganisation de la marine militaire . Impression et ajournement.
On procede à l'appel nominal pour le renouvellement du comité
de salut public . Les membres sortans sont ; Ronx , Gilet ,
Sieyes et Rewbel ; les remplaçans , Boissy - d'Anglas , Louvet
( du Loiret ) , Jean - de- Brie et Lesage ( d'Eure et Loire ) .
a
Gilet annonce de la part du comité de salut public ,
deux avantages considérables remportés par l'armée d'Italie
sur les Piemontais . L'ennemi a perdu 300 bommes , et
500 blessés . Nous n'avons eu que 12 morts et quelques blessés .
Le cri de ralliement de notre armée est : Allons à Turin .
( Voyez Nouvelles officicielles . )
Séance de sextidi , 16 Messidor .
11 a en hier soir une séance extraordinaire
y
pour
le renou
vellement par quart des membres du comite de sûreté générale .
Les nouveaux sont : Delaunay , d'Angers , Marcelle , Perrin
( des Vosges ) et Bally .
Débats sur la constitution .
Daunou , an nom de la commission des onze propose
l'ouverture de la discussion sur le nouveau plan de constitution
, et fait lecture dn premier article de la declaration
des droits de l'homme et dù ci.oyen .
Mailhe demande la parole , et dit qu'avant de la décréter ,
il est important de décider si elle sera obligatoire pour les
citoyens , ou si ce ne sera qu'une série d'idées philosophiques
mises à la tête de la constitution ; que l'expérience a appris
qu'il est bien intéressant de prononcer avant tout sur cette
question , et que la maniere dont elle sera résolue influera.
11.7
( 305 )
peut-être plus qu'on ne le pense sur la destinée de la Répu
blique , et la stabilité du gouvernement qu'elle va se donner.
Daunon répond que la commission n'a point touché à la
déclaration des droits , sauf qu'elle l'a purgée des germes
d'anarchie et de dissolution du corps social dont quelques articles
étaient infectés , et qu'il est dangereux de supprimer , de changer
le fond de cette déclaration , parce qu'on ne manquerait
pis d'accuser la Convention d'avoir foulé aux pieds la charte
de la liberté des peuples.
Chenier ajoute que l'abus qu'on peut faire de la déclaration
des droits ne doit pas empêcher l'Assemblée de la décréter,
parce qu'il n'est rien dont une faction ou an individa ne
puisse abuser s'il a intérêt de le faire .
Ou passe à la discussion ; le premier article est ainsi conçu :
Le but de la société est le bonheur commun. Le gouvernement
est institué pour garantir à l'homme la jouissance de
ses droits .

Plusieurs membres exposent que cette phrase : le but de lo
société est le bonheur commun
est un principe et non un droit.
Eanjuinais le combat comme étant rédigé d'une maniere trop
vague , et pouvant denner lieu aux interprétations les plus arbitraires
. If dit que c'est sous le prétexte du bonheur commun
qu'on a consacré les plus criantes injustices ; qu'il y a deux
mille ans qu'en comptait déja parmi les philosophes deux
cents quatre- vingt huit opinions différentes sur le bonheur, que
uous ne devons pas espérer de le mieux définir aujourd'hui , et
qu'il faut supprimer l'article . Sa proposition est rejettée et
l'article adopte.
Daunou lit le second article : Les droits de l'homme en
société sont la liberté , l'égalité , la sûreté et la propriété .
Jean de - Brie le trouve incomplet , et il voudrait qu'on
ajoutâi à ces droits , celui de tout citoyen de vivre du travail de
Â
ses mains pendant qu'il est valide , et des secours de la société
lorsqu'il n'est plus en état de travailler . Thibaut exprime ses
craintes que les fainéans n'en profitent pour se faire nourrir ,
payer et ne point travailler . L'addition est renvoyée à l'examen
de la commission des onze .
·
L'article trois , portant que la liberté consiste à faire ce qui
me ani pas aux droits d'autrui , est ensuite adopté.
L'article quatre qui consacre la liberté de la presse et des
Opinious , a excité une vive discussion , par les divers moyens,
qu'on a proposés pour en reprimer les abus sans lui porter
atteinte . Cambacérès et Boissy-d'Anglas ont voté pour la
liberté indefinie comme étant le palladium de toutes les.
autres . Lanjuinais et plusieurs autres membres la combattent
parce qu'ils la regardent comme la source de la plupart des
maux que nous avons éprouvés. La Convention ne se croyant
pas encore assez éclairée sur cette question , en renvoie l'ens

( 306 )
men à la commission . Elle continuera la discussion tous les
jours impairs à midi .
Doucet , an nom du comité de salut public , annonce que
notre armée d'Italie a remporté une nouvelle victoire . Trente
mile Autrichiens qui l'ont auaquée ont été repousses avee
une perte de trois mille , homines ; Ja nôtre n'est que de
70 hommes, Nous avons pris 600 fosils . ( Voyez Nouvelles
offi.ielies. )
PARIS , Nonidi 19 Messidor , l'an 3. de la République.
Il ne paraît pas que la discussion de l'acte constitutionnel
produise dans le public cette sensation que l'on
devrait attendre d'un objet si digne d'occuper l'attention
générale. Dans tout autre tems on aurait recherché ,
an aurait lu avec empressement tous les écrits , tous les
débats relatifs à cette matiere importante . Aujourd'hui
on semble se résoudre au rôle passif de l'indifférence ,
et l'infâme jeu de l'agiotage attire plus de foule , absorbe
plus d'intérêts que l'organisation d'un gouvernement
en qui repose cependant la destinée de l'état et
l'espérance de tous les individus . Serions- nous parvenus
à cette époque de lassitude et de dégoût , funeste
avant- coureur d'un sommeil politique. Ce symptôme
deviendrait alarmant pour les amis de la chose publique ,
si l'on ne devait l'attribuer en grande partie à l'état
de détresse eù chacun est réduit par la rareté et la
cherté des subsistances, Peut- être aussi que les passions
si long-tems agitées , ne trouvant plus d'alimens dans
les différens partis qui les excitaient , les esprits sont retombés
dans un calme qu'il est aisé de prendre pour un
affaissement. Quoi qu'il en soit , cette disposition ne
serait pas la moins favorable aux circonstances actuelles ;
elle laisserait à l'esprit de discussion toute la tranquillité
nécessaire pour examiner avec maturité les bâses du
gouvernement qu'il est tems de donner à la France .
Depuis le départ précipité de Tallien et de Blad pour
les côtes de l'Ouest , on s'entretient sourdement d'une
descente que l'on dit que les Anglais ont effectuée à
Quiberon près de Belle- Isle . Le silence gardé par la
Convention jusqu'à ce jour a inspire plus d'inquiétude
que les malveillans n'ont pu concevoir d'espérance . Mais
ce silence est probablement un effet des mesures prises
( 307 )
par les comités de gouvernement , et qu'ils n'ont point
voulu divulguer afin d'en mieux assurer le succès . Tout
ce que nous avons pu recueillir au travers des nombreuses
versions , c'est qu'en effet les Anglais , à la suite
du combat naval qui n'a pas été à notre avantage , ont
vomi sur les côtes de Bretagne , 7 à 8 mille hommes , la
plupart émigrés , sous le commandement de d'Hervilly.
Ainsi se vérifient les renseignemens fournis aux rédacteurs
du Moniteur par la lettre d Ulm insérée dans l'avant-
dernier numéro de ce journal.
Ce débarquement n'est pas de nature à causer une
sérieuse inquiétude . Les Anglais ne sont pas assez malavisés
que d'exposer leurs propres troupes ; on sait qu'ils
en ont fort peu , et qu'après les pertes nombreuses qu'ils
ont essuyées sur le continent , ils doivent être peu tentés
de courir de nouveaux hasards . Il paraît plus probable
qu'ils ont voulu se débarrasser par cette expédition des
émigrés qui leur étaient à charge à plus d'un titre , et
que la politique astucieuse de Pitt a profité de cette
circonstance pour en purger la Grande- Bretagne , sans
autre espoir que d'exciter de nouveaux troubles dans
l'intérieur de la France , et d'essayer à grossir le noyau
de la Vendée et des chouans . Ce sont des enfans perdus
qu'il a jettés en avant . Nous disons perdus , car les aris
tocrates et les royalistes que l'on peut croire quand ils
ne se vantent pas les regardent comme tels . En effet ,
la lettre que Tallien et. Blad et celle que le général
Aubert-Dubayet ont écrites d'Alençon à la Convention
annoncent que dans les districts de Châteauneuf ,
Lafleche , Sablé , Château- Goutier , Laval , Mayenne
et Domfront , par-tout les cheuans sont dissipés , repoussés
, exterminés ; Coquereau , leur principal chef ,
a été tué , et des renforts considérables ont été envoyés
au général Hoche. Il y a lieu d'espérer que sous peu
l'on recevra la nouvelle que les émigrés ont subi le même
sort , et que leurs débris se sont rembarqués plus vite
qu'ils ne sont venus .
( 308 )
NOUVELLES
ARMÉE D'ITALIE
1
OFFICIELLES.
I T DES ALPES.
Au quartier-général à Final , le 7 messidor , l'an 3e . de la République
Française.
Citoyens représentans ,
" Nous vous avons annoncé , par nos dépêches d'hier , les
négociations qui avaient éu lieú án sujet de notre communication
avec Savonne , qu'il était important de conserver. La
conduite des autrichiens dans cette circonstance , la position de
leurs troupes , leur nombre , tout nous annonçait que l'armée
d'Italie , de beaucoup inférieure à celle des ennemis , atlait
être attaquée sur tous les points . Nous avons déja vu à Vado
l'effet de ces dispositions menaçantes ; mais nous pouvons
vous annoncer que ce prélude n'a pas été heureux pour nos
ennemis , et c'est ici que la valeur de nos troupes , soutenue
par des dispositions bien entendues , a véritablement suppléé
au nombre .
Hier à midi , dix mille autrichiens , formés sur quatre
colonnes , ont attaqué , pendant sept heures de suite , les
avant-postes de Vado et Tersanno , une forte colonne , dirigée
sur le pont de Vado , attaqua le poste de ce pont , qui fut
obligé de céder au grand nombre . Cette colonne crut pouvoir
s'approcher des retranchemens ; mais les canons du for la
chaufferent tellement qu'elle fat forcée de s'arrêter . Le pont
fut sur-le-champ repris à la bayonnette , et l'ennemi contraint
d'aller se former au- delà . Une autre colonne se dirigea sur la
chapelle Dellemont occupée par les grenadiers , qui se replierent
surle camp de Tersanno , suivant l'ordre qu'ils en avaient . Les
ennemis descendirent la montagne , et vinrent se former en bataille
au pied de Tersanno dans le lit du torrent de Cugliano . Ils se
trouverent à portée d'une batterie de deux obusiers et d'une
piece de douze , dont la disposition avait été faite la veille par
le chef de brigade Montfort , commandant l'artillerie . Ces
pieces chargereut si à propos , que dans un moment les ennemis
furent mis en déroute. Au rapport du général divisionnaire
Freytag , les autrichiens ont été fort maltraités dans leur
déploiement au milieu du vallon de Cuglianp , par les pieces
ehargées à cartouche du camp de Tersanno .
" On doit des éloges à ce général pour les bonnes dispositions
qu'il avait faites d'après les ordres du général Massena ,
officier d'un mérite distingué , et entre les mains duquel on
doit applaudir d'avoir mis l'aile droite de l'armée . On ne doit
( 30g )
pas moins d'éloges au général Laharpe . Sang- freid , activité
valeur , prévoyance , telles sont les qualités qui distinguent
cet excellent officier. Toutes les troupes se sont conduites avec
la plus grande valeur ; mais le troisieme et le sixieme bataillon
des grenadiers , et les carabiniers des Hautes Alpes qui ont
soutenu à plusieurs reprises le choc de toutes les forces de
l'ennemi , se sont montrés comme des héros . Les détails de
l'action prouvent ce qu'a su faire l'artillerie . Nous avons eu une
douzaine de morts et trente- trois blessés ; l'ennemi porte sa
perte à 300 morts et 500 blessés ; mais le général Laharpe
évalue le nombre des morts de l'ennemi à 500 hommes , ce
qu'il prétend constater par le nombre des pantalons dont nos
grenadiers se sont emparés . A demain des détails sur les actions
particulieres qui ont illustré cette journée . A demain
aussi les détails sur d'autres affaires ; car il y a apparence que
l'ennemi nous attaquera dans d'autres positions : mais par- tour
il trouvera des soldats français accoutumés à vaincre , et que
le nombre ne sait point intimider. Saint et fraternité .
Signé , J. DUMAS , représentant du peuple et KELLERMANN
général.
Nous achevons d'imprimer les principaux titres du
projet de constitution , pour que nos lecteurs puissent
juger plus sûrement les objections qui seront faites contre
quelques- unes de ses parties .
Suite du projet d'organisation du pouvoir exécutif.
31 ° . Toute dénonciation , tant contre le directoire que contré
un ou plusieurs de ses membres , est adressée par écrit au
Conseil des cinq cents .
32 ° . Si après avoir délibéré en forme prescrite , le conseil
des cinq cents admet la déclaration , il le déclare en ces
termes La dénonciation contre.... , pour le fait de.....
signée de .... , est admise , 199
33 L'inculpé est alors appellé , et s'il comparaît , entendu
dans l'intérieur du lieu des séances du conseil des cinq cents.
34. Le conseil des cinq cents déclare s'il y a lieu ou non
à l'examen de la conduite de l'inculpé .
35°. Le prévenu est ensuite entendu par le conseil des
anciens , à la barre ; et s'il est jugé coupable , après qu'il y a
été délibéré dans les formes prescrites par les articles 55
56 et 57 , le conseil des anciens prononce l'accusation qui
entraîne suspension ; et il envoie l'accusé devant la hautecour
de justice , laquelle est tenue d'instruire le procès sana
aucun délai .
( 310 )
36. Si l'accusé est acquitté par le jugement de la hautecour
de justice , il reprend ses fonctions .
37 ° . Le corps legislatif ne peut mander le directoire , ni
aucun de ses membres , excepté dans les cas des articles pré-, -
cedens. (
38. Les comptes et les éclaircissemens demandés par le
corps législatif au directoire , sont fournis par écrit.
39° . Le directoire est tenu , à l'ouverture de la session
du corps législatif de lui présenter par écrit l'apperçu des
dépenses , la situation des finances , l'état des pensions exis
tantes , ainsi que le projet de celles qu'il croit convenable de
créer.
Il doit aussi indiquer les abus qui sont à sa connaissance .
40 ° . Le directoile peut en tout tems inviter par écrit le
corps législatif à prendre un objet en considération , mais
non lui proposer des dispositions législatives , si ce n'est relativement
à la paix et à la guerre.
41 ° . Aucun membre du directoire ne peut s'absenter plus
de cinq jours , ni s'éloigner au delà de dix lieues de la rési
deuce du directoire , sans l'autorisation du corps législatif.
420. Les membres du directoire ne peuvent paraitre en public
ni au dehors ni dans l'intérieur de leurs maisons ,
du costume qui leur est propre.
que revêtus
43° . Le directoire
a sa garde habituelle
et soldée , composée
de cent vingt hommes
à pied et de cent vingt hommes
à cheval.
44° . Le directoire est accompagné de sa garde dans les
cérémonies et marches publiques , où il a toujours le premier
rang.
45° . Chaque membre du directoire se fait accompagner au
dehors de deux gardes ."
469. Tout poste de force armée doit au directoire et à chacun
de ses membres les honneurs militaires supérieurs .
47° . Le directoire réside dans la même commune que le
corps législatif.
489. Les membres du directoire sont logés aux frais de la
République et dans un même édifice .
499. Le traitement de chacun d'eux est fixé à la valeur de
dix mille quintaux de froment.
Give
Revision de la Constitution .
106
1 Lorsque l'expérience fair sentir les inconvéniens de
quelques articles de la constitution , le conseil des anciens
on propose la revision . 210 655
29. La proposition du conseil des anciens est , en ce cas
soumise à la ratification du conseil des cinq cents .
30. Lorsque , dans un espace de six années consécutives ,"
( 311 )
la proposition du conseil des anciens , ratifiée par le conséil
des cinq cents , a été faite à trois époques éloignées l'une
de l'autre de deux années au moins , une assemblée de revision
est convoquée .
4° . Cette assemblée est formée de deux membres par département
, tous élus de la même maniere que les membres du
corps législatif , et réunissant les mêmes conditions que celles
exigées pour le conseil des anciens .
5° . Le conseil des anciens désigne , pour la réunion de
l'assemblée de revision , un lieu distant de vingt myriametres
au moins de celui où siege le corps législatif.
6º. L'assemblée de revision a le droit de changer le lieu
de sa résidence , en observant la distance prescrite par farticle
précédent.
7 ° . L'assemblée de revision n'exerce aucune fonction légis
lative ni de gouvernement ; elle se borne à la revision des lois
constitutionnelles .
I
8° . Toutes les autorités coutinnent l'exercice de leurs fonctions
, jusqu'à ce que les changemens proposés par l'assem
blée de revision aient été acceptés par le people , et jusqu'à
ce que les nouvelles , autorités aient été mises en activité.
9° . Les membres de l'assemblée de revision délibereut en
commun .
10 °. Les citoyens qui sont membres du corps législatif au
moment où ne assemblée de revision est convoquée , ne
peuvent être élus membres de cette assemblée .
11. L'assemblée de revision adresse immédiatement aux
assemblées le projet de réforme qu'elle a arrêté ; elle est
dissoute dès que ce projet leur a été adressé .

120. Les membres de l'assemblée de revision ne peuvent
être recherchés , accusés , ni jugés , en aucun tems , pour ce
qu'ils ont dit ou écrit dans l'exercice de leurs fonctions . Pendant
la durée de ces fonctions , ils ne peuvent , en aucun cas
être mis en jugement , si ce n'est par une décision des membres
même de l'assemblée de revision .
Dispositions générales .
130 9
13 *
n'existe entre les citoyens d'autre supériorité ques
celle des fonctionnaires publics , et relativement à l'exercice
de leurs fonctions .
go. La loi ne reconnaît ni voeux religieux , ni aucun autre
engagement contraire aux droits naturels de l'homme ..
30. Nul ne peut être empêché de dire , écrire , imprimec
et publier sa pensée , sauf à en répondre devant la lot
4. Nul ne peut être empêché d'exercer le culte qu'il al
choisi , ni forge de contribuer aux dépenses de l'eelui qu'ill
a'adopte pas.
(-312~)~
5. Il n'y a ni privilege , ni maîtrise , ni jurande , ni limitation
à la liberté du commerce et à l'exercice de l'industrie
et des arts de toute espece.
1
Toute loi prohibitive en ce genre , quand les circonstances
la rendent nécessaire , est essentiellement provisoire , et n'a
d'effet que pendant un an au plus , à moins qu'elle ne soit
formellement renouvellée .
6. Les citoyens ont la liberté de s'assembler paisiblement
et sans armes ; ils sont alors sous la surveillance de la police ,
et ils ne peuvent former de corporations ni d'associations
contraires à l'ordre public .
7°. Aucune assemblée de citoyens ne peut se qualifier société
populaire .
Aucune société particuliere s'occupant des questions polis
tiques , ne peut correspondre avec aucune autre , ni s'affilier
à elle , ni tenir des séances publiques composées de secrétaires
et d'assistans distingués les uns des autres , ni imposer des
conditions d'admission et d'eligibilité , ni s'arroger des droits
d'exclusion , ni faire porter à ses membres aucun signe extérieur
de leur associationi
8°. Les citoyens ne peuvent exercer leurs droits politiques
que dans les assemblées primaires ou communales .
9° . Tous les citoyens sont libres d'adresser aux autorités .
publiques des pétitions , mais elles doivent être individuelles ;
mulle association ne peut en présenter de collectives , si ce
n'est les autorités constituées , et seulement pour des objets
propres à leur attribution .
10°. La constitution garantit l'inviolabilité des propriétés ,
eu la juste indemnité de celles dont la nécessité publique , legalement
constatée , exigerait le sacrifice .
110. Nul ne peut porter des marques extérieures qui le
distinguent des autres citoyens , et qui rappellent des fonctions
antérieurement exercées ou des services rendus .
120. Les membres du corps législatif et tous les fonctionmaires
publics portent , dans Fexercice de leurs fonctions , le
signe de l'autorité dont ils sont revêtus ; la loi en détermine la
forme .
13º. Nul citoyen ne peut renoncer , ni en tout ni en partie ,
l'indemnité ou au traitement qui lui est attribué par la loi , en
maison de fonctions publiques.
14. Aucun des pouvoirs institués par la constitution n'a le
droit de la changer dans son ensemble ni dans ses parties , sauf
les réformes qui pourront y être faites par la voie de la révision ,
conformément aux dispositions du titre XII.
15. Le peuple français se rappellera sans cesse que c'est de
la sagesse des choix , que dépendent principalement la durée ,
la conservation et la prospérité de la République .
( N°. 59. ).
MERCURE FRANÇAIS
QUINTIDI 25 MESSIDOR , l'an troisieme de la République.
( Lundi 13 Juillet 1795 , vieux style . )
POÉSIE.
Vers à la citoyenne Desgarcins qui avait joué le rôle de Salema
dans la tragedie d'Abufar.
Au ! Saléma que tes douleurs
Nous causent de vives alarmes !
Qui ne gémit sur tes malheurs !
Des accens de ta voix qui peut braver les charmes !
Dans tes yeux où l'amour , la douceur , l'amitié ,
L'espérance , l'effroi , l'horreur et la pitié
Nous peignent tour- à-tour le trait qui te déchire ,
Quel jeune amant ne voudrait lire
Cette secrette ardeur , ce doux épanchement
Qui de l'infortune Farhan
Foat le tourment et le délire !
D'Apollon que n'ai-je la lyre
Pour bien te rendre les attraits
De tes rares talens que l'univers admire !
Contre toi la critique en vain lance ses traits ;
Tes graces et ton art ont désarmé l'envie .
Dans le temple du goût tu tiens le premier rang,
Et les larmes du sentiment
Assurent ton triomphe et prouvent ton génie,
Par le cit.
LHOMANDIE.
MON
CHARADE.
ON premier dans les airs leve sa noble tige
Mon second va s'y perdre , et mon tout y voltige.
Tome XVI. X
Jer.
( 314 )
LITTÉRATURE.
ر ا
MORALE. ROMANS.
CELESTINE , où la Victime des Préjugés ; par CHARLOTTI
SMITH. Traduit de l'anglais sur la seconde édition par la
citoyenne R..... Quatre volumes in- 12 . Prix , 24 liv . broché,
et 28 liv. 10 sous franc de port par la poste. A Paris , chez
BUISSON , imprimeur- libraire , rue Hautefeuille , n° . 20 .
L'an troisieme de la République.
Il y a long - tems que l'Angleterre est en possession de
nous approvisionner en romans . La balance de cette .
branche de commerce littéraire est toute entiere en sa
faveur. On a dit que les moeurs d'un peuple se peignent
dans ses romans ; si cela est , que penser des moeurs d'un
peuple où ce genre de productions est presqu'entierement
épuisé . Il serait injuste d'appliquer ces réflexions
à la nation française depuis la révolution . Certes , elle
a été occupée de soins bien autrement importans ; et
si quelque chose a dû étonner les autres nations , c'est
la constante opiniâtreté avec laquelle ce peuple si connu
jusqu'alors par sa légéreté , a poursuivi l'ouvrage de son
indépendance . Les Français ont montré véritablement
un caractere que l'on n'aurait pas dû attendre de leurs
anciennes moeurs et de la frivolité de leur esprit.
Quoique cette teinte si profondément imprimée ne soit
pas encore entierement effacée , il est une remarque
honorable pour eux , c'est qu'on ne sache pas qu'il ait
paru une seule production de pur agrément durant le
cours de leurs agitations politiques .
On a fait en France beaucoup de romans depuis le
siecle de Louis XIV , et si le philosophie voulait y
chercher l'histoire des moeurs nationales , il ne serait
embarrassé que de la prodigieuse diversité des tableaux
et des couleurs. Mais il est vrai de dire que long- tems
avant l'époque de la révolution , les romans français
n'avaient presque plus ni physionomie , ni caractere .
On était tombé dans une si grande pénurie en ce genre ,
que l'on ne vivait plus que d'emprunt et de traductions .
De bons romans supposent de grandes passions et de
grandes vertus . Comment s'en serait-il trouvé au milieu
( 315 )
de la corruption ou de l'insignifiance de nos moeurs ?
L'amour n'était plus même une affaire d'intrigue . Quer
que soit le caractere que prendront nos meurs sous I in
fluence du nouveau gouvernement , il est probable qu'il
s'écoulera un long intervalle avant qu'elles puissent offrir
à la palette de nos peintres romanciers des couleurs
tranchantés et distinctives . Il faut donc se résoudre , en
attendant , à aller chercher chez nos voisins un supplément
à notre indigence .
Les Anglais ont donné à leurs romans un caractere
particulier , parce que leurs moeurs en ont encore un
très-remarquable . Ils ont bien aussi de ces personnages
honteusement célebres par leur extravagance et leur
immoralité , qui se font un jeu d'afficher , d'avilir et de
tromper les femmes . Mais ils ont encore assez de respect
pour les moeurs pour ne pas leur faire jouer , dans
leurs romans , le rôle d'honneur et de triomphe . Ils s'en
servent comme d'un contraste et d'une opposition destinés
à faire valoir les acteurs en qui ils concentrent tout
l'intérêt qu'inspirent le sentiment , la délicatesse et les
vertus. Richardson , ce peintre sublime du coeur humain,
en traçant le caractere de son Lovelace , s'est bien gardė
de n'en faire qu'un vil scélérat , il connaissait trop les
moeurs de son pays pour ne pas savoir que ce personnage
n'aurait pas été supporté s il ne lui eût donné que
des vices ; ce sont ces qualités brillantes et souvent estimables
dont il a eu soin d'orner Lovelace , qui font que
l'on accorde un intérêt si vif et si touchant à la vertueuse
et infortunée Clarisse , victime des pièges d'un séducteur
qu'elle ne peut s'empêcher d'aimer , en détestant
ses exécrables principes. C'est un grand trait de génie
de Richardson , d'avoir su embellir jusqu'à la séduction
même , sans rien lui ôter de ses traits hideux , ni rien
faire perdre à la moralité de son roman . Il est encore
un autre caractere qui distingue les romans anglais , et
sert à peindre les moeurs de cette nation ; c'est qu'on
y respecte assez le lien conjugal pour ne pas en faire
l'objet d'intrigues amoureuses . Les héroïnes de roman
sont des miss , rarement des lady . Le mariage y est sous
la sauve- garde du silence et des moeurs .
Parmi les auteurs modernes qui marchent sur les pas
de Richardson , Charlotte Smith s'est fait connaître par
des productions qui lui ont acquis beaucoup de célébrité
. Elle avait déja publié l'Orpheline du château , Anna
ou l'Héritiere galloise , et l'on sait le succès qu'ont ol-
X 2
( 316 )
tenu ces deux romans . Célestine , dont nous annonçons
la traduction , est d'une conception et d'un intérêt
encore supérieurs aux deux autres . Il suffit de dire que
trois éditions ont été épuisées en cinq mois .
Lady Mortimer , devenue veuve à 30 ans , n'était occupée
que de l'éducation de ses deux enfans , George
et Mathilde . Elle était passée en France pour rétablir la
santé de son fils qui touchait à sa troisieme année , et
tandis qu'elle l'avait placé à Geneve au college de Saint-
Pierre pour y continuer ses études , elle était venue
fixer son séjour dans la charmante ville d'Hieres sur les
côtes de Provence . Pour distraire la jeune Mathilde
du départ de son frere , lady Mortimer la mit dans une
abbaye de Bernardines , où elle se lia d'une étroite intimité
avec une jolie petite fille d'environ six ans , nommée
Célestine . Elle était entrée dans ce couvent au sortir
du berceau , et l'on ne connaissait point ses parens .
Ses qualités aimables , ses graces naïves et sa jolie figure
la rendirent chere à lady Mortimer qui la prit auprès
d'elle , et l'emmena en Angleterre . Elevée avec la jeune
Mathilde , qui était à peu près du même âge , Célestine
eut les mêmes maîtres , la même éducation , mais les
progrès furent bien différens. Mathilde n'était occupée
que d'elle-même ; elle était belle , ne l'ignorait pas , et
prenait le plus de soin qu'il lui était possible pour que
les autres s'en apperçussent . Célestine au contraire avait
cultivé son coeur autant que son esprit ; elle était douce,
sensible , et sur- tout pleine de reconnaissance pour sa
bienfaitrice . George , à la figure la plus noble , la plus
imposante , joignait un esprit vif et cultivé ; ses moeurs
étaient douces , et sa sensibilité plus profonde qu'elle
n'a coutume de l'être dans les hommes de son âge . On
présame aisément que ces deux coeurs rapprochés par
les habitudes de l'enfance , par les mêmes goûts , les
mêmes sentimens , ne tarderent pas à prendre l'un pour
l'autre , sans s'en appercevoir , une inclination qui devait
rendre leur malheur ou leur bonheur communs pour le
reste de la vie .
Cependant lady Mortimer , dont la santé chancelante
s'affaiblissait de jour en jour , et qui avait pénétré ce
penchant mutuel , employa tous ses soins pour le
rompre . Sa fortune , et par conséquent celle de son fils ,
déja considérablement diminuée , venait de recevoir un
nouvel échec par la faillite d'un banquier. Elle avait
( 317 )
pour frere le comte Ossory d'une famille illustre , qui
n'avait qu'une fille destinée à hériter d'un fortune immense
. Lady Mortimer témoigna à son fils que son voeu
le plus cher , ainsi que celui de sa famille , était qu'il
épousât sa cousine ; c'était l'unique moyen de faire
passer dans sa famille les biens et les honneurs de celle
Ossory. On juge bien que cette invitation , faite d'un
ton qui annonçait que c'était une affaire convenue ,
plongea George dans la plus affreuse tristesse . Il ne
vivait que pour sa Célestine. L'état de lady Mortimer
ne fit qu'empirer ; elle mourut , et ses dernieres paroles
furent des ordres pressans à son fils de conclure incessamment
son mariage avec la fille du comte Ossory ;
elle lui avait même comme arraché le serment qu'il ne
serait jamais à Célestine.
Ce lord Ossory était un être cacochyme qui ne pouvait
vivre que dans le climat de l'Italie , où il résidait
presque habituellement. Il avait épousé la fille de son
médecin , femme adroite , intrigante , altiere , qui maitrisait
son mari . Lady Anne leur fille était une grande
brune , à grands yeux noirs , mais durs , à taille épaisse
et renforcée ; c'est à elle qu'on destinait Mortimer , et
Mortimer ne pouvait la souffrir .
Peu ce tems après la mort de lady Mortimer , Mathilde
épousa M. Moligneux , fils d'un lord irlandais.
fort riche . Elle ne songea plus qu'à satisfaire sa vanité
et son goût excessif pour les plaisirs , et trouva dans son
mari un caractere et des goûts assez conformes aux siens .
Pour Célestine , délaissée par lady Molyneux qui s'était
fancée dans le tourbillon du grand monde , elle se retira
dans une petite maison solitaire près d'Alstoise
superbe terre appartenante à Mortimer ; c'est- là qu'entierement
livrée au souvenir de sa bienfaitrice et à son
penchant pour Mortimer , elle menait dans ces lieux
sauvages une vie conforme à sa situation .
Cependant Mortimer , combattu entre son amour
pour Célestine et le respect qu'il avait pour les dernieres
intentions de sa mere , n'était ni moins malheureux
, ni moins à plaindre qu'elle . Son amour l'emporta ,
il vola auprès de Célestine , accompagné d'un de ses
amis nommé Vavasour . Cet ami , avec quelques qualités
estimables , était loin d'avoir ni la sensibilité , ni la
douceur de Mortimer. C'était un épicurien turbulent ,
impétueux , aimant le jeu , la table et les grandes aventures
. Il fut frappé de la beauté de Célestine moins
X 3
( 318 )
encore que de son ame angélique . Il détermina Mortimer
à ne point sacrifier son bonheur à de vaines considérations.
Le jour fut fixé pour son mariage avec Célestine ;
elle s'était rendue au château d'Alstone ; un vertueux
recteur des environs devait bénir leur union ; tout était
prêt , lorsque Mortimer reçoit une lettre qu'un exprès
venait d'apporter d'Excester. Mortimer sort précipitamment
, monte à cheval et disparaît... Le jour s'écoule ,
une partie de la nuit , attente vaine ; un petit billet de
Mortimer instruit William , son homme d'affaire , qu'il
ne peut retourner à Alstone . Il ignore même .... Dans
tous les cas il fait rassurer Célestine sur sa santé ,
attend William à Excester.

et
Qu'on juge de la surprise et de l'inquiétude de Célestine
. On questionne Hugues , domestique de Mortimer
, et qui avait apporté le billet ; Hugues n'avait vu
personne seulement il avait entendu dire que deux
femmes descendues dans une auberge , au milieu de la
nuit précédente , s'y étaient arrêtées ; qu'à la pointe du
jour elles avaient envoyé un exprès à Alstone , et s'étaient
tenues constamment enfermées jusqu'à l'arrivée
de son maître qui avait été introduit chez elles . William
se rend à Excester ; à son retour , son air triste , embarrassé
, fait craindre quelque funeste événement . M. Mortimer
est bien , très- bien , dit - il à Célestine , mais à voix
basse et altérée . Il m'a chargé , miss , de vous en assurer,
Il m'a autorisé à vous dire tout ce qui peut dans cette
circonstance vous être agréable . Ce discours vague jette
Célestine dans des transes plus cruelles encore ; elle
insiste , elle presse William de s'expliquer. Ou vous
me ferez part , lui dit - elle , du secret fatal que je vois
errer sur vos levres , ou j'expire à cette place . Enfin ,
William lui apprend que Mortimer est parti sans prévoir
le tems de son retour. Ce fut un coup de foudre
pour la pauvre Célestine .
Elle quitte Alstone , accepte un asyle chez le bon rec
teur Thorold qui la reçoit comme un pere dans sa
famille . Montagne , le plus jeune des fils de Thorold ,
prend au sort de l'infortunée Célestine un intérêt qui
devient bientôt une passion violente . Vavasour vient
aussi la poursuivre dans sa retraite ; sous prétexte de
l'entretenir de Mortimer , il cherche à s'emparer de sa
confiance , à lui faire oublier son amant , et l'on voit
par sa conduite et ses discours qu'il a conçu le projet
et l'espérance de le remplacer . Célestine reçoit de tems
( 319 )
en tems quelques lettres de Mortimer ; dans toutes il
l'assure de sa tendresse , mais il est question d'obstacles,
de barriere , de séparation. Vavasour lui donne à entendreque
les d'Ossoryjouent un grand rôle dans cette affaire ,
et ne lui dissimule pas que Mortimer est sur le point
d'épouser lady Anne , le bruit en est général , et Célestine
lit dans les papiers publics un paragraphe qui annonce
le départ des Ossory pour l'Italie et le mariage prochain
de Mortimer avec leur fille .
Dans l'état d'angoisse où elle se trouve , Célestine
résolue de se dérober à la passion du jeune Montagne
qu'elle ne pouvait que plaindre , et aux recherches de
Vavasour qui lui étaient devenues suspectes et importunes
, elle quitte la maison du recteur , part avec une
madame Elphinstone , belle - soeur de William , et qui
allait rejoindre son mari à l'isle de Skie , l'une des Hébrides.
La petite vérole dont les enfans de madame
Elphinstone sont atteints sur la route les oblige de s'arrêter
dans un village d'Ecosse . Là , Célestine fait connaissance
de lady Howard qui la prend en affection , lui
trouve une ressemblance frappante avec son frere mort
depuis nombre d'années , s'intéresse à ses malheurs ,
et lui offre un asyle auprès d'elle . Célestine refuse ,
poursuit sa route et arrive à l'isle de Skie .
Enfin Célestine respire . Dans ces climats âpres et
Sauvages elle peut se livrer sans contrainte à sa douleur
, à ses souvenirs , verser des larmes sur l'infidélité
de Mortimer dont elle veut douter encore , mais qui
ne lui paraît que trop réelle. Elle erre le jour , la nuit
sur les bords d'une mer Battere continuellement battue
par les tempêtes . Dans un de ces orages si terribles et
si fréquens dans les Hébrides , surprise par la nuit elle
s'égare , elle est préte à succomber de fatigue et d'effroi...
Un homme dont elle avait apperçu l'ombre dans
l'obscurité se précipite , la soutient... C'était le jeune
et infortuné Montagne qui l'avait suivie , et errait depuis
long- tems autour de sa demeure , sans oser se montrer.
Bientôt Célestine est obligée de quitter les Hébrides .
M. Elphinstone périt dans un naufrage , et cet événe
ment ramene sa veuve désolée en Angleterre . Sur la
route Célestine fait rencontre de Vavasour qui lui remet
une nouvelle lettre de Mortimer.
Ici commence à se lever le voile qui avait dérobé
la cause du départ si précipité de Mortimer à l'instant
de son mariage . Il mande à Célestine que lady Ossory ,
X 4
( 310 )
irrités des dédains de Mortimer pour sa fille , lui avait
envoyé un exprès d'Excester ; qu'arrivé dans ce lieu ,
elle lui dit qu'elle venait le sauver de l'horreur de
contracter une alliance à laquelle la nature avait mis un
obstacle invincible . Gette Célestine , lut ajouta - t- elle ,
objet de vos constantes adorations , c'est votre soeur .
Elle doit le jour à votre mere , et Ewrad qui vous a servi
de gouverneur est son pere . Mortimer entre alors dans
le détail des témoignages , dont lady Ossory avait appuyé
son récit , des recherches et des voyages sans
nombre qu'il avait fait , soit en Angleterre , soit en
France , pour découvrir la vérité qui ne lui offrait , il
est vrai , que des doutes , mais des doutes si inquiétans
qu'il est résolu de la fuir . Il termine sa lettre par lui
annoncer qu'il résigne à Vavasour le droit de la protéger
; il la remet sous la garde de cet ami , et la prie de
recevoir... son adieu .
1
Célestine désolée se réfugie chez lady Howard , où
Vavasour continue ses assiduités et devient de jour en
jour plus piessant ; le jeune Montagne toujours plus
passionné , parvient à s'introduire auprès de cette lady ,
et même à être appuyé par elle dans ses desseins . Tandis
que Célestine résiste aux instances de l'un et de l'autre ,
Mortimer erre en France , en Italie , revient en Angleterre
, poursuit infatigablement ses recherches . Plusieurs
fois vaincu par les Ossory , il est sur le point d'épouser
lady Anne mais son coeur et ses espérances le ramenent
sans cesse à sa chere Célestine . Il apprend ses
liaisons avec Montagne ; il croit qu'elle le prefere
repart de nouveau pour la France , parcourt les montagnes
des Pyrénées , c'est- là qu'enfin la fortune lasse
de le persécuter , lui procure les renseignemens qu'il
a si long tems et si vainement esperés . Ses courses le
conduisent à un château antique , appartenant à un
M. de Rochemorte de la famille des Bellegarde . Ce
vizillard long- tems enfermé à la Bastille , lui raconte
ses malheurs et le résultat de cette histoire extrêmement
touchante , lui apprend que Célestine est née du mariage
secret de la soeur de M. de Rochemorte , avec lord
Ormond , jeune anglais , ami de Rochemorte. Muni de
toutes les pieces authentiques , Mortimer revole en
Angleterre , instruit Célestine de sa naissance . Pour lors
il devient évident que la révélation de lady Ossory
n'était qu'une horrible calomnie imaginée par elle pour
rompre le mariage de son neveu ; il se trouve que lord
( 381 )
Ormond était le frere de lady Howard ; elle est ravie
de retrouver sa niece dans Célestine qui est enfin rendue
et unie au premier et unique objet de sa tendresse .
Tel est le canevas de ce Roman , dont les détails , les
incidens , les épisodes excitent le plus vif intérêt . L'intrigue
n'en est point compliquée ; les événemens enchaînés
les uns aux autres d'une maniere habile , se
développent avec facilité. Les vraisemblances y sont
bien ménagées , les caracteres bien dessinés et toujours
soutenus . Des sentimens toujours vrais , exprimés avec
grace et une délicatesse exquise ; des descriptions bril
lantes , des images douces , des peintures vives des
passions et de toutes les affections de l'ame ; tels sont les
principaux caracteres de cette nouvelle production de
Charlotte Smith. La traduction mérite les plus grands
éloges , et honore la plume de la citoyenne à laquelle
nous en sommes redevables . Elle suppose une grande,
connaissance de la langue anglaise et de la sienne
propre ; on la prendrait pour une composition origi
nale ; cet hommage est d'autant plus désintéressé de
notre part que le voile de l'anonyme dont elle s'est
enveloppée ne peut rien lai dérober de sa sincérité .
ANNONCE.
L'Abeille française . Une bonne compilation vaut mieux qu'un
onyrage médiocre . Sous ce point de vue , le citoyen Cordier a
des droits à la reconnaissance publique ; en effet , imitant
l'Abeille , il recueille dans les auteurs anciens et modernes ce
qu'il y trouve de plus propre à former le coeur aux vertus
républicaines . Les morceaux sont aux auteurs , mais le choix
mais la maniere de les lier est à lui , comme les fleurs sont
à la nature , tandis que le miel est à l'Abeille.
Nous croyons devoir recommander la lecture de ce recueil
intéressant qui a paru par numéros.
Le premier semestre formant un in- 89 . de 300 pages , se
trouve chez Gouzy Laroche , libraire , passage Honoré.
Il se vend 6 liv. pour Paris , 8 liv . pour les départemens ,
franc de port.
( 322 )
NOUVELLES
ÉTRANGERES.
+
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 27 juin 1795 .
D'APRÈS les derniers renseignemens , du 12 mai , qu'on
a sur Constantinople , il paraît qu'il y est enfin arrivé assez
de vivres pour tranquilliser le peuple et le gouvernement. Ce
qui a permis de presser avec activité l'augmentation des forces
de terre et de la marine . Les Jannissaires s'obstinent à garder
leur costume et leur tactique , et quoique ce corps ne soit
plus aussi redoutable qu'autrefois , le grand - seigneur , ne
voulant pas le heurter , lai a donné la promesse positive de
le laisser tel qu'il était . Quant aux Topigis , ou nouvelles
milices , ils ont quitté l'habit oriental , trop incommode ,
pour exécuter les évolutions militaires auxquelles ils sont
exercés par des officiers français . Les Musulmans vont se
familiariser avec ces innovations si l'on parvient à donner
de la consistance aux divers établissemens formés dans la
capitale qui consistent en écoles publiques pour tous les
genres de sciences , sur - tout pour la physique expérimentale.
"
Monsieur Verninac a notifié à la Porte le traité de paix
entre la Prusse et la République Française , que le grandseigneur
ne tardera probablement pas à reconnaître d'une
maniere solemnelle , d'après la satisfaction qu'il a témoignée
de ce traité monsieur Verninac a signalé son entrée au palais ,
de France en faisant abattre sur - le champ la statue de Louis XV
que ses prédécesseurs avaient laissé intacte dans la salle dite
du Trône ,
que
Des lettres de Copenhague , du 20 juin , annoncent i
lejeune roi de Suede , accompagné du régent , et d'une suite
nombreuse , est arrivé la veille à midi de Landscrone en Scanie ,
à bord du vaisseau amiral de l'escadre suédoise . Une heure
après le prince royal passa sur le même vaisseau où se rendirent
également le vice - amiral Kaas , commandant de l'escadre
danoise , et tous les capitaines des deux flottes . Il y
cut un dîner où l'on porta un toast au bien-être des deux
royaumes . A six heures du soir , le prince royal et le jeune
roi se séparerent .
( 325 )
Les personnes qui travaillent au déblaiement des rues incendiées
reçoivent chaque jour trois escalins . Déja les principales
rues peuvent être traversées. On abbat les murailles qui
sont restées sur pied , pour prévenir les accidens.
On avait porté très- haut le nombre des maisons brûlées : elle
se montent , d'après le dénombrement exact , à neuf cents
quarante-trois ; mais les pertes de l'état et des particuliers ,
causées par ce terrible accident , sont néanmoins extrêmes . On
porie à plus de dix millions d'écus celle en maisons et effets
appartenans à des particuliers . Le roi a établi une commission
chargée de prendre des instructions sur les causes et le résultat
de ce désastreux événement . Quinze mille habitans au moins se
trouvent sans habitations , et la plupart sans moyen de réparer
leurs
pertes .
Plus on réfléchit sur le dernier incendie , moins on se persnade
qu'il ait pu être l'effet da hasard ou de la négligence,
Sans doute , la commission nommée pour en rechercher les
canses , parviendra à saisir la trame d'un horrible complot . En
attendant , le gouvernement s'occupe sans relâche des moyens
d'améliorer le sort des victimes de cet affreux désastre . Il leur
fait distribuer gratis du pain , de la viande , de l'eau - de - vie
et de la bierre . Des maisons qui ont été consumées
neuf
cents quarante- trois étaient assurées pour 604,400 écus ; mais
les fonds d'assurance de la compagnie ne se montent pas à
cette somme , et l'on craint qu'elle ne soit réduite à faire banqueroute
.
9
1
Suivant le rapport de deux patrons de navires arrivés
de Cronstadt à Elseneur , il y avait huit vaisseaux russes et
quatre fregates prêts à appareiller , auxquels devaient se joindre
quatre vaisseaux sortisdu port de Revel . Ces forces réunies de
vaient se rendre incessamment dans le Sund . Mais on en attendait
également l'année derniere , et il n'en fut rien .
De Francfort-sur- le-Mein, le 30 juin .
Voici le vote de l'électeur de Hanovre à la diete de Ratisbonne
, que nous avions annoncé comme remarquable , en ce
que , quoiqu'il y soit question de la paix , il n'y est pas dit un
mot de l'intervention de la Prusse , vers laquelle se tournent,
pourtant aujourd'hui tous les co - états de l'Empire , doat la
plupart ne semblent plus rien attendre de la médiation de leur
chef naturel .
.
S. M. Britannique , en qualité d'électeur de Brunswick-
Lunebourg , n'a pas été dans l'idée , ainsi qu'il est connu dès
le commencement des différends avec la France , que ces dif- ,
férends seraient le motif d'une guerre d'Empire ; au contraire ,
elle a tâché de les écarter , au moyen des mesures qu'elle
( 324 )
Proposées. Après que la guerre d'Empire.eût été résolue , elle
n'a manqué en rien de remplir les devoirs auxquels elle était
tenue , comme co état de l'Empire : bien plus , par les sccours
les plus efficaces et les sacrifices les plus dispendieux ,
elle a assisté la patrie . Si le veu de S. M. a été que la guerre et
la défense de l'Empire fussent soutenue avec énergie , elle reconnoît
de même à présent que les circonstances ont pris une
tourpure différente , la justice du désir général du corps germanique
, de se voir de nouveau en possession du bien précieux
de la paix. Par son précédent surage , du 12 décembre
de l'année derniere , S. M. a déja soumis à la sagesse et à la
sollicitude de l'empereur , comme chef du corps germanique
la manière d'y parvenir , et les propositions à faire à ce sujet
aux étais assemblés ; et aujourd'hui que le décret anlique de
l'empereur sur cette matiere a été remis à la diete , S. M. Britannique
juge qu'il est de son devoir de co - état de contribuer
de son côté en tout ce qui peut servir à avancer les délibéra
tions de l'assemblée , ainsi que ses résolutions , et à remplir la
fa salutaire qu'on desire.
fi
S. M. britannique reconnaît avec gratitude la proposition
faite à la diete , par le susdit décret aulique comme étant
Complettement , et à tous égards , conforme à la constitution
et s'accordaat pleinement avec son contenu ; elle ne doute nullement
que tous ses états respectifs ne s'y réunissent simplement
, et ne prennent le parti dune paix générale de l'Empire.
Cependant , comme il est impossible que tous les objets parti
culiers qui se rapportent à cette pacification soient épuisés
dans la présente délibération comitiale , et qu'avant tout il sera
nécessaire de faire connaître préalablement à S. M. l'empereur
les sentimens de tout le corps germanique , l'on est , de la
part de S. M. britannique , en qualité d'électeur de Brunswick-
Lunebourg , d'avis qu'il convient d'abord de prier incessamment
S. M. Impériale de prendre les dispositions les plus
propres à ouvrir les négociations sur une paix générale de
I'Empire avec la France ; mais de laisser à S. M. Impériale le
tems , la maniere et l'endroit en la priant d'en informer
l'Empire le plutôt que faire se pourra . "
:
Par-tout où les corps d'émigrés passent on séjournent , les
habitans font les plaintes les plus ameres de leurs violences
et de leurs excès . On se rappelle que plusieurs états de l'Empire
oat demandé à la diete de ne les point recevoir sur leur
territoire. Dans quelques lieux , les habitans ont fermé les
portes des villes où ils devaient entrer . Aujourd'hui les habitaus
de Hanovre font les plus vives réclamations pour être débarrassés
de pareils hôtes. La lettre suivante , adressée par la
régence de Hanovre , au général Walmoden , présente le
Récit officiel de leur conduite .
( 325 )
La misere et l'oppression auxquelles les possessions de sa
majesté sont exposées de la part des régimens d'émigrés et
autres corps frame dans ce pays s'accroissent tellement et sont
parvenues à un tei degré , que nous nous trouvons nous - mêmes
dans la nécessité de faire les plus sérieuses représentations
à V. É. Les habitans de Lunebourg ont encore envoyé une
plainte juste et amere ; nous en recevons de pareilles de tous
les quartiers.
Il n'est plus possible de rien particulariser ; il n'est plus
posbe de designer le remede à des excès sans nombre ;
ca les officiers meme ne connaissent ni ordre ni discipline ,
ou du moius n'en observent point , et les habitans ne peuven't
reconnaître des hommes répandus dans ce pays ; ils
n'osent même porter des plaintes , car ces vagabonds les
menacent de mettre le feu aux villages , et de massacrer ceux
qui s'aviseront de faire de telles dénonciations.
Les mauvais traitemens et l'oppression des sujets de sa
majesté continuent toujours , ils ne sont pas payés pour ce
qu'ils fournissent ; tous les autres maux qui résultent pour
eux des mir hes et contre-marches fréquentes , sont trop
difficiles à détailler et à décrire. Non seulement les particuliers
sont exposés à toutes les insultes , mais le public
même ne jouit plus d'aucune sûreté. Les voitures publiques
sont volées sur les grandes routes ; les postes royales attaquées
avec des armes à feu , et les postillons maltraités .
A Zelle même , où est l'état-major , les habitans ne sont
pas en sûreté dans les rues . Dans les environs des lieux où
les émigrés sont en quartier , le paysan est dépouillé de ses
provisio , de ses fourages , de ses bestiaux , de ses semences ;
il ne peut plus cultiver ses champs , et on dit qu'ils seront
fourages , de sorte que nous n'avons d'autre perspective que
la disette et la misere.
Dans un tel état de choses ,, nous ne pouvons plus répondre
sa majesté d'aucun événement , tant que nous aurons ces
corps dans notre pays .
Nous devons donc insister d'une maniere positive sur ce
que les émigrés français et corps étrangers , à la solde de.
l'angle erre , reçoivent l'ordre d'évacuer sur-le-champ les:
états de sa majesté , sans exception quelconque , et de retourner
à l'armée .
D'après la lettre de V. E. , en date du 8 mars , leur séjour
ne devait être que très-court , et déja il dure depuis plus
de deux mois pour notre malheur. Il ne tient qu'à V. E.
à donner ses ordres précis pour leur marche , et nous avons
déja concerté des mesures avec le feld - maréchal Freytag
pour les forcer à se retirer , en cas que la force soit nécessaire
.
Nous espérons recevoir ce ordre de S. E. sous peu de
( 326 )
A
jours , et nous ne manquerons pas de mettre ces circonstancès
sous les yeux de V. M. , à qui nous restons très - sincerement
attachés .
Nous , le conseil privé pour les états électoraux de Brunswick-
Lunebourg de sa majesté britannique.
Signé , DE KILMANSEGG .
Des lettres de Vienne , du 15 juin , rendent compte de la
ratification et de l'échange des traités conclus entre l'Autriche
la Russie et l'Augleterre . Le premier , particulier à la Russie
et à la Grande -Bretagne , a été signé le 18 février et ratifié le 30
avril . Le second entre l'Autriche et la Russie , l'a été à Pétersbonrg
je 30 mai . Cette triple alliance est offensive et défensive :
elle a pour objet , à ce que l'on assure non seulement de prévenir
les événemens qui peuvent résulter des circonstances
actuelles , mais aussi d'établir une balance politique au moyen
de laquelle l'Europe jouisse d'une paix stable. [
Cette paix générale ne sera pas facile à établir , ' si comme on
l'a dit à Vienne , l'empereur n'y consent qu'autant qu'elle sera
fondée sur le statu quo . Il n'est guère croyable , en effet , que la
France renonce à tous les fruits de ses victoires d'ailleurs les
mouvemens militaires qui ont lieu vers les frontieres de la Pologne
ne permetteut pas à l'Autriche de se tenir toujours en
mesure sur le Rhin où les Français rassemblent journellement de
nouvelle forces , et l'on ne voit pas que la Russie et l'Angleterre
puissent beaucoup aider l'empereur à extorquer des Français
victorieux la restitution des Pays - Bas qu'on donne comme
une condition sine quâ non pour arriver à la paix .
Voici ce qu'on mande de Wetzlaer et de Brisach , à la date
du 22 juin , et certes on ne voit pas dans ces dispositions res--
pectives d'acheminement à la paix.
Les nombreux transports de vivres qui se rendent à Mayence,
et les préparatifs que l'on fait autour de cette place , annoncent
des événemens très - prochains. Le commandant de la forteresse
a demandé 16,000 palissades . Dans toutes les isles du
Rhin on dresse des batteries . Les Français disent qu'ils n'attendent
que le 7 juillet , époque à laquelle expire le délai exprimé
dans la convention avec le roi de prusse , pour chauffer
les Mayençais.
Tel est le compte que rend , de ce qu'il a vu , quelqu'un qui
vient de parcourir toute la ligne , sur la rive droite du Rhin
depuis Dusseldorf jusqu'à Brisach .
L'armée autrichienne est superbe ; mais elle paraît peu
nombieuse , je n'estime pas qu'il y ait cent mille hommes depuis
Dusseldorf jusqu'ici . Le corps d'armée de Condé , qui a
( 327 )
son quartier- général à Milhem , près de Fribourg , peut être
fort de 4 à 5 mille hommes . Je ne doute pas que les Français
ne tentent , sous peu de jours , le passage du Rhin sur plusieurs
points. J'ai même des raisons pour n'en pas douter : ils veulent
absolument avoir Mayence. Une armée considérable qu'on
évalue à 400 mille hommes , arrive entre Huningue et Colmar.
Les Autrichiens s'attendent à être attaqués . Depuis une semaine
ils sont la nuit sous les armes.
" Le feld- maréchal Clairfait vient de donner des ordres pour
faire réparer sur-le -champ toutes les routes de la Saabe. A
monpassage à Francfort, les Prussiens refuserent de laisser entrer
dans cette ville un régiment Autrichien . En passant à Muhlheim
, vis- à vis Cologne , on voit les ouvrages des Français .
Ils ont établi des têtes de pont à une distance , en arriere de
200 toises , garnies chacune au moins par 12 on 15 pieces de
canon . Les Autrichiens ont l'avantage du terrein , leur bord
dominant le fleuve .
La possibilité , l'apparence même d'une nouvelle campagne ,
est confirmée par ce qu'on mande de Guntzbourg , en date du
16 juin.
Tout le monde nous parle de paix cependant nous ne
voyons par ici que des apprêts militaires , et des apparences de
guerre. Nous avons chez nous le général d'artillerie , Unterberger
, avec un colonel , un major , trois capitaines , plusieurs
lieutenans , et un bon nombre d'artificiers , outre 300
artilleurs , qui sont en quartier , tant dans la ville qu'au dehors
.
A l'Ouest , entre le Danube et Guntz , il y a un parc d'artillerie
, où l'on compte 30 canons du calibre de 24 ; 30 autres
du calibre de 18 et de 12 ; 12 obus ; 36 mortièrs ; 6 grands
pierriers de fer , et un attirail immense qui accompagne tout
cela.
De l'autre côté est un camp pour 200 chevaux d'artillerie et
les valets .
Un peu plus bas , sur lè bord du Danube , sont entassés des
mille touneaux de farine , que l'on conduit successivement aux
magasins et dans l'intérieur de la ville , dès qu'il est possible
d'y faire de la place , on remplit tout de farine , d'avoine , de
seigle , etc.
A une bonne distance d'ici , on a élevé trois grandes hûtes ,
dont deux servent de magasins à poudre , et la troisieme de
laboratoire : tous les jours on voit des arrivages de poudre .
Derniérement il est venu quatre cents hommes pour la
garde des magasins . Ees quatre cents hommes sont tirés des
régimens de Furstemberg et de Wolfegg et appartiennent à 1
( 328 )
4º états différens : le capitaine Braun en a le commande .
ent.
L'on travaille nuit et jour à la monnoie , où cent journaliers
sont employes dans ce moment- ci , pour aider aux ouvriers
ordinaires .
Il faut avouer qu'un spectacle de ce genre n'est pas infiuiment
propre à nous faire croire à la paix.
Les Français prennent de leur côté les mesures les plus
actives pour poursuivre leur avantage . Ils font descendre de
leur camp d'Andernach un grand nombre de troupes vers le
pays de Cleves , pour établir un nouveau camp entre Nuitz
et Crewelt ; ces troupes sont remplacées par l'armée qui a
fait le blocus de Luxembourg ; Cologne en est rempli. - Ils
ont jetté l'épouvante sur la rive droite da Rhin , depuis qu'ils
ont recommencé à lancer des aérostats . Les habitans s'enfuyent
avec leurs meilleurs effets , et l'armée impériale , a ,
dit-on , déja renvoyé ses bagages et sa grosse artillerie . Oa
a reçu à Cologne , par une voie officielle , la note des menitions
trouvées par les Français dans l'imprenable forteressé
de Luxembourg qui est pourtant aujourd'hui entre leurs
mains . Voici à quoi se montent les munitions de guerre au
premier apperçu : 803 bouches à feu ; 1,033,000 livres de
poudre ; 336000 boalets ; 47000 bombes ; 14560 fusils non
compris ceux de la garnison , et le reste en proportion sauf
les vivres , dont le manque n'a pas peu contribué à la reddition
de la place , s'il n'en a été la principale cause .
On apprend que les régimens de Rohan , Hompesch et
Choiseul qui étaient cantonnés aux environs de Zelle ,
se rendent à Hoya , et doivent camper aux environs ; les
régimens de Salm , Périgord , Damas et Beon vont s'embarquer
pour l'Angleterre . On continue d'assurer que les régimens
de cavalerie émigrés , se joindront au corps de Condé .
Les Français continuent avec activité leurs travaux au fort
du Rbin près de Manheim ; ils ont pratiqué des casemates
pour se mettre à couvert de la bombe .
Le cordon impérial des environs de la vallée d'Ehrenbreitstein
doit être porté à 28000 hommes , et l'on attend les régimens de
Klebeck et de Callemberg , ainsi que les hussards de Blanksenstein
.
Les Impériaux cat de nouveau préparé leurs pantons , et
sur la rive gauche les Français ont recommencé depuis le
19 à mettre la main à de nouveaux ouvragės vis - à - vis de
Stamheim.
RÉPUBLIQUE
( 329 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE DOULCET.
Séance de septiḍi , 17 Messidor.
Il y a eu hier soir une séance extraordinaire pour le renonvellement
du burzu Dosicet a été nommé president. Les
se rétaires sont Villars , Villiers et Sallengros.
Blad et Tallien , envoyés extraordinairement dans les dépar
tem, de l'Ouest , et dont on attendait des dépêches , écrivent
d'Alençon , qu'ils ont invité le général Dubayet de s'y rendre
pour conférer avec lui sur l'état de l'alinée et les départemens
environnans . Ge general leur a rendu le compte le plus satisfaisant.
La République vient de remporter une nouvelle victoire
sur les chouans , dans le district de Châteauneuf ; le nummė
Coquercan , celui de ieurs chef, qui ciait le plus reatuté ,
a été tué , ainsi que son aide - de- camp , par un volontaire
nommé François , hussard au 11. regiment. La teneur est
parmi eux , et Lout lait espérer qu'avec de l'ensemble dans les
mesures , ces departem ny ne tardercat pas d'être purges de
cene horde de briganda , et que si les émigrés et les Anglais
se présentent sur nos côtes , ils y tres vont la mort.
Le general Dubayet écrit en même tems , et fait pa t des
ava.lages que nous avons remporté sur les chouans , dans
les districts de Château - Gontier , Laval et Mayenne .
Rovere , au nom du comité de sûreté gén rule , annonce
qu'il y a quelque effervescence dans les départemens du
Midi , et que Pordre public y est trouble . Le comité a pense
que la Convention en decretant le rappel des representans
en
mission , n'a pas voulu s'interdire la faculte d'en envoyer
lorsque les circonstances le demanderaient. I propose eu
son nom , l'envoi de Boursant dans le departement de Vau
cluse ; Durand Maillane , dans celui du Var , et Guerin , Jans
celui des Bouches - du Rhôre . Leur mis : ion consiste a à rétablir.
Poide , épurer les autorites constituées et organiser la garde ,
nationale . Décrité.
Suite de la discussion de l'acte constitutionnel.
Dannou, rapporteur : La commission des onze s'est occupée
de l'article relatif à la liberté de la presse que vous aviez
renvoyée à son examen . Pour concilier toutes les opinions
Tome XVI spinions ,
1
( 330 )
A
1
elle s'est décidée à emprunter de la déclaration des droits de
l'Assemblée constituante , cet article qu'elle vous presente ainsi
conçu :
Tout homme est libre de manifester sa pensée et ses opinions
par la voie de la presse ou autrement , sauf à répondre
des abus de cette liberté dans les cas déterminés par la
loi.
Tout homme est libre dans l'exercice de son calte .
Cette rédaction est adoptée , et elle formera deux articles .
L'article V l'est également en ces termes :
L'égalité consiste en ce que la loi doit être la même pour
tons , soit qu'elle protege , soit qu'elle puisse .
L'article VI du projet portait : La loi est l'expression de
la volonté générale. Ce qui n'est pas défendu par la loi ne
peut être empêché ; nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle
n'ordonne pas .
Mailhe propose une autre rédaction que voici : La loi est
la volonté générale exprimée par la majorité des citoyens
qu'elle doit regir ou par leurs représentans constitutionnelle- ment élus .
Merlin de Douay trouve qu'elle n'est pas assez générale
, et il observe que ce n'est pas la déclaration des droits.
des Français seulement , mais de tous les peuples qui aspirent
à la liberté que la Convention veut faire . Il vote pour
la rédaction de la commission . ,
Lanjuinais dit que celle de Mailhe convient à tous les peuples
qui auront un gouvernement représentatif ; mais qu'il faut
substituer au mot constitutionnellement, celui de légitimement.
Elle est adoptée avec cet amendement . La seconde partie
reste intacte .
Les articles VII , VIII et IX sont décrétés comme il suit :
70. La sûreté consiste dans l'action de tous pour garantir
à chacun la jouissance et la conservation de ses droits .
8. Nul ne peut être appellé en justice , accusé , arrêté ,
ni détenu , que dans les cas déterminés par la loi et selon
les formes qu'elle a preserites ; tout citoyen appellé ou saisi
par l'autorité de la loi , doit obéir a l'instant .
9º . Ceux qui sollicitent , expédient , signent , exécutent ou
font exécuter des actes arbitraires , sont coupables et doivent
être punis.
L'article X a éprouvé une légere discussion . Il est ainsi
conçu :
Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait
été légalement déclaré coupable , toute rigueur qui ne serait
pas nécessaire pour s'assurer de la personne d'un prévenu doit
être séverement réprimée par la loi.
Jean- de- Brie dit qu'il est incomplet , qu'il ne suffit pas d'in-
´terdire toute rigueur inutile envers un homme qui n'est pas
( 331 )
condamné ; que celui qui l'est appartient encore à l'humanité
et doit être respecté.
Lanjuinais approuve la pensée de Jean-de - Brie . Il en própose
la rédaction de cette maniere :
Toute rigueur non nécessaire , soit envers un prévenu , soit
envers un coupable , doit être séverement réprimée .
Elle est adoptee.
Les articles suivans l'ont été également en ces termes :
X. Nul ne doit être jugé ni puni qu'après avoir été entenda
ou légalement appellé.
XI. Aucune loi criminelle ni civile ne peut avoir d'effet rétroactif.
XII. La loi ne doit décerner que des peines strictement nécessaires
. Les peines doivent être proportiones aux délits .
XIII. Le droit de propriété est celui de jouir et de disposer
de ses biens , de ses revenus , du fruit de son travail et de son
industrie .
XIV. Tout homme peut engager son tems et ses services .
mais il ne peut se vendre ni être vendu ; sa personne n'est pas
une propriété aliénable .
XV. Nul ne peut être privé de sa propriété sans son consentement
, si ce n'est lorsque la nécessité publique légalement
constatée l'exige , et sous la préalable condition d'une juste
indemnité.
XVI . La souveraineté réside essentiellement dans l'universalité
des citoyens ; elle est une , indivisible , imprescriptible ,
inaliénable .
XVII . Nul individu et nulle réunion partielle de citoyen
ne peuvent s'attribuer la souveraineté . Nul ne peut , sans une
délégation légale , exercer aucune autorité , ni remplir aucune
fonction publique.
XVIII. Chaque citoyen a un droit égal de concourir , immédiatement
ou médiatement , à la formation de la loi , à la nomination
des représentans du peuple et des fonctionnaires publics.
XIX. La garantie sociale ne peut exister , si la division des
pouvoirs n'est pas établie , si leurs linese sont pas fixées ,
et si la responsabilité des fonctionnaires publics n'est pas
assurée .
XX. Les fonctionnaires publics ne peuvent devenir la pro-.
priété de ceux qui les exercent.
XXI. Les citoyens ont le droit d'adresser des pétitions aux
dépositaires de l'autorité publique .
Fermond s'étonne de ne pas voir dans la déclaration des
droits cet article si important qu'on lisait dans les deux précédentes
:
Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ,
Il invite le rapporteur à instruire la Convention des motifs
Y &
( 33 )
qui ont pu déterminer la comission à supprimer cet article .
Daunou a répondu qu'il avait páru à la commission que
cette maxime tai : suffisamment exprimée dans l'article II ,
et qu'il pourrait d'ailleurs prêter à une discussion longue et
délicare .
t
Lanjainais appuie Daunou. Il rappelle que ce furent Pétion
etlui qui freetni adopter cet article , afin d'attaquer jusques dans
ses fondemeus le préjugé de la noblesse , et que son extinc
tion le rend à présent inutile.
Garan Coulon réplique qu'il faut les établir précisément par
le of donné par Lanjuiuais , et que la noblesse n'est pas si
loin de nous qu'on ne doive pas lui ôter tout espoir , et qu'il
faut d'ailleurs empêcher que l'esclavage ne reprenne dans les
colonies , et bien pénétrer les hommes de cette vérite , qu ils
soutons égaux , quelle que soit la couleur de leur peau.
L'article proposé par Fermont est adopté à l'unanimité .
Leer , article de la constitution a été ensuite adopte en cès
termes ;
La République Française est une et indivisible . L'universalite
des citoyens français est le souverain .
Daunou a lo , su nom de la commission , un projet de déclaration
des devoirs de l'homme et du citoyen , dont la discussion
est ajournee à nonidí .
Séance d'eclidi , 18 Messidor.
Molvau instruit l'Assemblée que les frais d'impression des
débats dans l'affaire des colonies , entre les accusateurs et les
accusés , loin de s'ciever à deux millions , comme on l'a dit ,
ne montent pas à plus de 51 mille livres . Comme ces débats
doivent jetter le plus grand jour sur cette affaire , et qu'ils sout
sur le poin d'être terminés , il fait déciéter qu'ils continueront
d'être imprimes .
Joseph Lebon paraît à la tribune , et répond au chef d'accusation
relatif à l'influence qu'il exerçait sur les jurés d'a uibunal
d'Airas. Le rapport dit qu il exerçait cette influence ,
19. En logeant avec lui sous le même toît , en nourrissant à
da table , et aux frais de la République , les jages , les jurés et
l'exécuteur du tribunal révolutionnaire de Cambrai ;
2º . En annonçant d'avance aux citoyens qui étaient zaɛsem -
bles dans les sociétés populaires , la mort de ceux qu'il envoyait
aux tribunaux d'Arras et de Cambrai ;
3º . En assistant aux séances du tribunal révolutionnaire .
d'Arias , où il se plaçait sur des banquettes en face des jures ;
4. En censurant amerement , en présence du peuple , les
jures et les juges qui acquittaient les prévenus dont il avait
annoncé la mort ;
30. En prononçant la destitution , l'incarcération et même
( 333 )
la traduction au comité de sûreté générale , des jurés et des juges
qui avaient acquitté quelques prévenus ;
6. En faisant arrêter les défenseurs officieux qui embrassaient
avec chaleur la défense de leurs cliens , quoiqu'il les
reconnût d'ailleurs pour bons citoyens ;
70. En se faisant apporter chaque jour les actes d'accusation
qui étaient rédigés par le tribunal ('Arras ;
t
80. En faisant lire aux jurés de ce tribunal , immédiatemeur
après l'acte d'accusation , un arrêté dans lequel il semblait lega
indiquer les accusés qu'ils pouvaient absoudre , et ceux qu'il
devaient condamner,
Le préveny est entré dans de longs développemens sur les
jugemens de ce tribunal , dans l'objet d'établir que tous ceux
qui y avaient été traduits avalentéte jugės , acquittés ou con •
damnés legalement. Sa détense a continué de porter sur sa
soumission aux ordres qu'il recevait , et son zele pour l'execution
des lois qui existaient alors . il est même su pris de n'en
avoir pas fait davantage . Il a éte ce que les decrets de la Convention
lui commandaient d'être . Ces décrets étaient terribles , et
il a pâli plusieurs fois devant eux .
Qu'on ne m'avilisse pas a til dit : des journalistes m'on
fait parler comme si je craignais la mort ; non , je ne ctains
que l'opprobre . J'admirais les royalistes , quand ils moutaight
à l'échafaud avec courage . Quand ils criaient vive la voi ! près
de recevoir la mo ; je les plaignais seulement d'avoir embrassé
ane si coupable cause . Et Lebon ne crierait pas jusqu'au
dernier instant : Vive la République vive la liberté ! vive la
Convention ! :
C'est la terreur , a dit ensuite Lehon , qui a perdu les patriotes
: jusque là nous avions été fermes envers les aristocrates
qui nous mep.isaient ; mais menacés par des tois cifrayantes ,
ils commencerent à caresser les patriores ; les nus céderent
par faiblesse , d'autres par humanité ; on répugnah à cxécuter
de parailles loix , et sur- tout si longtemps.
" Au reste , je suis je resterai tonjours le même ; j'ai mais
ma tête en jen en 1789 ; le danger était inconnu à la brêche .
J'a été ce qu'on voulu tes tois , et es lo is étaient tecribies,
J'ai voulu être conséquent je lai été , je m'en applaudis.
Socrate ne s'enrôla-t il pas por marcher an siège de Pantide
? il blâmait certe expédition ; mais une fois enrôle , il fit
son devoir.
Approuvai-je toutes les mesures qu'on prenait ? nom ; mais
une fois décretees , je les aurais tait exécuter , quand j'eusse
eté menace de vingt morts .
Et ce Régulus , le regarderai je comme un imécille , quand
il va se faire moudre à Carthagx ; il repousse sa femme , il re-
Y S
( 334 )
pousse ses enfans ? Quel homme atroce devant la nature ! mais
quel citoyen sublime !
J'ai soutenu les lois avant le 9 thermidor , non parce qu'elles
étaient révolutionnaires , terribles , sanglantes , mais parce
que c'étaient des lois .
Si les émigrés siegeaient à votre place , je ne prendrais pas
la peine de me defendre , je leur dirais : envoyez- moi à l'échafaud
, j'y ai envoyé vos pareils , chacun son tour ; mais
je suis au milieu d'hommes justes . J'ai pardonné aux hommes
consequens et probes , j'espère que vous me pardonnerez aussi ;
car j'ai été conséquent , mais enflammé par l'effervescence générale
des opinions comme tant d'autres .
Il termine en invoquant le témoignage d'Oudet qui l'a
connu à Beaune pendant plusieurs années . Oudot répond que
Lebon passait pour un des plus chauds patriotes de la société
populaire de cette ville , qu'il était oratorien , qu'on ne lui
faisait aucun reproche sur ses moeurs et sa probité ; mais qu'il
a un caractere violent , qu'il montra tout entier dans une
querelle qu'il eut avec les membres de la congrégation de
l'oratoire qui gouvernaient le collège de Beaune.
Séance de nonidi , 19 Messidor.
1
Suile de la discussion sur l'acte constitutionnel .
Daunou , au nom de la commission des onze , fait lecture
du projet de déclaration des devoirs de l'homme et du citoyen.
Ils consistent à ne pas faire aux autres ce qu'on ne voxdrait
pas qu'on nous fit ; à faire à ses semblables tout le
bien qu'on desirerait qu'il fût fait à soi- même ; à obéir aux
lois et aux autorités constituées ; sacrifier ses intérêts personnels
à l'intérêt public ; se dévouer avec zele à la défense
de la patrie , et travailler à sa prospérité . La discussion en
est ajournée.
Lauthenas demande qu'on entende la lecture de quelques
observations de Thomas Payne sur le plan de constitution .
Lanjainais et quelques autres membres s'y opposent. Ils
ne veulent pas qu'on dérange l'ordre de la discussion , et disent
que la priorité ayant été accordée au plan de la commission,
il ne doit être permis de la critiquer que article par article .
Après quelques débats , la parole est accordée à Thomas
Payne , qui ne sachant pas parler français , fait lire son opinion
par un des secrétaires .
Les persécutions que j'ai éprouvées , dit- il , n'ont rien
changé à mes principes . Je vous ai fait distribuer an écrit intitulé
, Dissertation sur les premiers principes du gouvernement , où
j'ai développé mes idées sur l'apparence rétrograde des vrais
principes de liberté que présente le plan de la commission
des onze.
( 335 )
" J'observe en ontre qu'il ne réunit pas tout le peuple de
France à la révolution . Une constitution doit avoir deux parties
, les principes et l'organisation .
t
(
Il faut que l'organisation réponde aux principes , et qu'il
n'y ait aucune contradiction entre ces deux points. Cependant
l'article de la constitution , portant que tout homme né
et residant en France , qui a demeuré pendant une année sur
le territoire de la République , et qui paie ane contribution
directe quelconque , fonciere ou personnelle , est citoyen
français ; cet article est une violation des trois premiers articles
de la déclaration des droits , portant que tous les hommes
restent égaux en droits .
Cet article rétablit l'inégalité ; il laisse le droit de cité ,
flottant ; il éteint l'enthousiasme pour ne mettre à la place que
l'intérêt personnel .
" Je demande le renvoi du plan à une nouvelle commission ,
pour le rapprocher de la déclaration des droits aves laquelle il
est en contradiction . "
On demande d'une part l'impression du discours de Payne ,
et l'on s'y oppose de l'autre .
Charlier observe que la Convention ne yeut ni la royauté ,
ni une republique aristocratique , et qu'il ne voit pas pourquoi
on rejetterait l'impression de ce discours .
Dauncul semblerait à entendre Charlier que votre commission
vous a présenté une constitution aristocratique ; mai
où vast on chercher de l'aristocratie là où il n'y a aucun.
distinction attachée ni à la naissance , ni aux places , ni aux
richesses. Daunou est applaudi , et la Conventien passe
l'ordre du jour motive sur ce que chaque membre a droit de
faire imprimer ses opinions .
La division du territoire de la République devient le suje
de la discussion .
Merlin de Douay ) trouve qu'il y aurait de la précipitation
à vouloir fixer le nombre des départemens , parce qu'on ignor
si les pays conquis resteront ou non à la France . Laréveil
lere Lépaux peuse au contraire que la division proposée n
préjuge rien à cet égard , La nomenclature telle qu'elle était
dans la constitution précédente est adoptée .
L'article relatif aux limites des départemens est ensuite
décrété sans discussion .
L'art. III portant que chaque département est divisé en
cantons et chaque canton en communes éprouve plusieurs
contradictions . Il me semble bien étrange , a dit Boissyd'Anglas
, qu'on prétende que dix mille municipalités de
canton seront plus dispendieuses que cinq ou six cents
districts et quarante huit mille municipalités qui existent
aujourd'hui et qui entravent sans cesse la marche
du gouvernement. Fermont appuie la suppression des di-
·
Y 4
( 336 )
tricts comme très ntile , et entraînant celle des tribunaux de
districts , ce qui fera une grande économie dans la situation
actuelle des finances .
Parmi les membres , les ans demandent à aller aux voix ,
les autres l'ajournement où la question préalable . L'Assemblée
est consultée , et les épreuves sent douteuses . La Convention
se détermine à renvoyer à primedi pour prononcer
sur cette question .
Séance de décadi , 20 Mescidor .
" Delaunay ( d'Angers. ) au nom du comité de sûreté
gi.
nérale , fait de creter que le nomme Maché , Irlandais de uation
, sera traduit devant la commission militaire pour y être
jogé. Cet individu qui a été élevé à Paris au collège de Sainte-
Barbe , qui s'est ensuite fait prêtre et a vicarié à Bordeaux , est
sorti de France au commencement de la révolation , il vient d'y
rentrer sous un nom emprunté et avec de faux passe- ports
dans l'objet de servir d'espion à l'Angleterre . Le motif apparent
de son voyage était de vendre des draps à la République
, il n'est pas le seul que l'Angleterre ait voi sur nos
côtes ; mais les comités surveillent tous ces étrangers , payes
pour blamer contes ic's operations de la Convention ,, efforcent
de les faire échouer et activer l'agiotage auquel ils
président,
Portiez ( de l'Oise ) an nom du comité d'instruction publique ,
fait un rapport sut la célébration de la fête qui aura lieu le
9 themidor prochain , pour l'auniversaire de la chute des
1 demande la suppression du procès- tyrans. verbal des journées
du 31 mai , 1 et 2 juin , comme contenant des fans
'faux et calomaienx , et que le président dans un discours au
peuple rappelle anx citoyens tous les manx que la tyrannie leur
a fait souffrir. Le plan de la fête qu'il propose në differe pas ,
au surplus , de ceux que la Convention a précédemmeut
décrétés
Ce projet sera imprimé et la discussion en est ajournée.
Fermond , au nom du comité de saint public , rend compte
de la descente effectuée par ies Anglais à-Quiberon le 8 de ve
mois . On en compre environ dix mille , tant hommes que
femmes , prêtres , enfans ou domestiques . Le commandant de
l'escadre anglaise a fait sommer , au nom de Louis XVII , le
commandant de Belle - Isle de se rendre . Celui - ci a répondu
qu'i ne connoissait point de Louis XVII , et qu'il avait de
l'artillerie et des munitions de guerre et de bouche . Les dispositions
qui ont été faites pour se défendre vigoureusement
sont très rassurantes . Fons les habitans sont devenus soldats.
Les femmes , elles- mênes , travaillent aux fortifications .
Doulcer , au nom du même comité , donne lccture d'une lettre
du général en chef de l'armée des côtes de Cherbourg , qui
( 337 )
porte que nous continuons de battre les chouans dans les départemens
de Maine et Loire et de la Mayenne , et que plusieurs
communes enn insurrection depuis long- tens , demandent
à rentrer sous l'obéissance . Applaudi .
On reprend l'affaire de Joseph Lebon .
Pierret observe que le prévenu n'a encore répondu a aucune
des incuipations qui lui sont faites , qui a parlé beaucoup
de ses services , de ses vertus , de son humanité , et n'a pas
dit un mot des crimes qu'on lui reproche . Il demande que la
Convention décrete qu'il se renfermera dans sa défense , et
répondra à chaque article d'accusation à mesure que le rapporteur
de la commission en fra lecture. Cette proposition
est d'abord accueillie par un decret ; mais Lebou prétend qu'il
ne peut préciser sa defense , parce qu'il est privé de ses pièces
justificatives . Il en accuse Gufroy . Celui ci répond qu'il a eu
communication de toutes les pieces qui sent au pouvoir de ia
commission . L'accusé réplique ' , que puisqu'il reclame inutile
ment ses papiers , il renonce à se défendre , et s'abandonné à
tout ce que voudra la Convention . Goupilleau craint qu'une
pareille maniere de se défendre ne jette de l'odieux sur l'asemblee
, et demande au prévenu de répondre s'il est vrai qu'il ait
envoyé un citoyen acquitte , devant le même tribunal , pour
être jugé sur le même fait .
Lebon : I est bien loin de ma pensée de vouloir jeter de
l'odieux sur la Convention . Je répondrai done comme je pourrai
, n'ayant pas de pieces . Lebon parle d'abord de la modicité
des depenses de son tribunal , et de ses propres dépenses ; des
formes que suivaient leses jages avant de prononcer ; et l'on me
reproche , dit-il , de les avoir influences ! S'il y a eu influence ,
c'est sur mon sort. On dit que j'ai eu à ma table , à Arras , l'exécureur
des jugemens criminels . Le fait est vrai ; mais cela n'est
arrive qu'une fois . C'etait l'exécutem attache a tribunal crimine
! du département , il venait de Cambray , i voyageait avec
s juges ; et avait coutume de manger avec eux . Ainsi ce qui
m'est arrivé par hazard et par circonstance , m'est imputé , et
cependant on ne le reproché point à d'autres collègues qui l'ont
disaient-ils fait babituellement par principe , et dans la vue ,
de detruire un préjuge , et d'encourager un fo ctionnaire
utile . La discussion est ajournée .
les
Séance de primedi , 21 Messider.
4
Savary , au nom du comité de législation , présente un projet
de décret sur les rentes perpétuelles . On dem nde la priorité
pour le rapporteur de la commission des onze .
Un autre membre demande qu'au moins on suspende provi--
soirement le remboursement des rentes perpétuelles , parce
qu'en payant avec des assignats discrélités on ruine ceux
qu'on rembourse ; mais Charles Lacroix craint que cette me(
338 )
qure n'anéantisse le crédit public , et il demande l'ajourne
ment. Il est décrété
Daunou , rapporteur de la commission des onze , fixé l'attention
de l'Assemblée sur la question de la suppression des
districts , il déclare qu'après un sérieux examen elle s'est de
nouveau convaincue de la nécessité de les supprimer. Il en
développe les avantages . La solidité du gouvernement s'accroit ,
dit - il , quand les autorités sont plus respectées , quand . leur
subordination est mieux garantie , quand leur action devient
plus directe et moins compliquée ; or , voilà le résultat qu'on
obtiendra en supprimant les districts.
D'abord , les autorités seront plus respectées , quand elles
seront moins nombreuses , elles seront mieux subordonnées
et plus concordantes ; c'est leur multiplicité qui les avilit ,
qui fait qu'elles se croissent , se gênent , et que les affaires
ne marchent pas ; rien ne se fait bien , rien ne se fait vite
rien ne se finit .
L'amendement relatif aux districts est rejetté , et l'article
adopté , ainsi que tout le premier titre de la division du territoire
.
Boissy, au nom du comité de salut public , lit la ratification
donnée par le roi de Prusse , an dernier traité du
28 floréal ; elle sera imprimée et affichée .
Le même rapporteur dénonce les menées des ennemis de
la République , qui font circuler en Allemagne qu'il y a
des articles secrets , conclus avec le roi de Prusse , dont
il résulterait que la France est disposée à abandonner la répu
blique batave , et que le roi de Prusse pourrait en occuper les
principales villes .
Il est bon , a dit Boissy , de déclarer que ces manoeuvres
nous sont connues , et personne n'en sera dupe .
au bulletin.
-- Insertion
Le rapporteur lit l'article Ier , du titre II , portant : que tout
homme né et résident en France , qui âgé de 21 ans accomplis
s'est fait inscrire sur les registres civiques de son canton , qui a
demeuré depuis pendant une année sur le territoire de la Répu
blique , et qui paye une contribution directe quelconque , fonciere
ou personnelle est citoyen Français . Sont citoyens Français
, sans aucune condition de contribution , les Français qui
ont fait une ou plusieurs campagnes pour la liberté .
Lanjuinais demande la parole pour l'appuyer , et dit que
c'est à juste titre qu'on a proscrit toute distinction entre les
eitoyens ; mais qu'il ne faut pas de fausses interprétations du
mot égalité , et en abesant , comme on l'a fait si souvent de
ce principe , prétendre que ceux qui n'ont ni domicile , ni
moyen d'existence doivent entrer dans les assemblées primaires
et y dominer à cause de leur grand nombre . Un citoyen s'interresse
au maintien de l'ordre et à la conservation des pro(
339 )
priétés lorsqu'ilen a une quelconque. Il en est autrement s'il ne
posséde rien , et il n'est guère touche que du besoin du désordre ,
pour se procurer ses moyens de subsistance . Cette théorie dé
veloppée par Lanj inais paraissait trouver quelques contradicteurs
. Beissy d'Anglas ne l'imagine pas ; mais Goyomard lui
déclare qu'il se trompe , et se propose de combattre l'article.
La continuation de la discussion est renvoyée à tridi prochain.
PARIS. Quartidi , 24 Messidor , 3. année de la République.
C'est au moment où les Anglais ont vomi sur nos côtes
un mélange d'Hessois et d'émigrés , que les ennemis de
la liberté et de la révolution remuent , s'agitent et recommencent
à travailler le peuple qui a moins besoin
que jamais d'être distrait de ses travaux habituels. C'est
déjouer ces misérables complots que d'engager les bons
citoyens à se mettre en garde contre ceux qui les pré
parent. C'est dans cette vue que le comité de sûreté
générale a publié la proclamation suivante.
" Le comité de sûreté générale est instruit que les ennemis
de la République veulent encore agiter cette grande come
mune ; les partisans de l'anarchie et da pillage renouvellent
leurs discours séditieux ; ces hommes coupables cherchent
semer l'esprit de révolte. Des étrangers circulent dans plu
sieurs quartiers de Paris ils ont distribué des assignats à
quelques citoyens que leur situation présente et le malheur
des circonstances peuvent rendre faciles à égarer . Des femmes
on voula persuader aux hommes de se porter aux prisons dans
les intentions les plus criminelles . Le comité de sûreté géné
rale avertit les bons citoyens , de se méfier des pieges qu'on
ne cesse de leur tendre ; il les invite à signaler courageusement
les factieux. Il déclare en même tems que , fort de son
devoir , fort du courage et des principes de la Convention
nationale , il a pris des mesures vigoureuses pour maintenir
la sûreté des personnes et des propriétés , pour comprimer
des anarchistes de toute espece . I déclare qu'il est tems que
la loi regne seule , et que tous ceux qui veulent la violer
'seront séverement punis . „
Signés , J. B. Genevois , président ; M. J. Chénier , J. S.
Rovere , Bailly , Mariette , Lomont , Pierret , Sevestre , Bergoing .
Bailleul , P. Guyomard , P. M. Delaunay , Kervelegan.
On a célébré le 16 de ce mois , chez le ministre plénipotentiaire
des Etats-Unis de l'Amérique., J. Monroe , l'anniver
( 340 )
1
saire de l'indépendance américaiue .. Américains , Français ,
Bataves , ainsi que les ministres des puissances mentres , réanis
à une table d'environ 200 couverts , au milieu de laquelle
Bottaient les drapeaux unis de l'Amérique et de la France , ont
pris part à cette fête .
Le civisme , l'ordre , la concorde et l'harmonie qui y présidaient
, ont offert le tablean intéressant d'une famille unie .
Une musique harmonicuse a joue , pendant le repas et à la
fin de chaque toast , des airs patriotiques et an logues à la
fête .
Les toasts suivans out été portés avec cette sensibilité et
cet enthousiasme qui caractérisent les vrats amis de la liberté
et de l'égalité .
10. Le 4 juillet.
2º. Les Etats-Unis de l'Amérique.
30. La République Française .
4. Les puissances amies des Etats -Unis et de la Républiqué
Française . Puissent l'amitié et l'harmonie qui subsistent entre
elles n'être jamais interrompues !
5° . Le président des Etats Unis de l'Amérique et le congrès
des Etats - Unis de l'Ameriqué .
6. La Convention nationale de France . Puisse-t- elle achever
sa longue , importante et périlleuse carriere , en établi
saut une constitution sur des principes de sagesse , de liberté
el d'égalité , et assurer , jusqu'à la postérité la plus reculée ,
Fiadépendance et le boch ur du Peuple Français !
70, La liberté des mers .
8. Les phalanges intrépides de la République Française.
Puissent les vertaeux citoyens qui les composent jouir , dans
la retraite et au sein d'une patrie reconnaissante et généreuse ,
des fruits pricieux de cene liberté que leurs illustres travaux
et leurs victoires éclatantes ont justement merités !
9. La mémoire de ceux qui ont combatu et qui sont morts
en defendant leur pays et la liberté publique . Puissent des
Lamiers ombrager lenis ombeaux , et leurs services vivre à
jamais dans les coeurs d'une posterite reconnaissance !
10° . L'agricolture .
1. Le commerce .
12. La justice , l'humanite et la probité . Paissent ces grands
principes caractériser à jamais les conseils des gouvernement
libres !
13º . Les sciences , les arts et les hommes distingués qui en
sonries plus beaux ornemens .
14° . Le beau sexe des deux hémispheres .
15º , Ceux de nos compatriotes et de nos amis qui sont
assembles en Amérique ou ailleurs , pour celebier cet anniversaire
si important dans les annales de notre pays.
Ar moment où l'on a porté le toast nº . 5 , 20 président
( 341 )
des Etats-Unis , et an congres des Etats - Unis , le ministre
américain y . a repondu de suite par le toast n.6 , à la Convention
nationale de France , etc. etc. elc.
Aussi-tôt les convives des deux nations se sont donnés ,
par des embrassemens mutuels , le gage des sentimens qui
doivent éternellement les unir , et la fête s'est terminée par
air , Où peut on être mieux qu'au sein de sa famille !
Il est affreux que les papiers publics et les lettres
particulieres ne retentissent depuis deux mois que de
massacres et d'égorgemens dans les départemens du
Midi , et que l'on n'ait pas encore pris des mesures efficaces
pour faire cesser ces horribles boucheries mille
fois plus contre- révolutionnaires que des conspirations
Ouvertes contre le gouvernement . Si l'on avait besoin
d être excité par des renseignemens nouveaux , on les
trouverait dans les lettres suivantes .
A U RÉDACTEUR.
Paris , ce 18 messidor , an 3 .
L'horrible systême des massacres est toujours existant dans
le Midi , sur- tout dans les départemens formant la ci - devant
Provence . Il n'est peut être pas de petites communes qui ne
soit le thâne de quelques scenes sanglantes .
A Tarascon , on avait une fois forcé les prisons , égorgé les
détenus , qu'on précipitat ensuite dans le Rhône , qui baigue
les murs de la prison . Cet acte barbare s'est renouvellé le 3 de
ce mois ; 50 ou 60 détenus ont péri .
50 ans 9 pere
Ou m'écrit qu'à Sisteron , le citoyen Breissard , âgé de
de trois enfans , a été enterré vivant , et ensuite
mis sur la liste des émigres , et cet infortuné avait été jugé et
acquitté par le tribunal de district.
ADigne , ou a vu aussi des égorgemens exécutés sur des citoyens
as quittés par des tribunaux.
Rien n'eg ale la fureur qui anime une secte de citoyens dans
ces contrées . Je ne finitais pas , si je voulais vous dire tout ca
qu'on n'a mande en ce genre .
Arles , quoi qu'on en dise , n'a pas été le theâtre de secues
sanglantes ; mais là , tout ce qui a pu aimer et servir la révolution
est ou emprisonne ou en fuite ; on n'a pas même épargne
les patriotes fédéralistes , girondins , modérés , etc. tout
est enveloppé , jusqu'à ceux qui , le 8 floréal avaient dé .
noncé à Maignet les agens de Robespierre , et qui , " pour cette
dénonciation , furent traduits au tribunal d'Orange.

Signe B.... d , employé de la République , à Paris.
( 348 )
Autre lettre du même.

Paris 19 messidor , an 3e .
9
Une nouvelle lettre que j'ai reçue hier de Nîmes , m'apprend
que les massacres ne discontinuent pas à Tarascon , qu'il y en
a eu pendant toute la premiere décade de ce mois , et qu'on
évalue le nombre des hommes , femmes et enfans qui ont péri ,
à 5 ou 600. On ajoute même qu'au moment où on écrit , ces
horreurs n'ont pas fini . Le Rhône n'a rien à reprocher à
la Loire : ses rivages jusqu'à la mer sont couverts de
cadavres qui servent de pâture aux animaux . Ouy a reconnu
une femme attachée avec son enfant . Ma main se refuse à
copier , citoyen , toutes les horreurs qu'on me raconte . J'en
ai pourtant fait copie que j'ai remise hier soir au comită de
şûreté geuérale ...... On me confirme que nul assassinat n'a
encore en lieu à Arles mais que les prisons reçoivent sans
relâche de nouveaux hôtes . Les patriotes les plus vrais et les
plus dignes sont de ce nombre, Le citoyen Magnan , d'Arles ,
capitaine de navire , a été emprisonne comme terroriste et
agent de Robespierre , lui qui , parti vers le milieu de 1792 ,
fait prisonnier par les Espagnols , et échangé par notre gouvernement
, n'est rentré en France , après avoir perdu son
navire et sa fortune , qu'en mars 1795 , vieux syle.
Signé , B.... d.
Les couriers arriérés depuis onze jours , de Brest , de Rennes
et de Vannes , sont arrivés avant- hier ; mais comme les dépêches
ne vont que jusqu'au 9 de ce mois , elles n'ont donné
aucun détail officiel sur la fameuse descente des émigrés ,
joints à quelques régimens hessois . Nous allons done prendre
dans quelques lettres particulieres des détails sur lesquels nos
lecteurs doivent s'arrêter avec précaution .
Il paraît que le combat saval eut lieu le 5 , et que plusieurs
de nos bâtimens farent jettes à la côte , soit par le
gros tems , soit par le feu ennemi , et que l'escadre se replia
sous le canon de l'Orient , après avoir perdu trois vaisseaux .
Le 7 , le débarquement commença à la pointe de Quiberon
et continua jusqu'au 11. On croit que le nombre d'hommes
débarqués ne s'éleve pas à vingt mille , comme on l'avait
d'abord cru , et qu'il consiste seulement en huit ou dix mille
hommes , rassemblés depuis deux mois à Guernesey .
Ces troupes se sont emparées de la commune de Crach
à une lieue d'Auray , et s'y sont établies sous le commande
ment de MM . d'Autichamp et d'Hector ; ce dernier qui a
commandé long- tems à Brest , a , dit- on , accueilli et incorporé
aux émigrés et aux Hessois plusieurs matelots des bâti1543
)
mens , jettés à la côte lors du combat du 5. On ajoute que
l'escadre anglaise qui avait relâche dans la baie de Quiberon
avec plusieurs bâtimens de transport , a regagné le large , et n'a
laissé que cinq vaisseaux dans cette baie .
Au premier bruit de cet événement , toutes les routes dus
Morbihan se sont couvertes de républicains qui se rendeat à
Vannes pour couvrir ce chef-lieu du département. Le général
Hoche , à la tête d'un corps de 1500 hommes , était parti de
Vannes pour se rendre à Auray ; mais on croit qu'à peu de
distance ce corps a été attaqué par un parti de chouans qui
s'était mis en embuscade ; qu'il ne s'est pas avancé davantage
, avant de mieux connaitre les forces de l'ennemi . Le
général Hoche a fait retirer de Vannes le département et les
autorités constituées . Cet événement donne lieu de croire
que
la pacification perfide des chouans convrait une intelligence,
secrete entr'eux et les émigres qui ont débarqué .
Le commandant de l'escadre anglaise après le combat du 5 ,
a fait sommer , le 8 , le commandant du fort de Belle - Isle
comme on le lit dans la lettre suivante datée de ce fort le 9 .
"
L'escadre angi ise est mouillée à deux lieues de Belle isle
Hier 8 , le général qui commande cette escadie envoya ici un
parlementaire , pour nous sommer de nous rendie et de recone
Daître Louis XVIII pour notre roi . L'officier anglais chargé
de cette mission , descendit à terre et fut conduit chez le
général Boucret qui commande cette isle , et nous dit qu'on
leur avait rapporté que nous n'avions que pour deux jours de
vivres , et qu'il était chargé de la part du roi son maire , d'engager
notre général de rendre l'isle , qu'il serait bien récompensé
, et que le roi lui donnerait une place honorable . Le
général Boucret répondit par écrit à cet officier , qu'il avait
juré de mourir républicain , qu'il commandait des hommes
qui , comme lui , avaient fait ce serment , et que tous mourraient
à leur poste avant que les esclaves anglais eussent
Beile-Isle en leur possession , et qu'il eût de suite à porter sa
réponse au roi son maître . Nous attendons actuellement la
suite de cette réponse ; nons sommes tous disposés à nous
défendre jusqu'à la derniere extremite . "
Une autre lettre du 16 , écrite par le commandant des armées
dans les ports de Nantes et de Paimbeuf, annonce qu'un bâti
ment américain chargé de farine et de riz est entré à Belle - Isle
ainsi que quelques navires chargés de vivres qu'on y a fait
passer , ce qui assure sur le sort de cette place confiée à de
braves gens , et où tous les habitans , les femmes mêmes , ont
pris les armes pour sa défense.
Les Anglais , en tentant cette incursion sur le territoire de
la République , ont été certainement abusés sur les chouans
qu'il comptaient être en mesure de se joindre à enx' ; mais
mne lettre du général Aubert du Bayet , qui commande en
( 344 )
chef l'armée , des côtes de Cherbourg , porte que dans son
arrondissement les rebelles de l'Ouest sont constamment
battus ; et d'autres lettres ajoutent que les mêmes succès ont
lieu dans différentes parties des départemens livrés à la fureur
de ces brigands ; de sorte qu'incessamment ils vont se trouver
assaillis de toutes parts , ainsi que les émigrés débarqués , et
par la partie de l'armee da Nord qui arrive dans ces dépar
temens , et par ies detachemens qu'on y a envoyés du corps
de réserve campé au Tiou - d'Enfer , auprès de Marly , et par
les gardes nationales des départemens voisins qui volent à la
défense de leurs foyers.
Un trait qu'il convient de conserver , c'est celui du général
Lebley , qui , après avoir vaincu une horde de chouans, a
fait prendre les chevaux qu'its avaient enlevés aux malheu
reux habitans du canton de Soulaire , et les a fait rendre aux
propriétaires . A Laval , à Château Gontie an château de
Serchet , divers avantages ont été remportés sur les rebelles ,
qui demandent à rentrer sous les lois de la République ; de
sorte que la coalition de leurs chefs avec les Anglais et les
émigrés est deja dissoute en partie.
Quelques fregates anglaises se sont présentées à l'entrée de
la riviere de Paimboeuf , et un convoi de bâtimens qui allait en
soutir est remonté de manière à se mettre à l'abri de toute
attaque.
Toutes les dispositions faites pour repousser l'ennemi`semblent
indiquer que cette entreprise n'aura pas plus de succès
que celle qu'il fit dans la guerre de 1756 sur Saint- Cast , où
il perdit beaucoup de monde. Il reste à desirer que le fort
de Belle-Isle tienne jusqu'à ce qu'il puisse être secouru ;
poste est important pour faciliter les communications entre
Brest et Rochefort , et on ne doute pas , que les troupes répu
blicaines ne m'etient tout en usage pour le conservér.
ce
P. S. Dans la séance du 23 messidor , on a continué la
discussion de la constitution .
3
Oq a fait une loi qui oblige les étrangers qui sont en France
d'en sortir sous trois jours .
Le général Hoche a écrit en date du 16 messidor , que déja
trois fois les troupes de la République avaient battu l'ennemi
debarqué sur nos côtes ; elles ont bivaqué à deux lieues de
lui ; l'armée se rassemblait , et au moment où l'Assemblee a
reçu cette lette , la panic a dû Care vengée .
( No. 60. )
MERCURE FRANÇAIS .
DÉCADI 30 MESSIDOR , Pan troisieme de la République.
( Samedi 18 Juillet 1795 , vieux style . )
Explication de la Charade du n° . 59 .
Le mot de la Charade est Pinson .
Реч Гем : 13
SCIENCE S. GÉOLOGIE.
THEORIE DE LA TERRE , par Jean - Claude de la Metherie.
Trois volumes in - 8 ° . Prix , 45 liv . broché , et 50 liv . franc
de port par la poste: A Paris , chez Maradan , libraire ,
rue du Cimetiere - St. - André - des - Arcs , nº . 9. L'an III . de
la République ( 1795 vieux style ) .
Qu
peut être pas encore assez avancées pour donner une
théorie complette de notre globe , néanmoins la masse
des faits qu'ont recueillis les observateurs est si considé- '
rable , qu'il est différentes parties sur lesquelles on peut
prononcer avec certitude. On a des probabilités satisfaisantes
sur plusieurs autres. Quelques - unes enfin
exigent de nouveaux faits , de nouvelles observations ,
de nouvelles expériences ..
UOIQUE nos connaissances , dit l'auteur , ne soient
" Un philosophe , ami de la vérité , qui d'après ces
données écrira l'histoire de la terre , en distinguant soigneusement
les faits avérés , ceux qui sont probables , et
ceux qui sont encore douteux , pourra avancer la science .
Les observateurs confirmeront les faits avérés , vérifieront
ceux qui sont probables ou douteux , et leur marche
sera plus sûre . ",
Tel est le but que s'est proposé le citoyen la Métherie
dans cet ouvrage ; telle est la marche qu'il a suivie pour
Y atteindre . Nul n'était plus capable que lui d offrir auxsavans
des résultats profonds et lumineux . Les mémoires
nombreux dont il a enrichi le Journal de Physique , sup- "
posent des connaissances très-étendues et un esprit d'ob-
Tome XVI. Ꮓ
( 346 )
J
servation et d'analyse propre à les acquérir. Il avait déja
publié en 1778 , dans ses principes de la philosophie natu- .
velle , des essais sur la matiere à laquelle il donne aujour
d'hui un plus grand développement. Mais depuis ce
tems , la masse des faits a augmenté ; plusieurs savans
géologues ont publié leurs observations , et ont donné
leurs opinions . La chymie a porté le flambeau de l'analyse
sur un plus grand nombre de substances . Toutes
les parties de la minéralogie ont été perfectionnées .
Enfin , les discussions savantes qui se sont élevées depuis
quelques années sur cette matiere l'ont éclaircie .
C'est dans toutes ces sources que l'auteur a puisé , pour
donner un nouvel appui à ses premieres idées.
La principale base de sa théorie repose sur une vérité
qui lui paraît démontrée , c'est que la formation de l'univers
entier , et de notre globe en particulier , s'est faite
cristallisation générale . Les par affinités que suivent
toutes les matieres minérales dans leurs arrangemens ,
les formes régulieres qu'elles affectent constamment en
sont des preuves incontestables . Cette cristallisation .
suppose la double action des eaux et du feu . Par une
conséquence nécessaire , il faut que les eauxient couvert
tout le globe , et qu'elles aient surpassé les plus
hautes montagnes d'une quantité considérable ; car la
masse des minéraux qui ont été dissous , et le volume
de dissolvans que chacun d'eux exige , prouvent que les
eaux ont dû s'élever à une grande hauteur.
Ce systéme qui fait tout sortir du sein des eaux était
celui des anciens Egyptiens , qui nous a été transmis
par Moyse , par Thales et quelques autres philosophes.
Les eaux , disaient les anciens sages , couvraient d'abord
tout le globe : elles diminuerent ensuite et pénétrerent
dans les abymes ou casernes ; alors parurent les continens
, et furent produits les végétaux et les animaux.
Ils ajoutaient que ces eaux pouvaient, sortir de ces
abîmes en différentes occasions ; qu'elles produisaient
des déluges , et qu'enfin ces eaux disparaîtraient de
dessus la surface de la terre , et que le globe s'embrâserait
. Cette doctrine avait passé des Egyptiens chez les
Grecs , et des Grecs chez les Romains . On la retrouve
dans Homere , dans Hésiode , dans Orphée , dans Ovide ,
tantôt sous l'allégorie de Vénus sortant du sein des
mers , tantôt sous celle de l'Océan , pere des dieux et
des hommes.
Une autre opinion était très - répandue dans l'Aşi
( 347 )
c'était celle des Brames qui croyaient que le feu avait
d'abord embrâsé la terre . Cette doctrine paraît avoir été
celle de Zerd - Hust ou Zoroastre et des Mages . Elle fut
ensuite soutenue par les Stoïciens et plusieurs autres
philosophes de la Grece . Elle a été renouvellée dans
ces derniers tems par Descartes , par Leibnitz , par
Buffon , etc.
Cet ouvrage est divisé en deux parties principales .
La premiere traite de chaque substance minérale en
particulier , et en donne l histoire et l'analyse chymique .
La seconde partie , fondée sur les notions précédentes ,
traite des phénomenes généraux . L'auteur cherche à y
expliquer la formation particuliere et générale des différentes
substances minérales , pour remonter ensuite à
celle du globe lui - même . On sent que cet ouvrage n'est
pas susceptible d'une analyse suivie ; car il est lui- même
le résultat de l'analyse de tout ce que les savans ont
écrit sur cette matiere : on en peut juger par les différens
systêmes sur la théorie de la terre ; l'auteur en rapporte
jusqu'à vingt - six depuis les Egyptiens jusqu'à
nous. La méthode qu'il a suivie est celle des géomêtres ;
il marche de propositions en propositions , et celles
qu'il a une fois établies lui servent de point d'appui
pour en établir de nouvelles . Les savans et les naturalistes
sauront gré au citoyen de la Metherie de n'avoir
point été détourné de ses travaux , de ses veilles , par
les secousses et les agitations politiques au milieu desquelles
il a vécu . On regrette que la crainte de donner
trop d'étendue à son ouvrage l'ait empêché d'ajouter une
troisieme partie , dans laquelle il se proposait de rassembler
tous les faits et toutes les observations qui devaient
servir de confirmation et de pieces justificatives de ceux
qu'il y a rapportés . On ne doit pas appréhender d'être
long , quand on épargne aux amateurs des sciences
naturelles des recherches immenses et des travaux pénibles
.
( 348 )
PHILOSOPHIE POLITIQUE
LETTRE A UN AMI , ou CONSIDÉRATIONS POLITIQUES
PHILOSOPHIQUES
ET RELIGIEUSES SUR LA RÉVOLUTION
FRANÇAISE , etc. Brochure in -8 ° . de 83 pages . Prix , liv.
A Paris , chez Louvet , libraire , palais Egalité ; chez Cuchet,
rue Serpente , et chez les marchands de nouveautés.
ONa
Na beaucoup écrit sur les événemens partiels de la
révolution , et il est probable que l'on écrira davantage
à mesure que les passions assoupies permettront à l'histoire
d'en recueillir paisiblement les faits , et d'en contempler
les résultats . Mais jusqu'à ce moment aucun
auteur n'a considéré la révolution française , sous les
rapports indiqués dans la brochure que nous annonçons.
Ce ne sont ni les causes , ni les effets physiques
et matériels que l'auteur entreprend d'écrire . Il s'élance
dans une sphere plus élevée , et il croit voir la Providence
se manifester à tous les pas que fait notre étonnante
révolution .
66
Je crois , dit- il en commençant , que sa main équitable
a eu pour objet de détruire les abus qui avaient
infecté l'ancien gouvernement de France dans toutes ses
parties abus parmi lesquels l'ambition des prêtres et
leurs sacrileges malversations ont tenu le premier rang.
Je crois qu'après avoir extirpé ces abus si majeurs ,
la Providence donnera au Peuple Français , et par la
suite à bien d'autres peuples , des jours de lumiere et
de paix dont nos pensées ne peuvent peut- être pas
encore évaluer tout le prix.
,, Enfin , je crois qu'elle a eu pour but de laver l'esprit
de l'homme de toutes les taches dont il se souille
journellement dans sa ténébreuse apathie , et dont il
n'aurait pas la force de se purifier lui même , si elle
le laissait à ses propres moyens et aux débiles efforts de
son infirme volonté . "
Ces réflexions que l'auteur appelle à la fois politiques ,
philosophiques et religieuses , l'ont fréquemment occupé
pendant les six années de la crise où nous sommes
encore . Le moment lui paraît venu de les mettre en
ordre et de les publier. L'idée d'une Providence diri(
349 )
geant les événemens humains dans les voies inconnues
de sa sagesse , est en effet une idée grande et consolatrice
à présenter aux hommes , au milieu des fureurs et
des passions qui n'ont cessé de les détourner des
vérités morales qui leur auraient épargné bien des
crimes si elles eussent été mieux empreintes dans tous
les coeurs. Il n'est personne qui , pénétré de la conviction
intime de l'existence d'une cause premiere , n'ait
été tenté , à la vue de tant d'horreurs accumulées en si
peu de tems sur l'espece humaine , d'accuser cette cause
dindifférence , si l'on n'était convaincu que ses moyens
ne sont jamais plus près du succès que lorsqu'il les dérobe
à la faible humanité. Sous ce point de vue , l'écrit
de l'auteur est un appel à l'espérance , et quand il ne
produirait d'autre effet que d'adoucir les haings , et de
ramener les hommes à des principes de justice , d'ordre
et de vertu trop long- tems méconnus , ses intentions
n'en seraient pas moins dignes d'estime .
Les idées morales et religieuses que développe l'auteur
ne sont point celles que les prêtres de toutes les
religions , et sur- tout de la religion romaine , ont fait
circuler sur la terre ; on le voit aisément à la sainte
colere dont il s'arme contre eux et aux reproches véhémens
qu'il leur adresse . Il paraît que ses idées tiennent
à des principes plus épurés et à un systême de philosophie
qui exclut toutes les vanités et toutes les erreurs.
sacerdotales. Quel est ce systême ? c'est ce qu'il seraie
difficile d'expliquer d'une maniere claire et positive ;
car l'auteur en écrivant à son ami suppose que tous les.
lecteurs sont dans leur confidence , et il s'en faut que
tous arent cet avantage. Tout ce que nous avons pu
entrevoir au milieu du style beaucoup trop allégorique
de l'auteur , c'est que notre étonnante révolution a
pour objet de nous faire recouvrer à nous , et successivement
à bien d'autres peuples , le véritable usage de
nos facultés , et de dévoiler aux nations ce but sublime
qui intéresse la société humaine toute entiere , et em
brasse l'homme sous tous les rapports . Aussi , ajoute
Fauteur , l'oeil philosophique goûte un secret plaisir de
voir notre gouvernement faire tourner comme de luimême
l'institution nationale du côté des moeurs , sans
lesquelles il n'y a point de société naturelle ; la loi vers
F'égalité et la justice universelle , sans lesquelles il n'y
a point de société civile ; la raison vers un être suprême
dont le coeur de l'homme est reconnu publiquement
Z. 3
13509
pour être le vrai temple , parce que sans cet être suprême
il n'y aurait point d'association naturelle , civile ou
politique qui fût solide , puisqu'il n'y aurait point de
sagesse , point de justice et point de puissance. ",
Ceux qui ont lu le livre des erreurs et de la vérité ,
et le tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu ,
l'homme et l'univers , reconnaîtront aisément que ces considérations
sont de la même main . Ce n'est sûrement pas
un motif de les rendre bien recommandables aux yeux
des profanes ; mais il est probable que les initiés seront
très - empressés de les lire , et l'on prétend que ces initiés
sont plus nombreux qu'on ne pense . En voilà assez sans
doute pour assurer le succès de cette brochure ,
laquelle nous ne sommes pas assez initiés nous - mêmes
pour porter aucun jugement.
sur
VARIÉTÉ.
MAXIMES détachées extraites des manuscrits de CHAMPFORT.
CHAMPFORT a peu écrit ; mais ce peu est marqué au
coin de l'esprit , de la grace , de la finesse et du goût.
On sait qu'il avait l'habitude de jetter sur de petites
feuilles volantes le premier trait de sa pensée , avant
de la remanier. Les amateurs recherchent ces premiers
jets comme ils recherchent les croquis d'un grand maître .
C'est à ce titre que nous insérons ces maximes dans un
journal qui a compté long- tems Champfort au nombre
de ses co -opérateurs .
" Le monde physique parait l'ouvrage d'un être puissant
et bon , qui a été obligé d'abandonner à un être
malfaisant l'exécution d'une partie de son plan ; mais
le monde moral paraît être le produit des caprices d'un
diable devenu fou .
,, Ceux qui ne donnent que leur parole pour garant
d'une assertion qui reçoit sa force de ses preuves , ressemblent
à cet homme qui disait : J'ai l'honneur de vous
assurer que la terre tourne autour du soleil .
,, Dans les grandes choses , les hommes se montrent
comme il convient de se montrer ; dans les petites , ils
se montrent comme ils sont..
( 351 )
Qu'e! -ce qu'un philosophe ? s'est un homme qui
oppose la nature à la loi , la raison à l'usage , sa conscience
à l'opinion , et son jugement à l'erreur.
Au lieu de vouloir corriger les hommes de certains
travers insupportables à la société , il aurait fallu corriger
la faiblesse de ceux qui les souffrent.
" Quelqu'un disait que la providence était le nom de
baptême du hasard ; quelque dévot dira que le hasard
est un sobriquet de la providence .
Il y a des hommes qui ont le besoin de primer ,
de s'élever au-dessus des autres , à quelque prix que ce
puisse être. Tout leur est égal , pourvu qu'ils soient en
évidence ; sur des tréteaux de charlatan , sur un théâtre ,
un trône , un échafaud , ils seront toujours bien , pourvu
qu'ils attirent les yeux.
" Les fléaux physiques et les calamités de la nature
humaine sont rendu la société nécessaire . La société a
ajouté aux malheurs de la nature . Les inconvéniens de
la société ont amené la nécessité du gouvernement , et
le gouvernement ajoute aux malheurs de la société . Voilà
l'histoire de la nature humaine .
La plus perdue de toutes les journées est celle où
l'on n'a pas ri .
Quand on veut devenir philosophe , il ne faut pas
se rebuter des premieres découvertes affligeantes qu'on
fait dans la connaissance des hommes . Il faut , pour les
connaître , triompher du mécontentement qu'ils donnent ,
comme l'anatomiste triomphe de la nature , de ses organes
et de son dégoût , pour devenir habile dans son
art .
Il en est de la valeur des hommes , comme de celle
des diamans , qui , à une certaine mesure de grosseur ,
de pureté , de perfection , ont un prix fixe et marqué ,
mais qui , par- delà cette mesure , restent sans prix , et
ne trouvent point d'acheteurs .
Le public ne croit point à la pureté de certaines
vertus et de certains sentimens ; et en général le public
ne peut guere s'élever qu'à des idées basses .
L'espérance n'est qu'un charlatan qui nous trompe
sans cesse. Et pour moi , le bonheur n'a commencé que
lorsque je l'ai eu perdue . Je méttrais volontiers sur la
porte du paradis le vers que le Dante a mis sur celle de
l'enfer:
Lasciate ogni Speranza , voi ch'entrate .
Z4
( 352 )
• Quand on veut éviter d'être charlatan , il faut fuir
les tréteaux ; car si l'on y monte , on est bien forcé d'être
charlatan , sans quoi l'assemblée vous jette des pierres .
Je ne conçois pas de sagesse sans défiance . L'écriture
a dit que le commencement de la sagesse était
la crainte de Dieu ; moi je crois que c'est la crainte des
hommes.
99
" Les méchans font quelquefois de bonnes actions .
On dirait qu ils veulent voir s'il est vrai que cela fasse
autant de plaisir que le prétendent les honnêtes gens.
" Voulez-vous voir à quel point chaque état de la
société corrompt les hommes ? Examinez ce qu'ils sont
quand ils en ont éprouvé plus long-tems l'influence ,
c'est-à-dire dans la vieillesse . Voyez ce que c'est qu'un
vieux courtisan , un vieux prêtre , un vieux juge , un
vieux procureur , un vieux chirurgien , etc.
,, Célébrité : lavantage d'être connu de ceux qui ne
vous connaissent pas.

" Ceux qui rapportent tout à l'opinion ressemblent à
ces comédiens qui jouent mal pour être applaudis
quand le goût du public est mauvais . Quelques - uns
auraient le moyen de bien jouer , si le goût du public
était hon. L'honnête homme joue son rôle le mieux qu'il
peut , sans songer à la galerie .
,, Il y a une sorte de plaisir attaché au courage qui
se met au- dessus de la fortune . Mépriser l'argent , c'est
détrôner un roi . Il y a du ragoût .
" J'ai souvent remarqué dans mes lectures que le
premier mouvement de ceux qui ont fait quelqu'action
héro que , qui se sont livrés à quelqu'impression généreuse
, qui ont sauvé des infortunės , couru quelque
grand risque , et procuré quelque grand avantage , soit
au public , soit à des particuliers ; jai , dis -je , remarqué
que leur premier mouvement a été de refuser la récompense
qu'on leur offrait . Ce sentiment s'est trouvé dans
le coeur des hommes les plus indigens et de la derniere
classe du peuple . Quel est donc cet instinct moral qui
apprend à l'homme sans éducation que la récompense
de ces actions est dans le coeur de celui qui les a faites ?
Il semble qu'en nous les payant on nous les ôte .
" Il y a plus de fous que de sages ; et dans le sage
même , il y a plus de folie que de sagesse.
" Quand on soutient que les gens les moins sensibles
sont , à tout prendre , les plus heureux , je me rappelle
le proverbe indien : Il vaut mieux être assis que debout ,
( 353 )
être couché qu'assis ; mais il vaut mieux être mort que
tout cela .
" L'entêtement représente le caractere , à- peu - près
comme le tempérament représente l'amour.
" Amour , folie aimable ; ambition , sottise sérieuse .
Le changement de mode est l'impôt que l industrie
du pauvre met sur la vanité du riche .
" N'est- ce pas une chose plaisante de considérer que
la gloire de plusieurs grands hommes soit d'avoir employé
leur vie entiere à combattre des préjugés ou des
sottises qui font pitié , et qui semblaient ne devoir jamais
entrer dans une tête humaine ? La gloire de Bayle , par
exemple , est d'avoir montré ce qu'il y a d'absurde dans
les subtilités philosophiques et scholastiques qui feraient
lever les épaules à un payson du Gâtinois , doué d'un
grand sens naturel. Celle de Locke , d'avoir prouvė
qu'on ne doit point parler sans s'entendre , ni croire
entendre ce qu'on n'entend pas . Celle de plusieurs philosophes
, d'avoir composé de gros livres contre des
idées superstitieuses qui feraient fuir , avec mépris , un
sauvage du Canada. Celle de Montesquieu , et de quelques
auteurs avant lui , d'avoir ( en respectant une foule
de préjugés misérables ) laissé entrevoir que les gouver
nans sont faits pour les gouvernés , et non les gouvernes
pour les gouvernans . Si le rêve des philosophes qui
croient au perfectionnement de la société , s'accomplit ,
que dira la postérité de voir qu'il ait fallu tant d'efforts
pour arriver à des résultats si simples et si naturels ?
Celui qui veut trop faire dépendre son bonheur de
sa raison , qui le soumet à l'examen , qui chicane , pour
ainsi dire , ses jouissances , et n'admet que des plaisirs
délicats , finit par n'en plus avoir. C'est un homme qui ,
à force de faire carder son matelas , le voit diminuer ,
et finit par coucher sur la dure .
99
Quand on a été bien tourmenté , bien fatigué par
sa propre sensibilité , on s'apperçoit qu'il faut vivre au
jour le jour , oublier beaucoup ; enfin , éponger la vie à
mesure qu'elle s'écoule . ",
( 354 )
NOUVELLES ÉTRANGERES,
Lis
ALLEMAGNE,
De Hambourg , le 2 juillet 1795 .
+
Es nouvelles de Pologne sont très - multipliées , mais trèscontradictoires
, de sorte qu'il est impossible de rien conjec-
Auer sur le sort futur de ce pays . Il paraîtraît , d'après les
derniers avis de Grodno , qu'il doit recouvrer au moins une
partie de son existence politique , puisque Stanislas , suivant
ces mêmes avis , ne tardera pas de retou ner à Varsovie , D'an
autre côté , on renouvelle le bruit que la couronne y sera rendue
a son indépendance , mais mise sur la tête d'un prince
de la maison impériale de Russie , arrangement auquel l'Autriche
pourrait consentir , mais qui ne conviendrait sûrement
ni à la Pologne , ni à la Porte Ottomane , ni même aux cabinets
de Stockholm et de Copenhague qu'il faut compter pour
quelque chose , et même pour beaucoup dans la tonraure que
prendront les affaires du nord de l'Europe.
Ce qu'il y a de certain , c'est que la princesse Louise , fille
du prince Ferdinand de Prusse , épouse le prince Antoine
Radziwill ; les fiançailles ont été célébrées le 18 juin à Berlin.
On voit dans cette alliance d'une aussi proche parente du roi
avec un Polonais une intention bien marquee de s'attacher ,
par tous les moyens possibles , les habitans de la contrée
qui lui est échue en partage , et qui lui restera : il a besoin
de cet attachement , à s'en rapporter à des lettres de Varsovie
qui s'expriment ainsi :
Si l'on en croit tous les bruits , le plus violent orage gronde
dans le Nord , et la Russie est sur le point de déclarer la
guerre à la Prusse . Ce qui peut donner du crédit à ces bruits ,
c'est qu'une gazette allemande vient de publier une espece
de manifeste de l'impératrice , où cette princesse expose des
griefs dont le redressement pourrait nécessiter des combats .
Au reste , il n'y a encore rien d'officiel sur cet article , et
l'incertitude doit durer jusqu'à ce que cette piece ait acquis
un certain degré d'authenticité.
L'union entre la Russic et l'Autriche , ou pour mieux dire
l'espece de ligue de ces deux puissances contre la Prusse
semble se ressreer depuis quelque tems , suivant ce que portent
des lettres de la même ville , du 14 juin .
( 355 )
L'impératrice a envoyé un ordre au collège de guerre à
Saint- Pétersbourg , de mettre trois grandes armées en campagne
; une dans les environs de Varsovie , une autre près
de Bizesz , et une troisieme près de Chelm . L'objet de ces
dispositions n'est pas encore connu . A Lublin on dispose tout
pour y établir la chancellerie de de
guerre et campagne ;
la Gallicie les Autrichiens grossissent considérablement , mais
principalement ils renforcent leur cordon sur les frontieres
de la Pologne . Leurs divers mouvemens semblent indiquer
qu'ils se proposent de former un camp.
dans
Le général comte d'Arensberg . qui était au quartier à
Opotow , s'est transporté avec une brigade à Tornow , où il
se trouve beaucoup de troupes . Il a laissé à Opotow le géné
ral major Heister.
La nouvelle la plus importante , parce qu'elle semble faire
voir suspendus au- dessus de nos têtes de nouveaux foudres
c'est que le général commandant autrichien est parti pour le
camp russe de Chelm , où devaient se tenir des conférences
particulieres entre les généraux , pour combiner les opérations
des deux armées et concerter les positions nécessaires pour
la correspondance et la réunion des deux armées .
"
I
Des avis de Konigsberg parlent d'un corps de troupes prussiennes
dont les dispositions annoncent qu'elles vont camper sur
- les frontieres de la Courlande : on serait tenté d'en induire
que les cabinets de Pétersbourg et de Berlin ne sont point
d'accord relativement à ce duché , qui vient de passer sous la
souveraineté de la Russie. On sait aussi par la voie de la Prusse
méridionale , que les troupes prussiennes sont retranchées en
assez grand nombre aux environs de Lowicz , et que les
troupes russes campées en plusieurs endroits en deçà de
Varsovie , ont établi leurs avant -postes vis - à- vis du camp des
Prussiens .
On a répandu le bruit que la forteresse turque de Belgrade
avait été prise par assaut par les rebelles de la Servie . Voici
les circonstances qu'on rapporte de cet évenement . Ces troupes
défendaient Belgrade lorsque la conquête en fut faite par Laudon
. Lors de la restitution de cette place , après le traité de
Sistow , on y mit une garnison de troupes qui ne l'avaient
point défendue . Les premieres demanderent à être rétablies
dans leur ancienne garnison . Elles ne furent point écoutées ;
et pour appuyer le refus , on prit des précautions capables
d'en imposer aux mécoutens . Ceux - ci s'assemblerent sur les
frontieres de Bosnie , résolus d'exiger par la force ce qu'ils
n'avaient pu obtenir par priere . Réunis au nombre de 10,000 ,
ils se sont portés vers Belgrade , l'ont attaquée , l'ont canonnée
, l'ont prise d'assaut , et ont massacré inhumainement la
plus grande partie de la garnison . འ་ ་ ་ .
( 356 )
1
De Francfort-sur-le -Mein , le 5 juillet.
On écrit de Vienne que le départ du vice -président du cone
seil aulique , comte de Bartenstein , a été différé au moment
même où l'on croyait qu'il allait avoir lieu , et au grand chagrin
de tous les gens sensés qui , sentant le besoin que
l'Auriche
a de la paix , la desirent vivement. Comme ce retard
coincide avec l'arrivée d'un courier de Pétersbourg , porteur
de la ratification de la triple alliance entre l'Autriche , la
Russie et la Grande - Bretagne , on ne doute plus aujourd'hui
que ce ne soient ces deux puissances , et particulierement
P'Angleterre , qui aient éloigné l'Autriche de la paix .
Au reste , l'ambitieuse et fière maison d'Autriche paraît
devoir finir par porter , presque à elle seule , le poids de
cette guerre , où ses maneuvres ont jetté les états du corps
germanique pour en faire les instrumens de sa haine et de
ses vues d'aggrandissement. Tous les efforts de sa politique
échouent aujourd'hui et tournent contre elle - même .
comme
Pendaút que l'Empire est encore en guerre contre la France ,
plusieurs de ses principaux membres ont déja déclaré qu'ils
ne fourniraient plus de contingent , et ne concourraient plus
à la prestation des mois romaius , consentie par eux anté
rieurerement ; mais sur- tout Frédéric - Guillaume acquiert en
Allemagne une prépondérance fatale à l'empereur. La majorité
des états a réclamé l'intervention du roi de Prusse pour
négocier la paix avec la République . Il n'est pas sans doute
indifferent de remarquer que l'oncle de l'empereur , l'électeur
de Cologne , a été un des premiers à se ranger à cet
avis . Depuis encore , dans les suffrages qu'il a émis ,
évêque de Munster , on trouve des reproches , très claire ,
ment articulés , contre la conduite de la cour de Vienne
et au contraire un long éloge de la cour de Berlin . Il y est
dit entr'autres Que S. A. E. de Cologne , en qualité
de prince - évêque de Munster , a rempli durant la guerre ,
avec la plus exacte fidélité , ses devoirs de co - états ; que
même , pour éviter d'entrer dans tout autre engagement , elle
a renoncé aux traités de subside les plus avantageux , et
rappellé ses troupes , mais que les pays de Munster ont été
abandonnés de la maniere la plus opinée par le corps de troupes
impériales qui avait été posté , durant tout l'hiver , sur le
Bas - Rhin , et qui les avait ci-devant défendu avec tant de
gloire , que ce n'est qu'à la prompie - approche de l'armée
prussienne que Munster est redevable de son salut. Ce
n'est, est-il ajouté , que la présence dos troupes prussiennes
accoutumées à vaincre , le bon ordre et la discipline qu'elles
ent observés dans le pays , et la ligne de démarcation qu'elles
ont tirée , de concert avec les Français , pour la formation de
-up
( 357 )

leur cordon ; ce ne sont que ces démarches et cette conduite
des troupes prussiennes qui ont procuré an pays de Munster ,
sans qu'il y ait contribué lui - même , un repos que S. A. E. vou
drait non- seulement lui assurer pour l'avenir , mais aussi voir
s'étendre à tous ses co- états , par des voies légales . "
Le cabinet de Vienne semble au reste avoir conçu une ex•
trême jalousie contre celui de Berlin . Dans les premiers jouts
de ce mois , le co - commissaire impérial à la diete de Ratisbonne
, de concert avec le ministre archiducal d'Autriche , fit
la déclaration suivante :
Sa majesté l'empereur s'attend que dans l'avis de l'Empire
, actuellement en délibération , l'influence de sa majesté
prussienne ne sera pas aggrandie , et qu'il n'y sera fait aucune
mention de satisfaction sur les vues qu'elle a ouvertes pour
parvenir à la paix , ni de remerciemens à faire à cǝ sujet :
expressions qui mettraient sa majesté impériale dans le cas
d'approuver et de louer , si elle ratifiait cet avis , une paix
faite individuellement par un membre de l'Empire , sans
la participation du corps entier , par conséquent contre la
constitution germanique . "
L'oncle de l'empereur n'est point la dupe de ce prétendu
zele de son neveu pour le maintien de la constitution germanique.
Il n'y voit que ce qu'il y a en effet , la crainte de
perdre son influence , influence que l'Autriche travaille depuis
plus d'un siecle à augmenter d'une maniere effrayante , les
différens princes de cette maison se léguant successivement
le projet que presque tous , ont essayé de réaliser , et qu'on
croit que François II lui - même a dernierement remis en
avant , de reunir la Baviere aux autres possessions qui lui
donnent déja une si grande prépondérance .
On a remarqué dans le suffrage de l'électeur de Cologne ,
comme grand maître de l'ordre Teutonique , les expresisons
suivantes : Que S. A. E, voyait avec peine par la marche
» des délibérations , que l'on n'a point de tous les côtés l'in-
1 tention sérieuse d'accélérer l'ouvrage de la paix ; qu'il paraissait ,
99 au contraire , que cet objet devait éprouver des obstacles et trainer
" en longueur; que dans une affaire d'une aussi haute importance,
" il fallait un accord parfait de toutes les volontés , et qu'en
" agissant d'une maniere inconséquente au but de la chose , il
" n'en résultait que des longueurs , des complications et des
divisions . "
Du 28. On mande de Hanovre , en date du 20 , que la
régence de cet électorat est en négociation de paix avec la .
France ; que l'on va vendre les chevaux d'artillerie nouvellement
achetés , et que le ministre de Hanovre à la diete de
Ratisbonne , a reçu l'ordre de donner son suffrage en faveur
de la médiation du roi de Prusse , qui a déja éig formelle(
358 )
ment demandée par les ministres de Brandebourg , de Cologue
, de Mayence et de Saxe . Dèslors , il y aura majorité
au collège électoral en faveur de cette médiation , qui a dėja
la majorité au collège des princes . On assure encore que
Hesse- Cassel a conclu sa paix avec la France .
Des lettres de Vienue , du 27 juin , après avoir annoncé
que la reconnaissance solemnelle de la République Française
à Constantinople et à Stockholm , et que la prise de la for
teresse de Luxembourg , ont fait baisser considérablement les
papiers d'état , ajoutent : L'empereur vient de conférer au
maréchal baron de Bender le commandement général de la
Bohême ; sa garnison de Luxembourg , que l'on habille actuellement
à neuf à Wentheim - sur - le - Mein , le suivra dans
ce nouveau poste . Il paraît qu'il n'y restera pas sans rien
faire ; car tout , dans ce royaume , prend un aspect guerrier.
On y fait , ainsi qu'en Moravie et en Silésie , les préparatifs
les plus formidables . Les compagnies d'invalides ont eu ordre
de se rendre dans les forteresses ; on établit par tout des
magasins immenses d'armes et de munitions .
- ITALIE. De Gênes , le 25 juin.
Nous avons fait connaître la réponse du gouvernement génois
à la notification du général de Vins de l'entrée prochaine de
son armée sur les terres de la République .
Malgré ces observations , le général de Vins n'en a pas moins
effectué son entrée sur le territoire génois ; il l'avait même
déja fait au moment que le gouvernement reçut les dépêches :
c'est par Callisano , Mollere , à droite , sur les hauteurs de
Lavagauola et de St.-Bernard ; à gauche , sur la montagne
Noire , dans des Auges , que les Autrichiens sont entrès .
Instruit de cette marche , le gouvernement géuois a envoyé
deux cent cinquante hommes de renforts à la citadelle de Savone
, et il se dispose à y en envoyer encore d'autres .
Le quartier général de l'armée française est actuellement
auprès de Finale . C'est là que le général Kellermann compte
s'établir provisoirement.
Des lettres de Gênes du 23 , rendent ainsi compte des suites
de cette affaire :
Notre territoire commence à devenir le théâtre de la guerre ;
dans la matinée du 22 , les Autrichiens etant descendus des
montagnes , sur trois colonnes , le général Laharpe envoya un
bataillon d'environ 500 hommes , commandés par le général
de brigade , sous la forteresse de Savónė . Ceux - ci demanderent
au commandant de la place la permission d'v introduire son
( 359 )
bataillon , en s'offrant de contribuer à la défendre contre les
Autrichiens qui voulaient s'en rendre maîtres. Le commandant
ayant rejetté cette demande , le bataillon se plaça à la portée
du mousquet de la forteresse ; mais le feu du canon l'empêcha
d'avancer davantage . Dans cet intervalle , le colonel
Spinole fut envoyé auprès du géneral Laharpe , pour lui faire,
des remontrances , et pour l'engager à ne pas forcer le commaudant
de la place à en venir à des extrémités qui pourraient
rompre l'harmonie qui doit régner entre les deux répabliques.
Le général répondit que quelque pourrait être la
violence dont ușât le commandant de la forteresse , les Français
se laisseraient plutôt hacher en pieces que de tourner leurs
armes contre la forteresse . Sur le soir , le général Dupuy se
porta à la découverte de l'ennemi à la tête d'une demi brigade ;
mais ayant été obligé de rétrograder , 150 des siens rega
gnerent le camp , et 150 autres se retirerent sous le feu de
la place de Savone . Alors , les Autrichiens se mettent à la
poursuite de ces derniers ; mais ils sont arrêtés par l'artillerie
du fort qui eu tue dix - sept .

Cepe dant , le commandant autrichien demandait qu'on luirenait
prisonniers les Français retires dans les retranchemensdu
fort ; mais , au lieu de se rendre , ceux-ci font feu sur
l'ennemi , et en tnent huit . Enfin , après d'assez longs pourparlers
, il est convenu que les deux armées belligerantes
ne s'approcheront pas plus d'un mille et demi de notre forteresse
.
Hier , les Autrichiens , au nombre de douze mille hommes
ont attaques les Français sur tous les points , dans leur camp
dit Vado ; et , après un combat très - opiniâtre , ils ont été
obliges de se retiier , après avoir perdu 600 hommes de leur
côté , les Français sont demeurés immobiles comme des termes ;
et ils n'ont pas perdu un seul pouce de terrein . Ce matin
des la pointe du jour , le feu de la mousquetterie a recome
mencé avec la même chaleur qu'hier .
"
Enfin , le 24 , le citoyen Villars , ministre de la République
Française à Gênes , a reçu la lettre suivante du general Lahaipe ,
datée de Vado du même jour.
Je vous informe qu'aujourd'hui à midi , l'ennemi , au
nombre de 10,000 hommes , m'a attaqué sur cinq colonnes ;
par- tout il a été répousse et mis en pleine déroute ; les combats
ont duré sept heures , et les Autrichiens ont laisse sur le
champ de bataille 300 morts et 500 blessés ; dans le nombre
des derniers se trouve le général Buckana , et les deux lieutenans-
colonels des régimens de Nadastin et d'Alvinzi .
Notre perte es de 33 blessés et 15 tués . J'espere de recommencer
demain. ››
( 360 )
ESPAGNE. De Madrid , le 7 juin,
Les dispositions qu'on voit prendre ici semblent permettre
an public de se flatter de l'espoir d'une paix prochaine . Voici
ce dont il s'agit :
Dans la semaine derniere , le courier pour l'Italie eut ordre
de s'embarquer à Barcelonne , et de diriger son voyage par
Geneve , comme il faisait autrefois . Le 3 , on vit le marquis
d'Iranda quitter cette capitale pour se rendre à Saint- Sebastien .
Il était à Aranguez , dans sa maison de campagne , quand il
reçut l'ordre du roi de se transporter sur- le - champ à la cour ,
où il eut une longue conférence avec le roi , la reine et le
premier ministre Ce dernier lui donna une lettre en français
pour le général Moncey qui commande l'armée de la République
dans le pays conquis de la Navarre et de la Biscaye .
Immédiatement après cette entrevue , Iranda partit pour sa
destination . Le peuple espere beaucoup de cette mission , et
il applaudit au choix qu'on a fait pour la remplir. Le marquis
d'Iranda est dėja , il est vrai , fort âgé , mais il est regardé
comme un homme d'un véritable talent , d'une grande prudence
, et passe pour être très- versé dans les matieres politiques
et commerciales , étant un des plus riches banquiers d'Espagne
. Le bruit court que M. Bourgoing , qui a été précédemment
chargé des affaires de France auprès du cabinet de
Madrid , doit se trouver à Saint Sébastien , et qu'on doit ouvrir
en ce lieu les conférences pour la paix . On pense qu'il ne
sera pas difficile de l'établir , et deja l'on parle d'envoyer à
Paris le marquis d'Iranda pour arrêter définitivement le traité ;
déja on fait circuler ici une copie des préliminaires qu'on
suppose devoir avoir lieu ; mais pour les publier , il est plus
prudent d'attendre l'issue des négociations et les résolutions
des cabinets .
Le nouvel ambassadeur d'Angleterre , qui est arrivé à Cadix
depuis le 25 du mois dernier , était attendu ici sous peu. On
apprend qu'il a suspendu son voyage . La frégate qui l'a conduit
ici a déja mis à la voile pour retourner en Angleterre .
Elle doit transporter à Portsmouth une grande somme d'argent
appartenant au commerce et à la contrebande .
On a parlé , dans le tems , d'une lettre qu'on disait avoir
été envoyée par la cour à toutes les communautés , et ne
devait être ouverte que le troisieme jour de Pâques ; aujou .
d'hui il n'est plus du tout question de cette missive : on
croit même qu'on avait fait courir ce brait pour répandre
l'alarme parmi le peuple , et il est ajouté que le gouvernement
est à la poursuite de ses auteurs .
RÉPUBLIQUE
( 361 )
RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE DOULCET .
Séance de duodi , 22 Messidur.
La loi du 8 floréal accorde jusqu'au 1er, thermidor la
faculté aux propriétaires des rentes viageres , d'opter pour
la conservation en viager de leur rentes ou leur conversion
en perpétuel , et de faire leurs déclara ions en conséquence .
Sur le rapport du comité des finances la Convention prolonge
ce délai jusqu'au 1er . vendémiaire prochain .
L'affaire de Morel , ex - commissaire des guerres , accusé
d'avoir à l'aide d'un faux mandat , surpris six cent mille livres ·
à la trésorerie , a occupé presque toute la séance . Une saisie
d'effets de numéraires et d'assignats de cette valeur a été faite
chez lui , et il a été renvoyé au tribunal criminel da départe
ment de Paris , qui l'a condamné , mais le tribunal de cassation
sur son recours , a cassé ce jugement , et renvoyé le
prévenu au tribunal criminel du département de Seine et Oise ,
qui l'a acquitté à l'unanimité des suffrages. C'est en cet état
nivôse de l'an II , Merlin ( de Douay ) ,
rapporteur
que le 9
du comité de législation , démontra les vices du jugement du
tribunal de cassation , et fit décréter que celni de Versailles
qui en était la suite , n'aurait point d'exécution . Motel ne
s'est point découragé . Il a obtenu du comité de législation
la revision de son affaire , et Molevaut est venu au nom de
ce comité proposer à la Convention de faire rendre en nature
à Morel le numéraire et les effets saisis chez lui , ce qui a été
adopté ; mais le lendemain , Monnot , au nom du comité des
finances , s'est élevé contre ce décret comme surpris à la
Convention , et sur sa motion , la suspension en a été ordonnéè .
Merlin de Douay ) en mission , a écrit à Monnot , que
Morel était un fripon , et qu'il lui avait proposé cinquante mille
écus , pour en obtenir an rapport favorable. Cependant le
comité de législation ayant examiné de nouveau l'affaire a
persisté dans son premier avis , et par l'organe de Molevaut ,
il a proposé à la Convention de lever la suspension de son
décret da go prairial.
Merlin ( de Douay ) de retour de sa mission s'y est opposé .
Il a soutenu que les formes ont été violées par le tribunal de
cassation qui n'a pas pu casser le premier jugement de
Tome XVI, A a
( 362 )
1
J condamnation rendu contre Morel , par le tribunal criminel
de Paris , parce que le défaut de forme n'emportait pas
nullité aux formes de l'instruction du mois de septembre 1791 .
Bailleul trouve qu'on met de l'acharnement dans cette affaire ,
il parle de préventions , d'intrignes , même pour tromper l'As
semblée. Il dit que ce n'est pas Morel qui a touché les 600
mille livres , qu'il a été excité à cette démarche et que la
somme a été seulement trouvée sur lui.
Les débats se prolongent , une discussion incidente s'éleve ,
il s'agit de savoir si l'instruction de septembre 1791 fait loi
ou non . Merlin est pour l'affirmative Lanjainais prétend qu'elle
fut adoptée de confiance la veille même de la séparation de
l'Assemblée constituante. Enfin , après plus de deux heures de
débats , la Convention rejette , par la question préalable , le
projet de décret de Molevant, et elle rapporte celui du 20 prairial
qui confirmait le jugement du tribunal criminel du dépar
tement de Seine et Oise , qui acquittait Morel du vol qu'on lui
imputait.
Le président fait part d'une lettre écrite par un citoyen qui
offre à la Convention nationale un pain fabriqué avec du grain
nouveau. Elle est ainsi conçue : Voici du pain de grain nouveau
, cuit à Châlons , département de la Marne , le 17 messidor.
On coupe les seigles ; les fromens avancent. Les orges et
avoines sont magnifiques . La récolte sera immense Vive la
République !
Lebon paraît et entre dans le long développement sur son
affaire . Roux observe que pour terminer promptement cette
affaire et ne pas laisser perdre en discussions oiseuses un
tems précieux qui doit être consacré à la constitution , il convient
que l'Assemblée se déclare en permanence . Sa proposition
est adoptée.
Séance extraordinaire du 22 au soir.
Lebon obtient la parole , et prononce un discours . Il dit :
Le cri du bien public s'est fait entendre ; la Convention
vent prononcer sans désemparer. Je dois donner ici une preuve
non équivoque de mon amour pour la patrie . Il est inutile
que j'enre dans de plus longs détails pour ma défense . Vous
devez êt e assez instruits par les réponses que j'ai fait imprimer
et qui vous ont été distribuées : pronoucez sur mon sort.......
Mais songez à onze mois de persécution . Songez aux pieces
qu'on a soustraites . Songez qu'un décret d'accusation équivaut
à un arrêt de mort , sur- tout si , comme on le demande ,
je suis jugé par un tribunal voisin des lieux où j'ai été obligé
de prendre des mesures séveres .
Mais que dis - je ? il ne s'agit plus de moi ; il s'agit de
la patrie.... Je sens renaître mon courage ; je me crois
encore appellé sux frontieres pour y combattre les ennemis
( 363 )
L
r
" toutes
de la liberté..... Sauvez la R publique , et que de misérables
considérations ne vous arrêtent pas. Exilez moi ,
moi , ordonnez moi de marcher à 1 chafaud , tot m'est égal
deportezpourvu
que la liberté triomphe . Je laisse quelques écrits sur
les faits qu'on impute ; ils serviront à me faire connaitre
à la postérité. Je dements les dépositions dArras
les autres dépositions portent le même caractere de fausseté.
On examinera dans les tem's plus tranquilles ce que l'intrigue ,
1 peur et le ressentiment ont dicté mais aujourd'hui l'intérêt
public ne vous permet pas cet examen . La seule quesque
je vous invite à debattre , est celle de savoir s'il
est de votre dignité de me traduire devant un tribunal subalterne
, sans papiers justificatifs. Vouloir me fare traiter judiciairement
, lorsque je ne suis plus moi tout entier , lorsqu'on
m'a enlevé tous moyens de défense , serait indigne
de, vous . Quel tribunal oserait prononcer sur le sort d'un
accuse ainsi désarmé !
tioo
:
Au reste , quel que soit le sort que vous me réserviez ,
m'y soumettrai avec joie. Oublitz les recriminations dont j'ai
je
use ; ces argumens répugnaient à mon coeur ; je ne les ai employés
qu'à la derniere extrémité . Je pardonne à mes dénonciateurs
. Puisse leur vengeance ne pas s'étendre à toute ma
famille ! Je vous recommande ma femme et mes enfans. Vous
leur aviez promis la liberté . J'ai été bon pére , bon fils , bon
époux, boa citoyen ; mes moeurs sont puies , ma probité irrẻ-
prochable ; jusques dans les fers j'ai servi mon pays ; vos
comités en ont la preuve.
Mon dernier voeu ser pour la gloire et la prospérité de la
République . Puis je me retirer ? --
Un membre : Il ne faut pas qu'on puisse dire que Lebon
n'a pu se defendre . Je demande que la lecture des griefs soit
continuée , et qu'il reponde comme il le jugera convenable .
Lebon répond à chaque grief. Les debat terminés , il se retire.
L'on procede à l'appel, nominal sur la question de savoir
s'il y a lieu à accusation . A l'unanimité des suffrages , Joseph
Lebon est décrété d'accusation ,
Séance de tridi , 23 Messidor.
La section de
l'Observatoire se plaint de la mise en liberté
de plusieurs individus de son
arrondissement qu'elle avait
jugés terroristes. Renvoi au comité de sûreté générale .
Mariette , au nom des comités de salut pblic et de sûreté
générale Les puissances liguées contre aus , désesperant
de nous vaincre par la force des armes , continuent de seiner
Farmi nous les defiances , les divisions et les haines. Une
agitation sourde qui se fait sentir , et la fausse direction que
quelques hommes cherchent à donner à l'esprit public , tont
annonce qu'un génie malfaisant nous travaille , Un grand nombre
A a a
( 304 )
&
d'étrangers sont en France . Saus donte , il en est parmi eux
qui aiment la liberté et qui font des voeux sinceres pour la
République , mais il en est aussi qui cherchent à la renverser ,
et ce sont ceux- là que les comités vous proposent d'atteindre."
Le rapporteur lit le projet de décret qui est légerementdiscuté
article par article , et adopté comme il suit : 1
99 Art. 1er , Tous les étrangers nés dans les pays avec´lesquels
la République Française est en guerre , venus en France
depuis le 1er janvier 1792 , sont tenus den sortir .
" II . Ils sortiront des communes on ils se trouvent dans
les trois jours , à compter de la publication de la presente loi .
Il leur sera en outre accordé un jour à raison de sept lieues ,
du point de leur départ jusqu'à la frontiere . A
,, III . Ils déclareront devant les municipalités , et à Paris ,
devant les comités civils des sections , quelle route ils entendent
tenir. Cette route sera tracée sur les passe -ports qui leur séront
délivrés .
,, IV. Tout étranger compris dans la présente loi qui , passé
les délais portés aux articles il et III , sera trouvé sur le territoire
de la République , ou s'écartera du chemin qui lui aura
été tracé , sera mis en état d'arrestation .
,, V. Les dispositions des articles précédens seront appli
quées aux étrangers qui se prétendent nés dans des pays
alliés ou neutres , ne seront pas reconnus ou avoués par leurs
ambassadeurs on agens respectifs .
vengs
,, VI . Pourront rester en France , 1º . les étrangers nés dans
les pays , avec lesquels la République est en guerre ,
en France avant le 1er janvier 1792 , pourvu qu'ils aient un
domicile connu , ou qu'ils soient garantis par quatre citoyens
domiciliés , et connus par leur patriotisme et leur probitė .
2º. Les étrangers nés dans les pays amis et allies de la France ,
qui seront avoués par les ambassadeurs ou agens des puissances
avec lesquelles la République Française est en paix .
,, VII . Il sera délivre à chaque étranger une carte portant son
signalement , et en tête : hospitalité , sûreté. On ajoutera pour
les étrangers nés dans les pays avec lesquels la Republique est
en paix le mot fraternite.
,, VIII . Tout éiranger trouvé dans un rassemblement séditieux
sera , par le seul fait , réputé espion , et puni comme
tel.
" IX. Tout étranger arrivé dans un port de mer , ou dans
une commune frontiere de la République , se présentera à la
municipalité ; il déposera son passe-port qui sera envoyé de
suite au comité de sûrete générale pour y être visé . Il demeure a
en attendant sous la surveillance de la municipalité , qui lui
donnera une carte de sûreté provisoire , énonciative de la
Surveillance .
,, X. Les conseils généraux des communes pourront néen(
365 )
moins donner des autorisations provisoires aux négocians qui
entrerout en France : ils en aviseront le comité de sûreté
générale auquel ils enverront une copie collationnée du passeport
; et uue indication de la route que se propose de tenuir
l'étranger.
,, XI . Ne sont point compris dans les mesures prescrites
pår .l'article IX , les courriers extraordinaires et les chargés
de missions auprès de la Convention ou des comités de gouvernement
.
XII. Le comité de sûreté générale est chargé de prendre
toutes les mesures nécessaires pour l'exécution de la présente
loi . L'insertion au bulletin tiendra lieu de publication .
Le citoyen Jussien fait hommage à la Convention d'un ouvrage
intitulé Conversation du vieillard de Vichi. Cet ouvrage
qui contient de très - bonnes idées , a pour objet de former
l'éducation des gens de la campagne par les moyens les plus
simples eules plus faciles .

La mention honorable et le renvoi au comité d'instruction
publique sont décrétés .
Sur le rapport des comités de sûreté générale et de salut
public , la Convention décrete que le premier tiendra la main
à l'exécution des lois de police antérieures , relatives aux gens
sans avcu , malveillans et tous individus qui , prévenus de
maudats d'amener ou d'arrêt , de justice ou de police , s'y
seraient soustraits en se réfugiant à Paris .
Monnot , au nom du comité des finances , fait décréter que
les assignats portant des empreintes extérieures de royauté
pourront , pendant un mois , à dater de la publication de la
présente loi , être employés dans toute espece de paiement
à faire à la nation ; que ceux qui n'auront pas pu les employer
les poiteront au receveur de leur district qui leur en donnera
un récépissé , et que dans deux mois , ils leur , seront
remboursés.
Sur le rapport du même , la Convention décrete que dans
la prohibition portée par la loi du & messidor sur les véntes
des grains en vert et pendant par racines , ne sont pas comprises
celles qui ont lieu par suite de tutele , curatele , changement
de fermier , saisie de fruits , baux judiciaires et autres
de cette nature . L'insertion au bulletin tiendra lieu de promulgation.
On reprend la discussion de l'acte constitutionnel . Daunou
présente la nouvelle rédaction des quatre premiers articles
du titre X sur les contributions publiques . Elle est adoptée
apies quelque discussion .
Art. 1er . Les contributions publiques sont délibérées et
fixées chaque année par le corps législatif. Elles ne peuventsubsister
au- delà de ce terme , si elles ne sont expressément
senouvellées.
Aa 3
( 366 )
" II. Le corps législatif peut créer tel genre de contribution
qu'il croira necessaire ; mais il doit établir chaque
année une imposition fauciere et une imposition personnelle
.
III. Tout individu qui n'étant pas dans le cas des articles
Vét VI du titre II de la constitution , n'a pas eté compris an
rôle des contributions directes , a le droit de se presenter
à l'administration mènicipale de sa commune , et de s'y inscrie
pour une contribution personnelle egale à la valear
locale de tigis journées de travail agricole .
" IV . L'inscription mentionace dans l'anicle précédent ne
peut se faire que durant le mois messidor de chaque année . "
TITRE IIe .
Etat politique des citoyens .
Les deux articles suivans sont également décrétés , et n'éprouvent
de discussion que relativement à l'âge déterminé pour
jour des droits civils .
66 ári. Ier. Tout homme né et résidant eu France qui ,
âgé de 21 ans accomplis , s'est fait inscrire sur le registre
civique de sou caston , qui a demeuré depuis pendant une
année sur le territoire de la République , et qui paie une
contribution directe , fonciere ou personnelle , est citoyen
français .
II . Sont citoyens sans aucune conditiou de contribution
les Français qui aurout fait une ou plusieurs campagnes pour
la cause de la liberté .
Séance de quartidi , 24 Messidor.

fait
part des
Monnot , an nom du comité des finances ,
réclamations de quelques pensionnaires du sexe qui , par
defant de prestation de serment ordonné par les lois , sout
privés de leur pension , et qui offrent de se faire décerner
acie par leurs municipalités respectives de leur soumission
aux lois de la Republique . Il -propose et la Convention décrete
que les personnes du sexe qui ont obtenu des secours , pensions
ou retraites , comme étant attachées aux ci -devant communautés
, congregations , ou hôpitaux , et qui n'ont pas prêté
le serment prescrit par la loi du 9 nivôse au II , seront payés
desdits secours , pensions , ou traitemens pour les tems à venir
seulement , à dater du trimestre qui écherra ou sera écha
depuis la soumission qu'elles feront ou auront faite par devant
leur municipalité de se contormer aux lois de la République
.
Un membre demande que celles qui seront pauvres soient
exemptées de contributions . La Convention passe à l'ordre de
( 367 )
jour motivé sur ce que les corps administratifs sont autorisés
à prononcer sur les dégrévemens lorsqu'il y a lieu.
Le même rapporteur du comité des finances fait encore
décréter que les fonctionnaires publics et employés de la
République , pourront provisoirement cumuler des pensions
et traitemens jusqu'à concurrence de trois mille livres par an ,
et que s'ils excédent cette somme , la pension demeurera
suspendue jusqu'à concurrence de ceue somme.
Gouly , au nom du comité de marine et des colonies ,
expose combien il serait intéressant pour la République que
les travaux du port de Cherbourg fussent achevés et qu'il
devint un port militaire. Sur son rapport , la Convention
décrete que Cherbourg est un des grands ports militaires de
la République , que le comité de salut public emploiera les
mesures les plus actives pour accélérer l'exhaussement de la
jettée et la porter dans le plus bref délai à son entiere perfection
.
Lanjuinais , chargé du rapport concernant l'effet rétroactif
donné à la loi du 17 nivôse sur les donations et successions ,
demande que la discussion s'ouvre à ce sujet octidi prochain . Sa
proposition est adoptée .
Aubry , organe du comité de salut public , fait décréter que
les départemens de la Somme , de la Seine inférieure et de
l'Eure , font partie de la 17e . division militaire , que les noupes
de cene division auront à l'avenir le dénomination d'armée
de l'intérieur , et que l'objet de cette armée sera de protéger
l'arrivage des subsistances pour Paris , de maintenir la
tranquillité des départemens qui lui sont assignés , et de faire
une troisieme ligne prête à porter des forces aux deux premieres.
Le général Menou en est nommé général en chef.
Delaunay ( d'Angers ) , au nom du comité de sûreté générale
, dit que les mesures pour la commune de Lyon seraient
incompletes , si la loi n'atteignait pas les émigres qui s'y
trouvent , et que lear existence n'y est plus un problême .
It cite un ci -devant marquis de Lacoste , émigré , qui a obtenu
un certificat de résidence à neuf témoins , et il propose de
décréter qu'il sera traduit devant le tribunal criminel du département
de Paris , pour y être jugé . Cette proposition est
adoptée.
Suite des débats sur l'acte constitutionnel .
Daunou fait lecture de l'article III et suivans du titre II
relatifs à l'état politique des citoyens . Ils sont adoptés presque
sans discussion. Ils sont ainsi conçus :
II. L'étranger devient citoyen français , lorsqu'après
avoir atteint l'âge de 21 ans , et avoir déclaré l'intention de
se fixer en France , il y a résidé pendant sept années consécutives
pourvu qu'il y pale une contribution directe , et ,
A a 4
( 368 )
qu'en outre , il possede une propriété fonciere ou un établis
sement d'agriculture ou de commerce ou qu'il ait épousé
une Francaise.
"
Sur cet article , Maille observe qu'il ne faut pas prodiguer
le titre de citoyen , ce titre dont s'honoraient tant les
Romains d'autrefois . Il ajoute que d'ici à long - tems , les
Anglais seront nos ennemis jurés ; qu'il ne faut d'ailleurs se fier
aux étrangers qu'avec beaucoup de circonspection ; c'est pour
quoi il demande que la résidence de sept années , exigée
pur l'admission des étrangers , ne date que de la fin de
la guerre, Lakanal propose d'étendre cette résidence à
dix années. Un autre membre propose cinquante ans .
( On rit . ) L'article est adopté comme nous l'avons rapporté .
IV. Les citoyens français peuvent seuls voter dans les
assemblées primaires , et être appellés aux fonctions établies
par la constitution ,
-
V. L'exercice du droit de citoyen se perd , 1. par
la naturalisation en pays étrangers ; 20 , par l'affiliation à
toute corporation étrangere qui supposerait des distinctions
de naissance , ou qui exigerait des voeux de religion ; 3º . par
l'acceptation de fonctions ou de peusions offertes par un gouvernement
étranger ; 4° . par la condamnation à des peines
affietives ou infamantes jusqu'à réhabilitation . „
sans
Hermann voudrait qu'un savant , un homme de lettres pût
recevoir une pension d'un gouvernement étranger ,
perdre ses droits de citoyen . Il cite le citoyen Bitaube , traducteur
d'Homere , à qui le roi de Prusse fait une pension.
Un antre membre demande que ceux là resteut citoyens
qui auront une autorisation de corps legislatif pour vece .
voir des pensions étrangeres . Ces amendemens sont ecar-
L'article est adopté comme
V
tés par la question préalable .
nous l'avons rapporté plus haut.
Séance de quintidi , 25 Messidor .
Sur le rapport du comité des finances , la Convention décrete
que , par la loi du 23 messidor qui admet les assignats portant
l'empreinte de la royauté en paiement de tout ce qui
peut être dû à la nation , elle n'a pas entendu déroger a la
loi du 22 floréal dernier , concernant l'enregistrement des
assignats . à face au- dessus de 100 liv .
Masade , au nom du comité d'instruction publique , expose
que le nouveau plan d'organisation de l'instruction publique
pouvant éprouver des retards , il convient d'ouvrir le college
de France , counu ci- devant sous le nom de college Royal, et il fait
décréter que ce college est provisoirement conservé jusqu'à
l'organisation definitive de l'instruction publique , et qu'à partir
du er , vendémiaire de la presente année , le traitement des
professeure dudit college , tia le même que celui des pro(
369 )
fesseurs du Muséum d'histoire naturelle , des écoles de santé
et des travaux publics .
Un nembre , au nom du comité de législation , établit la
nécessité d'empêcher des remboursemens qui , à cause du
discrédit actuel des assignats , ruineut ceux qui les reçoivent ,
et sur sa proposition , la Convention décrete qu'aucun créaucier
ne peut être contraint de recevoir le remboursement de
ce qui lui est dû avant le terme porté au titre de li créance ,
que les remboursemens de toutes les rentes créées avant le
1er janvier 1792 , quelle que soit leur nature ' et la cause
dont elles procedent , sont provisoirement suspendus ; que
dans cette suspension sont compris les remboursemens des
capitaux qui , en cas de dissolution de mariage , doivent être
restitués par le mari ou ses héritiers , à la femme ou aux
héritiers de la femme ; mais que cette suspension n'aura lieu
que dans le cas de dissolution de mariage par la mort d'un
des époux , ou par l'effet du divorce prononcé sur la demande
du mari sans cause déterminée .
Le comité d'instruction publique , par l'organe de Grégoire ,
fait adopter le décret suivant : La Convention voulant célébrer
les époques mémorables de la liberté , sans discontinuer
les travaux qui doivent en assurer les bienfaits , décrete : le
26 messidór , anniversaire du 14 juillet , les représentans du
peuple se rendrout en costume dans le lieu ordinaire de leurs
seances . L'institut national de musique exécutera une symphonie
, suivie d'un chant républicain , et de suite la Convention
continuera de discuter la constitution .
Suite de la discussion sur la constitution .
Daunou lit les articles VI et VII , qui sont adoptés comme
il suit :
Art. VI. L'exercice des droits de citoyen est suspendu :
1º . par l'interdiction judiciaire pour cause de furent , de
démence ou d'imbécillité ; 2 °º , par l'état de faillite ; 3º . par
l'état de domestique à gages , attache au service de la personne
ou du ménage ; 4 °. par l'état d'accusation ; 5º. par
un jugement de contumace , tant que le jugement n'est pas
anéanti .
Le fils d'un failli est également exclu de l'exercice des
droits de citoyen , tant qu'il n'a pas acquitté les deues de
son pere , jusqu'à coucurrence de ce qu'il a recueilli dans la
succession .
VII. Tout citoyen qui a résidé 7 années hors du territoire
de la Republique , sans mission ou autorisation donnée au
nom de sa nation , est réputé étranger ; il ne redevient citoyen
français qu'après avoir satisfait aux conditions prescrites
par l'art. iii . 99
( 370 )
L'article VIII est présente en ces termes :
Les jeunes gens ne peuvent être inscrits sur le registre
civique , s'ils ne prouvent qu'ils savent lire et écrire , et
qu'ils ont appris une profession mécanique . Cet article n'aura
d'execution qu'à dater de l'an IX de la Republique Française.
Viltar Cet article est moral , sans doute ; mais il serait
absolument inexécutable . On peut bien en faire un consed
adressé aux pareus ; mais ce serait trop choque les moeurs
et les convenances actuelles que d'en faire une des bases de
la constitution .
Crenze- Latouche : Cet article est très -bon : il faut que
chacun apprenne une profession mecanique ; je vais en divelopper
les avantages.
Trop long-tems la nation fut divisée en deux castes , l'une
oisive et orgneilleuse ; l'autre industrieuse et méprisée . C'est
servir l'humanité , c'est réaliser l'égalité que d'astreindre tous
les citoyens à la connaissance d'une profession . L'homme
qui a un métier est independant ; il est à l'abri des coups
de la fortune , tandis que trop souvent nos yeux sont revoltes
du spectacle scandaleux d'un homme robuste , plongé
dans la misere , parce qu'il ne sait pas travailler . Le champ
de l'industrie est comme la terre ; plus on y travaille , plus
il
rapporte . De la condition proposée , il résultera au surcroît
de productions indusuistles qui s'échangerait avec les nations
etrangeres contre d'autres pro iuctions. Comment ,
dira - t on , concilier l'etude des lettres , des sciences , avec
l'apprentissage d'un art mécanique ? Mais qui ne sait que
Francklin fut impriment , J. J. Rousseau , horioger , et que
les solitaires de Port Royal faisaient à la fois des bas et de
bons livres ? Je demande l'adoption de l'article .
Charles Lacroix : Je rends hommage aux principes qui
viennent d'être développés par mon collegue ; mais il faudrait
au moins défini ce que c'est qu'un art mecanique ,
déterminer jusqu'à quel point il faudra avoir la connaissance
de celui qu'on dira professer.
Si l'article est adopté , il faudra au moins ranger dans la
classe des arts mécaniques , ce qu'on appelait les arts liberaux
, comme la peinture , la gravure , la sculpture , etc.
Quant à la coudition exigée de savoir lire et écrire pour
exercer les droits de citoyen , je pense qu'elle excluera des
assemblées primaires , contre votre intention , une grande
partie des habitans de la campagne à qui leur éloiguement
des lieux où se trouvent les sources d'instructions , ne permettrait
pas d'apprendre à lire et à écrire . Ce serait etablir
l'aristocratie des villes sur les campagnes.
Cet article seul , s'il n'est bien refléchi , peut soulever
contre votre constitution ceux qui sont encore incertains
( 571 )
Cambacerès : Il me semble qu'on met trop de précipitation
dans la discussion ; il faut tout mûrir. Je demande l'ajour
nement de l'article .
Laréveillere - Lepaux : Il faut songer à élever l'édifice avant
de le polir . Le plan de vos ennemis est de ne vous laisser
avoir ni monarchie , ni république . lis voudraient vous en
tretenir dans une continuelle anarchie pour vous subjuguer
et partager ensuite la France , Si nous ne lui donnons au
pas
plutôt la république , elle ne l'aura jamais . Je demande que
l'article soit renvoyé à un nouv i examen . Decrété .
Le président annonce l'arrivée du maite de Lyon , du procureur
de la commune et du substitut de l'accusateur public ,
mandés à la barre . Ils sont entendus avec intérêt et applaudis .
Ils prouvent qu'ils ont rempli leur devoir , et que les malheurs
qui sont arrivés dans cette commune , et qui ont été
fort exagérés , sont le fruit de l'intrigue des étrangers qui y
abondent , et que la masse des Lyonnais est restée pure.
Doulcet , au nom du comité de salut public , donne leeture
de deux dépêches , venues l'une de Naples , et l'autre
de Vannes , qui s'accordent à dire que les émigrés et les
chouans sont venfermés dans Quiberon ; qu'ils ont voulu faire
une sortie , mais qu'ils ont été reçus de maniere à ne pas y
revenir ; qu'il est impossible qu'ils se fassent jour , et que la
mer est leur, seule icssource .
Séance de sextidi , 26 Messidor.
Thibaut , au nom du comité des finances , dément le bruit
qui s'est repandu que la planche aux assignats de 10,000 liv.
a été voice , de même que celle des assignats de 500 liv .
Le comité a fait faite à l'administration inventaire des planches ,
Outils , caracteres , et de tous les objets servans à la fabrication
, et l'où s'est assuré qu'on n'a pas volé une épingle.
Le même membre , au nom.du même comité , fait rendre
dux decrets , le premier portant création d'une toutine na
monale dont les actions seront de 1000 liv . chacune , et les
coupons de 500 et 200 liv . ; cette tontine sera divisée en
seize classes de cinq ans chacune , à compter de la naissance
jusqu'à l'âge de 80 ans . L'intérêt primitif dans les quatre
premieres classes sera de so liv . par action , celui des quatre
suivantes de 25 et ainsi de suite . Il y aura par chaque divi
sion , composée de quatre mille actions , un tirage de huit
cents primes de 800,000 liv. a la ment de chaque actionnnaire ,
la moitié de la vente primitive de ses actions , se trouvera éteinte
au profit de la nation , et l'autre moitié , avec ses accroissemens
, tournera au profit des autres actionnaires de sa división
. La rente de chaque action ne pourra excéder 12,000 live
Le second décret ést louverture d'un emprunt d'un milliard
( 372 )
à trois pour cent d'intérêt annuel et perpétuel . Chaque prè
teur sera ciédité sur le grand livre de la dette publique , en
un seul article et sous le même numère.
Cambacérès , au nom du comité de salut public , donne
lecture d'une dépêche de Moncey , général en chef de l'armée
des Pyrénées occidentales . Elle annonce que nos troupes ont
remporte de grands avantages sur l'ennemi qui s'est vu forcé
de se renfermer dans Pampelune . ( Voyez Nouvelles officielles . )
La fête du 14 juillet commence . L'institut national de mu
sique exécute l'hymne Allons , enfans de la Patrie , et ensuite les
airs Ga ira , le Réveil du Peuple et le Chant du départ . Ils excitent
les plus vifs applaudissemens , et l'enthousiasme s'empare de tous
les coeurs. L'on s'occupe ensuite de la constitution .
Suile de la discussion sur l'acte constitutionnel .
1
Dannou fait décréter XI articles du titre III concernant les
assemblées primaires . Nous les donnerons dès que la rédaction
en aura été définitivement adoptée .
Nous n'avou point doune la suite des articles décrétés
dans la séance d hier , relatifs aux droits politiques des citoyens ;
les voici :
" VI . L'exercice des droits de citoyen est suspendu , 1º . par
l'interdiction judiciaire pour cause de furenr , de démence
ou d'imbécilité ; 2 ° . par l'état de faillite ; 3° . par l'état de
domestique à gage , attache au service de la personne ou du
menage ; 49, par l'état d'accusation ; 5 ° . par un jugement de
contumace , tant que le jugement n'est pas anéanti .
Garan ( de Conlon ) voudrait que l'état d'accusation n'enlevât
pas à un citoyen la faculté d'être élu , parce que s'il est jugé
innocent il entre dans le plenitude de ses droits , et jouit
des cfiets de la confiance de ses concitoyens . Le rapporteur
donc à cet égard des explications pour montrer que l'artivic
ne fait que suspendre l'exercice des droits .
L'article VI est adopte avec une addition relative à l'état
de taillite. Cette addition est ainsi conçue :
Le fils d'un failli est également exclu de l'exercice des
drons de citoyen , tant qu'il n'a pas acquitté les dettes de
son pere , jusqu'a concurrence de ce qu'il a recueilli dans
la succession . 29
き99 VII, Tont citoyen qui a résidé sept années hors du ter
rhoire de la République , sans mission ou autorisation donnée
au nom de la nation , es repute étranger ; il ne redevient
citoyen français qu'après avoir satisfait aux conditions prescrites
par l'article III. »
( 373 )
PARIS . Nonidi 29 Messidor , l'an 3º . de la République.
Il vaut peu la peine de se disputer pour des chansons ;
c'est pourtant ce qui est arrivé ces jours derniers ; en
voici l'occasion .
Le 26 était l'anniversaire du 14 juillet , époque assez
remarquable et assez glorieuse pour que le souvenir dût
en être cher à tous les amis de la liberté . La Convention
avait cru devoir la consacrer par une fête moins
dispendieuse que patriotique , car elle s'est bornée à
l'exécution , dans le lieu des séances , de plusieurs morceaux
de musique que le public était en habitude d'enrendre
et d'accueillir avec satisfaction , tels- en autres
Hymne des Marseillais , qui a été si souvent pour nos
troupes le prélude des chants de la victoire .
Au moment où les Anglais et les émigrés viennent
d'opérer une descente sur nos côtes , et où les royalistes
redoublent d'efforts pour affaiblir et corrompre l'esprit
public , il était naturel que ces airs réveillassent dans
Je coeur des patriotes l'amour de la liberté et la haine
contre toute espece de tyrannie . Partageant elle - même
ce beau mouvement , la Convention avait ordonné que
les chants civiques qui ont contribué au succès de la
révolution seraient exécutés chaque jour par le corps
de musique , à la garde montante du Palais - national.
Le soir du même jour , les artistes de l'Opéra ont
voulu , après la représentation d'Iphigénie en Aulide .
exécuter l'Offrande à la Liberté , lorsqu'on en est venu à
l'hymne Allons , enfans de la Patrie , l'acteur a été interrompu,
et l'on a demandé à grands cris le Réveil du Peuple.
Cet air achevé , on a tenté de reprendre l'Hymne des Biarseillais
, mais au second couplet on a imposé silence au
chanteur , et l'on a exécuté le ballet de Télémaque. Au
milieu de ce ballet , des cris se sont encore fait entendre ,
on a redemandé , avec un enthousiasme qui tenait
presque du délire , le Réveil du Peuple ; mais au couplet
qui commence par ces mots , Représentans d'un Peuple
juste , etc. des murmureș et des clameurs ont couvert la
voix de l'acteur qui n'a pu achever ce couplet.
Le lendemain à la garde montante auprès de la Convention
, la musique militaire a voulu jouer l'air, des
Marseillais réprouvé la veille à l'Opéra , la même oppo(
374 )
sition a éclaté de la part d une foule de jeunes gens ;
pendant long- tems ils ont empêché la garde de défiler
au son de cet hymne , il a fallu rejouer le Réveil du
Peuple , et le tumulte n'a cessé que vers les trois heures .
Quel est donc le motif de cette disgrace de l'Hymne
des Marseillais , et de cette préférence si chaudement
marquée pour le Réveil du Peuple ? Assurément , ni les
vers , ni la musique n'entrent pour rien dans cette querelle
; et sous ce rapport , s'il y avait quelque distinction
à faire entre ces deux morceaux , elle serait toute entiere
en faveur du premier. Mais ceux qui témoignent une si
grande aversion pour cet hymne , prétendent qu'il n'a
été si long- tems chanté par les jacobins que, parce qu'il
était devenu le signal de la terreur , et que l'on cherche
à la faire renaître . C'est donner à ce beau chant de
guerre une bien fausse interprétation que d'en faire un
chant de cannibales. Jamais nos armées qui l'ont fait
retentir si souvent sur le champ de bataille , ne l'ont
envisagé sous cet odieux aspect , et ceux qui se plaisent
aujourd'hui à l'entendre n'y voient que l'expressión de
la valeur et du courage contre les cohortes étrangeres qui
n'ont cessé d'attaquer notre indépendance . Mais ceux
qui marquent une si grande prédilection pour le Réveil
du peuple , parce qu'il est dirigé contre ceux qu'on appelle
terroristes , n'auraient- ils pas un autre motif secret qu'ils
n'osent encore avouer hautement. Ne serait- ce pas que les
uns aiment l Hymne des Marseillais parce qu'ils aiment et
veulent le triomphe de la République , et que les autres
ne le proscrivent que parce qu'ils n'aiment ni ne veulent
la république ?
Quoi qu'il en soit , pour ôter tout prétexte à de plus
funestes dissentions , les comités de gouvernement out
pris un arrêté portant que dans les spectacles il sera désormais
défendu d'exiger telle ou telle chanson , et
qu'on se contentera de la musique ordinaire et des
pieces portées sur l'affiche .
NOUVELLES OFFICIELLE S.
ARMÉE DES PYRÉNÉIS OCCIDENTALES.
Au quartier-général de Saint Sebastien , le 18 messidor , l'an 3 .
de la République , une et indivisible.
Citoyens représentaus , l'exécution du plan de l'ouver
ture de cette campagne , que déja je vous ai communiqué ,
(+375 )
a eu un succès complet . L'ennemi , sans donté étonné de nos
démarches hardies et rapides , a fui avec précipitation , cherchant
à se raltier à notre droite dans les positions qui couvrent
Montdragon et les Salins du Guipuscoa , et à notre
gauche sur celles qui couvrent la place de Pampelune.
" Le 10 , la premiere division , aux ordres de général de
brigade . Villot , a commencé le mouvement par le passage de
la Deva , l'attaque des retranchemens qui defendaient cette
riviere , et celle du camp qui les protégeait. La demi- brigade
commandee par le chef de brigade Monroux , s'est engagee
dans un gue en çolonne serrée ; et malgré le feu de plusieurs
batteries croisant sur elle , elle a gagné le milieu de la rivière .
Ne pouvant passer plus loin , ayant de l'eau jusqu'au cou
( parce que le gué , formé de sable mouvaut , avait disparu . )
elle a rebrousse chemin , mais toujours en ordre , toujours
en masse , sans que personne quinât son rang ; e le est venue
se précipiter dans un autre, gue qu'elle a passé avec la plus
fiere audace.
1

" La riviere passée par nos troupes , les retranchemens
ont été enlevés de vive force ; neuf pieces de canon , dont
ils étaient armés , sont tombées entre nos mains . Le champ
de bataille a été couvert de morts ; environ 200 prisonniers
et un drapeau pris par un lieutenant du troisieme bataillon
de Lot et Garou e , sent restés en notie pouvoir. Nous
n'avons perdu que 7 à 8 hommes ; le nombre des blessés
est peu considérable .
Telle a été , citoyens représentans , la journée brillante
du 1. La gauche de l'ennemi forcée , nos troupes triomphantes
ont continue leur marche pour venir cerner l'ennemia
son quartier - général à Begera , tandis que des colonnes
de front et de Blanc se portaient les premieres sur le camp
de la fameuse position d'Eloaua , les secondes sur Villareal
et Escasga , Blanc retranche de cette division ennemie . Cette
fois l'ennemi , intimide par l'audace de la veille , n'a présente
aucune résistance aux premieres colonnes effraye de
Fintrépidite de celle partie de Tolosa , il n'a pu tenir longtemis
dans les positions de Villareal qu'il voulait défendre ; il
a exécuté sa retraite sur les hauteurs de Montdragón ; il s'est
ainsi soustrait aux coups que nous devions lui porter le 11 ,
qui devait être sur ce point le jour fatal pour lui .
,, La matinée du 12 a été consacrée au repos , bien nécessaire
pour délasser la troupe d'une marche pénible de
près de trois jours entiers .
"
L'après midi elle se remit en marche ; le 13 au matin
partie de ces colonnes se diviserent par la cime des montagnes
pour attaquer l'ennemi le 15 , à Lecombery , position
des plus avantagenses et des plus aisées à défendre ; m'at
tendant à uae resistance vigoureuse , j'avais pris mes dispo(
376 )
sitions en conséquence. Des colonnes parties de Tolosa et
d'Andouen devaient attaquer le centre et la droite , tandis
qu'une forte colonne , partie du Col d'Arquin , devait , par
des marches forcées à ravers le pays ennemi , tourner entie
rement l'armée espagnole et lui couper toute retraite .
" L'ennemi , effrayé de nos mouvemens ,. n'a pas osé nous
attendre ; il a fait , dans la nuit du 14 au 15 , une retraite
précipitée ; il a craint de s'arrêter à des camps retranchés
qu'il avait en seconde ligne , et les a abandonnés sans brûler
une amorce il a agi prudemment ; car jamais peut- être dans -
les montagnes un mouvement ne s'est exécuté avec autant
de précision . Le 15 , à trois heures du matin , toutes les colonnes
étaient à leurs positions ; et en s'appercevant au premier
rayon du jour , ells n'ont eu que le regret de ne pas
trouver l'ennemi à combattre . Pendant cette heureuse expédition
, 500 hommes de la cinquieme division , commandés
par le chef de brigade Lefranc , ont favorisé notre mouvement
en se portant sur les hauteurs qui dominent les cantonnemens
ennemis dans cette partie ; ils ont attaqué l'ennemi ,
l'ont repoussé, et contenn ainsi toute la journée .
" Je laisse au général Villot le commandement des troupes.
qui composent la division de Lecombery , et je lui donne
l'ordre d'attaquer l'ennemi qui s'est retiré sur les hauteurs ,
d'Iratonn , position importante , vigoureusement fortifiée , et
qui remplit le double objet de couvrir la place de Pampelune
et de conserver une communication directe avec Madrid .
J'ose vous assurer , représentans , que les dispositions que nous
avons prises nous assurent le succès ; j'espere que bientôt j'aurai
vous annoncer de nouvelles victoires .
" Rien ne peut égaler le courage , la bonne volonté des
troupes ; il faut avoir été le témoin de leur constance dans
des marches pénibles et continuelles pendant six jours , pour
se les représenter. Vos collegues Meillan et Bô , qui ont marché
à la tête de nos colonnes , vous rendront sans doute un compte
favorable .
" Si l'Espagnol ne s'était décidé à la retraite avant d'avoir
été atteint par nous dans les points où il s'était agloméré , "
sans doute nous aurions plus de trophées à vous offrir que
200 prisonniers , neuf pieces de canon et un drapeau. „
Salut et fraternité.
Signé , MONCEY , général en chef de l'armée des Pyrénées occidentales
.
NOUVEL AVIS AUX SOUSCRIPTEURS .
Les partie littéraire , subordonnée jusqu'à présent aux buknemens
de la révolution et aux grands intérêts politiques ,
essentiellement liés à son succès , va reprendre l'étendue et le
qu'elle a toujours eu dans ce Journal
degré d'importance succès.
qui s'est fait estimer par sa variété et par l'esprit de critique
saine et impartiale de ses coopérateurs. Elle vient d'être con
fée aux soins d'une société de gens de lettres qui , sous l'heureuse
influenco de la liberté de la presse , ne négligeront rien'
de ce qui peut intéresser la république des lettres , soit sous
les rapports du goût et de la littérature proprement dite , soit
sous ceux de l'économie politique , des sciences , des beaux arts,
de la morale et de l'instruction publique. Le regne de la bar
barie et du vandalisme n'ajamais été que celui de la tyrannies
Les encouragemens que la Convention vient d'accorder ans
Japans aux gens de lettres et aux artistes , sont une nouvelle
preuve de la gécessité de d'alliance inséparable des lumieres avec
la Liberti.
Les changamens et les améliorations que nous nous proposons
ne se hornent pas seulement à l'intérêt de la rédaction . Le
caractere petit - romain que nous avons employé jusqu à ce
our avait l'inconvénient de fatiguer extrmement à la leg
hure , nous lui avons substitué, un estartere plus agréable à
ail ; convaincus que nous sommes que les formes typogra
phiques influent plus qu'on ne pense sur le succès d'un ouorage.
Nous continuerons de faire usage du petit caracters
pour les nouvelles politiques , les pieces officielles et tous les
objets qui sont purement de détail mais en même tems , par
les supplémens que nous donnerons , ce Journal acquerra whe
plus grande étendue de matiere .
Rien ne sera changi dans les autres parties qui composent
Journal : les nouvelles politiques les débars of lès décrets
mufeurs de la Legraation , des mottuelles de Paris et de l'intérieur
le tribunal , révolutionnare , et les opérations impor
tantes de nos armées , continueront d'y occupe une place
essentielte.
Il paraitra toujours deux fois par décade , ce qui le meg
an niveau des feuilles du jour dans la plus grande partie der
départemens , où le service des postes n'est pas journalier
Ainsi le Mercure , le plus ancien des journaux , celui dont
la collection est la plus recherchée , aura toujours sur les
autres du même genre , l'avantage de paraître plus fréquemment
, et de réunir avec le même intérêt et la même variété plu
de matieres.
La cherti excessive du papier qui a plus que triplé, celle
la main- d'oeuvre qui s'est accrue dans la même proportion , et
Pangmentation de moitié dans les frais de port, qui vient d'être
dipretée par la Convention, nous obligent de porter is prim
de l'abonnement à compter du 1º¹. pluviôse à 50 liu . pour l'année
, 25 liv. pour sin mois , frans de port pour Paris et les
départemens. Aussi-tôt que ces objets duront subi quelque dimànution
, nous nous empresserons d'en faire jouir nos soums
sripteurs.
Les « aumeurs , les artistes et les libraires qui voudronifaixe
annoncer leurs productions , voudront bien les adresser au
silagen Guth difcoteur du Mercure , rue
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le